Skip to main content

Full text of "Mémoires de la Société d'emulation du Doubs"

See other formats


This is a digital copy of a book that was preserved for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 
to make the world's books discoverable online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 
to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 
are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that 's often difficult to discover. 

Marks, notations and other marginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book' s long journey from the 
publisher to a library and finally to y ou. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prevent abuse by commercial parties, including placing technical restrictions on automated querying. 

We also ask that y ou: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain from automated querying Do not send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a large amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attribution The Google "watermark" you see on each file is essential for informing people about this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are responsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countries. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can't offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
any where in the world. Copyright infringement liability can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps readers 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full text of this book on the web 



at |http : //books . google . corn/ 




A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 
précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 
ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 
"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 
expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 
autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 
trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en marge du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 
du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages appartenant au domaine public et de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 

Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter. Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer r attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

À propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 



des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse ] ht tp : //books .google . corn 



I-;, ■• ■ 




r;SiLAS VftldHTbtlNNÏNÛ "^1 

BEOUtST 
UNIVERSITY orMICHIGANi 

^.^^ GENERAL LIBRARY ;^ 



^^^:f;iV.s:; ?■•'".%* I 



MÉMOIRES 



SOCIÉTÉ D'ÉMULATION 



DU DOUBS 



MÉMOIRES 



DK LA 



SOCIÉTÉ D'ÉMULATION 

DU DO UBS 

SEPTIÈME SÉRIE 
SEPTIÈME VOI-UME 

1902 




BESANÇON 

IMPRIMERIE DODIVERS ET G'" 
Gi andu'-Riie, 87 



1903 



/J^Cyj ttii 



MÉMOIRES 






DE 



LA SOCIETE D'EMULATION 



DU DOUBS 

1902 ) 



PROCES-VERBAUX DES SÉANCES 

Séance dit II janvier iOO'^. 
Présidence dk MM. Vaissier et Nargaud. 



Sont présents : 

Bureau : MM. VaUsier, Nargaud, présidents sortant et en- 
trant; Franceg, premier vice-président; Gauthier, secrétaire; 
Fauquignon, trésorier; Kirehner, archiviste. 

Membres : MM. les docteurs Bourdin, Bruchon père, H. Bru- 
chon, Chapoy et Ledoux; P. Drouhard, Mairot, le chanoine 
Rossignot, Souchon, Thuriet, Vautherin et Vernier, résidants; 
Tabbé P. Druot, correspondant. 

M. Vaissier, avant de remettre la présidence à M. le docteur 
Nargaud, nouveau président, prononce l'allocution suivante : 

« Messieurs, 

» Au moment de quitter la présidence, je dois vous exprimer 
Ions mes sentiments de gratitude pour l'indulgente faveur que 
vuiis m'avez toujours témoignée, dans l'exercice d'une charge à 
l'honneur de laquelle je n'avais jamais osé prétendre. 

* Dans notre dernière séance publique, j'ai cru devoir revenir 



— VI — 

sur le passé de noire coinpjigtûe, mais en y insistant davantage, 
afin de montrer que si la vie des sociétés comme celle des indi- 
vidus se passe dans des alternatives de satisfactions et de sou- 
cis, une réputation noblement acquise permet toujours de pro- 
fiter des unes, comme do triompher des autres! 

» La preuve nous en fut ofTerte dans le cours de cette année. 
La dotation des fri*res Grenier est arrivée pour confirmer la 
considération dont vous jouissiez déjà, puis la sagesse de vos 
dernières élections, favorisées par la gracieuse acceptation de 
vos élus, nous assuie les nuîilleures espérances pour l'avenir. 

» Si j'ai à manifester (en votre nom et nu mien) de tous nos 
regrets pour la retraite do notre laborieux et dévoué secrétaire 
décemial : M. le docteur Meynier, en retour, j'ai la satisfaction 
de saluer la bienvenue de son digne successeur : M.Jules Gau- 
thier, dont le zèle et la science vont apporter de nouveaux élé- 
ments de travail à notre activité et accroître l'intérêt de nos 
séances. 

i> A côté des nombreuses preuves d'un mérite que vous avez 
apprécié, je signalerai, en particulier, lesefibrts de M. Gauthier, 
pour combler les vides que les dépaits et la mort font chaque 
année dans nos rangs. Celte préoccupation est si importante 
que Tarticle unique de mon testament présidentiel sera le souhait 
que, par les efforts de tous, chaque année voie s'augmenter 
aussi le nombre de nos confrères. 

« Je m'adresse maintenant à M. le docteur Nargaud, si digne 
de toutes les sympathies, si bien disposé à maintenir nos tradi- 
tions, si bien doué pour rallier à noire Société, largement ou- 
verte, toutes les bonnes volontés et je l'invite à prendre la pré- 
sidence. » 

M. le docteur Nargaud prend place au fauteuil et adresse à 
son tour ses remercieriienls à ses confrères : 

« Messieurs, 

» En m'appelant à la présidence de la Société d'Emulation, 
vous m'avez fait un honneur insigne qui m'a vivement touché et 
dont je vous témoigne ici ma vive et sincère gratitude. Je suis d'au 
tant plus confus de celle faveur qu'elle est absolument immé- 
ritée, vu que je n'ai jamais joué parmi vous que le rôle modeste 



— VII — 

d'auditeur. Vous avez sans doute considéré que l'esprit de bonne 
camaraderie et d'attachement fidèle à notre Association étaient 
à vos yeux des litres suffisants pour autoriser l'occupation de 
ce fauteuil, nulle autre raison sérieuse ne pouvait être invoquée 
pour justifier votre choix qui devait s'adresser à d'autres beau- 
coup plus dignes. Cette distinction, si généreuse de votre part, 
va me causer de graves soucis et de sérieuses appréhensions; 
je ne me dissimule pas combien il est périlleux d'assumer la 
responsabilité d'une si lourde tâche, surtout quand on se pré- 
sente en face d'elle avec un bagage scientifique aussi restreint 
que celui de votre humble serviteur. 

» Etranger, en efîet, à bon nombre de questions qui consti- 
tuent le thème ordinaire de nos entretiens, après avoir vu dé- 
filer à votre tête une longue série de présidents qui ont comblé 
vos Bulletins de riches trésors d'expérience et de savoir, vous 
devez comprendre d'emblée combien mes préoccupations doivent 
être tout à la fois peu folâtres et légitimement motivées. Mais 
qunnd je songe ^ l'extrême bienveillance, à la fraternelle sym- 
pathie que vous avez toujours témoignée à vos représentants, 
et qui sont de règle dans toutes les perturbations bureaucra- 
tiques que les statuts imposent à notre Société, le fardeau d'une 
pareille succession s'allège singulièrement, l'horizon parait s'é- 
claircir et toute crainte, toute défaillance doivent être bannies 
des esprits les plus timorés. En m'asseyant à la place de mes 
honorables prédécesseurs, qui ont toujours dirigé vos travaux 
avec un talent et une compétence que je leur envie, je tiens à 
déclarer hautement que je me considère comme leur rempla- 
çant provisoire, et, qu'au moment opportun, ils sauront certai- 
nement ressaisir les rênes du char, si bien conduit par eux, dans 
l'intérêt de notre Association. 

» En m'inspirant de leurs judicieux conseils et en escomptant 
d'avance le concours empressé du personnel du bureau, entiè- 
rement dévoué à la prospérité de notre œuvre, je ferai tout mon 
possible pour tâcher de mener à bien la mission que vous m'a- 
vez confiée. Dans ce but, je m'efforcerai de suivre l'exemple sa- 
lutaire de noire cher président sortant, le sympathique M. Vais- 
sier, qui a rempli son devoir avec un zèle, une sollicitude au- 
dessus de tout éloge et qui, le cas échéant, n'hésitera pas â 



— VIII — 

p«)er de sa perf^oiiiit* [tour «ruiiler, s'il y a lieu, dans la bimne 
voie la marche indécise de son successeur. Je nî*em presserai 
tout autant de m'assurer les bons offices des deux nouveaux 
membres du bureau, que j'ai rîionneur de vous présenter en ma 
compagnie, Tun, M. Gauthier, noire secrétaire détîennal. Fa rchi- 
visle érudit, digne ém:ile de l'éternellemenl regretté Auguste 
Castan. dont le talent si apprécié est sans contredit le plus beau 
fleuron de notre couronne scientifique et dont je ne crains pas 
de blesser la modestie en le désignant d'ores et déjà comme la 
cheville ouvrière de notre Société. 

» L'autre, mon ami dVnfance, nuiltre Fraiicey. l'avocat énii- 
nent, une des gloires du barreUu bisontin, et dont les connais- 
sances juridiques, traduites par une éloquence sans rivale, fait 
autorité au Palais. 

Grâce à Tappui d'auxiliaires aussi précieux, j ose espérer 
que votre président actuel ne sera pas trop au-dessous de sa 
tâche et que, d'un commun accord, nous pourrons travailler à 
la réalisation de noire i<léal, la marche en avant, toujours inces- 
sante, dans la voie de la science et du progrès. 

• C'est dans ces sentiments, Messieurs, que je salue la Société 
d'Emulation du Donbs à laquelle j'apporte, à défaut de qualités 
techniques plus sérieuses peut-être, tout au moins mon entier 
dévouement et mon entière bonne volonté. * 

A ce discours accueilli comme le précédent par de vifs ap- 
plaudissements, M. Jules Gauthier, récemment élu secrétaire 
décennal et qui vient en cette qualité de prendre place au bu- 
reau, ajoute ses remerciements les plus vifs aux confrères et 
aux amis qui viennent de lui confier les fonctions honorables 
d'annaliste de la Compagnie. Il assure tous et chacun du dé- 
vouement qu'il a toujours professé pour eux et pour une Société 
dont il est membre depuis trente-six ans et dont il s'honore 
d'être l'un des doyens. 

M. l'abbé Paul Druot, correspondant, lit une intéressante et 
très précise notice archéologique sur une cloche du xv« siècle, 
jusrju'ici absolument ignorée, qu'il a découverte dans le clocher 
de l'église de Voillans (Doubs). dont il est curé. Il a pu lire 
rin.-îcription gothique qui entoure la cloche, déchiffrer le sceau 



— IX — 

et les armoiries imprimés sur ses flancs et reconnaître l'origine 
exacte ^ie ce précieux petit monument, Ki"5ice aux arcliives de 
rabt)aye des Dames de Haume, de l'église desfjuelles provient 
ce bronze. La cloche, fondue en 1484 ou 141^5, porte le sceau 
d'Alix de Montmartin, al)l>esse de Bannie, et dut sonner à toutes 
volées ({uand Louis XI, que n'idmaient point et à raison les 
Comtois nos aïeux, eut fait place au gouvernement plus débon- 
naire de Charles VIII. 

Ce mémoire, accompagné de planches, est retenu pour le 
Bulletin. 

■ M le docteur Henri Bruchon lit une très curieuse étude sur la 
vie d'un métiecin bisontin dans la première moitié du xviie siècle, 
et initie aux moindres détails et de la position sociale et de la 
pratique journalière du docteur Jean Garinet, qui a laissé en 
forme sonimaire de très curieux, très précis et très piquants 
mémoires, conservés parmi les manuscrits de la Bibliothèque 
publique de Besancon. 

M. Gautliier comme président de l'Association Franc-Com- 
toise, fait une communication verbale sur un projet de Biogra- 
phie Comtoise, déjà arrêté en principe, mais dont l'exécution va 
suivre par les soins de toutes les Sociétés savantes de la région, 
groupées en fédération, et par l'activité de leurs membres les 
plus distingués et les plus laborieux. La Société d'Emulation du 
Doubs fournira la collaboration de toute une élite et prendra la 
direction du mouvement, comme elle a pris déjà l'initiative de 
l'Association franc-comtoise. 

Après l'élection d'un membre résidant, M. Ckllabd, archi- 
tecte, présenté par M. Simonin architecte, et M. le docteur Cha- 
poy, la séance est levée. 

Les Présidents f Le Secrétaire y 

A. Vaissikr, D' Nahgaud. Jules Gauthier. 



— X — 



Séance du 15 févncr 1902, 

Ï*HÉSIDENCE DK M. LE DOCTEUK NaRGAUD. 



Sont présents : 

Bureau: MM. Nargaud, président; Vaissier^ vice-présideiU; 
Gauthier, secrétaire ; tauqmgnon, trésorier ; Kirchner, archi- 
viste. 

iVÎEMBRES: M^ï. Boname^ Bonnet, Girardot, Ledoux, le cha- 
noine Rossignoty Simonin, Thouvenin, Thuriet, G. Vaissier, 
Vauthevin et Vernier. 

M. le président coniniuniciue une lettre de Madame veuve 
A. Castan, annonçant son intention de faire distribuer en mé- 
moire deson mari, à tous les membres honoraires, résidants et 
correspondants de la Société d'Kinulalion, la seconde édition 
illustrée dn volume intitulé « Besançon et ses environs » qu'elle 
vient do publier. Il s*est empressé de ren)ercier la généreuse 
donatrice au nom de la Société d'I^jindalion cjui, à Tunanimité, 
s'associe à ces remerciements. 

Le Conseil d'administration de la Société, convoqué le 25 jan- 
vier dernier, a pris une délibération pour accepter le legs de 
2,400 francs de rente roumaine fait par M. Edouard Grenier dans 
son testament du 21 janvier 1900, et prendre l'engagement de 
créer à bref délai, dès que les formalités administratives auront 
été remplies, la pension des frères Grenier, dont un règlement 
ultérieur précisera les conditions. Cette délibération est approu- 
vée h main levée. 

M. Maurice Thuriet donne communication d'une Notice sur le 
garde des sceaux Courvoisier, qui fut avocat général à la Cour 
d'appel de Besançon, et fait un exposé rapide de lacarrière bril- 
lante et très mouvementée d'im des magistrats les plus distin- 
gués qu'ait produits la ville de Besançon. Cette notice est destinée 
à la « Biographie fraîic-comtoise » qui paraîtra sous les auspices 
des Sociétés savantes de la région. 



— Kl — 

M le fe^ecrélaire lit une élude sur le peintre Douât Xunnolte, 
né à IJesangon le 10 janvier 1708, uiorl à Lyon le 5 février 
1785. Fils d'un vijçnerou, neveu d'un peintre très médiocre, Jean 
Nonnolle» Donat (|uilla saville natale à vin«,'t ans, devint, l'élève 
et le collaborateur à Paris et à Versailles dii peintre du roi, 
François Leuïoyne. Quand il eut perdu son maître et protecteur, 
il renon(;a h la peinture d'histoire pour se confiner dans le por- 
trait. C'est un des meilleurs portraitistes du règne de I ouis XV. 
L'éjrlise de Saiuti^-Madeleine de [Jes;nigon possède de lui une 
Sainte Famille datée de 1728. Nos musées ont son portrait et ce- 
lui de sa ft-nime datés do I7rj et 1758. Le ^'raveur Daullé a 
laissé lin juli méilailjon de Donat Nonnotte, dont le cuivre origi- 
nal, conservé aux Archives du Doiihs, permettra d'illustrer dans 
le Bullelifi la notice cpie la S«»ciélé d'Emulation a décidé de re- 
tenir. 

MM. Gauthier et Vaissier déposent sur le bureau en raccom- 
pagnant de commentaires, un joli bronze grec, provenant de 
racadémicien Prosper Mérimée, que MM. Gaston et René Grenier 
viennent d'ofTrir au musée archéologicpie. Il a été retrouvé dans 
les ruines de la maison qm» Mérimée et Kdouard Grenier habi- 
taient rue de Lille et qui fui incendiée par la Commune. 

Tne autre communication porte sur un torse de Vénus pudique 
découvert à Jougne, dans les ruines de la maison de Téouyer 
Ferlin, ami et contemporain de Granvelle. Son style révèle la 
première moitié du xvi« siècle, sa facture est la Uiéme que celle 
des bas-reliefs de pierre tendre, exécutés en 1527 dans l'église 
abbatiale de Montbenoit. 

Sont présentés pour faire partie de la Société : 

Comme membre résidant : 

M. Jean de Buyer, par MM. Vaissier et Gauthier; 

Comme correspondants . 

M. Gabriel Gensollen , juge d'instruction h Gray, par 
iMM. Thuriet et Gauthier: 

M. Kené Grenier, médecin de la grande Chancellerie de la 
Légion d'honneur, par MM. le docteur Uruchon père et J. Gau- 
thier. 



— XII — 

Est élu : 

Membre résidant : 

M. Camille Gellard, architecte. 

Le Président^ Le Secrétaire, 

D"" Nargaud. Jules Gauthier. 



Séance du 15 mars fOO^. 
Présidence de M. le Docteur Xargaud. 



Sont présents : 

Bureau : MM. Nargaud. président ; Vaissier, vice-président ; 
Gauthier, secrétaire; Fauquignon, trésorier. 

Membres : MM. G, deBeauséjour, Bourdin, A. Boysson d'Ecole, 
Bruclion pore, Cellard, Drouhard, Ledoux, Pingaud, Thuriet et 
Vernier, résidants ; l'abbé P. Druot correspondant. 

Le procès- verbal du 15 février est lu et adopté. 

M. l'abbé Hermann Druot, ancien professeur au petit sémi- 
naire de Consolation, lit un compte-rendu fort intéressant et 
fort précis, grâce à un journal méthodique des fouilles, des dé- 
couvertes faites, sur son initiative, dans les ruines du château 
de Ghâtelneuf-en-Vennes, qui surplombent les sources et les 
cascades du Dessoubre et du Lançot. Il décrit les monticules de 
rnurs encore debout et de décombres qui apparaissent sur la 
droite du chemin conduisant de Guyans- Venues et de Fiiaiis au 
fond de la vallée et couvrent un étroit plateau. Sur cet ensemble, 
14 mètres de long sur 6 de large ont été explorés et fouillés, en 
1897 et 1898, sous la direction de M. l'abbé Druot, par les élèves, 
grands et petits, du séminaire. Deux grandes pièces du rez-de- 
chaussée du château affleurant au levant le roc, au sud une cour 
(l'honneur, à l'ouest et au nord des murs d'enceinte du château 
féodal ont livré, pèle mêle, avec des matériaux effondrés, moel- 
lons et tuiles, un ensemble considérable d'objets de toute sorte: 



— xiri — 

instruments aratoires; outils de métier; armes : casques, épées, 
éperons, batteries de mousquets, moules à halles; batterie de 
cuisine : casseroles, marmites de fonte, de cuivre ou de fer, 
chandeliers, crémaillères, andiers, broches, cuillers, fourchettes 
et couteaux. L'interprétation d'un pareil groupement d'objets 
métalliques de toute sorte est naturelle: c'est le mobilier des 
sujets (ou retrahants) de Châtelneuf-en-Vennes, ayant apporté 
comme dans un refuge sûr les quelques objets précieux de leurs 
pauvres ménages. L'incendie qui consiuna, en 1C89, le chàleau- 
fort qui appartenait aux comtes de La Roche, de la maison de 
V'arambon et de Ryo détruisit tous les meubles de bois, tons h^s 
vêtements et parures sauvés par les retrahants. Le fer, le 
cmivre, l'argent ont échappé aux ilanmies et grAce à rintclli- 
genle activité de M. l'abbé Druot, reparaissent au jour pour nous 
donner sur les arts du xvn« siècle, sur le mobilier i-ural d'une 
époque déjà lointaine, les documents les plus circonstanciés. 

M. l'abbé Druot prend l'engagement de donner par écrit le 
résumé précis et détaillé de sa communication, qui prendra 
place dans le Bulletin de 1902. 

La Société, sur la proposition de MM. Nargaud, Vaissier et 
Gauthier, vote une s'ibvenlion de 50 francs pour la continuation 
des fouilles de Chàtelueuf. 

M. Vaissier continuant ses études sur l'arc antique de Porte- 
Noire étudie le symbolisme des bas-reliefs qui décorent les 
jambages ouïes colonnes de ce monument important et restitue 
aussi bien par ses observations personnelles que par celles qui 
lui ont été suggérées par l'éminent conservateur du musée de 
Trêves, les sujets mylhologiques dont les sculpteurs du iii« 
siècle ont illustré les membrures de l'arc romain : Dédale s'a- 
daptant des ailes, Thésée assommant le Minotaure, etc Accom- 
pagnée de planches habilement dessinées par le crayon, si 
élégant et si exact de M. Vaissier, cette étude sur Porte-Noire 
prendra un rang distingué dans les publications de la Société. 

M. Gauthier fait passer sous les yeux de l'assemblée lin pré- 
cieux manuscrit appartenant à la Bibliothèque municipale de 
Vesoul (où il occupe le n<'2*26). C'est un « Recueil d'Antiquités 
trouvées k Luxeuil •, dessinées et expliquées par Jean-François- 



— XIV — 

Melcliioi* Fonchiuse, compilé en 1778 et comportant soixante 
planches de statues, bas-reliefs, statuetics. vases, gemmes et 
médailles recueillis par les Bénédictins dans leur bibliothèque 
ou par MM. Guin, Fabert, Prinet et Fonclause dans leurs cabi- 
nets. Il y aurait à tirer de ce manuscrit dont M. le Secrétaire a 
entrepris la copie, nombre d'observations archéologiques im- 
portantes, en le confrontant avec les objets découverts depuis 
1778 et conservés aux Bains de Luxeuil et dans diverses collec- 
tions. Ce pourra être quelque jour l'œuvre de la Société d'Emu- 
lation du Doubs. 

Pour combler les vides faits par la mort récente de Messieurs 
Edouard Grenier et du {général WoHT, ancien commandant 
thi 7*^ corps, la Société, sur la proposition de son Bureau, élit 
M.M. Bernard Prost, inspecteur général des Archives et des Bi- 
l)liolhèques au Ministère de l'Instruclion publique, et Henri 
Bouchot, conservateur du Cabinet des Estampes à la Biblio- 
thèque nationale. Sortis tous (teux de l'Ecole nationale des 
Chartes, collaborateurs distingués de la Gazette des Beaiu:- 
Arts et de toutes les grandes revues d'archéologie et d'histoire, 
ces deux compatriotes honorent la Franche-Comté h plusieurs 
titres et le témoignage de sympathie que la Société d'Emula- 
tion leur accorde n'est que l'expression bien légitime de l'es- 
time due à leurs personnes et à lein-s travaux. 

Sont élus : 

Membre résidant : 

M. Jean de Buykr, à Saint-Laurent (Besançon); 

Membres correspondAnts : 

MM. Gabriel Gensollkn, juge «Tins! motion à Gray, 
Et le docteur Ilené Grenikh, médecin ih» la Grande Chancelr 
lerie de la Légion d'honneur, à Paris. 

Est présenté comme membre correspondant, par M. Ui cha- 
noine Uossignot, curé de Sainte-.Madeleine, et M. .1. Gauthier : 
M. l'abbé Jean-Victoi-Emile Fromono, curé de Crissey (Jura). 

Le Président, Le Secrétaire, 

D»- Nargaud. Jules Gauthier. 



— XV — 

Séance du i^ avril iOOi. 
Présidence de M. le DoirrEua NARUAri) 



Sont présents : 

Bureau : MM. Nargaudy président ; Vaissierj vice-présicJenl ; 
Gauthier, secrétaire; Kirchner, archiviste. 

Membres : MM. Blondeau, Bruchon père, Ceilatd, P, Drou- 
hard, Lieffroy et Simonin, résidants. 

M. le Président cotnniuniqiie à la Société les remerciements 
îuiressés par MM. Hernard Prost, Inspecteur général des Ar- 
chives et des Bibliothèques, et Henri Bouchot, Conservateur 
du Cabinet des Estampes à la Bibliothèque nationale, nommés 
nnembres honoraires; de M. de Buyer, nommé membre rési- 
dant ; de MM. Gensollen et Hené Grenier, élus membres cor- 
respondants. 11 dépose sur le bureau, au nom de M. le cha- 
noine Rossipnot, une Monographie de l'église Sainte-Madeleine 
de Besançon M. Filondeau est prié de faire un rapport sur cet 
ouvrage. 

M. le Secrétaire rend coniple du Congrès tenu à la Sorbonne 
et à TEcole des Beaijx-Arts par les Sociétés savantes de pro- 
vince ; trois lectures y ont été faites au nom de la Sociélé d'E- 
mulation du Doutas par son Ser.rélaire : une sur Antoiruî Brun 
au siège de Dole en 1636, à la section d'histoire; une sur l'Ej^liso 
priorale de Uomain-McMior, à la sei;tiou d'archéologie ; une sur 
le peintre Donat Nonnolle, à la section des beau.varts. Un 
membre de la Société, M. le docteur Magnin, doyen de la P'acidté 
des sciences, a fait îi la section des sciences d'importantes com- 
munications. MM. Gautliieret Magnin ont été, à diverses reprises, 
choisis comme assesseurs de différentes sections du Congrès. 

M. Jules tiauthier communique à la Société le texte nïédit 
d'un Voyage h Besançon accompli en 1776 par le professeur 
strasbourgeois Jerémie-Jacques Oberlin (1735-1806). Cet érudit 
consacra plusieurs journées à visiter Besançon, ses monuments, 
ses érudils, ses collectionneurs, et recueillit dans ses Notes de 



— XVI — 

précieux détails sur les personnes, les manuscrits, les livres, 
les œuvres d'art qu il eut l'occasion de fréquenter ou d'appré- 
cier. Le P. Tiburce, capucin ; le notaire Viguier, le président 
Chifflet lui montrèrent leurs collections d'histoire naturelle, 
d'antiquités, de médailles, de livres. On lui fit bon accueil dans 
la bibliothèque publique, fondée en 1694 à l'abbaye Saint-Vin- 
cent par l'abbé Jean-Baptiste Roisol. Il y prit des notes sur di- 
vers manuscrits latins ou grecs et sur divers morceaux de 
sciilpture ou de pointure, en partie pcnlns aujourd'hui. La hi- 
bliothôque et W cabinet du président Cliifflet attirèrent d'une 
façon particulière son attention, qu'ils méritaient du reste, cjiv 
les G,0(X) volumes qui s'y trouvaicMit (dont plus de 2(X) niantis- 
<M'its), entrés dans les (Collections publiques e!i vertu des lois de 
conlisc^ilion sur les émigrés, fnrnuMit, plus encore peut-être 
que les manuscrits Granvelle, bi fonds \o plus intéressant de la I 

bibliothèque actuelle de Besançon. 

M. Gauthier donne, en complément du manuscrit d'Oberlin, I 

qui mérite d'être publié, certains détails sur l'emplacement de | 

l'hôtel du président Ctiifllet et sur les tableaux ou portraits I 

restitués sous la Restauration au premier président Chifflet, fils 
et héritier du contemporain d'Oberlin. 

A la suite de la séance, est élu : 

Membre currespondaat : 
M. l'abbé Fromond, curé de Crissey (Jura). 

Le Président, Le Secrétaire^ 

I)"* NAnr.AUD. JlJLKS (ÎAUTHIKU. 



Séance du 10 mai iiHh2 
PnKSiDKNCE i)K M. i,K DoirfKUR Nargaud. 



Sont présents : 

Bureau : MM. Nargaud, président ; Ka/sj^ter, vice-président ; 
Gauthier, secrétaire; Kirchner, archiviste. 



— xvn — 

Membres : MM. Berdellé^ Boname, Bonnet, Bourdin, Boussey, 
Cellard, P. Drouhard, Girardoty V. Guillemin, Ledoux, Sou- 
ehan, Thuriet^ de Truchy et 6. Vaissier, 

M. Guillemin lit les premières pages d'une Etude sur la peinture 
anglaise. Il met en relief rentrée tardive du grand pays industriel 
dans le mouvement artistique, longtemps après que la France, 
ritalie, TAllemagne et la Flandre eurent constitué de véritables 
écoles et des groupements homogènes de peintres habiles et 
novateurs. Hogarth, Josuah Reynolds, Gainsborough, Thomas 
Lawrence, John Conslable, Wilkie, Mulready, sont tour à tour 
étudiés dans leurs œuvres les plus caractéristiques et les plus 
remarquables de la « National Gallery » et dans les tableaux 
précieux qui sont entrés dans les collections de la ville de Be- 
sançon par les legs Gigoux et Chenot. L'école anglaise est ra- 
rement représentée dans nos musées français, elle Test mieux 
à Besançon que dans la plupart de nos collections de province. 

M. le docteur Bourdin communique à la Société une biogra- 
phie de Guy-Michel de Lorges, duc de Randan, maréchal 
de France, lieutenant-général au gouvernement de Franche- 
Comté de 1741 à 1773. Mari de Mlle de Poitiers, une des plus 
riches héritières de la province, le duc de Randan posséda la 
plus grande fortune territoriale qui existât alors en Fraiielie- 
Comté, formée par la réunion des domaines des NeucliAtel, des 
LongAvyetdes Rye. Sa résidence lïivori te était le château do 
Balançon, sur les bords de TOgnon, entre Dole et Pesmes, qui 
fut durant de longues années le IhéAtre de fêtes célèbres et 
Toccasion de réunions superbes, où la noblesse, l'armée et les 
plus jolies femmes de la province étaient conviées. Très galant, 
élevé du reste à bonne école dans la cour voluptueuse et dé- 
cadente de la Régence et de Louis XV, le maréchal de Randan, 
malgré ses défauts que de moins indulgents pourraient quali- 
fier de vices, jouit de son temps, dans son entourage et dans le 
ressort de son commandement, d'une réelle popularité. Son 
nom et son portrait méritent de trouver place dans la chronitlûe 
comtoise du xviii» siècle. 

Une proposition relative aux collections Paris est déposée en 

11 



— XVIII — 

Tabsence et au nom de M. EsMgnard, par le Secrétaire; en 
voici la substance : 

Naguère réunies à la Bibliothèque publique, dans une salle 
qui portait le nom de • Cabinet Paris », et qui contenait 
bronzes, marbres, antiquités, peintures, dessins de maîtres, 
portefeuilles d'architecture et livres d'art, les collections for- 
mées par le célèbre architecte bisontin sont aujourd'hui frac- 
tionnées entre les divers musées et la Bibliothèque. M. Esti- 
gnard émet le vqmi que les dessins et portefeuilles déposés à 
la Bibliothèque, où leur existence est quasi ignorée du grand 
nombre, soient exposés dans nos musées à côté des peintures 
dues à la libéralité de Paris. Sans prendre, jusqu'à nouvel 
ordre, parti dans la question soulevée par M. Estignard, la So- 
ciété d'Emulation décide qu'elle déléguera trois de ses mem- 
bres, MM. Vaissier, Ledoux etGirardot, pour examiner avec les 
délégués de l'Académie de Besançon et de la Société des Beaux- 
Arts, le vœu de M. Estignard et les moyens pratiques d'y don- 
ner suite. 

Le Président y Le Secrétaire, 

b^ Nargaud. Jules Gauthieb. 



Séance du i4 juin UHhJ. 

PhKSlDENCE OE M. LE DOCTEUR NaRGAUD. 



Sont présents : 

Bureau : MM. Nargaud, président; Vaissier, vice-président; 
Gauthier, secrétaire décennal ; Fauquignon, trésorier; Kirch- 
ner, archiviste. 

M£.MBR£S : MM. Berdellé, Bourdin, Bruchon père, Girardot, 
V. Guillemin, Ledoux et Souchon. 

M. le président communique une aimable invitation de la So- 
ciété d'Emulation de Montbéliard, priant la Société de se faire 
représentera la réunion solennelle que nos voisins tiendront le 



— XIX — 

jeudi 19 juin; sont délégués à Montbéliard : MM. le président 
Nargaud et le vice- président A. Vaissier. 

L'échange de publications proposé par la Société des Anti- 
quaires de rOuest est accepté, et l'on décide qu'une ou deux 
séries de publications disponibles seront adressées, à charge 
de réciprocité, au président des Antiquaires. 

M. Victor Guilleinin continue la lecture de son Elude sur la 
peinture anglaise et traite des peintres d'histoire, de genre, de 
paysage, de portrait : Burnes-Jones, élève de Uusselli, Princeit, 
Paul Falconer-Pool, Fredon Liegthun, Alma-Tadéma. 

M. Gauthier fait passer sous les yeux des assistants un Livre 
d'Heures enluminé, de la fin du xiv«* siècle, appartenant à la 
Bibliothèque publique de Vesoul et inscrit sous le n" 27 des 
manuscrits. Composé pour Catherine de Montbozon, femme d'un 
chevalier de la Tour Saint-Quentin, il porte les armes de ces 
deux maisons, et, grâce à ses vingt-cinq miniatures, de sujets 
(rès variés, il fournit une contribution importante à l'histoire 
du costume en Franche-Comté de 1300 à WH). 

Citons, entre autres sujets de peinture de ce psautier : le 
fiortrailde Catherine de Montbozon, en riche costume de châte- 
laine; celui de Guyelte de Marnay, sa mère; celui d'un religi»Mix 
vêtu de gris, scripteuret enlumineur probable du volume; puis 
des archers s'exerçantà la cible sur le corps de saint Sébastien ; 
saint Côme et saint Bamien inspectant les urines d'un client, 
dans le costume médical de l'époque. Chacune de ces miniatures 
est traitée assez môJiocrement et naïvement par le i)iiui6;au de 
quelque artiste du crû. Dans la région franc-comtoise, si pauvre 
en peintures anciennes, si dénuée de vitraux, de tapisseries, 
d'émaux, objets qui foisonnent dans tant de provinces privilé- 
giées, le Livre d'Heures de Catherine de Montbozon, ou de la 
Tour-Saint-Quentin, prend un réel inléiél pour Ticoiiographie 
locale. 

Le Pré9ident, Le Secrétaire, 

D»- Nargaud. Jules Gauthier. 



— XX 



Sëatice du i2 juillet i90'2. 
Présidence de M. le Docteur Nargaud. 



Sont présents : 

Bureau : MM. le !)•• Nargaud, président; A. Vaissier, vice- 
président; GoHthier, i^ecrétaire décennal; Fauquignon, tréso- 
rier. 

Membres : MM. Cellard, V. GuiUemin, Ledoux et H. Savoye. 

M. le président rend compte de la séance publique de la So- 
ciété d'Emulation de Montbéliard, à laquelle il a assisté, le 
29 juin, avec M. le vice-président Vaissier, et du bon accueil 
réservé aux délégués de la Société d'Emulation. Ils ont été re- 
çus avec la plus grande cordialité par nos bons voisins et amis 
de ce petit Etat indépendant et très actif que constitue, au cœur 
du département du Doubs, l'ancienne principauté que tour à 
tour ont gouvernée les Montfaucon et les Wurtemberg. A la 
séance publique, comme au banquet, les sentiments les plus 
aimables et les plus sympathiques ont affirmé la bonne entente 
de voisins qui rivalisent sur le terrain de l'érudition et de la 
science, pour soutenir le bon renom du pays comtois. 

L'Académie i\e Màcon propose un échange do publications, 
que la Société d'Emulation s'empresse d'accepter, en tenant 
lîompte et de l'intérêt des Mémoires publiés par cette Société 
très estimée, et des vieux liens historiques qui rattaclient le 
pays d'outre-Saône à l'ancien comté de Bourgogne. 

M. le secrétaire décennal rend compte de l'envoi à la munici- 
palité de Besançon du vœu déposé par M. Estignard pour l'ex- 
position, au Musée de peinture, des beaux dessins du cabinet 
Paris, déposés dans des cartons quasi ignorés de la Bibliothèque 
publique. Il communique le vœu déposé dans la réunion des 
délégués de l'Académie, de la Société des Amis des Beaux-Arts 
et Arts industriels, de la Société des Architectes et de la Société 
d'Emulation, pour que nulle restauration, nul outrage immérité 



— XXI — 

ne soit désormais infligé aux monuments de Besancon par un bon 
plaisir administratif quelconque, et la décision prise de grouper 
les quatre Sociétés en commission permanente de protection 
des monuments bisontins. La Société d'Emulation, consultée, 
ratifie la résolution prise, qui aura pour résultat, dès qu'une 
maladresse ou qu'un projet fâcheux menacerait un de nos vieux 
monuments, de faire entendre immédiatement d'énergiques 
protestations. Dans ce cas, les bureaux et présidents des quatre 
Sociétés agiront de concert, sans même consulter les Assem- 
blées générales, qui leur donnent mandat à cet effet. 

M. V. Guillemin termine la lecture de son Etude sur la pein- 
ture anglaise, en esquissant rapidement les principales figures 
des aquarellistes d'outre-Manche : Vernoii, Copley, Fielding et 
autres. Ses conclusions finales tendent à constater la réelle dé- 
cadence de l'art dans un pays que les intérêts matériels absor- 
bent tellement que le sens du beau s'y altère et s'y réduit. 

Après avoir fait connaître les plus intéressants parmi les ar- 
tistes qui ont essayé de ralentir ou d'empêcher cette décadence, 
M. Guillemin se réjouit de ce que le testament du peintre Gigoux 
ait fait entrer dans les collections publiques de Besançon nombre 
de toiles précieuses de la vieille et de la moderne école anglaise. 

Après une convocation des membres de la Société à la pro- 
chaine réunion de VAasociation franc-comtoise, qui aura lieu à 
Gray le jeudi 7 août, la séance est levée. 

Le Prèêident, Le Secrétaire ^ 

Dr Nargaud. Jules Gauthier. 



Séance du 15 novembre i902. 
Présidence de M. le Docteur Nargaud. 



Sont présents : 

Bureau : MM. Nargaud ^ président; A. Vaissiery vice-prési- 
dent; /. Gauthier^ secrétaire décennal; Fauquignon, trésorier; 
Kirchner, archiviste. 



— XXII — 

Membres : MM. Bourdin, Boussey, Cellard, V. Guilleminy 
Parizoty le chanoine Suchet, G. Vaissier, 

M. le secrétaire nMid compte du congrès de l'Association 
franc-comtoise, tenu à Gray le 7 août dernier, et auquel ont pris 
part les huit Sociétés de la région, représentées par une partie 
de leurs bureaux et par plus d'une soixantaine de leurs mem- 
bres. Comme la réunion de Dole en 1899, comme celle de Mont- 
béliard en 1901, celle de Oray en 19()2 a été un véritable succès 
pour une œuvre de solidarité et d'entente, «lont la Société d'E- 
mulation du Doulis a eu Tinltiative et dont elle recueille le bé- 
néfice moral. 

La Société Grayloise d'Emulation et son dévoué président, 
M. Maire, ont apporté à l'oij^anisalion du Conjj^rès, à la prépa- 
ration du banquet, i\{^s séances particulières, générales et pu- 
bliques des sections et de l'Association tout entière, leur con- 
cours le plus actif et le plus dévoué. M. le maire de Gray a 
mis hôtel de ville et tliéàtre à la disposition des congressistes, 
fait pavoiser en leur iionneur les monuments publics et pro- 
noncé au banquet une ullocution des plus bienveillantes pour 
l'œuvre et pour les ouvriers. 

Des résolutions prises au Congrès, il en est deux à retenir : 
l'adoption du plan et delà publication d'une Biographie franc- 
comtoise, dont un spécimen paraîtra en 1903 ; la constitution 
de l'Association en Société de protection des monuments franc- 
comtois, déléguant k son bureau permanent l'initiative néces- 
saire pour protester, en temps opportun, contre toute destruc- 
tion ou mutilation d'un édifice du passé. 

M. le trésorier, sur l'invitation du président, rend compte des 
opérations administratives et financières qui ont fait entrer la 
Société en possession du legs d'Edouard Grenier et ont préparé 
la constitution du capital de la fondation des frères Grenier. 
2,400 francs de rente roumaine ont été vendus et transformés, 
par la Trésorerie générale du Doubs, en un titre de rente 3 o/o 
de 1,508 francs, dont les arrérages se capitaliseront jusqu'à re- 
constitution normale d'nne rente de 2,800 francs taux adopté 
pour la pension triennale, dont la Société préparera prochaine- 
ment les statuts et règlements. 



— XXIII — 

M. Jules Gauthier fait une communication sur la vie et l'œuvre 
du peintre Jacques Prévost, de Gray, dont une courte notice, 
signée du peintre Lancrenon, a paru en 1868 dans les Bulle- 
tins de la Société. Depuis, grâce à des recherches poussées sur 
divers terrains, on a retrouvé, en Bassigny et en Franche- 
Comté, notamment à Dole et à Rahôn, six tableaux de Tartiste 
dont on connaissait seulement, et fort mal, le curieux triptyque 
de Pesmes, datant de 1361, et, en dégageant un certain nombre 
de fçravures qu'on lui attribuait à tort, on est arrivé à constater 
qu'il fut tout à la fois graveur, sculpteur et peintre. Entre 1542 
et 1551, Jacques Prévost, qui avait été le protégé du cardinal 
de Givry, évêque de Langres, fut employé par l'abbé de Saint- 
Waast d'Arras à de nombreux travaux de peinture. Ce nom 
d'Arras découvi-e un protecteur nouveau : Antoine Perrenot, 
évoque d'Arras, qui fut pour les artistes de son pays et de son 
temps une vérital)le providence, et dans la collection duquel, à 
Besançon, on retrouve à la fois des tableaux, des bas-reliefe, 
des statues de marbre ciselées par Prévost. Le triptyque de 
Pesmes avec la Descente de croix, l'Annonciation, les volets 
représentant les donateurs : Catherin May rot et Jeanne Le- 
moyne, nous a heureusement conservé le portrait de Jacques 
Prévost, assistant, recueilli, derrière les personnages officiels 
de la mise au tombeau, au drame poignant du Calvaire. La bio- 
graphie de Jacques Prévost, avec les éléments inédits qu'on 
vient de réunir, éclairera d'un jour tout nouveau l'histoire des 
arts en Franche-Comté au lendemain de la Renaissance. 

Sont présentés, comme membres correspondants : 

MM. Fernand Guignard, archiviste paléographe, à Dole; 
André Mai^k^ étudiant en Sorbonne, à Paris. 

Le Président, Le Secrétaire, 

D«" Nargaud. Jules Gauthier. 



— XXIV — 

Séance du il décembre 1902. 
Présidence de M. le Docteur Nargaud. 



Sont présents : 

Bureau : MM. Nargaud, président; A. Vaissier^ vice-prési- 
dent; Fanquignon, trésorier; ATirc/tner, a rcliivisle . 

Membres : MM. Bonnet, Cellard, docteur Cornet, V. Guitle- 
min, Ledoux, Montenoise, Parizot, le chanoine Rossignot, H. Sa- 
voy e, Souchon, résidant s. 

M. le président expriniani tous les regrets de la Société de ce 
que, pour raison de santé. M. Jules Gauthier ne puisse assister 
à la séance, M. Alfred Vaissier le remplacera comme secrétaire. 

Après lecture du procès-verbal de la dernière réunion, il est 
donné lecture, des réponses faites aux invitations à la séance 
publique du lendemain. 

L'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Besançon 
sera représentée par son président, M. Boutroux, professeur à 
la Faculté des Sciences. 

M. le docteur Dufour, notre hôte habituel en cette solennité, 
fait part de tous ses regrets d'èire obligé de renoncer, pour 
cette semaine, au plaisir d'être des nôtres en raison de l'état 
de santé de quelqu'un qui lui est cher. 

En réponse aux invitations aux membres honoraires , 
M^' Petit espère, sans pouvoir prendre d'engagement, assister 
jeudi à la séance publique. Soit en raison d'engagements anté- 
rieurs ou de nécessités de service, M. le Général commandant 
le 7e corps d'armée, M. le Premier Président, M. le Préfet, M. le 
Recteur, et M. l'Inspecteur d'académie, regrettent de ne pouvoir 
assister à la séance publique. Toutefois, M. le Préfet charge 
M. Cosson, conseiller de préfecture, de le représenter, et M le 
Général délègue à cet effet un de ses officiers d'état-major. 

M. Baigue, maire de la ville, en mettant à notre disposition 
la grande salle de l'ilôtel de Ville pour la tenue de la séance, 



— XXV — 

exprime également tous ses regrets de ne pouvoir y assister, 
retenu par des engagements antérieurs. 

M. le trésorier Fauquignon soumet à la Sociétés les comptes 
de Tannée. Ces comptes sont approuvés, ainsi que le projet de 
budget pour 1903, proposé par lui au Conseil d'administration 
de la Société. 



Projet de budget pour Tannée 1903. 



Kecettks. 

1. Subvention du département du Doubs . 

2. — de la ville de Besançon. . . 

3. Cotisations des membres résidants. . . 

4. — — correspondants 

5. Droits de diplômes, recettes accidentelles 

6. Intérêts du ciipital en caisse et rentes . 

Total. . 



300 fr. 

400 

1.250 

450 

80 



3.080 fr. 



DÉPENSES. 

1. Impressions 2.500 fr. 

2. Frais de bureau, chaufTage, éclairage et aménage- 

ments 100 

3. "Frais de séance publique 100 

4. Traitement et indemnité pour recouvrements à 

Tagent de la Société 200 

5. Crédit pour recherches scientifiques 180 



Total 3.080 fr. 

De chaleureuses félicitations sont adressées par M. le prési- 
dent et la Société entière à son trésorier pour l'excellente et 
dévouée gestion de ses finances. 



Procédant à ses élections pour le renouvellement du bureau, 
la Société nomme, par acclamation, à Tunanimilé, les membres 
dont les noms suivent : 



— XXVI — 

Bureau pour 1 année 1003. 

Président annuel : M. Edmond Francey , avocat , vice-prési- 
dent du Conseil générai du Doubs. 

Premier vice-président : M. le docteur Nargaud, président 
sortant. 

Deuxième vice-président : M. Maurice Thuriet, avocat géné- 
ral à la Cour d'appel. 

[Secrétaire décennal : M. Jules Gauthikr. archiviste du dé- 
partement. ) 

Vice-secrélaire : M. Aifrod Vaissier, conservateur du Musée 
archéologique. 

Trésorier : M. Fauquignon, receveur lionoraire des Postes 
et Télégraphes. 

Archivistes: MM. KiRCHXER et MaldiiNEV. 

Après cette élection, qui assure à TAssociation, comme pré- 
sident et vice-président, deux de ses membres les plus distin- 
gués et les plus honorables, MM. Francey et Thuriet, M. le 
président informe la réunion que le bureau s'est rendu, au 
mois d'août dernier, auprès de M. Francey, pour le féliciter de 
sa récente nomir)alion comme chevalier de la Légion d'hon- 
neur, et lui exprimer la satisfaction et les sympathies de la 
Société entière. 

En l'absence de M. Gauthier, sous ce titre : Lettres d'un in- 
connu à Edouard Grenier ^ M. l'avocat Montenoise communique 
une intéressante correspondance, à la fois littéraire et intime, 
adressée à notre regretté compatriote par une femme-écrivain 
d'un réel talent. Ces lettres, remplies souvent par raclualité, 
sont tracées d'une plume alerte, sans répétitions, sans exagé- 
rations . avec un sentiment très délicat de la nature et des 
nuances très variées pour peindre sensations et sentiments. 
Cette inconnue, dont on peut facilement soulever le voile, est 
une Parisienne, très éminente par le caractère, l'éducation, le 
talent, qui mourut récemment, et dont l'amitié fidèle et tendre 
entoura les vieux jours du poète Grenier de sympathie et d'af- 
fection, € bien excusée, disait-elle, de ses prévenances, par les 
cheveux blancs de tous deux ». 



— XXVII — 

M. le président ainsi que la réunion remercient MM. Gauthier 
et Monlenoise de celte communication d'un réel intérêt. 

On procède ensuite h la présentation et à l'élection de nou- 
veaux membres résidants et correspondants. 

Membres résidants : 

M. Rouget, directeur de l'Ecole normale de Besançon, pré- 
senté par MM. Nargaud et J. Gauthier; 

M. F^KRNARD, pharmacien, présenté par MM. Nardiii et Fau- 
qui^non ; 

M. l'abhé Outhenin-Chalandre, directeur de la mission 
d'Ecolo, présenté par M.M. l'arcliiprêlre lUirlet et J. Gauthier. 

Membres correspondants : 

M. Charles Kain, ancien conseiller de préfecture du Rhône, h 
Champvans-les-Baun}e (Doubs), présenté par MM. J. Gauthier et 
Thuriel; 

M. André Maire, étudiant à la Sorbonne, présenté par MM. 
J. Gauthier et A. Vaissier. 

Le Président J Le Secrétaire, 

\)r Nargaud. a. Vaissier. 



Séance publique du iS décembre i90^. 
Présidence de M. le Docteur Nargaud. 



La séance s'ouvre à deux heures précises de l'après-midi, 
dans la. grande salle de l'Hôtel de Ville, devant un auditoire où, 
malgré un très mauvais temps, les dames sont en majorité. 

Aux côtés de M. le président, siégeaient sur l'estrade : 
Mff' Petit, archevêque de Besançon ; M. Cosson, conseiller 
de préfecture, représentant M. le Préfet; M. Spire, capitaine 



— XXVIII — 

d'élat-major, représentant M. le général Dessirier, comman- 
dant le 7« corps d'armée, et M. Boutroux, professeur à la Fa- 
culté des Sciences, président de l'Académie de Besançon. M. le 
vicaire général Laugant accompagnait Monseigneur l'arche- 
vêque. 

Etaient présents les membres résidants dont les noms sui- 
vent : 

MM. DE Beauséjour, Boussey, Ch. Bonnet, H. Bruchon, 
docteur Cornet, Gellard, Kkancky, Fauquignon, Victor 
GuiLLEMiN, Kirchner, docleur Ledoux, II. Mairot, Parizot, 
H. Savoye, Alfred et Georges Vaissier. 

Ordre des lectures : 

io Là Société d'Emulation du Doubs en i902, par M. le doc- 
teur Nargaud, président; 

2o Porte-Noire et ses Commentateurs, par M. Alfred Vaissier; 

30 L'Enfance d'Edouard Grenier, par M. Jules Gauthier 
(lecture faite par M. l'avocat Montenoise). 

La séance est levée à trois heures et demie. 

Le Président, Le Vice-Secrétaire, 

D"" Nargaud. A. Vaissier. 



— XXJX — 



BANQUET DE 1902 



Le soir, dans les salons de M. Colomat, un dîner intime, au- 
quel assistait un seul invité officiel, M. Boutroux, président de 
r Académie des sciences, belles-lettres et arts de Besançon, 
réunissait trente convives, parmi lesquels les mem^)res du bu- 
reau de la Société d'Emulation et nombre d'anciens présidents 
et membres dévoués de l'Association. 

Au dessert, des toasts sont portés par M. Nargaud, président 
sortant, par M. Francky, président nouveau, par M. Boutroux. 
président de l'Académie de Besançon ; puis M. Vaissikr donne 
lecture d'une pièce de vers, avec envoi, de M. Jules Oauthikr, 
secrétaire décennal, retenu par une sérieuse indisposition, 

La carte du menu, illustrée par les soins de M. Vaissikr, 
portait l'effigie du cardinal de Granveile, d'après le portrait du 
Gaëtano, et le texte d'un sonnet adressé par le Tasse au fameux 
cardinal, son protecteur . 

Toast de M. le docteur Nargaud. 2)ré8idnil annuel. 

Messieurs, 

Une des prérogatives présidentielles des plus agréables et 
des plus enviables est, sans contredit, celle qui consiste à sa- 
luer aujourd'hui les aimables convives qui, répondant à notre 
invitation, ont bien voulu assister ce soir î'i cette fête de famille. 
Et, tout d'abord, ce serait oublier les convenances les plus élé- 
mentaires et certainement faire injure aux saines traditions de 
la politesse française que de ne pas remercier ici les hauts di- 
gnitaires qui ont honoré de leur présence notre séance publique 
et par là même en ont rehaussé tout l'éclat : j'adresse donc à 
ces Messieurs l'expression de nos hommages les plus respec- 
tueux, les plus affectueux et les plus sincères. 

Monsieur le président dé l'Académie, à votre banquet armuel, 
' où j'ai eu l'honneur d'être convié, à litre de représentant de la 



— XXX — 

Société d'Emulation, j'ai tenu à vous déclarer combien nous 
avions à cœur d'entretenir vivaces les rapports de bonne har- 
monie et de respectueuse déférence qui nous unissent à l'émi- 
nente assemblée, élite intellectuelle de notre province. Permet- 
tez-moi donc, en vous renouvelant ici l'expression des mêmes 
sentiments, de remercier l'Académie d'avoir désigné, pour la 
représenter à cette réunion, la haute personnalité de son pré- 
sident. 

Un dernier mot. Messieurs. Quand vous m'avez appelé, Tan 
dernier, à l'honneur insigne de diriger vos travaux, je n'étais 
pas sans éprouver les plus vives appréhensions en face du lourd 
fardeau qui semblait m'incomber. Je m'empresse d'ajouter que, 
grâce à votre extrême indulgence, et grâce surtout à l'exquise 
bienveillance du personnel du bureau, ces craintes, ces terreurs 
chimériques se sont rapidement dissipées; aussi, je confesse 
sincèrement et en toute humilité, que, pendant que tous étaient 
à la peine, j'ai dû me contenter d'être seul à l'honneur. Je ne 
saurais donc trop vous témoigner mes sentiments de profonde 
gratitude. Cependant, je crois déjfi m'acquit ter d'ime partie de 
la dette de reconnaissance contractée envers vous en cédant 
la place à mon vieil ami Francey, dont il est superflu de faire 
l'éloge, et qui, puissamment secondé par un auxiliaire aussi 
précieux que M. l'avocat général Thuriet, saura porter haut et 
ferme le drapeau de notre Association. 

C'est dans ces sentiments. Messieurs, que je lève mon verre 
en l'honneur de vous tous, et, en portant votre santé, je bois à 
la prospérité éternelle de la Société d'Emulation du Doubs. Je 
n'aurais garde, dans ce salut confraternel, d'oublier notre dévoué 
secrétaire décennal, dont nous déplorons tous ici l'absence à ce 
festin intime, et à qui nous souhaitons, de tout cœur, un prompt 
rétablissement. 



Toast de M. Francev, préaident élu pour i903. 

Messieurs, 

Lorsque M. Jules Gauthier, notre dévoué secrétaire décennal, 
me fit connaître votre intention do m'élire président de la Société 



— XXXI — 

et me demanda mon assentiment, j'éprouvai un mouvement 
d'hésitation. 

Ce très grand Jionneur ne revenait-il pas à beaucoup d'autres 
plus dignes, à des hommes connus par leur science et leurs 
travaux? 

Ensuite, comment remplacer mes honorables prédécesseurs 
et notamment M. le président Nargaud, dont les discours et les 
écrits sont toujours empreints d'un esprit si fin et si éclairé? 
Avec quel art, en quels termes charmants il vous a fait aujour- 
d'hui le récil des travaux et des progrès de la Société d'Kmula- 
tion pour l'année qui vient de s'écouler? Avec quelle amabilité 
il a parlé à ses auditeurs, et notamment à votre modeste nou« 
veau président, dont il a fait un éloge inspiré sans doute par 
une ancienne amitié, mais que celui-ci est obligé d'accepter 
sous réserves. 

Je ne vois, en effet, pas d'autres titres pour moi à la prési- 
dence que mon ancienneté et mon dévouement à la Société. 

Oui, je suis un ancien, mais qui n'a jamais pris une part très 
active à vos travaux, se bornant le plus souvent à une lecture 
attentive et fort intéressante de votre publication annuelle. 

C'est donc mon dévouement que vous avez voulu récompen- 
ser, et je vous en remercie du fond du cœur. Dévoué je suis à 
cette Société, toujours belle malgré sa vieillesse et surtout à 
cause de sa vieillesse, toujours alerte dans la voie du progrès 
des arts, des lettres et des sciences, cette Société qui compte 
des savants dont la Franche-Comté et môme la France s'ho- 
norent. 

Je m'efforcerai, avec les vice-présidents émériles que vous 
avez bien voulu m'adjoindre, avec les membres du bureau, dont 
les noms seuls suffisent à entretenir la renommée et l'éclat de 
notre Société, à maintenir les traditions qui ont a.ssuré ses 
succès passés et présents. 

Je lève mon verre en l'honneur du président sortant, des 
membres du bureau, de vous tous, Messieurs, qui contribuerez 
à assurer les succès futurs ! 



k 



XXXIÎ 



Toast prononcé par M. Boutroux, président de l'Académie. 

Messieurs, 

Je remercie cordialement M. le président des aimables paroles 
qu'il vient de prononcer à l'adresse de l'Académie, que j'ai 
l'honneur de représenter aujourd'hui. Je puis vous assurer. 
Messieurs, que la sympathie qu'elles expriment est absolument 
réciproque. 

Je trouve que les Sociétés comme l'Emulation du Doubs et 
l'Académie rendent plus de services qu'elles ne semblent. Au- 
jourd'hui toutes les branches de connaissance ont pris ijne telle 
extension que le travailleur est obligé de se spécialiser de 
bonne heure, et alors il est exposé à subir peu à peu une cer- 
taine déformation professionnelle de l'esprit. Mais s'il s'associe 
à d'autres personnes qui travaillent sur d'autres sujets, s'il 
vient de temps en temps entendre de charmantes choses comme 
celles que nous avons eu le plaisir d'entendre aujourd'hui, il 
sort, malgré lui, du cercle restreint où sa pensée était enfer- 
mée; il s'habitue à prendre intérêt à des productions étran- 
gères à sa spécialité, et échappe ainsi au danger de voir son 
esprit se rétrécir de plus en plus avec le temps. 

Je lève donc mon verre à l'union fraternelle, dont TEmulation 
du Doubs comme l'Académie donne l'exemple, entre tous ceux 
qui savent dérober au labeur quotidien de la vie pratique quelque 
temps pour s'adonner à la culture désintéressée d'une science 
ou d'un art quelconque, sans autre mobile que le goût des 
choses de l'esprit. 

A la Société d'Emulation du Doubs, 

A son très distingué président, M. le docteur Nargaud. 



— XXXIll — 



Pièces de vera de M. Julks Gauthier, êeerétaire décennal 
{lues par M. Alfred Yaissier). 



Besançon, 18 décembre 1iX)2. 

C'est avec tristesse vraiment 
Qu'au fond d'un lit où je végète, 
Quoiqu'il pleuve et fasso grand vent, 
J'éprouve un très réel tourment 
A déserter un jour de fête. 

C'est bien malgré moi, ci'oyez bien. 
Et si j'avais bon piedy bon œil, 
Rien ne m'arrêterait, non, rien, 
Malgré ce véritable temps de chien, 
Pour courir vous faire bon accueil. 

Marcher, courir, je ne l'ai pu : 
Malgré nos excellents confrères 
Docteurs et chirurgiens, j'ai dû. 
Sans être absolument perdu, 
Dire adieu à toutes affaires. 

C'est alors que, sans prendre vert, 
Vaille que vaille j'ai pondu. 
Pour vous être lus au dessert. 
Après la salade, ces vers. 
Soyez indulgents au perclus ! 



— XXXIV — 

LES VOLONTAIRES DE 1792 

( SOUVENIRS DE FAMILLE ) 

Quaad Tancien régime régnait, 

Sous Louis Quinze et Louis Seize encor, 

Le soldat, surtout s'il était 

Roturier, rarement gagnait 

Les épaulettes à franges d'or. 

Ce hasard Ijeureux vint pourtant 
Au cousin de feu mon grand-père, 
Lequel, en mil sept cent et... tant 
(Ceci ne fait rien à TalTaire), 
Fut un jour nommé lieutenant. 

C'était un dragon. A la guerre 
Il s'était battu bravement; 
Blessé, il revint chez son frère 
En congé, et incontinent 
Se mit au lit, le pauvre hère! 

Les jours passaient, et sa langueur, 
Rebelle à toute médecine, 
Ne fit que croître, et sa maigreur, 
Sa chétive et bien triste mine. 
Faisaient présager un malheur. 

Un soir, un exempt apporta 

Un grand pli aux armes de France; 

Le lieutenant se souleva 

Sur son chevet et déchira 

Cette enveloppe d'ordonnance. 

« C'est un brevet de capitaine : 

» Vive le Roi! » Et puis il tend 

La lettre à son frère : « Tu m'entends, 

» Le Roi m'envoie, c'est bien la peine, 

» Du pain... quand je n'ai plus de dents! i> 



— XXXV — 

Au cimetière on conduisit 

Le pauvre homme dans la huitaine, 

Et de sa carrière lointaine, 

Des faits d'armes qu'il accomplit, 

Rien ne survit au capitaine. 

Dix ans ont passé : la Patrie 
Appelle tous ses défenseurs 
A la frontière dégarnie. 
Pour repousser la tyrannie 
Et combattre les oppresseurs. 

Les volontaires, en ces alarmes, 
Sortent du sol et à grands cris. 
Tous les hommes courent aux armes; 
Partout s'enrôlent aux districts 
Les vieux soldats et les conscrits. 

Pris d'une idée singulière, 
L'héritier de notre dragon 
Prend l'uniforme de son frère : 
Casque, épaulettes, ceinturon, 
Monte à cheval et part en guerre. 

Sous ce brillant harnais, il roule 
De Thoraise jusqu'à Quingey, 
Et les volontaires en foule, 
Electeurs, crient dans la houle : 
Vive le commandant Biget! 

Et, tambours battants, jusqu'au Rhin, 

Le bataillon de volontaires, 

Biget en tête, prit soudain 

La marche, et, l'épée dans les reins, 

Culbuta tous ses adversaires. 

Huit ans durant Biget marcha. 
Sacrant et sabrant, comme un sourd; 
Huit ans son bataillon trembla 
Sous sa rude main ; au combat 
Sa voix dominait le tambour. 



— XXXVl -— 

Mais voilà que de Bonâpaile 
Le génie apparut, divin ! 
Adieu vieux jeu et vieille carte, 
Des volontaires le destin 
Finit. Il faut que Biget parte. 

Retraité, avec compliments, 
Il se retire en son village 
Et lit philosophiquement 
Le récit des événements 
Qu'alors l'Empereur met en page. 

Et chaque fois qu'un Te Deum 
De victoire se chante à l'église, 
En uniforme le brave liomme, 
Qui de combats encor se grise, 
Fêtait la Redingote grise. 



Jules Gauthier. 



MÈMUIRKS 



LA 

SOCIÉTÉ DlMULATlOiN DU DOUBS 

EN 1902 



Discours d'ouvertare de la séance publiqoe da jeudi 18 décembre 



Par M. le Docteur NARGAUD 

PRÉSIDENT ANNUEL 



Monseigneur (i), 

Mesdames, 

Messieurs, 

Chaque année, à pareille époque, il est d'usage que la So- 
ciété d'Emulation du Doubs procède au recensement du tra- 
vail accompli et que son Président vienne, à cette séance 
publique, en faire l'exposé sommaire qui puisse permettre 
d'en apprécier l'importance et la valeur. C'est donc à moi 
qu'incombe aujourd'hui la mission délicate de remplir cette 
tâche ; aussi, en adressant à tous mes collègues l'expression 
de mes sentiments de profonde gratitude de l'honneur abso- 
lument immérité qu'ils m'ont fait en m'appelant à la direction 
de leurs travaux, j'escompte en même temps la bienveillance 
d'un auditoire d'élite capable de supporter sans trop de fa- 
tigue l'aridité de leur nomenclature. Votre présence parmi 
nous, Monseigneur, Mesdames et Messieurs, est du reste un 
sûr garant de l'intérêt que vous n'avez jamais cessé de té- 
moigner à notre Association, ce qui nous autorise à vous 

(1) Mil' Petit, archevêque de Besançon. 



— 2 — 

considérer comme étroitement unis à elle par une commu- 
nauté de sentiments, d'estime et de sympathie, et nous im- 
pose en retour Tagréable mais périlleux devoir de vous sou- 
mettre le compte rendu des résultats obtenus et des progrès 
réalisés pendant Tannéequi «'achève. 

En jetant un rapide coup d'œil sur le tableau qui va se dé- 
rouler sous vos yeux, j'ai tout lieu d*espérer que votre indul- 
gence reconnaîtra que nous nous sommes montrés dignes 
de la confiance de nos concitoyens, de la sollicitude toute 
spéciale des représentants les plus éminents des pouvoirs 
publics dont Tassiduité à nos réunions annuelles, tout en re- 
haussant l'éclat de l'assemblée, constitue pour nous la plus 
haute et la plus enviable des récompenses. 

Depuis plus de soixante ans qu'elle existe, la Société d'E- 
mulation du Doubs a fait preuve d'une vitalité toujours crois- 
sante, d'une activité et d'une^ ardeur infatigables à la re- 
cherche des documents de toute sorte destinés à enrichir son 
patrimoine scientifique. Les nombreux mémoires qu'elle a 
publiés dès sa fondation et qu'elle publie encore sont là pour 
l'attester; ses bulletins ofliciels autorisent à prévoir d'avance 
ce que le monde savant est en droit d'attendre de sa bonne 
volonté. 

En 1902 les séances de la Société ont bénéficié des travaux 
suivants : 

Notre excellent confrère, le docteur Albert Girardot, nous 
a communiqué une notice des plus intéressantes sur Alfred 
Milliard, le bienfaiteur de notre musée archéologique. Après 
avoir achevé ses études de droit à Paris, Milliard s'était oc- 
cupé beaucoup de littérature et de poésie, avait écrit dans 
des revues littéraires et publié deux volumes de vers remar- 
qués. De retour dans son pays natal, à Fédry (Haute-Saôncl, 
sans abandonner les lettres il s'adonna plus particulièrement 
à l'archéologie et surtout à l'archéologie préhistorique. Il eut 
la bonne fortune de rencontrer aux environs de son village 
plusieurs stations des âges de la pierre qu'il explora et étudia 



— 3 — 

avec beaucoup de patience et de sagacité. Les collections 
d'armes, d'instruments et d'ustensiles divers qu'il y a re- 
cueillis ont une valeur très appréciable. En les donnant au 
musée de Besançon il lui a fait un legs précieux, d'autant 
plus que notre musée était jusqu'ici assez pauvre en objets 
de ce genre provenant de notre province., 

M. l'abbé Paul Druot, curé de Voillans (Doubs), a écrit 
pour nous un mémoire archéologique sur une curieuse 
cloche cTu xv« siècle qu'il a découverte dans le clocher de son 
église. Ayant déchiffré les inscriptions gothiques, le sceau et 
les armoiries imprimés sur les flancs de ce bronze, il a pu 
en déterminer Torigine exacte, grâce aux archives des Dames 
de Baume, d'où il provient. 

Le docteur Henri Bruchon, fouillant les archives médicales 
du xvii* siècle, nous a fait revivre la portrait d'un Esculape 
très considéré à l'époque, le docteur Jean Gavinet, qui fut 
un des bourgeois les plus notables de Besançon. Il a écrit 
un livre de raison où sont notés chaque année les traits 
marquants de sa carrière, les événements contemporains 
dignes d'intérêt soit dans la vie de la cité, soit dans l'histoire 
de l'Empire ou même dans l'histoire de la France . Les éphé- 
mérides de cette autobiographie permettent de reconstituer 
la vie d'un praticien aimé et estimé de ses plus illustres con- 
citoyens et qui fut en môme temps pendant de longues an- 
nées (1626-1641) un de nos premiers magistrats municipaux. 
M. l'avocat général Maurice Thuriet, qui, d'emblée, a su 
conquérir une place distinguée parmi nos collaborateurs, 
nous a donné lecture d'une communication fort attrayante 
sur le garde des sceaux Courvoisier (qui fut lui aussi avocat 
général à la Cour d'appel de Besançon) en nous décrivant la 
carrière brillante et très mouvementée d'un magistrat franc- 
comtois des plus célèbres. 

Celte notice très précise quoique très concise est destinée 
à la Biographie franc comtoise qui paraîtra prochainement 
sous les auspices des Sociétés savantes de notre région. 



- 4 - 

Digne émule de M. le curé de Voillans, dont il porte le 
nom et dont il professe la sympathie pour les recherches ar- 
chéologiques, M. labbé Hermann Druot, ancien professeur 
au séminaire de Consolation, nous a présenté un compte- 
rendu très instructif des fouilles et des découvertes faites sur 
son initiative et par ses soins dans les ruines du château de 
Châtelneuf-en-Vennes qui dominent les sources et les cas- 
cades du Dessoubre et du Lançot. 

Sous son intelligente direction, les élèves du séminaire ont 
consacré les loisirs de leurs récréations à creuser et fureter 
dans les décombres du vieux castel féodal, pour exhumer une 
collection considérable d'objets variés ; instruments aratoires, 
armes, mousijuets, outils de toute nature, médailles, objets 
liturgiques qui nous donnent des renseignements précieux 
sur les arts du xvii« siècle. 

M. Alfred Vaissier, dont la compétence en matière archéo- 
logique est bien connue de tous, continuant ses études sur 
Tare antique de la Porle-Noire, a expliqué le symbolisme des 
bas-reliefs qui décorent ce superbe monument, sans contredit 
la plus remarquable des curiosités de notre ville, peut-être 
même de notre pays. Avec une sagacité merveilleuse, il a 
déchiflré, comme on disait naguère, Ténigme du sphinx et 
déchiré, aux yeux des profanes, le voile mystérieux et impé- 
nétrable d'un édifice grandiose, érigé en glorification de la 
puissance romaine, dont s'enorgueillit notre cité, fière de 
posséder un des chefs d'œuvre de l'architecture du m* siècle. 

M. le docteur Bourdin, médecin-major au 7* bataillon de 
forteresse, un de nos nouveaux collègues, qui consacre les 
rares loisirs de sa profession à des études du plus haut inté- 
rêt, non seulement au point de vue de la santé publique, 
mais aussi dans le domaine des sciences, des lettres et dos 
arts, nous a cummuni(|ué une étude très appréciée sur le 
maréchal duc de Randan, lieutenant général du gouverne- 
ment de Franche-Comté, de 1741 à 1773. Le duc de Randan 
était le petit-fils du maréchal duc de Lorges, ancien gou- 



^ 5 — 

verneur de la province et fils de Gui-Nicolas de Durfort et 
de Thérèse de Chamiilard, fille de fun des ministres de 
Louis XIV. 

Colonel à i9 ans, il prit part à toutes les actions militaires 
de son époque et fut appelé, en 1741, au commandement 
en second de la Franche- Comté, quMl conserva jusqu'à sa 
mort. 

Princièrement installé à Besançon dans l'hôtel du com- 
mandement (ancien Hôtel Montmartin, occupé aujourd'hui 
par les dames du Sacré-Cœur), il possédait aussi le château 
de Balançon par suite de son mariage avec Mlle de Poitiers, 
héritière de la maison de Rye. Son taste et son luxe sont res- 
tés légendaires et les fêtes splendides qu'il donna, tant à 
l'hôtel du quartier général qu'en son merveilleux château où 
toute la noblesse était conviée, témoignent hautement de son 
respect absolu pour les traditions aristocratiques de cette 
époque et aussi du vigoureux essor imprimé au commerce 
de notre ville, qui bénéficia largement de son administration. 
Aussi le nom de Durfort, de Randan, de Lorges, de Duras 
est-il écrit en lettres d'or à l'armoriai de notre province. 

M. Victor Guillemin, dans une étude très documentée sur 
la peinture anglaise, a mis en relief l'entrée bien tardive de 
ce grand pays industriel dans le mouvement artistique. De- 
vancée depuis longtemps par les écoles italienne, flamande, 
française et allemande, fécoie anglaise n'en compte pas 
moins dans son sein une pléiade d'artistes originaux dont les 
œuvres remarquables méritent à bon droit de fixer l'atten- 
tion. Nous voyons défiler Hogarth, Thomas Law^rence, Gains- 
borough qui ont enrichi de leurs productions la National 
Gailery^ ainsi que les tableaux précieux ofîerts à nos musées 
par les legs Gigoux et Chenot, dont les richesses se trouvent, 
par là même, considérablement augmentées. 

Enfin, M. Jules Gauthier, notre érudit secrétaire dr'»cennal, 
digne successeur d'Auguste Castan, à jamais regrellé, s'est 
prodigué comme de coutume dans ses recherches vraiment 



— 6 — 

fébriles et dans des attrayantes publications. Je vous signa- 
lerai à son actif : 

io Une étude sur l'église romane de Romain-Motier, bâtie 
au canton de Vaud, près de la frontière française de Jougne 
et Vallorbes. Ce spécimen de Tarchitecture monastique du 
XII» siècle est bien conservé, presque intact, moins les ab- 
sides et certain porche ajoutés aux xiii®-xv* siècles. Romain- 
Motier, Saint-Maurice de Jougne et Sainte-Ursanne, groupés 
sous le titre de Trois Eglises romanes du Haut-Jura, fourni- 
ront un chapitre intéressant à l'archéologie de la région. 

2<> Une notice sur le peintre bisontin Donat Nonnotte (4708- 
1785), fils d'un vigneron de larue Saint-Paul. Après quelques 
études préliminaires, Nonnotte se rendit à Paris et à Ver- 
sailles, où il devint Télève et le collaborateur du peintre du 
roi, François Lemoyne. Ce fut un des meilleurs portraitistes 
du règne de Louis XV. I/église de la Madeleine possède de 
lui une Sainte-Famille datée de 1728, et nos musées son por- 
trait et celui de sa femme qui témoignent d'un habile pin- 
ceau mis au service d'un talent incontesté. 

3o Une note sur un joli bronze grec provenant de l'acadé- 
micien Prosper Mérimée, retrouvé rue de Lille dans les dé- 
combres de la maison incendiée par la Commune, qu'habi- 
taient Mérimée et Edouard Grenier, offert au musée de 
Besançon par les héritiers du poète. 

4* Une autre note sur un torse de Vénus pudique, en 
pierre, du xvi' siècle, trouvé à Jougne dans les ruines de la 
maison de l'écuyer Ferlin, contemporain et ami des Gran- 
velle. 

5* Une note sur le Recueil d'antiquités romaines de 
Luxeuil, dessinées et décrites par Jean-François-Melchior 
Fonclause. en 1778, et qui, comparées aux objets découverts 
depuis, enrichissent encore le domaine de l'archéologie. 

6^ Le compte rendu d'un voyage accompli à Besançon, en 
1776. par le professeur strasbourgeois Jacques Obertin. Cet 
érudit consacra plusieurs journées à visiter notre ville, ses 



— 7 — 

monuments, ses musées, sans oublier les savants d'alors qui 
Taccueillirent avec les plus grands égards. 

La bibliothèque et le cabinet du président Chitïlet attirèrent 
plus particulièrenïent son attention bien méritée du reste, 
étant donné que le groupe important des ouvrages qui s'y 
trouvaient (6000 volumes) constitua, en 1792, le fonds le plus 
important de la Bibliothèque actuelle de Besançon. 

7'* Enfin une étude sur le costume h Besancon à la fin du 
XIV* siècle d'après le Livre d'heures de Catherine de Mont- 
bozon, femme d'un chevalier de la Tour de Saint-Quentin. 

Les miniatures qui décorent le psautier, orné des armoi- 
ries des deux maisons, fournissaient une contribution très 
précieuse à l'histoire du costume en Franche-Comté à cette 
époque. 

Tel est. Monseigneur, Mesdames et Messieurs, le tableau 
sommaire des travaux du savant préposé à nos archives, 
vous pensez sans doute avec moi que tout commentaire se- 
rait superflu. 

Toujours soucieuse des intérêts de la province, la Société 
d'Emulation, de concert avec les trois Sociétés savantes de 
notre ville. Académie, Société des Beaux-Arts. Société des 
Architectes, a adopté avec empressement un projet dû à 
l'initiative de M. Estignard et relatif au transfert des collec- 
tions de dessins de l'architecte Paris au musée, dans une 
salle spéciale qui prendra le nom de éalle Paris. Ces collec- 
tions reléguées jusqu'ici à la bibliothèque restaient ignorées 
de la grande majorité du public. En les exposant au grand 
Jour, c'est tout à la fois rendre hommage à Téminent artiste 
bisontin et permettre à chacun d'apprécier des trésors artis- 
tiques jusqu'ici presque inconnus. 

Comme corollaire de cette sage résolution, les quatre So- 
ciétés, d'un commun accord, se sont groupées en commission 
permanente de protection des monuments artistiques de 
notre cité et du déparlement du Doubs. 

En terminant cette revue, je dois vous informer que le bu- 



— 8 — 

reau de la Société, représenté par son président et son vice- 
président, s'est rendu, comme de coutume, à l'aimable invi- 
tation de la Société d'Emulation de Montbéliard pour assister 
à la séance publique qui a eu lieu, le 19 juin dernier, au mu- 
sée de cette ville. Nous y avons entendu des lectures très 
instructives sur les origines de cette principauté tour à tour 
gouvernée par les Montfaucon et les Wurtemberg, puis sur 
les fouilles pratiquées à Mandeure, d'où furent extraits des 
bronzes et des objets d'art merveilleux qui, après un som- 
meil léthargique dans les sous-sols de l'ancienne cité ro- 
maine, resplendissent aujourd'hui dans de superbes vitrines 
disposées en leur honneur. Au banquet qui a couronné la 
séance, les sentiments les plus cordiaux et les plus sympa- 
thiques ont affirmé hautement la bonne harmonie et l'étroite 
solidarité qui unissent les deux Sociétés liées par une véri- 
table fraternité d'armes sur le champ de bataille du travail, 
de la science et du progrès. 

Je suis heureux et fier d'adresser nos félicitations à plu- 
sieurs membres de notre Société qui ont été l'objet de dis- 
tinctions flatteuses pendant l'année 1902. 

M. Joubin, doyen de la Faculté des sciences, conseiller 
municipal, a été nommé recteur de l'académie de Chambéry. 
Obligé de nous quitter pour se rendre à ce poste éminent, 
M. Joubin nous permet d'espérer qu'il sera toujours un de 
nos fidèles, et je suis sûr d'être votre interprète en lui sou- 
haitant de tout cœur un prompt retour au milieu de nous. 

M. le docteur Girod, un de nos concitoyens, a été nommé 
directeur de l'école de médecine de Clermont-Ferrand. 

C'est là un témoignage éclatant de l'estime et de la consi- 
dération que notre compatriote a su conquérir à Clermont 
aussi bien que dans sa ville natale. 

Enfin, comme couronnement de ces promotions, notre 
vice-président, M. l'avocat Edmond Francey, a été nommé 
chevalier de la Légion d'honneur. Cette haute dignité, juste 
récompense des services rendus à la chose publique, tant au 



— 9 - 

palais qu'au conseil municipal et au conseil général par Té- 
minent avocat du barreau bisontin, a d'autant plus de prix à 
nos yeux qu'elle rejaillit pour ainsi dire sur notre Société, 
qui s'est grandement honorée en l'appelant aujourd'hui au 
fauteuil de la présidence. 

Il ne me reste plus (ju'nn pénible mais pieux devoir à 
remplir : saluer la mémoire de ceux (jue la mort impitoyable 
nous a ravis cette année. 

Nous avons perdu parmi nos membres résidants, M. Jules 
de Buyer, inspecteur de la Société française d'archéologie, 
puis M. Jules» Vaulherin, ancien président des torges de 
Franche- Comté, chevaher de la Légion d'honneur, ancien 
conseiller général du Doubs. Au mois de décembre dernier 
s'éteignait, à Baume-les-Dames, M. Edouard Grenier, dont la 
dernière pensée s'est traduite par une libéralité considérable 
au profit de la Société d'Emulation, à qui il donne par testa- 
ment une somme très importante consacrée à aider dans sa 
carrière un jeune homme pauvre se destinant soit aux 
sciences, soit aux lettres, soit aux arts. 

Cette pension triennale, sous le titre de fondation des 
frères Grenier (analogue à la pension Suard que distribue 
l'Académie de Besançon), est une preuve éclatante de l'atta- 
chement de ce philanthrope à la prospérité de notre associa- 
tion. En face d'un pareil souvenir, je regrette qu'il ne me 
vienne pas à l'esprit d'expressions assez éloquentes pour tra- 
duire les sentiments de profonde gratitude de notre Société 
vis-à-vis du poète distingué qui s'est révélé comme le plus 
généreux de ses bienfaiteurs. 

A cette liste nécrologique il faut ajouter encore M. Adolphe 
Jacquot, employé à la préfecture, collaborateur assidu d'une 
feuille locale, et M. Joseph Outhenin Chalandre, grand in- 
dustriel, véritable providence de la classe ouvrière, qu'il en- 
tourait d'une afTection paternelle, et dont la fin prématurée 
est vivement regrettée par l'industrie de notre province. 

A ces deuils successifs, je dois ajouter ceux de deux mem- 



— 40 — 

bres correspondants : M. Devaux, ancien juge de paix et an- 
cien maire de Gy, qui a laissé une histoire manuscrite de 
cette ville; M. de Perpigna, ancien maire de Luxeuil, qui, 
pendant Tannée terrible, s'est illustré en combattant brave- 
ment dans les rangs de la compagnie franche de l'intrépide 
colonel Bourras. 

Puisse cet hommage suprême, rendu à nos collègues dé- 
funts, atténuer quelque peu la douleur de leurs familles en 
leur apportant la certitude que leurs chagrins sont partagés 
par des hommes de cœur (jui conservent et conserveront 
pieusement le souvenir inoubliable des compagnons d'armes 
à jamais disparus! 

Tel est. Monseigneur, Mesdames et Messieurs, le bilan de 
Tannée qui s'achève. C'est «^ vous de juger en dernier res- 
sort. Permettez-moi donc, en vous remerciant encore de Tat- 
tention bienveillante que vous avez prêtée à cette lecture, 
d'espérer que la Société d'Emulation n'a pas démérité à vos 
yeux et de conclure, avec votre assentiment, que, fidèle aux 
traditions laborieuses qu'elle tient de ses fondateurs, elle a 
continué, sans faillir, sa marche en avant, toujours inces- 
sante, toujours infatigable, et tressé de nouveaux fleurons à 
la couronne scientifique, si ïichement dotée déjfi, de notre 
chère Franche-Comté. 



UNE CLOCHE FRANC-COMTOISE 

nV X\> SIÈCLE 

Par M. l'abbé Paul DRUOT 

CCRÉ DE VOILLANS 



Séance du ii janvier 1902 



Les cloches anciennes sont rares en Franche-ConDté en 
raii^on des désastres nombreux que notre pays eut à subir. 

Une des plus anciennes peut-être dans tout le diocèse de 
Besançon se trouve actuellement dans la tour de Téglise 
succursale de Voillans, non loin de Baume-les-Dames, et 
sert chaque jour encore, après 420 ans d'existence, à 
annoncer les offices paroissiaux. 

Cette cloche avait été faite pour Tabbaye de Raume-les- 
Dames, voici dans quelles circonstances : 

A la suite de la bataille d'iîéricourt, le 13 novembre 1474, 
la Comté avait eu cruellenjent à souffrir des conséquences 
de la défaite des troupes de Charles-le-Téméraire. Les alliés, 
Alsaciens, Autrichiens et Suisses, excités par Louis XI 
contre le duc de Bourgogne, se répandirent à travers le 
pays. Ils prenaient et pillaient Blamont, Pont-de-Roide, 
risle-sur-le-Doubs, Granges, Grammont, Clerval; ils incen- 
diaient et saccageaient tous les villages qu'ils traversaient. 
Baume n'échappa pas à la ruine. Un diplôme de Charles- 
Quint conservé aux archives municipales de cette ville 
nous apprend, en effet, que « Baulme-sur-le-Douhs fut 
prinse^ brullée et saccagée par les ennemys, désolée et inha- 
bitée ». 



— i2 — 

Les cloches de ces pays furent prises ou brisées pour être 
employées à la fabrication d'engins de guerre. Et s'il en 
échappa quelques-unes à ces actes de vandalisme, ces der- 
nières furent vouées néanmoins à la destruction. 

Moins de deux ans après, le 2 mars 1476, Charles-le- 
Téméraire subissait à Granson une nouvelle défaite qui le 
plongea dans un cruel abattement, mais le désir de la ven- 
geance ne tarda pas à faire succéder en lui une activité fié- 
vreuse. Il ne songea plus qu'à reformer une nouvelle 
armée; il n'avait plus d'artillerie, il fit fondre le reste des 
cloches des églises du pays de Vaud et de la Comté pour en 
forger des canons, et ordonna même de rechercher dans les 
maisons de ses sujets les métaux propres à la guerre. 

Saccagée d'un côté par les alliés de Louis XI, dépouillée 
par Charles-le-Téméraire, l'abbaye de Baume-les-Dames, 
profitant d'un moment d'accalmie après tant de désastres et 
la mort du roi de France (1483), fit faire, sous le pontificat 
de noble dame Alix de Montmartin, abbesse du il mars 1477 
au 11 décembre 1485, deux cloches dont les inventaires de 
ladite abbaye nous signalent l'existence. Toutes deux, y est- 
il dit, étaient aux armes de Montmartin, la plus grosse 
pesant 2000 livres, la plus petite environ 1200. 

C'est assurément cette dernière que possède l'église de 
Voillans, car elle répond en tout point à celte double indica- 
tion et porte des marques indéniables de son ancienneté. 

Haute de 72 centimètres, elle a l'n46 de tour au cerveau, 
1™51 à la seconde inscription, 1"75 à la gorge précédant la 
panse, 2*69 à la base, et pèse approximativement de onze 
à douze cents livres. Grâce à sa forte épaisseur de métal, 
elle a une grande amplitude de vibrations, un son argentin 
distingué et donne la note «t bémol. 

Le battant est en fer grossièrement martelé; la panse, 
d'une épaisseur presque double de celle des cloches mo- 
dernes, est usée en maints endroits par suite des coups du 
battant et nombreux aussi sont les éclats qu'on aperçoit à la 



— 13 — 

patte ou partie inférieure : indices certains de pérégrina- 
tions ou d'ascensions mouvementées. 

La forme rappelle celle des cloches du xiv* siècle; le cer- 
veau en est très aplati, à peine bombé; les salissures pres- 
que droites jusqu'aux gorges ou filets en relief qui précèdent 
la panse. Particularités à noter : les anses (ou anneaux de 
suspension) ne sont pas orientées avec le devant de la 
cloche, ce qui se fait toujours depuis longtemps ; et elle a 
été frappée aussi par un marteau d'horloge. 

La décoration est fort simple : une croix latine de 18 cen- 
timètres sur trois degrés; une inscription principale en 
beaux caractères gothiques de 33 millimètres de hauteur, qui 
forme comme une couronne à la naissance du cerveau de la 
cloche : mentem . sanctam . spontaneam-honorem Deo et 
PATRIE LiBERATiONEM, puis le uom du fondcur en mômes 
caractères et faisant corps avec cette triple invocation : 
GuiLLAME FET. Il est intéressant de constater, en passant, 
que c'est la première fois qu'on trouve le nom d'un fondeur 
du pays. Jusqu'alors, l'industrie du bronze avait fait appel 
à des artistes allemands ou lorrains qui excellaient dans la 
fabrication des cloches, bombardes ou canons. 

Chaque mot de l'inscription est séparé par un joli motif de 
décoration en forme d'S majuscule renversé (2), de la même 
dimension que les caractères gothiques. 

Le commencement de l'inscription est indiqué par une 
petite croix de Malte plantée sur quatre gradins. 

Huit centimètres plus bas se trouve une inscription plus 
petite faisant encore le tour complet de la cloche et obtenue 
par ces mots : Laudate Dominum omnes gentes, quatre 
fois répétés, et également en caractères gothiques minus- 
cules de l'2 millimètres de hauteur. 

En considérant ces inscriptions avec attention, on remar- 
que que dans la première les caractères qui ont servi à l'im- 
primer sur le moule étaient mobiles; dans la seconde, au 
contraire, la phrase Laudate Dominum omnes gentes était 




— i4 — 

clichée et formait comme une matrice dont le fondeur devait 
se servir fréquemment. 

Entre ces deux inscriptions, pour les relier Tune à 
l'autre, quatre médaillons, de 63 millimètres de hauteur, 
sont placés à distance égale, et représentent deux motifs 
répétés alternativement : le crucifiement avec la sainte 
Vierge et saint Jean debout de chaque côté de la croix, 
puis saint Sébastien percé de dix flèches horizontales, po- 
sées régulièrement, cinq de chaque côté du corps, et bar- 
belées de façon artistique. Les figures sont grossières, 
d*un dessin naïf et intéressant qui rappelle le style de l'é- 
poque. 

Sous le nom du fondeur, à égale distance de deux des mé- 
daillons précédents, et toujours entre les deux inscriptions, 
est placé un sceau ogival haut de 66 •"/'» et large de 40. La 
légende est en minuscules gothiques : S. Dame Alix de 
Montmartin abbasse de Bulme, 

Ce sceau a exactement la même forme et la même dimen- 
sion que celui de la même abbesse, trouvé aux archives de 
Neuchâtel (Suisse) par M. J. Gauthier (G. '27,, n« 14 : X. 3, 
n» 5). Sous un dais d'architecture accosté de colonnettes et 
de contreforts servant de soubassement à une Notre-Dame 
debout portant l'Enfant, avec l'éou de Montmartin fascé de 
onze pièces. 

Ce blason nous donne approximativement la date de fabri- 
cation de cette cloche, Alix de Montmartin ayant été abbesse 
de Baume-les-Dames de 1477 à 1485. D'après le texte de 
l'inscription, il semblerait que c'est à la fin de son pontificat 
que la dite cloche a dû être fondue. Cette délivrance de la 
patrie (patrie liberalionem) qu'on implore pourrait indiquer 
qu'on était au lendemain des terribles malheurs qui venaient 
de frapper Baume et la Comté tout entière. On objectera, 
sans doute, que ces mots patrie liberationem sont une for- 
mule qu'on retrouve sur plusieurs cloches du xvr siècle et 
pourraient présenter un autre sens : la protection du pays 



— 15 — 

contre la foudre. La première interprétation paraît plus vrai- 
semblable. 

Il serait intéressant de savoir comment cette cloche a pu 
quitter Tabbaye pour venir trouver un refuge dans le modeste 
clocher de Téglise de Voillans. 

La tradition locale porte à croire que cette cloche a été 
achetée, d'autres même disent volée à l'abbaye de Baum.e. 
Depuis le 15 août 177^2, date de la bénédiction de Téglise ac- 
tuelle de Voillans, il y a toujours eu une cloche et une seule 
jusqu'en 1837. Le dernier inventaire de l'abbaye de Baume, 
où elle figure, est celui qui a été dressé le 22 janvier 1725 par 
Antoine-Philippe Doroz à la mort de l'abbesse de Thyard de 
Bissy : « Dans le cloclier, y est-il écrit, sont trois cloches 
dont,, une médiocre, qui pèse environ 1200 est aux armes 
de Moatmartin. ù 

Elle y reste jusqu'en 1791 où avec les trois autres cloches, 
ses compagnes, elle fut descendue du clocher de l'abbaye 
pour être transformée en gros sous en vertu d'un décret 
royal. Mais la paroisse" "der Batmne réclama et obtint la plus 
grosse cloche pesant 2000 livres ; celle de 1200 1. fut « pret- 
tée il la municipalité de Voillans, ensuitte d'ordonnance du 
département du l"" octobre 1701 (1;. » La commune de Voil- 
lans n'en paya jamais qu'une faible part au fondeur Denis 
Faivre des Ghaprais près Besancon, chargé de transformer 
les cloches en saumons ou « llaons » de cuivre destinés à la 
Monnaie de Besançon. 

Telle est riiistoire de cette cloche, la plus ancienne peut- 
être de toute la Franche-Comté, certainement l'une des trois 
ou quatre plus anciennes, et la seule qui, outre une date cer- 
taine, possède le nom du fondeur, vraisemblablement Com- 
tois, qui l'exécuta. Après avoir appelé pendant deux siècles 
k de pompeux oflices d'opulentes religieuses, elle sonna cou- 
rageusement, malgré tous les décrets, pendant les heures les 



(l) Etat du 2 septembre 1791 (G 389, Arcli. du Doubs). 



— 46 - 

plus terribles de la Révolution, au grand effroi de Tagent 
communal et du commissaire du canton, et elle convoque en- 
core aujourd'hui dans une bien pauvre église des Comtois 
vigoureux tout de foi et de labeur. 



Société d'Emulation duDoubs, 1902. 



PLI 



.. 47*^6 <Ut0UUL 



•in^si .a 




ClocKe donnée en 1484-1485 h l'église abbatiale deBaiime 
par l'abbesse Alix deMonimSiTiinfI'y/jse<fef6//AnsCûMt6sJ 



Société d'Enitihition du Doubs, 1902. 



PI. II. 




UNE CLOCHE FRANC-COMTOISE DU XVe SIÈCLE. 
Médaillons et Sceau de Dame Alix de Montmariin. 



Société d*Enittlation du Doubs, 1902. 



PI. II. 




UNE CLOCHE FRANC-COMTOISE DU XVe SIÈCLE. 
Médaillons ei Sceau de Dame Alix de Montmartin. 



— 18 — 

ner d'une obsession qui prend naissance dans le légitime 
désir de connaître la vérité. 

Cette patiente et fort honorable curiosité a été tant de fois 
mise à l'épreuve, qu'on ne peut songer à la satisfaire qu'en 
arrachant, pour une première fois, à Porte-Noire quelques- 
uns de ses secrets. 

Vous allez apprécier, Messieurs, si ce que vous allez en- 
tendre répond à cette condition. 

Il y a trente-six ans, l'érudit écrivain qui présida si long- 
temps et avec tant de supériorité aux destinées de la Société 
d'Emulation du Doubs, Auguste Castan, consacrait à l'Arc de 
Besançon un remarquable travail présenté dans une séance 
analogue à celle d'aujourd'hui 'V. 

Après un résumé sommaire des études antérieures sur 
ce sujet, le judicieux critique passait à des considéra- 
tions architectoniques tirées de la comparaison des monu- 
ments romains durant une période savamment limitée, pour 
consolider la thèse déjà soutenue par quelques-uns de ses 
prédécesseurs immédiats, à savoir que le monument avait 
été construit sous le règne de l'empereur romain Marc- 
Aurèle. 

Avant de terminer sa dissertation, Castan essaya, avec es- 
prit, mais sans trop y réussir, d'interpréter quelques-uns des 
bas-reliefs de Porte-Noire, la plupart des autres n'étant pas, 
à son gré, « également lisibles ». 

Aujourd'hui, de bienveillants confrères m'invitent à re- 
prendre ce travail en me laissant libre d'y procéder à ma 
guise. J'abuserai peut-être de cette latitude, mais, en retour, 
on aura la satisfaction de reconnaître que si notre éminent 
confrère et ami n'a pas poursuivi l'œuvre jusqu'au bout, 
c'est à sa prévoyante initiative que nous devons des éléments 



(1) Contidérations sur l'Arc antique de Porte-Noire j à Besançon, 
par A. Castan (Mémoires de la Société d'Emulation du Doubs, année 
1866, p. 420). 



— 19 — 

indispensables, sinon pour l'achever, mais du moins pour la 
pousser un peu plus loin (l). 

Puissé-je, sous la sauvegarde de ce sympathique souvenir, 
obtenir la bienveillante attention de mon auditoire. 



Lorsqu'un épigraphiste veut déchiffrer une inscription mu- 
tilée, après avoir relevé exactement les lettres certaines, il 
scrute, dans les lacunes, les moindres accidents de la pierre, 
afln d'y découvrir les traces de caractères intercalés, pour 
compléter, s'il est possible, ce qui manque au document, et 
cela avec patience et surtout sans parti pris. 

Il semble que la même méthode doive être employée quand 
il s'agit d'une sculpture détériorée. 

D'où vient que dans nos murs un monument antique, le 
plus considérable de tous, demeure, depuis au moins trois 
siècles, comme une inscription figurée dont des lignes en- 
tières passent pour être encore plus impénétrables que des 
hiéroglyphes? 

Dirons-nous, avec un éminenl critique, M. Emile Faguet, 
que « c'est la condition même de tout ce que fait l'homme 
ici-bas; il ne réussit qu'au prix de mille tâtonnements et ne 
finit par frapper juste qu'à force de s'être trompé ». 

Permettez-moi, pour mieux approprier cette pensée au cas 
particulier, de répéter avec la Sagesse des nations : Ce n'est 
qu'en frappant juste sur la tête du clou qu'on parvient à l'en- 
foncer. 

Tous ceux, sans exception, qui ont cherché la solution 
d'une seule de ces énigmes n'ont pas suivi la méthode de 
l'épigraphiste ; ils ont jeté sur les sculptures un regard su- 
perficiel, se sont rebutés des difficultés, et, surtout, ont tra- 
vaillé avec des opinions préconçues. De là des interprétations 



(1) Voir deux précédentes études dans les Mém. de la Soc. d'Emul. du 
Doubs, 1897, p. 217, et 1901, p. 161. 



— 20 — 

d'une stérilité absolue et ne pouvant jamais entrer comme 
éléments dans un ensemble bien homogène tel que les cons- 
tructeurs ont dû le concevoir. 

Que Ton veuille bien ne pas comprendre dans cette appré- 
ciation sévère les très estimables études, entreprises pour 
suppléer au silence de THistoire, afin de déterminer Tépoque 
présumable de Térection du monument II ne sera question 
ici que d'un certain nombre de bas-reliefs qui sont comme 
les mots de phrases bien faites et où tout se tient. Ne con- 
vient il pas qu'il ne soit plus dit que nous n'avons pas pu les 
déchiffrer avant leur disparition? 

Pour démontrer le vide des interprétations proposées, il 
suffit de les signaler, sans qu'il soit besoin d'insister sur le 
chapitre des variations. Au moyen d'un exposé chronolo- 
gique de la série des commentateurs et de leurs opinions di- 
vergentes, vous assisterez à une sorte d'escrime où chacun 
des combattants cherche à battre en brèche la thèse adverse 
pour recevoir des coups à son tour, sans que jamais personne 
puisse sortir victorieux. 

Me serait-il permis, Messieurs, de vous considérer comme 
les juges du camp? 

Mais, direz-vous, en cette matière, il serait nécessaire de 
nous faire mieux connaître l'objet en discussion? 

Pour vous documenter, laissez-moi user d'un procédé peut- 
être étrange, mais à coup sûr fort avantageux dans la cir- 
constance actuelle. 

Veuillez écouter ce récit : j 

« Il y a seize cents ans, un étranger, voyageant pour son 
instruction, arrive en face de la cité de Vesontio. 

Après avoir admiré le paysage depuis une hauteur, il des- 
cend la route «lui, par le faubourg, le conduit à la rivière où 
il trouve un pont de pierre dont les solides arcades peuvent j 

défier les siècles. A peine a-t-il atteint l'autre rive que s'ouvre 
devant lui une longue rue, parfaitement droite, bordée de 



- 21 - 

trottoirs, et luxueusement pavée de larges dalles bien appa- 
reillées. 

Tout au bout de la perspective des constructions, il aper- 
çoit dans le lointain un édifice transversal qui se détache sur 
le fond de tableau formé par la montagne rocheuse. 

Bientôt il peut satisfaire sa curiosité, circuler autour d'un 
monument décoratif, isolé dans la partie dominante d'une 
place publique; c'est une majestueuse arcade dont les deux 
façades ainsi que les côtés comportent la plus abondante or- 
nementation ; rorientation en est si parfaite que le soleil en 
fera pour ainsi dire le tour dans une même journée. 

Notre voyageur lit sans peine une grande inscription dé- 
dicatoire tracée en lettres de bronze fixées sur la frise du 
couronnement, où elle est accostée de deux figures de Gé- 
nies agenouillés: 

JOVI OPTIMO MAXIMO, 
FELICITATIS REIPUBLICE CONSERVATORI. 

Il comprend aussitôt qu'il a sous les yeux l'expression élo- 
quente de la piété des habitants d'une cité, après l'achève- 
ment de grands travaux d'utilité publique dont il aperçoit à 
quelques pas de somptueux témoignages. 

Il suit de l'œil des lignes architecturales richement fouil- 
lées, en même temps qu'il remarque une multitude de fi- 
gures, les unes d'un très haut relief, semblables à des sta- 
tues, les autres réparties à l'intérieur comme à l'extérieur, et 
même sur les seize colonnes qui les encadrent en les faisant 
valoir. 

Sur la clé de voûte préside le maître suprême Jupiter^ re- 
présenté en vainqueur des Titans qui se tordent à ses pieds; 
de superbes Renommées avec les guirlandes de l'abondance 
lui présentent les palmes de la Victoire dont les glorieux 
messagers. Castor et Pollux^ les deux fils du Roi de l'O- 
lympe, se dressent de chaque côté, en grandeur colossale, 
pour personnifier le Jour et la Ntnt, la Vie et la Mort. 

Plus bas les douze Mois de V Année sont symbolisés par 




DÉDALE ET Icare 



— 22 — 

autant de tableaux des scènes de la vie humaine pendant la 
paix, sorte de Zodiaque qui unit le ciel à la terre. 

Gomme un enseignement 
de haute sagesse se succèdent, 
sur les colonnes, les beaux 

j J llHfî/iT^il / I \ll exemples de travail, de dé- 

i î W ( "i \ ^ vouement et de courage don- 
iSj Jl Ii^'^^V iVV ^^^ ^^^ hommes par les Héros 

légendaires : Dédale, Thésée, 
Hercule, etc. 

Enfin, pour encadrer cette 
figuration religieuse et philoso- 
phique mise en première ligne, arrive \di décoration officielle, 

qui comprend les com- 
bats, les captifs et les 
apothéoses des vain- 
queurs, mêlés aux tro- 
phées militaires, en ré- 
sumé la glorification de la 
puissance romaine sous 
laquelle se maintient la 
tranquillité et se déve- 
loppe la félicité publique. 
— Voilà, se dit l'étranger, un digne hommage de piété et 
de reconnaissance rendu par les habitants de ce lieu aux au- 
teurs de leur prospérité. 

Cela dit, notre visiteur satisfait franchit Tarcade et va 
rendre ses devoirs au grand temple de Jupiter qui s'élève à 
quelque distance sur le versant de la colline. » 




Thésée et le Minotaure. 



Ainsi finit notre récit. 

— Mais c'est une fable que vous nous racontez ! 

— Pas tout à fait! Veuillez y voir la projection idéale d'une 
réalité trop lointaine pour qu'on puisse la reproduire autre- 
ment dans l'intérêt de ce qui suit. 



— 23 — 

La vue d'ensemble ou la description mise sur le compte 
d'un voyageur anonyme du ii" siècle, écarte en de nom- 
breuses places les allusions û des faits historiques qu'on y 
soupçonnait à tout hasard. - Ce qu'on aurait gagné d'un côté 




serait perdu de l'autre. — Il ne resterait plus alors qu'à s'en 
prendre uniquement au style de l'architecture, au caractère 
ou à la qualité des sculptures, pour déterminer sinon une 




date précise d'origine, du moins pour limiter aussi étroite- 
ment que possible la période pendant laquelle le inonunicnl 
a été construit. 

Il est plus facile d'essayer la restitution d'un monument 



- 24 — 

mutilé que d'en retracer l'histoire quand Jes documents font 
défaut. 

Dans ce dessein, et d'après ce qui en a été dit de meilleur, 
la période cherchée ne peut être comprise qu'entre le début 
de la décadence de la sculpture romaine et sa chute rapide 
pendant les trente années de la fin du second siècle. 

A partir de cette époque, l'agilation incessante du monde 
barbare mettant de plus en plus en péril la situation de la 
Gaule, devait empêcher toutes les entreprises de construc- 
tions luxueuses. 

Aux premières invasions si meurtrières du ni* siècle, 253 
et 275, après une période relativement pacifique sous Cons- 
tantin, succédèrent celles du milieu du quatrième, où une 
grande partie du territoire fut de rechef envahie et dévastée. 
Parmi les nombreuses villes qui furent saccagées, à une date 
indéterminée, nous avons sous les yeux le témoignage de 
celle de Mandeure qui, ouverte et dégarnie de ses forces mih- 
taires, périt entièrement dans les flammes. 

Sous la menace continuelle de ces terribles occupations, 
Vesontio, subissant le contre-coup de la misère générale, a 
dû voir graduellement sa population décroître et ses cons- 
tructions rester inachevées, puis, un jour que nous ne con- 
naissons pas, partager le sort commun. Dans quelle mesure 
les barbares prirent-ils part à la destruction des édifices? 
C'est ce que nous ignorons. Ce ne sont pas de grandes subs- 
tructions dont on a arraché par la suite tous les matériaux 
utilisables, ni même quelques colonnes renversées et brisées 
qui peuvent nous renseigner. Ce piédestal consacré aux 
dieux, cette colonne même qui, sur le versant de la citadelle, 
se serait effondrée, au premier siècle, à la parole de saint 
Lin, n'esl-il pas un indice, bien que légendaire, de ce qui a 
pu arriver plus tard, et sans miracle cette fois, comme repré- 
sailles des persécutions? 

Elle ne nous renseignera pas davantage cette fameuse 
lettre que le César Julien adressait, en 360, à son ami le phi- 



— 25 — 

losophe Maxime, au retour de l'expédition heureuse contre 
les Artuaires, et au moment où il passait par Vesontio pour 
aller hiverner à Vienne. Ce futur restaurateur du vieux culte 
païen savait fort bien à quoi s*en tenir à cet égard, et, quand 
on connaît sa prudente dissimulation relativement à la doc- 
trine qu'il professait déjà, on comprend pourquoi il n'insiste 
pas sur les causes de la destruction des temples somptueux 
qui ornaient la citéy grande autrefois, mais réduite alors à 
Vétat de petite ville (1). 

Quoi qu'il en soit, que l'on fasse i-emonler l'occupation bar- 
bare de Vesontio à une époque bien antérieure ou voisine de la 
date de 356, il n'est pas douteux que le Philosophe alexandrin 
couronné n'ait compris parmi les temples dont nous retrou- 
vons aujourd'hui quelques colonnes couchées dans une an- 
tique poussière, l'apothéose de Jupiter, dépouillée, après un 
siècle et demi au plus, de son éclat primitif. Quelque ardent 



(1) TloXCxvtov 6s vuY] l<mv àv£i>r,(i.piév7), icàXat Se iiSYdXv) xt y}v xal tcoXu- 

xeXéatv Upoï; 2xex6<r(irjT0 (Lettre de JulitnJ. Cet autrefois (iràXai, olim) 

n'impliquerait-il pas Tidée d'un état remontant à plus de six années, 356 
étant la date de Tinvasion récente. D'autre part, le qualificatif àvEiXT)iJL{jLévYi 
(de àvaXaptéavci)) signifie reprise^ relevée ou réoccupée. Ausbi, les traduc- 
teurs ne s'accordent-ils pas : pour les uns, c'est un oppidulum dirutum^ 
et, pour les autres, une petite ville réparée ou en réparation. Quand on 
se représente les préoccupations d'un chef d'armée aussi avisé que Julien, 
relativement à la situation et à la conservation des places de guerre qu'il 
visite, les pourvoyant de ce qui peut y manquer, on comprend que les di- 
verses nuances d'expression de la seconde interprétation soient applicables 
dans la circonstance. 

L'empereur Constance, meurtrier du père, des frères et des cousins de 
son neveu Julien, n'avait envoyé ce dernier à cette expédition des Gaules 
que pour le perdre, comptant bien lui faire endosser tous les dangers et 
toutes les fautes de cette guerre. Déjouant cette attente, le jeune César, 
bien qu'entouré de gens hostiles on incapables (voir son Epilre si curieuse 
au Sénat et au peuple d'Athènes), se révéla comme bon général, veillant à 
toutes choses, ardent et circonspect. Celui auquel on avait imposé le rôle 
passif et périlleux de porter à l'armée les imnges de Tempereur. conduisit 
si bien la campagne qu'il rempo: ta sa grande victoire près de Strasbourg 
sur le Rhin. C'est ainsi qu'après avoir balayé les Barbares, il opérait en 
sûreté son retour par Vesontio en train de se refaire comme petite ville. 



— 26 - 

que fût son prosélytisme, il lui eût été impossible de fiaîre 
lui-même à Vesontio ce que n'avait pu réaliser à Rome son 
illustre prédécesseur et aïeul Constantin le Grand. Depuis 
longtemps il n'existait plus de sculpteurs capables d'exécuter 
de grandes figures, telles que celles des Renommées et des 
Titans de notre arc de triomphe W. 

Abrégeons cette histoire. Après avoir traversé la longue 
période des invasions, la noble arcade, de plus en plus meur- 
trie, mais toujours debout, conservera pendant quelques 
siècles, sous l'appellation de Porte de Marsy l'auréole des 
vieux souvenirs, mais bientôt, protégée par sa masse impo- 
sante, elle sera enchaînée dans une muraille d'enceinte, son 
ouverture maçonnée et rétrécie sera réduite, sous le nom si- 
nistre de Porte-Noire, à l'état de sombre couloir donnant 
accès à un quartier fermé. 

Si le monument trouvera dans ces conditions un abri pro- 
tecteur pendant tout le Moyen âge et bien au delà, les sculp- 
tures dégradées et devenues incomprises sur la face apparente 
lui maintiendront la considération respectueuse des esprits 
éclairés qui se demanderont désormais ce qu'elles pouvaient 
signifier. 

Au XVI* siècle, un des premiers commentateurs signalés 
croit y voir un hommage au conquérant des Gaules, Jules 
César; c'était remonter trop haut, et il est fort inutile de 
s'arrêter à cette attribution d'un caractère vulgaire. 

En 1580, à une époque où l'on commençait tardivement 
à mettre à profit les fruits de la Renaissance dans notre ville. 



(1; L'empereur Constance, pendjnt son triomphe immérité à Borne, ne 
pouvait assez admirer ces monuments devant lesquels il restait stupéfait. 
Perdant tout espoir de produire quelque chose de semblable et voulant faire 
grand, à son tour, il ne trouva rien de mieux que d'ériger, dans le grand 

cirque , un obélisque que la mort avait empêché Constantin de ramener 

d'Alexandrie, où un vaisseau . d'une grandeur inouïe, avait été consti^uit 
pour le transporter à l'aide de trois cents rameurs. {Ammien MarceUint 
LXVI, ch. x; LXVII, ch. iv.) 



— 27 — 

y naissait le fils d'une famille destiné à illustrer un nom no- 
blement soutenu par la descendance et la parenté. 

C'était Jean-Jacques Chifflet. Après avoir terminé des 
études littéraires et médicales, complétées par des voyages 
à l'étranger, surtout en Italie, ce jeune et savant docteur se 
livre à de patientes recherches sur l'histoire de sa ville na- 
tale. En 1618, toujours enflammé d'une patriotique ardeur, il 
publie l'ouvrage intitulé Vesontio qui va le mettre chronolo- 
giquement à la tête de nos historiens franc-comtois. 

Dans ce livre qui a eu la fortune de faire les délices des 
vieux Bisontins, trois chapitres sont consacrés à l'Arc dit 
Triomphal, tant pour démontrer que ce monument n'a pu 
être élevé qu'en l'honneur de l'empereur Aurélien, vainqueur 
sur terre et sur mer, en Orient et en Occident, restaurateur 
des Gaules, que pour donner une description soi-disant com- 
plète des figures sculptées qui sont censées appuyer cette at- 
tribution. 

Afin d'illustrer son œuvre d'un frontispice de marque, Chif- 
flet commande à un orfèvre et graveur estimable de la cité, 
Pierre de Loizy, une planche où sera représentée Porte-Noire 
dans une restitution destinée à en faire comprendre toute la 
splendeur passée. 

Nombreuse comme celle des Chifflet, la lignée des Loizy, 
d'un attachement égal pour la patrie, comi)te plusieurs ar- 
tistes d'une certaine valeur. Le talent de Pierre de Loizy, in- 
férieur à celui de ses deux fils, Jean et Pierre II, pouvait 
s'appliquer avec succès à des ciselures d'oi'lèvrerie, à des 
images de piété ou d'armoiries gracieusement composées, 
mais pour réaliser le rêve de son docte client, en présence 
d'un modèle si fruste et si peu accessible pour le regard, son 
burin capricieux alors dépaysé ne devait produire qu'une 
œuvre de fantaisie. 

Comment Chifflet aurait-il pu exiger davantage de son gra- 
veur et reprocher à son travail le manque de sincérité? 

Il est à croire même que l'inspirateur de cette figuration 



— 28 — 

inconsciemment grotesque fut satisfait puisque, avec sa 
planche supplémentaire, on retrouve les mêmes figures men- 
songères trois fois répétées. 

Le texte esta Tavenant, tant pour le fond que pour la forme, 
déclamatoire et inutilement chargé de citations poétiques se- 
lon la mode du temps. 

Le respect que commande la vénérable personnalité d'un 
citoyen si jaloux du bon renom de sa ville natale ne saurait 
interdire la critique de ses défauts. 

Les images du Vesonlio^ qui, moins prétentieuses, plus 
simples et plus sincères auraient pu encore aujourd'hui avoir 
une valeur documentaire, n'ont servi qu'à dérouler beaucoup 
trop longtemps ceux qui, dupes de leur premier succès, con- 
tinuèrent à lui conserver quelque confiance. 

Si dans la collection des figures il y en avait une d'un intérêt 
capital, c'était bien celle qui couronnait l'arcade. Au lieu de 
s'attacher fidèlement à la reproduction de ce que le temps en 
avait encore épargné, Pierre de Loizy mal conseillé n'hésite 
pas à composer un type de fantaisie dont l'attitude et les ac- 
cessoires diffèrent sur chacune des deux planches. 

Le commentateur renchérit encore sur ce sans façon de 
mauvaise augure quand il nous décrit le manteau impérial 
d'Aurélien (traheatum) et qu'il y ajoute même les couleurs de 
la poésie : 

In tunica lovis, et pictae Sarrana ferentein 
Ëx hume ris aulaea togae 

Echauffée par cette érudition trop littéraire, l'imaginîMion 
de l'auteur le trouble dans sa vision, au point que le lecteur 
ne peut s'empêcher de sourire du résultat 

Les sujets représentés vont subir en conséquence des 
adaptations étranges au gré des plus aventureuses hypo- 
thèses, à commencer par cette figure colossale où l'on n'hé- 
sitera plus à voir un des fils de Jupiter, Castor ou Pollux. 

Ce personnage, nu et solennel comme un Apollon, tient 



— 29 — 

à chacune de ses mains des attributs caractéristiques , à 
savoir la haste divine et la courte épce dans le fourreau. Ce 
glaive entouré du ceinturon se transforme aux yeux de Chif- 
flet, et sous le burin du graveur, en une massue noueuse. 
On nous impose ainsi, pour les besoins de la cause, soit 
« un Apollon déguisé en Hercule, à la façon des Egyptiens 
qui, dans leurs Zodiaques, adoptaient les douze travaux 
d'Hercule pour désigner les stations du Soleil, soit un Hercule 
triomphateur {Hercules triumphalisX lequel présidait aux 
triomphes, à Rome {in fora Boario) ». En outre, Ghifflet ne 
manque pas de citer une inscription antique oii le nom 
d'Hercule est associé à celui d'Aurélien : Aureliani consors, 

La préoccupation constante de l'auteur sera de découvrir 
dans toutes les scènes des allusions à des triomphes chimé- 
riques et d'en préciser la signification. 

L'histoire rapporte qu'Aurélien monta au Gapitole sur un 
char traîné par des cerfs. — Voici deux cavaliers, l'un pour- 
suivant l'autre avec sa lance pendant qu'une femme est ren- 
versée sur le terrain — Les chevaux seront des cerfs foulant 
aux pieds Zénobie, la reine de Palmyre. « La pierre est bien 
dégradée, observe notre auteur, ce seront des chameaux si 
vous aimez mieux, je ne m'y oppose pas (non repugno). » 

Laissons les grands hauts-reliefs de la façade et toute cette 
partie de la décoration que nous appelons officielle, laquelle 
sera historique ou de convention suivant ce que les études 
de l'avenir en décideront peut-être. 

Dans les sujets de moindre dimension, sur les colonnes . 
et sur le pilastre de la façade, nous n'avons que l'embarras 
du choix pour mettre en évidence ce que le manque de cul- 
ture archéologique a permis d'accepter alors d'un écrivain 
considéré comme sérieux. 

Mettons en regard des croquis sincères des six bas-reliefs 
du pilastre, les interprétations de Ghifflet. 

Un choix bizarre d'épisodes peu intéressants, mais soit- 
disant honorables pour Aurélien, a déjà pris la place de toute 



— 30 — 

la série des Héros légendaires; ici, au lieu de rallégorie des 
Mois ou des Saisons, notre historien va s'ingénier à découvrir 
autant de personnalités divines trioniphantes à leur manière. 
Premier tableau. - Malgré l'extrême dégradation de ce 
tableau du sommet on s'accorderait à voir dans ce person- 
nage à tournure athlétique qui serre un arc dans sa main 
droite un Hercule chasseur, ou bien un de ces figurants aux 
combats des grandes fêtes célébrées au mois de juillet en 




PREMIER TABLEAU. 

mémoire d'Hercule. — P. de Loizy, estimant sans doute que 
nul n'y verra jamais mieux, imagine une figure de fantaisie, 
voire même celle d'une femme assise sur un haut tabouret de 
forme étrange, et aussitôt Ghifllet de donner cette explica- 
tion très alambiquée : a Gomme le temple où brûle le feu sa- 
cré, emblème de la puissance divine est toujours placé sur 
les hauteurs, nous avons ici Vesta, semblable au triompha- 
teur qui se repose [sedens] après la paix conijuise, à côté du 
laurier de la virginité î 



- 31 — 

Deuxième tableau. — Cette figure de jeune femme, nue 
et debout, sous une double chute d'eau, curieux rappel de 
quelque fontaine décorative où un esclave vient à la provi- 
sion, n'allégorise-t-elle pas assez heureusement le signe 
zodiacal du mois d'août, la Vierge?— Ghifflet y découvre une 
allusion à la continence exemplaire du triomphateur Auré- 




DEUXIÈME TABLEAU. 



lien vis-à-\'is de Zénobie, et c'est alors Vénus triomphante 
repoussant TAmour (Venus victrix amovens Cupidinem). 

Troisième tableau. — Cet éphèbe à la chevelure féminine 
est en train de cueilHr des fruits. Le panier qui contient la 
récolte du mois de septembre est métamorphosé en un mon- 
ceau, au pied du dieu Mars, des dépouilles de l'ennemi 
vaincu ! 



— 32 — 

Quatrième tableau. — Un personnage imberbe, toujours 
jeune, et avec celte chevelure abondante qu'aiïectionne le 
sculpteur, est assis dans une pose très sculpturale sous une 
vigne grimpante. Il porte la main à des grappes de raisins; 
à ses pieds, un récipient quelconque pour la récolte du 
mois d'octobi^e. 




TROISIKME TABLEAU. 

Inous accepterons cette jolie citation poétique : 

Hic, qui pœmpineis victor juga flectit habcnis 
Liber. . . 

(Liber autrement dit Bacchus) , mais nous n'admettrons 
pas que Bacchus soit introduit à cette place parce qu'il a 
triomphé aux Indes (triumphis aptusy quoniam pnmus om- 
nium dicitur de Indis tviumphasse). 

Cinquième tableau. — Quel peut être ce vigoureux gail- 
lard si fièrement campé et drapé par derrière? Un paysan, 
vraisemblablement de la Gaule chevelue; il est imberbe, 



Société d'Emuhîion du Doubs, 1902. 




PORTE-NOIRE 

BCUl-PTURE AU REVBR8 DE LA PaÇaDI 



- 33 — 

mais les longues mèches de sa coiffure flottent au vent avec 
une affectation marquée. — Un seul, parmi les chercheurs 
futurs, s'essaiera à trouver une solution raisonnable pour ce 
petit problème : Auguste Castan, qui a fort bien compris qu'il 
s'agissait d'une offrande ; mais, en donnant à cet acte reli- 
gieux un sens ironique, il s'est mis en contradiction formelle 
avec le sentiment de sincérité pieuse que comporte le monu- 




QUATRIÈME TABLEAU. 

ment. Une offrande de prémices agricoles, déposées sur un 
autel ne vient-elle pas à point au mois de novembre où l'on 
met le blé en sac pour la livraison. Le petit personnage qui 
porte sur ses épaules, soit un cochon sacrifié, soit une outre 
pleine ne rappelle-t-il pas le travail des salaisons ou des 
entonnaisons? 

On ne s'imaginerait jamais ce que devient cette scène 
dans les images du Veaontio. D'abord on y prend le sac pour 

3 



- 34 - 

une têle de vautour I et, partant de là, Tauteur se demande 
si le grand personnage n'est pas : * Romuius en conr)- 
pagnie d'Aurélien, encore entant, Romuius ou le A/ars Qai- 
rinalis sous la hiératique peau de loup, lequel apercevrait 
un oiseau de proie sur sa gauche, signe de bon présage 
avant Faction, ainsi qu'il est dit d'Hercule dans Plutarque 



'«.^^ 




CINQUIÈME TABLEAU. 

(npud Plutitrclixim in Romulo) ». — Ce que c'est que d'avoir 
trop de lecture ! 

Sixième tableau, — Voici le comble pour nous apprendre 
que le graveur ainsi que l'auteur sont de complicité pour 
nous égarer davantage. Le bas relief est, il est vrai, fort usé, 
toutefois ses lignes principales sont encore saisissables. Im- 
possible d'arguer de la difficulté de vision, il est sous la main, 
à la hauteur de Toeil. N'importe I II nous faudrait voir au 



-SS- 
II* 23 de la planche et du texte, Pallas appuyée sur sa lance 
(Pallas hastili innixa Trojanis ad Bisontinos transmissa in 
arcu 8uum locum occupai) ! Or, le personnage qu'environ 
trois cents ans après Chifflet nous voyons encore entière- 
ment vêtu comme un homme de peine, au mois de décembre 
où Ton fait les provisions pour l'hiver, porte sur sa tète une 
vaste corbeille qu'il soutient de la main droite, tandis qu'à sa 




SIXIÈME TABLE4U. 



gauche est suspendue une paire de volailles. On se demande 
où peut être la lance 7 

Après cette surabondante exposition de ces interprétations 
stériles, bonnes à relever cependant comme termes de com- 
paraison, croirait-on qu'il se trouvera encore, sous prétexte 
de l'ancienneté de leur émission, des esprits assez candides 
pour leur attribuer un autre mérite que celui de la curiosité. 

Au xviu* siècle, la thèse de Chifflet commence à perdre de 



— 36 - 

sa vogue. Néanmoins le jésuite Prost, dans une notice restée 
manuscrite (^), lui donnait un si maigre coup d'épaule qu'il 
ne pouvait qu'annoncer sa chute définitive d'autant mieux que 
Dunod, un historien de plus sérieuse autorité, arrivait pour 
la contredire et mettre à la place d'Aurélien, le fils de Cons- 
tantin Criapus. 

Pour combattre Chifflet, l'auteur de VHistoire des Séqua- 
nois publie une reproduction de la gravure du Vesoniio et y 
voit Crispas figuré c en différents états » mais toujours 
jeune ; or Aurélien triomphant était âgé (2j. 

A propos des scènes sculptées sur lacolonne où nous avons 
reconnu la série des Héros^ et où Chifflet a cru voir, d'un 
bout à l'autre, des exemples de la sévérité d' Aurélien pour le 
maintien de la discipline militaire, Dunod estime avec rai- 
son que ce n'est pas faire honneur à un prince que d'appeler 
ainsi l'attention sur son atroce cruauté. Du reste, le critique 
n'ayant rien à mettre à la place, et pour éviter toute espèce 
d'explication, se tire d'affaire en disant que « ce sont là de 
petites scènes négligeables qui ne doivent pas entrer en 
considération «». Il se trompait, comme on dit, du tout au 
tout. 

Il serait inutile de s'arrêter à la conjecture de l'abbé 
Bullet(3),qui voudrait descendre jusqu'à l'empereur Juhen et 
en faire le restaurateur de la cité, si l'érudit avocat Perreciot 
ne reprenait plus tard pour son compte cette thèse aventu- 
reuse, avec une plus savante argumentation mais sans au- 
cune chance de la rendre meilleure W. 

Enfin arrive don Berthod (5) qui, prenant à partie l'auteur 

(1) Ms. à la Bibliothèque de Besançon, p. 280. 

(2) Dunod de Charnage, Histoire des Séquanois, p. 118-126. — Bis-' 
toire de l'Eglise, ville et diocèse de Besançon^ t. Il, p, 375-380. 

(H) Ouvrages manuscrits des membres de l'Académie de Besançon^ 
t. IV, p. 197. 

(4) Dissertation à la fin des concours, ann. 1764. 

(5) Mémoires et documents inédits, publiés par FAcadémie de Besan- 
çon, t. Il, p. 28a 



— 37 — 

de l'Histoire des Séquanois lui reproche très judicieusement 
de ne s'être expliqué que sur trois des grandes figures et 
d'avoir complètement négligé les autres : « Toutes cependant, 
dit avec raison le savant bénédictin, paraissent mériter une 
attention spéciale » ; et aussitôt il administre cette preuve 
qui suffirait pour condamner la thèse de Dunod favorable à 
Crispus. — « Vous prétendez que Crispus était le triom- 
phateur, mais Crispus était chrétien, ainsi que tout le pays, 
depuis Constantin! Or, je ne vois ici, dans les petits bas- 
reliefs en particulier, que des dieux et des scènes de paga- 
nisme! » 

« Je vois, en particulier, un prêtre versant de l'encens sur 
un autel. » — Sans infirmer en rien la valeur de l'argumen- 
tation de don Berthod, bien au contraire, nous dirons que la 
scène à laquelle il fait allusion, plus riche encore de détails 
qu'il ne le croyait, représente sur Tavant-dernier bas relief 
de la colonne de la façade : Hercule posant sur la flamme 
d'un autel son dernier javelot, sacrifice ultime qui consacre 
l'héroïsation du personnage légendaire. 

Mieux inspiré que tous ses prédécesseurs, don Berthod 
est le premier de nos historiens qui ait rattaché l'Arc de 
Porte-Noire au règne de l'empereur Marc-Aurèle. 

Le président Edouard Clerc (0 et Auguste Castan sont 
ensuite venus confirmer cette attribution qui paraît la plus 
sage, le premier, en considérant le monument comme un 
ouvrage commémoratif de l'arrivée des eaux d'Arcier à Be- 
sançon (j'ai fait naguère la critique des détails de cette inter- 
prétation) ; le second, en affirmant que Porte-Noire est un 
arc de triomphe érigé par la municipalité de Vesontio en 
l'honneur des victoires d'un empereur sur des peuples bar- 
bares. Sans anticiper sur le travail de l'avenir, on peut faire 
quelques réserves relativement à ces affirmations. 

En 1840, se tint à Besançon la huitième session de ces 

(1) La Franche-Comté à l'époque romaine, p. 25. 




— 38 - 

Congrès scientifiques dus à l'activité entraînante du célèbre 
M.deCaumont. 

Le moment était bien choisi « pour exciter rémulation 
» dans notre ville et y opérer le ralliement des hommes d'é- 
» tude isolés dans la province ». Telles étaient les paroles du 
bibliothécaire Charles Weiss qui présidait à la première 
séance générale du Congrès, et tels aussi les vœux de la 
Société d'Emulation du Doubs, qui commençait à réunir ses 
premiers adhérents. 

Dans la section d'histoire et d'archéologie furent commu- 
niquées deux dissertations sur Porte-Noire; la première, de 
M. Gousset, curé de Lavoncourt, lequel en retard de plus de 
deux siècles, reprenait servilement la thèse de Chifflet. On 
ne lui reconnut d'autre mérite que l'élégance de sa rédac- 
tion. La seconde, d'un ancien officier, M. Ravier, aurait, est- 
il dit, jeté tin jour nouveau » sur l'explication des petits 
bas-reliefs. 

Négligeant, toutefois, de prime abord, ces figures acces- 
soires^ exactement comme l'a fait le président Ed. Clerc et tant 
d'autres, il se sert quand môme, pour sa dissertation, des 
images de Chifflet, dont il se défend d'adopter le commentaire. 

Bien qu'on ne se figure pas quelle lumière pouvait jaillir 
de ce document, l'ardent collectionneur Duvernoy réclame, à 
ce propos, le dépôt sur le bureau des exemplaires du Vesontio 
et de V Histoire des Séquanois de Dunod, pour consulter les 
gravures ! 

Il est très singulier qu'il ne soit fait alors aucune mention 
de cette excellente planche, dessinée depuis dix-huit ans par 
Alexandre Lapret, le neveu de l'architecte de ce nom chargé 
des premiers travaux de restauration terminés par M. Mar- 
cotte en 1826 (i). 



(1) Voir TAnnuaire du Doubs, année 1820. où cette planche a été insé- 
rée, et le Discours de réception de M. Marnotte à TAcadémie de Besançon, 
Mémoires^ 1875. 



— 30 - 

n résulta de la discussion « que ni l'un ni l'autre des labo- 
rieux archéologues n'avaient cherché des preuves à l'appui 
de leur sentiment par une comparaison des monuments de 
Farchilecture romaine à ses diverses époques. » — C'était fort 
bien jugé. — D'autre part, «r MM. les secrétaires du Congrès 
ont sagement pensé que la question devait être remise en 
discussion, puisqu'on avait de nouveaux documents à pro- 
duire dans des bas-reliefs récemment découverts sur le flanc 
gauche de Porte-Noire. » 

En conséquence, l'assemblée se transporta en corps à 
l'Arc-de-Trioraphe. Sur place, M. de Caumont appela l'at- 
tention de l'assistance sur la moulure des bases des colonnes 
où il trouvait le signe caractéristique des ouvrages du 
ni« siècle (^). 

En face de la colonne mise au jour depuis la restauration, 
une des parties mieux conservées du monument (Voir la 
photogravure ci-jointe), M. Ravier dut soumettre à ses col- 
lègues un échantillon de son flair en matière d'interpréta- 
tion, qu'il est intéressant de remémorer comme un curieux 
exemple du procédé superficiel dont on abusait depuis si 
longtemps. 

Chacun peut aujourd'hui reconnaître à la partie supérie»ire 
de cette colonne, Hercule poursuivant de ses flèches le cen- 
taure Nessiis, ravisseur de Déjanire. M. Ravier, la tète pleine 
d'actions militaires à découvrir, voit un soldat à l'exercice : 

• On se prépare à la guerre » ce sont ses termes mômes. 2* 
scène : « Les chefs délibèrent - ; or, c'est Bacchus accosté de 
deux bacchants. — Le reste est à l'avenant. — Au vieux Silène, 
ivre et assis par terre : « On remporte la victoire » ; après : 

• On rend grâce aux dieux, on couronne le vainqueur » ; c'est 
cependant une femme, Ariane fêtée par ses compagnes. En 
dernier lieu, où vous reconnaissez, sans erreur possible, Af«- 
nerve casquée et armée luttant èontre un des Géants qui 

(1) La scotie et le tore se transformant en talon. 



~ 40 — 

brandit un rocher sur sa tête; détrompez- vous, le sculpteur, 
au dire du commentateur, a voulu représenter « un genre de 
défense particulier aux peuples auxquels on fait la guerre. » 

Cette phénoménale élucubration a été publiée dans le vo- 
lume du Congrès. 

L'année suivante, Alphonse Delacroix insérait dans les Mé- 
moires de la Société d'Emulation (1841) une courte notice 
sur Porte-Noire, très estimable au point de vue architecto- 
nique ou artistique , et , en ce qui concerne l'interpréta- 
tion, moins aventureuse que celle qu'il publia vingt ans 
plus tard sous la fâcheuse influence de la question d'Alesiai^), 
Cinq ans après (1866) Castan lisait le charmant travail auquel 
il a été fait allusion au début de cette étude, et c'est alors 
qu'il insista sur l'excellente mesure que, sur son initiative et 
celle de Delacroix, la Société d'Emulation avait prise de faire 
mouler les principales sculptures du monument pour en fa- 
ciliter l'étude. Ces plâtres de grande dimension séjournèrent, 
sans utilisation sérieuse, pendant une trentaine d'années à 
la Bibliothèque de la Ville. 

La réinstallation du Musée d'Archéologie, au rez-de-chaus- 
sée du bâtiment des Halles, fut l'heureuse circonstance qui 
permit d'exposer avec ordre et en bonne lumière les vingt- 
et-une pièces de nos précieux moulages. Il fut désormais fa- 
cile d'étudier à loisir et de mettre à profit ces éléments indis- 
pensables d'étude que l'on doit à Auguste Castan. 

Aujourd'hui chacun peut lire dans ce texte authentique la 
plus grande partie des choses que je mettais il y a un instant 
dans la bouche d'un voyageur idéal. 

La besogne de l'avenir sera de mieux éclairer, s'il est pos- 
sible, la question historique encore nébuleuse. 

En attendant on n'a qu'à se résigner à savoir ne pas savoir : 
scire nescire. 



(1) Guide de l'étranger à Besançony 1860. p. 87. 




— 41 — 

Les monuments dits Arcs-de-Triomphe semés à travers le 
monde romain, les Gaules et notre région en particulier, au 
milieu des groupes les plus compacts de population ont de 
toute évidence été érigés pour la glorification de la puissance 
romaine. Pas de contestation à cet égard. 




Celui que nous possédons, considéré avec raison comme 
unique dans son genre pour son architecture, Test encore 
bien davantage pour la signification morale de sa décoration 
et sa disposition même. 

Considérez dans cette disposition deux parties distinctes. 
La première, Varcade centrale (archivolte et pilastres), puis- 
sante, détachée contre toutes les règles, et spécialement ca- 
ractérisée par une décoration absolument religieuse ; la se- 
conde, le cadrCy constitué par le couronnement et le double 
étage des colonnes, où tout rappelle la force, la puissance 
militaire ou la gloire humaine pour faire cortège à une figure 
centrale trônant sur la clé de voûte, — et après, vous con- 
clurez. 

Si ce sont les habitants de Vesontio devenus romains par 
la conquête qui ont élevé le monument, ils ont parlé le lan- 



— 42 — 

gage de Rome, de Rome si grande par ses œuvres et qui pou- 
vait parler avec autorité. 

Si vous avez bien compris ce langage, Messieurs, que fau- 
drait-il de plus pour que vous arrachiez à Porte-Noire un de 
ses secrets — je dis un — sans qu'il soit nécessaire de re- 
courir à une fiction ! 

Le personnage du haut de l'arcade, centre de la figura- 
tion, et vers lequel tout converge pour exprimer l'union 
dans un solennel hommage, c'est la clé de voûte de Védifice 
social, c'est Dieu ! 



I 



DONAT NONNOTTE 

DE BESANÇON 

Par H. Jules 6ADTHIER 

Secrétaire déeesMl 



Séance du i5 février i902. 



Dans Jes polémiques célèbres que Voltaire soutint avec es- 
prit toujours, sinon toujours avec succès, avec ceux qui ne 
voulaient pas reconnaître son autocratie littéraire, deux Com- 
tois lui portèrent et en reçurent de rudes coups. L*un se 
nommait Nonnotte, c'était un jésuite; Tautre Patouillet, 
c'était un abbé. Et souvent Voltaire, à défaut d'arguments 
contre les deux auteurs d'ouvrages qui exaspéraient son or- 
gueil, Le» Erreurs de M. de Voltaire et les Lettres de quel- 
ques juifs, sortis de la plume un peu lourde des deux apolo- 
gistes franc-comtois, se vengea d'eux en appelant tout bête- 
ment, à la grande joie de la galerie, l'un Nomiotte, l'autre 
Patouillet, croyant les ridiculiser par la vulgarité et l'eupho- 
nie médiocre de leurs noms de famille. 

Or, ce Nonnotte dont il nous reste un bon portrait, avait 
un frère aîné, fils comme lui d'un vigneron bisontin, qui eut 
quelque mérite comme peintre d'histoire, mais surtout comme 
peintre de portraits, et dont je voudrais essayer d'esquisser 
la courte biographie en y apportant quelques éléments nou- 
veaux. 

Le 10 janvier 1706, Donat Nonnotte, second fils du vigne- 
ron Thomas Nonnotte et de Claudine Verrin. était né à Be- 



— 44 — 

sançon, trois ans avant son frère le jésuite. Au lieu de suivre 
la tradition de sa famille qui, depuis plusieurs générations 
cultivait les vignes jadis célèbres du terroir de Besançon, 
Donat fut engagé dans une autre vie par son propre oncle, 
Jean Nonnotte, frère de son père, médiocre peintre, dont il 
est ici parlé pour la première fois. Gomme tous ses congé- 
nères du sol franc-comtois, ce Jean Nonnotie, qui mourut 
garçon, devait vivre en peignant des enseignes, des écussons 
pour les enterrements, des portraits de troisième ordre pour 
les petites gens des quartiers populaires, tels que la rue 
Saint-Paul où habitait Thomas, son frère, et où naquit Donat, 
son neveu. C'était en tous cas dans un milieu d'ouvriers que 
se révéla au foyer de Jean Nonnotte la vocation artistique de 
Donat. De ses premières études il nous est resté un tableau 
jusqu'ici inconnu que possède l'église de Sainte-Madeleine 
de Besançon et dont voici la nature. C'est un Couronnement 
de la Vierge par la sainte Trinité, peint sur une toile haute 
de 2 m. 65, large de 1 m, 90, signée et datée en bas de cette 
façon : Donat Nonotte, 1728. Au-dessus de la Vierge, à ge- 
noux et mains jointes, placée au centre du tableau, plane le 
Saint-Esprit sous la forme d'une colombe ; à gauche, on voit 
Dieu le fila tenant la croix d'une main ; à droite, Dieu le père 
portant le globe du monde, tous deux soutenant au-dessus 
de la tête de la Vierge une couronne royale. Autour, dans le 
ciel, au milieu des nuages, volètent des tètes ailées de ché- 
rubins. 

L'œuvre est médiocre, plutôt copie que traduction d'une 
idée originale; elle est intéressante toutefois en montranl ce 
que pouvait dans un milieu provincial, avec les conseils et 
les leçons d'un mauvais peintre, un jeune apprenti de vingt 
ans que la fortune allait rapidement conduire plus haut. 

Au commencement du dix-huitième siècle, la misère en- 
traîna nombre d'artisans et de cultivateurs franc-comtois 
vers Paris ou d'autres régions de France, suivant l'exode qui 
reste toujours cher aux habitants des froides montagnes qui 



— 46 — 

vont chercher du pain et demander du travail à de meilleurs 
terroirs. Les Nonnotte avaient essaimé; il y en avait à Vau- 
girard, à Meudon, à Ronfleur; chez ceux qui habitaient le 
voisinage immédiat de Paris, dont un de ses frères nommé 
Antoine, et vraisemblablement sur les conseils et de son 
oncle et de son frère, novice chez les Jésuites, Donat vint à 
Paris en 1728. Il y vécut de son talent pour le portrait, y fré- 
quenta quelques ateliers, y fit la connaissance de jeunes 
peintres et de graveurs de son âge. dont Tamitié l'aida à se 
perfectionner d'abord, de l'autre à se procurer le nécessaire 
pour ne pas mourir de faim. Un de ces jeunes artistes était 
Jean Daullé, qui devint célèbre par son talent de graveur, et 
qui, nommé membre de l'Académie royale de peinture, exé- 
cuta pour son ami Nonnotte un fort joli portrait, dont une 
chance favorable m'a permis de recueillir le cuivre original ; 
ce fut peut-être à lui, mais plus probablement à Boucher, 
Natoire et Boizol que Nonnotte dut d'être présenté à Fran- 
çois Leraoyne en 1731, trois ans après son arrivée à Paris (i). 
« Peu de temps après que je fus entré chez M. Le Moine 
pour y étudier, un de mes amis lui dit que j'avais quelques 
connaissances de la peinture à fresque. C'était précisément 
dans le temps qu'il commençait la sienne à Saint-Sulpice. 
M. Le Moine me fit appeler, me demanda si je voulais tra- 
vailler pour lui et si je pourrais lui ébaucher tous les matins 
l'ouvrage qu'il se proposerait de finir dans la journée, moyen- 
nant quoi il m'offrit des honoraires. 

* Flatté comme je devais l'être d'une proposition aussi 
avantageuse pour mon avancement, je l'acceptay avec joie 
sans me trop inquiéter de mes autres intérêts, dont je le 
laissai entièrement le maître. L'ouvrage fini, M. Le Moine 



(1;< (( Il travaillait pour des esquisses à Saint-Sulpice. .., quand j*eus le 
bonheur d'entrer chez lui pour être son élève, au commencement de l'an- 
née 1731. » (Ms.de Donat Nonnotte, Vie de Lemoijne, ms 50r> de la Hibl. 
de Besançon.) 



— 46 — 

me récompensa, et je le fus aussi par le curé [de Saînt-Sul- 
pice] qui m'avait vu assidu à son travail toutes les fois qu'il 
avait montré la coupole <*). » 

Dans ce récit de Nonnotte, il s'agit de la fresque bien con- 
nue de Lemoyne dans la coupole de la chapelle de la Vierge 
à Saint-Salpice, exécutée de 173! à 1732, et représentant 
l'Assomption. 

Quand la fresque de Saint-Sulpice fut finie, Lemoyne, sur 
la commande du duc d'Antin, surintendant des bâtiments du 
roi, fut chargé d'un plafond pour le salon d'Hercule, au châ- 
teau de Versailles, Nonnotle y fut employé et eut la respon- 
sabilité soit des ébauches, soit de l'application des figures en 
stuc dont il surveillait le modelage et la pose. Laissons-le 
raconter, tout en abrégeant, comment se passèrent les 
choses : 

« M. Le Moine, avant que de partir pour Versailles, m'ayant 
fait l'honneur de m'inviter à le suivre encore dans cette 
grande entreprise, je partis avec luy le 13 may 1733, et dès 
le lendemain il commença à tracer à la craye les premiers 
groupes de ce fameux ouvrage... Je ne le quittai plus. » 

Nonnotte, en 1762, consacra à la mémoire de son maître et 
de son bienfaiteur une étude consciencieuse et émue qui 
prouve autant pour le bon cœur de l'élève que pour la bien- 
veillance du peintre du Roi, dont il fut très honoré de recevoir 
les leçons. Il y raconte notamment les causes réelles du dé- 
couragement, puis du suicide de François Lemoyne, l'un des 
plus brillants représentants de l'École française au lendemain 
de la disparition des grands artistes qui avaient fait la gloire 
du siècle de Louis XIV. La mort du duc d'Antin, son protec- 
teur, la mort de sa femme, la médication bizarre qu'il suivait 
en buvant « une liqueur où était infusée de la poudre de 
vieilles pipes à fumer », un détraquement général du cerveau 



(1) Voir Vie de Ijemoyney par Donat Nonnotle, ms. 5(fô de Ja Bibl. de 
Besançon. 



- 47 - 

amenèrent le jeudi 4 juin 1737 le malheureux peintre à se 
percer de neuf coups d'épée. 

Cette mort fut funeste aux espoirs conçus par Nonnotte, 
auquel le duc d'Artois avait promis une bourse de pension- 
naire du Roi à Rome, et le mirage de quelques années d'é- 
tude sous les cieux d'Italie dut faire place aux soucis plus 
terre à terre de l'existence, assurée uniquement par un tra- 
vail opiniâtre (i>. 

Peu après le décès de Lemoyne, Nonnotte, qui demeurait 
à Paris, rue de Beauvais, s'éprit d'une voisine plus âgée que 
lui de neuf ans, Marie-Elisabeth Bastard de la Gravière, veuve 
d'Antoine Duchâtel, bourgeois de Paris (2). Elle avait, h dé- 
faut de jeunesse et de beauté, un caractère aimable et quel- 
que fortune. Il l'épousa le 29 octobre 1737, et vécut, grâce à 
sa modeste aisance, libre des soucis matériels au milieu des- 
quels il avait jusque-là vécu. 

Les amitiés qu'il avait formées dans l'atelier de Le Moyne, 
les succès de nombreux portraits qu'il fit de 1737 à 1740, lui 
ouvrirent en 1741 les portes de l'Académie royale de pein- 
ture et sculpture, et dès lors les livrets des salons de 1741, 
1742, 1743, 1745, 1746, 1753, 1755 et 1765 enregistrèrent de 
continuels envois de portraits. 

Ce fut dans le portrait qu'il se confma; il avait trouvé sa 
voie, et faute de pouvoir s'élever d'un plus haut vol comme 
il l'avait rêvé, alors que sur les échafaudages de Saint-Sulpice 
et de Versailles il collaborait aux fresques du premier peintre 
du Roi, il eut la sagesse de renoncer à la grande peinture 
d'histoire et aux tableaux de genre pour lesquels il n'avait, 
à côté d'une facilité réelle de coloris et de dessin, que des 
qualités et des études insuffisantes (3). 

En 175 i, il fut nommé peintre de la ville de Lyon et diri- 

(1) Ms. de Nonnotte, Bibl. de Besançon, no 505. 
(3) Jal, Dictionnaire de biographie ei d'hiatoire^ v<» Nonnolte. 
(3; n fut reçu le 26 août 1741 sur les portraits de MM. d'Ulin et Lecleic 
fib. 



— 48 — 

gea l'école gratuite de cette ville, jadis florissante sous la di- 
rection de MM. Blanchet et Coysevox, et finalement restaurée 
de 4754 à 1757 par l'influence d'amateurs distingués. De cette 
école, qui fut la première de la province, sortirent nombre 
de peintres et d'artistes remarquables qui obtinrent du 
peintre bisontin et de son zélé désintéressé et bienveillant 
plus de succès qu'il n'en avait cueilli lui-même, malgré sa 
persévérance et son labeur. 

Disséminés un peu partout : à Lyon, dont le musée conserve 
un portrait de magistrat, probableinent celui d'un conseiller 
de la cour des monnaies de cette ville, exposé en 1745 (1); à 
Orléans, le portrait de Desfriches ; à Besancon, celui de Do- 
nat Nonnotte et celui de sa femme, et cent autres, connus ou 
inconnus, signés ou non, partagés entre les dépôts publics et 
les collections privées, ces portraits de Nonnotte se distin- 
guent par un dessin correct, un modelé excellent, un colons 
simple et exact, un naturalisme de bon goût. L'élégance en 
est réelle et la ressemblance en devait être frappante. 

On en jugera par les portraits du musée de Besançon que 
nous aurions voulu reproduire à côté de cette étude rapide, 
et qui furent peints par Nonnotte en 1758. 

Avec le portrait grave par Daullé et celui exécuté vers 1780 
par Camille Belle, élève de Nonnotte, ils constituent à la mé- 
moire d'un peintre de portraits qui, tout en étant de second 
ordre, eut un mérite réel, un hommage très appréciable. 

Le portrait de Donat Nonnotte (qui porte le n« 363 du mu- 
sée de Besançon) le représente debout à mi-corps, tète nue, 
les cheveux poudrés, appuyé sur le dos d'un fauteuil mis en 
avant. Il a sa palette et ses pinceaux en mains ; derrière lui 
est dressée une toile à peindre au bas de laquelle on lit ces 
mots : Nonnotte peint par lui-même en 1758, 

Le portrait de Marie-Elisabeth, sa femme, la représente 



(1) Ce tableau, mesurant 1 mètre sur 0"«80, a été acquis en 1870 par le 
Musée lie Lyon. (Renseignement du cunservateur; M. Oissard.) 




t.^*',Sffn*^ ^yttr- /ut nt^otc <V ^jr.n^e fnit\<',m nrntjj,ui/le ^r. ./a K,^i ft Jr f .J.\u/ fmf JJJiiAi'Uf^. 



A 



— 49 — 

assise de trois quarts à droite, à mi-jambes, vêtue d'une robe 
de soie bleue et d'une mantille blanche garnie de dentelles, 
coiffée d'un bonnet à rubans bleus. De la main gauche, elle 
tient une brochure ouverte qu'elle est en train de lire ; sa 
main droite tient un éventail, son coude droit est appuyé à 
une table où £e trouve une tabatière. Sur la planchette qui 
relie les pieds de cette table, celte inscription : Mme Non* 
notte, peinte par son mari en il58{^), 

Camille Belle a dessiné au crayon noir rehaussé de crayon 
blanc le peintre Nonnotte à l'âge de 72 ans environ (2) ; la tête 
est massive, l'expression du regard énergique ; on retrouve 
dans la physionomie vieillie la môme vivacité et la même ro- 
bustesse que dans le portrait du jésuite Nonnotte (171i-1793), 
peinte par Donat, son frère, et gravé par G.-A. BoiJy sur un 
dessin de Belay (3). 

La gravure consacrée à notre peintre par son ami Daullé 
doit avoir été exécutée antérieurement à 1758 et postérieure- 
ment à 1754. La figure, tournée à gauche, est jeune encore ; 
elle est inscrite dans un médaillon rond suspendu par un 
ruban. Au bas se lit cette inscription : d. nonnotte, Peintre 
du Roy et Membre de l' Académie des Sciences^ Belles-Lct- 
très et Arts de Lyon, Et plus bas : Dessiné par lui-même et 
gravé par son ami Daullé g }'[aveur] du Roy et de VAcad[émie] 
Imp[ériale] d^Ausbourg. 

Ces trois portraits inédits donnent à la physionomie de 
Donat Nonnotte une saveur toute particulière. Car, nous le 
disions tout à l'heure, c'est un hommage que méritait le 
peintre de portraits dont le mérite est incontestable comme 
praticien et dont l'effort s'est appliqué à inculquer à ses 
élèves et à célébrer dans les Académies de Lyon et de Be- 
7- ' ' ■- ' . ■ ■ I ■ . 

(1) Ces deui portraits à i'huile ont été donnés au Musée de Besançon 
par le baron Daclin, ancien maire de la ville. Ils portent les m» 3(33 et 364. 

(2) Dessin haut de 0n>50, large de 0"35, don de M. Paul Laurens au 
Musée de Besançon. 

(3) Voir la planche originale en tête de cette Etude. 



— 50 — 

sançon les règles de l'art et les principes de la peinture sur- 
tout en matière de portraits : < Le portrait est un des genres 
qui nous intéressent davantage. C'est Tamitié, Tainour^ l'es- 
time et le respect qui lui ont donné naissance, et il sert à 
conserver et à exprimer les sentiments du respect, de l'es- 
time, de l'amitié et de l'amour. On se tromperait si l'on 
croyait que la ressemblance des traits fît tout le mérite d'un 
portrait (i). » 

A côté de ses tableaux, de ses portraits peints ou gravés, 
Nonnotte s'essaya aussi à Tillustration du livre. Nous en 
avons la preuve dans huit gravures ou vignettes exécutées 
en 1762, d'après ses dessins, par son ami Daullé, pour les 
œuvres de la célèbre lyonnaise Louise Labé. Ces dessins 
sont inférieurs, il faut l'avouer, aux compositions d'Eisen, 
qu'ils semblent vouloir imiter, mais ils ne sont pas sans 
mérite. 

Outre ses tableaux, ses portraits peints ou gravés, Non- 
notte, qui mourut à Lyon le 5 février 1785, entouré de l'es- 
time générale, a laissé divers manuscrits sur la peinture ou 
sur les peintres dont on trouvera plus loin le détail. Il n'avait 
pas eu d'enfants, et sa fortune, modeste d'ailleurs, passa à 
une nièce Joséphine Nonnotte, fille de son frère Antoine, 
mariée à Honfleur, à charge de servir une pension à ses père 
et mère. Les services qu'il a rendus à la classe populaire 
comme professeur à l'école de dessin de Lyon, aussi bien 
que les nombreux portraits qu'il a consciencieusement exé- 
cutés durant sa longue carrière, rendent son nom digne de 
reconnaissance et de respect. 



(1) Discours prononcé à rAcadamie de Lyon, le 17 novembre 1772, par 
Nonnotte, qui y avait été admis en 1754 (n* 12, ms. 505, Bibi. de Besançon). 



— 51 ^ 



APPENDICE 



I. Acte de naissance de Donat Konnotte 
(Besançon, 10 janvier 1706). 

Donatus, filius Thomae Nonnotle el Claudiae Yerrin ejus uxo- 

ris, natus est die décima januarii, anno Domini 1708 et sequenti 

die baptisatus est, cujus susceptores fuerunl Joannes Nonnotte 

el Joanna-Francisca Roy. 

Signé : Phiiipus Pierrard. 

(Reg. de la paroisse Sainl-Paul. Bibliothèque de Besançon.) 

II. Liste des manuscrits de Donat Nonnotte. 

1. « Avantages des lettres et des sciences, n 

2. c Compte rendu des travaux académiques pour l'année 
1706(1). » 

3. « Premier discours sur la peinture • du dessin et de la va- 
riété de ses caractères selon les âges et selon les sexes... ; lu à 
la Société royale de Lyon le 29 novembre 1754, et à l'Académie 
royale de peinture et sculpture le 5 avril suivant. * 

4. • Deuxième discours sur la peinture : de l'expression gé- 
nérale; lu à la Société royale de Lyon, le 28 novembre 1755. » 

5. « Troisième discours sur l'expression intérieure des pas- 
sions de l'âme ; lu à la Société royale de Lyon le 19 novembre 

1756. • 

6. « Quatrième discours sur la peinture : de la composition, 
première partie ; lu à la Société royale de Lyon, le 12 août 

1757. » 

7. • Sixième discours de M. Nonnotte : les avantages du por- 
trait et la manière de \e traiter ; lu à l'Académie de Lyon, le 
13 novembre 1760. » 

(1) J -B. Dumas, Histoire de V Académie de Lyon, p. 288. 



— 52 — 

8. « Septième discours... sur les caractères auxquels on peut 
reconnaître les excellents peintres et les vrais connoisseurs; lu 
à l'Académie de Lyon le 19 novembre 1761 ; à TAcadémie de 
Besançon le *il avril 1762. » 

9. « Huitième discours... sur les préjugez d'école relativement 
à la peinture...; lu dans une assemblée particulière le 18 no- 
vembre 1762, et dans l'assemblée publique de l'Académie de 
Lyon le 7 décembre de la même année. » 

10. « Neuvième discours... sur les principes dégoût dans la 
peinture, lu à l'Académie de Lyon le 17 novembre 1763. » 

11. « Dixième discours... sur la couleur naturelle des objets 
et sur la perspective aérienne... lu à l'Académie de Lyon le 
15 novembre 1764. ». 

12. « Onzième discours... sur les parties pratiques de la com- 
position... lu à l'Académie de Lyon le 18 novembre 1766. » 

13. «< Quinzième discours... observations intéressantes pour 
les élèves dans la peinture .. lu à l'Académie de Lyon, le 17 dé- 
cembre 177L » 

14. « Seizième discours... sur l'histoire de la peinture... lu à 
l'Académie de Lyon... le 17 novembre 1772. » 

15. « Vie du peintre François Le Moine (1). » 

IIL Liste dos tableaux de Donat Nonnotte. 

1. — 1728. Couronnement de la Vierge, église Sainte-Made- 
leine de Besançon. 

2. — 1731-1732. Collaboration à la fresque de la coupole de la 
chapelle de la Vierge, à Saint-Sulpice (Paris), avec Lemoyne. 

3. - 1733-1737. Collaboration au plafond du salon d'Hercule, 
à Versailles, avec Lemoyne. 

4. — Salon de 1741. Portrait de M. Le Lorrain, sculpteur du 
roi. 

5. — Portrait de Mme Lépicié, épouse de M. Lépicié, secré- 
taire et historiographe de l'Académie, en muse. 



(1) Ms. 5<^ de la Bibl. de Besançon. Autographe, papier, 151 feuillets, 
317 sur 209 millim. J'ai publié ce ms. p. 520-540 de la Réunion dûê So- 
ciétés des Beaux- Arts des départements ^ 1902. 



— 53 — 

6. — Portrait de M. d'Ulin, ancien professeur de TAcadémie. 

7. — Portrait de M. Le| Clerc, ancien professeur de géomé- 
trie et de perspective de TAcadémie. 

8. — Portrait en buste de Mme Duvigeon, épouse de M. Du- 
vigeon jeune, peintre en miniature. 

9. — Salon de 1742. Portrait de M. Fremin, écuyer, conseiller 
secrétaire du roi, premier sculpteur du roi d*Espagne et direc- 
teur de l'Académie royale de peinture et sculpture. 

40. — Portrait de M de L. . . avec une bergère, dont le sujet 
est tiré d'un couplet écrit et noté dans le tableau, 
il. — Portrait de Mlle Rabon, en habit de bal. 

12. — Portrait de Mlle Le***, représentée en Érigone. 

13. — Salon de 1743. Portrait de M. Moyreau, graveur ordi- 
naire du roi et de l'Académie royale de peinture et sculpture 
(musée d*Orléans). 

14. — Portrait de Mme *" finissant sa toilette. 

15. — Portrait de Mme de Baucheron, représentée en muse, 
tenant un globe céleste. 

!6. — Portrait de M. l'abbé de***, en robe de trésorier de 
France. 

17. — Portrait de M. de Yarennes, chevalier de Saint-Louis, 
major des chevau-légers. 

18. — Portrait de feu M. Hunauld. régent de la Faculté de 
médecine en l'Université de Paris. 

19. —Salon de 1745. Portrait de M. de ***, conseiller à la Cour 
des monnaies de Lyon, peint en robe rouge, tenant un livre 
ouvert. 

20. — Portrait de M. de***, lieutenant-colonel de cavalerie, 
peint en cuirasse. 

21. — Une tête représentant MmeLemoyne, épouse de M.Le- 
moyne, sculpteur du roi, et adjoint à recteur de l'Académie 
royale de peinture et sculpture. 

22. — Poitraitde Mme de***, appuyée sur une tal)le de toi- 
lette, tenant une brochure. 

23. — Portrait de M. Daullé, graveur du roi et de l'Académie 
royale de peinture et sculpture. 

24. — Portrait de Mme de ***, jouant de la vielle. 



— 54 — 

25. — Une tête représentant M. Gilquin^ peintre. 

26. — Salon de 1745. Un grand tableau représentant MM."*, 
père et fils. Le fond de ce tableau est un cabinet d'étude. 

27. — Salon de 1748. Portrait jusqu'aux genoux de M."*, dans 
son cabinet. 

28. - Portrait d'un religieux représentant l'étude, frère de 
l'auteur. 

29. — Salon de 1753. Portrait de M/", vêtu en robe de 
chambre de taffetas rayé. 

30. — Salon de 1755. Portrait de Mlle Dumesnil. 

31. — Salon de 1765. Un portrait. 

32. — 1758 Portrait de Donat Nonnotle (n© 363 du musée de 
Besançon). 

33. - Portrait de sa femme (n© 364 du même musée). 

34. — Portrait de Desgriffes (musée d'Orléans) (i). 

35. — V. 1758. Portrait de l'auteur, gravé par Dauilé. 

36. — Portrait du sculpteur Lelorrain, gravé par Tardieu(2). 

37. — Portrait de Gentil Bernard, gravé par DauUé. 

38 — Portrait de Claude-François Nonnotle, gravé par C. 
Boily. 

IV. Ouvrage imprimé de Donat Nonnotte 

Discours sur la peinture (réception à l'Académie de Lyon), 
imprimé dans le Mercure de France, 1755. 



ANNSXS 

1. Manuscrits de Donat Nonnotte conservés à la 
Bibliothèque publique de Besançon. 

505. » Traité de la peinture et du dessin, suivie de la vie de 
M. Le Moine, par Donat Nonnotte, peintre du Koy, doyen de 
l'Académie royale de peinture et de sculpture, né à Besançon, • 

(1) Dictionnaire des Artistes, de Heluer de la Chavignerie et 
AuvRAY, t. II, col. 166. 

(2) J.-B. Dumas, Histoire de l'Académie de Lyon, 1839, p. 288. 



— 55 — 

Treize cahiers distincts : 

\o « Premier discours sur la peinture : du dessein (sic) et de 
la variété de ses caractères selon les âges et selon les sexes.. ; 
lu à la Société royale de Lyon, le 29 novembre 1754, et à l'Aca- 
démie royale de peinture et sculpture le 5 avril suivant. » 

2o « Deuxième discours sur la peinture : de Texpression gé- 
nérale ; lu à la Société royale de Lyon, le 28« novembre 1755 ..» 

3<» € Troisième discours sur l'expression extérieure des pas- 
sions de l'àme, lu à la Société royale de Lyon, le 12 novembre 
1756... » 

4o « Quatrième discours sur la peinture : de ht composition, 
première partie ; lu à la Société royale de Lyon, le 12 août 
1757... » 

5o fl Sixième discours de M. Nonnotte : les avantages du por- 
trait et la manière de le traiter; lu à l'Académie de Lyon, le 
13 novembre 17(50... » 

6» « Septième discours... sur les caractères duquels (sic) on 
peut reconnaître les excellents peintres et les vrais connois- 
seurs... ; lu à l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de 
Lyon, le 17 novembre 1761 ; lu aussi à l'Académie des sciences, 
belles-lettres et arts de Besançon, le 21 avril 1762... » 

7® 1 Huitième discours.. . sur les préjugez d'école relative- 
ment à la peinture... ; lu dans une assemblée particulière le 
18 novembre 1762 et dans l'assemblée publique [de l'Académie 
de LyonJ du 7« décembre de la môme année. . . « 

S"* « Neuvième discours... sur les principes du goût dans la 
peinture, lu à l'Académie de Lyon le 17 novembre 1763. o 

9* « Dixième discours... sur la couleur naturelle des objets et 
sur la perspective aérienne, lu à l'Académie de Lyon, le 15 no- 
vembre 1764. D 

lO • Onzième discours sur les parties pratiques de la compo- 
sition..., lu à l'Académie, le 18 novembre 1766. » 

11» « Quinzième discours : observations intéressantes pour 
les élèves dans la peinture...; [discours] lu à l'Académie de 
Lyon, le 17 décembre 1771. » 

120 c Seizième discours... sur [l'histoire de] la peinture, lu à 
l'Académie de Lyon, le 17 novembre 1772. » 

13o Vie du peintre François Le Moine. 



— 56 — 

Le titre du premier cahier porte cette mention d*origine : t Je 
certifie que le présent manuscrit est de la main de M. Non- 
notle et que j'en suisdevenu possesseur pardroitde succession. 
— Besançon, le 25 octobre 1813. (Signé) : A. Laurens, petit-ne- 
veu de l'auteur. « 

C'est k 1 auteur de cette note que la bibliothèque doit les 
treize cahiers dont les titres précèdent. 

II. Acte de mariage de Donat Nonnotte et de Marie- 
Elisabeth. Bastard de la Grravière 

(Paris, 29 octobre 1737). 

[Donat Nonnotte natif de Besançon, peintre de portraits, rue 
de Beauvais, 29 ans, épouse Marie- Elisabeth Bastard de la 
Graviôre, veuve d'Antoine Duchâtel, bourgeois de Paris. Son 
père Thomas était mort en 1737. Témoins, Thomas Nonnotte, 
son frère, jardinier à Chaillotte, et Claude-François Balanche- 
llichard, peintre, demeurant rue Goquillière]. 

(Reg. paroissiaux de Saint-Germain rAuxerrois. Jai., Dictionnaire de 
biographie, 1867, 918.) 

lU. Aote de décès de Donat Nonnotte 
(Lyon, 5 février 1785/. 

Sieur Donat Nonnotte, peintre du Roi, de l'Académie royale 
de peinture et de sculpture, de celle des sciences, belles-lettres 
et arts de Rouen et peintre de la ville, Agé de 78 ans, décédé 
hier à l'hùtel de ville, a été inhumé par moi, curé soussigné ce 
6' février 1785; présents sieurs Jean François Arnaud et Nico- 
las Berjeon, clercs tonsurés qui ont signé : 

Arnaud, Berjon, Demeaujj., curé. 

(Reg. paroissiaux de SS. Pierre et Saturnin, 1785, reg. 644, fol. 18, n« 806. 
Arch. municip. de Lyon.) 



SDR 



LA PEINTURE ANGLAISE 

Par H. Victor GUILLEMIN 



Séances des iO mai, i4 juin et i2 juillet i902 



AVANT-PROPOS 

On sait combien il est rare de voir chez nous des tableaux 
de peintres anglais, et cela n'est pas fréquent même dans 
leur pays, car malgré les nombreuses richesses d*art qu'il 
possède, elles ne sont point centralisées. Ce n'est pas à la 
National Gallery^ formée principalement par des dons et 
datant de 47'24, que l'on peut étudier l'histoire de la peinture 
en Angleterre. Il faudrait, h cet effet, avoir visité entre 
autres collections celle que le riche amateur Robert Vernon 
a léguée à ses concitoyens, la salle des tableaux à l'hôpital 
de Greenwich remplie de peintures anglaises représentant 
des batailles navales, les galeries de Hampton-Court et du 
château de Windsor et nombre de collections particulières 
qui, en mai 1857, avaient momentanément centralisé leurs 
chefs-d'œuvre à l'Exposition de Manchester. On citait parmi 
les galeries fameuses celles du duc de Northumberland, la 
Grosvenor Gnllery au marquis de Westminster, Brid- 
gswater GaUery au comte d'Ellesmere, Sutherland Gallei^y 
au duc de Sutherland, etc. 

En 1862 on avait encore fait appel aux possesseurs de ta- 
bleaux et môme aux musées nationaux : une vaste collection 

5 



— 58 — 

de peintures fut rassemblée à côté de l'Exposition indus- 
trielJe au palais de South-Kensinglon. Cet appel s'était 
même étendu aux différentes nations, et six mille œuvres 
d'art étaient arrivées du continent. Mais une fois ces exposi- 
tions finies, toutes ces richesses s'étaient de nouveau dis- 
persées. 

Nous voyons, chez nous, pour représenter la peinture 
anglaise avant 1882, le catalogue des musées du Louvre 
mentionner seulement une esquisse et un petit tableau de 
Bonington, portés de l'école française parce que, disait- 
on, cet artiste venu jeune en France, à l'âge de 15 ans, 
y avait étudié, vécu et travaillé. Deux paysages, une marine 
et une esquisse de Constable y formaient, en outre, tout le 
bagage de la Grande-Bretagne. Actuellement, dans vingt- 
cinq tableaux qui composent l'insuffisante exposition de la 
salle XIII en ce premier musée de France, on ne trouve 
rien de Reynolds, rien de Turner, et seulement un paysage 
de Gainsborough, qui fut aussi excellent portraitiste. 

Parmi les musées de province, celui de Montpellier peut 
montrer seulement une figure d'étude de Josuah Reynolds 
pour une de ses compositions : c'est le Jeune Samuel en 
prière; le musée du Mans : un Paysage daté de 1821 et 
signé : John Constable, et l'on parle en ces derniers temps 
de portraits par Hoppner et Josuah Reynolds que le maître 
Bonnat a donnés au musée portant son nom, à Rayonne, sa 
ville natale. 

Le musée de Besancon ne possédait jadis qu'un tableau 
de nature cnorle, assez important il est vrai, représentant 
un chasseur et du gibier, et acheté en 1840 à un peintie 
anglais contemporain nommé Barker, mais le musée s'est 
augmenté dernièrement de la collection léguée par notre 
regretté maitro comtois Jean Gigoux, et l'on y trouve des 
échantillons du talent de plusieurs artistes anglais dont la 
postérité a consacré les noms. 

Plus récemment, nous trouvions dans la collection léguée 



— 59 — 

par M. L. Chenot un remarquable petit portrait par un maî- 
tre bien connu, et c'est ainsi que Ton peut noter à Besançon 
quelques morceaux intéressants de cette peinture britan- 
nique absente de presque tous nos musées de province. 

A propos de ces spécimens que l'on n'a pas rassemblés^ 
qui sont dispersés parmi les tableaux et quelques dessins 
de la collection Gigoux, nous est venu le désir de faire une 
étude sur la peinture anglaise. 

Ce que nons avons au musée de Besançon, sauf un ta- 
bleau de Barker, consiste en productions de Tancienne 
école; nous ne possédons, à vrai dire, rien de l'école mo- 
derne. 

Pour cette dernière, ce que nous en avons vu dans nos 
expositions universelles, et dans les salons de peinture à 
Paris nous permettra de rendre compte de nos impressions 
en contrôlant notre sentiment par les appréciations de quel- 
ques-uns des critiques les plus compétents. 



— 60 — 



INTRODUCTION 



Jusqu'à la fin du xV* siècle on ne trouve point de docu- 
ments sur rhistoire de la peinlure en Angleterre ; elle reste 
dans une obscurité profonde. Tandis que l'Italie, la France 
et TAllemagiie au moyen-âge pouvaient déjà citer des peintres 
de quelque valeur, les Anglais n'avaient point conservé le 
nom de ceux qui leur auraient appartenu. 

Pourtant, comme les érudits, de quelque nation qu'ils 
soient, mettent leur orgueil à vouloir prouver que leur pays a 
été le foyer primitif de tel art ou de telle science, il s'est ren- 
contré au xviu* siècle un honnête Anglais, le graveur George 
Vertue (1684-1 757j, pour prétendre donner des preuves qu'a- 
vant la renaissance de cet art en Italie la peinture était flo- 
rissante dans son pays. Il est certain toutefois que pour l'art 
de peindre, l'Angleterre est la dernière des nations qui pour- 
rait revendiquer la priorité chronologique. 

Tous les manuscrits où étaient consignés les documents 
de la longue et incessante enquête de Vertue, enquête qui 
dura quarante-quatre ans, furent achetés par Horace Valpole. 
Celui-ci, connais^eur émérite, les .coordonna, et après véri- 
fication, fit justice des prétentions non justitiées et des illu- 
sions du trop patriotique graveur. Il a été publié dans ce but 
quatre volumes 0/chez Thomas Kirgate dans une imprimerie 
que H. Valpole, ce spirituel correspondant de Madame du 
Deffaud, avait établie sur son domaine de Strawberry Hill. 

Notons en passant que nos antiquaires et nos érudits fran- 



(1> Le titiv lie oet ouvrage e:>t : Atuscdotes of ^tainting in England 
coiltcied b:f (■. Veriite; «li^iosteil and puhlisheti Trom hîs original mss. 
Ity lioraiv \Val|NiUs Strawberry. — HilL Thomas Kirgate. 1705. 4 tom. 



- 61 — 

çais ont eu le bon goût d'éviter le ridicule de George Vertue 
et de ne point se livrer aux tentatives d'un amour-propre de 
clocher pour établir la priorité de notre art national sur ce- 
lui de ritalie. 

C'est seulement au xiii' siècle, sous Henri III, qu'on peut 
mentionner quelques peintures murales, puis, dans des do- 
cuments du XIV* siècle, des tableaux où figurent les images 
des saints. Un retable d'autel du xv" siècle, dans l'église de 
Shen, contenait les portraits d'Henri Vet de plusieurs mem- 
bres de sa famille, et la miniature faisait à cette époque son 
apparition dans les livres, mais ces peintures étaient l'œuvre 
d'artistes étrangers. 

A ce moment les beaux-arts florissaient en Italie, et cela 
ne fut point sans influencer quelque peu les artistes des 
autres nations, même ceux de l'Angleterre ; pourtant ces 
derniers ne produisirent point d'œuvres ayant un cachet 
d'originalité. 

Au temps de la Réforme, les adeptes de la nouvelle religion 
proscrivaient les images saintes, et ils détruisirent tous les 
tableaux représentant des sujets religieux. Bien avant, du 
reste, et jusqu'à la fin du xvii* siècle, les seuls peintres de 
quelque talent ne furent point Anglais. 

Dès le xvio siècle des artistes italiens sont appelés. On cite 
Toto délia Nunziata, disciple de Ghirlandaio, et Luca Penni, 
le frère de Francesco Penni, dit le Fattore. Henri VIII, à 
l'exemple de François 1*^, avait aussiess ayé, mais en vain, de 
retenir des peintres de l'Italie à sa cour. Un Allemand illus- 
tre, Hans Holbein, fut le seul maître qui répondit à ces 
avances. Il résida en Angleterre pendant 28 ans et il y fit les 
portraits de tous les personnages de la cour et des premiers 
gentilshommes du royaume. 

Citons encore, à ce moment, parmi ceux de l'étranger, le 
flamand Gérard Luca Horrebout W qui mourut à Londres en 

(1) G. L. Horrebout : Gand, 1498; Londres, 1558. 



— 62 — 

1558, et Engelbrechsten (D, fils de Cornelisz ; ce dernier fut 
maître de Luca de Leyde. 

Le Hollandais Antoine Morou Moro (2), peintre de Charles- 
Quint dont, entre autres musées de province, celui de Be- 
sançon possède deux portraits qui sont des chefs-d'œuvre, 
vint aussi à Londres à la demande de la princesse Mary qui 
devait épouser Philippe II, et s'y trouva en même temps que 
les flamands Joost Van Cleef et Luca de Heere (3). Un peintre 
français nommé Jehan de Paris fut adressé par François P 
à Henri VIII en 1519, avec la mission de faire le portrait de 
ce roi Sous le règne d'Elisabeth, c'est encore des artistes 
étrangers : Cornelisz Kate de Gouda, l'italien Federigo Zuc- 
chero, le flamand Mark Gérard de Bruges qui sont les seuls 
peintres marquants, et l'on n'en cite point d'origine anglaise. 

Dans la miniature seulement un certain Nicolas Hilliard, 
né à Londres en 1547, et Isaac Oliver, natif aussi de Londres 
en 1555, mais tous deux probablement de familles françaises, 
imitent la manière d'Holbein. 

Deux Hollandais, peintres de marine, Cornelisz W le vieux 
de Harlem qui peignit la Victoire du comte de Nottingham 
sur l'Armada de Philippe II, et Pieter Van den Velde, peut- 
être l'ancêtre de Wilhem, qui fleurit sous les règnes de 
Charles I" et de Charles II, doivent aussi être cités du vivant 
de la reine Elisabeth. 

Sous Jacques I«' des peintres étrangers viennent encore 
en Angleterre : c'est Paul Van Somer (5), Cornelisz Janson 
Van Ceulen (6), dont nous possédons en la collection léguée 
par Gigoux à sa ville natale un morceau remarquable, un 
portrait d'adolescent d'un grand eflet avec peu de travail ; 



(1) Engelbrechsten. 1468-1533. 

(2) Antoine Mor, 1525-1581. 

(3) Luca «le Heere, né à Gand en 1534. 

(4) Cornelisz Vroom, 1566. 

(5) P. van Somer, 1666. 

(6) G. J. van Ceulen, 1618. 



i 



-68 — 

c'est encore Daniel Mytens (i) de la Haye. Ces deux derniers 
devinrent les peintres officiels de Charles I" et se lièrent 
d'amitié avec Van Dyck qui fit le portrait de Mytens. 

En 1629, Rubens passe une année en Angleterre et Van 
Dyck y demeure en 1632. L'art autochtone n'existe point 
encore en ce pays et Tart étranger y brille seul. L'art au- 
tochtone n'apparaîtra qu'au xviii* siècle avec Hogarth et 
Reynolds. Gainsboroug et Thomas Lawrence ne feront, du 
reste, comme tous les portraitistes modernes, que s'inspirer 
de Van Dyck et marcher sur ses traces sans jamais l'égaler. 
Tous l'imitèrent ou cherchèrent à l'imiter. Georges Jameson 
fut le Van Dyck écossais, etJamesGandy le Van Dyck irlandais. 

Jameson né à Aberden en 1586 était venu vers 1615 étu- 
dier dans les ateliers de Rubens et de Van Dyck; il retourna 
dans son pays natal en i620, puis se fixa à Edimbourg où il 
mourut en 1644. Sur sa réputation on lui fit la commande 
d'un portrait de Charles P'. Il fut assez bon peintre. 

James Gandy (2) résida en Irlande et fut un artiste distin- 
gué. Henri Stone fils du statuaire de ce nom, gendre du 
peintre hollandais Pierre de Keyser, et surnommé Old 
Stone (le vieux Stone), peignit aussi dans la manière de 
Van Dyck, à Londres où il mourut en 1653, âgé de 37 ans. 

En même temps que Van Dyck, et autour de lui, Ton vit 
en Angleterre Jean Van Reyn (3) de Dunkirk, David Beck (*) 
de Arnheim ou de Delfl qui ont collaboré aux portraits de ce 
maître; les hollandais Adrien Hanneman W de la Haye, 
dont nous possédons, au musée de Besançon, le portrait du 
chancelier Chifflet, le hollandais Veesop et Remigins Van 
Lemput, qui furent des imitateurs de ce grand maître fla- 
mand. Lemput est mort à Londres en 1675. 

(1) Daniel Mytens, 1623. 

(2) James Gandy, 1619-1689. 

(3) Jan Van Reyn : Dunkirk, 1610; Londres, 1642. 

(4) Mort à La Haye en IfôO. 

(5) Hanneman : La Haye, 1611-1680. 



-64- 

Le meilleur des peintres anglais que Van Dyck ait formé 
fut William Dobson né à Londres en 1610, mort en 1646 
dans la misère, malgré ses titres de premier peintre et valet 
de chambre du roi Charles P^ Il avait un grand talent et a 
produit des chefs-d'œuvre, notamment le tableau où il s'est 
représenté embrassant Charles Cotterel auprès de sir Bal- 
thazar Gerbier, Tami de Rubens. On trouve aussi de ses ta- 
bleaux représentant des sujets bibliques dans les meilleures 
galeries de TAngleterre. 

Citons encore Robert Walker dont on ignore les dates de 
naissance et de mort, et parmi les peintres de l'école de 
Rubens qui séjournèrent plus ou moins en Angleterre, 
George Geldorp{l;.de Bois-Ie-Duc; le paysagiste Wouters'S), 
Gérard Seghers (3) ; les hollandais W Lievens, Hendrick Pot, 
l'ami de Franz Hais ; les italiens (î>) Horatio Gentileschi et 
le neveu de Gnerchin, Benedetto Gennaro, sous le règne de 
Charles II. 

Parmi les principaux peintres étrangers qui travaillèrent 
en Angleterre jusqu'au milieu du xvii« siècle, contentons- 
nous de signaler Poélenburg (6) et Adrien Van Stalbent, colla« 
borateurs d'Henri Steenwick (7) le jeune; Palamède Stevens, 
né à Londres en 1607; Terburg (8), Vinkeboom, Jacob Kee- 
rinck, Gérard Honthorst et son élève Sandrart (9) ; W^ilhelm 
Van den Velde (^0) et Jean Torrentius^l) recherché par les 



(1) Geldorp, 1607 ou 1620-1675. 

(2) Woulers, 1614-1659. 

(3) Gérard Seghers, 1589-1651. 

(4) Lievens, 1607-;1663?). Hendrick Pot, 1600-1656. 

(5) H. Gentileschi, 1563-1646. B. Gennaro, xvi* siècle, dates inconnues. 

(6) Poélenburg, 1586-1665. 

(7) H. Steenwick, 1580-1642. 

(8) Terburg, 1608-1681. Vinkeboom, 1578-1629. J. Keerinck, 1500-1646. 
G. Honthorst, 1592-1666 ou 1680. 

(9j Sandrart, 1606-1686? 

(10) Wilh. Van den Velde, 1610-1698. 

(Il; J. Torrentius, 1589-1649. 



- es- 
Anglais débauchés pour l'obscénité des sujets qu'il a traités, 
gracié et tiré de prison par Charles !•', Abraham Hondius Wy 
Van der Plaas (2), Pieter Van der Meulen (3), Norbert Van Blœ- 
raen W frère de TOrizonte, les Zeeman (5), les Netscher (6), 
les Verelst '7), Simon et Hermann, les Griffier (8), Ede- 
ma W élève d'Everdingen , Berestaaten ^0) ^ Samuel Van 
Hoogstraeten (l'i) élève de Kembrandt, Dirck Stoop (^2,), 
Dirck Maas i^^)^ Egbert Van Heemskerck (i*), Van Huysum 
mort à Londres en 1740, et nous ne les nommons pas tous, 
la liste en serait trop longue. 

Les puritains, comme nous l'avons dit, proscrivant tous 
les tableaux d'église, on se borna, après la mort de Van 
Dyck, au genre du portrait. Ce fut un Weslphalien, Pierre 
Van der Faës (^5) désigné par les Anglais sous le nom de sir 
Peter Lely, lequel imita Van Dyck avec talent, mais en 
outrant son style et en tombant dans le maniérisme, qui 
obtint toute la faveur de la cour. Il récolta des succès égaux 
à ceux de Van Dyck dont il était élève, et portraitura 



(1) Ab. Hondius, 1638-1691. 

(2) Van der Plaas, 1570?.i6a6? 

(3) P. Van der Meulen, xvn« siècle. 

(4) Norbert Van Blœmen, 1672. 

(5) Les Zeeman : Enoch, mort en 1744; Isaac, en 1751, frère d'Enoch, 
Paul, fils d*Enoch, dates inconnues. 

(6) Les Netscher : Gaspard, 163i)-1684; Théodore, 1661-1732, et Cons- 
tantin, 1670-1712, tous deux fils de Gaspard. 

(7) Les Verelst, xvii« siècle : Simon et Herman, 1666, en Angleterre, 
et Verelst, Comély, fils d'Hennan, 1667. 

(8) Griffier, Jean, 1645 ou 1656-1718, et Robert, fils de Jean, 1688, né à 
Londres. 

(9) Edema, 1652-1700. 

(10) Berestaaten, mort en 1687. 

(11) S. Van Hoogstraeten, 1627-1678. 

(12) D. Sloop, 1610-1686. 

(13) Maas, 1656. 

(14> E. Van Heemskerck, fils d*Egberl le Vieux, 1645-1704, mort à 
Londres. 
(15) P. Van der Faës. 1618-1680. 



- 66 - 

Charles !•' et toutes les plus jolies femmes et les plus ga- 
lants seigneurs de la cour de Charles Stuart en 1660. 

Il avait adopté la facture de Van Dyck avec une habileté 
telle que Ton a vu parfois des connaisseurs s'y tromper. Ses 
collaborateurs furent nombreux : ce sont les hollandais 
Buckshom et Wissing, les flamands Gaspars et Van den 
Eyden, les anglais Greenhill, sir John Gawdie, Sadler, 
Dixon, Henry Tilson, les Gibson, etc., et môme deux pein- 
tres qui rivalisèrent avec lui : un Westphalien, Gérard Soest, 
et un anglais, John Riley (1). 

Notre grand portraitiste Largillière vint à Londres, en 
1675 et y resta quatre ans. Il était mandé par Charles II 
Tannée même où mourait dans cette capitale un autre de 
nos fameux peintres de portraits : Claude Lefèvre, qu'il ne 
faut pas confondre avec Roland Lefèvre né dans TAnjou et 
mort aussi à Londres en Mil, 

A la même époque, et jusqu'à la première moitié du 
xviip siècle, nombre de peintres français séjournèrent à 
Londres, et quelques-uns y moururent, entre autres Phi- 
lippe Duval élève de Lebrun, Jacques Parmentier, élève de 
Sébastien Bourdon, Paul Mignard i^), le second fils de 
Pierre Mignard, Charles de la Fosse (3), Jacques Rous- 
seau (*), Jean-Baptiste Monnoyer p^ Louis Chéron, frère de 
la célèbre Elisabeth-Sophie Chéron, mort à Londres en 1699, 
Desportes (6), Watteau (7), Antoine Pesne 18), Jean-Baptiste 
Van Loo (9) et beaucoup d'autres. 



(1) J. Uiley (1Ôi6-169l), maître du peintre de portraits Richardson, plus 
connu comme littérateur et critique d'art. 
(2; Paul Mignard, 1019-1671. 
(1^] Ch. de la Fosse, 1640-1716. 

(4) Jacques Rousseau, 1630-16113. 

(5) J. B. Monnoyer, 1635 1699. 

(6) François Desportes, 1661-1743. 

(7) J. A. Watteau, 1684-1721. 

(8) A. Pesne, xvii* siècle, dates inconnues. 

(9) J. B. Van Loo, 1684-1745. 



^ en ^ 

Après la mort de Lely, rallemand Godefroy Kneller, élève 
de Rembrandt, sans être son imitateur, arrive à Londres en 
1674, y fait les portraits des grands et de presque tous les 
princes et souverains. Il fut nommé chevalier, comme 
l'avaient été Rubens, Van Dyck et Lely, se fit aider par son 
frère aîné Zacharie et de nombreux collaborateurs hollandais 
ou flamands. 

Un peintre napolitain, Antonio Verrio, pensionné par 
Charles II, avait, en 1676, une grande vogue pour ses déco- 
rations d'architecture, et le français Louis Laguerre l'aidait 
dans ses travaux ; Verrio mourut à Hampton Court en 1707, 
et Laguerre continua à peindre en Angleterre où il mourut 
aussi en 172i. 

L'anglais James Thornhill 1) qui avait voyagé en France, 
fit concurrence à Laguerre. Il peignit la coupole de Saint- 
Paul k Londres et la grande nef de l'hôpital de Green- 
wich. Georges I®» le créa chevalier et on le nomma membre 
du parlement. Il fut le beau-père d'Hogarth. C'est par 
lui que fut inaugurée en Angleterre ce qu'on appelait alors 
la peinture historique ; ce n'était en réalité que des scènes 
mythologiques et des allégories dépourvues de- goût. Le 
style de Thornhill manque de noblesse, et sa couleur est 
terne. 

Mentionnons aussi dans ce temps un artiste dessinateur 
de jardins William Kent '2) fort à la mode et qui fit une 
grande fortune. On le nomma maître des œuvres, architecte 
conservateur des peintures, et principal peintre de la cou- 
ronne. 

A ce moment, l'art des différents états de l'Europe était 
en décadence et les grands maîtres, Rubens, Rembrandt, 



(1) James Thornhill, né en 1676 à Melcombe Régis, mort le 13 mai 173i, 
près de 'Weymouth. 

(2) W. Kent, né dans le Yorkshire en 1685, mort à Burlinglon-Hoiise le 
12 avril 1748. 



Velasquez n'étaient point continués. L'école de Bologne 
consommait la ruine de l'art en Italie. Les insignifiants 
peintres anglais qui fournissaient encore de portraits l'artis- 
tocratie de ce pays ne faisaient prévoir en rien Reynolds et 
Gainsborough. C'étaient (i) Jonathan Richardson déjà nommé, 
Charles Gervas, élève de Kneller; William Aikman, Jean 
Van der Banck, dont l'origine anglaise est douteuse ; George 
Knapton; Thomas Hudson, maître de Reynolds: Francis 
Hayman maître de Gainsborough, et d'autres encore. 

Il ne restait plus en Angleterre de grands peintres étran- 
gers ; on ne saurait compter comme tels : Michaël Dahl ^2)^ 
de Stockolm, Balthazar Denner, Paulus Ferg. 



(1) J. Richardson, 1665-1745. Ch. Gervas, 1675-1739. W. Aikman, 1682- 
1731. J. Vanderbanck, 1694-1739. George Knapton, 1698-1778. T. Hudson, 
1701-1779. F. Hayman, 1708-1776. 

(2) Dahl, 1656-1743. B. Denner, 1685-1747. P. Ferg, 1728. 




k 



ANCIENNE ECOLE 

1730-1850 



William Hogarth né en 1697, mort en 4764, fut, pour 
l'Angleterre, le premier graveur et peintre vraiment origi- 
nal. Encore plus moraliste et graveur que peintre, il voulut 
réagir contre la barbarie de ses contemporains, et ses com- 
positions furent des satires. On peut dire que la beauté de- 
meura la moindre de ses préoccupations, et qu'il ne serait 
qu'un caricaturiste s'il n'avait eu un but moral. Il repré- 
sente des mœurs grossières qui furent sans doute celles des 
Anglais de son temps, et il môle le grotesque au terrible. 
Telle est, par exemple, dans la Ruelle du gin [Gin lane), 
— cette scène révoltante où une femme, une brute en état 
d'ivresse, laisse tomber son nourrisson de son sein qui 
s'étale pendant et nu. Comme s'il parlait le latin, que, du 
reste, il ne connut jamais, il appelle crûment les choses par 
leur nom. il décrit un caractère au cours d'une série de ta- 
bleaux de la morale en actions, telles sont les six composi- 
tions de son Mariage à la mode, un mariage d'argent, et la 
Vie d'une Prostituée {flarloVs progreas), — qui la conduit 
de la chaumière où elle naquit, dans une auberge, de cette 
auberge dans un palais, de ce palais dans un lupanar, de 
ce mauvais lieu dans la prison, et de la prison dans l'hôpital 
où elle meurt. Les quatre tableaux des élections sont la 
peinture et la satire des mœurs politiques anglaises : le Ban- 
guet, la Brique, le Vote et la Victoire dans un fauteuil. Ses 
Comédiens ambulants s'apprêtant à jouer dans une ferme 
sont aussi des types fort ressemblants qui caractérisent son 
époque. Cependant les sentiments élevés lui font défaut, et 




— 70 - 

c'est bien à tort que le chauvinisme de ses compatriotes alla 
jusqu'à le comparer à Shakespeare. Les Anglais n'ont ja- 
mais eu de Shakespeare en peinture. Hogarlh fut seulement 
un sermoneur brutal que révoltait le triomphe de l'injustice. 

En dehors du genre qui Ta rendu célèbre, il a peint quel- 
quefois des portraits, entre autres celui de la comédienne 
Lavinia Fenton dans le rôle de Polly Péachum de l'opéra 
Les Gueux par John Gay. Cette actrice de talent devint plus 
tard l'épouse d'un lord et duchesse de Belton. Son portrait 
date sans doute de l'époque où Hogarth fréquentait Rich, un 
fameux directeur de théâtre, ce qui lui permettait de faire 
des études d'acteurs pour la série de compositions qu'il a 
appelées les Comédiennes ambulantes. Issu d'une famille de 
paysans d'Old-Bailey, W. Hogarlh fut le premier peintre 
véritablement anglais dans toute la force du terme. Son père 
était maiire d'école de village et son grand-père, comme 
l'indique l'étymologie de son nom, un sobriquet, avait été 
porcher. Hog, en etTet, veut dire pourceau, et /lerd troupeau, 
de là le sobriquet de Hogherd dont on fit Hogarth (1). 

Quoi(jue son éducation et son instruction eussent été fort 
i^égligées — Hogarth ignorait même l'orthographe, — il n'en 
écrivit pas moins un ouvrage intitulé Analyse de la beauté, 
et ses Mémoires. Dans son adolescence il travaillait chez le 
graveur Klhs Gamble à l'enseigne de VAnge doré^ et après y 
61 re resté sept ans à graver des chilfres et des ornements sur 
lies plateaux, des cuillères et des gobelets, il s'établit à ses 
frais dans une boutique. Peu à peu, et sans qu'on puisse af- 
iirmer, comme on l'a dit, qu'il reçut des leçons de quelque 
peintre hollandais, il devint artiste. \\ commença par graver 
^ur une planche quelques sujets du sa fantaisie, puis se mit 
a peindre à l'huile. \jn riche marchand de Londres, nommé 



il) D'après M. Max UoiJit, son grand-père fui fermier, son père maître 
d'école, et son oncle un chansonnier rustique faiseur de quolibets. On re- 
ti imve ce caractère caustique cliez llogurth. 



L 



— 74 — 

BowleSy lui acheta ses premières planches. Dès lors il put 
vivre daus une aisance relative et s'habiller comme un gen- 
tleman. C'est à ce moment qu'il devint amoureux de la fille 
de sir James Thornhill, un peintre de la cour, un homme 
riche et célèbre, qui peignait des coupoles de cathédrale à 
raison de quarante shillings par mètre et qui n'eût certes 
point consenti à la lui accorder si Hogarth ne Teût enlevée. 
On raconte, à cette occasion, que celle-ci, de concert avec sa 
mère, exposa dans la salle à manger du chevalier Thomhill 
les six tableaux de la série : la Carrière d'une prostituée 
[HarloCsprogress), et que, en venant pourdéjeuner, Tbornhill 
ne put qu'exprimer son admiration pour l'auteur en disant : 
a Celui qui a un tel talent peut se suffire à lui-même et épou- 
» ser ma fille sans que je la dote. » — Le pardon obtenu, le 
mariage se fit et Hogarth gagna assez pour devenir proprié- 
taire et avoir un carrosse. 

Il voulut, mais sans aucun succès, se distinguer dans la 
peinture d'histoire parce qu'on lui avait reproché de ne pou- 
voir traiter que les sujets de la vie domestique. C'est alors 
qu'il produisit ses compositions de la Fille de Pharaon^ de 
la PiscinCy de la Prédication de saint Paul, de Danaë^ de Si- 
gismonde^ mais on ne les goûta point. 

Soupçonné d'être un espion lors de son voyage en France, 
et arrêté pour avoir dessiné la porte de la ville de Calais, il 
devint gallophobe et se vengea en représentant dans deux 
caricatures l'Angleterre symbolisant la politesse, la courtoi- 
sie et la bonne humeur, et la France ne représentant que 
la grossièreté et la mauvaise humeur. 

Il se vengea aussi par des gravures et des vers satiriques 
de l'insuccès de son Analyse de la beauté qui lui suscita de 
nombreuses et virulentes critiques, et il se brouilla en ma- 
tière politique avec Wilkes et Churchill qui l'attaquèrent vi- 
vement de sorte que, le caractère aigri et sentant ses forces 
s'altérer, il acheva en 1764 son dernier tableau représentant 
la figure du Temps sur des ruines et qu'il nomma La fin de 



- 72 — 

tout. Alors il brisa sa palette en s'écriant: «J'ai fini! • On 
l'enterra peu de mois après à Ghiswick où on lui éleva pour 
monument une pyramide ornée d'un masque comique avec 
une épitaphe en vers par Garrick. 

Nous remarquons dans le legs Gigoux un portrait d'homme 
que Ton attribue à Hogarth. C'est une tête coiffée d'une per- 
ruque; elle manque de distinction, mais est toulefois d'une 
exécution permettant de la croire le produit du pinceau de 
cet humoristCy comme l'appellent ses corn p«'ïtriotes. La cou- 
leur en est aussi terne que colle qui distingue les peintures 
d' Hogarth. 

Constatons toutefois que son exécution est préférable à 
celle d'un tableau de genre ayant la dimension de chacune 
de ses peintures de mœurs. Il représente VLitérieur (Van 
atelier dliorlogers. L'un d'eux travaille près d'un vitrage d'où 
l'on aperçoit des murailles grises, l'autre, près de son établi, 
reçoit d'un jeune gentleman une montre à réparer, et Ion 
dirait que le troisième explique le mécanisme d'une horloge 
à trois personnages en costumes du Levant, tandis que sa 
femme répond aux questions d'un de ces visiteurs étrangers. 

Cette peinture où règne quelque semblant d'une harmonie 
de tons roux a l'aspect éraillé et semble usée, ce qui ne per- 
met guère d'en apprécier la fa<"ture. Elle est terne, peu cor- 
recte, et c'est même à son monque de correction qu'elle em- 
prunte cette expression caricaturale qui fut le propre d'Ho- 
garth. Elle est du reste traitée comme une esquisse. 

AllanRamsay I , fils d'une famille noble, na(juit à Edimbourg 
en 1715, et alla dans sa jeunesse étudier à Rome chez Soli- 
mène et Impériale, deux peintres fort en vogue W ce moment. 
De retour en Angleterre, il fut recherché par de hauts per- 
sonnages dont il fit les portraits, entre autres celui de lord 
Bute, président du conseil des ministres. Georges III le 
nomma son premi(T peintre, alors que Reynolds eût sans 



1) A. Uamsay, 47i5-17H4. 



— 73 — 

doute mieux mérité cette distinction, mais le roi s'était pris 
d'affection pour Ramsay qu'il admettait dans sa famille C'é- 
tait, sans doute, parce que celui-ci était de souche aristocra- 
tique et avait beaucoup d'instruction. On rapporte que, bon 
helléniste et latiniste, il parlait fort bien plusieurs langues 
vivantes : le français, l'italien et l'allemand, ce qui lui per- 
mettait de s'entretenir longtemps dans cette dernière langue 
avec la reine Charlotte dont il eut l'honneur de représenter 
les traits. La faveur du roi et des courtisans lui procurèrent 
une quantité prodigieuse de portraits dont il peignait seule- 
ment les têtes et les mains afin de pouvoir suffire à d'aussi 
nombreuses commandes. Il faisait peindre les vêtements à 
des collaborateurs parmi lesquels on cite une mistress Blake. 
un certain hollandais Van Dyck qui fut très loin de valoir son 
illustre homonyme, l'écossais David Martin (^), les allemands 
Roth, Eikart, Vesperies et Philippe Reinagle. 

Ramsay fut plutôt un fabricant de portraits qu'un artiste. Il 
s'occupait avec prédilection de littérature et de politique. 
Les lords Bute et Bath, les ducs de Newcastle et de Rich- 
mond venaient dîner à sa table et l'appréciaient comme homme 
politique. 

On a un volume des articles et des mémoires qu'il a pu- 
bliés sous le nom d'Investignior. Il mourut à Paris dans l'été 
de 1784 après un voyage en Italie et lorsqu'il se disposait 
à retourner en Angleterre. 

Le musée du Louvre possède de lui, catalogué sous le 
n^ 1848 le portrait de Charlotte-Sophie de Mecklembourg- 
Strélitz, princesse de Galles. 

Il ne restait plus en Angleterre de frrands peintres étran- 
gers; tandis que les peuples du continent pouvaient se faire 
gloire de leurs artistes de génie, les Anglais seuls montraient 
un tempérament rebelle spécialement à la peinture. Ils 
avaient des poètes, des littérateurs, des savants, des indus- 

(1) D. MarUn, 1736-1798. 



- 74 — 

triels et des commerçants, mais pas de maîtres peintres ou 
sculpteurs. On pourrait en conclure que là où Tesprit de cal- 
cul domine, il ne reste rien pour la manifestation de la beauté 
par les arts plastiques. 

Nous ne voyons point dans les tableaux du legs Gigoux 
quelque échantillon du talent d'un peintre dont les œuvres 
ont du style, mais sont visiblement imitées de Claude Lorrain. 
Ce peintre est Richard Wilson que Ton peut dire avoir inau- 
guré le genre du paysage en Angleterre, car on ne cite avant 
lui qu'un ou deux noms de paysagistes qui n'ont paslaisséde 
traces. Cet artiste, né en 1714, fils d'un clergyman du comté 
de Montgomery, reçut une excellente éducation classique, 
et, en 1749, lors de son voyage en Italie où il étudia dans l'a- 
telier de Zuccarelli, se mit à traiter le genre du paysage his- 
torique. Il s'inspira aussi de Joseph Vernet dont il fut Tami ; 
c'est sur l'éloge qu'en fit ce dernier qu'on le nomma membre 
fondateur de l'Académie. 

Mais il arrivait dans un moment où tout le monde s'était 
pris d'admiration pour Gainsborough et où Hogarth était en 
faveur. Sa peinture, lors de son retour à Londres, fut amè- 
rement critiquée par ses conlVères et tomba dans le plus 
grand discrédit. Quand Georges III lui demanda une vue des 
jardins de Kew. au lieu de rendre la nature de ce site anglais, 
Wilson y substitua un paysage dans le goût latin, éclairé 
par un soleil d'Italie, de sorte (|ue le roi lui renvoya sans 
pitié son tableau. Wilson ne pouvait faire un paysage sans y 
placer une scène de l'histoire ancienne et des ruines grecques 
ou romaines. Il aurait pu à ce moment avoir grand succès 
s'il eût vécu en France, mais en Angleterre il mourut dans 
la misère la plus complète au mois de mai 1782. 

Maintenant au contraire, on s'y dispute ses œuvres à prix 
d'or et on l'appelle hyperboliquement le Claydc anglais. 

Après Ramsay, rien ne présageait la venue des peintres 
que nous allons citer et qui lurent les plus remaixjuables 
des artistes de leur pays : ils inaugurent l'école anglaise. 



- 75 — 

En premier lieu Josuah Reynolds, né en 1723, jouit des 
plus grands succès comme portraitiste, mais n'excelle point 
dans la peinture d'histoire. Ce président de l'Académie 
Royale de Londres, a, selon ce que dit M. Ernest Chesnéau, 
€ le secret de toutes les distinctions de la femme et de Ten- 
9 fant. Tous ses personnages, il les met dans leur milieu de 
» vie active, poursuivant le geste interrompu par l'arrivée 
B du peintre. :s> 

Il s'inspira en tout de Van Dyck et c'est peut-être pour 
cela qu'il s'appliqua de préférence à se montrer coloriste. 

Pourtant, s'il était vrai, comme on l'a dit, que Reynolds 
achetait des tableaux dt,' maîtres vénitiens pour y chercher, 
en décomposant leurs couleurs, les secrets des fameux 
coloristes de la Renaissance, cela indiquerait une ignorance 
qu'on ne peut guère lui supposer. Il savait sans doute que le 
secret des maîtres coloristes n'est point dans la nature des 
couleurs dont ils se servaient, mais dans l'éducation de leur 
œil pour apprendre à bien voir. Il nous semble, du reste, 
que l'examen des œuvres de Reynolds prouve suffisamment 
qu'il était trop intelligent pour chercher ce prétendu secret. 

Quelques critiques, à cause des eilets de lumière qu'il a 
mis dans ses portraits, l'ont appelé trop prétentieusement le 
Rembrandt anglais. Mais, outre qu'il est bien au-dessous de 
Van Ryn, il n'a point son extrême sobriété de colorations, 
et quoiqu'on l'ait écrit, il ne rechercha point non plus la 
couleur des Vénitiens qu'il ne goûtait guère. Dans ses Dis- 
cours sur la peinture dont il fit la lecture à l'Académie, il y 
professe que l'on doit concentrer l'effet sur l'objet principal 
du tableau, et au besoin, négliger les accessoires. La plupart 
des peintres anglais modernes sont arrivés, en adoptant ce 
système, à produire des effets n'ayant rien de la nature et 
sentant la manière. 

Reynolds s'est efforcé de mettre en faveur la grande pein- 
ture historique pour laquelle ses compatriotes ont toujours 
montré peu de goût. Il louait sans cesse Raphaël, Michel- 



— 76 — 

Ange, Tilieil aussi, qu'il préférait à Véronèse, et malgré cela 
Ton peut dire que ses Discours ont propagé bien des idées 
fausses et qui égarent, encore aujourd'hui, les peintres de 
son t>ays. 

Ce fut seulement après la mort de Ramsay, en 1784, qu'on 
le nomma peintre ordinaire du roi. Lorsqu'il cessa de vivre, 
le 23 février 1792, il était devenu presque aveugle. Le musée 
du Louvre ne possède aucune peinture de Reynolds. 

Il est regrettable que l'on n'ait rien de lui dans le legs Gi- 
goux. Une Tète de jeune Fille qui lui était attribuée et que la 
Revue Franc-Comtoise publiée à Dole mentionnait en 1887 
dans cette collection (à moins pourtant que ce ne soit une 
erreur d'attribution), a peut-être été vendue pendant la vie 
de son possesseur. 

Pour connaître les conditions du développement de l'art 
chez les artistes de la Grande-Bretagne, il importe de savoir 
ce qu'est l'Académie Royale dont Josuah Reynolds fut le 
premier président. 

Fondée en 1768, elle résida premièrement à saint-Martins 
Lane; Georges III la transféra à Somerset House, qu'elle 
quitta pour Trafiilgar-Scjuare, et elle occupe actuellement 
un palais somptueux, sa propriété, qu'elle a fait construire 
à Piccadilly pendant les années 1808 et 1869. 

On ne peut pas dire que celte institution appartienne à 
TEhiL En elTet, quoi(|u'elle soit installée dans un monument 
pu)4ic, et que son président, soit, par le fait, Directeur de 
ht XttHonal Gallevy et du British- Muséum, quoique pres- 
que tous ses membres soient payés par la nation, et ses 
('lusses par les contribuables, elle est indépendante et se 
gijLïverne elle-même. Le meilleur de son budget vient d'une 
exiiosition annuelle d'artistes vivants dont le droit d'entrée 
est iTun shilling. On peut faire partie de cette Académie 
moUié publicjue moitié privée à trois titres d'fférents; comme 
élève, comme associé, ou comme académicien. Il y a quarante 
acîidémiciens. que l'élection renouvelle, vingt associés choi- 



— 77 — 

sis et nommés par les artistes qui ont exposé les ouvrages 
jugés les meilleurs, et les élèves doivent produire un 
ouvrage qui soit admis par neuf membres y compris le pré- 
sident d'un conseil agissant comme pouvoir exécutif de la 
Société. Si ce spécimen de leurs aptitudes est trouvé suffi- 
sant on les admet pour trois mois, et si pendant ce temps 
les professeurs constatent leurs progrès sur le vu de nou- 
veaux ouvrages, ils sont définitivement acceptés pour élèves 
avec tous les droits que confère ce titre. Ces droits sont : 
instruction gratuite dans les différents arts, accès aux cours 
publics et usage de la bibliothèque de l'Académie. Tous les 
trois ans TAcadémie envoie à Rome avec une pension de 
cent livres sterling un élève de son choix et lui paie ses frais 
de voyage. 

Quoique renseignement soit donné à TAcadémie Royale par 
des hommes fort compétents, il n'est point sûr qu'il suffise 
pour former des artistes de premier ordre. Il n'y a pas à 
Londres, comme chez nous, des ateliers particuliers dirigés 
par des maîtres qui se font un point d'amour- propre du 
succès de leurs élèves et s'efforcent pour les faire réussir. 
Quant aux autres écoles de dessin, elles sont publiques, 
comme celle de l'Académie, mais ne l'égalent point. Nombre 
de peintres anglais n'ont suivi ni les unes ni les autres, ils 
se sont formés au hasard par les cours de n'importe quel pro- 
fesseur, de sorte que, faute d'une direction sérieuse, ils de- 
meurent inférieurs dans le dessin et cherchent à voiler leur 
faiblesse en abusant de la couleur ; toutefois, si les médio- 
crités y sont plus choquantes qu'ailleurs, cette absence de 
technique â pour résultat, chez ceux qui arrivent à se dis- 
tinguer, une originalité toute personnelle et fantaisiste qui 
caractérise leurs productions. 

Il est regrettable que nous ne trouvions parmi les tableaux 
du legs Gigoux aucun portrait par Gainsborough qui fut con- 
sidéré comme un des premiers portraitistes de l'Angleterre, 
supérieur même à Reynolds, au dire de certains de ses ad- 



— 78 - 

mirateurs, et qui excella aussi dans le paysage. De ce der- 
nier genre nous remarquons un petit tableau où se trouvent 
un arbre à droite et des bestiaux dans une prairie, sous un 
effet de soleil couchant. Cette peinture d'un bon sentiment 
de couleur est pourtant insuffisante pour nous révéler toutes 
les qualités qui distinguent le maître. 

Gainsborough fut supérieur à Reynolds d'autant qu'en foit 
d'art le sentiment, l'inspiration du tempérament l'emportent 
sur le savoir. Là où Reynolds raisonne pour arriver à la cou- 
leur, Gainsborough s'y trouve entraîné par son intuition de- 
vant la nature. Elle lui fait trouver des finesses de ton, des 
valeurs délicatement nuancées et des touches expressives. 
L'harmonie de sa couleur arrête l'attention. Ses portraits 
sont distingués comme s'ils étaient l'œuvre d'un émule de 
Van Dyck, dont il eut à tort la vanité de se croire l'égal. La 
peinture de Gainsborough est facile, elle donne tout son effet 
sans le secours des sacrifices et des supercheries employées 
par Reynolds, et l'expression de ses figures n'a point la ymI- 
garité de celles d'Hogarth. 

Reynolds ayant dit, dans un de ses discours à l'Académie, 
qu'il ne fallait pas que le bleu soit la couleur dominante d'un 
tableau, et qu'on devait toujours placer au centre les tons les 
plus vigoureux, Gainsborough fit, en manière de réponse, 
son portrait de Master Buttai, un jeune garçon de quinze 
ans vêtu entièrement de satin bleu d'une même teinte, et 
que l'on connaît sous le nom de Dlue Boy (^). Ce portrait, 
son chef-d'œuvre, donne un éclatant démenti à l'assertion de 
Reynolds en montrant que l'agréable harmonie d'un tableau 
résulte de la juste valeur des tons et non point de leurs 
teintes. Un autre de ses meilleurs portraits est celui d'une 
actrice, mistress Siddons, en costume de ville, que Reynolds 
avait représentée vêtue en tragédienne, et aussi ceux de 



(1) Des gravures de Blue-Boy et de Mistress Graham, par M. L. Fla- 
meng, se trouvent dans la Gazette des Beatix-Arts. 



— 79 - 

mistress Graham, celui de Georgiana Spencer, duchesse de 
Devonshire, des mistress Sheridan et Tickell, groupées dans 
le même cadre, de William Hallett et de sa femme se pro- 
menant dans leur jardin, etc., toutes œuvres où l'on remar- 
que de la grâce, de la distinction, et du brio dans l'exécution. 
En effet on peut signaler, contrastant avec Hogarth, comme 
un progrès dans le sentiment de la beauté, la venue de Rey- 
nolds et de Gainsborough. Tous deux s'inspirèrent plus de la 
réalité. Le premier en exprimant mieux que ses prédéces- 
seurs l'âme des modèles qui posèrent pour ses portraits, et 
le second en se laissant aller sincèrement, en toute naïveté, 
à son grand amour de la nature. On peut dire que si Rey- 
nolds peint surtout avec son savoir, Gainsborough, au con- 
traire, n'est guidé que par sa puissante inspiration. Quoique 
l'on ait affirmé qu'il faisait ses paysages pour son plaisir, et 
ses portraits pour de l'argent, ses portraits ne sont point in- 
férieurs à ses paysages, et dans chacun de ces genres il s'est 
montré plein de verve. Son caractère était en parfait con- 
traste avec celui de Reynolds qui recherchait la société des 
hommes politiques, des lettrés et des grands, car il aimait à 
fréquenter les acteurs et les jolies femmes. On le trouvait 
sans cesse dans la campagne, au milieu des bois, des plaines 
de bruyères ou dans les tavernes où il aimait à faire ses re- 
pas en compagnie de bons vivants, et presque jamais à l'A- 
cadémie. Aussi trouvait-il les sujets de ses tableaux parmi les 
paysans et les gens du peuple. La Fille aux cochons et la 
Fille à la cruche, que Reynolds paya cent guinées au lieu 
des soixante demandées par l'auteur, sont deux de ses chefs- 
d'œuvre. Et pourtant, du vivant de Gainsborough, ces ou- 
vrages se vendaient peu et à bas prix. Ce n'est qu'après sa 
mort qu'ils furent payés au poids de l'or. 

De nos jours encore cette vogue s'est si bien maintenue 
chez les Anglais qu'elle donna heu, en 1891, à l'histoire sin- 
gulière du portrait de la duchesse de Devonshire. Ce por- 
trait, dit-on, aurait été volé, il y a de cela vingt-six ans à 



— 80- 

MM. Agnew, marchands de tableaux de Bond Street, qui 
l'avaient acheté, en 1876, dans une vente publique, pour 
262.500 francs, prix qui dépasse tout ce qu'on avait jamais 
payé pour aucun tableau de ce genre. 

Il a couru nombre de légendes sur la façon dont 
MM. Agnew, persistant à garder le secret, sont enfin rede- 
venus propriétaires de ce portrait. Ils l'ont réinstallé dans 
leur galerie, et après l'aventure de la disparition, qui pour- 
rait bien n'être qu'une ingénieuse réclame, ils disent ne 
vouloir le céder maintenant que pour la bagatelle de 
265,000 francs. 

Thomas Gainsborough était né à Sudbury en 4727 et il 
mourut à Londres en 1788. Notre graveur français Gravelot 
aida de ses conseils cet artiste bizarre qui, devenu un pein- 
tre original, eut cependant le tort de se croire l'égal de Van 
Dyck. 

George Homney (t) fît concurrence à Gainsborough et 
traita aussi l'histoire. Peu connu chez nous, il a mérité 
d'occuper un des premiers rangs parmi les artistes anglais 
et peignit surtout des portraits dont il fit un nombre prodi- 
gieux. C'est comme délassement qu'il produisit des compo- 
sitions historiques ou de genre. 

Voici le jugement qu'en a porté le fameux critique Thoré. 

« Romney fut un maître : grand coloriste, élégant dessi- 
nateur, excellent dans toutes les parties de l'exécution. 
L'abondance de ses conceptions était inépuisable, surtout 
dans les sujets poétiques. Qu'il peignit l'allégorie, l'histoire, 
la vie familière, il a toujours une qualité bien rare : le 
charme (1). » 

Cela suffisait pour le faire haïr de Reynolds alors au faîte 
de sa puissance, et c'est pourquoi Romney ne fut point 
nommé de la Royal Academy. 

Il faut dire aussi qu'il ne s'astreignit point, pour obéir à la 



(1) i73M802. 



- 81 — 

pudibonderie anglaise, à ne pas faire poser le nu par le mo- 
dèle vivant. Il avait, d'ailleurs, un modèle incomparable 
dans sa maîtresse, la trop célèbre Emma Heath, bâtarde de 
Lord Lyons, devenue plus tard la femme de sir William 
Hamilton, ambassadeur d'Angleterre, Tamie de la reine 
Caroline de Naples, puis la maîtresse de Tamiral Nelson, et 
qui mourut enfin dans la misère. Elle posa aussi pour Rey- 
nolds et pour M»»« Vigée-Lebrun. Voici ce que cette artiste en 
dit dans ses Mémoires : « Je la peignis couchée au bord de 
la mer, tenant une coupe à la main. Sa belle figure était fort 
animée, elle excellait à mimer toutes les poses, et toutes les 
passions Elle avait une quantité de beaux cheveux châtains 
qui pouvaient la couvrir entièrement, et en bacchante, ses 
cheveux épars, elle était admirable. Aussi Romney, qui la 
faisait poser de toutes les façons, dut-il, sans doute, beau- 
coup de sa réputation aux charmes de ce beau modèle. » 

Il est regrettable que le musée du Louvre ne possède rien 
de Romney. 

Lorsque le quaker Benjamin West, né en 1738 à Spring- 
field en Pensylvanie, et mort à Londres en 1820, arriva en 
Angleterre, les peintres de ce pays étaient presque tous des 
excentriques. Voici ce que dit à ce sujet Thoré, sous le nom 
de William Biirger : 

€ Ce yankee représenta parmi eux un certain bon sens, le 
calme, pendant que tous les autres, sauf Reynolds, étaient 
plus ou moins maniaques; Gainsborough lui-même était 
assez fantasque. Il y en avait de fous aux trois-quarts, 
comme James Barry et George Morland , quelques-uns 
même tout-à-fait comme William Blake le visionnaire ; West 
était un contraste. 

» A cela, peut-être, il dut son prodigieux succès, car peu 
d'hommes au monde ont été aussi complètement heureux 
^ïue lui, de tous les côtés : ambition et gloire, et richesse, et 
faveurs et titres, l'estime générale, la paix domestique, une 
bonne femme à l'anglaise, des enfants dociles, une bonne 




— 82 - 

santé, bon tempérament, longue existence ; tout au mieux 
possible. Mais de génie point, pas même de talent; ni inven- 
tion ni inspiration, ni esprit, ni adresse, ni expression, ni 
tournure, ni poésie d'aucune sorte, ni originalité, ni rien. 
Et surtout, pas peintre. >» 

Ce jugement est peut-être bien sévère. Le tableau que 
Ton cite entre autres comme le chef-d'œuvre de West, La 
mort du Général Wolf, ne manque point de qualités rela- 
tives, et l'on peut dire que West fut, du moins, très fécond, 
puisqu'il a produit plus de cinq cents tableaux où quelque- 
fois il fit preuve de talent. 

On compte au nombre des artistes anglais le Suisse Henry 
Fusely(t), de Zurich, qui fut directeur de l'Académie de pein- 
ture. Quoique bizarre dans ses compositions qui tiennent de 
l'hallucination, il ne manquait pas de talent. Voici ce que dit 
de lui le critique Allan Cunningham : 

a Ce n'était pas un timide aventurier dans les régions de 
l'art, mais un homme singulièrement audacieux. Il ne se 
plaisait que dans les sujets grandioses, sauvages, merveil- 
leux. Les humbles réalités de la vie, il les considérait comme 
indignes de son pinceau, et il ne les consacrait qu'aux drames 
terribles où l'imagination peut déployer toute son énergie. » 

« Il ne sympathisait qu'avec les demi-dieux de la poésie, 
et il rôdait à travers Homère et Dante, Shakespeare et Mil- 
ton, pour y trouver de nobles inspirations. Il aimait à se me- 
surer avec ce qu'il croyait trop fort pour les autres hommes. » 

Citons parmi ses tableaux : Titania et Dottom^ sujet tiré 
de Shakespeare, les Sorcières de Macbeth, le Cauchemfir, 
etc. 

James Barry, peintre irlandais, mort au commencement 
du XIX* siècle, avait passé cinq ans à Rome où il s'était livré 
à l'étude des meilleures statues antiques d(mt il a marqué le 
souvenir dans ses œuvres où il s'efforce d'avoir le style clas- 

(1) 1711-1806. 



— 83 — 

sîque. Il s'en trouve de remarquables, mais ne justifiant 
point ses prétentions excessives qui lui firent beaucoup 
d'ennemis parmi ses confrères. Sa couleur valait mieux que 
son dessin. Il traita les sujets mythologiques et Thistoire. On 
cite de lui : Vénus sortant de la mer^ Mercure inventant la 
lyre, etc. 

En 1877, il peignit, pour la société des arts, six compositions 
d'une grandeur excessive, 42 pieds de longueur sur il pieds 
6 pouces de hauteur, placées dans la grande salle des Adel- 
phi. Elles ont pour sujets : l'» Orphée ; 2' Cérès et Bacchus ; 
3** Les Jeux olympiques ; 4* La Navigation ou le Triomphe 
de la Tamise ;b° La Distribution des Récompenses à la So- 
ciété des Arts ; 6" L'Elysée ou la Récompense finale. Ce 
travail lui prit six années et lui fut l'occasion d'une polémi- 
que très acerbe contre ses confrères de l'Académie II se disait 
supérieur aux plus grands maîtres italiens, et ses compatriotes 
finirent par le croire. 

James Norlhcote (1), né en 1746, peignait encore en 1830. 
Il fut élève de Josuah Reynolds, et, de même que son maître, 
produisit de nombreux portraits, mais ses compatriotes le 
classent surtout parmi les peintres d'histoire. Son tableau de 
la Mort des enfants d'Edouard qu'il exposa en 1 785 avec sept 
autres compositions et huit portraits, alors qu'il avait 39 ans, 
eut un immense succès et consacra sa réputation. En 1787 
il fut nommé membre de l'Académie de peinture et traita dans 
son morceau de réception le sujet biblique de Jahèl et Si- 
cara. Il avait aussi, à ses débuts, produit des tableaux de 
genre d'un dessin quelquefois peu correct, comme celui qui 
est intitulé : La Charité, 

Robert SmirkeW fut un illustrateur de Shakespeare, de 
Cervantes et de nombreux romans. S'il fut peintre, c'est 
qu'au siècle dernier les éditeurs de la Grande-Bretagne 



(1) 1746-1831. 

(2) 1752-1845. 




— 84 — 

avaient Thabilude de faire graver les illustrations d'après des 
tableaux. Aussi la peinture de Sinirke est-elle excessive- 
ment sobre de coloration, presque une grisaille ; mais il re- 
chercha le clair-obscur 

On ne doit pas s'étonner si, pour suffire à tous les livres 
qu'on lui fit illustrer, sa production fut très considérable; il 
en devait être ainsi. Voici le jugement qu'en a porté notre 
fameux criti(|ue Thoré. 

« Pour ce qui est de Smirke et de ses illustrations, tout ce 
qu'on en peut dire, c'est qu'à l'adresse de l'arrangement, elles 
joignent un certain esprit dans les attitudes et les physiono- 
mies, mais qu'elles ne vont jamais au fond des caractères. 

y> S'il fait sourire parfois, comme l'observe Bryan, il ne fait 
guère penser. Une bonne illustration devrait servir à pénétrer 
l'esprit du littérateur que l'artiste entend traduire ; au con- 
traire, pour bien comprendre Smirke, il faut relire ses au- 
teurs, Shakespeare ou Cervantes qui, dans leur langue écrite, 
sont mille fois plus expansifs que le peintre, dans sa langue 
classique. » 

Smirke a quelquefois, en outre de ses illustrations, em- 
prunté des sujets à la Bible ou h la Mythologie et a fait aussi 
des tableaux de genre d'une intention froidement comique, 
comme celui si connu sous le titre de : Le portrait flatté. 

Il fut nommé de l'Académie Royale de peinture en 1793 et 
mourut à 94 ans en 1845. L'un de ses fils, qui porta aussi le 
prénom de Robert, fut l'architecte du British-Museum, mais 
ne fut point peintre. 

Sir George Howland Beaumont naquit à Dunmow, comté 
d'Essex. en 1753, et succéda, en 1762, au titre de baronnet 
héréditaire dans sa famille. Ayant fait en 1782, avec lady 
Beaumont, un voyage en Italie, il s'adonna tout entier à son 
goût pour les beaux-arts et devint peintre de paysages. Il 
avait précédemment reçu des leçons de Richard Wilson. Il 
fut élu membre du parlement en 1790 et y représenta Bee- 
ralston. Il mourut le 7 février 1823, après avoir toujours 



— 85 — 

aimé et protégé les artistes et en léguant à la National 
Gallery sa riche collection de tableaux. 

Sir William Beechey lut portraitiste. Il naquit le !•' dé- 
cembre 1793 à Burford, dans le Comté d*Oxford, et mourut 
à Hampstead en 1839. L'académie Royale se Tassocia en 
1793, il devint académicien titulaire en 1798, et reçut le 
titre de chevalier après avoir terminé le portrait équestre de 
Georges III passant une revue en compagnie du prince de 
Galles, du duc d'York, de sir W. Faucett et Goldsworthy. 
Reynolds, avant lui, avait reçu ce titre qui fut refusé par 
Benjamin West. 

Beechey fut extrêmement fécond. On rapporte q\ïï\ 
exposa, en 64 ans de sa longue vie, trois cent soixante- 
deux portraits. Il s'en faut, toutefois, qu'il puisse être mis 
sur le même rang que Gainsborough ou Lawrence. C'est un 
portraitiste de second ordre. 

Son fils George D. Beechey fut peintre médiocre et 
exposa aux salons de Londres de 1817 à 1828. On croit qu'il 
mourut, pendant la révolte de l'Inde en 1877. à la cour du 
roi d'Oude dont il était le peintre attitré. 

Le musée du Louvre possède de W. Beechey le père, 
sous le no ISCM, deux portraits réunis intitulés Frère et sœur^ 
don du journal l'Art en 188J, provenant de la vente Wilson 
Citons pour mémoire Thomas Stothard W qui ne peut être 
compté au nombre des bons peintres de genre du 
xviii* siècle, mais dont on a beaucoup parlé à propos d'un 
très petit tableau dont le sujet : Pèlerinage à Canterbury^ 
était inspiré par un poème de Ghaucer. On s'en occupa d'au- 
tant plus que William Blacke l'accusait d'avoir pillé sa com- 
position originale. On n'a jamais pu dire si c'était à tort ou à 
raison. 

c C'est assez original, en effet, duns la gravure. Les per- 
sonnages ont de la naïveté et un certain caractère. Ils s'en 

(I) T. Stolhart, 1735-1834. 




— 86 - 

vont péleiiiicr comme une file d*oies qui va aux champs. 
C'est tranquille et humoristique à la fois, assez intime et 
très amusant à voir dans la gravure. On croirait y deviner 
un peintre comme Wilkie, même avec plus de style. 

» Hélas 1 dans la peinture il n'y a rien; une petite image 
débile et incorrecte, au lieu de Timage énergique et subs- 
tantielle de Chaucer le vaillant poète ; une vignette comme 
en faisait le gracieux Johannot. 

» Car Stothard n'est qu'un délicat et spirituel illustrateur de 
livres, une espèce d'ornemaniste pour les éditions de luxe, 
les keepsakes et les magazine^;. » 

Et nous pensons môme que le comparer à Tony Johannot 
qui avait beacoup de talent, c'est lui faire trop d'honneur. 

Rœburn (sir Henry), né à Strockbridge près Edimbourg 
(1756-182;^), peignit le portrait. 

On voit de lui au musée du Louvre, catalogué sous le 
n° 4817, Le Portrait d'un Invalide de la marine à Green- 
wich, — en ovale, — acheté 2,400 fr. par l'Etat en 1886 à la 
vente Laurent Richard, 

Ce portrait est traité magistralement avec une hardiesse 
de touche, un modèle fin et puissant, un sentiment de réalité 
bien interprétée qui en font un vrai chef-d'œuvre. Il ne per- 
drait rien, a-t-on dit, à côlé d'une œuvre de Chardin. 

Et pourtant, ce peintre n'est point apprécié à sa valeur 
par les Anglais qui, tout en l'estimant, lui dénient toutes 
qualités d'art. 

D'abord apprenti orfèvre à Edimbourg, Rieburn sentit 
bientôt se révéler sa vocation pour la peinture en s'essayant 
à faire quelques miniatures. David Martin, portraitiste, vit 
ces essais et lui donna des leçons en lui faisant copier ses 
ouvrages. Raeburn avait alors 19 ans. Bientôt il eut quelques 
succès, et se maria h 22 ans avec une jeune personne ayant 
une médiocre fortune. Reynolds vit quelques-unes de ses 
œuvres, l'encouragea, lui donna des conseils et le recom- 
uiaiida à ses connaissances. 11 alla passer deux ans en Italie 



— 87 — 

et revint à Edimbourg en 1787. Nommé président de la 
Société des artistes écossais, il fut élu par les peintres de 
l'Académie Royale, d'abord associé en 1813, puis académie 
cien en 1814. Lorsque George IV passa à Edimbourg, il lui 
donna le titre de chevalier en 1822, et Tannée suivante celui 
de peintre du roi pour TEcosse. Il mourut dans sa maison de 
campagne près d'Edimbourg, après avoir perdu une partie 
de sa fortune. 

li faut citer dans un genre qui étonne par le grandiose des 
édifices et des effets de lumière, Blake , qui fut peintre et 
poète. Toutefois, il fut très médiocre dessinateur. 

William Blake (1757-1827), que iM. Ernest Chesneau ap- 
pelle un génie trop plastique pour la plume et trop mystique 
pour le pinceau, fui un peintre visionnaire enfanté par le 
mouvement teutonique qu occasionnait la peur des victoires 
de Napoléon. Il mêla le mysticisme du Nord Scandinave et 
germanique à l'inspiration de la poésie anglaise d'où sor- 
tirent le.s œuvres de Wordsworth et celles de Shelley et de 
Coleridge. Il illustra de gravures à la pointe sèche des 
poèmes inintelligibles. 

John Hoppner fut un médiocre portraitiste, et pourtant 
un de ses ouvrages, le Portrait de ludy Louiaa Manners^ 
depuis comtesse Dysart, en costume de paysanne, dans un 
fond de paysage, a été, en octobre 1901, adjugé pour la 
somme de 14,050 guinées, et quelques jours après, une re- 
production de ce portrait, gravé par Charles Turner, se ven- 
dait 200 livres. On est surpris de voir estimer si haut l'œuvre 
d'un peintre d'un mérite si secondaire. Un portrait de 
Mrs Farthing, par le môme, a atteint 8,000 guinées. 

Jules-César Ibbertson traita également la figure et le pay- 
sage. On raconte que son nom de César lui fut donné parce 
qu'il vint au monde à la suite d'une opération appelée césa- 
rienne, le 20 décembre 1759. D'abord acteur, puis peintre, 
ses tableaux représentent des vues prises aux faubourgs de 
Londres, puis des plages, des paysages avec ligures. Ayant 




— 88 - 

perdu sa femme et huit enfants, il devint Tami du peintre 
George Morland et partagea ses dérèglements. Il se maria 
de nouveau en 18QI et mourut en 1817. Il fut aussi aquarel- 
liste de talent et publia en 1803 un traité de peinture illustré 
par lui. 

Citons de lui, Fraudeurs sur la côte d'Irlande. Il est né à 
Masliam (Yorkshire), en 1759, et mourut à Londres en 1817. 
C'est un artiste au faire bien personnel 

John Opie(l), auquel on rend une justice tardive, a traité 
rhistoire, la mythologie ou les tableaux religieux, mais sur- 
tout le portrait mieux que ces différents genres. Sa princi- 
pale qualité fut d'être original Sans que Ton puisse dire qu'il 
ait jamais fait un chef-d'œuvre, on ne peut pourtant lui con- 
tester d'avoir eu beaucoup de talent. 

Benjamin West, son rival, a dit de lui : « Il peignait en 
maître ce qu'il voyait ; nul peintre ne sut jamais mieux 
rendre la perspective aérienne pour placer les objets à leurs 
places. La couleur locale dans ses tons variés fut toujours 
bien observée par lui. Beaucoup de peintres donnent aux ob- 
jets deux couleurs différentes, Tune dans la lumière et l'autre 
dans Tombre. Opie ne le fit jamais. Pour lui, aucune cou- 
leur, blanche ou noire, primitive ou mixte, ne perd jamais 
sa teinte relative » 

Cet éloge gagnerait à n'être pas fait par Benjamin West, 
qui ne fut jamais coloriste. 

II est vrai toutefois qu'Opie l'emporte comme exécution 
sur West, sur Fuzely et James Barry, qui durent beaucoup 
de leur réputation à une vogue momentanée en Angleterre 
pour la peinture d'histoire. 

On cite d'Opie : la Mort de Rizio, V Assassinat de Jac- 
ques / •* d'Ecosse, une Scène d'évocation, etc. Le musée du 
Louvre a de lui un Portrait de femme en blanc, catalogué 
sous le n<* 1816, vendu en 1789 à la vente Wilson et donné 



(1) John Opie, 1761-1807. 



à 



par le journal VArt en 1881. C'est une peinture large et so- 
lide, fort bien appropriée au genre de beauté vigoureuse et 
fraîche de la robuste anglo-saxonne dont elle reproduit les 
traits. 

Georges Morland(^), malgré sa vie déséquilibrée passée 
dans l'ivrognerie, les extra vaganœs qui le firent emprisonner 
pour dettes en 1824, et quoiqu'il soit mort à l'âge de qua- 
rante ans, emporté par le delirium tremens, a laissé plus de 
quatre mille tableaux signés de lui. 

Nous disons seulement signés, car il se contentait fort 
souvent d'apposer son nom au bas des ouvrages de soi-di- 
sant collaborateurs, travaillant dans sa manière, fort recher- 
chée par certains amateurs, qui trouvaient du charme à cette 
peinture peu faite, assez semblable à une esquisse où do- 
mine le sentiment de l'improvisation. 

L'Association des marchands de tableaux de Londres ex- 
ploitait le talent de ce malheureux qui, poursuivi par ses 
créanciers, ne cessait de produire ou de laisser produire 
des tableaux qu'on vendait comme siens. 

Il est remarquable, toutefois, qu'il avait beaucoup de ta- 
lent ; voici comment l'apprécie William Bùrger : c Morland 
aimait assez les animaux pour les représenter très bien dans 
leur caractère. Aussi faisait-il à merveille les ânes, les co- 
chons, les chiens et les chevaux. Ses gros chevaux de ferme 
ont certaines analogies avec ceux de Géricault : sincérité de 
la tournure, ampleur de l'exécution. Dans la peinture des 
animaux comme dans celle du paysage, des intérieurs fami- 
liers, des scènes rustiques ou des scènes de pécheurs, il 
n'a jamais été plus loin que le premier ; et il était toujours 
trop pressé par l'argent ; il a peint presque toutes ses 
œuvres « entre deux vins ». 

On peut avoir une idée du talent naïf et sincère de Mor- 
'land par le tableau de South- Kensington, représentant Le 

(1) 1763-1804. 



— 90 — 

paiement de Vauherge et par La Halte^ qui lui est attribuée, 
au musée du Louvre, n° 1814 du catalogue. Ce dernier ta- 
bleau a été acheté 8,720 francs en 1881 à la vente de John 
Wilson. 

Nous devons citer comme peintre de portraits assez re - 
marquable Richard Westall (l), reçu de l'Académie royale en 
1794, et qui fit en 1830 le portrait de la princesse royale 
Victoria, depuis reine d'Angleterre et impératrice des Indes. 

John Grome, dit Old Crome pour le distinguer de son fils 
aîné, John Bernay Crome, naquit à Norwich, le 21 décem- 
bre 1769 et mourutle 2 avril 1824. Fils d'un ouvrier tisserand, 
il fut d'abord domestique chez un docteur-médecin, puis 
entra chez un peintre d'enseignes,- et se forma seul en étu- 
diant d'après nature et d'après une collection de tableaux 
des maîtres hollandais. Il fonda en 1805 la société des artistes 
de Norwich, et de 1807 à 1818 n'exposa à l'Académie qu'à 
peu près une douzaine de tableaux. Sa peinture se distingue 
par une étude sincère et naïve de la nature. Ses ciels sont 
légers et vaporeux et ses premiers plans corsés et bien étu- 
diés. Dessinant mieux que Gainsborough et plus vigoureux 
que Morland, il sait faire partager son impression au specta- 
teur. On cite de lui son tableau : le Vieux Chêne, et les 
Bruyères de Mouse-Hold qui passent pour ses chefs-d'œuvre. 

Nous arrivons à Thomas Lawrence : Le portrait du duc Ri- 
chelieu dans la collection Gigoux est un morceau qui, eu 
égard au petit nombre de peintures anglaises léguées par ce 
maître, est bien remarquable. C'est ce même Richelieu dont 
Teffigie par Reynolds figurait en 1884 à Paris dans l'Exposition 
des portraits du siècle. On en connaît encore d'autres, mais 
au dire de critiques compétents, ce portrait-ci serait le meil- 
leur. En effet, ce personnage aux cheveux grisonnants et 
frisés, a bien la tournure aristocratique, l'expression de 
rhomme du grand monde et du diplomate. Il porte la cra- 

(1) 1705-1836. 



-> 91 — 

vale blanche et la plaque de Tordre du Saint-Esprit orne son 
habit, dont la coupe, à la mode du temps, lui fait des épaules 
tombantes et agrandit son cou hors de proportion. On peut 
signaler dans cette peinture la recherche d'une touche facile, 
mais des carnations fleuries peu naturelles. 

Un second portrait représente la duchesse de Sussex en 
robe de satin blanc. Cette jeune femme a les cheveux d'un 
blond roux et des yeux d'azur. Près d'elle est placé un bichon 
blanc sur un coussin dont la soie de couleur rose a des rap- 
pels au rideau rouge du fond. Cette figure ne manque pas 
d'un certain attrait, mais il ne faut pas songer, en la voyant, 
aux grands portraitistes flamands ou italiens, qui laisseraient 
Lawrence au rang bien secondaire que mérite sa poésie d'al- 
bum ou de keepsake. 

La réputation de Thomas Lawrence, chez lui comme chez 
nous, a été surfaite parce que nous écoutons volontiers les 
dames qui raffolent des tons frais et roses, des couleurs 
fades, et de tout ce qui est maniéré. Lawrence fut surtout 
un peintre de dames et la mode eut beaucoup de part à l'en- 
gouement dont on se prit pour lui. Un célèbre critique d'art 
a dit qu'il eut a le génie de la grâce et du chiffon, et que ce 
fut un Reynolds aminci. » Quoique inférieur à ce dernier, il 
eut pourtant la réputation du plus grand des portraitistes an- 
glais. 

Sa peinture, pleine d'artifice, e.^camote ses faiblesses et si- 
mule de précieuses qualités. Sans être bien dessinées, ses 
figures ont de la vie et ne manquent pas d'éclat quoiqu'il ne 
soit pas coloriste. Il semble avoir pour idéal l'aspect des 
figures de cire, et les femmes en sont ravies. 

Il suffirait de placer ses portraits à côté de ceux de Van 
Dyck ou du 'litien dans une des salles du musée du Louvre 
pour voir, par comparaison, combien est fausse cette pein- 
ture du maître anglais qui ne semble être vraie que quand il 
s'agit de portraits d'enfants. 

Cet habile peintre, fils d'un aubergiste, naquit à Bristol en 



— 92 — 

1769 et mourut en 4830. On dit que, dès l'âge de six ans, il 
montra la meilleure aptitude pour les beaux-arts et qu'il se 
forma sans maîtres. Il fut nommé peintre du roi Georges III 
en 1792, et après la mort de West, en 1820, président de 
l'Académie royale. La plupart des princes et des célébrités de 
l'Europe recherchèient ses portraits où, disait-on, il avait 
l'art d'embellir. Il fut académicien en 1794, anobli en 1815, 
Il fit le portrait de Charles X et du Dauphin de France. Le 
musée du Louvre a de lui le Portrait de lord Whitworthy 
acquis en 1887 pour 9,360 francs. 

Il est heureux aussi que ce musée ait acquis dernièrement 
l'intéressant portrait de M. et Mme Angerstein par le même 
maître. 

Sir Edwin Landseer est l'ainé et le plus connu de deux 
frères qui ont embrassé la carrière des arts, et leur père qui 
mourut en 1852, était un graveur distingué. 

Ce n'est point par la science anatomique qu'il se distingue, 
comme la plupart des animaliers, c'est surtout par l'expres- 
sion qu'il donne aux bètes, et Théophile Gautier, dans son 
compte rendu de rex[.osition de 1867 a su fort bien apprécier 
le caractère de son talent. • Il est, dit-il, dans la confidence 
des bêtes : le chien lui donnant une poignée de patte, comme 
à un camarade, lui récite la gazette du chenil ; le mouton, 
faisant cligner son œil pâle, lui bêle ses chagrins innocents ; 
le cerf, qui a le don des larmes comme une femme, vient 
pleurer dans son sein la cruauté de l'homme, et l'artiste les 
console de son mieux, car il les aime d'une tendresse pro- 
fonde, et il n'a point pour leur peine le dédaigneux mépris 
du sot. » 

Il faut, en définitive, observer que Landseer a donné aux 
bètes des sentiments humains, ce qui est plus ingénieux que 
naturel. 

Le paysage que, dans la collection Gigoux, on attri- 
bue à Turner ne nous révèle point le talent de ce peintre, 
surnommé pompeusement par ses conipatriotes : Le Messie 



de la peinture; c'est un ouvrage médiocre. Loin de tendre 
aux effets de lumière que recherche habituellement ce pay- 
sagiste (qui fut aussi un célèbre aquarelliste mais resta infé- 
rieur lorsqu'il voulut aborder la peinture d'histoire), loin de 
nous donner ses contrastes de rayons et d'ombres sa cou- 
leur est ici uniformément froide, et pourtant cette pâle étude 
doit avoir été peinte en Italie, parce que, dans les fonds, à 
droite, on voit un volcan dont la fumée s'élève sur un ciel sans 
nuages. Ces fonds se complètent par un horizon de collines 
boisées. Aux premiers plans se trouvent deux petites figures. 

C'est sans doute postérieurement à 1819, au moment où 
après son voyage en Italie la manière de cet artiste changea 
notablement, qu'il peignit ce morceau. Dans sa première 
manière, l'ombre occupe en ses tableaux plus de place que 
la lumière et son faire est vigoureux et ferme; mais, à partir 
de ce moment, il recherche le plein air sans contraste et ar- 
rive à Teffet par la variété des tons. Enfin, dans ses vingt 
dernières années, il ne délimite plus les objets que par des 
nuances très subtiles de colorations et de lumière dont il 
compose des symphonies comme : Les Abords de Venise 
(1843) et Le Convoi de chemin de fer daixs le brouillard {The 
great Western railvay). 

Le goût pour les eti'ets de lumière sur de vastes étendues 
lui venait des éclaircies du ciel changeant de son pays et des 
brumes lointaines qui estompent fantastiquement la nature 
comme dans un rêve où les rayons, les ombres et les reflets 
s'harmonisent et font un merveilleux mirage, par exemple 
dans ses tableaux : La grève de Hastings et Le château de 
Dunstanborough où le soleil se lève après un orage nocturne. 

L'ailiste dont il s'inspira surtout fut Claude Lorrain, et il 
s'en inspira à un tel point qu'il imita même la patine que le 
temps assombrissant les ombres et jaunissant les lumières a 
donnée aux tableaux de ce maître. 

Pour lutter avec cet incomparable Claude, il alla jusqu'à 
léguer à la National Gallery deux de ses œuvres les plus im- 



— 94 — 

portantes : La fondation de Carthage et Le Soleil levant 
dans les brouillards^ en mettant pour condition qu'ils se- 
raient exposés entre deux tableaux de Claude, et cela fut exé- 
cuté conformément à sa volonté : Ton plaça, en effet, dans la 
salle IX, d'un côté le Mariage d'IsaaCy et, de l'autre, VEm^ 
barquement de la reine de Saba, 

C'est encore pour imiter le Lorrain qu'il publia, pendant 
douze ans, une collection d'études gravées d'après ses ta- 
bleaux, appelée par lui Liber studiorum, à l'instar du Liber 
veritatis (i). Les eaux fortes de ce livre, qui sont de sa main 
et qu'on trouve même supérieures à ses dessins originaux, 
ont été mises au même rang que celles de Rembrandt par 
quelques admirateurs enthousiastes. 

Il faut bien reconnaître toutefois que son culte pour Claude 
Lorrain ne l'empêcha point d'être original. II se laissait em- 
porter par son imagination, ne s'astreignant point assez à 
étudier la nature et brodant des variations brillantes où Ton 
ne pouvait plus reconnaître le motif qui les avait inspirées. 
Il regarda plus en lui-même qu'au dehors et, pour toutdire, 
peignit de pratique ce qu'il avait rêvé bien mieux que ce qu'il 
voyait, se condanmant ainsi à l'infériorité qui ne peut man- 
quer d'atteindre tout artiste oublieux de consulter la réalité. 
Ce qu'il rechercha pour plaire au faux goût de ses compa- 
triotes, fut l'excentricité, la bizarrerie qu'on ne doit pas con- 
fondre avec l'originalité. Un critique d'art a nommé Turner 
le Monticelli de l'Angleterre. 

Joseph Mallard William Turner était né à Covent-Garden, 
dans Maiden Lane, le 23 avril 1775. Son père, un coiffeur, 
ne lui fit donner qu'une instruction rudimentaire. Ses re- 
lations amicales avec Thomas Girtin, le premier aquarel- 
liste fameux de l'Angleterre, et les copies d'après les 
maîtres qu'il eut la permission de faire dans la collection 



(i) Le Liber veritatis, par Claude Gelée, est dans la riche collection 
des ducs de Oevonshire, au château de Chatsworth, comté de Derby. 



— 95 — 

du docteur Monro, favorisèrent son talent naissant. En 
même temps il profitait des leçons de John Robert Co- 
zens, un maître de l'aquarelle, ami de Girtin, et devenait de 
première force dans ce genre. En 1789 il entre comme élève 
à l'Académie royale, et un an après, âgé de 15 ans, il expose 
une vue de Lambeth- Palace. Les éditeurs alors lui font des 
commandes de dessins, des vues de villes pour illustrer les 
livres et il parcourt différentes parties de l'Angleterre, le pays 
de Galles, les comtés du centre et le sud du Yorkshire, y 
faisant nombre d'aquarelles fort appréciées. Ce n'est qu'en 
1793 qu'il expose son premier tableau, une peinture à l'huile 
intitulée la Rafale. Il exposa encore en 1796 des Pécheurs 
et en 1797 un Lever tic soleil. En 1799 on l'élut associé de 
l'Académie royale, et académicien en ISO'i ; puis il y devint 
professeur de perspective en 1807, en succédant au peintre 
d'histoire et portraitiste Edward Edwards. 11 avait voyagé en 
France, en Suisse, sur les bords du Rhin, et plus tard assez 
longtemps en Italie. Turner n'était point distingué de ma- 
nières ni de visage, et son aspect ne répondait point à la 
poésie que l'on trouvait en sa peinture. Misanthrope, aimant 
à s'isoler, il mourut subitement dans un pauvre logis où la 
femme qui le servait ne le connaissait que sous le faux nom 
de Brooks. Il fut enterré dans les caveaux de la cathédrale 
de Saint-Paul, à côté de sir Josuah Reynolds. 

Il léguait toute sa fortune, tableaux ou rentes, à l'Etat, en 
y mettant la condition que dans un délai de dix ans on pla- 
cerait convenablement ses tableaux. Ce qu'il laissait d'argent 
devait être employée une fondation pour secourir les artistes 
dans le malheur. 

Un grand collectionneur, bien connu en Angleterre, 
M. Vaughan, vient de partager sa collection de tableaux de 
Turner entre les diverses galeries nationales de l'Angleterre, 
de l'Ecosse et de l'Irlande. 

Constable qui ouvrit une voie nouvelle au moment où l'é- 
tude de la nature était trop négligée, est représenté dans le 



legs Gigoux par deux pages remarquables: tout d'abord, un 
tableau d'assez grandes dimensions oii Ton voit un moulin 
rustique dont la roue tourne en un rejaillissement d*eau per- 
lée. Tout auprès, un toit de chaume est entouré à droite et 
à gauche de vieux arbres noueux et dépouillés. Sur Je para- 
pet d'un pont de bois grossier un homme en blouse grise se 
penche pour parler à une femme dont les épaules sont cou- 
vertes d*un mouchoir rouge. Il semble que l'artiste a voulu 
seulement rendre le plus fidèlement ce qu'il avait sous les 
yeux. Bien avant notre Courbet, il a abusé d'un procédé mé- 
canique, du couteau à palette habilement frôlé sur des épais- 
seurs pour rendre l'aspect de l'eau écumante, des pierres et 
des mousses. Ce paysage, avec ses rehauts de couleur et sa 
peinture au couteau, a l'air d'une grande pochade preste- 
ment enlevée. Il s'est, par l'effet du temps, quelque peu dé- 
fraîchi, mais dans son harmonie rousse on peut goûter en- 
core l'impression que cause Taspect de l'ensemble. 

L'autre petit tableau de ce maître doit surtout être signalé : 
c'est un paysage bien vivant ; sous un ciel gris chargé de 
nuées orageuses fort mouvementées que Constable excellait 
à peindre et qu'il a placées dans presque toutes ses œuvres, 
on aperçoit un cours d'eau, la rivière Stour probablement, si 
souvent reproduite par lui, sur laquelle glisse une voile non 
loin de deux maisons et d'un moulin à vent. Un bouquet 
d'arbres au feuillage bruni par l'automne s'étale dans les 
premiers plans sur un terrain d'une teinte chaude et dorée 
contrastant avec les tons du ciel. La couleur est excellente 
et donne bien l'idée de ce qui distingue ce peintre, le cama- 
rade et l'an)! de Bonington. Comme ce dernier, il rappelle 
la manière des peintres français de l'école romantique qui se 
seraient inspirés de ces deux anglais, au dire de certains cri- 
tiques. 

John Constable naquit le 11 juin 1776 à East Bergholt, 
dans le Comté de Suffolk. Son père, bourgeois à l'aise, pos- 
sédait des moulins et destinait John à les exploiter: il l'en- 



-^ 97 — 

voya donc sur ses terres remplir Toffice de meunier. Cepen- 
dant ce jeune homme, dans les intervalles où son métier lui 
permettait quelque loisir, se prit à admirer les aspects chan- 
geants du ciel, les effets de la lumière et de Tombre sur les 
nuages et essaya de les reproduire par le pinceau. Ces 
essais attirèrent l'attention des amis de sa famille qui con- 
seillèrent de renvoyer faire ses éludes d*art à Londres. Ce 
fut assez difficilement que son père finit par y consentir. 
Après quelque temps, en 1799, Constable était admis 
comme élève à TAcadémie royale, sur un dessin de ce fa- 
meux torse antique dont l'original est au musée du Vatican, 
et, en 1802, il envoyait pour la première fois un paysage à 
l'exposition de cette Académie. Sa manière fut d'abord peu 
goûtée, car il voulait rendre la nature telle qu'il la voyait, 
et ne point imiter le défaut des artistes de son temps 
qui, dit-il, c avaient la prétention de faire au delà de ce qui 
est vrai. « Constable n'aimait point leurs ouvrages, mais 
ceux-ci, de leur côté, n'admettaient point ses empâtements 
et lui reprochaient de peindre salement. Dépité de se voir si 
mal compris, on rapporte qu'il répondit un jour à cette cri- 
tique : Je peins pour la postérité », et certes, il ne savait 
pas si bien 'dire, car la mode du temps a passé, et mainte- 
nant on recherche sa peinture. 

Cependant, le peu de succès qu'il obtenait le fît, en 1812, 
s'essayer dans le portrait, et même dans quelques tableaux 
religieux dont il orna les églises de Suffolk. Mais il sentait 
bien, que ces deux genres ne convenaient point à son talent 
et qu'il était né pour être paysagiste. Deux paysages qu'il 
avait exposés à la British Institution furent achetés, l'un par 
un des premiers libraires de Londres, M. Carpenter, et l'au- 
tre, par un célèbre connaisseur, le père de celui-ci qui fut 
conservateur du British Muséum, M. Almutt. Cela lui valut 
un succès sérieux, et depuis ce moment sa réputation ne 
cessa de s'accroître. En 1819, un de ses tableaux, une 
Scène 9ur la rivière Stour, le fit nommer associé de l'Aca- 



demie Royale de Londres dont il devint membre en 1829. Il 
avait obtenu une médaille d'or à Paris au salon de 1825 où 
plusieurs de ses œuvres avaient été fort admirées On cite 
parmi ses peintures les plus célèbres : le Parc de Helmin- 
gham; en 1831, la Cathédrale de Salisbury vue des prai- 
ries, et, en 1835, la Ferme de la vallée^ une de ses meil- 
leures peintures qui fut achetée par le célèbre amateur 
Vernon. 

Constable mourut en 1837, après avoir joui d'une grande 
célébrité pendant 25 ans. On cite les mots que la vue de ses 
paysages inspirait à des connaisseurs. Bannister disait : 
« Il me semble, que l'air frais me souffle au visage », et 
Fusely : a Ils me font penser à mon parapluie ». 

Le musée du Louvre possède de lui cinq paysages cata- 
logués du no 1806 à 1810 inclus : un Cottage, payé 
24,500 fr.; VArc-en-ciel donné par John Wiison en 1873; la 
Baie de Weymouth payée 56,000 fr. ; Vue de Hampstead 
Head, esquisse donnée en 1887 par le journal l'Art, et The 
Glehe Farm, payée 3,660 francs 

Augustin Vall Calcott ( U . élève de John Hopner (2), portraitiste 
de second ordre qui jouissait en même temps que Lawrence 
de la faveur des gens du monde, se fit paysagiste et il fut en 
cette qualité reçu à l'Académie Royale (1810). La plupart de 
ses ouvrages sont dans Jes galeries particulières et les mu- 
sées n'en possèdent guère. On recherche ses petits tableaux 
qui sont fort lumineux. Il en a peint aussi de grands, et non 
moins bien. ' 

Mentionnons rapidement Thomas Uwins R. A. (1782- 
1857), qui fut un très médiocre peintre de genre. D'abord 
graveur, puis aquarelliste et illustrateur de livres. En 1842, 
la reine le nomma conservateur de la National Gallery. 
M. Ernest Ghesneau a dit de lui : « il exposa en tout cent 



(i) A. V. Calcotl, 1779-1844. 
(2) J. Hoppiier, 1758-1816. 



— 99 - 

deux tableaux à l'Académie Royale : à peu près cent deux de 
trop. 9 

 un groupe d'artistes appartiennent John-Sell Cotman, 
peintre de paysages et de marines, né à Norwich (178-2-1842), 
qui excella dans le rendu des ciels limpides et des eaux trans- 
parentes — on cite comme son chef-d'œuvre une galiote pen- 
dant la tempête — et James Stark, paysagiste, élève d'Old 
Crome (1794-1859), remarquable par la savante simplicité de 
sa peinture. 

Aux spécimens de la peinture anglaise légués par Gigoux, 
notons une indication du talent de Daniel Wilkie. Celte pe- 
tite esquisse rappelle les effets de clair-obscur chers à Van 
Ostade ou à Rembrandt. Elle représente deux forgerons dans 
leur atelier. L'un attise le feu, tandis que l'autre frappe sur 
l'enclume. Il y a là de réelles qualités, mais c'est insuffisant 
pour juger de ce maître qui, lorsqu'on ne voit que les es- 
tampes d'après ses tableaux où il abusa parfois des tons roses, 
paraît se rapprocher de l'école flamande du dix-septième 
siècle. Du reste, les tableaux de Wilkie gagnent à être gravés 
et c'est par la gravure que presque tout le monde connaît 
ses principaux ouvrages, consacrés surtout aux scènes vil- 
lageoises. 

Il ne faut point trop nous plaindre de n'avoir de lui qu'une 
esquisse, si nous nous rappelons ce qu'Eugène Delacroix 
écrivait à son ami Soulier, en 1825, au retour d'un voyage à 
Londres : • J'ai été chez M. Wilkie et je ne l'apprécie que 
depuis ce moment. Ses tableaux achevés m'avaient déplu, et, 
dans le fait, ses ébauches et ses esquisses'sont au-dessus de 
tous les éloges. Comme tous les peintres de tous les âges et 
de tous les pays, il gâte régulièrement ce qu'il fait de beau. 
Mais il y a à se contenter dans cette contre-épreuve de ses 
belles choses. » 

Voici, en outre, l'opinion du célèbre critique Ernest Ches- 
neau . « L'art était un mot qui, pour lui, signifiait seulement : 
image de la vie familière. » 



► 



— 100 — 

« Son esprit n'était nuHement inventeur, mais il était mar- 
qué à ce coin dMnnocente causticité, de boutade rapide qu'on 
appelle Vhumour. C'est ce qui donne un caractère piquant à 
ses compositions 

» ... . Ce sont les ridicules qui l'inspirent, les petits travers 
des gens, point du tout une arrière-pensée morale. Il s'amuse 
lui-même de ses malices ; rien ne le choque, rien ne l'in- 
digne, il voit de la vie les côtés de pure comédie ; le drame 
noir, la tragédie imposante sont des langues qu il ne com- 
prend point. Wilkie est de ces heureuses natures ni cha- 
grines, ni rêveuses, ni exaltées, qui ont le bon sens de trou- 
ver tout pour le mieux dans le meilleur des mondes pos- 
sibles. » 

a Si Hogarth n'est guère peintre, Wilkie ne l'était 

guère davantage. Les tableaux de Wilkie, même dans son 
meilleur temps, accusent une grande sécheresse, une grande 
inexpérience de main, et nul sentiment des richesses artis- 
tiques de la nature. Il semblerait que ces deux artistes voient 
avec leur intelligence et non avec leurs yeux. Le dessin, les 
couleurs sont pour eux des procédés graphiques propres à 
rendre sensible le résultat de leurs observations, mais assu- 
rément il leur eût été aussi agréable, ils eussent été aussi 
satisfaits de communiquer avec la foule par d'autres moyens, 
par le théâtre ou par le pamphlet. )> 

David Wilkie, né en 1785 au village de Fifeshire, en Ecosse, 
mourut en mer le l**" mars 1841, près de Gibraltar, au retour 
d'un voyage en Orient. Il avait été envoyé d'abord par sa fa- 
mille à l'Académie des Trustées à Edimbourg, où on lui fit 
peindre des sujets de grand style historique, sous la direction 
de John Graham; mais son enfance passée à la campagne 
lui inspirait de traiter des sujets villageois. Son premier essai 
dans ce genre fut la Foire de Pitlessie, qui reproduisait bien 
les mœurs rustiques, mais ne brillait point par la couleur. 
Au mois de mal 1805, il vint à I-ondres et mit l'année sui- 
vante à l'exposition de l'Académie royale son fameux tableau 



— 101 - 

des Politiques de village. Sa réputation s'établit, il devint 
populaire par ses compositions : les Joueurs de cartes, le 
Jour des loyers^ la Guimbarde^ le Doigt coupé, sa Fête de 
village, etc. Â l'âge de vingt-quatre ans, il fut associé à l'A- 
cadémie royale, dont il devint titulaire deux ans après. Il 
alla, en 18i4, passer environ six semaines à Paris; mais, en 
4825, après un voyage en France, en Allemagne, en Italie et 
en Espagne, où les œuvres de Rembrandt, de Gorrège, de 
Velasquez l'influencèrent, il changea de manière et traita, 
avec peu de succès, le portrait et l'histoire. Sa Prédication 
de John Knox est une composition de cette époque, en 1832. 

Dans la collection léguée au musée de Besançon par M. L. 
Chenot, il nous faut citer de Mulready un portrait, une tête 
fortement empâtée et colorée, pas mal dessinée du reste, 
mais où l'on peut constater dans les chairs la prédominance 
du rouge. Ce peintre n'a rien dans sa manière qui le caracté- 
rise, si ce n'est que cette manière est d'en changer à chaque 
nouvelle production de son pinceau, si bien que les apprécia- 
tions de la critique ont varié sur son compte. Tandis que 
Théophile Gautier le dit coloriste, M. Edmond About, lors 
de notre exposition universelle de 1855 où Mulready, presque 
octogénaire, avait envoyé neuf petits tableaux de genre pour 
lesquels il reçut la croix de la Légion d'honneur, M Edmond 
About, tout en les trouvant « fmement pensés et exécutés 
avec beaucoup d'esprit, remarquait que sa couleur est • au- 
dessous du médiocre » et lui reprochait de ne peindre « que 
des figures cramoisies ». . puis, quand il traite le paysage, 
de € n'être plus que vert et bleu ou déplorablement jaune 
citron ». 

€ La couleur de M. Mulready, ajoute-t-il, n'est pas seu- 
lement fausse, mais elle est crue. S'il faisait du camaïeu on 
le lui passerait, mais il y a je ne sais quoi de discordant et 
de dur dans ses excellents petits tableaux. Pour les trouver 
harmonieux il faut les placer à côté d'une toile de M. Mac- 
Lise. » • 



— 402 — 

William Muiready, qui traita le genre et le portrait, naquit 
à Ennis (Irlande) en 1786 et mourut à Londres en 1863. Il 
commença sa carrière en illustrant des livres d'enfants, et 
c'est un de ceux qui sont le mieux représentés dans les mu- 
sées de TAngleterre, à la suite des libéralités des collection- 
neurs Sheepshanks et Vernon qui donnèrent trente-quatre 
de ses tableaux. On cite de lui à la British Institution, ï Ate- 
lier de menuisiev ; à la National Gallery, le Retour du Ca- 
baret dit le Fair time, ouvrage qui consacra son nom. Citons 
encore : les Enfants paresseux, le Nouveau, le Passage du 
Gué, le Partage du Goûter, le Choix de la Robe de noces, le 
Loup et VAgneau, etc. On peut voir de lui au musée du 
Louvre un tableau acheté 900 francs et donné par le jour- 
nal r^rten 1881. Il porte le n* 1815 du catalogue et a pour 
titre : V Abreuvoir, 

William Etty (l) vint à Londres en 4806 ; présenté par Fu- 
seli, il fut admis à suivre les cours de l'Académie et reçut 
pendant un an les leçons de Lawrence qui, surchargé de 
commandes, n'avait guère le temps de s'occuper de lui. Il se 
forma ensuite en étudiant d'après nature et d'après les ta- 
bleaux de la National Gallery. Il est mort en 4849. 

Il traitait le genre historique, mais comme il peignait le 
nu en faisant poser des modèles, l'hypocrisie anglaise ne l'ap- 
précia point tant qu'il vécut. Voici ce qu'il écrit à ce sujet 
dans son autobiographie : « Mon caractère n'a pas été com- 
pris. J'ai été vivement blâmé parce que j'ai préféré peindre 
la divine forme humaine des deux sexes, les glorieuses œu- 
vres de Dieu plutôt que celles des tisserands, plutôt que des 
draperies, ouvrages des hommes. On m'a accusé d'être sho- 
king et immoral... Si quelqu'une de mes peintures décèle 
un sentiment immoral, je consens à ce qu'on la brûle. » 

De 4824 à 18^27, il peignit pour la gloire des tableaux de 
très grandes dimensions, entre autres celui intitulé : Le Com- 

[\) W. Etty, 1787-1849. 



— 103 — 

baty dont il donna un fragment arrangé en tableau pour sa 
réception à TAcadémie. 

C'est un des meilleurs peintres anglais qui aient traité 
l'histoire, mais on s'avisa de son mérite seulement après sa 
mort, et sans doute un peu trop, comme il arrive toujours 
lorsqu'un artiste a été méconnu. 

Voici ce que dit de lui le critique Palgrave dans son étude 
sur l'exposition internationale de Londres : 

€ Etty est un des plus grands coloristes, peut-être le plus 
grand de l'école anglaise. Il avait beaucoup étudié et il des- 
sinait avec soin ; il eut un sens délicat de la science des 
lignes, un vif instinct du paysage. Seul, parmi ses contem- 
porains, il se consacra à représenter la pure forme humaine 
qu'il sut peindre avec un éclat et une transparence digne des 
Vénitiens. » 

C'est peut-être beaucoup dire, mais on a judicieusement 
remarqué qu' « il est possible de se montrer digne des Vé- 
nitiens de la Renaissance sans être leur égal ». 

Etty fut contemporain de notre Louis David qui célébra les 
exploits de Napoléon et mit en honneur laformenue classique. 
Cela seul eût certainement suffi pour rendre le nu immoral 
et antipathique aux Anglais. Le musée du Louvre n'a point 
de sa peinture. 

Patrick Nasmyth, ou, pour l'appeler de son vrai nom de 
baptême, Peter, fils d'Alexandre Nasmyth, fondateur de 
l'Ecole écossaise (4787-1831), naquit h Edimbourg, vint à 
Londres en 1822 et y fil connaître son talent de paysagiste. 
Ses premiers tableaux représentaient des sites d'Ecosse, et 
les suivants, les environs de Londres. Il reproduit la nature 
avec un sentiment sincère qui caractérise les peintres écos- 
sais. 

Williams Collins(l}, père du célèbre romancier Wilkie 
Collins, s'est fait une réputation par de petits tableaux de 

(i) William Collins, 1788-18*7. 



— i()4 — 

genre qui, vu la médiocrité des peintres anglais au commen- 
cement de ce siècle, devaient attirer Tattention. Il les agré- 
mentait de fonds de paysage et de figures d'enfants, assez 
réussies, mais vers la fin de sa vie, ayant changé de ma- 
nière, on ne vit plus de lui que des productions inférieures. 

Charles-Robert Leslie, d'origine américaine, naquit à 
Glerkenwell, et ses parents remmenèrent d'abord en Amé- 
rique, où ils le destinaient au commerce, mais il retourna 
en Angleterre en 1811 et devint Télève d'un peintre d'his- 
toire, Washington Alston, associé de l'Académie royale, 
ainsi que de Benjamin West. Il a publié les Mémoires de 
John ConstablCy un Manuel du jeune peintre, et avait écrit 
quelques notes dont M. Tom Taylor s'est servi pour sa Vie 
de Reynolds II avait été nommé membre de l'Académie 
en 1826. Ses premiers ouvrages furent des portraits, mais 
il se distingua dans le genre historique, où sa réputation fut 
consacrée dès son début. C'était une scène du spectator : 
Sir Roger de Caverley allant à Véglise, Outre ses tableaux 
représentant : une Fête de mai soas la reine Elisabelh, San- 
cho Pança et la duchesse^ les Joyeuses commères de Wind- 
sor, Catherine et capucins^ Scène de Henri VII, FaUtaff 
jouant le rôle du roi, etc., on cite comme son chef-d'œuvre : 
V Oncle Tohy et la veuve Wadmann, sujet tiré du Tristam 
Shandy, de Sterne 

John Martin (^), avec une exécution faible, traita dans une 
manière qui tient du rêve, des sujets immenses comme le 
Festin de Balthazar^ le Déluge, la Chute de Ninive, le Juge- 
ment dernier 

John Bernay Crome, dit Crome le Jeune (1793-1842), fut 
l'élève de son père On rencontre moins de vigueur et moins 
de variété dans ses ouvrages que dans ceux d'Old Crome, et 
pourtant ils ont de la poésie. Citons son Village sur la Yare, 
ses Bords de la Yare, clair de lune. 



(1) 1789-1854. 




- 105 - 

James Slark (1794-1859), du groupe des paysagistes de 
Norwich, élève aussi d'Oid Grorae, eut beaucoup de succès 
à Londres. 

Leslie est, avant tout, un illustrateur interprétant avec 
esprit Shakespeare, Sterne, Goldsmith, Cervantes et Molière. 
Ses tableaux ne valent pas ses illustrations. Il peignit, en 
1841, le Couronnement de la reine et le Baptême de la 
Princesse royale. 

Joseph Wright, mort en 1797, que les Anglais, grands ad- 
mirateurs de sa peinture, appellent Wright de Derby, du 
nom de son pays, a été surnommé le Claude Lorrain anglais 
à cause de certains paysages où il trouvait bon de placer 
quelque feu ou même un volcan en éruption, pour produire 
des effets de lumière. Il serait tout au plus, comme on Ta dit, 
un Schalcken, si Ton considère ses intérieurs, éclairés de 
lumière artificielle. La plupart de ses tableaux font partie de 
collections particulières. Le plus célèbre, dans la collection 
de lord Palmerston, représente une Forge. On peut citer 
aussi, dans la collection du marquis de Lansdowne, le ta- 
bleau intitulé le Gladiateur. 

Vers la même époque, un peintre anglais moderne, David 
Roberts, avait la spécialité des Intérieurs d'église, qu'il re- 
produisait avec de piquants effets de clair-obscur. On cite, 
entre autres un de ses tableaux dans la galerie du célèbre 
amateur Vernon. 

Il nous faut signaler, dans le legs Gigonx, quelques spé- 
cimens du talent de Bonington : !• une charnïante petite 
marine, effet gris du matin, avec un navire à l'horizon et 
une ville lointaine dans le brouillard ; 2^ une autre petite 
marine, effet d'un gris perlé, avec une embarcation dans le 
fond, où une aurore aux tons roses se distingue à travers la 
brume ; 3* une troisième, où se trouvent des barques de 
pêche sur une eau verdàtre, non loin d'une colline, dans un 
ciel nuageux mouvementé, la lumière venant de la gauche 
du spectateur ; 4» une étude moins remarquable (|ue les trois 

8 



— 406 — 

précédentes, où une embarcation au premier pian occupe 
une place importante dans la toile. 

Richard Parkes Bonington, qui traita avec succès le genre, 
le paysage et les marines et se distingua comme aquarelliste 
et lithographe, naquit au village de Arnold, près de Nottin- 
gham^ le 25 octobre 1801. Son père avait peint le paysage, 
le portrait et gravé à la manière noire plutôt en amateur 
qu'en professionnel, et sa mère tenait une école, peu fréquen- 
tée, dit-on, à cause du manque de conduite de son mari. 
Bonington, venu à Paris dès Tâge de quinze ans, y fit son 
éducation artistique à l'Ecole des Beaux-Arts, au Louvre et 
dans l'atelier de Gros. Il visita l'Italie en 1824, exposa en 
1827, à son retour en Angleterre, à l'Académie royale, et 
Tannée suivante trois tableaux : Henri III^ le Grand canal 
de Venise et une vue de VEglise Sanla-Maria délia Sainte. 
Il envoya aussi à Paris, aux Salons de 1822, 1824 et 1827. 
Il étudiait en Normandie en 1828 avec le paysagiste Paul 
Huet, lorsqu'il retourna à Londres, où il mourut prématuré- 
ment avant la lin de sa vingt-septième année. 

Sir Thomas Lawrence avait certainement bien raison 
d'écrire à M™* Forster l'épouse du célèbre graveur ami de 
Bonington : « Je ne sache pas qu'à notre époque la mort 
précoce ait enlevé un artiste qui promit davantage après un 
développement si remarquable et si rapide. > Toutefois, La- 
wrence en parlant ainsi n'apprécie Bonington que comme 
un jeune homme qui promet, peut-être parce qu'il le consi- 
dère comme trop français. Et cependant, il est vrai de dire 
qu'il fut un des peintres les plus brillants de son époque, 
jugé tel par Eugène Delacroix et les meilleurs artistes fran* 
çais, ses contemporains. 

On voit au Louvre cinq ouvrages de Bonington, catalo- 
gués de 1802 à 1805 6t8 : 1° François I"^ et la ducheé$e 
d'Etampes, payé 6,700 fr. en 1840; 2® Mazarin et Anne 
d'Autriche, donné par Huguet Schubert et Millet ; 3* Vue 
du parc de Versatiles, payée 3,050 fr. à la vente Etienne 



— 407 — 

Arago; 4" une Vue à Venise, donnée en 1883 par Huguet 
Schubert et Millet; 5" la Vieille gouvernante de BoningtOHy 
la môme qui fut le modèle du portrait de vieille femme que 
Delacroix mit à l'exposition universelle de 1855. 

Il faut noter en plus une Vue des côtes normandes. Ce 
n'est qu'une esquisse, achetée récemment en 1902, mais elle 
est fort remarquable par son effet lumineux. 

Nous consacrerons un chapitre spécial aux aquarellistes 
anglais, mais, pour compléter ce que nous avons à dire de 
Bonington, citons dès maintenant deux aquarelles dans la 
galerie Gigoux (musée de Besançon) : l'une représente 
Quatre figures de femmes en costume vénitien, et l'autre : 
V Intérieur d'un salon. 

Nous y trouvons les qualités habituelles du maître, mais 
à un degré moindre que dans ses fameuses aquarelles du 
musée du Louvre. 

Nul n'ignore le charme du coloris de Bonington lorsqu'il 
traite les sujets de genre historique; sa couleur est non 
moins séduisante lorsqu'il peint le paysage et les marines. 
Soit que son pinceau reproduise le ciel de Venise ou celui 
des côtes de France, il s'assimile la couleur de chaque pays, 
de même que les types de leurs habitants, leurs gestes 
et leurs attitudes. Pourtant, ses compatriotes, peut-être 
parce qu'il fut élève de Gros, le fameux peintre des vic- 
toires de Napoléon !•% n'estiment point son talent à sa juste 
valeur. 

La peinture épigrammatique confinant à la caricature est 
un genre tout à fait anglais. Nous remarquons, parmi ceux 
qui l'ont cultivée avec assez de succès : Buss qui est peu 
connu, et George Lance né en 1802, mort en 1864. Il avait 
trois tableaux de genre à l'Exposition universelle de Paris 
en 1855. On connaît du premier de ces artistes, entre autres 
compositions humoristiques : VOuverture de la Chasse, et du 
second : la Pèche au Baquet, maintes fois reproduites par la 
gravure. Ce second tableau, avec les cent cinquante-neuf 



— 408 - 

autres de la collection Vernon, a été légué à la National Gai- 
lery en 186i. 

Cooper (Thomas Sidney), animalier, naquit à Cantorbéry 
en 1803 et mourut dernièrement très pauvre, vers le 5 fé- 
vrier 1902, âgé de 98 ans. Il apprit seul la peinture, lit des 
décors de théâtre, resta longtemps en Hollande, et peignit 
le paysage et les animaux avec un très grand succès En 
4867, il fut nommé de l'Académie Royale et peignit jusqu'à 
70 ans. Il publia un livre de desnins d'animaux et groupes 
rustiques en 1853, et les Beautés de la Poésie et de VArt; 
illustrées par lui. 

Daniel Maclise R. A. (1806 ou 1811 et 1870). Ce peintre, 
de genre historique, dont les mémoires ont été publiés en 
1871 par Justin O'Driscoll, quoiqu'il eût remporté en 1831 
la médaille d'or au concours de peinture historique, ne mé- 
ritait point le premier rang. On cite de lui : La Veille de la 
Toussaint en Irlande^ qu'il plaça à l'Académie, Une Scène de 
Ldlla Rookh : Mokama devant Selica^ à la British Institution : 
deux peintures décoratives au Parlement ; entrevue de Wel- 
lington et de Blucher Après Waterloo, et La Mort de Nelson 
à Trafalgar. Vers la fm dn sa vie, il fit des illustrations et 
plusieurs portraits, entre autres celui de Charles Dickens. 

Parmi les paysagistes de moindre réputation, il faut citer 
aussi Thomas Cteswick, de la Royal Academy, né à Shef- 
field en 1811. mort à Bayswater le 28 décembre 1869. Il vint 
à Londres et on lui reçut deux tableaux à l'Académie royale 
dès sa vingt-sixième année. Il avait pris le motif de ces ta- 
bleaux, ainsi qu'il le fit souvent depuis, dans les paysages 
du pays de Galles. On cite parmi ses meilleures œuvres : 
England (1847) ; Vieux arbres, Vent sur la Plage, Première 
lueur de la mer (1850) ; Lever de la lune dans les monta- 
gnes (1852), et Fin de tempête (1855;. Ses derniers tableaux 
ont moins de vigueur que ceux qu'il fit dans le milieu de 
son existence. 

George Vincent, paysagiste et peintre de marines, né à 



— 109 — 

Norwich à une date inconnue, exposa dans sa ville natale et 
à Londres de 1811 à 1830. Il reçut des leçons d'Old Crome 
et se fit un nom surtout par sa Vue de VHôpital de Green- 
wich exposée à Londres à l'exposition internationale de 1862. 
Citons encore son Paysage de Norfold où la lumière est dis- 
tribuée aux différents plans avec beaucoup d'art. 

Hurlstone, né à Londres en 1800, d'abord élève de TAca- 
démie royale en 1820, exposait en 1821 Le Malade imagi- 
naire^ en 1822 V Enfant prodigue, en 1824 V Archange Saint- 
Michel et Satan se disputant le corps de Moïse ; élu en 1835 
président de la société des artistes britanniques, il ne fut ja- 
mais nommé de l'Académie royale, et fit à cette institution 
une opposition très vive lorsqu'elle fut l'objet d'une enquête 
en 1835. 11 obtint une médaille d'or en 1855, à Paris, à l'ex- 
position universelle. Ses fneilleurs tableaux sont : Armide, 
Ero6^ Christophe Colomb au couvent'jde la Rabida, etc. 

Robert Ladbrooke fut un des fondateurs de l'école de 
paysage de Norwich. D'abord imprimeur, puis peintre de 
portraits à bas prix, à cinq shillings, ce beau-frère d'Old 
Crome mourut à Norwich en octobre 1842, âgé de 73 ans. 
Il exposa plusieurs fois à l'Académie royale et laissa trois fils, 
tous trois paysagistes, mais le deuxième seulement, Henry 
Ladbrooke, a fait époque dans l'histoire de l'art. Sa peinture 
est harmonieuse, avec un cachet de vérité. Il est mort en 
novembre 1870. 

Ladbrooke, le père, a suivi ce principe de rendu minutieux 
de la nature que reprirent ensuite les préraphaélites. Son 
Vieux chêne et ses Bruyères de House Hold sont l'applica- 
tion de cette conscience exagérée du détail devant la nature, 
qui, chez nous. Français, avait égaré le peintre de Laberge. 

On trouve à la National Gallery une Vue d'Oxford par Ro- 
bert Ladbrooke. 



— 410 



CHRONOLOGIE 

DBS PRINOIPATTX PBINTRB8 ANaLAIS 
DB L*ANCIBNNB ÉOOLB 



Hogarlh 1697-1764 

Ramsay, 1713 0U. . . 17i5-l784 

Wilson 17U-1782 

Reynolds I723-17Ï« 

Gainsboroiiglj .... 1727-1788 

Roinney 1731-1802 

H. Wcbt 1738-1820 

Fusely !7il-1825 

J. Barry 1741—1806 

Nortïicote 1746-1831 

Smirke 1752 -18i5 

Howland Beuninont. . 1753 -1«23 

W. Beechey 1753-1839 

Rœburn. 175<>-1823 

Blake 1757-1827 

Hoppner 1758-1816 

Ibberlson 1759-1817 

Opie 1761-1807 

Morlaiïd 1763-1804 

Westall 1765-1836 

OldCrome 1769-1824 

Th. Lawrence .... 1769-1830 

Edw. Landseer. . . . 1769-1852 

R. Ladbrooke .... 1769 -1842 



Turner 1775-1851 

Constable 1776—1837 

Calcott 1779—1844 

Uwins 1782-1837 

J.-Sell. Colman. . . . 1782-4837 

Wilkie 1785—1841 

Mulready 1786-186:1 

Etty 1787—1840 

A. Cooper 1787 1868 

Nasmyth, 1787-1831 

W.Collins 1788-1847 

John Martin 1789-1834 

Crome jeune 1793-4842 

James Stark 1794-1859 

Ch. Robert Leslie . . 1794-1859 

J. Wrigth -^iW 

Roberts 1799-1870 

Hurlstone 1800-1869 

K. P. Bonington . . . 1801-1828 

Lance 1802-1864 

Maclise,1806ou . . . 1811-1870 

Creswick 1811-1869 

G.Vincent 1811-1830 



(L'abréviation R. A. signifie y dans le texte: Royal Academy. 
t ttignifie : wonT.) 



— 111 — 
ÉCOLE MODERNE 

1850- 1900 



Si Ton en excepte le genre du paysage, la peinture an- 
glaise, jusqu'à la fin du xix* siècle, manque de génie, ou du 
moins, le génie anglo-saxon, dur et rude, est tellement dif- 
férent de celui des races latines qu'il leur est difficile d'y 
sympathiser, ou même de le comprendre. 

Il est à noter pourtant que les peintres anglais, instruits 
par l'expérience, s'étaient enfin rendu compte de leur im- 
puissance pittoresque, et n'en accusant point leur tempéra- 
ment, avaient cru voir la cause de cette impuissance dans 
les teintes neutres dont se servaient leurs prédécesseurs. Ils 
tombèrent d'un extrême dans l'excès opposé. La mode fut 
alors de colorier à outrance. Elle régna surtout de 1850 à 
1870, et aux expositions universelles de 1855 et de 1867 
blessa nos yeux par une lutte de couleurs criardes où le 
rouge, le jaune, le vert et le bleu se livraient des combats 
acharnés. Les peintres modernes de la Grande-Bretagne 
semblaient perdre la raison dans une mêlée de couleurs dis- 
cordantes. 

Habitués que nous sommes à l'harmonie des tableaux de 
maîtres et à la sobriété de tons que recherchent les artistes 
de notre école, la première impression que nous éprouvions 
à la vue de ces productions était plus saisissante qu'agréable. 

Puis, à les considérer plus attentivement, on était frappé 
du peu de conformité avec nos idées sur la composition d'un 
tableau. Cette absence de composition s'accusait par la pré- 
dominance des accessoires et du détail sur l'action princi- 
pale, et, telles libertés pouvaient passer pour des contre- 



— 142 — 

sens. Le cadre venait parfois couper certaines figures à la 
hauteur des épaules, horizontalement ou verticalement, à mi- 
corps. Du reste on voyait bien, au premier coup d'œil, que 
ces tableaux n'étaient point des œuvres françaises, tout s'y 
montrait absolument anglais. Le motif, Ja manière dont il est 
traité, les figures, les costumes, l'ameublement, tout y dé- 
notait une origine britannique, sur tout se trouvait imprimé 
le cachet de l'Angleterre. 

Il ne faut pas croire que les chefs-d'œuvre des écoles 
anciennes du continent dont leurs collections sont si abon- 
damment riches aient sur ces peintres la moindre influence. 

« Il semble, — a dit M. Chesneau, — que leurs ateliers 
soient fermés par un pan du grand mur de la Chine. Ils re- 
font, mais à rebours, le blocus continental. Ils ont mis en 
interdit l'ait européen. Ils sont, et veulent demeurer 
anglais. » 

Et le moine critique observe qu'il n'en est pas de même 
pour les productions de nos artistes et se demande (juelie 
idée la postérité pourrait avoir de l'art français si nous ve- 
nions à disparaître comme les empires des Perses, des 
Assyriens, des Egyptiens et des Grecs, et ce qu'on pourrait 
connaître de nous par les monuments de notre peinture ou 
de notre sculpture. 

Nous autres, de race latine, nous sommes pénétrés d'admi- 
ration pour les chefs-d'œuvre qui excluent les détails per- 
sonnels afin d'idéaliser la forme, en la généralisant, et rester 
ainsi dans la tradition du grand art, de celui des Phidias 
et des Raphaël, dont, il est vrai, se prévalent trop sou- 
vent chez nous des nullités prétentieuses, et nous aurions 
sans doute beaucoup à gagner en n'abandonnant point 
autant l'observation de la réalité dont on s'est souvent trop 
éloigné, pour suivre les errements de Louis David. 

L'art anglais moderne est tout le contraire : il s'affranchit 
de toute tradition, et c'est ainsi que, serrant la reproduction 
des détails de la vie actuelle et des mœurs de son pays, il 



— «3 — 

reste national mieux que tous les autres en Europe. Tout en 
conservant un sentiment très pénétré de la vie, cet art de- 
meure fort subjectif, l'imagination y prédomine sur l'obser- 
vation, et, malgré sa tendance à abuser de l'idéalisme, il 
devient expressif lorsqu'il s'y rencontre quelque réalisme. 
Somme toute, il y a opposition entre l'art comme nous le 
comprenons et celui des Anglo-Saxons 

Sans vouloir examiner la question de savoir quel est celui 
des deux qui l'emporte sur son voisin, et faisant abstraction, 
autant que possible, des goûts venant de notre éducation et 
de notre race, nous allons essayer de nous rendre compte 
de cet art contradictoire aux œuvres de nos artistes. 

La peinture britannique moderne ne vient point de la tra- 
dition des anciens peintres anglais, car ceux-ci s'inspiraient 
de Rubens et de Van Dyck, comme Reynolds, Gainsborough 
et Lawrence, ou des hollandais comme Constable ; elle ne 
continue même point Turner épris de Claude Lorrain, ni 
llogarth, ni Wilkie qui devaient beaucoup aux écoles hollan- 
daise et flamande ; les peintres anglais modernes n'appar- 
tiennent à aucune tradition, leur individualisme est com- 
plet, sauf de bien rares exceptions. 

Comment alors, observe M. Chesneau, concilier le succès 
que nous fîmes à cette peinture lors de notre exposition de 
1885, et qui s'accorde si peu avec nos préférences pour l!art 
grec et celui de la Renaissance italienne? 

Nous croyons qu'il faut distinguer chez nous deux sortes 
de goût en opposition : celui des œuvres classiques qui 
constituent le style élevé, le style d'apparat, et celui de 
l'anecdote et de la spirituelle plaisanterie. En même temps 
que nous manifestons un respect religieux pour la musique 
de Gluck ou les symphonies de Beethoven, nous prenons 
plaisir aux refrains de la Belle Hélène ou d'Orphée aux 
Enfers et nous accourons aux représentations de Dumas, de 
Sardou ou de Labiche, tandis que nous désertons presque la 
salle du Théâtre Français les jours où l'on nous sert les 



— 114 - 

pièces de l'ancien répertoire. C'est, sans doute, que, dans 
le culte que nous professons pour elles c il entre souvent 
plus de convention que de conviction à l'art sérieux. » 

D'un autre côté, les connaisseurs qui n'estiment dans une 
œuvre que la beauté plastique, en raison des jouissances 
qu'elle procure, se laissent parfois séduire par l'imprévu 
d'une naïveté excessive et d'une ignorante gaucherie con- 
trastant avec l'art affiné dont ils sont rassasiés. C'est, sans 
doute, aussi que cette absence de tout ce à quoi ils sont habi- 
tués les a séduits par la nouveauté de la saveur qu'ils pou- 
vaient y trouver. 

Quant à la masse non initiée aux beaux-arts, ce qui l'attira 
seulement fut le côté littéraire et l'humour, et non point la 
valeur pittoresque, qu'elle n'aurait pu apprécier. 

Toutefois, nous pensons que les initiés à nos doctrines 
d'art, s'ils veulent bien examiner avec nous un peu plus 
attentivement ces œuvres qui les ont émus, verront proba- 
blement diminuer le sentiment qu'ils ont tout d'abord 
éprouvé. 

Pendant très longtemps, en Angleterre, on demeura fort 
en arrière des autres pays pour ce qui est de la culture des 
beaux-arts; le gouvernement (de même qu'aujourd'hui, du 
reste) ne s'en occupait nullement. Si la noblesse formait à 
prix d'or des collections où elle rassemblait les œuvres d'art 
des artistes étrangers, tout en ayant la prudence de n'y 
point placer celles des peintres anglais, les autres classes de 
la société n'éprouvaient pas le besoin de jouissances artis- 
tiques qui n'étaient point à leur portée. Par orgueil national 
les Anglais riches affectaient de dédaigner ces œuvres inu- 
tiles et frivoles, produits des beaux>arts, bons seulement 
pour les peuples du continent. On rapporte que lord Ches- 
terfield disait à son fils : < Payez les arts^ ne les cultivez 
pas ». 

Aussi ceux qui, en Angleterre, malgré tant d'obstacles, 
avaient le courage d'embrasser la carrière artistique ne pou- 



— 115 — 

vaient-ils guère produire que des portraits, faute d'autres 
commandes, et c'est la raison pour laquelle ce genre prima 
tous les autres. 

Nous avons vu que sir Josuah Reynolds, sir Thomas Law- 
rence et Gainsborough parmi ceux de l'ancienne école, 
furent supérieurs comme portraitistes. Ils rendirent bien la 
physionomie, l'expression individuelle de leurs modèles; 
mais il est vrai de dire qu'ils négligèrent la vérité de la 
couleur et abusèrent d'effets fantaisistes. C'est ainsi, en ne 
citant qu'un exemple, que sir Thomas Lawrence dans son 
Portrait de master Lambton^ met à ce portrait, dont la lête 
est vivement éclairée, un fond de ciel sombre où l'on aper- 
çoit la lune. L'effet est agréable à l'œil, mais on ne saurait 
dire s'il vient du jour ou de la nuit. De plus, nous l'avons 
remarqué, le dessin de Lawrence, comme celui de Reynolds, 
est fort incorrect. Leur principal mérite, c'est d'avoir 
prouvé qu'un Anglais pouvait être peintre. Ceux qui les sui- 
virent n'imitèrent d'eux que leur facilité à se servir d'arti- 
fices pour arriver à l'effet, en lâchant le dessin et l'étude des 
accessoires. 

Il n'en était pas ainsi des coloristes de l'école flamande 
qui avaient eu pour maîtres des dessinateurs corrects, 
comme Otto-Venius pour Rubens; ils ne péchaient point par 
la base; mais les artistes anglais, tels que Turner par 
exemple, qui avaient, sans savoir bien dessiner, commencé 
avec une exécution, lâchée, en se laissant aller à leur 
fougue, n'étant pas avertis par une critique éclairée, en arri- 
vèrent bientôt à de tels barbouillages que, comme il en fut 
pour ce dernier, leur encadreur leur demandait où il devait 
placer le piton pour suspendre leurs peintures. 

De cet abus de la couleur devait naître une réaction. C'est 
ainsi que naquit l'école préraphaélite. De cette école que 
nous a révélée à Paris l'exposition universelle de 1855, un 
esthéticien subordonnant l'art à la science, John Ruskin, 
fut le défenseur et l'apôtre. 



— H6 — 

A la suite de quelques expositions des tableaux d'une pe- 
tite église de peintres, Ruskin, ce philosophe qui n'était 
point peintre, né en 1819 et mort récemment le ^21 janvier 
1900, entreprit de défendre leur cause contre les critiques 
réitérées dont ils furent l'objet. 

Turner venait de mourir, et Ruskin prêcha une doctrine 
où, pour ramener l'art à un but religieux et moral, il ensei- 
gnait que la peinture devait revenir aux principes qui l'a- 
vaient guidée avant Raphaël. Il fallait pour cela, selon lui, 
rendre la nature naïvement, et avec un soin méticuleux. 

On avait vu bien avant ce temps, le même souci engen- 
drer en Allemagne une doctrine analogue avec Owerbeck, 
Schadow, etc. ; c'est aussi par suite de semblables préoccu- 
pations, qu'il se développa en Angleterre. Toutefois, chez les 
Anglais, le préraphaélisme n'eut, pour ainsi dire, aucun ca- 
ractère archaïque, il ne rappela pas plus les prédécesseurs 
de Raphaël que les œuvres des primitifs flamands. 

Les préraphaélites, en prenant le conlrepied des principes 
de l'art antique, remis en pratique par les grands artistes de 
la Renaissance qui s'appuyaient sur la synthèse des formes 
pour arriver à l'idéal du Beau, prétendaient ramener la pein- 
ture dans les voies qu'avaient suivies les prédécesseurs de 
Raphaël et tenaient pour corrupteur l'art de la belle époque 
de Léon X et des siècles suivants. Voici ce que dit à ce sujet 
M. Ernest Chesneau : 

€ Ils assignaient expressément à l'art un but de moralisa- 
tion active. Ils prétendaient atteindre ce but : les uns dans 
l'art historique, par la représentation de motifs ayant un 
caractère de précision et d'exactitude aussi minutieux que 
possible ; les autres, dans le paysage, par la représentation 
fidèle des plus menus détails, des moindres particularités 
spéciales au site choisi par l'artiste et fourni par la nature. 
C'était dans l'un et l'autre cas, dans le paysage et dans l'his- 
toire, un système d'analyse microscopique poussé jusqu'au 
vertige. Par l'analyse ainsi entendue, ils voulaient réaliser. 



— m — 

épouser étroitement le vrai, principe et fin de toutes choses. » 

Le critique Thoré, sous le pseudonyme de William Bùrger 
les juge ainsi : 

« Une pente logique et irrésistible a précipité les préra- 
phaélites vers le réalisme le plus minutieux, parce que dans 
la peinture du xv« siècle qu'ils s'imaginent d'abord imiter, 
au lieu de saisir ce qui la caractérise, le style sévère et naïf, 
l'expression intime et profondément sentie, ils n'y ont vu 
que lo détail caressé avec la ferveur des néophytes convertis 
h la religion de la nature, après le mysticisme abstrait du 
moyen-âge. 

» C'est par là aussi que les réalistes anglais se différen- 
cient des réalistes français, Courbet peint ce qu'il voit, mais 
il voit ce qu'il faut, et comme il le faut : les grands plans d'une 
figure ou d'un objet, leur relation avec l'entourage, l'effet 
qu'ils font dans le milieu où ils sont. Ce réaliste sait dissi- 
muler ce que la réalité dévore et il ne réalise que ce qu'elle 
montre en son ensemble. 

» Au contraire, les réalistes anglais peignant chaque objet 
et presque chaque point d'un objet pour lui-même et dans son 
isolement arbitraire, ne donnent pas aux objets leur valeur 
réelle. Ils opèrent je ne sais quelle analyse qui conviendrait 
à certaines sciences positives, aux mathématiques peut-être, 
mais qui n'est plus de l'art ». 

Ruskin, ce logicien entraîné par son esprit philosophique, 
applique aux beaux-arts la méthode scientifique qui com- 
mence par l'analyse la plus minutieuse, pour arriver à la syn- 
thèse, tandis que l'artiste procède par le tout ensemble avant 
d'arriver aux détails. Ruskin recommanda la recherche du 
détail sous tous les rapports, cette recherche est pour lui 
celle de la vérité dans l'art, et il la voit avec admiration chez 
les gothiques dont il comprend l'art à sa manière. Ils ont 
été, selon lui, les seuls peintres religieux, tandis que Ra- 
phaël et son école, reprenant le principe de l'art grec, ne sont 
que les artistes du savoir-faire, de la pose et du mensonge, 



- 418 - 

de même que les maîtres de toutes les autres écoles qui ont 
suivi leur voie. 

C'est pour cela que tous ces réformateurs, défendus par 
lui, prirent le nom de préraphaélites et se considérèrent 
le plus sérieusement du monde comme les apôtres d'une 
religion nouvelle, d'un art régénéré dont la mission était 
de propager sa doctrine en combattant l'art de la Renais- 
sance, cet apostat né de l'art païen. Pour mieux produire et 
se livrer en paix à ses méditations, l'un de ces préraphaé- 
lites en arriva à se cloîtrer, et au commencement de leur so- 
ciété, les autres signèrent leurs tableaux de ces trois lettres: 
P. R. B. Préraphaélite Brothcr: frère préraphaélite. 

Une révolution analogue, nous l'avons dit, se produisit en 
Allemagne, mais chez les Allemands pas plus que chez les 
Anglais, elle ne fut durable. 

De ces derniers, quelques-uns seulement persistèrent iso- 
lément et, par exemple, M. Holman Hunt qui exposait en 1855 
un tableau intitulé : La Lumière du Monde^ représentant 
comme un divin Diogène le Christ au milieu des ténèbres, 
une lanterne à la main, à la recherche d'un homme juste. 

En effet, le symbole associé à la vérité la plus minutieuse, 
c'est ainsi que le préraphaélisme anglais interprétait l'Ecri- 
ture sainte. On pouvait voir, au Champ de Mars en 1867, à 
l'exposition de la peinture britannique, un tableau de William 
H. Fisk qui représente Jésus, arrivé à l'âge d'homme, sous 
la pâle clarté des étoiles, à l'heure où la nuit va couvrir la 
terre. La tête enroulée d'une splendide auréole, il médite 
en tant qu'Homme sur la volonté de Dieu, et s'apprête à con- 
sommer le divin sacrifice. 

Remarquons ici que dans leurs tableaux, les préraphaé- 
lites ne reproduisent aucunement les types consacrés par la 
tradition catholique. C'est au nom de leur foi sincère et de 
la vérité qu'ils rejettent le poncif de ces types si faciles à 
imiter de Raphaël et de l'école romaine. Mais on pourrait 
objecter qu'ils doivent innover des images plus générales et 



— 149 — 

plus sublimes par romissinn de détails individuels faisant 
obstacle à la réalisation de l'idéal 

Il n'en est rien; dans le tableau que nous avons cité de 
M. Hunt et celui de M. Fisk intitulé : La dernière noirée de 
JésuM'ChrUt à Nazareth, ils ont la prétention de retracer 
entièrement, dans ses plus menus détails, la vérité des évé- 
nements historiques dont ils veulent ainsi reproduire l'esprit 
et la lettre d'une manière absolue. Voici ce que dit à cet 
égard M. Ruskin. 

V Moïse n'a jamais été peint, Ëlie ne l'a jamais été, David 
non plus si ce n'est comme un florissant jouvenceau, Débo- 
rah jamais, Gédéon jamais, Isaïe jamais. (Il excepte pour- 
tant de ce jugement F. Lippi et Botticelli dont, plus tard, il 
admit la peinture). De robustes personnages en cuirasse, ou 
des vieillards à barbe flottante, le lecteur peut s'en rappeler 
plus d'un qui, dans son catalogue du Louvre ou des Uffizi se 
donnaient pour des David ou des Moïse ; mais s'imagine-t-il 
que si ces peintures eussent le moins du monde mis son 
esprit en présence de ces hommes et de leurs actes, il aurait 
pu ensuite, comme il l'a fait, passer au tableau voisin, pro- 
bablement à une Diane flanquée de son Actéon, ou de 
TAmour en compagnie des Grâces, ou à quelque querelle de 
jeu dans un tripot >. 

On sait bien pourtant que la vérité historique absolue est 
impossible et pour prendre un exemple : sur quels docu- 
ment M. Fisk s'est-il basé? — Faisait-il beau? Voyait-on les 
étoiles dans cette soirée que Jésus a passée à Nazareth? 
Puis, le Christ se tenait-il alors sur la terrasse où l'a placé le 
peintre, ou à l'intérieur de la maison ? Puis, était-il vêtu de 
la robe à raies que nous voyons dans le tableau ? — Pendant 
que l'on se fait toutes ces questions, devant cette peinture, 
le doute arrive, et l'émotion qu'elle eût causée disparait. 

M. Milsand rapporte que M. Hunt — comme James Tissot 
le fit, à son exemple, pour la vie de Jésus, — avait long- 
temps séjourné en Judée, visité le pays pour se pénétrer de 



— 120 — 

son caractère, fait pendant cinq ans de nombreuses lectures, 
et recherché tous les documents d'érudition pour rendre 
son œuvre irréprochable aux yeux des antiquaires, des 
physiognomonistes et des théologiens. Il avait même con- 
trôlé la forme des chaussures que portaient les israélites, et 
croyait son œuvre parfaite, à Tabri de toute critique. Cepen- 
dant, une dame juive observa devant son tableau que l'au- 
teur ignorait en quoi les hommes de la tribu de Juda se dis- 
tinguaient de ceux de la tribu de Ruben, et lui reprocha 
d'avoir donné aux docteurs de Juda les pieds plats qui carac 
térisent ceux de Ruben, tandis que les premiers avaient le 
cou-de-pied très haut placé 

Les préraphaélites sont en même temps symbolistes, et 
trouver le mot de Ténigme qu'ils posent au spectateur est 
souvent impossible. C'est ainsi que M. Hunt envoyait en 
1807 un tableau intitulé : Après le coucher du soleil en 
Egypte, Rien qu'à la lecture de ce titre on s'imagine qu'il 
s'agit d'un paysage; nullement. — L'artiste nous montre 
une femme debout et rigide, enveloppée d'une ample dra- 
perie sombre à reflets bleus, ornée de colliers d'or et de 
corail, les oreilles percées de larges anneaux, soutenant 
d'une main la gerbe d'épis posée sur sa tête, et de l'autre, 
une amphore vert pâle en terre vernissée. Tout autour de 
cette femme, une nuée de pigeons venus de tous les points 
de l'horizon picore la gerbe ou le grain qu'elle répand à ses 
pieds, et, derrière elle, l'onde coule sous les fleurs du lotus, 
et de nombreuses moissons s'étendent jusqu'aux montagnes 
que dorent les derniers feux du jour. 

On se demande ce que le peintre a voulu signifier par ce 
tableau. Est-ce l'Egypte que personnifie cette figure morne 
parée comme une courtisane? L'Egypte moderne déchue de 
sa puissance, de son antique royauté, n'ayant plus que la 
richesse de son sol fécondé par le limon que dépose le Nil, 
et tournant le dos, pour ne les point voir, aux ruines de 
ses splendides monumonts\^ ou bien faut-il donner toute 



— J2l - 

autre explication d'une telle énigme posée au spectateur? 
Selon son imagination chacun pourra voir là une chose ou 
une autre, et même qui se contrediront. N'est-ce point là 
un argument contre cette peinture symbolique qui reste 
indéchiffrable? 

Toutefois, la peinture de M. Hunt, pour la minutie de dé- 
tails, semble vouloir rivaliser avec celle de Balthazar Deu- 
ner qui, dans ses portraits, peignait les pores de la peau, — 
car cela est conforme à la doctrine de M. John Ruskin. 
Selon lui, la mission de l'artiste n'est point de charmer en 
appliquant l'idée et les principes des peuples latins dans les 
beaux-arts, elle est de faire profiter l'humanité en lui mon- 
trant, par une vision supérieure, l'œuvre de Dieu jusque 
dans les choses en apparence les plus infimes, dans la cour- 
bure et les entrelacements inflnis de l'herbe et des fleu- 
rettes, et dans les minuties qui échappent à l'examen du 
vulgaire. C'est l'erreur où était tombé en France le peintre 
Delaberge qui s'efforçait, en vain, de reproduire une à une 
toutes les feuilles d'un arbre, toutes les tuiles d'un toit, ce 
qui, somme toute ne pouvait pas même le mener à un résul- 
tat égal à celui que ses confrères avaient atteint par une 
autre voie. 

On a dit que ces derniers sacrifiaient le détail à l'en- 
semble, tandis que les préraphaélites sacrifiaient l'ensemble 
au détail. Or, si l'on réfléchit qu'il est impossible à notre 
vue de voir toutes les feuilles d'un arbre, tous les pores de 
la peau, tous les cailloux d'un chemin, que ce qu'elle en saisit 
c'est les parties les plus éclairées, tandis que le reste s'es- 
tompe dans l'aspect du tout ensemble, on comprendra que 
ces mots : sacrifier le détail, sont l'expression de ceux qui, 
pour juger de la peinture, ne se servent que de leurs idées 
et non de leurs yeux. La seconde proposition do la phrase 
citée par nous est seule justifiée car, effectivement, les 
préraphaélites sacrifient l'ensemble au détail. 

M. Ruskin, parlant de la peinture en philosophe a dit : 

9 



— 122 — 

« Chaque herbe, chaque fleur des champs a sa beauté dis- 
tincte et parfaite; elle a son habitat, son expression, son 
oflice particulier, et l'art le plus élevé est celui qui saisit ce 
caractère spécifique, qui le développe et qui 1 illustre, qui 
lui donne sa place appropriée dans l'ensemble du paysage 
et par là rehausse et rend plus intense la grande impression 
que le tableau est destiné à produire ». Si M. Ruskin eut 
été peintre, il eût tout d'abord compris l'impossibilité d'ap- 
pliquer celte'.théone. 

£n eflet. si le peintre précise chaque détail avec son ca- 
ractère propre il le rend trop important pour l'objet princi- 
pal de son tableau, et cela arriverait même s'il s'agissait de 
littérature, de description dans un roman par exemple. Le 
détail étudié scientifiquement comme le veut M. Ruskin, 
détruit, contrairement à ce qu'il affirme, l'ampleur et l'har- 
monie de lensemble pittoresque; lequel, par cela même, 
n'a plus son aspect vrai, n'est plus que mensonge. 

Nous avons remarqué que les préraphaélites sont symbo- 
listes, et que leurs rébus comme le tableau de M. Hunt : 
Coucher de Soleil en Egypte sont impossibles à déchiffrer. 
L'excentricité est, du reste, fort goûtée chez les artistes 
anglais. Citons entre autres Blake (I), peintre et poète — 
nous en avons déjà dit quelques mots à l'ancienne école. — 
Cet admirateur de Wordsworth fut un visionnaire. Quel- 
(jues-uns des poèmes qu'il publia en dernier lieu et des 
dessins qu'il grava, à la pointe sèche, sont le produit d'une 
folie mystique, et n'ont aucun sens. 

Il faut bien dire que de telles œuvres sont, en Angleterre, 
la conséquence de l'esprit public, et que les artistes, pour 
devenir riches, ne trouvent rien de mieux que de s'y assu- 
jettir. 

La peinture considérée comme l'art de la forme ne corres- 
pond point à un besoin des Anglais pour l'expression de la 

(1) Blake, 1757-1827. 



— 423 — 

beauté plastique, et ce qu'ils y cherchent n'est point cette in- 
time jouissance que procure la contemplation d'un chef- 
d'œuvre. Un tableau n'est pour eux qu'un objet de luxe, un 
meuble qui marque la richesse et la distinction de celui qui 
le possède. 

On compi'end dès lors, puisqu'il s'agit surtout de se distin- 
guer, de se distraire, qu'on en ait cherché les moyens dans 
la bizarrerie, l'excentricité, et que les peintres, comme ils le 
font aussi trop souvent chez nous, soient soumis au goût ca« 
pricieux de millionnaires enrichis dans le négoce et qui 
manquent de culture artistique. 

Les artistes, pour ce monde-là, comme l'a fort bien observé 
un éminent critique, sont « des instruments hàiis tout exprès 
pour amuser et distraire V aristocratie ». Il en est d'eux 
comme des fous de cour. 

« Est-ce là, poursuit M. Chesneau, un sérieux appel à la 
grandeur et à l'élévation de l'art? Aussi ces deux mots : gran- 
deur, élévation, doivent-ils être rayés de toute étude sur les 
peintres britanniques Leurs qualités sont à eux, cepen- 
dant, et ils en ont. Ainsi, dans la peinture de genre ils font 
preuve d'observation, dans le paysage, ils réussissent très 
bien les ciels, c'est là une de leurs supériorités Mais l'é- 
cole anglaise ne montre en réalité, ne fait preuve d'aucun 
effort sérieux ; venue après toutes les autres, riche de l'ex- 
périence du passé, elle n'a que fort peu produit et encore 
rien institué. » 

Ceci s'écrivait en 1855 et nous ne voyons pas qu'à ce jour, 
en 1902, il y ait eu notable changement ou progrès. 

Plus loin, le même critique ajoute : « Son indépendance 
n'est même pas un calcul légitime : si ellere jette toute tra- 
dition, ce n'est point pour marcher dans une voie nouvelle 
tracée d'avance et méditée, c'est par caprice, afin d'obéir au 
goût particulier des peintres pour l'excentricité individuelle 
qui n'a que bien peu de rapports avec la vertu la plus noble 
dans l'art, l'originalité. » 



— 424 — 

Turner lui-même, avec ses exagérations de lumière et 
d'ombre, ne sait point composer un tableau; il manque de 
cette ampleur, de cette pondération dans les parties, qui 
constitue Tunité sereine des œuvres des grands maîtres et 
relève du goût général plutôt que d'un sentiment personnel 
à l'individu. On sent devant ses paysages TefTort de tension 
de tout son être pour arriver à une seule des expressions que 
le peintre doit léaliser dans son œuvre. De telles produc- 
tions, en comparaison de celles où sont équilibrés les moyens 
des maîtres, sont des exceptions monstrueuses où manque 
l'unité qui consacre la sérieuse valeur des œuvres bien pon- 
dérées, les seules qui puissent retenir d'une manière durable 
TattentiOn de la postérité. 

Les peintres anglais ignorent la science de l'art qui est la 
seule base certaine par laquelle l'artiste contrôle lui-même 
sa pensée, l'exprime sûrement, incontestablement, et peut 
toujours progresser. 

Gomme ils ne s'appuient point sur un fondement solide, on 
ne pourrait citer un seul de leurs tableaux dont il soit pos- 
sible de dire, comme cela arrive pour d'autres, que l'idéal 
atteint aux plus hauts sommets accessibles à la pensée. 

Il faut constater seulement que leurs meilleurs ouvrages 
ont un idéal que le spectateur doit compléter par Timagina- 
tion. 

Deux hommes qui se rapprochent des préraphaélites sans 
faire positivement partie de leur école sont : Madox Brown 
et Burne Jones. 

Le premier, qui exposa assez rarement, fit en 1865, dans 
Piccadilly, une exposition d'une centaine de ses œuvres où 
l'on remarquait celle intitulée : Adieu à V Angleterre et le 
Travail, une composition où les doctrines sociales et la mo- 
rale ont plus grande part que la peinture, et qui ne procède 
nullement du goût latin. 

De 1845 à 1855 cet artiste avait produit, semble-t-il, des 
œuvres meilleures : Cordelia et le roi Lear, Cordelia et ses 



— 125 — 

sœurSy la Vierge et VEnfant, des portraits, des paysages, 
des vitraux pour Téglise Saint-Oswald et son tableau 
d'Haydée. 

Sans s'astreindre à suivre en tous points la doctrine préra- 
phaélite qui veut que Ton peigne toujours d'après le modèle 
vivant, Madox Browne, fort abstrait en peinture, se laisse aller 
à son imagination et selon les sujets qu'il traite exprime des 
sentiments divers, par des moyens différents. Epique dans le 
Rai Lear partageant ses états, il devient passionné dans 
Roméo et Juliette^ et religieux dans le Fils de la veuve de 
Naim, 

Edward Burne Jones, récemment décédé (t), s'inspirait des 
légendes nationales puisées chez les poètes de son pays, et 
c'est, sans contredit, le meilleur peintre moderne de la 
Grande-Bretagne pour la composition, le dessin et la cou- 
leur. Selon Mme Julia Cartwright, sa biographe (2), Burne 
Jones fut le lyrique de la peinture moderne dont Puvis de 
Chavanne fut le noble idyllique. Né à Birmingham, ce fils 
d'un sculpteur et doreur sur bois sentit s'éveiller sa vocation 
en voyant une gravure de Dante Gabriel Rossetti. A l'âge de 
2B ans, il n'avait point encore fait d'études artistiques. Il re- 
çut des leçons de Rossetti et ses premières compositions 
ressemblèrent à celles de ce peintre poète. Ce sont de petites 
aquarelles tirées de la Mort d'Arthur et des œuvres de 
Chaucer : elles ont de la couleur. Il réussit mieux encore 
dans les cartons pour vitraux d'église et la composition des 
sujets religieux. Il fit des dessins au crayon et à la plume 
pour illustrer le Paradis terrestre qu'écrivait son ami Wil- 
liam Morris et s'occupa, en même temps, de travaux d'art dé- 
coratif et d'industrie artistique en dessinant des carreaux de 
faïence et des modèles de tapisseries (^) ainsi que Madox 



(1) Le 21 juin 1898. 

(2) Gazette des Beaux-Arts, 1" juillet et !«' septembre 1900. 

(3) Ces tapisseries ont été exposées à Paris en 1900. 



— 126 — 

Browne Holman Hunt et J. G. Watts. Ruskin, leur cham- 
pion, se joignit à eux pour les aider de ses conseils. Burne- 
Jones voyagea avec lui en Italie où il étudia Carpaccio et Bot- 
ticelli. C'est à la suite d'un second voyage en Italie, en 4864, 
qu'il produisit son tableau intitulé : Le chevalier miséricor- 
diexiXy qui lui fut inspiré par une légende italienne ; on y re- 
niarque un agréable effet de lumière. A partir de ce moment 
il continua toujours dans cette voie, de 1864 à 1890, et de 
1890 jusqu'à sa mort, il fit des illustrations, des portiaits et 
des compositions, d'après d'anciens cartons. Erudit, pas- 
sionné pour la lecture, il recherchait les légendes de tous 
les pays et ne voulut s'inspirer que des sujets empruntés aux 
époques passées, mythes grecs ou légendes du moyen-âge. 
On a trouvé que sa peinture ressemble aux enluminures des 
missels du xv« siècle. Son meilleur tableau parmi ceux dont 
le sujet est du moyen-àge est: Le roi Cophetua et la men- 
diante 6e lîi ballade de Tenuyson. Le roi dépose sa couronne 
aux pieds de la mendiante ; puis, deux autres tableaux sont 
encore à noter : Chant d'amour et V Amour dans les ruines 
surviva7\t à tout. 

Les aquarelles de Burne Jones ont la même vigueur que 
ses peintures k l'huile, comme on a pu le remarquer dans 
celles qu'il envoya à l'exposition de 1878. 1^ peinture an- 
glaise ne fait pas de distinction dans les modes de facture. 
Ce qui distingue surtout l'œuvre de Burne Jones, c'est la 
poésie d'un style dont la mimique et l'expression sont les 
qualités dominantes. Mais s'il réussissait dans le domaine du 
merveilleux à représenter des fées ou des sirènes, il n'en fut 
point de même dans le portrait, comme on a pu, par exem- 
ple, le constater dans celui de la petite-fille de M. Gladstone, 
Dorothée Drew, à laquelle il donna, dit son biographe, Vair 
de quelque génie de contes de fées. 

En outre de ses travaux si divers, il a laissé un très grand 
nombre de dessins et d'études, dont M. Hollyer a photogra- 
phié les plus remarquables, au nombre de deux cents. Ce 



— 427 — 

sont des esquisses, des projets de tableaux ou des études de 
détails. Elles nous montrent comment procédait le maître. 
En premier lieu une esquisse sommaire au crayon ou à la 
sanguine, puis un carton où il indiquait Teffet soit à Taqua- 
relle, soit au pastel, et enfin les études de parties : têtes, 
mains ou pieds, dessinées très consciencieusement d'après 
nature. 

Dans ses dessins, on saisit mieux que dans ses peintures, 
son originalité. Il est très humoristique dans certaines 
charges, caricatures d'enfants ou d'animaux qui lui servaient 
de distraction pour ses heures de loisir. 11 y fait preuve d'es- 
prit et d'entrain comme dans son petit tableau : L'Amotir 
déguisé en Raison, où l'amour, sous une robe de docteur, ser- 
monne deux jolies jeunes filles qui ne se doutent point que 
sa dangereuse personne se cache sous un tel costume. Le 
21 juin 1898, la mort l'enleva subitement et il repose non 
loin de sa maison, sur la côte de Sussex, dans le cimetière de 
Rottingham. 

Un des plus remarquables artistes de ce groupe de pein- 
tres qui s'intitulèrent préraphaélites fut le peintre et poète 
Dante Gabriel Rossetti, né à Londres en 1828, mort à Bir- 
chington-sur-Mer le 9 avril 1882. Il n'exposa qu'une fois à 
Russel Palace plusieurs tableaux et dessins, alors qu'il avait 
28 ans. Depuis ce moment, il se contenta de montrer sa 
peinture à ses connaissances et à ses amis, et pourtant sa 
célébrité n'est point inférieure à celle des peintres anglais 
les plus renommés. Il traita les mêmes sujets et dans les 
mêmes principes que ses confrères; les [préraphaélites qui 
furent grandement à la mode en Angleterre vers 1830. La 
plupart de ces peintres abandonnèrent en fin de*compte|leur 
doctrine. Rossetti avait, d'une manière invraisemblable, des 
prétentions au réahsme dans sa recherche du détail infime, 
comme le prouvent la plupart de ses tableaux : la Lune de 
miel du roi René; le Songe du Dante, ,qui fait partie de la 
galerie de Liverpool ; The seed of David, dans la cathédrale 



— 128 - 

de IlandalT; Francesca da Rimini, aquarelle en diptyque; 
Beata Beatrix Béatrice ; la. Donna délia Finestr a ^ et d'au- 
tres tableaux dont les sujets sont empruntés à ses poésies, 
car il a publié deux volumes de poèmes intitulés Ballade* et 
sonnets Parmi ces compositions — on remarque : — Venus 
Verticordin; Sibylla palmifera; la Bella Mano; la Ghir- 
landata; Veronica Veronèac^ etc. 

A l'Exposition universelle de 1900 on avait placé de 
Burne Jones le Rt've de Lancelot, une poétique légende qui 
n'était point fi la hauteur de ses compositions exposées au 
pavillon briiannicjuo dan.s son exposition rétrospective où 
Ton a admii r un iSaint-George (i*une grande tournure, fort 
décoratif, et l'ariuaroile intitulée le Conte à la Prieure. 

Nous avons cru devoir donner ici quelques détails sur ce 
maître de même (pie sur Madox Browne. Ces deux artistes 
se rapprochant des préraphaélites par certains côtés sans 
faire positivement partie de leur école. 

PEINTURE D'HISTOIRE 

La peinture d'histoire, telle que nous l'entendons, n'a 
jamais eu de succès chez les Anglais. Les meilleurs de leurs 
peintres ne furent point classiques et académiques comme, 
chez nous, les élèves ou les imitateurs de David. Le résultat 
des efforts de ceux qui, en Grande-Bretagne, s'orientèrent 
dans cette voie du grand style ne fut point assez brillant 
pour engager d'autres artistes à la suivre avec persévérance. 

Parmi les peintres d'histoire contemporains, M. V. Prin- 
sep, né dans les Indes anglaises et (|ui est venu étudier son 
art à Paris dans l'atelier du peintre Gleyre est un des meil- 
leurs. On voyait de lui, à l'Exposition universelle de 1855, 
deux tableaux remanjuables par la couleur et le dessin 
représentant'des types orientaux : l'un avait pour titre Perle 
noire et l'autre A la porte d'or^ représentait une femme 
blanche à la porte d'un harem. Il avait, en 1900, à l'Exposi- 



— 129 — 

tion universelle, un tableau où il donnait à la noblesse de la 
forme plastique, sans la rendre pour autant moins digne et 
moins distinguée, un nom moins prétentieux : il se contente 
de la représenter en Cendrillon. 

M. Paul Falconer Poole R.-A. (1810-1870), un de ceux qui 
jouirent en Angleterre de la plus haute réputation, sembla 
avoir voulu amalgamer dans un mélange hétéroclite le style 
des maîtres de la Renaissance, du Titien, du Guide avec 
celui du Poussin et de Lesueur sans parvenir à se les appro- 
prier d'une manière originale On cite comme une de ses 
œuvres les plus remarquables, son tableau : Chanson de 
Philomèle au bovd du lac. 

Le Président de rAcadémio de peinture. Lord Frédéric 
Leighton, récemment décédé, représente dans son pays la 
grande peinture avec des qualités décoratives. Son exposi- 
tion posthume au Salon de 1900 (Exposition universelle), 
se compose de trois tableaux : le Retour de PerséphonCy 
pastiche des maîtres italiens de la Renaissance, est faible 
d'exécution ; Rispah éloignant les corbeaux de ses fils cruci- 
fiés est une peinture trop noire, et enfin le petit tableau qui 
a pour titre : Atteint rappelle la manière léchée de Bougue- 
reau. Deux dessins, une Académie d'après le nu, et une 
Etude de draperie, complètent les spécimens du talent de 
ce peintre supérieur à ceux de son pays qui voulurent 
traiter le genre historique, mais qui reste académique et 
froid si Ton vient à le comparer aux artistes du continent 
qui sMllustrèrent en traitant la peinture de haut style. 

M Goodal, qui exposa jadis à Paris Rachel et son trou- 
peau^ envoyait à l'Exposition de 1900 la Tonte des moutons 
en Egypte, mais, de même que ceux de Prinsep, ce tableau 
n'est point traité dans un style qui s'élève au-dessus du ta- 
bleau de genre. 

Sir Edward Poynter et L. Alma-Tadema, dans l'anec- 
dote historique, ne sont guère satisfaisants. Le premier 
essayant, comme son confrère, de reconstituer le passé, 



— 430 - 

semble prendre pour modèle, dans sa DanseuBCy la peinture 
uniformément léchée de Gérôme en ses œuvres moindres. 
Alma-Tadema vaut mieux avec le Printemps semé d'inté- 
ressants détails. 

M, Solomon, avec Laus Deo, se rattache par cette allégorie 
aux préraphaélites. Sa couleur est harmonieuse. 

Ce que n'ont guère la plupart des peintres que je viens de 
nommer, c'est l'inspiration, le sentiment du grand style, 
sans lequel il n'est pas de peinture d'histoire, et c'est pour- 
quoi je n'ai point parlé, dans l'ancienne école, des Singleton 
(176(M839), Howard (1769-1847), Bird (1772-1819), Allan 
(1782-1850), Burnett (1784-1868). Jones (1786-1869), East- 
Lake (1793-1865), James Ward (1769-1859), qui sont plus ou 
moins nuls. 

Exceptons toutefois David Scott, de l'Académie royale 
d'Ecosse, qui mourut en 1847, dont l'œuvre est considérable 
et variée par le choix des sujets. Sa peinture d'une couleur 
fort expressive et procédant par hachures, a de l'analogie 
avec celle de notre Eugène Delacroix. On remarque surtout 
parmi ses tableaux ; Pierre VErmite prêchant la Croisade^ 
la Reine Elisabeth assistant à la représentation des Joyeuses 
commères de Windsor, et Vasco de Gama^ son dernier 
ouvrage où l'on voit ce hardi navigateur inspiré par le Génie 
du Cap dessiné dans la forme des nuages. Le groupe des 
marins qui entoure Vasco exprime Teflroi que lui cause ce 
phénomène. 

GENRE ET PORTRAITS 

Les peintres anglais, dans les scènes de mœurs qu'ils 
aiment à traiter, peignent la vie de leurs contemporains, et 
si les criti(iues de leur pays les ont quelquefois censurés 
pour la préférence qu'ils donnent aux sujets de genre, nous 
ne les blâmerons point de rendre ainsi l'intimité ou la vie 
publique de leurs concitoyens. Rien du sujet, mais seule- 



— 431 — 

ment de son interprétation. Ce qu'on y remarque surtout 
c'est l'expression des physionomies et l'intérêt des scènes 
représentées, soit qu'ils les empruntent à la vie de nos jours 
ou à celle des époques passées. 

Il nous faut parler ici de Barker (Thomas John Henry), que 
nous avons mentionné rapidement dans notre introduction à 
la présente étude, et dont nous possédons au musée de Be- 
sançon un tableau acheté en 1840 pour 1900 francs, qui fit 
partie du salon de 1839. Cette composition intitulée Retour 
de la chasse^ représente de grandeur naturelle un jeune chas- 
seur coupant du pain dont deux gros épagneuls attendent 
une part. En perspective on aperçoit une rue, et au premier 
plan des armes de chasse, du gibier de plume et un che- 
vreuil. 

La couleur de celte peinture est agréable, la touche en est 
facile et décèle une étude consciencieuse de la nature. Son 
auteur naquit à Bath en 1815 et mourut à Londres en 1882. 
Ayant reçu les premières notions d'art de son père, il alla 
en 1835 à Paris devint élève d'Horace Vernet, en suivit la 
manière, et fut surnommé par certains critiques l'Horace 
Vernet de l'Angleterre. Il exposa à Paris aux différents salons 
de 1837 à 1850. On cite de lui en outre du tableau dont nous 
venons de parler: La Mort de Louis XIV ^ tableau commandé 
par le roi Louis-Philippe, et détruit au pillage du Palais- 
Royal, en 1848; Beautés de la cour de Charles II; La Fian- 
cée de la Mort, peint pour la princesse Marie d'Orléans. En 
1845, rentré en Angleterre, il peignit des animaux, des sujets 
d'histoire et de genre. En 1870-1871, il suivit les opérations 
de la guerre franco-allemande et y trouva plusieurs sujets de 
tableaux. 

Dans le genre, citons Dickmans dont on voit à la National 
Gallery un tableau fort poétique : La Fille de V Aveugle^ et 
M. Watts qui, en 1855, avait adopté un parti pris pour attirer 
l'attention. C'était, en se servant de couleurs h l'huile, de 
faire ressembler sa peinture à du pastel. Préraphaélite à cette 



— 132 - 

époque de sa carrière, il savait au besoin, dans le portrait de 
son confrère Frédéric Leighton, peindre et dessiner d'une 
manière plus conforme à la vérité que dans les cinq tableaux 
mythologi(|ues qu'il exposait à Paris en 1900 (^). 

M. Erskine Nicol, dans son Ecole de village, où un magis- 
ter intimide son élève et vient de lui adresser une question 
à laquelle il eût été lui-même peut-être embarrassé de ré- 
pondre, a bien saisi la naïveté du pauvre petit et Texpression 
bourrue du pédagogue. Dans le Paiement du loyer ^ les types 
impassibles de Tinlendant du lord et de son commis, tout 
entiers à encaisser leurs comptes et sourds aux doléances et 
aux requêtes des misérables irlandais qui viennent donner 
leurs fermat^es, le caractère des physionomies est bien 
rendu. La touche, quoique un peu dure, est d'une assez 
bonne couleur, et la composition n'a rien qui puisse choquer 
le goût. 

M. Thomas Faed peint aussi d'une manière intéressante 
l'intérieur des humbles. Tantôt, c'est un pauvre veuf qui es- 
saie, de ses grosses mains, des gants à sa fillette, daas un 
tableau dont le titre est Père et Mère; tantôt, c'est une mère 
qui raccommode l'unique pantalon que son gamin attend 
jambes nues. Ces sujets expriment bien le sentiment tendre 
de l'artiste. 

M. Robert Braithwaite Martineau, né le 19 janvier 1826, à 
Londres, mort le 13 février 1869, élève de M. Holman Hunt, 
est l'auteur du tableau : Le dernier jour dans la vieille de- 
meure. 11 recherchait les sujets dramatiques, qu'il traitait à 
un point de vue plus littéraire que pittoresque. Ses produc- 
tions sont peu nombreuses car, dans son désir de perfection, 
il mit dix ans à peindre ce tableau. 

M. William Quiller Orchardson a non moins de succès 
dans le genre que dans le portrait. C'est un des peintres an- 

(1) M. Watts est décédé en 1903, membre de l'Institut de France et de 
la Légion d'honneur. 



— 133 — 

glais qui sont le plus harmonistes ; la couleur de ses tableaux 
n'est jamais criarde, et il excelle dans l'expression de ses 
figures. Il se rapproche beaucoup de la facture de nos pein- 
tres français contemporains, et il pourrait, sans disparate, 
passer pour en faire partie. En 1867, il exposa chez nous 
deux tableaux : Tun tiré de Walter-Scott, Le Défi, et l'autre 
de Shakespeare, Christophe Sly^ qui eurent un succès bien 
mérité. Citons encore : La Reine des épées, V Antichambre, 
le Décavé, etc. 

D'autres peintres de genre choisissent l'anecdote pour sujet 
de leurs tableaux; leur originalité n'a rien d'accentué et, en 
général, loin de faire comme les vieux maîtres flamands, 
Rembrandt, Terburg ou Metzu, qui généralisent des sujets 
familiers : le philosophe en méditation, la conversation, le 
concart, etc., ceux-ci, au contraire, spécialisent leur sujet; 
tels sont , M. Philippe Galderon ou M. Hayllard avec son ta- 
bleau : un mal de dents de la reine Elisabeth, De tels sujets 
ne sont pas faciles à comprendre et tournent au rébus. 

Parmi les peintres de scènes populaires il faut encore citer : 
M. W. Powel Frith, auteur de : Le jour du Derby et de La 
Gare du chemin de fer; M. G. Green et MiM. S. Burgess, 
F. Bamard et L. Fildes. 

N'oublions pas M. Frédéric Walker, mort prématurément 
à trente-cinq ans, qui eut un grand succès à notre exposition 
universelle de 1878 avec son tableau : La vieille grille, et dix 
aquarelles d'une charmante exécution. 

M. Sir John Gilbert, membre de l'Académie royale, ré- 
cemment décédé, a envoyé à notre exposition universelle de 
1900 : Henri VIII et le cardinal Wolseley et une aquarelle : 
La Sorcière, qui se distinguent, comme la plupart de ses 
compositions, par l'heureux arrangement des figures et une 
bonne couleur. 

M. John Pettie, membre de l'Académie royale, actuel- 
lement décédé, représenté à notre exposition de 1900 par 
sa toile intitulée Sylvia, nous rappelle la manière de l'an- 



— i\U — 

cienne école anglaise dans le portrait, où il s'est distingué. 

M. W. Ouless, artiste vivant, se préoccupe de ne point né- 
gliger les moindres détails dans le portrait de Sir A Holden 
Bart. 

Citons encore de M. Charles H. Shannon, L'homme à ta 
chemise noive^ qui semble Toeuvre d'un disciple de Wisthler 
ou de Legros. 

De M. Ralph Peacock, Leportrail d'une dame danHini;de 
M. Gotch (Thomas Cooper), L'héritière des siècles^ peinture 
violacée se complétant par des tons orangés. 

Un peintre célèbre en Angleterre, sir Francis Grant, né 
en 1804 et nommé de l'Académie en 1851, ne montre dans 
ses ouvrages aucune originalité. Sa manière rappelle celle 
d'Horace Vernet, dans un tableau qui représente Le vicomte 
Ilarding quittant le champ de bataille de Ferozeshals. Il est 
pourtant assez bon portraitiste. 

M. E.J.Gregory, de l'Académie royale, traite tous les genres 
avec un égal succès. Il envoyait à notre exposition universelle 
de 19001e Portrait de M. S. R. Platt, une Vue de la Tamise, 
Boutters G.Lock le dimanche, et deux aquarelles : La Fille 
du Meunier et La Petite Psfjchée. Cet artiste est, comme 
M. Herkomer, un observateur réaliste de la nature. 

Citons encore les peintres de genre : A. Hopkins, F. Holl, 
G. H.Boughton, l'aquarelliste G. J. Pinvvell, mort à 3^ ans 
en 1875, P. R. Morris et M. Marcus Stone qui avait à l'expo- 
sition de 1900 son tableau intitulé La bonne amie du matin. 
Ce dernier a toujours dans ses ouvrages l'inspiration senti- 
mentale plus littéraire que pittoresque. Ses tableaux seraient 
charmants si leur exécution répondait à leur invention. 

Le réalisme sincère dans l'observation de la nature est re- 
présenté par M. Herkomer avec son Portrait de sir G, D, 
Tauhman Goldie. Le peintre y arrive à l'expression de la vie 
par une facture sobre- et large. Orchardson aussi dans le 
Portrait de M. David Stewart et surtout celui de sir W, Gil- 
bey exprime bien le caractère de la race anglo-saxonne. D'au- 



— 135 — 

très portraits sont sérieusement traités par MM. Lavery, Jack 
Loudan, Millais, John Hare de Glazebrook. 

Il faut citer aussi, parmi les tableaux de genre, à l'exposi- 
tion de 1900, celui de M Lorimer intitulé : Au dernier mo- 
ment. Une jeune mariée que viennent chercher ses amies, 
lorsqu'approche le moment où elle va s'unir à jamais. 

N'oublions pas La Maison de poupée^ de M. Rothenstein ; 
La Causerie^ de Bramley, et de Hacker Le Cloître ou le 
Monde, qui est remarquable par un effet de lumière ; Le 
Dîner d'été, de John R. Reid, et de M. Christie, Le Joueur . 
de flageolet de Hamelin, etc. 

M. G. D. Leslie qui excelle aussi dans la peinture de genre 
et l'expression des sentiments intimes, comme il l'a bien 
montré, entre autres œuvres, dans son tableau d'une de nos 
précédentes expositions universelles, Visite à la pensio7i, 
nous envoyait en 1900 un paysage d'Un Village dans les 
Cotswolds, moins impressionnant que ses tableaux de genre. 

liA PEINTURE DE PAYSAGES — liES ANIMALIERS 
LES PEINTRES DE MARINES 

Un éminent critique d'art, M. Henri Houssaye, rappelait 
dernièrement que si la peinture de paysage est de nos jours 
fort en vogue, il n'en était point ainsi chez les anciens qui ne 
Testimaient guère. Lucien disait : « Ce que je recherche dans 
les tableaux, ce ne sont ni des vallées ni des montagnes, 
ce sont des hommes agissants et pensants. » Vitruve n'ap- 
préciait point les peintres qui représentaient des marines ou 
des arbres au lieu de t scènes héroïques ou religieuses 
propres à élever l'âme ». 

Or, les Anglais n'ont guère de peintres d'histoire ou de 
sujets religieux qui, du reste, ne trouveraient pas leur em- 
ploi dans les temples du protestantisme. L'Etat fait très peu 
de commandes pour les monuments publics ; cette règle iVa 
presque subi d'exceptions que pour le palais du parlement : 



les tableaux des peintres d'histoire leur resteraient pour 
compte. 

Il en résulte qu'ils ont traité les sujets de la vie familière 
recherchés par les bourgeois riches et les membres de l'a- 
ristocratie payant largement les artistes. Le tableau de genre 
et le paysage, voi)à le champ où concourent généralement 
les peintres de la Grande-Bretagne, en bornant leur idéal 
aux sentiments de la famille et aux scènes agrestes. 

Toujours est il que, libre de toute tradition dans le passé. 
• leur peinture se signale par le cachet individuel, d'autant pkis 
qu'il est dans la nature de l'Anglais de n'admirer rien tant 
que sa race et ses mœurs, supérieures, selon lui, à tout ce 
qui se voit chez les autres nations On a vu que le principe 
préraphaélite est la représentation minutieuse de la réalité, 
de telle sorte que les savants puissent reconnaître dans un 
paysage la nature géologique d'un terrain, les végétaux 
propres à la composition du sol, Us papillons, les insectes, la 
race des animaux de tels ou tels pays, etc. Celle manière 
scientifique d'envisager l'art est à l'opposition du goût et du 
génie des peuples latins, mais c'est l'exagération d'une qua- 
lité de consciencieuse observation trop souvent oubliée par 
nos artistes. 

Les peintres anglais de l'école moderne, sauf un tableau 
de Barker dont nous avons parlé et deux aquarelles de Fiel- 
ding, ne sont pas représentés au musée de Besançon. 

Nous voyons seulement une minime peinture signée Ver- 
non pouvant être de A. L. Vernon qui fait partie d'un 
groupe de paysagistes naturalistes; toutefois, nous n'affir- 
mons rien à cet égard. 

Cette petite étude représente un cours d'eau dans une 
prairie plantée d'arbres, et vers les premiers plans, bordée 
de buissons. Au second plan on aperçoit des lavandières. Le 
ciel est nuageux et la verdure d'un aspect sombre. 

Ce morceau est trop peu important pour donner une idée 
juste du talent de son auteur. C'est le paysage copié, non 



— 137 — 

composé, comme le pratique un groupe qui comprend, avec 
A. L. Vernon, J. C. Adams, A. G. Dodd, Frank Miles déjà 
cité, J. G. Todd, T. J. Watson, etc. 

D'autres peintres encore, que Ton dirait comme les pré- 
curseurs de nos maîtres célèbres : Corot, Troyon, Rous- 
seau, Daubigny, tels que, entre autres : Cecil Lawson, 
Ernest Parton, J. Aumônier, Edwin Ellis, J. L. Pickering, 
Leslie, Tomson, ont été par leurs compatriotes, dénommés 
impressionnistes, sans qu*ils aient rien qui ressemble au 
faire des peintres français auxquels nous avons donné ce 
nom. 

Parmi les paysagistes qui suivent la doctrine de John 
Ruskin nous devons citer MM. Linnell, Vicat Gole, et surtout 
M. Charles Lewis. Son tableau une Pièce d'orge dans le 
Berkshire montre au suprême degré la recherche des dé- 
tails. Tous les pavots, les bleuets, toutes les herbes parasites 
qui s'enlacent ou se mêlent aux tiges d'une blonde moisson 
sont rendus avec l'amour d'une scrupuleuse et patiente 
étude, avec le culte de l'objectivisme le plus complet. 

M. Millais, en fidèle disciple de Turner, s'attache à rendre 
les eflets variés de la lumière dans l'atmosphère, soit qu'il 
peigne, le Bord d'une Imide, ou le Froid octobre ou Da7is 
les montagnes d'Ecosse. 

J. E. Millais, né en 1829, fut le plus réputé des préra- 
phaélites ; il traite des sujets historiques, des scènes de la 
vie anglaise contemporaine, ou empruntées à la poésie. On 
cite parmi ses compositions : Ophéliey Les Romains quittant 
la Gi'ande Bretagne, Garde royal^ Le Hussard de Bruns- 
ivicky Le Whist à trois, et les Portraits de Gladstone et de 
RtAskin. 

Dans tous ces sujets divers on remarquait une véritable 
originalité d'expression. Le peintre s'y montrait, selon 
l'occasion, réaliste, comme dans son tableau L'élargisse- 
ment, ou mystique dans Le Retour de la colombe à l'Arche, 
ou romanesque dans La Mort d'Ophélie, 

10 



— 138 -- 

En 1H67, il s'éloignait de sa première manière, et, dans Le 
Semeur d'ivraie et Les Eomains quittant la Grande-Bre- 
tagne, sacrifiait les fonds de paysages et ne recherchait plus 
que Teffet du drame. En 1875, sa peinture tout en conser- 
vant son expression poétique devenait de plus en plus 
vivante, plus corsée dans les tableaux qu'il exposait au 
Champ de Mars, entre autres dans celui-ci tiré d'un poème 
de George Meredith intitulé La Couronne d'amour. L'ex-pré- 
raphaélite s'y montrait enfm libre dans sa facture qui ne 
s'assujeltissait plus à la recherche minutieuse de la réalité 
et affirmait sa supériorité dans la diversité des genres. En 
1900, John Millais se faisait remarquer à notre Exposition 
universelle par la poésie triste de son Vieux Jardin soli- 
taire, où Ton ne remarque guère que l'alignement froid des 
bordures de buis. 

Somme toute, en nous reportant à ce groupe d'artistes 
qui avaient pour objectif, s'isolant de leurs confrères, un 
idéal où la théorie du réel et du vrai l'emportait sur la pos- 
sibilité de la pratique, les préraphaélites, ces disciples 
d'une école qui n'existe plus pour être restée étrangère à la 
vie de notre époque, n'ont laissé aucune production qui 
puisse satisfaire pleinement aux exigences de la saine criti- 
que d'art. 

Citons cependant, parmi les derniers peintres qui sem- 
blent s'inspirer de Hurne Jones : MM. Strudwick , Chevalier 
Taylor, et les portraitistes de Glehn, Solomon, Collier, etc. 
En août 1901, on signalait aussi une tentative de rénovation 
de la peinture à fresque dans le style du xv* siècle italien 
par M. Southali et miss Kate Burne, Arthur J. Gaskyn, 
Evelyn de Morgan, John D. Batten, etc , à l'exposition de la 
New Gallery. 

Parmi les paysagistes qui se signalèrent le mieux à l'Ex- 
position universelle de 1900 par le sentiment de la nature et 
le mérite de l'exécution, il faut citer MM. La Thangue, avec 
ses deux tableaux, une Petite propriété et Le Bûcheron^ et 



— 139 — 

Stanhope A. Forbes, avec La Forge. Tous deux font partie 
des peintres réalistes de Glasgow. M. Franck Brangwin, en- 
core un de ces artistes écossais dont la peinture se compose 
de touches larges et vibrantes, se révélait dans son Marché 
de Bushire^ et parmi les tableaux des autres naturalistes 
on remarquait : de Lionel Smythe, un Paysage d'automne, 
avec glaneurs ; d'Adrien Stokes, \ Avenue dans le marais ; 
de Lindner Moiïat, Eclat du soir, Dordrecht. 

M. George F, Watts R. A., qui traitait, il y a de cela dix 
ans, les sujets de haut style et le nu, tels que L'Amour et la 
Mortj Orphée et Eurydice^ avait abandonné, en 1900, ces 
sujets mythologiques pour ne nous montrer à Paris qu'une 
Vue de NapleSy où il semble s'inspirer de Turner O). 

On a prétendu que ce peintre, dégoûté de voir ses ta- 
bleaux mal placés dans nos Salons, sans que Ton eût égard 
au rang élevé qu'il occupe parmi les artistes de son pays, et 
malgré les médailles qu'il avait obtenues chez nous, avait 
fini par ne nous envoyer jamais plus de ses œuvres. Il se 
peut que, pour ce motif, il ne nous eût pas montré, en 1900, 
Tune de ces peintures qu'il aimait surtout à emprunter à la 
mythologie. M. Watts, grand coloriste, est actuellement no- 
nagénaire ; il ne cesse pourtant point de produire, et au Sa- 
lon de la New Gallery, en 1901, on remarquait son tableau 
Les Highlands. 

Mentionnons enfin, pour terminer, Thomas Sidney Goo- 
per, né à Cantorbéry en 1803, mort le 5 février 1902. Il 
apprit seul la peinture, fut décorateur de théâtre, paysagiste, 
voyagea, resta longtemps en Hollande et peignit avec grand 
succès le paysage et les animaux. Nonjmé membre de la 
Royal Academy en 1867, il avait publié, en 1853, un livre de 
dessins d'animaux et groupes rustiques, et un livre illustré 
par lui : Les Beautés de la Poésie et de l'Art, 

Parmi les animaliers remarquables, citons M. Swan et 

(1) Voir la note précédente au bas de la page 132. 



— 140 ^ 

M. Crawhal, avec un tableau intitulé Coq noir. Quant à 
M. Briton-Rivière, qui excelle dans les sujets où il peint les 
feuves, il exposait, en 1900, Tentation dans le désert, repré- 
sentant le Christ dans un paysage aride, sous les derniers 
feux du jour, et Fidèle A mori^ la première de ces composi- 
tions rentrant dans le style sérieux de la peinture d'histoire. 

Il semble que, dans les Iles-Britanniques, les peintres de 
marines devraient être plus nombreux qu'ailleurs ; il n'en 
est rien. Nous ne trouvons plus à notre Exposition univer- 
selle de 190(), MM. Hamilton, Robert Leslie, Franck Miles, 
.1. G. Hook, W. J. Richards, T. R. Hardy, J. G. Naish, 
H. Gibbs ; mais nous pouvons signaler dans ce genre : Tho- 
mas Graham, Colin Hunter, avec une Afarine par un temps 
d'orage. C Napier, Henry John Brett, Lindner. Nous n'y 
trouvons rien du chevalier de Martins, peintre de marines 
du roi Edouard VII. 

En résumant ce que nous avons constaté dans le cours de 
la présente étude, nous voyons que les écoles du continent 
ont suivi la tradition des écoles italiennes de la Renaissance 
et que leurs peintres, pour la plupart, ont puisé leur ensei- 
gnement dans les ateliers parisiens. 

Mais la race anglaise, malgré ses efforts pour s'assimiler 
la tradition du génie latin, est restée essentiellement natio- 
nale et quel que soit le sujet traité, que ses figures repré- 
sentent César, Mahomet, Agamemnon ou Louis XVI, qu'elles 
aient à nous faire voir des Grecs anciens, des Romains ou 
des Turcs, elles restent toujours marquées du seul type 
anglais. 

De 1855 à 1867 et à 1900, si nous en jugeons par ce que 
l'Angleterre a envoyé chez nous à nos diverses expositions 
universelles, elle semble avoir décliné dans les beaux-arts, et 
ses dernières productions sont inférieures. Si elle a paru jadis 
suivre la tradition de Van Dyck avec Reynolds, Lawrence et 
Gainsborough, actuellement ses peintres se montrent surtout 
préoccupés du soin avec lequel ils traiteront les détails, ou 



— 141 — 

bien ils enfantent des ouvrages que Ton croirait destinés à 
être reproduits en illustrations. Ils gagnent à être traduits 
en gravure, ce qui n'arrive point pour les vrais maîtres et les 
coloristes comme Rubens et Van Dyck. On a dit que l'exécu- 
tion mesquine de leurs tableaux produit le même effet que 
s'ils étaient vus à travers des lunettes de myopes. La pro- 
preté, le détail étudié brin à brin et l'oubli de l'ensemble, 
voilà surtout ce qui les caractérise. 

Le plus souvent tout s'y trouve papillotant, et disperse 
l'attention par cette imitation servile qui paraît vouloir lutter 
avec l'objectif photographique, et recherche la propreté d'une 
peinture poncée et polie. Balthazar Denner et Biaise Desgoffe, 
les modèles de ce genre en Allemagne et en France, se sont 
montrés habiles ouvriers, mais nullement artistes. 



— 142 — 



LES AQUARELLISTES ANCIENS ET MODERNES 



Dans les écoles anglaises on enseigne la peinture à Teau 
avant la peinture à Thuile, et l'on considère l'aquarelle 
comme un art national. Les Anglais disent qu'ils n'y ont 
point de rivaux et, plutôt que d'en admettre, ils reconnaî- 
traient volontiers, contre leur habitude, que la peinture à 
rhuile des étrangers pourrait lutter avec la leur. 

C'est bien là l'opinion de gens pour lesquels l'art est sur- 
tout une manifestation de Tbabileté matérielle. Pour nous, 
quels que soient l'instrument et les couleurs employés, Tart 
relève de Tintelligence et du sentiment plutôt que de l'a- 
dresse manuelle. Mais, à ne considérer que le côté technique, 
ce qui fait le charme de l'aquarelle, c'est une touche légère 
et spontanée qui résulte de l'improvisation. Si, en se livrant 
à un travail minutieux et détaillé, et en y ajoutant de la 
gouache pour simuler les vigoureux empâtements de l'huile, 
on paraît vouloir la faire ressembler à un tableau, elle n'a 
plus sa raison d'être. C'est ce qui arrive pour la plupart des 
aquarelles anglaises. 

Les aquarelles de Cattermole, de Kennet Mac Leay, de 
David Mac Kewan ont de la vigueur, mais l'emploi de la 
gouache leur enlève la fraîcheur, qui e^t une des premières 
qualités de ce genre. 

Cette absence de technique a pour résultat, chez ceux qui 
arrivent à se distinguer, une originalité toute personnelle et 
fantaisiste qui caractérise leurs productions. 

Comme la centralisation est assez mal vue en Grande- 
Bretagne, l'Académie trouva d'assez nombreux concurrents, 
et ce fut presque à sa naissance : l'Institution britannique 



— 143 — 

(BtHtish Insiitution)^ la Société des Artistes {Sociehf of bn- 
tish artists) et la Société des Peintres à l'aquarelle {Society 
of painters in vjater-colours). En dernier lieu, Tln^ftitut 
des aquarellistes, fondé par un Tournaisien, nommé Louis 
Hague, s'est installé à Piccadilly, dans un quartier des plus 
luxueux, non loin de l'Académie royale. 

Les artistes qui composèrent toutes ces sociétés ont eu 
pour but de pouvoir exposer leurs ouvrages sans être obligés 
au contrôle de l'Académie. Chez chacune d'elles se trouve 
une salle d'expositions publiques et de vente des ouvrages de 
leurs sociétaires. 

On comprendra bien que, puisque l'Etat s'est désintéressé 
des beaux-arts, il importe au plus haut point que, sous peine 
de ne pouvoir vivre, les artistes fassent une question capitale 
de la vente de leurs productions. Les meilleurs peintres ne 
font donc aucune difificulté d'exposer pour la vente leurs ta- 
bleaux et il faut dire que la classe riche et l'aristocratie 
mettent leur orgueil à les payer largement. C'est de la sorte 
que les artistes en renom arrivent à une opulente situation 
qui ne doit rien à la faveur d'un ministre ou d'un directeur 
des beaux-arts ; leur bien-être ne leur vient que de l'opinion 
et de Testime du public. 

On a inventé des associations que l'on nomme Arts Unions; 
chacun de leurs membres paie une cotisation annuelle qui va 
d'un shilling à une guinée, et on leur donne en retour un 
numéro d'action qui, s'il sort au tirage d'une loterie annuelle, 
gagne quelque tableau d'une valeur plus ou moins consé- 
quente. Ces unions ont une grand vogue, et par conséquent 
de très nombreux souscripteurs, de sorte qu'elles arrivent à 
avoir en caisse des sommes considérables qui leur permettent 
d'acquérir des œuvres de très grand prix. On en voit qui, 
comme la Liverpool Art Union, achètent chaque année pour 
jusqu'à 1389 livres sterling de tableaux. 

Les artistes qui ne se sont point encore fait un nom, les 
commençants, ont recours aux marchands de tableaux, fort 



I 



— 444 — 

nombreux à Londres. Ceux-ci remplissent l'office de jury, 
acceptent ou refusent les peintures qui leur sont présentées, 
et celles qu'ils refusent n'ont plus, en dernier ressort, qu'à 
être présentées aux enchères pour un prix minime, sur le- 
quel on leur retient un droit de commission, qui s'élève quel- 
quefois jusqu'à soixante-quinze pour cent. Il en résulte que, 
si le peintre pauvre vend un tableau cent francs, il n'en 
touche que vingt-cinq. Comme dernière ressource, il ne lui 
reste que le préteur sur gages, le pawn-hroker, qui est à 
Londres à peu près comme notre Mont-de- Piété. 

Une autre ressource des peintres malheureux est la res- 
tauration dos vieux tableaux, ou encore, la contre.àçon des 
maîtres vivants, comme il arriva naguère chez nous, où le 
procès des faux Corot par Trouillebert fit sensation. Mais 
ce n'est point le contrefacteur qui profite de ce métier 
déshonnête, c'est l'entrepreneur qui fait circuler ses pro- 
duits. 

Avant d'envoyer leurs tableaux à l'Académie Royale de 
peinture les peintres de Londres les exposent, aux 
approches du printemps, dans leurs ateliers : c'est ce qu'on 
appelle le Show sunday (Exposition du Dimanche). 

Ce qui distingue ces artistes des artistes français, c'est 
que, considérant leur art au point de vue pratique, comme 
un husinessy ils ont soin de se placer dans les meilleures 
conditions pour faire de l'argent. D'une tenue correcte et 
irréprochable, sans rien qui les distingue et dénote par leur 
costume quelque originalité^ on les voit recevoir, dans des 
ateliers bien cirés et soigneusement époussetés, qui ne 
puissent choquer d'aucune façon le snobisme de leurs visi- 
teurs mondains. 

C'est ainsi qu'ils arrivent à pouvoir vivre en mettant à des 
|tt*ix avantageux leurs productions artistiques, comme s'ils 
vendaient du drap ou des épices, et leurs relations mon- 
tlaines leur sont plus profitables que la contemplation d'un 
Itembrandt ou d'un Velasquez. Il leur suffit d'exhiber une 



-- 145 — 

peinture lisse et propre (1) dans des cadres luisants, en évi- 
tant le nu cher à la peinture française, et qu'en Angleterre 
les gens bien élevés qualifient de shoking^ pour recueillir les 
exclamation» admiratives de : lioiv pi^etty! how beautiful! 

Il est vrai de dire pourtant, qu'il est d'honorables excep- 
tions, mais généralement il en est ainsi à ciiuse des exi- 
gences d'un public qui n'entend rien à l'art, et qui donne 
ses préférences à une peinture, correcte et sans originalité, 
rappelant la chromolithogi'aphie. 

Quelques artistes, il est vrai, font exception à ceux qui se 
résignent en sacrifiant l'art afin de subvenir aux besoins de 
leur ménage. On pourrait citer parmi ceux-ci : un Sargent, 
américain ; un Alma-Tadema, hollandais ; un Herkomer, 
allemand, pour un anglais, comme Orchardson. 

Mais fermons cette parenthèse et revenons aux aqua- 
rellistes anglais. Tout d'abord, ils ne produisirent que des 
lavis à l'encre de Chine ou dessins teintés (the stamed dra- 
wing). Francis Barlow, né en 1626 dans le Lincolnshire, 
inaugura le premier ce genre. Puis, ce lavis devint brun ou 
gris bleu renforcé par quelques tons colorés et par un dessin 
à la plume vers la fin du xviir siècle avec Michaël Angell 
Rooker de la R. A. (1743-4864), Thomas Hearne (4744-1834) 
et W. Payne, dont on ignore les dates de naissance et de mort. 
Cette manière ne vise point alors à reproduire des effets 
corsés de lumière et d'ombre et conserve un aspect pâle. 

Les aquarelles de John Robert Cozens (1752-1799) res- 
semblent à des gravures enluminées, mais Thomas Girtin 
(1773-1802) se servit mieux de la couleur et arriva progres- 
sivement à réaliser l'elTet de la nature dans ses dernières 
productions, qui ne manquent pas d'une certaine poésie. Il 
en est de même pour John Sell Cotman (1782-1842). 



(1) En octobre 1901, une Calypso de Bouguereau atteignit en vente pu- 
blique le prix de 924 livres. 



- 146 — 

Parmi les aquarellistes qui traitèrent la figure il faut 
signaler, quoique traduisant des impressions différentes, 
Josuah Cristall (1767-1847) et Henri Liversepge (1803-1832), 
remarquables tous deux par leur vive imagination. 

Rappelons encore le visionnaire William Blake (1757- 
1827), et Thomas Stothard que nous avons cité pour ses mé- 
diocres peintures à Thuile. Il a de Télégance dans la ligne, 
mais consulte trop peu la nature. 

J M. W. Turner, lorsqu'il peignit à l'aquarelle ne produi- 
sit à ses débuts, comme Girtin dont il fut l'élève, qu'une es- 
pèce de camaïeu brun ou gris, jusqu'à ce que, après de 
longues études de dessin sur nature, il arrive, vers 1800, à 
exécuter avec une maîtrise supérieure et une expression 
fortement sentie, non plus par un dessin coloré mais en con- 
cevant et réalisant son œuvre par la couleur avant tout. Son 
exécution est franche, et c'est à tort qu'on lui a attribué les 
ficelles du métier, l'enlèvement des clairs au chiffon, au 
grattoir ou à l'éponge. Ces expédients sont surtout employés 
par Georges Fennel Robson (1790-1833). Quant à Robert 
Hills (1769-1844), il arrive à l'effet par une seule application 
de la couleur au premier coup W. 

Copley Fielding (2), dont Eugène Delacroix fut l'ami, a eu, 
comme Turner, le sentiment de l'espace et des mystérieux 
effets de brouillard. Il serait pourtant difficile de reconnaître 
ce sentiment dans les deux aquarelles de la collection Gigoux 
qui lui sont attribuées : l'une représente des oiseaux d'eau, 
et l'autre un lévrier ; elles semblent destinées à un livre 
d'histoire naturelle. 



(1) Citons encore, parmi les meilleurs aquarellistes : John Varley (1778- 
1842), David Cox 1788-1859), Peter de Vint (I78i-1849;, Copley Fielding 
(1737-1815), Georges Barret (1774-1842), Samuel Prout (1783-1852), Wil- 
liam Henri Hunt (1790-1864), George Catlermole (1800-1868), John Frédé- 
ric Lewis (1805-1876). Ces artistes, avec des styles vari«*s, ont tous le sen- 
timent et Tobservation de la nature. 

(2i Copley Fielding, de la Royal Academy, 1737-1815. 



— 147 — 

Samuel Proat excelle surtout dans les vues d'architecture, 
et il se montre plus dessinateur que peintre dans celles qu'il 
reproduisit au cours de ses voyages en France, en Allema- 
gne, dans les Flandres et en Italie. 

David Gox est plus coloriste que ce dernier; sa couleur 
rappelle celle de Constable, et il a su donner de Tintérôt aux 
scènes les plus simples. 

William Hunt et Lewis sont coloristes dans la peinture de 
genre : leur faire est simple et large, soit dans les fruits et 
les fleurs du premier, soit dans les vues d'Espagne et d'OHent 
du second. 

La Société des Aquarellistes (') {Tke Society of Painters 
in water colours] fut fondée en 1805 et fit sa première expo- 
sition le 22 avril de ladite année à Grosvenor square d'abord, 
puis dans Bond street, Spring gardent, et enfin dans les 
salles de Pall-Mall East. 

En 1832, plusieurs artistes fondèrent une autre société dite : 
Nouvelle Société des Aquarellistes, et firent leur première 
exposition au printemps de ladite année (2\ En 1863, cette so- 
ciété adopte un autre nom, celui de The Instiiuie of Pain- 
ters in water colours 3), 



(I) Nous empruntons à M. Krnest Cliesneau les noms de ses fondateurs : 
G. Barrel, J. Crislall, W. S. Gilpin, J. Glover, W. Ilawell. R. Hills, J. 
Holworthy, J. G. Nattes, F. Nicholson, N. Pocock, V. H. Pyne, S. Rigaud, 
S. ShcUey, J. Varley, C. Varley et W. F. Wels. 

(.2) Ses fondateurs, selon M. Chesneau, étaient : W. Cowen, James Fuge, 
T. Maisey, G. F. Phillips, J. Powel, V. B. S. Tayler et T. Wageman. 

(3) Au second rang, après les artistes déjà nommes, nous devons citer, 
dans cette Société : G. Lambert, Paul Sandby, MA. Rooker, F. Weathley, 
T. Hearne, J. K. Sherwin, F. Nicholson, J. R. Cozens, N. Pocock, T. Row- 
landson, J. C. Ibbetson, D. M. Serres, E. Dayes, J. Glover. S Howit, H. 
Edridgfi, J. CristaU, S. Owen, R. Uills, T. Girtin, J. Varley, J. S. Colman, 
W. Hawell, J. J. Chalon, W. Turner, L. Cleunel, S. F. Rigaud, G. F. 
Robson, F. Nash, R. Westall, E. Dorrell, H. Liverseege, G. Chambers, 
G. W. Shephead, J. M. Ince, W. Stanley, W. Oliver, Saustin, G. Cruiks- 
hank, W. Arches, S. Cook , W. liennels, J. D. Harding, C. Bentley, S. 
Rough. 



— 148 — 

A l'exposition universelle de 1900, n'oublions pas les aqua- 
rellistes Alian, Aumônier et Rainey, MM. Alexander et Da- 
wy, avec leurs animaux, Lhermann, avec ses paysages, et 
les aquarelles de MM. East, Petersen, Peter Graham, Water- 
low, Parsons, Harry Hine, A. Hunt, Brown, Walton, etc. 

De tous ces peintres de Técole moderne anglaise, aucun 
n*est représenté dans la collection J. Gigoux et dans le mu- 
sée de Besançon. 

Aux inconnus anglais sont attribués dans le legs Gigoux : 
une copie à l'état d'esquisse d'une composition reproduite 
souvent par la gravure d'illustration, elle a pour sujet L'In- 
nocence représentée par une jeune fille, une enfant relevant 
ses jupes et présentant un fruit à un serpent qui se lève de- 
vant elle ; un Cavalier que, par euphémisme, nous qualifions 
de peinture fort médiocre, et un Paysage largement ébau- 
ché où, avec un fond d'arbres aux branches tombantes, on 
remarque une italienne sur un âne, un chien et deux paysans 
dont l'un est assis dans Tombre. 

Nous avons fini de constater la petite place qu'occupent 
au musée de Besançon les peintres de ce que l'on nomme 
Ecole anglaise. Mais d'autre part, si nous observons, comme 
nous l'avons fait, que les musées de France, sans en excepter 
celui du Louvre (^), n'en possèdent presque rien et qu'il en 
est de même pour ceux des autres pays, il nous faudra bien 
avouer que ces spécimens, si minimes qu'ils soient, ne 
manquent point d'intérêt. Espérons que de généreux dona- 
teurs pourront accroître ce noyau et rendre moins insuffi- 
sante dans notre collection la part des peintres de la Grande- 
Bretagne. 



(1) Au Musée du Louvre, le catalogue indique aux inconnus de TEcole 
anglaise du commencement du xw» siècle, sous le n» 1819, un Portrait 
d'fiomme, donné en 1882 par le journal VÂrt, et ce Musée ne possède en 
tout, y compris ce portrait, que vingt-cinq morceaux de TEcole anglaise. 



— 149 



CONCLUSION 



A cette étude sommaire sur la peinture anglaise j'ajouterai 
quelques réflexions qui me semblent en dériver. Et tout d'a- 
bord, je ne demanderais pas mieux, afin de ne point donner 
prise au soupçon d'avoir d'injustes préventions nationales, 
que de rencontrer en Angleterre des maîtres méritant de 
notre part une admiration égale à celle que les Anglais 
montrent pour notre Claude Lorrain ou notre Nicolas Pous- 
sin. En toute impartialité, je regrette de ne pouvoir constater 
chez eux aucun peintre qui vaille, je ne dirai certes point un 
Murillo, un Rubens, un Velasquez, mais les moindres maîtres 
approchant de ces illustres représentants des écoles étran- 
gères. 

A part le portrait, où se continue la manière de Reynolds, 
on ne trouve pas d'originalité dans les productions qui ne se 
rattachent entre elles par aucun lien commun. Même en der- 
nier lieu, chez les préraphaélites, les différents peintres an- 
glais conservent chacun une manière individuelle, et ces in- 
dividualités ne sont filles d'aucune tradition qu'elles aient 
suivie. Elles ne sauraient être prises en bloc pour constituer 
ce que l'on appelle une école, et ce n'est que pour obéir à 
l'usage généralement adopté et pour être mieux compris que 
nous nous sommes servis de ces dénominations : école an- 
cienne, école moderne. 

Dans le genre du portrait, comme nous venons de l'obser- 
ver, tous les peintres anglais se montrent influencés par la 
manière de Reynolds, suggestionné lui môme par le style de 
Van Dyck. En ce dernier genre même, aucun de ces peintres 
ne peut être égalé aux vrais maîtres des autres écoles, à Ti- 
tien, à Rubens, à Van Dyck, non plus que, pour le paysage, 



— 15f» — 

au Lorrain et à Ruysdaël, leurs modèles de prédilection. 

Somme toute, on ne voit guère que les Anglais, malgré les 
plus louables eiTorts pour développer chez eux ririteliigence 
des beaux-arts, aient traité jusqu'ici d'autres genres que le 
portrait, le paysage, les tableaux de genre et les animaux. On 
a dit que le protestantisme, prohibant la peinture religieuse 
dans les églises, a empêché ce peuple de se distinguer par 
les tableaux de haut style; que son puritanisme s*ofTusque de 
traiter des sujets empruntés à la mythologie ; on a allégué 
que le désir jaloux de conserver son originale et orgueilleuse 
personnalité ne s'accommoderait point des règles de la tra- 
dition classique. Il nous semble qu'en outre de ces causes, 
le tempérament positif des Anglais ne leur permet point de 
s'élever aux régions où brille la forme idéale. Leur domaine 
est la peinture de genre, ou plutôt la peinture anecdotique. 
Ce n'est point celle qui nait du sentiment pittoresque, mais 
celle qui s'adresse plus à l'ingéaiosité de l'esprit qu'au plaisir 
des yeux. 

C'est ce qui a dominé depuis Hogarth dans leur peinture 
et a détourné cet art du but auquel il doit tendre, de sa 
beauté spécifique. Par son livre, intitulé : Analyse de la 
beauté, Hogarth a contribué à répandre chez ses compatriotes 
des idées qui ne s'appuient parfois que sur des paradoxes. 

Nous ne parlerons pas ici de la caricature, à laquelle ils 
semblent prédestinés el où ils ont eu incontestablement du 
succès. 

On sait que, dans ces derniers temps, ils ont augmenté le 
nombre de leurs musées et multiplié leurs écoles d'art. Mais 
il est juste de remarquer qu'ils y recherchent pour profes- 
seurs nos artistes. C'est ainsi qu'après la guerre de 1870, 
Gazin accepta, sur les propositions qui lui furent faites par 
des Anglais, une place de professeur au musée de South- 
Kensington, en remplacement de celle que laissait libre la 
mort de son ami Legros, un Français naturalisé. Leure écoles 
sont fondées surtout au point de vue pratique de l'art appli- 



— 151 - 

que, de Tart industriel, deux mots qui jurent de se trouver 
ensemble. L*art industriel, en effet, n'est pas de Fart; c'est 
seulement, pour des objets usuels ou de luxe, l'utilisatioji 
des idées, des formes et des couleurs que les artistes ont in- 
ventées et semées en tous lieux. L'artisan s'ingénie à les re- 
cueillir et à s'en servir, mais ce n'est pas dans son métier 
que réside l'art, ce n'est point là qu'il prend sa source, et on 
ne l'y retrouve que par imitation. 

Et d'ailleurs, dyns les industries d'art, les Anglais sont 
peu scrupuleux : ils copient nos motifs et les fabriques an- 
glaises recherchent nos ouvriers. C'est à ceux des nôtres 
qui se sont fixés en Angleterre qu'elles doivent surtout leurs 
progrès. C'est ainsi qu'en 1867, la fameuse maison Minton 
enrôlait M. Solon Milles, de la manufacture de Sèvres ; que 
la fabrique de Wedg>vodd qui, s'inspirant du fameux vase de 
Portiand au British Muséum, fabriquait des vases imités de 
la poterie grecque ou étrusque, employait, dans un genre 
alors tout nouveau, un artiste français, M. Lessore, et que 
dans l'orfèvrerie, ayant des lois spéciales dont les Anglais 
ne se doutent pas, on trouvait le concours de deux artistes 
français, Wechte et Moreil-Ladeuil. Les Anglais, du reste, 
nous copient mùme dans ce que nous copions « Le savoir 
et le caractère forment seuls les vrais artistes », disait 
Maxime Du Camp. — a Dans l'industrie étrangère, on nous 
copie comme on parle notre langue, avec un accent étran- 
ger f , écrivait M. Louis Reybaud en 1867. 

« Ni les musées, ni les écoles, — dit ce même critique - 
n'ont pu introduire dans leur goût ce que donnent seuls le 
tempérament et la race : le choix, la mesure, l'inspiration ». 

De même que l'éminent critique d'art, M. Paul Leroi, je 
tiens, du reste, pour barbare l'accouplement de ces deux 
mots : industries d'art ou arts industriels ; el si je m'en sers 
c'esL parce que, comme il le dit fort bien : « La badauderie 
incapable de comprendre que l'art est un, n'a pas seulement 
adopté cette locution erronée, mais a réussi à l'imposer et 




i*e 5-r:'^-r*c îr- rri -î*^' — r «rrsri :ii îê;?irte être atileiuent 

F:«ir 2if !♦ me j:»r.irr^ ri :a Tie j.irii'Oae celte locution 
'î'i.^-i^'^ — ^ ::.ime ievm: le? c»ïui<^. c*ef4 à T Ecole des 
î*f:iii~Lr-s II-, iiir L.-fr rir:»:ri ;«i-^?er re£L>eîgQement de 
."ir*. : ^t?c :^'::-f E:-: -f ri _ ii*: rco:«ir-j^er et êiever le plus 
Li^: ;«:-f^5;^e Le^ isv:-r> ; :?.:-rterL: de ses leçons 
pr-frinr^"* ^ns: e :m::-- i^fs r:«i-e> L5rïVGtes. Les uns de- 
-i.-ri.'.-e'.: i-> in.r-s - i«fz"s rc r-^ lu^es choisissent leur 
T r- : •::- l::-c"-^. * ' —'r : ' ", :.ir ex^^tii^ie, les sculp- 
t-.*^ : .. v-^r. i^. .: t^*- " •: -i .:\ . r:e\Te< ou aux fabri- 
•-•.:- ir \^vx^^ ^ et'- i.:^>t >< i-eintres «pii des- 
s :.^: rt \^ ^' -.zr L. :• r .- : . • : vi.îs à\:.'deset de tentures. 
L r. : ..a \ i.-<^ j /r :• r ie- N .vjx-arts, la notion des 
[•rr..M*rs d? ^ kT\ .|ue c:^ --'; .-> ivocenl aux jeunes géné- 
rr. -ns. »> p^:u-e le d.s :: ie r^gn^tîe cnlique M. A de Ca- 
kr.ne - . • v.. li > >e-: :.: «yen de rèà iser la beauté des po- 
teries, des meub'e-- J s bi; ux et de tous ces objets de 
^•'jtique qu'il est de n. -ie aij urd'hui d'exhiber dans les 
exf-^jr-iti'Mw de peir.ture et de >ouîpture, oimnie s'il était 
«•Mn\>_'njr' e dV.'ver les j iv^ivii;- de Tindustrie et du com- 
merce au niveau d'un art supérieur. » 

Nou-i savons bien qn'«m a argué de fimpuissance des 
écôlrfs en disant : l'art ne s'enseigne pas. D'accord ; mais 
ce qui peut et doit s'enseig^ner, c'est les principes. Il a fallu 
des siècles \H^\^T les tr»»uver et découvrir les bases im- 
muables sur lesquelles ils reposent, et les révolutions les 
plus radicales dans l'nrt du laissé l'ont toujours raiiiené à des 
lois primordiales initiales, à des renaissances athéniennes, 
comme celle qui, partant de ritalie, succéda ;\ Tart du 
moyen-ûge. 

Les principes ne sont un obstacle qu'aux fantaisies per- 



(1) VAri «lu 2H novembre li»>1, pa-e 5il. 
(2j Décédé en janvier 190*2. 



— 153 — 

sonnelles d'individualités sans règle et sans code, aboutis- 
sant fatalement à la confusion que nous voyons régner parmi 
les impressionnistes, les symbolistes et autres fumistes con- 
temporains. 

On a beau répéter : Tart ne s'enseigne pas, et rappeler, 
comme on Ta fait, ce mot attribué à Eugène Delacroix : - On 
sait son métier tout de suite ou on ne le sait jamais », on a 
beau prétendre qu'il suffit d'avoir un vrai tempérament d'ar- 
tiste pour savoir peindre ou sculpter, il n'en est pas moins 
vrai que personne ne vient au monde avec une palette à la 
main et la manière de s'en servir. 

On a reproché à l'Ecole des beaux-arts de suivre la tradi- 
tion de l'antiquité grecque et de faire étudier le nu, alors 
que l'idéal de notre civilisation est tout à fait l'opposé de la 
civilisation grecque, qui fut païenne. 

L'idéal de ces anciens fut le beau physique. Ils divinisaient 
la forme humaine pour représenter leurs dieux, ils avaient 
établi une métrique de la beauté, ce que Winckelman et 
d'autres adorateurs de l'antiquité appelèrent le Beau-canon. 
Tant de longueurs de têtes dans le corps, tant pour les bras, 
les jambes ou le torse, etc. 

Cet idéal du Beau n'est point celui du monde chrétien qui 
place la beauté dans l'âme et non plus dans le corps, et il en 
résulte que, nous dit-on, les artistes de la Renaissance ita- 
lienne ont eu grand tort de suivre la tradition païenne des 
anciens grecs. Pour le chrétien, la beauté est toute morale, 
et cette beauté ne se manifeste que par l'expression des 
figures qui révèle les beautés de l'âme. 

Mais il est certain que l'expression n'est point la beauté. 
On dit d'une expression qu*elle est belle, et c'est, par cela 
même, reconnaître que l'expression et la beauté sont deux 
choses distinctes. Il ne faut point les confondre. La beauté 
est chose indéfinissable : on l'attribue à nombre de choses 
différentes entre elles. 

On dit qu'une composition, une harmonie de couleurs, ou 

11 



— 154 — 

leur contraste, que le dessin, que la forme ont de la beauté, 
et s'il fallait donner quelque préierence, c'est la forme qui 
aurait le prix dans les beaux-arts. 

La forme unie à la couleur est largement suffisante pour la 
production d'un chef-d'œuvre en peinture. Le statuaire a 
seulement besoin de la forme, et c'est pour ce motif que la 
sculpture antique n'a jamais eu de rivale. 

Or, selon que l'on emploie tel ou tel art, les moyens 
employés varient. S'il est possible à l'écrivain, en se servant 
des signes conventionnels de la langue écrite ou parlée de 
montrer cetle invisible beauté de l'idéal chrétien dans un 
être diiïorme, Quasimodo par exemple, ou sous les dehors 
d'un masque faunesque comme celui de Socrate, il n'en est 
pas de même pour le peintre ou le sculpteur dont le langage 
est la forme même. La pureté de l'âme, sa sérénité, son 
trouble, sa joie ou ses douleurs, le peintre et le sculpteur 
n'ont pour les exprimer que la pureté, la sérénité, la gaîté 
ou la tristesse de la forme. 

Si les Gre(;s ont, par de belles formes repi'ésenté l'image 
de leurs dieux, pourquoi l'artiste moderne, se servant des 
mêmes moyens, n'arriverait-il point à exprimer la beauté 
morale ? Nous af!cordons volontiers que le corps n'est point 
tout, mais enlin il n'est pas rien : ne peut-il donc plus deve- 
nir la manifestation de l'âme? 

Sous prétexte que, comme on l'a dit, la beauté physique 
est contraire à l'égalité, que c'est un privilège, il s'est trouvé 
des hommes qui ont voulu la bannir des œuvres d'art, afin, 
disent-ils, de démocratiser l'art. Il en résulterait que, jamais 
plus, les productions de l'art ne seraient d'un bel exemple, 
ne pourraient être suggestives d'un idéal, puisqu'elles ne de- 
vraient pas dépasser un nive.m commun. 

Sans ce>ser d'admirer les chefs-d'œuvre de l'art antique, 
nous reconnaissons toutefois que nous ne devons pas nous 
laisser entièrement influencer par eux. Mais il nous est loi- 
sible de nous servir des moyens qu'employaient leurs au- 



— 155 -^ 

leurs pour exprimer de grandes choses, différentes de celles 
que disaient les anciens, tout en nous gardant de nous appli- 
quer un idéal qui n'est point le nôtre. 

Nous admettrions volontiers que Ton accordât à Télude du 
nu une moins grande importance, et que Ton enseignât 
mieux Tétude de la couleur aux peintres, car, contrairement 
à ce qu'on accepte trop i'acilement pour vrai, Ton peut deve- 
nir coloriste, ou du moins harmoniste, par Téducation de 
Toeil toutes les fois que cet organe est dans son état normal, 
et l'on peut apprendre à composer TeiTet d'un tableau. 

Quand même on aurait naturellement les meilleures apti- 
tudes pour être artiste, il est nécessaire d'apprendre à voir 
et à bien voir, et c'est pour cela que les écoles de beaux-arts 
sont nécessaires. Elles le sont, non point pour enseigner 
l'art, mais les principes, les bases sur lesquelles tout art 
s'appuie et la méthode qui sert à ne point s'en écarter, en 
nous exerçant à reproduire la nature chacun selon notre 
tempérament. 

On s'est encore servi de cet argument contre ces écoles, 
que tous les grands artistes furent profondément indivi- 
duels. Par exemple, dans ce que l'on a dénommé assez im- 
proprement l'école anglaise, on a cité Gainsborough, Cons- 
table, Reynolds, Lawrence, Hogarth, ïurner, Romney, qui, 
à eux seuls, représentent toute l'ancienne école des peintres 
de la Grande-Bretagne. 

Il est pourtant vrai de dire, comme nous l'avons fait, que 
Reynolds, Lawrence, Gainsborough et tous les portraitistes 
anglais, plus ou moins, mais ceux-là surtout, s'inspiraient 
de Van Dyck et de Rubens, et Turner de même pour Claude 
Lorrain dont il fut un imitateur plus ou moins déguisé. Res- 
tent Hogarth, moraliste mais pas peintre, se servant de la 
peinture comme il se fût servi de la parole, pour représenter 
une morale en action, et Romney, dont le réalisme s'est ins- 
piré de la vieille école flamande. 

Les Anglais, race peu artiste, ont toujours procédé par 



— 156 — 

imitation, comme dernièrement encore les préraphaélites 
avec, à leur suite, Madox Browne, Burne Jones, Rosselti, 
etc., procédant de Tart italien primitif. 

Chez leurs peintres contemporains il y a, pour un grand 
nombre, anarchie ou imitation; les individualités ayant quel- 
que valeur sont rares, presque absentes. 

On a cité comme argument contre renseignement de 
notre Ecole des beaux-arts, les romantiques de 1830 et les 
hommes de génie qui brillèrent ensuite : Corot, Delacroix. 
Millet, Diaz, Courbet, Théodore Rousseau, Barye, Troyon, 
Daubigny, en faisant observer que pas un d'eux ne sortait 
de cette école. 

On trouve pourtant facilement d'autres noms illustres à 
opposer à ceux que nous venons de citer : Ingres, Hippolyte 
Flandrin, Bouguereau, Hébert, Henner, Delaunay, Achille 
Benouville, Gustave Boulanger, Baudry et tant d'autres qui 
se formèrent à cette école. 

Constatons en terminant que chaque art a sa langue qui 
lui est propre. On ne saurait bien parler cette langue si Ton 
n'en a pas d'iibord étudié la grammaire. 




— 157 — 



BIBLIOGRAPHIE 

About (Edmond) : Voyage à travers l'Exposition des Beaux-Arts^ 1855. 
Babeau (Albert), correspondant de Tlnstitut : Le Louvre et son histoire. 
BuRGER (William) : Thoré^ dans la Vie des Peintres de toutes les Ecoles, 

de Ch. Blanc; — Trésors d'art en Angleterre. Paris, veuve Jules 

Renouard, 1855. 
A DE Galonné, dans ses articles de critique d'art : passim. 
Cartwright (Julia) : Biographie de Burne-Jones, dans la Gazette des 

Beaux-Arts des l*»* juillet et l*** septembre 1900. 
Chesneau (Ernest) : La Peinture anglaise. Paris, A. Qunntin. 
DrcAMP I Maxime] : Les Beaux- Arts à VEocposition universelle de iS61; 

Les Ecoles étrangères et l'Ecole française contemporaine. 
EsQUiROS (Alphonse, : L'Angleterre et la vie anglaise; -- Les Beaux- 
Arts à l'Exposition de i862; — La Peinture et les Peintres dans le 

Royaume- Uni. 
Leroi (Paul), dans le journal VArt, en 19(H : passim. 
Mênard (R^né) : L'Exposition internationale de Ijjndres en iSli, 
Milsand (J.) : De l'influence littéraire dans les Beaux- Arts; — John 

Ruskin et ses idées sur la Peinture, 
Peyre (Roger) : Histoire générale des Beaux-Arts. Paris, Ch. Delagrave, 

189i. 
ViARDOT (Louis) : Les Muaées d'Angleterre. 
Hi'ARD (C.-Lucien) : Les Musées chez soi. 



ERRATA 



Page 4, ligne 23, au Heu de DefTaud^ lire DelTand. 

Page 7, ligne 29, au lieu de Remigins, lire Reinigius. 

Page 27, lignes 26 et 27, au lieu de Sicara, lire Sisara. 

Page 30, ligne 21, au lieu de modèle, lire modelé. 

Page 43, ligne 11, au lieu de Daniel Wilkie. lire David W'ilki«. 

Page 62, ligne 27, au lieu de enroulée, lire entourée. 

Page 91. ligne 10 des notes, au lieu de Ibbetson, lire Ibbertson. 

Page 95, ligne 17, au lieu de dans un genre, lire dans ce genre. 



— 158 — 



IITIDEi2C 



Les lettres R. A. indiquent les membres de la Royal Academy. 
Les chiffres renvoient aux pages. 



Adains (J. C), 137. 

Aikman (W), 68. 

Alexander, 148. 

Allan (sir William:- U. A., i:iO, 148. 

Alma-Tadema (L.) H. A., 145. 

Allston (W.), 104. 

Arches (W.), 147. 

Aumônier (J), 137, 148. 



BarkerlT. J. H), 58, 131, 136. 

Barlow (Fr.), 145. 

Rarnard (F.), 133. 

Barye, 156. 

Barry (J.) R. A., 81, 82, 83, 88, 110. 

Barret (G.) R. A , 147. 

Batten (John), 138. 

Baudry (P.), 156. 

Beechey (sir W.) R. A., 85, 110. 

Beechey (sir G.), 85. 

Beck (D.), 63. 

Beerstraeten, 65. 

Benedetto Gennaro 64,. 

Bennets (W.), 147. 

Benouville (Ach.), 156. 

Bentley (C), 147. 

Becge (Delà), iœ, 121. 

Bird (Edward) R. A., 130. 

Bonnat, 58. 

Bonington, 58, 96, 105, 106, 107, 110. 

Botticelli, 119, 126. 

Bougton (G. H.), 134. 

Bouguereau, 129, 145, 156. 



Boulanger (G.), 156. 

Buckshorn, 66. 

Burnes (Jones), 124. 125. 196, 138, 

156. 
Burgess, 133. 
Buss, 107. 
Blake (mistress), 73. 
Blake ( W), 81. 85. 87, 1 10, 122, 146. 
Brait hwaite-Martineau, 132> 
Bramley, 135. 
Brangwin (F.), 139. 
Brett (H. J.), 140. 
Briton Rivière R. A., 140. 
Brown, 148. 



Calderon (Ph.) R. A., 133. 

Callcolt (sir A. W.) R. A., 98, 110. 

Carpaccio, 126. 

Cattermole, 142. 

Gazin, 150. 

Collier, 138. 

Collins (W.), R. A, 103, 110. 

Conslable (J.) R. A., 58, 95, 96, 97, 

98, 110, 113, 155. 
Cornelisz (le vieux), 62. 
Corot, 137,156. 
Cook (S.), 147. 

Cotman (J. S.), 99, 110, 145, 147. 
Cowen (W.). 147. 
Cox (D.), 147. 

Cooper (Th. S.) R. A., 108, 139. 
Cozens (J. R.), 95, 145, 147. 
Chalon (J. J.) R. A , 147. 
Chambers (G.), 147. 



— 159 



Chéron (Louis), 66. 

Chardin, 86. 

Claude Lorrain, 93, 94, 149, 150. 

Cleunel (L ), 147. 

Courbet (Gustave), 117, 156. 

Crawhal, 140. 

Cresswick (Thomas), R. A., 108, 110. 

Cristal! (J.), 146, 147. 

Crome (J. B.), 90,104, 110. 

Crome (Old), 90, 110. 

Cruikshank (G.), 147. 

Chevalier Taylor, 138. 

Christie, 135. 



Dahl (Mich.), 68. 

Daubigny, 137, 156. 

David (Louis;, 112. 

Dawy, 148. 

Dayes (E.), 147. 

Delacroix (Eiig.), 99, 106, 130, 153, 

156. 
Delaunay, 156. 

Denner (Balthazar), 68, 121, 141. 
Desgo(res(BI.), 141. 
Desportes, 66. 
Diaz (N.), 156. 
Dicktnans, 131. 
Dixon, 66. 

Dobson (W.) R. A.. 64. 
Dodd (A. C), 137. 
Dorrel (E.), 147. 
Duval (Ph.), 66. 

E 

East, 148. 

East-Lake (C. Lock sir) R. A.^ 130. 

Edema, 65. 

Edridge (H.), 147. 

Edwards (Edward) R. A., 95. 

Eikart, 73. ' 

Ellis (Edwin), 137. 

Engelbrechtsen, 62. 

Erskine Nicol, 132. 

Etty (William) R. A., 102, 103, 110. 



Faed (Th ) R. A., 132. 

Falconer Poole R. A., 129. 

Ferg (Paulus), 68. 

Fielding (Copley), 146. 

Fild iL.), 133. 

Fisk (W. H.). 118, 119. 

Forbes (S. A.), 139. 

Fuge (James), 147. 

Fusely (Henri) R. A., 82, 88, 98, 

110. 
Fiandrin (Hip.), 156. 

Gainsborough (Th.) R. A , 58, 6:^, 
74,77, 78, 80,81, 85. 90, MO, 113, 
115, 140, 155. 

Gandy (James), 63. 

Gaspars, 66. 

Gaskyn (A. J.), 138. 

Gawdie (sir John), 66. 

Geldorp (G), 64. 

Gentileschi (Hor), 64. 

Gericanlt, 89. 

Gervas (Ch.), 68. 

Gibson (les), 66. 

Gibbs (H).. 140. 

Gigoux (Jean), 58. 

Gilbert (sir John) R. A , 1^3. 

Gilpin (W. S.), 147. 

Girtin (Thomas), 94, 145, 146, 147. 

Giehn (de), 138. 

Goodal (Fred.) R. A.. 129. 

Gotch (Th. Cooper), 134. 

Gleyre, 128. 

Glover (J.). 147. 

Graham (Peter), 148. 

Graham (Thomas), 140. 

Graham (John), 100. 

Grant (sir Francis) R. A , 134. 

Gravelot, 80. 

Green (M. C), 133. 

Greenhill, 66. 

Gregory (M. E. J.) R. A., 134. 



— 160 - 



Griffier (Jean et Robert), fi5. 
Gros (J. A.), 106. 



Hacker. 135. 

Hague (Louis), 143. 

Haniillon (sir W.), 140. 

Hanneman (Aiirian), 63. 

Harding (J. D), 147. 

Hardy (T. B). 140. 

Hare de Glazebrouk, 135. 

Hawel (W.), 147. 

Haynard,133. 

Hayman ^Fr.) R. A , 68. 

Hearne (T.\ 145, 147. 

Hcrkomer (II j, 134, 145. 

Hébert, 1«). 

Heere (I.ucade), G2. 

Henner, 156. 

Hilliard (N.). 62. 

Hills(R.), 146. 147. 

Hine (Harry), 148. 

Hoock (.ï. G.) R. A., liO. 

Holbein {U.\ 61. 

Holl (F.), 134. 

Hondius (Abr.), 65. 

Honlhorst (G.). 64 

Hopkins (A.)i 1<H. 

Hoppner (John), 87, 110. 

Hoppner (L.), 58. 

Hogarth (W), 63, 69, 70, 74, 78, 

100, 110, 113, 150, 155. 
Horrebout (G. L.), 61. 
Holworthy (J.), 147. 
Howard, 130. 
Howit (S ), 1i7. 
Howland Beaiiinont (sir Georges) 

R. A., 84. 110. 
Huet (Paul), 106. 
Hudson (Th ), 68. 
Huiit ru.), 118, 119, 120, 121, 122, 

126, 148. 
Hunt(\V.),147. 
Hunier (Colin) 140. 
Hurlstone, 109, 110. 



Ibberlson (J. G.), 87, 88, 410, 147. 
Impériale. 72. 
Ince (J. M.), 147. 
Ingres, 156. 



Jameson (G.), 63. 
Johannot (Tony), 86. 
Jones (G.) R. À.. 130. 



Kale (Cornelis), 62. 

Kate Rurne ^miss), 138. 

Keerink (Jacob;, 64. 

Kpnt :W.),67. 

Kennet, 142. 

Knapton (G.\ 68. 

Kneller (Godefroy et Zacharie), 67. 



Ladbrooke (Henry), 109. 

Ladbrooke (R), 109. 110. 

Lafosse (Ch. de), 66. 

[>aguerre (Louis), 67. 

Lambert (G.), 147. 

Lance (G.), 107, 110. 

Landseer (sir Edwin) R. A., 9i, 

110. 
Largillière (de), 56. 
Lavery, 135. 
La Thangue, 138. 
Lawrence (sir Thomas) R . A , 63, 85, 

90, 91, 92, 106, 110, 113, 115, 140, 

155. 
Lawson (Cecil), 137. 
Lefèvre (Claude), 66. 
Lefcvre (Roland), 66. 
Legros, 150. 
Leigton (lord F..), 129.- 
LesHe (Ch. Robert) R. A., 104, 105, 

110,137,140. 
Leslie (G. D.), 135. 
Lessore, 151. 



— 161 



Lewis (Ch.), 137, -147. 
Lieven.s, 64. 
Lindner MolTat, 139. 
Lindner, 140. 
Linnel, 137. 
Lippi (Pr.), 119. 
Liverseege (H }, 146, 147. 
Lorimer, 135. 
Loiidan (Jack), 135. 
Lhermann, 148. 



Maas (Oirck), 65. 

Mac Kevvaii, 142. 

Mac Leay, 1 42. 

Madise(r)aniel,R. A .101, 108, 110. 

Madox Urowne, 124, 125, i'iô. 

Maisey (T ), 147. 

Mark (Gérard), 62. 

Martin (D.). 73, 86. 

Martin (John), 104. 110. 

Marlins (le chevalier de), 140. 

Metzu, 133. 

Mignard (Paul), 66. 

Miles (Franck), 137, 140. 

Millais, 140. 

Millais fJohn-Everet) R. A., 1^, 

137, 138. 
Milles (Solon), 151. 
Millet. 156. 
Monticelli, 94. 
Mor ou Moro (Antoine), 62. 
Morgan (Ev. de), 138. 
Mpnnoyer (J. B.), 66. 
Moreil-I^deuil, 151. 
Morland (George), 81, 88. 89, 90, 

110. 
Morris (P. R.), 134. 
Mulready (W.) R. A., 101, 102, 110. 
Morillo, 149. 
Mutens (Daniel;, 63. 

Naish (J. G), 140. 



Napier (G.), 140. 

Nash (F.), 147. 

Nasmyth (Peler), 103, 110. 

Nattes (J. G.), 147. 

Netscher (G. et T.), 66. 

Nichelson (F.). 147. 

Northcote (James) R. A, 83, 110. 



Oliver (I ), 62. 

Oliver (W ), 147. 

Opie (John), R. A,. 88,80, 110. 

Orchardson (W. Quiller), 132, 133. 

134, 145. 
Otto-Venins, 115. 
Oulcss (W.) R. A., 134. 
Owen (G.), 147. 
Owerbeck, 116. 



Paris (Jean de), 62. 
Parmentier (Jacques), 66. 
Parton (Ernest), 137 
Parsons, 148. 
Payne(W ), 145. 
Peàcock (Ralph.), 134. 
Pennl (Luca), 61. 
Pettersen, 148 
Petlie (sir John) R. A., 133. 
Pesne (Ant.), 66. 
Pickering (J. L.). 137. 
Pinwell (G. J.), 134. 
Pocock (N.), 147. 
Poëlenburg (G.), 64. 
Pot (Hendrick), 64. 
Powel-Frilh (M. W.), 133. 
Powel (J.). 147. 

Povnter ^sir Edward), 129, 130. 
Philips (G. F), 147. 
Poussin (Nicolas), 149. 
Princeps (W), 128. 
Prout (Samuel). 147. 
Puvis de Ghavannes, 125. 
Pyne (V. H), 147. 



— 162 - 



k 



Raeburn (sir Henry) R. A , 86, 87, 

110. 
Rainey, 148. 

Ramsây (Allan), 72, 74, 76, 110. 
Raphaël et son école, 117, 118. 
Reid (John R.), 135. 
Rcinagle (Ph.) R. \ ,TA. 
Reynolds (sir Josuah) H. A., 58, 63, 

72, 75, 78. 81, 00, 91, 110, 113, 

115,140,149. 155. 
Rembrandt, 67, 99, 133. 
Richards (John Inigo) R. A., 140. 
Richjirdson (J.), 68. 
Rigaud sir F.) R. A., 147. 
Riley (John,, 06. 
Roberls (David) R. A , 105, 110. 
Robson (G F.}, 146, 147. 
Romney (G.), 80,110 155. 
Rooker (Mich. Ang ) R. A., 1 45, 147. 
Rossetti (Dante Gabriel) 125, 127, 

128, 156. 
Roth, 73. 
Rothenstein, 135. 
Rough (G.). 147. 
Rousseau (J ), 66. 
Rousseau (Théodore), 137, 156. 
Rowlandson (T.). 147. 
Rubens [V. V ), 63, 67, 113,141,149. 
Ruysdaël, 150. 



Sadlcr, 66. 

Sandby (Paul) R. A.. 147. 
Sandrart, 64. 
Sargent, 145. 
Saustin, 147. 
Seghers (Gérard), 6t. 
.Serres (D. M ) R. A ,147. 
Singleton, 130. 
Soliniène, 72. 
Solomon. 13(>, 138. 
Southall, 138. 
Schadow, 116. 



Scott (David). 130. 

Shannon (Ch. H.), lai. 

Shelley (S.), 147. 

Shepphead (G. W.), 147. 

Sherwin : J. K.), 147. 

Sinirke R.) R. A., 83, 84, 110. 

Sinylhe (Lionel). 139. 

Stanley (W ), 147. 

Stark (Jamesj, 99, 105, 110. 

Stevens (Palaniède), 64. 

Soesl (Gérard), 66. 

Stokes (Adrien', 139 

Stoop (Dick), 65. 

Stone (H.), 6:^. 

Slone (Marcus}, 13i. 

Slolhard (Thomas) R. A., 85, 86,146. 

Strudwick, 138. 

Swan, 139. 



Tayler (V. B. S.}. 147. 

Terburg ,Gérani), 64, 133. 

Tilson (H.), 66. 

Titien ( Vecelli, dit le), 76, 91, 149. 

Tissot (James), 119. 

Todd (J. G.), 137. 

Tomson, 137. 

Torrentius, 64. 

Toto délia Nunziata, 61. 

Turner (J. M. W.) R. A.. 58, 92,93, 

94, 95. 110, 113, 115, 116, 124. 

146. 147, 155. 
Thornhill (James), 67, 71. 
Tronillebert, 144. 
Troyon (G ). 137, 146, 

U 

Uwins (Thomas) R. A , 98, 110. 



Vanderbanck f Jean , 68. 

Van Rloemen (N.), 65. 

Van Geulen (Cornelisz Janson), 02. 

Van Cleef, 62. 






463 — 



Van Dyck, 63, 65, 75, 78, 91, 113, 

140, 141, 149. 
Van Dyck hollandais (le), 73. 
Van der Eyden, 66. 
Van der Faés, 65. 
Van Heemskerck (Egbert), 65. 
Van Hoogstraëten, 65. 
Van Huysum, 65 
Van Lemput (Remigius), 63. 
Van Loo {J. 13.), 66. 
Van der Meulen (Pierre), 65. 
Van Ostade, 99. 
Van der Flaas, 65. 
Van Reyn (J.), 63 
Van Somer (P.), 62. 
Van Slalbent, 6i. 
Van de Velde (Pierre), 62. 
Van de Velde (Wilhelm:, 64. 
Varley (C), 147. 
Varley(J.), 147. 
Velasquez, 68, 149. 
Verelst (S. el «.), 65. 
Véniel (Horace), 131, 134. 
Vernet (Joseph), 74. 
Vernon (A. L.), 136. 
Verrio, (Ant.), 67. 
Veesop, 63. 
Vesperies, 73. 
Vicat Cole, 137. 
Vigée-Lebrun (M-«), 81. 



Vincent (George), 108, 110. 
Vinkeboom, 64. 

Wageman (T.), 147. 

Walker (Fréd.), 133. 

Walker (Robert), 64. 

Wallon, 148. 

Watteaii, 66. 

Ward (James) R. A., 130. 

Walerlow, 148. 

Walson, 137. 

Watts (G.) R. A., 126, 131, 139. 

Weatley (F.), 147. 

Wechte, 151. 

Wels (W. F.), 147. 

West (Benjamin) R. A.. 81, 82, 88, 

104, 110. 
Westail (R.) R. A., 90, 110, 147. 
Wilkie (David) R. A., 86, 99, 100, 

101, 110, 113. 
Wilson (Richard) R. A., 74, 110. 
Wissing, 66. 
Woulers, 64. 
Wright (Joseph) R. A., 105, 110. 

Z 

Zeeman (les), 65. 
Ziiccarelli (F.) R. A., 74. 
Zucchero (F.), 62. 



LE 

SAINT-SUAIRE DE BESANÇON 

ET SES FÈXjER/IIiTS 



Par M. Jules GAUTHIER 

SBCRÉTAIRB DÉCENNAL 



Séance du iS mai i893 



Si, depuis deux raille ans, Besançon garde la réputation 
d*une ville pittoresque, il le doit, surtout à présent, à son 
heureux site, aux montagnes verdoyantes qui l'enserrent, 
au Doubs qui le traverse et aux superbes rochers de sa cita- 
delle, bien plus qu*à ses médiocres monuments. 

Il n'en a pas toujours été de même et l'on peut juger du 
tort que les transformations modernes ont fait ou font encore 
à notre ville, en parcourant les peintures ou les estampes 
qui nous ont conservé le panorama du vieux Besançon (1). 

Sur ces plans la cité impériale apparaît, au temps de son 
indépendance, partagée comme aujourd'hui par le même ré- 
seau de grandes voies, maintenue par la même ceinture de 
remparts ; mais ces remparts épaulés d'un grand nombre de 
tours n'ont pas encore été nivelés par les inflexibles calculs 
de Vauban ; ces voies sont bordées de maisons étroites à pi- 
gnons et k tourelles élancés, construites moitié de pierre, 
moitié de bois. Des fontaines et des puits sont creusés de 



il; Voir Dotamment les gravures de irv2 (Munster), de 1575 (Hogeii- 
berg) 1618 (Spirain), les tableaux de Kvlô (S. Bruley). 1(529 (N...}, Ift» 
(Bourrelier}, ces derniers conservés au Musée archéologique de Besançon. 



— 165 - 

distance en distance, au milieu ou au bord des rues, pareils 
aux puits et aux fontaines que Berne, NeuchAtel, Fribourg 
gardent encore. Sept églises, vingt-cinq chapelles de cou- 
vents, d'ermitages ou d'hôpitaux, sept ou huit palais, de 
hauts donjons flanquant des demeures féodales, élèvent au- 
dessus des maisons particulières une masse de hautes toi- 
tures brillantes, de clochers et de flèches sans cesse ébran - 
lées par d'innombrables sonneries. Au pied de la montagne 
que l'antiquité avait appelée le Mont Coelius, en la couron- 
nant d'un panthéon, la ville municipale vient s'arrêter de- 
vant l'arc de triomphe de Porte Noire, qui sert de seuil et 
de clôture à la ville ecclésiastique, c'est-à-dire au chapitre 
métropolitain. 

Entre les deux cathédrales, Suiut-Jean, construit à la base 
de la montagne près des cloîtres du palais archiépiscopal, et 
Saint-Etienne, bâti sur l'acropole, auprès des ruines d'un 
temple romain, s'étage tout un quartier sur les bords du che- 
min raboteux qui monte en serpentant à travers les flancs 
du Coelius. Arrivé au sommet, à l'endroit précis où s'ouvre 
maintenant l'entrée de la Citadelle, une esplanade s'étend 
entre le clocher de la cathédrale Saint-Etienne et les deux 
églises de Saint-André et de Saint-Michel occupées et des- 
servies par des suppôts du chapitre. Du cimetière avoisinant, 
dont l'emplacement dominant la ville et regardant le nord, 
rappelle le cimetière fameux qui domine Florence et sur- 
veille l'Apennin des hauteurs de San-Miniato, la vue em- 
brasse un horizon superbe et immense, ouvert sans limite 
vers le confluent de la Saône et de l'Ognon. 

Pénétrons dans cette seconde cathédrale ; aussi vaste que 
celle de Saint-Jean, elle comprend, outre trois nefs, une dou- 
zaine de chapelles, un transept et une abside éclairée par les 
rayons du soleil levant. On y compte par centaines les tombes 
et les épitaphes des archevêques et des chanoines, obligés, 
par la coutume, de flxer leur sépulture dans celle des deux 
basiliques dont les portiques sont plus voisins du ciel. La 



— 466 — 

décoration de cette église, la plus célèbre, la plus ancienne 
et Tune des plus belles de la région, est digne de ses ori- 
gines. 

Entre Saint -Etienne et Saint -Jean, quarante-cinq cha- 
noines, appartenant à l'aristocratie de la naissance ou de 
Tesprit, vivent et circulent, desservant tour à tour chacune 
des deux églises. Des revenus suffisants puisés dans les 
vastes domaines dont ils sont seigneurs prébendiers, des 
distributions Journalières de pain et de vin fournies par les 
greniers et les celliers capitulaires, assurent leur existence. 
Isolés chacun dans une habitation particulière, nantis, outre 
leur prébende, de quelque gros bénéfice, obtenu par d'heu- 
reuses influences, ils sont aidés dans les otfices canoniaux 
par tout un essaim de chapelains, de familiers, de chantres et 
dechoriaux, qui, avec le personnel de Tarchevéché, complè- 
tent la population de ce quartier ou plutôt de cette ville ecclé- 
siastique. 

En face de la ville municipale, où, dans Thôtel consiste- 
rial siège un conseil de vingt-huit co-gouverneurs élus, le 
chapitre métropolitain se dresse fièrement, prêt à supporter 
le choc du flot démocratique qui bruit aux pieds de la mon- 
tagne. 

Longtemps l'archevêque et Téglise de Besançon ont été 
les seuls seigneurs de la cité; mais, depuis le xiii* siècle, où, 
par Tappui bienveillant mais non désintéressé des empe- 
reurs, la commune naissante a reçu ses premières franchi- 
ses, l'église et le peuple, l'hôtel de. ville et le chapitre ont été 
sans cesse en guerre. De même que de pôles contraires se 
dégage un courant magnétique, de même de celle hostilité 
permanente de la commune et des chanoines sans cesse en 
contact ou en lutte, résulte une vie intense et une activité 
souvent féconde en résultats excellents, quoique inattendus. 

Tout était matière à querelle, tout devenait matière à ré- 
conciliation et à rapprochement. Les fléaux, les calamités pu- 
bliques, réunissaient maintes fois, dans une action commune 



— 167 — 

et une union sincère, les ennemis de la veille. En temps de 
guerre, chanoines et citoyens gardent les remparts, et This- 
torien Girardot de Nozeroy raconte qu'il prit plaisir à voir 
les prêtres, en robe courte, porter gaiement et d'un air résolu 
le mousquet de soldat. En temps de peste, les chanoines, 
non contents de provoquer des prières et des processions 
publiques auxquelles les bourgeois s^associent sans absten- 
tion, distribuent des secours, paient les médecins et les 
fossoyeurs. 

Enfîn à toutes les fêtes, grandes ou petites, les deux ca- 
thédrales rivalisent pour faire entendre aux Bisontins soit la 
meilleure musique, soit les plus longs sermons, et ce qui 
plaît davantage encore au populaire, pour ajouter à TofQce 
régulier des plus grandes solennités quelqu'un de ces 
drames liturgiques, qui ont été dans notre vieille Gaule le ré- 
veil des représentations théâtrales. 

C'est ainsi que, durant la Semaine sainte et à Pâques, le 
drame de la Passion et celui de la Résurrection sont repré- 
sentés dans nos mères-églises avec un grand luxe d'orne- 
ments et de décors; qu'à l'Annonciation l'Ange Gabriel, un 
enfant de chœur muni d'une paire d'ailes, descend attaché 
par une corde à travers la grande voûte de Saint- Jean, pour 
venir réciter à la Vierge modestement agenouillée, les mys- 
térieuses paroles de VAve Maria. A l'Epiphanie, les Rois 
Mages, dont Tun transformé en nègre eut toujours les pré- 
férences de la foule, apportent leurs présents à la crèche du 
Sauveur en chantant des hymnes farcis de latin et de français 
qui deviendront plus tard des Noëls. Enfin, au jour des Saints 
Innocents, après l'occupation tumultueuse des hautes formes 
des stalles par tout le personnel du bas chœur ichoriaux, 
familiers et chantres), toute une cavalcade, étrangement 
costumée, de chanoines, de chapelains et d'enfants de 
chœur, escorte, à travers les rues de la cité, le pape, le 
cardinal, l'évêque et l'abbé des fous, en chantant ce verset du 
Magnificat: Deposuit poientea de sede..., qui restera la for- 



— 168 — 

mule démocratique jusqu'à la consommation des siècles '4). 

Ce fut une représentation de ce genre cjui, en 1523, donna 
naissance à une dévotion populaire qui devait, durant près 
de trois siècles, jouir en Franche-Comté et même au dehors 
d'une faveur prodigieuse 

Au mois de mars de cette année, le chapitre de Besançon, 
désireux de faire représenter le mystère de la Résurrection 
aux prochaines fêtes de Pâques, en rétablissant une coutume 
tombée dans Toubli, envoyait chercher à Dijon le texte de ce 
Mystère liturgique. Quelques jours après, par Tordre des 
chanoines, on faisait confectionner un coffret muni d'une 
triple serrure et d'une triple clé, pour renfermer, dit notre 
plus ancien texte « le suaire ou linceul qu'il était d'usage de 
montrer en représentant le mystère du jour de Pâques », et 
l'on donnait au marguillier, chargé de sa garde, Tordre de ne 
jamais montrer ce suaire à personne, sans la présence de 
deux ou trois membres du chapitre. 

D'où venait ce suaire, qui n'est mentionné nulle part dans 
les plus anciennes chroniques de la cité et qui, en 1523, n'é- 
tait encore considéré que comme un accessoire utile du 
drame de la Résurrection ? 

L'histoire est muette, une tradition prétend qu'on l'avait 
retrouvé, par hasard, d.^ns un recoin de sacristie d'une des 
cathédrales ; en tous cas le premier document authentique 
qui le mentionne est celui que je viens d'analyser {%. 

Au moment où l'assistance, pénétrée d'une religieuse émo- 
tion, voyait les saintes femmes pénétrer dans la grotte du 
Saint-Sépulcre et où un ange apparaissant en pleine lumière 
leur montrait le tombeau vide et prononçait les paroles : 
Surrexit, no?i est hic, deux ou trois acteurs, des apôtres ou 
disciples, déployaient et montraient au peuple le suaire du 

(1) Voir La Fête cUis Fous au chapitre de Besançon, par J. Gauthier 
(Bull, (le l'Académie de Besan.on, 1876-1877). 

[2) .rai donné ce texte dans mes Notes iconographiques sur le Saint- 
Suaire de Besançon (Bull, de l'.Vcad., 1884). 



Société J'iimulalioii du Doubs, 1902. 



PI. ! 




^ £•£ fnt*foiuu?i fins 3'irj3r ^rt in temvQre (icuLili^ non frit 



SAINT-SUAIRE DE BESANÇON 
Gravé, vers 1630, pour une confrérie italienne, par Pierre de Loisy. | 

(Coll. de M. l'abbé P. Brune.) 



Socictc d'Emulation du Doubs, \*)o2. 




pDXEVQVlIlAN^LE-iArKCT ^V^IJ^E AV Q,VrL VOS-TJKi: 
SAQ^E CoKtS' Os^TB VZ LAl CIKQXXFVT ENVELOfTB PaJV- 
JOSEPH'DAKmATîE'NoVS'AyEZ LAISSE LE^ fAAKQVFS 
PEVDirrp.E SAUCTEfAS'SrTQHCOHcBVtZ MCfVS' MlSSfXcO'^ 
VllVS^MEKTO/B PAR VOS'TPvE MORTic^EPVXTVJMHOVJ' 

? VEiTioKy abX^/'BRa la at o ipjr m la PxRTVrbj c tiqn çvî 

V[VlZVBJ!XiNEZ AVEC 1.Î PEPvJ SCLE SAIMCT ÏSMITT 

las>^^i>^cte oraiyon Delturance $>uiie AtttencTUf^totre 



IMAGE DE PÈLERINAGE DU SAINT-SUAIRE DE BESANÇON 

Cuivre original, gravé par F. CLtRC en ]68S. 

(Coll. de M. l'abbé P. Brune.) 



r:.r 




\'if\C 



— 169 — 

Sauveur, une fine toile de lin, longue de huit pieds, large de 
quatre, sur laquelle était reproduite en jaune pâle Teffîgie du 
corps divin. Cette ostension terminait le Mystère, et le peuple 
s'écoulait, recueilli, hors de rêglise, non sans avoir offert, 
pour les frais de la cérémonie, quelques menues aumônes, 
entre les mains des fabiiciens ou marguilliers. 

La représentation du 5 avril 15'23 avait eu un prodigieux 
succès, on la recommença à l'Ascension suivante, puis le 
3 août, jour de Tlnvention du bras de Saint-Etienne, en déci- 
dant qu'à l'avenir on la renouvellerait trois fois l'an à pareilles 
dates (1^ 

C'était Theure où la Réforme, audacieusement prêchée en 
Allemagne, commençait à gronder aux frontières de la Fran- 
che-Comté et à grouper tous les ambitieux, les déclassés ou 
les mécontents de la Souabe, de l'Alsace et de la Lorraine ; 
la guerre des Paysans commençait. Une de leurs bandes vint 
se faire écraser à Ternuay, au pied des Vosges, par la no- 
blesse comtoise, que l'énergique appel de Philiberte de Lu- 
xembourg, princesse d'Orange et gouvernante du pays, ainsi 
que du clergé bisontin, avait armée. Mais les idées nouvelles 
germaient partout et presque partout gagnaient du terrain ; 
Bâle, Neuchâtel, Montbéliard étaient de gré ou de force en- 
traînés dans l'hérésie ; un cercle de fer étreignait la province 
et semblait devoir l'étouffer. La volonté inflexible de l'empe- 
reur Charles-Quint, rigoureusement traduite par le bras de 
ses lieutenants et les édits du parlement de Dole, le dévoue- 
ment obstiné des Bisontins et des Comtois à leur souverain 
aussi bien qu'à la religion de leurs ancêtres, la fermeté des 
archevêques et de leur clergé triomphèrent, après cinquante 
années de lutte, des tentatives dix fuis renouvelées, des in- 
trigues sans cesse entretenues des pi-édicants et des hugue- 
nots allemands, français et suisses. Mais, chose étrange et 



(i) Celle délibération du 8 uoùt 15*2I{ est insérée dans le même travail, 
p. 6. 

12 



— 470 -. 

qui n'avait pas encore été relevée, le suaire mystérieux re- 
trouvé à Saint-Etienne, inconnu hier encore et que déjà la 
vénération publique nommait le Saint-Suaire et proclamait 
une relique des plus insignes, devint le pivot de toutes ces 
résistances, le bouclier qui préserva Besançon et, par lui, 
tout le libre Comté de Bourgogne, de l'introduction d'une 
Héforme dans laijuelle la conscience de nos aïeux n'hésitait 
pas à reconnaître et à combattre une hérésie et un déshon- 
neur. 

Du moment où il fut considéré comme une relique, le 
Saint-Suaire devait occuper une place des plus honorables; 
on l'avait conservé jusque-là sous une triple clé dans la sa- 
cristie de Saint- Etienne ; on le porta en 1528 dans la plus 
belle des chapelles latérales, bâtie au côté droit du transept, 
sous le vocable de saint Maimbœuf, par les comtes de Mont- 
béliard de la maison de Montfaucon. Ornée de statues par le 
chanoine Henri Garnier, qui Tavait dotée d'un retable, encore 
existant il), fermée par des grilles dorées aux frais du cha- 
noine Monlrivel, cette chapelle va devenir le sanctuaire le 
plus fréquenté des deux Bourgognes. On place dans un ta- 
bernacle spécial récrin d'argent armorié que le chanoine 
Des Polols vient d'offrir pour renfermer la précieuse relique; 
à ce moment, l'official de l'archevêque, le chanoine Léonard 
de Gruyères, tombe gravement malade et demande comme 
grâce suprême rpie le Saint-Suaire soit apporté dans sa de- 
meure. On condescend à son désir, et sa guérison, partout ra- 
contée, est réputée miraculeuse et achève de dissiper les 
doutes que quehjues incrédules osaient encore exprimer (2). 
Aussi, quand reviennent les jours d'ostension solennelle, les 
pèlerins affluent. En 1533, à l'Ascension, 30,000 pèlerins 
étrangers à la cité l'envahissent et les boulangers déclarent 



(t) Ce retable, en pierre, style Renaissance, est encastré dans le collalé- 
ral droit de la cathédrale Sainl-.Iean. derrière la chaire. 
Ci) Déiib. ynunicip. de BeaançoHy 1535, p. 315. 



- 171 - 

qu'en vingt-quatre heures ils ont vendu 55,000 petits pains, 
à un liard pièce (^). 

Cette afïluence incroyable est pour la ville le signal d'une 
prospérité sans exemple, pour le chapitre une bonne fortune 
qui rehausse singulièrement sa réputation et son influence, 
enfin, pour la foi qui se manifeste avec une ardeur crois- 
sante, un stimulant des plus actifs. 

La réconciliation au moins temporaiie des chanoines et 
des citoyens met une trêve à lenrs querelles intestines, et 
les gouverneurs de la cité, désireux d'atlirmer leur haine 
des nouvelles doctrines, offrent en 1537 au U'»gat du pape de 
recevoir à Besançon le concile général que Ton réunira bien- 
tôt : ce devait être le fameux concile de Trente. 

L'archevêque Antoine de Vergy, surpris dans son château 
de Gy par une attaque d'apoplexie, invoque le Saint-Suaire ; 
la paralysie cesse, et, bientôt, le prélat guéri vient en grande 
pompe remercier Dieu dans sa cathédrale, où désormais une 
statue orante conservera la mémoire de l'événement. Après 
les gens du peuple, qui de toute part affluent aux jours d'os- 
tension publique, les princes et les gentilshommes, les villes 
et corporations qui obtiennent une ostension particulière, 
se recommandent à leur tour à la protection du Saint- 
Suaire (2). 

En 15441a peste éclate, le Conseil communal se réunit et 
voue la cité de Besançon, en suspendant auprès du Saint- 



(1) Ce fut ce chanoine Léonard de Gruyère:», arctiidiacre de Salins, qui. 
« inù par une dévotion particulière envers la l^')ssion », demanda que le 
Saint-Suaire soit placé dans un endroit en évidence, proposant qu'on enle- 
vât les statues de bois qui étaient placées sur Tautel de saint Maimbceuf et 
qu'on plaçât dans Tintérieur du retable olTert par feu Henri Garnier la cas- 
sette contenant le précieux linge [Délib. capital. ^ 31 sept. 4531). 

(2; Pour ce détail et ceux qui suivent, consulter les Dèlibèralions capitu- 
laires 1523-1590 (Archives du Doubs); — J.-J. Guifflkt, De linteis Sepul- 
chralibus Christi servatoris ct'isis his'orlca, Anvers, I02t cl 1()S8; — 
— IHjnod, IJiat. de l'Eglise de tiemnçoHy I7.ji). l, 4<)l-i25; — Vie des 
Sainljf de Franche-Comté^ IV, 518. 




— ITi — 

^.J-•l.r•^'Jri•^ti.'^àa .1^ :.re -n r- -r ^^; \^ repr^^tsette. La pe-te 
• •^f.^tr.t. ri.x ^"^r «r- cr.i.ri"- «ie ;^ -r. -^£ L.i r^>»ciiiti -séance 

f:«:;r*:rrnr: •^■^i. 'i'r^r.avkn:. l^r -> olh. ti-rc^in rh.i jue anr^rre ses 
j/.ear^e:* â--.r*îïî d iH- I-r- •: oi:re> e: .rf> r;«r^ de Sa^tit-Eîtenne. 

P iur C'.r.t-r.T 1-^- p*^.»rr'.riS et ^.iri^fciire le ir pielé, rêglise 
ca'.h'^Jri.e ►^rait J-ven^^e tr-p êtn:-ite: **n ojastniisit auprès 
dj rlr:rierel '""ri'.f^ ;t flia? de iâ crij^e' e de Sainte Made- 
i-^.fie, où t^-- dr-^r^'i-r.et ven lient d'ania:?:?er des trésors ar- 
li-tiijues. une -orte de théâtre ou dtr vaste lemsse eo maçon- 
H'/ne qui -er» it dr^^rmui- à l'exp^^^aioo du iinge merveilleux. 
A piitirdr^ I5fli un ne le montm f^-ius que deux fois l'an, à 
iViqu^'-i et le dirn.in.;ri»^ après l*A-oen>i»»D, dans la matinée. 
Sur ce th»Vjtre oii r«»n a<'«é»Jjit |»ar un escalier depuis la cha- 
pelle dr- Ciroud^iel, se pl.iraienl l'arc he\ èi|ue, les prélats 
ou abbé.-», cb;jnoines et pers^jnnjges de mapjue, au milieu 
ûf: chantres et musiciens. Entourée de cierges allumés, la 
ca.-sette d'argent e>t exp^j^ée sur un autel : on ou\Te le re- 
liquaire, trois chanoines développent la toile de lin et l'expo- 
sent à tous les points de l'horizon, aux regards de la foule 
rangée sur.la va>le esplanade, que Jean-Jacques Chifllet dé- 
clarait merv._illeu>euienl préparée p4jur contenter tous les 
spectateurs. Après une bénédiction donnée avec la relique, la 
procession rentrait, dans l'église, on refermait le coffret à 
triple serrure, qui reprenait sa place dans le tabernacle de la 
chapelle de Saint .Mainibœuf 1 . 

Jusqu'au jour malheureux où Vauban sacrifia la cathédrale 
de Saint-Etienne au plan gigantesque qui devait faire de Be- 
sançon une place de guerre de premier ordre, le cérémonial 
de l'ostension publique ne varia pas, mais bien des circons- 
tances la modilièrent ou l'empêchèrent. Epidémies, guerres, 

(I; Un taliciriacL' décent avait été conslniit, en vertu de délibérations 
i\u 7 janvier 15:U, dans ceUe chapelle, mais à côté de Tautel; ce n'est qu'en 
ITilii, nous l'avons dit plus haut, que le Saint-Suaire prit place sur l'aulel 
lui-môme {Délib. capilul., G liKi, Arcli. du Doubs). 



— 173 — 

craintes de surprise et de coup de main justifiées par le voi- 
sinage de troupes étrangères, firent supprimer souvent cette 
cérémonie et fermer la porte aux voyageurs venus de loin. 
La piété des Bisontins trouvait d'ailleurs Toccasion de véné- 
rer l'effigie sainte soit en fréquentant Tégiise Saint-Etienne 
et la chapelle de Saint-Maimbœuf, soit en profilant des os- 
tensions particulières pour contempler le Suaire devenu le 
palladium de la cité et du diocèse tout entier. La dévotion 
des étrangers pouvait élre contentée à son tour, et par des 
médailles, des patenôtres, des couronnes, ou des étofTes 
qu'on faisait toucher au Saint-Suaire et, à partir du xvii* siè- 
cle, par des enseignes de pèlerinage, gravures sur .^oie, sur 
toile ou sur papier, reproduisant la sainte image. J*ai re- 
cueilli naguère et publié tous les détails de cette pieuse ima- 
gerie, dont les échantillons deviennent rares et méritent de 
prendre place dans nos grandes collections publiques; j'en 
parlerai donc rapidement (l). 

En 1573, un religieux comtois, familier de TEscurial, vou- 
lut offrir à Philippe II une copie du Saint-Suaire de Besan- 
çon ; un peintre nommé Pierre d'Argent l'exécuta en peinture 
à l'huile, et son émotion fut telle, au dire de Jean-Jacques 
Ghifflet, qu'éblouis, ses yeux ne purent distinguer le modèle 
et le reproduire qu'après l'audition d'une messe. Quand la 
fille de Charles-Quint, Marguerite de Parme, traversa le 
comté de Bourgogne pour aller prendre le gouvernement des 
Pays-Bas, d'Argent fit une seconde copie offerte à la princesse 
par le cardinal Claude de La Baume. Les Granvelle. les Chif- 
flet, multiplièrent ces copies, si bien qu'un beau jour, en 
1608, le chapitre, craignant de les voir réputer pouroriginales, 
défendit d'en faire de nouvelles et confisqua dans l'atelier du 
peintre tous les poncis et toutes les peintures. Mais la gra- 
vure en taille douce, et plus tard la gravure sur bois, multi- 



(1j Se reporter à mon Iconographie du Saint-Suaire, où l'on trouvera 
de plus grands détails et quelques types dMmages pieuses. 



— 174 — 

plièrent bientôt, sans inconvénient, des images plus porta- 
tives ; exécutées par des graveurs dont nous connaissons les 
noms et dont nous possédons les œuvres, Pierre et Jean de 
Loisy, Benoit Clerc, Labet, et d'autres encore, ces estampes 
eurent une vogue et un débit immense et grâce aux pèlerins, 
se répandirent au loin. Elles répondent toutes, aussi bien que 
les médailles d'argent, de laiton ou d'étain confectionnées 
par nos orfèvres, aux types suivants empruntés, j'en suis 
convaincu, aux estampes éditées à Turin vers 1625 en l'hon- 
neur du Saint -Suaire turinois, provenant, on le sait, de Cham- 
pagne par la maison de Charny (I). Tantôt trois chanoines, 
dont l'un mitre, revêtus de chapes, tiennent étendu le linceul 
qui enveloi)pîi le Christ. Tantôt, et ce sont les modèles les 
plus anciens, sept personnages disposés comme ceux qu'on 
rencontre dans les sépulcres sculptés du xv* et du xvi* siècles, 
la Vierge, les saintes femmes, saint Jean, Joseph d'Arima- 
thie et Nicodème entourent et soutiennent le Suaire déve- 
loppé. Quelquefois la fantaisie de l'artiste a remplacé tous 
ces personnages par des anges, des religieuses, ou a sup- 
primé complètement les porteurs, en créant des gravures de 
toutes dimensions, munies généralement, en contre-bas, de 
quelque oraison française ou latine plus ou moins sommaire. 
Du jour où la presse les eut distribuées par milliers, ces 
images furent emportées à tous les vents, comme les feuilles 
d'automne ; tous les foyers en possédaient suspendues à la 
place d'honneur ; on en trouvait dans les anneaux de fian- 
çailles, on en plaçait dans les cercueils sur la poitrine des 
morts. Quand Dole fut assiégé en 1636 par Condé, on arbora, 
sur le clocher de l'église Notre-Dame, un étendard gigan- 
tesque reproduisant le Saint-Suaire ; quand, en 1637, la 
même ville fut envahie par la peste, cinq des images irapri- 



(1' La collection iconographique que j'ai formée aux Archives déparle- 
mentales du Doubs renferme deux gravures sur soie, représentant le Saint- 
Suaire de Turin, au début du xvir siècle. - Voir, sur le Saint-Suaire de 
Turin, J.-J. Chifflet, De linteia. 



— 175 — 

mées, bénies par le contact du Suaire original, furent affi- 
chées aux portes et au centre de la ville pour en chasser la 
contagion W. Dans les couvents de femmes les religieuses, 
habiles à manier Taiguille, encadraient, dans de riches orne- 
ments d'or et de soie, des images du Saint-Suaire tirées en 
couleur sanguinolente et brodaient ces fameuses écharpes 
qu'on réservait pour les offrir aux plus illustres pèlerins (2). 
La Franche-Comté avait pu échapper aux menaces dont le 
xvi« siècle avait été si prodigue envers el?e, seule, l'invasion 
successive de Tremblecourt et d'Henri IV lui avait appris 
tout ce qu'elle pouvait craindre de ses plus redoutables voi- 
sins ; le xvii" siècle devait cruellement confirmer cette ex- 
périence. Heureusement commencé sous le gouvernement 
bienfaisant et léparateur de l'archiduc Albert d'Autriche et 
de l'Infante Isabelle-Claire-Eugénie, il lui avait donné pres- 
que trente ans de paix quand la peste de 16^29, suivie d'une 
guerre de dix années, qui devait consommer sa dépopula- 
tion et sa ruine, commencèrent la série de ses malheurs. Les 
pèlerinages et les ostentions solennelles du Saint-Suaire 
continuaient sans interruption. Les dons précieux, tapisse- 
ries, vases sacrés, ornements de velours et de soie couverts 
de riches broderies d'or affluaient à Saint-Etienne pour le 
service de la chapelle de Saint-Mai mbœuf. Les archiducs 
avaient fait les frais d'un jubé entièrement construit de 
marbre noir et rouge, dont les bas-reliefs, les ornements 
et les inscriptions sur marbre blanc étaient l'œuvre d'un ha- 
bile sculpteur champenois. Sur ce jubé, qui coûta plus de 
10,000 francs (50,000 francs de notre époque), on devait dé- 
sormais déployer hors de toute atteinte le Saint-Suaire pour 
le montrer à ses visiteurs : François d'Orival, les chanoines 



fi) Nous donnons la reproduction de deux images de 1630 et IG^. 

(2) On offrit de ces écharpes à la reine Anne d'Autriche en 16i5, à Marie- 
Thérèse d Autriche, en IGKÎ, etc., etc. La confrérie du Saint-Suaire à Thô- 
pital de Besançon, et divers particuliers ou musées, possèdent de ces bro- 
deries, d'un travail quelquefois remarquable, fréquemment médiocre. 



~ 176 — 

Pourlier et Philippe (U, Jean-Jacques Chifflet enfin, venaient 
d'écrire Thistoire et Téloge de la relique, entourée d'une si 
grande vénération. 

A ce moment, la peste, plus cruelle qu'elle n'avait été en 
1544 et en 1586, éclatait avec fureur dans toute la Franche- 
Comté; Besançon s'était voué dès 1G29 au Saint-Suaire pour 
conjurer le fléau ; ses suppHcations furent entendues, au mois 
de mars iC^O ses co-gouverneurs acquittaient solennellement 
le vœu '2;. Les chanoines, craignant de raviver une épidémie 
à peine éteinte, ayant refusé de faire l'ostension de Pâques, 
suscitèrent parmi les citoyens une véritable émeute et durent 
céder, sur les instiinces du parlement et du gouverneur de 
la province. D'autres tempêtes plus sérieuses allaient, hélas! 
éclater. 

En 1631, Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII, fuyant 
comme jadis le connétable de Bourbon un pays qu'il voulait 
trahir, trouva un abri momentané à Besançon et en Fran- 
che-Comté P). Son séjour dans ces pays neutres devint le 
prétexte, habilement travesti par Richelieu, pour exercer de 
terribles représailles sur une nation inoflensive, qui fut sa- 
crifiée à de criminelles ambitions. Dix années de guerres et 
d'invasions, dont les cruautés furent inouïes, laissèrent 
seules debout au milieu d'un pays dépeuplé et ruiné, quatre 
villes : Besançon, Dole, Salins et Gray, où continua de battre 
le cœur de la nation comtoise. Aux héroïques survivants d'un 
petit peuple qui s'était sacrifié pour son roi, le Saint-Suaire 
de Besançon, la châsse de Saint-Claude, la statuette de No- 
tre-Dame de Gray, apparaissaient comme la suprême conso- 
lation des mourants, le dernier espoir de ceux qui résistaient 
encore. Dès que des suspensions d'armes eurent été négo- 

(1) Le 14 août 1625, l'archidiacre de Luxeuil, les chanoines Pourlier et 
Philippe, furent chargés de rédiger les miracles du Saint-Suaire {Délib. 
capUuL, G 202). 

(2) La ville de Besançon exécute son vœu le 1" février 1630 (Ibid,), 

(3) Le chapitre lenvoie saluer le 27 mars 1631 (/frid.)> 



— 177 — 

ciées, grâce à l'influence d'Anne d'Autriche (dont le confes- 
seur avait fait demander, pour la reine, des images du Saint- 
Suaire (^);; dès que les paysans et les bourgeois, réfugiés en 
Suisse ou cachés dans les cavernes et dans les bois, eurent 
commencé k relever leurs villages, Besançon ouvrit ses portes 
aux pèlerins de Pâques et de TAscension. Et l'on vit alors ce 
spectacle émouvant des débris d'une petite nation brisée par 
les privations et les maladies, mais pleine encore de rési- 
gnation et de foi, gravissant les flancs de la montagne sainte 
avec la même confiance qu'aux jours évanouis de sa prospé- 
rité. 

De Roïne où s'étaient exilés 10,000 Francs-Comtois chassés 
par la guerre et la misère, la confrérie de Saint-Claude des 
Bourguignons, voulant rester en communion avec la mère- 
patrie, demandait, pour la placer dans son église, une repré- 
sentation du Saint-Suaire (2) ; l'Espagne, la Lorraine, les 
Pays-Bas, la France, recommençaient à envoyer leurs pè- 
lerins. Quand Louis XIV, facilement triomphant d'un pays 
affaibli et divisé, conquit en 1668 l'ancien comté de Bourgo- 
gne, les gouverneurs de Besançon ne signèrent leur capitu- 
lation qu'après y avoir fait insérer cette clause : que le roi 
et set successeurs maintiendraient à jamais dans leur ville 
le Suaire, qu'ils considéraient comme le plus précieux de 
leurs trésors (3). 

(1) Les 30-23 octobre 1645, on envoie cette image à la Heine par l'intermé- 
diaire du P. Brisegeon, chartreux; on l'avait fait peindre par Jean Maillot; 
les remerciements de la Reine n'arrivèrent que le 2 mai 1646 (Délib. capi- 
tttl., G a02). 

(2) Dominus Borrey, pro parte confratrum congregationis sancti Claudii 
Homae institutae rogavit, domino capitulantes quatenus concedere dignen- 
tur facultatem depingendi in panno serico imaginem Sanctissimi Sudarii 
ad eam exponendara in sacri« œdibus quas Romaï novissinic îedifîcarunt ; 
qiiod domini annuerunt, modo exemplar non fiât ejusdem longitudinis et 
in eo inscribalur esse effigiem Sanctissimi Sudarii Bisunlini. » {Délib. ca- 
piluL, 5 juillet 1662, G. 206.) 

(3) Voir le texte des capitulations dans les Edits de Franche-Comté ^ 
publiés par Droz, I, 1-3. 



— 178 — 

Le traité d'Aix-la-Cbapelle rendit à rEs,«,c,„e une provinœ 
s. longtemps fidèle; aussitôt, sous les ordres du prince dA- 
renberg. des ingénieurs hollandais commencent sur le mont 
Coel.us une citadelle qui, après avoir nivelé pour ses glaci. 
lancen quartier des chanoines, enserre la cathédrale de 
ïsaint-Etienne masquée par une courtine et des basticns Le 
Chapitre essaie dune résistance inutile , le Saint-Suaire un 
instant descendu en .««, remonte dans s;. cha,^lle et son 
«..hernacle, 1 ofl.cc. canonial reprend, malgré le bruit des pion- 
niers et des maçons de la forteresse. Un ordre du gouver- 
neur 1 inl.MTompt et, le t>G avril IGtii). définitivement expulsé 

tn. r""T ^«*"'-'=^'*^""«' '« «^.int-Suaire descend à 
Si.nl-Jean Cinq ans plus tard. Besançon capitulait aux 
mêmes conditions qu'en 16(i8; Saint-Etienne, incendié par 
les mousquetaires de Louis XIV, tombait sous le marteau de 
Vauban ; conservé dans l'abside Est de la cathédrale de Saint- 
Jean pebâlie de 1730 à I7i0 avec une magnificence royale, le 
S.ml-buaire continua à être gardé et vénéré comme par le 

u h n.r.'"" ; . ' ?" " '"""^••" ^solennellement au peuple 
du haut d un balcon du clocher. 



II 



Apres avoir esquissé dans ces pages compactes déjà et ce- 
pendant ecouit.^es, les grandes lignes de l'histoire du Sail 

tW,s ,e milieu du moyen-âge, les pèlerinages loin.ains 
iaient depuis longtemps entrés dans les mœurs : Jérusak-m 
Home, I ore.U., Sainl-Jacquos de Compos.eile avaient, malgré 
i.'s ,.,.r,ls de longs voyages, une clientèle des plus nombreu- 
se, e des plus choisies. Eternellement amoureux de la nou- 
N.-.ml.. et do I imprévu, l'esprit humain ne s'appropriera ja- 
mais celle ,na.xi,ne de ITmitation : les Pèlerinages n'amélio- 
rent guère, et se fera toujours une loi de colorer son propre 



— 179 — 

désir, sous l'apparence du devoir. Le pèlerinage bisontin 
bénéficiera de cette vogue. Si les grandes masses des pèle- 
rins du Saint-Suaire furent toujours empruntées à la région, 
dès le milieu du xvi« siècle, des villes entières, Dole, Baume, 
Vesoul, Gray, Saint-Claude, et nombre de personnages mar- 
quants commencent à apporter leurs hommages, leurs 
prières et leurs offrandes au sanctuaire nouveau dont la 
renommée se répand. Longtemps les chanoines de Besançon 
tentèrent de résister aux pèlerinages individuels, source de 
perpétuels dérangements, et essayèrent de linjiter les osten- 
sions particulières aux princes et aux ambassadeurs. Mais 
les familiers des princes ont souvent autant de crédit et tou- 
jours plus de savoir-faire que leurs maîtres ; aussi, tant 
désireux qu'on fût au chapitre d'éconduire les importuns, 
on eut toujours la main forcée. On pourrait, avec beaucoup 
de patience et de temps, dresser une liste complète et cu- 
rieuse de tous les gens de marque qui sollicitèrent et obtin- 
rent cette faveur particulière, en voici déjà quelques-uns. 

Les premiers pèlerins de distinction qui gravirent le 
mont Saint-Etienne (je ne parle bien entendu que des étran- 
gers), furent des ambassadeurs des cantons catholiques de 
Soleure et de Fribourg, venus en 1554 pour renouveler des 
traités de neutralité avec le Comté, et en 1579 les traités de 
combourgeoisie avec Besançon W. Le 18 mai 1580, une fière 
et hautaine princesse qui, comme gouvernante des Pays- 
Bas, devait assumer devant l'histoire de lourdes responsabi- 
lités, Marguerite, duchesse de Parme, se faisait conduire en 
litière jusqu'aux portes de la cathédrale Saint-Etienne (2). Au 
dire d'un chroniqueur très véridique, qu'on peut aisément 
contrôler, ceux qui faisaient à pied l'ascension avaient en haut 
grand besoin de reprendre haleine, voire môme de se reposer. 

Après la sœur de Philippe II, Madame de Ligniville qu'es- 

(1) Délib. capitul., 7 juin IKi el 19 juin 1579 (Arch. du Doubs, G 195). 
(!2) Ibid., 18 mai 1580 (G 198). 




— 180 — 

corte en d581 le cardinal de La Baume ^\ en 1583 le duc et 
la duchesse d'Arschot venant des Flandres (2)^ en d589, 
Nicole de Lorraine, princesse de Brunswick se rendant aux 
noces de sa nièce avec le grand-duc de Toscane (3), portent 
à leur tour leurs supplications et leurs aumônes à la cha- 
pelle du Saint-Suaire. 

La Franche-Comté était un carrefour où se croisaient les 
deux roules les plus tVêquenlées de France en Italie d'une 
part, de Flandre en Espagne de l'autre; diplomates on ser- 
vice, aventuriers en quête d'emploi, princes détrônés ou 
conspirateurs s'y coudoyaient sans cesse, devenant au be- 
soin pèlerins s'ils y trouvaient satisfaction à leur piété ou 
moyen de dissimuler leurs intrigues. En 1592, on voit se 
succéder auprès du Saint-Suaire le maréchal de Saulx-Ta- 
vannes (o-. puis deux ligueurs acharnés, le cardinal de Sens, 
Nicolas Pellevé, et l'archevêque de Lyon, Pierre d'Epinac, 
fuyant devant les rancunes d'Henri de Navarre *). Ce prince 
qui n'a pas laissé dans nos mont.ignes la bonne odeur qu'on 
lui prête généralement dans l'histoire, faillit, lui aussi, laire 
son pèlerinage mais avec 15,000 lances ou mousquets en 
guise de cierges. Il s'arrêta heureu.sement à Saint-Vit ayant 
trop peu d'artillerie pour assiéger Bes^mçon, qui, se croyant 
perdu, lui versa 27,000 écus pour payer ses régiments 
suisses et déguerpir; le seul pèlerin, qui, de sa part, péné- 
tra dans la place, fut un espion, soldat de Tremblecourt, qui 
s'étant targué de dérober le Saint Suaire, partit humilié et 
contrit sans avoir pu réaliser sa promesse (6). 

A peine Henri IV avail-il disparu que, par la frontière de 
Savoie et de Bresse, le Cardinal-Infant, Albert d'Autriche, 



tl) Délih, capital., tlJ octobre 15«t (An h. du I)oub^, G. 198). 
*2> Jbid., 1"' juin ITiKi iJd.). 
i'S) Ibid., il mars 1581) (C. il)*.»,. 
{^) Jbid , 'n décembre VAfi (G lOî);. 
(o) Ibid., 26 août 1592 'Arch. mnn. de Besan«;on, BB 43 . 
i(jj Ibid,, 10 mai 1019 (Arch. du Doubs, G 202î. 



— 18d — 

entrait en Franche-Comté et venait s'agenouiller à Saint- 
Etienne pour y remercier Dieu du départ des Français Cl). 
Le maréchal de Biron, qui, avec le Béarnais, s'était taillé, en 
pendant et en pillant les gens d'Arbois, de Poligny, de Lons- 
le-Saunier, la plus médiocre des réputations, osa, lui aussi, 
revenir en pèlerin dans le pays qu'il avait ravagé en soudard. 
Le 9 janvier 1602, se rendant en Suisse, il traverse Besan- 
çon et va saluer le Saint- Suaire (2; le 31 juillet suivant sa 
tête, celle d'un traître, tombait sur un échafaud, dans une des 
cours de la Bastille. Un autre pèlerin, bien autrement sym- 
pathique, Saint François de Sales, évèque de Genève, arri- 
vait à Besançon en 1609, chargé d'une mission du Saint- 
Siège. Le 8 novembre, descendant du Gœlius, il s'arrête à 
Saint-Jean pour y prêcher devant une foule immense sur ce 
texte tout à fait de circonstance : Si tetigero fimhviam vc$ii' 
menti Sulva cro («l'. Dix sept ans plus tard, sainte Jeanne de 
Chantai venait à son tour vénérer le Saint-Suaire, suivant 
pieusement les traces et recueillant avidement les souvenirs 
du grand évêque, qu'Annecy avait perdu et que déjà Ttlglise 
proclamait un de ses plus grands saints (*). 

Kn 1621, la mère du grand Condé, Marguerite de Mont- 
morency, faisait en grande dévotion le pèlerinage du Saint- 
Suaire. Besançon décerna les plus grands honneurs à la 
cousine du roi de France, sans pressentir que son mari vien- 
drait, en 16:^6, assiéger et bombarder Dole, et que le (ils 
dont, anxieuse, elle sollicitait la naissance, après avoir 
écrasé à Rocroy les terces bourguignons de l'armée d'Es- 
pagne, conduirait, en 1668 et en 1674, les armées de 
Louis XIV à la conrjucte de la Franche-Comté [^), 

Cardinaux, prélats, abbés mitres, gentilshommes de haute 

(4) Délib, capital , 30 déccml»re iôlb (Arch. du Doubs, G 202). 

(2) /6id., 9 janvier 1602 (G 500). 

(3) Jbid., 8 novembr»^ 1ti09 (G 201 1. 

(4) laid., 22 janvier 1G26 ^G 202). 

(5) Ibid., 21 mai 1G21 Jd.). 



- 182 — 

roce ou de grande fortune, mêlés aux intrigues si compli- 
quées qui devancèrent la Guerre de Trente Ans, se ren- 
contrent ou se succèdent sur les pentes accidentées de la 
montagne Saint-Etienne : l'archevêque de Cambrai (*), l'abbé 
de Saint-Germain d'Auxerre (2;, Tabbesse de Remiremont (^), 
le comte de Furstemberg, ambassadeur d'Empire (*■, Robert 
Miron, ambassadeur de Fiance en Suisse, le vicomte de 
Gand l'^), la maréchale d'Aumont 6)^ |e duc François de Lor- 
raine (7), sa feTime et sa fille, le [)rince de Nevers '8\ le 
maréchal de Bassom pierre ('J), le prince de Condé (10;^ alors 
gouverneur de Bourgogne, la princesse de Phalsbourg (*> , 
le duc de Dellegarde, compagnon d'exil de Gaston d'Or- 
léans (12), tels sont (iuel(ïucs-uns des hôtes que Besançon et 
ses cathédrales reçurent pendant vingt ans, de 1610 à l(i31. 
En 1633, un général de 27 ans, le comte de Montecuculli, 
qui devait être l'heureux adversaire de Turenne, vint dans 
un moment douloureux invoquer le Saint-Suaire de Besan- 
çon. Naguère à la cour do Bruxelles, il avait aimé une jeune 
et charmante fille d'honneur de larchiduchesse Eugénie, 
Isabelle de Bourgogne; un rival heureux, un grand seigneur 
franc-comtois, l'avait épousée; à seize ans, elle était devenue 
marquise de Marnay et duchesse de Pont-de-Vaux. Veuve 
depuis peu, la duchesse vivait retirée au comté de Bour- 
gogne, entre les berceaux de ses trois enfants et le tombeau 
de son mari ; ce fut au château de Marnay, qu'au printemps 



(1) Délib capituL, 21 avril 1GI0. 

(2) /6i(i.,2« août 1011. 

(3) Ibid., 20 juillet 1018. 
(i) 76/rf., 2 juillet lOli. 
(5) /6id.,22 juin 1016. 
(0 Jbid., 9 octobre 1017. 
(7) Ibid,, 27 avril 1022. 

(8; Ibid.S novembre 1023. 
(U, Ibid., 3 décembre 1023 
.10) /6id.,19 juin 1020 
(11) /6id., 20 juillet 1028. 
(12; /6id.,5avril 1531. 



— 183 — 

de l'année 1633, Montecuculli vint lui rappeler le rêve de sa 
jeunesse et lui demander sa main. Son ûge, sa naissance, sa 
qualité de général de TEmpire, glorieusement conquise sur 
les champs de bataille de la Guerre de Trente ans. semblaient 
lui promettre le succès ; mais Isabelle de Bourgogne, lui 
montrant ses enfants, s'était bornée à lui répondre : Je me 
dois tout entière à eux, mais je suis et je resterai toujours 
infiniment touchée de voire démarche Désespéré d'un re- 
lus, résolu à mourir dans une prochaine campagne, Monte- 
cuculli ne quitta pas Besançon sans avoir sollicite la faveur de 
baiser le Saint-Suaire, et du haut de Sainl-Etienne, son re- 
gard, errant dans la plaine, s'arrêta une dernière lois sur les 
hautes tours de Marnay, où venait de s'éteindre son plus cher 
espoir (l). 

Les années se passent et les événements se précipitent. La 
duchesse de Lorraine et sa sœur (2), le marquis de Bade P^), 
Schauembourg, ambassadeur de l'Empereur (^), le prince de 
Cantecroix et. Béatrix de Cusance n»;, Charles IV de Lorraine, 
cet imitateur d'Henri VllI, qui fut le précurseur de don 
Quichotte (^ , l'abbé de Coursan, ambassadeur de France 7) 
sont les pèlerins de la Guerre de Dix ans. Quand après dix 
années de deuil et de tortures les armistices préludèrent à la 
paix, le pèlerinage reprit son cours et amena successivement 
à Besançon le marquis de Luilin, ambassadeur de France en 
Angleterre (^), le comte de Nassau (^ , des généraux d'ordres 
religieux (10), MM. de Caumartin et de La Balde ■H', l'évèque 

(1) Délib, capitul.y 5 mars 1033. 
• 2) Ibid.y 30 septembre 1(3:i'{. 

(3) Ibid., 19 avril 1634. 

(4) Ibid., 26 avril 103t. 

(5) Ibid., 27 avril 1635. 

(6) Jbid., 7 mai 1635. 

(7) Jbid., 20 mai 1635. 

(8) Ibid , 16 mai 1646. 

(9) Ibid,, 15 juin 1647. 
^10) Ibid., 23 août 1647. 

(il) Ibid., 11 et 21 janvier 1648. 



— 184 — 

de Genève, Charles- Auguste de Sales (1), l'abbé de Ci- 
teaux (2', l'évêque de Chalon («i), le duc d'Epernon, gouver- 
neur de la province de Bourgogne (*\ les comtes d'Arma- 
gnac, d'Harcourt et de Grammont A, le duc de Pont de Vaux, 
fils d'Isabelle de Bourgogne (6 , Louis Grimani le futur doge 
de Venise (7), le maréchal d'Aumont i^», François de l-or- 
raine, évoque de Verdun [^). 

En 1661^, Béatrix de Cusance, épouse délaissée du duc 
Charles IV de Lorraine, vint une dernière fois, peu de jours 
avant d'aller dormir son dernier sommeil dans le cloître des 
Clarisses, vouer au Saint-Suaire sa fille, la princesse de Lille- 
bonne, et son fils, le prince de Vaudémont(>^ . Onze ans>'ô- 
coulent, et, du même emplacement, le prince de Vaudêmont 
tirait sur l'armée de Louis XIV les derniers coups de canon 
qui témoignèrent de l'indépendance comtoise, et quand, le 
24 mai 1674, il sortit de la citadelle avec les honneurs de la 
guerre, il put, en se retournant, voir brûler la cathédrale 
Saint-Etienne, où le Saint-Suaire ne devait plus être montré. 

En 1683. dix ans après la conquête, l'archevêque Antoine- 
Pierre I de Grammont rroevait, sur le seuil de la cathédrale 
de Saint-Jean, où ils vtMiaient s'incliner devant le Saint- 
Suaire, les deux plus illustres pèlerins qui l'aient visité : 
Louis XIV et Marie-Thérèse d'Autriche, cette reine de France 
(jue (fuinze jours plus tard la mort devait moissonner (H-. 

A cette visite royale, j'arrêterai une nomenclature rapide 

(I) JJc'Ub. capilul, U avril 16i8. 
»2) Ibid., 20 juillet t6i8. 

(3) /6id., 28 mai-1" juin. 

(i) Ibid., 4 juillet KiÂ'J (Arch. du Doubs, G 2ai). 

(5) /6id., 2-2 .lécembre H353, 15 juin 1655, 1 1 septembre i658 \G 2tXv*20l)). 

(6) Ibid., 28 février 1059 (G 200). 

(7) Ibid,, 17 mai 1GG0 ild.). 
(S) /6id.,10 juin 16()l{/d.). 

(9) Ihid., I*"- octobre KkiO {Id ). 

(10) Ibid., 5 juin \(m {Id.), 

(II) Ibid.y 16-19 juin 1683 (G. 209). 



~ 1&5 — 

que j'aurais dû peut-être encore raccourcir; mais les noms 
que j'ai cités étaient nécessaires uour faire comprendre 
combien le pèlerinage du Saint-Suaire avait été universel 
et populaire, et combien il avait rencontré de faveur dans 
toutes les classes sociales du xvi* et du xvii« siècle. Au 
xvin* siècle, la décadence du pèlerinage ^'accentue ; si le 
peuple garde encore la foi des vieux jours, un vent de scep- 
ticisme et d'incrédulité courbe devant d'autres dieux les têtes 
couronnées et les aristocraties. Les théologiens expriment 
tout haut leurs doutes sur Tobjet des croyances populaires 
et travaillent, sans y penser, aussi bien que les philosophes, 
à préparer les années terribles. 

Quand, en 1790, le Saint-Suaire cesse d'être montré du 
haut du clocher de la cathédrale, le peuple manifeste bruyam- 
ment son mécontentement et ses regrets; quand, en 1792, on 
le transporte hors de l'église, dans les bureaux du District ; 
quand en 1794 on l'expédie à la Convention qui va le détruire, 
personne ne se lève pour protester. 

La Convention Nationale envoya le Saint-Suaire à l'Hôtel- 
Dicu, pour le transformer en charpie, et, depuis, son souve- 
nir, pieusement gardé par les survivants du dernier siècle, 
est allé sans cesse en s'affaiblissant. 

Que serait-il advenu pourtant, si, bravant des lois néfastes, 
une main pieuse eût sauvé cette pieuse image si chère à nos 
aïeux francs-comtois ? 

La réponse est là-bas sur les bords de la Moselle, où la 
Sainte Tunique de Trêves compte encore ses pèlerins et ses 
croyants par centaines de milliers. 

Quoi qu'on en dise et quoi qu'on en pense, heureux les 
peuples, heureuses les villes qui gardent fidèlement le res- 
pect des croyances et la chaîne des traditions ! 



13 



DU DEGRÉ DE CONFIANCE 

QUE MÉRITENT 

LES GÉNÉALOGIES HISTORIQUES 

Par M. Jules GAUTHIER 

SBGRÉTAIRB DÉCENNAL 



Séance du 8 août i90i (i) 



Il ne faut rien négliger en histoire, tout document authen- 
tique mérite d'être recueilli, lu, analysé, en attendant qu'on 
Tutilise, car le moindre indice, la moindre parcelle de vérité 
peut mettre quelque jour sur la voie d'une découverte et 
permettre la solution de quelque problème important. Il 
n'est pas jusqu'aux généalogies intéressant des maisons ou 
des familles de second et môme de troisième ordre qui ne 
puissent, si elles sont loyalement dressées, apporter de pré- 
cieux secours même à la grande histoire, et fournir un con- 
tingent (finrormations qui ne sont point à dédaigner. 

Mais combien de généalogies sont-elles restées impecca- 
bles, soit dans leur étalage quelquefois prétentieux et naïf, 
pour ne pas dire davantage, soit dans leurs réticences sou- 
vent habiles quand il s'agit d'origines modestes et par con- 
séquent fâcheuses, puisque à tort ou à raison la vanité, ou si 
vous voulez l'orgueil, préfère souvent à la vérité toute nue 
les chimères ou les fables. 

C'est notre rôle, à nous autres chercheurs, de faire la chasse 
à ces papillons de nuit que la lumière fait fuir et disparailr e 



(I) Lue nii Congrès de TAssociation franc-comtoise, tenu à Monlbêliard, 
au nom de la Société d'Emulation du Doubs. 



- 187 — 

et, sans mettre la moindre causticité à des enquêtes qui pren- 
draient ainsi un air de partialité, de faire passer au rang 
d'aimables inventions certains degrés généalogiques imaginés 
naguère, pour étayer le rang et le crédit de familles qui au- 
raient tout gagné à se montrer simplement ce qu'elles étaient, 
sans vouloir remonter à Sésostris. 

Ces familles du reste ne sont pas toujours coupables; les 
princes et les riches n'ont jamais manqué (Je courtisans s'ils 
ont toujours eu leurs détracteurs, et la collaboration d'écri- 
vains de mauvais aloi n'a jamais fait défaut au parvenu cher- 
chant à se créer des ancêtres, au gentilhomme voulant se 
hausser à l'égal des vieilles races, en améliorant sa lignée. 

Cette monomanie qui, chez nous autres Comtois, a régné 
comme ailleurs, fut prodigieusement répandue au xviii» siècle, 
et nous a valu à la douzaine des arrêts de cour des comptes 
enregistrant des mensonges et des certificats signés et scel- 
lés de noms honorables accordant, sous le régime du bon 
plaisir, un rang que peu de gens méritaient. 

Dès le xv« siècle elle existait déjà, et, autour du cardinal 
Jean Jouffroy, qui fut un favori de Louis XI, comme plus 
tard autour des deux Granvelle, conseillers préférés de 
Charles-Quint et de Philippe II, la jalousie des uns, la flat- 
terie des autres la dénoncent ou l'encouragent. 

Sans autre préambule je voudrais, par un exemple bien 
tranché, caractériser cette fabrication d'aïeux comme la com- 
prirent et la pratiquèrent certaines familles du comté de 
Bourgogne, et cela, généralement pour obtenir à la cour des 
rois ou des empereurs certains titres enviés à moins que ce 
ne fût pour contracter quelque opulent mariage. 

En 1507 vivait à Dole, simple commis au greffe du parle- 
ment, Jean Lallemand, d'une condition très humble et sans 
la moindre prétention nobiliaire, comme l'indique suffisam- 
ment son emploi l^). Son père se nommait Guillaume, il avait 

(1} Jeaii Lallemand, clerc juré au grelTe de la cour, coUateur^ en L'égHiie 



— -188 — 

épousé Catherine Boudier, d'une honorable mais très plé- 
béienne famille de Dole. A ce moment, le parlement de cette 
ville, récemment reconstitué par Philippe-le-Beau, était 
peuplé de clercs intelligents qu'effleura bientôt Taile de la 
Fortune. Marguerile d'Autriche y puisa ses conseillers : Tun 
d'eux, Nicolas Perrenot, emmena avec lui et fit accepter 
comme secrétaire de l'archiduchesse le commis-greffier Jean 
Lallemand. Secrétaire de Marguerite dès 1517, de l'empereur 
Charles-Quint dès 1522, Lallemand devint vite un person- 
nage influent. Souple, intelligent, insinuant même, il avait 
des qualités de diplomate que l'empereur utilisa: Jean Lalle- 
mand fut tout simplement, au lendemain de la bataille de 
Pdvie, l'un des négociateurs et le rédacteur du fameux traité 
de Madrid. Ambitieux, il le devint de plus en plus ; il avait 
épousé à Burgos, le 10 juillet 1524, Anne, riche héritière de 
l'huissier audiencier de la cour, Philippe Hanneton, comte 
d'Ascot ; le titre honoriflque mais secondaire de comte pa- 
latin, lui avait été donné par le prince en 1523 ; mais avant 
cette date il était devenu seigneur de Bouclans au comté de 
Bourgogne, où la fortune de sa femme, jointe aux profits 
considérables de sa situation officielle, lui permit d'acheter 
successivement de nombreuses seigneuries : Montigny-lez- 
Arbois, Augerans, Souvans, Belmont-lez-Dole et bien d'autres. 
Mais il advint de son ambition et de ses calculs, ce qui fut 
recueil de tant de diplomates des vieux âges; au lieu de se 
borner à servir les intérêts du maître absolu qui lui donnait 
sa confiance, Jean Lallemand se permit de chasser pour son 
c«»mpte, de liar des intrigues dont le nœud devait accroître 
sa fortune. Après avoir été comblé de faveurs, nommé tré- 
sorier et secrétaire d'Etat, contrôleur général d'Aragon, jeté 
en prison en 1528 par l'ordre de l'Empereur, finalement gra- 
cié, mais banni à jamais de la Cour où ses ennemis triom- 



dc Souvans (Jura<, d'une chapelle dédiée à Notre Dame et à saint Claude, 
12 juillet 1540 (B 924, fol 19, Arch. du Douhs). 



— 489 — 

phaient, Jean Lallemand, qui, en 1534, était encore auprès du 
prince, se vit relégué à jamais dans son pays natal. Il y vécut 
en grand seigneur, grâce à son opulence, y éleva neuf enfants, 
que tinrent à renvi,sur les fonts du baptême, le cardinal de 
I^ Baume, le maréchal de Bourgogne, les seigneurs et dames 
de la plus haute noblesse (^), dont l'amitié consola Tancien 
secrétaire d'Etat de la disgrâce impériale. Ses châteaux de 
Bouclans, de Belmont, de Montigny, de Vaite, rebâtis et em- 
bellis à grande dépense lui servaient tour à tour de résidence, 
et il y notait, dans un Psautier transformé en livre de rai- 
son, les événements de sa famille. La dernière mention que 
sa plume y traça fut pour consigner la mort de sa femme « à 
Bouclans, le 13 juin 1545, à huit heures du soir, ayant dis- 
posé de son testament et receu tous ses sacrements, elle 
rendit son âme à Dieu, que je supplie icelle colloquer en son 
sainct paradis. Amen » (2). 

On Tenterra dans la chapelle seigneuriale, en l'église pa- 
roissiale de Bouclans, et le 18 septembre 1560, son époux, 
mort à Montigny-les Arbois, vint l'y rejoindre. Sur leur 
tombe on avait élevé un magnifique mausolée de marbre, sous 
lequel Jean Lallemand, le petit clerc du Parlement de 1507, 
revêtu de l'armure de chevalier, dormait les mains jointes, à 
côté d'Anne son épouse, entouré de seize quartiers armoriés, 
attendant et implorant la miséricorde éternelle (3). 



(l) Voir dans le ii* I des Pièces justificatives le Livre de raiion de Jean 
Lallemand. 

(i) Pièce justificative n* I. 

(3 L*abbé J.-B. BoisoT nous a conservé la description de ce tombeau 
dans ses Manuscrits : « En Téglise de Bouclans se trouve une magnifique 
sépulture de pierre relevée, où seront la figure au naturel, armée et habillée 
en chevalier, de messire Jean Lallemand, chevalier, seigneur de Bouclans, 
Vaittes, etc., et de la dame sa femme, estant tiamande de la maison d'Han- 
neton, qui porte : d'aaur à la croix d'argent chargée de cinq roses de 
gueules, qui se voyent avec les armes des Lallemand/ en plusieurs endroits 
de Téglise, fondée et bastie par led. seigneur. » (Mss. 1215, fol. 314, Bibl. 
de Besancon. ) De ce tombeau, il ne reste qu'un fragment de dalle avec ^ 



— 190 — 

Jean Lallemand, un parvenu comme Rolin, comme Jouffroy, 
comme Jouard, comme Granvelle, comme tous ces juristes 
ou ces lettrés sortis du peuple qui furent le conseil ou le bras 
droit des ducs de Bourgogne et de leur descendance, eut 
des fils mais n'eut pas d'héritiers de son intelligence, de son 
activité, de sa science des hommes, de sa prescience des 
événements. Ses enfants, six fils, trois filles, eurent des 
terres, des titres, de belles alliances, aucun d'eux ne le con- 
tinua. Plusieurs périrent en braves soldats sur les champs 
de bataille de l'Empire ou de l'Espagne; la plupart lais- 
sèrent postérité masculine ou féminine; on les admit sans 
discuter au rang de la bonne noblesse du pays. Au dehors 
on les discuta davantage. Ecoutez plutôt ce récit contenu 
dans une correspondance de 1565, adressée de Bruxelles au 
cardinal de Granvelle par le prévôt Morillon et le capitaine 
Pierre Bordey, ses confidents habituels. « Le jour de saint 
Nicolas, qui fut avant-hier, advint au soir un stratagème au 
lougis de M. de Montmartin qu'il donnoit à soupper à Mons' 
de Rye et au comte Charles de Mansfeldt [et autres con- 
vives], entre lesquelx esloit le s^ de Vayte, qu'est le petit 
Bouclans; lequel, ayant beu au conte Charles [commandant 
des armées impériales] et luy réitérant par deux ou trois fois : 
J'ai beu à vous, ne me voulès vous point faire raison? Pour ce 
qu'il n'usoit point du tiltre de monseigneur et qu'il n'avoit 
point le bonnet à la main. Ton dit que M. de RyeJ luy osta le 
bonnet de dessus la tête par dédain. Et comme ledit Bou- 
clans dit qu'il estoit gentilhomme et en sa qualité aussi bon 
que personne que fusse à la compagnie, ledit s' de Rye luy 
donna ung démenty et le comte Charles lui jeta des assiettes, 
dont de deux qu'il jeta l'une l'ataignit au visage, et, avec 
hurlerie, il fut chassé hors de table » W. 

ces mots : Jehan Lalemaud , chevalier, baron et seigneur de Bouclans et 
deVaites [1560]. (.1. Gauthier, Répertoire archéologique du canton de 
Roulans, im).) 
(1) « Itruxelles, 9 décembre 1565. — M. le Prince d'Orenge a tant 



— 191 — 

C'était Charles Lallemand, le fils de Jea^i, auquel arriva, 
pour s'être frotté de trop près et « avec trop grande pri- 
vauté 3> à de trop grands personnages, cette plaisante mésa- 
venture. 

On s'en souvint, sans doute, dans sa famille et ses arrière- 
neveux, car lui ne laissa point d'enfants légitimes, eurent 
peut-être à cœur de se venger de pareil dédain. 

Cent ans plus tard, vers 1660, les officiers du bailliage de 



. faict, que Lint (la seigneurie de) demeure au docteur Hermès garde des 
chartes de Flandres, en paiant i¥ florins au sieur de Vayte, qui pour être 
plus favorisé portait les flesches, dont hier pour sa récompense, le comte 
Charles de Mansfeld, commandant des armées Impériales, luy rua son plat 
après la teste, parce que, veuillant boire à luy il semblait user de trop 
grande privante ou qu'il ne lui donna ses liltres; que fut à faire à la table 
de M. de S. Martin, où estoit le s»" de Rye qui attisa le feug et plusieurs 
aultres qui disoient mille maul\ au petit homme, qui fut saige de se retirer 
ou piz luy fut advenu. L'on nte dict qu'il at étA touche au visaige d'un 
trenchoir.. » (lettre de Morillon au cardinal de Granvelle, 11, l()5-167, et 
Correspond. Papiers d*Etnty Bruxelles, 1877, I, 61.) 

Voici comment Pierre Bordey, capitaine de Faucogney, mandait le même 
fait au cardinal dans une lettre du 8 décembre 1565 : 

« Le jour de S. Nicolas qui fut avant-hier, le petit Monseigneur d'Austrate 
partit pour l'Allemagne, et ce mesmo jour au soir, advint un stratagème au 
lougis de M. de Montmartin, qu'il donnoit à soupper à Mons** de Rye et au 
comte Charles de Mansfeit et à aultres compagnies, entre lesquelx estoit le 
s' de Vayte, qu'est le petit Bouclans [il s'agit de Charles Lallemand, sflf de 
Vaites, fils de Jean Lallemand, s»' de Bouclans, secrétaire intime de Charles- 
Quint, arrêté en 1528, et de Anne Hanneton], lequel ayant beu ou beuvant 
au comte Charles et luy réitérant par deux ou trois fois : J'ai beu a vous, 
ne me voulés vous point faire raison? parce qu'il n'usoit point du liltre de 
seigneurie ou monseigneur et qu'il n'avoit le bonnet à la main, Ion dit que 
M. de Rye luy osta le bonnet de dessus la teste par dédain. Et comme ledit 
Bouclans dit qu'il estoit gentilhomme, et en sa qualité aussi bon que per- 
sonne que fusse a la compagnie, ledit s"" de Rye luy donna ung demnnty et 
le comte Charles a luy rua coup d'assietes dont, de deux qu'il luy rua, l'un 
Tataignit au visage et avec hurlerie, il fut chassé hors de la salle. 

» Ainsi le m'a-t-on au soir compté. Voila comme les choses passent; et 
ne luy ont proffilé les flesches qu'il porte. » [Les flèches dont il est ques- 
tion servaient de ralliement et d emblème à certains conjurés des Pays- 
Bas, au moment où le cardinal de Granvelle dut en abandonner le gouver- 
neroenL] 



k 



~ 192 — 

Dole, dans un procès -verbal, dont il nous reste copie, consta- 
taient dans la cîiapelle seigneuriale de Souvans, dédiée à 
Notre-Dame, l'existence de huit tombes, dalles armoriées 
ou simples iiluli, commémoratifs des aïeux de la maison de 
Lallemand (^). 

Dans Tordre chronologique ces inscriptions énuméraient 
successivement : 

a. Jacques Lallemand, seigneur d'Aybe près Rochefort, 
mort le 13 décembre 1300 (2). 

b. Jean Lallemand I, écuyer d'Othon IV, comte de Bour- 
gogne, mort en 1302 (3). 

c. Wolfrand Lallemand et Conrad son frère, tués sous Be- 
sançon, à la suite du duc de Bourgogne, en 133H (*). 

(1) « S'ensuit la teneur des escripteaux escriptz sur une chacune des 
tombes estant posées et mises en la chappelle fondée à Souvans par les 

nobles seigneurs Lalemands (voir plus loin les textes épigraphiques 

rangés dans l'ordre chronologique, de 1300 à 1502). 

L'escript qui se peult lire sur lad. tombe en datte de l'an mil trois cens 
et unze armoyée des mesmcs armes, l'espée d'arme traversant. 

La septième se trouve armoyée des mesmes armes ne se pouvant lire 
l'escript a cause de la caducité. 

La huitième et dernière de la chapelle se trouve de l'an mil quatre cens 
et porte icelle ses quatre quartiers scavoir : Lalemand, Jouffroy, Grozon et 
Augerans, le tout bien recognut; et est la sépulture de Jean Lalemand, 
second fondateur de la chapelle. 

Et par ce que le tout estant bien recognu en la forme .... nous et les 

susd. préseiitz les avons requis signer en la forme cy dessus par 

avec nous en signe de vérité les an jour et mois susd. Ainsy signé sur. . 
le besoigné : De Butte, A. Oudot, F. Raclet, F. Brenier, R. Perrenet et 
J. Renion ainssy signé comme notaire : Renion. » (Cop. du xvn« s., vol. 
2036" du fonds Boisot (auj. ms. 1"206, fol. 75 v«-77 r*, Bibliothèque de 
Besançon.) 

(2) « Memoria dni. Jacobi Lalemand militis ac domini d'Aybe prope 
Rochefort. ObiU autem die sanctae Luciae anno millesitno ccc*. » 

(3) « Joannes Lalemand dapifer Othonis comilis Burgundiae, anno 
millesimo ccc" secundo dapifici sub hoc tumulo jacet. » 

(4) « Wolfrandus Lalemand ac Conrardus ejus frater, olim milites 
in servilio ducis comilis Burgundiae^ anno millesimo cccxxxvi occm- 
buerunt apud Crisopolin. » [Remarquons que Besançon est appelé Chry- 
sopolis, habitude perdue depuis le xii« siècle !] 



— 193 — 

d. Rodolphe Lallemand, fils de Conrad, écuyer, et Etien- 
nelie de Grozon, sa femme; ledit Rodolphe (frère de Tho- 
mas, tué à Poitiers en 1356) mort le 4 mars 1388 (1). 

e. Jean Lallemand II, écuyer, fils de Rodolphe, maître 
d'hôtel de la comtesse Marguerite de Vergy, dame de Sou- 
vans, fondateur de la chapelle de ce lieu, mari de Claudine 
d'Angerans, 20 août 1392 2). 

f. Guillaume Lallemand, écuyer, fils de Jean, et Oudette 
de JoufTroy sa feinme, et Jean Lallemand, prêtre, fondateur 
de la chapelle avec Etienne Lallemand, fils de Guillaume, 
5 décembre 1398 i3 . 

g. Etienne Lallemand, écuyer, fils de Guillaume, 21 dé- 
cembre 1405 W. 

h. Girard Lallemand, tribun des soldats, mort en 1405, à 
l'entrée du duc Jean-sans-Peur à Paris (5). 
». Hugues Lallemand, chevalier, commandant des troupes 



(1) I Cxf gisent Rodolph Lalemand, filz de Conrad, escuier^ et da- 
moiêelle Estiennette de Groson, sa femme, lequel Rodolph fut frère de 
mee. Thomas, chevalier mort à la bataille de Poictiers, et trespassa 
l*an mil trois cens quatre vingt et sent le quart de mars, » 

(2; « Cy gist Jean Lalemand, escuier, filz de Rodolph maistre d'hos- 
tel de la comtesse Margueritte de Vergy, dame de Souvans, lequel fut 
premier fondateur de ceste chapelle et trespassa le vingtiesme d'aost 
Van mil trois cens quatre vingt et doute, sa femme damoiselle C/ati- 
dine d'Augerans est enterrée aux sosurs de Poulligny, » [Notons en 
passant que les sœurs de Polignv% c'est-à-dire les Clarisses, ne Turent fon- 
dées que vers 1418.1 

(3) « Cy gisent Guillaume Lalemand, escuier, filz de Jean, et Oudette 
de Jouffroy, femme dud. Guillaume, et messire Jean Lalemand, père^ 
fondateur de ceste chapelle avec mee. Estienne enfans desd Guillaume 
et Oudette, lequel mee. Jean trespassa le cinquième de décembre l'an 
mil ccc im«* XVIII. » 

(4) « Cy gist Estienne Lalemand, escuier, filz de Jean Lalemand 
fondateur de ceste chapelle avec Jarob son fi'ère, et dalle Bonne de 
Plaine fetnme dud, Estienne, lequel treupassa le jour saint Thomas, 
M.cccc.v. » 

{5) « Hic jacet vir fortissimus olim Gerardus Lalemand tribunus 
militum dum Joannes dux et cornes Burgundiœ lictor [Parisios] in- 
grederelur anno Dni. cccc.v. y> 




— 194 - 

à rentrée de Charles-le-Téiuéraire à Liège, en i4()8 0). 
j. Pierre Lallemand. écuyer, mort à la bataille de Moral, 
en 1476.2). 

k Guillaume Lallemand, fils de Guillaume Lallemand le 
Vieux et de Louise de Rosey, et Catherine Boudier sa 
femme, morts en 1500-1502 (3). 

Comme on le voit, tous ces Lallemand avaient su mourir 
très honnêtement, très brillamment même en servant et 
suivant leur prince à Besançon, à Poitiers, à Paris, à Liège, 
à Morat et le dernier en date, Guillaume, le mari de Cathe- 
rine Boudier, le père du conmiis-greffier de Dole, semblait 
faire tache après tant de héros superbes, quoiqu'on eût amé- 
lioré sa condition roturière. 

Et cependant, c'était le seul authentique des aïeux de Jean 
Lallemand; tout le reste, imaginé pour créer des degrés 
fantaisistes, et, qui sait, pour effacer, sous le poids d'actes 
héroïques et d'aïeux illustres, Téraflure qu'avait faite à 
Charles Lallemand, baron de Vaite, le plat d'étain lancé par 
le général impérial Charles de Mansfeldt, était, nous allons 
le démontrer rapidement, une pure fantasmagorie. 

Et d'abord, toutes les inscriptions transcrites dans la cha- 
pelle de Souvans pèchent par leurs caractères intrinsèques, 
une seule exceptée, la plus récente et la plus modeste, 
gravée, on s'en rend compte, pour relier en apparence Jean 
Lallemand, le grand homme de la race, à dix aïeux imagi- 



(1) « Memoria Hugonis Laletnand, milUia, legatns in exercitu Philippi 
Burgundiue et deinde tribunus mililum dut» Leodium Carrolus ew- 
pugn«:rel antio Dni. rniUesimo cccc sexagetdmo octavo » 

rî) « Mémoire de Pierre Lalemand, escuier. El mourut au service de 
.Iftmseig rieur le duc et comte Charles a la bataille de Morath, contre 
U. Snygaes. » 

(3 (' Ciigiysent Guillaume Lalemand, escuier. filz Guillaume le viel, 
damoi-selle Louijse de Hosei/f sa femme, et Guillaume Lalemand le 
jeffiue U'ur^i /Hz, dalle. Catherine lioudier sa femme, lequel Guillaume 
U jeusne irespassa le vingt septième de février Van mil cinq cens et 
un, sad. femme le vingt cinquième de février l'an mil ei cinq cens. » 



— 105 - 

naires. On ne voit jamais, dans aucune des i,000 à i,500 épi- 
taphes du xii* au xvr siècle, dont le texte nous est parvenu, 
des textes lapidaires conçus comme les inscriptions de Sou- 
vans. Le tribunus militum de 1405 et de 1468, le Criaopolis 
de 1336, ne sont nullement conformes aux habitudes litté- 
raires du XV* ou du xiv« siècle. 

Les caractères extrinsèques sont encore plus inquiétants. 
Les Jouffroy n'étaient pas connus en 1398; les de Plaine 
n'avaient pas encore, en 1405, la noblesse qu'ils ne con- 
quirent que vers 1450; la chapelle N.-D. de Souvans était 
loin d'appartenir à la famille de Lallemand en 1398, lors 
d'une soi disant fondation attribuée à Jean Lallemand, 
prêtre, et Etienne Lallemand son frère; puisqu'elle appar- 
tenait en 1506 aux familles de Darbonnay et d'Anglure (1). 

I^ série des tombes et des inscriptions de Souvans cons- 
titue donc une création intégrale, faite pour renforcer ses 
quartiers, par l'un des descendants de Jean Lallemand. 
N'ayant pas reculé devant un groupe pareil d'inscriptions 
fictives pour élayer huit degrés généalogiques, l'auteur ano- 
nyme de cette création imagina un point d'appui parallèle, 
et en faisant graver, dans l'église des Cordeliers de Dole, 
une épitaphe par Nicolas Lallemand, fils de Jean, mort le 
24 avril 1585, la même main que je n'oserais qualifier de 
pieuse, y rappela sommairement « que sa famille a été illus- 
trée depuis 1200 par plusieurs chevaliers et grands capi- 
taines » (2). Quel était cet auteur, quelle était cette main? 



(1) Poiiillé diocésain, v» Souvans, G 1, p. 581-582 (.Arch. dn Doubs). 

(2) « Aux Corde. iers de Dole, dans la nef du côté du septentrion, est 
rinscriplion de « messire Nicolas de Ijalemand, seigneur de Crissey, 
Belmont, etc.^ bienfaiteur du co.ivenl, décédé le ^25 avril i585. Sa 
noble famille a été illuntrée depuis iWO par plusieurs chevaliers et 
grands capi^.aineSy spécialement par messire Jean de Lalemand, père 
de Nicolas, chevalier, baron de ttouclans et Vaite, seigneur de Crissey, 
Bellemonty Augerans^ Groson, etc., plénipotentiaire auprès des pHnces 
pour sa patrie. » — J. Gauthier. Recueil d*EpUapheSy u* 51 (Bull, de 
TÂcadémie de Besançon, 1901). 



— 196 — 

Tout fait supposer que ces supercheries sont l'œuvre de 
Claude François de Lallemand, baron de Vaites, capitaine de 
cuirassiers, qui obtint de Philippe IV le titre de baron de 
Lavigny, le 20 novembre 1603. Ayant à solliciter un titre de 
la faveur royale, il dicta puis produisit le certificat complai- 
sant de 16H0, dont la lecture, singulièrement suggestive, 
supplée seule aujourd'hui, puisque la chapelle de Souvans 
ne contient plus aucune tombe, aux inscriptions funéraires 
qui, jadis, vraies ou fausses, ont pu lui servir de dallage. Ce 
qui justifie notre hypothèse, c'est, avec la date relative du 
certificat émané du baillage de Dole, ce fait très concluant 
que les personnages visés dans les soi-disant tombes de 
Souvans sont cités dans le même ordre dans les patentes de 
Philippe IV (•). Cette série fictive fut du reste insérée in ex- 
ie7i80 dans la Chenaye-Desbois où elle remplit à elle seule 
dix degrés, tous faux (2). 

Notre démonstration est donc finie, mais une conclusion 
s'impose. 11 est un texte tiré de la sagesse des nations qui 
reste éternellement vrai d.ins tous les temps et sous tous les 
régimes: Superhia ascendil semper. Ce texte recommande, 
comme nous le recomm«Tndons nous-mêmes, une méfiance 
accentuée vis à vis de toutes les généalogies, et une pru- 
dence extrême dans l'examen de toutes leurs preuves et la 
justification de tous leurs degrés. 



(1) Krection de la baronnie de Lavigny, 1663, fol. 92-97 du ms. 1903 [Bi- 
bliothèque de Besançon). 

(2) La ChenayK'Desbois, Dict. de la Noblesse, 1770, v« de I^llemainl. 



— 497 — 



PIÈCES JUSTIFIG\T[VES 



1. — Livre de raison de Jean Lallemand, baron de 
Bouclans, secrétaire d'Btat de Cliarles-Quint (1536- 
1560). 

1. — [Pierre Lalemand fut né à Montigny le may 1536 (?)] 

environ l'iieure de vespre, et fut son parrain M** le cardi- 
nal de La Bauhne, evesque de Genefve et depuis archevesque 
de Besançon, et marraine dame Guillemette de Ghaussin dame 
de Vauldrey, baptisé en l'église S*- Grégoire dudit Montigny et 
pour patron la S^e Croix en may et madame S*'^ Anne. 

Maiié à damoiselle Jeanne de Montfort. 

2. ~ Jean Lalemand fut né à Boudans le 8« aost 1537, baptisé 
miraculeusement à Nostre Dame de Beauprel par messire Jean 
Boisset, mon chapellain, et enterré audit lieu près le grand 
haultel devant le cyboire. Et avoit sa recommandation vouée à 
la Visitation Nostre Dame. 

3. — Claudine ma fille fut née audit Montigny, le mecredy 
dernier jour de septembre 1538, entre cinq et six heures du 
soir, baptisée audit lieu. Ses parrains furent damp Jehan de 
Maisierres, abbé de Rosières, marraine dame Claude de Rye 
dame de Rolle et Costebrunne. Et ast pour patrons Monsieur 
S» Hyerosme et Monsieur S^ Claude où elle fut porté au ventre 
de sa mère audit an 1538. 

Mariée avec Claude de Cicon s^ de Rischecourt et Gevigny, 
et est enterré audit Gevigny, a laissé un fils dudit s^* nommé 
Marc de Cioons. 

4. — Claude Lalemand , mon fils , fut né audit Montigny le 
mecredy 22* de may 1540, environ les onze heures devant midy, 
baptisé audit lieu. Furent ses parrains mee. Claude de La 
Baulme, mareschal de Bourgogne, maraynne dame Antoine de 




- 198 — 

Longvy, de Rye et de Rahon. e! pour patrons M^S» Claude et le 
S* Sacrement son protecteur, car il fut né la veille de la Feste- 
Dieu. 

Marié a damoiselle Anne de Mailly de laquelle a heu deux 
fils, mourut en sa maison a Bel mont le 23' doctobre 1585 et est 
enterré en la chapelle dudit lieu ; l'un de ses fils at esté marié 
en l'eage de vingt et deux ans avec damoiselle Catherine de 
Montrichard, en l'an 1581, que fut quattre ans avant le Irespiis 
dudit fils s*" son père. 

L^autre fut marié a N. de Chaffoy mère de Mons*" de Vailles 
vivant 16CI. 

5. — Catherine ma fille fut conceue et engendré audit Monti- 
gny porté au ventre de sa mère en Flandres, en Tan 1541 ; au- 
quel an, le 22^' d'aost, au retour dudit Flandres, fut né audit 
Montigny, environ l'heure de neufz avant midy baptisé ledit 
jour et pour parrain damp Vincent Marlet abbé de Billon et da- 
moiselle Claudine du Vernoy dame d'Usye. 

Fut mariée a Philippe de Sambye s*" de Montjouran. 

G. Guillaume Lalemand fut nez audit Montigny, le dernier 
jourdaost 1542, par un jeudy à unze heures devant midy. Par- 
rains mee. Louys de Vers abbé de Mont-S^e-Marie, maraiime 
dame Anne de llay, dame de Uoulans et Poupet, et par sa spé- 
ciale advocation la Nativilé Nostre Dame. Sie Anne et S'e Ana- 
Ihoille. Louyse sa femme Hit à S* Denys rendre sa dévotion à 
pied. 

Marié à damoiselle Loyse de Grospain. 

7 — Nicolas Lalemand fut nez audit Montigny le sambedy 
16« du mois de febvrier 1542, environ les huit heures du soir du- 
dit jour, audit Montigny. Et heust pour parrain m^e. Nicolas 
Perrenot s»* de Grandvelle, et marraine damoiselle Barbe Faul- 
quier, dame de Grandvaux et pour spéciaulx advocatz et protec- 
leurs iM"" S^ Jacques et en espéciale recommandation la Purifica- 
tion Nostre-Dame. 

Marié à damoiselle Eve de Melligny, de laquelle a laissé 
lieux filles nommez Françoise et Jeanne Baptiste ; mourut à Dole 
le vingt quattrieme du mois de juillet 1585 et est enterré au 
cloislre des cordeliers dudit Dole. 



i 



— im - 

8. — Et depuis, assavoir le 13 de juin 1545, dame Anne Hanne- 
ton, ma femme, mère desd. enfans, fust malade au lieu de Bou- 
clans deux jours après le trépas de feu Monsieur de Domprel. 
Et dura sa maladie jusques au mardy rieufvième jour de mars 
diid an, jour de lafeste des Quarante Martirs, environ les huict 
heures du soir aud. Montigny, la où elle estoit venue la veille 
de feste sainct Symon et Jude, précenden lequel jour de mardy, 
ayant disposé de son testament et receu tous ses sacrements, 
elle rendit son ame à Dieu, que je supplie icelle colloqiier eh 
son sainct paradis. Amen. Amen. Et est au charnier de nostre 
chapelle de Bouclans. 

9. — Et le 18 de septembre de l'an 1560, mce. Jean Lalemand 
chevalier, seigneur de Bouclans, Vayte, etc., mary de lad dame 
Hanneton et père des susd., mourut aud. Montigny après avoir 
deparly et disposé de ses biens à sesd. enfans Dieu le vuiile 
colloquer a son sainct paradis. Amen. Est aud. charnier de 
nostre chapelle de Bouclans. 

(Fol. 74-75, n« 2036», BoisoT. Aujourd'hui ms. 1206, BibL de Besançon.) 



H. — Livre de raison de Pierre Lallemand, marié à 
Jeanne de Montfort (1568-1574). 

Sur les feuillets de garde A-B d'un manuscrit sur vélin ; Heures fla- 
mandes du XV* sièclej se lisent, prôcédces des monogrammes, noms et 
devises de Pierre Lallemand et de Jeanne de Montfort sa femme [Quoy 
qu'il 8oU, Lalemand, 1568; — Nul n'ij peuU, Pierre Liilemand ; — Tel 
est l'heur^ Jeanne de .Montforl), les nativités -suivantes, écrites par le pos- 
sesseur du volume : 

1. — Mathye Lalemand fust née à Montigny, le sanbedy sep- 
tiesme jour d*aoust, envyron cinq heures au soir, Tan 1568. Et 
furent parain messyre Jacques de ïholonjou dict de Vienne, 
S' de Ruffey et chev. de l'Ordre de France, et dame Mathye de 
Cleremonf, ausmonyère de Remyremont, marrayne. Loué soit 

[Dieu] escript a nobis a 1 transnotavi septimus decembris 

anno 1568. 

2. — L'an mil cinq cens soixante treize, Anne Pierre Lale- 
mand fust né le dymanche jour de feste saincte Trinité 17 de 



- 200 — 

may, environ les trpîs heures au malin avec le poinct du jour el 
la plainne la lune, vint au monde et fust tenus sur les fonts par 
messire Pierre de Grachault, chev., s' de Raucourt , et dame 
de Coue dame de Montfort. Dieu soit loué le 17 de (Amen) may 
1573. 

3. — Claude Lalemand fut né à Montigny le dy manche huic- 
tiesme d'aoust, Tan 1574, environ neuf heures el demye du 
matin et fust baptizé le 11 dud. moys sur les fonts de Téglise 
dud. lieu et furent ses parain Claude Lalemand, s** de Bermont, 
et dame Dorothé de Montfort, dame de Kemi remont, commère. 
Dieu soit loué. Amen. 

(Feuillets de garde du ms. 125. BiOl de Besançon.) 



Société d'Émulation du Doubs, 1902 




Sceau et aianatures de Jean LaN6mflnd-1525-tS35 



UN MÉDECIN GOGOUYERNEUa DE BESANCON 

AU XVII< SIÈCLE 



ÉTUDE 



JEAN GARINET 

(1575-1657) 



Par le D' Henri BRDGHON 

MEMBRE RÉSIDANT 



Séance du ii janvier i902 



La grande obligeance d'un collègue a fait arriver entre mes 
mains la copie du Livre de raisoji d'un des médecins les plus 
appréciés de Besançon, au commencement du xvii*' siècle, 
Jean Garinet. 

Ce qu'était un livre de raison, la plupart de mes lecteurs 
le savent aussi bien que moi ; peut-être en ont-ils trouvé 
dans leurs archives familiales. Nos pères avaient l'habitude 
de consigner sur un cahier spécial, sur la marge de Tœuvre 
de leur auteur favori, sur celle de leur livre d'heures, voire 
sur celle de leur registre de commerce, les faits importants 
de la vie de famille, de la collectivité à laquelle ils apparte- 
naient, les événements intéressant leur région ù tout point 
de vue, qu'il s'agisse de phénomènes atmosphériques, cli- 
matériques ou de faits politiques ou historiques. Par ces do- 
cuments, l'histoire locale se complète ou s'agrémente d'anec- 
dotes, d'incidents intéressants. Nous pouvons aussi, grâce 
à eux, reconstituer ce que pouvait être la vie d'un noble, 
d'un riche bourgeoi.^, d'un négociant, d'un avocat, d'un mé- 
decin, à telle ou telle époque. 

14 



— 202 — 

Garinet, qui fut un personnage important de notre cité, 
nous a laissé pour ce faire des matériaux nombreux ; car, non 
seulement il a rédigé un livre de raison, mais il a annoté les 
marges des éphémérides imprimées dans un Prompivairc 
qui ne le quittait jamais (';. 

Je voudrais vous exposer ce que fut ce docteur en méde- 
cine, co-gouverneur de Besancon pendant plusieurs années. 
Nous retrouverons au cours de sa vie quelques faits curieux 
se rapportant à Thisloire de notre cité. 

Nous envisa^-erons Jean Garinet comme homme privé, 
comme médecin, comme observateur, et enfin comme ma- 
gistrat municipal. Ce dernier titre prouve une fois de plus 
qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil, et qu'aussi liien au 
xviio siècle que de nos jours les disciples d'Hippocrate ne 
dédaignaient pas de briguer les suffrages populaires et de 
diriger leurs concitoyens. 

Père de famille excellent, médecin estimé et aimé de ses 
malades, administrateur politiipie intègre et habile, croyant 
ctjnvaincu, observateur intelligent de tout ce qui se passait 
aulcKir du lui. aussi bien comme laits historiques que connue 
phénomènes jihysitjues, Garinet ne devait pas rester un in- 
connu pour ses concitoyens actuels. Tel est le but que je me 
suis proposé, espérant vous y intéresser. 

Les médecins de Besancon étaient déjà, au xvir siècle, 
assez nombreux; ils appartenaient pour la pluparlà la bonne 
et haute bourgeoisie. Dès le xv^' siècle nous les trouvons 
désignés sous le nom de noble honnne ou de sage et hono- 
rable mailre. L'und'enire eux, Lyon de Brye, était chevalier 
en arnjes et docleur en médecine; d'autres praticiens de notre 
région, lurent chanoines ou conseillers des ducs de Bour- 

(1) i^romplnaiic de tout ce qui al arrivé de plus digne de wémoii'e 
depuis la créalio.t du monde jusques <"/ prrsent, par Jean d'Ongois Moii- 
iiien. — i^aris, Jean de IJordoaux, tôT'J. 

Voir.1. Gauthier, Livides de raison franc-comtois (Bullelin de l'Acadé- 
mie de Besançon, 1886, 135). 



— t>03 — 

gogne. M. Castan a fait connaître un médecin municipal de 
Besançon en 1546 (1). Il devait prendre les mesures néces- 
saires pour éviter les épidémies de peste, soigner les ma- 
lades môme nécessiteux, surveiller les officines, examiner 
avec les commissaires municipaux les nouveaux docteurs 
venant exercer dans la ville. Son traitement représentait la 
centième partie du revenu de la commune. En 15:?0, parmi 
les ordonnances municipales, rédigées parle secrétaire de la 
cité, Jean Lambelin, sous les auspices de Gauthiot d^Ancier, 
le petit empereur bisontin, nous trouvons des dispositions 
relatives à l'exercice de la médecine. « D'autant que les 
choses de ce monde sont plus chières et plus précieuses, 
d'autant plus est-il nécessaire de pourvoir à icelles avec 
plus d'assurance. Or est-il que les corps et créatures rai- 
sonnables sont trop plus dignes que les biens de ce 
monde : par quoi il faut avoir plus d'esgard sur Tétat des 
médecins » (2). 

Les médecins devaient, à leur arrivée, se présenter à la 
municipalité, passer un examen d'aptitude professionnelle 
devant un jury de médecins-députés, et de commissaires de 
la ville, prêter serment de fidélité à la commune. Ils devaient 
soigner les malades, pauvres ou riches, en toute conscience; 
après avoir étudié la maladie, ils formulaient (Dieu aydant) 
au profit des dits malades. Ils devaient assistera la prépara- 
tion de leurs ordonnances, avaient le droit de constater la 
bonne qualité des drogues, et, si elles étaient mauvaises, de 
les ruer au feu ou à la charrière (rue) « afin que le malade re- 
couvre santé et ne perde ni vie, ni argent et que le médecin 
ait honneur et ne le compromette pas ainsi que sa pratique. » 
Les docteurs devaient, avec les coininissaires municipaux, 



(1) Mémoires de la Société d'Emulation du Doubs, 1880. 

{"2} Manuscrit des Archive* de IJosanron, cilé par B. Prost. — PROST, 
Documents pour servir à VhUloire de la Médecine en Franche-Comté, 
1881. 



— 204 — 

inspecter les otticines. Ils devaient dénoncer les cas de peste 
« pour qu'on puisse y remédier et sauver le reste de la cité 
à 1 aide de Dieu et des bons saints *. 

Le praticien qui avait découvert un cas de peste et visité 
un pestiféré devait se retirer, s'enfermer dans sa maison et 
ne communiquer avec personne d'autre que les siens. C'est 
ce que Ton appelait la barre. 11 pouvait, de chez lui, conti- 
nuer à soigner ses clients, mais, sans les voir et les appro- 
cher ; ce qui ne manque pas pour nous d'un certain piquant. 
En cas de peste conlirniée, il y avait des médecins d'épidémie 
spéciaux; mais tout praticien pouvait rester auprès de son 
ou de st's malades ou dans le quartier atteint, avec la per- 
mission de la municipalité ; en ce cas, il ne devait pas ap- 
procher des autres maisons et des aulres citoyens, ainsi que 
les médecins de la peste. S'il obtenait l'autorisation de sor- 
tir, il se tenait au milieu de la rue, en ayant soin d'avertir ou 
de faire avertir qu'on ne rapprochât pas. En 1590, l'arche- 
vêque de Besançon, Ferdinand de Rje, recommande aux 
médecins, dès la première visite, d'exhorter le malade à se 
confesser, pour ne pas l'elTraycr et aggraver son état en le 
faisant plus tard. Si, au bout de trois jours, le i)atientne s'é- 
tait exécuté, le médecin devait l'abandonner, sous peine de 
>e voir interdire l'entrée de l'église, d'être taxé d'infamie, 
déchu de son grade et frappé d'amende (*;. 

En novembre 15D7, une ordonnance de l^hilippc II exige 
que les médx^cins soient gradués « es fameuses et appreu- 
vées universités, autrement ne seront tenus et réputés des 
qualités à eux iloimées par telle promotion. » 

Seize ans auparavant, le même souverain, à la réquisition 
des Etals de la province, avait « prohibé à tous d'aller étudier 
uu résider hors des terres de son obeyssance, sans permission 
de la Cour, qui se donnera à temps et pour lieux où notoi- 
rement la \\i\)ii religion catholique, apostolique et romaine 

(Ij I^H0:ST, d'après Statuta seu deci-eta synodalia JJisunliiiHi diocesis» 



— ros- 
sera gardée; à charge d*au retour apporter deues attestations 
des magistrats, évoques ou curés des lieux où ils auront es- 
tudié et résidé, d'avoir vescu catholiquement ; desquelles 
attestations seront prinses copies par le greffier de ladite 
Cour etenfilacées et gardées ». Le parlement de Dole, en 
décembre 1607, promulgue des dispositions analogues, sous 
peine d*être déchu et privé du fruit et de l'effet du grade. 
Enfin en septembre 1649, un éditdu même parlement décide 
que « les docteurs en médecine ne seront admis à Texercer 
rière ce pays qu'au préalable ils n'ayent présenté aux officiers 
des ressorts des lieux de leurs résidences, non seulement 
leurs lettres de docteurs, pour voir s'ils sont gradués en des 
universités sizes rière les est«its de Sa Majesté ou en la Sa- 
piencede Rome, mais encore seront tenus, à peine arbitraire 
et de n'être pas soufferts en l'exercice de leur profession, de 
faire voir auxdicts officiers des attestations authentiques de 
leurs fréquentations et exercer pendant trois ans et avec as- 
siduité et estudes; lesquelles attestations, quant aux études, 
seront signées des recteurs, professeurs, et scellées des 
sceaux des universités où ils auront estudié, et quant au dit 
exercice, il sera attesté avec sceaux par des officiers ou 
magistrats des lieux où ils auront pratiqué la médecine » ("l). 

Je me suis laissé un peu entraîner par ce court aperçu de 
l'histoire de la médecine, mais, il était nécessaire de savoir 
quelle était la situation professionnelle de notre concitoyen. 
J'aborde maintenant sa véritable biographie. 

Jean Garinet est né en 1575, à Montfaucon '2). n quitta 
Besançon à l'âge de vingt ans, fut reçu bachelier en philo- 
sophie en France à Tournon, en Vivarais. Il fit ses études de 
médecine à Avignon et obtint le grade de docteur en 1605. 



(1) PÉTRKMAND, Recueil des Ordonnances et Edictz de la Franche- 
Comté de Bourgogne. — Jobelot, Suite du Recueil des Ordonnances 
et Edicts de la Franche-Comté de Bourgogne. — Prost, loc, cil. 

(2) A. Castan, Notes sur l'Histoire municipale de Besançon, 1898, 
p. 102. 



— t«)6 — 

Plusieurs de ses amis lui dédièrent à cette occasion de sa- 
vantes ou piquantes épigrammes latines dont je vous fais 
grâce. Sur sa soutenance de thèse, nous n*avons que peu de 
renseignements. Quand, beaucoup plus tard, en 1650, son 
fils Thomas prendra à son tour ses grades dans cette même 
Faculté, nous saurons qu'il a été reçu avec approbation una- 
nime de tous ses juges et que Tarchevêque lui a fait l'hon- 
neur d'argumenter contre lui. De 1600 à 1605, il a vécu assez 
modestement et nous apprenons qu'en v icelles années son 
profict » ne dépasse pas huit cents francs. Il est vrai que la 
monnaie d'alors ne peut se rapprocher de la nôtre. Reçu doc- 
teur, Garinet rentre à Besançon et épouse, le 12 novembre 
1605, une jeune veuve, Guyonne Marquis, fille d'un médecin 
connu de Besançon. En 1606, il est reçu citoyen de la ville, 
sans avoir à payer la taxe ordinaire et obtient l'autorisation 
d'exercer la médecine. Ces requêtes sont d'autant plus faci- 
lement admises que le docteur Marquis est alors co-gouver- 
neur. Assez rapidement notre praticien acquit une belle si- 
tuation. En 1618, on le nomme prieur de la confrérie médicale 
deSaint-Gôme et Saint-Damien. A cette occasion, est donnée 
chez Garinet une série de fêtes, précédées d'un concert à 
trois chœurs avec orgue, i\ l'église des Cordeliers, et d'un 
banquet offert aux trente-quatre musiciens qui ont prêté leur 
concours. Sa clientèle était déjà étendue et il en retirait à la 
fois honneur et profit, ainsi qu'en témoigne un compte fait 
au moment de la mort de sa première femme. La lutte pour 
la vie était déjà, paraît-il, dure à cette époque et peut-être 
se rappelait-on déjà le vieil adage Medicus medico lupus. 
« Voilà le dénombrement, au vrai de ce que j'ai gagné aux 
susdites années quoi qu'il n'y ait manqué de gens qui ont 
employé tous leurs efforts et le crédit des leurs pour rompre 
mes desseins, mais avec l'aide du souverain médecin, de mon 
assidu travail, de prévoyance, le tout accompagné de pa- 
tience, j'ai vaincu Tenvie. Hic enim quatuor modis semper 
hahebis paraium advcrsus invidiae et sycophantarum mor^ 



— 207 — 

sua. » C*est là un sage conseil que l'on peut renouveler de 
nos jours. 

Parmi les clients de ce médecin-philosophe, nous trouvons 
les noms connus de nombre de nobles de notre province, 
de riches bourgeois, de présidents et de conseillers des 
chambres de justice et ceux encore plus nombreux de cha- 
noines, d'abbés, de supérieurs de couvents. Je cite au hasard 
Léopold d'Oiselay, comte de Cantecroix, grand écuyer des 
Archiducs, chevalier de la Toison d'Or; le comte de Saint- 
Amour, le baron de Scey, rarchevèque Claude d'Achey, 
MM. de Granvelle, deLoray, d'Auxon, de Saône, lu c imtesse 
de FVjussillon, etc. L'année de son veuvage, à la recjuête de 
l'abbessede Picrnirernont, à la sollicitation du docteur Nar- 
din, Garinet accepte la charge de médecin du duc de Bavière, 
à gage de mille écus, train de cour et laquais entretenus. En 
1633, il est appelé à donner ses soins à la duchesse de Lor- 
raine, pendant son séjour h Besançon. Il la guérit d'une 
lièvre ratarrhale et en reçoit une magnifique bague ornée de 
diamants. Détail amusant et qui choque un peu nos idées 
actuelles, il la revend aussitôt à l'orfèvre qui l'avait fournie, et 
après une longue discussion, obtient enfin, malgré de vaines 
tentatives de dépréciation, la valeur réelle du bijou. 

Médecin d'une grande partie du clergé, on le prie de soi- 
gner les sœurs de Sainte-Marie au prix annuel de douze écus 
« s'il n'y a pas de maladies; s'il y en a, il recevra une hon- 
neste récompense. Nous trouvons en marge l'annotation 
naïve suivante : c Je n'en ai été payé que deux fois. » C'est 
encore à Garinet que s'adresse la confiance des Carmélites, 
des sœurs de la Visitation. 

Les nobles personnages de l'époque se faisaient déjà ac- 
compagner en voyage et aux eaux par leur médecin ; en 
prince de la science, l'auteur du livre de raison se fait ins- 
tamment prier et supplier pour accompagner à Spa la com- 
tesse de Saint-Amour. Ce déplacement dure quatorze se- 
maines et entraîne comme dédommagement la somme ron- 



k 



— 208 — 

delette de cent pistoles (la pistole valant plus de neuf francs). 

Praticien très consciencieux et renommé, notre docteur 
s'attache à ses malades et les aime. S'il aie malheur, comme 
tous ses confrères, de les voir succomber en dépit des res- 
sources de l'art, il note mélancoliquement " j'en ai éprouvé 
un desplaisir incomparable. Dieu Tait en sa haute grâce. » Il 
semble avoir été payé en retour de son affection ; on l'estime, 
on l'honore. Ses clients les plus titrés sont parrains de ses 
enfants et ne lui marchandent point leur appui dans sa car- 
rière politique, dans l'obtention de bénéfices pour les siens. 
Chaque année, à l'occasion des grands événements de fa- 
mille, ou de ses succès électoraux, Garinet reçoit nombre de 
cadeaux ; l'énumération en serait prodigieuse et fastidieuse, 
on les adresse à tous les membres de la famille. Ici encore, 
nous retrouvons l'esprit plus que pratique qui nous a déjà 
surpris ; bon nombre de ces dons sont soumis, quand cela 
est possible, à l'estimation de l'orfèvre et souvent convertis 
en argent monnayé. 

Dans les listes innombrables que contient le livre de rai- 
son, dominent les bijoux, les montres, les pièces d'orfèvre- 
rie, de vaisselle d'argenterie, les surtouts de table, les reli- 
quaires, des œuvres d'art, des objets curieux, horloges, globe 
terrestre, tasse de bézoard à l'épreuve des poisons; puis 
viennent d'autres objets plus prosaïques, étoffes pour ses 
costumes, ceux de sa femme, de ses enfants ; une robe à la 
façon de Paris pour sa fille, un chapeau de demi-castor pour 
son fils, des bas de soie, enfin des confitures, des flambeaux 
de cire, des vins, des viandes de mesnagerie, c'est-à-dire des 
salaisons. D'autres de ses concitoyens laissent par testament 
à lui, docteur et ami, un reliquaire, un objet d'art, une 
somme d'argent; parfois, c'est une donation complète ou de 
conséquence, comme une \igne, ou un bénéfice ecclésias- 
tique. Un de ses fils reçoit d'un chanoine la chapelle de Saint 
Jean-Baptiste de Bregille. Quelquefois la bonne volonté des 
donateurs est surprise et annulée. La marquise d'Autriche 



» 



— 209 - 

laisse aussi une chapelle au jeune Garinet. « Je lui suis bien 
obligé de sa bonne volonté, dit notre père de famille, bien 
qu'elle n'ait pas été suivie d'effet » Un chanoine, membre 
de l'officialilé, laisse par testament à son ami un grand ta- 
bleau : « Il l'estime par son testament plus qu'il ne vaut, je 
ne laisse de lui être obligé, c'est un témoignage de l'amitié 
qui a été entre nous par l'espace de 38 ans. » 

De la pratique et du savoir professionnel du médecin bi- 
sontin, le livre de raison ne nous permet guère de juger. 
Les quelques maladies que nous trouvions mentionnées, sont 
des fièvres calarrhales, des fièvres pestilentes que nous rap- 
procherions volontiers de la fièvre typhoïde, des dyssenle- 
ries, des bronchites. En Tannée 1GÎ38, la mortalité fut ter- 
rible à Besançon : « La mort m'a ravi la plupart de mes 
amis, tant du pays, que de la ville ». 

Deux nécropsies sont rapportées dans les éphémérides de 
Garinet. L'une d'elles décrit le cas intéressant de l'abbé de 
Bellevaux, dont la vessie « contenait quatre pierres du poids 
de trois onces » La seconde rappelle la découverte, dans les 
reins d'une femme, de deux gros calculs et de huit petits. 

Plus intéressantes sont les relations des cas de peste à Be- 
sançon. En 1629 la maladie est signalée par Garinet dans le 
quartier Saint-Quentin Conformément aux prescriptions, le 
médecin est barré, condamné à garder le logis trois semai- 
nes ; il en prend gaiement son parti, car il reçoit force ca- 
deaux qui, malgré ses aumônes, lui rapportent encore profit. 
En 4639, une forte épidémie désole la ville, l'auteur du livre 
de raison est encore barré, bien plus, la maladie pénètre chez 
lui. Deux servantes meurent, la quarantaine lui fait perdre 
une somme considérable « Et me serait encore facile de sup- 
porter cette perte patiemment, n'était celle que j'ai fait de 
mon second fils, qui, par sa mort contagieuse, m'a laissé un 
regret qui ne se peut terminer que par la mienne propre ». 

Cette phrase touchante m'amène tout naturellement à vous 
parler de la vie privée, de la vie familiale de Garinet. Nous 



~ ^0 — 

savons (ju'il s'était marié peu après son amvêe à Besançon, 
♦îii 1605, avec une jeune veuve, fille d'un médecin apprécié, 
co-gouverneur de la ville. Guyenne Marquis moui-ut en 16t>2 : 
son époux lui consacre deuxépityphes touchantes. Il se con- 
sole rapidement cependant, puisque. Tannée suivante, il 
épouse Claudine Henry, fille d*un avocat, docteur en droit. 
Les enfants de sa première femme, ses beaux-fils et belles- 
filles assistent à la noce, ainsi rpie son premier beau-frère, 
et lui font de superbes cadeaux. J'ai déjà insisté suffisamment 
sur les dons faits au docteur, en maintes occasions, pour 
qu'on prn>e rpjVn celle-ci ils abomlent. La mariée reçoit 
cinquante-sept bagues en or enrichies de pierrerie.^. (lelle 
seconde union fut féconde, car il en naquit cinq fils et quatre 
filles. La niention de chaque naiss lice est accompagnée de 
la désignation du signe du zodiaque, du (|uartier de la lune, 
du nom du saint dont relève le jour de raccouchement, et le 
bébé fait .son entrée dans la famille, accueilli par cette phrase : 
« Dieu lui fasse la grâce de bien vivie pour bien mourir ». 
Le pauvre père eut la douleur d'assister à la mort de trois de 
ses fils et de deux de ses filles. Les parrains des enfants 
sont toujours de nobles personnages, le comte et la comtesse 
de Cantecroix, le seigneur des Auxons, la comtesse de Rous- 
sillon, le prieur de Morleau, Tarchidiacre de Salins. Tous 
font à leur filleul de magu'fiques cadeaux ; Taccouchée reçoit 
pièces (le confiserie, massepains, pâtés de venaison, volailles 
d'un poids extraordinaire, viandes de mesnagerie. On en- 
voie à la famille des flambeaux de cire jaune, des confitures 
sèches, des dragées ; à la sage-femmti, aux domestiques, on 
fait largesse en argent. 

L'aîné desjeunesGarinel entra aux Minimes et fil le voyage 
de Rome ; il dit sa première messe en iG48 et mourut à l'âge 
de trente ans. Le troisième devint le docteur Thomas Garinet 
qui se rnaria et eut du vivant de son père plusieurs enfants, 
dont un termina le livre de raison. 

Des filles, une seule épousa un docteur en droit, les autres 



— 211 — 

entrèrent au couvent ou moururent en bas âge. De tous les 
documents que nous trouvons réunis dcins le livre de vie, il 
semble ressortir que Garinet fût un excellent père de fa- 
mille, doux et extrêmement bon 

11 fit donnera ses enfants une éducation très complète et 
à ce propos, il lui arriva une mésaventure; le précepteur de 
la famille, sans doute un jeune intellectuel de Tépoque, lui 
déroba une somme assez ronde et des bijoux. Bien que le 
voleur conservât une partie de ses larcins, au su de son 
maître, celui-ci lui fit grâce. « J'ai eu pitié de ce pauvre mi- 
sérable et lui ai donné moyen de se sauver et.de faire bon 
voyage. Dieu lui fasse la grâce de voir et de bien reconnaître 
sa faute. » Ce soubait charitable ne devait pas être exaucé, 
car nous trouvons ce post-scriptum. « Il a été depuis pendu 
et estranglé à Dijon ». Cette fois il dut regretter les bons 
Bisontins. 

Croyant convaincu, notre bourgeois se remet, lui et les 
siens, aux soins de la Providence, du souverain médecin. Il 
est prieur de Saint-Côme et Saint-Damien et plus tard de la 
confrérie des co-gouverneurs et des notables, la confrérie 
de la Croix. Nous savons que plusieurs de ses enfants en- 
trèrent dans les ordres, il fut le médecin et l'ami d'un de 
nos archevêques, de nombre de chanoines et d'abbés. 

L'obtention d'une place d'honneur, d'un banc au pied de 
la chaire de Saint-Pierre, l'achat d'une sépulture dans cette 
église ou dans celle des Carmélites sont pour lui choses 
d'une importance colossale. 

Administrateur zélé de la fortune familiale, il est toujours 
prêt à transiger pour éviter les procès « labyrinthe dont il 
est difficile de se développer. t> Il n'eût pas été Comtois et 
Bisontin s'il n'eut aimé la terre et la vigne. Legs, acquisitions 
nous mentionnent la possession de vignobles à la Grette, à 
la Croix d'Arènes, à la porte de Charment, à Rognon, les 
vergers de la Raye près des fortifications. Les récoltes, pas 
moins qu'aujourd'hui, n'allaient sans déboires ; en 1638, nous 




— W2 — 

trouvons enregistrée, avec forces doléances, la perte géné- 
rale (dans la ville) du vin de Tannée précédente. 

A côté de la partie prosaïque de sa vie, notre docteur 
semble avoir eu des prétentions aux belles-lettres ; c'était 
un bel esprit, comme on disait alors. Il compose des épi- 
grammes, des épitaphes en français ou en latin. Au cours 
de sa vie politique il est seul capable, parmi les gouverneurs, 
d'haranguer en latin le général dos i'a[)ucins, de passage en 
la ville, et qui, ne connaissant pas un mot de français, 
échange des visites avec la municipalité. Il a des nolio^^ 
étendues pour Tépoque en astronomie, tire l'horoscope de 
ses clients, observe avec attention les phénomènes météoro- 
logiques, les cataclysmes qu il nous mentionne comme inté- 
ressant la région. 

Au milieu des événements de la vie de famille, se trouvent 
relevées les particularités des saisons. En 16!23, les abrico- 
tiers fleurissent en janvier; en 1(>'24, ce sont les violettes et le 
bois gentil. Celte dernière année avait été féconde en fruits, 
plusieurs pommiers avaieiil porté deux fois leurs récoltes. 

Nous savons que le ciel de ïîesançon tient rang iionorable 
parmi les ciels pluvieux, c'est peut-être pour maintenir une 
vieille réputation. En 16()6 et en 1020, il y eut procession 
générale avec le Saint-Suaire et la cliâsse de saint Protliade 
pour obtenir la cessation de la pluie qui, avec la grêle, a 
presque universellement gâté les biens de la terre. En 1623, 
un ouragan violent éclata, le vent a été si fort qu'un charre- 
tier et ses chevaux, passant sur le pont de Baume, ont étp 
emportés et noyés. Les cheminées de la ville tombent imi 
quantité En janvier 1045, une autre bourrasque cause di*s 
dégâts pour plus de cent mille écus. Les clochers de l'église 
Saint- Vincent, de la Madeleine, celui des Dames de Battant 
sont découronnés, ou ont leur toiture enlevée ainsi que la 
plupart des mnisonsde la ville, les murs sont renversés. Le 
cyclone ravage aussi les propriétés de Garinet, à la Baye et 
à Montfaucon. 



i 



— 213 — 

Les inondations «étaient très fréquentes ; en 1G51, elles at- 
teignent une intensilô <ju'on ne leur avait point vue (le()uis 
1570. Au cours de la crue, les eaux ont envahi l'église du 
Saint-Esprit et y atteignent comme hauteur trois pieds de 
toise « tellement que pourùter le Saint Sacrement qui était 
sur le grand autel il a fallu entrer dans Téglise avec un ba- 
teau. Toute la sacristie des Gordehers (1) a été inondée à 
trois pieds Les malheureux propriétaires ou amateurs de 
bons vins avaient, comme à présent, leurs caves envahies, 
et trop souvent les tonneaux • espenchaient leur contenu ». 
C'est ce qui arriva en cet»e circonslance, mais notre doc- 
teur a été épargné : t Dieu a voulu que ma cave ait été 
exempte de ce malheur. » 

En 'J615 apparaît une comète (\m annonce, au dire de Ga- 
rinet, de grands malheurs : la mort de l'empereur d'Allema- 
gne, Maihias, de son frère Maximilien, de Timpératrice, enfin 
des guerres qui ravagent l'empire. En 1G50, en l(>5i, on 
ressent à Besançon des tremblements de terre. Le premier 
fut très marqué, t Le bruit m'a esveillé soudainement et me 
semblait que notre maison tombait. Les Mères Cordelières 
ont été tellement effrayées qu'elles ont couru en leur chœur, 
pour prier Dieu, comme ont fait plusieurs religieux et reli- 
gieuses ». 

Contemporain des premières incursions des Français en 
Franche-Comté, Garinel ne devait les passer sous silence. 
En 1620, le duc de Bouillon, de connivence avec quelques 
babitants, tente sur Besançon une surprise qui échoue. En 
1(339, les incursions des Français s'avancent jusqu'aux 
portes de la ville, ils ravagent les fermes de la banlieue, 
emmènent bestiaux et récoltes. Notre pauvre père de fa- 
mille est particulièieinenl é[)iouvé, c'est la même année où 
la peste ravage sa clientèle et lui enlève son fils : « Je puis 
dire avec vérité que j'ai perdu tant par la i)este que par la 

(1; Ancien Collège catholique. 



— 214 — 

guerre plus de huit mille francs, Dieu veuille qu'à Tavenir 
le même mallieur ne me poursuive plus. Cependant j'ai 
entretenu un ménage de plus de douze personnes parmi 
une cherté extraordinaire de toutes clioses, à peine ayant 
reçu depuis le siège de Dole la somme de cinq cents francs 
d'arrérages ». Il s'estime relativement heureux, car il a pu 
se maintenir en sa situation malgré le malheur des temps. 
« Ainsi le hon Dieu m\i assisté do ses libéralités sur les 
grandes pertes que nous faisions, son nom soit béni éter- 
nellement ». 

De ci, de là, dans les Ephémérides, nous trouvons con- 
signés des faits intéressants d'iiistoire générale. 

Kn lOtil meurt le pape Paul V, Grégoire XV lui succéda 
jusqu'en 1023, puis viennent Urbain VIII (16-23-16ii), Inno- 
cent X (1644-1653), Alexandre VII (1655). 

En 1626, le prince de Condé vient, à Besançon, en pèlerin, 
visiter la relique fameuse du Saint-Suaire. En 1650 est re- 
latée son arrestation ainsi que celles du prince de Conliet 
du prince de Longevillo, par ordre de Mazarin. 

En décembre 1620 se fait, à Besançon, une procession 
générale en l'honneur de la prise de Prague par les armées 
impériales commandées par le duc de Bavière et le comte 
de Bucquoy. Garinet apprend au sermon à Saint-Jean que les 
généraux furent convaincus par la prédication d'un canne 
déchaussé de l'opportunité de l'assaut qui leur livra la ville 
le jour de la Toussaint. « Tous les bienheureux nous prête- 
ront la main si vous leur tendez la vôtre », aurait dit le reli- 
gieux. En 1633, le duc de Lorraine, Charles IV et sa femme, 
la belle franc-comtoise, Béalrix de Gusance se rendirent à 
Besançon. L'histoire nous apprend que cette visite d'un de 
ses ennemis exaspéra Richelieu contre la ville libre et fut 
peut-être une des causes des hostilités qui suivirent. 

Le 16 décembre 1638 a lieu le sacre de l'archevêque 
Claude d'Achey, protecteur de Garinet. 

Somme toute, nous voyons (lue ce médecin, en dehors de 



sa besogne journalière et de se.s soucis rte père de frimille, 
prévoyant, s'intéressait à bien des choses et Faisait profit de 
ce quil voyait, entendait, apprenait; il le notait et nous nous 
intéressons aux événements qu'il mentionne. 

Il me reste à vous parler de sa vie politique l>. 

Permettez-moi de vous rappeler, d'après rintéress.int 
ouvrage de M. Gastan, comment s'exerçait le gouvernement 
municipal à cette époque. Tous les ans, chacun des sept 
quartiers de la cité, ou des sept bannières, car chacun avait 
son étendard, éli.sait (|uatre notables, soit vingt-huit en tout. 
Ils avaient un président annuel et nommaient les quatorze 
gouverneurs ou cogouverneui's connus encore sous le nom 
de Messieurs. Chacun de ces dcMuiers présidait leur assem- 
blée au gouvernement par huitaine. Ils possédaient le pou- 
voir exécutif de la ville pendant un an Deux gouverneurs 
étaient affectés à chaque quartier. Ils instruisaient et ju- 
geaient avec le juge impérial, résidant à Besançon, les 
procès de toute nature. Les sentences étaient prononcées et 
exécutées par une des trois cours de justice existant alors, la 
régalie, la vicomte, la mairie. Les arrêts étaient définitifs en 
matière criminelle ; au civil, ils ne pouvaient être réformés 
que par le conseil aulique de l'empire. 

Les notables insp?ctaient leurs quartiers sous le rapport 
de lu police, de la voirie, de la salubrité, ils dénonçaient les 
délits au pouvoir exécutif. Ils avaient le droit de remon- 
trance aux gouverneurs comme organes du peuple et de- 
vaient être consultés pour toute mesure imputante aux procès 
criminels de quelque gravité. Les anciens gouverneurs 



(i) De la carrière inuuicipale de Gariiul, il reste un jeton en cuivre re- 
présentant : au droit, dans une couronne laurêo, ses armes : un petit jars 
[oie, Jarinelus) éployé, le col entouré d'une couronne de laurier^ avec 
la devise : nihil consciue siri; au revers les armes de liesançon, avec 
celte légende : vesuntio civ. imp. libkha, et cet exergue: iji pour : 
LES : COMPTES lit 



— 216 — 

de la cité étaient appelés pour l'établissement des lois ou 
les questions de la politique extérieure. 

Nous avons appris que les doux beaux-pères de Garinet 
avaient été gouverneurs de notre cité. Lui-même fut élu par- 
mi les notables de la bannière de Saint-Pierre en 1626 « par 
la faveur de ses amis ». C'était la seconde année de la ré- 
forme dite intercalarité (ou renouvellement partiel], qui 
avait pour but de réfréner un peu les manoeuvres électo- 
rales. 

De 1626 à 1641, le praticien bisontin est réélu régulière- 
ment. Il ne nous cache pas que les nominations ne se fai- 
saient pas sans brigues et sans intrigues, qui ne l'épargnèrent 
pas, car il était fort connu. Plusieurs fois il réunit le plus 
grand nombre de suffrages sans avoir, il le mentionne avec 
orgueil, jamais usé des comproniissions et des offres d'ar- 
gent que d'autres de ses collègues n'épargnaient pas. Quand 
il est barré pour la pesle, on lui accorde, faveur extraordi- 
naire, d'avoir encore voix délibérative. Le secrétaire vient 
en face de sa maison chercher le vote de notre bon conseil- 
ler municipal pour la nomination des co-gouverneurs et la 
présidence des notables, .[ui échut cette année-là au comte 
de Saint-Amour. 

Cette présidence lui avait été offerte à lui-même dès 1628, 
il l'avait refusée à cause des obligations, charges et scru- 
pules de sa profession. 

En 1641 le sort lui est contraire, il en accuse lui-même 
l'indifférence qu'il avait apportée à la campagne électorale. 
C'est, en effet, le moment de ses chagrins de famille, de 
ses revers de fortune. Ses collègues le regrettent et le loi 
manifestent en lui donnant malgré tout quatorze suffrages 
pour le faire élire gouverneur. Les nouveaux notables ont 
payé cher leur victoire, trois mille francs, somme considé- 
rable pour l'époque ; l'un d'eux a dû sacrifier 500 écus. 

Dès 1642, il reprend sa place à l'assemblée et est nommé 
co gouverneur avec 26 suffrages sur 28 votants. Il reçoit dô 



Société d'Émulation duDoubs, 1902. 



P1.I. 




Armoiries du médecin Jean Garinet 
(fU. J045, Bibl. de BesMnçanJ 



Société d 'Émulalion du Doubs. 1 902 . 



?i. n. 




Armoiries de Guigonne /Marquis, 
p^emiè^e femme de Jean Garinet. 



Société d'Émulation du Doubs, 1902. 



PI. m. 




Armoiries de Claudine Henr^, 
seconde femme de Jean Garinet , 






— 217 — 

nombreux présents et donne un festin, il offre le pâté à ses 
nouveaux collègues. Son intelligence, sa connaissance des 
affaires municipales devaient être très appréciées, car, pen- 
dant nombre d'années, il reste au conseil municipal et re- 
çoit, comme leur président, le flambeau de redevance des 
Jésuites. Ses armes sont gravées à côté de celles de Mes- 
sieurs ; il les fait placer, ainsi que celles de sa femme, sur 
son banc à l'église Saint-Pierre, sur sa sépulture et sur les 
portes, balcons et fenêtres de sa maison. En 1646, de graves 
difficultés éclatent entre les gouverneurs et les notables, qui 
ne veulent accepter certaines nouvelles dispositions. Ora- 
teur estimé, Garinet est désigné pour les conférences entre 
les parties, pour haranguer le gouverneur du Comté, le baron 
de Scey, et enfin un conseiller privé de Sa Majesté, venu 
pour faire une enquête dans la ville. Il doit « aller le visiter 
et l'informer de la vérité sur ce que l'on avait écrit à Sa 
Majesté de nos desportements ». 

La mission réussit, le commissaire impérial repart satis- 
fait. « Aussi avait-il sujet de se contenter, puisque nous 
payâmes toutes ses dépenses, lui fîmes grande chère en la 
maison de ville, où furent appelés les 28 avec nous, payâmes 
les habits de deuil qu'il fit ici faire pour la mort de l'impé- 
ratrice et de plus, la veille de son départ, je lui présentai de 
la part de Messieurs deux cents ducats. » Il eût fallu être 
difficile pour ne pas se montrer de bonne composition avec 
d'aussi braves gens, aussi apprenons-nous que le conseiller 
privé narra à l'empereur merveilles sur la Municipalité et 
conclut son rapport en disant que, « s'il y avait au monde 
un paradis terrestre, c'était à Besancon »•. Gardons précieu- 
sement cette appréciation si flatteuse et probablement unique 
d'un grand de l'Empire et efforçons-nous prochainement de 
l'obtenir de nos contemporains. C'est un but que je me per- 
mets de signaler à nos édiles pour égaler leurs devanciers 
du xvii« siècle et répondre aux médisances dont on accable 
notre vieux Besançon. 

15 



— 218 — 

Mais l'horizon politique continue à s'assombrir, revoici les 
brigues, les offres d'argent au moment des élections. Malgré 
tout. Garinet reste gouverneur, il est même élu prieur delà 
confrérie municipale de la Croix. Les confrères de la Croix, 
ou pénitents noirs, secouraient les pauvres honteux, les or- 
phelins, les prisonniers, assistaient les condamnés à mort. 

EnlG5I, une nouvelle crise municipale éclate, elle ter- 
mine le rôle politi(iue de notre médecin. Tous les gouver- 
neurs sont changés à la suite de nouvelles discussions avec 
les 28. Il y a, dans la rue, une petite énieute, les serments 
qui exécutent les ordres des gouverneurs sont battus par la 
populace, excitée par les notables. Ceux-ci sont cités à 
rendre compte de leur conduite devant Sa Majesté Impé- 
riale, qui leur inflige un blâme, genre de [lunition assez pa- 
ternel. 

Depuis ce moment, Garinet quitte la vie publique, il reste 
au milieu des siens, nous apprenant avec une grande joie la 
naissance de ses petits-enfants. En 1657, la situation de la 
famille e>t assez florissante pour qu'à la naissance d'un fils 
du docteur Thomas on refuse tous les présents. C'est dans 
cette même année et trois mois après le baptême, le jour 
de la Toussaint, que s'éteint l'auteur du Livre de raison. 
Celte mort est mentionnée longtemps après pîir un de ses 
petits-enfants, qui termine par quelques annotations person- 
nelles le manuscrit dont je viens de vous entretenir. Con- 
formément à ses volontés, Garinet dut être enterré près de 
ses enfants, dans l'église des Carmélites (^), dans une tombe 
qu'il avait fait préparer depuis longtemps*; sur la dalle 
étaient gravées les armoiries de la famille, que nous repro- 
duisons à la suite de cette étude, et au-dessus devait se 
trouver un grand tableau représentant saint Bruno. 

J*ai peut être insisté trop longuement sur la vie de celui 

(\) Hue de (jlères, aujourd hui maison Charnaux. 



— Mo- 
que j'appellerai un très honorable et honoré confrère, j'es- 
père que ses mânes me permettront cette familiarité. Il 
m'avait semblé que c'était une figure originale de notre 
vieille bourgeoisie à faire sortir de l'oubli en mettant en lu- 
mière le cadre au milieu duquel elle passa, toujours active 
et laborieuse, et en faisant connaître dans un tableau rapide 
Tétat des mœurs de son pays et de son temps. C'est avec 
grand respect qu'un docteur en médecine du w* siècle rend 
hommage à un praticien contemporain de Louis XIII et des 
premières années du règne du grand roi. C'est faire oeuvre 
pie que de révéler chez lui un noble caractère, un grand dé- 
vouement professionnel et civique, une curiosité intelligente, 
une douce philosophie. Nous avons cru ainsi, pour notre 
faible part, atténuer un peu tant de critiques trop vives et 
de railleries plus ou moins fondées, adressées aux méde- 
cins de son temps. 



— 220 — 
PIÈGES JUSTIFICATIVES 

EXTRAITS DU LIVRE DE RAISON DE JEAN 6ARINET 

(Manusciit 1045 de la Bibliothèque de Besançon.) 

Page 10. 

a L'année 1595, je parli de Besançon le 29 apvril pour aller 
en France ou j'ay demeuré environ onze ans. 

• Le 26 apvril 1600 je receu a Tuurnon en Vivarès le degré de 
bachelier es philosophie et dédia mes thèses a Monsieur de 
S«-Marcel d'Urfé. 

■ Le 22 mars de l'année 1605, je receu le degré de doctorat 
en médecine à Avignon, auquel temps plusieurs de mes amis 
me donnèrent quelques épigrammes pour faire imprimer dont 
j'en ay icy adjoute deux des principaux : 

Ecquid adhuc tentas fatum revocare medelis 

Kallcre narn fatis nulla medela datur 
Veï'i^e taineii, fatis obsta, si fala secondent 
Nuni noinen fatis, capis liisce tuuin. 

tilasius PoussoTi^s , 
doctor tnedicu.s. 

Page 11. 

Anagrammatismus, 
Joannes Garinetus, 
Aegris nevit annos, 

Texere dent superi quos aegris neveris annos 
Namquc akgris annos nomina nkvit hal>ent. 

Jacobus Petit, Iheol. docior 
et Societaii* Jesu* 

« Le 2f» juillet de l'année 1605 j'arriva à Besancon, après le 
long séjour faict en France. » 

« Le 12 novembre 1605 j'espousa Guyonne Marquis ma pre- 
mière femme au gré de tous ses parens et fusl en l'église de 



— 221 — 

S*- Vincent, estant pour lors curé Mons' Doroz en la parroisse 
S*-Marjçelin. • 

« Le 6 juin 1606 j'ay esté receu citoyen en ceste ville, ayant 
seulement faict présent de deux mousquès, ayant esté gratifié 
de Messieurs de l'argent que coustumièrement donnent ceulx 
qui sont receus, ce que conste par hi lettre de ma réception. » 

Page 12. 

o Fut Guyenne Marquis, ma première femme mourut le 24 
mars de l'année 1622 pour mémoire de laquelle et de l'aftection 
que je lui avois je feis graver a S'-Pierre, proclie sa sépulture, 
répitaphe suivant : 

P. M. 
Sla hospes, saxum cui immines, vide 

fatum quod imminet praevide. Menti quae 

cminet, invide, Saxum vides quo 

Guydonae ex nobili Marquisiorum et 

Sonetiorum génie corpus clauditur fatum 

praevides quo te Matrona praeivit, in 

egenos benignissima, Menti invides 

quae nihil improbum vidit, nihil non 

probum vidit, fato praevidit cum 

abesset, fatum secura vidit cum adesset 

et votodurum patientibus invidit. 

Saxum vides, quod carissimi conjugis 

lacrymis intepuit, pauperum quaerelis 

ingemuit. Tu saxum vide, sed non 

saxeus. Mortem praevide, sed non im- 

providus. Menti invide sed non amens. 
Hoc te volui ut hoc velles. 

Quae jacet hic expers vitae nunc laeta valeat 

Quod voluit medicus, si valuisset amor. » 

Page 80. 

» Mons^ Philippe, chanoine de l'insigne chapitre et officiai, est 
décédé le 14 aost 1643 et m'a légué par testament un tableau 
peint à huille, qu'il dict bavoir heu jadis estant à Rome de Mon- 
seigneur rillustrissime Claude d'Achey, archevesque de ceste 



— 222 — 

cité. Il Testime par sond. testament plus qu*il ne vault. Je ne 
laisse luy en estre obligé puis que c'est un tesmoignage de Ta- 
mitié qui a estée continuelle entre nous par Tespace de plus de 
38 ans. Dieu lui donne paix. » 

Page 81. 

« Le 28 octobre 1643 les RR. pères Jésuites m'ont faict pré- 
sent d'un très beau plat à bassin avec son vase ou aiguière, ou- 
vrage rare et parfaictement faict. Quelques uns ont creu que 
c'estoit porcelaine, mais je tien que ce soit piustost ouvrage de 
Venise. De plus y ait adjoint deux grands fruictières mesme fa- 
çon et couleur. Et encores deux fruictières blanches, percées à 
jour, avec deux chouettes blanches et violettes, en Tune des- 
quelles se voyent les armes de messire de Salive. Oultre ce 
encores un beau pot de la contenance d'environ un tier de 
channe, marqueté de diverses couleurs, avec deux aultres petites 
pièces. » 

Page 82. 

c Le 19 janvier 1645, les vents ont estes tellement impétueux 
en ceste ville depuis les 4 heures du matin jusques a 9 heures 
avant midy que la perte pour le desgat a estée de plus de cent 
mille escus. Le clocher de St-Vincenta esté renvercé, celluy de 
la Magdeleine, celluy des dames de Baptant et la pluspart des 
deux tiers des maisons particulières de la ville ont estées des- 
couvertes. J'ay receu un grand interest en ma maison a la 
Raye, comme aussi à Montfaucon et en mon logis, ou présente- 
ment je demeure. » 

Page 84. 

• Et comme dois longtemps j'avois choisi Tesglise des R. 
Mères Carmelines pour y estre enterré, j'y ay faict porter une 
tombe sur laquelle j'ay fait graver les vers suivans : 

Adventorum mihi eitremam dum suspicor horam 
Gonstitui vivens ossibus hune tumulum. 

En la mesme église, près de la susdicte tombe est inhumé fut 
Pierre-Bruno Garinel, qui passa de ceste vie à l'immortelle le 
30 juin 1645; la mort de ce cher enfant m'a laissé un regret qui 
ne s'oubliera qu'avec la mienne. » 



— 2^ — 

Page 87. 

« Le 19 mars, jour S*-Joseph 1648, mon fils aisné a dict 6a 
première messe en l'église des R. Mères Visitandines, lesquelles 
luy firent présent d'un très beau cingulum de soye à deux cou- 
leurs, d'une bouette à hostie et d'un esluy a mettre corporaux. 

» Les Mères Garmélittes luy envoyairent un couvre-calice de 
taftas rouge, couvert des Mistères de la Passion en or et soye, 
en plus grande valeur et beauté qu'aulcun aultre qui soit au 
pais. » 

Page 91 

« Geste année 1651, sur la fin de novembre, les eaux ont esté 
tellement desbordées que depuis l'an 1570 l'on ne les uvoit veu 
si grandes. Elles sont entré dans l'église du S^-Esprit pour la 
haulteur de près de 3 pieds de toise, tellement que pour oster 
le Si-Sacrement qui estoit sur le grand hautel, il a faillu entrer 
en l'église avec un bateau. Toute la sacristie des Cordeliers a 
esté inondée à trois pieds de hault. Plus de (rois quarts des 
caves de la ville ont receu un grand interest, les tonneaux 
couvert d'eaux, dont quelques uns ont esté espanchés. Dieu a 
voulu que ma cave ai esté exempte de ce malheur. » 

Page 95. 

« Depuis ce temps est mort mon grand-père Jean Garinetqui 
est celuy qui a escrit le contenu cy dessus et depuis ais aug- 
menter ce qui suit. 

• Mon grand-père mourut l'an 1657, la veille de la Toussai net 
2 de novembre, et n'at pu escrire les enfants suivant que ma 
mère Marie Privé a eust. * 



LE 

MARÉCHAL DUC DE RANDAN 

LiortcMUit-Oéiiéral u GoamBcacat de FhadMXoflité 

Par le IK BOURDIH 



Séance du iO mai i909 



h 



Xescio quà natale solum dulcedine cunctos 
Ducit, et immerores non sinit esse sui. 
(Ch'iD.) 

Depuis longtemps il existe dans ma famille le porlrail 
d'un ancien lieutenant-général au gouvernement de Franche- 
Comté, Guy-Michel de Durfort de Lorges, plus connu géné- 
ralement dans ce pays sous le nom de duc de Randan 'A\ et 
bien qu'il n'ait laissé dans l'histoire, malgré les hautes si- 
tuations qu'il ait occupées, que la réputation d'un galant 



(1) En Auvergne il était plus connu sous le nom de maréchal de Handan, 
comme l'indique le passage de cette notice: « Guy-Michel de Durfort, ma- 
réchal de France, est désigné, tantôt sous le nom de duc, tantôt sous celui 
de maréchal de Randan. C est sous ce demie, nom qu'il était plus géné- 
ralement connu surtout en Auvergne, où on se rappelle Tavoir vu quel- 
quefois. Quant au titre de duc de Randan, on ne le trouve qu'une fois et 
on pourrait croire que c'est par erreur. Le duché de Randan était éteint 
et la terre redevenue comté. Mais il se peut que dans sa jeunesse, Guy- 
Michel de Durfort ait été connu d'abord, non sous le titre de duc mais 
bien sous celui de comte de Randan et qu'il, n'ait plus voulu quitter ce 
nom. En effet, en 1758. époque de la mort de son père, se voyant sans en- 
fants, il céda le titre de duc de Lorge à son frère cadet Louis de Durfort, 
lieutenant générai, et qui avait porté jusque-là le titre de comte de Lorge 
&i pour nous il ne fut plus connu que sous le titre soit de duc, soit plutôt 
de maréchal de Randan. » {Recherches sur Randan, 1 vol. in-4% 1830). 



I 



— 225 — 

homme et d'un homme galant, j'ai pensé qu'il pouvait être 
intéressant pour notre Société de retracer, dans une courte 
notice biographique, les traits principaux de son passage au 
milieu de nous. 

Ge portrait, qui n'existe pas dans nos musées comtois et 
dont la rareté fait peut-être le seul mérite, représente le 
duc en tenue de maréchal de France, avec l'habit et la cu- 
lotte écarlates, le bâton fleurdelisé à la main, la poitrine 
barrée du grand-cordon bleu de Tordre du Saint-Esprit. Près 
de lui se trouvent sa cuirasse et son casque panaché de 
blanc. Le cadre, en bois sculpté et doré, surmonté de deux 
branches de chêne dont l'enlacement forme une sorte d'au- 
réole au-dessus de la tête du sujet, est de style Louis XVI, 
et par conséquent légèrement postérieur au portrait lui- 
même. 

Ce portrait n'est ni daté, ni signé ; mais il est facile de lui 
assigner une date voisine de 1768, époque à laquelle le duc 
a été promu maréchal de France, et antérieure à 1773, an- 
née de sa mort. 

Quant à l'auteur, il nous reste inconnu. Plusieurs peintres 
croient reconnaître la facture de Wyrsch dans le fini et 
le modelé de la figure et des mains et dans la négligence 
souvent voulue de cet artiste pour certains détails et surtout 
le -manque de correction du dessin dans l'ensemble de la 
composition. C'est ainsi que le buste, bien posé d'aplomb, 
est parfait, tandis que les jambes, au contraire, vues en 
raccourci, paraissent trop courtes, la droite principalement. 
Or nous savons que Wyrsch fai.sait toujours asseoir les per- 
sonnages dont il peignait les traits et que son attention 
principale se portait sur le port de la tête et des épaules, 
qu'il soignait tout particulièrement, et-souveni au détriment 
du reste de l'ouvrage. D'autre part, cette attribution n'a rion 
qui puisse nous étonner, Wyrsch ayant été en quelque 
sorte le peintre officiel des personnages manjuants de son 
époque. 



— 226 — 

D'autres amateurs pensent que ce portrait ne serait 
que la réduction d'un tableau plus grand que le maréchal 
aurait fait reproduire un certain nombre de fois par Wyrsch 
pour en faire cadeau à son entourage. Nous ne partageons 
pas cette manière de voir, car nous savons combien les ar- 
tistes de la valeur de Wyrsch aimaient peu à se répéter, 
et il est probable, d'un autre côté, que si ce portrait avait 
été plus répandu, on en eût trouvé certainement d'autres 
exemplaires en Franche-Comté, où résident encore les 
descendants de la plupart des familles qui ont servi le 
duc. 

Le i]iuséc de Cluilons-sur-Marnc» possè<le un tableau sem- 
blable (jue le hasard m'a fait découvrir Tannée dernière en 
me rendant au camp de ChAlons. Le catalogue porte simple- 
ment la mention suivante : « Portrait d'un maréchal de 
France an XVIIP siècle ». Il est entré dans ce musée avec 
une collection d'autres tableaux et objets d'art vers 1860, à 
la suite du décès d'un généreux donateur, mais sans indi- 
cation de provenance ni d'identité. 

M. Bellevaux, maire de la commune de Vadans (Haule- 
Saône), possède un buste en plâtre du maréchal, monté sur 
un pied cannelé, et qui doit dater de la même époque que 
notre portrait et celui de Chàlons-sur-Marne. C'est la même 
pose, le même costume et surtout la même physionomie im- 
posante et majestueuse avec cet air de douceur et de bonté 
que chacun lui reconnaissait. Il avait été donné en ca- 
deau par le maréchal à son médecin, M. Jeannot(i), ancien 
médecin de marine, attaché à sa personne et aïeul mater- 
nel de M. Bellevaux ; aussi n'a-t-il jamais quitté cette fa- 
mille et se trouve-t'il dans un état de parfaite conservation. 



(l) On remarque dans l'église de Thervay (Jura) une pierre tombale avec 
l'inscrifition suivante : « Ci-git Monsieur Jeannot, de Thervay, ancien chi- 
rurgien de la maiine, généralement aimé et estimé et très legrellé de sa 
famille. Décédé le 1i février 1818, âgé de 67 ans. Requiescat in paee. 
Amen, d 



— 227 — 

M. Bellevaux a bien voulu, avec son obligeance habituelle, 
nous permettre den prendre la photographie. 

Ces deux portraits et le buste dont il vient d'être ques- 
tion, rendent assez bien la physionomie du personnage qui, 
au dire des mémoires du temps, avait un air imposant et 
majestueux, cet air de grandeur auquel on reconnaît de 
suite l'homme fait pour commander aux autres et une assu- 
rance que seule peut donner l'habitude du pouvoir et du 
commandement. 

Le duc de Randan, né en 4704, mort en 1773, était le 
petit-fils du maréchal duc de Lorges, ancien gouverneur de 
Franche Comté, celui tiui, après la mort du maréchal de Tu- 
renne, fut mis à la télé de l'armée et releva si bien le cou- 
rage des troupes, altérées par une perte aussi sensible, qu'il 
put les mener de nouveau au combat et remporter la vic- 
toire d'Altenheim. Il était le fils de Guy-Nicolas de Durfort, 
duc de Lorges, comte de Quintin, qui avait épousé Thérèse 
Chamillart, fille du ministre de ce nom sous Louis XIV. 

La terre de Randan, par suite de la mort de la duchesse 
de Lauzun, sa tante, survenue en 1740, à laquelle elle ap- 
partenait soit comme héritière testamentaire de son mari, le 
fameux duc de Lauzun(l), soit plutôt comme exerçant ses 
reprises matrimoniales, étant donné le peu d'harmonie qui 
régnait dans ce ménage si mal assorti — le duc avait qua- 
rante-deux ans de plus qu'elle — la terre de Randan, dis-je, 
passa dans la maison de Lorges et Guy-Michel, son neveu, 
réunit alors l'usufruit à la propriété, dont sa tante l'avait 
déjà investi dès 1723 (2). 

Quelques auteurs pensent que ce fut au détriment de son 



(1) Le duc de Randan, dont nous nous occupons, était donc le neveu, à 
ia mode de Bretagne, du célèbre duc de Lauzun, le favori de Louis XIV, 
dont chacun connaît la haute fortune et les malheurs plus grands peut-ôtre 
encore que la fortune. 

(2; Année de la mort de son mari. (Europe vivante et mourante, par 
rabbé D'ESTRÉES). 




— ti28 — 

frère Louis que cette donation eut lieu ; mais il est à présu- 
mer que le duc ne fit que profiter d'un droit indiscutable à 
cette époque, le droit d'ainesse, et (|ue c'est pour la même 
raison et en vertu de cet usage (jue la duchesse de Lauzun, 
sa tante, crut devoir en faire son seul et unique héritier. 
Elle avait, en effet, pour les deux frères, la même affection, 
car, victime innocente de la jalousie de son vieux mari, elle 
ne s'était retirée et enfermée au chAteau de Randan que 
pour se consacrer entièrement à Tinstruction et à l'éduca- 
tion de ses deux neveux, qu'elle affectionnait tout particu- 
lièrement. 

Colonel à TA^e de dix-neuf ans suivant les usages du 
temps et meslre de camp d'un régiment de cavalerie qui 
poitait son nom, il guerroya longtemps en Lombardie, en 
Allemagne et en Flandre, prenant une part active à toutes 
les actions militaires de cette éi^ocpie. Brigadier de cavalerie 
en 17;V4, maréchal de camp en 17 R), il fut investi en 1741 
du commandement militaire de la Franche-Comté en rem- 
placement de son cousin, le duc de Duras, qui venait d'être 
nommé maréclial de France et appelé à Paris. 

Par son mariage avec M^**^ Elisabeth Philippine de Poitiers 
qui, à la suite d'un procès retentissant dont le dernier mot 
ne fut dit qu'au ClirUelet, était entrée en possession de tous 
les biens de la famille de Rye{t), grâce au testament de 
Ferdinand de Longwy, dit de Uye, archevêque de Besancon, 
son grand-oncle, le duc devenait un des plus riches et des 
pluH puissants seigneurs de Franche-(^)mté. De plus, il arri- 
vait dans notre pays précédé d'une réputation mditaire de 
infiriier ordre et avec le titre de cotnmandant en chef pour 
h ♦ ^îajesté Très Chrétienne au Comté de Bourgogne. 

Sun entrée solennelle dans la ville de Besançon eut lieu le 



\ 1 1 Nous f)ossédoiis (i'ins notre collortior» (te monnaies et médailles un 
jiHith portant an dioit les aimes des «le Rye et en exerpne : « Girant (te 
Hye. seignenr de Balaneon >•, el an réveils les armes de sa femme et en 
fiM^n^ue tt Loyse de Long\ y, dame de Vuillafans ». 



b 



— 229 — 

1" juillet 1741 et fut marquée par des réjouissances publi- 
ques, des distributions de vivres aux pauvres et des illumi- 
nations très réussies, au dire des chroniques (1). 

La ville entrevoyait une ère nouvelle de prospérité et de 
plaisirs ininterrompus. En elTet, sous les auspices du duc, les 
fêtes allaient succéder aux fêtes, les grandes réceptions, avec 
leur animation coulumière, allaient commencer et les repré- 
sentations scéniques s'installaient brillamment au palais 
Granvelle, en attendant que la salle de spectacle, qui était 
déjà projetée, pût enfin ouvrir ses portes. Un comédien, du 
nom d'Armand, à la fois auteur et acteur, y remporta de 
grands succès. Avant de quitter lîesançon pour aller se mon- 
trer sur une scène plus grande, à Paris, il adressa au duc de 
Randan Tépître suivante : 

Monseigneur, pendant l'intervalle 

Qu'il faut pour bâtir une salle, 

Trouver bon (|u'il me soit permis 

D'aller faire un tour à Pans, 

Pour voir la face débonnaire 

D'un quidam qu'on nomme mon père, 

Et lui conter de bonne loi 

Vos fréquentes bontés pour moi. 

Je m'ébabis quand j'cnvisngc 

Tous les frais qu'exige un voyage ; 

D'abord, il me faut un b;tbit 

Que Carret me l'ail à crédit, 

Sur lequel ce tailleur modesie 

Ne me volera qu'une veste; 

Car je prétends bien faire bonneur 

A la troupe de Monseigneur, 

Et qu'à Paiis chacun s'écrie, 

Considérant ma friperie : 

Ces comédiens de Hesançon 

Parbleu, se mettent de bon ton î 

Comme on le voit, tout lut à la joie et au plaisir et on peut 
dire, avec le comte Hugon de Poligny, que le jeune duc arri- 

(1) Journal de l'avocat Griment, mss. iOliU-lOil, Bibl. de Besançon, 



— 230 — 

vait dans la province « avec Tescorte légère des plaisirs 
dont il ne pouvait se passer et auxquels beaucoup de gens 
étaient empressés de prendre part (^) ». 

Princièrement installé dans Thôtel du commandement, 
Tancien hôtel Montmartin (2), qui est aujourd'hui la propriété 
des Daines du Sacré-Cœur, il possédait à Balançon, dont il 
était devenu le seigneur, avec le droit de haute, basse et 
moyenne justice par suite de son alliance avec M"« de Poi- 
tiers, Théritière des de Rye, un des plus beaux et des 
plus anciens châteaux de la province. C'est là surtout qu'il 
aimait à séjourner pendant de longs mois, pour s'y reposer 
des soucis et des fatigues du commandement, dont il aban- 
donnait du reste assez facilement la gérance à son neveu. 
Les fêtes qu'il y a données sont restées célèbres entre toutes 
et, pendant de longues années, Balançon est devenu le ren- 
dez-vous de tout ce que la province comptait de personnages 
marquants par leur naissance ou par leurs talents et d'illus- 
trations féminines. 

Le Ghftteau de Balan(oii. 

Le château de Balançon G^), dont l'origine remonte à Te- 



ll) HuGON DE Poi.iGNY, La Franchc-Comté ancienne et moderne. 

(2) L'hôtel Montmarliii a éUS construit par le maître maçon bisontin Ri- 
chard Maire, sur l'emplacement de l'ancienne tour Montmartin, conformé- 
ment à l'ordre du cardinal de Granvelle, qui mourut en 1586 avant l'achè- 
vement des travaux. Il fut acquis par la ville en 1618, et, après avoir été 
pendant quelque temps utilisé comme manège, il fut attribué comme ré- 
sidence au lieutenant général. On appela dès lors cette maison a le Gou- 
vernement », car le gouverneur qui avait pour résidence le palais Gran- 
velle était presque toujours absent de Besançon et c'est à l'hôtel Montmar- 
tin que se traitaient réellement les alfaires de l'Etat. En face de l'hôtel, se 
trouvait une petite place pavée qui permettait aux attelages de tourner et 
de circuler commodément, et que, pour cette raison, on nommait un 
« tourne-bride ». La ville vendit l'hôtel en 1793 et les Dames du Sacré- 
Cœur l'achetèrent en 1823. 

(3^ D'après une légende recueillie dans le pays, il existerait un souterrain 



— 231 — 

poque romaine, est placé en amphithéâtre sur la rive gauche 
de l'Ognon, dont il domine la magniliciue vallée et à rem- 
branchement de trois grandes routes, re qui a valu son nom 
au village de Thervay 1; (très viae)^ situé en contre-bas à 
l'ouest et à quelques centaines de mètres seulement du châ- 
teau. Les sires de Pesmes en ont été les premiers posses- 
seurs pour passer ensuite aux de Rye et finalement à M'**^ de 
Poitiers, épouse du duc (\o Randan. 

llousset, dans son dictionnaire historique des communes 
du Jura, nous apprend (|uc ce chAteau avait quatre tours, trois 
carrées et une ronde, d'une hauteur de vingt à vingt-cinq 
mètres, qu'il était entouré d'un fossé de trente-cinq mètres 
de largeur et de dix mètres de profondeur, qu'un pont-levis, 
flarxjué de deux de ces tours, en défendait l'accès et qu'enfin 
sa superficie totale, dépendances comprises, était d'environ 
quatre à cinq hectares. 

Balançon eut à soutenir des sièges fameux, dont l'histoire 
nous entraînerait trop loin. Qu'il nous suffise de rappeler 
qu'il a été successivement assiégé par La Trémoille en 1477, 
par Tremblecourl en 1595, par La Meilleraie en 1636, par 
Beauquemare en 1674 et qu'enfin il servit de base d'opéra- 
tions et de centre de ravitaillement, ainsi que les châteaux 
voisins de Pesmes et d'Ougney, pendant les conquêtes de 
Louis XIV. 

C'est ainsi que Bussy-Rabulin s'exprime au commence- 



qu! faisait autrerois communiquer le château de Balançon à celui de Mont- 
mirey-le-Chàteau. On montre encore dans ce dernier l'entrée présumée de 
ce souterrain mais aucune fouille n'est venue encore confirmer ce fait. 
D'un autre côté, bien que cela ne soit pas extraordinaire, il ne faut pas 
perdre de vue que ces deux châteaux sont distants Tun de l'autre de quatre 
à cinq kilomètres en ligne droite. 

(l) Jusqu'à la Révolution, Thervay s'écrivait Tervay, sans/i, orthographe 
plus conforme à son étymologie. il est vrai que quelques étymologistes 
font venir Thervay, Tervay, Trevai, de 8lrata via, rue pavée. En effet, la 
voie romaine de Pontailler à Besunçon traversait ce village et était pavée, 
comme l'étaieut toutes les voies romaines. 




— 232 — 

ment de ses mémoires : « Le prince de Gondé entra à la fin 
de May dans le comté de Bourgogne par Auxonne avec une 
partie de l'armée et le grand maître de Tartillerie par Pon- 
tiùller avec l'autre, de laquelle était le régiment de mon père 
ffu'il laissa dans la ville de Pesme après Tavoir prise et il me 
donna Tordre de me saisir d'un château nommé Balançon à 
deux lieues de là et d'y mettre un capitaine avec cinquante 
hommes ». 

De son côté, l'intendant de l'armée française Tarnelle écri- 
vait de Pesïnes au marquis de Louvois : « Nous venons de 
prendre les châteaux d'Ougney et de Balançon, tous deux au 
marquis de Varernhon, situés entre TOgnon et le Doubs et 
qui nous incommodaient fort ». 

Le duc afTectionnait tout particulièrement cette princière 
demeure, dont il avait lui-même surveillé l'agencement inté- 
rieur et (ju'il avait meublée avec un goût exquis. L'inventaire 
du mobilier fait après son décès et que M. Gauthier a re- 
trouvé et gi-acieusetnent mis à notre disposition ne laisse au- 
cun doute à cet égard. 

Les jardins, le parc et le boulingrin avaient été dessinés et 
tracés suivant la mode anglaise : c'était là une innovation en 
Franche-Comté qui devait souvent être imitée par la suite. 
On avait répandu à profusion les statues de marbre, de 
pierre, de céramique, dont le duc avait fixé lui-même les 
emplacements et dont l'inventaire nous donne une curieuse 
description II faut citer, entre autres, deux statues représen- 
tant l'une un bûcheron et l'autre une baigneuse, puis cinq 
autres en terre cuite nous montrant un groupe d'enfants, 
une vendangeuse, une marchande de fruits, un joueur de 
flûte, etc. Une seule paraît avoir échappé à la tourmente ré- 
vululionnaire et se trouve à Jallerange (1), dans une maison 
particulière. 

« Au centre du parc, qui était superbe, nous dit Marqui- 

(1, Chez M. de Jalleraiige. 



I 



Société d'Emulation du Doubs, 1902. 




Le Maréchal duc DE RANDAN 

1704- 1773 




- 233 - 

set dans sa statistique de rarrondissement de Dole, l'artiste 
avait su ménager une rotonde de verdure garnie de bancs et 
au milieu de laquelle s'élevait une pyramide élégante, 
chargée de bas-reliefs sculptés et de galantes devises, t 

Le maréchal de Belle Isle vint un jour avec sa femme 
rendre visite au duc de Randan à Balançon. La description 
qu'il donne de ce château, dans une lettre datée d'Oulins, est 
intéressante à citer : « Nous sommes partis de Plombières, 
Madame de Belle-Isle et moi, le 9 pour arriver le 13 chez le 
duc de Randan à Balançon, après avoir passé par Verdun. 
C'est un vieux château sur le bord de la rivière du Doubs 
(sic) qui traverse des prairies immenses, terminées par des 
coteaux garnis de plusieurs villages. Le duc a pratiqué dans 
la cage de l'escalier, qui est vilaine extérieurement, vingt- 
huit logements de maître ; ceux que j'ai occupés et que j'ai 
été voir sont extrèjiement commodes et agréables, lia fait 
un magnifique potager qui communique par des allées dans 
un bois qu'il a percé et accommodé dans le modèle de la 
Ferté, ce qui procure des promenades à l'infini et d'autant 
plus agréables que le terrain est doux comme du velours et 
toujours sec par la grande quantité de rigoles et de petits 
aqueducs qui en tirent toutes les eaux, quelque pluie qu'il 
fasse. En total, c'est une très agréable habitation, d'autant 
plus que c'est en même temps une très belle terre. » 

C'est dans ce cadre merveilleux et que je ne saurais mieux 
dépeindre, que s'est écoulée en grande partie l'existence 
franc-comtoise du duc de Randan, et c'est là, dans un vil- 
lage des environs, à Thervay, qu'a été retrouvé son portrait, 
égaré sans doute pendant la Révolution, et conservé à peu 
près intact jusqu'à ce jour: rare épave d'un passé déjà loin- 
tain et d'un grand nom disparu. 

Aujourd'hui^ en effet, de cette illustre demeure, qui a été 
vendue en 4793 comme bien national, il ne reste plus que 
des murs délabré^*, des pierres croulantes et retenues à 
grand'peine par le lierre qui les enlace, quelques motifs 

16 



— 23i — 

de sculpture finement travaillés dans les encorbellement.^ 
des portes et des fenêtres et où domine le marbre de Sam- 
pans, et dans la cour d'honneur, une colonnade en pierre 
polie surmontée de chapiteaux renaissance dont les côtés 
intérieurs sont encore bien conservés. Des quatre tours, 
deux existaient il y a peu de temps encore et donnaient au 
touriste l'illusion plus complète de l'ancien château-fort. 
Aujourd'hui il n'en reste plus qu'une seule et nous ne dou- 
tons pas que les travaux entrepris par son nouveau proprié- 
taire, M. Druhen, ne conservent à notre pays ce dernier 
vestige d'une de nos plus puissantes forteresses féodales et 
l'un de nos plus précieux souvenirs archéologiques dont les 
photographies actuelles ne peuvent malheureusement nous 
donner qu'une bien faible idée de son ancienne importance 
et de sa grandeur passée. 

Rapports du duc de Randan avec la Manicipalité. 

Malgré le faslo somptueux dont le duc de Randan entou- 
rait son existence et l'accroissement des dépenses qui en ré- 
sultait pour la ville de Besançon, les rapports entre le duc 
et la Municipalité restèrent empreints d'une grande courtoi- 
sie, voisine de la cordialité. C'est à peine, en effet, si de 
temps à autre, le magistrat ose élever de timides observa- 
tions. 

C'est ainsi (|ue lorsque le duc fut nommé pour comman- 
der dans la province, en 1741, il exigea que toutes les glaces 
de l'hôtel du gouvernement fussent achetées et installées 
aux Irais de la ville. C'était là une torte dépense que celle- 
ci hésitait à accepter, en faisant valoir la modicité de son 
budget et les dépenses toujours croissantes nécessitées par ^a 
situation do chef-lieu delà province et de ville de guerre. l\ 



(I; w Sous ranrien régime, ii était d'usaj^c que les bourgeois des platvs 
fortes devaient le logement aux militaires de la garnison. Les villes qui 



— 235 — 

mais le duc passa outre et nous trouvons dans l'inventaire 
dressé après son décès, un certain nombre d'objets mobi- 
liers, et parmi eux, beaucoup de glaces avec leurs trumeaux 
qui n'entrèrent pas en ligne de compte et furent restituées à 
la ville (1). 

Lorsque Louis XV, à son retour de Metz, où il venait 
d'être si dangereusement malade, traversait la Fiance aux 
acclamations unanimes de son peuple, qui l'avait surnommé 
le « Bien Aimé », dût s'arrêter à Vesoul, le duc lui présenta 
six compagnies très richement équipées et magnifiquement 
armées (2). Il reçut, à leur endroit, un compliment flatteur 
que suivit de près le grade de lieutenant-général. Pendant 
assez longtemps, la ville hésita à solder la dépense de cette 
coûteuse intervention, mais elle dut céder à la fin à l'in- 
jonction qui lui était faite : le duc était grand et voulait faire 
grand. 

voulaient exonérer de cette charge leurs habitants devaient construire à 
leurs frais des casernes, les meubler et les entretenir. » {Besançon ei ses 
environs, par A. Castan, nouvelle édition, complétée et mise à jour par 

L. PiNGADD.) 

Besançon n'échappait donc pas à la règle générale, et on retrouve au- 
jourd'hui encore, dans toutes les casernes de la ville, d'anciennes plaques 
de cheminée portant au centre les armes de Besançon, avec la date de leur 
fabrication. Ces plaques, qui n'ont plus leur raison d'être, les cheminées 
ayant disparu des casernes, sont utilisées comme dessous de poêles pour 
protéger les parquets. Aujourd'hui, les villes font parfois des sacrifices 
pécuniaires énormes pour posséder des troupes qu'elles considèrent comme 
une source de revenus, et TEtat bénélicie, comme autrefois, de cette situa- 
tion, en accordant ce qu'on lui demande quand cela est compatible avec 
les intérêts de la défense nationale et le service militaire. 

(1) « ... Les appartements manquaient de glaces : la municipalité, mal- 
gré ses résistances, paya cet embellissement deux mille sept cent quatre- 
vingt livres. » {Mon Vieux Besançon^ par G. Coindre.) 

(2) c I^cs compagnies bourgeoises faisaient honneur à la ville lorsqu'elles 
défilèrent, au mois d'oclobre, devant le roi Louis XV à son passage à Ve- 
soul. Equipées de neuf, leur tenue était un habit do drap de Lodève écar- 
late, à parements de panne noire et brandebourgs aux couleurs noire, 
jaune et rouge. On leur avait adjoint trois hautbois et un basson, dont les 
instruments étaient drapés de volants en camelot rouge. » (G. Coindre, 
Mon Vieux Besançon,) 



— 2a(î — 

Plus lard, en 1759. la ville reçoit la duchesse de la Tré- 
mouille, fille du due de Uandan^ venue à Besançon avec la 
ducliesse s;i mère. I^ municipalité, nous dit Castan dans ses 
Soles 8ur V histoire municipale de Besançon^ soupait d'ordi- 
naire à riiôlel de ville quand une réception de ce genre 
avait lieu, mais la misère des temps et l'épuisement de la 
caisse ne le permettaient pas. On se contenta d'offrir à ces 
dames des giUeaux et des confitures sèches <^). 

Plus tard encore, en 1706, la pauvreté de la ville et les 
économies que Ton cherchait à réaliser empêchèrent de faire 
ahoutir le pn^jet du gouvernement, éminemment hygiéni(|ue 
pourtant, d'augmenter le nombre des lits dans les ca- 
.<ernes, alln que clKUfue soldat ait scm lit et que les hoinuies 
ne soient plus obligés de coucher deu.v à deux «2 . Les ins- 
tances du duc de Uandan restèrent sans succès II est vrai de 
dire qu'à cette époque c'était, comme nous le savons, à la 
ville (]u'ineombait le soin de meubler les casernes en grande 
partie et les dépenses de ce chef s'étaient accrues singuliè- 
rement depuis la conquête. 

En revanclie, nous allons voir comment le duc savait par- 
fois, quand il le voulait, conseiller ol même au besoin im- 
poser des économies. 

Le G janvier 1708, il est créé maréchal de France, tout en 
conservant le conunandement militaire de la province. Les 
conseillers nmnicqKiux, cjui se faisaient les interprètes de la 
ville entière, voulurent célébrer col événement en grande 
pompe 11 s agis-ail de donner un bal et d'organiser des ré- 
jouissances publi(iues dont le souvenir fût resté. Le duc s'y 
opposa en raison « de la cheveté des vivres el de la rigueur 
de Vhivcr ». F.n même temps, il faisait distribuer aux 
pauvres de la ville 400 mesures de blé, dont les curés de 



(ij Castan, liiatoire municipale de Besançon, 

(2i Cette coiituinc a pei>isté jusquà la Kévolution. Seule, l'expressioa 
camarade de lit a subsisïtê pour indiquer le voisin de lit. 



- 237 — 

chaque paroisse furent chargés de faire la répartition, et 
6^000 livres de sa cassette particulière aux pauvres de ses 
terres, que son intendant, le sieur Isabey, reçut Tordre de 
verser. Quant à la municipalilé, malgré la défense qui lui en 
avait été faite, elle fit illuminer néanmoins devant Thôtel de 
ville et rhôtel du commandement. 

Entre temps, le duc de Randan s'occupait des affaires de 
la province, dont le gouverneur, qui n'y venait que rare- 
ment d), lui avait laissé toute la charge ; mais il ne le faisait 
que d*une façon très irrégulière, en raison de ses absences 
nombreuses et de longue durée de Besançon Aussi son pre- 
niier soin avait- il été de pourvoir son neveu, le vicomte de 
Lorges, de la survivance de l'emploi de lieutenant général 
en Franche -Comté et quand ce dernier mourut, ce fut son 
propre frère, le duc de Lorges, Louis de Durfort, qui lui fut 
associé pour commander la province, et qui à la mort du 
maréchal, survenue en 4773, réunit sous son nom les terres 
de Ilandan et de Lorges et le remplaça effectivement et no- 
minativement dans tous ses titres et dignités. Il est même 
question dans les chroniques d'un vin d'honneur offert par 
la municipalité au duc de Lorges, venu pour commander à 
Besançon en l'absence du duc de Randan, son frère. 

Les questions militaires semblaient pourtant l'intéresser 
davantage et primaient toutes les autres à ses yeux, car tout 
en lui rappelant sa jeunesse, qui s'était passée dans les 
camps, elles devenaient pour lui l'occasion de fêtes magni- 
fiques et d'invitations nombreuses dont il était si prodigue. 

A cette époque, en effet, les parades militaires, les re- 
vues, les exercices et même ce que nous appelons aujour- 
d'hui les grandes manœuvres, étaient à l'ordre du jour. 
C'est ainsi qu'au printemps de l'année 1751, eut lieu le si- 



(1t C'est ce qui explique pourquoi le duc de Randan est souvent, par 
erreur, appelé du titre de go'tverneur^ bien qu'il n'ait été réelleuient que 
lieutenant-général au gouvernement de Franche-Comté. 



— 238 — 

mulacre d'un siège qui fut, paraîl-il, très intéressant. On 
avait construit au polygone un fort en miniature muni de 
toutes ses défenses. Le duc de Randan vint en personne en 
commander Tattaque, et, pour cette manœuvre, le régiment 
de Tressel et six compagnies de la milice avaient reçu 
Tordre de venir se joindre à la garnison de la place. Ces ma- 
nœuvres ne différaient de celles d'aujourd'hui qu'en ce 
qu'elles servaient le plus souvent de prétexte à de grandes 
réjouissances et à des fêles sans égales. Toute la noblesse des 
environs se faisait un devoir d'y assister, les dames suivaient 
à cheval ou en carrosse comme s'il se fût agi d'une chasse 
à courre, et le soir était généralement réservé à des dîners 
de gala, des réceptions brillantes ou des bals improvisés. 

En 1752, le comte d'Argenson, alors ministre de la guerre, 
voulut réglementer ces manœuvres et institua des camps 
d'instruction, dont six furent créés l'année suivante. La ville 
de Gray en vit un s'installer sur les bords de la Saône. Une 
instruction royale réglementait l'administration et la disci- 
pline de ces camps, comme par exemple : « l'obligation pour 
tous les officiers, y compris les colonels, de camper avec 
leur régiment; l'interdiction faite aux officiers de chasser, de 
jouer aux jeux de hasard, etc. Leurs tables seront servies 
sans luxe ni recherche, et dans les haltes, il ne devra être 
servi que des viandes froides sans aucun ragoût ni autre des- 
sert que -du fromage *>. 

Ces instructions n'étaient pas précisément suivies à la 
lettre, car la chronique nous apprend que chaque soir M. de 
Randan recevait plus de cent personnes à sa table, M. de 
Beaumont soixante, etc. Ces dîners se prolongeaient fort tard 
et duraient une partie de la nuit. Les camps d'instruction de- 
vinrent des camps de plaisance et il est peut-être difficile 
aujourd'hui de nous faire une idée du faste qui régnait à cette 
époque où chacun se disputait les invitations de ces illustres 
personnages, à la table desquels c'était un grand honneur 
d'être admis. 



— 239 — 

Le camp d'instruction de Gray fut donc commandé par le 
duc de Randan, ayant sous ses ordres le comte de Graulle, 
commandant la cavalerie, le marquis de Montconseil, com- 
mandant l'infanterie et enfin son propre neveu, le comte de 
Lorges. 

Ces manœuvres durèrent du l«'au 30 septembre. Les pre- 
miers jours furent employés à l'installation et à l'organisation 
des troupes. Le 4 septembre, le duc en passa la revue et à 
ce propos écrit au ministre qu'il a trouvé toutes les troupes 
belles et bien tenues. « Les régiments d'Alsace ont cependant, 
dit-il, amené beaucoup de malades, mais j'espère que le 
changement d'air et le beau temps les rétabliront complète- 
ment. Les troupes témoignent bonne volonté et le début me 
donne tout lieu d'espérer que vos instructions seront parfai- 
tement remplies ». 

Plus loin, il expose le programme qu'il compte appliquer. 
€ Messieurs les inspecteurs vont d'abord exercer séparément 
les troupes jusqu'à ce qu'elles soient en état d'être rassem- 
blées. Je compte qu'elles pourront l'être dans quelques jours 
et que, dans les premiers jours de la semaine prochaine, nous 
commencerons à faire alternativement avec les exercices et les 
évolutions, les manœuvres générales que j'ai projetées et qui 
seront très instructives dans les terrains que j'ai reconnus ». 

Les exercices continuèrent alors en suivant une progres- 
sion marquée. Le 10, il y eut un <r fotin^nge ». Le duc de 
Randan en rend compte au ministre de la façon suivante : 
«r J'ai fait avant-hier. Monsieur, un fourrage dont vous verrez 
ci-joint le détail et la carte. Je ne peux donner assez d'éloges 
à l'infanterie. Toutes les manœuvres ont été exécutées avec 
la plus grande précision La cavalerie témoigne également 
bonne volonté, mais n'est pas aussi instruite. Je vais lui faire 
faire un exercice général, etc. ». 

On voit de suite que c'est un ancien colonel de cavalerie 
qui parle et qui sait reconnaître les moindres fautes d'une 
arme dans laquelle il a brillamment servi. 



— 240 — 

Le 14 septembre eut lieu une manœuvre à double action. 
Le parti de l'attaque était commandé par le comte de Lorges 
et celui de la défense par le marquis de Montconseil qui oc- 
cupait, en avant de Gray, les deux côtés de la route qui s'é- 
tend de Gray à Dole. Toutes les instructions générales et de 
détail furent données par le duc de Randan, qui rappelle 
entre autres les prescriptions du ministre qu'il est expres- 
sément défendu à « tous soldats d'avoir aucune balle ni 
plomb ou moule pour en couler, de cueillir aucuns fruits, 
herbages ni légumes...; de couper aucun arbre fruitier ou 
autre, ni aucune haie, ni d'entrer dans les vignes, etc. ». 
L'action se déroula entre Champvans et Gray ; il y eut des 
attaques, des combats d'infanterie, charges de cavalerie, re- 
traites, etc. Tout avait été prévu pour la bonne instruction 
de tous. 

Le IH, les troupes décampèrent, passèrent la Saône et 
vinrent occuper les hauteurs en arrière et au nord de la ville 
de Gray, où les exercices continuèrent comme dans la pre- 
mière période. 

Il y eut, notamment, « un fourrage t le 22 septembre et 
une manœuvre générale le 24, à laquelle toutes les troupes, 
divisées en deux armées, l'une française, l'autre anglaise, 
prirent part. Malgré cela, leur nombre n'était pas très élevé 
en raison de la diminution progressive des effectifs parle tait 
des malades, aussi le duc de Randan s'appliqua- t-il surtout 
« à renfermer dans ce simulacre de combat plusieurs diffé- 
rents mouvements d'exercices et à y faire pratiquer les diffé- 
rents feux prescrits par les nouvelles instructions ». 

La dislocation eut lieu à partir du 29 septembre et les 
troupes regagnèrent leurs garnisons respectives (t). 

(1) Les camps dinsiruclion réunis en 1753 étaient au nombre de six : 
en Hainaut, à Aymeries-sur-Sambre; en Cbampagne, à VUlers près Maixiè- 
res; dans le pays Messin, sous Sarrelouis; en Alsace, à Erslin; en Franche- 
Comté, près de Gray, et en Languedoc, à Beaucaire. — Leur but était, en 
dehors de i'iustruclion à donner aux troupes, de masquer les mouvements 



- 241 — 

Ces grands rassemblements de troupes, qui avaient pour 
but l'instruction militaire, n'étaient pas les seuls en honneur 
à celte époque, les revues et les parades étaient fréiiuentes 
C'est ainsi que la pose de la première pierre d'une caserne 
ou d'un fort servait de prétexte à des solennités militaires ou 
à des réjouissances nombreuses, auxquelles le peuple, qui a 
toujours aimé les fêtes publiques, prenait une large part. 

En 4741, on décide de construire un nouveau pavillon mi- 
litaire sur la place des casernes, du côté de Bregille (1). Le 
40 août, jour fixé pour la cérémonie, le maréchal donna 
Tordre aux compagnies bourgeoises de prendre les armes 
avec drapeaux et fanfares Les troupes se réunissent sur la 
place, où le duc se rend à clieval, suivi d'une brillante es- 
corte, tout en s'étant fait attendre très longtemps. A son ar- 
jrivée, il reçoit les compliments de la municipalité et passe 
la revue des troupes, qu'il fait ranger ensuite en demi-cercle 
autour d'un fossé préparé à l'avance et où devait être posée 
la première pierre. Le manuscrit de l'avocat Grimont, qui 
nous donne les détails qui vont suivre, nous apprend que le 
maréchal descendit alors dans le fossé. Il se revêtit d'un ta- 
blier de maçon, on lui présenta une truelle et du mortier sur 
deux plats bassins d'argent et ce fut au son des violons, des 
hautbois, des timbales et des trompettes et au bruit des 
boîtes à mitraille, que l'on faisait éclater sans interruption du 
haut des remparts, que le maréchal posa et scella la pre- 
mière pierre de la caserne. Cette solennité se termina par un 
défilé des troupes, auquel assistaient l'archevêque et son cha- 
pitre, les conseillers municipaux et tous les hauts fonction- 
naires de la ville. Puis, ce fut aux cris mille fois répétés de 
a Vive le maréchal «, a Vive Monseigneur », que le duc fut 
ramené triomphalement à son hôtel, dans la rue de Cha- 
niars. 

et les rasseiiibleinenls en cas dhostilité imprévue. {Revue d'histoire rédi- 
gée à Vétal-major de larmée (section hisloiiquc-, aiin«'*<* 11H>2. 
(i) Ce pavillon a été construit par Longiii, architecte de la ville. 



— 242 — 

Nous savons que la police de la ville était assurée à cette 
énoque par des militaires qui, parfois, outrepassaient leurs 
droits et usaient trop largement de leurs prérogatives en fai- 
sant des arrestations qui, aux yeux des bourgeois, pouvaient 
paraître arbitraires. Ce fut là souvent un objet de plaintes de 
la part du magistrat qui, après de nombreuses requêtes, ob- 
tint que chaque patrouille fût accompagnée d*une personne 
de la ville. C'est ainsi que le duc. ayant donné Tordre que 
les j)()rtes de la ville fussent fermées le soir en toute saison, 
riiiver à cinq lieures et demie et l'été à huit heures, ce dont 
les hid)il;uits étaient avertis par un c<aip de cloche, une heure 
avant la fermeture, la municipalité désigna un certain nombre 
de bourgeois qui, chaque jour, au nombre de six, devaient 
prendre la garde et accompagner les patrouilles dans toutes 
les rues de la ville. C'était un moyen de réprimer ainsi le zèle, 
parfois excessif des soldats, tout en évitant les arrestations 
arbitraires dont nous venons de parler. 

Kn 1702, le duc donna Tordre d'établir, en arrière du corps 
de garde de l'hùlel de ville, une piison spéciale pour y rece- 
voir les maraudeurs arrêtés pendant la nuit et y enfermer les 
filles de mauvaise vie ainsi que les « carillonneurs f, nous 
dit Castan, qui « essaieraient de faire violence à la garde ». 
C'est le premier essai dans notre pays de ce que Ton appelait 
déjà à cette époque « le violon », mot dont Tétymologie reste 
néanmoins très obscure d). 

Le 6 janvier 1768, le duc de Randan est nommé maréch«il 
de France, tout en conservant le commandement militaire de 
la province de Franche-Comté. Immédiatement la municipa- 
lité, en même temps qu'elle lui adressait ses compliments et 



ti, Quelques étvînologistes supposent qu'à celte époque le local de la 
prison avait la forme ohlon^ue d'une boile à violon! Mais il nous parait 
plus siu){ile (ladmetlve que. coiuine on iie peut pns danser s;ins violon, la 
police ollVait le violon à ceux qui chantaient et dansaient dans la rue. c est- 
a-dire que Ton conduisait au poste ceux qui faisaient du tapage ou du 
scandale dans la rue. à des heures indues. 



— 243 — 

ses félicitations pour la haute dignité dont il venait d*étre in- 
vesti, donnait Tordre d'illuminer et de pavoiser les maisons 
et les édifices publics, malgré l'avis qu'elle avait reçu du ma- 
réchal, comme nous l'avons déjà vu, de ne faire aucune dé- 
pense, <• en raison de la chèreté des vivres et de la rigueur 
de l'hiver ». 

Peu de temps après, la municipalité eut l'occasion de se 
dédommager amplement : l'enirée solennelle du maréchal à 
Besançon devait être, en effet, l'occasion de grandes fêtes, 
qui eurent lieu le "22 juin suivant. Toutes les troupes étaient 
échelonnées le long des rues où devait passer le cortège; les 
maisons étaienl décorées de feuillage, d'oriflammes et de dra- 
peaux aux armes du duc auxquelles on avait ajouté l'insigne 
du maréchalat, deux bâtons croisés en sautoir; d'immenses 
transparents avaient été placés de distance en distance avec 
cette devise, que la municipalité avait eu le soin de dicter 
aux habitants : « Vive Monseigneur le maréclial de Lorges ». 
l)e grandes précautions avaient même été prises pour préve- 
nir les accidents; c'est ainsi que les rues pavées avaient été 
recouvertes de paille pour éviter les glissades des chevaux. 

C'est à Château -Farine que le maréchal monta à cheval et, 
suivi d'une escorte brillante et nombreuse, il se dirigea sur 
Besançon En passant devant le polygone, le cortège est 
salué par de nombreux coups de canon qui se succèdent sans 
interruption. 

A l'entrée de la ville, le maire attendait avec les conseillers 
municipaux et les membres du parlement, tous en grand 
costume, robe de soie noire rehaussée de satin cramoisi. Il 
présenta au duc de Randan les clés de la cité sur un plateau 
d'argent. Le peuple fit alors retenlir l'air de ses cris d'allé- 
gresse et de ses vivats prolongés, et c'est au milieu d'une 
double rangée de soldats, qui contenait à grand'peine la 
foule accourue de très loin, que le maréchal fit son entrée à 
Besançon, répondant par des saluts aimables à toutes ces ac- 
clamations. 



— 244 — 

Le cortège, qui se composait de vin^t-quatre voitures, en 
lèle desquelles marchaient celle de l'archevêque, celle du 
chapitre puis celle de la municipalité, qui avait renoncé à 
chevaucher à la portière du carrosse du niaréchal. à la suite 
d'une aventure malheureuse survenue jadis à quelques-uns 
de ses membres, cavaliers improvisés (^), fit son entrée en 
ville, sous un arc de triomphe magnifKiuement décoré et se 
déroula ainsi à travers les rues jusqu'à riiôtel du commande- 
mont, où un nouvel arc de triomphe était dressé. 

Les jeux et les amusements continuèrent alors pour les 
hahiliints : il y eut notamment des fontaines de vin installées 
sur [)lusieurs points de la ville, ce qui était alors une réjouis*- 
sance très en honneur dans les fêtes populaires, que n'ont 
remplacé que très iniparfaitement nos fontaines lumineuses 
de ces dernières années et, le soir, il y eut grand bal public 
et illumination générale. 

La ville offrit également au duc, en souvenir de son éléva- 
tion à la dignité de maréchal, un jeton d'argent dont nous 
trouvons la description dans un des annuaires pour le dépar- 
tement du Doubs publié sous la direction de M. Gauthier. 

« Au droit sur un manteau duc<il, avec deux bâtons de ma- 
réchal en sautoir, deux écus : Durfoit de Lorges et Poitiers 
avec celte devise : Tutatur et Ornai. » 

« Au revers : sur un cartouche de style Louis XV décadent 
dans un ovale, les armes de Besançon. Au-dessus Utinam 
sur une banderole. A Texergue : Civitas hisuntina 176H. • 

Pour l'arrivée de la maréchale, qui eut lieu un mois après, 
le *20 juillet, la réception fut beaucoup plus simple et il n'y 



;1", « Le procureur moulé nous rappelle que le corps municipal cavalca- 
dait aux représenl allons solennelles : les conseillers à clieval étaient coiffes 
(l'un chapeau à ganse d'or, mais les bottes et éperons leur étaient interdits, 
(^es dievauchées n'étaient pas des plus sportives, et les cavaliers improvi- 
s«'*s ayant plusieurs fois couru des danjrers. un jour spécialement aux [>or- 
tines du duc de Durfoit. on préféra, pour les députations. des carrosses. 
Li cj)mmodité en est restée. » diaston Coinure, Mon Vieux Be*>ançon.\ 



- 245 — 

eut ni illuminations ni réjouissances publiques, en raison du 
deuil dans lequel étaient plongées la monarchie et la nation 
par suite du décès de la reine. 

Le magistrat se contenta d'aller saluer la maréchale à son 
arrivée à la porte d'Arènes, qui était garnie de feuillage et 
d'écussons à ses armes et h celles de son mari. On lui oiïrit 
deux médailles d'or, du poids de vingt-cinq livres les deux, 
(jui étaient gravées d'un côté aux armes de la duchesse et, 
do l'autre, à celles de la ville, avec deux bourses de jetons 
en argent, du poids de (juarante sols. Il y en avait un cent 
dans chnciue bourse (^t les bourses étaient de velours cra- 
moisi avec franges et broderies d'or. 

Nous venons de voir qu'en résumé les ra|)ports entre le duc 
et la municipalité de Besançon furent toujours très courtois, 
malgré les intérêts souvent opposés qui étaient en présence. 
— La pénurie des deniers publics et l'impossibilité qui en 
résultait pour la ville de pouvoir répondre comme elle l'eût 
désiré aux exigences fastueuses du duc de Randan furent les 
seules causes de dissensions passagères que, de coté et 
d'autre, une mutuelle bonne volonté sut aplanir avec tous les 
ménagements désirables. Puis, il faut bien le <lire, les habi- 
tants aimaient leur maréchal, dont le nom est resté longtemps 
populaire dans le pays, à cause précisément de la grandeur 
et lie la somptuosité de son existence, qui éblouissaient tout 
le monde et dont chacun voulait tirer profit. Aussi ne sera-t-il 
pa.s étonnant de constater* tout à l'heure que sa mort fut un 
deuil public pour la province et en particulier pour la ville 
de Besançon. 

Liaison du duc de Randan avec W^'' de Ghevigney. 

Le mariage du duc de Randan avec M"« de Poitiers n'avait 
été que ce qu'il était souvent à celte époque, l'alliance d'un 
l^ratid nom avec une grande fortune. C'était avant tout ce 
que nous appelons aujourd'hui un mariage de raison où l'in- 



— 246 — 

clinalion n'avait dû avoir qu'une bien faible part, ce qui n'é- 
tait [.as de nature, du reste, à apporter un frein à rexi»tence 
galante du maréchal. 

De ce mariage était née une fille, mariée en 1751 au duc 
de la rrémoille ; elle avait alors dix-sept à dix-huit ans et 
son mari quatorze à peine ; aussi la fit on immédiatement 
rentrer dans son couvent après la cérémonie et elle ne put 
même pas t aller dîner avec son mari ». C'était là dans la 
vie réelle ce qu'on ne rencontre plus aujourd'hui que dans 
les scènes d'opérette. Cette séparation dura jusqu'à ce que 
le jeune duc eût atteint Tûgc d'homme, et sa femme mourut 
bientôt après sans enfants, en 1702 '1 ■. 

Des nombreuses aventures galantes auxquelles fut mêlé 
le duc de Randan et qui furent le plus souvent banales et 
sans importance, le mieux est certainement de les passer 
sous silence, mais il ne peut en être de même de la pas- 
sion que sut lui inspirer M^^** de Chevigney, passion qui ré- 
sista au temps en se transformant doucement en un attache- 
ment durable et une liaison intime qui ne cessa qu'à la mort 
du maréchal en 1773, et qui eut sur la province une in- 
fluence considérable. Cette influence lut telle que W^ de 
Chevigney mérite plutôt le titre de favorite que celui de 
maîtresse, et nous devons reconnaître à sa louange qu'elle 
sut ne pas en abuser. 

M. de Beauséjoura bien voulu nous communiquer quel- 
(|ues notes intéressantes qu'il possède à ce sujet (^\ en 
même temps qu'il nous faisait admirer un très beau pastel 



(1> M. Gaston de Boaust'jour, dans son discoui-s de réception à TAcndt^- 
mic des scionots, lettres et arts de Hesanoon, où il relate les derniers 
jours dn ohùtcaii de IVsmes, nous parle d'un mariage analogue entre 
M"* de (Ihoiscul , àjïôe de li ans, et son cousin, le (ils du marquis de 
Choiseul La Baume, âgé de 17 ans. et qui se termina, après la céréraoïiif, 
par la rêinléiîralion , dans son eouvont de Tabbaye au Bois, de la jeune 
épouse. 

(2) Gaston DE Bf:ai:si'joi:r, Noies inédites sur la Franche-Comté. 



— 247 — 

représentant M^^^^ de Ghevigney, et que nous sommes heu- 
reux de pouvoir reproduire ici. 

Dans ce portrait, où la fraîcheur le dispute à la grûce, on 
retrouve toutes les qualités de Tépoque si bien synthétisées 
plus tard dans les compositions de Greuze : de grands yeux, 
une petite bouche, des joues roses et rondes, un moelleux 
infini dans l'expression des traits, et enfin cet air à la fois 
innocent et mutin qui fait pensera une jeune pensionnaire 
échappée de son couvent, si ce n'était le décolleté voulu de 
la poitrine, qui montre des formes admirables. 

Nous avons eu la bonne lortune de retrouver un second 
portrait de Ml'® de Ghevigney, mais à un âge assez avancé, 
et nous devons à l'obligeance de M'""» Bressan, la proprié- 
taire actuelle du chàleau de Ghevigney, de pouvoir le mettre 
en comparaison avec le premier Ce sont bien les mêmes 
traits, mais épaissis et parsemés de rides habilement dis- 
simulées. L'air est noble et grand, le regard assuré et tout 
l'ensemble de la physionomie révèle une femme forte, à vo- 
lonté bien arrêtée et en quelque sorte sûre d'elle même et 
de son empire. Ce poitrait n'a jamais quitté le château de 
Ghevigney, avec lequel il a été vendu par M™^ tle Boudeaux, 
héritière testamentaire de W^^ de Ghevigney. C'est un mé- 
daillon sur cuivre qui n'est ni signé ni daté, placé dans un 
petit cadre ovale de style Louis XVL en bois doré et sculp- 
té. M^ï'de Ghevigney est revêtue d'une robe rouge grenat, 
légèrement échancrée sur la poitrine et garnie de fines den- 
telles. La tète est poudrée à frimas et recouverte en partie 
du voile à cornette dont la vogue était si grande à la Vm du 
XVIII* siècle 0). 

Mil** Gabrielle de Ghe vigne v était la fille cadette de Claude- 



Ci/ 11 existait de M"« de Ghevigney un autre portiait, où elle était repré- 
àentée en pied, assise près d'une table cliai gée de fruits, et qui est devenu 
la propriété de M"« de Résie, sa nièce, qui, frustrée de l'héritage de sa 
tante, put obtenir de M"** Boudeaux, l'héritière testamentaire, la permis- 
sion d*emporter ce portrait Nous ne savons pas ce qu'il est devenu. 



- 248 — 

François d'Aubert, seigneur des deux Résies et chevalier à 
la chambre des comptes de Dole A). 

C'était une fort belle personne, comme nous pouvons en 
juger par les deux portraits que nous reproduisons, et bien 
capable d'inspirer au duc cotte passion tenace que rien ne 
put ellacer et dont les mœurs de Tépoque, comme nous le 
savons, paraissaient très bien s*accommoder. Avoir une maî- 
tresse n'avait alors rien de particulièrement déshonorant, 
et quel rigoriste eût pu blâmer un si haut personnage 
qu'était le duc de Randan et un homme aussi puissant. Du 
reste, chacun espérait bien en tirer avantage et profit, car la 
dame de Chevigney, comme on l'appelait alors, était bien la 
personne la plus obligeante et la plus dévouée que Ton pût 
rencontrer; aussi le nombre de ses obligés ne tarda-t-il pas 
à devenir considérable. Possédant le cœardu duc, elle savait 
très aimablement mettre à contribution le crédit dont elle 
jouissait et dont la source n^était pourtant ni très honnête, 
ni très licite, pour obtenir de son illustre amant des faveur> 
et des grâces qui étaient acceptées avec reconnaissance et 
qui généralement étaient considérées comme bien méritées. 
Bien des gens dont cette « Pompadour au petit pied f^ ac- 
cueillait avec bonté les demandes et les placets, n'eurent 
qu'à se louer de son intervention et jamais elle n'abusa de 
sa situation de favorite pour exercer des rancunes ou pour 
nuire à qui que ce soit. C'est ce qui nous explique qu'à la 
mort du duc, M'^" de C^hevigney s'étant retirée à Besançon, 
dans un appartement de la Grande-Rue(2 , appartenant au 
sieur Pocliet que l'annuaire de 1/89 nous donne comme 
« receveur des épices du Parlement et négociant >», son sa- 
lon continua à être, comme par le passé, le rendez-vous de 

il) Le cliàteau de M. d'Aubert de Résie existe encore aujourd'hui au vil- 
lage de la Grandc-Hésie, sur la route de (iray à Dole, et appartient à M. le 
comte de Sainte-Marie. 

(2) La maison porte aujourd'hui le iv 73 G. Coindrk, \fon Vieux Be* 
sançon). 



— 249 — 

tout ce que la ville comptait de personnages marquants et 
connus. 

Elle mourut à Ghevigney, où elle s'était réfugiée dès le 
début delà Révolution, le !«' nivôse, an V de la République, 
à ïâige de quatre-vingt-cinq ans, au moment où venait de 
sombrer le régime qui avait vu son élévation et sa gran- 
deur (^). 

Son nom est resté dans le pays comme celui d'une per- 
sonne très charitable et qui n'avait profité de la haute situa- 
lion qui lui avait été dévolue dans le département des grâces 
et des laveurs que pour aider et rendre service à tous ceux 
qui l'approchaient. Mallieureusement l'époque troublée pen- 
dant laquelle elle mourut ne permit pas qu'elle fût enterrée 
suivant sa condition, et rien ne rappelle aujourd'hui l'en- 
droit exact où elle fut inhumée dans l'ancien cimetière qui 
entoure la petite église de Ghevigney. Au dire des plus 
vieux habitants du village, qui tiennent ce renseignement 
de leurs parents, le corps de Mi^« de Ghevigney fut déposé 
dans le passage qui se trouve entre le mur de clôture des 



(1) Voici, à litre de document, l'acte de décès do M"' de Ghevigney, que 
nous avons retrouvé en compulsant les registres de l'état civil de la com- 
mune de Ghevigney, et où les titres de noblesse sont naturellement sup- 
primés : 

« Aujourd'hui premier nivôse, an V de la République française une et 
indivisible, à huit heures du matin, par-devant moi Etienne Chavanne, 
agent municipal et officier public de la commune de Ghevigney, chargé par 
la loi du 2 fructidor, autorisé pour constater les actes destinés à contrôler 
les naissances, mariages et décès des citoyens, ont comparu en la maison 
commune d'une part : Françoise Guychard. âgée de 52 ans, domiciliée en 
ladite commune, et Etienne Suchet, âgé de 60 ans, domicilié également 
en ladite commune, les deux domestiques de In citoyenne Gabrielle Aubert, 
lesquels m'ont déclaré que ladite Jeanne-Gabrielle Aubert était morte hier 
soir, à dix heures, en son domicile. D'après cette déclaration, je me suis 
assuré du décès de ladite Jeanne-Gabrielle Aubert, et j'en ai dressé le pré- 
sent acte, que Françoise Guychard a signé avec moi, et Etienne Suchet a 
déclaré être illettré. 

1» Fait en la maison commune de Ghevigney les jour, mois et année que 

dessus. 

» Signé : Chavanne, agent. Guychard. » 

17 



— 250 — 

jardins du château el celui de la petite chapelle latérale 
adossée à Téglise, qui lui était réservée, et dont la fenêtre 
est encore surmontée de son blason (<>. 

Elle habitait, au moment de sa liaison avec le duc, sa 
terre de Chevigney, voisine de celle de Balançon, et il est 
probable que c'est dans une de ces nombreuses fêtes que 
le duc aimait à donner et auxquelles il invitait toute la no- 
blesse des environs, qu'il eut occasion de la voir et de s'é- 
prendre de ses charmes. Dès lors, chaque matin^ un cour- 
rier à cheval r^ partit de Balançon pour porter à Chevigney, 
distant de trois à quatre lieues environ, les compliments et 
les espérances du duc et eu rapporter les réponses plus 
qu'encourageantes de M**« de Chevigney. 

Bientôt cette liaison ne fut un secret pour personne et 
M"« de Chevigney ne quitta plus le duc, l'accompagnant dans 
tous ses déplacements, à Balançon, à Besançon ou à Paris. 

Chevigney reçut également, à maintes reprises, la visite de 
l'illustre amant et nous retrouvons dans les archives de 
M. G. de Beauséjour une pièce intéressante à cet égard, car 
elle est datée de Chevigney, du 5 novembre 1772, ce qui in- 
dique bien que le duc devait y résider assez souvent. 

« Les insolences des nommés Pierre Régnier et Etienne 
Foucault commises à notre égard, à la suite d'une plainte qui 
nous avait été portée pour un mouton tué par leurs chiens 
excités par leurs domestiques, exigent que nous leur fassions 
subir une correction de prison qui en arrête le cours. Le sieur 
Ménard, exempt de la maréchaussée du département de 
Pesmes, les y fera mettre et nous en rendra compte. 

» A Chevigney, le 5 novembre 1772. 

» Signé : Le maréchal duc de Lorges. » 



(1) l\ existait une porte de communicatioti entre le boulingrin, qui est 
aujourd'hui transfcrmé en verger, et cette chapelle, et ce serait exactement 
dans l'intervalle compris entre ces deux portes qu'aurait été inhumée 
M"« de Chevigney. 

(2) Renseignements recueillis dans le pays. 



— 254 — 

Le duc, qui se rendait, comme on le voit, très souvent à 
Ghevigney, fit construire un chemin tombant ù angle droit 
sur la route de Pesmes à Gray et conduisant directement à 
Ghevigneyé en vitant ainsi le long détour par la Grande-Ilôsie. 
Il y fit planter une double rangée de noyers, qui n'ont dis- 
paru que depuis une vingtaine d'années. Gette allée superbe 
et magnifiquement ombragée portait le nom d'allée des 
noyers ou plus communément d'allée des soupirs, que cer- 
tains médisants lui avaient donné. Elle était dominée par un 
petit bois qui existe encore aujourd'hui, connu sous le nom 
de bois des amours, où Ton retrouve encore la trace de che- 
mins sablés s'enchevétrant les uns dans les autres et formant 
un vrai labyrinthe. Là étaient élevés en cage une grande 
quantité d'oiseaux de toute espèce et tout y avait été aménagé 
et accommodé pour le plaisir. Nous retrouvons ici ce que 
nous avons déjà vu dans les jardins et le parc de Balançon, 
dont le maréchal de Belie-Isle nous a laissé une si curieuse 
description. 

Quant au château de Ghevigney, c'était plutôt une demeure 
à l'aspect bourgeois, mais qui ne manquait pourtant pas d'une 
certaine élégance. Le perron à deux rampes est orné, encore 
aujourd'hui, de son toit à la chinoise et l'intérieur des cham- 
bres a subi très peu de modifications. On y retrouve à peu 
près intactes les boiseries de l'époque, mais privées de leurs 
peintures, que le temps et l'humidité avaient dégradées pro- 
gressivement et qui finirent par disparaître. Il n'en reste que 
deux dans la chambre à coucher de M'*® de Ghevigney, qui 
représentent, sous une forme allégorique, l'une la danse, 
l'autre la musique. Ge sont des grisailles sur toile qui, au 
point de vue de l'art, ne présentent rien de particulièrement 
intéressant (1). 

Du côté du jardin, les pièces sont au rez-de-chaussée, en 
raison de la différence de niveau du terrain et s'ouvrent par 

li; Toutes les peintures existaient encore en 1835. 



— 252 — 

de gi-andes |X)rtes-fenêlres, dont deux ont été transformôes 
en simples fenêtres. Le jardin et les vergers subsistent en- 
core, mais modifiés complètement et adaptés à de nouveaux 
usages. On ne trouve plus trace des cabinets de verdure, des 
longues allées de charmille ni du jet d'eau central, qui en 
faisait Tomement. 

Nous ne savons pas comment la maréchale accueillit les 
infidélités de son mari et comment elle accepta la présence 
continuelle d'une rivale à côlé d'elle, mais il y a lieu de pen- 
ser qu'elle dut sans éclat en prendre son parti, étant donné 
l'état d'esprit qui régnait alors dans les mœurs et les exemples 
qui venaient de plus haut. Elle vécut, en effet, très effacée, 
oubliée à peu près, à tel point que quelques chroniqueurs 
relatent sa mort avant celle du duc, auquel elle aurait légué 
sa fortune entière. Or, nous savons par l'inventaire fait après 
le décès du maréchal et classé aux archives qu'il n'en est 
rien, puisqu'il a été dressé en 1773 pour permettre précisé- 
ment à la duchesse de Uandan d'exercer les ret)rises aux- 
quelles elle pouvait prétendre à la mort de son mari. 

Comme toutes les femmes qui aiment sincèrement ou dont 
l'empire ne repose que sur des bases éphémères, M^^* de 
Chevigney fut extrêmement jalouse et ce n'est jamais sans 
douleur ni sans inquiétude qu'elle voyait le duc jeter les 
yeux sur une autre femme. 

Une certaine visite qu'ils firent ensemble à Arbois, à une 
cousine de M"* de Chevigney, M°** P..., est très instructive à 
cet égard. Il y eut, le soir de leur arrivée, un grand bal chez 
cette dame, auquel toute la noblesse des environs était con- 
viée et on profila de la circonstance pour présenter au duc 
les plus jolies personnes de la ville. Aussi quel ne fut pas son 
étonnemenl le lendemain quand, se promenant dans les rues 
d'Arbois, il rencontra une jeune personne de qualité qui n'a- 
vait pas assisté à la fête de la veille et dont la beauté l'im- 
pressionna vivement. Il s'arrêta longtemps à la contempler, 
lui adressa quelques paroles amicales et reprocha à M">« P... 



— 253 — 

de ne l'avoir pas invitée à la soirée de la veille, ce dont cette 
dernière se défendit de son mieux, pendant que M"« de Che- 
vigney lançait à la jeune fille des regards courroucés qui 
l'obligeaient à rentrer précipitamment chez elle. 

Cette entrée à Arbois, au milieu d'une foule immense ac- 
courue de très loin pour saluer respectueusement le duc et 
sa maîtresse, nous montre bien le peu de honte que Ton at- 
tachait généralement k ce titre. Puis ce n'était pas un spec- 
tacle banal pour cette petite ville que l'arrivée de si hauts 
personnages, accompagnés d'une suite nombreuse et chacun 
admirait la beauté des carrosses conduits par des chevaux 
magnifiquement harnachés et le grand nombre de valets à 
la livrée éclatante. Le coup d'oeil était vraiment admirable et 
ce fut une fête pour tous en même temps que cela reste pour 
nous un i)récieux document et un enseignement îles mœurs 
de l'époque. 

Si nous avons parlé assez longuement do la liaison du ma- 
réchal de Randan avec M^^^ de Ghevigney, c'est qu'elle eut 
sur les afl'aires de la province une infiuence considérable, 
influence qui persista même après la mort du maréchal et se 
continua jusqu'au début de la Révolution. Que de personnes 
haut placées ne lui devaient-elles pas leur avancement et la 
reconnaissance n'est pas une vertu assez banale pour qu'on 
la passe sous silence, même quand elle s'adresse à des per-- 
sonnes dont le crédit peut paraître peu licite et certainement 
précaire. 

Mort da dnc de Randan. — Inventaire de ses biens. 

Les excès de tout genre ne tardèrent pas à avoir raison de 
la robuste constitution du duc de Randan et il tomba, paraît- 
il, dans une sorte de maladie de langueur qui, insensible- 
ment, le conduisit au tombeau. Plus que jamais, il fut entouré 
des soins assidus de son amie et les médecins lui ordon- 
nèrent des remèdes toniques et reconstituants, le séjour à la 



— 254 — 

campagne et des bains de rivière. C'est dans ce but qu'il fit 
construire à Malans (1), petit village voisin de Balançon, un 
joli chalet sur les bords de l'Ognon, où il vint régulièrement 
passer des journi'es entières avec M^^^ de Chevigney. Est-ce 
trop me hasarder en disant que le remède fut pire que le mal 
et que, lorsque le duc quitta le séjour enchanteur de Balan- 
çon pour se rendre à Paris y suivre un traitement plus effi- 
cace et i)lus rationnel, il était déjà trop lard, et il ne tardait 
pas à succomber bientôt, dans le courant de Tannée suivante, 
à Gourbevoie, le 6 juin 1773. 

Pendant tout le cours de sa maladie, des prières publiques 
furent dites chaque jour à son intention dans toutes les 
églises et chapelles de Besançon et, le 1*' juin 1773, S. Em. 
le cardinal de Choiseul envoyait à Paris un mandement spé- 
cial à ce sujet. Aussi allons-nous voir toutes les corporations 
se réunir pour demander à Dieu de rendre la santé au ma- 
réchal. 

Le 1" juin, ce sont les conseillers municipaux qui font cé- 
lébrer une messe solennelle à l'église des Cordeliers; le 2, 
c'est le corps des marchands et la maison du maréchal ; le 3, 
ce sont les arquebusiers; le 4, le corps des perruquiers et 
des orfèvres; le 5, ces messieurs de l'état-major; le 6, les 
officiers des compagnies bourgeoises et les imprimeurs; le 8, 
les procureurs du bailliage, etc., etc., et ce n'est que le 9 
que l'on reçoit à Besançon la nouvelle de sa mort, survenue 
dans la nuit du 5 au 6 juin (2). 

Cette longue énumération de gens de toutes les conditions, 
réunis dans une pensée commune d'affection et de recon- 



(t) Malans est situé sur la rive droite de l'Ognon, qu'il fallait traverser 
pour se rendre au chalet. Le duc fît construire à cet effet un bac, qui sub- 
sistait encore il y a quelques années, et qui, pendant un siècle, a rendu 
de grands services aux habitants du village. II est remplacé aujourd'hui 
par un superbe pont de pierre. 

("1) C'est le lemps qne mettaient les diligences à cette époque pour par- 
courir la distance de Paris à Besançon et apporter le courrier. 



— 255 — 

naissance pour le maréchal, nous montre combien il était 
aimé et quelle grande affliction sa mort provoquait dans 
toutes les classes de la société. Il emportait dans la tombe 
les regrets de toute la province, des grands et des petits, 
nous dit l'avocat Grimont dans ses mémoires, et c'est le plus 
bel éloge que Ton puisse faire de lui ». 

L'inhumation devant avoir lieu à Chaillot, où se trouvait 
un caveau appartenant à la famille Randan, un grand service 
funèbre fut organisé, à la chapelle des Gordeliers, par les 
soins de la municipalité. C'est le chanoine Mareschal d'Au- 
deux qui fut choisi pour faire le panégyrique du défunt ; ce 
dont la municipalité le récompensa par un don de vaisselle 
d'argent marqué aux armes de la ville. 

Par son testament, le duc de Randan laissait à ses domes- 
tiques une pension viagère de 150, 250 ou 300 livres, suivant 
qu'ils l'avaient servi pendant dix, quinze ou vingt ans. Tous 
prirent immédiatement la livrée de deuil. Resançon et sur- 
tout Ralançon, qui naguère étaient encore le théAtre de fêtes 
somptueuses, retombèrent dans le silence et dans l'oubli et 
ne conservèrent plus que quelques serviteurs et un con- 
cierge, gardien des scellés, que Ton avait apposés aussitôt 
que la nouvelle de la mort du maréchal s'était répandue. 

L'inventaire (1) des meubles, immeubles et actions nobi- 
liaires du défunt commença le 23 juillet à Resançon pour se 
continuer ensuite à Ralançon, où il ne se termina qu'à la fin 
de l'année, en raison du retard apporté par la mort imprévue 
de la duchesse de Lorges. 

Les tableaux de famille, les portraits, les bijoux, les effets 
personnels et certains objets d'art donnés en cadeau par les 
souverains ou la municipalité de Resançon, entre autres une 
tabatière en or, enrichie de diamants et ornée d'un portrait 
de Louis XV, offerte au duc par le roi, les jetons d'or et d'ar- 
gent aux armes du défunt, offerts par la ville, ne furent pas 

(2) Cet inventaire est classé aux Archives du département du Doubs. 



— 256 — 

inventoriés, mais partagés séance tenante à l*amiable, entre 
les différents membres de la famille. 

D'une façon générale, on peut dire que le mobilier du duc 
de Randan est celui d'un grand seigneur du xviii* siècle. 
mais on n'y trouve ni œuvres d*art remarquables ni tableaux 
de maîtres dignes d'être notés. On y voit surtout que tout y 
était disposé en vue des grandes réceptions, dont le maitre 
était si pnnligue. 

CVst ainsi (pie Targentorie de table, les cristaux, les mer- 
veilleuses laïences de Rouen et de Strasbourg et les fines por- 
celaines do ta Chine et de Saint-Cioud y abondent en grande 
quantité. 

Les caves étaient de même particulièrement bien assorties 
en vins et liqueurs de toutes espèces et leur insuffisance 
avait même nécessité Tinstallation d'autres caves au palais 
Granvelle et au bastion d'Arènes, où le duc possédait une 
sorte de maison de réception, dont une demoiselle Didier 
avait la garde. Les pièces de vin de Bourgogne et du Jura, 
classées par année de récolte, y sont très nombreuses. Cest 
par centaines que l'on compte les bouteilles de vin de Cham- 
pagne rosé ainsi que celles de vin de Chypre, de Syracuse, 
de Nfalaga, de Madère, etc., etc. Les vins de l'Ermitage et de 
Meursault, ainsi que le vin blanc d'Arbois, y figurent égale- 
ment avec honneur et en quantité respectable. Comme li- 
queui*s, ce sont les ratafias à la fleur d'orange, aux cerises, 
aux coings qui dominent, ainsi que les vieilles eaux-de-vie 
sans dénomination d'origine. 

Les chevaux, au nombre de dix-sept, avaient été ramenés 
de Balançon à Besançon à la mort du duc. Ce chiffre n'a rien 
de bien extraordinaire quand on sait qu'il y en a eu jusqu'à 
soixante et que les immenses écuries de Besançon, que sou 
prédécesseur avait obligé la municipalité à construire en face 
de l'hôtel du gouvernement, dans la partie de la ville occupée 
aujourd'hui par l'arsenal, étaient à peine suffisantes pour y 
loger sa cavalerie. 



— 257 - 

Les voitures de tout modèle sont également nombreuses. 
Ce sont des berlines recouvertes de velours d'Utrecbt, des 
calèches à quatre ou à six places, doublées de maroquin, des 
cabriolets garnis de velours cramoisi, des voitures légères 
de course, etc. ; enfin, une chaise à porteurs en vernis Mar- 
tin, aux armes du défunt. 

Quant aux meubles, ce sont surtout ceux en marqueterie 
et en bois de rapport, de rose ou d'amaranthe, qui ont eu 
tant de vogue dans la deuxième moitié du xviii» siècle, que 
Ton rencontre le plus souvent, ainsi que les bergères et les 
fauteuils en bois sculpté et doré, et un nombre considérable 
de paravents et d'écrans garnis en tapisserie. 

Dans le grand cabinet d'assemblée, nous trouvons des 
girandoles et des lustres de cristal taillé, des bras de lumière 
en cuivre ciselé et doré, une pendule en marqueterie d*é- 
caille et de cuivre sur son piédestal, seize fauteuils et cana- 
pés en bois sculpté, recouverts de moquette verte, vingt- 
quatre chaises assorties, trois chaises à la reine, garnies 
également de la même moquette et protégées par leurs sur- 
touts d'indienne, deux cabriolets et enfin quatre grands ta- 
bleaux représentant le Roi, la Reine, Monsieur et Madame la 
Dauphine défunts, « avec leurs bordures dorées ». 

Dans le petit cabinet d'assemblée, nous ne relevons d'in- 
téressant que le buste en marbre blanc du maréchal, avec 
son piédestal et sa console en bois doré. C'est très probable- 
ment la reproduction de ce buste que nous avons trouvée 
chez M. Bellevaux et que le duc avait dû offrir à son médecin 
ordinaire, M. Jeannot, en souvenir de ses soins dévoués. 

La bibliothèque n'offre rien de particulièrement intéres- 
sant. Ce sont les libraires Pierre-Etienne Fautet et Louis- 
Etienne Métoyen, installés à Besançon, qui sont chargés 
d'en faire l'inventaire et l'estimation. Les livres sur l'art mi- 
litaire que l'on s'apprête à y rencontrer sont relativement peu 
nombreux et, à côté des œuvres sérieuses de Boileau, Buffon, 
Voltaire, J.-J. Rousseau, de Mesdames de Sévigné et Des- 



I- 



— 258 — 

houlières, on trouve une quantité de livres légers et badins, 
dont les titres seuls indiquent quelles étaient les lectures fa- 
vorites du maréchal. Ce sont : les Amours diverses, les En- 
vhftinemenis de la fortune et de Vamour; les Recueils de 
lettres galantes^ les Imitations des odes d'Anacréon, les 
Belles solitaires y etc., etc. 

A Balanron, à part les statues qui ornaient le parc et le 
boulingrin, et dont nous avons déjà eu l'occasion de parler, 
nous retrouvons, à peu de chose près, le même mobilier 
qu'à Besançon. Ici, l'inventaire devenait relativement facile, 
car toutes les chambres étaient numérotées et quelques-uns 
de ces numéros sont encore visibles aujourd'hui sur le cham- 
branle des portes. C'est ainsi que nous savons que la chambre 
du maréchal portait le numéro 47 et la chapelle le numéro 37. 

Les caves et les offices ne sont pas moins bien garnis ici 
qu'à Besançon : les vins choisis y abondent et la vaisselle 
d'îirpent, irétain lin ou do faionce de prix s'y trouve en 
grande quantité. 

La chambre du duc est entièrement meublée et tendue en 
panne rou^e et, à côté des tables, bureaux, commodes en 
marqueterie qui la garnissent, nous y trouvons des tableaux 
magiques, une longue-vue, une machine électrique, une 
machine pneumatique, etc. ; ce qui nous montre les tendances 
du maréchal à s'initier aux inventions nouvelles. 

Les vingt-huit logements d'an)is, dont parle le maréchal 
de Belle-Isle, dans sa lettre sur Balançon, que nous avons 
reproduite, sont tous meublés d'une façon à peu près iden- 
tique, avec tout le luxe délicat et raffiné du xviir siècle, 
mais sans nous montrer là plus qu'ailleurs une œuvre de 
grande valeur ou ayant un cachet particulier. 

La mort du duc de Randan, n'étaient l'affliction sincère et 
le deuil général qu'elle produisit, ne devait pas amener de 
grvinds changements dans la province, car c'est son frère, 
M, te duc de Lorges qui, le 13 juin 1773, était nommé à sa 



— 259 — 

place au commandement supérieur, avec le grade de lieute- 
nant général et la survivance réservée à son gendre le duc 
de Saint-Quentin. Ces décisions étaient enregistrées dès le 
lendemain, 44 juin, au parlement de Besançon. 

Aussi le nom de Durfort ne devait-il pas encore disparaître 
de notre pays et notre histoire locale n'a qu'à s'enorgueillir 
d'une famille qui, depuis la conquête de Louis XIV jusqu'à la 
Révolution, a donné successivement à Besançon un arche- 
vêque, des gouverneurs, des maréchaux, des lieutenants 
généraux et dont plusieurs de ses membres, sous les titres 
divers de duc de Duras, duc de Lorges, duc de Randan, ont 
occupé en î'ranche-Gomté les situations les plus élevées et 
exercé les plus hauts commandements militaires. 



N. B. — Un accident survenu pendant le tirage des pho- 
tographies ne nous a pas permis de reproduire le buste du 
maréchal. 



LES 

FOUILLES DE CHATELNEUF-EN-VENNES 

Par M. l'abbé Hemiaim DRDOT 

MEMBRE CORRESPONDANT 



Séance du i3 mars 1902 



Au débouché du Col des Ages, qui met en communication le 
plateau de Vercel et l'ancien Val d'Ahon avec le Val de Vennes, 
aux abords de Loray et de Flangeboucbe, le haut moyen-âge 
avait élevé une forteresse longtemps célèbre, le château de 
Venues, relié avec le défilé lui-même par la tour de Montalo. 

Plus tard, au xin* siècle, ce système défensif, qui proté- 
geait le vieux chemin gaulois, passage des plus fréquentés 
de la montagne, fut complété. On éleva à TE., au-dessus de 
la source du Dessoubre, un nouveau château, Chàtelneuf-en- 
Vennes, tandis (ju'au S., sur la lisière extrême des terres du 
prieuré de Morteau, fut bâtie, à côté du Bélieu, dans la pa- 
roisse du Bizot, la forteresse de Réaumont. 

Châtelneuf, étroit manoir perché sur un roc, où le pied de 
rhomme pouvait seul parvenir, remplit, sans grand effort, 
son rôle de sentinelle du côté de Tétroite vallée qui conduit 
à Saint-Hippolyte. Après avoir changé souvent de maître, il 
appartenait, en 1030, à la maison de Rye, une des plus il- 
lustres du pays, qui avait recueilli le nom et écartelait les 
armes do la maison de Varambon. 

Quan'l la Guerre de Trente Ans éclata, dont une période 
devait être. si néfaste pour la Franche-Comté tout entière. 
Châtelneuf, tel un vétéran mutilé préposé à la garde d'un 
poste secondaire, ne devait jouer aucun rôle important. On y 



— 261 — 

entassa, comme dans un abri presque sur, les meubles les 
plus précieux des retrahants d'alentour, puis, sous la garde 
de quelques paysans armés, on attendit. 

Dès 1636, la Francbe-Comté, attaquée dans sa capitale, 
Dole, avait connu les pillages et les massacres de troupes 
régulières françaises commandées par un prince du sang ; 
en 1637, Weymar la traversa, marchant sur TAlsace; en 
1638, du côté des frontières de Bourgogne, du Bassigny, de 
Bresse, l'invasion ravagea ses plaines. En 1639, ce fut le 
tour des montagnes. 

« L'année 1639 est la plus funeste et tragique que la Bour- 
gongne ayt eu, car elle a esté toute dans le feu, le sang et la 
pe.<te, et sans secours d'aucune part. Les montagnes seules 
restoient entières, le surplus du pays estoit désolé et encor 
la mortalité du bestail avoit affligé les montagnes et les di- 
vers logemens, levées et passages les avoient affaiblies et 
despeuplées en plusieurs endrois... 

» Le ciel qui a couslume de donner de longs hyvers a noz 
montagnes, et leur fournir de grands remparts de neige, re- 
tira sa main cette année, si qu'aux mois de janvier et février 
noz montagnes furent sans neige, avec un air doux et serein. 
Weymar se servit de cet advantage, et sans attendre la sai- 
son du printemps ordinaire entra dans noz montagnes par 
l'abbaye de Monlbenoist qu'il surprist, et dez icelle prit Mor- 
teaux par le liane, tandis que pour néant ils gardoient le 
front de leur vallée et ne pensuient point au pas de Montbe- 
noist, d'autant qu'il estoit plus reculé... » i^) 

En lisant ces quelques lignes empruntées au pittoresque 
chroniqueur qui, le premier, a raconté la désolation de la 
Franche-Comté envahie par les armées franco-suédoises, on 
comprendra quand et comment Châlelneuf-en -Venues fut 
pillé et incendié. 

Weymar, maitre de Sainl-Hippolyte, où il était arrivé par 

(1) GiRARDOT DE NozEROY, Hustoire de Dix Ans. 



— 262 — 

Délémont et Saint-Ursanne les premiers jours de janvier 
4639, s'engagea immédiatement, en profitant d'une tempé- 
rature exceptionnelle, dans la vallée du Dessoubre et re- 
monta vers Consolation. Au bruit de ses fanfares, de ses 
canons, de sa cavalerie, Tépouvante fut au comble, et les 
quelques défenseurs du château durent s'enfuir sans essayer 
la résistance devant un torrent d'envahisseurs. 

Le 12 janvier, Weymar était à Saint- Hippoly te; le 13,1a 
ville était prise ; dans la nuit du 14 au 15, Morteau était en- 
vahi. Ce fut dans l'espace qui s'écoula entre ces deux dates 
que Châtelneuf fut enlevé par les coureurs et l'avantgarde 
du duc, préparant la marche sur Montbenoît par Gilley, le 
sac de Morteau et celui de Pontarlier. Tel est, reconstitué 
sans doute possible, le drame lugubre qui livra à l'incendie 
la résidence des comtes de la Roche en montagne, des Va- 
rambon et des Rye, dont les ruines ont sommeillé pendant 
près de trois siècles avant d'être explorées par les fouilles 
que nous allons raconter (i). 

I. 

Une crête rocheuse d'à peine vingt mètres de largeur à son 
maximum d'étranglement et dominant d'une gigantesque 
paroi verticale la source du Dessoubre qui jaillit à sa base du 
coté Nord. xV l'endroit le plus étroit de cette crête, un rec- 
tangle de pelouse unie, encadré de talus vagues, dont la direc- 
tion générale fait deviner des substructions rectilignes mais 
où l'œil, dans lé chaos des pierres moussues et des buisson- 
nets, ne découvre aucun vestige régulier de maçonnerie. Tel 
était, à l'automne de 1897, l'aspect de l'emplacement de Chîi- 
telneuf-en-Veimes. 

(1) L'abbé Devoille dans un roman, M. Tabbé Narbey dans ses Hautes 
Montagne» du Doubs, ont évoqué lous deux, avec beaucoup d'imagina- 
tion, les souvenirs de Châtelneuf-en-Vennes. Inutile de dire que Phistoire 
vraie n'a rien de commun avec ces deux ouvrages. 



— 263 — 

A la suite de promenades en ce lieu, qu'une immémoriale 
tradition appelait le Château, les professeurs du Séminaire 
de Consolation, plus d'une fois déjà, avaient rêvé de fouilles. 
Mais le résultat semblait d'avance devoir ne pas répondre 
aux difficultés et à la longueur de l'entreprise. L'exécution 
ne fut donc jamais sérieusement projetée. 

Nous sommes au jeudi IG décembre 1897. Par une fraîche 
et claire après-midi, je conduis les enfants au Château. Une 
a.ssociation d'idées, bien naturelle en cet endroit, me fait ra- 
conter à mes jeunes amis une visite que j'avais faite aux 
ruines de Carthage. Rêvent-ils des trouvailles analogues à 
celles du P. Delattre? — Plus d'un gratte le sol avec son bâ- 
ton. Au bout d'un instant : « Monsieur, voici des murs ! » 
C'était vrai; en mainte place apparaissaient de menus restes 
de maçonnerie régulière. 

La genèse de nos travaux se devine ; du désir au dessein 
on passe vite : a Venons donc travailler tous au Château à 
notre première sortie «, continuaient ces enfants. 

Le lendemain 17, on nous octroya le congé de la saint Ni- 
colas. Tous les élèves s'armèrent, qui d'un pic, qui d'une 
pioche, qui d'un levier, qui d'un morceau quelconque de fer, 
qui d'un bâton, et nous prîmes d'assaut les sentiers. Ce fut 
un travail enfantin et parfaitement désordonné; mais, le soir, 
quelques notables vestiges de nmrs étaient mis à nu : « Sous 
tous ces bourrelets, pensais-jo, il y a donc de la maçonnerie ; 
or, tous ces bourrelets sont reliés ensemble. Je vais, c'est 
sûr, découvrir ainsi le plan de la partie essentielle de Châtel- 
neuf ». Il fut dès lors arrêté que les fouilles seraient métho- 
diquement entreprises et menées jusqu'au bout. Nous n'es- 
périons point, il est vrai, trouver d'objets mobiliers. 

Il fallait s'organiser et fournir le maximum de résultats 
avec le minimum de dépenses. La grande ressource était le 
concours gratuit et libre des élèves : que ferait-on aux jours 
de la désertion? L'illusion eût été ridicule de compter sur une 
fidélité de plusieurs mois. Ils venaient d'abord nombreux, 



— ti64 — 

trente, quarante; mais chaque nouvelle promenade était 
marquée par un déchet, et je voyais clairement approcher le 
jour où une demi-douzaine à peine crmsentiraient, moyen- 
nant mille encourajjements, à mener doucement, bien dou- 
cement, une œuvre coûteur^e, pénible, interminable. 

J'avais compté sans les trouvailles : elles fixèrent les 
bonnes volontés et les ranimèrent chaque fois. Je pus ainsi 
constituer une- troupe de volontaires qui, à peu près tous, 
bien qu a plusieurs reprises la liberté leur fût rendue, demeu- 
rèrent fidèles au poste et, une fois chaque semaine pendant 
rhiver, tous les jours de promenade pendant Tété, fournirent 
une besogne dont la perspective eût effrayé les plus mâles 
travailleurs. 

On ne soupçonne pas de loin de pareilles difficultés ni une 
pareille ardeur ! Je me souviens comme si c'était hier, de 
ces bises froides qui nous flagellaient le visage, de cette 
neige fine et glacée, de ces pluies opiniâtres, de ces averses 
torrentielles, de ces jours embrasés de juin. Je revois mes 
porteurs de caisses, mains et visages gelés, se blottir une 
seconde dans les coins, en attendant que leur charge fût re- 
faite; mes porteurs de sellettes, tabliers et pantalons couverts 
de boue et pleins d'eau, regarder avec elTroi l'horrible mor- 
tier qu'il fallait soulever; mes piqueurs s'épuiser à casser 
d'imperceptibles miettes autour des blocs durcis par l'hiver; 
mes petits piocheurs, les mains bleuies et sales, lâcher un 
instant l'outil et battre la semelle pour se réchauffer les 
pieds. En dépit de tout, pas une fois le courage ne tomba. 
A plusieurs reprises, quand le temps faisait trop mauvais vi- 
sage : « Mes enfants, disais-je, aujourd'hui c'est ad libitum^ 
viennent ceux qui veulent ! » Et je les avais presque tous. 

Aussi la besogne allait bon train; qu'on en juge par un 
chiffre : fin juillet, nous mesurions exactement le volume des 
pièces évidées, et nous trouvions au minimum 560 mètres 
cubes Par conséquent, en moins de huit mois, dans nos seuls 
jours de congé trois petites heures chaque fois, 560 mètres 



Socd'Émidation duDoubs, IW 




FOUILLES DE CHATELÎ^EUF-EN-VENNES 



; 



— 265 — 

cubes de matériaux serrés, donc plus de mille voitures de ma- 
tériaux disjoints avaient été transportés à bras d'élèves, par 
une chaussée en plan très rapide, jusqu'au bord du vallon qui 
se tord au Sud, derrière le Château, et précipités dans le lit 
du torrent. 

Veut-on se figurer exactement notre façon de travailler? 

Mes dix-huit fidèles sont là, debout sur la crête, en tabliers 
gris et bleus. Chacun est armé, les petits de pioches et de 
sellettes en bois, les grands de pics ou de caisses à bras. 
Toute la bande descend au pied des vieux murs dans la fosse 
remuée avant-hier. En avant!... Deux grands garçons lèvent 
les pics longs et lourds, puis, vigoureusement, les abattent 
dans le réseau des racines, sous les pierres énormes, sur le 
bloc compact de la terre gelée ou de la chaux durcie. Il faut 
bien que tout cède ; les petits piocheurs, inclinés sur leurs 
paniers, y entassent les morceaux arrachés. Quatre vaillants 
bras soulèvent les sellettes, remplissent les caisses, et les 
couples de porteurs, manches retroussées, muscles tendus, 
escaladent la chaussée sous leur charge pesante et font dé- 
gringoler dans le val du Bief la cascade de moellons. Oh ! le 
plaisir de contempler le grandissime galop des grosses 
pierres, le trot tumultueux des caill'jux, les glissades du gra- 
vier, et d'entendre ce ramage ! 

A intervalles inégaux, mais fréquents, un cri retentit; les 
piqueurs regardent, les piocheurs se redressent, les porteurs 
s'arrêtent ou reviennent vite ; on a trouvé quelque chose. 
Chacun accourt pour voir, chacun a vu, et le vieux marteau, 
la vieille marmite, la vieille épée vont rejoindre dans un coin 
de mur la kyrielle des ferrailles. Ce soir, tous auront leur 
portion de butin à descendre au séminaire, et ce ne sera pas 
le moins intéressant du spectacle, que ce chapelet de bons- 
hommes, joyeux et sales, dé valant de là haut avec leurs vieilles 
chaînes, leurs vieilles piques, leurs vieux chandeliers, leurs 
vieux chaudrons. 

Comme nous l'avons dit, le Dessoubre naît au pied d'une 

18 



— 266 — 

gigantesque roche dont la paroi verticale court de Touest ù 
Test : le château des sires de Varambon était construit juste 
au dessus de la source, sur la crête rocheuse et étroite, entre 
la vallée de Consolation au nord et la gorge resserrée, sau- 
vage^ du Val du Bief au sud. 

A en juger par les bourrelets de terrain dont chacun re- 
couvre un mur, le castel s'élevait autour d'une cour intérieure, 
à peu près carrée, en deux ailes de bâtiments perpendicu- 
laires aux bords de la crête : c'est une partie de l'aile occi- 
dentale, la partie adjacente à la cour, que nous avons fouillée. 
Nous y avons découvert deux pièces contiguëes munies de 
trois portes, de cinq fenêtres meurtrières dont quatre au sud, 
et avoisinées d'une tour ronde à l'angle occidental. Quand 
nous disons deux pièces nous indiquons les divisions de 
construction mises en évidence par les vestiges de mur : il 
n'est pas invraisemblable que des séparations en bois aient 
multiphé davantage les pièces ou chambres. Un four était 
adossé au mur du milieu et dominait une platine énorme, 
haute de plus d'un mètre, pesante d'au moins cent cinquante 
kilog., dépourvue de tout cachet tant artistique qu'héraldi- 
que, et marquée de la date 4557. Nous devions trouver dans 
un autre coin, mais entraînée loin de sa place, une seconde 
platine, petite et plus insignifiante encore. £n avant de la 
grosse platine, donc sous la cheminée, un dallage retrouvé 
intact, fait de pierres de deux ou trois décimètres de long ; 
derrière, dans l'autre pièce, un pavage plus menu mais sur 
une étendue plus grande. Partout ailleurs nos pics allaient 
sans résistance au roc vif: des débris notables de charpentes, 
retrouvées à l'état de charbon, y attestaient la présence d'un 
plancher détruit. La hauteur des restes de murs varie de deux 
à quatre mètres, leur épaisseur de 1 m. 25 à 1 m. 80 ; la lar- 
geur des pièces déblayées, de 6 m. à 6 m. 20 ; leur longueur 
est de 44 mètres. La construction a été faite avec le calcaire 
de la région ; çà et là, un cube de tuf noyé dans le reste de la 
maçonnerie. Le ciment s'effrite sans peine et n'a pas la con- 



— 267 - 

sistance de celui qu'on trouve en de nombreux châteaux. Le 
bas des murs a été plus que le reste rougi et calciné par l'in- 
tense chaleur de l'incendie ; presque partout sous les dé- 
combres écroulés s'est durcie, enveloppant les objets en mé- 
tal qu'on en retire avec peine, une couche résistante de 
chaux. 

C'est seulement à quelques pieds de profondeur, au des- 
sous d'une couche de terre végétale mêlée de racines et de 
pierrailles, et au coeur même du sable, de la chaux et du 
charbon, que les trouvailles commençaient. Nous limes les 
premières dès notre quatrième congé : une faux, une large et 
longue scie, des casse-noisettes, des entraves, avec Tune des 
deux boucles fermant à clef, puis, en paquets dans un trou 
de mur, plusieurs milliers de clous forgés, sans tête, et de 
forme pyramidale. A partir de ce moment chaque journée de 
travail nous donna nombre d'objets : le soir du 5 avril nous 
en recueillîmes plus de quatre-vingts. 

Il n'y aurait pas d'intérêt spécial pour le lecteur à suivre 
nos fouilles pas à pas ; les découvertes se faisaient sans pro- 
gression bien marquée : dans une pièce comme dans l'autre, 
à la fin de l'été comme au début de Thiver, nos trouvailles 
avaient sensiblement la même valeur et d'ailleurs une foule 
d'objets se répétaient presque à chaque semaine. Les pre- 
mières monnaies, découvertes le 8 mars,, marquent seules le 
point de départ d'une période où les surprises agréables 
allaient se multiplier. Mais ce détail excepté, la marche du 
travail a été seule progressive : l'intérêt des trouvailles s'est 
maintenu sans s'accentuer. En dehors donc de quelques dates 
clairsemées et marquées par la mise au jour d'un bibelot 
moins banal il serait fastidieux de lire Thistoire chronologique 
de nos découvertes. 

C'est surtout par leur ensemble, en formant comme une 
sorte d'encyclopédie de l'outillage des paysans dans nos 
montagnes, au début du xvn* siècle, que les objets trouvés 
sont intéressants. Très peu d'entre eux pris isolément mé- 




— 268 — 

ritent une description détaillée. Mais il est curieux de cons- 
tater par un coup d'œii global sur cette multitude d'instru- 
ments de travail et d'ustensiles de ménage que les choses 
n'ont pas varié beaucoup et que, loin de toujours s'améliorer, 
plus d'une, de nos jours, n'a ni la même solidité ni la mérae 
élégance. Inutile de faire remarquer que l'étain n'ayant pu 
résister à la chaleur de Tincendie, le cuivre et le fer seuls 
ont gardé leur forme ; encore plus d'un objet en cuivre a-t-il 
partiellement fondu, par exemple d'élégantes marmites et des 
monnaies. 

Pourquoi dans ce château d'aussi nombreux objets de 
physionomie paysanne? — Nous en avons recueilli plus de 
cinq cents. C'est apparemment que Châtelneuf, au passage 
des Suédois, servit de refuge aux habitants du voisinage de 
Guyans-Vennes surtout et de Grand-Chaux : chacun de ceux 
qui s'y retirèrent y emporta avec son petit pécule le néces- 
saire de son outillage. Il dut s'y entasser une multitude de 
malles ou coffrets comme l'attestent les 133 serrures et les 
200 paumelles ou charnières recueillies. Sans doute aussi 
qu'un certain nombre d'objets du culte y furent déposés : on 
n'explique guère autrement la présence dans les débris d'un 
instrument de paix et de plusieurs croix processionnelles. 
Ne pourrait-on aussi rapporter au culte les vestiges carboni- 
sés où l'œil suit sans peine à travers la trame brûlée du til un 
déhcat et riche brochage d'argent?... Mais il en reste si peu 
qu'on ne saurait conclure. 

C'est, en résumé, surtout un mobilier paysan qui nous est 
tombé sous la main. L'incendie a consumé le bois et la corne 
des outils et n'en a laissé que le métal ; encore le travail 
souterrain de l'humidité a-t-il mordu profondément et dé- 
formé surtout les objets plus menus comme les couteaux, 
les pinces, les casse-noisettes. Pourtant ce qui reste se peut 
désigner en général nettement, il n'est pas jusqu'à des pa- 
quets de lentilles ou de grains d'avoine carbonisés et re- 
trouvés abondants sur de vieilles serpes, sur des restes de 



poutrelles, qui n'aient consente, la couleur en moins, leur 
exacte physionomie. 

Les objets trouvés en plus grand nombre sont les gonds, 
les pentures et les verrous : deux à trois cents gonds et 
pentures n'est point un chiffre exagéré. Nous avons dit tout 
à rheure qu'on les explique par les nombreuses caisses ou 
malles qu'apportèrent les réfugiés du château. Les serrures 
c'est naturel — sont moins nombreuses : cent trente trois 
exactement, et il est probable que très peu nous ont échap- 
pé. Toutes intéressantes par leur variété, elles sont — sauf 
deux ou trois, sauf une surtout, où l'artiste a multiphé les 
combinaisons -- très simples de mécanisme. Aucune d'ail- 
leurs n'offre de cachet esthétique. 

Nous aurions dû retrouver un nombre égal de clefs ; nous 
n'en avons recueilli que cinquante-cinq. Beaucoup, les plus 
petites surtout, ont passé inaperçues dans les décombres 
remués. Ce qui intéresse dans les clefs, plus encore peut- 
être que dans les serrures, c'est l'absence totale d'uniformité 
entre deux quelconques d'entre elles. La fabrication ac- 
tuelle, en répétant sans une variante le même type des mil- 
liers de fois, donne l'impression d'une inépuisable monoto- 
nie ; jadis l'ouvrier mettait un peu d'agréable fantaisie dans 
chaque objet isolé qu'il produisait. Des clefs trouvées à 
Cbâtelneuf en sont un exemple. L'une d'elles a plus que de 
la fantaisie et atteint presque à l'art ; les artisans d'autrefois 
étaient souvent des artistes. 

La même fantaisie agréable se retrouve dans tous les ob- 
jets qui la pouvaient comporter ; il faut signaler à cet égard 
dix-sept casse-noisettes dont aucun ne ressemble au voisin 
et dont plusieurs représentent des mâchoires d'animaux, des 
tètes de reptiles. La moitié au moins de nos soixante-deux 
couteaux sont de lame et de manche élégants, au mouve- 
ment gracieux ; le feu a anéanti les détails d'ornementation 
des manches : il en reste cependant ici ou là de pauvres 
vestiges, par exemples les petits carrés de nacre qui fai- 



— 270 — 

soient, avec de petits carrés de bois, un damier minuscule 
autour de la tige de métal. 

L'unique grelot retrouvé était vêtu d'une sorte de gracieux 
rinceau en relief. Un fer à gauffres ne porte à l'intérieur que 
des rayures enfantines traversées d'une maladroite fleur de 
lys. Les deux chandeliers, que l'on peut voir au Musée de 
Besançon, dans la vitrine aflectée aux fouilles de Notre- 
Dame de Consolation, sont intéressants et de style ; la série 
bien comprise des nœuds aigus qui en décorent la tige les 
distingue tout à fait des chandeliers qui font aujourd'hui 
partie des mobiliers populaires. 

Une des plus sensationnelles trouvailles est, sans contre- 
dit, celle des crémaillères, torses ou rectilignes, grêles ou 
énormes, et des marmites à la panse diversement, mais tou- 
jours gracieusement arrondie et aux lèvres non moins gra- 
cieusement renversées. Deux ou trois en cui>Te qui eussent 
rtê vnii-tMiibl.ibemfnl les plus jolies sont aux trois quarts 
fondues et réduites en une masse informe. Tant marmites 
que chaudrons, nous en avons retrouvé vingt-deux. Voilà qui 
témoigne d'un groupement d'humbles foyers dans l'enceinte 
de Châtelneuf au moment de l'invasion des Suédois. 

Puisque nous parlons de foyer, il nous faut signaler trois 
chenets dont l'un, artistique, figurant une belle tête de chien, 
et, avec les landiers, les broches démesurément longues, qui 
pouvaient facilement empaler un mouton ou un veau. 

Parmi ce que j'appellerai les objets de ménage ou de mé- 
tier, je ne vois, en dehors de deux socs de charrue au profil 
de gracieuses carènes, plus rien qui exprime un souci 
d'art. Tout y est d'un dessin ferme, de fabrication excel- 
lente et tend à l'emploi pratique. Nous nous contenterons 
donc d'énumérer six ciseaux de couture, cinq clochettes en 
cuivre pareilles à celles qu'aujourd'hui encore portent les 
troupeaux de nos montagnes, cinq pelles, sept pics, sept 
scies, huit tridents, sept binettes et crocs, neuf ciseaux à 
tondre les moutons, neuf enclumes à faux (dont la partie 



— 271 — 

trempée n'était pas oblongue et mince comme à présent, 
mais carrée), neuf tenailles, dix chevilles de voitures, dix 
gros coins en fer munis d'anneaux pour harponner et enle- 
ver les sapins, onze limes, onze pinces très diverses de 
grandeur, douze grandes poêles à frire, quatorze faux, dix- 
sept chaînes dont plusieurs très longues — Tune de quatre 
mètres et demi — feraient aisément leur ancien office, dix- 
sept ciseaux d'ébéniste, dix-huit racloirs, dix-neuf serpes 
presque toutes d'une courbe plus allongée* moins circulaire 
que les serpes actuelles, vingt-cinq vrilles, vingt-cinq mar- 
teaux, trente-deux haches, etc. Tous ces objets n'auraient 
pas du tout, aux yeux non prévenus, la physionomie d'ob- 
jets presque trois fois séculaires ; ils sont d'une étonnante 
ressemblance d'aspect avec nos objets actuels. Examinés 
plus en détail, ils frappent par je ne sais quoi de plus solide 
en même temps que de plus varié. Des ouvriers du val du 
Dessoubre, employés journellement au charroi des sapins, 
ont estimé supérieures, sous le double rapport de la forme 
et du métal aux comailles d'aujourd'hui, les coins en fer 
dont nous parlons plus haut et qui servaient à Tenlèvement 
des bois. 

Pour compléter la liste des humbles objets de ménage ou 
de métier que nous avons découverts, il faut ajouter aux 
précédents : deux balances ou romaines, un fer à friser, une 
roulette à gaufrer, deux petites lampes en cuivre faites d'un 
disque évidé avec queue en anneau et bec pointu pour la 
mèche, différents tourne\is, dont l'un, grâce à une série de 
formes rayonnant au bout de la même tige, pouvait résoudre 
les difficultés les plus diverses ; des marques à feu, impri- 
mant un dessin d'étoile, sauf une, qui exprime un écusson 
avec les lettres P V au-dessus d'une croix ; deux pierres à 
aiguiser, de longues pinces de forgeron, un étui en os, un 
godet de cuivre ayant peut-être servi d'unité de poids, un 
petit rouleau de fil de laiton, deux chapelets, l'un de six 
dizaines, au grain noir, banal et uni; des débris de marbre 



— 272 — 

blanc, de verre à moitié fondu où apparaît un reste de des- 
sin ; divers ossements, dont pas un d'humain, etc., etc. 

Les objets suivants ont plus de caractère : une sorte de 
bracelets (deux exemplaires) faits de mailles souples et fines 
de cuivre et terminés d'agrafes rectangulaires où s'épa- 
nouissent d'élégants fleurons ; une demi-douzaine d'autres 
agrafes de cuivre en forme de rosaces ; un ove en verre très 
fin qui s'est délicatement irisé dans le sol et des flancs du- 
quel monte une fragile banderole verte ; deux pipes enfin, 
apparemment inusagées, en terre blanche, l'une ne gardant 
que le fond du foyer, l'autre, quasi intégrale, faite d'un 
tuyau uni et d'une Chimère k cornes de bélier, à gueule ou- 
verte, qui constitue le fourneau et sous laquelle, dans un 
talon évidé, apparaît une petite couronne avec l'inscription 
D.V. 

Comme objets de culte, il y a d'intéressant, en dehors des 
débris d'élofi'e carbonisée que nous avons dit, d'abord un 
bras de croix en bronze, trouvé le 24 mai ; il se termine en 
fleur de lis et porte au bout opposé, au centre donc de la 
croix, une inscription en couronne autour d'un agneau pascal. 
Ensuite, trouvée, le 26 mai, une autre croix processionnelle 
du xvi« siècle (voir la planche), avec terminaisons en fleurs 
de lis et, à la naissance des fleurs, de gros cabochons en 
verre que la chaleur a craquelés. Enfin et surtout, un instru- 
ment de paix, en cuivre, style italien du xvi« siècle, haut d'à 
peine quinze centimètres, portant en bas-relief une pieta de 
dessin remarquable et d'expression très vivante. Ce dernier 
objet est sans contredit la plus précieuse de nos trouvailles. 
On le peut voir au Musée de Besançon. 

Le feu a particulièrement ravagé et déformé les vestiges 
d'armes que nous avons recueillis. Nous ne possédons 
qu'une partie de casque : on y voit une fleur de lis repous- 
sée. Voici quatre épées tordues et rongées, trois sans 
gardes ; cinq gardes sont retrouvées seules, toutes très dif- 
férentes d'aspect, l'une, torse et spécialement intéressante. 



— 273 — 

Voici encore six piques, quatre canons de pistolets, deux 
canons de fusils ou mousquets, treize batteries d'armes à 
feu, cinq dessus de poires à poudre, cinq moules à balles, 
trois balles, trois éperons, dont deux en jolies rosaces étoi- 
lées. Des cinq menottes ou entraves, trois sont complètes; ce 
sont de solides et courtes chaînes terminées par deux larges 
bracelets de fer dont l'un porte un robuste cadenas ; les clés 
en sont perdues. 

Les premières monnaies ne Furent trouvées que le 8 mars. 
Inutile de dire que cette découverte nous remplit d'un sin- 
gulier enthousiasme. La première fois, nous crûmes qu'il 
s'agissait de boulons : petits disques vert-de-grisés collés en 
un lingot par un commencement de fusion, leur vue nous 
surprit seulement. On regarda de plus près, on aperçut des 
lettres, des embryons d'effigies, de dates : « Des sous, voici 
des sous !» Et il y en avait 425. Une bribe d'étoffe carboni- 
sée, sans doute le sachet qui les renfermait, y était encore 
attenante. 

Le soir du 19 mars, pour la troisième fois, le bienheureux 
cri : « Des sous, voici des sous I ». C'était à l'angle du four 
et de la platine ; nos enfants, endimanchés, plongeaient leurs 
mains jusqu'au blanc poignet dans le sable gris où grouil- 
laient les piécettes verdâtres : quatre cent treize ce jour-là, 
quel rêve! Le soir du 5 avril, nous en avions recueilli plus 
de huit cents. 

Mais la moitié totalement illisibles ! Quatre cents res- 
taient qu'on pouvait lire, partiellement au moins. En voici 
de minuscules avec la croix de Lorraine, de plus grandes, 
presque deux cent cinquante, aux armes de Besançon, les 
autres aux armes de Bourgogne, à peu près toutes à l'effigie 
de Charles-Quint. Elles courent de 1570 à 1637. Deux ans 
après cette dernière date, les Suédois féroces, revenus du 
sud de la Comté, anéantissaient Châtelneuf, qui couvrait 
pour deux cent soixante ans du manteau de ses ruines l'hum- 
ble bourse des serviteurs et des soldats d'autrefois. 



— 274 — 

Liste des types de monnaies trouvécH aux fouilles 
de Châtelneuf. 

France-Béarn, Louis XIII : Une jolie pièce d'argent. 

Monnaie flamande. Bruxelles, 1622 : Demi-tesfon. 

Monnaies lorraines : Blanc, denrii-blanc. 

Armes de Bourgogne et de Dole : 1622, 1623. 

Dole. — Deux gros, 1422. 

Dole. — V>\ï gros (bâton noueux), 1622. 

Dole. — Un demi-gros (bàtoii noueux), 1588 

Dole. — Carolus : 159:1, 1594. 1595, 1596, 1599, el une série de 

dates lllisiltles. 
Besançon. — Douhle-gros; 1623, 1024. 
Besançon. — D'un côté effigie de Charles-Quint, de l'autre deux 

colonnes encadrant un B, 1623. 
Besançon — Demi-carolus. 
Besançon. — Carolus : 15<>4, 157?, 1571, 1572, J58(), 1581, ir)H4. 

1588,1589, 159?, 1591, 15^12, 1593, 1594, 1595, 1596, 160?, 1603, 

161?, 1611, 1612, 1613, 1614, 1615, 1616, 1617, 1618, 1619, 1630, 

1622, 1623, 16:^6, 1637. 

On nous perniettra d'ajouter à ces humbles notes le nom 
des admirables enfants qui sacrifièrent, un an durant, tous 
leurs congés à Toeuvre pénible des fouilles : 

Léon Bourgeois, Joseph Loye, Jose[)h Simon, Georges 
Chénier, Roger Chénier, Louis Huot, Gustave Perrin, Au- 
guste Vaugne, François Dufay, Léon Faradon, Louis Froide- 
vaux, Edouard Jcannin, Ahx Renaud, Henri Amiotle-Petit, 
Henri Martin, Francis Boillin, Joseph Frantzen, Just Faivre. 



II, 



Cette seconde période de fouilles s'e.st elTecluée sous la direction de 
M. Tabbé Verchot, professeur à Consolation, auquel nous devons ce second 
rapport. 

En 1îK)2, au moyen d'une double subvention du Musée ar- 
chéologique de Besançon devenu dépositaire d'une partie des 



— 275 - 

trouvailles de M. l'abbé H. Druot, et de la Société d'Emulation 
du Doubs, les « fouilles » de Chatelneuf ont été reprises sui- 
vant un plan nouveau, après quatre années de délaissement 
absolu, pendant lesquelles les murailles des appartements 
découverts par M. Druot, furent sérieusement endommagées 
par les pluies et la gelée. Le premier directeur n'avait pas 
de données précises à sa disposition pour le guider dans son 
travail ; il « attaqua • la butte la plus en vue, et il eut la main 
heureuse. On sait la quantité d'objets, parfois très intéres- 
sants, que ses recherches amenèrent au jour. Dans la suite, 
on a pensé qu'il y aurait peut-être quelque intérêt à recons- 
tituer le vieux manoir des seigneurs de Varambon, autant du 
moins que le permettent les ruines accumulées par le gel et 
l'incendie. C'était là un travail énorme qui demandait assuré- 
ment beaucoup de temps, mais qui pouvait amener quelque 
découverte curieuse ou importante pour l'histoire locale. Dans 
ces conditions, on a voulu, pour faciliter les recherches pos- 
térieures, déblayer en premier lieu les abords du château, de 
façon à retrouver les chemins et les portes qui permettent 
d'entrer dans les appartements. Il fallait des « travailleurs » 
d'une patience à toute épreuve et d'un « détachement » peu 
ordinaire, pour exécuter ces travaux particulièrement péni- 
bles, où Ton est rarement stimulé par une découverte quel- 
conque. Songez donc, ne rencontrer jamais sous le pic si 
lourd ni monnaies, ni armes, ni outils, comme les anciens 
travailleurs de M. Druot ; toujours remuer des pierres et des 
troncs d'arbres sans aucun résultat appréciable, quelle dé- 
cevante perspective pour des enfants! Malgré cela, une 
équipe de vingt ouvriers a pu être constituée, et depuis deux 
années, personne n'a manqué au rendez-vous du mardi et du 
jeudi, malgré la neige ou la pluie. 

Aussi, à cette heure, les travaux ont donné quelques ré- 
sultats appréciables. Peu d'objets, il est vrai, se sont ajoutés 
à ceux que M. Druot avait si bien groupés dans son premier 
musée; il fallait s'y attendre. Par contre, la disposition du 



— 276 — 

château commence à devenir manifeste. Nos efforts se sont 
portés en premier lieu sur le puits, dont Torifice était visible 
dans un coin de la c haulte cour ■. Nous espérions, en le vi- 
dant, faire quelque découverte intéressante : dans la préci- 
pitation de la fuite, les assiégés auraient pu y jeter quelque 
objet précieux pour les reprendre plus tard Nous en avons 
extrait seulement des pierres de taille et des débris d'osse- 
ments ou d'objets en cuivre, plus une garde d'épée. Bientôt 
le fond de la citerne apparaissait à une profondeur de deux 
mètres, et par là croulait la légende fort acciéditée dans le 
pays, «l'aprés laquelle le puits communique avec le Des- 
soubre. dont la source se trouve à plus de cinquante mètres 
au-dessous. Comme on Ta fait remanjuer, il était cependant 
plus raisonnable de supposer que les habitants du château 
p^iuvaient se procurerde Teau très facilement au moyen d'une 
corde et d'une poulie, puisqu'ils se trouvaient exactement au- 
dessus de la source en que^tion ; dès lors, à quoi bon creuser 
un puits de cinquante mètres de profondeur dans le roc vif? 
De là, les écjuipes se sont transportées sur remplacement 
Ouest du Château, au-dessus du Val noir, où coule le ruis- 
seau qui alimente la Scie Dessus. Les premiers travaux ont 
amené la découverte d'une manière de tourelle, profonde de 
4 mètres, reposant sur le rocher au-dessous de la porte d'en- 
trée du Château, avec un escalier très primitif, creusé dans 
le roc, qui permet d'y descendre. La destination de cette cons- 
truction, très bien conservée d'ailleurs nous échappe com- 
plètement Par la suite» nous avons pu déblayer entièrement 
la partie du Château qui regarde le Nord-Ouest et le Nunl : 
d'abord remplacement du pont-levis, et la « basse »• cour, 
placée au-dessus de la tranchée, qui fait face au plateau de 
Grand-Chaux. Cette cour assez longue, étroite, s'étend de lo- 
ratoire au Val noir. Pour l'établir, on a taillé le rocher de fa 
çon à constituer une surface parfaitement plane qu'on a re- 
couvert d'une sorte de ciment, où entre du sable de tuf 
comme élément principal. Au milieu de la cour, sur le bord 



— 277 — 

même de la tranchée, se trouve un gros rocher dans lequel 
des escaliers ont été creusés. De ce rocher un pont donnait 
accès à la porte d'entrée principale, dont remplacement est 
très visible au-dessus de la tourelle dont on a parlé plus haut. 
Celte porte est elle-même dominée par une plate-forme tail- 
lée à pic de main d'homme, sur laquelle se trouvait le donjon 
qui s'étend jusqu'aux salles découvertes par M. Druot, au 
Sud, le long du rempart naturel qui domine la source du Des- 
soubre. De la porte, un sentier pour les mulets, protégé au 
Sud-Ouest par une haute muraille très épaisse, conduit au 
donjon et à la « cour haulle », d'où Ton se dirigeait à gauche 
vers les habitations communes et à droite vers le logement 
des seigneurs encore inexploré. Si le plan général est facile 
à saisir, la destination précise des parties mises à nu est en- 
core difficile à établir, par le fait qu'on distingue nettement 
plusieurs constructions successives. De plus, des passages, 
des portes ont été murés, des bases de tourelles comblées 
avec du sable de tuf. Sur bien des points, on doit se conten- 
ter de probabilités. 

Les travaux ont amené la découverte de (juantité d'osse- 
ments d'animaux de forte taille, dans une salle sise au dessus 
du Val noir, de fragments de vases et de verre, de serpes et 
de menus objets de fer. Ils ont eu lieu sur une longueur de 
520 mètres environ. L'année prochaine, nou» entrerons par une 
porte en ogive en pierre jaune taillée, dite de Morteau, dans 
un appartement dont remplacement est visible au Nord des 
premières salles Nous rechercherons ensuite la disposition 
du donjon et, ce point fixé, nous aborderons le saillant Sud, 
où était l'habitation seigneuriale. Puisse notre œuvre bien 
modeste apporter un petit surcroit d'intérêt au site de Con- 
solation, et mériter d'être appréciée des touristes et des ar- 
chéologues ! 



EDOUARD GRENIER 

(i8i9-i90i) 



Par M. Jules GAUTHIER 

SBCnéTAlRB DÉCENNAL 



:Séance publique du i8 décembre i902 




I 
L'ENFANCE D'UN POÈTE 

famille, ô foyer où s'alluma mon âme!... 

Quel Franc-Comtois ne connaît Baume, un des sites les plus 
pittoresques et les plus riants qu'anime le Doubs, alors que, 
grossi des eaux du Cuisancin, il roule, argentés et limpides, 
ses flots vers Esnans, Deluz et Besançon. Le paysage qu*il 
traverse est charmant; laissant sur sa gauche les hauteurs 
demi boisées et jadis couvertes d'un riche vignoble qu'on 
nomme Gondé et la vallée étroite de Pont-les-Moulins d'où 
le Cuisancin débouche, venant du Lomont, la rivière fait 
tourner à droite les roues du vieux moulin de Cour, trans- 
iornié par une industrie récente, passe en vue de la ville 
retranchée au bas de hautes collines, séparée à Touest par 
tout un cirque de prairies du gai village de Champvans, 
piiiî^, sous un grand pont flanqué du roc et des ruines d'un 
vieux château, précipite en murmurant sa course impé- 
lueuâe : telle la Loue à Vuillafans ! 

[a petite ville encadrée d'un frais décor d'arbres fruitiers 



i 



— 279 — 

et de vignes, s'espace et s'étage à la base d'une montagne 
où grimpe et serpente la route se dirigeant vers Rouge- 
mont. Le haut clocher pointu de son église et le dôme de la 
vieille abbaye qui fut son berceau, la dominent ; Ghampvans, 
le Château, et par delà les cimes de Gondé et de Châtard 
sont tout son horizon. 

L'ancien régime n'y a perdu que ses personnages; les cha- 
noinesses ont disparu et seul le secret de certaines confi- 
tures conserve leur tradition dans les vieilles demeures 
qu'elles habitaient ; un sous-préfet a remplacé le subdélégué, 
le tribunal a succédé, et dans le même hôtel, au vieux bail- 
liage et les logis à poivrières, les maisons surplombantes, à 
tourelles et à viorbes, y sont restés debout comme témoins 
des âges écoulés. 

C'est dans cette humble et jolie petite ville qu'est né, le 
20 juin 1819, Edouard Grenier, dans une vieille habitation 
qu'on peut voir encore, à l'angle droit de la rue qui descend 
de la gare, presque en face du clocher de l'église paroissiale. 

C'était la maison de Simon Barbier, maire de Baume, 
l'aïeul maternel de l'enfant dont le père, Jean-Pierre Gre- 
nier, occupait à Montbéliard les fonctions de receveur des 
finances. Les Grenier comme les Barbier étaient des nou- 
veaux venus dans la bourgeoisie locale, mais leur honora- 
bilité comme leur fortune leur donnaient une situation ex- 
ceptionnelle ; leur parenté était très nombreuse. 

Tandis qu'on laissait aux grands-parents, pour égayer leur 
foyer tranquille, un premier berceau, celui de Jules Grenier, 
l'ainé de deux ans du petit Edouard, le nouveau-né prit 
avec sa mère le chemin de Montbéliard, ou se passa sa 
première enfance. 

€ J'ai quatre ans, je m'éveille ; la bonne Tinon me porte 
dans la chambre de ma mère. On m'habille ; j'ai une robe 
de mérinos rouge et des souliers de cabron jaune, je me 
trouve superbe!... Au jardin, il y a des mûriers à fruits 
rouges, une grande allée, des arbres et des fleurs ; mais au 



— 280 — 

milieu, \\ y a du sable el j'y ramasse des cailloux étranges 
et des pierres précieuses. Au fond, une porte basse donne 
sur un chemin qui conduit à la rivière ; tout cela est mer- 
veilieux, et depuis, je n'ai rien vu de pareil au monde î... 

» J'ai grandi, je n'ai plus de robes comme les petites filles, 
je porte des pantalons et des souliers noirs comme papa, 
je vais avoir sept ans, je suis déjà un enfant terrible : je 
grimpe aux arbres, je fais la chasse aux papillons et aux nids. 
Je suis devenu sauvage, volontaire et dominateur. J'ai un 
esclave : Charlie qui madmire, Charlie, le fils du cloutier 
voisin ; je commande une bande de gamins avec qui j'entre- 
prends des expéditions lointaines dans tous les coins de la 
ville, jusqu'à la Citadelle î... » 

Jeux d'enfants, amour-propre qui naît, colères qui s'é- 
veillent ; pas d'école, la mère d'Edouard lui enseigne à lire, 
son père à écrire et tout se passe en famille ; quelles joies, 
quand par un soir d'hiver le receveur particulier rentre de 
la chasse les favoris saupoudrés de verglas, le carnier rempli 
de bécassines, de canards, de poules d'eau, et que tout ce 
gibier aux plumes luisantes s'étale ; quand au Vieux-Châ- 
teau des montreurs de lanterne magique ou d'ombres chi- 
noises jouent le Pont Cassé et même Tartufe^ mais oui, 
Tartufe, de Molière, un monsieur qui se cache sous une 
table ! 

En grandissant le cœur s'éveille; à sept ans, Edouard 
Grenier aime et soupire. Elle avait deux ans de plus que 
lui. Etait-elle belle? plus lard, il jugea que non. Durant 
longtemps il l'admira, taisant avec Marie d'interminables 
parties de jonchets (un jeu qu'on ne pratique plus guère). 
« Un charme l'enveloppait tout entière, son regard, son sou- 
rire, le moindre de ses gestes m'enchantait et me faisait 
une atmosphère de délices. » Toute une vocation de ten- 
dresse s'éveillait pour lui par l'innocente coquetterie d'une 
petite fille blonde et douce, tranquille et raisonnable, dont 
l'influence transforma un garçonnet turbulent en soupirant 



- 281 — 

précoce, et je comprends le sentiment qui, soixante ans 
après, dictait au vieillard ces lignes reconnaissantes : o Cher 
Montbéliard I que de souvenirs, d'impressions premières 
inoubliables il m'a laissées, je n'en finirais pas si je voulais 
tout dire, et, je le sens bien, cela ne peut intéresser que 
moi!... « 

Le château de Montbéliard et ses tours s'estompent et 
disparaissent dans les brumes de l'Allan, Edouard Grenier 
est devenu un collégien et a pris, comme Jules son frère aîné, 
le chemin de Fontenay-aux-Roses. Pour comprendre cette 
décision il faut tenir compte de l'influence et des conseils 
d'un ami fidèle de la famille, le député Clément, de Baume, 
dont l'initiative procura ù nombre de ses jeunes compa- 
triotes l'accès des grandes écoles ou des grandes adminis- 
trations. 

C'était un dur sacrifice pour une mère de se séparer d'un 
enfant qui ne l'avait jamais quitté ; le sacrifice fut plus rude 
encore pour le bambin de dix ans, partant avec un mince 
bagage à la conquête de l'avenir. 

Les roses de Fontenay, le parc et ses bosquets, tout cela 
donnait un air riant à la cage, mais blotti dans son coin, 
meurtri et attristé par les brimades, qui dans tout collège 
attendent traditionnellement les nouveaux, le pauvre oisil- 
lon venu de Baume, pleurait le doux nid déserté. Il fut long 
à s'habituer à la discipline et au travail, nouveau pour lui, 
se créa peu de camarades, vécut de souvenirs ou d'espoirs et, 
petit à petit, de labeur et de résignation. 

Parmi les maîtres de Fontenay-aux-Roses, il en était un 
dont le nom et la réputation avait déterminé le choix de ce 
collège, qui eut de longues années de célébrité et fut consi- 
déré comme la Sainte-Barbe des Champs. 

Il se nommait H. Ordinaire, et était de Besançon, a II 
avait composé une grammaire latine d'après une méthode 
qui abrégeait fort l'étude de cette langue. C'était un petit 
homme sec et osseux, très dur au physique comme au 

19 



— 282 — 

moral. Il avait inventé aussi une façon de nous inculquer sa 
méthode qui était touchante, c'est le cas de le dire. Il se ser- 
vait d'une tabatière d'argent pour priser, mais il s'en servait 
encore autrement. Aux examens, quand on lui répondait 
mal, la tabatière entrait en jeu en môme temps que son 
pied. Le pied, fortement chaussé, frappait la jambe du mal- 
lîeureux élève, tandis que la tabatière attaquait les côtes ou 
la tête. Cette inéthode-là n'était pas bien nouvelle, mais elle 
aidait puissamment à l'intelligence de l'autre. » 

Les impressions pénibles du début de Fontenay-aux- 
Roses, corrigées à la longue par de bonnes camaraderies et 
par l'intérêt qu'Edouard Grenier finit par prendre à ses étu- 
des, s'effacèrent peu à peu, grâce aux vacances qui lui firent 
entrevoir la mer à Saint-Valery avec ses spectacles gracieux 
et émouvants, ailleurs d'autres paysages, et le ramenèrent 
enfin, en 4829, à Baume, pour y embrasser une petite sœur 
née depuis peu et dont son frère et lui se disputèrent l'affec- 
tion, en la portant, en la promenant, comme une délicieuse 
petite poupée. 

Sa première communion en 1831, préparée par Tévèque 
du Maroc, l'abbé Guillon, aumônier de Fontenay, son entrée 
au grand collège, une grave maladie dont Jules Grenier 
foillit mourir, furent les grands événements de cet internat 
de Fontenuy-aux-Roses qui dura jusqu'à 1834, c'est-à-dire 
jusqu'à la rhétorique, et dont la sortie constitua pour l'es- 
prit indépendant du jeune Baumois une véritable délivrance. 
Les parents décidèrent, à sa grande joie, que tandis que son 
aîné resterait à Paris pour se préparer à l'Ecole polytech- 
nique, sous la direction de son cousin Ebelmen, qui venait 
d'y entrer premier, Edouard irait à Besançon faire au col- 
lège royal sa philosophie, en externe libre, c'est-à-dire en 
grand garçon. 

Un voyage en Suisse, où les conduisit leur grand-père, 
ménagea la transition aussi agréable qu'inespérée entre la 
prison et la liberté. « Voir les lacs, les montagnes, les gla- 



— 283 — 

cierSy quelle joie pour des prisonniers comme nous et des 
imaginations de quinze ans 

€ L'automne s'écoula et s'inclina sensiblement vers l'hi- 
ver. Il y eut encore de belles journées , l'été de la Saint- 
Martin comme l'on dit, et c'est précisément l'époque où la 
Franche-Comté est dans toute sa beauté. L'été, le paysage 
est trop vert et d'un vert un peu crû. L'arrière-saison avec 
ses teintes variées, son ciel adouci, ses vapeurs bleuâtres, 
prête à nos montagnes un caractère plus fin, plus poétique 
en les revêtant d'une grâce, d'une distinction, d'une no- 
blesse qu'elles n'ont pas dans le robuste éclat de leur ver- 
dure prin tanière... 

< C'est ici le lieu de dire quelques mots de notre vieille 
maison, elle doit remonter à trois siècles et fut, dit-on, bâtie 
par MM. de Lasnans, libres barons d'Empire. 

a Malgré ses dimensions restreintes, rien ne lui manque 
comme dépendances : double cour en forme de douves, ni 
jardins en terrasse. Le jardin qui domine la maison est un 
vrai jardin de curé. 

« Des carrés de légumes entourés d'arbres fruitiers, de 
quenouilles, qu'au printemps, quand leurs branches ploient 
sous des fleurs épanouies, mon père comparait volontiers à 
des processions de jeunes filles. 

« Des pierres moussues bordent les allées, une charmille 
au fond avec une treille en berceau que j'y fis planter pour 
me rappeler l'Italie ; on le voit, c'est la simplicité même. 

a Tel qu'il est, c'est le lieu que j'aime le plus au monde. 
Mon grand-père m'y a porté dans ses bras, je m'y suis pro- 
mené avec ma mère, j'y ai joué avec ma sœur, pleuré avec 
mon frère. > 

Et cette vieille demeure et tous les cœurs qui battaient à 
l'unisson pour entourer l'enfant de leurs tendresses, dont 
il avait été sevré si longtemps dans la geôle de Fontenay- 
aux-Roses, il fallut s'en séparer, en gagnant Besançon et 
son collège le 15 novembre 1834. On établit le philosophe 



— -284 - 

chez un professeur du collège qui demeurait dans une 
vieille maison du Chapitre, entre la maison Talbert et 
rhôtel Hugon d'Augicourt. « Il y restait même, remontant 
au moins à 1789, un chanoine grand, mince, avec les ailes 
de pigeon poudrées, la culotte noire, les bas de soie. Il jouait 
du violon et rien que de vieux airs qui, le soir, me por- 
taient à la mélancolie. 

« On y accédait par une étroite porte cintrée; de ses 
vieilles et étroites fenêtres à meneaux, la vue était superbe 
et s'étendait sur une grande partie de la ville, avec les belles 
lignes du mont de Bregille comme lointain et tout un groupe 
de grands et beaux arbres pour premier plan. 

tt Chaque jour en descendant du Chapitre, pour me ren- 
dre au collège, je passais sous la Porte Noire. L'arc mutilé 
reste un monument de fière allure. Sur la face qui regarde 
Saint-Jean, dans un enfoncement obscur qui forme niche, 
se dresse en haut-relief une charmante figure de Vénus. La 
déesse sort de Tonde amère, ses pieds reposent sur une 
conque, une draperie voltige autour de son torse ; les siècles 
l'ont décapitée, mais ce beau corps garde néanmoins je ne 
sais quelle grâce divine et voluptueuse qui charme le re- 
gard et fera toujours rêver un artiste et un poète. — Et j'en 
rêvais I 

« Tous les matins et tous les soirs, malgré toute ma phi- 
losophie, je saluais du cœur et des yeux la Mère des amours, 
c'est peut-être à elle que je dois ma prédilection pour la 
sculpture. 

« La classe de philosophie se composait d'une soixantaine 
d'élèves. J'étais le plus jeune et, quoique arrivé six semai- 
nes après les autres, je n'en fus pas moins le premier lors 
de la composition et j'eus le prix de Pâques, à mon grand 
étonnement je l'avoue. Cela donnera une piètre idée de la 
classe et de la philosophie qu'on y enseignait. Son profes- 
seur était pourtant un homme de mérite, à figure fine ; il se 
nommait M. Bénard et traduisit Hegel. 



— 285 — 

€ Je ne me liai avec personne et sauf Louis Grenier et 
Louis Barbier, mes deux cousins, qui étaient de ma classe, 
sauf Darlay, fils du professeur chez lequel je logeais et qui 
partageait ma chambre, je ne fis pas d*amitiés nouvelles. » 

Et Tannée s'écoula, terminée par la consécration du bac- 
calauréat qui valut au vainqueur d'amples vacances, parta- 
gées avec son frère. 

« Nous passâmes ces vacances comme on les passe à Tâge 
de l'adolescence, à courir dans les bois, à grimper dans les 
rochers, à rêver au bord des rivières ou dans les combes de 
notre pays agreste, à lire, h causer, à dessiner. Notre père 
était un pêcheur et un chasseur émérite; il ne nous transmit 
ce double talent que d'une façon bien imparfaite. Nous 
allions cependant quelquefois pêcher avec lui. La chasse, 
qui du reste plaisait peu à notre mère, ne nous avait pas 
entraînés comme il est d'ordinaire à cet âge ; nous étions 
trop rêveurs ! Que de fois suis-je sorti le fusil sur l'épaule 
et un livre dans ma poche pour une chasse lointaine. Au 
premier buisson je m'asseyais contre un arbre, j'ouvrais 
mon livre et adieu les lièvres et les perdreaux ! J'étais parti 
pour les régions éthérées de l'illusion et du rêve. » 

Les vacances finirent et au lieu de gagner l'Allemagne, 
Edouard Grenier et son frère vinrent à Besançon, l'un pour 
y travailler son examen de Polytechnique, l'autre, c'est-à- 
dire Edouard, pour y apprendre la procédure chez l'avoué 
Lonchamp. Ils demeuraient ensemble, au n^ 51 de la Grande- 
Hue, vis-à-vis une vieille maison dont la devise : Fac hene 
ne iimeas semblait leur dicter le devoir ; au coin de la rue 
Saint Antoine et de la rue des Chambrettes, la maison à 
tourelle abritait leur pension. Orientés l'un vers l'art, l'autre 
vers la littérature, chacun des deux frères avala, huit mois 
durant, l'amer breuvage que la volonté paternelle leur ver- 
sait, et cela, dans l'intérêt d'une carrière que ni l'un ni l'au- 
tre ne devait suivre ; l'été suivant, tous deux l'avaient jetée 
aux orties, Jules ne parvenait pas à entrer à Polytechnique, 



— 286 — 

la procédure n'était pas la Muse qui devait entraîner 
Edouard. 

Et une fois encore le conseil de famille tenu à Baume 
aiguilla sur une autre voie les wagons qui portaient Jules 
et Edouard et leur fortune, celui de Jules vers l'Ecole cen- 
trale ou Tarchitecture, celui d'Edouard vers l'Allemagne, 
c'est-à-dire vers l'inconnu. 

Leur mère avait une amie mariée à Stuttgard ; elle pré- 
para l'installation d'Edouard, et toute la famille, sauf son 
père retenu par ses fonctions et sa grand'mère par ses in- 
firmités, l'accompagna par Strasbourg et Baden, à Stuttgard, 
où la caravane débarqua le 24 septembre 1836. 

« Nous passâmes à Montbéliard où nous ne vîmes pas 
Mlle Marie qui venait de se marier ». Le premier amour 
d'enfant était, hélas I frappé à mort. 

S'il est un pays d'Allemagne où, même après des déchire- 
ments inoubliables, le cœur français puisse battre sans haine 
et sans révolte, où une commune sympathie puisse naître 
et provoquer de part et d'autre une mutuelle confiance, c'est 
le Wurtemberg, c'est la Souabe, un pays hospitalier, dont 
les mœurs patriarcales survivent et résistent encore à la 
corruption. 

Malgré les transformations accomplies en un demi-siècle, 
je l'ai connu tel encore qu'Edouard Grenier le découvrit à 
l'extrême début de sa jeunesse, et je comprends son en- 
thousiasme d'y avoir pénétré et vécu. 

Quelle jolie ville bâtie en amphithéâtre au pied de hautes 
collines, amorce des Alpes de la Forêt-Noire, sur les flancs 
desquelles montent des vignes et des forêts de pins parfu- 
mées, couronnées par les hauteurs du Bopser et de Deger- 
loch. 

Tous les palais de Stuttgard sont intéressants : le Vieux 
Château, dont les tours massives ont le même profil que 
celles de Montbéliard, la Résidence royale avec ses colon- 
nades, ses fontaines, ses grands bassins et son parc qui va 



- 287 — 

jusqu'à Cannstatt retrouver le Neckar; Rosenstein, la Villa 
royale et le caprice oriental de la Wilhelma. Et partout, dans 
les musées, les bibliothèques, comme dans les magasins ou 
les intérieurs bourgeois, quel aimable accueil pour l'étran- 
ger, pour le Français surtout, car on n'a pas oublié là-bas ni 
le passage ni le séjour des Bonaparte ou des d'Orléans et l'on 
s'y souvient que la plume magique du vainqueur d'Iéna a 
signé le décret qui créa le royaume de Wurtemberg. 

L'amie de M"i<^ Grenier, M'"^' Koch, et ses deux aimables 
jeunes filles eurent vite acclimaté Edouard Grenier, confié 
aux bons soins d'un docteur en théologie, M. Ostertag, un 
pasteur surnuméraire, farci de grec, de latin, voire d'hébreu, 
qui s'évertuait en bon scholar à initier aux beautés de la lit- 
térature et aux rudesses de la langue allemande tout un lot 
déjeunes Anglais et Suisses. M. Ostertag, grand, froid, si- 
lencieux, nonchalant, avait bien l'allure d'un prédicant; il 
était de la secte rigide des mômiers ou piétisles, ce dont se 
ressentait la sévérité de son enseignement. Grâce à la com- 
position de la pension, l'anglais était la langue dominante; 
l'étudiant venu de Baume se plia au courant, mordit à la fois 
aux deux dialectes et se familiarisa avec eux. Plus que les le- 
çons du docteur, la lecture et la traduction à coup de diction- 
naire et d'efforts personnels de Schiller, de Gœthe, de Les- 
sing, firent ce miracle si difficile à réaliser chez nous autres 
Français, de faire pénétrer le jeune bachelier dans le génie 
tudesque ; et tout lui devint facile désormais grâce à la volonté 
inflexible de sortir victorieux de l'entreprise. Cette influence 
de la littérature allemande sur sa vocation poétique ne fut 
pas moindre que la connaissance de l'allemand courant, écrit 
ou parlé, ne le fut pour ses succès futurs dans la carrière di- 
plomatique ; sa famille avait été bien inspirée en l'envoyant 
à Stuttgard. 

Dans ses excursions journalières dans les grandes forêts, 
dans les parcs royaux aux mystérieux ombrages, dans les 
villages, les petites villes si curieuses qui avoisinent la petite 



— 288 — 

capitale et sont pleines encore des souvenirs de Schiller, 
d'Uhland et de Schubarl, des chefs-d'œuvre de ces tailleurs 
d'images qui ont enfanté tant de merveilles d'Ulm à Esslin- 
gen, à Heilbronn ou à Tubingen, Edouard Grenier rapportiit 
d'heureuses impressions et tout un trésor de sensations nou- 
velles. Il était arrivé à Stuttgard à la chute des fruits du mar- 
ronnier; quand les marrons commencèrent, en 1837, à sortir 
de leurs coques épineuses, un sentiment poignant le fît son- 
ger au départ. 

Son frère Jules le vint chercher et ce fut une douloureuse 
séparation d'avec les objets inanimés et les autres, car aussi 
bien les gracieuses filles de M™* Koch qui, avec leur mère, 
avaient suppléé les tendresses du foyer, que ses camarades 
de la pension Ostertag, les chênes du Bopser ou les bosquets 
de la Silberburg, tout cela s'était partagé son âme et avait 
pris dans son cœur d'enfant une place qui leur resta à jamais 
conquise. L'année passée à Stuttgard, il le déclarait encoreà 
ses derniers jours, fut pour Edouard Grenier Tune des plus 
belles et des plus heureuses de sa vie ; il en sortait plein de 
sève et d'enthousiasme, avec les illusions généreuses, sans 
lesquelles, entre Tenfance et la jeunesse, il y aurait tout un 
désert aride et morne à traverser. 

Il en sortait sûr de cette vocation de poète dont son oreille 
avait perçu, bien faibles encore, les voix indécises, dans le 
collège de Fontenay-aux-Roses, et dont, sans guide et sans 
conseil, il avait presque enfant encore, réussi à affirmer la 
vérité et la puissance, par des ébauches de drames en vers 
qui, sans être le fruit d'une inspiration sublime, révélaient 
du moins, sous une ardeur juvénile, de réelles qualités de 
style et une aimable facilité. 

Et maintenant nous avons épuisé dans ces courtes et 
simples pages ce que nous savions, ce qu'Edouard Grenier 
a retenu, a écrit, nous a raconté de son enfance. 

Les bienfaits de ses parents, les heures de bonheur plus 
nombreuses que celles de tristesse, les tendresses mater- 



— 289 — 

nelles y tiennent une large place, et rattachement au pays, 
à la vieille demeure où tous sont nés, où quelques-uns déjà 
sont morts, s'y affirme à chaque pas. 

Flétri par l'âge, l'enfant, après avoir salué cette vieille mai- 
son dans une pièce vibrante d'émotion et superbe de facture : 
famille^ ô foyer où s'allutna mon âme. . . , y reviendra comme 
l'oiseau blessé retourne au nid, pour s'y coucher et y mourir. 

Mais à l'heure où sonnent ses vingt ans et où nous arrê- 
tons ce récit des premiers pas de sa vie, il en sort heureux 
encore, amoureux de l'existence, allant conquérir à Paris le 
rayon de gloire qui sourit à ses espérances, serrant sur sa 
poitrine, comme un talisman, tous les souvenirs joyeux 
et tristes qu'il a retracés dans ces vers : 

Tu m'as laissé d'abord aux rives ignorées 

Où le Doubs clair étend ses nappes azurées 

Parmi les rocs à pic, les prés verts et les bois. 

C'est là que s'é veillant pour la première fois 

Ton âme vit au seuil de cette vie amère 

Cet ange souriant qu'on appelle une mère. 

Ta mère ! ô souvenir ! ineffable trésor, 

Le seul qu'en vieillissant le temps augmente encor ! 

Age heureux où l'enfant fort de son innocence 

Est encore dans TEden et croit à sa puissance 

Et, quoique né d*hier, s'imagine immortel ! 

Il a, comme Jacob, sa pierre de Béthel, 

Et du ciel à la terre, il voit la nuit, sans trêves, 

Des anges descendant l'échelle de ses rêves. 

Age heureux! seul heureux! quand au bord du sillon, 

Il suffit d'une fleur, d'un nid, d'un papillon 

Pour faire déborder notre âme comme un vase ! 

As- tu donc oublié Fontenay et ses roses, 
Et la geôle lettrée aux vieux maîtres moroses 
Où l'enfant enfermé dans un cercle de fer 
A l'âge du bonheur comprit enfin l'enfer? 



— 290 — 

Adieu la liberté, Tessor du premier âge 

Et dans les prés en fleurs le gai vagabondage! 

Adieu le foyer paternel où le jour 

Passait libre et joyeux sous des regards d'amour. 

Adieu ta mère! adieu ses baisers, ses caresses) 

Et ta petite amie et ses calmes tendresses 

Et tes jeux innocents avec elle au jardin. 

> ....• 

— Puis ce n'est plus le Doubs à la teinte azurée 
Ni la France. A présent c'est une autre contrée, 
Le ciel n'a pas changé c'est le même soleil, 

La même terre aussi, pourtant rien n'est pareil. 

C'est le Rhin, le Neckar, la sombre Forêt-Noire, 

L'Allemagne rêveuse... 

Jours d'étude et de paix, d'ardente poésie 

Dont chaque heure, apportant sa coupe d'ambroisie, 

T'enivrait de bonheur, de génie et d'amour!... 

... En avant! en avant!... 

— C'est Paris maintenant, le monde et ses orages 
C'est la vie à vingt ans avec tous ses mirages 
Ses rêves de grandeur, ses folles passions !... 



FLORA SEQUANIil EXSICCATA 



HERBIER DE LA FLORE DE FRANCHE-COMTÉ 

PUBLIÉ 

Par M. X VENDRELY 



X. 



i* Liste do S4* fascicule. 



Collaborateurs pour ce fascicule : MM. Brunard, Cardot, Rémond, 
J. Strich, X. Vendrely, (Ozamon, Saltel). 

Abrév. : D=Doubs, S = Haute-Saône, J:=Jura, Vi= Vosges, 
A:=A.in, Sb= Haute-Savoie. 



iOCH. Pulsatilla rubra Lam. A. 

1002. RanunculuspeltatusSchrank. 

S. 

1003. — ThoraL. A. 
100*. Callha palustris L. S. 

1005. Isopyrum thalictroides L. A. 
6i06wHutchinsiapetraeaR.Br, A. 

1006. Cardamine pratensis L forma 

S. 

1007. Alyssum Beugesiacum J. F. 

A. 

1008. Draba muralis L. A. 
A. (Thlaspi arenarium Jord. Aveyr.) 
15 ter Helianthemum pulverulen- 

tum D. C. A. 

1009. Viola hirta L. S. 

1010. — subtilis Jord. S. 

1011. Viola subincisa Bor. S. 

1012. — stagnina Kit. A. 



584 ter Pyrola minor L. S. 

1013. Silène oleracea Bor. S. 

1014. Lychnis flos cuculli L. S. 

1015. Cerastium pallens Sch. S. 

1016. Genista sagitlalis L. S. 

1017. Lathyrus sphsericus Retz. A. 

1018. Orobub tuberosus L. S. 

1019. Prunus erythrocalyx p. ru- 

bella Clav. S. 

1020. Potentilla rupestris L. A. 

1021. Alchemilla (vulgaris) strigu- 

losa Bus. S. 

1022. Crataegus monogyna Jacq., 

V. Kyrtostyla Beck. S. 

1023. Saxifraga aizoidea L. .A. 

1024. Heracleum Alpinum L., f. Ju- 

ranura Gent. A. 

1025. Anthriscus Cerefolium HfTni. 

S. c. 



— 292 — 



1026. Âsperula trinervia Lam. A. 

1027. Galium verum L. S 

1028. Knautia arvensis Koch. S. 
9096Û — intermediaBruegg. S. 

1029. Chrysanthemum Parthenium 

Pers. S. 

81 ter Bellidiastrum Alpinum Mich. 
1030 Centaurea Lugdunensis Jord. 

A. 

1031. Taraxacum officinale Wigg. S. 

1032. Hieracium Auricula L. S. 
1083. Vaccinium Myi lillus L. S. 
5866(8 Arctostaphylos officinalis W. 

A. 
103i. Pinguicula Alpina L. A. 

1035. Ulricularia minor L. A. 

1036. MenyanLhes trifoliata L. S. 

1037. Convolvulus arvensis L. S. 

1038. Lycium vulgare Dun. De. 

1039. Echium vulgare L. S. 
942 bis Pulmonaria vulgaris Dum. 

S. 

1040. Borrago officinalis L. S. 

1041. Linaria minor Desv. S. 

1042. Veronica serpyllifolia L. S. 

1043. Melampyrum nemorosum L. 

A. 

1044. Glechoma hederacea L. S. 

1045. Galeobdolon luleum Huds.S. 

1046. Lamium album L. S. 

1047. — amplexicaule L. S. 

1048. Ajuga reptans L. S. 
10i9. Plantago média L. S. 

1050. — lanceolata L. S. 
518 bis Littorella lacustris L. S. 

1051. Chenopodium bonus Henri- 

cus L. S. 

1052. Polygonum aviculare L., for- 

ma. S. 

1053. Rumex Acelosella L. S. 



1054. Daphne Mezereum L. A. 
iQS5. Euphorbia palustris L. A. 

1056. - Peplus L. S. 

1057. — Cyparissias L. S. 

1058. — Amygdaloides L. 

S. 

1059. Ulmus montana Sm. S. 

1060. Salix aurita L. S. 

1061. Juniperus communis L. A. 

1062. Tulipa Celsiana DC. A. 

1063. ErythroniumdenscanisL. A. 

1064. AUiumSchœnoprasumL.var. 

Alpinum Koch. A. 

135 bis Leucoium vernum L. A. 

1065. Orchis sambucina L. A. 

1066. — Traunsteineri Saut. S. 
142 bis Ophrys aranifera Huds. A. 

1067. Gladiolus palustris Gaud. A. 
1008. Sisyrinchium mucronatum 

Mich. A. 

1069. Iris pseudo-Acorus L. S. 

1070. Typha minima L. A. 

1071. Scirpus lacustris L. S. 

1072. — sylvaticus L S. 
678 bis Rhynchospora alba Vahl. A. 

1073. Carex brizoides L. S. 

1074. — leporina L. S. 

1075. — polyrhiza Wallr. D. 

1076. — brevicollis DC. A. 

1077. — Baldingera arundina- 
cea Kth. S. 

B. (Echinochloa eruciformis Rchb- 
cult.) 

1078. Anthoxanthum odoratum L. 

S. 

1079. Milium effusum L. S. 

1080. Arrhenalherum elatius Gaud. 

S. 
700 bis Selaginella spinulosa A. Br. 

A. 



^ 293 — 
!2« Notes sur quelques espèces. 

Nous avons le plaisir de publier dans ce fascicule un cer- 
tain nombre de plantes jurassiques intéressantes, recueillies 
dans le département de l'Ain, par M. Brunard, instituteur à 
Ambléon, qui a bien voulu ajouter les quelques notes dont 
nous faisons suivre quelques-unes. 

1001. Pulsatilla ruhra Lam. — Plante, plutôt méridionale, 
qui remonte, en colonies abondantes, sur tous les coteaux 
secs et calcaires des bords du Rhône, exposés au midi, et sur 
les coteaux de TAin, — à Villieu. 

1003. Ranunculus Thora L. — Cette plante des hauts som 
mets jurassiens est venue s'implanter au sommet du Grand- 
Colombier, 1534 m. d'altitude, à l'exposition du couchant, où 
M. Brunard l'a découverte en 1898; c'est la station la plus 
méridionale de l'Ain. 

1005. hopyriim thalictroides L. — lligneux-le-Franc. 

610 bis. Huichinsia petraea R. Br. — Loves. 

1007. Alisstim Beugeaiacum Jord. et Fourr. — Mol lard-de- 
Don. 

1008. Draba muralis L. — Virieu-le-Grand. 

15 ter. L'espèce publiée sous ce numéro, provenant du 
Pont-de-Chazey et envoyée sous le nom d*Hclianthemum 
pilosum Fers., ne serait pour M. Foucaud, à qui je l'ai com- 
muniquée, que //, pulvendentum, DC {= polifolium a au- 
gustifolium Koch). 

1012. Viola atagnina Kit. — Connue au marais des Echets 
(d'où proviennent les échantillons), retrouvée aux marais de 
Ck>lliard et aux bords du lac d'Ambléon, ce qui indique qu'elle 
doit être plus disséminée qu'on ne l'a notée jusqu'à ce jour. 

1017. Lathyrus sphœricm Retz. — Ambléon. 

1020. Potentilla rupestris L. — Id 

1035. Utriculinna minor L. — Id. 

1054. Daphne Mezereum L. — Id. 



— 294 — 

1023. Saxifraga aizoidea L. — Bellegarde. 

1026. AaperiUa trinervia Lam — Le Mollard-de-Don. 
81 ter. Dellidiaatrum Alpinum Mich. — Le Grand- Colom- 
bier. 
1043. Melampyrum nemorosum L. (M. violaceum Lam.). 

- Id. 

586 bis. Arctostaphylos officinalis Wimm.-Gr. — (Arhuixn 
xiva ursi L. — Sothonod. 
1034. Pinguicula albifiora Reus. (P. Alpina L.). — Id. 

1063. Erythroniutn deiis canis L. (E, biilbosum Saint-Lag.). 

— Id. 

1065. Orchis sixmbucina L. — Id. 

1064. Alliurn Sclioenoprasum var. Alpinum Kodi. — 
Brenod. 

1024. Henicleum Alpinum L, f. Juranum Genty. — N'a 
que deux stations dans l'Ain : forêts de sapins du col de la Ro- 
chette (où ont été récoltés les échantillons) et de Planachet. 
à 1100 m. d'altitude ; toutes deux exposées au couchant. 

1030. Centaurea Lugdunensis Jord. — Quatre stations 
dans l'Ain : 1» la Pape, sur les bords du Rhône, à faible alti- 
tude; 2^ aux Monts-d'Ain, près de Nantua, à 1000 m. d'alti- 
tude; 3° au Reculet; 4» sur le plateau de Retord prairies dé- 
calcifiées de la Croix-Jean-Jacques, à 1200 ni. d'altitude), 
d'où proviennent nos échantillons. 

1062. Tulipa Cchiima, DG. — N'a que la seule station: 
les pelouses rocheuses du sommet du Grand-Colombier, à 
1534 m. d'altitude, exposition du levant. 

1067. Gladiolus pcilu9tris Gaud. — Colliard. 
1070. Typha minima Hoppe. Cordon. 

1068. Sisynilchium wucronatum Mich. (S. Bermudianuni 
V. boréale^ de Boissieu). — Occupe une station de quelques 
centaines de pieds, dans un pré marécageux, à Passin, parmi 
les joncs et les carex, à 2 kilomètres de toute habitation. 



— 295 — 

3* Plantes nouvelles pour la Haute- Siaène. 

1002. Ranunculus peltatus Schrank. — Ghampagney. 

1010. Viola Bubtilis Jord. — Id. 

1011. V. suhincisa Bor. — Id. 
1013. Silène •oleracea Bor. — Id. 
10^15. Cerasiium pallens Sch. — Id. 

1019. P7*unu8 eryt/u'ocalyx (&. rubelln) Clav. — Id. 

1021. Alchemilla (vulgaris) strigulosa Bus. — Id. 

1022. Cratœgus monogijna Jacq. var. Kjfrtostjfla Bech. 
- Id. 

l'J6tJ. Orchis Traunsteineri Saut. — Id. 

942 bis. Pulinonaria vulgaHé Dum. — Amance. 

518 bis. Litiorella laciistris L. — Etang Rosbeck, com- 
mune de Belonchamp, canton de Melisey. 

Ranunculus penicillatxiê Hiein. — Ghagey (V. Rouy et 
Fouc.,ri. deFr., I, p. 65. 

fo Localités nouvelles. 

a. Département du Douba. 

Ranunculus aconitifolius L — Bois du Petit-Frêne, près 
de Saône (Pailiot). 

fiapistriim Linnieanum Boiss. — Fort de Palante, août 
1883, a disparu des environs de la gare de Besançon (P.). 

Unardia palustris L. — Saint-Vit, Antorpe (P.). 

Dorycnium suffruticosum Vill. — FI. Seq., 709. Cette es- 
pèce est nommée D. Juranum, par Rouy, FI. Fr., V, p. 136. 

Knautia dipaacifolia Host. — Laissey (P.). 

Solidago longifolia Schrad. — C'est le nom que Paillot 
(manuscrit) donne à l'espèce nommée E. viHoaa Pursh. in 
FI. Seq., VI, p. 129. 

Helminthia echioides Gaertn. — Besançon (Montoille) 
(P. 1883). 




— 296 - 

Les localités indiquées ci-dessus se trouvent mentionnées 
(manuscrites) sur un exemplaire du VI* fasc. du FI. Sequa 
niae, provenant de Paillot. 

Carex polyrhiza Wallr. — FI. Seq. 1066, rec. à Dung, par 
J. Strich. 

h. Département de la Haute-Saône. 

Monotropa hypopithysL. — Bois de Miellin (D' Poulet). 

Evonymus Europœus L. — Champagney (X. V.). FI. 
Seq., 860. 

Tvifolium Bertrandi Rouy [T. médium X rubens Bertr.). 
- Neuvelle-lesScey (Bt); Rouy, FI. de Fr., V, p. 125. 

AmeJanchier vulgaris Mnch. — Un échantillon m'a été en- 
voyé autreftjis, dans une lettre, de Faucogney, par M. Jo- 
lyet; a été publié sous le n° 622 Fi. Seq., de Besançon. 

Rubus Sc/ilcicheri Weihe. — Champagney. bois du Ravant 
(X. V.). RouyetCam., FI. de Fr., VI. p 111. 

Rasa Vendrelyana Flumn. Nouv. Supp. Gâtai. PI. env. 
Luxeuil, p. 100; FI. Seq. exsiccata, 713, de Dambenoît. — 
Est nommé R. stylosa Ç lanceolata^ Rouy, in R. et Gara , 
FI. de Fr., VI, p. 284. 

Anthriscus alpestris Wimm. — FI. Seq , 797. de la forêt 
de la Prèle au Col du S talon. Cette espèce est nommée 
A. Cicutaria, Duby, in R. et Cam., FI. Fr., VI, p. 304. 

Angelica. — Une plante que je prenais pour A. monlana 
et qui se trouve à Champagney, le long du Rabin (rivière) 
(et non ravin), a été nommée A. sylvealris L. var. grosse- 
deniata, dans Rouy et Camus, FI. de Fr., VI, p. 402. 

Knautia intermedia Bruegg. — FI. Seq., 909, delà Houil- 
lère de Ronchamp; 909 bis, de Champagney (X. V.). 

Chenopodium bonus Henricus L. Champagney (X. V ). 
FI. Seq , 1051. 

Scilla bifolia L. — Plancher-les-Mines, à Malbranche 
(Dr Poulet). 

Scheuchzeria palustris L. — Etang Billiaux, à Lantenot 



— 297 - 

(X. V.) (oublié dans FI. Seq., VI, p. 142 (Paillot). Publié dans 
FI. Seq. exs. n^ 668, de la Montagne de Ternuay. 

Potamogeton crispus L. — Vu à Chemilly (X. V.). 

Juneu$ squarrosus L. — Champagney : Noies-d'Enfer 
(X. V.). 

Bhynchospora fusca Roem. Sch. — FI. Seq., VI, p. 143, 
oublié de : la Montagney de Fresse : X. V. (Paillot). Publié 
FI. Seq., 679, de la Tourbière de la Pile, à Saint-Germain. 

Scirpus lacustris L. — FI. Seq., 1071, de Tétang Rosbeck, 
près Melisey. 

Scirpus csespitosus L. — FI. Seq., 676 et bis; Ballon de 
Servance : plateau du sommet et Tourbière de Bravoure. 

Carex elongata L. — Ghagey (X. V.). 

Carex fUiformis L. — Etang Billaux, près Lantenot (X. V.). 

1006. Cardamine pratensis L. — De Champagney, forme 
à étudier. 

1052. Polygonum aviciilare L. — Id. 

Nota. Les espèces marquées A) Thlaspi arenarium iovd.^ 
de TAveyron, et B) Echinochloa eruciformis Rchb., Cuit., 
n'appartiennent pas à la Flore de Fr. -Comté (PI. d'abord des- 
tinées à l'Herbier Billot, et restées sans emploi). 

s» Deseripltoii d'une espèce. 

Les descriptions de quelques espèces publiées dans le Fi. 
Sequaniae, étant difficile à se procurer, je les donnerai lorsque 
j'aurai l'occasion de les avoir. M. Foucaud ayant bien voulu 
me donner celle de VArtemisia Verlotorum Lam., publiée 
FI. Seq., no633, la voici : 

Artcmisia Verlotorum Lamotte, in Mém. Assoc. franc., 
congrès de Clermont-Ferrand, 1876, p. 511. — A. umhrosa 
Verl. Gat. gr. Jard. bot. de Grenoble, p. 12, et Exsic. dauph., 
n» 825, non Turz. 

Souche peu épaisse, donnant naissance à un grand nombre 
de rameaux souterrains, minces, souvent très longs, termi- 

20 



— 298 — 

nés par un bourgeon, garnis d'écaillés très éloignées, rudi- 
ments de feuilles avortées. Tiges de 80 cent, à 2 m. de haut, 
cylindriques, fortement striées, simples ou rameuses, vertes 
ou rougeâtres lorsquelles sont exposées au soleil. Feuilles 
vertes et glabres en dessus, blanchâtres-tomenteuses en des- 
sous; les inférieures bipinnatifides; les moyennes pinnati- 
fides, à 5 k 9 segments entiers ; les supérieures trifîdes ou 
simplement entières, lancéolées, aiguës, toutes à lobes lan- 
céolés aigus. Inflorescence tantôt en épi simple, penché au 
sommet, tantôt en panicule lôrmée d'un grand nombre de 
petits rameaux inégaux. Capitules tous sessiles et isolés à 
l'aisselle d'une bractée, un peu plus gros que ceux de VAr- 
iemisia vulgarif^ d'abord oblongs, puis subarrondis; écailles 
de l'involucre ovales-oblongues, obtuses, étroitement sca- 
rieuses sur les bords, d'un vert cendré ou rougeâtre, légè- 
rement tomenteuses, puis glabres. Fleurs à corolle rou- 
geûtre, glabre, à tube allongé, non glanduleux. Akènes. . 

tt« Revue de quelque» onvraipes concpruant lu Flore de 
Franche-Comté, parus depuis la publication de la 
« Flore de la chaîne Jurassique *>« de Ch. Orenier 

!• Contejean (G.). Enumération de la Flore de Montbéliard, 
3« supplément (1876) et Revue de la Flore de Montbéliard 
(1892). 

2oF. Renauld (R.). Aperçu phytostatique sur le départe- 
ment de la Haute-Saône (1873). 

3** Parmentier (P.). FI. nouv. de la chaîne jurass. et de la 
Haute-Saône (1895). 

4« Paillot, Vendrely, etc. (V.). Flora Sequaniee. notice?: 
VI, PI. nouvelles du Doubs et de la Haute Saône (1872 et s ). 

50 V. Humnicki (H.) Catalogue des pi. vascul. desenvir. 
de Luxeuil (1876) et suppléments (1877, 1883), p. 1-105. 

6« R. Maire (M). Fi. Grayloise ou Catal. des pi. de Tarron- 



dissement de Gray (1894^, et contributions à Tétude de la 
FI. de la Haute-Saône (1896 et s.) 

Ranunculus hederacens L. — G. Revue, p. 57. — La loca- 
lité Ronchamp ne doit pas m'être attribuée. (Je n'ai jamais 
rec. cette esp. àR.). 

Corydalia cava Schw. — R., p. 74. — La plante de Ghariez 
de THerbier Thiout est le C. solida Sm. 

Sinapis cheiranthiis Koch. — R., p. 75 ; G. R., p. 66. — 
M. Jolyet, dans une liste de plantes envoyée en juillet 1869, 
notait qu'il avait vu quelques pieds de Brassica ochroleuca 
Soy. W. (= Erticasirum Pollichii Schp, ou Diplotaxis In^ac- 
teata G. G.), sur les roebers bordant la route adroite au delà 
de la papeterie de Plancher- Bas. Je n'ai pas trouvé l'espèce 
susdite à cette station, mais S. cheiranthus Koch (Br. cheir. 
Vill.), que j'ai publié dans le FI. seq. exs., n" 406. 

Kirschleger, FI. d'Als., I, p. 58, dit que ces deux espèces 
ontqueique ressemblance et M. Jolyet a pu s'y tromper. Con- 
tejean (S"* suppl., p. 10, et Revue de la FI. de Montb,, p. 66) 
ajoute à tort à ^\ ciieiraêiihm la loc. de Champagney que je 
n'ai pas indiquée. P., p. 21, l'indique dans la Ilaute-Saône, 
zone vosgienne, rare, mais sans localité. 

TurritiB glabra L. {Arahis perfoliata Lam.) — R. p. 77; 
G. Revue, p. 62. Renauld l'indique à Plancher-les-Mines et 
à Ghampagney : Gontejean ; et Gontejean à Plancher-les- 
Mines ! et à Ghampagney : Renauld. -- La loc. de Plancher- 
les-Mines doit être attribuée à Gontej., et celle de Ghampa- 
gney a été indiquée par moi à Renauld dans la liste que je 
lui ai envoyée le 10 févr. 1872. 

Raphanus Raphanistrum L. — P., p. 21. Garactères à cor- 
riger : les fruits non renflés se séparant en articles. 

Viola Riviniana Rchb. — P., p. 33. Se trouve aussi dans 
la Haute- Saône. Voir FI. Seq. exs., n<» 171 bis : de Ghampa- 
gney. 




— :>•» — 
Vùjt.i S^tCLsa H^i-. — P.p. :34- LL?ez Vî..I-îte des Su- 

Dian'hus deUand'fw L. — R., p. 90. P.. p. 37. Indiqué à 
Puncrier-ie^Mint::?. dairr:- TLu.-:at et G-»Dtejean, dans le Ca- 
lai : Fieoiiu.d. Gjntrrj*râri n'cQ Liit pas mention dans sa Replie. 
La plante de iherb.er Tfi.out e^-t L«.«rn cette espèce représen- 
tée pjr un ét"h.tnt-.. jn pns dans ceux de Ravoox (de Neuhof- 
fen^ Riir-Rii.f: . é^-ilrrruent daus s«jn Herbier. Kirsohiéger 
l'imlique daD:- la vai.rre de 11 H^ute-\lo:^elie, à Saint-Maurice 
et au Trnii'jt ni'apr»^s M«jugei»t». Quuh|ue n'ayant pas été 
trouvée pur le b' Fuulet et [.<\r luoi, celte es-pêce est à re- 
chercrier à cette ic-iaiiié, d'auunt p"as que R. Maire « Conthb. 
à ia FI. de la Haute- Sa«>rie» l'indique à Faucogney «également 
dans la z«>ne vu-gienne , trou\é par G. Bonali. 

Alsine ienuifoiia -; viseida. — P., p. 41. Reproduction de 
Gr. FI. juran. = A vUcosa. 

Stellaria média. \i\[. — P., p. 43. Lisez feuilles plus petites 
qiie dans l'espèce précédente. 

Htjpericum lineolatum — P.. p. 49. Sous-espèce de per- 
for. et non A'Iiir^uium. 

Oxnlis stricta L. — R., p. J08. G. 3« suppl., p. il, et Rev., 
p. 84. Cette plante e:*t dans l'herbier Thioul, de Fougerolles, 
et non de Vy-les-Lure, et aucune plante de cette dernière lo- 
calité ne figure dans son Herbier. Il est donc probable qu'il 
n'y a pas herborisé. Par contre, dans la Phytostatique de 
M. Pienauld, deu.x espèces sont indiquées à celte localité par 
M. Jolyet iLylhrum hyssopifoHa et Stadtys Germanica). 11 
est probable que cette localité doit être attribuée aussi à Jo- 
lyet ; à vérifier. 

Uiex Europœus L. — R., p. d04. Dans une liste de plantes 
du canton de Champagney et de Saint-Remy et environs, 
envoyée à M. Renauld, en février 1872, j'ai indiqué cette 
plante à Menoux, où je Fai récoltée en 1853: (étant élève à 
Saint-Remy;. On la disait semée par un Mariste venant de 
Bordeaux. Je Tai publié en 1890 de cette localité dans le FI. 



— 3(M — 

Seq. exs., sous le n* 773, recueilli le 25 mai 1890. M Re- 
nauld l'indique à Menoux, Lure (Jolyet) et à.Champagney 
(Jolyet). 

Dans FI. Seq., Notices. VI, p. 119, j'ai dit qu'il n'existe pas 
àChampagney et qu'on a dû prendre ponr lui le Genista Gev- 
manica, qui est assez fréquent dans les bois fomllics, au 
nord de Champagney. R. Maire (Gontribut à l'étude de la FI. 
de la Haute-Saône. 3« fasc, p. 14) publie une lettre de M. Jo- 
lyet à M. Renauld, 6 novembre 1883, ainsi conçue : « M. V. 
parait croire que j'ai pris le G. Germanica pour l'Ajonc, dans 
les environs de Champagney ; il se trompe : l'Ajonc se trou- 
vait dans une fouiliie et je l'ai fait voir à plusieurs personnes 
au moment où l'on en a semé sur les talus du chemin de fer 
près de Ronchamp. Quelques pieds d'Ajonc ont persisté sur 
ces talus et se voyaient encore il y a deux ou trois ans. Je 
m'assurerai si l'Ajonc des fouillies existe encore. Il y en 
avait plusieurs pieds tout près de la maison la plus haute 
(comme altitude) de Champagney, près du sentier qui mène 
au Mont de Vanne. 

La maison Canet dont parle M. Jolyet m'est bien connue, 
et c'est précisément dans les fouillies qui la touchent au 
nord que j'ai trouvé le G- Germanica^ mais je n'y ai pas vu 
VUlex Europaeus^ et je serais heureux de l'y constater et de 
voir que je me suis trompé, et non M. Jolyet (ce qui du reste 
n'a pas une importance capitale et peut arriver à tous les 
débutants dans l'étude de la botanique, d'autant plus qu'il y a 
peu de différence dans les caractères des deux genres, le 
calice étant formé de sépales distincts jusqu'à la base dans 
VUlex, et tubuleux à deux lèvres dans Genista Germanica qui 
est épineux de même que VUlex. Le G. Germanica a été 
publié de Champagney dans le FI. seq. exs., n« 42«. 

Je sais que VU. Europaeiis a été semé dans le remblai 
au-dessous de la gare de Ronchamp, où je l'ai aperçu il y a 
longtemps en passant en chemin de fer; mais je ne l'ai plus 
vu ces dernières années. 



à 



— 302 — 

M. Jolyet dans une liste envoyée le 7 juiiiet 1869) Findi- 
quait seulement dans le bois de la Cuisinière, à Lure. Loca- 
lité aussi à vérifier. L'Herbier Thiout contient des exemplai- 
res de U. Europaeus^ de Menoux et de Grattery, et non de 
Beaujeuet Mereey. 

Ulex nanus Sra. — R., p. 104. Se trouve dans THerbier 
Tbiout. de Chassey-le^-Scey et Ferrièresfet non de Menoux, 
localité qui doit èlre supprimée). Il a été publié, FI. Seq. 
exs., n** 616, de Scey-^u^-^>a6ne, buis du Chanoine, rec par 
Madiot. — C. Revue, p. 85, mentionne cette espèce décou- 
verte à Menoux, près de Lure. Thioul ne Ta pas trouvée à 
Menoux, mais dans les localités indiquées ci-dessus. De plus, 
Menoux, canton d'Amance, et les autres localités se trouvent 
dans l'arrondissement de Vesoul, et par conséquent cette 
plante n'appartient pas à la circonscription de la Flore de 
Montbéliard, de M. Contejean. 

Trigonella muliiflora Humm, — P., p. 57. M. Parmentier 
ne donne qu'une localité et y ajoute mon nom. C'est une 
erreur : les localités doivent être attribuées à V. Huninicki. 
Voir FI. seq.. Notices, VI, p. 119, où sont reproduites les 
indications d'Humnicki et où je formule mon appréciation 
sur cette plante en disant : qu'elle parait être une monstruo- 
sité de Medicago Lupulina (Vendr.). Aujourd'hui, je puis 
ajouter que c'est la variété unguictdata Ser in DC Prodr, 
2, p. 172. L'abbé Grandclément m'a envoyé, en 1862, de 
Saint-Remy, un échantillon sous le nom de Trigonella, qui 
doit être la même plante que colle d'Humnicki et que j'ai 
nommée dans mon Herbier Af. Lupulina var. vivipare. 

Trifolium scahrxim L. — R., p. 108. Dans la liste envoyée 
à M. Renauld, la localité de Faverney était attribuée au 
Dr Berher (d'Épinal), qui a publié cette espèce dans les 
Exsic. de la Soc. vogéso-rhénane. 

Ruhus divers. - FI. seq. VI, p. 122 et s. M. Paillot a mis 
pour tous Xas Ruhus que j'ai indiqués : haies à Champagney^ 



— 303 — 

ce qui n*est vrai que pour quelques-uns, la plupart se trouvant 
dans les bois. (Indication reproduite P., p. 73 et s.). 

Potentilla alpestriis Hall. — R., p. 119 (1873). Indiqué 
déjà à cette localité (B. Girom.) par Parisot : PI. des environs 
de Belfort (1859). Parisot et Pourchot (Notice sur la fl. des 
env. de Belfort, p. 40) ajoutent le Ballon de Servance. 

Comarum palustre L. — R., 120. G., 95. La localité de 
Ghainpagney où se trouve aussi cette plante, n'est pas indi- 
quée. 

Agrimonia Eupatoria L. sp., 643. — P., p. 92, reproduit 
A. Eupatorium comme Grenier Fl. jurass. 

Epilobium, Analyse des Genres. — P., p. 92, au lieu de 
fl. jaune, lisez 11. blanche ; p. 94, réunir E, obscurum et 
E, virgatum, 

Myriophyllum »picatum L. — M. cat., p. 38. LefTond, au 
lieu de Vendrely, lisez Thiout (herbier). 

Herniaria hirsuta L. — R., p. 132. C., 3" suppi., p. 12, et 
Rev.,p. 103. 

Cbampagney (Thiout;. Je ne Tai pas encore trouvé et 
n'existe pas dans THerb. Thiout de cette localité, mais de 
Chassey-les-Scey, d'Ovanches et de Saint-Albin. Thiout n*a 
jamais herborisé à Champagney et aucune espèce de son 
herbier ne porte Tindication de cette localité. A rechercher 
et à constater. 

J'ai reçu de Madiot, recueillis à Saint-Albin, sous le nom 
d'Herniaria hirsuta, des échantillons de Polyçarpon tetra- 
phtjllum L. A revoir cette localité. 

Corrigiota liitoralis L. — R., p. 132. Après : Plancher-Bas, 
Plaucher-les-Mines, Champagney, lisez: Contejean (Enum., 
p. 78 (1884) au lieu de Jolyet. 

Sclerantfms perennis L. — C. Rev., p. 103. Au lieu de 
Rabin à Champagney^ lisez : le Rhien (hameau de Ronchamp), 
près de Champagney. 

Herniaria glabra L. —- R., p. 132. Les locahtés Plancher- 
Bas, Champagney, ont été indiquées dans Contejean, Enu- 




— 30 1 — 

mer., p 70 (1854); celle de Ternuay doit être attribuée à 
Thiout. 

Telephium Jrnperati L — P , p. 101 Arbois (rochers de 
Gilly). Signalé à cette local., avant Hétier par Ant. Dumonl. 
(Voir Gren., FI. ch. jurass.). 

Ribes Alpinum L — H., P ^35. Dans la liste envoyée par 
M. Jolyet il Tindique à la forêt de Saint-Antoine (Plancher- 
les-Mines), et non dans la vallée du Rabin jusqu'à Charnpa- 
gney. Je ne l'ai pas encore vu h Cbampagney. 

S axifva g a Ai zoon i'dcq. — R., p. 137. Après B de Giro- 
rnagny, ajoutez: Parisot FI env. Helfort (1859). Parisol et 
Pourcbot (1882) ajoutent (p 48] Ballon de Servance. 

Dans Benauid^ Phjftosiatique, lisez : Tourbière ou vallée 
du Rosely (X. V )au lieu de « les Arrachis», pour les espèces 
suivantes : p 199 Angelica Pyrenœa, p. 180 Vaccinium uli- 
ginosum. p. 220 Sanguisorba officinaliSy p. 253 Juncus squar- 
roaus et p. 2(30 Car ex pauciflora. 

Chœrophyllum hirsutiim L. — R , p 145 C'est le C. Ci- 
cutaria Vill. publié FI. Seq exs., n* 798, de Cbampagney 

Aster brumalis Nées. — R., p 158. La pi. de Cbampa- 
gney a été publiée, FI. seq. exs. n* 77. Les autres localités 
sont douteuses et à vérifier. 

Tanacetum vulgare L. — R., p. 160. Après les localités au 
lieu de Vendrely mettez : C. Enum, p. 85 (1854). Je Tai 
publié dans le FI. Seq. exs., n<> 916, de Cbampagney, 
comme échappé de jardins et je Tai récolté au Ban de Chani- 
pagney et à la Neuvelle, dans les mêmes conditions. 

Matricaria chamomilla L. — R., p. 161. Re|)orter la 
localité d'Écbavanne (V.), à l'espèce suivante : M. inodora L. 

Helminthia echioides Gaertn. — R., p. 171. Au lieu de 
Vt'ndrely, mettez Grandclément ! 

AnagalliB tenella L. — R., p. 183. Indiqué avec doute à 
la tourbière du Rosely, où je ne l'ai pas encore trouvé. Peut- 
Hre par contusion avec Oxycoccos^ qui y existe. A rechercher 
t-l à vérifier. 




— 305 — 

Primula vulg Xoff. Nob. qX. Primula vulg,Xelat Nob. 
— P., p. 493. Ce « Nobis » appartient à Grenier, FI. jur. 

Gentiana cruciata L. — R., p. i86. La localité Le Vernois 
est de Thiout ila plupart est dans son herbier); la localité de 
Chargey-les-Port est de Jolyet (elle figure dans sa liste). 

Symphytum ofp.cinale L. — R., p. 189. — La localité 
d*Amance est de moi. J'ai récolté cette plante en 1854 î et Tai 
revue à la même place en 1894 ! 

Solanum nigrum L. — R., p. 191. C'est la forme S. mela- 
nocerasum que j'ai indiquée à Champagney. Elle a été 
publiée FI. Seq. exs., n» 377. 

Atropa Belladona L. — R., p. 192. L'étiquette de l'Herbier 
Thiout porte : Chariez, Mont-le-Vernois, Clans et Fresse (et 
non Frasne). 

Rhinantua major Ehrh. — R., p. 200. C'est \eR. hirsutus 
que j'ai indiqué à Champagney (dans la liste envoyée) 

Odoitiites rnhra Fers. — R , p. 200. L'espèce de Chariez 
dans l'Herbier Thiout est l'O. serolina, celle des Aynans, 
VO. ruhra. 

Mentha Pulagium L. - R., p. 204. Dans l'Herbier Thiout, 
l'étiquette porte Ferrière (et non Chariez). 

TeucHum Scordium L. — R., p. 212, C, p. 162. Etangs 
deLure X V.). A constater à nouveau , je pourrais avoir pris 
pour cette espèce des éciiantillons jeunes et non fleuris de 
Lycopu8 Europaeus. 

Pohjcnemum arvense L. — R., p 214. Après Ronchamp, 
supprimez Thiout ; ces localités sont indiquées par Contejean 
(Enum, 1854, p. 108). Chariez : Thiout; dans son Herbier, 
c'est le P maju8 Br. 

Chenopodium urhicum L. — R., p. 215. L'échantillon de 
Scey-sur-Saône (Herbier Thiout) est Ch. murale L. 

Euphorhia platyphylla L. — R , p. 223 Lisez : Gratter y : 
Laioi?; Saint-Remy : Grandclément. 

Mercurialis perennia L. — R, p. 225. Lisez : Anchenon- 
court : Grandclément. 



k 



— 306 — 

Junipei*u8 communis L. — R.» p. 233. Après Roncharap, 
ajoutez : aux hameaux de Mourière et de Le Rhien 

Orchis purpurea Huds. — - R., p. 244. Dans THerbier 
Thiout, c'est TO. militaris (sous le nom de purpurea] qui 
figure pour la localité de Ghariez. 

Potamogeton compressus L. — R, p. 249. Mersuay (Grand- 
clément) D'après le D' Magnin à qui j'ai envoyé un échan- 
tillon reçu de Grandclément, c'est le P. ohtusifolius (voir FI 
des lacs du Jura'. 

Potamogeton cœspitosus. Valentin Huinnicki, Gâtai, pi. 
env. de Luxeuil, p. 60, avec description. — P., p. 238, l'ap- 
pelle P. cœspitosus Pourr. — Luxeuil, prairie de Banuey (et 
non Bauney). Y a-t-il un P. aespitosua Pourr? 

Lemna trisulca L. — R., p. 250. La local, de Mersuay a été 
indiquée par Grandclément. 

Sparganium simplex Huds — R., p. 252. Manque dans 
l'Herb. Thiout de Boursières, mais il y est de Mont-le-Vernois. 

Juncua glaucus Ehrh. — R , p 252. La localité de Ghariez 
est de Thiout (in Ilerh.i ; celle de Favernay, de l'abbé Grand- 
clément. 

Juncus supiiius Mnch. — R., p. 253. La local, de Cham- 
pagney figure dans ma liste envoyée à M. Renauld. 

Scirpus mucvonatus L — G. Revue, p. 195. Au lieu de : 
Etangs de la Mannegoutte, lisez delà Maugenotte. 

Carex cane^tcens L, — R, p. 263. Séparez Ghampagney 
des autres localités, celle-ci indiquée par X. V. 

Carex digitata L. — R., p. 266. Après Ghemilly, Ghariez, 
ajoutez Thiout (in Herb ). 

Airci prœcox L. — R., 274. Lisez Ronchamp : Paiilotin 
Herb. Thiout. 

Aira multiculmis Dum. — P, p. 258. Indiqué seulenaent 
ilans le Jura, se trouve également dans la Haute-Saône, (C. 
Itevue, p. 206) publié dans le FI. seq. exs., no277, de Ron- 
champ, rec. par Paillot. 

Glijccria aquatica. — P., p. 261-2. Le G.aquatica Koch., 



— 307 — 

de la p. 261, est le Catabroaa aqnaticay P. B. ; celui de la 
p. 262, G. aqualica Wahl., est le G. apectabilis M. et K. 

Poa Sudetica Haenck (P. Ghaixi. Vill.). - R., p. 278. Après 
Planche-des- Belles-Filles, aj. Vendrely. Publié in FI. seq. 
exs., no 281. 

Botrychium Lunaria Sw. — R., p. 286. Un petit bout de 
fronde représente cette espèce dans l'Herbier Thiout. Thiout 
aurait-il vu VAllosovus crùpus Bernh. que j'ai découvert à 
Fresse et Taurait-il pris pour le Botrijchium Lunaria, qu'il 
aurait alors représenté par un brin de cette espèce demandé 
à PaillotV — A rechercher ! 

lf« Nouvelles notes sur les Aberrations florales. 

Nous avons publié dans la ix« p. p. 180 du Flora Sequaniae 
les variations du Colchique observées en 1899 (Soc. d'Emu- 
lation 4« vol. 1899). Voici celles que nous avons vues depuis, 
en 1901-1902, sur la même plante et sur quelques autres 
espèces, 

(lo) Renonculacées (p. 4-5 des notes sur Aberrat. florales) : 
Anémone nemorosa L. — 9-mère. 
Anémone Hepatica L. — 7-mère ; invol. à 4 divis. 
Ranunculus Flammula L. — 5-6 pétales. 
R. bulbifer Jord. — Gab. à 5 divis., 5 à 8 pétales. 
Ficaria ranunculoides Mnch. — 4 sépales, 7 pétales. 
Caltha palustris L. — 4 sépales et à 12 sépales plus un 13« 
placé plus bas sur le pédoncule. 
Aconitum variegatum. — 4 pétales. 

(5o) Alsinacées (p. 7 et 17) : Stellaria Holostea L. — 5 sé- 
pales, 6 pétales, 12 élamines. 

(42°; /fypericacee« (p. 17) : Hypericum h umit'usum L. - 4- 
5-mère. 

(50o) Parnasaiacéea (nouveau) : Parnassia palustris L. — A 




— 308 — 

fi. ordinairement 5-mère. Trouvé une fleur 6- mère le 7 sep- 
tembre 1903 en montant de Plancher-les-Mines à Belfahy. 

(il^) Fragariacées (p. 18) : Comarum palustre L. — 5- 
7 mère. 

(t3o) Philadelphncées [p. 8) : Philadelphus coronarius L. 
— 5-mère et 2 styles. 

(51o) Cucurbitacéea : Bryonia dioica L. — FI. maies ordi- 
nairement 5-mère, 5 étam. triadelphes, varient à fl. 4-6-mère. 
J*ai trouvé une fl. femelle 6-mère (habituellement 5-mèrel. 

(24^) Primulacées (p. 10 et 18): Lysimachia nummularia 
L. — 6-mère. Michalet, p. 226, le signale 3-mère. 

(25") Polémoniacées (p. 10) ; 

Polemonium caeruleum L. (cuit.. — Cal. à 5 div. cor. à 
6 divis. et seulement 5 étamines. 
Phlox subulata L. — G-mère. 
Plilox paniculata L. — 4-6-mère. 

(^6^) Borraginacéeft (p. 10) : 

Borrago officinalis L. — 4-mère et à cal., 5-mère avec cor., 
4-mère et 4 étamines. 

Myosotis palustris L. — Cultivé, varie de 5 à 10-mère. 

(29o) Ge)}tianacée8 (p. 11) : 

Menyanthes trifoliata L. - Cal. à 5 divis., cor. à 6 divis. et 
6 étamines et à cal. à 6 divis. et cor. à 7 divis. et 6 étamines 

Erythraea Gentaurium L. - Fl. 4, 5, 6-mère. 

Gentiana Pneumonanthe L. — Cal. à 5 divis. et cor. à 
4-5 divis. 

(31«) Oléacées (p. 11> : Syringa vulgaris L. — Flore albo 
MiViii : â cal. et cor. à 4 divis., 2 étamines; à cal. et cor. à 
'y (iivis. 2 étamines; à cal. à 5 divis., cor. à 6 divis., 2 étam.; 
vi\\. et cor. à 7 divis., 3 étam., 1 style et 1 stigmate; cal. el 
(*or. Il 3 divisions. 

(iOo) Liliacées (p. 14 et 18) : Scilla bifolia L. — 5-raère. 



^ 



(4i«) Amaryllidacées ip A4 ei 19) : Narcissus radiifîorus, 
biflore, redevenu 1-flore et 7-mère. 

(39o) Colchicacées : 
Colchicum autumnale L. : 

l» Cal. à 4 divisions, 5 étamines, 3 styles. 

~ 6 — 3 — 

— 5 — 4 — 

— 8 — 3 — 

— 4 — 3 - 

— 6 - 3 — 

— H - 2 — 

— 4 — 3 - 

— 1 étarnine, plus 2 filets sans anthère et 2 styles. 



Champagney, le 20 janvier IQO'i. 



20 


— . 


h 


3» 


— 


5 


4" 


— 


7 


5« 


— 


7 


6" 


~ 


8 


7o 


— 


8 


8-^ 


— 


8 


9^ 





9 



TROIS ÉGLISES ROMANES 

DU JURA FRANCO-SUISSE 

JOUGNE, ROMAIN- MÔTIER, SAINT- URSANNE 
Par H. Jules GAUTHIER 

SBCRéTAIRB DECENNAL 



Séances des 21 juillet 1900, i9 juillet et U décembre iOOi. 



Dans le Jura français et suisse, entre Baie et Lausanne, 
entre Saint-Dizier ;Haut-Rhin) et les bords de la Saône, les 
églises romanes restées debout après des siècles d'invasions, 
d'incendies, de destructions faites en temps de paix plus 
encore qu'en temps de guerre, sont rares, et leur étude 
peut difTicilement produire ces résultats synthétiques qu'on 
a obtenus en Bourgogne, en Auvergne ou ailleurs. Il n'en 
est pas moins utile de rechercher les vestiges peu nombreux 
des édifices que les ordres religieux ont disséminés çâet la 
au cours des siècles de ferveur; c'est pourquoi dans ce 
Jura, où des pépinières monastiques furent implantées par 
Luxeuil d'abord, Saint-Claude, Cluny, ou Agaune, nous 
sommes allés étudier de près le plan, le détail, les caractères 
généraux de trois églises que le xir siècle a bAties el qui 
restent encore intactes sans avoir été jusqu'ici sérieusement 
examinées : Jougne, qu'Agaune a élevée dans un col fréquenté 
dès l'époque romaine, Romain-Môtier où les architectes qui 
bâtirent Tournus ont appliqué leurs principes et leur 
méthode, Saint-Ursanne où des moines luxoviens ont 
employé des maçons venus de Bâle pour élever une crypte el 



— 311 -.. 

plus tard ériger toute une église à trois nefs, du déclin du 
XII* siècle à la fin du xiii*. Ainsi groupées, les trois mono- 
graphies que nous réunissons sous un titre unique montre- 
ront le contact et Tinfluence de deux écoles d'architecture : 
l'influence clunisienne ou bourguignonne à Jougne et à Ro- 
main-Môtier l'influence germanique à Saint-Ursanne. 



I. 
L'église de Saint-Nlaurice-lez-Jougna. 

En 523. le roi de Bourgogne Sigismond donna à l'abbaye de 
Saint-Maurice d'Agaune, outre d'immenses possessions dans 
les cantons de Lyon, Vienne et Grenoble, d'une part Vaud, 
Vallis et Aoste, d'autre part Salins, Hracon et iMièges du 
canton de Besançon, et ce monastère garda jusqu'à la fin du 
Moyen-Age ces domaines qui lui assuraient d'énormes reve- 
nus et une influence considérable O). A Salins, le chapitre de 
Saint-Maurice et toute une prévôté d'où sortit souche de 
gentilshommes, à Jougne l'église Saint-Maurice, église-mère 
de plusieurs paroisses, franc-comtoises au point de vue 
civil et féodal, rattachées au point de vue ecclésiastique au 
diocèse de Lausanne, marquèrent dès l'origine les deux 
termes d'un itinéraire que les moines d'Agaune suivirent 
longtemps à travers les Monts-Jura, pour venir toucher les 
rentes que leur servaient les héritiers du roi Sigismond. 

De ces lointains souvenirs, il reste à Jougne un monument 
précieux, qui n'a jamais été étudié et que je désirerais faire 
connaître, l'église Saint-Maurice, devenue simple chapelle 
de cimetière, mais autrefois église conventuelle d'un prieuré 
de l'ordre de saint Benoit, relevant immédiatement de la 
lointaine abbaye d'Agaune. 

(1) L'abbé Guillaume, Histoire des Sires de Salins, II, Preuves, 1. 




— 312 — 

Extérieurement, cette petite église ou grande chapelle a 
peu d*allure. Qu'on s'imagine un édifice rectangulaire, large 
de 8 mètres, long de 20 mètres, haut de 6 mètres sur ses 
flancs, de 8 à 9 mètres à chaque pignon. Le pignon nord 
tourné vers la montagne, c'est-à-dire vers Jougne, est éclairé 
d'un oculus amplement évasé mesurant 1 m. 20 de plus 
grand diamètre ; le pignon sud regardant l'endroit où bifurque 
la vallée, à gauche du côté de l'aiguille de Baulmcs, à droite 
du C(Mé de La Ferrière, est percé de trois fenêtres cintrées 
posées une et deux ; sur chaque flanc quatre fenestrelles 
romanes, hautes de 1 m. 40, larges de m. 66 ébrasement 
compris. Ces huit ouvertures latérales correspondent inté- 
rieurement à quatre travées irrégulières comme largeur, 
uniformément cintrées en berceau à tiers-point, la voûte 
étant divisée intérieurement en quatre compartiments par 
trois doubleaux et huit formerets en tiers-point ayant forte 
saillie. Les murs ont m. 90 li 1 m. 10 d'épaisseur, de 
solides contreforts à pente unique, irrégulièrement disposés 
et remaniés, épaulent murs et voiJtes à Textérieur. 

Dans le chœur, formé par la première travée, côté sud, 
sont dessinées en légères saillies sur chaque lace, deux 
arcades hautes de 3 m. (30, larges de 2 m. 40, sans pilastre 
ni archivolte ; l'arcade de gauche est elle-même entaillée 
d'une porte cintrée large de m 80, haute de 2 m. 10 qui 
devait conduire aux dépendances de l'église, cloître et bâti- 
ments du prieuré. 

Dans la seconde travée, côté gauche, l'arcade est plus haute 
de m. 40 à m. 50 (soit 4 m. iO au lieu de 3 m. 00) que les 
nres latéraux du chœur, indiijuant l'intention ou peut-être 
rosistence passée d'un transept; sur le flanc droit l'arcade 
est semblable à celles du chœur. 

Dans les troisième et quatrième travées les arcades plus 
Ltrges , voûtées en anse de panier, révèlent un remanie- 
ment, visible du reste dans les profils des doubleaux de la 
voûte et de la voûte elle même; ce remaniement, comme du 



fe 



— 313 — 

reste le contour de certains contreforts, fut occasionné par 
une destruction partielle du berceau, vers le xv« ou xvi« siècle. 
La porte unique de Téglise (outre la petite porte du chœur) 
est percée sur le flanc droit de la chapelle, dans la troisième 
travée ; le cintre est à redent, la baie intérieure mesurant 

1 m. 50 de large sur 2 m. 20 de haut, Tare enveloppant 

2 m. 10 sur 2 m. 60. Les murs extérieurs sont sans corniche, 
des restaurations ont pu faire disparaître les arcatures 
aveugles ou germaniques qui devaient primitivement les dé- 
corer et les modillons d'une corniche à présent disparue. 

Les trois doubleaux en tiers-point servant de supports à la 
voûte en berceau sont portés eux-mêmes par des colonnes 
engagées avec bases et chapiteaux. Dans le chœur les chapi- 
teaux sont inversés, celui de droite ayant été, dans une 
restauration maladroite, employé comme base. Colonne 
engagée, chapiteau et socle de gauche sont en revanche 
intacts, mesurant ensemble 3 m. 85 de haut. Le chapiteau 
représente un homme debout, nu jusqu'aux genoux, la figure 
imberbe, la tunique serrée à la taille par une ceinture, les 
mains soutenant Tabaque ou table supérieure du chapiteau ; 
aux angles deux grosses têtes d'hommes, imberbes, vues de 
profil; au bas bordure de palmettes dressées, se continuant 
sur les flancs du chapiteau. Le socle, composé d'un tore, 
d'une baguette, d'un quart de cercle ou gorge bordé lui-même 
de deux baguettes, repose sur une table carrée; deux feuilles 
saillantes vont du socle aux angles de la table. 

La colonne engagée qui faisait face à droite a perdu son 
chapiteau, remplacé par une corbeille fruste, sans ornements, 
à bords chantournés; l'ancien chapiteau, décoré à sa partie 
inférieure de baguettes, dessinant grossièrement des feuilles, 
a son abaque orné de méandres et demi-pal mettes, l'espace 
entre l'abaque et les côtés verticaux simulant des feuilles est 
couvert de rinceaux en demi-cercle. 

Voilà la nef de Saint-Maurice-lez-Jougne dont les carac- 
tères architectoniques, conformes à ceux que présentent les 

2i 



K 



— 314 - 

églises romanes de Gourtefontaine (Jura), Grandecourt (Hte- 
Saône), Saint-Lupicin ou Saint-Lothain (Jura) dans leurs 
lignes essentielles, révèlent tous le style roman-bourguignon 
du milieu du xiP siècle. Une crypte bâtie sous les première 
et seconde travées, c'est-à-dire sous Tautel et le chœur, 
offre, encore plus intenses, les mômes caractères et nous 
restitue un type précieux, unique à Theure présente dans 
notre région, d'une chapelle souteriaine, sans piliers isolés, 
avec voûtes supportées uniquement par des doubleaux sur 
pilastres. 

Deux escaliers de quatorze à dix-sept marches, dont l'un 
(celui de droite), aujourd'hui supprimé, y donnaient accès 
depuis la seconde travée de l'église, descendant en se dirigeant 
vers l'abside ou paroi sud. 

Le sol de cette crypte se trouve à 4 mètres environ en 
contre-bas du niveau de l'église supérieure. 

Trois travées parallèles voûtées d'arêtes, hautes de 
3m 70, larges de2 m. 40, longues de 3 mètres, le constituent, 
flanquées de trois absidioles (dont une détruite) tournées à 
l'est, au sud et à Touest, les deux doubleaux supportant 
les voûtes, bâtis dans le sens de la longueur de l'église, 
étant supportés par des colonnes engagées avec chapiteaux 
décorés d'entrelacs variés, suivant la formule des temps 
carolingiens. Une de ces colonnes engagées est hexagone, 
les trois autres semi-cylindriques. Chacune des absidioles, 
précédée d'un doubleau, avec supports et cintres sans mou- 
lures, est voûtée en cul-de-four et semi-cylindrique. Une 
fenestrelle cintrée, aujourd'hui aveugle, est percée dans son 
axe. En tournant le dos à l'absidiole sud on aperçoit en face, 
sous le maître-autel de l'église d'en haut, un loculus quadran- 
gulaire, à voûte en berceau cintré, long de i m. 40, profond 
de 1 m. 20, haut de 3 mètres. C'est la confession, dont l'autel 
contenant naguère les reliques de saint Maurice et de la légion 
thébéenne, était jadis éclairé par une ouverture en forme 
d'arc amenant obliquement et d'en haut le jour extérieur. 



— 315 — 

La disposition de cette crypte à trois absidioles est unique 
dans notre région 0(1 les cryptes de Saint-Jean de Besançon, 
de Saint-Lothainet de Saint-Désiré de Lons-le-Saunier dans 
le Jura et de Sainte-Madeleine de Grandecourt dans la Haute- 
Saône, comportaient toutes trois nefs et plusieurs piliers 
isolés (six ou huit). 

Elle se rapproche dans ses dispositions essentielles de la 
crypte de Saint-Ursanne au diocèse de Bâle (canton de 
Berne) très curieuse elle-même pour l'histoire et Tarchéo- 
logie du diocèse de Besançon. L'intérêt de notre crypte, 
rareté insigne et jusqu'ici inconnue, est considérable pour 
nous ; et nous donnerons satisfaction d'une part aux habitants 
de Jougne, très curieux de connaître l'&ge de leur vieille 
chapelle, de l'autre aux amateurs d'archéologie comtoise, en 
publiant le plan, la coupe et quelques détails de l'église Saint- 
Maurice. 

Une restauration, peu coûteuse, étant données les faibles 
dimensions du monument, sera, nous l'espérons, prompte- 
ment ordonnée par la municipalité de Jougne, très éclairée 
et très libérale, et mettra en pleine valeur et pleine lumière 
l'un des plus anciens et plus curieux sanctuaires du pays. 

II. 
t'égllsa de Romaln-Môtier au canton da Vaud (Suiaaa). 

Au canton de Vaud (Suisse), mais à quelques kilomètres 
seulement de la frontière française, se dresse, sur les bords 
du Nozon, afQuent de l'Orbe, la très curieuse église prieurale 
de Romain-Môtier. Fondé par Contran, roi de Bourgogne au 
Vu* siècle, simple ermitage d'abord, puis abbaye, donné à 
Çluny en 927 par la comtesse Adélaïde, Romain-Môtier, 
jusqu'à ce qu'il fût sécularisé par la Réforme, resta, durant 
six siècles, un simple prieuré bénédictin. Son cartulaire a 
été publié, en 1844, par la Société d'histoire de la Suisse 



— 316 — 

romande 1; en même temps qu'une sobre et très médiocre 
étude sur les annales du monastère ; quant à Téglise elle n'a 
jusqu'à présent été l'objet d'aucune monographie sérieuse, el 
les pages que lui a consacrées Blavignac (2) dans son volume 
sur l'architecture religieuse des diocèses de Genève, Lau- 
sanne et Sion, publié en 1853, sont tout à fait insuffisantes. 
Ce fait que Romain-Môtier, quoique étant bâti sur un sol 
étranger, fut une dépendance de l'abbaye franc-comtoise de 
Baume-les-Moines au diocèse de Besançon, cet autre fait que 
le style de son église procède d'une façon absolue du roman 
clunisien, tel qu'il dut être employé dans les abbayes et 
prieurés bénédictins du versant nord du Jura, autorisent 
suifisamment l'incursion que nous allons faire sur un sol ami 
et voisin, en prenant notre bien là où il se trouve. 

Le prieuré de Romain-Môtier fut, durant tout le Moyen- 
Age, le noyau d'un bourg fermé dont subsistent encore en 
partie la clôture et les défenses : murailles flanquées de quel- 
ques tours, fossés dans lesquels coulaient les eaux du 
Nozon. Les bâtiments du monastère, son cloître, son église, 
les étables, jardins, vergers en formaient le principal groupe, 
sensiblement réduit au cours des ans, particulièrement au 
moment de la Réforme, quand furent chassés les religieux. 11 
n'en reste aujourd'hui que l'église avec quelques débris d'un 
cloître gothique bâti de 1381 à 1432 par le prieur Jean de 
Seyssel, sur le flanc droit du vieil édifice roman. 

L'église est de faibles dimensions, 63 mètres de longueur 
totale y compris le narthex qui précède le vaisseau (12 m. 50) 
et le porche qui précède le narthex (7 m.). Au transept la 
largeur (dans œuvre) est de 26 mètres, elle n'est que de 
16 m. 50 pour la nef et ses collatéraux. 

(1) Tome III des Mémoires de la Société d* Histoire de la Suisse ro- 
mande, publié à Lausanne. 

(2)J.-B. Blavignac, Histoire de r Architecture sacrée, du quatrième 
au dixième siècle^ dans lei diocèses de Genève ^ Lausanne et Sion 
(Paris-Genève, 1853). 



— 317 — 

L'église proprement dite se compose d'une nef et de deux 
collatéraux comprenant quatre travées; six gros piliers 
cylindriques d'un diamètre de 1 m. 20, d'une hauteur totale 
de 4 mètres, ayant pour base une pierre rectangulaire, et 
coiffés de chapiteaux rudimentaires, soutiennent les murs et 
les retombées des arcades. Â la nef succède un transept dont 
le carré voûté en coupole est formé par quatre doubleaux 
ouvrant sur l'avant-chœur, la grande nef, enfin les bras du 
transept. Au delà de ce carré, la nef et ses collatéraux se 
prolongent dans la proportion d'une forte travée : ils sont 
mis en communication par une arcade géminée séparée par 
une colonne cylindrique coiffée d'un chapiteau antique, qu'on 
a renforcée de part et d'autre d'un pilastre saillant, pour 
qu'elle puisse supporter le poids de l'énorme muraille qui' la 
surplombe M). A partir de l'avant-chœur la bâtisse est 
moderne, le plan primitif, qui comprenait une abside semi- 
circulaire entre deux absidioles, a été modifié au xv* siècle 
pour faire place à des chevets droits. 

Cette mutilation du chevet n'est pas la seule que l'on ait 
à déplorer dans l'édifice, c'est du moins la seule irréparable 
autrement que par tâtonnements, car les absides primitives 
ont été rasées au niveau du sol lors de la reconstruction faite 
par Jean de Seyssel, sous prétexte d'embellissement. 

A la fin du xiii» siècle, une mutilation presque aussi 
importante, due cette fois à un vice de construction, se 
produisit dans la grande nef, ce fut l'effondrement de la 
voûte en berceau, trop lourde pour d'insuffisants supports. 
Cette chute s'arrêta aux piliers carrés qui supportaient le 
carré du transept, voûté nous l'avons déjà dit en coupole, 
et dont la masse protégea les voûtes en berceau des bras 
du transept et de l'avant-chœur. Grâce à cette digue, le 
désastre fut limité, et nous possédons, absolument intactes 



(i) Ces deux colonnes et leurs chapiteaux antiques proviennent probable 
ment du temple romain d*Orbe. 



— 3<8 — 

dans leur contexture des plus curieuses, troi^ sections de 
voûte innportantes du vaisseau principal, outre les voûtes des 
collatéraux épargnées comme elles. 

Les voûtes du transept et de Tavant-chœur sont formées 
d'un berceau continu se heurtant dans les bras du transept, 
d'un côté au mur extérieur (au pignon pointu), de l'autre au 
doubleau qui épaule et soutient la coupole ; le berceau qui 
couvre Tavant-chœur s'appuie d'un côté à l'un des doubleaux 
du carré du transept, de l'autre au doubleau précédant le 
chœur. Afin d'alléger autant que possible le poids du berceau, 
les constructeurs de Romain-Môtier avaient employé cet 
artifice très remarquable de formerets accouplés ou arcs de 
décharge, entamant de travée en travée les flancs du berceau; 
une colonne engagée, dont le cul de lampe était à la hauteur 
du seuil des fenêtres éclairant la nef, recevait les retombées 
des formerets, tandis que les deux autres retombées dispa- 
raissaient dans la masse semi-cylindrique du berceau. 

Cette disposition, que des planches feraient mieux com- 
prendre, est intacte, nous le répétons, dans l'avant-chœur et 
dans les bras du transept ; elle reste encore apparente dans la 
nef, grâce aux colonnes engagées que les constructeurs de la 
voûte en croisée d'ogives de l'extrême fin du xiii* siècle ont 
eux aussi utilisées comme supports de leurs doubleaux, de 
leurs ogives et de leurs formerets, voici de quelle manière. 

L'eflbndrement du berceau avait laissé intacts les murs de 
la grande nef dans toute leur élévation, les hautes fenestrelles 
cintrées percées à la hauteur des colonnes engagées dont le 
cul-de-lampe marquait leur seuil, dont le chapiteau orné de 
rinceaux ou palmettes dépassait leur cintre, enfin ces 
colonnes engagées elles-mêmes. Pour donner à ces six 
supports (trois de chaque côté) un peu plus d'ampleur, les 
architectes du xiii* siècle imaginèrent de les surhausser en 
posant sur le chapiteau un rudiment de colonne engagée d'un 
diamètre égal à celui du chapiteau et par conséquent supé- 
rieur à celui de la colonne primitive. Sur ce tronçon, ha^^^ 



— 319 — 

de m. 40 environ vient s'asseoir un nouveau chapiteau très 
saillant, orné de feuillages, dont l'encorbellement devint, sur 
trois faces, la base des doubleaux, des arcs et des formerets 
de la nouvelle voûte. 

Les voûtes des collatéraux, munies de formerets de 
décharge comme la voûte de la nef, sont en berceau, mais 
ne comportent pas de colonnettes engagées, les petites 
voussures des formerets s'éteignant sans point d'appui dans 
le massif des parois. 

Nous connaissons le plan et le système de voûtes de 
Téglise, reste son éclairage et son décor extérieur. 

La coupole qui couvre le carré du transept repose : partie 
sur le dos de quatre doubleaux soutenus de massifs piliers 
carrés (1 m 16/1 m. 66), partie sur quatre trompes en porte à 
faux qui transforment le carré en un octogone. Notons qu'au- 
dessus de chacun des doubleaux sont percées autant de 
fenestrelles à plein cintre qui, aujourd'hui aveugles, devaient 
éclairer autrefois la base du clocher à deux étages qui sur- 
monte la coupole ; huit fenêtres cintrées jadis, transformées 
par les architectes du xin* siècle en fenêtres en tiers-point 
donnent du jour à la nef. Une neuvième fenêtre, placée au- 
dessus de la porte d'entrée dont la façade est devenue une 
porte de communication entre le premier étage du narthex 
et la tribune moderne qui contient les orgues. 

Les bas-côtés ont conservé leurs douze fenestrelles 
romanes, huit dans les quatre travées côtoyant la grande nef, 
quatre dans le prolongement qui côtoie l'avant-chœur. Les 
fenêtres du chevet datant de la fin du xiv' siècle ou du 
premier tiers du xv* sont sans intérêt. Il n'en est pas de 
môme de celles des deux bras du transept. Du côté est, le 
flanc de chaque bras est percé de deux fenêtres à la hauteur 
de celles de la grande nef du côté ouest, le bras droit en 
possède deux faisant face à celles de l'est; le bras gauche en 
possède également deux, mais superposées, celle du bas étant 
au môme niveau que les fenêtres des bas-côtés. Le pignon 



— 320 — 

du bras droit du transept, éclairé au sud, a beaucoup souffert 
tant à cause de son orientation fâcbeuse qu*à cause de l'appui 
du cloître, du chapitre et d'autres bâtiments claustraux; le 
pignon opposé (tourné au nord) est resté merveilleusement 
intact. Il est percé de trois ocuZt posés un et deux, celui d'en 
haut très rapproché de la voûte, et d'une fenêtre cintrée 
posée dans l'axe principal à la même hauteur que celles des 
bas-côtés. Pour en finir avec les fenêtres, mentionnons sur 
chaque face du clocher à deux étages planté sur le carré du 
transept, deux fenêtres géminées à l'étage d'en haut, celui 
d'en bas n'étant décoré que d'arcatures germaniques aveugles. 

Puisque nous parlons de ce décor, constatons que sur 
toutes faces, aussi bien sur la fagade principale, masquée à 
l'heure présente par le narthex, que sur les deux pignons 
du transept, les deux étages du clocher, les flancs des bas- 
côtés comme ceux de la nef et du transept, des arcatures 
germaniques couvrent la totalité des maçonneries, enserrant 
dans leur léger relief toutes les ouvertures de l'édifice et lui 
donnant une incontestable élégance. 

En présence des détails caractéristiques que nous venons 
de relever dans le plan, le système de voûtes, d'ouvertures, 
le décor extérieur d'arcatures, à quelle date assigner 
l'ensemble de l'église de Romain-Môtier ? A notre avis et en 
tenant compte en particulier de la forme des piliers, et de 
leur chapiteau rudimen taire et de la structure des voûtes en 
berceau, nous sommes tout à fait disposés à attribuer à la 
première moitié du xii« siècle la construction de cette église. 
L'influence clunisienne y est trop sensible pour qu'on puisse 
hésiter sur ce point fort important. 

L'église de Romain-Môtier dut posséder un cloître d'un 
style analogue au sien, il n'en reste pas le moindre vestige 
car deux prieurs qui se succédèrent de 4300 à 1432, Henri de 
Sivrier, mort évêque de Rodez (1373-1379), et Jean de 
Seyssel (1381-1432), le détruisirent pour le remplacer par un 
cloître dans le style ogival, démoli lui-même par les Réforma- 



— 321 — 

teurs. Sur le flanc sud de l'édifice se voient encore les forme- 
rets et les arrachements des arcs, avec des. culs-de-lampes 
armoriés des blasons d'Henri de Sivrier et de Jean de 
Seyssel ; on peut constater ainsi que le cloître comptait sept 
travées sur chaque face, soit, en tenant compte des travées 
d'angle, vingt-quatre travées en tout. 

Mais très peu de temps après l'achèvement de l'église, à la fin 
du xii« siècle, un porche ou narthex à doubleétage vint s'appli- 
quer contre sa façade principale. Analogue dans des dimen- 
sions plus restreintes au fameux porche de Tournus, attei- 
gnant dans son élévation totale la hauteur sous clé de voûte 
de l'église elle-même (lHm.50), le narthex, plus étroit qu'elle, 
ne mesure que 14 mètres de largeur dans œuvre. Le rez-de- 
chaussée partagé en quatre travées par six piliers trois à 
droite, trois à gauche, carrés, cantonnés dans l'axe principal 
de colonnes engagées, compte trois nefs et par conséquent 
douze compartiments couverts en croisées d'arêtes et reliés 
de pilier en pilier ou de pilastre en pilastre par des doubleaux 
cintrés. L'étage inférieur est éclairé par des fenêtres en 
meurtrières; les chapiteaux des piliers ou des pilastres sont 
d'une extrême simplicité de contours et de très faible hau- 
teur. Un escalier composé de deux rampes, pratiqué à droite 
de la porte d'entrée dans l'épaisseur du mur ouest, avec 
palier dans l'angle des murs ouest et sud et retour d'équerre 
dans ce dernier, conduit au premier étage, dont la disposition 
est identique comme plan et comme système de voûtes, à 
cela près que les piliers sont cylindriques et que les chapi- 
teaux, plus soignés, sont décorés de rinceaux et de palmettes. 
Extérieurement, les flancs du narthex sont ornés jusqu'à la 
base du second étage de contreforts légèrement saillants 
dessinant les quatre travées et soutenant à partir du second 
étage des colonnettes engagées sur lesquels reposent des 
arcatures germaniques. Les fenestrelles du second étage au 
nombre de huit sont uniformément cintrées. De date un peu 
plus récente que l'église, le narthex de Romain-Môtier doit 



— 322 — 

remonter à la seconde moitié du xii* siècle, à 1180 environ. 
Inutile d'insister sur l'intérêt considérable de ce porche 
unique dans la région. 

Quand les architectes du xm* siècle eurent remplacé par 
une voûte en croisée d'ogives le berceau effondré de la 
grande nef, il leur prit fantaisie d'ajouter au narthex un 
second porche conçu dans le nouveau style qui faisait par- 
tout des merveilles. Un compartiment de voûte recouvrit un 
bâtiment carré large de 7 mètres sur toutes faces, percé à 
l'entrée d'un arc en tiers point, sur chaque côté de deux 
fenêtres géminées reposant sur un bahut à hauteur d'appui, 
outre une troisième fenêtre aveugle placée sous le formeret, 
tel est le porche venant encadrer l'ancienne porte cintrée du 
narthex sous une porte ogivale à multiples colonnettes et à 
nombreux redents, dont d'élégants feuillages, des fleurs de 
lis sans nombre, des rosaces, des fleurons couvrent les 
arceaux. Au milieu de cette flore deux petites flgurines, un 
roi et une reine couronnés, qui sont peut-être la reproduc- 
tion traditionnelle de deux figures de rois ou d'empereurs 
décorant naguère la porte primitive de l'église de Romain- 
Môtier. 

De son mobilier qui devait être jadis d'une richesse pro- 
portionnée à son architecture Romain-Môtier n'a gardé que 
son maître-autel, ses stalles dues à Jean de Seyssel, le tom- 
beau de ce dernier remontant à 1432, celui d'Henri de 
Sivrier, prieur puis évéque de Maurienne et de Rhodez. 

Quelques détails sur chacun de ces petits monuments. 

Le maîlre-autel en pierre, du xiii* siècle, sert encore de 
table de Gène aux protestants de Romain-Môtier : c'est une 
table de pierre chanfreinée, longue de 1 m. 72, large de 
m. 80, épaisse de m. 15, supportée par quatre colonnettes 
de marbre gris, poli, hautes de m. 80, dont les chapiteaux 
sont décorés d'un tailloir à multiples moulures, de feuilles 
d'eau et de feuillages avec astragale. 

Les stalles, incomplètes, ne comptent plus aujourd'hui que 



— 323 — 

dix stalles hautes avec dossiers trilobés et vingt et une stalles 
bas^s ; les jouées de chaque rangée de hautes stalles, jadis 
ajourées dans la partie supérieure, pour encadrer en léger 
relief la figure de quelque saint aujourd'hui disparue, sont 
ornées à la partie inférieure de deux écussons. Le premier 
est celui du prieuré de Romain-Môtier : une clef et une épée 
la pointe haute, mises en pal ; le second est celui du prieur 
Jean de Seyssel : gironné de huit pièces, à un écu fruste mis 
en cœur. 

Dans le nouveau chœur, contre la paroi gauche, est 
encastré un édicule gothique, enserrant un enfeu où repo- 
sait peut-être naguère l'image agenouillée ou étendue de Jean 
de Seyssel, avec les mêmes armoiries plusieurs fois répétées 
et Tépitaphe du personnage gravée entre deux écus : 

Johês . de . Seyssello . pôr . romani . monasterii . iacet . 
subtuâ . lapidem . existentê . ante . magnû . altare . dicti . 
loci . 

Cet édicule se compose d'un tombeau en forme d'autel, à 
la base de l'enfeu dont la façade est décorée d'une arcade 
trilobée très légère, couronnée d'un gable triangulaire, avec 
lobes intérieurs finement découpés. Les rampants de ce 
gable sont semés de choux, sa pointe, ornée d'un pinacle, 
repose sur des panneaux représentant trois fenestrelles 
gothiques, avec meneaux et rosaces ; l'ensemble est encadré 
dans deux pilastres à triple étage coiffés chacun d'un cloche- 
ton. Ce tombeau très élégant est postérieur de fort peu à 
l'année 143-2, date de la mort de Jean de Seyssel constructeur 
du chœur, des deux chapelles superposées sur l'emplace- 
ment de l'absidiole gauche et du chevet droit qui a succédé 
à l'absidiole droite. 

Le tombeau d'Henri de Sivrier, mort en 1398, est déposé 
(car il a été retrouvé seulement il y a soixante ans aux 
abords de l'église) à droite de l'entrée, au bas de la nef. 



— 324 — 

L'image du prélat, sculptée, en plein relief, mitre en tête, 
revêtu des ornements pontificaux , repose étendu , lar tête 
sommée d*un dais; ses armoiries, sculptées auprès de lui, 
représentant cinq coquilles mises en croix. Autour de ce 
monument, long de 2 m. 45, large de m. 84, haut de 
m. 43, on lit Tinscription suivante, en capitales gothiques : 

* REVERD9 : IN : XPO : PR : DNS : HENRICUS : DE : 
SIVRIACO : OLÎ : POR : HUH : PORAT*^ : POST : EPS: 
MAURIAN : NÙC : VERO : EPÙS : RUTHEN : FECIT : 
HANC : SEPULTURAM : ANO : DNI : M : CCC : LXXXY^i: 
PONTIFICATUS : SCTISSIMI : IN : XPO : PRIS : ET : 
DNI : DNI : CLEMENTIS : DIVINA : PVIDENTIA : PAPE: 
VII : ANO : NONO : 

On conviendra, après avoir parcouru ces lignes et étudié 
le plan de Roinain-Môtier, que Tégiise cJunisienne du pays 
de Vaud a un intérêt considérahle pour Tarchéoiogie du Haut- 
Jura. 

III. 
L'égllsa collégiale de Saint-Ursanna au Jura bernais. 

Dans la boucle que la rivière du Doubs forme sur le terri- 
toire suisse, entre Goumois et Bremoncourt, est bâtie, dans 
un site extrêmement pittoresque, la jolie bourgade de Saint- 
Ursanne. Encore entouré de ses vieilles fortifications du 
moyen-ûge, percées encore de trois portes et dominées jadis 
par un château détruit, le bourg rayonne autour d'un noyau 
primitif : un monastère bénédictin, fondé au vi'* siècle par une 
colonie des disciples de saint Colomban, venue de Luxeuil. 
Église et cloître reconstruits au cours des âges portent Tem- 
pçeinte de divers styles ; des temps primitifs il ne subsiste 



— 325 — 

plus qu'un sarcophage de pierre, tombeau du fondateur saint 
Ursanne, dont la mémoire reste entourée d'un culte respec- 
tueux (^). 

L'église, longue de 48 m. 25 dans son axe principal, large 
de 20 m. 30, se compose d'une nef flanquée de collatéraux, 
terminée par une abside à trois pans, précédée d'un clocher 
massif servant de porche, accostée sur le flanc droit de cinq 
chapelles. 

Sous le chœur est une crypte haute de 3 m. 03, éclairée 
de trois fenestrelles cintrées, dont quatre piliers cylindriques 
supportent les voûtes d'arête et à laquelle conduisait naguère 
un double escalier venant des collatéraux. Cette crypte, dont 
nous donnons le plan et certains détails, après avoir été re- 
maniée au XVI® siècle, comme en témoigne le soubassement à 
taille de diamant qui supporte un des piliers, a été restaurée 
en 1880, après avoir été transformée en charnier en 1771. Ce 
souterrain, dont les contours rectangulaires sous le chœur et 
le maître-autel de l'église supérieure, épousent d'un autre côté 
la forme à trois pans de l'abside supérieure, mesure 5 m. 10 
de longueur sur m. 45 de plus grande largeur, les colonnes 
et leurs chapiteaux s'élèvent à 1 m. 52 du sol. Les voûtes 
d'arête sont au nombre de onze compartiments, irréguliers, 
étant donné le plan de la crypte ; des doubleaux relient les 
quatre faces des chapiteaux du groupe central avec les pi- 
lastres ou colonnes engagées leur faisant face sur les parois. 
C'est dans cette crypte qu'à dû reposer naguère le tombeau 
du saint fondateur. 

Les chapiteaux ont la plupart la forme caractéristique du 
style rhénan, soit un cube dont les angles inférieurs sont 
arrondis, dont les faces visibles sont entaillées d'une étroite 
rainure; les bases, sauf celle renouvelée au xvi* siècle, sont 
arrondies, composées de deux tores séparés par une gorge, le 



(i) Ce tombeau, couvert en dos d'âne, formé de trois pierres séparées, est 
placé sous le maitre-autel de leglise supérieure. 



— 326 — 

tore inférieur cantonné, aux angles de la tablette sur laquelle 
il repose, de deux feuilles en haut relief. 

Le caractère de cette crypte, combiné avec celui du pas- 
sage voûté en berceau qui y conduit, et qui fit partie du col- 
latéral de l'ancienne église, celui du portail historié qui ouvre 
sur le flanc droit de Tédifice, révèlent, sans hésitation pos- 
sible, le milieu du xii« siècle. Ceci est fort intéressant pour 
les Francs-Comtois, car nous retrouvons là l*idée exacte de 
ce que devait être, dans une dimension plus vaste, la crypte 
de l'église cathédrale de Besançon, construite au xii* siècle 
dans le style roman des bords du Rhin. 

Remontons dans l'église supérieure, en gravissant les dix 
degrés de Tescalier de la crypte et en passant sous la voûte 
en berceau, haute de 2 m. 50 à peine, qui couvre la partie du 
collatéral droit précédant Tautel. Cette voûte, contemporaine 
de la crypte, s'arrête brusquement en arrivant à la hauteur 
du portail, également contemporain, qui s'ouvre sur la 
terrasse et les escaliers épaulant le flanc droit de l'édifice. 

Ce portail, partie la plus décorée de l'édifice, mérite une 
sobre description. On le nomme dans le pays la Porte des 
Épousailles. La hauteur totale de la porte est d'environ 
3 m. 60, sa largeur totale de 3 m. 10. De chaque côté, trois 
colonnettes, placées en retrait successif, supportent une 
triple voussure cintrée dont les reliefs en tores ou boudins 
alternent avec des moulures concaves, dont deux, la plus 
voisine et la plus éloignée du tympan, sont ornées de grosses 
perles en relief. Les chapiteaux des six colonnes sont décorés 
de figurines, les angles vifs qui séparent les colonnes sont, 
ici, décorés de chevrons peints, là, ornés de perles comme 
les voussures. Les six chapiteaux historiés représentent à 
droite : un loup converti par un moine, en présence des 
agneaux qu'il se prépare à dévorer; une sirène attirant les 
hommes ; trois aigles ; à gauche : des démons à face bestiale 
tenant des livres ouverts (l'enseignement du mensonge) ; des 
évangélistes tenant leurs livres (l'enseignement de la vérité;; 



— 327 — 

des démons et des chimères. Les bases sont identiques à 
celles des colonnettes de la crypte et munies de feuilles sur 
leurs angles. 

Un bas -relief décore le tympan : le Christ assis tenant un 
rouleau et un évangile, à ses pieds deux moines nimbés : 
saint Ursanne et saint Wandrille, à sa droite saint Pierre, à 
sa gauche saint Paul debout, derrière et sur les flancs quatre 
anges ailés debout, deux petits anges vus de buste. 

1^ porte est enserrée dans un massif rectangulaire haut et 
large de 4 mètres, dont la partie supérieure est ornée d'une 
corniche à modilions. dont les deux angles supérieurs évidés 
en niches cintrées contiennent : à gauche une statue de la 
Vierge assise, l'Enfant-Dieu sur les genoux, à droite une 
statue de saint Ursanne assis, accosté de deux anges, perchés 
sur les bras d'un siège à l'antique. Au xiir siècle la niche de 
droite a été détruite et remplacée par un dais ogival, à colon- 
nettes. Ce portail de saint Ursanne rappelle comme style et 
comme décor les sculptures célèbres du portail latéral gauche 
de la cathédrale de Bûle, sur la terrasse du Rhin. 

Le portail, le fragment du collatéral voûté en berceau, la 
crypte, telle est la part du xii* siècle dans l'église actuelle 
de Sa»nt-Ursanne. Il faut y joindre encore le chevet au 
moins extérieur de l'église d'en haut. L'abside est à trois 
pans, ornée en dehors d'une robuste corniche à multiples 
ressauts évidés, soutenue par des arcatures cintrées, style 
germanique ; quatre contreforts Tépaulent : deux, ceux du 
milieu à double étage et fort relief, ornés de deux statuettes 
du Christ et de saint Ursanne ; deux, ceux des flancs de 
moindre saillie ; entre ces contreforts apparaissent au ras 
du sol les fenestrelles cintrées de la crypte, à 3 ou 4 mètres 
du sol, les fenêtres du chœur à redents successifs décorés 
de perles espacées et de losanges entaillés dans les mou- 
lures. Au dedans, l'abside est voûtée en robustes croisées 
d'ogives, la travée du chevet est précédée d'un doubleau en 
tiers- point orné sur sa face antérieure de bâtons rompus ou 




— 328 — 

zigzags ; des colonnettes avec chapiteau massif, un dé sur- 
monté d'un abaque très saillant orné de rinceaux, soutiennent 
les arcs ogifs. un pilier quadrangulaire accosté de deux co- 
lonnettes, le tout sommé de chapiteaux identiques avec aba- 
ques ornés de damiers ou de rinceaux, soutient le dou- 
bleau; une corniche très saillante, portant semblable décor, 
fait le tour de Tabside. Pas de corniches, mais des groupes 
de colonnettes analogues dans les sept travées de la nef, 
haute d'environ 9 à 10 mètres, large de 8 mètres, commu- 
niquant avec les collatéraux par des arcades en tiers-point, 
avec ou sans redent. La travée la plus voisine du chœur est 
sans arcade ; la seconde en a deux et est percée à la nais- 
sance des voûtes de deux fenêtres en tiers-point ; les cinq 
autres travées ne comptent sur chaque face qu*une arcade 
et qu'une fenêtre. 

Si nous n'avons, pour dater la crypte, le portail, les rnurs 
(sinon les voûtes de l'abside) (|ue les caractères intrinsèques 
de l'architecture du xii'" siècle, les constructeurs de l'église 
supérieure ont pris soin de dater chacune des parties de la nef. 
La voûte de l'iihside portait, visible encore au xviii*' siècle, la 
date de mccux ; celle du clurur (travée à double dimen.^^ion) 
la date de mcclxi ; celle de la seconde travée mccc, enfin la 
dernière travée, celle de l'orgue adossée au clocher, celle de 
MCCCVH. Ces dates s'appliquent naturellement à l'ensemble 
de l'édifice, moins les cinq chapelles des xv^-xvr siècles, 
dont l'une, la dernière, fait corps au moyen d'un pilier cen- 
tral avec la travée du bas du collatéral droit. 

Le clocher, couvert en batière, s'appli(}ue contre l'ancienne 
façade de l'église. Il comporte, outre le pignon, quatre étages 
marqués par des cordons de pierre. Le quatrième étage est 
percé de fenêtres gothiques, à meneau avec rose, et de fe- 
nestrelles regardant le faîte de la nef A la base, une porte 
unique en tiers-point, servant de porche. De 1442 à 1466, le 
clocher fut construit par des maçons franc-comtois, comme 
l'explique l'inscription suivante : 



Société d'Émulation du Doubs, 1902. 



n.i. 




3 




M^* 




V4 



Êai-I5£ 5.KAUHICE DE JOUGNE ( J>Oir» 5 ) • XII* 5îtfU . 
Plan au V200» 
A. Cryple.— B. Base» d« colorvne». -^ C. Chapiteaux 



Société dtinulation du Doubs, 1902. 



PI.U. 




Plan au V500« 
A. AbftidM , XIV -XV*«iècles.-B. Avanl-chocur, transept, X llfsiédc- 
CNefvout^.finduXllIf «iècle. — D.Narthex^ deux él»;ie*, 
fin du XII? siècle . — E. Porche . débu.t du XIV^ «Iccle. 



Soc. d'ÊmulduDou^be, 



mil. 




ÉÔLÏtfE -DE SAIKT-lTKSANffK (SVtSSe.). 
Planai! VlOO* 
A . Cryple.-B. Base decolonnellc— C. Chapiteaux. 



— 329 — 

H.«C TURRIS EST MURRATA PER WILLM I DE VY . PROPE 
BELVOIR ET JO : EJUS FILIUM STE . DE RANDEVILLER . BISONT . 
DIOCES . ET PER HUGUEN . HUJUS LOGIS MURATORES. 

(Cette tour a été construite par Guillaume de Vy-lez-Bel- 
voir et Jean son fils, Etienne de Randevillers, du diocèse de 
Besançon, et par Huguenin de ce lieu, maçons.) 

Une seconde inscription motive la reconstruction et donne 
le nom des chanoines qui décidèrent l'entreprise. En voici 
le texte, que nous empruntons au volume publié en 1887 
par Mgr Chèvre, ancien curé de Saint-Ursanne, aujourd'hui 
curé de Forrentruy i^) : 

AnnoDni. mccccxli die xiii mensis maii cecidit ista turris 
et die xi mensis apr : per hon : dnos : Jo : de Esuel ppos : Jo : 
de Kletzenstein : thés : Heinzt : de Aldorf : Jo : Warmop : 
Jo : Prêt : Sp . Biedman : Jo : Molit : Lud : Vinck : Steph : 
de Orbath : Fihp : Jo : Herbis : Rud : Bois : canon : hujus 
ecchae de novo fundata est anno Dni. mccccxlii. (L'an du 
Seigneur 1441, le 13 mai, cette tour s'écroula et le 11 du 
mois d'avril 1442, les fondations de la nouvelle tour ont été 
posées parles honorables seigneurs Jean d'Asuel, prévôt, 
Jean de Kletzenstein, trésorier, Heitzmann d'Altdorf, Jean 
Warmop, Jean Prêt, Sp. Biedman, Jean Molitor, Louis Vinck, 
Etienne D'Orbath, Philippe, Jean de Herbis, Rodolphe de 
Bois, chanoines ) 

Tel est le plan, tels sont les principaux détails de l'église 
de Saint-Ursanne dont le mobilier, moderne, n'offre rien 
d'intéressant. 

Un mot du cloître qui s'étend sur le flanc gauche de l'é- 
difice, vaste quadrilatère long de 33 mètres, large de 23 m. 



(1) Histoire de Saint-Ursanne, du chapitre, de la ville et de la pré- 
vôté, par Mgr F. Chèvre (Porrenttuy, V. Michel, 1887, volume iu-8'> de 
942 pages el 6 pages avec planches. 

22 



— 330 — 

50, dont les allées, couvertes de charpente, ouvertes par des 
fenêtres à meneaux et roses, ouvrent sur un préau trans- 
formé en cimetièr*i. Ce cloître, reconstruit sur remplace- 
ment de l'ancien cloître du xn* siècle, a été rebâti en 1531. 
Une jolie porte du xiir ou xiv« siècle, ornée d'une croix, 
d'un lion et d'une grande fleur de lis, y conduit depuis le 
collatéral gauche de l'église. 

Saint-Ursanne a appartenu, aux temps les plus lointains, 
au diocèse de Besançon, dont Bâle resta jusqu'à la Révolu- 
tion un évèché suffragant. L'influence germanique qui do- 
mine dans son église est précieuse à constater, ne fût-ce 
que pour rapprocher de cet édifice et de sa crypte les che- 
vet et crypte (aujourd'hui mutilés) de la cathédrale Saint- 
Jean de Besançon. 



mm FAITS A L4 SOCIÉTÉ (4902-1903) 



Par le Département du Doubs 300 f. 

Par la Ville de Besançon , 400 f. 



Par M. le Mlmstre de l'Instruction publique : 

Bulletin du Comité des Sociétés savantes : Hisloire et Philologie, 
1902, 1-4; — Congrès de 1902 : Section des Sciences écono- 
miques et sociales; — Bull, archéologique, 1902,3; 1903,1-2. 

Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques 
de France : t. XXVI, Carpentras; t. XLI (supplément du 
t. II) : Caen, Luxeuil. 

Bibliographie des travaux historiques et archéologiques des So- 
ciétés savantes de la France ^ t. IV, 2. 

Annales du Musée Guimet, t. XIV et XV, 1902, et le t. XXX, 
in-4o; — Bibliothèque d'étude: l'Evangile du Bouddha, tra- 
duction, par M. MiLLOUÉ. 

Revue de l'Histoire des religions^ t. XLVII et XLVIII. 

Bibliothèque de VEcole des Chartes, t. LVIII, LIX, 3-4. 1903. 

Les Testaments de VOfficialité de Besançon, par M. Ulysse 
Robert, t. I, 1900. 

Bévue des Etudes grecques, 1902-1903, t. XVI. 



Par MM. 
Massing, membre correspondant : Nouveaux problèmes dé géo- 
métrie analytique sur les normales à la parabole, avec solu- 
tions, 1902. 

Marquiset (Alfred), membre correspondant : deux fascicules 
de poésies intitulées : Claironnées, Grayloiseries.. 

Chambre de commerce de Besançon : Compte-rendu de l'exer- 
cice i90i-i90t. 



— 332 — 

Ville de Besançon . Statistique démographique et médicale 
du Bureau d'hygiène, 1902-1903. 

Caisse d'Epargne de Besançon : Exercice i902. 

Le Préfet de la Cote-d*Or: Inventaire sommaire des Archive» 
départementales y rédigé par M. Joseph Garni er : Archives 
civiles, série G, clergé séculier, n*** 1 à 1024. 

Prinet (Max), membre correspondant : L'Industrie du Sel en 
Franche-Comté avant la conquête française. 

Roux (Roger) : Le Travail dans les Prisons^ 1902; — Politique 
extérieure de Pierre-le-Grand, 1903. 

Le Préfet du Doubs : Procès-verbaux, Rapports et Délibéra- 
tions du Conseil général du Doubs; sessions d'avril et août 
1903. 

BiGEARD (R.) : Petite Flore mycologique, 1903. 




à 



— 333 — 



ENVOIS DES SOCIÉTÉS CORRESPONDANTES (1902 190S) 



Académie des Inscr. et Belles- Lettres, Comptes rendus, 1902-1903. 

Bévue des Etudes grecques, 1902 et 1903. 

Journal des Savants^ année UK)2; 1903 en cours. 

Bévue des Etudes historiques, 1902. 

Bulletin et Métnoires de la Société des Antiquaires de France, 

1902. 
Bulletin de la Société française de physique, 1901, 1902, 19a3, 1-3. 
Bulletin de la Soc d'anthropologie de Paris, 1902, 3 6; 1903, 1-3. 
Bévue épigraphique (Vienne), l^r trim. 1903. 
Annuaire de la Société philotechnique de Paris, 1901 et 1902. 
Bulletin de la Société de botanique de France, 1902-1903, 1-6. 
Bévue épigraphique (M. Espérandieu). 
Bulletin de la Société géologique de France, t. XXVII. 
Mémoires de la Société zoologique de France, t. XV, 1902. 
Société philomatlque de Paris, 1901-1902. 

Omis : Bulletin du comité ornithologique international, t. XÏI, 1. 
Bulletin et Mémoires de la Société d'Hist. de Paris et de Vite- 

de-France, 29* année, 1902, t. XXIX. 
Bévue africaine, 246-249, 1902 et 1903. 
Mémoires de la Société d'Emulation de Montbéliard t. XXIX, 

1902, et supplément des t. XXVII et XXVIII; tables, 1850-1900. 
Bulletin de la Société Grayloise d'Emulation, année 1P02, t. V. 
Bulletin de la Société pour la protection des paysages de France, 

1902, 1-2. 
Bévue viticolc et horticole de Franche-Comté et de Bourgogne 

(Poligny), t. VI, 1902-1903. 
Mémoires de V Académie des Sciences, Belles -Lettres et Arts de 

Besançon, 1902. 
Bulletins de la Société d'Histoire naturelle du Douhs, 1902. 
Mémoires de la Société d'Emulation du Jura, ?« série, t. I, II, 

1901, 1902. 
Le Sillon (Vesoul), 1902-1903. 



— 334 — 

Actes de la Société Jurassienne d'Emulation 1900-1901. 

Revue scientifique du Bourbonnais, i902, 172; 1903, 1-4. 

Bulletin de la Société des scieficcs naturelles et d'archéologie de 
VAin, 1902, 4; 1903, 30 et 31. 

Annales de la Société d'Emulation de VAin, 1902, 1-10; 1903. 1-3. 

Bulletin de la Société histor. et arch. de Langres, 1902; 1903, 
janv.-mai. 

Annales de la Société d'Emulation du département des Vosges^ 
1902 et 1903. 

Bulletin de la Société des sciences naturelles de l'Yonne, 1901 et 
1902. 

Mémoires de l'Académie de Dijon, i° s., t. VII et VIII, 1901-IiK)2. 

Bulletin de la Société historique et archéolog. de Langres, t. V'. 

Mémoires de la Société Bourguignonne d'histoire et de géogra- 
phie, l. XVIX, 1903. 

Revue Bourguignonne (Université de Dijon), t. XIII, 1903. 1-2. 

Bulletin de la Société des sciences naturelles de Saône-et-Loire, 
1902-1903. 

Journal des Naturalistes : Bulletin de la Société d'histoire natu- 
relle de Mâcon, décembre 1902; t. II, 1903. 

Société d'histoire naturelle d'Autun, 15« buU., 1992. 

Mémoires de la Société Eduenne, i. XXX, 1902. 

Société des Sciences de Nancy, 1902; 1903, 1-2. 

Bulletin de la Société philomatique Vosgienne, 1901-1903. 

Mémoires de la Société d'archéologie Lorraine, 1902. 

Mémoires de la Société des Antiquaires du Centre, t. XXVI, 1903. 

Annales de la Société d'agriculture de Saint-Etienne, 1902-1903. 

Bulletin de la Société Dauphinoise d'ethnographie et d'anthro- 
pologie, 1902, 1-4; 1903, 1. 

Annales de l'Université de Lyon. Nouv. série, t. I et II : science 
et médec, fasc. 10; droit et lettres, 10 et 11, 1902-1903.— 
Catalogue sommaire du musée des moulages de Lyon. 

Annales de la Société d'agricult., sciences et industries de Lyon, 
7e série, t. IX et X, 1902. 

Mémoires de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de 
Lyon, 3e série, t. VII, 1903. 

Société Savoisienne d'histoire et d'archéologie (Mémoires et Do- 
cuments publiés par la), t. XLI, 1902. 



— 335 — 

Revue Savoislefinc, 1902; l^-'-Se trim. 1903; — Tables, 1851-1900. 

Bulletin de la Société d'études des Hautes-Alpes, 1902, 1903. 

Bulletin de la Société des sciences naturelles de l'Ouest, 1903, 2. 

Bulletin de la Société des sciences, lettres et arts de Pau, 1902. 

Mémoires de la Société des lettres, sciences et arts de VAveyron : 
Dictionnaire des institutions et coutumes du Rouergue, par 
M. Affre, 1903. 

Bulletin d'Histoire ecclésiastique et d'archéologie religieuse du 
diocèse de Valence, etc., 1901 à mars 1903. 

Société agricole, scientif. et litt. des Pyrénées-Orientales, 1903. 

Bulletin de la Commission des antiquités de la Seine -inférieure, 
t Xll, 3, 1903. 

Précis analytique des travaux de V Académie des belles-lettres, 
sciences et arts de Rouen, 1901-1902. 

Revue de Saintonge et d'Aunis, 1902, 6; 1903, 1-5. 

Bulletin de la Société des Antiquaires de V Ouest (Poitiers), 
2-4; t. X, 1903, 1-2. 

Bulletin de la Société industrielle et agricole d'Angers, 1902. 1-2. 

Revue historique et archéologique du Maine, t. L et LI, 1902-1903. 

Bulletin de la Société d'agriculture, sciences et arts de la Sarthe, 
1902-1903, 1. 

Annales de la Société historique et archéologique de Château- 
Thierry, 1901. 

Bulletin et Mémoires de la Société historique et archéologique de 
la Charente, 1901-1902. 

Mémoires de la Société d'Emulation d'Abbeville, L IV in-4«, et 
2e partie in-S»; — Géographie historique du département de la 
Somme, par M. Gaétan de Vitasse, 1902; — Bulletin trimes- 
triel, 1902. 

Bulletin de la Société Danoise, 1902, no 131; 132, 1903, 1-2. 

Bulletin de la Société archéologique, se. et litt, du Vendômois, 
t. XLI, 1902. 

Revue de l'histoire de Versailles et de Seine-et-Oise, 4^ an n., 1902. 

Bulletin de la Société des sciences naturelles de l'Ouest de la 
France (Nantes), 2^ série, t. II, 1902; t. III, 1903. 

Mémoires de l'Académie nationale des sciences, belles-lettres et 
arts de Caen, 1903. 

Bulletin de la Société académique de Brest, 1901-1902. 



— 336 — 

Mémoires de la Société nationale des sciences naturelles et ma- 
thématiques de Cherbourg, 1902, J . 

Bulletin de la Société historique et archéologique du Limousin, 
t. LU. 2, 1903. 

Bulletin de la Société historique et archéologique de VOrléanais, 
t. XIII, 176, 1902. 

Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie, 1902, l. IV; 
1903, 1-4, 

Société historique de Compiègne: Bulletin, t. X, 1902; — Procès- 
verbaux, 1888-1891; — t. XI, 1902; — Description des fouilles 
archéologiques exécutées dans la forêt de Compiègne, 2« par- 
tie. 1902. 

Bulletin de la Société polymathique du Morbihan, 1902. 

Mémoires de la Société d'Emulation de Roubaix, 4® série, t. I et 
II, 19a^. . 

Académie des sciences et lettres de Montpellier : Sciences, 1903. 

Mémoires de la Société archéologique de Montpellier , t. II, 3, 1902; 
t. III, 1903. 

Bulletin de La Diana (Montbrison), t. XIII, 1902-1903, et siippl. 
t. XII. 

Bulletin de la Société d'études des sciences nat. de Nimes, 1901. 

Mémoires de V Académie de Nimes, t. XXIII, 1902. 

Répertoire de la Société de statistique de Marseille, t. YI, 1902. 

Société archéologique de Bordeaux, t. XXIII, 1-4, 1900-1903. 

Mémoires de la Société des sciences physiques et naturelles de 
Bordeaux, 6^ série, t. II, 1903; — Procès-verbaux, 1901-1902; 
— Observations météorologiques, 1901-1 901Î. 

Actes de la Société linnéenne de Bordeaux, 6« série, t. VII, 1902. 

Bulletin de la Société archéologique du Midi, noveml>re 1901 à 
juillet 1903. 

Mémoires de la Société académique d'agriculture, sciences, belles- 
lettres et arts du département de VAube, 1902. 

Bulletin de la Société d'étude des sciences naturelles de Béziers, 
1900-1901. 

Bulletin de la Société d'étude des sciences naturelles, de Vienne, 
t. l, 1-2. 

Bulletin de la Société Vaudoise des sciences naturelles, 1902- 
1903, 144-148. 



— 337 - 

Bévue historique Vaudoise, organe officiel de la Société Vau- 

doise d'histoire et d'archéologie, 1903. 
Société fThistoire de la Suisse romande (Mémoires et Documents 

de la), 2« série, t. IV, 2; t. V : Le Trésor de la Cathédrale de 

Lausanne. 
Anzeigtr, indicateur des antiquités suisses, 1901, 1; 1902-1903, 

2-4. 
Société d'histoire et d'archéologie de Genève : Mémoires et Do- 
cuments, t. VIII, 1 ; — Bulletin, t. II, 6-7. 
Société des sciences naturelles de ZuHch(\ïerie\s'ydhrscïm(l), 1903. 
Antiquités de Zurich (Milteilungen), LXVII, 1903. 
Yahrbuch fur Schweizerische gesellschaft (Société générale 

d'histoire suisse), 1903. 
Société des sciences naturelles, à Bâle (Verhandlungen), t. XV et 

XVI, 1903. 
Société des sciences naturelles, à Berne (Mitteilungen) (1519 à 

1550), 1i03. 
Annales de V Académie royale d'archéologie de Belgique (Anvers), 

5e Série, t. IV, 2-4; — Bulletin, 1902, 7; - t. V, 1903, 1. 
Annales de la Société archéologique de Bruxelles, t. XVI et XVII, 

1903, 1-2; — Bulletin, 1903, 1 ; — Annuaire 1903. 
Académie royale de Belgique : Mémoires, in-4<», t. LIV, n'* 5, 

1902; — Mém. couronnés et Mém. des Savants étrangers, 

in-4% t. LIX, n» 3, 1902; — Mém. couronnés et autres mém., 

4" et 50 fasc, 1903; — Mémoires, in-S® : lettres, t. LXIÎ, 2-3. 

et t. LXIII. 1-2; — Bulletin ; sciences, 1902, 9-11 ; sciences et 

lettres, 1903,1-8; — Annuaire 1903. 
Bulletin de la Société géologique de Belgique, t. XXIX. 1903. 
Analecta hollandiana, t. XXÎ, 1902. 3-4. 
Memorie délia reggia Accademia di scienze ed arti in Modena, 

3« série, t. III. 
Académie royale suédoise des sciences : Collect. de Mémoires, 

in-40, vol. XXVIII, 1902-1903; — Ilandlingar, XXXV-XXXVII, 

1-2, 1903; — Ofwersight, in-8«, 1901-1902; — Arkiv., 1903. 
Manasblad, 1897. 
Bull, of the geological Institution of the Universily of Upsala, 

1902. 
Bulletin de la Société des sciences nat, de Colmar, 1901-1902. 



- 338 - 

Société des acienceSy agr. et arti de la Basse-Alsace, 1902-1902. 
Bulletin de la Société d'Histoire naturelle de Metz, 1902, n» 22. 
Société géologique de V Empire d'Autriche : Jahrbuch., 41-42; 

Verhandlungen, 1902 et 1903, 1-5; — Jahrgang, 1902-1903. 
Annalen der k.k. naturischen Hofmuseum, Vien., 1902. 
Académie des sciences de Munich : Bull, philo.-hist., 1902. 3-4; 

Mathém., 1903, 2 et 3. 
Société des sciences naturelles de Frihourg en Brisgau (Berichte), 

1903. 
New Heidelberger Jahrsb ficher zu Beidelberg, XII, 1. 1903. 
Académie des sciences de Berlin (Sitziingsberichte), 41 à 53, 1902; 

1 à 40, 1903. 
Société botanique de la province de Brandebourg 1903. 
Université de Tubingue (Verzeichnis der...), 1902 et 1903. 
Société des sciences physiques et économiques (schriftem de Kœ- 

nigsberg, 1902. 
Commission du service géologique du Portugal : Le Crétacique 

de Conducia, par M. Paul Choffat, 1903. 
Transactions of the Academy of Saint-Louis^ t. XI, 7-11; l. XII, 

1-8. 
Annual reports public Muséum of the city nf MilwaukeCy 1902. 
Bull, of the Geographical Society of Philadelphia, t. III, 5, 1903. 
United States Geological Survey : 22^ rapport annuel, I-IV, 190O- 

1901; 23e rapport, 1901-1902; — Monograph, XLII et XUII, 

1903; — Professionnel papers, 1-8, 1902; - Bulletin, 191 à 

207 ; — Minerai resources of United states, 1901 ; — Water 

supply and irrigations, papeis, n'^» 65 à 79. 
Annual report of the Smithsonian Institution^ 1901. 
Memoirs of the Boston Society of natural history, t. V, 8 et 9; 

— Proceedings, 3-7; 1903, 1. 
Memoirs and proceed. of Manchester litt. and philo. Society, 1902 

et 1903. 




- 339 — 

MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 

Au 1" décerabre 1903. 



Le millésime placé en regard du nom de chaque membre indique lamiée 
de sa réception dans la Société. 

Les membres de la Société qui ont racheté leurs cotisations annuelles 
sont désignés par un astérisque (*) placé devant leur nom, conformément 
à l'article 21 du règlement. 



Ck>iiseil d'administration pour 1003. 

Président MM. Edmond Francey, avocat; 

Premier Vice-Président . . Nargaud (le docteur); 

Deuxième Vice- Président . Thuriet; 

Secrétaire décennal Jules Gauthier ; 

Vice-Secrétaire A. Vaissier ; 

Trésorier Fauquignon ; 

Archivistes Kirchner et Maldiney; 

Secrétaires honoraires... MM. Bavoux (Vital). 

Meynier (le docteur). 



Membres honoraires (21). 
MM. 
Le Général commandant le 7« corps d'armée (M. le général 

Deckherr). 
Le Premier Président de la Cour d'appel de Besançon, 

(M. GOUGEON). 

L'Archevêque de Besançon (S. G. Mer Petit). 

Le Préfet du département du Doubs (M. Roger). 

Le Gouverneur de la place de Besançon (M. le général Corbin). 




— 340 — 

MM. 
Le Recteur de r Académie de Besançon (M. Laronze). 
Le Procureur général près la Cour d'appel de Besançon 

(M. MOLINES). 

Le Maire de la ville de Besançon (M. Baigue). 

L'Inspecteur d'Académie à Besançon (M. Guyon), rue Mon- 
cey, 4. 

Delisle, Lùopoid, membre de l'Institut (Académie des inscrip- 
tions et helles-lettres), administrateur jrénéral de la Biblio- 
thèque nationale ; Paris, rue Neuve-des-Pelits-Champs. — 1881. 

Weil, Henri, membre de l'Institut (Académie des inscriptions 
et belles-lettres), doyen honoraire de la Faculté des lettres 
de Besançon; Paris, rue Adolphe Yvon, 16. — 1890. 

Dufour, Marc, docteur en médecine, à Lausanne, rue du Midi. 
— 1886. Membre honoraire, 1896. 

Sire, Georges, correspondant de l'Institut, essayeur de la Ga- 
rantie, Besançon, rue de la Mouillère, aux Chaprais. — 1847. 
Membre honoraire, 1896. 

Ping AU D, Léonce, correspondant de l'Institut, prof, d'histoire 
moderne à la Faculté des lettres de Besançon, rue Saint- 
Vincent, 17. — 1874. .Meuïbre honoraire, 1896. 

Ghoffat, Paul, attaché à la direction des services géologiques 
du Portugal; à Bordeaux et à Lisbonne, rue d'Arco a Jésus, 
113. — 1869. 

Metzinger (le général), ancien commandant du lô*^ corps d'ar- 
mée, membre du Conseil supérieur de la Guerre, à Paris. — 
1899. 

Uolland, Henri-Marius, capitaine de vaisseau, ancien général 
de division du cadre auxiliaire en 1870-71, en retraite à Mar- 
seille, boulevard National, 20. — 1899. 

Berger, Philippe, membre de l'Institut (Académie des inscrip- 
tions et belles-lelires), prof, au collège de France. — 1899. 

Bertrand, Marcel, membre de l'Académie des sciences, inspec- 
teur général des mines. — 1899. 

PROST, Bernard, inspecteur général des archives et des biblio- 
lhè(|ues, à Paris, avenue du Trône, 3. — 1901. 

Bouchot, Henri, conservateur du cabinet des estampes à la 
Bibliothèque Nationale, à Paris. — 1901. 



^ 



— 341 — 

Membres résidants (1) (134). 
MM. 
AuBERT, Louis, directeur des confections militaires, Grande- 
Rue, 121. — 1896. 
Bader, bijoutier, rue des Granges, 21. — 1870. 
Baigcje (le «iocteur), professeur suppléant à l'école de méde- 
cine, rue Morand, 5. — 1897. 
Baudin, Léon, docleru* en médecine, directeur du Bureau d'hy- 
^'iène de Besançon, Grande-ÎUie, 86 bis. — 1885. 

• Bavoux, Vital, rect'vcur principal des douanes on retraile; 
Fonlaine-Ecu, banlieue de Besan(;on. — ISÔ^Î. 

Bkal'<^uier, Charles, arcliiviste-paléo^q-aplie, député du Douhs; 

Montjoux, banlieue de Besançon. — 1879. 
de Beauséjour, Gaston, ancien capitaine d'artillerie, place 

Saint-Jean, 6 —1897. 
Béjanin, Léon, propriétaire, Grande-Rue, 39. — 1885. 
' Berdellé, ancien garde général des forêts, Grande-Rue, 112. 

— 1880. 

Bernard, ancien pharmacien, rue des Ghaprais, 5. — 1902. 

• Besson (Paul), lieutenant-colonel au 40® d'artillerie, à Verdun 

(Meuse). — 1894. 

Boname, Alfred, photographe, rue de la Préfecture, 10. — 1874. 

Blondeau, substitut du Procureur de la République, rue Prou- 
dhon, 8. — 1895. 

Bonnet, Cliarles, pharmacien, ancien conseiller municipal, 
Grande-Rue, 35. — 1882. 

BossY, Léon, fabricant d'horlogerie, rue de Lorraine, 9. — 1896. 

Bourdin (le docteur), médecin-major au 7^ bataillon de forte- 
resse, rue Charles Nodier, 30. — 1900. 

• Boussey, professeur agrégé d'histoire au Lycée, ancien secré- 
taire perpétuel de l'Académie de Besançon, Grande-Rue, 110. 

— 1883. 



(1) Dans cette catégorie figurent plusieurs membres dont le domicile 
habituel est hors de Besançon , mais qui ont demandé le litre de résidant 
afin de payer le maximum de la cotisation et de contribuer ainsi «l'une 
manière plus large aux travaux de la Société. 




— 342 — 

MM. 

BouTTERiN, François-Marcel, architecte, professeur k TEcole 
municipale des Beaux-Arts, rue Saint-Antoine, 4. — 1874. 

BoYssoN d'Ecole, Alfred, rue de la Préfecture, 24. — 1891. 

Bretenet, chef d'escadron d'artillerie, rue St-Pierre, 15. — 1885. 

Bretillot, Maurice, banquier, membre de la Chambre de com- 
merce, rue Charles Nodier, 9. — 1857. 

Bretillot, Paul, propriétaire, rue de la Préfecture, 21. — 1857. 

Bruchon (le docteur), professeur honoraiœ à l'Ecole de méde- 
cine, médecin des hospices, Grande-Rue, 84. — 1860. 

BuRLET (l'abbé), chanoine-archiprêlre, curé de Saint-Jean. — 
1881. 

De Buyer, Jean, propriéïaire, à Besançon et à Saint-Laurent 
(banlieue). — 1902. 

Cellard, Camille, architecte, rue Saint-Pierre, 3. — 1902. 

GÉNAY, pharmacien, avenue Carnot, 26. — 1897. 

Chapoy, Léon (le docteur), ancien directeur de l'Ecole de mé- 
decine, Grande-Rue, 11. — 1875. 

de Chardonnet (le comte), ancien élève de TEcole polytecli- 
nique, à Besançon, rue du Perron, 20, et à Paris, rue Cam- 
bon, 43. — 1856. 

Gharlet, Alcide, avocat, bâtonnier de l'Ordre, rue des Granges, 
72. - 1872. 

(^HiPON, Maurice, avocat, ancien inaj^islrat, rue de la Préfec- 
ture, 25. — 1878. 

• Chotard, Henri, doyen honoraire de la Faculté des lettres 
de Glermont-Ferrand , rue de Vaugirard , 61 , à Paris. — 
1866. 

Cj^vey, conseiller à la Cour d'appel, Grande-Rue, 62. — 1902. 

Clerc, Edouard-Léon, représentant de commerce, rue du Chas- 
not, 12. — 1897. 

CoiLLOT, pharmacien, rue Battant, 2, et quai de Strasbourg, 1. 
— 1884. 

CoLSENET, Edmond, professeur de philosophie et doyen de la 
Faculté des lettres, ancien conseiller municipal, rue Gran- 
velle, 4. — 1882. 

Cordier, Palmyr, agent principal d'assurances, conseiller mu- 
nicipal, rue des Granges, 37. — 1885. 



— 343 — 

MM. 

Cornet, Joseph, docteur en médecine, r^iix Ghaprais, rue de 
la Cassotte, il. —1887. 

GouLON, Henri, avocat, ancien bâtonnier de l'ordre, rue de la 
Lue, 7. — 1856. 

GouRGEY, avoué, rue des Granges, 16. — 1873. 

CouRTOT, Théodule, commis -greffier à la Gour d'appel; à la 
Groix-d'Arènes (banlieue). — 1866. 

Dayet, André, receveur d'enregistrement à Besançon ; Fontaine- 
Ecu. — 1901. 

DiETRiCH, Bernard, ancien néjçociant, Grande-Rue, 71 et Beau- 
regard (banlieue). — 1859. 

DiETRiCH (le docteur), rue Saint-Pierre, 20. — 1892. 

DoDivERS, Joseph, imprimeur, Grande-Rue, 87. — 1875. 

• Dreyfus, Victor-Marcel, doct. on médecine, avenue Garnot 
(aux Ghaprais). — 1889. 

Drouhard, Paul, conservateur des hypothèques en retraite, 
rue Saint-Vincent, 18. — 1879. 

Drouhard (l'abbé), chanoine, rue Saint-Jean. — 1883. 

DuBOURG, Paul, ancien président de la Ghambre de commerce, 
ancien membre du Gonseil général du Doubs , rue Gharles 
Nodier, 28. — 1891. 

Eydoux, Henri-Ernest, administrateur des magasins du Bon- 
Marché, Grande-Rue, 73. — 1899 

Ethis, Edmond, propriétaire, Grando-Rue, 91. — 1860. 

Fauquignon, Gharles, ancien receveur des postes et télé- 
graphes, rue des Ghaprais, 5. — 1885. 

Flusin, Georges, agent d'assurances, Grande-Rue, 23. — 1898. 

FouRNiER, prof, de géologie à l'Université de Besançon. — 1899. 

Francey, Edmond, avocat, membre du Gonseil général du 
Doubs, ancien adjoint au maire, rue Moncey, 1. — 1884. 

Gauderon (le docteur), Eugène, professeur de clinique à l'Ecole 
de médecine. Grande- Rue, 110. — 1886. 

"Gauthier, Jules, archiviste du département du Doubs, 
membre non résidant du Gomité des Travaux historiques et 
archéologiques et du Gomité des Beaux-Arts, au Ministère 
de l'Instruction publique, secrétaire décennal, rue Gharles- 
Nodier, 8. — 1866. 




— ai'* — 

MM. 

Gazier, Georges, conservateur de la Bibliotlièque de la Ville; 
rue de la Préfecture, 10. — 1903. 

GiRARDOT, Albert, géologue, docteur en médecine, rue Saint- 
Vincent, 15. — 1876. 

Grosrichard, pharmacien, place du Marché, 17. — 1870. 

• Gruter, médecin-dentisle, square Saint-Amour, 7. — 1880. 

Gl'illeaïin, Victor, artiste peintre, rue des Granges, 21. — 
1884. 

Haldy, Léon-Emile, rue Saint-Jean, 3. — 1879. 

Heitz (le docteur), professtMir à rKcoh» de médecine, Grande- 
Hue, 45. — 1888. 

Henry, Jean, docteur es sciences, Grande-Hue, 129. — 1857. 

IlCTiER, François, botaniste; à Mesnay-Arbois (JuraK — 1895. 

D'HoTELANS, Octave, rue Gharles Nodier, 12. — 1890. 

KiRCHNER, ancien négociant, quai Veil-Picard , 55 6û. — 
1895. 

' KoLLER, propriétaire, ancien conseiller municipal, ancien 
membre du Conseil d'arrondissem. de Besançon; au Perron- 
Chaprais. — 1856. 

Lambert, Maurice, avocat, ancien magistrat, quai de Stras- 
bourg, 13. - 1879. 

Larmet, Jules, médecin-vétérinaire, conseiller municipal, ad- 
joint au maire, avenue de Fontaine-Argent, 8. — 1884. 

Ledoux, Emile (le docteur), quai de Strasbourg, 13. — 1875. 

LiEFFROY, Aimé, propriétaire, conseiller général du Jura, rue 
Ciiarles Nodier, 11. — 1864. 

Lime, Claude-François, négociant, aux Chaprais. — 1883. 

Lui VOT, Emmanuel, notaire, Grande-Rue, 14. — 1885. 

XÏACHEREZ, A.; rue Granvelle, 5. — 1901. 

M AIRE, Alfred, président à la Cour d'appel, rue du Chaleur, 12. 

— 1870. 
Maes, Alexandre, serrurier-mécanicien, rue du Monl-Saiate- 

Marie, 10. — 1879. 
Maonin (\e docteur Ant.), professeur h l'Université, doyen de la 
Faculté des sciences, ancien directeur de l'Ecole de médecine, 
conseiller municipal, ancien adj. au maire, rue Proudhon, î^. 

- 1885. 



— 3/i5 — 

MM. 

Mairot, Henri, banquier, ancien conseiller municipal, pré- 
sident du Tribunal de commerce, rue de la Préfecture, 17. 
— i881. 

Maldiney, Jules, chef des travaux de physique à la Faculté 
des sciences. — i889. 

Mandrillon, avocat, Grande-Rue, i9. — 1894. 

Mandereau (le docteur), professeur à l'Ecole de médecine, ins- 
pecteur de l'Abattoir, rue Saint-Antoine, 6. — 1883. 

Marchand, Albert, ingénieur, administraleiir déléj,Mié des Sa- 
lines de Miserey. — 1888. 

' Martin, Jules, manufacturier, rue Sainte-Anne, 8. — 1870. 

Masson, Valéry, avocat, rue de la Préfecture, 10. — 1878. 

Matile, fabricant d'horlogerie, rue Saint-Pierre, 7. — 1884. 

Mauvillier, Pierre-Emile, photographe, rue de la Préfecture, 3. 

— 1897. 

Métin, Georges, agent-voyer d'arrondissement; à Canot. — 

1868. 
Michel, Henri, architecte-paysagiste, professeur à l'Ecole des 

Beaux-Arts; Fontaine-Ecu (banlieue). — 1886. 
Miot, Camille, négociant, membre de la Chambre de commerce, 

Grande-Rue, 104. — 1872. 
Miot, Louis, avoué à la Cour d'appel, Grande-Rue, 104. — 

1897. 
Montenoise, avocat, rue de la Madeleine, 2. — 1894. 
Mourût (l'abbé), secrétaire h l'archevêché. — 1899. 
Nardin, ancien pharmacien, rue de la Mouillère, 1. — 19jX). 
Nargaud, Arthur, docteur en médecine, quai Veil-Picard, 17. 

- 1875. 

NiCKLÈs, pharmacien de l»"» classe, Grande-Rue, 128. — 1887. 
Outhenin-Chalandre, directeur des Missionnaires d'Ecole; rue 

de la Préfecture, 24. - 1902. 
• Ordinaire, Olivier, consul de France, en retraite ; Maiziéres 

(Doubs). — 1876. 
Parizot, inspecteur honoraire des Enfants assistés, rue du 

Mont-Sainte-Marie, 8. — 1892. 
Pateu, entrepreneur, ancien conseiller municipal, avenue 

Carnot. — 1894. 

23 




— 346 — 

MM. 
Perruche de Velna, conseiller à la Cour d'appel, rue Saint- 
Vincent, 14. — 1870. 

* PiNGAUD, Léonce, correspondant de l'Institut, professeur 
d'histoire moderne à la Faculté des lettres, rue Saint-Vin- 
cent, 17. — 1874. 

RÉMOND, Jules, notaire, Grande-Rue, 31. — 1881. 

' Renaud, Alphonse, docteur en droit, sous-chef à la direc- 
tion générale de l'Enregistrement ; Paris, rue Scheffer, 25. — 
1869. 

RiCKLiN, notaire, rue des Granges, 38; étude : Grande-Rue, 121. 
-^ 1879. 

Robert, Edmond, fabricant d'aiguilles de montres, faubourg 
Tarragnoz. — 1886. 

Rocardey, Jean, directeur des contributions indirectes; rue 
Charles-Nodier, 4. — 1903. 

Roland (le docteur), professeur à l'Ecole de médecine, rue de 
l'Orme-de-Ghamars, 10. — 1899. 

• RossiGNOT (l'abbé), Auguste, bibliothécaire de l'archevêché; 

rue du Mont-Sainte-Marie, 8. — 1885. 

RossiGNOT (l'abbé), curé de Sainte-Madeleine, rue de la Made- 
leine, 6. — 1901 . 

ilouGET, directeur de l'Ecole normale d'instituteurs de Besan- 
çon; rue de la Madeleine, 6. — 1902. 

8AILLARD, Albin (le docteur), sénateur, membre du conseil gé- 
néral du Doubs, place Victor Hugo, et à Paris, rue N.-D.-des- 
Champs, 75. — 1866. 

Saillard, Eugène, ancien directeur des postes du département 
du Doubs; Beauregard (banlieue de Besançon). — 1879. 

jjE Sainte- Agathe (le comte Joseph), avocat, archiviste-paléo- 
graphe, rue d'Anvers, 3. — 1880. 

Sancey, Alfred, négociant, rue d'Alsace. — 1899. 

î^AVOVE, Henri, artiste peintre., à la Bouloie (banlieue). — 
1901. 

Serres, Achille, pharmacien, place Saint-Pierre, 6. -- 1883. 

Simonin, architecte, rue du Lycée, 13. — 1892. 

Sire, Georges, correspondant de l'Institut, essayeur de la Ga- 
rantie, rue de la Mouillère, aux Chaprais. — 1847. 



À 



— 347 — 

MM. 

SouCHON, Gaston, capitaine de cuirassiers en retraite; Villas 
bisontines, 3. — 1901. 

SucHËT (le chanoine), rue Casenat, 1. — 1894. 

Thouvenin, François-Maurice, pharmacien supérieur, profes- 
seur à TEcole de médecine et de pharmacie, Grande-Rue, 136. 

— 1890. 

Thuriet, Maurice, avocat général à la Cour d'appel de Besan- 
çon, rue du Perron, 16. — 1901. 

TissoT, H., président du tribunal de commerce, rue Saint-Vin- 
cent, 7. — 1899. 

Truchi de Varennes (vicomte Albéric oe), rue de la Lue, 9. 

— 1900 

Vaissier, Alfred, conservateur du Musée archéologique, Grande- 
. Rue, 109. — 1876. 

Vaissier, Georges (le docteur), chef de clinique médicale de 
rhôpital Saint-Jacques, Grande-Rue, 109. — 1898. 

• Vandel, Maurice, ingénieur des arts et manufactures, à la 

Rochetaillée, par Saint-Uze (Drôme). — 1890. 

* Vautherin, Raymond, ancien capitaine du génie, villa Sainte- 
Colombe, rue des Vieilles-Perrières. — 1897. 

Vernier, Léon, professeur à la Faculté des lettres, rue Sainte- 
Anne, 10. — 1883. 

DE Vezet (le comte Edouard), ancien lieutenant-colonel de 
l'armée territoriale, rue Charles Nodier, 17 ter. — 1870. 

Vieille, Gustave, architecte, inspecteur départemental des 
sapeurs-pompiers, rue des Fontenottes, sous Beauregard. — 
1882. 

V^EHRLÉ, négociant, rue Battant, 11. — 1894* 



t 



3iS 



Membres correspondants (104). 

MM. 

* Almand, Victor, capitaine du génie, officier d'ordonnance du 
général Carette ; à Marseille. 

André, Ernest, notaire; rue des Promenades, 17, Gray (Haute- 
Saône). — 1877. 

' Bardp:t, juge do [)aix; à Brienne (Aube). — 1886, 

Barbey, Frédéric, archiviste paléographe; rue de Luxembourg, 
32, à Paris, et au château de Valleyres, canton de Vaud. — 
190:3. 

Bertin, Jules, médecin honoraire des hospices de Gray (Haute- 
Saône), quai du Saint-Esprit, 1. — 1897. 

Bettend, Abel, imprimeur-lithographe; Lure (Haute-Saône), 
— 1862. 

Bey-Rozet, Charles, propriétaire et pépiniériste; à Marnay 
(Hte-Saône).— 1890. 

Bixio, Maurice, agronome, membre du conseil municipal de 
Paris; Paris, quai Voltaire, 17. — 1866. 

Bizos, Gaston, recteur de l'Académie de Bordeaux. — 1874. 

Boisseleï, Joseph, avocat; Vesoul (Haute-Saône). — 1866. 

* Bredin, professeur honoraire; à Gonflandey, par Port-sur- 
Saône (Haute-Saône). — 1857. 

* Briot, docteur en médecine, membre du conseil général du 
Jura; Ghaussin (Jura). — 1869. 

DE Broissia (le vicomte Edouard Froissard); fi Blandans, par 
Domblans (Jura). — 1892. 

Brune (l'abbé), Paul, curé-doyen deMont-sous-Vaudrey, corres- 
pondant des Gomités des Travaux historiques et des Monu- 
ments historiques au Ministère; Mont-sous-Vaudrey (Jura).— 
1903. 

■ Bruand, Léon, inspecteur des forêts; Paris, rue de la Planche, 
11 bis. —1881. 

Burin du Buisson, préfet honoraire; à Besan<;on, rue Moncey, 
0, et à Gramans (Jura). — 1878. 

Ghapoy, Henri, avocat à la Gour d'appel de Paris; rue des 
Saints-Pères, 13. — 1875. 



— 349 — 

MM. 

- Choffat, Paul, attaché à la direction des travaux géologiques 

du Portugal ; Lisbonne, rue d*Arco a Jesu, 113. — 1869. 
' Cloz, Louis, professeur de dessin; à Salins. — 1863. 

• CoNTEJEAN, Charles, géologue, professeur de Faculté hono- 
raire et conservateur du musée d'histoire naturelle ; à Paris, 
rue de Montessuis, 9. — 1851. 

CoNTET, Charles, professeur agrégé de matliématiques en re- 
traite; aux Arsures (Jura). — 1884. 

CORDiER, Jules Joseph, receveur des domaines; à Dijon, bou- 
levard Carnot, 20. — 1862. 

CORDiER, Palmyr, médecin des colonies, et à Besançon rue des 
Granges, 3. — 181)6. 

CosTE, Louis, doct(Mu* vu niéde<.'ino ol pharmacien de l^e classe, 
conservateur «le la Bihiioth. de lîi ville de Salins (Jura). — 1866. 

Courbet, Ernest, l>il)liophilp, trésorier de la ville» de Paris, 
rue de Lille, 1. — 1874. 

Daubian-Delisle, Henri, ancien directeur des contributions 
direcles, aricien président de la Société d'Emulation du 
Doubs; Sauveterre-de-Béarn jBasses-Pyrénées). — 1874. 

• Derosne, Charles, maître de forges; à OUans, par Cendrey. — 

1880. 

• Deullin, Eugène, banquier; Epernay (Marnei. — 1860. 
Pruot (l'abbé), Paul, curé de Voillans (Doubs). — 1901. 
Druot (l'abbé), Herman, curé de Charmoille (Doubs). — 1901. 
' DuFAY, Jules, notaire; Salins (Jura). — 1875. 

Feuvrier (l'abbé), chanoine honoraire, curé de Montbéliard 

(Doubs). — 1856. 
Feuvrier, Julien, professeur au collège de Dole, faubourg 

d'Azans. — 1893. 
Fromond (l'abbé), curé de Crissey (Jura). — 1902. 
Filsjean (l'abbé), licencié en lettres, curé de Pelousey (Doubs), 

— 1896. 

Gascon, Edouard, conducteur des ponts et chaussées en re- 
traite, président du comice agricole du canton de Fontaine- 
Française (Côte-d'Or). — 1868. 

Gascon, J^ouis, profess. au lycée Ampère; Lyon-Sain t-Rambert. 

— 1889. 



~ 350 — 

MM. 

Gaussin, Célestin, secrétaire honoraire des Facultés; Cham- 
pagney (Haute-Saône). — 1891. 

Gauthier, Léon, archiviste paléographe; Paris, place de la Bas- 
tille, 5. — i898. 

Gauthier, docteur en médecine, sénateur de la Haute-Saône; 
Luxeuil (Haute-Saône). — 1886. 

Gensollen, Gabriel, juge d'instruction; Gray (Haute-Saône).— 
1902. 

Gevrey, Alfred, conseillera la Cour d'appel de Grenoble; rue 
des Alpes, 9. — 1860. 

GiRARDiER, notaire; à Dole <Jura). — 1897. 

GiROD, Paul, professeur, directeur de TEcole de médecine de 
Clernionl-Ferrand; rue Blatin,26. — 1882. 

* Grenier, René (le docteur), médecin de la Grande Chancelle- 

rie de la Légion d'honneur; Paris, 36, rue Ballu. — 1902. 
Guignard, Fernand, archiviste paléographe; à Dole (Jura). — 
1902. 

• Guillemot, Antoine, archiviste de la ville de Thiers (Puy-de- 
Dôme). — 1854. 

D'HoTEiJiNS, Raoul, ancien officier, maire de Novillars. — 1903. 
HuART, Arthur, ancien avocat- gêné rai ; rue Picot, 9, Paris. — 

1870. 
Jeannolle, Charles, pharmacien ; Fontenay-le-Château (Vosges). 

— 1876. 
JoLiET, Gaston, préfet de la Vienne; Poitiers. — - 1877. 
Laforest (Marcel Pécon de), capitaine d'infanterie coloniale; 

à Rochefort et à Besançon, rue du Chateur, 25. — 1895. 
Lapret, Paul, artiste peintre; Paris, 17, rue de Chateaubriand. 

1901. 
Lebault, Armand, docteur en médecine; Saint-Vit (Doubs). — 
. 1876. 
Lechevalier, Emile, libraire-éditeur; Paris, quai des Grands- 

Augustins, 39, à la librairie des provinces. — 1888. 
Le Mire , Paul-Noël , avocat ; Mirevent , près Pont-de-Poitte 

(Jura) et rue de la Préfecture, à Dijon. — 1876. 
Lhomme, botaniste, secrétaire de la mairie de Vesoul (Haute- 

Saône), rue de la Mairie. — 1875. 



— 351 — 

MM. 

LoNGiN, Emile, ancien magistrat; rue du Collège, 12, à Dole 

(Jura). — 1896. 
LouvoT, Fernand (l'abbé), chanoine honoraire de Nîmes, curé 

de Gray. — 1876. 
Madiot, Victor-François, pharmacien ; Jussey (Haute-Saône). — 

1880. 
Maire, André, étudiant à la Sorbonne; Paris, rue de Sontay, 4. 

- 1903. 

Maire, Victor- Louis, capitaine au 22^ régiment colonial, bre- 
veté des langues orientales; rue Mégevand, 13, Besançon.— 
1903. 

Marquiset (le comte Alfred), rue Gounod, 1, à Paris. — 1897. 

• Massing, Camille, manufacturier à Puttelange-lez-Sarralbe 
(Lorraine allemande). — 1891. 

DE Marmier (le duc), membre du Conseil général de lu Haute- 
Saône; au château de Ray-sur-Saône (Haute-Saône). — 
1867. 

• Mathey, Charles, pharmacien ; Ornans (Doubs). — 1856. 

DE Menthon (le comte René); Menthon-Saint-Bernard (Haute- 
Savoie), et château de Saint-Loup-lez-Gray, par Sauvigney-lez- 
Angirey (Haute-Saône). — 1854. 

Meynier (le docteur), Joseph, médecin principal de l'armée ter- 
ritoriale ; à Vallorbes (aux Eterpas), Suisse. — 1876. 

• DE Montet, Albert ; Chardonne-sur-Vevey (Suisse). — 1882. 

DE MousTiER (le marquis), député et membre du Conseil géné- 
ral du Doubs; château Bournel, par Rougemont (Doubs), et 
Paris, avenue de l'Aima, 15. — 1874. 

DE MousTiER, Lionel; château Bournel (Doubs). - 1903. 
Paris, doct. en médecine; Paris, rue du Cherche-Midi. — 1866. 
Perronne, Marcel, ancien conseiller de préfecture ; Dijon. — 
1903. 

• Perrot (l'abbé), F.-Xavier, curé-doyen de Mandeure (Doubs). 

— 1902. 

• Piaget, Arthur, archiviste cantonal et professeur à l'Académie 

de Neuchâtel (Suisse). — 1899. 
PiDOUX, André, archiviste paléographe, avocat stagiaire, rue 
du Collège, à Dole (Jura). — 1901. 



i 



— 352 — 

MM. 

PiQUARD, Léon, docteur en médecine; à Chalëze (Doubs). — 
1890. 

Piquerez, Charles, explorateur; à Besançon, rue de Fontaine- 
Argent. — 1898. 

PiROUTET, Maurice, géologue; à Salins. — 1898. 

QUENOT, Prosper, instituteur à Orchamps-lez-Dole (JuraK — 
i9ai 

Hambai:i), Alfred, ancien sénaleur, membre du Conseil j^énéral 
du Douhs, ancien 'ministre de l'instruction publique et des 
Heaux-Arls; Paris, rue d'Assas, 7G. — 1881. 

* Ueboul de ijv Julhièhe, au château du Grand-Vaire (Doubs). 

— 1903. 

IlEED, E., membre correspondant de l'Académie des sciences, 
président honoraire de la Société de pharmacie d'Alsace-Lor- 
raine; à Strasbourg. — 1901. 

Renauld, Ferdinand, botaniste, ancien commandant du palais 
de Monaco; rue des Templiers, à Vence (Alpes-Maritimes). — 
1875. 

lUCHARD, Augjisle, pharmacien; Nice, rue Miron, 27, et Autel 
(Haute-Saône). — 1876. 

* Richard, Louis, médecin-major de I'" classe à Belfort, 5, fau- 
bourg de Lyon. — 1878. 

RiGNY (le chanoine), à Purgerot (Haute-Saône). —1886. 
Ripps (l'abbé), curé d'Arc-lez-Gray (Haute-Saône). — 1882. 
RouzET, Charles-François, architecte; à Dole (Jura). — 1898. 
Roux, Roger, juge suppléant au tribunal de Vesoul. — 1903. 
Roy, Emile, professeur à la faculté des lettres de Dijon, rue 

de Mirande, 9. — 1894. 
Roy, Jules, professeur à l'Ecole des Chartes ; Paris, rue Spon- 

tini, 9. — 1867. 
Saglïo, Camille, direct, des forges d'Audincourt (Doubs). — 1896. 

* Saillard, Armand, négociant; Villars-lez-Blamont (Doubs). 

- 1877. 

ScHLAGDENHAUFFEN, directeur honoraire de TEcole de pharma- 
cie de Nancy, 63, rue de Metz. — 1901. 

* DE Saussure, Henri, naturaliste; à Genève, Cité 24, et à Yvoire 

(Haute-Savoie). — ia54. 



— 353 — 

MM. 

Travelet, Nicolas, propriétaire, maire de Bourguignon-lez- 
Morey (Haute-Saône). — 1857. 

* Travers, Emile, ancien archiviste du Doubs, ancien conseiller 

de préfecture; Caen (Calvados), rue des Chanoines, 18.— 
1869. 

•Tripplin, Julien, représentant de l'horlogerie bisontine et 
vice-président de l'Institut des horlogers; Londres : Bartlett's 
Buildings, 5 (Holborn Circus), E. C, et Belle-Vue (Heathfield 
Gardons, Chiswick, W). — 1868. 

TuETEY, Alexandre, sous-chef de la section législative et judi- 
ciaire aux Archives nationales; Paris, quai de Bourbon, 45. 
1863. 

Vaissier, Jules, fabricant de papiers; Paris, rue Edouard-De- 
taille, 5, — 1877. 

Vendrely, pharmacien ; Chanipagney (Haute-Saône). — 1863. 

Vernerey, notaire, membre du Conseil général du Doubs; 
Amancey (Doubs). — 1880. 

* Wallon, Henri, agrégé de l'Université, manufacturier; Rouen, 

Val d'Eauplet, 48. — 1868. 



— 3î4 - 



MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ DÉCÈDES EN 1903-1903 



MM. 
Heauséjour (de), Eugène, ancien magistrat. 1897 

Bouvard, Louis, avocat, ancien bâtonnier de TOrdre, 

ancien conseiller municipal. 1868 

Bruchon, Henri (le docteur), professeur suppléant à 

l'Ecole de médecine de Besançon. 1895 

CossoN, Maurice, ancien trésorier-payeur général du 

Doubs. 1886 

MoRLET, Jean-Baptiste, ancien conseiller municipal, 

membre de la Chambre de commerce. 1890 

Perpigna (DE), Charles-Antoine), ancien mairede Luxeuil. 1888 
Petit, Jean, statuaire. 1866 

Robert, Ulysse, inspecteur général des bibliothèques et 

des archives. 1896 

Vézian, Alexandre, doyen honoraire de la Faculté des 

sciences. 1860 

ViELLARD, Léon, propriétaire et maître de forges. 1872 



I 



— 355 — 



SOCIÉTÉS CORRESPONDANTES (175) 



Le millésime indique l'année dans laquelle ont commencé les relations. 



FRANGE. 

Comité des travaux historiques et scientifiques près le 
Ministère de l'Instruction publique [cinq exemplairen 
des Mémoires) 1856 

Ain. 

Société d'Emulation de r Ain ; Bourg 1868 

Société des sciences naturelles de TÂin ; Bourg 1894 

Aisne. 

Société académique des sciences, arts, belles-lettres, agri- 
culture et industrie de Saint-Quentin 1862 

Société historique et archéologique de Château-Thierry. 1898 

' AlHer. 

Société des sciences médicales de Tarrondissement de 
Gannat 1851 

Société d'Emulation et des Beaux-arts du Bourbonnais ; 
Moulins 1860 

Revue scientifique du Bourbonnais et du centre de la 
France ; Moulins 1894 

Alpes-Maritimes. 

Société des lettres, sciences et arts des Alpes-Maritimes ; 
Nice 1867 

Alpes (Hautes-). 
Société d'études des Hautes- Alpes; Gap 1884 



— 356 — 

t 

Aube. 

Société académique de TAube ; Troyes . . . , 1867 

Aveyron. 

Société des lettres, sciences et arts de l' Aveyron; Rodez. 1876 

Belfort (Territoire de). 
Suciélé Bell'urtaine d'Emulation 1872 

Bouches-du-Rhône. 

Société de statistique de Marseille 1867 

Académie des sciences, belles-lettres et arts de Mai*seiUe. 1867 

Calvados. 
Académie de Gaen 1868 

Charente. 

Société historique et archéologique de la Charente; 
Angoulôme 1877 

Charente-Inférieure . 

Société des archives historiques de la Saintonge et de 
TAunis; Saintes 1883 

Cher. 
Société des antiquaires du Centre ; Bourges 1876 

Gôte-d'Or. 

Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon . . 1856 
Commission des antiquités du département de la Côte- 

d'Or; Dijon 1869 

Société d'archéologie, d'histoire et de littérature de 

Beaune 1877 

Société des sciences historiques et naturelles de Semur . 1880 

Société bourguignonne de géographie et d'histoire; Dijon. 1888 
Revue bourguignonne de l'enseignement supérieur publiée 

par les professeurs des Facultés de Dijon 1891 



— 357 — 

Deux-Sèvres; 
Société botanique des Deux-Sèvres; Niort 1901 

Doubs. 

Académie des sciences, belles-lettres et arts de Besan- 
çon 1844 

Société d'émulation de Montbéliard 1851 

Société de médecine de Besançon 1861 

Société de lecture de Besançon 1865 

Union artistique de Besançon 1804 

Société d'histoire naturelle du Doubs; Besançon 1900 

Drôme. 

Bulletin d'histoire ecclésiastique ol d'archéologie reli- 
gieuse des diocèses de Valence, Gap, Grenoble et Vi- 
viers; Romans (Drôme) 1880 

£ure-et-Ijoir. 

Société Dunoise ; Chàteaudun 1807 

Finistère. 
Société académique de Brest 1875 

Gard. 

Académie de Nîmes 1800 

Société d'études des sciences naturelles de Nîmes. . . . 1883 

Garonne (Haute). 

Société arciiéologique du Midi de la France; Toulouse. . 1872 
Société des sciences physiques et naturelles de Tou- 
louse 1875 

Gironde. 

Société des sciences physiques et naturelles de Bor- 
deaux 1867 

Société d'archéologie de Bordeaux 1878 

Société Linnéenne de Bordeaux 1878 



— 358 — 

Hérault. 

Académie de Montpellier 1809 

Société archéologique de Montpellier 1809 

Société d'étude des sciences naturelles de Béziers . . . 1878 

Ule-et-VUaine 

Société archéologique du département d'Ule-et-Vilaine ; 
Rennes 1894 

Isère. 

Société de statistique et d'histoire naturelle du départe- 
ment de l'Isère ; Grenoble 1857 

Société Dauphinoise d'ethnologie et d'anthropologie. . . 1898 

Jura. 

Société d'Emulation du département du Jura; Lons-le- 

Saunier 1844 

RevueviticoledeFranche-ComtéetdeBourgogne; Poligny. 1895 

Loir-et-Cher. 

Société historique et archéologique du Vendomois; Ven- 
dôme 1898 

Loire. 

Société d'agriculture, industrie, sciences, arts et belles- 
lettres du département de la Loire; Saint-Etienne. . . 1866 
Société de la Diana, à Mont brison 1895 

Loire-Inférieure . 

Société des sciences naturelles de l'Ouest de la France ; 
Nantes 1891 

Loiret. . . 
Société archéologique de l'Orléanais ; Orléans 1851 

Maine-et-Loire . 

Société industrielle d'Angers et du département de Maine- 
et-Loire; Angers 1855 

Bibliothèque de la Ville; Angers 1857 



— 359 — 

Manche. 

Société des sciences naturelles de Clierbourg 1854 

Marne. 

Société d'agriculture, commerce, sciences et arts du dé- 
partement de la Marne ; Châlons 1856 

Société d'études des sciences naturelles; Reims .... 1903 

Marne (Haute-). 
Société archéologique de Lan grès 1874 

Meurthe-et-Moselle. 

Société des sciences de Nancy (ancienne Société des 

sciences naturelles de Strasbourg) 1866 

Société d'archéologie Lorraine, à Nancy 1886 

Meuse . 
Société polymathique de Verdun 1851 

Morbihan. 

Société polymathique du Morbihan; Vannes 1864 

Nord 

Société d'émulation de Rouhaix 1895 

Oise. 

Société historique de Compiègne 1880 

Pyrénées (Basses-). 

Société des sciences, arts et lettres de Pau 1873 

Société des sciences et arts de Rayonne 1884 

Pyrénées Orientales. 

Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées- 
Orientales; Perpignan 1856 

Rhône. 

Société d'agriculture et d'histoire naturelle de Lyon . . . 1850 
Société littéraire, historique et archéologique de Lyon. . 1856 



— 360 — 

Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon . . 1860 

Annales de l'Université de Lyon, quai Claude-Bernard, 18. 189C 

Saône-et-Iioire . 

Société d'histoire et d'archéologie de Chalon-sur-Saône. , 1857 
Société des sciences naturelles de Saône-et-Loire ; Cha- 
lon-sur-Saône 1877 

Société Eduenne ; Autun 1846 

Société d'histoire naturelle d'Aut un 1888 

Société d'histoire naturelle de Màcon 1896 

Académie des sciences; belles-lettres et arts de Màcon . 1902 

Saône (Haute-). 

Société d'agr., sciences et arts de la Haute-Saône; Vesoul 1861 

Société d'encouragement à l'agriculture ; Vesoul 1881 

Société des sciences naturelles; Vesoul 1896 

Société grayloise d'Emulation; Gray 1898 

Sarthe. 

Société d'agricuU., sciences et arts de la Sarthe ; Le Mans. 1869 

Société historique et arciiéologique du' Maine ; Le Mans . 1879 

Savoie. 

Académie de Savoie; Ghambéry 1869 

Société Savoisienne d'histoire et d'archéologie; Chambéry. 1898 

Savoie (Haute-). 

Société Florimontane ; Annecy 1871 

Seine. 

Institut de France; Seine 187*2 

Société des antiquaires de France; Paris 1867 

Association française pour l'avancement des sciences . . 1879 

Société d'histoire de Paris et de l'Ile de France i88i 

Association pour l'encouragement des études grecques 

en France; rue de l'Abbaye, 12, Paris 1878 

Société de l)Otaniiiue de France ; rue de Grenelle, 24, 

Paris ......* ." 1883 

Société d'anthropologie de Paris, rue de l'Ecole de Méde- 
cine, 15 1883 

Société française de physique, rue de Rennes^ 44. . . . 1887 



— 3«i — 

Musée Guimet; avenue du Trocadéro, 30 1880 

Société de secours des amis des sciences 1858 

Société zoologique de France, rue Serpente, 28 1880 

Société de biologie, boulevard Saint-Germain, 22 . . . . 1880 
Société de spéléologie, rue des Grands-Augustins, 7. . . 1897 
Société philomathique de Paris, rue des Grands-Augus- 
tins, 7 1880 

Société philotechnique de Paris, rue d'Orléans ; Neuilly- 

sur-Seine , 1872 

Revue épigraphique. Librairie E. Kenoud, rue Bona- 
parte, 28 1900 

Mélusine , revue folkloriste , librairie Roland , rue des 

Chantiers ; Paris 1894 

Polybiblion; rue Saint-Simon, 4 et 5, Paris 1894 

Omis, bulletin du comité ornithologique international ; 

Paris, boulevard Saint-Germain, 120 1900 

Seine-Inférieure . 
Commission départementale des antiquités de la Seine- 
Inférieure; Rouen 1869 

Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen . 1879 

Société libre d'Emulation de la Seine-Inférieure ; Rouen . 1880 

Société havraise d'études diverses; le Havre 1801 

Seine-et-Oise. 

Société des sciences naturelles et médicales de Seine-et- 
Oise; Versailles 18(H 

Société des sciences morales, belles-lettres et arts, à 
Versailles 1896 

Somme 

Société des antiquaires de Picardie ; Amiens 1869 

Société d'Emulation d'Abbeville 1894 

Tam-et-Garonne . 
Société d'histoire et d'archéologie de Tam-et-Garonne; 
Montauban 1894 

Vienne. 

Société des antiquaires de rOuest; Poitiers 1867 

24 



— :^)2 — 

Vienne (Haute-). 
Société historique et archéolog. du Limousin; Limoges. 1852 

Vosges. 

Société d'Emulation du département des Vosges ; EpinaK 1855 
Société philomath ique vosgienne ; Saint-Dié 1876 

Tonne. 

Société des scienres historiques et naturelles de l'Yonne; 
Auxerre 1852 

ALGÉRIE. 

Société historique aljçérienne ; Alger 1870 

AI^LEMAGNE. 

Académie impériale et royale des sciences de Berlin 
(Sitzungsberichte) 1879 

Société botanique de la province de Brandebourg; 
Berlin 1877 

Académie royale des sciences de Bavière, à Munich 
(Kœnigl. Bayer. Akadeniie der Wissenschaften zu 
Munchen; 18()5 

Société des sciences naturelles de Brème (Natur^issens- 
chafllicher Verein zu Bremen) 1866 

Société des sciences naturelles et médicales de la Haute- 
Hesse (Oberhessische Gesellschafl fttr Natur und Heil- 
kunde) ; Giessen 1853 

Société des sciences naturelles de Fribourg en Brisgau 
(Bade) 4892 

Société royale physico-économique de Kœnigsberg (Kœ- 
nigliche physikalich-œkonomische Gesellschafl zu Kœ- 
nigsberg); Prusse 180i 

Société philosophique et littéraire de Heidelberg (à la bi- 
bliothèque de l'Université) 1898 

Université de Tubingue (à la Bibliothèque) 19(V1 

AliSAGE-LORRAINE 

Société d'histoire naturelle de Colmar 1860 



— 363 — 

Société des sciences, agriculture et arts de la Basse- 
Alsace ; Strasbourg 1880 

Société d'histoire naturelle de Metz 1895 

Commission de la carte géologique de TAlsace-Lorraine ; 
Strasbourg 1887 

ANGLETERRE. 

Société littéraire et philosophique de Manchester (Litte- 
rary and philosophical Society of Manchester) 1859 

AUTRICHE. 

Institut impérial et royal de géologie de Tempire d'Au- 
triche (Kaiserlich-kœniglich-geologischeReichsanstalt) ; 
Vienne 185v 

Muséum impérial et royal d'histoire naturelle de Vienne. 1889 

BELGIQUE. 

Académie royale de Belgique; Bruxelles 1868 

Société géologique de Belgique ; Liège 1876 

Académie d'archéologie de Belgique ; Anvers, rue Lozane 

22 1885 

Société des Bollandistes ; Bruxelles, rue des Ursulines, 14. 1888 

Société d'archéologie de Bruxelles, rue Ravenslein n* 11. 1891 

Revue bénédictine de l'abbaye de Maredsous 1892 

ITALIE. 

Académie des sciences, lettres et arts de Modène .... 1879 
R. Deputazione sovra gli Studi di Storia Patria; Torino. . 1884 

LUXEMBOURG. 

Société des sciences naturelles du grand duché de Luxem- 
bourg ; Luxembourg » -, . . . 1854 

PORTUGAL. 

Direction des services géologiques du Portugal ; Lis- 
bonne, rua do Arco a Jesu, 113 1885 

SUÈDE ET NORVÈGE. 

Académie royale suédoise des sciences, Stockholm . . . 1869 



— 364 - 

Université loyale de Christiania 1877 

The geological institution of the University of Upsala. . . 1895 
Kongl. Vetterhets historié och antiquitets Akademian , 

Stockholm 1898 

SUISSE. 

Société des sciences naturelles de Bâle 1872 

Société des sciences naturelles de Berne 1855 

Société jurassienne d'Emulation ; Porrentruy 186! 

Société d'histoire et d'archéologie de Genève ; rue de 

rKvêché 18fô 

Institut national de Genève 1866 

Société vaudoise des sciences naturelles ; Lausanne . . . 1847 

Société d'histoire de la Suisse romande ; Lausanne . . . 1878 

Société neuchateloise des sciences naturelles; Neuchatel. 1862 

Société d'histoire et d'archéologie de Neuchatel 1865 

Société neuchateloise de géographie ; Neuchatel 1891 

Société des sciences naturelles de Zurich 1857 

Société des antiquaires de Zurich (à la Bibl. de Zurich). 1864 
Société générale d'histoire suisse (à la Bibliothèque de 

Berne) 1880 

Indicateur des Antiquités suisses (Anzeiger fur Schweize- 

rische Alterthumskunde), Neue Folge, 1, Zurich. . . . 1899 

AMÉRIQUE. 

Société d'histoire naturelle de Boston Î865 

Institut Smithsonien de Washington 1869 

United States geological Survey; Washington 1883 

Geographical Society of Philadelphia 1896 

Academy of St-Louis (Missouri) 1897 

Wisconsin Geolog. and Natural History Survey; Madison. 1901 

Wisconsin Natural History Society; Milwaukee ... . 1901 

Musée national; Montevideo 19(^1 



— 365 — 

ÉTABLISSEMENTS PIBLICS (32) 

Recevant les Mémoires. 



Bibliothèque de la ville de Besançon. 

Id. populaire de Besançon. 

Id. de TEcole d'artillerie de Besançon. 

Id. de l'Université de Besançon. 

Id. de l'Ecole de médecine de Besançon. 

Id. du Chapitre métropolitain de Besançon. 

Id. du Séminaire de Besançon. 

Id. de l'Ecole normale des instituteurs de Besançon. 

Id. du Cercle militaire de Besançon. 

Id. de la ville de Montbéliard. 

Id. de la ville de Pontarlier. 

Id. de la ville de Baume-les-Dames. 

Id. de la ville de Vesoul. 

Id. de la ville de Gray. 

Id. de la ville de Lure. 

Id. de la ville de Luxeuil. 

Id. de la ville de Lons-le-Saunier. 

Id. de la ville de Dole. 

Id. de la ville de Poligny. 

Id. de la ville de Salins. 

Id. de la ville d'Arhois. 

Id. de la ville de Saint-Claude. 

Id. du Musée national de Saint-Germain-en-Laye. 

Id. Mazarine, à Paris. 

Id. de la Sorbonne, à Paris. 

Id. de l'Ecole d'application de l'artillerie et du génie, 

à Fontainebleau. 

Id. du Musée ethnographique du Trocadéro, à Paris. 

Id. du British Muséum, à Londres. (Librairie Dulau et 
C»«, Londres, Soho Square, 37.) 
Archives départementales de la Côte-d'Or. 
Id. du Doubs. 

Id. de la Haute-Saône. 

Id. du Jura. 



TABLE DES MATIERES DU VOLUME 



PROCÈS-VERBAUX. 

Allocution de M. Alfred Vaissier en quittant la présidence., p. v 

Allocution de M. le docteur Nargaud, nouveau président p. vi 

I^ cloche de Voillans (1483-1485;, par M. l'abbé P. Drtot.. p. vin 
Jean Garinet, médecin bisontin, par M. le docteur Henri 

Brl'chon p. IX 

Acceptation du legs d'Edouard Grknieh p. x 

Notice sur le garde des sceaux Courvoisier. par M. Maurice 

Thuriet p. X 

Notice sur le peintre Donat Nonnolte, par M. J Gauthirr... p. xi 
Statuette grecque donnée au Musée par les héritiers d*£douard 

Grenier p. xi 

Statuette de Vénus pudique, trouvée à Jougne, par M. J. Gau- 
thier p. XI 

Fouilles de Chàtelneur-en-Vennes, par M. Tabbé H. Druot.. p. xii 
Symbolisme des bas-reliefs de Porte-Noire, par M. Alfred 

Vaissier p. xiii 

Antiquités de Luxeuil, manuscrit de Fonclause, présenté par 

M. J. Gauthier p. xiii 

Compte-rendu du Congrès de la Sorbonne p. xv 

Voyage de J.-J. Oberlin à Besançon (47Xv1806), par M. Jules 

Gauthier p. xv 

Etude sur la peinture anglaise, par M. V. Guiixemin p. xvii 

Biographie du maréchal duc de Randan, par M. le docteur 

BOURDIN p XVII 

Vœu pour le transport au Musée des dessins du cabinet Paris, 

par M. ESTIGNARD p. XVII 

Le Livre d'Heures de Catherine de Montbozon, par M. Jules 
Gauthier p. xix 

Compte-rendu de la réunion de la Société d'Emulation âe 
Montbéliard p. xx 

Commission permanente de protection des monuments bi- 
sontins 4 p. XX 



- 367 - 

Compte-rendu du Congrès de l'Association franc-comtoise, à 

Gray p. xxii 

Achat de rente pour la fondation Grenier, par M. le trésorier 

Fauquignon p. xxn 

Nouveaux documents sur le peintre Jacques Prévost, par M. J. 

Gauthier p. xxiii 

Préparation de la séance publique de décembre p. xxiv 

Projet de budget pour Tannée 1903 p. xxv 

Election du bureau pour Tannée 1903 p. xxvi 

I^ettre d'une inconnue à Edouard Grenier, par M. Jules Gau- 
thier p. XXVI 

Séance publique du 18 décembre 1902 p. xxvii 

Banquet du 18 décembre 19(>2 : Toasts de MM. le président 
Nargaud, le vice-président Francey, le président de l'Aca- 
démie BouTnoi'x p. XXIX 

Les Volontaires' de 1792, pièce de vers avec envoi, par M. J. 
Gauthier p. xxxiii 



MËMOIRBS. 

La Société d'Emulation du Doubs en i90^ : dis- 
cours d'ouverture de la séance publique du jeudi 
18 décembre 1902, par M. le docteur Nargaud, 
président annuel p. 1 

Une Cloche franc -comtoise du quijizième siècle^ 
par M. Tabbé Paul Druot, curé de Voillans 
(2 planches! p. 11 

Porte-Noire et ses Commentateurs, par M. Alfred 
Vaissier (gravures et planche) p. 17 

Donat Nonnotte, de Besançon, peintre de portraits^ 
par M. Jules Gauthier (1 portrait) p. 43 

Etude sur la Peinture anglaise, par M. Victor 

GUILLEMIN p. 57 

Le Saint-Suaire de Besançon et ses Pèlerins, par 
M. Jules Gauthier (2 planches) p. 164 

Du degré de confiance que méritent les Généalo- 
gies historiques, par M. J. Gauthier (1 planche), p. 186 



— 368 - 

Elude 9ur Jean Garinet, médecin et co-gouverneur 
de Besançon (xvii* siècle;, par M. le docteur 
Henri Bruchon (3 planches) p. 201 

Le maréchal duc de Ilandan, lieutenant-yénéral 
au gouvernement de Franche-Comté (1741-1773), 
par M. le docteur Bourdin (1 portrait) p. 224 

Les Fouilles de Châtelneuf-en-Vennes , par M. 
Tabbé Hennann Druot (1 planche) p. 260 

Edouard Groiier (1819-1901) : 1 L'Enfance d'un 
Poète, par M. Jules Gauthier p. 278 

Flora Sequaniœ exsiccata, ou Herbier de la Flore 
de Franche-Comté, publié par M. X. Vendrely. p. 291 

Ti^ois Eglises romanes du Jura franc-comtois : 
Jougne^ Romain- Métier, Saint- Ursanne, par M. 
Jules Gauthier (3 planches) p. 310 



Dons faits à la Sociélé en 11M)l-l002 p. 331 

Knvois (les Sociétés correspondantes p. SXi 

Membres «le la Société au !•'' décembre 1901 p. 339 

Membres de la Société décédés en 1901-1902 . . / p. ^fôi 

Sociétés correspondantes p. 355 

Etablissements publics recevant les Mémoires p. 3fô 



UliSANOON. — TVl'. I;T LITH. I>Ol>IVKIIS. 



MÉMOIRES 



y ___ ^ 



SOCIETE UEMULATION 

DU DOUBS 



k 



MÉMOIRES 



DE LA 



SOCIÉTÉ D'ÉMULATION 

DU DOUBS 

SEPTIÈME SÉRIE 

HUITIÈME VOLUME 

1903-1904 




BESANCON 

IMPRIMERIE DODIVERS ET C'» 
Grande-Rue, 87 



1905 



MEMOIRES 



DE 



LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION 



TDXf 3DOXJBS 

1903-1904 



PROCES- VERBAUX DES SÉANCES 

Séance du 17 janvier i90S. 
Présidence de MM. Nargaud et Francey. 



Sont présents : 

Bureau : MM. le docteur Nargaud, président sortant; Francej/, 
président élu pour 1903 ; M. Thuriet, deuxième vice-président ; 
Fauquignon, trésorier; Kirchner, archiviste ; A. Kaiwier, vice- 
secrétaire. 

Membres : MM. Bonnet, Bernard, Gellard, A, Girardot, 
Guillemin, docteur Ledoux, Lieffroy, Em. Louvot, Nardin, 
chanoine Roasignot, Vernier. 

En l'absence de M. Jules Gauthier, secrétaire décennal, re- 
tenu par raison de santé, M. le vice-secrétaire donne lecture 
des procès- verbaux des deux séances des 17 et 18 décembre 
dernier. 

M. le pr^^sident remercie la Société de la bienveillance de 
chacun de ses confrères pour lui rendre agréable et facile 
l'exercice du mandat annuel qu'ils lui avaient confié. En renou- 
velant le vœu de ses prédécesseurs de faire appel à la jeunesse 



— VI — 

studieuse pour continuer à enrichir le patrimoine intellectuel 
de notre chère Franche-Comté et maintenir la Société d'Emu- 
lation au rang distingué qu'elle occupe dans la province, M. le 
Président félicite la Compagnie de l'heureux choix qui va placer 
à sa tête un des membres les plus appréciés du barreau de la 
ville, M. Edmond Francey, qu'il invite à ce moment b venir 
prendre sa place pour la tenue de la séarice. 

M. Francey exprime à son tour des sentiments d'un attache- 
ment égal à une Société dont il fait partie depuis 20 ans et aux 
intérêts de laquelle il ne négligera rien pour répondre aux 
marques d'estime qui viennent de lui être témoignées. En pre- 
nant pour la première fois la parole dans ses réunions, il ex- 
prime le regret d'avoir à signaler un deuil récent pour la Com- 
pagnie par suite de la mort soudaine de M. Ch. Kain, élu 
membre correspondant à la dernière séance. Fils d'un magis- 
tral dont l'honorabilité et les talents ont laissé dans la ville 
d'excellents souvenirs, M. Ch. Rain, en qui le goût des études 
utiles s'associait à celui des lettres et des arts, nous permettait 
d'espérer de sa part un a\'antageux concours. 

Passant ensuite à l'ordre du jour, M. le Président donne lec- 
ture de la première partie d'un important travail de M.Jules 
Gauthier sur les Uéraults d'armes et les Armoriaux franc-com- 
tois. Le blason parait chez nous vers ii87 apporté par un légat 
impérial, c'est-à-dire par un bailli de Frédéric Barberousse ; au 
xiir siècle, tous les gentilshommes Tout adopté, au xiv« siècle 
les roturiers l'adoptèrent à leur tour ol, sans être marque de 
noblesse, toutes h*s familles bourgeoise^, issues du peuple, k' 
portent au xviii" siècle. 

M. Gauthier continuera cette élude |iour laquelle il est des 
mieux documenté. 

MM. Gauthier et Vaissier déposent une proposition ayant 
pour but de décrire les Cloches antérieures à 180'i qui sub- 
sistent dans les églises, chapelles et communautés du Doubs. 
Au point de vue de l'histoire, de l'épigraphie et de l'armoriai 
franc-comtois ces bronzes, dont le nombre a été sensiblement 
réduit par la Révolution, qui les transforma la plupart en ca- 
nons, sont des monuments fort intéressants. On peut en dire 



— VII — 

autant des Croix de pierre, de fer, môme de bois, qui jalonnent 
les limites de chaque commune, de chaque paroisse et, çà et 
là, remplacement de crimes ou d'accidents Leur statistique, 
avec l'indication du nom des lieuxdits où chacune de ces croix 
est plantée serait des plus utiles aux recherches historiques et 
archéologiques. La Société décide qu'une démarche sera faite 
auprès de l'autorité diocésaine pour obtenir son adhésion et sa 
coopération bienveillante au questionnaire relatif aux cloclies 
et aux croix, dont la Société fera les frais. 
Celte proposition est adoptée. 

Le Musée d'archéologie ayant re(;u le don d'une sculpture_en 
marbre blanc, profil découpé en bas- relief d'une tête laurée, 
M. Vaissier constate que ce morceau, d'une soigneuse exéciir 
tion, est bien le complément d'un de ces médaillons en pierre 
jaspée et polie que l'on voit encore au nombre de cinq dans le 
corridor de l'étage du Palais Granvelle. Ces fonds de médail- 
lons, dédiés aux empereurs Othori, Vitellius, Vespasien, Tibère 
et Domitien, portent tous, à leur centre, une saillie carrée en 
formé de boulon qui correspond exactement à la noyure prati- 
quée au revers du bas- relief donné au Musée. M. Vaissier a, de 
plus, reconnu dans le champ du médaillon, auprès des n * 8, 
9, 10, 11 et 12 gravés, un pci'il briquet de Bourgogne également 
gravé, qui serait comme la signature de l'artiste, à savoir du 
sculpteur Landry, de Salins, lequel avait fait pour Madame de 
Granvelle, femme du chancelier, constructeur du Palais, la 
fourniture de trois douzaines de pièces analogues (V. Béchet, 
Recherches historiques sur la Ville de Salins, 1830). 

M. Nardin Temet pour le musée d'archéologie une hipposan- 
dale et une applique circulaire t3n bronze provenant de la voie 
romaine de Colombier-Fontaine. 

On procède ensuite à la prupoïjition et à l'admission en 

qualité de : 

Membre résidant : 

de M, l'abbé F.-X. Perrot, curé de Mandeure. présenté par 
MM. A. Vaissier et le chanoine Rossignot. 

Le Président, Le Vice-Secrétaire, 

Ed. Francev. Vaissier. 



— VIII — 



ï 



Séance du 15 février J903. 
Présidence de M. Edmond Francey. 




Sont présents : 

Bureau : MM. Ed. Francey , président ; Gauthier , secrétaire ; 
Fauquignon, trésorier ; Vaissier,' vice-secrétaire ; Kirchner, 
archiviste 

Membres: MM. Bernard, Blondeau, Cellard, Courtot, Lxeffron, 
Nardin, chanoine Rossignol, Dr G. Vaissier, Vernier. 

Après avoir dépouillé la correspondance, M. Gauthier fait re- 
marquer qn'il serait utile de consigner au procès-verbal de la 
séance les conditions arrêtées pour la Pension des frères 
Grenier. 

Cette pension triennale fondée par le testament de M. Edouard 
Grenier, décédé le 5 décembre 1901, devait, dans sa pensée, re- 
présenter une rente de 2,400 francs qui serait attribuée à un 
jeune franc-comtois pauvre, pour lui permettre de poursuivre 
ses hautes études dans le domaine des lettres, des sciences ou 
des arts. La somme léguée était un titre de rente roumaine de 
2,400 francs de revenu. La Société d'Emulation a dû se confor- 
mer aux dispositions légales et transformer ce titre en rente 
française; le nouveau titre à 3 0/0 produit 1,500 fr. de revenu. 
Après un examen la Société, d'accord complet avec l'exécuteur 
testamentaire du fondateur, a décidé que les intérêts de ce 
titre seraient capitalisés jusqu'au moment où une rente de 
1,800 francs nets permettrait de servir la pension et d'accom- 
plir, dans la mesure du possible, les intentions bienfaisantes 
des deux frères Grenier, 

M. Jules Gauthier donne lecture d'une étude intitulée : Les 
Cloches franc-comtoises. La première trace des cloches se trouve 
dans le rituel de saint Prothade, composé au vip siècle, pour 
les deux cathédrales de Besançon ; au xiii« siècle, 750 pa- 



— IX ~ 

roisses, 30 abbayes, 100 prieurés ont des cloches ; les guerres 
elles invasions les dépendent à maintes reprises ; le grand 
maître de l'artillerie de Louis XIV, au lendemain de la con- 
quête de 1674, oblige toutes les églises de Besançon à payer la 
rançon de leurs beffroys ; au xviii" siècle, le nombre grandis- 
sant des paroisses et des succursales et l'amour propre de 
clocher en multiplie le nombre. Les lois de 1791 confisquent 
les cloches des chapitres et monastères supprimés pour les 
transformer en gros sous. Celles de 4793 ne laissent à chaque 
église paroissiale qu'une seule cloche et transforment le reste 
en canons pour la défense de la patrie. Centralisées à Besan- 
çon, i,600 cloches sont alors dirigées sur la fonderie de Pont- 
de-Vaux, dans l'Ain, et des 500,000 kilogrammes de bronze 
fournis par cette conscription de cloches franc-comtoises on 
fabriqua environ 800 canons de campagne. On comprend la ra- 
reté des cloches antérieures à 1802; en très petit nombre elles 
remontent aux xve etxvi® siècles ; il en reste dans les trois dé- 
partements comtois 100 à 150, des xvir et xviir siècles; un re- 
cueil de leurs inscriptions, de leurs emblèmes, de leurs armoi- 
ries aurait un grand intérêt pour l'histoire régionale. 

Au nom de M. Vendrely, membre correspondant, M. Kirch- 
ner dépose sur le bureau un travail sur la Flore comtoise : 
Flora Sequanise exsiccafa, 22e fascicule d'une série déjà inscrite 
dans les Mémoires^ qui y prendra place à son tour. 

M. le Secrétaire termine verbalement une communication sur 
les Armoriaux et les Héraults d'armes franc-comtois. 

Un groupe de membres émettent le vœu que dans la restau- 
ration et consolidation de l'Eglise abbatiale de Montbenoit, en- 
treprise à frais communs par le Département et cinq communes 
co-paroissiales, des ordres précis soient donnés par Tadminis- 
tration départementale pour que rien ne vienne altérer le 
style et le caractère d'un édifice des plus précieux et pour que 
le mobilier : stalles, statues, vitraux, retable, chaire ne subis- 
sent aucun outrage ou dégradation. 

Sur le vote unanime de l'assemblée, le bureau est chargé de 
communiquer ce vœu à l'autorité compétente. 




— X — 

Sont proposés, pour faire parlie de la Société comme mem- 
bres correspondants : 

M. l'abbé Brune^ curé doyen de Mont-sous- Vaudt'ey. cor- 
respondant du Comité des travaux historiques, présenté par 
MM. Tarchiprêtre Burlet et le chanoine Suchet. 

M. Barbey (Frédéric), archiviste paléographe à Paris et à Val- 
leires, canton dé Vaud, présenté par \rM. Jules Gauthier et 
Guignard. 

M d*Hotelan$ (Raoul», maire de Novillars, présenté par 
MM. Octave d'Hotelans et J. Gauthier. 

Le Président, Le Secrétaire, 

Ed. Francey. Jules Gauthieh. 



Séance du 7 mars I90S. 
Présidence de M. Edmond Francey. 



Sont présents : 

Bureau : MM. Francey, président ; Thuriet, vice-présidenl ; 
Gauthier, secrétaire ; Vaissier, vice-secrétaire; Fauquignon, 
trésorier; Kirchner et Maldiney, archivistes. 

Membrks : MM. le docteur Bruchon père, docteur Ledoux, 
Lieffroy, docteur Girardoty Macherey. 

La Société d'histoire vaudoise, qui vient de se fonder à Lau- 
sanne demande à entrer eu relations d'édianges. Adopté. 

M. le Président donne lecture d'une notice biographique sur 
M. Louis Bouvard, avocat à la Cour d'appel de Besançon, mem- 
bre résidant de la Société depuis 1868 

Il fait ressortir avec une grande délicatesse de touche les 
haute.> qiuilités du jurisconsulte, de l'administrateur et du lettré 
qui. malgré de très rares loisirs, trouvait encore le moyen de 
s'intéresser à l'art sous toutes ses formes et dans toutes ses 
applications. 



— xr — 

M. le Secrétaire coninj unique une étude sur les Livres de 
raison de paysans franc-comtois. Longtemps Tinstruction fut 
médiocre dans les campagnes et le paysan, à la différence du 
gentilhomme, qui écrivait sur les marges des psautiers les an-, 
nales de sa famille, des commerçants ou des bourgeois qui 
mettaient leurs remarques à la suite de leurs livres de comptes, 
se bornait à compter à la veillée ses minces souvenirs person- 
nels. Il vint un jour pourtant où il prit la plume, et, tout en en- 
registrant des documents de second ordre, sut mettre dans sa 
courte autobiographie de curieux détails de mœurs, tout un pe- 
tit tableau d'intérieur rural. Antoine Morel, de Flangebouche. 
au XVII» siècle, Adrien Sarrazin, de Landresse et François Mil- 
lot, de Recologne, au wiw siècle, sont de ces modestes chro- 
niqueurs villageois, d'où l'histoire pourra dégager quelques 
lignes intéressantes à divers points de vue. 

M. Vaissier, comme corollaire de sa récente étude sur Porte- 
Noire, lit une note sur l'époque probable He la destruction par- 
tielle des monuments de Vesontio, qui dut précéder d'un certain 
nombre d'années la venue de l'empereur Julien dans les Gaules 
et en particulier dans la Séquanie vers l'an 360. De l'étude et 
de la discussion du texte grec trop laconique, mais inexacte- 
ment traduit par les liisloriens modernes, il semble résulter 
que sous le choc d'une invasion venue d'outre-Rhin et qui dé- 
truisit Mandeure, Besançon, un instant abandonné, puis réoc- 
cupé par les troupes romaines, sortit fort amoindri. 

M. Gauthier donnn une descripliou de la cheminée monumen- 
ialCj en marbres polychromes avec cariatides en marbre noir, 
huit bas- reliefs en marbre blanc, un motif central accosté de 
deux pyramides, deux colonnettes et deux termes, que le mé- 
decin Casenat fit sculpter en 1565 pour décorer le rez-de-chaus- 
sée de sa maison de la rue du Clos, n» 25. Vers 1860, les héri- 
tiers de M. Dusillet en firent présent au Musée de Dole. Avec 
ses bas-reliefs figurant les quatre évangélistes, dont saint 
Jean, patron des médecins, q\ù se livre à nu examen urosco- 
pique, trois scènes de la Bible, dont Moïse législateur et une 
scène allégorique de la vie humaine, ce petit monument dé- 



— XII — 

paysé a ceci de remarquable quMl fut sculpté pendant le der- 
nier et long séjour que fit à Besançon et au Comté de Bour- 
gogne le cardinal de Granvelle, et qu'il appartient au style 
inspiré d'une façon générale parles travaux d'art dus à l'initia- 
tive du prélat. En outre de deux inscriptions latines, le dernier 
bas-relief cité porte la signature PH.F. ..D, qui, tout énigma- 
tique qu'elle demeure par son laconisme, peut faire soupçonner 
deux choses : la première le nom du sculpteur, qui serait peut- 
être Journot dit FHOENIX, un des fondeurs de bronze les plus 
célèbres de la province dans le troisième quart du xvi« siècle ; 
la seconde le nom de la ville : Dole, où se trouvait centralisée, 
par le fait même des carrières de Sampans, de Boisset et par 
le voisinage de Dijon, l'industrie des marbres ou fart de la 
sculpture. 

Après un vote en leur faveur, M. le Président proclame 

Membres correspondants : 

M. l'abbé Brune, curé de Monl-sous-Vaudrey. 
M. Frédéric Barbey, archiviste paléographe, à Paris et au 
château de Valleires (Suisse). 
M. Raoul d'HoTELANS. ancien officier, maire de Novillars. 

Le Président, Le Secrétaire, 

Ed. Francev. Jules Gauthier. 



Séance du 25 avril 1903. 
Présidence de M. Alfred Vaissier. 




Sont présents ; 

Hubeau : : MM. A. Vaissier, remplaçant le président empô- 
É*hr; Gauthier, secrétaire; Fauquignon trésorier. 

MiiiïBRES : MM. Bonnet, Bernard, Girardot, E. Loavot, Nar- 
diti, Purizoty l'abbé Rossignot, Rouget, Vernier. 



à 



— XIII — 

M. Tabbé Rossignol, conservateur de la Bibliothèque de TAr- 
chevèché, rend compte des fouilles opérées en sa présence à 
Argillières (Haute-Saône), qui ont mis en évidence les fonda- 
tions d'une métairie ou centre d'exploitation rurale, représenté 
par trois groupes d'habitations à proximité de la Voie antique 
conduisant de Pierrecourt à Bourbonne, dont les vestiges sont 
encore très nets sur bien des points. On a trouvé dans ces fon- 
dations un moyen bronze de l'empereur Claude I*'. M. Rossi- 
gnot offre au Musée, par l'intermédiaire de la Société, cette 
monnaie et deux hachettes en porphyre vert de Chazoy. trou- 
vées l'une, la plus petite, fi Argillières, l'autre à Fontenay- la- 
Ville. 

M. Vaissier entretient sommairement la Société d'une explo- 
ration d'un tronçon de la grande Voie de Vesontio à Epoman- 
duodurum et au Rhin dans la traversée de Voillans (Doubs), 
l'ancien Velatodurum, M. l'abbé Paul Druot, membre corres- 
pondant de la Société, qui a entrepris et dirigé ces fouilles, en 
rendra prochainement un compte détaillé. 

M. Gauthier communique un document latin inédit intitulé : 
De antiquitate et nobilitate urbis Veauntine^ composé en 1552, 
au mois de mars, par Hugues Babet de Saint-Ilippolyte, l'ami 
et le professeur des deux lettrés comtois qui lui firent hon- 
neur : Gilbert Cousin et Jean Natal, originaires, le premier de 
Nozeroy, le second de Toulouse (Jura). Ce morceau de littéra- 
ture latine fut composé avec ce double objectif de remercier la 
cité de Besançon dont les gouverneurs avaient procuré un asile 
à la vieillesse pauvre de Babet, dont la notoriété comme éduca- 
teur et comme philosophe avait dépassé les limites de la pro- 
vince, et de préparer, pour célébrer une vieille et noble cité, 
un résumé historique qui devait prendre place dans la Cosmo- 
graphie de Sébastien Munster, qui parut à Dole en 1552. Mais 
Munster mourut avant la publication de sa Cosmographie, le 
texte de Babet n'y fut pas inséré et seule une planche gravée 
sur bois, dont le dessin avait été envoyé de Besançon par Ba- 
bet y parut, gravé par deux maîtres aux monogrammes C.S. et 
H M.D. dont on pourra peut-être éclaircir l'anonymat. En tous 




— XIV — 

cas cette représentation de la cité de Besançon, publiée en 
1542, est la première image à vol d'oiseau de cette ancienne 
capitale. C'est à Babet qu'on le doit, comme on devra, en 1552 
et 1561, à Gilbert Cousin les vues analogues de Nozeroy, de 
Pontarlier, de Bletterans, de Poligny, de la Rivière, qui paraî- 
tront dans ses œuvres, insérées par Hogenberg en 1575. dans 
une nouvelle Cosmographie avec les armes et la devise de ce 
second élève d'Hugues Babet. 

La Société décide que la description de Besançon composée 
par le vieux professeur de Saint-Hippolyte et illustrée d'une ou 
deux reproductions des vues cavalières de la cité au xvi« siècle, 
prendra place dans le volume des Mémoires. 

M. le Secrétaire rend compte d'un intéressant volume publié 
récemment par M. Paul Cottin, conservateur-adjoint à la Bi- 
bliothèque de l'Arsenal, à Paris, sous ce titre ; Sophie de Mon- 
nier et Mirabeau. On connaît l'aventure piquante, sinon morale, 
de Sophie, épouse d'un vieux mari qu'elle sut rendre ridicule, 
et de Mirabeau, prisonnier au fort de Joux de 1774 à 1776. Tout 
un roman «l'amour s'ébauche et s'échafaude à partir de 1775 
entre le prisonnier et la femme du président de la Chambre des 
comptes et se termine au mois d'août 1776 par la réunion aux 
Verrières-Suisses, à l'hôtel du IJon d'or, de Mirabeau et de ré- 
ponse infidèle. Toute une correspondance chiffrée de 1776 à 
1781 jusqu'à présent inédite, entre Sophie et Mirabeau et leur 
entourage, renouvelle l'intérêt d'un épisode souvent esquissé 
et étudié depuis cent ans sans mériter aux deux personnages 
mis en scène beaucoup de sympathie ni beaucoup d'estime. 
M. Leloir, avait déjà établi à la charge de Mirabeau de 
nombreux prélèvements (12,000 livres) sur la caisse de l'infor- 
tnné président Monnier; M. Cottin plaide les circonstances 
atténuantes pour Sophie, plus passionnée mais plus franche et 
plus loyale que son séducteur et qui, dans d'autres conditions, 
serait devenue, avec un mari jeune, intelligent et bon, une 
femme accomplie et une excellente épouse. 

Est proposé pour faire partie de la Société comme membre 
correspondant : 



— XV — 

M. Roux (Uoger), juge suppléant au tribunal de Vesoul, pré- 
senté par MM Fran(iey et Maurice Thuriet. 

Le Président. Le Secrétaire, 

Vaissier. Jules Gauthier. 



Séance du "23 mai i90S 
Présidence de M. Edmond Frangey. 



Sont présents 



Bureau : MM. Francexj, président ; Nargaud, vice-président; 
Gauthier, secrétaire; Vaissier, vice-secrétaire; Fauquignon. 
trésorier; Kirchner, archiviste. 

Membres : MM. P. Drouhard, Berdelléy Bonnet, Boussey, 
V. Guillemin, docteur Ledoux, le chanoine Rofsignotj l'abbé 
Rossignotj Rouget, H. Savoye. 

La Société belfortaine d'Emulation demande des renseigne- 
ments sur la constitution de la Société et ses relations officielles 
et de service avec la Municipalité. On décide des diverses ré- 
ponses à faire parvenir à Belfort. 

M. Alfred Marquiset envoie un volume de vers intitulé Gray- 
loiseries. M. A^ictor Guillemin est prié d'en rendre compte. 

M. le Président annonce la mort de M. Jean Petit, sculpteur, 
membre honoraire de la Compagnie, récemment décédé à Pa- 
ris. M. Thuriet est prié de rédiger une notice sur cet artiste 
distingué. 

Il est donné lecture d'un compte rendu fort élogieux sur un 
volume de M. Roger Roux, juge suppléant au tribunal de Ve- 
soul, ayant pour titre : Le travail dans les prisons. Cette étude 
très remarquable contient un exposé très complet de la ques- 
tion et des conclusions très nettes sur le sens dans lequel 
doivent être désormais conçus et préparés les règlements péni- 



— xvt — 

lentiaires. Des remerciements seront adressés à Tauteur pour 
son aimable envoi. 

M. le Maire de Besançon, président du Conseil de direction 
de la Caisse d'Epargne, fait connaître le refus de M. le Ministre 
du Commerce d'autoriser la Société d'Emulation à posséder un 
livret pouvant contenir le chiffre maximum de 15,000 francs, 
cette faveur n'étant accordée qu'aux Sociétés de bienfaisance. 
La Société décide que M. le trésorier fera chaque année rem- 
ploi des 1,500 fr. de revenu de la pension Grenier en rente 3 0/0, 
jusqu'à reconstitution du capital suffisant pour produire 1,800 fr. 
de rente. 

M. le secrétaire communique un curieux livre d'heures du 
xv« Siècle^ particulièrement intéressant parce qu'il a appartenu 
à Jean Jouard, président du Parlement de Bourgogne sous 
Gharles-le-Téméraire, mort assassiné par les Dijonnais révoltés 
en 1477. Ce personnage, dont la carrière est précisée par quel- 
ques notes marginales et autographes insérées au calendrier du 
livre d'heures appartenant à la bibliothèque publique de Vesoul 
(manuscrit n« 13), est représenté dans une miniature du fol. 2'22. 
en robe rouge avec hermine, agenouillé aux pieds de saint 
Mammès, martyr, patron du diocèse de Langres, auquel Jouard 
appartenait par ses origines. Au bas, les armoiries suivantes : 
d'azur à la face d'or et trois pommes de même, ne laissent aucun 
doute sur l'authenticité du portrait, le seul que nous possédions 
du président Jouard. un des magistrats les plus intéressants de 
la cour de Bourgogne sous les deux derniers ducs. 

M. Gautiiier présente ensuite une épave de la bibliothèque 
de Granvelle, recueillie à la bibliothèque de Vesoul. C'est un 
volume imprimé à Venise en 1553, contenant les œuvres de Pé- 
trarque, et couvert d'une riche reliure mosaïque à quatre cou- 
leurs, richement gaufrée et dorée, portant en exergue espagnole 
le nom de son premier propriétaire : ESTE LIBRO ES DE 
MARTIN DE GANTE. Les deux premiers feuillets ont été à demi 
déchirés pour faire disparaître la marque armoriée que le car- 
dinal de Granvelle faisait apposer sur tous ses livres. Les volu- 



— XVII — 

mes ayant apparienu au célèbre diplomate et bibliophile sont 
rares. Je n'en connais d'autre qu'un petit volume acheté à Be- 
sançon par le duc d'Àumale en 1878, et qui repose dans le ca- 
binet des livres de Chantilly ; ce sont les Opère di Bierony. 
Benivrani comprese nel présente volume, imprimées à Venise en 
153*2 et revêtues d'une élégante reliure de peau verte avec filets 
et rinceaux Un troisième volume in-folio, qu'on pouvait voir il 
y a quelques mois dans la bibliothèque des Capucins de Besan- 
çon, très élégamment relié, était une Etucidatio in omnea Paal- 
mos.... Parisiia apud Joanem Boigny.., sub santocol. ... si 1540, 
La signature A. Perrenot epiacopi atrebatensis ne laissait aucun 
doute sur sa provenance ; Vex Ubria ad usum capucinorum 
conventus Bisuntini (xviF s.) aucun doute sur l'époque de ce 
précieux volume sorti du palais Granvelle. Usera intéressant de 
reproduire en autographies ces trois reliures perdues pour nos 
collections. Nicolas Perrenot, le chancelier, marquait ses livres 
d'un aigle à deux têtes, en sa qualité de secrétaire d'Etat de 
l'Empereur. La bibliothèque des Capucins de Besançon possé- 
dait à cette marque un Catalogua annorum atque principium 
imprimé vers 1540, in-4o orné de figures sur bois. A Vesoul, 
on peut feuilleter, en outre, une Hiatoria de gentibua aepten- 
trionalibua, Plantin, 1558, in-12, vraisemblablement à Nurem- 
berg, un riToXeitatou in-8», imprimé à Paris en 1546 chez Weckel. 
Ils portent tous deux la marque à Vaigle du chancelier, elle se- 
cond est revêtu de Vex libria manuscrit de Jean Boudieu de Sa- 
lins, contemporain du cardinal Au British Muséum, sous le 
n« 21,235 des manuscrits additionnels, repose à jamais le livre 
d'heures du chancelier dont j'ai récemment photographié,décrit 
et publié Icssuperbes miniatures exécutées en Flandre vers 1534. 
A côté de lui, divers manuscrits volés naguère par un éruditpeu 
délicat que le nom a protégé contre la punition mais non con- 
tre la divulgation de ses méfaits. Telles sont les seules épaves 
que j'ai retrouvées hors de Besançon dans les principales biblio- 
thèques d'Europe ou de Franche-Comté. 

M. le secrétaire donne lecture d'une curieuse lettre publiée 
à Besançon vers 1730, qui décrit le cérémonial fort piquant de 
« réception et d'intronisation du procureur des Etudiants bizon- 



tins ». Cette pièce pourra être imprimée dans l'un des pro- 
chains volumes des Mémoires. 

La séance se termine par la présentation d'un texte épigra- 
phique de 1557, qui contient Tacte de naissance de la rue Sainte- 
Anne, de Besancon, qui tire son nom d'une chapelle dont on 
vient de retrouver et de placer au square archéologique le 
titulus que voici : 

A. LHONNEUR. DE. DIEV. DE. LA 
GLORIEVSE. VIERGE. MARIE. SA. MÈRE 
ET. DE. MA. DAME. SAINCTE. ANNE 
HOVNORABLE. HOMME. lEHAN. 
BLANCHETESTE. ET. REGONDE. 
BELVILLAIN. SA. FEMME. CITOYENS 
DE. BESANÇON. FV. ÉDIFIÉE. ET. 
FONDÉE LA. PNTE. CHAPPELLE 
AN. 1557. PRIEZ. POVR. EVLX. 

(Dimension i^ de larg. sur 0<»56 de haut.) 
Ce Jean Blancheteste était un notable chirurgien de Tépoque. 
Après un vote en sa faveur, M. le Président proclame : 

Membre correspondant : 
M. Roger Roux, juge suppléant à Yesoul. 

Le Président, Le Secrétaire, 

Ed. Francev. Jules Gauthier. 



Séance du W juin 1903. 
Présidence de M. Edmond Frangey 



Sont présents : 

Bureau : MM. Ed. Francey, président ; Thuriet^ vice-prési- 
dent ; Gauthier, secrétaire; Vaissier, vice-secrétaire; Fau- 
quignon, trésorier ; Kirchner, archiviste. 



— xtx — 

Membres : MM. Bernard, Blondeau, Cellard^ Guilleminy 
Lambert, Satfoye, Vemier, 

Des remerciements et des excuses seront adressés à la Société 
Nenchâteloise des Sciences naturelles, dont le président avait 
très gracieusement convié la Société d'Emulation à se faire re- 
présenter à sa réunion générale annuelle, tenue aujourd'hui 
même aux Brenels. 

M. l'avocat général Thuriet, donne lecture d'une notice bio- 
graphique du sculpteur Jean Petit, né àBesançon au PalaisGran- 
velle, le 3 février 1819, mort à Paris le 6 mai 1903 Ce fils d'ouvrier 
dut à un travail persévérant de devenir un praticien des plus dis- 
tinguéSy et s'il n'atteignit pas plus haut, comme d'illustres 
compatriotes tels que Perraud et Clésinger, desbustestrès res- 
semblants, des bas-reliefs pleins de mouvement, enfin la fière 
statue (lu cardinal de Granvelle, qui fut son œuvre capitale, et 
le dernier effort de son ciseau, assurent à Jean Petit un souvenir 
des plus honorables. 

La Société décide que le portrait de l'artiste et la statue de 
Granvelle illustreront la biographie de Jean Petit, que M. Thu- 
riet s'engage à développer un peu {)oiir le volume des Mémoires 
de 1903. 

M. Gauthier donne lecture d'une étude critique intitulée : Du 
degré de confiance que méritent les généalogÎPê historiques: Ce 
morceau, lu au nom de la Société d'Emulation au Congrès de 
l'Association franc-comtoise tenu à Montbéliard en août 1901, 
prendra place dans le volume des Mémoires de 1902 actuelle- 
ment sous presse. 

M. Victor Guillemin donne communication d'un compte rendu 
du volume de poésies portant le titre de : Grayloiseries. offert 
à hi Société par un de ses membres, le comte Alfred Marqui- 
set. L'humour et le style de ce franc comtois distingué sont mis 
pleinement en lumière par le rapporteur, et des remerciements 
sont volés à l'un comme à l'antre. 

M. Vaissier met sous les yeux de l'assemblée les originaux et 
les moulages de deux statères d'or de l'époque gauloise, trou* 



vés en Franche-Comté, conservés au petit séminaire de Vaux- 
sur- Pollgn y et communiqués par un professeur de cet établis- 
sement, M. l^abbé Marant. Le droit des deux monnaies, en 
electrum ou or faible, porte plus ou moins défigurée la tête 
d*Apollon, empruntée aux monnaies grecques. Le revers est 
emprunté aux mêmes types, il porte, conduisant un char, un 
guerrier dont Tunique cheval à tète humaine est lancé au galop 
enjambant un autre guerrier armé d'une lance et d'un bouclier 
étendu sous les roues. Ces deux monnaies, au même type, 
constituent deux variantes intéressantes ; l'une d'elles, moins 
bien gravée, étant la contre-épreuve retournée, en négatif, de 
la première. D'après l'Album des monnaies gauloises publié 
par M. de La Tour, ces pièces rares appartiennent à la peu- 
plade des Aulerci Cenomanni, c'est-à-dire la région dont Le 
Mans fut la capitale. 

Le Président, Le Secrétaire, 

Ed. Francey. Jules Gauthier 



Séance du iS juillet 1903, 
Présidence de M. Edmond Francey. 



Sont présents : 

Bureau: MM. Francey, président; Gauthier, secrétaire; 
Vaiêsier, vice-secrétaire ; Fauquignon, trésorier. 

Membres : MM. Bonnet , Nardin, l'abbé A. RosUgnot, //. .9a- 
voye. 

Après le dépouillement de la correspondance, M. le Prési- 
dent se fait l'interprète de la Société pour adresser à M. Bour- 
(iin, njédecin-major au bataillon d'artillerie de forteresse, ses 
plus chaleureuses félicitations pour la croix de la Légion d'hon- 
neur qui lui a été remise à la revue du 14 juillet. Il fait ressor- 
tir, avec beaucoup d'à propos, que non seulement M. le docteur 
Bourdin est un praticien fort distingué dont on vient de ré- 



- XXI — 

compenser les mérites, mais de plus un érudit et un chercheur 
qui fait honneur à la Franche-Comté et à la Société d'Emula- 
tion du Doubs. 

Sur la proposition de M. le Président, la Société adresse à 
M. le docteur J. Bruchon, qui sort d'une longue maladie, Tex- 
pression très vive de la sympathie et de la haute estime d'une 
Compagnie dont il fut le président et dont il reste uti des 
membres les plus dévoués. 

Communication est donnée d'une lettre de M. le Président de 
la Société d'Emulation du Jura, annonçant la réunion du Con- 
grès de l'Association franc-comtoise à Lons-le-Saunier le 5 août 
prochain, et y convoquant tous les membres de la Société d'E- 
mulation du Doubs. 11 est décidé qu'on donnera à cette convo- 
cation une large publicité, et dès à présent plusieurs adhésions 
ou promesses de lectures sont recueillies et envoyées à Lons- 
le-Saunier. 

Remerciements et excuses sont adressés a la Société d'his- 
toire et d'archéologie de Neuchàtel. dont la réunion annuelle, 
à laquelle la Société d Emulation était conviée, se tient aujour- 
d'hui môme à Landeron. 

M. Almand, chef de bataillon du génie, actuellement en con- 
gé à Baume, son pays natal, envoie un intéressant travail sur 
L'Egypte^ à la Société dont il est dès longtemps le corres- 
pondant Adèle ; ce morceau, d'un grand intérêt d'actualité, est 
retenu pour la séance publique de décembre. Il en sera donné 
lecture par un suppléant si M. le commandant Almand ne peut 
se déplacer lui-même à celte date. 

M. le Secrétaire communique une série de renseignements 
sur un érudit de réelle valeur, Charles Duvernoyy né à Montbé- 
liard le l®'' novembre 1774, mort à Besançon le 19 novembre 
1850. Ancien juge de paix, bibliothécaire de la ville de Montbé- 
liard de 1818 à ia38, il fut employé, de 1826 à son départ de 
Montbéliard, au triage et au classement des archives princières 
qui dormaient depuis l'annexion de 1793 dans le château de la 
maison de Wurtemberg. Mais au contact de ces trésors histo- 



L 



— XXII — 

riques ses goûts de collectionneur s'éveillèrent et sa conscience 
ne sut pas résistera des tentations que l'absence de toute sur- 
veillance administrative laissa transformer en actes de dilapi- 
dation. A côté des collections partagées, par ordre du Minisire 
des finances, entre les départements du Doubs et de la Haute- 
Saône d'une part, les Archives nationales de l'autre, Duvernoy, 
d'une main légère, fit un quatrième lut, et l'on trouve à Stult- 
gard, h Neuchàtel, à Moiiti>éliard, à la Bililiothè(iuu dt* !Usi<ii- 
<;on et dans mainlus collections [)rivées des épaves de si's lar 
cins. Comme autrefois l'abbé Guillaume, comme dans le dernier 
siècle les Libri, ri les Chavin de Malans, Duvernoy a été néfaste 
dans son passage aux Arr.hivesde Montbéliard, dans ses visites 
aux Archives du Doubs ; malgré ses qualités d*érudit, après 
de pareils actes, qui laissent peser des doutes sur la loyauté 
de ses écrits historicpies, son nom perd Tauréole indispensable 
pour donner à sa mémoire l'estime qu'elle eût pu mériter. 
M. Nardin confirme par des exemples probants, tirés de ses 
recherches et observations personnelles, l'opinion émise sur 
Duvernoy, et cite des correspondances échangées entre ce 
dernier et son compatriote Fallet, qui très innocemment s'em- 
ploya à Paris à écouler des autographes ou des documents dé- 
robés à Montbéliard. 

M. Gauthier met sous les yeux de ses confrères un objet qui 
se rattache à l'histoire franc-comtoise et aux luttes politiques 
qu'inaugura à Besançon la nomination du Parlement Maupeou. 
Avocats, magistrats évincés, clercs de procureurs se liguèrent 
de 1771 à 1774 pjur chansonner les parlementaires qui sié- 
geaient à Besançon. L'un de ceux que Ton ménagea le moins 
fut le procureur général Claude-Hippolyte Doroz esprit mé- 
diocre auquel on prêta desâneries légendaires. Or un sculpteur 
très habile, certainement comtois, inspiré par quelqu'un de ces 
railleurs du pouvoir qui avaient berné les conseillers nommés 
par Maupeou, traduisit d'un burin spirituel sur les deux plats 
d'une râpe à tabac taillée dans le buis l'un des couplets consa- 
i:rés à Doroz. On y voit, d'un côté, un moulin à vent avec celte 
ilevise topique : Quo flavit beneest (pourvu qu'il vienne du vent 
m moulin), méchanceté qui englobe à la fois tout le Parle- 



— XXIII — 

ment complaisant, de l'autre^un magistrat en costume de palais 
embrassant un âne, avec cette légende : Similis simili gaudel^ 
qui n'est qu'une paraphrase résumée des vers suivants : 

L'âne voyant Doroz ne se sentit pas d'aise 

Le prend au col, le baise 

Et lui gratte le dos, 

Doioz dit ; Cette béte est un peu familière ! 

Kxciisez-moi, dit l'animal, 

Je lie croyais point Taire iikiI 

Ku eiubrnssant mon frère. 

Olte rapo à \n\nic de 1771 est un véritabU* docuniunt histo- 
rique, mais dans ce petit bijou, exécuté avec entrain et finesse, 
le côté artistique dépasse de beaucoup Tinlérêt d'une anecdote 
dès longtemps oubliée. 

Procédant à ses élections la Société nomme : 

Membres réaidants : 

M. RocARDET, Jean, Directeur des contributions directes à 
Besançon, présenté par MM. Francey et Gauthier. 

M. Gazier, Georges, Conservateur de la Bibliothèque publi- 
que de Besançon, présenté par MM. Gauthier et Yaissier. 

Le Présidenty Le Secrétaire, 

Ed Francey. Jules Gauthier. 



. Séance du 94 octobre 1903, 
Présidence de M. Thuriet, Vice-Président. 



Sont présents : 

Bureau : MM. Thuriet^ président ; Gauthier, secrétaire ; 
Vaissier, vice-secrétaire ; KirchneTy archiviste. 

Membres . MM. Berdellé, Cellardy Guitlemin, docteur Ledoux^ 
Tabbé Bossignot, Rouget, H, Savoye, 



— XXÎV - 

En l'ahsence de M. Francey, M. Thuriet, vice-président, oc- 
cupe le fauteuil de la présidence. Il annonce à la Société les 
décès de M. Henri Bruchon, docteur en médecine, el de M. Cos- 
son, ancien trésorier général, membres résidants. Il se fait 
l'interprète ému des regrets que ces rports causent à la So- 
ciété et leur expression en sera transmise aux familles de ces 
anciens confrères. 

M. le Secrétaire rend compte du quatrième Congrès de TAs- 
sociation comtoise, tenu à Lons-le-Saunier le 5 août, avec un 
éclat exceptionnel et un progrès évident sur les précédents 
Congrès. GrAce au dévoué concours de la Société d'Emulation 
du Jura, de son distingué président, M. Mias, de M. Abel Gi- 
rardot, conservateur des musées, de M. l'abbé Perrod, de 
M. Libois, archiviste départemental, l'organisation ne laissait 
rien à désirer. M. le docteur Chapuis, maire de Lons-le-Sau- 
nier, avait mis l'Hôtel de Ville à la disposition des congressistes 
et siégeait à la place d'honneur à côté de M. Philippe Berger, 
de l'Institut, professeur au Collège de France, dont l'amabilité, 
le tact parfait, la parole vive et élégante ont fait le succès de 
la réunion. 

La section d'histoire, présidée par M. Berger, celle des 
sciences par M. l'ingénieur en chef Barrand, celle d'archéolo- 
gie par M. l'abbé Paul Brune, curé de Mont-sous-Vaudrey, ont 
entendu communication de nombreuses lectures apportées par 
des membres de toutes nos Sociétés savantes. Le banquet, 
préparé à l'hôtel de Genève, a réuni 80 convives, et a été l'oc- 
casion de plusieurs toasts prononcés avec autant d'à propos 
que d'aimable abandon par MM. Berger, Chapuis, Mias, Gau- 
thier. On a bu à l'union toujours plus absolue et plus profitable 
de tous les bons vouloirs comtois, mis au service de la petite et 
de la grande patrie. Au sortir du banquet, séance publique, puis 
inauguration d'une plaque commémorative de la naissance de 
Philibert de Chalon, vice-roi de Naples, sur la façade de l'Hôtel 
I le Ville, emplacement de l'ancien château des Chalon ; discours 
de M. Berger, de M. Uly.sse Robert, promoteur du monument, 
rie M. Mias, de M. le Maire de Lons-le-Saunier. 

Avant de se séparer, l'Association franc-comtoise a choisi 



— XXV — 

Besancon comme le lieu du Congrès de 1904, élu M Tavo- 
cat général Thuriet président du Congrès, et M. Gazier, con- 
servateur de la Bibliothèque de Besancon, secrétaire général. 

M « l'abbé Auguste Rossignot lit ime très intéressante biogra- 
phie de Vorientaliate Guillaume Pauthier, originaire de Mami- 
rolle (1801-1873). Cette étude, faite avec infiniment de précision 
et d'esprit, est retenue pour être lue dans la séance publique 
de décembre. M. Tabbé Rossignot est prié de rechercher un 
portrait de Faut hier, qui prendrait place avec à-propos à côté 
du charmant portrait littéraire dû aux recherches et à la plume 
de notre distingué confrère. 

Sont proposés pour faire partie de la Société, et admis 
comme : 

Membres correspondants : 

M. Prosper Quenot, instituteur à Orchamps-les-Dole (Jura), 
présenté par MM. Vaissier et Sire ; 

M. le comte Lionel De Moustieb, au château de Bournel, et 
à Paris, rue de TAlma, 17, présenté par MM. le marquis de 
Moustier et le duc de Marmier. 

M. Marcel Perronne, ancien conseiller de Préfecture à Dijon, 
présenté par MM. Thuriet et J. Gauthier. 

Le Président, Le Secrétaire^ 

M. Thuriet. Jules Gauthier. 



Séance du 24 novembre i903. 
Présidence de M. Nargaud, Vice-Président. 



Sont présents : 

Bureau : MM. le docteur Nargaud, premier vice-président ; 
Thuriet, deuxième vice- président; Gauthier, secrétaire; Fau* 
qùignoriy trésorier; Kirehner, archiviste. 




— XXVI — 

Membres : MM. Baudin^ Dodiven^ Bontiet, Ganer, Nardin. 
Parizot, Rocardet, l'abbé Rossignol, Scuwye^ Souchon. 

Après le dépouillement de la correspondance l'assemblée 
décide Tinsertion d'un supplément de la Flora Sequaniœ exsic- 
cala de M. Vendrely. 

M. le secrétaire lit une notice biographique sur M, Ulysse Ro- 
herl, membre honoraire de la Société, décédé subitement à Paiis 
le 5 novembre, et fait ressortir les titres du défunt à la recon- 
naissance des érudits et au bon souvenir de ses compatriotes. 

La Société fixe au jeudi 17 décembre la date de la séance pu- 
blique annuelle, et charge son bureau des instructions et des 
démarches nécessaires ; elle décide qu'aux trois lectures déjà 
retenues : discours présidentiel, biographie de l'orientaliste 
Pauthier, par M. l'abbé A. Rossignot ; voyage en Egypte, par 
M. le commandant du génie Almand, on joindra une communi- 
cation sur la photographie des couleurs (avec projections), qui 
sera demandée à M. Maldiney. MM. Fauquignon et H. Savoye 
sont priés de s'entendre avec M. Colomat pour le diner intime 
du jeudi soir à 7 heures, auquel sera invité M. le docteur Du- 
four, de Lausanne, membre honoraire. 

M. le secrétaire communique un travail qui ne paraîtra pas 
dans les Mémoires^ ayant pour objet : Les Anciens pouillès et la 
géographie historique de l'ancien diocèse de Besançon, A côté 
des pouillès déjà connus, le plus récent, celui du P. André de 
Saint-JNicolas (ou pouillé des Carmes), composé de 17(X) à 1714, 
le plus ancien du xiv« siècle, conservé par un collecteur de la 
dîme apostolique, et, s'interposant entre eux deux, les pouillès 
connus sous le nom de Luxeuil, de Saint-Vincent, de Montbe- 
noit. d'après d'anciennes copies déposées dans ces monastères, 
il existe certains fragments très précieux, transcrits du \i^ ait 
xiv« siècle sur les marges, ou feuillets de gardes, des leclion- 
iiaires pontificaux, livres liturgiques divers. Une transcription 
de ces fragments a été faite au Klii' siècle dans les manuscrits 
711 et 712 de la Bibliothèque de Besançon sans aucune mé- 
thode; on n'y a attaché jusqu'ici aucune importance, et ils en 



-— XXVII — 

ont beaucoup. Qu'on en juge. Le diocèse de Besancon a calqué 
ses divisions ecclésiastiques ou décanats sur des divisions ci- 
viles remontant à Tépoque romaine, et perpétuées à Tépoque 
barbare dans les divisions des pagrt ou comtés mérovingiens 
puis carolingiens. Or, un fait inconnu jusqu'ici, c'est que les 
chefs-lieux de ces ministet^ia romains, restés ministeria ecclé- 
siastiques (c'est-à-dire archidiaconnés ou décanats), se sont dé- 
placés aux xp-xii» siècles, voire même peut-être au xiii"^. — 
Kxemple : le ministeriutn Faverniacense ou archidiuconiié dr 
Faverney avait pour siège primitif la ville romaine dé Corra, 
Corre, ministerium corrense; le ministerium luxoviense avait 
pour chef-lieu primitif la ville romaine de Portus, Port-sur- 
Saône ministerium porteuse ; le ministerium Rubeimontis, ou 
archidiaconné de Hougemont, avait pour siège le ministerium 
Longœ Villœ, c'est-à-dire la station romaine de Longevelle-sur- 
le-Doubs, que certains textes appellent aussi décanat de Blus- 
sans, du village qui fait face à Longevelle, sur la rive gauche du 
Doubs. Autre chose que nous apprennent nos fragments de 
pouillés très anciens et très inconnus, c'est que l'archidiaconné 
de Traves, de Treva^ s'appelait aussi au xiP siècle : ministerium 
Constantini. Qu'on rapproche ces deux mots et on aura le type 
probable : de Treva Constantini, nom que devait porter ce châ- 
teau féodal d'une haute antiquité, jalon possible d'une délimi- 
tation territoriale établie par Constantin, après ses victoires et 
ses trêves avec les Alaynanni. 

f.a publication prochaine des pouillés du diocèse de Besançon 
marquera une étape et un progrès dans la géographie historique 
du diocèse de Besancon et de l'ancienne Séquanie. 

M. Gauthier lit une étude archéologique et historique de 
VEglise Saint'Maurice de Besançon, reconstruite de 1550 à 1555 
aux frais de Nicole Bonvalot, femme du chancelier Nicolas Per- 
renot de Granvelle, et de M. et Mme Lulier de Baucourt, par le 
maître architecte Richard Maire. Il produit un plan détaillé de 
l'édifice copié aux Archives nationales de Paris dans un recueil 
compilé par la congrégation de l'Oratoire en 1686, et donne un 
grand nombre de détails sur la reconstruction de l'église ac- 
tuelle, effectuée de 1706 à 1719 par l'architecte entrepreneur 



— xxvni — 

Jacques Tripard. Nombre d'artistes ont collaboré au décor des 
deux édifices successifs ; ce furent, au xvi« siècle, les sculpteui*s 
Jean et Raymond Julyot, les peintres verriers Rately et Triboulel. 
au XYinp, le sculpteur Chambert.le peintre Adrien Richard et bien 
d'autres encore La monographie de Saint-Maurice de Besançon 
■gagnera de nombreux détails à ces nouvelles recherches, iirées 
de deux dépôts : les Archives nationales et les Archives du 
Doubs. 

Sont proposés et admis au titre de : 

Membres oorrespondants : 

M. René Bouton, juge suppléant au tribunal civil de Baume- 
les-Dames, présenté par MM. l'abbé Paul Druot et Vaissier ; 

M Victor Maire, capitaine au 22e régiment colonial, sur la 
présentation de MM. A. Vaissier et J. Gauthier. 

Le Préiident, Le Secrétaire, 

D*" Naroaud. Jules Gauthier. 



Séance du iô décembre 1903, 
Présidence de M. Edmond Francey 



Sont présents : 

Bureau : MM. Francey ^ président ; !)•• Nargaud premier vice- 
président ', Thuriety deuxième vice président; /. Gaut/iier, se- 
crétaire ; A. Vaissier, vice-secrétaire ; Fauquignon, trésorier ; 
Kirchner, archiviste 

Membres : Berdellé, docteur Bourdin, Cellard, Tabbé Paul 
Dritot, Gazier, docteur A. Girardot, capitaine Maire, Henry 
Michel, le chanoine Rossignot, l'abbé A. Rossignol, De Truchis, 
docteur G. Vaissier , Barbey, correspotidaini» 



— XXIX — 

tes principales autorités de la ville convoquées à la çéance 
publique ont adressé ô M le président leurs remerciements ou 
leurs excuses ; M. le jjénéral Corbin, gouverneur, assistera à la 
séance publique. MM. le Général en chef, TArchevêque, le 
Préfet s'y feront représenter par des délégués. 

En reniplacement de MM. Jean Petit et Ulysse Robert, mem- 
bres honoraires décédés, l'assemblée élit, sur la proposition du 
bureau et par acclamation, MM. Just Becquet, sculpteur, et 
Ernest Courbet, trésorier de la ville de Paris, que leurs tra- 
vaux, l'estime et la sympathie générale dont ils jouissent re- 
commandaient en première ligne aux suffrages de leurs conci- 
toyens et confrères 

M. l'abbé Paul Druot, curé de Voillans, lit une étude accom- 
pagnée de plans, croquis et photographies sur le tracé et la 
construction de la Voie romaine du Rhin (de Besançon à Man- 
deure) à travers les cantonade Baume et de Clerval, de Luxiol 
à Rang-lez-l'Isle. Ce travail intéressant, composé à vue du sol 
et après divers creusages qui ont donné le profil et la configu- 
ration exacte de cette importante voie antique, est retenu pour 
les Mémoires, 

M. le docteur Albert Girardot consacre à la mémoire de 
M. Alexandre Vézian, ancien Doyen de la Faculté des Sciences 
de Besancon, ancien Président de la Société d'Emulation du 
Doubs, une notice biographique résumant tous les titres du dé- 
funt au souvenir reconnaissant des Comtois (1825-1903). 

M. Gauthier expose à grands traits l'histoire du bourg de 
Marnay i Haute-Saône), tète de pont sur la limite du départe- 
ment du Doubs, où durant tout le Moyen-Age et jusqu'à nos 
jours se sont accomplis nombre de faits de guerre. En 1240, 
Marnay appartenait au chef de la maison Je Chalon, le comte 
Etienne, qui l'avait remis en apanage à sa fille Béatrix, mariée 
à Simon de Joinville, père du futur historien de Saint Louis, et 
qui vint y mourir en 1241. La maison de Joinville y vécut de 
1241 à 1350 et prit part à tous les événements politiques de la 
région ; en 1354 la maison de Chalon y était rentrée et doima 
au bourg de Marnay ses premières franchises. 



La Société discute et vote le budget de 1904 présenté pai 
M. le trésorier Fauquignon. 



Projet de badget pour Tannée 1904. 
Recettes. 

i. Subvention du département du Doubs . 

2. — de la ville de Besançon. . . 

3. Cotisations des membres résidants. 

4. — — correspondants 

5. Droits de diplômes, recettes accidentelles 

6. Intérêts du capital en caisse et rentes . 

Total. . 



300 fr. 
400 
1.250 
500 
150 

eoo 

3.200 fr. 



DÉPENSES. 

1 . Impressions 2.500 fr 

2. Frais de bureau, chauffage, éclairage et aménage- 

ments 150 

3. Frais de séanco publique 100 

4. Traitement et indemnité pour recouvrements ù 

l'agent de la Société 200 

5. Crédit pour recherches scientifiques 250 

Total 3,200 fr. 

Les chitTres du budget sont adoptés à l'unanimité. 

M. le Président propose à la Société de faire tirer et de dis- 
tribuer à tous les membres résidants le plan de Besancon de 
1618, dessiné par Jean Maublanc, gravé par le Dijonnais Nico- 
las Spirain, dont le cuivre original est conservé au Musée ar- 
chéologique ; la dépense sera minime, 10 à 15 centimes par 
exemplaire environ. Adopté. 

M. Henri Michel, à l'oocasion d'un Menu par lui dessiné pour 
le Congrès des vins, tenu récemment au Palais Granvelle par 
la Société d'Agriculture du Doubs, fait une communication sur 
les vieilles constructions de l'Hôpital du Saint-Esprit de Besan- 



— xxxt — 

gon et donne d'ingénieuses explications des motifs de décora- 
tion du pilier en forme de bâton noueux qui soutient la galerie 
de bois d'une cour intérieure. On le prie de réserver pour les 
Mémoires une note et un dessin résumant son intéressante 
communication. 

Procédant à l'élection du Bureau pour l'année 1904, la' So- 
ciété nomme : 

Président annuel : M. Maurice Thuriet, avocat général, 
deuxième vice-président . 

Premier vice-président : M. Edmond Francey, a^ocat, pré 
sident en exercice. 

Deuxième vice-président : M. Parizot, inspecteur honoraire 
des Enfants assistés. 

Vice-secrétaire : M. Alfred Vaissier, conservateur du Musée 
archéologique. 

Trésorier : M. Fauquignon, receveur honoraire des Postes 
et Télégraphes. 

Archivistes: MM. Kirchner et Maldinev. 

Le Président, Le Secrétaire, 

Ed. Francev. Jules Gauthier 



Séance publique du i9 décembre i903. 
Présidence de M. Ed. Francev. 



Sont préeents : 

Bureau : M. Francey, ayant à sa droite M. le général Ck)B- 
BiN, gouverneur ; à sa gauche M. Thuriet, deuxième vice-pjré- 
sident, M. le lieutenant d'état-major Bouic, représentant M. le 
général Decker, M. Jaloustre, chef de cabinet, délégué par 
M. le Préfet du Doubs ; MM. Gauthier, secrétaire ; M. Vaissibr, 
vice-secrétaire ; M. l'abbé Hossignot, M. le capitaine Victor 
Maire, M. Maldinev, archiviste de la Société. 



— XXXII — 

Dans la salle, remplie par une assistance nombreuse de 
dames en élégantes toilettes et d'invités, MM. Barbey, Ber- 
DELLÉ Bernard, Bonnet, l'abbé Paul Druot, Gazier. docteur 
Ledoux, Dodivers, Parizot, le chanoine Rossignot, Simonin, 
docteur G. Vaissier, Cellard et plusieurs autres membres de 
la Société 

La séance, ouverte à deux heures est close après lecture des 
morceaux suivants : 

La Société (V Emulation du Doubs en i90f^^ par M. le Président 
Ed. Francey. 

L'Orientaliste Guillaume Pauthier, de Mamirolle (f801-!8T3), 
par M. Tabbé Auguste Rossignot. 

Voyage en Egypte, par M. le commandant du génie, M. V. 
Almand (lecture faite par M. Victor Maire). 

La photographie des couleurs, état présent de la qurstion, par 
M. Maldinev (avec projections par M. J. Dodivers). 

Le Président j Le Secrétaire, 

Ed. Francky. Jules Gauthier. 



Séance du i6 Janvier i90i. 
Prêsidknce de mm. Maurice Thuriet et Ed. Francey. 



Sont présents : 

Bureau : MM. Francey, président sortant; Thuriet^ prési- 
dent nouveau; Parizot, vice-président; Gauthier, secrétaire; 
Vaissier, vice secrétaire ; Fauquignon, trésorier; Kirchner et 
Maldiney, archivistes. 

Membres : M.Vf Gaston de Beauséjour, Blondeau, Bonnet, 
Boname, Cellard, Dodivers, Gazier, /)•• Girardot, V. Maire, 
MauvUlier, Montenoise, Nardin, Rouget, chanoine Rossignol, 
l'abbé A. Rossignot. Simonin, de Truchis, Vernier. 



— XXXIIt — ^ 

M. le président Francey ouvre la séance et remet le fauteuil 
à M. Maurice Thuriet, nouveau président. Celui-ci remercie la 
Société d'Emulation de lui confier la direction de ses travaux, 
félicite M. Gauthier de son élection de correspondant de l'Insti- 
tut et M. Fauquignon de sa nomination d'officier de l'Instruction 
publique. 

M. lecomtedeTruchis présente, accompagnée de nombreuses 
photographies et des plans soigneusement exécutés, la restitu- 
tion du Château de Cicon, dont les ruines couvertes de sapins 
dominent le second plateau des montagnes du Doubs. Cette 
étude, très consciencieuse, est retenue pour les Mémoires. 

M. le secrétaire interprète divers documents inédits relatifs 
au Château de Belvoir qui fut, de 1636 à 1641, le séjour très fré- 
quent et très prolongé du duc Charles de Lorraine et de Béatrix 
de Cuisance, en qui s'éteignirent les deux races illustres de 
Cuisance et de Vergy. Ces documents donnent la physionomie 
exacte du mobilier d'un château qui, sans être une forteresse 
redoutable, reste cependant un des rares manoirs de nos mon- 
tagnes qui furent indemnes des invasions franco-suédoises. 

Le bureau de la Compagnie communique à la Société le règle- 
ment en douze articles qu'il a élaboré pour la pension des frères 
Grenier dont la constitution a été homologuée par l'autorité pré- 
fectorale en 1902, six mois après le décès de son fondateur, 
M. Edouard Grenier. Ce règlement, après lecture, est homologué 
parla Société; en voici le texte. 

Règlement de la pension des frères Grenier 

Article premier. — Il est institué sous le titre de Fondation 
des frères Grenier une pension triennale qui sera donnée au 
concours au jeune franc-comtois né dans un des trois départe- 
ments du Doubs, de la Ilaute-Saône ou du Jura qui donnera le 
plus d'espérance sérieuse dans la carrière des sciences, des 
lettres ou des arts. 

Art. 2. — Pour être admis à concourir, les candidats devront 



— XXXIV - 

avoir 18 ans au moins/23 ans au plus, au l»' janvier de Tannée 
du concours, et jouir d'une médiocre rorttine. 

Art. 3. — Le concours sera annoncé trois mois d'avance par 
des insertions répétées dans les journaux de la province. 

Art 4. — Le chiffre de la pension, qui sera payée par tri- 
mestre au candidat choisi, sera de 1,800 fr. par an. Si par une 
conversion ou autre événement similaire. le chiffre de la rente 
était réduit, la pension sera suspendue jusqu*î'i reconstitution 
du capital. 

Art. 5. Les candidats fourniront comme pièces justifica- 
tives de leur demande leur extrait de naissance sur timbre, leur 
diplôme de bachelier ès-sciences ou es- lettres ou des certificats 
équivalents, soit sur le terrain pédagogique, soit sur le terrain 
artistique : certificats de professeur de dessin, peinture ou sculp- 
ture chez qui ils auront étudié. En outre ils produiront l'extrait 
d'impositions directes de leur père et môre. 

Abt. 6. — En dehors de ces certificats, le Jury d'examen aura 
le droit de faire comparaître devant lui les candidats pour les 
interroger. 

Art. 7. — Le Jury une fois constitué par le bureau de la So- 
ciété d'Emulation du Doubs: président, vice-président, secré- 
taire, vice-secrétaire, trésorier, archivistes et le représentant de 
la famille Grenier, accrédité par le testament et, à son défaut, 
choisi parmi les parents les plus proches de la ligne paternelle. 

Art. 8. — Les membres du jury prendront individuellement 
l'engagement d'honneur de ne se décider dans leur choix que 
sur les mérites des candidats et sur les dossiers qu'ils présentent. 

Art. 9. La décision sera pri.se aux deux tiers des votants et 
l'épreuve durera jusqu'à ce que le quantième soit obtenu. 

Art. 10. - Le Conseil d'administration de la Société trans- 
formé en jury, avec l'adjonction des représentants de la famille 
Grenier, aura droit de surveillance et d'exclusion sur le pen- 
sionnaire Grenier qui se rendrait indigne par sa conduite, parsa 
paresse ou ses manquements professionnels des bienfaits de la 
fondation. 

Art. m. — En cas de dissolution de la Société, la pension 
des frères Grenier subsistera telle qu'elle est constituée, mais 
remise des titres alTeclés à sa dotation sera faite aux parents 



— xxxv — 

ou groupe de parents les plus rapprochés de la ligne paternelle 
des héritiers Grenier qui pourvoiront à sa continuation. 

Art. 12 — Il est entendu que le Conseil d'administration 
tiendra la Société au courant du choix, des travaux et des succès 
du titulaire de la pension Grenier. 

Ce règlement est ratifié par l'unanimité de la Société. 

M. le président fait distribuer aux nombreux assistants les 
exemplaires du plan de Besançon en 1618, tirés à leur intention. 

Sont proposés et proclamés élus, après un vote en leur faveur, 
comme: 

Membre résidant : 

M. PiDANCET. avocat, présenté par MM. Francey et Nargaud. 

Membre correspondant : 

M. Lucien Febvre, élève de l'Ecole normale supérieure, pen- 
sionnaire de la fondation Thiers, à Paris, présenté par MM. Ver- 
nier et Gauthier. 

Le Président, Le Secrétaire, 

M. Thuriet. Jules Gauthier. 



Séance du 10 février Î90^i, 
Présidence de M. Maurice Thurikt. 



Sont présents : 

Bureau: MM. Thuriet, président; Parizot, vice-président- 
Vaissier, vice-secrétaire; Kirchner, archiviste 

Membres : MM. Bonnet, Bourdin, Boussey, Cellard, Gazmr 
Ledoux, Magnin, V. Maire, Nargaud^ Pidanccf. 



— XXXVI — 

M. le président exprime, au nom de la Société, de sympathie 
ques regrets sur la perte d'un de ses plus estimables membres, 
du vénérable Chanoine Sachet, décédé après une longue car- 
rière, consacrée au bien et au travail littéraire oCi il témoigna 
jusqu'à la fin d'une vigoureuse intelligence. A la prochaine 
séance, M. l'abbé Auguste Rossignol lira une notice sur la âeet 
les œuvres de ce digne prêtre qui, à partir de 1894, a tenu à as- 
sister aussi souvent qu'il le pouvait, à nos réunions mensuelles. 

M. Ch. Blondeau, utilisant des récits contemporains, en par- 
ticulier le journal ou notes manuscrites de l'avocat Grimonl, 
reproduit dans leur abondant détail les fêtes populaires qui ac- 
compagnèrent la rentrée des membres du Parlement de Franche- 
Comté à Besançon après leur exil de 1759. il est intéressant de 
faire connaître les particularités locales de ces manifestations 
où l'opinion publique ayant pris parti contre le pouvoir royal 
applaudissait avec enthousiasme aux courageuses résistances 
des parlements. Mais il ne l'est pas moins de remarquer avec 
M. Blondeau que ces mêmes parlements, après l'élimination de 
ceux de ses membres sur lesquels on avait versé le ridicule, ne 
tarda pas à tromper Tattente du vulgaire par son entêtement, et 
par l'enregistrement d'édits trois fois repoussés par les rewia- 
nants eux-mêmes : i Trente ans après, observe judicieusement 
l'auteur, ce même peuple se soulèvera et, d'un seul coup, ren- 
versera le trône et les institutions séculaires du royaume. » 

Ce travail est retenu pour les mémoires. 

Dans une nouvelle le<îture, M. l'abbé Paul Druot reprend, en 
la complétant, son intéressante Elude de la voie romaine dans 
les cantons de Baume-les-Dames et de Clerval : 1« Détails nou- 
veaux sur la composition matérielle et la façon même de cette 
remarquable chaussée qu'on peut considérer lîomme une via 
calceata puisque la chaux entre pour moitié, avec le sable, dans 
le massif des cailloux sur toute l'épaisseur de lu voie ; 2" Réfu- 
tation d'une thèse soutenue par M. Stéphen Leroy, tendant à 
expliquer l'étrange variante qui existe entre l'itinéraire d'Anlo- 
nin et la Tal)le théodosienne au sujet des stations de Lopoaagium 
(Luxiol) et de Velatodurum (Voillans) par la reconnaissance 



— XXXVII — 

d'une deuxième voie qui se dirigeait sur Mandeure en passant 
par Vellerot-les-Belvoir, qui serait Velatodurum. Partisan d'une 
voie unique passant soit par Luxiol, soit ensuite par Voillans 
pour expliquer la variante des documents, notre confrère soup- 
çonne une erreur de mensuration ou de copiste dans le chiffre 
donné par la Table de Peutinger. M. l'âbbé Druot est invité à 
joindre ces intéressants compléments àson précédent travail en 
les accompagnant d'une carte sommaire et d'un croquis abso- 
lument typique, d'une coupe de la chaussée prise sur le terri- 
toire de Voillans. 

Sont présentés et admis comme : 

Membre résidant : 

M. Alfred Grenier, inspecteur des forêts à Besançon, pré- 
senté par MM. Thuriet et Jules Gauthier. 

Membre correspondant : 

M. Jourdain, président du tribunal de Belfort, présenté par 
MM. Thuriet et Nargaud. 

Le Président, Le Vice-Secrétaire, 

M. Thuriet. Vaissier. 



Séance du 26 mars W04. 
Présidence de M. Parizot, vice-président. 



Sont présents : 

Bureau : MM. Parizot. président; Gauthier, secrétaire ; A. 
Vaissier, vice- sec ré taire; Kirchner archiviste. 

Membres : MM. Gaston de Beauséjour, Boname, Bonnet, Bour- 
din, Bousseij, A. Boysson d* Ecole, Chapoy, Gazier, A. Girardot, 



— XXXVIII — 

Montenoise, Nardin, Nargaud, chanoine Rofsignot, Tabbé A. 
Rossignot. 

M. le président dépose sur le bureau un volume intitulé : Jé- 
rusalem, spirituelle relation d*un pèlerinage exécuté en 1893 par 
M. l'abbé F. X. Perrot, curé de Mandeure, un des correspondants 
de la Société. Est joint au môme envoi, une brochure du môme 
auteur, parue celte année sous uc litre : Mon riï/aj/c, étude sur 
les causes de la dépopulation des campagnes. Des remercie- 
ments seront adressés à Tauleur ainsi qu*à M Alfred Marquiset 
qui a fait l'envoi d'une brochure intitulée : Mon premier livre. 

La Société a regu le rapport général sur l'Exposition univer- 
selle de 1900, par M. A. Picard, commissaire général, envoyé 
par le Ministère du commerce. Cette superbe publication en huit 
volumes, illustrés de nombreuses phototypies, est un véritable 
monument élevé à la science et à l'art contemporains. 

M. Gazier communique une étude originale sur celte double 
question intéressant la biographie franc-conïtoise : Où sont nés 
à Besançon les deux économistes et philosophes célèbres P. Four- 
rier et P.-J. Proudhon. Pour le premier, la démonstration est 
faite: une maison formant l'angle sud delà ruelle Baron sur la 
Grande-Rue est le berceau avéré de l'inventeur de la phalange; 
une gravure parue dans un almanach de 1848 a, de son vivant 
môme et sous ses yeux, reproduit la maison duxvP siècle où il 
naquit et qui disparut pour faire place h la rue Moncey. Quant 
à Proudhon, que certains faisaient naître, qui à Burgille-les- 
Marnay, qui à la Mouillère, il est né tout simplement rue du 
Petit-Hattant (ancien numéro 930, aujourd'hui 37, dans une mai- 
sonnette achetée par l'ouvrier tonnelier, père du philosophe, 
peu de mois avant son mariage. Après avoir restitué au Pelil- 
Battant sa principale gloire, M. Gazier fait justice de l'erreur 
d'un contemporain qui prétendait que Proudhon fut enfant na- 
turel, alors que son extrait de naissance prouve sans conteste 
possible sa parfaite légitimité. Ce travail très consciencieux et 
très concluant est retenu pour les mémoires. 



— XXXIX — 

M. l'abbé Auguste Rossignol donne lecture d'une biographie 
très complète de M. le chanoine Jean-Marie Suchet^ décédé le 
il février dernier, et Tait revivre, en quelques pages finement 
touchées, la spirituelle physionomie d'un érudit, d'un homme 
de bien qu'entouraient l'estime et la sympathie générale. Né à 
Pesnies en 1817, tour à tour professeur à Marnay, vicaire à Pon- 
larlier, curé à Amblans, professeur au collège Saint-François- 
Xiivier, de 1850 à 1863, supérieur du séminaire d'Ornans, de 1863 
à 1873, curé de Saint-Jean de Besançon, de 1873 à 1890, M. Suchet 
s'était retiré dans sa stalle de chanoine titulaire, non pour se 
reposer, mais pour consacrer aux bonnes œuvres et aux lettres 
les (fuinze dernières années d'une vie vouée tout entière au de- 
voir et au labeur. L'étude de M. llossignot prendra place avec 
une bibliographie détaillée de M. Suchet dans un des plus pro- 
chains volumes des Mémoires. 

M. le secrétaire, sous ce litre : cinq tableaux franc-comtois 
du Musée de Dijon, décrit quatre jolis tableautins de Gaspard 
Greseli (1720-1756) représentant les scènes enfantines que tra- 
duisait si bien son pinceau. Ces tableaux dont les litres pourraient 
être ainsi définis : VEducation, la Tentation, le Marchand de 
denttlles, \eNid de perdreaux, sont exquis de coloris et de com- 
position. Un cinquième tableau: Le sihge de Besançon en i674, 
par Van der Meulen, est la grande toile officielle représentant 
l'armée de Louis XIV canonnant, avant l'assaut, le corps de 
place tel qu'on le voit dans la gravure célèbre de Baudoin. 

MM. Gauthier et Vaissier font passer sous les yeux de la So- 
ciété les planches photolypiques reproduisant les pièces d'hon- 
neur des co-gouverneurs de Besançon au xvi« et xvii« siècles; 
ces planches et le travail qu'elles escortent prendront place 
dans les publications de la Société. 

Le Président, Le Secrétaire, 

A. Parizot. Jules Gauthieb 



— XL — - 

Séance du 14 mai i904 
Présidence de M. Maurice Thuriet. 



Sont présents 



Bureau : MM. Thuriet, président ; Vaissier, vice-président • 
Kirchner^ archiviste. 

Membres : MM. Berdellé, Bernard, Cellard, V. Guillemin, Ga- 
zier, A. Girardot^ Magniriy Nardin. 

M. Vaissier annonce la récente découverte de vestiges de 
répoque gallo-romaine dans un jardin avoisinant la promenade 
des Glacis d'Arènes. C'est d'abord une sorte de caveau en pierre 
de vergenne soigneusement construit en deux assises et dont 
la couverture avait été dès longtemps brisée et écartée. Des os- 
sements trouvés au fond sont ceux d'un gros animal, dépôt 
vraisemblablement très postérieur à la construction, fondée sur 
un banc de roche parfaitement nivelé sur une grande étendue 
(banc du bathonien supérieur, selon M. A. Girardot). A côté de 
cette logette était enfoui, la tète en bas. le très haut relief d*un 
personnage jeune et portant des fruits dans le pan de son man- 
teau. Cette figure d'assez bonne conservation est un Priape des 
Jardins, Un enfant nu est à ses pieds. Sur la proposition de M. 
le président, une photogravure de cette figure mythologique ori- 
ginale et de bonne facture pourra accompagner utilement la no- 
tice de M. Vaissier dans le volume des Mémoires. 

M. le D"" Ant. Magnin fait ensuite une intéressante conférence 
sur les Rouilles des Céréales dont il a bien voulu rédiger ce 
compte-rendu sommaire : 

« Après avoir analysé les recherches de M. Erickson sur la 
multiplicité des rouilles et la possibilité de leur transmission et 
de leur propagation par d'autres moyens que les. spores et les 
écidiesdes Epines vinettes, Boraginées et Nerprums, M. Magnin 



— XLt - 

rappelle les observations de 1869, ses communications antérieu- 
res faites à la Société de botanique de Lyon (1873-1885), à l'As- 
sociation française pour l'avancement des sciences (1883), et 
notamment à la Société d'Emulation du Doubs en 1888. M. Ma- 
gnin concluait à cette époque que: 1° on s'exagérait le rôle 
nuisible attribué au voisinage immédiat des Berberis dans la 
production et la propagation des rouilles; 2» on s'illusionnait 
sur les résultats qu'on obtiendrait en prescrivant la destruction 
des Berberis, même dans des régions étendues; 3<» qu'il fallait 
se préoccuper surtout de l'état de réceptivité de la plante tenant 
à diverses causes, conditions de climat, de sol, de culture, ap- 
titudes de certaines races, etc. 

» Ces conditions données, il y a plus de trente ans, dans ses 
premières communications, il y a plus de quinze ans, pour les 
autres, sont entièrement confirmées parles observations récen- 
tes des agronomes. M. Prunet, pour les environs de Toulouse 
(1902), M. Mareschall pour la Belgique (1903), par exemple, arri- 
vent aux mêmes conclusions : influence très faible ou nulle du 
voisinage des Berberis, nécessité de se préoccuper plutôt des 
conditions culturales des races réfractaires, etc. 

» M. Magiiin termine par des considérations sur la récephuifé, 
la prédisposition et V immunité chez l'homme, les animaux et les 
plantes et conclut qu'un des rôl^s les plus utiles des Insiituts 
botaniques doit être de rechercher et de créer au besoin par les 
procédés aujourd'hui bien connus de la sélection et de l'hybri- 
dation des races locales, adaptées étroitement aux conditions du 
climat et au sol delà contrée, et résistant aux diverses maladies, 
aux divers parasites qui peuvent les atteindre. M. Magnin de- 
mande enfin qu'on l'aide à faire une enquête sur les diverses 
espèces de rouilles et les dégâts qu'elles causent dans le dépar- 
tement du Doubs. » 

Il est à souhaiter que la Société d'agriculture s'empresse de 
répondre au désir formulé par M. Magnin. Les applaudissements 
qui accueillent sa savante communication justifient sa prochaine 
publication dans les Mémoires. 

A l'issue de la séance, M. Vaissier invite les membres présents 



— XLII — 

à se rendre au Musée pour examiner la sculpture gaUo-romaine 
dont il vient de parler. 

Le Président, Le Secrétaire, 

M. Thuriet. Vaissier. 



Séance du 25 juin 1904. 
Présidence de M. Maurice Thuriet. 



Sont présents ; 

Bureau : MM. Thuriet, président ; Vaissier, vice-secrétaire ; 
Maldiney, archiviste. 

Membres: MM. Boussey, Cellard. Gazier, Nardin, Tabbé Ros- 
signol, H. Savoye. 

M le président annonce que M. J.edoux prépare pour une 
prochaine séance une notice sur M. le D"" J. Bruchon, un de nos 
membres les plus distingués et ancien président, décédé le 
2 avril dernier 

M. le Dr Ant. Magnin, craignant de ne pouvoir assistera la 
présente séance, nous fait part de son intention de se rendre à 
Paris pour la fête jubilaire que tiendra prochainement la Société 
de botanique de France. Si la Société d'Emulation lui en ex- 
prime le désir, il la représentera volontiers comme son délégué 
dans cette réunion générale. Cette proposition est accueillie 
avec reconnaissance. 

L'ordre du jour appelle une délibération sur l'organisation du 
\^ congrès de l'Association franc-comtoise à Besançon qui doit 
se tenir, d'après ce qui a été décidé l'année dernière, dans la 
première semaine du mois d'août. Il est admis que l'ouverture 
du Congrès aura lieu le lundi l^'août. Sur les observations de M- 



— XLIU — 

Cellaril sur les iiicoiivénienls qui résuileraient de la limilalion 
de la session à une seule journée, on décide que la veille et le 
surlendemain il sera possible aux étrangers qui le désireraient 
de prolonger utilement leur séjour. Suivant les usages précé- 
dents, les séances générales ou des trois sections d'histoire, 
d'archéologie et des sciences se tiendront dans le même local, 
soit le palais Granvelle, et le banquet chez un restaurant. 

Pour l'organisation des détails, une commission composée du 
bureau, auquel s'adjoindront MM. Gazier, secrétaire général da 
Congrès, D"" Ledoux, Cellard et Savoye, avisera dès maintenant 
aux mesures à prendre et à préparer les éléments d'une délibé- 
ration à une séance spéciale le samedi 9 juillet à 5 heures du 
soir dans la salle de la Société. 

M. le président lit un extrait relatif à la période du siège de 
Besançon par Louis XIV, en 1674, tiré d'une publication auto- 
graphiée par M. le capitaine Jeanneney, étude résumant l'histoire 
militaire de la place, au point de vue stratégique, des deux con- 
quêtes, du blocus (le 1815 et de la guerre de 1870-1871 aux en- 
virons de Besançon. 

Sur la demande de la Société historique et biologique de Saint- 
Malo, l'échange des publications annuelles est consenti avec 
cette compagnie. 

Est présenté et admis comme : 

Membre résidant : 

M. Eugène Charmoillaux, étudiant à la Faculté de Bcs:mçon, 
présenté par MM. Boussey et Gazier. 

Le Président^ Le Secrétaire ^ 

M. Thuriet. - Vaissier. 



— XLIV — 

Séance du 9 juillet t904. 
Présidence de M. le vice- président Parizot. 



Sont présents : 

Bureau: MM. Parizot, président; Gauthier, secrétaire; 
Vaissier, vice-secrétaire ; Fauquignon, trésorier. 

Membres : MM. Cellard, Charmoillaux, Dr LedouXy Vabbè 
Rosaignotf Savoye. 

Après le dépouillement de la correspondance, lettre d'excuses 
de MM. Thuriet, M. le secrétaire donne communication de di- 
vers documents relatifs au congrès de l'Association franc-com- 
toise du l*»" août prochain. Et d'abord la lettre circulaire en- 
voyée aux présidents des diverses sociétés f ranc- comte ises ; 
ensuite la convocation aux membres des diverses sociétés ; en- 
fin une lettre- rapport de M. Gazier, secrétaire général du con- 
grès, sur l'ensemble des mesures déjà prises et sur les diverses 
questions de détail à régler d'urgence. Ces divers points font 
l'objet de délibérations successives qui seront communiquées 
par M. le président du Congrès de 1904 à la Commission spé- 
ciale qui sera très prochainement convoquée. 

1 ' Emplacement des séances du Congrès. — La Société estime 
que les séances générales et de sections seront tenues au Pa- 
lais Granvelle; celles de l'archéologie dans la salle de la So- 
ciété d'Emulation, celles des sciences dans la salle de l'Aca- 
démie ; la grande salle du Palais serait attribuée à la section 
d'histoire ainsi qu'aux réunions plénières du matin et du soir. 

2° Banquet. — Pour deux raisons, proximité du Palais Gran- 
velle et tradition constante, la Société souhaite que le banquet 
(midi), se tienne salle Colomat, aux Grands Carmes. 

S» Durée du congrès. — Une journée, conformément à la tra- 



— XLV — 

dilion, sauf h organiser une excursion à courte distance, pour 
le lendemain, comme en décidera la Commission. 

40 Invitations. — Les invitations au banquet seront limitées : 
au maire de la ville, auquel revient de droit la place d'honneur 
en face du président ; aux membres d'honneur de la Société : 
premier président, archevêque, procureur général, général 
commandant le corps d'armée, préfet du Doubs, recteur et ins- 
pecteur d'académie. 

5« Horaire, — La Société est d'avis que l'heure d'ouverture 
du Congrès soit lixée à 9 heures du matin. 

Sur la proposition de MM. Parizot et Gauthier, un crédit de 
200 francs est mis à la disposition du Congrès pour frais géné- 
raux. 

M. le trésorier avisera aux démarches à faire pour le meilleur 
emploi de cette somme en tenant compte des invités etc.; le 
prix à débattre avec le restaurant Colomat oscillerait de 6 fr. à 
6fr. 50. 

Une sou.s-commission de trois membres : MM. Vaissier, Sa- 
voye et Cellard, est chargée d'aviser à la confection d'un menu 
artistique qui serait confié à l'imprimeur de la Société. 

M. le secrétaire fait une brève communication sur une En- 
seigne révolutionnaire bisontine qui dut figurer dans les fêtes 
de l'Etre suprême, de la déesse Raison et dans les cortèges of- 
flciels du département du Doubs, sous la Première République. 
Cette enseigne se compose, comme morceau essentiel, d'un 
bonnet phrygien rouge avec cocarde tricolore, de grande dimen- 
sion, soutenu d'une hallebarde argentée qui s'emmanchait dans 
un grand bâton. Emportée de la préfecture du Doubs en 1848, 
parle préfet James de Mentry, cette pièce intéressante, échouée 
à Nuits-Saint-Georges (Côte-d'Or), sera rapatriée par les soins 
de MM. Vaissier et Gauthier, pour prendre place au Musée ar- 
chéologique, à côté du relief de la Bastille. 



— XLVT — 
Est proposé et admis en qualité de : 

Membre résideiit : 

M. J£ANXENEY, Capitaine au Gtk de ligne, présenté par MM. 
Tauriel et Clavey. 

Le PrèsidaU, Le Secrétaire, 

Ad. Parizot. Jules Gauthier 



t>éanee du i9 novembre 1904. 
Présidence de M. Maurice Thuriet. 



Sont présents : 

Bureau: MM. Thuriet, président; Parizot, vice - président ; 
Gauthier, secrétaire; Vaissier, vice-secrétaire ; Fauquigfion, 
trésorier; Kirchner, areliiviste. 

Membres : MM. Berdettè^ Blondeau, Bonnet, Celtard, Gazier, 
Guiflemin docteur Ledoux, H. Mairot, Nargaud, Pingaud, lio- 
cardey, docteur Roland, abbé Rossignot, Rouget, docteur G. 
Vaissier. 

M. le président rend compte du Y« congrès de T Association 
franc-comtoise qui s*est tenu à Besançon au commencement du 
mois d'août, selon ce qui avait été décidé à la session dernière 
à Lons-le-Saunier en 1903. 

La Commission nommée au mois de juillet pour préparer la ré- 
ception desdélégués des sociétés du dehors et obtenir les locaux 
pour les séances, de tracer un programme pour la visite des 
monuments et des musées, enfin d'arrêter le menu du banquet 
a rempli son mandat pour l'exécution duquel le bureau avait 
été invité à s'adjoindre MM. Savoye, Cellard. et D' Ledoux. Le 
Congrès s'est tenu le lundi, l*'août, à 9 heures du matin dans 



— XLvn -r 

la grande salle du palais Granvelle. Il était composé d'une 
soixantaine de personnes. Quatre sociétés savantes de la pro- 
vince y était représentées. 

Les congressistes se sont groupés en trois sections : histoire, 
archéologie, sciences. Un compte-rendu détaillé sera publié 
dans le prochain volume des mémoires. A 11 h. 1/2, séance plé- 
nière où Ton a discuté les vœux qui avaient été émis dans les 
sections. Parmi ces vœux, il a é(é décidé qu'une Biographie 
comtoise, sorte de dictionnaire historique contenant des notices 
sur la vie et les œuvres de tous les personnages un peu mar- 
quants dans les lettres, les sciences ou les fonctions publiques, 
serait dressée en collaboration par toutes les Sociétés savantes 
de la région de Franche-Comté et que toutes les notices seraient 
centralisées à la Société d'Emulation du Doubs. Un autre vœu a 
été approuvé, à savoir qu'il serait créé à la Bibliothèque de la 
ville, un dépôt de toutes les photographies intéressant la 
Franche-Comté, personnages, monuments, paysages. 

A midi 1/2, banquet salle Colomat; les toasts ont été portés 
par le président de la Société d'Emulation, par M. Perreau, ad- 
joint, remplaçant le maire de la ville, par M. Trigant-Geneste. 
remplaçant le préfet, par M. Roux, président de la Société d'E- 
mulation de Montbéliard, par M. le docteur Marceau, président 
de la Société d'histoire naturelle et par M. Vieille, président de la 
Société des architectes du Doubs. La séance publique a eu lieu 
à 3 heures de l'après-midi, dans la salle Granvelle. Outre le dis- 
cours du président, il y a eu cinq lectures : de M. Gh. Beauquier, 
sur les Conventionnels du Doubs; de M. Gazier, une analyse et 
des fragments d'une œuvre inédite de Charles Nodier ; de M. 
Faivret, de Dole : César à Vesonlio ; de M. Ch. Sandoz. sur la 
conservation du monument de l'hôtel de ville de Besançon ; enfin 
de M. Gaiffe, professeur au Lycée, sur Arnould Mussot, auteur 
dramatique bisontin au xviif siècle. 

Aprè*^ ce rapide exposé du Congrès de Besançon en 1904, M. 
le président fait connaître que le siège du Congrès de 1905 sera 
Belfort, et que le président élu pour cette réunion est M. Phi- 
lippe Berger, sénateur, membre de l'Institut, professeur au col- 
lège de France, président de la Société bellbrtaine d'Emulation. 



— XLVII! — 

M. le docteur Ledoux lit une Notice sur M, le Docteur J. Bru- 
chon, ancien président de la Société, et fait revivre en termes 
émus et d'une façon très précise une figure sympathique à tous 
les bisontins. Le parfait homme de bien qui fut notre président 
s'était signalé par son zèle éclairé et persévérant dans l'exer- 
cice de son art et par son excellent enseignement de professeur 
à l'Ecole de médecine. Esprit très ouvert sur toutes les ques- 
tions sociales, littéraires et artistiques de son temps, M. J. Bru- 
chon fut sincèrement attaché à la Société d'Emulation et sut lui 
prodiguer, en maintes circonstances, son entier dévouement. I*a 
Société reconnaissante, encore émue des grandes douleurs qui 
affligèrent les dernières années de son ancien président, décide, 
sur la proposition de M Jules Gauthier, qu'un portrait de 
M. Bruchon sera placé en tête du travail de M le docteur Lp- 
doux 

M. Gazier, bibliothécaire de la ville, donne lecture d'une inté- 
ressante étude sur les Evêques constitutionnels du Douhs, en 
utilisant des documents inédits provenant de la correspondance 
de l'abbé Grégoire, que le père de l'auteur, M. Gazier, secré- 
taire du Comité des travaux historiques, a eu la bonne fortune 
de recueillir. Ce travail fort suggestif qui comprend de nom- 
breuses lettres de Seguin, de Demandre, de Moyse, de Roy et 
de beaucoup d'autres prêtres ou évoques constitutionnels, pré- 
sente sous un jour nouveau, môme après l'ouvrage magistral 
de M. Sauzay, la figure des évoques de notre département pen- 
dant la période révolutionnaire, et nous fî^it connaître les négo- 
ciations auxquelles leur élection adonné lieu. La Société ap- 
prouve avec empressement la publication de celte contribution 
à notre histoire locale. 

M. le Président fait la communication suivante : 

« Depuis notre dernière réunion, la Société d'Emulation a eu 
» la douleur de perdre trois de ses membres les plus estimés. 

» M. Henri Coulon n'était pas seulement le doyen des avocats 
» du barreau de Besançon, c'était encore le doyen de notre so- 
» ciétéà laquelle il appartenait depuis 1850. Très afTable et très 
i serviable, M. Coulon ne coniplail que des sympathies parmi 



— xux — 

» nous. Bien que son activité fut absorbée par les affaires du 
* palais, il assistait fréquemment à nos séances et venait tou- 
» jours s'associer à nos banquets. 

• M. le comte Edouard Mareschal de Vezet était des nôtres 
» depuis 1859. C'était le digne représentant d'une honorable et 
» vieille famille bisontine. 

» Nous avons encore à déplorer la perte d'un collègue plus 
» jeune : M. Léon Béjanin, mort avant l'âge, miné par le chagrin 
» que lui causa la perte d'une fille chérie. M. Béjanin consacrait 
f ses loisirs à la peinture et spécialement au paysage. Il était 
» depuis plusieurs mois président de la Société des Amis des 
» Beaux-Arts. Nous envoyons aux familles de nos collègues dé- 
) funts l'expression de nos vives doléances. » 

M. le Président donne lecture d'une demande de modification 
aux statuts déposée par MM. Bonnet, Ledoux et Nargaud, an- 
ciens présidents. Cette demande est renvoyée k une commission 
spéciale composée de MM. H. Mairot, Blondeau et Gazier. 

M. Kirchner est chargé de faire un rapport sur le volume : Sur 
la Végétation des lacs du Jura, ofTerl par M. Magnin, professeur 
à la Faculté des sciences. 

L'ouvrage intitulé : Armand Marquiset : Histoire de ma vip, 
offert par M. le comte Alfred Marquiset, sera présenté à M. le 
docteur Baudin, pour lui demander un compte-rendu ou notice 
bibliographique. 

Sont proposés, puis élus et proclamés : 

Membres résidants : 

M. Adrien Lecl erg, conseiller à la cour d'appel de Besançon, 
présenté par MM. M. Thuriet et Clavey. 

M. Gaiffe, professeur au Lycée Victor Hugo, présenté par 
MM. Gazier et Ledoux. 

Le Préaident, Le Secrétaire^ 

M. Thuriet. A. Vaissier. 

D 



— L — 

i>t'nnce iiu il décembre iiM)i, 
PRt^^iDENci^ d:4 m. Maurick Thuriet. 



Sont présents : 

Bureau: MM. Thuriet^ président; Parizot, vice-président ; 
Vaissier^ vice-secrélaire : Fauquignon^ trésorier; Kirchner^ vu- 
chiviste. 

Memrres : MM. Berdf*lté, Biond^^au. Bonnet, Bonrdin, Cet- 
lardy GazUr, D' Ledottx^ Piiigaad. abl)é Rosaignot, Savoye^ De 
Truchis. 

M. le président Thuriet donne communication de la première 
partie d*une Etude sur les Discours de rentrée, spécialement sur 
cetix qui ont été prononcés devant le Parlement de Francbe- 
Comté et devant la cour d*appel de Besançon. Une récente dé- 
cision des pouvoirs publics a mis fin à Tusage fort ancien qtii 
consistait à ouvrir l'année judiciaire par un discours d*apparat. 

Après avoir établi Torigine de cette tradition qui disparait, 
M. Thuriet en a signalé les principales manifestations dans 
l'histoire du Parlement de notre province. Il a cité notamment 
les discours prononcés en 1775, lors de la réinstallation de Tan- 
cienne magistrature, après la chute de Meaupou. Il a fait en- 
suite la revue rétrospective des discours prononcés depuis l'ins- 
titution de la Cour d'appel de Besançon jusqu'en 1902, en si- 
gnalant plus particulièrement ceux dont le sujet a trait à l'his- 
toire locale ou à des personnages comtois. 

M. Vaissier, saisissant l'occasion de la trouvaille récente de la 
sculpture gallo-romaine de Champforgeron représentant un 
Priape jeune, dieu des jardins, en fait le sujet d'un rapproche- 
ment avec une des plus précieuses acquisitions du musée d'ar- 
chéologie, à savoir le vase en verre violet, décoré de figures en 
émail blanc ciselé comme un camée Là, c'est le Priape barbu, 
aux oreilles pointues personnifiant la fécondité qu'on pourrait 



— LI — 

appeler animale, tandis que le tmut relief de Champforgeron 
personnifie plutôt la fécondité végétale. Castan qui, il y a 20 
ans, n*a pas essayé de pénétrer le sens allégorique probable de 
la décoration du vase, en a toutefois ^onné tine très bonne des- 
cription. L'intérêt d'une cérémonie priapicjue figurée, peut-être 
unif|ue dans son espèce, mérite d'être remémoré et d'être pro- 
posé à l'étude des archéologues les plus compétents ; aussi est- 
ce dans celte vue que M. Vaissier, répondant à la demande de 
M. Furtwengler, l'éminent directeur de la Glyptothèque de Mu- 
nich, lui a adressé trois photographies des dilTérentes faces de 
l'œnochoê priapique, documents plus sûrs et plus complets que 
la simple esquisse du développement de la scène, publiée en 
1876, dans nos mémoires. 

M. Magnin présente les premières pages d'un Conspectus fa- 
milianum regni vegetabilis, envoyé par notre confrère, M. Ven- 
drely, et donne des explications sur le plan suivi par Tauteur de 
cette nouvelle classification du règne végétal. Considérant l'im- 
portance à attribuer aux caractères gradatifset évolutifs, M. Ma- 
gnin fait cependant des réserves sur les principes qui paraissent 
avoir guidé M. Vcndrely dans l'établissement des grandes divi- 
sions de sa classification ; il pense, avec la grande majorité, si- 
non la totalité des botanistes actuels, qu'on ne peut plus main- 
tenir aujourd'hui les polypôtales superovariés en tête de la série 
descendante des familles; leur infériorité comparée aux gamo- 
pétales est démontrée par de nombreuses raisons d'ordres di- 
vers, tirées de l'organographie, du développement,desloisde la 
taxinomie, de la paléontologie etc ivoir Heckel, Rev. se. 1886, 
p. 337; de Saporta, Guillaud, rev. se. 1880, p. 536; A. Magnin, 
végét. du Lyonnais, 1886, p. 696, 497 etc.). 

M. Henri Mairot fait connaître les conclusions de la Commis- 
sion nommée à hi séance précédente pour examiner une ques- 
tion de modification au Uèglement, proposée par MM. Honnel, 
I)»^» Ledoux et Nargaud. A l'unanimité, la Commission a estimé 
que cette proposition méritait d'être prise en considération, que 
les conditions de l'adjonction des anciens présidents au bureau 
delà Société pour la solution de certaines questions intéressant 



— LU — 

sérieusement l'avenir de la Société, adjonction qui a déjà lieu 
dans la pratique, devaient être fixées d'une façon précise. Elle 
a pensé toutefois qu'il n'était pas nécessaire pour cela de de- 
mander une révision des statuts de la Société approuvés par le 
Conseil d'Etat, et qu'une mention au procès-verbal des séances 
suffirait pour engager à ce sujet les membres de la Société. 
M. Bonnet, en opposition avec ces conclusions, croit nécessaire 
une modification des statuts eux-mêmes, et désireux d'obtenir 
des renseignements complémentaires, demande à la Société 
d'ajourner à une prochaine séance sa décision sur cette ques- 
tion. La Société faisant droit à sa requête, ajourne le vote sur 
la proposition de modification au règlement présentée par MM. 
Bonnet, Ledoux etNargaud. 

Après un rapport verbal de M. le trésorier Fauquignon sur 
l'état financier de la Société, il est décidé que le budget pour 
l'année 1905 sera le môme que celui de l'année 1904. 

Aux regrets exprimés à la dernière séance sur la perle de 
plusieurs membres décédés récemment, M. le président rappelle 
qu'il faut joindre ceux à la mémoire de M. Jules Larmet, ancien 
adjoint au maire et membre de la Société depuis vingt ans. 

M. l'abbé Hossignot qui avait été prié d'examiner l'ouvrage 
ofi^ertà la Société, intitulé: N,D, de Gray depuis i620 et publié 
par M. le chanoine Louvot d'après les manuscrits de l'auteur, le 
chanoine Villerey, ancien curé de Gray, signale l'intérêt de cette 
publication en raison de l'importance historique du pèlerinage 
célèbre en l'honneur d'une image vénérée à l'époque des pestes 
du xvii" siècle. 

L'ordre du jour appelant l'élection du bureau pour l'année 19(fô, 
la Société procède à cette nomination par acclamation. 

M. Jules Gauthier, notre secrétaire décennal, appelé aux 
fonctions d'archiviste de la Côte-d'Or, ayant quitté Besancon, 
est d'abord nommé parla Société secrétaire décennal honoraire. 



LUI 



Bureau pour Tannëe 1905. 

Président annuel : M. Adolphe Parizot, inspecteur hono- 
raire des Enfants assistés. 

Premier vice-prMdent : M. Maurice Thuriet, avocat général. 

Deuxième vice- président : M. le D" Ant. Magnin. doyen de la 
Faculté des Sciences. 

Secrétaire décennal : M. Georges Gazikr, conservateur de la 
Bibliothèque de la Ville. 

Vice-secrélaire : M. Alfivd Vaissier, conservateur du Musée 
archéologique. 

Trésorier : M. Fauquignon, receveur honoraire des Postes 
et Télégraphes. 

Archivistes : MM. Kirchner et Maldinev. 



— LIV — 

RAPPORT 

SUR L'OUVRAGE DE M. le D^ ANT. MAGNIN 

LA VÉGÉTATION DES LACS DU JURA 




Le gros volume, que le D' Magnin vient d'offrir à la So- 
ciété d'Emulation, est le premier ouvrage d'ensemble qui ait 
été publié sur les lacs du Jura au point de vue botanique. 

Fruit de nombreuses excursions, de sondages parfois pé- 
nibles et laborieux, de longues et minutieuses études, il com- 
prend deux parties distinctes. 

Dans la première, Fauteur a exposé en détail la flore de 
74 lacs jurassiens, depuis les bassins rocheux du Doubs aux 
Brenets jusqu'au lac du Bourgeten Savoie, avec des plans et 
des schémas indiquant la topographie de tous ces lacs, ainsi 
que leurs diverses zones de végétation : (phragmitaie, nu- 
pharaie, potamaie, charaçaie. Cette partie sera très utile à 
consulter à l'avenir.) 

Dans la seconde partie, plus générale et plus philosophi- 
que, il étudie les ressemblances et les différences qui carac- 
térisent la végétation de chacun de ces lacs, et il en recher- 
che les causes. On y trouve une intéressante comparaison 
de la flore lacustre du Jura avec celle des régions voisines, 
Vosges, Alpes, Plateau central, et même Pyrénées. Le cha- 
pitre qui suit a des remarques générales sur le milieu aqua- 
tique et le milieu lacustre Cette seconde partie est aussi re- 
marquable au point de vue de la synthèse que la première 
Test au point de vue de l'analyse. 

Le volume se termine par des considérations fort curieuses 
sur révolution des lacs, dont la durée serait limitée, et qui, 



k 



~ LV — 

passant par différents stades, seraient successivement des 
lacs à talus et à eau profonde, des lacs à beine et à mont, 
pour finir par ne plus être que des étangs ou des marécages. 

Tel est, brièvement résumé, le contenu de cet important 
ouvrage, qui a reçu un accueil chaleureux et enthousiaste 
parmi les sommités du monde savant. M. le professeur Ma- 
gnin y a consacré 10 années d'études et de patientes recher- 
ches (de 1890 à 1900). Mais le sujet est si vaste que, malgré 
toutes ses peines et ses efforts, il n'est pas épuisé ; il reste 
en effet à étudier les microphytes, le plancton végétal, la zone 
profonde des cladophores. M. Magnin nous promet un second 
volume qui traitera de ces matières. Nous souhaitons que le 
temps et la santé lui permettent de mener à bonne fin cette 
entreprise. 

Ajoutons enfin que la partie bibliographique a été Tobjet 
de soins particuliers et que l'ouvrage est orné de nombreuses 
photogravures, dont plusieurs très bien réussies. 

Besançon, 30 novembre 1904. 

A. K 



MÉMOIRES 



LA 

SOCIÉTÉ D'ÉMULATION DU DOUBS 

EN 1908 



Discours d'oiifertore de la séance pobliqoe do jeudi 17 décembre 
Par M. Edmond FRANGG7 

PRÉSIDENT ANNUBL 



Mesdames, 
Messieurs, 

Lorsqu'une année s'achève, il nous plait et il nous est 
utile de jeter une vue d'ensemble sur Tœuvre qu'elle a vu 
s'accomplir dans notre société, sur les progrès réalisés par 
le travail continu de ses chercheurs. 

Des documents nouveaux apparaissent, qui jettent la lu- 
mière et la vie sur des coins, encore tout remplis d'ombre 
et de mystère : le passé du sol natal ressuscite, par frag- 
ments, du linceul où le temps l'enveloppait. Les travaux iso- 
lés s'agrègent par l'effet d'une inspiration commune ; le 
bourdonnement de l'abeille devient le bruit de la ruche. La 
source des efforts individuels se découvre : dans les généra- 
tions disparues, dans les vestiges de leurs monuments et 
de leurs mœurs, nous cherchons à nous mieux connaître, à 
nous mieux comprendre. En suivant la chaîne, invisible au 
regard superficiel, qui nous relie à nos ancêtres, nous dé- 
couvrons mieux le sens de la vie moderne. De même que 
la science de Tétymologie permet de saisir en toutes ses 

1 



nuances la valeur des mots, ainsi l'histoire de notre province 
nous en fait pénétrer davantage la richesse et la variété et, 
si j'ose dire, le suc intime. Et dans la résurrection de ce 
qu'on croyait mort, palpite une mystérieuse poésie, qui 
émeut Tâme du savant, lorsque ses doigts touchent à la pous- 
sière des vieux parchemins. Ces impressions exquises, vous 
vous êtes imposés, Messieurs, la noble tâche de les commu- 
niquer à vos concitoyens. Vous voulez que la vue d'un vil- 
lage comtois, d'un rocher aride, d'une ruine attristée, peu- 
plent vos âmes de vieilles légendes et fassent revivre les 
choses et les êtres évanouis. La fin que vous poursuivez est 
généreuse et morale; votre but est de restituer à ce qui 
n'est plus, par vos patientes recherches, son caractère de 
vérité historique et scientifique. 

Le volume de vos mémoires de 1902, qui vient de paraître, 
contient les œuvres les plus intéressantes, dont mon pré- 
décesseur et ami, le savant docteur Nargaud, vous a fait 
l'année dernière, à pareille époque, dans un éloquent dis- 
cours, une complète analyse. 

L'année 1903 a marqué une étape de plus dans la belle 
carrière que vous vous êtes ouverte. Mais avant de se réjouir 
des fruits de vos labeurs il faut penser aux champions dis- 
parus et saluer les morts. Nous avons le devoir de leur 
rendre liommage, de les révéler une dernière fois, pour 
éveiller cliez les uns des souvenirs attendris, et pour les 
rendre familiers à ceux qui, nouveaux venus, doivent en les 
remplaçant recueillir leur tradition. 

C'est Louis Bouvard qui, pendant de longues années, a 
fait partie de la société, lui qui en fût devenu l'oracle si le 
barreau, l'administration municipale et hospitalière n'eussent 
absorbé la plus grande part d'une incroyable puissance de 
travail. 

C'est Maurice Cosson, ancien trésorier général du Doubs, 
ancien député des Vosges, naturalisé à Besançon franc-com- 
tois. Par Tamour qu'il a porté à notre province, par Taina- 



-3- 

bilité de son caractère, sa courtoisie, son tact parfait, il a 
mérité la sympathie et l'estime de tous. 

C'est Jean Petit, le sculpteur, né en 1819 dans ce palais 
de Granvelle, dont son œuvre préférée, la statue du célèbre 
cardinal, embellit la cour intérieure. Fils d'un ouvrier, il 
lui a fallu conquérir, à force de travail persévérant, le droit 
d*être un véritable artiste. La gêne des premières années ne 
Ta pas empêché de multiplier ses créations : statues, bustes, 
bas-reliefs qui vont enrichir nos collections publiques. Hom- 
mage aussi à l'œuvre de sa bonté, à ces fondations généreuses 
en faveur des enfants du peuple, qui témoignent d'une vo- 
cation pour l'art et à qui il a voulu épargner les secrètes dé- 
tresses d'une âme ardente, aux prises avec la pauvreté. 

Alexandre Vézian, qui fut président de la société d'Emula- 
tion du Doubs en 1875 et plus tard conseiller municipal. 
Doyen de la Faculté des sciences, aimé des jeunes généra- 
tions qu'il a formées, il est devenu un des maîtres de la géo- 
logie. Ses travaux ont enrichi nos mémoires. Par un juste 
retour de notre reconnaissance, ils enregistreront sa vie 
d'homme de bien, de savant distingué, sous la plume de notre 
confrère M. le docteur Girardot. 

Ulysse Robert, membre honoraire, inspecteur général des 
bibliothèques et des archives, qui a mis son érudition si sûre 
et si étendue au service de la direction du catalogue géné- 
ral des manuscrits des bibliothèques de France, en même 
temps qu'il publiait l'histoire et le bullaire du pape Calixte II, 
les testaments de l'officialité de Besançon, la vie de Philibert 
de Châlons. 

Eugène de Beauséjour, membre correspondant, ancien 
magi.strat à Dole, à Vesoul, à Lons le-Saunier, à Besançon. 
Gendre de l'historien Edouard Clerc, il a puisé à son contact 
le goût des études historiques. Parmi ses publications, je si- 
gnalerai notamment l'histoire du bailliage de Vesoul et des 
magistrats qui y ont siégé. 

M. Léon Viellard, le grand industriel de Morvillars, admi 




nistratcur de la Compagnie de l'Est, dont les rares qualités 
d'intelligence et de savoir se sont déployées dans des direc- 
tions si diverses. Erudit, M. Yiellard a publié un ouvrage re- 
marquable sur la trouée de Belfort et ses souvenirs histo- 
riques. Il nous a donné une étude sur la maison féodale 
d'Orsans. 

M. Jean-Baptiste Morlet, ancien négociant, ancien conseil- 
ler municipal, membre de la Chambre de commerce, qui a 
donné tout son dévouement à l'assistance publique et à l'ad- 
ministration municipale. Il fut, chez nous, le promoteur gé- 
néreux de l'établissement du téléphone. 

Longue, vous le voyez, est la liste de nos regrettés 
membres. Mais si l'âge de ceux qui s'en vont, n'empêche 
pas les larmes de couler et si la mort de l'homme de 
bien est toujours prématurée, du moins avons-nous la conso- 
lation de penser que la plupart de ceux dont j'ai cité le» 
noms ont parcouru une pleine carrière et donné la mesure 
de leurs talents. 

J'arrive au bord d'une tombe qui vient à peine de se fermer 
sur un jeune homme, à l'âge où les preuves données se pa- 
rent de toutes les promesses de l'avenir. Un caractère de 
franchise et de loyauté, une bonté, une douceur sans bornes, 
une haute valeur scientifique, nous rendent plus douloureu- 
sement cher encore le souvenir d'Henri Bruchon. I..a sym- 
pathie s'épanouissait autour de lui comme elle va à son 
vénéré père, dont il avait si bien suivi l'exemple. Nous l'a- 
vions accueilli avec joie parmi nous ; il nous apparaissait 
comme une recrue précieuse et ses premiers travaux avaient 
justifié nos espérances. Sa perte laisse parmi nous un vide 
immense, comme elle a laissé au cœur de sa famille, dont il 
était le juste orgueil, un inguérissable chagrin 

Je salue maintenaint les nouveaux venus. Dans les lignes 
imparfaites qui viennent de retracer si brièvement les morts, 
ils ont vu la tâche à remplir. Ils emploieront, comme l'ont 
fait leurs prédécesseurs, les qualités dont ils ont bien voulu 



k 



— 5 — 

nous assurer le concours, en continuant les progrès qui 
n'ont pas cessé un instant de signaler la marche en avant de 
la Société d'Emulation. Leurs créations viendront s'ajoutera 
celles qui constituent notre richesse acquise. 

L'année 1903 a vu éclore, elle aussi, des œuvres nom- 
breuses et toutes intéressantes à titres divers. 

M. Alfred Vaissier, dont il serait superflu aujourd'hui d'en- 
treprendre l'éloge, et qui sait recueillir, avec une merveil- 
leuse divination, pour en faire sortir l'histoire, les moindres 
débris répandus dans notre sol, nous a donné encore toute 
une série de notes sur des points mal élucidés. 

Il a su déterminer l'époque probable à laquelle les monu- 
ments de Vesonlio ont été partiellement détruits (avant la 
venue de l'empereur Julien en Séquanie vers l'an 360 de 
notre ère). Il conclut à une invasion venue d'outre-Rhin, 
anéantissant Mandeure, puis, détruisant, en partie du moins, 
Besançon, qui abandonné par les troupes romaines, réfugiées 
sans doute au delà de la Saône, ne retrouva jamais son an- 
cienne splendeur. 

Deux statères d'or pâle des Auberci Cenomanni, c'est-à- 
dire du peuple gaulois qui habitait la région du Mans, re- 
trouvées aux environs de Poligny, lui ont permis d'affirmer 
que longtemps avant César, au lendemain de la mort de Phi- 
lippe de Macédoine et d'Alexandre, un commerce très actif 
reliait le nord et le midi, l'est et l'ouest de la Gaule indé- 
pendante. 

M. Jules Gauthier, une fois de plus, nous a offert de nou- 
velles preuves de son incroyable activité. De l'heureux mé- 
lange de sa vaste érudition et du sentiment si vif de la poésie 
qui s'attache aux choses anciennes, nous avons vu jaillir 
encore de nouveaux joyaux. 

Je signale l'étude sur « les cloches franc-comtoises » his- 
toire à grands traits des carillons « tréseaux » et bourdons 
qui, du XII* siècle à nos jours, ont animé les beffrois des 
vieilles églises et dont la plupart ont péri, au cours des âges, 




- 6 - 

tantôt dans les incendies^ tantôt dans les pillages des guerres 
d'autrefois, pour être anéantis par centaines en 1792-1793 
quand la conscription des cloches transforma en canons le 
bronze des clochers. 

Les armoriaux et les hérauts d'armés- francs-comtois^ 
étude sur les praticiens d'art héraldique, qui, à partir des 
derniers ducs de Bourgogne, pénètrent en Franche-Comté, 
y font école, dressent des recueils de noblesse, coiligent les 
armoiries et battent souvent monnaie sur la vanité, matière 
imposable s*il en fût. Malgré ses côtés puérils en apparence, 
Tart héraldique a tenu trop de place dans les siècles écou- 
lés pour que sa connaissance ne soit pas indispensable à qui 
veut explorer le passé. C'est un critérium auquel on doit et 
on devra maintes découvertes en matière d'art et d'archéo- 
logie. 

Livres de raison des paysans francs-comtois. Saisies sur le 
vif, les confidences sincères et modestes, que quelques 
paysans des montagnes ou de la plaine conflent, au xii* ou 
XIII* siècle, à quelque cahier, renseignent mieux, sur la vie 
de nos aïeux de village, que les documents, si nombreux dans 
nos archives, émanant des notaires ou des greffiers ne s'oc- 
cupant que du terre à terre des contrats : vivant dans la pau- 
vreté et surtout très laborieusement, le paysan a fait souche 
de descendants robustes et donné à son pays, dans toutes les 
catégories sociales, des héritiers qui lui font honneur. 

La cheminée du médecin Caseruit de Besançony exilée au 
musée de Dole. Curieux souvenir artistique d'un contempo- 
rain et d'un commensal du cardinal de Granvelle, ce précieux 
morceau de sculpture polychrome, avec bas-reliefs, colonnes 
cl iu iiements d'architecture, inscriptions, emblèmes, a de 
[iliH le mérite de mettre au concours un petit problème à 
résoudre, celui des initiales: PH. F. D. qui doivent repré- 
senter le prénom et le nom de quelque artiste dolois de 1565. 

7nnté latin de Vantiquité et de la noblesse de la cité de 
B**friHCOH, par Hugues Babet, de Saint-Hippolyte. Ce lettré 



à 



— 7 — 

qui fut le professeur de Gilbert Convers et de Jean Matai, fut 
aussi leur précurseur dans la louange du pays comtois et fit 
entrer dans les cosmographies, éditées de son temps, à Bâle 
ou en Allemagne, les premières descriptions du libre comté 
de Bourgogne. Il y a, dans cet ordre d'idées, nombre de 
choses nouvelles à retrouver et à mettre en lumière dans 
Tœuvre de nos rhéteurs de la Renaissance. 

Epaves de la bibliothèque de Granvelhy retrouvées dans 
les bibliothèques du château de Chantilly, de la ville de 
Vesoul, et d'une communauté religieuse de Besançon, sous 
forme de belles et curieuses reliures, d'un gi'and caractère, 
enserrant de superbes éditions de classiques flamands, alle- 
mands ou vénitiens. 

Inscription inédite de i557, donnant l'origine du nom 
de la rue Sainte-Anne à Besançon. 

Après avoir flagellé les pillages d'un collectionneur indé- 
licat, qui fut au xviii* siècle le fléau des bibliothèques et des 
archives comtoises, M. Gauthier a révélé d'autres pillages 
accomplis au xix* siècle par un érudit de valeur, atteint de 
cette kleptomanie qui amoindrit fâcheusement les dépôts 
publics. Son nom devra, tôt ou tard, être publiquement 
honni, ne fut-ce que pour éviter le retour d'exploits de ce 
genre. 

Les Fouillés du diocèse de Besançon du xi® au xiii' siècle, 
étude de géographie historique, précisant un certain nombre 
de faits inédits. 

Notice surVéglise Saint-Maunce de Besançon^ ses recons- 
tructions et ses embellissements de 1550 à 1719, faisant 
connaître nombre d'artistes oubliés et d'objets d'art disparus. 

Marnay aux X VHP et XIX' siècle^ première page de mono- 
graphie d'une charmante bourgade très voisine de Besançon, 
qui mire encore dans l'eau de l'Ognon les derniers vestiges 
d'un beau château de la Renaissance. 

M. l'abbé Auguste Rossignot, bibliothécaire de l'archevêché, 
dont nous allons applaudir une biographie des plus atta- 



- 8 — 

chantes et des mieux établies de rorientalisle Pauthier, ori- 
ginaire de Mamirolle, ne s'est pas borné à rendre à notre 
distingué compatriote un hommage mérité. Il nous a rendu 
compte de fouilles très curieuses qu'il a pratiquées dans la 
Haute-Saône, sur le territoire d'Argillières, et qui ont mis en 
évidence, près de la route romaine de Pierrecourt à Bour- 
bonne, trois groupes de métairies et d'habitations, contempo- 
raines de l'empereur Claude II, c'est-à-dire du m* siècle. 

M. Maurice Thuriet, qui collabore activement à la biogra- 
phie provinciale, que V Association franc-comtoise, dont il 
vient d'être nommé président, s'efforce de nous donner, a 
consacré à Jean Petit, le sculpteur vigoureux que nous 
venons de perdre, une étude biographique très complète, et 
a mis en lumière, avec un grand talent, ce qu'un fils d'ou- 
vrier, dénué d'appui et d'argent, a pu faire pour rivaliser 
avec un maître du ciseau. La notice de M. Thuriet défendra 
de l'oubli le nom du sculpteur, qui trouvera dans la posté- 
rité reconnaissante plus de justice qu'on ne lui en a rendu 
de son vivant. 

M. Victor Guillemin qui, dans le volume de nos Mémoires 
de 1902, a publié une savante et complète étude sur la pein- 
ture anglaise, nous a lu, cette année, une étude sur l'aimable 
poète Alfred Marquiset, notre associé, dont la verve et la 
muse élégante ont donné déjà à notre théâtre comtois tant 
d'oeuvres originales et spirituelles. 

M Tabbé Druot a consacré une consciencieuse étude à la 
voie romaine de Vesontio à Mandeure, qui traverse les 
cantons de Baume et de Clerval, par Luxiol, Autechaux, 
Voillans, l'Hopital-Saint-Lieffroy, Rang-les-L'Isle. L'explo- 
ration a été faite par lui avec beaucoup de méthode et de 
sagacité. Ses creusages et ses observations fort judicieuses, 
ajoutent d'intéressants jalons à la carte de la Séquanie 
romaine. 

Après nous avoir parlé de l'activité qui règne dans nos 
séances et dont les fruits se retrouveront en 1904 dans notre 



volume de Mémoires, laissez-moi, mesdames et messieurs, 
vous entretenir un instant de l'œuvre collective de la société 
en 1903. 

La Société d'Emulation, après avoir réalisé le capital de la 
pension des frères Grenier constituée par le dernier survi- 
vant, le poète Edouard, a décidé que cette pension triennale 
serait de 1,800 francs par an et que, dans ce but, les intérêts, 
aiijourd'hui de 1,550 francs environ, seraient capitalisés 
jusqu'à ce que pareille rente puisse être régulièrement 
servie. Le délai nécessaire permettra incessamment d'étudier 
dans le sens le plus libéral et le plus conforme aux inten- 
tions des généreux donateurs, les conditions d'une fondation, 
dont notre Société s'honore d'être à jamais la dispensatrice. 

En 1899, la Société d'Emulation a fondé l'Association franc- 
comtoise, c'est-à-dire le groupement, en un étroit faisceau, 
de toutes les sociétés savantes de notre ancienne et chère 
province. Tour à tour, à Dole, à Montbéliard, à Gray, l'Asso- 
ciation a tenu ses pacifiques assises. Cette année c'était à 
Lons-le-Saunier où quatre-vingts congressistes, présidés par 
M. Philippe Berger, de l'Institut, professeur au Collège de 
France, notre compatriote et notre collègue, ont acclamé 
l'union si nécessaire, pour le progrès de la science et le 
maintien de cet esprit provincial, qui est une grande force du 
patriotisme national L'an prochain, au mois d'août 1904, 
l'Association se tiendra à Besançon et ce sera à vous. Mes- 
sieurs, à donner à cette fête l'ampleur qui convient. C'est 
votre nouveau et distingué président, auquel Je vais remettre 
le pouvoir, que votre collaboration m'a rendu facile, qui aura 
l'avantage de présider l'association franc-comtoise et qui fera 
avec vous, avec notre jeune et aimable bibliothécaire, 
M. Gazier, secrétaire général du Congrès, les honneurs de 
notre vieille capitale aux délégués venus des bords de la 
Saône, du pied des Vosges et du Jura. Le succès du Congrès 
de Lons-le-Saunier et des trois réunions qui l'ont précédé, est 
un augure favorable pour ses .«uccès futurs, et la Société 



— 10 — 

d'Emulation peut se flatter d'une initiative qui n'a pas trouvé 
et ne trouvera jamais de détracteurs . 

Dans la mesure de ses forces, la Société d'Émulation a 
mis tout son dévouement, depuis soixante années, à déve- 
lopper la prospérité artistique et scientifique de notre ville. 
Elle a enrichi le Musée d'archéologie, après avoir fondé et 
doté le Musée d'histoire naturelle, après avoir libéralement 
distribué ses ressources à nos bibliothèques, à nos labora- 
toires. 

La lutte pour la vie, si âpre aujourd'hui, engendre l'indiffé- 
rence aux choses de l'art et l'égoïsme. Il nous appartient, 
Messieurs, de lutter de toutes nos forces contre ces ferments 
de corruption et de dépérissement intellectuel et moral. 
Cherchons à grouper autour de nous la jeunesse avec sa 
sève et son entrain, les hommes plus mûrs, avec leur 
science, leur sagesse et leur influence 

Nous sommes sûrs d'être secondés dans notre tâche par le 
concours de tous nos concitoyens. Les marques de sympathie 
et d'estime que les hauts fonctionnaires de notre ville, 
présents et absents, ont bien voulu nous donner, nous sont 
une précieuse garantie. Qu'iis reçoivent l'expression de 
notre sincère et respectueuse gratitude. 

Depuis bientôt vingt ans que j'appartiens à la Société, je n'y 
ai vu que travail et entente. La lecture de vos mémoires, 
qui forment déjà une petite bibliothèque, décèle cette har- 
monie qui règne au milieu des plus nobles préoccupations. 

Fasse l'avenu' que de si louables eflorts restent féconds et 
que votre initiative continue à s'exercer au grand profit des 
sciences, des lettres et des arts, dans cette vieille cité dont 
vous écrivez les annales, dont vous ressuscitez les traditions, 
les gloires, les monuments ! 




k 



LE PROFESSEUR 

ALEXANDRE VÉZIAN 

Par le D' Albert 6IRARD0T 



Séance du i6 décembre i903. 



Messieurs, 

La Société d'Emulation du Doubs a perdu, au mois d'août 
dernier, l'un de ses membres les plus anciens, M. le profes- 
seur Alexandre Vézian, qui lui appartenait depuis plus de 
quarante ans, et qui avait pris, autrefois, une part active à 
ses travaux et à ses publications. 

M. Vézian était né à Montpellier, le 29 avril 1825; il avait 
fait ses premières études au prytanée de la Flèche, où son 
père l'avait placé, le destinant à l'état militaire ; il s'y était 
fait remarquer par sa vive et précoce intelligence, et par une 
aptitude très marquée pour les sciences d'observation. Celles- 
ci prirent bientôt plus d'attrait pour lui que la carrière des 
armes, et il quitta la voie dans laquelle sa famille désirait 
rengager, pour se consacrer à l'enseignement et entrer dans 
l'université. Il y débuta comme professeur de physique au 
lycée de Bourg, et, après deux suppléances, l'une à la fa- 
culté des sciences de Clermont, l'autre à celle de Rennes, il 
fut chargé du cours de minéralogie à la faculté des sciences 
de Besançon, le 2 décembre 18«59: puis il devint titulaire de 
la chaire de géologie et de minéralogie, le 15 janvier 1862. 
En 1878, il fut nommé doyen de cette faculté, et conserva 



- 12 - 

le décanat jusqu'à l'époque de sa retraite; il reçut, en 1881, 
la croix de chevalier de la Légion d'honneur. 

La carrière scientifique ae M. Vézian ne fut pas moins 
brillante que sa carrière universitaire, et elle l'eût été da- 
vantage encore, s'il se fût moins tenu à l'écart, par le fait 
d'une modestie excessive et d'une véritable répugnance à se 
mettre en avant. Ses premiers travaux de géologie sur la 
province de Barcelone attirèrent l'attention sur lui, et son 
Prodrome qui parut quelques années après, obtint du monde 
savant l'accueil le plus favorable. Cet ouvrage considérable 
n'est pas seulement un abrégé de géologie, comme l'indique 
trop modestement son auteur, mais un véritable traité de 
cette science, dans lequel il passe successivement en revue : 
la cosmogonie du globe, les phénomènes dont le siège est à 
l'intérieur de l'écorce terrestre, ceux dont le siège est à l'ex- 
térieur de cette écorce, la formation des montagnes, la stra- 
tigraphie, les modifications de la flore, de la faune et du cli- 
mat au cours des temps géologiques; enfin, la géologie 
systématique. Le Prodrome renferme sur toutes ces ques- 
tions des indications très complètes et des aperçus nouveaux, 
pour le moment où il fut composé; aussi son succès fut 
grand lorsqu'il parut et il eut rapidement trois éditions, en 
1861, 1863 et 1865. Quelques années plus tard, en 1873 et 
en 1874, M. Vézian publia, dans les Mémoires de notre So- 
ciété, une étude très étendue sur le Jura franc-comtois, sorte 
d'histoire géologique de cette partie du massif, comprenant 
l'examen de son dépôt, dans un bassin bien défini de la mer 
jurassique, de sa structure, des phases qu'il a traversées de- 
puis l'achèvement de sa sédimentation jusqu'à l'époque ac- 
tuelle, et Texposé des phénomènes dont il a été le siège 
pendant cette dernière période. Ce travail, présenté au con- 
grès des sociétés savantes, en 1875, valut une médaille d'ar- 
gent à son auteur; il témoigne, comme le Prodrome, d'un 
labeur intense et prolongé et d'une grande activité intellec- 
tuelle. Cette activité, toutefois, ne se borna pas à la publica- 



--43- 

tion de ces deux ouvrages; M. Vézian fit paraître aussi, soit 
dans notre Recueil, soit dans le Bulletin de la Société géolo- 
gique de France, ou dans celui de la section du Jura du Club 
alpin, plusieurs notices concernant les assises secondaires 
de notre province et, dans TAnnuaire du Club alpin français, 
une « Esquisse de l'histoire géologique du Mont-Blanc », 
ainsi que divers articles sur les montagnes, leur formation, 
leur rôle géologique et les théories orogéniques. 

Quelques années déjà se sont écoulées depuis la publica- 
tion de ces travaux, pendant lesquelles la science a progressé 
d'une manière, pour ainsi dire prodigieuse, et certains d'entre 
eux sont aujourd'hui de beaucoup dépassés; bien des idées 
qui lui étaient propres, ou qu'il avait adoptées, ont été re- 
connues fausses puis abandonnées. On ne saurait voir là, 
toutefois, une marque d'infériorité ; ses travaux ont subi la 
destinée commune à toutes les œuvres scientifiques qui sont 
comme des degrés , sur lesquels la science s'appuie , puis 
qu'elle franchit et laisse derrière elle, en s'élevant sans cesse 
plus haut; aussi, pour apprécier la valeur du savant, ne 
faut-il pas le juger au point de vue du temps actuel, mais de 
celui où il écrivait. D'ailleurs, si les théories se sont modi- 
fiées, si l'invraisemblance de quelques-unes des hypothèses 
qu'il défendait a été démontrée, ses observations person- 
nelles demeurent d'une exactitude incontestable et n'ont rien 
perdu de leur justesse. 

M. Vézian entra dans notre Société en 1860, dès son arrivée 
à Besançon ; il vint y continuer la tradition des recherches 
de géologie, auxquelles elle a toujours fait bon accueil; 
comme ses prédécesseurs, Numa Boyé, Etallon, Lory, Pi- 
dancet, pour ne citer que ceux-là, il contribua à augmenter 
l'étendue de nos connaissances sur ce pays, non sans jeter 
quelque éclat sur notre Compagnie; il fut toujours dévoué à 
ses intérêts, enrichit ses Mémoires d'un remarquable travail 
et la présida deux fois, en 1863 et en 1875. Il laissera parmi 
nous le souvenir d'un confrère bienveillant et de relations 



agréables, qui aimait la science et cherchait à la faire aimer^ 
et qui fit honneur à notre Association ; aussi ne devions-nous 
pas le laisser disparaître sans lui adresser ici un dernier 
adieu. 



L'ORIENTALISTE 

GUILLAUME PAUTHIER 

(1801-1873) 
Par M. l'abbé Angoste ROSSIGNOT 

BIBLIOTHÉCAIRE DB L'aRCHEVÊCHÉ 

MKMBBE l^tiSXDAKT 



Séance publique du il décembre 1903 



Le 11 mars 1873 mourait à Paris un de nos compatriotes, 
qui a laissé un nom comme orientaliste, et dont aucune pu- 
blication franc-comtoise n'a parlé à cette époque. Cet homme 
est Guillaume Pauthier, connu dans son pays natal sous le 
nom significatit de Pauthier le Chinois. Si nous en croyions 
la Grande Encyclopédie, il serait né à Besançon en 1801 ; or, 
il est né à Mamirolle le 12 vendémiaire an X (4 octobre 1801), 
comme en font foi ses actes de naissance et de baptême (0. 

(1) Acte de naissance de Guillaume Pauthier : « Du douze du mois de 
vendémiaire, an dix de la République. Acte de naissance de Jean-Pierre- 
Guillaume Pauthier, né le douze, à trois heures du soir, fils de Pierre- 
François Pauthier et de Jeanne-Baptiste Bideaux, profession de proprié- 
taire, demeurant à Mamirolle, mariés, présenté par Jean-François Pauthier, 
oncle. Le sexe de l'enfant a été reconnu pour être garçon. 

« Premier lémoin. Joseph Bouteillier, Agé de trente-trois ans, domicilié à 
Mamirolle. 

» Second témoin, Jeanne-Pierrette Bideaux, âgée de vingt-quatre ans, 
domiciliée à Bouclans. 

n Sur la réquisition à nous faite par François Pauthier, oncle. 

j» Et ont signée à l'exception du second témoin, qui a dit être illettré. 
» Signatures : J.-F. Pauthier, J>> Bouteillier. 

» Constaté par la loi, par moi, Joseph Mercier, maire de Mamirolle, 
faisant fonction d officier de létat civil. Les an, mois et jour que dessus. 
« Si^snature du maire : Ji' .Mercier. » 



^ 16 - 

En 1873, le neveu de G. Pauthier, M. Xavier de Ricard, 
publia le Catalogue des livres chinois composant la biblio- 
thèque de son oncle, avec une courte notice biographique où, 
le considérant surtout comme savant, il énumère toutes ses 
publications. M. Léon Séché a écrit, il y a deux ans, une vie 
d'Alfred de Vigny^ où il parle assez longuement de Guil- 
laume Pauthier, lequel étant entré de bonne heure dans l'a- 
mitié du poète, y demeura jusqu'à la fin et fut Tun de ses 
exécuteurs testamentaires. Il noub montre Pauthier sous une 
autre fece, et ces deux ouvrages se complétant, nous pour- 
rons en tirer une notice qui ne sera point sans quelque in- 
térêt. 

Pauthier appartenait à une famille aisée de Mamirolle, et 
il fit sans doute quelques études dont sut tirer profit son ar- 
deur au travail. A Tâge de vingt-deux ans il était soldat au 
55® de ligne, où Alfred de Vigny servait comme capitaine. 
Celui-ci était d'un caractère mélancolique et rêveur ; il fré- 
quentait peu les officiers de son régiment, et il trouva dans 
Pauthier un esprit sympathisant davantage avec le sien, car 
Pauthier était poète à ses heures, c'est-à-dire qu'il rimait. 
Etant apparenté au général Donzelot — son frère avait épousé 
la nièce du général — il devint très vite caporal et sous- 
officier. Sa liaison avec Alfred de Vigny commença dès 1823. 
Au mois de mars de cette année, le 55« régiment était envoyé 
de Strasbourg à Pau. Vigny était en train d écrire son 
poème de Satan, Il ramassa sa plume et son manuscrit, mit 
le tout, avec sa petite Bible, dans le sac d'un soldat de sa 
compagnie et partit. Ce soldat, dont il parle dans une lettre 
à Brizeux, était Guillaume Pauthier. Celui-ci raconte qu'en 
arrivant à Nancy, le poète, avec qui il avait causé tout le 
long de la route, lui fit la surprise de lui donner un billet de 
logement d'officier dans une bonne maison bourgeoise (V. 

Alfred de Vigny encouragea les premiers essais de son 



(1) Cr. Alfred de Vigny et soa temps^ p. 108. 



-47 - 

soldat, persuadé qu'il était, qu'un jour oîi l'autre, après ces 
tâtonnements, sa personnalité finirait par s'accuser. Ceux 
qui seraient curieux de connaître les essais de ce poète - 
soldat n'auraient qu'à feuilleter le Mémorial Béarnais de 
l'année 4824. Ce journal paraissait à Pau, où de Vigny et 
Pauthier tenaient garnison. La protection du général Donze- 
lot ne valut pas seulement à celui-ci de l'avancement, mais 
aussi des faveurs exceptionnelles, comme celle de faire 
suivre de son nom et de son grade de caporal ou de sergent 
les pièces de vers qu'il publiait dans les journaux. Alfred de 
Vigny et Pauthier n'étaient pas plus faits l'un que l'autre 
pour la vie militaire, mais si Pauthier n'était point un sol- 
dat, il n'était pas plus un poète. Ayant achevé son service, 
il continua cependant ses publications. En 4825 et 1836 pa- 
rurent, chez Maurice, à Paris : les Helléniennes^ en faveur 
de la cause des Grecs, et les Mélodies poétiques et Chants 
d'amour. Le titre seul de ces ouvrages fait songer aux Mes- 
séniennes et aux Méditations, dont Pauthier s'était effective- 
ment inspiré, mais la poésie était médiocre. Voici quelques 
vers des Helléniennes : 

Une muse chère à la France 
Naguère a reproduit ses sublimes concerts. 
Sur Taile de Tyrtée elle a franchi les mers, 
Portant aux flls des Grecs la gloire et Tespérance. 

Quels chants ont retenti sur les murs de Crissa? 
Quel luth harmonieux les redit dans Attiène? 
Ce sont les beaux accents du chantre de Messèiie 'l), 
Et les accents plaintifs de la beUe Héléna (2). 

Regardez ! la voilà cette Grèce superbe 
Dont le sol protecteur formait des demi-dieux ! 
Ses dieux mêmes, ses dieux ont disparu sous l'herbe. 
Mais il y reste encore la croix, fille des cieux! 



(i) Alfred de Vigny. 
(2) Casimir Delavlgne. 



— 48 — 

Levez- vous, fils d*Argos! levez-vous, fils d'Athènes! 
Sparte, tes héros suivent Léonidas ! 
Courez ; entendez-vous la voix de Démosthènes? 
Voyez— vous ce guerrier? C*esl Epaminondas! 

Voici maintenant un extrait des Mélodie* poétiques : 

La brise du désert a fait pâlir la fleur 
Que l'aurore arrosait de sa main virginale. 

Elle était Tamour de mon cœur. 
Elle était le parfum de Taube matinale 

Elle m'apparaissait comme un rêve charmant. 
Comme un flambeau brillant au sein d'une nuit sombre. 

Celte illusion d'un moment. 
Cette extase d'amour a disparu dans l'ombre. 

Hélas! pour mériter ton cœur et ton amour. 
Aux champs de l'avenir, j'allais chercher la gloire ! 

Et je voulais qu'à mon retour 
Tu pusses t'applandir et montrer ta victoire. 

Mais quand lu seras seule, hélas! pense i\ celui 
Qui vit fleurir pour toi le printemps de .sa vie, 

Et qui se voit seul ciujourd'hui, 
Arraché loin de toi comme une herbe flétrie. 

A ces poésies, qui ne révèlent pas un sentiment poétique 
bien original, il faut en ajouter quelques autres, publiées 
dans difl"érents Recueils, tels que V Album et le Petit Album 
franC'ComtoiSy et la pièce sur le Dévouement de Decèze^ 
récompensée d'une médaille d'or par l'Académie de Besan- 
çon, en 1829. Douze concurrents s'étaient présentés ; deux 
pièces .seulement furent remarquées, et Pauthier partagea le 
prix avec M. Charles de la Villette, de Besançon, connu de- 
puis, dans le monde des lettres, sous le nom de Charles de 
Bernard. Le rapporteur reconnaît que Pauthier, pénétré de 
son sujet, a bien disposé sa composition et qu'il a su placer 
son héros de manière à attirer les regards sur lui. Il signale 
dans cette pièce un excellent esprit, une marche vraiment 



-i9- 

logique, un style généralement harmonieux et élevé, une 
versification toujours facile, quehjuefois élégante, mais il y 
trouve des taches nombreuses et paraissant voulues. En 
voici quelques passages : 

L'Europe avait sonné raUarme ; 
Les rois entre eux s'étaient ligués, 
Et par leurs bataillons en arme 
Leurs peuples étaient subjugués. 
Alors, de terreurs affranchies, 
Se reposaient les monarchies ; 
Soudain, dans Funivers surpris, 
On entendit un bruit immense ; 
C'était le vieux Irùne de Franco 
Qui s'écroulait sur sos «lôbris. 

Paulhier fait parler Decôze dans Ips vers suivants 

Entendez d'avance l'iiistoire 
Qui redira les vœux si purs 
De ce bon roi dont la mémoire 
Sera chère aux siècles futurs ! 
Eloignez d'efTrayans présages ! 
Songez au jugement des âges. 
A leurs arrêts réprobateurs ! 
Louis n'a-t-il plus de refuges ? 
Je cherclie parmi vous ses juges, 
Et je ne vois que ses accusateurs. 

En 1830, Pauthier rencontra Paulin-Pàris el entreprit avec 
lui la traduction des œuvres complètes de lord Byron. Cette 
traduction fut publiée en dix volumes chez Dondey-Dupré ; 
elle porte le seul nom de Paulin-Pâris, mais les quatrième, 
cinquième et sixième volumes sont exclusivement Tœuvre 
de Pauthier ; sa collaboration est nettement établie par son 
traité avec le libraire et par des notes provenant di lai. 

Cependant une nouvelle direction allait être donnée aux 
études de Pauthier. Sous la chaude et puissante ialjiiiîî 



- 20 - , 

fie ?on capitaine, il avait produit trop hâUvemeDt, et peut- 
être fût-il devenu plus tard un vrai poète, bien qu'on le soit 
de naissance : naacuntur poetae. En tout cas, les essais aux- 
quels il se livra ne lui ont pas été nuisibles ; ils ont formé 
son style en le rendant plus souple et plus facile ; mais To- 
rientaliste est. chez lui, bien supérieur au poète. 

Ce fut sur les conseils d'Abel Rémusat que Pauthier s'a- 
donna à Tétude des langues orientales. Il avait enfin trouvé 
la voie dans laquelle il allait s'illustrer. « Et comme un bon- 
heur n'arrive jamais seul, dit Léon Séché, le général Don- 
zelot lui confia dan? le môme temps l'administration de son 
château de Ville-Evrard, ce qui lui permit d'étudier en toute 
liberté d'esprit le sanscrit et le chinois > (l). 

Une série de publications sur les Indes et la Chine cons- 
titue l'œuvre proprement dite de Pauthier ; M. de Ricard en 
donne la liste complète. Il commença, dès 1829 et 1830, par 
quelques articles publiés dans le journal le Globe. En 4831, 
il fit paraître un mémoire sur l'origine et la propagation de 
doctrine du Tao. Cet ouvrage suscita une première polé- 
mique entre Pauthier et Klaproth. De part et d'autre il y eut 
des mots assez vifs dont on retrouve les traces dans le Jour- 
nal asiatique. Pendant les années suivantes, de nouveaux 
articles de Pauthier parurent dans le même journal, dans le 
Cabinet de lecture et dans la Revue encyclopédique. Une 
Description historique et géographique de la Chine suivit 
de près, et en 1837 fut publiée, chez. Didot, la traduction du 
Ta-Hio ou Grande étude. Elle était en regard du texte chi- 
nois, imprimé en caractères mobiles fondus sous la direc- 
tion de Pauthier ; ce ne fut pas le moindre des ser\ices qu'il 
rendit à Tétude de cette langue. En 1840, il publia, en un 
fort volume in-S'*, à deux colonnes, les Livres sacrés de 
VOrient, voulant, dit-il, révéler à l'Europe les trois civilisa- 
tions : chinoise, parle Chou-King ; indienne, par les Védas, 

(1) Alfred de Vigny et son temps, p. 270. 



- 21 — 

et musulmane, par le Koran. Sa prétention est quelque peu 
exagérée et il nous parait émettre une contre-vérité lors- 
qu'il affirme que TOrient, ignoré pendant de longs siècles, 
est devenu tout à coup l'arbitre des destinées de l'Europe 
qui, engourdie d'épuisement et de lassitude, sent le besoin 
d'aller puiser de nouveau sa vie au soleil de l'Orient. Cette 
publication fut récompensée par une médaille d'or de 
2^500 francs, décernée à Pauthier par l'Institut, dans sa 
séance du 30 juin 1842. 

Une véritable aptitude pour l'étude des langues ne devait 
pas tarder de susciter à Pauthier des contradicteurs. Les 
contradictions lui viennent de celui dont il ne devait guère 
les attendre, et elles furent si vives, qu'elles font soupçon- 
ner leur auteur de jalousie. Quelques pages traduites du 
chinois par Pauthier en furent l'occasion. Stanislas Julien, 
professeur de langues orientales à l'Institut, en lit la cri- 
tique dans le Journal asiatique où elles avaient paru. Pau- 
thier lui répondit et la querelle s'envenima. Le but évident 
de Stanislas Julien était d'écarter Pauthier de l'Académie des 
inscriptions et belles-lettres, à laquelle celui-ci avait posé, 
prématurément peut-être, sa candidature. Les pamphlets 
succédèrent aux pamphlets et la querelle dura plusieurs 
années. Elle semblait depuis longtemps apaisée lorsqu'en 
1871, sans aucune provocation, Stanislas Julien recommença 
ses attaques contre Pauthier qui, cette fois, se présentait 
avec des titres sérieux à l'Institut. Pauthier y répondit et 
releva les imputations mensongères lancées contre Âbel Ré- 
musat, son ancien maître. Mais n'insistons pas sur ces pé- 
nibles incidents et revenons aux travaux scientifiques de 
notre orientaliste. 

Il serait trop long et fastidieux de les énumérer tous : 
chaque année il fait paraître quelque publication nouvelle. 
En 1841, ce sont des documents officiels sur la Chine; en 
1842, c'est un Essai sur l'origine et la formation similaire 
des écritures figuratives chinoises et égyptiennes. Le mé- 




— 22 — 

moire sur rinscriplion de Si-gnanfoUy stèle cbrétienDe du 
VIP siècle ; des études et observations sur la civilisation et 
les coutumes chinoises, sur la géographie de ce pays, sur la 
grammaire et les alphabets chinois et Japonais, se succèdent 
sans intenxiption ; mais l'œuvre capitale de Pauthier est la 
publication du Livre de Marco-Polo^ citoyen de Venise, 

Marco-Polo, né à Venise vers 1250, était d'une Emilie de 
voyageurs. Son père et son oncle avaient déjà pénétré jusque 
dans la Tartarie, lorsqu'en 1268 ils remmenèrent avec eux. 
Le jeune Vénitien gagna les bonnes grâces du Grand-Kan et 
fut envoyé par lui en mission à Pékin. Il visita la Chine, la 
Tartarie, l'Inde, le Thibet, pays alors inconnus des Occiden- 
taux. A son retour à Venise, il fut reçu avec honneur, et on 
lui confia le commandement d'une galère. Il fut fait prison- 
nier dans une rencontre avec les Génois. Pendant sa capti- 
vité, il mit en ordre les notes qu'il avait recueillies et les 
publia. Longtemps on l'accusa d'exagération et de men- 
songe ; mais les découvertes modernes ont confirmé son ré- 
cit, et l'ouvrage de Pauthier n'a pas peu contribué à en éta- 
blir toute la véracité. Cet ouvrage n'est pas une simple tra- 
duction. Il s'ouvre par une introduction de 156 pages, qui 
est à elle seule tout un livre historique, et le texte de Marco- 
Pulo esl suivi de six appendices, tfun index analytique, 
géographique, historique, et d'un glossaire des vieux mots 
français. 

A toutes ces publications de Guillaume Pauthier on pour- 
rait ajouter de nombreux articles insérés dans le Journal 
asiatique et autres revues scientiliques. Mais ce que nous 
venons de dire suffit à nous donner une idée de tout ce que 
peut produire un travail assidu; aujourd'hui où notre vie esl 
si agitée et répandue sur un trop grand nombre d'objets, 
nous avons peine à le comprendre. 

Kn 1848, Pauthier fit diversion à ses études par une incur- 
sion dans la politique : aux élections législatives il posa sa 
vfindidainre dans le département de Seineet-Oise. Malgré la 



I 



— 23 - 

protection de Lamartine il échoua, et Tannée suivante il ne 
fut pas plus heureux. Cependant, k sa quaUté d'orientaliste, 
il avait pu ajouter celle de cultivateur, puisqu'il gérait le do- 
maine du général Donzelot. Il s'était môme donné la peine 
de paraître dans les réunions publiques, et, croyant remplir 
un devoir politique, il avait fait imprimer une Nouvelle dé- 
claraii(ni des Droits et des Devoirs de VHomme^ qu'il avait 
répandue à des milliers d'exemplaires. Il faudrait la lire pour 
comprendre toute sa droiture et toute la générosité de son 
cœur. Mais ses sages paroles dépassaient l'entendement des 
populations auxquelles elles s'adressaient, et Pauthier, qui 
était gros, trapu et chevelu comme un Gaulois, ne sut pas 
sans doute les faire valoir de sa voix lente et embarrassée. 
Elles ne produisirent pas plus d'effet sur le corps électoral 
que du sanscrit ou du chinois. 

Son ancien capitaine, Alfred de Vigny, ne fut pas plus heu- 
reux que lui. Bien que, à partir de 1850, Vigny eût cherché 
les faveurs du nouveau régime, Pauthier ne lui en demeura 
pas moins fidèle ; car, dit Léon Séché, quand il s'était donné 
c'était pour toujours. « Depuis qu'il était sorti du régiment, 
son admiration pour son ancien capitaine n'avait fait qu'aug- 
menter : il l'aurait suivi jusqu'au bout d^i monde. Non qu'il 
partageât toutes ses idées et qu'à l'exemple de Pandore, il 
trouvât que le brigadier avait toujours raison ; mais il avait 
gardé envers lui quelque chose de la déférence du sergent 
pour son capitaine, et bien qu'il fût plus libre avec Gigoux, 
avec Proudhon, avec Chaudey, ses bons amis de la Franche- 
Comté, c'est encore à Vigny qu'il allait de préférence conter 
ses peines. Et Vigny, qui souffrait déjà du mal terrible qui 
devait l'emporter, trouvait dans son cœur des paroles de 
consolation qui servaient de baume aux blessures de Pau- 
thier (1). » Alfred de Vigny mourut au mois de septembre 1863. 
Quand on ouvrit son testament, Pauthier fut très touché 

(i) Alfred de Vigny et son tempe ^ p. 28L 



— 24 - 

d'apprendre qu'il l'avait choisi pour son exécuteur testa- 
mentaire, mais il le fut davantage encore du legs qu'il lui 
avait fait de son épée d'académicien. 

A cette époque, Guillaume Pauthier fît une courte trêve â 
ses travaux ordinaires pour publier une brochure de 1S4 pages 
sur les Iles Ioniennes pendant le gouvernement du général 
Donzelot. C'est un juste hommage rendu à un homme qui fui 
généreux pour lui et au loyal soldat dont vous voyez ici le 
portrait (M. 

On pouvait croire que le moment d'une juste récompense 
était arrivé pour Pauthier. Depuis loni^lemps il était membre 
de la société asiatique et faisait partie de son conseil d'admi- 
nistration. En 1872, il avait été chargé d'un cours supplé- 
mentaire de géographie et d'histoire à l'Ecole spéciale des 
langues orientales ; et la mort, en enlevant Stanislas Julien, 
avait fait disparaître le plus grand obstacle qu'il eût rencontré 
sur sa route. Mais il ne devait pas tarder à être frappé à son 
tour. Pauthier était resté à Paris pendant les deux sièges et, 
pour son unie ardente et sensible, la double calamité de la 
guerre civile et de la guerre étrangère fut une dure épreuve. 
A peine put-il ouvrir le cours dont il était chargé, et, déjà 
malade dès ses premières leçons, il mourut le 11 mars 1873, 
à l'âge do soixante-douze ans. 

A la séance du 20 juin 1873 de la Société asiatique, un de 
ses collègues, Ernest Renan, lui rendait, dans son harmo- 
nieux langage, le témoignage suivant : « Le caprice de la 
mort nous oblige justement à rapprocher de M.Julien l'homme 
qui semblait destiné à être son émule et que de regrettables 
animosités séparèrent de lui. M. Guillaume Pauthier, malgré 
un réel mérite, malgré de vrais services rendus à la science. 



(1) Lecture de cette Notice a été faite danb la grande salle deTHôtel de 
Ville de Besançon, en face du portrait du général Donzelot, faisant partie 
de la galerie des généraux franc-comtois. 



- 25 — 

n'a jamais occupé dans àon pays le rang dont il était digne ; 
sa carrière a toujours été troublée et sa vie empoisonnée- par 
les plus tristes mécomptes. Nous ayons ie devoir strict, après 
la mort de deux confrères qui nous laissent un égal regret, 
de ne pas réveiller des controverses que nous avons tout fait 
pour étouffer... L'érudition étendue de M. Pauthier lui eut 
assuré des droits au haut enseignement. Certes, il n'égalait 
pas Julien dans ce don spécial, départi à lui seul, de voir dans 
une phrase chinoise ce qui s'y trouve et rien que ce qui s'y 
trouve ; mais il avait plus d'instruction comparative ; moins 
souvent il se réfugiait derrière cette phrase péremptoire, si 
familière à Julien : « Je ne m'occupe pas de cela. » Sa curio- 
sité était ouverte, éclairée ; il recueillait avec ardeur et bon- 
heur. Son travail sur Marco-Polo, sa dissertation sur Tins 
cription de Si-gnan-fou resteront dans la science. Sa mé- 
moire vous sera particulièrement chère, messieurs. Après 
notre respecté président, personne plus que M. Pauthier n'a 
donné à la Société asiatique de son temps et de son activité. 
Les épreuves de ces dernières années lui furent cruelles 
comme à tant d'autres. Le siège, la Commune, dont il vit à 
Passy, qu'il habitait, les scènes les plus terribles, l'ébranlé- 
rent au physique et au moral. Le découragement fut chez lui 
si fort, que nous cessâmes presque de le voir. Il avait 
soixante et onze ans, quand un accident subit Tenleva. Disons 
de cœur à cet honnête, franc et loyal confrère un sympathi- 
que adieu (t). » 

La parole de l'auteur de la Vie de JésuSy si elle est agréable, 
manque souvent de précision. Nous avons voulu savoir quel 
accident subit enleva Guillaume Pauthier ; nous avons appris 
par son neveu, M. Xavier de Ricard, qu'il mourut d'une at- 
taque d'apoplexie depuis quelque temps prévue. 

Si les travaux de Pauthier n'ont pas été récompensés, pen- 

(1) Journal aHalique, 1* série, t. H, p. 18. 



- 26 - 

dant sa vie, comme ils le méritaient, il ne faut pas que ses 
compatriotes négligent sa mémoire. Nous croyons donc que 
la Société d'Emulation, qui aiiae à célébrer toutes les gloires 
comtoises, lui devait le tardif mais juste hommage que nous 
sommes heureux de lui rendre aujourd'hui. 



i 



EN EGYPTE 



DU CAIRE A ASSOUAN 

Par M. V. ALHAND 

CHEF DE BATAILLON DU GÉNIE 
mkmsub cokrkspomdamt 



Séance publique du il décembre i903 (*) 



Le « Melbourne i» file à toute vitesse pour arriver à Suez 
avant la nuit. Les deux rives du golfe sont visibles : celle de 
droite, plus éloignée, est une ligne continue de hautes falaises 
blanches plongeant dans Teau bleue en arrière de laquelle 
se dessine, sur un fond de brume, la silhouette indécise du 
massif sinaitique; celle de gauche, faite de collines ro- 
cheuses et de dunes de sable, laisse voir les échancrures des 
vallées qui la coupent et les promontoires abrupts qu'elle en- 
voie dans la mer. 

Les passagers impatients, consultent la carte marine sur 
laquelle le commandant trace chaque jour le chemin par- 
couru et cherchent à contrôler, avec des jumelles, les indi- 
cations vagues qu'elle donne sur les reliefs en vue. 

Enfin la ligne foncée des palmiers des « Aioun Moussa (U » 
barre à tribord le jaune clair de la plage déserte ; le djebel 
Âtakah dresse au couchant ses escarpements sombres et en 



(*) £n Tabsence de l'auteur, lecture de cette Notice a été faite par M. le 
capitaine V. Maire, du 22« régiment coloniaJ. 
(1) Sources de Moïse! 



— 28 — 

face, dans la direction de la marche, une ville blanche et rose 
sort des flots 

Elle monte rapidement sur la mer, longtemps sans sup- 
poil visible ; peu à peu une côte basse se dessine fermant 
tout l'horizon, des bouées avancent vers nous l'entrée du 
canal, le port de Suez se précise et bientôt l'immense pa- 
quebot s'immobilise sur ses ancres. 

A Ismaïlia le désert cesse d'être seul mattre. L*oued Tou- 
miliot déjà verdoyant, permet l'accès facile de la terre de 
Gessen, antique domaine de Jacob et de sa descendance Une 
des premières stations, Ramessès, y marque le point où les 
Hébreux, opprimés par Sésoslris, construisaient pour lui, en 
briques séchées au soleil, une grande ville disparue, boule- 
vard de TEgyte contre ses ennemis de Sypie. 

Zagazig, non loin des ruines de Bubaste, est le centre de 
la culture du coton ; toute la région, plane comme la Beauce, 
n'est qu'un immense jardin coupé de bouquets de palmiers, 
d'acacias ou de sycomores. 

Les fellahs vêtus de bleu sont aux champs, sèment, 
binent ou irriguent avec l'eau des canaux d'où l'extraient de 
rustiques norias ; de longues files de chameaux, des buffles, 
des ânes, des chevaux, des troupeaux de moutons couvrent 
les chemins et en soulèvent la poussière; d'innombrables 
villages aux maisons basses, délabrées, faites du limon du 
-Nil, éveillent l'idée d'une population extrêmement dense dont 
la vie est réduite à ses primitifs éléments. 

Les Pyramides apparaissent, dominant l'horizon. Elles 
s'imposent aux regards qui ne les quittent plus jusqu'à ce 
que dans le fracas habituel, le train entrant en gare, elles dis- 
paraissent derrière les maisons du Caire. 



Le Caire a progressé du Sud au Nord par villes succes- 
sives juxtaposées aujourd'hui plus ou moins ruinées. 



L'antique forteresse de Babylone, bâtie par les prisonniers 
assyriens ramenés d'Asie par Sésostris, cache derrière ses 
vieux murs une cité minuscule, presque morte, peuplée de 
coptes et de juifs. Abon Sargah y est une vénérable basilique 
dont la crypte fut la demeure de la Sainte Famille fuyant la 
persécution d'Hérode. 

Boutros, notre guide, est maronite; il nous introduit à ce 
titre, sans hésiter, derrière l'iconostase d'Abon Sargah oii, 
tout en psalmodiant l'office, un prêtre copte allume et lui 
présente un cierge pour nous faciliter l'examen d'antiques 
peintures, de vieilles boiseries en cèdre sculpté. Notre qua- 
lité de français rapidement constatée nous vaut, au surplus, 
de visiter le monument sous la conduite de la propre fille de 
l'ofQciant ; elle nous conte dans notre langue la sainte histoire 
dont l'église consacre le souvenir. 

En 640 de J.-C. et l'an 20 de l'hégire, Amrou assiège Baby- 
lone. I-,a forteresse prise, il édifie une mosquée à l'emplace- 
ment de sa tente (en arabe : fostat), sur laquelle des colombes 
ont posé leur nid. La ville de Fostat a été le premier Caire. 

La mosquée d'Amrou n'a pour elle que son antiquité et 
encore n'est-ce qu'un souvenir, car elle a été incendiée plu- 
sieurs fois; une fontaine sans eau, un palmier, quelques ar- 
bustes récemment plantés ornent sa cour. Les galeries ser- 
vant d'abri pour la prière étaient, dans le principe, suppor- 
tées par 366 colonnes de marbre enlevées aux monuments 
romains du voisinage; il en reste une centaine. 

En 879, Ahmed ibn Touloun cimstruit une nouvelle ville 
au nord de Fostat et une mosquée semblable à la Kaaba de 
la Mecque. Ce monument grandiose, très beau malgré son 
délabrement et son abandon, possède un minaret sans doute 
unique dans son genre; son escalier est extérieur, en vis au* 
tour d'un massif central. 

En 973, le vizir du sultan fatimite Moniz, Gohar, fixant dé- 
finitivement la résidence des califes, fonde un nouveau 
quartier, Kasr el Kahira, du nom de la planète Mars 



-30- 

passant au méridien le jour où Ton en pose les fondements. 

La mosquée de Kasr el Kahira, érigée en université par le 
calife el Âziz a pris le nom d'el Azar. 

Edifiée en plein quartier arabe, on y arrive de façon pit- 
toresque an cherchant son chemin à travers un dédale de 
ruelles étroites et sinueuses. Sur le seuil de la porte des Bar- 
biers, il faut chausser des babouches afin qu'aucun contact 
impur ne souille les parvis du Prophète et saas autre prépa- 
ration, un guide très officiel doublant le nôtre, nous intro- 
duit dans la grande cour où une foule bourdonnante s'agite. 

Les étudiants de tous les âges, de toutes les races de l'Is- 
lam, accroupis à la mode orientale, ont en main des tablettes 
ou des feuillets imprimés ; chacun travaille pour son compte 
et répète à haute voix la leçon qu'il apprend, le haut du 
corps oscillant d'avant en arrière pour forcer l'attention. 

La présence d'infidèles comme nous ne cause aucun émoi, 
aucun dérangement, et nous avons toutes les peines du 
monde à trouver un passage à travers les rangs pressés. Si 
l'application est extrême, elle n'est pas absolument générale ; 
c'est pour beaucoup, en efTet, l'heure du déjeuner et pour 
quelques uns celle de la sieste : ces derniers étendus sur les 
dalles dorment à poings fermés à côté de leurs camarades. 

Les professeurs tiennent cercle sous les galeries de la 
mosquée assis au milieu d'un auditoire attentif, tantôt sur le 
sol, tantôt sur un siège élevé. Leur parole est abondante, 
rapide, leur geste rare et bref. 

Le cycle des études exige de trois à six années ; l'enseigne- 
ment se résume dans l'étude du Coran renfermant toute 
science. Les étudiants diplômés peuvent à leur tour devenir 
professeurs, cheicks de mosquée, cadis ou greffiers dans 
leur pays d'origine. 

Les ruelles qui avoisinent l'université sont habitées par 
d'innombrables libraires et marchands de comestibles tenant 
ainsi à la disposition des huit mille étudiants qui la fréquen- 
tent, la nourriture du corps et colle de l'esprit. 



fai- 
sans transition, par une porte basse percée dans le rem- 
part, nous passons du bruit et de l'animation d'el Azar, à l'ab- 
solu silence de la cité des morts. La nécropole du Caire occupe 
au pied de la colline du Mokattam une vallée aride si bien 
cachée, qu'aucune rumeur de la grande ville n'y parvient. 

A côté d'enclos pleins des tombes des gens du peuple, se 
dressent les mausolées des riches, les mosquées funéraires 
des califes, pour la plupart décrépites et ruinées ; celles du 
sultan Barkouk, de Kait Bey. sont néanmoins dans leur quasi 
abandon, des monuments d'un très grand art, autrement in- 
téressants que la mosquée rococo du dernier Khédive Tew- 
fik, leur très lointain successeur. 

Les derniers tombeaux dont ceitains, éventrés, béent à la 
surface du sol, vont jusqu'au pied des pentes de la citadelle, 
non loin de la mosquée du sultan Hassan. 

Ce superbe édifice, construit en 1356, a une cour inté- 
rieure presque carrée, bordée de salles ouvertes grandes 
comme des travées de cathédrale. La plus vaste, aménagée 
en sanctuaire, sert de vestibule à la chapelle dans laquelle le 
sultan Hassan repose sous une coupole haute de 55 mètres. 
Tout est noble, d'une décoration sobre et élégante dans ce 
monument grandiose, le plus beau qui soit au Caire. 

Une succession d'escaliers et de rampes permettent d'ac- 
céder à la mosquée de Mohammed Ali, terminée en 1857, 
sur un éperon du Mokattam, au milieu de la citadelle ; do- 
minée par deux minarets d'une sveltesse remarquable enca- 
drant une coupole majestueuse, faite de marbre et d'albâtre, 
heureusement éclairée, richement ornée, elle est sans con- 
tredit le plus bel exemplaire de l'architecture musulmane 
moderne. 

Son emplacement a d'ailleurs été admirablement choisi et 
d'un coin de l'esplanade qui lui sert de support, l'œil em- 
brasse un mei'veilleûx panorama. 

En face, les Pyramides pointent dans le ciel et se déta- 
chent plus sombre sur sa couleur d'or du désert lybique, 



— 3i — 

fuyant vers le sud en. s' estompant dans une brume qui flam- 
boie sous Tardent soleil. Le Nil parait comme une coulée bleue 
entre deux lignes jaunes tracées dans les cultures et les bois 
de palmiers. Il disparait aux premiers faubourgs derrière les 
maisons de la ville dont les rangs se pressent à nos pieds. 
Le Caire n'est qu*une surface grise d'oii émergent les dames, 
les minarets, la masse des mosquées, les longues lignes des 
palais; les très nombreux jardins, les façades blanches des 
monuments neufs, marquent seuls de teintes plus vives Té- 
tendue un peu terne du décor. 



Le ministre de France a, par la voie des journaux du Caire, 
invité ses compatriotes à assister avec lui à la messe consu- 
laire de Pâques. Nous n'avons garde de manquer à ce devoir 
patriotique et si nous ne pouvons nous joindre au cortège 
ofliciel, nous sommes du moins, à Theure fixée, dans Téglise 
paroissiale du Manski où la nation française est réunie. 

Précédés par les cawas chamarrés d'or et armés d'une 
haute canne à pomme d'argent, le ministre, les consuls, les 
députés de la nation, tout ce que le Caire compte de Français, 
font leur entrée dans Téglise fi*ancîscaine brillamment déco- 
rée et illuminée pour la circonstance. 

Le Père gardien ofQcie assisté de tous ses religieux. Des 
honneurs particuliers, plusieurs fois séculaires, sont rendus 
au ministre pendant la messe ; on lui présente à baiser le 
livre des Evangiles et la paix, cérémonies qui paraissent sin- 
gulièrement intéresser l'assistance. Celle-ci composée de ca- 
tholiques de tous rites, de toutes races et nationalités, ne 
semble pas considérer la protection française comme vaine et 
son attilude au passage du cortège n est pas celle qu'inspire 
la seule curiosité. 

Nous sommes descendus dans le seul hôtel français du 
Caire et encore nos voyageurs et touristes Ut trouvent vieux 
jeu; il est resté un lieu où, comme dans Téglise du Manski, 



-.30-^ 

la colonie se réunit pour les fêles et cérémonies officielles, 
quand la place manque à son cercle ou à la résidence de 
France. 

On y cause beaucoup de nos affaires et de notre situation 
dans le pays. 

La bonne harmonie et l'entente ne sont pas les qualités 
qui distinguent nos compatriotes et cette division toujours 
regrettable Test infiniment dans cette Egypte on l'union 
serait si nécessaire pour maintenir nos positions menacées 
et déjà si entamées, depuis que les Anglais l'administrent et 
disposent à leur gré de ses destinées. 

Un excellent observateur a écrit dernièrement que dans 
les affaires extérieures, nos passions parlaient plus haut que 
l'intérêt national ; si nos échecs d'ensemble découlent de 
cet état d'esprit, il n'est pas douteux que dans les limites 
d'une moindre France comme sont nos colonies à l'étranger, 
ces passions ramenées à la mesure de querelles d'intérêt et 
d'amour-propre donnent les plus fâcheux résultats. 

Nous perdons du terrain en Egypte comme partout et 
cependant en cette fête de Pâques, c'est bien une gaieté fran- 
çaise qui se répand dans les rues du quartier d'Ismailliyeh, 
déjà si français d'aspect; partout on entend le parler de 
France, on crie les journaux français, de grandes affiches 
annoncent que ce soir une troupe française jouera la comé- 
die au théâtre de l'Ésbékiyeh. 



La visite des Pyramides se joint à celle de Memphis et de 
la nécropole de Sakkara dont à vrai dire, elle fait aussi partie ; 
elle demande dans ces conditions une assez dure journée. 

Un train nous dépose dès la première heure à Hélouan- 
les-Bains, ville factice, sans intérêt, édifiée au voisinage 
d'une source sulfureuse, sur un site où les malades et hiver- 
neurs ne peuvent perdre, ni un souffle de vent, ni un rayon 
de soleil. 

3 



-:$4 - 

Hêlouan est relié au Nil par une route tracée à travers 
2 kilonièlres de désert; elle aboutit sur la berge à une guin- 
guette tenue par un Grec où Ton peut attendre la fin des 
longs pourparlers engagés par le drogman pour régler le 
passage en barque. Mieux vaut encore contempler le vieux 
fleuve d*£gypte. Une flotille dont les bateaux sont chargée 
jusqu'au bord de doura de blé, de gros amas de paille, des- 
cend lentement le Nil dont les eaux d'un bleu pftle paraissent 
immobiles : les grandes voiles sont tendues, mais la brise 
est morte et voici que les rameurs, debout^ font moiivoir le? 
avirons pour accélérer sa marche. On difait un tableau sorti 
d'un mastaba aipplifié et mieux peint, exécuté par un artiste 
d'il y a cinq mille ans, tant il est vrai de dire que rien n'a 
changé dans le pays des Pharaons. 

A Bedrachem. sur l'autre rive, des âniers ont été convo- 
qués. Ils forment un groupe bruyant, grossi de tous les 
enfants du village criant : bakchiche! bàkchiche! où chacun 
fait valoir les qualités exceptionnelles de sa bète. Sans s'éraoii- 
voir, le dron^man désigne dans le las les bétes qui nous con- 
viennent. 

Nous enfourchons tout aussilùt les tranquilles baudets 
harnachés soiinnairement de lanières multicolores et de 
ficelles garnies de verroteries bleues; en une galopade 
endiablée, durement pressée du bâton, ils nous amènent en 
peu de temps à l'emplacement de Memphis. 

Il n'en reste rien, du moins pour les profanes ; il y a beau 
temps que les temples et les palais de la capitale du Nôme, 
du a mur blanc » ont fourni les matériaux de construction des 
mosquées et des remparts du Caire. 

Dans un très joli bois de palmiers qui a poussé sur les 
ruines amoncelées de l'antique cité, on montre deux statues 
de Ilamsès II. Ce sont des colosses, étendus sur îè dos, 
longs de 10 mètres environ. L'un, en partie brisé, ne se 
voit bien qu'en montant sur sa vaste poitrine ; l'autre, mieux 
conservé, est visible du haut d'une passerelle échafaudée 



|MDP«*âe88Us. Ce» deux statues^ la dernière surtout, sont 
admirables. La physionomie souriante du Pharaon, ses yeux 
si doux et grands ouverts. la i^râce sereine répandue sur ses 
traits, nous retiennent longuement auprès du favori d'Afnon, 
fils du Soleil, gardien de la Vérité. 

Sa pure beauté nous poursuit et son tranquille sourire 
nous accompagne dans la visite de l'immense nécropole 
cachée sous le sable, de Sakkara aux pyramides de Gizeh. 
Les merveilles des mastabas de Ti, de Méri» du Sérapeum, 
ne parviennent pas à atténuer l'impression baie sur nous par 
la troublante image de Sésostris. 

Une nouvelle course, de deux heures cette fois, au grand 
soleil, dans le sable jusqu'aux pyramides d'Abausir, puis à 
travers les champs cultivés, dans la plaine du Nil, nous 
conduit au Sphinx et aux Pyramides. Celles-ci dominent 
l'étendue de leur masse et sont très imposantes, presque 
harmonieuses et belles, tant qu'elles restent sur le piédestal 
naturel que leur fait le ressaut de la chaîne lybique. Mais 
à mesure qu'on en approche et surtout quand, ayant gravi la 
berge, on se trouve sur le môme plan, leur énormité seule 
saisit l'esprit confondu devant un tel amoncellement de 
pierres et la vanité du si prodigieux effort de leur mise en 
œuvre. 

Au Sud de la grande Pyramide, sur le chemin conduisant 
de Memphis au cœur même de la nécropole, se dresse à 
moitié enfoui dans le sable, taillé dans un roc haut de vingt 
mètres, le grand Sphinx, image d'Harmakis ou du Soleil le- 
vant; éternel gardien de ce vaste cimetière, il personnifiait, 
au milieu de tous ces morts, l'idée de la résurrection qui, 
comme la lumière du matin, inlassable, triomphe toujours 
de l'ombre et de la nuit. 

Lorsque, montant du temple de granit, à peine exhumé 
des sables, on contemple la silhouette du Sphinx s'élevant 
peu à peu sur le ciel, on a le sentiment que rien ne saurait 



J 



rendre la majesté tranquille, la paix, la sécurité prctfonde 
(jui remplissent ses grands yeux tournés vers l'Orient. 

Un tramway électrique permet de rentrer au Caire par la 
route de Gizeh, ombragée d'acacias et de sycomores. Les 
Pyramides, tout à Theure si accablantes, reprennent^ à me- 
sure qu'on s'éloigne, toute la sévère beauté que leur donne 
leur forme géométrique et le cadre incomparable du désert 
dans lequel s'aténuenl leurs dimensions. 

Le palais de Gizeh, aujourd'hui vide des collections d'an- 
tiquités qui ont fait son renom, est entouré d'un pai'C or- 
ganisé en jardin botanique et zoologique, où la faune du 
Soudan est déjà très richement représentée. C'est le bois 
de Boulogne d'ici, et la large avenue qui y conduit depuis 
le pont du Nil est parcourue par les brillants équipages des 
riches Egyptiens, à défaut des hiverneurs de marque, qui 
ont fui déjà devant les premiers souftles du Khamsin. 



L'Egypte est un don du Nil, a dit Hérodote. Le fleuve, en 
elTet, a créé le sol de la région cultivable en apportant cha- 
que année trente millions de mètres cubes de limons, en 
déposant une couche d'ail uvions de 15 à ^20 mètres d'épais- 
seur et en créant un delta de 2(K) kilomètres de front sur 
presque autant de profondeur. 

Le delta commence au Caire ; les branches du Nil, les ca- 
naux alimentés par un grand barrage établi un peu en aval, 
se développent en éventail, se croisent dans tous les sens, 
arrosent cette région extraordinairement fertile, où Ton peut 
faire trois récoltes par an, et dont la richesse augmente 
d'année en année. 

En amont du Caire, la vallée s'allonge sur 800 kilomètres 
jusqu'à la première cataracte ; sa largeur varie dans cet in- 
tervalle entre 2 et d6 kilomètres, pour se réduire à un ravin, 
grand comme le fleuve, avant d'arriver à Assouan. 

On sait que la crue du Nil fertilise annuellement cette 



- 37 - 

vallée; toutes les parties atteintes par les eaux se couvrent 
de maisons, d'immenses étendues de canne à sucre, créant 
ainsi cette oasis unique au monde^ au contraste violent avec 
l'aridité absolue du désert, au milieu duquel elle développe 
ses méandres. 

La saison avancée n'autorise que le chemin de fer pour 
remonter la vallée du Nil, du Caire à Assouan, et encore, 
son utilisation n'est pratique que pour un voyage de nuit. 

Le train qui nous emporte s'enfonce dans la nuit lumi- 
neuse après que nous avons pu contempler à loisir le ma- 
gnifique décor d'un couchant embrasé, sur lequel les Pyra- 
mides se dessinent dans une gloire, et d'un Orient où, dans 
une atmosphère bleue, teintée de rose, se trace la silhouette 
délicieusement pale du Caire, du Mokattam et de la chaîne 
arabique. 

Nous nous réveillons à Hag Hamadi au bruit de la tra- 
versée du Nil sur un pont métallique. La vallée, encore 
large, très peuplée, est semée de bosquets de palmiers, mais 
la verdure des champs a disparu, la moisson est faite par- 
tout, et jusqu'à Louksor elle a revêtu la livrée fauve de ses 
berges. 



Les ruines de Thèbes gisent sur les deux rives du Nil : la 
droite était réservée aux vivants et possède les grands tem- 
ples ; la gauche, plus spécialement affectée aux morts, ren- 
ferme les tombeaux. 

Sur le bord du fleuve, à peine exhumées du sous-sol de 
la ville, se dressent les colonnades du temple de Louksor. 
Elles étonnent par leur nombre et leurs dimensions, mais 
l'œil en saisit facilement l'ordonnance malgré les construc- 
tions successives ajoutées par les divers Pharaons. 

Ramsès II, revenant de guerroyer en Syrie, fit construire 
une dernière cour, qui se trouva constituer rentrée du mo* 



nument édifié par ses prédécesseurs. Cette cour est iermée 
par un gigantesque pylône dont la face extérieure porte en 
< reliefs en creux « les épisodes de la campagne, et en par- 
ticulier, ceux de la bataille de Qadesch 

Six colosses représentant Ramsès II et deux obélisques, 
dont Tun est à Paris, étaient dressés en avant de ce pylône. 

Le coin N.-O. de la cour, vers l'entrée, est encore sous 
les décombres jusqu'à hauteur des colonnes intérieures ; de 
la plate-forme ainsi conservée, sur laquelle s'élève une mos- 
quée, on a une vue saisissante de l'ensemble des cours et 
des colonnades. 

Tout Tintérieurdu temple, long de 260 mètres, célèbre 
sur ses parois et dans ses chapelles la gloire d'Amon, dieu 
de Thèbes et protecteur de ses rois 

Des obéhsciues, une avenue bordée de sphinx, retrouvée 
dans la ville et ses jardins, conduisait au grand temple de 
Karnak, la merveille de la Haute-£gypte. Il est malheureu- 
sement bien ruiné, mais la salle hypostyle, en partie debout, 
suffit pour donner une idée du monument disparu et remplir 
de stupeur l'esprit le mieux préparé ii concevoir de telles 
créations. 

Prenez douze colonnes Vendôme, faites-en une allée de 
dix mètres de largeur et, de part et d'autre, disposez en 
quinconce cent vingt-quatre autres colonnes de dimensions 
moindres mais encore gigantesques, donnant avec les pre- 
mières une surface couverte en terrasse de cent deux mètres 
sur cinquante-et-un ; ornez les colonnes et les murs de la 
salle ainsi obtenue de représentations religieuses, proces- 
sions et ofl"randes aux dieux : peignez sur le plafond, fait de 
dalles joinlives, la nuilétoilée : vous aurez ainsi reconstitué 
cette œuvie titanesque des Pharaons de Thèbes, panthéon 
commémorant les exploits de Séti I, de Ramsès II, vain- 
queur des « vils Khili •, de Sheshang I, qui pilla, sous Ro- 
boam, le temple de Jérusalem, et de tant d'autres, en roêœe 



-39- 

teinps qu'il glorifiait la triade illustre : Amon, Maut el 
Khansan. 

Faut-il ajouter que Ton parcourt 3,800 mètres en faisant le 
tour du temple, qu'il a i,400 mètres de longueur du Nord 
au Sud et 560 de TEst à l'Ouest. 

La petite ville de Louksor est perdue dans l'immense 
Thèbes ; ses habitants, coptes et fellahs, presque tous fabri- 
cants d'antiquités, vivent de la créduhté et de l'enthousiasme 
des touristes. 



C'est dans une vallée calcinée dont les parois fauves ren- 
voient la chaleur et la lumière du soleil, au fond d*un ravin 
découpant sur le ciel, comme à l'emporte-pièce, une bande 
d'un bleu éclatant, que s'ouvrent, dans le roc, les tombes 
royales. 

On ne pouvait choisir, pour la dernière demeure des fils 
de Râ, un lieu d'une plus sinistre grandeur, où la puissance 
du Père se manifeste avec plus d'éclat, car c'est vraiment le 
royaume du soleil que cette vallée des Biban el Moulouk. 

Le tombeau de Seti I, le plus remarquable, est d'abord 
une succession de corridors et d'escaliers, que suivent des 
chambres de toutes dimensions, puis d'autres corridors, 
d'autres escaliers, et encore des chambres, sur cent mètres 
et plus de longueur. Toutes les scènes du « livre de THadès :», 
du voyage des morts dans l'autre vie, sont retracées et ré^ 
pétées sur les parois en peintures terrifiantes, dont l'éclat 
n a rien perdu depuis cinq mille ans qu'elles ont été exécu- 
tées. 

Au fond d'une de ces syringues, un Pharaon repose dans 
son sarcophage ouvert ; on ne peut dépasser le seuil de la 
chambre mortuaire, et rien n'est impressionnant comme la 
vue lointaine de la momie royale éclairée par la lumière 
blanche d'une lampe électrique. 



— 40 - 

Un sentier très dur conduit au sommet de la biaise 
orientale de la vallée des Tombes, au-<lessus des escarpe- 
ments formidables qui dominent la plaine de Thèbes. 

Le panorama est d'une superbe magnificence : la vallée 
du Nil, semblable à une fournaise oîr l'air flamboie, ne se 
voit qu'à travers une brume argentée estompant les détails. 
Au loin, la cbalne arabique est blanche de lumière^ et tout 
à nos pieds, presque sombres par contraste, s'amoncellent 
les ruines des grands temples de Gournah, du Raroesseum, 
de Medinet Âban, et se dressent dans leur impassible séré- 
nité, les deux colosses de Memnon, seuls debout au milieu 
d'une si complète dévastation. 

Contre la falaise à pic, aux 'assises dorées, s'étagent les 
terrasses du temple de Deir el Babari. Il est dû à une femme 
remarquable, la reine Makéré, sœur, épouse et corégeote 
de Tbautmosis III. 

Les promenoirs de ce temple abritent les surprenantes re^ 
présentations d'une expédition au pays de Pount, aux ré- 
gions de l'encens et des bois précieux. Les bateaux de la 
reine naviguent sur la mer Rouge» dont les animaux sont 
reproduits dans la transparence de ses flots verts, abordent 
aux terres lointaines, chez des peuples dont les maisons co- 
niques se dressent à l'ombre des palmiers. 



£n atiiont de Louksor, le Nil se tient presque constam- 
ment le long de la chaîne arabique, reportant à rOccident 
la plaine fertile, dont la largeur va en diminuant progressi- 
vement jusqu'au djebel Silsileh (la chaîne), barrant le co^i'^ 
du fleuve à la manière d'une chaîne dont il a rompu quelques 
anneaux. 

Jusqu a Asdouan, le^ rives pluâ encaissées, sont merveil- 
leusement colorées et pittoresques.. La zone cultivée se ré- 
duità une bande étroite au-dessu&.du. fleuve, douUçs e^ux 
sont élevées pour rirrigalion k l'aide de norias.; tout le 



~ 44 - 

terrain utilisable est habilement aménagé en vue (Tune 
culture intensive, comme dans les oasis. D'ailleurs la phy* 
sionomie de la région change complètement et prend nette- 
ment le cachet saharien. 

A notre arrivée, le soir, l'atmosphère est embrasée; le 
kbamtin soulève d'épais nuages de poussière, le soleil dispa- 
raît dans une brume épaisse et les palmiers des jardins, 
échevelés, courbés par le vent, donnent à Assouan l'aspect 
de toute ville du désert assaillie par la tempête de sable. 

La nuit est superbe» claire, sans un souffle d'air, affreuse- 
ment chaude ; on entend le concert lamentable des grince- 
ments des sakiehs (norias) semblable, dans Tile d'Eléphan- 
tine, à celui des fauves hurlant à la lune. 

Assouan est la porte Sud de l'Egypte; sa population nu- 
bienne diffère profondément de celle de la vallée du Nil avec 
laquelle elle sympathise peu. Les Nubiens s'expatrient néan- 
moins volontiers au Caire et à Alexandrie, avec le but de re- 
venir au pays après avoir amassé un petit pécule. 

Cette sauvage vallée du Nil, presque sans verdure, rava- 
gée par un soleil implacable, au delà de la première cataracte 
jusqu'à Ouadi Halfa, leur tient au cœur à l'égal de la plus sé- 
duisante pairie. 

Des Bicbarins, bédouins du désert, frères des Somalis, 
peut-être des Abyssins, au profil superbe, aux traits fins et 
pleins de noblesse, campent à Assouan pendant la saison des 
touristes. Ils vendent des verroteries et toute une pacotille 
spéciale fabriquée sous la tente avec le poil de chèvre, la 
peau de chameau et les coquillages de la mer Rouge. 

Le Nil s'est fait un chemin à travers un plateau granitique 
qui a découpé en lies et Ilots obstruant son cours, sur près 
de dix kilomètres de longueur, du Sud de Chellal à Assouan. 
La première cataracte, aujourd'hui détruite par l'incessant 
travail d'érosion du fleuve, n'est plus qu'une succession de 
rapides auxquels on a remédié par un canal latéral. 

On va à Chellal par la voie du désert, à âne ou en chemin 



— 42 — 

de fer ; elle aboutit à un coude du Nil transformé en lac par 
la construction d'un grand barrage, port de Chellal où Ton 
s'embarque pour la visite, autrefois classique, des ruines de 
Philœ. 

Hélas! le site merveilleux, tant admiré, tant célébré depuis 
Strabon jusqu'à nos jours, s'est banalisé par l'invasion de 
l'activité européenne ; les monuments de Philœ, si beaux, si 
harmonieux, ne seront bientôt plus qu'un souvenir. 

L'Ile est sous l'eau, et, à cette époque du plus bas niveau, 
c'est à peine si le temple d'Isis émerge en son entier ; on en 
peut visiter quelques salles, mais l'avant-cour ne s'explore 
qu'en barque et l'inscription du grand portail rappelant Tex- 
pédition de Bonaparte et le raid de Desaix à la poursuite des 
Mamelucks, s'élève de peu au-dessus des eaux. 

Un escalier donne accès à la terrasse du temple et permet 
d'apprécier l'étendue du danger et l'imminence du désastre ; 
dans un avenir prochain ce qui subsiste des ruines s'écrou- 
lera et Philœ aura disparu. 

Si le barrage, long de 4,500 mètres environ, que les An- 
glais viennent de construire, devait assurer sans conteste la 
prospérité de l'Egypte, la vallée du Nil ne manque pas assu- 
rément de temples superbes pouvant atténuer le regret de la 
perte de ceux de Philœ, mais cette œuvre très grande, com- 
parable aux Pyramides par Tentassement des matériaux, 
n'est destinée qu'à faire fructifier de gros capitaux engagés 
dans la culture du coton. Lors des crues médiocres, il n'y 
aura plus, dit-on, d'inondation pour les terres du fellah, con- 
damné à mourir de faim. 

Nous aurions les famines d'Egypte comme nous avous 
celles de l'Inde. 

Que tous les dieux protecteurs de la terre des Pharaods 
écartent ce sinistre présage. 



^ 43 ^ 

Le retour au Caire demande un jour et une nuit. 

Il nous restait pour compléter ce rapide voyage à visiter le 
musée des antiquités égyptiennes récemment installé dans 
un palais magnifique, à Kasr en Nil, digne de l'admirable 
collection due en grande partie à deux éminents français^ 
Mariette et M. Maspéro. 

Que dire de ce musée unique en toutes ses parties, tant 
par les documents qu'il renferme que par la façon dont ils 
sont présentés ; les chefs d'œuvre abondent dans toutes les 
salles où la statue en bois du Cheick el beled, celles du Scribe 
de Sakkara, de Ra-hoteh, de Nefert, de Khéphren, la tète de 
la reine Taia retiennent entre tous Tattention. 

Les momies des grands rois de Thèbes, retrouvées péle- 
mèle dans un puits de Delr el Bahari, reposent ici dans leur 
cercueil ; Seti I, Sésostris, Ramsès II, le buste libre de ban- 
delettes, ont d'admirables traits ennoblis par la majesté de 
la mort. 

Nous ne pouvons saluer ces vénérables dépouilles sans 
ressentir une profonde émotion faite du regret de voir ces 
pauvres morts hors de leurs tombes violées, exposés à l'irré- 
vérencieuse curiosité des foules et du respect que nous ins- 
pire le glorieux passé qu'ils représentent, si loin dans la durée 
qu'il semble toucher à l'origine du monde. 



J'ai eu le très grand avantage de visiter l'Egypte avec un 
aimable et obligeant camarade ; nous nous séparons au Caire, 
lui pour rentrer en France, moi pour gagner Port Said et 
Jaffa. 

Si, dans les lignes qui précèdent, j'ai pu d'une façon bien 
imparfaite et sommaire résumer nos impressions, je reste 
seul pour conclure. 

Je serai bref. 

Si nous avions connu l'Egypte, les Anglais n'y seraient 
pas aujourd'hui à peu près les maîtres. 



_ 44 - 

Il est encore possible d'atténuer, sinon de réparer, notre 
échec et de maintenir du moins notre situation actuelle. Les 
intérêts matériels et momux engagés dans ce pays, sans le 
nom de la France, sont considérables et doivent être sauve- 
gardés. Il n'y faut que de la bonne volonté. 

Il est à désirer que tout Français qui voyage^ à n'importe 
quel titre, visite l'Egypte, pour se convaincre dé la nécessité 
d'agir. Il y trouvera encore comme une autre France, de 
fortes impressions d'art et un grand exemple de développe- 
ment économique et d'administration à méditer. 

Baume les-Dames, le i^^ août 1903. 



LA 

VOIE ROMAINE DU RHIN 

ET SES STATIONS 

DANS LUS CANTONS 

de BADHE-LES-DAMES et de GLERVAL (Doubs) 
Par a* Abbé Paul DRUOT 



(Séances du iô Décembre i90S et du i6 Février i904). 



Ce n*est pas une question nouvelle que celle des voies 
romaines en Franche -Comté. De nombreuses et savantes 
études ont été faites à ce sujet et en particulier sur la Voie 
(les Provinces Germaniques ou du Rhin, par d'éminents 
archéologues. Mais quelques-uns d'entr'eux, malgré leur 
compétence, semblent avoir étudié l'itinéraire de cette 
dernière voie plutôt sur une carte que sur le terrain m^mo 
et en ont donné souvent un tracé absolument fantaisiste. 

Il était intéressant de réfuter ces erreurs et de relever la 
position exacte de cette grande .roule pendant qu'il en est 
encore temps, car ses dernières traces ne tarderont. pas à 
disparaître. En maints endroits et surtout lorsque la voie 
était en talus, à mi-côte d'une colline ou d'une dépression de 
terrain, elle a été envahie par la terre végétale et se trouve 
recouverte par des champs cultivés ;. ce n'est alors que 
la pioche à la main qu'on peut arriver à la découvrir. Dans 
d'autres parties, lorsqu'elle était en levée, les habitants des 
pays qu'elle traversait, après l'avoir creusée, en ont tamisé 
le cassage afin d'avoir et du sable ou de la groise pour leurs 
constructions, et des pierres pour leurs prestations, avec 



- 46 - 

Tavantage appréciable de les avoir toutes cassées. Parfois 
elle disparaît sous des ronces et d'épais buissons, ou est 
erapruntée par nos chemins ..actuels. En tous caSv^nsun 
avenir peu éloigné, il sera absolument impossible de la 
reconnaître. Ce sont ces considérations qui m'ont porté à 
suivre pas à pas son parcours dans les cantons de Baume- 
les- Dames et de Clerval (laissant à d'autres le soin de l'étu- 
dier de Besançon à Sechin et de Rang à Mandeure). J'ai 
pu ainsi fixer le tracé exact de cette voie, en relever les 
particularités, et en môme temps rechercher remplacement 
des différentes mansions, celle de Velatodurum en parti- 
culier. 

Mais auparavant il n'est pas inutile de rappeler sommaire- 
ment l'origine de cette route. De l'avis unanime des 
archéologues, ce grand travail fut commencé par Agrippa, 
gendre de l'empereur Auguste, dans les dernières années 
qui ont précédé l'ère chrétienne, plus de vingt ans après la 
mort de Jules Gésari et fut terminé en Tan 40 de iiotre ère, 
selon les uns, mais plus vraisemblablement en l'an 98, la 
première année du deuxième Consulat de Trajan, d'après la 
borne miliiaire de Mathay . Elle reçut certainement de notables 
améliorations sous le règne de cet empereur. C'est donc à 
tot*t que la dénomination populaire de Chaussée ou Levée de- 
Jules César, a été donnée à cette voie. Vèsontio ou 
Besançon, capitale de la Séquanie, devint bientôt après la 
conquête des Gaules un centre romain important. De nom- 
breuses routes partant de Lyon, de Chalon-sur-Saône, sans 
compter celles qui venaient d'autres villes telles que les 
voies de Langres, de Milan par Genève et Pontarlier, par 
exemple, aboutissaient à Besançon. 

Dans cette ville, selon M. Ed. Clerc, toutes ces routes 
semblaient se fondre en une seule beaucoup plus importante 
qui se dirigeait vers la Germanie, par Mandeure, la trouée 
des Vosges et Argoniorai ou Strasbourg. D'après les Xe%i^^ 
anciens, le fragment de voie qui fait l'objet de cette étude 



^ il ^ 

était emprunté simultanément par la route d'Àoste à Stras- 
bourg et par celle d'Augst à Langres. C'était la Voie du Rhin 
qui a coûté un travail considérable comme on peut s'en ren - 
dre compte en étudiant les particularités de sa construction. 
Aussi n'est-il pas étonnant que les légions romaines aient mis 
tant d'années à l'établir. 

Tracé de la Vo^e. 

Cette voie, d'après Dunod(t), devait sortir de Besançon 
par un pont dont les traces ont disparu mais qui existait près 
de Bregille. Après avoir quitté à Palente le territoire de 
Besançon, elle passait entre le Doubs et la grande bourgade 
romaine des Andiers, près de Tliise et continuait par 
Roolie, la Malmaison (mala mansio), Roulans et Seohln, 
suivant presque continuellement jusqu'à cet endroit le tracé 
de la route actuelle de Besançon à Baume-les-Dames. 

A partir du centre de Sechin, la voie romaine prend une 
autre direction Elle s'écarte encore davantage de la vallée 
du Doubs que jusque là, depuis Rocbe, elle a suivi à plus 
d'un kilomètre de distance. Par une pente extrêmement 
douce elle gagne le plateau qui forme la partie Nord-Ouest 
des cantons de Baume-les-Dames et de Clerval, sur la rive 
droite du Doubs. 

Le choix de cet itinéraire, le soin que les ingénieurs 
romains ont pris d'éviter toute vallée étroite et profonde 
indique de façon certaine que cette voie était avant tout une 
route militaire, un chemin stratégique, comme nous dirions 
aujourd'hui Du reste, le savant Perreciot, qui dans le cou- 
rant du xviiP siècle s'est livré avec tant d'ardeur et de 
persévérance à l'étude de Baume-les-Dames et de ses 
environs, s'en était rendu compte dans ses recherches 
archéologiques. Il avait remarqué au-dessous de Grosbois 



(1) DUNOD. Histoire des Séquanois. T. I, préface p. xix. 



- 48- 

une portion de chaussée romaine qu'on peut voir en partie 
encore aujourd'hui et qui est indiquée sur là carte de l'Etal- 
major, chaussée qui s'écarte de la voie du Rhin pour se 
diriger vers le Doubs. Il pensait à tort que ce devait être uo 
premier essai de la route dès lors abandonné par les ingé- 
nieurs romains. Voici ce qu'il écrivait à ce sujet : • Un reste 
de chaussée de 350 toises qui se trouve au-dessous de 
Grosbois, donne à penser que la Voye romaine avait d'abord 
été tracée par Baume et que ce ne fut que l'extrême difficulté 
des lieux et le danger des défilés qui fit changer le plan et 
qui engagea à tourner les montagnes de Baume ; que le 
plus grand objet des Romains dans la construction des voyes 
militaires était de faciliter la marche des troupes, il n'est pas 
étonnant qu'ils aient sacrifié l'intérêt d'une petite ville à 
l'avantage d'avoir une route plus facile ». 

Si la première partie de l'assertion de Perreciot, qui 
fait injure à la perspicacité et au talent indiscutable 
des ingénieurs romains, est contestable comme on le 
verra plus loin, la seconde est assurément des plus 
logiques, et cette réflexion d'une grande exactitude pour 
tous ceux qui connaissent cette partie des cantons de Baume- 
les-Dames et' de Clerval ainsi que le cours très encaissé du 
Doubs. De Douvot et Fourbanne jusqu'à Clerval la vallée, au 
point de vue militaire, est fort périlleuse : à droite, le 
Doubs bordé par des montagnes abruptes, à gauche des 
rochers à pics comme de vraies murailles. D'où l'impossibi- 
lité à une armée surprise ou poursuivie de fuir ni d'un côté 
ni de l'autre. C'est ce que Jules César lui-même avait 
remarqué Dans ses Commentaires (t) il indique plusieurs 
voies qui conduisaient où Arioviste était campé, lorsque l'ar- 
mée romaine s'empara de Besançon, l'une entr'autres, qui 



(i) J. Cœsar. Dé hello Gallico, lib. I « qui se ex his minus Xmiéo» 

eii^imari volebam, non se hostem vereri sed angustias itinerh et lua* 
gnitudinein silvarnrn qum inter oos et Ariovisturn intercédèrent.. . iUneîti 
dicebam. » 



- 49 - 

était la plus courte, remontait le Doubs du côté de Besançon 
et de Clerval par des défilés et d'épaisses torôts. Les Ro- 
mains, hommes pratiques, avaient donc vu le danger et c'est 
pourquoi ils évitèrent ce défilé si étroit, abandonnèrent le 
vieux chemin gaulois dont parlait César et créèrent une 
nouvelle route, celle qui nous occupe. S'ils s'écartent du 
Doubs, dès Roche, s'ils ne suivent pas le tracé de la route 
actuelle au sortir de Sechin pour appuyer sur la gauche et 
ne retrouver la vallée du Doubs qu'à Clerval, c'est que la 
vallée s'élargit alors (Clerval en étant réellement la clé du 
côté de Baume, suivant son étymologie, clavis vallis) et 
n'offre plus le danger d'une attaque imprévue et désastreuse 
pour une armée en marche dans un long défilé sans issues. 
Cette autre portion de route qui s'écarte de la voie 
principale à partir du milieu du bois du Grand-Val, qui passe 
sous Qposbois, cette vie. pnvée que les habitants de ce 
village par une délibération du 10 juin 1746 W demandaient 
l'autorisation de détruiie et que Perreciot prenait à tort pour 
un premier essai de route abandonné, ne serail-ce pas plutôt 
un raccordement militaire reliant à la voie du Rhin, Baume 
et plus sûrement encore le camp de Buremont qui plus tard 
protégea cette ville, alors simple bourgade sans doute, et 
l'entrecroisement de quatre autres routes romaines de créa- 
tion postérieure et d'importance moindre que la voie de 
Mandeure. Sans vouloir de parti pris, comme Perreciot, faire 
de Baume un centre romain à l'époque de la création de la 
voie du Rhin ou une ville ancienne de quelque importance, 
il n'est pas admissible non plus que ce ne fût alors qu'une 
simple villa, comme l'affirme l'abbé Besson (2j. Les traces de 
chemins celtiques du Corneillet et de la montagne de 
Framont sur le versant de la Boussenotte, indiquent égale- 
ment que Baume existait et avait une issue au Nord-Est pour 



(1) Arch. municip. de Baume-les- Daines BB. 24. 

(2) Abbé Besson. Mémoire hisiori'juê sur Vabbaye de Baume^ p. 31. 



— 50 - 

rejoindre la voie du Rhin du côté de Clerval entre la Yieville 
et Autechaux. 

L'hypothèse de Perreciot ne semble donc pas soutenable : 
cette portion de chaussée n'était certainement point le résul 
tat d'une tentative maladroite des ingénieurs romains, mais 
un chemin conduisant à Baume depuis la grande voie ; 
ce n'est que l'avantage d'une sécurité plus grande et non U 
difficulté des lieux qui fit passer la route du Rhin au nord de 
Grosbois. Son établissement eût été du reste tout aussi facile 
en remontant continuellement la vallée du Doubs depuis 
Roche et le Petit-Vaire (^). 

Il est donc bien visible qu'on l'éloigné de cette vallée dan- 
gereuse et c'est à dessein qu'en sortant de Sechin, elle suit 
en bordure sur toute sa longueur le côté méridional du Bois 
du Grand-Val, Grosbois se trouvant sur sa droite, passe à 
peu de distance de Fontenotte, laisse le bois Orgier-Corabe 
sur sa gauche, et de là se poursuit vers Luxiol, le Loposa- 
gium de la Carte théodosienne. De Luxiol la voie est suivie 
parrallèlement ou empruntée par le chemin vicinal actuel 
conduisant de ce village à Autechaux, mais jusqu'à 500 
mètres seulement de la ferme de la Vieville, près de laquelle 
elle ne passe pas, contrairement à ce qui a toujours été écrit 
jusqu'à présent Elle oblique alors vers le Nord-Est et coupe 
transversalement le canton de champs dit Liévaux. C'est là 
que récemment, au bord de la chaussée, on a retrouvé des 
substructions et des escaliers, emplacement probable de 
l'ancienne Vieville (viœ villa) ; puis la voie s'engage dans les 
Mal planches à l'état de mauvais chemin de défruitement et 
vient aboutir sur la route de Baume-les- Dames à Kougemont 
qu'elle traverse à angle droit au point de jonction du cherain 
de Verne. Cent mètres plus loin elle oblique sur la gauche 



1) En plus de ce tronçon dont parle Perreciot, il existe à Grosbois êga; 
lement, une portion de route romaine parallèle à la voie du Rhin et qui 
semble avoir été abandonnée à cause de sa rapidité. On Taurait rectifiée 
eu lui faisant longer le bois du Grand-Val. 



-51 - 

et laisse à sa droite le château et le village d'AnteoliaiiX. 
Elle atteint à cet endroit le point culminant de son parcours 
entre Besançon et Mandeure et se dirige ensuite en ligne 
droite vers la forêt dite Bois du Fossé ou plus commu- 
nément Bois d'Athée qu'elle suit presque en bordure dans 
sa partie méridionale. Jusqu'à ce bois depuis la route de 
Rougemont elle disparaît sous les champs cultivés, sert 
ensuite, pendant un demi-kilomètre, de chemin de déboi- 
sement entre le bois communal de Sous-la-Velle et le 
commencement du Bois d'Athée, puis se poursuit d'une 
façon très visible pour sortir du territoire d'AMtechaux 
entre les lieudits la Crochère et la Combe Saint-Germain. 

De la Vieville à cet endroit, la voie est pour ainsi dire d'une 
horizontalité parfaite qu'elle conserve en traversant le terri- 
toire de Voillans où elle longe en ligne droite le sommet 
de Champraye, contourne et la Vèze, et la Couibe Pagney, 
et la Combe aux Toyons, traverse à mi-côte et directement 
la Combe Thesin, passe à l'extrémité de l'Aigle, décrit alors 
un long demi-cercle dans le vallon de Ranthes pour éviter 
une déclivité un peu prononcée. Ces courbes nombreuses, 
ce soin avec lequel les Romains ont fait le tracé de la voie du 
Rhin, dans son parcours sur le territoire de Voillans, pour 
conserver son horizontalité remarquable, porteraient à contre- 
dire les assertions de M. de Matty de Latour. Le savant 
ingénieur prétendait que les Romains paraissaient avoir 
ignoré l'usage des courbes à grand rayon et que leurs aligne- 
ments droits étaient réunis par des raccordements courbes 
très courts. Il est vrai que M. de Matty n'a pas étudié toutes les 
voies romaines, que leur tracé n'est pas dû au même ingé- 
nieur et que celui qui a dirigé les travaux de la voie du Rhin 
Ta fait peut-être avec plus de soins et de science que d'autres. 
En tout cas, de Sechin aux Glauderey la voie ne présente 
aucune déclivité appréciable malgré les nombreux accidents 
de terrain. 

Bref, à partir de cette dernière courbe de Ranthes dont le 



- 52 - 

rayon est très grand, elle remonte le Devant de Bermont. 
Après quoi, elle coupe à angle droit l'ancienne route de Lyon 
à Strasbourg, dite des Intendants, route qui n'emprunte la 
voie romaine sur aucun point de son parcours depuis Sechi», 
contrairement à raffirmation de l'Annuaire du Doubs de 1882, 
dans la note concernant la commune de Voillans. Elle 
traverse ensuite en ligne droite le communal de la Levée, 
ainsi dénommé justement à cause du passage de la Levée de 
Jules CéBar, A partir de l'extrémité de cette pelouse où elle 
a été totalement défoncée, elle est encore utilisée actuelle- 
ment comme chemin vicinal de Voillans à Clerval par le 
Creux d'Alouettes, hameau peu important à proximité d'un 
creux très-profond W. Au sommet des Glauderey, la voie 
romaine perd brusquement son horizontalité qu'elle n'aurait 
pu conserver qu'en faisant un long demi-cercle de plusieurs 
kilomètres. Elle descend alors en ligne droite la rampe rapide 
de 10 à 12 ^lo du chemin du Boulot, abandonné depuis cinq 
ans comme chemin vicinal, pour aboutir à l'Hôpital- 
Saint-Lieffroy. Elle passe sous la maison commune et 
une partie des habitations de ce village puis remonte assez 
rapidement et directement la Côte des Pins et le sommet des 
Vignes de la Craie sur Clerval. Il est visible encore qu'on a 
cherché à lui faire suivre les crêtes, les plateaux découverts 
et quand il y a un vallon à contourner, c'est aux trois quarts 
de sa hauteur ou à son sommet qu'on le lui fait côtoyer. Et 
cependant pour la facilité du roulage, il eût été plus pratique 
à cet endroit de lui faire suivre dès l'Hôpital-Saint-Lieffroy 
le tracé du chemin actuel jusqu'à Santocbe et Pompierre. 
C'eût été la plaine pendant six kilomètres* Mais les mêmes 



(1 Une ridicule légende veut que le carrosse de Jules César y ait ëlé 
englouti accidentellement. Un des propriétaires de ce hameau eut récein» 
ment un moment de grande émotion en croyant ramener à restrémité 
d'un harpon, une des roues de ce fameux char. Déception profonde, quan*' 
il reconnut que c'était une roue de sa propre voiture qu'un mauvais pla»' 
sant avait précipitée dans ce gouffre, quelques années auparavant ! 



— 53 T- 

raisons stratégiques qui avaient fait abandonner à Roche la 
vallée du Doubs, font éviter à THôpital la vallée trop étroite 
qui se dirige sur Glerval entre la Planoise et le bois de 
Montfort que très vraisemblablement dominait déjà l'antique 
Château de Ranustal, 

De sorte que THôpital-Saint-Lieffroy se trouve au bas de 
deux rampes assez prononcées de ladite voie et formerait 
comme la pointe inférieure d'un V majuscule. UHôpital- 
Saint-Lieffroy {liospitium^ gîte) fut certainement une man- 
sion romaine. M. Oudot ancien conseiller général et qui 
récemment encore y était propriétaire d'une ferme impor- 
tante, m'a rapporté qu'il avait trouvé lui-même et recueilli 
en cette localité de nombreuses monnaies impériales. La 
position de cette station, son étymologie, semblent indiquer 
que c'était surtout un relai (ynutatio) rendu nécessaire par 
les rampes de la voie pour doubler les attelages et per- 
mettre aux convois de gravir la pente de la Planoise et sur- 
tout celle du Boulot. 

En sortant des vignes de Clerval, la voie du Rhin, tou- 
jours pour éviter deux déclivités, fait une courbe, un demi- 
cercle complet dans la direction du Bois du Bannal dans le 
vallon qui va sur Fontaine, puis se dirige en ligne droite sur 
Pompierre. Dès qu'elle a dépassé le chemin de Clerval à 
Soye, elle est très visible et figure sur la carte de l'Etat- 
Major. Elle sert de cliemin rural jusqu'au bois du Vernois. 
Complètement dépouillée de son massif supérieur dans son 
parcours sur la lisière de ce bois, il n'en reste que l'assise 
pavée. De là elle est empruntée jusqu'à Pompierre par le 
chemin de Santoche, l'antique Centusca du Chroniqueur de 
Cuisance (1). La chaussée traverse ensuite Pompierre, 
passe sous le cimetière et l'église : on la perd complètement 
de vue de l'église à la sortie du village. Elle reparait alors 
très visible et sert de chemin rural à travers les champs 



[i'j BoLLAND. Légende de St-Ermenfroi, 25 sept. 



— 54 — 

jusqu'à la Maisonnette du garde-barrière du chemin de fer 
de Besançon à Belfort, traverse obliquement la voie à gauche 
de ce passage à niveau, coupe de même le canal du Rhône 
au Rhin et arrive en face de Rasg-lesrisle où elle passait 
le Doubs. C'est là que j'ai arrêté mes investigations. J'indi- 
que rapidement, pour mémoire, d'après M. Clerc, son tracé 
à partir de ce village. Après avoir traversé l'ilot qui fait 
face à Rang elle passe au-dessous de l'Isle-sur-le-Doubs, 
évite le méandre de la rivière, laisse Blussans sur sa gauche, 
gagne Colombier-Chàtelot, Saint-Maurice, Dampierre, Vou- 
jeaucourt où elle franchit le Doubs et finalement arrive à 
Mandeure après avoir passé une seconde fois cette rivière 
sur un des ponts de cette antique cité alors très importante 
qui succomba sans doute sous les coups d'Âttila en 451. 

Tel est le tracé précis de cette ancienne voie qui desservit 
la Franche-Comté depuis la domination romaine jusqu'au 
milieu du xviii* siècle. C'est le tracé indiqué autrefois par 
Bergier. curé de Flangebouche (*), Trouillet curé dOr- 
nansA et, danb le milieu du xix' siècle, par M. le Président 
Clerc (3) avec quelques erreurs de détail. C'est donc à tort 
que certains auteurs, l'étudiant seulement sur une carte, 
lui ont fait remonter la vallée du Doubs, dès Roche, en mon- 
tant par Baume-les-Dames, dont ils faisaient le Loposagium 
de la Carte thédosienne, ou même par la rive gauche du 
Doubs, comme Dom Jourdain W. Trompé par un rapproche- 
ment de noms, une illusion philologique, cet auteur suin 
par plusieurs autres, comme nous le verrons, s'obslinanl à 
faire de Velatodui*um de l'Itinéraire d'Antonin, Vellerot-les- 
Belvoir, y faisait passer la voie du Rhin qui en est éloignée 
de plus de dix kilomètres. 

(i ) Dergier. Biblioth. de Besançon, fonds de l'Académie, concours de 
1756, m. 17. 

(2) Trouillet. Biblioth. de Besançon, fonds de l'Académie, concours d* 
1756, m. 17. 

(3^ Ed. Clerc. La Frnnche-Comté à Tépoqoe romaine. 

(4) Dom Jourdain. Biblioth. de Besançon, même concours, m- 17. 



— 55 — 

Mode de Construction. 

La voie des Provinces germaniques est également inté- 
ressante à étudier dans son mode de construction et on est 
justement frappé de la somme considérable de travail qu'a 
demandé son établissement. 

Bergier, d'après Vitruve, et postérieurement M. Clerc, 
trop confiant dans les affirmations du précédent, préten- 
daient que les chaussées romaines étaient formées de quatre 
couches superposées donnant ensemble une épaisseur cons- 
tante d'environ trois pieds. 

La première de ces couches {staiumen ou fondation) 
aurait été composée d'un ou deux rangs de grosses pierres 
noyées dans du mortier. 

La seconde {rudu$) était en pierres plus petites, posées à 
plat, rangées avec ordre et cimentées comme une maçon- 
nerie de blocage. 

La troisième (arena ou miclèus) était un béton de gravier 
et de chaux. 

Enfin la quatrième était la surface de « marchement » et 
dans les cités, aurait été soit un pavé, soit une mosaïque, 
soit un lit de ciment analogue à notre asphalte ou au maca- 
dam. 

Si ces données ont pu être exactes pour certaines voies, 
elles ne le sont nullement pour la voie de Besançon à Man- 
deure, ou dans plus de cinquante coupes étudiées sur des 
points différents des cantons de Baume et de Glerval, on ne 
trouve que deux couches bien distinctes : une fondation en 
pierres faite partout de même manière, puis un agglomérat 
d'épaisseur et de composition variables suivant la confor- 
mation du sol et les matériaux que les Romains avaient à 
leur disposition. 



— 56 — 

Fondations. 

La chaussée repose donc sur toute sa longueur sur une 
fondation qui est une vraie maçonnerie de blocage, formée 
d'un massif de pierres de grosseur moyenne et d'une épais- 
seur de vingt-cinq centimètres. Ces pierres de surface 
aplanie, ces « têtes de chat > comme disent assez exactement 
nos cultivateurs, étaient disposées comme des pavés, peu 
régulièrement cependant, et maçonnés avec du mortier de 
chaux. Elles formaient un pavage bien nivelé dans toute la 
largeur de l'emprise qui, en moyenne, était de cinq mètres 
cinquante centimètres. On ne s'attachait pas à rendre le sol 
horizontal dans le sens de la longueur, aussi le pavage 
suivait-il les ondulations du terrain sur lequel la voie 
devait passer. 

Certains auteurs ont prétendu à tort que ces fondations 
étaient simplement reliées avec de la terre, d'autres au 
contraire comme M. Ed. Clerc, avec du ciment. La vérité est 
que ces pierres étaient réellement maçonnées avec du 
mortier. C'est à peine si, aujourd'hui, on peut les extraire. 
Par suite de l'humidité qui, dans la suite des siècles, a traversé 
la chaussée, il s'est formé des infiltrations et une formation 
de carbonate de chaux qui a rempli les interstices des fonda- 
tions, en a soudé ensemble toutes les pierres qui forment 
un bloc presque indestructible. 

Dans quelques endroits, lorsque les ouvriers rencontraient 
le roc, leur travail était simplifié; ils l'unifiaient simplement 
et s'il se trouvait un espace, une fissure entre deux roches, 
ils y intercalaient au mortier quelques pierres placées de 
champ. 

Près de Colombier - Châtelot, en pratiquant des fouilles 
pour extraire du sable, on a cru reconnaître qu'il y avait 
sous la chaussée romaine des dalles et des rochers présen- 
tant des ornières profondes et on en a conclu que c'étaient 



— 57 — 

des vestiges d'ancien chemin gaulois. Il est fort admissible 
que les Romains se soient servis, quand ils les rencontraient 
des chemins qui existaient avant la conquête de la Séquanie. 
Ils les ont utilisés dans ce cas uniquement comme assise des 
nouvelles voies qu'ils construisaient. 

Massif supérieur. 

Sur ces fondations se trouvait un massif supérieur, un 
agglomérat dont l'épaisseur varie suivant les endroits entre 
quarante-cinq centimètres et deux mètres. Cette profondeur 
différait suivant les ondulations du terrain et des fondations, 
car c'est en mettant davantage de béton dans les parties plus 
creuses que les Romains arrivaient à réduire et à régulariser 
les pentes. Ce massif se compose toujours de couches 
successives — dénombre ei d'épaisseur variables — de pierres 
cassées, ou de graviers, ou de cailloux roulés, ou même de 
gros sable de rivière : le tout amalgamé par du mortier de 
chaux et ensuite damé et roulé. L'usure du cassage semble- 
rait indiquer que chaque couche aurait été livrée momenta- 
nément à la circulation, et que l'ensemble n'aurait pas été 
fait du même coup, mais dans un laps de temps assez court 
cependant puisqu'on ne remarque aucune ornière dans le 
béton. L'examen de plus de cinquante fouilles indique ce 
mode de construction et c'est à tort que Bergier et Trouillet, 
dans leurs manuscrits présentés au Concours de 1756, pré- 
tendent que la chaussée n'était que de la pierre pulvérisée 
provenant de recharges successives comme on opère de nos 
jours. La coupe transversale d'une de nos routes nationales 
offre un aspect tout différent. 

Les Romains se servaient dos matériaux qu'ils avaient à 
portée de la main Sur le territoire de Voillans, leur béton 
était fait avec des pierres cassées de la grosseur de celles 
qu'on emploie aujourd'hui pour les prestations et ces pierres 
étaient noyées dans du mortier où la chaux figure pour moi- 



— 58 — 

tié. Dans certains autres endroits la proportion de chaux est 
cependant moins forte et certaines couches de béton indi- 
quent en même temps la présence de terre argileuse corarae 
matière agglomérante, mais c'est là une rare exception. On 
préférait évidemment le mortier de chaux, seulement il fallait 
trouver à proximité des calcaires et du bois pour les cuire, 
ce qui était le cas pour la région baumoise, où le combustible 
était abondant. Quant à la nature des pierres employées, elle 
dépendait de ce que les Romains trouvaient dans chaque 
finage, et, comme le fait remarquer M. de Malty, cela était 
bien nécessaire en présence de l'énorme quantité de maté- 
riaux que nécessitait le mode de construction adopté. En 
voici une preuve palpable. De Santoche à Rang la pierre 
cassée disparaît totalement du massif de la chaussée. La 
proximité du Doubs procure aux Romains une matière plus 
commode à la fabrication de leur béton, et l'agglomérat qui 
parlois atteint jusqu'à deux mètres d*épaisseur est fait uni- 
quement de chaux et de sable de rivière^ en couches super- 
posées d'épaisseur très variable, dont le tout forme un seul 
bloc d'une dureté extraordinaire. La somme de travail, de 
matériaux nécessaires, ainsi que le prix de revient d'une 
telle méthode peuvent paraître fantastique à quelqu'un 
qui n'a point vu la coupe d'une voie romaine. Et ce- 
pendant rien n'est plus vrai : les voies romaines étaient 
à proprement parler des viœ calcealœ^ des chaussées W des 
chemins faits à la chaux. La constatation en est facile le 
long du bois du Vernois, derrière Santoche, plus que partout 
ailleurs, et la simple vue de ce béton, tout de sable, convain- 
crait rapidement ceux qui s'obstinent à croire que les voies 
romaines étaient établies comme les nôtres. 



(1) De ce qui précède, l'étymologie du mot chaussée vient plutôt de 
calx, via calceata^ chaux, chemin fait à la chaux, ce qui est aussi ropinion 
de Diez, que du féminin du participe passé de calciare, ealdata via, 
terre pressée, foulée, comme le prétend M. le D»" Meynier {Mémoires delà 
Société d'Emulation du Doubs, 1900, p. 240). 



— 50 — 

Si cette affirmation rencontrait encore quelques sceptiques, 
je les renverrais à la consciencieuse étude de M. de Matty 
de Latour sur ce sujet. Le savant ingénieur, qui a étudié plus 
de sept cents coupes de voies romaines différentes, conclut 
également que ces routes étaient construites à la chaux. J'ap- 
porte encore deux documents irréfutables à l'appui de cette 
thèse : 

C'est tout d'abord une analyse chimique de deux échantil- 
lons de mortier pris à Voillans, section des Arbres brûlés, le 
21 mars 1903, sur la voie romaine du Rhin, l'un dans les fon- 
dations, Tautre au milieu du massif de béton épais à cet en- 
droit de 80 centimètres seulement W. Or le bulletin de l'ana- 
lyse (2) qui en a été faite à la Station agronomique de Fran- 
che-Comté dénote la présence de 50 grammes 35 pour cent 
de chaux dans l'échantillon du bas, et 49 grammes 56 pour 
cent de chaux dans l'échantillon du massif supérieur. C'était 
donc un mortier fait à parties égales de chaux et de sable. 
C'est la preuve scientifique et incontestable de cette méthode 
de construction, telle que je viens de l'exposer. Le même 
bulletin d'analyse ajoute que cette composition chimique est 
loin d'être celle du ciment romain, dont on ne trouve au- 
cune trace dans les deux échantillons, ce qui détruirait l'o- 
pinion de M. Ed. Clerc qui prétendait que les pierres servant 



(1) Cette coupe est présentée au croquis de la planche ci-jointe. 

(2) Bulletin d'analyse n" 41. — Matière analysée : Deux échantillons 
de substances supposées être du ciment romain : 



lo Echantillon dénommé bas : 

Chaux p. «/ 509^35 

Acide silicique «/o 59^^ 

Magnésie Vo 00^44 

Oxyde de fer •/• i«'4 



i9 Echantillon dénommé milieu : 

Chaux p. Vo 49»'56 

Acide silicique 7" ^''8 

Magnésie */o • . . Oo'? 

Oxyde de fer «/o 09^9 



Cette composition chimique est loin d*étre celle approchée d*un ciment 
romain. Les analyses faites sur ces substances donnant un maximum de 
chaux égal à 60 */o rapporté au ciment sec et décarbonaté. 

La même détermination faite sur Téchantillon bas) sec et décarbonaté 
a donné 88 */o de chaux. Il n*y a donc aucun espoir d'assimilation. 

Besançon, le U avril 1903. Le Directeur de la Station, Parnentier. -- 
Prix : 30 fr. 



— co- 
de fondation aux voies romaines étaient reliées entre elles 
par du ciment, alors qu'en réalité il n*y a que de la chaux. 

Voici maintenant une autre preuve non scientifique, mais 
qui cependant a sa valeur. C'est un simple fait d'obser^aLion. 
Le 13 mai 1903, sur la même voie de Besançon à Mandeure, 
à 600 mètres de distance du champ où j'avais prélevé les 
échantillons dont il vient d'être question, un manœuvre était 
occupé à creuser la voie au lieudit < le Champ Rond • pour 
en extraire le sable, selon l'habitude de nos cultivateurs 
quand ils ont quelques constructions à faire. Or sous le mas- 
sif même du béton, sur les pavés servant de fondations, que 
trou va- 1- il ? Le squelette complet d'un cheval étendu très na- 
turellement. D'après sa position et les grosses pierres dont 
il était recouvert, il est évident que ce cheval, victime d'un 
accident quelconque ou amenant les matériaux nécessaires 
à la construction de la voie, fut laissé sur place par les lé- 
gionnaires ou les ouvriers. Et ceux-ci, pour ne point se don- 
nei- la peine de creuser une fosse afin d'enfouir le cadavre, 
l'ont simplement noyé, pour ainsi dire, dans la couche pro- 
fonde de béton dont ils composaient le massif de leur route en 
cet endroit. Preuve évidente de cette façon de construire, 
car si les Romains avaient procédé comme de nos jours à 
l'établissement de leurs voies, il leur eût été absolument 
impossible d'y laisser le cadavre d'un cheval abattu. 

Quant à la surface de marchement ou partie supérieure de 
cet agglomérat, elle a disparu. Mais il ne semblait pas qu'elle 
devait différer sensiblement de celle nos chemins. M. de 
Malty croit que la surface des voies romaines une fois éta- 
blies, comme on vient de le voir, était simplement caillou- 
tée et entretenue par des rechargements successifs dans des 
condilions analogues à nos routes actuelles. En général, si 
la base de la voie du Rhin était de 5 mètres 50, sa surface 
supérieure ne dépasse guère quatre mètres en moyenne. 

On est vraiment étonné de la somme colossale de travail 
qu'a exigée la construction de cette voie et il n'est pas élon- 



— 61 — 

nant que, sur tout son parcours, on remarque sur ses fonda- 
tions des ornières très visibles, comme elles sont indiquées 
sur le croquis (voir PI.). Bien parallèles, elle sont de soixante- 
quinze à quatre-vingts centimètres d'écartement. La plupart 
du temps on en remarque cinq et môme six sur la largeur 
de Temprise. Gomme ces ornières sont bien marquées et 
profondes de cinq à sept centimètres, il est probable que la 
voie pavée a dû être livrée au roulage avant de recevoir son 
massif de béton. Ne proviendraient-elles pas aussi de Té- 
norme quantité de matériaux quUl a fallu amener sur de 
lourds chariots pour construire l'agglomérat supérieur. Les 
deux hypothèses sont parfaitement admissibles. 

Prix de revient kilométrique. 

A titre de curiosité, je termine la description de cette voie 
en rappelant que Tingénieur de Matty de Latour évalue 
à 86.000 francs au minimum, aux prix actuels, la dépense 
kilométrique d'une voie ainsi composée. Les voies romaines 
étaient construites le plus souvent, soit par les légions 
pendant les heures de paix qui suivaient les conquêtes, soit 
par des corvées, la main d'œuvre ne comptait guère. 

Telle est la voie du Rhin, remarquable dans son tracé, 
extraordinaire dans son mode de construction, vrai travail 
de Romains, c'est le cas de le dire. On n'est pas étonné que 
les siècles l'aient appelé via, la grande voie, et dans nos 
campagnes elle est encore aujourd'hui la vie romaine. 

Emplacement des Stations. 

En étudiant cette partie de la voie des Provinces germa- 
niques, il était curieux de rechercher quel pourrait être 
exactement l'emplacement des deux seules stations qui y 
sont indiquées sur les cartes romaines. 

Conformément à l'opinion de Peireciot, c'est sur son trajet 



^62- 

dans le canton de Baume-les-Datnes qu*il faut les placer sans 
aucune hésitation. Ce savant, dans un de ses manuscrits, dit 
en effet : « Il est probable que le territoire de Baume a été 
cultivé dès la plus haute antiquité. Il était fertile et étendu, 
dans une position avantageuse pour le commerce nécessaire 
entre la montagne et le plain pays. Son voisinage était rempli 
de villages sous la dénomination romaine : Lopasagium et 
Vellatudurum sont nommés dans Tltinéraire romain et dans 
la Carte de Peutinger entre Besançon et Mandeure, et on 
trouve des tuiles romaines dans presque tous les territoires 
des environs de Baume. » 

Quoique cette question ait été controversée et que le calcul 
des distances indiquées par ces documents ne donne pas 
exactement la position géographique de ces deux stations, la 
situation topographique, les trouvailles archéologiques, et 
peut-être aussi Tétymologie de ces noms, fournissent des 
indices précieux et incontestables. Avant de les exposer 
il ne me paraît pas inutile de rappeler la bibliographie de 
cette intéressante question d'autant plus que les ouvrages 
qui en parlent sont très rares, même la plupart encore à l'état 
de manuscrits. 

Deux documents de l'époque romaine nous signalent la 
voie du Rhin et ses stations. L'un est la Carte théodosienne 
ou Table de Peutinger, établie vers l'an 230, selon M. Ed. 
Clerc, plus vraisemblablement après Tan 337, selon le P. 
Dunod et M. Auguste Longnon. Cette Table donne un tracé 
schématique des voies de l'Empire Romain à cette époque, 
les étapes ou mansions, leurs distances intermédiaires et 
indique entre Besançon et Mandeure la seule station de Lopo- 
sagio, dont l'emplacement n'est plus contesté aujourd'hui. 

Loposagium. 

On s'accorde généralement à reconnaître que Luxiol, 
village situé à 6 kilomètres au nord de Baume-les-Dames 



— 63 - 

est le Loposagium des Romains et rares sont les auteurs qui 
placèrent cette mansion autre part. Du reste les raisons qu'ils 
apportent à Tappui de leurs thèses viennent d'une similitude 
de noms plus ou moins vague et d'interprétations étymolo- 
giques celtiques non moins risquées, comme on va en juger. 

t En sortant de Besançon, écrit Chevalier de Poligny (0, 
la voie, après avoir côtoyé le Doubs de plus près que ne le 
fait la route actuelle et après avoir passé par la Malmaison et 
les Longeaux amenait à Loposagivm dont le nom indique 
une hauteur sur un lieu où il y a un passage, ce qui parait 
fixer cette station auprès de la montagne d' Aigrement, 
au-dessus de Laissey, station des mieux placées et des plus 
commodes, éloignée de Besançon d'environ quatre lieues et 
quart, ce qui correspond aux treize milles romains attribués 
à ce poste qu'on ne peut placer ni à Soye ni à Luxiol. » 

Chevalier soutient encore la même thèse dans le mémoire 
qu'il présenta à l'Académie de Besançon pour le concours de 
175H sur les voies romaines en Franche-Comté (-). « Loposa- 
giOy écrivait-il, est un nom composé de sagio^ passage, et de 
lopo. Ce dernier mot n'est-il point écrit pour polo ? Polus, 
hauteur, montagne élevée, aagio^ passage de rivière, ce qui 
convient parfaitement à Laissey et au quartier sous le château 
de Roulans. » Chevalier ignorait peut-être que Laissey n'était 
point sur la voie romaine. 

Dom Jourdain (3) place Loposagium à Passavant : <i Je ne 
vois, dit-il, aucune analogie entre Luxiol et le Loposagium de 
la carte. » Il en découvre plutôt dans Passavant, et le calcul 
des distances satisfait trop facilement cet auteur : « Ce lieu 
est à treize lieues gauloises de Besançon et à dix-huit de 
Mandeure, ce qui répond exactement aux nombres marqués 



(1> Cretalier. Histoire de Poligny y I, p. zlxiii. 

(2) Chevalier. Bibliothèque de Besançon, fonds de V Académie ma- 
nuscrit, 17. ! 

(3) Dom Jourdain. Biblioth. de Besançon, fonis de V Académie ma- ! 
nusc. 17. ! 



- 64 — 

sur la carte pour ces deux distances. Je pourrais aussi trouver 
quelque affinité entre les mots de Loposagium et de Passiî- 
vant, si j'étais instruit dans la langue celtique. » Quand même 
il Teût été, Dom Jourdain n'aurait pu corroborer son opinion 
d'arguments sérieux , attendu qu'aucun vestige de voie 
romaine n'a été relevé sur le territoire de cette commune. 
Et je >uis très étonné que l'Académie bisontine ait couronné 
son travail alors que seul d'entre tous les concurrents et les 
archéologues, il mentionne une voie dont on ne trouve aucun 
indice, dont on n'a aucun souvenir dans le pays, qui, par 
suite, est très problématique, et qu'au contraire il ne signale 
aucunement sur sa carte des routes romaines, la voie du Rhin, 
passant par Luxiol, Voillans, l'Hôpital-Saint-Lieffroy, telle 
que nous l'avons décrite précédemment et si visible encore 
aujourd'hui. Il se contente d'indiquer par un pointillé douteux 
une voie longeant le Doubs et passant par Baume-les-Dames. 

Cluvier et Valois (l) opinent pour Soye, voyant dans le 
nom de ce village une certaine ressemblance avec les derniè- 
res syllabes de Loposagium. Cette opinion est absolument 
inexacte, car on peut certifier en toute assurance que la voie 
romaine en question n'a pas passé par Soye. 

D'Anville (2), M. Bial (3), récemment M. Espérandieu (*', 
ayant sans aucun doute étudié de très loin la Voie du Rhin, 
s'obstinent à lui faire suivre les rives du Doubs et font de 
Baume-les-Dames la station de Loposagium, 

Walckenaer (5) est moins affirmatif dans cette erreur; il 
ne peut pas dire si c'est Baume-les-Dames ou Saint-Ligier, 
hauteur qui domine cette ville au Nord et qui, autrefois, en 
était un quartier important. On peut opposer à ces auteurs 



^i) Ad. \tAi^[S. A/b<Uia GoiZiarum p> 120. 
(2) D'Anville. Notice sur l'Ancienne Gaule^ p. 149. 
CS) M. Bial. Mémoires de la Société d'Emulation du Doubs, f^«< 
p. 401. 
(4) M. Espérandieu. Revue épigraphique,n^ 10!, avril 1901, paçe 180. 
(5) Walckenaeh. Géographie ancienne des Gaules, t. Il[, p. 93. 



J 



O 

GO 



(0 

o 

p 

c 
o 



s 



-"S 

*o 

o 

en 







->y^;iCfK^ 



rt* 



if" ïA Vr"^Tj" ï( ^- Tf- 'I' 


















(D 
o 

o 



c 
JS 

'5 

> 

0) 

c 
nS 

E 

o 

o 

> 

JS 

a> 
-o 

0) 

eu 

O 

O 



le même démenti formel qu'aux précédents. La voie du I 

Rhin, comme nous l'avons vu, en étudiant son tracé, ne pas- | 

sait pas plus à Baume qu'à Soye, et c'est le cas de rappeler 

cette réflexion pleine de justesse de M. Ed. Clerc <^} : j 

a Privés des connaissances qui ne peuvent s'acquérir que I 

par des études toutes locales, les savants étrangers à notre 

pays éprouvent un insurmontable embarras dans Tappli* 

cation des itinéraires romains aux localités modernes. La 

nécessité les force à chercher les stutions anciennes dans 

les villages dont le nom leur offre quelque analogie avec le 

nom écrit dans la carte de Peutinger ou l'itinéraire d'An* 

tonin, en calculant au hasard les distances^ et souvent en 

dehors du tracé réel des voies romaines ». 

Bergier, dans le mémoire qu'il envoya au Concours de 
1756 dont il est parlé précédemment, n'ose affirmer mais 
croit que Luxiol est l'ancien Loposagium. 

Dunod (2} sans en donner la raison, n'hésite pas à dire que 
Loposagio c'est Luxio), et il écrit ce nom Lucio tel qu'il est 
encore prononcé dans la région. Sont de cet avis tous les 
autres auteurs qui out traité des voies romaines en Franche- 
Comté : M. Ed. Clerc (3), dernièrement M. J. Gauthier (^), et 
au xviii® siècle,Trouillet qui, dans son mémoire du Concours 
de l'Académie, semble avoir étudié avec un >oin particulier 
la voie de la Germanie : a Lucio, dit-il, où nous plaçons la 
première mansion {Loposagium) n est plus qu'un village, au 
couchant, à une petite lieue de la ville de Baume. Sa posi- 
tion dans un terrain élevé et aquatique nous parait exprimée 
par son nom gaulois Loposagio. Ce lieu était considérable. 
On y trouve des ruines de grands bâtiments, des briques 
anciennes, des marbres gravés, et le peuple y conserve une . 



(1) Ed. Clerc. La Franche-Comté à l'époque romaine, p. 87. 

(2) OuNOO. Hietoiredes Séquanois, préf. p. xiii. 

(3) Ed. Clerc. Ouvrage cité, p. 109. 

(4) J. Gadthibr. Mémoires de la Société d'Emul. du Doubs, 1899 
p. 391. 



5 



-66- 

vieille tradition que c'était Un passage pour les armées ro- 
maines. La voye s*y fait encore remarquer. Dernièrement - 
on trouva dans les champs de ce village un marbre gravé qui 
fut cassé par les laboureurs avant qu'on ait lu l'inscription ». 
Cent ans plus tard, M. Ed. Clerc citait un fait identique : 
ne serait-ce pas le même tiré de l'auteur précédent? 
De nombreuses monnaies romaines y ont été trouvées an 
siècle dernier. Tous ces vestiges, ces découvertes archéo- 
logiques et la position topographique agréable de ce pays, 
ainsi que l'abondance de Teau, chose si précieuse pour une 
étape, donnent la certitude que Luxiol est réellement l'an- 
cienne station de Lopomgium mentionnée par la Table de 
Peutinger. C'est également l'identification adoptée récem- 
ment par M. Ernest Desjardins (^) et Auguste Longnon ('2) 
dans leurs géographies de la Gaule romaine. 

Velatodiinim. 

Si la question semble définitivement élucidée pour Lopo- 
mgium, il en est loin d'être de même pour Velatodtmmi, 
l'unique station indiquée sur l'itinéraire d'Antonin entre 
Besançon et Mandeure. Cet itinéraire, qui est la première 
carte romaine que nous possédions (si toutefois on peut 
donner le nom de carte à une simple nomenclature des 
voies de l'Empire romain), indiquait les stations principales 
ou relais que l'on y rencontrait, et, en chiffres, la distance 
intermédiaire entre chacune d'elles. Ce livre de poste 
certainement antérieur à la Table de Peutinger selon Dunod, 
Trouillet et le plupart des auteurs, aurait été dressé pour les 
généraux à la fin du m» siècle, après l'an 286 à en croire 
M. Aug. Longnon. Or, sur cet itinéraire, il n'est pas question 



(1) M. Ern. Dksjardins. Géographie hist. et <idmin. de la Gaule ro- 
maine, t. IV, p. 142. 
(2 M. Aug. Longnon. Atlas géotfraphique lexie^ p. 29. 



de téoposagium^ et seul Velatuduro y est cité entre Besan- 
Coo et Mandeure Certains archéologues trompés par le 
calcul des distances, d'autres par l'interprétation étymo- 
logique de ce nom, placèrent Velatoâm^um un peu de tous 
les côtés, même en dehors de la voie du Rhin et de toute 
autre voie romaine. Jusqu'à ces temps derniers, les auteurs 
étaient unanimes à ne reconnaître qu'une seule voie allan 
de la capitale de la Séquanie à Mandeure. Ils s'étaient tou- 
jours accordés à dire que Loposagium et Velatodurum 
étaient deux gites placés sur cette même voie à laquelle ils 
avaient fait suivre souvent un parcours imaginaire pour 
donner raison à leurs thèses; récemment il a été émis une 
opinion toute nouvelle : l'existence de deux routes diffé- 
rentes allant de Besançon â Mandeure Tune ayant Velato- 
durtim sur son parcours, l'autre Loposagium^ opinion peu 
admissible contre laquelle militent de très sérieuses objec- 
tions, comme nous le verrons 

Velatodurum a été placé : i^sur la voie du jR/itn,pour des 
raisons différentes, très curieuses souvent, à Rang, h Pom- 
pierre, à THôpital-Saint-Lieffroy, et à Voillans. 

2o En dehûVB de cette voie^ à Viéthorey et à Vellerot. Mais 
tout l'intérêt de la discussion se reporte sur Vellerot et 
Voillans dont les partisans sont nombreux de part et d'autre. 
Aussi ne citerai-je, que pour mémoire, les auteurs des autres 
identifications. 

Trompé tout à la fois par le calcul des distances indiquées 
par une fausse application de l'interprétation étymolo- 
gique, M. Ed. Clerc W prétend que Hang est l'ancienne 
station Velatodurum : « De Pompierre, la voie mène à 
Rang-sur-le-Doubs, où l'on doit reconnaître le Velatodu^ 
rum de l'Itinéraire, dont le nom de Rang ne conserve 
que la dernière syllabe défigurée. » Chose très invraisenibla- 
ule, car la désinence dumm étant assez commune dans les 

(1} Ed. Clerc Ouvrage cité, p. 110. 



— 6» — 

noms de lieux gallo-roinains/mèmô'en Franche-Cornté nous 
devrions avoir, dans ce cas, deux ou trois Rang. Ce qui. a 
poussé cet archéologue à émettre cette opinion, c'est, dit-il 
« que la désinence durum indique un lieu sur une rivière, et 
le calcul des distances nous y conduit. Ge n'est qu'à Rang 
que la route rencontre une rivière à traverser. D'ailleurs de 
Besançon à Rang il y a en réalité 50 kilomètres ou 22 lieues 
et demie gauloises. » Faux calcul, car en suivant le tracé 
exact de la voie du Rhin, le xxii* mille (ou 48kilom. 890) 
serait au delà de rHôpital-Saint-Lieflfroy, vis-à-vis Clerval et 
non à Rang qui est à 56 kilomètres de Besançon. 

Sans en donner la raison, d'Anville (1) veut que ce soit 
Pompierre, Pont-de-PieiTe, écrivait-il. 

L'Hôpital-Saint-Lieffroy est l'ancien Velatodurum selon 
Chevalier (2) : « Ce dernier lieu, dit cet auteur, que l'Itiné- 
raire met à xxn milles de Besançon, est suivant cette distance 
(en milles romains, l'Hôpital près de Viéthorel : la voie y 
passait et non à Voillans (première erreur!) On dira ci-après 
qu'une branche de chemin depuis Langres venait près de ce 
poste rentrer dans la voie principale (deuxième erreur : cette 
route, qui passait à Uzelie, Mancenans, rejoignait la voie du 
Rhin vers TIsle-sur-le-Doubs). C'est pourquoi vraisemblable- 
ment, continue Chevalier, il portait le nom de Velatwiurtim^ 
vitty laia, turum^ Viéthorel, poste ou entrée de la grande 
voie. 

Viéthorey a encore été désigné dans les Mémoires de la 
Société d'Emulation du Doubs (?). Peut-être, comme il m'a 
été dit, y voyait-on une étymologie celtique, différente de 
la précédente (ctU, (/ïodeure, ruisseau). Malheureusement 
pour l'exactitude de cette interprétation , Viéthorey ne 
possède aucun ruisseau, manque d'eau très souvent et 



ri) D*ANViLLK. Notice »ur la Gaule, p. 643. 

(*2) Chëvalh^r. Histoire de Poligny, t. I, p. XLix. 

(3; Mémoires de la Société d'Ei nidation du Doubs, 1899, p. 391. 



surtout se trouve à 6 kilomètres de la voie romaine, et n*y 
était nullement relié. Sur son territoire on ne retrouve aucun 
vestige de chemin antique. On ne doit donc pas hésitor. à 
rejeter cette identification. 

Je n'hésite pas à émettre la même affirmation au sujet de 
Vellerot-les-Belvoir, malgré ses nombreux partisans, qui 
apportent plutôt à l'appui de leurs thèses des rapprochements 
étymologiques que des. documents topograpbiques. 

Parmi ceux-ci il faut citer Schœpflin (1) qui a vu^une cer- 
taine ressemblance entre Velatodurum et .Velierot et.avec 
assurance fait passer dans ce village la voie du Rhin qui en est 
éloignée de plus de huit kilomètres et qui se trouve sur la 
rive opposée du Doubs. 

Le même identification a été adoptée par Dom Jourdain 
dans son travail présenté au Concours de 1756. Il faisait 
passer une voie venant de Genève au Rhin par la Séqua- 
nie, par Pontarlier, Etray, Eysson, Vercel, Vyt'les-Belles- 
voye» i'^) « où elle se réunissait, dit-il, à la grande route de 
Besançon au Rhin et suivait les stations qui sont marquées 
dans la Table théodosienne et Tltinéraire d'Antonin ; » et, 
en. parlant des stations désignées sur ces deux documents 
il ajoute : *- rien n'empêche que ce ne .soient deux gîtes 
distingués qui se trouvent sur la même route », assertion 
(jui fait supposer que Dom Jourdain ignorait la voie passant 
par Luxiol, puisqu'il ne le signale pas et qu'il fait suivre à 
la voie du Rhin la rive gauche du Doubs par Passavant, 
Vellerot : « Voicy les raisons qui me portent à donner la 
préférence à cette direction:. ... 2« Je ne trouve aucune 
analogie entre Voillians et le Velatodurum de l'Itinéraire, 



(i Schœpflin. Ahatia iUustrata, t. I. p. 199. 

(2) L*origine du nom de Vyt-lcs-Belvoir vient de la proximité de cette 
localité avec le château et le pays important alors de Belvoir; c'est donc à 
tort que Dom Jourdain écrit que « le village de Vy-les-Belles-Voyès par- 
fait avoir reçu sa dénomination de son emplacement sur une grande route. 
Ce nom vient du latin Via. » [Concours de il56). 



— 70 — 

3» La distance de Voillians à Besanvoa est toute diBérente 
de celle de Velatodurum par rapport à la même ville. 4» La 
ressemblance entre les noms de VeUU ^durum et de Vellerot 
est de beaucoup plus sensible et la distance de cet endroit 
à regard de Besançon suffit pour remplir le nombre de 
vingt-deux lieues gauloises que Tltinéraire donne à cet 
interval. w 

Nous verrons dans la suite que Doin Jourdain a changé 
d*opinion. 

Samuel Schmitt qui, je crois, e&t luuteur du mémoire en 
latin présenté au même concours, partage la manière de voir 
du précédent : « Velaiudurum Antonini nec levi conjectura 
quaeritur in Vellerot, minus dextre in Voillant. > 

Walckenaer désigne aussi Vellerot. Plus récemment ont 
émis la même opinion Ernest Desjardins, Auguste Longnon 
dans leurs ouvrages de géographie ancienne, ainsi que 
M. Bial et d'Arbois de Jubainville qui fait de Velatu-durum 
€ la forteresse de Velatus ou Veladus » Vellerot-les-Belvoir 
(Doubs). 

Dans le Bulletin de la Société grayloise d'Emulation de 
Tannée 1903, M. S. Leroy, professeur d'Histoire à Gray (1), 
dans une très intéressante étude sur les Milliaire$ trouvés 
dans la Séquanie, reprend la théorie de Dom Jourdain, mais 
il ne se contente pas comme cet auteur d'une seule voie 
passant par Passavant et Vellerot. De la différence de sept 
kilomètres qui existe dans les mesures indiquées par l'Itiné- 
raire et la Carte théodosienne et du doute qui plane sur 
l'emplacement exact de Velatodurum^ M. Leroy conclut 
hardiment, et il est le premier à le faire, que « deux voies 
romaines ont successivement relié Besançon à Mandeure. » 

« La première, dit-il, indiquée par l'Itinéraire d'Antonin, 



(1) La partie de cette étude concernant le travail de M. Leroy a été Tob- 
jet de la communication faite à la Société d'Emulation du Doubs à la séance 
de février 1904. 



-. 71 — 

remontait la vallée du DoubB à quelque distance de la rive 
gauche ; elle se confond en partie dans sa direction générale 
avec la route départementale qui va de Besançon jusque vers 
Vellevans. Son parcours qui était de 75 kil. 550, était coupé 
par la station de Velatoduruniy aujourd'hui Vellerot-les- 
Belvoir. » 

« La seconde voie romaine, postérieure à la précédente, 
était plus courte d'environ 7 kilomètres puisqu'elle mesurait 
68 kil 890 d'après la Table de Peutinger. Elle serrait de plus 
près le cours du Doubs, qu'elle longeait pour ainsi dire, à 
droite cette fois, pendant les deux tiers de son parcours, 
avant de le franchir vers Rang, et la station intermédiaire 
s'appelait Loposagium^ aujourd'hui Luxiol. » 

Je concède volontiers à M. Leroy que Vellerot-les-Belvoir 
fut une station romaine — on y a trouvé des tuileaux et des 
monnaies — et que la voie dont il parle existait probable- 
ment, sur une paitie du parcours désigné par lui, mais elle 
n'allait pas à Mandeure. Le président Clerc lui-même, ^ 
l'autorité duquel M. Leroy fait appel, n'a pu en donner un 
tracé certain ; la carte qui accompagne son ouvrage sur la 
Franche-Comté à Vépoque romaine ne porte qu'un pointillé 
douteux jusqu'à Aïssey. Il en conteste même l'existence 
quand il dit que Schœpflin < trouve Velatodurum à Vellerot 
en traçant dans notre moyenne montagne une voie militaire 
purement idéale. » Il est vrai que les tuileaux et monnaies 
trouvés assez nombreux à Aïssey, Vellevans, Randevillers, 
Sancey et Vellerot ont donné à penser que ces localités 
devaient être desservies par une voie dont il ne reste qu'un 
seul tronçon visible entre Tournedoz et Lanthenans. Certains 
auteurs ont cru pouvoir affirmer que c'était la voie des salines 
venant de Saulnot (H*«-Saône) par Geney, l'Isle, Lanthenans, 
Tournedoz, le col de Perrière, seul passage possible de la 
chaîne du Lomont en cet endroit, que de là elle descendait 
sur Vellerot, Sancey, Randevillers, Vellevans, et suivait 
ensuite la route actuelle de Besançon. 



— 72 — 

Malgré ces hypothèses, il me parait peu admissible qu'on 
puisse placer Velatodurum et Laposagium sur deux voies 
différentes. Et voici les objections que je fais à la thèse d^^ 
If. Leroy : 

lo L'itinéraire d'ÂDtonin, de même que la Table de Peotin- 
ger ne signalent que les routes militaires, chau89ée$ impor- 
tantes, viœ ealceaiœ. 

Or, de Besançon à Mandeure il n'en existe qu'une de ce 
genre, celle dite du Rhin, la plus importante de la Séquanie; 
inaugurée en 98 d'après les milliaires de Mathay ; étonnante 
dans sa construction, comme nous l'avons vu ; elle passait 
par Roulans, Sechin, Luxiol, Pompierre, etc. 

La voie des Salines au contraire, par Vellerot et Lanthe- 
nans, n'était qu'une simple voie commerciale de créatico 
bien postérieure, route secondaire, non calceata, chemin 
gaulois réparé et entretenu. Si c'eût été une via cnlceata les 
habitants de ces pays en connaîtraient le parcours. Sur le 
plateau du Lomont, éloignés de toute rivière et du Doubs, 
les indigènes de Vellerot, Vellevans et autres lieux, manquant 
de sable pour leurs constructions, auraient certainement 
défoncé et exploité, comme on le fait à Voillans, la vieille voie 
romaine sur les points où elle n'aurait pas été empruntée par 
les chemins actuels ; or, il n'en est rien, ni à Vellerot, ni 
a\*ant ou après. 

Or comment pourrait-on expliquer que cette voie d'impor- 
tance moindre comme construction, moins directe comme 
trajet, moins commode par suite des nombreux accidents de 
terrain, de rampes plus fortes, fut signalée en l'an 286 sur 
ritinéraire d'Antonin^et que Tautre plus importante, plu* 
directe, mieux établie, calceata^ antérieure à l'autre qui exi>- 
l;nt dès Tan 98, d'après les milliaires de Mathay, voie niiiitairt^ 
conmie je le démontrais plus haut, fut omise sur cette cart^ 
établie surtout pour les généraux de l'Empire. Il me semble, 
qu'il va là une objection sérieuse. 



— 73 — 

2* Vellerot-les-Belvoir ne répond pas aux conditions topo - 
graphiques, comme le prétend M. Leroy, c'est-à-dire au 
calcul des distances indiquées sur l'Itinéraire. La route dé- 
partementale dé Besançon à Yelievans ne peut pas être plus 
directe ; Velievans se trouvante 4â kil. de Besançon, Vellerot 
par Sancey) en est à 55 kil. Or je ferai remarquer que, par 
suite de la différence d'altitude et de la dépression du sol, 
il est impossible, de Velievans et Randevillers, d'aller plus 
directement à Vellerot. Cette distance (55 kil.) ne répond pas 
aux 2â milles, 48 kil. 800), de l'Itinéraire. 

De Vellerot on pouvait se rendre autrefois à Mandeure en 
empruntant deux \(Aes romaines connues : i^ la voie de 
Pierre-Pertuis que la route des salines traversait à Lanthe- 
nans ; on n'avait alors qu'à passer par Hyémondans, Dam- 
beiin, Pont-de-Roide et Mathay — ou 2" celle du Rhin que 
ladite voie des Salines traversait entre Blosfiftn&et Tlsle. La 
distance de Vellerot à Mandeure ne répond point par ces 
deux tracés aux xii milles intermédiaires entre Velatodurxtnf 
et Mandeure II n'y aurait qu'en suivant la route actuelle de 
Vyt, Valonne, Dampjoux, Villars et Pont-de-Roide que le 
calcul des distances serait exact ; mais cette voie n'est pas 
connue, il n'en a jamais été question, par conséquent elle 
est très problématique. Il n'en serait certainement pas de 
même si c'eilt été une voie reliant réellement Mandeure à 
Besançon. 

8* Vellerot-les-Belvoir ne répond pas non plus aux condi- 
tiCns phonétiques. M. Leroy veut absolument que le nom de 
Vellerot vienne de Velatodurum. Pour le prouver, il énumère 
douze noms anciens dont la désinence est durum, il fait une 
étude très approfondie sur les transformations de ces mots, 
il en tire des règles et les applique à Velatodurum. c Après 
avoir supprimé, dit-il, le T intervocalique dont la chute est 
normale, nous aurons quelque chose comme Vellère ou 
Velleure et si nous ajoutons le suffixe diminutif ot nous 
aurons naturellement Vellerot. » Et M. Leroy termine son 



— 74 — 

travail en disant que sa solution « a pour elle Tautorité de 
M. Longnon. Térudit français le plus autorisé à l'heure 
actuelle dans ces questions de géographie ancienne » Il 
était intéressant de consulter M. Longnon lui-même à ce sujet 
et d'avoir Topinion de ce savant professeur du collège de 
France et de TEcole pratique des Hautes-Etudes, dont la 
compétence en toponomastique est indiscutable. Or elle n'est 
pas favorable à la thèse en question. Si cet auteur dans sa 
carte de la Gaule sous la domination romaine porte Vellerot, 
c'est qu'il l'a mis de confiance, d'après Ern. Desjardins, car il 
prétend a que Velatodurum a pu donner à la rigueur Veleur, 
Vêler, d'où le diminutif Vellerot mais que Vellerot est bien 
plus certainement le diminutif de villare^ et qu'il ne faut pas 
lui chercher une autre origine. » 

Pour résoudre la question de façon définitive, il serait 
nécessaire d'avoir les formes anciennes de Vellerot. Malheu- 
reusement nous n'avons pas de dictionnaire topographique 
du Doubs. Je trouve du moins dans le dictionnaire de l'Yonne, 
région qui peut au point de vue philologique se rapprocher 
de la nôtre, un Vellerot représenté en 1184 par V/Wei'tuf ; 
en i255 par Villertum ; en 1267 par Villerot ; en 1399 par 
Vellerot, Valeroi ; en 1574 par Vellerot (1). Aucun de ces 
noms anciens ne se rapproche de Velatodurum. Du reste 
le nombre des localités portant le nom de Vellerot et de ses 
variantes Villerot, Villeret, indique suffisamment qu'elles 
tirent leur étymologie du commun villare, qui a été rendu 
en vieux français par villar, viller, villier, vellar, veller. 

4« Enfin voici une dernière remarque qui a son intérêt En 
suivant minutieusement au curvimètre le tracé de la voie de 
Mandeure par Loposagium (Luxiol), en tenant compte de 
toutes les courbes que je (Tonnais pour avoir parcouru cette 
voie pas à pas, on arrive à Mandeure avec un total de 



(1) Collection des dictionnaires topographiques. Yonne, par M. Quantin, 
1872. 



-- 75 -- 

75 kilomètres et demi, seule distance exacte et vraie depuis 
Besançon, et non pas de 68 kil. 890, comme le voudrait le 
calcul des distances intermédiaires données par la Table de 
Peutinger. Pour obtenir ce résultat de 68 kil. 890, il faudrait 
que la route allât à peu près en ligne droite de Besançon à 
Luxiôl et de Luxiol à Mandeure ce qui est topographiquement 
impossible par suite des accidents de terrain. D'où je conclus : 
1° qu'il y a erreur de mensuration ou de copiste dans les 
chiffres donnés par la Table. 2' La dîstanee exacte de Besajn- 
çon à Mandeure en suivant le tracé de la Table par Luxiol 
étant de 75 kil. et demi, la distance donnée entre cee deux 
mêmes villes par l'Itinéraire d'Antonin en passant par Vêla- 
lodurum étant identiquement la même, soit 75 kil. 5&6, je 
conclus aussi, de cette égalité de longueur qu'il ne s'agit pa» 
de deux voies différentes, mais bien de la même route dési- 
gnée et par l'Itinéraire d'Antonin, et par la Table de Peutin- 
ger. Il y a la simple différence d'indication d'un relai 
intermédiaire, le premier ayant été détruit ou changé pour 
une plus gi*ande commodité de service, dans le laps de temps 
qui s'est écoulé entre l'établissement de la première et de la 
seconde de ces deux cartes que nous possédions de la Séqua- 
nie sous la domination romaine. 

Velatodurum n'est donc pas Vellerot puisque la voie de 
l'Itinéraire n'y pasçe pas. Serait-ce Voillans ? Dunod, dans 
son Histoire des Séquanois W l'affirme sans donner les 
raisons qui le poussent à émettre cette opinion : « Velatodu- 
rum estunemansion qui avait été changée au temps des cartes 
de Peutinger, postérieures à l'Itinéraire, et Voillans est un 
village auprès de Luciol, Loposagio, nommé dans ces cartes.» 

Dom Jourdain, qui a varié dans sa manière de voir, aban- 
donne Vellerot pour Voillans : a Voillans, écrit-il, se trouve 
assez exactement à la distance de xxii milles italiques attri- 
bués à la première station au delà de Besançon, en fixant la 

(1) T. I, p. XIX. 



-•76 — 

valeur du mille au tiers de la lieue de 2.400 toises. Yoillans 
est accompagné, au midi et au nord et sur l'alignement de la 
voie, de deux villages qui portent Tun le nom d'Autechaux, 
l'autre celui de THôpital, dénominations qui annoncent que 
la voie passait proche du premier et que l'autre était un gtte 
(hospitium). On conclut de ces circonstances que Voillans 
est le Velatodurum de l'Itinéraire. » 

C'est aussi Voillans pour Trouillet, et Bergier qui ont pris 
part au Concours de 1756. Tous deux confondent avec raison 
les routes portées sur l'Itinéraire et la Table, et mettent 
Velatodurum et Loposagium sur la même voie. 

M. Laurens (1) copiant textuellement Bullet (2) voyait dans 
Velatodurum Fétymologie celtique bel^ vel : fer ; toddur, 
lieu où l'on fond, où il y a un fourneau. Il en concluait que 
c'était Voillans, car il y avadt des mines de fer fort abondantes, 
où le fer se trouvait pur en certains endroits. L'exploitation 
du minerai a duré jusqu'au milieu du xix« siècle et faisait la 
fortune des habitants de ce pays. Je ne crois pas qu'il y ait 
eu jadis des fourneaux à Voillans. 

Le calcul des distances ne peut fournir une indication 
précise en faveur de Voillans, qui se trouve à 6 kil. du point 
marqué par le xxiio mille. Il est vrai qu'il en est a peu près 
de même de Luxiol et qu'on ne doit pourtant pas hésiter à 
en faire la station de Loposagium, malgré une différence de 
4 kilomètres. 

Je me garderai bien de fairn venir de Velatodurum l'éty- 
mologie du mot Voillans. Cette forme indique de prime abord 
une origine germanique dont la notation ancienne se termi- 
nait par hing ou hingen. Quant à l'origine tirée du latin 
Velatus^ quelque séduisante qu'elle paraisse, il faut y renon- 
cer. Vclatus a donné voilé mais ne peut donner Voillans, 
car on ne sait ce qu'un suffixe germanique ou celtique 



(i) Aimuaire du Doubs, 1853, Notice sur le canton de Baume. 
(2) Bullet. Mémoire sur la langue celtique j 1, 191. 



- 77 - 

viendrait faire à côté d'un mot latin qui n'est pas môme un 
substantif mais seulement un qualificatif. Par contre si Voil- 
lans ne peut venir de Velatus^ il n'en est pas de môme de 
Velatodvrum, Au lieu de voir dans ce dernier nom un terme 
celtique duras, ou douros, et d'en faire < le fort ou la forte 
resse de Yelatus » il me semble plus logique et plus simple 
de n'y trouver qu'un nom latin composé d'un substantif et 
d'un adjectif : velatum, durum. Et alors dans ce cas, par 
suite de la signification de ces deux mots et leur parfaite 
adaptation à la topographie de ce pays, je suis tenté de croire 
que Velatodurum, la station de l'Itinéraire, a été réellement 
bâtie sur le territoire môme de Voillans. 

Qu'on donne en effet à la désinence durum la signification 
de rocher, ou celle de cours d'eau, ruisseau, ou tout autre 
sens comme localité ou petite forteresse, le qualificatif de 
velaius, caché, convient admirablement bien à toutes ces 
versions. Si Ton vient de Besançon ou de Mandeure en sui- 
vant la voie romaine, il faut arriver sur Voillans pour l'aper- 
cevoir au fond de cette petite vallée de forme oblongue, à 
mi-côte de laquelle serpente la voie du Rhin. Cet endroit est 
réellement caché aux regards. Il devait l'être encore davan- 
tage au moment de la conquête de la Séquanie : l'humus 
épais et fertile qui recouvre son territoire indique suffisam- 
ment que les flancs de ce vallon étaient boisés autrefois. 

Très souvent les noms des lieux ont été tirés de leurs 
curiosités naturelles. « La terre, dit le D'J. Meynier, avec 
les reliefs^ les dépressions, et les cavités que présente son 
sol, avec l'eau qui coule ou stagne à la surface, et celle qui 
entoure ses continents et ses îles, avec la végétation qui la 
recouvre, devait être, pour la nomenclature territoriale, 
d'une grande ressource W, » Ne serait-ce pas le cas pour 
Voillans et qui en ferait certainement le Yelatodurum des 



(1) D^ J. Meynier. Mt^moirea de la Socitfffi fVEmid. du Dùubft. iH91, 
p. 348. 



— 78 — 

Romains. Non loin du lieu dit Colomhoty où l*on a trouvé 
autrefois de nombreux tuileaux, des substructions, des traces 
d*un ancien cimetière, une source, qui prend naissance à 
proximité d*Âutechaux, s'engouffre presqu'immédiatement 
dans un entonnoir, d'où son nom Bief-danstei^re. Après un 
parcours souterrain de 1 .800 mètres, ce bief jaillit abondant 
dans un bas-fond, sous un rocher bien caché à quelques cents 
pas de Voillans et devient on ruisseau qui traverse le village 
dans toute sa longueur. Chose curieuse : ce ruisseau arrivé 
à la dernière maison du pays, se précipite dans un creux et 
fournit une chute de vingt-sept mètres de profondeur qui 
actionnait autrefois les trois roues superposées du très ancien 
moulin seigneurial de Voillans. Ce nioulin bien modernisé 
aujourd'hui est mû par une turbine posée à vingt-cinq 
raèlres sous terre. Puis ce ruisseau disparait totalement dans 
ce profond et étroit entonnoir de pierre. Des recherches, des 
expériences récentes, de