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Full text of "Mémoires de la Société archéologique du midi de la France, Volume 9"

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Mémoires de la Société 
archéologique du midi de la France 

Société archéologique du Midi de la France 



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MÉMOIRES 



DB LA 



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SOCIETE ARGHEOLOGIQUE 

DU MIDI .DE LÀ FRANGE. 



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TOULOUSE, IMPRIÌIERIE DE A. CHAUVIN ET FILS, RUE MIREPOIX, 3. 



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MÉMOIRES 



DE LA 



SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE 



DU MIDI DE LA FRANGE, 



Reconnue ótablissement d'utilitó publique par dóoret du 
10 novembre 1850. 



TOME IX. 
Axméem ISBB à 18Y1. 




PARIS, . 

YIGTOR DIDRON, LlBRAlRE-ÉD]TEURt 

(LIBHAlhlB ARCHtOLOGIOOE ) 

13,rueHautef60iUe. 



TOULOUSB» 

AUI ARCHIVES DE LA S0GI£TÉ, 
Place Saint-Semin, 7. 



1872 



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HARVARD COLLEGE LIBRARY 
INGRAHAM FUND 



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SOGIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE 



DU MIDI DE LA FRANGE. 



USTE DES FONDATEURS DE LA SOGIÉTE 

TKLUE QITELLK EST CONSIGNÉB DAN8 LE PROCÉS-VEREAL DE U SÉANCE DE SON INSTITimON 

DU t JUIN 1681. 



MM. 

Le marquis de CASTELLANE, presidente 

Le comte Boni de CASTELLANE, 

Le marquis de RESSÉGUIER , 

L'abbé JAMES, chanoine de la métropole , 

Du MÉGE, ancien ofBcier du genie militaire , 

Bruno de BASTOULH, conseiller à la Cour, 

Auguste d'ALDÉGUIER, conseiller à la Cour, 

DUPUTy colonel d'état-iQajor en retraite , 

DUBARRT, lieutenant-colonel en retraite , 

SAUYAGE, professeur de littérature latine à la Faculté, 

BELHOHHE, homme de lettres, 

De LAVERGNE, homme de lettres, 

Leon DUCOS, négociant, jage au Tribunal de commerce, 

SOULAGES fils, antiquaire. 



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VI — 



TABLEAU 

DBS 

MEMBRES QUI CONSTITUENT LA SOCIÈTÉ 

AU 31 MARS i872. 



lEltiltiBSAtJ. 



MM. < 
L'abbé CARRIÈRE, préMent, 
Adolphe de CLAUSADE, directeur. 
Edw. BARRY, secrétaire general. 
E. CARTAILHAC, secrétaire-adjoint. 
E. TRUTAT, archiviste. 
Ed. GIAAMBERT, trésarier. 



BIEBIBRES HOIVORAIRB». 



MM« 



Le baron TAYLOR, membre de l'iDstitut, à Paris. 

De CAUMONT, fondateur et directeur de Tlnstìtut des provinces 

* et de la Société frangaise d'archeologie, à Caen. 

Mi^ BAILLÉS, ancien évèque de LuQon, à Rome. 

Myr GOUSSEAU. 

G. HA6EMANS. 

Mk- X. BARBIER de MONTAULT. 

Le comte J. GOZZADINI, sénateur duroyaume d'Italie, présidentdu 

Congrès international d'anthropologie et d'archeologie préhis- 

torìque, session de Bologne, 1871. 
J. CAPELLINI, recteur de l'aniversité de Bologne^ secrétaire gè* 

néral du Congrès international d'anthropologie et d'archeologie 

prélilslorique, 1871. 
N... 
N... 



Date de lentiominatioa. 

i«' octobre ISSI . 

8 décembre 183^. 
10 décembre i851. 
28 avrii 1868. 
7 juillet 1868. 
19 décembre 1871 « 



9 janvier 1872. 



9 janfìer 1872. 



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— VII 



BIEMBRBS RilSIDAIVTS. 



MM. 



SAUVA6E, i^y fondateur, doyen honorairede la Faeulté desléttres. 
D'ANDRÉ DE SERVOLLES , ancien protiseur du lycée , ancien 

ìnspecteur d'académie. 
Edmond CHAMBERT, architecte diocésain. 
Vicomte G. de JUILLAC, anoien oapitaine de cavalerie. 
MAacEL DUBOR, ancien magistrat. 
Comte F. db RESSÉGUIER, secrétaire perpétnel de Facadéinie 

des jeux Fioraux. 
Adolphe de CLAUSADE. 
L. BUNEL, avocat. 
V. FONS, *, ancien magietrat. 
Clément COMPAYRE. 

Edward BARRY^ ^ , professeur à la Faeulté des lettres. 
Abbé CARRIÈRE. 

DESBARREAUX-BERNARD, ^, docteur en médecine.. 
BÉ6UÉ, docteur en médecine» inspecteur des enfants assistés. 
Comte de SAMBUCYLUZENgON. 
Ernest ROSCHACH, conservateur du Musée des antiques. 
CAUSSÉ, conseiller à la Cour d'appel. 
Abbé MASSOL, chanoine. 
De CROZANTBRIDIER, directeur d'assurances. 
ARMIEUX, ^, médeein principal à Fhòpital militaire. 
D'HUGUES, ^, professeur à la Faeulté des lettres. 
E. TRUTAT , conservateur du Musée d*histoire natnrelle. 
Antoiiiè DU BOURG. 
E. CARTAILHAC, «, directeur de laRevue Hatérianx pour This- 

toire de Thomme. 
Comte V. d'ADHÉMAR. 
Comte R. de TOULODSE-LAUTREC. 
Achille JANOT, «, docteur en médecine. 
D>' NOULET, ^, professeur à l'Ecole de médecine, directeur du 

Musée d'histoire naturelle. 
L. de MALAFOSSE. 
JEAN-FAANgOI8 BLADÉ. 
CHALANDE. 

Comte L. ds NEUVILLE. 
PESSEMESSE. 



Date de lenr DoninatioB. 

2 juinl831. 

il juin 1881. 
i juin 1836. 

7 mars 1846. 

16 aoùt 1850. 

À févrìer 1852. 

14 juillet 1852. 

13 décembre 1854. 

21 mai 1856. 

9 février 1859. 
9 février 1859. 
28 juillet 1860. 

17 mars 1863. 
24 mars 1863. 
24 mars 1868. 

8 mars 1864. 
^2 aoùt 1864. 

8 janvier 1865. 
1«' mai 1866. 

26 décembre 1866. 
19 février 1867. 
19 février 1867. 

26 février 1867. 
26 février 1867. 

9 avril 1867. 
30 avril 1867. 

18 février 1868. 
18 février 1868. 
28 décembre 1869. 

15 mars 1870. 

22 mars 1870. 
11 avril 1871. 



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•—▼•II — 



MH. 

LAPÈNE pére, ayocat à Saint-Gaudens. 

Le Ticomte de GOURGUES, au chàteau de Lanquaìs (Dordogne). 

DULAURIER, membre de riastitut, professeur au Collège de 

Franco, à Paris, ancien membre résidant. 
De QUàTREFàGES, membre de rinstiiut , professeur au Moséum 

d'histoire naturelle, à Paris, ancien membre résidant. 
HiPPOLYTE CROZES, président du Tribunal civil, à Albi. 
Ern . BRETON, membre de rinstitut, à Paris. 
Adolphe RICARDy secrétaire general de la Société archéologique, 

à Montpellier. 
Cesar DALY, architecte à Paris. 
Comte de FOUCAULT, au chàteau de Braconac (Tarn). 
6ASCLE DE LAGRÉSE, conseiller à la Cour de Pau. 
Chevalier GRIFI, secrétaire general, à Rome. 
EuG. d'AURIAC, à la Bibliothéque natìonale, à Paris. 
L. deLAVERGNE, membre deTInstitut, à Paris, ancien m. résidant. 
Abbé CANÉTO, grand-yicaire, à Auch. 
Abbé GUILLAUME, à Nancy. 
MOREL, avocat à Saint-Gaudens. 
Vicomte DUFAUR de PIBRAC, à Orìéans. 
JOUGLAR, notaire à Bouillac (Tarn-et-Garonne). 
Due de LÉVIS-MIREPOIX, au chàteau de Léran (Arìége). 
DEVALS alné, archiviste du département, à Montauban. 
DOM-BERNARD, juge de paix à Montauban. 
Marquis de SAINT-GENIÉS, au chàteau deTErmitage, près Béziers. 
E. ROSSIGNOL, à Montans, près Gaillac (Tarn). 
J. GARNIER, archiviste à Amiens. 
Abbé CORBLET, directeur de VArt chrétìen, à Amiens. 
P. GOUARAZE DE LAA, professeur au lycée d'Albi. 
Abbé HUREL, chapelain à Paris. 

L. DE COMBETTES-L ABOUREUE, au chàteau deLabourelie (Tarn) . 
H. SCHUERMANS, conseiller, àLiége. 
BaronEn. de RIVIÉRES, au chàteau deRivières, près Gaillac. 
Gabriel BONNELS, avocat à Narbonne. 
GURIE-SEIHBRES, ancien sous-préfet, à Trie-sur-Balse. 
Chevalier da SILVA, architecte à Lisbonne. 
DUCOS (FLOREiTTiK),à Cugneaux (H.-G.), ancien membre résidant. 



Dita d« le«r aominitiM. 

15 oclobre 1881. 
5juilleti834. 

9 janvier 1S36. 

23 novembre i840. 
23 janvier 1841. 

20 mars 1841. 

19 Janvier 1845. 
19 juillet 1845. 

28 février 1846. 
18 février 1846. 
8 juillet 1848. 

16 aoùt 1850. 

4 février 1852. 

5 mai 1852. 

4 janvier 1854. 
18 janvier 1854. 

10 janvier 1855. 
16 a?ril 1856. 

21 janvier 1857. 
8 avril 1857. 

16 novembre 1859. 
7 décembre 1857. 
30 mai 1860. 

29 janvier 1861. 
2 jailletl861. 

2 juillet 1861. 

3 juin 1862. 

18 février 1868. 
7 juillet 1868. 
25 juin 1868. 

28 décembre 1869. 

3 juillet 1870. 

19 décembre 1871. 

4 février 1872. 



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— a — 



i4a tov DMBinatioo. 



PAGÉS (Fbrnàiid), à Bannière, par Verfeil (Tarn), ancien membro 

résidant. - 4 féyrier 1872. 

PIFTEAU (Irénée), à Drémil-Lafage, ancien membre résidant 4 février 1872. 

General de CHANAL, me de la Michodière, 23, à Paris, id. 4 fémer 1872. 

6ANTIER (Antoine), au chàteau de Picayne, près Gazères. 20 février 1872. 

CABIÉ (Edmond), à Roqueserrière (Haute-Garonne). 15 mars 1872. 



Dan» le coiir» de» «nnée* Ì94MI A 19Tt^ Ui Sodété m perda • 

FARMI LE8 MEMBRES RÉSIDANT8 : 

MM. 

Le marquis de SAINT-FELIX MAUREMONT. 

FOURNALÈS, chimrgien. 

Auguste d'ALDÉGUIER, conseiller à la Gour, président de la Società. 

Le doetenr BESSifMS. 

De MARCELIER DE GAUJAG. 

Le ¥Ìcomte db LAPASSE, secrétaire general de la Société. 

Le président GAZE, directeor de la Société. 

JULIA, peintre. 

Le baron Du PÉRIER, président de la Société. 

Le marqnis de RESSÉGUIER. 

FARMI LE3 MEMBRES H0N0RAIRE8 : 

MM. 

A. LE PRÉVOST. 
CHAMPOLUON-FIGEAG. 
Ficomte DE KERGKHOVE-VARENS. 

FARMI LE3 MEMBRES G0RRESP0NDANT8 : 

MM. 

Le vicomte Eugène db KERCKHOVE-VARENS. 

EuGÉNE GENS. 

Don JoAQUiif-MARU ROVER de ROSELLO. 

A. SCHUEPKENS. 

L de GUYPER. 

Docteur OURGAUD. 

LAMI de NOZAN. 

LedoctenrBUZAIRIES. 



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-* K — 



TABLEAU DES SOCIETÉS SAVANTESi 

À?EC LESQUELLE8 LA SOGIÉTÉ AHCHÉOLOGIQUE DU MIDI DE LA FRANGE GORRESPOND. 



1. A6EN (Société d'agrìculture, sciences et arts d'). — Lot-et-Garonne. 

2. ALAIS (Société scientifique et lìttéraire d')« — - Gard. 

3. ALPES-MARITIMES/Société de^ lettres, scieiices et arts de Nice. 

4. AVEYRON (Société de lettres, sciences et arts de T), à Rodez. 

5. BAYEUX (Société d'agriculture, sciences et arts de). — Calvados. 

6. BEL6IQUE (Académie arcbéologiquede), à Anvers. 

7. BEL6IQUE. Société d'émulation^àLiége. 

8. BÉZIERS (Société archéologique de). — Hérault. 

9. BOULOGNE-SUR-HER (Société académique de). 

10. CANNES (Société des sciences naturelles, des lettres et des arts de). 

11. CARCASSONNE (Société archéologique de). — Aude. 

12. CASTRES (Société littéraìre et scientifique de). ~ Tarn. 

13. CHALON-SUR-SAONE (Société archéologique de). 

14. CHARENTE (Société archéologique de la). Angoulème. 

15. CHATEAU-THIERRY (Société historique et archéologique de).. 

16. COTE-D'OR (Commission des antiquités de la), à Dijon. 

17. CREUSE (Société des sciences naturelles^et archéologiques de la), à Guéret. 

18. DEUX-SÈVRES (Société de statistique des), à Niort. 

19. DRAGUIGNAN (Société d'études archéologiques de). — Var. 

20. GARD (Académie du), à Ntmes. 

21. GERS {Reme de Gascogne)^ à Auch. 

22. GIRONDE (Académie des inscriptions et belles-lettres de la), à Bordeaux. 

23. GIRONDE (Commission des monuments historiques de la), à Bordeaux. 

24. INVESTIGATEUR (Commission de Y), journal de Tlnstitut des provinces, à Paris. 

25. LILLE (Société des sciences, d'agrìculture et des arts de). — Nord. 

26. LIHOUSIN (Société archéologique du), à Limoges. 

27. LISBONNE (Academia real das sciencias de Lisboa). — Portugal. 

28. LORRAINE (Société archéologique de la), à Nancy. — Neurthe. 

29. MACON (Académie de).— Sadne-et-Loire. 

30. MARNE (Société d'agrìculture de la), à Chalons. 

31. MARSEILLE (Académie des sciences, belles-lettres et arts de). 



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— XI — 

32. MARSEILLE (Société de statislique de). 

33. MAYENNE (Société d'archeologie, scienceset arts de la). 

34. METZ (Académie de). — Moselle. 

35. HONTAUBAN (Société archéologique de). — Tarn-et-Garonne. 

36. MONTPELLIER (Académie des sciences, belles-lettres et arts de). — Hérault. 

37. MONTPELLIER (Société archéologique de). — Hérault. 

38. MORBIHaN (Société polymathique du), à Vaunes. 

39. MORINIE (Société des autiquaires de la), à Saint-Omèr. 

40. NARBONNE (Commission archéologique de). — Aude. 

41. NORD (Société des sciences, d'agriculture et des arts du), à Douai. 

42. NORHANDIE (Société des antiquaires de), àCaen. 

43. NUMISMATIQUE ET D'ARCHEOLOGIE (Société fran^aise de), à Paris. 

44. OISE (Société académique d'archeologie, scieuces et arts de 1'), à Beauvàis. 

45. ORLÉANAIS (Société archéologique de 1'), à Orléans. — Loiret. 

46. GUEST (Société des antiquaires de 1'), àPoitiers. — Vienne. 

47. PARIS (Société des antiquaires de France). 

48. PARIS. Société philotechnique. 

49. PICARDIE (Société des antiquaires de), à Amiens. — Somme. 

50. PYRÉNÉES-BASSES (Société des sciences, lettres et arts des), à Pdu. 

51 . PYRlÉÉES-ORIENTALES (Société agricole, scientifiqueet littérairedes), àPerpignao. 

52. RAMBOUILLET (Société archéologique de). — Seine-et-Oise. 

53. REIMS (Académie de). — Marne. 

54. RHONE (Société littéraire du), à Lyon. 

55. SAONE-ET-LOIRE (Société Eduenne), à Autun. 

56. SEINE-ET-MARNE (Société d'archéologie.de), à Melun. 

57. SENLIS (Cernite archéologique de). 

. 58. SENS (Société archéologique de). — Yonne. 

59. SOCIÉTÉS SAVANTES {Revue des) à Paris. . 

60. SA1NT-PÉTERSB0UR6 (Commission imperiale archéologique de). — Russie. 

61. TOULOUSE (Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de). 

62. TOULOUSE (Académie des jeux Floraux de). 

63. TOULOUSE (Société de médecine, de chirurgie et de pharmacie de). 

64. TOULOUSE {Journal d'agricuUure pratique du midi de la France, à). 

65. TOURAINE (Société archéologique de la), à Tours. — Indro- et-Xoire. 

66. VAR (Société des sciences du), à Toulon. 

67. VENDÉE (Société d'émulation de la), à Napoléon-Vendée. 

68. YONNE (Société centrale de 1*), à Auxerre. 



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ÉLOGE 



D£ 



M. AUGUSTE D'ALDÉGUIER, 

Par IH. C^m^E, Président, 

Li\i à. la. Béanoe de rentrée du 20 novemlDre 1866 (1). 



Messieurs , 

Le titre que je tiens de vos suffrages m'aurait procure rhonneur , 
comme aussi le triste privìlége,. de consacrer a un pieux et douloureux 
hommage les premières paroles proDOUcées dans Feuceiute de dos réo- 
nions , à la reprise de nos travaux. 

Souffrez qu'une abseuce, ìndépeudante de ma volonté, uè m'eulève pas 
le droit d'étre Tinterprèle de vos sentimenls et Técho fldèle de vos coeurs. 

Je veux, en m'assocìant a vos regrets, étre, par la pensée» au milieu de 
vous, lorsque vos regards attristés se porleront sur ce siége voile de deuil, 
où chaque année, a pareille epoque, unevoix émue faisait entendre detoa- 
chantes paroles sur ceux de nos confrères que la mort nous avait ravìs* 

C'est donc notre vènere président qui nous manque aujourd'hui. 

Quel est celui d'entre nous qui , s'associant aux douleurs de sa famille > 
n'a pas reporté son esprit sur notre .compagnie et mesuré Fétendue de 
laperte qu'elle a faite ? 

M. Auguste d'Aldéguier n'était pas seulement le président de notre 



(4) Gette allocution a été transente 9ur le registre des délibérations , à la suite du procès- 
yerbal de la séance du 20 novembre 4866. 

4 



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— 8 — 

Société par le choix libre etsympatbique de ses coDfrères : il en était Tami 
dévoué : il eo était pour alasi dire la persoDoification yivante. 

loitié aux pensées les plus inlimes de sod principal fondateur, de regret- 
table mèmoire, il fut Tun de ceux qui concoururent, par de persévérants 
efforts , a doler uotre ville d'une institutiou qui répoudait aux besoius im- 
périeux d'étudier et de coDDailre les choses du passe. 

Ce n'est pas que la scieuce archèologique ne comptàt de dignes et 
savanls inlerprètes; mais il fallali concentrar les forces, organiser les tra- 
vaux, imprimer une direction harmonieuse aux labeurs individuels. Dans 
ces conditions, la Sociélé nouvelle pouvail, avec quelque conflance, se pro- 
poser pour bui de rechercher et de recueillir d'abondanls malériaux pour 
rhisloire de l'art , dans nolre vieille cilé et dans le pays où elle élend un 
rayonnement d'influence; de poursuivre ses invesligations sous des ruines 
et dans lapoussière des arcbives; de dérober, par des fouilles intelligentes, 
à la terre, (;ui les recélail depuis des siècles, de précieux produits de la 
staluaire antique, des fragments de /la sculpture architecturale ; d'offrir le 
concours de son action et de son zèle pour la conservation des monumenls 
lègués par les àges , afin de prevenir d'avèugles profanations et des muti- 
lations brutales ou inintelligentes, décorées du titre de restauration ; de 
demander aux vieux manuscrils , aux inscriptions , aux monnaies, aux 
médailles, des euseignements et des preuves; de souslraire ainsi à Tin- 
différence ou aux dédains, tous ces lémoìgnages muels et parfois éloquenls 
des idées d'aulrefois, des moeurs, des caraclères, des aspirations, des ten- 
dances et des actes des générations écoulées. 

Tel est le programmo qui s'im posai t aux laborieuses investigations et à 
la sollicitude de nos fondateurs : vous savez si le succès a justifié leurs 
espérances. Vous savez surtout si nolre vènere président fut fldèle à celle 
mission : quel autre, raieux que lui, compril le devoir d'une association 
fondée pour une aussi noble enlreprise ? qui les remplil avec plus d'assi- 
duite , de constance et de dévouement, preoccupò sans cesse d'en propager 
le bienfail, d'en étendre l'influence, de lui assurer la faveur publique et 
les sympalhies de tous ceux qu'inléressent le progrès de la science et le 
développement des ètudes hisloriques ? 

D'aulres que nous, en celle enceinte méme et ailleurs , diront les qua- 
lités morales de l'homme prive, du chef de famille et de 1 epoux, les vertus 



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— 3 — 

da chrétien, cellesdu magistrat. Pour nous, a la première heure de cette 
réunion douloureusemeDt émue de sod absence , nous n'avons voalu que 
rappeler, au risque de les affaìblir beaucoup sans doule, les titres de 
M. Auguste d'Aldéguier à notre reconnaissance et a nos respects. 

Ed déplorant cette perte prématurée, inspirons-nous de ses exemples 
et de SOD attachement à uue oeuvre qui fut à la fois pour lui Tobjet de 
sérieux travaux, la source de vives jouissauces ìntellectuelles et des plus 
cordiales relations. 

Si nos voeux peuvent arriver jusqu'à lui, avec Texpression de notre dou- 
leur et de nos regrets , que son nom reste ìnséparablement uni au sort 
d'une instìlution qui lui fut si chère : c'est le plus digne hommage que 
nous puissions offrir a sa mémoire ! 



Gaillac, 18 novembre 1866. 



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FRAGMENTS HISTORIQUES 



CONCIRNAirr 



LA VILLE DE BUZET. 

DESCRIPTION DE SON ÉGLISE. 



A trente kilomètres de Toulouse du coté du nord-est, sor les bords du 
Tarn, est assise la petite ville de Buzet. Au centre, une tour massive 
semble protéger les habitalions, resserrées dans un étroit espace, ferme 
autrefois au midi et au levant par une enceinte fortlQée, défendu au nord 
et au couchant par la rivière du Tarn et un profond ravin. A ce point de 
jonction dans la rive taillée perpendiculairemenl , au milieu des brous- 
sailles, on aper^oit l'entrée d'un souterrain , asile mystérieux dans des 
temps de terreur, et moyen de communication entre le moderne et Fan- 
cien chàteau de Buzet. Gette dernière construction n'existe plus ; mais 
les fondements presque entièrement conservés indiquent, par leurs con- 
tours et leur épaisseur, la destìnation de Tédiflce. 

Place sur une ligne à peu près parallèle à la tour, il permettali ou 
interdisait le passage d'un pont, dont on aper^oit les ruines. Son histoire 
est encore racontée dans le pays^ et ces dires populaires forment plusieurs 
légendes. Isolées, elles restent un peu confuses, réunies elles sont en par- 
fait accord avec l'histoire. 

Ces légendes, cesconstructions, ces ruines, plusieurs documeats inédits, 
étudiés sérieusement, peuvent aider à parvenir a la connaissance plus 
parfaita de quelques fragments de nutre histoire de Languedoc aux 
treizième, quatorzième et quinzième siècles. 

Au moyen àge Buzet était le lieu de passage le plus ordinaire de l'Al- 



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— 5 — 

bigeois aaToulousaìn; un pool jeté sor le Tarn reliaìt les deui rives, 
privées à une grande dislance de tonte aulre communìcation. On avait 
jugé prudent de ne pas. interrompre une ligne naturelle de défense et d'en 
surveilier les abords. 

En 1235, le comte Raymond VII, convaincu de rutilile defortifier ce 
point , acheta à un certain Peiifort de Rapistagno (de Rabaslens), homme 
de guerre, une porlion de terrain sur lequel il assit un chàteau-fort. Le 
site était heureux et imprenable du coté de l'Albigeois. Les eaux du Tarn, 
profondes et rapides à cet endroit, viennent battre contre un rocher 
escarpé, doni le sommet était couronné par le chàteau ; il occupali le cen- 
tre d'une enceinte fortifiée qui bientòl devinl rasile d'une populalion crain- 
live et assez nombreuse pour former une pelile ville. Dans une ordon- 
nancedatéedu 12 du mois d'aoùl 1241, le comte Raymond la frappai! 
d'une redevanceann nelle. Le méme jour, le comte Raymond, alors àBeau- 
caire, fit de Buzet le cheMieu d'un bailliage et lui donna pour dépendance 
tout le terriloire compris dans un triangle donile sommet étail occupé par 
Buzet. La seule ìnspection du lìeu révèle tonte la pensée de Raymond, par- 
faitemenl saisie et mise à exéculion par nos rois bientòt successeurs des 
comtesde Toulouse : c'élail d'opposer noe ligne de défense aux bandes 
et aux Albigeois qui descendaienl le long du Tarn et de TAgoùt , et opé- 
raienl leur jonclion au -dessous des confluenls des deux rivières. 

Les limites fixées, Raymond voulol retenir par Taffection ceux qu'il 
avait peut-élre assujélis par la force y et il leur donoa ou reconnut des 
immunilés, francbises, libertés et usages qu'il jura, sur les saints Evan- 
giles, de garder. Le serment eul lieu en présence de Gaìllard , prévót de 
l'église Saint-Sai vy, de mailre Guillaume dePuis-Laurens, notairedel'évé- 
qae de Toulouse, de Raymond Gausselin, seigneur de i^unelle et de più- 
sieurs autres grands personnages, tous pris comme témoins. 

La promesse suivanle clólure ce pacle : «Voulant donner une plus grande 
faveur à notre ch&leau de Buzet et a tous ceux qui y habitent ou qui dans 
la suite viendront y fixer leur residence, nous prometlons et jurons, les 
deux mains appuyées sur l'Evangile , que le chàteau de Buzet avec ses 
dépendances, resterà toujours en notre pouvoir et dominalion , ne sera 
jamais vendu, donne en gage ou en flef ; que nous ne ferons aucun 
écbange avec qui que ce soil, ni en parile ni en son entier , a moins que 



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— 6 - 

Dous ne permutions^ doDnioDS ou échangioDS tout notre comlé de Tou- 
iouse, de manière que nous tiendrons pour fait et consommé toat con- 
lenu ci-dessas. Et aQn que les habilants de Buzet soient bien convaincus 
que les présenles leltres, par nous a eux accordées^ sonlchoses sùresà 
perpetuile, y avons appose le sceau du irès-illuslre prince Jacques, roi 
d'Àragon, par la gràce de Dieu et du seigneur Raymond Bérenger, comte 
de Provence. » 

Celle dernière clause conslilua un droil auquel il fui dérogé en 1771, 
epoque de concession de la chàlellenie de Buzet, de la pari de Louis XV, 
en faveur ducomle de Clarac, seigneur de Mirepoix. 

Jeanne, dernière hérilière de Raymond VII, venait de mourir sans postè- 
rité en 1272 ; le comtè de Toulouse demeurait acquis au roi en vertu des 
disposilions prises lors du mariage de Jeanne avec Alpbonse, frère de 
Louis IX. Philippe le Hardi se bàia de les mettre à exèculion et en char- 
gea Guillaume de Cobardon, cbevalier, sénècbal de Carcassonne. La com- 
rnission fui remplie avec aclivité et intelligence, et pendant Taccomplisse- 
meni des exigences du cèrèmonial en usage pour la prestation du sermenl, 
Guillaume de Cobardon fit l'inventaire des meubles et autres effets de 
Raymond VII gardés dans le chàteau de Buzet. 

Il exigea des babilants le serment de fidelità ; il fut prète , mais sous 
la réserve des liberlés et coulumes. Celle réserve fut reconnue par plu- 
sieurs de nos rois , nolammenl par Jean IL Avant de cèder le comtè a la 
couronne, ce prince , en residence à Villeneuve-d'Avignon, accueillit fa- 
vorablemenl la demando des babitants de Buzet, à Feffet d'étre exonérés 
des taxes et subsides fournis au roi leur seigneur. La réponse, datèe du 
17 janvier 1363, mentionne les dégàls causés par les courses des ennemis. 
Dans ces luttes fratricides , nèes de la jalousie et de l'intèrét , soutenues 
par le fanatisme et Tappai du gain , les timides babitants de la campagne 
se prècipitèrenl en fonie dans la ville de Buzet. On les accueillit et ils des- 
cendirent dans un soulerrain, cavile formée d'abord pour l'enlèvement 
des sables employès à la construction du cbàteau, de la tour et de Téglise. 
Le dèblai fut ensuile continue règulièrement pour fournir de la terre et 
des matériaux aux murailles d'enceinle et des maisons. On creusa dans 
le tuf, on allongea les galeries, on fit un vaste soulerrain : il serpentait 
sous les rues tortueuses de la petite ville, la contourn«HÌt entièrement, et, se 



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— 7 — 

repliant sur lui-méme, longeait la rivière du Tarn, après avoir rais en com- 
municatioD enlre eux tous les poìnts de défense. 

Les trois portes de la ville élaient surveillées par les ouverlares da soa- 
terrain ; elles s'ouvraient dans le fosse, suivaDl une iigne oblique : excel- 
lente situalion pour voir sans élre vu. Vis-à-vis l'ouverture, on avait 
simulé, en lìgnc droile , une galene sans issue , et gamie sur les còtés de 
cachettes, piége habilemenl pratiqué où Tennemi courait avec confiance 
se faire prendre. Les réfugiés altendaìent dans cetasile l'éloignement d^s 
bandes ennemies; ils en sortirent pour rèclamer a Jean II leurs fran- 
chises, libertés et coutumes. Elles furent reconnues, et plus tard augmen- 
téespar plusienrs de nos rois et principalement par Charles VII (1422), 
comme récompense de fidélilé envers le roi et de valeur contre leurs en- 
nemis et les Ànglais a la renconlre suivante. 

Dans Pannée 1385 des bandes anglaises, après avoir battu la campagne 
dans l'Àgenais, s'avancèrent dans l'Àlbigeois, et, au nombre de cinq cenls 
combattants, se ruèrent sur Rabastens, qu'ils faìUirent prendre par esca- 
lade. Repoussés, ils tentèrent de pènètrer dans le Toulousain, et de forcer 
le passage du Tarn a Buzet ; les babilants , prévenus, s'opposèrent à la 
marche des Anglais; ceux-ci, après d'inutiles efforts, eurent recours à la 
trahison et mènagèrent quelques intelligences avec deux militaires en gar- 
nison dans le chàteau. 

(( Mais bien que le Castel de Buzet ait està vendu aux Anglais, sitòt que 
» on l'a 5U, on en a avisè ceux du dit Castel, et, tant que, a Taide de Notrc- 
» Seigneur, il se gardera bien que ceux que vendu Tont, en ont dèjà regu 
» en parti de Targent, et n'ont pas pu en bailler la possession aux dits 
» Anglais, pour cause du dèbat qui a estè entre les capitaines anglais. » 

Ce dèfaut d'entente donna le temps de dècouvrir la conspiration. Les 
deux coupables furent arrétéset condamnès: Tun, comme prompte salis- 
faction donnée à la justice, eut la téte tranchèasur le lien méme du crime; 
l'autre, rèservé pour donner de plus amples informations, fut emmené à 
Tonlouse, où il subit la mème peine. 

Aux Anglais succédèrent les bandes de partisans, et dans les trisles 
démélés des Bourguignons ou de la reine mère contre le Dauphin, la lo- 
calité de Buzet jona un ròle quelquefois assez sérieux : on en jugera par 
le faìt sui vani. 



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— 8 — 

En 1418, les capitouls de Toulouse, ies coDsals de GarcassooDe et de 
Béziers, ayant faìl leur soumissìon à la reine mère, Jean deBoaoay, séné- 
cbal de Toalouse, attaché au parti do Daophin , se jeta dans le chàteau 
(le Buzet et s'y mainlint huìt ou neuf mois, epoque ou Ies Toulousains 
reDtrèrent sous rautoritè duDauphin. L'anaée suivante le fidèle Jean de 
Bounay vìnt a Touloose rejoindre son maitre au moment de son passage. 
ConQrmé dans sa chargé de sénéchal le 4 mai, le 12 da méme mois il 
emmenait le Dauphin aa chàteau de Buzet réparé exprès. 

Le Dauphin jugea par lui-méme de l'importance de la situalion. Àussi, 
vingt ansplus tard (en 1440), aprèsavoir destituépour cause d'intelligence 
avecsesennemis Jacques de Thabanne de ses fonclions de sénéchal de 
Toulouse et instituant à sa place un militaire nommé de Galobie de Pané- 
sac , il investiti ce dernier d'un commandement militaire dans la chàtel- 
lenie de Buzet, où, sur l'ordre de son maitre, il eut a se rendre plus d'une 
fois. Ses visites, peu imporlantes, sont tombées en oubli devant le souvenir 
dn séjour au chàteau de Buzet de Tinfortunée Jeanne, fiUe de Gaston IV, 
comte de Foix^ et mariée, en 1468, à Jean V, comte d'Àrmagnac, per- 
sonnage trop connu par le scandale de son mariage incestueux et par son 
ingratitude envers Louis XI , qui le flt mettre à mortdans Lectoure(1473). 
Que devint alors la comtesse Jeanne ? 

Le lieu de sa residence a été désigné d'une manière bien incertaine par 
Ies auteurs modernes, ils se sont più à grossir Ies ténèbres qui ont régné 
sur sa tombe. Les erreurs de quelques savants, l'exagération dans Ies 
rècits de ses parlisans ou de ses ennemis ont jeté dans Thistoire une véri- 
table confusion. Espérons la dlssìper à Taide d'anciens documents, des 
légendes et des fails récemment découverts ; nous essaierons d'ajouter un 
trait certain à notre histoire du Languedoc. 

Voici la relation, un peu suspecte sans doute, faite par le secrétaire 
du comte d'Arraagnac. Après avoir raconté la mori du comte tue le 
14 mars 1476, dans sa chambre àcoucher, àcóté de son épouse, ilajoute: 
cOn òta par force ses bagues et ses joyaux à la comtesse ; on la conduisit au 
chàteau ; le sénéchal de Toulouse se chargea de la comtesse, qui était en- 
ceinte, et la fit conduire au chàteau de Buzet dans le Toulousain. Au mois 
d'aoùt suivant, quelques gens apostés lui ayant domande si elle était 
enceinte , on la forga de prendre un breuvage qui la flt avorter d'un 



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— 9 — 

enfant male, action détestable dont le roi aurait dù faire une punition 
exemplaire; maisce prìnce récompensa, au contraìre, celui qui avaittué le 
comte el lui Qt présent d'une tasse pleine d'écus. Bonnal ajoute que Ie& 
principaux auleurs d'un si noìr atienlat élaient des seigneurs qui dési- 
raient non-seulement la mort du comi 13 d'Àrmagnac, mais encore qu'il ne 
laissàt aucune postérité légitime. Prócaution inutile. Nous ferons remar- 
quer Terreur de Bonnal, adoptée par le savant Dom Vaissette: un jeune 
enfant du comte d'Àrmagnac survécut au sac de Lectoure et a laissé une 
posteri té. 

Les circonstances au sujet de la com lesse se trouvent retatées a peu près 
de la méme manière dans un plaidoyer, fait au mois de février 1483, en 
faveur de Charles d'Armagnac frère de Jean V d'Armagnac. Le plaidoyer 
ent lieu devant les états généraux du royaume assemblés à Tours en pré- 
sence du roi Charles Vili et de tonte sa cour. Il exagère les meurlres 
commis dans le palais de Lectoure et fait intervenir Gaston de Lyon, qui 
prend la comtesse sous sa protection. Cette dernière fut emmenée, trois 
jours après, au ch&teau de Buzet, étant grosse de sept mois. Quelques 
jours après son arrivée dans ce chàteau, le seigneur de Castelnaud de Bré- 
tenous, Mattres, Masse, Guardon et Olivier le Roux, secrètaires du roi, 
étant enlròs dans sa chambre avec un apothicaire, l'obligèrent à prendre 
un breuvage qui la flt avorler, et dont elle mourut deux jours après. 

A cesdocuments nous ajouterons la legende suivanle, Graduile mot a 
mot du langage languedocien telle qu'elle a èté racontée dans le pays : 
« L'ancien chàteau de Buzet a servi autrerois de prison d'Elat. C'est là, que 
» par ordre de la Cour a été enfermée une princesse. Elle deraandait 
» constamment au ciel la coosolation refusée sur la terre ; Dieu fut sen- 
> sible a sa prière et adoucit les amertumes de son exil par les joies ma- 
]» ternelles. Elles furent de courledurée : après quelque temps, l'enfant mou- 
y> rut ; la malheureuse mère ne survécut pas longlemps à sa douleur. » 
Examinons encore un fait assez récent. Les fondements de l'ancien chà- 
teau de Buzet environnent divers potagers cultivés avec soin. Des tenan- 
ciers, en pratiquant un défoncement à une assez grande profondeur, trou- 
vèrent, dans les soubassements du chàteau, un tombeau creusé dans 
l'épaisseur de la muraille ; il avait été soigneusement ferme et contenait 
les restes d'un petit enfant. Auprès de lui, mais dans la terre, était conche 



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— 40 - 
UD sqaeletteréduilpresqueentièremeDl, aìnsi que l'enfant, a TétatcieceD- 
dres, moins quelqaes ossements. Peut-étre ces travailleurs tenaient en 
maio le dernier anneau de la tradìlìon de Thisloire des comtes d'Arma- 
gnac. lls le brisèrent après un moment d'hésitalion causée par la sorprise, 
par le souvenir de vagues rumeurs ; ils dissipèrent pierres,cendres, osse- 
ments, peut-étre inscriplions, et contìnuèrenl leurs travaux avec la deso- 
lante indifférence d'un insouciant cullivateur. 

Les relalions contemporaines et les autres falts prouvent évidemment 
que la cointesse Jeanne, au moment de la chute de Lecloure, a été enlevée 
de son palais et transportée à Buzet. Gelte dernière residence est seule 
désignée par les historiens de son epoque. Ils écrivent un fait passe pres- 
que sous leurs yeux et .inléressant une personne dont l'existence n'est 
pas indifferente pour eux. Témoins, ils nepeuvenl pas étre trompés, ils 
ne veulent pas tromper. Quels motifs auraient-ils de consigner volontaìre- 
menl une erreur dans l'bisloire ? Auraient-ils voulu tromper ; ils ne le 
pouvaient pas. Ils écrivaient ou parlaient devant des partisans ou des ad- 
versaires de la famille des d'Armagnac, tous parfaitement bien fixés sur 
le lieu de la residence de la comtesse Jeanne. L'erreur aurait été immé- 
dialemenl menlionnèe. 

Notre croyance esl encore appuyée d'une preuve lirée de la legende ; 
elle parie, il est vrai , d'une princesse ; mais cette différence et autres dans les 
circonstances accidentelles du récit prouve qu'ìl n'y a pas d'accord enlre 
les partis. Le fait découle de la méme source, et arrivo jusqu'à nous par 
deux lignes difrérentes : l'hisloire écrite et la tradition orale. Celle-ci est 
formée par des gens illettrés; leurs dires supposent uue prisonnière de 
distinclion, dans l'état ou ètait la comtesse Jeanne, et emmenée par ordre 
du roi a Buzet. G'est le fait en questìon. 

Enfin, la residence de Buzet, assignée à l'inforlunée Jeanne, sembleétre 
le lieu le plus convenable à la polilique de Louis XI. Que veul-il ? séparer 
la comtesse de sa famille et de ses partisans ; retenue à Buzet, elle est 
également séparée de la Gascogne et de TAriége et placée dans un pays 
dévoué au roi. 

S'il n*y a pas incertitude sur le fait de la residence , nous en trouvons 
une très-grande sur les circonstances de la mort de la comtesse Jeanne et 
sur le prétendu breuvage , cause d'un avortement suivi de sa mort. 



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- 44 - 

Ce récit, fait devant Fassemblée des Etats généraux a Tours, soulève 
une violente opposilion entre les parlisans du roi et les parlisans da 
comte d'Àrmagnac. Le récil n'esl donc pas accepté par tous les audìteurs. 
Oq doit remarquer eocure que le breuvage, occasion de la mot t de Jeanne 
enccinte de sepl raois, est donne immédialement après la prìse de Lec- 
toure, arrivée le 4 mars 1473, et le 11 mai, le roi accorde a Jeanne de 
Foix, veuve de Jean V d'Armagnac, une rente annuelle de six mille livres : 
elle n'élaìt donc 'pas morte des suiles immédiates du breuvage. 

Quel avantage Louis XI aurait-il retiré de ce crime? L'extinction de la 
famille des d'Àrmagnac ; supposilion imaginée par Bonnal et suivie par 
Dom Vaissetle; mais le but n'étail pas alteint: la cataslropbe de Lectoure 
n'avait pas anéanti la posléritè des d'Àrmagnac, les nole^ de nolre ancien 
coUègue , le chevalier du Mége, le dèmontre clairement. 

La legende du pays aurait conserve un faible souvenir, au moìns, d'un 
attentai abominable commis au su et au vu de plusieurs personnes. 

L'incertilude sur ce fait et le défaut d'indication sur le lieu de la sépul- 
ture ont égaré plusieurs auteurs modernes. Ils ont perdo les dernières 
traces de la malheureuse Jeanne; nous les relrouvons, croyous-nous, 
dans une des salles basses du chàteau de Buzel, là où la comlesse Jeanne 
et son fils ont étè ensevelis ; il est probable que la mère iufortunée ne 
voulut pas se séparer de son enfant , et flt creuser, dans les soubasse- 
mentsdu ch&teau , le lombeau dont nous avons parie. L'enfant, enseveli 
avec soin et prive du contact de l'air , a pu conserver ses cendres et quel- 
ques faibles débris d'ossements jusqu'à ce jour. La mère aura demandé 
une sèpulture auprès de son flis, la famille descomtes de Foix et d'Àrma- 
gnac aura respecléla volontéde leur parente. Des troubles survenus plus 
tard , le chàteau de Buzet surpris plusieurs fois et abandonnè , tout aura 
contribué à l'oubli de la tombe. 

11 serait difficile de supposer que les restes de la Qlle des comtes de 
Foix , de la veuve du comte d'Àrmagnac, aient étè ensevelis sans dislinc- 
tion , sans marques , et jetès plus tard dans une fosse commune, lorsque 
les principaux habitants de Buzet avaient leur sèpulture séparèe. 

Ce dernier, fait joinl aux autresélémentsquo nous avons essayé de ras^ 
sembler, nous parai t su ffisant pour ècrire : La comtesse Jeanne, après la 
mort de son mari Jean V d'Àrmagnac, a étè transportée dans le chàteau 



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— 12 — 

de BuzetdésigDé comme lieu de residence. Àprèsquelque lemps de sèjour 
dans ce liea, elie donna naissance à un fiis doni la vie fut decoarle durée. 
Elle ne lui survécul pas longtemps. La mère et Tenfanl ont été probable- 
ment ensevelis dans une des salles basses du cbàteau de Buzet. 

Los précautions prises par Louis XI à Toccasion de la residence de la 
comtesse Jeanne mainlinrent longtemps le calme et la paix dans les envi- 
rons de Buzet ; le chàleau fut converti en place d'armes; on complèta les 
fortiQcations de Téglise. Aujourd'hui elles sont enlièrement ruinèes. Le 
reste de l'èdifice, assez bien conserve, est digne d'étre examiné dans tous 
ses détails. 

Bàtie au temps des guerres civiles et religieuses , Téglise de Buzet pré- 
sente dans son archìtecture le caractère d'un èdiQce militaire et religieux , 
rappelle, par son aspect, un cbàteau-fort du moyen àge, et impose par sa 
masse plutòt que par ses formes élancées. De grandes lignes dessinent le pre- 
mier coutour deTègliseetenferment dans une cein ture lescontre-forts, sans 
laisser aucun abri à l'assiégeant. L'abside, àpan coupès, est solidiQèe par 
des piliers intérìeurs encbàssés dans les murailles jusqu'à la bauteur de 
vingt mètres. La fa^ade, semblable au reste de TèdiQce, se développe sans 
décoration et signes religieux. Au centre est placée une porte étroite ter- 
minée en ogive. Sa mince embrasure est insuffisante pour cacher une per- 
sonue. Aif-dessus est une galerie entièrement ruinée. A l'extrèmilè du 
coté nord, sur la rive du Tarn, s'élève, sans aucune saiilie, une tour de 
guelteur, Iransformée aujourd'hui en clocher. Ses murailles ont trois 
mètres d'épaisseur. Elle se montre sans graves dégradations, et conserve, 
comme une page de l'histoire, l'erapreinte des projectiles dirigés contre 
ses meurlrières et ses crèneaux. Sa base reclangle, de dix mètres sur sept 
mètres soixante et dix centimètres, conserve sa forme massive jusqu'à la bau 
leur de vingt-trois mètres; l'extrémité est couronnée par une ceinture de 
m&checoulis, présentant une serie d'arcs à plein ceintre, portès sur des 
consoles. Les màchecoulis supportaient un mur crénelè qui n'existe plus; 
un peu èlevè au-dessus des contre-forts, ils permettaient de surveiller 
l'extérieur de l'èdiflce. 

A colte èlèvation , après une retraite assez largo pour permeltre à plu- 
sieurs hommes de se mouvoir, d'allaquer ou de se défendre, est superposée, 
sur le rectangle^ la vèritable tour-guetteur, ainsi désignèe du nom del'homme 



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— 43 — 

qui veiiiail et qui était chargé d'arborer un drapeau pour indiquer le coté 
d'où venait l'ennemi. Celle coustructioo est la mieux conservée et la plus 
parfaite en son geure que oous ayous reucontrée. Celle secoude tour, à 
forme octogone, et de dix-huit mètres d'élévalioo, est divisée eu trois èia- 
ges. Chaque face est percée d'uue feuélre ceinlrée; chaque angle est ren- 
forcé par une colonnelle portée sur un pieddroil; les cbapiteaux et les tailloirs 
n'ont jaroais élé Iravaillés ; le couronnemenl n'a pas étè pose. La hauteur 
totale au-dessus du sol est dequarante et un mètres. L'intérieur de l'église 
contrasto agréablemenl avec Texlèrieur. Celuici rappelle la pensée poli- 
lique du comle Raymond, l'aulre l'expression de ses senlimenls pieux. La 
nef et le sancluaire semblenl, pour ainsi dire, se dilaler, tandis que la 
voùte atteint de belles proportions. La longueur totale de l'édiQce, exéculé 
dans sa plus grande parile dans le slyle ogival priinilif, est de trenle-cinq . 
mètres cinquantecer^timètres sur dix mètres soixanle centimèlres de lar- 
geur ; la hauteur de la voùte est de vingt et un mètres. 

La nef est divisée en quatre travées. Cbacune élail ornée primitive 
meni d'une belle fenétre, et, au rez-de-chaussée, d'une arcade ogivale bien 
élancée. C'élail l'entrée d'une chapelle decinq mètres quaran le centimèlres 
de largeur sur quatre deprofondeur. Huil chapelles soni ouverlesdansla nef : 
quatre du còlè nord et quatre du coté sud. Plus tard, deux ont élé murées 
pour servir desacrislie ou de décharge. Àu moyen àge, les salles deslinées 
a ranger les ornemenls de l'église et les vélements des prélres étaient 
très-rares. Quand il existait une sacrislie speciale, c'élait un petit bàli- 
meni annexé àl'édiQce, vers le Iransept ordinairement. Souvent une cha- 
pelle servali de sacrislie. Un prie-dieu, des armoires ciselées composaienl 
la parlie importante de l'ameublement. Le sancluaire est polygonal, iuclì- 
nant légèremenl sur le coté, pieuse allégorie de l'agonie du Sauveur. 
Onze piliers engagés dans les murailles et lerminés par un lailloir peu 
sensible et bàli en tuiles rectangulaires appareillées supporlenl des arcs 
de la grande voùte. Les nervures diagonales ou aréliers se coupentsous un 
are variable et ont leur poinl d'inlerseclion décoré d'une pelile rosace 
doni le rìnceau encadrait autrefois les armoiries des comtes de Toulouse, 
de la comtesse Jeanne, réunies à celles d'Alphonse, frère de sainl Louis : 
page de l'histoire enlevée dans des jours mauvais avec une intelligence 
coupable. Noas avoos a déplorer la méme mulilalion sur les pieds droils 



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— u — 

supports des arétiers des chapelles. On a conserve intacts seulement ceux 
qui représeDtenl des animaux fanlasliques oa des fleurs ioiaginaires. Un 
seal, dans la chapelle de la Vierge, a écbappé a la dégradatloD : c'esl Teca 
royal; il semble iridiquer l'epoque où ODtélé terminèes les voùles des cha- 
pelles après la réunion da comté de Toulouse au doooaine des rois de 
France. 

La voùle du sanctaaire est en éventaìl, formée par une sèrie de 
lunettes. Les fenélres , largeraent percées sur les murs goutlereaux , de- 
vaient laisser peu d'inlervalle enlre les piliers; de sorte qu'à Pinlérieur la 
voùte aurait serablé élre appuyée sur des murs de verre coloriè. On sait 
qu'à cette epoque les artislés du moyen àge tenlaient de réaliser Tidée de 
cette Jèrusalem celeste, bàlie de pierres précleuses, dont il est parie dans 
. la sainte Ecriture, Àujourd'hui ces fenétres sont privées de leur antique 
ogive géminée surmontée d'une^rose. Rétrécies par une épaisse bàtisse, 
elles sontdevenues étroites, et, touten conservant l'ogive, elles sont d'une 
ouverture égale à la première croisée à forme ceintrée. L'are de celle-ci 
est pareli à celui des fenétres de la tour du guetteur. Une autre défectuo- 
site apparali dans le premiar arceau , ouvert dans Tinlérieur à la base de 
la tour. Son ogive produit l'effet d'un élément étranger et ne se marie pas 
avec les aulres parlies del'édiflce. L'are en plein ceintre est devenu aigu 
sans que ses proportions aientélé changèes; il n'est ni plus ètroil ni plus 
élevé , elsa pointe est peu prononcée. Quelle est la cause de ce contraste ? 
Deux soudures, l'une cachée sous le premier contre-fort, l'aulre Irop visi- 
ble sur le mur de la fa^ade, ont tout révélé. La tour rectangulaire , forti- 
ficalion deslinée à défendre ou à permettre le passage du poni et la tour 
octogonale du guetteur, furent d'abord élevées et, avec elles, la parile de 
muraille où se trouvé la fenétre ceintrée, comme espèce de contre-fort 
provisoire ou moyen de mieux lier la ma^onnerie. Or, a cette epoque, dans 
la première partie du treizìème siede, le slyle ogival semblait pénétrer 
difflcilement dans le Languedoc. Dans ce pays, aux onzième et douzième 
siècles, on avait solidement coustruit de belles églises. Les cathédrales au 
style ogival d'Albi, de Lavaur, ont été élevées plus tard aux quatorzième, 
quinzième et seizième siècles. Un siede avant, dans les édifices meridie- 
naux, l'ogive est employée exceptionnellement comme moyen de solidité. 
£n me servant d'un mot d'un auteur connu, l'ogive se mentre en corps et 



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— <5 — 

QOD en esprit; elle De fusionne pas avec les antres parties et se place comme 
une date sans liaison dans le corps d'un ouvrage. Nous raccueillons 
ainsi dans la première partìe de l'église de Buzet , et la regardons avec 
piaìsir non-seulement comme indice de l'epoque de la fondation , mais 
encore comme observatìon importante dans les classiQcations architecto- 
niques. 

SoQS ce rapport , on ne doit pas s'arréter au mode de fortiflcation 
employé pour quelques églises : il n'indique pas une date , mais une 
epoque; il n'appartient pas à une partie de Tbisloìre , mais plutòt à une 
histoire tout entière et souvent bien longue. En preuve de ce fait , nous 
citerons l'édifice objet de nos études. Il existait déjà depuis trois siècles , 
lorsque Montine, pour mettre fin aux déplorables luttes qui , en 1562 , 
ensanglantèrenl les rues de Toulouse » résolut de couper aux religionnai- 
res les secours venanl d'Albi et de Castres. A cel effel , au mois de mai , 
il flt occuper Buzet et abrita ses troupes sous les fortifications du cbàteau- 
fort et de l'église. Le passage du pont fut ainsi défendu et les religion- 
naires refoulés. 

Un an plus tard , les habitants de cette localité furent moins heureux 
et durent leur salut aux fortifications de l'église et du cbàleau. 

Sur la foi des traités, les catholiques reposaient en paix, et le jour de 
P&ques , 11 avril 1563, à Tbeure de vépres, chantaient joyeusement 
V Alleluia, sans se douter d'une trahison. Quinze cents relìgion naires , 
partis de Castres et de Puylaurens , pénétrèrent dans la ville par une brè- 
cbe donnant entrée à la principale rue longitudinale. Le nom de rue des 
Albigeois, laissé encore à ce passage, rappellela surprise des traUres; et 
l'empreinte des coups d'arquebuses , encore visibles sur les meurtrières de 
la tour , rappelle le courage des assiégés : ils ne voulurent pas livrer 
leur église et le cbàleau. Le souterrain roeltait en communication ces 
deux édifices. Les nombreuses issues cacbèes dans l'obscur ravin , on 
pratiquées sur la rive inaccessible du Tarn, permettaient d'aller cbercber 
quelques secours en vivres ou en munition , en atlendant celui que la 
ville de Toulouse devait infailliblement envoyer. Il tarda d'arriver , les 
religionnaires ayant retenu prisonnier Texprès du cardinal d'Armagnac. 
Le lieutenant du roi croyait tout obtenir par une simple remontrance 
adressée aux religionnaires ; mais ils furent d'un autre avis , et trouvèrent 



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— 16 — 

bon de garden un poste important , où ils laissèrent une forte garnison , 
après avoir tenie inutilement de s'emparer du chàteau et de Téglise. Ils 
inlerrompirent ainsi toute communicalion enlre TAlbigeois et le Toulou- 
sain. Cet événeraent causa une vive peine au cardinal , et sa correspon- 
dance avec la reine mère a révélé toutes ses émotions , et la crai n te de 
perdre la conflance de sa souveraine ou d'étre victirae de la violence 
du peuple ; celui-ci raurmurait et menagait de prendre les armes , irrite 
par la privation des subsides qui lui venaient du Rouergue et de TAlbi- 
geois. Celte voie importante fui bienlót après dègagée par les efforts com- 
binés du roi et du parlement. 

Averli par cet échec , Henri de Montmorency , seigneur de Damville , 
nommè gouverneur du Languedoc , se hàta d'aller visitor Buzet. Il entra 
à Toulouse accompagné du cardinal d'Armagnac, de Montine et de pln- 
sieurs seigneurs, préta sermoni entro les mains du premier prèsident, 
rovini coucher aux Minimes , où les capitouls lui donnèrent un diner 
splendide et une coupé d'or de cinq cenls ècus. Il parlit le lendemain 
pour passer quelques jours à Buzet. Montine, dans ses Commentaires , 
assigne un antro molif au départ precipite de Damville : c'osi la peur 
plulót qu'une pensée guerrière. « Damville, dit-ìl, alla a Toulouse seu- 
lement pour se montrer au peuple , qui avait une merveilleuse envie de 
le voir, n'y pouvant arréler à cause de la peste qui y était. » Nous n'avons 
pas à sonder rintenlion de Damville : elle imporle peu à nolre bistoire. 
Sa retraile sur Buzet suppose toujours un poste important corame point 
stratègique; Monlluc lui-méme Tenvisagea ainsi en 1569. Ayant été 
chargé de s'enlendre avec Damville pour combattre Montgomery chez 
des religionnaires, afln d'éviter Ionie surprise , il porta ses vues sur Buzet 
et dècrit ainsi les disposi lions prises par lui-méme : < J'avais donne com- 
mission aux capitaincs Dupleìx et Pommiés, qui soni de Gondomois , do 
faire chacun une compagnie , et leur manday quMls se rendissent vers 
Buzet , et quo je voulais essayer de passer la rivière de Garonne , et s'ils 
cntendaient quo les ennemis me vinsent empescher le passage, qu'ils leur 
donnassent des alarmes par derrière. » 

La nécessité de défendre ce passage fui reconnue par les Etats du Lan- 
guedoc assemblés à Narbonne en 1596. Ils prièrent le maréchal de 
Joyeuse et le due de Ventadour de réunir leurs forces pour reprimer le 



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— 47 — 

capìtaioe Caravelles , contre leqoel ia peioe de mori fui décrélée poar 
s'étre emparé de Buzel. Après cet échec, celle localilé jouit de la paix et 
des avanlages accordés par Henri IV. En récompense de leur fldélilé, ce 
prince porla le nombre de leurs consuls de deux à trois el les revélìt de 
la robe des capìlouls de Toulouse , rcconnut leurs coulumes et octroya de 
Douvelles fraucbises et llbertés. Ces liberlés furent défeudues devaut les 
cours et les parlemeols par plusieurs nobles persoDuages, qui recevaieot 
des babitauts aide et secours au temps de la ebasse dans ia grande forèt. 
Eprìs des agréments de la plaine du Taro et de la beaulé du site, en 1664» 
ils pricrent saint Vincent de Paul de se fixer a Buzel aiin d'élever leurs 
enfants. Louis Abelly , évéque de Rodez , raconte aiosi le fait : « Saint 
Vincent de Paul prit la résolution d'accepter une pelile régence qu'on lui 
offrii à qualre lieues de Toulouse, dans la ville de Buzel, où plusieurs 
genliisbommes des environs lui donnèrenl leurs enfanls en peusion , et 
mème on lui en envoya de Toulouse , comme il le manda à sa mère par 
une lettre qu'il lui écrivit. » Au milieu de ces paisibles occupalions el des 
courses des seigneurs , Buzet laissait tomber ses remparls et l'enceinle 
de défense du chàleau-forl , doni les malériaux servirenl à bàlir un nou< 
veau cbàleau. Malheureusement , les nouvelles conslruclions s'embelli* 
reni aux dépens des anciennes, et les débris de celles-ci furenl ulilisés, 
sous prélexle de dèg&ls occasionnés par les eaux pluviales , à combler 
d'un mètre el demi l'inlérieur de Téglise et les rues adjacenles. Le corps 
principal du cbàleau des comics Raymond subsisla seni jusqu'aux pre- 
mìers lemps de la République. Quelques années avant celle epoque , il 
ètait ulilisé comme dépendance du cbàleau moderne , ayec lequel on pou- 
vali communiquer par le souterrain. Celle issue scerete, prolougée le long 
du Tarn au delà du fosse qui avail élé comblè , sauva la vie à plusieurs 
personnes dans les circonstances suivantes. L'an 1771 , Louis XV cèda 
au comic de Clarac la chàlellenie de Buzet, avec privilège de baule et 
basse juslice ; celle clause, diamélralement opposée aux engagemenls pris 
par Raymond VII de ne jamais céder la cbàlellenie de Buzet en loul ou 
en parile, blessa l'orgueil des babilanls et amena naturellement quelques 
modiflcations aux usages , coulumes et liberlés, ou du moins les soumit a 
un examen plus rigoureux. Froissé dans son orgueil et gène dans ses 
coutumes, le people se laissa aller a une baine violente. Ce senlimenl , 



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— 48 — 

refoulé aa fond des ccBurs, éclata vingt ans après, comme une vengeance, 
dans les journées des 7 et 8 janvier 1791. 

Le comle de Ciarac , après avoir émigré avec les princes , revenait aa 
moderne cb&teau de Buzet ; son éloigaemeot et son retour éveiilèreut les 
soupgoDS des habilaols maiintenlioDDés. Une aclive surveillance ,,rendue 
facile par la trabìson de plusieurs domesUquejS > fut exercée contre lui. 
L'arrivée de son parent, M. d'Escayrac, colonel de gendarmerie, de M. de 
Cuminel , son ami , et aulres personnages inconnus, fut sìgnalée et inter- 
prétée d'une manière odieuse. 

L'interprétalion , cbez ce peuple surexcilé, se cbangea en cerlitude par 
la conduile équivoque de deux domestiques : ils se rendaient auprès de 
ieur maitre, M. d'Escayrac, et , au iieu de suivre la route ordinaire, ils 
prirent une voie détournée , s'arrétèrent dans une auberge isolèe , où ils 
attendaient la nuit pour arriver au cbàteau. Précaution dangereuse : ils 
sont arrélés ; leurs portemanteaux sont visités. Rien de compromettanl 
n'est découvert dans leurs effets; mais daus leurs personnes, le peuple 
soupQonneux volt deux émissaires de Ieur maitre , déjà accuse d'attentai 
à la liberlé publique. L'état d'arrestation est maintenu , sans ègard aux 
remontrances du comte de Ciarac. Une dénonciation contre lui est en-^ 
voyée immédiatemeut au general commandant les légions toulonsaines , 
et le lendemaiu , 7 janvier , à neuf beures du matin , la municipalilé , 
sui vie de la garde nalionale, se présente dans le vestibule du cbàleau, où 
descend le comte de Ciarac. Soil senlimenl d'une légilime défense , im- 
prudente indignalion ou toute aulre cause , il tira et blessa le major de 
la garde nalionale; celle-ci riposta ; il n'y eul pas de victimes. Aussilòt , 
le rappel ballu dans loules les direciioos , le bruit du tocsin , des déto- 
nalioDS successives appelleot de nouveaux agresseurs , tenus à distance 
par plusieurs décbarges parlies du cbàleau ; les munilions épuisées , on 
lente de s'evader. Toules les issues sont gardées. Comme dernier essai , 
on jette Tor , l'argent , les bijoux , les effets précieux du seigneur et de 
ses arnis. La multitude avfde les ramasse et répond d'un gesle meoagant , 
suivi d'une fatale exéculion. L'incendie dévore entièrement le cbàleau. 
Converti en peu d'inslanls en borrible brasi^r ; il devient la base d'une 
immense pyramide de flammes. La sinistre lueur porte l'effroi dans le 
coeur des babitants de Saint-Sulpice , doni la garde nalionale arrive vers 



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— 49 — 

miDoit aux portes du pare; elles sont fermées et gardées par des senti- 
nelles et des munìcìpaax. On ìntime Pordre de rester ìmpassible , l'arme 
au bras^ et d'arréler tout secours venant de Lavaur. Dans celle dernière 
extrèmìlé , le comte de Clarac et son personnel étaient descendus dans le 
souterrain , dont on avait bouché el gami de malières inflammables tou- 
ites les ouvertures. L'air devenail de plus en plus rare, lorsque, vers deax 
heures de la nuit , on sentii un courant assez vif : une porte enUèrement 
carbonisée venali de tomber. Auprès d'elle , à l'extérieur , veiliaìt un do- 
inesUque : il avertit son maitre de se sauver au plus vite. Le moment 
était favorable : on se trouvait à l'extrémité la plus opposée du chàleau ; 
rìssue donnait dans le ravin profond, au confluenl du Tarn, dont la rive 
était sillonnée par un sentier aboutissant au pori , où était amarrée une 
barque appartenant au seigneur. L'obscurilé de la nuit était augmentée 
par les brouillards de la rivière : tout semblait favoriser l'évasion. Le co- 
lonel de gendarmerìe , M. d'Escayrac , se présente le premier : atleint en 
pleine poitrine de deux coups de feu , il tombe mortellement frappé. On 
était trahi. On rentre, on erre dans l'inlérieur du souterrain jusqu'au 
lendemain , où arrivenl de Toulouse deux commissaires revélus de loule 
autorité : ils ordonnenl à cent hommes de la garde nationale de Lavaur et 
de Sainl-Sulpice de protéger el de conduire hors de tonte atleinte les 
personnes encore dans le souterrain , à l'exception du comte de Clarac , 
maintenant en élat d'arrestation. Depose sur une charrelte et protégé par 
la méme escorte, il fui dirige vers Toulouse, où il devail étre acquine. 

Débarrassés de tout surveiliant, des hommes à Qgure sinìslre reve- 
naienl au chàleau , cherchaient encore au milieu des ruines et des lour- 
billons de fumèe, et, dans une precoce cupidilé, calculaient les suites 
possibles de leur attentai ; le lendemain , une revolution passali et em- 
portait coulumes el franchises communales. 

AuG. MASSOL. 

Gbanome honoraire. 



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ANTIQUITÉS DU SAHARA ALGÉRIEN. 



Dans'un voyage au Sahara , faìt en 1849 , a la suite d'une de oos co- 
lonnes expédilioonaires, je recueillis les documenls nécessaires pour éta- 
blir la lopograpbie medicale de ce curieux pays. J'eo exlrais les notes 
suivantes , qui offrironl peut-étre un cerlain inlérét si Fon songe a la 
région inconnue qui les a fournies. 

11 est probable que les Romains n'étendirent pas leurs conquétes au 
delà du Teli (parlie cuUivée de rAlgèrie) ; ils ne dépassèrenl pas les 
grands lacs salés, ou Cholt, nommés par Ploléméeet rilinéraire d'Anto- 
Din : Salince nubonenses. Si Marius , à la poursuite de Jugurtba , 
s'avanza jusqu'au lac Melghir, c'esl que, de ce coté, la transilion entro 
le Teli el le Sahara est insensible , tandis que , dans l'ouest , ces deui 
règions sont séparées par de vastes espaces arides el sans eau. 

Les expéditions dans le sud ne fureut point tentées à ces époques recu- 
lées ; elles ne paraissaient point nécessaires , et les tribus nomades du 
déserl , Gétuies el Garamantes , n'inquiélaient point les possesseurs des 
rives de la Mediterranée. 

Coque les anciens savaienl, par les explorations des còtes orìentales 
de la Libye et par le fameux pérìple d'Hannon, qui Qt connailre la còte 
occidentale ou océanique, c'est qu'un vaste déserl de quatre cents lieues 
de largo occupali le centro de TAfrique et separali les règions seplentrio- 
nales des lerres auslrales; nous n'en savons guère plus aujourd'bui. 

Hannon s'avanza , au sud , jusqu'au delà du Senegal , et crut avoir 
fait le tour de l'Afrique ; celle erreur se perpètua longtemps. 

Plolèmèe rapporto Texpèdition de Julius Malernus, parli de Leptis 
Magna, dans la Tripolilaine, avec le concours du roi des Garamantes , 
pour explorer les lerres aurifères, visitèes dèjà par Septimius Flaccus. 
Les légions romaines, après quatre mois de marche vers le sud^ s'avan- 



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— 24 - 

cèreot jusque sous le 5' degré de latitude , après avoir tra?ersé.des oasis 
Dombreuses séparées par des sables brùlaots ; ils s'arrétèrent au poiol 
centrai des trois lacs d'où sortenl les deux bras du Nil Blanc et du Nil 
Bleu. Ce voyage est sans doule uoe des enlreprises les plus hardies qui 
aieot été teutées par les Romains. 

Les Gélules étaient appelés aussi Troglodytes; od supposait qu'ils vi- 
vaieut dans des grottes ou des trous creusés daus la terre. Les Gara- 
mantes babilaieot, a l'est des premiers, le centre de la Libye (Sahara 
de Tunis et de Tripoli); on disail de leur laugage qu'il ressemblait au 
gazouillemeDt des cbauves-souris. Ils mélaieot le sei au sable pour le 
reodre fertile. Leurs femmes étaieut ea commuo; ils maugeaient des 
reptiles, et étaieut rapides à la course. 

Le Sahara, d'après les auteurs grecs et romains, étail infeste de ser- 
pents venimeux ; les rivières fourmiilaient d'hippopotames et de croco - 
diles; les montagnes étaieut remplies de bétes féroces et d'éléphants. 

Voilà le résumé des connaissauces des anciens sur le Sahara et ses 
habitants. Quels sont les monuments de leur epoque qui subsisleul encore 
aujourd'hui? 

11 existe des ruiues romaines uorobreuses a la limile du Teli et du 
Sahara, c'est-à-dire sur la ligne de ceinture qui a été longlemps la libile 
sud de notre occupation. Celle ligne est actuellement jalonnée par une 
suite de postes fraueais, bàlis presque tous sur Templacement d'anciens 
forts romains. Pour ne parler que de la province d'Oran, Sebdou , Saìda, 
Tiarety et leurs environs offrent des vesliges de construclions importantes. 
Au moyen de Tilinéraire d'Anlonin , on peut rétablìr les noms porlés 
aulrefois parces ruines : Sebdou serail l'ancìenne Calama, Salda Victo- 
ria y Tiaret Gada-Castrum ; etc. 

M. Azéma de Montgravier a parfaitemeut étudié celle panie de l'Al- 
gerie. 

Au delà du Teli , dans la région du Sahara et des oasis, nous n'avons 
pas vu de ruines romaines ; il n'en existe point , du moins dans la parile 
que nous avons parcourue pendant quatre mois. Si les armées romaines 
ont habité ces régions, c'est, corame nous, temporairemeot et sans laisser 
trace de leur passage. 

Les monuments d'origine numide, qu'on rencontre dans le Sahara, 



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— 22 — 

doivent étre assìmìlés a d'autres coDStructioDS qui eiistent dans le Teli ; 
c'est la méme arcbiteclure , c'est sans doate aussi la méme destiDalion. 
Od les regarde géDéralement comme les lombeaux des anciens rois de 
Namidie. 

Je cilerai^ dans le Teli, le monoment de Medragen^ à quelques 
lieues de l'ancieone Lambèse, et le Koubba-er-Roumia , décrit par Bruce 
[Voyage aux sources du Nil), qui est sitaé sur une montagne, aa 
bord de la mer, entreKoléah et Cberchell ; Slrabon en parie et le nomme 
monumentum regalis geniis. On pense qu'il servit de sépulture a Clèo- 
pàtre Sélénée , Alle d'Anloine et de la fameuse Cléopàlre ; elle fut mariée 
en Fan 25, à Juba, roi de Mauritanie, qui avaìt fixé sa residence à Cesa- 
ree {Cherchelt). Ce dernier monument est en ce moment Tobjel de fouilles 
imporlanles. 

Sur les hauts plateaux du Sahara, il exìsle quelques-uns de ces monu- 
menls. A Sidi-Lackdary au sud de Frendah , on volt plusieurs tom- 
beaux de ce genre. En voici la descriplion : Sur une élévalion, a Taspect 
du midi , s'èièvent six pyramides bien conservées , reposant sur une base 
carrée en magonnerie , supporlée elle-méme par un large soubassement 
en terre. La pyramide a la forme d'un cóne dont l'aréte est légèremenl 
courbe. Ce cóne a environ un mèlre de diamètre a sa base et trois mè- 
tres de hauteur ; il devaìt étre surmonté d'un monolilhe plus ou moins 
élevé. Le cube de ma(5onnerie a environ trois mètres de cóle sur deux de 
bauleur; le lerrassement a^uaranle ou cinquanle pas de longueur. 

Ces.monuments ont la plus grande analogie avec les Nur-hags de Sar- 
daigne , dont l'origine est pbénìcienne et la destination èvidemment fune- 
raire. 

Il me reste à parler des dessins tracés sur les rocbers du Sahara. 

C'est dans la région des oasis, vers le 32*^50^ de lougitude nord et le 
2^30^ de latitude ouest , a Tyout et a Moghar, sur la limite du grand dé- 
sert,quenous avons renconlré et observé, gravées sur la pierre, les 
images les plus fantasliques , les plus étranges qu'on puisse imaginer. 

Nous donnons une reproduction de celles qui existent à Tyout et que 
Dous avons dessinées nous-méme sur les lieux. 
Ce soni de véritables hiéroglyphes, des copies naìves d'hommes et 



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— 23 ~ 

d'anìmaux. Le trait eD est ferme et profond; il ne manque ni d'inlention» 
ni d'étude; le procède seul a fait défaut à Tarlisle. 

Il a fallu beaucoop de patieoce et de temps pour écrire cette page 
gigantesque. 

A Tyout , les dessins se voient sur les rochers de grès rouge qui sont 
accumulés sur la rive gauche de l'oasìs , à Texposìtion du sud. 

Le bloc de grès ferruglneux sur la face verticale duquel on a trace ces 
grossières images a eovirou ceut pieds de long et trente pieds de bauteur. 
La surface de la pierre est presque noire , et les figures ressortent par la 
teinle rouge qu'on a oblenue eu gratlanl et creusaot la surface du roc. 
Le trait a souvent un ceulimèlre de largeur sur deux ou trois millimètres 
de profondeur ; od ne saurait dire quel est rinstrument qui a servi à le 
creuser. 

Il est impossible de mèconnaftre les types divers des animaux qu'on 
a voulu figurer. Le boBuf, le cbien , la chèvre, le lion, Tanlilope , l'au- 
truche, rélèpbanl, le rhinocéros, le lièvre, la vipere^ sont fldèlement 
représentés. 

Les bommes sont nus ; leur bras est arme de Tare et des fiiècbes. 
Les sujets qui ont semblé le plus dignes d'étre burinés sont ordinaire- 
ment obscènes. 

Od ne voil ni le cheval , ni l'àne, ni le mulet, ni le mouton, ni le 
chameau ; mais l'on reconnaft parfaitemeut rélépbaDl , qui a disparu 
depuis longtemps de ces régions, ce qui pourrait servir a meltre une date 
au bas de ces rocbers. 

D'un autre coté, le costume et les armes des iudividus indiquent que 
les dessins remontent a la plus haute antiquitè, aux temps antèhìstori- 
ques , a moins que l'artiste n'ait voulu reprèseater des personnages de 
fantaisie, ce qui n'est guère probable. 

Il faut remarquer que le trait qui unit les individus entro eux , daos 
un raéme sujet, sert à iudiquer une espèce de parente. Mainlenant, que 
celte lìgne parte des organes sexuels et y aboulisse, rien ne semble plus 
naturel , surtout quand un songe combien , pour des gens peu civilisès, les 
rapports des sexes ont d'importance et d'attrait. Ce serait dono là le signe 
de la familie. 

Certains traits d'union ne permetteDt pas de douter que , à cette ópo- 



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— 24 — 

qne , les peDchants les plus honteux n'aient été familiers aux habitants 
de ces climats. '^ 

Le signe qui distingue l'honome est vertical sur la poitrine; celui de la 
femme est horizontal à la ceìnlure ; il est probable qu'elle portaìt un véte- 
ment rudimentaire autour des reins. 

D'autres femmes onldes espèces de mancbes , ce qui iudìque un grand 
Inxe de toilette. Quelques honnmes portent des couronnes de plunies ; ce 
sont les lireurs d'arcs qui eu sont spécialenoent orués : ce serait le signe 
de la grandeur et du commandement. 

Les cbasseurs sont quelquefois accompagnés de femmes qui paraissent 
émerveillées de l'adresse de leurs maris. Il y a une chasse a l'autruche 
compièle et fori réjouissante ; le chien semble en élre Tauxiliaire. 

A Mogbar, les dcssins sont moins nombreux , mais plus compliqués. 
Ils sont tracés sur des rocbes horizontales de calcaire grossier ou traver- 
tin; ils soni moins bien conservés et plus dlfflciles à déchiffrcr; cepen- 
dant on y remarque la girafe, qui n'existe pas à Tyout. 

On doit reconnattre que tous ces dessins remontent à une epoque anté- 
rìeure a l'invasion arabe; caf, en supposant qu'un mahométan eùt l'idée 
et le talent de reproduire les objets qui frappaient ses regards ou son 
imagìnation, sa religion lui eùt défendu de pousser si loin un travail 
contraire aux lois iconoclastes. Du reste, les babitants actuels du pays 
ne donnent aucun renseignement, traditionnel ou autre, sur ces dessins , 
dont ils ignorent l'origine. 

Leur aspect inspire une foulede pensées et de suppositions. 

Esl-ce là un fait isole? est-ce le produit de rintelligence ou de l'adresse 
d'un Seul , ou bien était-ce un art rèpandu et enseigné dans ces contrées 
ou venu de plus loin? L'auteur s'est-il inspifé de la nature seule, ou bieu 
avait-il voyagéet vu, en Egypte ou ailleurs, des images sembiables? 
Sont-ce là les premìers pas d'un art dans l'enfance, ou les derniers ves- 
tiges d'une civilisalion perdue? Cependant, maigré la naiveté du dessin , 
on ne sauraìt voir là une tentalive hasardée. Pour arriver à celle perfec- 
tion, tonte incomplète qu'elle paraisse, il a fallu des brouillons, des essais, 
des tàtonnemenls, dont nous voyons le resultai déQnitif. 

Peut-étre une colonie ègyptienne s'était-elle flxée à Tyout, dont le nom 
peut servir d'indice ? 



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— 85 — 

Pendant roccupalion romaine , une légìon aura stationné dans ces pa- 
rages , et quelque soidat'égyptien aura peut-étre occupé les loisìrs de la 
garnison en esquissant , a la mode de son pays , ces grossières images. 
Cette dernière hypothèse me semble la plus vraisemblable. 

Voici pourquoi : 

J'assìmìle ces dessins , non pas aux hiéroglyphes , mais aux Qgures 
qui décoraìenl les monumenls , les maisons , les lombeaux , dans Fan^ 
denne Egypte. Ce ne sont pas des caraclères hiératiques oxidémotiqueSy 
vam ce sont des sìgnes figuratifs , par lesquels rimagÌDalion antique 
reproduisait ses idées les plus capricieuses. Il y a aussi , sans doute , 
quelques signes symboliques , mais le sens en échappe à un observateur 
vulgaire. 

Le Sahara aura peat-élre un jour son ChampoIIion. 

Quoiqu'il ne soit pas question de signes semblables dans les travaux de 
Fimmortel traducteur de l'inscription de Rosette , cependanl on peut faire 
le rapprochement remarquable qu'il ne parie pas du chameau , iequel 
n'élait poìnl employé par les ancieos Egyptiens et n'est dessiné sur aucun 
de leurs moDuments. De plus, le cheval étail exclusivement réservé à 
trafner des chars et ne servait pas de monture à l'homme. Ceci expli- 
querait l'absence de ces deux aoimaux dans nos dessins; l'artiste n'aura 
représenté que ce qu'il avait sous les yeux. 

Dans son voyage en Egypte et en Nubie, J.-J. Ampère me fonrnit une 
preuve de plus pour soutenir que les dessins du Sahara sont d'origine 
égyptienne. 

En effet, à Silsilis, sur les bords du Nil, le savanl touriste relève, 
sur les rochers , des signes tout parliculiers. « Ce ne sont pas des hiéro- 
glyphes , dit-il ; ils ne ressemblent aux letlres d'aucun alphabet connu. 
Peut-étre ont-ils èie dessinés par une populalion illeltrée ! ^ Il sìgnale 
les images grotesques de divers animaux : lions, girafes , autruches, 
éléphants, etc. 

Plus loin y au-dessus de la première cataracte , un peu en avant de 
rile de Philse, nolre voyageur remarque sur les rochers de vérilables 
honshommes. < Evidemment ces inscriplions ont une origine populaire; 
» quelques-unes ont servi peut-étre a dèsennuyer un soldat de la garnison 
)) de Philae? » Ces dessins sontsouvent indécents; et, ainsi que le dit 

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AiQpère : « L'hiéroglyphe , parfois, brave l'hoDDéteté, comme le latin. » 
Cesi UD rapport de plas avec les images du Sahara. 

Aq priDtemps de 1850, le docteur Barlh rencontrail dans le Sahara 
de Tripoli , entre Mourzouk , capitale du Fezzan , el l'oasis de Ghàt , des 
dessios semblables Iracés également sur de grands blocs de grès. L'un 
des groupes décrils reprèsente un homme a téle de taureau et uq autre à 
téle d'oiseau {ibis). 

Il y a différeutes représentations d'animaux : boeufs , chevaux , ànes ; 
ces deux deroières espèees uè QgureiU pas a Tyout , mais l'abseDce da 
chameau est coDslatée par le docleur Barlh comme par dous; ce qui 
cooQrme celle idée que ce précieux ruminant est une acquisilion relalive- 
menl récenle pour le déserl. Le docteur Barlh ne dil pas que l'éléphant 
soit reprèsente sur les rochers de Ghàt; il esl d'accord avec nous pour at- 
tribuer ces figures à l'ari égyplien. 

On peut rapprocher des dessins recueillis dans le Sahara algérien les 
bas-reliefs et les figures rapportés de l'Asie Mineure par la mission scien- 
tiflque de 1862, ou trouvés dans les cavernes du nord de TAmérique. 
Cesi la méme uaivelé de forme, d'expression , le méme slyle, les mémes 
détails graphiques. La seule différence, et elle est capitale, c'est que les 
dessins anciens el azlèques soni en relief sur la pierre, tandis qu'au Sa- 
hara , comme en Egyple, les figures soni indiquées par un Irail profond 
qui accuse les contours el les principaux détails. 

Une remarque generale peul donc élre faile : c'est que les dessins au 
trail apparliennent aui anciens babllanls du nord de TAfrique, tandis 
que les figures en relief caraclérisent les races primilives de l'Asie el de 
TAmérique. 

Je n'insiste pas sur ce sujel inléressanl, que je ne me flatte pasd^avoir 
approfondi, mais doni je n'ai pas besoin de faire ressorlir l'importance 
archéologique et elhnographique. 

ARMIEUX. 



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SAINT-SULPIGE-DE-LA-POINTE. 

SAN SOMPLISI, GASTRUM SANGTI SULPìTII. 



Il est impossible au voyageur qui parcourt la route parfois un peu mo- 
notone d'Albi a Toulouse de ne pas arréler ses yeux sur le pilloresque 
paysage qne lui présente le pelil village de Saint* Sulpice-de-la-Poinle. Co- 
quellement assis sur les rives boisées et presque abruptes de l'Agoùt , il 
semble étaler avec complaisance son clocher sevère^ a la leinte grisàtre , 
et les vieux pans de murs de son caslel en ruines. Le conlraste de celle 
nature fraiche, riante et toujours jeune , avec ces débris légués par des 
hommes qui ne soni plus , est bien fait pour parler a l'imaginalion de 
celui pour qui les beautés de la nature onl des charraes , et les souvenirs 
des siècles passés une voix. 

Aussi est-ce avec un véritable intérét que j'ai mis à exécution le projet 
des longtemps nourri d'aller visiler Saint-Sulpice-de-la-Poinle. Mon attente 
n'a pas élé trorapée ; car, oatre son sile enchanteur, qu'on ne peul se las- 
ser d'admirer, ce petit village offre a l'elude de l'archéologue une réunion 
précieuse d'objets inflniment intéressanls. 

Sainl-Sulpice , autrefois forliflé , étail prolégé du còlè du couchant par 
un ravin très-profond servant de lit au pelil ruisseau de la Planquette. La 
berge de droile de ce ravin , presque laillée a pie, seri de soubassement a 
de vieilles murailles, solidiflées par d'énormes conlre-forls. Ces débris des 
anciennes forliQcalions de Saint-Sulpice ne présentent , du reste , aucun 
caractère bien distinct , et n'exislent pas méme a Tétat de vesliges sur les 
autres còlés de la ville. Celle bastide était donc , comme on le volt , en- 
fermée dans une espèce de triangle forme par ce ravin , l'Agoùt et un 
fosse exìslanl encore aujourd'hui, qui complélail la défense de la ville du 
coté du midi. 



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— 28 — 

Od franchil le ravin de la Planquette sur un pout gotbique , remon- 
tant , à ce quii m'a paru , au quatorzième siede. Son ogive, très-élancée, 
est surmontée d'un écussoT\ tellement fruste , que je n'ai pu en distinguer 
le conlenu. Ce ravin , avec ses berges rocbeuses et les ronces qui les la- 
pissent , ces vieilles murailles et ce pont noirci par les années forinent un 
ensemble a la fois sevère et pittoresque. 

A l'extrémitédu pont on dislingue, mais a peine , la naìssance de l'are 
qui formali la porte de la ville , et qui existait encore il y a une Irentaine 
d'années. A droite, une ouverture dans la muraille donne entrée dans 
une échauguette cu guérile d'observation , doni il ne reste plus aujour- 
d'bui que la base. Deux bàliments assez considérables forment les deux 
eùtés de la rue et soni adossés aux murs d'enceinte de la ville. A droile , 
c'était un couvent aujourd'hui tellement mutile , tellement approprié aux 
usages des babitants actuels, qu'il faut que la Iradition Vienne en indiquer 
la primitive deslination ; de l'autre coté , une assez vaste demeure , ornée 
d'un portali Renaissance , et où résidaienl les seigneurs de Sainl-Sulpice 
après la chute de l'ancien cbàteau. 

ÉGLISE. 

Les diverses parlies de l'église de Saint-Sulpice remontent a des épo- 
ques différentes, et présentent, par suite, des caractères très-distincts. Nous 
allons les étudier successivement. 

§ 1. — Parade de l'église. ' 

Celle masse imposante et sevère , presque entièrement dénuèe d'ouver- 
tures et d'ornements, et surmontée de ses màcbecoulis, est un beau spe- 
cimen de l'architecture religieuse et militaire du moyen àge. L'emploi 
simullané de l'ogive et du plein cintre fait remonter celle construclion à 
l'epoque de transition du roman au gotbique^ c'est-à-dire vers le com- 
mencement du treizième siede. Deux tours carrées , sévères comme le 
reste de la fa^ade , l'encadrent en lui servanl de conlre*forts. L'ogive ne 
se mentre que dans le portai! , qui est bas et d'une extréme simplicitè , 
comme il convenait dans cet édiQce , ayant l'aspect plutòl d'une ciladelle 
que d'un lieu de prières. Il se compose simplement de trois arcbivolles 



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— 89 — 

saDS ornements , chacune d'elles veoant sé reposer sur des systèmes de 
deuK coloQDes gémioées. Les cbapiteaui de ces colonnes, quoìque rongés 
par le temps, sont poartant caractérisUques et orués d'enroulemeots de 
feuiiiages. 

Aa-dessus de l'ogive du portali od voli la trace d'un écusson effacé 
par raclion lente du temps » ou par la maio quelqoefois plus impitoyable 
des révolutioDS. Plus haut, neuf arcalures aveugles, reposant sur des 
corbeaux taillés en flgures grima^nles , dout deux seulemeot sout con* 
servées , viennent rompre la monotonie de la fagade et y produisent le 
meilleur effet. 

Audessus règne une première terrasse gamie de machecoulìsà plein 
cintre et remarquables par-leur saillie coosidérable sur la fagade. Cette 
galene se termine a son exlrémilé par un moucharaby appuyé contro la 
tour de gauche. Nous trouvons ensuite , en remonlant, qualre arcades à 
plein cintre , portées sur des piliers carrés et massifs ; c'est sous ces arca- 
des qu'élaient et que sont encore placées les clocbes de Tégllse. La fa^ade 
se termine enQa par une seconde galerie de màcbecoulis qui est la repro- 
ductìon de la première , et que , par suite de sa posilion en relrait sur 
celle-ci , je pense n'avoir été placée là que comme sirople ornemcnt. 

Le tout est surmontè d'un petit clochelon centrai avec ceinture de ere- 
neaux , et de deux pyramides hexagonales placées aux extrèmités ; ces 
dernières constructions^ ajoutées du reste évidemment après coup, et qui, 
par leur exìguité , paraissent disproportionnèes avec le reste de la fagade , 
me semblent servir à en faire ressortir la masse imposante. 

La hauteur de la fagade , du pavé de l'église au sommet des flèches, est 
de trente-buil mèlres environ. 

§ 2. — Intérieur de Féglise. 

Pour pénètrer dans rintérìeur de Tèglise , on est obligè de descendre 
sept marcbes. On peut se convaincre facilement, tant par la diffèrence de 
l'appareil magonnique employè que par celle du style architeclonique, que 
rintérìeur est bien plus récent que la fagade ; j'estimerais approximative- 
ment qu'il doit y avoir près de deux siècles d'ialervalle entre les àges des 
deux parties de l'église. L'intérieur se compose d'une seule nef ogivale 



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— 30 — 

d'eoviroD douze mètres de large sur Irente-six de loDg , et divisée en 
qaalre Iravées ; elle est d'un très-bel effet , inalgré la couche de mauvai- 
ses peintures dont oa Ta revétae, il y a quelques années. Les arcs de cette 
nef soni élancés; leurs nervures sont cordiformes (lores avec une aréle 
jnoQsse) , ce qui indiquerait la fin du quatorzième siede pour date de sa 
«construclion. L'abside est circulaire, à six relombées d'arcs , qui viennent 
se reposer sur des faisceaux de trois colonnettes en saillie. 

Si Fon jelle un coup d'oeil sur les cbapelles, on est frappé tout d'abord 
par le peu de profondeur de celles du midi , particularité qui n'est expli- 
quée par aucune cause apparente. La première, en entrante est circu- 
laire, avec six aréliers supporlès par de sìmples consoles sans ornement; 
elle sert de baptistère. Les autres, du méme còlè , sont carrées; les qua- 
tre arcs d'aréle de leur voùle viennent se reposer sur des corbeaux ornés 
de flgures assez bien conservées. Les chapelles du còte du nord diffèrent 
de leurs vis-a-vis en ce qu'elles sont plus profondes et présenlent plu- 
sieurs parlicularitès que nous allons signaler rapidement. La troisième 
chapelle, d'une construction beaucoup plus recente, ne doit remonter 
qu'au seizième siede; sa voùte, plus surbaissée que les autres, est déco- 
rèe d'énlrelacemenls de liernes et de tiercerons dont les intersections avec 
les arcs principaux sont ornèes de pendenlifs dans le goùt de celle epo- 
que. La qualrième chapelle est divisée par un are formerei en deux espè- 
ces de Iravées secondaires ; celle du fond est remarquable par la conser- 
vation des tétes bumaines qui supportent les arcs aréliers. 

Avanl de sortir de Téglise, on ne peut se dispenser d'aller admirer un 
magniflque specimen de la sculplure religieuse au moyen àge. Dans la 
quatrième chapelle de gauche se trouve un tabernacle qui, vu à dislance, 
est loin de frapper l'esprit et les yeux par son encadrement Renaissance 
en plàtre dorè ; pourlant , il popte sur ses faces antérieures trois tabletles 
en ivoire, dont les denlelures délicales et les sculptures pleines de vie et 
d'expression forcent le vislteur a s'arréter et a s'extasier. Ce pelil chef- 
d'oeuvre de l'art au moyen àge a figure a la dernière exposition d'Albi et 
a excilé déjà Tadmiration d'un grand nombre d'archéologues. Toulefois , 
je crois que celle elude sur l'église de Saint-Sulpice serali bien incomplète 
si j'omellais de faire , en quelques mols , la description de ce tabernacle , 
qui en est le principal ornement. 



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— 34 — 

Les trois tabletles soDt diviséés chacune en deux compartiments, eDca- 
drés dans des ogives trilobées et surmofitées de leor gable. Cbacun de ' 
ces compartimeDts coQlieot an des principaux actes de la Naissaoce et de 
la PassioD de Jésus-Cbrist : 1"* l'Àdoration des mages; 2^ TExaltalioD de 
la sainte Vierge ; 3^ la Présentation du Sauveur au terapie ; 4^ le Porte- 
ment de la croix ; 5** le Crucifieraent ; 6° la Desceote de croix. Toules 
oes figares soDt remarquables par leur expression et leur Daiveté ; les dra- 
peries et tous les détails sont traités avec une gràce et une simplicitè 
charmanles. Si certains corps pècheot an peu contre les lois exactes du 
dessiQ, le Cbrist élendu sur la croix, par exemple , ces légers défauts 
sont amplement racbetés par la finesse de l'exéculìon et surtout par le 
profond sentiment religieux que Tartisle a su faire respirer dans sou oeu- 
vre ; c'est cela surtout qui fait le caractère dislinclif des scuiptures du 
moyen àge; la foi vive, qui régnait dans le coBur des arlisles de cotte 
epoque , guidait leur main et leur faisait produire des ouvrages religieux 
que Tart moderne , malgré tonte sa perfection y essaierait en vain de sur- 
passer. 

Avant de quilter cotte rapide étude, signalons une parlicularité qui se 
trouve dans le compartiment représentant la Descente de croix. Sur le 
premier pian se lient accroupi un personnage de structure difforme, qui j^^^^,^^^ 
sous les traits d'un bouffon , a Tair de se moquer de l'auguste sckn^^y:\:\ 
laquelle il assiste. Peut-étre n'est-ce qu'une de ces mille fanlaisies qu^lW • ì| 
arlistes de cetle epoque aimaient à piacer dans leurs oeuvres les lè^^^ - >? 
sérieuses; peul-élre aussi le sculpteur a-t-il voulu flgurer sous ces traìife^ii^^ 
l'Esprit du mal, qui , vaincu dans colte grande lutto terminée par la mort 
du Sauveur , veut cacber sous son ricanement la houle de sa défaite. Je 
ne parie pas des anges portant le soleil et la lune au-dessus des bras de 
la croix dans la scène du CruciQement , cotte parlicularité se trouvant re- 
produile dans presque toules les représenlalions de ce sujet par les arlis- 
tes du moyen àge. 

Ces tablettes , que rornementalion de leurs ogives et la disposition de 
leurs personnages me feraienl allribuer a un artiste du quinzième siede, 
proviennent de la cbapelle de l'ancien couvent. Du reste, il est facile de 
voir qu'elles n'étaient pas placées autrefois sur les faces d'un labernacle , 
comme elles le soni aujourd'bui ; je croirais plulótque, réunies au moyeu 



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— Sa- 
de cbarnières , elles formaient rornement d'aotel conna soas le nom de 
triptyqae. Oatre ces tablettes, FancieD couvenla fourpià l'église les qua- 
tre colonnes monoiilhes en marbré rouge qui se troavenl dans une des 
chapelles. 

Par une porte , située à gaucbe du sanctuaìre , on enlre dans la sacrìs- 
tie , qui est vaste et voùlée. Un couloir la fait communiquer avec une cba- 
pelle, mainlenant condamnée et divisée par un are formeret en deux tra- 
vées secondaires , dìsposilion que nous avons déjà remarquée. 

Au-dessus des chapelles règne un rang de fenétr^s étroites et ogivales 
àsommels trilobés. Leurs verrièressontpourla plupart inodernes. L'église 
est enQn environnée d'une douzaine de conlre-forls à ressauts dont la 
slructure massive ajoute a Taspect sevère de Texlérieur de cet édiflce. 

€HATEAU. 

Bàti au sommel de sa motte féodale, qui est prolégée de trois cdtés par 
un ravin profond et de Pautre par TAgoùl, le chàleau de Sainl-Sulpice 
étale encore fìèremenl ses pans de murs a demi détruits et ses poéliques 
ruines recouvertes de lierre. Mais ce ne sont , bèlas 1 que des ruìnes trop 
réelles , et l'elude que nous en ferons sera bieo conrte , car le temps ne 
Ta que trop simpliBée. 

Los restes de cette demeure féodale consìstent en un rectangle forme 
par de vieux murs en briques croulants de tous cdlés, et où l'on pénètre 
par une porte dont l'are cintré est a moitié détruit. A la partie nord de ce 
rectangle se voientles extrémilés inférieures d'arcs ogivaux, qui indiquent 
la place de la chapelle seigneuriale. Enfìn, au milieu de la fa^ade tournée 
vers l'Agoùt se trouve un tron^on en ruine d'une tourelle dont la base est 
détruite et qui semble ainsi suspendue dans les airs. D'après l'inspection 
de ces ruines, je supposerais qu'elles composaient le donjon du magniQ- 
que chàteau bàti , au treizième siede, par Sìcard d'Alaman , détruit au 
dix-seplième, et dont il ne reste plus vestige aujourd'bui. Le haut de la 
motte était, du reste , environné de fortifications donton volt encore quel- 
ques débris. 

En quittant ces lieux , on ne peut se défendre du profond sentiment de 
tristesse qu'inspire la vue de presque touleslesgrandes ruines ; c'est qu'en 



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— 33 — 

effet, dans bien peu de jours, de ce cbàteaa antiqae, témoìn de taot 
d'événemenls , il ne resterà qae le souvenir ; el les ruines de ce donjoa, 
qui parleal sì bieo aax yeux et à l'imagination , auront disparu , comme 
ont disparu déjà depuis longlemps les seigaeurs paissaotsqui l'ont babité 
et ìllnstré. 

Si l'on descend la pente de la motte , du cdtè de TAgoùt , on trouve , i 
mi-hauteur, l'entrée de ceqo'oQ appelle les souterrainsda cbàteau. Crea* 
sés dans une marne très-résistante et soutenus de distance en distance par 
de solides arceaux , ces couloirs voùtés de deux mètres de baut sur trois 
mètres de large en moyenne n'ont éprouvé aucun éboulement. Se croisant 
perpendiculairement , ils s'étendent dans toutes les direclions sur un dé- 
veloppement Irès-considérable. J'ai cbercbé vaìnement quelques vesliges 
de Communications entre ces couloirs et le cbàteau; j'en ai conclu qu'ils 
servaient plulòt de magasin ponr les provisions de la garnison que de 
souterrains proprement dits. Ce qui m'a confirmé dans cetle opinion , 
c'est qu'à rextrémité de cbacun de ces couloirs se trouve une cbambre 
rectangulaire qui devait servir de dépdt. Da reste , je ne pense pas qu'on 
doive attribuer a ces souterrains une construclion anlérieure et les pren- 
dre pour une babitation trc^lodytique ; car^ dans ce cas, on trouverait 
plusieurs étages superposés et des cbeminées pratiquées pour te renou- 
vellement de l'air, ce doni on ne volt nul vestìge. 

HISTORIQUB DB LA BARONNIE. 

Saint-SuIpice-de-la-Pointe a joué un ròte assez important dans le 
moyen àge; et il est peu de communes de cetordre qui aient vu passer a 
leur téle une sèrie si nombreuse de noms marquants dans l'bisloire du 
pays. Nous allons jeter un coup d'oBil rapide sur les seigneurs les plus 
ìllustres qui ont possedè cette baronnie et sur les èvénements remarqua- 
bles de son passe. 

Dans le principe, Saint-Sulpice dèpendait des domaines des comtes de 
Toulouse. L'un <de ceux-ci en fit donation pendant le douzième siede a 
la puissante abbaye d'Aurillac , donation qui fut conQrmée par Ray- 
mond VII , dernier représentant male de la brancbe ainèe des comics de 
Toulouse. Àu commencement du treizième siede , un des abbès d'Au- 

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— 84 — 

fillac l'inféoda a uo seigneur de la maison d'AIaman, qui était déjà très- 
puissante daDS la coutrée. Il parati, d'an aotre coté, qae les frères 
hospitalicrs de Saint-Jean de Jérusalem avaienl un couvenl et un fief à 
Saint-Sulpice , ainsi qu'on le trouve indìqué dans les archi ves de Rodez, 
citées par Dom Vaissetle toucbant Féreclion de la Baslide de Sainl-Sul- 
pice (1). La présence dans ces lieux des chevaliers hospitaliers donne 
rexplicalion de l'architecture a la fois religieuse et militaire de la fagade 
qui dans ce cas aurait appartenu a l'église de leur couvent. 

Alplìonse de Poiliers , frère de saint Louis, qui avail épousé Jeanne ». 
fille unique de Raymond VII , hérita des domaioes de son beau-père en 
1249. Après avoir fait solennellement son entrée à Toulouse, et avoir 
re^u lesserments de fidélité de ses principauxvassaux, parmi lesquels on 
citeSicard d'Alaman^ seigneur de Saint-Sulpice et deRabastens, Alphonse 
s'occupa de racheter diverses enclaves qui se trouvaient dans ses Etats et 
d'y conslruire des bastides pour leur défense. Par Timportànce de sa po- 
sition stratégique , Saint-Sulpice devait élre une des premières places à 
flier son cboix. Aussi s*empressa-l-il de faire Tacquìsilion du flef des 
cbevaliers de Saint-Jean et de fortlQer cette ville, dont il confla la défense 
à Sicard d'Alaman y dèjà seigneur d'une partie de Saint-Sulpice. 

Sicard, ancien ministre de Raymond VII, et qui avait conserve cette 
dignitésous Alphonse de Poitiers, fut un des seigneurs qui contribuèrent 
le plus puissammeot a la prosperile et a Tagrandissement de Saint-Sul- 
pice. Il y attira un grand nombre d'habitanls par les concessions qu'il 
leur accorda; il leur oclroya, en 1247, une conslìtution communale des 
plus larges dont nous aurons occasion de reparler. Ce fut lui qui complèta 
la défense de Saint-Sulpice par la construction de son magniQque cbàleau. 
Il fonda encore un hòpital qu'il dota de possessious énormes, et un cou- 
vent qu'il conBa à des religieuses de l'ordre de Cileaux. Ce couvent , qui 
fut erige en abbaye dans le seizième siede, était d'une très-grande ma- 
gnificence , surtout son église , placée sous Tinvòcation de saint Antoine 



(1) Extrait de la liste des bastides érigées par Alphonse de Poitiers : 

In primis aequisivit tam ex dono quam ex empitone loca in quilms bastida sunt fundaia.., 

Bastidam S. Sulpicii acquisitam prò parte ex dono Bospilalariorum anle temput fundationis , 

vahntem citrà 4 Ub. Tur... (Archi ves de Rodez.) 



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— 35 — 

et commuDÌquant par od cloftre golbique au reste de Tédiflce. En 1273, 
après la mort de saiDt Louis et d'Alphonse de PoUiers, Philippe le Bardi 
envoya des commissaìres pour la rechcrche de ses droits dans le ToqIou- 
saiD, qai était entré déQnitìvement sous la puissance immediate du roi de 
FraDce. Devant ce tribuDal fut cilé Sicard d'Alaman, sous l'accusation 
d'avoir usorpé cerlaìDS droits à Rabaslens pendant Tabsence d'Àlphonse 
de Poiliers , qui avaìt passe la mer pour comballre les infldèles ; on exi- 
geail de lui des reslilutions énormes. Cette affaire traina en longueur 
josqu'à la mort de Sicard, qui légua, dans son lestamente vìngt mille sols 
tournois en ceuvres pies , enlre aulres : YOEuvre de la chapelle de son 
chàtcau de Sainl-Sulpice et de téglise qui était hors du chdteau; et la 
construction du poni de Saint-Sutpice sur FAgoùt. 

Son fils, Sicard d'Alaman, rfamoweaw, autorisé par Bertrand vìcomte de 
Lautrec, son onde et curateur, s'était accorda au roi devant les commis- 
saìres dèputés pour juger le procès de son pére. Par celaccord, confirmé 
par le roi, on laissa au jeune Sicard le chàteau et la ville de Saint-Sulpice, 
les chàteaux de Bonnajoux , de La Bastide de Montfort , en Albigeois , et 
de La Fos, en Agenais, en le dèclarant libre de toule autre demande. 

A la mort de Sicard d'Alaman, qui ne laissa pas d'enfants de sa femme 
Marguerite de Castillon, Bertrand de Lautrec , son curateur, qu'il avait 
fait héritier par son testament, et Hélils^ sa soeur consanguine, qui avait 
épousé Amalric de Lautrec, frère du précédent, se disputèrent sa succes- 
sion. Ce différend se termina par un partage à Tamiable fait a Albi le 
13 mars 1279. Dans ce partage, le cbàteaude Saint-Sulpice et ses dépen- 
dances écburent à Bertrand, vicomte de Lautrec. Celui-ci, a sa mori, 
transmitses biens àBéatrix sa fllleunique, qui les porla, par son mariage, 
dans la puìssante maison des Jourdaìn, seigneurs de lisle. 

Jourdain V, fils de Jourdaìn IV et de Béalrix , avaìt été destine dans 
sa jeunesse a élre cbanoine régulier de l'église de Toulouse. 11 en avait 
méme pendant quelque temps porte Thabit ; s'étant dégoùté de son état , 
il l'abandonna avant d'avoir prononcé ses vceux , et finii par se marier 
avec Guillaumètte de Durfort, doni il eul un fils, Bernard Jourdain. Peu 
de temps après , je ne sais pour quels motifs , salsi de scrupules rélroac- 
tifs sur l'abandon de son premier élat , il les exposa à rautorité ecclésias- 
tique, qui designa des commissaìres cbargés d'examiner la question. 



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- 36 — 

D*après leur décisioo , Jourdaìn fut déclaré libre des oblìgations de Tétat 
ecclésiasUque, et autorisé a restar dans les lieos da mariage. Après avoir 
ainsi calme sa conscieDce, Jourdain^ de coucert avec sa femme, émaD* 
cipa son fils Bernard , auquel il laissa tous ses biens par uq ade sigoé à 
SaiDlSulpice en 1307. 

Saint-Sulpice passa successivemeat à plusieurs seigoeurs de la maison 
de risle , et enQn a Bertrand de l'Isle, qui laissa en mouraol ses domaines 
àsa femme Eléonore de Comminges (1370). Celle dernière deviai dono 
dame de Sainl-Sulpice ; dix ans plus lard , elle l'apporta avec sa maia à, 
Jean comte de Boulogne et d'Auvergne. 

Après eux , Sainl-Sulpice écbut, ea 1390 , a Gaston Pboebus, comte 
de Foix , flls de Gaslon de Foix et d'Elòonore de Comminges , tante de la 
précédente. Alors commence, dans Tbistoire de ce fief, une sèrie debou- 
leversements occasionnés par les Iroubles de celle epoque, et qui Areni 
passer successi vement celle ville dans les mains d'un grand nombre de 
maisons différenles. Gaslon de Foix , proQlanl du désordre produit par 
les faclìons qui décbiraient le pays > leva l'élendard de la révolle contro le 
due de Berry y qui Tavait rem place dans la lìeulenance du roi au pays de 
Languedoc. Après que celle rébellion eul élé élouffée , le roi Charles VI 
confìsqua une partìe des domaines du comte coupable , et entro aulres 
Sainl-Sulpice , qu'il donna en récompense à Jeanne de Boulogne , femme 
du due de Berry et cousine du comte dépossédé. Celle dame élablit son 
domicile au cbàleau de Saint Sulpice (1392). 

Quelque lemps après, le dfic de Berry, oublianl ses devoirs et les 
bienfaits du roi, s'allia au comte d'Armagnac et se mil a la tele des révol- 
tés contre Tauloritè royale. Jean, comte de Foix, d'un còlè, et le seigneur 
de Saint-Georges de l'aulre , marcbèrent , à la téle des armèes royales , 
contre le comte d'Armagnac et les aulres parlisans du due de Berry , 
qu'ils déQrenl et doni ils confìsquèrent les domaines. lls saisirenl , entro 
aulres , les baronnies de Lunel et de Sainl-Sulpice sur la duchesse de 
Berry (1412). Le roi commil le seigneur de Crolli pour gouverner les 
terres de celle princesse , tanl qu'elles seraienl en sa possession. L'annèe 
suivanle, le due de Berry Ql sa soumission, rentra en gràce, et la baron- 
nie de Sainl-Sulpice fui resliluée à sa femme, qui vini de nouveau y èla- 
blir son domicile. 



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— 37 — 

Peo iostruile par TexpéneDce il'uoe ¥ie si agi tèe » avide de richesses et 
dévorée d'ambilion , elle se mit à fobriquer de la fausse moonaie (sans 
dente dans les soolerrains da chàleau) , et eolrelint des inlelligences se- 
crètes avec le roi de Portogal , alors ennemi de TEtat. Le roi Charles VI 
chargea le séoéchal de Toulouse de saisir ses domaìDes et de confisqoer 
la baronnìe de Saint-Sulpice , tènioio de ses méfails. Ce fief renlra dès 
lors dans le domaìae royaL Charles VII conQrma celle conQscation ea 
1422, et, par arrét du 20 avrìl 1423, il nomma le maréchal Gilbert 
de Larayette à la capitaioerie de Saint-Sulpice , doni il lui donna tons les 
revenns. 

Par arrét du 7 juin 1440 , le roi Charles Vii donna la ville et le chà- 
teau de Saint-Sulpice , devenus vacants à la mort du maréchal de 
Lafayelle , a Charles d'Àlbret , cernie de Dreux , pour le récompenser de 
ses loyaux services et le dédommager de la perle de la pluparl de ses 
places , qne le comte do Hotlinglon , commandant Farmée anglaise , lui 
avail enlevées en Guyenne. 

En 1480, Marie d'Albret, petite-fllle du précédente apporta en mariage 
Saint-Sulpice à Bonfll de Juge , comte de Caslres. C'était un chevalier 
lombard , qui , par ses services , avail su gagner la conflance et raffeclion 
du roi Louis XI. Aulant ce roi était terrible dans ses vengeances , autant 
il était géiiéreux et méme prodigue , au dire de Philippe de Commines , 
dans ses récompenses. 11 Tavait monlré pour Bonfìl , à qui il avail donne 
successivemeut le comté de Caslres el la vice-royaulé du Roussillon. Apres 
ceux-ci , la baronnio de Saint-Sulpice rentra dans le domaine royaL 

Une guerre éclata peu de lemps après entro Calherine , princesse de 
Viano , el son onde , Jean de Foix , vicomle de Narbonne , au sujel de 
la succession de Phoebus , roi de Navarro, frère de la princesse. L'impor- 
tance de la succession el la grande puìssance des dcux prélendants Areni 
quo toul le Midi prit pari à celle lulle. Fouquaull de Pierre- BufQères, 
qui commandail les Iroupes de la princesse, vini occuper la sénéchaossée 
de Toulouse el pril posilion à Sainl-Sulpice pour domioer le pays (1486). 
Il ne Tèvacua qu'après l'arrivée el les sommalions des commissaires 
royaux , Rogier de Graumonl el Jean de Blancheforl. 

A partir de colte epoque , Saint-Sulpice resla pendant longlemps dans 
le domaine royal. Un capilaine , élabli dans le chàleau , y commandail 



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— 38 — 

àu Dom da roi. Les archives de Saint-Solpice foDt meDUon de Michel de 
Gardon comme tilulaire de celle charge en 1568, et font réDoméralion de 
tous les revenus qui lui élaient affeclés. Quant au resle de la baronnie, 
les rois de France le Iransmirenl (probablement a litre de récompense) à 
noe suite de seigneurs doni nous allons citer les plus marquants. 

1536. Antoine du Bourg, baron de Saillaos. Il avail suivi brillamment 
la carrière du barreau au parlemenl de Paris, où soq babìlelé l'avait fait 
iiommer lieulenanl civil du Chàtelel. Nommé président du conseìl de la 
régente-mère, en 1531, il fui, bienlòt après, pourvu de la charge de mai- 
tre des requétes , en récompense de ses bons et loyaux serinces; charge 
qu'il échangea, en 1535 , contre la dignilé de chancelier de France, où 
il fui promu à la mori de Dupral. Après avoir jouè un ròle important 
dans les affaires de celle epoque , il mourul, en 1538 , a Laon , où son 
corps fui inhumé. 

1550. Jean Sluart, due d'Albanie, allié à la famille royale de France 
par son mariage avec Anne de la Tour , fille de Jean de la Tour , comte 
d'Auvergne et de Lauragais, et de Jeanne de Bourbon-Vendòme. Pendant 
quo ce seigneur possédait Sainl-Sulpice , la baronnie ne fui pas exempte 
des maux que les guerres de religlon prodiguaient à celle epoque dans 
tonte la France , et surlout dans celle conlrée où cathoiiques et protes- 
tanls étaient partout en présence et vengeaient un massacre par un autre 
massacro. C'estce qui advint en 1652. Après le massacre des proleslants 
à Gaiilac , leurs frères de Rabastens ayant requis le secours du vicomte 
d'Arpajon , mirenl le pays à feu et à sang; ils s'emparèrent notamment 
de Saint-Sulpice-de-la-Poinle , qui s'èlait dèciaré contre eux , et massa- 
crèrent, avec beaucoup d*aulres habilants, sept prélres qui s'y trouvaienl. 
Du resle, Saint-Sulpice ètaìt renommé pour son atlachemenl a la foi 
catbolique, atlachemenl d'aulant plus remarquable que toutes les aulres 
villes de la contrae , Rabasiens, L'isle, Gaiilac, eie, s'élaienl déclarées 
pour la religion rèformée. Les habilants donnèrent vers celle epoque une 
preuve assez frappante de leur zèle pour leur religion. Dans une dèlibé- 
ralion generale , ils dècidèrent que l'èglise de Sainle-Marie , qui se trou- 
Tait hors des murs d'enceinte , serait démolie , pour Tempécher de lomber 
entre les mains des huguenols et la sauver de leurs profanations. Celle 
délibéralion se trouve rapporlée dans un manuscrit du seizième siede. 



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— 89 — 

1585. Pierre de Catelan , secrétaire du roì au parlemenl de Toulouse* 

1595. Roger de SaiDt-Lary , due de Bellegarde, baron de Termes. Il 
fut Gomblé d'bonneurs par Henri IV, qui Tavail en grande amilié. Ainsi , 
il fut fall successivement pair et grand écuyer de France, gouverneur, poor 
le roi , de la Bourgogne et de la Eresse , cbevalier des ordres du roi ea 
1595. Depuis , il fai surinlendant de la maison et premier gentilhomme 
de la chambre de Gaston de France, due d'Orléans. Il mourut sans en- 
fants légitimes, en 1646. 

1602. Hugues de Guicbard, allié à la maison royale par sa mère Mari^ 
de Bourbon-iMalauze. 

1605. Gaston de Foii de Caudale , seìgneur de Villefranche , baron de 
Sainl-Sulpice , cbevalier des ordres du roi, conseiller de Sa Majeslé dans 
ses conseils d'Etat et prive. Son fils y Gaston Bernard , lui succèda dans 
ses domaines et mourut sans enfants. En 1622 , Saint-Sulpice fut honoré 
de la visite royale. Louis XIII , marcbant en personne à la lète de l'ar- 
mée dirìgée contro la révolle des huguenots du midi de la France , après 
s'étre emparé de Négrepelisse et de Saint-Antonin , dans le Rouergue , 
alla coucher a Saìnt-Sulpice le 26 juin , pour se rendre a Toulouse et 
de là a Montpellier , où fut signée la paii. 

En 1698 , pour subvenir probablement aui besoins de la France , me- 
nacée de tous les còlés , Louis X4V envoya des commissaìres generane , 
chargés de vendre divers fiefs faìsant parile du domaine de la couronne. 
Ils vendirent la baronnie de Saint-Sulpice , avec loutes les prèrogalives 
qui y étaient atlacbées, à Nicolas de la Reynie, conseiller ordinaire du 
roi en ses conseils d'Etat et directeur des fìnances. 

Sa petile-fille, Marie de la Reynie, l'apporta par son mariage dans la 
famìUe d'Àlbis , seigneurs de Giroussens. Plùsieurs seigneurs de celle 
maison , qui possédèrent successivement Saint-Sulpice , se dislinguèrent 
comme membres du parlement de Toulouse. 

Lors de la Revolution, la baronnie de Saint*Sulpiceétait possédée con- 
jointement par les deux maisons d'Albis et de Mourlens , qui furent dé- 
pouillées dans la tourmente de 93. Avec eux tomba aussi l'ancien couvent 
qui élait devenu de jour en jour plus florìssant , et doni les religieuses 
avaient ouvert une école où aftluaient toutes les demoiselles nobles des 
environs. La Revolution les en ebassa , sans leur lenir compie des bien- 



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— 40 — 

faits qn'elles répandaient dans le pays , et dont gaelques vieillards ont 
conserve encore le souvenir. Le vandalismo vint acbever celle oeuvre ; ce 
magniflque couvent fui connplétement détroit de 1792 à 1796; et, comme 
Dous Tavons remarqué plus haul , il n'en reste aujourd'bui quo quelqoes 
débris infortnes. 

La commune de Saint-Sulpice avait rec.u de Sicard d'Alanfian , ainsi que 
DOUS l'avons dit plus baut, une constìlulioQ remarquable par les lìbertéà 
^a'elle octroyait. Celle conslitulion communale, cilée tout au long dans 
l'excellent ouvrage de M. Compayré sur FÀIbigeoìs^ monlre quels étaient, 
dans ce cas-cì , les rapporls presque palriarcaux du cbàleau avec la ville. 
Les priviléges qu'elle conlenaìl furent conflrmés et méme augmenlés par 
un grand nombre des successeurs de Sicard. Chaque seigncur tenail à 
bonneur de marquer son passage à Saint-Sulpice par de nouvelles con- 
cessions. Ainsi les habitanls pouvaient vendre ou donner leurs terres saì- 
vant leur volonté, sans en informer le seigneur ; ìls furenl exemplès de 
tout droil de péage au port de Goufoulcui ou Conflouens (sìluéà La 
Poinle) ; ìls avaient droil de péche et de chasse (exceplé aux endroils ré- 
servés), privilége excessi vement rare, et partant très-apprécié a celle 
epoque. Les priviléges de la commune étaient prolégés par qualre con- 
suls. A cbaque mulalion de seigneur , ceux-ci , dans la nef de l'église de 
Sainte-Marie et en présence de tout le peuple, prétaient le serment de 
fldélité. Voici le commencement de ce serment , rapporlé dans les Cou- 
tumes de Saint-Sulpice en 1311 : Jurabant fidem caiholicam servare et 
tenere et infectos hereticà pravitate fautores et conciliatores heretico- 
rum persegui totis viribus suis et eos revelarcy eie. On volt, d'après 
les premiers mols de celle formule , que le caractère distinclif des babi- 
tants de Sainl-Sulpice pendant le moyen àge était leur atlacbement invio- 
lable a la foi calholique. Le seigneur , de son còlè , jurait d'observer et de 
maintenir les coulumes et les priviléges de la commune. Cesi aussi dans 
celle méme église qu'on se réunissail pour discuter les inléréls généraux 
de la ville : coulume toucbante de ces bommes de foi qui plagaieut leurs 
ìntéréts et leurs libcrtès sous la sauvegarde de leur Dieu. 

Ces coulumes si libérales et ces priviléges, exceplionnels à celle epo- 
que , accrurent en peu de temps la prosperile de Saint-Sulpice , qui 
is'étendait alors bien au delà de ses limites acluelles. La ville était divisée 



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— 44 — 

CD qnalre gaches ou quarliers, ainsi qu'il suit : i"" La gache del Castel ^ 
silaée a renoplacemenl de la ville moderDe et protégée par uoe eaceinte 
de marailles ; e'est là qoe veoaieot se réfugier , ea cas de danger, lee 
habitanls des aotres qaartìers. ^'^ La gache de Fontpeyre , s'étendant à 
l'est josqo'aa ruisseao da Cassiea, et domìDée par qd tumulus fortiflé, 
tumulus doDt il est souvent qaesUon , dans les plus aDcieoDes chartes ^ 
soos le Dom de la Motha. G'était là que se Irouvait encore Téglise Sainte- 
Marie, doni Doas avons ea plasieurs fois l'occasioD de parler. S"" La gache 
de la Fontanelle , ao nord , conteoant la place des marchés et le cime- 
tière des habilants (1). i"" La gache de la Rostang , à Touest de la ville, 
et s'éteodant jusqa'aa port de Conflouens. Oq peat constater encore au- 
joard'hai l'éiendoe de Saint-Salpice aa moyen àge par les débris de con* 
structioQs et une foale de puits comblés , qa'oQ retroave ea travaillant les^ 
champs d'aleatour. 

CAMP ROMAIN (2). 

A Qo demi-kilomètre de Saial^Sulpice y au conflaent de l'Agoftt et da 
Tarn , se troave an vestige bien intéressaat de slècles encore antérieurs. 
Je veax parler d'un ancien camp romain très-bien conserve , et que les 
habilants da pays , perpétuant dans leur langage ce souvenir historique , 
appellent encore : Lou camp de Giulo. A Taspect de cette position on est 
conduit à constater encore une fois Tbablieté des Romains pour le choii 
de leurs posilions dans le pays conquis. Protégés de Irois còlés par le& 
rivières de TAgoùt et da Tarn et par le ravin profond d'un petit ruisseaa 
nommé la Sodrone, ils n'avaient plus à se défendre que da coté de la plaine. 
Dans cette position , ils commandaient deux rìches vallées , et étaient à 
cheval sur la route de Toulouse, route dont on retrouve plusieurs tron- 



(4) lì y avait un autre dmetière, appelé par oppoBilion cìmetière des étrangers, et des- 
tinò è servir de sepolture aux bérótiques. 

(2) Quoique TAgoùt serve de limite au terrltoire de Saint-Salpice et que le camp romain 
B'y soit par conséquent pas oompris, nous avons cru qu'à cause de sa proximité nous ne 
pouvions nous dispenser de dire quelques mots d*un lieu si intéressant pour i'bistoire do 
pays, nous réservant d'y revenir peut-étre dans la suite pour compléter une étude que 
nous ne faiaons qo'ébaocher aojoord'hoi. 

6 



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— « — 

Qons et qui franchissait le Tarn en cel endroit (de là le Dom de Le Gua\. 
Du coté de l£f plaiDe , nous troavons les restes très-marqués et non 
ÌDterrompQs de deux retraDchements coDcentriqaes séparés par qd fosse 
d'une ciDquantaioe de mètres de largeur. Ce doublé valium laisse ouverte 
et très-distincle la porle du camp. Vis-a-vis la porte, à l'angle forme 
par les deux rivières et entouré d'un fosse profond, s'élève le tumulti. 
Celte éminence fut transformée , au moyen àge , en une motte féodale 
surmontée de son donjon ; en souvenir de quoi les paysans désignent 
ce lieu sous le nom de la Tour , bien qu'il ne reste aujourd'hui nul 
veslige de cotte construction. 

Je ne serais pas éloigné de penser que cotte éminence , où ont été pla- 
cées successivement la lente du préteur romain et la tour du seigneur 
féodal, était un ancien tumulus cellique. Je n'indique cotte opinion que 
comme une simple hypothèse , autorisée , du reste , par la forme et la 
position de celle hauteur ; mais j'aime à supposer celle masse de terre 
amoncelée par les mains des premiers hommes qui aient laissé une trace 
de leur habilation dans notre pays ^ et à me représenler celte suite de 
races humaines venant successivement soometlre et peupler nos contrées, 
et établissanl le siége de leur domination aux lieux mémes d'où les races 
vaincues avaient régné avant elles. 

Antoine du BOURG , 

Membre de te Société Archéologìque da Midi de te Fnnce. 



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Nota. — < Une inspectioD plos approfondie des tablettes da triplyque 
de réglise de Saint-Sulpice m'a coDvaiDCo , depuis , qa'il s'élail glissò 
qaelqoes erreors dans la description qoe j'eii ai faile. Aiosi la Vierge , 
dans le comparliment ioférieor de la lablette principale, au liea de tenir 
lesbras éteodus, cornine je Tavaiscra d'abord, devaitporler l'enfant 
Jesus dont on apertoti encore quelqaes traces, et le présenter aux ado- 
rations des anges. En second lieo le personnage , que fai pris pour un 
bouffon , dans la scène de la Descente de croix, n'est autre, à ce qu'il 
me semble , qu'un des acteurs de la Passion , occupé à arracher au 
moyen de tenailles les clous des pieds du Sauveur. » 



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RECHERCHES 



SUR 



l'HISTOffiE DE LA NIMSMATIQUE DES ATACINS. 



I. Àvant rìDvasioD de la Gaole méridioDale par les mìlices romaiDes , 
dìverses peuplades , ayant chacoDe un nom distiDclif , s'étaient partagé 
ce pays. Les vìeux géographes ont fail connaltre plnsieurs de ces peupla* 
des; c'étaient les plus importantes. Il en existait d'antres plus circonscrì- 
tes, doDt les vieux géographes n'ont pas era devoir recaeillir le nom ; 
les Atacins sont de ce Dombre. Ed s'aidaDt de quelques docaments , que 
le temps a respectés, on peat espérer néanmoius de constaler l'existeDce 
de cotte peuplade sur les bords de TÀude ; je vais essayer d'oD doDDer la 
proavo. /rp; 

II. EDviron un siècio avant Fero chrétienne, lorsqne lavieìlle cité^'àW ;;: 
boQDaiso était déjà aa pouvoir des milices latiDOS , ud homme de l^tum 
originairo do la Caule meridionale alla à Rome et s'y fit remarquei^\paf ^^ 
l'èclal de ses talonts littéraires. Ses contemporains , voulant le distinguer 
d'autros homonymes, l'appelèrent Yarron VAtacin. Borace, qui vivait 
plus d'un demì-siècle avant Jésus-Ghrìst (1), Quintilien (2) et d'autres 
écrivains du siècle d'Auguste , le désignent de cotte manière. Pourquoi on 
était-il ainsi? Porphyro, Tun des commentateurs d'Horace, croit que lo 
poeto gauloìs avait emprunté son sumom au fleuve Atax (3). On no san- 
cì) Hoc eroi esDpfrto frtutra Torrone Ataeino, Satires , livre I», satire X. 

(2) AtcLcinui farro in Us per qtta nomen e$t asseeutus, (Oratorie^ institutionii ^ liber X.) — 
I. Quintilien paratt avoir vécu pendant les premières années de l'ère chrétienne. 

(3) Tereneiui Varrò Narboneneie, AtcìeimUf ab Ataee flimno dieitur. (Porphyr, ad Horat. 
Satir., lib. 1, satir. X, vera. 46.) Porphyre vivait vers le milieu du troiaièine siècle. 



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— 44 — 

rail s'expliqoer comment Varron fat distiogué de ses homonymes en pre- 
Dant le nom d'un fleuve près duquel il avait vécu ; il est plus probable 
qu'il avait empranté son surnom à la ville qui Favait vu natlre, cu bìen 
à la peuplade doni il avait fait parile pendant son jeune àge. Yoilà un pre- 
mier fait qui semble établirque sur lesbords de TÀude [Atax), il existaìt 
une ville (Atace), ou bien un petit peuple (Atacins), quelques années 
avant l'ère cbrétienne. D'autres faits viennent confirmer celle induction. 
III. Un demi'Siòcle après la naissance du Ghrist « Pompotiius Mèla (1) 
écrivaìt son livre sur la descriplion du globe. &n parlant de Narbonne , 
rune des villes des Gaules le mieux connue par les Roroains , à cause de 
la dominalion qu'ils exer^aient sur elle depuis longues années , il s'ex- 
prime en ces termes : < Atacinorum colonia... Narbo; Narbonne, colonie 
d' Atacins. » Ce qui est dit par Mèla indique dairement qu'il existait dans 
la Gaule meridionale une peuplade appelée Atadns^ et cotte peuplade s'était 
largement agrandie, puisque des colons sortis de son sein avaient servì a 
repeupler la ville de Narbonne. 

Le surnom A^Atacin , donne à un poeto gaulois , conduit à faire croire 
qu'il existait une peuplade portant la méme dénomination ; catte conjec* 
ture devient une certitude , puisque un géographe du premier siede de 
rère cbrétienne la designo d'une manière formelle, et qu'il donne , en 
méme temps , la mesure de son importance dans la province Narbonnaise. 

IV. Les Atacins avaient-ils une mère patrie? On ne saurait en douter. 
Eusèbe la designo par son nom (2). En parlant de Varron , le poeto gau- 
lois y il le fait naftre quatre-vingt-deux ans avant Jésus-Chrisl , dans le 
bourg Atace. P. T. Varrò vico Atace, in provindd Narbonmsi fèasd- 
tur (174 Olympiade, — 5,119 du monde). Les parolesd'Eusèbe mérilant 
d'étre notées ; Publius Varron était né, dit41 , a Atace , et ce bourg, qui 
lui avait servi de berceau , était place dans la province Narbonnaise. 

V. Où faut-il chercber la position d'Atace dans la province Narbon- 
naise ? Tantòt on a cru que c'était à Narbonne (3), par la raison quo cotte 



(4) PompoDÌus Mèla yivait vers le milieu du premier siècle de l'ère chrétienne. 

(2) Eusèbe vivait vers le milieu du troisième sipcle. 

(3) Porphyre le pensali aìosi , puisqu*il déaignait Publiua Varrou par les moto Nari9MMis, 
Àtacinus. [Ad Horaf. Satir. I ; lib. I, satir. 10.) — Isidore de Séville devait partager la 



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— 45 — 

ville avait été repeuplée a?ec des colons atacins ; taotOt on a afflrmé que 
c'était a Garcassonne (1), parce que cette ci té est bàlie sor les bords de 
TAode. Mais ces Goojectores soni ioadmissibles , puisqae les cités de 
Narbonne et de CarcassooDe n'ont pas changè de nom et qa'elles oQt too* 
jours été désìgnées par ceux qu'elles portent de nos jours (2). 

Tout coDdait à peDser quo e*est à Limou^c qu'on peut espérer de trou- 
ver la position d' Atace. Yoici les faits qui viennent servir d'appui à cette 
opinioD : 1^ le nom de Limoux [Limosum) paralt ètre d^origine moderne. 
Le premier acte qui en fait mention porte la date de 854 , et cependant 
on trouve dans le sol qui le supporto des restes qui attestenl que cette 
ville était babitée pendant l'epoque gallo-romaine (5); V Limoux est la 
ville la plus populeuse sur les bords de TAude , vers la source de ce cours 
d'eau (4) ; 3^ près de Limoux , le terrain qui paralt avoìr été le premier 
habité est désigné par le nom de Tax dans les cbartes latìnes (5), et par 
celui de Tatchy dans la langue patoise de ce pays. Or Tatch n'est que la 
traduction de Tax, par la raison que la lettre x des mots latins est pres- 
que toujours traduite par ich dans les mots correspondants de Tidiome 
patois (6). Tax est l'abrégé A'Atax; on pourrait citer plusieurs noms de 
villes qui ont ainsi perdu la première syllabe de leur nom en passant de 
la domination romaine à celle du moyen àge (7). 

Le nom d'un terrain voisin de la ville de Limoux ( Tax ou Atax) ; la 

idée, putsqull rapportait l'origine de Narbonne en ces termes : Colonit propriit. {Originet ou 
éttjmologie», livre XY, chap. I.) -— Isidoro vivait vera la fin du aixième siòde. , 

(1) Besse, HUtaire de§ eomUs de Carcauonns^ 4645, p. 4. 

(2) Nolamment dans les OBUvres de Jules Cesar, de Pliae, de Strabon, de Ptolémée, et 
dans les anciens itinéraires. 

(3) Tableau kUi^Hque de la ville de Limoux (Règlements et sentenoes consulaires de cette 
ville), 4853, p. 9 et 45. 

(4) Voir la carte joiote à ces recherches , fol. 8. 

(o) In toto terminio de Taxo et de F ladano et de AUena et dehaguello et de Limoso. (Acte de 
4234. — Foods-Lamothe , Notieee hietorique* tur la ville de limoux, p. 52.) — Territorii 
beati Martini de Limoeo et territorii de Taxo eidem contigui. (Acte de 1107. — Riglemente et 
senteneee congulaires de la vUle de Limoux, p. 54.) 

(6) fuwmn a été tradait par Fouich (ville de l'Ariége) ; Buxum, par Bouicho (village des 
Corbières , dans l'Aude) ; etc. 

(7} SaxoJhm a été tradoit par Axai (village de l'Ande) ; Hebromagui, par Bram (village de 
i*Aude) ; Stahulmn, par Boulou (ville des Pyrénée»*Orientales). 



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— « — 

position de cette ville sur le8 bords et vers les soorces de FAode (Atax)-, 
le degré d'importanee qoe la ville de Limoox a offerì dans les temps 
aDciens et daas les temps modernes : toos ces faits réanis disent claire- 
meol que raocien Dom de Limonx était Aiace. 

YI. Ce bourg Atace {Atax) a-t*il donne son nom a la rivière (Atax) 
qui baignail ses murs ? ou bien est-ce la rivière qui a donne le.sien au 
l)ourg ? Il est probable que les premiers babitants qui se sont dissèminés 
sur les bords de l'Aude y ont bàli une demeure, et que ce groupe d'habi- 
tations, après avoir re^u un nom , l'a transmisau cours d'eau prèsduquel 
il était èdifiè. On connait un grand nombre de rivières qui ont ainsi ètè 
dèsignées; je n'en citerai qu'un seul exemple pris dans les OBuvres d'un 
écrivain célèbre : « Le Rhòne , dit Pline , aemprunté son nom a Rhodes, 
la mère patrie des Rbodiens (1). » 

VII. Les faits que je viens de signaler rapidement semblent ne laisser 
aucun doute sur l'existence d'une ancienne peuplade appelée les Atacins; 
cette existence va étre établie par un nouveau fait^ en donnant la preuve 
que ce peuple , qui paraissait méconnu dans la Caule meridionale , a 
èmis, à diverses époques, et peut-étre aussi en divers lieux, des mon- 
naies sur lesquelles on lit distìnclement son nom. 

A. — La première monnaie qui a paru d'origine atacine porte pour 
legende le mot Atacum, écrit en caraclères ibériens. Carcia de la Torre, 
ancien ministre de la juslice a Madrid, en avait recueilli un exemplaire 
dans les provioces bispaniques ; et c'est à M. Caillard , numismate 
fran^ais^ qu'on en doit la description avec le dessin (2). 

M. Boudard , de Béziers, a fait sur les monnaies ibériennes des étu- 
des qui ne manquent pas d'intérét. En décrivanl celle A'Atacum, il s'ex- 
prime en ces termes : < Téle jeune a droite entre deux poissons ; — au 
» revers, cavalier galopant à droite, la lance en arrét. La legende lue par 
» Taipbabel ibérien donne la traduction otakhsh y OTAKmsH , avec la 
» dernière voyelle omise ; et bìen que dans Atacum la première voyelle 



(4) At^iue ubi Rhoda Rhodiorum fuit, unde dictm multo GalHarum fertiU$Hmus Modanus 
puvius. {Bi$L nat., liv. IH, chap. lY.) 

(2) Dneription des monnaiés e*pagnole$ eomposant le cah%ne$ de donJoeé Gareia de la Torre, 
par J. Gaillard. Madrid , 4852 , p. 85, n» 4339 et pi. 8, no 4 . 



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— 47 — 

» soit changée» j'aUribae à cette ville la monnaie. Je poorrais citer più- 
» sieurs exemples de noms grecs qui, traduits en latiu , ont subì ce chan- 
» gement d'uoe voyelle en uue autre. — Atacum élait une ville de la 
» Tarraconaise que Ptolémée place dans le districi de^ Gellibères , entre 
» Mediolum et Ergavia (1). Moralès rapporle une inscription où elle 
» prend le rang de municipe [Atacensis municipii). Je cite, ajoute 
» M. Boudard , d'après Ortélius, n'ayanl point Moralès pour vérifler cette 
» asserlioD (2). » 

Je n'ai jamais élé plus beureui que le numismatiste biterrois ; malgré 
les recbercbes que j'ai faites dans les grandes bibliothèques de la capi- 
tale , il m'a été impossible de trouver Touvrage de Moralès , et je n'ai 
rencontré que celui d'Orlèlius, qui a été exactemenl cité par M. Bou- 
dard (5). 

Avant d'aller plus loia , il faul reproduire ici la legende ibérienne qu'on 
trouve sur les monnaies dont Garda de la Torre avait recueilli un exem- 
plaire : ^/KX"^# M. Boudard , en s'aidant d'un alphabet qu'il 
avait laborieusement forme , a traduit ces lettres par celles qui suivent : 
0^ T, A, KH, SH ; avec une telle traductìon il compose le mot Atachish, 
et dans ce mot il trouve celui A^ Atacum. Les documents sur lesquels 
s'est appuyè le numismatiste biterrois, pour former son alphabet ibérien , 
paraissent bien choisis , et , par suite , on peut accepter avec conflance 
la traductìon que je viens de faire connaltre (4). Dans tous les cas , Tal- 



(4) Oa lit dans l'ouvrage de ce géographe : Higpanics Tarracanen»i$ ntui,.. In majit orUn-- 
iales sunt Céltiberi, inquihus eivitaiu... Médiohm 43-44, Attaeum 43 72^44 ^/s, Ergama 
{Erganicium hodie),,. {Claudii PtolmuBi Alexandrini geographia enarraiionis, libri VHI. 4541.) 

(2) Etudet sur Valphabet ibéHetit par P. Boudard. Béziers, 1852, p. 445. 

(3) Od lit dans ce livre : AUaemì,.. Celtibn-orum in HUpanià urbs,., ÀUaeen9ii mwnieipii 
mrnninit veiuà lapis apmd Moralem.,. {AbraKami OrUlU JntiMrptanì, Th$$auru$ geographieus. 
4587). 

(4) Ghaque lettre ibérienne pouvant repréaenter plusieurs lettres de notre alpbabet , 
M. Boudard a été amene, dans son Essai sur la mmUstnatique ibérienne , publié en 4859 , 
(p. 255), à indiqaer ane autre lectare pour la legende que j*ai reproduite dans le texte; mais 
cette variante ne paratt pas préférable à celle qui a été proposée par le mème numismatiste, 
cn 4852, dans ses Etudes sur Valphabet ibérien, p. 445. — Loricb, apròs avoir adopté une me- 
tbode , qui a été généralement repoussée , pour lire les légendes monétaires en caractòres 
ibériens , proposait à son tour une nouvelle lecture pour la legende que j*ai reproduite dans 



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-^ 48 — . 

phabet de M. Boadard semble préfèrable a ceux qui avaient été proposés 
avant le sien , et notamment à ceox de dom Toostain (17S0) , de Yelas- 
quez (1752), de Erro (1806) , de Paertas (1817) , de Sostini (1818), de 
Saulcy (1840), de Lorich (1852), eie. 

La monDaie ibérienne , avec la legende Ataeum , s'est montrée JDS- 
qu'ici fort rare dauB les collecUons des Dumismatistes ; M. Gaillard n'en 
ìDdiqae qu'on seul exemplaire dans la grande eolleclioD de Garcia de la 
Torre, en Espagne (1); Lorich n*en fait connaltre, a son tour, qu'un 
Seul exemplaire , sans dire le nom da lieo où elle avait été recueillie (2) ; 
M. Boudard en décrit deux variélés dont la provenance n'est pas con- 
nue (3). On n'est renseigné que sur la provenance d'une seale de ces 
monnaìes. Qaant aox autres , tout porte a presumer qu'elles avaient été 
recueillìes dans les provinces hispaniques. De là il serait permis de con- 
clure que le peuple qui les flt frapper habitait, dans des temps très-recu- 
lés , le pays appelé des Ibères , au delà des roontagnes pyrénéennes. 

Cette roonnaie, avec sa legende en caraetères ibériques, remonte à 
une epoque antérieure a l'invasion des Yolces aa delà des Pyrénées , 
c'est-à-dire à des temps anlérieurs au quatrième siècle avant Fere chré* 
tienne. On sait que les Volces n'ont fait irruplion dans les provinces his- 
paniques que vers le quatrième siècle avant notre ère , et que ces peupla- 
des faisaient usage sur leurs monnaies d'une écriture moins ancienne que 
celle adoptée par les Ibères. Ces considérations conduìsent à penser que 
la ville ibérienne appelée Ataeum , au delà des monts pyrénéens^ devaìt 
remonter à une epoque très-ancienne , et qu'elle était bàlie avant la 
fondation du bourg Atax sur les bords de l'Àude. On pourrait méme 
croire , avec quelque fondement , que ce dernier bourg n'a dù son exis- 
tence qu'à un groupe de population s'éloignant ù* Ataeum , sa mère patrie 
dans la péninsule ibérique , pour venir se flxer sur les bords de TAude , 
à une epoque qu'on ne saurait indiquer. Nous verrons plus loia ce qu'U 
faul penser de cette conjecture. 

le texte. lì est inutile de dire que la méthode de Lorioh, ponr lire les légendes monétaires» 
étant très-hypothétique, la lectore qn'il a proposée ne saurait étre adoptée. 

(4) Dueription dn momnaUà upagnolei d$ G, d$ la Torre, par Gaillard, p. 85, n« i339. 

(2) Mech§rche$ wmUtmaHqu$$ tur hi médaiUe$ eelUbérimnés, 4862, p. 82, 83, pi. ti, n» 4. 

(3) JStMM' fiir In fwmi§maiiqu§ ibérimn$, p. 255, § 74, pi. 30, n*« 40, 4. 



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— 49 — 

B. — La seconde moDuaie, qui a paru d^orìgine atacine, porte pour 
legende le mot ATTA. — Un nuinismatiste poloDsus, M. Lelewel, en 
a doDQé la descriptioQ suivante , dans ses Etudes sur le type gau- 
lais ou celtique (1) ; « ATTA se présente constamment en quatre let- 
» tres , sur des pièces assez fréquentes , de différents poids et de nom- 
» breuses variétés , ce qui pronve que l'atelier d'ATTA fut très-aclif. Les 
» deux exemplaires que ma bonne fortune et la complaìsance empressée 
» des amateurs ont confiés a mes études en donnent une idée sufflsante; 
» elles pèsent, Fune 202 gi^ains, Tautre 132 ; leurs empreintes, pea 

> attrayantes , sont différentes : celle de la première , éminemment grec* 
» que par le trìdent place sous le cavalier au javelot , se rattache aux 
» cdtes de la mer ; Tautre , plus grossière et cependant plus recente par 

> ses disques , se rapproche de l'epoque romaine. Les cavaliers des deux 

> pièces sont des Gaulois armés de javelots , matera , montés sur diffé- 
» rents cbevaux ; colui du premier parait pluldt imiter le cheval grec ; 

> colui de Tautre est de race ratalinéo des Volks. Tout porte à croire qua 
» ces médailles sont des Atacins... Le nom des Alacins ne figure paa 
» dans les événements bistoriques ; mais il n'était point sans certaine 
» renommée. » 

Près d'un siècle avant Lelewel , Pellerin avait rencontrè des monnaies 
portant la legende ATTA , et il les avait considérées comme ayant étè 
frappées en Espagne (2). Plus tard, Eckel rencontra les mémes monnaies, 
et il les classa parmi celles qui ont une origine barbare (3). D'après ce 
numìsmatiste , elles appartenaient à Tancienne Dacie , a la Mésie supé- 
rieure ou à la Pannonie infèrieure. M. de la Saussaie , s'occupant à son 
tour des mémes monnaies, s'est rangé à l'opinion d'Eckel. Voici en quels 

{i) Eiitdùi wmiimatiquei $t arehéologiquei, — Type gaulois ou celtique, 4844, p. 879» 
pi. 4, no 42, pi. 3,11» 44. 

(S) Pellerin, Midaillet de$ peuple$, 1765, ree. 4, tab. 44, n» 24. — Num, ATTA, hune quo- 
gw PtlUriniUM Bispauiam putavit ; et ailleurs , pour compléter Topinion de Pellerin , il est 
dit : S9querimr ergo mOfore eoi in ipià HUpanià rtperiri,.. (Eckel, Boetr. wum, vef., 1792 » 
t. IV, p. 472.) 

(3) Eckel, Doctr, num. vet., t. IV, p. 470, 472. Notirum una ést et eoneon ientenHa, veierem 
IKieìam, Meuiam superiorem^ Pannoniam inferiorem, ium el Mediterrimea monianaqué Jimte 
inferiori f Thraeim, MoùedonitB^ Pann4mùB, lUiriei einUUmn eese nummorum eerUun pairiam.,, 
(Eckel, Ihcir. mm. vet.^ 1792, t. IV, p. 472.) 

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— M — 

termos il exprime sod opinion dans le livre qu'il a publié sar la Numis- 
matique de la Gaule narbonnaise (1) : «La legende ATTA , attribuèe 
» par M. Lelewel aux Alacins, apparlient à des médaillons d'argent 
» élrangers au sol de la Gaule, bìen que produits du monnayage gaulois. 
» Eckel les avait atlribués avec raisou a Tancienne Dacie , à rUlyrie , à 
» la Mésie et à la Pannonie, où ils se trouvent en grand nombre. C'est de 
)) là qu'ils arrivent , par la voie du commerce , dans les cabinels de 
)) France. Ainsi , il u'y a pas lieu de douter qu'ils n'aienl été frappés par 
» les descendants de ces Gaulois élablis sur les bords du Danube dès le 
» sixième siede avant l'ère cbrétienne. » 

Mìonnet a rangé la monnaie portant la legende ATTA parmi celles 
qui onl apparleuu à la Gaule (2), et Ducbalais , quoique convaincu que 
cetle monnaie offre des caractères d'une origine gauloise , la considère 
comme une imitalion des pièces monétaires de la Pannonie (3). Que con< 
dure de ces opinions diverses? Examinons : Pellerin , comme on l'a vu , 
attribuait la monnaie portant la legende ATTA aux provinces hispani- 
ques , parco que c'était là , sans doute , quii l'avait recueillìe. Lelewel , 
après avoir fait observer que ces monnaies sont assez abondantes en 
France , est porte à leur altribuer une origine atacine. Eckel , au 
contraire , et M. de la Saussaie croient qu'elles ont été frappées dans 
la Pannonie. 

L'opinion de Lelewel paraft étre la plus probable. Comment croire que 
des monnaies qui auraient été frappées depuis plusieurs siècles dans les 
provinces appelées aujourd'bui autrichiennes ou hongroìses, aient été 
apportées en grand nombre dans nos contrées? Comment penser aussi 
que Lelewel , qui avait habité la Pologne , son pays natal , no les eùt pas 
rencon Ireos dans sa patrio, placée dans lo voisinago do l'ancienne Pannonie? 
11 est probable que la monnaie portant la legende ATTA a été frappée, 
comme le pensali Lelewel^ par les Atacins établis sur les bords do l'Aude 
(Atax), ou bien qu'olle provenait des provinces bispaniques, comme 
Tavait presume Pellerin. 



(4) NumismaHque de la Gaule narbonnaite , 1842 • p. 5. 

(2) Déteription des médaUle» antiques^ ^— Supplementi chefs gaulois, no 16. 

(3) Déteription desmédaillee gauloisee de la Bibliothéque royaUt 1846, p. 3i)3. 



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— 54 — 

On a y\x qiie le nomismatiste poloDais trouvait , daas la moDoaie 
offraDt la legende ATTA, tous les caraclères da moDnayage voice, plus oa 
moìDS imité de celai des Grecs. Celle monnaie a été donc frappée après 
rinvasioD des proviaces hispaniques par les peoplades volces , c'esl-à-dire 
peodaDt le coars da deuxième siede avant l'ère chrétienne. A celle epo- 
que, les Ibères d'Espagne avaienl été refoulés en grande parile en de^à 
des Pyrénèes , où ils prirenl le nom de Cellibères. Les Ibères A^Atacum 
durent saivre ce moavemenl d'émigralion ; ce soni eux peul-élre qui , 
après avoir franchi les monts pyrénéens , vinrenl s'élablir sor les bords de 
l'Aade (Àtax). S'il en a été aiusi , on serali amene à conciare qae les 
Atacins , après avoir pris naissance dans la ville hìspanique ù^Atacum , 
pendanl la dominalion ibérienne , se seraient éloignés de lear patrie , 
envahie par les Volces , poar aller , sur les bords de l'Aude , donner leur 
nom au bourg Alax, qui dui, à son tour, le Iransmellre a la rivière qui 
baìgnail ses murs. Cesi dans la cilé d'Atacum , au delà des Pyrénèes , 
ou bien dans celle A'Atax , en de^ de ces monlagnes , qu'auraienl 
élé frappées les monnaìes sur lesquelles on lil le mol ATTA; el si 
Topinion de Lelewel élail erronee , celle de Pellerìn se Irouverail fondée. 

C. — La Iroìsième monnaie , qui a paru d'origine alacine , a élè 
recueillie en Provence , dans le voisinage de Sainl-Remi , sur les bords 
du Rhòne. Celle pièce esl en or; elle a élé décrile de la manière suivanle 
par M. de Lagoy (i) : « ATACIACO VICO , lète à droile ; au revers : 
» NOX CHADVC, croix simple, un peu longue, enlre les bras de la croix 
> AT, dans un cercle perle. » 

« Le nom à^Ataciaco, » dil M. de La Saussaie (2), « ayant beaucoup 
» de rapporl avec celai A*Atacini (les babilanls des bords de l'Aude), 
» pourrail peut-élre designer Narbonne, appelée anciennement Atacino- 
» rum colonia; mais le lilre de vicus ne parati pas convenir a une ville 
» aussi importante, et il contrarie celle opinion. > 

M. de Crazanes a propose une altribulion qui est plus salisfaisanle (3) : 

(4) De$eripti<m de quelque$ monnaies méravingiennés découvertei en France, 1839, p. 8. — 
Combrous^, Monéiaires de$ roi$ mérovingiens^ 4843, pi. 8. — Rmjue numUmatiqw, 4839, 
p. 470 et 474. 

(2) Revw numùmatique de 4839, p. 449, 470, 474. 

(3) Ibid. 



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— 58 — 

« Je crois, diMl, qa'il est ici questioa de ce boarg d'Àtace sor l'Àude 
» (dont il prit le nom), dont parie saint Jerome et où Daquit le poète gaa* 
» lois P. Téreocius VarroD, Atacm vicus; ce qui flt donuer à cet 
9 auteur le nom A'Atacinus, pour le distinguer de l'aulre Varron. 
» Atad, aco , acuSj acum, mot a mot : bourg ou village d'Àtace ; ac, eo 
» gaulois , exprimaol une aggloméralion de population , un vicus, etc. 
» Ce qui n'a pas empécbé les Romains et leurs successeurs d'ajouter aui 
» noms de lieux se terminant en ac celUque la dénominatiou romaine 
9 de vicus. » 

La monnaie mérovingienne (du cinquieme au huitième siècle) qui a 
été recueillie sur les bords du Hbòue , peut étre rapportée , avec une 
grande vraisemblance , au bourg Atace, aujourd'bui Limoux. Celle mon- 
naie , il est vrai , n'a pas élé rencontrée sur les rives de l'Aude ; mais est-ce 
là un motif suffisant pour croire qu'elle n'a pas été frappée dans le bourg 
Aiace? Rien n'autorise à l'affirmer. L'atelier monétaire des Atacins, si 
toutefois ils en ont eu un, pendant la domination des rois mérovingiens , 
n'a pas eu besoin de frapper un grand nombre de pièces en or. Ces pièces, 
depuis qu'elles ont été émises, ont dù étre dispersèes en divers lieux , et 
parliculièrement vers la Provence^ là où le marcbé annue! de Beaucaire 
atlirait, depuis plusieurs siècles, un grand nombre d'industriels, et oo- 
tamment ceui qui s'adonnaient , comme à Limoni , à la fabrication dra- 
pière. D'un autre coté , les puys d'amour, qui paraissent avoir eu lieu en 
Provence pendant le cours du moyen àge , peuvent avoir attiré sur les 
bords du Rbòne les cbevaliers du comté de Rasez , enclins à se laisser 
mollement impressionner par les cbants des trouvères, et étre une des 
causes qui ont fait retrouver, à Saint-Remi, des monnaies d'or, d'origine 
mérovingienne , frappées dans le bourg d'Alace. Il faut ajouter aussi que 
peu d'amaleurs de vieilles monnaies se sont occupés jusqu'ici de les re- 
cueillir dans l'ancien comté de Rasez, et celles quiétaient fabriquées avec 
un metal précieux , tei que l'or, disparaissaient par la fonte à mesure 
qu'elles étaient rencontrées. 

Quant à la monnaie à'Atacum, dont la legende est écrite en caractères 
ìbériens , on l'a rencontrée en Espagne , dans un pays où l'on trouvait 
autrefois une ville qui portali ce nom. Il est nature! d'en condure que 
c'est dans celle ville qu'elle a été frappée. La similitude des noms d'Alace 



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— 58 — 

et d'Àtacum semblerait indiqaer qa'il a existé aoe sorte de filiation eolre 
ces deui gronpes de population. Le premier doit peut-étre sod origine au 
second. A une epoque qui se perd dans la duìI des temps passés , une 
tribù ibérieuDe a pu émigrer au delà des moots pyrénéeos, pour aller sur 
les bords de TÀude jeter les fondemeuts du bourg Àtace. Ce o'est pas là 
le Seul exemple qui se présente d'une ville du midi de la Caule dont le 
nom a une grande analogie avec celui d'autres vieilles cités appartenant 
à la péninsule hispanique: Or un fait aussi significatif n'esl pas le resul- 
tai d'une simple coincidence : il doit se lier, selon toutes les vraisem- 
blances^ à un déplacemenl de population. 

Un pareli déplacement » s'il était bien prouvé , viendrait confirmer les 
enseignements historiques, qui disent que les peuples primitifs de nos 
contrées sont venus de la péninsule bispanique. On sait qu'ils ne soni 
arrivés dans cette péninsule qu'après avoir erre en Afrique et sur les 
cdles de la mer intérieure dès qu'ils se furent éloignés des régions asiali- 
ques, premier berceau de toutes les races bumaines. 

Pour ce qui est des monnaies porlant la legende ATTA, qu'on a re- 
cueillies en Espagne et dans les Caules, elles paraissentdevoir leur origine 
à des tribus atacines fixées au delà des Pyrónées , ou bien en degà de ces 
montagnes , sur les bords de l'Ande. Ce n'est là , il est vrai , qu'une con- 
jecture; mais cette conjecture acquiert un certain degré de vraisemblance 
quand elle se mentre d'accord avec les ìnvestìgations de Thistoire. Les tra- 
ditions bistoriques, en nous montrant des flots de population exubérante 
désertant les terres d'Orient pour aller, à travers les mers, se flxer, tantót 
eu Afrique et tantòtdans la péninsule bispanique, pour aller de là daos 
les Gaules, confirment ce qui est révélé par les documents numismati- 
ques. On est donc amene à admettre que les Atacìnsétaient des peuplades 
dont le ròle , dans les temps antiques , n'a pas été sans importance. Ils 
ont frappé monnaie en Espagne et peut-étre aussi sur les bords de 
l'Aude. Il n'en faut pas davantage pour faire voir tout le parli qu'on peni 
tirer des études monétaires , quand od les fait servir à éclairer les poinis 
obscurs des sciences bistoriques. 

L..A. BUZAIRIES, 

Docteur en nédectne, à Limoui-sttr-Aude. 



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STATUETTE HUMAINE 



TROUYÉE 



DANS UNE CAVERNE DU ROUERGUE. 



Permettez-moi , Messieurs, de revenir sur une petite communication, 
faile il y a troìs ans, et qui me parait retrouver plus d'actualité encore, 
plus d'importauce, au milieu de toules les recherches relatives à Thomme 
des temps primordiaux. 

On saìt que dans les cavernes réputées antéhistariqws , les vestìges 
de riudustrie humaiue ne sont pas rares, et que Ton y rencoulre souveut 
en abondauce , des couteaux, des haches en silex, des poiotes de flèches 
enos^ des poleries grossières à base quartzo-granuleuse ^ etc., etc. 
L'art primilif lui-méme, quoique daos une proporlioD bieu moiudre, y 
fouruil son contingent par la reproduction de cerlains animaux, plus ou 
moins reconnaissables , soit sur des ardoises, soit sur des bois de renne 
ou de cerf, soit sur des plaques dHvoire fossile, etc. Mais ce que 
Ton ne connaissait pas encore^ ce qui manquait absolument à ces àges 
reculés, aux débris et aux gisements qui les caractérisent, c'étail la repro- 
duction de Fimage de Phomme, de Vhomme leur contemporain. 

Eb bien , Messieurs, celle lacune semble commencer a disparattre, et 
la lumière se faire peu à peu au fond de ces ténébreux réduits ; car 
voici yenir Vlwmme des cavernes... en efflgie ! 

C'est dans une caverne^ en effet, et dans une caverne exclusivement 
gamie d'objets de Vàge de la pierre que ce personnage a été découvert , aux 
environs de la ville de Saint-Affrique, à Sainl-Jean d'Àlcas, par un archéo- 
logue distingue, M. Albert Ancessi,qui a bien voulu s'en dessaisir enma 
faveur et tue fournìr ainsi l'occasion d'en faire hommage à notre Société. 



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— 55 — 

Josqu'ici, la vue de certaios poin^ns , de cerlaines aiguìlles en os ou 
en arétes de poissoD, certaines entailles longitudinales sur des os de 
renne, nous avaient fait adnoettre, chez le pretenda homme primitif, le 
latonage, la couture de peaux de bétes au moyen de tcndons en guise de 
61^ — toutes les pauvretés d'une existence vérilablement sauvage et tout 
à fait rudimentaire. 

Il ne semblerait pas toutefois quii en alt étè rigoureusement ainsi, si 
nous tenons quelque compie de Taccoutrenoent de nolre personnage,accou- 
trement qui constitue un costume aussì confortable qu'èlégant. 

Il sufQt de le voir, en effet, avec sa tunique serrée par une ceinture 
autour de la taille ; avec une arme pendant au coté droit, avec une sorte 
de besace ou de bourse à la main et avec un manteau sur ses épaules. 

Mais ce costume, n'est-ce pas le costume mème du Gaulois , tei qu'il a 
été si souvent décrit, et notamment par Strabon ? Ne reconnaissez-vous 
pas la tunique, la ceinture, et surtout cela, la saie rayée, le mgum 
virgatum ou sagula ? Remarquez les raies si neltement accusées et si 
bien fouillées dans l'originai. 

D'après ce fait, Messieurs, il me semble que ce petit homme noir , — 
nouvel Epiménide sortant de sa caverne après un sommeil, non pas de 
cinquante années, mais bien peut-étre de deux ou trois mille ans, — 
nous dit encore quelque cbose. Quant a moi, je crois l'entendre mur- 
murer à mon oreille ces mots : 

« J'appartiens aux tempsbistoriques... et ne suis pas aussi vieux qu'on 
» pourrait le croire. » 

C^ F. DE SAMBUCY-LUZENgON. 

28 mai 1867. 



P. S. — La grolle , avons-nous dit , était exclusivement remplie d'ob- 
jets de l'àge de la pierre ; et celle observalion est des plus importantes ; 
car , si elle avait conlenu des objets d'une nature ou d'un àge différents, 
on aurait pu croire à une superposition de vestiges de l'industrie hu- 
maine , ou à des prises de possession successives du méme lieu , ou à 
des remaniements du sol , plus ou moins réitérés ; et dès lors la sta- 



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— 56 — 

tuette dont il s'agit n'aurait plas eo de signiflcation et restait à peu 
près sans valeur... 

Il est bien vrai que parmi toas ces objets de l'àge de la pierre , reD- 
fermés dans la grotte, se troovait une petite boale de verre ou de cristal, 
recouverte d'ornemeots émaillés et dìsposés en spirale ; mais ce geore 
d'ornements ou d'amuleltes se retrouye aossi dans les tomali-dolmens 
du Morbihan ; et l'on sait que ( abstraction faite des Duances pour des 
époques encore imparfaitement classées et peu solidement défiuies) les 
tumuli appartienueut ou sout rangés au nombre des mouuments de 
l'àge de la pierre , et par conséqueut aux àges dits antéhistoriques. 

Eoflo , si la statuette de bois n'était pas la reprodnctiou d'un vieux 
Gaulois , ne pourraìt-elle pas étre celle dn Mercure phénicien ? — G'est 
une nouvelle question que je pose. 



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L'IMPRIMERIE A TOULOUSE 

AUX XV, XVP ET XVII' SIÈCLES<*). 



PREMIÈRE PARTIE. 

GATÀL06UB lAISOlOIÉ DBS UTBB8 UiPRUUfiS AU Xy« SifeCLB. 



B ett ifflpOMÌble de lUre un oavrage Ubttognphiqar 
qii Boit sani bota : malgré li più s^rèra attMtioa fl 
•n écbappe toojonrf . On ne connalt pn aiaei lei diffl- 
coltéi qae présentent l'bisUùre liltéraire et k biUio- 
f nphle & eenx qal les coUivent. Les trann de ce 
genie lent pénibles . minotienx, sans édat, tana gloiit» 
nna pitillt a^ionidlwi. Da lont eependant ntiles... 

(Bkichot.) 



SIMPLE REMARQUE. 

Les livres' imprimés eo France aa quÌDzième siè|lè_ab^c^a de parti* 
cQlier qa'il eùt été facile, si l'on avait voalu s'eo dpQiiet'I^peiQe, d'en 
formar aulaDt de groupes qu'il y eot alors d'imprimeors dlt^émiaés dans 
qoelques-uoes de dos provioces. 

Les avaotages d'un pareil classement soot aìsés à dédaire. La descrip- 
UoQ eiacte de chacuD de ces groupes aurait d'abord permis de suivre 
pas a pas les progrès de rimprimerie dans les priDcipales villes do 
royaume ; elle aurait égalemeot déraoutré qu'on a trop géoéralisé peot- 
étre celte pensée : de tom les arts, Part typographique est le seul qui 
ait atteint la perfection à san début; od se fui dès lors aper^u que cha- 
que typographe avait un faire toot particulier, oo, mieux encore, si le 

(1) Voir l'avanf-^ropof , tome VUI, aonée 4865, page 361. 



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— 58 — 

mot Q'élait pas Irop ambitieax, une manière qui lai ètait propre: si bi^n 
^ue l'on aurait pa, sans grande difQculté, leur restituer cette part de 
leurs oeuvres quMIs négligeaient si souvent de signer et de dater. 

Par ce moyen, la délermiDation des incunables serait devenue moins 

' difQcile, et l'on aurait eu l'avantage de faire disparailre de nos traités de 

biblìographie celle phrase presque banale : Védilion paraìt èlre sartie 

des presses parisienneSy lyonnaises, eie, ou toute autre semblable. 

ÈnQn, et comme conséquence dernìère, on eùt certainement tire de 
Toubli, on aurait peut-ètre méme vulgarisé le noin de quelques savants 
éditeurs, typographes émlnents, inconnus de nos jours, et qui attendent 
vainement encore un modeste souvenir de la postérité. 

Dans le catalogne des ìncunables toulousains que nous allons présen- 
ter, nous avons mis en pratique ce système de classement. A moins d'im- 
possibilité, nous désignerons donc par le nom d'un typographe chacun 
des groupes qu'il nous a été permis de former. 

On comprend aisément qu'un pareil classement n'a d'utilité que pour 
les livres imprimés au quinzième siede, puisque, dès le commencement 
du seizième, la plupart des imprimeurs prirent l'babilude, non-seulement 
de dater et de signer leurs livres, mais encore d'y mentionner leur 
adresse et jusqu'à la formule de leur enseigne. 



PREMIER GROUPE. (De 1476 a 1479.) 

LES OUYRIERS DE SGHOIFFER (?). 

N® 1. Jean André ou Andrea. — Ista est summa (1) Johannis An- 
dree, brevis et utilis ordinata super secundum decretalium antequam 
dicant aliquid de processu judicii. In-4**, goth., s. 1. et a^, de 28 flf., 
le premier et le dernier sont blancs. 23, 25 ou 26 lignes aux pp. entiè- 

(4) Dans Timpossibilité où nous nous sommes trouvé de reproduire exactement les abré- 
viatìons nombreuses employées par les imprimeurs du quinzième siècle, nous avons pris 
le parti de les supprimer. 



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— 59 — 

res. SaDS chìfiFr., réclam. ni sìgnat. Lelivre est coDstitué par 4 cahiers de- 
6 ff. et 1 de 4. La 1" parlie occupe les 12 premiers ff. et se termine par 
ces mols : Explicit summa Johannis andree, super secando {libro) de- 
cretalium. En téte de la 2*" partie, qui commence au f. 13, satrouve le 
titre suivant : Incipit summa Johannis andree, super quarto libro 
decretalium. 

Le papier, épais et grisàlre, a pour filigrane un croissant (pi.' i, 
fig. 1), 

La première édition des Commentaires d'Andrea sur les six livres des^ 
décrétales parut à Mayence en 1455. Nous ignorons si Téditeur ou Tim- 
^rimeur toulousain a publié le commentaire des autres livres des décré- 
tales. Nos recherches, à cel égard, ont été vaines (1). 

N* 2. Saint Cyrille (2). — Speculum sapientie beati drilli, episcopi^ 
alias quadripartitus apologieticus [sic) vocatus in cujus quidem prò- 
verJbiis omnis et totius sapientie speculum claret. In-4®, golii., s. 1. et 
a^ Sanschiflfr., réclam. ni signat., ayant 26 lignes aux pp. entières et ren- 
fermant 15 cahiers de 8 ff., soit 120 ff., dont le 1*' est blanc (3). 

M. Adry (4), dècrit ainsi la fin du volume : « A la fin du 4* et dernier 
» livre, on trouve la table des fables ; plusieurs étymologies, la plupart 
)) ridicules, du mot Apologus; et enfin une maxime devote en cinq vers. 
» Le 120* et dernier f. n'est point imprimé au verso. Suit le Speculum 
» de Saint Bernard , imprimé avec les mémes caraclères ; et le Cahier, 
» qui est de 8 ff., me paralt faire corps avec le Speculum de saint. 
» Cyrille. » 

Meme papier, méme filigrane que celui de l'Andrea. . ' 

(4) Les biographes ont rcproduit, à Tenvi, les titres pompeux prodigués à Andrea daus 
soD épìtaphe ; mais la plupart d'entra eux ont neglige de rapporter Tanecdote relative à sa 
fille Novella, «e Elle était si bien instcuite daus le droit, que, lorsque son pére était occupé, 
» elle donnait les legans à sa place ; mais elle avait, dit-on, la précaution de tirer un rìdeau 
devant elle, de peur que sa beauté ne donnàt des distractions auz écoliers. d (Cbaudon et 
Delandine.) 

(f) a Ce recueil d'apologues, communément attrìbué à saint Cyrille d'AIexandrie, serait, 
» d'après une note de Tabbé Guillon, d'un auteur latin et récent. Voy. D. Ceillier, Hist. des^ 
» écriv, ecclésiast., t. XllI, p. 368. » {Cat. de la biblioth. de M. ff. Yemenix.) 

(3) V. La ehasse aux incunableSf note 1, p. 10. 

(4) Magasin encyelopédique, 4806, t. H. 



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- 60 — 

N^ 3. Barbatìa (André) (1). — Repetitio solemnis rubrice de fide in- 
Mrumenlorum, edita per excellentissimum virtnn etjuris utriuègue 
monarcham divum dominum Andream Barbatiam, SictUum' UesM- 
nensem. 

In fine : Clarissimi juris uiritisque monarce ac serenissitni regis 
Aragonuniy etc.y nobilis consiliarii. Do. Andree Barbatie Siculi. De 
fide instrumenlorum solemnis repetido Tholose est impressa, xii Ca- 
lendasjulii Mxccclxxvi (1476), finit felidter. 

In'4% golh. de 110 ff., doQt ì blaocs, un au commeDcement et w a 
la Qn, de 27 lignes aux pp. enlières. Sans chiffr., reclama ni sìgoàt. 

Pap. forl^ UQ peu fauve; pour filigrane, to main qui bénit «- et to 
roue dentée (pi. 1, fig. 2, 5). 

Le sujet de ce livre, comme nous Favons dit aiileurs(2), est ane expo- 
si tion, en forme de legon, d'un des livres du DigosiejDe fideinstrumen- 
torum, «de la foi due aux actes. » Il parait mémecertain, d'après une des 
phrases du début, que cette legon de droit, celle repetitio. àcirait réelle* 
meni été faile par i'auleur à récole supérieure de Bologne (primario 
Bononiensi studio), el devant un illustre auditoire qu'il traile fort révé- 
rencieusement de venerandi patrcsy de domini optimi et de scolares 
prestantissimi; et ce qui le conQrmerait, du reste, ce sont les mols par 
lesquels I'auleur termine son exposé. Après avoir indìqué une opinion da 
jurisconsulle Balde, conforme à sa thèse, il ajoute : El quia hora 
est tarda et reverentie vestre nimis lasse sunt, finem imponam 
huic scolastico documento ad lauderà et gloriam optimi ctemen- 
tissimi Dei et sue Matris Virginis gloriose , et beati Bernardi , 
totiusque curie triomphantis , ac sacrosancte romane Ecclesie 
in hoc famosissimo studio Bononiensi , XIX mensis februarii 
M.CCCC.LII. 



(4) Andres Barbatius, seu de Barhatia^ de Sìcile, célèbre jurisconsuUe, enseigna, à Bologne 
et à Ferrare, vers l'an 4460. Il fut surnommé, par son savoir, Monateha Ugum et lucmma 
juris. Il a donne à un de ses ouvrages , Johannina, fìoc est : leetura super cap. Maynaldue de 
TestamentiSf BononisB, 4475, in-fol., le nom de sa fille aloóe, en quoi il suivit Texemple du 
célèbre jurisconsulte Joan. Andreas. (La Sema, H, no 213.) 

(3) Quelques reeherches sur les débuts de Vimprimerie à Toulouse^ Mém, de l'Àcadémie des 
Sciences de Toulouse, 3« serie, t. IV, p. 393. 



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— M — 

N^ 4. CessoUes (Jacques de) (i). — Incipit libellus de ludo scacho- 
rum e$ de dictis faclisque nobilium virorum philosophorum etanti- 
quorum prologus libelli. 

In fine : Explicit doctrina vel morum informano accepta de modo 
et ordine ludi scachorum. Dea gratias (sic), finit feliciter. Au-dessous 
de ces derniers mots sont placèes ces qualre majuscQles, M H D B, qui 
ne se trouvent pas dans le Barbatia. 

In-i"^, golh. de 72 £F., doot S bianca, Tuo au commencemeut, et Tau- 
tre à la fin ; les pp. eolières ont 29 ligoes. S. 1. et a"". Sans chiffres , 
réclam. ni sìgnat. 

Méines "papier, méme^filigranes que ceux du Barbatia. 

Jacques de Cessolés termina sod livre du Jeu des écbecs, De ludo sca- 
chorum, en TauDée 1290. Cet ouvrage de morale eut, pendant longtemps, 
unevogueexlraordinaire, et, vers la fin du qui nzième siede, on le traduisit 
dans toutes les langues. 

«^ Dans ce livre, » dit M. de Castellane (toc. cit.\ « Tauteur dépeint 
» la forme de cbaque pièce, et, a la saite de sa description^ il raconte 
» des faits qui n'ont qu'un rapport très-éloigné avec les écbecs. Suivant 
» lui, les pions sont le populaire, comme les agriculteurs, lesarlisans; 
» et ayant a parler du sixième pion place devant le fou^ à gauche du roi, 
» il dit qu'il représente les cabaretiers et les aubergisles. » A ce propos, 
M. de Castellane cite textuellement Tbistoire, rapportée par J. de Ces- 
soUes, d'un pèlerin se rendanl à Saint-Jacques de Toulouse^ et qui, faus- 
semeot accuse par un cabarelier de lui avoir volé une lasse d'argent, fut 
pendu» puis miraculeusement sauvé par l'intercession du bienheureux 
Saint Jacques. Inutile d'ajouter que le cabarelier remplaga au gibet le 
pèlerin dèpendu. 

M, de Castellane tirait de ce conte , relativement à la question des 
deux Tholostty un argument en faveur de Tholosa de France : « Je ne 
» sais, » dit-il, « si on trouverait un exemple des expressions : urbs iho- 
» losana, hospes tholosanus, appliquèes à Tholosa d'Espagne. » 

N^ 5. Antonin de Forriglioni (saint). — Incipit titulus de sponsalibus 



(I) Voir, k propos du nom de Cessolles, rexplication que La Sema, t. Il, p. 293, donne 
<\e l'épithèle de Thesialonia, accolée au nom de /oeofrttf, dans la ^ve édit. de son liyre. 



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— 62 — 

et matnmonio cxtraclus de tertia parte summe venerabilis patris fra- 
tris Antonini^ archiepiscopi fiorentini^ ordinis Fratrumpredicatorum. 

Le lilre se trouve en téle du 2* f. 

In fine : Finis hortim viliorum et per consequens hiiius tractatus seu 
tituli de ìnatrimonio et sponsalibus. 

Et, après la table, les capitales suivaDtes : H A D B M H (1). 

Pet. in-4°, goth. de 126 fif., doni le I*'^ est blanc, de 27 lignes aux pp. 
entières, s. 1. et a^. Sans chiffr.^ réclam. dì signat. 

Papier fort ; pour flligrane la main qui bénit , la roue dentée et le 
croissant (v. pi. 1, flg. 1,2, 3). 

Ce livre a été imprimé à Toulouse vers 1476; les caractères, le papier 
et les filigranes sont ceux du Barbatia et du J. de Cessolles; l'ideutité est 
parfaite. Quoique le litre porte : Extractus de tertia parte summe vene- 
rabilis palris fratris Antonini, nous croyons qu'il a été imprimé d^après 
un manuscrit, et non d'après l'èdition de la Somme de saint Àntonin, 
imprimée a Venise, par Jenson, en 1477 (2). 

Ce rarissime volume, relié à la suite du Quadrivium Ecclesie, de Jean 
Hugo (Paris, Guill. Eustace, 1509), appartieni à la bibliothèque de Tou- 
louse. 

Les cinq ouvrages dont nous venons de donner un signalement exact 
et dont on Irouvera les spécimens pi. 3 et 4, forment seuls, jusqu'à pré- 
sente la première sèrie des incunables toulousains, sèrie qui commence 
peut-élre avant 1476, et qui finit en 1479. 

Un selli de ces incunables, le De fide instrumentorumy de Barbatia, 
porte la date de 1476. Celte date fiixe d'une manière certaine l'introduc- 
tion de l'imprimerie à Toulouse. 

En comparant entro eux ces cinq ouvrages, on voit de suite qu'ils appar- 
tiennent à la méme famille. Pourtant, en les examinant attentivement et 
de près, il est facile de s'apercevoir que les papiers, les caractères, les 
majuscules plutòt que les minuscules, et la justification, présentent des 
différences qui échappent à la première vue. 



(1) Nous avons vaiDement cherché la significa tion de ces majuscules, véritables sigles, 
dont les mots nous sont inconnus. 

&) Saint Antonin, né en 4389, est mort en 4459. 



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— 63 — 

Dans V Andrea et le saint Cyrille^ le papier est plus fort, plus com- 
mun qoe celui da Barbatia et da /. de Cessolles. Le papier des premiers 
a poar filigrane le croissant (p\. ì , flg. 1), et celai des dernìers, la main 
qui hénit (pi. I , flg. 2). Dans V Andrea et le saint Cyrille, les caraclères 
ODt quelque cbose d'irrégalier, de plus primìtif. Leurs pages entières n'ont 
que 26 lignes, tandis que celles da Barbatia en ont 27, et celles da /. de 
Cessolles 29. C'est là la seule différence qui exisle entre ces deux derniers 
oavrages, car ils ont été bien évidemment, ainsi que le saint Antonin, 
imprimés avec les mémes caractères et sur un papier identìque: 

Ces remarques nous porlent à penser que V Andrea et le saint Cyrille 
ont étè imprimés avant le Barbatia^ le /• de Cessolles et le saint Anto- 
nin. Cétait, comme nous Tavons dit ailleurs (1), l'opinion de M. Mac- 
Carlhy. 

Ces impressions, du reste, attestent Tenfance de Tart (v. pi. 3). L'on 
comprend qu'elles ont étè mises en oeuvre à l'aide d'un outillage impar- 
fait, et qae les caraclères dont on s'est servi étaient fondus depuis long- 
temps ou Favaient été dans des matrices anciennes. 

Cela est si évident, qu'en comparant ces livres avec des impressions 
beaucoup plus vieilles, — par exemple, avec le Speculum sacerdotum, 
imprimé vers 1463 , par Guttenberg, et dont nous avons un specimen 
sous les yeux (2), — la ressemblance est Ielle qu'on se demando, malgré 
les Ireize années qui les séparent, si ces incunables ne sont pas tous sor- 
tis du méme atelier typograpbiqae. 

Il y aurait peut-étre un moyen d'expliquer cette ressemblance entre 
quelques-uns des types de Guttenberg, de Fust et de SchoifiFer et ceux 
des incunables toulousains. 

Nous savons d'une manière certaine que ces célèbres imprimeurs, mais 
surtout Fust et Schoiffer, vinrenl plusieurs fois à Paris pour y vendre 
leurs livres et qu'ils y enlretenaient méme des facteurs à gages. 

L'un d'eux, « Hermann de Slatboeo, est celui-là méme qui avait vendu, 
» en 1471, à Angers, pour le libraire Guymier, de Paris, la Bible de 
» SchoifFer, de 1462. Il était compatriote de Schoiffer, étant né dans le 



(i) Voir La ehasse aux incunables, p. 43. 

(2) Auguste Bernard, De l'origine et des déhuts de Vimprimerie en Europe, pi. Vili, no 42, 



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— ftt — 

» diopèsa de Monster^ ce qui fot assez fàcheux poar ses cooolinettMite. 
» Exì effet, Harna^n ètaot mort vers 1474, saos avoif de leltres deaerili- 
» ralit^, cornine on disait alors» toas ses dépòts de iivres, tant à Paris, 
» qn'à ÀQgers et aiUeurs, fareot saisis, en verta da droit d'aabaioe (1). » 

Puisque Schoiffer avail des dépòls de livres à Paris, à Angersei ail^ 
levrs, il Q'y aurait rìen de bieD ei^traordioaire à ce quii eo ait eu àToe- 
louse (2). 

Une circonslaoce, intéressante à connaftre, rapportée par Schceptin 
(Vindicice typog.^ p. 6, note 7), viendraìt peat étre en aide à notre stìp- 
posilion. 

Sor un exemplaire de la T édition des Offkes de Cicéron, imprimée à 
Mayence, par Scboiflfer et Fast, le 4 février 1466, et que possedè la hi- 
blìotbèque de Genève, se troave la note salvante : « Hic liber Marcii Tallii 
> pertinet Michi-Ludovico de Lavernade, militi cancellarlo domìni mei 
» ducis Borbonii et Àlvernie, ac primo presidenti parlamenti lingue 
' occitanie (3), quem dedit Michi lo. Fusi sapradictos (4), Parisius, in 
' mense julii, anno Domini M.CCCG.LXVI, me tane esistente Parisios, 
» prò generali reformatione loUas Francorom regni. » 

Un tei présent, à colte époqae surtoat (1466), attesto an service renda 
dont on ne poavait pas s'acquilter avec de Targent; et la nàtare mème de 
la rémanération attesto, selon toate apparence, la natare de ce service. 

P'après cela, ne pourrait-on pas admeltre quo Louis de Lavernade, 
alors commissaire réformatenr de la j astice en Languedoc (5), désireux de 
propager dans colte province la grande décoaverle de Fimprimerie, prit 
sous sa protection les deux associés Fast et Schoiffer, et qo'il leur facilita 
les moyens, soit d'écouler leurs produits dans le midi de la Franco, soit 



(4) Auguste Bernard, loc. ciL, t. IT, p. 329. 

(5) W^urdtwein (Biblioth. moguntina) et W^olf (Monumenta typogr,), citent ud piivilége 
da 24 avril 4475, acoordé par Louis XI, à Conrad Hannequis et à P. Schoiffer, pour vendre 
leurs livrea en Franco... (Dopoot, Siti, de l'imprimerie, t. I, p. 93, note.) 

(3) Ce qui est ici en italiqoe est ajouté par un renvoi dans l'originai. (Note de M . Auguste 
Bernard.) 

(4) Ce mot se rapporte au nom de Fust qui est dans la souscription imprimée au-dessna 
de la note de Lavernade. (Note de H. Auguste Bernard.) 

(5) U n'était pas encore premier président du Parlement de Toulouse. 



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— «6 — 

méme de fonder, dans un grand centre nniversitaire tei qne Toalouse» 
noe imprimerie , à la téle de laqnelle ils placèrent un de leors 
oavriers (i)? 
Nous nous expliqaerions alors la ressemblance des types ; nous nona 



(1) Les historiens qui se sont occupés de Louis de Lavernade ne sont pas d*aocord sur 
répoque à laquelle ii fut nomine premier président da Parlement de Toulouse. 

Io H. de La Mure , Bistoire du pays de Forex , Lyon , 1674, p. 367, s'exprime ainsi : 
« (il) Obtint la charge de premier président du parlement de Toulouse , vers 4461 , et 
» la garda , au moina, jusqu*en 4474... » 

2o Lafaille , Annali de la ville de Toulouse ^ 4687, t. I, p. 233, rapporte qu'au moia 
d'octobre 4467, les officiers du Parlement eurent ordre de se rendre à Montpellier, pour 
y tenir le Parlement. 

Plus loin, p. 234, il dlt : a Au mola de janvier de la méme année (4468, n. style] il (le roi} 
» destitaa Damian, Bertelot et Bruières, conseillers... Le premier président de Marles ne fut 
» point épargné et souiTrit une pareille destitution. Le roi mit en sa place Jean de Laver- 
» nade, chevalier... » 

Z<^ Dom \aìsaeie, Hiitoire du Languedoct 4745, t. V, p. 37, a copie Lafaille, et n'eat pas 
plus clair que lui. Il donne sussi à Louis de Lavemade le prénom de Jean. 

4« Selon Dumège, Bistoire des instiMions de la ville de Toulouse, 1844, t. Ili, p. 353, 
a Louis de Lavemade aurait été installéle44 février 4467 (4468) et destitué la méme 
» année. » 

Nous avons cru devoir reproduìre lei le texte originai des arréts relatifs à cette pérlode do 
i'hifltoire du Parlement de Toulouse, texte qife quelques-uns des historìens cités ci-dessus 
n'ont pas pu consulter et que les autres ne se sont méme pas donne la peine de lire. 

Archiybs départbhbntalbs. Section judidaire, 

« Le mardy 44 mars 4465 (4466), aujourd'huy measìre Henry de Marie, chevalier, ooo- 
» seiller du roy a este receu à Toffioe de premier préaident en la Court de céans. » (Hegietre 
des ÀrréU,B, 3, f» 24, verso.) 

a Le mercredy 48 mars 4466 (4467), Henry de Marie aiège encore comme premier prèsi- 
» dent (Péques tomba le 29 mare). » (Id., B, 3, f» 95, verso,) 

a Le ieudi 30 avril 4467, il reprend aon aiége apròa une absence d*un moia et 42 jours. » 
(Id., B, 3, fo 402, redo.) 

a Aujourd*huy messire Henry de Marie, chevalier et premier président en la Court d& 
9 céans, s'est oppose à ce qu'aucun autre ne soit receu en la dite Court au dit office de pre- 
» mier président, pour les causes et raisons à dire et à declarer par lui en temps et lieu. » 
(Id., B, 3, fo 402, verso.) 

a Le mercredy 43 mai 4467, lecture de lettres patentes du roy Louis XI, portant a que la 
9 Court de Parlement de Tholouse cesserà et vaquera, » attendu qu'il a mandé venir devers 
» lui son ami et féal conaeiller et premier président en son Parlement de Tholouse , 
» Henry de Marie, chevalier; ordonné à M« Jehan Duvergier, aussi président en icelle 
9 Court ^ aller en ambassado de par lui au royaume d'Espagne, et, avec ce, ordonné taire 

9 



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— 66 — 

expliqoerions pourqaoi il semblaii à M. Adry que le Speculum de saifU 
Cyrille fui de Fimprimeur Schaiffer, qui a pu faire celie éditian 
à Mayence, vers 1475, et pourquoi M. Brunet affirme qn'elle a été im- 
primée eii Allemagney de 1475 à i480. 



DEUXIÈME GROUPE (De 1479 a i486). 

JEAN PARXX, BSTBTAN GLÌBAT. 

Arr eslum querele de novis dissaysinis (I). 

In fine : Arrcstum querele de novis dissaysinis finii feliciler. Im- 

» venir par devers lui 3 ou 4 dea aatres conseillers en icelle ; a parquoy seroot et de- 
» meurroDt les autres ea trop petit nombre. » (B. 3, f» 404, recto.) 

Tout ceci concerne Toulouse. 

MoNTPSLLiBH. — Parlement commence le 42 novembre 4667. Jeudy 44 février 1467 
(4468). <r Veues par la Court les letlres patentes du roy nostre Sire, données à Gbartres le 
]» dernier jour de juing dernler passe (30 juin 4 467), par lesquelles et pour les causea con- 
9 tenues en icelles le dict seigneur a donne et donne à messire Loys de La Yernade , cbe- 
D valier, Tofflce de premier président en la Court de céana , en deschargeant , . privant 
» et dóboutant d'icelui office, messire Henry de Marie , cbevalier; et actendues lea autres 
» jussions et commandemens faiz par ce dict seigneur, à la diete Court, touchant la matière 
» et eue délibération ; sur ce : 

9 La Court a ordonné et ordonne que le dict messire Loys de La Yernade sera receu 
V audict office de premier président en la Court de céans et en sa reception , laquelle sera 
» escrìpte more solito sur les dictes lettres , après la diete reception faicte seront mises les 
» paroles qui s*en suivent : Dominus Ludovicus de La Yernade, io albo nominatus recep- 
9 tus est ad officium primi presidentis, in albo eodem mentionatum de expresso, et multi- 
» plicatio domini nostri regis mandato et solitum prestitit juramentum. 

» En ensuivant laquelle ordonnance ou appoinctement le dessus dict messire Loys de La 
» Yernade a esté receu par la Court à Toffice de premier président en icelle et en a faict 
» le serement en tei cas acostumé. » (B. 3, fo 422, veno,) 

Hercredi 44« jour de septembre 4474, messire Loys de I^a Yernade siége encore comme 
premier président. (B. 3, f» 399, ruto.) 

A partir de cette date son nom n'est plus mentionné. 

Qttinze mois après, sous la date du mercredi 23«jour de décembre i472, on lit : a Au- 
» jourd'hui maistre Bernard Lauret, docteur en cbacun droit et par cy devant avocai du roy 
» nostre Sire en la Court de céans, a esté receu en Toffice de premier président en icelle 
j» et en a fait le serement en tei cas acostumé. » 

(1) Dtjccto a po$i9$iion$ , GalL Dessaisisiemeni, (Ducange, Ghss, art. Diisaisina). 



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— 67 — 

pressum Tholose juxta pontem veterem anno Domini M.cccc. Ixosix 
(1479) mense augusti. 

Petit in-4« goth. 12 fif. Le !•" blanc, 32 lignes aux pp. entières, 
Sans chiff., récl. nisignat. 

Le papier, d'un grain assez fin, un pea gris, a poar filigrane la main 
qui béfiit. 

Les caractères sont nets , régaliers ; ils ont sii points lypographiques 
(i ligne) de hauleur. 

Les majuscules M. et A sont d'une forme remarquable (V. pi. V). 

Ce livre est une glose sur les dissaisines ou cas de nouvelletez. 

Dans un règlement du parlement de Paris (1) , inséré au tome 2 
des ordonnances des Rois de France, p. 542. — Col. 2 (Paris, Impr. 
roy., 1729), on trouve celte note des édileurs : u A peu près dans le 
)) méme temps, (1353) le parlement fit le règlement qui suit toucbant 
» les dissaisines ou nouvelletez, auquel on ne peut donner aucune date 
» certaine et qui est au méme registro A du parlement, ^ 24, verso. » 

Les citations suivantes Qxeront l'esprit du lecleur sur la nature des 
dissaisines et sur la valeur des termos qui constiluent le titre de cet 
ouvrage : 

Arestum querele de novis dissaysinis non venit in parlamentis, sed 
quilibet Baylivus in sua baglivia, vocatis secum probis viris, adeat 
locum debati, et sine strepitu et figura judicii, sdat et se informet si 
sit nova dissay Sina impedimentum seu tur balio. Et si invenerit ita 
esse, faciat statim resaysiri locum et interim recipiat ad manum 
regiam atque nostram ponat et faciat jus partibus coram se vocatis et 
celerà. 

Arestum querele. Notanter dicit querele, quia non ex officio sine 
partis requisitione , sed potius ad partis postulationem fil. Super 
Novis. Novum est quod nunquam alias fuit... 

DissAYsmis hoc enim novum veì*bum in gallico est vulgare et idem 
sonai quod spoliatio... 

Avant de connaf tre l'existence du Bocce imprimé a Tolosa de Fran- 

(4) Voici le titre de ce règlement : Conititutio super casibut novitatis in patria juris 
scripti. 



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da, VArestum querele eat saffi» a lui seul , poar traocher la qaestiOD 
des deux Tolosa (1). 

N^ ì. Maino (Ambr.-Jason de). — De Iure emphiteotico Rubrica. — 
In-fol., goth., de 62 ff- (2), Tholosa. 1479. — Saos oom d'imprimeor 
(Jean Parix), a 2 colonoes de 68 ligDes aax pages entières; les ff. soDt 
irrégulièrement chiffrès. SigDat. a.-g. Les 8 ff. de la table ne sont ni 
4^hifFrés ni signés. Au bas de la dernière colonne, avant la table, on 
Iroave les vers saivaats : 

Legerit hune quamvis titulum preelarus Jason : 
Sunt et apìid multos seripta priora i)iros : 
InvMies nune multa tamen iuperaddita leetor 
Àuetoris quam istic plura notata manu, 
Maine tuum nomen quis non super ethera tollat f 
Quis ve tibi grates non agat innumeras ? 
Sunt colleeta abete simul emphiteotiea tura : 
Que poeita in variis ante fuere lode, 
Maine equidem vivee omni mortalie in evo : 
Qui tante ediderie utilitatis opus. 
Quique operis tabulas perstrinxeris ordine spulerò 
Singula ne magnus ft reperire labor, 
Leetor emas moneoque elarus seripsit Jason, 
Nam tibi Jasonii velleris instar erunt. 
Nempe sub ingenua teutonicus arte Joannes 
Clarum opus ad vires preseerat ipse suas. 

Au-dessous : Finii Tholose. Anno Christi M.cccclxxix. Papier 
fort, sans filigrane, Mémes caraclères que ceux de VArestum querele. 

Le catalogue Mac-Carlby porte le tilre suivant : Tractalus dejure 
emphiteolico juxta verbum Ulpiani, per Jasanem de Mayno. Tho- 
losae (3), Joannes Teutonicus, 1479, in-fol., goth. 

A propos de ce livre, M. Brunet dil : « Cotte édition est remarquable, 
» parco qu'elle est un des plus anciens livres connus imprimés à Tou- 
» louse, ville dans laquelle on imprimait déjà en 1476 (voy, Barbatia), 

(4) y. l'avant-propos, p. 319 et suiv. 

(2) Le Dombre des ff. ne peut pas dire impair, le Cahier A, n'ayant que 7 ff., il man- 
^ue un f. blaac au commencement. 

(3) De Bure et M . Branet ont commia une erreur en pla^nt la diphthongue « dans le 
litre d*i|ne édition du quinzième sièclc. 



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» et où parat aussi, eu i479, De clericis concubinariis , pet. 10-4"^. » 
(Man. du libt\, art. Maino, édil. 1860.) 

CommeDt expliquer , après une affirmation semblable, la phrase am- 
bìgue, ou plotòt restrictive , qui se trouve dans le Manuel, à Tarticte 
Imitatian, et que nous avoos rapportée daus noìre Avant-propos, pp. 31 1 
et 312? La remarque de M. de Castellane à ce sujet est fort curieuse : 
« Cette opinion de M. Brunet, dit-il, est bien positive, et il est bon juge 
» en pareille matière. Nous le Yerrons émellre un avis encore plus tran- 
» chant au sujet de Vlmiiation. S'il avait eu à revenir sur ce quHl 
> avancaitf il n'y a pas de doute qu'il ne l'eùt fait dans son supplé- 
• ment (1)... » 11 y revint plus tard : M. de Caslellane Tavait pressenti. 

N* 3. Alfonse de Benevenl (Jean). — De clericis concubinariis. ^ 

Dans rexemplaire de la bibliolhèque imperiale le 1'' f. manque. Il 
était blanc probablemenl. 

En téte du 9r t on Ut : Iste sunt conclusiones pnnàpales istius 
sequentis tractatus qui est de clericis in publico concubinatu viven- 
iibus. 

In fine : 

Et sic finii presens de clericis concubinariis traclalulus ab eximio 
sacrorum canonutn Io. de Beneuento, doctore, atque unam de qua- 
tuor cathedris scole Salamantice actu regente ad profectum fidelium 
salubriter ordinatus imprimente. M"" Io. Parix de Almania, Tho- 
losCj sub anno Christi M.cccc.lxxix (1479). Citépar M. de Castellane» 
d'après M. Brunet, qui ne le menUonne qu'à Toccasion du Jason de 
Maino (2). 

In*4^goth., de 30 fl. Sans chiff., réclam., ni signat. — Pour filigrane 
la main qui bénit. Meme papier, mémes caractères que ceni de VAres- 
tum querele de 1479. 

N^ 4. Arétin (Ange), jurisconsulte du quiozième siede, originaire 
d'Arezzo (d'où le nom d'Arélìn) et d'une famille du nom de Gambiglioni. 



(4) Loc. eii., p. 44. 

(2) a Alfonse de Bénevent (J.)» caooDiste espagnol, vivait vers le milieu du quinzléme 
nècle. » {Biegrapk. JHd^t, U, ool. 61). — Farmi les ouvrages attribucs a AlphoDse de Bène- 
veot, le biographe ne cito pas le D9 elericU concubinariis. 



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— 70 — 

Sacratissimarum legum famosissimi interpretis alque professoris 
eximii domini Angeli de Gambiglionibus de AretiOj exactissima super 
civilium inslitutionum libro Icctura. Cupide que legalium sanctio- 
numjuventuti longe accomodatissima feliciter incipit. 

In fine : 

Et sic est finis operis quod ego Angelus de Gambiglionibus de 
AretiOy legum doctor per feri, die uìlima mensis decembris M.cccc.xlix. 
dum publice legeremjus civile in civitate Ferrariesub inclito et exelso 
domino Lionello Marchione existente. Deo gratias. 

iD-fol. magno golh., de 316 S., a 2 col. de 65 tignes aux pp. en- 
Uères. Sans cbiff. ni réclam., sìgnat. A. DD. Les cahiers sont de 6, 8 
ou 10 ff, — s. 1. et a^ (Toulouse, 1479). 

L'oovrage est divise en 2 parties et chaqoe partie en 2 livres. Le 
l^' livre occupe 76 ff., doni le 1" est blanc. Il est signé des minuscules 
a-i 10; le 2* livre occope H8 ff., signés des majuscules A-P 6 ; le 5* li- 
vre (2* partie) occupe 46 fl., signés Q-X 6; et le 4* 40 ff., signés 
Y-D.D 6. Le dernier f. est blanc. EnQn, 36 ff. de table, sans signat. et 
dont le 1""' est blanc, terminent le volume. 

N^ 5. On troave, à la suite, Touvrage suivant : 

Incipit solennis (sic) et aurea lectura famosissimi legum doctoris 
Domini Angeli de Gambiglionibus de Aretio , super titulo de actio- 
nibus institutionum in almo studio Bononiensi edita (1). 

In fine : 

Nunc breuis et facilU feliciter explicit orde ; 

Et modus et forma : que bene quenque doeent. 

Qualiter koe toto memorabilit Angelus orbe, 

Magna dedit pieno pectore, Vulgus ades. 

Quid referam? dociles nunc [nunc] (sic) advertere mentes 

Cura sit. et nullum tempus abibit iners, 

Nam bene querenti quasi cuncta preparata debuntur. 

Nam bene querenti multa petenda faeent. 

Beo igitur quieunqu» leges cum remige seripta : 

Hic nuper posilo dieere pigeat. 



(4) H. Brunet l'a cité dans son Manuel, en renvoyant le lecteur au Répertoire de Hain ponr 
les autres ouvrages da méme auteur. 



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— Ih — 

Au-dessoas de ces vers : finii Tholose, anno M.cccc.lxxx (1480)^ 
die xxix mcf^is aprilis. 

lo-fol. magno, de 128 ff. (le l""' blanc), à 2 colon, de 65 lignès aux 
pp. eniières. La table occupe Ics onze derniers ff., sar lesquels la signa- 
iure conlinoe> conlrairement à ce quo noas avons observé dans le vo* 
lame précédenU 

Le Manuel n'a décrit qa'un seul de ces ouvrages. Nous croyons cepen- 
dant qae les denx traìtés parurent en méme temps ; l'identité typographi- 
que absolae qui existe entre eux, et la date, rejetée à la fin du dernier, 
nous délerminent à le croire. 

Ce livre est, sans contredit, l'un des plus beaux spècimens des débats 
de rimprimerie en France. Quoìqu'il alt élè relié deux ou trois fois, ses 
marges sont très-grandes, et il a encore 36 cenlimètres de baut et 29 
de large. Le papier est fort, légèrement fauve et très-sonore ; on entend 
réellement la voix desfeuilles en les tournant (1). 11 a pour filigrane une 
téte, de proflU au nez épalé, couronnée du bandeau imperiai et sur- 
monlée d'une étoile en forme d'aigrette (v. pi. 1, flg. 4) (2). A part un 
seul f., marqué de la téle de bcBuf (v. pL 1, fig. 5), la téle couronnée 
est la seule marque que l'on rencontre dans le volume entier, et chaque 
Cahier en renferme deux ou trois spècimens. Les caractères sont les 
mémes que ceux de VArestum querele. 

N*» 5 (bis), 1480. Commentaires sur les Institules. In-fol. — Dans 
le t. !•', p. 109 de VHistoire de FAcadémie des Sciences, Inscriplions 
et BelleS'Letlres de Toulouse (in-4% 1782), se Irouve la note suivante : 
« ...M. Reboutier se chargea, en 1757, de faire le catalogne de la biblio- 
» thèque des RR. PP. Domiuicains de Toulouse. 11 y trouva 5,774 vo- 
» lumes, dont la benne moitié concerne la tbéologie, sans compier quel- 



(4) Dibdin, Voyage bibliogr,, arekéol., e(c., en France. 

(2) Nous avons retrouvé cette figure : 

4» Dbds uu exemplaìre dii D9 proprietatilnu rerum que possedè la bibliothèque de Tou- 
louse. Ce volume, s. I. et a», renferme la plupart des fìllgranes qui caractérlsent le papier 
«les^livres imprimés à Toulouse. M. Bninet le croit imprimé à Bàie, chez Bichel ctWensler; 

to Dann le Fasdculus temporum, de Gologne, 4481 ; 
' Bt 30 Dans le Annai Lucenii pharsalÙB liber, etc, imprimé à Venise par Nicolas Barti- 
bone Alexandrlno, en 4486. 



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— 7Ì — 

» ques manascrìls, la pluparl sans date et ìD-foKo^ qui ont èté imprimés 
» depois 1480 jusqu'en 1500; et, entre autres, un Commentaire sor les 
> Instilo tesen on gres voi. in-folio, imprimé à Toulouse, en 1480, sans 
» nom (Timprimeur. » 

Malgré le vagoe de cette note , noos pensons qo'elle se rapporto ao 
Commentaire de Gambiglioni, qoe noos venons de décrire. Cétait aos^ 
ropioion de M. de Castellane. 

N^ 6. Boetius. De consolatione phUosaphie. 

In fine. 

Finii Tholosej anno Christi. M.cccc.txxx (1). M. Johanne PariXy 
feliciter imprimente. 

In*fol. goth.^ de 144 ff. Sans chiffr. ni réclam.; signat. a-q iiii. 

Les cahiers sont de 6^ de 8 oo de 10 ff. — Le volome commence 
par 6 ff. de table, non signés. Le l*', qoi est blanc , manqoe sooyent. 
— Dans le 1" Cahier (il est de 10 ff.) le l** f.est blanc; le second est 
sans signat.; et le 3^ porte la signat. a-ii. 

En téle da V f. se troove le tilre suivant : Sancii Thome de Acquino 
super libris Boetii de consolalione philosophie comentum cum exposi- 
liane feliciter incipit (2). 

Le Commentaire occope les marges do volome et encadre en qoelqoe 
sorte le texte de Boéce. 

Les caractères sont de deox grandeors : le plos petit a 6 points 
typographiqoes et le plos grand en a 7. 

Le papier est fori, on peo faove. Il a poor filigrane la lète de btBuf 
(v. pi. l,flg. 6, 7 et 8). 

N* 7. Incipit libellus de vita et moribus philasophorum et poetarum. 



{i) Cette édilioD de BoCce, malgré Thistoire du grattoir» racontée par H. J.-Ch. Bruoet, 
est bien réellement de 1480. L'exemplaire de la bibliothèque de Toulouse, que noua avona 
sous les yeux, est pur de tout grattage, et le point final, place après le 3* x» est parfal- 
tement imprimé. Le catalogne Hao-Carthy porte doDC» avec raìaon, la date de 4480. 

(3) a Plusieurs éditions de BoCce ont été pablìéea daos le quiozième siècle , a»m 
9 tario Thome de Aqyino, Il paraitrait, d*aprÒ8 Gh. Nodier [Bihlioth. eacrée^ 
B latine) t que ces Commentaires ne sont pas de saint Thomas d'Aquio , mais d'un cardinal 
» nommé Thomas, o (Note de H. Ch. Sénémaud. V. la bibliothèque de Charles d'Orléane, 
eomte d'Àngouléme.) 



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— 73 — 

In fifèe : 

Explidt vita philosophorum. 

Pel. ìD-4^ s. 1. et a% de 102 ff., doni le 1" est blanc (1). 32 lignes 
aux pages entières. Sanschiffr., réclam. dì sigoat. 

MoiDS le format, ce volarne est en tout semblable aa Boèce de 1480. 
Papier, flligraoes, caractères, tout est identique. 

Od relroave daDS ce livre les deai sortes de caractères employés par 
JeaD Parix, pour l'impressioD da Boèce de 1480, et, de plas, la sèrie des 
méroes majuscules , recoDoaissables sartout a la forme particulière de TA 
et da M (v. pi. 4). 

Le Libellus de vita et moribus Philosophorum et Poetarum coDtieot 
UD cbapilre pour chaqae auteur. Le premier est coDsacré à Thalès ; le 
deroier, et c'est le plus long, à Sènèque. Dans le chapitre d'Aristote, 
l'auteur enumero tous les ouvrages qu'avait publiés ce grand homme et 
doDt la majeure partie do dous est pas parvenue. Dans l'article consacré 
à Uippocrate et à Galien , il fait une courte analyse des anciens syslèmes 
de médecine indiqués par ces auteurs. 

Uoe traduction simple , elegante et claire de ce petit volume aurait du 
succès. Peul-étre existe-t-elle? Toujours est-il que ce volume est ìdcoddu 
à tous les bibliographes : peul-étre n'avons-Dous pas su le trouver. Quel 
en est Tauteur ? 

En eiaminant avec soìd les sept ouvrages dont nous venons de faire 
la descriptioD , il est facile de reconnaltre qu'ils sont sortis des presses 
da méme typographe. Leurs caractères d'ailleurs sont tellement sem- 
blables , que l'export le plus scrupuleux n'hésiterait pas à constaler Tiden- 
tité parfaite de leurs alphabets. 

Du reste , on peut aisément se convaincre de cotte ìdentité en compa- 
rante une à une, les majuscules dans cebx de ces ouvrages qui possè- 
dent une table alphabétique des matières (2). En oulre, certaines de ces 
majuscules, FA et le M , entro autres, ont une forme tellement caracté- 



(4) Ce f. portait-ii le titre du livre? Nona rignorons; car il manque à Texeinplaire de la 
biblìothèque de Toulouse » le seul que nous ayons vu. 

(t) Par exemple , dans les ouvrages d*Ange de Gambiglionibui et dans le Vita et moribus 
philoiophormn, 

40 



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— 74 — 

risUque, que l'idée de Va peuprès ne se présente méme paa à l'esfirit 
de l'observateur. 

Nous insistoQS avec d'aulant plus de raison sor l'identilé de ces inco- 
nables que cela nous permettra d'éclaircir quelques poiots obscurs de 
leur hisloire, et de relever une erreur imporlante coosacrée, depuis long* 
temps , par d'émioeuts bibliographes. 

Les sept ouvrages décrits ci-dessus ne sont pas tous dalés; quel- 
ques-uns sont saus lieu dì date» et deox seulement, le De clerieis con- 
cubinariis et le Boetius, portaut le nom de rìmpriineur : cet imprimeur 
se Qommait Jeau Parix. 

Dans une note de son Examen ciitique dun nouvel opuscìile de 
M. le docteur Desbarrea^juc- Bernard (Marseille, 1866, p. 27), fea 
M, Hubaud , à propos de VArestum querele, nous engagé à faire des re- 
cherches, a afin de parvenir à découvrir quel était riroprimeur qui , en 
» 1479, avait son ètaìAissQmenijuxtapontem veterem. » 

Gràce à Tidentité parfaite que nous avons conslalée entre les caraclères 
de VArestum querele y iraprimó en 1479, yua?/a pontem vetercm, mais 
sans nom d'imprimeur, et le De clerieis concubinariis , imprimé la 
méme année par Jean Parix^ mais sans indication de demeure , nous 
pouvons afflrmer que les deux ouvrages sont sorlis de la méme presse 
et que l'imprìmerie de J. Parix ètait située tuo du Pont-Vleux. 

Uà rapprochement semblable entre le De clerieis concubinariis, im- 
primente Io. Parix de Almania, Tholose, 1479, et le De Jure emphir 
teotico, finii Tholosey anno Cliristi 1479, sans nom d'imprimeun, 
permet d'afQrmer, avec la méme certitude, que ce dernier ouvrage^ a 
été imprimé par Jean Parix et non par Jean Tiùuàùmcus, qui n'a jamais 
existé. On a èvidemment pris pour un nom patronymiquet Tépilhète de 
Teutoniaus employée pour la mesure de Tun des vers placés a la fin dn 
livre en rhopneur du typographe Jean (1)... 

Nempe sub ingenia tnUonicus arte Joannes, 

ce qui veut dire : A savoir par Fart admirable de Jean Tallemand- 
L'inconlestable similitude des types de tous les incunables imprimés 

(1) A la fin du quinzième siècle on désignait encore lea personnes par le seol nfim puopire. 



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— 75 — 

à ToQlouse en 1479 et 1480, — de tous ceux que nous coonaissons do 
moins, — ne nous permellait pas d'admettre , dans une anssi coarte 
pérjode, rexìslence de deux imprimears faisant osage des mémes carac- 
tères et employaot des papiers identiques. 

Le Dom de Jean Parix de Almania, imprimé dans la souscrìption Qnale 
dn De clericis concubinariis et da BoethiSy quand celai da pretendo 
Jean Teutonicus ne se trouve que dans l'un des vers placés à la fin du 
livre de Jason de Maino, sont aalant de consìdérations qui nous obligent 
de reslilner à Jean Parix la gioire d'avoir, Fan des preraiers, introduit 
l'imprimerie a Toulouse; gioire que La Sema Santander (1), Née de la 
Rochelle (2), Gabriel Peignot (3), M. J.-Ch. Brunet (4), de Castellane (5), 
Paul Dupont (6) et tant d'autres, avaient attribué, sans exaraen sérieux, 
à Jean Teutonicus, 



auquel on ajoiitait quelquefois le nom de leur pére ou de leur pays. Aussi , trouve-t-OD tou- 
jours, dans les souscriptiODS finales des livrea de cette epoque, le nom propre (ou de bap- 
téme) écrit avec une majuscule, tandis qu*OQ ne place qu'une miniiscule en lète du nom 
jiatronymique ou da nom du pays. La fln du vers Dejure empkUeotico en est un exemple, 
car le ... teutonicus arte Joannes n'est qu'une variante du prosaTque Joannes parix de alma^ 
nia, employó par le méme imprìmeur dans la souscripliou du De elericU concubinariis, 

G'est probablement cet usage qui determina Conrad Gesner ò suivre Tordre alphabétique 
des noms de baptéme, dans son Bibliotheca universaliSt plutót quo l'ordre des noms patro- 
nyroiques. 

L*ordre alphabétique des noms de baptéme a toujours été svivi <)aD8 les oombreuz Inde^ 
lihrorum prohibitorum, qui ont paru depuis 4540 jusqu'à nos jours. 

(4) La Serna Santander, Diclionnaire bibliographique choisi du quinzième siede, t. I«r, p. 386. 

La note de ce bibliographe, consacrée au Traetatus de jure emphiteotico , est au moias 
singulière. Après le titre du livre, il donne la souscription suivante : Tholose, Joannes 
Teutonicus, 4479, in-fol. Cette souscription est tout à fait inexacte; la voici, telle que nous 
l'avons relevée sur Texemplaire de la biblìothèque imperiale : 

Au-dessous des seize vers que nous avons cités, on lit : Finit Tholose. Anno Christi 4479. 

A la fin de sa note , La Serna se demande si ce Jean Teutonicus n'est pas le mème que 
celui qui, sous le nom de Joannes Trecbsel , allemand. Imprima ensuite à Lyon, depuis 4488 
Jusqu'en 4498!!! 

(2) Née de La Rochelle, Recherckes historiques et eritiques sur Vétablissement de l'art 
typographique en Espagne et en Portugal pendant le quinzième siede, p. 32. 

(3} Peignot, Diclionnaire raisonné de bibliologie^ t. HI, p. 328. 

(4) J.-Cb. Brunet, Manuel du libraire, t. !«', col. 646, art. Barbatius (édit. de 4860). 

(5) Loc, eit, 

(6) Histoire de Vimprimerie. Paris, 4854, t. l«r, p. 446. 



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— 76 — 

DésiraDt toutefois faire passer notre conviction daos l'esprit da lec- 
teur , Dous avoQS dù rechercher s'il n'existail pas, par hasard, d'autres 
axemples do mot teutonicus employé poar caractériser la nationalité 
de quelques imprimears célèbres. 

Nos recherches n'oDt pas été vaioes, et, cbose bizarre, c'est précise- 
ment dans un incanable touloasain que doqs avoDS trouvé la preave de 
notre allégatioQ. 

Voici ce qu'oQ Ut à la fin d'un volume qoe possedè la bibliothèque 
Saint-Jean de Barcelone et dont nous n'avons trouvé la description nulle 
part : 

Subtilissimi doctoris patris Francisci Maronis (?), ou plutót Mayro- 
nis, de ordine minorum editianes in cathegorias Porphyrii et predi- 
camenla Aristotelis ; impressioni dedit magisier Henricus Meyer 
THEUTONicus , in civitùte Tholosana anno incarnationis Christi 
M.cccc.lxxxx (1490)^ die vero xx mensis septemhris , pet. in-i*' 
golb., à 2 col. 

Cet argumenl nous paraft sans réplique. Toutefois, poussant le scru- 
polo jusqu'à sa dernière limite, nous avons cberché de nouveau , et voici 
ce qu'à notre grande surprise nous avons trouvé dans le Dictionnaire 
bibliographique de La Sema Sanlander, t. II, p. 250 : 

« Bruni, Leonardi, Aretini, De hello Italico adversus Gothos. Ful- 
» ginei, Emilianus de orflnis et socii , 1470, in-fol. On Ut, à la fin, 
» cotte souscription : Hunc libelltim Emilianus de or finis, fulginas (1) 
» et Joimnnes numcister theutunicus (sic) : ejusque sotii impresse- 
la runt Fulginei in domo ejmdem emiliani y anno Domini 1470. » 
Nous nous sommes domande, aprèscela, comment il se fait que La 
Sema, en écrivant le nom de Johannes numeister theutunicus , ne se soit 
pas rappelé le Joannes teutonici^ des vers placés à la fin du De jure 
empkUeoticof 

Indiquons encore, ponr compléter nos preuves, les quatre vers qui se 
trouvent a la fin du livre suivant, et qui, sous une forme diflférente, afflr- 
ment la nationaUté du lypographe. 



(1) De Foligno. 



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— 77 — 

Augustini, S. Aurelii, confessionum, libri XIII . Mediolani. Johan- 
nes banm, 1475, ìn-4^. In fine : 

Qman UBtum auguttina ferat confesiio faium, 

Prasens fratte refert pagina presMa mo (4). 
Theutonieis delatiu enim Bontà cere Johannes 

Hoc Mediolani ferìiU preait opus (2). 

Nous Dous permettrons, a ce propos, de faire observer que, durant 
la fin da quiDzième siede et pendant le commencement du seizième, les 
imprìmears se montrèrent jaloux d'af&rmer leur nalionalité a la dernière 
page des livres qu'ils mettaient en lumière. Les artistes allemands sur- 
tout , flers , à juste litre , de la gioire que la découverle de Pimpriroerie 
faisait rejaillir sur leur pays, n'y faillirent jamais. Àussi ont-ils varie 
de plusieurs manières la formule de celte attestation. C'est tanlòt Johan- 
nes Parix A'Almania, tantòt Henricus Mayer Teulonicus, tantòt Johan- 
nes Cleyn Alemanus, eie. Les imprimeurs des différentes parties de 
l'Europe suivirent quelquefois cet exemple, et signalèrent, par une épi- 
thète, le nom du pays ou de la cité qui les avait vus nattre. Pour ne 
citer qu'un exemple , nous rappellerons ici que Jenson signail ainsi ses 
livres : Nicolaus Jenson Gallicus (3). 

Nous placerons à la suite de celte deuxième sèrie plusieurs ouvrages 
que nous ne pouvons y rattacher fante de documents précis, et dont, 
par le méme motif, nous ne pourrions former un groupe particulier. 

N^ 8. Pierre de Castrovol. — Incipit tractatus super psalmum qui- 



(4) Pour dissiper Tobsciirité qui rógne dans les deux premiers vere, il faut se rappeler 
que cette édition des Confeuions de Saint Augustin parut peu de temps après la première , 
c'est-è-dire après celle que les bibliograpbes attrìbuent généralement è Hentelin. Cela étant 
admis, nous rlsquoos ici la traductioD de cette espèce de casse-téte rhythmó : 

e L*heureiix fruit qu*avaient enfanté les types des Confessione de saint Augustin, trouve sa 
ressemblaDce dans ce présent livre, imprimé avec des types jumeaux, car Jean Bon l'AUe- 
mand (littéralement : qui compie parmi les Allemande), a imprimé cet ouvrage, plein d'ensei- 
gnements féoonds, è Milan, à l'aide de caractères d'airain. » 

(2) La Sema, t. II. p. 420. 

(3) Un autre imprimeur francala, établi à Milan en 4497, signait ainsi ses livres : Impru- 
smn Mediolani per magistrum GuiUrmium, signerre, Bothomagensem, (V. La Sema, art. 
Apidus,) 



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— 78 — 
cunque vult, naminaium, qui alio nomine didtur simbolus Atha- 
nasiij episcopi Alexandrie, compilatus per fratrem Petrum de Gas- 
trovolj ordinis Fratrum minorum, ac sacre theologie magistrum. 

In fine : Tractatus super psalmum quicumque vult per reverendum 
in Christo seraphici ordinis fratrum Petrum de Casiravol (sic), in 
sacra pagina magistrum compilatus. Rursus Tholose revisus diligen- 
ter, fideliterque examinatus : Sic quoque ibidem impressus finii feti- 
citer. La table occupe le verso da méme feuillet et le recto da suivant, 
au verso duquel on lit : 

Interpretatio psalmi, quicunque vult : qui alias simbolus beati 
Athanasii intitulatur. 

S. 1. (Touloase) el a^ (1489?). — Iq-4^ golii. (1), de 96 flf. dont le l'I- 
esi blanc, ayaDt 31 Hgnes aux pp. enlières; le livre est constitué par 
cabiers de 8 fF., exceplé f. et n. qai n'en ont que 4. Sans chiffres ni 
réclam.; sìgnat. a-n. Le papier, d'après la descriplion qne M. Deloye, 
conservaleur de la bibliothèque d'Avignon , a bien voulu nous adresser, 
n'aurail qu'an seul flligrane, un B (v. pi. 1 , flg. 9), à Favant-dernier 
feuillet du cabier m , et encore ne le remarque-l-OQ que dans l'un des 
deux exemplaires de ce livre que possedè la bibliothèque d'Àvignon. — 
L'uQ de ces exemplaires provient de la bibliothèque des Célestins dont 
il porte la marque et sur la première page daquel on lit : Celestinorum 
Avinionis beati Petri de Lucemburgo. L'autre exemplaire avait appar- 
tenu au couvent des Doctrinaires d'Àvignon. 

Ce second exemplaire est d'antan t plus précieux qu'il contieni cinq 
incunables dont voici les litres, que je copie d'après la note que je dois à 
Foblìgeance de M. Deloye. 

« i"" De passione Chrisli sermo j eie., Guilermi de Aquisgrano. Ce 
» sermon est imprimé a Lyon, en 1489 , pour Johannem Trcchsel 
» Alemanum (2). » 



(1) Les poQtaseaux sout eu travers, séparéB les uns des autres de 0m,038 , et le filigrane 

se trouve dans les marges du dos. 
[%) Voici le titre ezact du livre de Guillaume d'Aix-la-Chapelle : 
De paisione Christi sermo tacre theologie doctorit Guilermi de Aquisgrano. — Lugd, per 

loHBM Trbchssl, 4489. Iq-4<* goth. Pericaud Tatoó , Biographie lyonnaite du qwnxième siéelo,) 



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— 7ft — 

€i^ Epistola rabbi Samuelis, ete., de prophetUSj ete. Sans date, 
» niliea d'impressioo. » (Voir au sujet de ce volume, imprimé paat* 
éireàToalouse, la Chasse aux incunables.) 

(( 3<^ Tractatus perutilis d( phitonicis (sic) mtUieribus. Ce traile est 
» aossi sans date d'impression, mais la dédicace de Touvrage par Tau- 
».teur, Ulric Molitor de Constance, est dalée da 10 janvier 14&9; le 
» voi. est in-4®. » (Voir à ce sajet le Manuely art. Molitor.) 

« 4« Flagellum maleficorum a magistro Petro Mamoris, ete, sans 
». date. » 

(( K"" Tractatus de supersticiosis qmbusdam casibus, ete., per, ete., 
» Henricum de Gorchen, s. 1. et a^, sans nom d'imprimear. Au der- 
» nier f. da livre uue marque d'imprimeur composée d'un J et d'un G , 
» en moQogramme dans un rectangte fleuronné d'espèces de fleurs de 
» lis. » (Probablement in-4^.) 

Quoique nous ne connaissìons pas le flligrane du papier de ce dernier 
volarne, nous u'bésitons pas a croire qu'il est sorli des presses lyon- 
naises, car le monogramme J. G., comme nous Tavons prouvé dans la 
Chasse aux incunables (p. Ì2), est celui de Guillaume Balsarin de 
Lyon (!)• 

N* 9. Si nous devons en croire Los Rios {OEuvres, 1789, p. 58), 
on aurait commencé d'imprimer en 1480, a Toulouse, de pelils livres de 
dévotioD , le Pelerinage de la vida humana (sic), et la Croix de Dieu , 
autremeot dit VA, £, C, pour apprendre a lire aux enfanls. 

Los Rios n'indiquant pas les sources où il a puisé ce fall inléressant , 
nous ne le donnons ici qu'à litre de renseignement. 

N^ 10. Drouyn (loh.). — Ars notariatus. 

In fine : 

Finitf tractatus de arte notariatus. 



(f) Ce monogramme a fort intrigué plusieurs savants bibliographes , entre autres, MH. £. 
Gasserà (a), Hnbaad {b), Perìoaad l'atné (e), ete. 

(a) Obiervation bibliographique au sujet d'un opuscule faussement attribué à Péirttrque (Ménudre de 
VAcad. des Sciences de Turin.i, 28, 1851). 
{b) Happ^ri sur un mémoirt de Af. C. Gaiobera (Marseille, 1851, p. 23). 
(e) Bmoihèqué lyomurìse du q^mUme iiècU, p. 8. 



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— 80 — 

In-i^' de 8 ff. golh., 52 lignes aux pp. eotières, s. 1. et a^ Sans chiff. 
ni réclam.; signat. a-4. 

Le recto da prebier f. ne contient que le tilre sur nne seule ligne; 
aa verso se trouve la table. 

Ce volume, qui était relié avec YArestum querele de 1479, nous pa- 
rut, au premier aspect, sortì des presses da méme imprimeur ; mais en 
y regardant de près on s'apergoit de la différence qui existe entre ces 
deux ouvrages. 

VArsnotariatus est mieux imprimé; les caractères sont très-nets; 
ceux de VArestum sont un peu baveux , les abréviations ne sont pas 
tout a fait semblables et les capitales ne sont rien moins qu'identiques. 
Le papier est de méme graia et de méme ténuité. VArestum a pour 
filigrane la main qui bénitj et VArs notariatus la rou^ dentée^ sur- 
montée d'une houle. Les pages de celui-ci ont 33 lignes, celles de l'autre 
n'en onl que 32. 

Cet ouvrage est de Jean Drouyn, mort en 1507, Tauteur de la Nef 
des folles, de VHistoire des trois maries^ etc 

Nous ignorions le nom de Tauteur de YArs notariatus^ lorsque dans 
le catalogne Le Glay (Glaudin, 1464), nous trouvàmes mentionné le 
livret suivant, que nous nous empressàmes d'acheler : Libellus de arte 
notariatus novissime correctus ac emendatus. Au-dessous de ce titre, 
une gravure sur bois, répélée au verso, représente un personnage, — un 
tabellion sans doute , — écrivant dans un regislre place sur un pupitre. 

En téte du f. a-ij, on lit : Incipit libellus de arte notariatus novis- 
sime correctus ac emendatus per magistrum lohannem Drouyn, 
vtriusque juris bachalarium. 

A la fin et avant la table, on lit : Finii tractatus de arte notariatus 
noviter impressus Lugduni, per Claudium Nourry alias le Prince. 
Anno Domini M.ccccc.xxiij, die V\ xxi marta. Petit in-8^ goth., de 
8 fF. Sans cbifiF. ni réclam.; signat. a. iiii. — Pas de filigrane appréciable. 

On devra , désormais , ajouter YArs notariatus aux nombreux ou- 
vrages de Jean Drouyn, mentionnés dans les biographies (1). 



(4) VÀrs notariatus de Jean Drouyn a été souvent réimprimé dans le commencement du 
seìzième siede. Nous Tavons rencontré naguère dans l'ouvrage suivant : Formulare (sic) 



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— Si — 

NMl. In nomine domini nostri Ihesu Christi. Incipit doctrinale 
florum artis notarie. 
Ed téle da 126' et dernier L on lit : 

VERSUS. 

Aedpe primevaM decapmtha quoque thHroB 
Primorum litteras eapitulorum et illas 
Ordine conjunge debito He inde liqtiebit 
Aetoris (sic) hujue tibi nomen libelli quod erit, 

Iq-4^ goth., de 126 fiF., ayaDt 28 ligoes aux pp. entières. Chififré en 
téte^ au recto seulement, s. 1. (Toulouse?) et a% sigoat. a-q, papier fort; 
pour filigrane tme petite cloche et la roue dentée (V. pi. 1, flg. 10). 

Ce livre apparlient à la bìbliolhèque de Toaloase. Il faisait parlie d'un 
volume de Mélanges renfermant plusìeurs incunables toulousains. 

Les bibliographes soni a peu près muets sur les anciens livres qui 
traitent de la science du notariat (1); c'est à lort, selon nous. Quel- 
ques-uns de ces traités, colui dont nous nous occupons, par exemple, 
ofifrent, au point de vue des moeurs, des usages, de l'histoire locale en un 
mot, un très-grand intérét, et renferment certains délails que Fon cber- 
cherait vainement ailleurs. 

Etranger à Tétude du droit, nous ne tenterons pas l'analyse de ce 
livre, mais nous appellerons l'attention du lecteur sur la partie la plus 
intéressante de l'ouvrage, c'est-à-dire sur les formules des dififérents 
actes qui incombaient, au quinzième siede , a la profession de tabellion. 

Il est facile de se convaincre que Tauteur de ce livre exergait son 
ministère, soit à Àlais, soit à Uzès , soit enfln dans une des paroisses de 
ces anciens diocèses; car les noms de personnes ou de lieux qu'il cite 
dans ses formules se trouvent encore dans la carte de Cassini. 

Quant au nom de Tauteur, il nous a élè facile de le découvrir en sui- 
vant les indications contenues dans les quatre vers qui terminent son 

instrummtorumj etc., etc., Adita arte notariati, etc. Lugduni, apud Scipionem de Gabiano, 
4534, ÌD-8o. 

(4) M. Branet (Manuel du libr., t. !•', col. 608) cite une ódltion in-8<», de VAr$ notariatust 
impr. à Paris, en 4545, P.-J. Manugue. — li cite également, à l'article Prothoeolle, un formu- 
taire ou etile et art dee notairee royaua, tahellUme, greffiere, etc., imprimé à Paris en 4544. 

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livre, c'esl-à-dire en preaant les qaìDze premières leltres, — Primevas 
decapentha quoque thetras litteras, — des premiers chapitres et en 
les plagant dans qd ordre coDvenable. Ce qui donne poar résultat : Ste- 
PHANUS Marcil , ou Marcilloti j si le mot t€tra{s) signifie -^uatre an lieu 
de notr(es). 

Catte fa^n bizarre d'enigmatiser son nom existait déjà au quatorzième 
siècle. En voici un exemple : Dans les initiales des 19 stances compo- 
sant le prologue d'une traduction de Boéce, on trouve frère Renaud 
de Louens (Louhans). C'est le nom d^ Tauleur qui acheva cette traduc- 
tion le 23 mars 1556, dans la ville de Poligny en Franche-Coralé (1). 

Les noms en acrosliche vulgaire se rencontrent plus fréquemment. 
Nous citerons le suivant : 

Le nom de Téditeur du Matheolus, imprimé en 1492, par Àn teine 
Vérard, se trouve dans les seize vers placés a la fin de Touvrage; il 
s'appelait Alesandre (sic) Primet. 

N"* 12. Aresium querelai (sic) de novis dissaisinis non venit in par- 
lamentiSy etc. 

Edilio vetus circa annum 1484 impressa Tliolosce (sic), in-4^ golh. 
(catal. Mac-Carlhy, n^ 1504), (Voir ci-dessus, p. 66.) 

N° 15. Scotus pauperum super quatuor libris sententiarum (2). 
— Pas de souscription finale. Après le 1^' f., portant au recto le titre^ 
imprimé sur deux lignes, se trouve Tépitre de Tauteur : Reverendissimo, 
in Qhristo patri, et illustrissimo domino domino Alphonso de Ara- 
gonia , archiepiscopo cesaraugustanense dignissimo ; subditus Guil- 
lermus Gorris, posi devotissima manuum oscula se humilime com- 
mendai. — Celle lettre est ainsi datée : Dalum Tholose die decimo 
may, anno Domini I486. 

Suit le prologue, qui commence au 5* f., par l'entète suivant : Scotus 



(1) Paulin Paris. Manuserit frangaU^ t. V, pp. 38-58, description des mss. noi 7074, 
70745 et 70723. 3. . 

(2) Jean Duns , surnommé Scot parco qa'il était natif de Donston en Ecosse, entra dans 
l'ordre de Saint-Frangois , où il se distingua par son merveilleux talent pour les chicanes 
scolastiques ; ce qui lui merita le nom de docteur gubtil. Il mourut à Cologne en 1308, àgé 
de 30 à 3o ans, après a voir forme une école dont les partisans portent le nom de bco^ 
tUtes , par opposition à celle de saint Thomas ou des thomiste$ (La Sema, t. H, p. 385). 



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— 88 — 

pauperum in quo doctorum et Scoti opiniones in quatuor libris sen* 
tentiarum continente diliundantur. Tholose editus per emmium ar- 
tium et sacre theologie professorem Guillermum Gorris aragonensem 
ad pauperum vtilitatem feliciter incipit. 

I0.40 goth., 256 fF. de 39 ligoes aux pp. eDlières, s. 1. et a"" (Toolonse, 
1486). SaQS chiff. ni réclam.; signat. a-b. Tous les cahierssont de 8 ff., 
exceplé sor le l"" Cahier, dont la sìgDat. se tronve sor le 2* f.; la signat. 
est invariablement placée, dans toas les antres, sar le l*' et le Z\ — La 
signat. de ce 3* f. ofFre une parlicularité qae noas n'avons rencontrée 
nulle part : c'est que la lettre, au liea d'étre chiffrée III , est suivie d'un 
.Z. entredeux points. Mentionnons encore deux cahiers signés S, mais 
dont les S ont une forme differente. 

Ce livre est fort bien imprimé. Les caraclères du texte sont menus , 
très-nets, et ont à peine i points typographiques. Les caractères du titre 
et des tétes de cbapitre en ont 7. Le papier est épais, corse, un peu fauve, 
et il porle pour filigrane la main qui bénit. La place des capitales est en 
blanc et occupée quelquefois par une minuscule. 

Yoici, au sujet de ce rare volume, ce qu'on Ut dans Caballero (1) : 

« Ex lob. a sancto Antonio, in bibliotheca casanatensi legi opus cujus 
» hacè est inscriptio : Scotus pauperum, vel ahbreviatus, in quo doc- 

> torumy et Scoti opiniones in 4 libros sententiarum compendiose, 
» elucidantur. Sequitur auctoris epistola ad Alphonsum de aragona^ 

> archiep. coesaraugustanum. Proxime post epistolam est prologus Scotus 

> pauperum. » 

« Tolosce' editus per eximium artium et sacrce theologice professo- 
» rem Guillerinum Gorris Aragonensem ad pauperum utilitatem feti- 
» dter incipit. Est volumen in-P, sine typographo et anno. Locus 
» Tolosce videtur fuisse, in cujus Academia Theologiam Guillerinus 
» profitebatur (2). » 

N"" 14. Jean d'Arras. — Historia de la linda Melosyna. 

En Tolosa, Juan Paris {sic) y Estevan Cleblat [sic) (3), 14 jul. 1489, 
in-fol. goth., fig. 

(4) D9 prima typographia hispaniea €Btat$ Mpeeimm. RomiB, 4773, in-4o, p. SO. 

(5) V. t. VUI, p. 344 , Avant-propoif la conséquence que noas avons tirée de cette citation. 
(3) Dans le De clerieii coneuhinariii et le Bo9tw$, le nom de rimprìmeur est alnsi orthogra- 



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— 84 — 

« EditioD aussi précieose qa'eitrémement rare ; elle a des signat, de 
» a-v, et 37 ou 38 lignes par page. Le 1*^ f., MaDc ao recto, porte sor 
» le verso une gravare en bois^ et le texte commence aa recto da V f., 
» sìgn. a ij. » 

N'ayant jamais va ce rare volarne , noas en donnons la descrìption 
d'après La Sema Saotaader, art. Arras (Jean de) , et M. J.-Ch. Braaet. 

Ce livre est la tradaction de la Melusine^ de Jean d'Arras, imprimée 
pour la première fois, à Genève, en 1478. 

N^ 15. Torre (Alfonso de la). — Ymon deleitable de la philosofia 
y artes liberales. 

Version en catalan, ou dialecte limoasin, de Toavrage espagnoL 

Nous empranterons encore à M. J.-Gh. Brunet la descrìption de ce 
rarissime volarne que noas n'avons jamais vu. Après avoir dècrit l'édition 
de Barcelone (t. V, col. 887, èdit. de 1860), le savant bibliographe 
ajoate : « ...Il en existe une autre de 1489 , in-fol. goth., laquelle est 
portée dans la bibliogr, Grenvil^ p. 750, sous le titre suivant : Camienfa 
» el tratado llamado vision deleytahk de la philosofia e de los otras 
» sciencias. Aqui se acaba el libro de la vision delectable con la tabla 
» que Irata de la philosofia (sic) e de los otras sciencias brevemente 
» e que declaron el fallada en ellas. Imprimido en la muy noble e 
» leal cibdad de Tholosa, por los muy discretos maestros Juan 
• Palrix {sic) Estevan Gleblat. M.cccc.lxxxix. — L'exemplaire dècrit a 
100 ff., mais il paraft y manquer 2 fif. du 'Cahier A. La date est aa recto 
> du dernier f. de la table, dont le verso est blanc. L'exemplaire venda 
» 2 liv. 19 sh. Ueber avait de plus^ àce qu'il paraissait, 505 proverbios 
» de Lopez de Mendoza (voy. Lopez), sui,vis da Tratado de providenda 
» contra fortuna, de Diego de Valera. » 

Dans l'édition da Manuel, de 1843, M. Brunet signalait des fig. sur 
bois (1). 

phié : loannu Parix, et M. de Castellane écrìt Clebat au lieu de Cleblat, La 2e ódit. deMen- 
dez (Madrid, 4864-66) porte, tantót Clebat, tantót CUblat. 

(4) Dans la 2« édit. de Mendez , Madrid , 1866 , p. 378 , od trouve sur cotte édition de la 
Ftiùm les détaila suivants : 

Vision delectable , 

Portada en letra gòtica pequena , à la cabeza de la primera hoja. La segunda dice : a Go- 



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— 86 — 

N* 16. Voragine (Jacobus Ae).— Legenda aurea (sive flores sanctorum). 

Pet. in-foh s. d. 

(f Edition imprimée eo caractères ronds et avec des capitales golbi- 
» ques, sar 2 coloDDes , doni celles qai sont entières portent 39 ligoes. 
» Le volarne se compose de 360 ff., y comprìs les deux premiers, qui 
» coDtienneQl le prologue et la table. A la fin de celle<^i , se lisent hait 
» vera latins. » (Manuel du lihraire, \. V, col. 1367.) 

M. Branet n'ayant cité que quelqaes-uos de ces vers, doqs les don- 
noDS toas ici, d'après Née de La Rochelle (1) : 

Ta qui famam cnpis ffiternam cumulare, 
Àwrm legenda aspice , ne careaa ; 



» mien^ el tratado llamado vision deley table (aai). De la philoaofla e de las otras acien^ias : 
» compuesto por Alfonso de la Torre , bachiller : enderegado al noble don Juan de Vea- 
» monte , prìor de Sant^uan en Navarro. 9 

Despuós de este epigrafe, que ocupa las cuatro primeras lineas , va un grabado en madera 
representando el acto de ofrecer el autor la obra à quien la dedica. Sigue en la misma pàgina, 
que està orlada, la dedicatoria, la qual ooncluye en el anverso de la tercera hoja, à cuyo final 
se ve otro grabado tambien en madera , y que representa al autor dormido y sonando que 
vela lo que cuenta eu el libro. 

Concluye el texto en la hoja 404 y à la vuelta de ella va la a tabla de los capitulos 
del libro llamado vision delectable : compuesto por Alfonso de la Torre , bachiller ó jns- 
tancia del muy noble seiior don Juan de Veemente. £1 qual libro es dividido en dos partes. 
En la primera parte trata de las artes liberales e de la metafisica e de la natura. En la se- 
gunda trata de la philosofia moral. Los capitulos del qual dicho libro son divididos en la 
sigulente forma. » 

Està tabla ocupa cuatro pàginas ; la ùltima de óstas concluye asi : 

« Aqui se acaba el libro de la vision delectable con la tabla. » 

On lit à la fin : Fenesce la ystaria de Melosinat enpremida en Thohia, por los honorables 
e diioreios maestroi Juan Parix e Estovan Cleblat alemanes , que con grand diligenfia la 
hixieron panar de frances en caetellano, E despuee de muy emendada la mandaron ynprtmtr. 
En el ano del Senor de nUll et quatro dentos e oehanta (sic) et nueve anoea. Xiiij dUu del 
mes dejulio. 

En 40 mayor, pasta , latra de Tortis , fólios romanos y signaturas , sin reclamos , linea se- 
guida, grabados en madera intercalados en el texto, 403 bojas segun la numeracion de los 
folioa en realidad 402. Pues pasa del 37 al 39 por error. Estan equivocados los fólios 74 y 
76; i)apel grueso. 

A la fin la marque des imprimeurs (v. pi. IX, flg. 2). Provenance : biblioteca de Fomento. 

(4) £oc. di., p. xiì. 



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Quam nitide pressam Parix ounc tibi tradit, 
Profesflorque fldei Jacobi oorrezit. 
Quo8 diversoB solum genuit, nunc Tholosa pasdt. 
Muodusque aspiciet totus eorum Opera, 
Interque prsBferre debes hoc ai bene porla; 
Tunc jugia porta tusB manet anime requiea. 

A la saite de ces vers , Née de La Rochelle doos dit : « Je o'y ai rieo 
» ajouté , si ce n'est la ponctuation, qui n'existe qo'à la deraière ligne, 
» mais j'en ai fait disparaflre les abréviations. » 

L'exemplaire que Née de La Rochelle avait sous les yeux était celai 
de Gaignat, inscrit, dans le catalogne de cet amateur, soas le d"" 2779. 

Née de La Rochelle , et M. Bronet d'après lai , le déclarent imprimé 
sur papier fort, en caractères ronds , dans ksquels la « plupart des 
capitales soni gothiques. » 

Nous n'avoQS jamais va ce livre ; mais , noas Tavouerons , nous ne 
comprenons pas biea ce qu'on enteod par des caractères ronds avec 
des capitales gothiques. Et pais , ce qui nous déroate toat à fait , c'est 
que , dans l'exemplaire du catalogne Gaignat , les types sont désignés 
par ces mols : litteris quadbatis! Des caractères carrés, — quadratus 
ne veut pas dire autre chose^ — ne sauraient étre ronds! Qui se trompe 
ici de De Bure ou de Née de la Rochelle, auquel s'en est rapportò 
M. J.-Ch. Brunet? Il y a là un malentendu , et ces bibliographes ont 
sans doute voulu designer, à leur manière, les caractères qui tenaient 
lieu de notre romain lorsque le gothique moderne regnati encore et 
que Fournier (Manue/ /^po^rap/i., t. II, p. 143) designo sous le nom 
de lettres de forme. 

Ces lettres se rapprochent beaucoup des gros caractères employés par 
Mayer dans Vlmitation, le Stylus parlamenti, la Coronica de Espana. 
S'il en était ainsi, nous aurions peut-étre là la transition du gothique em- 
ployé par Jean Parix à celui dont s'est servi Henri Mayer, et dont nous 
nous occuperons tout à Theure. 

La date du Legenda aurea devrait donc, d'après cela, étre fixée avant 
l'année 1488, epoque ou Henri Mayer imprima la Imitadon. Nous ne 
pourrìons pas, du reste, la piacer plus tard, puisque, dès 1489, Jean Parix 
était associé avec Estévan Cleblat. 



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— 87 — 
TROISIÈME GROUPE. 

HENRI MAYER. — 1488-1494. 

N^ 1. Summuli magisiri Ioannis. 

In fine : 

Famosissimi bonarum artium ac philosophie monarche Parisiensis 
magistri Ioannis de magistris summula et Petri Hy spani glosule exac- 
tissime ad mentem doctoris subtilis felici sydere finiunt opera et 
impensa magistri Henrici Mayer almani. — Anno salutis nostre 
JiT.ccc&'.lxxxviij'', die xxijj mensis aprilis. 

Pet. in-fol. goth., à 2 col.« sans chiffr. dì réclam., signat... 

Le papier a pour filigrane la main qui bénit. 

Il ne se troave dì dans Mendez ni dans Caballero. 

Ce livre appartieni aux archives de la couronne d'Aragon , a Barce- 
lone. Il m'a été ìndiqué par M. Volger (l), 

N^ 2. La 2* édil, de Mendez (Madrid, 1866) porte, dans les AdicioneSy 
p. 377, l'article suivant : 

« Versor (Ioannes), — Expositio super summulas Petri hispani; 
» Tholose; fol. goth., mai, et mìa., voi. 1. » 

» Edicion sin cifras, reclamos ni ano de ìmpresion, por dos molivos, 
» rara y singular : 1° Por no poderse designar si pertenece a las prensas 
» de Tolosa, capital de Langaedoc, en Francia, o a la capital de Gui- 
» puzcoa, en Espana (2). 2° Por no verta mencionada por los mas acre- 
» ditados biblìografos , debiendo lenerse corno rara é impresa entre los 
» anos de 1479 y I486, » 

Provenance : Biblioteca nacional de Lisboa. 

Delandine , Michaad et la Nouvelle biographie de MM. Didot frères , 

(4) En 4 864 , M. Ernest Volger, consul des Etato-UnisàBarcelone, et bibliophile fort instruit, 
voulut bien me faire pervenir la liste des ouvrages imprimés à Toulouse que renferme la 
riche bibliothèque des archives d'Aragon. 

(5) El autor del a Relatorio a*ce£ca da Bibliotheca nacional de Lisboa , » Jose Feliciano 
de Caetillo, Barreto e Noronha, dudaba una cosa que en el dia pasa ya por averiguada : y 
es que Tolosa de Guipuzcoa, en Espana, no tuvo impronta en el siglo xy. 



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— 88 — 

ont gardé le silence sur cet intrèpide commentatear d'Àristote (1). Le 
lecteur nous saura peut-étre gre de lui dire, un peuy ce que fut, au quin- 
zième siede, le chef de la famille des Yersorìs. Nous lui éviteroDS dosi 
la peine d'ouvrir son dixième volume de Moreri , ou le quatrième volarne 
de Bayle, ari. Yersoris. 

< Yersoris, famille qui a donne plusieurs illlustres avocats au parlement 
» de Paris^ était autrefois établie aux environs de Falaise en Normandie. 
» Son nom étoit le Tourneur^ et fut lalinisé en colui de Yersor par Jean 
j) le Tourneqr, qui vini s'élablir à Paris , vers le règne de Charles VII. 
» Il y fut un des premiers docteurs de FUniversité, et composa plusieurs 
» ouvrages latins, que Fon nomma Yersori operos, ce qui donna le nom 
» de Yersoris à sa famille, » (Moreri.) 

N° 3. Cy comance le livre tressalutaire de la ymitacion Ihesu 
Christ et mesprisement de ce monde , premierement compose en latin 
par sainct Bernard ou par autre devote persone , atribue a maistre 
iehan Gerson chancelier de paris et apres translate en francoys en la 
cite de Tholouse. 

A la fin : 

Cy finist le Ilare de la ymitacion ihesu christ et mesprisement de 
ce monde , imprime a Tholose par maistre henric mayer alaman lan 
de grace Mxccc.lxxxviii, et le xxviii tour de may. 

In^"" goth., de 152 ff., chiffrés au milieu de la page, mais au recto 
seulemenl. Les cahiers sont de 8 flf., signés a-p, pour les trois premiers 
livres, et A-D, pour le 4«. — Le l*' et le 3' f. soni seuls chiffrés , et ce 
dernier porle invariablement après la signature le chiffre romain IL 

Une particularité digne de remarque et que nous n*avons rencontrée 
que dans quelques incunables d'une date plus ancienne, c'est que le 
nombre des lignes, aux pages entières, varie singulièrement. Yoici 
quelques indications prises au hasard : %"" livre, fol. i, 26 lignes; idem^ 
fol. iì, 27 lignes. — 3* livre, fol. liii, 25 lignes. — 4® livre, foL i verso, 
22 lignes; idem, fol ij recto, 21 lignes; idem, verso, 23 lignes. 



(4) Le Répert. bibliograph. de Haio contient 44 oavrages de Versor (du no 46,0SS Jus- 
qu*au no 16,063] ; presqae tous sont des commentaires ou des gloses sur les différents traitós 
d'Arìstote. 



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— 89 — 

Ed téle da Yolaroe se tronve une gravare sur boìs , dont M. de Castef- 
lane (toc. et/., p. 19) a donne ane copie pea fidèle, d'après Teiemplaire- 
de la Imitacion , appartenant à M. Bouchet-Doumeng, de Montpellier. 
(V. pi- 5.) 

Gette flgare représente Jesus portant sa croix. Derrière Jesus un per- 
sonnage a genoux s'écrìe : 

Riens Je De pays Seigneur aans toy 
Penser parler de {sic) bien ouvrer 
Pourtant après toy tire-moy 
Et t'eu soyvray sans point errer. 

Jesus, en le regardant, lui dit : 

si tu veux venir apres moy 
Charge ta croiz toi desnyant. 
Tes coDCupiscences et toy ^ 
M'ensuyuras eo mortifiant (4). 

N^ i. A la suite de la Ymìlacion se trouve un traile de saint Àuguslin, 
que M. de Castellane a décrit le premier (loc. cit., p. 20). En voicì le 
titre : Le schele de paradis. Sensuyt ung petit et singulier traictìe de 
sainct Augustin appelle le schelle (sic) de paradis : ou est contenu 
rofflce de lecon (sic) medilacion : oroison et contemplacion. 

Id-4® goth., 16 ff. réunis en deui cahiers de 8 ff., sìgnés ab. Le der- 
nìer est blanc et manque dans rexemplsùre Doumeng. Au verso da faux 
titre existe une figure sur bois, du méme style que celle de la Yrnita- 
cien. Elle représente Jesus, un pied sur la boule du monde , montrant 
aa personnage place à genoux près de lui l'échelle de paradis, au haut 
de laquelle on apergoit une multitude d'anges. 

(4) Cette legende se trouve ausai au verso du 4«r f. de la 2« édit. de Vhnitaihn de Jéiut» 
Chriit, Paris, Jean Lambert, 4493, in-4o gotb. 

D*après le Catalogue MRehelin, Potter, 4864, la legende de Tacolyte de Jesus présente quel- 
ques variantes : 

Se te Teulx venir apres moy 
CSiarge ta croix inoontìnant. 
Tes concnpiscenoes, etc. 

42 



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— 90 - 
La legende de Tacolyte de Jésas est ainsi con^oe : 

Sans toy Sire rien ne puys 
Faire dire ne bien penser 
Las encores mondain suys 
Ed toy Seul fays moy repouser. 

A quoi, Jesus répond : 

Se veuls ce monde mespriser 
Moy eDSuyr en feis eD dis 
Per ces degres porras monter 
Aa realme de paradis. 

Sur chacuD des degrés de l'échelle placée à la gauche du Christ on 
lit : Contemplacion oràyson meditacion le^on. (V. pi. 6.) 

La Ymitacion et le Schele de paradis ont été très-certaìnemeut im- 
primés ea méme temps; papier, ^raclères, format, justificalion , gra- 
vures, etc, tout le prouve. 

Ainsi réunis, ces deux ouvrages constituent un des plus beaux lìvres 
que nous ayons vus. Le papier en est fort, sonore, d'un blanc légèremenl 
fauve. Il a pour filigrane la main qui bénit et le p ondai bifurqué. 
(V. pi. 2, flg. 9.) On ne trouve dans le papier de YEchcUe de paradis 
qu'un Seul filigrane : c'est le Bj que nous a^ons dèjà signalé dans le 
Tractatus super psalmorum, de Pierre de Caslrovol, 2® parile, fol. 22. 
— Les caraclères golhiques dont Mayer a fait usage pour Tirapression 
de VYmitacion sont remarquables par leur forme, leur netletè et surtout 
par leur grandeur ; celui du texte a 9 points typographiques (4 millim.) 
et celui des tétes de chapitre en a 12 (5 millim.) (1). (V. pi. 7.) 

Nous ne saurions dire si Henri Mayer fut Finventeur de ces types, ou 
si, le premier, il les mit en oeuvre a Toulouse. Xoujours est-il qu'en les 
comparant avec ceux de Jean Parix, ils attestent de très-grands perfec- 
tionnements dans la gravure des poin^ns et dans la fonte des caractères. 

Gomme tous les perfectionnements , ceux de la typographie toulou- 
saine se sont produits successivement. Il est facile de s'en assurer en 

(4) Fournier, Manuel typographique (t. II, p. 443), signale ce type sous le nom de lettre 
de forme. 



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— w — 
comparant les impressions de notre premier groape d'incunables avec * 
celles da second. Mais , si l'on compare les impressions du deuxième 
avec celles da troisième , c'est-à-dire les impressions de Jean Parix a 
celles de Henri Mayer, la transition est si brusque et le perfecUonne- 
ment si grand, qu'il y a vraiment liea d'étre sarpris. 

Cela tient, probablement^ à ane circonstance que noas allons signaler. 
A part le ScotìAS pauperum, que nous supposons avoir été imprimé vers 
U86 , — et dont le plus gros des caractères se rapproche de celui da 
texte de YYmitacion^ — Fon ne connalt aucun livre imprimé à Toulouse 
durant une période de buit années, c'est-à-dire de 1480 a 1488. 

Que s'est-il passe? quels livres ont été imprimés pendant cette lacune? 
Un nouvel imprimeur vint-il s'établir à Toulouse et faìre concurrence à 
Jean Parix? 

Le Legenda aurea (v. ì!" sèrie, pp. 85 et 86), que nous n'avons 
jamais yu, et qui résoudrait peut-étre ìb problème, renferme-t-il les nuan- 
ces de perfectionnement propres a combler la lacune que nous venons 
de signaler? Nous n'en savons rien. 

Il est évident que depuis 1480 jusqu'à 1488 les imprlmeries ne chd- 
mèrent pas à Toulouse , et que Jean Parix continua de faire rouler ses 
presses, puìsque, en 1489, nous le retrouvons imprimant a Toulouse pia* 
sieurs ouvrages en compagnie d'Estévan Clébat. 

Avant cette association , Estévan Clébat avait-il imprimé seni poar 
son compie? avait-il, de son coté, apporté quelques perfectionnements à 
son art? Il n'y aurait rien dMmpossible à cela. 

Nous connaissons cinq exemplaires de la Ymitacion de Ihem^Chrìst, 
imprimée a Tholouse en 1488, par Henry Mayer : 

r Celui doni nous avons déjà parie, appartenant à M. Boachet-Doa- 
meng, dont M. de Castellane a donne la description dans son Essai de 
catalogne, etc. Il ne manque à cet exemplaire, d'une admirable conserva- 
tion, qae le f. blanc qui termine le Schele de paradis. C'est aussi dans 
cet exemplaire qae nous avons puisé les nombreux détails indiqaés ci- 
dessas et relevé les gravures qae noas donnons ici. 

S"" Celui de la bibliothèque imperiale. Incomplet da l*' f. de Vlmita- 
tion et de le Schele de paradis. 

Z"" Celai da docteur Teilleax. Comme celai de la bibliothèqae impé- 



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— w — 

ri^e» Il est iQcomplet da l"" t de Vlmitatian et de le Schel^ de parodia. 

if CqIuì 4e M. Rìcard (1), maQofacturier, a Vabre. Las deux premiors 
0. de la Ymitadon et le Schele de paradis maoqaeot a sod exeoiplaire. 

5^ Celtui de M. Vésy, biblìothécaire a Rodez. Il est imprimé sur yélia. 
MalheureusemeDt , le l""' f. de la Ymitacion et les deax derniers de le 
Sfhfile de paradis manqueot à ce bel exemplaire, qui oe cenlieot pa» Don 
plci8 les deux gravures décrites plqs baut. 

(ipptme co^plémeot de rechercbes, nous croyons devoir menlioDaer 
ici le beaq mapuscrit de Vlmitation de Jésus-Christ , appartenant ^ la 
bibliolbèque imperiale, et doot le titre^ le le^le et les flgures sout absola* 
I9.eut semblables a ceux d^ Vlmitation imprimée par Heorì Mayer, 

Ce pianuscrit porle, auìourd'hui^ le a"" 909 da fou^ fran(^s. Yoici 
la descriptioQ qu'en donne M. Paulin Paris dans ses Manuscrits fran- 
^(jé$ de la bibliothèque du roi, t. 7» pp. 276-278 : « Voi. in-i"* parvo, 
» Yélio, de 101 ff. (2) a longues lignes (3) ,, deux miniaturesioitiales; 
? pr^mlères aanées da sei^ème sièele, Relié od mar. rouge, aux armes 
» de Franco sur les plats, à la fleur de lis du régeut sur le do$. 

^ Manuscrit dout FexécutiÒA rappelle celle du livre des Echecs amou- 
» r^m, et qui fut écrtt, soit pour Frs^uQois duQ d'Aogoulème, soit pQur 
n ^ scBur Marguerite » sousi le règae de Louis XIL Dans )a premere 
» vignette est Técu des ducs d'Orléans. La miniature du froiiligpiM re- 
? présente Jesus portaut sa croix, et, derrii»re^ un personnage en manteau 
» et cbaperon rouge fourré d'bermine, agenoqillé. Le méme personnage 
» est encore agenouillè près de JéSiUS-Christ òws la seconde miniature 
n placèe au-devant de YEchelte de Paradis. n 

L'existence de ce manuscrit soulève une question qui se présente tout 
naturellement a l'esprit : A-tril été. ei^écuté avant oiu après l'editici) de 
Henri Mayer? M. P. Paris, on vient de le voir, penso qu'il date dee pre- 



ci) h. RicarQ nous ayant cède le vohime de mélanges, que nous avons minutieusement 
décrft diiBS 1» Cha§9€ aux inwnable$ , le» dìfféreats ouvrages qu*il reofeiiBail foni anjaui^ 
d'hni partie de notre bibliottièque. 

(2) I^ m^inusorU n'a que 90 ff. seulement^ en y comprenaat 3 ff. blancs aa conunencement 
et 3 ff. de table. (Note du D' D.-B.) 

(3) 36 par page d'une écriture fine , appartenant à la fin du quinzième siede cu au com- 
miykoemeoi du. aeiuÀme. (Id.) 



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— 93 — 

mìères années da seìzième siècle, et qae son exécutìon rappelie celle des 
Echecs amaureux j maouscrit qui fot écrit soft poor Franoois I^, b<Aì 
pam sa soeur Margoerìte. 

Nous noQS garderoDS bien d'aller à l'eDcontre de Tassertion du maitre, 
mais 11008 lai demanderons la permission de lai soumeltre les observa- 
tiofis smvantes : 

1^ Quoìqoll exìste , à n'en pas douter, des manascrits exéeatés 
d'^ès des lìvres imprimès , ce faìt pourtant n'ea était pas moios rare a 
la fin du qaiDZìème siede. Et pais^ doos l'avouerons, nous avoos de la 
peine à croire que d'habiles miniaturistes se soient coDdamnés à copìer des 
gravures sur bois aussi grossièrement travaillées que celles de Vlmitation 
et de VEchelle de Paradis. 

2^ li est hors de doule que le maDuscrit des Echecs amoureux 
a été exécuté pour Louise de Savoie, ou, par son commandement, pour 
ses enfants, puìsque, « dans la dernière miniature, une feoétre présente 
* les armes d^Orléans demi-écartelées de Milan et parties de Savoie, n 

La méme certilude existe^l-elle pour la Ymitacion Ihesu-crist? Nous 
ne le pensons pas. 

Les SMrmes d^Orléans demi-écartelées de Milan n'y soni pas figurées^ 
et) au lieu de ces armes , on remarque^ au bas de Fencadrement qui 
entoure la première miniature, les armes de Charles d'Orléans. (V. le P. 
Aùselme, t. 1, p. 209.) 

3® On trouve, sous le n° 24 de la Bibliothéque de Charles dOrléans, 
publiée par M. Ed. Sénemaud, Tarlicle suivant : « Item. Le libre de la 
» ymtacion lesu-Crist et mesprisement du monde^ et FEschelle de 
» Paradis f escript a la main et en parchemin, historié, couvert de satin 
» violet et sans fermoers. » 

Ne serait^^ pas le méme exemplaire que celui qui porte aujourd'bui le 
n"" 929, et qtt'on aurait fait relier en maroquin àux armes de Franco sur 
les plats, et à la fleur de lis du régent sur le dos? 

4"" On comprend très-bien que Louise de Savoie ait mis entro les mains 
de ses enfiants le Jeu (Féchecs amoureux, qui renferme des histoires, plus 
oa moìns divertissantes, il est vrai, mais qui, en somme, pouvaient 
amiiser et mtòresser le jeana prince et sa soeur; mais, franchement^ 
none hésitons à croire que la régente ait fait exécuter pour eux un livre 



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— M — 
d'un ascélisme aussi rìgoureuK qoe Vlmitatian de JéSìis-Christ, Ime 
qa'ils Q'étaient certainemeDt pas en ^e d'apprécìer et de comprendre. 

ìi"" En&D, quoique rédition de Toulouse soit la plas ancienne de toutes 
celles que nous connaissons, il ne nous est pas démontré qu'elle soit la 
première. En fait de contrefacon, Henri Mayer nous est fort sospect, 
et nous le prouverons tout à l'heure. Dès lors^ si notre supposiUon était 
vraie, nous croirions à Texìstence d'une édilion de Paris, anlérieure 
à celle de Toulouse, imprimée d'après le manuscrìt de Charles d'Orléans, 
et dont Mayer donna, en 1488, une contrefa^on plus ou moins exacte. 

Ajoutons en terminant, que cetle traduction date, suivant Barbier, de 
Tannée 1450. Or, de 1450 a 1488, bien des copies ont dù circaler en 
France. Par conséquent, de ce que Vlmitatian a été translatée en la 
cité de Tholouse (en 1450), il ne s'ensuit pas nécessairement qoe l'édi- 
tion de Mayer ait été imprimée sur le manuscrit originai. 

N*' 5. Boetius (Anicius Torq. Severinus). 

< Boecio de consolacion tornado de latin en rromance por el muy 
rreuerendo fray Anton Gìnebreda maestro en la santa theologia de la 
orden de los predìcadores de Barcelona (1). » 

Despues de este tilulo sigue en bianco la secunda pagina : la torcerà 
en cabeza con < el prohemio » el cual con la tabla de los cince libros 
occupa 8 hojas. A la vuelta de està ultima bay un grabado en madera 
que representa el acto de ofrecer el libro a un rey que se balla sentado 
en su trono, con estas dos leyendas : 

« Alto prìncipe exelente De vos doctor muy prudente 

Rey poderoso senor Huy sotii muy inuentor 

Tomad pequeno presente Quiero muy de buenamente 

De pequeno servìdor. Recebille con amor. » 

Empieza despues el texto de los ciuco libros basta su conclusion, lo 
cual occupa 74 bojas. Al fin de la segunda columna de està ultima dice : 

(1) La Sema, ignorant Texiatence do l'édìtion que nous dócrìvona id, considérait Fédition 
suivante comme la première de cette veraion eapagnole : 

Boecio de oomolaeion e Vergei de consolacion , tradueido por Antonio de Ginebreda, del 
orden de Predicadoree. En SevUla, Menardo Ungut, Lanzalao Polono» 1497, in-fol. (V. Là 
Sema, art. Boecio.) 



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— 95 — 

« Aqui feDe^ el libro de consolacìon de Boezio , el guai faé impreso 
en Tolosa de Francia, por maestro Enrique Mayer Aliman, e acabose a 
qoatro dias del mes de jolio. Ano del nascimìento de Ntro Senor Ihuxpo, 
de Hill, e quatrocienlos, e ochenta e oche anos. » 

Es un tomo eD-4'' mayor a dos columnas, letra tortis, cum foliacion 
romana y signaturas. Las nueve primeras hojas no estan foliadas y sa 
signatura es la contìnuacion de la del texto. Los folios de este estan equi- 
vocados, pues pasa del 1 al 3 y se pone XY en vez de ser XIIL La 
obra completa consta de 83 hojas, de papel fuerte y perfectamente 
conservado. Existe en la biblioteca del ministerio de Fomento. 

Segan el proemio de està obra, ya se habia intentado por algnnos 
ponerta en romance, y uno entre ellos la dirige o dedica al Infante de 
Mallorca, pero adoleciendo la dicba esposicion de varios defectos, comò 
son la supresion de la cuarta y quinta prosas y el tercero y cuarto metros 
del quinto libro, y la historia de Theodorico y persecucio.n de Boecio, 
Bernal Juan Doncel , morador de Valencia, rogò a fray Antonio 
Ginebreda, de la orden de predicadores de Barcelona que supliese 
aquellos defectos y dieso completa la obra. Este proemio, escrito por el 
mismo Ginebreda, revela que antes que él hubo otros que tradujeron 
elBoecio; pero no se colige si la traduccion o traducciones anteriores 
Uegaron a imprimirse. Debe creerse que no, cuando ninguno de los que 
se han ocupado de estas antigùedades hace mencion de ella. 

Este ejemplar decide la cuestion de si es Tolosa de Espana, o Tolosa 
de Francia, en donde imprimio Enrique Mayer el libro De proprietà- 
tibìAS rerum, pues en la inscripcion, al fin de este, se dice que es 
Tolosa de Francia en donde fué impreso por el espresado Enrique 
Mayer el Boecio. » 

Tel est le texte originai de Tarticle du Boletin bibliografico espanol 
qui nous a fait connaitre l'existence de ce rarissime volume. Nous croyons 
devoir Taccompagner d'une traduction fran^aise, à cause de la nomencla- 
ture bibliographique peu familière a la plupart des lecteurs. 

TRADUCTION. 

BtMetin bibliographique espagnoL Rédacteur-éditeur, don Denis 
Hidalgo. 1'' aoQée, n"" 1 (!"' janvier 1860), p. 8. 



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— 96 — 

N"* 41. Boèce, De la consolacion, traduit da latto en langue ei^- 
gDoIe, par le T.-R. P. frère AoloiDe Ginebreda, professeur. de philoso- 
phie, de Tordre des Frères précheurs de Barcelone. 

Le verso da tìtre est blanc; rayant-propos et la table occupent 8 
pages. Ah verso da haitìème feuiUet se trouve ane gravare en bois 
représeotant Taateur offraat son livre à an rei assis snr son tròne. Aa- 
dessous sont ces deux légeodes : 

* 

Grand et excellent prince De vous, doctoar très-prudent, 

Roi, puìssant seigneur, Tròs-subiil, très-ingénieux, 

Daigne accepter ce petit présent J*accept6 avec bienveillance 

De ton humble senriteur. Et avec amitié votre préaent. 

Le livre contìeDt soìxaole et qaatorze feaìllets, et à la seconde cokmne 
da dernier feuillet on lit : lei finit le livre De la consolation de Boece, 
lequel a été imprimé à Tolosa de France, par maitre Henri Mayer. 
Alaman, et a été achevé d'imprimer le 4 juìUet, Tan de Notre-Seigneur 
Jésas-Christ 1488. 

Ce volume, parfaitement conserve, appartient à la bibliothèqoe da 
minìstère de Fomento. Cesi, un petit in-fol. gotbique, a deux colonnes; 
les chiffres et les signatures soni en caractères romains. Les neuf pre- 
miers feuillets ne sont pas paginés et leur signature est la continuation 
de celle du titre; les feuillets qui suivent sont mal signés; da n^ l on 
passe au n^ IH, et le feuillet XIII est signé XV. L'ouvrage complet 
conlient quatre-vingt-trois feuillets ; il est imprimé sur papier fort. 

Il paralt, d'apres Tavant-propos , que plusieurs personnes avaient 
essayé déjà de traduire Boéce en espagnol, et que l'un des auteurs avait 
dédié sa traduction a l'infant de Majorque ; mais comme elle se tfouvsùt 
entachée de plusieurs défauts» tels que la suppression des quatriène 
et cinquième commentaires, Fabsence des troisième et quatrième vers 
du cinquième livre, l'histoire de Théodoric et la persécution de Boece^ 
Bernard- Jean Doncel, habitant de Valence, pria le F. Antonio Gine^ 
breda de corriger ces défautset de compléter l'ouvrage. L'avant-propos, 
écrit par le méme Ginebreda , constate qu'avant lui d'autres avaient 
tradait Boéce; mais il n'est pas prouvé que lears traddéttoos aieftt 
été imprimées. On doit croire qoe non; car aacun de ceoK qui se .Mot 



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— «7 — 

occopés des livres imprimés ao qaiDzième siècle De meDtioDiie ce faiU 
Cet exemplaire décide la question de savoìr si c'est à Touloase d'Espa- 
gne oa à Toalouse de France qu'UeDrì Mayer imprima le livre De 
praprietatibus rerum , poisque la soascrìption porte que c'est à Tou- 
lotise de France que le Boéce dont nons parlons a été imprimé par 
ledit H. Mayer. 

Nons compléterons cettt descriptìon en y ajootant quelques délails 

consigDés dans la lettre de Tua de nos correspondants de Madrid, 

M. Fedro de Madrazo, peiotre de la reioe. Après avoir exactement repro- 

duit le ti tre et la souscription, il ajoate : 

« L'avaDt-propos et la table analytiqoe de Fceuvre occupent sepl 

feoìlles et demie. Aa verso de la huitième feuille se trouve une 

gravure sur bois , qui remplit toute la page, représentaut un rei assis 

sur son trdne et recevant un livre des maìas d'un moine agenouillé 

devant lui. A droite et à gauche sont des courtisaus rìchemeut costu- 

més, à la fa^on du quiuzième siècle. Au-dessus du tróoe denx anges 

sonlèveut des rideaux au sommet desquels est un aigle teuaut un 

écusson aux armes de Castille et d'Aragon. 

» Cotte grande vignette , malgré le travail grossier du graveur, est 
remarquable par le- beau dessin des draperies, qui tient de Técole 
flamande contemporaine plus encore que de Fècole fiorentine. 
» Les flligranes que Fon trouve dans ce curieux volume sont : la 
main qui bénit, le P hifurqué, le maillety et une autre marqua 
dont la forme se rapproche du B ou du R. Ce filigrane se trouve 
reproduit dans la Chasse aux incunables de M. Desbarreaux-Ber- 
nard (pi. 3, fig. 9), qui Favait rencontré dans le papier du ForiaU- 
cium fidei. » (V. pi. 2, fig. H, 12, 13, 14, 15). 
» La main qui bénit se renconlre... (suit le n'' des fenillets dans 
lesquels se trouvent les marques indiquées ci-dessus). 
» Il est fort possible, malgré la conscience que j'ai mise dans 
Fexamen de ce volume, que quelques marques aient èchappé a mes 
recherches ; car tous les flligranes^ sans exception, se trouvent dans 
le milieu de la seconde colonne et sont en quelque sorte noyés 
dans les caractères d'imprimerle. 

43 



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» Jamais, dans ce lìvre, od De trouve de filigraDe daDs la marge da 
« dos , DÌ daDS la coloDDe iatérieore. » 

Ces derDières ìDdicatioDS nons proavèreDt que le rédacteur de Tar- 
ticle du Bulletin de Madrid s'était trompé eD doDoaDt aa Boecio le 
format graDd ìd-4^. — L'abseDce da filigraDe daas la marge du dos , sa 
positioD au milieo de la feuille daDS la coIoddo de droite élablisseat 
fort clairemeDt qae le format de ce livre est petit iD-folio. Du reste , la 
directìoD des poDtuseaux aurait sufQ seule pour le démoutrer , si Tod 
s'étail doDDè la peioe d'y regarder de près. 

Nous termiDeroDS cetle Dote ea faisaat observer que, rieo, daus la 
descrìptioD du Boletin bibliografico de M. Deuis Hidalgo, dì daas 
celle de Dotre correspoDdaut de Madrid, do fait soupQODuer qu'oD ait 
surchargé le texte de la souscriptioD fioale du Boecio des deux mots 
DE Francia. 

Cette additioD serait, seloD M. Hubaod, le fait du rédacteur du 
catalogue (1), qui, partageant les errements de M. D. B.j a cru faire 
preuve d^intelligence en ajoutant les deux mots de Francia (2). 

Nous ea demaudoDS bica pardoa à Dotre hoDorable coDlradicteur; 
mais dès que la crilìque s'abaudoDDe à de telles iosìDuatious, elle 
affirme sod impuissauce. 

Nier D^est pas répoodre. Le Boecio,.. el guai fue impreso en Tolosa 
de Francia^ est ud fait que rieu do peut détruire. Le savaut critique 
marseillais aura beau eutasser argumeuts sur argumeuts , PélioD sur 
Ossa, Dous lui répoDdroDS toujours par ces mots : Boecio... el guai 
fue impreso en Tolosa de Francia, el c'est le cas oa jamais de ren- 
yerser Taxiome bieu coddu el de dire, à ce sujet : l'esprit tue et la 
lettre vivifie. 

N^ 6. Stilus curie parlamenti domini nostri regis pei' guem 
stiluz omnes curie supreme parlamenti tocius regni Francie reguntur 
et gubemantur ac domini officiarii et curiales ejusdem. 

(4) H. Httband, a-t-il bien réfléchi en attrìbuant la prétendne anrcbarge, dans la sona- 
cription da Boéce, à un Eapagnol ? Nous ne le pensona pas. 

Nous aimons mieux croire, si elle eùt réellement existé, que M. Denis Hidalgo se seiait 
fait un devoir de la signaler. 

(2) V. ì'ExofMn eritique^ p. 49. 



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— eg- 
ee titre, compose de quatre lìgnes, se trouve aa recto du l""' t dont 
le Terso est blaoc. Od a rejeté la sìgoat. a-j aa bas da 2* f. — Eq 
téle de ce f. od a reprodaìt le titre ci-dessus ea ajoutaat ces mots : 
Editus a magistro Guillermo de Brolio. Feliciter incipit. 
In fine : Opus stili parlamenti curie finit feliciter. 

Id-4** goth. s. 1. et ao (Toulouse, H. Mayer, 148.?), de 98 ff. 
chiffrés CD téle aa miliea da recto. 26 lìgaes aux pp. eatìères. 12 
cahiers de 8 ff. chaque; excepté le deraier, qui od a 10; ìls soDt sigaés 
a-Di. Les deax ff. qai complèteat le Cahier m do soDt pas chiffrés; Toq 
coDtieDt la Ad de la table et Tautre est blaac. 

Le papier est fort, ud pea faave et brait quaad od l'agite. Il a poar 
filigraDe la main qui bénit avec une petite lyre dans la manchette. 
Cette petite lyre isolée se reacoDtre daas plusiears ff. da volarne. (Y. 
pi. % flg. 16.) 

Cet oavrage, — que Doas croyoDS fort rare, — dous a été iadiqaé 
par M. Yésy, bibliothécaire de la ville de Rodez. 

Si DOUS l'avoDS place à la suite de la Ymitadon , c'est que les élé- 
meats qui le coDStitueut soDt ea tout semblables a ceox de ce deraier 
oavrage. Papier, caractères , justiflcatioD , proveaaace (1) , rìea De 
maaqoe a Tideatité. Nous D'hésitoDs doDc pas à ea attribuer l'impres- 
sioD à Heari Mayer. (V. pi. 8.) 

N*»7. Tractatus de modo vacandi beneficiorum. 
Tractatus de modo acceptandi beneficia. 
Modus seruandus in executione seu prose 
Cutione gracie expectative. 

Id4^ goth. s. 1. et a^. 10 ff. s. chiffr. dì réclam.; sìgaat. a. — Papier 
et caractères semblables a ceux du Stilus parlamenti. Pour filigraue la 
petite lyre. (PI. 2, flg. 16.) 

Imprimé par H. Mayer. ÀppartieDt à la bibliothèque de Toulouse. 
Il était relié à la suite d'uD exemplaire du Stilus parlamenti récem- 
iDeDt découvert. 



(4) U est relié avec une édition de VArnhm qwrele , imprimée à Toulouse au, quiusième 
siècle et que nous décrirons à sa date. 



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— «do — 

N'' 8. Bartholas oa Bartolas de Saxo-Ferrato. — Tractatus judicio- 
rwn^ Processus Sathane contra gmus humanum. 

In-40 goth. 

A la suite des deox ouvrages précédeols se troove le petit traité de 
Barthole doni dous veoons de donner le titre. Malbeureusement le volume 
est iocomplel et il D'en reste qua deux cahiers de 8 ff. signés À-B , et 
doDt la signature est placée sur le 2^ 

Le papier, les caractères sont ideotiques avec les différeuts ouvrages 
imprimés par Mayer. Pour filigrane : ì^ la main qui bénit, avec un 
ccBur percé (Fune flèche y dans la manchette ; 1^ une petite fleur de 
lis. (V. pi. 2, flg. 17 et 18.) 

N* 9. Thomas Valois et Nicolas Trivelli (1). — Sacre pagine prò fes- 
sorum ordinis predicatorum Thome Valois et Nicolai Triveth in 
libros beati Augustini de civitate dei commentarla felidter inchoant. 

In fine ; Commentaria eximii sacre theologie professoris fratris 
Thome Valoys anglici una cum complemento sacre theologie professo- 
ris fratris Nicolai Cerseth ( sic pour Trivelh ) super lihris divi aurelii 
Augustini de civitate dei finii feliciter. Impres. Tholose pet Henri- 
cum Mayer Alamanum. Anno Salvatoris Mxccc.lxxxviij (1488) die 
xij octohris (2). 

In-fol. goth., à 2 coU; signat. a-k. 88 ff. par cahiers de 8 ff. Le titre 



(i) Ce méme ouvrage a été imprimé la méme atfnée à Louvain , par Joannem Westfal , 
iD-fol. (V. Haittaire.) 

(2) Triveth oa Treveth (Nicolas), historien et pbilosopbe, né vera 1S58, fut élevé par les 
dominioains de Londrea. Il embraasa la vie rellgieuae, fot envoyé à Oxford, puis à Paria. 
De retour à Londrea, il partagea aa vie entre Tétude et Tenseignement. 

Le pére Quétif cite trente-cinq ouvragea de lui , entre autres l'expoaition des vingt-deux 
livrea de la Citi de Dieu de aaint Auguatin. 

Thomaa Walley (oa Yaloia), autre dominicain anglaia, concut, aprèa Triveth, le deaseio 
d'expliquer Touvrage de aaint Auguatin, maia ne l'exécuta que aur lea dix premiera livrea. 
Dans la suite, lea copistes complétèrent son travail avec celui de Triveth. 

La 4r» éditlon de ce doublé commentaire est de 4473. — MAguntiee, per Petrom Sohoiffer, 
ìn^ol. goth., de 364 ff., à S col. 

En 4484, Colard Hanaion traduiait, compila et imprima, à Bruges, la première édition des 
Miiamorphosés moraliiée$, par Th. Waleya. 

Babelàis , au aujei de oe livre , a fori mallraité ce pauvre dominicain. (Yoir, à ce aiijet, le 
prologue de GarganhM.) 



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— m — 

et le f. blanc de la fin manquent à Teiemplaire de la bibliothèque im- 
periale. 

Le papier est fori; il a pour filigrane la main qui hénit. Les caractères 
sont petits et très-nets. 

NMO. Frane. Mayronis Theologicce (sic) veritatis in Augustinum. 
Tolos» {sic), 1488. 

(Maittaire, l. V\ p. 502). 

N^ H. Thamce Gorsii, commentarius in Augustinum de civitate Dei. 

Tolosae, 1488. 

(Maittaire, t. !•', p. 502). 

Ces trois commentaires, de Triveth, Mayron et Gorsius sont cités par 
Maittaire, d'après Loescher (Valentino-Ernest) (1). 

N* 12. Diego de Valera. — Coranica de Espana. 

Tolosa, Henrico Mayer^ 1489. 

In-fol. goth., 176 ff., s. chiffr. ni réclam., à 2 col. de 35 lignes aux 
pp. entières ; signat. a-y. Le plns grand nombre de cahiers est de 8 ff. 
Les cahiers F, L , M, Q , n'ont que 6 ff. Le Cahier Y en a 10. Le der- 
nier f., dont le verso est blanc, n'est imprimé, au recto, que sur une col. 
contenant 18 lignes , depuis le mot està, jusqu'au mot gracias. Les 6 
premiers ff. renferment la table des chapitres, en téte de laquelle on Ut 
ce sommaire de 4 lignes : Està siguiente (sic) Cranica illustrissima 
princesa (2) e^ partida en quatra partes prindpales. Le texte com- 
mence au 7* f., recto^ 1'* col., par un autre sommaire en 12 lignes. Le 
Yoici : Camiencia la coranica de E spana dirigida a la muy alta et 
muy excelente princesa serenissima reyna e senora nuestre senora 
dona Ysahel reyna de Espana de Secilia et de Cerdena. Duqm.sa de 
Atheìxas. Candesa de Barcelona. Abreviada por su madado por mosen 
Diego de Valer a su maestre sala et del su, consejo. 

Au verso de Tavant-dernier f., !'• col. : Fue acahada està copilafion 
en la villa Bel puerta de Santa Maria bispera de sant Juan de Junia 



(4) Siromola, ««u dia$§natianu ioeri $t UtterarH orgumenH. Wittemberg , 47S4 , in-S». — 
GoUeoUoo de ooticeB sur les premiers produits de rimprimerie. (Nowelle biographit gène- 
raU^ Paris , Dldot.) . 

(2) Cette illustre princesse était Isabelle la Catholiciue. 



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— 408 — 

del ano del Senor de mill et quatro cientos et ochenta un anos seyendo 
el abreviador della e i hedadde sesenta et nueve anos sia dadas infi- 
nitas gradas a nuestro Redentor el a la gloriosa Virgen su madre 
senora nuestra. 

2* col... : Agora de nuevo serenissima princesa de singular ingenio 
adornada de loda doctrina alumbrada de claro entendimento ma- 
nual. Asi corno en socoro puestos ocuren con tan maravillosa arte 
d scrivir do tornamos en las hedades aureas restituendo nos por mul- 
tiplicados codices en conoscimiento de lo pasado presente et futuro 
tanto quanto ingenio humano conseguir puede. Por na^ion Alemanos 
muy espertos et continuo inventores en està arte de impremir que sin 
eror divino delir se puede. De los quales alemanos es uno Uenrico 
Mayer d'maravilloso ingenio et doctrina. Muy esperto de copiosa 
memoìia familiar de vuestra alteza a honra del soberano e immenso 
Bios vero en essencia et trino en personas e a honra de vuestro real. 
estado e instrugion e aviso de los de vuestros Reynos e comarcanos 
en la muy noble dbdad de Tolosa fu impresa per el dicho Uenrico en 
el ano del nascimienio de nuestro Salvador Ihesu Christo de mill e 
quatro cientos e ochenta e nueve anos. Deo gratias. 

Le papier de la Cronica est, en general , d'une certaine épaìsseor; 
cependant on y rencontre des feuìllets fort minces. Il a poor filigrane 
la main qui bénit , el la petite lyre dans la manchette. (Y . pL 2 » 
fig. 19.) 

Les caractères sont les mémes qae ceux de Vlmitation. Ges deux ou- 
vrages sont, sans contredit, les chefs-d'oeavre d'Henri Mayer. 

La descriptìon exacte que nous venons de donner de ce beau livre, 
d'après Texeroplaire de la bibliothèque de Marseille, nous permettra de 
relever quelques erreurs que renferment, au sujet de cet ouvrage, les deux 
dernières éditions du Manuel du libraire. 

l"" La Coronica n'a que 176 ff. et ne pouyait, dans auoun cas, en 
ayoir 179, par la raison que, dans les incunables, les feuillets ne 
sont jamais impaìrs. 

2"" M. J.-Ch. Brunet donne 8 ff. à la table; elle n'en a que 6. 

S"" Enfin, le texte commence au 7* fol., recto, et non pas au 9^ 

Ces erreurs ont sans doute peu d'importance , mais elles ont Un- 



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— «08 — 

convéuient d'an foai sigDalement , elles jetteot de l'incertilude dans 
Tespril de celui qui cherche. 

Uq molif piQS sérieux nous a engagé à reproduire in extemo l'épftre 
à ]a reine Isabelle, épitre dans laquelle plQsieurs bibliographes frangais 
ODt era troQver des preoves irréfragables eo favear de Fétablissemeat 
de Pimprimerie à Tolosa d'Espagne au quiDzième siècle. 

Feu M. Hubaud , surtout, a beaacoop iosislé dans sa dernière bro- 
chure (1), sor ce fait que^ dans cette épttre , Mayer « parie a la reine 
» comme à sa souveraine, qu'il lui rappelie qn'il est depuis bien long- 
» temps (de copiosa memoria) à son service (familiar de vuestra 
» alteza), et, par conséqnent, devena son sajel, etc. )> 

II est certain qa'il n'y aarail rien a répliquer à de pareils argaments, 
si rédition de la Cronica, publiée par Mayer, n'avait pas été précédée des 
édilions de Sévilie et de Bargos. 

Mais Yoici ce qa'a fait Mayer : il a reprodait , sans plas de facon , tex- 
toellement el mot à mot, non-sealement l'épitre à la reine Isabelle, qai se 
troave dans les èditions qne noas venons de citer , mais encore le som- 
maire de la lable et celai qai se troave en téle du V t 

Il n'avait fait, da reste , qu'imiter l'imprimear de Burgos, qai, pas 
plus qae Mayer, n'est l'aatear de l'épitre en qaestion. 

Aassi M. J.-Cti. Branet, en décrivant l'édition de Mayer, s'exprime-t-il 
ainsi à ce snjet : « ...Le dernier f. recto contient aussi l'épitre à la reine 
» Isabelle, morceaa dans leqael on a substitué (2) aux noms de Michael 
» Dachaver, qui se Ut dans l'édition de 1482, et à celai de Federico de 
» Basilea, qui est dans l'édition de U87 , Ics noms de Henrico Mayer, 
» imprimeur du présent volume. » 

Ainsi donci on le volt, l'édition de Toulouse est une contrefa^on de 
l'édition de Burgos, qui, elle-méme, est une conlrefagon de l'édition de 
Sévilie (3). 

II est donc évident, puisque Mayer n'est pas l'auteur de l'éptlre adressée 

(4) Loe. dt., t. VUI, p. 3U. 

(2) Après ces mots : d$ to$ qualu alemanoi e$ uno.., 

(3) A propos des contrefagons du Speculwn judiciaU , de Dura odi , La Sema fait cette ré- 
flexioD : a On voit qu'en tout temps il y a eo jalousie de métier , et que les imprìmeurB ont 
B cherchó à se nuire rédproquement par des contrefa^ns. » {Loc. eU,, t. U, p. 589.) 



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— 404 — 

à la reiae Isabelle par Michael Dachaver, qu'à ce dernier seoU et dob à 
Mayer , doivent se rapporter les ÌDductioDS puisées daos Téptlre , par 
M. Hubaad, pour le besoin de sa cause. 

A la page 20 de sa dernière brochure , H. Hobaud noas reproche de 
n'avoir pas méme essayé de combattre san argument (celai tire de la 
Coranica de Espana). M. Hubaod se trompe, puisqae, dans notre premier 
opascale (1), nous avions été au-devaot de robjectioa en disant, p. 405 : 
< RestBDt maiatenant, !<> la Caronica de Espana^ conlrefacoo de l'éditicm 
» originale imprimée à Bargos... » Est-ce clair? 

Henri Mayer n^étant pas l'auteur de l'épitre a Isabelle, noas croyons 
inutile de combattre une à une les objections que M. Hubaud avait fon- 
dées sur elle. 

M'' 13. Quatro libros de las fabulas de Esopo : las extravagantes : 
otras de la trdnsladon de Remigio : las de Aviano : las coUectas de 
Alfofìso y Pogio. Tolosa, U89; in-foL, avec flg. sur bois. 

Cette édition, signalée par M. J.*Gh. Brunet, 1 1, col. 99, « est portée 
» sous le n^" 1526 d'un catalogne des libraires Payne et Foss, de Loqdres, 
» pour 1824, et y est annoncée coinme incannile à tous les bibliogra- 
» phes. » 

M'ayant jamais vu ce rarissime volume, nous éUons fort embarrassé 
pour opérer son classement. Toutefois^ connaissant l'habìleté, disons 
mieux, les tendances de Mayer pour les contrefa^ons, nous nous som- 
mes décide à le lui attribuer, plutòt qu'à Jean Parix, qui, en compa- 
gnie d'Estévan Clébat, imprimait aussi en 1489. 

Mous ferons du reste rémarquer que H. J.-Ch. Brunet ne dte 
l'édition de Tolosa qu'après avoir décrit celle de Zaragoza, imprimée 
la méme année (1489) par Juan Hurus. Or, comme il n'y a pas de 
doute que cette traduction des Fables d'Esope fut d'abord imprimée 
en Espagne avant de Tètre en Franco^ notre supposition acquiert une 
certaine vraisemblance. 

No 14. Mayron (Francois). — Subtilissimi docioris patris Fran- 



(4) Mém, ih VAead, du Scìffieei, inseriptian$ et BèUu'lMtra de Joii/oiMe, 3« sèrie, t. IV, 
p. 393. 



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— 405 — 

mei Maronis (?) (oa plutól Mayronis (1) de ordine minorum aditiones in 
cnthegorias Porphyrii et predicamento Aristotelis : impressione dedit 
magister Henricus Meyer Theutonicus in civitate Tholosana anno 
incarnationis Christi M.cccc.lxxxx j die vero xx mensis septembris. 

Pet. in-4^ golh. , a 2 col. avec signat. — A la Ad , le moDogramme 
d'Henri Mayer (v. pi. 9, flg. 1). 

Orìgioe. Bibliolhèque SaioUJean , à Baroelone. Ne se trouve ni dans 
Mendez, ni dans Gaballero. 

Ce volarne dous a été indiqué par M. Volger. 

N"" 15. Goillaome de Guilleville. — Et peregrinage de la vida hu- 
mana, compu€$topor fray Guillermo de Guilleville. — Traduzido en 
vulgar castellano^ por fray Vincentio MazuellOy en Tolosa^ por Henri- 
qae (Meyer) Aleman, 1490. 

In-fol. goth. (2). 



(4) Scoti dUeipuli,,, Cujas fuerit Bassolius non ìnvenio, qui dicat :, epitheto ordinatiisimi 
(focforis prò illiustemporisratiooe, qua illuslrioribus viri» agnomina affigebantur, ex optimo 
ordine, etclara methodo, gaudet inter antiquos theologos. Secundus Antonius Andreeas ex 
provincia Àragonis, fidelissimus per omuia sui magistri sectator, Doetor Dulcilluu$ nuncupa- 
tU8. Tertius, Franciscus Mayronius , coguomento Doetor illuminattu.,. (Annales Minorum, 
t. VI, p. 436.) 

(2) Voici la description de ce livre d'après Meodez (2« édit., Madrid, 4866, p. 456). 

e Pelegrinage de la vida humana. » 

Debajo de este titulo bay una grande estampa , abierta en madera (con la que se 
nena loda la plana) , que representa un ermitano con una espada desnuda en la derecha y 
un bondon en la izquierda. En la boja siguiente : 

a €omienza el prologo del trasladador de este libro intitulado : El Pelegrinaje de la vida 

» A bonor e gloria de Dios todo poderoso por obedecer a la demanda de la muy Alta e 
)» muy Excelente princessa Juana de Labal, por la divina providencia rreyna de Ihrlm e 
B de Cicilia, duqueza de avion e d*bar. Condesa de Provensa , vo so bomill servidor e su- 
» bieoto indigno de ser aqui nombrado repatando sa rrequesta por singular mandado tome 
9 pena de trasladar el presente libro de metro en prosa sometiendome a su correcion e 
» mas benignam intrepretacion de los otres quo meyor pasar lo sabran e emendar do les 
» paresciere falloso. E esto siguiendo mas propriamente la propriedad e sentencia de los 
» Tocabk>8 del componedor , que fue un muy notable rreligioso e letrado muy profundo 
w Uamado fray Craillelmo de Ouillevila, de la abadia d'Chalis-Cerca, de la cibdade Santlis. » 

Comienza la tabla , etc. 

T «oaba : 

« Fenesce el quarto libro e vltimo del Pelegrinaie humano, trasladado de Frances en 

44 



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— 406 ^ 

Gotte édition, très-rare, a été mal annoDcée, sous la date de 1480, dans 
la Biblioth. hisp. vetus. d'Antonio. — 11, Sii. — (V. YEssai de catal., 
p. 22.) 

N^ 16. Barthélemy Gianville. — El libro de propieia (sic) tibus 
rerum. 

Ce lilre, ainsi dispose, est place sur le recto du i" f. , au-dessous 
d'un large écusson, aui armes d'Espagne et d'Àutriche , surmonlé d'un 
aigle éployé couronné, 

A la fin : Fene^e el libro de las propiedades de lascosas trasladado de 
'latin en romance por el reverendo padre fray Vincente de burgos. 
Emprimido en la noble civdad de Tholosa por Henrique Meyer d!Ale- 
mana a honor de Bios e d'nuestra Senora. E alprouecho de muchos 
rudos e ynorantes , acabose en el ano del Senor de mil e qualro ^ien- 
tos e noventa quatro a diez e ocho del mes de setiembre (18 septem- 
bre 1494). 

Au-dessous de celte souscription , le monogramme de Henri Mayer 
(V. pi. 9, fig. 1). 

In-fol. gotti, de 320 flf. , a 2 col. de 47 llgnes auK pp. entières , sans 
chiff. ni réclam.; sìgnat. a o. A-M. aa-pp. Les cahiers sont presque tous 
de 8 Gf. ; — quelques-uns n'en ont que 6 ; un seul n'en a que 4 : c'esl le 
dernier. 

Le papier est fort , d'un blanc légèrement fauve , sans filigrane. Les 
caraclères sont plus petits que ceux de Vlmitation. Le texte est accom- 
pagnò de fig. sur bois. 

Get ouvrage est de Barthélemy Gianville, « pbilosophe anglais du qua- 
torzième siede. 11 appartenait à la famille des comtes de Suffolk et 
» entra dans l'ordre des Franciscains » [Biogr. Bidot). 

Son livre est une vérilable encyclopédie , dans laquelle il traile de 
toutes les connaissances humaines : philosophle , cosmograpbie , astrono- 
mie, géograpjiie, physiologle, mèdecine, histoire naturelle, eie, etc; rien 

» CasteilaDO, por el revereado padre preeentado fray Vioeule Maguelo, a istancia del hoDO- 
B rable senor maestro Henrico AlemaD » que eoo grande diligencia lo hìzo imprimir en la 
9 villa de Tholosa, en el ano del Senor mille quatro cientos Ixxxx. » 

Tomo en folio; existe en la real Bibliotheca, y en la del Colegio de N. P. S. Aaguatin de 
Aleala. 



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— «07 — 

ne lui est étraDger. Il est facile de s'apercevoìr, en le lisant, que l'aateur 
avait fait une étude approfondie des écrivains anciens, mais principale- 
ment d'Arislote, de Pline et des Pères de TEglise. 

L'ouvrage de Gian ville est divise en 19 livres. La Biographie Didot 
annonce que certains manuscrits de cct ouvrage contiennent un ving- 
tième livre, sur les nombres, les mesures, les poids et les sons (1). 

Nous ne sommes pas en mesure pour infirmer ou affirmer ce fait; mais 
ce qu'il y a de sur, c'est que le 19* chapilre de Texemplaire que nous 
venons de décrire et qui appartient à la bibliothèque imperiale, traite pré- 
cisément des malières signalées par la Biographie Didot comme appar^ 
tenant à un vinglième livre. 

Volti le titre du livre XIX de l'édition de Tbolosa : 

Libro XIX. De los colores, de los olores, de los sabores , et de los 
liquores , et de los huefws,, et de la diferen^a de los numeros , et de 
los medidos et pesos^ de los sones de musica et de sus propriedades. 

La première édition, avec date certaine du livre de Glain ville, parut 
à Strasbourg en 1480. Il ne tarda pas à étre Iraduit dans toutes les lan- 
gues. On est à peu près sur que Will. Gaxton en publia une traduction 
anglaise vers 1470. 

La première traduction fran^aise datée est celle de Jean Gorbichon. 
Elle a été imprimée a Lyon en 1482, par Mattbieu Hus (J.-Gh. Brunet, 
art. Glanvilte). 

N"" 17. Mendez, après avoir reproduit, p. 138 (èdit. de Madrid, 1866), 
lamarque de Henri Mayer (2), ajoute : « El mismo escudo, aunque mas 



(4) Ce 20« chapitre a-t-il réellement existé? Nous en doutons ; car voici ce qu*on lit dans 
la traduction de Jean Gorbichon, sous la rubrique suivante : De la réeapiiulation de ce qui est 
dit exlviii, 

a Ce qui est briefuement dit des accldens des cboses naturelies , si comme des couleurs, 
» J«*s saucurs des odcurs : des liqueurs : des mesures des poys : des voix : et des sons 
» suffise quant à présent : car je croy que aux rudes et petis comme je suis doit suffisé (He); 
j» ce qui est dirige en xix parties de ce volume des propri étés des choses naturelies... » 

{%) Au mois de septembre4865, en poursuivant à la bibliothèque imperiale nes recherdies 
sur les incunables toulousains , nous trouvAmes dans un volume imprimé par Henri Mayer : 
SI libro de proprietatibue rerum , la marque de cct imprlmeur , que Téditeur de Mendez a 
reproduite en négligeant tout^fois Ics points placés sur les jambages du m. (V. Bevue de 
TomIoiim, mai 4866.) 



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— 408 — 

» redocido , se encuentra en el libro del dialogo del bienaventurado 
» senor san Gregorio papa : en el cual no se espreso lugar dì fecha de 
» ano de impresion. i> 

G'est dono un onvrage de plas a ajouter à la liste de ceux imprìmés 
par H. Mayer. Il est fàcbenx que Mendez n'ait pas pris la peine de décrire 
celle édition des Dialogues de saint Grégoire. 

Elle D'est pas naeDUonnée dans le Manuel de M. J.-Gh. Brunet. 

N* 18. Arrestum querele. 

In fine : Arestum querele de novis dissaisinis finii felidter. Impres- 
sum Tholose die septimo mensis decembris. Anno Domini milleHmo 
quadringentesimo nonagesimo sexto (1496). 

In4'' goth. de 12 ff.; 2 cahiers de 6 flf. chaque ; saos chiff. ni réclam. 
Signat. a-b. (gotb.) à longues lignes de 51 par pp. enlières. 

Le titre, sur une seule ligoe, est en lettres gotbiqoes absolaroent sem- 
blables à celtes des tétes de cbapitre de Ylmitation et da Stiliti parla- 
menti (no 4, 3* partie). Le texte est en leltres plus petites qne celles des 
deax volames que nous venons de citer. Nous n'bésìtons pas à attribuer 
à Henri Mayer celle 3' édition de V Arestum querele (v. les n~ i et 10 de 
la 2^ parile). 

Le papier est fort^ d'un blanc un peu roux. Il a pour filigrane un 
écusson fleurdelisé (v. pi. 2 , fig. 20). 

Une cbose digne de remarque, c'est que cet écusson est lout à fait sem* 
blable aux armes des comtes d'Eslaing , et que ce volume, qui appar- 
tieni à la bibiiolbèque de Rodez (fonds des Cbartreux), porte, sur le titre, 
la signature d'un membre de celle famille illustre : P. Destaings. Celle 
famille possédail-elle une papeterie sur le Lot ? Cela nous expliquerait 
le dessin du filigrane (1). 

N^ 19. De ludo scachorum. 



(4) Les d'Eslaing portaìent d'azur à 3 fleurs de lis d'or » su chef de méme. — On troove 
ce filigrane dans le papier des livres imprìmés à Cotogne, loh. Guldenschoff. — A BruxeUeSf 
Fratret eommunis vita, 
A Paris, Voeahulariui viriusqw jurii, 4476. 

Idem, Adveritu heretieoi, Gttill. Ockam. 
Idem, Liber ientmtiarumf Gregorius Ariminius. 
A Lyon, Da proprietatibus rerum. S. 1. et ao. 



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— 409 — 

En tòte du 2« f. oq Ut : 

Incipit libellìis de ludo scachorum et de dictis factisque nobilium 
virorum philosophorum et antiquorum prologus libelli. 

In fine : Explicit doctrine vel morum informatio accepta de modo 
et ordine ludi scachorum. Beo gratias. 

In-i"" goth. de 60 flf. de 29 lignes aux pp. entières. S. 1. et a*>, s. chiflf. 
ni réclam. Signat. a-h. — Tous les cahiers sont de 8 ff. , exceptè le der- 
nier, qui n'en a qae 4. Le 1*^ f. est blanc. Il oe porte au reclo que le 
titre sur une seule ligne. Le papier a pour filigrane la main qui bénit. 

Cet exemplaire est celui cité par M. de Castellane {loc. dt., p. 13). 
Get autear, en comparant cette 2* édition a la précédente (n"" i, V^ sèrie), 
ajoQte : « Le papier et les caractères sont meilleurs ; da reste ^ aucon 
changement, eie. » 

Aacun changemenl dans le texte , sans doute ; mais il y en a beau- 
coup dans l'impression. Le papier est plus fin , plus blanc que celui de 
rédilion de 1476. Les caractères, qui ont 7 poinls typographiques , sont 
évidemment d'une epoque plus avancée, et se rapprochent beaucoup de 
ceux de VArestum querele de 1496. 



QUATRIÈME GROUPE (de 1491 a 1500). 

JEAN DE GUERLINS. 
TypoflpraplieB inconnu». 

N^ 1. Les ordonnances faictes par le Roy nostre Sire touchant le fait 
de la iustice du pays de Languedoc leuees publiees et enregistrees en 
la court de parlement de Tholose. 

A la fin : Cy finissent les ordonnances Royaulx. 

Impressus Tholose per Magistrum Johannem de Guerlins (1). 

(I) Quoique le titre du livre en indique assez le sujet, nous alIoDS en citer deux ou 
trois passages qui en feront comprendre Timportance et Tesprìt. 
a... Gomme les gens dea trois estata de nostre paia de Languedoc nous ayent pluaieura foiz 



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— i\Q — 

Iq-8'' goth. y de 32 ff. de 32 lig. aux pp. entières. Les caractères soQt 
très-nets, fort petits et ont a peine cinq points typographiqaes. 

Quoique sans date, nous pensons que ces ordonnaDces ont été impri- 
mées à Toulouse dans les premiers mois de TanDée 1491 ; car on Ut, à 
la fin du 106' artìcle : « Donne à Moalins xxviij (sic) jour de décembre 

fait supplier et rcquerir que nostre plaisir fut faìrc donDcr ordre on fait de la justioe police et 
entretenement dìceluy pays reparer et faire cesser tous abbuz exactions detrìmens et domai- 
ges que noz subjectz ont porte et portent chescun jour tant à cause de la grant multitude et 
nombre excessif des notaires sergens et autres menuz officiers qui sont audit paia connu au 
moyen des multiplications des proces immorteli qui y affluent proliei tes des proces et prò- 
cedures grans escriptz forme de proceder on Cait de playdoirìes salaires de juges advocatz 
procureurs greffiers et coramissaìres le stille du petit seel de Montpellier, et aussy au moyen 
de la diversite et confusion des provisions lettres et mandemens que sont continuellement 
donnees par la chancellerie de Tholose et les seneschaulx et juges dudit pais dont s'ensuy- 
vent les ditz proces et plusieurs autres abbuz faultes et desordres prejudiciables a tote la 
chose publique de notre pais. sur quoy nous obstemperent de tres bon cueur a la requeste 
des dittes gens des ditz estatz pour le ^rant desir que nous avons de pourveoir aux choses 
dessusdittes et soulager nos ditz subjectz eussions des les estatz derniers tenuz on dit pais 
fais communiquer et praticquer avecques euls par nous commissaires pour adviser, etc, etc. » 

Voici maintenant quelques-unes des modifications apportées à Tétat de cboses dont se 
plaignaient les requérants : 

altem, pour relever le peuple des grans fraiz et tauxations des notaires qui exigent grana 
sommes de deniers des proces qui se font de pctites choses teilement que souveiiteffoiz les 
fraiz montent plus que le prìucipal a este ordonne que des proces qui seront doresnavant 
esdictes cours ou il ne sera questìon que de trois livres tournois une fois poter ou au des- 
soubz. se vuyderont les ditz procez sommairement et de plain. et nen sera receue que 
la premiere appeilation au pro^hain juge royal a qui il appertiendra lequel fera apporter de- 
verà luy le proces in prima figura sans grosser... 

D Item, et pour pourveoir aux querelies et plainctes que on fait des tauxations excessi ves 
des voyages et commissions des juges mages lieutenans et autres subroguez a faire enquestes 
executions d'arrestz ou autres commissions A esté advise et ordonne que dorsnavant les 
ditz juges mages lieutenans de seneschal clero ou lay seront payez a deux escutz petitz 
par jour vallans cinquanta et cinq solz tournoys et leur despens moderez et raisonnables a 
trois chevaulx seuUement et non plus sur peine de lamende et de suspension de leurs offl- 
ces, etc., etc... 

9 /r«m, les dictz notaires en ordonnant les proces nommeront à la premiere journee les noms 
du magistrast et des autres parties et advocatz dicelle qui comparesttront en la cause et es 
contiuuations des journeez ne y reitereront les noms des dictes parties advocatz et procu- 
reurs sy non qu*il y eust mulation diceiles parties advocatz et procureurs mais seulement y 
mettront eomparentibui coram tali judiee vel lowmtenenti , delaissant les parolles superflues 
dont les dictz notaires ont accouslume de vser pour accumuler leurs proces sans aucun 
fruit .. 9 



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» laQ de grace mil quatre cens qaatre viDgts et dix el de notrc règne 
» le huicliesme. » Au-dessous du liire se Irouve Técusson royal. 

Cest , jusqu'à présent, le premier incunable toulousain , de format 
in-8®, que noQs ayons reoconlré. 

N® 2. Ad vsum ecclesie atixitane missale feliciter incipit. 

In fine : 

Liber missalis ad vsum ecclesie metropolitane Sancte Marie auxis 
ductu et impensa nobilissimi viri Hugonis de Cossio mercatoris Tolo- 
sani. Impressus ad lauderà dei ejusdemque intemerate virginis Marie 
felici sidere explicit. Anno Domini Mxcccxcj. die vero xiiij. mensis 
aprilis. 

Pet. ÌD-foI. golh., à 2 col., 23 lìgnes aux pp. enlières. 294 flf. chiffrés^ 
signés a-aa-gg-À-C, précédés de 8 flf. limin. non chiffr., doDt le premier 
est bl., et qui out pour signat. + i-iiij. Toas les cahiers sont de 8 flf. , 
excepté G, qai n'en a qae 6. Le cahler t renferme deax gravures sur bois, 
une au verso du f. l iij, représentanl le Cruciflement de N.-S. , et Tau- 
tre, au redo du f. liiij, représenlant la Résurreclion des morts. Ces gra- 
vures soni siguées des iniliales I D. 

i.es caractères sout de deux grandeurs : le plus graud a 10 points 
typographiques, et le plus petit en a 8. Les rubriques et la vignette sont 
imprimées eu rouge. 

Le papier a pour filigrane un serpent couronné (v. pi. 2, flg. 22), 
que nous avìons déjà trouvé dans le Marcus Tullius Cicero^ de o/ficiis 
amicitia senectute. In-fol. , imprimé a Lyon-, per Ioannem de Prato, 
en 1492. 

Àu-dessaus de la souscripUon finale se trouve une vignette , ayant la 
forme d'un carré long, au centro de laquelle est un écu en losange, sou- 
tenu par deux génies ailés enlièrement nus. 

Le Missel d!Auch apparlient au grand séminaire de celle ville. L'exem- 
plaire est assez bien conserve , et , quoiqu'il ait été plusieurs fois relié , 
il a encore 31 cent, de hauteur (1). 



(4) W nous a été mgnalé par M. Aloys Kunc* organiste fort érudit, et c*estsur sa demande 
que M . Tabbé Couture a bien voulu nous adresser la description de ce curieux incuiiable. 
Nous prions ces messieurs d'agréer ici Texpression de notre grati tude. 



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— 142 — 

Ce mìssel a-til èté rèellement imprimé a Toolouse? Noas n'osons TafOr- 
mer, bien qa'il ait été exécuté par le commandement et aux dépens de 
très-noble Hugues de Gos y marctiand de Toulouse , qui , treize ans plus 
tard, en 1504, fut promu au capiloulat. 

La marque du papier, qae dous avions déjà rencontrée dans le Cice- 
ron de Jean Dupré, de Lyon , nous ferali pencher pour la negative , si 
noas ne savions qoe les incanables lyonnais et les incunables tonlou- 
sains ont élè soavent imprimès sar des papiers portant le méme filigrane. 
Toutefois, tanl que nous n'aurons pas trouvè le serpent (v. pi. 2, flg. 22) 
dans un incunable toulousaìn , nous aurons lout lieu de croire que le 
missel d'Àuch est sorti des presses lyonnaises. Une circonstance tonte 
particulière viendrait à l'appui de cette opinion. 

Nous possédons un missel de Toulouse, imprimé à Lyon en 1524 (1), 
et la bibliotbèque de Toulouse en possedè un aulre , imprimé a Paris en 
1552 (2). N'est-il pas surprenant, si le missel d'Àuch a été imprimé en 
1491 a Toulouse 9 de voir, trente-trois ans après , le missel de Toulouse 
imprimé à Lyon, d'abord, et quelques années plus tard à Parisi 

Si Fon veni bien se rappeler que, dès la fin du quinzième siècle , — 
et cela se volt encore de nos jours, — un grand nombre d'imprimeurs 
se livrait exclusivement à Timpression des livres de liturgie , missels , 
brévìaires, livres d'heures, etc, le fait que nous venons de signaler pa- 
raftra moins extraordinaire. 

N^ 3. Les ordonnances faictes par le Roy nostre Syre touchant le 
fait de la justice des pays de Languedoc leues publieez et enregistreez 
en la court de parlement de Tholose: 

A la fin : 

Gy achevent les ordonnances faictes par le Roy nostre Syre tou- 
chant le fait de la juslice du pais de Languedoc leues publieez et en- 



(4) MUiale ad vtum eeeleiie metropolitane Saneti^Stephani Tholoie.,. In fine : Minali ad 
vmm ecclesie metropolitane Sancti-Stephani Tholose nuperrime speeiosis characteribus Lugdtmi 
per Dionysium de Harsy diligenter impressum : ... Anno natalis Domini , M.cecccxx.iiii» Iji-4o 
goth., à % col., 37 ligDes aux pp. entières; caractères rouges et noìrs; fig. daDs le texte; 
papier fort. Pour filigrane, une petite fleur de lis dani le bas. de la marge intórieure. 

(2) Missale ad vsum insignis ecclesie ThoUnane Sancti-Stephani prQthomartyrie.,. Prostat 
Pariaiis apud Gulielmum Merlin 455S. In fol. 



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— 443 — 

regisireez en la court de parlement de Tholose le xxviij. Jour d^auril 
lan mil.cccc.lxxxxi. (1491). 

Io-i'' goth. de 30 fi., ayant 30 lìgnes aux pp. entières; — quel- 
ques-UDes n'en ont que 29. Saos chiff. ni réclam. Signat. AD. Les 
cahiers soDt de 8 fi., excepté la lettre D ^ qui n'en a que 6 ; — le papier 
est roui, d'une épaisseur variable ; il a pour filigrane le B, déjà men- 
tionné. 

Sur le recto du 1" f., au-dessous des cinq lignes dont le titre est com- 
pose, se trouve une gravure sur bois représentant le roi , assis sur son 
tròno, et s'enlretenant avec des hommes de loi. Le verso de ce méme 
f. est rempli en entier par une autre gravure sur bois , représentant un 
juge portant Fépitoge herminée , assis dans une chaire , et tenant un 
livre ouvert sur ses genoui. Celle gravure se trouve reproduite au verso 
du dernier f. (v. pi. 10, flg. 1). 

Ges deui éditions des Ordonnances touchant le fait de la justice du 
pays de LanguedoCy datées de Moulins le 28 décembre 1490, furent 
très-certainement imprimées a Toulouse, peu de temps après leur promul- 
gation. 

L'édition in-8^ (n^ 1), signée par Jean de Guerlins, est le premier livre 
sur lequel se trouve le nom de ce typograpbe , que nous retrouverons 
au seizième siede, et dont nous nous sommes longuement occupé dans un 
mémoire publié tout récemment. 

L'édition in^"" (n"" 2) , n'est malheureusement pas signée, et nous le 
regrettons , car la forme parliculière des caractères dont on s'est servi 
s'éloigne tellement de celle des types menlionnés jusqu'ici (v. pi. 10, 
fig. 2), qu'elle nous révèle Texìslence d'un typograpbe inconnu auquel 
nous devons la plupart des ouvrages renfermés dans ce 4* groupe. 

Personne n'ignoro que ces Ordonnances ont élé souvent imprimées 
dans les dernières années du quinzième siede. Ce fut donc , entre 
Guerlins et son coUègue , une affaire de concurrence. Laquelle de ces 
deui éditions parut la première? Nous ne saurions le dire. Pourtant , si 
nous nous en rapporlons à la date de Tenregistrement en la Cour du 
parlement y l'édition de Guerlins aurait paru la première. En effet, elle 
porte la date du 28 décembre 1490, tandis que l'autre porte celle du 
28 avril 1491. Quoi qu'il en soit, Timportant pour nous, c'est de con- 

45 



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stàter qQ6 Jean de Goerlins imprìmail à Tooloase en 1491 et peat^tre 
avant. 
N* 4. La Danse Macabre. Oa Ut a la fin les vers saivaots : 

Arti nova ptéstos $% Mmit mente Hbellai 
Ingenium totiem exuperavit opus 
NuUui adhuo potuit huju$ eontingere nimmiim. 
Ars modo plura nequit, ars dsdU omns swtm. 
Vir fuit istud opus quod eondUor indieat ejus (4). 

La soQscription suivante termine le volarne : Cy finist la Danse Maca- 
bre augmentée de plusieurs beaux dit, et les troisvifsetlestroisrnors 
ensemble nouvellement composes et imprimez lan mil.ccccdxxxxij 
(1492). 

In^"" goth., de 26 ff. de 24 lignes aux pp. entières, une seuleen a 29, 
s. chiffr. ni réclam.; signat. a-d. Cbaque cablerà 6 flf., excepté le pre- 
mier, qui en a 8. Le papier, un peu grìs, a pour filigrane le croissant. 

M. A. Glaudin, qui voulut bien nous confier cette rarissime plaqueite , 
Tayant comparée avec nolre exemplaire des Ordonnances enregistrées 
au parlement de Toulouse le S8 avril i49i, fui frappé^ comme nous, 
de la ressemblance qui eiiste entre ces deui impressions, et nous n'hé- 
sit&mes pas, Tun et Taulre , à les altribuer aux presses toulousaines. En 
y réfiécbissant davantage , et après avoir pris Tavis de quelques bi- 
bliophiles , la conviction de M. Ciaudin a molli y et « il est porte a 
croire.i» nous écritil, « que ces éditions sont sorties des presses lyon- 
» naises, ou bien, — si elles ont été imprimées à Toulouse, — qu'un 
» imprimeur de Lyon aura cède à son coUègue de Toulouse une fonte 
» de caraclères. » 

Cette opinion, de la part d'un homme qui s'occupe depuis longtemps , 

(4) Ne comprenaDt rieD au sena de ce méchant latin, nous allions définitivement jeter, 
comme on dit, notre langue aux chiens, lorsque Tidée nous vint de soumetlre le problème 
à un jeune bénédictin de nos amis, grand déchiffreur de grìmoire. La solution ne se flt pas 
attendre; la void : 

e Dans ces petits livrea imprìmés par un art nouvean l'esprit reste de beaucoup supé- 
» rieur à Tceuvre : l'esprit a des sommets que personne n'a encore atteints. lei, l'art, au 
» contraire, ne peut rien davantage : il a donne toute sa mesure ; et l'on voit à ce signe 
» qu'un horame, et rien qu'un homme, est l'auteur de cet ouvrage. i 



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— 416 — 

avec ardeur ^ de l'histoire de l'imprimerie dans les anciennes provin- 
ces de France a jeté le doate dans nolre esprit. 

Les docoments nous manquent pour trancher la questioo , car ce 
n'est pas chose facile qae de coostater ridenlité parfaite des impres- 
sioDS, absque nota, da qaiDzième siede. Ponr arriver a une conclusìon 
évideole, il faut avoir soqs les yeui les pièces en litige, les confrooter 
entre elles, relever leurs alphabels, et jager, en un mot, avec con- 
naissance de canse. 

Malbenreusement, de semblables rechercbes sont impossibles aui Ira- 
vailleurs de province; on le comprend aisément, car, éioignés des gran- 
des coUecUons de livres, ils n'ont, en general, à leur dìsposition que 
les traités courants de bibliographie, Iraités d'aulant plus insuffisants 
pour résoudre le problème pose, qu'ils manquent entièrement de ce 
que Fon nous permellra d'appeler l'élément plastique. 

Quels services, en effet, n'eussent pas rendus à ces bibliographes 
exilés les La Serna-Santander, les J.-Ch. Brunet, les Pérìcaud, ete., etc., 
slls avaienl joint a leurs ouvrages les facsimile et les alpbabets des in- 
cunables importants qulmprioìèrent au quinzième siede les typographes 
en renona ! 

N* 5. VUnion des Pr incesa — Dans la colleclion Ricard exisle une 
pièce de 415 vers, divisés en slrophes de 4, 8, 10, etc. vers. Elle a 10 
ff. in^^" (un Cahier de 6 ff. et un de 4). Goth., s. 1. et a"" (1491), s. chif* 
fr. ni réclam. ; signal. ab, 24 à 26 vers par page. 

Le f. a-j manquant à Texemplaire, nous ne pouvons pas en donner 
le titre eiact. 

Colte pièce est un dialogue entre VVnion, la Division et la Paix, 
Elle est relative à la paix survenue entre Charles Vili et le due d'Or- 
léans, après le marìage ou au moment du mariage du roi avec Anne 
de Bretagne. 

La date de cotte pièce est facile à deviner ; on la trouve dans la der- 
nière strophe, sous forme de mauvais rèbus, la voici : 



DiyiSION. 



VfmUm des prinees nomme 
Je «Ufi qui fui eouche en rime 



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— 416 — 

Lan par ces lettru wjtrime 
Mais qui peut sxprimer V exprime 
Il fut de plwnei de geline 
Quatreeens, dont Vune lexprime 
QuatrivingU galaiH» de tarine 
Onxe foys ont leu le iouseript. 

Papier fort. Poar flligrane la roue dentée. Non mentiooné dans le 
ManiieL 

N* 6. Les articles de la paix et accord demierement fait (sic) entre 
le treschretien roy de France dune pari. Et le roy des Romaim tous- 
iours auguste (Pautre pari. 

In-if" gotti.» de 18 ff. dont le dernier est blaac; sans chiffr. ni ré- 
clam.; sigQat. a-c, trois cahiers de 6 ff. cliaque. 

Le 1*' f., presque enlièremeot déchìré, portail, probablement, une 
gravure sur bois, aa-dessoas de laqueile étaìt le titre dont on peut 
lire eucore les fragments restauts : 
Articles de la 
fait eotre le 
dune part 
jours auguste 

Papier gris, très-épais. Il a pour filigrane le croissant. 

Ce livre renferme le trai té de paix entre le roi Charles Vili, d'une 
part, et Maximilien I'', roi des Romains, et son flls Philippe, archiduc 
d'Autriche, de Tautre (pour la remise de Marguerite d'Autriche), à Senlis, 
le 25 mai 1493 (1). 

Les préliminaires et la promulgation dù traité de paix ont été sup- 
primés dans l'exemplaire que nous venons de décrire et qui faisait partie 
de la coUection Ricard. 

N^ 7. Les Ordonnances Royalles faictes par le Roy nostre Sire 
au£C les princes et gens de son sang et son grand conseil sur le faict 
de la justice, tant de marchandiseSj apressiemens de vivres et pris 
de monnoyes Auec la table et plusieurs autres choses. lesquelles ne 
sont point es autres imprimees, leues, publiees et enregistrees au 

(4) V. Recueil des Traités de paix, etc., par Fred. Léonard. Paris, 4693, t. I, p. 354. 



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— 447 - 

parkment de Thoulouse. Present monsHgneur dAlby commissaire 
deppute par le Ray. 

Au recto da 55* f. od Ut : 

Donne a ThotUouse le xxijour du moys daoust fon de grace 1499 
et de nostre regne le secand. 

Id-4^ goth. de 10-58 ff., sans chiffr. dì réclam. ; sigDat. A-a^. Sur 
le recto da l** f. UDe gravare sar bois représeDte le rei remettaat ses 
ordoDDaDces aoi magistrats. Pour flligraDe la lettre B. — ProveaaDce : 
bibliolhèqae de Toaloase» d' 129 (1). 

Aa bas da recto da deraier f., Taa des propriétaires de ce volarne 
a écrit : Hujusmodi liber ordinationum Regiarum fuit emptus per 
me Boezy infrascriptum studentem in vrbe Tholosana decimo trium 
solidos tumoy (2). anno Domini millesimo quinquagesimo t;l^(1505). 

Boezy. 

Cet oavrage est probablemeat le méme qae celai porte ao Cat. Bigot 
(Parisiis, 1706, iD-12, p. 110), soas ce titre : 

Ordonnances des Rois Charles Vili et Louis XII, sur le fait de la 
justice. Toaloase, 1499. 

N* 8. La confession generale de frère Olivier Maillard. 

iD-i^'goth., de 6 ou 8 fF., saas chiffr. dì réclam.; sìgoat. a. — 28 
lìgDes aax pp. eotìères ; saas flligraDe. 

Cet eiemplaìre apparUeat à la coUectioD Rìcard ; mais comme le pre- 
mier et le derDìer f. maaqueDt, il dous eùt été difflcile d'ea formaler 
le titre si Doas D'avioDS pu comparer le tolte avec le texte patoìs de la 
Confession generala de frayre Olivier Mailhart (sic) en languatge de 
Tholosa, qae Doas avioDs soas les yeax. 

Maillard, cbassé de Paris, se réfagia à Toaloase, vers la fio de TaDDée 
U99, OD il moarat od 1502. C'est bieo certaiaemeat peadaot TémotioD 
profoDde qa'il prodaisit sar ses aaditears, qae Tod imprima à Toaloase 
plasiears de ses oavrages. 

11 De faat pas coofoDdre la Confession generale de frère Olivier 



(4) Cet exemplaire est celui de Secousse. Le nom et les armes du célèbre bistorien se 
trouvent sur la garde du volume. 
(t) Environ 4 fr. 50 e. de notre moDDaie. 



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- 448 - 

Maillardy dont nous parloQS ici, avec un livre portaot le méme litre 
et imprimé à Paris d'abord, en 1481 , et réimprimé plus tard sans 
date. 

Ce deroier ouvrage est un Examen de comcience qai roule sur les 
Commandemeats de Dieu ; tandis que Taotre décrit toat simplemeot la 
manière de se confesser , en indiquaat prolixernent tous les péchés que 
Fon peut commettre par les cinq seus, etc, etc. 

Ce dernier opuscule a été imprimé plusieurs fois, pendant la fin du 
quiuzième siede et pendant le seizième. M. Brunel en cite plusieurs 
édìlions, ainsi que M. de Castellane [loc. cit.). 

N® 9. A la suite de la Confession generale de frère Olivier Mail- 
lard y on trouve , dans la coUection Ricard» une partie de 6 ff. in-4* 
goth.yàlaquelle il manque le 1^ f. et la fin. 

En lisant ces ff. incomplets, il est facile de reconnaitre quMls faisaient 
parile du livre intitulè VArt de bien mourir. 

Les quatre fig. sur bois que ces ff. renferment ne laissent ancan 
doute à cet égard. En voici les titres : 

Temptation du dyable de la foy. 

Benne inspiration par lange de la foy. 

Temptation du dyable de desesperation. 

Bonne inspiration de lange contre desespérance. 

Papier fort, un peu gris; pour filigrane la roue dentée. 

N® 10. Lucidaire en francoys. Pel. in-4* goth. s. 1. et a*^, à lon- 
gues lignes, de 58 ff., non chiffrés, ayanl 24 lignes aux pp. entières; 
sìgnat. a-f. Les cahiers sont de 6 ff., eicepté le cabier a., qui en a 8. 

Le litre est place, — au redo du 1" f., — au-dessus d'une grande 
vignette sur bois, de 15 V2 cenlim. de hauteur, représenlant, au centre 
d'un portique, un personnage debout (le maitre, sans doute) , enveloppè 
d'une longue robe, coiffé d'une petite calotte, et s'appuyant de la main 
droile sur un bàton autour duquel flotte et s'enroule une banderolle. 
Celle vignette est reproduite au verso du tilre (v. pi. 9, fig. 3). 

Le 2' f. commence ainsi : Sensuit le lucidaire francoys. Quant à 
parler de noblesse espirituelle cesi la plus grani noblesse qui soit et 
que hamme puisse se auoir. Cesi dauoir tousiours son cu£ur et son 
affection a son createur et dacquerir congnoissance de luy et de ses 



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— 4i9 — 

ordonnances. Camme pourquay fit il les anges. lemme et la femme. 
mariage. paradis et enfer et ant ilz sont. et pourquay il vaulut 
naistre de la vierge Marie, et gue signifient ses faictz et ses euures. 
et aìMsi de lanthecrist. et des trepassez et camment an se doit con- 
tesser et a qui. Or enqì{erans donc quelques unes de ces choses 
camme fait le disciple qui demando a san maistre et le maistre res- 
pond a ses demandes camme sensuit. 

Le livre* finii an bas du redo do SS"" f., doDt le verso est blanc. Le 
papier est fori, un pea gris. Il a poar fllìgrane uq grand B comme celai 
de Le schele de Paradis, du SUlus parlamenti, da Pierre de Cas- 
traval, etc, eie. 

Placèe après la Ymitadan el avant les Ordannances tauchant le pays 
de LanguedaCy dans le recueil de M. Ricard, marqoée da méme filigrane 
que les papiers de plusiears livres imprimés aa quinzième siede à Tou- 
louse, noas n'hésitoos pas à classer celle édilion du Lucidaire en 
francays parmi les incunabies loulousains. 

Nous croyons devoir indiquer ici la Iraduclion paloise du livre pré- 
cédenl, traduclion signalée, pour la première fois, par M. de Castel- 
lane dans son Essai de catalague chranalagique, eie., p. 25, 26. 

Il est fàcheux que M. de Castellane, qui a eu enlre ses mains les frag- 
ments de cet ouvrage réduits à quelques feuillets, ne nous en ail 
pas donne une descrìption plus détaillée. Sachons-lui gre cependanl 
de l'avoìr mentionné , el de nous avoir donne le facsimile du titre el 
du'sommaire qui l'accompagne. 

La rarelé de ce fragmenl^ doni nous avons vaìnemenl rechercbé la 
trace , nous fall un devoir de reproduire ici les passages déjà publiés 
par M. de Castellane : 

« Al present libre apelat Lucidari. » 

« Dona a entendre plusors causas mervilhosas et subtHas , las- 
» quallas demanda lenfant a son mestre, quina causa es Dieu, 
» hont era Dieu auant que fes la monde (I)^ don ven la piega ^ 



(1) Cotte phrase nous remet eQ mémoire un opuscule de 7 pages, publió dans le dix- 
septième siècle, et ayant pour titre : Quelles étaient les occupatiom de Dieu avant la créatùm. 
(Y. la Rmm$ ritroepective, n^ 9, juin 4834, in-8o, pp. 456-463.) 



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— ISO — 

» Cam se engendra lo traneyre. De las fadas.^Dels quobelis Faitilhe- 
» ras. Dels sontges. Coma se deu hom confessar et de qui. Com 
» vendra lantecrist. Del grani iutgamen de Dieu. Et plusors autt^is 
» causas ben vtilas et proffitablas. » 

<c A parlar de noblessa espirituala Ma es la plus granda no- 
» blessa que sia et que lame posqueaver , so es de aver son cor et 
» son affection a son creator et de aver cognoissanssa del et de sas 
» ordonensas , coma et per quel fec los angeles, Ihome et la fenna, 
» mariage, paradis et yfem, et ont els son, perque el volguet naisse 
» de la verger Mafia, et que significan ses faits et sas obras. » 

A la fin du quinzième siècle et dans le couraot da seizième , on Ira- 
duisit en patois , — enlo lenguatge de Tholosa, — od grand nombre 
d'ouvrages de dévolioa et de morale, qui sont aojoard'hui extrémement 
rares, et doQt doqs reproduirons les titres à la date de leor publication. 

NMl. Quodlibetajuridica. Tolos», in-16 (1). 

Maìltaire, 1. 1 , pars prior , p. 790, cite cet ouvrage, sur la foi de La 
Caille. 

M. de Castellane [loc. cit., p. 23) rindique comme ayanté té imprimé à 
TolosechezJacq. Ck>lomiés (sic) (2), et, puisque le i'' volume de Mail- 
tairCj dit-il, ne contieni que les livres quHl a crus imprimés avant 1500, 
OD doit en conclure qu'it apparlient aux incunables du quinzième siècle. 

Yoici l'article de La Caille (3) : « Année 1488. A Thoulouze, on im- 
» prima, en 1488, Gommentaria Thomas de Valois in D. Augustin. 
» de civitate Dei. Il y fut aussi imprimé avant Fan 1500, par Jein- 
> Jacques Colomiez, quot libeta juridica in-lS. Cette famille des 
» Colomiez a toùjours executé l'art de Timprimerie en cotte ville el est 
» presentement exercée {sic) par Guillaume-Louis Colomiez. » 

MM2. Rabbi Samuel. — Epistola Rabbi Samuelis Judei : ad 
rabbi Ysaacjudeum de pìvfetiis Veteris Testamenti secundum trans- 
lationem eorum quibus lex judaica destruitur : christianaque religio 
aprobatur. 



(4) Uu ìn-46 au quinzième siècle? 

(t) Les Golomiés n^apparaissent qa'en 4649? 

(3) Bisioire de l'imprimerie et de la librairie, Paris, Jean de La Caille, 4689, in-4«. 



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— 484 — 

In fine : 

ExpUcit epistola Rabbi Samuelis missa Rabbi Ysaac et supra in 
proliemio continetur sub anno Domini millesimo. Jranslata de ara- 
bico in latinum per fratrem Alfonsum boni hominis ordinis predica- 
forum sub anno Domini M.ccc.xxxix. 

Id-4^ gotb.^ de 26 ff. de 30 lignes aux pp. entières , s. 1. et a""; sans 
chiffr. ni réclam.; signat. A-D. Le 1*' f. ne porte que te titre en 4 lignes ; 
le verso da dernier f. est blanc. 

Le papier est épais, cotonneux ; il a pour filigrane une lète de bosuf 
d'une forme singulière. (V. pi. 2, fig. 21.) 

Ce livre fait parile de la coUection Ricard et nous le croyons» par cela 
méme, imprimé à Touloase vers la fin da quinzième siede. Non men- 
lionné dans le Manuel. 

N« 13. iSOOf — Bertrand (Nicolas) — Nicolai Bertrandi Gesta 
Tolosanorum, fol. Tolos. 1500. 

Mailtaire (t. I, p. 471) et Prosper Marchand [ex Catal. Billaine, 
chil. II, p. 24) se soni évìdemmenl trompés. Celle édilion n'a jamais 
elisie. Le catalogue Billaine, ao lieu de 1515, date de la seule édilion 
des Gesta Tolosanorum, aura, par erreur, mis le chiffre 1500, cbiffre 
que Mailtaire, et plus tard Marcband, ont reproduit sur la foì des traités. 



En terminant celle première parlie de nolre travail, nous ferons ob- 
server qu'à daler des dernières années du quinzième siede , les plus 
cbauds parlisans des produclìons lypograpbiques de Tolosa d'Espagne 
ne s'inquiètent plus de leurs deslinées. Les presses auxquelles ils attri- 
buaienl les cbefs-d'oeuvre de Jean Parix et de Henri Mayer cessenl tout 
a coup de fonctionner, demeurent silencieuses, et disparaissent, comme 
disparaissent les réves, sans laisser trace de leur passage (1). 



(4) Void quelle est anjourd'hvi Topioioa des bibljogrtphes espagnols, relatiTement 
aox prétendues impressions da quiosième siede, de Telata de Gaipusooa. 

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— «2 — 

On Ut, dans la 2» édition de Mendes (a) : 

« No cabe dodarse que toda laa impressiones del siglo XV que se dicen hechas eo Jo- 
» Iota, corresponden à la de Francia y no à la de Gaipuzcoa, lo uno porque en las mas de 
» ellas se la llama ciudad, corno en la Ckronica abreviada de Valera, ano de 4489, y ade- 
» lante ano de 4494 en el libro De proprietatib. rer,; y aunque una ù otra vez solo vUla 
» al estilo de Francia, stendo unos mismos los impresores y la letra, basta lo cierto para 
» interpretar Io dudoso. Lo otro , porque el que boy tenga la provincia de Guipùzcoa su 
V imprenta y archi vo en la villa de Tolosa siendo corno esa es una disposicion moderna nada 
9 sirve para arguir lo mismo en el siglo XV. » 

Ce que nous croyons devoir traduire ainsi : 

« Il est bors de doute que toutes les impressions du quinzième siede qui portent le nom 
» de Tolosa appartiennent à Tolosa de France et non à To/oxa de Guipuscoa; d*abord, parce 
» que, dans la plupart de ces impressions, on donne à Tolosa Tépithète de eiudad (6), 
» tandis que, dans quelques autrìes, on lui donne celle de villa (e), suivant Tusage de 
» France; le nom des imprimeurs et les caractères etani d'ailleurs les mémes, le certain 
9 suffitdonc pour interpréter Tincertain. En second lieu, de ce que la province de Guipus- 
» eoa a aujourd*bui son imprimerle et ses arcbives à Tolosa^ — cette disposition est toute 
» moderne, — on ne peut pas en conclure qu*il en alt été de méme au quinzième siècle. » 

La note suivante, p. 377, est facile à comprendre : 

e Està obra y la que sigue [Scotus pauperum, — Expositio super summulas Petri Hispani^, 
» ya por estar en latin, ya porque indudablemente no estan hecbas en nuestra nacion, pa- 
» rece que debieron no incluìrse en la Tipografia Espanola; pero siguiendo en estas adi- 
» ciones el mètodo de Hendez, es preciso, à mi juicio, completar en lo possible las impre- 
» siones hechas en Tolosa.» 

La rareté des ouvrages de Mendez et de Caballero ne nous ayant pas permis de les con- 
sulter nous-méme, nous avions été mal renseigné par notre correspoodant. Et puis, d*ail- 
leurs, comment ne pas croire au silence de ces autcurs, relativement aux livrea imprìmés 
à Tholosa, en voyantnos bibliograpbes les plus renommés, La Serna-Santander, Née de La 
Rochelle, M. J.-Ch. Brunet, Peignot, etc, etc, trailer, trancher méme la qucstion en 
litiga, sans se.donner la peine de recbercber quelle avait été ou quelle était, à cet égard, 
ropinion des bibliograpbes espagnois? 

Nous avons pu nous procurer les éditions de Mendez et de Caballero, tout récemment 
publiées à Madrid, et nous sommes beureux de confesser et de réparer aujourd*bui Terreur 
que nous avions commise dans notre avant-propos (v. la p. 46). 

Mendez, art. Imprenta de Tolosa^ cite, après avoir fail suivre ce titre du mot Dudosa , 
six des ouvrages , portant la souscriptìon de Tholosa^ imprìmés, soit par Jean Parix et 
Bstévan Clébat, soli par Henry Mayer. 

Quant à Caballero, qui cite ces mémes ouvrages, il est beaucoup plus précis que Men- 



(a) loc. c«., p. 167. 

{b) Gomme cela se volt dans la Ckronica abreviada de Valera, imprimée en 1489, et dans le livre De prò- 
prietatibus rerum^ imprìmé plus tard, en 1494. 

(e) Gomme, par exemple, dans £1 pere^irimige de la Ma humana,.. A instaneia del honarable smor 
maestro Henrico Aleman que con grande diligenda la hi%o imprinUr en la villa de Tholosa.., 



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— 423 — 

dez. Il décUre n*avoir place, dans son Catalogue dss livres eipagnoU, lea livrea impri- 
més à Toulouse, qa'en conaidéralioo d'an de ses amis , dont il reproduit lea argumeots 
en faveur de Tolosa d'Espagoe , quoiqu'il n9 doute pre»qu$ pa$ de la vérité de Vopinion 
eontraire, Voici comment il s'exprime dans sod a vis au lecteur : 

e Neqve me velini mirerìs, benevole lector, inter editionea hiapanicos, Toloaanas etiam 
9 recensere. Quia enim nescit, Tolosam nobilissiniam esse Galli» urbem? Cum vero in His- 
» pania nobile quoque oppidum Toloa» sit apud Guipuzcoanos sita, contendebat mecum 
• vir satis eruditus , editiones toloaanas, quas refero, non Gallicos, sed Guipuzcoanas esse. 
» Duobus indiciis is utebatur. Alterum erat , quod opera Tolosse edita ab auctoribua His- 
9 pania essent conscripta. Alterum prsBclpuum, quod eorumdem operum plura sermone 
9 loquerentur hispano : quos duaa res minime ad Gallos pertinere arbitrabatur. Ut mro 
» amico ratione saltem ad speciem probabile conieetanti morem gererem locum inter hispanieat 
9 tohsanis editionibue dedi : et $i fere de alterius opinionis veritate nil ambigerem. b 



IMPRIMEURS A TOULOUSE 

AU QUINZIÉME SIÈGLE. 



Les ouvriers de Fast et Schoiffer (?) 

Jean Parix. 

Estévan Clébat ou Cléblat. 

Henri Mayer. 

Jean de Guerlins. 



Toulouse est la cinquième ville de France qui ait imprimé au quin- 
zième siede. 



4. Strasbourg. Jacques Mentel 4465 (?) 

2. Paria. M. Crantz, UI. Gering, M. Friburger 4470 

3. Lyon. Bartbélemy Buyer 4473 

4. Angers. Jean de La Tour (de Turre) et Jean Morel. 5 février 4476 

5. Toulouse. 42 Juillet 4476 

6. Chablis. Pierre le Rouge 4478 



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— 484 - 

7. Poitìen. J. Bouger, Gnill. Bouchet 4479 

8. Gaen. J. Durandus, Gilles Quijoue 4480 

9. Metz. J. Colini, Gerard et Villeneave 448S 

40. Troyes 4483 

44. Vienne (Dauphiné). P. Schenck 4484 

4t. Rennea 4484 



Le Cmaiop^e des livres da seizième siècle paraitra prochainement. 



D' DESBARREAUX-BERNARD , 

Membre résidant. 



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MÉLANGES ARCHÉOLOGIQUES. 



SOUVENIRS D'UN VOYAGE DE QUELQUES HEURES. 



Messieurs , 

Je n'ai pas rintenUoQ de faire l'histoire des lieui que je vais parcoorir. 
Celle histoire trouvera peut-élre un jour sa place aillears , daos un oq- 
vrage special. Je ne veux qae signaler mainleoant quelques monumenls 
ancieos très-peu connos ou entièrement ìnédils. 

J'ai élé beaucoup aidé en cecl par M. Alexandre Figuères , qui a bien 
voulu m'accompagner dans loules mes courses et meltre à ma disposition 
des notes précìeuses qa'il avait déja recueillies. 

I 

LA GRACE-DIED. 

Àrrétons-nous d'abord a La Gràce-Dieu , modeste village au pied du- 
quel coule le petit ruisseau de la Roze. 

Tout esl poélique ìci : le lieu , les souvenirs , le nom du ruisseau 
et colui du village. 

Celle localilé esl placée sous la protection de saint Jean rEvangéliste. 
C'est peut-étre de là que lui vieni son joli nom ; car Jean , d'après Jac- 
ques de Voragine, signiQe Grdce de Dieu : « Johannes inlerpretatur 
« Dei Gralia^ vel in quo est gralia, vel cui donatum est, vel cui donatio 
« a Deo facla est. Per hoc intelligunlur quatuor privilegia qu2B fuerunl 

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— 4S6 — 

» in beato Johanne. Prìmum est praecipua Christi dilectìo. Christus eoim 
# praB caeteris apostolis eum dìlexit et Dìajora dilectionis et famìliaritalis 
» signa osleodit. Et inde dicilur: Deigralia, qui à Domino gratiosus. » 
(Legenda aurea.) 

Il y avail ud couvent de religieuses de l'ordre de FoDtevrault, fonde 
dans la première moilié du douzième siècle, et détruil par la Revolution. 

La supérieure du couvent n'avait que le titre de prieure , et non colui 
d'abbesse , comme l'ont avance faussement quelques auleurs ; mais elle 
était seigneuresse de La Gràce-Dieu^ ayant droit de juslice haute, 
moyenne et basse. Ceci ressort de plusieurs |)ièces conservées dans les 
archives de celle commune. 

Le prieuré a complélement disparu. Des jardins et des champs culli- 
vés occupent aujourd'hui la place où s'élevaient autrefois les cloftres et les 
bàtiments monasliques. 

L'Eglise elie-mème, qui servali jadis à la paroisse et au couvent, a 
subi les plus déplorables muiilations. 

Elle n'a gardé de sa splendeur passée que Tadmirable tombeau en 
Pierre de Sicard de Miramonl, que Ton considero comme Tun des bien- 
faileurs du couvent. 

Ce tombeau a élé mentionné par MM. Fons et Roschach. M. Fons en 
a donne l'inscriplion , mais le tombeau lui-méme n'a jamais été, que 
je sacbe , dessiné ni publiè par personne (1). 

Je suisheureux, Messieurs, de pouvoir mettresous vos yeux ledessin de 
ce beau monumenl encore inédil. 

Le couvercle est surmonté de la statue couchée du chevalier de Mira- 
moni. Celui-ci porle sur sa colle de mailles la tunique de l'ordre de 
Saint-Jean de Jérusalem , doni il élait chevalier. Il est probable qu'il 
fui aussi précepleur des hospilaliers de Boulbonne pendant plus de qua- 
rante ans (2). 

Àu-dessous de la statue, et sur le biseau du couvercle, rogne l'inscrip- 



(4) Il l'a été par moi dans la Meme arehéohgique du Midi , dirìgée par M. B. Dasan , mais 
seulement après la commuaication que j'ai ea Tbonneur de faire à la Sociétó archéologique 
du midi de la France. 

(i) Foia et ComnUngeif par E. Roschach, p. 306. 



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— 427 — 

tion soivaole, gravée tout autour en belles leltres da treizième siede : 
« Addo D"* 1280, seplimo non. septembris, obiit nobilis Sicardus de 

> Miramonte, miles, cujus anima requiescat in pace. Amen. Pater 
» nosler. > 

Une sèrie de quadrilobes dans le goùt du treizième siede se développe sur 
lesflancs da tombeaa, enfermant chacan un écusson chargé d'une pièce 
héraldique alternati vement répèlèe. C'est lanlòt une croix perronnée et 
tanldt un lion rampant. L'écusson da milieu est seul chargè de fasces. 

On volt à Miramont, dans une ferme à l'entrée de la ville, le lombeaa 
d'Honor deDurfort, femme deSicard de Miramont. L'auge de ce tombeaa> 
placée dans la cour à coté da puits, seri à abreuver les boeufs et les che- 
vaux de la ferme. Le couvercle, renversé à l'angle da hangar, seri de 
mangeoire aux pourceaux ! 

Le lombeaa de la noble chàlelaine serali digne pourlanl d'un meillear 
seri! 

Les décoralions doni il est orné diffèrent de celles qui règnenl sur le 
lombeaa da chevalier. Le milieu de l'auge est occupé par un quadrilobe 
semblable à ceux que Ton volt sur le lombeau de Sicard ; il enferme un 
écu chargé d'une croix perronnée. De chaque còlè de cel ècu s'élance un 
gracieux rinceau de pampres , doni les volules s'épanouissenl en une 
feuille de vigne déchiquelée. 

Le porlrait d'Honor de Durfort est grave au Irail sur le couverde. Ses 
pieds , doni on apergoil a peine l'ex tremile sous les longs plis de sa robe 
flottante, reposent sur un gros chien de garde accroupi. 

Des écussons soni dìsposés sur le biseau, près des quatre angles da 
coavercle : ils portoni les mémes pièces héraldiques que les écussons qui 
décorenl le lombeau de Sicard de Miramont. Sur Tun des biseaux est 
gravée l'inscription suivante^ disposéesur trois lignes parallèles: 

« Anno Cbristi 1286, decimo terlio kal. aprilis, obiit Dna Honoris 

> de Duroforli, monaca, uxoris Dui Cicardi de Miramonle, mililis, 
» cujus anima reqescal [sic) in pace. Amen. » 

Fera-l-on quelque chose pour arracher ce précieux lombeau > a la 
regrellable deslinée qu'il subii? Ce serait fori a désirer. Pourquoi n'au- 
rail-il pas sa place a coté da lombeau da chevalier de Miramont , dans 
l'église de La Gràce-Diea? 



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— 428 ^ 

II 

BEAUHONT-DE-LÉZAT , OU BEÀUMONT-SUR-LÉZE. 

La seule chose aujaurd'hui remarquable dans celle localìlé , qu^oo 
ne trouve menlionnée nulle pari, c'est le clocher de son église, qui 
tombe en ruine et qu'on va décìdément remplacer par ane églìse toote 
neuve. 

Ce clocher est d'un aspect vraìment originai. Bàli en brique, il forme 
comme deux étages crénelés et flanqués de tour^lles, doni l'une renferme 
Fescalier qui conduit aux combles de l'église et à la galene crénelée qui 
règne sur la fagade au -dessous des cloches. 

Deux grands arcs d'ogive surbaissée s'élèvent au-dessus de deux im- 
roenses baies aveugles qui occupenl la fa^ade du clocher enlre ses contre*. 
forls. Àu-dèssus de ces deux ogives s'élend une ligne horìzontale de 
màchecoulis fermés. 

Au point de vue de reslhélique, ce clocher n'esl peul-élre pas un mo* 
nument bien digne de fixer rallenlion. Il a des forroes lourdes et bar- 
bares; il est entièrement dépouillé de tonte espèce d'ornementation. 
Qu'esl*ce donc qui a pu lui attirer mon atlenlion? Rien autre^ Messieurs, 
qiie ce cachet d'antiquité/ imprimé par le temps sur chacune de ses 
briques décharnées , et qui lui a valu lous mes respecls. Je ne pnis 
retrouver nulle pari la trace des siècles sans étre ému. J'aìme ces vieux 
témoins d'un autre àge^ non à cause de leur beante , — ils ne sont pas 
toujours beaux , — mais parce qu'ils sont des monuments incorruplibles 
de Thistoire. Ce qu'ils ra'apprennent des temps passés est loujours vrai, 
et j'aime ces hisloriens qui ne peuvent mentir. 

Je ne proposerai jamais , à coup sur, le clocher de Beaumont comme 
un modète (quoique , à vrai dire , il valile encore inflniment mieux que 
bien des clochers très-élevés, très-pointus et d'un parfail mauvais goàt, 
dont on se plait tant de nos jours à décorer nos pauvres églises de village)^ 
et pourtant j'ai demandò sa conservalion. Me sera-t-elle accordée? 

Il n'y a pas à craindre qu'il dépare la nouvelle église : elle n'aura rien 
de commun avec l'ancienne. La nouvelle église projetée doit élre con- 



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— 429 — 

struile sur un beau plateau, un peu plus élevé que le sol où s'élève 
réglise actuelle. Ce plateau domine à la fois tout le village de Beaumonl 
et cetle riche vallèe de la Lèze qui s'élend à ses pìeds. 

Ce clocher n'a point de date , et ses caraclères archilectoniques ne 
sauraient autoriser à luì en assigner une. Mais son air de place forte et 
quelques traces d'ogive autorìsent a le faire remonter au moins aux der- 
nières années du quinzième siede. 

Ccs màchecoulis et ces créneaux n'étaient pas là comme un vain orne- 
meni. Ils étaient bien destinés à la dèfense de la place. Le cbàteau du 
gouverneur s'élendait, à partir de l'église actuelle , jusqu'au plateau sur 
lequel on veut bàlir l'église nouvelle. L'église faisait, pour ainsi dire, 
partiedu cbàteau , et devait élre forliQée cornine lui. Celle disposilion se 
retrouve dans la plupart des églises anciennes auxquelles on a laissè 
quelque chose de leur cachet primitìf. Je citerai notamment rintéressante 
église de Monjart, dans le canton de Nailloux, dont je me propose d^entre- 
tenir plus tard la Société. 

J'ai retrouve à Beaumont quelques traces des anciens fossés d'enceinte, 
et, cà et là, dans plnsieurs roaìsons, et au niveau du sol de la grande 
place, Texistence d'une quanti le considérable de silos ^ tous creusès de la 
méme manière et ne différant que par leurs dimensions respectives. Plu- 
sieurs soni creusès dans le tuf. 

Sur le fianc droil de l'église, à l'extèrìeur, on volt, encastrés dans 
le mar , un bas-relief en marbré blanc , représentant un Ecce homOy et 
une inscriptìon lumulaire gravèe en creux sur une plaque de marbré 
noir. 

Sur le bas-relief on volt le buste de Notre-Seigneur , dont la téle est 
couronnée d'èpines , et dont les mains croisées et garroUées s'appuient 
sur une sorte de rampe. Deux personnages l'accompagnent : celuì de 
droite semble étre la sainte Yierge, celui de gauche saint Jean le bien- 
aimé. Au-dessous, deux personnages, un homme et une femme, soni à 
genoux, les mains jointes et èlevèes, dans l'atlitude de la prìère. 

La plaque de marbré noir renferme l'inscription suivanle : 

(( t Anno Dui 1339, sexto kal. februarii, obiit magister Bernardus 
» Siola, notari, cujus corpus jacet bic, anima ejus reqiescat in pace. 
> Amen , PR. » 



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— 430 — 

Ed bas, au miliea, une croìx grecque patée ; de chaque coté \m écos- 
son, portarli : l'un un roc d'échìquìer, Tautre une cloche. 

Dans le sancluaire , au pied des marches de Tautel , on voit une vaste 
dalle funéraire qui recouvre le tombeau de Jean de Carrière, mori le 
15 septembre 1772. Une branche de sa famille habile encore, à Beaumont, 
Tanlique chàteau de Vignolles. 

Yoici rinscription , presque effacée, qu'on Ut avec peine sur celle 
dalle : 

« lei reposc en paix un magistrat fameux , 
» Flcuron du Capitole et l'bonneur de la ville , 
B Cosefgneur de ce lieu ; d*Qn commerce facile , 

» Ami secret des malheureux , 
j» Fils de cet avocat qu*on appelail Miracle, 
» Lui-méme prodigeDouveau, 
9 11 fut trente ans la gioire du barreau , 
» Et se vit consulte neuf ans comme un oracle. 

» Du droit fran^is devenu professeur, 
» La mort, six mois après, termina sa carrière. 
» A ce portrait , fruit prompt d'un pinceau non flatteur, 
» Qui ne reconnattra l'illustre Jean €ARRifcRB ? 
9 II mourutle 45 septembre 4772, 
9 Agé de 57 ans. » 
R. I. P. A. 

Les armes des Carrière soni : d'aznr , au lion d'or passanl sur une 
carrière en pointe. Supports : deux aigles couronnés de la couronne de 
marquis. L'écu Umbre de la couronne de comte. 

La plus importante et la plus intéressante pièce, conservée dans les 
archi ves de cette èglise , c'est une bulle d'indulgence concédée a perpe- 
tuile , par le pape Innocent XII , à la confrèrie des deux sexes insUtuée 
à Beaumonl-de-Lèzal sous VinvocaUon de sainl MarUal. Il faul remar- 
quer que Tèglise est elle-méme sous le vocable de'«e sainl. 

Celle bulle fui donneo a Rome, à Sainte-Marie-Majeure , le 9 des ides 
de mai 1690. 

LAGARDELLE. 

Ce bourg , silué aussi sur l'une des hauleurs qui dominenl la vaUée 



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— m — 

de la Lèze , faisait parlie , pendant la pérìode guerrière du moyen àge , 
des propriétés hèrédìtaires de la maison de Mohtaut (1). 

L'église, évidemment ancienne, a dù subir, dans ses diverses restaa- 
rations , des modiQcalions si graves , qu'elle n'offre aujourd'hui que très- 
peu d'inlérél, — J'ai Irouvé dans la sacrislie de celle èglise deux croix qui 
mérilent d'élre noenlionnées. La première est une grande croix reliquaire 
en lames de cuivre repoussées et clouées sur bois. Celle croix a èie argen- 
tee, dorée et émaillée. Un Chrisl, d'un faire remarquable, occupe le milieu 
de la croix. Sa téle, couronnèe du nimbe crucìfère, repose sur une niello 
carrèe, richemenl ornementèe, et porlant, sur ses quatre angles, quatre 
globes de fer-blanc. Ces globes ont , à coup sur, remplacé les cabocbons 
donton avail dù l'orner aulrefois. 

Je puis en dire autant des globes semblables disposès aux extrémités 
des quadrilobes que Ton voil aux qualre bouts des branches de la croix« 
Chacune de ces nielles quadrilobées renferme un personnage qu'il serait 
facile de designer alors méme que rinscriplion qui règne tout autour ne 
Dous Fapprendrail pas. Les quatre bras de la croix se terminent par une 
sorte d'efflorescence trilobée, ornée de gracieux rinceaux. 

Le revers de la croix offre les mémes ornements : les personnages seuis 
sont changès. Àinsi, derrière le Christ se trouve une statuette de la 
sainte Vierge. Elle est accompagnée des quatre animaux symboIiques« 

Le tombcau qui renferme la relique de la vraie croix a été fait récem- 
meni, ainsi que la douille et le noeud. 

A celle croix est appendue une autre croix tonte petite, en argent mas- 
sif et d'un caraclère originai. Le fronlon triangulaire qui couronne la 
statuelle de la Yierge est orné de crochets. L'ensemble de ce petit bijou , 
qui a élé assez mallrailé pour perdreson Christ, m'autorise à i'attribuer 
au quatorzième siede. 

EÀUNES. 

Ce qui reste aujourd'hui de celle importante abbaye cistercienne est 
bien peu de chose (2). 

(4) Fffix 0t Cùmmingu, par E. Roschach, p. 88. 

(2) Elle fut foDdée en 4 4 40 , par Guillauine de Mootaut d'Aodoufielle » óféque de Lectoure , 
et plus tard archevóque d'Auch. 



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— 43S — 

L'église, par ses caraclères archilecloniques, accuse le quinzicme siècle, 

Pillée el en partie detraile^ aa seizième siede, par les calvinistes, qui 
rasèrent Tabbaye, elle fut rélablie dans son ancienne splendeur par 
Francois-Barlhélemy de Grammont, qui occupail le siége abbatial en 
1658, el qui releva aussi le monastère. 

11 était réservé à la révoluUon de 1790 de la supprimer à jamais. Le 
monaslère et les bìens des religieux furenl vendus comme propriélé na- 
lionale. L'église seule est reslée, mais mutitée. 

La plus regreltable peat-étre des raodiflcalions qu'elle a subies, tfest la 
dernière. Oa a, je ne sais pourquoi, changé son orienlalion en transpor- 
tant le mailre-aulel à rexlrémilé du bras de la croix qui regarde le nord. 
Ce qui fait que le transept est devenu Tégllse principale. Il en resulta 
nécessairemenl que le transept actuel , qui était Téglise autrefoìs , est plus 
large , plus beau et couvert d'une voùte plus riche que Téglise, Je n'ai 
jamais compris la raison de cette anomalie. Àjoutez à cela la conslruction 
d'une maigre fagade, surmontée d'un de ces pauvres clochers très-aigus 
el trèS'élevès qui n'ont d'autre mèrito que d'èlre fori laids el de coùler 
fori cber, et vous comprendrez la tristesse que l'on éprouve à la vue de 
taot de ruines et de si maladroites restaurations. On voit encore à la 
voùte quatre clés portant quatre écussons vìdes. 

J'ai retrouvé, dans Fune des anciennes cours du couvent, deui clés de 
voùte scuiptées , portant l'une quatre et l'autre cinq écussons vides» 

La parile horìzon tale de Tune de ces clés offre un ange nimbé, aux 
ailes éployées (1); on voit à l'autre un abbé eresse et chaperonné. 

GuUIaume UI dit Taillefer, comte de Toulouse , avait deux flUes : CoDstanoe, qui deviiit la 
femme de Robert le Pieux , roi de France, et Hervèze ou Gervaise , qui fut épousée par Atoa 
Raymond de Yla, seìgneur d'/ca'um ou Setium Castrum (risle-en-Jourdaiu). 

De leur marìage naquirent Bertrand, qui devint évéque de Comminges, et fut canonisé 
en 4 134; Raymond, qui fit partie de la première croisade et mitsur sa bannière la croix d'or, 
qui passa dans i*écu de la maison de Toulouse ; et Aton Raymond , qui prit le nom d'Andou- 
fieQe, d'un fief qui lui fut donne par son pére. 

Ce dernier épousa la fiUc du baron de Montaut , et de cette union naquit Guillaume de 
Montaut d*Andoufielle, évéque de Lectoure, puis archevéque d'Auch, fondateur de l'abbaye 
d'Eaunes en 4440. 11 était dono neveu de saint Bertrand et cousin du roi de Franco. 

lì fut élevé à Lugdunum Convenarwn. [Vie et miracles de eaint Bertrand, par le bftron 
L. d'Agos.) 

(4) Probablement saint Hicbel. 



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— 133 — 

DaDS le mar de fagade, à rinlériear de l'église, est encastrée noe belle 
dalle eD marbré noir portant rinscription suivante ; celle plaqoe mesare 
0",56 de haateur, sor 0",76 de largear : 

D + + M + ET + B + M + V+ D 
HAS JEDES DEO REDDIDIT BAR 
THOLOMEVS QVAS ADEMERAT 
PENE VETVSTAS QVIBVSNONTAM 
POSSESSOR QVAM RESTA VRATOR 
ACCESSIT PROFVTVR" POTI" QYAM 
FRYITVRVS . VT ABAS HOC EGIT RELIGIOSE VT 
SENATOR IVSTE VT PATRICIVS 
SPLENDIDE . VIDE IN VINDICATO 
SVIS ET RVINIS C(ECNOBIO QVALIS 
FVERIT IN PVBLICO QVOD EXERCVIT . 

CLERI MINISTERIO . 

PIETATEM IN CORDE FOVERAT ARCA 

NAM lAM IN .EOE FECIT PVBLICAM 

NONAS OCT . 1661 

Telle esl l'inscriptioD qae j'ai copiée sur place avec tonte l'exactilude 
possible. Elle est reproduile dans le Gallia Christiana, mais avec quel- 
qaes différences. Aiosi la première ligne manque complélemenl. A la 
dixième ligne, suis et ruinis, le mot et se troave transformé daos le 
Gallia par la préposilioD è. A la ligoe saivaole, le mot exercuit de l'in- 
scripUoD devieDt exercuerat. A la treizième ligne , le Gallia a ajouté , 
après le mot corde, le mot quam. A la qnatorzième ligne, da moi Jatn, 
le Gallia a fail eam. EnQn, à la dernière ligne, le mot nonas est écrit 
dans le Gallia, nonis; et après l'abrèviation oct. le Gallia ajoute : an . 
rep . sai . 

Soas l'appai de communion de la chapelle qai est à coté de la sacris- 

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— «4 — 

tie, etqQidevrait étre^ comme autrefois^ le sanctuaire de l'église, on 
Yoit eocore une grande pierre funéraire, cu on lit Tinscription sui- 
vanle : 

CY GIT messire Francois de Barlhélemy de Grammont^ sieur de 
Beauregard (Beauvoir?) VIVAN CON . du roy en ses conseils et en son 
parlement de Toulouse^ abbè et restauraleur de l'abbaye d'Eaunes et de 
son église. Il est mort dans la maison de Tabbaye le 22 oclobre 1668, 
àgé de 71 ans. Pries Dieu pour luy. (Les armes.) 

Le Gallia Christiana donne la liste complète des quarante-deux abbés 
qui ont gouvernè l'abbaye d'Eaunes dcpuis lUO jusqu'en 1790. On re- 
marque, parrai eux , le cardinal Francois de Joyeuse (1591-1606), et 
l'abbé Henri de Lorraine (1620-1658). M. de Cambon, pourvu par le roi, 
en 1785, en fut le dernier commendalaire. Cetle abbaye donnait alors 
deux mille livres de rente et.payait deux cent vingt florins de taxe en 
cour de Rome. 

UabbéM.-B. CARRIÈRE, 

Membre réàdant. 



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L' ANCIEN PONT DE MURET 

SUR LA GARONNE. 



Ed face du plas ancien marche de la ville de Ma rei , lo Merendar de 
la Cbronique romane sur la guerre des Albigeois, dit aujourd'hui la 
Place aux Herbes , s'élevail aulrefois sur la Garonne un pont en bois , 
dont l'histoire a consacrè le souvenir. Ce pont, sur lequel Simon de 
Montforl flt plus d'une foìs dèQIer ses troupes , avait élé établi par les 
comlès de Comminges pour faciliter les Communications de Muret » la 
principale ville de leur comté, avec les pays situès sur la rive droite du 
fleuve. Aucun livre, avant la publication de ma Notice historique sur 
Varrondissement de Muret, n'avait fait connaitre l'epoque de sa con- 
struction. J'en ai indiqué la date, qui remonte au 9Q^ehtt(^ juin de l'année 
1203, et j'ai donne un extrait de la charte pa/)ai^u^ue le comle qui 
régoait alors sur le Comminges en avait ord(|jiné ,f^blissement. Je 
communique aujourd'hui à la Société àrchéol(!n^iqu^>^||1 traduclion de 
celle charte inedile qui fut falle à Montauban ,'fe^6 juin 1694, sur 
l'originai lalin , par un ancien garde des arcbìves du roi en la généralilé 
de celle ville. Voici la copie exacle, avec son orlhographe, de celle traduc- 
lion, dont je possedè le tei le originai : 

(( A Thonneur de Dieu tout-puissant Pere, Fils et Saint-Eiprit, de tons 
» les anges , arcanges , palriarches , prophèles , apòtres , martyrs , con- 
» fesseurs, et des sainles vierges, moy, Bernard, par la mizéricorde di- 
» ulne, compie de Comenge, voyant et antendant par la voyx de plusieurs 
» que, par le danger des fluves, les hommes perissent et paruiennent a la 
» fin de leur vie, et que ce n'est pas ihi petit péché, eslant touché de la 
» grace diuine , de boun coeur, d'une volente déuole , de la crainte et 
» amour de Dieu , et en remission de mes péchés , Je veus et concède 
» que sur le fluue de.Garonne soit fait un pont ayant son entrée et sortie 



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— <36 — 

» dans la ville de Murel et dans Talleu ou terroir de St Marcel , et qae 
» le passage de ce poot soit assuré pour les pouves passans et pour toas 
» les hommes et femmes tant Qdelles qulnfidelles, pour toos les animaux 
9 et pour toutes cliozes de quelle mauière quelles soieut; moy, dooc, Ber- 
» nard, susdìt compie de Comeuge , otroye, veux et comande que ce pont 
9 soit fait à celle condilioD que chaque homme ou cbaque femme auec 
» chaque choze, puisse passer sur ledit pool, assuré et frane de toute 
9 leude et de loul péage ou passage; je fais ce don à tous les prudbom- 
» mes de Murel, à tout le puble de sa ville présent et aduenìr, et à tous 
» ceux quy voudront prendre leur passage sur ledit pont, lequel don, moy 
» dit compie de Comenge , je fais et acorde pour moy mesme et pour tous 
9 mes successeurs sans aucune rcservalion que je ny fais point ; et aOn 
9 que celle donalion et celle liberlé comme elle est mieux contenue aa 
9 présent ade ou quelle pourroit èlre mieux contenue et déterminée en 
9 quelque manière, demeure loujours slable et ferme a perpetuile, 
9 item, moy compie Bernad^ pour moy et pour tous mes successeurs, 
9 promelz et conuiens fermemenl destre bon et fldelle sans aucune ré- 
9 seruation ny fraudo ny complesance ny obslacle, que moy ny bomme 
9 ny femme ne faira ny ne prèzumera de faire aucune violance sur ledit 
9 poni, mais qu'il demeure loujours en une verilable et irréuoquable 
9 Jiberlé par tous les siìcles des siècles : Amen. — De celle liberlé, de ce don 
9 et de loule celle affaire sus escrille soni lesmoings Roger de Montani , 
9 R. Delavelhe, B. de Bergonahs, quy est appellé Laco, et B. Baron quy 
9 esloienl alors Baly du seig' compie , et Àrnaud Mascaron quy estoit 
9 Baly de Murel, et Vilal Jean et B. Debaneres, et Thomas de Dabls, et 
9 B. den Arnaud fllz Darnaud den Maisy, et B. de Cabenx, et Amaluin , 
9 et R. Engara, archidiacre et chapellain des esglises de Muret, qui a escrit 
9 celle cbarle au mois de juin ferio 2 : Tan de lincarnation du Seigneur 
9 mil deux cent Irois, Reignant Philipe, roy de franco , Raymond estant 
9 compie deTbolose, et Raymond Esvesque ; ledit R. Engarre na pas escrit 
9 celle icy , mais l'autre de laquelle moy Jacques Claustra, no^ public 
9 de Murel, ay Irenscrit celle icy aux mesmes motz et raisons, au mois 
9 de may soubz lan de lincarnation du Seig' 1309, reignant Philipe, roy 
9 de franco , Bernad estant compie de Comenge , et Gai! hard esvesque de 
9 Tholose; de ce Iranscrit sont lesmoings Guilhaume Bernad de Yaziere 



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— 487 — 

» et Jean Eyercii , no'** publiqs de Muret, el raoy Jacques Clauslra susdil 
» qay lay escrit avec le sein el parafe de ce no"" en forme dune croix de 
» Tholose coucbée ; moy Guilhaume Bernard de Daziere susdit me subs- 
» cris ; moy Jean Eyercii susdit m* subscris avec le sein ou parafe de 
» ces deux no'**, chacun en forme dune pelile croix. » 

Et puis, le Iraducteur, Pierre Ledere, docteur-ès-droii et advocat 
en parlenientj constale qu'il a Iraduit sur Toriginal latin a escrit. en une 
petite peau de parchemin lirée des archives de la communauté de Muret. » 

Comment loriginal de la charte du 2 juin 1203 se Irouvait-il aux 
arcbives de Montauban ? — Il est à presumer qu'après le démembrement de 
la Coar des aides de Montpellier, et lorsque , par suite de ce démembre- 
ment , une Cour des aides fui établie, en 1642, à Cahors, et transférée 
ensuite, eq 1659 , à Montauban , les lilres et papiers concernant le do- 
maine du roi furent transportès de Muret aux arcbives de la nouvelle 
Cour. 

Quoì qu'il en soit , le pont de bois de Muret eut des desUnées fatales. 
Il avait èie établi , je l'ai dit, pour meltre Muret en communication plus 
facile avec les contrées de la rive droite de la Garonne. L'ennemi des 
comtes de Comminges en profila pour s'emparer plus aisément de leur ville. 
Et, en efifet, neuf années après son établissement , un an avant la célè- 
bre bataille, les babilants de Muret, voulant empéeber Simon de Mont- 
fort , qui accourait avec ses croisés du còlè d'Auterive , de pénétrer dans 
la ville , mellent le feu a leur pont de bois et prennent la fuite. Mais 
Simon , suivi de plusieurs de ses cavaliers , passe le fleuve à la nage , 
donne des ordres pour éteindre le feu ; et ayant rétabli le pont , il y fait 
défiler ses troupes et se rend maitre de Muret. C'est encore par ce pont 
que, l'année suivante, la velile de la bataille , il entro dans la ville , mais 
cotte fois sans trouver, comme le dit la Chronique romane déjà cilée, aucun 
obstacle, aucune résistance, sans deguna contradiction (Thome viven. 

Après avoir longlemps servi aux habitants du pays pour le passage 
d'une rive à Tautre, notre pont disparut^ — Quand et de quelle manière ? — 
Des documents que j'ai découverts depuis peu vont me permettre de fixer 
l'epoque où le pont fut détruit et les causes de sa destruction. 

11 est certain que le pont existait encore en 1557. Plusieurs énoncia- 



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— 438 - 

tions da cadaslre de la ville, de celle epoque, ne laisseot aucun doale à 
cel égard. Ce poni s'écroula vers le milieu da dix-seplième siede : c'est 
ce que nous apprenneni les procès-verbaux des Elats de Comminges lenus 
dans la ville de Samalan . les 25 , 26 el 27 oclobre 1655 (1). En effel, à 
la première séance des Elats, noble Pierre de Fabas, qui y assistali 
comme premier consul el dépulé de la ville de Muret , représenta à l'as- 
semblée que « le poni de Murel eslanl tombe ruyné^ le commerce des 
» provinces voisines de Languedoc et Guyenne eo souffroit, parce 
» qu'on De pouvoit passer la rivière de Garonne, sur laquelle il éloit con- 
» strali, qu*avec des bàleaux el Irès-difflcilemenl, veu qu'il n'y avoit pas 
D de pori commode , aìns fori rude (la descenle au nord de l'hospice) , 
» les cbevaux ne pouvant passer qu'en Ale. » El M. de Fabas ajootait 
qu'il élail « aussi imporlant de fere réparer le poni ponr le service du roy 
» afin de facililer le passage des gens de guerre qui esloienl obligès de 
> sèjourner, divers jours, aux environs de la rivière, allendant l'occa- 
» Sion de pouvoir recouvrer des bàleaux pour le passage. » Là-dessu6, le 
dépulé de Murel demandali l'inlervenlion des Elals pour soUiciter da roi 
la concession d'un droit modéré de « ponlenage » (péage) qui pourrait 
procurer les ressources nècessaires pour la reconslruclion el la réparalion 
du poni, dont les frais , suivanl le premier consul de Murel, devaient se 
porler a une somme 'de quinze à vìngl mille livres. 

Les Elals accueillirenl la demando de M. de Fabas el prirent ane déli- 
béralion dans ce sens , pourvu , loulefois , que les habilanls du pays de 
Comminges fussenl exempls, suivanl leurs priviléges, du droit de « pon- 
lenage » à élablir. Cesi à la séance du 27 que les Elals chargèrent l'abbé 
d'Eaunes , qui en élail Tun des membres pour l'ordre du clergé , de faire 
toules les démarches nècessaires pour le succès de celle affaire. 

Les démarches de Tabbé d'Eaunes aboulirenl-elles, el le poot de 
Muret ful-il reconslruil? — Il le fui. Voici, a ce sujel, un témoignage 
précieux : c'esl celui de M. de Froidour (2), qui visita Murel en 1667. Il 
dìt : « L'unique chose qui nous ayt più est un poni de bois qa'oo a fait 
» depuis peu sur quelques piles restantes d'un ancien poni de pierre 



(4) y. mon mémoire sur les Etats d$ Comming$$. 

(2) Louis de Froidour, commissaire député pour la réformation des Eauz et Foréts. 



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— 439 — 
» (orreor : il étail également de bois) qui a eslé rompa et emporlé. L'io- 
» venlion de ce poni esl la pièce de charpeolerie la plus bardie que j'aye 
» veue de ma vie el que Ton puisse s'imaginer. Je ne sgaurois vous en 
9 bieo faire la descriplion ; mais il semble estre fait en l'air. 11 n'y a pas 
» d'ingénieur et d'officiar d'arlillerie qui ne deusl s^avoir ce trait de gèo- 
» mèlrie , tant il esl curieux el utile ; et je vous asseure que jamais je 
» n'iray a Muret que je n'en tire un pourfil de ce poni (1). » 

Mais ce nbuveau poni , reconslruil dès 1 667 , qui falsali l'admiralìon de 
M. de Froidour, ne subsisla pas longlemps. Il disparul à son lour. 11 esl 
permis de conjecturer qu'il dui céder à celle grande inondalion du mois 
de seplembre 1727, qui fui un vérìlabie déluge el qui causa dans loule la 
province de Languedoc el le Comminges les plus graves dommages (Si). 
Depuis celle epoque , le poni n'a plus èie relevé. 

Nous n'avons aujourd'bui de cel ancien monumenl de la bienveillance 
des comtes de Comminges pour le pays que les resles des culées qui se 
voient ancore sur les deux rives du fleuve (voir ci-joinl, au n"" 1 de la 
plancbe , la figure de ces deux culées) , et les fondalions des piliers sur 
lasquels reposaient les pièces de cbarpenle deslinées à soulenir le plan- 
cber du poni, el qui étaient , parall-il , au nombre de cinq ou six. Deux 
de ces fondalions soni encore lrès*apparenles à l'epoque des basses eanx ; 
les aulres sont recouvertes par les alterrissemenls qui se soni formés 
depuis quelque temps dans le lit du fleuve , principalement du còlè de la 
rive gauche. 

La culèe de la rive droile est construile en ma^nnerie mix te, brìque 
et caillou , avec morlier de cbaux grasse. On ne trouve qu'une seule 
pierre de laille placée a l'un des angles èvasés des cdlés de la culèe. La 
brique forme lous les parements exlérieurs ; le caillou n'a élé employé 
quecomme remplissage. La bauleur acluelle de la culèe est de 4 mèlres 
75 cenlimèlres au-dessus de rèliage. On remarque , sur la face de celle 
culèe , des Irous qui pourraienl élre Templacemenl des poulres qui for- 
maient le plancher da poni , et , au-dessous de ces trous , des entailles 



(k)L§ttru etrelations d$M. de Froidour^ VI« recueil, 22 aoùt 4667. Hss. à la Bibliothòqtte 
de la ville de Toulouse. 
(2) y. Hiitaif gMraU d$ Lamgu$doe, continuóe par M. Dumège, t. X, p. 499 et 600. 



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— 140 — 

obliques paraissant avoir élé destinées a recevoir des contre-Oches , pia- 
cées évidemment pour soulager la porlée des poulres. Ces entailles ne 
soDt qu'à 3 mèlres au-dessus des basses eaux. 

Da coté d'amont » le mur se prolonge en aile sur une longueur de 
112 mèlres , el s'arréte a un roc très-dur qui s'avance de 2 mèlres envi- 
ron dans le fleuve. Ce mur en aile , que Ton pourrait appeler plulót un 
mur de quai , parali avoir élé diminué dans sa hauleur ; car, près du roc 
doni je viens de parler, ce mur n'a que 2 mèlres de hauleur àu-dessus 
des basses eaux. 

La culée de la rive gauche est bàlie avec les mémes qualilés de malé- 
riaux el a la méme forme que la culée de la rive droile , sauf qu'elle n'a 
jamais eu de mur en aile , ni en amonl ni en aval. 

La largeur du lil du fleuve, d'une culée à Taulre , esl de 162 mèlres. 

Le poni une fois déOnilivemenl délruil pendanl la première moilié da 
dix-huilième siede , le passage d'une rive à l'autre s'opera au moyen d'un 
baleau doni les droils de péage apparlenaienl aux rols de France, comme 
successeurs des comics de Comminges , depuis la réunion du comlè a la 
couronne ; el ces droils se levèrenl conslammenl à leur pro&l jusqa'à la 
Revolution ; mais s'il faul ajouler foi au dire des pelils-Qls du dernier fer- 
mier à celle epoque , ils n'élaienl exigés que des personnes élrangères a 
la ville de Murel. Les habitants de celle ville auraienl loujours eu le 
passage gratuita en verlu, sans doule, du privilégeque leur availassuré 
la charle du 2 juin 1203. Mais je n'afflrme rien sur ce poinl. 



LA VILLE DE SAINT-BERTRAND 

ETAIT-ELLE LA CAPITALE DU PAYS DE COxMMINGES? 



L'hisloire de Tancien lerriloire des Convence esl connue. L'on saìt que 
ce pays élail devenu , dès le dixième siede , un comlé qui pril , dans la 
suile^ le nom de comlé de Comminges, borné par le Langaedoc» le pays 



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— U4 — 

de Foix , leCouseraQ , les Pyrénées , le Bigorre et TArmagaac. Ce comlé, 
dans les derQiers temps , était distribaé eQ huìt chàtellenies, compreoant 
deux cent quatre-vingl-huit villes , bourgs ou villages dont j'ai donne 
aiUeurs les noms (1). 

Farmi les villes du pays, on disUnguail Muret, qui avait été incorporé 
dans le comté aa commencement du douzième siede, par suite du mariage 
de Bernard IV avec la cbàtelaine Dias, Alle de Godefroy, seigneur de 
Muret ; Lombez , ville episcopale depuis 'le quatorzième siede ; Saint- 
Bertrand, aussi ville episcopale et l'ancienne Lugdunum Convenarum de 
Pompée, détruite, en 585, par Leudégésile, general des troupes du roi 
Gontran. A la fin du onzième siede ou au commencement du douzième» 
le Saint évéque Bertrand rebàlit les murs de Lyon de Comminges, et 
donna son nom à la nouvellecité. Sousles successeurs de saint Bertrand, 
la ville s'embellil d'une église catbédrale , beau monument d'arcbitecture 
gothique et romane , que le voyageur, qui Tapergoit de loin , considero 
avec admi ralion . y^"^"^^ 

A raison, sans doute, des grands souvenirs hislort^es j^^^^ 
s'atlachent a son exislence, quelques anciens bisto^epfi^cmiés par de^ 
géographes modernes , se sont più a qualifler la villò^^.Sa^Berlrand, 
les uns de capitale (2) , les autres simplement^de cheMféu (3) du Com- 
minges. Si l'on a voulu parler de l'ancienne ville des Convènes, de 
Lugdunum Convenarum, avant sa destruction par les Franks et les 
Burgondes y la qualiflcalion est exacle. Lugdunum Convenarum était 
réellement, avant celte epoque, la ville principale, le cheMieu, la capitale 
du pays des Convènes. Mais si l'on enlend appliquer ce litro a la ville 
réédiflée par saint Bertrand , ce n'est là qu'une assertion sans fondement 
et dont il est facile de démontrer la fausseté. 

Une ville n'est autorisée à se dire la capitale, le cbeMieu d'un pays, 
d'un Etat, d'une province, que parco qu'elle est le siége du gouvernement 
de ce payS; la residence habi lucile de ses souverains , le lieu où se traitent 
les affaires publiques. La ville de Saint-Bertrand, je dis Saint-Bertrand 

(4) Les Etati du Cormminges et du Nébouxemj aesmnhléi à Muret paur la nomination dee dépu- 
tu aux Etaie généraux de 4789, p. 8 et suiv. 

(2) Y., entro autres, Gastelìer de Latour, Armorial dee Etats du Languedoe. 

(3) Bouillet , Dictionnaire d'Metoire et de giogmpki: 

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— uà — 

et noD Lugdunum Convenarum y ne peut reveodiquer poor elle^ à 
aucune epoque de son cxistence , ODe seule de ces prérogatives. Elle n'a 
jamais élè , eD effet , le siége de radministralion civile et publiqae de la 
province; jamais il n'a exislé aucun rapport de subordination de la part 
des autres villes du comté envers Saint-Bertrand. Toutes étaient indépen- 
dantes les unes des autres. A aucune epoque , les comtes de Comminges 
n'ont possedè à Saint-Bertrand ni chàteau, ni palais. L'évéque et les 
membres de son chapilre y avaìent, seuls, établi leur demeure; et encore, 
depuis longtemps avant la revolution de 1789, les évéques de Comminges 
résidaient tantót a Saint-Gaudens , et lanlòt dans une magnifique habita- 
tion qu'ils possédaient dans la bourgade d'Alan. 

Cesi dans les chàteaux féodaux qu'ils avaient fait élever sur divers 
points de leur comté , que les souverains du Comminges faisaient d'ordì- 
naire leur demeure. Ils ne quiltaient ces résidences comtales que pour 
aller babiter quelque temps un hotel qu'ils possédaient à Toulouse près 
du Chàleau-Narbonnais el dont on volt encore quelques vestiges: Vhostal 
del comte de Cumcnge, comme l'appelle Guillaume de Tudéla dans sa 
Cbronique en vers sur la guerre des Albigeois. 

On retrouve fréquemnaent ces comtes dans leur chàteau de Muret» d'où 
l'un d'eux, du nom de Bernard, ordonnait, au moìs de juin 1203, Téta- 
blissement, sur la Garonne^ de ce pont de bois dont j'ai eu l'honneur déjà 
d'enlretenir la Société arcbéologique ; où furent arrétées, en 1224, les 
condilions du mariage de Bernard, fils du comte de Comminges alors 
régnant , avec Cécile de Foix (1) ; où Pierre Raymond II fit son testamenti 
le 19 octobre 1375; où, trois ans plus tard^ en 1378, Marguerite, sa 
Alle et son bérilière , épousa en premières noces , dans Téglise des Corde- 
liers attenanl au chàteau, Jean III , comte d'Armagnac. C'est encore an 
cbàteau du Muret que le comte d'Astarac alla trouver, de Tordre de 
Charles VII , le 21 février 1443 , Matthieu de Foix , pour le sommer de 
comparaitre à Toulouse où le roi avait convoqué les Etals de Comminges 
pour traiter des démélés de ce comte , soit avec le comte d'Armagnac, soit 

(4) L'acte ne porte pas , il est vrai, que le contrai de mariage est passe dans le chàteau de 
Muret ; mais ce fait est suffisamment établi par le nom et la quelite des tómoins qui signò- 
rent au contrat , et parmi lesquels on trouve Arnaud Mascaron , bailli de Muret, et Thomas 
de Dabls , deux des tómoins de la charte de IS03. 



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— 4*3 — 

avec la comtesse Marguerite , sa femme. Enfia , ce fot aa ch&teau de 
Murel, encore deboul, que mourut, le 5 janvìer 1526, la connesse de 
Comminges, Tépoiise de messire Odel de Foix , seigneur de Lautrec, 
alors corale de ce pays ; et c*est à Muret qu'eurent lieo, le surlendemain, 
en grande pompe, ses fanérailles (1). 

Cesi des résidences comtales que je vìens d'indiquer que les souve- 
rains du Comminges Iransmeltaient à leurs offlciers les ordonnances dont 
ils prescrivaieni rexéculion pour radminislralìoh de leur vaste seigneurie. 
Qu'on lise les Charles , les actes divers émanés de la volontà souveraine 
des successeurs d'Asnarius, et rapporlés dans VHistoire generale de Lan- 
guedoc ou ailleurs : on n'en trouvera aucun qui soit date de la ville de 
Saint-Bertrand , aucun qui alteste un séjour plus ou moins prolongé des 
comics dans celle ville. Saint-Bertrand élait la cité de Févéque et de ses cha- 
noines, la ville episcopale, la métropole du diocèse de Comminges, qui ne 
comprenait, d'ailleurs, qu'une parile du comté^ et pas aulre cbose. Le^ 
souverains du pays n'y avaient poinl leur sépullure; leurs dépouilles 
mortelles reposaient dans réglisedeTabbaye de Bellefont, élablie, en 1 136^ 
dans la cbàlellenie d'Aurignac. Et comment la ville de Saint-Bertrand 
aurait-elle pu se considérer comme la capitale du Comminges, alors qu'elle 
élait du gouvernement de Guyenne , et que , d'un aulre coté , elle restali 
étrangère à radministralion des affaires de la province, en n'envoyant poinl 
des députés aux Etats du pays (2)? 

L'on chercherait vainement des lilres pour juslifier Fassertion que je 
combats. Dom de Vie et dom Vaissèle, qu'il faut toujours ci ter lorsqu'oa 
parie de nos anciennes provinces mèridionales, menlionnent plusieurs 
fois, dans lescolonnes de leur savanle hisloire du Languedoc^ la ville de 
Saint-Bertrand , mais jamais ils ne Fappellent que ville da pays de 
Comminges (3). M. Dumège, dans ses Additions a Tun des volumes de 
celle hisloire, reproduìl le passage de Guillaume de Tudéia dans la Causo 
deh Erctges d'Albetges, où il est queslion d'un conseil lenu dans la ville 
de Saint-Bertrand par Raymond VI, corate de Toulouse, et où assistèrent 

(4) y. ci-après mon mémoire sur lei Armoiriei de la ville de Muret. 

(2) V. mes Etats du Comminges et du Néhouxan assemblés à Muret en 4789, p. 44. 

(3) Y. notaramcDt t. Vili, p. 26, 36 et 46, 8« édìt. — Je ne parie pas des tables, qui, pro- 
bablement, sont Touvrage d*un secrétaire. 



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— Hi — 

le comte de CommiDges, Roger de MoDlaut, etaotres grands seigneura. 
Le comte de Toulouse deroandait leur avis pour recouvrer ses Etats et 
reprendre sa ville capitale, doDt Simon de Monlfort s'était emparé. La 
Yille^ lieu de la rèanioD^ est simplement appelée, dans le poeme de Guil- 
laume de Tudéla, la ville de Comminges, déoomioatioD qui n'est que la 
traduclioD li Iterale de ces mots latius urbs Convenarum, par lesquels saint 
Jerome désignail l'ancieDDe capitale des Gouvènes , Lugdunum Con'' 
venarum. 

fai fouJllé les archi ves de notre ancien parlement ; j'y ai dépouillé des 
documents qui pouvaient intéresser la ville dont je m'occupe^ et dans 
aucun y Saint-Bertrand n'est qualiflé de capitale du Comminges. Je 
citerai, enlre autres, deux anciens arréls : l'un, du 19 décembre 1503, 
portant opposilion du Parlement à une commission donnée par le rei à 
Toccasion de la ville de Saint-Bertrand; l'autre, du 5 mai 1586, renda 
con tre les religionnaires qui , à cette epoque, s'étaient emparés de cotte 
ville. Dans ces deux arréts (1)^ Saint-Bertrand n'est jamais qualiflé de 
capitale : c'est, tout court, la ville de Saint-Bertrand. 

Si le Comminges avait une capitale, c'était, dans l'opinion desbommes 
du dix-seplième siede , Muret plutdt que Saint-Bertrand qui était considerò 
comme ayant ce titre. Ce que j'avance, je le prouve. Il y a, aux arcbives 
du Parlement, un registro in-folio, de l'année 1 685, intilulé Etat general 
des parts et portions du domaine du lioy des anciennes sénéchaussées de 
Toulouse, Carcassonne et comté de Gaure, Lauraguais et Castres. On 
y lit^ à la page 113 : « La ville de Muret est la capitale de Commeuge où 
» les anciens comtes faisaient leur residence dans un grand et fort cbàteau 
» scis à une des ex tremi tés de la ville (2), faisant une pointe où les eaux 
9 de la rivière de Louge sont jointes avec celles de la rivière de Garonne, 
» lequel cbàteau est entièrement dèmoly , et il n'y a que le sol et la place 
)) du chàleau, laquelle apparlient au Boy. » Et c'est aussi à Muret que 
fut établi, en 1603, lors de son inslilulion, VElcclion de Comminges, 
rune des onze qui, au moment de la Bèvolution, ressortissaient de la 



{i) Rapportés aux registres de Malenfant, t. I, p. 269, et t. IX, p. 34S. 
(S) Y. ma Pfotice Mstorique sur Varrondiaement de Muret, p. 84 et 8S. 



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— 145 — 

Gour des aides de MoDtauban, Tribunal dont la jurìdiction comprenait 
TaocieD comlé deCommioges, le Nébouzan et le Couseran (1). 

Ed écrivanl ces lignes , j'aì sous les yeux. les pièces d'un dossier relatif 
à l'enregislrement d'un édit du roi , du mois d'aoùt 1594 , qui permei à 
la ville de Muret de s'imposer poQr payer les gages d'un régent. Dans 
une requéte présentée par les habilanls de celle ville à la Cour des aides 
de Montpellier, en 1 599 . pour demander renregìstrement de l'édit de 
1594, les habilanls de Muret qualiQent leur ville de capitale du pays de 
Comminges; et celle qualification , leurs consuls Toni conslamment don- 
Dée^ dans leurs délibéralions, jusqu'à la revolution de 1789, à la ci tè qu'ils 
adminislraiènt. 

Je signale ces documenls divers non comme pouvanl faire preuve que 
Muret élail, en réalilé, la capitale du Comminges , mais comme établis- 
sani que ce titre n'était point altribué à la ville de Saint-Bertrand. 

VEtat génét^al des parts et portions du domaine du roi n'est pas la 
seule aulorilé que je puisse invoquer à l'appui de ma Ihèse. Elle est en- 
core justiflée par un documet)t souverain que j'ai fait connaflre dans mes 
Etats du Comminges et du Nébouzan assemblés à Muret en 1789 , 
document qui établit le jugement que nos rois avaient porle sur la posi- 
tion de la ville de Saint-Bertrand dans le Comminges. — En 1789, Louis XVI 
convoque les Etats particuliers de l'ancien comlé pour nommer des de- 
putès aux Etats génèraux qui devaient se réunir a Versailles , le 5 mai 
de celle année. La lettre portant convocalion des trois Etats du pays de 
Comminges , Nébouzan et Couseran , que le monarque réunissait dans la 
circonstance, rappelle et constale^ en termes exprès, «que le pays de Com- 
» minges ne renfermait aucun siége qui eùl tous les caraclères auxquels 
» fui attaché le droit de convoquer les trois ordres ; » et parlant de ce 
fait , ce n'est pas à Saint-Bertrand , ville dont la population a été toujours 
celle d'un bourg d'une mediocre importance, que soni appelés a s'assem- 
blerles représentanls du pays, mais dans la ville de Muret, quoique si- 
tuée à l'une des extrémités de la province , parco que^ sans doule , aux 
yeux du gouvernement, Muret, par les souvenirs qui se raltachaient aussi 
à son passe , était pluldt la ville des anciens comics du pays que Saint- 
li) V. ma Notie$ hittorique tur Varrondissement de Muret, p/427 et 428. 



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— 446 — 

Bertrand, qui toujours n'avaìl été que celle de Tévéque (1) ; et c'est pro- 
bablement poar le méme molif que* M. Dumège , daos sa Statistique 
generale des départements pyrénéens, a dit , tome II, page 41, en par- 
laut de Muret : « Pelile ville qui , daos lous les temps , avail fait partie 
» du Comminges ou du territoire des Convence, et qui avait encore, eu 
» 1788, une influence polilique sur celle pelile province. • 



LES ANCIENNES AMOIBIES DE LA VILLE DE MURET, 



Farmi les vìlles qui font aujourd'hui partie de l'arrondissement de 
Muret, plusieurs avaient des armoiries. Je citerai, d'apres VArmorial 
des Etats du Languedoc, Gaillac-Toulza , Clntegabelle, Aulerive, Mire- 
moni, Saìnt-SuIpice,Carbonne,Rleux, Montesquieu de Volveslre, Cazères, 
Le Fousseret. Mais je me bornerai à rappeler, parmi ces armoiries , 



(4) Il est si vrai que la ville de Saint-Bertrand n'avait d*autre seigneur qae l'évéque, qu'il 
résulte d'une charte de 4208 quec*est Tévéque de Comminges qui confirme les libertés mu- 
nicipales des habitants. Certains articles de cette charte parlent sans doute du seigneur do la 
ville, dominus eivitatii, sans autre designa tion ; mais il est dit, dans Tarticle 25, que c*est 
révéque; car il porle que Pévéque, c*esl-à-dire le seigneur, episcopus dominus videlicet, ne 
peut établir ni queste, ni taille, ni albergue, sans le consentement des babitants. — Autre 
preuve que Tévéque de Comminges était bien le seigneur de la viUe de Saint-Bertrand : 
Des documenta du quatorzième sìècle , que nous avons fait connaltre aillcurs (Y. le RectieU 
de VAcadémie de législation de Toulouse, t. XII, p. 81 , 89 et suiv.), nous apprennent que c'est, 
non le représentant du comte de Comminges, maiscelui de l'évéque, en son absence, qui y 
rendait la justice : Aos Vicarine generalis tàm in spiritualihue quàm in temporalibue Convena^ 
rum prò Reverendo in Ch risto patre et domino nostro iV.., Convenarum episcopo, inremotis 
agente.,, — Troisième preuve : Un arrét du parlement de Toulouse, du 28 janvier 1556 ^ 
rendu à l'occasion de Télection des consuls de Saint-Bertrand, ordonna que l'évéque et le 
chapitre a jouiroient de la faculté de faire eslire par les consuls de cette ville , à la fin de 
B leur année et au jour destine , huit personnages ydoines , capables et de qualité requise, 
9 lesquels consuls seroient après tenus porter et présenter auxdits évéque et chapitre en la 
9 maison episcopale, l'électìon par eux faite desdits huit personnages pour par iceux évéque 
ì> et chapitre en estre choisis et eslus quatre dea plus capables , prendre et recevoir le ser- 
» ment d'iceux. » 



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— 447 - 

comme les plus curìeoses^ celles de Montesquieu , qui coosistaient eu une 
piqué d'or flcbèe, en un champ d'azur, sur un moni de sinopie. Au cen- 
tro de l'écusson, on apercevait Irois lignes blanches horizonlales et paral- 
lèles^ ayant figure de serpent, allusion evidente aux trois cours d'eau 
qui arrosent et fertilisent Fancien pays de Volveslre : la LèzCy VArize et 
le Volp{{). C'est entre la première et la dernlère de ces rivìères qu'était 
circonscrit aulrefois le Volvestre , d'où Montesquieu , qui en élail Fune 
des Tilles principales, a lire la partie dislinclive de son nom ; et ce mot 
de Volveslre, selon les demi-savanls du lieu , dériverail de l'ancienne 
langue cellique et signiflerait trois rivìères. 

Mais si VArmorial des Etals du Languedoc nous fall connaitre les 
signes béraldiques des vìlles que je viens de nommer, personne , que je 
sache, n*a parie (2) des armoiries de Muret. Cependant, celle ville qui , 
dans les derniers temps, était devenue le siége d'une juslice royale dont 
le litulaire prenait la qualité de conseiller du roi, son juge en chefcivil 
et criminel de la ville et juridiclion de Muret , siégb principal du pays 
et comté de Comminges, avail adoplé des emblèmes qui , sans nul doute, 
faisaient allusion à son glorieux passe. Des documents cerlains établis- 
senl, en effet, que les maglslrats consulaires de la cité qui fui la resi- 
dence favorite de la plupart des comles de Comminges , avaient pris pour 
enseigne communale un écusson écarlelé^ cbargé, au premier et au qua- 
trième, d'un cbàteau a trois tours; au deuxième et au troisième, dequa- 
tre otelles adossées. Cet écusson, qui avail élé trace à la piume en téle 
d'un feuillel, le premier d'un ancien registro des délibéralions des consuls 
de Muret, commencant a l'année 1526, mais sans indicalion de mélaui 
ni d'émaux, pourraìl, ce nous semble, étre blasonné ainsi: Aux premier 
et quatrième, de gueules? (3), avec chdteau ouvert et ajouré à trois 
tours d^argentj madonne de sable, qui est de Muret; au deuxième et 



(1) V. le DO 2 de la planche. 

(2) Ceci s'écrivait en 1856. 

(3) Si je propose ici la couleur rouge pour le champ des armoiries particulières à Muret, 
c*est uniquement parce que j'ai suppose qu*il devait y avoir de Tanalogie entre l'email de ce 
champ et celai de Técu des armoiries du comté , qui était , comme je le rappelle , de 
gueulei» 



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— U8 — 

au traisième, de méme, à quatre otelles (Pargent adossées etposées en 
sautoir, QUI est de Comhinges (1). 

Les trois tours rappelaieiit ÌDContestablement ce chàteaa de Maret 
devenu si célèbre daos l'bistoire de la gaerre des Àlbigeois (2). Les qaatre 
otelles adossées étaìent les armoiries des popalatioDS da CommÌDges (3). 
On les voit encore au-dessus de quelqaes portes à Saint-Bertrand ; et, il y 
aquelques années, on pouvait les remarquer sur deux pierres au-dessus de 
la porte de Thólel de la mairie de Muret, construit en 1738 et récem- 
ment abandonné. Vers la fln du premier Empire, en 1814, quelques 
jours avant Tarrivée des Anglais , on les flt dìsparallre, parce que le cbef 
de la municìpalllé de celle epoque les aurait prlses pour des emblèmes 
compromellants. 

Le dessin béraldique qui accompagno le litro du registro des délibéra- 
tions des consuls de Muret, en 1526, représente évidemment les an- 
ciennes armoiries de cotte ville. Cela resulto de la première de ces déli- 
bèrations, qui est à la date du 6 janvier 1526 : — Messire Odet de Foix^ 
seigneur de Laulrec , alorscomte de Comminges, avait informe par lettres 
les consuls de la ville que la comtesse, sa femme, venait de trépasser. 
Sur col avis, les consuls s'empressent de convoquer lous les manants et 
habitants de Muret, abiles pour assister au conseil general... a Teffet 



(1) V. le no 3 de la planche. 

(t) Le chàteau de Muret avait, en effet, troia tours, nommées : la tour Prime, la tour de 
XtMacetla tourdeLouge^ la plus élevée et la plus forte des trois. Y. au recueil des Mémoiree 
de l'Académie des sciences, inscriptions et belles-leltres de Toulouse, 6» sèrie , t. IV , p. 1 et 
suiv., mon mémoire intìtulé le Chàteau de Muret demolì par les capitouls de Toulouse. 

(3) Gastelier de Latour, Armorial des Etats du Languedoc. — Cet auteur qualifle , en effet , 
d* armoiries du pays de Comminges seulement l'écusson aux quatre otelles adossées , quii 
reproduit à la page 227 de son livre. Ce qui pourrait venir à Tappui de cette qualification , 
c*est l'origine étrangc que d*aucuDs se sont più à attribuer aux quatre otelles , qui ressem- 
blent à des amandes pelées. L'on sait que les habitants du Comminges passent pour étre 
les descendants d*une race d*hommes que saint Jerome qualifie tout simplement de bri- 
gands, de semine latronum, restes fugitifs des légions de Sertorius, que Pompée aurait réunis 
et établis dans une ville qui, pour cette circonstance aurait pris le nom de Urbs Convenarum. 
Les descendants de ces hommes se seraient, dans la suite des temps, amendés. De là, 
dit-on , pour manifester et nous apprendre ce changement de vie , Temblème aux quatre 
amandes qu'auraient adopté , à une epoque inconnue , les peuples du Comminges. Mais cette 
interprétation des quatre otelles ne serait-elle pas plus ingénleuse qu'exacte ? 



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— 449 — 

d'arréter en quelle sorte et manière falloit procéder aux honneurs de 
ladite dame. Quatre-vingt-oDze manaDls et habitaDts, dont la délibéra- 
tioD iDdique les noms , se présentent , el « après plusieurs oppìnioDS et 
» advis fast conclud etarreslé que le plustòt qui seroit possible, lesdils 
» honneurs fussent faicls , et que l'on y eusl vingt-qualre enfans ou filles 
» abillées de deuil ; que chescung pourlast une entorcbe de ciré, des- 
» quelles les (illisible)... fussent plus grands pour flambeaulx, et a 
» chescung desdils flambeaulx fussent affigées les armes de ladite ville, 
» et à chescung des autres, les armes de ladite dame; et que honneste- 
» ment tous partisi de ladite maison commune. » 

Ce passage de la délibération du 6 janvier 1526 prouve, sans nul 
doute^ que la figure héraldique qui la précède n'avait élé reproduite là, 
par le rédacteur de cette délibération , que pour rappeler la forme des 
armoiries de la ville qui entraient dans le programmo de la cérémonie 
funebre. 

Il paralt que ces armoiries subirent , plus tard , a une epoque incon- 
Due^quelques modiflcations. Tantdt, en effet, une muraille crénelée 
remplaga sur Técu le chàteau a trois tours; tantòt il n'y eut tout sìm- 
plement, au centro, que ce chàteau ou la muraille crénelée , sans les 
oielles, etc, eie. J'ai observé quelques-unes de ces variantes dans un pro- 
grammo imprimé que j'ai eu longtemps en ma possession, d'une féte pom- 
peuse célébrée à Muret, en 1744 , à Toccasion de la convalescence du roi 
Louis XY. Au-dessous du titre de ce programmo, on avait figure un écus- 
son portant les quatre otelles et une muraille crénelée. Ce n'est qu'à la 
vignette qui encadrait la lettre majuscule L, à la première ligne de la 
première page, qu'on remarquait un chàteau donjonné de trois tours. La 
muraille représentait probablement les anciens remparts de la ville, dont 
quelques pans sont restés longtemps debout , méme après la destruction 
du chàteau opérée en 1623. Quel fut le motif du changement que je 
viens de signaler dans les anciennes armoiries de Muret? — Je Tignore. 
Mais, selon tonte probabilité, il n'y en eut pas d'autre que l'ignorance 
ou le caprice des consuls qui le firent. 

Victor FONS, 

Juge au Tribunal dfil de Tontoose. 
.20 



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ARCHÉO-GÉOLOGIE. 



J'auraì ThoDDeur de soumettre a la Société le compie renda et les 
résuUats matériels de nolre campagne d'automne : campagne arctiéo-géo- 
logique enlreprise avec M, Anloine du Bourg. 

Nolre première excursion a élé vers le village de Viala-du-Tarn , où , 
dès l'aonée dernière , nous avioDS era reconnaitre les indìces d'une habi- 
taUon Iroglodylìque , taillée dans une roche de grès. Revenanl celle fois à 
la ebarge avec des ouvriers, el proQlanl d'une bospilalilè largemenl offerte 
par le principal propriélaire de la localilé (M, d'Arvieux) , nous avons fall 
dèblayer presque en entìer le réduil soulerrain , de manière à pouvoir y 
pénèlrer d'un cóle a plain-pied. L'inlérieur de la cavile s'offrii dès lors 
comme dans le dessin ci-joint (plancbe I) et conforme au pian, très- 
exaclement leve el mesurè par M. da Bourg (plancbe II), c'est-à-dire 
avec trois cbambres sur la gaucbe, ayanl cbacune une ouverture au midi ; 
puis avec un couloir se prolongeant vers l'est el se lerminant par une 
oaverture , encore du cóle du midi. 

Les fouilles les plus minulieuses n'ont pu permellre de reconnaitre le 
moindre veslige de l'industrie bumaine; et cependant nous pouvions 
compier sur tout le zèle de l'ouvrier en cbef , sorte de paysan lettre qai 
« se souvenait d'avoir lu quelque pari, disail-il, que, dans les caves des 
» pyramides d'Egypte , on rencontrail des corps de prìncesses couvertes 
» de bijoux... » 

lei y je l'avoue , nous n'avons renconlrè ni corps de prìncesses ni 
bijoux , pas méme le plus petit débrìs de l'àge de la pierre. Malgré cela , 
nous avons tout liea de croire que celle babitation rocbeuse remonte aux 
àges les plus reculès. €omme pourles dolmens des environs, la tradition 
populaire entoure ce réduil d'une terreur superstilieuse el de merveiilea- 
ses légendes. 



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— 454 — 

Notre seconde exploralion a èie dirigée sor les bords de la Jonte, au 
milieu des rocbers de Nabrìgas, non loin de Méraeyes. Trois grotles ont 
élé visilées : les deux premières descendant , comme des abimes , en spi- 
rale , a une profondeur non sondée par nous faute de lenops; et la troi- 
sième offrant un abord facile et un parcours borizontal. Cesi dans catte 
dernière, souvent fouillée , et dans un recoin, où l'épaisseur de la. sta- 
lagmite nous promettait la virginità des rechercbes désirée , que le pie 
d'un mineur mit bienlót a découvert une enorme lete d'ours {Vursus spe- 
Iceus, a front bombe), mesurant 50 centimètres de long sur 30 de 
large. 

Àjoutons , avant de sorlir de cetle caverne , que nul débris bumain ne 
s'est montré à nous , au milieu d'une abondance extréme d'ossements 
d'animaux. Quant au restant du squelette de l'ours, l'heure avancée et la 
longueur du retour a parcourir ne nous ont pas permis , a notre très- 
grand regret, d'en compléter l'exhumalion. 

La troisième exploralion a eu lieu sur la montagne du Sargel, non loia 
de Saint-Georges-de-Luzengon. Plusieurs groltes, les unes en larges ves- 
ti bules, les autres en profonds et obscurs couloirs, s'enfoncent dans les 
fliincs de cetle montagne (bastion détaché de Larzac); mais une seule^ 
exposée au midi, d'un accès étroit, facile à défendre, d'une salubrité 
parfaite , d'une temperature des plus douces , munie méme d'une source 
limpide, semblait nous assurer de fructueuses rechercbes. En effet, des 
tracesde foyers, plusieurs couches de cbarbons, de nombreux tessons de 
poteries celtiques et méme romaines, y compris une jolie bacbette^ ont 
successivement apparu sous les instruments de nos ouvriers , ne nous 
laissant aucun doute sur la superposition de stations humaines, tour à 
tour cherchées dans ce lieu. Le tout se trouvait enfoui dans un sable jau* 
nàtre , parfaitement homogène^ et que Ton ne découvre pourtant ni sur 
le terrain du plateau ni dans le terrain des pentes. Ce sable , d'où 
venait-il donc? Autre question à ajouter à tant d'autres. 

Une caverne d'un plus grand intérét , et qui jusque-Ià se montrait 
grande-ouverte au bord d'un chemin sans que personne y soupgonnàt le 
moindre trésor, a été par moi fouillée^ et^ dans un de ses recoins les 
plus ignorés, m'a donne de très-curieux , de très-riches resultate (dont 
la planche IH présente les principanx spécimens). Les objets en nature 



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— 452 — 

ODt été envoyés a Rodez, poar étre offerts , en mon oom , à la Société 
des Sciences de TAveyron. Notre savant coUègae , M. Trulat, y avait lai 
àussi reconnu les caraclères les moios douteux de Yàge de la pierre non 
polle s et tout cela empàlé dans aoe gangue limoDeuse^ dilu Vienne, des 
plus dares : circonslance remarqaable au poinl de vue archéo-géologique. 
Ajoulons qaec'est la première caverne de ce genre, le premier gise- 
ment de cette nalare qui se soient révélés dans la région sud-est de notre 
Rouergue. 

Non loin de cette cavitò, et a 200 mètres environ au-dessus , au nord- 
ouest da village de Peyre , avait été aussi par moi (Jécouverle , il y a 
troisans, une autre cavitò; mais celle-ci sans vestiges de Thomme, et 
uniquement remplie d'auimaux de l'epoque quaternaire {mammouth , 
ours , hyène, cerf, chevalj etc.) ; le tout mèle à un limon rougeàtre , 
tnoins dur et moins foocé que le limon de la caverne inférieure , celle de 
l'habitat bumain précité. Une panie de ces débris a été déposée entre les 
mains de M. le docteur Noulet, et l'autre au musée de Rodez , associéé à 
Tenvoi des silex. 

Remarquons enfln que le voisinage de ces deux cavernes de Peyre ne 
semble nullement impliquer pour elles la contemporanéilè de Tbomme et 
des grands auimaux de Tépoque quaternaire, chacune ayant son caractère 
zoologique ou paléontologique bien distiuct. 

C- Felix de SAMRUCYLUZENgON. 



i févrìer 1868. 



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ÉLOGE 



DE 



M. LE VIGOMTE DE LAPASSE , 

SECRÉTAIRE -GENERAL DB LA SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU MIDI DE LA FRANGE. 



En prenant aujourd'hui la parole pour tracer à, véj^jrwards, corame 
dans UD dernìer el solennel adieu, les grandes lìgìì«^^^im vie du noble 
et cher confrère que nous avons perdu, je me seos en proie à un doublé 
sentimenlde Irislcsse. 

A la douloureuse nécessilè de vous monlrer le vide qui s'est fait parrai 
tìous, se joint le regret d'élre obligé de remplacer une voix plus aulorisée 
que la ralenne et plus digne du sujet que je suis force de trailer. 

Cette voix s'élevait ici, il y a un an, pour vous signaler un autre vide 
que la Sociélé n'a pas cru devoir se b&ter de remplir, tant elle compre- 
nait la grandeur de la perle qu'elle avait faite en la personne de M. Au- 
guste d'Aldéguier, son président depuis de si longues années. 

En exprimant, dans un langage ému, ses regrels personnels, M, Caze 
fut rìnterprèle fidèle de nolre coraraune affliction. 

Aujourd'hui, Messieurs, une maladie grave le retient, àson lour^ loin 
de nous. 

Puissé-je, en parlant de cette absence, me défendrede tonte crainle,ou 
me persuader, du moins, que nos alarraes ne soni qu'une exagération de 
ootre amilié(l)! 

(4) Cet éloge a été lu à la Sociélé archéologìque , dans sa séance du 24 janvier 4868. 
M. Caze est mort le 34 mars. 



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— 164 — 

Louis- Charles-Edouard, vicomle de Lapasse, est né à Toulouse, le 21 
janvier 1792 (1). 

Des éludes brillai) les, accomplies aa collège de Bordeaux, le prépa- 
rèrent de bonne heure a celle vie d'aclivilé intellectuelle qui fui le cachet 
parliculier de son exislence. Cependanlla culture des lellres uè futpas la 
préoccupalion exclusive de ses jeunes années. Son nom, les tradilions de 
sa famllle, Thonneurde représenler seul loules les gloires de sa race (2), 
le deslinaient, corame ses ancélres, a la noble carrière des armes. 

Il avail environ vingl-deux ans lorsqu'il entra daos la maison da roi 
en qualilé de chevau-lcger. 

Que voulail-il, a celle epoque? La gioire militaire avait-elle donc si bien 
fascine Tesprit du jeune vicomle de Lapasse qu'il lui eùt déja sàcriflé ses 
goùls lìlléraires? 

Les plus brillanles deslinées lìennent souvent à l'un de ces hasards 
doni les caprices voilent le doigt de Dieu. 

L'homme s'agite dans le cercle étroit de ses pensées. Il se fait un ave- 
nir doni le présenl est la base et, lout a coup, un événement imprévu ren- 
verse ses projets. 

Paris avait, a coup sur, de quei séduirele vicomle de Lapasse. Lacour, 
avec le preslige de sa renaissance, se présenlait a son imagination a?ec 
tous ses atlraits. Elle reliait aux grandeurs du passe toutes les espérances 
d'un heureux avenir. 

Celai t un beau réveil. 

La Providence avait place son berceau au seuil d'une revolution épou- 
vanlable. Les horreurs de 93 lui apparaissaìent comme le souvenir lu- 
gubre d'un cauchemar douloureux et lourd, et les gloires du premier 
Empire n'avaient pu lui faire oublier les malbeurs des Bourbons et les 



(1) Soa pére, M. de Lapasse, descendait de l'antique famille espagnole de ce nom, dont 
plusienrs membres se sont illuatrés sur les cbamps de bataille au scrvìce des comtes de Foix. 

Sa mère appartenait à la famille des Cardailiac-Lomné , alliée aux plus grands noms du 
pays. Elle était cousine germafne du marquis d'Osmond , que nous retrouverons plus tard 
ambassadeur de la Restauration è Londres. Deux évéques de ce nom et de cette famille ont 
occupé successivement le siége de Comminges, supprimé par le concordat. Le dernier mou- 
rut, après l'exil et la suppression de r^vécbó de Comminges, évéque de Nancy. 

(2) M. le vicomte de Lapasse n*eut qu'un frère qui mourut jeune. 



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— 465 — 

spleDdeurs de taDt de grands règnes. Sa foi politique , puisée aux mémes 
soarces que sa loi religieose, se nourrissaìt de la méme seve et devait 
poasser daos celle riche nalare, ardente el loyale, des racìDes profondes. 
L'ane et l'aulre devaient étre a l'abri de toules les alteintes. 

NoasnesavoDS pas si le jeune vicomle de Lapasse eutjamais un goùt 
proDoncé pour la gioire mililaire. Il est probable que ses aspiralions les 
plus intimes ne lendaientpas de ce coté. D'ailleurs, aux premières années 
de la Restauration , la période guerrière élail a peu près Soie pour la 
Franco ; les balailles commengaient a passer de mode. La socìélé, fati- 
guéede lanl de secousses el épuisée de tant de lutles, ne voulait que la 
paix. Elle avail besoin de retrouver la sécurité, la force et la prosperile 
dans le repos. Elle n'aimailpas les ruines que la Bévolullon avail semées. 
Si la Revolution fui un chàlimenl, ce ch&limenl devait avoir un terme. 
On^ poavail déplorer les malbeurs qu'elle avail faìls et jouir des bienfails 
qu'elle avail apportés : ils coùlaienl assez cher. Les destinées des empires 
ne se réglaient plus avec Fépée; c'élait à la dipiomalie que la sociélé re- 
nouvelée demandali la consolidalion de ses constilutions récenles. 

Le vicomle de Lapasse trouvail là une magniflque voie ouverle a sa haute 
intelligence, à son aclivilé el à son dévouemenl a lachose publique. 

Il y entra résolùment. 

Son oncle^ le marquis d'Osmond, venali d'étre nommé ambassadeur à 
Londres. Il s'altacha son neveu en qualité de secrétaire. 

Jeune, aclif, généreux^ il apporta dans Fexercice de ces fonctions dif* 
ficiles toules les richesses d'une nature élevée. Ses débuts dans la carrière 
diplomalique obtinrent un succès éclatant. Ils altirèrenl les regards de son 
gouvernement et lui valurent Thonneur d'élre appelé au congrès d'Aix-la- 
Chapelle. Il y négocia , près du due de Richelieu, la retraite des armées 
étrangères et y arréta déQnitivement le règlement des charges Qnancières 
qui, depuis les Cent-Jours, pesaìenl sur la France. Puis il passa comme 
chargé d'affaires à Ilanovre, a Berne et à Naples (1). 



(4) Envoyé à Hanovre au moia de mai 4848 , eo qualité de premier secrétaire de légalion, 
M. de Lapasse y fut bientót chargé d'a/faires en l'absence du tìtulaire. 

Le 9 juin 4824, il fut nommé premier secrétaire d'ambassade et chargé d'a/faires à Berne, 
le 9 aoùt suiv ant le rei le nommait chevalier de la Légion d'honneur. 



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— 466 — 

Soo séjour a Naples fut [teut-étre le poinl le plus brillant de sa vie 
pu1)lique. Il retroQvait daDS celle cour comme qd écho de la coor de 
France. Celali Paris traDsplanlé sous ud plus beaa ciel^ aa mìliea d'un 
paysage enchanleur, aussi nobie, aussi éléganl^ mais plus poélique etplas 
rìche CD souveuirs. 

Dans ce temps bcureux de calme et de prosperile, les exigeDces deveoues 
moins impérieuses de la diplomalie lui laissaient des loisirs. Il sul les 
faire tourner au proflt de la scieuce et des leltres. 

Le roi de Naples cbargea plusieurs fois le vicomle de Lapasse de pré- 
sider aux fouilles exéculées a Pompei. Il eul le bonbeur de retrouver 
sous les ceodres vomies par le volcan, des maisons entières avec leurs 
nieubles, leurs ustensiles de ménage, des bijoux précieux, et il fut Tuo 
des beureux savanls qui coulribuèrenl a enricbir le célèbre musée dff 
Studi, celle coUeclioo unique au monde , si slupidemeol pillée dans ces 
derniers temps par les iDvasioDS ilalienoes. Notre coufrère preludali aiusi, 
sur celle terre classique, àceséludes de rautiquité, qui devaient, quelques 
années plus tard, lui doDuer le droil de venir s'asseoir, au sein de celle 
compagnie savanle» a còlè des fondaleurs de la Socìélé arcbéologique du 
midi de la France. 

Aux souvenirs scienlifiques rapporlés de ces pacifiques expéditions , 
M. de Lapasse joignail d'aulres souvenirs plus inlimes, finement recueil- 
lis, fidèlemenl conservés. Il tirali de ce fonds cbarmant ces anecdolesai- 
mables qu'il racontait si bien et ou se reflélaient , avec la connaissance 
des bommes , la fréquentalion des premiers salons de l'Europe. 

Yous vous rappelez , Messieurs , avec quel cbarme il nous redisait , un 
jour ,. une bisloire de sa vie de savant à Naples. 

Après avoir enlièremenl déblayé une maison anlique retrouvée intacte 
a Pompei , avec ses cours , ses galeries , ses grandes salles , ses cuisioes et 
leurs dépendances, il organisa une pelile féle que ifous appellerions au- 
jourd'bui archéologique. 

Les of/icince élaienl encore garnies de tout l'allirail culinaire des an- 
ciens Romains ; le triclinium avail conserve ses tables et ses trois lils. 

Notre jeuue diplomale pensa qu'il seraìt piquanl de Iransformer un jour 
du dix-neuvième siede en un jour du temps d'Augusle. La cbose lui 
paraissait d'autai^t plus aisée, qu'il ne s*agissait que de rappeler des hom- 



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— 457 — 

nes vi?anls dans cette maison latine ressuscitée toni à coup avec sa phy- 
sionomie prìmitive après une mori de diiL-huit siècles. 

Le monde savant , la cour el Tarislocralie napolitaines farent invités. 
On s'y rendit en costume romain ; les hommes transformés en togati , 
les dames en matronoe. Ce jour-là tout se fil à la romaìne. La ccena fut 
ordonnée à la romaine ; les servi, revétus da costume romain des gens 
de leur condition, s'acquittaient de leurs fonctions, à la romaine, avec 
une gravite plaisan te. 

Pour pousser Tillusion jusqu'au bout , on voulut méme substiluer pour 
quelques moments, à la langue de Metastasio et de Silvio Pellico , la 
ìangue de Virgile et de Cicéron. 

Lesuccèsfut complet. On comprend quelles durentétre les jouissances 
inteliectuelles de M. de Lapasse au milieu do cette transformation éclose 
d'un noble caprice d'érudit. 

Ce fut une des plus heureuses diversions apportées aux tristesses de son 
veuvage. 

M. de Lapasse avait épousé, le 1 1 juin 1826, M^^* Bianche de Lagarde(l), 
qui mourut, après deux annèes seulement de la plus douce union ,^en 
ilonuant le jour à une Alle qui devint M"^ la marquise de La Bourdon- 
Daye. La minute de bonheur intime accordée au jeune vicomle fut bien 
courte. Il n'y a pas de proporlion sur la terre enlre la joie et la douleur. 

Ce premier deuil jeté tout à coup sur cette jeune et brillante existence, 
étendit ses voiles sombres sur lous les jours qui suivirent. 

M. de Lapasse appartenait à cette forte race d'hommes qui ne connais- 
sent , dans le domaine de Tesprit , qu'une conviction : celle de la vérilé 
et du devoìr , et dans le domaine du ccBur , qu'un seni amour. 

Cette douloureuse tombe une fois fermèe sur des restes si chers , il ne 
sut plus cbercher ailleurs une diversion impossible. 

Ces hommes-là n'oublient pas. 

Quelque cbose survivait à cette noble et douce compagne , uniquement 
aimée : c'ètait sa fiUe. 



(1) Elle était fille da marquis de Lagarde et Tune des plus riches béritìères du Midi : elle 
apportali en dot cent mille livres de rente. Le marlage fut célèbre à Paris, et le roi signa au 
eontrat. 

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— 168 — 

Un berceau ne peot faire oublier UDe tombe ; mais^ du mmas , il peat 
en voiler les Irisles aspects et tempérer par qaelque sourire les amertomes 
da souvenir. 

M. de Lapasse s'assit, triste, mais non découragé, auprès de ce ber* 
ceau , qui désormais devait rèuoir toutes les teodres soUicitudes du pére 
au culle pieux de l'époux. 

A ce deuil de famille se joignìt bientót , pour M. de Lapasse» un dou- 
veau sujet de douleor. La revolution de 1830 éclata pendant qu'il ètaU 
encore à Napies , où le comle de Laferronnaye l'avait accrédilé en qua- 
nte de chargè d'affaires auprès du gouvernement napolitain. Sa san té > 
gravemeat alteinle par la mort de M'*'' la vicomtesse de Lapasse , lui avait 
rendtt nécessaire le doux climat d'Italie. 

L'événement politiqoe de 1830, qn'il n'avait pas prévu, renversait 
tous ses plans. Le gouvernement de Juillet ne pouvait réaliser, dans sa 
pensée , cet avenir de prosperile et de grandeur qu'il avait rèvè pour la 
France, ni ébranler ce dévouement chevaleresque qu'il avait vooé à la 
branche afnée dont on avait usurpé les droits. Il resta pourtant à Napies, 
où son devoir Tattachait encore. Ce ne fut qu'en 1831 , aprés avoir sau- 
végardé sa dignité , en refusant de s'associer à la politique nouvelle> qu'il 
rentra dans la vie privée. 

Une nature moins ardente et moins passionnée que la sienne pour les 
intéréts de son pays se fut dès lors ensevelie dans un repos sans gioire ; 
lui n'a jamais connu que l'action. Royalisle et légilimiste quand méme , il 
veut servir toujours la cause du rei légitime. Les victorieux de la velile 
peuvent étre les vaincus du lendemain. La fldélité du dévouement et 
l'energie des convicUons ont une puissance d'entratnement qui peut quel* 
quefois cbanger la face des aflfaires. 11 ne s'agissait plus de porter la 
lumière dans le conseil des souverains , c'était les masses égarées et 
séduites qu'il fallait éclairer. 

Ce fut dans ces pensées que M. de Lapasse > aidé de quelques amis, 
comme lui hommes de coeur et de talent, fonda, dans la capitale, Le 
Rénovateur. Dans ces temps.de luttes où, au nom de la liberté , tant de 
libertés furent sacrifiées, il restait au moins la liberté d'exprimer sa pen- 
sée. M. de Lapasse en usa pour le service d'une cause qu'il n'a jamais 
cru perdue. Qu'eùt-il fait de ses talents et de cotte activité dévorante 



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— I«9 — 

qd'ìl a conservée jasqu'à sa dernière heure? Il n'élait pas homme a reca- 
ler devant le sacrìflce de sod repos et^ chose qu'on appréciera surtoat de 

008 jours, où souveot le dévooemenl s'achèle , ni devanl le sacrìflce de sa 
fortone. 

Uardeur da combat ne lui fit jamais oablier les lois de TurbaDilé la 
plus exquise. Il étail geotilbomme sur le champ des diseussions politi- 
qttes comme il l'élait sur le terraio de rhonneur. Il sut couserver des 
amis dans les camps les plus opposés , parco qu'il sut les combaltre sans 
les blesser. 

Est-ce dono par découragemeut et par lassìtude qu'il abandoona tout à 
coup cette arène où la gioire et le succès sont loin d'étre toujours la ré- 
compense du labeur ? Je ne veux pas rechercher les causes qui le porte- 
rent à se retirer du jouroalisme. Il me suffit de coustater qu'après avoir 
été re^u membro de la Société archéologique du midi de la Frauce , le 

9 aoAt 1854^ une largo part deson exislence, plus calme et plus recueil^ 
lie , fut consacrée aux études scieutifiques et au eulte des letlres. 

La médecine avait, pour M. de Lapasse, des attraits tout particuliers* 
Il se livra à cette étude avec ardeur et y obtint bientòt des succès ècla- 
lants. Les Considérations sur la durée de la vie humaine et les moyem 
(le la prolonger , qu'il fitparattre en 1845, est peut-étre moins le fruit 
de ses études quo de ses observations personnelles. Il ne m'appartieot pas 
de juger le fonds de ce U?re ; la forme e» est exquise. Je l'ai lu avec déli^ 
ces , peut-étre parco que je ne suis pas médecin « mais , à coup sur , parco 
qu'il est bien fait. La science s'y dépouille de ses allures pédantes pour s'y 
revélir de gràce et de poesie. Cet ouvrage fut l'ainé d'un autre publié» 
quelques années après , sur le memo sujet , par M. Flourens. 

L'exercice de la médecine ne fut, pour M. de Lapasse, qu'une occa- 
sion de lalsser à sa charité un cours plus libre et plus fécond. 

Les malades pauvres étaient robjet à peu près exclusif de ses soins 
assidus. Il ne leur donnait pas seulement ses conseils : il leur fournissait 
aussi les remèdes, le bouillon, souvent des sommes assez considérables 
d'argent, aQn qu'ils pussent se procurar unejiourriture plus saineet mieux 
appropriée à leur état. 

On connaissait peu dans le monde ses pieuses libéralités, mais les 
panvres les savaient bien. Dieu les comptait, et je le remercie^ pour ma 



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part, d'avoir eu rhoDoeur, plos d'oDe fois, d'en étre le mioistre et le 
dispensateur. 

Failleurs, par ses ouvrages de médecioe, M« de Lapasse défendait 
mìeux la philosopbie spiritaaliste et chrétienne qae par ses arlicles de 
VEcho franfais et de te Quotidienne. 

Les prescrìplions thérapeotiques les plus savantes lui paraissaient moios 
propres a la coDservation de la vie bamaine que celle hygiène morale 
qui consiste dans le développeinent incessant de nos facultés : e Le moa- 
Yemen t de Fesprit et la jeuuesse du coeur (1) » serout eucore, et malgré 
l'or potable, le meilleur élixir de loogue vie. 

J'ai bàte, Messieurs, d'arriver à cetle pérìode trop courte de la vìe 
de M. de Lapasse où il vous appartint à peo près tout eulier. Bien qu'il 
comptàt, depuis 1834, parmi les membres de nolre Compagnie, les 
préoccupatioDS d'une vie dévorée par tant de iuttes et d'étudessi diverses» 
Tempécbèrcnt, sans doute, de prendre une part active à vos travaux. Il 
vous réservait pour plus lard les fruits de son expérience et de soq éru* 
dition arcbéologique. 

Vous connaissez comme moi les nombreux travaux qu'il a publiés dans 
nos mémoires. J'ai eu d'abord la pensée d'indiquer les plus importants; 
en les parcourant, j'ai vu qu'il me faudrait les citer tous. 

Il n'élait étranger à aucune des questions qui se traitaient parmi nous; 
il ne s'est pas fait ici une seule leclure qui ne lui ait fourni l'occasion de 
présenter quelques observations piquanles, toujours pleines d'à-propos et 
de cboses utiles. 

Il nous disait un jour avec cette allure de franche bonhomie qué vous 
lui connaissiez : « Il y a eu une epoque de ma vìe où je lisaìs tout. J'ai 
beaucoup, beaucoup lu, » et il ajoutait : « mais j'ai beaucoup oublìé. » 

L'on ne s'en apercevait guère, tant ses connaissances étaient sùres et 
variées. 

Nous attendions toujours avec impatience son tour de lecture, parco 
que nous étions certains qu'il nous apporlerait quelque sujet utile et 
inattendu. 

Yous vous rappelez, Messieurs, son esprit de concìliation et de douceur. 

(4) H. de YoisÌDS-La vernìère , Réponse au remerciment de M, de Lapasse, 



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— 461 — 
Il aimait beancoup les moyens-termes, comme il disait. Dans les discus- 
siODs qui n'avaieot pas poar sujet exclusif les qaestioDS scieDlifiques, il lais* 
Sait ordinairemeDt parler sos confrères. Pais il prenait la parole, résumait 
les opioioDS émises et, faisanl appel a son mayen-terme, il réussissait 
presqoe toujoors à coDcilier les dissidenls, emporlés, peut-élre, par la 
chaieur de la controverse au delà des limiles qu'ils avaieot prévues. 

Ce furent toutes ses qualités réuuies qai le désignèreot tout natorelle- 
tnent à vos saffrages, pour rempiacer M. Du Mège, dans sa ebarge de 
secrétaire general de la Sociélé. 

M. de Lapasse fut, en effet, élevé à celie dignilé le 15 janvier 1863. 

L'bonneur qa'il recevait fat poar lui comme un nouveau slimolant. Il 
faisait face a tout, et si sa vue, un peu affaiblie^ ne lui permettali pas de 
lenir le plumitif de nos séances , il n'abandonnait qu'à regret la rédac- 
tion de ces cbarmants comples rendus de nos travaux que la Société a 
rhabitude de publier dans les journaux. On lui pardonnait voiontiers de 
s'écarter un peu de celle forme académique, toujours lecbnique et pré* 
cise. consacrée par Tusage, en faveur de ce vernis plein de gràce qu'il 
savait y répandre. On y sentali le savanl voile du gentilhomme. Si ses 
résumés étaient moins concis, ils n'en élaient que plus aimables et on ne 
les lisàit que mieux. 

En 1864, il représenla la Société arcbéologique a la Sorbonne. 

Vous n'avez pas oublié, Messieurs, Timpression que fit, sur cel aadi- 
toire d'elite, son remarquable mémoire où il rendali compie des travaux 
récents de nolre Compagnie. Outre Tbonneur d'étre imprimé en entier 
dans le recueil des principaux mémoires lus aux séances de la Sorbonne, 
le travail de M. de Lapasse nous valut des encouragements efflcaces 
accordéspar Son Exc. M. le Ministre de rinstruction publìque et des cultes. 

En quiltanl Paris, M. de Lapasse se rendit en Bretagne, où il était 
curieux de visiler les récentes découvertes dues aux intelligenles investi- 
gations des membres de la Sociélé des antiquaires du Morbiban. 

Il vii les nombreux débris d'antiquités celtiques exbumés dans les en- 
virons de Karnac. Une inscriplion trouv^e à Tumiac sous un tumulus 
fixa particulièrement son attenlion. Celle inscriplion, gravée en creux, 
est formée de caraclères inconuus qui ont quelques rapporls avec l'écri- 
ture cuneiforme. M. de Lapasse, qui n'oublìait jamai^ les intéréls de notre 



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— 46t — 

compagnie, en obtint aisément un fetc-simile, qn^iì fattoot heureui, àsoo 
retoar, de jeiDdre à nos «oHecUcins. 

L'qd de ses ré?es qa'il caressait wec le plas d'amour, était de réaair 
assez de moQuroents de ce genre poar ajouter à notre ricbe Mosée aoe 
salle d'antiquités celUqoes. 

L'acUvité iotellecluelle de M. de Impasse semblait grandir a?ec les 
aonées. 11 travaillait saos cesse. Le travail allait bien à ses habitades et 
à ses goùts. Eotouré d'amis et d'une société d'bommes inslruits, sa vie 
s'écoulait douce et varièe, sans lui laisser le loisir de compier les henres 
et de s'apercevoir de la marcbe incessante du temps. 

Qui eùt pu lui predire que, dans ce cercle beureux où se mou?ait sa 
facile exislence, de nouveaux malbeurs^ plus grands que ceux qu'il avait 
éprouvés, Tattendaient ? 

Je me rappelie ce jour lugubre où, étant alle faire ma visite ordinaire a 
ce cber confrère, je le trouvai seuI dans son cabinet, assis dans son grand 
fauteuil, enveloppé de sa robe de chambre, morne, muet, la téte pencbée 
sur sa poitrine. Je m'avance vers lui^ agile par je ne sais quelle crainte 
secrète ; je le salue, et Ini, ordinairement si empressé pour ses amis, ne 
me regarde pas. Je lui demando s'ii est malade, il ne me répond pas. Du 
gesto, il me désigne un fauteuil ; je lui demando encore s'il est malade, 
il me répond par ces mots foudroyanls : « J'ai perdu ma Alle. » Je ne ré- 
pondis pas, mais je serrai avec effusion la main qu'il me lendait. Il com- 
prit que je respectais sa douleur et que je la partageais. 

Gel bomme ne pleuraìt pas. La douleur avait brulé ses larmes. J'étais 
brisé. Quelques instants après il m'apprit, en deux mots, quo M"* la 
marquise de La Bourdonnaye était morte Tavant-veille^ dans deux heures. 

Il ne dut qu'à Ténergie naturelle de sa grande àme et à sa foi de 
cbrétien, de supporler sans faiblesse un si terrible coup. 

Il entrait dans les destinées de cotte nature tendre et forte d'époiser 
jusqu'à la lie le calice de la douleur. 

M. de Lapasse a élé Tun des types les plus parfaits de l'amour Aliai. 
Nous savons tous de quel culle pieux il a loujours enlouré sa mère cbérie. 

Qu'il était beau, ce vieillard, lorsque, recevant ses amis, il les conduisait 
auprès de sa mère en leur disant : « Yous allez bien saluer un pea ma 
mère ? » On y allait, et il rayonnait de bonbeur. Sa mère était pour M. de 



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— 463 ~ 

Lapasse plas que Tobjet d'ao eulte de teodresse : il en était fier. C'était, 
da reste, le dernier lieo qni le rattachàl au foyer où tant d'ili asions heu- 
reoses s'élaìent évanoaies en lui brisant le coeur. 

Hélasl à Tàge où ils étaient arrivés tous deux, ce lieu était deveou bien 
fragile. Il sufQsait d'un soufflé pour le rompre. 

M. de Lapasse avait déjà essuyé bieu des orages ; un deroier coup de 
foudre éclala sur sa téte et lui eoleva sa pauvre mère si aimée. M""^ de 
Lapasse mourut presque cenlenaire. 

SoD flis avait, a celle epoque, soixanle et douze ans. 

Quel vide désormais autour de lui ! 

«Me voilà bieo seul,» me disail-il un jour, «mais je n'y veux paspen- 
» ser ! Je veux, autant que mes forces me le permeUroDl, demander a la 
» science les seules dislraclìons qui me puisseut couveoir. » 

Jamais peuUétre la force de sou caraclère n'éclala plus visiblement 
qu'après cette sèrie de calaslrophes. Vous le viles toujours sur la brècbe. 
A la Sociétè d'agriculture, il était de toules les commissious doni, le plus 
souveot, il était le rapporteur. Od putadmirer une fois de plus la variété 
de ses connaissances el relegante souplesse de sa piume. 

Presqu'au méme temps, le suffrage de ses compatrioles Tinvitait à 
prendre part aux affaires de la citè. En acceptanl la charge de conseiller 
municipale M. de Lapasse voulut prouver qu'il savait allier au souvenir 
d'un passe sur lequel reposaient ses convictions les plus inébranlables, 
ses plus légitimes aspirations vers un avenir social plus prospère. 11 ne 
comprenait pas qu'on pùt s'ensevelirdans le eulte stationnaire d'une tra- 
dition, si noble et si respectable fùt-elle, sans songer au prc^rès inces- 
sant d'une société qui se développe el se transforme. En un mot, M. de 
Lapasse n'avait pas son regard toujours tourné en arrière; il regardait 
surtout en avanl. Il eùt volontiers servi de trait d'union entro les gran- 
deurs passèes de son pays et ses futures splendeurs. 

Son ardeur pour le bien public lui falsali accepler toutes les charges, et 
il menali toni à bien sans empressemenl et sans ostentalion^ mais avec 
une dignilé calme et soutenue. 

Un autre appel plus flalleur, depuis longtemps atlendu, vint enfin le 
piacer, parmi les mainteneurs de l'académie des jeux Floraux , sur le 
fauleuil laissé vacant par la mori de Bl. Pagès. 



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— 464 — 

c< L'hoDDeur qui vieni conroDoer mes cheveax blancs, » disait-il dai|8 
son Remercìment, « est le comble de Tambilioa d'un vieax Toalousain t 
» Ed remontant a mes plas lointains souveoirs, je me rappelle les pores 
» émolions de la jeunesse, alors qae, dans le naif entbousiasme de la 
» gioire lilléraire, je venais, avec mes condisciples des écoles, assister a 
» ces féles du 3 mai, où l'académie, ìncertaine entre les beaux vers de 
» Soumet et les toucbantes élégies de Millevoye, épaisail, poar lesrécom- 
» penser, le trésor des fleurs de Clémence Isaure. Avec quelle sympathie 
» nous applaudissions au laureai; avec quelle déférence nous écoutions 
» les académiciens, qui dislribuaient ces fleurs resplendissantes, qui prò- 
» nongaient ces belles barangues, où notre zèle étail slimulé par Tèmnla- 
» tion, où le culle des lellres était predarne comme un bienfail réparateur 
» des désastres révolulionnaires! Nous aimions ces vieillards écbappés 
» eux-mémes aux orages qui avaienl bouleversé la France, et dont le cos- 
» tume, le langage et les manicres rappelaient un aulre siede. Nous n'é- 
» lions sèparés de ce siede que par un petit nombre d'anuées; mais déjà 
9 il nous semblait relégué dans la periodo des temps légendaires. L'idée 
» de venir un jour siéger parmi les oracles du goùt, ces dìspensateurs de 
» la Renommée, nous apparaissait dans un avenir vague et lointain, 
» comme la plus haute rècompense d'une vie bien remplie. 

» Ces émotions du jeune dge se réveillent quand on revient se reposer, 
» sur le sol natal, des mécomptes de la politique et des fatìgues d'une lon- 
» gue carrière. En m'appelant aujourd'hui dans son sein, Tacadémie a 
» comblè des voeux qui dataient de loin. Elle m'a rapproché, par les sou- 
» venirs, de mes débuts dans la vie : c'est une sorte de rajeunissement 
» plus efficace que les élixirs des alcbimistes. » 

Vous me pardonnerez, Messieurs, d'avoir rappelé cette belle page, la 
dernière écbappée à la piume académiqne de notre noble confrère. 

Ne nous plaignons pas de n'avoir pas eusa dernière parole; nousavons 
eu sa dernière pensée. En quittant Toulouse pour ne plus la revoir, il 
priait la Commission cbargée d'exécuter des fouilles pendant lesyacance^, 
d*attendre son retour ; il tenait a y assister. Il devait nous étre rendu dans 
le courant du mois de septembre. 

Hélas! la Commission a atlendu !!!... 

Quel coup foudroyant, Messieurs, que cette nouvelle apporlée par le^ 



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— 465 — 

joarnaux : <( M. le vicomle de Lapasse vient de moorir aa chàteau de Las- 
sac! » Cela nous paraissait impossible, laot noasTavìons vu nagoère plein 
de vigueur et de sante ! Tant nous avions besoin de nous faire illusion 
sur celte triste réalité 1 

Qu'est-ce dono que la vie de Thomme, sìdod ud flot qui s'écoule, une 
famée qui s'envole? Seul, le souvenir de ses vertus lui survit. 

Cellesqui ont embelli la vie et console la mort de M. de Lapasse perpé- 
tueront sa mémoire et la feront bénir. 

Laissez-moi, Messieurs, en flnissant, céder la parole à une voix qui lui 
fut chère. 

-M. Louis de Montesquiou, nutre confrère et son neveu, qui a regu lea 
derniers battements de son grand et noble coeur, m'écrivaìt à la date da 
7 novembre dernier : 

« Les derniers moments de mon excellent onde ont éte exemplaires; 
» sa mort a été belle comme sa vie. Quand il sut que son état était sans 
» ressources, il voulut aussilót régler les affaires de sa conscience, et le 
> bon cure de nolre paroisse Tassista dans ses derniers moments. Il passa 
p la journée du vendredi^ 4 octobre, en conversaUon intime avec son 
» confesseur. Le samedi matin, il regut la communion, le samedi soir 
» Textréme-onction. Le calme et la rèsignation ne Font pas abandonnéun 
3» Seul instant. Ses forces allaient toujours s'affaiblissant, et cependant il 
» s'informait des nouveiles poliliques apportées par les journaux, et sur- 
» tout des affaires de Rome. Nous lui lisions le journal, mon pere et moi, 
» et, malgré la gravite de son état, il voulait raisonner encore sur les 
» événements. Nous lui avons lu le journal lundi soir à six heures, et c'est 
» à neuf heures qu'il a tout doucement rendu son àme a Dieu, comme 
» s'il se fùt endormi. 

* Voilà, Monsieur, un peu à la hàte, les détails bien consolants de la 
» fin si cbrélìenne deM. de Lapasse. Il ne pouvait pas en étre autrement : 
» les hommes de ce caraclère savent envisager la mort sans appréheosion 
» et sans crainte, parco que leur vie ne peut leur laisser ni épouvante ni 
» remords. » 

Uabbé M. B. carrière, 

Secrétaire adjoint. 



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ÉCOLE, 

SOCIÉTÉ ET ACADEMIE DES BEAUX-ARTS DE TOllLOUSE. 



La vérité apparati toujours a un seul homme avant de devenir l'apa- 
nage de lous, et c'esl toujours a rinìlialive d'un seul que la généralilé 
doit l'établissement des cboses utiles. L'bisloire a oublié bien des noms 
de ces initiateurs; souvenl méme elle a laissé perdre le nom des rénova- 
teurs, qui, par leurs efforts, avaienl relevé d'un dépérissement injuste 
les inslitutions nécessaires à la gioire de leur pays. 

Plus beureux à Toulouse, nous connaissons ce ciloyen, qui, cullivant 
Tari pour l'art, pour lui-méme, voulul le raviver dans notre ville. Il guida 
les intelligences inférieures, se mit en opposilion avec les puissants, tou- 
jours disposés à règlementer et asservir le talent, et fut le vérilable et seul 
protecteur des arts qui cbarment, éclairenl, agrandissent l'bomme et l'a- 
Doblissent. Vous avez tous nommé Bernard Dupuy du Grcz, avocat au 
Parlement, auteur d'un traile de peinture (1699), et savant arcbéologue. 

Dupuy du Grez, à ses frais (longtemps encore nous trouverons le dés- 
intéressement , celle grande verlu si inconnue de nos jours), élablil en 
1694 une école de peinlure en nutre cité. 

Là des mailres cboisis inslruìsaient des élèves épris de del et (Tari, et 
trois ans après, pour exciler leur émulation, dislribuaienl aux plus mèri- 
tanls des médailles, rares aujourd'bui, portante àl'avers, une Pallas 
assise qui s'appuie sur une ègide , au revers , Tolosce Pallad. Proemium 
graphices privato sump. datura anno 1697. 

Celle heureuse initialive, les longs et constants efforts de Dupuy du 
Orez donnèrent à quelques Toulousains l'idée de fonder après sa mort 
(1720) une école des beaux-arts, qui devint plus tard Sociélé des beaux- 
arts, enfln académie royale de peinture, sculplure et architeclure de 
Toulouse. 



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— 467 — 

Rien, je crois, n'a eucore été pablié sor celle école, celle Sociélé oa 
celle académie: permetlez-moi de vous apporler aujoard'hui, doq une 
élade qai dépasserait de beaacoop les proporlions d'une leclare, mais 
toas les malériaux que j'ai su découvrir; seulemeut, dans celle longue 
compilalioQ, je laisserai de còlè ce qui concerne les arlislesde celle epoque 
pour ne pas empiéler sur le livre depuis longtemps annoncé d'un de nos 
honorables coUègues. 

Si Dupuydu Grez est le vérilable iniliateur de l'ari enseignéà Toulouse, 
car les peinlres qui depuis 1271 faisaient le porlrait des Capilouls n'é- 
taienl que les reproducleurs de pelites vanilés personnelles ; en 1724, più- 
sieurs élèves d'Antoine Rìvals, Subleyras; qui bienlól sera le plus grand 
nom de notre école, Despax^ Cammas, Maran, Crozal, Lucas lesculpleur, 
se colisèrent pour faire les frais d'un modèle vivanl. Ce fui là une vérila- 
ble renaissance. 

A ces élèves viennenl sejoindreles deux Bordes, Samson^ Cadel, Saint- 
Amans, Helies et plusieurs aulres jeunes gens. 

Anloine Rivals leur enseigna, graluilemenl, dans sa maison (8, rue 
Rivais), la peinlure^ la sculplure et l'archileclure : el celle graluilé, ce 
4ésinléressemenl des maltres, c'esl, laissez-moi le répéler, le grand cóle, 
bien longlemps vivant, de Tari à Toulouse. 

Les capilouls daignent (1724) faire une visite à Talelier de Rivals et 
approuver celle école naissanle. En 1726, d'accord avecle conseil polili- 
que, ils accueillenl le projel d'élablissemenl de Fècole el accordenl géné- 
reusement 400 fr. pour l'aider dans ses frais (sèance du 5 seplembre 
1726). 

Tonte chose nouvelle a ses parlisans et ses dèlracleurs. lei dèjà s'èlè- 
venl quelquesliraillemenls que nous allons relrouver jusqu'à la fin de ce 
travail. 

Le 17 seplembre, le conseil de bourgeoisie assemblé déclare, sur la 
proposilion de M. de Balbarìa, qu'il n'a pas enlendu donner 400 fr. an- 
nuellement à Fècole de peinture, mais qu'il les a donnés pour la présente 
année seulemenl, el l'assemblée exige que M. de Boìssy corrige la délibé- 
ralion du 5 seplembre, doni la rédaclion laissail supposer celle somme 
annuelle. 

Si Fècole a des ennemis qui doutenl de son avenir, elle a aussi de 



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chands et tenaces protecteurs. Le 16 septembre 1727, M. de Bailloz, 
avocai, capitoul et chef du consistoire, réunit l'assemblée et, sur Ténei^i* 
qoe detnaDde de MM. Cormouls et Baylot, syndìcs, elle délibère qoe la 
somme de 400 fr. sera aonuellemeot accordée, comme soutien, pendant 
la vie d'Antoioe Rivals sealement, a la dou velie école doDt les progrès out 
dépassé toute attente. 

Dans le manuscrit de Cammas, Guilbaame Cammas est nommé peintre 
de rbòtel de ville en 1735, et je copie : «Les temps càlamiteox n'ayantpas 
permis à ThOtel de ville de s'occaper de cet enseignement atile (colui de 
Técole), G. Cammas continua l'instruction pubiique a ses frais et rouvrit 
Fècole, avec Tapprobation des capitouls, le 6 octobre 1755. » 

Cest une erreur. Rivals ne mourut que le 7 dècembre 1735. Il designa 
pour son successeur G. Cammas. Cest donc le 7 dècembre que la pension 
qui reposait sur sa téle s'éleignil, et ce ne fui èvidemment qu'après celle 
date que Cammas dui enprendre la direction. Aussi le manuscrit deM. de 
Moudran, de l'école des arls, déclare-l-il que Tècole ne fui rou verte que le 
10 janvier 1738 : là est la vèrilé ; et le 14 janvier le corps de ville accorde 
400 fr. pour payer le modèle, Thuile et le charbon de Técole sous la di- 
rection de G. Cammas et rautorilè des capitouls. Le sieur Darcis, sculp- 
teur célèbre, est méme prie de prèsider et d'assister l'école. 

Cammas enseigna le dessin de 5 à 7 heures du soir, la peintureet l'ar- 
chìlecture dans son propre atelier. Celle mémeannée 1738, il domande à 
la ville quelques prix en mèdailles d'or ou d'argenl. 

Ce n'esl qu'en 1744, dans la séance du 28 juillel, que le corps de ville 
accorde celle domande et donne pour celle année 500 fr. qui se divise- 
ront en 3 prix : 300 fr. pour un ouvrage de dessin ou de peìnture, 100 
pour un travail descuipture et 100 pour un travail d'architecture. 

Dans celle méme séance. Fècole proposant de se constiluer en Société 
des beaux-artSj la demando est renvoyée aux capitouls afin qu'ils dressent 
an règlement. 

Les capitouls approuvent le projet et donnent le règlement après s'élre 
mis d'accord avec le conseil de ville. 

L'école reconnue avait dure dix-huit ans. A l'avenir, la Sociétédes beaux- 
arts se composera de : 1^ MM. les capitouls qui seront dèclarés fondateurs 
6t qui présideront, méme un seul, en l'absence des autres ; 2^ d'associés 



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Huit Capitoals. 



— «9 — 

amatears; S*" de 10 professeurs de dessin qui doiventenseigner chacun oq 
mois. 

Bientòt OQ noavel arrangement change la distribution des récompenses 
accordées aux élèves. Pendant deux ans on donnera de petits prix, et la 
troisième apnèe des médailles de 300 fr. Dès lors les prix deviennentan- 
noels et définitifs; mais ce règlement n'ayant pas Fassentiment general, le 
7 janvier 1746, un nouveau règlement nomme des adjoipts artistes et des 
adjoints honoraires. La Sociètè se compose de 26 membres : je les cite 
pour cette fois seulement : 

MM. Laporte» chef du consistoire. 

Raynaud. 

Delfau. 

Lassaìgne. 

Prévosl. 

Berdole. 

2 absents. 
MM. Poisson, avocai capitouK 

D'Héliot, ancien capitoul. 

De Caupène, écuyer, ancien capitoul. 

Destadens, écuyer, ancien capitoul. 
M. Bailot, avocai, ancien capitoul. 
MM. Fabbè de Sapte. 

Comte de Caraman. 

Gomle de Fumel. 

de Moudran. 

de Lagorrée. 

Maduron, chanoinede St-Sernin. 
/ MM. Cammas, directeur, peintre de l'bòtel 
de ville. 

Despax, peintre. 

Rivals, peintre. 

Simonin afné, graveur. 

Lucas, sculpteur. 

Darcis fils. 

Rossard, sculpteur. 



Quatre commissaires. 
Syndic de la ville. 

Associès honoraires 
Dommès le 8 janvier 1746. 



Associès artistes 
nommés le 13 janvier 1746. 



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15 francs. 
15 )) 
30 » 

60 fr. pelo ture. 
15 estampe. 
60 scQlpture. 



— no- 
ie coDseil de ville fit ces nominations; mais, a ravenir, la Sociélé c)ìoi- 

slra elle-méme ses membres. 
Le 10 mai 1746, l'assemblée, réanie cbez M. Cammas, nomme M. de 

Caraman modérateur , et M. l'abbé Maduron secrétaire perpétue!. 

L'abbé Maduron refuse et l'abbé de Saple le remplace le 14 mai. 
La Société distribue ses prix de 1745 et de 1746. Je les iDdiquerai 

aussi pour cetle seule fois : 

ÌMM. Bastide. . 
Gros. . . 
Lagrenée. 

ÌGaubert Labérie < 
G. Labérie. . , 
1 Lagrenée . . 

Les liraillements coutiouent. Despax et Rossard se brouilleot avec la 
Société avec des procédés qu'elle ne veul pas consigner dans ses registres, 
par discrétion pour eux. Sur leur refus de s'excuser, leurs places sont 
déclarées vacantes le 11 juin 1746. 

Le 5 septembre, la Société délibère que cbaque associé honoraire fera, a 
son tour, l'analyse de quelque ouvrage depeinture, de sculpture ou d'archi- 
tecture ; les commissaires iriennaux sont astreints au méme travail, et les 
associés arlistes sont invités à faire une académie qui servirà de modèle 
à la classe de dessin. Les artisles ne se sont jamais conformés a ce voeu : 
ils professaient gratuitement et ne vouiaient pas augmenter leurs cbarges. 

En 1747, un nouvel arrangement des statuls augmente le nombre des 
adjoints. A celle date aussi commence une bien loiigue et bien ennuyeuse 
discussion sur un locai convenable pour la Société, doni je serai contraint de 
Tous souvent parler. M. de Caraman veut réunir la Société à l'académie 
des Sciences; M. de Moudran, s'appuyant sur l'exemple de Bordeaux, ou 
les Sciences ont absorbé les arls, parvient par sa fermelé à sauver la 
Société. Pour le remercier, elle le nomme son modérateur, le 24 février 
1748. 

Le 30 mars, la Société publie de nouveaux statuls : ils sont autorisés 
par le conseil de ville le 12 juillel 1748. L'affaire du locai se poursuit 
toujours ; M. de Kichelieu vieni visiter la Sociélé, et trouvant les classes 



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— 471 — 

trop exigaés, demande une grosse toar daas la seconde coar de l'hotel de 
ville ; mais elle n'est pas accordée. 

Alors la Société, avec la protection de M. Castel, présìdeut des tréso- 
riers de France, de M. de Caylos, de l'arcbevéqoe de Toulouse et du due 
de Ricbeliea, demande à élre erigée en académie. Son espoir est déQU, le 
corps de ville qui avait fonde la Sociélé n'ayanl pas fait lui-méme la pé- 
tilion au roi. 

Le li juillet, la Sociélé norome M. de Boisset-GlaQas secrétaire perpé- 
tuel, sur la démissìon de M. l'abbé de Sapte, déjà secrétaire perpéluel de 
Facadémie des sciences. 

En 1749, la Sociélé publie un nouveau règlement en six articles. 

Le 5 seplerabre 1750, le corps de ville concerie un nouveau projet 
de staluls en 14 articles et demande Téreclion de la Société en 
académie. 

EnQn, la Société recoit les leltres patentes de décembre 1750, par les- 
quelles le roi erige la Société des beaux-arls en académie royale de 
peinture, sculpture et archileclure ; ces leltres sont enregìslrées au Parle- 
ment de Toulouse en 1751. L'académie refoit ses slaluts et son règle- 
ment en 42 articles (Parchemin du 25 décembre 1750). 

La Société avait dure six ans. Avec sa nouvelle académie, Toulouse 
posséda un institut presque compiei: ses jeux Floraux avaìent élé rélablis 
en 1694, son académie des sciences, ìnscriptions et belles-leltres en 1746. 

Les élèves toulousains ou étrangers sont devenus tellementnombreux, 
que la salle de l'hotel de ville et la salle qui attenail l'atelier de peinture 
ne peuvent plus les contenir. 

La ville donne Tancien hotel dit de l'Ecu, et voyant les heureux effets 
de cet agrandissement , elle accordo la somme annuelle de 1442 li v., 
qui doit servir à payer les honoraires des professeurs de dessìn^ d'un prò- 
fesseur de perspective, d'un professeur d'anatomie et d'un teneur de 
livres. Celle somme, joinle aux 900 livres que la ville fournissait déjà, 
porte la recette de l'académie a 2,342 livres. 

Dans la séance du 29 mars 1751, la ville accordo 710 livres 10 sous 9 
deniers à l'académie, pour frais d'obtention des staluls, leltres patentes 
et arrél de registro contenanl érection de la Société en académie. 

La ville s'engage à réparer l'hotel de l'Ecu qui louche l'bòlel de ville^ à 



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la condition qae racadèmie ne meltra pas d'inscription sor la porte et ne 
pratiquera pas d'ouverture daos Phótel de ville. L'académie Indemnise le 
sieur Lanes, traiteur, qui occupait Thótel de l'Ecu, et slnstalle dans ce 
nouveau locai, quoique le trouvaat insuffisant. 

L'académie délibère, le 4 juillet, qu'à Tavenir elle aura une exposi- 
tion publìque et annuelle de pelature et de sculpture. Cette exposition 
durerà huit jours et commencera le 2S aoùt. Cette méme année, elle eut 
lieu a l'epoque flxée. 

Les professeurs de pelature, sculpture et architecture restent toujoars 
sans appointements. 

Le li juillet, l'académie royale de peinture tint, en grand apparai, sa 
première séance publique dans la salle du grand Gonsisloire. Les acadé- 
miciens se placent sur les mémes bancs que MM. les capitouls. Pour se 
rendre du petit au grand consistoire, les capitouls marchent devant et à 
la file ; viennent ensuìte les qualre commissaires de la ville et le syndic, 
ayant a sa droite le modérateur et les associés honoraires; enfln chacun des 
académiciens reste a la droite d'un des membres de l'hotel de ville. 

Le 23 janvier 1753, la ville accordo 99 livres 10 sous à l'académie, 
pour des flambeaux, une écritoire et le drap nécessaire à couvrir les 
tables. 

L'acadénìie est maintenant une puissance; aussi,le 8 avril 1753, les ca- 
pitouls ayant déclaré que les élèves peuvent concourir pour les prix sans 
qu'il soit nécessaire de présenter un certificat d'assiduite, l'académie refuse 
' d'oblempéror à cet ordre. Un de Messieurs les capitouls s'emporte contro le 
modérateur, jusqu'à dire que les voix se pèsent et ne se comptent pus. 
Le 4 juillet, le modérateur porte plainte contre ce capitoul. Gràce à 
rintervention de M. de Saint-Florenlin , M. de Laviguerie reconnatt, au 
nom des capitouls, le mèrito et l'égalité de tous les membres de la com- 
pagnie, et retire les expressions qui avaient froissé l'académie dans sa 
dignité et son honneur et dont elle s'était justement alarmée. 

Le 23 juillet 1754, la ville rejette la proposition, faite par l'académie, de 
tenir ses séances dans une des galeries de Fècole, attendu que, de tous 
temps , les ai^semblées publiques ont eu lieu dans le grand consistoire et 
qu'il ne serait pas décent de les tenir ailleurs. 

L'académie augmente les gages du modèle vivant. 



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— 473 — 

Une décision da conseil décharge, sar leur demando, les professeors 
et arlistes de l'académie da paiement du vÌDgtième d'industrie, paìenient 
qui les assimilo aux artisans et pourrait décourager les élèves. Le conseil 
déclare quo les professeurs et arlistes ont été déchargés, par lettres patentes, 
de toutes impositions quelconques et honorés du droit de commillimus. 

En 1757, M"^ Carlos est la première de son sexe qui se présente pour 
étre admise au concours. Elle romporlo lo prix avec éloge le 27 février, 
Uexemple de M** Carlos fut heureusemenl suivi ; Cammas s*en félicile : 
« On ne saurait, dit-il, trop faire pour éloigner de Toisivoté un sexe 
dontil est si prudent d'oc<^upor utìlement et agréablement les loisirs. » Dans 
la suite, la succès des dames fut fréquent, l'académie eut a couronner 
M~ de Gavarret, M"* Daosson, M"- Rigaud, M»' Barbot et M- Cammas. 
Le 11 avril, nouveau règlement en 20 articles. Ils furent approuvès^ 
transcrits sur le registro et imprimés. 

Ce quo les capilouls avaient vainement essayé de faire pour tous les 
élèves en 1753, Tacadémìe, en 1760, l'accordo aux flls des professeurs 
vivants. Elle déclare qu'ils ne soront poinl assujélis à l'assiduite, et les 
autorise memo , après avoir remporté le prix de composition , à dispater 

colui du modèle. /^'^^^3^\ 

Les capitouls saisis d'une requéte de plusieurs él|(^'{^àksés par un 
professeur et par le commissaire des écoles pour matl^iié da/rfospect, de* 
clarent que ces élèves seront, par provision, réintégrés. d^ leur classe 
et pourront concourir pour les prix. Cot abus de pouvoif ijfouille tous les 
associés ordinaires et une partie des artistes avec les capitouls. Le conflit 
dura quatre mois et demi et s'envenima aupointqueM.de Moudran, mo- 
dérateur, ayant présente requéte à M. deSaint-Florenlin, celui-ci rendit 
compte de l'affaire au roi. Le roi cassa deux délibérations de l'académie, 
du 7 septembre et du 26 décembre 1760, les fit rayer et biffer des regis- 
tres et relègue a Niort, par lellre de cachet, le sieur Carrière, avocat au 
parlement et capitoni. Déjà, dans l'assemblée du 25 janvier, les élèves, 
sur leur repenlir et leurs excusos, avaient été réintégrés dans l'école. 

L'académie ayant imploré la clémence du roi, il pardonne M. Carrière 
le i«' avril 1761. 

Le 28 juin 1761, l'académie envoio des commìssaires demander à 
Messieurs les capitouls la salle de peìnturo pour lenir sa séance publique. 

S3 



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— 474 — 

La demande dot étre rejetée, car le 12 juillet l'acadéhiie distribaa ses prix 
dans le grand consistoire. Le locai à procurer à racadémie est toajours 
l'objet de ses voeux ; MM. de Moadran et Tabarié sont autorìsés, par délibé- 
ration du 23 mai 1766, à faire tout ce qui convieodra pour procurer a 
Facadémie des classes conveuables. Le 8 février 1767 ud mémoire est eu- 
Yoyé par Messieurs les capilouis a M. de Saiot-Floreutìn et renvoyé par 
ce ministre à Monsieur Tintendant, qui le communique à Tacadémie : 

1® I^'hòtel de ville se plaint que, par décision royale, les anciens capi- 
touis ne sont plus admis dans la S""' classe de Tacadémie; 

V L'académie constate l'élernel refus de l'hotel de ville à sa demande 
de salles pour ses assemblées publiques et particulières ; 

3® Enfln les capilouis sont fàcbés qne l'académie demande une aug- 
mentalion de revenu pour payer ses professeurs de peinture, de sculpture 
et d'arcbitecture. 

Les commissaires de l'académie ne purent s'entendre avec le consci! de 
ville. 

A ces conflits sérieux j'en ajouterai un presque puérìl. Un avocat an 
parlement, M. Marlin, dans un mémoire pour un procèsd'un sieur Gri- 
maud, rejeta le lémoignage du sieur Lavergne comme méprisable parce 
qu'il était modèle a l'académie : les modèles, disait-il, élanl loujoursdes 
gens sans bonneur et le rebut de la société. L'académie, craignant de ne 
plus trouver de modèles, exigea que l'avocai Marlin décbiràt la page des 
exemplaires de son mémoire et en subsUtuàt une nouvelle pour déclarer 
que la profession de modèle n'a rien en soi de conlraire a l'honneur, a la 
probìlé et a la religion. Ce qui eul lieu. 

L'académie demande loujours un logemenl sur la fa^ade de l'bòlel de 
ville. Le corps de la bourse désirail les salles de peinture pour élablir sa 
juridiclion, jusqu'à ce que son hotel, qui menatali ruine, fùt reconstruit; 
mais après une longue défense de l'académie, la demande du corps de la 
bourse fui repoussée le 19 seplembre. 

Les élèves commen^anls sont ìnstallés aux frais de l'académie dans sa 
salle d'assemblée; les adjoints sont chargés de celle classe à 36 fr. d*ho- 
Doraires par mois. 

L'hdlel de ville refusali loujours un locai ; M. Dazas, modéraleur, offre 
soD hdlel, qui esl accepté. 



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— 475 — 

L'académie oblient des étals une gratification de 600 fr. Les capitoals 
euvoient M. de Chabanettes promettre a racadémie la grande salle de 
l'hotel da Pelil-Yersailles où est la commulation. 

Les professeurs de pelature, sculplore et arcbileclure demandent pour 
la première fois (en 1768) des hoooraires. Ils professaient gratis depuis 
qaaraDte-qualre aos. Le corps de ville lear accorde, le 22 janvier, une 
somine de 508 fr., et une somme de 150 fr. est oclroyéepoar le paiement 
d'uD secoQd modèle, afta que l'école ne chòme pas, soa modèle venant a 
tomber malade. 

L'académie se volt forcée de faire une nouvelle divlsioD de ses classes. 
Les élèves du modèle vivant et de la ronde bosso réunis, furent corrigés 
par le professeur en exercice. Les élèves qui dessinaieot la figure furent 
placès dans un locai séparé; Tacadémie avait cède sa salle d'assemblées 
a cenx qui dessinaienl la téte ou des fragments. Les professeurs de ces 
deuK dernières classes n'avaient pas d'appointements et lesquatre profes- 
seurs de principes servirent gratuitement de 1760 a 1767. 

L'académie tient toujours ses séances chez M. Dazas, malgré le boa 
Touloir du prince de Beauveau et de Tarchevéque pour lui procurer un 
locai ; enfin le 30 juillet 1769 l'académie est installée dans les sai les spa- 
cieoses de Thòlel de ville, a la dernière porte , rue Lafayette, du coté de 
la rue Porte-Nove. 

En 1771 les états accordent une nouvelle gratification annuelle de 
400 fr. MM. Dujeon et Bastide professeurs adjoints sont payés, sur leur 
domande, a raison de 150 fr. par an. ' 

Le 13 juin 1773 l'académie décide qu'elle aura une classe de vétérans, 
anciens académiciens qui voudraient se reposer. 

En 1774 la palrouille ayant élé établie à Toulouse, par ordre du com- 
mandant de la province, pour veiller la nuit à lasùreté generale, Messieurs 
les capitouls y comprirent les arlistes : sur leur plaintes, le commandant 
exempla les modèles vivanls, le portier de l'académie, l'écrivain, tous les 
académiciens, tous les élèves jusqu'àTàge de vingtans. Ceuxqui ont rem- 
porte le grand prix seront exempls pendant trois ans. 

Le 21 juin 1777, Monsieur, frère du roi, fait une visite à l'académie; il 
dispense par décret du 13 septembre les membres et les élèves de tout service 
dans la garde bourgeoise et de se Irouver en armes avec le corps des métiers. 



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GoQgle, 



— 476 — 



Ed 1778 les étals accordentune nouvelle gratificalion de 1,000 fraucs. 

En 1779 racadémie tient poor la première fois sa séance publiqae dans 
la galerie de peinlure^ chose qu'elle n'avait pu oblenir eu vingt-septaosde 
^emaDdes incessanles. 

Ud professeur d'architeclure civile et hydranlique et un professear de 
mathématiqaes sont adjoints, en 1782, àracadémìe.M.Dejean, médecin, 
se ebarge du cours de mathématiqaes. Ces denx professears donnent 
gratQìtemeDt leurs legons tous les jours^ excepté le dimancbe, les jeudis et 
les fétes. 

Le corps de ville accorde, le 9 septembre 1784, une gralificatioo an* 
nuelle de 1,400 fr. A Tavenir^ Tacadémie palerà, comme abonnement, 
200 fr. par an pour réparation à son locai, ainsi qu'il avait été coQvena 
le 21 mai 1782. 

Le 31 mars 1785, il est décide que Tacadémie recevra a Taveair ses 
revenus en deax écbéances. 

Le 9 septembre, le conseil politique accorde 1,200 fr. pour fouruirit 
rhonoraire des professeurs de malhémaUques et d'architeclure civile et 
hydraulique.. 

Les états accordent; en 1786, une gratlfication annuelle de 3,000 fr.; 
racadémie prend alors un professeur d'histoire et de costume. 

Elle s'adjoint, en 1787, un professeur de l'art du trait et de la coupé 
des pierres. II devra professor gratuitement. 

L'académie fait, le dimanche, matin et soir, a d'autres beures que 
celles des offices, des cours publics pour les ouvriers que leurs travaux 
empéchaient de suivre Técole pendant la semaine. 

Les fonds alloués deviennentinsufflsants. Yoicison budget des recettes. 

Dotation de Tannée. 
1736. Ujanvier. 
1744. 28juillet.. 
1751. 29 mars. . 
1768. 22janvier. 
1768. 22janvier. 



1771. . . . 

1778 

1784. 21 mai.. . 
4784. 9 septembre 
1786.. ...... 



Plus pour un 2« modèle. 



Totaux. 



Ville. 


Prariace. 


400 




500 




1443 






600 


508 




150 






400 




1000 


200 




1300 






3000 


4,400 


5,000 



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San budget de dépenses se decompose aitisi : 

5 professeurs de dessio et de mod^e, «xer^ant cbacun 3mois, à 300 fr. 

chacttiì.. ...;.....;.. • . . • . 1,500 fr. 

4 professeurs de principes, exergant 5 mois, k 300 fr. chacun. ..... 1,200 

3 professeurs de perspective , anatomie, geometrie pratique, donnant 

1 leQon par semaine, à 180 fr. chacun. 540 

3 professeurs de peinture , sculpture, histoire et costume , donnant 3 

' fe^ons par semaine, à 360 fr. chacun, ....••.; 1,080:' 

. 1 prcfesseur de stéróotùnaie, donnaot le^on matin et sofr les jours de 

(éAe, à'350fr. . . i . . . , 350 

.2 professeurs d'architecturetct de mathématiques, 3 le^pns par semaine, . 

[ à 700 fr. chàcup. . . . '. ......: '. 1,400 

Gafeés des modèleis, de Técrivain, conciergc, frais des prix, d'entretien 
' ètdivers.. ................:.. ^ .... . 8,tóè 

Total. '. . .' 10,400 fr. 

Ce D'est pas d'aujoard'hai qu^ les dépenses excèdent les revenus. 

L'académie présente à l'assemblée nalioDale, eo exécution de son de- 
crei d'aoùt 1790, sesstatutsen SSarticIes. 

Elle se coDoipose ialors de Mèssieurs les officiers manicipaux, de qaatre 
Dolables , du procureur syndic de la comnnune et des académicieos élas 
par le scrutin. 

Cette méme aonée , M. Ingres, dessioateiir, est adjoiDt à l'académie; 
son fils, un des grands maltres que la France vieni de perdre, avait alors 
dlx ans. 

Lesdivers corps admìnistratifs, réunis le 17 juin 1791, font une nou- 
velle réparlition des fonds accordésà l'académie, et le 8 décembre 1791, 
le conseil general da département de la Haule-Garonne arréte que le de- 
partement donnera 5,000 fr. et autorise la ville à donner 4',400 fr. 

Le conseil general de la commune délibère, en 1792, quii est inutile d'a- 
voir à gages un peintre de la commune. 

Le 30 décembre 1792, sur la proposition de M. Bertrand, une com- 
mission estch^rgée de la création du musée Bertrand; Lucasalnéet Cadet 
Vigar sontles membres cholsis. Le musée fut ouvert à la fin de Fan III. 

La loi du 8 aoùl 1793 supprima toutes les académies. Les classes con- 
tinuèrent néanmoins. Le 22 nivòse an II le représenlant du peuple Paganel 



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— 478 — 

charge MM. Lucas, Goudio, Suau el Sabéras, de professar le dessin; 
M. Bertrand la peinture et l'anatomie; M. Maillot le costarne et les for- 
tificalioDS, et M. Benazel les matbématiques. 

Le 3 brumaire an IV créa les écoles centrales. Àlors finii déflaitivement 
Dotre enseignement. 

Si Gammas, comme je yous l'ai dit, voulail agréablemenl occoper Toisi- 
veté des dames, ne vous semble-t-il pas, après celle trop longue élQde^ 
qu'avec tous ces conflits de patronage, de suprématie, de direclioo d'ar- 
geni, de locai, de règlement, noas pourrions à notre toar penser que, 
pendant la periodo que nous venons deparcourir, les hommesde Tooloose 
aaraient pu mieux el plus utilement eroployer leurs loisirs? L'art n'eat-il 
pas à souffrir de toutes ces discussions et de tous ces tiraiilements , et 
sat-il s'élever à ces régions sereines où seulement il peul vivre? Cest ce 
que nous apprendra bientdt, j'espère, le livre de notre confrère. 

MODÉRATEURS DE L'ACADÉMIE. 

MM. 1 le comte de Caraman 1746, 1747. 

2 deMoudran, écuyer 1748, 1749, 1750, 1751, 1752- 

8 Poisson , ancien capitoul 1753. 

4 d'Héliot 1754. 

5 baron de Puymaurin 1755. 

6 Franquain, ancien capitoul.. . . 1756. 

7 Castel , présidenl du bureau des 

finances 1757. 

8 Desiadens, ancien capitoul.. . . 1758. 

9 de Marie, greffier en chef du bu- 

reau des finances 1759. 

10 baron de Puymaurin 1760,1761. 

11 marquis de Chalvet, sénéchal. . . 1762, 1763. 

12 Raspide, écuyer 1764. 

13 Darquier, écuyer 1765. 

14 Tabarie, docteurmédecin. . . . 1766. 

15 de Berlhier, abbé de Saint-Sernin. 1767. 

16 d'Azas, conseiller au parlement. . 1768. 

17 corate de Bournazel 1769, 1770. 

18 marquis de Fourquevaux 1771. 

19 de Garipuy, écuyer 1772. 



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— 179 — 

MH. 30 baron de Puymaurin 1773. 

21 Darquier, écuyer 1774. 

32 comte de Bournazel 177&. 

23 chevalier d'Aufréry 1776, 1777, 1778, 1779. 

34 Dazas, conseiiler au parlement. . 1780. 

35 Devoisìns, écuyer 1781,1783,1783. 

36 de Saget , directeur en chef des 

travaux de la province 1784, 1785 jusqu'en 1790. 

ARCHIVES DE LA VILLE. 

i. Regìslres de rhóiel de ville. 

3. Minuscrit historique de 1760 à 1766. 

3. Mémoire que présente la Société des beaux-arls de Toulouse pour obtenir des 
leltres patentes, par M. de Moudran. 

4. Règlement de la Société en 14 articles. 

5. Statuts et réglements de Tacadémie (35 décembre 1750). 

6. Règlement donne par le roi en 43 articles. 

7. Règlement general fait par Tacadémie royale de peinture , sculpture et arcbitec- 
ture de Toulouse, pour avoir force de loi et servir de suite aux statuts annexés 
aux lettres patentes, en 39 articles. 

8. Catalogue des différenls membres de Tacadémie en 1779. 

9. Ordre du travail de Facadémie pendant Tannée 1775. 

10. Idem pour Tannée 1776. 

11. Tableau de Tacadémie pour Tannée 1784. 
13. Ordre du travail pour Tannée 1784. 

13. Tableau de Facadémie pour Tannée 1785. 

14. Idem pour Tannée 1787. 

15. Idem pour Tannée 1788. 

16. Idem pour Tannée 1790. 

ÉCX)LE DES ARTS. 

1. Manuscrit historique par M. de Moudran. 
3. Parchemin royal, lettres d'érection de la Société (décembre 1750). 
3. Parchemin règlement (35 décembre 1750). 
.4. Prière d'enregistrament des lettres patentes et du règlement (11 juin 1751). 

5. Procès-verbaI de la 3« séance de la commission (30 mars 4757). 

6. Idem de la 3* séance de là commission des statuts (3 avrii 1757). 

7. Suite des réglements (17 avriI 1757). 

8. Arrangements particuliers pour avoir force de règlement (6, 30 et 37 mars 1757). 



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- «eo — 

9. Lettre d'A. d'Orléans, qui félicite Facadfeiie de son érectioB. 

10. Travati historiqae très-rapide de M. Suau. 

11. Médaille de TEcoIe de Dapuy du Grez. 

PIÈCES DIVERSES ENTRE LES MAINS DE PARTICULIERS. 

1. Lettres d'érection de la Société des beaiix-arts en Àcadémie royale« 

3. Règlement ordonné par le roi pour Tacadémie royale, en 43, arlicles. 

8. Prióre des modérateurs et associés de la Société des beaux-arts à nosseigneurs 
du parlement d'eriger la Société en àcadémie. Extrait du registre du parlement 
de Toulouse. 

4. Lettre de monseigneur le comte de Saint-Florentin. 

5. Àrrét dvconseil d'Etat du roi (13 janvier 1706, décision do conseil). 

6. Statuts et réglements de Tacadémie, 

7. Règlement general. 

8. Catalogne des diflerents membres (1779). 

8. Modèle pour faire Tordre du travail de Tacadémie. Ordre des concours pour les 
prix. 

10. Manuscril d'une séance (18 joillet 1790). 

11. Manuscrit. Statuts de l'académie présentés à l'Assemblée nationale (1790). 
13. Manuscrit Mémoire bistorique par M. Cammas. 



P. PAGÈS. 



Dus le raénioire de M. Pagès, an lieu de Moudran, tis€z Mondran. 



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NOTICE NÉCROLOGIQDE 



SUR 



If • V'OURIViULJÈ» 9 membjre residente 



La Société m'a conile le soin de faire, sur M. Poaroalès, la notice 
qo'elle est dans l'usage de consacrer à ceux de ses membres que la mort 
lui enlève, et j'ai accepté cetle mission avec le doublé seutiment d'un de- 
Toir à remplir vis-à-vis de uotre confrère, et d'un souvenir à adresser à un. 
ami. 

La personnalité de M. Fournalès n'étail pas une de ces personnalités 
saillantes, soit par Téclat de la naissance, soit par les dons brillants de 
l'esprit. Enfant desesoeuvres, notre regretté confrère devait à son travail 
opiniàtre la position modeste qu'll avait conquise. Prive des bienfaits 
d'une instruction complète, il ne lui fut pas donne d'atteindre jusqu'aa 
dernier grado de la profession medicale ; mais une eipérience de près de 
quaranle années en avait fait un habile pralicien. A une grande unifor- 
mite de caractère , M. Fournalès joignait un fond de bonté qui rayon- 
nait sur ses traits et se traduisait dans sa vie eitérieure, par des actes de 
dèvouement et de charitè dont l'exercice ajoute à la profession du mède- 
cin le prestige d'une grande et noble mission. 

Appelé à donner ses soins à une clientèle aussi nombreuse que peu 
fortuoée, notre confrère ne compta jamais avec les peines et les fatigues, 
et fréquemment, après avoir prodigoè les secours de son art, il laissa 
quelques ressources au chevet du malade, avec le regret que sa position de 
fortune ne lui permit pas de seconder les élans de sa sensibilité. 

24 



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— 482 — 

Si je soulève le voile qui doil couvrir toujours les bonnes aclions pour 
CD conserver le mérite , c'est parce que plusìeurs fois j'ai été initié aux 
actes de cbarité de nptre confrère, et qa'ane famille académique ne 
saurait resler étrangère aux qualités qui dislingaent la vie privée de ses 
membres. 

Il est rare que les àmes seasibles ne soient pas impressionnées par les 
graodeurs de la nature, et que le sentiment du beau n'engendre pas en 
elles celui de l'art. M. Fournalès était à cet égard parfaitement doué. Il 
aimait Tart et il le pratiquait. Bon dessinateur, peintre agréable, il consa- 
crait ses rares moments de loisir à reproduiresur latoiledes paysagesoù 
la composilion jouaìt le principal ròle ; il sentait la nature plutdt qu'il 
ne la voyait. Ses études anatomiques Tavaient iusensiblement amene à 
une reproduclìon plus rèelle de la forme , et Tusage du scalpel le poussa 
aa manlement du ciseau de sculpteur. Son cabinet renfermait des bustes 
gracieux et des ébauches que n'auraient pas désavouées de bons arllstes. 

Cotte réunion de connaissanceset d'aptitudes valuta nolre confrère d'étre 
appelé à TEcole des beaux-arts, avec le litro de professeur d'anatomie. 
Le choix était parfaitement justi&é; il émanait, du reste, d'un bommepour 
lequel le lalent était un titre réel, et M. le baron Lejeune, directeur de 
l'Ecole, avait comprìs que pour professor l'anatomie à des élèves en peìn- 
tare et en scuipture, il fallait beaucoup moins la facilité de la parole que 
réloqoence du crayon. 

Depuis le 20 avril 1841 jusqu'à sa mort, M. Fournalès a occupé la 
chaire d'anatomie, et je ne veux d'autre éloge de la valeur de ses legons 
que les brillants résultats obtenus par l'Ecole des arts de Toulouse, dans 
les grands concours de Paris, pour la classe de scuipture principalement, 
dont les travaux reposent sur de fortes études en anatomie. 

Gomme médecin, M. Fournalès a laissé des souvenirs de son dévooe- 
ment et de sa bonté pour les malades; comme professeur, il a mérité les 
regrets de ses élèves; comme archéologuoi sa mort a creusé un vide dans 
les rangs des collectionneurs et des amateurs passionnés da beau dans 
l'art et de l'art dans l'antique. 

Notre regretté confrère aimait en effet les choses qui toucbent a Tar- 
chéologie. Il était arcbéologue, non pas à la manière des érudits, mais 
à la facon des chercheurs infatigables; il Télait d'instinct, et depuis lon- 



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— 483 — 

goes années> il s'occupali, avec la patieace des antiqualres, a découvrir de 
vieilles cboses. Le cbamp de ses iDvesligatioDS élait saDs limites. Des me- 
dailles, des objets fuoéraires, des tableaux, des stalaes, des meables^ il 
preoait tout, dès qu'il reconDaissait dans les objels uq cacbet d'aotiquité. 
Sa colleclioD, iDComplète soqs beaucoup de rapporU et fori modeste d'ail* 
lears, indìquait Tbomme de goùt. 

Une atlracUoQ irrésistible ratUrait sans cesse vers les coteaux de Pech- 
David et les sommets de VieiUe-Toaloase, mine feconde explorée depais 
un siede et encore cependant inconnue ; et de cbacone de ces excarsìons 
il rapportait qaelqae objet trouvé avec un indicible plaisir et conserve par 
lui avec amour. 

Ces antécédenls arcbéologiques désignaient M. Fournalès pour ocouper 
un siége dans le seìn de nolre Société, et sa nomination comme membre 
résident, prononcèele 7 décembre 1857, vint saUsfaire Tune de ses ambi- 
tìons les plus ardemment caressées. 

Son passage trop rapide au milieu de nous n'a été marqué par aucun 
de ces trails caractèrisliques qui appellent une altenliou particulière sur 
les membres d'une académìe. La nature lui avait refusé le don de la pa- 
role, et il n'a laissé que quelques rares notes écriles. Mais un grand fond 
de simplicité et de modestie s'alliaiten lui à un sens droit qui lui faisait 
accepter les critiques et les observations de ses confrères avec la plus 
enlière déférence. 

Comme moi, Messieurs, vous avez pu apprécier les excellentes qualités 
de M. Fournalès, et l'élogeque j'en fais aujourd'hui nedoit ajouter à votre 
eslime que l'occasion de leur donner une consécration officielle. 

Mais il est une qualilé que je prise pour ma part à une baule valeur : 
c'est celle du coUectionneur qui se dépouille, soit dans Tintérél de l'art, 
soit par un généreux senliment de confraternite. 

M. Fournalès avait celle précieuse qualilé. Sans doute il élait heureux 
de Irouver des objets dignes d'élre conservés dans sa colleclion ; mais il 
l'élail bien davanlage, lorsqu'il arrivali à nos séaoces porteur de quelque 
médaille, de quelque fragment antique dont il nous faisait gracieusement 
Toffre. La Sociclé possedè plusieurs pièces inléressanles qu'elle doit à la 
générosilé de nolre regrellé confrère, et la salle de nos séances, notam- 
menl, est enricbie d'une belle statue de laVierge terrassanl le démon, que 



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— 484 -* 

M. Fonrnal&s eut ToccasioD d'acquérir et dont il s'empressa de noas fair» 
bommage. 

Qoe je paie à notre coDfrère, au nom de noos tous, la dette de la 
reoonnaissaDce, poar ses gèoéreoses et délicates altentions vis-a-vis de ht 
Société : si sa vie académiqoe ne regoit aucan éclat de ses ceavres^ ette 
s'est du moìDS signalée par son dévouement. 

Tel a été notre confrère, M. Fournalès; tei il m'a été donne de le 
€onnaitre dans sa vie privée ; tei vous avez pa vous-mémes l'apprécier, 
Messieurs; et lorsque la cruelle inaladie dont il élait affecté depuis quel- 
^nes années Ta emporté, Fon a pu dire queTarchéologie perdait un de ses 
plus fervents adeptes , la Sociélé un de ses membres les plus dévoués , 
ohacun de nous un excellent confrère, et celui qui vient de consacrer ces 
quelques lignes à sa mèmoire, un véritable ami. 

Louis BUNEL, 

Membro résidtfit 



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RAPPORT 



DS LA 

'COMMISSION NOMMÉE PAR LA SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQDE 

DU MIDI OE mjL PRA.IVGE: 

A LHXiGASION Dn PROJET DE REGONSTRUCTION DU CAPITOLE. 



Da la eonsarration at da la rastanration das monnmants historiiiaas ranfarméa 
dam la pórimòtra da l'hotel da villa da Tonloiua. 



Il enlre dans les atlribatioos de la Sociélé archéologiqae da midi de la 
Franco de signaler à l'admioistralioD les moQuments historiques, afln 
d'en prevenir la destruction , et d'indiquer les moyens de conservalion 
qni lai paraissenl le plus convenables. Elle a plus d'ane fois déjà dési« 
gnè, comme étant très-dignes d'inlérét, les monaments renfermés dans 
Tenceinte de Phótel de ville , et puisqa'ìl est de notoriélé publiqae que les 
intentions de l'aatoritè locale sont de reconslroire rhólel de ville ; que les 
projets proposés jusqu'à ce joar ne paraissent pas lenir an compte sufQ- 
sant des monuments historiques ; que celui qui a oblenu la préférence de 
rautoritè municipale ne remplit qu'en parUe TobUgalion de conserver les 



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— 486 — 

moDomeots classés , il est opportun que la Sociètè archéologiqae ramène 
TatlenlioD de radministration supórieare el de la commission des mona- 
meots bistorìques sur le mérite des monumeots de Thótel de ville de 
Toalouse , et sur les meilleurs moyens de les coDserver. 



II 



Les monumenls hìstoriques da palais manicipal appartieDDenl à divers 
siècles ; plasieurs remonlent à une liaate aDtiqaité. Oq y voit , en effet : 

1^ Une tour faisant une saìllie demi-circulaire dont la base appartieni à 
répoque gailo-romaìne. Elie falsali partìe de la ceinture de défense dont 
Toulouse s'entoura, sous les empereurs romaìns, lorsqu'elle dut se pre- 
munir contro les invasìons des peuples du Nord ; des tours pareilles se 
voient encore dans ce qui reste de celle antique ceinture sur d'autres 
points , ceinture qui lui fll donner par Àusone le nom de civitas Tur- 
vita. Aux joints où la base de celle lour s'arrondit en saillie, des sub- 
slructìons indiquent les déparls des murailles qui allaient» vers Test, se 
relìer à la porte Villa-Nova , et, vers Touest, à la parta Arietis. Des évé- 
nemenls rapportés dans l'bistoire ont donne lieu à des mntilalions et à 
des reconstruclions successìves. Tello qu'elle est aujourd'hui, cotte con- 
strucUon , antique par sa base, est, dans ses parties bautes, antérieure 
au quinzìème siede ; elle sert de dépdt au matériel des pompìers. 

T Un donjon ou tour carrée dont la base est antique. Le petit Consis- 
toire , c'est-à-dire l'assemblée des capitouls de Toulouse , se tenait dans la 
salle qui forme le rez-de-chaussée de cet edifico. Cest là que , pendant 
une suite de plusieurs siècles , il a élé délibéré sur les affaires de la cité. 
Les parties moyennes et bautes ont été plus d'une fois défaites et reta* 
blìes. Aujourd'bui, le rez-de-chaussée sert de prétoire au tribunal de 
police municipale ; la partie moyenne ou premier étage contieni les archi- 
ves de la commune ; la partie supérieure, c'est*à-dire la plate*forme, les 
créneaux , les faux m&cbecoulis et les tourelles, ont fait place, après 1830, 
à un toit piai de tuiles à canal. 

S"" La porle nord extèrieureetla cour de Tarsenal sontdu dix-septième 
siècle ; la porte intérieure de cotte memo cour est du seizième ; le mur et 



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— 487 — 

la porte ooest de ce méme arsenal soDt aassi da seizième ; an bàlimeot ^ 
qai porte encore qoelques roarques da seizième siede , relie eatre eax et 
lai toQS ceax qui viennent d'étre iodiqaés ; il sert mainteDant de caserae 
aax pompiers. 

5® CoDtre la face meridionale de celle caserne est plaquée une tour 
carrée eo pierres de laille. Celle tour coolient un escalier , qui est à la 
fois un chef'd'oeuvre d'art et un monumenl rìcbe en souvenirs. Le der- 
nier retour et la piate-forme qui devaienl le recouvrir maoquent. Dans ce 
beau travail , eiécuté au commencement du seizième siècle , chaque 
pierre est reslèe à sa place , pas une n'a fait de mouvement. Il dessert 
au nord le logement des pompiers, et au midi, il se raltacbe par un 
arceau au donjon doni il sert les ètages supérieurs. 

Ainsi celle sèrie rappelle un passe de plus de quinze siècles. On y volt 
Toulouse se prémunissant contre Tinvasion venant du nord; résislant 
TÌ<;torìeusement aux Sarrasins avec Eudes d'Àquilaine ; se dèfendànt avec 
scs Èomtes contre Simon de Montforl ; la ville royale posant un terme à 
Tintrusion anglaise ; enfia y sur les parlìes les plus modernes de ces mo- 
numenls, nous retrouvons les signalures des quinzième, seizième et dix- 
seplième siècles. 

Dans ce groupe , les cbatnons juxlaposès se succèdent sans se confon- 
dre ; chacun est fort et solide en dépit des mulilalions , et les dègrada- 
tions qu'on y volt proviennent de la main violente des bommes beaucoup 
plus que des atteintes du temps. Cbacun a son mèrito parliculier et très- 
remarquable. 

A la vérité, ils ont lous perdu leur couronne ; la main de l'bomme a 
remplacé leurs failages variès par une toiture uniforme et piale en lale- 
feuille et tuiles à canal. Malgré leur élat de dégradalion , rinlérét qu'ils 
doivenl inspirer est donc du premier ordre et commanderait seni leur 
conservation. 

Des monuments des seizième , dix-seplième , dix-builième siècles , font 
parile du corps principal de l'hotel de ville : leur conservation paraissant 
assurée dans les construclions projelées , il sufQl d'en faire menlion ici. 

11 s'agii mainlenant de choisir le meilleur moyen de conservation 



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— tw- 



in 



Oo connati deux modes de conserver les monumaatjs : l"" la traosla- 
tìon ; V la conservaiioa sor place. 

£l d'abord , dans l'espèce y la translation est-elle possible ? EvAdemment 
non ; car la plas grande partie de ces monaments est de briqnes qoe l'cm 
ne peut toacher sans en briser beauconp , ou sans les faire tomber en 
poussière. Mais en admettanl que ces matériaux alnsi maoiés et disjoìAts 
pussent élre reliés de noaveaa entro enx , que pourrait-on en faire ? 

Les reconslraire en parties mutilées , disséminer ces parties qui , dao» 
Fétat actuel, forment une sèrie de monuments , ce n'est pas conservar et 
restaurer des édlfices historiqaes. 

Disséminer ^ plaquer , incruster des morceaux d'art ancien dans une 
oeuvre monumentale neuve , c'est détruire l'ordonnance , l'unite de l'oeu- 
vre nouvelle , lui dter sa vraie signiQcation. Ce serait accabler de dégoùts 
Tarcbitecle habile qui serait chargé d'exécuter un projet si malheureuse- 
ment modiflé. 

Quant à Toeuvre ancienne , que deviendraient sa valeur et sa significa- 
tion , soit au point de vue de l'bistoire proprement dite , soit au point de 
yue de l'bistoire de l'art arcbitectural , si elle était déplacée , mutilée et 
disséminée ? En nutre, serait-il possible que des portes faites exprès pour 
le lieu qu'elles occupent , qui ont leurs fattages complets ou déterminés , 
vinssent se plaquer à des construclions neuves^ bétérogènes , et qui leur 
feraient supporter plusieurs étages ? 

La translation est donc un mode inadmìssible de conservation et de 
restauration pour les monuments bistoriques de l'bOtel de ville de Tou- 
louse. 

Le second mode de conservation est le maintien sur place. 

C'est avec grande raison que la commission des monuments bistori- 
ques et que les Sociétés arcbéologiques qui lui correspondent , attacbent 
une importaoce capitale à la conservation sur place , et ne tolèrent que 
comme expédient la translation des monuments appliquée , d'ailleurs , 
dans un but special. 



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— <89 — 

En general , les monumenls ancieos ont lear raìson d'elee en òccu- 
pant la place od ils ohi élé élevés ; il en est rarement ainsi l'orsqu'on les 
déplace. Cesi en parliculler le cas de ceux qui noas occopent. Le groupe 
d'édiflces doni il est question n'occupe qn'un petit éspacé dans l'angle 
nord-ouest da jardin de l'hotel de ville , et n'empiete sur le terrain qui 
appartient aux constructìons nouvelles que pour une faible parlie de la 
ligne qui borde la rue Louis-Napoléon. Cet empiélement est fait par la 
cour et la porle du dix-septième siede. Celle porle ne gène pas ; au con- 
traire , elle reste utile , et peul élre facilement raccordée avec l'édiflce 
nouveau , et qnand elle sera pourvue de ses galèrìes supérieures et du 
faìtage qui lui appartient , elle devìendra un bel ornemenl architeclural 
pour un còlè de la place du nouveau théàtre. 

IV 

La caisse municipale n'a qu'à gagner à la conservation et à la restau- 
ration sur place des monumenls historiques de l'hotel de ville. 

Un premier bénéQce resulterà d'une moindre dépense. Demolir , Irans- 
porler , reconstruire , plaquer ou incruster , sont des opérations mulli- 
ples et plus chères que la seule opération de restaurer sur place ; doni 
nous avonssous les yeux de beaux et bons exemples. 

Il est évident , d'un autre còlè , que la conservation sur place des mo- 
numenls historiques de l'hotel de ville, encadrés convenablement dans le 
jardin municipal , loin de nuire à l'aspect des constructions projetées , 
jeur donnera un attrait plus piquant qui rendra leur location plus aisée 
et plus avantageuse. 

Il existelà plus de douze siècles d'annales toulousaines écrites en lan- 
gage archi tectonique de chaque epoque. Quelle cité possédant un pareli 
trésor, pouvant le garder et en tirerde si grands avantages, consen tirali 
à sa destruction ? 

Eq conséquence , la commission vous propose d'émettre le vobu suìvant : 

« Ouì le rapport de la commission, et, après en avoir delibare, la 
» Sociélé archèologique du midi de la Trance émet le voeu que les mo- 
» numents historiques de l'hotel de ville de Toulouse, classés comme 
» tels , soient conservés dans leur intègrité et restaurés sur place. » 

S5 



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— i90 — 

Le rapport ci-dessus, lu au seÌD de la Société archéologique du midi 
de la France dans la séance du 12 mai 1868, est adopté daos son entier. 

La Sociélé décide, dans la méme séance, gue, outre la transcriplion 
qui doil en étre faite dans le regìstre de ses délibérations , ledil rapport 
sera imprimé sans délai et inséré dans ses Mémoires. 

Vu : 

Le Président , Le Secretaire generai» 

Baron Du PERRIER. Edw. BARRY, 



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NOTICE HISTORIQUE 



SUR 



L'ACADÉMIE D'ÉQUITATION DE TOULOUSE. 



I 

Farmi les nombreuses ècoles ouvertes a Touloase pour rédacalion de 
la jeunesse , il ea est uDe fort modeste , peut-étre méme celle de toutes 
la moins entourée de renommée; et cependant c'est d'elle dont je veux 
vons entretenir. 

L'Ecole d'équilatioa de Toulouse ne compte pas moins de deux cent 
qaarante-sept années d'existence; elle a eu ses jours de grandeur et de 
décadence : en suivant les diverses péripélies de son histoire, nous ren- 
coQtrerons quelques acles administratifs , dont le caractère ne sera pas 
sans intérét pour les annales de la cité; quelques traits de moeurs qui 
contrasteront, d'une fagon piquante^ avec les usages modernes ; enfin^ ^à 
et là^ quelques noms que vous saluerez comme d'anciens amis. 

Les matériaux que j'ai eus à ma disposilion sont quelques lignes des 
annales de Du Rozoy , cinq annuaires de la province de Languedoc (175 1 , 
1752, 1754, 1781 et 1791)^ et un dossier compose de dix-huit pièces, 
appartenant aux arcbives du département, dossier dont j'ai dù la com- 
munication à l'obligeance de M. Baudoin, archiviste. 

II 

Qui ne connait, de réputation au moins , ce livre si curieux : De Fin- 
strwtion du roy en Fexerdce de monter à cheval , par messire Àntoine 
de Pluvinel^ escuyer principal de S. ÌA. 



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— 492 — 

Il esl de 1625. Plavinel élail mori; le livre fut publié par son élève et 
ami René de Menoa, sieur de Charnezay , esciiyer da roi el gouverneur 
de Monseigneur le due de Mayenne. Le qualrain obligé , en phébus da 
lemps , ne manque pas au porlrait de Tédìtear : 

Si Ton doit rendre à Pluvinel 
Honneur pour avoir fait ce livre , 
Charnezay, qui le fait revivre, 
Mérite un renom immortel. 



Le texle du livre est un dialogue enlre le roi, àgé de seize, M. le 
Grand, René , due de Rellegarde , pair et grand écuyer de France, et le 
sieur de Pluvinel. Dans les planches, qui sont fori belles et nombreuses, 
et oa les personnage^ sont Irès-certainement des portrails , toates les 
phases de l'éducaUon equestre du roi sont reproduites. Pluvinel , déjà 
àgé, en poorpoint, avec la fraise a la Henri IV , ayant mème le profll et 
la barbe du Rèarnais, donne la legon; M. le Grand est toujours présent , 
souvent aussi le vieuK maréchal de Soubise. Quelquefois le cheval, aa 
lieu d^étre tenu par un simple page de la grande écurie , est monte par un 
seigneur de la cour, disciple de Pluvinel, dit la legende. Le nom est 
inscrit au-dessous du cavalier : un jour c'est le comte de Soissons^ un 
autre le comte d'Harcourt; le grand saut entro les piliers est e&écuté par 
le baron de Lussan , un nom de Toulouse. 

Quand le roi commence ses exercìces, il a seize ans; il en a dix-sept 
à la fin du livre ; cela est soigneusement note ; mais alors les courses de 
bagues en pourpoìnt ou arme , les lances rompues contro le quintan , les 
passes du tournoi et du carrousel ont un bien plus nombreux public. Oq 
volt défiler derrière la lice tonte la cour, depuis les maréchaux et prìnces 
du sang : le comte de Saint-Poi , le maréchal de Bassompierre , le due de 
Relz, le due d'Àngouléme, la Trémouille, et jusqu'à M. le cbancelier^ 
M. le premier , Chàleauneuf, et le secrétaire d'état de la Villaudeu, 

Cependant le cours est termine , et Plavinel^ s'approchant respectueuse- 
ment de son royal élève , lui adresse un beau discours, dontles exlrails, 
bien écourtés , vous paraitront peut-étre encore un peu longs^ mais sont 
la meilleure des préfaces au sujet qui nous occupe. 



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— 493 — 

. « La Doblesse^ depuis bien des années, n'a plas les moyens de s'in- 
stroìre ; les écoles soDt lenaes par de pauvres écuyers doDt réducation 
s'est faite à l'étranger. » 

Plavinel faisait allusìon aax ólèves dégénérés du célèbre Pignalelli , 
le grand écuyer da seìzième siede, en Italie. 

€ Cesi poorquoi , Sire , j'ose supplier Yotre Majesté de Irouver boa 
Tadvis que je lui donne de fonder quatre académies en votre royaume, 
Tane a Parì§, la seconde à Poictiers , la tierce a Bordeaux et la qualrième 
a Lyon. Et y commettre^n cbacune une personne de qualilé et de sufQ- 
sance , digne d'en avoir la conduile , leur donnant commodilez pour cela , 
afin que 9 par le moyen de cet ayde, ils puissent faire meilleur marche 
des pensions, et qu'ainsi les pauvres genlilsbommes y soient aussi bien 
rè^us que les riches. D'autant qu'il n'y a aujourd'huy que ceux qui ont 
qnantité de biens qui puissent faire instruire leurs enfans aux bonnes 
moeurs ; en ce que, pour faire eslever un jeune homme, il faut première- 
ment, pour la pension de luy et de celuy qui le servirà, 500 escus 
par an , sans compier les habils et autres choses nècessaires. 

» Et si encore ceux qui tiennent les écoles ne peuvent à ce prix-là faire 
ce que je dirai ci-après, ni s'acquilter si dìgnement de cet office qu'ils le 
désireraient, mais estant un peu secourus de Votre Majesté , ils pourront 
mettre les pensions à 1^000 llvres au moins, s'ils trouvent qu'ils y 
puissent subsister; et que MM. les gouverneurs et magislrats des lieux 
où sont situées ces belles escoles cognoissent quMIs s'y puissent sauver : 
estant nécessaire que la taxe des pensions soit faide en la présence da 
gouverneur avec celuy qui sera ordonné pour conduire et enseigner cette 
jeunesse par les magistrats du lieu. )> 

Cette subvention a encore, aux yeux de Pluvinel, un aulre but, celui-ci 
tout moral : 

« Il faut qu'il y aye un fonds dont il soit assurè , afin quii ne soit pas 
force a user de complimens; d'atraicls a la jeunesse qui est soubs sa con- 
duite et quelques fonds de tolérance aux vices... » 

Enfin , il trace tout un programme d'études , qui nous fait voir en quei 
consistait réducation d'un gentilhomme au commencementdu dix-seplième 
siècle. 

« Il faut au moins vingt chevaux , gens pour les panser , ofQciers et 



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— 494 — 

servìteurs pour son affaire; tireurs d'armes, maitre a danser, voltigear, 
malbémalicien , un homme de lettres... Le matin serait employé poar 
Texercice de la cavalerie et pour coarre la bague; Taprès-disner , savoir : 
lelundy, mercredy , vendredy et samedy pour les exercices de tireries 
armes, danser, et voltlgerel les malhémalìques. Et pour lesdeux autres, 
savoir : le raardy et jeudy , Taprès-disner , il serait a propos que celuy 
que cy-dessus j'ai quallQé homme de lettres y traictàt en préseuce de 
loule celle jeunesse assemblée. » 

Disous de suile en quoi consistaient ces mathématiques , dont le mot 
pourrait parailre occuper une singulière place dans ce programme , etqoe 
nous retrouverons souvent daus le couraut de celle nolice. Il s'agissait de 
quelques éléments de geometrie appliquèeà la fortiQcation. 

La guerre, eu effet, jusqu'à Louis XIV, cousistait surtout en siéges. 
Ghaque ville était plus ou moins fortiQée , et souvent l'attaque ou la dé- 
fense d'une bicoque occupait tonte une campagne. 



Ili 



Le roi avait dix-sept ans quand Pluvinel lui tenait ce discours ; c'était 
par conséquent en 1618. Les capilouls de Toulouse n'avaient dono pas 
ea vue la réalisation de son projet quand, en 1616 , deux ans plus tòt, 
par délibéralion du 24 février, le consul de ville fonda Tacadèmie 
d'équitalion. Voici comment s'exprime du Rozoy : 

« Leslroubles relatifs a la religion continuent. » En effet, Henri lY 
était mort en 1610, et dès que ce grand homme ne fui plus là pour sou- 
tenir son oeuvre de pacification, à chaqiie revolution ministérielle à Paris, 
le nouveau pouvoir falsali acte de popularilé en mena^ant les prolestants. 
Ceux-ci, juste.^enl inquiets, armaient de tous còlés et se tenaient sur la 
défensive. Les capilouls, a qui le voisinagoéde Montauban imposait de 
grands devoirs , prirent leurs précaulions : < On fournit des armes et des 
9 munilions aux Iroupes que la ville avait levées ; on exerga les jeunes 
» gens aux évolulions militaires. De là rétablissemenl du manége sous 
» les le^ons du sieur Dubord, aux gages de 300 livres, pour appren- 
» dre à monter a cbBval et exercer les enfants de la ville. Bienlòt après, 



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— <95 — 

» 

» cet écuyer est remplacé par M. de Cerac, geDlilhomoie, qui ea re^oit 
» commissìon da roi. » 

Pendant la première année, les le^ons se donnèrent en plein air; car 
ce ne fut qu'en 1617 qu'on conslruisil un manége couvert, ayanl treize 
Cannes de longueur sur sii de largeur, près la porte Montgaillard, sur un 
terrain qui avait été accordò auparavant a un cerlain capilaine Laboureur, 
pour les exercices noilitaires de la jeunesse. Il est probable que l'on fondit 
alors les deux institutions , celle du capitaine Laboureur et celle du sieur 
Dubord , et que Ton créa'ainsi une véritable école militaire^ a laquelle li 
fallut pour chef un genlilhomme commissionnè du roi. 

L'Ecole élait cependanl purement municipale et ne recevait que la 
jeunesse toulousaine; elle conserva ce caraclère pendant quaranle-sept 
anSy jusqu'en 1663 , où elle prit alors une plus grande imporlance. 

En janvier 1640 , les étals de Languedoc forment une académie de la 
province. On doit y monlrer le manége, la danse, les armes, les mathé- 
matiques , les langues et le dessìn. Le chef de Fècole sera un ècuyer de 
la grande écurie, nommé par le gouverneur , agréé par lesétats, et 
recevra des letlres de provisìon du roi ; Fècole sera sous la protection do 
grand ècuyer de France. 

Voilà bien cette foìs Fècole de Pluvinel Ielle que le vieìl ècuyer voulait 
en fonder à Paris, Tours, Bordeaux et Lyon. Elle fut éiablìe d'abord a 
Montpellier. La notice hìstorique que Fon trouve dans Fannuaire de 
Baour, de 1781 , notice rèpétée dans les annuaires suivants, veut que 
Fècole ait èie fondèe ìmmèdiatement a Toulouse, puis transférèe à Mont- 
pellier , sur la domande de M, de Schomberg. 

« M. de Vitrac, » dit-elle, « fut nommé, en janvier 1640, par les 
» états de la province , qui lui accordèrent une pension de 400 livres y 
)> pour montrer le manége et tous les exercices de corps aux jeunes gens. 
» On lui dònna un locai sur FEsplanade avec deux lo.urs adjacentes* 
j> M. de Bartbe lui succèda en 1646; mais les malheurs du temps ne 
^) permirent plus a la ville de payer la pension. En 1663 . M. de Barlhe, 
)) quk avait étè appelè à Montpellier par M. de Schomberg, offrit de 
)) revenir à Toulouse, si la provìnce voulait lui accorder une pension de 
» 1,000 livres. Son fils lui succèda en 1674; mais la pension ayant èie 
» supprimée de nooveau, il obtinl un arrét da conseil, qui le reintegra. » 



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— 196 — 

Il y a là une erreur posi Uve , une confasion difficile mais aon impos- 
sible a déméler ; car la miQute*de l'arrét du conseil cilé fait partie da 
dossier des archives de la préfecture. Il y est dit que les capitouls de 
Touloase appelèrent M. de Viirac pour venir tenir a Toulouse Facadèmie 
qu'il tenait à Montpellier; que, par une délibération du 10 septembre 
1665, ils lui avaìent donne, à cotte considération, 1,000 livres de pension 
et deux tours de la ville pour y tenir ses fourrages; qu'en 1672 le grand 
ècuyer de Franco, corate d'Armagnac, à la date du 12 novembre, donna 
permission au sieur de Yitrac fils de tenir académie conjointement avec 
son pere, à Texclusion de tous autres dans la province de Languedoc. 
Enfin • que des provisions furent accordées par Sa Majesté au sieur de 
Yitrac fils, le 8 mai 1674 , pour la charge de maitre de l'académìe de 
Montpellier, vacante par le décès de son pere. 

Il resulto évidemment de ces documents que si M. de Barthe prit l'école 
de Toulouse en 1646 , ce fut corame successeur de M. de Cerac et non de 
M. de Yitrac , et que tout ce qui est rais au corapte de M. de Barthe pere 
et fils , aux dates de 1663 et 1Q74, doit étre reporté à colui de MM. de 
Yitrac. 

On volt encore qu'en 1674, si Tacadémie de Toulouse était en fait 
Facadèmie de la province, le titre officici élalt reste à Facadèmie de 
Montpellier. 

Mais elle ne tarda pas a étre et à s'appeler : L'Acadèmie pour Fèduca- 
tion des gentilshoraraes de la province. 

Cest ainsi qu'elle est dèsignée dans Fannuaire de 1751 , qui ajoute 
qu'elie est pensionnèe par la ville et la province, sous la protection du 
prìnce Charles , grand ècuyer de Franco ; qu'on y apprend les exercices 
convenables a la noblesse et aux gens de guerre; qu'il y a, outre Fècuyer, 
des raaitres de mathèraaliques , d'arraes, de danse, de langues, de 
dessin et d'instruraenls. 

. Il est vrai que le raérae annualre ajoute qu'il y a une autre espèce 
d'acadèmìe, où Fon re^oit des pensionnaires et où Fon apprend à monter 
à cheval. . • 

Getto espèce d'acadèmie était-elle Fhèritière directe de la preraière 
acadéraie da siear Dubord? Dans tous les cas, elle ne subsistait que sous' 
raatorìté et par la tolérance de Facadéraie de la province ; car la perrais- 



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— 197 — 

Sion da grand écuyer comte d'Àrmagnac, en date du 18 novembre 1672, 
accordée au sieur de Vi trac fils^ de lenir académie conjoiDtemenl avec son 
pére, spécifie qne c'est à Veiclasion de tous antres dans la province de 
Languedoc , et le sieur de Yitrac n*a garde de laisser lomber ce privilége. 
Par arrét da conseìl d'état, en date du 14 décembre 1677, rendu sor 
la requéte da comte d'Armagnac ; il est fait défense aux sieurs Baron et 
Laborie d'ouvrir académie a Toulouse. 

Mais celte petite académie était deslinée a absorber la grande , en se 
fondant ^vec elle (1). 

Degrands changements avaienteu lieu dans l'élat militaire de la Franco. 
En 1682, Louis XIY avait créé les compagnies de cadets genlilshommes ; 
des professeurs de mathématiques, de dessin, laogue allemande, escrime, 
danse, étaient attachés à ces compagnies. 

L'admission fut d'abord gratuite; on exigeaensuile 50 écus de pension. 
Réservées aux gentiisbommes exclusivement, elles ne tardèrent pas a étre 
ouvertes aux fils des gens vivant noblement, c'est-à-dire de leur revena. 

Licenciées en 1 692, elles furent, Irente-quatre ans plus tard, reconstì- 
taées par Louis XV; six compagnies de cadets furent rétablies à Cambrai, 
Metz, Strasbourg, Perpignan, Bayonne et Caen. Réduites a deux en 
1729, elles furent licenciées définilivement en 1733. 

Èn 1751 , un frère da flnancier Pàris-Duvernoy faisait goùler a M"* de 
Pompadour l'idée d'une école militaire unique pour tonte la France; et 
Louis XV signait Tédit qui fondait Técole dont on volt enoore , au Champ- 
de-Mars de Paris, les somptueux bàtimenls. 

En 4776, Fècole comptaìt six cents élèves; mais les embarras finan- 
ciers du temps la faisaient licencier , et les élèves étaient réparlis dans 
douze collèges, qui prenaient le nom d'écoles militaires; c'étaienl : 
Auxerre, Beaumont, Brienne, Dòlo, Efflat, Pont-à-Mousson, Pontlevoy, 
Rebais , Sorrèze, Tournon, Tyron et Vendòme. 

De ces collèges, il est vpai, les élèves ne sortaient plus officiers, mais 
siroples cadets. Un empiei avait été créé à ceteffet dans chaque régiment 
d'infanterie, le régiment du roì excepié; Tédit spécifiait que nul ne peut 

(4) Ea4752, Tannuaire ne parie plus quo d*UDe académie ayaot pour professeurs les deux 
écuyers cités séparément dans celui de 4754 . 



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_ 498 — 

de?eDir officier s'il n'est pas passe par le grade de cadet, exceptè les pages 
du roi , de la reine et des fils de France. 

L'année suivanle, ea 1777 , Técoie de Paris était rou verte, mais seale- 
meni pour les élèves les plus dislingaés des douze colléges; ceax-ci sor- 
taient ofQcìers après une année d'études , les autres occupaient les emplois 
de cadets. Dix ans plus tard , en 1787 , Técole militaire était déiìDitive- 
ment fermée. 

Oq coDQoit gue, devaot de semblables ìnslitutions , l'académie de Tou- 
louse ne pouvait se maiolenir dans les condilions où elle avait été créée; 
ses foDctioDS d'école militaire étaient deveoues sans emplois. 

Quand l'académie de Toulouse perdit-elle son tilre pompeux d'académie 
pour réducalion des gentilshommes de la province? Je n'ai pu le dé- 
couvrir. 

En 1781, l'annuaire de Baour ne parie plus que de l'académie d'équi- 
tatìon. En 1785^ dans un mémoire où le directeur de Fècole détaille toutes 
ses cbarges , il n'est question ni de maitre à danser , ni de mathémati- 
ques , ni d'homme de lettres. 

Depuiscette epoque ;, l'académie de 1616 est restée une simple école 
d'equi tation , et rien, dans les nouvelles organisations qu'elle a subies^ 
n'est venu cbanger celle dernière destinalion. 

IV ^ 

Nous avons vu que le premier écuyer chargé de Tacadèraie de Tou- 
louse fut un M. Dubord, auquel succèda M. de Cerac, puis, peut-étre, 
M. de Barlhe. En 1663, M. de Yitrac transporte son académie de Mont- 
pellier a Toulouse, et obtient une pension de 1,000 livres des capitouis; 
;son fils lui succèda en 1674, et la méme année, par une délibération da 
15 novembre, la ville continua au fils la pension et les avantages faits au 
pére , c'est-à-dire les bàtiments et les deux tours pour mettre le 
fourrage. 

L'existence de nolre acadépnie semblait assurée ;. treize ans plus tard» 
elle èlait sérieusement mise en perii. 

En 1677, un arrét du conseil avait enjoint a des écuyers nommés 
Baron et Laborìe d'avoir à fermer un manège qu'ìls tenaìent contraire- 



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_ 199 — 

ment au privilége du sieur de Viirac. il y avait de cela dix ans , et Tarrét 
n'élait pas exécuté. Etait-ce connivence de la pari des capilouls? Cesi 
possible. Ceux-ci, en 16,87, avaientde nombreux griefs conlre le pouvoir 
royal; Tannèc précédente on avail enlevé à la ville son arlillerie : soixante 
et DDe pièces de fonie, treize mille cinq cents projecliles de irente-trois 
livres, dix-sept cent douze de vingt-quatre , et slx mille cinq cenls de 
seize; sur les réclamalions du Conseil, Louvois s'élail coniente de répon- 
dre qu'il lui restali, sur le clocher de Saint-Sernin , deux petlles pièces de 
fonte pour les réjouissances. D'un autre coté , la ville avait accordé a un 
avocai, ancien capitoul, procureur du roi , pour avoir, sans inlèrét, suivi 
de nombreuses procédures a son profit , une gratiQcation de 60 livres, et 
rintendant de la province avail biffe la délibèralion. Enfln , de graves 
changemenls venaient d'étre apportés dans Texìslence méme du pouvoir 
municipal ; un édil enlevait la nomination des capilouis à la ville : le 
Conseil assemblé n'avait plus que le droil de présenler au choix du roi 
trois candidats par capitoulut. C'était le 14 février 1687 que devaient 
entrer en fonclions ces capilouis d'origine royale. 

On condoli rirrilalion qui devait régner dans les conseils de la ville; le 
pauvre écuyer de la grande écurie allait en étre viclime. 

Le 15 janvierles capilouis supprimenlla pension de 1,000 livres, elle 
26 ils envoient des soldals et dòs archers de la maison de ville enfoncer 
les por les du manége oà se faisaient les exercìces. Le sieur de Vi trac se 
plaignit au roi, qui ordonna au sieur de Basville , conseiHer ordinaire en 
ses conseils, et inlendant de juslice en Languedoc , d'entendre tant le 
siéur de Yilrac que les syndics de la ville de Toulouse , dresser procès- 
verbal de leurs diverses conteslalions, et Tenvoyer, avec son avis, au sieur 
marquis de Chàteauneuf, secrétaire d'Elat. 

Le resultai de l'enquéle fut un arrél du conseil d'état, en date da 
25 juìn 1687, contresigné Phelipeaux, qui faìt défense très-expresse aux 
sìeurs Laborie et Baron', et tousautres, de donner au sieur de Yilrac aucun 
trouble ou empéchement à son privilége , ordonne au capilouis de conli- 
nner la pension de 1 ,000 livres et de lui rendre la jouissance da manége 
et des deux tours. 

Uarrél est suivi d'une ordonoance royale du méme jour, qui cliarge de 
son exécutìon l'intendant de la province. La signìQcation fut faite le 

87 



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— 200 — 

22 juillel aux capitouls et syndics par Lavergne , huissier au parlement; 
racle est contròlé par BouzauU 

Il y eut encore une pelile coDlestatioD ; le maDége et les toars étaient 
dans un assez mauvais clat. Il fallui une ordonnance du 20 juillet 1688, 
deM. deBasville, poar faire dresser uà devis de réparalion. Oq com- 
mengapar quelques travauxde lorrassement ; le 19 seplembre, sur un cer- 
tiflcatde reception donne la velile par le sieur Buterne, architecte, M. de 
Mariolle, trésorier de la ville, acquine 136 liv. aux entrepeneurs qui ont 
démoli et aplani cent trenie-six toises cubes de terre. C'est le méme tra- 
vail qui vieni de se faire sous nos yeux a quelques pas de là , en avant 
du Jardin royal. En 1 688, une tenne cube de terre remuée coulait 20 sols ; 
aujourd'hui elle revient a 15 ou 14 fr. Restait les réparations de magon- 
nerie et de charpenle, elles furent peu considérables, si l'on en juge par le 
prix. Il est, du reste , assez curieux de voir déjà à celle epoque toutes les 
formes administratives de nos jours en usage. 

Ainsi, le 1^ octobre, rarchitecte Buterne fall un devis estimatif. Il y a 
adjudication ouverte du 4 au 8; le 14 M. de Mariolte , le Irésorier de la 
ville^ adjuge les Iravaux au nommé Martin Sarraute, comme le dernier 
moins disant. 

Le 10 janvier 1689, les travaux sont regus par Tarchitecte ; le 12 fé - 
vrier M. de Basville rend une ordonnance qui enjoìnt à M. de Mariolte de 
payer la somme de 140 liv. au sieur Marlin Sarraute, qui donne quiltance 
le 19. 

Enfin, M. de Vilrac prit possession dumanége. 

La paix dura une vingtaine d'années, mais de nouvelles difQcullés pour 
le paiement de la pension survinrent ; car voìci une ordonnance de l'in- 
tendant, en date du 7 oclobre 1708 : 

« Nous ordonnons, conformément à l'arrét du conseil du 23 juin 1 687 , et 
a nos ordonnances, qui sereni exécutées selon leur forme et teneur, que 
dans la huitainele sieur Boyer, ou autre Irésorier de la ville, payera au 
suppliant, sur sa quiltance de six mois en sixmois, la somme de 1,000 li- 
vres pour la pension annuelle, à ce faire conlraint, én cas de refus , en la 
manière accoutumée. 

» Fait a Montpellier. » Signé : De Lamoignon. » 

Cependant les réparations de 1689 n'avaient pasélébienfaites, audire 



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— 204 — 

de M. de Vitrac; Tentrelien avait élé negligé audire des syndics. Toojours 
était-il que les toitures et planchers des tours s'étaieot effondrés et que 
le manége menacait raine. Nouvelle conteslation dont les pièces exisleot 
aux archives. 

La première est une lettre de M. de Basville à M. de Vitrac: 

« Pai renvoyé , MoDsieur, la requéte que yoqs m'avez adressée à 
M. Bousqaet, afin qu'il parie aux capitouls pour faire raccommoder les 
tours qui vous ont été données pour y lenir vos fourrages* Je voas re- 
mercie de votre compliment sur Texpédilion de Celle , et suis , Monsieur, 
votre très-humble et Irès-obéissant seryiteur. 
^ )) A Montpellier, 24 aoùt 1710. « De Lamoignon. » 

On volt que M. de Vitrac ne négligeaìt rien pour se rendre favorable 
son puisisant prolecteur : Texpèdition de Cette élait , en effet, une affaire 
fòrtglorieuse qui venait desauver la France d'un véritable danger. 

On élait au plus fort de la guerre de la succession. Le grand rei avait 
en vain, par sesambassadeurs, le maréchal d'tixelles et Tabbéde Polignac, 
demandé la paix au congrès de Gertrudenberg.; elle lui avait été refusée ; 
il semblait accablé: quand loul a coup Vendòme rélablit les affaires de 
Philippe en Espagne, gagne la bataille de Villa-Viciosa et entro à Madrid • 
Cependant une flotte de vingt-quatre vaisseaux de guerre fall une descente 
à Cette. Celle entreprìse était d'une grande conséquence par rapport au 
Vivarais et aux Cévennes, et par le danger qu'il y avait que Fennemi ne 
prit un établissement qù'il lui auraitété aisé de soulenir p^^^^^^i^urs de 
lamer. Le due de Noailles, accouru du Roussillon avecneuf ffl^iJBcaevaux, 
mille grenadiers et du canon, qu'fl ftt venir avec une diligètfce^l*^ 
sauva la place, forga les ennemis a s'éloigner d'Agde, en bìattit^liHlx cents 
près de Celle, et reprit le fort dont ils s'étaient emparé. 

Ce n'élait pas cependant en faveur du compliment que l'allier inlendant 
du Languedoc se disait le très-humble et Irès-obéissant serviteur d'un 
assez modeste écuyer do la grande écurie. La formule était ds^ns les 
usages du temps; nous la retrouvons dans une autre lettre du méme 
Basville de 1716. Elle va néanmoins en s'affaiblissant sans sortir de 
notre dossier. En 1751, M. de Saint-Priest , écrivant a son subdéléguè, 
dit : « j'ai rhonneur d'étre volre très-humble, » eie. Le subdéléguè ré- 
pond : « je suis...; )> il y a déjà une nuance. En 1781, le méme M. de 



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_ 202 — 

SaìDl-Priest écrit aux capitouls : « j'ai l'hoDDeor d'étre parfailement... » 
Ceux-ci répondeDt : a nous sommes avec respect.;. » En 1783 , le con-' 
tròleur general des flaances d'Ormesson, un mioislre , a l'inlendanl de la 
province : « j*ai l'honneur d'élre, avec un sincère allachement... » Laméme 
année, M. de Saint-Priest à M. de Ginesly, subdélégaé: « je sais votre 
très-humble el Irèsobéissant servitear, » tout comme M. de Basville, mais 
M. de Ginesty répond : ((Monseignear, je suis avec un profond respect. )> 
La formule de Tinférieur au supèrieur n'a pas changé aujourd'buì ; mais 
^uel progrès daus celle du supèrieur a l'inférieur 1 quelle habileté poor 
échapperàce a très-humble et Irès-obéissant serviteur! >) il n'est si mince 
sous-préfet qui ne vous croie très-bonoré s'il vous assure de sa parfaitcf 
consid^alion. 

Il ne fut pas donne a M. deBasville de terminer cette nouvelle querelle 
de M. de Yitrac et des capitouls ; elle dura quatorze ans, et ce ne futqu'en 
1724, sur un rapport fori long et fort bien molivé, en date du 12 septem- 
bre 1724y dusubdélégué M. de Ck)mmynihan, qu'intervint uneordonnance 
de son successeur. M. de Bernage, qui condamna la ville à payer les 
deux tiers de la dèpense, et M. de Yitrac le tiers (1) , avec la ebarge en 
plus de maintenir en bon èlat d'entrelien le manége et les deux tours. 
Le devis avait ètè fait le 14 juillet 1723 par le sie.ur Seguin^ arcbilecte de 
la ville: ilmontaità 3,552 liv.; mais les capitouls le flrent réduire consi- 
dèrablement, en faisant supprimer dans Tintérieur des tours les plancbers 
et escaliers qu'on voulait relè ver, etqu'ils jugèrent inutilesà Temmagasi- 
nement des fourrages. 

En 1726, M. de Yitrac mourut; sa ebarge passa à son gendre le baron 
de Yilleneuve, quilui-roéme, quelques annèes plus tard, eut son flls 
ponr successeur. Alors vinrent pour Tacadémie les jours de décadence 
dont nous avons plus baut sìgnalé les causes. Il y avait ^ comme nous 
avons vu, en 1751 , une autre acadèmie.où Ton monlrait a monter à 
cheval, et qui ètait tenue par un sieur Fraiche. En 1752, M. de Yille- 
neuve, le fils, s'associa le sieur Fraicbe, qui ne tarda pas a devenir lai- 
méme le commandant de Tècole. Getto substitution est constatée par les 
deux lettres suivanles. 



(4) Désigné pour la première fois comme baron de Yitrac. 



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- «03 — 

Le 16 septembre 1759, Gaigoard de Saiot-Priest, le nouvel iatendant 

de la province écrit aa sabdélégué M. Amblard : <( Je crois me souvenir^ 

j HoDsìeur , qae dans le voyage que je fis a Toalouse , il fut qae^lion de 

récoyer da roi, qai a la direction de racadémie, et qVon me fit enjendre 

j qa'ìl ne faisait ancone fonctlon et qu'il les faisait remplir par un 

tiers.,. » 

Et le 22 septembre, M. le subdélégué répond : a Vous vous rappelez 

très-exactement le fait concernant l'écuyer da roi , qai avait.la direction 

I de i'académie de Toaloase. C'était M. de Villeneuve qui avait succède à 

I son pere, et faisait remplir ses fonclions par M« Fraiche. Mais^ depois, 

I M. de Villeneuve a abdiqué cotte place. La ville a nommé le sieur Fraiche^ 

I qui est en fonclions depuis trois ou quatre ans , et qui a été agcéé par 

M. le grand écuyer de Franco. Il s'acquilte très-bien de ses fonclions , et 

le consoli de la bourgeoisie a delibero sous votre bon plaisir, dans le mois 

d'avril dernier, de lui accorder une gratiQcation de l,OOOJiv. pour Tin- 

I «demniser de la perle qu'il a falle , dans ces deux dernières années, de 

plosieurs chevaux de grands prix. Getto délibératiòn vous sera bientdt 

présentée pour vous en demander Taulorisation, et je puis vous cerliQer> 

puisque roccasioo s*en présente, que le sieur Fraiche est bien digne de 

cotte gracieuseté, ou plulòt qu'il mèrito la juslìce qui lui a ole rendue. » 

Nous voilà bien loin de la guerre de M. de Yitrac et des capilouls. La 
faveur de M. Fraiche ne fit que crottre, si bien, qde vingl-deux ans plus 
tard, les capitouls, le 24 juillet 1781 , prenaient une délibératiòn pour 
porter a 3,000 liv. les .l,0001iv. de pension si fori contestées autrefois, et 
rappuyaient, le 30, par une lettre pressante a l'intendant. : 

« Monseigneur, 

» ... Vous connaissez rutilile de Fècole d'équitation de cotte ville. La 
jeunenoblesseetbiend'aulres j^unes gens seraient prìvés des avantages 
qu'ils en retirent si l'écuyer ne pouvait s'y soulenir. Le zèlo du sieur 
Fraiche, son désintéressemenl, sa probilé, et les sacriflces qu*il a faits , 
ont déterminé Fadminislralion à les apprècier ce qu'ils mérilent et à aug- 
menter son bonoraire. Nous n'avons fait que rendre j astice a la vérité et 
remplir notre devoir. La légitimité de la demando nous est un sur garant 
quo vous voudrez bien , Monseigneur, autorìser la délibératiòn da Gon- 



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— 2Ó4 — 

seil polilìqae. Yotre zèle et votre amour pour le bien public nous assure 

que dans peu Von jouira des avantages qui résulleront de celle augmen- 

talion. 

» Sìgnés : Le cbevalìer Le Comte , le marquis de 

Thezan-Poujol, Arexy, et un nona iliisible. » 

Malgré ces belles phrases, M. deSaint-Priesl, qui était encore inlendant, 
refusa péremploirement : «fai memo lieu de eroine, écrivail-il, que le 
Ministre ne se porterait à aucune espèce d'augmentation qu'autant que 
Yous proposeriez de la prendresur des objets doni la suppression lui pa- 
raitrail praticable. » 

Les capilouls, non plus que le sieur Fraiche, ne se tinrent pas pour 
baltus*, ainsi que le prouve celle lettre du contróleur des finances d'Or- 
messon à M. de Saint-Prìest : 

et Versailles, 19 aoùt 1783. 

» J'ai rhonneur de vous énvoyer un mémoire par lequel le sieur 
Fraìche, directeur de Tacadémìe d'étjuitalion de Toulouse , expose que« 
YOUS avez refusò d'approuver une délibération des capitouls de celle ville 
qui lui accorde une augmentalion de Iraitement. Je vous prie de me mar- 
quer quels soni les molifs de volre refus, et de me donner les éclaircisse- 
menls convenables sur Télat de celle académie^ ainsi que sur robjet de 
la délibération. » 

Le 51 aoùl, M- de Saint-Priest renvoi le dossier^ de l'affaire au subdé- 
léguè , qui est alors M. de Ginesty , avec ordre de lui donner son avis 
molivé. 

Ainsi, en 1688, Tinlendant ordonne au Conseil de la ville de payer la 
pension du sieur de Vitrac, supprimée sans raison , et en 1781, ce méme 
fonclionnaire, gardien celle foisdes inléréts de la ville y refuse d'aulorìser 
une augmentalion exagérée des appointements du successeur de M. de 
Yilrac; il y a appel au ministre , qui deihande a l'intendant, son repré- 
\sentant, et celui-ci au subdélégué , une inslruclion de l'affaire. 

Ne sont-ce pas là toules les phases de nolre cenlralisalion moderne? 
€ette cenlralisalion, l'objet des imprécalions irréfléchies des'uns, de 
Tadmiration un peu adulalrìce des autres , remonterait dono a une 
epoque que les premiers font profession de véoérer tout en maudissant 
sa plus grande oeuvre, et ne serali pas sortie tout armée da cerveau de 



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^ 205 — 

quelque JapUer moderne, comme semblent le croire ses suspects adora- 
tears. C'cst qu'eo effet elle esl née de la force méme des cboses. C'est 
Tappel des iotéréts lésés , intéréts pablics ou privés, de ville ou de ei- 
toyens, aa poavoir immédiatement supérieur ; appel qui devait nécessaire- 
roent aboutir, de procbe en proche, au pouvoir qui u'avait plus rieu au- 
dessusdelui, au pouvoir centrai. 

Le l*'' octobre , M. de Ginesty envoya son avis, très-fortement motivé ; 
il concluait a donner au sieur Fraicbe, à tilre de graliQcalion, une somme 
de 1 ,000 liv. , une fois payée. 

On sentdéjà, dansce rapport, l'influence des idées économiques mo- 
dernes : « Cest le nombre et le concours des élèves qui conslituent 
» rutilile d'une école. Si ie sieur Fraiche n'a pas un nombre siiffisant 
» d'élèves pour ses ordinaires, il n'a qu'à les diminuer. » 

... Un peu plus loin on trouve la trace du mèpris des nouvelles écoles 
mililaires pour les anciennes : « S'il fauten croire messicursles mililaires, 
)) les principes d'équitalion qu'on puisedans celteacadémiesontmauvais, 
)> il n'eslpoint de corps de cavalerieoù Ton ne fasse reprendre cet exercice, 
» quelques legons qu'on en ait déjà regues dans les écoles parliculières 
n telles que celles du sieur Fraiche. » 

... Enfln, un argumenl qui estbien du dix-buitième siede, comme 
slyle et comme pensée, est celui-ci : a Si la ville élait assujétie a tout le 
» détail de ce qui esl nécessaire a une école pubUque , la préférence de- 
» vrait étre en faveur des écoles plus utiles. Celle de chirurgie, par 
)) exemple , puisqu'elle est directement consacrée à la conservalion du 
» genre humain. » 

Les bureaux de M. de Saint-Priesl furent sans doule charqaés de la 
phrase, car ils s'en emparèrent pour la faire flgurer dans la réponse que, 
le 15 octobre, l'intendant fit au ministre. 

Il n'est pas probable que M. 'Fraiche fut aussi sensible à cet argument 
tire de la conservalion du genre humain. Dans son mémoire qui est 
annexé à Tavis de M. de Ginesty : a Son ètabllssementesttellement con- 
)) venable, dans une riche province, qu'il serali presque indécent de le 
» laisser tomber. Pour ce qui est de la qualité des jeunes élèves qui ont 
)) passe sous la chambrière , il peut dire , avec vérité , qu'il a eu tout ce 
» qu'il y a de mieux dans la province , tant dans l'épée que dans la robe , 



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— 806 -* 

)à commeM. de Mirepoix^ lesMM. deThezan, M. deBerDis, MM.Dapché 
)) pére etflis, M. de Valance, MM. de Cbalvet, M. le Comte, les MM. de 
» Piverl, de méme qae tout ce qui compose notre parlemenl, tant prèsi- 
» dents à mortier que conseillers , sans compier plusieurs seìgneurs 
» anglais, espagnols et ilaliens. )> 

Dans ce mémoire , quelqaes chiffres soni aussi curieux a relever. Les 
académistes payent24Iiv. par mois. Les pensionnaires 1,200 liv. par an, 
100 fr. par mois,moyennant quoi l'écuyer leur mentre à mooter àchevaU 
les Dourrit, les loge, et leur fournit le boìs et la cbandelle. Le mémoire 
ajoute : a Ce sont les prix d'autrefois, et cependant les denrées ou t augm.eoté 
du triple. Les malheurs du temps ne permeltent pas a la noblesse de 
laisser les jeunes gens pendant l'année enliére, et l'académie est toujours 
ouverle. » 

Les dernières pièces du dossier des archives ont trait a quelques répa- 
rations. Le 31 mars 1786, l'intendant aulorise une réparalion àia cou- 
verlure, montant à 242 liy. 

L'année suivante le sieur Yirebent, directeur des travaux publics de la 
ville, dresse un devis de 2,468 liv. 6 d. Dans ce devis élait compris un 
prolongement du manége, projet que protégeait le marquis de Fontenel- 
les. Ce fut une nouvelle lutto. Le 6 juillet les capilouls nomment une 
commìssion pour fixer texluellement les réparatìons urgentes seulement, 
et le 31 aoùt le devis est réduit à 926 liv. 13 s. 4. Le marquis de Fonte* 
nelles revint à la ebarge, et il fallut, le 20 février 1788 , une nouvelle dé- 
libération pour maintenìr celle du 6 juillet 1787. 

Celle domande de 926 liv. 13 s. 4 ne parut méme pas très-modérée a 
M. Bernard de Ballainvillers, qui avait pris la place de-M. de SaintrPriest. 
Aussi écrit-il^ le 31 mai. 1 788 , au subdélégué, qui est encore M. de 
Ginesty : 

« Vous verrez, Monsieur, par les requéteset les pièces ci-jointes, que 
Messieurs les capilouls demandent la permission de faire certaìns ouvrages 
au manége, estimés à 926 liv.; je vous prie de vèrifler et de me marquer 
si les réparations et cbangements qui en font l'objel sont véritablement 
utiles et nécessaires. 

» Je suis, Monsieur^ votre très-bumble et Irès-obéissant servileur. 

» Montpellier. » Ballainvìllers. » 



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807 — 



Nous trouvons dans TanQuaire de Baour , en 1791 , M. Fraiche encor& 
eaexercice; mais il s'est adjoìDt, avec la survivance de l'emploi, M. Ber- 
doulat. Il y avait trente-neaf ans qu'il dirigeait l'académie. Le baron de 
Yitrac l'avait dirigée pendant cinquanle-deux ans sans interrupUon. 

M. Berdoulat élait ricbe , et Tacadémie se distingua par le luxe de ses 
chevaax. Pendant tonte la Béyolation , elle ne cessa de fonclionner. L'in- 
surreclion royalisle ducomle de Paulo, en 1799, mil un inslant ses jours 
en perii. Un rassemblement de paysans, plus ou moins bien armés, est 
signalé a Puech-David. La ville est en émoi ; on mit les chevaux de Taca- 
démie en réquisilion : c'étaient de beaux chevaux, avons-nous dit ; quand 
on les rendi t, ils élaient transformés en vérilables rosses morveuses pour 
la pluoart. Notre école n'en mourut pas cependant, et M. Berdoulat con* 
tinua à la tenir ouverte jusqu*au moment où M. de Bellegarde, étant 
maire de Toulouse , il fut appelé a remplir les fonclions d'adjoint. 

Ce fut un M. Leduc qui lui succèda. Alors vinrent, pour notre acadé- 
mie, les jours les plus tristes qu'elle cut encore connus. La ville lui retira 
la jouìssance de son manége pour y élablir un atelier de charronnage des- 
tine aux charrois de Tarmée d'Espagne ; elle semblait bien près de perir, 
quand parut le dècret imperiai du 17 mai 1809. 

L'article TMndique Tesprit du décret : «Il sera élabli à Paris un comi té 
centrai , qui s'occuperà de tout ce qui est relatif a la propagation des 
races de chevaux , à Tamélioration des ètablissemenls de haras et d'età- 
lons, a rhippiatrique , à Tart vétérinaire et a l'équitation. » 

L'artiele 7 portait , en conséquence : « Il pourra étre établi flans tout 
l'empire onze écoles impériales d'équìtation : une a Paris non classée ; 
quatre de première classe a Lyon, Caen, Àngers, Strasbourg; cinq de 
deuxième à Turin , Bruxelles, Bordeaux, Rennes et Sienne ; enOn , une 
de troisième classe à Toulouse. » 

Toulouse, par l'importance de sa populalion, l'anciennelé de l'établis- 
sement dont la nouvelle école n'étaìt qu'une continualion , méritait prò- 
bablement d'étre un peu mieux classée. J'ignore si la création /acuitati ve 
de toutes ces écoles eut lieu; mais ce qui est certain , c'est que bien pea 

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— 208 — 

d'eDtre celles qui fureDt fondées ont survécu , taadis que TuDiqoe et 
humble école de troisième classe subsisle encore , pleine de vìe et de 
prosperile. 

L'école devail avoir aii miDìmum dix chevaux , au maximum quinze. 
Son commandaDt élait a la nomioalioD de Tempereur , sur la préseo- 
talion du ministre de Tiatérieur. 

Jamais le directeur de Tancienne académie n'avait été si richement 
rétribué. Les nouveaux appointements fixes élaieni de 2,000 fr. , plus 
une part contributive du Irésor, qui pouvait varier de 2,000 fr. au 
maximum à 1,250 au minimum. La ville vota 1,500 fr. d'ìndemnité de 
logement ; le département ne resta pas en arrière de générositè. En defi- 
nitive , le commandant de Técole ne tonchait pas moins de 7,500 fr. Ce 
f ut M. Gayen de Marin , ancien capitaine de dragons , et sous-écuyer du 
manége de Turin , qui, par un décret du 14 novembre 1810 , fui appelé 
à celle posilion. 

La Reslauralion respecta l'école ; Texergue du boulon de l'uniforme , 
car il n'y avail pas de bonne créatión imperiale sans uniforme , seul , 
subii le changement d'école imperiale en école royale d'équitatìon. 

Cet uniforme élait un habit gros bleu, coUet écarlate brode en argent, 
bouton d'argent avec un cheval équipe en relief , aulour duquel on lisait , 
suivant les circonstances : « Ecole imperiale ou royale d'équitatìon ; » la 
bolle à récuyère , le chapeau a trois cornes ; la broderie , pour les com- 
mandants , avait vingt-sept millimètres de largeur sur les parements et le 
coliet; celle des professeurs, Técuyer, quinze millimètres; enflnles pale- 
freniers avaient la tenue de ceux des haras. 

' Malgré tant de splendeurs , l'école , en 1830 , élait dans un élat peu 
prospère. L'àge et les infirmités de M. de Marin y aidaient sans doute; 
l'aulorilé municipale ouvrit un concours pour lui trouver un adjoìnt, et 
le 21 septembre, le maire nomma M. Arnichand, ancien élève de Fècole 
de Saumur , nomination qui fui confirmée par un arrété préfectoral du 
13 octobre. 

En 1831 , toules les allocations de l'Etat , du département, de la ville 
furent supprimées a la fols. Ce qui devail élre le coup de gràce de Taca- 
démie fui, au conlraire, l'aurore d'une prosperile qu'elle n'avait jamais 
eoDQue. 



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— 809 - 

M. Cayen de Marin mourut ea 1832, àgé de près de qualre-viogte 
ans; la place, corame on le volt , portait bonheur. Abandonné a ses prò- 
pres ressources , M. Arnichand redoubla d'efforls , efforts heureux : les 
élèves affluèrent de loules parls ; l'adminislration municipale ne voulQt 
pas resler élrangère à un pareli succès : elle vota 500 fr. ; puis, en 1834, 
1,000 fr. de subvention, à la condilion de faire donner gralaitement la 
lecon à dix élèves du collège; cnfln , le Conseil general , en 1839 , vota, 
à son tour , 500 fr. 

Un gymnase , qui rappelle un peu les projels du bon Piuvinel, et nous 
reporte aux premiers jours de l'académie, lui fui annexé en 1837. 

Aujourd'hui, en 1863, l'école compie vingl-qualre chevaux; jamais 
elle n'avait atleint un pareil chifFre, et il n'y a pas moins de deux cenls 
élèves qui passenl, tous les ans, sous la chambrière, corame on disait 
en1781. 

Ielle est , Messieurs , Thisloire de l'académie d'équilalìon de Toulouse. 
Si je me suis laissè enlrainer a donner à celle nolice une élendue peut* 
élre hors de proporlion avec l'importance du sujel, qu'on veuille bien se 
rappeler que celle modeste instilulion a près de deux siècles et demi 
d'existence. Combien peuvent se vanter d^ine aussi longue durée? Les 
compagnies des cadets de 1682 ne vivenl que dix ans; celles de 1726 
septans; la première école mililaire vingl-cinq ans, la deuxième dix 
ans; les écoles de cavalerie de M. de ChameU on 1764 , a Donai , Metz , 
Besangon, Angers, septans; Saumur^ créée sur leur mine, etfermée 
en 1790. Sente nolre acadèmie subsiste sans interruplion , malgré les 
malbeurs des temps , Ics troubles polìliques. Les murs de son manége 
assislent aux trois grandes révolutions de Tari de réquitalion : c'est 
d'abord Télève de Piuvinel , ferme sur ses argons, le corps pris dans la 
selle àpiquets, les jambes tendues , endossanl parfois Tarmure des vieux 
temps pour courre la bague ou rompre la lance contro le quintan. Le 
grand Frédéric cbange le ròte de la cavalerie sur les cbamps de balailte ; 
il faut abandonner les anciens princìpes. M. de la Guerìnière abat le tour 
de piquets de la selle ; les jambes , le corps de l'écuyer s'assouplissent ; on 
torture cependant encore un peu sa posilion , et il reste majeslueux avec 
son chapeau-lampion , ses vastes bolles à Técuyère et sa culotle de peau. 
Enfin , parait l'école moderne , qui supprime toules les enlraves , sauté et 



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— 240 — 

M tient a cheval comme les cavaliers de Phìdias sar la frise du PartbéDOD. 

Sa loDgae carrière a sobi tous les régimes. 

Ecole municipale fondée par les capilouis, elle est absorbée par l'aca- 
^émie provinciale des états; son direcleur fait partie de la grande écurie 
et relève directement da grand ècayer; elle devient un instant, a la Revo- 
lution , une institulion privée; puis la voilà ècole imperiale , école royale; 
son commandant est un fonctionnaire de l'Etat. Tant de splendeurs lui 
semblent fatales; elle va perir, quand tout à coup, comme Àntée en em- 
brassant sa mère , elle se reprend à la vie , plus prospère que jamais , en 
redevenant ce qu'elle ètait à son berceau : un simple enfant de la cité. 

De CHANAL. 



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MONOGRAPHIE 



DB 



LA GATHÉDRALE D'URGEL 



(i) 



EIV GìIlXìIlIuOGIVE:. 



I 



L'église cathédrale de la Seo dUrgel est sous le vocable de saiDl 
Odon. 

Elle est un des plus purs et des plus beaox spécimens de cette archi- 
tectore romaDe da onzième siede, qui a laìssé dans nos contrées pyré- 
néenDes des Iraces si nombreuses, et soavent des monomerits si remar- 
qoables. Bàtie par saint Erroengaalt (2) , dans la première moitié da 
ODzième siede, cette église semble avoir été faite d'an seul jet, avec le 
beau doftre qui s'appuie sur sod flanc droit (3). 

(4) Urgel est nommé diversement Orgellum, Orgia ^ Orgella, Urgella, (Moréri citant 
Marea Hispanica.) 

(9) Saint ErmeDgault ou Ermengolt, ou Hertnengaud , ou bien Uermangaud. 

(3) Saint Ermengault bdtit, en effet, Tégllse et le cloitre, et y établit des chanoines régu- 
liers de Saint- Augustin auxquels il assigna des revenus sufiSsants. (Praprium du Bréviaire 
romain pour le diocèse d'Urgel. ) 

Richard , dans sa Géographie ecclésiastique , assìgne une autre date à la construction de la 
cathédrale d'Urgel. Il dit qu'elle fut élevée du temps de Charlemagne et de Louis le Débon- 
naire. Cette opinion serait une erreur manifeste si elle se rapportait à la cathédrale actuelle. 
Mais je crois que son asserlion peut et doit s'appliquer à une autre église qui existe encore 
près du clottre , que les traditions locales dlsent plus ancienne que celle de saint Ermen- 
gault, et qui, d'après les mémes tradilions, aurait été primitivement la cathédrale. Elle est 
sous le Yocable de saint Michel. 



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— 842 — 

Je vais essayer de donner de ces édifices une description aassi d^taillée 
que possible. 

Je dois rappeler d'abord que l'archìtecture du onzième siede se fait 
remarquer par une grande sobriété d'ornementalìon. Ce n'esl pas de la 
pauvreté ; car la décoralion qu'on apergoil sur les édifices de celle epoque 
accuse la force el la ricbesse d'une imaginalion dans la plénilude de sa 
puissance. L'art chrélien n'élail pas encore parvenu à son enlier dévelop- 
pement; on seni qu'un principe fécond l'anime , et que l'beure n'est pas 
loin où il s'èpanouira dans loule sa gràce el sa majeslueuse beaulé. 

Ne noQS élonnons donc pas de ne point renconlrer sur les monumenls 
de celle période les ornemenls mullipliés doni se charge l'arcbilecture des 
siècles suivanls, et, avant de l'avoir éludié, gardons-nous bien d'appeler 
barbare un art qui conserve encore queique chose de la sevère el classìque 
beaulé des lignes anliques, qui ajoule aux souvenirs du passe des ricbes- 
ses qu'il lire de son propre fonds et qui Irabissent ses nobles aspiralions 
vers un idéal de perfeclions qu'on n'avail pas encore alleìnt. 

11 n'entre nullement dans ma pensée d'élablir une comparaison quel- 
conque enlre l'art grec el l'art du moyen àge. L'art grec, en effet, élait 
l'expression de l'idée paìenne-: il a Iraduit celle idée avec un suprème 
bonbeur. Le paganismo avait adressé un culle a la beaulé sensueile et 
plaslique; l'art paìen s'élait èlevé , par la beaulé de ses formes et l'har- 
mbnie de ses proporlions, à la hauteur de ce culle. 

L'art du moyen àge élait l'expression d'une idée spiriluelle et mysti- 
que. Il devait reproduire un idéal que nulle forme malérielle ne pouvait 
rendre; il devait donc employer des formes a pari et traduire sa pensée 
par une langue arlislique qui lui fui propre. Il devait méme souvent ne- 
gliger un peu celle barmonie des proportions et celle régularilé du Irait , 
doni on avait, je l'avoue , perdu beaucoup lo souvenir , aQn que la beante 
ìnlérieure des dogmes que cet art abritail pùl percer aisémenl a travers 
ces voiles grossìers. 

Les invasions barbares avaient disperse ce qui reslait des civilisalions 
antìques , entrafnées , par leur propre corruplion , dans les abimes od 
elles s'élaient ensevelies. L'^rt et les langues avaient suivi celle décré- 
pitude, et la sociélé humaine, qui ne pouvait pas perir, devait, pour 
retrouver sa jeunesse, se reconstituer. i 



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— 843 — 

Xe christianisme fat son saaveur. L'esprit tiot le sceplre da poavoìr ; 
les seos obéirent en esclaves ; on oublia tout uq passe de honleax sen- 
soalisme et d'apothéoses matérielles ; l'homme n'était plus un animai 
raisonnable , il ètait une dme à laquelle Dieu avait prète des sens pour 
la servir. 

L'humanité, redevenue enfant, avait a refaire son éducation. Ueùtété 
dangereoxde rappeler les charmes de l'art antique^ qui n'était plus en har- 
monie avec ses nouveaux besoins et ses nouvelles destinées. Il lui fallali 
trouver dans son sein un art nouveau, digne d'elle, degagé, comme sa 
foi, de la matière et des sens, et qui ne lui rappelàt que des idées subli- 
mes comme ses croyances et pures comme sa morale. 

C'est là, croyons-nous, le secret de cet art admirable du moyen àge, 
que tout le monde ne comprend pas assez , et que l'on condamne comme 
tout ce qu'on ignoro. 

La cathédrale d'Urgel est l'une des remarquables expressions de ce 
bel art. 

Essayons de la faire connattre. 

II 

FACADE. 

Le milieu de la fa^ade est occupé, dans le bas, par un grand portali 
roman du onzième siede. 

Àu pied du portali , le soubassement des jambages est forme de deux 
animaux Irès-frustes , qui paraissent étre des lions dévorant un élre 
humain. On remarque au haut des jambages, au niveau des cbapiteaux, 
les tétes de deux grands lions accroupis, qui semblent guéter leur prole. 

Ces lions, placés en dehors de la porte, paraissent symboliser l'esprit 
du mal qui , dans le monde et bors de la maison de Dieu » róde sans cesse 
autour des àmes, cherchaot à les dévorer : Tanquam leo rugiens circuii 
qucerens quem devoret. 

L'archivolle de la porte est composée de Irois voussoirs , supporlés par 
autanl de colonnes , surmonlées de chapileaux animés ou feuillagés. 

Ainsi^ le premier chapileau qu'on voit a droile, en entrant, est orné 
de feuilles d'acanthe. 



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— S14 — 

. Sur le second cbapìteau, des tètes de iponstres formeot les angles et 
tieDnent , dans leur gueule , les tiges des rinceaux dont les feuilles s'épa- 
nooissent sor les faces. 

Le premier chapiteau a gauche , eu entrant , esl Irès-fruste. On y voil 
deux aoimaux dont les tétes accolées dessinent la volute du ceotre. 

Le second chapiteau représenle un de ces nombreux obscenay que Fon 
retrouve partout dans la symbolique naive du moyen àge. Un étre 
hìdeux , a forme humaine et a Ggure de singe , se livre à une action dés- 
honnéle, landis que^ de chaque còlè, des monstres hybrìdes, figurant 
le diable, vomissant par leurs gueules de longues flammes, altendent 
qu'il ail consommé sa honteuse et coupabìe action pour se saìsir de lui. 

La gorge de Tarchivolte est occupée par des tétes grimagantes ; celle 
des jambages par des billettes. 

Au-dessus de la porte, sur les trumeaux qui sont aux deux còtés da 
tympan, on voit deux groupes pareils se correspondanl. Chacun de ces 
groupes est forme d'un lion qui dévore le cràne d'un homme qu'il vieni 
de terrasser. Un autre homme; plus petit, conche à plat ventre sur le 
dos du lion^ dont il tient le cou enlacé dans ses bras, semble se réjouir et 
encourager le feroce animai. 

.11 y a là tout un poéme de symbolisme chrétien. Il est évident qua 
rhomme terrassè représente l'àme humaine vaincuo par le péché el dévorèe 
par le démon dont elle est devenue la prole. L'homme conche sur le lion^ 
qu'il caresse et encourage, représente ces hommes méchants qui sem- 
blent avoir fait un pacte avec le diable , qui tendent des embùches a l'in- 
nocence , se réjouissent de ses chutes et sont tout fiers da mal qu'ils ont 
fait. Le diable, auquel ils sont extrèmement utiles et qui est sur de les 
posseder , ne les tourmente pas ; il leur rend tout facile , et l'action de 
les porter sur son dos indique qu'il veut leur communiquer sa vitesse et 
leur éviter les faligues du chemin, afln de hàler l'oeuvre du mal. Le grand 
portai! est flanqué, de chaque coté , d'une porte cintrée, dont la baie est 
magonnée , et dont l'archivolte est composée de quatre voussoirs sans 
ornements. 

Les tours des angles de la fa$ade, dépourvues d'ornementations, ne 
sont pas finies; elles s'arrétent, comme a Saint-Sernin de Touloase, à 
hauteur du faitage. 



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~ 245 — 

Àa-dessus , et sur toute la largeur du mur de fagade , règne une belle 
frise hìstoriée. 

La Pierre qui occupe le milieu de celle frise représente un monstre 
saistssant deux brebis ou agneaux dont les tétes affrontées et baissées se 
toucbent. La téle du monstre respire une joie feroce. 

A droile , deux élres bumains tiennent dans leurs mains deux tiges 
dont Textrémité s'épanouit en fleuron. 

La pierre qui suit offre la figure d'un loup , lance au galop , regardant 
en arrière. 

Puis vieni un bomme accroupi. 

Plus loin , un monstre, a face de loup, dévore deux bommes, dont il 
a déjà mangé le corps , et dont les tétes qui resten t forment les deux 
extrémilés. 

Enfm , un monstre , à lete de lion et a queue de sirène ^ accroupi et 
tirant la langue. 

Revenons au milieu de la frise et parcourons la parile qui se présente 
a gancbe du spectateur. 

On y apertoli d'abord un guerrier arme et comme poste en embuscade. 

Puis un élre bumain emporté par un monstre , lance au galop, et sur 
lequel il est place comme a cbeval. 

Trois monstres, a téle de lion et a queue de sirène. 

Des reptiles fantasliques enroulés. 

Un monstre poursuivi par un élre bumain. 

Un monstre a téle bumaine, lantani une flècbe avec un are. 

Un élre bumain nu , ayant les bras et les jambes écartés et relevés. 
Il semble caresser la lète de deux animaux formant les angles. 

Téle de monstre au milieu d'enroulements. 

Enfin, téle grima^ante. 

Au-dessus de la frise s'ouvrent trois grandes fenélres cintrées. EUes 
n'ont d'autre ornement que les cbapiteaux a larges feuilles d'eau qui cou- 
ronnent les colonnettes. 

Vieni ensuile un fronton triangulaire très-ornementé. Deux colonnes 
en divisent le tympan en trois zones. La zone centrale est occupée par * 
une fenétre à plusieurs voussoirs. Les moulures soni des tores et des 
gorges; les gorges sont ornées de billelles. 

89 



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— 246 — 

Les deux zones latérales soDt percées d'oeils-de-boBuf , décorés de tores 
et de gorges ornées de billettes. 

Sous le triaogle du fronton règoe une sèrie asccndante et descendante 
de neuf arcalures a plein cintre^ aveugles et supportèes par des modilloDS 
à léles grimagantes. 

Les moulures qui forment l'extrados du triaugle sont : une ligne de 
tétes de diamants ; un lore enlre deux fllets ; un zigzag; un boudin lorda 
cu cable enlre deux listels; une aulre ligne de létes de diamants; une 
doublé ligne de bouls de bàlons. 

Le chevet exlérieur des croisées du Iransept est carré. Dans un vaste 
retrait , deux pilaslres bruls ronopent la monotonie des lignes. Le hant 
est orné d'une sèrie de neuf ^rcalures à plein cintre , aveugles et sup- 
portèes par des modillons ornés de tétes , de roseltes et de palmettes. 

Le chevet de l'église se termine par une admirable abside circulaire, 
faisant face a la grande nef ou nef centrale. Celle abside est ajourèe par 
trois fenétres à plein cintre. Celle du milieu , plus grande queles autres, 
offre quatre voussoirs^ quatre colonnes et quatre cbapiteaux, doni deux, 
du'méme coté , sont animés; les deux qui occupent le còlè oppose sont 
feuillagés. Ces chapiteaux sont très-remarquables. Le baut de l'abside 
est couronné d'une suite d'ouvertures cintrées doni les baies sont ma- 
Connées. 

Yers le milieu du flanc droit de la cathédrale , une grande porte très- 
ornemenlée ouvre dans le cloitre. On y remarque sìx voussoirs com- 
posés d'un lore accoste de deux gorges , dans lesquelles sont semées, à 
distances égales , des tétes humaines et des billettes se correspondant. 
La grande gorge du voussoir centrai est comblée de ciment, dans lequel 
on a engagé rexlrèmité des barres de fer de la grillo a deux battants qui 
va du baut en bas. Les tores des deuxième et quatrième voussoirs sont 
beaucoup plus forts que les autres. Ils ont le méme diamètre que les fùts 
des colonnes doni ils ne seroblent étre que le prolongement. 

Les chapiteaux des angles sont animés. Celui de droite est forme de 
deux animaux (lions?) dbnt les corps occupent les deux faces apparentes; 
les deux tétes se touchent et semblent collées l'une à l'autre. 

Le chapiteau qui est en face, à gauche en entranl da cloitre dans 
l'église, ^est compose de six animaux superposés trois sur trois (mons- 



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— 217 — 

tres à forme humaiae). Les trois supérieurs tienuent dans leur gaeule la 
moìlié du cràne des inferi eurs. Cesi très-curieux ; nous n'avons rien de 
pareli dans uolre riche collection. 

Les deux aulres chapiteaux , de chaqae còlè , soni composès de gros- 
sières feaìlles d'acanlbe avec enroalements a gres crochels. Aa-dessus des 
chapiteaux animès apparaissent de peliles volules surmontées de pelites 
billettes. , 

Les tailloirs soni unis. Une pelile billetle sur les angles de la plìnlbe 
des bases des colonnes. 

II^TÉRIEUR. 

L'inlérieur de la calbédrale d'Urgel n'a pas aussi bien conserve son 
caraclère prirailif que rextérieur. 

Des reslauralions , des décoralions ou des approprialions diverses 
accusent les différenles époques auxquelles elies appartiennenl. Quelques- 
unes de ces décoralions, plus ou moìns récenles, ne manquent pas de 
mérlte ; mais elies ont le tort de déflgurer un monument remarquable^ 
qui serali, sans cela^ un vrai bijou de Tarcbilecture romane. 

Ainsi , le cboeur des chanoines , le cancel ou chancel du presbylerium 
(sanctuaire) , la cbaire à précher el le mailre-autel , très-ricbemenl de- 
corò, soni des premières annéesdu seizième siede. Cesi Irès-beau; mais 
ce devrait élre ailleurs. Les orgues soni placées dans le cboeur an-dessus 
des slalles. Il y a deux orgues; un de cbaque còlè. L'un, qu'on appello 
grand orgue, seri pour tous les doubles el au-dessus; l'aulre, qu'on 
appello petit orgue, seri pour les senii-doubles et au-dessous. Ces orgues 
sont fermées par deux grands volels peinls à Thuile. On y a représenté 
Saint Odon , saint Ermengauld , palrons et fondateurs de la calbédrale , 
et sainte Cécile. 

J'ai remarqué, sous la grande stalle d'honneur, une misèricorde qui a 
attirò mon atlention. On y volt un homme barbu fllant une quenouille; 
il est prosterné dans l'alti ludo de la résignatioo et de la pènilence. Une 
femme jeune, largement drapèe, tieni une couronne dans la main droite. 
Elle symbolise la religion, toujours prète à pardonner ; la couronne est la 
récompense accordée au repentir. Cesi donc ici une synlbèse expressive 



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— 248 — 

de la vie du pécheur repentant; ony voit la fante ^ Vexpiation, la ré- 
compense. Celle miséricorde , d'une Irès-grande purelé d'exéculion , 
parafi appartenìr a la Renaissance. 

Les croisées da transepl soni ornées , a leur exlrémilé, d'une grande 
porle murée, dans le goùt des deux portes que j'ai décrites. Seulemenl, 
il a bien fallu qu'un badigeon éclatant de blancbeur vini les salir. 

On reraarque à Textérieur du choeur , el sous le petil orgue , une cha- 
pelle dédiée a saint Odon , bàlie en méme lemps que Féglise, et ornée, 
suT la piate-bande extérieure des jambages et de rarcbivolte, de sculp- 
tures charmanles représenlant , en méplat, des évéques, des papes, des 
moines , etc. Cesi une des plus jolies cboses que j'ai vues dans celle 
église^ où les richesses de l'ari abondent. La voqte du transepl se brise au 
milieu , à la renconlre du grand axe de l'église, et s'èlève en forme de 
dòme sphérìque. Cesi un souvenir de la coupole byzantine, qu'on relronve 
dans presque toules nos églises romanes. 

La cbapelle de Sainte-Croìx , située dans le bras gauche du transepl^ 
près du chevet^ possedè un monumenl d'un haut inlérét archéologiqoe : 
c'est la ch&sse qui renferme les saintes reliques du bienheureux Ponce de 
Planèdes, el la cbapelle des saintes Lucie el Madeleine, placée dans le 
bras droit du méme transepl , conserve- aussi le sarcophage du bienheu- 
reux Bernard de Traversères. 

Ce soni deux jolis spécimens de Tari aux treizième el quatorzième siècles 
que j'ai cru devoir connaf tre avec quelquedèlail. 

Je commence par la chàsse qui contieni les reliques du bienheureux 
Ponce de Planèdes. 

Disons d'abord que ce saint religieux, de l'ordre des Frères prècheurs, 
fut massacré par les héréliques en baine de la foi , l'an 1242 , à Castelbo, 
lieu silué au couchant d'Urgel, à deux lieues el demie de dislance, el 
alors soumis au comlede Foix. 

La chàsse qui garde ses précieux restes mesure, en longeur, 1"*,84; 
en profondeur, 0"*,34; en hauteur, 0",62. 

La face principale se. divise en six comparlimenls, séparés par des 
pilaslres en guise de conlre-forts et composés d'un faisceau de colonnelles 
couronnées d'ogives aveugles el aulrefois de pinacles aigus aujourd'hui 
disparus; ils onl élé sciés. La décoralion sculplurale est parlout identique- 



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— 249 — 

meDt la méme. Elle se compose d'un grand are d'ogive a iiers-point , en- 
fermant deox petlts arcs d'ogive , retombant au centro sor un fleuron 
trìlobé. Llntérieur de cbacun de ces petits arcs est lui-méme ornè d'une 
arcalure trilobée. Sous la brisure da grand arc^ on remarque alternative- 
roent un trilobe allongé , encadré dans un triangle ogival y et une rose 
quadrilobée. L'extrados de cbacun des deux arcs composant la grande 
ogive esterne d'un grand fleuron épanoui. 

Le centro supérieur de chaque compartiment offre un vase feuillé, pose 
sur une base triangulaire et contenant un fruit rouge. 

Le couvercle est orné d*une sèrie de losanges formès par des lignes de 
différentes largeurs et de couleurs noire, bianche, gris foncé. L'intérieur 
du losange est un seme de pois de couleur gris foncé , sur un fond rouge 
éclatant. 

La face du petit còlè droit se compose d'un fronton triangulaire aigu 
dont le fleuron a disparu. Sous l'angle du fronton, on voit un trilobe 
au-dessus d'une grande et riche rose , dans le goùt le plus pur du 
treizième siede. Une doublé baie ogivale, séparée par un faisceau de 
colonnettes, renferme deux personnages abrités sous une arcature trilobée. 

Le premier de ces personnages porte l'habit dominicain. Il lient un livre 
dans la maio gauche; il bénit^ de la main droite, a la manière latine. 

Le second personnage est barbu. Il a la chevelure épaisse et noire. Il 
porle également un livre ferme dans la main gauche , landis que sa main 
droile relìent les plìs de sa robe rouge , brodèe d'or. Sa téle , légèrement 
inclinée, est nimbée. Sa figure exprime une douceur ineffable , et comme 
une pressante invilalion. Àux pieds de cbacun de ces deux personnages, 
on apergoit des traces ioforraes d'inscriplions ; mais elles soni si frusles 
qu'elles ne nous peuvent rien apprendre de cerlain. 

Grande facade. Premier compartiment , à droite. — Deux person- 
nages abrilés sous les pelits arcs d'ogive trilobès. Tous les deux sont 
nimbès. Le premier a la figure d'un vieìUard ; il a la barbe et les cheveux 
blancs. Il lient un livre ferme dans sa main droile; son bras gauche 
retient les plis de son manteau. Le second est saint Barlhélemy, carac- 
térisé par son attribuì ordìnaire : le couleau qu'il tieni dans sa main 
droile. Sa main gauche relève les pans de son manteau noir, doublé de 
rouge, bordé d'or. Il a la barbe noire. ^■ 



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— 220 — 

Deuxième compartiment. — Deux personnages. Le premier est nimbé. 
Sa téle se pencbe légèrement sur l'épaole droite. Sa bouche sourit ; son 
visage jeune exprime la douceur. II a les cbeveux loDgs , blonds , aboD- 
dants. Il tieni un livre dans la main droite. Sa main gaucbe relève les 
plis de son manteau noir, doublé de rouge, bordò d'or. Ce personnage est 
Saint Jean , Tévangéliste , le disciple bien-aimè du Sauveur. Celui qui 
vieni après esl nimbé; il a la barbe et les cheveux noirs et abondanls. Il 
tieni dans sa main gaucbe la longue bampe d'un Agnus Dei qu'il designo 
avec l'index de la main droite. Cesi saint Jean-Baptiste. 

Troisième compartiment. — Deux personnages. Le premier est un 
vieillard. Sa figure est d'une perfeclion de lignes admirable. Sa téle est 
nimbée et ornée d'une belle et épaisse couronne de cheveux blancs. Sa 
barbe esl bianche. De sa main droile, il bénil à la manière des Latins. Sa 
main gaucbe s'appuie sur une béquille courle. Il est vétu de la tunìque 
capucbonnée à larges mancbes. Il porle sur sa poilrine une grande croix 
pàlée. 

Le deuxième personnage est vétu de l'habit dominicain. Il porle le livre 
dans la main droile , il bénil de la main gauche el il n'est pas nimbé. 
Cesi peut'étré l'image du marlyr Ponce de Planèdes. 

Quatrième compartiment. — Deux personnages. Le premier est saint 
Paul, caractérisé par son attribuì ordinaire : l'épée qu'il tieni de la main 
droile. Il porte le livre dans la main gaucbe. Son largo front chauve n'est 
occupé que par une touffe de cheveux noirs. Il a la barbe et la mous- 
tache noires. Le manteau est rouge; la tunique noire, bordée d'or. 

Le deuxième personnage esl saint Pierre. Il est nimbé. Il tieni les clés 
de la main droile ^ le livre de la main gaucbe. Il porte la couronne de 
cheveux monaslique. Il a la barbe hérissée el gréle; le front largement 
et profondément ride. Le manteau esl d'un bleu foncé, doublé de rouge ^ 
bordò d'or ; la tunique est grise. 

Cinquième compartiment. — Deux personnages. Le premier est un 
évéque. Il esl nimbé. Il est coiflé de la mitre rouge , bordée d'or, afifeo- 
tanl la forme si connue des milres du treizième siede. Il est revéla 
de ses habils ponlificaux. Il esl gante; il porte l'anneau pasloral à sa 
main gauche ainsl que la crosso fleuronnée. Il tieni un livre dans sa 
main droile. 



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Le deuxième personnage est nimbé. Il a les cbeveux longs, blancs et 
séparés sur le milieu du frout. Sa flgure a été brùlée par Tua des cierges 
que la piélè des iidèles tenait allumés sur les bords de la chàsse. Il lient le 
livre de la main droite , qui ramène eu méme temps les paus de son man- 
teau Doir^bordé d'or. Il béuit de la maio gaucbe. Sa lunique est rouge. 

Sixième campar timent. — Deux personnages. Le premier est nirabé; 
coiffé d'une calotte noi re ; cbeveux , barbe et moustaches rares. Il a le 
livre dans la main droite. La gauche relève les pans de son manteau 
noir, doublé de rouge. 

Le deuxième personnage est nimbè, coiffé de la calotte noire. Les 
cbeveux, la barbe et la moustache sont clairs et chàtaìns. Il a le livre dans 
la main gaucbe. Il bénit de la main droite. Il a le manteau rouge, la 
tunique noire , bordée d'or. 

Deuxième pelile face laterale. — L'ornementalion est entièrement 
semblable a celle de l'autre petite face laterale. Deux personnages affron- 
tés, portant l'habit de Cfteaux. Ils appuient chacun une main sur une 
longue bèquille , et paraissent bénir de l'autre main. 

Àprès avoir ainsi parcouru en détail tonte l'ornementation du sarco- 
phage que nous venons de décrire , et après l'avoir longtemps et mùre- 
ment examinée, nous sommes demeuré convaincu qu'il doit remonter 
environ au milieu du treizième siede. 

La chàsse qui renferme les précieux osseraents de Bernard de Traver- 
sères (1) , placée dernière l'autel de la chapelle des saintes Lucie et Made- 
leine, est en bois. Elle affecte la forme d'un cercueilet le couvercle est en 
forme de tolt aigu et a arète vive. Nous avons voulu d'abord déterminer 
la nature du bois dont elle est falle. Après un examen atlenlif, nous 
avons cru pouvoir affìrmer que les deux bouts de la chàsse étaient en 
bois de pin commun du pays , tandis que les autres parlies de la méme 
chàsse nous ont paru élre d'un bois plus précieux : du pin des Landes , 
ou peul-étre du bois de Nerva. 

(1) Traversères est un bourg de la Cerdagne, à l*orient d'Urgel. On y voit la maison da 
martyr. Oa Thonoie dans oette localité comme Saint, et le peuple l'appello sax Bbrnat de 
TaATiRskais. 



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— 222 — 

La face anlérìeure de ce sarcophage représente le bienheareux Bern^d 
couché. Il est à peu près de grandeur naturelle. Il a les yeux fermés. Sa 
lète porte la couronne relìgieuse ; elle repose sur un coussio rouge à car- 
reaux. Le centre de cbaque carreau est occupé par une petite Ceorelte. 
Les coinssont terminés par un bouton uni. Le bieobeureux Bernard est 
revétu de Tbabìt dominicain. Il a les maias crdsées, la droite sur la 
gaucbe^ el appuyées sur le milieu du corps. 

Le sarcopbage mesure l'^^SO de longueur; 0°'^40 de bauteur jusqu'aa 
couvercle. 

Le couvercle, 0°,28 de bauteur. 

Notre altenlioD s'est ensuite portée sur les autres peiutures qui déca- 
rent le sarcopbage. Nous avons remarqué le saisissaot tableau qu'offre aa 
regard la petite face de droite. Là, le bienbeureux est en cbaire, dans. 
nue église, précbant la vérité a une foule attentive. Le peìutre a voula 
représeoter le bienbeureux Bernard accompiissant Fune des principales 
fonctions de son saint mìnistère , qui lui valut la mort glorieuse qu'il a 
subie. 

La face antérieure du couvercle est seule peinle. 

Sur un fond de carreaux émaillés rouge, blanc et noir, bordè d'or, se 
trouvent trois médaillons posés, Tun au centre, les autres aux deux 
extrémités. 

Le médaillon qui occupe rextrémité de gaucbe représente deux grands 
anges, nimbés d'or, aux grandes ailesd'or éployées, vétus d'une longue 
tunique verte, bordée d'or. L'extrémité de leur corps et les derniers plis 
de leur robe flottante se perdent dans des nuages. 

Ils tiennent par les quatre coins un drap de soie rouge, bordò d'or, 
au milieu duquel apparait l'àme du bienbeureux sous la forme d'un très- 
jeune adolescent, a genoux, les mains croisées sur la poìtrine, les yeux' 
à demi baissés , la boucbe effleurant un sourire comme dans une extase 
béalifique. Celte àme porle toujours sur sa téte la couronne religieuse, 
et elle est revétue de l'babit dominicain , mais blanc et sans cape. 

Cesi l'apotbéose du bienbeureux Bernard de Traversères. 

Les autres médaillons porlent, sur un champ de sinopie contourné 
d'un doublé liseré rouge, un écu. Cet écu est : de gwules, à la lune ou 
croissant dPargent , les cornes en pointe. 



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— ttS — 

Ce sont lesarmes de Fedro de Luna, qui, ètant devenu évégue, garda 
les armoiries de sa famitte. Ce prélat occupa le siége épiscopal d'UrgeU 
depuis 1365 jasqu'ea 1370, aonée de sa mort. Cesi ce qui conste^ 
d'après rioscripUon gu'on lisait sur soq tombeau , rapportée par /• d& 
Villanueva , daos le tome II de soo Viage literario à las Iglesias de 
Espana, pag. 223. Cette inscripUon est aìDsi con^ue : Anno MCCCLXX 
vicessima... decessa nobilis Petrus de Luna, docior episcopus Urgel- 
lensis et in cràstin... sepultus. Aussi n'est-il pas possible de le confoudre 
avec cet autre Fedro de Luna, élu pape quatre ans plus tard (1374) , à 
ÀYignon , sous le nom de Beoolt XIII. 

La préseuce des armes de Fedro de Luna sur notre sarcopbage nous 
a donne la date précise à laquelle il faut le rapporter. Cette date concorde 
parlai lement d'ailleurs avec tous les caractères essentiels que nous 
avons remarqués sur ces peintures, et qui ne nous permettent pas de 
léur assìgner une autre epoque que le quatorzième siècle. 

La remarquable inscription qui règne sur le biseau de la plancbe qui 
forme le fond du sarcopbage avait déjà arrété nos convictions sur Tàge 
de cette cbàsse , puisqu'elle existe encore dans un état de conservation 
assez parfaile. Elle est écrite en belles lettres du quatorzième siècle^ et 
dans le style le plus pur de cette epoque. Cette inscription est ainsi 
congue : 

FRA i BERNARD \ DE TRAVESERES i PREICADOR • EN • (sic) 
QVERIDOR i DLL i EREGES i 

CLOtTRE. 

Le cloìtre a la forme d'un carré légèrement allongé. Le grand còte 
renferme dix-buit colonnes; Tautre dix-sept. L'un des quatre còtés a été 
démoli dànsle siècle dernier, et Ton a substitué à l'elegante arcbitecture 
romane une lourde et massive construction en pierre de grand appareil , 
dépourvue de tout ornement, C'est parfaitement dans le goùt du dernier 
siècle ; mais c'est ignoble. 

Quatre colonnes avec leurs bases, leurs cbapileaux etileurs arcbivolles 
ont seules été conservées. EUes forment un charmant abri à une belle 
fontaine qui est à coté de la porte du grand séminaire. 

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— 82i — 

Les chapileaax da clottre sont taalòt aaimés, lantdt fenillagés. Ce 
^Dt des animaux fantastiqnes , des hippogriffes, des monstres à face 
hnmaioe, etc... Ceui-ci semblent écrasés sous lepoidsde Tabaque qullè 
soutiennent. 

Les tailioirs ea biseaa sont souvent ornés de riaceaux ; d'autres fois 
d'une sinopie rosette appliquée sur le milieu de la face; ce n'est aussi 
quelquefois qu'une combinaison de différentes moulures. 

Les chapiteaux feuillagés sont formés de larges feuilles d'eau à volutes. 

Un chapiteau très-remarquable se compose de quatre hommes barbus , 
4ìbaussés a la poulaine , et jouant de la viole et da rebec. 

Toutes les petites gorges qui, soit à l'iotérieur, soil à Texlérieur, 
viennent se réunir sur le milieu du tailloir qui supporte la retombée des 
arcs cintrés , $ont ornées de billettes. 

Le grand chapiteau de l'angle qui termine la galerie par laquelle on va 
à l'ancien réfectoire des chanoines réguliers est très-curieux. il repré- 
esente un homme imberbe , vétu d'un simple cale^on qui ne descend qu'à 
moitié cuisse. Il Uent les mains élevées et semble se cramponner aux 
Tolutes du chapiteau , pendant que deux lions^ dont les tétes forment les 
angles supérieurs du chapiteau , tiennent dans leur gueule l'extrémité de 
ses jambes qu'ils dévorent. La figure de ce personnage exprime la douleur. 
Ce chapiteau est reproduit dans Tancién cloftre des dominicains. * 

Un autre chapiteau est compose de grands oiseaux qui paraissent des 
aigles , empiétant des serpents qui les mordent sous les ailes. 

Plusieurs chapelles existent encore dans le cloftre. Eiles n'ont rien de 
bien remarquable; elles sont surchargées d'ornements qui accusent plus de 
profusion que de goùt. Je ferai remarquer que tout le monument est pare- 
mente sur ses deux faces, en moyen appareil cubique, en pierre da pays. 

Yoid les inscriptions tumulaires que j'ai pu recueillir dans ce clottre 
qm , comme lous les édifices de ce genre, était primitivement destine à 
étre une espèce de campo santo, de lieu du repos. 

(< Sepultura del III' (illustre) S' Joseph de Boquet^ S' de Calvinya y 
» dels seus. 1604. » 

Att milieu son écu écartelé : au premier , à la tour crénelée ; au deuxième, 
à trois ètoiies posées en bande ; aux troisième et quatrième, à deux chàvres 
affrontées passantes. 



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— 886 — 

Aa bas : Requiescat in pace. Amen. 

Vècn est timbré d'un heaame ferme, orné de ses lambrequios. A dextre^ 
une téte de mort sor deux os ea saatoir. 

(( SepoUara del D' Geroninet y dels sens. » 



(( Don Juan Pavriera, Don Jaan Arajolynet. » 

1738. 

(( Seif a expensas del R"* (révérend) Franco Fusler per 
)) dessendents I (I) del seos. 1738. » 



SOS Germans j 



Une riche dalle tumulaire , en marbré noir, encastrée dans le mor^ 
porte cetle inscription : 

(( S. Philipus hic dormit et 

» DerminaBanat ejus (uxor?) ossa I AIA. )> 

Aq milieu de la dalle, un coeur, percé de trois clous a, téte pointne,, 
accoste de deux fers à cheval. 

(c Sepul^Père 
» Dellares 
)) Anton Pnj 
» ol. Ceroni 
» Berg A. Juan 
» Penoll. y 
» Dels seus 
» 1738. » 

« Sep. a expen 
» as de l*" obra 
)) De N" &• de 
» UrgeP 1738. » 

L'abbé M.-B. Carrière^ 

Membre résidant. 



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DES MÉDAILLES GADLOISES, ROMAINES ET DD MOYEN AGE 

TROUVÉES A MONTANS. 



Les médailles, au point de vue hìstorìque, oot noe importance ìdcoq- 
testable. Les uoes, par les légendes qu'elles portent , servent à combler 
les lacuoes oa à éclaiircir les passages doateux de aos anoales ; les aatreSi 
par les délaìls dn costarne des personnages , les scènes et les diflféreots 
objets qu'elles représeotent^ complèteot les teites et en rendeDl l'iatelli- 
gence facile par la configuration et la reproduclioo de pièces doot nous 
ne pourrioDS avoir sans elles qu'ane idée assez confuse. EUes marcheDt de 
pair avec les inscriptioos lapidaires; mais bienplus communes, elles soot 
souveot d'un plus grand secours. Que laisse d'ailleurs à désirer leur mode 
d'exécution? Les médailles romaines n'oot-elles pasun relief etun fini re- 
marquable, et n'égalent-elles pas, si elles ne les surpassent, les médailles 
modernes réputées les plus belles? 

Une àutre consìdération révèle encore Timportance des médailles : elles 
aident à prouver Texlstence d'une localité à Ielle epoque ou a telle autre. 
Dansbien des cas, une pièce de monnaie donne une date à des débris^ a 
des substructions au milieu desquelles elle a été trouvée. La date est 
cependant relative , car les médailles ont eu cours pendant plusieurs siè- 
cles après leur émission. Elles circonscrivent les recherches , soit qu'elles 
aient été déposées avec intention dans des édiflces et dans des tombeaui, 
soit qu'elles se retrouvent accidentellement parmi des débris de construo- 
tions , ou au milieu des champs. Une médaille isolée ne prouve pas rocca- 
pation da pays par le peuple auquel elle appartient ; elle peut proaver 
que ce peuple a passe par là^ ou qu'il a commercé avec ses habitants. 

Ces considérations m'amènent à parler de quelques médailles gauloi- 
ses, romaines et du moyen àge trouvées à Montans ou dans ses environs. 



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— f 2T — 
L'histoire de Montans voqs est déjà connue. Occapé par les Celtes et les 
RomaiDS, le vìUage était eocore, au dixième sìècle, un des premiers dans 
le pays, et son nom est rappelé , dans la suite , dans les divers évéoe* 
ments que relracenl oos annales. J'y ai Irouvé des médailles ibériennes 
et gaaloises, des médailles romaioes, et des pièces des diffèrenls peoples 
qui oQt succède aax Romains dans la domioation da pays , depois les 
Francs jusqa'aux Anglais. 

Les médailles antèrieures oa conlemporaiDes de rèpoqae romaine ap- 
partienneDt a des peaplades, quelques-uDes très-éloigoées de Montans, 
doni les habilants devaient commercer avec ceux àe notre localité : ce 
sont d'abord qualre médailles ibériennes représentant, deux , la téte cas- 
qnée de Minerve et au revers un cheval ailé avec des* caraclères cellibé- 
riens dont Yelasquez, 6n 1752, a donne un alphabet esUmé , et que de 
nos jours , M. Boudard, de NImes, a étudiés avec succès; la troisième, 
une téte d'Apollon oa d'Hercule jeune ; la quatrième est de la ville d'Em- 
poures, en Espagne^ avec la téte casquée de Minerve^ et Pègaso ailé au 
revers. Une antro médaillo^ dont la patine est très-belle, reprèsente la téte 
de Mercure , et au revers un trépied ornementé avec Tinscriplion grecque 
A0IT02TA AHTnN. Los pièces de ce type, communesà Vieille-Toulouse, 
ont èie tour à tour attribnées aux habitantsdeTbalet en Laconie, aux rois 
de Galatie et aux rois des Àuvergnals; maiselles sont, comme Tont prouvé 
les rechercbes de M. Du Mège, d'une colonie grecque établiesur le littoral 
de la Mediterranée auprès de Narbonne^ et avec laquelle Montans devail étre 
en relation. 11 Tétait aussi avec Marseille, si l'on en juge par une petite 
]Àèce decotte ville célèbre, trouvée en ce lieu (à l'avers, la téte d'Àpollon 
lauree, et au revers un taureau frappant de la come, et la legende 
MAiXAAiHTaN). Plusiours médailles en argent, épaìsses, rondes et carrèes, 
appartiennent aux TolosateSy et un petit bronzo au peùple rutène. Cotte 
dermière est très-remarquable : avers, téle radièe et barbue; revers^ cava, 
lier avec la legende TATINOC. Classée par Duchalais cornine apparle- 
nant a la Caule cisalpine^ colte médaille doit étre, par le fait de sa dècou- 
verteà Montans, considérée comme gauloise , et rattribution quo M. de 
Saulcy en faisait d'ìnslinct au peuple rutène est pleinement justifièe. 

Les médailles romaines y sont très-nombreuses. Médailles gonsulaires : 
femiUe Clodia, dealer d'argent : téte lauree de femme; b. P CLODIVS 



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— M8 — . 

M. F. Diane deboat tenant dans chaque main an flambeao ; cette pièce 
est saocée. — Famille Cardia^ denier d'argeat : téte des Dioscares avec 
la legende RYFVS III VIR; r. MON GORDIVS , femme debout avec une 
choaette sar l'épaole, tenant une balanceet la baste. -^ Famille Plautia. 
Médaille saucée. Médailles impériales : Auguste, denier d'argent, trois 
revers; M.,et P. B. représentant l'autel de Lyon (communes) ; li. B., 
plasieurs types. Plotius y monétaire d'Auguste , M. B. Casinius, id. — 
Agrippa, M. B. (très-communes). — Médailles de NImes (très^ommu- 
nes). — GermanicuSy fils de Drusus, M. B. — Caligula, M. B. — 
Claude, M. B. Plusìeurs types. — Néron, G. B., revèrs : Decursio; M. 
B., revers, le tempie de Janus. — Yespasien, quìnaire, revers, les altri- 
buts du grand pontife, M. B., plusieurs types. — Domitien, G. B. et M. 
B., plusieurs types. — Nerva , quìnaire et M. B. — Trajan , G. B. et 
M. B., plusieurs types. — ^lius Cesar, M. B.. revers : Pannonia. — 
Anionin le Pieux, G. B. — Faustine mère, G. B. — Marc-Aurèle^ 
G. B., plusieurs revers. '— Faustine, plusieurs revers. — LuciUe , 
G. B. 

Ces médailles, on le volt, sont toutes comprises entre Auguste et Marc- 
Aurèle. Mais, de ce fait, il faudrait se garder de conclure que Montana a 
cesse d'exister après le règne de Marc-Aurèle, car on sait que les grands 
bronzesduHaut-Empireonteucours jusqu'auisixième et septième siècles 
de notre ère. J'ai retirè une médaille grand bronzo, de Vespasien, du fond 
d'un puits, où elle était incruslée dans un des rocs de la première assise, 
et dans une cavile circulaire creusée pour la recevoir : cette circonstance 
de la découverte prouve que cette médaille a été déposée avec intention^ 
lors de l'édiflcation du puits , pour en donner la date , comme Fon fait 
encore de nos jours. 

Non loin de Montans , mais sur Tautre rive du Tarn, à Aveins, qui 
était une des résidences royales de Charles le Ghauve, qui y signa en 843 
une cbarte en faveur de TEglise de Toulouse, a élé trouvé un tiers de sol 
d'or mérovingien entièrement inédit. Il figure, d'un coté, une téte vue 
de profll, et de l'autre, un monogramme avec cette legende tout autour : 
+ GOSOXVS . M . Dans l'interprétation d'une médaille, rien de plus em- 
barrassant qu'un monogramme, parco que souvent ses lettres se prétent à 
plus d'une combinaison, et qu'il est rare que les numismates en donnent 



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— 3t9 — 

toQS la méme leclure. àìdsì, dans le monogramme de notrepièce^ les qds 
ont lu Atalaricus, les aulres Sigebertus ^ et enfio d'aotres , et M. de 
Saulcy est de ce nombre, Rutenis. Cette deroière lectare noos parati la 
meilleure , et notre pièce doit étre od triens méroviogieo do mooétaire 
<}osox OS, frappé en Aovergne, probablement à Rodez, aociennemeot 
Segodunum, mais pois Rutena, do nom do people doot il était la capi- 
tale. Les moDétaires, qoi étaient sans doole alors les mattres oo fermiers 
de la moonaie, mettaieot la figore mais non le nom do rei sor les médail- 
les qo'ils frappaieot oo pio tòt doot ils sorveillaient la fabrication , et y 
marqoaient leor pròpre nom, et celoi do lieo où la médaille était frappèe. 

A?ant le milieo do dixième siede , les grands vassaox jooissaient do 
droitde faire battre monnaie; pois, et soccessivemeot , les seigneors, les 
évéqoes et les cités s'arrogèrent ce privilége, dont ils osèreot josqoe 
bien avant dans le moyen àge. Un atelier monétaire fot méme erige aoi 
environs d'Albi, par les soins des comtes de Tooloose. Les monnaies sei- 
gneoriales qoi eorent coors dans notre pays , presqoe à l'exclosioo des 
monnaies royales, forent les sols etdeniers melgoriens^y narbonnais, 
cawcens et raimondins. Il n'est pas rare d'en retroover encore ; toos 
sont grossièrement frappés. 

Ao nombre des monnaies seigneoriales qòi eorent coors dans notre 
pays, il faot signaler celles do Béarn. En mars 1844, en faisant le cbe- 
min de halage , oo décoovrit , à Montans, dans one excayation arliflcielle, 
nne cassette en bois renfermant one grande qoaotité de pièces argentées, 
aox armes do Béaro, de la grandeor et de la forme des gros blancs des 
rois de France. Elles portaient poor legende ces mots : + HENRICVS : 
DEI : Gratia : DNS (dominos) : BEarnii, gravés toot aotoor de Téco de 
Boaro; et ao revers ooe croix, et la legende : + PAX : ET : HONOR : 
FORQVIE • , c'esl-à-dire lerritoire et joridiction de La Foorqoié de Mor- 
las. Le terme pax est employé ici dans le sens de banlìeoe , territoire , 
étendoe do pays où régnait la paix do vicomté , et le mot honor dans 
celai de terre possédée dans la plénitode de la sooveraiDeté. Ao reste, 
Texplication de cette legende a donne lieo à divers mémoifes. La caisse 
contenait aossi trois oo qoatre mooles en fer, qoi sembleraieot proover 
la fabricatioo de faosse monnaie. Les vicomtes de Béarn , soit de leor 
chef, soit par leor alliance avec les maisons de Commioge et de Foix , 



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possédaient des domaioes considérables en Albigeois. Les caractères de 
ces pièces révéleraient le quinzième siede; mais le nom da prioce, qoi 
De saurait étre qu'Henri d'ÀIbrel, les classe dans le seìzième siècle. 

J'ai troQvé eocore à Montans une moDnaie en argent portant l'effigie 
de Pierre le Cruel, roi de Gastilie^ 1350 à 1368, et aa revers les mots 
CIYITÀS BARGENONÀ, médaille apportée sans dente par qaelqae sol- 
dat des Compagnies qoe Daguesclin amena en 1365 en Espagoe; un flo- 
rin d'or avec l'effigie de saiot Jean-Baptiste S. lOHÀMES B. et aa revers 
la flear d'or, dite floreoce d'or, avec ces mots : ARÀG!t>NUM REX . P. ; 
des mèdailles d'argent de plasiears modales de FerdiDaad et d'Elisabeth 
d'Espagne, noe pièce d'Edooard, dit leprinceNoir, prince de Galles et de 
Gayenne : EDwardus PrimO GeNitus REGIS AqGUE, etau revers PRIN- 
GEPS AQUITanise, croix cantonéede deax léopards et de deax fleors de 
lis; et enfia a ne pièce d'or d'André Gritti, doge de Venise^ 1523 à 1588, 
fait prisonnier et amene a Paris par Gaston de Foix. — Ces médallles 
rappellent les temps malheureax de nos guerres nationales avec les An.- 
glais et de nos.dissensions intèrieures compliqaées par les coorses de 
routiers, en méme temps qae les haats faits d'armes de nos soldats en 
Italie : la France pacifièe et ramenée à l'unite monarchiqne répondìt à 
Tappel de ses rois chevaleresqoes , et en prodigaant son sang sur tant 
de cbamps de bataille^parvint àoccuper le premier rang parmi les natioos 
de l'Europe. 

ROSSIGNOL, 

Membre correspondant. 



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CHARTE DE CHARLES LE CHAUVE 

EN PAVBUR 

DE L'ÉGLISE DE SAINT-ETIENNE ET SAINT-JACQUES 

ET DES HONÀSTÈRES DB NOTRE-DAME ET DE SAINT-SERNIN, 
DE TOULOUSE. 



Lorsque les communautés religieuses furent sapprimées, les archi- 
Tes de l'abbaye de SaiDt-Sernin ne furent point Iransférées au districi; 
elles demearèrent dans la salle qu'élles occupaient avant la Revo- 
lution et n'ont élé transportèes que cette année a la préfecture. 
Farmi les documents dont Fadminislration départementale vient récem- 
ment de prendre possessione le plus précieux par son antìquité est 
incontestablement Toriginal de la cbarte de sauvegarde concédée par 
Charles le Chauve à l'église de Saint-Etienne et Saint-Jacques , et aux 
monaslères de Notre-Dame de la Daurade et de Saint- Sernin. L'abbé 
Salvan, qui^ pour son bistoire de saint Saturnin, avait faitdenombreuses 
recbercbes dans les arcbives de Tabbaye , n'avait pas su y voir ce litro 
yénérable qu'il croyait perdu y et qui^ quoique mèle à de volumineux pa- 
piers, élait loin d'étre confondu avec eux. Les cbanoines de l'abbaye, qui 
en connaissaient le prix, avaient eu soin de le préserver d'une destruc- 
tion complète en le renfermant dans un étui en fer-blanc, où il a élé 
retrouvé, et qui devait facilement en révéler l'existence. Celle sollicilude, 
quoiqu'un peu tardive , ainsi que le témoigne l'état malériel de celle 
pièce, remonte cependant a une epoque dèjà reculèe , puisqu'au verso 
d'une cbarte de 1154, on Ut, en une écriture qui parait étre du dix- 
septième siede, une note annoncant que ce moyen de conservalion 
avait élé déjà adoptè. Quoique cette note soit muette sur un autre 

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— 232 — 

moyen employé pour sauver ce titre di& fois sécalaire , dèjà deteriore, 
OQ peut avaocer qu'à la méme epoque , aQn qu'il ne fùt pas osé par le 
pliage, OQ Tappliqua sur du papier très-fort et ayant presque la consis- 
tance du cartoo. Les dimeosions de Tétui, en rapport avec celies da tilre, 
ne permeltent pas de douter que ces deux précaations n'aient élé prises 
eD méme temps. Si la règie de SainlAugustin, que les chauoioes de 
Saint-Sernin suivaieot, ne proposait pas pour but a leur activité la recherche 
et la coQservation des anciens documenls lotéressaDt Thistoire , ces relt- 
gieux étaient loia de negliger les titres s'accumulaot dans leurs archi- 
ves qui étahlissaient leur ooble antiquité et leur droit à des priviléges 
dont la jouissauce souvent contestée les obligeait à eu reproduire lapreuve 
en originai; Telai matériel en était consUtué en vue d'une longue dorèe ; 
le classement en était fait avec ordre et régularité; les inventaires en 
étaient dressés avec une exaclitude , on pourrait méme dire avec un luxe 
que les arcbivistes modernes se plaisent a louer. 

La sauvegarde de Charles le Ghauve a èie reproduite par dom Yais- 
sète, dans les preuves de Thistoire de Languedoc, en Taccompagnant de 
celle note : ce qui est entre crochets se Ut sur plmieurs copies, qui 
sont aux archives de Saint-Etienne et de Saint-Sernin de Toulouse ; 
mais dans V originai Fendroit de la date est déchiré , et on n*y Ut 
plus que Uindiction VI, corame nous en a averti dom Jerome Deidier, 
qui a vu Foriginal , et les indications placées entre crochets sont les 
suivantes : Jonas diaconus ad vicem Ludovici rccognivit : Data 
Avinciis villa super fluvium Tarni. L D. N. F. A. 

En distinguant entre Toriginal et la copie d'un titre, dom Vaìssète 
a mentre la préférence qu'il attachait au premier sur des reproductìons 
quelquefois infidèles, et a donne la mesure de la perfection avec la- 
quelle il a élevé les assises du monument qui a immortalisé son nom ; 
mais le religieux ani bons offlces duquel il avait eu recours ne lui avait 
pas exactement transmis le texte du titre primitif ni celui de l'une des 
copies qu'il pouvait retrouver dans les archives de Saint-Sernin , et 
qui avait élé faite en téle d'une charte originale par laquelle Louis VI 
dit le Jeune, revenant d'un pèlerinageà Saint-Jacques en Calice, et s'étant 
arrélé à Toulouse, confirma les priviléges concédés par Charles le Chauve. 

Afin qu'on mette en regard le texte originai de celai que dom Yaissète 



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— 233 — 

a doDDé, j'ai fait reprodaire par la pbotographie un monument paléogra- 
pbiqoe curieux, puisqu'il remonte à une epoque dont il reste si peu de 
débris en toul genre, surtout si peu d'écritures. Par ce moyen, le lecteur 
sera pour ainsi dire mis en possession de récriture^ du système des 
abrévialioDS, du mode de signer et de la forme des actes de Fere carlovin- 
gienne, sans qu'il ait à se tenir en garde contre les erreurs des copistes et 
llmperfection des autresprocédésde reproduction (1). Unecharte conflrma- 
tive donneo en 1 1 54, quoiqu'elle ait élé publiée, m'a pam devoir élre placée 
à coté afin de réanir les deui concessions.qui se complètent ets'expliquent 
Fune par Tautre (2). Après la transcription de la cbarle de 843, Louis VI 
s*exprime ainsi : Ego autem Ludovicus Dei gratta Francorum rex , re- 
diens a S. Jacobo et per Tolosani transiens, viso privilegio Tolosanoe 
ecclesicB quod fecesserat antecessor noster gloriosissima rex Karolus 
Magnus, preedictamecclesiam pretiosissimi sancti martyris Saturnini, 
quas est in suburbio cum ecclesice protomartyris Stephani et ecclesiatn b. 
Marioe quoe est infra muros ad petitionem dericorum corumdem eccle- 
siarum subeàdem protectione et emunitateposui. Hoc autem feci consi- 
Ho et volontate Raymondi Tolosani comitis et in prcesentia Toìosano- 
rum civium et burgensium in capitulo S. Saturnini. Et ut autoritas 
nostra semper inconvulsa maneat, sigillo nostro subter firmavimus, 
prcesentibus Dragone de Petra fonte^ et Ugone archiepiscopo Senonensi^ 
et ferrico Gualleranno, et Arveo de Gualardone, et Guidone buticu- 
lario et Frogerio camerario et Melone de Melfa. Data ToIosob per 
manum Rogerii cancellari regis et abbatis sancii Euvercii Aurelia- 
nensis anno ab Incarnatione Domini MCLIIII. 

L'oQ ne peutqu'étre frappé de la date de ces deux concessions. La pre- 
mière sauvegarde remonte à une epoque où Fon devait redouter les rava- 
ges des Normands, qui avaient dèjà menacé Tempire de Charlemagne, et 
qui ne tardèrent pas à faire irruption dans TAquitaine, et le retour des 
Sarrasins, qui, en 721, avaient détruit le premier monastère de Saint-Ser- 

(4) La Société arohéologique n'a pas pa Joindre à la notloe une pbotographie de la Chaite, 
mais eUe a fait reproduire ce document par uà procède qui en garantii la parfaite ressem- 
blance. 

(t) Cette charte était loln d*offrir le méme intérét que celle de 843, il a paru suffisant d*e& 
dftnner le teite. 



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— 834 — 

dìd, mais elle n'était pas destinée a mettre les lieax que le roì prenait 
soQS sa protecUoQ à l'abri des violeDces de ces barbares, qui ne devaient 
s'iQcliner ni devant rautorilé royale ni devaal les choses saintes ; elles 
avaienl pour but de les préserver des irruptions dévastatrices d'an peaple 
qui, ayant conquis la Caule» cberchait à vaincre les deroières résistances 
d'une civilisation qu'il aimait , mais qui le repoussait. C'est encore a la 
Telile de la guerre des Àlbigeois, et comme par un pressenti- 
ment des ruines dont le sol de Tancienne Aquilaine aliali étre couvert» 
que Louis VI fut supplié de proclamer de nouveau les immunités dont 
jouissaient les églises les plus célèbres et les monastères les plus opu- 
lents de Toulouse , afin de les proléger contro un ennemi tout intérìeur. 

Un seni exemplaire de la charle de Charles le Chauve èlant parvenu 
jusqu'à nous, Fon se domande si cotte concession fut faite en autant 
d'originaux qu'il y avait d'églises participant à la munificence im- 
periale. Dom Yaissète ne parait pas le supposer, puisque» dans la note 
que nous avons rapportée, il ne parie que d'un originai , et si l'on 
ne veut pas donner une pareille exlension aux expressions dont il s'est 
servi, il faut au moins admettre que colui que nous possédons était le 
seni exislant à l'epoque où dom Deidier fournissait des matériaux à 
l'auteur de VHistoire de LanguedoCj car il l'a eu évidemment sous les 
yeux et n'en a pas vu d'autré. S'il en avait été fait plusieurs, dom Deidier 
aurait pu consulter colui que le monastèro de la Daurade, qu'il habitait» 
aurait conserve, ou colui de Saint-Etienne, et Fon aurait retrouvé celui-d 
dans les archives du chapitre lorsqu'elles furent transférées au districi. 
Tout porte dono à croire a rexislence d'un originai unique comme le 
puissant intercesseur à la prière duquel le roi condescendait , et qui , en 
sa qualité d'évéque de FEglise de Toulouse , exer^ant une suprématie ac- 
ceptée, n'avait pas besoin d'un instrument multiple, parco que la féoda- 
lite ecclésiastique n'était point encore parvenue à enlever à la juridiction 
des évéques les monastères et les cloftres. 

La possession , par l'abbaye de Saint* Sernin, du seni originai qui pa- 
raisse avoir été dressè s'explìque par l'importance que l'abbaye avait déjà 
prise sous la race carlovingienne, ou, mieux encore, par ce qui se passa 
en 1154. Ainsi que le texte de la charte de Louis VI l'indique, la conflr- 
mation des privilèges dont jouissaient les lieux dèsignès dans la charte 



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— 236 — 

de 843 fot doanée dans le cbapilre de SaiDt-Seroin , et par coDséquent 
l'originai que i'on a reproduit en téle de celle coofirmatioD , s'il élail ail- 
leurs, dui élre apporlé a SaiDl-Sernin , qui en esl demeuré dépo- 
silaire. Devanl celle abbaye, devenue paissanle , les autres églises s'effa- 
ceni. Àussi, tandis que dans le diplòme carlovingien elle est Dommée la 
deroière, dans celui de Louis VI elle est en téle, et c'est dans son soia 
que le roi daigne solenniser un acte intéressant les grandes communau- 
lès de la cilé et dans lequel, en méme temps que l'abbaye passait au pre- 
mier rang , Tinlervenlion de l'évéque du neuvième siede est remplacée 
par la demande des clercs doni Tindépendance et la puissance avaient fait 
des progrès sensibles. On doil encore remarquer dans la charte de 1854 
les termos dans lesquels la parlicipalion du comle de Toulouse à cet acte 
est menlionnée; il sembleque le roi avail besoin du consoli et de l'assen- 
timent de son puissant vassal. 

Le rapprochement de Toriginal et de la copie envoyée à dom Yaissète 
fait ressorkir, dans le lexlede la copie, plus de vingt ineiaclitudes, la 
pluparl, il esl vrai, insigniQantes ; mais quelques-unes me semblent de- 
Toir élre signalées parco qu'elles ont engagé les premiers historiens 
dans des erreurs qui ont élé suivies par tous ceui qui soni venus après 
eux. 

Après avoir parie des priviléges accordés par les prédécesseurs de 
Charles le Chauve^ et doni Tévéque de Toulouse demandali une nou- 
TOlle proclamalion^ la cbarte continue ainsi : Sed prò firmilatis studio 
peliit idem episcopus circa prcedicta loca sanctorum denuo ialia prò 
mercedis nostrce augmento concedere et con firmare deberemus; dans 
la copie, au mot Ialia on a substilué claustra, qui forme une pbrase 
d'une conslruclion vicieuse etdépourvuedesens, tandisque dans le texle 
primilif la pbrase est d'une conslruclion ìrréprochable et signiQe que 
l'évéque demande les priviléges mémes que les prédécesseurs de Charles le 
Chauve avaient octroyés. Adoplanl le mot claustra, l'abbé Salvan s'est 
écrié : « A cóle de ces églises, il exislail des monaslères et des clotlres. > 
Si ces deux mots élaienl à celle epoque synonymes, la conclusion de l'abbé 
Salvan ne serali point erronee a l'égard des églises de Notre-Dame et de 
Sainl-Sernin^ mais elle serail loujours faulive à l'égard de Saint-Etienne, 
dans les dépendances duquel rien n'annonce l'existence d'un monastèro. 



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Qu'il me soit permis de faire remarqaer en passant que la qualification 
de moDastère » donnée a l'église de Notre-Dame de la Danrade , réfote 
l'opinion de Chabanel, qni, trop épris des prérogalivesdela dìgnitèderec- 
teor de cette église doni il élait investi, a pretendo qn'ellenefutpaspltAS. 
tòt dédiée, qu^elle fui érigée en paraisse, et baillée a un prétre pour la 
régir, et qui n'ayant trouvé aucune trace de son érection en collegiale 
avant ladonation qa'Izard évéque de Tonlonse en fit, en 1077, à Hugues, 
de Clany, semble ne faire remonter l'établissement des chanoìnes pour la 
psalmodie qu'à une epoque voisine de cette donalion. 

La date a été incomplétement rapportée par dom Yaissète, qui ne men- 
tionne que l'indiction VI , tandis que l'on lit aisément dans Forigìnal, en 
OQtre de cette indiction, nanas aprilis, et un extrait rapportò par Gatel 
ajoutanl anno quarto; on volt que ces mots remplissaient le vide qui 
existe dans l'originai entro la mention des nones et celle de Tindiction^et 
qui ne devait pas étre encore forme lorsque Gatel écriTait ; ainsi, la date 
entière peul étre reconstituée. Cependant quelquesdifflcultés seprèsentent 
pour la préciser. 

Sans m'arréter à Terreur que renferme la chartede Louis VI lorsqu'elle 
attribue à Charlemagne la charte de 843 , je dirai un mot de Topinion 
de ceux qui ont essayé de reporter cette charte à Tannée 844. Cette opi- 
nion se fonde sur plusieurs diplòmes délivrés par Charles le Chauve dans 
lesquels la quatrième année du règne se trouve à cOté de Tindiction VII> 
et sur ce que Tannée 8i4 correspondait à la quatrième année da 
r^e de ce roi, en le faisant commencer à la mort de son pére, Louis le 
Débonnaire, survenue en 840. Les savantes dìssertations de dom 
Yaissète et celles de Mabillon (De re diplomatica , p. 179) ont 
établi que les rois de la première et de la deuxième race^ dont les 
guerres ou les partages changeaient fréquemment le titre et le territoire, 
qui méme quelquefois, du vivant de leur père^ envers lequel ils conser- 
*vaient toujours des liens de vassalité , ètaient investis d'une parlìe de 
son royaume, dataient leors actes tantòt de cette prise de possession, tan- 
tdt de la mort de leur pére. Or, en prenant pour point de départ le traitè 
par lequel son frére Lothaire cèda TAquitaine a Charles le Chauve, Tan 
643 correspond a la quatrième année de la prodamation de ce dernier 
eomme roi de ce royauine. Eq oatre, la coincidence^ sur certaines char- 



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— 837 — 
tes, de riodiclioD VII avec Tannée 4, a para le résullat d'ane erreur de- 
moDlrée de deui facons : d'abord par de Dombreax documents où celle 
iDdiclioD est rapprochée de Tannée 5, et eosuite par d'autres tilres dans 
lesqaels TaoDée 4 est à cóle de rindiclioo VI comme dans la cbarte don* 
née à Aveins. 

Mais si ropioioD des dean savants béoédictins doit prévaloir sor ce 
poiDt, je ne puis accepler sans réserve le passage saivaot de dom 
Yaissète : Charles le Chauve fui devant Toulouse depuis le 15 mai 
de Fan 845 jusqu^au SO de juin suivant; mais noiis n'avons aucun 
témoignage certain que ce prince ait pris alors celle ville; il y a au 
contraire sujel de croire quHl en leva le siége pour se rendre en Franca 
pour assister à t assemblée de Verdun... A san retour, ilprit la raule 
de FAlbigeois et passa par Aveins , maison royale située sur la rivière 
du Tarn. Samuel , évéque de Toulouse, qui élait sans doute à la suite 
de ce prince , oblint de lui, dans cet endroity une charte qui confirme 
son égliscj de méme que le monastère de Sainte-Marie et de Saint- 
Saturnin, dans la possession de leurs biens. 

Il n'est pas possible de doater que la charte de Charles le Chaa?o ne 
porte la dale des nones d'avrii, c'est-à-dire da 3 de ce mois, et par consé* 
qaent, si Charles le Chaave assié^ea Toaloase da 30 mai au 20 juin , ce 
n'est pas après la levée du siége et en partaatpour celle assemblée de Ver- 
dun, quifixa les limiles des trois grandesnalionalilés frangaise^ allemande 
etitalienne.et constitua socialement l'Europe pour huit siècles, que Charles 
accèda à la prière de Samuel. L'inexacUtude de dom Vaissète adoptée 
sans examen par les auteurs de la Gallia Christiana , n'a cesse d'avdr 
cours jusqu'à nos jours , et cependant, méme sans remonter à Toriginal , 
il était facile de la constater, puìsque Catel»dans la reproduclion qu'il en 
a donnée, précise ainsi la date de la charte : Data nonis aprili anno 
quarto, indictione sexta. 

Il parali méme certain qu'en 843 , Charles le Chauve n'était pas 
devant Toulouse pour faire ce siége» dont Tauteur de Thistoire de 
Languedoc parie avec hésitation et comme par conjeclure , pnisqull ne 
donne aucun détail sur les opérations qui l'ont accompagné et sur son 
issue. Par le traile provisionnel inlervenu quatre aos auparavant entro 
Lolhaire et son frère Charles le Chauve^ celui-ci avait élé déclaró roi 



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- J88 — 

d'AqaitaiDe à la place de Pepio II , et od ne volt pas qne le roi déponilié 
ait conserve la capitale de soq royaume. C'est immédiatement après la 
célébratioD de soq mariage a Kiersy que Charles le Chaave se met en 
route avec sa femme pour la conduire daos soq royaame ; il entreprend 
ce Toyage aa commencement de Thiver ; od volt à sa suite sa couf , mais 
noQ pas une armée ; il parcourt ses villas : vers le commeDcement do 
moisd'avrii, il est a Aveins; vers la fio^ à Castelferrus ; aa milieu de mai, 
à Tabbaye de Saint-SeruiD, aiusi que Tétablissent diverses chartes datées 
de ces résidences. Ces déplacements n'aDDÒucent-ils pas plutòt la marche 
d'un souverain qui parcourt paisiblement ses Etats que celle d'un préteu- 
daut réduit à en faire la conquéte? Ces chartes méme qu'il octroie, et par 
lesquelles il distribue à ses leudes des territoires importauts, ne 
soQt-elles pas l'exercice d'une autorité plutòt reconnue que contes- 
tèe? Dès qu'il est Constant que la charte accordée à Samuel a précède 
rarrivéo de Charles devant Toulouse , peut-on supposer que si les 
lieux que cet ^véque demandait au roi de prendre sous sa proteclion 
eussent été au pouvoir de Pepin , il se fùt rapproché da roi pour 
en obtenir la sauvegarde, s'exposant ainsì à la colere d'un ennemi? 
Toulouse fut assiégée Tannée suivante, et du monastèro de Sainl- 
Sernin Charles le Chauve donna un édit en faveur des Espagnols réfu- 
giès dans la Septimanie, qu'il voulait rattacher à sa cause; mais, dans sa 
situation prècaìre, il s'abslient de distribuer des terres, et l'édit méme 
porte : Data in monasterio sancii Saturnini dum obsideretur Tolosa, 
menlion qui ne se trouve dans aucun de ses actes de Tannèe précé- 
dente , et dont l'absence permet de rèvoquer en doute l'existence d'un 
siége correspondant à leur date. 

Si, en SiZ, Toulouse a été assiégée^ il faut admettre que l'èvéque de 
Toulouse n'a pas craint de faire scission avec celui qui élait maitre de la 
place et que, par une hardiesse léméraire, il a tout compromis pour satis* 
faire à un ressentiment dont la cause est inconnue, au lieu de cèder à Tentrat- 
nement general qui, dans cette perìodo de Thistoire, poussait le clergè 
gallo-romain à se livrer aux conquérants venus du Nord. On dirait que^ 
par un pressentiment de la deslinèede ces barbares, il lescroyait appelés 
a recueillir Thèritage de la civilisation romaine , préts a régènérer par an 
sang pur une nationalitè appauvrie, et moins redoutables que les arìens 



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— «89 — 

dont le YoisiDage inquiétant les exposail aox borreors d'une guerre reli- 
gieuse. Le fracUonnement du pays clait surtout antipaihique au clergé , 
parce que toule division élait opposée à Tunilé vers laquelle tendent tou- 
jours les principes calboliques. 

Le lilre donne à Samuel dans la charte soulève une question dont on 
s'est plusieurs fois préoccupé sans qu'elle ail regu une solution 
definitive : celle de savoir si, pendant son episcopati Fèglise où il avait sou 
sìége était sous Tinvocalion de sainl Etienne et de saint Jacques y ou s'il 
existait deui églises voisines, sous le patronage chacune de l'un de ces saints. 
En parlant de ce qu'il avait sous ses yeui, Calel a dit : La chapelle de 
Fégllse Saint-Jacques estjoignant Féglise SainlElienne dans laquelle 
on entre de tous cólés par le cloitre. Il semble que ce soit une méme 
église que celle de Sainl- E Henne, car Charles le Chauve, petit- fils de 
Charlemagne , dans les letlres de sauvegarde qu'il octroya à lévesque 
de Tolose, Samtiel, mei par lesdites lettressous sa sauvegarde :<i eccle- 
Siam sancii Jacobi seu sancii Stephani, » ce qui témpigne assez que 
Féglise Saint-Jacques est une dépendance de Saint-Etienne. La tradi- 
tion est qu'elle a été bàlie par Charlemagne , laquelle demeure 
confirmée par ce qu*a écrit Twpin dans les gestes de Charle- 
magne, car parlant des églises par lui bdties, il dit : a Et wdificavit 
ecclesiam Sancii Jacobi Tolosas. » Catel n'a admis qu'une église; ce- 
pendant la controverse sur ce point dure encore , ou plulòt les deui opi- 
DionSy sans étre discutées» sont parvenues avec un égal crédit jusqu'à 
nous ; mais cette paix armée doit céder à Texamen attentif de notre 
document, qui ne permet pas de reconnaitro l'exislence simultanee de 
deux églises; les termes dont il se sert, reproduits par Catel avec une 
légòre variante, qui leur enlòve uno partie de leur force, prouvent mani- 
feslement qu'il exislait une église unique placée» ainsi qu'on en trouve 
de nombreux exemples, sous Finvocalion de deux patrons, puisqu'ils sont 
ceux-ci : Ecclesia Sancii Stephani seu et Sancii Jacobi. Cette démons- 
tration s'appuie encore sur la cbarte de Louis VI , que Ton n*a jamais 
consultée sur cette question et où il n'est fait mention que d'une scale 
église sous le nom de Saint-Etienne, parce qu'à cette epoque , un nouvel 
édifice ayanl été b&tl , on avait attribué à Saint-Etienne une souverai- 
neté sans partage et place sous le vocable de saint Jacques une cbapelle 

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Toisine où les docteurs ont longtemps pris leurs grades. Si la charte 
de 845 se fùt appliqnée à deal églises , comme elles D'avaient pas cesse 
d'exister en 1154, puisqu'elles sont arrivées à un àge posiériear, onles 
anrait rappelées Tane et l'autre dans la charte de Louis VI, parce quìi 
ìmportait à toutes deux que les priviléges qu'elle garantissait leur fusseot 
commuDS. 

Le monogramme de Charles le Ghauve, qu'on pourrait classer^eu sui- 
Taut ringénieuse idée que Fétude des regislres des notaires de Toulouse 
a suggérée a M. Roschach, dans les sigues alphabétiques et mystiques, 
comprend toutes les premières lettresdes syllabes du mot Karolus, reliées 
par des trails qui lui doDoent la forme d'une croix au centro de laquelle 
est un développement que l'on pourrait considérer comme la représen^ 
tation de la téte du Christ. Cotte signature vient, du reste, a Tappui des 
dires de Leblanc et de Mabillon , qui ont remarquè que Charlemagne 
avait toujoùrs écrit son nom avec un K , au lieu que ses successeurs du 
Dom de Charles.ont toujoùrs employé un G. 

Pour en fluir avec ces trop longues observations sur le précieux trésor 
que nos archives départemeotalés possèdent, il me reste à parler 
des recliflcations dont deux mols illisibles ou mal lus paraltraient suscep* 
tibles. Au lieu de : Jonas diaconns ad vicem Ludowici recognivit, ainsi 
que dom Vaissète Fa écrit , il faut lire : Jonar, parce que la dernière 
lettre de ce nom est exactement semblable à Yr du mot Karoli et que Fon 
ne peut supposer que l'auteur de la signature ait commis une erreur; il 
faut aussi supprimer recognivit, qui a été ajoo'lé. ^ 

La seconde recliflcation regarde le lieu où la charte aurait été concédée, 
et qui forme incontestablement le mot le plus difficile à déchiffrer. On 
avait toujoùrs cru que c'était à Avens , situé sur les bords du Tarn en 
face de Montans. Aucune divergence ne s'était produite jusqu'à nous ; c'est 
ainsi qu'en transcrivant la chàrle sur le parchemin de Louis VI, on avait 
écrit Aventiis, que Gatel avait reproduit Aventus, et dom Vaissète Avin- 
do; mais un habile paléographe nous a fait part de ses doules, et 
ne pouvant pas, d'une manière certaine, retrouver Avinciis, ou Avindo^ 
il inclinerait à lire Auvrico^ c'est-à-dire Villaudric, où il placerait une 
villa royale dont l'existence probable lui parattrait avoir valu à cotte lo- 
calità une exemption constante detoutimpdt. Toutenrecohnaissantla dif- 



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-«41 — 

flcQlté qae Fon èprouveà lire ce doid, od ne trouve aucun molif sérieux poar 
rejeter Undication donnée par tous les autears et j'en vois un decisi! poar 
repousser Yillaudric, dìstant de sii kilomèlres des rives du Tarn^ tandis 
qo'AveDS les domine et réalise parfaitement Ténergie de Texpression super 
fluvium Tarni. A Yillaudric , d'ailleurs^ on ne retrouve ancone trace 
d'une existence ancienne, et Thistoire est complétement muetlesur le passe 
de cette localité. Aujourd'hui^ sans doute, elle est plus importante qu'A- 
Tens; mais celleci, siluée sur les bords d'une rivière, au milieu d'une 
plaine èlendueet qui se prolongeaitjusqu'àla capitale des Albienses^ rap- 
prochée de la voie ròmaine , allant de Toulouse à Ségodunum en traver- 
sant la vallee du Tarn, était plus favorablement placée pour devenir le 
siége d'une residence royale. Pas plus que Yillaudric elle ne présente 
aucune ruine qui se rapporto à Texistence d'un ancien chàleau; ce- 
pendant on y a relrouvé, à la surface du sol, des briques a rebords^ 
et, récemment, un ouvrier a ramasse un triens ou ticrs de sol me- 
rovingien du monèlaire Gosoxus et au monogramme des Rulbènes. Son 
antiquilé peut encore étre élabiie par la dédìcace de son église à saint 
Yincent^ dont les reliques, possédées par la ville de Castres, ont élé, pen- 
dant les invasions des Normands, souvent déplacées pour élre préservées 
de la profanation de ces Barbares. 

Avens a d'ailleurs unebisloire modeste mais certaine; il est irommè^en 
1266, dans uneenquéle relative a l'élendue de la communauté de Gaillac. 
En 1304, Bernard do Grave, qui s'en était appropriò les dimes , est tenu 
de les resti tuer à l'évéque d'Albi. En 1400, il Qgure au nombre des pa- 
roisses qui formaienl la claverie de Lisle; le roi en était seigneur foncier 
et direct, et enQn, privilége qui dislinguait éminemment celte paroisse, 
elle jouissait du droit, qu'elle partageait avec celle de Saint-Salvy sa 
voisine, de présenler les candldats paysans pour les éleclions consulaires 
de la communauté de Lisle. C*en est bien assez pour y voir un débris des 
honneurs et de§ priviléges d'une villa dn neuvième siècle. 

Considérée au point de vue de l'hisloirc generale , la charte qui nous 
a occupé offrirait des renseìgnements précieux sur l'organisation admi- 
nistrative et judiciaire, la déQnilion des dignilés, descbarges et des mots 
en usage a l'epoque dont elle porle la date ; mais celle elude a été déjà 
falle sur des documenls de la méme epoque el n'ajouterail rien aux ré- 



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— S42 — 

sultats coDStàlés. l'ai essayé seulemeot d'en faire jaillir quelqaes rayons 
de lamière sur aolre bistoire locale, rayoos bien affaiblls, j^ea eoa* 
vieDS, par la dislance qa'ils ont ea à francbir pour arriver jusqa'i 
Dous, et par l'iababileté da commeQlatear; mais eo explorant une époqae 
aussi reculée, je me sais iaterdil la faDlaisie, et» m'attacbant aai déduo- 
tìoDS qui m'ont para les plus ratiooDelles, j'ai mieux aimé m'exposer aa 
reprocbe de ne pas en avoir assez dit qa'à celai de m'étre livré à des 
conjectares sans fondement. 



G. CAUSSÉ. 



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LE 



FAUBOURG SAINT-CYPRIEN 



ET 



L'ÉGLISE SAINT-NICOLAS. 



La parile de la ville de Touloase qui s'éleod sor la rive gaache de la 
Garoniie peut étre coQsìdérée comme Tane des plus ancieuDCs. S*il 
fallail ajouler foi à certaioe iolerprélation, soq origine remonterait aux 
siècles reculés de Tépoque cellìque^ et Tod appuie celle opinion de la 
sfgniflcalion du nom porle encore de nos jours par l'une des rues de 
celle parlfe de A cilé, la rue Peyrolade^ en langue romane peyro lebado, 
cu Pierre levée. Il y aurait, ce nous semble, quelque présomption a 
admeltre celle origine, qu'une simple conjeclure ne saurait sufQsamment 
jQSlifier. 

En allribuant les premiere élablissements du faubourg Sainl-Cyprien 
a la periodo romaine, nous lui donnons une anliquilé assez respeclable, 
et nous avons le mérile d'élre dans le vrai ; car , à Tappai de nolre asser- 
tion , nous pouvons invoquer des témoins irrécusables de celle origine. Il 
safQl, en effel, de parcourir lés différents quarliers qui s'étendenl depuis 
le carrefour de la rue de la Laque jusqu'au coleau de Fonlaine-Leslang , 
pour constalèr la présence des vesliges de conslruclions dont on ne peut. 
méconnailre le caractère. Cesi ainsi qu'à l'angle de la rue de la Laquo et 
de la rue des Teinluriers, il eiislaii, naguère, un massif enorme de 
ina(jonnerie en petit appareil, qui a disparu pour faire place à la con- 
strudion de Técole des Frères de la doclrine chrélienne ; c'est ainsi que, 
toul le long de la rue des Arcs, on Irouve les subslruclions d'une sèrie d'ar- 



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— Sii — 

ceaux , derniers débris d'aa aquedac romain ; c'est aiDsi qoe , dans one 
proprìété peu éloignée , apparaissent les foodations de bains antiques ; 
c'est ainsi enfin , quo Tuae des parlies de ce vaste quartier porle encore 
le Dom i'Antipoul , qae nous n'avoDs pas de scrupule à faire dèrivef 
da mot grec Antipolis ^ « oppose a la ville. » 

Ainsi donc, pour Tobservateur le moiDs exercé, et sans le seconrs de 
la plus légère hypothèse , il est évidentqa'à une cerlaioe epoque de la 
domìDalion romaine^ il a exislé, presque en regard da chàleaa Narbon- 
nais et des èdiflces considérables qui coDStiluaieat, avec cotte forteresse, 
le point le plus important de la cité , un centro de population d'une assez 
grande èlendue , dont la posilion , sur la rive gauche du fleuve , pou- 
vait servir à défendre la ville ; car les débris romains qui ont dispara 
paraissaient^ par leur masse, avoir appartenu a un ensemble de fortifi- 
catìons. Ce centro de population s'est successivement développé , suivant 
la loi generale des agglomérations établies sur les bords des fleuves , c'est- 
à-dire dans le sens du courant, et dans des proportions conformes à 
l'agrandissement de la ville elle-méme ; et de nos jours, il forme un fau- 
bourg d'une grande surfacc, possédant une population qu'envierait plus 
d'un cheMieu de nos départements. 

Les rechercbes sur l'étymologie et l'origine des noms de iocalités don- 
nent fort souvent lieu à des éludesintéressantes : il faut doncsegarder de 
negliger cette branche d'invesligations , qui peut fournir à l'archeologìe et 
à rhisloire des éléments précieux. Appliquant ce principe au sujet^ui 
nous occupe , nous avons dù nous demander quel était le nom ancien de 
la parile de la ville située sur la rive gauche de la Garonne; pourquoi et 
comment elle a élé appelée faubourgSaint-Cyprien. 

Youloir dècouvrir sous quelle dénomination était connu le faubourg 
Saint-Cyprien a l'epoque romaine serali tenter l'impossible, en présence 
du mulisme des anciens auteurs et du défaut absolu de documents. Aussi 
ne Tavons-nous pas essayé. Il nous suffit de savoir que le nom de Saint- 
Cyprien remonle à une epoque fort reculée , et nous espérons établir à 
quelle circonstance on peut altribuer l'origine de cette appellatioo. 

Le marlyrologe chrétien compie deux sainls du nom de Cyprien ; Fan 
appelc Cyprien de Carlhage, le second surnommé le Magicien. 

A la sulle da récil du martyre de Cyprien le Magicien et de i^ainte 



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— 245 — 

JastiDO, décapités ensemble, en Tàn 304 de ootre ère , sur les bords da 
Galltis, ruisseaa qui coule près de Nicomédie, Baillet ajoute : « On 
» préteud qu'on a donne, dans les siècles antérieurs, quelques reliques 
» de ces deui martyrs a la ville de Toulouse, et qu'on les garde encore 
» dans l'église du faubourg ; dédiée sous le nom &e saint Gyprien et . 
» sainte Justine et sous celui de saint Nicolas (1). » 

L'auteur de la Vie des saints ne donne pas comme certaine la conces- ' 
Sion des reliques de saint Gyprien et sainte Justine à la ville de Toulouse, 
et il semble indiquer que la mème église qui posséderait ce précieux 
dépòt seraU dédiée en méme temps à ces deux saints et à saint Nicolas. 

Or, il est difficile d'adopter cette doublé version. A quelle epoque, en 
effet, pourrait-on piacer la donalion des reliques? Àucun document ne 
rindique , et la version de Baillet se bofne à relater les siècles antérieurs. 
Nous savons cependant que depuìs le onzième siede le faubourg porte le 
nom de suburbium SancH'Cypriani ou de barri de Sen-Subra.ce qui, 
en latin et en langue vulgaire, veut dire « faubourg de Saint-Cyprien. » 
D'un autre coté , une ancienne tradition raconte Texistence d'une cha- 
pelle dédiée a saint Gyprien , et située dans la rue aujourd'bui connue 
sous le nom de rue du Grucifix. Mais Gatel , daus ses mémoires sur l'his- 
toire du Languedoc, s'exprime, à ce sujet, de la manière suivante : 
« L'on peut, avec raison, douler pourquoi ce quarlier de ville qui se 
» trouve au delà de la Garonne est appelé SanhSubra ou Sainct-Gyprien, 
» allendu qu'il n'y a aucune église qui soit bastie sous l'invocalion de 
» sainct Gyprien ou de sant Subra; » et nos rechercbes, soit dans . 
les annalistes toulousains, soit dans les cadastres les plus anciens du 
capitoulat de la Daurade , nous ont convaincu de la non-existence de cetle 
chapelle. 

Donc ce n'est ni à la donation des reliques , ni à l'existence d'une char 
pelle dédiée à saint Gyprien^ qu'il faut atlribuer le nom donne au fan* 
bourg. 

Yoici maintenant notre version. 

L'Église a toujours pratiqué, plus parliculièrement dans les temps où la 
foi était naissante, le pieux usage de piacer sous le patronage d'un saint 

(4) BaiUet, VieeUsSamU. 



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— 216 — 
Ics centrcs de populatìon qui se formaienl et qui D'avalent pas acquis le 
développement nécessaire àia créalion d'une église. Des millìersd'exemples 
de cel usage pourraicnl corroborer natre asserlion. Or, le faubourg Saint- 
Cyprlen se développa dès les premiers temps,'et il acqui t une cerlaine 
imporlance^ puisqu'au milieu du quinzième siede il comptait dèjà vìngt- 
huit nsoulons; il relevait, au spirìluel, de la jurìdicUon des prieurs da 
monaslère des Bénédiclins. Il èst donc probable que , dès les premiers 
temps aussi , le faubourg naissant dut élre place sous une proleclion tute- 
laire, il est probable, en oulre, que le choix du saint chargèderexercer 
n'a pas èie l'oeuvre du hasard. 

Par sa posilion, le faubourg Sainl-Cyprien élail exposé à des inonda- 
lions fréquenles, et les eaux , en séjournanl sur le sol, devaìent dévelop- 
per, dans celle parile de la ville, des miasmes peslilenliels et des fièvres 
qui décimaient sa populalion. De nos jours encore, malgré les travaux 
d'assainissemcnl qui ont été pratiqués , quelques quarliers soni périodi- 
quement alleinls de maladies qui tiennent évidemment à la nature da 
terrain. La conviction que Fon avait au «loyen àge de Tintervention des 
saints dans la guérison de cerlaines épidémies a dù étre la raison de Tia- 
Tocalion de saint Cyprien à Tapparilion de la calamite qui affligeait les 
habitants du faubourg; car saint Cyprien était venere à cause du pouvoir 
qu'on lui attribuait de guérir les fièvres. Ainsì nous Tapprend BaiUet, 
dans la vie de ce saint, et nous voyons, dans ce rapprochement, rorigine 
selon nous positive du nom donne au faubourg. 

Nous bornons ce que nous avions à dire da faubourg Saint-Cyprien à 
ce court exposé, donne en manière de prologue, notre projet n'ayant pas 
élé de faire une elude complète de ce faubourg , dont Thlsloire et la topo- 
graphie descripliveflgurent dans les divcrs Iravaux surla ville deToulouse. 
Mais ces délails nous ont paru dignes d'intérét, parce qu'ils servent à 
compléter ce qui a èté écrìt à ce sujet. 

CHAPITRE PREMIER. 

l'ÉGLISE SAINT-NICOLAS. SON HISTOIRE. 

Uéglìse Saint-Nicolas est l'église paroissiale du faubourg Saint-Cyprien. 
De tous les anciens annalisles loulousains, Catel est le seul dont les 



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— tl7 — 

oovrages meQtioDnent rorigine de cet édiflce. La Gallia Christiana, Nou- 
goier , BertraDd , Lafaille sont muels à cet égard , et dom Vaisisète , qui 
parie de toutes les églises, ne mentìonne méme pas celle qui nous occupa. 
Daus SOQ Histoire des institutions de la ville de Toulouse, , Du Mège ^ 
en reproduisant la versiòn de Calel , consacre quelques pages à la des- 
crìplion du monument; mais cette descripliou est loia d'étre complète, et 
la partie hislorique fait entièremeut défaut. 

Cette nolice a pour bui de combler des lacunes regrettables, en ré- 
parant l'oubli dans lequel on a teuu un édiflce remarquable à plus d'un 
lilre , et dont l'histoire offre de Tlntérét. 

Le faubourg Saint^yprien , nous l'avons déjà dit , a été de tout temps 
exposé aui débordements de la Garonne. 

Or, a une epoque malbeureusemeot très-incertaine, les eaui du fleuve 
euTahirent le faubourg, meltant en perii la fortune et la vie d'un grand 
nombre de ses habitants. 

Au milieu du danger auquel ils élaient exposés , ceux-ci flrent voeu , si 
Dieu daignait apaiser le flèau , de bàtir une église sous l'ìnvocalion de 
Saint Nicolas, vènere comme le patron <k et le saioct tutélaire de ceui qui 
» vont par eau et craignent le naufrago , » comme le dit Calel dans sa 
narralion a ce sujet. Le flèau s'apaisa, le voeu s'accomplit, et voilà com- 
» meni la ville de Toulouse est redevable à une inondalion de la Garonne 
de réglise de Saint-Nicolas. 

Les annales de Toulouse relateut un nombre prodigieux de déborde* 
ments de la Garonne, causes des plus affreux ravages; il s'agit de pré- 
ciser, parmi ces événemcnls, colui qui provoqua le voeu des habilants du 
faubourg. Entro les plus anciens de ceux dont l'bistoire a gardé le souve- 
nir, nous cilerons le débordement de 1220, que Nouguier (1) décriten 
ces termes : <( Il plut pendant l'espace de trois jours et trois nuits sans 
)) cessar , de manière que grandes inondalions survindrent en la rivière 
» de Garonne, laquclle deborda bien largement , si que ne laissa moulin , 
^> paixière, ni autre chose debout qu'elle ne l'amenàt à vai. Le pont de 
» Sainct-Subran fut ruiné par sa fureur , sans y laisser que les deux 
» tours. » 



(1) Nouguier, HUtoire louZoiMatne , liv. UI, p. 86. 

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— 248 — 

Une autre inondalion ent lieu deux siècies plus tard, suivie des 
plds grands désaslres, dans laquelle Tbòpilal Saint- Jacqaes de Saint- 
Subra fut délruìt. Elle date de 1430, et « surmonta Teaa les tayles da 
» Chàteau-Narbonnais de Tolose, afOuant par la rivière de Garonne, » 
dit un manuscrit ancien (1). 

Quoique les débordements du fleuve aient eu liea très-fréquemment, 
néanmoins les deux que nous avons rapporlés sont les seuls qui^ par 
leur gravile , paraisscnt avoir présente des caractères assez mena^^ants 
pour comprometlre Texistence du faubourg; c'estdónc entre eux que noos 
devons choisir pour trouver Torìgine de Téglìse Saint-Nicolas. 

Uéglise Saint-Nicolas doit-elle son origine à l'inondation de 4430? Non ; 
car nous avons retrouvé un acte du7 avril 1304, dont uous parlerons 
tout à rbeure , et qui constate son existence. 

La doit-elle à l'inondation de 1220? Non encore; car Tbistorien Ber* 
trand nous parie de celle église, en cilant un fait important que nous 
croyons devoir rapporler. « Ainsy, » dit cet historien (2), « le comte 
» Symon loujours était prét a batailler contre les héréliques, mais 
» encore n'est pas au bout de ses entreprises; car lui estant à la messe à 
» l'église de Saint-Nlcbolas , ès faubourg de Saìnct-Subran , luy fat rap- 
» porte que les Tolosains sortaieut contre ses gens, eie... > 

Or , le comte Simon de Montfort périt sous les murs de Toulouse , le 
25 juin 1218; donc TégUse Salini-Nicolas existait au commencement 
du Ireìzìème siede; elio serali anlérieure à Tinondalion de 1220, et il 
faul rechercher dans un précédent débordement du fleuve Tèvénement 
qui lui donna naissance. 

En Tabsence de dale , nous essaierons de préciser , a Taide d'un rap- 
prochement, Tépoquc probable de la construclion de Téglise. 

Etani donne ce principe archèologique , que Page d'un monument se 
reconnail a son slyle , il esl facile d'arriver à une conclusion. 

I/arcbilGcture rdigieuse a eu deux slyles principaux^ le roman et le 
golblque , consécuUfs Tun à Faulre , mais néanmoins séparés par uà 
intervalle assez sensiblo/ pendant lequel le caractère des conslructions 



(4) Manuscrit de 4547. Archives des hospices. 
(2) Bertrand, Gestes toulousains y p. 64. 



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^ «49 — 

n'ètait plus le roman pur , et n'était pas eocore le golhique. Ce caractère 
est ce que reo est con vena d'appeler slyle de traosilioD. La pérlode de son 
existence est parfaitement circoDScrite dans le douzième siede. De Ielle 
sorte qae I'oq peut précìsér , avec quelque cerlitude , que lout édiflce 
roman pur n'est généralement pas postérieur au ónzième siede , comme 
tout édiflce golhique n'est pas anlérieur au Ireizième. L'on peut égale- 
ment affirmer que tou^e construclion romano-golbique appartieni à l'epo- 
que de transition , au siede inlermédiaire, c'esl-à-dire au douzième. 

Or, la partie la plus ancienne de l'église Saint-Nicolas appartieni au 
style de transition , ainsi que nous le démontrerons tout à rheure; donc , 
Dous sommes amene à celle conclusion dernière, que Tinondalion doni 
parie Catel doit élre reportée au douzième siede , et que Téglise Saint- 
Mlcolas date desdernières annèes de cesicele. Elle est, après la basilique 
de Saint-Sernin , la plus ancienne èglise de Toulouse. 

Quels soni maìntenant les principaux fails de l'hìsloire de celle église ? 

Les archives de Saint-Nicolas, fori incomplèles, fournissent quelques 
dèlailsintéressanls^ qui concourent^ avec divers èlèmenls recueillis d'aulre 
pari , à faire le fond de ce récit. 

L'organisalion primilive de la paroisse consislail dans radminislration 
d'un recteur, soumis à la nomination du prieur du monaslère des Béné- 
dictins de la Daurade, doni la juridlclion s'èlendait sur le faubourg Saint- 
Cyprien. Nous avons déjà parie de la présence de Simon de Monlfort à 
Tofflce divin dans l'église Saint-Nicolas, pendant le siége de Toulouse, en 
1218 : ce fall est le plus ancien que les documenls écrils menlionnent 
concernant nolre èglise. 

En 1304, une conteslation s'eleva cnlre le recleur et les bailes de 
rhópital Saint- Jacques , nouvellemenl créé dans le faubourg, a Toccasion 
de la sépullure des Irépassés de cel hòpital. Le parlemenl inlervinl dans 
le diÉférend , et, par une décislon souveraine , le recleur, qui se refusali 
à procéder à ces fonclions , fui condamné a Ics accomplir. 

Quelques années plus lard (13i0) fut ìnsliluée la table de Saint- 
Nicolas , ou confrérie sous Tinvocalion du patron de la paroisse. Puis , 
successi vement, s'organisèrenl les confrérics du Purgaloire, du Saint- 
Sacrement , des Cinq-Plaies , de Sainl-Roch , de Sainl-Nazaire et de Saint- 
Barlhélemy. 



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- tM — 

Chacone de ces confréries regut des legs et des dooations qni compa- 
sereni» dans la suite, des ressoarces coDsidérables , et les aociens regb« 
tres (1491 , 1518 , 1644) ainsi que les cootrats saavés de la deslraclìoD 
eonstatent qae la lable de Notre-Dame et celle da Pargatoire possédaient, 
dans le faubourg , plusieors maisons et des Ttgnes aax environs. Ellet 
étaienl admìnìstrées par des régents et an syndic, organisation qai s'est 
perpélaée jusqu'à nos joars. 

Un regislre de 1622 renferme la mention de nombreuses foDdatioos 
faites en faveur de Téglise Saint-Nicolas. 

Yoici , dans le langage naif de l'epoque , la descriplion d'une cérémonie 
religieuse^ du 3 mai 1574 , jour de la féte de sainte Croix (1). 

« Feust fait un grand triumpble tant alla porselion , messe et sermon^ 
» où asysta Monsieur le cardinal Darmaniac, arsevesque de Tolose, tant 
)) alla porselion, messe que sermon, et tout fyst le dcboyrde sa charge 
» et ly assislarent Mons' labesque de Rodez , et belbe companye de 
» gentils homes, consselhiers au parlement, consselhiers au senechal, 
» capilols et grand companye de borgoys, notables pcrsonnages, tant 
» domes que femes, où jamays a vye dome n'est veu si beau et grand 
» triumphie. » 

Le 12 juillet 1598, les prétres de la table du Purgatoire rèdigèrent un 
règlemenl qu'ils soumirent à Tapprobalion du cardinal de Joyeuse, arche- 
Yéque de Toulouse. L'esprit de ce règlement est celui d'une communaulé. 
Ces prélres, au nombre de douze, s'appelaient les prétres de la Dou- 
zaine (2). 

Nous pourrons encore citer, comme ade duseizième siede, le paiement 
fail, en 1557, de la somme de 30 livres, pour achever de payerlacon- 
strudion de la chapelìe de Notre-Dame , fixée à 80 livres. Cet ade aura 
son importance , lorsqu'il s'agirà de constater l'epoque à laquelle appar- 
tieni une panie de l'édiQce (3). 

Au dix-seplìème siede , nous découvrons des délails dignes d'intèrét, 
dans un actedu 16 mai 1652 (4) conlenaùt transacìion entre le redeur 

{\) Manascrit. Archives de Saint-Nicolas. 

(2) Archives de Saint-Nicolas. 

(3) Idem. 

(4) Archives des hospices. 



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de Saiot-Nicolas et les iDteDdaats de rHòtel-Dieu , aa sujet des fonoUoDS 
Goriales daos rbòpital. Cet ade Doas appreod qoe le rectear de cetle 
époqae était messire Raìmond de Gomioban , magislrat presidiai en la 
sètiòchaussée de Toulouse; que les domesliqaes de rHólel-Dieu élaient 
tenas de recoanaltre chaqae année, à Pàques, laparoisse Saint-Nicolas; 
enfio que les prétres se réuDissaieot dans un lieu particulier de Téglise , 
désigné sous le noni de petite poUt^te. 

En 1654 , le 24 juin , un acte est passe avec Georges Legouse , sculp- 
teur , pouf la confection du relable de la chapelle de Notre-Dame. Il est 
dtt^ dans cet acte^ que les sculpluresseront exéculéessur lesdessins faits 
par Artus, moyennant 550 livres. Arlus étail^ avec Guépin, élève de 
Baohelier; ils ont eiéculé le jubé de l'églìse Saint-Elienne, dont la dèmo- 
litioo vient d'étre récemment opérée. Cet acle renferme encore d'autres 
détails inléressants (1). 

Dans la seconde moilié du dix-huilième siede , nous trouvons la con- 
sécralion du mailre-autel , faite le 23 février 1762, par monseigneur 
révéque et prince de Grenoble, Jean de Calvet , à la prière de M. Havard 
de Lamazoire, cure de Saint-Nicolas (2). 

L'année suivante, 1763, en seplembre, une visite pastorale eut lieu 
dans l'église Saint-Micolas , et le procès-verbai, dressé à l'occasion de 
cette visite, constate que la paroisse est adminislrée par une consorce, ou 
cooomunaulé de douze prétres , sous Tobéissance du recteur , qui doivent 
assister au cbcBur , à la messe de paroisse et aux vèpres. 

Le nombre des feux de la paroisse est de quatorze cents; il y eut cette 
méme année deux mille quatre cents communiants; le nombre des sépul- 
tures dans l'intériedr de l'église était de deux cent cinquanle, que 
l'oeuvre vendali selon Tusage immémorial (3). 

Trois années plus tard, en aoùt 1766^ une scène déplorable, qui se 
passa dans Tinlérieur de l'édìGce, provoqua l'interdit de l'église. Le 
carillonneur et le bedeau , ancien suisse , d'assez mauvaises moeurs , se 
prirent de querelle et se batlirent jusqu'à Teffusion du sang. Monseigneur 
de Fumel , évéque et comte de Lodève , procèda à la cèrémonie de 

(4) Archives de Saint-Nicolas. 
(8) Inscription sous les orgaes. 
(3) Archives départementales. 



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— WS — 

la levée de Tiaterdit. Une procession soleonelle eat liea: l'égUse fai 
aspergée d'eau bèni le, composée d'eau, de cendres et de sei, avec hd 
goupìIloQ fait d'uDe poignée d'hysope. Les lamières élaieDt éleiotes, et 
lorsque la réserve fut apporlée sous an dais, od illumina. Àvant de céié- 
brer la messe, l'évéqoe, se proslernant au milieu de la nef , fit amende 
bonorable. Ces détails se trouvent consignés dans un manuscrit contem* 
porain intilulé Les heures perdues de M. Pierre Barthés (1). 

Enfln, le dernier fait concernant rhisloire de Tégllse Saint-Nicolas 
est la restàuralion de Tédiflce , le 17 seplembre 1772. Une plaque de mar- 
bré , placée sous les orgues, donne les causes de celle reslauration et les 
noms des régents de l'oeuvre qui y prèsidèrent. 

Nous ne devons pas passer sous sllence une cérémonie assez bizarre , 
dont l'instilution se rallacbe, dans une cerlaine mesure , à rhistoire de 
notre église. C'est la procession des pécheurssur laGaronne. Ilexislaità 
Toulousedeuxconfréries de pécheurs, Tune à Saint-Pierre des Cuisines, 
Tautre à Saint-Nicolas. Tous les ans y la velile de l'Àscension , ces deux 
confrérles se réunissaient pour se rendre, accompagnées de ménétriers, 
au monastèro des Bénédictins , où elles prenaient un religieux de cet or- 
dre, qui devaitétre conduìt en baleau surla rivière. Le religieux porlaìt, 
attaché à son bras, un reliquaire renfermant un fragment de la vraie 
croix. La barque, montée par le religieux et les dignilaires des confré- 
rles , était escorlée d'une quan lite innombrable d'esquifs de tonte sorte, 
dont quelques-uns consislaient cn petiles huches, pétrins, sébilles, ce 
qui donnait à catte procession Taspoct le plus pitloresque. On remontait 
ainsi, au son des ìnslruments, jusqu'à une ile, voisine de l'ancien 
moulin a poudre, et, arrivée là, la procession stationnait. Le religieux 
plongeait le reliquaire dans le fleuve , récilait certaìnes prières, puis la 
procession, redescendant le cours de la Garonne, allait débarquer au 
Pont-Neuf, d'où elle se rendaiLàSaint-Nicolas, et à Toraloire du Cru- 
cifix, où s'accomplissaient d'autres cérémonies; puis on ramenait le 
bénédìclin à son couvent. 

Le manuscrit auqucl nous emprunlons ce narré rapporto que la pro- 
cession des pécheurs fut instituée à Toccasion de la découverte d'un frag- 

(4) Bibliothèque de la ville. 



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- SS3 — 
meni de la vraie croix dans l'ile voisine da moulin a poudre , par uà 
eocbon; il ajoute que souveDt, lorsque les eaax élaient grosses, le reli- 
gieox faisait difQcallé pour s'embarquer, el que les pécheurs s'eogageaìent 
à le rameoer au couveal mori ou vif , ce qui , enlre pareDlbèse, devait 
manquer de gaieté pour le bénédiclin ; il constate enfia , que les religieux 
recevaient, a cetle occasion , une paire de ganls, et qu*en 1281 » lorsque 
la procession acbevait de passar , le poni vieux , cbargé de spectateurs , 
s'écroula, entrainant dans sa cbule plus de deux cents personnes qui 
périrent (1). 

CHAPITRE II. 

DESCRIPTION. 

Il y a deux manières de décrire un édifice : Tane consiste a prendre 
le monument tei qu'il se présente au spectatear et a l'analyser pièce a 
pièce , en commengant par celles qui , les premières^ frappent les regards. 
C'est la manière vulgaire. 

Suivanlla seconde, on recbercbe quels soni les différents àges du monu- 
ment; car il est peu de moaumenls importanls qui ne soient frappès au 
sceau de plusieurs époques, et l'on en fait la descriplion en partant de 
répoqae la plus reculèe. 

C'est la manière scienliQque , celle que nous avons adoplée. 

L'ègllse Saint-Nicolas apparlient-elle à plusieurs èpoques? Nous allons 
le dèmontrer en pènélranl sous scs voùtes. 

L'edifico remonle, nous le savons^ au douzième sìècle; il porle la 
trace manifeste de Tarcbitecture de celle epoque, et la cbapelle des 
fonts bapUsmaux, la plus ancienne, offre tous les caraclères du slyle da 
transilion qui lui est propre. 

PREMIÈRE EPOQUE. 

La cbapelle des fonls baplìsmaux s'ouvre la première , à gaucbe, dans 
la nef , en regard de la porle d'entrée acluelle. 

(4) Hanascrit trouvé dans les papiers de M. Du Mège. 



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L'ogive, qui forme sa principale ouverture, est proDoncée à p^e; 
elle fait comprendre les efforts de l'art» qui tend à se mètamorpboser et 
à développer Tarcature en plein cintre , signe caractéristìque da style 
roman. Le méme caractère se reproduit a l'inlérieur de la cbapelld. Les 
nervures , qui se croisent à l'ìntrados de la voùle, diffèrent pea do plein 
cintre; elles sont d'une simplicilé extréme; elles se relient à leiir poiat 
d'intersection par une clé de voùte sans ornementation , et se ternioeoft 
par des culots représenlant des personnages grotesques. 

Les fenélres qui ajourent la chapelle sont en plein cintre. Elles ne se 
trouvent plusdans leur état primilif, etleurs dimensions ont élé augmen- 
tées; car les fenétres romanes sont gènéralement basses et étroites, pour 
laisser pénèlrer dans l'édiflce un jour incertain et mystérieux. 

La voùle est ornée de grisailles en fond bleu représenlant des guir- 
landes , des pampres et des fruils. Au centro de cbacun de ses arcs est 
peint un écusson. Le premier figure le Saint-Esprit; en face est une 
gioire; puis, successivement , saint Roch, saint Jean-Baptiste , laVierge 
et le Gbrist. L'autel est ornò d'un tableau représentant Jésus-Gbrist 
remellant à saint Pierre les clés du paradis ; il est flanqué de deux 
slatucs, celle de saint Pierre , à gauche ; à droite , celle de saint Paul. 

Dans l'angle gauche est placée une vasque en marbré blanc , supportée 
par un piédouche doni la base est en marbré rouge. Une vaste coquiUe 
surmonle colte vasque , et sur le centro de la coquille s'étale un ^leii. 

On afQrme qu'à une epoque recente , le projet fut agile de demolir la 
chapelle des fonls baplismaux , et quo celle deslruclion ne s'accomplit 
pas, sur les instaoces de nolre confrère M. Du Mège. 

Combien il est regrellable que le reste de l'edifico ne soit plus dans le 
style de la chapelle des fonls baplismaux ! Toulouse possederai un monu- 
ment compiei de Tépoque de transilion , qui serait la seconde page da 
grand livre d'archileclure doni la basilique de Sainl-Sernin est le pre- 
mier et le plus admirable feuillet. 

DEUXIÉME EPOQUE. 

Près de deux siècles nous séparent de l'epoque de la conslruction de 
la chapelle des fonls baplismaux 4e celle de la nef. Par quels événemenls 



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— 255 — 

pourrait-on combler celle immense lacune? àquelles causes doil-on atlri- 
buer celte seconde pèriode de Tédifice? Si les pierres avaient la parole, 
elles noQS raconleraient à suite de quel fléau , inondation ou incendio, 
elles ont remplacé leurs ainées. Mais les pierres soni immobiles et muet- 
tes, attendant une voix pour suppléer au silence des traditions, à l'oubli 
des hìstoriens. Cotte voii sera la nòtre, qui proclamerà, non les circon- 
stances de la construction , mais l'àge de la nef , relrouvé dans l'im- 
mense cartulaire de rédifice, a Taide de deux témoins : un écusson et 
• une cloche. 

Eh ! qu'aurions-nous besoin de témoins , pour attester que la nef de 
réglise Saint-Nicolas date des dernières années du qualorzième siede? 
Ne sufQt-il pas, pour reconnailre ce fait, de jeter un coup d'oeil sur la 
partie elle-méme de Tédiflce? Comparée avec les fonls baplismaux , la nef 
présente, en effet, les trails bien caraclérisés d'une epoque poslérieure. 
L'ogive s'élève et atteint les proportions régulières de Tare en tiers-point, 
c'est-à-dire du style ogival de la belle epoque. 

Les arcs-doubleaux , qui divisent l'édiiìce en cinq travées, viennent se 
relier de chaque còlè avec des pilaslres cngagés dans les murs latéraux. 
Une saillie, sansscuipture, remplacé les chapiteaux. La voùle d'ogive est 
d'enne simplicitè primitive. L'espace compris entro chaque arc-doubleau 
^e circonscrit par quatre voùtes , dont le sommet présente une clé , indi- 
^aant le point d'interseclìon de leurs nervures. Ces nervures ou for- 
merets sont prismatiques ; ils retombent le long des murs , en se prolon- 
geant jusqu'au sol, sous la forme de petites colonnes flanquant le 
pilastro principal. 

Les clés de voùte ne portent trace d'aucune sculpture. Sur la première 
est peint un ècu barre, ayant une eroix en chef; les autres représentent 
des fignres , un calice , etc. Des grisailles sur fond bleu décorent la voùte. 
Au milieu d'arabesques de pampres et de fruits , on y distingue des 
armes de prélats , des tétes d'apòtre et de saints. Ces peintures sont de 
beaucoup postérieures à la construction de la nef. 

On ne peut s'empécher d'admirer le beau style des fenétres ogivales 
de la nef. Longues, élancèes, sans ornements qui altèrent la pureté de 
leurs lignes , elles sont , avec Tensemble de TédiQce , dans une proportìou 
et une harmonie irréprochables. Une belle rosace , gamie de verrières et 

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byCapgle 



— 856 — 

à demi masquée par les orgaes, occupe la parile supérìeure da mar de 
face. 

L'ancienne entrée de l'église s'oavrait sur la petite roe Saint-Nicolas. 
Rien de svelle , d'élégant et de sevère a la fois comme le portali extérienr 
actuellement condamné. Les tores cylindriques , qui suivent les contoars 
des ogives , sont d'une légèreté, d'une délicatesse remarquables. 

Un seni tableau orne la nef : il représente Jesus entouré de la solda- 
tesque romaine, aa moment où, frappé de soufflets, on lui demando, 
avec dèrision : Devine qui Va frappé? Cette toile, qui offre de belles 
qualités de dessin et decoloris, est sìgnée : Jules Jollivet, 1859. 

Yoilà faite la part de la description; laissons maintenant la parole aax 
témoins que nous avons invoqués à l'appai de no tre opinion , sur l'epo- 
que de la construction de la nef. Do sommet de l'ogive, qui forme l'entrée 
de l'église a l'intérienr , ressort , incrosté dans la ma(^nnerie , on éca 
servant de clé de voùte. Cet éca porte : à la croix d'hermine , écartelé 
4 et 4 de clocbes, 2 et 3 de creusets. 

Que signifie cet emblème béraldique? 

Seton nous, c'est le souvenir d'un fait importante qui n'est aatre que 
la construction àe la nef. Nous n'aurions pas grands efforts à taire pour 
démontrer que dans le corps des grands édifices on pla$ait généralcr 
ment des marques apparentes, rappelant soli la date de la constractioD, 
soit les personnages qui y ont prèside. Taftldt ce sont des inscriptìo&s, 
tantòt des armoiries qui> dans leur langage particulier, sont des inserii^- 
tions véritables. Dans les églises anciennes , les dés de voùte portent ces 
témoignages. 

L'écu que nous signalons rappellerai doac le pensonnage qui a prè- 
side à la construction de la nef ou qui Fa consacrée. 

Quel est ce personnage et à quelle epoque nous reporte-t-il? C'est le 
aecond tèmoin qui va nous l'apprendre. 

llontons au clocher ; pla^ons-nous à ciiMiiiaiite pieds daos l'espaost 
sur une plancbe étroite , accrocbé poor ainsi dire an marteaui gd 
fODtt Yeteotir Fairain sacrè^ et dans calte position peacommode, mais que 
les arohéologues sont quelqnefois exposés a subir , déchiffrons pénibiAh 
«M»t les inscriptioos eu. lettres goihiques qui entoiirant une. belle et man 
Jestueuse clocbe. 



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- 287 — 
An sommet^ et dans le pourtour supériear^ un vers latin, que voici : 

SudaHum Christi servet no$ funere trisU. 
(Le fuaire du Christ nous preservo d*une triste mort.) 

Dans le pourtour inférieur cette legende : 

En le an mil CCCXCVII B. ABBAI, de CADVN BERNA! DEMERENX 
IOANA DANIO SA MOLHE ME BATI. 

(En l'an 1397 ^ B. , abbé de Cadun, Bernard Demerens, et Jeanne 
Danio sa femme , me baltirent.) 

L'usage était que les parrain et marraine d'une cloche en tirassent le 
premier son. 

Cette cloche nous fournit donc des renseignements précieux : le nom 
d'un abbé, la date de 1397; elle nous apprend, en outre, que l'écu 
signalé a la voùte renferme les armes de Tabbé de Caduin ; car sur la 
circonférence de la cloche sont représenlés plusieurs fois le méme écu et 
un sceau abbatial portant pour legende ces mots : 

Sigillum Bertrandi abbatis Caduini. 0:.^'^"^ 

(Sceau de Bertrand, abbé de Caduin.) U n-^--^ 

Donc, la nef ella cloche ont un^ corrélatioà^^&^^^^e; elles sont 
Fune et l'autre dues a Fabbé de Caduin , et elles comlufiar Fune et Tautre 
quatre siècies et demi d'existence , puisqu'elles remontont à Fan de gràce 
1397. 

L'abbaye de Caduin fut fondée en 1114 par Gerard de Sales. Elle 
appartenaitàFordre illustre de Saint-Benolt, ainsi que Fabbaye de Grand- 
selve ; elles furent confondues sous une méme autorité ; et la liste des 
abbés de ces monastères (1) nous fait connaftre un Bertrand lY, en 
13?! , celui-là méme dont le nom et les armes se retrouvent dans la nef 
et sur la cloche de Féglise Saint-Nicolas. 

Poursuivant nos Investigalions , nous avons pu découvrir la raison de 
Finvocation au saint suaire, gravée sur la cloche de 1397. 

L'abbaye de Caduin était célèbre^ au quatorzième siede, par la posses- 
sion du Saint suaire de Jésus-Christ. 

Le 27 mai 1395 furent faites des conventions entro le syndic de la 

(4) Gallia Christiana, Grandselve. 



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— 258 — 

ville de Touloose et l'abbé de Caduin , assistè des dépotes du cbapitre 
géDéral de l'ordre de Ctleaax , pour la translation da saint saaire » da 
monaslère de Caduin eu Téglise du Taur. 

L'aoDée suivante , le roi de France Charles VI désirant voir le saiot 
suaire, cet objel vènere fui Iransporlè à Paris; et, en 1399 , il y fui 
dèrobé par deux religìeux. EnQn, retrouvè peu de temps après, on le 
transporla à Caraman , d'où il fut reintegre à l'église da Taar (1). 

La dévolion toule particulière des religieux de Caduin explique rinlen- 
tion de l'abbè Bertrand IV de piacer l'église de Saint-Nicolas sous l'ègide 
da Saint suaire , et consèquemment Tinscription que nous avons relatée- 

Le clocber n'offre aucune particularité digne de remarque. Sur une 
base quadrangulaire s'élève une tour octogonale , à deux étages ^e fené- 
tres ogivales accouplées, présenlant le type da gotbique en triangle^ assez 
usité dans nos contrèes, et que Fon a par cette raison qualiflé de 
gotbique toulousain. Cette tour est couronnèe par un acrotère en ma^on- 
nerie pleine et surmontèe d'une flèche que ses proportions mesquines 
rendent learde et ècrasèe. Le tout est badigeonné en gris. 

TROISIÉME EPOQUE. 

Dans la troisième epoque architecturale de l'église Saint-Nicolas, noas 
rangerons les cbapelles latèrales de Notre-Dame , de la Sainte-Croix , de 
Saint-Nazaire et de Saint-Barthélemy , le portali extérieur, enfin la 
sacristie. 

La cbapelle Notre-Dame date de la première moitiè du seizième siècle. 
Sa construction conta 80 livres tournois , que la confrérie de cette cba- 
pelle ne put intégralement payer qu'en 1557. Elle est ornèe avec goùt; 
ses peinturcs murales sont bien entendues et ne manquent pas d'une cer- 
taìne ricbesse. Mais leretableexècutè par Legouse n'existe plus. Colui qui 
le remplace reprèsente , dans le panneau de c6té de l'èpftre , la Nativité 
de la Yierge; dans le panneau oppose, la Présentation aa tempie. 
Au-dessus sont placés deux tableaax, lasainte Famille et la Vlsitation. Le 
centro da retable est gami par une Yierge tenant Jesus enfant; de cbaque 
còte, un auge semble montrer ce groupe aux fldèles. Des colonnes can- 

(4) ÀnnaliM de Touìoum. Archi ves de la ville. 



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— 859 — 

nelées, filels blanc et or^ des testons, des arabesques surmontés d'an- 
ges forment l'eDsemble de rornemenlatioD. 

Les aalres cbapelles n'offrent de saillant que leurs voùles. La préseoce 
des liernes et des tiercerons qui se groopent et s'eDtre-croisent sur leur 
iDtrados, aDDoncent la fin du quinzienie siede, c'est-à-dire une epoque 
de décadence du style ogìval. Selon nolre senliment , il y a loin de l'ogive 
de ces voùtes à celle de la nef , et , en les comparaut , od est frappé de la 
tendance de ce style a se compliquer et à se surcbarger de ligues et 
d'ornements. 

La sacristie préseote les mémes caraclères. Sa porle d'entrée est ornée 
de deux coloDues corinlbieDues , cannelées, surmoutées d'un tympan 
doQt le centro est occupé par une iliche d'où se détache une statue de 
Saint Nicolas. Sur l'architrave est inserite la date de 1562. 

Arrivons enQn au portai! exlérieur. Que dirons-nous de cotte intéres- 
sante parile de l'édiQce? Notre ròle d'hislorien nous impose le devoìr, en 
signalant l'état de sa baie gothique, qui offre de beaux restes , de lancer 
l'anathème sur les vandales qui ont brisé impitoyablement Togive , pour 
lui subsliluer l'affreuse demi-lune mauresque » dont les amis de l'art de- 
plorent la présence. Le portail apparlient au seizième siècle. Son tympan 
renferme la scène de l'adoration des Mages. Àbritée par un dais gothique, 
la Vierge est assise » tenant l'enfant Jesus sur ses genoux y et se tournant 
dans la direction de trois personnages richement vétus, qui se présentent 
à elle. L'un de ces personnages, à genoux , offre une cassette; le second 
tient dans la main un vaso à brùler les parfums ; le troisième une ampoule. 
Ce soni les rois Mages faisant hommage aa Roi des rois de l'or, de l'en- 
cens et de la myrrhe. Saint Joseph se tient à la droite de la Vierge , et , 
dans le lointain , derrière une crèche , paraissent un àne et un boeuf . 
L'exécution des personnages et des détails de cotte scène sont d'un fini 
remarquable. 

Quatre statues occupent les niches du portali. Deux d'entro elles peu- 
vent étre prises , l'uno pour saint Pierre , l'autre pour saint Paul : c'est 
da moins l'intention que l'on doit supposer à l'artiste , en voyant les 
atlributs des personnages; mais en vérìté, en matìère d'art, l'intention 
ne suffit pas pour donner le caractère propre a une oeuvre , et n'étaient 
la clé et le glaive , on ne se doulerait nollement que ces deux person- 



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— 860 — 

Bages représeotent les deax saints que l'on a voula figorer. Qaant ani 
deox autres statues , avec la meilleare volontè da monde , nous n'avons 
pa parvenir à les baptiser. 

Il serali vivement à désirer que la restauratioD da beaa portali de 
Sainl-Nicolas fòt enlreprise , et prlacipalemenl qae Ton fit disparaitre 
l'importane coalear d'ocre , dont les scalptares sont soaillées. 

QUÀTRIÉME EPOQUE. 

Par l'ensemble de son ornementatìon , le choeur appartieni a la qua- 
trième periodo de l'bistoire arcbitectarale de Fédiflce. Le roattre-aatel fat 
consacré le 23 février 1762, ainsi qae noas l'avons précédemment rap- 
portò. Il existait primilìvement un matlre-autel , CBUvre de Nicolas Bacbe- 
lier ; mais on lui a subslilué le baldaquin , dont l'adoption dans le Midi 
a produit les résultats les plus déplorables ; car les retables souvent splen- 
dides de détails da moyen àgeet de la Renaissance ont fall place à Tome- 
mentation la plus mauvaise et la plus ridicnle comme goùt. Il n'a survécu, 
de l'oBuvre du maitre , qu'un bas-relief reprèsentant la Cène , incrusté 
aujourd'hui sur la face postérieure du maitre-autel , et entièrement mas* 
què aux regards. 

Le centro du baldaquin est occupé par un vaste tableau qui a pour 
sqjet la mort et Tapotbéose de saint Nicolas ; à droite du cboeur on Toit 
la consécration de ce saint» et a gauche l'Àssomption de la Yierge. Ces 
excellentes toiles sont dues au pinceau de Despai. 

CmQUIÉME EPOQUE. 

Nous arrivons au terme de notre descrìption , avec la douleur de la 
cldturer en signalant des actes de destrucUon déplorables. Nous avons 
fait beaucoup de cbemin depuis le style de transition du douzième siècie 
jusqu'à nos jours j et il faut nous arréler sur une epoque dont les oeuvres 
b&tardes sont marquées au cachet de la décrépilude de l'art. Que sont 
devenues les bellesogives qui marquaient l'entrée decbaquechapelle? 
Nous devons le confessor à notte bonte , elles ont disparu soos le ridicale 
arceau dont on les a recouvertes^ affreui pastiche qui donne à ces aanexes 



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— 264 — 

d'une splendide nef l'aspecl d'une église de viliage. Les pilaslres ont élé 
tranchés ; les coionnelles mutilées ; d'affreuses peìnlures, a demi profanes, 
s'élalenl sur les bas-cólés de la nef. Voilà l'oeuvre du dix-neuvième siede. 
Nous nous absliendrous de le caraclériser aulrement. 

Notre tàche est terminée. Malgré les lacunes de ce travail, lacunes 
qu'il n'apas été possible de combler, Féglise Sainl-Nicolas sera, nous 
Fespérons, mieux connue, plus justement appréciée , et nous nous eslime- 
rions heureux si le resultai de nos efforls était couronné par une res- 
tauration digne de Tédifice auquel nous les avons consacrés. 

Louis BUNEL , 

Membre résidant. 



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ÉTUDE 



SUR 



LES DOLMENS DU DEPARTEMENT DE LA LOZERE 



(1) 



Dans les quatte déparlemenlsderAveyron, de la Lozère, du Card elde 
rHérauU, s'élendenl de vasles plaleaux de calcaire jurassique appelés 
caiissesj que coupent de profondes vallées dont les deux principales sont 
celles du Lot et du Taru. Leur aUilude alleint dans ]a Lozère 1200 mè- 
tres et ne descend guère plus bas que 800 , tandis que dans les autres 
de ces départements elle ne s'élève pas plus haut que 900 ou 1000 me- 
tres y et s'abaisse jusqu'à SOO. Ces causses occupent environ un liers de 
TAveyron et de la Lozère^ mais sont beaucoup moins importants dans le 
Card et THérault. 

Cesila, sur ces étendues tantòt rocheuses et tourmentées, tantòt aa 
conlraire presque plates , mais souvent sèches et stériles , que sont 
rèpandus en très-grand nombre des dolmens qui sont plus que rares 
dans les autres parties de ces contrées. 

Je viens étudier aujourd'hui ceux de ces monumenls qui sont situés 
dans la Lozère. Dètaillant ce que j'ai trouvè ou vu, je n'ènoncerai que 
comme hypothèses plus ou moins probables les pensées ou les supposi- 
tions nèes de ces documenls. Les faits , dans les éludes de ces temps si 
éloignès, sont, je crois, plus importants que des traditions lègendaires, qui 
proviennent souvent d*une epoque relativement très-rapprochée de nous ; 
traditions ou méme rècits historiques souvent altèrès qui doivent s'effacer 
devant une découverte bien constalèe. 

(4) Lu à la séaDce du 49 janvier 4869. 



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— 263 — 

Le nom sous leqoel od désìgne généralement le dolmen dans ces con* 
trées est loi-méme noe première erreor de la tradilion. Jugeant de la 
grandeor de Toavrier par la grandeur de l'oeQvre, Ton a baptisé ces méga- 
lilhes du nom génèrìque de tombe de géant , ou pierre des géants. Or, 
parmi tous les squeleltes retirés de ces tombeaux (et od les compie par 
centaines), il D'a pas été trouvè ud seal ossemeDt qui dépassàt la taille de 
Dotre génératioD. 

Je sais, Messieurs, que je parie ici devaDt udo assemblée d'archéologaes, 
et DOD de Dataralistes ; aussì D'ai-jc poiDt apportò les nombreux ossemeDls 
recueillis daDS ces cryptes faoéraires, ossemeDls que j'ai préseDlés a udo 
aulre société. Pai voulu méme toucher ce sujet eu dèbulaDt, pour D'avoir 
plus à m'eD occuper lorsque je parlerai des moDumeuls eux-mémes, et 
des objets de l'ari de celle epoque qu'ils reufermeot. 

Il serail difficile de fixer le Dombre de doImoDs existaDl daDS le dé- 
parlemeDl de la Lozère (1). Beaucoup sout dissimulés par d'épais buis- 
soDS, d'aulres eosevelis sous des tas de pierres faits par les paysaus; d'ao- 
tres, eD parile délrulls el brisés, passeDt iuapercus des habitanls méme du 
YoisiDage, surtoul s'iis sout silués, comme cela arrive souveol, daDS un 
eudroit aride el Ioìd de tout lieu habilé. 

Je puis dire loulefois que le Dombre de ceux que j'ai fouillés ou visités 
ou qui m'oDt élé sùremoDl signalés dépasse cent, el je crois que ce chiflfre 
pourrait élre largemeut doublé si Fon arrivali a coDDatlre seulemenl tous 
ceux qui soni encore apparente sur le sol. 

Il eslà remarquer, eo effel, qtfe la contrée oùsoDlsiluéscesmégalìlhes 
contieni d'immenses espaces a la fois dèserts et arides, el que c'esl préci- 
sément dans ces sorles de landes, où le Iravail agricole n'a pu les délruire, 
qu'on en voil le plus grand Dombre. Il a dù probablemcDl eD exister au- 



(1) Àu congrès archéologique teDU à Mende en 1857, on n'en signala que vingt et un 
pour tout le département. Quatre ou cinq seulemeut avaient été alors fouillés (sur le causse 
de Changefège , près Mende), par MM. Roussel et de More. Ils avaient fourni si peu de docu- 
ments que, dans le rapport de ce congrès, fon croitvolr, dans les débrisde poterìe décou- 
verts là , les débris d'urnes où étaient les restes des morts , sans Taire attention que les os- 
sements trouvés entiers indiquent un ensevelissement et non le dépót du cadavre dans une 
urne qui eùt du avoir, en ce cas, les dimensions des arnes à momies de l'Amérique du Sud, 
dimensions que les petits débris trouvés dans les dolmens démenlent compléterccnt. 

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— S«4 — 

tant dans les eodrolts voidos colUvés, et sans remoDter plus baot qae ce 
siècle, OQ recaeille chez les paysans les souvenirs de beaacoup de ces mo- 
numeDls disparus, soit pour utiliser leurs larges dalles, soil pour cultiTer 
le sol qu'il$ recouvraient (1). A la vae de celle qaanlilé de lombeaai 
rassemblés dans celle région , une rèflexioQ doit naitre dans l'esprit de 
toQS ceu3L qui y foni des recberches. Commeot ces caqsses, où soni jetés 
$à el là aujourd'bai quelques pelits villages et quelques rares ferroes iso- 
lées, ètaienUils si peuplés a Tépoqae de la constracUoQ defi dolmeos ? 

LarépoDse la plus nalurelle me parali étre que ces peuples, qui devaient, 
ainsi que toutes les ualions primitives , Tivre de la vìe pastorale oa 
de la ebasse, n'avaient pas l'inlérét des populalioas acluelles àsegrouper 
sur un sol fertile. D'ailleurs^ les vallées du Gévaudacìi>^ujourd'bui fécoo- 
des et bìen arrosées , devaient étre alors pleines de marèb^es dangereui 
et pestilentiels, que les premiers babilants ont dù fuir pouri}es bauleurs 
plus saines et plus faciles à parcourìr ea cbassant. Le déboisen^nt, opere 
sor une si grande écbelle dans ces cootrées, doit avoir aussi nìgdifié la 
pbysionomie de ces bauts plateaux, où restent eocore cà et là qtielques 
bois de pins, derniers restes de ces foréls de l'ancienne Caule. 

Bien souvent , place contre un dolmen , et tandis que ma lorgnette 
ecrutait Tborizon, cbercbant sur les croupes voisines un autre mégalill^e, 
je comparais menlalement Taspect actuel de ces régìons désolées avec leikr 
ancien état. Àulour de moi, aulant que Fon! pouvail embrasser, je odi 
voyais quelquefois pas une seule babilallon ; à part quelques maigres \ 
fihamps dans de petite bas-fonds, ce n'élait partoul que des rochers aux < 
formes bizarres ou des landes couvertes de buis et de grands genévriers. 
Les seuls monumente que la main de Thomme eùt placés là élaieot des 
tombeaux de générations déjà si loin de nous. C'élaient ces gardiens de 
la mori qui m'alleslaient une vie pour jamais retirée de ces sleppes arides 
et descendue dans la vallèe. 

Il est rare, en effet, soil qu'il y ail enlre eux une corrélation réelle, soit 
a cause de leor position en general élevée , que d'un dolmen on o'en 



(4) lì esiste quelques raree dolmens «ir le flaoo dee ooteavx deus dee eudrolts eulli^és : 
ì*- citerai panai eux celui qui se trouve à mi-ooteau, entre Chine et le cratère éteiot de la 
Fare , et celui de Aodier, dans la luéme commune; ce dernier a étó converti en cabane. 



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aper^ive pas no oo plasiears autres. Souvent méme ils forment une loa-' 
gfoe ligne de plosiears kilomètres, orientée ordinairementdans le sensest" 
eoest. 

le me saia servi da terme de tombeau en parlant des dolmens , et je 
me trauve par ià en contradiclion non-seulemenl avec celle vieille tradì- 
tiOQ, attjourd'hQi abandonnée, qui en faisail des autels droidigues , liiaid 
encore avec certains explorateurs modernes, qui veulent y voir de$ autels 
d'un peuple ÌDConnu posés sur les corps de victimes immaiées en sacri- 
flce. Gomme pour discuter les raisons qui me font croire à des tombemx 
U nous faut d'abord connaitre les objets trouvés dans tes dolmens, elce^ 
mégalilbes eux-mémes, je vaìs décrire ceux-ci, au moins en general, ne 
preoant que quelques exemples particuliers pour spécifier chaqoe genré^ 

FORME DES DOLMENS. 

Sans aucune exception, les dolmens sont faits en pìerre brute. On a 
utilisè les dalles telles qu'on pouvait les extraire du banc calcaire , sans 
doute au moyen de coins, mais en leur laissanl des formes irréguiières , 
tendanl toutefois vers le rectangle, par la nature méme des fentes du cal- 
caire. 

Leur grandeur et leur épaisseur varie suivanl les lieux où sont di- 
verses qualités de bancs , plus ou moins épais , et plus ou moins solides. 
Je crois, à ce sujel, pouvoir dire que Fon n'a pas été qhercher au loin les 
dalles du dolmen, ainsi que le prélendent cerlaines traditions locales. Si, 
au premier aspect, le pierre parali quelquefois differente de la roche envi- 
ronnante , un examen allentìf m'a toujours faìt trouver non loin de là le 
banc d'où elle provieni. Quelquefois cependant, ce banc peut étre épuisé 
par la main des hommes, ou cache par des terres éboulées; mais au 
moyen des assises géologiques ou des débris épars ^ et là, on peut en 
retrouver les traces. Il serail en effel trop surprenant qu'avec le peu de 
moyens de transporl doni pouvaienl disposer ces peuplades, elles allassent 
chercber au loin ce qu'elles avaienl auprès ; et il est déjà merveilleux 
qu'elles aleni pu élever sur leurs supports d'aussi pesanles tables. 

La forme des dolmens de la Lozère , doni je vous preselle diversea 
Tues photographiques, est à peu près la nième, ou peut étre ramenée à 



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— 266 — 

trois des types que vous avez sous les yeax. Le plus commun et en méme 
temps le plus régulier (1), doni le dolmeo de Chirac (flg. I) peut étre 
pris pour exemple , consiste en trois immenses dalles , dont deux enfon- 
€ées peu profondémenl en terre , sur lesqaelles repose horizontalement 
la table, plus considérable encore. Quelquefois, au lieu de deux dalles la- 
térales, il en exisle quatre de plus pelile grandeur, telles sans doute qu'a 
pu les fournir le banc voisin. Aux deux ouverlures des exlrémités (car^ 
dans ce genre, la forme est toujours allongée), sont des pierres beaucoup 
plus petiles et engagées généraiement entro les grandes dalles latérales. 
Souvent méme une seule de ces pierres est posée à une des extrémités 
(ouest ou nord, suivant l'orientation); l'entrée, ouverte aujourd'hui, devait 
étre bouchée, soit par une muraille grossière, soit par des pierres, fadles 
à manier^ qui permissent, sans doute, d'introduire sans grands travaux de 
nouveaux cadavres; car, aiosi que je le démontrerai plus bas, cescbambres 
funéraires ont donne asilo a plusieurs morts de diverses générations. 



Fig. 1. Dolmen de Cbirac. 



(4) 11 n'existe pas, à ma coQDaissance , dans la Lozòre , de (able reposant sur des piliers 
comme dans une partie de l'ouest de la Frauce. Les supports sont toujours des dalles per- 
pendiculaires formant une cella assez bien dose et n'ayant qu^une ouverture. 



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— S«7 — 

Les dimensioDs de ce genre de dolmen sont varìables. Yoici du reste 
les mesures prises sur les plus grands et les plus petits. 



DOLMEN DB GHIRÀG. 

(Orìeotation est-ouest.) 

Table. Longueur, 3m60. 

LargeaP) 2^85. 

Epaìsseur, 0,45. 
Hauteur inlérieure, 4 "32. 
LoDgueur intérieure, 3ml0. 
Largeur intérieure, 1^12. 

PETIT DOLMEN DU GHÀRDONNBT. 

(OrienUtion est-ouest.) 

Table. Longueur, 2^50. 

Largeur, I^SO. 

Epaisseur, 0'"33. 
Hauteur (table affaissée). 
LoDgueur intérieure, 2'"80. 
Largeur, 1». 



DOLMEN BE RODIBR. 

(Orìentation nord-sud.) 

Table. En parlìe brìsée. 
Hauteur, 4m68. 
Largeur, 1*35. 
Longueur, 3". 

DOLMEN DU SEC (fìg. 4). 

(Orìentation est-ouest.) 

Table. Longueur, 2^50. 

Largeur, 4n»55. 

Epaisseur, 0"i33. 
Longueur intérieure, 2°>20. 
Hauteur, 0«80. 

Largeur intérieure, 1>°02 à une ex tre- 
mile, 0^80 à Tautre. 



Le dolmen de la Rouvière (fìg. 2) représente un autre lype, le lype eo- 
seveli. lei, Messieurs, permettez-moi de vous dire que sì je me sers de cetle 
expressioD, je n'y attaché pas ud sens absolu. Il n'existe pas, a ma con- 
Daissance, dans le déparlement qui nous occupe, de dolmen entièrement 
recouvert d'un tumulus, comme en Bretagne, par exemple. 

Tous ceux autour desqnels on a accumulé de la terre ou des pierres 
laissent toujours emerger leur table. Qu'ìls aient été autrefois entièrement 
recouverts^ je ne le penso pas; car, placés sur des bauteurs où Teau des 
torrenls ne venait pas les atteindre, il s'en serait trouvé qui auraient con- 
serve leur forme primitive ; d'autant plus que , dans les mémes régions, 
existent de vrais tumuli, contemporains de la pierre polio ou du bronzo, 
qui sont restés entlers depuis cette longue sèrie de siècles. En sondant 
plusieurs de ces dolmens à moitiè recouverls, j'ai pu m'assurer qu'ils re- 
posaient sur le roc vif. Je serais dono porte à croire que Fon n'a entassé, 
tout autour et dans l'intérieur, de la terre ou des pierres que pour main- 
tenir les dalles verticales. 

Quoiqu'il en soit de cette opinion, le dolmen de laRouvière (commune 
de Cbanac), formé^ comme la plupart des autres, de trois dalles, a de plus 



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une qnatrième pierre posée en biais dans sa parile orientale^ de fogoo à 
laisser une ouverture de SO à 55 ceDtimèlres eutre elle et Textrémité de 
la dalle sud (pian : flg. Z). 

Cette ouverture permettait d'entrer dans la chambre sépulcrale poor 
y apporter d'autres corps sans entamer le tas de pierres pose tout aatoar^ 
et pouvait étre bouchèe avec une petite pierre. 

Dimensions du dolmen de la Rouvière : table en partie brisée , lon- 
gueur intérieure, 2"45, coté nord; 2"*82, coté sud; largeur, 1*10; bau- 
teur, 1»20. 



Flg. 2. Dolmen de la Rouvière. 







Fig. 3. Pian du dolmen de la Rouvière. 

La Iroisième forme^ dont le dolmen du Chardonnet (fig. 4) nous effre 



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— 8€9 — 

rexemple, se rapproche beaucoup de Tallée couverte. Dans ce mégalitbe 
de pian alloDgé l'ouverture se Irouve sur le cóle, aa sud, et est accom- 
pagnée de deux dalles (B et C, plau : Qg. 5) faisant ud angle droit avec 
la chambre orienlée est-ouest. Ces dalles, aujourd'hui brisées à une fai- 
ble hauteur de terre, étaient-elles recouverles d'une seconde table, où for- 
maìent-elles sìmplement une sorte de vestibule sans utìlité apparente ? 



Fig. 4. Dolmen du Chardonnet. 



/; 



B..,,*tz2r^i 






Fig. 5. Pian du dolmen du Chardonnet. 

On ne peut, je croìs, se prononcer là-dessus. Je dirai seulement qae pour 
le dolmen da Chardonnet il exisle de nombreux débris de dalles qui de- 
vaient aatrefois lui appartenir et compléter sa forme ; mais peat-étre ser- 
Taient-elles à le prolonger dans la direction de l'ouest, où ces débris sont 
plus nombreux. 
DimensiODS de ce dolmen (commune d'Àuxillac) : Table (fendue), lon- 



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— 270 — 

gueur, 4"50; largeor, ^''SS; épaisseor, 50 centimèlres ; haulear iole- 
rieure, 1™52; longueur, 4 mèlres; largeur, l^SS. 

Celle forme de monuments est la plus rare , et je n'en coDoais qoe 
deux dans le départemenl. 

J'ai reDCoiilré aiissi une seule fois deux dolmens de grandes dimen- 
sìons juxtaposés, mais séparés par deux dalles latérales disllnctes. Leurs 
tables etani dòlruiles, je D'ai pu conslater s'ìls élaient recouverls par une 
méme dalle immense ou par deux tables séparées. 

Il existe aussi quelques dolmens qui soni élevés sur une éminence ar- 
tificielle et la conche a ossemenls se trouve alors au-dessus du niveau da 
terrain environnant ; mais celle différence de niveau ne m'a paru jamais 
dépasser 60 a 70 cenlimèlres. 

DISPOSITION INTÉRIEURE DES DOLMENS. 

Si Fon a l'beureuse chance de rencontrer un dolmen intact depuis 
Tépoque où l'on y a depose les cadavres , on trouve d'abord une conche 
de pierraille calcaire, appelée clap dans ce pays^ ou de pierres brisées 
de toutes les grandeurs, conche doni l'épaisseur varie depuis 25 centimè- 
lres jusqu'à 80. En approchant de la terre, il se trouve généralement des 
pierres plus grandes posées a piai. Celle conche de pierraille, soulenue 
par les parois de la chambre sépulcrale , est souvent a un niveau plus 
élevé quelesol environnant, surlout si le lombeau est en parlie enseveli. 
Cesi là, je dois le dire, la parlie la plus péuible des fouilles d'un dolmen ; car 
ces pierres cassées,à surfaces plales, ne peu veni souvent élredéblayéesavec 
la pelle, el Fon doil, en ce cas, les enlever une par une avec les mainsdans 
tonte la longueur de la chambre sépulcrale, où il faut souvent se tenir ac- 
croupi. L'ulililé de celle conche de pierres me parali élre de défendre 
contre les fauves, loups ou chiens erranls, les restesdes morts déposés au- 
dessous. Les patles de ces animaux , qui eussent pu fouiller la terre , 
s'arrétaient nécessairement sur celle épaisseur de pierres aìguès. 

Immédiatement au-dessous de celle pierraille eslune terre noiràtre, 
grasse, parloul la méme, où se trouvent des ossemenls souvent presque 
à découvert. Je serais méme porle à croire que celle terre-la ne provieni, 



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— 274 — 

60 certains cas , qne de la ponssìère apportée par le vent ou de la boae 
€DtratDée par les pluìes dans la chambre sépnlcrale, et il me paraftrait , 
da moins pour les ensevelissements les plus anciens , que les cadavres 
ontdù, après avoir è\è déposés, recevoir immédiatement sur eui les 
pierres plates ou concassées pour les préserver. 

Voici, da reste, le resultai des fouiiies d'un dolmen, faìtes avec le plus 
grand soia, et qui me paraìssent devoir con&rmer cetle opinion. 

Ce monumenta de dìmensions assez petites (voir aux dimensions du 
petit dolmen du Chardonnel, page 267), avait sa table a demi renversée 
à cause de la rupture de Fune des dalles latérales sur les débris de la- 
quelie elle avait glissé. Un immense buisson de buis avait poossé dans la 
chambre méme, à demi découverte, et cacbail ainsi ce dolmen aux yeai 
des paysans, qui auraient pu le fouiller comme tanld'aulres dans un bat 
de cupidità. Il faisait parile d'une ligne de cinq de ces tombeaux échelonnés 
sur un parcours d'environ 1200 mètres, entre le village des Fonts et celui 
de Cadoule, commune de la Canourgue. Ce fùt en suivant cette ligne 
orientée de Test à Tóuest que la table a demi cachée attira mes regards. 
Après avoir coupé le buis, je Irouvai une conche d'environ 25 cenlimètres 
de ces pierres dont j'ai parie plus haut , puis la conche de terre à osse- 
ments. Cette conche, qui n'avait pasplus de 20 centimètres, s'arrétaìt à 
ane forte dalle posée à plat et engagée sous Fune des pierres latérales. 
Elle n'occupait qu'un mètro de longueur dans la partieouest de la chambre 
sépulcrale, et ce n'élait que dans cette parlie-là que se trouvaient des 
ossements ou des objels divers travaillés. Rien ne paraissait avoir été 
depose dans la partie est où ne s'étendait pas cetle dalle et où je pus 
fouiller le sol assez profondément sans rien rencontrer. 

Un Seul squelette occupali ce tombeau; les ossements du cràne, Irès- 
détériorés, mélangés avec les verlèbres, les bras juxtaposés aux fémurs 
et aux tibias, le toul dans une espace qui n'excédait pas 80 centimètres 
en longueur, me fireni comprendre que le cadavre avait dù étre depose 
là, assis oa accroupi , et adossè à la partie occidentale. 

A sa droite, au milieu des os de la main, élait une pointe de lance en 
silex d'un très-beau tra vali (planche, flg. 4); un peu plusbas, vers les pieds, 
étaient des débris de potorie très-grossière avec des fragments de pierre 
dans la pàté, poterle que Ton rencontre dans tous le3 dolmens les plus 

36 



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— aw — 
anciens. A coté ^ se trouvait uq fragmeot assez volomioenx dHioe pierre 
raiige friable, que je reeoonns ètre de la sanguiDS. La déconverte de ce 
dernìer objet fftUelle isolée sersdt assez importante ; mais comme colte 
méme substance ocrease s'est représeatée dans d'autres dolmeos foaillés 
par moì , je suis persuado qne celle coaleqr rooge devait servir à oBf 
peuples primitifs à se peiodre le corps ou la figure à l'ìostar des pea- 
plades actaelles de rOcéanie. Cela paratt d'aatant plus oatorel , qoe lep 
auteors anciens nous apprennent que les barbares , notamment les Gau* 
lois, se peignaient pour le combat. 

Les ossements , qui élaient ceni d'an bomme de petite taille, qnoiqoe 
adulte, ne portaienl aucune trace d'incinération et élaient très^léli^ 
riorés. Je ne pus emporter que la màchoire inférieure avec les deots et 
les ossements des membres avec quelques débrìs de verlèbres. Parmi 
eux, sans que je pusse determinerà quel endroit il se trouvait (n« rn^en 
etani apergu qu'après coup), je rencontrai un morceau decorna de cerf 
laillé^ doni la forme bizarre rappellerait assez celle d'un priapide, mais 
sur Tusage où le symbolisme duquel je n'ose nuUement me prononcer. 

Celle fouille me semble démontrer que le corps avait dù étre pose sur 
la dalle sans étre recouvert de terre , car celle faible couche de 20 centi- 
mètres aurait èie sans utililé pour un cadavre accroupi. Je crois, an eoo- 
traire, que Ton avait dù poser sur lui des pìerres plates et concassées sous 
le poids desquelles le corps s'est d'abord affoissé, puis, après la dècoia^ 
position des muscles^ la téle ella parile supérieure du trono tomber entre 
les cuisses , et ces ossements emmélés, en supporiant les pierres, laisser 
des vldes que la terre, entrainée par les eaux, a remplis. 

Celle dalle posée au*dessous des ossements est un fall que je crois rare 
dans la Lozère ; je n'en ai retrouvé qu'une autre dans l'un des deux dol- 
mens jumellés dont j*ai parie plus haut, et des divers renseignements 
qu*onl bien voulu me donner les quelques personnes qui ont eu fouillé 
d'autres de ces tombeaux, il résulte que c'est un fall presque exceptionneL 

Il est aussi assez rare de ne rencontrer qu'un seni squelette dans les 
doUnens. Généralement ils ont servi a un assez grand nombre de raerts 
de tout àge et detoni sexe, qui doivent répondre pour quelques cas à a«e 
sèrie assez longue de générations. Dans le dolmen en forme d'alleo eoa* 
verte notamment (fig. 4 et 5), se tronvaient des ossements tout a Mi 



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— «73 — 

déoomposés et d'aatres d'ane cooservation eDtìère. Aa centre étaìent àes 
oàsements portaot des Iraces légères dlDcinératìoD et sur les cdtés d^s os 
de tonte grandear, brisés et entassés dans un péle-méle qui prouvaìt qne 
Yon avaìt vonla faire large place au nouvel occupant. 

Le nombre des squelettes aìosi déposés dans ces cbambres funéralres 
«st sottvent eitraordinaire. D'un dolmen situé au centre de constructions 
trèfi-aneieniies qui pourraient peut-élre remonter jusqu'à son érectioo , 
M. le doctear Prunìères et M. Tabbé Boissonade m'ont dit avoir reliré 
cent dix-neuf huméras, ce qui supposerail soixante cadavres. Du dolmen 
sitQè à la Galline (fig. 6), d'où provieni la scie (plancbe, flg. 3) , il a été 
ratiré au oooins fingi sqoeleltes, les uns portanl des traces d'incinération, 
te8 autres intacts. 

La posilion accroupie ou assise doni j'ai sìgnalé un exemple à la pa^gB 
précédente , n'est point generale, et Fon renconlre aussi souvent des corps 
allongés. 



Fig. 6. Dolmen de la Galline. 
^ OBJETS TROUVÉS DANS LES DOLMENS. 

Il est temps de parler des òbjets qui se rencontrent avec les ossemeofls. 
Si je crois pouvoir sur ce sujet poser des apprécialions générales , ce 
D'est pas en me basant sur mes seules recbercbes. Les quelques per- 
sonnes qui se soni occupées de ces fouìUes dans un but scìentiflque ont 
bieo voulu me montrer le fruit de leurs recbercbes. 



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— 874 - 

Le musée de Meode ou le conservatear, M. André, archiviste do dépar- 
tement , a apportò un ordre et qq classemeot parfaits , m'a permis de 
prendre le desslD d'armes oii de parures proveoaDt de quatorze dolmens 
fouiilés par MM. de More, Boissooade et Solanet. M. le doctear Pra* 
nières, de Marvejols, etM. H. Poujol, deMeyrueis, m'ont montré de nom- 
breux objets trouvés par eoi , ce qui , avec les dolmens qae j'ai pa 
explorer moi-méme, me permet de baser mes observations sor une 
soìxantaine de ces moDQtnents. Ce chiffre consUtue déjà noe moyenoe 
considérable, et représente a pea près, je crois, le nombre de ces méga- 
lithes explorés dans un but scientifique dans le département de la Lozère. 

Il est a déplorer, aìnsi que je le raconterai plus tard , que de nombreux 
objets aienl été perdus ou détériorés par des personnes que Tidée d'un 
trésor cache a engagées à creuser le sol de ces lombeaux (sans trésors 
pour elles), ou qui ne les ont scrulés que dans un but de curiosile banale 
pour en relìrer des armes ou des parures auxquelles elies n'atiachaient 
d'autre prix que d'étre un ornement singulier d'etagere ou de cheminée. 
Ces objets , ainsi mélamorphosés en bìbelols , ont été pour la plupart 
perdus ou. détériorés, car on n'apportait généralement que peu d'impor- 
tance à leur conservalion. 

Pour faciliter l'elude de cerlains objets doni on peut tirer des déduc- 
lìons importantes, je crois, avant d'enlrer dans lesdélails, devoir tracer 
le tableau general suivant. 

OBJBTS BN PIERRE. 

Àrmes ) P^'^*®® delances (ou poigDards?) ensilex (rares). 

Flèches en sìlex (commones). 
Couteaux etscies en silex (rares). 
Grains de collier en pierre dare, calcaire ou jayet (commans). 

ORJBTS EH HlTl&RBS DIVERSBS. 

Grains de collier en verro (rares). 

Deuts percées, des genres urstM^ canis eisus (communes). 

Comes de cerf travaillées (rares). 

Goquillespercées oafragmentsdecoquillesde divers genres (com.)» 

BROIfZB. 

Bracelets oa anneaux (rares). 

Fibules, brochesou épingles (rares). 

Grains de collier de'diverses formes, ou amulelles (assez rares). 



Parures. 



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— J75 — 



POTERIBS. 



Vases à pale grossière avec grains de pìerre ((rès*commut)s). 
Vases à endaìt noir oa brun, avec ou sans dessins (rares). 
Grains percés ou amulettes (rares). 

Il D'a pas élé Irouvé, à ma coDoaissance, uDe seule h^cbe en pierre oa 
eo broDze dans les dolmeDS de la Lozère , quoiqae dans les mémes ré- 
gioDS OQ ea reDConlre parfois sur le sol (1). 

Il résalte da tableau précédent que le fer ne se trouve pas dans les 
mégalilhes lozériens, et que le brooze, qui est parlout bieu plus rare que 
la pierre , est cbose assez précieuse à celle epoque pour étre exclusive- 
ment un objet de parure. 

Il esl d'aulaut plus ètoDDaot de uè pas voir le fer employé pour un 
asage quelconque par ces peuples , que ce melai se trouve Irès-répandu 
dans la contrée, apparaissant sur le sol sous la forme de rogoous, sou- 

(4) Od voit aa musée de Mende plusieurs flèches en broDze Dotées cornine proveoant d'an 
dolmen. Mais, d*après les renseignements qui m'ont été donnés par M. l'abbé Boissonade, 
qui a fouillé ce tombeau de concert avec M. l'abbé Solanet, je croia qu'il ne peut étre assi- 
mìlé à un dolmen etconstitue une sépulture, il est vrai, tròa-ancienne , mais probablement 




Fig. 7. 



Fig. 8. 



Pointes en flèches en bronze. 



postérieure. Celte tombe, en eCfet, était enfoncée complétement en terre; la dalle supérieure, 
de petite dimension, affleurait avec le sol, et ressemblait beaucoup plus à une tombe 
gauloise qu*à un dolmen , dont les deux qualités distinctives sont la grandeur des pierres 
et la position de la chambre sépulcrale , au-desaus du sol , quelquefois méme sur le roc vif. 



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— S78 — 

Tent gros comme le po'mg, de lìmooite oa fer hydraté. Comment» 
ayanl sous la main cettepierre si ioarde, d'onaspect siDgulieret brillaat, 
les hommes de cet àge n'ont-ils pas eu l'idée de Tuliliser? Ce problèffie 
s'esl représenté de nos jours en Oceanie, où les saovages ignoraient, il y a 
vingt ou trente ans encore , Tusage du fer, tandis que la plupart de lears 
fles éD conliennenl à profusion. 

J'ai dit que Ton ne trouvail pas de fer dans les dolmens , mais je dois 
toutefois faire une observalion à cet égard. Si la plupart de ces mégalilhes 
sont silués sur le calcaire oolithique, il en est cependant un certain 
Dombre dans les terrains du lias. lei le fer, au lieu d'élre à Tétat de 
lìmonite peu oxydée^ se renconlre frequemment en pelits noyaux de py- 
rile, réduits souvent à un tèi état d'oxydation^ qu'ils se délitent enlière- 
ment sous la pression des doigts. 

Il arrive dono qu^en passant au criblela terre contenue dans la chambre 
funérairo, on trouve quelquefois des aglomérations ferrugineuses qui 
peuvent faire croire à Texistence d'un morceau de fer Irès-oxydé ; mais 
un peu d'attention fall reconnailre facilement un de ces noyaux de sulfure 
de fer nalurel. 

Les lances (ou poignards) en silex sont assez rares. Il en exisle trois très^ 
remarquables au musée de Mende; la plus grande de ces trois (Qg. 2, PI.) 
mesure 20 cent. 5 mill. en longueur, 5 cent. 3 mill. a sa plus grande lar- 
geur, et 12 mill. d'épaisseur, et est pointue des deux bouts, quoique plus 
acérée de l'un que de l'autre. Une seconde plus petite lui est semblable 
par la forme, et la troisième (flg. 1, PI.), de 16 cent, et demi de longueor 
et 5 cent, et demi de largeur, 1 cent, d'épaisseur, porte, au cóle oppose à 
la poinle, six entailles ou échancrures qui prouvent qu'on devait l'atta- 
cher à un manche. Une autre poinle de lance (Gg. 4, PI.), trouvée par moi 
dans le dolmen du Ghardonnet, est d'un travail beaucoup plus délicat , 
ne mesure que 11 cent, de long, 5 cent. 3 mill. de largeur, 6 mill. d'é- 
paisseur, et a Fune de ses faces enlièrement piate et Irès-polie. Elle est 
d'un silex très-fin, a paline complélement bianche, qui me parati devoir 
provenir des terrains crayeux. En voyant celle lance de silex longue, 
mince et cassante > on se demando si ce n'élait pas plutdl une arme de 
' parade qu'une arme de guerre. Il parafi en effet difficile qu'une fms ie 
coup porle; on eùt pu relirer celle arme de la plaie sans la casser, et 



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— «7 — 

devaat an obstacle un pea dar, elle devait voler ea éclats. Or, c'était un 
tra?ail trop long et Irop difQcile qoe la préparatioa d'aa si grand frag- 
roenlde silex, pour ne pas étre tenie de le remplacer dans le combat par 
un pìeu acéré plus résislant et soffisant poar percer pregne tont ce qu'au- 
rait pu percer celte arme. 

Il devait en étre autremeot des poìntes de flècbes en sìlex beaucoup 
plas nombreuses dans les dolmens de la Lozère , mais offrant beaucoup 
moìos de varìétés de formes que dans les dolmens des conlrées voisines. 
Les deux types les plus distincts sont ceux des flgures 5 et 6, PI., dont 
Tun appartieni au musée de Mende. lei le travail était moindre que pour 
tes lances et la solidità beaucoup plus grande, car la pointe en pierre 
était maintenue jusqu'à moilié longueur par le bois de la flèche. 

Les couteaux et les scies peuvent étre ramenés avec peu de différence 
au type que je vous présente, qui mesure 13 cent, et demi de long et qui 
provieni du dolmen euseveli de la Galline (&g. 3, PI.)- L.^ seule diffé- 
rence existant entro ces deux sortes d'armes ou d'outils, consiste dans la 
dentelure faite pour former la scie par renlèvemebt de petiles écailles de 
silex sur les bords trancbants, enlèvement produit par de légers coups 
portés avec beaucoup d'adresse. Que ces couteaux-scies soient rectilignes 
ou un peu courbes, ils ont toujours un coté piai et l'autre à trois fa- 
cettes. 

Ces armes sont de différentes sortes de silex. Des recbercbes failes sor 
une grande étendue des terralns jurassiqoes de la contrée (plus de 
70 kil.), m'onl amene à croire que les instruments a grands éclats ou 
dépassant iO cenlimètres comme les lances ou les couteaux , ne pouvaient 
pas provenir des ces régions. Le silex des causses, en effet, malgré la 
diversité de ses patines, qui vonl du blanc au noìr en passant par le 
jaune, le rouge et le violet, n'est pas assez compacte pour se tailler en 
grands éclats tranchants ; il se délìte facilement , et, sous le choc, se brise 
en pelits morceaux affectant rarement des formes allongées. Je penso 
toutefois que la plupart des flècbes (dont j*ai vu deux écbantillons en 
quarlz transparent assez mal taillé), ont pu étre failes avec la pierre da 
pays. Elles ont, du reste, rarement une patine semblable à celle des 
lances ou couteaux , qui sont pour la plupart en silex pyromaque de la * 
craie. 



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— 278 — 

Les orDemenls, sarlout les graios de colUers, se retrooveat fréqaemmeot. 
Les petites coquilles marìoes, deotales, peigaes, trochus, pétoDcles oq 
cóaes, veDues saos doule par le commerce, y soni assez nombreuses. 
Quelquefois ellessoDt entières el percées d'aa pelit trou le plus soiivent; 
ce n'est qu'uo pelit anneau habilemeol découpè dans une des valves d'an 
pecteo ou d'un cardium. 

Puls vieonent les dents de divers aoimaax (flg. 7 et 8, PI.), des canÌDes 
généralemcDl, quelquefois percées d'un trou quelquefois eulières comme 
une maguiQque défeuse de saoglier, du musée de Meude. ^ 

Oa rencontre aussi, assez souvent dans les dolmeus des grains de 
coUiers en os soit unis el arroudis (fig. 7, PK), soit avec deux ou trois 
dépressions circulaires comme colui que je vous présente , et que j'ai 
trouvé dans le grand dolmen du Chardonnel. 

Les grains de colliers en pierre sont les plus rares , et parmi eux , je 
n'ai vu que Irès-peu de pierres dures. Le plus remarquable de ces grains 
qu'il m'ait élé donne de voir est colui de la flg. 11, PI. ; il est de la forme 
et de la grosseur d'une olive, et d'une pierre verte transparente que je 
crois étre de la jadéite. Je l'ai trouvé dans un petit dolmen contenant un 
Seul squelelte de femme. 

Avec lui était un autre grain d'une semblable forme mais moins bien 
poli et en jaspe veri ordinaire (Qg. 10, PI.), plus quelques fragments de 
coquilles percés et arrondis. 

Je me domande, en voyant celle pierre si dure ainsi percée régulière- 
ment et polio à Tinlérieur comme a l'extérieur , si des peuples assez sau- 
vages pour se contenter de dents de chiens percées, ou de fragments de 
coquilles enfilés, peuvent, avec des outils très-imparfaits , avoir fait une 
oeuvre a la fois si difficile et si disproporlionnée avec leurs colliers habi- 
tuels. D'ailleurs la qualité de la pierre, appartenant probablement à des 
conlrées assez éloignées, me ferait croire que des relations avec un peu- 
ple élranger, que je ne cbercherai pas à designer, ont dù l'introduire dans 
ce pays. 

D'aulres perles de colliers plus étranges ont élé Irouvéespar M. ledoc* 
tour Prunières, qui m'a monlré une dizaine de grains de verro bleu émaiilé 
de blanc provenant d'un beau dolmen dont j'aurai occasion de parler 
plus bas. 



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— 279 — 

Faot-il voir dans ces graios de verre od travail phénicieD remoDlant au 
douzième oq treizième siede; ou faut-il croire que ce dolmen ait servì de 
sépaltore à Fere gauloise ? Je ne veox pas me livrer sor ce sujet à des 
commentaires, car je sais qne M. Pranières^ qui a fait la découverte » 
compte donner à une autre Société les conclusìons qa'il en tire. 

BRONZE. 

Le bronze est en minorile parmi les objels retirés des mégalithes lozé- 
rìens. Je ne crois pas qu*on Tait trouvè exclusivementseal : il est toujours 
mèle avec des objets en pierre^ coqoille, oq come de cerf. Du reste, il n'eo 
a pas été rencontré, a ma connaissance , dans les dolmens ne contenant 
qn'un seni squelette. 

C'est toujours lorsquil y a eu une sèrie d'ensevelissements successifs , 
qui onl fait jeler sur les còtès, quelquefois en dehorsde la chambre sèpul- 
crale, les ossements des premières gènèrations, ossements parmi lesqnels 
se rencontrent souvent des objets en pierre rejetès avec eux. Il meparaf- 
trait résulter de là que le bronze s'est introduit dans ces peuplades pos- 
térìeurement à l'édificalion des dolmens, pendant cette période, difficile à 
dèterminer, où l'on a continue à y déposer les morts. 





Fig. 9. 



Bagues en bronze. 



Fig. tO. 



Les objets en bronze soni de Irois sortes : !• Les bagues ou bracelets. 
Les bagues soni unies et tantót ouvertes, lantót soudées; elle n'indiquent 
pas une grosseur de doigt masculin. Les bracelets, d'une faible épaisseur, 
soni ouverts, et offrenl gènéralement des pelils stries aux deux bouts de 
la tige en metal, comme si on eùt dù les altacher avec un ligament quel- 
conque. Je dois dire que s'il ne m'a èie donne de voir que des anneaux 
de celte forme , il ra'en a été signalé d'autres plus forts et plus grands, 

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trouvés par dcs paysans dans des fouilles failes à la recherche d'on tré- 
sor; aDDeaux qui onl été vendus à poids de cuivre ou ^mployés à divers 
asages, et doni il ne m'a pas été possible de me faire prése;! ter un se»l 
échantilion. 

Les (ibuies, broches oq cpingles sont très-rares. Le plus beau aiodèle 
de ce geme est au musèe de Mende, et provieni des fouilles failes près de 
Saint-Georges-de-Lèvéjac par MM. Boissonade et Solanet, pour le compie 
de la Sociélé d'agricullure. Cesi une lige en bronze de 12 cent, et demi 
(fig. il) ayant dans sa parlie supérieure un médaillon bombe et dentelé 
de 5 cent, de diametro, termine au haut par un enroulemeat de la tige en 
bronze. Ce médaillon , autant dans ses denlelures que dans son renfle- 
meni, est trèsrégulier; mais sur runedesesfacesilaététracéquatrecerdes, 
€oncentriques de dessins divers (points, losanges ou triangles) , qui tra* 
hìssent dans leur irrégularilé une main malhabile. Il me semble évident, 
pour peu que Ton veuille faire attmlion à cet ensemble, qu'une diffèrence 
immense séparé Tart exercé qui a prèside a la fonte régulière de cet ob- 
jet, et l'art encore dans T^fance qui a voulu y faire des dessins. 



Fig. 11. Fibule en bronze. 

Celle Qbule , livrèe tout tinie par le commerce , aux hommes des dol- 
mens a été gravée par eux probablement avee la pointe d'un sUex, tenu 
à^xm& main peu sùre. J'ajouterai qu'une très-belle patine verte luisauite, 
lecouvre tonte celle fibule. 

Les grains de coUiers en bronze sont très-rares, mélés le pliis souv^nl 
à des grains en os ou jayet (9g. 9^ PI.), et semblables à ceux trouvès 



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— 281 - 

daós les départements voisins, quoique offrant beaucoap moias de varié^ 
tés. Oa remarqae panni eux deux espèees très-distÌDctes. Les uns soni 
eoulés d'ane pièce et affectent une forme spbérique ou obloDgae; lias 
autres soni formés par uae petite plaqae de bronze roulée ea tube et 
soudée grossièrement , j'iguore par quel procède. Teo ai trouvé un de ce 
dernier modèle dans le grand dolmen du Gbardonnet avec des graìna em 
OS et des dents percées. 

Les poteries doot les fragments se reucontreot dans tous. les dolmons 
penvent se rappoaler à deux types : l'un , le plus ancien et le plus ré- 
pandu , d'une pàté grossière et non tournée , cui te souvent dans la parttt 
extérìeure seulement. Àutant que Ton peut juger de la forme par dei 
fragments assez détériorés, elle est arrondie dans le has avee un tout pa^ 
tit bonrrelet sur les bords , et on n'y voit pas de dessins. Ces vases m 
paraissenl guère avoir dépassé la capacitò d'un demi-litre. 

Uautre type, beaucoup plus fin, a une sorte de vernis noir ou brua de 
peu d'éclat. On y voit quelquefois des dessins qui ne sortent pas de raies 
plus on moins profondes affeclant toujours des figures géométriques. fai 
toutefois trouvé dans l'un des dolmens jumellés dont j'ai parie plus haut 
un fragment de poterle noire portanl des carrés en relief entourés de 
marques irrégulières faites je crois avec un os taillé ou le bout d'un mor- 
ceau de bois. Ces dessins étaient recouverls d'un enduit noir très-uni. 

Je me permettrai de dire ici que j'attacbe peu d'importance a ces pote- 
ries trouvées dans lesdolmens.il m'est arrivé, en effet, de rencontrer dans 
des demeures troglodytiques des débris de la poterie laf plus grossière et la 
plus ancienne mélés a d'autres débris d'une extréme finesse et d'un beau 
vernis, et cela dans des condilions où leur coexistence ne peut étre con- 
testée. 

A cóle de ces objels du travail bumain, qui peuvent jeter un certaio 
jour sur l'art de cette epoque ,■ il se rencontre aussì divers indices qui 
peuvent donner lieu à des hypotbèses sur les moeurs de ces peuples. 

Peti de dolmens sont fouillés attenti vement sans que l'on y rencontre , 
soit mélés aux ossements , ou , le plus souvent a une exlrémité de la> 
chambre sépulcrale , divers ossements d'animaux. Les plus nombremc 
appartiennent aux genres wis^ sììs et cervus. Ici, ce n'est plus un objet 
d'ornement, ou un emblème symbolique, commedes fragments Iravaillés 



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— 282 — 

ou des dents percées. Ces os ne portent pas de trace de calcìDalion ; rare- 
menl ils sont coupés et qaelquefois od voit ìnélés des ossements d'espèces 
différentes. 

' Voici uà fait qui m'a fort étonoé a ce sujet, et que je crois devoìr li- 
vrer à votre apprécialion. J'avais découvert ces deux dolmens jumellés dont 
je vous ai parie, et voyant qu'ils n^avaienl été fouillés qu'àu ceulre par 
des paysans qui avaient voulu y cbercher un trésor , je me mis à faire 
«nlever les pierres et la terre des bords et des extrémilés. 

Los dalles latérales étaientde dimeosion peu ordinaire et profondémeDt 
enfoncées eu terre. A environ 80 cent, au-dessous du niveau du sol 
environnant, je rencootrai une dalle d'une soliditè eccessive sur laquelle 
élaient des ossements bumainsendébris. Jen'avaispas d'instrument assez 
fort pour lever cette pierre , qui étail d'une grande lourdeur , et en outre 
fortement engagèe entre les dalles perpendiculaires. Je parvins toulefois à 
découvrir à Tun des angles ud espace de 20 à 2S cent, où une brèche me 
permettali de creuser le sol au-dessous. A Taide d'un petit instrument, je 
pus sortir par cette écbancrure une dizaine d'ossements dont les uns 
étaient a fleur de terre, les autres engagés sous la dalle. Ces os apparte- 
naient au genre sus scrofa ; parmi eux élait une màcboire inférieure et 
une patte de l'un de ces animaux, extrémement jeune et qui ne portaient 
aucune trace de carbonisation. La màcboire avait une incision profonde 
faite avec un instrument trancbant qui avait enlevé un morceau de l'os. * 

Cette incision très-nette a-t-elle été produite par un instrument de si-' 
lex? Ces ossements avaient-ils été déposés sous la dalle du fond , ou en- 
trainés par les eaux dans le trou laissé par l'ècbancrure de cette dalle ? 

Je crois qu'un silex acére a pu produire cette incision dans l'os d'un 
animai aussi jeune ; mais il m'aurait fallu pouvoir soulever la gpande dalle 
pour étre sur que ces ossements avaient été déposés au-dessous. 

Quoi qu'il en soit , il n'en reste pas moins certain que des membres 
d'animaux comestibles ont été déposés dans les dolmeus avec les corps 
humains. La non-carbonisation des ossements de ces animaux porte à 
croire que ce n'était pas les débris d'un repas , mais une offrande ou un 
reste de sacrifico accompli sans le feu. 

Je dois ajouter que i'on ne trouve pas des squelettes d'animaux entiers, 
mais seulement des membres séparés. 



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— 983 — 

Le fait de ces ossemenls d'animaux et Tidée de sacrifice qu'ils suggè- 
rent me font revenir a ud sujet que j'aurais dù peal-élre aborder plus tòt. 

QUEL A ÉTÉ l'eMPLOI DES DOLMENS. 

Je crois que l'on peut assurer qu'ils ont èie des tombeaux daus la 
Lozère comme dans presque toutes les autres régious voisines. Les corps 
placés seuls ou accolés , assis ou allongés , les ornements dont on les 
avait parès , les précautious que Fon preuait pour préserver ces restes de 
la dent des fauves , me semblent étre toutautant d'indices coutre lesquels 
ropinion qui voudrait voir daos ces os les débris de sacriflces humaius 
ne peut lutler. 

Mais ODt-ils aussì servi d'autels à Toccasion des funérailles? Cet usage, 
qui se retrouve chez beaucoup de peuples ancieus , peut avoir existé à 
l'epoque des dolmeus saus que Ton ait, ce me semble» de sérieuses 
preuves pour ou contre. Il est certain, toutefois, que Tod n'y apas allume 
des feux ; car la pierre calcaire de la table supérieure en porterait des 
traces que j'ai vaioemeut cherchées. 

Une tradilion, soutenue par quelques archèologues , veut qu'à une 
epoque postérieure, sousles Celles, par exemple, on ait erige ces méga- 
lithes en autels. Assurément, il est possible que le polylhéìsme gaulois^ qui 
honorait souvent un roc ou un arbre singuliers, ait eu un cerlain eulte 
pour ces immenses dalles superposées , où il pouvait voir l'oeuvre d'un 
étre fort et puissaut; mais je n'ai pu, pour la Lozère du moins, en trouver 
de preuves apparentes. 

Certaines personnes, toulefois, ont voulu voir des traces d'autels à sacri- 
fice dans des cuvettes creusées sur la table de plusieurs dolmens. J'ai 
pholographié l'une de ces tables (fig. 12) d'un mègalilhe siluè au Sec, 
commune de Chanac, où, en susde la cuvette, sont des lignes hièrogly- 
phiques profondément gravées dans la pierre. 

On est étonnè, a première vue, par ces creux, dont la profondeur varie 
de 5à 12centimètres,etle diamèlre de 8 a 20. Mais si l'on veut examiner, 
au point de vue géologique ou minèralogique, la conslitution de cette 
roche calcaire. on y reconnaìt bientót l'oeuvre de la nature (1). Cette 

(1) Je suis heureux d*étre en cela de Topinion du savant M. de LonguemaF) qui a démon- 



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— 88* — 

pierre est en effet de deax sortes. Ou bien d'ao calcaire oolUbique dur, 
presque cristallin et pea sensible aux iQlempéri^;. elle conUeot alovs 
des géodes (vulgairemeni, pierre d'aigle ou poche a cristaux), formées d'une 
concrélion cristalline de carbonaie de chaux dans te forme d'une boole 
doni la grosseur va jusqu'à 25 centimèlres de diametro. Ces géodes, peu 
adhérentes a la rocbe^ s'en séparent au moindre coup see , et laisseat un 
vide hémispbérique considèrable. 




-c^ 



Fig. 12. Dolmen du Sec. 

Si au contraire la table du mégalilhe provieni d'un calcaire dolomiti- 
que, il est essentiellement caverneux de sa nature et les inlempéries de 
l'air grandissent facilement les moindres creux de celle pierre lendre. Le 
dolmen de Rodier , converti en cabane , mentre une dalle où ces exca- 
vations soni tellement profondes , qu'elles traversent méme la pierre- l'ai ' 
d'ailleurs retrouvé ces mémes cuveltes et ces mémes dessins creusès en 
grand nombre sur le banc calcaire d*où élait sortie la pierre du mégalithe. 

Je ne crois donc pas que l'on ail la preuve de sacrifices faits sur les 
dolmens calcaires de laLozère, surlout avec du feu, et l'on peut, sur cette 
queslion , prononcer le mot de Técole : 

Gratis affirmalur , gratis negatur. 

Il est temps de résumer les quelques faits qui me paraissent résulter de 
cette description peut-élre Irop longue des dolmens de la Lozere. 

l"" Ces dolmens sont presque semblables à ceux des autres plateaux 

tré , par une sèrie de dessins , que les creux , dessins oa rlgoles , observés sur certains dol- 
mens du Poitou avaient leurs similaires sur les rochers calcaires voisins qui avaient été 
exposés aux intempéries de Tair. 



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— S85 — 
inférìeurs des déparlements voisins, mais contieDDenl idoìds de bronze et 
soDt ea general faìls avec de plus grandes pierres. 

2^ On n'y a jamais trouvé de hache ; ce qui les séparé de ceux de Touesl 
de la France. 

3^ Us ne conUennenl pas de fer. 

4"" Le sileii des plus grandes armes ou ìnstruments provieni d'une 
conlrée éloignée ainsi que divers grains de collier. 

5^ Le bronze ne s'y Irouve que comme bijou et malière précieuse , el 
provieni d'un autre peuple qu'il me parafi difQcile de déterminer (1). 

Q"" Les corps y soni dèposés tantdl assis, tanldt allongés; mais rare- 
men complétement ensevelis sous la terre. 

7® Il y a eu, dans cerlains dolmens, des superposilions de corps pendant 
une période assez longue doni il est difficile de préciser le terme. 

8^ Le dolmen n'y est jamais complétement enseveli et quelquefois 
méme il est èlevé sur un faible lerlre. 

9"" On trouve avec les ossements bùmains quelques ossements d'ani- 
maux comestibles. 

10"^ Les populations qui ont élevé ces monuments devaient étre plus 
considérables sur ces plateaux que les populalions actuelles. 

Dans une prochaine elude je me propose de vous entretenir des de- 
meures de ces peuples, soit dans les nombreuses cavernes des flancs de 
ces cau^^e^, soit sur ces plateaux méme, ou sur ceux d'une autre région : 
celle de l'Aubrac. 

Mais d'autres recberches et d'autres fouilies me soni encore nècessaìres 
cette année pour éclaircir bien des points obscurs et pour sonder les secrets 
de ces grottes profondes ou de ces villes mortes des herbages de l'Aubrac. 

Je n'ose non plus me prononcer encore sur les dèbris retirés d'un lac 

de ces régions, le lac de Saint-Andéol, qui pourrail bien avoir élé, au 

temps de ces peuples^ un lieu célèbre de leur eulte et qui est encore le 

sujet d'un pèlerinage superslìtieux d'un effet étrange au milieu de notre 

civilisation. 

L. deMALAFOSSE, 

Membre résidant. 
(f) NilssoD attribue, pour rOccident, les premiers objets de bronze aux Phénìciens. 



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ETUDE 



SUR 



L'ÉGLISE JADIS COLLEGIALE DE SAINT-GAllDENS. 



Domine, dilexì decorem domùs tuae et 
locum habitationis glori» tuse. Ne per- 
das cum impiis, Deus, animam meam. 






Depuis un demi-siècle , une simple croix^ gibe^jjplltivit^ devenne 

l'insigne étendard d'une religion qui devait régénà^èn^monde , et les 
apdtres , partis de la Judée, allaient par toutes les nations afin d'y répan- 
dre les trésors de la doctrine évangélique. Ne pouvant sufBre a cette tàche 
immense, ils envoyèrent à leur tour de fervents disciples. Le bienheu- 
reux Saturnin fut choisi pour porter aux Tolosates et aux Aquitains les 
consolants enseignements du divin Maitre (i). Dotées par Auguste des 
droils altribués jadis aux villes du Latium, avant Fassimilation complète 
de celles-ci avec Rome, Tolosa, Lugdunum Convenarum et la plupart 
des cités comprises dans les deux Aquitaines s'agrandissaient , s'embel- 
lissaient. Leur population patricienne couvrait les collines et les plaines 



(4) Grégoire de Tours semble renyoyer au troisième siècle l'apostolat de saiot Saturnin. 
D'après les auteurs de VArt de vérifUr /et dates, ce saint évéque ftit martyrìsé à Toulouse 
dans le premier siècle, et ils signalent un autre Saturnin qui aurait été martyrisé à Rome, en 
150 , 80US le pontificat de Fabianus et le consulat de Décius et de Gratus. D'une part , Tau- 
torìté de ces sayants étant généralement admise, et, d'autre part, les éminents tra^aux de 
MM. Arbelot et Maxime Latoue le corroborant , je ne crois pas pouvoir mieux faire que 
d'adopter leur opinion. 

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— 288 — 

d'alentour de somplueuses villas , ainsi qae l'altestent les vieux débris 
qu'exhume jourDellemeot le laboareur, presque à chaque pas. Mais catte 
spleodeur annoDQait une modiQcatioQ capitale dans la soqiété gallo-romaine : 
les chefs de tribù, oubliant leur turbulence et leur horreur de la servilude, 
se Iransformaient pea a peu en sènateurs romains ; les chefs de famille , 
jaloux de conserver lears honneurs et leur rang, recherchaient les fonc- 
tions de décurion qui devaieut les ruiner. L'bomme des champs ne culti- 
vait plus la terre de son ancien tiern , devenu sénateur et vivant à la 
romaine, entouré d'esclaves et de clients; oisif et paresseui, colon oq 
métayer, il exploitait les terres qui lui étaient conflées, au nioyen d'esclaves 
pris à la guerre {mancipia), dont les bras étaient substitués a ceux des 
hommes iibres dans presque toutes les Industries. 

Aussi le pieux envoyé des apdtres fut-il bien accueilli par les habìtants 
de celle province aux abois. Partout les dieux impuissants fureat aban- 
donnés, renversés de leurs autels par une foule qui cherchait, dans les 
eaux du baptéme, la vigueur et la noble indépendance de ses pères, espé- 
rant ressaisir ainsi la nalionalilé perdue. Dans son ardente charité , le 
Saint prédicateur, après avoir conquis à son divin Maitre une multitude 
de cceurs, se trouvait à Tétroit dans le Toulousain (1). L'ancien bréviaire 
de Comminges nous apprend qu'il arriva , en effét, jusqu'à Lugdunum 
Convenarum , ville ayant droit de Citò romaine , remarquable par le 
uombre et Turbanité de ses habitants, et la convertit presque entièrement 
a Jésus*Cbrist. Puis, à deux lieues de là, il bàtit une église en l'honneur 
du prince des apdtres , qui, ruinèe plus tard par les barbares, fut recons- 
truite sous Tinvocation de saint Gaudens (2). Il ne faut pas attribuer la 
destruction de l'église bàtte par saint Saturnin aux Vandales qui désolèrent 

(1) Breviariwn Convenarum in futo ioncti Saturnini :Multos ab ìdolis ad Christum con- 
vertit, nec intra agri Tolosani se se continuit, quod incensus propagandse fidei zelus. 

(2) Brwiarium Convmarum in festa sancii Saturnini : Convenis usque pervenit sanctus 
Evangelii praco, urbemque jure civitatis romanee^ numero urbanitateque incolarum tunc 
oonspicuam , fere totam Ghristo subjugavit ; duabus leucis adhinc prope Ganinnam in hono- 
rem principia apostolorum Ecclesiam sBxtruzit, qusB multos post annos a barbaris diruta 
sub invocatione sancti Gaudenti! resdificata est. — Ibidem, in festo sancti Gaudentii : urbs 
sancii Gaudentii duabus a ci vitate leucis ad Garunnam sita a sancto martyre nomen suum 
derivatur. Ubi vetus extabat oratorium quod ruderibus antiqu» Eoclesise a sancto Saturnino 
extructffi a barbaris eversae super imposuerant. 



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— Mo- 
la Novempopulanie de 408 à 411, mais Meo anx Wisigolbs vers 480. A 
celle epoque , en effel , Evarik , roi des Wisigolhs à Toulouse , desola ce 
paysàtel poìot, qoe Sidoine Àpollinaire écrivait a sod ami Basilius, 
archevéque d'Aix : « Les hérétiques du siede comme ceux des dges 
passés pourraient étre attendris , tant il est triste de voir les peuples 
privés de leurs évéques et désespérés de la perle de la fot (1). » Ce 
moDarque , plus ardent sectaire que politique , inonda TAquilaine du sang 
de ses habitants qui refusèrent d'accepter l'arianisme. Il envoya dans la 
région des Convence un préfet nommé Malet, qui , exécuteur Adele de sa 
cruauté, délruisit l'église bàlie par saiut Saturnio, en l'bonneur de saint 
Pierre, dans la ville qui pril le nom de sainl Gaudens, jeune enfant dont 
il fit trancher la téle (2). 

Le persécuteur survécul peu à ses cruautés, nous dit Grégoire de 
Tours(3). Soo successeur vit sa puissance s'évanouìr devant lés conquétes 
de Clodowig, et fut tue par Sigebert le Boiteux, flls du héros de Tolbiac, 
qui , chassant de Toulouse Amalaric, détruisit à tout jamais le royaume 
des Wisigoths dans cette capitale (4). La dominatlon franke rendit la paix 
a l'église d'Aquitaine , et, gr&ce à elle, les habitants de Saint-Gaudens 



(1) Apollinarius Sidooius, lib. VU, Epi$L 6 : Non solum quoslibet hsereticos prsesentum 
verum etiam heBresiarchas priorum temporum potuerit inflectere , ita populos excessu pon- 
tificum orbatos Iristis intercisisB fide! desperatio premit. 

(2) Bravtartwm Can^inarwn in festo saneti GaudmUi : Gaudentius in oppido cui nomen 
dedit quinto saculo, matre Quitteria natus, imperante Toios» Evarìco rege ariano qui 
pulsis Romanorum reliquiis Aquitaniam invasi. Hinc in catholicos, nulla setatis, sexus aut 
condilionis habita ratione immanissime ssevire coBpit. Lugent horum temporum scriptorea, 
Gonvenas, Auscios, Beneharnos omni clade attritoa, eversa tempia, episcopos pulsos aut 
interfectos, abolitam reiigionem, omnium fere ordinum clericis, carceribus ezilio et morte, 
sublatis. Persecutionis incendia in omnem Aquitaniam sparsurus impius rex , in regionem 
Gonvenarum quemdam pr^fectum, sffivitisB susb ministrum nomine Maletum misit, qui 
Ecclesiam quam sanctus Saturninus Vasconise Apostolus in ea urbe, cui Gaudentius nomen 
reliquit, in honorem sancti Petri exUuerat funditus delevit, juvenique Gaudentio caput 
abscidit. 

(3) Greg. Tur., Hist. Frane.,, lib. 11, cap. 25 : Sed persecutor non post multum tempus , 
ultione divina percussus interiit. 

(4) Greg. Tur., Hi$t, Frane, lib. II , passim. =Paulus iEmilius Veronensis De Reb, Gest. 
Frane, in regno Glodovei, jam prseter Tolosates ubi regia Visigothorum erat, in fidem omnia 
venerant. 



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— 890 — 

élevèreDt sur les ruines de l'église détruite par Malet od simple ora- 
toìre (1). 

Un manuscrit de Floriac perda, déjà en 1733, depuis plus de trois 
cents ans , attribaant la mort de saint Gaudens aux Sarrasins, le Bré- 
viaire auscitain dit que cela porte a piacer le martyre de ce saint enfant 
an huitième siede (2). Je crois avoir établi qoe c'est aux Wisigoths ariens 
qu'il dut la gioire da martyre ; ajoutons-y le tèmoìgnage de Nicolas Ber- 
trandi, qui dit : a Saint Saturnin alla au lieu de Saint-Gaudens où, ayant 
converti les Vascons, il construisit une église qui, démolie par les perse- 
cuteurs et par Malet. roi des Convence, fut, de nouveau, bàtìe par les chré- 
tiens (3).» Je ne parie pas de cette tradition populaire, non écrite, se redisant 
chaque jour, d'après laquelle Malet fut le meurtrier da jeune Gaudens, et 
qui semble prendre pour synonyme de cruel ce nom tristement célèbre. 

Près d'un siede s'étant écoulé , Gonlramm , roi de Burgondie , crai- 
gnant pour son autorità dans le Midi, envoya Leudegisile a la poursuite 
de Gondowald. Ce dernier, malbeureux flls adultérin de Chloter I^, réfugié 
à Lugdunum Convenarum, fut livré par un traftre, et la ville qui lui 
avait donne asilo détruite de fond en comble. Les soldats burgondes ne 
laissèrent que la terre vide, pour me servir du langage de Grégoire de 
Tours (4). Mais les Vascons établis dans les hautes vallées des Pyrénées 

t 

(1 ) BremaHwtn Convenarum in festo sancti Gaudentii : Ibi (sancto Gaudentio) vetus extabat 
oratorium quod ruderibus antiquee Ecclesia a saDcto Saturnino extructjB et a barbaris evers» 
super imposuerant. 

(2^ Brev, ause. : Celebris est in dioecesi Conveniensi memoria sancti Gaudentii martyris qui 
in tenera «tate prò Christo sanguinem fudit. Extat in monasterio Floriacensi manuscriptus 
codex de vita sancii Gaudentii, ante annos circiter trecentos exaratus, in quo sanctus puer 
perhibetur a Sarracenis in odìum fldei trucidatus et a mulieribus piis secreto sepultus in 
ruderibus basilicss quam eo loco in bonorem beati Petri apostoli sanctus Saturninua Tolo- 
sanus antistes olim ordinaverat quse qua tu ne jacebat diruta. Hsec suadent octavo seculo 
martyrium ejus coUocandum esse. Urbs sancti Gaudentii duabus ab oppido conveniensi 
leucis a Garunnam sita a sancto nostro martyre nomen suum derivatur. 

(3) Bistoria sancti Saturnini apud Bertrandum : fuit insuper beatus Saturninua in loco de 
Sancto-Gaudentio quo Vascones postquam ad fidem convertit in honorem beati Petri apostoli 
Ecclesiam ibi eedificavit, sed a tyrannis demolita et Haleto rege Convenarum de Gothonim 
genere , iterumque cbristicolis restaurata. 

(4) Greg. Tur., Hist. Frane, lib. VU, cap. 38 : Postquam autem cunctos intefeceront , ut 
non remaneret mingens ad parietem, omnem urbem cum Ecclesiis reliquiisque sadificiis 
auocenderunt nlbil ibi prseter humum vacuum relinquintes. 



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— «94 — 

ètaient élroilemeDt lìés avec les Convenoe, leurs frères d'orìgine. Ils 
répondirent aux cbaots de victoire de Tarmèe burgonde par de longs cris 
qui, boDdissant de cime en cime sqf toute la cbatoe occidentale des Pyré- 
nées, annooQaient a la plaine que ces rudes monlagnards préparaient 
dans leurs retrailes inaccessibles une terrible vengeance ; bientòt» quillant 
leors montagnes, ils descendirent comme un lorrent impélueux, dévastant 
vignes et champs, incendiant les maisons , s'emparant des troupeaux et 
faisant un grand nombre de prisonniers. Le due Àustrowalde, alors à 
Tolosa, vint immèdiatement à leur rencontre; mais les pertes qu'il leur 
flléprouver furentfort minimes (1); les ressources restreintes d'une région 
sauvage et infeconde ètaient loin de suffire pour nourrir une peuplade 
turbolente et guerrière comme celle des Vascons. Àussi firent-ils de frè- 
quentes excursions dans la Novempopulanie . gèmissante sous le joug 
dètestè des Franks (2), et bon nombre d'Aquitains venaient grossir leur 
bordo terrible. Cette sorte d'insurrectìon, arrivée en 587^ amena la recon- 
struction de l'église de Saint-Gaudens. Yoici le rècit légendaire que nous 
a conserve à ce sujet le chanoine Abadie, dans son Nouveau catalogne des 
évéques de Comminges (manuscrìt , vers 1700) (a) : < Des brigands du 
» Tursan, du Béarn et de la Vasconie, formant une armèe formidable, 
» jaloux de la paix dont jouissaient les peuples voìsins et avides de s'en- 
» graisser de la sueur d'aatruì^ firent une brusque irruplion dans le 
» dìocèse de Comminges et dèpouillèrent impitoyablement le pays de tout 
» ce qu'ils purent emporter. Les plaintes et les gémissements des victimes 
» frappèrent les babitants des municipes et des villages situès autour du 
» territoire du saint martyr (saint Gaudens)^ et comme ils n'étaient pas 
» en ètat de se défendre contro une si grande mullitude d'agressenrs , ils 
» se réfugièrent dans le pays du saint, ne doutant pas qu'il les sauvàt par 
» sa protection. Cependant ces dèprèdateurs , animès par leur course 

(1) Greg. Tur., Hi$t. Frane, lib. IX, cap. 7 : Vascooes vero moDtibus porrumpentes in 
plana descenderunt , vineas agrosque de populaotes, domos tradentes incendio, non nullos 
adducentes capUvos cum pecoribus , contra quos ssepiua Austrovaldus dux processit sed 
parvam ultionem exercuit ab eia. 

(2) Oyenardns, Notitia utriusque Fofoonicp, lib. HI , cap. 4 : Unde tam angaatis asperoB et 
infoBcund» regionis facultatibus numerosa et valida Vascooum gena auatentari minua posaet, 
frequentes in agram NovempopulaniiB Francorum imperio obnoxium excuraiones facere 
cogebatur. 



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~ 8« - 

» furibonde et leur esprit envabisseur, dirigèreot leurs pas vers cette 
» coatrée; mais à peine l'eurent-ils apergue de loin que, saìsis de frayear 
» et tremblant au récit des prodiges qui signalaient là poissance da 
» marlyr, ils touroèrent le dos et se relirérenl avec une impètoense 
» rapidité. Les peuples que le perii avait réuDis autoar de son tombeaa, 
» voyant qae, par sa grande vertu, il les protégeait plus efficacement que 
» n'auraient pu falre des remparls et des fossés, abandonnèrent entière- 
» ment leurs anciennes habilalions et résolurent d'un commun accord 
» de fixer leur demeure sur les terres da marlyr, et là, construisant des 
» maisons , plantant vignes el arbres , ils enserrent les fruits pour la 
» saison mauvaise. La ville se remplit bientòt d'une si grande quantité 
)) d'babitants, que les bourgeois, jugeant Toratoire insuffisant pour une 
» 81 grande affluence de lìdèles aux ofQces divins , décidèrent unanime- 
» ment de construire une nouvelle église beaucoup plus vaste eu l'honneur 
» du bienheureux saint Gaudens et du bienheureux sainl Pierre, prìnce 
» des apòtres , auquel Fan lei du premier oraloire avait èté consacré. On 
» construisit donc sur l'emplacement de cet oratoire une église en pierre, 
)) remarquable par ses grandes dimensions. Le maitre-autel fut dédié à 
)> l'apòtre saint Pierre^ celui de gauche a saint Gaudens et celui de droite 
» à la Vierge, mère de Dieu. » (A.) 

Il est facile de retrouver dans Téglise actuelle les traces de l'église b&tie 
à la fin du sixième siede. Il existe à l'extérìeur de l'abside centrale, au- 
dessous du cordon de billetles servant de base aux fenétres qui éclairent 
le choeur, troìs baies a plein cintre fermées en ma^nnerie. Pendant la 
restauration de 1856, on dut fouiller dans les matérìaux accumulés sous 
le pavé du sanctuaire, et l'on trouva : i^des demi-colonnes engagèes dans 
le mur supportant les bases des colonnes restaurées en 1856 (on ne fit 
alors que remplacer, pour les arcatures de la grande abside , ce qui avait 
été casse ou enlevé); T le sol du sanctuaire du sixième siècle a 1 mètro 
70 centimètres en contre-bas du sol actuel ; 3^ à travers des débris et maté- 
rìaux de toute sorte, des fragments de cbapiteaux grossièrement taillés dans 
des morceaux de statues conservant quelques traces de peintures. Enfin , 
au-dessus des voùles des bas-cdtés , on voyait les restes de murs d'un 
clocher en éventail reliant les deux tourelles latérales. De tout cela on 
peut induire que l'église de ja fin du sixième siècle avait trois nefs comme 



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— 298 — 

celle d'aujourd'hui , mais s'arrétait aax tourelles qui flanqoaient le clocher 
au milieo duguel devait se troover la porte principale. Le sanctuaire ne 
dépassait pas l'are doableau , doni les murs élaient percés a droite et à 
gauche d'arcades murées au dixième ou onzìème siècie , destinées à mettre 
en commuDicalioQ ce sanctuaire avec les chapelles absidales des coliate- 
raux. Cette disposition se retrouve a Téglise de Notre-Dame de Sabar 
(Arìége) et à Saint-Just de Valcabrère. 

Ces mémes données nous font retrouver les dimensions de ce monu- 
meut, disparu ou pour mìeux dire agrandi ou complète; elles sont de 
21 mètres de large, 27 mètres de long et 7 mètres de haut, ce qui élait 
de belles proporlious pour la populatìon d'alors , et la legende a eu raison 
de dire d'elle : Mira magnitiidinis, latiludinis et profunditatis ; puisque 
cette èglise pouvait contenir aisément deux mille personnes, et, si Toq 
coDsidère l'étroit espace dans lequel était circonscrìte à cette epoque la 
ville de Saint-Gaudeus , on aura une idée de la place qui demeurait vide 
dans cette maison de prière. 

La citè que le saint martyr avait décorée de son nom oubiiait, dans une 
douce quiétude, les douloureuses anxiétés et les tourments qu'Evarik lui 
avait prodigués. Mais voilà que, dès l'aube du huitième siècie, les Maures, 
venus d'Àfrique, après avoir conquis l'Espagne, tournèrent leurs regards 
vers notre beau pays. Tous les cols des Pyrénées furenl franchis par 
autant de petites armées, semblables à d'impétueux torrents, renversant 
tout sur leur passage. Poussés par un fanatisme aveugle , ces sectateurs 
de Mabomet voulaient soumettre, par le cimeterre, Tunivers entìer à la loi 
de leur prophète. L'bumble bourgade de Saint-Gaudens, se trouvant entre 
deux hordes venues par les vallées de la Garonne et du Salat, ne fut 
point épargnée. Le chanoine Abadie se trompe; il est vrai, en leur attri- 
buant les dégàts dont la petite porte (1), au pied du clocher, porte les 

(4) Chanoine Abadie, Ncuveau eataU)gu$ de$ évéquét d$ CommingeSf liv. I, remarque XIII. 
Il parait méme encore aujourd'hui, sur le dehora de la porte qui est sous le clocher de l'óglise 
de Saint-Gaudens , que , cette porte ayant été barricadée par ceux d'entre les habitants qui 
s'étaient réfugiós dans cette église, les incendiaires allumèrent un si grand feu pour 
brùler cette porte qu'ii gàta quantité de pierres de cette tour qui en conservent encore quel- 
que rougeur; ils brisèrent à coups de marteau les pilastres de marbré qui étaient aux deux 
cótés de la porte et le labarum qui était sous le couronnement. 



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— 294 - 

Iraces , poisque le clocber D'existait pas encore. Mais ìls détruisireDt , 
par l'iDceDdie, le moDastère de Saint- Benolt (1) qui devait occuper par 
une de ses parlies la place où s'élève ce clocber; car sous Tarceau, qui 
s'appuie sur le mur de celle tour, on voit eocore la baie d'une porte 
doni les formes rudimenlaires accusent une origine fort reculée. 

M; Louis d'Àgos , et avant lui le savant palèograpbe Larcber, pensent 
qu'après la mine de Lugdunum , l'église Saint-Just de Valcabrère avait 
été bàlie pour servir de cathédrale. Un fail me parafi conlredire celle opi- 
nion sans lenir compie de la présomplion qui resulto des fails généraux : 
a la fin du dixième siede, Roger Bernard , de la famille de Gomminges, 
agrandit , embellil l'église de Sainl-Gaudens et y fonda un cbapitre. Il 
demeurait donc dans celle ville. Eh ! en pouvail-il étre aulremenl a cette 
epoque où les Franks cbercbaienl à devenir maltres de rAquitaine, et où 
celle-ciy quoique vaincue, se révollail souvent contro eux, malgré le 
danger plus redoutable encore doni les mena^aient les Sarrasins déjà 
maltres de l'Aragon et de la vallèe d'Aure? C'étaìt le temps où tonte auto- 
rité s'abritait derrière dès fortiflcations , et je ne penso pas que rautorìté 
spiriluelle du diocèse de Gomminges fùt assez téméraire pour s'exposer 
aux insultes de la soldatesque , au milieu de ruines amoncelées et acces- 
sibles a tous. Je crois donc que la petite église du sixième siècle^ qui 
m'occupo, a servi de cathédrale au clergé de Gomminges pendant quatre 
siècles environ. 

A Vapproche de Tan mille et de son redoutable cortége de terreurs reli- 
gieuses, ce diocèse de Gomminges était sous la garde d'un pieux pasteur. 
Issu de la plus puissanle maison du pays (celle de Gomminges) , il ne 
jngea pas à propos de relever Tancienne cathédrale tombèe sous le fer et 
le feu des Franks et des Burgondes. Il crul étre plus agréable a Dieu et 
travailler plus efflcacement à sa gioire en enlourant le tombeau du jeune 



(4) Chanoine Abadie, Nouveau eatalogue des Mqu$$ de ComnUnges^ liv. I, remarque X1I1 : 
e On tient au reste que ces infidèles y mirent le feu ; il y avait là une communauté de moines 
de Saint-Benolt dont ils brùlèrent le monaatère. Lea moinea de l'abbaye de Peaaan , diooèae 
d'Aucb , disent qu*ils aavent par traditioD qu'ila ont été fondés par dea religieux yenua de la 
ville de Saint-Gaudeoa , ce qui marque que oes religieux furent contraiots d*abandonoer cette 
ville et de se tranaférer à Peaaao. La penaion qu*ila font encore au cbapitre confinne cette 
tradiUon. a 



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— 295 — 

martyr de tout le lastre qu'il pouvait lui donner. Dans ce bul^ il ìnslitua 
QQ cbapitre de cbaaoines, sous la règie de Sainl-Augaslin , auxquels il 
donna son patrìmoine de famille avec tous les droits seigneuriaux qui y 
étaient altachés. Àprès avoir assuré Texistence des cbanoines destinés à 
fòrmer une couronne de prières autour des reliques vénèrées , il songea 
au tempie matériel dont il augmenta les proportions et Tornementation (1); 
il y joignit méme un cloltre. Ce pieux pontife élait , comme je Fai déjà 
dit, Roger Bernard, qui fut évéque de Comminges de 990 à 1003. Ielle 
est du reste l'opinion du cbanoine Abadie dans son Nouveau catalogne 
des évèques de Comminges, de Raymond Pomian , secrétaire de Tévécbé 
en 1788) qui ont eu en mains tous les documents^ de M. Louis d'Agos 
et de tous ceux qui ont écrit sur les évéques de Comminges. Le bréviaire 
Auscitain semble élre d'un avis contraire, en attribuant les travaux faits a 
réglise à un évéque nommé Bernard, qui assista, en 1056, au synode 
tenu a Toulouse par ordre du pape Victor (2). Un mot d'bistoire locale 
prouvera que le bréviaire confond Roger Bernard avec Bernard II , qui , 
au lieu de bàtir a Saint-Gaudens, aurait relevé la cathédrale de Lugdu- 
numy conformément aux prescriplions du synode de Toulouse dont il avait 
fait panie , en justiflant Topinion des premiers qui est aussi la mienùe. 
Yers 940, Asnarius, comte de Comminges et de Couserans , élait mort 
laissant à Tun de ses flls, Arnaud, le Couserans et le liers du Comminges. 
Par son mariage avec Arseinde, cet Arnaud joignit a cela les comtés de 
Foix et de Razez. Aussi Tunique fruit de celle union fut-il un des plus 
puissants princes du Midi. Vers la fin du dixième siede, et au plus tard, 
selon Marca, vers 1012, Roger distribue ses biens à ses trois flls : Faine 

(1) Voir, aux preuves, la charte de foDdation ( Privilegium ) marquée lettre B. — Brw, 
Conv. in fésto saneti Gaudentii : Hac sub invocatione sancti Petri et sancti Gaudenti! , ud- 
decimo seculo ampliavit et adornavit Bernardus quandam episcopus Couvenarum , illudque 
clericis qui rei divinse ethorìs caaoDicis ^acarent, concessit, assignati ìd hunc finem con- 
gniis redditibus. 

(8) Brtv. Auidensium : Ibi sub invocatione sancti Petri et sancti Gaudentii un decimo seculo 
tedificata est Ecclesia a Bernardo episcopo Gonveniensi qui anno millesimo quinquagesimo 
sexto synodo Tolosano jussu Yictoris papse habito subscripsit. Hujus modi basilicam clericis 
qui rei divinse et horis canonicis vacarent, concessit, assignatis in hunc finem congruis red- 
ditibus. In vetustioribus breviariis et Missalibus Ausciencibus habetur sancti Gaudentii oom- 
memoratio ad diem trigesimam augusti. 

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— in — 

eul daos soq lot le liers que soq pére ayait daos le Gomminges, et Pierre, 
engagé dans les ordres sacrés, eul tous les biens ecclésia^ligues po^sédós 
par SOQ pere (C). Ce Pierre est place daos toates le» lìstes d'évéque» (^ 
ComcDinges comme ayanl occapé ce siége de 1003 i 1035. Par acte da 
mois d'aoùt, féle de saint Hippolyle» seizième lune, soit 22 aoùt 1003, 
SaDcUus Ato et Bleseyre^ sa femme, parents saas doute d^ Boger Bernardi 
augmentent royalement les revenus du chapitre en fondant TégiUe d9 
Cazeneuve qQ'its placent sous son patronage (D), Si l'on accordo pleÌQ« 
créauce au bréviaire d'Àuch , le seigoeur Sanctius Àto et sa pieuse cop^r 
pagne auraient fait une donation à un corps moral qui n'anrail étè instiUi9 
que cinquante-trois ans après. Evideinment les auteurs de ce livre litur^ 
gique se sont trooipés. Cela est peu surprenant. En effet , quoique sufr 
fragant d'Àucb, l'évéché de Comminges avait de fori rares relati4)n$ a¥9& 
sa métropole, tandis qu'il en avait d'incessantes am T^ulouse dont J9 
chapitre métropolitain a fourni tant d'évèques a Comcoinges (eatre avlMre» 
Saint Bertrand), et nommait des notaires a Saiot-Qaudieas (0). 

11 y a Ueu de jcroire que Roger Bernard ne pjqt poiiU terwin^ les tra- 
yaux d'agrandìssement et d'oroemenjlatìon que lui ^ttrilMiej^t la (diarie (te 
fojDbdatìoQ du chapijtre et le bréviaire de Coimmìoges; mais qu'ils furent 
menès à benne fin par Àrnaud, qui occupa le siége de Comminges de 1635 
à 1040. Un chapiteau du pilier de droite, à rentrée duchoeur, représentant 
une céréro^nie episcopale (la bénédjction d'une église, sans dople), porte sur 
un de ses rinceaux ]e nom ARNALDUS ; si ce n'est pas une pre«ve topìqi»^; 
00 peul du moins y puiser une présomption grave de ce que j'^avance , 
car on ne saurait renvoyer en 1294, sous le court épiscopal d'Arpaud d$ 
Mascaron (une année environ) , la fin de travaux entrepris deui siècles 
auparavant^ alors surtout que ce méme Arnaud de Mascaron semli^le a?oir 
donne tous ses soins à l'érection du monastèro fles Frères prdebeurs a 
Saint-Gaudens , comme il semble résulter de la cbronique de fondation 
de ce couvent (F) et de la présence plusieurs fois répétée des armoiries de 
cet évéque dans ce qui reste du vieux moutier. Quoi quii en soit, si 
Roger Bernard ne termina pas ce qu'il avait commencé , Il laìsga son 
exemple a suivre , ^t on ne peut lui contester le mèrito d'avoir trace ces 
belles et harmonìeuses Jignes que npus aijlmirons malgré tous les rav^es 
qu'y put faire le comte de Montgomery en 1549. 



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— 897 — 

Elle forme un parallélogramme régulier de 40 mètres de long sur 21 
de large; elle est termÌDée à rorienl par trois absides voùlées en cui -de- 
foor, doDt la principale a 6 mèlres de profondeur, et a Foccident par la 
grosse tour carrée du clocher. Fille de l'art roman» elle charme Tceìl par 
sa pureté de style et les gracieux mofifs qu'elle renferme à profusion : sa 
grande voùte, ses arcades» ses fenétres offrent partoul Tare plein cintre 
surbaussé avec doublé archi volle; l'arcade seule du clocher s'ìnfléchit 
légèrement vers sa base comme celles de rAlhambra, afin de rappeler les 
vains efforts des fils de rislam pour délruire les restes vénérés du martyr 
et les larmes que le kalife de Cordone fit répandre à tout le Midi ; ses 
voùtes latérales en quart de cercle ressemblent à deux arcs-boutants con- 
tinus destìnés a soutenir la voute principale, qui est en berceau sans arétes 
^ni nervures; les gracìeux triforiums formant un étage eu avant des 
petites absides donnent, par lenrs doubles arcatures à colonne ttes, un 
grand cachet d'élégance au sanctuaire, tandis que l'arcade génainée qui le 
domine, en laissant passer la lumière d'une triple fenélre, semble dire aa 
chrétien agenouillé qu'à l'extréme orient les trois personnes divines sau- 
vèrent les hommes par Jesus en qui furent réunies la divinité et rbumanité. 

Au dehors comme au dedans , la partie réservée au clergé est plus 
ornementèe que le reste, ce qui se comprend très-bien; car c'est là que 
se consomme le sacrifico, et que la prìère s'élève plus frequente et 
avec plus d'ensemble, surtout lorsqu'il y a un chapitre, comme cela était 
dans notre collegiale* D'ailleurs l'ornementation est partout d'une extréme 
sobriété. A l'intérieur, deux colonnades superposées avec arcatures, 
une comiche à boules : voUà pour le choeur. Un cordon de htllettes , 
séparant les arcatures en deux étages, s'étend par-dessous le grand are 
doubleau et va faire faire le tour des absides latérales; une cornichei à 
peine saillante a palmetles, court à droite et à gauche au niveau du sai des 
triforiums jusqu'au contre-pilier correspondant aux tourelles ; les piliers 
lourds et massifs, en forme de croix» portoni des colonnes engagées à cba- 
piteaux historiès du plus pur roman ; a mesure qu'on s'éloigne du chorar, 
les chapiteaux sont plus corrects de dessin comme de sculpture. 

A rextérieur, un cordon de billettes contourne les trois absides servant 
de base aux fenétres à boudin de la grande abside; un peu plus haut, un 
second cordon de billettes entoure la méme abside centrale «t forme eba- 



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— S98 - 
pileau a quatre colonnes, ainsi que Tarchivolle des trois fenétres ; enfin , 
une comiche à raodillons variés soulient les loils en pietre des trois hémi- 
cycles. La grande toiture s'élève peu au-dessus des coUatéraux : les mars 
qui la soutiennent de chaque còlè soni décorés de colonnes engagées assez 
courtes, a chapileaax décorés de feuillages, de pommes de pin ou de 
boules, et d'une comiche à raodillons; ce décor s'arréte aux lourelles et 
de là se change jasqu'au clocher en simples pilastres, tandis que la 
riche comiche à raodillons devient un siraple pan coupé. Pai parie des 
toarelles; il y en a deux : Fune est oclogonale, d'une gràce inflnie; l'aatre 
carrée , sans omeraent ni comiche ; les raars soni lisses partoul , d'un 
appareil quasi-régulier; la monotonie n'en esl interrompue que par les 
archivolles , à billettes , de trois fenélres au nord ; les murs du clocher 
sont nus et trisles, perccs de fenétres sans saillie; la porte qui s'ouvre au • 
pied de cette tour, tronquée on ne sait trop quand, élait Irès-belle. Deux 
colonnetles ornaient chacun de ses cdtés; un doublé boudin correspondant 
aux colonnetles encadrait le tympan au milieu duquel s'épanoaissait 
le monogramme du Christ. Montgomery voulut pénétrer dans l'église 
et méme la détruire ; dans ce bat , il entassa des fascines qui , en bru- 
lanl, réduisirent à l'état de chaux une partìe de la pierre. 

Quant a la grande porte qui appartieni au style golhique, ce n'est qu'on 
placage qu'on altribue généralement à Bérenger, chanoine d'Urgel et vicaire 
general du cardinal Pierre de Foix , qui, après avoir été évéque de Com- 
mìnges , fut évéque d'Arles et cardinal-évéque d'Albano. D'apròs le bré- 
viaire de Goraminges , ce Bérenger donna a l'église de Saint-Gaudens un 
reliquaire d'argent pour renferraer les restes de saint Gaudens, en 
1443 (1). 

On trouverait avec raison étrange que je ne parie pas du clottre bàli 
par Roger Bernard, ni de la sacristie qui fut, pendant plusieurs sìècles, la 
salle capitulaire. J'ai en horreur les incertitudes en archeologie. Or, que 
dire d'un cloitre disparu sans laisser d'autre trace qu'une colonne gérninée 
noyée dans un raur et deux slatues dissiraulées sous une conche , fort 



(4) Breviarium Convenarum infesto saneti Gaudentii: Partem eapitis et ossa quasdam anno 
miUesimo quadringintesimo quadragesimo tertìo extraxit et seorsum in pretiosa reposuit 
theca argentea Berengerius canoDicus Urgellensis et cardinalls Fiuensis vicarias generalis. 



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— 299 — 
épaisse, d'un grossier badigeon? Quant à la sacrislie , jadis salle capita- 
laire, comblée jasqa'au nìveau des accoudoìrs des fenélres, ouvraot sur. ce 
qui fut jadis le cloitre , on ne peut avoir que des dimensious bypolhéli- 
ques. Tout ce qu'on peut eo dire , c'§sl qu'elle est l'oeuvre de la plus belle 
epoque romane : ses quatre voùles d'aréle plein cintre venant s'appuyer 
sur l'unique colonne du milieu, la couvrent d'une fagon noble et gracieuse 
a la fois; les fenétres et la porte sout ornées à l'inlérieur de gros boudins 
d'angle; enfln , chaque aréte de la quadruple voùle vient relomber sur 
une colonnette correspondante, dont le fùt est coupé à une cerlaine bau- 
teur par un gros anneau assez semblable à ceux qu'on voit aux pleds de 
quelques vases sacrés ou de reliquaires des onzicme et douzième siècles. 

Un mot mainlenaut sur les reslauralions récenles: 

On aurait presque pu se passer d'archi lecte : car on n'a fait que repro- 
duire ce qui exislait a Tétat de débris , si l'on peut parler ainsi : on a 
changé des colonnes mutilées, complète des corniches dont on ne retrou- 
vait qu'une partie , copie des chapiteaux brisés en réunissant les fragments 
pour avoir le modèle, remis les arcalures que des traces bien apparentes 
ìndiquaient d'une maoière incontestable , complète le campanile èbauché 
au dixième siede, couronné la toiture conformément à un fragmenl de 
dalle retrouvé. On a mis des pierres neuves, mais on n'a rien innové. Il 
a bien fallu remplacer la pierre calcinèe par les sectaires. C'est ce qu'on a 
fait. 

La restauration de l'abside terminée, on a songé à remplacer l'autel 
roman disparu depuis longs jours. M. Malhieu , sculpteur à Toulouse , a 
prète pour cela son concours et son talent. Son oeuvre, admirèe à l'expo- 
sition de Toulouse, est une belle et sèrieuse composition qui,quoiqueun 
peu lourde, s'harmonise bien avec Tédiflce. Pour les peintures , la com- 
mission des monuments historiques dota l'église de Saint-Gaudens d'un 
artiste de grand mèrite, M. Denuelle. Gelui-ci conQa les figures a M. Louis 
Lamolhe, l'èlève de prèdileclion de deux grands mai Ires, Ingres et Flandrin. 
Aussi, quelle dèlicieuse scène dans la coupole t Jesus sur son tròno semble 
se préparer a juger pour l'eternile; mais sa main ne se lève que pour 
bènir ; a sa droite, saint Pierre, premier patron de l'église , lui présente 
Saint Saturnin qui en posa les fondements; à sa gauche, c'est le joune 
martyr qui présente au divin Maitre saint Bertrand^ patron du diocèse, 



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— 300 — 

qatl illustra de ses verlus. Au-dessous^ dans les quatre arcatnres^ saìnt 
Jean-Baptisle annonce la loi nouvelle , qoe saint Elienoe est le premier à 
affirmer par le marlyre ; saiot Raymond , enfant de Saint-Gaude&s , qui y 
moine et soldat , sauva Galatrava des Maures, et y fonda un ordre auquel 
TEspagne dut en parlie son affranchissement , et enfin saint Blaise , que 
les paisibles laboureurs des campagnes ont èlu pour patron special. 

Ces quelques pages sont sans doute bien au dessous du sujet. Mais il 
faudrait un maitre ès arts , ès lettres et ès sciences pour le traiter digne- 
ment. Que la Société archéologique du midi de la France raccueille ayec 
indulgence en faveur du sentìment qui m'anime et qui n'est autre que de 
saluer l'inauguration de ses concours en lui adressant le fruit de mes 
études. 



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NOTES ET PREUVES. 



Nora (a). Le manuscrìt du chanoine Àbadie, ayant poar titre Nouveau cataiogue 
des évéques de Comminges , est conna de quelques amateurs, mais on ìgnorait jasqa'à 
06 joar l'époqae précise à laquelle cel autear a écrit. Je troave dans les oorapies de 
rhospìce de Saint-Gaudens deux pièces qui m'ont porte à piacer son oovrage vere 
1700. L'ane a pour titre : Compie de la reeette et de la dépeme faites par le S. Abaiie^ 
chanoine du chapiire de Saint-Gaudens et prieur de Thòpital de ladite nille , peur la 
nourriture des pauvres dudit hópiialy depuis le commencement de Fannie it9^ju$fu*a^ 
moie d'avril 4701. La seconde est un compie renda et affirmé enire les mains dei 
directeurs dudit h6pitai, le 4^ mars 4744, par le S. Verdier, syndìc, duquel resulto 
la preuve de la mort du chanoine Abadie avant le 4«r février 4708, poisque lui oo 
ses héritìers avaient pourvu aux dépenses de l'hospice jusqu'à cotte date. 

PftBDVB A. — Legenda Sancti Gaudeniiij Martyrii. 

Raptores de Bearnica, Tursanica, Vasconica terris, in hostem congregati, pad 
ei tranquillitati vidnarum regionum tyrannica dementia invidentesi de alieno sudore 
victum et necessaria sibi quaerere molienles , raptorio impetu et cum armis Gonre- 
narum dioecesim intra verunt, spoliare eamdem, quantum in ipsis erat, bonis 
omnibus immanius laborantes. Quo lacrymoso vicinum clamore compesto , habita- 
Cores qui in municipiis et villulis circumdantìbus territorìum sancti Martyris {(iaa- 
dentii) morabantur , cum non haberent munitiones quibus crederint à tot invasoribas 
se et sua posse defendere, in Sancti territorio se cum suis bonis applica veruni , 
sanctitate Martyris sperantes salvari , et quamvis furibundo cursu et animò irrea- 
venti dicti prasdones versus territorium dirigerent gressus suos, tamen locum 
vìdentes de longe , steterunt, auditaque signorum potentia, stupefacti et trementes , 
terga vertentes , veloci impetu recesserunt. Videns autem populus qui protectiom 
• sui Sancti commiserat , reliotis ex tote habitaculìs et antiquis villulis , quod ìlartyris 
merita fueraot illis prò munitionibus et sanotitas prò fossa tis,elegerunA concorditer 
in Martyris possessionibus remanere ; ibique fabricantes 4lomos et seminantes «gros 
plantaverunt vineas , fructus ubertatia prò tempore co%;entes. Villa siquideoi babi- 
tatoribus ampliata , arbi^rantes incolse , quos struotura oratoriì non poterat omnes 
capere ad divida, quasi da vinHus inspirati iractatu, communis ordinavemnt fabiieare 
ecclesiam in honorem Beatissimi Martyris liaudentii et Beala 'Petrì Apostolomm 
prindpis , ad cujus titulum fiierat dedicatum altare dioti .oratorìi. — * In loco oratorii 



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— 302 — 

fabricata est ecclesia lapìdea, mira magnitudiuis , latitudinis et profunditatis. 
Dedicatam est in ecclesia aliare majus in honorem Beati Petri Apostoli, aliud in 
honorem Sancii Gaudenti! , et in dextra parte altare Virginis matris Dei. 
(Le chanoine Abadie, Nouveau catalogue des évéques de Comminges, p. 238.) 

Prboyb B. — Privilegium Sancii Gaudentii quod Bernardus Rogerins dedii Domino 
et habitatoribus ecclesice Sancii Gaudentii. 

Omnis quy ad Patrìam coelestium civium desiderium eundy habet, in qua requies 
datur universis habitatoribus, necesse est ut in actìva vita in qua messis iliigalur 
doloribus, efficiatur instrumentum alicujus relìgiosse bonitatis quo dirigatur siby 
iter ascendendy ad contemplativam istius uranicae regionis in qua electorum vuUus 
specìem retinet, et Deus sine ullo intervallo facie ad faciem contempla tur in fui- 
genty sede suse Majestatis. 

Ob amorem hujus tam maguse suavitatis et dulcedinis , ego Bernardus , peccator 
et tamen quondam infelix pontifex ob pondus tam magny honoris, sciens me fere 
obligalum charìtative, dimisy ut inchoavy tale aedificium quod existimary me 
aditurum consortia supernorum civium. Sed Deus, quy de nihilo cuncta perpetravit, 
videns facinora quae peregy et intuens quae impelranda a me essent dedit mihy 
gratta sua consilium quo abluerem iniquitates perpetratas ; nam idem ipse omni- 
potens, quy neminem vult perire, dedit mihy hunc talem sensum ut aedificium 
sancty Petry atque sancty Gaudenti y quod incceperam in loco mey dimitterem 
dericis digne Domino Deo sérvientibus. 

Pro redemptionis animsB mese genitorisque mey atque meae genitrìcis omnisque 
meae parentelae, ego Bernardus istud dedy necnon et allodium quod est subter 
vineas, libere et absolute, sicuty ego teneo, et vinum istius villae, decimas Didano 
et casale de Linos , et leddam salis , et coemeierium et offerentia ; et praeterea post 
obitum meum totum meum honorem sine calumnia tribuo clericis Deo sérvientibus. 
Et ut firmius atque obnixo teneatur, loco mey pono Abbatem Fortìuni quy dirigat 
omnia secundum posse data atque danda regat et custodiat , canonicos quosdam 
habeat submissos siby non tepide quy horas canonicas peragant , scilicet Guilhelmum 
de Ibiclrìo, Garciam Guilhelmum , Guilhelmum de Besset, Hartinum de Aulo. 

Hanc donationem quemadmodum fecy , adfuerunt visores ìdoney et auditores : 
Eaymundus G. de Lignac et G. Amelius de Lignac cum suo fratre Izamo, Rus At de 
Broqua et G. A. de Lignac et Guilhelmus de Puadledaly, quy scriptum servat, 
vigeat per secula cuncta et quy de trahis dissipentur conventus meorum electorum. 
PoQO Fortium Abbatem atque dominantem istius locy post obitum meum, eo 
defuncto ponatur eleclioae canonicorum servientium Domino , sanctoque Petro atque 
sancto Gaudentio praecipuo ut sit Abbas Sancti-Gaudentii nulla designalione alicujus 
persoDSB alterius nisi ab ìpsis canonicis et quemadmodum in istis constituo ut fiat 



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— 303 — 

ita et à sequentìbus pcrpetualiter teneatar cum supradictis canonicis pono W. Dai, 
Geraldum et Guilhelmum Caubera. 

(Collationné sur un acte de production, fait le 8 aoAt 4694 , par Rimailho, pro- 
cureur en la cour du sénéchal de Thoulouse et Albigeois , occupant pour le chapitre 
de Saint-Gaudens. Ledit acte de production, conserve aux archives communales 
de Saint-Gaudens. ) 

Prbuyb C. — Testament de Roger, comte de Carcassonne. Circa 990 selon les une, 

et 104S selon Marca. 

Ego Rogerius , comes , facio brevem divisionem Inter 61ios meos Raymundo et 
Bernardo ; ad Raymundo filìo meo dono civitatem Carcassonam cura ipso comitatu 
Carcassense exceptas ipsas abadias quae ego dono ad filio meo Patrone , sicut con- 
junctum est inter matre sua Adelalfc et te Raymundo , et dono ad ìpsum Raymundum 
filium meum Redas castellum cum suo comitatu ipsam meam partem , excepta mea 
parte de ipsas abadias quae ego dono ad Patrone filio meo et exceptos illos alodes 
quue ego acceptavi in ipso comitatu Redense quae ego dono ad Domino meo et ad 
Sanctis suis propter remedium animse meae , et dono ad ipsuni Raymundum ipsa 
convenientia de comitatu Redense quae habeo cum fratre meo Odone cernite et filio 
suo Arnaldo de Cairacurbo cum Cairacurbenso remaneat ad ipsum Raymundum et 
alia convenientia quae ego habeo cum meo fratre Odone Colia Castello et de Coliense 
remaneat similiter ad filium meum Raymundum et ipso Castello quem dicunt Sexago 
cum ipsa casthania et ipsas Viguerias quae ad ipsum castellum pertìnent et cum ipsos 
alodes , sicut Arnaldus pater meus ibi tenebat per ipsum remaneat ad Raymundum , 
exceptas abadias quae ego dono ad filium meum Petronem , et ipsos alodes de comi- 
tatu Tolosano quae fuerunt de Bernardo Rufo, quae Baymundus vicecomes tenet per 
me Rogerio et per te Raymundo ; Remaneant ad le filio mèo Raymundo et ipso cas- 
tello quae nominant Sancta Gavella cum ipsos alodes qui ad ipsum pertinent , rema- 
neant ad filio meo Raymundo et ipsa Medietate Bolbastreso et ipsa iertia parte de 
comitatu Cominico remaneat ad filio Raymundo et ipsa mea parte de Castello Minerba 
quae Raynardus vicecomes mibi donavit ad mortem suam cum ipsa terra quae ad 
ipso castello pertinet et ipsos alodes quae habeo in Narbonensem remaneant ad 
Raymundo filio meo exceptos ipsos alodes quae dono ad Deum omnipotentem et 
Sanctis propter remedium animae meae et ipsa abadia de Chaunas et ipsa abadia de 
Vernasona remaneant ad filio meo Raymundo. Et ipsa Vigueria de Savartense post 
obitum Adelaìc remaneat ad Bernardo filio meo si ille non lo forsa et si lo forsa et 
emendare voluerit ipsa convenientia de Savartense , et de Castel lo -pendente quae 
ego abui ab Odone fratre meo et Arnaldo filio suo post obitum illorum remaneat ; 
ad Bernardo filio meo dono ipsum comitatu de Cosoragno cum ipso Episcopatu et 
cum ipsa medietate de Bolbastreso et ipso castello de Fuxo cum ipsa terra Fuxense ; 
Dono ad AlaYs uxor mea et Bernardo filio meo insimul et Dalmazanense et Podaza- 

40 



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— 304 — 

gense et Agarnagense et medietatem de tote bosco fiolbonae qu8Q est inter flamen de 
Ercio et Aregiee , dono ad Bernardo filio meo cum ipsos alodes quae ibi habeo ipsas 
exceptas abadìas et ipsas eclesias quse ego dono ad filio meo Petrone et exceptos 
ipsos alodes quse ego dono ad D. Deo, Sanctis suis propter reroedium animae, et 
exceptos ipsos alodes Bscossia et Avesaco quae ego dono ad conjugem meam AdelaYs» 
Mater vostra superius scriptum est. 

Sic habeat fìrmitatem ìsta scriptura si ego Rogerìus non hoc desfaciam, sì ego non 
hoc camvio cum meo gradiente animo ; ista omnia supradicta teneat AdelaYs uxor 
mea in Badlia quantum volueril sicut superius scriptum est sic habeat firmitatem. In 
tali vera ratione; ut dum ìlli vivunt teneant et possideant si ìnfantes habuerint de 
legitima matrimonio, similiter teneant in Badlia illi qui vivi erunt. Vendere nec 
alienare lìcentiam unus non habet nisi unius ad alium. Et si infantes non habuerint 
de legitimo matrimonio remaneat ipsa haereditates ad ipsos fratres qui vivi erunti 
Ista scriptura Rogerìus comes manu sua firmavit. Facta charta divisionis istae Calen- 
das aprilis anno Ghrìsti incarnati MoX1I<> H. Rege Francorum S. Guil. de Sancto 
Silicio S. Ram. Ademari S. Pentii Alberti S. Ermengardi de Combreto S. Amald. 
Pelapolh. Sifredus, notarius, scripsit die et atino quo supra. 

Prbuvb D. — De fundatime B^ Maria de Casanova. 

Anno 1003 die 22 augusti. 

In Dey nomine. Deus per suam misericordiam dedit mihi Sanctìo Atto et adlau- 
dem hiermem quy est in comitatu Convenico in terra ubi dicitur Burgiaco et in ilio 
loco quy vocatur Gazano va , Et idem Dominus quy prsedictum mihy dedit, compo- 
nuit in corde et anima mea ut aedificarem domum in honorem Dominy nostry Jesu- 
Christy et Sanctse Marise ejus genitricis et Sancty Micfaa^lis et Sancty Salvatorìs Ecclesia 
factum est, Emisit Dominus in cordibus nostris et in corde meo et in corde uxorìs 
Bleseira ut collectionem faciamus in quo loco ad legem canonicam observandam 
probter amorem Patris et Filiy et Spiritus Sancty ut in die judiciy nobis mercede 
accerceat et ut mereamur illam beatam vocem audire quam Dominus suis electis 
dicturus est , Venite , patris mei percipite regnum quod Vobis prseparatum est ab 
origine Mundy ; sed ego et uxor mea facimus hoc ut lex canonica adimplatur qua 
Dominus dicit vivo : Ego nolo mortem peccatoris sed erit conservatus et vivatur 
quacumque bora peccator conversus fuerit iby ingemitu erìt omnia peccata ejus in 
oblivione coram me erunt, coram me dicit Dominus et nos misery et infelices facimus 
electionem istam probter omnes negligentias nostras et prò patre nostro et maire 
nostra ut sy in Geanna sunt ad iaetitiam claritatis faciat illos Deus pervenire et 
parentes nostry et omnes parentum nostrorum usque in quintam, vel sextam aut 
septìmam generationem sint participes et quod lex et consuetudo est ut unus 
quisque homo de sua hsereditate dare debet ad Sacram Dey Matrem Ecclesiam, Ego 



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— 305 — 

Sanctìus Àto et uxor mea fileseyra damus ìpsum allodem Domino Deo et Ecclesiae 

quae vocat Sancta Maria com signis , libris et vestimentìs cum calicibus et patenis et 

omnibus ornamentis ecclesiasticis Et ego dono terras et vineas cultas et incultas 

silvas et campos cumquas ipse adiaude adjecenlias habet, in se montes adjacent 

Rusta rivulum uby gutta cadit quy venit per quandam cumbam et per ipsam cum- 

barn et per quamdam viam usque in loco et de ìlio loco venit ad fouens quse exultat 

vlres et de ipsa fouens usque ad alium laYsque rusta sìlvam usque in gutta currente 

et commodo silva tenet et alias adjasentias scilicet duo rivulys quy ambo adjuncantur 

in ipso rivulo quy dicitur Lubunensy. — EgoSanctius Alo facio hoc laly paolo ut sy 

intra illos canonicos ira aut discordia aut ulla perturbalio venerit quod inter semet- 

ipsos concordent et sy facere noluerint veniat justicia a fratre nostro Guilhelmo et 

Odone filio meo et illy distrutum faciant et concordent per amorem Dey et badlium 

non accipiant nec panem nec vinum nec aliquam rem et sy isty defuerint veniat ad 

Raymundum filium meum , quod sy Raymundus defuerit veniat ad alium filium 

meum quy obligationes isty defuerint veniat ad illum quy propinque est miby in con- 

sanguinitate sy meliorem habet sapientiam et bonitatem. — Quod iily canonicy 

nullum Seignorem habeant nisy ipsos quy supra loquentur et illy teneant hoc 

donum in perpetuum quod illy bomines quy hanc electionem exaltaverint vel adju- 

torium hujus electionis de verbo aut opere fiat messis caritatìs abundantia longani- 

mitas , bonitas, benignitas et mansuetudo fides continentia castistas et occurat eis 

Dominus Deus in adjutorio et sit eis defensor cum choro Apostolorum , Martyrum, 

Gonfessorum atque Virginum et absolventur a Patre et Filio et Spirilu Santo et a 

Sancta Maria matre Dominy nostry Jesu-Cristy et ab omnibus Sanctis et quod de isto 

die usque ad infinitum temporum quy cartam istius donationis credere noluerit ex- 

communicatur et exequatur ab Ecclesia et ad obitum mortis nullus sacerdos audeat 

ey corpus Dominy ministrare vel sepelire unde ab hodierno die non filius nec filia 

nec fratris ncque aliquis de mea cognatione aut de meis hseredibus neque omnes 

nec Episcopus nec aliqua persona facit centra hanc cartam. — Et ego Sanctius Ato 

et uxor mea Bleseyre dedimus totum hoc ey insuper scriptum et ad dominum Patrem 

omnipotentem et ad regulam canonicam continendam facta charta est in mense 

Augusty in festa S^y Hipolyty luna decima sexta , regnante comite Rogerio , Pelro 

Episcopo. Dominus Sanctius Àto et uxor Domina Bleseyre quy hanc cbartam scribere 

fecerunt ab omnibus suis illam firmaverunt et firmare fecerunt Raymundo et Bernardo 

et Odone filio ejus et Aldierda et filiis et filiabus ejus Guilhelmo Ato S. Arcos 

S. Rodulpho doncello S. Ato Accordo SWS sign* Garsia Guilhelmo sig. Atto Sanctio 

de Casaly. — Ego Sanctius et ego Beseyra volumus deprecary ne nullum hominem 

aut femineam quy ad hunc locum venerit pìgnoratis aut capiatis Deo et Beato Petro 

Apostolo et Sancto Gaudentìo et habitatoribus illae ecclesia nunc et in perpetuum 

(Extraitd'un acte de production, fait le 8 aoùt 4694, par Rimailho, procureur 

du chapitre de Saint-Gaudens en la Court du Sénéchal de Tboulouse , iedit acte de 

production conserve aux archives de la mairie de Saint-Gaudens. ) 



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— 306 — 

Preuyb e. — Acquisitio cujusdam vinea per FF, P. Sancii GaìidenHÙ 

Anno 1532 die 21 mensis febmarii. 

Id nomine Domini amen. Novenni universi prsesentes pariter et futuri quod anno 
ab incarnatione Domini millesimo quingentesimo trigesimo secundo et die vigesima 
prima mensis februarii apud Sanctum Gaudentium, Regnantibus lUustrissimis Pria- 
cipibus et Dominis nostris Francisco Dei gratia Francorum rege et Henrico eadem 
gratia Navarrae rege , Fuxi et bigorrse comlte ac Nebozani vicecomite , nec non Reve- 
rendo in Christo Patre et Domino Jeanne de Malaleone Divina miseratione dicecesis 
Convenarum Episcopo PraBSulante, in meinotarii publiciet testium infra scriptorum 
praesentia personaliter conslitutse videlicet Borguina de Planchis et Catharina de 
Carré mater et Glia, Vili» San^cti GaudenUi habitalores, quae, gratis ambae insimul 
et qualibet earum in solidum et praesentes ibidem dantes et concedentes per se suos 
que successores quoscumque vendiderunt et cesserunt ac vendendo tradiderunt 
honorabili fratri Joanni Gospeyra majordierum , Priori sindicoque Fratrum Preedi* 
catorum villae Sancti Gaudentii et sindicario nomine praesenti, stipulanti et recipienti 
prout de ejus instrumento sindicatus constai eie. Videlicet medietatem cujusdam 
vinese quam habere dixerunt in juridictione dictae villse loco dicto a Baccarrillas, 
illam parlem quae est prope vineam dicti conventus dans per medium de capite ad 
finem confrontans a parte superiori cum dictis vendiiricibus a parte meridionali cum 
vinea dicti conventus , a parte occasus cum Joanneto de Raymundo et a parte aqui- 
lonis cum quodam itinere publico et cum omnibus aliis suis confrontationibus 
verioribus; ad habendum, tenendum, utendum , fruendum et ad omnes voluntates 
ipsius eie. Et hoc prò preiio et pretii nomine sexdecim scutorum parvorum compu- 
tando etc. Quod quidem preiium dictorum sexdecim scutorum parvorum dictae 
venditrices ab eodem fratre habuisse recognoverunt de quibus se tenuerunt prò 
bene pagatis etc. 

Acta fuerunt hsec, anno, die, mense, loco et regnaniibus quibus supra in prse- 
sentia et testimonio Petri Artigua , Joannis Draduc hospitis , et Joannis Laporta dictae 
vilisB Sti Gaudentii habitatorum testium ad praemissse vocatorum et rogalorum et 
mei Sancii Caubera authoritate Domvwrum de capituh Tholosano notarti publici 
villw <Sti Gaudentii habitatoris qui de promissis praesens instrumentum retinni in 
fidem omnium et singulorum praemissorum. 

(Libre des obits des FF. Prescheurs de Saint-Gaudens). 



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— 307 — 

Collatio Ubrarum et protocolhrum Magistri Porianerii d'Avezae per Dominos 

de capitulo Thoìosce. 

Anno 1529 die 6 aprilis. 

Gapìtulum nobilium RegiaB urbis et subarbii Tolosae universis prsesentes litteras 
inspecturis salutem. — Nolum vobis facimus per praesentes quod nos attenta bona 
fama et laudabili testimonio de Magistro Guilheimo d'Avezae notario nostro publico 
Tolosae et habitatore de S<> Gaudentio eidem libros , notulas et protocolla nuper de- 
funcli Magistri Fortanerìi d'Avezae quondam notarii nostri Tolosse publici et habi- 
tatoris dicti loci S* Gaudentii nec non et aliorum notariorum de quibus per vos seu 
praedecessores vestros et dicium Fortanerium d'Avezae tempore quo vivebat collatio 
facta fuit, Dedimus et concessimus eidem Magistro Guilheimo d'Avezae tenore prse- 
sentium licentiam et authoritatem omnia et singula instrumenta per dictum Forta- 
nerium et alios notarios de quibus eidem collatio facta fuìt recepta de notis , cedis et 
protocoUis dictorum defunctorum notariorum et ceda non cancellata abstrahendi , 
grossandi et in formam publicam redigendi et signo suo signandi, si et dum per 
illos quos dieta instrumenta per pertinebunt fuerit requisitus; volontes etìam quod 
instrumenta dictos notarios recepta et per dictum Guilhelmum d'Avezae notarium 
grossata et in publicam formam redacta et signo suo signata tantum valeant et 
tantum babeant roboris firmitatem in judicio et extra , ac si per dictos quondam 
notarios grossata et in publicam formam redacta fuisse , jure tamen haeredum dic- 
torum defunctorum notariorum salvo. 

Datum Tolosae die 6<^ mensis aprilis anno D<^^ Mo D® XXo IXo. 

( Ex testamento Joanoti Caubera. — Libre des obits du couvent des FF. Prescheurs 
de Saint-Gaudens, f» 88.) 

PfiBUVB F. — Incifit cronica de incceptiane conventm Sti Gaudentii. 

Anno Domini millesimo ducentesimo nonagesimo secundo in capitulo provinciali 
firiviae celebrato in feste Assumptionis Beatae Marise fuit approbatus locus Fratrum 
Praedicatorum Saneti-Gaudentii , sequenti vero anno in capitulo provinciali Garcas- 
sonno , in feste Beatae Mdriae Magdalenae celebrato fuit positus conventus S^^-Gaudentii, 
autem fratres fuerunt ibi per dictum capitulum assìgnati : Prior frater Bernardus de 
Campo de Insula Domini Jordanis tunc lector in conventu. S^-iEmiliani , Lector 
frater Ademarius de S» Paulo de Oculo. ejusdem praedìcatorum vir sanctae vitae et 
magnaB orationis qui etiam in eodem conventu novem annis vixit post annum Jubilei, 
et fratres Bertrandus de Huos, Vitalis de Trano, Joannes Deodati, Bernardus de 
Sera, Vital de Anglada, Bonus homo de Aranno, Petrus de Lessio, et omnes isti 
erant Sacerdotes , Layci fratres fuerunt ibi Vital de Abbacia et Petrus Joannis, 



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— 308 — 

fuerunt ibi Novissii recepii usque ad seqaens festum Purìficationis Beatae Mariae 
fratres Jacobus de Monte layco , Vital de Trexinbano , Pranciscus de Peyreguerio , 
Aroaidus de Transvinea, Bernardus de Casalibus, Bernardus de Monteclario et 
Àrnaldus Bipparìae; Fratres aulem ante approbationem loci fuerunt in So-Gaudentio 
jn loco diete barrìo Vigordano per biennium antequam conventus poneretur et 
quantum a Dominica Passione usqùe ad Diem consecrationis semiterii infra scriptam. 

Anno aulem Domini Mo-C<>Co-XCo-IIIo- in feste Purìficationis Beatse Virginis frater 
Reverendus Amelius de Palherìis lune prior fratrum prsedicatorum Riuentium ad- 
duxit Priorem et conventum apud Sanclum-Gaudexitium associantibus eum fratribus 
conventus Rìuensis Ponzio de Abbe, Guìlhelmò Ali de Belomonte, Bernardo de Bosco, 
Bertrando de Abbe ^ Bernardo Guilhelmo de Rustralo y Bernardo de Rìpparia , Bej'- 
nardo Qaverii , Bernardo Barthae , Guìlhermo Ilheni, Arnaldo de Monte-acuto , Attone 
de Turrede Almaresìo Conudoso; Tunc in crastino; Purìficationis fuit emptus locus 
de la Planqueta ubi nunc est conventus, quidem locus erat prius despectus et 
magnae diffamationis et nunc cooperante Domino factus est locus magnse sedifica- 
tionis , emerunt igitur supra dìcti fratres a Raymundo de Sancta fide XVI bra- 
chiatas isti loci et a quadam muliere qua vocabaiur Flos Vili bracbiatds versus 
caput ecclesise, alia autem loca S. Bedi de S*' Ylario et afius locus qnev^ tenebat 
uxor Bi de Pardelhano et locus Geraldi de Bellomonte qui confroptat cum loco Boni- 
hominis de Cassanha empta erant sed nondum publicata nec soluta nisi solum in 
universis CL sol. Thol. 

Prsedicta vero die Purìficationis Dominus Bertrandus de Ho de Villa Vallis- 
Caprarise, canonicus S^^-Bertrandi et archidiaconus S*<-Gaudentii, celebravit missam 
in loco supradicto S. in barrio Vigordano et procuravit conventum , in crastino 
autem procuravit Dominus Archidiaconus Riuensis de Aspello, tertia^ero die Domi- 
nus de Villafrancha sacerdos et Rector de Faucoenda et Dominus Joannes de Tremo- 
leto Rector de Marignaco. 

Anno autem Domini Mo.CoCo.XGo.IIIIo. sede Convenarum vacante anno nono; 
Domino Arnaldo Mascaronis canonico Ecclesiae Sti Slephani de Tholosa electo , die 
lunae ante festum Beatae Potentianse Virginis S.XVJ<> calendse junii y venerabilis vir 
Dominus Bernardus Àrnaldus de Caudaraza, Episcopus Tarviensis, consecravit seme- 
therium in loco de la Pls^nqueta et praedictus Prior celebravit missam de Beato Domi- 
nico et est totum locum consecratum circa oram valli seu fossati majoris versus 
villam sicut vadit , patuse Ecclesiae et tota carrerìa versu3 occidentem usque ad 
vigneam quae fuit Boni-hominis de Cassanha , Item Ecclesia et Ciaustrum et Sacristia 
et Capitulura et totum cantum tenebat , refectorium antiquum cum dispensatorìo et 
continuo usque ad refectorium novum de retro dictum antiquum refectorium versus 
occidentem usque ad duas cannas , erat enim refectorium antiquum situm versus 
partem claustri occidentalem et protendebatur ab achilone in merìdiem et dictum 
dispensatorium erat continuum refectorio in parte achilonali ad latus dispensatori 
erat domus ubi fratres hospites commedebant, Item consecratus est locus retro caput 



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— 309 — 

ecclesiae et retro sacristiae ^t retro capitulum totum prseter novem cannas versus 
sanciam et versus locum Guìlhelmi de Casalibus qui fuit ommissus prò necessaria 
aedificiis faciendis. 

Prima autem missa quam celebravit frater Vitalis de Anglada fuit celebrata in loco 
novo de la Planqueta ubi nunc est conventus anno Domini H<>.CoGo.XGo.IIIo quarto 
nonas martii scilicet feria III» post carniprivium et fuit missa de Beata Virgine. 

Pratres autem fuerunt in loco veteri S. in barrio Vigordano per quatuor annos et 
quantum est a Dominica in passione usque ad festum Vedasti et Amandi Episcopo- 
rum , et mutaveront se ad locum novum anno Domini Mo.C<>.Go.XCo.IIIIo, in festo 
autem dicto S. Sancii Vedasti et Amandi et fuit eadem die LX et ita fuerunt fratres 
in loco veteri quasi per quinque annos. 

( Libre des obits du couvent des FP. Prescheurs de Saint-Gaudens, f® 30 ). 

S. L. D. 



J.-P.-M. MOREL, 

Correspondant de la Société archéologique du midi de la France 
et de plusieurs autres Sociétés savantes. 




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ÉLOGE 



DB 



M. LE DOGTEUR BESSIÈRES. 



Messieurs , 

Vous m'avez chargé de vous préseDter une notice biographique sur 
votre confrère le docleur Bessières. Je suis arrivé trop tard dans votre 
Soeìété pour avoir l'avantage d'y élre son collègue ; mais j'ai été Tami de 
M. Bessières; je l'ai reocoolré souveot dans rexercice d'une profession 
qui nous était commune : a ce doublé litre , il m'est doux de venir vous 
dire quelques mots de cet homme de bien , de cel ami de l'humanité > 
qui fui aussi ami des lettres et des arts , à la fois observateur de l'bomme 
et observateur des monuments , qu'il laìsse en passant sur la terre comme 
témoins de sa vìe morale, de ses travaux , de son genie. 

M. Bessières naquit à Toulouse, en 1796. Après y avoir fail ses ètudes 
classiques avec succès et avoir été inilié aux premières notions de la me- 
decine par quelques-uns des praticiens les plus recommandables de sa 
ville natale, il fut envoyé à Paris, en 1817. 

Tout en y suivant avec une grande assiduite les cours de1a Faculté de 
médecine, il frequentai! les le^ons de la Sorbonne, visitait souvent les 
musées; une de ses distraclions préférées était dussi d'aller enlendre les 
chefs-d'oBuvre de la musique contemporaine. 

Par cetle culture a la fois scientiQque et lilléraire , il se preservai t de 
la raideur que donne quelquefois Télude exclusive de la science; il per- 
fectionnait cette urbanìté naturelle qui devait lui attirer toujours et par- 
tout tant de sympathie. 

Regu docteur en 1821 ^ il arriva à Toulouse en 1822 , et il ne tarda 



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— 844 — 

pas à s'y faire la positioD honorable qa'il méritait : il fut Dommé succes- 
sìvement professeur a l'Ecole de médecine, médecin en chef de THótel- 
Dieu , membre de la Société de médecine , dont il devint plus tard prési- 
dent ; il montra partout le méme zèle ^ la méme intelligeDce , la méme 
donceur de caraclère et de manìères. 

Gette bienveillaDce^ qui faisait partie de son tempérament moral, lui 
était si naturelle qu'elle avait servi à le caractériser, et qu'il s'était par là 
fait une place à part. Nommer M. Bessières, c'ètait Dommer pour le 
peuple l'homme accessible , coDdescendant ; pour les gens élevés , c'était 
rhomme aimable sans obséquiosité , doux sans faiblesse; pour tous, 
c'était rhomme de coeur , de bon conseil , de dévouement. 

Sans élre arrivé a ce succès dp premier ordre qui produil ce qu'on 
appelle la vogue, M. Bessières s'était fait uue belle clientèle, qu'il soignait 
ayec une attenUon scrupuleuse et une irréprochable régularitè. 

Estimé de tous ses conci toyens, entouré d'affeclion, goùtant les joies 
les plus pures de la vie de famille y il était heureux ; mais il yit bientdt 
s'éyanouir un bonheur trop grand pour ne pas étre entouré de périls ; il 
regut le coup le plus cruel qui pùt l'atteindre : sa Alle unique lui futen- 
levée par une maladie de consomption ; son coeur était brisé. Pendant 
quelques annks, il vécut comme étranger à ce monde, alimentant sa 
blessure avec une amère voluplé. 

La médecine, les lettres, les arts paryinrent peu à pen à diminuer 
l'irritation de sa douleur ; l'enseignement surtout contribuait à le calmer 
età le distraire; mais une nouvelle épreuve Tattendait encore : par une 
mesure inattendue qui atteignil en méme temps plusietirs de ses collègues 
de l'Ecole de médecine^ il fut mis à une retraite prématurée. Longtemps 
il conserva le ressentiment. de cetle deslitulion aussi imprévue qu'immé- 
ritée; mais, j'oserai le dire, il lui arriva, quelques années après, une joie 
qui fut pour lui presque une compensation. Je rencontrai un jour mon 
confrère le docteur Bessières sur la place du Capitole avec une physio- 
noraiè plus souriante que d'habitude et avec l'expression d'un bonheur 
qui se contenait à peine. Etant enlré en conversation avec mei, il ne 
tarda pas a m'annoncer qu'il venaìt d'étre nommé membro de la Société 
archéologique du midi de la Franco , ajoutant que cet appel tout spontané 
de votre part lui avait cause une des plus douces émotions de sa vie. 

44 



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— 31S — 

Il avait dù sans doote cette faveur à une conspiration d'amitié au seìn 
de la Société ; mais il s'étail recommandé par quelques travaax dignes 
d'eslime. Àyant consacré quelqaes mois à faire un voyage en Italie et dans 
le midi de la France, il avait écrlt jour par jour, ville par ville, le journal 
de ce voyage : il y avait depose ses impressions courantes sur les monu- 
ments, sur les musées, sur les bommes, sur la nature; il y décrivait 
avec une verve elegante et facile les objels qu'il contemplait. Ce livre, 
qui parut en feuilletons dans un journal de Toulouse , sous un pseudo* 
nyme y révélait un goùt cultivé pour les arts , beaucoup de lecture et 
l'amour des études de l'antiquilé. Ce petit ouvrage fut remarqué dès son 
début par la Société archéologique ; et si votre confrère s'est félicité de 
l'avoir écrit , c'est quand il a vu que vous lui en aviez tenu un grand 
compie, et que vous aviez trouvé dans son oeuvre la promesse de quelques 
nouveaux travaux et de nouvelles études qu'il ne put malbeureusement 
achever. 

Je ne sache pas , en effet , que M. Bessières ait beaucoup écrit depuis 
cette epoque. Les sollicitudes constantes de sa profession et une grande 
modestie Tempéobaient de livrer ses pensées au public. 

Depuis son entrée dans votre Société , M. Bessières a vécu trop peu 
d'années pour 'qu'il ait pu composer beaucoup de travaux sur les objets 
habituels de vos études ; mais dans le peu de temps qu'il est reste votre 
confrère, il a montré une assiduite et une attention des plus grandes à 
vos séances , écoutant toujours avec cet intérél avide et quelquefois ému 
de colui qui , en écoutant, découvre en méme temps qu'il se souvient. 
Nul ne se laissait plus volontiers emporter a travers les sìècies écoulés ; 
nul n'était plus docile à vous y suivre avec bonbeur quand les sujets de 
vos Communications ou de vos discussions , lui étant peu familiers , ne 
lui permettaient pas d'en parler , méme avec cette retenue, ce tact, com- 
pose de finesse et de modestie, qu'il apportali en toutes cboses. 

Toutefois, en 1865, il vous communiqua le récit d'un voyage qu'il 
avait fait à Barcelone. Dans cet opuscule, il presenta des observations et 
des réflexions ìntéressantes sur les principaux monuments de toutes les 
villes espagnoles dans lesquelles il s'arréta. 

Ce mémoire , bien plus ricbe que le premier en apergus arcbéologi- 
ques , témojgnait de tout ce que votre confrère avait appris et de tout ce 



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— 343 — 

qu'oD apprend aa milieu de vous pour parvenir à recomposer habilement 
le passe au moyen des indices découverts daos TexploralioD du présent. 

Ainsi , après un exercice des plus aclifs de sa profession , qui n'avait 
jamais exclu la culture des lettres et des arts , au milieu d'une alternative 
de joies et de souffrauces, de succès et de déceptions, M. Bessières était 
arrivé à la paix, qui n'est pas le bonheur, mais qui est le repos; il goùtait 
celle sagessemèlancolique, qui se compose du souvenir calme des orages 
passés et du pressentiment d'un monde meilleur. 

Diminuant peu à peu ses occupations extérieures , il se réservait pour 
la lecture, pour les causeries intimes, pour vos séances et celles de la 
Sociélé de médecine, lorsqu'un événement terrible et inaltendu vint arréler 
le cours paisible de celle vie sereine et apaisée. Un soir , un ìncendie for- 
midable / ravageant en quelques heures un des plus vastes et des plus 
beaux magasins de Toulouse, se déclara tout près de sa demeure; il en 
descendit précipitamment. Déjà les reflets sinislres des flammes toujours 
grandissantes èclairent les murs de la maison qu'il habilait; il se mèle 
au concours tumullueux des citoyens et des soldats^ accourus pour con- 
templer ou éleindre l'incendie ; il se mei a la chatne et y travaille più- 
sieurs heures ; mais l'émolion avail été trop forte pour ses forces et pour 
son àge : un saisissemenl profond, une crìse intérieure avail ébranlé sa 
vie ; il tomba pour ne plus se relever. On le porla dans son apparlement 
où il expira aussilòt dans les bras de sa femme , atterrée d'épouvante et 
de douleur. Sa mort fui un deuil public , et un concert unanime de regrets 
retentil sur la tombe de M. Bessières. Tous répélèrent qu'il était passe 
en faisant le bien , qu'il avait été bon pour tous et dévoué surtout aux 
malheureux^ aux pauvres pour lesquels il avait un sourire de bienveil- 
lance qui semblait tout ex près pour eux. 

Voilà une figure aimable dans celle galerie des membres disparus de 
la Sociélé archéologìque , qui a été dans ces dernières aunées si cruelle- 
meni frappée. 

Au train rapide doni vont les cboses humaines, il se sera passe bien 
des événemenls dans trois ou qualre siècles. Si à celle epoque, quelque 
curieux du passe , feuilletanl nos poudreux volumes , échappés , il faut 
l'espérer, à bien des naufrages, s'arrétail sur la biographie d'un travailleur 
depuis longlemps oublié, et venali par hasard à lire ces quelques simples 



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— 344 — 

lignes où il est parie de lui , il n'y rencoDtrerait aacun de ces faits me- 
morables qui dooneDt ou rendeDt la gioire à un nono , mais il y recon- 
nattrait les traits véritables d'un homme de bien , d'un observateur con- 
sciencieux, d'un ami sincère de l'humanité ; et cette lecture ne serait-elle 
pas aussi une espèce de découverte? 

La vie d'un homme d'honneur et de bien ne vaut-elle pas une médaille, 
un débris de monument , un fragment de statue, un tableau? N'est-il pas 
beau , n'est-ce pas un spectacle bienfaìsant de revoir apr^s des sìècles ces 
existences modestes et utiles, qui se sont composées de luttes, de services 
rendus , d'inefFables joìes et d'amères soufFrances? G'est donc un heureux 
usage que la Société archéologique a adopté de conserver dans ses annales 
le récit sommaire de la vie de ceux qui en ont fait partie , et d|honorer 
ainsi leur mémoire par quelques pages de pieux souvenirs. Heureux 
serai-je si j'ai pu , d'une manière qui ne soit pas trop imparfaite , vous 
esquisser la figure de l'un de vos confrères qui ont mérité le plus votre 
estime et vos regrets , et vous dépeindre M. Bessières tei que vous l'avez 
connu et tei que vous l'avez aimé. 

D' JANOT , 

Membre résidant. 



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(1) 



GARIDECH. 

GARICODECHIUM-GARIDECHIUM. 



Isolée aa bord de la route de Toulouse a Albi, Téglise de Garidech 
arréte foccément les yeax et l'atlenUon da voyageur par sod aspect ori- 
gÌDal et sevère. Sa fagade offre, à défaut d'ornemeots, une masse un peu 
lourde, mais imposante, et qui faisait méme ud pittoresqoe effet, avant 
qu'uDe cognée municipale mal iaspirée n'eùt abatta les deax magaifiqaes 
ormeaax qui délachaleat leur vert feuillage sar le fond grisàtre da mona- 
ment. Une muraille d'ane cinqaaDtaioe de mètres de haut eavìroD, ioter- 
rompae sealement par quelques simples frises et percée de cioq baies 
pour les cloches, se termine à sa partie supérieare par un pinacle sur- 
monté de la croix de Saint- Jean. A gauche de cette fagade, dont la sim- 
plicité méme n'est pas dépourvue de grandeur, un clocheton hexagonal 
renferme Tescalier a lima^on qui conduit au haut de Tédiflce. Une parti- 
cularité qui m'a frappé dans Tétude de cette portion du monument, est 
la forme des baies où sont placées les cloches; à première vue^on les croi- 
rait à plein cinlre, et ce n'est qu'un examen plus approfondi qui m'apermis 
d'y conslater une faible intention d'are ogival ; on dirait que nous som- 
mesici.en plein àge de transition entro le roman et le gothique; or, 

(4) J*avais déjà avance mes recherches sur Thistorique de Garidech, lorsque le hasard m*a 
fait découyrir que j'avais étó devancé sur ce terrain par H. Caze , dans un mémoire lu par 
lui , il y a quelques années , à rAcadémie des sciences , sous ce titre : Une commune rurah 
•f %m9 oommofuitfrie... J'allais ioterrompre mes recherches, malgró l'intérét que j*y trouvais; 
cependant j*ai pensé qu*ua travail très-bien fait d'aiUeurs, mais ne considérant la question 
que sous un poìnt de vue tout special, ne devrait pas m*emp6cher de poursuivre une 
étude plus generale et de compléter celle de notre regretté confrère par la publication de 
documenta encore inèdita. 



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— 316 — 

comme noas leverroDS dans le cours de calte étode, l'église deGarìdech 
date de la première moitié du seizième siede, et son clocher ne fot bàti 
qu'en 1557, c'est-à-dire eo pleine Renaissance. Cette anomalie de con- 
straclion est à remarquer, et proaverait que nos architectes du Midi 
étaìent très-indépendanls dans lears oeuvres et obéissaient assez peu ani 
préceples de l'art contemporain. 

Ne descendons pas da clocber sans jeter un coup d'oeil sur le carillon. 
La Revolution n'a laissé que deux cloches, des cinq qui devaient exister 
dans le prìncipe. La plus pelile mème appartenait, parait-il, à Tannexe 
de Saint- Vi vian ; elle porte cette inscriplion, en caractères majuscules 
ordinaires : 

AVE M ARIS STELLA. 1596. 

Sur Tautre est grave le distique : 

HIC LABOR EST SEMPER DIVES, CERTISSIMA MESSIS 
EXPELLIT CHRISTUS NUBILA VOCE SUA. 1654. 

On penetro dans Tintérieur de Téglise par un portali , place sur le coté 
droit et doni lès trois arcbivoltes ogivales et en briques sont ornées de 
simples moulures toriques. La nef , largo et surmontée d'une voùte à 
ogive surbaissée^ se compose de trois travées, ornées de nervures diago- 
nales. Les arcs-doubleaux et les arétiers viennent reposer sur des pilìers 
a demi-colonnes, réunis en faisceaux avec stylobate commun ; leur profil 
est simple et sans moulures. L'abside est heptagonale ; les arcs arétiers 
de sa voùte en éventail sont supportés par des coìonnes cylindrìques 
élancées. Getto partie de l'édiflce est éclairée par sept baies ogivales à 
meneaux en pierre scuiptée, faites ou réparées avec beaucoup de goùt par 
les soins de M. Roig^ cmè actuel de Garìdech, a Texception d'une seule, 
qui a servi de modèle aux autres. C'estencore à son intelligente direction 
qu'on doit les peintures qui décorent les murs du sanctuaire, et notam- 
ment les sept grands tableaux à fresque, représentant les principaux 
épisodes de la vie de saint Jean-Baptiste, patron de la paroisse. Les trois 
chapelles, quis'ouvrent sur la nef, sont surmontées de voùtes, ornées de 
nervures qui reposent sur des consoles sculptées. 



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- 347 - 

L'extérieiir de l'église est gami de massifs contre-forts à ressauts. Tout 
aatour de renceiDle se voient les restes d'une litre. Cetle ceintore funé- 
raire, à laqoelle les commandenrs avaieot droit, comme patrons de 
réglise, est d'une très-grande simplicité , puisqu'elle ne consiste qu*en 
une bande de mortìer de cbaux, large de 30 cenlimètres envìron; nulle 
trace d'écussons de FOrdre; ils devaient sans doute étre mobiles et ne 
s'adapter sur la litre que lors des obsèques des commandeurs. A quel- 
ques mètres au-dessus, se voient les restes d'une autre bande qui ne 
diffère de la précédente qu'en ce qu'elle est falle au mortier de terre ^ et 
qui a été par suite presque complélement détruite en peu de temps. 

A Fétude de l'église se ratlache encore celle d'une magniQque croix 
processionnelle en argent ciselé, qu'on peut admirer dans son trésor. On 
saitque l'art de l'orfévrerie fut toujours très*florissant à Toulouse ; voiciun 
specimen qui peut étre présente comme lui faisant honneur. Avant une 
malheureuse restauralion , qui date d'une quarantaine d'années et qui 
prolongea la branche inférieure» c'était une croix grecque , comme celle 
de Malte. Ses quatre branches , décorées d'ornements délicats^ se termi- 
nent par des médaillons contenant des sujets divers : ainsi , sur la face, 
où est représenté le'Cbrist, nous trouvons, à l'extrémité des bras, deux 
saints en adoration, probablement la Vierge et l'apdtre saint Jean ; au- 
dessus, un pélican^ dans sa pitie, symbole de rbospitalilé de TOrdre » et 
au-dessous, le Sauveur sortant de ce tombeau, dont la défense avait été 
un des principaux buts de l'instituliou des chevaliers; sur l'autre face, 
autour de la statue de saint Jean-Baptiste, tenant à la main le livre des 
règles de l'Ordre, sur lequel est conche un chien, image de la fldélité que 
tous devaient avoir pour les observer, nous voyons flgurés les symboles 
des quatre évangélistes. Tous ces sujets sont traités avec beaucoup d'art 
et une grande perfection de dessin ; quelques parlies en sont dorées. 
Cette (Buvre d'art fut achetée dans les premières années du dix-huitième 
siede par le commandeur et la communauté de Garidech, au prix de 
800 francs. 

Après l'elude de l'église i celle du reste de la commanderie sera bientdt 
faite ; car elle se résumé dans la constalation de ce qui a disparu , plutòt 
que dans la description de ce qui subsisle encore. A une porlée de mous- 
quel de l'église se trouvait^ disent les anciens actes, le fori de Garidech, 



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— 348 — 

renfermant dans son enceinte la demeure des commaodears, demeare 
bìen pea fastueose, doDt dous aaroDS roccasìoD de donner la descripUon 
dans lecourantdeceUe étude. Aujourd'hui^ il ne reste plus decette place, 
qoi ne parati jamais avoir èté d'une grande imporlance, qu'one partie 
des anciens fossés, convertis actaellement en abreavoir, et qo'ane masare 
qui porte encore le nom de Fortj mais qui n'a de commun avec lui que 
son emplacement et peut-élre les matériaux dont elle a été construite. Ce 
n'est encore presque que par la tradition qu'on connati la place où s'éle- 
vait la petite église de Saint- Vidian, annexe de Garidecb, et qui a servi 
au eulte jusqu'à la Revolution. 

Mais si celle commanderie nous a légué peu de monumenls à étudier, 
en revanche ses archives (déposées à la Préfeclure) soni excessivement 
ricbes et nous pouvons y faire une ampie moisson. Peut-étre ne sera-l-il 
pas sans inlérél de reconstiluer son passe, de suivre pendant le moyen 
&ge les luttes que ses précepteurs ont eu constamment à soutenir, tanldt 
con tre rautorité royale, tanldt contro les seigneurs du voisinage, mais le 
plus souvent contro leurs vassaux de Garidech ; car la suite de celle 
elude nous permettra de constater combien Tespril de certaines de nos 
populalions du Midi élait attaché à leur indépendance et à leurs droits : 
ainsi nous verrons plus d'une fois les consuls de celle petite commune 
resister aax volonlés des commandeurs^ les citer devant les Iribunaux 
et les forcer quelquefois a transiger avec eux et à se démellre de préten- 
lions exagérées. 

HISTORIQUE DE LA COMMAMDERIE. 

L'hisloire et les archives soni mueltes sur Tépoque de Fétablissemenl 
des Hospilaliers a Garidech. Cependanl loul porle à croire que celle 
donalion leur fui fatte immédìatement après la fondalion de Thòpital et 
du prieuré de Saint-Gilles (1113), auquel ce flef fui d'abord réuni (1). Il 
faìsait parUe du bailliage de Buzel , domaine parliculier des comles de 
Toulouse, et, par suite, fui inféodé aux Hospilaliers par quelqu'nn de ces 
princes, en qui Tordre de Saint* Jean Irouva loujours des protecteurs 

(4) Expilly, DUt. d9 giog., liv. 3. 



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— 349 — 

déctarés, depois Raymond de Saio t-Gilles , qai avaìt vu les services 
rendas par lui en Palestine, jusqu'à Raymond VI, qui, partant pour 
Rome, légua à la maison de Toulouse une partie de ses revenus et son 
cheval, et regut, pendant le siége de sa capitale par Simon de Montfort, 
des mains du prieur de Thòpital, Thabit de frère de Saint-Jean. 

Yers 1120, Amélius, évéque de Toulouse, donna l'église de Sainl-Rémy 
à rOrdre, quiy fonda un établissement, erige, peu de temps après, en 
prieuré. Garidecb lui fut réuni , si l'on peut en juger par le consente- 
ment que donna en 1210, à une venie qui y fut fatte, frère Rernard de 
Capoulége , précepleur de l'bòpital de Jérusalem de Toulouse , comme 
seigneur de ce fief. 

Dans le principe, toutes les possessions de l'Ordre en Europe étaient 
affermées a des receveurs sèculiers ; mais, des abus s'étant introduits 
dans ce mode d'adminislration à cause de l'éloignement de Jérusalem ; et 
Fargent n'arrivant pas exaclement dans le trésor de FOrdre, le grand 
maitre, Hugues de Revel, modifla cet état de choses, vers le milieu du 
treizième siede. Il decida qu'à Favenir on commettrait à un cbèvalier^ de 
désintéressement et de capacitò connus, la ebarge de régir cbaque portion 
de biens de FOrdre ; a cotte fonctlon en était jointe ordinairement une 
autre : celle de Féducation de quelques cbevaliers novices^ résidant avec 
lui dans le centro de son commandement; c'est cotte dernière mission 
qui avait donne le nom de précepteurs aux cbefs de ces petites commu- 
naulés disséminées de toutes parts, désignation qu'ils écbangèrent dans la 
suite contro celle de commandeurs. 

Le premier Hospitalier que nous trouvons à la téte de cotte comman- 
derle est frère Raymond Pailheris, que nous voyons figurer, dans un acte 
de 1260, avec le titre de précepteur de la maison de l'bòpital de 
Garidecb. 

Son successeur futfrère Rernard deCaminières.Les possessionsde Saint- 
Jean s'accrurent considèrablement sous son administration , soit par la 
liberante des ISdèles, soit par des acbats. Ainsi nous trouvons en 1264 
la donation d'une maison et d'aulres propriétés, situées à Garidecb, faite, 
par Pierre de Pereilba et son fils Olivier, à Dieu, à la bienheureme 
Vierge Marie, àia sainte maison de tkópitalde Garidech, au frère Ber- 
nard de CaminièreSy précepleur, et aux autres frères de celle maison. 

4S 



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— 320 — 
Plasieursactes d'acbats, faits par le mémc préceptear, proavent quii 
coDlribua beaacoup, pour sa part^ a raccroissement des possessions dont 
la gérance lai avait été confiée. 

Bientòl memo la maison de Garrdech fut assez florissaotepour inspirer 
de la jalousie aux seigneurs do voisinage. Geox qui vireDt avec le plus 
dMmpatìeDce la puissance rivale qui s'élevait auprès d'eux, furent Boa 
Mauclp de Maurand el soq flls Bertrand. Ils étaient les représentaots 
d'une de ces anciennes maisons dont le nom brille si souvent, dans les 
prenìières annales capitulaires, àcòlè deceuxdesYilleneuve etdesRoaix. 
Je ne saìs s'ils étaient parents de ce famcux hérétique albigeois, Pierre 
Maurand, dont parie Calel dans son Histoire des comtes de Tolosa, el 
qui fut condamné, malgré rabjuralioo de seserreurs, àse rendre à Saint- 
Sernin pieds nus, à y ótre fouetlé depuis la porle jusqu'à Tautel, el, après 
avoir vu ses biens confisqués et avoir sub! maints aulres chàtiments 
corporels, à quitter Toulouse, pour aller pendant trois ans servir lespau- 
vres en la ville de Jérusalem. Peut-étre le souvenir de ces durs traile- 
ments, infligés par l'Eglìse à Tun des leurs, joint à la jalousie que leur 
inspirali la puissance croissante de la commanderie, les porta-t-il à se 
mettre à la lète des adversaires du précepleur. Toujours est-il que 
celle animosilé finii par dégénérer en voies de fall qui nécessitèrenl le 
recours à Tarbitrage de frère Raymond d'Aure, précepleur de Rayneville, 
lieulenant du grand prieur de Saint-Gilles. La sentence, qui contieni le 
récilque font successi vemenl les deux adversaires de celle lutto, est des 
plus intéressantes, comme peinture des moBurs de celle epoque el indica* 
lion des armures dont on se servali alors : c'esl unenarralion de combat à 
la fagon de celle d'Homère, avec la poesie en moins, où chaque combat- 
tant enumero avec complaisance les blessures qu'il a regues, les injures 
et les menaces dont l'accablait le parli oppose. Je me contenterai d'en 
donner une courte analyse, la longueur de ce document, aussi bien que 
les déchirures el les taches produites par le lemps en maints endroils du 
parchemin, s'opposanl à ce que je le publie dans son enlier. 

Ecoulons d'abord le précepleur B. de Gaminières. Il venait, raconle- 
t-il, de faire enfermer les gerbes de la moisson dans sa maison de Gari- 
dech , lorsque Bertrand de Maurand y fall irruption , à la téle d'une 
troupe de complices et de vassaux dont voici les noms : Terrassone^ 



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— 324 — 

Raymond Beranger , damoisean ; Pierre de Grazac y Arnaud de Valsègur , 
Yitalis Raymond y avec une foule d'aatres , armés jusqu'aux dents ; ils 
enlèvent leurs gerbes en litìge, en insultant le commandeur, qui de- 
mande pour punilion de ce premier méfait que les Maurand remettent à 
sa jaridiction leurs possessions ao lieu dit le Pay-Saint-Pierre. Bernard 
de Caminières rassemble à la hàte , pour se mettre a la poursuite des 
ravisseurs, les cbevaliers et les frères servants , composant la maison de 
l'hòpital de Garidech ; ce sont les frères Raymond , chapelain ; Raymond 
Fabri, R. de Rayssac, Pierre de Porquières, Vidal de Caminières, frère 
du précepteur ; Arnaud de Forlon , R. de Sus , Adam Anguiet , Raymond 
de Lacaune. Dans celle rencontre y Bertrand de Maurand s'est jelè sur le 
précepteur, le mena^ant de sa lance, et a brisé le frein de son palefroi. 
Le chapelain Raymond, qui, malgrè son caraclère sacre, n'èlait pas , 
paralt-il , au dernier rang des combaltants , a èté frappé d'un coup d'ar- 
balèle, et puis ren verse sans connaissance par une flèche lancée par Ter- 
rassone; il a encore regu des coups de massue. Bertrand de Maurand ne 
cessait de crier, pendant ce temps : a Qu'il meure! qu'il meuret » Le 
précepteur reclame pour le chapelain une satisfaction de 50 livres tolo- 
sanes. Le frère Raymond Fabri a été frappé à la téle d'un coup d'épée 
si violenta qu il Taurait tue y s'il n'avait été protégé par son chapeau de 
feulre. Le précepteur continue ainsi , faisant voir tous les siens sortant 
de la mélée plus ou moins éclopés , et reclame* pour chacun d'eux une 
satisfaction pécuniaire , proporlionnée a la blessure regue , mais surtout 
à la qualité du bléssé. 

Yoici ensuite le récit qoe Bertrand de Maurand oppose à celui du pré- 
cepteur. li accuse ce dernier d'avoir enlevé , malgré les protestations de 
son bailli y les gerbes d'un cbamp appartenant a son pére. D'après lui , 
Bernard de Caminières l'a allaqué, lui et les siens, a la téle d'une troupe 
armée de lances, d'arbalètes^ de bàtons, de poignards, de glaives, 
d'épées (1) et de beaucoup d'autres armes , a mis en fuile ses partisans et 
les a poursuivis en les frappante les mallraitant, leur criant des insultes 
et des menaces^ et en blessant plusieurs. Pour ce premier grief , il se croit 



(4/ Cum caparellis, spatis^ segobianis. Ce dernier mot signifie littéralement épée fabriquée 
à Segovia , ville qui avait précède Toledo daas la réputation des armes qa'on y fabriquait. 



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— 322 — 
en droit de réclamer salisfaction de 200 marcs d'argent. Il se plaiat 
encore que Bernard de Paìlherìs, l'aDcieD précepteur, aurait dépouillé 
sa famille de la possession d'une maison ^ silaée à Garidech ; que , lors- 
qu'ìl en avait demandé la restilution au précepteur actuel , celui-ci ne 
répondlt à ces justes réclamalions qu'en fondant sur lui etles siens, a la 
téle de sa troupe. Après avoir mis en fuite leurs adversaires, les Hospi- 
taliers les ont poursuivis a coups de bàtons , de flèches y de pierres et de 
carreaux d'arbalètes. F^e frère chapelain, Raymond, se tignala entre 
tous : il precipita dans le Girou Raymond Yitalis , qu'il poursuivait , et 
se rendit coupable de beaucoup d'aulres violences du méme genre. Le 
précepteur s'esl jelé sur Bon-Mancip de Maurand lui-méme, en le mena- 
^anl de son pieu et en le désar^onnant. Bertrand de Maurand demande 
que chacun de ces méfaits soit expié aussi par une satisfaction péco- 
Diaire. 

La seutence arbitrale fut rendue , le 14 aoùt J265, par frère Pierre du 
Fort, précepteur de SaintSulpice en Gascogne, qui avait remplacé 
Raymond d'Aure dans l'enquéte que ce dernier n'avait pu continuer. 
Quoiqu'il dùt étre naturellement porte à la partialité pour un précepteur 
de son Ordre, le jugement de Tarbitre paraìt diete par la plus stricte jus- 
tice. Bernard de Caminières et les siens conserveront les terres, qu'ils 
ont possédées de benne foi, en payanl aux Maurand 460 sois; la maison 
reviendra à ces derniers , moyennanl la redevance annuelle de 4 deniers 
tolosans. Quanl aux injures et aux voies de fait , Tarbiire, trouvant sans 
doute que les torts devaient étre partagés , décide qu'elles seront remises 
et oubliées de pari et d'autre, et qu'elles ne se renouvelleront plus. 

Conformément à cet arrét , la paix se rélablit entre les deux adver- 
saires; car Bon-Mancip de Maurand vendit, en 1275, à Bernard de 
Caminières , quelques pièces de terre. 

Son successeur fut frère Raymond d'Aure , que nous venons de voir 
figurer comme arbitro dans l'enquéte précédente. Les archives laissées 
par lui contiennent un document fort inléressant, intitulé Procedure 
faide en rayson de la haulte justice entre le procureur du roy et le 
précepteur de Garidech. Dans cotte pièce, malheureusemenl incom- 
plète, analysée, du reste, avec beaucoup de soin par M. Caze, l'on voit 
que Gilles Caumel , procureur du roi , conteste, devant les commissaires , 



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— 323 — 

ao précepteor de Garidech , frère Raymond d'Aure, le droìt de halite et 
moyenne j astice y qui , sui vani lui , doit reveuir au roi. Il demande qu'à 
l'aveuir od remédie à cet abus. Pour appuyer ses prélentions , il produit 
plusieurs témoins, qui afflrmenl, l'un , que Garidech faisait parile du 
bailliage de Buzet; un second, que les baillis de cette chàtellenie pour- 
suivirent plusieurs de ses habitants pour les albergues dues au comte de 
Toulouse ; que notamment Tun d'eux arréta un paysan de Garidech pour 
un certain crime, le flt conduire à Buzet et enfermer dans les prisons du 
comte. — Raymond d'Aure prétend, au contraire , que de temps immé- 
morial les Hospitaliers ont joui du droit cotitesté , qu'il existe encore à 
Garidech la hache et les chatnes pour l'exercice de la baule juslice, et 
enfln qu'aux précepleurs revient la faculté d'instiluer les consuis de la 
communauté. Il cite, pour prouver son droit, un grand nombre d'exem- 
ples. Ainsi, vingt ans auparavant, une femme, nommée Rixende, fut 
condaronée par le tribunal des Hospitaliers à courir la ville un drap sur 
le cou, et à étre fustigée, pour avoir volé un drap de lin. Un bomme fut 
condamné par la méme cour à courir la ville et à étre marquè au front , 
pour avoir volé une poulo et une paire de souliers ; un autre , à étre fus- 
tigé et à perdre ses biens, pour avoir volé des fourrages et des oulils; il 
fut méme longtemps détenu pour ce crime dans les prisons des Hospi- 
taliers. Il n'y avait pas plus de trois ans que le précepleur avait condamné 
une femme, nommée Amalvina, à courir la ville , à étre conduite sur le 
fort et à y étre marquée au front avec un fer rouge, pour le voi d'une 
chemise, de trois draps et d'une mesurede lin. A l'appui du dire du pré- 
cepteur, plusieurs témoins viennent déposer des faits analogues. 

Malheureusement , la fin du parcbemin a été enlevée ; ce qui nous 
prive de connaitre la sentence des commissaires et la date de cet acte. 
Nous pouvons , du reste , y suppléer en parlie. D'après les documents 
postérieurs, tout me porle à croire que Tarrét des jugès fut enlièrement 
favorable aux prélentions du procureur du roi ; car les précepleurs de 
Garidech, dans les dénombrements de leurs possessions et de leurs droils, 
qu'ils élaient tenus de faire devant les commissaires délégués pour la 
visite de la commanderie, ne menlionnent jamais le droit de haute ou 
moyenne justice ; on ne leur reconnut pas davantage le pouvoir d'ins- 
tiluer les consuis, qui leur témoignèrent plus d'une fois , du reste, leur 



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— 324 ^ 

ìndépendaDce. Quanta la date, M. Caze croit poovoir la piacer entre 
1271 et 1285; mes recfaerches personnelles me permetteot de la flxer 
avec plus de précision. En effet, nous avons vu plus bautqu'eu 1275 la 
préceptorerìe de Garidech élait encore occupée par Bernard de Gami- 
nières; d'un autrecòté, nousllsoDs, dans dom Yaissète ( liv. XXYII, 
chap. 27) , le passage suivant : 

c( Philippe le Bardi envoya , en 1275 , Foulques de Laon , archidiacre 
» dePonthieu, dans Téglise d'Amiens, et Thomas de Paris, chanoine 
» de Rouen , dans le Toulousain , pour faire la recherche de ses droits; 
p il nomma Gilles Camelin ; chanoine de MeauK, pour exercer les fonc- 
» tions de procureur general dans colte commission. » 

Or , Gilles Camelin et Gilles Caumel , quo nous venons de voir figurer 
comme procureur du roi, n'étant évidemment qu'un seul et méme per- 
sonnage^ nous en pouvons conclure que la procedure en question se rap- 
porto certaìnement a l'enquéte dont nous venons de parler, et qui était 
terminée avanl 1277 , puisque nous voyons à celle epoque le roi envoyer 
de nouveaux commissaires pour compléter ToBuvrede leurs devancìers. 

Après Raymond d'Aure , nous voyons successivement , à la téte de la 
préceptorerìe, Pierre de Falmète (1294), Forlanier de Gordon (1320), 
Arnauld de Jor (1324), sous l'administralion desquels ne se passa rien 
qui mérite d'étre menlionné. La commanderie étant devenue vacante, le 
grand prieur de Saint-Gilles , sous la dépendance duquel elle était placée > 
la confla a frère Raymond de Saint-Just. Mais, pendant cotte période, 
un événement incroyable , sur lequel piane encore de nos jours un sombre 
myslère, était venu modifler compléteraent Timportance de Tordre de 
Saint-Jean : je veux parler de la suppression des Templiers. Leurs im- 
menses possessions furent adjùgées à leurs rivaux, les Rospi taliers , qui 
se trouvèrent par suite chargés seuls d'opposer une digue à Finvasion 
musulmane, mission dont ils se sont, du reste, si magnìfiquement 
acquitlés. Par suite de Taccroissement des possessions de TOrdre, on fut 
obligé de diviser davanlage le commandement , et ce fut alors que la 
maison de Toulouse fut érigée en grand prieuré (1315). Une des attri- 
butions du grand prieur était la nomination aux commanderies placées 
sous sa dépendance. Aussi, en 1347, Dieudonné de Gozon , alors grand 
maitre de l'Ordre, adressa une bulle à Esconle de Ryaterio, grand prieur 



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— 326 — é 

de ToaloQse, poar réanir Garidech au grand prieuré Douvellement forme, 
el lai remettre la nomination du préceptear; corame Raymond de Saint- 
Just était déjà pourvu de celle dìgnité» le grand maitre, par celle méme 
bulle , lai fail proposer d'échanger Garidech conlre un autre poste d'égale 
valeur. (Yoir aux pièces jusliflcatives.) Celle proposilion ne fut-elle pas 
du goùt de rinléressé, ou le grand prieur de Toulouse conQrma-t-il la 
nomination déjà falle? nous Fignorons; toujours esl-il que noas relrou- 
vons, en 1367, le précepteur de Sainl-Jusl , adjoignant quelques nou- 
Telles terres aux possessions de FOrdre a Garidech. 

Son successeur fui le frère Pierre de Salinier. Une bulle , accordée le 
18 seplembre 1374, par Robert de Juillac, grand mailre de l'Ordre, con- 
firme la nominalion de ce chevalier à ce poste qu'exigeail son mérile {suis 
exigenlibus meritis). En 1392 , il élablil à Garidech une forge-bannière 
où tous les habitants élaienl obligés d'aller faire aiguiser et accommoder 
leurs outils, a la charge de payer annuellement au forgeron , pour 
son travail, cinq pugnerées de blé par paire de boeufs, oblìgalion 
onéreuse , conlre laquelle nous verrons les habitants de Garidech opposer 
de fréquenles protestalions. 

Dans rhérilage des Templiers élait la maison qu'ils possédaient à Tou- 
louse , presque vis-à-vis de rélablissement rivai des Hospitaliers (1). Pour 
utiiiser ce bàUment , dans un bui conforme à rinslilulìon de TOrdre , 
Raymond de Lescure , grand prieur de Toulouse , demanda et oblint 
Térectioo de celle maison en un hòpital pour les pauvres , et en parliculier 
pour les infirmes allant en pèlerinage à Sainl-Jacques-de-Composlelle ou 
ailleurs. Par la méme bulle du 24 novembre 1408, le grand mailre Phi- 
libert de Naillac afFecte Garidech à renlretien du nouvel élablissement et 
en déclare le précepleur hospilalier du Tempie. (Yoir aux pièces juslifl- 
catives les exlrails de ce document. ) 

Celle bulle regni son immediate exéculion ; le précepleur de Garidech 
le fui aussi de rbdpilal du Tempie de Toulouse. Des lors celle comman- 
derie , jusqu'alorà une des moius riches et des plus peliles de TOrdre, 
acquil uue loul autre importance. 

Un des successeurs de Pierre de Salinier, frère Jean de Margatle, pour 

(i) Sur l'emplacemeiit occupé actuellement par le couvent des religicuses de la Visitation. 



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• — 326 — 

assurer le droìt de forge, qai commen(^it probablemeDt à pesef beaacoop 
aux habitauts, exigea que Ics codsuIs et Tuniversité de Garidecb le lai recon- 
DusseDt de nouveau (1432). Après lai, noas troavons investì de la dignité 
de précepteur , Pierre de Pagèse , issa d'une famille dont riUastration 
était déjà ancienne, et qui avait fourni à TOrdre plusieurs chevaliers (1437). 

La commanderie de Garidecb passa ensuite aux mains d'un relìgienx 
cbapelain , frère Jean du Puy , dont le noii\ avait , pour ainsi dire , pris 
droit de cité dans Tordre de Saint-Jean , presque depuis sa fondation. 
Vers ce temps-là, comme les revenus de la commanderie de Garidecb 
ètaient insufQsants pour l'entrelien de Thópital ^ on lui adjoignit diverses 
annexes : la commanderie de Cornebarrieu , près de Toulouse , et les 
domaines de Labartbe et de Flamarens^ près de Monlauban. De sorte 
que Jean du Puy et ses successeurs prirent toujours depuis le titre de 
précepteurs de Garidecb , de Cornebarrieu et du Tempie de Toulouse. 
Nous trouvons de ce commandeur une fonie d'actes d'acbats , qui prou- 
venl qu'il s'occupa aclivement à agrandir les possessions qui lui avaient 
èie conQées. 

Après noble frère Etienne Labola , qui ne fit que passer à la comman- 
derie de Garidecb , nous la voyoos occupée par Pons de Ràffln^ de 1475 . 
à 1490. Les Turcs, à cetle epoque, avaient commencé leurs armements 
formidables contro les Hospitaiiers ; en 1480 leur flotte se montra pour 
la première fois devant l'ile de Rbodes. Pierre d'Aubusson, alors grand 
maitre , avait fait un appel a tous ses cbevaliers , et ils étaient accourus en 
fonie se ranger sous ses ordres. C'est ce qui fut cause que Pons de RafSn 
ne parut jamais à sa commanderie y et que dans tous les acles nous le 
trouvons représenté lantót par frère Antoine du Puy, prétre de l'Ordre et 
recleur de l'èglise de Garidecb , et tantót par Pierre de Bourdalèse , pré- 
cepteur de Gapestang. 

La ebarge de cbapelain du Tempie de Toulouse étant devenue vacante 
par la mort de son tilulaire, nous en voyons la collation , faite en 1497, 
parno6/e et religieux homme frère Guillaume Saisler, précepteur de 
Garidecb , avec Tapprobation de Jean de Nolbac , précepteur de Ràyne- 
ville et lieutenant du grand prieur de Toulouse. 

Son successeur fut frère Marquiot ou Melcbior d'Aspremont. Des docu- 
ments très-nombreux et assez intéressants se rapportent à son adminis- 



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— 327 — 

tratioQ. Ea 1618, il fit faire, ea présence de deux prétres de l'Ordre et 
de Mathurine Bianca , veave de Malhieu de Àthas y et hospitalière dans 
la maison da Tempie , Tinventaire de tout ce qui composail cet hópital. 
Il ne sera peut-étre pas hors de propos d'en faire connattre le sommaìre 
et d'étudier par ce moyen les établissements de ce genre à cette epoque; 
on y verrà que tout y était réduit a sa plus slmple expression , et que peu 
d'objets y étaient deslinés au luxe ou à Tagrément. L'hòpital se composait 
d'un Seul corps de logìs » ou il ne se trouvait sans doute qu'une salle , 
avec une grande cheminée, quatre fenétres bien closes, une grande table, 
neuf llls, garnis chacun d'un matelas, d'un oreiller, de rideaux bien 
ajustés, d'une paìre de draps et de couverlures; on y Irouvail encore une 
lampe a bulle pour éclairer la nuit. Àuprès de ce principal corps de logis 
était un petit bàtimenl destine au logementde THospitalière , et un autre 
pour metlre le boisel le Unge sale. Plus loin était 1^ cimelière, destine à 
la sépulture des pauvres^ morts à Tbòpital. Enfln^ Tinventaire décrit 
l'église et son clocber avec deux cloches ; dans l'intérieur , son presbytère, 
séparé de la nef par une simple baluslrade de bois, ses trois autels, « 
dédiés , le premier à Notre-Dame, le deuxième a salute Barbe , et le 
troisième à salute Catherine ; puis vient la description très-détaillée des 
ornements et des objets sacrés qui s'y trouvaient. 

Il paraft du reste que le commandeur d'Aspremont s'occupait des 
devoirs de sa charge avec assez de négligence ; on l'accusait de ne pas 
entretenir convenablement Thópilal conflé a ses soins et de ne pas payer 
exactementsesredevances. Le bruit en étantarrivé jusqu'au grand prieur 
de Toulouse, frère Francois Flotte, qui, comme la plupart des chevaliers 
de Saint-Jean, se trouvait à Rhodes pour concourir a la défense de l'ile ^ 
celui-ci, par une bulle du 17 juillet 1518, délègue les frères Jacques de 
Manas ou d'Abessan et Jehan Salomon, commandeur de Montsaunès, 
pour aller inspecter la commanderie de Garidech et s'assurer de la vérité 
des accusations portées contre le chevalier d'Aspremont. En vertu de cette 
commission, le 3 juillet 1519, le commandeur Jehan Salomon se trans- 
porta dans l'église du Tempie de Toulouse, pour procéder à son enquéte; 
devant lui comparurent le frère d'Aspremont d'une part, et de l'autre 
frère Julien Sicard, trésorier de l'Ordre, comme procureur du révérend 
prieur de Toulouse. Ce dernier requiert le commissaire de s'informer si 

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- 388 — 

le commaDdeur faisoit san devoir audiet hospital , si ks pouvres de 
N.S. Jésus-Chrìst estoient hien traités de lictSj de linceulx, couvertes^, 
serviettes et autres choses à eulx nécessaires. Pour se conformer àcette 
requéle, le commissaire visite les pauvres et leur demande s'ils sont bieo 
servis; ils répondent tous affirmativemeDl. Puis, après noe visite con- 
sciencieuse, il ordonne dififérentes améliorations ; aiDsi il prescrit Tachat 
de neaf paires de draps ; il veut que tous les ans od fasse une provisioQ 
de bois et de charbon ponr la somme de 6 escus; qa'on remette 15 sols 
ès mains de Phospitalièrepour qu'elle en achepte des grazals, tran- 
cheurSy plats et escuelles pour le service des pouvres; il ordonne de 
plus que quand un pauvre sera fort malade et en danger de mort^ la 
lampe de l'hòpital reste allumée tonte la nuit. Qaantaux autres reclama* 
tions du procureur, le commissaire suspend son jugement jusqu'au 
moment où on lui aum expédié de Rbodes la copie de la bulle de fonda- 
tion de l'hòpital. 

Les Capitouls , parmi leurs multìples attributions , avaient eux. aussi 
celle de l'inspection et de la surveillance des bòpitaux de Toulouse. Je ne 
sais si la mauvaise adminìstration du frère d'Aspremont en fut cause^ 
toujours est-il qu'ils voulurent confier le soin de cet hdpital aux soBurs de 
Sainte-Claire de Saint-Gyprien (d'un monastèro qu'il ne faut pas con- 
fondre avec colui qui élait établi sous le méme nom dans le voisinage 
méme du Tempie). Les Capitouls portèrent cotte affaire devant le parie* 
ment, qui rendil un arrét par lequel le précepteur était tena à présenter 
dans un très*bref délai la bulle de fondation de l'hòpital, fante de quei il 
se verrait force de le céder aux prétentions de ses compétiteurs. Or, comme 
nous l'avons dit plus haut^ Tordre tout entier était dans un moment de 
crise suprème; toutes les forces musulmanes s'apprétaient à fondre sur 
l'ile de Rhodes ; les chevaliers s'étaient tous rendus aupràs du grand 
maitre pour prendre leur part.de périls et de gioire; les Communications 
étaient interrompues. Il était dès lors bien difficile de se conformer à 
l'arrét de la Gour. Heureusement que l'Ordre avait un protectear déclaré 
dans la personne du roi Francis I^. Aussi ce fut à lui , quo, dans leor 
embarras, s'adressèrent le grand prieur de Toolouse et le commandear 
de Garidech. Leur conflance ne fut pas trompée. Le roi leur accorda des 
lettres patentes, dans lesquelles, indigné de voir les Capitouls vouloir 



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— 829 — 

translater ung tas de religieuses , assizes et habitantes en ung ben 
couvent à Tholoze^ en la maison et hospitalitté du Tempie, et consi- 
déranl rimpossibilité où se troavaient les chevaliers de prodaire leurs 
tilres de possession, à cause de leur probable absence et occupation 
cantimieUe quHls ont en la ville de Rhodes pour la tuhition et défense 
de nostre fay catholique, cantre les Turcs infèdelles, qui notoirement 
se soni mis suspour guerroyer et opprimer les dicts religieux; il leur 
accorde un an de surséance et, jusqu'à celle epoque, casse, rèvoque et 
auDule tool ce qui a élé fait contre eux. 

Lesdroils ÌDContestables des chevaliers et peut-élre aussi lebon vouloir 
du roi aidaut, la seulence definitive fui sans doute complétement en leur 
faveur, et les soeurs de Sainte-Claìre durenl se desister de leufs préten- 
tions, doni il n'est plus queslion dans la suite, et se résigner à habiter 
leur couvenj de Saint-Cyprien, qu'elles se bornèrent àfaire agrandir pour 
l'adapterà leurs besoios. 

Le percepteur fit commencer en 1522 l'église actuelle de Garidech; il 
s'engagea, pour lui et pour ses successeurs, à payer annuellement pour 
celle conslruclion le tiers des fruits et grains de la dime. Louis Privai , 
maitre ma^on juré de la ville de Toulouse, fui l'enlrepreneur qui^ 
moyennant les condilions consenties par le commandeur et le syndic de 
l'église, s'engagea à la bàtir dans Tespace de Irente-cinq ans. 

Vers ce temps-là , Touloose fut souvent désolée par la famine et la 
peste y qui en élait alors la triste , mais presque inévilable conséquence. 
Aussi, malgré la charilé dont les Toulousains ont donne de si nombreuses 
preuves en ces affreuses calamités , ne voyaient-ils pas sans crainte celle 
masse d'hdpitaux qui, disséminés dans Ionie la ville (Galel en compie aa 
moìns vingl-huit) , devenaient , en temps d'epidemie , comme aulant de 
foyers d'où le terrible fléau étendait ses ravages sur les quarliers voisins. Pour 
satisfaire à ces justes appréhensions , un arrét, rendu le 25 février 1524 
par le parlement , iréunit la plupart de ces hdpitaui à celui de Saint- 
Jacques. Dès lors la maison du Tempie ne servii plus qu'à la residence 
du précepteur, quand il étail à Toulouse. Mais , pendant quelques temps 
encore, cet établissemenl ne fut pasofficiellement sopprime, ella majeure 
parile des reyenus de la Commanderie étail versée au trésor de THòtel- 



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— 330 — 

Dieu , pour le surcrott de charges que la suppressioo de l'hdpital da 
Tempie lui avait impose. 

Quelques années plus tard, la famine ayaut recommeocé à sévir avec 
plus d'intensité que jamais, et faisaut affluer dans Toulouse un nombre 
très-considérable d'ìndìgents, les ressources ordinaires ne suffisaient plus 
à leur enlrelien; les deniers publics élaienl épuisés. Dans cette détresse, 
plutdl que d'expulser le trop plein de la population nécessiteuse, la par- 
lement decida, le 5 février 1528^ que tous les corpsreligieux, à commen- 
cer par Tarchevéque, seraient tàxés pour conlribuer à Fentretainement et 
au nourrissement des pouvres, estant en grand et excessif nombre en 
la cité, à cause de la sterilite des fruicts et famine de cette année. Dans 
cet arrél, le commandeur du Tempie est taxé à quinze francs par mois, 
en outre des aumònes ordinaires. 

La conslruclion de l'église avait èté poussée vivement pendant tout ce 
temps. Au mois de janvier 1534, elle était assez avancée pour pouvoir 
étre consacrée ; elle le fut par reverendissime George de Selve ^ évéque 
de Lavaur, remplagant^ pour la circonstance, Odon de Ghàtillon , cardi- 
nal nommé a rarchevéché de Toulouse. L'ardeur qu'on avait mise à 
l'érection de cette église se ralentit peu à peu, etbien des années s'écou- 
lèrent avant son entier achèvement , comme nous le verrons dans la 
suite. 

A la mort de Marquiot d'Aspremont en 1536, Pierre de Grace , alors 
grand prieur de Toulouse , se hàta de disposer de la Gommanderie de 
Garidech en faveur de son neveu frère André de Guiramand, nomination 
qui ne fut conflrmée que douze ans après, en 1548. 

A cette epoque surviennent des démélés entre le commandeur et les 
habitants de Garidech. Ges derniers refusaient de payer la dime du pastel, 
culture qui faisait alors la richesse du pays toulousain et qui était en 
très-grand honneur dans tonte la contrée. Le commandeur, n'ayant pu 
venir à bout de ses vassaux récalcitrants, eut recoars au sénécbai 46 
Toulouse, Antoine de Rochechouart , qui condamna, en 1538, les babi- 
tants a payer à leur seigneur la dime contestée. Malgré cette sentence , 
cette affaire traina encoreen longueur, et ce ne fut qu'en 1565 que le sue- 
cesseur de Guiramand put en voir le terme. 

Francois P% par des lettres patentes données a Fontainebleau au mois 



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— 334 — 

de mai 1546, avaitattribué aui parlemeots, baillis et séDéchaux, toates les 
quesUoDS relatives aux hòpilaax, à leur police et a leurs réformes, ques- 
tioDS portées jasque-là devant le grand conseil. Les capitouls et lesyndic 
de l'Hòtel-Dieu profitèreot avec empressement de celte nouvelie dìsposi- 
tioD pour porter devant leparlement des plaintes , d'ailleurs assez justes, 
contre le commandeur ; ils raccusaiènt de ne verser au trésor de rhòpilal 
qu'ane portion illusoire des revenus de la Commanderie de Garìdecb/ 
dont la plus grande partie devait revenir à Tentrelien des pauvres,d'après 
la bolle de 1408. André de Gairamand pretendali , au conlraire, que la 
maison du Tempie n'avait été destinée qu'à servir de demeure au com- 
mandeur ou aux autres chevaliers. La hardiesse avec laquelle celte pré- 
tention était soutenue est bien faìte pour étonner, si Ton songe qu'il n'y 
avait pasplus de vingt-cinq ans que Fbòpital du Tempie subsistait encore. 
Le parlement rendit un arrétqui ordonnaìtau commandeur de présenter 
dans un déiai de quatre mois la bulle de fondation; et, en atlendant, 
prescrivait la saisie des revenus de Garidech. Pour se soustraire à cette 
sentence, André de Guiramand eut recours à Fintervention de Henri II , 
qui^ comme son pere, professali un grand atlacbement pour Tordre de 
Saint-Jean, el qui, en effet, accorda par des lettres patentes la main-. 
levée des revenus mis sous le séquestre. Quant à la première partie de 
Varrei du parlement , elle était d'une bien plus grande imporlance : la 
bulle de fondation condamnait formellemenl le commandeur, qui écrivit 
à Malte pour faire pari au chapitre de l'Ordre de ses embarras. La ques- 
tion y fut traitée longuement; les archives contiennent de nombreux 
mémoires faits sur cette affaire; il parati méme qu'on proposa, pour sortir 
de cette difQcullé, le moyen coupable d'allérer la bulle ; ce qui fut rejeté 
da reste avec indignation. La grande matlrise était alors occupéepar Jean 
de Homédès, religieux, qui, perdanl les tradilions de désintéressement de 
ses prédécesseurs, avait pour butprincipal d'enrichir, au moyen du trésor 
de l'Ordre, divers membres de sa famille; et qui, ne désirant nuUement 
que les revenus des commanderies f ussenl employés aux bòpitaux , s'adressa 
à Henri IL Celui-ci , pour prendre plus directement cette affaire sous sa 
prolection , révoqua , en ce qui concernali les Hospitaliers , Tordonnance 
rendue par son pére en 1546. Dans ces lettres patentes données à Fon- 
tainebleau le 8 janvier 1549, aprèsavoir exprimé son mécontentemenl 



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— S8S — 

de voir qu'on tàchaìt de diminuer les ressourees de ces bons zélateurs et 
deffenseurs de la foi , le roi termioait en altribuant au gr^nd coDseil , 
comme par le passe, les affaires relalives aux bdpìlaax de TOrdrc. 

Polir assnrer plus complétemeot le snccès de eette affaire y le grand 
maitre ordonna , par une bulle dti 20 mai 1549 , la soppressioD de l'ho* 
pital du Tempie , suppression qui existait de fall dè)à depois longtemps. 
Dans cette bulle, après avoir rapporlé celle de sod prédéeesseur, Philibert 
de Naillac, coosidérant que Tardeur des pèlerinages à Saint* Jacques 
s'était depuis bien refroidie; que, d'un autre coté, les cbarges qui pesaient 
sur Malte deveoaient de jour en jour plus lourdes, et que Ttle, esposte 
sans défense aux insultes des ennemis de la croix, réclamait impérieose-- 
ment d'étre protégée par des fortificaUons , Jean de Homédès casse et 
révoque la fondation de Tbòpital du Tempie; il ordonne que Garidech 
soit, comme elle était avant 1408, une sìmple commanderie de l'Ordre. 
Cette suppression fut bientòt après approuvée par le pape. 

Malgré tous ces eflforts, Mfaire avec l'Hotel -Dieu ne fut terminée que 
quelques années après. A la mort d'André de Guiramand , arrivée en 
1564, le grand maitre, Claude de la Sengle , remit , par une bulle du 
. 31 dècembre de laméme année, a Claude de Gruel, alorsprieur de Toa- 
louse, le soin de nommer un successeur au commandeor decèdè. Son 
cboìx se porta sur frère Antoine de Thèzan. André de Guiramand avait 
lègué a son successeur plusieursprocèsrestèssanssòlution. En 1557, Jean 
de la Valette, grand maitre de l'Ordre, expèdia, sous forme de bulle, 
l'ordre au commandeur de Garidech de terminer à l'amiable le procès 
pendant depuis si longtemps avec Tbdpital Saint-Jacques. En consè- 
quence de ces instruetions, devant vénérables et égrèges personnes Mes- 
seigneurs Jean DaffiSy quart président en la court supresme de parie- 
ment de Thoulouse, Guerin d^Alzon, Francois d^Auriac, conseillers 
en icelle, Bertrand Daigna^ advocat general en la diete court ^ nobles 
Jean del Puech, Nicolas d^Hispania, Rogier du Prat , Bertrand Sére, 
capitoulSy arbitres choisis dans cette affaire, comparurent, d'une part, 
•Antoine de Thèzan et, de l'autre, le trésorier, les surintendants et le 
syndic de l'hòpital Saint-Jacques. Les arbitres décidèrent que le com- 
mandeur de Garidech serait tenu de payer annuellement la somme de 
300 livres; moyennant quoi l'Hòtel-Dieu devait entretenir toute Fho^i- 



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— 333 — 

Ialite , à laqoelle était obligée la maison db Tempie ^ saDS avoir rien à 
réclamer ea plus. Les deux parties jurèreat sur les qaàtre évangiles de 
Diea de se soumettre poor Tavenir à cette sentence et de n'y jamaìs cod- 
trevenir. 

Mous avons va le commandeur d'Àspremoot s'engager à payér le liers 
de ses dimes pour TéreclioD de l'église de Garidech; ses successeurs 
s'élaient, pendant qaelque terops, conformés à cet engagement; mais 
pea à peu , le zèle de la maison de Dieu s'étant refroidi^ les paiemenls 
devinrent moins exacls , et Antoine de Thèzan les supprima tont à fait. 
L'enlrepreneur ne pouvant conlinuer son oeuvre et craignant pour la 
solidité de ce qui élaìt dé]à construit, se joignit aux consuls de Garidech 
pour prier le commandeur de se conformer aux promesses failes par un 
de ses prédécesseurs ; mais^ absorbé d'ailleurs par^les préparatirs de la 
défense de Malie et les dangers que courait l'Ordre dans ce temps-là, 
Antoine de Tbézan ne tint aucun compte de ces réclamatìons. Ne se 
rebutant pas du mauvais succès de leurs efforls , le syndic de l'église et 
les consuls porterent raffaire devant le sénéchal de Toulouse, Joacbim de 
CbabanneS; qui leur donna gain de cause. Le commandeur dut céder; il 
chargea le chevalier de Verdalle d'aller en son nom transiger avec les 
consuls et les gens les plus notables de Garidech. Ceux-ci acceptèrent la 
proposilion qu'Antoine de Tbézan leur fit faire de se cbarger de la con- 
struction du clocher, et bienlót après l'église de Garidech fui entièrement 
achevée(1557). 

Nous trouvons ensuite \ine assez longue lacune dans la sèrie des com- 
mandeurs de Garidech, ceux de celle période n'ayant pas laissé, dans les 
archìves, de traces de leur passage. A celle epoque, Garidech eut à tra- 
verser des jours troublés : celle pelile commune eut aussi sa pari de 
désolations dans celle grande anarchie de la fin du seizième siècle, d'où 
la Franco sorlit converte de ruines et de sang. Nous trouvons , en effet, 
dans le procès-verbal d'une visite pastorale falle le 26 seplembre 1596 
par M* Chabannes, archiprétre de Monlastruc, délégué par le cardinal de 
Joyeuse, le passage suivant : 

» ...Le Saint Sacrement y soloit estre réservé au milien da grand autel, 
» dans un petit taberoacle, qui fast destruict et rompa par les Reistres... 



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— 334 — 

» Le baptislère est sans coQverl, sans pavillon ^ et, ce qui est bieo pis , 
}) saDS couverturè de toit, de sorte qu'il y pleat en dedans. » 

Or, Dous pouvons flxer à peu près la date de cet acte de vandalisme , 
qui devailétre encore tout récent eD 1596. Le passage suivant de dom 
Vaissete (liv. 59), nous en fournit le moyen : 

(( Les prÌDces de Navarre et de Gondé, après avoir pris, àMontauban, 
A pour payer les Reistres^ tout l'argent qu*OD y avait rassemblé , conflè- 
» reot au viconite de Bruniquel le gouvernement de cotte ville, où ils mi- 
» rent une boùue garuison... Ils partirent ensuite avec de l'artillerie et 
» s^avancèrent vers la Garonne... Ils campèrent le 22 janvier 1590 a la 
» BasUde-Saint-SerniQ , à deur lieues de Toulouse; ils s'étendirent 
» ensuite daos tous les euvirons de cotte ville où ils portèrent le fer et le 
» feu. » 

Or Garidech n'étant éloigné de la Bastide-Saint-Sernin quo de quel- 
ques kilomètres, od est autorisé à conclure quo ce fut alors qu'eut lieu la 
dévastatioD, dont on coustatait encore les traces six ans plus tard et quo 
les malheurs des temps n'avaient pas encore permis de réparer. Du reste, 
les muraillesde la place ^ peu redoutables par elles-mémes , négligées 
depuìs longtemps et démunies de tout engin de défense , ne durent pas 
présenter de sérieui obstacles aux envahisseurs. Ils furent pourtant 
obligés d'employer l'artillerie pour en venir à bout ; ce qui prouve en 
faveur de la résistance que leur opposèrent les habitants. Du passage 
dévastateur des Beilres, seul épisode militaire que nous rencontrons dans 
le passe de Garidech, il ne reste plus que quelques traces de projectiles 
sur de vieilles nourailles et, dans la sacristie de l'église, un boulet de cou- 
leuvrine transformé en pilon pour écraser l'encens, et ayant ainsi com- 
plétement changé sa desUnation primitive. 

Il nous faut aller jusqu'en 1630 pour reprendre la suite des chevaliers 
qui ont possedè la commanderie. Gotte année nous trouvons le comman- 
deur de Montagut de Fromigières passant une transaction avec les con- 
suls et les habitants de Garidech pour régler l'eiercice de ses droits sei- 
gneuriaux. Non contents de cette précaution , les consuls obtinrent un 
édit de Louis XIII, au mois d'avril 1639, qui les confirma dans leurs 
prérogalives et leurs priviléges et qui leur reconnut le droit de juger par 
prévention les matières criminelles avec un assesseur, et, en seuls^ les 



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— 335 — 

affaires de sìmple policeet les petites caoses jusqo'à cent sols et ensemble 
les gages des valets. Cet édit fut confirmé par Louis XIV en 1688 (1). 

Ud acte de peu d'importance sigaale le passage à la téle de la 
coramanderie de frère Antoine de Blacas-Vérignon (1650). Son succes- 
seur fat frère Thomas des Villages , chevalier d'uo mérile supérieur, 
si Fon peat en juger par sa nomination presque immediate au poste 
important de recevear de i'Ordre aa grand prieuré de Saint-Gilles; 
ces fonclions Tempéchaient de s'éloigner de Marseille et le dispensaient 
de tonte residence ou visite personnelle a Garìdech. La prescription , 
d'après laquelle le cbapitre provincial da prieuré de Toulouse devait faire 
visiter annuellement la commanderie^ ne s'exécutait pas sansdoute très- 
régulièrement, car nous voyons le chevalier des Villages lui-méme récla 
mer et obtenir cette visite. Les commissaires désignés furent les cheva- 
liers Francois-Paul de Béon-Gazaux et Paul de Cardaillac-Douzon , qui 
re^urent le dénombrement de la commanderie, présente par le procureur 
de Thomas des Villages. Il est dit : 1"" que le commandeur est seigneur 
spirituel, fonder et direct de Garidech et de son annexe de Saint- Vidian, 
ainsi que patron et cure primitif de ces deux èglises , et qu'en cette qua- 
lite il a droit à la dime, suivant ce qui avait été règie prècèdemment, et 
à la collation et inslitution de ces deux vicaireries; qu'outre la possession 
de rOrdre a Garidech, il jouit de divers autres fiefs à Gémil , à Montas- 
truc, eie. ; 2^ qu'il a la collation de la chapellenie du Tempie à Toulouse 
et la jouissance des bàlimenls qui en dépendent ; 3<>qu'il est seigneur spi- 
rituel de Gornebarrieu , conjointement avec le prieur de la Daurade et le 
cbapitre de Saint-Etienne, avec lesquels il partage la dime; 4^ enQn quii 
possedè les ténements de Labartheet de Flamarens, près de Montauban. 

Àprès avoir regu ce dénombrement , les comnoissaixes procèdent à la 
visite de la commanderie, dont le procès-verbal reuferme, entre autres 
détails, la descripliou du chàteau du commandeur. Gomme le temps 
en a fait disparailre jusqu'aux moindres vestiges, j'ai cru devoir la trans- 
crire ici : 

« — On entre par un grand portali fermant a deux porles dans une 
» basse-court, entourrée de levant et d'acquilon de murailles, de midy 

(4) Archi ves du parlement. 

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— 836 — 

» sont les escuries, et joiguant icelles el le dict cbasleau une pelile cui- 
» sine avec sa cheminée de briques , de couchaDl une porle par laquelle 
» on eutre daus le bas da cbasleau... Procbe la porle est la moulée da 
» cbasleau en forme de tour; eslaut le dici cbasleau compose de deux 
» salles qui prenneot jour dans la basse-court par une croisèe gamie de 
» deux vollaots; celle en eutranl de roain gaucbe prand anchore jour 
» daus la place du viilage, et daos celle de maio droile il y a une cbe- 
i> miuée de briques ; oq eotre de chaque salle dans sa cbambre séparée 
» par un conroudat de toursis;... et dansl'une des quelles cbambres est 
» une cheminée en briques. Le dict cbasleau est basii en murailtes, sauf 
» du cóle de la basse-court qui est de conroudat et de toursis, et entourré 
» de midy el de coucbant d'un fosse... » 

Malgrésasimplicilé^cellebumbledescription m*aparu présenterun cerlain 
intérét; car elle nous mentre probablement avec très-peu de modificali ons 
la demeure qui avait été construite au Ireizième siede pour les comman- 
deurs el les cbevaliers qu'ils avaient aulour d'eux, et qui leur avait servi 
de residence pendant près de cent ans. Plus tard^ en effet, quand, forcés 
de résider presque continuellement au siége de l'Ordre, à cause des atta- 
ques incessanles desTurcs> ils n'babitèrent plusà Garidecb, les comman* 
deurs ne senlirent pas la nécessité de transformer le cbàleau pour Tadapter 
aux exigences de la civilisalion, et laissèrent subsister les anciennes con- 
slructions dans leur élal primitif. 

Les commissaires, a la fin de leur inspection, atleslent que le frère 
Tbomas des Villages a règi et adminìstré sa commanderie en fori bon 
religieux. 

En 1680, Gbarles de Martins-Puylobrier, alors commandeur de Cari- 
dech, éprouva à son tour les effels de l'indèpendance de ses vassaux , 
dans la lentalive qu'il flt pour rélablir le droil de forge , que ses prède- 
cesseurs avaient laissè tomber en dèsuèlude. Il rencontra une tei le oppo- 
sition qu'il ne put la vaincre qu'en faisant consacrer ses prètentions par 
un arrél du parlement. 

Àprès lui, on ne trouve trace du passage de son successeur, le cbeva- 
lier de Beaujeu, que par les reconnaissances que lui firent en 1686 et 
1687 ses différents lenanciers. 

Le cbevalier Francois de Beausset lui succèda en 1689. Cinq ans plus 



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— 337 — 

tard, le grand maitre cbargea les cbevaliers Augustin de Grilles et Joseph 
de Madron d'ìnspecter la commanderie. Dans cette visite, le commandeur 
de Barbantane, procureur du chevalier de Beaosset, expose aux coromìs- 
saìres qoe ce dernier, voalant doDDer des preuves de soq zèle pour la 
religioo, et trouvant qa'uDe vieille grange, presque en ruines, occupali le 
plus bel endroit de Tenclos du Tempie, attenda quHl a sa vue sur la 
rivière de Garonne et sur le pats de Gascogne jusqu'aux Pyrénées, y 
aTait construit, avec Tautorisation du cbapitre provincia!, un second 
corps de logis à quatre élages ; le procureur donne avec soin la descriptlon 
de cette bàtissequi paraitavoir été fai te somptueusemeut; il ajoute que 
le cbevalìer de Beausset avail faitconstruire de nouvelles écuries entro la 
grande rue du Tempie et la cour de rétablissemeol, qu'il avait fail en- 
duire la muraille qui fait fagade à la rue et Vavait faite couronner 
par de beaux créneaux de briques , ce qui fait un joly effet pour la 
maison. Toutes ces bàtisses avaienl coùté au commandeur la somme de 
6768 livres i6 sols li deniers. 

Uadministration de ses successeurs n'offre rien de remarquable, et 
nous ne connaìssons leurs noms que par les procès-verbaux des visites de 
la commanderie. Ce sont : 

N. dePuget-Clapière(1712); 

Joseph de Gastellane-MazaQgues (1721); 

Claude de Simiane (1730); 

Joseph Balthazar de Gras-Presville (1740); 

Alpbonse de Ponlevès-Maubourguet (1751); 

Paul-Antoine de Viguier (1763); 

N. deLafare(1785). 

Du procès-verbal de la dernière vìsite nous extrayons Tindication des 
revenus de la commanderie , qui montaient à 6840 livres ; les charges, 
qui se décomposaientendécimes du roi, responsions, taxedes vaisseaux, 
capitalion et caisse commune, s'élevaient à la somme de 712 livres : de 
sorte que le commandeur en retirait annuellement 6128 livres. 

Nous ne trouvons plus d'aulres commandeurs avant la Revolution. En 
1790, l'Assemblée déclara biens nationaux toutes les possessions ecclé- 
siastìques et, avecelles, toutes les commanderies de l'ordre de Saint-Jean, 



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— 338 — 

à qai le premier codsuI allait» quelgues aonées après, si facilement porter 
le dernier coup. 

lei s'arréte Dolre étude sar la commanderie de Garidech; peut-élre les 
Dombreux documenls sur lesquels elle est fai te pourront-ils^ pris isolé- 
meot, paraitred'un iatérètsecoadaire; mais il m'a semblé qu'il n'eu était 
pas de méme de Teosemble , car il reconstitue devant nous Teiisteoce 
complète d'une petite commune rurale dont dous avous eu plus d'une 
fois l'occasion de constaler la vitalilé^ en méme temps qu'il nous retrace 
un tableau de la vie fle ces hommes, moilié guerriers et moitié moines, 
représenlation fldèle de la foi militante du moyen àge, qui rendirent à la 
civilisation et a l'Europe de si incontestables services; mais qui, a mesure 
que le soufflé de l'esprit moderne se faisait sentir, perdaient^ avec leur 
raison d'étre^ leqr caractère primitif. 



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PIÈCES JUSTIFICATIVES. 



I. — ExtraiU de la bulle de réunion de Garideck au grand prieuré de Toulouse. 

Frère Dieudonné de Gozod , humble maitre de la sainte maison de ThApital de Saint- 
Jean de Jérasalem et gardien des pauvres de Jésus-Christ, à notre très-cher frère 
Esconte de Ryateris , prieur de la maison de Toulouse , salut et sincère charité dans 
le Seigneur... D*après le rapport de notre très-cher frère Béranger de Saint-Felix, 
notre délégué^ la maison de Garidech dépend naturellement de la chambre prieu- 
rale de Toulouse , qui en a absolument besoin pour son entretien y et doit par suite 
lui étre réunie... d*un autre cAté, dans notre chapitre general dernièrement tenu à 
Rhodes , la direction.de cotte maison a été confiée à notre très-cher frère Raymond 
de Saint-Just ; nous ne pouvons, à cause de cela, sans injustice, en disposer qu'avec 
son consentement... Si donc il veut se contenter d'une autre maison de valeur au 
moins égale... il nous plalt et nous autorisons par ces présentes que la maison de 
Garidech soit réunie à notre chambre prieurale de Toulouse. Donne à Rhodes , le 
premier jour du mois de juin , Fan de rincamation 4347. 

IL — ExtraiU de la bulle de fondation de Phópital du Tempie. 

Frère Philibert de Naillac, par la gr&ce de Dieu humble maitre de la sainte maison 
de ThApital de Saint-Jean de Jérusalem et gardien des pauvres de Jésus-Christ et le 
couvent de cotte mème maison, à tous ceux qui verront ou^ntendront c%s présen- 
tes lettres, salut sempiternel dans le Seigneur. Nous foisons savoir que notre très- 
cher frère en Jésus-Christ, Raymond de Lescure , prieur de Toulouse et précepteur 
de Ghypre , ainsi que les autres frères de la langue deProvence, tantde ce prieuré 
que de colui de Saint- Gilles, assemblés dans notre couvent, nous ont exposé qu'un 
grand nombre d'infirmes , allant en pèlerinage à Saint-Jacques ou ailleurs , aSluent 
dans la ville de Toulouse , n'ayant pas où reposer leur téte ; pour accomplir leur man- 
dat de miséricorde , ils nous ont suppliés de donner l'autorisation de fonder dans 
notre maison du Tempie de Toulouse un bdpital ou infirmerie, où les pauvres de 
Jésus-Christ pourront étre ref us et pourvus de iits , de matelas , de draps , de cou- 
vertures et de touleschosesusuelles, nécessaires à leurservice; et que, pour Ten- 
tretien de cet hdpital et de son hospitalier y nous y affections la préceptorerìe de 



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— 340 — 

Garidech, dépendante de notre prieuré de Touloase, à la condition loulefois de payer 
les responsions annuelles de celle préceplorerie , aìnsi que les vingl-cinq qaarlons 
de blé que le baillìage de Garìdech doil à celuì de Sainl-Jean. . . ; que le prìeur de Tou- 
louse el ses successeurs , avec le conseil des frères précepleurs , réunis dans le cha- 
pitre provincial , aìent le droit a TaveDir de piacer à la lèle de cet hdpilal un frère 
propre à sa geslion ; qu*i!s soient lenus de faire chaque année la visite de ThApital ^ 
et , au cas où rhospilalier ne s'acquiUerait pas bien de ses foDCtions , de le rempla- 
cer par un aulre frère plus propre à celle charge... 

Cesi pourquoi, eu égard aux soins et à rhospitalité auxquels dous sommes lenus 
envers les pauvres de Jésus-Christ, nous raliOons loules ces demandes. Nous man- 
dons el ordonnons à tous nos frères , nos soeurs el nos donals , sous la vertu de la 
sainte obéissance, à nos hommes, à nos vassaux el à lous nos autres sujets, habi- 
lanl dans celle préceplorerie ou cet hdpilal , sous le serment de fidélilé et d'hommage 
par lesquels ils soni liés enyers nous el notre maison, de respecler ledit hospitalier, 
comme leur supérieur et ieur précepteur, de lui obéir , de lui préter aide et conseil 
dans lout ce qui concerne Vutililé de la préceplorerie ou de Thópital, toutes les fois 
qu'il en sera besoin ou qu'il les en requerra. — Nous défendons aussi à lous nos frè- 
res présenls et à venir, quel que soìt le rang ou la dignilé qu'ils occupent , de rìen 
faire conlre les précédentesprescriptions ; nous inlerdìsons également à lliospitalier , 
sous la vertu de la sainte obéissance , la facullé de vendre , de donner, d'aliéner , 
de distraire, de concéder en emphythóose perpéluelle, ou d'enlever à nolre Ordre, 
sous quelque prélexte que ce soit, une parlie quelconque des biens, possessions ou 
droits de cet hdpilal el de celle préceplorerie , sans nolre exprès consentemenl ; et 
nous cassons , révoquons et déclarons de nulle valeur lout ce qui pourra ètre fait 
contro notre défense... En témoignage de quoi , nous avons fait appendre aux pré- 
sentes nolre sceau commun de plomb. Donne à Rhodes , le vingt-quatrième jour du 
mois de novembre, Fan de rincarnation U08. 

III. ny Extrait des leitres patentes de Henri II enfaveur des hospitaliers. 

(8 /anwer 4 549.) 

Notre cher et cousin le grand maitre , prieurs , baillifs , commandeurs, che- 

valiers et frères de TOrdre de Saint- Jean de Jérusalem, nous auraient faict dire et 
remonslrer, que , combìen que la diete rcligion soit seulement fondée pour mayn- 
tenir la saincle foy calholique, la paix el union chreslienne à Tencontre des infidelles 
et perlurbaleursdlcelles, et les religieux, suyvant leurs devoirs, soyent en perpé- 
tuelle guerre avec les Turcs tant à leur couvenl de Mallhe, chasteau de Tripoly en 
Barbarie, qu'en divers aultres endroicts de la mer ; par quoy faire leur a convenu et 
convieni avoir et enlrelenir navires, gallères , gallions et aultres vaisseaux de mer , 
munis et ecquippés d'armes et de gens , lesquels au nombre de sept à huit cents che- 
valiers el mille aultres hommes nourrys et soudoyés auxdespensde la diete religion, 



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— 341 — 

et par aiosi les dictes commanderìes et le temporel dlcelles appartiennent à la diete 
religion et ne sont de la qualité des aultres hospitaulx de nostre royaulme et par tant 
non comprins dans Fédit de feu nostre seignear et pere... 

Antoine DU BOURG, 

Membre résidant. 



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LE PRIEURÉ D'UNAC 

(ARIÉGE). 



Interrogez les génératioDs passées; 
coDsultez avec soin les histoires de vos 
pères. 

(Job, Vili. 8.) 



Aq centre de la vallèe de la haute Ariége, peoplée de plusiears petites 
villes et de très-nombreoi villages^ sillonnée par la limpide rivière que 
les gènéraux romains avaient nommèe Atirigera, que les Wisigolhs et 
les Franks, qui y dominèrent après eux , appelèrenl Arrega (1), d'où 
vient, par corruplion, le nona d'AriégCy a sepl kilomètres en aval d'Ax, 
sur UQ bauc de schistes tourmeuté par le travail du pauvre exploileur, od 
voit se détacher , du flanc de la montagne, une tour massive, quadran- 
gulaire, percée de plusieurs rangs de baies géminèes dont la construclion, 
sans ornements et d'un slyle assez primitif , annonce seule l'antiquitè. 
Elle a étè affublèe , à diverses èpoques , soit d'un flècbe en charpente 
converte en ardoises, soit de plusieurs couches d'enduit. C'est là le do- 
cher du vieux prieuré cPUnac. Celle tour, encore solide et pleine de vie , 
malgré les meurlrissures résullant de la pose de ces oripeaux de tous les 
àgeset frappée de la foudre (2), devint^il ya déjà presque huit cents ans^ le 
clocher d'une nouvelle église qui lui fui accolèe après la destruclion de la 
première. Cette nouvelle église, nonobstant ses petites dimensions^ attire, 
plus que la vieille tour de son clocher, raltention des touristes , par ses 

(4) D'Jp-ri>^, «f rivière d*eQ haut, » dlt-on. 

(2) Cotte tour a été frappée de la foudre, le 27 juin 4867. 



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— 343 — 

proportioDS el ses orDementatìoDS architectarales, et a mérité d'étre 
classée parmi les moDameDts doot le goavernemenl fraogais protége la 
conservation (1). 

Ce vieax roonumeot de deax époques^ gu'on volt d'un coup d'oeìl eo 
méme lemps avec les démantelures da grand chàleau fort de Lordat, 
negligé, oublié peut-étre de l'admiDìstration départementale , tout classe 
qo'il est, et recommandé à sa vigilance par l'Etat, apparali entouré d'une 
agglomération de pauvres babitations , qu'on nomme le village d'Unac. 
Les baigneurs et les toaristes ont le temps de conlempler de loin toutes 
cesruines, pendant qu'ils gravissent les rampes mullipliées à plaisir^ 
sur une route imperiale ttacée, dit-on, par des ingénieurs frangais, etque 
pour ce motif leurs successeurs n'ont pas plus hàte de rectifier que Tad- 
ministration départementale elle-méme. 

Inutile de rappeler, après tant d'autres, que la grande vallèe de 
TAriége, la voie relianl le plus directement Toulouse a Barcelone^ à tra- 
vers les passages les plus pralicables des Pyrénées, ne nous offre aucun 
intérét historique connu et appréciable , ni avant, ni pendant la domina- 
tion romaine dans les Gaules et FEspagne. Couverte alors de hautes et 
noires foréts d'arbres résìneux et d'aulres essences , celle vallèe n'ètait 
peuplèe que de quelqaes agglomérations d'habilations : les mémes que 
nousy voyons aujoard'hui dans les bas-fonds cuUivés ^ seuls pralicables, 
entre les deux nations. Les noms d'origine antique et d'un idiome inconnu 
de ces agglomèralions, ne nous rappellent là aucun cenlre de dominalion. 
Aucun monument ne nous a conserve, de ce petit pays, pendant tous ces 
temps que nous pouvons appeler primilifs , aucune trace d'hisloire des 
lleux , ni aucune dépendance d'un peuple de renom. Les Romains Tont 
conquis, sans nul doule; ils y ont circulé plus tard. Mattres des Gaules 
et des Espagnes sous les consuls de leur république et sous leurs empe- 
reurs, ils avaient de grandes voies connues , conduisant leurs armées a 
travers les Pyrènèes orienlales et occidentales ; mais les cohortes, qui 
stationnaient dans les conlrèes du cenlre, correspondaient entre elles par 
de petites voies plus direcles a travers ces montagnes. Depuis Saint-Jean- 
de-BerjoSj où les archéologues onl recueilli lanl de souvenirs d'une de leurs 

(4) Le classeraent de cctte églisc romane date de i'année 48i3. 

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— S44 — 

imporlantes statioos y a rentrée de notre versaDt , jusqa'à la petite ville 
romaine de Livia, que Tod trouve de Fautre coté des monts, correspon- 
dant a la méme temperature , sinon à la méme distance des hauts som* 
mets, leur petite voie directe de Tholose à Barcelone leur était d'une 
familière pratique. Leurs peliles stations, Fuxensium (de Foix), Tarasco- 
norum (deTarascon), Aquensium (d'Ax), s'y trouvaienléchelonnées. On 
y retrouve enfouies leurs monnaies, leurs urnes funéraires et leurs armu- 
res; mais on ne peut y reconnaitre aucun de ces ouvrages impérissables 
du grand peuple romain, pas méme, auprès des riches sources thermales 
d'Ax, aucun de ces établissements dont ses fastueux. proconsuls ne devaient 
se passer nulle part pour le confort ette luxe de la vie. 

Des hommes plus familiarisés que nous dans les recherches archéolo- 
giques reconnaìtront peut-étre trois postes avancés de leur station straté- 
gique d'Ax , devant Tétroite brèche ojiverte par la nature au milieu des 
rochers taillée a pie en degà de Mérens, sous le chàteau majeur (costei de 
Maou), dans les trois hameaux appelés encore première , deuxième et 
troisiéme Bazerques {BeceraSj dans une charte latine de 994), puisque 
des archéologues de mèrito contemporains afflrment que les Romains 
consacraient leurs stations au dieu Mercure, protecteur du commerce, 
sous le nom de Béasiris. Ces trois postes avancés^ en face de la petite 
voie romaine tracée sur la rive opposée de FAriége, protégés par le tor- 
rent profonda étaient habìtés et leurs mkigres terrains environnantsétaient 
livrés à la culture a cette epoque reculée. 

Quelques écrivaìns ont cru aussi que les Romains ont construit tous 
les chàteaux forts^ protecteurs de cette petite voie romaine : chàteaux doni 
on volt les ruines indestructibles depuis Foix jusqu'à Ax. 11 est, en effet, 
digne de remarque que les cbartes qui nous restent du moyen àge ne 
mentionnent nulle part Torigine de ces forteresses , au moment où les 
seignenrs féodaux les ont rendues plus célèbres dans notre histoire. 

En retrouvant le nom assez bizarre et inexplicable pour nous de Tun 
de nos villages, dans une description de l'antique Ravenne, fai te par un de 
ses archevéques, Goth de naissance (1), nous n'avons pu nousdéfendrede 
cette persuasion, que la dénomination d'Ascou, auprès d'Ax, est d'origine 

(4) Jornandès, Hi$toir$ généraU d$s Gothi^ liv. 29. 



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— 3i5 — 

romaìDeou wisigothe. Jornaodès, écrivain du sixième siècle, Dousappread 
qu'oQ appelait fosse d'Ascoa le fosse profond forme par un bras da P6 
qu'on voyait alors dans un qoartìer aa nord de celle ville. ;Noas osods 
croìre qae VaDcieo village appelé Aase, d'origine primitive, silué au nord- 
est d'AXy auprès du profond ravin forme par la rivière d'Ause, aura alors 
èté appelé , à cause de ses analogies lopographiques, du nom plus récent 
d'Ascou , et qu'il aura prévalu sur le nom primitif que nous relrouvons 
cependant dans les plus vieilles Charles. 

Tout en courant rapidement a travers ces ténèbres, remarquons plus à 
loisir une date célèbre de transilion qui interesse nolre conlrée : c'est celle 
de la fin de la domination romaine et du commencement de celle des 
Wisigotbs dans la baule Ariége. 

L'an 418» sous l'empereur Honorius , son general Constance venali 
d'épouser Placidie , soeur de cel empereur et fille du grand Théodose , 
prisonnière de guerre d'Alarle dans le sac de Rome et veuve de son beau- 
frère Alaulphe. Leur successeur^ W^Hia, auxiliaire wisigolh des Romains 
en Espagne contro d'autres barbares , les Vandales , les Suèves et les 
Alains, venali de remeltre celle princesse, et c'élait le patrlce qui conciai 
ce traile avec ce roi des Wisigotbs. « Par ce Irailé, Constance cèda aux 
» Wisigotbs , au nom d'Honorius , pour leur demeure, une parile de la 
» Narbonnaise, de la Novempopulanie et de TAquilaine seconde, depuis 
» Toulouse, des deux còtés de la Garonne, jusqu'à Rordeaux et a l'Océan. 
)) Ainsi Wallia, ayant repassé les Pyrénèes,à la fin de Fan 418, s'élablil^ 
» avec les Wisigotbs^ ses sujets^ dans une parile des sepl provinces des 
» Gaules, c'est-à-dire dans sepl cilés ou diocèses de la Narbonnaise pre- 
)) mière, de l'Aquilaine seconde et de la Novempopulanie. Ces sepl cités 
» furent : 1^ celle de Toulouse avec la ville dece nom, où Wallia et les 
» rois wisigotbs ses successeurs flxèrent leur courei leur principal sèjour. 
» La ci té ou diocèse de Toulouse comprenail tout ce qui compose aujour- 
» d'bui la province ecclésiaslique de ce nom , où soni les diocèses de 
» Toulouse, Pamiers, Lavaur, Mirepoix, Monlauban, Rìeux, Lombez et 
)) Sainl-Papoul. Les autres cilés ou diocèses soni : 2^^ Rordeaux; 5® Sain- 
» les; 4^Périgueux ; 5^ Àgen; 6^ Lecloure; 7° Razas. Ce furent ces sept 
» cités, cédées alors par Tempereur Honoriusailx Wisigotbs dans diverses 
» provinces des Gaules, qui donnèrenl occasion, envìron cinquanle ans 



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— 3i6 — 

» après, au célèbre Sidoine ApoUiDaire, de qualifler ces différents pays 
» par le Dom collectif de Septimanie, nom qui passa daos la suite aux 
» autres pays queles rois wisìgoths possédèreot dans les Gaules jusqu'à 
» ce que Clovis leur eùt enlevé Toulouse quatre-vingt-buit aas plus 
» tard (1). » 

Par ce traile, nous coQuaissons la circonscriplion de la Septimanie et 
l'origine de ce uom aussi bien que la date et la circonscription civile et 
ecclésiastique de notre diocèse de Toulouse , que dous yerrons bientdt 
après appelée Toulousain ou Pays toulousain , Pagus TolosanuSy dans 
les Charles de notre contrée , renfermée dans celle circonscription civile 
et ecclésiastique. « Àprès la mort de Clovis, le Toulousain échut a Chil- 
» debert, roi de Paris, troisième flls de ce prince, » dit le méme auteur 
de YHistoire de Languedoc; « il étendit sa domination jusqu'aux Pyré* 
» nées ; ce qui fit que les évéques de Toulouse , qui avaient étè soumis 
)> jusqu'alors a la mélropolede Narbonne, dépendirent dans la suite Jus- 
» qu'au milieu du septième siede, de celle de Bourges. En suivant 
)> l'usage de ce temps , les princes ne permettaient pas que les évéques 
)> de leur domination fussent soumis à un mélropolilain étranger, et ces 
» évéques dépendaient du mélropolilain le plus voisin soumis aa méme 
» prince (2). » 

LetempsdelH)ccupalionwisigothe, qui dura quatre-vingl-neuf ans,nous 
y a laissé recueillir les délails du marlyre de saint Udaut et la domina- 
tion, pendant deux siècles, des rois et ducs de la race mérovingienne , 
DOUS y a rappelé Teihumation a Ax et la canonisalion du méme saint , 
doni Dieu faisait connaitre les mériles pa'r des prodiges mullipliés. 

Il est permis de croire cependant que celle vallèe sans nom , pendant 
tant de siècles, fui mille fois saccagée sous le passage de nombreuses armées 
de toules nalions; puisque l'armée du célèbre conquéranl Attila est venue 
elle-méme, comme a la dérobée, y graver un cerliflcat de présence avec 
le sang d'un illustre martyr. Beaucoup d'apòtres de Jésus-Christ durent 
aussi la parcourir; la religion cbrétienne en avait pris possession, en y 

(4) Abrégé, de Vhistoire generale de Languedoo , par dom Joseph Vaissète , liv. IV, g 8, 
page 483. 

(8) W., page 260. 



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— 347 — 

marquant ses limites diocésaioes sur les plus bauls sommels , du temps 
desaìnlSaluruia^ qui, ne l'oublions pas, y flt euteudre la parole évau- 
gélique peu de temps après les apòtres. 

Aqcuq bistorìen ne nous apprend que les Sarrasius, successeurs des 
WisigotLs depuis raDnée712, aleni couquis aucune partie du Toulousain. 
Arrivons doDC rapidement au buitième siede, où celle voiesibaltue com- 
menceà avoir ud nom , lorsquelesarmèes de Cbarlemagnevinrentrefouler 
les Sarrasins dans le coeur de l'Espagne. Les valeureux ducs d'Aqui- 
taine ne pouvaient plus resister aux ìnvasions fréquentes de ces ìnQdèles. 
Après Cbarles-Martel, quileur flt éprouver des perles irrèparables, Cbar- 
lemagne et ses enfants établirenl la iigne de dénoarcation entre l'Espagne 
mauresque et la France, bien au delà des Pyrénées. Les deux a^nes 
frangaise el espagnole de Toulouse a Barcelone, en degà et au delà de la 
ebaine, prirenl le nom de marches ou limites, divisées encomlés^ subdi- 
vìsées en vìgueries, ministèrials elcbàtellenies, gouvernées par des comles, 
des vicomtes et des viguiers, sous la suzeraineté des rois de France. 
Quelques bistoriens nous assurent aussi que Cbarlemagne établit encore 
dans ces marcbes des abbayes miliiaires. Nous sommes porte à croire 
qu'il en établit une première à Sabar^ une seconde a Foix et une troìsìème 
a Unac , pour la moralisation du pays et la surveillance des Maures du 
Yoisinage; mais puisque l'bistoire ni aucun monument ne nous ont 
conserve aucun nom d'abbaye ainsi caractérisèe^ dans le pays dont 
nous nous occupons, on peut croire que s'il y a eu là quelque abbè 
militaire, il y a rempli simplement les fonctions de viguier, car depuis 
ce moment la vallèe de VArrega a* porte le nom de vigueriede SabarièSy 
à partir du passage le plus abaissé des Pyrénées centrales appelé Col de 
Puymorenc jusqu'au Pas de la Barre , entre Foix et Saint-Jean-des- 
Yerges. Celle viguerie pril le nom de Sabartès, parce que le viguier eut 
sa residence officielle fixée au poste mìlitaire de Sabar (1), situé au centro 



(4) On a recherché l'étymologie du nom de Sabar et Sabartès; qu*il noas soit permis d*en 
émettre une nouvelle. EUe nous est suggérée par nos relations jonrnaliòres avec les paysans 
les plus routiniers de la contróe. Nous avons remarqué qu*ils appellent bar les jennes ra- 
meaux de sapin qu'ils emploient en guise de palmes à la procession des Pàques ^eurìes, et 
barte, les quartiers ombreux où se multiplìent les arbres verta, et d*où ils retirent le plus de 
fagotaille parce qu'Us les tiennent en taillis. Aussi chaque viilage a sa barte. Le lieu de Sabar 



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— 3i8 — 
le plas habìté, commandaDt lesquatre vallées prineipales de Foix, d'Ax, 
de Vicdessos et de Saurat,à quelquesceDls mèires de TaraseoD. L'histoìre 
ne Dous a conserve dans cette viguerie qae le nom de deox ministérìats : 
celui de Foix et celui de Lordat , subdivisés en beaucoup de chàtellenies. 

Il parati que dans cette première circonscription des Marches , Cbarle- 
magne ou ses lìeulenants eurent égard aux circonscriptions ecclésìastìqaes 
déjà existantes, et que la vigaeriede Sabartès, setrouvantcomprisedans 
le diocèse de Toulouse, elle dut ressorlir da comlé touloasain. Les bisto- 
riens qui ont voulu attribuer ce pays, avant rélablissement du comlé de 
Foix, aux comtéset diocèses de Couserans et de Comminges^ oublienlles 
révoltes incessanles des comtes descendants de la race mérovingienne , 
maintenus dans les Marcbes occidentales en qualìté de comtes feada- 
taires de Charlemagne et de ses enfanls. Ayant possedè ces contrées, ces 
comtes y avaient conserve des alleux, y avaient des créatures, des amis; 
Ils y faisaienl, par conséquent, des tentatives de revendication toutes les 
fois qu'ils en avaient Toccasion, appelanl à leur aide les pillards normands. 
Quelquefois ils triomphaient ; le plus souvent ils payaient bien cher leur 
révolte ; mais toujours ils causaient des bouleversements et des ruines. 
Cet élat de choses dura jusqu'au moment où les comtes des Marcbes, tous 
issus des deux premières races royales, ou de nobles familles illustrées 
par des exploits, pouvant s'apprécier les uns et les autres dans leurs san- 
glantes mais loyales conteslations, s'allièrent enlre eux par des mariages 
et flrent des transaclions d'échanges et de ventes des nombreux allenx 
qu'ils possédaient les uns cbez les autres. 

Ces alliances et ces transaclions nobs donnent le mot de l'énigme de 
rélablissement du comté de Foix par la famille des comtes de Carcas- 
sonne. Celle mosaìque ou ce corps compose de diverses piècesassemblées. 



était la barte de Tarascon. D*un autre coté, la première syllabe sa peut ótre ane abréviation 
d*un autre motceltique sala, qui veut dire « tnaison , » importé chez nous par les Celtes, 
Franks Saliens ou ceux qui les avaient précédés. La syllabe sa peut étre eucore une abré- 
viation du mot latin salltu, a foréts. d Les iieutenants de Charlemagne parlaient le latin 
comme les Romaius. Ainsi sabar serait a la maison de sapin ou des taillis, » et le Sabartès^ 
a le pays des sapinsou des maisons de sapin, i> — car toutes nos anciennes maisons étaient 
plus construitcs en charpente qu*en ma^onnerìe, — ou peut-étre enoore a le chemin des 
taillis dans les bas-fonds. d 



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— 349 — 

selon rexpressioQ de M. de Marca, était en majeure panie compris daDS 
le Toalousaio el devail ressorlir des comles de Toulouse. Nous osods 
croire que, dix-hait aas avaot cet élablissement, Dptre ministèriat 
sapérieur de Lordai était eacore daos cette illustre maison. Une cbarle 
de Fan 994, sous le règne d'IIugues Capet , semble nous en donner la 
certitade. Elle est écrite en latin barbare. Elle est peu citée , qtfoiqn'elle 
se trouve dans Doat et le cartuUaire de Carcassonne. Nous la tronvons 
anssi in extenso dans la notice intitulée La ville dAx, son consulat et 
sa chàtellenie. Elle nous apprend qu'un seigneur du nom d'Arnaud, fils 
de Garsinde, était en cette année possesseur de la ville d'Ax, de ses églises, 
de presque tonte cette chàtellenie et de la moitié de la chàtellenie et de 
réglise de Mérens. Ce vaste alien , dit ce seigneur, fait partie d'un alleu 
plus considérable que ses parents y possèdent. Or^ ce riche seigneur, pour 
de solides raisons , nous parai t étre un fils ou légitime ou naturel de la 
célèbre comtesse de Toulouse, Garsinde, veuve encore verte après la roort 
du comte Pons, son mari, et tutrice de Guillaume-Taillefer et de ses deux 
f rères^ pkks connus qu'Arnaud dans l'histoire. La maison des comtes de 
Toulouse aurait donc possedè encore, a la findu dixième siede, de vastes 
propriétés dans le Sabarlès. « Ne soyons pas surpris de ces incertitudes; 
)) on doit ies attribuer, » dit dom Yaissete, « au défaut d'bistoriens pen- 
» dant Ies dixième et onzième siècles, n'y ayant presque que Ies cbartes 
» dont on pnisse tirer des lumières. D'ailleurs, la plupart de ces cbartes 
» ne soni pas dalées, et, comme Ies noms de familles n'étaient pasencore 
» alors bien établis, il n'est pas étonnanl qu'on marcbe à làlons dans le 
» récit des èvénemenls et qu'on àit souvent recours aux conjectures. » 

Cesi pendant Ies conquétes de Cbarlemagne sur Ies Sarrasins , pen- 
dant Torganisation des Marcbes , par lui-méme ou par ses lieutenants , 
complélée sous le gouvernement de son fils Louis le Débonnaire, régnant 
à Toulouse sous le titre de roi d'Aquilaine, c'est-à-dire depuis 778 jusqu'à 
812 , que fui fonde ìeprieuré d'Unac (1) , dont nous voyons encore sur 
pied la grosse tour du clocber, solidement conslruiteen assises régulières 



(4) Nous appelons priiwré la fondatìon religiease primitive dTJnac, bien que nous ne 
puiasions precisar si elle flit établie sous le nom d'abbaye militaire ou de maison conven- 
tuelle. 



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— 350 - 

de oioyeD appareil, a peiDe ébaachè par la nature et par le pie de Pappa- 
Feilleur. 

Nous avoDS d'autres témoignages de la fondation de cet antique prieuré, 
à cetle date, que le style et les matériaux de cet édìQce, évidemment 
anlérieurs à la construction de l'église du onzième siede , en assises de 
taf, qui a remplacé la première église démolie. Nous pouvons iuvoqner 
la similìtude de cet établissement religìeux et milìtaire , installé dans les 
mémes conditions slralégiques que celui de Sabar^ à l'entrée de quatre 
yallées, chàteau fort lui-méme, au pied du chàteau imprenable de Lordata 
en face d'un cbemin dirige vers l'Andorre , où la tradition signale , par 
la désignation de cimetière des Andorrans , un plateau précède d'un 
ravin , qui porte encorc le nom de coumo de Louis; assemblage mona- 
mental de mots , constatant en ce lieu un exploit de Louis le Pieux sur 
les Sarrasius , élablis alors en Andorre et autres parties des Marcbes , où 
il établit méme des gouverneurs de celle nailon conservée dans ce 
pays (1). 

Gomme témoignage tradition nel de cet ancien prieuré , nous pouvons 
citer encore le pèlerinage immémorial de saint Eutrope, établi à Unac, 
qui se pratique toujours comme ceux de Sabar, de Celles et de Mont- 
gausi, d'où les pèlerins em portoni encore le vin bèni, tous les ans, au 
jour de celle féte. Ajoulons-y le nom de Castrum, chàteau fort, que 
donnenl au méme prieuré plusieurs Charles^ jusqu'au treizième siede, et 
le nom de Claustrumy cloitre, que les habitants lui onl conserve jusqu'à 
ce jour , en le dénaturant progressivement , puisque nous voyons, dans 
les vieux registres, qu'ils Toni appelé Claustro, et que nous Tentendons 
nommer Crasto, confondant dans leur ignorance la signiQcation des deux 
appellations Castrum et Claustrum , qui lui ètaient autrefois appliquées 
en sa qualitè de templum incastellatum. 

Une autre preuve de l'antiquitè de ce prieuré est l'existence , dans le 
pelli village d'Unac, d'une seconde église dédiée a saint Felix , marlyr^ 



(1) A la diète ou assemblée generale de ses états, tenue à Toulouse, au palaia des anciens 
duca d*Aquitaine, l'an 790, le jeune roi Louis le Pieux regut, a vec leurs presenta magniflques, 
le sermeut de fidélitéde ses gouverneurs sarrasins de la frontière d'Espagne, représentés par 
leurs députés (HUloire generale de l'EglUe de Toulouse, t. ì^, page 31 6.) 



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— 354 — 
dèmolie aa seizième siede par les hugaenots , édifice qui devait avoir été 
l'église paroissiale avant rérection du priearé , paisqu'on y ensevelissait 
encore, tout àTentour, au seizième siede, les morts des aonexes Luze- 
nac et Tignac. Enfio, une deroière preuve à l'appui de nos présomplions, 
c'est la conduite de Roger II , comte de Foix. Ce comte, signalant son 
avéoement au ponvoir féodal par des libéralités et des actes religieux, fait 
reconstruire l'église da vieux prìeurè d'Unac , et , dèsireux d'y rétablir 
Tandenne maison religieuse conventuelle, la donne à l'abbaye de Cluny 
et a son saint abbò Hugues, d*accord avec sa femme, la comtesse Sicarde, 
dontnoQS allons parler. Toules ces drconstances ne nous laissent aucun 
doQle sur l'exìstence de la petite communauté d'hommes religieux, élablie 
à Unac , a l'ombre de la vieille tour, sous le règne de Charlemagne oa 
de son fils Louis le Débonnaire. Ce couyent subit le méme sort que 
l'abbaye de Saìnt-Volusien de Foix. Il fut détruit, et ses biens usurpés 
par le méme seigneur, que nous fait connaìtre le jugemenl arbitrai rendu 
àNarbonne^ dans un plaid de Pan 867, con tre le seigneur Athon , que 
l'on croit étre le comte de Paillas , descendant des rois méroviogiens. 

Ayec le onzième siede commence l'epoque la plus glorieuse du haut 
pays de l'Àrìége. La viguerìe du Sabartès, dans l'ordre politique et civil, 
est remplacée par le comté de Foix , et ses viguiers par une noble lignee 
de comtes , illustres dans l'histoire de France. Le nom de Sabartès ou 
Savartès n'est plus maintenu que par TEglise, qui alme à conserver les 
traditions, pour designer qne circonscription ecclésiastique , dans cette 
partie de la vallèe, depuis Sabar jusqu'au port de Puymaurenc, et cette 
circonscription porta le nom d^archiprélré du Savartès, don t le titulaire 
résida a Ax, crossé et mitre comme un évéque sans pouvoirs épiscopanx, 
et sahs autre juridiction que celle que les canons lui donnaient sur ses 
trois vìcaires des églises de Vaychis, d'Ascou et de Sorgeat, et autres 
prétres résidants sur sa paroisse. Nous laissons a qui de droit le soin de 
résoudre le problème de cette anomalie d'insignes épiscopaux dans un 
simple archiprétré. Nos pères ont vu mille fois les archiprétres d'Ax 
of&cier avec ces insignes , dans toutes les grandes solennités de l'année. 
Nous les avons entendus raconler quii n'y avait que quatre archiprétres 
en France bonorés de ce privilége. L'explicatìon que nous en lisons dans 
une brochure remarquable, imprimée Tannée dernière, intituléa La 

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vaie tiPÀx, soti conMlat et sa chcUelleniCt esplicatioa eitraìlie des 
nunariiues sur YHislaire de Lmsn^doc , par Pierre Louvet ,. de- Beau- 
vaàs, nenons semble Qu'aae de ces maUces coDtre l'Eglìse, invQQtóes 
par les écrìvaiDS huguenols. Aucun évéque de Pamiers n'aurait tcdéré aoe 
inaavatioD sembtable dans les riies et les costumes sacerdat^u^i, pmdafit 
les saints mystères , par Fan de leurs arcbiprétrea. 

Vers la fin de ce roéme onsiòme siècie , les nooveaiii cqmtes de Fdx 
étant assez richement établis pour pouvoìr s'oceuper , comise les plus 
girands seigDears de cette epoque, de fondatioos religieuses, Roger li » se 
trouvant sans enfauts de la comtesse Sicarde sa première femmet solUciié 
a raceomplissemenl d'cBarres pies , par Isara sqd évéque ^ de Touloi^e ^ 
60 réparation peui-élre d'usurpalions de sa pari et de la part de ses an* 
ctoes sur les biens ecclésiastiqaes , pleio d'adfoiration d'ailleurspoor tee 
iUnstres abbés'de Cluny : Odilon et Hugues , après avoir aulorisé. Tao 
1073) TunioD de l'abbaye xle Lézat à celle de Cluoy pour ta rèforme, 
dopoaìl , Fan 1074 et raouée 1076: , à eette méoae célèbre abbaye div/era 
alleui, daos la vallee de Savartès, avec le cbàleau fort de Lordala , ei une 
église remarquable quHl venati dy faire construire sur Hune de $cs 
citadelles. Oa no saurait douter, eu lisaot les extraits dea cbartes de ces 
dales 9 doonées par MalHllon , que naus oe trouvioos là la date précise ^ 
antheotique de rérection de la petite égiise moouuientale ^tUA.nous voyons 
à .Unac, où le comte Roger Ilappelait les religieui de Cluuy* Tous les ar«- 
ehéologues qui voieot cette égiise n'hésitent potot à recoooaf tre ea elle ujm 
coDStrnction bien caractérisée de cette epoque. Voici uà estrait du rapport 
de Fiospecteur dea monumeuts bisloriques . que le préfet de TAriége 
adressait en 1841au ministre de l'intérieur, a la demaade de M# Dagal)é> 
dóputé de ce département, pour en demander le classemeùt a l'Etat ; 

M L!église d'Unac est construite dans la forme des basiliques de deuxi^e 
» ordre, sansaulre chapelle que les déux autels parallèles placiés daDS le 
9 rond-poinl des chevets des bas-cótés^ à droite et à gauche du maitre- 
9 autch Le roaitreautel est place dans le food de Fbémicycle principal » 
» plus grand de moitié que les deux latéraux. Le style de cei édifice est 
» le slyle roman n>odiflé par le style byzantin. Les mnrs et ì^ plliera, 
9 b&tis en blocs de tuf , taillés de moyen apparejl, soat loords et masaf^^ 
9 La tour du clocher est quadrangulaire , et.qttoiqu'elie soil aujourd'buìi 



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— S58 — 

» snrmonlée d'une flèche iea charpeole, recoa verte d'ardoises , comme les 
» clochers da onzième siede , on voit facilemeot qne celle llècbe a étè 
» superposée a la piate-forme crénelèe de la voùle sapérieare. On y trouve 
» partoQt Tarcade a plein ceintre sur les piliers, ainsi que sur 1^6 portes 
» et fenétres, excepté dans la voùte principale el Tarceau de rhétnicycle» 
n qui fbrment un are surhaussé. Les décorations du sanctuaìre sont en 
» catcaire granttique , plus ou moins dur. On y remarque douze colon- 
» nes svelles et gracienses avec socles ornés de marmousets d'un c6tè et 
)) de ciselures de Tautre. Les chapìteaux de ces colonnes soni , les uns 
» sculptés à jour, les aotres ornés de feuillages, de fruiis, de petites 
» figures d'animaox fantasliques et de chimères ciselés avec dèlicalesse. 
» Des corniches paréés d'arabesques ou de modillons , sculptés en diver* 
)> ses fa^ns, couronnent les chapìteaux , sans architrave etsans frise^ 
» forment les entre^colonnements et suivent en lignes festonnées les pour^ 
)> tours semi-circulaires. Le sanctuaire est éclairé par trois fenetres dòtait 
» lés archivoltes , en moulnres et décorations vidées et satllantes , repo- 
» sent, a rìntérìeur comme à Texlérieur, sur de courtes colonnettes a 
» grands chapiteaux sculptés... Il n'éxiste pas, dans le département de 
» l'Ariége , d'édiflce religieux, monument d'archi tectu re romane, dòrit 
» la conservation aprite autant qoe celui-là rattention de Taotoriìè. 
» Encore qa'il soit construit sur une petite échelle^ H a du grandiose 
» et porte le cachet da siècle auquel il apparttent. » 

Nous croyons qu'apres la donnation de cette églìse a Gluny^parle 
còm te Roger li, qui venali de la faire reconstruire , quelques religieax 
de cette abbaye soni venus habtter le prièuré , et que des moines scalp- 
tenrs de la fàmeuse basilique de Cluny, rainée en 1795, ontscalpté sur 
place les pierres du sanctuaire d'Unac. 

Ce qui nous porte encore a crolre que Téglise d^Inac, avec ses alleax, 
était an pouvoir des religieux de Cluny au cemmencement da douzièmé 
siècle, c'est que Tan 1104 , lorsque Tabbayè de Saint- Volusien de Foix 
fa(t réorganisée en al>bàye de chanoines réguliers, par la volente da 
méme comle Roger II, le prìeuré d'Unac ne lui fut pas adjoint, comme 
ce comte devait le faire sMl eùt été a sa disposi tion , et comme le lit un 
de ses successeurs» Cependant, nons apprenons, par Thistorien André de 
Ravenac, qui nous a donne tous les détails les plus circonslanciés de eelle 



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— 364 — 

réorganisation ^ qae le cure de la paroisse d'Unac, Etienne Lagusta, 
personoage autre que le litulaire religieux du prieurè et de ses nobles 
dépendances , devint l'un des vingt-deux chanoines réguliers de Saint- 
Yolusien, lui donna, comme les autres rectears, ses pairs^ avec Tauto- 
risalioa pontificale et episcopale , les deux tiers des fruits décimaux de sa 
paroisse, et porta comme eux, sa vie durant, le titre de prieur de sa 
paroisse. Pendant la vie de cet Etienne Lagasta y il y ent donc dans le 
comté de Foix deax personnages qui furent honorés régulièrement du 
lì tre de prieurs d'Unac. 

Cent ans plus tard, il n'y avait plus de religieux de Cluny a Unac, 
puisque Fan 1188, Roger-Bernard, dit le Gros, comtedeFoìx, après 
avoir gouvernè son comté quarante-quatre ans , mourant a Mazères, don- 
nait par son testament , nous est-il dit dans le Gallia Chistiana , a la 
mèmoire de Saint- Volusien , Yèbre , , le cbàteau de Perles , Véglise 
d'Unac, etc. (1). Cette église était donc rentrée dans le domaine des 
comtes de Foix. Elle fut conQéeavec ses biens nobles, en 1188, àTabbé 
de Saint- Volusien de Foix , et cet abbé en fit reconstruìre les bàliments 
claustraux pendant une de ses visites abbatiales a ce prieuré. Fan 
1196(2). 

A cause de son église forliQée , le prieuré claustral d'Unac comptait au 
aombre des places défensables et prolectrices de la contrée, pendant les 
troubles et les guerres. Aussi, nous voyons que pendant que Simon de 
Montfort réduisait les comtes de Toulouse et de Foix a invoquer la prò- 
tection du roi d'Aragon , ce roi rècevait an concile de Lavaur, l'an 1213, 
en garantie des bonnes intentions envers l'Eglise , des comtes de Foix 
Raymond-Roger et Roger-Bernard son flls , le cbàteau fort d'Unac avec 
bon nombre d'aulres forteresses de la frontière (3). 

Depuis le moment où le prieuré d'Unac eùt été rattaché à Tabbaye de 
Foix, les abbés de Saint^ Volusien eurent le soin de faire cònfirmer, dans 
toQtes les occasions et par toutes les autorités, cette avantageuse acqui- 
sition. La première occasion qui s'offri t , nous la trouvons dans le témoi- 

(^) Gallia Christiana^ XHI* voi. 

(2) Testament de Roger Bernard. Supplément au Xin« voi du Gallia Christiana, Notes. 

(3) Innoccni UI, liv. IV, rég. 46, ép. 47. -« Histoire du comté de Foix, par Gastillon, t. I«% 
page S73. 



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— 355 — 

gnage d'uDe bulle du pape Honorius III , de 1224 , qui désigoe nommé- 
meDt Féglise d'Unac avec ses décimes, comme apparlenant à celle abbaye. 

Une seconde occasion de coDQrmalioD venue a notre connaissance s'of- 
frail l'an 1312. Elle porle la garanlie de Tévéque diocèsain et du roi de 
France régnant. Cesi une charte passée en celle année , d'une pari enlre 
Bernard Paisseli> nommé à l'évéchè de Pamiers avanl salnt Louis, arche- 
véque de Toulouse , lorsque enfin il avait oblenu les bonnes gràces de 
Philippe le Bel , el d'autre pari les procureurs fondés de la noblesse et les 
syndics des communes du haut pays de Foix. Dans le diplòme d'appro- 
balion de celle charte , Philippe le Bel nomme en première ligne el expli- 
citement après Tabbé el les chanoines de Sainl-Volusien le prieur d'Unac : 
« L'abbé el la cominunauté da monastèro de Foix , les prieurs à'Unac, 
» de Vicdessos, de Miglos, le prèvdl de Rabat, les cbapeiains el recleurs 
» et aulres ecclésiasliques de Tarchiprélré du Savarlès, au diocèse de 
» Pamiers (1). » 

Dans les acles poslérieurs, nous voyons figurer, au nombre des prieurs 
d'Unac , des membres des familles les plus honorables de ce pays. Un 
ade en latin, de Ù91 , nous en fait connallre un du nom de Raymond 
Depeyre. C'est un ade de venie, fall a Ax, « venerabili et discreto 
» viro religioso Ramundo Petrii, priori prioratus Sancti-Martini de 
» Unaco dicecesis Appamiensis. » Un autre prieur d'Unac porle le nom 
de messire Pierre Mausard en 16S6. Il élait parent des familles de Savi- 
gnac de Garanou et de Yeychis ; il élait chaooine règulier de Tabbaye de 
Foix y en méme temps qne prieur d'Unac. Dans un procès porte devant 
le parlemenl de Toulouse, par son neveu Francois Mèrle, cure d'Unac, 
contre ses paroissiens de Tannexe de Luzenac , auxquels il refusali de 
donner un vicaire , le prieur reclame sa pari des fruils décimaux saisis 
avec ceux da cure. Puisqu'au milieu du dix-seplième siede ce prieur 
d'Unac élait chanoine de Tabbaye de Foix, résidant à Foix , il [larait que 
le couvent d'Unac n'élail plus habilé par des religieux a celle epoque. Ce 
méme fait est constale d'ailleurs par la tradilion, sans précision d'epoque. 



(4) Abbas et coDventus monasterii Fuxi, priores de Vnaco, de So9, de Meglesià, prseposi- 
» tua de Ravato , et capellani, rectores et allise persoDse ccclesiasticsD archipresbytcratus 
» Savartenais diceceais Appamianim. » 



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— 356 - 

Depuis longtemps , le tìtre de prieur d'Uoac D'était plus qu'un Utre hom^ 
rifiqae et revenant. ' 

A coté de ce prieurè d'bommes dans le Lordadais ^ il est fait mention 
de deux prieurés de femmes, appartenant aux dames des Salenqaes, Van 
dans le dìmaire d'Unac, appelé Sainle-Sophie (Santo-Sophio), entre 
Garanou et Luzenac, ruiné par les hérétiques protestants en 1565, et 
Tautre a Axiat. Ces deux prieurés n^élaient point ancièns, puisque la 
maison mère de celle congrégation religieuse, dite l'Abondance^Dieu des 
Salenques^ sise au diocèse de Rieux, ne fut fondée qu'en 1351 par 
Gaston Phébus^ comte de Foix (1). Il est probable qu'il y eut un atrtre 
couventà une datebien antérieure, à Axiat, puisqu'il y existe encore une 
petite ^lise d'archilecture romane du onzième siede y qui ne pouvait étre 
qtfune chapelle de couvent. 

Le commandeur deGabre, des chevaliers de Malte , coseigneur du 
Lordadais, possédait des alleux dans le vUlage d'Unac et dans le voisinage 
de son église; mais nous n'avons pas ea connaissance qu'il ait eu'des 
droits sur le prieuré d'Unac. 

L'abbé AUTHIER, cure dTnac. . 

(4) Métnorial de Delesoases, pages 404-448. 



.'> A.' *' '1 



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INSCRIPTIONS LATINES. 



Messieurs, 

Ce n'est pas un mémoire que je me propose de vous lire ce soir; ce 
soni, simplement quelques ioscriptions ìnédiles , iotéressant l'histoìre de 
Dfìtre localUé, doni je suìs heureux de vous offrir laprimeur. 

Ges inscriptioqs n'ont enlre elles aucone relation de date ; elles dìffèrent 
essentiellemeot les unes des autres par le style autant que par le food. Lo 
Seul lien qui les rattache et qui puisse me faire pardonuer^ peul-élre , de 
puiiser dan3 des ^léments si divers le sujet d'une lecture y c'est qu'elles 
se ra^pprtent tontes p$r qqelque coté à notte cité toulousaine. 

J'en dois la comqaunicaliou a Tobligeance de mon savant amì^ Monsei- 
gneur X, Barbier de Montault. 

I 

F. (frater) Antoninus Massoulié, Tolosan (us) 
Cathedrat. (icus). Dein Tfieol (ogus). Cosami (ensis) Antea 
Vicarie. Gen (eralis). (h^d (inis). Munere. Fwwim 
Obiit An (do) 1706. 

Je dois rappeler que le mot de Tkeologus est ici synonyme de Biblio- 
thecarius. Dans les ordres savants , les blbliolhécaires sont appelés 
théologiens. 

Le P. Antonio MassouUé, mort en 1706, était donc bibUothécaire de la 
biblìotbèque Casanatcnse. 

Cette bibliothèque est celle du couvent de la Minerve, a Rome, appar- 



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— 3M — 
tenanl aux Frères précheurs. Elle a èté fondée par le cardinal Casanatc, 
de Naples. 

Le P. Massouliè étaìl aussl professeur, corame Tindique le liire deCa- 
thedraticus que porte rinscription. 

Od Ut cette inscriptìon au-dessous du portrait, peint a l'buile, de ce sa- 
vant relìgieux , qu'oQ volt dans le veslibule de la bibliothèque de la 
Minerve. 

Quanl au cardinal Casanale, voici ce qu'en dil la Biographie univer- 
selle de Feller : 

« Casanate (Jerome), né a Naples , en 1620 et mort le 3 mars 1700, 
» fut créè cardinal par Clément X, en 1673. Innocent XII, qui connaìssait 
» sa Science et son amour pour les letlres , le nomma bìbliothécaire du 
» Vatican. L'abbé Zaccagni donna sous sa direction un recueil d'ouvrages 
)) anciens manuscrits, sous le tìtre de Collectanea, Rome, 1698, in-4^ 
» Casanate laissa, par son testament, sa bibliotbèque au couvent de la 
» Minerve des Dominicains, à Rome, a condilion qu'elle serait publique, 
)> avec quatre mille écus romains de revenu , pour l'entretien de cette 
» bibliothèque. On y volt sa statue en marbré. Àudiffredi en avait fait 
» le catalogne sous ce titre : Catalogus bibliothecoe Casanatensis libra- 
ry rum, typis impressorum^ 4 voi. in-fol. ; mais il n'est pas termine : il 
» ne va que jusqu'à la lettre L. » 

II 

1647. 

Inscriptìon tumulaire de Bonaventure de la Fant^ oratorien et abbé 
de Foix, a Notre-Dame des Ardilliers(Saumur.) — Marbré. 

« Eoe epigraphe 
» Sitos UtiUos clausit^ et suos signavit cinerea 
» Rever^'^ antistesj abbas Ftuvensis, et oratoricusy 

» Bonaventura de la Font. 
» Fuit hic gente GaUtts , patria TolosaSy famUiapatricitMy 
» Natalilncs venetus, paire nattcs prolegato regio. 
» Sed quod portentum fatearis 
» Fuit hicpuer stoicus, adolescens academicus^ juvenisperipatetictis, 



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— 359 — 

» Virpolitictcs , maturus sacri ficus ^ semper christiantcs , 
» Non mentior, sim licei epitaphium. 
» Fuit hicpuer stoicus , quia sapiens prceter annos. Adolescens academic(ìis) 
» Quia Tolosce solerter eruditics, juvenis peripateii& quia gentes invisenijB) 
» Exteras, paucos t?iesauros devexit, ut ingentes reveherety videlicet 
» Peregrinans eximius mercator, quia politicus, 

» At quaZis politicus ? 
» Statura nóbilis , vultu serenus , eloquio facilis , ingenio sitblimis , 
» Judicio solidtcs , fortuna félix , sub regina matre Maria Mediccea 
» Validus minister, sub rege Lud^ xiij<*. Fidus à conciliis , in arcanis 
» Mutus , in coUoquiis elegans , in omnibus pius , nimirum sa/ri ficus. 

» At quantum sacrificus? 
» Inter sacerdotes humilis , inter hereticos ojcer^ inter judices integer, 
» Inter aulicos syncerus, inter omnes innocensy pauperum amans , 
» Semper amabilis , semper honoratus , wt?^n* scilicet ut chrtstianus, 

» 5ed vere christianus. 
» Qwi *«en5 Atnc esse demigrandum , ri^am patiens et diligens mortem 
» 5e fortunis ab omnibus abdicavit^ peculio tantum reservatOy non quofamiliam 
» Decoraret, sed quo arceret inopiam, nihil hic struendum judicans ^ prq^ter 
» Septdchrumy quod Ardiliensi virgini devotus et oratorii cpngr^ deditus, 
» Sanus et valens in hac cede posuit, nuncupari volens sine nomine , sine 
» Titulo f sed non sine gratia , non terra j nonpulins, non nihil ^ sed aliquid 
» Humilius terra , pulvere vilitcs, et nihil minttSy miser peccator ^ 
» Huc ades igitur 6 viator et tanto studens prceceptori 
> Morere vivus ut vivas mortuus, 
» Vita functus est Salmurij id. septemb. anno m. vi.» xlvu (4647). Meritis clarus 
» Et honoribits^ annos natus lxxij (72). Et hoc iUi moerens posuit monumentum 

» Franciscus de Lavedan. 
» Nostras Domince de oratorio aòbasy ex sorore nepos^ et ex corde filius. 
> B^ V» meritis et omnium coslitum , tuisque viator parecibus 

» Requiescat in pace. 

Voos aTez remarqoé , Messieurs , le ton empbatique de catte épitaphe. 
Je croisbien qoe si, eomme elle rafflrme, elle ne ment pas» bieD qa'en 
sa qoalité d'épilaphe elle en eùt peut-étre le droit , 

€ Non mentioTy sim licet epitaphium^ » 

elle se laisse da moins aller volontiers a une exagération de langage qui 
fait un peu craindre pour la vérité. Il est difficile d'imaginer un panégy- 
riqne plus pompeux que celoMà. Si les éloges que notre épilapbe donne 
a son héros sont mérités^ je n'ai qu'à me réjouir de pouvoir ajouter a la 
Biographie toulousaine un nom illustre oublié jusqu'à ce jour. 

47 



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— 360 — 

Qaoi qu'il en soit^ du reste, du plus ou moiDS de mérile réel de l'abbé 
BooaveDtare de la Font, mérile que dous n'avons pas a discuter ici^ il y a 
deux faits hisloriques incontestés que notre épilaphe nous révèle : c'est 
que Tabbé de la Font fui ud courageux ministre sous la régence de la 
reine-mère Marie de Médicis, et qu'il fui couseiller du roi Louis XIII. 

Ces deux titres suffiseDt^ a coup sùr^ pour dooner a ce personnage le 
droit de figurer dans la liste de nos illustrations toulousaioes. 

Mais je vais plus loia : je ne puis admettre que Temphase de Tépitaphe 
ne soit qu'uue épigramme déguisèe qui, sous des éloges menteurs, révèle 
lanullitéde ce personnage. 

Celle épilaphe a éte posée sur la tombe d'un étre chéri, par une main 
pieuse, après avoir élé diclée par un coeur plein de tendresse. C'est un 
monument qui doli témoigner a jamais de la trislesse et de la douleur de 
celai qui ì'a place ; 

« Et hoc illi mcsrens posteit momtmentum. » 

Francois de Lavedan, fils de la soeur du défunt, son fils, à lai, par le 
cceur, 

€ Ex sorore nepoSf et ex corde /UiuSf » 

n'eùt pas voulu, bi«n sur, exposer a la risée de ses contemporains la me- 
moire d'un onde aimé comme un pere, en lui prodiguant sur la tombe 
des éloges que ceux qui Tavaientconnu auraient bien sa qu'il ne méritait 
pas. 

Il est donc certain à mes yeux que Bonaventure de la Font fui un des 
hommes remarquables de son temps , utile a son pays qu'il servii avec 
intelligence et dévouement, utile à l'Eglise qu'ilédifiadeses vertu8,etque 
l'oubli qui pese sur sa mémoire n'est peul-élre que l'accomplissement de 
son dernier voeu , puisqu'il s'estimait « moins qu'un peu de terre, moins 
» qu'un atome , mois qu'un rien , n'èlant qu'un misérable pécheur , » et 
quii n'eùt pas méme voulu voir son nom grave sur la pierre de sa 
tombe : 

«... Nuncupari volens sine nomine, sine 

» TittdOj non terra y nonptUvis, non nihil^ sed aliquid 

» Humilius terrà, polvere vilttcs et nihil minus^ miser peccator. » 



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— 364 — 

Mais soD neveu, juste apprécialeur des mèrites de son onde , n'a pas 
cru devoìr laisser perir une mémoire si bonorable et si cbère^ et il a Gon- 
fie a la Pierre da tombeau non-senlement le nom , mais encore le récit 
des qualités éminentes, des titres et des mérites du défunt. 

Remercions-le decette beureuse infraction aux dernières volontès, d'une 
modestie peut-étre exagérée , de son onde. Sa pieuse fante a rendu à 
l'bistoire de notre dté un souvenir éteint et une figure perdue. 

Le latin de cette épitapbe, très-remarquable a plus d'un titre malgrè 
son empbase , est assez pur et ne manqne pas d'une certaine élégance. 
C'est une piece intéressante à ajouter aux monuments de la littérature da 
dix-septième siede, et ce monument, si modeste qu'il paraìsse, peut en- 
core avoir sa valeur. 

IH 

1649. 

INSCRIPTIONS DE LA TAPISSERIE DE SAINT SATURNIN A LA CATHÉDRALE 

D'ANGERS. 

1. MISSION DE S. SATURNIN. 

€ S. Pierre venant à Rome y amena S. Saturnin que il y sacra 
» Evesque avec plnsienrs grands personnages. Puis les 
» Enroia en divers endroits de la France. Afin desclairer 
» Ces contrées la de la lumière de lévangile. 

2. PRÉDICATIONA ARLES. 

» S. Saturnin se rendit en peu de iours à Arles en Provence 
» Ou il convertit plusiears payens a la foy de iesus 
» Christ. Et leur donna le sacrement de baptesme. Puis 
> Sen alla a Tolose avec S. Papoul et S. Honestus. 4649. 

3. ARRESTATION DE S. SATURNIN. 

» Incontinent ijue ils y ftirent arrivés. Les diables qui rendoient 
» Responce aux uns et aux aultres deyinrent muets. Ce qui 
» Donna bien de lestonnent (sic) a un chascun ne sachant . 
» Quelle en estoit la cause. 

4. CYRIAQUE EST GUÉRIE DE LA LÈPRE. 

» Mais ce qui la donna a connoistre fùt un aultre meryeille 
» Que Dieu iit par N. S. Saturnin lors que donnant le 



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— 362 — 

1» Baptesme à Cyriaque dame de qnalité il la guérit antierement 

> De la lepre . dont elle estoit toute infectée. 

5. BAPTÉBfE ADMINISTRÉ PAR S. SATURNIN. 

> S. Saturnin ayant envoyé Honestus à Pampelone . le suivit test 

» Après pour conflrmer sa doctrine . quii réassit si merveilleusemeiit 
» Par la grace de Dieu q'en lespace de sept iours seulement . il 

> Baptisa quarante mil ames. 4649. 

6. DÉLIYRANCE DE LA FILLE DU ROI. 

» Estant retourne à Tolose . il delivra la illle da roy . da 
» Diable qai la possedoit . ce que ce malicieux roy attribaa a 
» La verta de ses idoles . et le voalat contraindre par 

> Promesses . dons . et menasses de lear sacrifler. 

7. SUPPLICE DE S. SATURNIN. 

» Mais les ayant faiet tomber a ses pieds . il fat lié a an taareaa et trèno 
» Depais le haalt du capitole le long des marches jasques à la place pablique 
» Oa ayant la teste rompue et la ceryelle aa vent . il rendit lame a Dieu 
» Le 89« Nov. lan de N. S. 38 et de son aag. ete. 70«. 

8. CULT|B DÈCERNE AU MARTTR. 

» Son corps demeura en terre jasques à ce q. S. Hilaire evesqae de Tolose le 
» Leva et le mit en une petite chapelle. Don il fut depuis transporté 
» Dans une magniflq. Eglise bastie en son honneur . ou se sont faiots et 
» Font encore auiourdhuy plusieurs beaux et grands miracles. 4649. 

1527. 

LEGENDE EN VERS FRANgAIS DE LA TAPISSERIE DE S. SATURNIN A LA 

CATHÉDRALE D'ANGERS. 

— Gothique carróe. — 

1 . S. SATURNIN DISCIPLE DE S. J. BAPTISTE ET DE N. S. 

« Sainct Saturnin donq apres que tout en appert . 
» Eut prins congé de Sainct Jehan ne tarda venir . 
» A Jesus Christ prechat et baptizat come pert . 
» Es sainctz euagiles lesquels nos fault tenir . 
» Alors de Nre dict Sauiueur le bon plaisir . 
» Fut de receuoir benignement et baptiser . 
» Salct Saturnin qua pour premier voulut choisir . 
» Des septante deux disciple sans nul despriser . 



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— 363 — 

2. PRÉDIO ATION DE 8. 8ATURNIN. 

< De sainct Satamin breuemet dire ne Bomer (sommairementf) 
» On ne scauroit la grande prerogatiue . 

» Que nre doulx Saulueur iesus daigna luy doner . 

» Tant en sermon qnen verta operatine . 

» Car apres la passion tres afflictiue . 

» De nre Seigneur il alla precher en maint lien . 

» Couertissant* par sa belle traditine . 

» Plnsieurs infldeles a la saìncte ioy de Dieu . 

3. 0T7ÉRIS0N DB LA FILLB DB l'BMPBRBUR ET SUPPUGB DB S. SATURNIN. 

(Getto pièce est datée, sur un des pilastres de la bordure, de l'an 15)7.) 

< Finablement sainct Satana apres anoir scea . 

> Quii deaoit endurer mort pour le nom divT . 
» A Tolose retonrna par quoy fat tatost yen . 

> Guarir la Alle de lempereur Antonin . 

» Lequel attribuat ce par vouloir malin . 
» A maleflce flst trayner a ung grad taareau . 

> Par les degrez du Capitol sainct Satnmin . 

» En sorte qui luy brisa le corps et le ceraeau. 

(Le donateor et sa femine afeoonfllés invoquent leur patron. — L*mvocalioii qui suit est eo nujoscoles 
romaines. ) 

€ O . BON . MARTTR . BVESQUB . ET . PRBlflBR . DISCIPLB . DB . 
» JUSCHRtST . PRIE . POUR . NOUS . 

IV 

11 m'a para inléressaot de recaeillir ces deiix légendes coDc^ernaot le 
premier apòtre de Toaiouse. Je -ne les donne pas comme des modeles de 
crìtique historiqae ; elles peuvenl avoir, en dehors de ce mérite, une im- 
portance assez grande pour allirer uolre attention. 

Ily a dansCatel (Mémoires de l'Hisloire de Languedoc, liv. V)unpas- 
sage que je me plais à Iranscrire lei : 

(c La commune tradition, dit cet auleur^ est qu'il (saint Saturnin) estoit 
» dìsciple desapostres, et qu'il fut envoyé par sainct Pierre pour prescher 
» la Foy chrestienne, tant en Franco qu'en Espagne : et les deux aj^cien- 
» NES LÉGENDES quo j'ay chez moy escrites à la main le nomment disci- 



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— 364 — 

» pie de Nostre Seigneur, et disent qu'il auoit ouy prescher saint leao aa 
» désert, qu'ìl auoit eslé touiours avec nostre Sauveur, et qu'après sapas- 
» sionilfut envoyé en ces quarliers par sainct Pierre pourysemer la Foy. 
)) A quoy sont aussi conformes les ancieDS monuments et inscriptions 
)) que nous voyons de sainct Sernin. » 

Qu'élaienl ces deux légendes escrites à la main dont parie Catel ? On 
TigDore. Ce qu*il y a de bien assuré, c'est que Calèl lespossédailet qu'el- 
les ressemblaieot fort à nos deux légendes des tapisseries de la calhèdrale 
d'Angers. 

Les unes et les aulres font saint Saturnia disciple da Chrisl eldeJean- 
Bapliste. D'après Catel et mes légendes d'Angers, Tapólre de Toulouse a 
été envoyé par sainct Pierre pour prescher la Foy chrestienne tant en 
France qxCen Espagne. Et si nos criliques modernes les plus sévères 
lai font recevoir sa mission du pape Clément, qui abdiqaa le souverain 
pontificai le 3 décembre de Fan 76 de notre ère, il tfy a enlre lear opi- 
nion et celle de nos légendes , relativement a l'epoque de la mission de 
saint Salurnin, qu'une différence dequelques années. 

Je n'ai nullement l'intention de ressusciter ici la qaerelle historique de 
la mission des sept évéques^mais je ne puis m'empécber de faire ane re- 
marque. 

J'ai beaucoup éludié l'ancien pays de Gomminges, et surtout le haat 
Comminges. J'ai parcoura unepartie de la Catalogne et j'ai constate main- 
tes fois, sur les deux versants de nos Pyrénées^ combien le souvenir de 
la mission de saint Saturnin, aux premières années da cbristianisme, est 
encore vivant dans ces contrées. 

Une tradition qui persevero ainsi à travers les siècles , sans s'affaiblir 
ni se corrompre, me paralt mériter quelque respect. Si Ton ne peut proa- 
ver que cette tradition est Texpression de la vérité, Ton ne peut da moins 
lui refuser les plus sérieuses' présomptions en sa faveur. Il faut que ceux 
qui ont la prétention deTattaquer soient bien armés. Le simple bon sens 
donne le droit d'exiger de leur pari les preuves les plus positives et les 
plus irréfutables. 

J'ai fait encore une autre observation qui, je crois, fera sur l'esprit de 
tout le monde l'impression qu'elle a produìte sur le mien. 

J'ai eu entro mes mains pendant quelque temps un précieux manascrit 



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— 365 =• 

sauvé da pillage el de rinceodie des archi? es de TanpieD diocèse de Com- 
rainges, brùlèessur la place publiquede Sainl-Gaudens en 1793 (1). 

Ce maQuscrit est Tud des documenls doni s'est servi l'abbé Pomian pour 
la rédaclion d'un remarquable mémoire adressé, en 1788, à M«' d'Os- 
mond, dernier évéque de Sainl-Berlrand. Dans ce Iravail l'auleur assure 
qiie sainl Saturnìn parcourut le pays de Comminges el fil bàtir une 
église en Vhonneur de saint Pierre, à Saint-Gaudens, ville appelée alors 
le Mas de Commuìges^u Petit Mas. 

Cetle église, bàlie à Saint-Gaudens par sainl Salurnin, en llionneur de 
Saint Picfrey élail désignée par le vocablede saint Fé. En remonlanl le 
cours de la Garonne oo relrouve, à diverses dislances, plusieurs égllses ou 
chapelles , oa , si ces monumenls ont disparu , des localilés conservani 
encore le vocable de saint Pé. 

Le méme vocable se renconlre aussi frèquemmenl de Taulre cóle des 
Pyrénées , el tous les auleors qui parlent de ces sancluaires, conformes 
en cela aui IradUioos locales, leur assignent une anliquilé très-reculée. 

Celle particolari le, qvA m'a frappò dès ipes premiers voyages en ces 
pays, est restéf pour moi loogtetnps inexpUqtiée. Il élail bieo évident 
qu'one idée graode et fécoode avaìt prèsi imbre s^ 

considérable d'églises jelées sur ces vasles es asse» 

rapprocbées. Mais (]uelle élail celle pensée 1 le avail- 

elle empruQlée? Voilà deux questions ai i encore 

su répondre. 

Àujourd'bui, Messieurs, permeltez-nfioi de hasarder une opinion. 

S'il est vrai^ comme il le parati, que sainl Salurnin a élé envoyé dans 
nos contrées par l'apòtre saint Pierre, il n'esl nullemenl élonnanl qu'a- 
près la mori du prince des apòlres , marlyrisé a Rome Tan 66 de notre 
ère, sainl Salurnin, son disciple, aìl voulu, par un senlimeultrès-nalurel 
de reconnaissance et de dévouemenl a Tégard de celui doni il tenail son 
noble mandai, meltre sous sa proleclion puissanle son aposlolal , les 

(4) Ce manuscrit porte cette note au frontispice : 

« Ce recaeil est très-précieux et utile à Thistoire du Comminges. Je Tal sauvé 
» du pillage du secrétariat de l'évèché de Comminges dont les papi(3rs furent 
» brùlés sur la place publique de Saint-Gaudens en 4793. 

> Signé, POMIAN, prétre et ci-devant secrétaire general de l'évèché. » 



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— 366 — 

peuples qu'il convertissait à la religìoa chrélieDoe et les églises qu'il 
construisait. 

Les Dombreux sancluaires érigés dans nos contrées sous le vocable de 
Saint Pierre, troaveraient doDc là Torigine de leur érectioD et reiplicalioD 
de leur vocable. 

Il y a plus, Messieurs. Ne pourrait-on pas , en touruant la question, 
trouver dans Texistence méme des sanctuaires désignés encore sous le 
vocable de saint Péj uoe preuve de plus a ajouter aux arguments qui 
mililent en favenr de l'opinion, aujourd'hui très-accréditée, qui fait remon- 
ter au premier siede de notre ère la mission des sept évéques dont saint 
Saturnin faisait parile? 

Quanl a la date du martyre de saint Saturnin , fixée par notre legende 
des tapisseries d'Àngers à Fan 38 de notre ère , elle est matériellement 
inadmissible, puisque, d'après les auteurs les plus sèrieux , saint Pierre 
ne vint pour la première fois à Rome que vers l'an 40. 

Je ne me charge pas, par consèquent, de mettre d'accord les deux tex- 
tes contradictoires de notre lègende>, qui afflrme que saint Saturnin fut 
amene à Rome par saint Pierre^ qui Ty sacra èvéque et Tenvoya précher 
dans les Gaules, ce qui ne put avoir lieu qu'après Tan 40, et qu'il re^ut 
le martyre Fan 38. 

L'abbé M.-B. CARRIÈRE, 

Directeur. 



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DISCOURS DE RENTREE 

PRONONCft 

Par HI* Pabbé CìIlKMÉRE: , Dlrecteur, 

A LA SÉANCE DU 22 NOVEMBRE 1870. 



Messieurs, 

Ce ne sont pas nos statuts qui m'imposent la tàche qae je remplis en 
ce moment auprès de vous« Est-ce donc simplement poar obéir à un usage 
banal el contìnuer une Iradition, sans appui comme sans bui, que celui 
qui a l'honneur de vous présider doil vous adresser la parole au retour 
de cbaque année académique? 

Il y a, Messieurs, dans les sociélés polies, des usages dont la délicalesse 
et la convenance sufQraient au besoin à expliquer Torìgine , alors méme 
qu'elle serali inlrouvable^ el a juslifler sa persislance. 

L'usage qui impose a volre président le devoir de vous souhaìter la bien- 
venne a la rentrée de nos sèances est un de ces usages-là. 

Jesuis loln de m'en plaindre et de cbercher à m'y soustraire; je suis 
trop heureux en ce moment de vous tendre une main fraternelie et 
de constaterà en nous comptant, qu'aucun de nous, celle année , ne man- 
que a Tappel. 

Lorsque nous avons échangé nos adieux , au commencemenl des va- 
cances, c'élail sous les porliques de nolre Capitole. Ce vieux monuraent 
de nolre bisloire loulousaine s'élait vu menacé dans ses plus nobles et ses 
plus anliques débrìs. La Société arcbéologique prit sa défense , et ce ne 
fut pas sans perii. L'énergique opposition que la compagnie crut devoir 
faire aux projets destructeurs de radministration municipale sauva peut- 

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— 368 — 

éU'e ces respectables restes, et le Capitole paya sa dette de reconnaissance 
en nous donnant , dans une do ses salles , une hospitalité de quelqaes 
jours. 

Je n'ai nulle envie de vous rappeler les affligeanls détails de celle dé- 
plorable affaire, ni les menaces doni la Socièié archéologique fui robjet 
pour avoir faìt son devoir. Mais, a coup sur, nul de vous, Messieurs, n'a 
oublié avec quelle rapidités'exéculcrent lesdiverses démolltlons de l'ancien 
réfecloire des Auguslins et des salles qu'une adnìinìslralìon intelligente 
nous avait livrées^dansle Musée. Notre allilude, en face des exigences de 
radraìnistration municipale, a I-elle ètè pour quelque chose dans celle 
coupable prècipitation ? Je ne veux pas méme essayer de le rechercher. 
Je me contente de constater que, sans avis prèalable , nous fùmes lout 
à coup jetès, pour ainsi dire, dans la rue, sans que personne songeàt 
à nous accueillir ou à nous protéger. Nos rèclamalions auprès de celle 
adminislration, doni nous n'avions pu, sans forfaire à nos consciences, 
servir les projets, n'aboutirent qu'à de stèriles paroles d'une sympathie 
doni je n'ai pas a apprécier la sincerile , mais qui , du moins, nous fui 
inutile. 

Quant a celle salle, dite magasin des tahleaux, que nous avons de- 
mandée avec ìnstances et dont nous nous serions conteutés, malgré son 
exigu'ìté, il nous a toujours ètè impossible de Toblenir. 

U n'y availdonc plus de place, évidemment, pour nous dans ce Musée 
des antiques, au milieu de ces coUections si intéressantes et si précieu- 
ses dues a l'initiative ou aux libéralilés de la compagnie ou de plusieurs 
de ses membres. 

Àussi depuis le jour où nous dùmes en tonte bàie dégarnir les salles 
que nous occupions dans le Musée pour les livrer auiL démolisseurs , nos 
arcbives, notre bibliothèque, nos coUections parliculières, en un mot toul 
le matèrici de la Société^ disperse gà et là, attendaìt un locai convenable 
où il nous fùt psrmis de le déposer provisoirement ; car la Société archéo- 
logique n'a jamaisabandonné ses justesprèlentìonssur lelogement qu'elle 
ne peut manquer d'oblenir^ tòt ou tard> dans le Musée. 

Nous en étions là, menantune vie nomade, tenantnos réunions un pea 
partout : tantòt cbez notre regretté président, le baron du Périer, lanlòt 
au Capitole, tantòt cbez moi, lorsque^ danslecourantdumoisdeseptem- 



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— 369 — 

bre dernier, je fus averli loul a coup qu'en verta d'ordres supérieurs , il 
nous fallait, « sans le moindre relard, » relirer duMusée ce qui nous ap- 
parlenail. Je convoquai immèdialement la commission permaneule qui, 
seule, dans Ics conjoncUires présentes, poavail statuer sur la posilion faite à la 
compagnie et prendre telles mesures qui lui paraitraientuliles. 

Nous étions en présence d'un cas de force raajeure : impossible de recu- 
ler ou d'atlendre. Ce fui donc séance lenanle et sous Tétreinte d'une iné- 
luctable necessitò que la commission permanente , représentant, pendant 
les vacances, la Société tont entière doni elle possedè les pleins pouvoirs, 
se vit contrainte de voler et votaen effelà Tunanimité la location imme- 
diate d*un appartemenl dans lequel il nous fùt possible de lenir désor- 
mais nos séances et de renfermer tout le malériel de la compagnie. 

M. Trutat, au zèle et à rintelligence duquel je me plais à rendre ici 
Thommage qu'il mérile, voulut bien se charger, ens'aidant de M. Dusan, 
notre bibliolhécaire, des dèmarches nècessaires. 

Il s'agissait de trouver un locai convenable, aussi rapproché du Musée 
que possible. 

Ce locai, Messieurs, c'est celui que nous inaugurons en ce moment. 

Vous l'avez visite tout à Theure, et il ne me sied pas de vous én dirje 
du bien ou du mal. A ceux qui, comme nous^ du resle, trouveraient 
qu'il manque un peu d'ampleur, je rèpondrais que de lous les apparle- 
ments que nous avons visilés, celui-ci est le plus spacieux , le moins ìn- 
commode et le moins cber. Voilà, Messieurs, comment et pourquoi nous 
sommes ici. 

Je viens de laisser tomber de mes lèvres un mot que nous ne pronon- 
(;ons guère que dans le secret de nos réunions les plus intimes. 

Il s'agit, non pas de hautes spéculations scientifiques, mais d'une com- 
binaison d'intéréls tout matériels. 

La grande préoccupalion de la commission permanente a été de sauve- 
garder autant que possible lous les intéréls de la compagnie. NosQnances, 
si sagement administrées par M. Cbambert, notre zèlé trésorier, nous of- 
fraienl encore assez de ressources pour sufflre aux besoins les plus pressanls 
da moment. C'est là-dessusque la commission s'est baséepour délibérer, 
beaucoup plus que sur la réalisation, qui pourrait bien étre un peu tar- 
dive, decertaines espérances. 



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- 370 - 

Mais en se résigoant à la dure nécessitè de payer un loyer de 500 
francs, elle n'a pas oublié qu'ane allocation de la méme somme lui a été 
faite Tannée deruière^ à lilre d'indemnilé de logement, par la commis- 
sion municipale que présidail M. Ed. de Planet. J'ai blen enlendu dire 
que ce n'est peut-étre là qu'un lèmoignage d'intérét personnel. Je De sais, 
Messieurs, quelle est votre manière de voir là-dessus; quant à moi il me 
parali impossible d'admettre que quels que soient les édiles de la cité 
Palladienne, ils puissent l'amener à oubtier le rang qu'elle a toujours oc- 
cupé dans la République des lellres. Ses académies Tont , de tous temps , 
rendue célèbre, et Toulouse occupe encore, dans le domaine des iatelli- 
gences, une place d'bonneur. Ce serali faire injure a Toulouse la savante 
que de lui supposer de nosjours des goùls moins nobles et des aspiratìons 
moins èlevées. Non , non , je ne permetlrai jamais qu'on nous fasse Tin- 
jure d'inserire sur le fronlispice de nolre tempie ce vers célèbre : 

Voi ch'intrate, lasciate ogni speranza. 

Non , Messieurs , nous ne pouvons nous résigner à désespérer de 
l'avenir d'une Société savante qui compie déjà quaranle années 
d'une existence utile, quoique modeste; qui ne domande à la cité qui la 
protége qu'un asilo au sein des coUections qu'elle a créées , et au budget 
municipal que celle obolo qui l'éloigne aulanl de la misere que de 
l'opulence. 

La Société archéologique traverse en ce moment une crisepénible; mais 
si elle parlicipe aux malbeurs de la patrie , pourquoi , lorsque sonnera 
Theure de la délivrance et du triomphe, n'auraitelle pas aussi sa pari dans 
la prosperile publique? 

Elle a d'ailleurs fall entendre une des premières son énergique cri de pro- 
testation contro le vandalismo impie de ces Barbares qui n'ont pas su encore 
apprendre a respecler les oeuvres du genìe : les monuments, les bibliothè- 
ques, tous les chefs d'oeuvre de l'art et de la pensée. Il n'est pas possi- 
ble que sa voix ait été converte enlièrement par le bruii des balailles; il 
en reste quelque cbose, croyez-le, dans les échos, pour le moment endor- 
mis, du monde savanl. Et que faut-il pour que celle voix soit enlendue?.. 
Une heure de calme et de sécurité. 



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— 371 — 

On nous reconnatlra, Messieurs, à ce nobie cri d'alarme ; on verrà qaels 
soni les gardiens qui veilleDt sur les trésors de la Cile, et après avoir bien 
mèrilé de la science, des lettres et des arts qui font notre bonbeur plus 
encore, peut-étre> que notre gioire, il nous sera dit que nous avons aussi 
bien mèrité de la patrie. 

En attendante Messieurs, nous saurons nous montrer les dignes frères 
de ceux qui sont restés fidèles aux gloires et a Pbonneur de la France. 
Nousaurons, nous aussi, le courage dusacriQce. Heureux de vivre, nous 
nous interdirons tonte dépense qui ne sera pas d'une absolue nécessilé et 
nous redoublerons de zèle et d'activité dans l'accomplissen^ent de notre t&- 
cbe. L'auslérité du labeur deviendra pour nous une source plus abondante 
de nobles et délicales jouissances. 

Hérodote raconte (1) que les Scythes crevaient lesyeux à leurs esclaves 
aQn que rien ne pùt les distraire et les empécber de battre leur lait (2). 
L'ìgnorance et l'oisiveté sont des Scythes qui aveuglent ; livrons-nous aa 
travail qui éclaire et ennoblit. 

L'abbé M.-B. Carrière, 

Directeur. 



(1) Lib. IV. 

(2) Montesquieu , Esprit des lois , circa finem . 



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RlSIDENCES HISTORIQUES DE LALBIGEOIS "'. 



LA CASTAGNE (2). 

Farmi les plus gracieux, lesplus rianls faobourgs, donnés par la vapeur, 
en 1864, à la capitale da midi de la France, nous n'bésilons pas à signa- 
ler Rabaslens d'Albigeois. Cesi la première station que renconlre le 
Grand-Ceolral, lorsqu'il remonte la plaine du Tarn, après avoir délaissè, 
bien a tort, la riche, induslrieuse et large vallèe de l'Agoùt. Assise au 
bas de coteaux peu élevés , mais assez pitloresques , la vieille ville pré- 
sente de loin une longue ligne onduleuse de murs et de toits noircis par 
le temps, sur laquelle se détachent quelques maisons blancbes et neu- 
ves, et que surmonte une sombre èglise de construction singulière. 
L'hiver, le paysage est nu ; Tèté , la plaine est sèche et les coteaux dèboi- 
sés montrenl leurs chaumes roussìs; mais au prìnlemps, en avril sur- 
tout, celle masse obscuro d'babitations ancieniles s'encbàsse dans un 
cadre ravissant. La plaine et les hauteurs sont couvertes de péchers en 
fleurs, de pruniers et d'amandiers d'un blanc de neige, de verdure 
naissante. Quand on arrive par le traìn du soir, vers Theure où le soleil 
disparaìt, s'il a più, si le couchant est dorè et le del bleu parsemé de 
naages rougis par les derniers rayons , rien de plus calme et de plus 
charmant que ce paysage, où le blanc , le rose , le vert tendre se mélent 
dans leurs plus délicales nuances. Aucun bruit que celui du train , au- 
cune fumèe noire que celle de la locomotive ne souille la pureté de Tair. 



(1) Dcux notices, sous ce litre general, ont paru, il y a quelques années, dans VUlustralion 
du Midi : le cbàUau de Saìnt-Géry et le chMeau de Paiilin. 

(2) A Rabastens d'Albìgeois, dans le Bourg-Méja. 



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— 373 — 

Le pays n'a pas d'iDdustrìe, pas de commerce , et sur la ville, au lieu du 
panache épais des cheminées des fabrìques , flolle ce léger voile iranspa- 
rent et azuré qui s'échappe des feux du soir et fail réver d'honnéles et de 
paisibles foyers autour desquels se retrouve la famille après les travaux 
du jour. 

Je ne veux pas parler aujourd'hui de Téglise Notre-Dame du Bourg et 
de ses peiutures, ni de Taspcct originai des rues élroiles et torlueuses, 
seul veslige d'un passe tròs-reculé ; ni des fossés profonds que traverse 
encore un poni très-ancien et Irès-ólevé, à Irois arches ogivales. On les 
comble, ces fossés , de jour en jour, avec une ardeur incroyable. Encore 
quelques années, et, à la place du ravin verdoyant qui séparait le 
Bourg-Méja de ses faubourgs et du chàleau et lui faisait une défense res- 
peclable, s'étalera un boulevard monotone, dont une parile, la Lice, existe 
depuis longlemps et sufQsail amplement pour la promenade des babitants. 

Aujourd'hui, je voudrais seulement faire connailre une maison doni 
Taspect ne peut manquer de frapper le voyageur. Elle est située à droile 
du pool suspendu, en venanl de la station. Celle maison a divers carac- 
tères Irès-parliculiers : elle est de proportions exceplionnellemenl consi- 
dérables. Tandis que toutes les aulres , en aval , soni prolégées par une 
longue élendue de quais aux arceaux en ogive , et en amont par des 
terrasses et des jardins en pente , celle-ci s'est posée forlement au bord 
de l'eau , et se mire dans les flols du Tarn , quand ils veulent bien élre 
verls et Iransparenls et non pas d'un rouge terne et boueux. Elle a six 
étages , doni Irois, à demi souterrains , ne soni apparents que du còlè de 
la rivière; les irois aulres s'élèvent au-dessus du niveau du sol de la 
berge. Des arbres vigoureux monlent de la rive à la hauteur du rez-de- 
chaussée (4^ sur la fa^ade exlérieure). Un grand jardin, deux aulres 
corps de logis, de vasles communs complèlenl celle habitaiion , une des 
plus belles et des plus heureusement siluées de TAlbigeois. 

Les èlages inférieurs soni anciens, éclairéè de rares el élroiles ouver- 
lures, séparées par sept robusles conlreforls à plusieurs relrails. A l'in- 
lérieur de ces énormes soubassemenls reslenl quelques rares Iraces 
d'arcbilecture du seizième siede ; mais toni ce qui pouvail rappeler le 
passe a été le plus soigneusement possible délruil, au siede dernier, par 
des possesseurs opulenls. 



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— 374 — 

En outre de sa grandeur , de la beaulc des appartemenls , celle de- 
meure a une disUnclion Irès-significalive : celle de porler, au milieu d une 
ville, un nom à elle, un nom chanopélre, comme qui dirait un chàleau 
ou une residence rurale. Elle se nomme la Castagne. 11 semble qu*elle 
ait élé le cenlre d'un fief , dans celle ville qui ne reconnaissait de sei- 
gneur que le roi. Oulre ses possesseurs , je vois dans les anciens actes : 
Antoine Trégan , de la Castagne ; Mouillel , de la Caslagne , bour- 
geois , eie. , eie. 

Que le lecteur veuille bien mainlenant pénélrer avec moi dans les 
archives de Rabastens. Je crois pouvoir lui promellre que celle excursion 
ne sera pas sans inlérél. Nous allons trouver d'ailleurs , au seuil de celle 
elude , un nom qui a le don , depuis bien plus de deux cenls ans , de 
faìre ballre le coeur de loul Languedocien. 



L'année 1621 fui Irès-laborieuse à Rabaslens. Les consuls, « a savoir, 
saiges personnes : sire Pierre DussoUier , bourgeois ; M« Laurent Vinel , 
bachillier y advocat et nolaire ; sire Jean Giscard second , marchand 
chaussalier, et Vilal Veyries » deSainl-Àmans, » ne rèunirenlpas moins 
de qualre-vingt-lreize fois le nombreux Conseil qui les assistali dans Tex- 
pédilion des afifaires de la ville. 

On se doule aujourd'hui si peu de ce qu'était alors une commune , de 
son self-government y qu'on serail surpris, et peut-élre effrayé, de voir 
celle immixlion si considérable et si conlinuelle des ciloyens dans les 
affaires publiques. La composilion de ces Conseils ne paraitrait pas 
moins élonnanle. Mous nous conlentons, depuis les conquèles de la 
Revolution , à beaucoup moins de frais. Je prends au hasard le person- 
nel d'une de ces assemblées. Il n'esl peul-élre pas mauvais, dans une 
ère de liberlè et d'égalilé parfailes, de se rappeler commenl se passaienl 
les choses dans un lemps d'asservlssemenl et de privilége. 

Je renconlre^ dans mes notes, une sèance du 31 aoùt 1608. L'as- 
semblée se composail, oulre le lieulenant du roi et les quatre consuls, 
de qualre-vingl-douze personnes. 

C'élaienl d'abord vlngt et un bourgeois, parmi lesquels les Resclauze , 
les Albine , les nobles Pierre Duvernel d'AurevilIier et Pierre Duvernet 



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— 375 — 

frères ; les frèrcs Rolland y Pierre de Fìgeac et les nobles Géraud et Paul 
d'Albières , etc. ; 

Deox Dotaires , non boargeois ; 

Deux praliciens ; 

Vingt marchands ; 

Six costuriers ; 

Deux teyssendriés (lisserands) ; 

Deux hòtes, doni Nicholas Àstoalb dit Gradordy ; 

Un fornier; 

Un charpentìer, Jean Boussac ; 

Un arbaleslrier, Ànthoine Gombres ; 

Deox Gordon niers ; 

Un ma^^n , Jean Delcros ; 

Un forg.Ton , Anlhoine Turroque ; 

Un menoisier ; 

Un mangonnier ; 

Deux fusliers ; 

Un musnier ; 

Deux travaìUeurs de la paroisse de Rabaslens , habitant hors des murs 
d'icelle. 

La juridiction de Rabaslens y était représentée par : 

Deux laboureurs et un chaussalier de Grazac (t) ; 

Deux laboureurs de Monlongue ; 

Cinq laboureurs de Ladin ; 

Un forgeron et un laboureur de Guidalh ; 

Un laboureur de Sainl-Marlin-d'Araours ; 

Qualre laboureurs de la paroisse de Sainl-Salvy de la Rescoste ; 

Un laboureur de la paroisse de Saint-Crambary ; 

Deux laboureurs de la paroisse de Puycheval. 

J'ai cilé ces noms , oublìés ou obscurs , à l'appui d'une observation 
curieuse : c'est que les noms des nobles ou de la haute bourgeoisie du 
dix-seplièrae siede n'existent plus a Rabaslens, à très-peu d'exceplions 



(4) Ce nom et les suivants soDt ceux des paroisses comprises dans. le consulat de Rabas- 
lens. 

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— 376 — 

près, et qae les noms populaires s'y sont coDservés soQvenl dans la 
méme profcssion. 

Celle assemblée , où toules les professions , toutes les posilions étaient 
si largetuent représentées, se réunissail un peu partout : dans la maison 
consulaire , dans Téglise paroissiale ou la sagrestanie d'icelle , dans le 
corps-de-garde du Pont-del-Pa, sous les ormes de la porle Soubirane, 
sur la place Publique, eie, eie. 

A l'epoque où nous sommes remonlés, le siége do Montauban imposait 
des charges à toules les communaulés du voisinage. 

Entro le 25 et le 28 seplembre 1621 , Rabastens posséda Thòle le plus 
illuslre de la province. 

Le 25 , les consuls donnent une grallflcation de six pisloles d'or aa 
sieur Bryoudes, maréchal des logìs de Monseigneur de Montmorency. 

Le 26, '< on baille des mules et aulre besliailb pour conduire les cha- 
riols et munilions de Monseigneur. » 

Le 28, les consuls demandent « si la communauté doit payer la 
dépense fai le par les chevaux du seigneur de Montmorency et autres de 
sa suite, lanl aux hostes qu'aux autres habilanls qui en avaient pendant 
le séjour de trois jours que ledit seigneur a fait en ville; et des garsons, 
tels que furenl remisaux bosles, et à quel prix. » 

Le prix fui fixé a U sols par jour et par cheval, et à 8 sols par 
valel. 

Une semblable visite était un grand honneur qui n'était pas sans en- 
irainer des dépenses et de Tembarras. 

Les consuls voulaient savoir aussi s'il fallali payer a Jacob Oulier deux 
pipes de vln qu'il a fournies audit seigneur de Montmorency , à 55 livres 
la pipe , en outre de trois barriques à lui payées par les gens dudit sei- 
gneur ; plus le bois, le charbon et les chandelles par lui fournis au loge- 
meni dudit seigneur dans la maison de M. de Gragniague, et le linge 
quis'y est perdu. 

Henri de Montmorency avait demandò à la ville un quinlal de cordes, 
soixante pics, quarante pelles, cinq cognées, trois scies avec leurs garni- 
tures, pour s'en servir au siége de Montauban. Il avait ordonné de rece- 
voir les malades et les blessés de Tarmée assiégeante. 

Un Conseil tenu un peu plus tard (2 septembre 1622) nous apprend 



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— 377 — 

ce qui était dù aox blessés et malades : « Monseigneur le dac de Ven- 
dosme mandait aux consuis de leor fournir pain , via , potaìge , vìande 
deux fois le jour, mesme leur fournir de linseuls » (draps de Ut; en 
languedocien : lensot). 

Celle précaulion ne tarda pas à élre ulilisée pour Montmorency lui- 
méme. 

(( 11 arriva devaut Monlauban , » dit M. Amédée Reuée, « avec toules 
» les forces dont il put disposer ; il y prlt le poste le plus exposé anx sor- 
» lies , le plus périlleux... Mais les maladies épuisaient l'armée plus en- 
» core que le feu de la place : le due de Montmorency fui atteint de la 
» coQtagion, et od l'emporta mouraot... La duchesse de Montmorency 
» accourut a Rahasteins (sic) , od le malade avaii élé transporté. Àprès 
» des semaines d'angoisse , elle vit le mal céder aux prodiges de son 
» dévouement... Montnoorency (doot Tabsence avait fait abandonner le 
» siégc de Monlauban) , dès qu'il fui en état de se lever, se fit transpor- 
» ter à Toulouse, eie, eie. (1). » 

En efTet, le lundi 25 oclobre 1621 , les consuis de Rabaslens repré- 
senlent au Conseil : 

« Que Monseigneur de Montmorency eslant malade en la présente 
» ville , il sera jornellement visite par de grands seigneurs; mesme que 
» M* de la Croix , capitaìne des gardes dudil seigneur, s'en est alle a 
» Béziers pour amener en ceste ville Madame de Montmorency (2) , pour 
» visiter ledit seigneur , son mary ; à cause de quoy est nécessaire de 
» pourvoir à bonne henre au logement tant de ladite dame et des aultres 
» seigneurs qui viendront et viennent jornellement en ceste ville ; en 
» quoy se rencontrent de grandes difflcullés , parco que toules les mai- 
» sons de la ville sont occupées au logement des gentilshommes qui soni 
» de la suite dudil seigneur, de sorte quii serali bon de dépuler certains 
1) habitans devers MM. de Senaulx, de la Cesquière et Delherm, con- 
» seillers en la Cour, de Veyd, médecin, et Vinel , advocat en Thie 
» (Tholose), qui ont tous maisons en la présente ville , pour les supplier 
» de trouver bon qu'on se serve de leurs maisons, pour y loger lesdils 



(1) Amédée Rénée, Ifme de Montmorency ^ p. 24. i voi. in-S». Paris, Firmin DMot, 4858. 

(2) Marie-Felice des Ursins, deuxième fìUe de Virginio Orsini, due de Bracciano. 



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— 378 — 

> seigneurs et survenanls... Les mémes dépulés seront ehargés de remer- 
» cier M. de Graniague, aussi conseiller en la Cour, de l'hODDeor qa'il 
» lai a più de faire à la ville de ioger ledit seìgneur de Monlmorency en 
» sa maison. 

» De plas , il faut pourvoir ledit seignear de Unge pour le service de 
» soD lougis. MM. Boyssière et Glauzade sont dépulés pour advizer à eo 
» relirer de loulz les habilanls d'ung chascung suivaot sa porlèe et en 
» cas où il vieudraìt à se perdre leur sera payé aux dépeus do la com* 
» munaulé. 

» Le 28 octobre , on décide quo la dépense des carabios du seigoeur 

> due d'Aogoulesme (1) et autres gentiishommes de sa suite sera payée 
» duranl le séjour qu'il fera en la présente ville , venaot voir Monseigoeur 
» de Montmorency ^ aux dépens de la communauté. 

» Sy fourniront au seigneur de Monlmorency , pendant le temps que 
» demeurera en ville, le bois nécessaire pour sa maison. 

)) Les hostes et autres habitans qui norrissent les chevaux dudit sei* 
» gneur et ceux de sa suite seront payés d'hors en avant a raison de 

> 16 sols par cbeval et par jour, et 10 sols par chasque vallet. 

» Les carabins de Monseigneur de Montmorency employés par les con- 
» suls aux afifaires de la communauté seront payés par icelle. » 

Le 6 novembre , Monseigneur de Montmorency est encore à Rabas- 
tens : 

« Les sieurs consuls procureront le paiement de 20 cestiers de bled, 
» qui ont élé baillés par M. Massot aux bolangiers de Monseigneur de 
» Montmorency , et au cas ledit seigneur ne le palerà à son départ , ils 

> lui en passeront oblìgation au nom de la communauté pour étre payé a 
» raison de 10 livres le ceslier. 

» Néantraoings que la dépense faite par les charretiers envoyés par 
» Monseigneur de Montmorency, judi dernier, 4« de ce mois , a ceux de 
» Montauban , soli payée par la communauté. 

» Et inconlinent que led. seigneur de Montmorency sera venu en 

(\) Bcau-frère de Montmorency. 



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— 379 — 

» reconvalesceoce , les consols en feront faire ung feu de joìe avec les 

> salempoilés qu'ils advìzeroDt aux frais de la communaulé. 

» Le 8 novembre , il est conclu par le Conseil que le carabin envoyé 
9 par le seigaear de Monlmorency au camp de Monlauban sera rem- 

> boursé de la somme de %i livres 10 sols gu'il a fouroie pour la dépense 
» faite par douze charreliers qui ont porle les munilions el bagages dudit 
» seigaeur en la présente ville , outre i cestier d'avoine donne par les 
9 consals auxdits charreliers. 

» Le 16 novembre, les bolangiers de Monseigneur de Monlmorency 
» demandenl encore 5 cestiers de bled. 

» Le 28 novembre , les bolangiers de Monseigneur de Monlmorency 
» s'en soni allés et ont promis de payer en Thie (Tolose) la légitime 
» valeur de 59 cestiers de bled qui leur ont èie baillés , soil 588 livres 
» 15 sols (un peu plus de 9 livres le cestier). 

» Il faut de plus commettre des soldals pour conduire a Thle (Toulouse) 
» les munilions de guerre que Monseigneur de Monlmorency a laissées 
» dans les Cordeliers. 

» Et enfin on doit payer 22 livres 1 sol au secrétaire de Monseigneur 
» de Monlmorency pour avoir les ordonnances d'exemption de logement 
9 données par ledit seigneur. 

» Henry de Monlmorency avail dù arriver à Rabastens entro le 21 oc- 
» lobre et le 25 ; car le 21 les consuls lui envoyaient , à Monlauban , un 
» message par MM. Dalbières jeune el Etienne Roques : ils devaient 
» supplier Monseigneur de Monlmorency d'empescber que la compagnie 
3 de M. de Yendosme ne preigne cartier pour loger en ceste ville coume 
» il se jacle de le faire, et a cesi fins leur soil baillé un bomme pour les 
» accompagner. » 

Le 28 novembre, Monlmorency avait quitte Rabastens, puisque ses 
gens et ses munilions èvacuaient la ville. 

Onze ans moins vingt-neuf jours après , le 30 octobre 1 632 , Henri U , 
due de Monlmorency et de Damville, comte de Dammartin et d'Osse* 
moni, premier baron et pair, amirai et maréchal de Franco, cbevalier 
des ordres du roi , atlendait la mort dans une des salles du Capitole. 
Louis XHI , soil par peur , soit par une dérisoire roìséricorde , avait 
accordò que Texécution aurail lieu dans la conr du Capitole et non sur 



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— 380 — 

la place du Salin , comme le porlaìt Tarrét. Il n'étail pas maìade alors : 
presqae guéri des blessures dont 11 fut couvert an combat de Castelnao- 
dary, il ètait dans tonte la force de Tàge , dans toni Téclat de la gioire. 
Poartant, une cour nombreose ne l'entourait plus. Il était seni, dans 
cet état de misere et de délaissement sans nom du condamné j attendant 
qne maìnlevée fùt donnée au bourrean. Qui sait si dans ces heures où 
la vie éconlée doit passer rapidement tout entière sous les yenx da 
patient, qui sait s'il ne revit pas ces jours où un autre daoger a?ait 
menacé savie? Qui sait si, au souvenir de sa femme si tendre et si 
dévouée, de ses amis passionnés, de ses courtisans, de la popularité qui 
Tavait entouré, ne vint pas se méler celui de la petite ville hospitalière , 
de sa population empressée et atlentive , et de ce feu de joie qui celebra 
ce retour si désiré à la vie, par lequel il fut conserve au glaive de 
Richelieu ? 

« On ne règia qua le 17 avril 1622 les avances failes par les hostes, 
» lorsque Monseigneur de Montmorency ètait en ville. 

» Bernard Bertrand avait a réclamer 1097 livres 17 sols. 

» Michel Gaubert 222 2 

» Antoine Laporte 80 10 

» Guillaume Coppène 650 » 

» Jacques Peyron net 19 16 

Total 2070 livres 5 sols. 

» Le 17 mai 1622, il fut décide qu'on dédommagerait M. de Grania- 
» gue de divers dommages quii s'est plaint avoir èté faits en sa maison 
» lors du logement en ville de Monseigneur de Montmorency , et qu'on 
» le remercierait de la faveur qu'il a faite à la ville en logeant ledit 
» seigneur. » 

On con^oit aisémenl que , muni de ces dètails sur le sèjour de Mont- 
morency a Rabastens, j'aie cberché à savoir quelle était colte maison de 
M. de Gragnague , ce toit hospilalier sous lequel souffrit et vècut Tun des 
gouverneurs les plus illustres et les plus aimés de notre province. 

Rien ne désignait son emplacement dans le livre des dèlibèrations 
consulaires : c'est dans les mémoires particuliers , dans les anciens actes 
des notaires que je Qnis par dècouvrir que c'était la Castagne qui appar- 



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— 381 — 

tenail , en 1621, à M. de Gragnague, et à reconsUluer la genealogie de 
ses possesseurs. 

Le premier doni j'ai relrouvé la trace à ces diverses sources est : 

l"" Barlhélemy Delberm de la Castagne, marie à sa cousìne Claire 
Deliierm. 

Celte famiile Delherni , qui n'existe plus a Rabastens , y a été puis- 
sanle. Le premier qui vini s'y élablìr est Olivieri' Delherm, en 1446 (1). 
Leurs armes, de gueules a trois larmes d'argenl, 2, 1 , soni placées an 
claveau centrai d'une cbapelle de Motre-Dame da Bourg. A la cbapelle 
suivante , appelée Notre-Dame de Piliè , le claveau porle un Olivier et le 
Dom d'Olivier Delberm. Cesi dans celle cbapelle que Barlbélemy Delberm 
el Claire Delberm avaienl leur tombeau. 

2o Leur fiUe, Marie Delberm , épouse M. de Caulet , conseiller au par- 
lement. 

Z"^ Ils eurenl pour Alle Marie de Caulet , mariée a messire Pierre Des- 
platSy seigneur et baron de Graniague, grand président au parlemenl de 
Toulouse. 

C'est lui qui possédait la Castagne en 1621 (2). 

4"" Dame Anne Desplats y leur fille , épouse N. de Caminade. 

5<> Marlbe de Caminade, leur lille, épouse N. de Garaud de Cami- 
nade. 

6« Très-haule el Irès-puissanle dame, Jeanne-Frangoìse de Garaud de 
Caminade , leur iille , épouse le maréchal de France , marquis d'Alègre. 

T" N. d'Alègre, leur fille, se marie avecle comle de Rupelmonde. 

8^ Leur fils, Irèsbaul el Irès-puissant seigneur, Yves-Marie de Boulo- 
gne Lens de Ligne, comle de Rupelmonde, lequel a vendu la Cas- 
tagne a 

9"" Messire Pierre-Hercule de Cbastenel de Puysségur, cbevalier, sel- 



ci) Mémoires de F. de Lasserre d'Aroux. 

(2) « Uessire Pierre Desplats, seigneur et baroD de Graniague, président en la cour du par- 
lement de Toulouse, et dame Frangoise de Caulet, mariés, tiennent dans la ville de Rabas- 
tens et Bourg-Méja douze ayrals, maison; tinayral , basse cour et demy-quart jardin 
meilleur hors des murs de la dite ville , confrontant avec la grand'rue , autre maison et 
jardin de M* Pierre Ciauzel , docteur ; fluve du Tarn ; maison et Jardin de Pierre Duvernet 
d'Aure viliier. o (Cadaslre de Rabastens, 4638.) 



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gneur de Barrasi , vers Fan 1739. Il était marie, dit ODe genealogie 
maDUScrite de la famille de Puységur, à Gabrielle de Gaininade. 

L'acqaéreur el le vendeur étaient parenls , descendant égalemeot de 
Pierre Desplals, baron de Graniague y et de dame Marie de Caulet. 

Le comte de Rupelmonde demeuraìt a Paris , rue Saiat-Domioiqae, 
paroisse Saint-Sulpice (1). Ses biens étaienl affermés, car je trouve des 
reotes payées, en 1738 et 1739, aux sieurs Bécat et Pigerou, fermiers 
des biens de la Castagne, appartenant aux hérltiers du maréchal d'Alègre. 
La Castagne n'élait donc pas habitée probablement ; mais elle était libé- 
ralement ouverte pour les plaisirs des babitants de Rabastens. Je lis, en 
effet, dansnn livre de raison conserve dans ma famille : 

« 4 mai 1755. — S'est représenlée en celle ville une tragèdie ìnlilulée 
» Jephté, où ma lille, àgée de dix ans et quelques mois, a représenlé 
» le molle de Jair , fils de Jaìr, juge et chef des Israélites avant Jephlé, 
» et a porte le compliment et l'argumeut de la pièce, ce qui lui a attiré 
» les applaudissemenls et l'approbalìon de tous les espectateurs , qui 
» étaient au nombre de plus de deux mille au grand grenier de la Cas- 
» laigne. Elle s'est fori dislinguée dans son roolle , infiniment au-dessus 
» de la portée de son àge, ce qui a surpris et charme tous les habitans 
» de la ville. A Rabastens, lesdils jours et an. — Lasserre d'Aroux (2). » 

Au risque de muUiplier les épisodes , je ne resiste pas au plaisir d'en 
ajouter un dernier, qui a d'ailleurs une saveur assez myslérieuse au point 
de vue archéologique et artislique. 

Le comte de Rupelmonde, par un acte du 8 septembre 1740, dans 
lequel il était représenlé par W Pierre Doriard, conseiller du roi, cèda 
le patronage de la chapelle de Sainl-Aubin , à laquelle il pretendali avoir 
droit, comme bérìlier des Desplats , des Caulet et des Delherm, à mes- 
sire Pierre-Hercule de CtiasleneU Grande colere des paroissiens de Notre- 
Dame du Bourg , qui prélendaient que les Delherm n'avaient jamais eu 
droit a celle chapelle , qui devenait ainsi celle de la Castagne. Preuve, 
c'est que les armes du roi el celles de la ville soni encore aux vilraux de 
la nef audessus de celle chapelle, ce que les Delherm n'eussent jamais 



(\) Acte de 1740, de M« Verdier, notaire à Rabastens. 
(2) Livre de Raison de la fanr.ille de Lasserre d'Aroux. 



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— 383 - 

soaffert sMls eo avaìent été les patrons. Une autre preave sìngolière fut 
doDDée que ceUe chapelle n'avait jamais servi de sépulture aux asceD- 
dants materoels d'Yves-Marie de Boologne Lens de Ligne de Rupel- 
moDde : 

« 29 décembre 1740. — A esté ensevelie dans la chapelle de Saint- 
» Aobin , aDciennemeDl de SaiDt-Pierre el de Saint-Paul , Mademoiselle 
» Vicloìre de Ghastenet, àgée de 5 ou 6 ans, fille de M. de Chastenet- 
» Puysógor. 

» Eq creusant sous la grande pierre qui est au milieu de la chapelle^ 
» on y à trouvé une grande statue de pierre bianche représentant la 
» figure d'un jeune homme cuìrassé^ avec trois petites flgures d'enfants, 
» et la teste d'un cbien ou lion que ladite figure tient par l'oreille de la 
» main gauche : figure indecente, estant nne de la ceinlure en bas, et 

> qu'on dit qu'un archevéque fil enterrer dans ladite chapelle pour cette 
» raison , parce qu'elle était exposée avec deux anlres dans la chapelle 
» Saint-Joseph, ce qui ne laìsse aucun doubte qu'il y eùt aucun des 
» Delherm ou des Caulet qui soient enterrés dans cette chapelle, etc. ; 
» car il n'y a aucun homme vivant, quoiqu'il y en eùt àgés de plus de 
» 88 ans, qui puisse dire en avoìr entendu dire à leurs auteurs qu'aucun 
» des Delherm de la Castagne, ni Caulet, ni Graniague, ait été enterré 

> dans la chapelle de Saint-Aubin, excepté un certain M. Ensausado, 
» prétre qui y fut enterré il y a plus de 60 ans, etc, etc. (1). » 

Je me domande ce que poovait représenter ce groupe si naivement 
décrit et qui fut Tobjet d'un tei vandalismo. 

De 1739 à 1848, la Castagne est restèe entro les mains de la famille 
de Puységur , et c'est de messire Plerre-Hercule de Puységur que datent 
les récentes illustralions que nous allons rapidement énumérer, sans 
entrer dans le dètail de leurs services et de leurs alliances. L'histoire 
d'une maison, de ses quatre murs aimés, ne saurait étre celle de tonte 
une famille. 

1^ Pierre-Louis de Chastenet, chevalier, comte de Puységur, baron de 
Salvagnac et de Puycelci , seigneur de Barrast et lieutenant general , 
grand'croix de Saint-Louis , ministre de la guerre sous Louis XVI , com- 



(I) Livre de Baison de Lasserre d'Aroax. 



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— 884 - 

mandant eo chef des proviaces de Picardie et d'Àrlois, né eD 1727, mort 
a la Castagne en 1807. 

2o Jean-Àagaste de Chastenet de Pay$é|[ar , évéque de Saint-Omer , 
puis de Garcassonne, archevéqae de Bourges et primat des Aquitaines, 
frère d^ précédent , mort en 1815 et enterré dans la chapelle de Saint- 
Àubin. 

3^ Jean-Louis de Chastenet, vicomte de Pay segar , né en 1758, liea- 
tenant general , gouverneur de la 9* division militaire, capitaine d'une 
des deux compagnies de gardes du corps de Monsieur, frère du roi (dont 
il étail rami particulier) , mort aux Tuileries en 1820. 

4'' GaspardHercule de Chastenet, comte de Puységur, pair de Franco, 
né en 1769, mort a Rabastens le 10 fèyrier 1848 , bienfaiteur des pan- 
vres de Rabastens. 

C'est le dernier possesseur de la Castagne sous lequel cotte maison ait 
jeté un grand éclat. Il y regut, en 1814, Monseigneur le due d'Àngou- 
léme. 

Sous la Terreur, la Castagne servit de prison aux mspects de Rabas- 
tens , où la Revolution fut d'ailleurs benigne , et qui fut témoin d'une 
héroique tentativo royaliste d'un paysan des environs, Francois Ratlier. 
C'ètait peut-étre un Cathelineau dont la bache révolutionnaire trancha la 
téte^àCaillac, en 1794. 

La branche de la maison de Puységur , dont nous venon» de parler , 
compte plusieurs représentants en Albigeois et dans l'Agenais ; mais la 
Castagne , d'où sont sorlis les personnages que nous avons cilés , ne leur 
appartient plus. Elle est inhabitée maintenant. Le silence a remplacé les 
fèles. 

A la mort du dernier comte de Puységur, que son flls avait depuis 
longtemps précède dans la tombe y elle est devenue la propriété de son 
gendre, M. le marquis de Montcalm-Gozan, veuf de M"* Zoe de Chastenet 
de Puységur. 

O- DE TOULOUSE-LAUTREC. 

ftaint-Sauveur , 2 mai 1870. 



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NOTE 

8I1R LES liDAILLES ET IEDAILLON8 ENCASTfiS , 

Lue à la Socióté Archóologique du Midi de la France. 



Séance du %% mars 1870. 

Je suis de Topinion des numismatistes qui distingueni dans le classe- 
ment de ieurs pièces autiques les mounaies des médailles et des médail- 
lons. 

Les monnaies étant la représentation conventionnellede tous les objets 
nécessaires a la vie, afin d'en faciliter les échanges, n'avaienl rigoureu- 
sement de \aleur intrinsèque que par le poids et le titre. Les mouétaires 
ont toujours dù les frapper ou les couler avec le moins de frais et le 
plus rapidement possible. 

Si chez les Grecs, à l'epoque de leur splendeur , et chez les Romains , 
Ieurs imitateurs, sous les premiers Gésars et sous les Àntonins , Fon re- 
marque un travail d'art dans le relief et le dessin de leur simple mon- 
naie, c'est que l'art ne leur coùtait rien ; il faisait en quelque sorte partie 
de l'organisation de l'homme. 

Les médailles et les médaillons étant des pièces destinées à perpétuer 
le souvenir de quelques grands faits historiques , de quelques hommes 
célèbres, ou de quelques qualités (très-souvent problématiques), les 
souvenirs qui les faisaient frapper nécessitaient dans leur fabrication plus 



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— 2 — 
de soins ; et ni le temps ni les frais ne devaient étre épargnés pour cette 
oeuvre ordinairement Uree à un nombre d'exemplaires limite. Le travail 
d'ari, quoique vulgarisé , devait cependant en ètre plus soìgné que pour 
les monnaies; raais ce qui devait offrir le plus de difficultés, c'était 
surtout le moyen d'obtenir un flan régwlier et d'éviter la cassure des 
bords. 

Bien que la manière de frapper les monnaies chez les Romains ait été 
décrite assez souvent, rappelons ici quelques détails techniques néces- 
saires à notre suje't. 

Les coins dont les Romains se servaient pour frapper leurs monnaies 
etleur médailles étaient en bronze^ ce qui est prouvé par ceux qui, par- 
venus jusqu'à nous, sont conservés dans nos musées. Ces coins, n'ayant 
pas la dureté du fer ou de Tacier , devaient s'émousser très-vite. Pour 
éviter qu'ils fussent hors de service en peu de temps, le monnayeur de- 
vait, selon tonte probabilité, faire chauffer le flan à un certain degré 
avant d'y imprimer l'empreinte du coin. 

L'on peut donc supposer que Ton frappait sur un flan chauffé préala- 
blement et que Touvrier ne donnait qu'un seul coup de marteau ; car s'il 
avait été obligé de faire cette opération en plusieurs fois , il aurait été 
obligé de faire rajuster le flan entre les coins : opération presque impos- 
sible sur un flan chauffé et par conséquent peu facile à manier ; de plus 
cela aurait occasionné des surfrappes qui eussent rendu les pièces pres- 
que toutes défectueuses. 

Si le flàn avait été frappé à froid et d'un seul coup , il n'aurait pas 
offert assez de ductilité pour recevoir une empreinteparfaite, quelle que 
f&t la puissance de la pression , et Topération faite ainsi aurait mis le 
coin hors de service du premier coup, la plupart du temps. 

La pression extraordinaire sur le flan , par un seul coup de marteau , 
malgié le ramollissement par le chauffage, ne trouvait un metal ni assez 
ductile ni assez malléable pour éviter que, le plus souvent, il n'éclatàt; 
de là, la grande quantité de monnaies romaines dont la tranche est 
éclatée. 

Pour éviter cet inconvénient dans la fabrication des médailles et des 
médaillons, les anciens ont dù imaginer Tencastage. 

Les médailles et les médaillons encastés sont, comme on le sait, des 



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- 3 — 
flans d'or, d'argent ou de bronze enfermés daiis un cercle de metal de 
mème nature, ou de nature differente; pour ceux de bronze, le cercle 
est presque généralement du méme metal que le flan , mais souvent ces 
deux parties de la pièce, quoique de méme nature, diffèrent par la cou- 
leur : ainsi le flan sera d'un cuivre ou bronze rouge, tandis que le cer- 
cle aura une teinte jaune de laiton ou légèrement bianche. Cette diffé- 
rence de couleur dans le bronze ou cuivre provient de ce que les 
Romains n'affinaient pas le metal pour la fabrication des monnaies ou des 
médailles; ils réduisaient le minerai de cuivre tei qu'ils le trouvaient 
dans la nature ; et comme ce minerai est presque toujours accompagno 
d'autres métaux , tels que le zinc (blende) , ou combinaison des deux 
(calamine ou lailon), ou avec le plomb sulfuré (galène) , de là vient la 
grande variété de couleurs que nous voyons dans les monnaies ou^ mé- 
dailles romaines. 

Nous devons ajouter que les Romains, connaissant la manière de fìler 
les métaux, ainsi que nous Tindique une fonie d'objets en filigrane con- 
servés jusqu'à nous, avaient dù remarquer que le bronze file offre une 
plus grande ténacité que celui qui a été fondu. 

Nous pouvons donc admettre que c'était pour empècher l'éclatcment 
du flan des médailles ou médaillons privilégiés , à la «conservation des- 
quels ils tenaient particulièrement, que les Romains avaient la précaution. 
de circonscrire le metal du flan dans une virole en metal file ; et ce qui 
vient corroborer mon opinion, c'est que les légendes des médailles ou 
médaillons encastés sont généralement imprimées sur le point de joiic- 
tions de deux parties du metal. ^ 

Tels doivent étre, je crois, la raison et le mode^e fabrication des mé- 
dailles et médaillons encastés. 

CHALANDE. 

Toulouse. le 15 juillet 1870. 



TODLOUSB. — IMPRIMEIUB A. CHAOVIN BT Pll^ , li UE MIRBIH>1X , 3. 



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MONNAIES INÉDITES 



DE 



LA PROVINCE DU LANGUEDOC 



Soos le rapport namismatique , la province da Langaedoc est sans 
coDtredit une des plus ricbes, par la variété de ses types et le nombre de 
ses ateliers. 

Les premières publications sor le monnayage de cetle province ont 
été faìtes par Fauris de Saint-Vincens et Tobiesin Daby. Ce dernier sur- 
toot , dans son excellent oovrage sur les Monnaies des barons, publié a 
Paris en 1785, peni étre considéré comme le créateur de la numismati- 
que languedocienne , et son livre sera toujours un trésor où tous ceux 
qui se livrent à l'étude des monnaies seigneuriales viendront puiser de 
précìeux renseignements. 

Le travail le plus important qui ait été fait sur l'bistoire monétaire da 
Languedoc est celui qu'on peut lire dans le 2* volume de Touvrage publié 
par Faustin Poey d'Avant (Monnaies féodales de France, 3 volumes 
in-4°, Paris, 1860). 11 donne la description de deux cent qualre-vingt- 
une monnaies languedocìennes; Duby n'en avait fait connaitre que trente 
et une. 

Depuis de nombreuses années , je me suis occupé d'une manière pres- 
que exclusive à former une saile des monnaies da Languedoc; j'ai en la 
benne chance, il y a quelque temps , de Paugmenter de quelques belles 
raretés que renfermait la coUection Soalage, et maintenant je possedè 
cent sept des mpnnaies des comtes de Toulouse (Poey d'Avant n'en fait 
connattre que soixante^deux ) , deox cent soixante-trois poar le Langae- 
doc, cent soéxante-hait pour le Marqaisat et la Provence; plas cent 



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- 386 — 
soixaDle-quatre monnaies royales^ jetons et médailles de l'atelier de Toa< 
loQse ; et j'ai DOD-seulemeDt daos ma coUection tout ce qui a été poblié 
jQsqu'à ce jour , mais eocore beaucoup de pièces inédites. Cest de ces 
dernières doDt je vaìs avoir Thonneur de vous entreleoir. 



LANGUEDOC. 

NM. — Raymond IV, comte de Toulouse, de 1088 à 1105. 

RAMVNDO. Croix. 
^ -+- TOLOSA . GIVI. Dans le champ, les lettres VP T et une croisette. 
Denier argent de billon j poids , 1 gr. 20 e. 
Ce denier a uà type bien différent de celui décrit par Poey d'Avant. 

N« 2. — RAMVNDO . COME. Croix. 
1$ H- TOLOSA GIVI. Dans le champ , le monogramme de V G très-dégé- 
néré. Obole d'argent ; poids gr. 50 e. 

N« 3. — Bertrand , de 1105 à 1112. 

BERTRAND . COME. Croix simple. 
^ -+- TOLOSA . CIVL Dans le champ, les lettres S V. 
Obole argent de billAn ; poids, gr. 65 e. 

G'est le méme type que le denier décrit par Poey d'Avant , n® 3682 , 
planche 90, n** 14. 

N« 4. — BERTRAND COME. Croix cantonnée d'un annelet au 4»'. 
^ -+- TOLOSA . GIVI. Croix à long pied accostée de deux annelets. 
Obole argent de billon ; poids , gr. 47 e. 

Méme type que le denier décrit par Poey d'Avant, n** 3683, planche 90, 
n« 15. 

N*» 5. — Obole inèdite de Bertrand, comte de Toulouse , de 1105 à 1112. 

B. I CO I MI I TO. Croix coupant la legende. 
^ ■+- TOLO place verticalement et SA GIVI en legende circulaire. 
Obole argent de billon ; poids,' gr. 50 e. 

Méme type que le denier décrit par Poey.d'Avant, n* 3684, planche 90, 
n« 16. 

Poey d'Àvaot a décrit od denier da méme type dans son V volume 
des Monnaies féodales de France, page 247 , n^ 3,684^ plaDChe hXKx, 



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— 387 - 

D® \6. Daos la note qai soit cette descriptioQ , il signale l'empreinte de 
celle monnaie cornine élaol très-remarquable et nouvelle. 

Les premières monnaìes de la province du Langaedoc ont presqae 
toQles le type immobilisé du roi Eudes. Sous Charles le Simple (ainsi qoe 
le fall remarquer Poey d'Avant) naqail ane rude concurrence faite aa 
type odonique et qui finii par le sopplanter. Elle fui due aux évéques, 
doni le premier, appelé Hugues , inscrivit son nom dans le champ da 
revers des monnaies, à la place qu*occupail ordinairemenl celui du roi. 
Le mot VGO varia de forme selon les époques et fut quelquefois rem- 
place par les lellres E, T, 0, ou L, 0, S, doni la significalion est encore 
ìnexpliquée '^ mais depuis le commencemenl de la dominalion des comics 
jusqua l'année 1271 , aucune monnaie de ces seigneurs u'exisle avec la 
croix coupanl la legende, sauf celle du comte Bertrand. 
. Catel, page 158 de son Histoire des comtes de Toulouse, donne (sauf 
une diflférence de date qu'il signale) la version de deux hisloriens espa- 
{[nols, le premier Estevan de Garivoy, le deuxièroe Hiéronimo Zurita, 
lesquels affirment que Bertrand eut recours à Àlphonse, roi d'Aragon, 
afln qu'il lui vini en aide pour reconquérir ses Etats, qui, pendant son 
séjour en Terre-Sainle , avaient élé envahis par Guillaume, comte de 
Poiliers , due d'Aquitaine. Afin d'obtenir l'appui du roi d'Aragon , il lui 
soumil ses villes de Toulouse, Narbonne, Béziers , Àgde, tlarcassonne , 
Albi, Gahors , Rodez, etc, en se déclarant son vassal et feudataire. 

Les monnaies du royaume d'Aragon ont constamment le type d'une 
croix coupanl la legende , depuis le commencemenl du douzième siede 
jusqu'en Fan 1621. Ne pourrait-on pas admettre que le comte Bertrand , 
en dounant à sa monnaie le type de celles du roi d'Aragon , alt voulu 
fairé hommage ou acte de vassalité vìs-à-vis de son suzerain ? Ce qui 
f ient corroborer l'opinion que j'émets sous tonte réserve , c'est que les 
vicomtes de Béziers et de Carcassonne , qui ont eu recours au roi d'Ara- 
gon dans les guerres qu'ìls eurenl à soutenir, ont égalemenl dérogé au 
type ordinaire de leur monqayage et en ont fall forger avec la croix cou- 
panl la legende. 

Je laisse à plus habile que moi le soin de vérifier si mon appréciatìon 
est jusle. 



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— 38& — 

MARQUISAT DE PROVENCE. 

N» 6. — Raymond VI ou VII, de t222 à 1249. 

-+- R . COMES. Le soleil et la lune. 
^ DVX • M. Groix coupant la legende évidée avec irois besants à chague 

eitrémité. 
Obole de billon ; poids, gr. 31 e. 
Meme type que le denier décrit par Poey d'Avant, n* 3720, planche 91, 

n« 17. 

BÉZIERS. 

N'» 7. — Roger II, de 1167 à 1194. 

RO . VICECO. Dans un champ , un R barre. 
^ -4- BITERI CIVIT. Croix cantonnée d'un annelet au 2»«. 
Obole de billon ; poids , gr. 35 e. 
Meme type (jue le denier décrit par Poey d'Avant, n® 3830, planche 95, 

n0 7. , 

NARBONNE. 

N"» 8. — Alfonso Jourdain, de 1134 à 1143. 

ANFOS . DVX. Croix cantonnée d'un annelet au l«^ 
^ NARBONE CIVI. Dans le champ, quatre annelets. 
Denier d'argent; poids, 1 gr. 40 e. 

Type différent de celui décrit par Poey d'Arant , n* 3759 , planche 92 , 
n« 16. 

• CHALANDE, 

Membre titulaire. 



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TAPISSERIES 



DE 



SAINT-ETIENNE 



MESSIEURS. 






Notre église cathédrale a été l'objel de plusieiìi:^ Aòmés historiques et 
moDographìqaes. On s'esl occupé du moDument;Ìm a toujoprs Déglìgé 
d'étudier son mobilìer. Il D'y a pas là de quoi s'étonner. 

Ed effet^ gràce aux révolutioQS, au temps toajours destructeur, à la 
ceotralisatioD des archives et, peot-étre, à bien d'autres caases, le trésor 
de Dotre cathédrale se troave bien appauvri. Il ne reste guère plus, de ce 
qui aotrefois pouvait le reodre digne d'envie , que les qaelques tapisse- 
ries doDt je vais avoir ThonDeur de vous entretenir. 

Farmi elles , il en est encore d'assez bien conservées., Beaucoup soat 
daDS un état de dégradatìon qui a éveillé les sollicitudes du Couseil de 
fabrique. Les hommes d'intelligence et de goùt qui le composent regret- 
taìent de se voìr peut-ètre dans la necessitò de laìsser passer dans des 
cabinets de coUectionneurs ces vénérables témoins de la pieuse générosité 
de nos pères. 

Avant de prendre une décision , ces messieurs voulurent avoir votre 
avis sur la valeur intrinsèque des tapisseries de la cathédrale , sur Tioté- 
rét historique qu'eltes présentent et sur la possìbilité, si elle existe encore, 
de leur restauration. 

La Compagnie accueìllit avec empressement Touverture qui lui en fut 
faite par l'un de ses membres, et M. le président nomma siir-le-champ une 
GommissioD chargée d'étudier la question proposée. La Commission nom- 



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— 890 — 

mée par M. le président de la Société archéologiqae se composait de 
MM. le baron da Périer, président; Chambert, architecte diocèsain, 
Irésorier de la Compagnie ; de Claosade; Bunel ; Fabbé Carrière, direc- 
teur. 

De soii coté, la Fabrique de Saint Etienne avait nommé, poor la 
représenler, une Commission composée de MM. de Marsac^ de Resse- 
gaier, Ressigeac. 

Dans une première visite , a laquelle assistaient MM. da Périer , 
Chambert, Bunel, Fabbé Carrière, Fabbé Roger, vicaire general, Fabbé 
Piéchaud , arcbiprétre de la Métropole , Fabbé de Fleyres , cbanoine 
titulaire , Ressigeac et Fabbé Reulel , prétre-sacristain et trésorier de la 
Fabrique, tout le monde fui frappé de Fintérét qu'offraient à tous les 
points de vue les objets qu'on allait étudier. 

La Commission mixte dont je viens de donner les noms me fit FboD- 
neur de me nommer, séance tenante, rapporteur de ses travaux. 

Cesi ce rapporl, Messieurs, que j'ai Fhonueur de vous soumettre 
aujourd'hui. 

Pour plus de facilité dans Fétude et plus de clarté pour le lecteor, je 
diviserai les tapisseries de Féglise Saint-Etienne en plusieurs groupes. 

PREMIER GROUPE. 

Ce groupe , compose de neuf pièces de forme allongée , reproduit loute 
la legende de sainl Etienne : sa vie, son martyre et Fhistoire de ses 
reliques. 

On pense que ces tapisseries , ainsi que celles qui foriì)ent le groupe 
suivanl, étaient deslinées à revétir aux jours de solennité les hauts dos- 
siers des slalles. 

Au bas >de cbaque tableau , un distique latin , écrit sur une seule 
ligne ; explique le sujet qu'il représente. 

Nous allons les parcourir dans leur ordre cbronologique et par nume- 
ros distincls. 

NM . — Election de Saint Etianne. 

SEPTENOS . VELVT . ANTE . MICAT . SOL . AVREV8 . IGNES 
SIC . STEr>HANE . E . SEPTEM . GLORIA . PRIMA . TVA . EST. 



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— &94 — 

Aa ceùtre da tableau^ od apercolt ^nl Pierre 4)imbé , tenant les clés 
dans la maio gauche et imposaDt la maio droìle sur la lète de saiot 
Etienne, à genoux devant lui et ayantles mains jointes. 

A gauche , derrière saìnt Etienne, on remarque les six diacres revétns 
de la Uinique et portant la tonsure monastique; ils sont à genoux. 

A droile , lout le collège apostolique. Tous les apdtres sont nimbès. 
Gelai Qui occape Textrémitè dn tableau et qui est le plus apparent ttent 
un livre ferme sous son bras gauche. Serait-ce saint Paul?... 

Un chien. 

No 2. — Miracles de saint Etienne. 

SIGNA . PATRET . NOVA . PRODIGIIS . MIRACVLA . IVNGAT . 
VLLVM . lìPSO . «IGNVM . TVIAIVS . ERIT . SfÉPHANO. 

Malades de toute sorte , assis, à genoux , deboul, etc... 

Au centro, saint Etienne debout, la main droite èlevée vers leciel, la 
gauche éleodoe ver» la torre. 11 est aimbé et il polle (a tonsafe fiaonas- 
tique. 

Un chien. 

N"" 3. — Saint Etienne devant ses accusateurt. 

INSONTEM . DAHNATE . REI . ET . ME . P'LEGTtTte . VlNDtìX . 
SED . TAMEN . IPSE . SVVM . STAT . MEVS . ANTE . PATREM. 

Aa centro, le juge, sur son tróne, déchire ses vèlements sur sa poi- 
trine. Saint Etienne deboat devant lui. 
Un chien accroupi. 

N"" 4. — Condamnation de saint Etienne. 

DAIVD^ (?) E . MAN VS . SIC .VINCI . ET . VINCERE . PVLCHRVM . EST . 
* ìEQVA . VBI . VICTOBiI^ PROEMIA . VCCTVS . HABET. 

Saint Etienne, debout, tient dans la main gauche un rouleaa déployé, 
sor lequel il indique avec Tindex de la maio droite , dans Tattitnde de la 
dèmonstration. 

N"" 5. *— Lapidation da saint Etienne. 

. LMTM . SILICES . O . FELIX . SAXE VS . IMBER . 
QVAM . FIETT . TALI . GRANDINE . TERRA . FERAX. 

61 



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— 398 — 

N* 6. — EnseTelisseineiit de Saint Etienne. 
SAXA . SIMVL . CORPVSQVE , BPPER . VESPILLO... 

• 

Cette inscriplioD est incomplète. Une partie de reDcadrement manqae 
aa tableau. Deox chìens lancés ao galop. Deux oiseaox de fantaisie per- 
chés sur des arbres. Dans le loinlain, une ville fortifiée... A l'arrière- 
pian, des montagoes. 

N^" 7. — Apparition de Oamaliel au prdtre Lucien. 

( Inveii tion des reliques de saint Etienne.) 

EVIGILA . COELIQVE ROSAS . AGNOSCE SACERDOS . 
HEV . NESCIS . FVNDO BJEC ESSE ROS... 

Inscription incomplète. 

N<» 8. *— Le prdtre Lucien raconte sa vision à Tévéque Jean. 

MONSTATAS . I . PROFER • OPES . QVID . IVSSA . MORARIS . (PI. L) 
ALTERA . SAT . DIVVM . TE . MONVISSE . FVIT. 

Chien accroopi. 

Cette tapisserie est noe des mieax cooseryées du groape. 

^o g^ _ Translation des reliques de saint Etienne. 

SALVETE . . SACRI . CINERESS {sic) ET • DEBITA . CCELO . 
OSSA . SIT . HIC . NOSTRI . PIGNVS . AMORIS . HONOR. 

Gelle-ci est encore bien conservée et est fort belle. Toat ce groupe 
peut étre facilement restaurò. 

DEUXIÈME GROUPE. 

Saints évéques de Toulouse. 

N« 1. 
En haut , sur un cartouche : 

S. SATVRNINVS. (PI. II, A.) 

Gomme dans le groupe précédent , un disUque écril sur une senle 



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— 393 — 

Ugno sor qd carloacbe déployè , aax eitrémités flottantes , expliqae le 
SQjet représeoté dans le tableau. 

Au bas du n* 1, on lit : 

HVNC DIVVM MACTAT TAVRVS MACTANDV8 AD ARAS 
VT FIERET VERO VICTIMA SAGRA DEO. 

N» 2. 
Ed haut: 

SANCTVS HILARIVS E. TOLOSANVS. (PI. il, B.) 
En bas: 

HIC SATVRNINI ONERES E PVLVERE TOLLIT 
HILARIVS SACRA ET DIGNIVS ^DE LOCAT. 



-Ea haut : 
En bas : 



En haut : 



N» 3. 
S. SYILVIVS E. TOLOS. (PI. III, C.) 

CVR IMPERFECTA DECEDERE COGERIS iBDE 
SYLVI TE VOLVIT NON TVA TEMPIA DEV8. 

N» 4. 
S. EXVPERIVS E. TOL. (PI. HI. D.) 



En bas : 

HOSTEM DEPELLIT . PRìESENS . SVCVRRIT (sic) EGENIS 
SEMITA SIC QVJE NOS DVCAT ADASTRA {sic) DOCET. 

N* 5. 
En haut : 

S. GERMERIVS E. TOLOSANVS. 
En bas: 

LVTETIAM IRE PARÀT GERMERIVS ANGELVS IPSI 
FIT COMES : I PRìESVL . TVTA FVTVRA VIA EST. 

Le Ihème de celte inscriplion a été fourni par la legende de saiol Ger- 
mìer , rapportée par Nicolas Bertrandi, qui s'exprime ainsi à ce sajet : 

« Miro enim à Tbolosauis (Germerius) diligebalur amore : sed cùm 
» polleret sanctitate à Domino Gregorio sancUssimo viro apud Xanctoni- 
» cam civitatem prsBsuI subdiaconus ordinatas : ubi eleemosynis , oralio- 
* nibus , et doclrinis incolas replebat : ubi angelum splendidìorem sole 



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». vi.djyi moDeotein efim qI Pari3i(ua accederei. Sed cùm primùm en 
» insolilà visione terrore hamano contorbaretur : coafortalQS ab ao^lo 
. » Parisium peliit cam duobus soisclericis fidei faatoribus. » (N. Beri., 
De Tolos. Gestis.) 

N» 6. 
En haut : 

S. LVDOVIGVS EPVS TOLOSANVS. 
En bas : 

SPONTE RELIQVISTI PRO ME TVA REGNA : VIGISSIM 
ECCE LVBENS PRO TE CHRISTE RELINQVO MEA. 

N* 7, 
Une seule inscription placée au bas du tableau sans cartouche : 
me MARTIALI8 SCRIBIT HIC ìEDEM LOCAT. 

N* 8. 
£n haut : 

, S. BERTRANDVS ARCHIDIACONVS TOLOSANVS 
ELECT. EPS. CONVENARVM. 
En bas : 

DA FERRVM BERTRÀNDE DEVS NOVA TE INDVIT ARMA 
BASTA ERIT HIC LÌTVVS INFVLA ERIT GALEA. 

Farmi les huit tableaux qui composent ce deuxième groupe , les deax 
deroiers, qui représeulent saiut Martial et saiut Bertrand, sembleraient 
ne devoir pas lui appartenir ; mais nous avons voulu respecter la pensée 
du donateur en ne séparant pas ce qu'il avait uni. 

Saint Martial , compagnon de saint Saturnin , a été l^n des premiers 
à précher la foi à Toulouse. Saint Bertrand nous appartieni , parco quii 
était, par sa mère, de la fami He de nos comtes , et parce quii a illustre, 
par ses vertus et par sa sainteté , le Chapitre régulier de Saint-Sernin. 

Ces huit tapisseries, à la différence de celles qui représentent la 
legende de saint Etienne, n'ont pas.de cadre. D'ailleurs, méme tissu, 
méme faire , mémes couleurs/méme perfection de dessin. 

EUes sont ornées du méme blason ; la forme des lettres qui composent 
les légendes est la méme ; il n'y a qu'une différence dans la disposilion : 



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c'osi qfìQ lfis> laoisserioa qui reproduiseot la legende de saiat ì^enae 
n'oDt pas d'inscripUon à la partie supéneare. 

Ghaqae tapisserie des saints évéqoes de Touloqse représeote le saiot. 
en pied , vu de face , aa milieu. Sur les cólés sont reproduits les 
principaux faits de sa legende. C'ést la vie du saint eo ìmages. 

Toutes ces tapisseries ont évideminent la méme orìgine et proviennent 
du méme donateur. 

Les. daui plus bdltes, aa poiot ds Toe de leur coneeinnalion , sont 
celles da saint Kxupèiie et. de saint Germier. 

TROISIÈME GROUPE. 

Trois tableaux composent ce groupe. 

N'» 1. 

En haut, sur une pièce d'étoffe en carré long, à fond bleu , on Ut: 

COMMENDAT . OVES . PETRO 
CHRISTVS . DICENS . PASCE . 
OVES . MEAS . IOAN . XXI. , 

Gelte tapisserie rep^ésente Notre-Seignéur donnant les clés du royaume 
des cieui à saint Pierre, en présence des apòtres. Des brebis paissent aux 
pieds du Sauveur. 

Le tableau est encadré dans'une bande historiée, reproduisant , d'un 
Seul coté, les trois flgures allégoriques de la Victoire, de la Bénédiction, 
de la Chartté. 

Ces trois flgures sont disposées de cotte manière : la Victoire en haut; 
au-dessous est écrit le mot Victoria. 

Au milieu la Bénédicdon , avec le mot benedigtio. 

Dans le bas la Charité, à coté du groupe allégorìque qui la représente 
habituellemenl : une femme et des enfants. La legende est écrite sur 
deui lignes , de cette manière : 

CARI 
TAS. 

N» 2. 

Cette tapisserie a étè assez maladroitement remaniée. Aìnsi , au haut 



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— 396 — 

do tableau y od lit ane iDScrìption qai ne se rapporte pas aa sujet repré- 
sente au-dessoQS. 

Getta inscriptìan , écrite sur trois lignes , est alasi concue :. 

ELIMAS . PRIVATVR . VISV 
A . S . PAVLO . CORAM 
PROCONSVLE . SERGIO. 

Or, le tableau représente saint Pierre guérissaQt le paralytiqae deraut 
idi porta speciosa da tempie de Jérosalem. LlQScripUoD a dù, par coDsé- 
qaent y étre rapportée après coup et appliquee par erreur à cette tapisse- 
rie qui, d'ailleurs, est fort belle, aìosi que la précédeute, et semble 
provenir des vieui Cobelins. 

L'encadrem^nt est le méme que colui du n^" 4 . 11 y a une différence 
dans la bordure d'en bas , où les trois vertus théologales sont reproduites 
de cette manière : 

SPES. CHARI FIDES. 

TAS. 

N'» 3. 

G*est ancore ici la lapidation de saint Etienne. 

En haut, sur fond bleu , une inscription en trois lignes : 

IMPETVM . FECERVNT . 
IN . STEPHANVM . ET • 
LAPIDABANT . ACT . VIL 

Méme bordure que celle du n* 1. 
Au fond : GHARI 

QUATRIÈME GROUPE. 

Ici , pas d'ìnscription qui indique le sujet qu'on a voulu représenter* 
Il faut donc s'inspirer du tableau lui-méme pour en déterminer le sens. 

Ce groupe se compose de cinq tapisseries , dont trois offrent aux re- 
gards des scènes dont il est facile de coiqprendre le sens ; les deui autres 
présentent quelques dìfflcultés. Nous en dirons, maissous toute réserve, 
ce qui nous a paru le plus probable. 



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— 397 — 



N» 1. 



Daos la tapisserie que Doas placoDS sous ce numero , doqs avons era 
recoDoaltre celie scèae si pathétique de Yaccusation racontée daQS le 
XLIV* otiapitre de la Genèse. 

Joseph y après avoir fait remplir les sacs de ses frères de toat le grain 
qa'ils poavaient contenir, ordonne à son iDlendant d'y remettre aossi, 
tout à fait au-dessQS, le prix qu'ils eo avaient doDué. De plus, il fait 
piacer dans le sac de Benjamin , qui ètail le plus jeune , la coupé d'ar- 
gent doni il se servail pour boire dans ses repas : 

« Praecepit autem Joseph dispensatoti domùs suae, dicens : Imple saccos 
» eorum frumento, quanlum possunt capere; et pone pecuniam singulo- 
» rum in summitale sacci. 

» Scyphum autem meum argénteum , et pretium quod dedit tritici , 
» pooe in ore sacci junioris. Faclumqueestilà. » (Gen., e. XLIV, v. 1, 2.) 

Puis il envoie cet intendant à la poursuite de ses frères , avec ordre , 
dès qu'il les aura rejoints, de leur reprocher leur mauvaise action , en 
les accusant d'avoir volé le prix du blé et la coupé d'argent de son mai- 
tre. L'intendant remplit son mandai avec exactitude, et il ne lui fui pas 
difficile de retrouver dans chaque sac Targent ainsi que la coupé qu'il 
avait lui-méme placée dans le sac de Benjamin, et doni les frères de 
Joseph ne soup^onnaient méme pas Teiistence. 

En consèquence^ il les ramène en prèsence de son maitre, qui leur 
reproche avec sèvérilè un crime doni il les .sali innocents. Ne pouvanl se 
dèfendpe en prèsence des preuves matérielles qui les accablent, ils se 
conslituent d'eui-mémes ses esclaves. Mais Joseph ne prélend retenir 
que colui qui est le détenteur de sa coupé , et veut renvoyer les autres. 
Cesi alors que Judas , l'atné de tous , s'avance et lui adresse cet admira- 
ble discours dans lequel il lui représenle l'impossibilitè où ils^ soni de 
revenir auprès de leur péro Jacob sans cet enfant bien-aimé, qu'il ne leur 
a conflé qu'avec un extréme regret et parco que Joseph lui-méme avait 
exigé sa prèsence. Il a d'ailleurs rèpondu personnellement de son jeune 
frère , et s'ils élaient condamnès à revenir sans lui auprès de leur vieux 
pére, il en mourrait de dooleur, car son dme estpendue à Vdme de son 
Benjamin : cum anima illius ex hujus anima pendeat. 



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Si tei est le sajel représentè , c'est Joseph qa'on aper$oit place aa 
miliea da tableaa. Derrière lui se tient deboat un homme à barbe bian- 
che, véta da burcoas larabe. A droite, les accaaés* Le pios rapproché, 
sans doute Jadas , adresse la parole à Joseph daas la postare la ptas 
hamble. Il a les vélements déchirés, ce qui, chez les Juife, ètait le 
sigae de la suprème douleur ; et autour de ses jambes naes od aper^oit 
seulemeot un laaibeau de bas bleu. A gauche y plusieurs persounages , 
doQt UD , richemenl vétu , semble accuser. Ce serait alors lluteudant do 
Joseph. 

N*» 2. — Péche miraculetiM. 

lei, nuUe.difflculté d'interprétation. Tout y est : les eaux du lac, la 
barque, les apdtres, le Sauveur, et, eufln, le fllet qui se rompt sous 
le poids des poissous qu'on vient de prendre. 

Il y a une parlicularité à sìgnaler : c'est que le Christ est seni nimbé , 
mais non du nimbe crucifère. Son nìmbe est rond, place loin de la téle 
et relié avec elle par un pèdoncule qui lui donne la forme d'un cham- 
pignon- 

\ N"" 3. — Lapidation de saint Etienne. 

Ce sojet se trouve reproduit dans presque tous lesgroapes des tapisseries 
que nous étudìons. Il n'offre d'ailleurs ici aucune particalarité remar- 
quable. Aussi nous contea toas-nous de le mentioDoer. 

N"" 4. — Saint Pierre recevant les clés. 

Rien de special à noter dans ce tableau, où l'on volt saint Pierre, 
àgenoux» recevant des mains du Saaveor, qui se tient deboat, leeclés 
da royaame des cienx. Tous les apòtres assistent avec une atteatioa 
recueiilie à cotte scène. 

N« 5. — Prédication da saint Paul (?). 

Ce n'est pas sans qaelque hésitation qae nous assignons ce thème au 
tableau qui nous occupo, bien que tous les détails qui le composent 
semblent se rapporter aa sujet. 

Ainsi, à gauche da spectatear, on apergoit un personnage nimbo 
tenaot un livre ferme soos ^on bras gauche ; son bras droit est leada et 



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— 399 — 

leve. Son costarne se compose d'une tunique et d*un manteau bleus. 
A gauche apparaissent des soldats armés de pìques et de lances, écoutant 
avec attenlion. 

Au pied du priucipal personnage, un jeune homme tient en laisse un 
roagniflque chien épagneul. 

Les cinq tapisseries dont se compose ce groupe sont encadrées d'une 
bordure pareille, à palmettes^ et d*une grande richesse. Elles sont évi- 
demment sorties du méme atelier, en vertu d'une seule commande. 

Elles sont d'ailleurs dépourvues dMnscrìplions et n'ont jamais été répa- 
rées. On doit s'en féliciter; car leur restauration , extrémement désirablet 
Dous parali facile et relalivement peu coùteuse. 

CINQUIÈME GROUPE. 

N"" 1. — Mofse sauYé des eauz. 

Très-belles couleurs. Bordure inférieure rapportée ; le tissu de cette 
bordure est beaucoup plus fin que celui de la pièce. Les quatre tapisseries 
qui forraent ce groupe manquenl d'inscriplions. 

N« 2. —Jacob et Rebecoa (?). 

Encore ici un peu de doute, malgré toules les probabilités. Du reste, 
voici la description du tableau : Au milieu , un puits. Près du puils, une 
femroe jeune tenant de la main gauche une houlelte spatulée. Un homme, 
maigre, fatigué, lui prend doucement, du bout des doigts, la main droite. 
Derrière lui , une autre femmó , la main gauche appuyée sur la margelle 
du puits , tandis que sa main droite repose sur l'oriflce d'un vase place 
sur la margelle. Au-dessous, un troupeau de brebis et de chèvres, et un 
chien. De Tautre còte du puits, un grand nombre de pasteurs qui sem- 
blent étonnés. 

N^" 3. — Abigail, auz pieds de David, demande la gràoe de Nabal, 

son épouz. 

On se rappelle le récit émouvanl qui est rapportò au chapitre XXV* du 
!•' livre des Rois. 

Nabal élait un homme rìche et puissant qui habilait le désert de 
Maon , sur les hauteurs du Garmel. Or, pendant que ses nombreui pas- 
si 



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- m — 

teors toDdaìeol ses brebis, David lui eDvoya des messagers pour conclure 
avec lui UD traile de paix et d'amitié. Mais Nabal , aa lieo d'accueillir 
favorablemeut la proposition amicale de David , reQoit ses messagers en 
eouemis et ieur répond avec arrogance et mépris. Ceui-ci rapporteDt 
textuellemeut à ieur maitre les paroles de Nabal. Àlors David dit a ses 
serviteurs de s'armer de Ieur glaive, ce qu'il fait lui-méme, et se dispose 
a marcber contre Nabal à la téte de quatre ceols bommes. 

Cest alors qu'un des serviteurs de Nabal se présente devaut Abigail, 
lui fait part du danger qui les menace, et lui rappelle les bons offlces 
qu'ils ont recus de la l^roupe de David dans le désert. Abigail se b&te de 
ramasser des présents magnifiques, se fall escorter d'une suite nom- 
breuse et va se jeter aux pieds de David. Elle lui adresse ud long et 
patbétique discours qui toucbe le coeur de David, qui accepte ses présents 
et lui accorde la gràce qu'eile soUicite. 

Tel est le sujet représenié dans ce tableau. On y volt, en effet, Abigail 
prosternée aux pieds de David. Une partie des présents qu'eile apporte 
esldéjà déposée par terre. Un àne lourdement cbargé, conduit par un 
serviteur, arrive après elle; ce serviteur tient un vase rempli de vin. Les 
guerriers de David y tous bien armés , apparaissent au dernier pian. 

NM. — Agar au désert. 

Ce sujet est très-connu. L'art cbrétien l'a reproduit a loutes les époques 
et de toutes les manières. Il nous paratt donc inutile d'essayer ici Tana- 
lyse de ce récit biblique. Il n'y a qu'une seule cbose à noter : c'est que 
des quatre tapisseries qui forment ce groupe, celle-ci est la seule qui soit 
intacte dans toutes ses parties; le fond de l'encadrement des autres est 
rapporté. 

A part cette légère altération, ces quatre tableaux sont évidemmenl les 
mieux conservés ; ils nous paraissent aussi les plus récents. La beante de 
Ieur tissu, de Ieur dessin et de leurs couleurs, et surtout Téclat et la 
solìdilè de cette belle couleur rouge particulière aux Gobelins, nous 
autorisent a penser que ces quatre tapisseries spnt , en effet, sorties de 
ces ateliers célèbres. Nous sommes donc porte a croire que ce sont là 
les tapisseries données à Téglise de Saint-Etienne par M. de Cucsac, le 
27 mai 1808, ainsi que le prouve la pièce suivante. 



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- 401 - 
Noos avons trouvé, en eflfet, dans les archives de la Métropole, ane 
délibératìoo qoe dous doqs plaisoDs à transcrire ici dans sod entier : 

Registre des délibérations de la Fahrique de la paroisse Saint-Etienne. 

(6juin 1808. — Art. 3.) 

M. le core a remis sur le bureau une déclaration de M. de Cucsac, 
eoncoe en ces teirmes : 

« Je , soussigué , déclare que je donne volontairement et de bon gre , 
» à l'église paroissiale et métropolitaìne de Toulonse , les lapìsserìes des 
» Gobelins » que j'avais jusqu'ici prétées à ladite église. Je veux et entends 
)) qu'elle en jouisse en tonte propriété, pour étre employées an eulte 
» divin. Je les donne à Dieu et à l'église susdite, afln que mon don lui 
)) soit agréable par Tenlremise de la sainte Vierge. En foì de quoi , à 
» Toulouse, ce 27 mai 1808. Signé : Cucsac, approuvant Pécritore 
» ci-dessus. » / 

L'assemblée, en remerciant M. le cure des soins qu'il s'est donnés, a 
nommé MM. Bergès, Amouroux, Martin Lacroix et Dolive, pour porter 
à M. de Gucsac l'expression de la reconnaissance de la Fabriqoe, et elle 
a deliberò que la susdìte déclaration sera déposée ani arcbives. 

Signés : Cambon , vicaire general , président ; 
Mézamat, secrétaire. 

Il est fàcheui que ni M. de Cucsac ni la délibération de la Fabriqoe 
de Saint-Etienne ne mentionnent les sujels de ces tapisseries. Ce silence 
nous livre oécessairement au hasard d'une attribntion qui peut élre 
erronee, mais qui réunil au moins en sa faveur les plus grandes proba- 
bilités. 

SIXIÈME GROUPE. 

Nous voici maintenant en présence d'un des groupes les plus intéres- 
sants, et c'est aussi celui qui eidte le plus de regrets. Les quatre immen- 
ses tapisseries qui le composent ont tant souffert , elles sont dans un tei 
état de dégradation , deux surtout , qu'on n'ose presque pas espérer la 
possibilitè d'une restauration. Si pourtantles spécialistes,. gens du métier, 



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- 4©8 - 

croyaieDt celle reslauration possible« nous n'hésilerioos pas, méme aa 
prix de grands sacrìflces » a la demander. Les qualre lapisseries onl 
toates la chatne en fil de chanvre et la trame eo fils de soie. 

N"* 1. — Naissanoe de saint Etienne. 

Celle tapisserie est Irès-remarquable, soil par sod dessio , soit par les 
Dombreuses parlicularités qa'offre celle parile de la legende de saint 
Etienne. Ce n'esl pas qu'on puisse la iroaver irréprochable aa doublé 
point de vue du dessin et de la perspeclive ; mais il y a une grande 
variété dans la conception, de la richesse dans les toDs, et» dans Teiéca- 
tion, outre la finesse do tissn, de Télao, du grandiose, et cependant de 
la gràce. 

De plus , celle tapisserie est dalée et enrichie d'une belle inscription 
bien conservée. 

Sa date est 1532. 

Voici rinscription : 

JuDEi . Stephanum . SoLiMis . Genuere . Parentes 

MOVERAT . UXOR . NeBES . NUMINA . VlRQUE . RUBEN 

At . Malus . Invidit . Genius . Puerumque . removit 

SUPPOSITUSQUE . GrAVES . EdIDIT . ORE • 80N0S 

Ignari . Tremuere . Lares . Pendebat . in . ethera 
Yerus . Eremite . Mox . Datur . Ipse . Pio. 

Celle inscription^ composée de trois distiques lalins, résumé lous les 
délails du sujel représenté dans ce tableau. 

On volt , en efifet , dans le haut et un peu vers la droite , la ville de 
Jérusalem. Au-dessous, vers le milieu , les parents de saint Etienne; sa 
naissance; Tesprit malin. — Malus Genius, sous la forme hybride d'un 
repUle ailé, a qualre palles armèes de griffes et, à figure de singe» cber- 
ebani à enlever dans les airs le nouveau-né. Enfiu, un bon ormile l'em- 
porlanl en lieu sur. 

A droite, sur une bande , les deux sigles I. P. 

Tm^ 2. — Un baptéme. 

Celle tapisserie porle la date 1534. 

Elle représenté un baptéme. Au milieu une cuve baplismale , dans 



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— WS - 

laqaelle se tieot debout un homme barbu. Do évéqoe lui impoBe les 
maiDS. ToQt à cóle , od apergoit une femme et un bomme. Serait-ce le 
roi Clovis baptisé par saiol Rèmi en prèsence de saiDte Clotilde? 

Du reste , les fragments d'ìoscriptions extrémement incomplets qae je 
vais rapporter ne dous apprenoent rieD. 

STHICON 

VDE PATREM . REPETENS 

NE CVNIS 

ACRIS PVRGAT . ADLTV8. 

Par suite d'une réparation que celle pièce a subie^ il y a sans doule 
loDgtemps, UD lambeau d'une autre tapisserie idenlique à celle-ci par le 
Ussu , le dessìn , les couleurs et la forme des leltres (ce qui peni autoriser 
a supposer quii en exislait aulrefoìs un plus grand nombre , dont più- 
sieurs ont èie eutièrement usées et ont disparu) , nous fotirnit un autre 
fragment informe d'inscription. Bien qu'il soìt impossible de réunir ces 
lettres pour en former méme un seul mot » nous avons cru devolr les 
transcrire selon leur disposition. Nous devons faire observer seulement 
que sur la tapisserie ces leltres se trouveot renversèes : 

D 

TVS . 
£M 
T 

N^ 3. — Un baptème. 

Celle tapisserie est coupée horizontalement , à peu près au tiers de sa 
hauleur ; toul le bas manque. 

Elle représenle un bapléme, Irès-probablement celui de Notre-Seigneur 
.par Saint Jean. 

Le baptisè et celui qui baplise sont nimbés; le bapléme est donne par 
infusion au moyen d'une coquille. 

La date 1533 est inserite sur un petit cartouche place au milieu, vers 
le baut. 

N"* 4. ^ Lapidation de saint Etienne. 

Les principaux personnages sont de grandeur colossale ; il n'y a nulle 
proportion entro leur taille et celle des autres. 



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- 404 - 

QaàDt & Pinscription , composée de qoatre hdiamètres latìns , elle offre 
plQsieurs mols absolumeot ioinlelligibles. Cest évidemment la faote de 
Fouvrier^ qui n'a pas sa copier le texte qo'on lai avait foarni. Da reste, 
iious la IraDscrivons lei avec aoe exactUade scrupulease, telle qu'elle se 
voìt encore sar la tapisserie qai noas occupe : 

GENS . REGNTIT (sic) A SACRE . 
FroEI . PRECEPTA . DOCENTBM . 

AD LAPIDES . STEPHANZ . S MARTIR (sic) 
NIMQZ (S?) AHIT. 

LICTORVM . SAXIS . CELOS . 
VIDET . ICTVS . APERTOS . 

ET . SVPERVM . NEBVLA , 
Si/SPICIT . ESSE . PATEM (sic), 

Ces qaatre grandes tàpisseries élateat à coap sftr la propriété do Cha<^ 
pitre métropolitaìD ; peat-élre méme avaieot-elles été exécutées à ses 
frais; car elles porteot toates les armoiries capitolaires. 

Il 

Nous venoDS de parcoarìr ane sèrie de trente-lrois tapisseries divisées 
en six groapes. G'est déjà ud assez magDiflqae fonds de richesse archéo- 
logique, doDt le trésor, bieo appaavri saas doote, de notre Métropole, a 
cepeadaQt le droit d'étre fler. 

Il y en avait un bien plus grand nombre autrefois. Les plus vieìlles oa 
les plus usées oot fourui^ a diverses époques , leurs lambeaux les mieai 
coDservés aux réparatìons de quelques-unes de celles qui nous restent 
encore. Félicitons-nous de ce qu'une si belle épave a échappé au naufrage 
dans lequel ont péri tant d'autres monuments dont le souvenir ne nous 
laisse plus que d'inutiles regrets. 

II eAt été intèressanl de remonler à Torigine de chacune de ces pièces , 
d'en connattre les donateurs, les ateliers où elles ont été fabriquées, etc. 
Ce travail nous tentait ; nous Tavons essayé sans trop d'espoir , el, en 
effet , les plus noinutieuses recberches ne nous ont donne qa'un résaltat 
ìncomplet. 



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— 405 — 

Voici poortant le résomé de nos iovestigatioDS ani archives départe- 
mentales : 

Registre des délibérations d% Chapitre de 1598 à 1618, page 494. 

Il y est dit que le Chapitre délibère que les armes du cardinal de 
Joyease, de Daffls, évéque de Lombez, et du Chapitre , seront placées 
sor le grand portai! da ebcaor, « de la plus belle facon qu'ils se pourront 
» faire , sur le frontispice. » 

Cette note, qui/au premier coup d'(Bil , sembie n'avoir aucun rapport 
avec nos tapìsseries , est cependant très-importanle. On comprend aisé* 
ment que le Chapitre ait voulu piacer les armes du cardinal de Joyeuse, 
archevéque de Toulonse , et les siennes, sur le grand portai! du chosur. 
Mais pourquoi a-t-il voulu y joindre ^elles de Jean Daffls ^ Nous trouvons 
la raison de cette honorabLe distìnctìon , non dans la charge de prévòt 
du Chapitre que ce personnage occupa ni dans sa dìgnité d'évéque de 
Lombez, mais dans ses libéralités. C'est lui, en efifet, qui flt don à 
Téglise cathédrale de SaintrEtienne des dii-sept magniflques tapisseries 
qui coinposenl nos deux premiers groupes et qui reproduiseot la legende 
de Saint Etienne et celles des saints évéques de Tonlouse. 

Toutes ces tapisseries portent ses armes, qui sont d'argent, à la bande 
de gueules chargée de trots rosettes cTor. 

Les accessoires de cet éeu indiquent que Jean Daffls était déjà évéque 
lorsqu'il flt exécuter ces tapisseries , et qu'elles furent faites spécialement 
pour Saint-Etienne. Ainsi, Técu est timbré d'une mitre accostée, à 
dexlre, d'une crosso. Pour tenants , on y remarque un personnage 
debout, vètu de la tuuique diaconale, et tenant dans la main opposée à 
l'écu une palme. Ce personnage est évidemment saint Etienne, diacre et 
martyr. 

Ces détails nous donnent , au moins approximalivement , la date des 
tapisseries qui composent nos deux premiers groupes. L'épiscopat de 
Daffls ne datant que de Tannée 1598 (1), et sa mori étant survenue le 
1^ février 1614, c'est évidemment dans cette periodo que nous devons 
piacer la date de ces tapisseries. Toul nous porte à croire que Daffls a 

(4) li succèda à Pierre de Lancrau, mort le 18 oclobre 4598. 



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— 406 — 

Youlo , en devenaDt évéqoe , laisser ao CbapUre dont il cessati d'étre le 
prévòt UD souvenir, et qae les tapisseries quii fit faìre poar cel objet 
ODt dù étre eiéculées dans les premières années du dii-septième siècle. 

12S30. 

« En Tannée 1539, les tapisseries de la chapelle Sainte-Anne forent 
» finies par le nommé Heclor Plcbaud , lapissier de Tooloose , qui avait 
D poar enseìgne la teste du Maure, auquel fut payé ponr la fa^n 
)) d'icelles, à raison de 5 livres la demi-canne et pour 137 Cannes et 
» demie, la somme de 1375 livres, qui lui furent payées en diverses 
» reprises et plnsieurs paiements dans Fespace de sii annèes, ainsi qa'ii 
» se justifie pai^ Tarrété du compie fait entre les Bailes et ledit Pichaud 
» en l'année 1539. )) 

Celle note est tirée d'un registre des statuts de la Confrérìe de Sainte- 
Anpe, depose aui archìves déparlementales. D'après ce registre, les 
tapisseries doni on se servali dans celle chapelle lui appartenaient el 
élaieni indépendantes de celles de la Mélropoie. 

Getto observation se trouve conflrmée par un invenlaire dressé à l'epo- 
que de la Revolution de 93, dans leqnel il est fail menlion de neuf 
tapisseries appartenant à la Confrérie de Sainte-Anne. Ces tapisseries 
furent alors réunies à tous les objets du eulte déposés dans l'église 
Saint-Etienne. (Archives. — Parile moderne. — Venie du mobilier des 
propriétés nationales.) 

Ces tapisseries de la Confrérie de Salute- Anne seraient-elles par hasard 
celles qui composenl nos troisième el quatrième groupes reslés sans 
désignalion? Cesi une question. Ces deui groupes comptaienl neuf 
tapisseries, il y a rooins d'un an. L'une d'elles a disparu lout à coup, il 
y a quelques moìs , a l'occasion d'un déplacemenl qu'eìles ont dù subir 
pendant Texéculion de certains travaui dans les dépendances de la 
calbédrale. 

Quoi qu'il en soit, la note précilée nous parati d'un inlérét capital 
pour rhisloire de Toulouse. Elle semble nous révéler, en effet, l'existence 
dans celle ville, pendant la première moitié du seizième siècle, d'une 
industrie doni on avait complétemenl perdu la trace et le souvenir. 



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toQloase n'aurait plas à envier à d*autres villes, qo'on avait craes 
mieiix partagées soqs ce rapport , la possessioD eiclusìve d'un art dont 
Vègììse de Saint-Etienne possedè encore peat-élre qaelques préeieoi 
specimina. Des aieliers de haule-lisse auraient été établis dans ses murs ; 
on connaltrait désormais le nom d'un de ses haule-lisseurs , Hector 
Ptehaud ; et si les remarquables tapisseries qui composent nos troisième 
et quatrième groupes élaienl vraiment ToeuTre de cet artiste, Toulouse 
aorait le droit d'en étre fière (1). 

(4) Nous donnons id en note, et sans commentaìres , les documenls que nons ont fourni» 
les StatutM des corpi d9 méti$r$ conservés dans les archives da Capitole : 

« StATDTS DXJ MBSTIBR JOBS TaPISSIBRS BN BBROAHHB (*) on ADTBB POUR LBSTABLISSBMBlfT 
» DB LA M A1STRI8B SUIYANT LA DÉLIBÉRATION PRIN8B LB VINfiTlfeMB DU M0I8 DB JAlfYIBR VIL 
» SIX CBNT 801XANTB 8BPT BNTRB LB8 T IfOMMÉS IT COMPRIlfS Blf NOMBRB DB DIX HUIT BT POUR 
» BIT OBTBRIR LAUTHORISATIOlT DAUTHOBITÉ DB 1IB88IBUR8 LBS GapITOULS DB TOLO8B. » 

Art. 8. 

« Itbm ceux qui voudront parvenir à l'advenir à la dite maistrise seront tenus de se pré- 
]B(^ senter aux baillis du dit mestier qui leur bailleront leur chef dceuvre et leur assigoeront 
9 lieu et jour pour le faire lequel chef doeuvre consisterà a un essay de tapisserie selon le 
» temps et a la moderne dont le travail ne sera aa plus que de longoeur de neuf pans et le 
» dit chef dosuvre fait et Jugé par les dits Baillis et HM. les prud'hommes du dit mestier 
» qu'ils adviseront laspirant sera présente devant Messieurs les Capitouls pour prester le 
» serment et payera à la viUe et Ihospital Saint Jàiques pareille somme de trois livres à cha» 
» qa'un. » 

Art. 9. 

« Itbm sera deffendu très expressément à toute sorte de personnes soit Tisserant ou autres 
» n'ayant pas fait le dit chef doeuvre du dit mestier de simmisser dentravailler ni faire au- 
» cnnes tapìMerìes dans Tolose en secret nj en public a peine de cinquante livrea et de con- 
» flscation des ouvrages. b 

Le mdme registre conttent une suppliqtle adréssée, le tt janvier 1667, aux Capitolila par 
dix-huit compagnons tapissiers à l'effet d*obtenir l'órection de la maltrlse en Maitrisb jubéb 
« coiùme dans les autres villes du Royaume notamment en la villb de Rbuan » (ite). 

Us se disent tous a Compagnons tapissiers sur la tapisserie de Bergamme et auires. » 

{*) La bergame est ane grosse tapisserie qo'on fabriqae wec diverses sortes de matières filées, bonrre de 
soie, laine, colon , cban^re, poU de bcsof , de yacbe oa de chèvre : c*est un tissu de tons ces fils ; celai de la 
disine est ordtnadrement de chuine, et TélofTe se'fabrique sur le métier à pe«i près comme la toile. Ce nom de 
« bergame » lui a été donne parce que les halntuits de Bbrgamb fkirent les premiers , dit-on , qui en ilid>rìqué- 
rait. {Bnteyd, etUk,^ r Bbusaib.) 

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— 408 — 

N'attachons pas , si voqs voulez , plus d'importaDce qn'il ne faot à la 
précieuse, qooique bien iocomplète décoaverte que dous avoos faite. 
Nous n'afQrinons pas, loin de là, qoe les neaf tapisserìes de dos troisième 
et qualrième groupes soni l'oeuvre de dos baule-lisseurs loulousains an 
seizième siècle. Les preuves posilives doqs faisant défaot, nous sanrons 
noas lenir dans une sage et prudente réserve. Mais il y a toujours deux 
faits importants et incontestables : 

l"" G'est que, en 1539, la Confrérie de Sainte-Ànne a fait fabriquer à 
Toulouse , par Hector Pichaud , des tapisserìes dont les comptes de cotte 
Confrérie nous donnent le prix, mais dont, belasi ils ne mentionnent 
pas les sujets ; 

V C'est que l'inventaire du mobilier de la chapelle Sainte-Anne 
signale neuf tapisserìes lui appartenant; que, d'après cet inventaire, 
ces neuf tapisserìes furent réunies aux autres objets du eulte déposés 
dans règlise Saint-Etienne, et que, parmi les tapisserìes que conserve 
encore notre église mélropolitaine , nous en trouvons neuf qui paraissent 
n'avoir pas toujours appartenu au Gbapitre. 

Uo peu plus loio , dans une autre suppiique ooncernant les règlements oa statate , ils se 
qoalifieDt encore toas de « taplssiers sur la bergamme et antee tapisserie. » 

L'autorìsatìoD d'éìever la mattrise des tapissiers en Màitrisb jurAb fut acooidée et enre- 
gistrée le 4» février 4667. 
. Elle fut enregistrée au Parlement le 8 février de la méme année 4667. 

Ainsi , en moins de trois semaìnes , toute cette affaire fut réglée. Notre vietile Gour du Par- 
lement et nos andens officiers muoicipaux , tous nobles, n'avaient pas , on le volt, rhabi- 
tude de laisser dormir les affaires qui intéressaient le peuple et la classe ouvrière. 

Voici , du reste, un document plus récent qui, si je ne me trompe, n'est pas sana offrir 
quelque intérét à plus d'un titre. 

Il est tire d'un registre , portant la date 4 687, et fesant partie des Steiiuts de$ torpide miiiwM. 

« Ed 4687, des plaintes furent faites sur ce que quelques maltres tapissiers, plus riches 
» que tous les autres, mieuz approvisionnés delaines, fila, etc..., empéchaient d'autres 
» mattres de travailler pour leur propre compte ; ils les employaient comme ouvriers en ne 
» leur donnant, de leurs ouvrages, que le prix qui leur plaisait. Les plaignants, c'esUà-dire 
» les maìtres pauvres que les mattres plus riches qu'eux ródutsaient à une condition pire que 
» celle des simples ouvriers, demandaient simplement que les anciens prix fussent maintenus. 

» Les Capitouls, faisant droit à leur deroande , règlent , en effet , que les mattres tapissiers 
» qui font travailler ceux dont s'agit paieront comme ils ont toujours fait , savoir : À raUon 
B de qwnxe $olMpour canne de la tapiuerie, qui a neuf pani de large; dix iole pour celle qui 
3 a $ix pane de large ; douxe toh pour canne de celle appelée à la turque. » 

Cette admioistration-là comprenait à merveille la protection qu'elle devait aux faibles. 



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— 409 — 

En effet , les dii-sept tapisseries données par Jean DafQs porteot ses 
armes ; les qualre qui composent le siiième groape sont chargées des 
armoiries capitalaires ^ et les qoatre da cioquième groupe, d'après toutes 
les probabilités , soDt dues à la générosité de M. de Gucsac. Restent doDc 
ces Deuf tapisseries dont rien ne noas indiqae la provenance et la desli- 
DalioD. Yoilà, Messiears, le raisonnement que nous nous sommes fait. 
Nous avoDS voqIq voqs en faire part , sans arrière-pensée comme sans 
parti pris. Noas n'en tìrons aocune cooclasion , parce qoe les données 
qne nons possédons ne noas aatorisent pas a le faire. 

Dans le regislre des délibérations du Chapitre de 1618 à 1634, 
page 140, noas avons troavé cette simple mention : « Commìs à 
» M. Parlhian, faire réparer la tapisserie da Chapitre » (1621). 

C'est laconiqae et désolant comme ane note de foarnlssear. Cela ne 
noas apprend rien. 

Da reste , les tapisseries do Chapitre de Saint-Etienne devaient étre 
très-nombreases. Noas poavons en juger, nonseulement par celles qui 
nous restent, mais encore par cette délìbération conservée dans le registro 
qui , dans les archives, porte le numero 145. Il y est dit qu'à Toccasion 
de rentrée à Toulouse de M. le prince de Condé, qui eoi lieu le samedi 
4 septembre 1711 , le Chapitre décide que « l'église sera tapissée aa 
» dedans et au dehors du choeur ; l'église Saint-Jacques-du-Clottre sera 
» aussi bien tapissée, et le Cloitre aussi sera tapissé. » 

III 

Après rétude que nous venons de faire des tapisseries de Saint-Etienne, 
il ne nous reste plus qu'à dire notre opinion sur l'usage qu'il convieni 
d'en faire. 

Naturellement , on se pose d'abord cette question : Ces trente-trois 
tapisseries, telles qu'elles sont, ont-elles quelque valeur? 

Il y a, Messieurs, plusieurs aspects sous lesquels se présente la ques- 
tion ainsi posée. En effet, la valeur d'un objet dVt, et surtout d'art 
antique , est plutòt relative que réelle. *Tel monument , quoique Irès- 
dégradé, peut avoir encore une très-grande valeur, soit à cause de sa 



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- 4*0 - 
rareté, soit parce qu'il est le précieux témoìn de l'art à Tépogae quii 
r^présepte. Il est donc importapl, avaut de hasarder aae réponse abftQi- 
lae , de préoiser Taspect sous leqQ^l on envisage la questioo. 

Dans le c^s présente dqus devoQS, ce poas semble, nous piacer d'abord 
eo préseace du mérite iotriDsèqae des tapisseries qae dous étodiona. 
(Ih bien, copsidérées à ce poiot de Yue, doqs a'hésilons pas à lear 
recoonattre une valear réelle. GéDéralemeDt le dessin eo est boD, ^, 
daDS la plupart , excellent* Presque toutes oot conserve , qui plqs qji^i 
molDS , plusieurs de§ cooleurs primitives. Le tissu eo est Ad , et les 
malièreb premières qui ont sorvi.à leur fabrìcation élaieul de boune qua- 
lità. S'il oe Dous est guère possible de détermlDer^ du moins pour toutes, 
les ateliers qui les oot produites nous pouvons toujours affirmer qu'ell^s 
Tiennenl de bon lieu. 

A leur mérite intrinsèque et à leur valear réelle, nous pouvons ajouter 
le prii qui s'altache au souvenir. Sur trente-trois » dix-sept sont dues à 
la générosité d'un personnage dont le nom brille avec éclat dans les 
annales toulousaìnes. Les armes de Jean Daffls ont disparu de la graB4e 
porte du chceur ; on ne les voit plus que sur une vernerò du chevet. 
I^ tapisseries qu'il a données au Ghapìtre dont il cessait d'étre le prévdt 
en devenant évéque de Lombez sont le seul souvenir qui attesto encore 
ses libéralités. 

Les quatre tapisseries données par M. de Cucsac dòivent étre considé* 
rées au méme point de vue et nous paraissent respectables au méqoe 
tilre. 

Ces vingt et une tapisseries ont donc , en dehors de leur mérite intrin- 
sèque bien réel , colui du souvenir. 

C'est une chose bien digde de nos respects , Messieurs , que le souve- 
nir. L'histoire n'est-elle pas là tout entière ? Ne s'alimente-t-elle pas de 
tous les souvenirs du passe? N'est-ce pas parce que, de nos jours, on fi^it 
trpp bon marche du riche héritage que nous avaient légué nos pères , 
qu'on abdique tout respeict pour un passe qu'on ne compr0nd plus ? Les 
monumeiuts que les sièdes nous avaient tr^nsmis, nous npus plaisons à 
les renverser comme un enfant s'ampse à déchlrer ses titres de noble^ 
^ a délruire les portraits d^ ies aieux. 

Nou^ sommes beureux de pouvoir afflrcper qua» les. tapisseries de Safnt- 



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— 444 — 

Eti6DD6 D'oDt rìoD à craiodre de cet oubll des souvenirs. Les membres 
actuels de la Fabrìque^ avec cette délicatesse de tact, cet amoar des 
arts et cette intelligeDce qai les distiogue , n'ont pas ea de peine à com- 
preodre combien cette partie do trésor , hélas t bien appauvri , de la 
Métropole, était digne de lear sollicitode, et, eo demaodant à la Société 
archéologiqae le coDcoors de ses lumières , ils ont moins agi avec Tìd- 
tentioD arrétée de se défaire de ces objels si précieai que poar s'eocou- 
rager à s'imposer des sacriflces , peot-étre ODéreax , afin de conserver et 
de restaorer, si c'est possible y ^s admirables tapisseries. 

Ils ODt compris, d'ailleurs, qae, daos le Qas où la Fabrique se serait 
eroe dans la pénible nécessité de vendre à des brocanteors ces respecta- 
bles témoins de la piété géoéreose de dos pères , elle n'aurait jamais pn 
espérer d'eo retirer qae des sommes insigpiflaDtes , et que, surtoat, il 
lui eftt été impossible, méme en y consacraut des sommes considérables, 
de remplacer ces chefs-d'oeuvre de nos aocieus haute-lissenrs par les pro- 
duits seulement veloutés de nolre industrie moderne. L'art vrai^ la poesie 
du beau entrent pour peu de ehose dans les oeuvres écloses au sein de 
nos manufactures modernes , si l'on en excepte la manufacture des 
Gobelins. 

Aussi , Messieurs , la fabrique de Saint-Etienne ne veut pas vendre 
ces vieilles tapisseries ; elle alme mieux les restaurer et offrir ainsi un 
bel exemple, venu d'assez haut pour étre utile, de son respect pour les 
choses du passe, de son amour éclairé de Tart chrétien et du eulte pieux 
dont elle entoure le souvenir de ceux qui lui firent du bien. 

L'abbé M.-B. CARRIÈRE. 



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TABLE DES MATIÈRES 

GONTENUES DANS LE TOME II. 



LISTE DES FONDATEURS DE LA SOCIÉTÉ , telle qu'elle est consignée dans le procès-verbal 

de la s^ance de son institution du 2 juin 1831 •••• v 

TABLEAU DES MEMBRES aUl CONSTITUEUT LA SOCIÉTÉ AU f JANVIER I87S i • TI 

LISTE DES MEMBRES DÉCÉDÉS dans le cours des années 1865 à 1872 z 

TABLEAU DES 80CIÉTÉS SAVANTES avec lesquelles la Société archéologique du midi de la 

France correspond •••••• zo 

ÉLOOE DE M. AUGUSTE D*ALDÉQUIER, par M. Cazb, président» lu à la séai^ce dereptrée du 

20 novembre 1866 ' 1 

FRAQMENTS HISTORiaUES CONCERNANT LA VILLE DE BUZET. Descrìpt^on de «on ^1Ì8^ ; par 

M. le chanoine Auguste Massol, membre résidaut 4 

ANTiauiTÉS DU SAHARA ALGÉRIEN . par M. le I^ Armucux , médecin principal , membre 

résidant « ••• 20 

SAINT-SULPICE DE LA POINTE. — San SompleH» castrum sancii Sulpieii, par M. Antoine Du 

BouRG, membre résidant 21 

RECHERCHES SUR UHISTOIRE DE LA NUMISMATiaUE DES ATACINS, parM. le docteor L. A. 

BuzAiiuBS, de Limoux, membre correspondant ••••• 4S 

STATUETTE HUMAINE TROUVÉE DANS UNE CAVERNE DU ROUERQUE, par M. le COmte F. DB 

SAMBUCY-LuzBNpoN, membre résidant ••••• S4 

LMMPRIMERIE A TOULOUSE AUX XV*, XVI* ET XVII* SIÈCLES. — Première partie. Catalogne' 

raisonnédes livrea imprimésau quinzième siècle, parM. le docteurDBSBARRBAUX-BBRifjUiD, 

membre résidant 57 

MÉLANQES ARCHÉOLOQiaUES. — 80UVENIR8 D'UN VOYAQE DE aUELttUES HEURES» par 

M. l'abbé M.-B. Carribre membre résidant 125 

L'ANCIEN PONT DE MURET SUR LA QARONNE. par M. Victor FoNS, juge au tribunal civil de 

Toulouse. membre résidant • ' 1S5 

ARCHÉO-QÉOLOQIE. par M. lecomte F. de SAMBUCY-LuzENgoN , membre résidant 150 

ÉLOOE DE M. LE VICOMTE DE LAPA88E, secrétaire general de la Seciété archéologique du 

midi de la France, par M. Tabbé M.-B. CarriArb, secrétaire-adjoint 15S 

ÉCOLE, SOCIÉTÉ ET ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS DE TOULOUSE. par M. F. PaOÈS, membre 

résidant. . , 166 

NOTICfi NÉCROLOQiaUE SUR M. FOURNALÈS, MEMBRE RÉSIDANT, par M. L. BuNBL, mem- 
bre résidant • • . • • 181 

RAPPORT DE LA COMMISSION NOMMÉE PAR LA SOCIÉTÉ ARCHÉOLOQIOUE DU MIDI DE LA 

FRANGE, A L*0CCASI0N DU PROJET DE RECONSTRUCTION DU CAPITOLE. • # • 185 



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— 4U — 

NOTICE HISTORIQUE SUR UACADÉMIE D*ÉQUITATION DE T0UL0U8E, par M. le OOlouei de 
Chanal, membre résidant 191 

MONOQRAPHIE DE LA CATHÉDRALE D*URQEL, EN CATALOGNE, par M. l'abbélf.-B. CarribRB, 
membre résidant 211 

DE8 MÉDAILLE8 QAUL018ES, ROMMNCS ET DU HMTEN AÌE TRDUVÉEt A N 0NTAN8 , par 
M. RossiftNOL, membre correspondant ; 226 

CHARTE DE CHARLE8 LE CHAUVE EN FAVEUR DE UÉQLI8E DE SAINT-ETIENNE ET DE SAINT- 
JACQUES , ET DES MONASTÈRES DE NOTRE-DAHE ET D£ SlMUT-SERNIN DE TOULOUSE, 
par M. G. Caussé, conseiller à la Gour de Toulouse, membre résidaat 231 

LE FAUBOURQ 8AINT-CYPRIEN ET UÉQLI8E SAINT-NICOLAS, par M. Louis BUMBL , avocat, 
membre résidant 243 

ÉTUDE SUR LES DOLIIENS DU DÉPARTEMENT DE LA LOZÈRE, par ÌL L. de MalaFOSSB, mem- 
bro résidant 262 

ÉTUDE SUR L'ÉQLISE JADIS COLLEGIALE DE SAINT-GAUDENS, par M. J.-P.-M. MORBL, mem- 
bre correspondant.. . • • 287 

ÉLOQE DC M. LE DOCTEUR BESSIÈRES, par M. le docteur Jakot, membre résidant. < • . . 31K^' 

GÀRIDECH. — GARiCODECmuM, GARiDECHiu», par M. Antoine Du BouR«, membre résidìant. 315 

LE PRIEURÉ D'UttAC (AmÉGE), par M. fabbé AuTiBBR» cure dtJnac, laoréat de ka^ Soelété 
archéologique du midi de la Franco ....•.•*.•• Mfc 

INSCRIPT10NS LATINCS, par M. l'abbé M.-B. Gaerièrb, directeor de la Soeiété. Wl 

DI8C0URS DB RENTRÉE ; prononcé par M. Tabbé Garrièkb , directeur, à la séance da 22 no- 
vembre 1870 • . • . • • • 367 

RÉSIDENCES HISTORIQUE» DE L*ALBlGEOlS, par M. le comte de ToiJLOusB-L^iTTRBC, membre 
résidant. .••.•• « 379^ 

MONNAiES mÉDiTES'De lA PROVINCE D€ LANQUCDOC, par M. Ghalahdb, membro résidant* 388 

TAPiSSERie» DE SAim-ÉTiCNNE , par M. l'abbé M.-6. GARaiJteB , dk«i3t«ur de la Société. . 9S^ 



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É6LISE DE SAINT-SULPICE-DE-LA-POINTE. 



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ANCiEN TRIPTYQUE TRAriSFORMÉ EN TABERN&CLE 
(Eglise de Sainl-Suipicp.) 



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ANCIEN TRIPTYQUE TRANSFORMÉ EN TAiEMACLE 
(BgttM de SaiBt-8ulple«.) 



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EXTRAITES DE 

imCMUkmE pf^ncheVJIIW.Ì. s.LELEWEC pMche I fl2 

2.B0UDARD pknckXXm 6.LELEWEL pkncklll W.ìì 

3BOUDARD pJmcheXXXim, 7LAGOY planchel W.ì 

4LORÌCH .pknckXXIVM 



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STATUETTE EN JAIS 



Trouvée dant une eaverne du Lame panni det hacbes en serpentine et dea eouteaux en sllex , de l'&ge de plerre. 



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PL.8. 



fOÌiOÀi. 

Stìiwcmt parlamenti oni noflrf 
itgie per qué (nla5 oea curie rap2eme 
panamemitodud regni franderegu 
tur t gubefnlmr ac Domini oflmanii 
cnrialea eittfdem fèiitm a magiilro 
iSutUermo oe brolio.féliciter mc^t. 

Soniam ^miiuiiii menunta labh 

li0 eft ptiio4if do.luj«£.ft IIU1102 

fé ma.Di.cuin mntUbua.^Deftilo 

curie Francie paucarepenutìir* j^ 

t)idU0 (ltlu0 quaiido(^Dùier(ìficatua fuicid^ 

pauca t)eipro tnl^clibcUocomptlduictcttin 

mainmaoùierfificationeeicpertozum iii curia t 

mueHtfiicaco^um. ec maiamo laboie ad mecum 

fubcilr cautela a^plicauu J^r tpfa perepenipla 

craddn^vtficuouopo2teatfLali(iuidin t)ubù^ 

rettocetunufi adrq^^ucune recurreread^ 

De cu De nouo.j6tDe offi.Dele.c.leX 

'Bt mo et gelln aduocatcxi: .cp^imu 

obeat aduocatu^ modu t ^dhim mati^ 
cum niUu lete moderate fit l^umtb'tf r cu 
rìali0 ^m flatum fuum receuta lameo aucto:ita 
tcfiatud fuirelrenet motum animi fui ab rta 
cumparte^tediabuiu eump^eninw) eloquio, 
fdaltaaquoquomodo tudruacea^ neeu5one 

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•EGLISE DE BEAUMONT DE LEZAT 
Vue el Fra§men1s . 



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CROIX CONSERVEES A LAGARDELLE 



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TOMBEAU O'HONOR OE OURFORT — (A 9}100.) 



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NM Rcio^nc Ac V^npitìn Vnn\ rio Mnppt 



Avant Juin 1BS6. 




N*2. 
Armoines 4t Murel 




(faC'Simtt^ ^ttn. ^Un i^ fX^J 



N"3. 

Armoiries 
jp. MmiVp.sniiip.il -'\JnWeslre 



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Legende 

1.1? Chambre. 
2.2! Chambre. 
5-3. Chambre. 

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fàistiie ea couloir 
et cachelte. 




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PLAN D'UNE HABITATION TROG-LODYTIQUE, 



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A -. Petit Nudéus . de face et de coté (5ilex) 

B -. 05 a^lutiaés: (fra^meat de Pkalau^e^ de doi^t huinaiii?] 

C ^ Couteaux eii 5ilex . 

D « Poiiites de Flèches. en 5jÌex . 

L- Petite pointe.barbelèe eii forme d« 5cie. 



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DOLMENSDE LALOZBRE. 



Ctraìiiéc.dsl. 



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Eiéva^ion de l'Abside.al'exlei'ieur 
ÉGLISE DE S^ GAUDENS . 



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É&LISE D'UNAC 

(Ariège.) 



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