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Full text of "Mémoires"

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MÉMOIRES 



DE 



LA SOCIETE ARCHEOLOGIQUE 



DE TOURAINE. 



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MÉMOIRES 



SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIOUE 



a>!£ »«Vm&2S>!2. 





A TOURS 




CHEZ GUILLANS-VEUCER, BUE ROYALE, 41. 






ET A PARIS 






CHU 




DUHOULIS, 


Il DIDRON. 




Qui dM Angiuliiu, 


11. Il Rue Hanteléiilll*. 
MDCCCLV, 


II. 






Ë6LISES 



KBIITIOMIVÊBS PAR flJUOIT OaÉOOX&B BB TOUU, 



PAR M. L'ABBÉ J.-J. BOURASSÉ , 



CHIMOINB. 



Dans un temps où les principes de la critique archéologique 
n'étaient pas encore fixés, on ne faisait nulle difficulté de rap- 
porter la plupart de nos monuments religieui, tels que nous 
les voyons aujourd'hui, au siècle même où le christianisme fut 
prêché dans les Gaules. On supposait, sans doute, que , pour 
ces édifices, le temps avait suspendu sa marche et ses coups. 
C'est ainsi que toutes les églises mentionnées par saint Gré- 
goire de Tours et bâties par nos premiers évêques, qu'elles 
fussent à ogives ou à plein cintre, on ne s'en inquiétait guère, 
étaient attribuées soit à saint Euphrône, mort en 573, prédé- 
cesseur immédiat de notre saint Grégoire, soit à saint Perpet, 
mort en 494^ soit à saint Brice, à saint Martin ou même à saint 
Catien, mort en 301 ou 304. C'étaient assurément d'étranges 
an'achronismes : on vieillissait ainsi de huit ou dix siècles un 
certain nombre d'églises. 

Depuis que la science des antiquités du moyen âge est sdi- 
V 1 



— 2 — 

dément fondée sur les faits, robservation et rhistoire, bonne 
et prompte justice a été faite de ces appréciations erronées. 
Mais, comme il arrive trop souvent dans les réactions, par une 
faiblesse inhérente à l'esprit humain qui a toujours peine à se 
maintenir en de justes limites y ne serait-on pas tombé dans 
un excès contraire ? On commença par nier l'existence de mo- 
numents antérieurs au x"" siècle ; peu à peu on revint de cette 
exagération ; enfin, on reconnut que nous possédions en France 
quelques égUses d'une antiquité très-reculée, sans en pouvoir 
préciser la date. A mesure que la science fit des progrès, les 
plus érudits inclinèrent davantage à croire que dans le fond de 
nos campagnes, des débris plus importants, peut-èU^, qu'on 
ne l'avait soupçonné d'abord, avaient échappé aux ravages des 
siècles. Ces prévisions se réalisèrent : on a signalé et l'on signale 
de temps en temps des restes précieux des arts chréliens pri- 
mitifs. Plus on étudie et plus on sent s'ébranler sa foi à un 
axiome prématuré, dont on se débarrassera bientôt, qui ensei- 
gne que « l'architecture romane primordiale se connaît mieux 
dans les livres que dans les monuments. » 

Notre intention, toutefois, est d'user ici de la plus grande 
réserve ; nous nous bornons à constater un fait important : La 
science archéologique est Iolq d'avoir donné son dernier mot 
sur les constructions romano-byzantines primordiales. 

La Touraine est, sans contredit, en France, une des provinces 
qui peuvent fournir les plus nombreux éléments à la solution 
de cette grave question. Mieux favorisée que plusieurs autres, 
l'Église de Tours possède l'histoire détaillée de ses premiers 
évèques : saint Grégoire, la lumièi^e de son siècle, homme émi- 
nent par la fermeté de son caractère, l'élévation de ses senti- 
ments, écrivain naïf et consciencieux^ nous apprend dans son 
Histoire Ecclésiastique des Francs , les actions les plus remar- 
quables de ses prédécesseurs, et quelles paroisses de son dio- 
cèse furent fondées par leurs soins. Le même auteur nous fait 
connaître, en outre, par des indications malheureusement trop 
^complètes, les dispositions principales» les ornements et jus- 



— 8 — 

im c€rtam poiot le style de» élises bâtie» de sor tei^iv 
En comparant certains textes de ses nombreux écrits avec 
Tétat actuel des lieux^ on peut espacer ûôre ressortir de cet 
examen qudques considérations utâes. Si nos raîsoanenèents 
ne paraissent pas concluants à tout le monde, ils décideront, 
peut-être, de j^us habiles que nous à étudier les mêmes faits 
pour en faire valoir la vraie signification. 

Saint Gatien, premier évèque de Tours, prêcha le christia- 
nisme sur les bords de la Loire, vers le milieu du ni« sièele, 
suivant un passage de saint Grégoire qui a viv^nent exercé 
la critique et qui Texercwa, sans doute, fortement e&ccMre. Il 
creusa de ses propres mains dans les rochers qui bordent la 
Loire, au nord, une crypte qui subsiste encore, qu'il dédia 
lui-même à la smnte Vierge et que nous vénérons comme le 
berceau de notre illustre Église Métropolitaine ; saint Martin 
l'agrandit, y érigea un autel dont on voit les derniers débris 
et établit à côté les cellules qui donnèrent naissance à la cé- 
lèbreabbayede Marmoutier. Saint Gatien consacra, dit on, une 
autre crypte où se réunirent les chrétiens persécutés: elle existe 
derrière l'église de Sainte-Kadégonde, et l'on voit toujours le 
passage secret, obstrué par des arbustes et des broussaâles, 
qui conduisait à cette caverne. Le même évèque, suivant une 
tradition, aurait fondé huit égUses paroissiales, dont Servies 
serait la septième et Huismes, la huitième. 

Saint Lidoire, 34U387^ consACra la première église dans Fia- 
teneur de la cité et bâtit la première basilique (1). Il eut pour 
successeur saint Martin, qui fonda des églises à Langeais, à 
Sonnay, à Âjnboise, à Chisseaux, à Toumon et à Cande (2)« 

Saint Brice, quatrième évêque, 397-444, fit construire une 

(1) Hic œdiflcavit ecclesiam prinuun intra urbem Torooicam , eum Jim 
multi essent christiani, primaipie ab eo ex domo cu^aBdam senatorls» basilte 
facta est (Greg. Tor., HiH. Franc., lib. X, cap. 31.) 

(2) In yicis quoque , kl est, Âlingavieittl , Solonacenei , Ambacienil ^ Ctto* 
gamensl, Toraomagenfli , Gondatenel , destnictis delobria bapttialiiiiBS pnXb^. 
bus» SGCleBiaa «diflcanH* (Greg. Tor.) 



— 4 — 

petite basiliqae sur le tombeau de saint Martin, son maître et 
son prédécesseur ; il établit des églises à Gravant, à Bray ou 
Beignac, à Pont-de-Buan, à Brizay et à Chinon (1). Il bâtit 
aussi à Tours la seconde église, sous le titre de saint Pierre et 
de saint Paul, la première étant insuffisante : elle fut connue 
plus tard sous le nom de Saint-Pierre-du-Boile {Sanctm Peirus 
de Vallo). 

Saint Eustoche, 444-461, construisit à Tours l'église des 
saints Gervais et Protais, qui disparut en 1658, au moment où 
Ton agrandit le palais archiépiscopal ; peut-être en trouverait- 
on les restes dans les murailles inférieures de la chapelle de 
Farchevéché. U avait fondé des églises paroissiales à Brèches, 
Yzeures, Loches et Dolus (2). 

Saint Perpet ou Perpétue, 464-494, rebâtit à grands frais et 
sur un plan plus vaste la basilique élevée par saint Brice sur 
le tombeau de saint Martin. Saint Grégoire nous en a donné 
une description fort curieuse, quoique assez obscure: «Voyant, 
dit-il, les miracles qui s'opéraient continuellement au tombeau 
de saint Martin, Perpetuus jugea que la petite chapelle ou celle 
élevée sur les restes de ce grand saint n'était pas digue de tels 
prodiges. H la fit disparaître et bâtit à la place une grande ba- 
silique qui subsiste encore aujourd'hui,* à cent cinquante pas 
de la ville. 

« Elle a cent soixante pieds de long, sur soixante de large ; 
jusqu'au plafond elle a quarante-cinq pieds de haut. 11 y a 
trente-deux fenêtres dans le chœur et vingt dans la nef, et 
quarante-huit colonnes. Dans tout l'édifice on compte cinquante- 
deux fenêtres, cent vingt colonnes et huit portes, dont trois 
dans le chœur et cinq dans la nef (3). » 

(1) Hune ferunt instituisse ecclesias per vicos, id est^ Galatonnum , Bric- 
cam , Rotomagum , Briotreidem , Cainonem. {Ibid ) 

(â) Hune ferunt instituisse ecelesias per vicos Brixeis, Iciodorunij Luccas, 
Dolos. (Ihid.) ifidiflcavit etiam ecclesiam intra muros civitatis, in qua reliquias 
SS. Gervasil et Protasii condidit, quœ a S. Martino de Italia sunt delata. {Ibid.) 

(3) Qui cum virtutes assiduas ad sepulcrum ejus fieri cemeret, celluiam 



— 6 — 

Lorsque cette basilique d'uu travail admirable (1) fut ache- 
vée j on eu fit la dédicace eu 492 et ou transporta dans l'ab- 
side (2) le corps du saint évéque. 

Des débris de la basilique construite primitivement par saint 
Brice, saint Perpet éleva une église sous le vocable de saint 
Pierre, connue jusqu'à présent sous le nom de Saint-Pierre-le- 
Puellier. U fonda en outre des églises à Hontlouis, à Esves 
ou Saint-Mars, à Monnaie, à Barrou, à Ballan et à Yernou (3). 

■ 

Pendant la courte durée de son épiscopat, saint Yolusien 
fonda l'église de Manthelan. L'évéque lujuriosus bâtit celles 
de Saint-Germain, de Neuillé et de LuziUé; et saint Baud, 
celles de Verneuil et de Neuillé-le-Lierre (4) . 

Enfin, saint Euphrône, mort en 573, auquel succéda notre 
saint Grégoire, consacra Féglise de Sainte-Maure et fonda 
celles de Saint-Vincent à Tours, de Ceré, d'Orbigny et de 8o- 
rigny. Il n'était pas encore évéque lorsqu'il fit construire une 
église dans le faubourg de Saint-Symphorien, qui n'avait qu'une 
petite chapelle bâtie par saint Perpet (5). 

Saint Grégoire se complaît dans l'énumération des œuvres 
de ses prédécesseurs ; il consigne avec attention dans son his- 
toire tous les faits que lui a appris la tradition ou qu'il a trou- 

qnffi Buper eum fabricata fuerat videna parvulam , indignam talibus miraculis 
Judicavit. Qua submota magnam ibi basilicam qus usque hodie peroianet fa- 
bricavit , qus habetur a civitate passus quingentos quinquaginta. 

Habet in longum pedes centum sexaginta , in latum sexaginta. Habet in al- 
iam usque ad cameram pedes quadraginla qulnque , fenestras in altario tri- 
ginta duas, in capso yigintij columnaa quadraginta unam. In toto œdiflcio 
fenestras quadraginta duas , columnas centum et yiginti ; ostia octo , tria in 
altario, qulnque in capso. {Higt. Lib. Il, cap. 14.) 
* ((] Miro opère.- Lib. X, cap. 31. 

(2) In ci^^us apslda beatum corpus ipsius venerabilis sancti tranBtalit.(/l)t(l.) 

(3) Basilicam quoque S. LaureutU monte Laudiaco ipse construxit : hujus 
tempore sdiûcats sunt ecclesl» in yicis , id est , Evena , Medlconno , Barrao, 
Baletudine et Vemado. (Ibid,^ lib. X, cap. 31.) 

(4) Lib, X, cap. 31. 

(6) Hujus tempore basilica S. Vincentli aedificata est , Tauriaco , Gerate et 
0rt)imaco yicis ecdesiœ sediûcatœ sont. (Urid.) 



vés BMDdîdiuiéi dans les archives de son église. ToQà donc au 
moins qnarante églises du diocèse de Tours dont nous connais* 
sons positivement Forigine, bâties en moins de deux siècles, 
depuis le milieu du iv* siècle jusqu'à la fin du vi*, tempe au- 
quel notre historien écrivait et siégeait sur le trône ^iscopol 
de Tours» 

Pouvons-oouis espérer d'y retrouver quelques fragments de 
la coBstraction primitive ? Avant de répondre à cette question 
et d'examiner ces églises sous le point de vue archéologique, 
nous devons étudier certains passages des écrits de saint Gré- 
goire relatifs au mode de Mtir usité de son temps. 

Au témoignage de Sulpice Sévère^ de saint Fortunat de Poi- 
tiersy de saint Grégoire de Tours et de quelques autres, il pa- 
rait que la plupart des églises, comme les autres édifices, étaient 
construites en bois. Ainsi, seulement s'expliquent les récits des 
historiens qui racontent qu'une église ou une ville entière était 
dévorée entièrement par les flammes en quelques heures. « Vous 
avez relevé, dit saint Fortunat dans son style poétique, en s'a- 
dressant aux évéques, vous avez relevé les temples de Dieu 
runes par l'incendie : vous en avez balayé les cendres légères, 
ponr en rétablir le faite dans sa gloire primitive : ainsi le phé- 
nix devenu vieux trouve la vie dans la mort et s'élance plein 
de jeunesse des cendres de son bûcher (1). • Ce système de 
construction en bois est ce que l'auteur de la vie de saint 
Didier, évèque de Cahors en 630, appelle la coutume gauMie, 
noire eotttume gauloise (2), par opposition à la méthode romaine, 
suivant laquelle les vieilles murailles de fortification avaient 
été bàtiesy et qui semblait revivre au temps où le même écri- 
vain l'appelait nouvelle manière de bâtir y novum iBdificandi 
gewus. A peu près dans le même temps, au rapport du véné- 
rable Bède, Benoit Biscop traversa l'Océan et alla dans les 



(1) Fortunat, ap, D. Bouquet, tom. H, pasiim. 

(3) Non qoldem nostro gallicane more , sed slcut antiqaorom mnromm 
ambitus magniBque quadrisque saxta extnii soleL 



Gaules chercher dei maçons pour bâtir une ëgliie en pierre, selon 
la eouiwne romaine, qu'il aimait toujours (1). Voilà donc les 
deax procédés usités communément dans notre pays depuis 
Gons*tantin jusqu'à Charleaiagne. Le plus grand nombre des 
églises paroissiales et des basiliques qui s'élevaient comme par 
enchantement avec une incroyable rapidité, réparées et recon- 
struites à la hâte et comme en courant, étaient évidemment 
battes en bois, et quelques monuments religieux plus impor- 
tante, fondés à grands frais, comme les églises épiscopales et 
les basiliques dont il est dit qu'elles furent construites avec un 
travail admirable, miro oper% telle que la basilique de Saint- 
Martin, étaient bâties en pierres. Dans les campagnes, où les 
ouvriers sont moins habiles, où les nouveaux procédés pénè- 
trent diiBciiement et à la longue, on conservait la coutum^e gau- 
loise; dans les villes, où les traditions des premiers conqué- 
rants s'étaient plus fidèlement gardées, on suivait la coutvme 
romaine. 

Soit insuffisance des ressources, soit timidité de Tart, soit 
plutôt secret instinct qui attache les hommes aux coutumes de 
la patrie, les traditions gauloises, affaiblies par le temps, étaient 
encore en vigueur dans la Gaule celtique au commencement 
du XI* siècle. « Chez nous, dit WandeUnus, dans son Glossaire 
salique, jusqu'à Tan 1000, presque tous les monastères et les 
basiliques étaient en bois (2). » 

Les constructions mentionnées par saint Grégoire de Tours» 
et dont nous avons fait l'énumération, étaient-elles bâties à la 
manière gauloise ou à la manière romaine ? On a prétendu que , 
pour l'intelligence du texte de notre historien, il fallait en- 
tendre le mol fabricare par bâtir en bois et le mot œdificare par 
bâtir en pierre. C'est ainsi qu'il est dit de saint Eustoche : « Mag- 

(1) Csmentarios, qui lapideam sibi ecclesiam, jaxta Romanorum , quem 
semper amabat , morem facerent. (Ven. Beda , 11b. I , num. 5.) 

(2) Lignea siquidem , ad annum Chrlsti miUeftimum , apud nos omnia propè 
fuonasieria et basillcas exstltisse , tradit Jandelinus in Glossario «altco, verbo 
&(m7Ka.(Ap. Marlot. Metrop. Eccl. Rem. Hist. tom. I, pag. 470). 



— 8 — 

nam ibi basilicam, quœ et usque hodie permanet , fabricavit. » 
Et ailleurs: « Multos et alias basilicas œdificavit quœ usque 
hodie in Christi nomine constant (1). » Mais nous n'admettons 
point ce mode d'interprétation, qui ne parait pas suffisam- 
ment fondé. Il nous suffit de savoir que les édifices de ces âges 
reculés étaient plus souvent en bois qu'en pierre : ce qui 
explique pourquoi la plupart ont entièrement disparu sans 
même laisser de ruines. 

Quelle était alors la forme des églises ? Le plan en était va- 
rié ; mais il était ordinairement en croix, avec une nef allongée, 
et une abside semi-circulaire au chevet ; quelques églises fu- 
rent entièrement rondes^ d'autres carrées. Les unes étaient sur- 
montées de plafonds et les autres de voûtes ; toutes étaient 
tournées vers lorient. 0^ ne saurait prendre une idée plus 
exacte des principales dispositions d'une grande basilique des 
Gaules qu'en lisant la description de l'église bâtie à Clermont 
par l'évèque saint Namatius. 

« Celui-ci fit construire sous sa direction l'église qui existe 
actuellement et qui passe pour la plus ancienne dans les murs 
de la cité ; elle a en longueur cent cinquante pieds» en largeur 
soixante pieds, en hauteur, depuis le pavé jusqu'au plafond» 
cinquante pieds ; elle présente en avant une abside ronde, et 
de chaque côté des ailes Construites avec un travail élégant ; 
tout l'édifice s'étend en forme de croix. On y voit quarante- 
deux fenêtres, soixante-dix colonnes, huit portes. La crainte 
de Dieu y règne, et une grande clarté brille dans toute l'en- 
ceinte. Les murs du sanctuaire sont ornés en mosaïque d'une 
grande quantité de marbres différents (2). » 

(1) Greg. Tar., hist,, lib. H, cap. U. 

(2) Hic ecdeslam quœ nunc constat, et Tdtenima intra muros civitatis ha- 
betur, 8U0 studio fabrieavit, habentem in longum pedes centum quinquaginta, 
in latum pedes sexaginta, in altum infra capsum usque cameram pedes quin- 
quaginta : ante absidem rotundam habens ab utroque latere cellas eleganti 
constructas opère, totumque sdiûcium in modum crucis habetur expositum. 
Habet fcnestras XLU , colunmas LXX, ostia octo. Terror namque ibidem Dei 



— 9 — 

Cette église devait assurément être, fort belle ; celle de Saint- 
Martin dé Toars était encore plus splendide, puisqu'on y comp- 
tait cinquante colonnes et dix fenêtres de plus qu'à Clermont ; 
mais c'étaient, sans nul doute, les chefs-d'œuvre du temps, et 
l'on se tromperait étrangement si l'on prétendait retrouver cette 
pompeuse décoration dans les modestes basiliques de nos cam- 
pagnes, dans ces édifices que saint Grégoire appelle plebanas 
eeclesias. 

Nos plus anciennes églises ont été Mties sur le plan simple 
de la basilique primitive : on le retrouve parfaitement conservé 
à Saint-Hichel-sur-Loire. L'édifice consiste en une seule nef, 
termina; à l'orient par une abside en hémicycle. Quoique cette 
égUse offre les caractères de la plus haute antiquité et que la 
mmraille du nord soit en petit appareil, nous n*osons pas ce- 
pendant la faire remonter à une époque antérieure au xi^ siècle, 
parce que les documents historiques nous manquent pour ap- 
puyer solidement notre opinion. U n'en est pas de même pour 
Saint-Mars-la-Pile ; la partie supérieure de l'égUse est de la 
fin du XI* siècle ; nous en connaissons la date positive ( I ). Cette 
portion du monument est construite en pierres de moyen et de 
grand appareil et difière essentiellement de la nef bâtie en 
pierres de petit appareil, quadris lapidibus ; il y a évidemment 
ici deux procédés différents, et puisque la région absidale et 
le clocher appartiennent authentiquement au xi^ siècle, on' ne 
saurait nier que la nef soit du style romano-byzantin primor- 
dial. Une fois ce point admis, et nous le croyons incontestable, 
y a-t-il une si grande difficulté à admettre que cette antique 
basilique remonte au temps de saint Grégoire ? Peut-être ces 
belles murailles, d'une solidité à l'épreuve du temps, d'une 
conservation parfaite à côté des murs du xi* siècle, lézardés et 

et claritas magna conspicitur parietes ad altarium opère sarsurio ex multo 

mannomm génère exomatos habet. {Greg. Tur. , liv. II, cap. 16.) 

(1) L'église de Saint-Mars-la-Pile fut consacrée le VU des ides de décembiB 
M.XCl (1091}. (Extrait du Martyrologe de Saint-Julien de Tours.) 



— 10 — 

écniflës par le poids des Toutes, sontrdles de la basilique 
A'Evena, nom primitaf de Saiot-Mars, d'après M. Ghalmd (1)? 

Un monument dont la vétusté est plus frappante encore est 
celui dont on voit les débris dans le bourg de Yernou* Un 
grand pan de muraille, percé de fenêtres en {deiia-cintre, se 
dresse au milieu des constructions, défiant les injures des sai- 
sosjs, bravant les efforts des hommes. Les instruments les mieux 
trempés s'émoussent sans pouvoir l'endommager. Les {Herres 
ré^lières de petit appareil sont unies par un ciment épais, 
plus dur que les pierres elles-mêmes . Les cintres sont formés 
de briques accolées, séparées par des claveaux de distance en 
distance. On connaît cette ruine sous le nom de Palais de Pé- 
•pinrle-Bref ; peut-être faudrait-il y voir les restes de la basi- 
lique de Vemadum, fondée par saint Perpet ? Quelles que 
soient d'ailleurs les conjectures hasardées sur ce curieux dé- 
bris, il n'en demeure pas moins certain pour les antiquaires 
éclairés qu'il remonte à une époque difficile à déterminer, sans 
le secours de l'histoire, et qui ne saurait être postérieure au 
x^ siède. 

Des restes non moins authentiques que ceux de Yernou sub- 
sistent encore à Ghisseaux, à Sonnay, à Saint-Germain-sur- 
Yienne et à Pont-de-Buan ; et il ne faudrait pas grand effort 
pour en reconnaître au moins des vestiges à Sorigny, à Ilei- 
gnac et à Manthelan. A Gravant, nous voyons une muraille 
entière qui remonte aussi à cette époque reculée. 

Cette longue énumération d'édifices, ou pour parler plus 
exactement, de fragments d'édifices contemporains de saint 
Grégoire de Tours, excitera l'âonnement, un sratiment d'in- 
crédulité, peut-être, chez plusieurs archéologues. Nous ne nous 
sommes pas dissimulé la difficulté de noire thèse. Mais nous 
avons acquis une conviction profonde que nous possédions 
réellement d'assez nombreux débris des constructions reli- 
gieuses les plus anciennes des Gaules. Yoici quelques-uns des 
arguments sur lesquels elle s'appuie. 

(1} Histoire de Touraine, Chalmel, tom. HI. 



— Il — 

Qsîeoiiqiie a tant mit peu étudié la seieDce archértogi^e, 
8ait quelle importance nous attachons à Tanalogie. Lorsque 
nous rencontrons un édifice dont les formes architecturales 
sont fortement caractériséesi mais dopt la date est inconnue» 
en le comparant à un monument analogue, nous en détermi- 
nons l'Age aisément et sûrement. Contester ce principe, serait 
ébranler la science jusque dans sa base. 

L'élise de Gravant présente dans son état actnel des signes 
architectoniques propres à guider l'antiquaire de manière que 
l'erreur soit presque impossible. L'abside porte tous les carac- 
tères du style romano-byzantin secondaire et ils y sont très- 
nettement accnsés. L'œil peut donc facilement comparer la 
partie primitive avec la partie postérieurement ajoutée ; deux 
styles sont là en présence ; toute confusion disparait. Or, entre 
la nef et l'abside de la basilique de Gravant il y a une grande 
différence. U faudrait faire violence aux principes les mieux 
arrêtés de la critique des monuments poqr les attribuer à une 
seule et même époque artistique. Pour l'archéologue attentif, il 
y a certainement une différence aussi prononcée entre les deux 
parties, qu'entre les constructions ogivales du xiii* siècle, 
graves et sévères, et celles du xvr siècle, surchargées de Ugnes 
etd'wnements. 

La partie antique de Téglise de Gravant est bâtie en pitres 
trèe-lnen appareillées. Le petit appareil domine dans l'édifice 
et se fait remarquer par une symétrie spéciale et par une liai- 
son de ciment fort épaisse et fort solide. C'est une imitation, 
ou au moins un souvenir des murs gaUo-romains de Tours. 
Les fenêtres à l'extérieur sont accompagnées d'une archivolte 
très-simple, appuyée sur de petits modillons, régulièrement 
espacés, taillés en quart de rond. Entre chaque fenêtre la grosse 
moulure qui sert d'arehivolte se relève de raanik^ à flguiw 
une espèce de fronton triangulaire : les lignes en sont soute- 
nues sur les mêmes modillons. Cette déooratimi, par sa régn*- 
larité symébriiqne, produit im effet agréable. On voit une dis- 
position semblable à l'église de Saint-Généroux, au diocèse de 



^ 



Poitiers, qui a été depuis longtemps signalée par M. Mérimée, 
M. de Caumoot et d'autres antiquaires. 

L'église de Pont-de-Ruan {Rotomagus) est moins belle que 
celle de Gravant, mais comme cette dernière elle offre de curieux 
vestiges de deux styles d'architecture : on dirait vraiment que 
cette opposition de caractères architectoniques s'y trouve à 
souhait pour la facilité de la démonstration. La partie romane 
primitive est bâtie en petit appareil irrégulier et avec une cer- 
taine barbarie. Les fenêtres sont petites, étroites, en forme de 
meurtrières, fermées eu haut par une espèce de linteau. Toute 
cette construction montre l'aspect de la vétusté, à côté du por- 
tail qui date du xi*^ siècle. A quelle époque peut-on rapporter 
un bâtiment qui est évidemment bien plus vieux que le xi« 
siècle ? Des antiquaires prévenus hésiteraient à répondre. Pour 
nous, nous pensons rester dans les limites les plus étroites de 
Tanalogie et de l'induction en attribuant à saint Brice d'anti- 
ques murailles incontestablement antérieures au x" siècle, bâ- 
ties suivant un système conforme aux procédés des siècles les 
plus éloignés. 

Quant à l'église paroissiale de Sonnay, fondée par saint Mar- 
tin^ mentionnée par saint Grégoire et par l'historien de la trans* 
iation du corps de saint Léger, évèque d'Autun, il serait as- 
surément dilficile de prouver que le moindre fragment remonte 
au v^ siècle, malgré l'apparence de la plus haute antiquité. 
Nous n'essayerons pas de le faire, nous contentant ici de pu- 
blier une très-curieuse inscription récemment découverte. 
Après l'avoir lue les antiquaires les plus sévères seront for- 
cés de reconnaître dans le vieil édifice des restes de l'ar- 
chitecture du IX* siècle. A ce sujet, notre raisonnement est 
toujours le même : Tarchéologie nous montre une construction 
qui précède le style usité au xi^ siècle, pourquoi ne pas s'en 
rapporter à des documents historiques parfaitement authen- 
tiques qui ne sont pas en contradiction avec les principes de la 
science ? 



— 18 — 
Voici cette inscriptioii : 

Hic reqaiescit Alderamnus 
Sacerdos , vir vers vit® 
Amator, ûde plenas et caritatis 
Amore , prodigas erga pauperes 
Largitor, hanc qaoque quam cemis 
i£dem ipse fundayit ab imo. 
Obiit in pace Vlll* cal. mail anno Dni 

D CGC LXXIV (874). 

Plusieurs autres églises, dont nous avons cité les noms , 
portent encore quelque empreinte des arts chrétiens primitifs 
dans nos contrées. .4 Ghisseaux , M. de Gaumont signalait des 
restes de construction à petit appareil» dont Fétat ne démenti- 
rait pas l'origine; à Saint-Germain-sur-Yienne, on aperçoit à 
la Mse de la tour et dans le mur septentrional de la nef, des 
débris antiques analogues à ceux de Gravant, avec quelques 
dessins grossièrement sculptés, dans le genre de ceux qui ont 
été publiés par le savant M. de Gaumont dans la première par- 
tie de son Gours d'Antiquités nationales. Il en est de même à 
Sorigny, à Manthelan et à Reignac. 

Nous n'avons fait qu'ef&eurer une des plus graves questions 
de l'archéologie. Nous en avons dit assez pour appeler l'atten- 
tion des antiquaires sur nos vénérables basiliques plébéiennes^ 
comme les appelle saint Gr^oire de Tours. Nous avons la ferme 
conviction que, malgré les ravages des siècles et les eiForts des 
hommes qui font plus de ruines que le temps, la Touraine pos- 
sède encore de précieux débris de ses monuments chrétiens pri- 
mitifs. On peut nier nos preuves, contester nos raisonnements, 
mais nous pensons qu'on ne le peut pas faire sans se jeter dans 
d'inextricables difficultés. Gomment soutenir que des édifices 
élevés suivant des systèmes opposés , dont les caractères sont 
essentiellement différents, appartiennent néanmoins à une 
même époque et à un même style architectonique ? 



PROMENADE 



lUllS 



LA VAIXinS DU BRUGNON 



ET NOTICE SUR LE CHATELIER. 



Le Gh&telier est sitaé eemmane de Pftidmy , eantoi dn 
Grand-PjreBsîgiiy , «rrondisseinem de Loches, dans une des 
eontrées les^ moins frayées du département d'Indre-etrLcîre. 
C'est une ruine knpowmte et majestueuse qui m'a beaucoup 
rappdé edle du château de Clissony près de Nantes. Le TÎem 
maneir tourangeau , ainsi que le Tieux mamûr bretoii» oona» 
manda la Tallée, et derait dresser ses tours géantes, eonune 
pour inspirer i tout Tenant le respect et la terreur. La roche 
sur laquelle est construit le Cfaàtelier est un calcaire eo- 
quiller assex tendre. Àquelque distanoe, les d^ts de fslmi 
w&at très-aiKmdantSy et s'exploitent depuis longteu^ du» la 
Innae d^ Paulmy , appelée to Sa6tom»î^€. Il remplace le sable 
dansk eompoeition du mortier. La mer a longtemps séjourné 
dans cette partie de h France y eemme le aatcnt tous ceux ^ 
ont étudié là géologie. Le coteau qui s^are le Châtdier de 



— I» — 

Neoilljr M fomé de massife de pouddingiie non molM re- 
marquables , mélangés de parties siMdeases colorées f trë^ 
adhérentes et d'une extrême dureté. 

Le site agreste du Châtelier foit encore mieiix rassortit la 
grande» du speetade de ces restes dégradés par le temps j 
mais toujours nobles aux yeux de l'antiquaire et des amateurs 
enthousiastes du moyen-Age. 

n soait ^iBcile de mieux décrire laraUée du Brugnon que 
ne le fait François de Belleforest, écrîTaîn du xvi* sîède» dans 
sa CoAnoyrrajpAttf imprimée en 1585. Le même auteur, dans ses 
Graindes Aimâtes en deux \olumes ia^Py 1573 et 1579 , founiit 
aussi des renseignements précieux sur cette partie de la Toih 
rainei « Le Brugnon^ dit cet auteur « est un petit fleuve (nous 
« dnioas plutôt aujourd'hui un gros ruisseau), qui prend sa 
«source près Ste-Julitte, arrose Betz, puis Paulmy, passe 
« deyant le Cbàtelier , an bourg de NeuiUy, et Ta se jeter près 
• Abilly dans la .C3aise, qui elle-même se réunit im peu phis 
« bas à la Creuse. 

« Le Châtelier , ajoute François de Betteferast, est unlien 
« fort et de grande ancimneté , ayant autrefois appartenu à 
« la maison de Paulmy. » 

Anjourd'hui cette antique forteresse est enccme une des fer- 
mes de la beHe terre de Paulmy^ demi le château est distant 
de moins de deux kikmièires. Paulmy, antique possessicm de la 
maison de Yoyer , est partagé entre M. lemarqais d'Oyren et 
H. le comte de Croy , membre de cette société (i). lf« de CrojF 
possède le Châtelier. 

L'ancien proTerbe local , conserré dans la mémoire des habi-* 
tants est celui-ci : Neuilly^ le ^ Noble (en latin MobiUacum), 
Paulmy-le-Riche et le Chatelier-le^Fort. De ces trois lieux grsh 
f es dans les souT^sirs populaires , Neuilly n'offire à Texplora- 

(0 H. de Croy a luinnême décrit le Châtelier dans ses intéressantefl es- 
quisses sur la Tonralne , et ce qu'il en dit eût rendu notre tâche superfltie ti 
det reoiMnsbes fartlctfièros b6 noas 0uiB6iit tèiml ^aél^aes isoieiga^eiaeBtt 
VU lui «ut échappé. 



— 1« — 

leur que qodqaes pans de muraflles, fleub Testiges de son m- 
bk manoir, qui appartint en dernier lien anx Larochefoa- 
canlt et aux Gilbert de Voisins. 

Déjà longtemps avant Belleforest, le Chàtdier n'était ptns à 
la famille de Paulmy ; c'était an contraire une place rîraledont 
les possesseurs étaient, contre ceux de Paulmy, animés d'une 
inimitié acharnée. 

La tradition n'a même point perdu le souvenir de cette anti- 
que jalousie. On rencontrait encore, il y a quelques années sur 
la muraille de Paulmy, dans l'aile du ch&teau aujourd'hui dé* 
molie, les traces des i)oulets lancés, disait-on , par la garmsoii 
du Châtelier. 

En effet, sur la grosse tour du Qiàtelier qui&it&ceà 
Paulmy , on recoimait, à une grande élévation, une terrasse 
disposée pour servir de batterie à la forteresse. 

Les seigneurs de Paulmy étaient de fervents catholiques , 
tandis que le Ghàtelier tenait pour les Calvinistes, qui en 
avaient fait un de leurs principaux lieux de retraite et de rallia 
ment. Nous trouvons dans Thistoire des guerres de religion 
une famille protestante du nom de Ghàtelier. Le Châtelier dit 
Porteau, gentilhomme réformé, est signalé comme l'auteur du 
meurtre commis à Paris, dans la rue de la Huchette, sur le 
sieur de Charny , mestre-de-camp des gardes du roi (15 dé- 
cembre 1568). Aussitôt aprè« cet assasinat, Châtelier trouva 
moyen de s'échapper et, à l'aide de relais disposés à l'avance , 
de rejoindre le camp de cetix de la religion^ comme on disait 
alors. Mais cette fuite ne le déroba pas longtemps à là ven- 
geance des catholiques. Grièvement blessé à Jamac en 1569, 
il fut reconnu et achevé sur le champ de bataille. Sa mort fut 
ea tout semblable à celle du prince de Coudé. 

Tout en citant cette anecdote qui rappeDe tant d'horreurs 
commises au nom du zèle religieux , il ne £Eiut pas attacher 
trop d'importance à une analogie de nom. Le Chàtelier-Por- 
teau est désigné par Brantôme qui parle avec éloge de son au- 
dace, ecMnme un gentilhomme poitevin. 



La terre da C!hâtelier avait appartenu précëdemmeut aux 
Yemon, seigneurs de Montreuil-Bonnin. Baoui Yernon, grand 
fauconnier de France de 1514 à 1516^ était à la fois seigneur 
du Ghàtelier et de Montreuil-Bonniu (Anselme, grands officiers 
de la couronne). 

n avait épousé Aune de Gouffier , fille d'Arthus de Gouffier» 
seigneur de Boisy et d'Oiron , grand écuyer de France et de 
Philippe de Montmorency. 

Anne ou Artuse de Yernon, sa fille , héritière du Ghàtelier , 
fut mariée à Gharles de Téligny, seigneur de Leuville, tué à la 
bataille de Saint-Quentin en 4557. 

Anne de Yemon comparait, C/omme dame du Ghàtelier, à la 
réformation de la Goutume de Touraine en 1558. 

Nous trouvons dans le mariage d'Anne de Yernon , Forigine 
de la possession du Ghàtelier par les Téligny,. et Teiplication 
de ce fait qu'il a pu servir de place d'armes au parti protestant. 

Au nombre des personnages qui figurent à pareille époque 
dans les rangs catholiques, nous citerons en premier lieu comme 
appartenant à ces mêmes contrées , les deux frères de la Ri- 
viêre-Puy-T aillé , dont la mère, Renée, était elle-même fille de 
Jean de Yoyer, seigneur de la Gormerye (l'une des fermes de 
Paulmy, appartenant à M. de Groy) (1). 

Ges deux frères, proches parents de la famille de Paulmy , 
sont cités par Brantôme , Agrippa d'Aubigné et tous les histo- 
riens de ce temps, parmi les plus braves capitaines du parti 
catholique. 

Ils se nommaient Jacques et Hardouin de Yilliers, seigneurs 
de la Rivière-Puy-Taillé (en Pied-Taillé, fief du Loudunois , 
paroisse de Derçay,' département de la Yienne). 

Jacques de la Rivière, s'était rendu, en 1565, au secours de 
Malte assiégé par les Turcs, et se présentant à la tète d'une 
compagnie de gendarmes levés à ses frais , fut reçu avec les 
I^us grands honneurs et la plus vive reconnaissance par le 
grand-maitre de la Yalette , qui vint en personne à sa rencon- 

(1) Belleforest, Gosmo^phie e Grandes Annales. 

V 2 



» 18 — 
tre. Son frère cadet, Hardooin de la Rivière, était capitaine des 
gardes du duc d'Anjou à cette bataille de Jarnac , où fut égorge 
le Chàtelier-Porleau. Il devint, dans les guerres de Saintonge , 
l'adversaire le plus actif et souvent heureux de d'Aubigné, 
périt dans nue embuscade qui lui fut dressée sous les murs du 
château du Douheten 1570. Belleforest nomme Bazile le com- 
mandant huguenot de ce château. Le Douhet, situé près de 
Saintes dans le département de la Charente-Inférieure, appar- 
tient aujourd'hui à M. d'Argenson , mon beau-père, à l'obli- 
geance duquel je dois la plupart de ces documents. 

La famille des seigneurs du nom de Yoyer , vicomtes de 
Paulmy et la Roche de Gennes, était alors représentée par des 
hommes qui ont marqué dans les guerres, et même dans les 
lettres , à cette époque. Jean III de Voyer , en faveur duquel 
Charles VII, érigea en vicomte eu 1569, les fiefs de Paulmy et 
la Roche de Gennes , était gouverneur et grand bailli de Tou- 
raine. U mourut en 1571, âgé de 75 ans , et fut inhumé dans 
la chapelle du chtVteau de Paulmy. Un recueil de pièces grec- 
ques et latines en sou honneur , connu sous le nom de Tom- 
beau de Jean de Voyer ^ est encore recherché comme un monu- 
ment curieux de la bibliographie. Le vicomte René, son fils, 
compagnon d'armes des la Bivière-Puy-Taillé , ses cousins , 
se trouvait à la bataille de Dreux, en 1562, au secours de 
Malte assiégé par les Turcs en 1565 , à l'expédition du duc 
de Guise en Hongrie, en 1 566 ; il délivra Tours attaqué par 
les protestants en 4 568 , combattit en mars 4 569 à Jarnac 
où il fut blessé et eut un cheval tué sous lui , à Moncontour au 
mois d'octobre de la même année. Il était encore à la bataille 
de Lépante (Ij en 4574 , et au siège de la Rochelle en 1573. Il 

(1)' On sait combien peu de Français se trouvèrent à cette mémorable journée, 
Ufl étaient à peine cinquante et combattirent au poste d'honneur, sur la galère 
amirale , sous les ordies du duc de Mayenne et sous les yeux de Don luan 

d/Autriche. 

' Là ^tésence de René de Voyer est attestée dans un discours commémorât! f 

prononcé à Venise en 1§62. 



— 1» — 

svait levé et équipé une compageie de tOO lances désignée sous 
Iêê nom de chevau-légers de Paulmy. 

Devenu comme son père grand bailli et gouverneur de Too- 
raine , ainsi que de la ville et du château de Loches, il mourut 
ea 1586, âgé seulement de 47 ans. Au milieu d'une vie aussi 
agitée, il s'occupa de belles-lettres et de poésie, chose rare chez 
on grand seigneur de ce temps , composa des livres de science 
et des romans de chevalerie. Belleforest témoigne lui devoir 
beaucoup de détails, non-seulement sur la Tourainc, mais sur 
les contrées d'Orient qu'il avait parcourues. René de Voyer 
avait séjourné quelque temps % Constantinople , visité la Grèce 
et Jérusalem , et Belleforest a écrit entre autres ouvrages un 
traité spécial sur les mœurs des Turcs. Miais, pour en revenir 
plus directement au sujet de ce mémoire , il nous reste à par- 
ler de Téligny, gendre de l'amiral de Coligny , et Fnn des pro- 
inriétaires du Chàtelier. 

Les vers que Voltaire lui a consacrés dans la Henriade sont 
si connus que nous serions tentés de réclamer votre indul- 
gence pour les rappeler. 

U entend retentir le nom de Coligny , 
Il aperçoit de loin le jeune Téligny, 
Téligny dont l'amour a mérité sa fille, 
L'espoir de son parti , Thonueur de sa famille , 
Qui , sanglant , déchiré , traîné par des soldats , 
Lui demandait vengeance , et lui tendait les bras. 

Ces vers ne sont point ici hors de propos ; ils servent à nous 
faire connaître ce qu'était ce jeune héros calviniste , aimable , 
généreux , confiant, chevaleresque , brillant surtout par des 
qualités qui manquaient en général à ses compagnons , dont la 
mine sévère et rébarbative inspirait plutôt la crainte que' 
Tamour ; la veille encore de la Saint-Barthélémy , Téligtly 
avait porté un défi formel à quiconque accuserait la cour de 
perfidie , et mettrait en doute la loyauté de Charles EL ou de 
Catherine de Médicis. 



— 20 — 

Les mémoires contemporains , si soigneux en fait de détails 
généalogiques y ne nous en fournissent point sur la famille de 
Téligny , bon gentilhomme sans doute , mais dont la nais- 
sance était loin d'égaler celle de son beau-père. Aussi Bran- 
tôme nous dit-il de Louise de ChâtiUon , sa veuve, que ce 
fut une belle et vertueuse fdle , et qui eût pu trouver un parti 
meilleur. Les prétendants ne lui manquèrent pas après son veu* 
vage , et elle se remaria en 1578 , avec Guillaume le Taci- 
turne , prince d*Orange. La maison de Ghàtillon allait de pair 
avec les maisons souveraines. Louise de Coligny fut toujours 
la protectrice et l'appui des protestants français réfugiés en 
Hollande ; elle fut surtout liée avec M. d'Aub^ry , ambassa- 
deur de France en Hollande , négociateur habile et réputé , 
dont les opinions inclinaient vers le protestantisme (4). 

Téligny est le nom d'un village du Perche , près Nogent-le- 
Botrou ; néanmoins les premiers Téligny sont qualifiés de séné- 
chaux de Bouergue et Beauçaire. 

Charles , ou François de Téligny , sénéchal de Rouergue , 
fut tué en l'an 4 557 , comme nous l'avons dit , à la bataille de 
Saint-Quentin. Il avait épousé Artuse de Vernon , dame du 
GhàteUer. Son fils, Louis de TéUgny , s*étant abandonné à de 
folles dissipations, ou par d'autres motifs qui nous sont incon- 
nus , fut contraint de s'expatrier, et vécut longtemps à Ve- 
nise , où Brantôme rapporte l'avoir visité. Il avait laissé 
en France deux enfants , un fils et une fille , savoir : Charles 
de Téligny marié à Louise de Ghàtillon en 1571 , peu de jours 
avant la Saint-Barthélemy , et Madeleine, épouse de François 
de la Noue , Bras de fer , qui fut ainsi le beau-frère de Téli- 
gny. 

Ces deux enfants de Téligny jouissaient de ses biens en son 

absence, et lui payaient une pension qui ne l'empêchait pas 
toujours de vivre dans la gène . G'est un reproche que leur 

(1) Aïeul de M. le comte d'Aubéry, propriétaire actuel du château de la 
Fontaine , près de Dangé , château qui dès lors était une propriété de sa £a« 
mille. 



-. M _ 

adressent les contemporains, et nous citerons encore ici les pa- 
roles de Belleforest : « La mort de Téligoy fut un châtiment 
a du ciel , pour sa conduite envers son propre père , dont il 
« détenait injustement les biens. » 

n faut ajouter que cette réflexion de Belleforest ne se 
trouve pas dans ses Annales, mais dans un pamphlet publié 
quelques jours après la Saint-Barthélémy , et destiné à la jus- 
tifier. 

n semblerait, suivant un titre de propriété conservé aux 
archives de Paulmy , que le Ghàtelier eût été vendu en 1 569 
par Charles de Téligny à Honorât de Savoie, marquis de Vil- 
lars, et déjà. seigneur du Grand-Pressigny. Honorât de Sa- 
voie , fils du comte de Tende ^ remplit la charge d'amiral de 
France après l'assassinat de Gaspard de Goligny , et eut une 
fille unique , Henriette de Savoie , mariée en secondes noces au 
duc de Mayenne. 

Hais cette vente peut-être simulée, ou soumise à une clause 
de résiliation , ne fut qu*une de ces mesures de prévoyance en 
usage en ces temps de troubles et de désordre. D est certain 
que le Ghàtelier, ainsi que Montreuil-Bonnin, en Poitou , re- 
vinrent , à défaut d'héritiers de Gharles de Téligny , à Fran- 
çois de la Noue , son beau-frère. Gelui-ci en jouissait après la 
paix de 4576 , et l'on trouve même dans les archives de 
Paulmy, des traces du séjour qu'il a dû y faire. Ge fut lui 
acheta la Jaquetière , l'une des fermes de Paulmy , de Bruère- 
Chatelain, marchand à Loches. 

Voici , du reste , ce que l'histoire nous apprend des desti- 
nées du Gbùteller, et des châteaux voisins à pareille époque. 
Dans le cours de l'année 4569 , les calvinistes, maîtres de Ghà- 
tellerault, et occupés an siège de Poitiers, passèrent laGreuse 
à gué près le Port-de-Piles , et sous la conduite d'un chef ap- 
pelé la Lowe ou plutôt la Loue , ils prirent d'assaut les châ- 
teaux d^Etableaux et Chanceanx , près Loches et le Grand- 
Pressigny, et s'emparèrent de Paulmy, dont les défenseurs 
étaient allés chercher un refuge au château de Loches. 



— *t — 

Paulmy fut incendié , et les dëpnltnres des anciens mr 
gneurs profanées ( 1 ). C'est de cet événement que date praba- 
blement la destruction du bel édifice dont Belleforest nous a 
laissé une description étendue et une vue dans sa Cosmo- 
graphie. 

Dès le mois de septembre de la même année, les catholiques, 
guidés par René de Voyer , vicomte de Paulmy , reprirent la 
Haye , Ligueil , le Chàtelier ; ce dernier château, s'il faut en 
croire Dufour [Dictionnaire de Tourains) , lui fut rendu sans 
coup férir. La garnison trouva moyen de s'évader par des con- 
duits souterrains inconnus des assaillants , et qui s'ouvraient 
dans la campagne. Jusqu'en 4 578 les catholiques continuèrent 
à tenir garnison au Chàtelier , afin de garantir le plat pays 
contre les entreprises dés huguenots. 

Néanmoins le Ch&telier appartenait toujours à des familles 
protestantes. Il est même probable que l'exercice de ce culte 
avait lieu dans la chapelle intérieure du cbftteau ; et, suivant 
la remarque de Dufour , le petit cimeticre côntigu à cette cha- 
pelle avait retenu le nom de cimetière des protestants, 

Marie de la Noue , petite-fille du Bras-de-fer , eut successi- 
vement trois maris. Le premier fut Louis de Pierre-Buffière , 
comte de Chamberet j et de ce mariage naquit Benjamin de 
Pierre-Buifière , seigneur de Montreuil-Bonnin , en Poitou, du 
Chàtelier et de la TourbaUière en Touraine, Benjamin de 
Pierre-Buffière fut marié, en 1639, au temple protestant de 
Chàtellerault, avec Mademoiselle Louise d'Aubéry, fille de 
M. d'Aubéry, ambassadeur de France en Hollande. Os eurent 
plusieurs enfants qui tous s'expatrièrent , et périrent dans les 
guerres de Hongrie et de Hollande. 

Avec eux finit le nom illustre de Pierre-Buffière , premiers 
barons du Limousin ^ au moins la branche fixée en Tou- 
raine. On reconnaît en plusieurs endroits, sur les murailles 

(1) Thibaudeau , Bitt, du Poitou» 



-«a — 

du Chatelier, le cbiffire P. B. (Pierre-Builière), et des devises 
qui appartienoent à la même époque. 

En 1688, le Chatelier fut acquis, aiuri que ses dépendances, 
par dame Radégonde de Mauroy . veuve d'Armand de Voyer , 
l'uQ des derniers vicomtes de Paulmy , dont la fiUe, Marie-Cé- 
leste, porta cette terre, par mariage, dans une branche de la 
maison du Plessis-Larivière, originaire de Bretagne, 

Enfin , en 1750, la terre de Paulmy , compris le Chatelier, 
fut rachetée par le comte d'Àrgenson , ministre de la guerre , 
issu d'une branche cadette des auciens seigneurs , "par Pierre 
de Yoyer, second frère du vicomte René, dont nous parlions 
ci-dessus. 

Le château de Paulmy, depuis sa première origine , qui re- 
monte, s'il faut en croire Belleforest, André Duchesne , THer- 
mite de Solierç , et tous les auteurs qui ont écrit depuis eux , 
au temps des rois de la seconde race , a subi lui-même bien 
des vicissitudes. Mais ce qui n'a pu varier, c'est sa situation 
sur la cime d'une colline élevée , d'où l'on découvre de toutes 
parts un paysage riant et étendu. Détruit par les Anglais vers 
l'an 1420 , reconstruit une première fois par Pierre de Voyer 
en \ 441 , Paulmy le fut de nouveau, à la suite des dévastations 
des protestants, par le vicomte Louis de Voyer, en 1615. 

L'abbé de MaroUes, parent et ami de Louis de Voyer , le 
loue beaucoup dans ses mémoires de sa bonne administration , 
et pour avoir rétabli les affaires de sa maison gravement attein- 
tes par les dépenses occasioniv^ par la vie orageuse de son 
père le vicomte René. Dans un ouvrage intitulé Elogia illm* 
trium virorum hujus sœculi^ se trouve l'éloge funèbre de Louis 
de Voyer , mort en 1650 , et inhumé dans l'église paroissiale 
de Paulmy. (Poitiers, 1651). 

Il ne reste du château primitif, décrit et dessiné par Belle- 
forest, qu'une tour encore reconnaissable, au moins par sa 
base, et appelée la tour des archives. Le château du vicœute 
Louis, quoique bien inférieur au premier, offrait encore, dans 



— 24 ~ 

son ensemble, quelque chose de digne et de grandiose, qui ne 
se voit plus dans les constructions récentes. 

L'élise actuelle du bourg de Paulmy est due au vicomte 
René, ainsi que l'indiquent les R^qui s'aperçoivent extérieure- 
ment sur plusieurs de ses faces ; elle est sous l'invocation de 
la Sainte-Croix, tandis que Tancienne chapelle ou collégiale du 
château était dédiée à saint Nicolas. 

Par lettres patentes de 4 75t , enregistrées en 1 759, le Chàtelier 
fut réuni à la paroisse de Paulmy. Auparavant il formait à lui 
seul une petite paroisse de 38 feux , dont le siège a dû être 
l'ancien temple protestant approprié au culte catholique. 

Le Chàtelier, quoique réduit à l'état d'une ferme , mais 
vaste et importante, a conservé des murailles intérieures et 
extérieures, remplacement de ses ponts-levis et de ses po- 
ternes , et ses terrasses, transformées plus tard en jardins . Un 
immense donjon s'élève à la partie nord : c'est une tour ronde 
de 100 pieds d'élévation, et qui devait avoir beaucoup 
plus autrefois. On y monte par un escalier intérieur très-dé- 
gradé, mais encore accessible ; et au sommet la muraille a 40 
à 12 pieds d'épaisseur. 

Le parc du Chàtelier, entouré de murs en grande partie 
écroulés , est aujourd'hui en culture. 11 est traversé par le 
cours d'eau qui alimente les douves. Il renfermait des réser- 
voirs et des étangs pavés de larges dalles de pierres. La conte- 
nance est d'environ 60 hectares. Les bâtiments de la ferme, ou 
le château proprement dit, plus récent que la grosse tour et 
les fortifications extérieures, datent cependant des xiv« et 
xv« siècles. 

Au milieu de la plate-forme du château, se trouve un puits, 
et tout autour se reconnaissent des constructions qui ont pu 
servir à loger une garnison nombreuse. 

Au surplus, la description qu'en donne Dufour , dans son 
Dictionnaire historique de la Touraine^ tome II, page 38 et sui- 
vantes , est assez fidèle pour mériter d'être reproduite « au 



— s& — 

moins dani sa partie la plus essentielle . Ce livre est d*ailleurs 
devenu assez rare. 

« Lors des gaerres de la Ligue, Paulmy, qui avait servi 
« d'asile aux catholiques, pendant tout le temps que les reli- 
ef gionnaires furent maîtres de Tours, devint la victime de 
« rattachement de son propriétaire au parti royaliste , dont il 
« était un des plus vaillants soutiens en Touraine. En 4569 , le 

« château fut pillé et saccagé par les réformés le Chàte- 

« lier au contraire, bâti sur un roc^ environné autrefois de 
<« bois , en grande partie futaie , était devenu la place d'armes 
• des religionnaires. Les fortifications consistaient dans une 
< double enceinte de mâchicoulis^ flanquée de tours, et défen- 
« due par un fossé profond , où Ton faisait couler Feau à vo* 
« lonté, au moyen de canaux amenés d'assez loin, et dont deux 
« subsistent encore. La première enceinte est à peu près dé- 
« truite ; la seconde^ ou celle intérieure, est en ruines. On re- 
« marque une tour à demi renversée (1), ayant environ 400 
M pieds d'élévation. EUe comportait quatre étages auxquels on 
« montait au moyen d'un escalier en pierres , pratiqué dans 
« répaisseur des murs qui est de 9 à 40 pieds (2). Cette tour 
« protégeait la première entrée du château , défendue par 
« un pont-levis , appuyé de deux petites tourelles. Après 
« avoir franchi le pont qui est au midi (3) , on trouvait une 
« espèce de retrait qui conduisait à une seconde porte fermée 
« par une herse. Elle ouvrait dans la place, caseniatée dans 
« toute son étendue , et qui paraît avoir eu quelque fausse 
« porte ou conduit souterrain , pour en sortir avec facilité en 
« cas de siège. Il y avait une autre porte au nord (4) ; elle était 
« également garnie d'un pont-levis. Le rempart de ce côté pré- 
« sente des embrasures , qui annoncent que cette partie du 

(i) 11 y a en effet une brèche à Tintérieur, mais le revêtement extérieur de 
la tour est parfaitement intaot. 

(2) Beaucoup plus à la base. 

(3) Est. 

(4) Ouest. 



-MI — 

« cbàtfeaa était défendue par des canong (1). On reconnaît que 

« toutes les murailles ont été coDstruites avec la pierre prove- 
« nant d'excavations faites pour les fossés. Cette pierre est 
« assez tendre et chargée de coquillages . Le mortier est com- 
« posé de falun pur, ainsi que celui de la grande tour ; il a 
€ acquis une si grande dureté que, lorsqu'à l'approche de 
« l'armée vendéenne, en 4793, on fit abattre les fortifications , 
« qui étaient encore assez intactes (2), les ouvriers renoncèrent 
« à la démolition de la tour, parce que leurs outils s'émous- 
« saient à la maçonnerie, fans pouvoir y mordre autrement 
« que sur la superficie. Le château proprement dit , ou le ma- 
« noir d'habitation , occupe presque toute la largeur de Tinté- 
« rieur de la place ; il s^étend beaucoup moins dans la partie 
u ouest (3). Les bâtiments se composent d'un corps de logis, et 
« de deux ailes adossées à ce corps de logis, au milieu duquel 
« est une tour à angles coupés droits , faisant saillie à l'exté- 
« rieur , et dans laquelle est pratiqué un escalier, etc. » 

Le petit hameau du (Ihàtelier, qui est contigu au manoir , 
et traversé par le chemin conduisant à Paulmy , est lui- 
même, dans sa pauvreté et sa misère, un monument vivant 
des âges reculés , quoique dans une sphère plus modeste. Car, 
ainsi que me le faisait remarquer mon compagnon de voyage , 
les antiques habitations de nos campagnes sont souvent con- 
servées avec plus de scrupule et d'intégrité, et sont par consé- 
quent plus dignes d'observation et d'étude , que les palais des 
riches et les demeures des puissants. 

Avant de terminer cette légère esquisse , je dois vous indi- 
quer les noms de quelques-unes des plantes qui croissent na- 
turellement sur les vieilles murailles du Châtelier , et que l'on 



(1) L'auteur ne parle pas de la terrasse ou bastion presqu'ji la cime de la 
tour, et regardant vers Paulmy. 

(2) Anecdote très-problématique, ainsi que plusieurs autres données par 
l'auteur, et qu'il est inutile de reproduire. 

(3) Sud. 



— S7 — 

ne rencontre pas fréquemment ailleurs ; ces plantes sont les 
suivantes : 

La chataîre, Nepeta cataria. — Le pastel, Isatis tinctoria^ qui 
y est extrêmement abondant ; — la sauge orval, salvia sclarea; 
—la rue, ruta graveol^ns] — l'agripaume, leonurus cardiaca; — 
Vasplenium ceterach de la famille des fougères , et quelques 
autres encore dont le nom m'échappe, et qui m'ont été signa- 
lées par le botaniste avec lequel j'entreprenais cette excur- 
sion. H ne me reste plus qu'à exhorter mes collègues à visiter 
quelque jour la charmante vallée du Brugnon , bien persuadé 

à l'avance qu'ils ne regretteront d'aucune manière d'avoir 
suivi mon conseil. Certes on va chercher bien loin, et même à 
l'étranger, des sites qoi ne lui sont pas préférables. 

Cie Rodolphe d'ORNANO. 

Depuis que cette notice a]été écrite, le Châtelier est échu à 
M. le comte AUyre de Sarrazin, gendre de M. de Croy. M- de 
Sarrazin, par sa grande érudition et ses connaissances variées, 
répond dignement à la mémoire laissée par feu son père, M. le 
comte Adrien de Sarrazin, dont les charmantes productions 
sont en quelque sorte devenues populaires. Qu'il nous soit seu- 
lement permis d'exprimer ici un regret bien senti; c'est celui 
d'avoir vu M. de Sarrazin préférer à la demeure historique du 
Giàtelier, qu'il est si digne d'apprécier , une autre habitation , 
aussi agréable sans doute , mais qui n'offre pas les mêmes 
motifs d'inté<rét. 

D. 



rvonrE: 



LES ANCIENNES CONSTRUCTIONS ROMAINES 



Il ressort à mes yeux, d'une manière évidente, en quelque 
sorte mathématique, de l'exploration sérieuse et méthodique à 
laquelle vous avez bien voulu m'assoccier, qu'il a existé jadis 
un amphithéâtre considérable à Tours, sur l'emplacement au- 
jourd'hui traversé par la rue Crçuse. 

J'ai même peine à m'expliquer comment il se fait qu'un pareil 
monument ait pu, par défaut de tradition, rester pendant si 
longtemps ignoré ou même mis en doute ; car il suffisait de 
coasidérer avec une certaine attention les directions rayon- 
nantes des principales constructions de ce quartier, pour rester 
convaincu que cette disposition anormale n'a pu être détermi- 
née que par un état tout particulier du sol et du sous-sol, état 
qui ne doit se rapporter qu'aux ruines d'un amphithéâtre ; et 
effectivement, tout n'indique-t-il pas que cette convergence, à 
peu près régulière, remarquée dans tant de bâtiments, a pour 
cause la fondation de leurs principaux murs sur des construc- 



— «9 — 

tionB souterraines qui doivent encore exister, et dont quelques- 
unes seulement ont pu être vérifiées par la Société ? 

Je pense que le peu que nous en avons vu avec quelques-uns 
de nos collègues a dû suffire pour dissiper toute espèce de doute 
dans vos esprits, car nous y avons trouvé les principaux élé- 
ments à Taide desquels j'ai pu rétablir, avec une certaine exac- 
titude, cet ancien monument des Romains, qu'on peut classer 
parmi ceux du premier ordre en ce genre par l'étendue de ses 
dimensions. 

La Société a procédé dans cette recherche à peu près comme 
le faisait Cuvier, lorsqu'il parvenait à reconstituer, avec quel- 
ques ossements conservés, le squelette d'animaux qui ont dis- 
paru de la surface du globe. 

Ainsi, quelques mesures bien prises et le relèvement exact 
d'un souterrain de construction évidemment romaine, qui 
existe encore dans un parfait état de conservation chez M. Bou- 
rassé, notre président, nous ont amenés, dans l'hypoUièse où il 
eût été l'élément d'un cirque, à rechercher son symétrique, 
lequel a été retrouvé juste là où l'on pouvait le supposer ; puis, 
par analogie, de nouvelles explorations nouç ont bientôt révélé 
l'existence de deux autres communications souterraines sem- 
blables, formant un angle droit avec 1^ premières, et toutes 
concourant vers un centre commun. . 

Enfin, les extrémités bien reconnues et déterminées de ces 
galeries, combinées entre elles et avec leurs directions, nous 
ont fourni les deux dimensions principales de l'amphitliéâtre 
et de son arène, dont elles forment le grand et le petit axe ; 
c'étaient effectivement les quatre grandes communications qui, 
de l'extérieur de Tédifice, conduisaient à l'arène de l'amphi- 
théâtre, et peut-être à son podium. 

Une grande loge, encore bien conservée, qui fonne un an- 
nexe de la galerie de l'est, fait penser qu'elle dut servir à ren- 
fermer les animaux destinés aux combats, et les deux hémi- 
cycles, qu'on retrouve vers l'entrée opposée de la même galerie, 
avaient probabl^nent la même destination, à moins qu'dles 



— 8« — 

l'obéissance les populations subjuguées, stationnaient dans des 
camps retranchés, généralement placés sur des points culmi- 
nants, habilement répartis sur certains points de leur terri- 
toire. Vous avez en Touraine plusieurs restes encore bien con- 
servés de ces camps, particulièrement à Amboise et aussi 
probablement sur les hauteurs de Luynes ; camps parfaite- 
ment placés pour maintenir dans Tobéissance messieurs nos 
ancêtres les Turones, dont la capitale mérita, par son impcir- 
tance, par sa position et peut-être aussi par le caractère paci- 
fique de ses habitants, de devenir sous Gratien le chef-lieu de 
la 3* Lyonnaise. Or, vous le savez , Messieurs, ces habiles con- 
quérants ne se fiaient pas uniquement à la puissance de leurs 
armes pour contenir leurs nouvelles provinces, ils s'efforçaient 
aussi de les attacher à la mère patrie en y faisant pénétrer la 
civilisation et les mœurs romaines ; il n'est donc pas étonnant 
que Cœsarodunvm^ qui devait être la résidence d'un proconsul 
et d'autres autorités romaines, fût mis, par la construction 
d'un amphithéâtre, à même de jouir, à une époque de cahne 
et de prospérité, de ces spectacles de gladiateurs ou de com- 
bats d'animaux, si chers à ces maîtres du monde; et la capitale 
des Turones fut, sous ce rapport, aussi favorisée que celles des 
Pictaviiy des Saintons et -des Andegaves, leurs voisins, qu'on 
s'efforçait de romaniser, si je peux employer cette expression, 
par tous les moyens possibles, afin de s'assurer mieux de leur 
obéissance. 

Ceci me semble expliquer, d'une manière assez satisfaisante, 
l'époque et la fondation de l'ampbithéàtre dont nous voyons 
encore les débris sur le lieu appelé alors Cœsarodunum, et dont 
l'étymologie peut, avec un peu de bonne volonté, trouver aussi 
son explication par le fait même de cet amphithéâtre. 

En effet, tout ce que nous voyons ensemble établir évidem- 
ment qu'il ne fut pas, comme la plupart des édifices semblables 
qui existent aujourd'hui, construit sur un plan artificiel formé 
par une couronne de voûtes rayonnantes et vides en dessous, 
mais qu'Q fut assis sur le sol naturel d'un monticule (Dutij en 



— 8S — 

odtique), creusé de manière à former une arène avec ses com- 
munications, et dont les terres tirées du centre, reportées en 
arrière et amoncelées jusqu'à une certaine hauteur, en s'ap- 
puyant au mur de Fenceinte extérieure, servirent à rétablisse- 
ment des gradins et des rampes d'accession , une pareille émi- 
nence qui eût été inaperçue dans une contrée tant soit peu 
accidentée devait, malgré son peu de relief, être très-apparente 
dans un lieu tout à fait plat, et suffire, jusqu'à un certain point, 
pour le qualifier. 

Ce qui donne quelque valeur à cette idée, c'est qu'il n'existe 
dans le voisinage aucune dépression de terrain qui ait pu 
fournir un amas de terre aussi considérable que celui qui forme 
le relief actuel des arènes ; il est même à supposer qu'il n'y eut 
jamais de fossé autour de l'enceinte romaine, hypothèse que les 
fouilles faites en avant de la porte découverte récemment me 
paraissent confirmer. 

Ce monticule converti en un amphithéâtre, qui devait for- 
mer, en quelque sorte, le noyau de la ville gallo-romaine, peut 
donc parfaitement lui avoir donné son nom. 

J'ai d'abord été porté à croire que cet amphithéâtre, de 
même que celui de Chenevrières {Aquœ segestœjy près de Mon- 
targis, et quelques autres, n'était qu'un simple cirque avec des 
gradins en terre gazonnée compris entre deux murs parallèles ; 
mais en y réfléchissant je me suis rappelé que ces sortes de 
constructions, pour ainsi dire passagères, n'étaient établies 
que pour la récréation des troupes campées, et n'avaient que 
de faibles dimensions ; tout me porte donc à croire maintenant 
que, vu son étendue et l'état de ses ruines, celui qui nous 
occupe a été construit, non-seulement avec une grande soli- 
dité, mais aussi avec tout le luxe artistique qu'on déployait 
alors dans ces sortes d'édifices, et par conséquent qu'il fut 
revêtu de gradins en pierres, qui ont plus tard formé une par- 
tie notable des fondations de l'enceinte gallo-romaine. Quel- 
ques débris conservés par hasard dans leur place primitive, et 
entre autres un pilastre encore surmonté d'une partie d'archi- 
V 3 



- - â4 - 

Tolte (dans la propriété, 322) et des ornements de même ordre 
d'architecture encore apparents dans les fondations de la 
muraille, ne me laissent personnellement aucun doute à ce 
sujet. Les amphithéâtres de Pœstum, de Pola, de Poitiers 
mèmCy offrent des exemples de ces sortes de constructions. 

£n calculant approximatiTement la masse des gros maté- 
riaux qui ont dû entrer dans la construction des gradins de 
l'amphithéâtre et dans rornementation des murs extérieurs et 
intérieursi je suis arrivé à une évaluation d'environ 14,500 * 
mètres cubes, et en faisant le même calcul pour la fondation 
du mur gallo-romain en blocs de 3 mètres de hauteur sur # 
d'épaisseur, j'ai trouvé pour la totalité de Tenceinte à peu près 
46,000 mètres cubes; ce serait donc 1,500 mètres pour les- 
quels il reste à chercher une autre provenance ; mais si, ce 
que j'ignore et ce qui pourrait être, la partie de Fenceinte 
qui longe la Loire n'est pas fondée de même, il faudrait retran- 
cher de cette quantité à peu près 4,000 mètres cubes, et les 
débris des arènes produiraient un excédant. Quoi qu'il en soit, 
l'appoint des matériaux étrangers a dû être peu considérable, 
et il aura été trouvé facilement dans les carrières voisines et 
dans la destruction d'autres monuments religieux ou tumu- 
laires. 

S'il est à peu près impossible d'assigner une date certaine à 
la construction de l'amphithéâtre, U est également fort difficile 
de fixer exactement l'époque de l'enceinte gallo-romaine dont 
il reste encore de si beaux vestiges. Je pense, toutefois, qu'il 
faut la faire remonter vers la fin du iv* siècle ou au conunen- 
cement du v*, au temps des Yalentinien ; elle présente, du 
reste, une telle analogie avec les murs de Sens, qu'on doit lui 
assigner la même date et la même cause, celle de l'invasion des 
peuples du nord dans les Gaules. 

Poussé alors par l'imminence du danger et par une impé- 
rieuse nécessité, le gouvernement romain dut enjoindre aux 
^généraux et aux gouyerneurs des provinces d'élever dans 
chaque grand centre d'autorité romaine une encemte fortifiée, 



capa]t>le de mettre temporairement à Tabri #» i(i\>ak)ua d*uo 

ennemi qui portait avec lui la terreur jçt la deatructioD, 1^ £pr- 

tune et la vie des autorités et de la population fidèle j avec in- j 

jonction de faire servir à sa construction tous les matériaux 

existants sur place par la démolition des édifices publics ou 

mêmes particuliers. 

Or, la religion chrétienne avait déjà presque partout détrôné 
Tidolàtrie, Constantin avait abjuré et ses descendants avaient 
chaleureusement epibrassé la foi chrétienne; partout le culte 
des faux dieux était anéanti, et les spectacles sanguinaires, 
contraires aux préceptes de Tévangile, avaient disparu ; il n'est 
donc pas surprenant que, dans un moment aussi critique, et 
par le fait même de la réaction qui s'était opérée dans les 
esprits, cette circonstance eût été mise à profit pour effacer en 
tes utilisant jusqu'à la trace d'une foule de monuments païens, 
•dont quelques débris seulement attestent encore aujourd'hui 

jusqu'à quel degré la domination romaine avait répandu le 
^oftt des beaux-arts sur tous les points de r£mpire. 
Dans eette conjoncture, l'amphithéâtre de Tours ne pouvait 

rester sans emploi ; car d'un côté, son relief lui donnait, sur 

le t^rain environnant, un commandement très-propre à assu- 
rer une bonne défense, et d'un autre côté il offrait sur place 

une immense carrière de matériaux excellents. 
L'ingénieur, chargé du tracé de l'enceinte, fut donc natu- 

lellement porté o le -prendre pour base de son système, et se 

senraot4e la partie sud de l'hémicycle comme d'une vaste tour 

formant cavdier, il eu fit le flanquement central et principal 

d^ to^te la ligne méridionale de sa fortification ; puis, prenant 

le centre même de l'ampbitbéàtre pour point de départ de cette 

ligne, il dirigea de chaque côté ses murailles comme deux 

rayons prolongés, l'un vers l'est jusqu'à la tour dite de Cupi- 

don, et Tautre vers l'ouest jusqu'à, celle de l'Axi^bevéché ; à 

partir de ces deux points extrêmes, il dirigea directement vers 

la Loire, :^i;s deux angles ^aux j^e .95 degjféa, les deux lign^ 

âiBSlinées à raccorder ce j[rout 4ye^ la porU^n de l'enceinte 



l 



— 86 — 

éleyée sur le mage du fleuTe, enfermant ainsi une surface tra- 
pézoïde de 92,380 mètxes de superficie. 

Vous remarquerez que les deux branches latérales du front 
sud qui se rattachent à l'amphithéâtre ne sont point en ligne 
droite, comme il semblerait naturel de le supposer; mais 
qu'elles s'infléchissent en arrière, de sorte que leur point de 
rencontré au centre de l'édifice se fait sous un angle très-ou- 
vert. Cette disposition s'explique d'une manière satisfaisante 
en faisant attention que l'ingénieur a dû chercher à raccorder 
sa muraille avec le mur du cirque, sur une partie massive et 
solide, et qu'il n'a pu là trouver qu'en arrière des deux por- 
tiques servant d'ouverture aux communications latérales qui 
s'ouvraient suivant le diamètre même de l'édifice. 

Ce plan une fois arrêté et tracé, toute la partie septentrio- 
nale de l'amphithéâtre devait être complètement sacrifiée, car 
elle devenait inutile, et tous les matériaux qui avaient servi 
pour édifier ses gradins et ses principaux murs avaient leur 
emploi dans la construction de l'enceinte ; le côté sud, se trou- 
vant au contraire intégralement compris dans la fortification, 
fut non-seulement conservé, mais de plus il fut mis en bon état 
de défense. Le mur extérieur, préalablement dépouillé de son 
parement et des ornements d'architecture qui le décoraient» 
fut renforcé par un nouveau mur accolé, avec tours flanquan. 
tes, dont les matériaux pris sur place durent provenir des gra- 
dins les plus rapprochés et des pitres de couronnement et 
d'ornement détachées de la muraille elle-même. 

Les fondations des autres parties de l'enceinte durent être 
tirées indistinctivement des débris les plus rapprochés de Tam- 
phithéâtre et des autres édifices. 

L'affaissement considérable qui se remarque encore du côté 
de la rue Racine et de la rue de la Bazoche, affaissement qui 
a mis à découvert en certains endroits l'extrados de la commu. 
nication nord de l'arène est une conséquence naturelle des tra- 
vaux qu'il a fallu exécuter pour adoucir les pentes et faciliter 



— 87 — 

le transport d'énormes blocs depuis leur emplacement primitif 
jusqu'à leur destination nouyelle. 

Il est notoire que, partout où il n'existait point d'escarpe- 
ment naturel, les Bomains faisaient leur possible pour asseoir 
leurs fortifications, jusqu'à la hauteur de quelques mètres, sur 
un massif composé de très-gros matériaux ; c'était pour oppo- 
ser une plus grande résistance au choc de la catapulte, dont 
le bélier, suivant Polybe, n'atteignait pas la muraille à plus 
d'une toise environ au-dessus de sa base ; ceci explique l'em- 
ploi des blocs que nous voyons dans la fondation du q^ur gallo- 
romain. 

La trace des arrachements qu'on voit encore vers les extré- 
mités des communications existantes, où de rares spécimens de 
pierres taillées subsistent encore, on ne sait trop comment, à 
leur place primitive, montrent que toutes les constructions 
extérieures furent entièrement détruites et dispersées. Or, à 
quoi auraient donc servi tous les matériaux, si ce n'est à l'éta- 
blissement de la fortification gallo-romaine, qui nous laisse 
encore voir dans ses flancs tant de beaux échantillons de sculp- 
ture monumentale, qu'on ne peut , à cause de leurs dimen- 
sions, rapporter avec quelque raison à aucune construction 
particulière, mais seulement à ce vaste édifice qui jadis décora 
votre ville. 

Ce qui me confirme dans mon ppinion que le tracé de la 
fortification romaine est tel que je l'indique, c'est l'admirable 
symétrie qu'il présente. 

Sur son front sud, l'œil est frappé par cette vaste saillie 
centrale, dominante, formée par une moitié de l'amphithéâtre : 
eUe est flanquée par une tour en capitale sur la ligne de son 
grand axe, ayant à sa droite et à sa gauche, à une égale dis- 
tance, deux autres tours, dont les traces n'ont pas encore 
entièrement disparu ; cela indique que l'espace restant devait 
aussi être protégé par deux autres tours semblablement espa- 
cées. Cinq tours flanquaient donc cette partie principale de 
tout le système ; de chaque côté même symétrie, même régu- 



larite ; à l'est due moraiOe de 100 mètres de long sar 4 d'é- 
paisseur, dirigée ensuite vers là Loire sous un angle de 95 
degrés, avec une tcàït au saillant et deux tours flanquantes à 
30 mètres de celle-ci ; sur le milieu de la courtine, comprise 
entre cette d^nicre toèf et fe flanquemcÂit central, se trouve 
Une porte donnant entrée à une voie romaine. 

À rouesrt, même disposition^ inôme angle d'épaule au retour 
de la muraille, même espacement» même dimension des tours ; 
donc, par ahàlogie, H devait exister symétriquement une autre 
porte 6ûr«rèfmpladéttient actuel du palais archiépiscopal ; c'est 
ce que semble confinner la trace d'une voie romaine décou- 
verte par M. Guériû dans les fondations de l'hôtel de H. de La 
i?erté. 

Cùttane jl est regrettable qu'on n'en ait pas pris note lors de 
la dâitolition d« la partie de l'enceinte sur laquelle on a édifié 
ee palais! 

D est î)ro1)able qu'il y avait encore deux autres portes sur 
les côtés est et ouest de l'enceinte ; on n'en voit pas de vestiges, 
mais elfes devaient se trouver, vers leur milieu, entre deux 
toui^. 

Quant à la muraiHe qui bordait la Loire, les vestiges qui 
sont éu(Sorè apparents indiquent qu'elle n'était point en Hgno 
droite, mais qu'elle suivait probablement l'inflexion du rivage. 
Elle fbrtnait un angle saillant très-ouvert à peu près là où se 
titouve la propriété de M. Pécard ; cet angle et le feste <ie cette 
portion de l'enceinte devaient être également ëouvérts par un 
certain nombre de tours dont il serait intéressant de vérifier 
Templ&ii^ement, ainsi que celui de la porte ou des portes qui 
conduisaient à la rivière. 

Cet état de choses a dû subsister, sans changements notables, 
jusqu*au commencement du ix* siècle, si fatal à la France par 
les Invasions réitérées des Normands qui, je iie sais à quelle 
époque certaine, vinrent porter la dévastation jusque sous les 
murs de Tours, doiat ils firent le Isiégë, et où ils ouvrirent la 



Eq se reportant aux reaseign^^ients qui nous sont parve- 
nus sur la manière de combattre de ces aventuriers, qui péné- 
traient jusqu'au cœur des continents sur une immense quantité 
de petits bâtiments avec lesquels ils remontaient les fleuves, on 
voit, ainsi qu'il est constaté par le siège de Paris, qu'ils étaient 
munis d'assez puissants instruments d'attaque et d'engins de 
guerre, et que leur tactique était de surprendre, ou, autant 
que possible, d'enlever de vive force les places exposées à leurs 
insultes. 

A Tours, la tradition semble indiquer que l'attaque des 
Normands eut lieu vers la porte est du front sud ; et cela 
paraît vraisemblable, parce que cet emplacement, sur lequel ils 
pouvaient facilement s'établir étant maîtres du fleuve, leur 
permettait de menacer à la fois la face principale de la fortifi- 
cation (qui est le saillant formé par l'ancien amphithéâtre), et 
par diversion le corps de la place vers le saillant formé par la 
tour du Petit-Cupidon. 

n est probable qu'ils dirigèrent sur la place plusieurs atta- 
ques simultanées pour diviser ses défenseurs, et qu'après avoir 
vainement cherché à surprendre une ou plusieurs des portes, 
ils se sont attachés à faire brèche sur divers points de la mu- 
raille, et entre autres sur la portion du flanquement formé par 
le côté est de l'hémicycle saillant ; probablement aussi sur la 
portion de cette enceinte située entre la maison et le jardin 
supârieur occupés aujourd'hui par l'étabUssement des Orphe- 
lines. C'est peut-être même à cette attaque et à la brèche qui 
fut pratiquée 4ans la muraille qu'il faut rattacher la dispari- 
tion de la tour qui devait exister sous le bâtiment même des 
Orphelines. 

Admettant que plusieurs brèches aient été entamées à la fois, 
il est permis de supposer que la poussée des terres appuyées au 
n^ur de l'ancien amphithéâtre a dû déterminer plus prompte- 
ment son éboulement de manière à la rendre praticable, et que 
c'est alors qu'en présence d'un événement de nature à porter 
la consternation dans tous les esprits, on a, comme dernière 



— 40 — 

ressource, cherché à remonter le courage des défenseurs en 
faisant apparaître à leurs yeux, sur le terre-plain même qui 
bordait la brèche, celte ch(\sse si vénérée de saint Martin, qui 
seule, comme un drapeau sacré, parut en ce moment suprême, 
et à cette époque de si ferme croyance, capable de faire péné- 
trer dans les cœurs ce sublime dévouement qui décuple la 
force et la valeur des hommes. 

En effet, les barbares, repoussés de la brèche et assaillis à 
leur tour, furent contraints eux-mêmes à chercher leur salut 
dans une retraite précipitée. Une chapelle commémorative de 
ce mémorable événement, attribuée à Fintervention divine par 
Tentremise de saint Martin, fut élevée sur le lieu même où sa 
châsse fut posée. Or, ce lieu ne peut être que celui où s'élève 
encore aujourd'hui une chapelle fondée sur les anciennes con- 
structions romaines de la voûte souterrame de l'est. Elle était 
là, en effet, sur le l)ord de la brèche : et elle ne pouvait pas 
être autre part, puisque le reste de l'enceinte attaquée était 
une simple muraille. En aucun cas la châsse n'aurait pu, sans 
courir le plus grand danger, être exposée sur son sommet, 
près de la brèche ; et, en la supposant placée en arrière, on ne 
se trouve plus d'accord avec les écrits qui retracent ce fait 
historique. 

Ceci explique parfaitement, selon moi, la construction de 
cette muraille moderne qui, déformant le tracé de l'ancienne 
enceinte, vient s'appuyer sans liaison à l'aile gauche du front 
gallo-romain, à peu de distance de la porte de la ville. 

On comprend, en effet, que, voulant construire une église 
dans un emplacement restreint et forcément déterminé, qui ne 
laissait, pour ainsi dire, aucun accès en avant d'elle, on a dû 
chercher le moyen de lui former une sorte d'esplanade, et qu'à 
cet effet, au lieu de fermer simplement la brèche, comme on 
Ta fait ailleurs, on a élevé, tel qu'il est, le nouveau mur dont 
je viens de parler, et l'on a rempli l'intervalle qui le séparait 
de l'ancienne construction de manière à niveler le terrain et à 



— 4! — 

créeTi par râargissement de cette partie de la fortificatira, 
l'esplanade qu'il s'agissait d'obtenir. 

Telles sont les conclusions que je tire de l'examen attentif 
que j'ai fait des lieux et du raisonnement qui m'a semblé en 
découler d'une manière toute naturelle. Je les liirre à votre 
critique, prêt à me rendre à toutes les objections qui me paraî- 
tront fondées sur un meilleur ordre d'idées. Dans une question 
de ce genre , qui a pour but principal la recherche de la Térité 
dans un passé en partie couvert de ténèbres, l'amour-propre 
ne doit jouer aucun rôle, et il ne faut nous arrêter que lorsque 
nous serons bien convaincus que nous sommes aussi près que 
possible de la réalité. 

Quant à moi, je serai satisfait si je suis parvenu, par l'appli- 
cation raisonnée du résultat de nos recherches, à jeter dans 
vos esprits quelques lumières nouvelles sur un passé si digne 
d'intérêt, et à localiser enfin, dans l'enceinte actuelle de votre 
cité, tout ce qui s'est dit ou écrit sur sa fondation et sur son 
antique splendeur ; car c'est lui restituer de glorieux titres de 
noblesse, longtemps méconnus, et dont elle doit, à bon droit, 
s'énoi^ueillir aujourd'hui. 



DMENSIOirS DES PRISCIPAUX AMPHITHEATRES BOMAIHS. 



LeColysée. | 



Amphithéâtre totaL Arène. 

Grand axe, 180 mètres, 92 mètres. 

Petit axe, 150 60 

( Avec galeries de 4 mètres conduisant à l'arène, 
suivant les deux axes de l'ellipse. ) 

Amphithéâtre total. Arène. 



^, ( Grand axe, 76 mètres, 

^^^- (Petitaxe, 48 



Nimes. 



I 



Grand axe, 130 75 mètres. 

Petit axe, 103 47 



Tours^ 



! 



Sfdntes. 



— « — 

Amphithiâtr« toUl. Arèae. 

Grand axe, 135 mètres , 68 mètres. 

Petit axe, 120 50 

Largeur des commanications airec l'arène, 
4 mètres 50 centimètres. 

ArèM. 

78 mètres. 
46 



Amphîtbéfttre total. 

130 mètres, 
104 



13,500 mètres cubes. 



3,850 



Grand axe, 
Petit axe, 

Calcul des blocs tirés de l'amphithéâtre. 

Superficie des gradins, sur 1 mètre 
de hauteur, 

Solide du mur de Farène, largeur 
180 mètres, hauteur 5 mètres^ épais- 
seur 150 mètres, 

Total. . . 14,450 mètres cubes* 

Nota. — Si le côté de Feau n'est pas entièrement fondé sur 

blocs, il j aura équilibre ou excédant de plus de 2,000 mètres. 

Gros matériaux de fondation du mur gallo-romain. 

Côtés est, sud et ouest, longueur 
650 mètres, épaisseur 4 mètres, hau- 
teur 3 mètres, 

13 tours, X 10, X 4, X 3, 

Hémicycle antérieur de l'amphi- 
théâtre, longueur 225 mètres, X 3, 
X3, 

5 tours, X 4, X 10, X 3, 

Côté nord sur la Loire, longueur 350 
mètres, X 4, X 3, 

I tour, X 10, X 4, X 3, 

Tot^. . . 
Amphithéâtre. . . . 

Appoint à chercher. . . . 



7,800 mètres cubes. 
1,260 



2,025 
600 

4,200 
120 

16,025 mètres cubes. 
14,450 



1 ,575 mètres cubes. 
Général pB COtJRTIGIS. 



INAUGURATION 



LA STATUE DE RENÉ DESCARTES, 



SUR 



LA PLACE DE L'HOTEL-DE- VILLE DETOURS, 



LE 11 SEPTEldBBE 1852. 



La fête, depuis longtemps atteadae, a attiré dans la YiUe un 
ifluneose concours. La place de rHAtet-de-Ville, décorée et 
pavoisée, voit s'élever denx tentes, étégamment disposées, entre 
lesquelles s'élève la statue^ couverte de son voile. 

A midi les personnes invitées se réunissent è rH6tei<^de- 
Yflle. Monseigneur Morlot, arohevdque de Tours, M. le lieute- 
nant-général de CouFtigîS) M. Brun, préfet d'Indre-^- Loire, 
M. Ernest Marne, maire de Tours, les autorités civiles, mili- 
taires et ecclésiastiques, enfin k Sodété arcbéologique sont 
dans les salons ; ils y accueillent M. le comte de Nieuwerkerke» 
directeur des musées nationaux , à Féminent ciseau duquel est 
due l'cBuvre d'art, objet de la fête; M. le baron Taylor, dont 
les infatigables travaux ont tant contribué à épurer le goftt 
dans les arts, par son attention soutenue à recueUiir les nv)nu- 
menti du passé et à y. rattacher le présent ^n Kgrette 



— 44 — 

sence de plusieurs membres de la commission^ que leur santé 
a empêchés de venir, M. Cousin, M. le comte Beugoot, M. le 
duc de Luynes, dont la part a été si grande entre les efforts de 
ses concitoyens pour rendre l'hommage actuel h la mémoire de 
René Descartes. 

La famille de l'illustre philosophe existe encore sur le sol de 
la Touraine ; elle y est représentée par plusieurs noms hono- 
rables. M. Ernest Sain-de-Bois-le-Comte, naguère ministre 
plénipotentiaire de France aux États-Unis, M. Louis Sain, 
conseiller de préfecture d'Indre-et-Loire, avant 1848, sont 
présents; ils portent le nom de l'aïeule de Descartes. Les 
jeunes Edouard et Arthur de Marsay, collatéraux du philo- 
sophe, élèves du collège de Pont-le-Voy, assistent, à l'aurore 
de leur vie, à cette cérémonie, si bien faite pour les convier à 
de hautes destinées. MM. Alfred et Philibert Gatian de Oéram- 
bault sont présents au même titre. Le premier est maire de la 
commune de Pemay ; le second, docteur en droit et juge au 
tribunal de première instance à Tours. La famille de Descartes 
compte enfin parmi ses alhés^ l'illustre maison de Chateaugi- 
ron, l'une des plus anciennes et des plus puissantes de la Bre- 
tagne, autemps où cette province formait presque un royaume. 
La fiimille Doicartes est originaire de Tours. Gilles DescarteS| 
aïeul du philosophe, bourgeois et échevin, sieur de Chàtillon, 
commune de Ck)urçay, fut élu maire de Tours le 28 octo- 
bre 1522, prêta serment le premier novembre, et mourut en 
fonction le 7 décembre suivant, après trente-sept jours d'exer- 
cice. Son fils, Pierre Descartes, médecin à Tours, épousa Jeanne 
Ferrand, de Chàtellerault, dont il eut Joachim Descartes, con- 
seiller au parlement de Bennes, marié à Jeanne Brochard, fille 
de Bené Brochard, lieutenant*général de Poitiers, et de Jeanne 
Sain. De ce mariage naquirent Pierre, qui succéda à son père, 
en la charge de conseiller au parlement de Bretagne, et 
RENÉ, notre philosophe, né à La Haye, petite ville de Tou- 
raine, le 31 mars 1596, baptisé le 19 octobre suivant, dans la 
même ville. Il eut pour parrain Louis de Marsay et pour 



— 45 — 

marraine Jeanne Sain, dont les descendants sont aujourd'hui 
présents à la cérémonie. Si nous avons insisté sur cette généa- 
logie, c'est que l'illustre philosophe étant à la fois revendiqué 
par la Touraine et la Bretagne^ nous avons voulu montrer, 
pièces en main, quelle part revient à chacune de ces deux pro- 
vinces. 

À midi et demi le cortège s'est mis en marche, et, descen- 
dant les degrés de l'Hôtel-de-Yille, s'est réparti dans les deux 
tribunes élevées sur la place. La musique du T régiment de 
chasseurs se fait entendre, et recueille les esprits avant l'acte 
qui va s'accomplir; puis, à un signal donné, le voile qui 
recouvre la statue est enlevé. Les fanfares de la musique et les 
acclamations du public saluent l'image du grand homme dont 
s'honore la Touraine et qu'à reproduit l'habile ciseau de M. de 
Niewerkerke. 

La statue en marbre, posée sur un piédestal de granit 
presque blanc , venu des carrières de Bécon, en Anjou, est 
l'image du philosophe dans l'attitude de la méditation ; sa figure 
semble frappée d'un rayon soudain au moment d'une impor- 
tante découverte. Le Cogito, ergo sum, inscrit sur le socle, 
exprime le sentiment que l'artiste a voulu rendre. 

H. de Sourdeval, président de la Société archéologique, 
s'avance sur une tribune, et s'exprime en ces termes : 

« Messieurs, 

« n y a deux siècles, la tombe se refermait sur un homme qui, 
s'étant à dessein soustrait aux regards^ avait préféré un exil 
volontaire aux douceurs de la patrie, et le recueUlement inté- 
rieur aux échos les plus légitimes de la renommée. 

« Et pourtant, il laissait après lui un rayon lumineux dont le 
'monde entier se sentit éclairé ; rayon qui, depuis, n'a cessé de 
briller dans le cours des âges comme un de ces fanaux desti- 
nés à guider le nautonnier à travers les écueils d'une mer ora- 
geuse. 

c Cet homme, c'était notre compatriote, c'était Bené Deacar- 



les! Uoe petite viUedelaTouraiaeluidooaale jour ; floaqojftà 
Lahaye, aujourd'hui fière de joiodi^ à sod nom celai de «go 
illustre e&fant» le 31 mars 1596. Il était le second fils.de Joa* 
fibim Descariesy conseiller au parlement de Bretagne, et Far- 
rière-petit-fils de Gilles Desoartes, maire de Tours en 1522. Sa 
naissance coïncida avec la fin des guerres incessantes du 
moyen-àge^ avec le moment où la victoire et la sagesse d'un 
grand prince, fermant Fabîme de nos discordés civiles, con- 
vièrent la paix à faire succéder une gloire bienfaisante à )a 
gloire meurtrière des combats. 

« Aucun nom, sans doute, ne répondit plus magnifiqueme4it 
à oet appel que oelui de Descartes ; car, aucun ne porta plus 
haut la puissance de la pensée et ne la dégagea mieux des liens 
jnatériels. Cependant, lui aussi^ comme s'il eût dû payer son 
tribut à une loi inévitable, il débuta par la carrière des armes. 
Descartes apporta son épée de volontaire, ainsi que le fit Tu- 
renne, à Maurice de Nassau, le béros de la Hollande. De là, 
il passa au service du duc de Bavière, dont les troupes fai- 
saient alors partie de la vaillante armée de Gustave-Adolphe. 
Ge fut au milieu du tumulte des camps, et pendant les voyages 
multipliés par lesquels, observateur zélé, il sut compléter le 
mérite de ses pérégrinations militaires, qu'il jeta les bases de 
sa philosophie. 

« Il était à peine rentré dans la vie privée, que déjà la publi- 
cation de ses premiers essais le rendit l'objet de la recherche 
assidue et des.hoomiages empressés des esprits les plus distin- 
gués de l'époque. U craignit que son indépendance, ses loisirs 
et ^a modique fortune ne fussent également compromis par 
l'éclat inopiné qui s'attachait à sa personne. Ce fut pour se 
^soustraire à de telles conséquences qu'il aUa se fixer en Hol- 
lande. Là, il «'eiForça de voiler sa vie par une extrême simpli- 
eité, et en changeant fréquemment de demeure. H y adopta 
.pour sa devise cette pensée d'Ovide, que: «Bien vivre, c'est 
vivre caché. Benè qui latuitj bene vixit » 

A M «al^ide» epi éteint les âmes commiioes, produisit sqi* la 



sienne, énergique et contemplative, une réaction à laquelle 
nous devons les plus admirables conceptions. Il semble qtie 
plus le foyer dans lequel il se plaça fut obscur, plus la lumière 
qui en jaillit fut vive et durable. 

« De la profonde retraite où il s'ensevelit ainsi, pendant vingft 
ans, il est lire par lès sollicitations pressantes de la reine 
Christine de Suède. La fille de Gustave-Adolphe veut l'appeler 
près d'elle afin de puiser^ dans les entretiens et les leçons du 
penseur éminent, cette philosophie qu'à l'exemple de Marc- 
Aurèle elle a l'ambition de fah*e asseoir sur le trône. M. Gha- 
uut, ambassadeur de France à Stocldiolm, ami de Descartes^ 
et l'un des rares confidents de son asile, alors à Egmont, en 
Nord-Hollande, a besoin d'employer sur lui toute l'influence 
d'une vieille amitié pour le déterminer à venir, non pas à la 
cour, mais dans un coin de son hôtel. De là, chaque jour, il 
l'envoie assister à une conférence que lui accorde la reine, à 
cinq heures du matin, dans sa bibliothèque. Cette glorieuse 
évocation est la cause de la fin prématurée de notre philosophe, 
le cUmat rigoureux de la Scandinavie lui fut fatal. Frappé par 
le froid, le 2 février 1650, comme il se rendait à son poste, il 
mourut quelques jours après, à l'âge de moins de 55 ans, en- 
core dans la force de Fâge et la plénitude de ses facultés, mais 
déjà en mesure de laisser, après lui, une impérissable succes- 
sion. 

« En efiet, ni nous cherchons à apprécier les ti'avaux et la 
doctrine de Descartes, nous reconnaissons que sa merVeillectse 
intelligence, s'élevant au-dessus de renseignement des écoles, 
se demanda compte à elle-même de sa propre essence et des 
faits qu'elle avait acquis. Descartes fit deux parts bien distinc- 
tes dans ses recherches : Par la première, il constata son exis- 
tence, la réalité et l'étendue de ses facultés immatérielles, leurs 
rapports intimes avec la divinité ; par la seconde, il entreprit 
de juger ce qu'il avait appris, et il appela, en toute circon- 
stance, l'observation et le raisonnement au contrôle dés faits 
transmis par la tradition, et même de ceux révélés par les sens. 



X 



— 48 — 

« On peut dire qu'il éprouva lui-même sa Méthode^ en péué- 
trant| par elle au loin dans les secrets de la nature. 

« La Méthode de Descartes succéda sans intermédiaire, après 
deux mille ans, à celle vieillie et mal comprise d* Aristote, alors 
enseignée dans les écoles ; mais le plus beau titre de sa doc- 
trine, c'est qu'elle apparut comme une vive lumière, éclairant 
le passage du moyen-âge à Tépoque moderne. 

« Rappelons-nous, en effet, l'état du monde et de la science 
pendant le moyen-àge. Les admirables productions de la Grèce, 
les magnifiques spéculations de l'antiquité avaient été enfouies, 
au V* siècle, sous l'irruption barbare, comme l'avaient été, peu 
de temps auparavant, deux cités infortunées sous la lave du 
Vésuve. La foi chrétienne, qui avait saisi le sceptre du monde 
sous Constantin, s'assujettit les hommes du nord, vainqueurs 
de l'ancienne civilisation. C'est de l'invasion et de la conver- 
sion des barbares que date le moyen-àge, époque bien infé- 
rieure à l'antiquité par la science du langage et par les produc- 
tions écrites de l'esprit, mais qui, avec le temps, l'^ala dans 
les arts et la surpassa par l'importance de ses découvertes. La 
seconde période du moyen-âge fut, en effet, signalée par un 
concert de découvertes, capable de confondre la sagesse des 
anciens philosophes, et de bouleverser les rapports des nations. 
Par la boussole, la navigation devint maîtresse de l'Océan 
entier, aussi complètement que l'antiquité l'avait été de la Mé- 
diterranée. La poudre changea Tart de la guerre, et, par ses 
puissants moyens de destruction, devait un jour substituer le 
calcul de la science aux simples élans de la force sur les champs 
de bataille ; l'imprimerie, qui permit de multiplier indéfiniment 
la pensée écrite, grava tout d'abord sur des feuillets devenus, 
par leur nombre même, plus inaltérables que l'airain, les chefs- 
d'œuvre de l'antiquité, récemment apportés de Constantino* 
pie par les Grecs fugitifs. Copernic, Galilée venaient de refaire 
le monde des anciens et d'asseoir l'univers sur ses véritables 
bases* 

« Tant de merveilleuses déoouTertes semblent avoir été le 



— 49 — 

résultat de l'inspiration^ plus que de la science on de la mé- 
thode chez les naïfs et subUmes adolescents du moyen-ftge. Il 
s'agissait de régler cette puissance juvénile, de modérer, de 
rassembler ces généreux efforts pour les appeter à l'entier déye- 
lopperaent de leurs destinées. 

« Un Anglais, François Bacon, se présenta le premier, et, pas- 
sant en revue les faits mis au jour par ses prédécesseurs, entre- 
prit de les analyser, de les coordonner de manière à les fortifier 
l'un par Tautre, de manière à mettre toutes les conquêtes du 
passé à la disposition de l'avenir. 

« Descartes vint ensuite ; il voulut, avec Bacon, que chaque 
fait fût soumis à l'analyse, à l'épreuve de la pensée ; il voulut, 
en outre, que le corps fût subordonné à l'àme ; que l'àme, 
mise en rapport avec Dieu, fût reconnue pour le pivot essentiel 
de la volonté et des actions de l'homme. Par sa proposition 
célèbre : je pense, dojng je suis, il spirituaMsa la vie, il spiri- 
tualisa la science. 

* Bacon, illustre précurseur, avait admirablemeitf modelé le 
corps de la science ; Descartes, nouveau Prométhée, saisit le 
feu céleste et l'anima. 

«( Une chose qui avait manqué au moyen-âge et dont l'absence 
avait contribué à prolonger indéfiniment son enfance à travers 
tant de vie, c'était une langue, à la fois réguUère et nationale. 
Descartes, en restaurant la philosophie, lui fournit aussi un 
idiome pour s'exprimer et se consolider. Il fut l'un des fonda- 
teurs de la langue française^ amenée à ce degré de clarté et de 
précision qui, entre toutes les langues, la rend apte à traduire 
de la manière là plus lucide les phénomènes de la pensée. Des- 
cartes lui fit parler le dialecte philosophique, en même temps 
que Corneille celui de la poésie, que Balzac et Voiture celui 
simple et naturel de la prose. 

> Dans la voie religieuse de la pensée, il avait été précédé par 
les Anselme, les Thomas d'Aquin, les Vincent de Beauvais ; 
ses idées, dès qu'elles eurent été émises, furent adoptées par 
Y 4 



— 80 — 

Malebrandie, Pftscal, BoBsaet, Fâieton» par les gaides lès 
plus droits et les pins purs de la foi ehrétieime. 

A Par soD Discours de la Méthode^ par son immortelle applica- 
tion de l'algèbre à la géométrie, par tant d'autres trayaux, 
mystères arrachés soit aux profcmdeurs de FAme, soit à celles 
de la nature. Descartes déchira ie voile qui enveloppait encore 
l'esprit humain; aux rayons épars dont l'intelligence était 
éclairée, il substitua une lumière permanente qui établit pour 
elle un milieu aussi solide que nouveau. Ces grandes vérités 
qui jaillirent, comme des éclairs sublimes, du génie de Bacon, 
de Descartes et de leurs disciples, sont les mêmes qui, aujour- 
d'hui naturalisées» nous accueillent au sortir de l'^ifance. Le 
sol intellectuel sur leqpiel nous vivons est encore fécondé par 
les merveilleuses conquêtes de ces géants de la pensée. 

« Les puissantes conceptions de Descartes, la lumière qu'elles 
répandirent sur les facultés de l'homme, fur^t la digne inau- 
guration de cet immortel siècle de Louis XIY, oii la nature 
intellectuelle nous apparaît comme jEftisant surgir, à la suite 
d'un long hiver, ses plus magnifiques productions. Le xvn* 
siècle, c'est l'esprit humain se développant dans toute la sève, 
dans tout l'éclat de la jeunesse. Pioble prélude, magnifique 
aurore de ce jour glorieux où la science moderne, dégagée des 
ténèbres, devait s'avancer dans le champ inépuisable que ses 
fondateurs lui avaient conquis. 

« Honneur donc. Messieurs, h votre généreux concours qui, 
apportant à la mémoire de Descartes une pieuse offrande, est 
venu, par là, honorer le plus illustre enfant de la Touraine et 
glorifier son génie ! Honneur surtout à l'artiste éminent (1) 
qui, ne consultant que son zèle et son inspiration, a voulu 
consacrer son ciseau à la reproduction des traits de l'homme 
sublime dont la pensée plane aujourd'hui sur l'univers, dont 
l'image va rester debout au milieu de nous comme un titre 
pûliGliliêflr de gloire pour la contrée qui donna la naissance à 
Rmé Descartes. » 

(]> 11, le comte de Mlenwetlcerl^e, diree(«ifr dei muBéefl fiaGonattt. 



le discours suivant : 
« Messieurs, 



— ^il — 

« de Tours, lui ^ueotfe 



« Après les paires éloquentes! que tous Tenez d'en^ndre, il 
aurait tânéraire à moi de vous ejoitretenir de Deseartes, des 
épreuves dont sa vie fut remplie, des vertus dcmt il donna 
l'exemple, des ouvrages qui ont immoi^talisé son nom. Quelle 
apprédation d'ailleurs oserais-je faire, devant TauditcHre écIaÉré 
qui m'écoute, de l'homme éminent auquel nous rendons au- 
jourd'hui un éclatant et trop tardif hommage ? Descartes est 
ua de ces génies redoutables par leur immense supériorité, dont 
il n'est pas donné à tous de parler dignement, un de ces géants 
de l'intelligence dont tous les esprits ne peuvent mesurer la 
sulilime hau|;eur. 

a Au milieu àf» efforts de la pensée humaine qui marquèrent 
la première moitié du xvn^ siècle, l'Europe savante, saisie 
d'une ardeur inouïe, cherchait la scî^ce véritaUe parmi les 
débris des vieilles philosophies dont les découvertes récentes» 
rendaient chaque jour plus évidentes l'insufisance et les 
erreurs. Un prodigieux souffle de vie répandu sur le monde 
des idées donna Kepl^ à l'Allemagne, Galilée à L'itidie ; FAn- 
gleterre eut Bacon, qui, par ses aspiratiojos vers de nou- 
velles découvertes scientifiques, vers une nouvelle philo- 
sophie, semble le précurseur de notre illustre compatriote. 
C'était, en effet, à Descartes que Dieu avait réservé la mission 
de régulariser le tumulte du mouvement intellectuel qui agitait 
son siècle. Il avait trouvé» comme il le dit, le roc vif sur lequel 
devait être po9é le fondement inâbranlable de la connaissance 
humaine. 

« Je ne tenterai pas de vous exposer ici, Messieurs, la magni- 
%iie grandeur de ces vérités intèUectudles que Déscartes avait 
ei^ &bées, ni l'imposante majesté de sa méthode, ni les horjr 
80QS nouveaux qu'il ouvrit aux sciences mathématiques; j'ai 
vonlu seulement vous VBsgfàat 4a gloire que l'illustre 



flophe Tourangeau jeta sur sa patrie, et les lumières nouvelles 
que lui dut le monde entier. 

« Les génies les plus éleyés ne conquèrent pas immédiatement 
l'admiration universelle; mais le jour de la justice arrive 
immanquablement pour eux, et leur renommée ne fait que 
s'accroître d'âge en âge. Toutes les nations envient aujourd'hui 
notre Descartes à la France ; et la ville de Tours, qui eut pour 
maire un de ses aïeux, devait s'honorer elle-même en élevant 
au plus illustre des enfants de la Touraine un monument digne 
d'elle et de lui. 

« C'est à la Société archéologique de Touraine qu'appartient 
la pensée de cette glorification qui s'était trop longtemps fait 
attendre ; un des honorables présidents de cette Société sa- 
vante attacha son nom à cette œuvre patriotique, que son 
digne successeur a poursuivie avec une louable persévérance. 
Le sentiment public s'associa à cette entreprise, et chacun 
voulut y concourir suivant la mesure de ses forces ; un ami 
généreux et éclairé des arts se distingua entre tous par l'im- 
portance de son offrande. Le gouvernement, qui veut sa part 
de tout ce qui tend à honorer nos illustrations nationales, nous 
est aussi venu en aide. Heureusement enfin un éminent artiste 
s'est rencontré qui, accoutumé à consacrer ses travaux aux 
gloires françaises, s'est complu dans l'exécution de cette œuvre 
magnifique ; il y a déployé une profondeur de talent qu'il nous 
est enfin donné d'apprécier aujourd'hui, et qui ne peut être 
égalée que par son noble désintéressement. 

« Félicitons-nous, Messieurs, d'assister à l'accomplissement 
d'un acte de justice et de réparation dont l'honneur était ré- 
servé à notre génération, et puissent les honneurs rendus au 
plus illustre enfant de la Touraine entretenir dans le cœur de 
nos compatriotes l'ardent amour de la science et de la vérité, 
qui inspire les âmes élevées et fait surgir ces êtres privilégiés 
que la postérité salue encore du nom de grands hommes deux 
siècles après leur mort. 



ivorrE: 



LE DOLMEN DE HARCILLY-SUR-HAULNE. 



U existe dans la oommnne de Marcilly-snr Hanlne, canton 
de Ghàteau-la-YalIière, sur les propriétâi de M. le comte de 
Rochemore , entre deux champs dépendant d'une ferme dite 
de la Besnadière , un dolmen vulgairement appelé, comme le 
ddmen de Cbamisay , la pierre levée . 

Ce monument se compose de quatre fortes pierres de di- 
mensions diffâ*entes : 

1"* La pierre supérieure , ou Table, encore parfiiitement ho- 
rizontale , et posée sans mouvement d'inclinaison sur les deux 
pierres ci-après, n^ 2 et 3. 

L'ouverture du dolmen est en plein midi. 

La circonférence de la table mesure 9 mètres 76 à 78 centi- 
mètres; 

La hauteur de la pierre, face de l'ouest est de 86 centi- 
mètres, face de l'est, de 96 centimètres. 

Mesurée au-dessous, de nord à sud, elle offre une longueur 
de 3 mètres 10 centimètres. 

2^ La pierre, ou support ou pilier , du côté de l'ouest, ottre 
les dimensions suivantes : longueur, du sud an nord, 1 mètre 
60 centimètres ; — largeur, de l'est à l'ouest, 1 mètre ; — cir- 



— ti — 

eoùféteaùdf 4 mètres 46 à 18 centimètres ; — hauteur du sol 
à la table (en l'état actuel), 1 mètre 40 centimètres. 
3* Pierre ou support de l'est : hauteur à Tintérieur : 1 mètre ; 

— longueur, 1 mètre 67 centimètres; — largeur, 80 centi- 

mères ; — circonférence , 3 mètres 40 centimètres. 

4* Au fonddu monument, au âord, entre les pierres sus-indi- 
quées, %*ea élève une autre qui ne Ta pas jusqu'à la table, et 

conserve entre son bord supérieur et cette table un espace de 25 

à 26 centimètres. Cette quatrième pierre présente les dimen* 

sions que voici ; hauteur fface interne}, 84 centimètres ; — 

longueur liÀAèè^ Hêa^mik^» ; -^ Ur^ui*, b^ centimètres; 

— circonférence , 4 mètres 20 centimètres. 

Les quatre pierres composant le dolmen de Marcilly , lequel 
eat parfaite intact, sont d'une roche semblable à celle du 
menhir de Yaujours. 

Aucune ImuHb n'a eiioore^ pratiquée au pied de ce monu- 
ment. 

Le rédaMeor de cette note n'a pu recudllir «ilv les henx au- 
cittie tradition qui s'y rattachât. 

Sur un autre champ, dépendant des propriétés de M. de 
Bûcbemare » se trouvaient d'autres pierres de même nature , 
et de forte dimension, qui ont été transportées dans rintérieur 
du Xmrt «ttCÉant au eh&teau ; mais on n'a pu expliquer au 
souMligiié quelle était la disposition de ces pierres sur la 
terre d'où elles ont été enlevées. 

AtTGU&PTE €AHIffll. 



NOTICE 



8UB 



SAINTE-GATHEBINE-DE-FIERBOIS. 



COMACRE. 



A cette modeste commuiie de Ste-Catherine-de-Fierbois 
8e rattachent de glorieux souyenirs : Boudcauty Jeanne-d'Arc 
et peat*ètre Charles Martel. D'où proTenait en effet cette épée 
merveiUeose que , dans son inspiration, la hei^ère de Don* 
remy requit pour v^iger la France envahie P N'était-ce pas 
ce même glaive qui avait déjà frappé rislamisme, prêt à offpnr 
mer la chrétienté d'occident, et que dans sa reconnaissance le 
hâros Franc avait consacré sur l'autel le plus voisin de sa vic- 
toire. Les auteurs ne précisan t pas le lieu où se fit la mémcHraUe 
rencontre des deux religions années, le champ des conjectures 
est donc bien vaste, bien libre , et peut-être rinsfûration de 
l'héroïque guerrière est -die la meilleure donnée archéologi- 
que qui nous redte. La rustique église qui recelait cette lame 
mystérieuse a toutefois disparu depuis longtemps pour faire 
place à un élégant édifice qui se rattache au règne de Charles 
Tm ou à celui de Louis XII.Xes armes de France et de Bre- 
tagne, inscrites sur un pendentif de la voûte du cbodur, en dé* 



— 66 — 

terminent Fépoqae autant que le style si limpide, si fleuri qui 
servit de transition de l'âge ogival à celui de la Benaissance. Et 
pourtant, voilà que déjà ce monument menace ruine : ce n'est 
pas sous le poids de sa vétusté qu'il s'affaisse ; le vice primitif 
de fondation parait être la seule cause de la décrépitude antici- 
pée d'un édifice qui plait encore aux yeux par l'barmonie de 
ses formes et la fhiicheur de ses détails. De lourds épaulements 
en maçonnerie ont été élevés, au commencement de ce siècle, 
pour prêter leur appui à la fragile beauté de cette église ; ils 
ne la déparent pas moins que les outrages mêmes du temps. 
La magnifique charpente qui recouvre les voûtes a été dis- 
jointe par l'écartement des murs, et quoique toutes ses pièces 
soient dans un état parMt de conservation, elle menace de se 
détendre et d'entrainer l'édifice dans sa ruine. Les deux habi- 
les architectes qui accompagnaient la commission de la So- 
ciété (1), MM. Guérin et Chateigiier, sont tombés d'accord sur 
ce point, que les effets du tassement étant accomplis, on pour- 
rait aujourd'hui consolider l'église à l'aide de travaux peu dis- 
pendieux ; que les épaulements informes seraient remplacés par 
des arcs-boutants plus légers, et d'un meilleur appui ; mais 
qu'il y a nécessité de déplacer toute la charpente pour la relier 
de nouveau, et lui rendre son équerre primitive. Cette simple 
main d'œuvre qui suffira pour sauver de sa ruine un édifice 
historique et un monument de l'art, trouvera, nous n'en dou- 
tons pas, de la sympathie auprès de la Société, et pourra être 
recommandée aux conseils chargés de la conservation des mo- 
numents et de l'emploi des deniers publics. 

Ne quittons pas l'église de Ste-Catherine sans mentionner 
une croix-reliquaire byzantine qui probablement est du xn* 
siècle , et se recommande par la délicatesse de son travail. 

(J> Cette commission, formée sur la demande de Monseigneur l'Archevêque, 
qui a regretté de ne pouvoir l'accompagner et à laquelle a bien voulu s'ad- 
jolndte K. le Préfet , se composait de M. de Sourdeval , président de la So- 
ciété, de M. l'abbé Bourassé, vice-président, de MM. Lambron de Lignlm , 
Manoeaa» ihiérin et Ghatelgner. 



— 67 — 

Tout près de cet édifice menacé du ruiney la commission a 
saisi Toccasion d'en yisiter un autre qui vient , c<mune le phé- 
nix, de sortir resplendissant de ses cendres. Comacre, le manoir 
du grand Boucicaut, étalait vainement aux yeux son donjon , 
ses tours, ses mâchicoulis. Toutes ces constructions, jadis for- 
midablesy étaient minées par un salpêtre non moins destruc- 
teor, les siècles aidant, que celui qui enflamme nos machines 
de guerre. Gomacre était donc encore debout ; mais quelle que 
fût son apparence, il n'était qu'un spectre , qu'une poussière 
prête à s'affaisser sous le premier choc, a se dissiper au moin- 
dre vent. Pour le réparer, le seul moyen c'était de le démoUr , 
de lui faire subir l'épreuve redoutable du vieux Pâias, procédé 
dangereux qui rarement a remplacé l'ancêtre par un digne 
rejeton. Ici du moins, ne craignez-rien, le château des Bouci- 
caut n'est plus ; mais de ses fondements échancrés , il s'est 
relevé tellement briDant , tellement complet, que vous diriez 
qoe le nouveau Gomacre est l'apothéose de l'ancien: H. et M""* 
de Lussac, seconde par M. Cbateigner, l'élégant architecte 
d'Amboise, ont fait surgir comme une apparition fantastique , 
dans notre province,.si souvent citée par le grand nombre dé ses 
vieux châteaux, et au milieu de notre prosaïque xix' siècle, une 
de ces créations dont le xv* siècle a bien pu nous tracer l'ébau- 
che, mais qu'il ne sut jamais finir. Le nouveau manoir, à peu 
près contemporain de l'ancien quant au style, mais imité des 
constructions anglaises, dites architectpre Tudor, n'exprime 
point cette féodalité défiante et fortifiée de notre xni* et de 
notre xv^ siècles : c'est une féodalité ouverte, souriante, ne 
dierdiant son prestige et son autorité que dans la noblesse de 
ses procédés , que dims ses bienfaits. Ainsi plus de fossés , de 
ponts-levis, de mâchicoulis, de meurtrières, de lucarnes étroi- 
tes. Tous les abords sont de plain-pied, toutes les baies sont 
épanouies; tous les appareils de défense, métamorphosés en pa- 
cifiques et capricieux ornements, sont appendus comme d'élé- 
gants trophées à toutes les rides de la façade. 

Ainsi , à l'extérieur, Gomacre a tout le prestige de nos plus 



^^ — 

riante» «orémt&ns de h Aenittan» ; bubi tropeoQiBBit oalkft- 
ci acÉit rides an-dedans mitant qu'éUei sont lîdies sa-debofs. 
Quoi de plus iwissant, par eiempte, que les toits et les che- 
minéss de Ghambord , mais ausn quoi de plus ride cpie le 
yaste enbe noonvert par ees singaliars omeioeiits ? 8i tous 
TeoleE Toir le problème des accords da dedans et. du de- 
b^rs vëaofai à toute sa perfection, Tenez à Comacre. Là, il 
n'est pas un caprice eitérieur qui ne soit traduit ea un aran* 
tagpe intéiéear. D'une toaitéUe on a fait un boudoir, d'une gué- 
rite an cabinel de toSette; les ourertUFes les ^us originales 
font att dedans un effet non moins beureux qu'au ddiors , 
partout la savante disposition moderne est habilement voilée 
par le prestige d'autrefois ; boiscdes richement soalptées, rSoM^ 
ves oiQiiées, caissons, portières , tentures imîtaiit ks ancicnais 
ta|aisaeries, c^est k sv* ou le ^vi* siècle exprimé, non (dns par 
un vétéran mutîié, flétri, TeplAtré, mais par un corps jeune , 
vigMreux, né posthume, ti est vrai, mais de source pue, au^ 
thentifiie. M. CbÂteigner a la main teUement faite. anxcon*- 
struotiODS igdthiqfues, que ce genre d'architecture lui seniile 
pins Cicileà traiter intériemwnent que les ûnQades plirtBS: Les 
quatre iaees du ch&teau sont diasembiaUes , et rivalisent en- 
tre ettes d'élégance et de richesse. On a opposé ks angles aux 
points cardinaux afin d^obtenir le rayon do soleil sur les qua- 
treoôite. 

Gerlesie château de Comaore ne peut, en raison denses pro- 
portioDS moyennes , être jugé comme la4emenre d'un prince , 
pas mdme de ces 'kvds anglais, qui réunissent chezcnx m 
monde immense; mais il est éminemment appropriée notre 
sol ; il doit preadce rang parmi les demenres les plos élégan- 
tesrcttks plus accomplies de la Franoe. 

£0. n£ SOURDEV^JU. 



NOTE 



SOB 



I.'ÉGUSE DE Rnr 




•«■«■■M 



lA glWiAte période hrchitectarale qui &*e8t étoulée eu 
Franfee. d^prnis la 'fin de la domination roïnaine jusqu'au corn- 
mmceifient du xi* "Siècle , peut être partagée en deux divisions 
principales. 

. La pondère commençait vers le \* siècle , el finissant avec 
len^Biède^eonstitaeraity selon nous^ l'époque romane, dont 
les earaclères ne sont autres que ceux qui résultent du déve- 
loppement ^ de la transformation graduelle de Tarchitec- 
pite indrôduite par 'la domination romaine. 

La seconde, à partir de la fin du ix« siècle , jusqu'au com- 
mencement du XII' siècle , Caractéi^iserait l'époque grecque ou 
byttntine, dont les déments se soàt unis et sitbstitués i Far- 
chttecture romane. 

On ne peift nier que l'aM; byzauftin n'aSt exercé une inftùenbe 
maa^ée, sottout dans nos centrées. Si on examine avec ^in 
les ïlMMiittieîËts dus & cette influence, il se^a facile de Reconnaî- 
tre de suite lés déments de l'art grec primitif , transformé et 
approprié à de Houv^ès conditions. 

tWr^étix tA'édJ^erla Aiffârence ëteedililéllé' qui existe eÈft^ 
les deux époques dont nous parlons, nous signalerons l'intro- 
duction de la voûte en coupole, qu'on ne retrouve pas ailleurs 
qu'aux XI* et xu« siècles. 



i 



— 69 — 

Cette architecture, d*origine grecque, graTe et séTère daos 
sa composition monumentale, mais dont la richesse décorative 
a été poussée jusqu'aux dernières limites, devait succomber en 
devenant stationnaire dans son pays même , sous la rigueur 
des formules auxquelles les byzantins l'avaient assujettie. 

Au contraire, en France et dans le nord de F Allemagne , 
l'école romane recule chaque jour, devient traditionnelle, et 
enfin cède la place à l'école grecque qui, pleine de vigueur, et 
sous le prestige de la nouveauté, prend les plus larges déve- 
loppements jusqu'à la fin du xi^ siècle, époque à laquelle, du 
reste, elle devait succomber elle-même et disparaître sous la 
puissance de l'architecture vraiment nationale des xii* et xiii' 
siècles. 

Cette substitution de l'art grec ou byzantin à l'art romain a 
pu avoir lieu sans brusque transition , puisqu'ils avaient tous 
deux pour point de départ les éléments communs qui leur ve- 
naient de la Grèce antique. 

Evidemment l'art byzantin en France s'est développé avec 
des caractères différents , et si on tient compte non-seulement 
des localités , mais encore des diverses époques où les monu- 
ments ont été élevés, oh pourra facilement s'^ipliquer les diffé- 
rences notables qu'on remarque dans la période byzantine , 
dont le degré d'avancement pourrait être classé, comme on l'a 
déjà si bien établi pour l'architecture ogivale. 

Les monuments de cette époque» qui subsistent encore en 
Touraine, sans être nombreux, peuvent cependant être le su- 
jet d'études approfondies, soit sous le rapport des époques, 
soit sous celui de l'influence des écoles qui luttaient entre elles 
et apportaient toujours dans leur œuvre un cachet distinctif . 

Parmi ces monuments, nous devons en signaler un qui sem- 
ble ignoré et qui cependant mérite une attention particulière, 
non par son importance, mais par son origmalité, et les indi- 
cations qu'il peut fournir. Nous voulons parler de la petite 
église de Bivière, située sur les bords de la Vienne , à une 
lieue 'environ de Chinon. 



— 80 — 

Ce monument offre on type des plus particuliers, et parait 
appartenir à une école toute diiFérente de ceUe à laquelle on 
doit réglise de Preuilly et la tour de St-Julien. 

Nous n'avons pu l'examiner d'une manière suffisante pour 
en donner une description détaillée et indiquer les quelques 
points historiques qui se rattahent à sa fondation ; nous dirons 
seulement,, d'après les recherches dues à M. Salmon , et selon 
le témoignage de Guibert, quele lieu de l'église actuelle servait 
de station à saint Martin, qui venait y prier la nuit. Nul doute 
alors que l'église qu'on voit maintenant , n'ait été âlifiée sur 
un endroit déjà consacré par la vénération publique. 

Le monument qui nous occupe est entièrement du xi* siè- 
cle, et se compose de deux parties distinctes : la nef princi- 
pale, très-simple de construction y et recouverte d'une char- 
pente ordinaire, avec lambris polygonal. 

' Le chœur et le sanctuaire constituent la partie remarquable 
de l'ensemble. En effet, le principal autel est élevé sur une 
crypte, ^t on y arrive par des escaliers en pierre disposés la- 
téralement. 

L'emplacement sur lequel il repose est ajusté avec des colon- 
nes à arcades qui supportent les voûtes, et sous cet emplace- 
ment, de plain-pied avec la nef principale, est située la crypte 
qui a la même étendue que le sanctuaire. 

 l'extérieur, cette construction du sanctuaire présente , 
pour ainsi dire, le type de ce que l'art du xi* siècle a su pro- 
duire de plus délicat, et on serait presque tenté , de loin, 
d'attribuer à la Benaissance, une œuvre aussi élégante et aussi 
détaïQée. Ce n'est que de près, qu'on peut reconnaître l'origine 
grecque dans la forme des moulures et la disposition des pier- 
res dont les joints dessinent des compartiments réguliers. 

La nef principale, dont nous parlions tout à l'heure, par 
. cela môme qu'elle était simple de construction, devait être dé- 

- Corée de peintures murales ; et c'est en effet ce qui existe, car 
sous les couches épaisses de badigeon, on a découvert le gros 
enduit de mortier sur lequel des peintures à fresque avaient 



» 



> 



été appliquées non-seulçment à Tintérie^r, mais euoorie à l'ex- 
térieur. 

Tout dernièrement M.. Dupré, curé, a découTert w( le côté 
voisin du cimetière , un grand sujet représentant la r&urrec- 
tion de Lazare. A rintérieur, on n'a pu encore que co^stater 
l'existence de peintures , sans pouvoir en détermina lea s^- 
jets (1). 

Ce système décoratif devait, -selon toute probabilité, s'éten- 
dre jusqu'au sanctuaire ; mais les badigeons à l'huile, imita- 
tion de marbre et bronze à l'eiFet, ont fait justice de c^ peiq- 
tures , qu'une sollicitude toute particulière détruis«ût partout 
il n'y a pas encore longtemps. 

Malheureusement^ comme il arrive trop souvent, c^tte ég}i^ 
menace complètement ruine vers le chcçur. Des lézardpfs codl- 
sidérables se sont manifestées dans les voûtes, et tout aniiQfice 
un écroulement prochain. La commune n'a aucune ressporce , 
et c'est à peine si elle a pu faire les frais de l'étayement que 
nous avons dû prescrire d'urgeqce, en attendant qu'on fsfias^ 
être mis à même de prendre un parti à ce sujet. 

U nous semble indispensable de solliciter auprès de la com- 
mission des monuments historiques , des secours suflOs^AJI^. 
pour consolider immédiatemçnt et réparer cette église. 

Ce secours serait d'autant plus facile à obtenir , que la So- 
ciété archéologique; agissa^d^ns la limite de sesS^ttribu- 
tipus, qui sont avant tout de veMler à la conserva;tiiOtn 4e im 
monuments historiques, ferait elle-^ènie c^tte recopitnandf- 
tion qui ne pourrit loauquer i^'àU^e prise en bayte considéra- 
tion. 

(1) UepuU la r^^Actiom de ceUe «ote, aa a constaté que cf^ <sMl^^ ^ 
tièrement recouverte de peintures du xi* sûècle. Les sujets out ét4 ]^ÇQ]9P^/^ 
dessinés en partie par H. le comte de Galembert. Nous i^outerons que la 
commission des monuments historiques , informée de l'importance de ces dé- 
ooutertes et Juatemdnl alaunée de l'état de ruine de !'é<Mflc0, vient d'anto- 
.riSjBr r^écnt^n in^qé^f^e ^e U^vf çx dQ w^^^ PffîTtH^^ en »tl«- 
^uit ,V?Htç déç^ioKi ui^éifiçjire, r. r, ^ 



BXGUBSIÛN ARGHfiOLOGlQUE! 



i 



AZAT-LE-RIDEAU , GRmON, CHAMPIGHT 
ET L'ILE-BOUCHARD, 

PAR I. L'ABBt MBLàSÉ^ 



La ^aite det nagnifiqiieft Titrau de k Samte-Chapelle de 
Onmpigiiy était le but de notre excwsicm ardiéelogique. 
Nous conqptionB bien, diemin feisant, prendre quelque» notes, 
Toir ÉM TuiaeB^ recueillir des <rfwervations. Mous espârions 
flâner, nous avons moisseoné. 

Les rives de la Vienne, non mdns que les bords de la Loire, 
«Mit curieuses à explorer pour l'antiquaire et Thistorien. L'ar- 
cbéelogue, dénrenx de coimattre la marche et les développe- 
ments de l'arekiteetore romano-byzantine en Touralne, dmt 
uécessairemeiit étudier les belles et nombreuses égMses bâties 
sur ks rives de la Tienne. On ne saurait avcm* une idée jx^std 
'de Fétat auqpd éfXe était parvenue dans noire pays, au xi* et 
^au xa£* siècle, si ren n'a pas vu les remarquaibles monuments 
de Gande^ de Cbinon, de rfle^ou^aml, de gtfinte-Maure^et des 
empugniB emfraanantes. Dans eclte mtmeeeiitrée setoou- 
iVQStla'phipfUftdenMpienmeeltiques; e'^t là eneere que se 



t 



y 



- «4 — 

passèrent les principaux événements de notre histoire , depuis 
les guerres désastreuses des premiers comtes d'Anjou jusqu'au 
moment où Jeanne d'Arc s'armait de la redoutable épée de 
Cbarles-Martel pour délivrer sa patrie. 

£n parcourant les villes, les villages et les riches campagnes 
arrosées par llndre et la Vienne, mille souvenirs historiques 
s'offraient à notre mémoire. La science des antiquités est revê- 
tue de tous ses charmes lorsqu'elle fait revivre, pour ainsi dire, 
les honunes d'autrefois avec leurs mœurs, leurs coutumes, 
leurs passions, leurs vertus ou leurs vices, les faisant mouvoir 
dans les lieux qu'ils ont habités, dans les édifices qu'ils ont 
bfttis, au milieu des ruines qu'ils ont accumulées. Repeupler 
nos campagnes par le souvenir et Timagination^ en évoquant 
l'histoire du passé, ce n'est pas toujours, hélas ! l'œuvre de 
l'antiquaire et de l'historien ; notre vie tout entière est-elle 
ailleurs que dans le so ivenir ou l'imagination ? Cette évoca- ^ 
tion du passé était d'autant plus facile que chacun de nos 
compagnons de voyages y prenait une part active. M. de Sour- 
deval, avec son érudition inépuisable d'antiquaire et de philo- 
logue; M. Champoiseau, qui possède si bien le rare talent de 
rendre la science aimable ; M. Lambron, qui connaît les secrets 
les plus mystérieux de l'art héraldique et qui n'a pas besoin du 
fil d'Ariane pour suivre les détours les plus obscurs du laby- 
rynthe de la généalogie ; M. Salmon, que nous appelions du 
nom d'un bénédictin célèbre, dont il continue si dignement les 
travaux historiques ; M. Lobin, l'artiste qui comprend si bien 
Talliance de l'art et de l'archéologie ; M. Chateigner, l'habile 
architecte du château de Ste-Gatherine-de-Fierbois. 

En écrivant ce rapport mon but est de reproduire fidèlement 
les observations intéressantes faites sur les lieux, devant 
chaque monument, ou à propos de chaque monument. Je 
cherche à écrire un procès-verbal ; j'aurai réussi à vous faire 
plaisir, Messieurs, si je le &is avec exactitude. 

L'élise d'Azaj-le-Bideau présente un portail fort curieux^ 
dans le style du xa« siècle. La description sera plus claire en 



— 66 — 

regardant un charmant croquis dessiné par H. Lobin. Ce por- 
tail, tourné ifcrs l'occident, oiFre des dispositions architecto- 
niqaes très-remarquables; on y voit deux rangées de sta- 
tuettes dans des niches à plein cintre. Au milieu de la rangée 
supérieure, la figure du Christ domine toute la composition ; 
on la reconnaît au nimbe crucifère qui enveloppe sa tète et au 
livre de la loi qu'il tient entre les mains. Le Christ est accom- 
pagné de sit personnages , trois de chaque côté, tous dd)0ut 
et vêtus de longues robes. Leur visage est entièrement eiFacé; 
W pieds et les mains, ainsi que les draperies les plus saillantes 
ont été mutila ou ont disparu ; les vêtements sont lourde- 
ments drapés, les plis n'ont aucun mouvement, nulle finesse ; 
on y reconnaît pourtant l'agencement usité communânent à 
l'époque de transition. Les corps sont allongés, les formes 
maigres, les membres raides, les poses sans naturel et sans 
grâce, n faut noter ici que les trois personnages à gauche 
du Christ ont la tète entourée du nimbe ; les autres l'ont dé- 
pourvue de cet insigne ordinaire de la sainteté. 

La rangée inférieure, rendue incomplète par l'établissement 
d'une fenêtre ogivale, dans le cours du xiii^ siècle, est aussi 
composée de six personnages ; nuds, par une bizarrerie inex- 
plicable, ce sont ceux de droite qui sont nimbés, tandis que 
ceux de gauche ne le sont pas. 

Cette composition représente probablement le Christ, accom- 
pagné des apôtres, du patron de l'église Saint-Symphorien et 
de quelques autres saints qu'il est aujourd'hui impossible de 
distinguer. Les statuettes et les niches qui les renferment sont 
encadrées, pour ainsi dire, dans trois espèces de corniches 
ornées de dessins en échiquier. La corniche inférieure est 
appuyée sur des modUlons de forme variée, et de chaque côté, 
au niveau des statuettes les plus élevées» on voit une espèce de 
triangle ou de clocheton sans saillie, dont le centre est garni 
de pierres régulièrement posées en réseau. Le pignon primitif 
est bâti avec un appareil semblable. 
Ce qui nous porte à attribuer au xiV siècle la façade de l'é- 
V 5 



— 66 — 

gli86 d'Aza j-le-Rideau ce sont les caractères archéologiques 
résultant surtout de la forme et de la distribution des sta- 
tuetteSi des moulures et des ornements des corniches, enfin 
de Texistence de ces espèces de clochetons latéraux dont on ne 
connaît pas d'exemple antérieur à cette époque. L'appareil 
réticulé, fréquemment employé au xi^ siècle, le fut encore 
assez souvent au xii*. 

La fenêtre centrale de la façade, dont le sommet est en ogive 
à tiers-point, est entourée d'une archivolte fort simple, décorée 
de fleurons régulièrement espacés. Elle a remplacé, sans doute, 
une fenêtre romane, dont la forme était en harmonie avec 
rornementation du reste de la façade. 

L'église actuelle est bâtie sur un plan irrégulier ; elle est à 
deux nefs terminées par deux absides. A gauche est une cha- 
pelle seigneuriale reconstruite dans le courant du siècle der- 
nier. L'abside, où s'élève actuellement l'autel principal, est 
recouverte d'une voûte en ogive et éx^lairée par deux fenêtres 
en plein cintre. Les chapiteaux des colonnes , dans l'abside, 
au chœur et à la première travée de la nef, sont ornés de 
feaiUages fantastiques et de têtes humaines. Les moulures 
sont rondes et très-épaisses ; elles font bien ressortir le style 
vigoureux du xn* siècle, à côté des moulures maigres et pris- 
matiques du style ogival qui précéda immédiatement la Renais- 
sance. 

L'abside de la seconde nef parait être du xi^ siècle ; les co- 
lonnes et leurs chapiteaux sont d'un travail assez grossier ; la 
voûte, en berceau, est formée de petites pierres irréguUères 
noyées dans le mortier. A l'extérieur de cette même abside, 
dans toute l'étendue de la corniche qui sert d'entablement, se 
déroule un gros câble, offrant assez d'analogie avec la corde- 
lière, ornement si souvent usité dans nos monuments de la fin 
du XV® siècle et du commencement du xvi". 

En résumé, l'église d*Azay-le-Bideau, dont l'ensemble est 
incomplet, possède des parties fort curieuses pour l'archéo- 
logie. Nul autre édifice en Touraine, à l'exception de l'église de 



— «?- 

Ga&âûy Qd présente une façade auai» ifiliâpewHito pw» Tëi^ 
toire des progrès de Tart rdigieux. Qo^ae grossièro qu'elle 
soit dans ses premières ébauches, à Azay-le-Rideaii» la soalp* 
ture ui" ûècle n'y offre-t-eUe pas le mèiBe genre de mérite 
que lef ^ fameux marbres d'Egine pour l'étude des déTebppe^ 
ments de Tart grec? 

Le château d'Azay-le-Bideau est une des eduvres les ffm 
élégantes de Farchitecture de la Renaissance. M. Champoisetu 
nous en a promis une description oomi^ète et détaillée. 

Dans le voisinage de ce château on a découvert des reitie 
d'une villa romaine. M. Massé les a signalés à l'attortioB des* 
antiquaires, dans la session générale de la Société Fianfw» 
pour la oonservatioq des monuments historiques, tenue à 
Tours en 1838, sous la {urésidence de M. de Caumont Le» 
ruines en sont actuellement presque entièrement enfouies sou» 
terre. Les fouilles ont amené quelques fragments de pierro 
sculptés ; des objets de diverse nature, téla que dâni» de 
vase, un sigillum^ des bas-reliefs, etc. H serait à désirer que 
des fouilles bien dirigées fussent exécutées sur oet emplaê»» 
ment ; elle amèneraient sûrement au jour des signes pvopres à? 
faire connaître la destination de cette habitation antiques Yoiei 
la description qu'en donne M. Massé : 

« Sous la forme d'un rectangle allongé, la longueur totale 
de la partie apparente est de 38» 67, sur une largeur variable 
de 8* 43 et de 7"" 03 ; la hauteur moyenne étant d'te mèlre^ 
à l'extrémité nord, la première pièoe a 9» 50 de longueur^ sur 
7» 03 de humeur. Cette pièce, de même cosatruction que toutes 
les autres et présentant un double parement de petites pierreer 
genre de construction connu sous le nom de minuio lapida f 
n'offre aucune trace de portes ni de fenttres; les ronces etles 
pierres qu'on ra détache de temps en temps en reeouvreat le 
food. La seconde, en se dkîgeant do n<Htl au 8«d, et n'ayant 
que 1»35 de largeur, pouvait servir de oorridor ou /afimr. 
Les deux autres qui viennent immédiatement après ont cha- 
cune 4» 70 de largeur, sar une longaenr deTnMi 



- 68 - 

« Suivent quatre cabinets de 3" 21 de longueur, sur 1*^ 92 
de largeur. Enfin la dernière pièce a l(y» de largeur sur une 
longueur de 7°* 03. « 

M. Massé a cru que ces ruines appartenaient à des thermes 
ou bains; nous n'émettrons aucune opinion à ce sujet. II vaut 
mieux attendre que des découvertes nouvelles permettent 
d'appuyer un sentiment sur des raisons positives. 

£n visitant la vieille église d*Azay-le-Rideau, le chdteau qui 
se plsdt à étaler avec coquetterie ses ornements de la Renais- 
sance, les ruines d'une habitation envahie aujourd'hui par les 
ronces, nous n'avions pas renoncé à jouir des beautés de la 
nature et du paysage. Les rives de llndre à Azay-le-Rideau 
sont fraîches, riantes, revêtues d'une végétation vigoureuse et 
variée ; des coUines couvertes d'arbres fruitiers, de vignes et 
de bois forment un admirable encadrement aux riches vallées 
arrosées par cette rivière qui coule toujours à pleins bords. 

Mais si le paysage d'Azay est agréable, si le bassin de l'Indre 
est charmant, que dirons-nous de la magnifique vallée de la 
Vienne et du merveilleux panorama qui se déroule sous le 
r^ard du spectateur du haut des tourelles du château de Chi- 
non ? Laissons parler un étranger, son témoignage sera peut- 
être moins suspect que les nôtres ; M. Gally-Knight s'exprime 
en ces termes : • La Vienne, en cet endroit , est plus large que 
la Tamise à Windsor, et la campagne qu'elle arrose plus variée 
que tout autre beau paysage d'Europe. Je comprends sans peine 
qu'Henri Dl ait pu tant se plaire à sa résidence de Chinon (i),r> 

Nous avions à visiter plusieurs monuments à Chinon. Je 
décrirai d'abord les églises ; le château sera l'objet d'une notice 
spécial^. 

L'église Saint-Maurice fut fondée par Henri n, roi d'An- 
gleterre et comte de Touraine, vers 1 160. Dans sa partie prin- 
cipale, l'église actuelle appartient évidemment à la belle archi- 
tecture du milieu du xu* siècle, telle qu'elle fleurit en Anjou 

(1) ExeoTBion moniim. «n Nonnandie, ohap. xix. 



- 69 - 

sous les Plantagenet. Une nef latérale a été ajoutée au xv* siè- 
cle. Sur une d^ clefs de voûte on lit Tinscription suivante : 

PAPE PAOUL UV ET ROY FBANÇOYS REGNANS, 
FUMES PARFAICTES DES DENIERS DE CE ANS , 1543. 

Dans la partie primitive , Téglise Saint-Maurice est bien 
bâtie. Les piliers sont formés de colonnes à demi-engagées^ or* 
nées de chapiteaux à feuillages. Les voûtes^ disposées en cou- 
poles et établies sur huit nervures toriques, sont construites 
avec une élégance et une solidité qui n*ont jamais été surpas- 
sées. I^s fenêtres, légèrement ogivales, sont entourées ds 
triples archivoltes qui produisent le meilleur effet. Toutes les 
moulures y sont profdées avec une vigueur et une pureté sur*- 
prenanles. On y découvre sans peine un prélude aux œuvres 
admirables du xni* siècle. C'est vraiment l'apogée de l'art 
romano-byzantin. Dans les monuments de ce style, à Chinon 
comme à Angers, on comprend, que dis-je, on saisit sur le 
fait, si Ton peut ainsi s'exprimer, la transition au style ogival 
primitif. 

En décrivant la magnifique salle de l'hospice St-Jean, à An- 
gers, bâti par le même Henri II, en 1162, où }es caractères 
architectoniques sont si fortement exprimés, U. Godard- 
Faultier crut pouvoir adopter la dénomination de style Planta^ 
genêt pour les édifices construits à cette époque sous l'influence 
des comtes d'Anjou, devenus rois d'Angleterre. 

L'église Saint-Maurice fat réparée à la fin du xvi* siècle 
dans quelques parties qui avaient souffert d'un tremblonait 
de terre arrivé en 1593. Ce dernier fait est attesté par une 
curieuse inscription que nous avons trouvée dans un couloir 
souterrain situé sous l'ancienne église St- Jacques. Yoici l'in- 
scription : 

« LE 8 APVRIL 1593 A 9 HEURES DU SOIR PAR PERMISSIOU DB 
DIEU LA TERRE TREBfBLA. » 

Le roi Henri II avait fait b&tir à Chinon deux antres églises 



i 



ëëdiéoB, roue à taiM Georges, TMtre à saint Mdaiiie ; il nlm 
reste {NM attjoiir4'htti pierre snr ^yierre. Cette perte est d'autant 
plus regrettable que Téglise St-Georges était , dit-on , d'un 
style très4«ekB et d'une oonstruetion parfaitement régulière. Il 
n'y a pii ctaoofe un desn-siècle que oe monument intéressant 
a été renTersé. Puisque nous parlons des édifices religieux qui 
«ûtanit avtrefeib à Ghinon et qui n'existent plus actuelle- 
«ent ^fÊt du» hs sou'venirs de Thistoire et de la tradition» 
nous flieDtioiio0roB8 l^^Kse St -Martin, bâtie sur le coteau, 
pMMiM Yi»^Tl8 de réglise 8t-£tienne. Cet édifice était 
frabaUement le premier monument religieux de la ville de 
(ShinQiii On sait que saint Martin y avait lui-même établi une 
église paroissiale, et il est vraisemblable que les habitants 
«fûent osnsicré, par reconnaissance, leur ^Use paroissiale 
pnmitive à la mémoire du grand évèque dont le culte fat si 
tiopulaire dan les Gaules. 

La ckapdlè du pont, bâtie aux frais du seigneur de la 
Ao(die4!!lermiult, fut aciievée en 1343. Elle a été démolie pour 
igrasdir la voie publique. L'église St*-Jacques, bâtie par 
Charles YII, a été paiement frappée par le marteau du vanda* 
Usme^ et p^uttatit die ne gênait nuU^nent la voie publique. 
Om etaarmante porte de ville, à tourelles et d'un caractère 
llittoresqué^ n'a pas trouvé grâce ; elle a été condamnée, dé- 
traite i oa eherohe maintenant oii se trouvait cette élégante 
aiMl»tioti(Mi du Moyen-Age. 

N'étendons pas davantage ce martyrologe archéologique x 
Bisus le terminerons en décritant l'ancienne cottégîale de Saint- 
Mesone et en parcourant les débris du vieux château. 

L'église 8liint-*Étiaine a perdu quelques-uns de ses mem- 
bres ; mais le corps est toujours debout. Un clocher fort âé- 
gant «vnf été âevé par les soins et aux frais du roi Charles YII ; 
il a disparu pour faire place à une tour terminée d'une manière 
asseï pKrteaque. « Philippe de Gommine fit rebâtir, par ordre 
de Louis XI, les châteaux de Chinon, dont ce prince l'avoit 
MOlnÉé eo^ilain»} œs <Mteaux étoîent au nombre de trois, et 



— 71 — 

séparés par fossés profonds et ponts-levis ; ee qa'il fit aTec 
tant de soing et de diligence qu'il les rendit, en huit mois de 
temps, meilleurs et plus forts qu'ils n'étoient auparaTant. 
Mais ce qu'il a fait de 'plus beau à Ghinon, c'est l'église de 
Saint-Estienne qu'il fit rebastir en mesme temps dans l'espace 
de dix mois, et qui est une des belles cbapdles de France, 
sans piUiers, fort longue et fort large, si délicatemeïit bastie 
et d'une architecture si hardie que chacun l'admire encor au« 
jourd'huy. Ses armes sont au-dessus du grand portail. Il n'y a 
qu'un clocher, à main droite en entrant, qu'est fort superbe, 
et il paroist qu'il y en devoit avoir encore un autre semblaUe 
de l'autre costé. Mais apparemment l'absence du roy, qui obli- 
gea Philippe de Gonmiine à le suivre, leur fit quitter cette en- 
treprise. » 

Le passage précédent est tiré d'un manuscrit intitulé : Par" 
tieularités sur la vie de Comminej far Daguindeau, et cité par 
Mademoiselle Dupont, dans la notice sur Philippe de Commine, 
qui précède la nouvelle édition de ses mémoires publiée par la 
Société de l'Histoire de France. 

A ces renseignements nous ajouterons une note cnrieuse, 
extraite du manuscrit ci-dessus indiqué. 

« Deffunt H"" Guillaume Daguindeau, mon onde, fameux et 
très-docte advocat à Ghinon, qui estoit né en 1606, m'a dit 
qu'en sa jeunesse, et lorsqu'il venoit des estudes, il aUoit sou- 
vent au chasteau dont M. de Rouville étoit gouverneur, et 
qu'il y a veu et leu plusieurs mémoires et manuscritz fort an- 
ciens qu'il croyoit estre de la main de Philippe de Commine, 
concernant les marchés et dépenses des bâtiments qu'il a fait 
faire aux chasteaux et celluy de l'église Saint-Estienne, et 
qu'il paroissoit que c'étoit un nommé Robert Mesnager qui m 
estoit l'architecte et l'entrepreneur : mais depuis comme ce 
chAteau a été aliéné et qu'il est tombé en la main d'un sei- 
gneur particuUer, qui en a commis la garde à des gens de 
qualité qui n'y résidoient pas et qui le faisoient garder par 
leurs domestiques fort ignorants, ils ont laissé périr ces mé- 



— 7Î — 

moires. On dit pourtant qu'un procureur qui est mort et qui 
s'appeloit Yerneau, en a tiré des copies ou des extraits. » {Pfot. 
sur Ph, de Commine, par MUe Dupont, p. cxxviii. — Les manu* 
scrits de Daguindeau sont à la Bibliothèque nationale, à Paris » 
manuscrit de Fontettes.) 

Cette note curieuse nous fait connaître le nom de Farchilecte 
de l'église Saint-Etienne ; et Robert Mesnager, par les talents 
qu*il a déployés dans cette œuvre, doit être associé à nos ar- 
tistes les plus éminents, tels que les Pierre Valence, les Pierre 
Mepveu, Michel Colombe, Jean Papin, Fouquet, Lejuste et 
Pinaigrier. 

Les armoiries de Philippe de Commine existent encore au- 
dessus du portail principal de Saint-Etienne ; elles ont été 
ainsi blasonnées par M. Lambron : 

« De Commine porte de gueules au cheyron d'or, accompa- 
gné de trois coquilles oreiUées d'argent, lignées de sable» deux 
en chef et une en pointe, et à la bordure de l'écu d'or (1). » 

A l'une des clefs de voûte de la même église on voit sculp- 
tées les armoiries de Jean de Bernard , archevêque de Tours , 
depuis 1442 jusqu'en 1466. La famille de Bernard prétendait 
descendre de celle de saint Lidoire, second évêque de Tours ; 
c'est pour cela qu'on avait gravé sur le piédestal de la statue 
de saint Lidoire, au grand portail de la cathédrale, les armes 
de Bernard. C'est encore pour la même raison que Tarche- 
véque Jean de Bernard célébrait très-solennellement, chaque 
année, dans .l'église cathédrale, la fête de saint Lidoire, et 
qu'il se faisait accompagner dans le cours de la cérémonie 
uniquement de chanoines et de clercs originaires de la ville 
de Tours. On trouve ses armoiries dans Maan (2) ainsi bla- 
sonnées : 

« Ecartdé au premier et au quatrième d'argent au roc de 

(1) Le toy d'armes , par le R. P. Marc Gilbert de Varennes , in-folio, 1626 , 
page 88. 

(2) Becl. Tur,, Maan, p. 172. 



— 7S — 

sable, au deuxième et au troisième de sable au roc d'argent, et 
QD écusson d'azur chargé d'une fleur de lys d'or sur le tout. » 

On voit encore les armoiries de la famille de Bernard dans 
une chapelle du xv* siècle, à l'ancienne collégiale de St-Mexme. 
Elles y sont accompagnées d'un écu d'alliance. 

La présence des armes de Jean de Bernard est-elle un signe 
de la launificence de cet archevêque qui aurait contribué de 
ses deniers à la construction de l'église Saint-Etienne ? Nous 
indinons d'autant plus à le croire que c'était un prélat géné- 
reux et magnifique, qui s'appliqua à construire ou à faire 
achever plusieurs des bâtiments accessoires de la cathédrale. 
On lui doit la sacristie voûtée, bâtie en 1458 ; il avait aussi 
fait rebâtir le palais archiépiscopal, à Tours, et une chapelle 
dédiée à saint Martin, à Yernou (1). 

Ce qui ne parait pas douteux, c'est que l'église St-Etienne, 
fondée primitivement par les habitants de la ville de Chinon , 
qui avait pris d'assez grands accroissements, fut en bonne 
partie réédifiée au frais du Trésor royal. Les armes de France, 
plusieurs fois répétées aux clefs de voûte, l'indiquent suffi- 
samment. L'archevêque Bernard et Philippe de Commine, lui- 
même, y auraient seulement contribué dans une proportion 
que l'absence des documents historiques ne permet pas d'ap- 
précier actuellement (2). 

(1) Maan , Eccl. Tur. , p. 177. 

(9) Philippe de Commine, oa de Comyne, n'est entré au service deLoait XI 
qu'en 1473, à l'époque de son mariage avec Hélène de Jambes , fille de Jean 
de Jambes, seigneur de Montsoreau. S'il a contribué à rebâtir [l'église Saint- 
Ëtienne, comme l'atteste son écusson mis sur la principale porte, ce n'est que 
vers la fin des travaux. Depuis assez longtemps déjà l'archevêque Jean de Ber- 
nard, mort en 1466 , avant le séjour de (^mine à Chinon et sa nomination de 
gouverneur du ch&tean de cette ville, y avait fait travailler. 

La donation Ikite par Louis XI à Jean de Chambes des communes de Savigny 
et villages, circum circaeti du mois d'août 1474. Les pièces colligées par 
Denis Godefroy écrivent Jambes , tandis que les actes conservés dans le pays 
et imprimés dans le dernier siècle portent Chambes. Ce n'est que quelques 
temps après qu'il a pris le titre de comte de Montsoreau. (Note de M. TiiTe- 
nean , de Chinon ] 



— 74 — 

Ce monament est incontestablement le plus remarquable 
que le xv* siècle nous ait laissé en Touraine. Toutes les parties 
en sont établies dans de belles et hardies proportions ; les 
Toutes sont larges et soutenues sur des nervures prismatiques 
bien dessinées. Les feuillages .qui composent rornementation 
des chapiteaux et du portail sont profondément découpés et 
appartiennent à cette végétation de plantes à feuilles maigres, 
laciniées, déchiquetées qui constituent la flore privilégiée de 
cette époque. Les fenêtres sont ornées de meneaux flamboyants. 
Tous les caractères archéologiques, en un mot, sont très-élé- 
ganmient exprin^és dans toutes les parties de l'église Saint- 
Etienne. 

Nous formions un vœu unanime en voyant la gracieuse dis- 
position de l'abside du chevet, c'est que l'autel principal fut 
rétabli dans un style en harmonie avec le monument , et que les 
fenêtres fussent garnies de vitraux^ L'effet du sanctuaire serait 
vraiment ébloifissant , si on restaurait l'abside selon les exi- 
gences de l'architecture et de l'archéologie , qui sont aussi les 
exigences du bon goût. 

Dans l'église Saint-Etienne on trouve deux pierres tom- 
bales qui se recommandent à notre attention à des titres diffé- 
rents. La première, située dans le chœur, est entourée d'une 
longue inscription difficile â déchiffrer dans son état présent ; 
on y a gravé au trait un personnage couvert d'un manteau 
armorié. Ce signe, muet pour beaucoup, parlait haut pour 
M. LambroUy qui a reconnu les armoiries de la famille de Pau- 
mart. Les armes de Paumart sont : d'or à trois mains gauches 
apaumées de gueules. 

L'autre pierre recouvrait autrefois le tombeau de saint 
Mexme. On voit à la surface la flgure du saint gravée au trait ; 
la tête est entourée du nimbe ; le visage est barbu ; les mains 
sont jointes sur la poitrine, et le corps entier revêtu de l'habit 
monastique. La pierre est entourée d'un simple ornement en 
zig-zag qui en forme l'encadrement. 

Nous ne quitterons pas l'égUse Saint-Etienne sans men- 



— 76 ^ 

tîonner la cbape attribuée à saint Mexme qa'on y conserve res- 
pectueusement. Cette chape est en soie et d'un tissu extrême- 
ment fin. M. G allais, notre collègue, si versé dans la connais- 
sance des anciens tissus de soie, et si habile artiste pour la 
composition des dessins qui ornent les tissus modernes, a ré- 
digé à ce sujet une notice que nous devons reproduire ici. 

NOnCE SUR LE TISSU DE LA CHAPE DITE DE St. MEXMŒ, 

Par M. OA^UOSi 

■embre de U Société arcbéologiqae de Toaraine. 



« Je m'étais entretenu souvent avec quelques-uns de nos col- 
lègues de la Société archéologique de Tintérèt qui s'attacherait 
à l'étude des anciennes étoffes, non-seulement au point de vue 
de la science, mais encore, j'ose le dire, au point de vue de 
l'industrie. 

Jusqu'à ce jour cette étude a été négligée, et il faut ajouter 
qu'elle est devenue fort diificile, parce que les modèles des 
étoffes les plus anciennes sont extrêmement rares, sttit qu'ils 
aient disparu à cause de la nature même des étoffes qui passent 
et s'usent promptement, soit qu'ils aient été sacrifiés aux ca- 
prices de la mode inconstante, qui exerce plus spécialement son 
empire sur les vêtements et les parures. Aussi je regardai 
comme une bonne fortune l'occasion qui me fut offerte d'exa- 
miner la riche et curieuse étoffe de soie]Jdont est formée la 
cbape dite de saint Mexme. 

Je dus cette communication à M. Bourassé, qui voulut bien 
m'appder chez lui au moment où ce riche manteau de soie lui 
fat confié, pour la première fois, par M. le curé de St-£tienne 
de Chinon. 

Je fus très-vivement frappé, je l'avoue, en voyant cette an- 
tique étoffé^ et je demandai à l'emporter chez moi afin d'en 
pouvoir teàre un examen attentif, sous le rapport du tissu* Le 



w 

i 



— 76 — 

dessin, formé de léopards affrontés, de petits animaux et de 
feuillages, présentait en lui-même un caractère de haute anti- 
quité, et je signalerai, sous ce rapport, un très-curieux échan- 
tillon d'étoffe trouvé dans un cimetière égyptien, à Ahydos, de 
l'époque des Pharaons, où se trouve brodé ou tissé un dessin 
analogue, formés de deux animaux affrontés, séparés par des 
feuillages. Cet échantillon m'a été communiqué par M. Tabbé 
Leduc, qui l'avait recueilli lui-môme dans son voyage d'E- 
gypte. Mais, à cette époque, je m'occupai uniquement de 
l'étude du tissu de Cbinon ; la question d'antiquité devait être 
résolue par la découverte que le hasard me fit faire d'une 
très-curieuse inscription qui se trouve dans le tissu lui-même. 

Je décomposai donc l'armure, et, à la manière dont les tissus 
sont disposés et tissés , j'y trouvai une grande analogie avec la 
fabrication du cachemire des Indes. 

En poursuivant mon examen, je cherchai le liseré pour con- 
naître la largeur de l'étoffe. Ce liseré n'existe pas dans le sens 
de la chaîne, quoique la largeur de la chape soit considérable. 
Cela me conduisit à penser que cette étoffe avait dû être tissée 
sur une chaine perpendiculaire ; je dirai, pour mieux faire 
comprendre ma pensée, que ce mode de tissage est le même 
que celui des tapisseries des Gobelins, connu de tout le monde. 
Le point de cachemire, ou mieux, l'artnure cachemire, en ter- 
mes de fabrique, a un envers par son armure même ; et si Ton 
tisse avec cette armure des dessins de diverses nuances, Ten- 
vers devient alors très-visible, parce que les fils formant le 
dessin ne sont liés qu'à la surface de l'étoffe. Si l'on enlève 
sur le fond cachemire tous les fils faisant fleur, on trouvera 
une armure semblable à celle de 1 étoffe de la chape de saint 
Mexme, en d'autres termes, ce sera le même fond de l'étoffe 
cachemire. 

Je ne me contentai pas, cependant, de ces premières obser- 
vations ; je continuai mon analyse. Je voulus défiler cette cu- 
rieuse étoffe fil par fiL Pour la mieux décomposer, je cherchai 
un endroit convenable sous le capuchon ou chaperon ; j'enlevai 



— 77 — 

on galon de passementerie assez moderne ajouté je ne sais à 
quelle époque. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j'aper- 
çus des signes qui avaient Taspect de lettres ou de caractères 
alphabétiques ? 

C'est ainsi que je découvris le premier l'inscription dont 
personne ne soupçonnait l'existence. Personne en effet, jusque- 
là, n'avait étudié l'étoffe de Chinon comme je le faisais alors ; 
personne^ par conséquent, n'avait imaginé d'enlever ce galon. 

n n'est pas étonnant que M. de Caumont et M. Lenormant 
n'aient pas dit un mot de cette inscription dans les notices 
qu'ils ont écrites sur la chape de saint Mexme. 
' Après m'ètre assuré que ces lettres n'avaient pas été ajou- 
tées et qu'elles faisaient partie du tissu primitif, je m'empres- 
sai de faire part de mon heureuse découverte à M. l'abbé 
BouraHsé. L'inscription fut examinée par un professeur du 
séminaire, ayant des connaissance en sanscrit, qui n'y vit pas 
de caractères sanscrit ni indoustan. Elle fut soumise à un autre 
professeur très-versé dans les langues orientales, M. l'abbé 
Leduc, qui y reconnut des caractères arabes, cufiques, mais 
qui ne put pas la déchiffrer. 

Il fut alors bien constaté que cette inscription curieuse indi- 
quait la date de la fabrication, et tous la regardèrent, dès-lors^ 
comme le document le plus propre à éclaircir la question d'ori- 
gine et d'antiquité. 

Gela se passait au commencement du mois de janvier 1848. 
Je dois ajouter que la décomposition des fds du tissu me con- 
firma dans l'idée que l'inscription faisait partie du dessin de 
fabrication et ne faisait qu'un avec la pièce de l'étoffe. La 
décomposition de la doublure en soie de la chape me démontra 
que le tissu en était semblable aux foulards des Indes ou delà 
Chine. Pour n'avoir aucun doute sur la vérité de mes remar- 
ques, je consultai plusieurs de nos habiles fabricants de soie- 
ries de la ville de Tours, et tous, nous nous rencontrâmes 
dans le même sentiment. 

Quelques semaines plus tard j'apportai la chape à Tune des 



— •» — 

séances de notre Société, et je la signalai à Tattention des 
membres de la Société, sous le rapport de l'antiquité, de la 
richesse de la matière, de la singularité du tissu, et je mon- 
trai les caractères de l'inscription qui en borde le chef. 

Mon opinion ne fut pas adoptée alors par tous nos collègues ; 
je le regrettai vivement. Mais elle fut chaleureusement af^yée 
par M. Lobin, auquel ses souvenirs rappelaient la forme et 
l'ornementation de tissus de soie très-anciens qu'il avait eu 
l'occasion d'examiner en Italie. 

Pour achever ce que j'ai à dire sur la chape de saint Hexme, 
considérée au point de vue du tissu, j'ajouterai que l'étoffe en 
est très-l^ère et très-adroitement travaillée. Cette légèreté et 
cette délicatesse de tissu n'est pas un signe de travail moderne. 
Les étoffes de soie les plus anciennes, quoique nous n'en possé- 
dions pas malheureusement d'échantillons , sont décrites par 
les auteurs comme étant d'un tissu très-léger. Nous pouvons 
prendre ces expressions a la lettre ; car ces auteurs avaient 
sous les yeux des tissus de ûl, comme terme de comparaison ; 
tissus également très-légers et dont plusieurs sont parvenus 
jusqu'à nous. 

Nous n'avons rien à ajouter à cette notice, sinon que plu- 
sieurs galons en or appartiennent à la même époque que le 
tissu et sont d'une fabrication orientale. On y voit des dessins 
qui rappellent évidemment les inscriptions cufiques ornées des 
monuments arabes les plus curieux. Nous avons signalé cette 
ressemblance depuis longtemps. Personne n'a encore pu dé- 
chiffrer ces inscriptions ; M. de Galembert en a fait un dessin 
d'une exactitude scrupuleuse (1). » 

(J) Au moment où l'on imprime ces pages , nous deyons dire que M. Victor 
Luzarche a publié une brochure intéressante où il établit que le tissu de la 
chape dite de saint Mexme a été fabriquée au xi* ou au xii* siècle. M. A. de 
Longpérier a réussi à lire une partie de Tinscription en caractères arabes cuil- 
ques. Longtemps avant noin Excursion archéologique àÀxa/y, CMnon, etc., 
j'ayais examiné la chape de Saint-Mexme, à laquelle J'avais, à tort» altrUmé 
uie antiquité que l'iDScrlption , alors inconnue » a àtsamUe, 



— 7» — 

Quant à la collégiale de St-Mexme, d'où provient ce précieux 
tifisu, c'est un monument archéologique des plus curieux. 
Nous n'en ferons pas la description détaillée ; elle a été faite 
par M. de Galembert dans l'introduction à son grand travail 
sur des peintures murales qui ornent encore certaines paities 
de cette vieille église^ aujourd'hui si délabrée. 

Nous quittâmes Chinon, en traversant la Vienne sur le pont 
de VAnnonain^ si improprement désigné par quelques auteurs 
sous le nom de La Nonain. Pour expliquer cette dernière déno- 
minationy on a imaginé un conte galant qui n'a aucun fonde- 
ment. Nous passons dans le faubourg St-Jacques et nous je- 
tons un dernier regard sur les ruines pittoresques du vieux' 
manoir des rois de France et des rois d'Angleterre. St-Jacques 
nous rappelle Barré, chanoine de St-Mexme et curé de la 
paroisse qui portait autrefois ce nom et que la Révolution a 
fait disparaître en démolissant l'église due à la munificence de 
Charles YII. Barré, homme ardent et enthousiaste, infatigable 
ouvrier d' intrigues, comme l'appelle le chanoine Maan, son 
contemporain, l'auteur de Histoire de Véglise métropolitaine de 
Tour s y avait trempé les mains dans l'affaire scandaleuse des 
ursulines de Loudun et d'Urbain Grandier. Il avait poursuivi, 
avec une activité digne d'une meilleure cause, le curé de St- 
Pierre, qui ne tarda pas à périr sur le bûcher. Barré voulut 
renouveler à Chinon les tristes scènes des exorcismes de Lou- 
dun. Plusieurs filles et femmes de Chinon, dont quelques-unes 
appartenaient à des familles honorables, se firent exorciser par 
le curé de St-Jacques. Cette affaire fit du bruit. Victor Le Bou- 
thiUier, alors coadjuteur de l'archevêque de Tours^ se rendit 
sur les lieux et se livra sans délai à l'examen de la procédure 
déjà commencée par ses ordres. Barré fut interdit, privé de 
ses titres et relégué dans un monastèie au Mans ; les person- 
nes qu'il exorcisait furent mises en prison. Aussitôt tout ren* 
tra dans le plus grand calme et il ne fut plus question de rien. 

La route que nous suivons est très-belle ; de grands arbre» 
en garnissent les côtés. M. Champoiseau nous fait remarquer 



— 80 — 

en passant la prairie où Jeanne d'Arc, montée sur nn fougueux 
coursier, étonnait par son adresse et son habileté les chevaliers 
de la cour du roi Charles VII. 

Arrivés au pied d'un monticule assez élevé, nous laissons 
notre voiture et nous nous dirigeons vers le camp romain de 
Ginais. Nous nous arrêtons quelques instants près d'un moulin 
à vent, bâti presque au sommet du coteau, et nous jouissons 
d'un spectacle admirable. De cet endroit, la vue s'étend sur un 
paysage inunense et sur une contrée fertile et bien cultivée. 
La Vienne arrose des prés verdoyants, coupés çà et là de lon- 
gues lignes de peupliers; l'horizon est fermé par les collines de 
Chinon. On aperçoit le château de Coulaines , qui domine une 
campagne charmante. Chacun admire ces belles plaines de la 
Vienne, ces riches coteaux oS Ton recueille un vin généreux, 
ces campagnes ornées d'arbres fruitiers. M. Lambron nous in- 
dique les alinoiries et la devise des Quirit de Coulaines* Les 
armoiries sont : de sinople au cygne d'argent sur un lac de 
même. La devise est ainsi conçue, par un jeu de mots dont les 
exemples ne sont pas rares dans l'histoire héraldique : 



« VA FERME A L' ASSAUT QUI RIT A LA PRISE. » 



Nous arrivons bientôt, à travers un petit sentier tracé dans 
un bois taillis orné d œiUets sauvages, fleur aimée de la reine 
Claude, sur le plateau od les Romains assirent leur camp, à 
une époque inconnue, succédant sur ce point à un campement 
plus ancien que l'invasion romaine. Il parait certain que les 
légions séjournèrent en cet endroit ; des monnaies découvertes 
à plusieurs reprises ne laissent a ce sujet aucune incertitude. 
Nous en avons vu plusieurs qui étaient parfaitement conser- 
vées ; elles appartiennent à M. le comte de Lamotte-Baracé, et 
elles ont été soumises à la Société archéologique par M. l'abbé 
Babion. 

Il est difiBcile de donner une description exacte des lieux 



— ftl — 

On y voit une quantité presque innombrable de blocs de 
pierre dure, dispersés de côté et d'autre. Au premier aspect^ 
on ne voit que désordre dans la manière dont elles jonchent le 
sol. Bientôt on découvre quelques rangées assez régulières ; 
d'autres apparaissent ensuite à mesure que Ton parcourt le 
plateau. Enfin on se convainc qu'il existe ainsi plusieurs espè- 
ces d'enceintes, de dimensions différentes, qui se relient en- 
semble. Le tout est entouré d'un fossé d'enceinte, très-appa* 
rent du côté de l'ouest. D'où proviennent ces blocs de pierre ? 
qui les a accumulés sur ce plateau élevé .►* quelles forces ont pu 
suflire pour les remuer et les poser régulièrement ? dans quel 
but c^ enceintes ont-elles été pratiquées ? à quelle époque cet 
immense travail a-t-il été exécuté ? Questions jusqu'à présent 
restées sans réponse. On a fait à ce sujet plusieurs conjectures; 
on peut y en ajouter d'autres plus ou moins vraisemblables. 
L'histoire garde le plus profond silence sur l'origine de ce 
grand travail, oii la main des hommes apparaît évidemment. 
Noos inclinons à penser que ce plateau, en plusieurs circon- 
stances , servit de lieu de refuge aux habitants du pays du 
Yéron , pagttë vaironensis y et que plus tard les Romains y 
trouvèrent un campement tout préparé. 

Quoi qu'il en soit de cette conjecture qui semble la plus pro- 
bable, on jouit du haut de ce plateau d'un coup d'œil merveil- 
leux ; la vue s'étend dans une perspective immense. Le regard 
y embrasse, sans fatigue, le bassin entier de la Vienne, et 
découvre l'embouchure de cette rivière dans la Loire, à Cande, 
dans un pays qui peut se comparer à ce qu'il y a de plus grand, 
de plus richë^ de plus animé, de plus varié au monde. Nous 
regardions avec émotion le panorama qui se déroulait à nos 
yeux, sans pouvoir épuiser les expressions que l'admiration 
faisait naître en chacun de nous. Nous quittâmes à regret le 
camp de Cinais. Il fallait nous remettre en route pour gagner 
Champigny. 

La baronnie de Ghainpigny fut importante dès les temps les 
plus reculés. Nous n'avons pas ici h en faire l'histoire; nous de- 
V 6 



— 82 — 

vons seulementconstater rétatactuel de la Sainte-Chapelle. A pei- 
ne étions-nous descendus de voiture, que nous nous empressions 
de sonner à la porte du manoir princier. Hélas ! le château de» 
Bourbon- Montpensier a disparu presque entièrement ; le corps 
de logis qui a échappé à la destruction peut donner à peine 
une idée du style d'architecture qui a présidé à laconstruétion, 
mais il ne saurait représenter dignement ni la grandeur ni la 
décoration ni la magnificence qui y brillaient autrefois, avant 
que le cardinal de Richelieu en eût ordonné la démolition. Ce 
fut Louis I" de Bourbon, prince de la Roche-sur-Yon, aujour- 
d'Imi Napoléon-Vendée, mari de Louise de Bourbou-Montpen- 
sier, qui fit bâtir le château et la chapelle de Champigny. Son 
fils, Louis de Bourbon-Montpensîer, premier duc de Montpen- 
sier, se chargea d'achever d'une manière digne de son père et 
de sa propre magnificence l'œuvre monumentale du prince de 
la Roche-sur-Yon. Il lit de Champigny une demeure agréable 
et somptueuse, où les Montpensier, après lui, aimèrent à rési- 
der et où ils trouvèrent tous les agréments réunis. 

La Sainte-Chapelle de Champigny mérite, à plus d'un titre, 
d'être comptée aujourd'hui au nombre des monuments les plus 
curieux de la France entière, soit à cause de son architecture, 
soit surtout à cause des belles verrières qui la décorent. Au 
témoignage des connaisseurs, ces vitraux peuvent être consi- 
dérés comme les plus parfaits et les plus complets que nous 
aient légués les grands artistes de la Renaissance. Ce qui les 
distingue paiiiculièrement, c'est l'état avancé du dessin, l'ha- 
bileté de lartiste dans la disposition des groupes, l'expression 
des figures, la grandeur et la simplicité des draperies, la 
richesse des costumes, le brillant du coloris, l'éclat des veiTes. 
On les attribue généralement à Robert Pmaigrier, l'artiste 
éminent qui florissait à Tours, en même temps que Sarrazin, 
et qui avait produit de nombreux .chefs-d'œuvre que le temps 
et les révolutions ont emportés malheureusement. Nulle part, 
cependant, on n'a découvert de signature jusqu'à présent. Les 
verrières de Champigny ont été exécutées vers 1543. 



JIJKX 



-68- 

Ces verrières sont composées de manière qu'il y ait trois 
sujets superposés à chaque fenêtre. A la partie supérieure ou 
voit un trait de la passion de Notre Seigneur ; au milieu , un 
trait de la vie de saint Louis, roi de France; à la partie infé- 
rieure, les portraits des membres de la famille de Bourbon- 
Montpensier. 

Pour apprécier ces tableaux sur verre, il faudrait de longues 
descriptions ; il conviendrait surtout de les étudier sous plu- 
sieurs points de vue, de les comparer à d'autres œuvres con- 
temporaines et d'entrer dans les détails relatifs à la composition 
des sujets historiques et à l'exécution matérielle de ces grands 
tableaux. M. de Galembert, en artiste et en érudit, a fait à ce 
sujet un travail que personne n'était plus capable que lui de 
mener à bonne fin. Nous nous contenterons d'indiquer exacte- 
ment chacun des sujets et de copier les inscriptions qui servent 
à les désigner. 

f® fenêtre à gauche. 

» 

V Jésus- Christ au jardin des Oliviers. 

2<» Sacre de saint^Louis, avec cette inscription : 

Comment le roy saiwct Loys en l'aage de treize ans 

FVT SACRE EN L'eGLISE DE BeINS PAR L'EVESQUE DE SOISSONS, 
LE SIEGE VACANT, PRESENTS LES PERS ET PRINCES DE FRANCE. 

3° Claude de Givry, cardinal, duc de Langres, pair de 
France ; Louis, cardinal de Bourbon. 

"^Sennéire. 

V Jésus-Christ ti*ahi par Judas. 

2^ Éducation de saint Louis, avec cette inscription : 
Comment après le sacre et covronnement du roy SATNcr 
Loys, la royne Blanche de Casttlle sa mère le bailla a 
govverner et instrvire a vertv, scavoir qvant avx choses 

SPIRITVELLES AVX FRERES PRESCHEVRS ET MINEVRS ET LES 
CHOSES TEMPORELLES LES GOVVERNER PAR LE CONSEIL DES 
SAIGES CHEVALIERS ET BARONS DE FRAJHCE. 



— 84- 

3' Sazaane, duchesse de Bourbon ; Charles IT, duc de Bour- 
bon-Montpensier, connétable de France^ son mari ; Claire de 
Gonzague; et Gilbert de Bourbon, comte de Montpensier, 
son mari. 

3» fenêtre. 

P Jésus-Christ devant Pilate. 

2^ Fondation de la Sainte-Chapelle du Palais, à Paris, par le 
roi de saint Louis, avec cette inscription : 
Comment le roy saingt Loys fist ediffiea la saincte 

CHAPELLE DU PALAIS A PaRIS ET Y FIST APPORTER REVEREM- 
MENT EIH PROCESSION LUY ET SES FRERES Y ESTANS NVES TESTES 
NVDS PIEDZ^ LA SAINCTE COVRONNE, LA VRAYE CROIX, L'ES- 
PONGE, LE FER DE LA LANCE ET AULTRES RELIQUES QU*IL RECOV- 
VRA DE l'eMPEREVR DE CONSTANTINOPLE ET DES VeNICIENS. 

3"* Gabrielle de la Tour, et Louis de Bourbon, comte de 
Moutpensier, son mari ; Marie de Ikrry et Jean P% duc de 
Bourbon, son mari. 

4*^ fenêtre. 

P Flagellation de N.-S. Jésus-Christ. 
2** Saint Louis se fait donner la discipline, lave les pieds aux 
pauvres, et se fait servir leurs restes. Inscription : 

Comment le roy sainct Loys prencft discipune par 
LES mains db son confessevr, portoit la haire svr son 

CORPS, MINGEOIT LE DEMEVRANT DE CE QUI ESTOIT DESSERVI 
de devant LES POVRES, LEVR LAVAIT LES PIES ET LES... [le 

reste illisible,) 

3° Catherine de Vendôme ; Pierre P', duc de Bourbon ; 
Jeanne de Chàtillon-Saint-Paul ; Jacques de Bourbon, comte 
de la Marche, connétable de France. 

Nous devons noter ici que plusieurs panneaux ont été trans- 
posés. 11 en résulte de graves erreurs dans la série des person- 
nages de la famille Bourbon-Montpensier, et des erreurs plus 
graves encore dans l'indication des alliances de ces princes. 
Ainsi, à côté de Catherine de Vendôme, au lieu de Jean dé 



- W-. 

Boqrboa. son mari, on voit figurer Pierre I*% duc de Bourbon» 
mari dlsabelle de Valois, laquelle est placée à la 7"" fenêtre. 
L'écusaon qui orne le prie-Dieu de Catherine de Vendôme est 
aux armes d'Anne, dauphine d'Auvergne ; cette dernière prin- 
cesse portait : au V^ d'or au dauphin d'azur, au 2^ de gueules 
au dauphin d'or. U est encore à remarquer que dans Técusson 
de Catherine de Vendôme les émaux ont été intervertis. Quant 
à Jeanne de Chàtillon-Saint-Paul, on lui a donné les armes 
de Valois : d'aaur semé de fleurs de lis sans nombre^ à la bor^ 
dure de gueules. 

5* fenêtre. 

1° Jésus-Christ portant sa croix. 

2^ Saint Louis , malade , fait vœu d'aller en Palestine. In- 
scription : 

COMBfEKT LE ROY SAINCT LOYS ESTANT GRIEFF£M£]HT... AVEC 
SES TROIS FRERES ET PLVSIEVRS AVLTRES PRIIHGES... FIREIST 
VEV d'aller OVTRE la mer POVR... AVX INFIDELES POVR DELI- 
VRER LA TERRE SAINCTE. 

3"* Louis P% duc de Bourbon et Marie de Hainaut, sa fem- 
me, sont séparés par un écusson qui porte trois génies, et 
sur lequel sont inscrits ces mots relatifs à la filiation de la 
famille de Bourbon-Montpensier : « Cy après est la généa- 
logie DE LA maison DE BoURBON ET DE MONTPENSIER. • 

6® fenêtre. 

Cette fenêtre, placée au fond de l'abside, au-dessus du mai- 
tre-autd, est ornée d'un vitrail très-remarquable, représentant 
Jesus-Christ en croix, entre les deux larrons. Aux pieds, ou 
voit la Saint^Vierge , saint Jean l'évaugéliste, et sainte Made- 
idne. La ville de Jérusalem parait dans un lointain où les rè- 
gles de la perspective sont assez bien observées. Le Père étemel 
domine la scène. 

Au 3^ panneau, saint Louis, debout, en manteau royal fleur- 
delisé, porte le sceptre et la main de justice ; de l'autre côté 



— 86 — 

est une femme, aussi en manteau royal ; c'est sans doute la 
reine Marguerite de Provence. Néanmoins,' un cartouche porte 
le nom d'Ysabeau. 

7® fenêtre. 

4** Résurrection*'de Jésus-Gbrist. 

2<^ Jean de Bourbon, désigné sous le nom de comte de Ven- 
dôme sur le vitrail, ce qui ne peut être puisque l'écusson porte 
la bande de gueules qui est de La Marche. C'est donc Jean 
de Bourbon, comte de La Marche, mort en i393, époux de 
Catherine de Vendôme. Il y a eu changement avec les panneaux 
de la ^ fenêtre. 

Un écusson orné d'arabesques, supporté par des génies, 
avec cette inscription : « Cv après est la généalogie de la 
MAISON DE Vendôme et de la Roche-sur-Yon, sépare Jean 
de Bourbon d'une femme à genoux sur un prie-Dieu, au bas 
duquel un cartcmche porte le nom d'Ysabeau, sœur du roi 
Philippe de Valois. Les armoiries ont été transposées. 

8® fenêtre. 

1® Jésus-Christ apparaît à Marie-Madeleine, après sa résur- 
rection, sous la figure d'un jardinier. 

2° Bataille de Massoure ; la peste se met dans l'armée chré- 
tienne ; prise de saint Louis. Inscription : 

Comment le roy sainct Lovs fist plvsievrs batailles 

CONTRE LES SARRAZINS DEVANT LA VILLE DE LA MaSSERE QUTL 
TENOIT ASSIEGEE, OV IL EVT VICTOIRE. MaIS DVRANT LE SIEGE 
VNE PESTILENCE SE MIST DEDANS LOS DES CHRESTIENS ET LEVR 
FAILLIRENT TOVS VIVRES. Ce COGNOISSANS LES SARRAZINS 
ASSALLIRENT LE ROY ET SON ARMEE QVI VAILLAMMENT SE 
DEFENDT, MAIS FINALEMENT FVT PRIS PRISONNIER EN VNE 
PETITE VILLE... NOMME CaZEL OV IL S'ESTOIT RETIRE. 

3** Louis II, duc de Bourbon, et Anne, dauphine d'Auver- 
gne, sa femme ; deux personnages difficiles à reconnaître, les 
armoiries ayant^été changées. 



— 87 — 

^^ fenêtre. 

V Jésus-Christ apparaissant aux disciples d*£inmait8. 

2* Seconde expédition de saint Louis contre les fidèles. L'in- 
scription est indéchiffrable. 

3^ Louis de Bourbon, comte de Vendôme ; Ysabeau de Iteau- 
Yau, femme de Jean U de Bourbon, comte de Vendôme; 
Jeanne de Laval, femme de Louis de Bourbon, comte de Ven- 
dôme. 

W fenêtre. 

« 

. l"" Ascension de Jésus-Christ. 

2" Siège de Damiette. Inscription illisible. 

3"^ Louis II, de Bourbon ; Louise de Bourbon, comtesse de 
Montpensier ; Louis de Bourbon, prince de la Boche-sur- Yon, 
son mari; Jacqueline de Longwy, femme de Louis II de Bour- 
bon, premier duc de Montpensier. 

!!• fenêtre. 

V Descente du Saint-Esprit sur les Apôtres. 

2° Mort de saint Louis devant Tunis. Inscription : 

COMMEflT LE BOY SAINGT LOYS ACGOMPAGIfE DE PhILIPPS 
soi* FILS AISNE QUI FVT ROY... ET d'AVLTRES PRINCES MIST SON 
CAMP DEVANT LA CITE DE ThuNES QV'iL TINT LONGTEMPS 
ASSIEGEE ET Y EUT PLVSIEVRS BATAILLES GOinTRE LES SARRA- 
ZINS DVRAIVT... LVI PRINT VNE GRIEF VE MALADIE, DE LAQVELLE 
IL DECEDA... SON CORPS... FRANCE EN SEPVLTVRE EN L'ESGLISE 
DE SAINCT... OV IL... DEPVIS CE l^EMPS PLVSIEVRS SIGNES. 

3« François de Bourbon, duc de Montpensier ; Benée d'An- 
jou, sa femme ; Henri de Bourbon, duc de Montpensier ; Ca* 
tberine, duchesse de Joyeuse, sa femme» 

{"}? fenêtre. 

Cette fenêtre n'a pas la même forme ni le même développe^ 
ment que les précédentes. Elle est ouverte dans le pignon occi- 
dental et ronde ; elle se trouve au-dessus du péristyle. 



— 88 - 

Le sujet représenté dans le vitrail est relatif aux croisades, 
sans qu'il soit possible de le déterminer d'une manière précise. 
On y Yoit des personnages tenant Tépée en main, ou portant 
le bourdon et l'escarcelle du pèlerin. 

L'église paroissiale de Cbampigny ne présente rien de remar- 
quable. On y reconnaît seulement, en quelques endroits, les 
caractères dé l'ardiitecture du xv» siècle. Sur une pierre tom- 
bale nous ayons lu l'inscription suivante : 

« Cy gist René de Lomeron, vivant écuyer, sieur de La 
Pataudière, conseiller secrétaire du Boy, M. et C. de Ifr. et de 
def. H' le Duc de Hontpensier, qui décéda le dimanche, 
V* jour d'aoust, mil six cens vingt et neuf. — Priez DieiTpour 
lui. Amen. » 

A Brizay, une pierre tombale placée sous le porche attira 
aussi notre attention. On y voit sculptée en reUef la figure 
d'un chevaUer, portant à ses côtés l'écu de ses armoii*ies. Mal- 
heureusement le temps a détruit et la forme des traits et les 
meubles héraldiques de l'écusson , et les lettres de l'inscrip- 
tion. Ainsi la mort a dévoré, si l'on peut employer cette expres- 
sion, les tristes trophées de la mort. 

A rile-Bouchard nous avions à étudier plusieurs monuments 
d'un caractère distingué : les ruines de St-I^nard ; les églises 
St-Gilles et St-Maurice , et les derniers débris du château de 
rne, auquel les Bouchard donnèrent leur nom. 

A quelque distance de la rive gauche de la Vienne et à 
l'extrémité du faubourg de l'Ile-Bouchard gisent, presque 
oubUées, les ruines intéressantes de l'antique prieuré de St- 
Léonard. L'église, dont il ne reste actuellement que l'abside et 
la nef du rond-point , eut beaucoup à souffirir des . violences 
des huguenots, maîtres du pays en 1562, qui se répan- 
dirent de tous côtés les armes à la main et se rendirent cou- 
pables d'excès en tout genre. L'œuvre des révolutionnaires du 
XVI* siècle fut achevée par les révolutionnaires de la fin du 
xviii'' siècle. Aujourd'hui l'édifice, à moitié détruit, lézardé de 
toutes parts, privé de ses points d'appui, menace de s'écrouler • 



— 89 — 

Bien de plus pitt(»*esque que ces débris encadrés dans de beaux 
arbres et une riche végétation. La pierre a conservé, matlgré 
les injures du temps, cette teinte légèrement jaunâtre, que les 
peintres préfèrent, qui se détache si agréablement sur les 
tdntes bleuâtres ou grises du ciel, ou sur le vert foncé du 
feuillage des arbres. 

£n examinant de près ces derniers restes d'un monument 
jadis bâti dans de grandes proportions, on y reconnaît Fart 
rcMuano-byzantin du xi"" siècle. Les arcs sont en pleiii-cintre et 
formés de claveaux très-régulièrement taillés et appareillés. 
Les chapiteaux de& colonnes sont historiés et en plusieurs en- 
droits 9 on ne voit pas sans étonnement des rinceaux et des 
enroulements fort éléganmient dessinés et sculptés. Nulle part, 
en Touraine, on n'observe de sculptures du xi"^ siècle aussi 
curieuses que celles de St-Léonard ; elles peuvent être regar- 
dées comme un type a peu près unique. Sur ces vieilles mu- 
railles, qu'une tempête peut renverser d'un jour à l'autre^ 
l'artiste et l'érudit trouvent une page de l'histoire de notre art 
religieux et indigène au moyen-âge. Les sculptures de ces cha- 
piteaux représentent des traits empruntés à l'Ëvangile: au 
centre, au-dessus de l'emplacement de l'autel principal, le 
Christ en croix est accompagné de la Ste- Vierge et de saint Jean 
Tévangéliste. 

L'église St-GUles appartient a la même époque et au même 
style d'architecture que celle de St-Lémard ; mais elle est loin 
d'offrir la même perfection et la même originalité. H est vrai 
que le chevet de l'église St-Gilles a été démoli au xv« siècle 
pour faire place à une construction ogivale où la famille de 
La Tremouille a fait graver ses armoiries. 

On ignore la date précise de la fondation de l'élise St- 
Gilles. La construction indique évidemment le xi'' siècle. Le 
portail principal, à fdeiu-cintre, est entouré d'archivoltes cou- 
vertes d'ornements variés. Une autre porte, donnant entrée 
dans une nef ajoutée à la nef majeure, est également embeUie 
de sculptures nombreuses. Toutes les arcades sont à plein- 



- 90 — 

cintre et la baie des fenêtres est accompagnée de deux colon- 
nettes. A J'extërieur, et du côté des bâtiments de l'ancien 
prieuré, convertis actuellement en presbytère, on voit, sous 
la corniche, des modillons assez grossièrement taillés. 

Sur la muraille septentrionale on lit une longue inscription 
gravée daas la pierre ; elle est relative à une fondation pieuse 
et mériterait d*ètre relevée exactement. 

L'église St-Maurice a été rebâtie à différentes reprises et 
présente dans Fensemble de la construction la trace des tra- 
vaux successifs. La fenêtre absidale semble appartenir au xiv« 
siècle, et la tour, ainsi quela flèche pyramidale qui la surmonte, 
ne paraissent être que du xv* siècle, ou même du commence- 
ment du XVI*. De fines sculptures, des feuilles découpées, des 
moulures prismatiques, des formes spéciales désignent le style 
Qgival que certains archéologues ont appelé stfjle ogival fleuri. 

Quant au vieux château des Bouchard, c'est à peine si l'on 
peut en retrouver aujourd'hui quelques vestiges. Il était con- 
struit au milieu de la Vienne, dans une ile, où se réunissent 
actuellement les paysans du voisinage, les jours de marché, 
pour se livrer paisiblement à leurs afl'aires et y discuter leurs 
intérêts. Le conseil municipal de la conunune y tient ses 
séances ; il y délibère tranquillemeat sur remplacement du 
manoir de ses anciens maîtres ; il y décide librement les ques- 
tions d'administration intérieure de la ville, au lieu même où 
se dressaient jadis les tours féodales. 11 y a peu d'années, on 
voyait encore au milieu de la rivière des débris de construc- 
tions antiques ; Noël les a dessinés dans son Album. Il n'y en a 
pas de trace aujourd'hui. 

A une lieue environ de TIle-Bouchard, sur la rive gauche 
de la Vienne, au centre d'une plaine fertile coupée de champs, 
de prés, de jardins et de bouquets d'arbres, est situé le bourg 
de Parçay-sur-Vienne. Dès les temps les plus reculés, les cam- 
pagnes deParçay furent habitées et cultivées. Sur les bords de 
la rivière, les Romains avaient choisi un emplacement avanta- 
geux pour y bâtir un établissement. On nous a montf^ des 



— 91 — 
fragments considërables, chapiteaux, fûts de colonoes etc., pro- 
venant de cet endroit et actuellement déposés dans la cour 
d'une métairie. D*un autre côté, non loin du château de La 
Brèche, on voit un dolmen assez considérable. Mais le monu- 
ment vraiment remarquable de Parçay est Féglise paroissiale, 
édifice du milieu du xii"" siècle, bâti sur un plan régulier, orné 
de sculptures élégantes, digne de l'attentioi) des antiquaires, 
quoique incomplet. 

Cette église, construite en forme de croix latine, devait être 
voûtée ; les murailles, les colonnes, les contreforts indiquent 
suffisamment la pensée de l'architecte. La construction étant 
à la hauteur des arceaux, le projet fut modifié tout à coup. 
Les colonnes furent interrompues ; elles ne furent pas couron- 
nées'de chapiteaux , et une espèce de corniche , ornée de che- 
vrons brisés, fut posée au sommet des murs. 

Le portail occidental est très- curieux. On y remarque non- 
seulement des ogives, dans leur forme primitive, mais eocore 
des ornements multipliés et un appareil singulier. Les pierres 
sont taillées en forme d'écaillés de poisson et unies par un 
mortier épais et coloré. Le dessin seul pourrait donner une 
idée exacte des moulures et des ornements de toute espèce qui 
décorent ce portail charmant, unique en son genre dans notre 
province. 

En allant visiter l'égUse de Crouzilles nous fîmes une station 
devant l'antique léproserie de St-Lazare. La chapelle de cet 
hospice subsiste encore et porte les caractères du xi"" siècle. 
Elle a été dessinée par M. Lobin. Vis à vis de ce vieux bâti- 
ment, aujourd'hui changé en grange, se dressent les pierres 
noires d'un immense dolmen. Ce monument a été souvent 
décrit et dessiné. 

^ Il est question de l'église de Crouzilles dans une pièce du 
XII' siècle. C'est un accord fait dans le chapitre de l'église mé- 
tropolitaine de Tours, en 1 107, en présence du pape Pascal II, 
par Raoul, archevêque de Tours, au sujet des églises de Crou- 
zillesy de Balème, de Mouzay, de Yarenne et de Dolus, entre 



— 92 — 

les abbayes de Noyers, près de Saiate-Haure, et de Beaulieu- 
lès-Loches. Cette pièce a été publiée par Staan {Ecclesia me- 
trop. Turon.^ in Append., Cap. 20., pag. 250.) et par Dafour 
{Arrandissetnent de Loches, tom. 1 . pag. 73-75). 

Comme celle de Parçay, Féglise de Crouzilles appartient au 
XII" siècle. Elle est entièrement voûtée. Dans le transsept, 
seulement, il y a une addition faite au xvi" siècle. L'abside de 
réglise est ornée de statues, au nombre de cinq, placées à la 
retombée de la voûte, sous les nervures. Ces statues, au corps 
allongé, aux vêtements serrés et plissés, offrent une physio- 
nomie particulière, que beaucoup d'antiquaires ont appelée 
byzantine et qui est propre aux œuvres de la statuaire de cette 
époque. Il y en avait deux autres au portail : elles sont mal- 
heureusejnent mutilées et entièrement déformées. Les modil- 
Ions extérieurs sont curieux. M. Lobin a dessiné les statues. 
M. Chateigner a levé le plan de Féglise. J'ai dessiné quelques- 
uns des modiUons. 

Les environs de llle-Boucbard nous ont fourni de nom- 
breux sujets d'étude. Outre les monuments que nous venons 
d'indiquer, nous avions encore à visiter ceux de Cravant, de 
Crissé et d'Avon. Le temps nous a manqué pour aller jusqu'à 
Cravant. Le bourg de Crissé nous a étonné en nous montrant 
de nombreuses maisons du xv" siècle, avec fenêtres, croisées 
ornées de moulures fines et nombreuses. Toutes ces maisons 
de grande apparence, aujourd'hui habitées par des villageois, 
ont dû être occupées jadis par de hauts personnages, ou du 
moins par les écuyers dépendants des seigneurs de Crissé et 
des Boches. Le vieux manoir est en ruines. Le château du 
suzerain a été moins heureux que les logis des vassaux. 

L'église est un charmant édifice du xv* siècle. £lle est à 
deux nefs et voûtée. La tour du clocher est de 1527. Ou y lit, 
en lettres gothiques, l'inscription suivante : 

Con mil cinq cène oingu^ept 
€oliiuJDurant et 3el)on Cger 
mirent a cUcljcr parCiûrt. 



- 93 — 

Dans Tancienne chapelle seigneuriale on voit un enfeu avec 
un tombeau qui porte la date de 1529. 

Entre le bourg de Crissé et celui d'Avon, près des derniers 
restes du château des Roches Tranche-Lion, se trouvent les 
ruines d^une magnifique église de la Renaissance. Nous n'a- 
vons rien en Touraine de plus parfait sous le rapport de 
l'architecture. La chapelle des Roches pouvait soutenir la 
comparaison, sans désavantage, avec FégUse de Montrésor. 
Les voûtes se sont écroulées ; les murs ont été minés par- 
dessous; les fenêtres ont perdu leurs nieiieaux; bientôt la 
destruction sera complète. L'aspect de cette ruine est attris- 
tant. Le monument montre encore des signes de solidité et de 
durée ; U a fallu que la main des hommes vint Tébranler et 
rabattre. De rares visiteurs vont à présent jeter un coup d'œil 
eu passant sur les derniers débris de la collégiale. A peine un 
demi-siècle s'est écoulé depuis qu'elle est tombée et déjà l'ou- 
bli pèse sur ces ruines solitaires. 

L'église d'Avon est du xii® siècle. Le plan est à deux nefs. 
Les voûtes sont bien bâties. On remarque deux fenêtres posté- 
rieures au corps de l'édifice et remplies de meneaux flam- 
boyants. L'abside est éclairée par cinq fenêtres à plein-cintre. 
L'élise est précédée d'un porche curieux, également du xn« 
siècle. Dans le jardin du presbytère se trouvent un baptistère 
et un bénitier de la même époque ; ils sont ornés aux angles 
de quatre tètes grossièrement sculptées. 

Ici se termine notre excursion archéologique. Nous finirons 
ce compte-rendu de nos observations par une phrase que cha- 
cun de nous répétait sans cesse, durant cette intéressante 
promenade archéologique : c'est qu'il suffit de connaître notre 
Touraine pour l'apprécier, l'admirer et l'aimer. 



NOTICE 



SDR 



LES PEINTURES HUMLES 

DE L'ÉGLISE N.-D. DE MVIÈRE . 



ARRONDISSEMENT DE CHINON, DEPARTEMENT D'1NDRE-E1 -LOIRE. 



Vréambole. 

L'église de Rivière , si intéressante au point du vue archi- 
tectonique^ ne Test pas moins à celui de son antique décora- 
tion intérieure. 

Les édifices de l'époque romane^ avec leurs fenêtres étroites 
et leurs grandes voûtes en berceau, présentaient de larges sur- 
faces dont la peinture devait être nécessairement appelée à 
couvrir la nudité. Bien différents de ceux de style ogival, dont 
l'ornementation architecturale envahît presque entièrement les 
parois , on peut dire qu'une église de style roman est incom- 
plète, tant que la couleur n'est pas venue modifier la grandeur 
un peu monotone de ses lignes et la sévérité de son aspect. 

Cette nécessité fut un encouragement puissant pour les 
peintres des xi^ et xir siècles, et contribua, sans aucun doute, 
à développer le progi^s des arts du dessin aussi bien, et mieux 
peut-être, en France qu'en Italie. Ce seul motif suffirait à re- 
eommander l'étude des rares débris de peinture des édifices 



— 95 — 

rooians qui pourront un jour, lorsque des matériaux , en 
nombre suffisant , auront été réunis et classés, jeter sur la re- 
naissance du XII* siècle , une lumière d'autant plus précieuse, 
qu'elle intéresse les arts pratiques non moins que l'archéo- 
logie. 

Les peintures murales antérieures au xin"" siècle, sont nom- 
breuses en Touraine. Beaucoup de fragments intéressants ont 
été découverts dans ces derniers temps , et nul doute qu'au- 
jourd'hui^ la curiosité des investigateurs étant partout éveillée, 
on ne doive en trouver bien d'autres sous les badigeons conser- 
vateurs de nos églises de campagne. Mais ce qui est fort rare, 
et peut être considéré comme une bonne fortune pour un anti- 
quaire, c'est de rencontrer, comme à Rivière, deux systèmes de 
décoration superposés à deux époques différentes que j'estime 
séparées par plus de deux siècles. 

L'intérêt qui s'attachait à cette découverte m'engagea 
à demander à la Société archéologique de Touraine un cré- 
dit destiné à couvrir les frais des travaux préparatoires ; le 
zèle de M. le curé de Rivière a fait le reste. De mou côté, j'ai 
pu relever avec une exactitude minutieuse les principaux 
fragments de peintures à personnages , qui font l'objet des 
dessins des quatre plauclies ci-jointes. Ayant ensuite complété 
par des rapprochements certains l'ensemble général des deux 
systèmes de décoration , je les ai réunis sur une même feuille, 
pour qu'on puisse d'un seul coup d'œil en juger les caractères 
différents (1). 

A ces dessins je joins une notice plutôt explicative que 
descriptive, où sont consignées mes appréciations personnelles, 
basées sur la méthode exposée tout au long, dans ce même vo- 
lume, à propos des peintures de Saint-Mesme. 

(1) J*ai , en effet, présenté, en 1863, à la Société Archéologique le dessin ori- 
ginal dont il est ici question; mais ne pouvant faire les frais d'une reproduo- 
tlon exacte , qui d'ailleurs n'eût point cadré avec le format de ce volume, J'ai 
dû me contenter, pour le publier ici, ,d'en donner quelques parties, que l'on 
trouvera dans la Planche I, aux n*" 1, 2, 3, 4, 5 et 6. 



— 96 — 

Ce petit travail sera divisé en trois parties. Dans la première, 
je m'occuperai du système d'ornementation qui sert de cadre 
aux sujets à figures ; dans la seconde , j'examinerai ces derniers 
au point de vue purement artistique des procédés; dans la 
troisième enfin , j'émettrai mon opinion sur la manière dont 
pourrait être entreprise la restauration de l'édifice, quant à sa 
décoration intérieure. 

DES DEUX SYSTEMES D'ORNEMENTATION SUIVIS A RIVIÈRE. 

L'église de Rivière peut se diviser, en ce qui regarde les 
peintures, en deux parties distinctes : 1^ Le chœur et la 
crypte ; 2* la nef, en comprenant dans celle-ci les fresques 
da porche , sur un mur autrefois renfermé dans l'intérieur de 
l'église, dont la longueur était originairement de dix mètres 
environ plus considérable qu'elle ne Test aujourd'hui. 

J'aurai peu de chose à dire sur la première partie. La voûte 
du chœur, qui menace ruine , n'a conservé aucune trace de 
peinture, et les chapelles absidales sont tellement ravagées, 
qu'il n'y a pas d'espoir d'y rien trouver d'intact. 11 en est de 
même de la crypte , où je n'ai pu reconnaître qu'un fragment 
d'inscription en lettres gothiques , et les restes d'une figure 
d'évèque , dont le dessin accuse le xv« siècle. 

Dans le chœur, les chapiteaux, très-curieux par la représen- 
tation variée de figures d'hommes et d'animaux, étaient peints 
complètement, et les couleui*s, bien que probablement étendues 
à la détrempe, se retrouvent partout sous le badigeon , ayant 
encore gardé une certaine fraîcheur. Quaiit aux fûts des co- 
lonnes , je crois , sans l'affirmer , qu'ils étaient peints en imi- 
tation de marbre et d'agate , comme on le voit à St-Savin et 
ailleurs. 

J'arrive à la nef, objet principal de cette notice. Partout sur 
les deux murailles latérales , le badigeon enlevé par écailles , 
nous a révélé des restes de peintures, peu visibles et con- 
fuses du côté septentrional , mais plus distinctes du côté 



— 97 — 

opposé. A première vue, cette partie de la décoration, quelque 
dégradée et pleine de lacunes qu'elle soit, suffit pour faire re- 
connaître que deux systèmes différents ont été mis en œuvre. 
Le premier, et le plus près du mur occidental, est d'un coloris 
plus vif , où chaque ton conserve sa valeur. Le bleu , le 
rouge, le blanc sont franchement distincts , et accusent nette- 
ment les contours. ÏDans l'autre au contraire, plus rapproché 
du chœur, les couleurs semblent fondues dans un glacis géné- 
ral d'une teinte jaune d'ocre, en sorte que les bleus ont passé 
au vert, les rouges à l'orangé, et le blanc, ainsi que les tons de 
chair, ont presque totalement disparu. 

Cette première remarque conduit à une seconde qui confirme 
mon assertion et lui donne un caractère évident de certitude. Les 
ornements qui encadreiit les sujets historiques sont d'un genre 
complètemeni différent , et par la couleur et par le dessin. Un 
coup d'œil jeté sur les planches I et II suffit à prouver cette 
dissidence bien tranchée. Ainsi l'on voit que les deux bor- 
dures supérieures , n^^ 1 et 2 de la planche 1, formant une frise 
continue à la rencontre du toit, révèlent un goût totalement 
opposé ; l'une , par ses trèfles à quatre lobes , rappelle le style 
ogival du xiTi* siècle ; l'autre, par sa grecque rehaussée de 
vives couleurs, se rapporte évidemment au système d'ornemen- 
tation des XI"* et xii'' siècles. 

Mais il y a plus, les parois latérales sont divisées, dans le 
sens de la longueur , en deux grandes surfaces parallèles où 
se développent deux séries de sujets historiques supei^posés 
et séparés par des bandes de couleur variée ; or, ces bandes 
diffèrent en tous points /planche I, n^' 3 et 4] : elles ne sont pas 
placées à la même hauteur, elles sont diversement coloriées; 
les légendes explicatives du sujet sont écrites , dans Tune avec 
des caractères noirs sur un fond i)lanc , dans Vautre avec des 
caractères blancs sur un fond noir. Enfin, ces caractères 
eux-mêmes assignent à chacune d'elles une époque différente; 
les uns sont latins et accusent le xi* ou le xii^ siècle, les autres 
sont gothiques, et ne peuvent se rapporter qu'à la fin du xiii* 
V 7 



ou au commeucement du ^xy* ^iècle. Cette surabondance de 
preuves , lesquelles seront encore fortifiées par Texamen , au 
point de vue du dessin , des sujets historiques de chaque série, 
nous permet non seulement d'affirmer, dès maintenant, leur 
divergence complète, mais encore de fixer l'époque de leur exé- 
cution. La première doit être contemporaine de Tédifice , et la 
seconde, qui recouvre Tautre en plusieurs endroits , est venue 
bien postérieurement, et, très probablement, dans les premières 
années du xiy« siècle. 11 n'était point inutile de donner à ce fait 
un caractère de certitude aussi incontestable , car la comparai- 
son des deux œuvres, considérées dans leur ensqsible, prouve- 
rait que, contrairement au progrès du temps, la plus ancienne 
est aussi la plus parfaite. 

Ainsi , dans celle que je présume exécutée vers 1100, ou 
voit que toutes les parties de rornementatiou sont dan^ de 
justes mesures entre elles, et avec les sujets qu'dles encadrent. 
Composées d'éléments fort simples, leur arrangement présente 
cependant une agréable variété, sobre sans pauvreté, riche sans 
surcharge. Quant à la couleur , on peut être surpris avec 
raison, de voir un tel effet produit avec des moyens si restreints; 
car, à part le charmant enroulement (1) de la bordure infé- 

(1) Puisque je viens de parler de la bordure inférieure, je ne puis résister 
au désir de la louer en quelques mots , ne serait-ce que par reconnaissance 
du plaisir que m'a fait éprouver sa découverte. Je dirai d'abord qu'elle est ren- 
due dans le dessin de la Planche H avec toute l'exactitude possible. Je n'ai fait 
que réunir en un fragment continu les parties que j'ai trouvées éparses çà et là. 
Seulement , pensant qu'il était nécessaire , pour donner une idée de l'efTet pri- 
mitif, de la développer en six enroulements, et n'ayant trouvé que trois des 
petits sujets intérieurs visibles , j'ai rempli les trois derniers à droite par un 
chien, un perroquet et un mouton empruntés à l'omementatioD de Saint-Savin. 
Je ne m'étendrai pas sur le bon goût et l'élégance de cet ornement. Si j'avais 
pu offrir un dessin colorié, il n'est personne qui n'en comprit tout le mérite. 
Je remarquerai seulement que par sa disposition et le choix des couleurs (sujets 
en jaune sur fond noir] il fait penser involontairement aux vases grecs et à 
certaine décoration de Pompei; rapprochement curieux et instructif qui con- 
tribuerait , s'il en était besoin , à justifier le nom de Roman donné au style de 
cette époque. 



— «9 — 
rieure, c'est avec qaatre couleurs seulemeot , y compris le 
blanc et le noir , que le peintre a pu varier ses combinaisons 
au point d'éviter la monotonie , et même de jouer la prodi- 
galité. 

On ne peut faire le même éloge de la décoration opposée , 
faite deux siècles après. Le jugement à porter sur elle condui- 
rait à prendre presque partout le contrepied des qualités de la 
première . Ainsi, les proportions entre les diverses parties sont 
loin d'être satisfaisantes ; les ornements sont recherchés d'in- 
vention 9 bien que maigres et pauvres d'effet ; les couleurs n'ont 
ni l'harmonie ni Féclat de la fresque du \t^ siècle. Le blanc y 
domine et fait des trous. Bref, la répétition fréquente des or- 
nements les moins heureux , leur emploi dans le champ réservé 
aux peintures à personnages , la confusion générale qui en 
résulte , en opposition avec la précision harmonieuse de la 
décoration romane , sont autant de symptômes non équivoques 
de raffaihUssement du goût et de la décadence de la peinture 
murale au xiv« siècle. 

A une époque qu'il serait diflBcile de préciser, l'église de Ri- 
vière fut badigeonnée comme tant d'autres , et sa riche orne- 
mentation disparut sous une couche de chaux dont la blancheur 
souvent renouvelée accuse encore l'indifférence et le mauvais 
goût de nos pères. Cependant cette blancheur ne resta pas 
indéfiniment immacul(!e. car j'ai découvert successivement 
deux litres funéraires armoriées , dont la plus moderne offre 
l'écu de la famille Vaux de Rivière qui possède encore aujour- 
d'hui l'ancien château de ce nom. Quant à l'autre, placée au- 
dessus de la première , et dont je n'ai découvert les traces 
qu*en dernier lieu , je la suppose du xv!"* siècle. Mais , on ne 
pourrait constater son âge avec certitude qu'en sachant à 
quelle famille elle appartient , et jusqu'à ce moment , mes re- 
cherches à ce sujet ont été vaines. 






— iôo — 



D£â COMPOSITIONS HISTORIQUES A BIVIERE. 

J'ai dit, que sur le mur septentrional de la nef, aucun 
des sujets représentés n'est assez bien conservé pour pou- 
voir être défini avec certitude. Cependant je croîs avoir 
reconnu deux sujets empruntés à la vie de N. S. D'abord la 
Nativité, près de la fenêtre du xvi* siècle , au nord, et quelque 
chose comme la Pèche Miraculeuse, ou toute autre scène dans 
laquelle Jésus-Christ peut être représenté dans une barque, 
debout au milieu de ses disciples. Ces deux sujets m'ont paru 
appartenir à la décoration du xi* siècle. Le premier^ par le rap- 
port de sa composition avec un sujet semblable peint dans la 
chapelle de la Chartreuse du Liget (arrondiss^nent de Loches); 
le second par la netteté relative de ses couleurs et Fabsence 
du fond jaune remarqué précédemment. 

Quant au mur méridional , trois compositions de la première 
série , et deux de la seconde sont sufBsammenf distinctes. 
De ces deux dernières, Tune placée dans la zone supérieure 
^ ne laisse aucun doute sur le sujet représenté. C'est une Cène 
dans laquelle le Sauveur est peint assis devant une table te- 
nant un calice dans ses mains. Les disciples entourent leur di- 
vin maître ; ceux du côté gauche sont effacés, excepté la tête 
d'un saint Jean qui parait sous le bras levé du Christ. Au côté 
droit, les tètes de quatre personnages sont passablement con- 
servées. Une espèce de damas à dessins lozangés, sert de fond 
à cette composition. L'élévation de ce tableau et sa découverte 
toute récente ne m'ont pas permis de le reproduire autrement 
qu'en croquis. (Planche m.) 

Le second sujet , placé plus près de l'œil , fait l'objet d'un 
dessin de la même planche. Malheureusement la litre infé- 
rieure , aux armes des Vaux de Rivière , a tellement endom- 
magé le haut de la composition, en coupant en deux les 
acteurs de cette scène, qu'il me serait impossible de hasarder 



— 101 — 

uae explication plausible sur la signification du sujet que le 
peintre a voulu représenter. Ce morceau d'ailleurs se subdi- 
vise évidemment en deux parties, dans Fune desquelles on dis- 
tingue une figure à cheval , et dans l'autre deux ou trois per- 
sonnages à genoux et les mains tendues vers un quatrième 
qui parait debout, mais dont la tète et le haut du corps 
manquent. 

En somme, ces fragments et plusieurs autres sont trop en- 
dommagés pour qu'on puisse, avec quelque certitude, en ap- 
prteier la valeur d'ensemble , mais les détails sont cependant 
assez nombreux et assez visibles pour en tirer quelques 
conclusions pratiques sur les procédés employés. C'est ce que 
je ferai, après avoir rendu compte des trois autres compositions 
dépendant de la décoration du xi* siècle. 

Je commence par la plus importante, qui représente la ré- 
surrection de Lazare , comme l'indique Texposition même du 
sujet et le fragment d'inscription en lettres latines que Ton voit 
encore sur la bordure supérieure : 

VBRA LAZAR EXVRCI 

A gauche de la composition, le Christ suivi de deux disci- 
ples s'avance vers le tombeau , en faisant de la main droite 
levée le geste de lal)énédiction ; de la gauche il tient un rou- 
leau. A ses pieds, Marthe et Marie se voient à genoux dans des 
attitudes suppliantes ; l'une le tire naïvement par un pan de 
son manteau , l'autre embrasse un de ses pieds qu'elle tient 
dans ses deux mains. A droite, sortant d*un tombeau large et 
profond, Lazare apparaît dans son suaire blanc, entouré de 
bandelettes noires. Un homme lève le couvercle du sépulcre , 
et deux autres, plus éloignés , paraissent par leur attitude ex- 
primer l'admiration. Ces deux derniers sont fort endommagés. 

Attenant immédiatement à cette composition , et à l'encoi- 
gnure du mur de façade élevé postérieurement, on voit , dans 



— le» — 

un compartiment séparé (Planche II) , une scène qui ne peut 
être que la mort de ce même Lazare ressuscité dans la précé- 
dente. 

Un homme est étendu sur un lit A son chevet se tient une 
femme dont le geste désespéré suffirait à indiquer que la des- 
tinée de cet homme vient de s'accomplir, quand même le 
peintre n'eut pas rendu ce fait sensible à la manière naïve 
de son temps. En effet, de la bouche béante du mort sort une 
petite figure entièrement nue dont deux personnages à peine 
visibles se disputent la possession. Le plus élevé est un ange, 
connue l'indique la silhouette de ses ailes ; l'autre , moins en- 
dommagé , est un diable aux doigts crochus , armé d'une 
lance qu'il dirige vers l'àme de Lazare figurée par le petit 
homme. 

Je ne crois pas qu'il puisse y avou* aucune incertitude sur ce 
second sujet. Il n'en est pas de même du troisième, placé dans 
l'intérieur de l'église , à l'encoignure opposée , et qui faisait 
certainement suite au précédent. 

Un élégant jeune homme (Planche II) , au profit duquel le 
peintre a épuisé tous les éléments de beauté et de magnificence 
que son imagmation pouvait lui fournir , est assis devant une 
table bien servie, comme l'indiquent la nappe étendue, les mets 
et la vaisselle qu'on y peut encore distinguer. Il tient d'une 
main un verçe à boire, l'autre est étendue vers un personnage 
dont le bras seul est visible. La riche coiffure du jeune homme, 
son manteau agrafé sur l'épaule gauche , ses bracelets et ses 
chaussures à pattes, tout annonce un homme favorisé des 
dons de la fortune , qui passe sa vie inter pocula et cibos, A sa 
droite, un personnage, la coupe aux lèvres , a l'air de se con- 
former à sa joyeuse pensée , tandis qu'à sa gauche , une 
figure malheureusement endommagée, me parait être une 
femme coiffée du voile oriental. Si j'en crois le mouvement du 
bras élevé au-dessus de la tète , elle aurait porté un vase à la 
manière actuelle des femmes d'Egypte et de Syrie. Enfin , 
au-dessus du fond bleu sur lequel se détachent ces figures , on 



Yort dés maisons , des dômes et des tours crénelées annonçant 
certainement cpie la scène se passe dans une ville. 

Cette scène est-èlle une représentation de TEnfant Prodigue 
au nûBea de ses déportements, ou celle du Mauvais Riche? Un 
reste d'inscription delà bordure supérieure, que j'ailti...AVIA.. . 
ne peut être d*un grand secours pour interpréter le sens 
de cette composition. Je laisse donc le champ libre aux hypo- 
thèses, et je passe immédiatement à l'examen des procédés ma- 
tériels, à Faide desquels ces peintures ont été exécutées. 

DBS PROCÉDÉS MATÉRIELS DANS LA PEINTURE DU XI* SIECLE. 

Composition — La composition de ces peintures n'est sou- 
mise , sou!s le rapj^rt artistique , à aucune réglé certaine. On 
peut même dire qu'il n'y parait aucune préoccupation de 
plaire aux yeux par l'arrangement et le goût. Là symétrie ri- 
goureuse qui dans les peintures primitives , est le premier 
indice de cette recherche, ne s'y découvre même pas en 
germe , pas plus que l'art de grouper les personnages de ma- 
nière à faire un ensemble satisfaisant au point de vue maté- 
riel, aussi bien qu'au point de vue moral du sujet donné. 

Proportions, — L'art du dessin est évidemment le résultat d'un 
système conventionnel transmis traditionnellement, oii l'étude 
directe et positive de la nature n'a rien à voir. Il consiste sur- 
tout en règles de proportions assez vaguement cwnues et né- 
gligemment suivies, comme on le voit par l'inégalité de mesure 
des parties par rapport à la tète prise pour unité. Tels sont : 
le bras droit du Christ , les mains de la plupart des pers<m- 
nages, le convive placé à la droite de l'Enfant Prodigue, 
l'homme qui soulève le couvercle du tombeau de Lazare , etc. 
Toutes ces irrégularités annoncent, qu'en dehors du type 
admis, aucune connaissance positive de l'organisme humain ne 
vient en aide an dessinateur. Le canon , m'a semblé fixé entre 
sept têtes et sept têtes un quart. C'est à l'aide de ces quelques 
règles, que le peintïe du xf siècle pouvait dresser rapidement 



— 104 — 

la charpente de ses figures. Ces règles suffisent à exprimer sa 
pensée, quand les personnages sont dans des attitudes presque 
immobiles , mais laissent voir son impuissance , lorsque , par 
quelque mouvement violent , ils sortent d*une pose ordinaire 
et tranquille. 

De laforme,-^ La forme du corps , tradition effacée d'obser • 
vations faites originairement sur la nature, indique, comme je 
l'avais déjà remarqué à St-Savin, que la figure est préalablement 
dessinée nue, mais suivant des contours se rapprochant plutôt du 
squelette de Thomme que de sa forme vivante, revêtue de chair. 
De là des membres grêles et un type de figures décharnées , 
qui passent ordinairement sur le compte de Tascétisme des 
auteurs, et ne sont en réalité que le produit de la dégéné- 
rescence de formules antérieui^es , par Fabstention prolongée 
de toute imitation de la nature. De là , aussi ce système de 
draperies adhérentes au corps, dont il sera parlé en son lieu. 

Perspective^. — La perspective est totalement inconnue 
comme science, aussi bien pour les figures animées que pour 
les objets inanûnés. Cependant, pour ces derniers , on peut re- 
connaître un sentiment bien fugitif des exigences de cet art 
dans la disposition des lignes du sarcophage ; mais la tradition 
est tellement vague que les lignes d*épaisseur produisant une 
petite complication ont été négligées. 

Quant à la perspective d ensemble qui mesure la grandeur 
des figures auj)lan qu'elles occupent, il faut croire qu'elle n'est 
pas moins ignorée que l'autre, sans qu'on puisse cependant en 
apporter des preuves positives ; les tableaux étant traités en 
mauièrede bas-reliefs, tous les personnages sont disposés à peu 
près sur le même plan. Le Christ seul est , il est vrai , d'une 
proportion plus élevée , mais c'est par suite de Fusage suivi à 
cette époque de proportionner la dimension matérielle à la 
grandeur morale. 

Raccourcis, — ^On peut croire sans peine qu'avec une connais- 
sance aussi nulle de la perspective, les raccourcis même 
les plus ordinaires, comme les pieds dans les figures de face, et 



— 106 — 

les épaules dans celles de profil , sont d'un effet peu satisfai- 
sant. On reconnaît , cependant , que la plupart sont dessinés 
avec une certaine hardiesse naïve . à Taide de procédés tradi- 
tionnels et une habileté pratique incontestable. Mais cette ha- 
bileté toute matérielle n'offre pas de ressource suffisante, quand 
Faction du personnage doit être plus accusée , comme dans le 
Christ au tombeau de Lazare, où les épaules sont en désaccord 
avec le mouvement général du corps. Pour les pieds , la diffi- 
culté est tournée de différentes manières , tantôt comme dans 
ceux de l'Enfant Prodigue^ les pieds placés en éventail se déve- 
loppent de profil, tantôt ils sont relevés et posés de trois-quarts, 
en sorte que le p^^sonnage porté sur Feitrémité des orteils , 
parait s'avancer en dansant plutôt que marcher. 

Têtes, — Les tètes comparées à celles des fresques de St- Ju- 
lien de Tours indiquent quelque progrès. Cette amélioration 
est plus sensible dans celle de l'Ënfaut Prodigue. Mais dans les 
autres, les traits grossiers donnent un air farouche aux visages, 
dont la laideur ne parait pas avoir causé le moindre souci à 
Tartiste du xi« siècle. Il est inutile de parler de l'expression ; 
die est livrée au hasard d'un pinceau barbare encore et inex- 
périmenté. Les deux femmes^ dans la résurrection de Lazare , 
montrent seules une physionomie plus douce et quelque chose 
de compatissant dans l'expression , qui fait contraste avec la 
rudesse des autres. 

Draperies. — Les draperies, ainsi que je l'ai souvent remar- 
qué ailleurs, fournissent des données plus précises que tout le 
reste, pour fixer l'iige et le style de ces peintures. Le costume, 
composé d'une robe à larges manches et d'un manteau, est 
romano-byzantin^ pour les personnages plus importants , avec 
quelques modifications pour les autres, consistant principale* 
ment dans l'absence du manteau, la substitution de la tunique 
courte à la longue , et dans les hauts-de-chausses qui garnis- 
sent les jambes. Les femmes ontla tète couverte d'un voile qui, 
pour les sœurs de Lazare , affecte la forme d'une pèlerine. Une 



bordare jaune, à dessins lozan^ , orne la robe du Christ ait 
cou , ainsi que l'extrémité inférieure du manteau. 

Ce qui caractérise surtout ce système de draperies, c'est 
Tagencement des plis qui accusent exactement la forme du 
corps par masses brisées aux jointures des membres , et, dans 
les espaces intermédiaires, par des traits qui s'enroulait en 
volutes concentriques parallèQement aux contoors exbi^ieurs. 

Quoique ce système tout byzantin soit certainement fort 
barbare , on y reconnaît cependant une tradition lointaine de 
la méthode des anciens. Je noterai, en finissant, le genre de san- 
dales attachées aux pieds du Christ et à ceux d'un personnage 
placé immédiatement après : leur forme inusitée permet diffi- 
cilement de conjecturer ce qu'elles ont pu être en réalité. 

Coloris. — Ce que je viens de dire du dessin des ces fresques 
doit faire pressentir ce qu'elles sont par rapport au coloris. 

Deux nuances de bleu , le jaune , deux nuances de rouge, le 
vert et le violet, le tout d'un ton mat et solide qui révèle l'emploi 
presque exclusif des ocres, composent la palette du peintre. 
Ce petit nombre de couleurs nécessite des combinaisons toutes 
matérielles , pour éviter qu'elles ne se confondent entre elles. 
Mais, à part cet effort purement mécanique , je ne vois aucune 
préoccupation qui annonce la recherche de l'harmonie des cou- 
leurs, à plus forte raison l'étude de leurs etfets pour 
plaire aux yeux du spectateur avant de parler à son esprit. 

La nature et remploi de ces couleurs indiquent qu'elles ont 
été délayées à la chaux et appliquées sur un enduit frais , sans 
doute d'après le procédé recommandé par le moine Théophile , 
et par le peintre grec du Hont «Athos. Ces peintures sont donc 
certainement exécutées à fresque, et j'en donnerai une der- 
nière preuve quand je parlerai de celles du xiv* siècle. 

Je conclus de tout ce qui précède, que ces œuvres d'un pein- 
tre du XI* au XTC siècle tiennent encore, en tous points aux 
traditions de l'école byzantine. Cependant, en comparant 
attentivement les fresques de Rivière à celles découvertes à 



-i(rt - 

St-Jtilien de Tours, lesquelles portent les caractères d'une pa- 
rité plus complète avec les œuvres de la décadence du Bas- 
Empire, il est impassible de ne pas reconnaître des dissiden- 
ces notables. Ces dissidences portent principalement , sur la 
composition plus désordonnée et plus libre dans ses allures ; 
les draperies , d'un détail un peu moins minutieux ; les poses 
des figures , d'un mouvement plus vif , enfin, les airs de tètes 
plus farouches et plus barbares. C'est surtout par ce dernier 
point que ces fresques reflètent davantage la physionomie du 
pays et de l'époque qui les a produites, et prennent un caractère 
véritablement autochtone, premier symptôme d'une individua- 
lité qui porte en germe les développements subséquents de l'art 
moderne. 

PfiilfTlJAES DU XIV*" SIÈCLE. 

Comme je l'ai déjà dit, ce qui reste de ces peintures est trop 
morcelé pour qu'on puisse en apprécier la valeur d'ensemble ; 
je ne parlerai donc pas de leur composition en tant qrfarrange- 
ment général et je passe de suite à Fexamen des autres élé- 
ments de l'art. 

Les proportions des figures paraissent courtes, mais peu 
différentes entre elles. 

Les formes sont plus lourdes que dans la fresque du xi* siècle, 
et perdent en élégance ce qu'elles gagnent en ampleur. Les 
traits qui circonscrivent les contours manquent de correction, 
bien que tracés par une main sure et exercée. 

6n peut aflTurmer que les figures ne sont pas le produit d'une 
imitation directe de la nature , mais on doit certainement y 
reconnaître une observation plus sérieuse et plus attentive des 
objets représentés. De là plus d'aisance dans les mouvements, 
et des poses dont la tournure facile est remarquable. 

Le mauvais état de ces peintures ne m'a pas permis de re- 
comiaitre à quel degré les lois de la perspective étaient près- 



— 108 — 

senties. Je conjecture , d'après certains indices, que le progrès 
sur ce point se réduit à peu de chose. 

Les raccourcis ordinaires, tels que les épaules pour une figure 
de profil , etc. , indiquent un avancement notable sur l'œuvre 
voisine. 

La détérioration des couleurs et leur absorption par le fond 
jaune dont j'ai parlé , m'empêchent de rien hasarder de positif 
sur la nature du modelé. 

Par la même raison je dois me borner à dire » pour ce qui 
regarde^les tètes et leur expression, que j'ai reconnu avec une 
plus grande régularité dans les traits, les mêmes caractères de 
rudesse remarqués dans les figures du xi® siècle. 

Quant aux draperies, le progrès, est notable. C'est un système 
tout nouveau substitué à la tradition byzantine. Les {dis 
larges, flottants, accusent les membres du corps, sans y adhé- 
rer. La forme libre des vêtements , la vérité de certains détails, 
me confirment dans l'opinion, que ces peintures appartiennent 
à une époque, où l'art du dessin se modifie par une observation 
directe et suivie des objets naturels. 

Coloris. — J'ai dit, en commençant, quel était l'aspect de ces 
peintures, en ce qui i^egarde la couleur, je n'y reviendrai ici 
que pour expliquer leur état général de dégradation , par rap- 
port à l'éclat partiel des fresques du xr siècle. Cette dégradation 
est telle que j 'ai pensé au premier abord qu'elles avaient été appli- 
quées à la détrempe. J'ai dû revenir de cette opinion, en con- 
statant la solidité de certaines nuances, en même temps que la 
fragilité des autres. Ayant reconnu en outre que les pre- 
mières étaient inattaquables par l'eau, quoique étendues sur 
une couche de mortier grossier , j'en ai conclu que ces pein- 
tures étaient réellement faites à fresque. 

Voici comment j'expliquerais les variations dont je parle. 

On sait que la fresque, il bjuon fresco des Italiens , consiste à 
appliquer sur un enduit de mortier frais les couleurs délayées 
dans la chaux liquide. Tant que cet enduit conserve un certain 
degré d'hiunidité ^ il prend et retient la couleur , au moyen 



— 109 — 

d*ane cristallisation qui s'opère à sa surface ; mais passé ce 
degré, on n'obtient plus qu'une sorte de peinture en détrempe, 
ou demi-fresque, ayant toute la fragilité de ce genre de travail. 
Or, il m'est arrivé, entre autres sur les peintures de St-Julien, 
de passer de l'eau pour raviver les couleurs, sans les détériorer 
d'aucune façon. Ici même, cette expérience m'a donné en gé- 
néral des résultats semblables, pour les peintures du xi* siècle. 
Cependant je confesse avoir enlevé par ce même moyen , plu- 
sieurs lettres de l'inscription sur la bordure supérieure du ta- 
bleau de Lazare. J'explique ainsi cette différence. Ces lettres 
étant peintes en blanc sur un fond noir^ on comprend que , 
pour ne pas mélanger les couleurs, ce dernier a dû sécher 
avant qu'on ait pu lui superposer les signes de l'écriture. De 
là, la solidité de l'un et la fragilité de l'autre. Appliquant cette 
observation aux peintures de Rivière postérieures au xiii* siè- 
cle , je suppose que la peinture jaune étendue d'abord sur 
l'enduit frais a reçu ensuite l'esquisse au trait rapidement 
exécutée. Celle-ci, avec le fond, adonccoùservé ta plus grande 
solidité. En second lieu, lorsque déjà l'enduit perdait son hu- 
midité , le peintre a rempli l'espace circonscrit par les con- 
tours, de couleurs divei'ses, rouge, bleu, blanc, et tons de 
chair. Or, de ces quatre couleurs , le bleu et le rouge, se ma- 
riant au jaune , ont dû, en s'atténuant passer au vert et à l'o- 
rangé, tandis que les blancs et les tons de chair disparaissaient 
sans presque laisser de traces. De là , cet aspect de vieilles ta- 
pisseries fanées que présentent aujourd'hui ces fresques. Ce 
procédé avait l'avantage de pouvoir opérer économiquement 
en couvrant promptement de grandes surfaces, mais cette 
rapidité même, excluant toute correction , entraînait l'art fa- 
talement vers une décadence précoce. Or, c'est là le caractère 
général des peintures de Bivière , que nous attribuons au xiv' 
siècle, soit qu'on les considère sous le rapport du dessin, ou 
sous celui de la couleur. 



-MO- 
DE LA RESTAURATION DE l'ÉGLISE DE RIVIERE, QUANT A SA 

DECORATION INTÉRIEURE. 

En avançant, au commencement de cette notice, que les égli- 
ses romanes étaient comme inachevées, tant que la peinture 
n'était pas venue compléter leur aspect, je n'ai fait qu'é- 
noncer une opinion déjà émise par les archéologues les plus 
judicieux et rendue incontestable par les traces de couleurs 
constatées dans presque tous les édifices de ce temps. Si donc , 
comme nous en avons l'espérance, on veut restaurer l'église de 
Rivière, en consolidant ses murs prêts à s'écrouler, on ne peut 
se dispenser de rétablir en même temps son ornementation in- 
térieure. Mais , dans ce cas, il ne s'agit pas de décorer à nou- 
veau un édifice , mais seulement de conserver ce qui existe , 
en le complétant d'une manière favorable à la décence du 
culte. 

Pour sauvegarder à la fois l'intérêt archéologique et la con- 
venance religieuse, je proposerais d'étendre à toute la nef le sys- 
tème si remarquable de la décoration du xî'' siècle consistant 
!• Dans la frise supérieure ; 2** la triple bordure intermédiaire 
entre les deux zones de sujets à personnages ; 3^ la jolie bande 
inférieure avec ses gracieux enroulements ; 4** le soubassement 
lozangé. 

Dans les deux zones réservées, on conserverait des pein- 
tures anciennes tout ce qui pourrait l'être, et dans les lacunes, 
nécessairement nombreuses , on peindrait soit un appareil ré- 
gulier, soit une teinte neutre unicolore, qui occuperait l'espace 
sans nuire aux anciennes fresques. A moins qu'on ne voulût 
compléter la restauration par des peintures historiques , exé- 
cutées dans le style de l'époque , ce que , pour ma part , je 
regarderais comme une expérience utile et un encouragement 
bien placé , en poussant à remploi d'un procédé qui , par sa 
rapidité et son économie , a rendu et rendrait encore de grands 
services pour la décoration de nos églises. 



— 111 — 

Dans ce système, la décoration du xiv^ siècle et les deux litres 
postérienres sont complètement sacrifiées; je n'y vois pas grand 
inconvénient , et je ne crois pas qu'il soit possible de les con- 
server, si Ton se préoccupe^ comme on le doit, de la convenance 
nécessaire à garder dans un édifice servant au culte. 

En ce qui regarde le porche, il faudrait, de Ipute nécessité , 
exhausser le toit qui le recouvi*e, si Ton veut sauver la fresque 
de I^Azare, en lui donnant la lumière qui lui manque , et l'air 
qui la défendrait de l'humidité. 

Quant au chœur, il suffirait peut-être de nettoyer les colon- 
nes et leurs chapiteaux, mais les parois latérales devraientrece- 
voir une décoration nouvelle conçue de manière à se raccorder 
convenablement avec ce qui existe. 

Je terminerai cet article par un mot sur le passé de Rivière, 
en transcrivant ici une note que je dois à l'obligeance de 
M. SalmoU; ancien élève de l'École des chartes, sur les monu- 
ments authentiques où cette petite localité se trouve men- ^ 
tionnée. 

Au iv^ siècle, Rivière est nommé dans la vie de saint Martin 
et dans la légende de 8aii\t. Mesme. En 1045, le prieuré de Ri- 
vière est donné à l'abbaye de Vendôme par Geoffroy Martel , 
comte d'Anjou, Vers 1060 ou 1061, Bouchard de l'Isle 4oone 
la moitié du prieuré de Rivière à l'abbaye de Marmoutier , et 
la seconde moitié à sa mort arrivée en 1071. En 1061, les 
moines de Rivière (probablement ceux que l'abbaye de Vendôme 
y avait placés}, sont chasjsés par Geoffroy Fuel, oncle et tuteur 
du jeune comte de l'Isle. 

Contestation entre Tabbaye de Vendôme et celle de Mar* 
moutier au sujet de Rivière , jusqu'au n^oment où Peloquin , 
seigneur de l'Isle-Boucbard, rend une partie du prieuré à Mar- 
moutier en 1080, et Ift totalité à sa mort, vers 1 100. 

Comte DE Galembert. 



CHAPELLE DE SAINT LAURENT. 



*—* 



Au midi de Tours, et à uu myriamètre de cette ville, nous 
trouvons une étroite et profonde vallée , dont l'aspect offre le 
plus riant comme le plus pittoresque tableau ; elle est entourée 
et couronnée de plusieurs massifs de bois ; à son extrémité 
occidentale une fontaine aux eaux limpides et abondantes ré- 
pand partout la fécondité, et donne à ce lieu un air de fraî- 
cheur et de vie. La tradition porte que cette fontaine fut au- 
trefois consacrée au culte des faux-dieux , aux divinités des 
eaux, et que saint Martin, notre grand thaumaturge et Tardent 
destructeur de Tidolàtrie dans notre Touraine, profitant, selon 
la coutume, de TafRuence des païens vers cette fontaine, y con- 
struisit une chapelle en Thonneur de saint Laurent, dont le 
culte était dors célèbre dans l'église d'occident. La charité di- 
vine qui embrasait le cœur du grand saint Martin, l'avait rem- 
pli d'une tendre dévotion envers le saint diacre qui , par son 
glorieux martyre et son dévouement inaltérable pour le pau- 
vre , avait rempli le monde entier de la plus \ive admiration. 

Non loin de cette fontaine, il e^t facile de reconnaître des 
traces de la voie romaine qui conduisait de Tours à Bordeaux ; 
le pont donnant passage à cette route conserve encore une par- 
tie de son arc. Que l'on s'éloigne de quelques pas , et que l'on 
atteigne le sommet de la petite colline , et Ton découvrira faci- 
lement les vestiges d'une petite chapelle dédiée autrefois à 



sainte Apolline. Il n'est peut-être pas téméraire de dire que le 
nom de la patronne de cet oratoire rappelle le culte d'Apollon 
dans cette contrt'e , et que saint Martin aurait encore voulu 
profiter des habitudes païennes et convertir plus facilement les 
idolâtres au culte du vrai Dieu , en substituant au nom païen 
le nom d'une sainte en harmonie avec celui qu'ils devaient ces- 
ser d'honorer. Vous savez, du reste^ Messieurs, que des autels 
en rhonneur d'Apollon s'élevaient fréquemment sur le bord 
des routes, et sur des lieux élevés semblables à celui où existait 
autrefois la chapelle de Ste- Apolline. La petite statue de cette 
sainte, qui y était vénérée , a été transportée dans l'église 
paroissiale de Chambray. 

La chapelle qui subsiste actuellement a dû succéder à une 
autre plus ancienne , car elle ne date que de la fin du xvi" 
siècle, comme l'indiquent «luelques moulures, le cintre de 
ses fenêtres, la porte d'entrée et la jolie charpente dont elle est 
couverte. La voûte du sanctuaire était enrichie de peintures 
représentant le Christ assis sur un cercle lumineux. Malgré le 
badigeon qui les recouvre , ces peintures sont assez bien con- 
servées. La pierre sur laquelle le martyre de saint Laurent a 
été sculpté en ronde-bosse , a été déposée, il y a quelques 
années , au musée de la Société archéologique. Au-dessus de 
cette sculpture , qui servait de rétable à l'autel, on lit ce reste 

d'inscription (Premiers mots illisibles) de l'église mons. 

sainct Martin de Tours et chapelain de cette chapelle de St-Lau* 
rent'du-Boys. L'inscription compljète nous aurait, sans doute, 
donné le nom de celui dont nous connaissons le titre et la dé- 
pendance , et qui doit être le nom du donateur. 

Derrière l'abside, on lit au-dessus de la fenêtre centrale 
cette inscription, démontrant bien encore que cette petite 
église était réellement une chapellenie relevant de l'insigne ba- 
silique de Saint-Martin de Tours: . 

STI-LAVBEN. CAPL MARTIN. 
TVRONE IVSSIT EN. IN HONORE 
V 8 



NoiiB devoQfl, ce semble, traduire ainsi : Lt Ghaif^e de S^ 
Martin de Taun a fait ériger cette chapelle en t honneur de 
saint Laurent. 

On voit encore dans une des fenêtres le élàSre fort éLégmt 
d'un ouvrier nommé Jean^ Joiarmes. 

Poisse le propriétaire de cette obapette^^ng^ryer à la contrée 
ee petit monument, seul debout au mHîeu 4e tant de mines ! 

Puisse encore la Bociété archéologique de Touraine restituer 
un jour à la chapelle restaurée le bas-rdief du martyre de saint 
Laurent, qui enridût aujourd'hui son musée I 

Seeréiedre de la Société archéologique. 



NOTICE 



UN BA8-B£LI£F DE L'ANCIENNE ÉGLISE 



N.^. DE li'ÉGRIGNOLE. 



Au mois d^octobre <849 , M. Rousseau, épicier, rue Saint- 
Martin , à Tours , faisant exécuter des fouilles dans la cave de 
sa maison construite sur remplacement qu'occupait jadis 
réglise paroissiale de Notre-Dame-de-rÉcrignole , y découvrit, 
enfoui sous le sol , la face contre terre, un bas-relief dont 
l'ensemble excita vivement la curiosité des archéologues. 

Ce morceau de sculpture^ curieux débris d'un monument 
plus important , rappelle toute la magnificence avec laquelle 
on décorait les églises au moyen-àge. La simplicité plus que 
modeste de la plupart des édifices consacrés aujourd'hui à la 
célébration des divins mystères» la triste nudité des murailles, 
le badigeon dont les couches épaisses dérobent en partie les 
riches peintures et les délicates créations de nos tailleurs 
d'ymaiges , les fenêtres dépouillées de leurs splendides vitraux, 
et le pavé même privé des dalles sculptées à l'image des puis- 
sants personnages dont elles couvraient la sépulture , tout 
semble conspirer maintenant à faire oublier ces temps de reli- 
gieuse ferveur où nos pères nous léguaient d'admirables d^^f^ 
d'œuvre pour transmettre aux siècles futurs la naïve exprès* 
sion de leur foi. 



— 118 — 

Le symbolisme a toujours obtenu une place importante dans 
les créations des artistes du moyen-âge ; souvent, leur vive 
imagination a traduit a^ec bonheur , sur la toile , ou sur le 
marbre , les brillantes prosopopées que la brièveté de la vie 
humaine avait inspirées aux prophètes , aux orateurs de l'an- 

• 

cien et du nouveau Testament. Le bas-relief découvert chez 
M. Rousseau appartient à ce genre de composition: il repré-. 
sente six personnages , trois hommes et trois femmes , portant 
des chapeaux et des bâtons de pèlerins , à genoux devant un 
autre personnage avec nimbe et les pieds nus, qui les bénit de 
la main droite; ils sont vêtus d'une cblamy de bleue, d'une tuni- 
que courte y les jambes sont nues et les pieds chaussés de 
bottines, ils étendent les mains vers la figure bénissante qui est 
devant eux. De grands chapeaux de pèlerins retombent sur leurs 
épaules. Le groupe des trois femmes est surtout remarquable. 
Elles sont aussi à genoux ; deux ont la tête entourée de voiles 
élégants'; les cheveux de la troisième sont nattés et rattachés 
sur le sommet de la tête. Les robes sont longues , dorées et 
peintes de diverses couleurs. Au bas de ces personnages , est 
l'inscription suivante : 

Domine j peregrini sumus coram te et advenœ sicut patres 
nostri, Dies nostri quasi umbrœ super terrant et nulla est mara ; 
foc y Domine , misericordiam cum servis tuis , et ne derelinquas 
nos y Domine Deus noster. 

Aux deux extrémités de cette inscription se trouvent les 
armes de la famille de la Bue, qui portait d'azur, au sautoir 
engrèlé d'or; elle a donné un maire à la ville de Tours en 1535, 
et de père en fils , ses membres ont comblé de leurs dons l'é- 
glise de Notre-Dame-de-l'Écrignole. 

Jean de la Rue , vicomte de la Huge y conseiller, notaire et 
secrétaire du roi, maison et couronne de France (1), conseiller 
de monseigneur le comte d'AngouIême et de monseigneur le 
comte de Valois, son fils, qui fut François P', conjointement 

(1) Histoire de la Grande Chancellerie de France , par Abraham Tessereaa , 
l^'vol, pages 78 et 80. 



— 117 — 

a^ec Perrine Le Fuzeliery son épouse, dame de la Coste, dans 
la paroisse de Reugny , fit rebâtir, en 1500 , la partie occiden- 
tale de relise de Notre-Dame*de-VÉcrignole. Us firent égale- 
ment construire à leurs frais dans le cimetière de cette paroisse, 
situé près de l'église , -un autel sur lequel s'élevait une pyra- 
mide d'environ quinze pieds de hauteur, semée de fleurs de lis, 
surmontée de trophées et d'ornements funéraires. Jean de la 
Rue mourut le 8 octobre 1508 et fut inhumé sous le portail 
Yoàté, à gauche, en entrant dans la dite église (4). 

Marc de la Rue , leur fils unique , fut conseiller, notaire et 
secrétaire du roi (2) , seigneur de la Coste , de Bois-Aigu et 
autres fiefs en Touraine , baron du Tour en Champagne. Il 
obtint la charge de maître des comptes en Bretagne et remplit 
ceUe de maire de Tours pendant l'année 4535 (3). Il comparut 
à l'assemblée convoquée en 1559 pour la réformation delà 
coutume de Touraine (4). Ce fut lui qui fit bâtir dans l'église^ 
de Notre-Dame-de-l'Écrignole la chapelle de la Miséricorde , 
connue paiement sous le vocable de saint Claude, qu'il 
décora d'un bas*relief repr^ntant trois pèlerins et tfois pèle- 
rines à genoux ; au-dessous de ces figures était le tombeau 
dans lequel Marc de la Rue reçut sa sépulture (5) . 

Parmi les riches vitraux qui décoraient une fenêtre méri- 
dionale de la même église , on voyait les armes de Jean de la 
Rue et de Perrine Le Fuzelier (6) : cette noble dame était 
issue d'une famille du Blésois , des seigneurs de Cormeray , 
dont les armes étaient primitivement d*or, à trois chausses- 
trapes de sable , et qui obtint de Charles d'Orléans pour un 
service signalé la faveur d'y ajouter une fasce d'azur chaînée 

(1) Histoire manuscrite de la Mairie de Tours , par M. de )a Gnmdière : No- 
tices sur quelques églises de la même ville , à la suite de cet ouvrage. 

(2) Histoire de la Grande Chancellerie, 1-vol., 124-133. 

(3) Armoriai des Maires de la ville de Tours, in-4«, page 33. 

(4) Procès-verbal de la deuxième réformation de la Coutume de Touraine 
en 1&59. 

(5) Histoire de la Mairie de Tours, d^à citée. 

(6) Histoire de la Mairie de Tooib, d^à citée. 



— «8 — 

de troifl fleurs de lis du champ (1). Elle sarvécat de longues 
années à son époax et prit une seconde alliance avec Jean 
Testu » trésorier général du Languedoc , dont la famille fut 
honorée de la charge de maréchal de France dans la personne 
de Claude-Guillaume Testu , chevalier, marquis de Balincourt 
élevé à cette dignité le 26 octobre 1746 (2). 

Perrine Le Fuzelier mourut le 5 juillet 1535 et reçut égale- 
ment sa sépulture dans Téglise de Notre-Dame-de-rÉcrignoIe; 
elle avait fondé une messe du Saint-Esprit chacun jour de ven- 
dredy en f église de Reugny (3), et par son testament, en date 
du 4 2 juin 1525, reçu par maître Jean Pineau, notaire à Tours, 
elle ordonna qu'il fust dict et célébré en Vesglise parochial de 
Nùstre-Dame-de^l'Escrignole de ceste ville de Tours par chacun 
vendredy de Van à tousjoursmcUs , une messe haulte de la croix à 
diacre j soubzdiacre et chappe , et oultre sept grans messes aux 
sept festes de Nostre-Dame, Elle assigne , en même temps , 
pour garantir la perpétuité de cette fondation , quinze livres 
toiu*nois de rente sur une maison située à Tours rue Maufu- 
myer (4), et donne en outre cinq arpents de pré en hi prairie de 
la Grande-Bivière sous Grandmont. 

La fabrique de l'église de Notre-Dame-de-1'Écrignole a con- 
servé la jouissance des revenus affectés à cette fondation par 
la pieuse munificence de Perrine Le Fuzelier jusqu'à l'époque 
ofi cette paroisse ayant été supprimée par décret de l'archevê- 
que de Tours du 22 janvier 1781 , sanctionné par lettres 
patentes du roi du mois de juin de la même année, enregistrées 
au Parlement le 4 janvier 1782, fut réunie et incorporée à celle 
de Saint-Saturnin (5). 



(1) Nobiliaire de Touraine , manascrit , par l'abbé Goyet. 

(2) Mercure de France. — Âlmanach Royal , etc. 

(3) Inscription commémorative dans l'église paroissiale de Rengny (Indre-et- 
Loire.) — Mémoires de la Société Archéologique de Touraine, Tome n, p. 201. 

(4) Titres de Tancienne église paroissiale de Notre-Dame-de-rÉcrigno1e , Ar- 
chives de la Préfecture d'Indre-et-Loire. 

(ô) Mémee titres. 



— 119 — 

Le bas-relief découvert chez M. Rousseau appartenait à la 
décoratioD de la chapelle de la Miséricorde ; il était placé dans 
la muraille à sept ou huit pieds au-dessus du sol de l'église , 
ea face du tombeau dans lequel Marc de la Bue fut inhumé : 
il est en pierre de Belle-Roche ; sa longueur est de 1°" 40 , sa 
hauteur de O» 78 c, et son épaisseur de 0>" 22 c. Les figures 
sont altérées, mais on y retrouve la main d'un maître habile; 
et sans prétendre reconnaître > de prune abord ^ dans cette 
belle sculpture , le ciseau sans égal de Michel Colombe qui 
travaillait pour les églises de Tours au commencement du 
xvi*siècle, nous pouvons du moins constater que ce petit monu- 
ment est digne à tous égards de l'école qu'avait fondée en cette 
ville notre célèbre tailleur d'ymaiges (1). 

(1) Voyez Becherches histori(i!ie8 sur l'origine et les oarrages de Kichel Co- 
lombe, taiUewr d^ymaiges du Roi, tome m des Mémoires de la Société archéo- 
logique de Toaraine, p. 961. 



H. Lambrou de Lighim. 



i 



NOTES 



SUR UNE EXCURSION 



A NOUATRE , POUZAY ET MARCILLY. 



Les résultats des fouilles du tumulus de Nouàtre ont été 
exposés par M. Boilleau, qui a fait une étude spéciale des anti- 
quités celtiques et gallo-romaines : je Tais compléter le récit 
de notre excursion , en signalant les monuments du moyen- 
Age qui se sont trouvés sur notre passage. 

En traversant le bourg de Pouzay, nous avons donné 
quelques instants à la visite de son église. L'édifice entier a été 
bâti au xii^ siècle, mais le chœur et Tabside ont été recon- 
struits postérieurement. La porte en plein-cintre est entourée 
d'un tore surmonté d'ornements en zigzags d'une sculpture très- 
l^ère. Le clocher, placé au centre de Féglise, est quadrangu- 
laire, orné d'un rang de fenêtres géminées , et terminé par une 
pyramide à quatre pans en pierre. Les angles de cette pyra- 
mide sont coupés à la base et percés de fenêtres à plein-cintre. 
Dans l'intérieur, on remarque les chapiteaux des demi-colonnes 
placées sous les arcades à ogive naissante , qui soutiennent le 



— 121 — 

clocher. Ces chapiteaux, tous de formes variées, offrent les 
types si curieux du xu* siècle; les plus remarquables sont for- 
més de faisceaux de feuilles de palmier attachées à leur nais- 
sance par une bandelette et retombant en éyentail. Les chartes 
concordent assez avec les données archéologiques. Au com- 
mencement du XI" siècle il existait une église à Pouzay (Pat- 
zaicus, Posaiuin)y mais très-petite et propriété d'un particulier, 
elle était probablement en bois. En 1 1 13 , elle fut donnée par 
Gautier , trésorier, de Saint-Martin de Tours , à Tabbaye de 
Noyers. Cette communauté riche et florissante dut bâtir alors 

■ 

TégUsequi subsiste encore aujourd'hui. 

Marcilly, Mardlleium^ est situé sur la rivegauche delà Vienne 
entre Nouàtre et Noyers. Son église , construite en entier dans 
la seconde moitié du xvi* siècle, n'offre rien de remarquable , 
sinon son homogénéité de style» sa parfaite conservation, 
et la chapelle qui servait de sépulture à la famille La Jaille. Cette 
famille qui posséda pendant tout le xv^ siècle la seigneurie de 
la Motte-au-fils-Yvon , située dans cette paroisse , fit bâtir 
cette église. Ses armes , de gueule à la bande fuselée d'or , se- 
nestré d'un écu de gueule à la fasce d'or, étaient peintes à la 
clef de voûte au-dessus du maître autel , et sur le tombeau 
sans inscription d'une dame de la Jaille. A la porte de Téglise 
était sculpte un écu parti de la Jaille et de Crevant. La cha- 
peDe seigneuriale communiquait avec l'église par une petite 
porte et deux arcades. L'a petite porte et l'arcade y attenant 
sont ornés de nervures prismatiques contournées du style 
flamboyant ; la petite porte était surmontée de deux écussons 
efface aujourd'hui. Le tombeau de la dame de la Jaille dont 
j'ai déjà parlé , élevé de 18 pouces de haut, et sur lequel était 
vraisemblablement une statue couchée , était placé , selon mes 
conjectures , sous cette grande arcade. La deuxième arcade 
remonte à la moitié du xvi* siècle ; trois élégantes petites co- 
lonnes placées devant des pilastres à moulures , supportent un 
entablement orné d'écussons aujourd'hui effacés. Les retom- 
bées des voûtes de la chapelle se terminent par des anges qui 



jduent de diTers instraments : ces sculptares ont de l'exprès* 
stou et de la grÂce. On a incrusté dans la marehe du maître 
autel 9 Qfne inscription tumulaire sur marbre noir , placée pro* 
bablemeut autrefois dans la chapelle des seigneurs de la Motte. 
En Toici la transcription : 

« Hic jacet Joannes d'Armagnac , dum vixit eques , consi- 
« liarius a secretioribus régis, nec non prsefectus sacri cubiculi 
« palatiique, rector provinciœ urbisque Juliodunensis, a scele- 
« ratlssimonefandissimoolim apedibusejusservo^postmodum 
c negotiis praeposîto, duobus pugionis ictibus cœsus, diem 
« obiit VI cal. maii 1635. Lodoica d'Âviau carissimaejus con- 
« jux, ulto sanguine interfectorequesuppliciorotœ affecto, haec 
« flens, dolens et in aeternum mœrebunda cum tribus dilectis- 
« simis liberis appendi curavit. Perge, viator, et ora.^) 

Jean d'Armagnac était seigneur de MarciUy et de la Motte 
de Nouàtre. 

J'avais cru distinguer dans le chœur de l'église , du 
coté de l'évangile, quelques restes de peinture sous une couche 
de badigeon ; au moyen d'un lavage , je vis en effet bientôt 
apparaître un grand écusson colorié , dont je ne puis fixer Tat- 
tribution. Il est écartelé : au P' d'argent écartelé d'azur , qui 
est de Grevant; auS'de gueulesà2fasces d'argent; au 3* d'or 
à la bande fuselée de gueules senestré d'un écu d'or ou d'ar- 
gent à la fasce de gueules, au 2^ et 3' d'or semé de fleurs de lis 
d'azur adextré d'un écu de gueules. Enfin, dans la sacristie se 
trouvent quelques fragments de sculpture que j'ai demandés 
pour enrichir notre musée ; ce sont deux tètes en pierre , l'une 
d'homme, l'autre de femme, provenant de monuments funé- 
raires, ainsi qu'un écusson finement sculpté aux armes des. 
d'Armagnac (d'argent au lion de gueules surmonté de 3 che- 
vrons d'azur). Je ne fais que mentionner la tète d'une statue 
de saint Biaise, patron de l'église. 

Nous terminerons par quelques notes sur Nouâtre , but prin- 
cipal de notre excursion. Cette localité remonterait à la plus 



— t28 — 

haate antiquité, si Ton adifkettait sans oontrèle la tradition du 
pays sur i'apostx)lat de saint Révérend. Suivant elle, ce saint f 
qui remonte au iv« ou v* siècle , serait venu prêcher l'évan- 
gile à Mouàtre et j serait mort; mais les vies anciennes de saint 
Bévérend et les peintures muralen de Téglise, où Ton a repré- 
senté ses principales actions , n'en font nullement mention. 
Quoi qu'O en soit, nous trouvons des textes positifs qui prouvent 
que le corps du saint reposait à Nouâtre au x* siècle. 

La ville de Nouàtre était fermée de murs au xv* siècle, et en 
outre protégée par un château très-fort entièrement entouré par 
la Yienne. Sur les ruines de l'ancien château qui remontait au 
X* siècle environ , Jean d'EstouteviUe en construisit un autre 
dans les dernières années du règne de Charles YDI ; cette 
réédification coûta l^iW 15* 9*. On voyait au-dessus de la 
porte d'entrée les armes accollées de Jean Du Fou et de 
Jeanne de la Bochefoucault, sa femme, qui en furent les 
paisibles possesseurs de 1467 à 1494 : ce furent donc eux 
qui terminèrent le château. Maintenant entièrement ruiné, 
ilsert de carrière de pierre aux habitants de Nouâtre, et ses 
vieilles tours pittoresques dont le pied baigne dans la Yienne 
auront bientôt disparu du sol. 

L'églisea été bâtie par Jean Du Fou avant l'année 1483, comme 
lé prouve son aveu au roi du 40 juillet de cette année. Du reste 
ses armes sont peintes aux deux côtés du maître autel et sur la 
litre seigneuriale : elles sont d'azur à la fleur de lys d'or, à deux 
éperyiers affrontés, perchés et arrêtés sur les deux feuilles 
recourbées de la fleur de lys. J'ai relevé aussi un écu de . . à 
3 buires de. . ., qui appartient peut>*étre à la famille de 
Montboucher. Enfin on Toyait aux clefs de voûtes quelques 
écus écartelés de Craon et de la Rochefoucault. L'église est bien 
proportiondée et voûtée, à une seule nef avec deux chapelles 
formant la croix. Dans la chapelle de la Yierge, on re- 
marque un beau triptique du xv* siècle dont les sculptures 
en marbre blanc sont appliquées sur des panneaux en bois. On 
7 a représenté l'airestatioii de M. S., sa flageOation , sa mort^ 



— 124 — 

sa mise au tombeau , et sa résurrection ; aux deux extrémités , 
saint Jacques le Majeur et sainte Barbe. Dans le bourg , on me 
raconta Thistoire d'une émeute des habitants contre le curé 
qui avait vendu ce triptique moyennant deux cents francs, à des 
marchands d'antiquités qui furent obligés de le restituer. Mais 
ce que l'église renferme certainement de plus curieux , ce sont 
les peintures dont toute la nef est ornée , depuis la grande 
porte jusqu'aux chapelles latérales. Elles nous semblent de la 
même main que les armes de Jean Du Fou , peintes avec des 
anges pour supports , qui sont dé la fin du xv' siècle. Le 
premier tableau placé du côté de l'épitre et près des chapelles 
est très - effacé ; le bas même en est entièrement caché par 
une énorme caisse en bois construite pour recevoir les 
poids de l'horloge. Au centre de la composition un homme 
est debout, à sa gauche deux femmes, un seigneur et- un 
évêque , à sa droite une croix sur laquelle est appuyée une 
échelle : il nous a semblé reconnaître un enterrement dans 
cette composition , qui serait plus déterminée si on en aperce- 
vait le bas. Du reste , il ferait parfaitement le pendant du ta- 
bleau en face , dans lequel on croit voir un squelette soulevant 
la pierre de son tombeau. Les douze autres tableaux repré- 
sentent la vie de saint Révérend que nous allons exposer. 

Les BoUandistes, dans leur savant recueil, donnent (tome IV 
de septembre, pag. 22-24) une notice critique sur la vie, le 
culte et les translations de saint Révérend, que nous analyse- 
rons d'après eux. Les actes de saint Révérend étaient conservés 
dans trois manuscrits anciens , mais, les Bollandisles , les ju- 
geant falsifiés , né les ont donnés que par extraits. Selon ces 
actes , saint Révérend naquit à Bayeux , l'année même de la 
mort de Jésus-Christ. Baptisé à l'âge de 15 ans par saint Exu- 
père , premier évèque de Bayeux , il fut bientôt élevé par ce 
pontife aux fonctions de portier et d'exorciste. Ce fut alors qu'il 
chassa le démon du corps de sept possédés» au nom du Christ, 
qui avait délivré Marie-Madeleine. Après son ordination à la 
prêtrise , il guérit par ses prières une femme d'un flux de sang 



— 125 — 

et beaucoup d'autres malades : uu paralytique recourra l'usage 
de ses membres eu touchant son bâton. Vers la fin de sa vie 
il bâtit à un mille de Baveux , sur une montagne appelée Phas ^ 
un oratoire qu'il dédia à saint Jean. EnQn il mourut le 12 sep- 
tembre, et fut d abord enterré dans l'église bâtie par saint 
Eiupère à Bayeux, puis de là transféré a un lieu nommé Ceri- 
ficaius. Telle est la légende transmise par les manuscrits an- 
ciens, ^ous remarquerons avec les Bollandistes , que saint 
Ëxupèi'e n'ayant apporté l'évangile à Bayeux qu'après la mort 
des apôtres, suivant l'auteur même des actes de saint Révé- 
rend, celui-ci n'a pu être baptisé la quinzième année après la 
mort de N. S. De plus , tous le^ miracles attribués à saint 
Révérend et la construction de la chapelle de Saint-Jean sur le 
mont Phas sont rapportés à saint Ragnobert, deuxième évëque 
de Bayeux, dans la vie de ce saint , analysée par les Bollan- 
distes, au 17 mai (tome III, pag. 618 et suiv.). Un martyro- 
loge de Noyers remontant au xii"" siècle faisait mention de 
saint Révérend. Un document authentique , la chronique de 
Maillezais (Labbe, Bibl. nova manuscr,^ tome II), rapporte 
qu'en 9 14 le corps de saint Révérend fut transféré de Nouàtre 
[Noiastrum castrum) , au monastère de Saint-Jean de Poitiers , 
et de là à c^lui de Saint-Jean-d'Angély. 

Le bréviaire de Tours , dans ses leçons , donne une légende 
qui diffère des vies analysées par les Bollandistes. Né et or- 
donné prêtre à Bayeux , saint Révérend serait venu prêcher 
l'évangile en Tounûne , et se serait retii^ à Nouàtre , où il se- 
rait mort. Ses reliques , après leur translation à Poitiers et à 
Saint-Jean-d'Ângély, seraient revenues à Nouàtre. Il est certain 
qu'avant 1 789 , une portion assez considérable de son corps 
était conservée précieusement dans Féglise de Nouàtre. 

La tradition locale rapporte que ce saint , natif de Bayeux , 
vint s'établir à Nouàtre dans un endroit situé non loin de la 
Vienne, à la source d'une fontaine, dont les eaux , sanctifiées 
par l'apôtre du pays , guérissaient de la folie. Une chapelle , 
aujourd'hui détruite , fut bâtie au xvn* siècle sur cette fon- 



— * 19B — 

taine par les seignenn é'Argtoaax. On y montrait aa aiàcle 
dernier , un gros caillou qui avait servi an flftiat ponr rqposer 
sa tète ; on prétendait que le jour de sa fête , ce caîUou se 
couvrait d'une matière rougeàtre comme du sang , et qui se 
coagulait à Tair. Le culte du saint attirait une grande 
afiluence de peuple , dont la foi naïve a laissé des témoignages 
qui subsistent encore aujourd'hui. Tout autour de la nef, 
on voit des anneaux en fer qui servai^t à attacher les fous 
qu'on amenait dans l'église de Nouàtre pour obtenir du saint 
leur guérison. Du reste sa réputation subsiste encore comme 
aux siècles de vive foi, et quand , dans le canton de Sainte- 
Maure» une personne est prise d'aliénation» on a encore 
recours à saint Bévérend. 

Après cette digression que nous avons crue utile pour mieux 
faire comprendre les tableaux de sa l^ende , nous entrons en 
matière 9 et nous allons en faire la description ea suivant 
l'ordre dans lequel ils ont été faits. 

Le premier tableau dont la légende est entièrement effacée, 
représente le baptême de saint Révérend par saint Exupère. 
On y voit en effet un évêque qui baptise un enfant » tenu par 
une femme au-dessus d'une cuve à baptiser; plusieurs per- 
sonnages sont placés derrière l'évêque. 

Le deuxième compartiment porte pour légende : Comment 
peu de temps après qu'il eut receu baptesme , il se mit à prescAer 
au nom de Dieu en la dicte ville. 

On ne peut déchiffrer qu'une partie de l'inscription du troi- 
sième tableau. Voici ce que j'ai pu lire : Comment le dici saint 
Révèrent passoit devant le temple des idoles (il trouva] à la 
porte du dict temple ung aveugle (qui implora sa charité). Le 
saint, vêtu de nœr. bénit un aveugle assis devant la porte 
d'un temple. Sous une grande arcade on aperçoit trois idoles 
grimaçantes placées sur un autel. 

Le quatrième tableau est très-compréhensible , quoique sans 
légende. L'aveugle» appuyé sur son b&ton , est conduit par saint 
Bévârend à la porte d'une église , vers laquelle s'avance .^ala- 



méat ua évéque mxvi d'im autre parsoimage. On ne trouTe 
ouUe mention de la conversion et du baptême de Tai^eugle dans 
la vie donnée par les Ballandistes. 

Le cinquième tableau représente saint Révérend chassant le 
démon du corps de sept possédés ; on distingue encore ces 
mots : Çommeni saint Révèrent après la prière qu'il fist à 
Dieu.. s. ilguarit..,. le diable.,., 

La sixième légende explique très-clairement la composition 
suivante : Comment après qu'il les eut guaris^ il les batisa au 
nom de Jesus-Christ.^ 

La septième est aussi explicite : Comment saint Révèrent 
alloit par la ville , il ouit crier ung povre paralytique auquel il 
envoya son bâton ^ lequel il print etjut guari. 

Le huitième tableau représente Comment saint Révérât 
trouva une femme laquelle perdoit le sang par l'espace de cinq 
ans f il la guarit et plusieurs autres malades. 

La légende du neuvième compartiment n'est pas entièrement 
visible» mais le sujet s'explique facilement en se reportant à sa 
vie d'après les BoUandistes. n représente la fondation de la 
chapelle Saint-Jean près de la montagne appelée Phas. Yoici 
ce qu'on en peut encore lire : Comment satnt Révèrent allant 
par le pays trouva une montagne appelée Phas...* et fut grande... 
et fit fonder une chapelle (au dict lieu.) 

L'inscription du tableau qui suit est complètement effacée : 
on voit saint Révérend couché sur son lit de mort, assisté d'un 
moine et de deux autres personnages. 

On ne peut déchiffrer que ces quatre mots : du lieu de 
Bayeux , dans l'inscription du onzième tableau. On y voit saint 
Révérend enveloppé d'un linceul et porté par un moine et un 
un autre homme , suivis par une femme en pleurs. 

Enfin j dans le dernier tableau , l'artiste a représenté une 
grande châsse devant laquelle sont agenouillées deux femmes , 
dont l'une est délivrée d'un démon qui la possédait : derrière 
elle est un homme qui la flagelle, pendant qu'un évèque assisté 
d'un clerc l'exorcise. 



— 128 — 

Ce que nous trouvons de plus extraordinaire dans ces ta- 
bleaux , c'est qu'on y ait complètement omis Nouàtre : l'ar- 
tiste s'est assez scrupuleusement inspiré de la vie du s^int 
et n'a rien emprunté à la tradition locale. Il nous semble au- 
jourd'hui bien difficile de décider si saint Révérend est venu 
lui-même à Nouàtre , ou si ses reliques seulement y furent 
apportées. Encore faudrait-il que cette première translation 
fut antérieure au x* siècle. !Nous n'avons étudié ces peintures 
que sous le rapport de la légende du saint , quant à leur valeur 
artistique , nous les signalons au zèle et à la science de notre 
confrère M. de Galembert y sur lesquels nous nous reposons 
avec pleine confiance. 

A. 8ÀLM0N. 



ÉGLISE SAINT-GEORGES, 



A TOURS. 



Parmi les monuments écrits, les chartes sont certainement 
ceux qui nous transmettent, pour les temps anciens, les ren* 
saignements les plus nombreux et les plus authentiques; contem- 
poraines des faits qu'elles rapportent, elles ont toute l'autorité 
d'un témoin oculaire, et quand on sait bien les interroger, elles 
révèlent avec une fidélité scrupuleuse les faits et les mœurs du 
siècle où elles ont été composées. Nous analyserons aujourd'hui 
une charte qui fournit des renseignements curieux sur quelques 
points de la topographie delà yUle de Tours au x* siècle. 

Le 22 avril 966, Vivien, prêtre de la congrégation de Saint- 
Martin de Tours, se rend devant le chapitre assemfilé sous la 
présidence du doyen Benaud et du trésorier Hervé, le célèbre 
constructeur de l'église Saint-Martin ; là, U demande humble- 
ment aux chanoines que chaque année ils fassent une station , 
la veille de la fête de saint Georges et entendent la messe le 
jour de la fête du glorieux martyr, dans un oratoire dédié à ce 
saint et situé près de l'église Saint-Etienne. Le chapitre accède 
à la demande de Vivien. Celui-ci assigne alors une rente an- 
nuelle de 12 sous de deniers payable par le prêtre chargé du 
service de l'oratoire, le 23 avril, jour de la fête, aux chanoines 
de Saint-Martin, afin qu'ils accomplissent à perpétuité la station 
qu'ils ont promise. H concède au monastère de Saint^eorges, 
V 9 



— 130 — 

qu'il possédait par héritage, plusieurs biens, savoir : dans le 
faubourg du château de Saint-Martin, au couchant^ un arpent 
et huit perches de Tigne , et de plus trois quartiers situés dans 
l'enceinte du monastère. U donne encore un verger avec la 
vigne qu'il a plantée et les maisons qui en dépendent ; le tout 
situé à droite de la porte du Pont du Saxon , sous le mur de 
Chàteau-Neuf. Ënfm il ajoute à sa donation les maisons qu'il a 
fait bâtir près de l'oratoire de Saint-Georges. Les conditions de 
la donation sont , outre le payement de la rente annuelle de 12 
SOU89 que Yivien continuera à jouir pendant sa vie de l'oratoire 
et de toutes ses dépendances ; aprës lui , un de ses parents, s'il 
en a parmi les chanoines de Saint-Martin , ou à défaut un 
prêtre religieux et craignant Dieu, nommé par le chapitre, lui 
succédera dans ces droits et devra dire tous les jours une messe 
pour Vivien et les chanoines de Saint -Martin vivants et 
naorts (1). 

Cette charte nous fait connaître qu'il existait au x" siècle, 
dans le voisinage de l'église Saint-Etienne, un édifice religieux, 
dédié à saint Georges , non mentionné jusqu'ici par les histo- 
riens de la ville de Tours. L'emplacement de l'ancienne église 
Saint-Etienne est connu de tout le monde, et on voit encore 
quelques murailles qui en faisaient partie dans la maison occu- 
pée aujourd'hui par M. le docteur Thomas, au coin de la place 
àe l'Archevêché, entre la rue Sainte-Marthe et la rue Saint-Pierre. 
L'oratoirede Saint-Georges était situé non loin delà et très-proba- 
blement au coin de la place et de la rue actuelle de l'archevêché. 
Ces derniers noms sont très-modernes ; la place de l'archevêché 
s'appelait place Saint-Etienne, etlarue de l'archevêché portait le 
nom de rue des Fossés-Saint-Georges, ainsi qu'on le trouve dans 
les anciens pians. Sous cette dénomination , on comprenait la rue 
qui 8'étendait depuis la place du Chardonnet jusqu'à la place 
Saint-Etienne; cette rue a remplacé les anciens fossés creusés 
^Ûr la ^éfen^ede la ville au xiv^ siècle. L'édifice est désigné dans 

(1) Pièces jusUflcatives , n* i. 



- 131 - 

la charte sous plusieurs qualifications, oratorium^ ecclesiola^ 
cella, cellula, dont les deux dernières semblent prouver qu*au- 
trefois c'était un petit monastère. Transmis par héritage k 
Vivien, comme le dit notre charte, ce monastère fut probable- 
ment abandonné par les moines lors de rinvaslon normande. 
Enfin nous voyons qu'en 966 des maisons construites par 
Vivien venaient déjà se grouper autour de l'oratoire de Saint- 
Georges. Il n'est point inutile de remarquer que notre charte 
ne dit rien de la position de l'église Saint-Etienne par rapport 
à la ville de Tours, parce qu'elle était alors située en dehors de 
la ville et même assez loin des murailles. 

Quant aux possessions données par Vivien ^ chanoine de Saint- 
Martin, elles se trouvaient, sauf les maisons qui attenaient à 
l'église Saint-Georges , dans le faubourg du Château de Saint- 
Martin, Castellum Sajicti Martini. La ville, groupée autour du 
tombeau de saint Martin^ est désignée dans les chartes et les 
chroniques sous les noms de Château de Saint-Martin, Castrum 
Beati Martini j Castellum Sancii Martini 'y Chàteauneuf, Cas- 
trum Novum ; Chàteauneuf de Tours, Novum Castrum Turo- 
nense; Saint-Martin de Chàteauneuf, Beatus Martinm de Castro 
Novo. IN'ous ne l'avons trouvée meutiounée que dans une seule 
charte sous le nom de Martinopolis , Martinopole, que lui ont 
donné tous les historiens modernes ; et encore cette dénomina- 
tion dans les chroniqueurs anciens (1) désigne- t-elle la ville 
qui fut le siège épiscopal de saint Martin, et non pas celle qui 
s'éleva autour de son tombeau. 

Les vignes, maintenant reléguées sur les coteaux de Saint-Cyr 
et de Grandmont, descendaient alors dans la plaine ; ici noua 
en voyons au couchant de Chàteauneuf, et dans d'autres 
chartes du même siècle nous en trouvons de mentionnées 
comme situées dans le voisinage du monastère de Saint-Julien. 
Enfin nous remarquons dans cette charte une porte de Chà- 
teauneuf, désignée sous le nom de porte du Pont du Saxon, 

(I) Chroniques de Touraine, p. 292, 296. 



— 132 — 

Pons Saxonis; nous ayions déjà trouvé une appellation ana- 
logue, Pons Saxonum^ dans la charte de donation d*un alleu 
par Tarchevèque Hardouin au monastère de Saint-Julien de 
Tours (1). En rapprochant ces deux passages l'un de l'autre, 
il est permis de conclure que la porte de Chàteauneuf , nom- 
mée Pont du Saxon, était située du côté de Saint-Julien, c'est-à- 
dire au levant de Chàteauneuf. L'origine de cette dénomination 
assez étrange viendrait peut-être du comte Robert, abbé de 
Saint-Martin, que quelques historiens font sortir d'une race 
saxonne. Peut-être encore ce nom de Saxon rappelle -t-il les 
Normands originaires du nord de l'Allemagne, barbares 
dévastateurs de nos contrées, qui détruisirent les abbayes 
de Saint- Julien et de Saint-Martin et les habitations qui se 
groupaient autour. 

Nous profiterons de cette excursion toiK)graphique pour rec- 
tifier l'opinion de nos historiens modernes sur l'emplacement 
d'une autre porte de Chàteauneuf, nommée Pétrucienue, Petro- 
nis porta, Perronis porta ^ Sancti Petrucionis porta {2}, Elle était 
certainement située au midi de la ville et non pas au nord. Le 
célèbre incendie de Chàteauneuf, du 25 juillet 997, qui dévora 
22 églises, s'étendit à partir du midi depuis la porte Pétru- 
cienue jusqu'à la Loire, a parte meridiei^ a porta Petronis iLsque 
ad Ligerim. Ce nom lui venait de l'église Saint-Pierre-du- 
Ghardonnet, située dans le voisinage (3). 

Nous ne relèverons rien ici de ce qui concerne les usages ou 
les mœurs de nos ancêtres, nous bornant à cette courte explo- 
ration dans notre ancienne cité. 

(I) Pièces justificatives , n« ii. 
(ï) Chroniques de Touraine, page 51, 219, 301. 

(3) Maan l'appelle porta Pelrucionis Cardineti dans son Histoire de l'Église 
métropolitaine de Tours , page 81. 



— 133 — 

PIÈOE8 JOSTIFZOlkTZVIIS. 

I. 

Addo incarnationis dominiez dgcgglwi^, x^ scilicet kalen- 
das mai, quaodo vigilia sancti Georgii martjris erat célébra- 
tura (l), venit Vivianus, gregis Beati Martini sacerdos, divina 
ammonitusinspiratione, in capitulumfratrum, antepraesentiam 
Bainaldi tune temporis decani et Hervei thesanrarii cœtero- 
rumque canonicorum ibi residentium, deposcens humili affecta 
ipsorum caritatem ut omni anno quandiu orbita seculi Yolve- 
retur, tam ipsi quam successores eorum in solemnitate beati 
Georgii martyris, quae crastina die erat ventura, stationem 
facerent in quodam oratorio ipsius, juxta ecclesiam Beati Ste- 
phani locato, vigiliam scilicet inibi sero praenotatse diei post 
vesperas, et in crastinum missam dévote persolventes. Cujns 
ipsi postulationem non incongruam sed salutiferam esse per- 
pendentes conununi assensu coniirmayerunt, pollicentes se in 
posterum quod ipse petebat Vivianus , promptissime factures. 
In recompensatione ergo tantœ eorum devotionis, dédit eisdem 
fratribus ipsa die prsefatus Vivianus sacerdos ad consolatio- 
nem xiu solidos denariorum, et tradidit praescriptae celte 
Sancti Georgii, quam ip^ per successionem quorundam paren- 
tam suorum tenere videbatur, quasdam res suas proprias per- 
petualiter habendas, id est, in suburbio Castelli Sancti Martini, 
ex parte occidentis, unum aripennum de vinea et perticas yni| 
et in monasterio quartarios m. AdportametiamPontis Saxonis, 
in dextera parte, subtus murum Castelli » dédit quoddam viri- 
darium cum mansionibus et vineola quam ipse sedificavit. 
Cujus terrde medietatem comparavit isdem Vivianus sacerdos 
soUdis XL, de Giminone (2) et Vi viano fratribus et Sancti Martini 
eanonicis, alteram vero medietatem per successionem paren- 

(1) Martene, Cêlebranda. 
ifl) MbL Golbert, Ginmwu, 



- 134 — 

tnm hereditavit. Mansiones insuper quas ipse juxta prœfa- 
tum oratorium Sancti Georgii coustruxit, similiter ibideni 
coadonavit. Eo scilicet tenore saepefatus Vivianus sacerdos 
prœmissas res jam dicto locello Sancti Georgii pro remissione 
suorum criniinum parentunique suorum tradidit, ut, quandia 
superstes f uerit, easdem res omnes cum omui teaeat emeliora- 
tione, soIycds omni anno Sancti Martini canonicis in festivitate 
sancti Georgii martyris, quae evenit viiii k9lendas mai, prae- 
fatam consolationem xiii solidorum, ut ipsi fratres scilicet 
explere non différant voluntarie praescriptain stationem. Post 
ipsius quoque obitum, si aliquis propiuquus ejus Sancti Mar- 
tini canonicus utiiis etreligiosus extiterit, et in sœpefata cellula 
Sancti Georgii Deum exorare pro delictis prsenotati Yiviani et 
parentum ejus dévote voluerit, ipsuni oratorium cum omnibus 
rebuB supradictis sine uUius coutradictione teneat, solvens 
annuatim fratribus praemissam consolationem, et decantans 
Tel perorans omnibus diebus vitx suae in eodem loco propriam 
missam pro totius gregis Sancti Martini \ivis et defunctis. Si 
yero ex ipsius Yiviani parentela ullus non superfuerit propin- 
quusy tune eligant fratres unum Sancti Martini gregis sacerdo* 
tem religiosum et Deum timentem, cui sine aliqao munere 
mate cupiditatis prsenominatam ecclesiolam Sancti Georgii 
cum omnibus rébus sibi ipsi traditis committant, quatenus 
ibidem, sicut diximus, diebus quibus advixerit, ipsius Yiviani 
sacerdotis et totius Sancti Martini congregationis in sacris 
orationibus memoriam habeat et prœfatam consolationem fra* 
tribus reddat. £rgo si fuerit aliquis Sancti Martini pradatorum 
iniqua seductus cupiditate qui pro largitione rerum Imjus elee- 
mosinae Yiviani unquam aliquod munus exigere ab aliquo tan- 
quam ex propriis rébus voluerit, et ipse qui dederit et ille qui 
acceperit sub anathematis simul maledictione vel obligatione 
damnentur , nisi citissime resipuerint. Hoc indiculum prs- 
missœ dilBnitionis vel traditionis statuer unt seu devoverunt 
fratres congregationis Sancti Martini generaliter suis tempo- 
ribus manere inviolabile. Et ut a suecessoribuff eoram per 



— 185 — 

diversa temporum curricula perenniter coDservetur, propria 
manu subscriptioue corrobora verunt... 

Datum est autem hujus institutionis indiculum xv kalendas 
mai , Turonus , in Castello Sancti Martini, in pleno fratrum 
capitule , anno jain xii régnante Lothario rege. 

Bibl. Imp. collection Baluze, ii" IG, {• Z\Q, r* et \'% d'après le f* 114 de la 
Pancarte noire de Saint-lKartin , et le f« 87 de la Pancarte blanche (1)* 

n. 

£cclesiae sanctse.... Quapropter ego Arduinus... dono eccle- 
siae Sancti Juliani, quœ est sita in suburbio Turonicœ urbis, 
cujus rector domnus Bernardus abba, res mei juris, quas mihi 

senior meus domnus Arduinus ex proprio alodo dédit ad 

illum locum qui dicitur Pons Saxonum 

Sigaum Arduini Turonicœ sedis archiepisçppi. S. Gorbonis , 
vassalli, fratris ejus. S. Arduini, yassalli, qui est doni auctor... 
S. Aimerici, filii Arduini qui hanc auctoritatem fieri jussit...» 

Blbl. Imp., Fonds latin, ms. 5443, page 41.— Fonds Gaign., n* 179/3 page 48 

A. SALMON. 



(1) 11 existe one seconde copie de cette charte, Blbl. Imp., Golbert» Méhmges 
vol. XLvi, f* 110, r*. Du reste, elle avait déjà été imprimée par Martène et 
Durand, Thésaurus anecdotorum^ t i, page 87. 



EXCURSION ARCHÉOLOGIQUE. 



Torteresse gallo-romaine de Larçay. — Monument de Thésée , près de Montri- 

chard.-— Villa du Ru.— Donjon de Montrichard. — Église N.-D. 

de Nanteuil. — Abbaye d'Alguevive. — Vrigny. — Bléré. 



Un membre de la Société archéologique de Touraine, M. Jk)il- 
leau y a sigaalé à l'attention des antiquaires , il y a quelques 
mois, des ruines considérables situées sur les hauteurs de 
Larçay, et, le premier, il a essayé d'en déterminer l'origine et 
la destination. Ces ruines sont importantes. Leur aspect de 
vétusté atteste qu'elles remontent à des siècles éloignés. Il suflBt 
d'en voir la disposition pour y reconnaître un établissement 
militaire. On aperçoit , en effet, une muraille solidement bâtie, 
très-épaisse , et de distance en distance fortifiée par des tours 
semi-circulaires. Cette muraille se développe sur trois faces, à 
l'est, au sud et à l'ouest. Le côté du nord est entièrement ou- 
vert; on n'y découvre nul vestige de construction. Le coteau 
présente, de ce côté, une pente très-rapide, qu'il serait pres- 
que impossible de gravir. Il y avait là , sans doute , une simple 
palissade en bois et en terre. Il existe aussi des traces éviden- 
tes de travaux avancés destinés à protéger l'établissement 
principal. Le sommet des murailles offre encore, en quelques 
endroits, des restes de parapet et des dispositions propres à la 



— 137 — 

défense. Les ruines de Larçay sont donc cellesfd'une forte- 
resse. 

Mais à quelle e'poque et par qui fat elle été construite ? 

H. Boilleau et plusieurs membres de la Société archéologique 
n'hésitent pas à lattrihuer à Fépoque gallo-romaine et y recon- 
naissent l'œuYre des derniers défenseurs de l'Empire romain , 
au moment où commençait l'invasion des peuples du Nord. 
Yoid les raisons principales qui Tiennent à l'appui de leur 
opinion . La constrnction de la forteresse de Larça; présente 
une analogie frappante avec celle des murailles de l'enceinte 
antique de Tours. On y remarque effectivement de gros blocs 
de pierre serrant de fondations. Ces blocs semblent provenir 
d'édîQces assez considérables ; des fragments de colonnes et 
les débris d'un entablanent, reconnaissable aux denticules, 
en donnent la certitude. Les fondements des murailles sont 
posés simplement à terre ; ce qui indique un travail précipité, 
que la crainte faisait entreprendre et hâter, pour lequel on 
empruntait les matériaux à des édifices importants , démoUs 
dans l'appréhension d'un danger suprême. Jusqu'à présent , 
on n'a pas pu expliquer autrement la présence des fragments 
d'architecture, des monuments funéraires^ des inscriptions 
qui se trouvent dans les fondations des murs d'enceinte des 
villes de Tours , de Sens , d'Auxerre , etc. 

Les tours ont été ajoutées aux murailles , soit pour les ren- 
dre plus solides, soit pour faciliter la défense aux soldats qui 
en rendaient l'escalade impossible. La construction de ces tours 
ne paraît pas faire corps avec la maçonnerie des murs , 
comme le montrent aujourd'hui de larges fissures que le temps 
a considérablement agrandies. Cette disposition donne à penser 
qu'elles furent élevées à la hâte et que l'on ne prit pas la peine 
de les unir entièrement à une construction plus ancienne, en 
7 pratiquant des arrachements où l'union eût pu se faire 
complètement. Elles sont pleines et massives , comme celles 
que l'on voyait ^ au commencement du siècle actuel» aux murs 



— 138 — 

d'eDceiate de Senlis (1). Ces dernières étaient surmontées 
d'espèces de chambres, percées de trois fenêtres servant , sans 
doute , comme les échauguettes du moyen-àge , à loger les 
sentinelles qui faisaient le guet. A Larçay , les tours sont 
actuell^fnent rasées à la hauteur du mur. 

Les murailles et les tours de la forteresse de Larçay sont 
bâtiçs» au-dessus des fondations, en petites pierres noyées 
dans le mortier. En quelques endroits, le revêtement extérieur 
est assez bien conservé pour qu'on y voie des pierres de petit 
appareil. Il est assez régulier^ mais moins beau qne celui des 
murs de Tours. Il porte tous les signes d'un art dégénéré ; ce 
qui confirme Topinion de ceux qui tiennent que la forteresse 
de Larçay aurait été Mtie vers la fin du iv« siècle ou au com- 
mencement du V® ; ce qui montre encore que la construction a 
été faite à un moment où Ton se préoccupait plus de se mettre 
à l'abri d'un coup de main, que de se conformer aux rifles de 
la science ou aux exigences du goût. Ajoutons que des zones 
de briques épaisses placées à certaines hauteurs donnent à la 
muraille de Larçay un trait [de ressemblance avec celles de 
Tours y d'autant plus qu'elles ont exactement la même épais- 
seur. Le front méridional de la forteresse a un développement 
d'environ soixante-quinze mètres; les murs ont une hauteur de 
cinq à six mètres , sur une épaisseur de quatre mètres. 

Telles sont les raisons principales qui militent en faveur du 
sentiment de ceux qui voient dans la forteresse de Larçay une 
construction gallo - romaine. D'autres ont une opinion dif- 
férente et soutiennent que , dans l'état actuel de la science des 
monuments , il n'est pas possible de préciser ainsi l'époque à 
laquelle appartient cette forteresse, qui pourrait avoir été bâtie 
seulement au moyen-àge , peut-être au temps de l'invasion 
normande , peut-être plus tard encore. La grossièreté du tra- 
vail j l'inhabileté des constructeurs indiqueraient une époque 
d'ignorance et de barbarie bien postérieure à la domination 
romaine. 

(1) Batissier, UUi, mofUMvi., pa^e 237. 



.j-bM 



-* ^ 



- 199 - 

Les partisans de la première opinion opposent à leurs adver- 
gaires un fait significatif. On rencontre dans le voisinage delà 
forteresse de très - nombreux indices d'habitations gallo-ro- 
maines : il n'est pas surprenant alors que la population ait 
construit un lieu de refuge et de défense. Nous mentionnerons 
des monnaies de Constantin et quelques autres du Bas-Empire, 
des fragments de poterie rouge simple ou ornée , des tuiles à 
rebord , des briques à côtes , etc. On a aussi trouvé , dans 
l'enceinte même de la forteresse, quatre pièces de monnaie 
celtiques , d'une fabrication très-ancienne. 

Quoi qu'il en soit de la vérité ou de la probabilité de l'une 
ou de l'autre de ces deux opinions , on pensa qu'il était néces- 
saire d'avoir un point de comparaison pour procéder avec plus 
de sûreté dans la recherche de l'origine du monument de 
Larvay. A quelques pas des limites de l'aneienne province de 
Touraine , à Thésée , près de ftjontrichard , il existe d'impor- 
tants débris d'une station , indiqua sur la carte de Peutinger 
sous le nom de Tasciaca , sur la voie de Tours à Bourges. On 
résolut d'aller les étudier. Trois membres de la Société archéo- 
logique , MH. BoUleaUy Salmon et l'auteur de ce rapport, se 
rendirent'sur les lieux (1). 

Le monument de Thésée , que quelques - uns regardent 
comme la maison de poste de la station , et où M. de Caumont 
voit une villa , présente une ruine considérable et fort cu- 
rieuse. 11 consiste en une immense salle de trente-huit mètres 
environ de longueur, sur une largeur de douze mètres, précé- 
dée d'un grand vestibule d'égale largeur, sur une longueur de 
huit mètres , et flanquée en avant de deux petits pavillons. Les 
murs de la grande salle ont une épaisseur de soixante - cinq 
centimètres et de quarante centimètres seulement pour les 
salles accessoires. Il est évident que ce n'est pas une construc- 
tion militaire. Les murs du bâtiment principal sont très-élevés 
et bien conservés : ils sont bâtis en petites pierres noyées dans 

(0 Cette excursion archéologique eut lieu le 7 et le^B ocvembre 1869* 



— 140 — 

le mortier, et revêtus d'un parement très - régulier, en petit 
appareil, avec chaînes de briques. Ou remarque plusieurs 
assises de pierres plates inclinées en sens inverse et formant ce 
que les antiquaires sont amvenus d'appeler appareil en arêtes 
de poisson. Mais ce qui est très-digne d'observation , c'est que 
le cintre d'une porte qui existe encore est formé de briques, 
avec de» claveaux régulièrement séparés par des briques. On 
voit la même disposition à une petite fenêtre cintrée qui don- 
nait communication de la salle sur le vestibule. 

M. de Gaumont ne fait pas diiBculté d'attribuer cette con- 
struction à Tépoque gallo-romaine , et son opinion s'appuie 
uniquement sur le caractère de la maçonnerie et sur la décou- 
verte de monnaies romaines faites en cet endroit et aux envi- 
rons. Cette opinion est la plus vraisemblable. Le monument de 
Thésée rappelle les caravansérails de l'Orient, où les voyageurs 
cherchent un abri pour le repos de la nuit , sans y trouver les 
avantages de nos hôtelleries modernes. Peut-être cependant 
pourrait-on y reconnaître un de ces vastes établissements 
champêtres des rois de la première race ? 

n serait possible de multiplier ici les conjectures ; mais la 
science n'en retirerait aucun profit. Le sentiment qui nous 
paraît être le plus probable est celui qui regarde ce bâtiment 
comme appartenant à la station gallo-romaine de Tasciaca (1). 

Comparaison faite de cet édifice avec celui de Larcay , nous 
voyons que le système de construction est plus savant et plus 
régulier à Thésée qu'à Larçay. Le petit appareil est partout , 
ainsi que les chaînes de briques ; l'angle nord-ouest seul a 
été restauré plus tard. Nous sonunes portés à croire que si ces 
deux édifices sont contemporains, celui de Thésée a été bâti 
moins précipitamment que celui de Larçay, et qu'il n'a pas 
été élevé sous l'influence des mêmes préoccupations. Peut-être 
aussi pourrait-on admettre que le premier est un peu plus 

(1) M Hahiet de la Ghéneraie nous a donné deux dessins photographiés re- 
présentant le monument de Thésée. 



-441 - 

ancien qiie le second ? Nous avouerons que l'impression qui 
résulte de Texaiuen attentif de cette belle ruine fortifie de 
plus en plus le sentiment de ceux qui tiennent que la forteresse 
de Larçay est de l'époque gallo-romaine. 

Pendant que nous regardions le monument de Thésée^ nous 
avons été très-agréablement surpris d'y recevoir la visite de 
M. Peltereau , adjoint du maire de Chàtcaurenault. M. Pelte- 
reau , qui connaît bien Thésée et les environs, nous a guidés 
avec une obligeance parfaite et nous a donné d'utiles rensei- 
gnements. A la distance d'un kilomètre environ des ruines de 
la station , il nous a montré , au moulin du Ru , les restes cu- 
rieux d'une villa gallo-romaine qui dut être importante. Nous 
y avons vu des blocs énormes en béton , des fragments de 
colonnes, des briques à rebord, etc. Dans une fouille peu 
profonde nous avons reconnu un couloir ou corridor d'une 
maison, dont les parois étaient couvertes d*un enduit peint en 
rouge. En cet endroit , on a découvert plusieurs médailles en 
bronze. M. Peltereau a donné à M. Boilleau une monnaie d'un 
petit module , mais d'une belle patine et d'une bonne conser- 
servation portant la tète et le nom de Constance, ûls de Cons- 
tantin. Nous avons observé près d'une rampe de cave une 
portion de muraille bâtie en pierres de petit appareil. Les 
pierres sont très-régulières, unies entré elles par une épaisse 
liaison de mortier, sur lequel la truelle a laissé la marque d'un 
petit sillon, indiquant le contour de chacune des pierres. 
Cette remarque paraîtra peut-être minutieuse. Nous y atta- 
chons quelque importance parce que nous avons déjà vu cette 
particularité dans un mur de l'antique enceinte de Tours , 
situé sous une petite chapelle de l'établissement des Orphe- 
lines. H. Salmon l'a également faite dans les soubassements 
du palais des Thermes, à Paris. Nous avons eu l'occasion 
de l'observer une seconde fois , dans notre excursion archéo- 
logique aux murs d'une maison du village de Vrigny, près de 
Saint-Georges-sur-Cher, dans l'ancienne Touraine. On en 
peut conclure, sans autrement préciser l'époque, que ce genre 






de construction est antérieur au moyen-àge. Ainsi tombe Fo- 
pinion de ceux qui prétendent que les murs indiqués ci-d^sus 
de la maison des Orphelines sont bien postérieurs à Tépoque 
gallo-romaine et ne sauraient être rapportés qu'au xi* siècle ou 
W x% au plus tôt. 

A Montrichard, petite ville de la province de Touraine, dont 
le nom se trouve en plusieurs endroits de nos annales^, dont 
rhistoire ne peut être séparée de la nôtre, nous n'avons trouvé 
aucun monument des temps historiques reculés, quoique la voie 
romaine de Tours à Bourges y passât. Nous avons visité les 
ruines du château, forteresse féodale, dont la possession a- 
toujours été regardée comme très-importante , tant à cause 
de sa position , que comme la clef de la province du côté 
du Blésois et du Berry. Foulques-Nerra y bâtit un château , 
au moment où il luttait contre le puissant comte Eudes. 
Nais de cette construction il ne reste plus rien à présent. 
£n 1118, d'après la chronique, Hugues d'Amboise y bâtit 
une tour en pierre, entourée d'une enceinte également en 
pierre. A l'intérieur du donjon, il y avait une voûte, et 
par dessus un étage élevé. ISous avons pu rectifier une ^reur 
de Chalmel , relativement à la construction de Hugues d'Am- 
boise. Cet écrivain traduit mal le texte de la chronique , et là 
où l'on doit reconnaître une enceinte extérieure , il ne voit 
qu'une voûte intérieure en pierre. Il nous a été facile de 
déterminer l'âge du donjon de Montrichard à l'aide de carac- 
tères archéologiques bien apparents. Sans parler de la nature 
de Tappareil , les fenêtres sont légèrement ogivales et accu- 
sent évidemment le commencement du xii^ siècle, ce qui s'ac- 
corde parfaitement avec la date de 1 1 18. 

Auprès de ce vieux donjon , dont la masse imposante do- 
mine encore toute la contrée , sont accumulées des ruines con- 
sidérables de constructions, élevées à diUérentes époques. 
Dans l'état présent de ces ruines , il serait à peu près impo&- 
sible d'indiquer la part qui revient à chaque âge. Leur en* 
semUe présent Taspect de la confusion et de la désolation. 



— 143 — 

La chapelle du château , dédiée sous le vocable de la sainte 
Croix , sert actuellement d'église paroissiale. Le portail , mal- 
gré Taustérité et la pauvreté de la décoration , indique le 
commencement du xii® siècle. L'édifice est d'une construction 
lourde , irrégulière , sans que nul détail élégant en relève la 
froide monotonie. Par un frappant constraste, l'église de 
Nanteuil , à la porte de Montrichard , est un édifice charmant. 
Le chœur et le Iranssept , avec les ouvertures en plein cin- 
tre , les ogives naissantes , la voûte en berceau ogival , a été 
élevée probablement en 1116, d'après un texte cité par 
M. Salmon. Les modillons extérieurs de Tabsidê sont tail- 
lés avec une verve remarquable et représentent des figures 
pleines d'originalité. La nef avec ses voûtes en étoiles, à ner- 
vures toriques , porte les caractères des édifices religieux de 
la dernière moitié du xii" siècle , caractères si bien exprimés 
dans les églises fondées par les Plantagenet, rois d'Angleterre, 
comtes d'Anjou et de Touraine. Il ne serait pas étonnant que 
cette nef eût été construite ou au moins commencée , lorsque 
Bichard-Cœur-de-Lion séjourna à Montrichard. Nous n'osons 
pas toutefois l'affirmer, en l'absence de documents écrits. On 
remarque aux premières voûtes de cette belle nef les traces 
d'une restauration qui aurait eu lieu au xv* siècle. Une grande 
chapelle, à deux étages, a été ajoutée au monument; elle est en 
style ogival flamboyant. C'est la chapelle du célèbre pèlerinage 
de Notre-Dame de Nanteuil. De nombreux ex-voto suspendus 
aux mars attestent la piété reconnaissante des pèlerins. Cette 
église a été restaurée avec soin et intelligence. 

Autant nous avions été charmés de l'église de Nanteuil , 
autant nous fûmes tristement émus à la vue des restes de 
celle d'Aiguevive , à deux lieues de Montrichard. Le spectacle 
des ruines d'un édifice où l'œil reconnaît des signes de force 
et toutes les conditions d'une longue durée , afflige comme la 
vue d'une vieillesse précoce chez un homme abattu par la 
misère ou les infirmités. L'église du monastère d'Aiguevive 
fut fondée ea 1147 , et construite avec une grande habileté. 



~ 144-^ 

La nef est accompagnée de latéraux étroits , dont la voûte en 
quart de cercle servait de contrefort à la voûte principale. 
L'abside et les deux cliapelles du transsept sont couvertes 
d'une voûte ogivale; la voûte de Fintertranssept présente seule 
de larges nervures, qui, par une singularité remarquable vien- 
nent reposer sur quatre statues curieuses, quoique gros- 
sièrement sculptées. Le portail est orné de sculptures très- 
fines. 

£n passant à Faverolles , M. Boilleau nous signala un en- 
droit où Ton a découvert de nombreuses monnaies romaines. 
A Baint-Georges-sur-Cher, M. Mahiet de la Chèneraye , mem- 
bre correspondant de la Société archéologique de Touraine , 
nous a donné d'excellents renseignements. Nous avons visité, 
sous sa conduite, des restes de construction en petit appareil, 
au village de Vrigny. Les maisons des paysans sont bâties sur 
les fondements de maisons antiques. Mais depuis quelque 
temps ces curieux vestiges disparaissent ; il n'en restera bien- 
tôt plus rien. On y a trouvé des monnaies romaines. M. Mahiet 
de la Chèneraye a remis à M. Boilleau une monnaie bien con- 
servée de Faustine jeune , et deux vases en verre , dont un est 
intact; tous les deux sont intéressanfs. Une voie romaine, dont 
on a retrouvé la chaussée encore pavée de larges dalles, suivait 
le coteau du Cher. Elle aboutissait à Vrigny. De là elle se diri- 
geait vers Chisseaux , et conduisait à un lieu où se trouvent 
encore quelques fragments antiques. 

Nous avions formé le projet de visiter la fontaine qui alimen- 
tait l'aqueduc de Fontenay à Tours. Le temps nous a manqué. 
Nous avons prolité des courts instants que nous avons pu 
passer à Bléré pour visiter l'église paroissiale. C'est un édifice 
très-irrégulier, où nous avons reconnu deux voûtes étoilées de 
la fin du xii* siècle. Nous y avons vu avec intérêt deux autels 
sculptés par un Jeune artiste de Bléré, M. Bory , dont le talent 

mérite d'être encouragé. 

J.-J. BOUBASSÉ. 



MÉMOIRE 



SUR 



L£S PËEVTUBE8 MURALES 

DE L'ÉGLISE SAINT-MESME , 



Admis depuis peu, et sans autre titre que ma bonne volonté, 
à riionnenr de partager vos travaux, je n'ai pas voulu rester 
spectateur oisif de votre zèle vigilant pour la conservation de 
nos monuments nationaux , sans chercher, dans la mesure de 
mes forces , à m'associer aux investigations persévérantes dont 
j'étais le témoin. 

La nature de mes occupations antérieures m'indiquait natu- 
rellement le point vers lequel je pouvais diriger mes études, 
et cela avec d'autant plus de raison que jusqu'ici cette partie 
de l'œuvre de nos pères a été la plus négligée. En effet, depuis 
le moment encore ppu éloigné de nous, où l'architecture du 
moyen-àge a été relevée de l'anathème qui pesait sur elle, les 
œuvres de la sculpture et de la peinture , pendant cette même 
période , n'ont été .qu'incomplètement étudiées , et plutôt au 
point de vue du «ujet représenté qu'à celui de l'activité artis- 
tique qu'elles révèlent. 

Y 10 



— 146 — 

n était difficile qa'il en fût autrement ; car^ tandis que des 
architectes dessinaient et mesuraient ayec soin nos vieux édi- 
fices , que des savants en grand nombre consacraient leurs 
veilles à les expliquer et à les classer , nos peintres et nos 
sculpteurs modernes dédaignaient généralement , comme trop 
barbares, les œuvres de peinture et de sculpture qui les dé- 
corent. D'un autre côté , les hommes de lettres qui s'en sont 
occupés jusqu'ici, ne connaissant point la matière à son point 
de vue pratique , ont presque toujours sacrifié, sinon éludé 
entièrement, la partie technique au profit de la partie littéraire 
qui cependant , dans un art destiné avant tout à parler aux 
yeux , tient nécessairement la seconde place. 

Pour moi , Messieurs, qui , après cinq ans de stage dans les 
ateliers et dix à douze ans d'études et d'observations pendant 
des voyages multipliés, ne suis parveim qu'à être un praticien 
médiocre et qui suis un littérateur plus médiocre encore, la 
tâche entreprise aurait lieu de m'effrayer, si je ne pensais que 
la médiocrité, dans les deux cas, est peut-être une condition de 
succès moins défavorable qu'on peut le croire au premier abord. 

Quoi qu'il en soit , c'est à l'examen de nos monuments de 
peinture et de sculpture du moyen-âge et de la Renaissance 
que je vous convie , et , pour le moment , laissant de côté les 
arts plastiques , je vous demanderai la permission de m'occu* 
per dans ce mémoire de la peinture murale, qui , malgré sa 
fragilité et les efforts destructeurs du temps et des hommes , 
a heureusement laissé dans notre province des spécimens 
nombreux. J'ai choisi pour premier sujet d'étude les peintures 
découvertes récemment dans une chapelle de l'antique collé- 
giale de Saint-Mesme à Chinon , d'abord à cause de leur im- 
portance et de leur conservation ; en second lieu parce que , 
comme j'essaierai de ]e démontrer plus tard, on peut leur assi- 
gner une date à peu près certaine ; enfin parce que les progrès 
du dessin qu*e]}es n^anifestent nous permettront une plus large 
exposition des principes sur lesquels repose la théorie même 
de l'art 



~ 147 - 

Ce dernier motif, des plus dëterminauts à mes yeux, me force 
à faire précéder mon travail d'une introduction , dans laquelle 
j'exposerai plusieurs considérations générales qui nous four- 
niront une méthode sûre pour apprécier convenablement et 
mesurer à réchelle du progrès non - seulement la peinture 
dont il va être question , mais encore toutes celles que nous 
aurons l'occasion d'examiner par la suite. Aussi , pour n'avoir 
plus à y revenir, je prévois qu'il me faudra donner aux 
prémisses un développement inusité, mais dont l'utilité future 
vous fera , j'espère , excuser la longueur. 



INTRODUCTION. 

Indépendamment de la satisfaction spontanée que l'aspect 
des œuvres d'art produit , et sur l'Ame par la représentation 
de sujets divers, religieux ou historiques , et sur le goût par 
l'harmonie des lignes et des couleurs , rien n'est attraj ant 
pour les esprits sérieux comme Tétude des phases successives 
qui marquent les progrès de chaque écolo. 

La philosophie de l'art n'offre pas seulement une agréable 
distraction aux savants dont elle occupe les loisii's , elle 
fournit des données précieuses pour l'enseignement de l'art 
lui-même et des documents curieux sur l'histoire de la civili- 
sation particulière à chaque peuple dont l'esthétique reflète 
toujours fidèlement les diverses aptitudes morales. Elle révèle, 
avec la même certitude , et les caractères originaux qui les 
distinguent et les rappr)rts secrets qui les relient les uns aux 
autres , malgré la distance de temps et de lieu , et toute autre 
apparence contraire. 

Parmi les points de rapprochement, aucun ne se rencontre 
d'une manière plus constante que la division en trois périodes 
distinctes de l'ensemble des monuments d'un même style dans 
toute société ayant joui d'une civilisation propre. Cette loi qui 
règle la marche du progrès dans les arts du dessin est des plus 



— 148 — 

intéressantes à étudier. Nous allons nous y arrêter quelques 
instants. 

A toutes les époques primitives , les artistes qui, après avoir 
surmonté les difficultés les plus élémentaires , enlevèrent les 
suffrages de leurs contemporains par une reproduction satis- 
faisante des objets naturels , durent leurs succès à un commen- 
cement d'observation des caractères principaux de ces objets, 
rendus d'une manière grossière encore , mais soumise déjà à 
certaines proportions vraies , soit qu'on les considère dans 
le rapport des parties au tout, soit dans celui de plusieurs figu- 
res entre elles. 

Cette étude des caractères généraux une fois amenée au de* 
gré de perfection suffisant pour représenter distinctement 
chaque objet d'après son genre et sou espèce, les artistes de la 
première période, succédante celle de l'enfance de l'art, vé- 
curent longtemps sur le fond d'observations et de règles pra- 
tiques léguées par leurs prédécesseurs , sans chercher à porter 
dans les détails un examen assez minutieux pour parvenir à 
différencier entre eux les individus d'une même espèce. 

Ce progrès est l'œuvre de la seconde période. Celle-ci pousse 
le dessin dans une voie nouvelle et féconde , et , par une suite 
d'observations de plus en plus directes et précises qui aboutit 
fatalement au portrait , elle donne au contour une force , une 
pureté et une exactitude rigoureuses. Ainsi posé sur les bases 
solides et positives d'une imitation sévère, le dessinateur, qui 
tend sans cesse à la perfection dans son art, peut, au moment 
voulu , s'élancer vers l'idéal , sans risquer de s'égarer dans le 
vide. S'appuyant d'unepart sur des observations réelles, de 
l'autre sur la science positive des êtres organisés , il atteint 
l'apogée de son art avec la troisième période , où dominent 
souverainement le goût et le mouvement , Félégance et la faci- 
lité. 

Cette division en trois phases distinctes de la marche nor^- 
male du progrés dans les arts du dessin a été adoptée pour 
l'antiqm'té grecque , d'abord par Winckehnann, le véritable 



— 149 — 

fondateur de la critique rationnelle des monuments de Tart , 
et plus récemment par le docte MuUer , qui a développé le 
même système avec une science profonde. Suivant les traces de 
ses illustres devanciers , le savant M. de Caumont a, de nos 
jours y appliqué les mêmes principes à notre architecture na- 
tionale , et chacun de nous peut constater journellement la jus- 
tesse de sa division en trois (1) périodes des édifices du style 
(^ival. Personne, à ma connaissance , n'a essayé, jusqu'à ce 

(0 Je dois ayertir que , ne m'occupant ici que de la marche cucendante de 
l'art, Je néglige les deux périodes négatives de son enfance et de ta décadence. 
En tenant compte de ces dernières , les savants illustres que je viens de nom- 
mer admettent tantôt cinq, tantôt quatre périodes; mais, en dernière analyse, 
leur système se résume toujours en trois périodes militantes. N'ayant point 
la prétenUon de faire ici une histoire de Tart , mais seulement de constater son 
activité dans ses phases progressives , je puis négliger d*autant mieux les deux 
extrêmes, que par là mon critérium devient plus général et peut s'appliquer 
à tous les styles , même à ceux qui n'ont fourni qu'une carrière incomplète. 
Ainsi, pour l'enfance de l'art, les traditions plus ou moins positives des peu- 
ples à l'époque de leur fondation modifient essentiellement sa durée et sa na~ 
ture en général. Une civilisation Jeune et pleine de sève , entée sur 1 déca- 
dence de ceUe qui la précède , comme le fut celle qui produisit le style ogi- 
val fondé sur Tart romano-hyzantin, présentera des caractères tout autres que 
celle d'une nation plus isolée à son origine et se développant sans entretenir 
de commerce avec ses voisins. 

Je suis donc entièrement d'accord , quant aux principes , avec les savants 
professeurs Winel^elmann et Muller ; mais j'aurais, je l'avoue, quelques hum- 
bles observations à présenter sur l'application qu'ils en ont faite. Ainsi, il me 
semble qu'en comprenant dans la même période (la seconde, en réalité, mais 
la première si l'on ne compte pas celle de l'enfance de l'art) les métopes de 
Sélinunte et les statues d'Ëglne, ils ont accouplé deux styles dont les carac- 
tères sont complètement différents. U faudrait , à mon avis , laisser dans la 
seconde période les œuvres dont les proportions sont encore incertaines , comme 
dans les métopes ci-dessus désignées et dans beaucoup de vases peints , entre 
autres ceux appelés Panathénalqués, et réunir à la troisième (qui, au point de vue 
où je me place , devient la seconde) les monuments accusant les symptômes 
d'une imitation directe et soutenue des objets naturels, caractère qui distingu eau 
plus haut degré les statues d'Égine et une quantité notable de vases antiques, 
dont celui représentant la prise de Troie , au musée de Naples , est peut-être 
le plus beau spécimen. Par cette classification , l'œuvre de Phidias se trouve- 
rait reportée à la fin de la troisième période dont eUe devient l'apogée , et ser- 



— 150 - 

ce moment, d'étendi'C cette étude à la statuaire et à la peinture 
de la même époque. Ce travail , il est vrai , est rendu plus dif- 
ficile par la destruction à jamais regrettable de tant d objets 
d*art qui décoraient nos anciens édifices. Cependant , je dois 
avouer que le problème ne me parait pas absolument insoluble, 
et j*ai lieu de croire qu'en s'aidant de tous les débris échappa 
au naufrage, vitraux, manuscrits, tapisseries, émaux, etc., on 
pourrait, pour une classiiicatioii générale, suppléer aux lacunes 
que Ton s'expose à rencontrer dans- une partie par les spéci- 
mens conservés dans les autres. 



Tirait de transition immédiate & la quatrième qui est le siècie de Lysippe , de 
Praxitèle et d'Apelles , après lequel la décadence commence. Cette rectification 
présenterait un autre avantage, c'est que Phidias, au lieu d'être isolé comme* 
dans le système de Winckelmann , donnerait ainsi la main , d'un cAté à la gé- 
ncration précédente dont il cx)nronne les généreux efforts , de l'autre à celle 
qui le suit , dont il assure le triomphe. Telle est dans l'école italienne la po- 
sition de Raphaël que l'on peut mohis encore séparer des laborieux artistes 
du XV* siècle, et notamment de Pérugin, dont il fut élève, que des maîtres du 
siècle suivant, qui préparèrent la décadence par l'abus des mêmes moyens à 
l'aide desquels le peintre d'Urbln avait atteint l'apogée. Cette analogie me 
semble concluante et justifie sufilsamment la modification que Je propose. 

Quand à la possibilité d'étendre l'usage de mon critérium aux arts qui, 
chez certains peuples , ont été arrêtés dans leur développement normal par des 
causes particulières, c^mme l'art égyptien, }e démontrerais , si je ne craigmiis 
d'être entraîné trop loin , qu'on peut leur en faire convenablement l'appli- 
cation. Je me contenterai de dfre qu'après avoir étudié sur les monuments 
eux-mêmes les divers types de cet art réputé immobile , j'ai acquis la convic- 
tion qu'il avait également subi des phases diverses , et que le cercle de ces ré- 
volutions rentre dans le principe des trois périodes proposées. Ainsi, les grottes 
de fteni-Hassan offrent à elles seules des spécimens fort curieux des deux 
premières, dont la durée parait s'étendre jusqu'au règne de Rhamsès le Grand 
Ôésostris) de la xvm* dynastie (Châhpollion, lettres sur V Egypte , p. 362] et 
ceux de la troisième période, très-remarquables sur les monuments marqués 
au cartouche de ce conquérant et à celui de Rhamsès-Méiamonn un de ses 
successeurs , portent déjà les signes de la décadence qui se prolonge , par une 
longue agonie et au milieu de fluctuations partielles , jusqu'au second siècle 
de notre ère , où cet art singulier fut totalement absorbé par le style gréeo- 

romain. 



— 151 — 

En ce qui regarde la peinture, le plus grand secours 
qu'il est permis d'espérer vient de la comparaison possible 
entre nos monuments subsistants et ceux de l'école italienne, 
dont on peut suivre encore aujourd'hui les progrès succes- 
sife par un enchainemeut non interrompu d'oeuvres capitales 
admirablement conservées. Malheureusement la classification 
de ces œuvres n'a pas été faite , que je sache , au point de vue 
dont je parle , et comme elle est indispensable au dévelop- 
pement de mes idées , je demande la permission d'en esquisser 
rapidement les phases principales d'après mes observations 
personnelles. 

L'école byzantine, fruit de la décadence de l'art gréco-romain, 
stéréotypée par l'indolence des moines du Bas-Empire en un 
code de lois immuables , régna en Italie jusqu'à la seconde 
moitié du xni* siècle. A cette époque , l'esprit d*activité des 
temps modernes se réveiUait de toutes parts. Ce fut à Florence 
que le vieux Cimabuê porta le premier coup au faisceau ver- 
moulu des pratiques antérieures. En fait , le progrès accompli 
par ce peintre fut peu sensible , ainsi qu'on peut ea juger par 
la célèbre Madone de Santa-Maria-Novella , mais il faut lui 
rendre cette justice que^ le premier , il posa le principe du re- 
tour à l'imitation de la nature ; d'autres en tirèrent les consé- 
quences fécondes. 

Giotto, chè or al grido, entra avec ardeur dans la voie 
nouvelle. Avec lui commence la première période du progrès 
continu dans Fart du dessin , qui remplit tout le xiv* siècle. 
Son école , développant ses principes , remplace par l'obser- 
vation directe des objets naturels les images toutes faites 
que suivaient aveuglément les peintres précédents. Cette ob- 
servation , cependant, reste encore trop générale et superfi- 
cielle. Elle suffit pour saisir les caractères principaux des objets 
sans descendre aux détails par une imitation exacte. Satisfaite 
d'avoir figuré l'homme avec les traits principaux qui distin- 
guent l'espèce , elle se préoccupe peu d'atteindre son indivi- 
^hulité, 



— <52 — 

De là, rimperfectioQ et la rareté des portraits que les 
peiutres de cette école nous ont laissés. C'est à la fois sa gloire 
et son écueil ; c'est sa gloire , car s*occupant peu des détails 
elle a pu faire preuve dans ses figures et dans ses compositions 
d'une certaine liberté, d'une fantaisie naïve et d'une aspiration 
généreuse vers le côté idéal et poétique des choses, par lesquels 
elle atteint parfois le sublime, lorsqu'elle ne tombe pas dans le 
•ridicule. C'est aussi son écueil ; car, ses connaissances ainsi 
bornées par des observations superficielles la forcent à tourner 
les diiiicultés matérielles qu'elle rencontre en son chemin ; de 
là, cette gène dans la pose de ses personnages, dont. elle a 
peine à racheter les formes impossibles par la recherche dans 
l'expression des tètes ; de là aussi, sa préférence pour les sujets 
immobiles, les figures raides et symétriques, et son infériorité 
dans les sujets d'histoire, où les mcuvements des corps lui 
créaient d'insurmontables obstacles qui seront aplani seule- 
ment par la science des lois de la perspective et celle des 
raccourcis qui en est la conséquence. 

C'est précisément par ces connaissances qui manquaient à sa 
devancière , que l'époque suivante , ouvrant la deuxième pé- 
riode , acquiert une supériorité incontestable. Au commence- 
ment du xv« siècle, Piero délia Francesca, dans l'Ombrie , et 
Paolo rUccello, à Florence (en 1430) , font l'application de la 
perspective à Part du dessin, et dans la seconde moitié du 
même siècle , Léonard te Yinci et Lucca Signorelli , entre 
autres , mettent en honneur Tétude de l'anatomie et abordent 
franchement , quoique avec un succès inégal , la difiiculté des 
raccourcis. Leur exemple^ cependant, n'entraîne sur ce dernier 
point qu'une partie de leurs contemporains , et la majorité 
continuant , en la perfectionnant , la tradition des maîtres du 
xiv* siècle, cherche le progrès dans une imitation toujours 
plus exacte, souvent même servile du naturel. On peut aflBrmer 
sans ccainte qu'aucun artiste n'a porté aussi loin que les maîtres 
de ce temps ^ tels que : Masaccio , Lippi^ Ghirlandajo , Ghi- 
berti , etc, Fart de copier fidèlement le modèle. Mais leur per- 



— 153 — 

fection dans ce genre est la preuve la plus positive, que, borné 
à ce procédé , Tart est acculé dans une impasse d'où il ne peut 
sortir que pour tomber dans une décadence précoce. Il faut 
un moyen plus puissant pour que le génie de Tartiste puisse dé- 
ployer son vol dans le vaste champ de l'imagination, et s'élever 
du naturalisme à l'idéal , avec cette liberté que la connaissance 
approfondie de la forme peut seule donner dans un art qui ne 
doit arriver à l'esprit qu'après avoir satisfait le goût et les yeux . 

La recherche des procédés capables d'ouvrir au dessin cette 
nouvelle carrière est le but des efforts de la troisième période, 
et c'est par la solution du problème si compliqué des raccourcis 
an moyen de la science auatomique , combinée avec celle de 
la perspective, que les derniers obstacles seront surmontés. 
Alors seulement la pensée du dessinateur deviendra souveraine- 
ment maîtresse de la forme quelle que soit la difficulté du sujet. 

Nous avons dit qu'à la fin du xv* siècle , la nécessité de la 
science auatomique appliquée à l'art du dessin avait été pres- 
sentie et mise à l'étude , mais sans arriver à des résultats assez 
frappants pour en généraliser l'usage. Ceci n'a rien d'étonnant, 
si l'on se reporte à l'esprit général de 1 époque et aux difficultés 
que les préjugés et l'ignorance opposaient aux travaux d'une 
science dont l'abus , il est vrai , conduit trop souvent à la pro- 
fanation et au doute. Il ne fallait pas moins que la volonté d'un 
prince puissant réunie aux efforts d'uu honune d'un vaste gé- 
nie pour mener à bien cette périlleuse entreprise. Sortant de 
l'atdier de son maitre Gbirlandajo , oii il avait demandé a l'é- 
tude du modèle tout ce qu*il pouvait en apprendre , Hichel- 
Ange , poussé par le sentiment profond de la nécessité des 
études anatomiques, passa douze années de sa vie dans les jar- 
dins de Laurent de Hédicis pour se livrer à ses travaux. Il y 
acquit cette connaissance approfondie du corps humain qui 
aplanit, devant son crayon puissant , les obstacles infranchis- 
sables à ses devanciers et à ses contemporains. C'est à cette 
liberté, à cette facilité inouïe de reproduire la figure humaine 
dans les poses les plus compliquées et dans les mouvements les 



À 



— 154 — 

plus variés, que les artistes de Florence rendirent un boinmage 
si enthousiaste à l'apparition du carton des Pisaus. Ces qualités 
devinreutplusévidentes encore dans les peintures de laSixtine. 
Je ne suivrai pas ce talent si prodigieux dans ses succès et dans 
ses défaillances. Hélas ! celles*ci prouvent ce qui est écrit par- 
tout dans riiistoire de llmmanité : que l'apogée touche à la 
décadence. 

J'ai, cerne semble, d'abord par la théorie et ensuite par 
l'exemple, justifié ma division en trois périodes de la marche 
progressive de l'art du dessin. Résumant maintenant en qud- 
ques mots la démonstration qui précède, je conclus en disant : 
Que si l'on envisage chacune de ces divisions par le mode d'ac* 
tivité qu'elle développe , on peut désigner la première par le 
nom de période d'observation générale ; la seconde , par celui 
d'imitation directe ^ et la troisième ^ des sciences appliquées au 
dessin. Que si , au contraire , on les considère dans leurs ré- 
sultats pratiques et leurs tendances spéciales , on voit que la 
première se manifeste principalement par une étude de plus 
en plus exacte des proportions normales du corps humain , la 
seconde par le respect absolu de la forme , la troisième, enfin , 
par la liberté illimitée du mouvement. 

Si ces conclusions sont justes, elles doivent nous fournir, 
en les appliquant à chacune des œuvres dont nous entrepren- 
drons l'étude , une méthode certaine pour constater leur degré 
d'avancement, et, suivant la nature des progrès accomplis, les 
classer logiquement dans Tune des trois catégories indiquées. 

Nous aurons donc à examiner ici, 1^ la valeur des propor- 
tiens qui établissent les rapports entre les parties de la ligure 
et les figures entre elles ; 2^ le caractère de la forme qui per- 
met de juger le degré d'attention apporté à l'imitation du 
modèle, et qui, par le choix de celui-ci, révèle le goût et le sen- 
timent du beau , non-seulement de l'artiste lui-même, mais 
encore de la société à laquelle il a appartenu ; 3* la recherche 
du mouvement qui porte à ses dernières limites la représenta- 
'tioa de la nature animée en permettant de fixer , sur la toile 



— 15S — 

ou sur le mur, la vie ene-mètne avec toutes ses modifications 
extérieures. Cette troisième condition nous conduira à Texamen 
des auxiliaires scientifiques de Fart du dessin, tels que la 
perspective et Yanatotnie^ dont la connaissance est indispensable 
à son complet développement. Ces deux questions sont trop 
importantes pour ne pas être traitées à part; elles formeront 
les 4^ et 5* articles de notre analyse. 6** L'expression des 
têtes , autre symptôme de vie, et la manière dont sont traités 
les mains et les pieds nous occuperont à leur tour. T Nous 
terminerons ce qui regarde l'art du dessin proprement dit par 
Fétude des draperies. S"* Nous examinerons en dernier lieu 
quelle est la nature de la couleur ^ en elle - même et dans ses 
effets. 

Hais avant d'aborder les huit questions que je \iens d'énu* 
mérer, il sera nécessaire d'exposer la valeur de la composition 
à son double point de vue moral et matériel. Le premier 
tient à la conception même de l'œuvre dont il est l'Âme ; le se- 
cond , base de son exécution , revêt Tidée-mère de formes sen- 
s^les coordonnées suivant certaines règles. Nous désignerons 
la première de ces opérations par le nom de composition litté-^ 
rairc , en opposition à la dénomination reçue pour l'autre de 
composition artistique. 

Nous croyons enfin devoir faire précéder l'analyse des pein- 
tures de Saint-Mesme d'un précis historique et d'une courte 
description du monument qui les renferme, pour pouvoir étayer 
nos conclusions de quelques feûts à dates certaines. 



PRECIS HISTORIQUE SUR LÀ COLLEGIALE DE SÀlIfT-MESBCE. 

D'autres, Messieurs, vous diront, avec une autorité et une 
science que je n'ai point , l'histoire de l'abbaye , depuis collé- 
giale de Saint-Mesme. Pour moi , je me contenterai de jalon- 
ner ra][Meiiittit la raeeescHon des faits principaux , en prédsant 



— 156 — 

autant que possible leur ordre chronologique. Ces faits sont : 
1^ la fondation de Saint-Mesme ; 2*^ sa transformation d*abbaye 
en coUégiale ; S"" sa restauration au xv' siècle. 

LaSauvagère, dans son Journal de Verdun (1753, tom, II, 
j9. 206-215), m'a paru le mieux renseigné et le plus complet 
des différents auteurs que j'ai consultés. Il porte la date de la 
fondation de Tabbay e à- 440. C'est en effet , vers 434 que 
saint Hesme , élève de saint Martin , dut quitter le monastère 
de Sainte-Barbe, près Lyon , dont il était abbé , pour revenir 
en Touraine, fuyant l'invasion des barbare.s qui ravageaient, 
en cette même année , la seconde capitale des Gaules. 

Je n'ai pu trouver d'une manière précise la date de la mort 
du saint ; mais il vivait encore en 446. C*est donc entre cette 
date et celle de 434, que l'on doit placer, avec quelque certi- 
tude, la fondation de son monastère à Chinon. 

Je ne trouve rien de notable jusqu'au ix» siècle. A cette 
époque , d'après le témoignage d'un historien de Saint-Florent 
de Saumur, Tabbaye de Saint-Mesme aurait subi le sort de 
Marmoutier et de tant d'autres monastères des bords de la 
Loire , qui furent saccagés par les bandes des Normands. Et si 
l'on en croit une charte citée par la Sauvagère, les reliques du 
saint qui, au témoignage de Grégoire de Tours, étaient conser- 
vées à Chinon, furent portées à Bar-le-Duc avant l'année 995, 
par un seigneur du pays nommé Hezel ou Hezeb. Ce fait parait 
très-probable, si l'on se rappelle que les mêmes circonstances 
entraînèrent des conséquences pareilles pour les reliques de 
saint Martin qui furent transportées à Auxerre , et celles de 
saint Florent à Tournus, ville du Beaujolais. 

Quoi qu'il en soit» il est naturel de penser que l'effet des ra- 
vages des Normands ne fut point borné au siècle même où ils 
eurent lieu. De pareiUes invasions laissent des plaies pro- 
fondes qu'un siècle entier ne suffit pas toujours pour guérir. Cette 
nécessité de réparer des désastres récents , avant de se lancer 
dans de grandes entreprises , jointe aux appréhensions de l'an 
mil qui pesèrent sur tout le x^ siècle , ajournèrent sans ^oute 



— 157 — 

les grands travaux autres que ceux d'une urgence inuuédiate. 
Aussi les constructions qui nous restent de l'église de l'antique 
abbaye annoncent-elles dans leur ensemble le style du xi« siè- 
cle. 

Ici , Messieurs , une question importante se présente , l'église 
du XI** siècle fut-elle édifiée par les moines de Saint-Mesme ou 
par les chanoines qui leur succédèrent ? 

Si l'on s*en rapportait à Chalmel , la sécularisation du mo- 
nastère aurait eu lieu au milieu du xi'' siècle , ce qui mettrait 
une incertitude presque insoluble sur la question de savoir 
quels furent les auteurs de l'édifice. Mais, comme vous le 
savez , le témoignage de Chalmel est sujet à suspicion et nous 
en trouvons ici une nouvelle preuve. 

La transformation de l'abbaye en collégiale ne devient un 
fait positif que par une lettre de Tarcbevéque Hugues II, citée 
par la Sauvagère qui Va trouvée dans Maan, à la date de 11 42; 
or, c'est cette même lettre, qui fait la base de la conjecture de 
Chalmel, sur la sécularisation de l'abbaye au xi"" siècle ; seule- 
ment il lui donne la date de 4 102, au lieu de 1142. Mais il ne 
peut y avoir le moindre doute sur la réalité de cette dernière ; 
d'abord c'est celle que l'on trouve dans Maan (p. H 4- 115], 
et en second lieu , l'archevêque Hugues II n'occupa le si^e de 
Tours qu'en 1132 et jusqu'en 1148; sa lettre adressée au 
chef vecier des chanoines de Chinon doit être postérieure à H 32. 
Ainsi la date de 4 1 42 donnée par la Sauvagère nous semble 
inattaquable. Cette certitude nous suffit pour attribuer, avec 
une grande probabilité , l'édifice qui nous occupe , aux Béné- 
dictins plutôt qu'aux chanoines ; et un petit fait, rapporté par 
laSaiivagère, viendra nous confirmer dans cette opinion. Je 
laisse ici parler notre auteur (Voyez t. II du Journal de Verdun 
1753). « L'on voit encore aujourd'hui dans l'église de Saint- 
« Maisme quelques monuments qui me paraissent être rap- 
« portés au temps des anciens bénédictins de Cbinon; ce sont 
« des figures nml peintes sur la muraille de la chapelle dite de 
« Saint^Martiu , qui représente la vie de ce saint évèque ^ où 



— 158 ^ 

« ils sont habillés de différentes couleurs , en bran, en rouge, 
« en bleu ; la manche fendue jusqu*au coude , avec un capu- 
n chon à deux pointes qui parait tenir à leur robe. » Je n'ajou- 
terai qu^une observation à cette citation » c'est qu'on pourrait 
peut-être actuellement encore reconnaître les restes de ces 
peintures sur une muraille qui sert de clôture à une petite 
cour de Técole des Frères installés aujourd 'hui dans l'église 
Saint-Mesme, appropriée à cette destination. Ces figures sont, il 
est vrai, tellement frustes qu'on ne peut reconnaître ni manches 
fendues , ni capuchons à deux pointes ; mais on eu voit assez 
pour leur appliquer Tépithète de mal peintes par laquelle la 
Sauvagère les caractérise. Sans donner à cette remarque plus 
d'importance qu'elle n'en mérite, nous sommes condiuts h con- 
clure de ce qui précède , que la partie romane de l'édifice fut 
l'œuvre des anciens bénédictins ; qu'elle remonte au xi* siècle, 
comme l'indique suiSsamment le style architectonique de ce qui 
nous en reste ; qu'enfin la sécularisation de l'abbaye fut posté- 
rieure à la construction romane et certainement de la première 
moitié du xii" siècle. 

Je vais dire maintenant quel est l'aspect actuel de l'ancienne 
abbaye de Saint-Mesme. 

Malgré les changements nombreux et les mutilations que sa 
nouvelle destination a entraînés , on reconnaît parfaitement 
quelles sont les dimensions de la nef principale et de ses bas- 
côtés. Toute cette partie appartiendra sans conteste au style 
roman du xi" siècle; il faut y ajouter un magnifique porche à 
plein-cintre et le soubassement de la tour de gauche qui pro- 
viennent aussi de la construction romane. L'étage supérieur 
de cette dernière tour, toute celle de droite, et les baies, avec 
le pignon de la façade, sont le produit d'une restauration faite 
au XV' siècle. 

Du chœur et du transept, il n'existe pas trace, non plus que 
delà crypte qui, au dire de la Sauvagère, existait sous le grand 
autel. 

Ce rapide exposé suIBSrapour éclaircir la troisième question que 



-^159 — 

Qous nous sommes posée au sujet de la restauration du xv^siède. 
Peut-on préciser une date à cette restauration ? Par qui fut-elle 
ordonnée et quelles sont les parties qu'elle embrassait? C*est 
encore la Sauvagère qui nous permettra de porter quelques 
lumières dans ces obscurités que soixante ans de révolutions ont 
plus épaissies que les trois siècles écoulés avant elles. Voici ce 
que notre auteur, qui avait yu Véglise encore intacte , en rap- 
porte dans le journal déjà cité : 

« Elle est eu général, dit-il, d'une architecture fort ancienne 
« et fort peu recherchée. » Je ferai observer de suite, avant d'aller 
plus loin , qu'au point de vue d'un homme, même éclairé, du 
dernier siècle, ces mots d'architecture ancienne et peu recherchée 
conviennent parfaitement à la forme simple et solide, comme à 
la sobriété d'ornementation du style roman. Je continue la 
citation : 

« Il n'y a que le chœur qui soit remarquable par l'élévation 
« de sa voûte et la manière dont l'ensemble en est traité.. G*est 
• un morceau adapté à l'ancienne église. On y voit les armes 
« de France , sculptées et ornées du collier de Saint-Michel ; 
« ce qui prouve que cet édifice s'est fait du temps du roi 
« Louis XI. Et ce qui constate encore plus qu'on le doit rap- 
■ porter à la libéralité du prince , c'est quil y a au jambage 
« droit de la porte de la sortie du chœur, du côté de l'évan- 
« gile, les armes de France accolées mi-partie à celles de 
« Savoie. L'on sait que le roi Louis XI avait épousé en secon- 
« des noces Charlotte de Savoie. Ce n'est donc point Char- 
« les YII qui a fait bâtir le chœur de l'église comme les 
« chanoines le racontent. » 

Que de renseignements, Messieurs, dans ce peu de mots 
d'un observateur positif et consciencieux ! D'abord nous voyons 
que le chœur, aujourd'hui complètement disparu , était d'un 
genre différent et même opposé à celui de la nef, et que sa date, 
fixée à la seconde moitié du xv* siècle , concorde parfaitement 
avec le style des parties plus modernes des tours et du portail , 
et en fait ainsi le résultat d'un mâme ensemble de restauration. 



— 160 — 

Nous poQYODS encore préciser davantage Tépoqae de ces 
travanx , et , les comparant à des faits connus , arriver à une 
période très-voisine de leur exécution. Ainsi, la date cherchée 
serait entre l'année 1461 (avènement de Louis XI au trône), et 
celle de 1483 y époque de sa mort. Mais les insignes de Tordre 
de Saint-Hichel, accolées aux armes de France , nous permet- 
tent de réduire de moitié cette période. L'institution de cet 
ordre par Louis XI étant de 1469, nous pouvons constater 
avec certitude que les travaux de restauration de Saint- 
Mesme étaient en pleine exécution dans les douze années 
comprises entre 1470 et 4482. 

Je suis convaincu qu'il serait facile à ceux d'entre vous qui 
possèdent sur les faits de Thistoire de Touraine des connais- 
sances qui me manquent, de condenser encore davantage cette 
période (Ijy et. d'arriver à fixer avec précision le commencement 
et la fin de la restauration dont nous parlons. Ainsi, pour le 
le dire en passant , peut-être trouverait-on quelque concor- 
dance féconde entre l'exécution des travaux de Saint-Mesme et 
la date du gouvernement de Philippe de Commines à Ghinon 
qui commença vers 1472? Je ne m'étendrai pas davantage sur 
ce que pouvait; être le chœur de l'église primitive avant la res- 
tauration du xV* siècle. 

Lorsqu'on entrait jadis dans cette église par la porte de la 
façade, condamnée aujourd'hui , on se trouvait sous un vaste 
porche dont la voûte, soutenue par trois grands arcsdouhleaux 
à plein-cintre , présentait cet aspect de solidité et de grandeur 
particulier aux constructions romanes. On avait alors , devant 
soi la porte de la nef , à droite et à gauche deux autres issues 
donnant accès dans deux salles qui forment le rez-de-chaussée 
des tours; la tour de droite, appartenant pour les deux tiers à 
la construction du xi^ siècle , renferme l'escalier qui conduit à 

(1) On voit encore, dans une chapelle du xv* siècle de l'ancienne collégiale 
de Saint-Mesme , les armoiries de la famille de Bernard, accompagnées d'un 
écu d'alliance. Un archevêque de Tours, mort en U€6, appartenait à cette 
famille. (Renseignement donné par M. Tabbé Bourasaé») 



- 161 - 

Tétage sapérieur au-dessus du porche; on y voit quelques 
traces de peintures , mais tellement détériorées que je n*ai pu 
rien y démêler. J'ai seulement relevé une grecque formant 
l'encadrement d'un panneau où l'on aperçoit encore quelques 
personnages qui ne devaient pas avoir plus de trois pieds de 
hauteur. 

Quant au rez-de-chaussée de la tour de droite, il est disposé 
de manière à servir de chapelle, et fut probablement consacré, 
selou l'usage, aux cérémonies baptismales. La voûte appartient, 
comme toute la décoration architecturale, au style ogival du 
XV* siècle ; elle est formée par quatre nervures à moulures 
prismatiques , dont la coupe verticale dessine sur les quatre 
faces latérales une ogive un peu écrasée. De ces quatre sur- 
faces , celle du midi est occupée par une fenêtre assez large , 
qui laisse cependant de chaque côté une place suffisante pour 
une décoration peinte dont malheureusement il ne reste aucune 
trace. 

La partie orientale n'est pas entièrement plane; le centre 
est occupé par une arcade qui s*enfonce de 0*° 45 environ dans 
la muraUie. Cette arcade , arrondie au sommet , est partagée , 
aux deux tiers de sa hauteur, pai* une corniche peu saillante 
et ornée d'un petit tabernacle sculpté dans le genre flamboyant, 
appendu en encorbellement à l'encoignure septentrionale. 
Toute cette surface , tant intérieurement qu'extérieurement à 
la niche» a été richement décorée de peintures trop endomma-^ 
gées pour en percevoir les détails , mais dont on peut cepen- 
dant reconnaître l'ensemble au moyen de contours souvent 
interrompus que l'œil parvient à suivre en suppléant par la 
pensée aux nombreuses lacunes. 

Voilà ce que j'ai pu en saisir: 

Dans renfoncement principal de l'arcade dont je viens de 

parler, trois anges, qui m'ont paru à genoux, soutiennent les 

msti'uments de la Passion ; celui du milieu porte la croix , les 

deux autres la lance et 1 éponge au bout du roseau. Ces trois 

V 11 



— 162 — 

figures occupent tout le fond de Tarcade au-dessus de la cor- 
niche saillante dont nous aYons parle plus haut. 

Sur l'épaisseur du mur qui mesure l'enfoncement de la 
niche , des anges représentés à mi - corps portent aussi des 
attributs distinctifs de la Passion deN.-S. Il y en avait deux 
de chaque côté j placés en regard. Sur les quatre, les deux plus 
haut, tenant, l'un une bourse et l'autre trois dons, sont seuls 
visibles. 

Enfin, toujours sur l'épaisseur du mur, un Père étemel dans 
une gloire , revêtu de la tiare et de la chape , et portant une 
boule de la main gauche pendant qu'il bénit de la droite , 
occupe le centre de la composition , à la clef même de l'arc , 
dont je viens de décrire la décoration intérieure. Cette figure 
est bien conservée. 

Toute la partie extérieure à la grande niche est occupée par 
un immense baldaquin d'or et de pourpre , dont les draperies 
paraissent soutenues des deux côtés par des séraphins. Tout 
cela est fort endonunagé ; j'ai pu seulement reconnaître avec 
certitude que les ailes des séraphins étaient ornées de plu- 
mes de paon. Enfin , dans la partie inférieure , au - dessous 
de la corniche dont j'ai parlé, j'ai pu distinguer les fragments 
d'une décoration sur fond vert qui régnait probablement sur 
tout le soubassement. 

Jusqu^à présent , nous ne nous sommes appliqués qu'à en- 
terrer les morts , il est temps de nous occuper des vivants. 



DESCRIPTION DES PEIIfTURES. 

Composition littéraire. — Si les deux côtés de la chapelle nous 
ont montré seulement des débris informes que le crayon 
serait impuissant h retracer fidèlement , il n'en est pas de même 
heureusement dés deux autres dont il me reste à vous entretenir. 
Ces derniers vont offrir à notre examen des œuvres vraiment 
capitales. L'une d'elles surtout, représentant un Jugement der- 



— 163 - 

nier tous paraîtra d'une importance réelle , tant par sa 
grandeur que par la multiplicité des personnages et l'habileté 
relative de l'exécution. Aussi , comme mon intention est d'en 
parler avec plus de développements , je l'examinerai en second 
Hea,et je vais de suite entrer dans quelques détails sur celle qui 
se voit au côté occidental.Le petit croquis à la plume (PI. IIj 
que je mets sous vos yeux, ne vous donnera qu'une idée fort 
incomplète de l'objet ; la description va , j'espère , y suppléer. 
Le sujet de cette peinture est un crucifiement traité d'une ma- 
nière mystique plutôt qu'historique et c'est ce qui en fait l'in- 
térêt à mes yeux. Il est curieux, en effet, de reconnaître et m^me 
de renouer, si cela est possible, en les appropriant à notre 
temps et à nos mœurs, ces traditions interrompues depuis trois 
siècles , qui ont fait pendant tout le Moyen-Age le sujet des 
méditations des artistes et de l'édification des chrétiens nos an- 
cêtres. 

Ici le Christ est douloureusement appendu à l'arbre de la 
croix : il vient de mourir ; ce n'est point sa mère et saint Jean 
qui recueillent son dernier soupir, comme cela eut lieu en effet, 
ainsi que celui-ci nous l'apprend dans son évangile; mais de 
chaque côté de la croix , deux saintes , célèbres par leur péni- 
tence , se tiennent debout ; à gauche sainte Marie-Madeleine 
portant un petit vase de parfums, à droite sainte Marie l'Egyp- 
tienne enveloppée pour tout vêtement d^s sa longue chevelure 
et tenant à la main une bandelette où se lit une légende en ca- 
ractères gothiques. C'est bien là une composition basée sur une 
idée symbolique, préférée volontairement à la vérité historique; 
mais ce qui en complète le sens , c'est la fontaine qui occupe le 
milieu du tableau. Le rocher de Golgotha est devenu un bassin 
rectangulaire dans lequel le pied de la croix baigne dans le sang 
du Christ, s'échappant de chacune de ses plaies par quatre jets 
continus. Un second bassin , plus grand , reçoit le sang con- 
tenu dans le premier par quatre mascarons qui représentent les 
attributs caractéristiques des quatre évangélistes , le lion, 
l'Iugle , le bœuf et l'ange , dont les tôtes appliquées sur la face 



— 164 — 

du premier bassin complètent Tidée symbolique que Tartiste a 
voulu exposer et que je formulerais ainsi : Le sang de M. S. J.C. 
répandu et réservé dans la suite des âges , pour la rémission 
des péchés , s'épanche sur le monde par la parole dont les 
évangélistes gardent le précieux dépôt afin de le transmettre 
aux générations humaines. Je terminerai cet exposé de la partie 
morde de cette composition , en transcrivant ici les légendes 
par lesquelles les deux saintes expliquent elles-mêmes la pensée 
de l'auteur. 
Voici d'abord celle de sainte Marie-Madeleine : 

vouf, pécheurs querans à Dieu pardon ^ 

De vous péchés. Voesy la vraie fontaine 
De laquelle souri grâce à grant bandon 
Où chacun peut laver sa coulpe vaine, 
Comme j'ai fait Marie-Magdelaine 
Questoye souillée de péchés , lès et ors : 
Nette j'en suis de tout point save et sahie 
Venez y donc et croyez mes recors. 

Voici maintenant la seconde que sainte Marie TEgyptienne 
tient à la main : 

C'est ici cun chacun doet venir 
Laver de cœur en grant dévocion 
Tout ses péchés pour net en devenir 
A la fontaine qu'est de rémission 
Comme j'ai fait en grant dévoxion 
Hoy Egyp^enne qui de péciiez avoye 
Tant que c'estoit abhominacion 
Or, en suis nette, si vous montre la vbye. 

On voit encore une troisième légende , dans le bas du ta- 
bleau , près de sainte Marie l'Ëgypiienne , mais elle est indé- 
chiiFrable. 

Je passe maintenant à la description du tableau capital de cette 
chapelle» représentant le Jugement dernier. 

Je m'arrêterai peu à l'exposition du sujet. La copie (1) de 

(1) Cette copie est en couleur. Je n'ai pu en donner dans la Planche N* I 
qu'une petite réduction au trait. 



— 165 — 

cette œuvre que j'ai Tbonneur de vous présenter , vous en 
dira plus eu cette matière qu'une longue description. Je me 
contenterai donc de vous expliquer succinctement Tordon- 
nance générale de cette grande composition en la considérant 
seulement au point de vue de la pensée génératrice de l'au- 
teur. 

Le dogme de la responsabilité de l'homme ou de l'obligation 
pour chacun de rendre compte des actes de sa vie à un Dieu 
créateur, dispensateur et juge , est une de ces vérités primor- 
diales si profondément empreintes dans la conscience hu- 
maine , que ni la corruption ni l'abrutissement n'ont pu , même 
en la défigurant , Teffacer entièrement. Dans la tribu sauvage, 
comme dans la société la plus corrompue , on la découvre, 
altérée par de grossières erreurs , mais vivante cependant , et 
conservée en germe dans les croyances populaires. Ainsi on 
Yoit en Egypte des hypogées nombreux où les anciens habitants 
ont retracé les phases diverses auxquels étaient soumises les 
Âmes des morts : le jugement , la punition ou la récompense. 
Les Perses, les Grecs, les Romains, toutes les nations païennes 
de l'antiquité avaient conservé, à des degrés différents, la 
croyance d'un jugement final , espoir de§ bons et terreur des 
méchants. Le christianisme, qui est venu régénérer et non dé- 
truire, rectifier plutôt qu'innover, en a fait un de ses articles 
de foi les plus positifs. Et comme c'est un des sujets qui prê- 
tent le plus à la mise en scène , si je puis me permettre cette 
expression, il a été le thème favori sur lequel les artistes chré- 
tiens de tous les Ages ont aimé à exercer leur science , leur 
piété et leur talent. Presque tous les maîtres italiens , depuis 
les Byzantins jusqu'aux maniéristes de la fin du xvi* siècle , 
ont cherché à lutter contre les difilcultés d'un pareil sujet 
Chacun d'eux l'a traité dans des conditions différentes de ta- 
lent et de science, et l'on pourrait à l'aide seulement de ces 
tableaux de Jugement dernier , depuis le xiii* siècle , constater 
les différentes phases du progrès de l'art en ce pays. Combien, 
Messieurs , une semblable série serait curieuse et attrayante , 



si Ton pouvait par elle , suivre le développement de notre art 
national. Peut-être d'autres badigeons nous réservent-ils pour 
Favenir, des surprises semblables à celle que nous devons à la 
petite chapelle de Saint-Mesme. En attendant , nous voici en 
face d'un Jugement de la fin du xv^ siècle , voyons le parti 
que Fauteur en a su tirer. 

Au centre de la composition et entouré de tout ce qui peut 
attirer d'abord Fœil du spectateur, apparaît le Christ , assis au 
sommet d'un arc-en-ciel et les pieds sur une boule figurant la 
terre ; il est nimbé et revêtu d'un manteau de pourpre croisé 
sur la poitrine qui laisse à nu la partie supérieure du corps , 
où saigne la blessure faite par la lance. De la poitrine le man- 
teau descend sur les jambes qu'il enveloppe , pour s'étendre 
ensuite en larges plis des deux côtés de son siège aérien ; les 
pieds et les bras également nus paraissent dans une attitude 
qui révèle la préoccupation de l'artiste d'étaler aux regards 
les plaies du Sauveur. De là une disposition importante et 
q^i est un des caractères de cette composition , et peut-être 
la pensée génératrice d'où procèdent toutes les autres. Au lieu 
de menacer d'un regard irrité , et de sa main droite levée » de 
lancer sur les danmés la terrible excommunication : Recedite a 
tne^ inaledictij etc., Jésus-Christ , dans une attitude impassible 
et pleine de majesté , préside cette grande scène et semble 
dire , s'adressant aux bons comme aux méchants : C'est par 
mes souJBTrances que votre sort se fixe en ce moment , ou plutôt, 
pour ne pas nous éloigner du texte sacré : Voici comment je 
suis venu pour la résurrection et pour la mort de plusieurs en 
Israël. 

Tous observerez Messieurs , si je ne me trompe, que nous 
rentrons de nouveau ici dans le domaine symbolique préféré 
à la vérité de fait ; importante r^narque , ce me semble , pour 
caractériser la tendance artistique ef religieuse de notre école 
de peinture au xv« siècle. 

Pour iqppuyer mon opinion sur l'idée-mère qui a produit 
cette composition , je vous prierai de remarquer d'abord Fim* 



— 167 — 

portance matérielle de la place donnée au souverain Juge et à 
tout ce qui sert à le signaler particulièrement Ainsi, la grande 
auréole en forme d*amande qui monte presque jusqu'au sommet 
de l'ogive, entourée d'une seconde gloire , peinte en rouge» 
peuplée de séraphins; les trois anges qui soutiennent les 
instruments du supplice ; la figure même du Christ dessinée 
dans des proportions plus grandes que celles du premier plan, 
tout appelle Fattention du spectateur presque exclusivement 
sur ce groupe central. 

Je x^rois qu'en tout cela la pensée que j'attribue à l'artiste 
est évidente; elle ne Test pas moins dans l'idée spéciale de re- 
présenter Jésus conune pesant les hommes à la mesure de ses 
propres souffrances. En effet , si le Sauveur est assis sur l'arc 
iles nuées , s'il presse la terre de son pied , pour manifester 
sa toute-puissance , si la justice et la miséricorde sont assises 
à ses côtés , pour caractériser le Juge souverain , ce qui domine 
tout cela , c'est la croix , soutenue d'une main par deux anges 
qui portent de l'autre les instruments de la passion , la lance 
et la colonne de la flagellation , dont le petit ange placé dans 
la pointe de l'ogive, nous montre les deux fouets sanglants* 

Evidemment , il y a dans cette disposition et ce concours de 
circonstances , autre chose que le hasard (1), et vous consta- 
terez , je pense avec moi , Messieurs , la convenance de cette 
idée qui ne manque ni d'originalité ni de grandeur, par laquelle 
Jésus-Christ est représenté assistant au Jugement comme 
témoin impartial plutôt que comme juge irrité, tandis que 
ses anges séparent les bons des méchants. 

En dehors du groupe central dont nous venons de parler , 
j'en distingue quatre autres qui se partagent tout l'espace 
restant. Ce sont , à droite et à gauche deux chœurs de saints 
et d'apôtres , ajant en tète , l'un la sainte Yierge , l'autre saint 



(1) Le jugement dernier de Fiesole, au Musée de Florence , a beaucoup d'a- 
nalogie atec celui-ci; seulement le Christ a la main droite ouverte { elle est 
Toe de face et celle de gauche de profil. 



— 168 — 

Jean-Baptiste, et dans le bas, deux groupes correspondant aux 
précédents ; à la gauche du Christ , les damnés poussés irers 
la bouche de Teufer par d affreux diables , et à droite les élus 
conduits par des anges. (Cette dernière partie est, par malheur» 
presque entièrement détruite]. Enfin, au milieu de ces deux 
derniers groupes , Farchange saint Micliel , debout , frappant 
de la hampe d'une croix les condamnés au feu éternel , semMe 
chargé de l'exécution de la sentence et complète ainsi , par son 
geste \iolent et sa position subordonnée à celle du fils de Dieu, 
le sens général de cette œuvre importante. 

Composition artistique. — J'ai dit plus liant que la composi- 
tion artistique revêt l'idée première de formes sensibles, coor 
données suivant certaines règles. Ce mot de règles réveillerait 
ici , mal à propos , la querelle toujours pendante de^ classiques 
et des romantiques. Je dirai seulement à la décharge des uns 
et des autres : pour les classiques , qu'il y a certainement des 
règles ; pour les romantiques passés et futurs, que toutes les 
règles ne seront jamais entièrement découvertes et, à plus forte 
raison , définitivement classées. Pourquoi cela ? Par la raison 
que toute créature procède de la création, et que toute loi n'est 
loi qu'à la condition d'être en harmonie avec celles posées par 
Dieu même dès l'origine des choses. Or, qui pourra jamais se 
vanter d'avoir trouvé toutes les lois de la création ? On Fa dit 
avec raison, la rhétorique n'est veime que postérieurement 
aux orateurs, la grammaire, qu'après la formation de la langue, 
la règle en général qu'après l'expérience. On peut donc 
admettre des règles dans Fart , tout en laissant la porte ouverte 
aux innovateurs qui pourront toujours proposer de nouvelles 
modifications au code des lois précédentes , modifications qui 
deviendront définitives par le suffrage des hommes de goût 

Dans l'art de la composition , il y a donc des règles qui 
peuvent servir de terme de comparaison, pour en apprécier 
l'harmonie. Ces règles sont presque toutes établies suivant 
certaines lois mathématiques , et Fetisemble des lignes d'une 
composition, peut toujours se réduire en quelques figures 



— 469 — 

géométriques; tantôt c'est la forme p}'ramidale qui domine, 
comme dans les Moissonneurs de Robert^ les Bergers d'Arcadie 
du Poussin, etc.; tantôt la composition est renfermée entre 
deux parallèles simples , comme dans la Cène de Léonard de 
Tinci. Quelquefois la composition remplit tellement son cadre 
quelle eu prend nécessairement la forme; c'est le cas du 
fameux Jugement dernier de Alichcl-Ange , et aussi de celui 
plus modeste que nous examinons. Mais alors la difficulté n'est 
que déplacée et se reporte sur Tarrangement des masses qui 
coucoureut à l'unité du sujet traité. En un mot , si l'cm soumet 
à l'analyse les œuvres des grands maîtres du xvi« siècle , on 
trouve toujours que ragcncement des groupes est soumis à 
uu balancement rhjthmé qui n'est pas moins nécessaire dans 
la peinture que dans Tarchitecture. Voyons dans quelle 
mesure la composition de notre Jugement dernier sëloigue ou 
se rapproche de ces grands modèles. 

Un premier coup-d'œil suilit pour montrer que l'auteur s'est 
imposé la condition absolue d'une parfaite symétrie. Pour nous 
readre uu compte exact de ce fait , nous supposerons nue ligne 
verticale partant du sommet de l'ogive jusqu'au bas et séparant 
ainsi le tableau en deux parties dans sa longueur. Or, nous 
aurons ainsi des deux côtés une correspondance exacte. 
D abord , quant au groupe de personnages , le chœur des 
apôtres de droite reproduit exactement celui de gauche ; même 
nombre de figures , même position dans le rang , même espace 
circonscrit par l'ensemble du groupe. La même symétrie existe 
pour le chœur des saints, opposé à celui des saintes ; une petite 
variété se remarque cependant en ce point; mais elle était 
exigée par la différence de costume. Enfin , dans le bas du ta- 
bleau, le groupe des damnés correspond exactement à celui des 
élus. Si des agglomérations de figures nous passons aux person- 
nages isolés, nous retrouvons la même symétrie rigoureusement 
obser\'ée. Ainsi, à commencer par le haut, l'ange qui porte la 
lance est opposé à celui qui soutient la colonne ; la figure de la 
Justice est opposée à celle de la Miséricorde ; la sainte Vierge 



— 170 — 

l'est à saint Jean-Baptiste ; le petit ange qui sonne de la trom- 
pette a son pendant costnmé de même et remplissant les mêmes 
ionctions. 

En résumé » bien qu'il faille noter dans la partie inférieure 
du tableau , et particulièrement dans le groupe des damnés, un 
mouvement plus décidé que dans la partie supérieure , on peut 
dire que cette composition est conçue dans un système arrêté 
d'agencement symétrique , ce qui est tout autre chose que 
l'arrangement harmonieusement rhytbmé des combinaisons des 
maîtres du xvi* siècle. Dans ces derniers , en effet , l'ensemble 
de la composition peut toujours se réduire en un plan géomé- 
trique ; mais ce plan n'apparaît pas crûment à Tœil comme 
dans notre peinture ; il est déguisé avec art et il faut un travail 
d'analyse , pour s'en rendre compte d'une manière précise. 

Je compléterai ici ces considérations sur la composition ma- 
térielle de notre Jugement dernier en la comparant à celle du 
crucifiement dont j'ai précédemment fait la description. Le petit 
croquis que j'ai mis sous vos yeux suffit pour démontrer que le 
même système constaté dans le premier a servi de règle pour 
l'exécution du second. La forme pyramidale est ici parfaitement 
déterminée , sans dissimulation aucune » et la symétrie la plus 
exacte dans la composition s'étale avec un parti pris plus dé- 
cidé et une naïveté plus grande. La perspective rectiligne du 
bassin dans lequel la croix est implanta, contribue beaucoup 
à augmenter la roideur d'aspect de tout ce parallélisme. 

Des proportions, —Philosophiquement parlant , il n'y a point 
dans la nature de grandeur absolue, mais seulement des gran- 
deurs proportionelles. Donnez à la figure d'un enfant une hau- 
teur qui contienne sept fois la longueur de sa tête, et vous 
aurez un petit homme et non plus un enfant , quelle que soit 
d'ailleurs la grandeur réelle et même Texactitude de« autres ca- 
ractères particuliers. La proportion, qui est le rapport naturel du 
tout avec les parties , forme donc la base fondamentale du dessin 
dans ses diverses branches. C'est véritablement par l'étude de ces 
rapports que l'art se dégage des langes du berceau et passe de 



renfonce à la première période du progrès où , après de longs 
tâtonnements » il finit par trouver les règles des proportions 
normales du corps humain. 

Ce n'est guère qu'à la fin du xii« siècle que nos artistes du 
Moyen-àge paraissent avoir compris l'importance de cette 
étude. À cette même époque, la peinture et la statuaire com- 
mençaient à se créer une existence indépendante de l'architec- 
ture , à laquelle ^ jusque là, elles avaient été aveuglément 
soumises. Cette obéissance passive retarda certainement le 
développement de ces deux branches importantes de l'art du 
dessin. Elle est également la cause d'une anomalie que l'on 
remarque fréquemment dans les monuments de ce temps, où 
le fini des détails et une tendance certaine à l'imitation de la 
nature semblent en contradiction avec l'incohérence qui règne 
dans les proportions. uMnsi , on peut voir au portail occidental 
de N.-D. de Chartres , à la cathédrale du Mans et dans beau- 
coup d'autres édifices du même temps , des figures qui se 
mesurent par neuf et dix tètes de hauteur, tandis que les 
voussures, les chapiteaux (1), les consoles, de ces mêmes 
monuments présentent des personnages qui n'ont pas plus de 
quatre à cinq têtes d'élévation. Cette bizarrerie s'explique très- 
bien par l'assujétissement de la statuaire aux membres d'ar- 
chitecture qu'elle était appelée à décorer. Ainsi , dans le premier 
cas , les longues figures debout de chaque côté des portes sont 
de véritables caryatides adhérant complètement à la colonne 
dont elles ont pris les proportions , tandis que dans le second 
les petits personnages à grosse tête sont comme écrasés dans 
l'étroit espace qu'ils doivent occuper. De même , dans les ma- 
nuscrits de cette même époque , j'ai souvent remarqué que les 
figures quioment les grands I sont d'une longueur démesurée, 
pendant que celles des autres lettres ont des proportions plus 
normales. Ce^te observation est importante à faire pour 
apprécier avec exactitude les progrès du dessin dans nos 

(1} Ceux de Saint-Léonard k me-Boochard ei^ font un remarquable exGm||>ie. 



— (72 — 

anciennes écoles. Elle peut certainement être invoquée à la 
décharge d'une de leurs erreurs les plus singulières ; mais il 
faut avouer aussi que cette abnégation e.st une preuve de l'in- 
certitude, en ce point, des connaissances des artistes. C'est 
seulement dans le courant du xiii'' siècle qu*ils paraissent assez 
stirs de leurs convictions personnelles^ pour imposera leurs 
collaborateurs le respect des conditions vitales de leur art. 

Kos peintures de Saint-Mesme , datant du xv* sicxîle , pré- 
sentent naturellement un progrès marqué sous ce rapport , et, 
malgré quelques erreurs traditionnelles que nous constaterons, 
il est évident que les proportions des figures sont fixées. 

J'ai dû, pour arriver à connaître le système suivi à Saint- 
Mesme , prendre le compas et mesurer les figures principales 
dans leurs diverses dimensions , par rapport à la longueur de 
la tête prise comme unité. Mais je dois dire que la plupart 
étant assises et celles qui sont debout étant toutes incomplètes, 
je n'ai pu of)érer que sur la moitié du corps et seulement pré- 
sumer la longueur réelle , en suppléant par analogie aux par- 
ties absentes. Quoi qu'il en soit , je crois être arrivé à un 
résultat trè^-approchant de la vérité , dont voici le résumé. 

J'ai remarqué, en premier lieu, peu de différence dans la hau- 
teur relative de chaque figure , dont la moyenne varie de sept 
têtes et demi à sept têtes deux tiers. C'est la proportion 
naturelle de l'homme, telle qu'elle avait été observée par l'an- 
tiquité grecque jusqu'à l'époque de Phidias inclusivement, et, 
dans les temps modernes, par les maîtres italiens du xv* siècle 
jusqu'à la décadence postérieure à la mort de Raphaël , où la 
proportion de huit à neuf têtes de haut triompha dans l'école 
italienne. 

Mais le même accord n'existe plus pour la mesure du corps 
dans sa largeur. On retrouve ici une tradition persistante de 
l'école ogivale du xiii* siècle , chez laquelle la tnaigreur des 
formes fut un caractère constant, l^e corps du Christ du Juge- 
ment dernier, comme celui du Crucifiement, est étriqué et 
notablement trop mince de taille. Un autre défaut, de propor- 



— 178 — 

tioQ choqaant est la longueur des jambes comparée à celle du 
buste qui est court. De plus, le cou est enfoncé dans les épau- 
les et la poitrine trop relevée. 

Les membres supérieurs ont des proportions plus exactes 
que les inférieurs. Par exception , les bras de la Vierge , dans 
le Jugement dernier , sont dcmesurément longs et maigres ; 
mais il faut l'attribuer, je crois, à une tendance génc^rale , bien 
marquée vers un idéal d'élégance dont c^tte figure tulière est 
empreinte. Enfin, les pieds et les mains offrent cette différence 
notable dans leur rapport mutuel avec la tôte prise comme 
unité , que les pieds sont trop courts d'une quantité que j'es- 
time à un dixième et les mains trop longues d'un cinquième 
environ. Ce défaut se remarque également dans les figures de 
Giotto et de son école. 

Les observations qui précèdent s'appliquent aux deux pein- 
tures de la cbapelle de Saint-3Iesme. Je dois faire remarquer ce- 
pendant que, dans le Christ du Crucifiement, la partie inférieure 
du corps , au lieu d'offrir comme dans les autres figures un 
excès en longueur, est au contraire notablement trop courte. 
Mais le caractère exceptionnel de cette proportion ne me parait 
pas devoir infirmer lu règle générale qui ressort de l'examen 
de tout le reste. 

Enfin une dernière exception doit être notée , c'est l'inégalité 
des proportions dans les figures , où le mouvement du corps, 
plus tourmenté , offrait des difficultés d'exécution insurmon- 
tables à cette époque : ainsi les personnages qui composent le 
groupe de damnés et surtout les deux anges sonnant de la 
trompette , dont il sera parlé plus au long au chapitre des 
raccourcis. 

De la forme, — Lorsque le dessinateur, à l'aide d'un bon 
système de proportions , a fixé ses grandes lignes, il lui reste 
h circonscrire chaque partie par des traits correspondants, qui, 
en se rapprochant ou s'éloignant, embrassent dans leurs con- 
tours sinueux un champ déterminé, par lequel doit être repré- 
senté à l'œil la forme exacte de l'objet. C'est encore par les 



- 174- 

proportioDs quejse mesurent ces diverses relations. Mais ici le 
compas et la règle ne peuvent être d'aucune utilité : c'est par 
Timitation précise et la fidélité du crayon que la nature peut 
être saisie dans son admirable variété. 

Le caractère le plus saillant du corps humain , soit qu'on 
l'envisage dans son ensemble ou dans ses parties , est d'offrir 
un aspect général , fusiforme à la fois accidenté et symétrique. 
C'est le côté symétrique que saisissent de prime al)ord les ar- 
tistes de la première période , et ils y restent longtemps fidèles 
sans grande modification apparente. Peu à peu , cependant , 
une étude plus exacte révèle à Fart plus expérimenté des dé- 
tails d'abord inaperçus , et conduit à cette imitation parfaite 
de la forme humaine, à laquelle il ne manque plus que le mou- 
vement et la vie , qualités que peut seule donner la connais- 
sances des modifications sous-cutanées des muscles et des os. 

Bien que ^ dans les peintures de Saint-Hesme , le plus grand 
nombre des figures soient vêtues , cependant les parties nues 
sont encore assez nombreuses pour permettre d'apprécier l'é- 
tat d'avancement des études de la forme à l'époque ou elles 
furent exécutées en France , c'est-à-dire vers l'année 1480. 

Je remarque d'abord le caractère fusiforme symétrique 
dans les parties nues. Ainsi le corps du Christ, dans les deux 
tableaux est étranglé à la taille par le renflement exagéré des 
côtes et des hanches qui diminuent trop rapidement vers la 
ceinture. Les membres , en généi*al , suivent dans leur amin- 
cissement des attaches aux extrémités une progression trop 
constamment parallèle , comme des objets façonnés au tour. 
Ces mêmes attaches sont imparfaitement rendues et à peine 
ébauchées. Ainsi , pour n'en citer qu'un exemple , le genou , 
au lieu de ces nombreux accidents motivés par la réunion de 
quatre os différents , ne présente qu'une boule noueuse , uni- 
forme , qui parait séparer, quand elle devrait les réunir , les 
parties inférieures et supérieures de la jambe. Les bras ne sont 
pas mieux attachés à l'épaule , et dans le Christ en croix , le 
mouvement qui élève la poitrine par la contraction du deltoïde 



« 



— 175 — 

ne peat laisser aucun doute sur Tignorance du dessinateur 
quant aux premiers principes de la niyoiogie. 

Après aYoir constaté Tinfériorité de la forme , je dois dire 
que si nos peintures se rapprochent en ce point des écoles de 
la première période , elles s'en éloignent et se rattachent à la 
seconde par certains détails mieux compris et plus étudiés. 
Ainsi 9 dans le travail des men^res inférieurs , si je reconnais^ 
d'un coté, rémission de cette coche profonde , si caractéris- 
tique f formée à la partie interne de la cuisse par la position 
oblique du grand couturier , je Yois de Tautre que l'inégalité 
de la longueur des jumeaux au côté postérieur de la jambe est 
exactement rendue. Même réussite pour les malléoles internes 
et externes. Dans les membres supérieurs , je remarque la 
même tendance à une imitation plus exacte de la nature , bien 
qu'avec des chances variables de succès et d'imperfection. Les 
pieds et les mains participent à cette inégalité d'exécution des 
parties. Les pieds sont d'un dessin plus correct que les mains , 
dont les doigts efBIés et longs outre mesure rappellent les erre- 
ments de l'école antérieure. 

£n résumé, pour ce qui regarde la forme proprement dite^ je 
constate que le peintre de Saint-Mesme est en progrès sur l'art 
de la première période, par une tendance marquée j partiellement 
suivie de succès ^ vers l'imitation plus exacte de la nature. 
Cette proposition achèvera d*ètre démontrée , quand nous exa- 
minerons le dessin des têtes et le jet des draperies. 

Des raccourcis. — A toutes les périodes de Fart, et pour celui- 
là même qui» le premier, s'est proposé la solution de ce problème, 
représenter j par un simple contour , un corps solide sur une sur* 
face plane f la question des raccourcis s'est trouvée posée immé- 
diatement. Dès les premiers essais des Égyptiens, et avant que 
leur art n'ait été comme figé dans un moule réglementaire , il 
est intéressant de constater l'énergie de leurs efforts pour vain- 
cre les dii&cultés qui s'offrirent à eux de prime abord. Après 
beaucoup d'infructueuses tentatives, ils s'arrêtèrent, en éludant 
autant que possible ce qu'il y avait d'insoluble pour eux dans 



— 176 — 

la question , à ce type de figure , connu par sa singularité, où 
les épaules sont de face pendant que tout le reste du corps est 
de profU. 

Plus hardis et plus ingénieux, les Grecs parvinrent, sans 
résoudre complètement le problème, à s'en approprier les 
principaux termes , et Ton peut suivre , sur le dessin des vases 
de diverses époques les phases de leurs progrès à cet égard. 
Or, il n'est pas douteux que la tradition grecque, défigurée 
par la décadence romaine et immobilisée par la routine des 
Byzantins , n'ait servi de base fondamentale à nos écoles du 
Moyen-àge. C'est ce qui explique Tassurance avec laquelle les 
peintres de ce temps abordent des poses de face et de profil 
suivant les exigences de leur composition. Ils avaient en effet 
reçu , par enseignement traditionnel, le sentiment de la néces- 
sité de varier l'aspect de leurs figures , et certaines pratiques 
toutes spéciales , au moyen desquelles ils pouvaient vaincre les 
diflîcultés les plus ordinaires , ou les tourner honorablement. 
Mais leur méthode étant trop imparfaite pour embrasser toutes 
les circonstances dans lesquelles la forme humaine peut se 
présenter, leur impuissance so traduisit le plus souvent eu une 
gène et des impossU)ilités matérielles , qui poussèrent à la re- 
cherche du mieux les artistes, leurs successeurs, ambitieux 
de se distinguer dans la voie du progrès. 

La découverte de la perspective , appliquée d'abord à la 
représentation des corps inanimés , mit les chercheurs sur la 
voie de la solution du problème , en ce qui regardait la figure 
humaine ; mais ce fut plutôt en faisant de plus en plus sentir 
la nécessité de cette solution qu'en fournissant elle-même une 
méthode certaine pour vaincre directement les diificultés des 
raccourcis. 

Ici se présenterait l'examen d'une question fort intéressante, 
celle de savoir jusqu a quel degré la science de la perspective 
combinée avec Tétude de la nature peut, à l'exclusion des 
connaissances anatomiques , s'approcher du but que le dessi- 
nateur se propose d'atteindre. Mais cet examen n'est pas indis- 



Ka 



— 177 — 

pensable et nous conduirait trop loin ; il me suffira d'énoncer 
nn fait dont les conséquences sont nécessaires au développe- 
ment de ma thèse. Ce fait ^ admis par le savaut MuUer {Ma- 
miel d'Archéologie j § 1 34-327 J, est facile à démontrer par 
l'analyse des monuments antiques parvenus jusqu'à nous : 
c'est que les Grecs connurent Tanatomie par des observations 
toutes superflcielles et que Tapplication de cette science à Fart 
du dessin est une idée moderne ; d'oii cette conséquence que 
la combinaison de la perspective avec Tobservation de la na- 
ture peut suffire pour résoudre les difficultés les plus usuelles des 
raccourcis , sans avoir la puissance nécessaire pour rendre cer. 
taines poses plus compliquées, comme par exemple, une Qgure 
suspendue en, Tair , vae par les épaules avec le corps et les 
jambes en fuite. 

Or, d'un côté , nous avons reconnu , dans le chapitre précé- 
dent , que le caractère du dessin dans la peinture de Saint- 
Mesme était Tétude du naturel, sans le secours de connaissances 
anatomiques positives ; de l'autre , nous verrons tout à l'heure 
que la perspective est certainement connue et pratiquée dans 
l'école à laquelle appartient notre auteur. Donc , si nos con- 
clusions sont exactes , nous devons trouver ici la solution 
imparfaite des raccourcis , telle que peut la donner l'imitation 
de la nature combinée avec la perspective , à l'exclusion de 
Fanatomie. Or, c'est précisément ce qui frappe dans les tenta- 
tives de ce genre faites par notre peintre du Jugement der- 
nier. Ainsi, dans toute la partie supérieure où les personnages 
sont assis dans des attitudes calmes et presque immobiles 
les raccourcis que j'appelle ordinaires , tels que les épaules 
dans les figures de profil , les pieds de celles qui sont vues de 
face, les cuisses des personnages assis, etc., sont rendus d'une 
manière satisfaisante. Il y a mieux encore , le saint Michel , 
dont le mouvement est plus violent, offre l'exemple d'un 
succès intéressant à constater , bien que peui^ètre la réussite 
du bras droit , vu en raccourci, soit dû en partie à l'armure 
dont il est couvert; supposition que confirmerait la confusion, 
V 12 



— 178 ~ 

la gène et rincobéreace des mouvements des figures nnes, qai 
composent le groupe des dainnés. 

Ces erreurs , néanmoins , peuvent passer pour des succès 
comparées aux deux personnages dont nous allons parler. 
Ceux-ci prouveront péremptoirement la nécessité de la distinc- 
tion que je cherche à établir entre les raccourcis ordinaires , 
et ceux que j'appellerai , par opposition , extraordinaires , bien 
que répithète d'excentriques leur convint davantage, puisqu'ils 
se rencontrent surtout dans les figures qui sortent dans leur 
mouvement du centre commun de gravité. 

Quoi qu'il en soit^ ces deux personnages placés au centre 
de la composition , et représentant deux anges sonnant de 
la trompette ; reproduisent exactement le cas précité au 
commencement de cet article , d*une figure suspendue en Tair, 
vue par les épaules, ayant le reste du corps en fuite. Ici l'im- 
puissance du dessinateur égale sa témérité naïve. On peut dire 
à la lettre que ces deux figures n'ont pas forme humaine. Deux 
tètes an visage boufB, accompagnées de deux bras sans épaules, 
sortent d'une espèce de paquet de linge qui figure leur corps. 
Evidemment dans ce cas , comme dans tous ceux où le modèle 
ne peut tenir la pose , l'imitation de la nature, même aidœ de 
la perspective , ne peut suffire à représenter coiiMuablement 
un objet aussi compliqué , et c'est seulement par la connais- 
sance approfondie du corps humain, résultat des études ana- 
tomiques, que le dessinateur peut vaincre de semblables 
difficultés. C'est par cette raison que , dans les écoles d'Italie 
jusqu'à Michel-Ange , nous voyons les peintres user d'artifice 
pour tourner cet écueil , et les petits nuages qui servent de 
supports aux personnages célestes , dans les tableaux du Per u- 
gin , dans les fresques de Signorelli à Orviéto , etc., n'ont pas 
d'autre but. 

Je crois avoir démontré la vérité de ma double proposition 
en ce qui regarde les raccourcis ordinaires et extraordinaires. 
Mais pour les premiers que j'ai reconnus praticables à l'aide 
seulement de la nature et de la science de la perspective , j*ai 



— 179 — 

supposé la connaissaAce de cette dernière dans le peintre de 
Saint-Mesme , je vais prouver directement que ma supposition 
était fondée. 

De la perspective. — Il est certain que les anciens connurent la 
perspective et l'appliquèrent dans les arts ; il n'est pas moins 
certain que celte science fit naufrage» avec beaucoup d'autres, 
dans le grand cataclysme qui entraina la chute de l'empire ro- 
main. A peine en trouve-t-on encore quelques traces fugitives 
dans la représentation d'édifices isolés de quelques miniatures 
carlovingiennes. Hais de œOequi coordonne un ensemble, soit 
de ccrps réguliers et inanimés , soit d'êtres vivants , on n'en 
trouve plus vestige jusqu'au xv« siècle de notre ère. 

C'est au commencement de ce siècle que l'école italienne ap- 
pliqua aux arts du dessin cette science récemment retrouvée. 
Gomment fut*elle ensuite communiquée aux artistes de notre 
pays? Fut-ce par transmission directe ou par une invention si- 
multanée dans les écoles du nord de l'Europe ? C'est ce qu'il 
est impossible d'aiBrmer avec quelque certitude. 

L'examen attentif des peintures de Saint-Mesme nous prou- 
vera que la perspective était pratiquée dans notre ancienne 
école. En ce qui regarde les corps réguliers, cela est évident , 
par la manière dont sont exécutés les deux bassins du Cruci^ 
fiement symbolique. De prime abord on voit que toutes les 
lignes convergent au même point de vue et sont espacées géo- 
métriquement d'après toute la rigueur des règles de la per- 
spective. Quant aux figures animées y elles sont certainement 
soumises à ces mêmes règles ; mais, pour le démontrer^ il faut 
examiner les choses de plus près. 

Dans le Jugement dernier^ la dhninution apparente des corps 
à mesure qu'ils s'éloignent du point de distance est très- 
exactement suivie dans la double rangée des apôtres , qui for- 
ment le cercle autour du souverain Juge. La projjfression du 
premier au demi^ , mesurée par la hauteur de la tète , est 
comme 12 est à 8, et poursuivant la comparaison jusqu'aux 
saints personnages du dernier plan , la progression continue 



— 180 — 

d'une manière normale et devient comme 12 est à 6. Si nous 
comparons maintenant entre elles , les deux parties inférieures 
et supérieures du tableau , nous trouvons que la ligure de 
saint Michel et celle du Christ sont en proportion comme 8 est 
à 7 9 ce qui approche de la vérité. Mais d'un autre côté le 
groupe des damnés et celui des élus qui occupent le même 
plan que le saint Michel sont d'une dimension bien moindre » 
et telle, à peu près, que devrait être une figure placée derrière 
la Vierge. 

La même remarque s'applique à la grandeur relative du 
Christ. Se trouvant en réalité sur le même plan que les deux 
apôtres les plus éJoignés et un peu en avant des deux figures 
allégoriques, la Miséricorde et la Justice , il devrait régulière- 
ment tenir, par ses dimensions , le milieu entre les uns et les 
autres ; et cependant , il est plus grand d'une quantité que 
j'estime à deux septièmes. D'où vient cette anomalie? £t ne 
serait-elle pas une preuve que l'auteur de ce travail ignorait 
les règles de la perspective , ou , du moins, ne savait pas les 
mettre en pratique , quand il s'agissait d'un ensemble de figu- 
res animées ? Je ne le pense pas. 

L'exception que je viens de signaler ne me semble pas le 
résultat d'une erreur ou d'un hasard , mais bien d'un système 
très-fréquemment en usage dans les anciennes écoles. Par ce 
système , les artistes s'efforçaient d'associer la grandeur maté- 
rielle à la grandeur morale , et de commander le respect et 
l'admiration pour les personnages les plus importants en les 
représentant dans des dimensions relativement supérieures. 

Dans la dispute du St- Sacrement de Raphaël, ouvrage 
sublime , qui peut être regardé comme l'apogée de l'art du 
dessin à la fin de la seconde période , on peut voir que l'au- 
teur, tout en cherchant à mettre à profit les progrès nombreux 
réalisés par ses contemporains , est resté fidèle à certaines tra- 
ditions antérieures, tombées en désuétude dans les autres 
écoles d'Italie. Parmi ces traditions, on remarque celle qui fait 
l'objet de l'observation précédente. Ainsi, la hauteur du Christ 



— 181 — 

qui , là anftsi , est le centre d une vaste composition , s'écarte 
des règles de la perspective , partout ailleurs très-exactement 
observées. Or, si à Rome, dans les premières années du 
XVI* siècle, la tradition dont nous parlons a paru assez res- 
pectable à Raphaël pour l'autoriser à transgresser des lois uni- 
versellement reconnues et pratiquées autour de lui , comment 
s'étonner que chez nous , trente ans au moins auparavant j 
dans uu ouvrage qui accuse encore beaucoup d'incertitude 
dans les voies nouvelles ouvertes au progrès du dessin , le 
peintre n'ait pas hésité à sacrifier, par exception , la rigueur 
d'une règle matérielle , en faveur d'une idée depuis longtemps 
consacrée par l'usage , et qui , il faut en convenir, ne manque 
en réalité ni de grandeur ni d'à-propos? On ne peut donc dou- 
ert que l'erreur signalée plus haut ne soit volontaire et la 
conséquence d'une tradition antérieure , non-seulement dans 
le Oirist par rapport aux figures qui l'entourent, mais aussi 
pour l'archange en proportion des deux groupes au milieu des- 
quels il se trouve. Je crois donc, à raison même de ces excep- 
tions, pouvoir regarder conmie démontrée la proposition 
énoncée plus haut : que les peintures de Saint-Mesme révèlent 
l'application certaine des règles de la perspective , aussi bien 
pour les corps réguliers que pour ceux qui sont doués de mou- 
vement et de vie. 

Du dessin dans les têtes et de leur expression. — En résu- 
mant nos observations sur le dessin considéré dans la forme , 
en général , j'ai constaté un progrès certain sur l'art de la 
première période par une imitation plus exacte de la na- 
ture. Mes preuves ont été tirées de l'examen analytique des 
parties du corps non drapées, prises dans les deux sujets de la 
chapelle. Je persiste à croire mes conclusions en ce point 
complètement exactes ; mais cependant, j'avoue qu'il faut un 
œil uu peu exercé pour constater le plus ou moins d'imperfec- 
tion dans un dessin encore imparfait, et que, par conséquent, 
ma démonstration peut n'être pas aussi frappante qu'elle le 
serait s'il s'agissait d'une œuvre de la troisième période • Mais , 



-. 18SÈ -- 

ainsi qa'on p^t Tobserver dans tes phases correspondantes 
des arts antiques , chez les Égjptieus comme chez les Grecs , le 
prc^rès du dessin , aux époques primitives , est toujours plus 
sensible dans les têtes que daus le reste du corps. Ceci doit 
être vrai, à plus forte raison, dans nos climats septen- 
trionaux, où les têtes sont toujours soumises à l'étude de 
l'observateur, tandis que le corps , couvert d'habits plus ou 
moins difformes, exige du dessinateur qui veut acquérir 1^ 
connaissance complète du coi*ps humain une application par- 
ticulière et des efforts longs et minutieux. 

Or, il est facile de voir, à la première inspection de l'œuvre 
qui nous occupe, que Timitatîou de la nature dans les têtes 
est plus avancée que celle des formes du corps en général , et 
même des membres extrêmes comme les mains et les pieds. U 
y a plus , ce progrès, en ce qui regarde la tête , est assez pro- 
noncé pour avoir permis au dessinateur de s'élever dans quel- 
ques-unes (et j*ai surtout ici en vue celle du Christ , PI. III), 
à un idéal où le côté poétique et le côté réel ne peuvent être 
équilibrés plus heureusement. 

Mous allons donc avoir à examiner ici, non-seulement les 
qualités du dessin en tant que représentation d'un objet na- 
turel , non-seulement cette expression de la vie qui caractérise 
Têtre animé , mais encore ce caractère sublime , à la fois positif 
et immatériel qui reflète véritablement le souffle divin dont 
l'âme de Thomme est l'émanation, et révèle l'approche de la 
troisième période. 

Notre analyse comprendra par cette raison deux divisions 
distinctes. Nous commencerons par les têtes qui ont conservé 
un côté positif plus déterminé. Ce sont notamment les apôtres 
et les saints personnages placés à droite , au-dessus d'eux ; le 
saint Jean-Baptiste et les damnés. Les personnages qui font 
partie à des degrés différents de la hiérarchie céleste se dis- 
tinguent au contraire par une tendance marquée vers un idéal 
que nous chercherons à apprécier en second lieu. 

Toutes les fois que l'artiste encore inexpâ*imenté cherche à 



— 183 — 

donner à son dessin plus de précision et d'exactitude , il en 
résulte inévitablement ceci : entraîné par une attention trop 
concentrée y il ne saisit d'abord que les traits les plus saillants 
du modèle , et en les reproduisant il a une propension à les 
exagérer encore. De là , une ressemblance un peu grossière 
qui j par le relief prononcé des caractères dlstinctifs, incline 
à rénergie et va parfois jusqu'à la laideur. Aussi, lorsque 
dans les figures on remarque des traits fortement accusés , 
certaine rudesse naïve dans les linéaments du visage , on peut 
être sûr que ces figures ont été faites d'après nature ; et même, 
si le dessin .it^cint un degré notable de précision , et , sur un 
certain nombre de tètes , si les types sont très-variés y on peut 
affirmer que ce sont des portraits. 

Or, ces caractères sont évidents dans les tètes d'apôtres et 
de saints qui forment cercle autour de Jésus-Cbrist. 

On ; remarquera d'abord une grande variété dans le type 
des figures, par la difiérence d'âge, la couleur des yeux et de la 
barbe, la maigreur des uns opposée à la plénitude du visage des 
autres , la distinction de la physionomie dans ceux-ci contras- 
tant avec l'aspect vulgaire de ceux-là , tout , en un mot , révèle 
l'usage du modèle , non plus seulement soumis à une observa- 
tion superficielle et passagère, mais posant devant l'artiste 
qui cherche, par une imitation aussi exacte que possible , à 
reproduire la nature qu'il a sous les yeux dans les limites 
voulues par les exigences de son sujet. 

Ce même principe de l'imitation de la nature se retrouve 
aussi dans les têtes idéalisées de la seconde catégorie, mais avec 
cette différence que le dessin est loin d'avoir la même précisi(Mi« 
On dirait que l'auteur a puisé tour à tour à deux sources diffé- 
rentes , qui stmt venues se foudre dans son travail. L'un de 
ses modèles a vécu de la vie conunune , l'autre n'existe que 
dans son imagination, soit que l'artiste l'ait tiré dé son propre 
fonds, soit qu'il l'ait reçu par tradition de ses devanciers. 

La tête du Christ, en particulier, PI. III, dont la beauté serait 
digne du crayon des meilleurs mattres italiens du x\* siècle, me 



— 184 — 

parait produite par un mélange heureux des types traditionnels 
et d'une nature choisie, celle-ci à moindre dose. Le contraire 
se remarque dans la tète de la Saiute Vierge , où la nature 
semble l'emporter sur Tidéal. Cette figure , fort belle du reste 
rappelle, par les traits du \isage et ses ajustements serrés à la 
taille , le goût de l'époque qui Ta produite , relevé par l'imita- 
tion du t}'pe humain le plus noble , celui d'une reine dans tout 
l'éclat de sa majesté. C'est seulement dans les figures d'anges 
qu'il me semble re^ïonnaitre un idéal presque entièrement 
exclusif de l'imitation de la nature. Ce type n'est point per- 
sonnel à notre auteur , mais il se rencontre dans presque toutes 
les peintures à l'huile de ce temps et dans les miniatures des 
manuscrits. Le visage est rond , un peu boufii , les traits 
petits et mignons , le nez court et relevé à son extrémité. 
On a donné avec raison à ces figures l'épithète de pouponnes. 
La généralité de leur emploi dans tout le xv* siècle accuse , 
jusque dans la peinture religieuse , l'empire de la mode sur 
les arts du nord de l'Europe. Ce type , qm n'est pas parfait , 
est du moins un symptôme favorable de la recherche du mieux. 
Il me semble le produit de deux influences diverses : la pre- 
mière est une réaction contre la maigreur décharnée de Tàge 
précédent ; la seconde est une tendance à ctiercher la beauté 
idéale dans une nature choisie , consacrée par le suffrage de 
tous. 

Je finis ce qui regarde les airs de tètes , en disant un mot de 
l'expression. On ne peut espérer que cette qualité si délicate 
se rencontre à un haut degré dans des figures qui appar- 
tiennent à une époque encore trop préoccupée des difficultés 
fondamentales du dessin; on remarquera cepenclant, dans 
notre Jugement dernier, des efforts plus ou moins heureux 
pour faire accorder la physionomie des personnages avec le 
rôle qu'ils jouent dans la composition. A la partie supérieure 
du tableau , occupée par Jésus-Christ entouré de la cour céleste, 
l'impassibilité du juge se communique à la plupart des saints 
qui l'accompagnent. Hais par une exception dont je n'ai pu 



— 185 — 

pénétrer le motif , le saint Jean-Baptiste et les douze apôtres se 
penchent l'un vers l'autre , de deux en deux » et paraissent se 
chuchotter quelques mots à l'oreille. 

Cette tendance à Factivité produit une sorte d'expression 
un peu farouche voisine de la grimace, comme dans le dessin 
le caractère trop accusé poussait à la laideur. Dans ce qui 
reste de la partie inférieure du tableau, le groupe des damnés 
offrait au peintre^un motif inévitable d'expression de souffrance 
et de terreur ; mais il fallait , pour éviter de tomber dans une 
déformation de traits exagérée et ridicule , le crayon libre et 
tout-puissant d'un Michel-Ange ou d'un Bubens ; aussi l'in- 
fériorité de notre auteur en ce point difficile n'a-t-elle rien 
de surprenant. 

La bouche , aussi grande ouverte que possible , fait à elle 
seule tous les frais d'expression des ligures de ces malheu- 
reux qui s'acheminent, avec des gestes violents, vers la gueule 
du monstre dont les mâchoires armées, de dents énormes 
vont les engloutir à jamais. Cependant il faut louer séparé- 
ment l'exécution de ces mêmes bouches ouvertes qui , à cette 
époque, offraient certainement des difficultés dont l'auteur s'est 
tiré heureusement , grâce à l'étude de la nature. 

Nous ne nous arrêterons pas plus longtemps à une qualité 
dont le développement complet appartient à la période de l'art 
l du dessin qui suit celle dont nous nous occupons en ce mo- 

ment. L'expression étant aux traits du visage ce que la liberté 
des mouvements est au corps, ce n'est qu'à la troisième 
époque qu'on peut la demander dans sa plénitude. 

Des draperies, — Pour l'étude des draperies aussi bien que 
pour celle du nu , les anciens Grecs ont eu sur les modernes 
un avantage immense , c'est celui d'avoir sans cesse devant les 
yeux la nature en mouvement. C'est à ce fait qu'il faut 
attribuer chez eux cette- aisance et cette grande tournure des 
draperies , dès le conunencement de la seconde période^ mal- 
gré )a mode singulière qui prévalut «lors d'accuser !cs plis des 
vêtements en tuyaux symétriques. 



I 

I 
I 

l 



— 186 — 

n importe de préciser daTantage le principe général de ïi 
thétique des arts grecs dans limitation de la natare. 

Je rappellerai d*abord que précédemment nous avons dénié 
aux anciens la science anatomique . sans laquelle les modernes 
eussent été impuissants à donner toute Taisance daiis la pose 
et tout le mouvement dans l'action dont la figure humaine est 
susceptible. Disons , cependant , que si les Grecs n'ont pas 
possédé à fond, et le scalpel à la main, la science de Torganisme 
animal , ou ne peut leur refuser une connaissance parfaite du 
Jeu des muscles superficiels. Cette supériorité , les anciens Tout 
due certainement à cet avantage InappréciaMe , dont nous par- 
lions tout à l'heure , d'avoir eu sans cesse sous les yeux , 
dans leur iutérieur et sur les places publiques, aux champs 
comme à la ville , dans les combats et dans les jeux du cirque, 
la nature en action telle qu'ils avaient à la représenter dans 
leurs compositions. 

Ce précieux et facile moyen d'étude a produit, dans l'imita- 
tion du corps humain, ce dessin qu'on ne peut se lasser d'ad- 
mirer , à la fois souple et précis , harmonieusement rhythmé 
dans des proportions choisies et surtout plein de noblesse et 
de grandeur, parce qu'il sait se borner dans les détails à la 
plus juste mesure. La comparaison que chacun peut faire en 
son esprit , entre le torse de HUyssus dans le fronton du Par- 
thenon et les dilFérentes œuvres nées de la méthode Hichel- 
Angesque, m'évitera d'entrer dans le plus longs développements 
à cet égard. Le môme principe fécond , appliqué à la draperie, 
n'a pas donné des résultats moins merveilleux. Même sobriété 
dans les détails, rien d'inutile et de prétentieux; quelques 
plis larges, bien motivés par les mouvements du corps que 
l'on sent partout sous le vêtement , convenablement reliés entre 
eux par des ondulations intermédiaires sans recherche ni sur- 
charge ; telles sont les qualités que l'on admire jusque dans 
ces esquisses rapides qui font l'ornement des vases antiques. 
Or, toutes ces qualités, et surtout la dernière, prouvent avec 
évidence , que dans toutes ces figures le dessm du nu a pré- 



~ 187 — 

cédé la draperie^ jetée ensuite à plis flottante sur les nuinbres 
du corps indiqués à Tavance par un trait léger. 

Au Mo;en-àge , pendant Fépoque romane , Fart du dessin 
que Ton est convenu d'appeler byzantin , procède certainement 
de Tart antique. Mais il n'a su conserver ni son asprit , ni sou 
goût 9 et 8*en rapproche seulement par l'emploi des mêmes 
procédés pratiques. Ainsi, il est évident, dans les peintures 
murales comme dans celles des manuscrits de cette époque, 
que les draperies sont jetées sur des corps préalablement dessi- 
nés nus. ISous pourrions aisément multiplier les exemples de 
similitude dans les procédés qui , malgré Timmense distance qui 
les sépare en réalité, relient les œuvres byzantines à celles de 
l'art des anciens ; mais les conséquences que nous allons tirer 
du seul point établi ci-dessus , suffiront à faire comprendre 
notre pensée. Yoyons donc maintenant jusqu'à quel degré 
Técole à laquelle appartient le peintre de Saint-Mesme est 
restée fidèle aux traditions de ses prédécesseurs. Mous allons 
de nouveau retrouver ici le caractère à la fois novateur et con- 
servateur, qui distingue partout la nature militante de la se- 
conde période. 

En effet, nous ne voyons plus ici aucune trace du système 
byzantin, où les vêtements adhèrent au corps d'une manière si 
complète^ que les plis accusent non - seulement les muscles les 
plus saUlaots , mais encore tous les accidents superficiels. On 
peut remarquer au contraire dans les draperies des person- 
nages du Jugement dernier une ampleur magistrale , résultat 
d'un parti pris entièrement opposé. A la place de cette multi- 
tude de traits intermédiaires qui , dans les fresques de Rivière, 
Saiut-Savio, etc., font paraître les étoffes comme rayées symétri- 
quement , de larges ondulations indiquées par des demi-teintes 
soudent les uns aux autres les plis contrariés suivant le mou- 
vement de la figure. Toutefois, bien que la silhouette du corps 
soit ainsi habilement dissimulée , un œil exercé peut en recon- 
naître les contours cachés et acquérir la certitude que le des- 
sinateur a esquissé le nu préalablement à sa draperie, suivant 



— 188 — 

Tancienne méthode. Le même procédé a donc eu des râdiltats 
opposés chez les Grecs d'abord, puis chez les Byzantins et 
eufia chez nos peintres modernes du xv* siècle. D'où viennent 
ces variations ? Il n'est pas hors de propos d'en indiquer ici 
les motifs. 

Ces divergences proviennent toutes de manières différentes 
d'imiter la nature : I** par observation générale et continuelle 
sur la nature libre en action ; ce fut celle des Grecs de la belle 
époque; 2® par traditions successives, comme les Byzantins, qui 
copient les imitations transmises par leurs devanciers, et tom- 
bent ainsi de décadence en décadence à mesure qu'ils s'éloi- 
gnent des types primitifs : 3*^ enfin , par copie directe du mo- 
dèle, comme cela se pratique chez les modernes au moins 
depuis le xv« i^iècle. Kntraînés vers les innovations par l'excès 
même de la routine, nos devanciers sentirent le besoin de re- 
monter à la source de l'enseignement , en se plaçant en face 
de la nature qu'ils voulaient imiter. Seulement (et c'est par là 
qu'ils se distinguent profondément de l'art antique), ne l'ayant 
pas habituellement sous les yeux et traitant des sujets pris 
généralement en dehors du moment présent, ils sont obligés 
de faire poser le modèle dans ^l'atelier. Cette méthode , excel- 
lente et même indispensable dans nos climats, les conduira par 
l'exagération des détails a un servilisme excessif dans l'imita- 
tation. Pour les draperies en particulier , elle aura des consé- 
quences plus fâcheuses encore. Les exigences toujours crois- 
santes d'une copie minutieuse entraîneront peu à peu l'école 
en la faisant passer de la draperie posée sur Thomme a celle 
posée sur le mannequin. Ce dernier procédé employé sans dé- 
fiance finira par anéantir tout mouvement et transformer l'ha- 
billement en linceul , ce qui s'est vu au commencement de ce 
siècle dans l'école de David ; ou bien , comme dans les écoles 
flamandes et hollandaises du xvi« siècle , elle poussera à l'a- 
bandon complet du costume traditionnel pour adopter, même 
dans les sujets religieux, le costume contemporain. 

Hais ces erreurs , résultat d'une ardeur enthousiaste pour 



''•V 






— 189 — 

Timitation du naturel , ne sont point encore propres à l'époque 
où furent exécutées les peintures de Saint- Mesme. Elles s'y ma- 
nifestent seulement à Fétat de tendance modifiée par des ha- 
bitudes traditionnelles qui , comme nous l'avons déjà remar- 
qué, persistent concurremment avec l'application de^ méthodes 
nouvelles. 

L'examen du costume des divers personnages du Jugement 
dernier nous fournira des exemples nombreux de cette double 
influence. Ainsi , pour commencer par le plus important , quel 
arrangement de draperies plus grandiose et plus digne de la 
majesté de Dieu que le costume du Christ ! II n'est plus ques- 
tion ici de la chlamyde grecque ou de la robe romaine. Un 
magnifique manteau de pourpre, s'agrafant en chape sur la 
poitrine , couvre les épaules de l'Homme- Dieu et descend 
ensuite en plis larges et ondoyants des deux côtés de l'arc qui 
lui sert de siège. La silhouette du corps et le raccourci des 
cuisses se comprennent parfaitement sous la draperie. Les 
parties flottantes en dehors de Tarc-en-ciel sont savamment 
traitées , et bien qu'évidemment l'auteur ait eu la nature sous 
les yeux, il a su limiter librement sans tomber dans la raideur 
ni la sécheresse ; et si l'enchaînement des plis ne se saisit pas 
également bien partout , il faut l'attribuer à la dégradation de 
la peinture en divers endroits. Du reste , j'ai précédemment 
assez longuement parlé de cette figure , pour oser dire ici mon 
opinion intime à son sujet ; c'est, qu'à peu de chose près , je la 
trouve irréprochable (1). 

Dans la sainte Vierge , la coiffure , le justaucorps serré à la 

(1) J'avais d'abord été tenté d'en attribuer tout le mérite d'invention à l'au- 
teur des peintures murales de Saint-Mesme ; mais j'ai trouvé depuis dans un 
manuscrit du commencement du xiv* siècle de la bibliothèque de Grenoble 
(Heures latines in-8* n** 29 et 650 (10) une miniature représentant le Jugement 
dernier où le Christ est costumé , à peu près comme celui-ci. Ainsi , malgrs les 
apparences de l'innovation , nous retrouvons encore Ici une tradition, non pas, 
il est vrai , de celles qui remontent à l'époque romano-byzantine , mais seu- 
lement à la période ogivale , point de départ de l'esprit nouveau dans toutes 
les branches de l'art en Occident. (Note de 1865.) 



— «90 — 

taille, accusent une tendance plus décidée à l'imitation du 
costume contemporain. La robe d'une riche étoffe brochée d'or 
a des manches étroites , et le manteau agrafé comme celui du 
Christ est ramené sur les genoux en piis larges et onduleux. 
À l'aridité byzantine a succédé un système contraire , et si la 
draperie méritait quelque reproche ce serait plutôt de manquer 
parfois de précision et de fermeté, ce qui est surtout frap- 
pant dans le manteau du saint Jean-Baptiste. 

La manière dont sont yètus les douze apôtres se rapproche 
toutefois de la forme hiératique du costume roman , à part 
quelques ModiCcations de peu d'importance, teUes que la 
ceinture autour des reins, et dans la seconde figure à gauche, 
une espèce de manteau écarlate, à manclies, qui parait doublé 
d'hermine. 

Enfin le costume des anges participe, comme tout le reste, à 
la double influence que uous avons signalée. Ceux de la partie 
supérieure sont revêtus de la lougue rol)e traditionnelle , tan- 
dis que dans le bas l'ange gardien , à gauche, porte une véri- 
table chape enrichie de pierreries, et que l'archange saint 
Michel est revêtu, ainsi que le personnage représentant la jus- 
tice, du costume militaire des guerriers de ce temps. 

Ce qui précède s'applique également au Crucifiement symbo^ 
ligue. Des trois figures qui composent ce tableau, une seule est 
complètement vêtue et son i costume , semblable à celui de la 
sainte Vierge du Jugement dernier^ ne s'en éloigne que par 
l'arrangement du manteau qui, laissant le bras droit libre, 
enveloppe le corps et se replie sur l'épaule gauche. Je remar- 
que aussi, autant que le permet l'état de dégradation de cette 
figure , une certaine^^difiérence , par la cassure des plis , assez 
conforme à la manière de l'école allemande d'Albert Durer au 
commencement du xvi« siècle. 

Résumé. — Bien que je puisse craindre , Messieurs , d'avoir 
abusé déjà de votre bienveillante attention dans l'étude qui 
précède , je suis forcé , en raison même de la longueur des dé- 
veloppements où l'importance du sujet m'a entraîné , de con- 



— 191 — 

denser en un rapide résumé les points principaux de Texamen 
que je viens de vous exposer sur l'état de Tart du dessin dans 
les peintures murales de Saint-Mesme. 

Je commencerai par vous rappeler que nous avons divisé la 
composition en littéraire et aitistique. Pour la première, nous 
avons constaté que le symbolisme était mêlé à la vérité de fait ; 
pour la seconde, nous avons trouvé qu'une pensée de symétrie 
en formait la base , et qu'en cela il fallait reconnaître un 
symptôme précurseur de la préoccupation de l'école moderne 
de plaire aux yeux par un arrangement artistement combiné , 
en opposition avec le mépris de toute disposition matérielle 
dans les œuvres de peinture antérieures. 

Pour ce qui regarde les proportions , nous avons remarqué, 
quant à l'ensemble, un système qui parait tenir le milieu 
entre les figures lourdes et ramassées de l'époque romano- 
byzantine et l'élégance exagérée de celles des Grecs et des Ita- 
liens de la troisième période. Nous avons dit, qu'en se rappro- 
chant ainsi de la taille moyenne naturelle de l'homme y elles 
avaient en même temps gagné en fixité, bien quHl restât encore 
quelques inégalités entre les diverses parties du corps , dont 

■ 

les relations réciproques ne paraissent pas définitivement 
arrêtées. 

Après avoir établi que le caractère général du dessin des 
peintures de Saint - Mesme est une imitation plus rigoureuse 
de la nature , nous n'avons pas été surpris de voir que , pen- 
dant une période d'études incomplètes , la forme laissât beau- 
coup à désirer. Mais nous avons reconnu, en même temps , un 
progrès notable en comparant ces œuvres à celles des époques 
précédentes, où la silhouette des membres humains est encore 
purement fusiforme et symétrique , tandis qu'elle tend ici à 
s'accidenter suivant des observations plus exactes. 

Je crois avoir suffisanunent justifié ma division des raccour- 
cis en ordinaires et extraordinaires: les pruniers, réussis 
d'une manière satisfaisante, grâce à l'application de la perspec- 
tive à l'étude de la nature animée ; les seconds au contraire 



— 192 — 

complètement manques. Nous avons conclu de ce fait que les 
principes de la science anatomique étaient absolument ignorés 
dans l'école à laquelle appartient notre auteur. 

Nous avons constaté , au contraire , que les règles de la per- 
spective sont connues et appliquées, non-seulement pour les 
corps inertes , mais aussi pour les figures animées , soit qu'on 
les considère isolément ou dans les rapports qu'elles ont entre 
elles. Cette science bien positivement reconnue suffirait à clas- 
ser les peintures de Saint-Mésme dans la seconde période de 
l'art du dessin. Les exceptions signalées ne font» vu leur carac- 
tère tout particulier, que confirmer le classement proposé. 

L'imitation de la nature nous a paru plus évidente encore 
dans les tètes que dans le reste; à ce point que plusieurs 
d'entre elles ont tous les caractères du portrait. Dans les têtes 
idéalisées, l'étude du naturel est encore sensible , mais modifiée 
par le choix du modèle. Quant à l'expression , elle n'existe 
guère qu'à l'état d'essai, et l'on peut dire que le succès^ en ce 
genre y des tètes les mieux réussies est dû en grande partie à 
leur impassibilité. 

Nous avons reconnu enfin, dans le jet des draperies un pro- 
grès réel sur les autres parties de l'art du dessin plus frappant 
encore que pour les tètes. Nous avons dit que la cause princi- 
pale de cette différence et de ce succès était une imitation de la 
nature exacte sans être servile , en remarquant toutefois dans 
l'abandon du costume hiératique pour l'adoption partielle du 
costume contemporain , le germe d'une exagération dans la- 
quelle devaient tomber bientôt les écoles septentrionales. 



DU COLORIS. 



Après avoir ainsi scrupuleusement analysé tout ce qui se 
rapporte à l'art du dessin dans l'œuvre de Saint-Mesme^ il 
nous reste à examiner dans quel système de coloris elles ont 



— 193 -r- 

été exécutées. S'il s'agissait d'un tableau à l'huOe, nous n'au- 
rions guère atteint que la moitié de notre tâche , mais heureu- 
sement la peinture murale a des exigences particulières plus 
restreintes , dont il est à propos de dire ici quelques mots* 
En effet, de quelque manière qu'elle procède, cette espèce 
de peinture doit rester essentiellement décorative , et sa pre- 
mière loi est de s'encadrer harmonieusement avec la donnée 
architecturale dont elle fait partie. Ainsi , à l'inverse du ta- 
bleau essentiellement mobile et individuel , elle est immeuble 
pas destination et ne peut être conçue que dans une pensée 
générale, inséparable des exigences du monument qu'elle doit 
orner. On n'a donc pas à lui demander ce qui fait le succès de 
la peinture à l'huile, ni la science du clair-obscur, ni le charme 
du modelé , dont la première condition est de perdre les con- 
tours dans les fonds en absorbant le trait. Rien de tout cela 
ne peut se rencontrer dans une peinture murale à grande sur- 
face. Tout au contraire, la dimension des personnages, leur éloi- 
gnement de l'œil du spectateur , exigent une certaine précision 
dans la ligne sans laquelle la silhouette des figures s'estomperait 
à distance et deviendrait vague et indécise. 11 n'est pas moins 
nécessaire qu'elle soit traitée avec une certaine franchise éner- 
gique dans les couleurs qui, sa^s cela, tendraient à se confondre 
etperdraient leur valeur dans l'épaisseur de la couche d'air que 
le ravon visuel du spectateur doit traverser. Cette observation 
n'a pas besoin d'être développée davantage pour faire com- 
prendre pourquoi, dans l'examen du coloris des peintures de 
Saint-Mesme , nous devons nous borner à étudier deux points 
principaux : le premier traitant des matières colorantes et de 
leur emploi , le second de Faspect superficiel du coloris. 

Des matières colorantes et de leur emploi. ^^ La question 
des procédés matériels, usités au Moyen-àge pour décorer 
de grandes surfaces , est encore enveloppée d'une certaine 
obscurité , malgré la lumière que , dans ces derniers temps , 
ont commencé à y faire luire diverses publications intéres- 
V 13 



— 194 — 

sautes , telles qne le Guide de la peinture , par un moine du 
mont Athos j édité par M. Didrou , et l'Essai sur divers arts , 
de Théophile, traduit récemment par notre ami et collègue, 
M. l'abbé Bourassé. Cependant , je vais essayer de profiter 
de cette clarté naissante en appliquant aux peintures de Saint- 
Mesme les enseignements que nous lui devons. 

D'après nos connaissances actuelles , on peut conclure avec 
certitude à Fusage de quatre procédés principaux chez les 
anciens^ 4"^ la cire ou encaustique , méthode fréquemment et 
diversement employée dans l'antiquité grecque et romaine; 
2^ l'huile de lin mêlée de gomme ; S"" la coUe de peaux ou de 
blanc d'cBuf ; 4^ la chaux sur un enduit frais ou sur un mur 
simplement saturé d'humidité. 

Pour arriver à la connaissance de ceUe de ces quatre mé- 
thodes employée à Saint-Mesme, je vais procéder par voie 
d'exclusion d'abord , et hasarder ensuite une conjecture parmi 
. celles qui réuniront le plus de probabilité en leur faveur. 

J'exclus 9 en premier lieu , la cire ou encaustique , car , outre 
que les deux traités rappelles ci-dessus n'en parlent pas , j'ai 
remarqué y en passant une éponge mouillée sur une partie dé- 
tériorée y que la couleur déteignait fortement , ce qui n'ar- 
riverait pas si elle avait été appliquée au moyen de la dre. 
lia même raison doit faire éloigner l'emploi de l'huile de 
lin , d'autant mieux que, d'après Théophile , cette manière de 
peindre était en usage seulement sur le bois, après lui avoir 
fait subir une préparation spéciale. Il faut étendre également 
l'exclusion à la fresque proprement dite, il buonjrescodes 
Italiens. Ce procédé, qui est celui de St-Savin, Bivière, 
St-Julien.de Tours, et aujourd'hui même des moines grecs du 
mont Athos , consiste à peindre avec des couleurs délayées 
dans l'eau de chaux , sur un enduit encore frais , in recenti 
muro. Son économie et sa rapidité en rendirent l'usage très- 
fréquent aux époques romanes , dont les édifices offraient à la 
décoration d'immenses surfaces sur des murs où l'emploi du 
petit appareil nécessitait , a priori ^ un revêtement en mortier. 



Mais plus tard, aa oommencemeat du xiii' siècle, Tusagâ 
presque exclusif de la pierre de taille , la largeur des baies , 
rempiétemeut de placage^ sculptés ne laissant plus que de 
très-petites surfaces planes, et surtout la richesse des verrières 
dont Tédat faisait rechercher aux peintres remploi de couleurs 
plus brillantes incompatibles avec la chaex, toutes ces raisons 
contribuèrent à faire abandonner le procédé de la grande 
fresque. Quoi qu'il en soit , il est certain que le peintre de 
Saint-Mesme a eu recours à un Qutre moyen , car le mur sur 
lequel il a travaillé est de pierre de taille » sans autre enduit 
qu'une couche fort mince d'une préparation de couleur jaune , 
dont on voit les traces partout où la peinture a disparu. 

Il ne nous reste donc des différents modes énoncés plus 
haut qu'à prononcer entre la peinture à la coUe et celle à la 
chaux sur une muraille saturée d'humidité. 

Je pencherais, jusqu'à plus ample informé , pour le procédé 
indiqué par Théophile {V^partiey chap. 15). D'après cette recette, 
la peinture à la chaux est d'abord étendue sur le mur humide, 
et ravivée ensuite à la colle de blanc d'œuf , ou peut-être au 
moyen du vernis décrit chap. 21 et 22, Tun ou l'autre mé- 
langé avec des couleurs plus unes et plus précieuses dont la 
chaux seule interdit l'usage. Ce qui me conduit à cette dernière 
supposition , c'est la nuance rouge de certaine draperie qui ne 
me parait pas pouvoir être obtenue sans le secours des laques, 
dont la nature est incompatible avec l'emploi de la chaux. Je 
serais tenté d'en dire autant de la couleur jaune qui remplit le 
champ de la grande auréole du Christ , dont le ton brillant 
pourrait bien être celui de V orpiment , couleur délicate, dont 
parlent les deux traités cités plus haut , et qui contraste avan- 
tageusement avec le jaune d'ocre de la robe du saint Jean- 
Baptiste. 

Je dois faire remarquer "tnaintenant les dorures qui enri- 
chissent nos demi-fresques. Ces dorures sont généralement 
appliquées sur une pâte en relief. Dans quelques parties, 
comme la robe de la Vierge, des gauffirures forment de riches 



— 196 — 

dessins dans l'étoffe. Tous les nimbes du Christ et des saints 
sont dorés avec un bord circulaire en relief , comme le 
Guide de la peinture recommande de le faire (n*^ 27, traduc- 
tion de M. Paul Durand]. Il faut encore noter les dorures 
appliquées sur divers instruments , ainsi , les clefs de saint 
Pierre, la croix de saint Michel et les trompettes des petits 
anges au milieu de la composition. Pour ces deux derniers 
objets , le relief s'élève à plus d'un centimètre hors du plan de 
la muraille. 

Je terminerai ce qui regarde les matières colorantes par le 
dénombrement des tons principaux et de leurs nuances, autant 
du moins que les injures du temps peuvent permettre de 
les reconnaître aujourd'hui. Je dirai enfm quelques mots du 
modelé. 

Je constate en premier lieu, l'emploi du blanc, qui sert 
de base à divers tons de chairs et à deux nuances de gris , l'une 
plus claire , l'autre plus foncée ; puis deux nuances de jaune , 
y compris la plus brillante dont j*ai parlé comme étant peut- 
être Yorpiment ; trois espèces de rouge, parmi lesquels la plus 
claire a la teinte du vermillon et la plus foncée parait un ocre 
glacé de laque ; deux violets dans Tun desquels il entre proba- 
blement aussi de la laque ; deux nuances de vert , Tune foncée 
et l'autre plus claire se rapprochant du vert de mer ; deux 
sortes de teintes neutres, Tune tirant sur l'azur fait le fond de 
la partie supérieure , l'autre , réchauffée par du rouge , occupe 
le bas de la composition ; je noterai enfin , l'absence assez 
extraordinaire du bleu autre que l'azur. 

Le modelé , longtemps négligé , n'a réellement commencé à 
être mis en pratique qu'après la découverte de la peinture à 
l'huile. Ceux qui ont lu les deux traités , véritables guides de 
l'art de la peinture au Moycn-àge, ont été certainement frappés 
de l'usage d'une certaine couleur, appelée JPosc, par ThéopliUe 
(p. 746 et 747), et Problasme^ par le moine grec (p. 33 et 36), 
dont la présence a été constatée par M. Mérimée dans les 
fresques de St-Savin. Cette couleur, espèce de demi-teinte gé- 



— 197 — 

nérale qui yariait dans sa nuance suivant le ton dominant de 
l'objet à représenter , dispensait les peintres de tout modelé. 
Ceci peut se comprendre à la rigueur , et jusqu'à un certain 
point, se pratique encore de nos jours. Mais ce qui est plus 
extraordinaire , c'est la manière dont on remployait. Ainsi , le 
pose ou problasme , terme moyen entre le clair et l'ombre , 
s'étendait préalablement dans tout le champ de la partie à 
peindre , et c'était seulement sur cette première couche qu'on 
ajoutait, sans les fondre^ d'abord le ton clair, puis celui de 
l'ombre destinés à détacher l'objet du fond. Ce procédé , dont 
il n'est pas opportun d'examiner ici toutes les conséquences , 
donne aux peintures ainsi faites un cachet particulier de dureté 
et de négligence. 

L'aspect tout différent de nos peintures suflSrait à prouver 
que leur auteur n'a point usé de ce procédé, quand bien même 
les essais de modelé tentés avec succès ne mettraient la question 
hors de doute. Comme je l'ai déjà fait observer , il ne faut pas 
s'attendre à trouver ici le moelleux de la peinture à l'huile , et 
Fusage de cerner les contours des figures par un trait noir 
exclut toute pensée de recherche dans ce genre. Mais cepen- 
dant, sur les surfaces des parties nues, il y a certainement des 
efforts heureux pour adoucir la transition entre les nuances 
de clair et d'ombre, et l'unité de ton qui en résulte n'est pas 
un progrès médiocre à constater. 

Aspect superficiel du coloris, — Si l'on tient compte des inju- 
res du temps et de la nature assez fragile du procédé employé , 
on est étonné qu'il en puisse subsister encore quelque chose , 
et l'on peut affirmer que , dans leur nouveauté , ces peintures 
devaient avoir un éclat et une harmonie remarquables , non 
moins par la variété des couleurs que par leur habile dispo- 
sition au point de vue de la satisfaction du goût et des yeux. 
La symétrie un peu excessive de la composition n'est pas nui- 
sible à cet heureux effet. La régularité des couleurs corres- 
pondant à ccUes des lignes et s'altemant rigoureusement dé 



— 108 — 

chaqae côté figare deux guirlandes bien assorties dans Isnrs 
nuances modestes et réunies au milieu par un bouquet de 
fleurs plus éclatantes. C'est ainsi, en effet, qu'apparaît le Christ 
avec son auréole d'or et sa robe de pourpre, dont l'ampleur et 
l'éclat attirent forcément le regard du spectateur et complètent 
ainsi, par la couleur^ le but bien marqué du peintre, de concen- 
trer d'abord l'attention sur ce point, centre de toute la compo- 
sition. Ce résultat est d'autant plus méritoire qu'il était difficile 
à atteindre sans le secours du clair-obscur qui , parla concen- 
tration de la lumière et la dégradation progressive de l'ombre, 
se joue de semblables difficultés. Ici , au contraire , la lumière 
est paiement diffuse sur toute la surface du tableau , et l'effet 
cherché n'a pu être obtenu qu'en réservant habilement les cou- 
leurs les plus riches et les plus éclatantes pour la partie capi- 
tale de l'œuvre. Ajoutons que l'habitude de donner des dimenr 
sions relativement plus grandes aux personnages suivant leur 
importance est venue puissamment en aide au peintre pour 
atteindre son but, en lui fournissant un champ plus va^te 
pour étaler utilement les plus brillantes ressources de sa pa- 
lette. 

Je conclus , Messieurs , de cet examen que , si nous avons 
pu reconnaître précédemment dans le peintre de Saint-Mesme 
un dessinateur expérimenté, nous pouvons affirmer maintenant 
qu'il n'était pas moins habile dans le maniement des pinceaux. 
Je présume qu'il a dû ses connaissances avancées en matière 
de coloris au progrès contemporain de la peinture à l'huile.Cette 
opinion ne sera pas contestée par ceux qui ont pu reconnaître 
les mêmes avantages chez les maîtres italiens de ce siècle , par 
le fait de la simultanéité des deux procédés. 



GQNGLUSIOIf. 



Je ne temynerai pas ce travail , Messieurs , sans signaler 
riàv^eut à votre attention quelques-unes des ccm^équences 



— 19» — 

principales qai en déooalent. Leur importance doit , ce me 
semble , achever de justifier à vos yeux les longs développe^ 
ments auxquels je me suis laissé entraîner dans Texamen d'une 
œuvre qui (je n'ai point cherché à le dissimuler) renferme 
encore bon nombre d'imperfections. 

En premier lieu, nous constatons d'une manière indubitable, 
malgré l'adoption de procédés nouveaux, la pratique habi- 
tuelle d'anciens errements jusqu'à la fin du xv« siècle (1). 
Cette persistance de l'esprit traditionnel au milieu d'une 
transformation qui s'opère gradudlement dans la manière 
de nos artistes français est un symptôme de la constitution 
vigoureuse de notre école et la meilleure preuve que le tronc 
d'où s'élançait ce rejeton plein de sève enfonçait ses racines 
profondes dans les entrailles mêmes de la nation. J'insiste 
sur l'importance de ce fait et sur la nécessité d'en garder mé- 
moire, parce que , si nous rencontrons par la suite les œuvres 
de la Benaissance en Touraine » il nous servira de base pour 
démontrer qu'à l'époque de la plus ardente lutte avec les 
influences ultramontaines» nos artistes provinciaux défendirent 
pied à pied leurs vieilles traditions et surent , tout en s'assimi- 
lant les procédés utiles et en faisant des sacrifices nécessaires 
au goût nouveau, sauvegarder leur indépendance et conserver 
à force d'invention et de génie les caractères principaux de 
l'originalité qu'ils tenaient de leurs ancêtres. 

(1) On pourra peut-être me reprocher de conclure Ici du particulier au géné- 
ral, et J'avoue que plus d'une fois dans le cours de ce travail mes conclusions ont 
da paraître justifier un tel reproche. Je dirai à ma décharge que , m'adressant à 
des archéologue^ J'ai cru pouvoir parler un langage différent de celui qui con- 
viendrait au public et espérer être compris à demi-mot. Si , en effet , les spéci- 
mens de peinture murale de cette grandeur se rencontrent bien rarement , 11 
existe une foule de monuments de moindre dimension , tapisseries , émaux , 
ivoires, manuscrits à miniatures , etc., qui peuvent donner une idée des progrés 
de l'art du dessin, à l'époque dont il s'agit. Parmi les derniers , je citerai seule- 
ment les belles miniatures de l'Histoire des Juifs peintes par Fouquet, de Tours, 
enlumineur du roi Louis XI , qui révèlent , avec des caractères analogues , un 
degié de piogièB pins émlnent encore qu'à SaintrMeflœe. 



— 200 — 

Cette flexibilité dans la pratique , unie à tant de constance 
dans les principes y permettait d'espérer pour l'avenir les plus 
hautes destinées. 

La comparaison que l'on peut établir entre les errements de 
notre peinture française de la fin du xv^ siècle et ceux d'une 
portion de l'école italienne qui, confinée dans les montagnes 
de rOmbrie, conseryait aussi avec une honorable fermeté ses 
anciennes traditions , viendrait au besoin confirmer nos légi- 
times prétentions. En effet, de cette école ombrienne qui 
marchait à Tarrière-garde du mouvement général et dont les 
artistes de Florence raillaient la naïveté , devait sortir Raphaël, 
en qui se personnifie Tapogée de l'art italien au xvi* siècle. 

Pourquoi , chez nous , des prémisses analogues n'auraient- 
elles pas produit des conséquences semblables ? Et les hommes 
de génie ont-ils , en France plus qu'ailleurs , manqué aux 
circonstances ? Ce qui ne peut être donné que comme une 
conjecture , à l'époque où furent exécutées les peintures de 
Saint-Mesme , devient certitude quand on voit la rapidité avec 
laquelle Tart du dessin se perfectionne en France , des der- 
nières années du xv« siècle aux premières du siècle sui- 
vant. 

Je citerai , à l'appui de cette vérité , deux chefs-d'œuvre 
d'artistes inconnus, appartenant très-probablement à l'école 
qui florissait à Tours à cette époque. D'abord les grandes mi- 
niatures du Missel d'Anne de Bretagne (1), dont le brillant 
coloris et la simplicité dans l'imitation de la nature rivalise 
avec les œuvres du Pérugin , et en second lieu les magnifi- 
ques verrières de Champigny. Ces deux œuvres d'art , tout 
en conservant les caractères distinctifs qui accusent profon- 
dément la nationalité de leurs auteurs, atteignent» par la 
vigueur du dessin , la souplesse des draperies , Texactitude 
de la perspective , la simplicité et la grandeur de la composi- 

(1) Ce beau manuscrit est aujourd'hui au Musée des Sourerains, récemment 
fonné au Louvre. 



•^r 



— 201 — 

tion, un degré de perfection qui ne redoute la comparaison 
avec aucun des maîtres italiens antérieurs à Michel-Ange. 

Le jour où nous ferons une étude sérieuse de ces deux spé- 
cimens de notre art français au commencement du xvi« siècle, 
je crois pouvoir aflBrmer que je vous ferai facilement partager 
ma conviction sur les destinées brillantes qui lui étaient 
réservées. 

Ai-je besoin de dire quelle fut la cause qui ralentit, pour 
Tentraver complètement plus tard, le magniGque essor de 
notre école nationale, et plus particulièrement de celle dont 
notre province peut, h bon droit , s'enorgueillir ? 

Les guerres de Charles VIII , en Italie, furent le principe 
de cette défaillance précoce. La mobilité de notre caractère , 
Tamour de la nouveauté , l'engouement irréfléchi qui en est la 
conséquence la rendirent irrévocable. 

Pour implanter violemment sur notre sol cet art étranger, 
pour lequel les rois et les grands se prirent d'enthousiasme , 
rien ne fut épargné. Après les œuvres achetées à grand prix , 
les artistes eux-mêmes furent appelés. Comblés d'argent et 
d'honneurs, ils eurent à exécuter les travaux les plus considé- 
rables. On leur confia l'enseignement de la jeune génération. 
Cependant le résultat de tant d'efforts ne fut pas tel qu'on 
pouvait l'espérer : méconnus, mais non découragés, nos vieux 
artistes restèrent fidèles à leurs convictions , et je trouve en 
Touraine la trace de leurs travaux jusqu'en Tannée 1611. 

Quant à l'école rivale , après avoir brillé d'un éclat vif et 
passager, die s'éteignit pour jamais dans les désastres de nos 
guerrescivilesdela fin du XVI* siècle. Tant il est vrai qu'on 
ne violente pas imj^mément le génie d'une nation et qu'il ne 
suffit pas du caprice d'un prince pour faire dévier, en matière 
d'art, les instincts naturels de tout un peuple. L'esthétique, 
comn^e nous le disions en commençant, reflète toujours les 
aptitudes morales d'une société. On peut momentanément en 
fausser la direction , mais, après les jours d'ivresse, le masque 



— 20*- 

tombe et Fart laissé à lui-même reprend sa marche ncHrmide 
avec les modificatioiis que le temps amène après Ini. 

MaLi une conséquence irréparable de la révolution dont je 
viens de parler, par suite du dédain sous lequel succcHnbèrent 
les antiques traditions de notre école nationale , fut la destruc- 
tion à jamais regrettable de tant d'œuvres éminentes ou cu- 
rieuses , que nous retrouvons aujourd'hui avec une joie mêlée 
d'orgueU j sous les badigeons successifs que trois siècles d'ou- 
bli leur ont superposés. 

Becherchons donc , Messieurs ^ ces précieux débris avec le 
z^e que peut nous donner le double mobile de Tamour de la 
patrie et de Tamour des arts, et quand nous les aurons trouvés? 
entourons-les de soins intelligents qui les préservent le plus 
longtemps possible d'une dernière et irrévocable destruction. 
Les Italiens , sous ce rapport , nous donnent un exemple bon 
à suivre. Il y a longtemps que la chapelle de Saint-Mesme 
serait, chez eux, fermée et gardée convenablement. Sachons , 
en cela» les imiter. 

Pour moi qui , sans consulter mes forces , ai entrepris de 
faire connaître et apprécier l'importance des peintures murales 
de l'antique collégiale , je n'ai plus qu'un vœu à former en 
finissant : c'est que ce travail encourage la recherche et l'étude 
de semblables monuments dans nos provinces , et qu'avec un 
ensemble de copies minutieusement exactes et de documents 
authentiques recueillis aux sources mêmes, nous soyons bien- 
tôt en mesure de réparer cette longue insouciance des intérêts 
de notre propre gloire, dans celle des connaissances humaines, 
où nos instincts \et nos goûts doivent nous assurer , parmi les 
autres peuples , une prééminence marquée. 

G^ DE GALEMfiERT. 



— 208 — 



sons DE 1855. 

II 7 a quatre ans que ce mémoire est écrit et rien n'a été 
fidt pour sauvegarder cette charmante chapelle , qui sert de 
foarre-toat à Fécole des Frères. Le peu de ressources dont 
dispose la Société archéologique ne lui permettant pas de faire 
les dépenses nécessaires , j'ai fait vainement appel , à Paris , 
au Comité des arts et monuments historiques. Le seul espoir 
qui nous reste est que la publicité , un peu tardive, donnée à 
cet écrit, attire sur le monument Tattention du conseil muni- 
cipal de la ville de Chinon , à laquelle , après tout , doivent re- 
venir rhonneur et le profit de cette conservation. 



NOTICE HISTORIQUE 



L'ANCIENNE BARONNIË DU GRAND-PRES8IGNY 

(iNDRB'ET-LOIRB) , 

PAEi.-X. CABRÉ Dl BOSSIBOLLE, 

Membre de la Société Archéologique de Tourarae. 



Le Gkawd-Pressigtsy , Précigny, Précigny-les-quatre- 
EgliseSy Precigniacum j Prcesiniacum , viens Prisciniacensis , 
situé sur la rive droite du BemiUon , à sept lieues de Loches 
et à dix -sept de Tours , est une des plus anciennes communes 
du département d'Indre-et-Loire. Grégoire de Tours, nous 
apprend que son église , quoique existant déjà depuis long- 
temps, ne possédait néanmoins aucunes reliques des saints , et 
que sur lademande des habitants il lui en donna de saint Nicet, 
évèque de Lyon (vi« siècle). En 862, Cliarles-le-Chauve restitua 
aux chanoines de Saint-Martin de Tours, le lieu de Pressigny, 
avec une chapelle , un domaine seigneurial , et d'autres dépen- 
dances importantes , entre autres : Neuilly-le-Noble [Analiœ), 
Civray-sur-Indrois (Cibraict^ Buxeuil {Btucedas), biens dont 



— 505 - 

ils aTaient été dépouiUés peu de temps auparavant. En 930, 
une charte royale leur en confirma la propriété, avec exemption 
de certaines charges qui résultaient de Tapplication du droit 
féodal encore à l'état d'enfance. Pressigny ne jouissait pas 
d'ane grande importance avant le xi' siècle , si nous nous en 
rapportons à la modeste qualification^ locus, que plusieurs 
titres d'alors lui donnent. Du reste , le silence obstiné de l'his- 
toire à son égard confirme pleinement notre induction. Il 
fidsait vraisemblablement partie , à cette époque , de la voirie 
ou vicairie d'AMly, dans l'étendue de laquelle étaient aussi 
compris les principaux domaines voisins, comme Preuilly, Eta- 
bleaux etCingé, qui, de même que Pressigny, ne parvinrent au 
haut degré de puissance féodale od nos annales les placent 
qu'à la fin du xii« siècle. 

Durant un laps de près de deux cents ans , nous n'avons à 
rdever aucun renseignement relatif à Pressigny. L'église 
Saint-Martin de Tours l'aliéna-t-elle, ou en fut-elle dépossédée 
violemment lors des déchirements territoriaux qui signalèrent 
l'oaverture du xii* siècle ? nous admettrions volontiers cette 
dernière hypothèse. Toujours est-il , que vers l'an 1 180, ce fief 
devint» soit à titre héréditaire, soit à titre d'usurpation , la 
propriété d'un chevalier nommé Guillaume , qui , selon quel- 
ques auteurs, aurait fondé le chapitre de Presssigny, et 
construit le magnifique donjon que nous pouvons encore 
admirer aujourd'hui. Cette opinion, en ce qui concerne la date 
du monun^nt, est , du reste , conforme à la tradition du pays , 
et n'est pas désavouée par les caractères architectoniques de 
l'édifice. 

L'origine des premiers seigneurs de Pressigny est, de l'aveu 
des auteurs qui ont traité le même sujet , enveloppée d'une 
profonde obscurité. Le Laboureur prétend que le chevalier 
Guillaume , premier seigneur connu de notre fief , descendait 
d'mie famille dite de Loudun ; Ducbesne.le dit issu de la mai- 
son de Berrie; d'autres enfin, des sires de Beauçay. Aucune de 
ces trois opinions n'étant convenablement appuyée de preuves , 



nous nous coatenterons t pour le momeat , de les mentioiroer, 
en aYoaant que , malgré tous nos efforts , nous n'avons pu 
mettre jusqu'ici la main sur un document propre à éclairw 
cette question. 

La branche y dite de Pressigny, à laquelle appartenait 
Guillaume II, dont le nom figure dans la liste des c^evaliers- 
bannerets de Touraine dressée par Duchesne , posséda notre 
baronnie jusqu'à l'expiration du xiii* siècle. De ses mains^ die 
passa dans celles des de Craon , antique et puissante maison 
de la province d'Anjou , puis dans celles des Chabot. Cette 
dernière famille, non moins illustre que ses devancières , a 
fourni plusieurs grands hommes entre lesquels nous distin- 
guons : Louis Chabot P% mort en héros à la journée de Patay, 
et Louis Chabot II , qui, lié d'une amitié étroite avec le câèbre 
Philippe de Commines , jouit comme lui et par lui des bonnes 
grâces du roi Louis XI. Bertrand de Beauvau» bailli-gouver- 
neur de Touraine , acheta Pressigny de Louis Chabot II, et le 
transmit A Antoine de Beauvau, son fils. La maison de Prie 
en étant ensuite devenue propriétaire par ^alliance , le vendit 
à René de Savoie vers l'an 1520. Ce René de^Savoie , comte de 
Yillars, un des guerriers les plus remarquables de son siècle, 
était fils naturel de Philippe P% duc de Savoie. Philibert , son 
oncle, lorsqu'd eut hérité de Philippe P%le nomma lieutenant- 
général de ses Ëtals en l&OO; mais il n'occupa pas longtemps 
ce poste éminent ; car le duc ayant épousé Marguerite d'Au- 
triche, cette princesse conçut pour lui , on ne sait pourquoi , 
une aversion telle qu'il fut contraint de s'expatrier. Louis Xn. 
roi de France, l'accueillit avec empressement à sa cour et le 
combla de bienfaits. Dès lors, il se dévoua complètement aux 
intérêts du pays qui l'adoptait si généreusement. A Harignsua , 
où il commandait pour la France » avec Trivulce, 700 lances et 
7.000 allemands, il fit des prodiges de valeur. A Bresle , il se- 
courut puissamment les Vénitiens, alors nos alliés, et racheta 
amplement les fautes que Barthélémy d'Olviane, leur général, 
avait oonumses. Nommé grand-maltre de France à la suite de 



— 207 ^ 

ees brillants faits d'armes , René se distingua encore an combat 
de la Bicoque (1522); puis rappelé précipitamment dans le 
royaume, il alla pacifier le Bourbonnais révolté , et remit aux 
mains du roi les meilleures places de cette province. Enfin ^ 
chargé d'un commandement important à la bataille de Pavie , 
il tomba grièvement blessé au fort de la mêlée , fut fait prison* 
nier et mourut de ses blessures peu de temps après. 

Honorât de Savoie U , un de ses fils , eut en partage le mar- 
quisat de Yillars , la baronnie du Grand-Pressigny et plusieurs 
autres domaines considérables. D ne le céda en rien aux hautes 
qualités de son père, et comme lui il eut en main les charges les 
plus émioentes , notamment celles d'amiral et de maréchal de 
France. En 1553 , il fit la guerre de Lorraine avec succès , et 
forcé de quitter un instant l'épée pour la diplomatie il fut 
chargé près de Maurice, duc de Saxe , d'une négociation déli- 
cate dont il sortit habilement. À la bataille de Moncontour 
(1569), il déploya une telle valeur et contribua si puissamment 
au gain de cette mémorable journée , que le bâton de maréchal 
lui fut aussitôt décerné. En 1573 , il parvint à écraser h parti 
des Huguenots dans le Quercy ; mais il rapporta de cette pé- 
nible campagne le germe d'une maladie cruelle qui l'enleva en 
quelques mois. C'était , dit une chronique contemporaine , un 
prince bien fait, vaillant» hardi, libéral, et d'un accès facile. 
La biographie de cet homme iUuste appartient certainement à 
l'histoire de notre pays ; et cependant nous remarquons avec 
surprise son omission dans Chalmel. 

Charles de Lorraine, duc de Mayenne, posséda quelque 
temps Pressigny, du chef de sa femme , Henriette de Savoie , 
fille unique et héritière d'Honorat H ; mais ce fief passa bientôt 
(par héritage ou au moyen d'une vente?) dans la maison des 
Prez de Montpezat. 

Philibert-Emmanuel des Prez de Montpezat , dit de Savoie, 
marquis de Yillars et baron du Grand-Pressigny, un des rares 
protégés du fameux cardinal de Richelieu , fut chargé par lui 
d'aller réduire les religionnaires du Quercy qui s'étaient ré- 



— 208 — 

voltés. Un fort détachement de Tarmée royale placé sons 8es 
ordres mit le siège devant Montauban. Mais dès le début, 
Philibert fut grièvement blessé (2 septembre 1621) et mourut 
peu de jours après. « Le corps du d. deifunt (nous copions 
textuellement une chronique contemporaine manuscrite) fut 
faict amener au Graud-Pressigny par madame sa chère espouze^ 
et fuct couduict icelluy corps fort honorablement avec plu- 
sieurs gens d esglize et grand nombre de noblesse , et très- 
grand nombre d'aultres personnes jusques dans Féglize. de 
Saint-Hartin de Pressigny en ung lieu destiné et préparé à cest 
office j et y fut laissé et déposé depuis le jour de l'arrivée du 
corps qui fut le vingt et ueuviesme jour de novembre 1621 
jusques au premier jour de febvrier 1622, que le corps fust 
amené fort solennellement dans un charriot couvert d*ung 
drap mortuaire de velours noir avec assistance de Monsieur 
Févesque de Périgueux qui fist l'office avec Tassistance de 
M. de Yilleloin [Gaillard de Cornac , abbé de Villeloin), de 
Monsieur Tabbé de Moiré (K. Bouin de Koiré) , et jusques au 

nombre de cent autres ecclésiastiques que religieux Se 

trouva le jour de la sépulture jusques au nombre de miUe 
quatre cent pauvres , dont des dits pauvres il y en avait six 
vingt qui avoient chascun une robbe noire, tous lesquels 
estoient destinés à porter des torches.... > 

Disons ici en passant que les restes mortels de presque tous 
les seigneurs de Pressigny jusqu'au xvu* siècle inclusivement 
furent déposés dans la crypte de Saint-Martin de Pressigny, 
église plus couuue sous le nom de Saint-Martin d'Etableaux. 

Eléonore Thomassin , veuve de PhUibert des Prez, fit doa de 
la terre de Pressigny au sieur d'Averton son neveu , qui la 
vendit à Pierre Brulart, marquis de Sillery. Cette famille, une 
des plus honorables de la galerie que nous parcourons , se 
distingue autant par son ancienneté et son honorabilité nobi- 
liaire que par les illustrations qu'elle a produites. Parmi ces 
illustrations, plusieurs appartiennent à la Touraine. Nous ne 
parlerons ici que de Fabio Brulart , né au château de Pressi- 



— 209 — 

gny le 25 octobre 1655. Pour les autres personnages célèbres 
de cette famille ^ on se reportera à la chronologie historique 
des seigneurs de Pressigny que nous donnons à la suite du 
présent travail. 

Fabio Brulart fut destiné dès son jeune âge à l'état ecclésias- 
tique , et telle fut la rapidité de ses progrès ^ résultat des 
meilleures dispositions et d'une excellente direction dans ses 
études , qu'à Tàge de 26 ans il recevait le bonnet de docteur. 
Ses profonds travaux lui laissèrent cependant le temps de com- 
poser quelques petites poésies assez remarquables pour que le 
P. Bouhours les ait jugées dignes de figurer dans son recueil 
de vers choisis. Deux des pièces échappées à sa jeune imagi- 
nation, une ode sur la Paix et une autre sur l'amitié, se dis- 
tinguent par un tour aisé et délicat et surtout par une 
admirable flexibilité dans le genre de celle qui donne un attrait 
si naturel aux charmants récits du poète Gresset. La prédica- 
tion partagea encore ses soins et lui valut une juste réputation. 
En 1689, le roi le nomma à l'évèché d'Avranches et ensuite à 
celui de Soissons. Depuis» il fut reçu à F Académie des Inscrip- 
tions en qualité d'académicien honoraire , et en 1 705 l'Académie 
Française lui ouvrit ses portes. Fabio Brulart était un antiquaire 
passionné et distingué. Nous avons de lui des recherches fort 
curieuses sur le trou de l'oracle d'Isis à Soissons , des considé- 
rations pleines d'intérêt sur les colonnes nûlliaires et sur les 
sépultures des premiers chrétiens dans les Gaules. Il nous a 
laissé, en outre , divers traités de morale , de bonnes traduc- 
tions de quelques extraits des SS. Pères ^ et un commentaire 
estimé sur les épltres de saint Paul. Il mourut le 20 novem- 
bre 1714. 

Macé Bertrand , baron de Youvent et trésorier de l'épargne 
jda roi , issu d'une famille noble et assez ancienne , mais peu 
féconde en illustrations , acheta la baronnie du Grand-Pressi- 
gny de Louis-Roger Brulart. Son fils et successeur, Macé Ber- 
trand , fut tué d'un coup de fusil , près du parc d'Etableaux 
par le nommé Mathurin Haran y dit la Prade , de la paroisse de 
V 14 



Chaumussay (14 noT. 1672). Ce faneste événement eoiàpotte 
tont un drame que nous mettrons incessanmient sous les jeux 
de nos compatriotes , VA que la tradition populaire du pays le 
raconte* 

Claude Dreux de Naûcré , après les Bertrand , devint baron 
de Pressigny par alliance. La biographie de ce seigneur n'offre 
rien de saillant , bien qu'il ait possédé la charge importante de 
lieutenant-général des armées du roi. Sa veuve vendit Pressi- 
gny au sieur Masson , ancien receveur des aides à Caen , puis 
receveur-général des finances de la généralité d*Amiens , et 
enfin fermier-général. Son père , Jean Masson , était huissi^ 
audiaicier au pariement de Paris. Un de ses enfants j Etienne 
Masson de Maisourouge , eut en partage la terre du Grand'- 
Pressigny. Mons trouvons dans un manuscrit [Mémoires tonte*' 
nant t origine j noms^ armes j etc,.,j de MM, les fermiers-géné'- 
raux depuis l'année \1^ jusqu'en 1750, par un contemporain) 
de curieuses révélations sur ce seigneur de Pressigny^ celles- 
ci j entre autres : qu'en 1749 il plaidait en séparation avec sa 
femme , qu'il éblouissait tout Paris par son luxe , bref , que sa 
fortune menaçait de s'écrouler. EUe s'écroula , en eff^ , trcHS 
ou quatre ans après, si nous nous en rapportons à la tradition, 
et ses biens immenses , notamment la baronnie du Grand- 
Pressigny furent vendus aux enchères. Un curé de Pressigny 
voulant sans doute que la postérité connût la parcimonie dé^ 
loyale du siçur Masson , a glissé parmi les actes de naissance 
et de décès de sa paroisse cette petite phrase : « M. de Maison- 
rouge m'a fait payer 100 livres le bois qu'il avait promis four- 
nir gratis pour renfermer la place de Pressigny. » Nous 
"ajouterons , à titre de palliatif de ce grief, que le sieur Masson 
consacra des sommes considérables à reparer le château de 
Pressigny, et que nous lui devons certainement la conserva- 
tion des principaux bâtiments. 

La famille Gilbert de Voisins succéda à celle des Masson. 
Nous donnerons les renseignements qui la concernent dans 
notre chronologie historique. 



— m — 

Le cbàteaa de Pressigny, eo raison de sa position sur les li- 
mites de la province qu*il devait , dans la pensée de ceux qui le 
construisirent, prot^er de ce côté» et eu ^ard au dévelop- 
pement redoutable de ses fortiûcations dont nous pouvons 
encore juger parfaitement en les complétant par des recherches 
ftciles , dut certainement être le théâtre de luttes terribles , 
tant lors de nos grandes croisades nationales contre les Anglais, 
que dans Tère sanglante des guerres de religion. Cependant 
ici , comme lorsqu'il a été question de notre belle ruine féodale 
de Preuilly^ nous voyons avec désespoir nos annales garder 
un étrange silence. La tradition même, ee puissant allié de 
l'histoire , nous fait défaut. Mous saisissons sur Pressigay un 
seul fait digne de remarque , que Belleforest nous transmet ; 
encore laisse-t-il à notre imagination le soin de l'entourer des 
détails dont la lecture nous eût tant intéressés. Il nous ap- 
prend qu'en 1417, le duc de Bourgogne, après avoir délivré 
la reine Isabeau du château de Tours, où elle était retenue 
prisonnière , s'empara du château de Pressigny et y mit une 
garnison. L'année suivante, ce prince attaqué par des forces 
supérieures , Charles Vn à leur tète , fut obligé d'abandonner 
laj^ce. 

Ce qui nous reste de eette magnifique demeure féodale appar- 
tient à deux époques bien distinctes. Les constructions de la 
porte de l'est et deux ou trois tours crénelées s'élevant du même 
o6té remontent à une date reculée que nous pouvons fixer 
avec le secours de l'analyse archéologique au coaunencement 
da xm* siècle. À la môme époque se rapporterait l'édification 
da donjon qnadrangulaire que les amis des arts ont fait figurer 
avec justice dans le Catalogue des monuments historiques de Tou^ * 
r^sme, pabUé en 1844. 

Nous avons sous les yeux une gravure du xvh« siècle, due 
à l'habile burin de Claude Chatillon , qui nous représente le 
cbàteaa de Pressigny, tel qu'il était à cette époque. Une grMde 
partie des fortifications avoisinant le donjon avaient déjà fait 
place à des constracticms dites de la Benaiasanee, lourdep ^ 



— 212 — 

sans harmonie. Une double enceinte à mâchicoulis y flanquée 
de plusieurs tours rondes et de robustes éperons , était encore 
en bon état. La plate-forme du donjon , dépouillée de tourelles 
d'observation qui ornaient primitivement chacun de ses angles, 
avait été recouverte d*une disgracieuse charpente se terminant 
par une manière de belvédère. Les spéculateurs du xi&« siècle 
ont eu soin d'enlever cette couverture ridicule , et nous leur 
en savons gré , bien qu*en cela ils n'aient pas précisément pris 
conseil des convenances archéologiques. 

Le château proprement dit, ou la maison d'habitation, qui 
suivant la tradition aurait été bâti par un des marquis de 
"Villars, occupe une grande partie de Tintérieur de la place, 
et n'offre absolument rien qui vaille la peine d'être mentionné. 
Une partie de l'aile droite , touchant l'emplacement du pont- 
levis septentrional a été rasée complètement d'un côté , et de 
l'autre à la hauteur du premier étage. Nous avons remarqué 
sur la paroi d'un mur faisant jadis partie de l'intérieur d'une 
salle, mais aujourd'hui entièrement à découvert, une fort belle 
peinture représentant , pensons-nous , quelque sujet emprunté 
aux héroïques épisodes des Croisades. Les injures du temps , 
à l'époque où nous la visitâmes ^ Tavaient déjà outragée d'une 
manière déplorable , et peut-être , à l'heure où nous écrivons* 
a-t-elle été complètement délayée par les pluies. 

Dans notre mélancolique pèlerinage au travers de ces 
sombres ruines , par des préaux jonchés de débris autour des- 
quels végètent paisiblement les herbes folles et quelques chétife 
églantiers , nous n'avons pu découvrir une seule inscription. 
A défaut des signes du langage nous aurions été satisfait de 
rencontrer un écusson qui , intact , pouvait nous être d'une 
grande utilité. Hais le marteau révolutionnaire s'est minutieu- 
sement exercé sur tous les signes héraldiques , dont on di^ 
tingue à peine la trace au-dessus des fenêtres et des portes 
principales ; l'ouvrier chargé de ce stupide massacre d'armoi- 
ries a , nous devons en convenir , consciencieusement et on 
ne peut plus scrupuleusement rempli sa mission. 



— 213 — 

La seule partie du château que le temps et les hommes aieut 
respectée , est uue magnifique tour , haute de soixante à qua- 
tre-yingts pieds , mince , élancée , et terminée par un dôme 
contenant jadis le beffroi ou cloche d'alarme de la place. Son 
architecture parait dater de plusieurs siècles ayant la Renais- 
sance. De son sommet on saisit parfaitement Tensemble des 
ruines du château , et Ton peut contempler un magnifique 
paysage. 

Le Grand-Pressigny est qualifié de baronnie dans plusieurs 
chartes du Moyen-âge. La légitimité de ce titre ne s'établit 
point par des lettres de concession royale ; elle résulte simple- 
ment de ce principe reconnu par tous les feudistes , que les 
qualifications honorifiques les moins contestables ne sont pas 
celles qui ont pris date à la chancellerie , mais bien celles-là 
dont Tusage se perd dans la nuit des temps. 

Ce fief avait entre autres droits ceux de haute , moyenne et 
basse jy^tice , et de fourches patibulaires à quatre piliers avec 
fest par dessus. Un grand nombre de domaines en relevaient , 
quelques-uns à foi et hommage simple, la plupart à foi et hom- 
mage-lige. Les GourtUs (paroisse de Barrou), Chanceaux, 
Bessé y Larçay , la Yallée , la Borde et Boufferay comptent 
parmi ces derniers. Boufferay est un des plus anciens fiefs de 
notre contrée ; il fut possédé sans interruption pendant près 
de 300 ans par la famille de Lestenon. Bessé, Larçay, la Yallée 
et la Borde , propriétés de la maison de Rougemont dans le 
eours du xviu* siècle , sont des fiefs sans importance. Nous 
nous occuperons spécialement ailleurs de Ghanceaux et de 
l'antique manoir des Courtils. 

Le château de Pressigny eut des capitaines-gouverneurs par-^ 
ticuliers, ou lieutenants des seigneurs.Nous n'avons pu recueillir 
que le petit nombre de noms suivants , dont il n'est nullement 
fiiit mention par Chalmel : Théophile de Gasenoue , de 1646 à 
1632. — Guillaume-Paul de Malbastit, en 1652. — Yautier 
de Boy de Yousle, mort en 1670. — Jean-Mathieu de la Mothe 



— 214 — 

du Monod, dès 1670 , mort le 23 décembre 1743. — Jean de 
Roséi de Yerneufl en 1714. 

L'église paroissiale du Grand-Pressignj , dédiée h Saint- 
Gervais et à Saint-Protais, n'offre rien d'intéressant sons le 
i^pport des arts , sauf de curieuses peintures qui ornent la 
sacristie. Au-dessus de la grande porte d'entrée existe une 
longue inscription qu'une igooble couche de badigeon apposée 
là on ne sait pourquoi nous a empêché de relever. Nous avons 
aussi renoarqué au chevet d'une chapelle un écusson également 
couvert de chaux ; toutefois les pièces principales sont assez 
en relief , pour que nous puissions reconnaître les armoiries 
des Gilbert de Voisins. 

La fondation de l'ancien chapitre collégial de Pressigny , 
placé sous rinvocation de Sainte-Barbe^ remonte à une date 
reculée qu'aucun historien ne fixe positivement. Il fut suppri- 
mé par l'archevêque de Tours en 1783. 



Chronohgie historique des seigneurs du Grand^Pressigny. 

I. 

GuiiXAUMB I*', seigneur de Pressigny , ne vivait plus 
en 1205. On lui attribue y mais sans preuve suffisante , la fon- 
dation du chapitre du Grand-Pressigny vers l'an 1 190. 

n. 

Guillaume H, seigneur de Pressigny et de Samte-Maure, 
confirma en 4205 , les exemptions qu'un autre Guillaume de 
Sahite-Haure (le père de Guillaume H , probablement) avait 
accordées à l'abbaye de la Merci-Dieu. Dans un titre rdatif à 
la Chartreuse du Liget , près de Loches , il y est dénommé • 
Guillelmus de Preciniaeo , dominus Sanctœ^Maurœ. Il épousa 
Avoye» dame de Sainte-Maure , dont il eut : P Guillaume III; 
t^ Joftbttt; y Hugues , ohanoine de Tour^et ^eurdeLoohes^ 



-— _- 



-2«- 
4*GarBie; &"" Arembnrgey femme de Renaud de Sablaines ; 
e» Petronille ; 7^ Domite. 

m. 

Guillaume ni j seigneur de Pressigny et de Sainte-Maure , 
cbevalier-banneret , fit un don à Tabbaye de Beaugerais le 7 
des ides d'octobre 1218 , et mourut sans postérité en 1223. Il 
eat pour successeur Josbert , son frère. 

IV. 

JosBEBT ou Jàsboi!! j scigueur de Pressigny , Nouastre , 
Sainte-Maure, etc., maintint par des lettres en date de 1223 , 
le monastère de Sainte-Croix de Poitiers dans la possession de 
certains droits sur les hommes de Saint-Bomain et de Yillèche. 
La même année il accorda le franc-passage sur ses terres aux 
moines de Beaugerais. Il est cité en outre dans des titres de 
1226-28-29-35-45. D'Agnès , fille de Boucbard Y, eomte de 
Yffîdôme, il eut deux enfants : 1"" Josbert, chancelier deTéglise 
Saint-Martin de Tours, qui fut un des exécuteurs testamen- 
taires d'Eschivard m , baron de Preuilly ; 2"" Guillaume lY. 

V. 

Guillaume IY, seigneur de Pressigny, Sainte-Maure , Mar- 
siDac, Nouastre, Chissay, la Croix-de-Bléré , etc., soutint 
contre Hugues Larchevèque de Parthenay, un procès dont lés 
motifs nous sont inconnus, et qui se termina le 15 août 1269. 
n mourut en 1271 , laissant de Jeanne de Rançon : P Guil- 
laume Y ; 2** Pierre , seigneur de Mongauger , qui fonda une 
chapelle dansTéglisedeSaint-Epain, vers Fan 1300; S"" Jeanne, 
femme de Pierre Charbonnel; i"" Isabeau , qui épousa Philippe 
de Prie , seigneur de Buzançais. 

YI. 

GuiLLAUBffE Y, seigneur de Pressigny, Sainte-|Maure , 
Nouastre 5 Marsillac, etc., est cité dans des titres de 1271 et 
de 1274. n était mort avant Fan 1300. Isabeau , sa fiUe unique^ 
MMtî^ #P tQQs Si^bi^, époqsii Amaury de Gram U^^ 



— 216 — 

yn. 

Gràon m (Âmaurj de], seigaeur de Graoa , Saisie , Briolé , 
sénéchal héréditaire de Touraine , Anjou et Maine , devint 
propriétaire de Pressigny, Sainte-Maure et autres terres , du 
chef de sa femme Isabeau de Pressigny. De ce mariage sont 
issus : V Maurice de Craon YII , seigneur de Craon et de Sablé; 
2^ Guillaume de Graon I , seigneur de Pressigny. Amaury de 
Craon épousa en secondes noces Beatrii de Roucy , dame de la 
9me , dont il eut : 1" Simon^ mort le 26 janvier 1330 ; 2'' Amau- 
ry j seigneur de Ghantocé ; 3"* Pierre , seigneur de la Suze ; 
4'' Jean , archevêque de Reims ; S"" Béatrix, femme de Ëon du 
Lohéac , morte le 26 septembre 4 356 ; 6*" Isabeau ; T" Margue- 
rite. 

vm. 

Graoiv I (Guillaume de) , dit le Grand , seigneur de Pressi- 
gny, Sainte-Maure , la Ferté-Bernard , etc., eut de Marguerite 
de Flandre, vicomtesse de Ghàteaudun : 1*^ Guillaume II ; 
2® Pierre, seigneur de Sablé et de la Ferté-Bernard ; 3® Guy , 
seigneur de Sainte-Julitte, près de Saint-Flovier; i"" Jean , sei- 
gneur de Montsoreau, Nouastre, Dommart, etc.; 5® Marie, 
femme de Marc d'Anton , et en secondes noces , d*Hervé de 
Mauny (1373) ; ô*" Béatrix, mariée à Renaud de Maulévrier; 
7^ Jeanne , femme de Pierre de Tournemine , seigneur de la 
Hunaudaye. 

IX. 

Graoiv II (Guillaume de), vicomte de Ghàteaudun , seigneur 
du G raud- Pressigny , Sainte -Maure, Nouastre, Yerneuil, 
Montbazon, Montsoreau , Savouuièrcs, Ferricre-Larçon, Mont- 
contour, etc., chambellan du roi, épousa Jeanne de Montba- 
zon , fille de Renaud de Montbazon et dTustache d' Anthenaise, 
dont il eut : 4® Jean , grand-échanaon de France , seigneur de 
Montbazon, mort en 1415 ; 2^ Guillaume de Graon III ; S"" Mar- 
guerite, dame de Marcillac, mariée à Guy de la Rochefou- 
caud; 4"" Marie, dame de Pressigny ; 5*' Isabelle, femme de 



— 217 — 

Guillaame Odart > seigneur de Yerrières ; 6^ Louise , mariée eu 
1404 à Miles de Hanget^ dit Babache. Guillaume de Craon n 
rendit hommage au roi pour sa terre de Pressigny le 6 septem- 
bre 1392. 

X. 

Hauvinit (Uaurice], chevalier, bailli de Chartres , fut ba- 
ron du Grand-Pressigny, seigneur de Verneuil, Ferrières- 
Larçon , Montcontour» etc., du chef de Marie de Craon, fille de 
Guillaume de Craon II, qu'il avait épousée par contrat du mardi 
après Pâques, 4 avril 1396. Marie de Craon, devenue veuve 
peu de temps après, épousa en secondes noces Louis Chabot, 
et porta ainsi dans la maison de ce nom la terre de Pressigny 

et autres. 

XI. 

Chabot I (Louis), chevalier, seigneur de Pressigny, la 
Grève, Vouvent, Marnes, Vaujours, Colombiers^ Verneuil, 
Montcontour^ la Constannière , etc., laissa quatre enfants, de 
son mariage avec Marie de Craon : i"" Thibaud IX; 2* Renaud, 
baron de Jarnac ; 3"" Jean ; 4® Anne, morte sans aUiance. Louis 
Chabot mourut en 1422. 

XIT. 

Chabot IX (Thibaut) , chevalier, seigneur de Pressigny , 
Colombiers, la Grève, Ferrières-Larçon , etc., eut pour tuteur 
Jean FOrson, prieur d'Angles-aux-Chanoiiies. Le 17 mars 1422 
il rendit hommage au roi pour sa terre de Pressigny. Dans la 
même année, par contrat du 21 janvier, il épousa Brunissente 
d'Argenton , fille ainée de Guillaume d'Argenton et de Jeanne 
de Naillac , et en eut : l^.LouisII; 2° Catherine, mariée par 
contrat passé à Saumur le 6 mars 1445, à Charles de Chàtillon; 
3^ Jeanne, femme de Jean de Chambes^ seigneur de Montso- 
reau (contrat du 17 mars 1445). Thibaut Chabot IX fut tué à 
la journée de Patay , dite des Harengs , en 1428. 

xm. 

Chabot n {Lomij , chevalier > baron de Pressigny et d'Ar^* 



_2« — 

genton , seigaeur de la Grèye , la Carrée , YOlantroys , Rigau* 
deaUy Boagé, Yerneuil, la Motte-Couppereau , Ferrières- 
LarçoQ» etc., coaseiller et chambellau du roi Louis XI (lettres 
du 6 mars 1464), cheyalier de Tordre du Camail, assista en 
1468 aux Etats généraux tenus à Tours, commanda le ban et 
l'arrïëre-bau du Poitou en 1472 et 1475, et mourut en 1488. 
Son testament est daté du 5 mai 1453. Par contrat du 3 juin 
1444 , il épousa : 1* Jeanne de CourciUon de Montbon , morte 
le 26 août li72 ; 2^ Hesseline Ghapperon. Du premier lit sont 
issus : 1® René , seigneur de la Grève , mort en juillet 1469; 
2^ Marie; 3^ Madeleine , mariée par contrat du 4 janvier 1469 
à Navarrin d'Anglade , capitaine de Mauléon. Le 8 juin 1453, 
Jeanne de CourciUon rendit hommage de la terre de Pressigny^ 
au nom de son fils, Louis Chabot n. Cette baronnie fut ven- 
due quelque temps après à Bertrand de Beauvau. 

XIV. 

Beàxivau (Bertrand de) , chevalier, baron de Pressigny et 
de Briançon , bailli-gouverneur de Touraine et chevalier de 
l'ordre du roi » conracta quatre alUances , la première avec 
Ide du Chatelet; la seconde avec Jeanne de la Tour-Landry; 
la troisième avec Françoise de Brezé-Maulévrier (contrat du 
2 février 1437), et la dernière avec Blanche de Sicile , suivant 
acte en date du 20 novembre 1467. Du premier lit sont issus : 
V René; 2^ Jean; 3*" Guyonne, femme de Jean Juvénal des 
Ursins. Du second lit : P Louis , mort jeune ; 2"" Antoine, sei- 
gneur de Pressigny ; 3^ Jean , évoque d'Angers , mort en 1 479 ; 
4^ Catherine , femme de Philippe de Lenoncourt. Du troisième 
lit : 1® Jean , qui épousa le 28 novembre 1467, Blanche, bâtarde 
d'Anjou; 2° Jacques; 3^ Charles, seigneur de Pressigny; 
4® Bertrand ; 5® Pierre ; 6** Catherine , mariée à Charles de 
Maillé , seigneur de Maillé, Gravant et Négron , en Touraine; 
et deux autres filles , dont Tune , Charlotte , devenue veuve 
dTves de Scepeaux , épousa en secondes noces Jean Baband , 
seî^eur d'T^Qj, et mourut eQ 1493. 



XV. 

Beauvau (Antoine de), chevalier , seigneur de Pressigny, 
soiTant le testament de son père en date du 10 février 1468, 
reçut, le 24 janvier 1471, Thommage de Jehanne de Fougières, 
pour quelques terres qu'elle possédait près de Ghambon , en 
Tonraine. De son mariage avec Anne dlnterviUe , il eut six 
enfknts : Louis , seigneur de Pressigny ; Bertrand , Jean , Ar« 
tus et deux filles. 

XVI. 

Beauvau (Louis de) , chevalier ,|baron du Grand-Pressigny 
et seigneur de Ferrières-Larçon , fit hommage au roi , de ces 
terres, par acte du 11 juin 1489. Il épousa RenaudeHuré, 
dont il eut un fils. H sout^it un long procès contre Charles de 
Beauvau, son oncle, au sujet de la terre de Pressigny. Ayant 
enfin perdu sa cause, vers Fan 1500 , il fut obligé d'abandon- 
ner l'objet du litige à son adversaire. 

xvn. 

Beauvau (Charles de) , chevalier, baron de Pressigny, sei- 
gneur de Passavant , Temay, Tigny, etc. , mourut en 1608 , 
laissant de Barbe de Falanges , une fille , Jeanne , qui épousa 
Edmond de Prie , et eut en dot le domaine de Pressigny. 

xvra. 

PatE (Edmond ou Aimoin de), chevalier » baron de Pressi- 
gny et de Buzançais y eut de Jeanne de Beauvau , deux en- 
ânts , Gabrid, seigneur de Pressigny, et René. 

XIX. 

Prie (Gabriel de), chevalier, baron de Pr^signy et de Bu- 
zançais, mourut à la bataille de Pavie , en 1524 , sans laisser 
d'enfents de son mariage avec Jacqueline des Maretz. Pett de 
temps auparavant il avait vendu Pressigny à René de Savoie , 
ooDite de V^Um, 



— 218 — 

XX. 

Savoie (René de), comte de YiUars , Tende, Sommerive et 
de Beaufort en Anjoa, baron da Grand -Pressigny, sei- 
gneur de Ferrières-Larçon , Gondrans, Aspremont, Saint- 
Julien , etc., grand-maitre de France, gouYemeur et grand- 
sénéchal de Provence , chevalier des ordres du Saint-Esprit et 
de Saint-Michel , était fils naturel de Philippe P% duc de Savoie 
et de N. de Romagnano. Par contrat du 10 février 1498 , il 
épousa Anne de Lascaris , issue des Lascaris, empereurs de 
Constantinople , veuve de Louis de Clermont-Lodève , dont il 
eut : 1* Claude , comte de Tende , né le 27 mars 1507, mort en 
avril 1569; 2^ Honorât» baron de Pressigny; 3« Madeleine, 
mariée le 10 janvier 1526 à Anne, duc de Montmorency; 
4^ Marguerite , femme d'Antoine de Luxembourg n , comte de 
Brienne (contrat du 7 mars 1535) ; 5^ IsabeUe, mariée en 1527 
à René de Bàstarnay, comte du Bouchage. 

XXL 

Savoie II (Honorât de), marquis de Yillars, comte de Tende 
et de Sommerive, baron du Grand-Pressigny, seigneur de 
Ferriëres-Larçon , Loyes , Marnes , Gondran, Aspremont, etc., 
maréchal et amiral de France , gouverneur de Provence et de 
Guienne , chevalier de Tordre du Saint-Esprit (promotion du 
31 décembre 1578), gouverneur du château de Loches , mourut 
à Paris en 1580. Il avait épousé Jeanne, ou selon d'autres 
Françoise de Foii , et de ce mariage il n*avait eu qu'une fiUe , 
Henriette de Savoie» D'abord fiancée en 1555 à Jean K de 
Créquy, prince de Poix, elle fut mariée le 26 juin 1560, à 
Melchior des Prez , seigneur de Montpezat. En secondes noces 
elle épousa par contrat du 23 juillet 1576 Charles de Lorraine, 
duc de Mayenne. 

xxn. 

LoRKAinE (Charles de), duc de Mayenne, paû*, amiral et 
grand-chambellan de France , chevalier des ordres du roi , 
gouverneur de Bourgogne, etc., fut baron du Grand-Pressi- 



— 219 — 

gny, dn chef de sa femme Henriette de Savoie. En 1588 il se 
déclara chef de la Ligue, et prit le titre de lieutenant de l'Etat 
et couronne de France. La ville de Tours garde un triste sou- 
venir des atrocités que ce turbulent et féroce guerrier commit 
dans ses environs en 1589. Il rentra dans le devoir au mois 
de janvier 1596, et mourut à Soissons le 3 octobre 1611. Ses 
enfants furent : l"" Henri , tué au siège de^Montauban en 1621; 
2^ Charles-Emmanuel, comte de Sommerive, mort en 4609 à 
Naples ; S"" Catherine , mariée en 1599 à Charles de Cronzague, 
duc de Nevers ; 5"* Renée y alliée en 1613 avec Mario Sforce , 
duc d'Ognano , et morte à Rome le 23 septembre 1638. 

xxm. . 

Pbezde MoirrPEZAT (Philibert-Emmanuel des), ditdeSaoote^ 
marquis de Yillars , baron du Grand-Pressigny, seigneur de 
Ferrières-Larçon , etc., chevalier des ordres du roi , fut blessé 
au siège de Montauban le 2 septembre 1621 , et mourut le 5 
du même mois. Son corps fut rapporté au Grand-Pressigny et 
déposé dans le caveau seigneuricd de Saint-Martin d'Ëtableaux. 
n avait épousé Eléonore de Thomassin, fille de René de Tho- 
massin , seigneur de Montmartin , qui ne lui donna pas d'en- 
fants. Celle-ci fit don de tous ses biens à Emmanuel d'Averton, 
son neveu. 

XXIV. 

ÂVERToiv (Emmanuel d'), chevalier, baron du Grand-Pressi« 
gny, seigneur de Ferricres-Larçon ^ la Borde , etc., vendit ces 
terres à Pierre Brulart. Bien que le nom d'Averton soit assez 
répandu dans les ouvrages généalogiques , nous ne trouvons 
cependant rien de relatif au personnage qui nous occupe. 

XXV. 

Bbtjlabt (Pierre), marquis de Sillery, vicomte de Puisieux, 
baron du Grand-Pressigny, ambassadeur en Espagne , con- 
seiller du roi et commandeur de ses ordres , secrétaire d'Etat, 
épousa en premières noces (1606), Madeleine de ]!îeufville*Vil- 



loroj) qui moimit uluè hiîsaer d'enfants le 24 iiov6Hi}>fe 1613; 
et en deuxièmes ooces , par cootrat du 11 janvier 1615, €liai^ 
lotte d'Etaaipes de Yalençay, déoédéele 8 septembre 1677. 
De ce BeG<md mariage sont issus : 1* Louis j baron de Presai- 
gay ; 2^ Nicolas-François , chanoine de Tours et abbé de 
Lespau ; 3"" Claude-Charles , reçu cheyalier de Halte le 16 juilr 
let 1640; 4*Àdam-I^nor, seigneur de Marines, mort en 1699; 
5*Chai4otte, mariée le 15 mai 1640 à François d*Etampes , 
marquis de Mauny , en Normandie ; 6'' Marie-Eléonore, abbesae 
d'Àvenoi, morte le 3 février 1687; 7^ Françoise, reUgienae. 
Pierre Bruhrt moumt le 22 avril 1640, ifsé de 57 ans. 

IXVI. 

fincLART (Lonts-Roger), marquis de Sillery et de Poisienx, 
baron du Grand->Pressignj, seigneur de Ferrières-Larçon , 
Saint-Clou, la Borde , etc., mestre-de-camp d'infenterie, gon* 
vemeur de DamvUliers , né en 1619 , mourut le 19 mars 1691. 
n avait épousé eu mai 1638 Catherine de la Rochefoucaud 
(Elisabeth, suivant Moréri), dont il eut: 1* Charles-Rogar, 
marquis de Sillerj, mort le 28 mars 1719; 2"^ Loais, chevdier 
de Malte, abbé commendataire de Jars, mort le 17 juillet 1664; 
3* Charles-Henri , seigneur de Briançon , tué au combat de 
Saint-Gothard , en Hongrie, le 1^ août 1664; 5<' Achille, 
baptisé à Pressigny le 24 juillet 1655, chevalier de Malte, aide- 
de-camp du vicomte de Turenne , mort à Tâge de 20 ans des 
blessures qu'il avait i*eçues au combat de Sintzeim , le 3 juil- 
let 1674 ; Q"" Fabio , né à Pressigny le 25 octobre 1655 , évëque 
de Soissons, mort le 20 novembre 1714; 7"" Carloman-Philo- 
gènCy comte de Sillerj, colonel d'infanterie et gouverneur 
d'Epernay, né à Pressigny le 27 novembre 1656, mort le 
27 novembre 1727; 8^ Marie-Catherine, mariée le 23 no- 
vembre 1664 à Jean-Baptiste de Bochefort-d'Ailly ; 9^ Jeanne- 
Andrée-Charlotte , mariée en 1672 à Gabriel de Langan, 
marquis de BmB-Février> et morte le 21 octobre 1710; 10* Ga- 
brieUe-Françoise, fonme de Louis de Thibei^ieatt, marquis de 



la Mothe, décédée le 27 juin 1732; 1 1^ Marie-Françoise, mariée 
en 1683 à François-Hyacinthe de Gonthery, marquis de Gaya- 
glia, et morte le 31 janvier 1707. Louis-Roger Brulart vendit 
la baronnie de Pressigny à Macé Bertrand ; nous n'avons pas 
la date de l'acte de vente. 

xxvn. 

Bertraivd I'' (Macé ou Marc), baron du Grand-Pressigny, 
seigneur de la Basinière , Youvant , Mervant , Mouillçron , 
Etableaux, Ghanceaux , Ferrières-Larçon , Glichy, GourceUes ' 
Bessay, etc., trésorier de l'épargne du roi , épousa Marguerite 
de Yerthamon , veuve de Daniel Voisin , dont il eut un fils 
unique , Macé II. 

xxvm. 

Bertrand II (Hacé), baron du Grand-Pressigny , sdgneur 
de la Basinière, Mouilleron, Mervant, etc., trésori^ de 
l'épai^ne , et grand-prevdt des ordres du roi, épousa par con- 
trat du 2 mai 4644, Françoise de Barbezières , fille de Geoffroy 
de Barbezières et de Louise de Marans. De ce mariage sont 
issas : P Louis , baron de Pressigny ; 2"* Alexis , capitaine de 
cbeyau-légers , mort le 23 décembre 1684 ; 3*N... prêtre; 
4^ Claude, seigneur de GourceUes ; 5^ Madelaine, mariée suivant 
contrat du 8 mars 1660 à Antoine- Jean de Mesmes , comte 
d' A vaux ; 6* Marie- Anne , femme de Glande Dreux de Nancré» 
dont nous parlerons plus loin. Macé Bertrand II fut tué d'un 
coup de fnsO le 14 novembre 1672 , par Mathurin Haran , dit 
la Prade. 

XXIX. 

Bertraiid (Louis), baron du Grand-Pressigny, seigneur de 
la Basinière , Ferrières-Larçon , Etableaux , Ghanceaux , etc., 
mestre de camp de cavalerie , mourut le 22 décembre 1686 , 
sans s'être marié. La plus grande partie de ses biens , notam- 
ment la banmnie de Pressigny, échut en partage à Marie- Anni| 
sa sœur, fanme de dande Dreax de Nanoré. ^ 



— 2S!2 •— 

XXX. 

Dreux de Nangré (Claude), marquis de Nancré et de la Flo- 
celliëre, barou du Grand-Pressiguy, seigneur de Ferrières- 
Larçon, Bessay, Etableaux, Chauceaux, Rocheroux, etc., 
gouverneur d' Arras et du pays d'Artois » conseiller du roi et 
lieutenant-général de ses armées, capitaine aux gardes, mourut 
en 1689 , sans laisser d'enfants de Marie- Anne Bertrand , son 
épouse, qui est citée fréquemment dans les archives de Pressi- 
gny, principalement en 1691, 1696, 1704-15-26. Le 18 mars 
1718, elle rendit'hommage de sa terre de Rocheroux en Poitou, 
au seigneur d'Aunay. 

XXXI. 

Massoiv (N.), d'abord receveur des aides à Caen , receveor- 
général des finances de la généralité d'Amiens, puis fermier 
général en 1728 , baron du Grand-Pressigny , seigneur d'Eta- 
bleaux , Ghanceaux , etc., laissa trois enfants : l"" N., qui fat 
président aux requêtes du palais ; 2® N., femme de M. de Cba- 
vaudon , président honoraire au grand conseil ; 3^ Etienne 
Masson, seigneur de Pressigny. 

XXXU. 

Massoiv de Maisoiviiouge (Etienne), baron du Grand-Pres- 
signy , seigneur d*Etableaux , Ghanceaux , Ferrières-Larçon , 
etc., receveur-général des finances de la généralité d'Amiens 
dès 1731 et en 1749, est mentionné dans les archives de Pres- 
signy en 1742 et en 4754. Suivant la tradition , le domaine 
dont nous nous occupons aurait été saisi sur lui, mis aux 
enchères publiques , et adjugé à Pierre-Paul Gilbert de Voisins. 

xxxm. 

Gilbert de Yoisiiïs (Pierre-Paul), baron du Grand-Pressi- 
gny, seigneur de Médan, près Poissy, Bessé, Etableaux , Fer- 
rières-Larçon , etc., eut de Marie-Marthe de Cotte plusieurs 
enfants, entre autres , Pierre-Paul , né le 13 mars 1748. Il était 
président de la grand'chambre du parlement en 1749. 



-223- 

XXXIV. 

Gilbert db Voisins (Pierre-Paul) , fils du préeédent , fut le 
dernier barouSdu Grand-Pressigny. 



Haisoiv de Piuessigst-Sainte-Maure : D'argent , à la fasce 
de gueules. 

Maison de Craon : Losange d*or et de gueules. 

Maison de Mauvinet : De vair, à une cotice de gueules. 

Maison de Chabot : D'or , à trois chabots de gueules en 
pal, 2,1. 

Maison de Beauv au : D'ai^ent , à quatre lions de gueules | 
cantonnés , armés , couronnés et lampassés d'or. 

Maison de Prie : De gueules , à trois tierces feuilles d'or. 

Maison de Savoie {René de Savoie) : Ecartdé , au 1 et 4 de 
gueules , à la croix d'argent ; au 2 et 3 contrécartelé , au 
1 et 4 de gueules , à Faigle éployée d'or, au 2 et 3 d'or, 
au chef de sable ; et sur le tout une cotice d'azur périe en 
bande. 

{Honorât de Savoie) : Ecartelé , au 1 et 4 de Savoie ; 
au 2 et 3 contrécartelé, au 1 et 4 de gueules, à l'aigle 
éployée d'or, qui est Lascaris^ au 2 et 3 de gueules , au 
chef d'or, qui est Montf errât. 

Maison de Lorraine : D*or, à la bande de gueules , chargée 
de trois alérions d'argent. # 

Maison de Prez-Montpezat : D'or, à trois bandes de gueules, 
au chef d'azur chargé de trois étoiles d'or. 

Maison d'Averton : D'argent , à six fasces de gueules , au 
chef de même. 

Maison de Brulart : De gueules , à la bande d'or, chargée 
d'une traînée de cinq barillets de sable. 
V 15 






— 224 — 

Maison de Bertrand : D'azur, au cheirron d'argent accom- 
pagné de trote roses d'or, deux en chef, et une en pointe. 

Maison de Dreux-Nancré ': D'azur, au chevron d'or accœn- 
pagné en chef de deux roses d'argent , et en pointe , d'un 
soleil , ou d'une ombre de soleil du second émail. 

Maison de Masson : D'azur, à la bande d'or chargée de trois 
limaçons de gueules. 

Maison de Gilbert- Voisins : D'azur, à la croix engrdée 
d'argent, cantonnée de quatre croissants d'or. 



OVmLAOMB OOMSUUrAS s 

HUt. delà maison de France , par le P. Anselme, II, 65, II! , 686; FV, 423' 
562-63-69-70-71; V, 6, 8, 9, 18; VI, 63, 624-26-27-63, VU, 686; , 40, 184, 190, 
326, 863-84; VIII, 109, 117,270, 316-16-69-86, 666-69; IX, 63, 316-16. — Mo- 
réri, Dict. hist., édit, l687 , 1 , 486, 638-34, 802, 996, 1176 ; H , 447, 638-88, 
912, 996, 1087. Supplément au même ouvrage, édition 1759; I, 108, 197-98. 
— Souvenirs de la Marquise de Créqui, X, 8. •>- Dictionnaire des orig. des mais, 
nobles, par Laine, I, 113. — Dict. historique des familles de l'ancien Poitou , 
par B, Filleau , 1 , 3S6, 662, 680. — Tableau historique de la noblesse , par le 
comte de Waroquier, I, 29; II, 141 ; III, 335. — Catalogue des illustres ma- 
réchaux de France, par Vascosan, p. 26; id. des grands maîtres de France , 
du même, p. 28.— Essais historiques sur Charles VU , par Delort , p. 101. — 
▲hnanach historique de Touraine pour Tannée 1790, in-1 6. — Histoire généa- 
logique de la maison de Dreux, par A. Duchesne, p. 87, lOO. — Supplément 
A l'histoire de la maison d'Harc^urt , par La Roque , à la fin du tome IV de 
Iliist. d'Harcourt. — Dictiomiaire historique généalogique des trois arrondisse- 
ments du département dindre-et-Loirc , par J. Dufour, II, p. 362 à 371. — 
La Touraine ancienne et moderne , par Bellanger , p. 600. — Les Annuaires du 
département dindre-et-Loire, notamment celui de 1863. — Almanach royal 
de 1720-49.— Expilly, Dictionnaire des Gaules et de la France, art. Pressigny. 
— Piganiol de la Force, description de la France, édition 1722, VII, 65. 
— Harten., Thés. Anecd. nov. , t. I, col. 1084. — État de la France, de Bou- 
lainvilliers , vi , 47. — Archives municipales du Grand-Pressigny. — Archives 
maniclpales de Ghaumussay et de Baint-Flovier. — Mémoires de Castekiau, II, 
562. — Grand, annal, et hist. gén. de Fr., par Belleforest, ii, (061 et 1064. — 
Gallia christiana, édit. 1716-86, VIII, col. 1383.— Mémoires contenant Torig. , 



— 225 — 

noms, armes , bonnes et mauvaises inclinations, portraits, etc..., des fermieis- 
généraux de 1790 à i 7G0, ou le Publlcanisme nouveau (Manus. du XYIII* siècle). 
"^ Géiérallté de Tours , manuscrit du XVII* siècle , biblioth. de Rouen , ooU. 
Leber , n* S793. — Hist. de Touraine , par Gbalmel , t III. — Nobiliaire nniv. 
de France, par E. Allais , XII , 277. — 6. de T. , édit. Ruinart , Vit. Patr.« 
c vm, col. 1194 , n* xi.— Mémoire de Tabbé de MaroUes, etc.. 



PEINTURES MURALES 



DU GRAND-PRESSIGNY. 



L'élise du Grand-Pressigny n'offre par elle-même aucun 
intérêt archéologique , et il n'y aurait pas lieu de s'y arrêter, 
même un instant , sans les précieuses peintures que je viens 
sigdaler à Fattention des artistes, non moins qu'à celle des anti- 
quaires. 

Sur le côté droit de Téglise , il existe une chapelle qui com- 
muniquait autrefois avec Tebside par une grande arcade , au- 
jourd'hui murée. Cette chapelle , où Ton pénètre actuellement 
par une petite porte , a été jadis toute couverte de peintures 
sur ses trois faces , et même sur Tintrados et l'extrados de Tare 
qui s'ouvre sur le quatrième côté. Elle sert en ce moment de 
sacristie. 

Je dirai d'abord quelle est la disposition générale de ces 
peintures et les sujets qui y sont traités. 

Sur le côté oriental, au-dessus de l'autel, on voit une 
Annonciation de la sainte Vierge (1 j. Le sujet est divisé eu deux 
parties ; dans le bas du tableau , l'ange annonce à Marie sa 
divine mission et dans la partie supérieure, le Père et le Saint* 

(j) Les cinq ou sii dessins qui accompagnent cette notice n'ayant pu encore 
être gravés , paraîtront dans un prochain volume (décembre 18â5). 



— 227 ^ 

Esprit , entourés d'anges , assistent à cette scène et la com- 
plètent. 

Cette peinture qui n'a de largeur que ceUe de la tahle d'au- 
tel, ne s'élève pas jusqu'à la voûte et laisse de chaque côté des 
espaces vides qui sont occupés par deux évoques, ayant chacun 
un petit enfant à leurs pieds. Au-dessus du tableau de l'An- 
nonciation , on voyait , il y a peu d'années un baldaquin en 
bois , probablement dans le genre de celui qui existe encore 
dans une chapelle de l'église de Montrésor. 

Dans le soubassement, de chaque côté de l'autel , on avait 
représenté deux des douze apôtres, dont la suite s'étendait sur 
les deux autres côtés. 

Ces figures étaient en grisaille sur un fond noir. Une seule 
est encore visible, jusqu'à mi-corps : c'est un saint Barthélémy 
placé à la droite de l'autel. 

La face méridionale est occupée par une fenêtre en ogive , 
dont l'embrasure est divisée en compartiments réguliers par 
des bandes figurant des moulures. Au milieu des divers enca- 
drements qui en résultent, on remarque des arabesques dans le 
goût italien de la fin du xvr siècle , comme toute l'ornementa- 
tion de cette chapelle. De chaque côté de la fenêtre, deux espa- 
ces d'inégale grandeur restaient libres. Dans le plus petit, à 
gauche , on a représenté un saint François encore Inen con- 
servé ; mais à droite , la figure qui s'y trouvait a subi le 8(Mt 
de toute la face occidentale : un badigeon au lait de chaux la 
recouvre entièrement et ne laisse aucun espoir de retrouver en 
dessous des peintures d'un genre aussi fragile que celles-ci. 
Enfin, dans le soubassement, divisé en compartiments rectan- 
gulaires , on voyait autrefois six figures d'apôtres , dont les 
traces sont aujourd'hui à peine visibles. 

Les peintures de la face occidentale étant totalement détrui- 
tes , je n'ai plus à parler que de celles de la voûte et de la face 
septentrionale. 

J'ai dit plus haut que ce côté donnait accès dans l'abside 
par une grande arcade en plein cintre faite dans le même temps 



qfK^^cb^MUl^ et §Higfrwl 4e supporta la ww^te latéra)^ 
La face intérieure de cette arcade, immédiatement au-dessQUft. 4p 
Ij^ iioù^» e^ couireFte d'une ricbû déeanitkui doot le cexKMr^est 
ûOC«pé par un écu annorié* Cet écu est pMi» au premier, 4^ 
gim»liea)à la croix d'acgeut coupé de gueule&à troia aigIead*oc; 
1^ secrad parti , d*aaur m chevron d'or accompagné d'uii Uoki 
paiasant d'argeikt^ as^desau» une courofme de marquis. 

Sus rîatrados de ca n^teiearc était peinte \me série de por- 
traits de Saints et grande penoiwiges» dont un sfeul^ saint Gré- 
goire la Grtod» est Uan conserv^. Les autres onAéténojéadana 
la. nMgQvaMrie d*un pâier qui oceupa to«t le milieu de V^cç et 
prévient » dit-on, sa chute imminente. 

fînfiA, la voûte, divi^ ea quatre compartiments pardes 
Q^rvwresà moulureainîsmiitiqiieat est ornée de quatre grande 
figures peintes sur fond azuré , représentant laa qpiaire évan- 
géliatea avee^leivrs i^ttributa. 

Ea lésumé, des quatare fMses de cette riche çhapeUa, tantes 
les peintures de oaBe de roccident , la moitié de celle du midi 
et les deux làers de rmtradoa de l'arc du nwd sont entièrement 
d^knrites. A œ désastre complet , U faut ajouter la disparitioQ 
presque entière des ap&trea du soubassement et celle de û partie 
infiArîeure du laUeau de TAnnonciation. Ces destructions sont 
d'autant idus regrettables , qu'elles sont très-récentes; car les 
deni^ croquis cî-joînts , que je dois à un amateur de U ville (t^ 
qui les exécuteit en 1835» témoignent qu'à cette époque » ellea 
paient eneora suffisamment conservées. 

C'est done senlement sur les peintuves de la voûte* U partie 
supérieure du tableau de l'Annonciation , et les deu3| figuMs 
qui Faeconq^agnent, que Fon peut se baser pour apprécier avec 
quelque certitude la valeur de ceUe <euvre intéressante. 

Je ferai reBttrquar d'abiml, que ces pdntnres ne sont point 
cfliécqtées à fresque , mais à l'huile. Les couleurs sont appU* 
quées sur le mur rejointoyé en plâtre et couvert d'une çiMinbe 
élmpressîon qui en égalise convenablement la surface. 

fl>lf.iklKit, centoctwg ém ffwti et cfc»i«iéi> 



— 229 — 

Le dessin est large et facile. Le crayon de Fartiste parait 
se jouer des dilBcultés les plus compliquées des raccourcis. Les 
figures des Evangélistes s'élevaut dans les airs plafonnent avec 
aisance. L*élégance des proportions, la pureté du trait, la cor- 
rection de la forme, la recherche de Fexpression dans les tètes, 
l'ampleur et la facilité du plissage des draperies , la pratique 
de toutes les règles de la perspective, le caractère élevé du style, 
la souplesse des mouvements , le balancement rhythmé et la 
symétrie habilement déguisée de la composition, tout classe le 
dessin de ces œuvres à l'apogée du progrès dans Fart. L'effort 
n'apparait nulle part, et si l'on peut regretter parfois cette naï- 
veté qui fait le charme de la période militante, le goût, d'un 
autre coté , n'a plus à souffrir de ces raideurs partielles, symp- 
tôme d'un labeur encore pénible et d'une étude minutieuse. Le 
dessinateur possède évidemment la plénitude des moyens d'exé- 
cution qui permettent à Fhonune de génie de s'élever d'un vol 
tranquille aux plus hautes conceptions. 

U n'appartient pas non plus à une période de décadence. 
Les poses et la tournure des personnages n'ont pas cette re- 
cherche qui distingue les époques où le besoin d'innover en- 
traîne dans le maniérisme. La composition est simple sans être 
banale, le mouvement est aisé sans contorsion , l'expression 
gracieuse sans afféterie. 

D'après ces différents caractères , nous pouvons essayer de 
présumer quelle date on peut assigner à l'exécution de cette 
œuvre. D'un côté, le style d'architecture de la chapelle indique 
une période dont Fextrème limite ne peut être fixée au-delà du 
règne de François P', vers 1550 ; de l'autre , le genre particu- 
lier de ces peintures, ne nous permet pas de poser notre der- 
nier jalon' au-delà du commencement du règne de Louis XIV, 
aux environs de 1650. En effet, à cette époque, le dessin de 
l'école française présente déjà les premiers germes de la déca- 
dence , qui , sous Lebrun et Mignard, prendra une allure plus 
décidée, pour atteindre , au temps de Louis XY , son plus grand 
abaissement. En ce qui regarde Fécole française, l'exécution des 



— 230 — 

peintures du Grand-Pressigny doit donc , à notre avis , être 
renfermée dans les limites d*un siècle, compris entre les 
années 1550 et 1650 environ. 

Mais , dans le cours de cet examen , nous avons remarqué 
plusieurs parties traitées dans le goût italien , ne pourrait-on 
pas en conclure que l'œuvre entière peut être attribuée à 
quelque peintre de cette école ? Nous ne le pensons pas. 
Dans la seconde moitié du xvi* siècle , Fart italien était en 
pleine décadence ; un maniérisme effréné dominait sur toute la 
ligne , et notre province elle-même en fournit un exemple in- 
téressant dans une peinture murale , exécutée à cette même 
époque , sur les parois d'un réduit funéraire attenant à la 
magnifique chapelle de Ghampigny. On ne pourrait non plus 
tirer aucune conclusion favorable à cette hypothèse , en recu- 
lant (ce qui serait très-possible) la construction de la chapelle 
du Grand-Pressigny f aux premières années du règne de 
François I^ , et en supposant alors les peintures contempo- 
raines de l'édifice. Bien , en effet , n'est plus opposé que les 
œuvres dont il est ici question, au style grandiose, mais déjà 
maniéré de l'école du Primatice à Fontainebleau. Et d'un autre 
côté 9 notre école nationale, qui jetait alors un vif éclat dans 
plusieurs parties de la France et particulièrement à Tours , 
n'avait cependant pas atteint , dans l'art du dessin , une puis- 
sance et une hardiesse suffisantes pour qu'on puisse lui attril)uer 
ces peintures. La même raison , qui nous a fait établir notre 
limite extrême antérieurement au règne de Louis XIV, subsiste 
donc ici avec plus de force , et nous fait exclure l'école italienne 
ou franco-italienne, qui n'eut d'ailleurs chez nous qu'une 
existence éphémère et dont la trace se perd après la mort du 
grand maître Jean Cousin. 

Nous croyons plus logique et plus conforme aux caractères 
du dessin constatés ci-dessus , de chercher l'auteur de l'œuvre 
du Grand-Pressigny dans l'école française , qui fleurit , mal- 
gré les malheurs des temps , pendant la période déterminée 
précédemment Mais avant de préciser davantage, s*il est pos- 



— 231 — 

sible , la date de rexécution de ces peintures , il est utile de les 
examiner au point de vue de la couleur. 

La première , je dirais presque Tunique loi de la couleur est 
rharmonie dans la diversité. Dans la peinture à Fhuile , cette 
harmonie s'obtient , ou par une gradation assez habilement 
conduite pour que chaque ton et chaque nuance de ton viennent 
se fondre dans une gamme unique , ou par le sacrifice des 
parties accessoires au profit d'une autre principale , que l'on 
veut frapper de lumière. 

Ce dernier mode , presque exclusivement employé dans les 
écoles hollandaises et napolitaines , présage et produit la dé- 
cadence ; ce n'est pas celui que notre peintre a adopté. Toutes 
les parties de son tableau sont également lumineuses. Un ton 
général d'une nuance gris-perle règne sur tout l'ensemble , 
assourdit les éclats de lumière , adoucit les ombres et exclut 
ce clair-obscur forcé ^ si cher aux écoles que nous venons de 
citer. Il en résulte un aspect plein d'harmonie qui rappelle le 
charme particulier des peintures de Murillo, mais surtout celles 
de notre Lesueur , avec lequel le peintre de Pressigny a plus 
d'un point de ressemblance. 

La finesse du modelé est remarquable dans les mains et dans 
les tètes, notamment dans celles des anges groupés à droite du 
Père étemel. Il y a là deux tètes de profil touchées avec une 
délicatesse et une distinction que le Corrége ne désavouerait 
pas. Ces deux figures bien conservées font regretter plus 
amèrement la ruine de tant d'autres. 

Je louerai encore la manière dont notre peintre a su varier 
ses moyens d'exécution suivant les exigences de la place assi- 
gnée à chaque sujet ; et c'est , à vrai dire , ce qui donne la plus 
haute idée de son talent. Ainsi, nous venons de le voir préoc- 
cupé surtout de l'harmonie des couleurs , de la finesse de la 
touche , de la grâce du modelé dans une partie plus rapprochée 
de l'œil du spectateur; regardons maintenant à la voûte , nous 
verrons là sa manière s'agrandir par une couleur plus à l'effet 



— 232 — 

et on dessin plus laïf e aunonçant un talent sérieux , sûr de 
lui-même, et pour lequel Fart n'a plus de secrets. 

Les quatre évangelistes qui décorent cette partie de la cha- 
pelle sont peints avec une vigueur de ton et une touche éner- 
gique, qui contrastent singulièrement avec le genre plus fini 
des œuvres exécutées sur les murailles latérales. 

Or, tous ces caractères concordent évidemment avec ceux 
qui distinguent le coloris de nos peintres français de la pre- 
mière moitié du xvn« siècle , jusqu'à Nicolas Poussin exclu- 
sivement. Avec une plus grande habileté dans le maniement 
des couleurs , dont les teintes fondues présentent un tispeci 
plus harmonieux et plus douf , les meilleurs tableaux de cette 
époque sont généralement peints dans une ganune de ton gris- 
perlé où ta lumière, largement répandue, éclaire également 
toutes les parties du sujet. La première qualité peut , à juste 
titre, être regardée comme une conséquence de Tinfluenoe 
italienne de Téeole de Fontainebleau ; mais la seconde est évi- 
demment une tradition de Técole française du même temps , 
tradition par laquelle les œuvres si délicates et si finement 
touchées des Poyet et des Jeannet se rattachent à celles des 
Claude Lorrain et des Lesueur. 

dette oonsidération vient, si je ne me trompe, confirmer 
pleinement les conclusions auxquelles nous sommes arrivé 
dans notre examen des caractères du dessin , et nous permettra 
d'affiriner , sans témérité , que ces peintures appartiennent 
à l'école française de la première moitié du xvir siècle ( i), qui , 
placée à la bifurcation des deux voies suivies par ces prédé- 
cesseurs , sut s'approprier heureusement les qualités des uns 
ci des autres , en fondant les deux manières en une seule. 

Je ne pousserai pas plus bin cette étude, elle suffira, j'espère. 
Messieurs, avec les croquis et les calques que je mets sous vos 
jeux , poiir fixer votre opinion sur l'importance des peintures 

(I) Si notre oonjectare est fondée, la eoostrucUon de la chapelle aurait 
fi^fW 4'W ^^ environ l'ei^écnt^n de ces peintures. 



— 833 — 

de la chapelle du Grand-Pressigny et pour tous engager à 
prendre les moyens de les préserver d*une destruction totale. 
L'honneur de notre province y est intéressé, et vous aurez ra- 
rement l'occasion d'employer votre influence conservatrice 
pour une œuvre d'art plus digne du noble et patriotique but 
que la Société archéologique de louraine se propose. 



NOTE DE 1855. 

J'ai le regret de dire que, malgré les avis réitérés de plusieurs 
amateurs et archéologues , rien n'a été (ait , pour préserver les 
bdes peintures de ht chapelle du Grand-Pressigny. Elle sert 
toojours de sacristie et les parties basses restent exposées à une 
infioBiNe destruction. 

n fiiut avouer que , sous le rapport de la conservation de 
leurs monuments , nos populations sont bien moins intelli- 
gentes que cdies des moindres bourgades de l'Italie. Quand les 
restes du château du Grand-Pressigny et les peintures de la 
chapeHe , seuls souvenirs de son importance passée , auront 
disparu, il ne restera plusri^, dans ce chef-lieu de canton, 
qui puisse fixer l'attention du voyageur instruit. 

O fis GALEMBERT. 



>* ■!■ 



CASTELLUM DE LARCAY. 



Nous avons un nouveau monument de Tépoque gallo- 
romaine à inscrire dans les fastes de notre belle Touraine ; à la 
suite des murs si extraordinaires de notre ancien Cœsarodunum 
où une Commission de la Société a retrouvé tout récemment 
la place des Arènes , de la Pile-Cinq-Mars , des aqueducs de 
Luynes, de Fontenay , de Contré, de Cornillé et de plusieurs 
autres ruines gallo-romaines , nous espérons bientôt voir en- 
registrer avec honneur le castellum de Larçay. 

Déjà , il y a un mois environ , à la suite d'une communica- 
tion que j'avais cru devoir préalablement faire à notre digne 
Président, une invitation fut adressée, dans le journal du 
département , à tous ceux des membres de la Société qui dési- 
raient y faire une excursion quelques jours après. Réunis au 
nombre de 14 , nous arrivions dans le bourg de Larçay où , 
après avoir gravi un sentier rapide situé presque vis-à-vis de 
l'église paroissiale, nous nous trouvions sur un des points 
culminants du coteau en face d'une des plus belles tours de la 
forteresse dont nous allons vous donner une description som- 
maire. Nous préparons une notice détaillée. 

Ce castellum faisait partie probablement d'un vaste castrum 
ou camp à demeure, comme il en existait au rv^ siècle pour 
arrêter les incursions des Barbares , qui s'apprêtaient à fon- 
dre de toutes parts sur la malheureuse Gaule. Plusieurs édits 
des empereurs romains avaient ordonné de fortifier divers 



— 235 - 

lieox où les populations pussent se mettre à l'abri avec leurs, 
troupeaux et tout ce qu'ils avaient de plus cher. Voici com- 
ment s'exprime sur ce sujet M. de Caumont ^ dans son Cours 
d'antiquités monumentales , t. U, page 339 : 

« Les incursions des barbares devinrent si fréquentes qu'il 
« fallut non - seulement des camps pour les troupes , mais 
« encore des Ueux de refuge où les habitants des contrées les 
« plus exposées pussent se réunir et se mettre à couvert dans 
(( les moments de danger. Ce système de défense dut s'étendre 
« jusqu'aux habitations privées, et plusieurs des enceintes qui 
« nous restent peuvent bien n'être que des clôtures d'habita- 
« tions gallo-romaines. » 

Ainsi , dit-il encore , il y aurait eu dès le iv* siècle des bour^ 
gades et des maisons fortifiées en prévision des malheurs qui , 
vers le commencement du v* siècle, vinrent fondre sur toutes 
les parties de la Gaule. Ceci nous explique , ajoute-t-il , 
pourquoi l'on remarque tant de variations dans la forme et 
rétendue de certaines enceintes retranchées. Les ouvrages 
entrepris de la sorte ne pouvaient avoir la même régularité 
que ceux d'une armée, et d'ailleurs les forteresses étaient 
peut-être distribuées , dans certaines circonstances » de ma- 
nière à pouvoir contenir ^ des troupeaux. Cette intéressante 
partie du Cours d'antiquités monumentales semble faite pour 
l'intelligence du sujet qui nous occupe en ce moment. On en 
connaît beaucoup en France, dit-il encore, mais dont il ne 
reste plus que des pans de murs et des retranchements. 

Effectivement , Messieurs, sauf le castellum de Jublains, cité 
dans tous les ouvrages qui traitent des forteresses romaines, 
nous n'avons pas connaissance que jusqu'ici on ait découvert 
un monument de ce genre aussi complet que celui de Larçay; 
il a même l'avantage , sur celui de Jublains , d'avoir des mu- 
railles et des tours mieux conservées puisqu'elles ont encore 
leur parapet dans certaines parties les mieux conservées et que 
ces murs , sur lesquels les tours ont été bâties aideront , sans 
doute , à lever un coin du voile que nous avons déjà cherché 



— 236 — 

àSDidevef. Ifouft espéroiiB ftassi que ràutorité , informée de 
cette précieuse découTerte)irdiéologi({ue, viendra à notre se- 
cotit*s; ce sera alors pour nous, Kessieurs , le sujet de non- 
Telles, communications que nouft tous prierons d^accepter 
comme celle-ci avec cette bienveillance à laquelle tous nous 
avez accoutumé depuis bngtemps. 



RAPPORT 



ra 



La CoQiiiiissian àw^ iamm des substnic&Ds préraneis aprhÉ 

à \wm ampliithéfttra k Toua 



1** SÉANCE DE LA COMMISSION. 

Le 28 avril 1853 , chez M. l'abbé Bourassé. 

Etaient présents : 

MM. Manceau , président de la Ck>numssion. 
Guyot. 
Boilleau. 
Champoiseau. 
Salmon. 
De Galembert , secrétaire. 

M. Guyot donne connaissance à la Commission d'un plan 
géométral des domaines et censives de la cbàtellenie des Bains 
et fiefs de la Bazoche. 

H. Guyot est prié de faire, d'après ce plan, un calque 
de la partie intéressante de l'ancien emplacement du Caesaro- 
dunum. 

La Gonunission se sépare après avoir décidé qu'une descente 



— 238- 

sur les lieax sera opérée par elle le landi 9 mai, à midi , ea 
commençaDt par la caserne de cavalerie pour pousser les in- 
vestigations du nord au sud. 

2« SÉAKCE DE LA GOBfMISSIOlf. 

U lundi 9 mai 1853. 

Etaient présents : 

MM. Manceau , président de la Commission. 

Boilleau • ) ^ ^ 

^. / } membres. 

Champoiseau, ) 

De Galeml)erty secrétaire. 

Auxquels se sont adjoints : 

MM. Bourassé, président de la Société archéologique. 
De Grandmaison, 
Salmon, 

. , ' > membres de la Société. 

Lambron , 

Meifre , 

Luzarche j 

De Courtigis , général commandant la division. 

Estienne , garde principal du génie. 

Lenouvel , chef de bataillon du génie. 

La Commission s'est transportée à une heure dans la caserne 
de cavalerie. Elle a d'abord reconnu et mesuré , dans les fon- 
dations du mur septentrional des écuries du quartier, les 
parties parfaitement intactes des anciennes murailles romaines 
faisant face à la Loire. En plusieurs endroits , le revêtement en 
petites pierres cunéiformes d'environ m. 40 c. carrés , noyées 
dans le mortier, est très-bien conservé. Une double rangée de 
briques, établies à 1 m. 42 c. l'une de l'autre, sépare les 
assises de pierres au nombre de dix. 

Après ce premier examen , la Commission au grand complet 
arrive à la tour dite de Guise. 



-439- 

ÀTant de procéder à l'exameD détaillé de cette belle tour , 
plusieurs questions sont posées par quelques-unes des per- 
sonnes présentes : 1® Cette tour est-elle placée sur les fonde- 
ments d*une tour romaine ? 2*" Quelle est la nature de l'appareil 
de la muraille elle-même , en approchant des fondations ? 

Comme on ne peut répondre à ces deux intéressantes ques- 
tions que par des probabilités et des analogies, on décide 
qu'nne fouille aura lieu à l'encognure nord-est de la tour, et 
mie seconde fouille dans le même but , à Tangle nord-est d'une 
deuxième tour romaine d'angle^ arasée aujourd'hui , et dont la 
{dace a été reconnue dans le manège. La Commission pénètre 
ensuite dans la tour de Guise par une porte moderne ouverte 
dans un mur de 2 m. 71 c. d'épaisseur. On entre ainsi de plain- 
pied dans une salle ronde , qui fait supposer un étage inférieur 
dont on n'a pu que présumer l'entrée dans le mur septen- 
trional , à côté d'une antique cheminée démantelée. La voûte^ 
est intéressante par ses nervures au nombre de dix , de forme 
pentagouale sans moulures ; par la section ogivale que forment 
les deux côtés de la voûte dans sa rencontre avec le mur droit 
des parois intérieures; par les chapiteaux sculptés à la retombée 
des nervures. De ces six chapiteaux, sans colonnes et qui n ont 
jamais dû en avoir, puisque leur partie inférieure saillante est 
occupée par des fleurons , deux représentent des figures hu- 
maines couronnées ; une troisième , une tête grimaçante ; la 
quatrième, un animal qui paraît avoir de la ressemblance avec 
un loup. Enfin , les deux dernières offrent des tambours ornés 
de feuillage , dont la disposition fait pressentir les chapiteaux 
à crochets du xiii® siècle. 

Par ces différentes remarques , la Commission reconnaît une 
construction dans le goût recherché de la fin du xu^ siècle , ce 
qui concourt avec le témoignage de Chalmel, qui attribue 
la reconstruction du château à Henri II, comte d'Anjou, et roi 
d'Angleterre vers 1160. 

H . Salmon , sans opposer aucun document certain à Tasaw- 
Y 16 



-240- 

tion de Chalmel , fidt ses réserves quant à l'auteur même de 
cette c<»istructk)n. 

' On monte à Tétage au-dessus^ par un escalier pratiqué dans 
rintérieur du mur. I^a salle ronde que Ton rencontre , étant 
semblable en tout à la première j je n*en parlerai que pour faire 
remarquer deux sculptures des chapiteaux représentant , l'un 
une tête de femme , coiffée d'un voile , l'autre un évoque mitre. 
Ce dernier présente de l'analogie avec quelques-unes des tètes 
sculptées à l'extérieur de l'abside de la cathédrale ; seulement, 
le travail est d'un degré inférieur qui correspond assez bien 
à l'âge relatif des deux monuments. 

A l'étage au-dessus, nous nous trouvons encore dans Fédifice 
du XII* siècle , mais la voûte manque et laisse voir deux étages 
supérieurs , bâtis au xv'' siècle. Les cheminées superposées , 
les fenêtres et les trous laissés dans les murailles par les soli- 
^veaux qui supportaient les planchers, suffiraient pour indiquer 
une construction différente , si la forme intérieure polygonale, 
les moulures des pieds-droits des cheminées et le système d'or- 
nementation des mâchicoulis n'accusaient déjà cette époque 
avec une précision incontestable. 

Le mur, formant sept pans coupés est de m. 30 c. en f^ 
traite sur la muraille primitive , qui conserve à cette hauteur 
la même largeur qu'en bas, 2 m. 71 c. 

L'avant-dernier étage paraît avoir été celui où fut renfermé 
le duc de Guise. Plusieurs membres de la Société se livrent à 
une discussion pour conjecturer laquelle des deux fenêtres de 
cette chambre fut celle par où s'échappa le duc de Guise. 

En terminant cet examen , M. le général de Courtigis re- 
eonnait que la toiture de la tour n'est pas dans son état primi- 
tif ; qu'autrefois le mur extérieur au-dessus des mâchicoulis 
était crénelé , que le chemin de ronde à l'entour était à décou* 
v^t. De cette couronne de créneaux , le mur en retraite 
s'élevait de IS ou 15 pieds pour recevoir un toit aigu, comme 
on le voit eneooe à Laogeaia. Adoplaiit c^{§ opUno^^ fonf^ 



— 241 — 

sur des raisons éyidentes , la réunion forme le vœu que la tour 
de Guise soit un jour restaurée d'après son plan primitif. 

La Commission termine Texamen des antiquités renfermées 
dans l'enceinte de la caserne , en constatant l'alignement de 
l'ancienne muraille romaine à l'ouest , dont la direction est ir- 
réTocablement marquée du nord au sud par les lézardes des 
constructions modernes placées à cheval sur les fondements 
antiques , jusques et y compris la tour de droite de la cathé- 
drale y qui montre de loin les traces du porte-à-faux de sa base 
et les lézardes du fiiite , conséquence d'une telle situation. 

La réunion se transporte ensuite dans les caves d'une maison 
qui fat jadis la Psallette. Situées à une profondeur considé- 
rable , elles sont creusées dans Tintérieur même de la muraille 
romaine dont nous avons constaté la direction en sortant de la 
.caserne. II y a de plus ici une demi-tour dont la partie supé- 
rieure présente les restes d'une habitation du xvi' siècle. Cette 
circonstance clonne ici au soubassement une étendue qui ne 
pourrait convenir à une simple muraille d'enceinte. Ce soubas- 
sement , évidé pour servir aux usages domestiques , présente 
l'apparence d'une construction cyclopéenne dont l'aspect^est 
particulièrement intéressant. Les gros blocs de pierre placés 
sans ciment les uns sur les autres oifrent souvent des parties 
sculptées sur les faces mises à découvert par l'enlèvement des 
pierres adjacentes. Nous avons surtout remarqué les fragments 
d'une belle frise avec enroulements à grosses tiges d'où sortent 
des feuilles et des grappes de raisins , dont le travail annonce 
une bdle époque de Fart, et un linteau parfoitement conservé, 
paiement d*nn bon style. 

Plusieurs membres se livrent à une discussion sur le système 
de construction de ces murailles. M. MeflFre émet et fait pré- 
valoir son opinion , qui peut se résumer ainsi : Ces beaux ma- 
tériaux , arrachés aux plus riches monuments circonvoisins y 
étaient entassés d'abord dans les fondations et même au dessus 
du sol , avec tout l'ordre que leurs dimensions variées pou- 
vaient permettre , de manière à former un massif plein capable 



- 242 - 

de supporter une muraille de 4 mètres au moins de laideur. 
La dernière assise était égalisée par une couche épaisse de ci- 
ment qui la contreboutait fortement. Dans les temps postérieurs, 
on a fouillé sous ces fondements et enlevé les assises inférieures, 
en ne laissant que celles latérales , il en est résulté le plancher, 
assez mal nivelé , de ces caves. Enfin , sur ce béton , on élevait 
par assises régulières les pierres cunéiformes du petit appareil. 

D'après cette théorie les galeries actuelles n'auraient été , 
ni faites à dessein , ni même emplies de matériaux plus petits 
destinés seulement à combler le vide existant entre deux murs 
latéraux élevés régulièrement avec des pierres de taille , mais 
seraient seulement le produit plus ou moins moderne d'un tra- 
vail de mineurs , qui auraient exploité ces fondations comme 
des carrières avant d'en faire des caves. 

Cette opinion , très-habilement présentée par M. MeiFre , pa- 
raît généralement adoptée par la réunion. L'aspect des souter- 
rains de rArchevèché devait bientôt nous édifier complètement 
sur cette intéressante question. 

De l'ancienne Psallette , on se dirige vers l'Archevêché par 
la rue Fleury. Nous remarquons en passant les deux pans de 
murailles qui s'élèvent de chaque côté de cette rue , et per- 
mettent de constater la largeur de quatre mètres pleins , déjà 
reconnue ailleurs. 

En entrant dans le palais archiépiscopal , la Commission se 
porte d'abord du côté de la vieille tour occidentale , dont la 
base y en petit appareil , se rattache à une partie de muraille 
du même genre que celle dont on avait constaté les arrache- 
ments des deux côtés de la rue Fleury, et que l'on peut voir 
sur une longueur encore assez notable dans la petite cour 
du nord. Bien qu'obstruée par des coQStructions modernes , 
on peut reconnaître que cette tour était complètement cir- 
culaire , et formait conséquemment l'angle du rempart de 
c« côté. Dès-lors il faudrait chercher la continuation de la 
muraille, suivant une direction de l'ouest à l'est, formant 
angle droit avec ce mur occidental. On trouve , en effet , en 



— 243 — 

suivant le prolongement de la ligne supposée , jusque dans le 
serre-bois de rArchevèché , un pan du mur assez considérable 
qui , bien que dépouillé de son revêtement , est reconnu pour 
être d'un travail romain. Seulement il est douteux , si , à ce 
point là même qui se trouve adjacent à la rue Porte-Rouline , 
ce massif de maçonnerie ne ferait pas angle avec la première 
direction de Fcuest à l'est , en prenant celle de la rue elle- 
même du nord au sud. Des fouilles subséquentes pourraient 
seules donner la solution de cette partie intéressante du pro- 
blême. 

La Commission , toujours accompagnée des personnes qui 
ont bien voulu se joindre à elle , descend dans les caves de 
l'Archevêché. Elle y reconnaît les mêmes pix)cédés de construc- 
tion d'abord , et puis d'évidement , constatés dans celles de 
l'ancienne Psallette, seulement ils ont été employés ici sur une 
plus grande échelle. Ces caves , en effet , forment un long cou- 
loir en ligne droite, dans les fondations de la muraille romaine, 
et leur extrémité nord doit approcher de la base de la face 
méridionale de la cathédrale. 

Du reste , même aspect cyclopéen , mêmes dispositions des 
blocs , avec cette différence que le ciel de la carrière , sans 
doute trop menaçant , a été remplacé en plusieurs endroits par 
une voûte en tufeau. 

L'assemblée examine ensuite les deux belles inscriptions 
connues , où l'antique liberté de la cité des Turones est histo- 
riquement constatée en magnifiques caractères romains du 
I" au II* siècle de notre ère. 

La première est ainsi conçue : 

...SI NEPOTI CIVITA8 
TURONOR Lffi.... 

La seconde porte simplement : 

CIVITA8T.... 
USERA.. M 



_ 244 — 

Enfin , une troisième inscription se lit sur le bord de la 
pierre gai contient la première , mais elle ne renferme que des 
lettres Anales superposées ainsi : 

A 
NI 
VI 
RA 

Nous remarquons encore sur une pierre suspendue à la 
voûte , une curieuse sculpture d'ornementation , dont le travail 
semble appartenir à une époque romaine^ ou du moins des bas 
temps de l'Empire. 

Après cet intéressant examen, la Commission fait une 
descente dans les caves de notre honorable président, PL 1 , 
n^ 1 , dont la maison s'ouvre sur la' ligne circulaire de la rue 
Porte-Rouline. 

Mous nous trouvons là entre deux murailles, ayant conservé 
leur revêtement en petit appareil romain parfaitement régulier, 
non imbriqué. La voûte existe dans toute l'étendue du couloir, 
sur 25 mètres environ de longueur. Là, de longues briques 
accouplées forment les voussoirs de Tare et contreboutent la 
maçonnerie en blocage qui les sépare. Grâce à la conservation 
de cette voûte , on peut se convaincre en supposant une ligne 
droite dirigée d'une extrémité à Tautre , que Textrémité infé- 
rieure de cette ligne , s'abaissait considérablement de l'ouest 
à Test. Cette disposition toute particulière semble à la Com- 
mission exclusive de tous rapports avec l'ancienne muraille 
d'enceinte , et commence à rendre probable à ses yeux l'opi- 
nion de M. Salmon , qui croit voir dans ce couloir la galerie 
d'un amphithéâtre 9 dont le centre ^rait à la partie pro- 
fonde de la rue Creuse , et la circonférence suivrait les an- 
ciens remparts , d'après la ligtie circulaire de h rue Porte- 
Bouline. 

La visite que nous faisons en dernier lieu des caves de 
MM. les Lazaristes au u"" ï% même rue , ne nous ai^rend rien 



— 245 — 
de nouveau. Il y a bien là quelques blocs superposés et un 
couloir de petit appareQ , mais les pierres sont loin d'avoir la 
r^ularité de celui des caves de M. Bourassé^ et pourrait être 
une réparation faite postérieurement. Cependant la direction 
de ce couloir serait intéressante à connaitre par un plan exact. 
H. le général de Courtigis a l'obligeance d'offrir à la Société de 
faire exécuter ce plan par un de ses subordonnés , offre que la 
Commission s'empresse d'accepter avec reconnaissance. 

3* S£A]?CG£ DE LA COMMISSION. 

Le M mai 1853. 

Etaient présents : 

HM. Manceau, président de la Commission. 

Boilleau. * ) , 

^, > membres. 

Champoiseau. ) 

De Galembert , secrétaire. 

Auxquels se sont adjoints : 

MM. Bourassé , président de la Société archéologique. 
Salmon. 
Guérin. 
Lambron. 
Meffre. 
Luzarche. 
De Courtigis , général commandant la division. 

M. Salmon apporte différents plans anciens de la partie de 
ht ville que nous visitons , et une copie du plan cadastral à 
Téchelle de f /lôOO. Après être de nouveau descendus dans les 
caves de la maison de M. Bourassé , n"^ 8 de la rue Porte-Bou- 
line, et 339 du cadastre , nous en constatons de nouveau les 
dimensions , et M. le général, armé de sa boussole de campagne, 
établit son orientation qui se trouve être très-exactement de 
Test à l'ouest. 

La CommissioB se rend immédiatement du» la maison de la 



— 246-^ 

rue Creuse , n"" 4 (325 du cadastre) occupée par les daines delà 
Purification , et grâce à Tintervention de MM. les chanoines 
qui raccompagnent , elle peut pénétrer dans Tenceinte cloîtrée 
de ces saintes filles. 

Une cave spacieuse, PI. 1, n*2, avec un couloir étroit à côté, 
of&e à la Commission un motif intéressant à ses investigations. 

Au fond de la grande cave , du côté de Test , un mur romain 
en petit appareil s'étend sur un développement de 7 mètres 75 
de largeur, et sur une hauteur d'environ 5 mètres. — Au nord, 
du côté de l'escalier de la cave , ce mur forme un retour pres- 
que totalement démoli , mais qui devait faire pendant à celai 
du midi assez bien conservé jusqu'à la naissance de la voûte 
moderne. Je ferai observer de suite que cette voûte et le mur 
sur lequel elle s'appuie à l'ouest sont profondément lézardés 
(en Z) 9 ce qui indique avec certitude que le mur romain finish 
sait réellement à ce point, comme l'indiquent les apparences. 

Attenant à cette salle est un couloir de 16 mètres de long 
sur 1 mètre 75 de large. Sa direction court de l'ouest à l'est , 
et son axe est le même que celui de la cave de M. Bourassé 
avec laquelle il offre plus d'un point de ressemblance. 

Cependant , taudis que la voûte de la cave de notre hono- 
rable président s'abaisse de l'ouest à l'est , celle-ci va en dimi- 
nuant de hauteur de l'est à l'ouest, ce qui annonce un 
mouvement en sens contraire vers un centre commun ; mais 
ici , cette inclinaison ne peut se reconnaître que dans un court 
espace. Une partie de la voûte romaine existe bien avec ses 
imbrications accouplées par trois de front , mais la partie 
la plus élevée à l'est a été détruite et remplacée par une voûte 
moderne consjiruite avec les matériaux de l'ancienne, on y voit 
en effet une quantité de grandes briques groupées sans symé- 
trie au sommet de la voûte. 

M. le général de Courtigis prend très-exactement l'orienta- 
tion de ces caves et constate leur différence de niveau avec le 
sol actuel. Munis de tous ces renseignements , nous sortons de 
cette maison où nous ne devons' plus pénétrer. 



— 247 — 

La vaste maison des Orphelines, située même rue n^ 6 (n* 327 
da cadastre), devait nous oiFrir un des points les plus curieux 
de notre excursion. Vous savez que cet établissement comprend 
tout Tespace circonscrit par les anciens remparts et la rue de 
la Bazocbe , et touche à la rue Saint-Pierre-des-Corps par la 
longue terrasse qui se développe sur la plate-forme de la mu- 
raille romaine , en passant par la tour du Petit-Cupidon. Il ne 
faut pas oublier non plus , dans la description de la localité à 
l'examen de laquelle nous allons procéder, cette partie circulaire 
de la muraille qui continue celle de la rue Porte-Roiiline. De 
ce côté y elle porte des traces nombreuses de reconstructions 
faites à différentes époques du Moyen- Age , et notamment à 
son point de jonction avec le mur romain en petit appareil , 
qui , depuis la tour du Petit-Cupidon , court exactement de 
Test à Touest, conune nous l'avons constaté avec la boussole. 

Ces observations préliminaires établies , nous pénétrons 
immédiatement dans une cave profonde , PL 1 , n« 3 , dont To- 
rientatioD se trouve exactement la même que celle de la muraille 
dont il vient d*ètre question. Nous nous trouvons daïis une pe- 
tite salle carrée , recouverte d'une voûte moderne, dont les as- 
sises s'appuient au nord et au sud sur deux tnurs de petit appa- 
reil assez irrégulier, joint avec du mortier en parfait état de con- 
servation. Nous remarquons sur cet enduit des traits faits avec 
un instrument aigu , comme l'extrémité d'une truelle , et qui 
paraissent avoir pour but de régulariser par des lignes paral* 
lèles, tour à tour dans le sens vertical et horizontal, les assises 
des pierres du parement extérieur. Dans les parties où ce pare- 
ment manque , on remarque que ïamplectum n'a pas la solidité 
et la densité que Ton voit ailleurs. Ces caractères différents sont 
nécessaires à consigner pour l'intelligence de ce qui va suivre. 

De chaque coté de la salle voûtée dont nous venons de parler, 
les murs ont été défoncés pour faire des ouvertures qui donnent 
entrée , au midi et au nord , dans des retraites semi-circulaires 
d'une construction parfaitement semblable à celle des murs la- 
téraux de la cave principale. Au premier coup d'œU, là Com-. 



— 2* — 

mftsion prit ses soubassements pour la continuation de la 
muraille romaine flanquée au midi d'une demi-tour parfaite- 
ment intacte. Mais, outre l'objection tirée de la différence 
radicale de l'appareil , qui se rapproche beaucoup plus de celui 
des autres caves déjà visitées que de celui des murs romains 
dont ces substructions seraient supposées faire partie , il ne fut 
plus possible de soutenir cette opinion quand on eut reconnu 
d'une manière évidente que ce que Ion prenait pour une tour 
avait son pendant de même dimension exactement situé en face, 
et s'appuyant sur le mur opposé de la salle principale. Dès lors 
H fallait recourir à une autre explication. Deux hypothèses fu- 
rent mises en avant. La première reconnaîtrait dans cette exca- 
vation une porte latérale de l'amphithéâtre. D'après la seconde» 
il faudrait y voir une crypte de la chapelle bâtie au tx*' siècle, 
en l'honneur de saint Martin , sur l'emplacement , nous pour- 
rions dire , sur la brèche même par oà les Normands attaquè- 
rent la ville en 838, et d'où ils furent courageusement repoussés 
par les habitants électrisés en la présence des reliques de leur 
saint patron. Ce qui donne du poids à cette hypothèse , c'est 
la découverte , dans les combles d'un bâtiment placé immé- 
diatement au-dessus de la cave dont il est ici question, d'une 
charpente en ogive et de restes de peinture qui pourraient iaire 
penser que dans ce lieu vénérable , consacré par la tradition , 
une nouvelle chapelle succéda , au xtii* siècle , à celle du ix% 
tombant en ruines après quatre siècles d'existence. 

Dans les autres caves du même établissement nous n'avons 
rien vu d'intéressant , si ce n'est , sur un mur de petit appareil 
fort irrégulier , une voûte en ogive qui pourrait être du xiii* 
siècle, et qui ne paraît se rattacher en rien aux autres con- 
structions décrites ci-dessus. 

Après une promenade sur les anciens remparts de la ville 
romaine , la Commission s'est transportée rue de la Vazoche , 
n® 7 (du cadastre, 320), dans la maison occupée par les dames 
Garde-Malades. Là, dans un caveau très-étroit orienté du 
fiord'^est on sud-^ouest , elle a reconnu des murs en petit a{qpa* 



reil plus irrégalier peut-être que celui de la cave des Orphe- 
lines. La voûte est moderne ; mais aux deux extrémités de cet 
étroit couloir, elle est supportée par des pieds-droits formés de 
grosses pierres de taille superposées sans ciment, et qui ont été 
généralement reconnues comme provenant d'un travail romain 
caractérisé par la moulure qui règne à l'endroit même où la voûte 
vient s'appuyer. Une semblable disposition à l'extrémité op- 
posée fait ressembler ce caveau a un couloir fermé par deux 
portes dont les linteaux détruitsont été remplacés par une voûte 
naoderne. 

Dans le même établissement, la Commission constate, derrière 
là chapelle, le passage d'une voûte romaine dont les grandes 
briques ont été mises à nu , dans un travail récent , par notre 
collègue M. Guérin. La construction que cette voûte recouvre 
va donner lieu à d'intéressantes observations dans la maison de 
tk rue Racine , n° 1 (du cadastre , 322) , occupée par les reli- 
gieuses et le pensionnat de la sœur Thérèse. 

Ici , il ne s'agit plus de couloirs longs et étroits , comme ceux 
dont ùons avons eu à nous occuper jusqu'à ce moment ; nous 
deseendonsimmédiatemehtdans une cave spacieuse, PI. II, n^4, 
dé dix mètres de long sur sept de large. Sa voûte romaine sub- 
siste, dans toute sa longueur, à cin(| mètres trente centimètres 
aU-dessous du sol actuel; les murs latéraux sont en petit appa- 
reil dont le parement a mallieureusement été détruit partout. 
L'orientation de cette salle est du nord au sud ; un petit cave^iu 
Itiî fait suite , séparé par un mur moderne qui va rejoindre à 
la partie supérieure une espèce d'arc-doubleau imbriqué dont 
Û sera parlé tout à l'heure. Cette seconde salle, a la même élé- 
vation que la première; mais sa largeur n'est ([ne de trois 
mètres trente-huit centimètres et sa longueur de cinq mètres 
soixaute-sept centimètres. La voûte de cette salle , dont nous 
àvofiïs cotifi^té le passage chez les dames Garde-Malades , se 
âAitinue toujotirs avec le même axe et la même largeur, jusque 
àiez M. Tabbé Mauceau, sur un développement général de 
trenle-sept meniss. 



— 250 — 

Mais voici qui est plun important. A Touverture sud*ouest 
de la première cave , et au point où elle fait retraite sur le mur 
du caveau , nous constatons plusieurs assises de belles pierres 
qui forment la partie supérieure d'un pied-droit portant encore 
le premier voussoir d'un arc en plein-cintre destiné certaine- 
ment à servir d'entrée au couloir prolongé dont nous avons 
parlé. Mais dans ce cas , Tarc-doubleau qui se trouve immé- 
diatement au-dessus ne pouvait que servir de décharge à 
larceau en pierre de taille dont Timportance est marquée non- 
seulement par la beauté de Tappareil, mais encore par les 
moulures qui ornent ses voussoirs et la partie supérieure du 
pied-droit. Il est à remarquer que la moulure de ce dernier est 
absolument la même que celle constatée précédemment dans le 
petit caveau des dames Garde-Malades , ce qui met hors de 
doute leur destination commune dans un même monument. 

Avant de terminer le procès-verbal de cette importante 
excursion du 13 mai , je dois mentionner l'opinion d'un de nos 
membres les plus éclairés^ M. Guérin , architecte , qui n'admet 
pas d'époques sensiblement différentes pour la construction 
des divers appareils que nous avons passés en revue , jusques 
y compris la crypte supposée appartenir à une chapelle dédiée 
à saint Martin à la fin du i\' siècle. 

M. Guérin prétend que les pierres de Vopus minutum étaient 
d'abord espacées régulièrement sur une couche épaisse de 
mortier y lequel faisait retraite sur la surface extérieure de ces 
pierres. L'ouvrage terminé, U s'agissait de régulariser le pa- 
rement en rejointoyant les diverses assises ; dans ce but, l'ou- 
vrier commençait par tracer à la truelle, dans le premier 
mortier , des lignes droites , horizontales et verticales , et sur 
ces lignes régulièrement obtenues au moyen d'une règle , il 
établissait une seconde couche d'un ciment plus fin qui enca- 
drait les pierres de l'appareil par des joints parallèles. De cette 
théorie , M. Guérin tire la conclusion que les parties de mu- 
raille , telle que celles de la crypte supposée , où l'on voit sur 
mortier des lignes tracées à la truelle , sont seutement inache- 



-551 - 

vées , et qa*aTec le dernier revêtement de ciment qui leur 
manque elles paraîtraient , ce qu'elles sont en effet , du même 
trayajl que les autres. 

Les membres de la Commission prétendant , au contraire y 
qull y a dans ces ouvrages des fragments d'époques différentes 
soit par des restaurations partielles ou des reconstructions 
postérieures , objectent : 1^ que dans ces fragments Vampleo- 
tum n'a ni la solidité , ni Thomogénéité des autres ; 2^ que les 
lignes tracées sur le mortier sont trës-irréguliëres et faites 
négligemment ; 3"* que ce mortier lui-même n'est pas d'une 
compositicm aussi parfaite; 4* qu'au lieu d*ètre établi un peu 
en retraite sur la surface extérieure des pierres d'appareil , il 
les recouvre très-souvent pour cacher leur irrégularité ; 5* que 
dans la cave de M. Tabbé Bourassé , où l'appareil le plus 
ancien , tel que M. Guérin l'explique , est parfaitement con- 
servé , le tracé des lignes sur le premier mortier est plus pro- 
fond et plus régulier, de manière à pouvoir retenir fiicilement 
la seconde couche de ciment destinée à rejointoyer la surface. 

Par toutes ces raisons , les membres dissidents conservent 
leur opinion jusqu'à plus ample informé. 

4" SEANCE DE LA COHMISSIOn. 

Le 14 mai 1853. 

Etaient présents, outre les membres de la Ck)mmission : 

MM. Bourassé. 
Salmon. 
Guérin. 
Lambron. 
Heffre. 
Luzarche. 

De Courtigis , général. 
Fèvre , capitaine, aide deH»unp du général. 

La réunion se dirige vers la partie la plus méridionale de la 
rue Porte-Rouline et entre dans la maison n^ 332 du cadastre, 



_ 35? - 

chez M. l'abbé Fournier , qui nous fait Faccui^il le plus em- 
pressé et nous fait descendre dans une cave spacieuse^ peu 
profonde , ou nous trouvons d'intéressantes murailles romaines. 
PL n, n« 5. 

Ces substructions , dirigées de Test à l'ouest, n'ont pas 
moins d'une longueur totale de 18 mètres 35 centimètres, y 
compris un petit caveau à l'ouest gui parait former une 
chambre séparée du couloir principal. Celui-ci est formé par 
un mur romain au nord dont le parement est conservé et d'un 
autre à l'est, dont la surface a été démolie ; sa plus grande 
largeur , entre le mur romain du nord et le mur moderne au 
midi, est de 5 mètres 30 centimètres. — Mais, ce qui fait le 
grand intérêt de cette cave , c'est la forme curviligne qu'affecte 
la muraille du nord dans toute sa longueur. Cette forme fortifie 
l'opinion qui veut que ces substructions appartiennent à un 
amphithéâtre; elle a fourni à votre Commission un élément 
nouveau de discussion. 

£n terminant ce qui regarda cette maison , je dois men- 
tionner une circonstance que votre Commission n'a pas vérifiée 
par des raisons tirées de la nature même du sujet. Il paraîtrait, 
au dire du propriétaire, que les fosses d'aisance de sa maison 
sont construites au-dessus d'une excavation considérable qui, 
selon les uns , se dirigerait du midi au nord , selon d*autres de 
Test à l'ouest. Cette dernière opinion parait la plus probable , 
si, comme cela résulte de nos mesures , la cave de la maison 
des Orphelins a son origine à la muraille même sur laqueUe 
s'élèvent les fosses non-inodores de celle de M* Fournier. 

La Commission se transporte dans la mai^u occupée par 
l'établissement des Orphelins , rue Creuse , n^ 33Q du cadastre. 

Mous remarquons d'abord , à Tendroit de la rue Creuse où le 
niveau du sol est plus bas, un puisard qui pourrait peut-être 
fournir quelques indications sur le niveau même du sol à 
l'époque romaine. C'est , en effet, vers cet endroit que se trouve 
le centre des arènes que nous cherchons à découvrir. Aussi, de 
(^ point , j.usqu'à la maison des Orphelins , sous laquelle se 



tfouYe la cave que nous allons décrire , le terrain monte tour 
jours par une pente très-prononcée. 

La cave de rétablissement des Orphelins, PI. II, n° 6, se com- 
pose de deux parties distinctes : uû caveau au nord dont les 
murailles et la voûte sont modernes , et un couloir de 1 3 mètres 
20 centimètres de longueur sur 4 mètres 40 centimètres de large, 
dont la voûte aussi est moderne , excepté à sa jonction avec le 
caTeau , mais* dont les murs latéraux sont romains. Seulement 
le parement, partout arraché , met à nu Vampleclum, ce qui ne 
permet pas de connaître la largeur primitive de ce couloir. 
Cependant , son alignement reconnu avec les caves des maisons 
de la sœur Thérèse et de M. Tabbé Manceau rend très-pro- 
bable la supposition que sa largeur actuelle de 4 mètres 40 cen- 
timètres doit se réduire à celle de 3 mètres 38 centimètres, qui 
est celle des premières avec lesquelles il formerait, en se plon- 
geant à travers Tarène qui les séparait, le grand axe de l'am- 
phithéùtre de la cité des Turones. 

Arrivés à la dernière de nos visites souterraines , il est temps 
de consigner le résumé de Texamen de la Commission sur l'en- 
semble de toutes ces substructions. Or, l'opinion unanime, qui 
s'est formée graduellement dans l'esprit de chacun de ses mem- 
bres , est bien que remplacement circulaire circonscrit par les 
rues de la Bazoche , Porte-Rouline et Racine, et rétablissement 
, des Orphelins , était occupé autrefois par un amphithéâtre , 
dont M. le général de Courtigis a pu déjà établir la dimension 
approximative, en rapportant sur le plan cadastral les diverses 
mesures prises sur les lieux d'opération. 

De ces mesures , il résulterait que le plus grand axe de 
l'amphithéâtre du sud au nord aurait de longueur 144 mètres , 
et le plus petit de l'est à l'ouest , 124 mètres. Que la surface en- 
tière de l'ellipse repbésenterait une contenance de 6,260 mètres 
cari*és, et celle de l'arène seule 2,250 mètres carrés. En retirant 
cette dernière quantité de la première , on a la superficie de 
l'emplacement occupé par les spectateurs , c'est-à-dire environ 



— i54 — 

4,000 mètres qu'il faudrait augmenter de la plus-value produite 
par rinclinaisou des degrés. 

M. Guyot et M. Fèvre, aide-de-camp de M. le général de 
Gourtigis y se sont livrés à un travail de nivellement , duquel 
il me semble qu'il est difficile de rien conclure , si Ton réflé- 
chit aux changements successifs survenus dans cet emplace- 
ment. 

Ces Messieurs ont pris pour base de leurs opérations le 
dallage romain de la grande porte de la muraille méridionale, 
en le considérant comme zéro. Rapportant à cette base le niveau 
du sol des différentes caves qui formaient les quatre couloirs 
principaux de l'amphithéâtre , ils en ont trouvé trois au-des- 
sous d'une quantité qui varie de deux à trois mètres , et une 
seule au-dessus, celle de la maison des Orphelins, d'environ un 
mètre vingt centimètres. Si ces mesures sont exactes, on pour- 
rait peut-être conjecturer que la dépression de la cave des 
Orphelines, de plus de trois mètres au-dessous du niveau du 
sol de la ville marqué par celui de la porte d'entrée, était mo- 
tivé par la nécessité de faire entrer, au besoin , les eaux de la 
Loire pour le spectacle des naumachies. Ceci est une conjecture 
qui en appellerait bien d'autres. Je laisse le champ libre à de 
plus savants que moi, heureux si j'ai rempli convenablement 
le rôle modeste que vous m'avez confié , en transcrivant exac- 
tement le résultat des travaux de la Commission dont vous 
m'avez institué le secrétaire. 



— 255 — 

Hauteur des niveaux , en considérant le sol au-dessus de ta porte 
romaine de la muraille méridionale comme zéro. 

Chez la sœur Thérèse , sol au fond de la cave. — 2 m. 05 cent. 

Abbé Bourassé , id — 1 m. 28 cent. 

Orphelins id + 1 m. 205 mill. 

Orphelines id — 3 m. 14 cent. 

Centre de la rue Creuse + 3 m. 14 cent. 

Son extrémité du côté de la cathédrale . . . + ^ n^- 67 cent. 

Carrefour des rues Racine et de la Bazoche. 4- 2 m. 96 cent. 

B. de la Bazoche, en face de la porte romaine. + 2 m. 12 cent. 

Surface totale de l'ellipse 6,260 m. 

Id. du podium ou arène 2,250 m. 

Reste, pour les degrés des trois zones oc- 
cupées par les spectateurs, environ . . 4,000 m. 

Longueur du grand axe 143 m. 

Id. du petit axe 124 m. 



C^ DE 6ALEMBERT. 



17 



ËXAHEIV CRITIQUE 

Dl 

■ 

LA PREHIÈRE PARTIE DU TOME TROISIÈME 

Dl 

L'HISTOÏEE DE TOÏÏBAÎNE , 

niiTULiB 
ANTIQUITÉS DES VILLES ET TERRES TITRÉES DE LA PROVINCE, 

Bt publiée, en 1823 , par J.-L. Ohalmel. 



AVANT-PROPOS. 



Quelques recherches dont je m'occupais récemment sur 
Tune des terres titrées de la Touraine, au dernier siècle, 
m'ayant conduit à consulter la première partie du troisième 
volume de l'histoire de cette province , par M. Chalmel , je fus 
surpris de découvrir que les assertions de cet auteur ( sur les 
questions généalogiques et chronologiques surtout) étaient 
assez souvent inexactes. Je poursuivis dès lors mes investiga- 
tions et je reconnus que le nombre de ces documents erronés 
était assez coasidérable pour rendre utile, et nécessaire même , 
nne réfutation cpmplète de cette partie du tome troisième, 



— 257 — 

dans laquelle, en effet , je n'ai pas signalé moins de 159 indi- 
cations plus ou moins erronées. 

Telle est l'origine, tel est l'objet de cet « Examen critique » , 
dont la rédaction a eu pour but unique non pas de déprécier 
l'œuvre, fort estimable d'ailleurs, de M. Chalmel, mais d'é- 
viter aux lecteurs qui le prendraient pour guide le désagré- 
ment de s'égarer assez souvent avec lui. 

Un des torts les plus graves que l'on puisse adresser à 
H. Chalmel , c'est de n*avoir jamais jugé à propos d'indiquer 
les sources où il a puisé ses renseignements; il devient, dès 
lors , indispensable pour celui qui s'établit son aristarque et 
lui fait ce reproche de ne pas suivre son exemple. Yoici donc 
la désignation des auteurs qui m'ont semblé mériter le plus de 
confiance et dans lesquels on pourra vérifier l'exactitude de 
mes critiques et de mes assertions : 

L'art de vérifier les dates , par les Bénédictins de la 
congrégation de Saint-Maur, 3« édition, 3 vol. in-f , Paris, 
1784. 

Histoire généalogique et chronologique de la maison 
DE FRANGE , ctc., par le père Ansehne, 3" édition , 9 vol. in-f*, 
Paris, 1726. 

Histoires généalogiques des maisons de Montmorency , 
de Gbàtillon , de Dreux, de Yergy, etc., par André Ducbesne. 

Le GRAND DICTIONNAIRE HISTORIQUE, GÉNÉALOGIQUE, etC.^ 

par L. Moréri, 10 vol. petit in-f* , Paris , 1759. 

Histoire généalogique de la maison d'Harcourt, par 
André de La Roque , 3 voL iu-f* , Paris, 1662. 

Armorial général, par d'Hozier, juge d'armes de France , 
9voL in-f», Paris, 1738. 

MÉMOIRES de Micbel de Marolles , abbé de ViÛeloin , I voL 
petit in-f*, 1656. 

Histoire de sarlé , par Ménage, 1 vol. petit in-f", 1683. 

Histoire du rerry, parLaTbaumassière, 1 vol. petit in-if", 
Bourges, 1689. 



— 258 — 

Les numéros placés devant les noms propres , dans les frag- 
ments généalogiques que j'ai cru devoir insérer en différents 
endroits de mon travail , indiquent le nombre de générations 
écoulées depuis le commencement de Tère chrétienne. Ainsi 
le n* 49 , qui se trouve devant le nom de François Chastei- 
GNiER (lettre B des tableaux synoptiques qui suivent ce mé- 
moire; renvoi de la page 262) , indique que François Chas- 
teignier appartient à la 49*" génération depuis l'avènement de 
J.-C. ; en d'autres termes qu'il est le 49* descendant d'un con- 
temporain du Christ. Or, le n^ 49 répond au millésime 1600 ; 
et, en effet, François Chasteignier mourut en 1579. Une 
longue expérience m'a convaincu de l'utilité de cette méthode 
toutes les fois que l'on désire contrôler ou établir des docu- 
ments généalogiques ; je ne saurais donc en recommander trop 
vivement l'emploi, et, dans le but d'en généraliser l'usage , 
j*ai placé à la suite de cet avant-propos un modèle de cette 
échelle généalogique graduée , que j'ai rédigée pour mes tra- 
vaux personnels et que je consulte presque journellement. 

Enfin, j'ai donné , par ordre alphabétique de familles , à la 
fin de mon travail , la description des armoiries des princi- 
pales maisons nobles qui, à quelque titre que ce soit, ont 
possédé des terres titrées dans la province de Touraine. 

n serait bien difficile , je crois même impossible , que dans 
une telle masse de dates et de dociunents généalogiques 
extraits d'un si grand nombre d'auteurs qui fort souvent sont 
en désaccord , il ne se soit pas glissé quelques Inexactitudes ; 
j'appelle à ce sujet toute la sévérité de mes lecteurs , et je les 
prie de vouloir bien me faire connaître celles qu'ils auraient 
reconnues; mon but, en rédigeant cet Examen critique de 
l'ouvrage deM. Chalmel, ayant été beaucoup moins de satis- 
faire mon amour-propre à ses dépens , que de faire faire quel- 
ques progrès à l'histoire , trop peu connue peut-être , de 
notre intéressante et belle province. 



— 259 — 



TABLEAU SYNOPTIQUE et PilUODIQUE DES GÉICÉRATIONS HUMlIIilES. 



4 
2 

5 
4 
5 
6 
7 
8 
9 

^0 
^^ 
^2 
^3 
U 



54. 
67. 

^54. 
^67. 
200. 
234. 
267. 
300. 
334. 
567. 
400. 
434. 



^5 
^6 
^7 
^8 
^9 
20 
2\ 
22 
23 
24 
25 
26 
27 
28 



467. 
500. 
554. 
567. 
600. 
654. 
667. 
700. 
754. 
767. 
800. 
854. 
867. 
900. 



29 
50 
51 
52 
55 
54 

55 
56 
57 
58 
59 
40 

42 



954. 

967. 
^000. 
^054. 
^067. 
^^00. 
^^54. 
-1^67. 
^200. 
^254. 
4267. 
^500. 
^554. 
^567. 



45 

44 

45 

46 

47 

48 

49 

50 

5^ 

52 

55 

54 

55 

56 



^400. 
^454. 
^467. 
^500. 
^554. 
^567. 
^600. 
^654. 
^667. 
4700. 
4754. 
4767. 
4800. 
4854. 



RÈGLE GÉNÉRALE. Entre la fin du règne d'un souverain et la 
fin du règne de son successeur, on ne doit compter que 48 à 
20 ans. Mais , entre la mort d'un père et celle de soa fils on 
compte de 33 à 34 ans. 

On ne peut disconvenir que cette proportion ne saurait 
être toujours rigoureusement exacte , et que son application 
est soumise à un très-grand nombre d'exceptions, si on en 
fait usage pour 3 ou 4 générations seulement. Mais , s'il 
s'agit d'opérer sur une série de deu\ ou de plusieurs siècles , le 
système de compensation s'établit"^ et s'équilibre si parfaite- 



-260- 

ment , qu'il m'est fort souvent arrivé^ en plaçant au n"" 39 , par 
exemple, le nom d'un personnage qui était mort en 1267 , de 
oonslatep que son 40* descendant y qui occupait le n* 49 , était 
mort réellement entre l'an 1592 et l'an 1610. 



( Page 4 y ligne 10). Au lieu de : « Archambault de Buzançais, 
son petit-flls, » LUez : « Son arrière petit-flls. » En effet , 
Archambault était fils de Robert P' ; fils de Snipice P' 
( mille boucliers ) ; fils d'Hémon. ( Voir Chalmel , t. ni , 
p. 41 et 66.) 

( Plage 12 » ligne 10). Au lieu de : « Jeanne^ fille de Jean m , 
sire de Bieiu , » Li$ez : a Varie de Bieux , morte en 1463 ^ 
« fille de Jean III, sire de Roebefort, baron d'Anceniâ, mort 
« en 1 431 , et de Béatrix de Montauban , sa première femme. » 
« (Voir le P. Anselme , t. VI, p. 766 ) 

(Page 27 , ligne 9). Au lieu de : « Une fille qui épousa le mar- 
quiade Vassé , » Lisez : « Marie-Madelaine de Lusiguan , qui 
« épousa Henri François Groignet , marquis de Vassé. » 
( Voir Moréri.) 

( Page 28 , ligne 17 ). Au lieu de: *IL n'eut qu'une fille mariée 
a Charles d'Artois , » Lisez : « Il n^eut qu'une fille, Jeanne^ 
« dame de Bauçay, mariée , au mois de mai 1360, à Chaînes 
« d'Artois , comte de LongueVille. Elle était alors veuve de 
« Geoffroi de Beaumont , seigneur du Lude , et mourut en 
« mars 1402. » ( Voir le P. Anselme , 1. 1^ p. 386.) 

( Page 33 , ligne 2 ). « Etienne de Berrie fut marié deux fois. » 
On ne trouve rien de semblable dans les généalogistes , qui 
rapportent même sa postérité d'une manière différente. 
« Etienne de Berrie laissa : 1" Guillaume , abbé de saint Au- 
« bin d'Angers, en 4474 ; 2* Renaud , qui suit ; 3* Marie , 
« feinme d'Eimery de Brieane ; 4° Madelaixie ; religieuse à 



- 861 -- 

« FcNitevrault. » ( Voir le P. Anselme , t. VII, p. 119, et 
saivantes.) 

( Page 34, ligne 13 ). Au lieu de : « François de la Trémoille , 
« fils du précédent ( Louis II ] , Lisez : • François de la 
« Trémoille , fils de Charles , taé à la bataille de Marignan, 
c( le 13 septen^re 1515 , saccéda à son aïeul Louis II , tué à 
« Pavie , le 24 février 1524. » ( Voir le P. Anselme , t. IV, 
p. 160.) 

( Page 34 , ligne 17). M. Chalmel aurait dû continuer cet 
article , qu'il interrompt sans nécessité , et ajouter ce qui 
suit : « Louis de la Trémoille, III^ du nom, épousa, le 29 juin 
« 1549, Jeanne de Montmorency, morte en 1596, et mourut 
« le 25 mars 1577 , laissant de cette alliance : 

« Claude de la Trémoille , duc de Thouars , pair de 
« France, etc., mort le 25 octobre 4604. H avait épousé , le 
« 11 mars 1598, Charlotte Bràbantine de Nassau , morte en 
« 1631 , dont il eut , entre autres enfants : 

« Henri de la Trémoille , qui continua la postérité de sa 
« branche, et vendit, en 16.., la seigneurie de Berrieà 
« Thomas Dreux, conseiller au parlement de Paris, marquis 
« de Brézé , en 1685. • (Voir le P. Anselme , t. IV, p. 160.) 

( Page 35, ligne dernière). « Tous les biens de Louis d*Am- 
boise furent acquis à la couronne. » Ceci n'est pas exact. 
< Tous les biens de Louis d'Amboise furent confisqués en 
1431 ; mais , à l'exception des villes d'Amboise , de Chàteau- 
Gonthier et de Civray, qui furent réunies à la couronne en 
1434, tous ses autres biens , et entre autres Bléré, lui furent 
rendus , peu de temps après , ainsi que M. Chalmel lui- 
même l'avait dit à la page 12, ligne 4. 

( Page 36, ligne 4 ). Il y a ici un anachronisme évident. « Jean 
de Sainte-Maure , fils de Pierre de Sainte-Maure et de Mar^ 
guérite d^AmboisCy n'a pas pu vendre, en 1446, la seigneurie 
de Bléré , puisqu'il mourut vers l'an 1425. Ce fut probable- 
ment son fils Jean II, mort vers l'an 1463 , qui effectua 



— 262 — 

cette veate. H reste maintenant à expliquer comment tous 
les biens de la maison d'Amboise étant passés dans la maison 
de la Trémoille , le 22 août 1446, par le mariage de Margue- 
rite d'Amboise (unique héritière de Louis , dernier seigneur) 
avec Louis I^ de la Trémoille , la seigneurie de Bléré se 
trouverait avoir fait partie de la succession de Pierre II 
d'Amboise , mort en 1422 sans postérité , frère de Har* 
guérite mariée à Jean de Sainte-Maure , mais grand-oncle 
de Marguerite héritière de Louis d'Amboise , dernier sei- 
gneur. Je laisse la solution à de plus habiles ; mais je crois 
que y dans tout ceci , M. Chalmel a confondu les deux Mar- 
guerite , dont l'une était la petite-nièce de Vautre. Ije- fragment 
généalogique A pourra ne pas être inutile , pour que Ton 
puisse se rendre compte de l'état de la question. ( Voir aux 
tableaux synoptiques, lettre A.) 

Or, si, comme le dit Chalmel, page 2 , ligne 29 , « Louis 
d'Amboise a hérité de tous les biens de Pierre II , son oncle 
paternel » , comment peut-il dire, page 36, ligne 7 , que 
< Jean de Sainte-Maure eut la seigneurie de Bléré pour son 
partage dans la succession de Pierre 11^ d'Amboise j » ce qui 
implique évidemment contradiction. ( Voir le P. Anselme , t 
VU, p. 120. et t. V. p. 6. ) 

(Page 37, ligne 2). « Madelaine, Glle de Gui Chasteignier. » 
Madelaine Chasteignier n'était pas fiQe de Gui Chasteignier, 
mais de Jean III, arrière-petit-fils de Gui, qui, au lieu d'être 
le père de Madelaine, était réellement son trisaïeul. ( Voir le 
tableau synoptique B.) 

(Page 37, ligne 9). Au lieu de: « son cousin germain. » Lisez : 
« son oncle maternel. >» En effet il était fils de la sœur de 
François Chasteignier. (Le tableau synoptique B constatera 
ce document, ainsi que le tableau A. — Voir André Duchesne 
(Montmorency), p. 631; De Marottes ^ p. 419. ) 

(Pftge 42, ligne l^). Au lieu de: a deux fils , Jean et Robert, > 



— 263 — 

Lisez : « un fils , Jean II. » Robert était le petit-fils de 
Jean I. 

(Page 43, ligne 19). Au lieu de: « Edmend de Prie, fils 
^Antoine, » Lisez : « Edmond de Prie , fils de Louis de 
Prie, chambellan du roi, et de Jeanne de Salazard. » 
M. Chalmel oublie qu'il vient d'établir ainsi , lui-même , la 
filiation. 

(Page 44, ligne 2). Aa lieu de: « son oncle, » Lisez: « son 
grand-oncle. » En effet Aimar de Prie , fils d'Antoine , était 
frère de Louis , aïeul de René. 

(Page 44 , ligne 7). Au lieu de : « son neveu, » Lisez: < son 
petit-neveu. » M. Cbalmel est conséquent avec lui-même, et 
commet ici la même erreur que dans le paragraphe précé- 
dent ; mais ce n'en est pas moins une erreur. (Voyez le 
fragment généalogique C ; Moréri\ de Marolles^ p. 318.) 

(Page 44 , ligne 21). Au lieu de : « Charles , duc d'Alençon, » 
Lisez: « Charles, seigneur d*Allun. » (Voir le P. Anselme ^ 
t. IV, p. 556, 570.) 

(Page 45 , ligne 2). Au lieu de : c II n'eut de son second ma- 
riage que Marguerite , » Lisez : Léonor Chabot eut de son 
second mariage : y Marguerite , mariée à Charles de 
Lorraine, duc d'Elbeuf ; 4'' Catherine , alliée à la maison de 
Vergy; 5"* Françoise, alliée dans la famille Hurault.6'' Léonare, 
alliée dans la maison de Rye. (Voir comme ci-dessus.) 

(Page 45, ligne 20). Au lieu de: •< Charles qui suit; » Lisez: 
« Charles-Marie. » Les mots « qui suit . «» doivent être 
supprimés , le paragraphe suivant n'ayant aucun rapport à 
ce Charles de Saulx-Tavannes. Au reste, M. Chalmel aurait 
dû s'occuper, en effet , de ce Charles-Marie ; mais il l'aura 
oublié. 

(Page 45, ligne 22). On lit dans Chalmel : « Aucun d'eux n'ayant 
laissé de postérité. » Cette^ assertion est erronée ; en effet , 
Gbarle^Marie, fils^ de Jacques de Saulx-Tavannes , fut père de 



-364- 

Charles , qui laissa Charles^Marie-Ga$pard , père de Charles^ 
Henri'François Casimir^ etc. Ce ne fut donc pas pour cette 
cause que le comté de Buzançais passa, vers cette époque, dans 
la maison de Lorraine-Ëlbeuf ; ce fut plutôt par succession , 
puisque Marguerite Chabot , fille de Léonor, était l'aïeule 
de Charles III de Lorraine - Elbeuf ; comme Catherine 
Chabot , fille du même Léonor, était la bisaïeule de Charles- 
Marie de Saulx-Tavannes. 

Le tableau D facilitera Tintelligence de ce que nous venons 
dédire. 

(Page 46 9 ligne 6). Au lieu de: " Léon mourut en 1694 , » 
Lisez : « Léon Boutillier mourut le 11 octobre 1652. » C*est 
sa femme , Anne Phély peaux, qui mourut en 1694. 

(Page 46, ligne 8). Au lieu de: a Armand- Jean, » Lisez: 
« Armand-Léon. » Armand-Léon était l'oncle d'Armand-Jean, 
mort en 1 700 , qui fut fondateur et abbé de la Trappe. Mai« 
comme Armand-Léon laissa des enfanta d'Elisabeth Bossuet , 
sa femme , il eût été bien d'indiquer ici pour quel motif le 
comté de Buzançais passa , à cette époque , dans la maison de 
Beauvilliers. Ne serait-ce pas par suite du mariage que 
Françoise Géré le Bouthillier de Rancé avait contracté avec 
François VII de Beauvilliers , duc de Saint-Aignan ? (Voir 
Moréri; le P. Anselme , t. IV, p. 701.) 

(Page 46 ligne 11). Au lieu de: « Charles -Paul , » Lisez: 
« Charles-Paul-François. » Il descendait, au troisième degré, 
de François VII de Beauvilliers , dont on vient de parler, et 
il vivait encore en 1823. 

(Page 50, ligne 28). Au lieu de: « Suzanne de Bourbon, fille 
de Louis I, *• Lisez : fille de Charles , second fils de Louis I. » 
{Art de vérif. les dates (Auvergne) , t. II , p. 372.) 

(Page 63 , ligue 3). a Jean , cardinal. » Jean , cardinal de Lon- 
gue ville , mort le 23 septembre 1533, n'était pas fils de 
François I, comte de LoogueviUe, comme le prétend 



•^ 966 «— 

ChalEiel , il étoit «on petit-fils , par François II , comte de 
Danois, mort le 12 février 1512. (Voir le P. Anselme ^ 1. 1, 
p. 215 ) 
(Page 65, ligne 6). Au lieu de: < Albert II deRousselet, » 
Lises : « François I de Rousselet. » En effet , le fils unique 
d* Albert de Bousselet fut François, I*^' du nom , suivant les 
meilleurs généalogistes , et il n'y eut pas d'Albert II dans 
cette famille. Ce paragraphe de M. Chalmel doit donc être 
biffé; et comme Albert de Bousselet ne mourut qu'en 1621, 
c'est probablement en sa faveur que la seigneurie de Cbà- 
teauregnault fut érigée en marquisat. [Le P. Anselme, 
t.VII, p. 651.) 

(Page 65, ligne 26). « Albert-François de Rousselet, dont le 
fils François n'eut que des filles. » Ce paragraphe contient 
autant d'anachronismes et d'erreurs que de mots ; il faudrait 
le remplacer par les documents suivants. 

« Albert-Fraivçois de Rousselet , marquis de Chàteau- 
« regnault, mourut en 1693, sans laisser de postérité ; le 
« marquisat de Chàteauregnault passa dès lors à François- 
« Louis de Rousselet , oncle d'Albert-François. 

« Fbahçois-loijis, marquis de Chàteauregnault en 1693, 
« maréchal et vice-amiral de France , mort le 1 5 novembre 
« 17 J 6 (fils de François P' de Rousselet et de Louise de 

• Compans). Il épousa Marie-Anne-Renée de la Porte, morte 
« en 1696, dont il eut: 1» François-Louis-Ignace , mort en 
« 1704 ; 2* Anne-Albert , chevalier de Malte ; 3'» Emmanuel 
« qui suit; 4» Marie- Anne-Dreuse , femme de Louis Jean- 
« Baptiste de Matignon, marquis de Gassé, etc. 

« Emmanuel , marquis de Chàteauregnault. Il épousa : 

• 1® en 1713, Marie de Noailles, morte en 1723 ; 2° Anne- 
« Julie de Montmorency ; il laissa de ces alliances , entre 

• autres enfants : 

« Faaivçois III; il n'eut qu'une fille, Marie-Sophie, 
< mariée en 1746 , à Jean^Baptist^Cbarles-Hector d'Estaing, 



— 266 — 

« Yice-amiral de France. (Voir le P. Anselme, t. VII, 
« p. 651.) 

;Tage 68 , ligne 4). Ce paragraphe demande quelques rectifi- 
cations ; il faudrait qu*il fût rédigé ainsi : 

a Dreux lY de Mello mourut le 3 mars 1219 , laissant 
• d*Ermingarde de Moucy, sa femme , qu'il avait épousée 
a en 11 62: !<> Guillaume qui a continué la maison de MeUo ; 
« 2° Agnès , femme de Gasnier ni de Trainel , seigneur de 
« Montigny ; 3° Dreux V, qui suit. (Voir La Roque (d'Har- 
« court), t. II, p. 1725.) 

(Page 69, ligne 7). « Et Françoise. » Tanneguy-Duchastel n'eut 
de Jeanne Raguenel, vicomtesse de Belliëre, sa femme, 
que deux filles : \^ Gillette , morte sans postérité ; 2® Jeanne, 
femme de Louis , seigneur de Montéjan. (Voir le P. Anselme, 
t. Vm , p. 359 el 489.) 

(Page 70 , ligne 6). « Son gendre. » Jean-Baptiste Amelot 
n'était pas le gendre du président de Barillon, puisqu'il 
avait épousé Charlotte Brulart. C'est Denis-Jean-Michel 
Amelot, neveu de Jean-Baptiste , et fils de Jacques Amelot , 
qui épousa , le 21 avril 1688 , PBiliberte de BariUon 
d'Amoncourt , fille ainée de Paul de BariUon et de Mad&- 
laine Mangot. (Voir Moréri). 

(Page 74, ligne 18). « Un autre Antoine, » Il faut rayer ces 
mots , d'abord parce que les auteurs ne font aucune men- 
tion de ce cinquième fils, ensuite parce que M. Chalmel, 
lui-même , à la page 350 , ne cite pas cet Antoine. 

(Page 86, ligne 10). « Fratïçois le Balafré. » François de 
Lorraine , duc de Guise, mort en 1563 , ne fut jamais sur- 
nommé le Balafré : C'est le duc Henri de Guise , son fils, qui, 
en 1575 , fut ainsi désigné après qu'il eut reçu , au visage , 
une blessnre dans un combat contre les Huguenots , non 
loin de Château-Thierry. 

(Page 86 , lig;ae 12). « Henri II succéda à son père en 1588. » 



-.267 — 

Panni les enfants de Henri I" de Lorraine , il n'en est pas 
un seul qui ait porté le nom de Henri. Mais il faut lire Claude 
de Lorraine , duc de Chevreuse. Henri H de Lorraine était 
le quatrième fils de Charles de Lorraine , qui a continué la 
maison de Guise , et par conséquent petit-fds de Henri !•'. 
(Voir , au surplus , un extrait de la généalogie de cette 
maison , au tableau synoptique E.) 

(Page 96 , ligne 17). « Mathurin de Broc, dont nous ne con- 
naissons que le nom, paraît Tavoir vendue, etc. » Il semble- 
rait, d'après cette rédaction , que la seigneurie de Cinq-Mars 
serait immédiatement passée de François du Fora Mathurin 
de Broc qui Faurait , lui-même , vendue à Martin Buzé. Les 
convenances chronologiques ne s'opposent pas à cette cir- 
constance; cependant on voit dans Duchesne (Montmorency), 
p. 304 , que François de Broc , fils de Mathurin, est qualifié 
seigneur de Cinq^Mars-la-Pile , et que le fils aîné de François , 
Jacques de Broc, y est dit baron de Cinq-Mars. D'où l'on 
pourrait conclure que Cinq-Mars est entré près d'un siècle 
plus tard dans la maison d'ËiBat ; ce qui est exact. M. Chalmel 
n'a pas pris ici le Pirée pour un homme ; mais il a confondu 
Martin Buzé, mort en 1613 , avec Martin CoiiBer, dit Ruzé, 
marquis d'Effiat , mort en 1 644 , et frère du malheureux 
Cinq-Mars , mort en 1642. 

(Page 1 10 , ligne 17). « Jean de Boucicaut^ fils du précédent. » 
Cette assertion de M. Chalmel est certainement erronée. En 
effet, suivant le P. Anselme (tome VI, pages 753 et 760), 
Geoffroy le Meingre, dit Boucicaut, mort en 1429 (frère 
puîné de Jean U , maréchal de France , mort en 1421 J, n'eut 
d'Isabeau de Poitiers^ sa seconde femme, que deux fils, 
savoir : Jean , seigneur de Savoy é , mort sans j^stérité ; 
i"" Louis le Meingre, mort également sans postériteTil ajoute 
que ce Jean , mort sans postérité , fils de Geoffroi , transporta 
tous ses biens , son nom et ses armes , à Aimar de Poitiers , 
son cousin germain. D'où il faut conclure que ce Jean Y 



de M. Chalmel (fils de Jean IV, fils de Geoffroy) n'a jamais 
existé , et que c'est de la famille de Poitiers de Saint-Vallier, 
que la Bourdaisière est passée , une ou deux générations plus 
tard , dans la famille Babou , par Marie Gandin , dame de la 
Bourdaisière , morte après 1 577 , qui aurait apporté oe do- 
maine à son mari Philibert Babou, mort après 1557. Il y 
aurait, au surplus, quelques recherches à faire, ayant 
d'admettre ou de rejeter cette opinion. 

(Page 130, ligne 15). « Dont il eut. » La désignation des 
enfants de Pierre III de Brosse est inexacte dans Chalmel. 
La voici d'après le P. Anselme , t. VIII , p. 440: !• Pierre IV, 
qui suit; 2*" Jean, clerc ; 3** Guillaume , seigneur de la T^upe- 
lande , en 1273 ; i" Perrenelle , femme d'Estienne de Jaulnay; 
5"" Amicie ; 6° Isabeau. 

(Page 131 , ligne 27). « Jusqu*à Tannée 1768. » Ce paragraphe 
ne peut rester tel qu'il est rédigé par Chalmel. 

(Page 132, ligne 2). « Sa première femme. » Marie Ruzé 
d'Effîat , morte en 1633 , fille d'Antoine , marquis d'Effiat 
maréchal de France , mort le 27 juillet 1632 , n'était pas la 
première femme de Armand-Charles de la Porte, duc de 
Hazarin , mort en 1713. Elle était femme de Charles II de la 
Porte, duc de la Meilleraye, mort en 1664, et mère de 
Armand-Charles, que M. Chalmel lui donne pour mari. (Voir 
le P. Anselme , t IV, p. 625 , t. VII, p. 492.) 

(Page 433, ligne 25). « S(m neveu. » Charles-François de la 
Baume le Blanc , marquis de la Vallière , n'était pas neTeu 
de la princesse de Conti, douairière, mais il était son 
Gousir^-GERMAirr. On peut en juger par les détaih swTants 
(Voir l^tableau F.) 

(Page 143, ligne 21). « Etait mort avant son père. » Cette 
assertion de M. Chalmel est inexacte ; Guillaume de Mello , 
fils aine de Dreux IV de Mello , a continué cette maison. 
(Voir Moréri ; La Roque , t. II , p. Ï725.) 



— 289 — 

(Page 144, ligne 18). « En 1345 , Philippe de Valois accorda 
à Pierre II de la Brosse. » M. Cbalmel a parfois d'étranges 
distractions. Pierre II de Brosse , sergent à masse du roi 
saint Louis , mourut avant Tan 1252. Son fils Pierre III , 
dont parle ici Cbalmel , fut pendu en 1278 j par ordre de 
Philippe le Hardi ; comment Philippe de Valois , petit-fils de 
Philippe le Hardi , aurait-il pu lui accorder, en 1345 , une 
rente ? (Voyez le tableau G.) 

(Page 146, ligne 17). € Paul-Hippolyte de Beauvilliers , fils 
puinÉ de Paul de Beauvilliers. » Paul-Hippolyte de Beau- . 
viUiers n'était pas fils puîné de Paul de Beauvilliers , duc de 
Saint- Aignan , il était son frère (Voyez le P. Anselme^ 
t IV, p. 71). Je n'ignore pas que plusieurs biographies 
modernes (qui , au surplus , se copient presque toujours les 
unes les autres) s'expriment comme M. Cbalmel, parce 
qu'elles ne font pas attention que François VU , père de 
Paul et de Paul-Hippolyte, ayant contracté un second ma- 
riage, quarante-sept ans après le premier, il doit exister 
une énorme différence d'âge entre les enfants des deux lits. 
Voici les documents fournis par le P. Ansebne : 

« François VQ de Beauvilliers, premier duc de Saint- 
« Aignan, pair de France, etc., mort le 16 juin 1687. Il 
« épousa : 1° le 1" janvier 1633 , Antoinette Servien , morte 
<f en 1679 , dont il eut , entre autres enfants , Paul , duc de 
•t Saint- Aignan , mort en 1714; 2o le 7 juin 1680, Françoise 
« Géré le Boutbillier de Bancé^ morte en 1738. De ce ma- 
t riage vinrent François-Honorat-Antoine et Paul-Hippo* 
n LVTE, mort en 1776. Comme on vmt, il j eut 62 ans entre 
* la mort des deux frères. » 

(Page 161 , ligne 6). Entre le paragraphe concernant Har- 
douin IV, mari d'Emme ou Annette , et celui qui le suit , 
H. Cbalmel a omis de mentionner : « Hardouin V, marié 
« à Jeanne de Thouars , dame de Luçon , etc.» fille unique 
« d'Aymeri de Thouars et de Béatrix de Machecoul. De ce 



— 270 — 

« mariage tinrent : !<> Hardouin qui suit; 79 Jean, seigneur 
« de Clairvaux ; 3<> Jean de Maillé , seigneur de Brézé. » 

(Page 163, ligne 20). « François, baron de Maillé, dernier de 
cette famille. » Il fallait dire , dernier de la branche , puis- 
que la famille de Maillé fut continuée , dans la branche de 
La Tour-Landry, par son frère Hardouin X. 

(Page 166, ligne 18). Ce paragraphe et les deux suivants 
fournissent une génération de trop et sont très-inexacts. Il 
faut les remplacer par les documents suivants extraits du 
P. Ansehne , t. IV, p. 266. 

« Charles-Philippe d'Albert , duc de Luynes et de Cbe- 
« vreuse , pair de France , comte de Montfort et de Tours , 
« épousa: 1^ le 24 février 1710, Louise-Léontine Jacqueline 
« de Bourbon Soissons , princesse de Neufchàtel et de Va- 
« lengin, etc., morte le 11 janvier 1721; 2** Le 13 janvier 
Cl 1732, Slarie Brulart. Il eut du premier lit: P Marie- 
« Charles-Louis qui suit ; 2® deux filles , mortes jeunes. 

« Marie-Charles-Louis , duc de Chevreuse , prince de 
« Neufchàtel, etc. Il eut de sa seconde femme, Henriette- 
« Nicole Pignatelli d'Egmont : l"" Charles-Marie-Léopold 
« ( tige des ducs de Chaulnes ); 2"* Louis-Joseph-Charles- 

< Amable qui suit. 

« Louis- Joseph-Charles- Amable, duc d'Albert , sei- 

< gneur de Cinq-Mars et de Langeais, mort le 21 mai 1807. » 

( Page 173, ligne 27 ). « Et la quatrième à Jean III de Bueil. » 
'M. Chalmel s'est embrouillé au milieu de ses trois Margue- 
rite qu'il a confondues les unes avec les autres. Pour 
débrouiller ce chaos, il convient de désigner la femme de 
Jean UI de Sancerre sous la dénomination de Marguerite 
première ; sa fille , Marguerite de Sancerre , qui eut quatre 
maris, sous celle de Marguerite U ; enfin la troisième fille de 
cette dernière et de Béraud II , comte de Clermont, sous 



— 271 — 

celle de Marguerite IIT. Le tableau suivant éclaircira ce point 
généalogique. 



42 
43 

44 

4o 



Pierre de Marmaudb épousa, avant 4543, Isabelle de la Haye. 
Marguerite de Marmamde, I, épousa Jean III, comte de Sancerre, 

mort en 4403. 
Marguerite de Sancerre, II, morte en 4419, laissa de son second 

mari Biraud II , comte de Clermont , 
Marguerite de Clermont, III, épousa Jean IV , sire de Bueil , mort 

en 1ûl5à Azincourt. 



Au reste le quatrième mari de Mai^erite de Sancerre 
fut 9 non pas Jean ITI , de Bueil , comme le dit Çhalmel ; 
mais Jean II , dit Lourdin , connétable de Sicile , seigneur 
de Saligny. (Voir le P. Anselmey 1. 11^ p* 851 ; Duchesne 
( Chàtillon }, 416. ) 

(Page 174, ligne 12 j. Guillaume Ardouin , évoque d'Angers, 
n'était pas fils de Jean de Bueil , grand-maitre des arba- 
lestriers de France et de Marguerite de Clermont-Sancerre : 
il était SON frère , et fils , comme lui , de Jean III , mort 
en 1390, et de Anne d*Avoir. A la page 201, H. Chahneln'a 
pas commis la même erreur. ( Voir Art de vérifier les dates, 
t. II , p. 409. ) 

(Page 175, ligne 23). < l4>uis Gillier. » Il faut que ce Louis 
Gillier soit de Tinvention de M. Chalmel; d'abord parce 
que les généalogistes n'en font aucune mention ; ensuite , 
parce que M. Chalmel , lui-même , dit tout ce qu'il faut pour 
démontrer qu'il n'a pas existé. En effet, si Gabriel Gillier 
était Toncle paternel des enfants de ce Louis, il faudrait que 
Louis fût le frère de Gabriel. Or, H. Chalmel vient de dire, 
à la ligne 19 , que Urbain V\ leur père, n'eut que deux en- 
fants , savoir : Urbain II et Gabriel. (Voyez le tableau H 
extrait du P. Anselme^ t. IV, p. 856.) 

(Page 175, ligpe27). M. Chalmel dit que la baronnie de 
Marmande est restée dans la maison de Gillier. Cependant 
M. d'Hozier, au registre 1 , p. 711 , aifirme qu'avant 1764, 
V 18 



— 272 — 

Marc-Pierre de Yoyer de Patilmy était seigneur de Mar- 
mande. 

(Page 176, ligne 13). « Nicolas, fils de Nicolas d'Anjou. » Le 
père de Nicolas était René , et sa mère était , effectivement, 
Antoinette de Ghabannes. ( Voir le P. Anselme, 1. 1 , p. 235 
et 356.) 

(Page 166, ligne 17). « Hervé m, fils de Guillaume. )> 
Hervé III, seigneur de Yierzon^ qui épousa Jeanne de Mé- 
zières en Brenne , n'était pas fils de Guillaume II ; mais il 
était soif FR£R£ , et , comme lui , fils de Hervé II et de Marie 
de Dampierre. ( Voir Du^hesne ( Dreux ), p. 81 .) 

(Page 177, ligne 16). « La bataille de Coutras. » L'anachro- 
nisme est un peu fort » puisque la bataille de Coutras fut 
livrée 285 ans après celle dont il est ici question. Il faut lire 
la bataille de Coijrtrai , ou des Eperons , perdue contre les 
Flamands en 1302. 

{ Page 177, ligue 26 ). « Jean IV d'Harcourt fut arrêté le 
6 avril 1355. » Jean IV d'Harcourt fut tué à la bataille de 
Crécy, le 26 août 1346. 

(Page 178, ligne 6). « Jean IV d'Harcourt épousa Blanche 
de Ponthieu, » Lisez : Jean IV d'Uarcourt épousa, en 1315, 
Isabeau de Parthenay, dame de Montfort-le-Rotrou , fille de 
Guillaume rArchevèque et de Jeanne de Montfort , sa pre- 
mière femme. 

( Page 178, ligne 9 ). M. Chalmel a oublié un paragraphe en- 
tier. Il faut intercaler ici le document suivant : « Jean V , 
comte d'Harcourt 9 décapité le 5 avril 1355. Il avait épousé, 
en 1340, Blanche de Ponthieu, comtesse d*Aumale, morte 
en 1387. Il eut de cette alliance : 1° Jean IV qui suit; 2° Jac- 
ques, etc. » Comme on peut le remarquer, M. Chalmel a 
confondu le père avec le fils , duquel il n'a pas même fait 
mention. ( Voir l'Art de vérifier les dates , t. Il , p. 793 ; U 
P. Anselme, t. V, p. 124 ; LaRoqw, (Harcourt) 1. 1 et III). 



— 873 — 

(Page 178, ligne 17). « Marie , fille de Charles de Valois. » 
Marie d'Alençon, femme de Jean VU d'Harcourt n'était 
pas fille de Charles de Valois , comte d'Alençon ( ce qui 
d'ailleurs est trop vague puisqu'il y a eu trois comtes d'A.*- 
lençon du nom de Charles); mais elle était fille de 
Pierre II , comte d*Alençon, et de Marie de Chamaillard , et 
PETriE-FiLLEy par conséquent, de Charles II le Magnanime , 
mort en 1346. ( Voir l'Art de vérifier les dates , t. Il, p. 885 ; 
le P. Anselme, t. I, p. 269. ) • 

(Page 179, ligne 10). « Jeanne ^ mariée à N. A' Autriche. « 
Lisez : Marie, femme de N., seigneur d'Autriche. (Voir 
l'Art de vérifier les daiesy t. II, p. 860 ; le P. Anselme^ 1. 1 , 
p. 235 et 356. ) 

( Page 180, ligne première ). « Ce fut en faveur de René d'An- 
jou» etc.» René d'Anjou du Maine était mort depuis 46 an^ à 
cette époque. Ce document concerne Nicolas d'Anjou , mar- 
quis de Mézières en 1567^ mort en 1568, et fils de René, mort 
en 1521. D'ailleurs , M. Chalmel, tout en commettant une 
autre erreur, l'avait mentionné lui-même^ à la page 176, 
ligne 13. ( Voir les auteurs cités à l'article précédent. ) 

( Page 189 , ligne 27 ). « Jeanne, sa sœur, » Lisez : ^ Sa tante 
maternelle » ; ou bien , si M. Chalmel a voulu appliquer le 
mot laissant à Françoise de la Rocfaefoucault , il a mal con- 
struit sa phrase et il devait dire ; « elle eut Louis mort sans 
postérité, et laissa, etc. » 

( Page X92, ligne 10 ]. «c Son fils. » François Armand de Rohan, 
mourut le 26 juin 1717, sans postérité, peut-être même 
SANS ALLIANCE. Cclui qui est mort à Cousiers ne pouvait 
donc pas être son fils. (Le P. Anselme^ t. IV, p. 51 et suiv.) 

( Page 493, ligne 13 ). « Dont il eut, etc. • Hugues II, seigneur 
de Saint^Maure , vivait, d'après M. Chalmel lui-même , 
p, 275, ligne 3, en 1172 : comment pourrait-il être le père 
de Pierre P', de Sainte-Maure , qui mourut en 1324 , c'est- 
i-dire 152 ans plus tard ? Au surplus , Hugues II n'était 



— 274 — 

pas môme Fancétre direct de Pierre I*' de Sainte-Mam« 
(Voir, pour preuve , la généalogie de Sainte-Maure , dans 
Anselme , t. V, p. 6 ; Ménage , liv. ix , p. 252 ). 

Pierre P' avait pour père Guillaume IV ; pour aïeul Jos- 
bert ; pour bisaïeul Guillaume II de Pressigny , mari de 
Avoyse de Sainte-Maure, laquelle était fille de Guillaume I^ 
de Sainte-Maure, trisaïeul de Pierre P'. 

(Page 194, ligne 2). « De Tour ville » Lisez: « d'EsTOUTE- 
viLLE. » Catherine d'Estoutéville était la seconde femme de 
Charles de Sainte-Maure , qui avait épousé , en premières 
noces^ en 1437, Madelaine de Luxembourg, dont il eut plu- 
sieurs enfants : il est donc inexact de dire : « dont il neut 
quune fille ; « il fallait ajouter , « de cette seconde al- 
liance. » 

(Page 194, ligne 13]. « Louis de Baraton ; de leur mariage 
naquit Guyonne. m Ce paragraphe contient autant d'erreurs 
que de mots : Il faut le rédiger ainsi : « Antoinette de Sainte- 
« Maure, dame deMongogier,dela Brosse, etc., fut mariée à 
H François II de Baraton , seigneur de la Boche-Baraton , 
« grand échanson de France , de 1516 à 1519 ( second fils 
« de François de liaraton, mort en 1484, et d'Anne Fescfaal ). 
« De leur union naquirent : T Gabriel Olivier qui suit; 
€ 2<*' François III, seigneur de la Brosse et de Challonge , 
(( qui ne laissa qu'une fille, Anne de Baraton. 

€ Gabriel Olivier de Baraton , seigneur de Montgogier, 
(( de Bivarenues , etc. Il épousa Benée d'Anjou JVIézières 
« ( fille de Bené d'Anjou et d'Antoinette de Chabannes , et 
« veuve d'Hector de Bourbon-Lavidan ). Us eurent un fils. 

« Louis , seigneur de Montgogier, de Bivarennes, etc. Il 
« épousa Jacqueline Paumart ( fille de Joachim Paumart , 
t seigneur de Bille, en Touraine, et de Françoise d'Oriville). 
€ Ils n'eurent qu'une fiUe. 

« Guyonne , etc. » 

Ainsi M. Chalmel a marié Antoinette de Sainte-Maure 



— 275 — 

avec son petit-fild , et il a supprimé Faïenl et le père de 
Louis. (Le tableau J rendra cette erreur plus palpable.— Voir 
le P. Anselme . t. YIII , p. 584.) 

(Page 194, ligne 19). « Charlotte de Brillouetfut femme de 
Louis de Beauveau, nous ignorons s'ils eurent des enfants ; 
mais , etc. » Il est peu digne d'un généalogiste instruit d'é- 
crire le nom patronymique Beauveau , conune s'il était 
question d'un veau plus ou moins beau ; on trouve cette 
bévue dans quelques biographies, j'en conviens, mais jamais 
dans les écrits des généalogistes estimés. Beauvau est la 
reproduction de Beauval ou de Beauvallon , sous une 
autre forme. Il eût été facile à M. Ghalmel de s'assurer si 
. Charlotte de Brillouet laissa des enfants de son mariage avec 
Louis de Beauvau. Ils en eurent plusieurs , et leur postérité 
s'est continuée encore fort longtemps. Mais cène fut proba- 
blement pas alors que la seigneurie de Hontgogier passa 
dans la famille Burgensis , ainsi que l'insinue Chalmel. En 
effet , suivant le P. Anselme , t. II, p. 382, Jean Burgensis , 
père de ce Louis dont parle Chalmel , « avait acheté cette 
seigneurie le P janvier 1478. » Or, ce Jean Burgensis était 
contemporain de Charles de Sainte* Maure, père d'Antoinette, 
mariée à François de Baraton , ce qui ferait remonter la 
possession de la seigneurie de Montgogier par la famille 
Burgensis à une époque beaucoup plus éloignée que celle 
indiquée par Chalmel. (On appréciera mieux notre assertion 
par le tableau synoptique K.) 

(Page 202, ligne 9). « Mais il est certain. » Cette assertion de 
M. Ghalmel peut être exacte ; mais il eût été d'autant plus 
nécessaire de produire des preuves authentiques à l'appui , 
que je lis dans le P. Anselme et dans la Roque , que non- 
seulement Arthur de Villequier était seigneur de Montrésor , 
mais encore que son fils Jean-Baptiste et son petit-fils 
Claude P' reçoivent de ces généalogistes la qualification de 
comtes de Montrésor. 



— 276 — 

(Voir le P. Anselme^ t. IX , p. 59, 60, 61; La Roque, t. II, 
p. 1803.) 

(Page 21 1, ligne 16}. <c Antoine Rusé, » Lisez : « Martin Bazé. » 
Antoine Ruzé était fils de Martin Ruzé et d'Isabelle d'Escou- 
bleau de Sourdis. (Voir Anselme, t. Vil , p. 492.) 

(Page 225 9 ligne 13). « Isabeau de Pressigny épousa Guil- 
laume P'. • Isabeau de Pressigny était la mère de Guil- 
laume P' de Craon, et non pas sa femme. EUe avait épousé , 
en 1301, Amauri m de Craon, sénéchal de Touraine. A la 
page 277, il n'a pas commis la même faute, mais la généa- 
logie qu'il donne est inexacte. Voici ce qu'il devait dire : 

« Amaury III de Craon , mort en 1 332, épousa : !<> en 4 301 , 
« Isabeau de Sainte-Maure, morte le 13 décembre 1310; 
« 2o Béatrix de Roucy, fille de Jean IV et de Jeanne de 
« Dreux. U laissa du premier Ut : 1» Maurice VII , qui a 
« continué la branche aînée ; 2<> Guillaume P% qui suit. Et 
« du deuxième lit , trois fils et trois filles. 

(( Guillaume P% dit le Grand, vivait encore en 1382, et 
« était seigneur de la Ferté-Bernard , de Sainte-Maure et de 
« Pressigny. Il épousa Marguerite de Flandres , vicomtesse 
« de Chàteaudun. De cette alliance vinrent : ï^ Guillaume II, 
« qui suit; 2» Pierre, seigneur de Sablé; 3^ Jean , seigneur 
« de Montsoreau et de Nouatre ; 4<> Gui , seigneur de Sainte- 
« Julitte, en Touraine , et deux filles. 

c< Guillaume II, etc. » (Voir Anselme j t. Vm, p. 569; 
Duchesne (Châtillon), p. 597.) 

(Page 234, ligne 2). « Eschivart P% qui suit. » Suivant M. Chai- 
mel et quelques auteurs , Eschivart P' aurait été le fils de 
Geoffroi U, et frère de Geoffroi-Jourdain. Mais La Roque , et 
ce qui est une autorité plus imposante , VArt de vérifier les 
dates y t n, p. 812, indiquent EschivardI" comme étant 
fils de Geoflroi Jourdain et frère d' Angebaut , archevêque de 
Tours. Ç;*- -< .. - 

(Page 240^ ligne 11). « Antoine Frottier, » M4sez : « Antoine 



— 277 — 

• dePreuilIy. » M. Chalmel ledit ainsi page 256 , et cette fois 
il a raison. 

(Page 240, ligne 19). «. Jean Chasteignier et Louise de PreuiUy, 
sa rAère, » L'anachronisme est un peu fort ; Louise de 
Preuilly n'était pas la mère de Jean de Chasteignier , mais 
elle était sa trisaïeule. (Voir le tableau L.) 

(Page 240, ligne avant-dernière). « Louis d'Abain , son oncle. • 
Louis d'Abain n'était pas Toncle de François Chasteignier, 
comme la construction de la phrase de M. Chalmel pourrait 
le faire croire : il était son frère ; cependant si Chalmel a 
voulu parler du fils de François , dont Louis d'Abain était 
réellement Toncle , sa phrase présente une amphibologie à 
rectifier. 

(Page 24 1 , ligne 1 8). « Louis de Crevant , etc. , fut marié avec 
JacqueUne d'Humières. » D'abord , il y eut qtmtre personnes 
du nom de liOuis dans la famille de Crevant; mais puisque 
Cbahnel fait allusion à celui qui , en 1660, fit l'acquisition 
de Preuilly, comme étant marié avec Jacqueline d'Humières, 
il faut faire attention à une circonstance qui dément soit la 
date de la vente , en 1660, soit l'individualité de l'acheteur 
désigné par Chalmel. Eu effet, Louis II, vicomte de Brigueîl 
et marquis d'Humières, qui épousa Jacqueline d'Humières, 
mourut le SI novembre 1648, à l'âge de 83 ans. Son fils, 
Louis m , fut tué au siège de Royan à 42 ans , le 20 mars 
1648. Ce ne fut donc que Louis lY, mort le 30 août 1694, 
qui aurait pu acheter la baronnie de Preuilly, en 4660; ou 
bien cette vente eût eu lieu avant 4648 (Voir Anselme^ t. Y , 
p. 762). 

(Page 242, ligne 9). « Louis- Alexandre , François-César et une 
fille, » Lisez : « Louis-Micolas le Tonnelier , mort le 24 
« mars 4728, eut de Gabrieile-Anne de Froulay, morte 
« en 1740 , sa seconde femme : !<> René- Alexandre , mort 
« en 1720 ; 2» Charles-Auguste , qui a continué la postérité ; 
« S*» Auguste-Charles , chevalier de Malte , mort en 1710^ 



— 278 — 

« 4o Elisabeth-Théodose , mort en 1723 ; 5° une fille. » (Voir 

Moréri.) 

(Page S42, ligne 13]. « Acquit de Louis-Nicolas de Breteuil. » 
Louis-Nicolas le Tonnelier de Breteuil étant mort, ainsi 
qu'on vient de le dire, en ^728, ne put pas vendre , eu I74I, 
la baronnie de Preuilly à Louis-François de Galliffet. Ce ne 
fut pas même son fils, Charles-Auguste, qui mourut dix ans 
avant cette vente , le 43 juin 1731 . Mais il est possible que 
ce soit son petit -fils Louis-Cbarles- Auguste , mort le 20 no- 
vembre 1807, ou plutôt ses tuteurs ; car il eût été bien jeune 
en 1741, 66 ans avant sa mort. 

(Page 250, ligne 24). « On croit, mais sans certitude , etc. • 
n est au conti*aire parfaitement authentique et certain que 
le Robert de Braine dont il est fait ici mention appartenait 
à la maison de Dreux , et qu'il était fils de Robert I*' de 
France , comte de Dreux , mort en 11 88 , et d'Agnès de Bau- 
demont , dame de Braine. Robert II , comte de Dreux , suc- 
céda à son père en 1 188 et mourut en 1218. Ainsi que le dit 
Chalmel, il épousa en effet: 4<> Mahaut de Bourgogne; 
2« Yolande de Coucy. (Voir VArt de vérifier les dates , t. II, 
p. 670.) 

(Page 250, ligne dernière). « Un fils , Geoffroy, dont lesçénéa- 
logistes ne parlent pas. » C'est une erreur. UArt de vérifier 
les dates dit que Robert II eut d'Yolande de Coucy, sa 
seconde femme , un fils nommé Geoffroi ; mais il n'était pas 
l'ainé , ainsi que Chalmel l'indique. Voici un document plus 
authentique, a Robert II eut de ses deux femmes : \^ Bo- 
« bert III , dit Gàteblé , comte de Dreux , qui succéda a 
« son père ; 2** Pierre Mauclerc , duc de Bretagne ; 3<> Ilenri, 
« archevêque de Reims ; 4^ Jean, comte de Màcon ; S^ Geof* 
« FROi ; 6° Six filles. » 

(Page 251, ligne 23). « Geoffroi épousa Jeanne de Vierzon. » 
Ce mariage n'a jamais pu avoir lieu par la raison fort simple 
que , chronologiquement parlant , Geoffroi de ft*aine aurait 



— 279 — 

pu facilement être le contemporain du bisaïeul de Jeanne 
de Vierzon, (Voir le tableau synoptique M.) 

Aucun auteur ne fait , au surplus , mention de cette al- 
liance ; la Tbaumassière est le seul qui , à la page 392, nous 
apprenne que Geoffroi de Brenne , fils de Robert II, comte 
de Dreux , épousa V héritière de Rochecarbon, sans indiquer 
son nom. Dans mon opinion Jeanne de Vierzon n'eut pas 
d'autre mari que Geoffroi ou Godefroi de Brabant. ( Voir 
l'Art de vérifier les dates , t. II, p. 670, et Brabant, t. III , 
p. 96 ; Duchesne ( Dreux], p. 52 et 81.) 

( Page 256, ligne 17 ). « Marguerite épousa Prégent-Frottier. » 
Marguerite de Preuilly, morte en 1 445^ était la mère et non 
pas LA FEMME de Prégent-Frottier, par son mariage con- 
tracté le 6 août 1421 , avec Pierre Frottier, mort le 12 août 
1445,six jours après sa femme. Neuf lignes plus loin M. Chai- 
mel évite cet anachronisme. 

(Page 256, ligne 19). « Louise de Preuilly, fille d'Antoine. » 
Louise de Preuilly était la soeur d'Antoihe , et non pas sa 
FILLE. Ils étaient tous deux enfants dTschivart VI, baron 
de Preuilly, mort le 24 avril 1409, et de Sarrasine de Prie, 
sa troisième femme. M. Chalmel Tavait bien indiqué ainsi à 
la page 237, mais il Ta oublié ! 

(Page 257, ligne 18). La nomenclature des enfants de Jean III 
Chasteigniw est très-inexacte dans Chalmel, et il en résulte 
plusieurs indications erronées. Voici celle qui m'est fournie 
par Bloréri et par Duchesne (Montmorency), p. 631 : 

« 1*^ François, successeur de Talmont, mort en 1579; il 
« succéda dans la seigneurie de la Kochepozay ( et épousa 
« le 27 septembre 1566, Louise de Laval, dont il eut René , 
« mort en 1594 à 13 ans ) ; 2^ Boch, qui mourut en 1562 au 
■ siège de Bourges; 3^ Louis, successeur d'Abain, qui a con- 
'• tinué la maison ; 4* Antoine , seigneur de Flle-Bapaume ; 
• 5^ Françoise I iM*i6ure de Saiut-Clémeat d'Aiflre. » Il faut 



— 280 — 

donc supprimer le nom deRoch, qui commence le paragraphe 
suivant et ne laisser subsister que celui de François. 

( Page 265 . ligne 18). Ce chapitre contient un très-grand 
nombre d'assertions inexactes qu'il serait trop long de relever 
ici. Il suffit d'indiquer, en ce qui concerne la maison d'A- 
luye, le beau travail de M. d'Hozier (Registre III, p. 1, et 
suivantes.) 

( Page 272, ligne 19). La généalogie de la maison de Sainte- 
Maure, présentée ici par Chalmel, s'écarte fort peu des docu- 
ments fournis par Ménage et par le P. Anselme ; mais ces 
documents mêmes sont complètement inexacts et contredits 
positivement par plusieurs chartes extraites du cartulaire 
de l'abbaye de Noyers , sous les f" 8, 85, 128 v^ 129, 130 
v% 131, 132 V», 133 V, et 139 v^ Il résulte de ces titres : 

1" Que Hugues P' de Sainte-Maure , fils de Goscelin I" et 
d'Amaburge j fut marié deux fois. 11 eut de sa première 
femme, M. de Chinon (fille de Jean de Chinon et sœur 
d'Aimeric, ditPayen), un fils unique, Guillaume, mort^ 
jeune encore, en Gascogne. De sa deuxième femme , Ade- 
nordes , il eut : P et 2^ Goscelin et Hugues y tués de son 
vivant, dans un guet-apens ; 3"" Guillaume mort aussi avant 
son père ; 4<* Pierre ; 5** Marquisse ; 

2^ Que Hugues II, fils de Goscelin précité et de Falcabella, 
sa femme , et petit-fils de Hugues T' . succéda à son aïeul. 
épousa Aois, dont il eut entre autres enfants: P Guil- 
laume ; 2"* Goscelin ; 

3° Que Guillaume, fils aine de Guillaume II , succéda à 
son père , en qualité de seigneur de Sainte-Maure. 

On trouverait^ au surplus, la succession régulière de cette 
maison , en dépouillant le cartulaire précité de Tabbaye de 
Noyers qui est déposé à la bibliothèque de la ville de Poitiers. 

(Page 282, ligne 27). Entre AlleaumeP'et Guillaume l'arche- 
vêque, morts, le premier en 1083, et le deuxième vers 1300, 
e'e»t-è-dire pendant deux siècles, M. Chalmel introduit neuf 



— 28* — 

générations ; ce qui est de toute impossibilité. Ces trois pre- 
mières pages de Tarticle consacré à la baronnie de Semblan- 
çay contiennent un si grand nombre d'erreurs que je 
renonce à en faire l'énumération ; mais j'exprime le désir 
qu'il soit annulé , et refait par une personne versée dans ce 
genre de travaux , tout en me récusant, en ce qui me con- 
cerne. Le tableau synoptique que je joins ici (p. 290) 
rendra palpable l'imperfection du travail de M. Chalmel. 
J'ai placé en regard le nombre de générations que ce tableau 
devrait présenter en moins , et qui s'élève à cinq généra- 
tions, ou 170 ans. 

(Page 289, ligne 17 ]. « Saumur, » Lisez : Sauves. 

( Page 289, ligne 25 ) . € Bahier, » Lisez : Bohier. 

( Page 314, ligne 10 \ < Armand de la Porte. » Cet Armand de 
la Porte n'a point existé. Voici ces deux paragraphes tels 
que Chalmel aurait dû les rédiger : 

€ Armand-Charles de la Porte, duc de Mazarin , de la 
« Meilleraye , etc. , mort le 9 novembre 1713 (fds de 
« Charles n, de la Porte, duc de la Meilleraye , maréchal de 
I France, etc., mort en 1664 , et de Marie Ruzée d'EiBat 
« morte en 1633). Il épousa Hortense Mancini (nièce du 
« cardinal Mazarin] , morte en 1699, dont il prit le nom et 
« les armes. De ce mariage vinrent: 1° Paul-Jules , qui 
€ suit ; 2** Marie-Charlotte, qui viendra ; 3* Marie-Anne , 
« abbesse, morte en 1720 ; 4^ Marie-Olympe, alliée à la mai- 
« son de Bellefonds. 

« Paul-Jules , duc de Mazarin,'etc., baron de Véretz, mort 
t le 7 septembre 1731. Il épousa, en décembre 1685, Félice- 
« Charlotte-Armande de Durfort, morte en 1730. De cette 
« alliance vinrent plusieurs enfants. Pour suivre Chalmel , 
€ passons à la sœur de Paul- Jules , qui précède, et qu'il dit 
« être fille de ce prétendu Armand de la Porte. 

li Marie-Charlotte de la Porte Mazarin ( fille d'Arma«l<^ 



— 282 — 

« Charles et sœur de Paul- Jules ] , morte en 1729 , épousa 
« Louis Duplessis, marquis de Richelieu, etc.» (Voir le cane- 
vas généalogique , tableau N.) 

(Page 314. ligne 13;. « Louis Duplessis, neveu de Madelaine » , 
lisez : petit- neveu. (Voir le tableau 0.) 

( Page 322, ligne 14). « Du premier lit. » Ceci n'est pas exact ; 
Louise de Rieux était sœur de père et de mère de Claude II, 
mort sans postérité. Il fallait dire : Sa succession passa à 
« Renée de Rieux, sa sœur aînée du premier lit ; mais, après 
«« la mort de cette dernière, en 1567, sans postérité , elle 
• revint à sa jeune sœur Louise de Rieux. » 



Mais qu'il est néanmoins utile de constater. 

(Page 9, ligne 3). • On y ajoute une Marguerite mariée à 
Renaud de Berrie. » Par suite de l'intéressante notice ré- 
digée par M. Etienne Cartier, d'Amboise, en 1851, la véri- 
table géûéalogie des seigneurs d'Amboise est enfin victorieu- 
sement établie par le texte même de plusieurs chartes 
amboisiennes , qui lui ont été communiquées par M. André 
Salmou , et dont il a publié la trâuscription. Les résultats 
qui découlent de cette découverte , entre l'époque de la mort 
de Hugues II , avant 1 195 , et le décès de Jean II, en 1303. 
Sont indiqués par le tableau synoptique P. (Voir à la fin.) 

(Page 9, ligne 26). Au lieu de : « Un Jean de Berrie. » Lisez: 
« Renaud de Berrie, i» ainsi que Chahnel le dit plus haut, 
ligne 9. 

(Page 11, ligne 23). Au lieu de: « 1416. » Lisez: « 1422. » 
(Voir le P. Anselme^ t. VII, p. 120 , Duchesne , etc). 

(Page 19, ligne 9). « Le 22 février 1481. » Lisez : « Le 16 mars 
1480. (Idem). 



— 283 — 

(Page 36, ligne 16). « Trois enfants. » Lisez: « Quatre, » et 
ajoutez : t Jeanne , femme de Philippe III des £ssarts. » [de 
Marollesy p. 379). 

(Page 42, ligne 13^ « Jean II de Prié eut de son épouse 
Gillette , Lisez : • Jean de Prie, U* du nom , eut de Gillette , 
« son épouse: !<> Philippe, qui suivra; 2» Robert, seigneur 
« de Delouze, en 1333^ 3<> Gautier, seigneur de Domenges, 
« père de Marguerite ; et de sa seconde femme , N. de 
« Brosse, fille unique d'Uélie de Chàteauclos, il laissa: 
« 4o Jean, seigneur de Cliàteauclos , marié , en 1359, à 
< Jeanne d'Amboise-Chaumont ; 5<> Héliotte, mort en 1365, 
« sans postérité. » {de Marolles^ p. 318). 

(Page 42, ligne 24). « Philippine Courant. » Lisez: « Philippe 
Courault;»etàlaméme ligne: au lieu de: «Guillaume», Its^js: 
« 2* Geoffroy, en 1387 ; 3° Péan , en 1406 ; 4® Sarrasine, etc.» 
(Idem). 

(Page 43, ligne 5). « Limeray. « Lisez: a de Linières. » (Idem). 

(Page 43, ligne 22). « Anne, m Lisez: * Avoye de Chabannes. 
(Idem). 

(Page 43, ligne 28). « De Marans. » Lisez : des Harèts. (Idem). 

(Page 46. ligne 1). « N. Blondeau. » Lisez: « Isabelle Blon- 
deau. (d'Hozier reg. 1). 

(Page 49, ligne 25) . « Jeanne de Rigny. » Lisez : « Jeanne de 
Tigny, en Anjou. (Moréri), 

(Page 54 , ligne 6) . a Catherine de Longwy. » Lisez : Jacque- 
line de Longwy, comtesse de Bar-sur-Seine. (Art de vérij, 
les dates , t. Il , p. 372) . 

(Page 57, ligne U). « Ce mariage omis par tous les historiens. « 
n n'en est rien ; VArt de vérifier les dates et le P. Ansehnc , 
t. III , page 348, font mention de cette alliance. 

(Page 64, ligne 12). « 11 n'eut qu'un fils mort sans postérité. » 
Lisez : u U n'eut qu'un fils , Louis , comte de Dunois et de 
Romorantin, mort le 15 juillet 1391, sans postérité de « 



— 284 — 

Marie de Berrj; sa femme. {Art de vérifér les dates, t. H, 
p. 776, 622; Duchesne (ChàtiUon), p. 47, 69, 86). 

(Page 62, ligne 25). « En 1470. » Lisez: « Le 24 novembre 
1468. (Le P. Anselme j t. 1, p. 215). 

(Page 64, ligne 13). « L'an 1516. » Lisez: « 1596. » {le 
P. Anselme , t. III , p. 897) . 

(Page 64 , ligne 1 9). « Émerance^ » Lisez : « Méraude de 
Gondy. (Idem). 

(Page 64, ligne 22). « Lilly. » Lisez : « Sally. » [Le P, Anselme, 
t. VII,p.65<). 

(Page 65, ligne 2). « en 1545. » Lisez : « Le l*' ayrii 1585. » 
(Idem) . 

(Page 65, ligne 3). u N. le Maréchal , » Lisez : « Madelaine le 
Maréchal, fille de Nicolas, baron de Noyers. (Idem). 

(Page 65, ligne 24). « Jean Le Guy. » Lisez : « Jean le Gay. » 
(Idem.) 

(Page 66, ligne 3). « En 1793. » Lisez ; « Le 28 avril 1794. » 

(MorériJ, 

(Page 69, ligne 2). « 1479, » Lisez: « 1477. » {Le P. Anselme j 
t. Vm, p. 359,489). 

(Page 109, ligne 7). « Louis, prince de Talmont. • Lisez: 
* Charles. » (Le P. Anselme , t. IV, p. 160). 

(Page 110, ligne 22). « Du Soulier. » Lisez: « Du Solier. » 
{Le P. Anselme, t. VIII, p. 181). 

(Page 112, ligne 18). «> Marie de Bellay. » Lisez: ce Madelaine 
de Bellay. (Idem). 

(Page 112, ligne 21). « Marie Hennequin. » Lisez: « Jeanne 
Hennequin. (Idem). 

(Page 117, ligne 16). « Baptiste. » Lisez: « Jean*Baptiste. » 
(Le P. Anselme , t. IX). 

(Page 1 18, ligne 1). « 1607. » Lisez : « 1604. » Idem). 



— 285 — 
(Page 118, ligne 19). « Royer. » Lisez: « Voyer. » 

(Page 118, ligne 23). « Marie. » Lises: « Marc. » d*Hozier, 
reg. i;leP. Anselme, t. VI, p. 593. 

(Page 118, ligne 29). « Marc-Béné. » Lises: t Charles-Marc- 
René. (Idem). 

(Page 123, ligne 4). « Trois fois. » Lises: Quatre fois; »et 
ajoutez: «4» Jean II, dit Lourdin, seigneur de Saligny. » 
{Art de vérifier les dates, t. II, p 408). Voir, au surplus, 
Chalmel, lui-même, p. 173, ligne 24. 

(Page 123, ligne 22). « J423. » Lisez: « Vers 1428. • (Le P. 
Anselme, t. IV, p. 677). 

(Page 124, ligne 1). Louise. )> Lisez: « Jeanne. » (Duehesne 
(Montmorency), p. 605. 

(Page 160. ligne 6). Au lieu de: « Barthélémy, Clérembault, 
etc. » Lisez: « 1© Jacquelin, qui suit ; ^ Gilbert; 3*» Har- 
douin; 4° Adoë; 5° Agnès. (Le P. Anselme, t. VII, p. 497). 

(Page 160, ligne 22). « Il eut Hardoin, qui suit. » Outre Har- 
doin , Jacquelin de Maillé fut aussi père de Jacquelin , cbe- 
Talier du Temple, mort en 1187, que Chalmel indique 
comme étant sou petit-fils. (Idem). 

(Page 166, ligne 16). « Anne-Marie. » Lisez: « Il épousa, le 
17 février 1694, Marie-Anne-Jeanne de Courcillon. (Le P. 
Anselme^ t. IV, p. 266). 

(Page 173, ligne 24). « N., seigneur de Betz. » Lisez: « Girard 
Chabot , seigneur de Betz. (Art de vérif, les dates, t. II , 
p. 408). 

(Page 174, ligne 18). « Marguerite. « Lisez: c Martine. » (Idem, 
t. n,p. 409). 

(Page 176, ligne 1). « Macéra. » Lisez: « Macerial; Ducange 
explique ce mot: « longues parois de quoi vignes et autres 
choses sont closes. » C'est Maizières. (Ducange, t. IV, 
p. 302.) 



— 286 — 

(Page 188, ligne 10). « Troisième du nom. » Lisez : « Deuxième 
du nom (et troisième au paragraphe suivant) . 

(Page 190 , ligne 7). «< De la Marche. » Lisez : « De la Harck. > 
{Le P. Anselme, t. Vllf, p. 582, 703). 

Page 190 , ligne 26) . « Sans avoir été marié. » Louis de Bohan, 
(qu'il ne faut pas nonmier Louis YII, puisqu'il mourut avant 
son père) n'eut pas de postérité ; mais il avait épousé Marie 
de Lenoncourt. [Anselme , t. IV, p. 51 et suivantes). 

(Page 191, ligne dernière). « En août 1678. » Lisez 19 » : Le 
février 1678. » (Idem). 

(Page 205, ligne 7) . « D'Orchiac. » Lisez : « D'Archiac. » 
(Idem). 

(Page 205, ligne 19). « Paul de Beauvilliers. > A moins de 
textes authentiques contraires , il me semble que ce fut, plus 
probablement, François de Beauvilliers , mort en 1683 , qui 
fit cette acquisition , 20 ans avant sa mort. 

(Page 211, ligne 24). « Colbert de Saint-Pouange. » Pour être 
plus exact il faut dire : la terre de Montrichard appartint 
ensuite a Marie Berthemet , princesse de Chabannais , femme 
de Gilbert Colbert , marquis de Saint-Pooange, mort en 
1706 , puis à son fils François Gilbert. /Mor^nf^. 

(Page 216, ligne 24). a Louise de Yillepied. » Lisez: « U 
épousa, le 15 juillet 1601, Louise Bigaud, fille de Jean 
Bigaud , et de Claude de la Boche , dont il eut entre autres 
enfants, etc. » (Moréri). 

(Page 221, ligne 12). « Novembre.» Ztse^: «octobre.» (c^'JJojsi^, 
Begistre 1.) 

(Page 223 , ligne 16). « Varc-Bené. » Lisez : « Marc-René- 
Marie. » (Borel d'Hauterive, Annuaire de la Pairie). 

(Page 223 , ligne 19). « Bené. • Lisez : « Charles- Marc-René. « 
(Idem), 

(Page 226, ligne 15). « de Bigny. » Lisez: « de Tigny, en An- 
jou, n {Moréri). 



— 287 — 

(Page 227, ligne 13). « d'Interville. » Lisez: «Laissant de Anne 
Hingant, fille de Baoul Hingant, seigneur du Hac, et de 
Françoise de Saint- Amadour, sa femme: l"" Louis, qui suit; 
2" Marguerite, femme de Gilles de Gouvran, baron de Sacé. » 

(Moréri). 

(Page 227, ligne 27). « Barbe de Lange. » Lisez : « Il épousa : 
l"" Bonne de Chauverson, morte sans postérité ; 2^ Barbe de 
Talanges. » (Idem). 

(Page 237, ligne 9). « Sa tante maternelle. » Lisez : « Sa tante 
paternelle. » H. Chalmel vient de dire (ligne 2) que Jeanne 
de Preuilly était sœur de son père , Eschivard V. 

(Page 238 , ligne 4). « Françoise , fille de Guillaume. » Lisez : 
« Marguerite , fille de Guillaume de Naillac. • 

(Page 239, ligne 15). « 1664. » Lisez : « 4464. n 

(Page 239 , ligne 19). « Louise de Beillac. « Lisez : « Louise de 
BriUac. » (Anselme, t VllI, p. 481). 

(Page 240, ligne 17). « Jean Cbasteignier. >» Ce document est 
trop vague , puisqu'il y eut, de père en fils , trois personnes 
du nom de Jean dans cette famille. Il ne peut être ici ques- 
tion que de Jean III, mari de Claude de Montléon , dame 
d'Abain , et père de François qui suit. 

(Page 240, ligne 24). « Son premier mari. » Lisez : « Son second 
mari. » Le premier mari d'Antoinette d'Amboise fut son 
cousin, Jacques d'Amboise de Bussy, mort en 1515; le 
deuxième fut Antoine de la Bochefoucauld , et le troisième 
Louis de Luxembourg. [Anselme, t. YII, p. 120). 

(Page 252, ligne 9). «Il eut pour fille unique. » Jean II, comte 

de Dreux fut père de 4 fils et S filles. {Art. d. v. l. d. , t. II, 

p. 670). 
(Page 252, ligne H). «1338.» Lisez: «1308, et mieux le 

7 mars 1309.» (Idem). 
(Page 252, ligne dernière), a 1379. > Lisez: « le 30 mai 1371 , 

et 1373, suivant Moréri. » (Duchesne, Châtillan, p. 594). 
Y 19 



— 288 — 

(Page 253, ligne 26). «43 juin.» Lisez\ «Le 13 noTembre 
1412. « [Anselme, t. VH, p. 497). 

(Page S56, ligne 21). « Sa sœur Louise. » Louise était la taute 
et non la sœur de Pierre. 

(Page 257, ligne 9). « Catherine du Puy. » Lisez : Madelaine du 
Puy. » (Duche^ie (Montmorency), 631). 

(Page 258, ligne 40). « Josseran. » Lisez: «Charlotte Tousseran 
de Londigny. » {Duchesne (Montmorency), p. 631). 

(Page 269, ligne première). «1340.» Lisez: « 1346.» {Duchesne). 

(Page 869, I^ne 20). « 4445.» Lisez: u 1427. » (Idem). 



— 290 — 



BÂRONNIE DE SEMBLANÇAY 

D'APRÈS M. CHALMEL. 



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5S 

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55 

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59 



Alleauiib I , seigneur de Semblançay , '1064 , + ^1085, ép. Rohaîde. 
RoBBRT I , ^QM, 4. après 'l'IOS, ép. Ammeline. 



Alleaumb II , AU5, ép. Boschôre. ] Robert, moine, ^ 4 40-H 50. 



Robert II, ^^58. | Philippe, 4^4. 



GuiLLiOMB 1 , 4^59.] N. ép. Hugues III d'AUuye, 4-149. 

AscELiNB, ép. 40 Guillaume Hostile, 4. s. p. 2* | Robert de Perrenay. 



RoBBBT II, 42^4, ép. Persois. | Gautier, 42^. | Geoffroy, chanoine 4. après 4255. 
Isabelle, ép. 4» | Rotroude Montfort4.^200.2»Herbertde Turpin. N. ép. Gui Turpin. 



RoTBOu , ép. Marguerite d'Aluye. | Geoffroy 4. s. p. 
40 1 Jeanne , ép. ] Guillaume TArchevéque, 4291. 



Jean, -1548. | Hugues, ép. Isabeau de Clermont, 45^4,4.-1554. ] Gui, baron de Soubise. 

GunLACME III , ép. Jeanne de Mathefelon. 

Jeanne, ép. J Guillaume, yicomle deMelun. | Jean ] Marie , ép. Louis de Chalon. 



} Mabgperite, ép. 1 Jacques d'Harcourt. 
44 J Mabie, ép. I Jean de Beaumont. 

42 i Mabie , ép, | Guillaume Chamaillard. 

-*5 I Marie , 4. ^425 , ép. en -1574 , | Pierre II , d'Alençon , 4595 + -1404. | Simon 4. s. p. 
44 



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82 



Jean 1, 4. 44-15 , ép. Marie de Bretagne. | Pierre. | Quatre filles. 

Jean II, 4474, ép. Marie d'Armagnac. | 4 fils. | 2 filles. (Ant. d'Aubusson, 4458,-1464). 

René, 4482, 4.4492. 

Charles IV, -1546, 4-4524, s. p. (Louis de Rohan, 4546, vend à j Jacques de Beaune. 
Guillaume , 4522, ép. Bonne Cottereau. [ il ép. Jeanne Ruzé, 

Jacqubs II , ép. Gabrielle de Sade. 



Jean , 4. s. p7| Charlotte, 4- 4647, ép. 29 | François de la Trémoille 4. 4608. 



Louis I , ép. Lucrèce Rahier. « 

Louis II tend en 4648à N. Mallier , qui rerend à Louis Charles d* Albert, duc de Luynes. 



— 291 - 



BARONNIE DE SEHBLANÇAY 

D'APRÈS LES PROBABILITÉS CHRONOLOGIQUES. 



32 I AuLBAviiE I , seigneur de Semblançay. 
Robert I. 

AlXBAlIMB II, 'lO^, 4. «lOSS. 

RoBBKT II,'I094-'I^05-4'I28 



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54 

55 

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59 



GuiLLAUKE 1 , 4^59. I N. ép. Hugues lY d'Aluye, 'I'I'I9. 
AscBUNB, ép. I' Robert I de Perrenay. 



Robert II , ^2\Â , ép. Persoîs. 

Isabelle, ép. | Rotroude Montfort, remarié à Marguerite d'Aluye. 



40 / Jeanne, ép. Guillaume TArchevéque , + après -129^. 

4-1 j Jean II de Brîeime. 

42 / Marie, ép. J Guillaume Chamaillart. | Louis II, 4. ^564. s. p. 

43 i Marie, ép. -1425. [ Pierre II d'Alençon , + ^404. 



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50 
32 



Jean I, 4. -1443. 

Jean II , ^ vers '1476. (Antoine d'Aubusson , 4. après ^1480) . 

René, 4.-1492. 

Charles IV, 4. 4524, s. p. (Louis de Rohan, -1546, vend à [ Jacques de Beaune, 4. 4546. 



GmLLAUME, 4. avant 4554. 
Jacques II, 4.4579. 

Charlotte, 4. 4647 , ép. 4384. | François de la Trémoille, 4. 4608. 



Louis I, 4.4645. 

Louis II , 4. 4666 , vend à Louis-Charles d* Albert , duc de Luynes, 4. 4690. 



On toit que , dans le trafail de M. Ghalmel , il se trouTe dnq généntioat , on 170 «as de trop. Je n*al 
pu perreoir à ratucber GuilUiime l'Archeféqne à Jeao n de Brienne-Bfanmont» en ptasant par la maiion 
ffUmoiiiti 



— Î93 — 



Des principales familles qui ont possédé des (erres titrées en 

Touraine. 

Aii.LT. De gueules , à deux brasches d*aliflier d'argent passées 
en double sautoir ; au chef échiqueté d'argent et d'azur de 
3 traits. 

Albert de Luyiœs. D'œ*, au lion armé , lampassé et couronné 
de gueules. 

Alençoiï. Semé de France à la bordure de gueules, chargée de 
8 besants d'argent. 

Amboise. Paie d'or et de gueules de six pièces. 

Amelot. D'azur y à trois cœurs d'or, et un soleil, en chef, du 
même. 

Anjou DU Haine. Semé de France , au lion d'argent , mis au 
franc-canton , à la bordure de gueules. 

Artois. De France , au lambel de gueules de :i pédants , 
chargés chacun de 3 châteaux d'or. 

AuBiGNY. De gueules au lion d'hermines , armé , lampassé et 
couronné d'or. 

AuBussoif . D'or, à une croix ancrée de gueules. 
AuMOiHT. D*argent , au chevron de gueules , accompagné de 
7 merlettes, du même, posées 2, 2 en chef, et 3 en pointe. 

Babou. Écartelé, au 1"" et 4 d'argent, au bras de gueules sor^ 
tant, à dextre, d'un nuage d'azur, tenant 3 rameaux de vesce 
de sinople , aux 2 et 3, parti de sinople, au pal d'argent, et 
de gueules, au pal aussi d*argent. 

Baratoi^. D'or, à la fasce fuselée de gueules, accompagnée de 
7 croix ancrées. de sable, 4 en chef et 3 en pointe. 

Barre (delà). D'argent , au chevron de gueules, accompagné 
de troi»4Qolette8 de fiaUe. 




— 294 — 

Batarn AY. Écartelé d'or et d'azur. 

Baume le blatig. Coupé d*or et de gueules^ au léopard lionne, 
d'argent sur gueules, et de sable sur or, couronné d'or. 

Beaumokt le vicomte. D'azur, au lion d'or, le champ semé 
de billettes (ou de fleuf's de lis), du même. 

Beaumont BREssuiRE. De gueules, à l'aigle d'or, accompagnée 
d'une orle dé fers de lances (ou chausses-trappes) . 

fiEAimE. De gueules, au chevron d'argent, accompagné de 3 
besants d'or, 2 en chef et 1 en pointe. 

Beauvau. D'azur, au léopard d'or. 

Beauvilliers. Fascé d'argent et de sinople, de 6 pièces ^ les 
fasces d*argent chargées de 6 merlettes de gueules, 3, 2 et 1 . 

Bérard. D'argent, à la fasce d'azur, chargée de 3 trèfles d'or, 
et accompagnée de 3 sauterelles de sinople. 

BERifi]^ DE Valentinay. D'azur, à un croissant d'argent, sur- 
monté d'un oiseau d'or, au chef d'or chargé de 3 étoiles de 
gueules. 

Berthelot. D'azur, au chevron d'or, accompagné de trois 
besants d'argent. 

Bohier. D'or au lion d'azur; à un chef de gueules. 

BoucicAUT. D'argent, à l'aigle éployée de gueules, becquée et 
membrée d'azur, chargée d'une fleur de lis , d'or, en cœur. 

BouuDEiLLES. D'or, à deux pieds d'aigle de gueules » ongles 
d'azur, passés l'un sur l'autre, en croix. 

BouTHiLLiER. D'azur, à trois lozanges d'or^ posés en fasce. 

Brabaiht. De sable, au lion d'or, armé et lampassé de gueules. 

Braghet. D'azur, à deux chiens braques passant l'un au-dessus 
de l'autre , d'argent 

Breton (le). D'azur, au chevron d'argent; au chef cousu de 
gueules , cliargé de trois besants d'or. 

Brillouet. De sable , à un lion d'argent. 



— 295 — 

Bro€. De sable , à cinq fosées et deux demies d'argent y ran- 
gées en bande. 

BuADE D*aziir, à 3 pattes de griffon d'or, 2 et 1 . 

BuEiL. D'azur^ au croissant montant d'argent» accompagné de 
6 croix recroisettées, au pied fiché, d'or ; écartdé de gueules 
à la croix ancrée d'or. 

BcJHGENSis. D'azur, à 3 lions d'or ; les deux du chef aflb^ntés , 
tenant une fleur de lis , aussi d'or. 

BuzAïf çAis. D'or, au chef de vair, à l'aigle de gueules , cou- 
ronnée , becquée et memforée d'or, brochant sur le tout 

Gastellane. De gueules , à la tour donjonnée de 3 pieds d'or, 
celle du milieu supérieure. 

Chabot. D'or à trois chabots de gueules ,2 et 1 • 

Chamaillard. Chevronné d'or et de gueules de 8 pièces. 

Champagne. D'azur à la bande d'argent, accompagnée de 
deux doubles cotices potencées et contrepotencées d'or de 
13 pièces. 

Chasteigaier. D'or à un lion passant de sinople. 

Chastel ( du ). Fascé d'or et de gueules de six pièces. 

Chatillon . De gueules , à trois pals de vair ; au chef d'or. 

Choiseul. D'azur, à la croix d'or, cantonnée de 18 bUlettes du 
même, 5 placées dans chaque canton du chef et quatre 
posées en carré , dans chaque canton de la pointe. 

Cleraubault. D'azur au lion naissant d'or. 

Clermont d'Anjou. D'azur, à 3 cheyrons d'or, celui du chef 
brisé. 

CoiFFiER. De gueules, au cheyron onde d'argent et d'azur, de 
6 pièces , accompagné de 3 lionceaux d'or. 

CoLBERT. D'or , à la couleur ondoyante d'azur , posée en 

pal. 
Courtenay-Bléneau. D'or, à trois tourteaux de gueules ; 

2eil. 



— 296^ 

Graon. Lozaugé d*or et de gueules. 

Crevaivt. D'argent , écartelé d'azur. 

EsGARS ( d'). De gueules , au pal vairé. 

EscouBLEAU. Partie d'azur et de gueules , à la bande d'or, 
brochant sur le tout. 

EspiNAY. D'argent, à trois buissons d'épine de sinople^ posés 
2 et 4. 

EsTAiif G. De France , à un chef d'or. 

EsTO€TEviLLE. Burclé d'argent et de gueules, de 10 pièces : au 
lion de sable, armé, lampassé et couronné d'or^ brochant sur 
le tout. 

Faverolles. D'azur, à une branche de trois cosses de fèyes » 
soutenue d'un croissant , et de deux étoiles en chef , du 
même. 

FoRGET. D*azur, au cheyron d'or, et accompagné de 3 coquilles 
du même , le chevron chargé en chef d'un écusson d'azur, à 
une fleur de lis , d'or. 

Fou (du). D'azur, à une fleur de lis d'or, et 2 éperviers af- 
frontés , d*argent, becqués et membres d'or. 

Frottier. D'argent, à un pal de gueules, accosté de 10 
lozanges du même, posées 2 , 2 et 1 ^ de chaque côté. 

Galliffet. De gueules , au chevron d'argent , accompagné de 
trois trèfles d'or. 

Gei^ouillac. Ecartelé au !«' et 4 d'azur, à 3 étoiles d'or, 
mises en pal ; au 2 et 3 , bandé d'or et de gueules de 6 
pièces. 

G ILLIER. D'or, au chevron d'azur, accompagné de 3 macles de 
gueules , 2 en chef et 1 en pointe. 

GoiMDi. D'or, à deux masses de sable , passées en sautoir , licés 
de gueules. 

GoUFFiER. D'or, à trois jumelles de sable. 



GuAST (du). D'azur, à 5 basants d'or, 8, 2'fet 1. 

Hargourt. De gueules à deux fasces d'or. 
Idem. HoNTGOMERY. Ecartelé au !•' et 4 : d'HARCOURT ; au 
2 et 3 , bandé d*azur et d'or. 

HuKAULT. D'or, à la croix d'azur, cantonnée de 4 soleils , ou 
ombres de soleils , de gueules. 

JoTEDSE. D'azur, à trois pals d'or ; au chef cousu de gueules , 
chaîné de 3 hydres d'or. 

Laval. D'or, à la croix de gueules; accompagnée de 16 aie- 
rions d'azur ; brisé d'un franc quartier d'azur ; au lion d'or, 
semé de fleurs de lis du même. 

Lorraihe-Mercoeur. D'or, à la bande de gueules ^ chargée 
de 3 alérions d'argent , ou mieux : de gueules , à trois fasces 
de yair. 
Idem. Guise. De Lorraine au lambel de gueules. 

LusiGifAN. Burelé d argent et d'azur, de 10 pièces. 
Idem, de Lan sac. D'azur à la croix d'argent. 

Vaille. D'or, à trois fasces ondées de gueules. 

Mello. D'or, à deux fasces de gueules, accompagnées de 
9 merlettes de même , mises en orle 4, 2 et 3, ou 3, 2 et 3. 

HzLUTi. D'or, au cbeyron d'azur, accompagné de 3 melons de 
sinople, 2 etl. 

Menou. De gueules à la bande d'or. 

Orléahs- Valois. ' Semé de France , au lambel d'argent de 3 
pendants ; à un croissant sous le second , pour la brisnre. 
Idem. Longueville. D'Orléans, à la bande raccourcie d'ar- 
gent , pour brisure. 

Phelypéâux. D'azur, semé de quatre feuilles d'or ; et un franc 
quartier d'hermines. 

PLEssis-llMiîaELiEu (ttu ). D'argent, ôhàrgé de 3 chevrons 
d'azor. 






— 298 — 

Poitiers S Aurr-Y allier. D'azur, à six besants d'argent , 3, 2 
et 1 , au chef d'or. 

Porte-Hazariiï (de la). D'azur, à la hache d'armes d*argent 
dans un faisceau d'or, lié d'argent , posé en pal , et une fasce 
de gueules , sur le tout , chargés de trois étoiles d'or. 

PREI3ILLY. D'or, à 3 aigles d'azur, deux en chef et l'autre en 
pointe. 

Prie. De gueules , à trois quintefeuilles d'or, au chef d'ai^ent, 
chargé d'une aiglette de sable. 

Raffin. D'azur, à la fasce d'argent, accompagné de trois étoiles 
d'or, en chef. 

BiEux. D'azur, à dix besants d'or, 3^ 3, 3 et 1. 

Rochefoucauld (delà). Burelé d'argent et d'azur de 10 pièces, 
à 3 chevrons de gueules , le 1*' écimé ; brochant sur le tout. 

Roches ( des ). D'argent , à la bande fuselée de gueules , de 
4 pièces , au lambel de 5 pendants y (ou) chargé d'un lion 
d'or , couronne , armé et lampassé de gueules [ La Thau- 
massière j. 

RoHAN. De gueules , à neuf macles d'or, accolées, 3, 3 et S. 
Rousselei. D'or, à un arbre de sinople, fruité d'or. 
RouxELLEY. D'or, à trois pals d'azur, à une bande, où cotice , 
d'argent , bordée de gueules. 

RuzÉ. De gueules , au chevron fascé onde d'argent et d'azur 
de 6 pièces, accompagné de 3 lionceaux d'or. 

Sainte-Maure. D'argent à la fasce de gueules. 

Sancerre. a la bande d'argent , acc<Nnpagnée de 2 doubles 
cotices potencées et contrepotencées d'or : au lambel de trois 
pendants , de gueules. 

Saulx-Tavanines. D'azur, au lion d'or , armé , lampassé et 

couronné de gueules. 
Savary. Ecartelé d'or et de sable , au lambel de trois pendants 

de gueules sur le tout 



— 299 — 

Savote. Ecartelé an 1" et 4 , de Savoie , aux 2 et 3 contre- 
écartelé, au l'' et 4 de gueulen» à l'aigle éployée d*or; et aux 
2 et 3 de gueules au chef d'or. 

ScHOMBERG. D'oF, au liou coupé de gueules sur sinople. 

Thouabs. D'or seiAé de fleurs de lis d'azur, au franc quartier 
de gueules. 

ToiriŒLiER DEBRETEUiL(Ie). D'azur, à l'épervier d'or, le vol 
étendu, longé et grilleté, aussi d'or. 

ToRSAT. D'argent , à l'écusson de gueules , en abime » à une 
bordure d'azur. 

Trangheuon (La Garde de). D'azur, à un lion d'argent, percé 
d'une épée de même , en bande ^ la garde et la poignée d'or, 

Tréhoille (De laj. D'or» au chevron de gueules, accompagné 
de 3 aiglettes d^azur, membrées et becquées de gueules. 

Trousseau. De gueules, à la bande de vair. 

Vendôme Ghabannais. Ecartelé, au 4*' et 4 d'argent , au chef 
de gueules , au lion d^azur , armé, lampassé et couronné d'or, 
brochant, au 2 et 3 d'azur, semé de fleurs de lis d'or. 

Vendôme. D'argent , au chef de gueules , au lion d'azur ; cou- 
ronné , armé et lampassé d'or brochant. 

TiSRzon. Ecartelé de sinople et de gueules. 

TnxEQuiER. De gueules, à la croix fleurdelisée et alaisée d'or^ 
cantonnée de 12 billettes de même. 

YoYER dePaulmy. D'azur, à deux lions léopardés d'or, passant 
l'un au-dessus de l'autre, lampassés , armés et couronnés de 
gueules. 

TsoRE d'Hervault. D'argent, à doux fasces d^azur. 

A. DB LÀ PONCE. 



-300- 



Messieurs, 

Je TOUS demande la permission d'élever quelques objectkms 
contre Tinterprétation que vous avez cru devoir donner à la 
seconde ligne de l'inscription du cippe funéraire placé sur 
l'escalier du Musée de la ville de Tours. 

A ces mots : Calendarum Januarii , que vous avez adoptés, 
je viens vous proposer de substituer ceux-ci : Claudiœ Januor 
riœ. En effet : 

lo n est absolument insolite, dans le style lapidaire , de 
placer, en tète d'une inscription , une date quelconque; 

2» Je ne pense pas qu'il y ait une seule inscription funéraire 
dans laquelle on ait fait usage du mot calendœ; 

3^ L'abréviation de ce mot , calendœ , n'a jamçds été, ni sur 
les monuments, ni dans les manuscrits, figurée par les 
lettres CL. ; mais bien par celles-ci, E. KL. EAL. KALD; 

4» n est contraire aux usages épigrapbiques que le nom de 
la personne à laquelle un monument est élevé ou dédié ne se 
trouve pas indiqué dans l'inscription gravée sur ce monument; 

50 Le nom du donateur étant presque constamment placé au 
bas de l'inscription , celui du donataire est presque toujours 
placé à la suite de l'invocation D. M. ou D. 0. M. ; 

6<» Les lettres CL. ne slnterprètent jamais autrement que 
par Claudius , Claudia ; 

7^ Enfin le nom propre Januaria , que je propose , était fort 
connu dans les Gaules. On en voit des exemples dans Mont- 
faucon (Suppléments^ t. Y, planche XL, n» 6), où on lit : J^giœ 
Januariœ matri ; dans Gruterius {Inscriptiones antiquœ)^ p. 687, 
n'» 7 et 8, p. 730, n* 9, p. 978, no 11, etc. 



— 301 — 

n faudrait donc adopter, je crois, la lecture suivante (soit au 
masculin , soit au féminin) : 

DU Manibuê, 
ClaudÙB Januariœ, amans^ amanti hae tibi, ^o tnerUis, do Caratus, 

Si Ton jugeait à propos , néanmoins , de conserver l'interpré- 
tation primitive, il conviendrait de substituer càlendis au 
mot ealendarum , dont on s*est servi. 

9 juin 4853. 

A. DE LA POIÏGE. 




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TABLE 



MATIERES CONTENUES DANS CE VOLUME. 



Eglises mentionnées par saint Grégoire de Tours; par 
M. J.-J. BouBASss 4 

Promenade dans la vallée du Brugnon et notice sur le Gbate- 
lier; par M. le comte Rodolphe d'Ornano 44 

Notice sur les anciennes constructions romaines de Tours ; 
par M. le général de Courtigis 28 

Inauguration de la statue de René Descartes , sur la place de 
l'HftteUde- Ville de Tours , le 11 septembre 4852. . . 43 

Note sur le Dolmen de Marcilly-sur-Maulne ; par M. Auguste 
GAHisa. . . .^ 53 

Notice sur Sainte - Catherine - de - Fierbois , Gomacre ; par 
M. 6. GuBRiN 55 

Excursion archéologique à Azay-le*Rideau , Chinon, Gham- 
pigny et l'Ile-Bouchard; par M. J.-J. Bourassk. ... 62 

Notice sur les peintures murales de l'église N.-D. de Rivière; 
par M. le comte DE Galbmbbrt 94 

Chapelle de Saint-Laurent; par M. F.-G« Mancbau. ... 112 
Notice sur un bas - relief de Tancienne église de N.-D. de 
rÉcrignole ; par M. H. Lambron de Ugnim 115 



— 304 — 

Notes sur une excursion à Noufttre , Pouzay et Marcilly ; 
par H. A. Salmon 120 

Église Saint-GeorgeSy à Tours; par M. A. Salmon. ... 429 

Excursion archéologique : Forteresse gallo-romaine de Lar- 
çay^ elc. ; par M. J.-J. BouRAssB 136 

Mémoire sur les peintures murales de l'église Saint - Hesme , 
de Chinon ; par M. le comte de Galbmbbrt 145 

Notice historique sur l'ancienne baronnie du Grand-Pressi- 
gny; par M. X. CARRcde BussEROLLB 204 

Peintures murales du Gmnd-Pressigny ; par M. le comte de 
Galembert 226 

Gastellum de Larçay; par M. L. Boillbad 234 

Rapport de la commission chargée d'examiner les substruc- 
tions présumées appartenir à l'ancien amphithéâtre de 
Tours; par M. le comte de GALBUfifiRT 237 

Examen critique du 3* vol. de l'Histoire de Toaraine de 
Chalmel ; par H. A. de La Ponce 2$6 

Note sur le cippe funéraire faisant partie du musée archéo- 
logique; par M. A. de La Ponge 300 



FIN. 



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RIVIERE 



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Edi.ll- J.-J.Sf.^t: 



FRISES SOPEMEURtS 

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MEMOIRES 




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SOCIETE ARCHÉOLOGIQUE 



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TOME VI 



TOURS 



iîUILLAND VERGER 
Rue RoyalP, 43. 



GEORGET-JOUBERT 
Ruo Royale, 13. 



M I) CCC LIV 






vS) 





1221. Recherches généalogiques 

sur différentes familles de Tou- 

raine ; recherches historicmes et 

archéologiques, etc , etc. lours^ 

1854, 1 vol. in-8. br. (flg.) 12 fr. 

Tome VI, des mémoires de la Société 

archéologique de Tuuraine. (très-rare.) 



MÉMOIRES 



DE 



LA SOGIËTÊ ARCHÉOLOGIQUE 



DE TOURAINE. 



l 



MÉMOIRES 



SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE 



^J^ IS^tVJEt&SSÏffîa 



TOHE TI. 



A TOURS 
CHEZ tiVILLAND-VERGER, RUE ROÏALE, 43. 



DUMOULIN, Ij DIDRON. 

Quai des Angustlns, li. H Rue HantefeaiDe, 13. 

M DCCC UV. 



SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE 



sa sôsadiiaaa. 



Séance du 25 janvier 1854. 



PRÉSIDENCB DB M. l'ABBÉ BOURÀSSÉ. 



Le procés-verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

Correspondance, — Lettre de M. le ministre de rinstruction pu- 
blique, nui remercie M. le président de la Société des détails qu il a 
bien voulu lui transmettre au sujet du castellumde Larçay , et an* 
nonce qu'il recevra , avec le plus grand plaisir , le plan qui lui est 
promis de ce curieux monument. 

Objets offerts et publications adressées à la Société, — Par M. 
Gasse , serrurier à Tours , rue de la Guerche , trois chevaux harna- 
chés , en cuivre repoussé, et une roue dentelée, en fer, qui ont fait 
partie de Tancienne horloge de Téglise St-Gatien. Sur la roue, on 
fit rinscriplion suivante: « Pierre le Roy, à Tours. 1698 >»; Dans 
l'intérieur d*un des chevaux sont gravés ces mots : « Fait par Ri- 
vierre, serrurier ; » 

Par M. Joulin , négociant j à Tours, une hallebarde ancienne de 
belle conservation ; 

Par M. Luzarche , deux vases anciens , Tun en terre , l'autre. en 
verre, qui, d'après la déclaration du marchand qui lésa vendus, au- 
raient été trouvés dans la commune de Monnaie ; (M. Salmon fait 
observer que le même marchand les lui avait offerts comme pro- 
venant d'une fouille faite à Luynes). 

I 



— 6 — 

Par M. BoDrasséy une espèce de hache celtique en bronze, trou- 
vée à Chédigny. 

Rapport fait à l'Académie des inscriptions, au nom de la commis- 
sion aes antiquités de France, par M. Berger de Xivrey ; 

Mémoires de la Société Dunkerquoise^ 4853 ; 

Rapport du secrétaire de la commission de l'exposition de Dun- 
kerque. 

Catalogue des ouvrages d'art exposés au magasin de la marine le 
8 septembre 1853. 

Annales du Bien^ 2® année, janvier et février 1853. 

M. de Galembert donne lecture de la première partie du comple- 
rendn d'une excursion faite dans la partie nord du dé[)artement par 
une commission composée de MM. Bourassé, Champoiseau» de éa- 
lembert, Salmon et Hallez. (V. au prés, vol.) 

M. le président remercie M. de Galembert de la lecture qu'il vient 
de faire et exprime le vœu qu'il veuille bien, dans une des prochai- 
nes séances, donner le récit de la dernière partie de cette intéres- 
sante excursion. 

M. de la Ponce lit un travail intitulé : Recherches généalogiques 
svr la maison de Sainte Maure. (F. au prés, vol), 

M. Legallais donne lecture d'un mémoire sur les Formules de 
Sirmond {V. auprès, vol) 

M. I^moron de Lignim ht une note devant servir d'introduction 
à l'armoriai des archevêques de Tours, destiné a être publié dans les 
imnales de la Société. (F. au prés, vol.) 

M. le président remercie MM. Legallais, de la Ponce et Lambron 
dû Lignim des intéressantes notices qu'ils ont bien voulu communi- 
quer à rassemblée, et en prononce le renvoi au comité de rédaction. 

I^ Société autorise le comité administratif à prendre uu abonne- 
ment, s'il le croit utile, au journal XAthomeum. 

La séance est levée. 



Séance iu^ fétrier i%6Jk. 



PBÉ51DE1ÏGB DE M. L'ABBB BOURASSjt 



Le yppcàa-verbal de la dernière séance est lu et adopté, avec cette 
pbsenntîoii de M. Luzarche , au sujet des vases dont il a £ait pré- 
sent à ia Société , qu'il aurait exprimé dei doutes sur leur prove- 
fiance et déclaré qu'ils pourraieni Jiûea avoir été trouvés â Luynes , 



— 7 - 

au lieu de Tavoir été à Monnaie, comme Ta prétendu le marchand 
qui les lui a vendns. 

Publicalions et objets offerts. — Par M. Salmon. — Deux frag- 
ments de briques émailtéesy deux mains joiiiles en pierre et un mor- 
ceau de vase en terre noire provenant de Marmoutier; 

Annales de V Académie a Archéologie de Belgique, j tome u, l" 
livraison. 

Extrait du Nobiliaire de Belgique. , par M. de Kerchove ; 

Recueil de la Société de Sphragistique , octobre 1853. 

Bulletin des Sociétés savantes y 1854 , r^ livraison ; 

Questions mises au concours par la Société des Antiquaires de 
Normandie. 

Correspondance. — Leltre de M. Viot-Prudhomme qui donne sa 
démission de membre de la Société. 

M. de Galembert donne lecture de la seconde partie du compte- 
rendu de l'excursion qu'il a faite , avec quelques-uns de ses col- 
lègties, dans différentes communes du nord du département. Celio 
partie de son travail est consacrée aux églises de Saint-Christophe 
et de Saint-Paterne, et particulièrement à ce dernier édifice. 

M. Legallais lit la fin de ses Études d'histoire et de jurisprudence 
sur les formules de Sirmond. ( V. au prés, vol.) 

M. Vincent lit une notice sur Tile Simon. A l'aide des documents 
mis à sa disposition pour rédiger , comme principal clerc de H' Sen- 
«er, notaire, l'acte par lequel MM. Marchand frères en sont deve- 
nus propriétaires, Bf. Vincqnl retrace l'histoire de celte ile, aui a pris 
successivement les noms d'ile Garreau, Durand, Mauclerc, Moisand, 
et enfin, d'île Simon. Il indique les diverses destinations ({u'elle reçut 
à certaines époques, et les contenances qu'elle présentait. 11 résulte 
des indications recueillies dans les titres qu'il a examinés, que de 
dix arpents de superficie qu'elle avait en 1583 , elle est réduite au- 
jourd'hui àcinp arpents au plus. H. Vincent fait suivre cet histori- 
que de la transcription d'un édit de Philippo-le-Bel , daté de 131 1 , 
qui renouvelle certains privilèges de l'église de Saint«-Martin. 

M. Ladevèze lit au nom do H. X. de Busserolle , une notice his- 
tôriaue sur l'ancien fief de Boussay. ( V. au prés, vol.) 

M. le président remercie , au nom de la Société , MM. de Galem- 
bert , Legallais , Vincent et de Busserolle des communications plei- 
nes d'intérêt qu'ils ont bien voulu lui faire , et les prie de continuer 
leurs laborieuses et utiles recherches sur l'histoire et les monuments 
de notre province. 

11 031 ensuite procédé à l'élection de M. le comte de Saint-Perriol, 
qui est nooimé membre correspondant. 

1^ séance est levée. 



— 8 — 



Séance du 31 mars 1854. 



PRBSIDRNGE DR M. BOURASSE. 



Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté. 

Correspondance. — Lettre de M. le ministre de Tinslruction pu- 
blique qui prie la Société de lui adresser les volumes qu'elle a 
publiés. (Il sera déféré à Tinvitation de M. le ministre.) 

Publications et objets offerts, — mémoires de la Société d'Agri-- 
culture, de Commerce, Sciences et Arts de Calais, années 1839- 
1840; 

Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest, 4* livraison 
de 1853; 

Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie, 4853, n* 4; 

Journal de la Société de la Morale chrétienne y t. iv, n" 4; 

Bulletin des Sociétés Savantes ^ t. 4,2" et 3® livraisons; 

Par M. Roach Smith, les ouvrages suivants , qu'il a publiés: 
1" Antiquities of Richborough *y 2° Collectanea antiqua, 3* vol. , 
t. XIII ; 3® Report on excavations made on the site of the roman 
caslrum at Lyme\ 4° Une médaille portant Teffigie de Roscoe; 
5® Une médaille frappée à l'occasion de la première réunion de l'As- 
sociation Archéologique d'Angleterre : 

Recueil de la Société Médicale d'Indre-et-Loire, année 1853; 

Bulletin de la Société d'Agriculture^ Sciences et Arts de la 
Sarthe, 1852; 

Annales du Bien, %^ année , mars et avril 1854; 

Recueil de la Société de Sphragistique ; 3' année ; n" 3. 

M. le président fait connaître que le volume des Chroniques de 
Tourainey publié par M. Salmon , sous les auspices de la Société , 
est terminé, et qu'il est à la disposition des membres de la Société. 

Sur la proposition de M. Champoiseau , la Société remercie 
MH. Salmon , Bourassé et Luzarche , des soins qu'ils ont apportés à 
la publication de cet ouvrage , et M. Ladevèze, de ceux qu'il a mis 
k l'impression du volume. 

M. de la Ponce, au nom de M. X. de Busserolle, appelle l'atten- 
tion de la Société sur un monument druidique aui parait avoir 
échappé, jusqu'à ce jour, aux investigations des arcnéologues. 

Ce monument se compose d'un dolmen entouré d'un cromlech. 
Il est situé dans la commune dTzeures, près d'un hameau nommé 
Confluent, placé à douze cents mètres du point de jonction de la 
Creuse et de ia Gartempe. « Ce dolmen, dit M. de la Ponce, est 
formé de quatre grandes pierres sur champ qui en supportent et d'une 



— 9 — 

cinquième horizontale, dont les dimensions approximatives sont de 
23 mètres de circonférence sur 60 à 70 centimètres d'épaisseur. 
Une ceinture de pierres ou cromlech environne ce dolmen sur une 
étendue d'environ 35 mètres. Le terrain où se trouvent ces vénéra- 
bles vestiges du culte druidique, étant impropre à la culture, il 
serait peu dis()endieux d'en faire l'acquisition ou du moins d'y pra- 
tiquer des fouilles en les dégageant des sables qui dérobent à la vue 
leurs véritables proportions. » 

H. de la Ponce lit, en outre, en son propre nom, un supplément 
à l'examen critique qu'il a déjà fait du 3** volume de YHistoire de 
TouraiTiCj par m. Cbalmel. Cette partie de son important travail est 
relative à la filiation des seigneurs et barons de Semblançay. Ce 
supplément, rempli de détails bistoriques du plus haut intérêt, 
échappe complètement à l'analyse. (K. au prés, vol.) 

M. Ladevèze lit, au nom de M. de Busserole,- des Recherches 
historiques sur la châtellenie de Montrésor. 

Ce mémoire, dans lequel M. de Busserolle fait ressortir l'impor- 
tance de la châtellenie de Montrésor, et énumère les principaux fiefs 
qui en dépendaient, est complété par une chronologie historique des 
seigneurs de Montrésor, et suivi d'une indication des sources aux- 
quelles l'auteur a puisé. 

M. Bourassé lit, pour M. Legallais absent, le troisième chapitre 
de ses Études d'histoire et de jurisprudence sur les formules de 
Sirmond\ ce chapitre est relatif aux dons et legs faits au clergé, à 
la législation concernant les propriétés de main-morte , et aux insti- 
tutions civiles de la Tourainc au xvm siècle. 

La Société remercie MM. de Busserolle, de la Ponce et Legallais, 
des travaux qu'ils ont bien voulu lui présenter et qu'elle a écoutés 
avec le plus vif intérêt. 

M. de Galembert signale l'état fâcheux de l'église de Rivière et 
présente cet édifice comme menacé d'une ruine prochaine , si de 
promptes mesures ne sont prises- pour l'en préserver. 

La Société nomme immédiatement une commission composée de 
MM. Manceau , de Galembert et Guérin , qu'elle charge de s'occuper 
des moyens d'assurer la conservation d'un monument dont l'im- 
portance , au point de vue de l'histoire do nos contrées et de l'art, 
est reconnue de tous. 

M. de Galembert met sous les yeux de l'assemblée le dessin d'un 
crucifix en cuivre du xni*' siècle, qui se trouve dans l'église de 
Charenlilly et qu'il considère comme un objet des plus précieux , 
comme spécimen de l'art à cette époque. 

H. Guérin appelle l'attention de la Société sur les ruines de l'an- 
cien couvent aes Jacobins de l'ile-Bouchard. 11 y a remarqué un 
bas-relief d'une très-belle exécution, où se trouvent représentés leç 
différents poissons qui se pèchent dans la Vienne^ 



— 10 — 

La Sociélé prie MM. Guéri n et Galembert de vouloir bien «e 
charger d'examiner ensemble ce bas-relief et de lui en faire un 
dessin. 

M. de Galembert signale Tavantage qui pourrait résulter, pour 
relever des objets de ce genre , de l'emploi de la photographie , et 
demande à être autorisé à se faire aider, au besoin , d'un plioto- 
graphe. La Société donne, à cet égard, pleins pouvoirs à H. de 
Galembert. 

M. le président se fait l'organe des regrets qu'inspire à toute la 
Société la mort si déplorable et si prématurée do M. Marchand, sou 
bibliothécaire-archiviste et un de ses membres les plus distingués. 
Il prie le secrétaire général de vouloir bien, conformément au règle- 
ment, rédiger une notice nécrologique sur M. Marchand. 

La Société procède ensuite à la nomination d'un nouveau biblio- 
thécaire-arshivisie. M. de la Ponce est élu au scrutin et a l'uBani- 
mité. 

La séance est levée. 



il — 



ARMORIAL 



DBS 



ARCHEVÊQUES DE TOURS. 



L^émiaente^igaitéque oonfère l'épiscopat, le caractère sapré 
et la souYemiaeté spiritudle dentelle est revêtue, noi» révèlent 
. les causes de la haute et légitime influence qu'exercèrent dans 
rÉtaty a toutes les époques de notre histoire, les augustes per* 
sonni^es qui en furent honoi*é8. Aussi, dès les premiers siècles 
de rÉgUse, nous trouvons les évèques de France remjdissant 
déjà le noUe emploi de défenseurs des populations t^oumises 
aux lots de leur autorité. Sentinelles avancées de la civiUsatùm, 
leur ardente charité les place sans cesse en tète de toutes les 
amâi(»'ations sociales ; ils protègent les habitants de nos cités 
et de nos campagnes, dont ils soutiennent puissamment les 
droits. Le clergé de la Touraine peut ajuste titre revendiquer 
une large part dans le brillant cortège que forment ces và|é- 
râbles ccmfesseurs de la foi ; TÉglise de Tours a gardé le sopi-* 
yenir de leurs vertus et leurs noms sont gkNrieusement insczits 
dans ses annales : Les Catien, les Lidoire, les Martin, les Cor- 
pète, l€s Grégoire, et nonU>re d'Wtres illustres persûnnages, 



- 12 — 

jouissent encore du culte pieux qu'ils ont mérité, et juste dans 
ses arrêts, la postérité a confirmé le titre de saint que ces pas- 
teurs pleins de Me ont obtenu de Tinsigne gratitude de leur 
troupeau. 

Lorsque, par suite de l'incapacité et de la faiblesse des rois 
de la seconde race, le système féodal se fut établi en France, 
les évéques prirent à Tinstant le rang que leur donnait l'in- 
fluence qu'ils possédaient dans leur diocèse. La jouissance des 
riches et nombreux domaines qui rehaussait l'éclat de leur au- 
torité les plaça naturellement au nombre des premiers vassaux 
de la couronne. A cette époque se rattache présumablement la 
plupart des privilèges et des obligations féodales auxquelles 
furent assujétis ces illustres prélats qui, marchant de pair 
avec les plus puissants barons, étaient, comme eux, soumis aux 
exigences du service miUtaire et forcés de conduire à la guerre 
les hommes d'armes de leurs seigneuries. Ce nouvel ordre de 
choses, qui plaçait un glaive homicide dans des mains accou- 
tumées à répandre seulement les bénédictions au nom d'un Dieu 
de paix, ne devait avoir qu'une courte durée, et l'opinion pu- 
blique, faisant justice de ces inconciliables obligations, rendit 
bientôt les évèques au travail seul de leur divin ministère. 
Cependant, les privilèges qui leur avaient été concédés et 
dont l'exercice ne pouvait tendre qu'à rehausser l'éclat des 
pompes de la religion et à relever aux yeux des fidèles la gran- 
deur et la majesté du pouvoir épiscopal, furent conservés. L'ar- 
chevêque de Tours retint, parmi ses droits les plus éminents, 
l'intronisation pontificale appelée le Joyeux Avènement, céré- 
monie tout à la fois religieuse et féodale, dans laquelle les 
premiers barons de la province étaient obligés de remplir 
' certaines fonctions déterminées à l'avance ; il conserva ses droits 
de haute, moyenne et basse justice, de faire tenir les assises 
de sa baronie, de nommer et instituer les magistrats chargés 
d'exercer cette juridiction temporelle, enfin d'avoir un sceau 
et d'authentiquer les actes émanés de son pouvoir par l'appo- 
sition de ce signe de sa souveraine intervention. 



— 13 — 

Les éléments indispensables pour créer rarmonal des prélats, 
qui ont successivement occupé le siège archiépiscopal de Tours, 
ne nous sont parvenus qu'en bien petit nombre. Guidés, par 
un sentiment d'excessive humilité, ces pieux ministres des 
auteb se servirent, pendant plusieurs siècles, de sceaux sur 
lesquels on chercherait vainement le moindre indice des armes 
de leur famille, ou la représentation de signes héraldiques qu'un 
caprice personnel aurait pu les conduire à adopter ; cette cir- 
constance peut expliquer la cause des lacunes qui se trouvent 
dans cet ouvrage, puisque ce n'est guère qu'au xiv* siècle que 
les armoiries des évoques apparaissent sur leurs sceaux. 

Quelques auteurs ont la prétention de donner des insignes 
héraldiques à tous les personnages célèbres dans l'histoire 
depuis les siècles les plus reculés jusqu'à nos jours. Favin ne 
craint pas de faire remonter l'origine des armoiries aux enfants 
du premier homme ; Segoing, un peu plus modeste, se contente 
d'en attribuer l'invention aux fils de Noé. D est impossible 
d'admettre cette opinion que rejette un examen sérieux, et 
cependant on ne peut méconnaître que le moyen âge ne se soit 
montré favorable à ce sentiment. Les armoiries identiques des 
abbayes de Marmoutier, de Saint-Martin et de Beaumont-lez- 
Tours , semblables à celles des rois de Hongrie qui portent 
fascé d'argent et de gueules de huit pièces, n'inspû-èrent-elles 
pas au roi Louis XI l'idée de faire établir la généalogie de saint 
Martm par Messire Ambroys de Cambray, docteur en droict, 
son conseiller, maistrc des requestes ordinaires de son hostel(l) 
et de rattacher aux rois de Hongrie les aïeux de l'illustre tljau- 
maturge des Gaules? Nous n'accepterons pas avec plus de 
faveur l'indication que nous offre le révérend père Marc Gil- 
bert de Varenne , dans son ouvrage intitulé le Roy d'arènes : 
« Sainct-Grégoire de Tours, dit cet écrivain, portoit de gueules 



(0 Grande feuille de parclieniin ornée des armes de l'empire et de Hongrie. 
Archives du dëparlemenl d'Indre-et-Loire, carton des pièces anciennes. Saint- 
Wartin. — 8-G, 



- 14 - 

« au juoutoii d'argeut, peut-estre à raison de sa inère nommée 
« Armentaria : car il estoit issu de la maison de Poulignac, 
« selon quelques auteurs, qui portoit fascé d'argent et de 
« gueules de huict pièces. » 

Nous avons pensé que cet opuscule offrirait plus d'intérêt 
s'il contenait une liste générale des archevêques de Tours, bieta 
que leurs armoiries n'apparaissent qu'à la fin du x* siècle : il 
en existe plusieurs catalogues, nous avons adopté celui qtii se 
trouve dans le rituel du diocèse imprimé en 1785 parles soihs 
de monseigneur de Conzié^ prélat singulièrement recomman- 
dable par ses éminentes vertus, que les malheurs de notre 
première révolution devaient condamner à l'exil et à périr sur 
une ten'e étrangère. 

Le chapitre de l'église mélropolitaine de Tours porte dans 
ses armoiries un écu de gueules, à la croix pattée d'argent, 
blasonjque l'on attribue généralement à saint Maurice, lepremièr 
patron de cette catliédrale. 

LISTE DES ARCHEVEQUES DE TOURS. 

250-300. Sanctus Gatianus. 
337-371. Sanctus Lidorius, seuLitorius. 
371-397. Sanctus Martinus. 
397-444. Sanctus Briccius. 
444-461. Sanctus Eustochius. 
461-491. Sanctus Perpetuus. 
491-499. Sanctus Yolusianus. 
499-507. Verus. 
507-520. Licinius. 
521-523. Theodorus et Proculus. 
523. Dinisiiis, seu Dionysius 
523-526. Ommatius. 
526 Léo. 

527-529. FrancUio. 
529-546. Injuriosus. 



— 15 — 

546-551. Sauctas Baldus seu Baadinus. 
552-555. Guntarius. 

556-573. Sanctas Euphronius^ sea Eufronius. 
573-595. Sanctus Gregorius. 
595-602. Peladius I, seu Pelagius. 
602-614. Leuparins, aut Leoparius. 
614-617. Agiricus, seu Àigiricus. 
617-618. GioialduSy seu Ginaldus. 
618. Valarius, seu HuYalarus. 
619-622. Sanctus Gilaïcus, vel Segelaïcus. 
622-624. Leobaldus, alias Leobardus. 
625-639. Modegisilus, aut Medesilus. 
639-652. Latinus. 

652 Carigisilus, vel Garigisius. 

653 Rigobertus. 
660-665. Papolenus. 

665-695. Chrotbertusy vel Batbertus. 
696-700. Peladius II, seu Pelagius. 
700-709. Evarcius, aut Evaricus. 
709-717. Ibo, seu Ibbo. 
717-732. Guntrannus. 

733. Oido. 
733-752. Raimbertus , aut Ragainbertus. 
752-754. Aubertus, vel Albertus. 
754 Ostaldus. 

765 Eusebius. 

769 Gavienus. 

792. Herliugus. 
798-815. Joseph I. 
846-836. Laudraunus. 
836-846. Crsmarus, vel Ursioarius. 
846-856. Amakicus. 
856-871. Herardus, aut Heraldus, 
871-874. Actardus. 
875-891. Adalaldus, 



— 16 — 

891-916. Herbertus, aut Herbernus. 

917-931. RobertusI. 

932-945. Theotolo. 

946-957. Joseph IF. 

957-960. Froterius. 

960-980. Harduinus. 

98 1 - 1 005 . Archembaldus de Sully. 

D*azur, au lion d'or, Técu semé de fleurs de 
lis ou d étoiles de même. 
1005-1023. Hugo I , de Chàteaudun. 

Losange d'or et de gueules, au bâton d'ar- 
gent posé en bande, ou de au chef de 
, d'après le Gallia Chrùtiana. 
1023-1052. Arnulfus,aut Arnulphus. 
1052-1068. Bartholomœus 1", deChmon. 
1072-1086. RadulphusPS de Langeais. 
1090-1117. Radulphusll. 
1 1 18-1 125. GiUebertus, aut Giliiertus. 
1 125-1 134. Hildebertus, de Lavardin. 

De gueules, à trois fleui's de lis d'or. 
1 148. Hugo II, d'Étampes ou de Chartres. 
D'argent, à deux faces de gueules. 
1 148-1 157. Engebaldus de PreuiUy-Vendôrae. 

D'or, à six aiglettes d'azur 3. 2 et 1 . ou, 
d'après Maan, d'argent, au chef de gueules, 
au lion d'azur , armé , lampassé . couronné 
d'or, brochant sur le tout, 
1 157-! 174. Joscius, \el Jossio. 
1 174-1206. Bartholomœus II, de Venddme. 

D'argent, au chef de gueules, au lion d'azor, 
armé, lampassé, couronné d'or, brochant 
sur le tout. 
1207-1208. («aufridus I, de Landa. 
1208-1228. Joannes I, de Fave. 

Ecartelé^ aux 1 et 4 : d'argent ; aux 2 et 3 : 



- 17 - 

* 

d'argent, au chef de gueules, au lion d'a- 
zur, armé, lampassé, couronné d'or, bro- 
chant sur le tout. 
Franciscus Cassard, cardinal. 
D'azur, à la licorne d'argent. 
Indiqué par André Duchesne dans VHis^ 
foire des cardina'ux Français. 
1229-1243. Juhdlus de Matéfélon ou de Mayenne. 

De gueides, au chef d'argent à l'escarboucle 
d'or, flourdelisée et ajourée, brochant 
sur le tout, d'après Chevillard , on de 
gueules, à six écussons d'or, 3, 2, 1 . 
1245-1251. Gaufridus II, Martel, ou Marcel. 
4251-1256. Petrus de Lambale. 

D'hermines, à la bordure de gueules. 
1257-1270. Vincentius de Pirmil. 

Vairé d'or et de gueules. 
Ses armes se voient encore dans une ver- 
rière de Saint -Julien du Mans et dans le 
chœur de la cathédrale de Tours ; il était 
de la maison d'Anteuaise-Chamaillart, au 
Maine. 
1271-1285. Joannes II, de Montsoreau, ou Monsoreau. . 

De gueules ; au grilFon d'or, ou d'or à la 
croix pattée de gueules. 
1285. Olivarius de Craon. 

Losange d'or et de gueules , a la bordure 
d'argent. 
1285-1290. Buchardus Dain. 

De sable, à trois tètes de daim sommées d or, 
à la bordure d'argent. 
<391. Philippus de Cande. 

De au léopard de 

1291-1312. Reginaldusde Montbazon. 

De gueules , au lion armé , couronné d'or. 



- 48- 

1312-1323. Gaufridus m, de la Haie. 

D'argent, à deux fasces de gueules, à Toiie 
de six merlettes de même. 
1323-1335. Stephanus de Bourgneil. 

De gueules, à la croix pattée d'argent. 
Ces armes étaient sculptées sur la façade du col- 
lège de Tours , fondé à Paris par ce prélat , 
en 4333. 
1335-13i7. Petrus II , Fretaud ou Frétard 

Fretté d'or, ou d'argent, et de gueules. 
1357-1363. Pbilippus Blanche. 
1363-1379. Simon I, de Benoul. 
1379-1380. Seguinus D'Anton, patriarche d'Ântioche. 

De gueules, a Taigle éplojée d*or, armée et 
couronnée d'argent 
4380-4383. Alelmus Boistel. 

D à trois coquilles d 

au chef d chargé d'un lion 

passant d 
1383-1384. Guido deBoje. 

De pourpre ( ou de gueules ) , à la bande 
d'argent. 
1385-4395. Seguinus4'Anton, pour la seconde fois. 

Comme plus haut. 
1395-1444. Amelius du Breni]. 
1414-1427. Jacobus Gelu. 
1428-1444. Pbilippus n, de Koetkis, cardinal. 

D'argent, au sautoir de gueules, accompagné 

en chef d*un annelet de gueules , et aux 

flancs et en pointe de trois roses de même. 

Ses armes sont sculptées aux voûtes de la nef de 

la cathédrale. 

1442-1466. Joannes III, Bernard. 

Ecartelé, aux 1 et 4 : d'argent , au roc d'é- 
chiquier de sable ; aux S et 3 : de sable. 



t* 



- 19 - 

au roc d'échiquier d'argent, et uq écu 
d'azur, chargé d'une fleur de lis d'or, sur 
le tout. 
Ses armes sont sculptées aux Toutes de la nef de 
la cathédrale de Tours et à celles de l'église de 
Saint-Etienne de Chinou. 
1466-1468. Geraldus Bastel de Crussol , 

Fascé d'or et de siuople, de six pièces. 
1468-1484. Helias De Bourdeille, cardinal, 

D'or, a deux pattes de griffon de gueuler , 
armées d'azur et posées en bande. 
1484-1509. Robertus n, de Lénoncourt. 

D'argent, à la croix engrelée de gueules. 
1509-1512, Carolus-Dominicus de Caretto, cardinal. 

Kcartelé , aux 1 et 4 : de gueules, h la croix 
d'argent; aux 2 et 3 : de gueules» à cinq 
fasces d'or, 
1516-1520. Christophorus de Brilhac. 

D'azur, à trois fleurs de lis d'argent. 
4520-1527. Martinus de Beaune. 

De gueules, au chevron d'argent, ac- 
compagné de trois besantâ d'or, 2 et 1 . 
1528-1547. Ântonius de la Barre. 

D'argent , au chevron de gueules , accom- 
pagné de trois étoiles de sa))le, 2 et 1, au 
chef d'azur et une bordure engrelée de 
sable. 
Sceau , à timbre sec , posé sur l'authentique, 
écrit sur parchemin, déposé dans le reliquaire 
de Saint-Etienne de Chigny (4543). Archives 
de la paroisse. 
1547-1551* Georgius d'Armagnac , cardinal. 

Ecartelé : aux 1 et 4 : d'argent , au lion 
d'azur ; aux 2 et 3 : de pourpre, au lion 
léopardé d'or, armé lampassé d'azur' 



• 

d*après le Galliapurpurata; selon quelques 
auteurs^ écartelé aux 1 et 4 : d'or^ au lion 
de gueules; aux 2 et 3: de gueules^ au lion 
léopardé d'or. 
1551-1552. Stephanus II, de Poncber. 

Ecartelé y aux 1 et 4 : d'or au cbeyron de 
gueules, accompagné de trois coquilles 
de sable, qui est de Poncber ; aux 2 et 
3 : d'or, à la croix d'azur, cantonnée de 
quatre ombres de soleil de gueules, qui 
est de Hurault. 

1553-4554. Alexander Famèse, cardinal. 

D'or, à six fleurs de lis d'azur, 3. 2. 4 . 
4 555-4 597 . Simon n de MaiUé-Brezé. 

Fascé, enté, onde d'or et de gueules. 

4 597-1 64 4. Franciscus de la Gnesle. 

D'or, au chevron de gueules, acc<»npagné 
de trois hucbets de 8able,Tlrolés d'argent 
et enguicbés de gueules. 

1617. Sebastianus Dori-Galigai. 

D'or, à la chaîne d'azur posée en sautoir. 

1 6 1 7- 1 64 1 • Bertrandus d'Escbaux. 

D'azur, à trois fasces d'or. 

1641-1670. Victor Le BouthiUier. 

D'azur, à trois fusées d'or posées en fasce. 

1 672. Carolus de Rosmadec . 

Paie, d'argent et de gueules, de six pièces. 

1673-1687. Hichael Amelot de Gournay. 

D'azur, à trois cœurs d'or, posés 2 et 1 , 
surmontés d'un soleil de même. 

1687-1693, Claudius de Saint-Georges. 

D'argent , à la croix de gueules. 

1 694-1 716. Matthœus Ysoré d'Hervault. 

D'argent , à deux fasces d'azur. 



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— 21 — 

1719.' Arinaudus-Petras de la Croix de Castries. 

D'azur, à la croix d'or. 
1719. Henricus-OftYaldus de la Tour d' Auvei^ue. 

Eeartelé , au 1 ^^ : d'azur, à la tour d'argent 
maçonnée de sable, l'écu semé de fleurs de 
lis d'or, qui est de la Tour ; au 2* : d'or, 
à trois tourteaux de gueules , qui est de 
Bologne ; au 3* : coticé, d'or et de gueules, 
de douze pièces, qui est de Turenne; au 
4^ : de gueules, à la fasce d'argent, et sur le 
tout : d'or, au gonfanon de gueules, frangé 
de sinople, qui est d'Auvergne. 
1723. Franciscus Blouet de Camilly, 

D'azur, au lion d'or armé lampassé de 
gueules, et un chef cousu de gueules chargé 
d'un cœur d'or accosté de deux croissants 
d'argent. 
1723-1758. Ludovicus-Jacobus de Chapt de Rastignac. 

D'azur, au lion d'argent, armé, lampassé, 
couronné d'or. 
1751-1774. HenricusMaria-Bernai'duiusdeRossetde Fleurv. 

Ecartdé, au 1": d'argent, à un bouquet 
de trois roses de gueules, la tige et les 
feuilles de sinople ; au 2'' : de gueules, au 
au lion d'or ; au 3* : écartelé , d'argent et 
de sable ; au 4^ : d azur, à trois rocs d'é- 
chiquier d'argent ; et sur le tout : d'aznr, 
à trois roses d'or. 
1774-1790 Joachimus-Mamertus»-Franciscus de Conzié. 

D'azur, au chef d'or, chargé d'un lion issant 
de gueules. 
1791-1793. Pierre Suzor^ évéque constitutionnel. 
1802-1805. Joannes-de-Deo-Raymundus de Boisgelin de 

Cicé, cardinal. 
Écartelé : au l*' et 4* : de gueules, à la mo« 

2 



^hm^ 



f 



lette d'éperon dUurgwt ; %u 2* et 3*: dlupir 
plem. 
1806*-t816* LndoTlcus-MattfaiaadeBanrftl 

De gueules, à trois bandes d'argent. 
I«i7-1894. Joannes-Baptista du ChtUeau. 

De saÛe, à trois moutons passants d'ar- 
gent, 2, 1. 
1834*1841. Augustinaa-LudovieQs de Montblanc. 

D*azur, à la bande d'or, accostée de deux 
miroirs d'argent. 
1843. Francîscus-Nicolatts-HagdalenaMorlot» cardinal. 

D'azur, à la croijc migrelée d'argent, can- 
tonnée de quatre étoiles d*or . 

Cet armoriai, que nous avons composé pour satisfaire au dé- 
1^ de Son Éminence , a été exécuté avec beaucoup de talent 
par les peintres- verriers de la manufacture impériale de Sè- 
vres ; ces riches blasons , aux vives e chatoyantes couleurs , 
placées, depuis quelques jours seulement (avril 1854], dans les 
fenêtres de la salle synodale du palais archiépiscopal de Tours, 
eu font aiyourd'hui l'un des plus splendides ornements. 

* 

LaMBHON D£ LI6?(IM . 



— 23 — 



SB 



•^ 



Stuuës 



D'Histoire: et de jurisprudence 



sra 



LES FORMUIJÎS DE SIRSIOND, 



USITÉES DANS LA TOiRAUVE AU 8* SIÈCLE. 



L'histoire a pris, de nos jours , des proportions qu'elle n'avait 
pas dans les siècles précédents ; sa tâche s^est agrandie ; et c'est 
une entreprise délicate, aujourd'hui plus que jamais, que d'en 
vouloir retracer même une failde partie. Tout le monde con- 
vient qu'une nomenclature de seigneurs plus ou moins illus- 
tres, des récits de batailles, des descriptions de monuments, 
ne composent pas toute Fbistoii^. Ces détails ont leur intérêt: 
leur ensemble constitue un grand et utile spectacle; mais, 
quand on a fini en ce qui les concerne , on n'a pas tout dit. 

Quelle était la physionomie habituelle de la contrée pendant 
les siècles dont on a parlé? Quelles étaient les mœurs de ses 
habitants? Comment vivaient-ils dans les moments die frète et 
de repos , alors que la vie sociale suivait son cours onUnaire et 
r^ttlier ? Yoilà ce qu'il faudrait tâcher de déconwb diâiâ les 



- 24 — 

monuments que nous ont transmis les âges; et voilà ce que 
nous voudrions, quelle que soit notre insuffisance , essayer 
de mettre en lumière relativement à une époque assez peu 
connue de l'histoire de la Touraine. 

Arrivés au viii* siècle de l'ère chrétienne y la plupart des 
historiens de notre contrée , même les plus récents, passent 
rapidement, prétextant qu'il y a peu de choses intéressantes 
à raconter ; quelquefois même ils se bornent à déclarer qu'il 
n'y a rien à dire. Dans de certaines limites cela n'est pas sans 
vérité. L'histoire de ces temps de désordre social est asses 
obscure ; toutefois , en prolongeant les recherches, (m rencontre 
des détails qui méritent de fixer l'attention ; et notamment, pour 
ne pas nous écarter du point de vue que nous avons choisi de 
préférence, il nous reste» au sujet de cette époque, un docu- 
ment législatif du plus haut intérêt, dont l'étude peut nous 
conduire à la connaissance des coutumes , des institutions , des 
mœurs , de la manière de vivre de nos pères durant cette pé- 
riode de transformation sociale, qui nous paraît avoir quelque 
analogie, au moins quant à l'aspect général, avec celle que 
nous traversons en ce moment. Ce document, que les chefs de 
Focole historique du xix« siècle en France ont consulté plus 
d'une fois , et dont ils ont tiré d utiles indications , est un 
recueil des formules les plus usitées à cette époque pour les 
actes publics et les contrats privés, n parait avoir été publié 
pour la première fols à la suite de la collection des lois bar- 
bares réunies au xvir siècle par Lindenbrueh (en latin Linden^ 
broffius), savant littérateur flamand. Quelques années plus tard, 
le père Sirmond le réédita séparément en le faisant suivre de 
notes précieuses; et l'on peut l'étudier aujourd'hui dans les 
Capitulaires de Baluze sous le titre de Fùrmulœ Sirmondicœ. Le 
nom de la ville de Tours qui y revient souvent , les formules 
de donation à la basilique de Saint-Martin qui y sont citées , 
établissent d'une manière péremptoire que ce recueil , s'il est, 
peut-être, comme celui des Formules de Marculfe, une sorte ৠ
coJe général pour les provinces qui suivaient encore en partie 



-25 - 

la loi muiaiiie au viii" siècle, peut du moins à coup sûr, et 
quand même ce premier point ne serait pas admis , nous donner 
une idée juste et précise de la manière dont s'accomplissaient 
alors en Touraine les actes de la vie ordinaire. Aussi trouve-t-on 
quelquefois ces formules désignées sous le titre de Formulœ 
Turonenses, expression que justifie complètement l'opinion 
des historiens et des archéologues . 

Nous n'avons pas l'intention d'en faire un commentaire dé- 
taillé. Mais, en condensant les principaux faits pour en com- 
poser un tableau succinct , en nous attachant de préférence à 
ce qui était spécialement applicable à la Touraine, il nous 
semble qu'il doit être possible, en dehors des arguments géné- 
raux exposés par les grands historiens de la France, d'extraire 
de cet important recueil de précieux renseignements et peut- 
être même de curieux détails. 

Ce n'est pas, à coup sûr, et cela résulte suffisamment de ce 
que nous venons de dure, une œuvre historique, dans le sens 
le plus élevé de ce mot, que nous avons essayé d'accomplir en 
écrivant les pages qui vont suivre. Nos prétentions ne'vont pas 
jusque-là. A ceux qui voudront , dans l'avenir, écrire les fastes 
de notre belle contrée, nous venons humblement offrir en 
tribut le résultat de nos recherches sur des questions auxquelles 
nous étions initiés, du moins en partie, par des études anté- 
rieures et spéciales. Sur ce terrain , nous avons cru pouvoir 
nous aventurer, en dépit des obstacles. 

Espérons donc que l'on voudra bien faire grâce aux nom- 
breuses imperfections de ce travail eu raison de l'importance 
du sujet; et maintenant, entrons résolument en matière après 
ce trop long préambule ; remuons pieusement ces cendres de- 
puis longtemps refroidies , et tâchons d'en faire jaillir encore 
quelques étincelles. 



— 26 — 



1)ii défenseur de la cité. 

Lorsqu*ou ouvre le recueil qui fait le sujet de cette étude, on 
rencontre , des le début , des formules de donation à la basi- 
lique de Saint-Martin. Cela s'explique par des raisons que nous 
ne tarderons pas à développer ; mais , résumons d*abord en 
quelques mots le rôle que jouait alors TÉglise dans Tadminis- 
tration, et montrons-la active, intelligente et zélée, présidant 
à tous les actes importants de la vie civile, de manière à pro- 
téger tous les droits et à faire respecter toutes les prétentions 
légitimes. C'est là, comme nous allons le voir, mi des traits 
qui caractérisent par-dessus tout Tépoque que nous avons à 
parcourir : le pouvoir ecclésiastique était seul assez fort et 
assez éclairé pour être en mesure de protéger efficacement les 
populations, surtout dans une province qui se trouvait, comme 
la Touraine , cernée de toutes parts par des peuplades barbares 
d'origine diverse , et sans cesse exposée à toutes les horreurs 
du pillage , de la dévastaticm et de l'incendie. 

Les historiens qui ont écrit sur cette époque l'ont dit 
avant nous; l'Église était tout dans la société d'alors; rien 
ne se faisait que par elle et en quelque sorte pour elle ; et la 
société avait pris clle-mèmi3 la forme ecclésiastique. En dehors 
de ce fait, que nous allons nous trouver amené à démontrer, 
nous ne rentrerons pas sur le terrain des grandes réformes so- 
ciales, unanimement attribuées à rinduence bienfaisante du 
christianisme, sans qu'il y ait sur ce point depuis longtemps 
de contestation possible. Mais, sans aborder ces grandes thèses, 
il n'est pas sans intérêt de montrer que , dans les fonctions 
dévolues au clergé en matière civile , du v* au \V siècle , se 
trouvait dès lors le germe» et même à vrai dire Téquivalent, 
eu égard sans doute h la différence des époques, de la plupart 



âès iusâtàtioûs les plas vantées et lés plas justement câèfarc^ 
de nos jours. 

Ainsi y par exemple ^ quelle institution a excité plus d'en- 
thousiasme à son début que celle Ae» juges de paix, emprmitëê 
§ir notre Assembla Constituante à une contrée Toisine , à la 
bllande, et que Yolttire ayait déjà signalée à Inattention des 
législateurs de son temps ? Or, qu'on nous le dise de bonne foi, 
lés fonctions de nos juges de paix actuels, des faiseurs de paix (t) 
de la Hollande, comme les appelait le philosophe de Femer, 
cédant peut-être, comme c'était un peu son habitude, à uite 
légère intention d'ironie, mais donnant toutefois, par Tex- 
pression même , une idée parfaitement exacte de llnstitution , 
ces fonctions si utiles n'étaient-elles pas remplies au vin* siè- 
cle, et même avec bien autrement de puissance, parles défen- 
seurs des cités (2) ? Nous ne remonterons pas jusqu'à rorigli^ 
de cette institution créée vers la fin du i v* siècle par Femperenr 
Vdehtiuien pour protéger le peuple contre les exactions de Ik 
curie, qui les accablait d^impôts afin de satisfaire aux exigencei 
du fisc, rumé lui-méiue par siïlte des folles prodigalités de 
quelques souverains et de la nécessité de soudoyer des armées 
contre les Barbares. Qu'U noas suflise d'avoir signalé le début 
et constaté en ces quelques mots la naissance de cette hnpor- 
tante magistrature du défenseur :.hàtons-nous d'établir, autant 
qu'il nous sera possible , le degré d'influence auquel die éù& 
parvenue en Touraine au viii* siècle de Tère chrétienne. 

A cette époque , le défenseur était à la fois juge de paix , 
notaire^ receveur d'enregistrement , magistrat municipal; et, 
à vrai dire, ses fonctions, entourées par l'opinion publique 
d'une considération qui dépassait les prévisions même des M* 
glslateurs, s'étaient agrandies de telle sorte qu'il tenait 'le pre- 



(1) Voir, dans les œuvres de Voltaire, le FragmetU d*unê lettre de la Uol- 
lande écrite en 1742. 

Ci) Code Justinien , liv. 1", Ut. 46. — Novelle IV. — Formule de Mairciiîfi 
et formule de Sirmond , pôesim. 



— 28 — 

nûer raiig dans la cité qu'il aTait mission de prot^er, et s'en 
ttx)uvait souvent, par le fait, le magistrat unique. Sans doute 
une telle accauiulatiou de pouvoirs sur une seule tète ne peut 
se comprendre qu'à une époque de trouble et de confusion; 
dans de telles circonstance), eUe est indispensable. Dang 
des temps plus calmes et plus réguliers , une telle magistrature 
cesse d'être utile, n'ayant plus sa raison d'être : mais, il faut 
le reconnaître et le constater, l'autorité du défenseur fut peu-» 
dant plusieurs siècles Tune des plus puissantes sauvegardes de 
la société. La manière vague et indécise dont ses attrihutiong 
étaient* indiquées dans les lois permettait à son pouvoir de se 
transformer eu quelque sorte suivant les I>esoins des peuples. 
Sous sa protection il s'accomplit beaucoup de bien ; et sur- 
t^ut beaucoup de désordres furent prévenus ou réparés. Et 
qui donc, si ce n'est le défenseur, eût pu assurer aux tran- 
sactions civiles la liberté qui leur est nécessaire, et conserver 
aux contrats des formes régulières capables d'en assurer Texé* 
cution et d y faire régner la légalité ? 

Ce magistrat était chargé de l'enregistrement {insinnatio) des 
donations et des testaments, actes auxquels lui seul donnait un 
caractère d'authenticité ; il recevait les témoignages dans l'in- 
struction des affaires judiciaires, et jugeait lui-même en der- 
nier ressort les procès dont la valeur ne s'élevait pas au-delà 
de trois cents solides (52 fr. 76 de notre monnaie). Nul ne 
pouvait, pour des discussions d'intérêts ne dépassant pas cette 
limite, éluder sa juridiction; quand il arrivait que des plai- 
deurs de mauvaise foi, pour être jugés directement par le 
comte, élevaient le taux du procès, le devoir du comte, ma- 
gistrat suprême quant à ce i)oint , était de les renvoyer devant 
le défenseur. Au criminel , la juridiction défensorale s'exerçait 
également : le défenseur punissait les fautes légères , et pouvait, 
pour des crimes plus considérables , faire emprisonner les ac- 
cusés par prévention , à la charge de les faire citer devant le 
tribunal du gouverneur de la province. 11 semble résulter de 
certains textes que toutes les fautes rangées aujourd'Iiui sous 






— 29 — 

la dénomination générale d'attentats aux mœui*8 étaient sou^ 
mises à son jugement, et recevaient de lui seul leur punition. 
Choisi en dehors de la curie, dont il était le surveillant na* 
tarel , il devait être pris antaut que possible , d'après les re- 
commandations expresses des législateurs, dans les hautes 
classes de la société ; et nul , parmi les plus élevés en dignité , 
ne pouvait se refuser à cette charge , lorsqu'elle lui était im- 
posée par les libres suffrages du peuple. Comme les anciens 
tribuns de Rome, auxquels on la quelquefois comparé, il 
pouvait empêcher l'exécution des arrêtés pris par la curie, 
c'est-à-dire par le conseil municipal de cette époque; mais, 
plus puissant qu'eux sur ce point , il avait le droit , après avoir 
prononcé son veto, de s'adresser directement aux autorités su- 
périeures pour faire réformer la décision qu'il attaquait. Nommé 
pour deux ans, il pouvait être réélu; et, comme nos maires 
d'aujourd'hui, il avait aux yeux du peuple l'avantage inappré- 
ciable d'exercer, lui seul de tous les magistrats , des fonctions 
entièrement gratuites. 

Par suite d'une sage combinaison de nature à éviter des 
conflits et des abus d'influence , en même temps qu'il protégeait 
les populations , il avait mission de les faire rentrer dans le 
devoir quand elles s'en écartaient. C'est ainsi qu'il devait 
prêter aux collecteurs d'impôts Tappui de son autorité lorsqu'ils 
éprouvaient quelque résistance de la part des contribuables ; 
et que, lorsqu'une émeute semblait menaçante, ou même 
lorsqu'un simple rassemblement tumultueux se formait dans 
la cité, son devoir était d'intervenir et de faire entendre aux 
mutins le sévère langage de la loi. Tout ce qui touchait à l'ordre 
public, tout ce qui pouvait exercer quelque influence sur le 
bien-être général était de son ressort. Il nous serait difficile de 
tout dire : mais nous ne pouvons oublier ( et nous avons gardé 
ce dernier trait pour la fin , parce qu'il est plus propre que 
tous les autres à faire mieux comprendre comment il se fit que 
presque partout cette fonction de défenseur fut conférée aux 
évdques), nous ne pouvons nous dispenser de dire qu'il avait 



- 30 - 

la direction supérieure des hospices, des établissonrats de 
bienfaisance, des maisons de refuge pour les \ieiRards et let 
inflnnes; et que, suivant l'expression textuelle d'un édit de 
Justinien, reproduite dans les lois postérieures, il devait éfrc 
le protecteur des pauvres, des affligés, des veuves et des 
orphelins. 

Est-il utile d'ajouter que les textes législatifs lui prescrivaient 
de mettre en ordre ses archives et de conserver dans un lieu 
spécial les écrits propres à constater les actes de son adminis- 
tration si étendue? Ce détail, qui semblerait aujourd'hui su- 
perflu , car il semble indiqué par le bon sens le plus vulgaire , 
n'était pas indigne d'être insciit dans les lois, à une époque où 
les préambules de ceâ lois elles-mêmes constataient le plus 
grand désordre, la plus entière négligence de la part d'um 
grand nombre d'administrateui's. 

Terminons cette énumération , qui , malgré l'intérêt qu^dle 
nous semble offrir, deviendrait fastidieuse en se prolongeant 
au-delà de certaines limites , par la citation d'une formule qui 
nous fera connaître la manière de procéder usitée dans ces 
temps reculés. Cette formule est spéciale à la Touraine : fè 
recueil de Marculfe en contient plusieurs autres sur le mèn^e 
sujet, à l'usage de celles des provinces voisines qui suivaient 
encore en partie la législation romaine; et, bien que pareilles 
à la nôtre quant au fond, elles en diffèrent néanmoins sur 
quelques points (1) : 

« L'an sept cent cinquante-trois , sous le règne du roi Pépîht 
^e quatrième jour du mois de mars , étant venu dans la cité de 
Tours, et s'étant présenté devant Villustre et vénérable défen- 
seur, qu'assistaient les principaux membres de la curie, le 
soussigné a dit : Je vous prie , vénérable défenseur, faites-moi 
ouvrir les registres publics ; car Thomme honorable qui m*a 
donné le mandat que je viens remplir espère que la donation 
qu'il m'a faite de sa maison et de ses terres situées à Bléré, 
donation constatée d'une manière légale , ainsi qu'il résulte des 
^act^ que je présente, sera confirmée et rmidue authentiqifê 



- 31 — 

par les soins de Tillustre défenseur et de la curie j puis insérée 
dans le recueil des actes de la cité. Voici récrit qui constate la 
donation. Veuillez ordonner qu'il en soit donné lecture. — Le 
Ténérable défenseur, ayant pris I^avis de la curie , répondit : 
Les registres publics vous sont ouverts; notre secrétaire va 
recevoir votre acte et en donner lecture à haute voix. — Cette 
lecture ayant été faite, le susdit contractant reprit: Puisque 
vos estimables personnes ont daigné avou: égard à ma de- 
mande, je les supplie de revêtir cette donation des formes 
autlientiques et sacramentelles. Puis, quand elle aura été 
transcrite survies registres, vous voudrez bien, nobles per- 
sonnages , ordonner que les biens qui y sont désignés me soient 
livrés selon la coutume. — Et le vénérable défenseur ajouta, au 
nom des curiales : Quand cet acte aura été signé par nous et 
transcrit par le secrétaire, la tradition des biens vous sera 
faite, afin que ce qui vient d*ètre dit ait son plein effet et 
demeure irrévocable dans la suite des temps. » 

C'est ainsi qu'on [agissait alors : ces conversations entre le 
contractant et le magistrat , ces lectures à haute voix , ces si- 
mulacres de délibération sur des points réglés à l'avance par 
la loi, ces demandes, ces réponses presque textuellement con- 
formes aux demandes, tout cela se reproduisait à chaque fois 
qu'un acte important devait avoir lieu , qu'une convention de 
quelque gravité devait être revêtue des formes authentiques. 
C'est en partie le système Jormulcûre de l'ancienne Borne, sys- 
tème dans lequel , ainsi que chacun sait , la justice elle-même 
rendait ses décisions sous la forme d'une réponse à la question 
posée par le préteur en vertu de certaines formules convenues, 
et contenant, exprimé en des mots sacramentels, tout ce qui 
avait trait au litige. C'est , eu égard à la différence des épo- 
ques , ce qui se passe encore aujourd'hui dans le plus important 
de tous les contrats , le contrat de mariage , avec cette parti- 
cularité toutefois qu'aujourd'hui le magistrat parle un peu 
plus et surtout fait davantage parler la loi, tandis que les 
parties contractantes sont beaucoup moins prodigues de paroles 



\ 



— 52 — 

et emploient moins fréquemment les qualifications laudatives. 
Si nous avions entrepris un commentaire exact, une glose 
véritable 7 nous aurions de nombreuses observations à faire 
relativement au contenu de cette formule. Nous y pourrions 
signaler d'abord rinfluence encore vivante de l'esprit logique 
et régulier, mais en même temps calculateur, défiant , et for- 
maliste des anciens Romains; puis , tout à côté, Tintroduction 
des idées et déjà même des formes modernes dans ce conseil 
que Ton croit voir assis autour du classique tapis vert , assisté 
d'nn secrétaire qui tient la plume et remplit par moments les 
fonctions de greffier. Nous ferions ensuite ressort'u*, au milieu 
de tout cela, le caractère propre de l'époque, qui se manifeste 
d'une manière bizarre par un tel luxe d'épithètes que nous 
avons dû , pour être clair et essayer de n'être pas ennuyeux , eu 
laisser quelques-unes au bout de notre plume. Quand on lit 
dans l'original ces pages vraiment étranges, dont le style 
encore barbare , bien qu'il cherche à être fleuri et n'aboutisse 
qu'à l'enflure, ne laisse pas d^offrir de grandes difficultés au 
traducteur, on ne peut s'empêcher de remarquer les efforts que 
fait Técri vain , se modelant eu cela sur la société d'alors, pour 
emprunter et reproduire les formes de la civilisation , sans s'a- 
percevoir qu'il remplace trop souvent la politesse par l'obsé- 
quiosité, l'élégance par l'afféterie, et n'offre par intervalles un 
intérêt véritable que lorsqu'il conserve sa naïveté propre , où 
se traduit si bien la tendance un peu vague et indécise de ses 
idées habituelles. Déjà, dans ces phrases singulières , on voit 
poindre des expressions qui se réproduiront souvent dans tout 
le cours du moyen-àge, Votre Grâce, Votre Seigneurie, Votre 
Honneur, et autres semblables. Il en est même qu'on ne sait 
comment traduire pour ne pas paraître trop étrange eu raison 
des habitudes du style moderne (laudabilitas vestra, nobilitas 
vestra.) Bien d'autres réflexions plus sérieuses encore nous 
seraient inspirées par l'examen de 'cette formule; mais cela 
nous conduirait trop loin et nous ferait descendre probablement 
dans des détails trop techniques. 



- 33 -- 

Constatons bien seulement le rôle que joue ici le défenseur^ 
au sujet duquel nos précédentes assertions se trouvent ainsi 
vérifiées sur un point d'une Ixaute importance. Ce qu'il faisait 
pour les donations, il le faisait pour tous les actes un peu 
sérieux , et ce n'était là que la partie la moins relevée de ses 
fonctions. Nous l'avons dit^ et son nom même l'indique, il 
devait protéger les peuples contre toute violence et toute in- 
justice 9 de quelque part qu'elle vint. Les habitants des villes 
avaient seuls droit , dans le principe , à sa vigilante protec- 
tion : mais on s'aperçut bientôt que les campagnes avaient 
besoin i elles aussi j peut-être même à un plus haut degré , 
d'être soutenues contre les attaques, défendues contre l'op- 
pression. Les laboiu^urs, au milieu de leurs paisibles occu- 
pations, se voyaient souvent en butte aux rapines et aux 
fraudes audacieuses de voisins puissants. On le sait d'ailleurs , 
et c'est un fait que tous les historiens ont fréquemment cons- 
taté, les biens de la terre, les productions du sol excitaient 
bien plus l'envie des Francs et des autres envahisseurs de la 
fiaule que les richesses entassées dans les cités, trésors d'un 
grand prix sans doute, mais qui d'ordinaûre les frappaient 
d'éblouissement et de stupeur, sans leur inspirer d'autres sen- 
timents qu'un farouche mépris. Les empereurs se virent donc 
forcément conduits à étendre l'action protectrice du défenseur 
et à placer les campagnes ainsi que les villes sous sa pater- 
nelle juridiction. Quand ce progrès fut accompli , le défenseur 
devint plus que jamais l'homme populaire en même temps 
que le magistrat puissant, conditions qui se trouvent bien 
rarement unies , à ce degré surtout. Or, quand on réfléchit que 
ces fonctions, si nobles, si élevées, si étendues, étaient essen- 
tiellement gratuites, qu'elles devaient être exercées par un 
homme que sa position sociale rendit capable de se faire res- 
pecter dans la cité, qui fût indépendant par caractère, assez 
instruit pour bien connaître et bien comprendre les lois, assez 
intelligent pour déjouer les riises de l'intrigue et faire prévaloir 
avant toute chose l'intérêt sacré de la justice, assez puissant 



— 34 — 

pour sarmonter les efforts des influences hostiles ; quand ou 
se souvient qu*à cette époque , malgré quelques essais d'em- 
piétement de la part de la royauté y les évëques étaient encore 
élus néanmoins par la population tout entière; qu'en même 
temps le clergé prenait part h Félection du défenseur comme le 
reste du peuple à celle de Tévéque; quand on réunit et qu'on 
rapproche ces diverses considérations, faut-il s'étonner que 
presque partout , et cela pcndaut plusieurs siècles , les fonctions 
de défenseur aient été dévolues à l'évèque , et que «ette société 
qui cherchait à se reconstituer, échappée à grand'peine aux 
horreurs d'une destruction complète, et n'ayant pas encore 
passé par les épreuves du moyen-àge féodal, se soit jetée 
dans les bras du seul pouvoir demeuré debout après le pas- 
sage des baudet envahissantes , le seul devant lequel vint 
s'arrêter étomiée et s'incliner parfois l'armée barbare , qu'il 
bénissait au nom du Christ, initiait à la civilisation et récon- 
ciliait avec le reste des hommes P Faut-il s'étonner, quand les 
ambitions vulgaires étaient refoulées au fond des cœurs par la 
crainte, quand il fallait recruter jusqu'à des affranchis pour en 
faire des curiales et les contraindre à jouer, en dépit d'eux- 
mêmes , un rôle actif dans l'administr^Éion , quand enfin il ne 
se présentait personne qui osât désirer les fonctions de défen- 
seur et qui se sentit de force à porter le poids de cette grande 
magistrature; faut-il s'étonner, disons-nous, que toutes les 
voix se soient constamment portées sur le seul candidat pos- 
sible f appelé par les vœux unanimes de la population tout en- 
tière, sur un homme qui ne demandait pas le pouvoir, sur 
l'évèque, qui, déjà pliant sous la responsabilité de sa charge 
pastorale, se dévouait à de nouveaux soucis et à de nouvelles 
fatigues pour le salut du peuple , sans espérer d'autres récom- 
penses pour le présent et d'autre justice de la part de la pos- 
térité que des soupçons d'ambition et des accusations de cupi- 
dité? £t certes, dès les premiers siècles de notre histoire, il se 
montrait dévoué à son peuple, il faisait acte de digne et zélé 
défenseur, cet apôtre des Gaules, ce noble et généreux saint 



Hartin, qui ne craignait pas de quitter par deux fois sa re- 
traite, d'abandonner pour un temps sa vOle épiscopale, et 
d'aller dans des régions lointaines plaider auprès de l'empereur, 
alors encore arbitre suprême du monde, la cause de quelques 
malheureux opprimés. Grand et sublime exemple, qui dut plus 
d'une fois être suivi par les successeurs de ce vénérable et saint 
prélat^ ainsi que l'attesteraient au besoin les hommages de res- 
pect et d'affection qui furent prodigués aux évéques par les 
populations de notre heureuse contrée. D'ailleurs , cette tAche 
devint j en quelque façon» plus aisée à remplir quand le pouvoir 
se fut rapproché, qu'au lieu de résider au midi, sur une terre 
éloignée, au milieu des palais de Rome dont les grands sou- 
venirs écrasaient sa faiblesse, il fut au Nord, dans une cité 
voisine, et dans les camps où s'exerçaient les guerriers prêts à 
sauver la chrétienté dans lés plaines à jamais oâèbres de la 
Touraine. Et, en même temps que ce déplacement du pouvoir 
rendait le chef de l'État plus facile à aborder, l'influence des 
évèques auprès de lui grandissait, surtout quand l'autorité se 
trouvait être entre les mains de ce Pépin, qui avait pris conseil 
du chef de TÉglise avant d'accepter le pouvoir suprême, ou 
même de ce fameux Karl, le marteau des Sarrasins , qui pro- 
digua un peu trop les bénâices ecclésiastiques à ses leudes, 
mais qui ne s'en laissait pas moins offrir par le successeur d^ 
saint Pierre les titres magnifiques de Consul de JRome et 
d'Empereur d'Occident, qui devaient couronner l'ambition dfi 
son petit-fils Charlemagne. Puis enfin ces recours en haut lien 
iie s'exerçaient que dans des cas très-nu^es, TÉvèque étant 
généralement assez fort pour protéger par lui-même. 

Legallais, avocat. 



— 36 — 



RAPPORT 



•m 



UNE EXCURSION A SAINT-PATERNE 



AÎVC STâTOH A dABUnULY ET A SKHILANCIT. 



Messieurs , 

Le mois d'octobre n'est pas toujours favorable aux excur- 
sioDS archéologiques* Les jours sont courts, souvent mauvais , 
et Ton doit s'estimer heureux si , après une journée incertaine , 
la pluie ne se décide à tomber quau retour , comme cela est 
arrivé le 25 octobre 1852. Ce jour là , une commission compo- 
sée de MM. Bourrasst'. , Champoiseau , Lambron de Lignim, 
Salmon^ Hallez et deGalembert, se dirigeait sur Saint-Paterne 
par la route de Tours au Mans. Elle m'a chargé de vous rendre 
compte des renseignements recueillis pendant cette excursion ; 
mais des circonstances indépendantes de ma volonté m'ayant 
empêché jusqu a ce moment de vous communiquer mon tra- 
vail , je dois commencer par vous prier d'excuser ce retard et 
d'écouter avec indulgence le rapport que je vais avoir Fhon- 
neur de vous soumettre. 

La première station de la commission fut à Cliarentilly, petit 
bourg composé de quelques maisons seulement , sur un des af- 
fluents de la Choisille, à un quart de lieue de la grande route. 

Dans notre pays , quelque pauvre apparence qu'ait un vil- 
lage, quelque misérables que soient ses habitants , il est rare 
que l'église , souvent bien modeste elle-même , no renferme 
cependant quelque objet capable d'attirer l'attention des ar- 



- 37 - 

chéologues. Celle de CharentUly n'a pas trompé notre attente. 
Elle se compose d'une nef majeure, dont le mûr méridio- 
nal, percé de petites fenêtres à pleiu-cintre , parait remon- 
ter au XI* siècle, et d'une basse nef moderne. A l'ouest , une 
porte romane , à double voussure ornée d'étoiles , donne en- 
trée dans l'église, et le chœur, terminé carrément, présente 
une belle fenêtre du xiii° siècle, dont le vitrail est parfaitement 
conservé. (PI. I, n^ 1) (4). 

Les sujets , peints dans cinq médaillons placés les uns au- 
dessus des autres, sont, en commençant par le haut: !• Un 
christ bénissant ; 2<* Saint-Laurent étendu sur son gril et au- 
dessus, dans une gloire ovale, de couleur rouge , un enfant nu 
représentant l'Ame du jnartjr ; 3° les saintes femmes au tom- 
beau ; 4° le triomphe de la Vierge ; dans le cinquième compar- 
timent, divisé eu deux par les meneaux de la fenêtre, on voit 
à droite un Crucifiement, à gauche tiX)is personnages à cheval. 
Le caractère de cette œuvre est la beauté du coloris et le dessin 
maniéré qui distingue partout les verrières du XIII* siècle. 

Dans une des petites fenêtres de la nef, on voit encore un 
fragment de vitrail qu'à sa couleur plus pâle et à son dessin 
plus correct , on doit sans hésitation attribuer à la Renais- 
.sance. Le sujet nous a paru tiré de Thistoire de Judith. Parmi 
les tableaux , nous ne trouvons à citer qu'un saint Jean avec 
la sainte Vierge , peints sur panneau dans là manière naïve 
et sèche du xv° siècle. Cette peinture de notre ancienne école 
ji'est pas sans intérêt. 

Passant aux œuvres de sculptures, nous ferons mentirm 
d'une chaire de bois , sur laquelle on distingue les armes de 
saint Martin au milieu des ornements qui appartiennent à la 

(1) Dans Texéculion des petits plans qui accompagnent ma description , Je 
me suis permis une innovation, dans le but d'otbir un détail de plus sans le 
secours d'un dessin particulier : J'ai indiqué par des lignes ponctuées la forme 
des fenêtres et des portes. On ne doit pas s'attendre à trouver dans ces plans 
une exactitude mathémaUque. Toutefois , les mesures marquées en chifA'es 
sont précises; les autres ont été prises approximativement. 

3 



-3éf- 

Benaissance. Le panneau du milieu est décoré d\ui bàd-reliéf, 
qui représente l'image traditionnelle de saint Martin donnant 
au pauvre la moitié de son manteau. Ce travail n'est pas d'un 
dessin correct ni d'un goût irréprochable ; il est cependant 
digne d'intérêt et doit être noté parmi les rares objets mobi- 
liers de nés églises que le temps a épargnés. 

Dans la cbapelle des fonts baptismaux , notre attention fiit 
attirée par une statuette de marbre, que renferme un reliquaire 
de bois doré. Elle représente une femme debout, drapée avec 
une aisance remarquable, et, en somme, d'un travail qui an- 
nonce autant d'habileté que de goût. Sien n'a pu nouft indi- 
quer , d'une manière précise quelle est cette femme ; le style 
de la statuette ne remonte pas au-delà du ivn* siècle; mais 
sur ce point encore nous sommes restés indécis (I). 

Tel est , Messieurs , le résultat des observations qûèf nou6 
avons faites pendant notre excursion dans la paroisse de CSba- 
rentilly. H semble nous autoriser à conclure que la moindre 
de nos ^lises, à part la satisfaction du sentiment chrétien, ren- 
ferme quelque objet ignoré , toujours digne d'attention et sou- 
vent assez important pour exercer la sagacité de Tarchéologue. 

À une lieue de Charentilly « au sommet du plateau qui sé- 
pare le bassin de la Loire dé celui du Loir, on trouve le village 
de Semblançay. Au xvi* siècle, ce bourg ^ siège autrefois d'une 
baronie importante , appartenait à la famille de Beaune , que 
rendirent célèbre en Touraine ses richesses et sa position so- 
ciale , non moins que la catastrophe qui termina la carrière 
de l'un de ses membres les plus illustres, Jacques de Beaune- 
Semblançay, surintendant des finances de François 1^. 

Ces souveiûrs historiques et la vieille renommée du château, 
où l'infatigable truelle de Foulques-Nerra s'est exercée , de- 
vaient engager votre commission à s'arrêter dans cette localité, 
qui fut , en effet, sa seconde station. 

(1) Nous^ HTona récemment découvert dans la sacristie un crucifix du 
nii* siècle parfaitement conservé , qui pourra plus tard être Tobjet d'une no* 
tice particulière. 



^ 



- 59 — 

Au milieu d'une plaine mouotone et peu accidentée y Fœil est 
agréablement surpris de rencontrer une large prairie, du mi- 
lieu de laquelle ^ sur un rocher taillé à pic , s'élève une ruine 
encore imposante.. C'est le donjon du château de Semblançay, 
dont un vaste étang , aujourd'hui desséché , rendait jadis les 
abords inaccessibles. Sur la rive occidentale de la prairie, les 
maisons du bourg se pressent et forment un demi-cercle dont 
l'église occupe l'extrémité occidentale. La maison du Seigneur 
eut notre première visite. 

C'est un bâtiment d'une seule nef (PI. I^ n"" 2) qui , au re- 
bours de l'église de Cbarentilly , se recommande plutôt par son 
architecture que par la richesse de sou mobilier. Comme la 
plupart de nos égUses de campagne, celle-ci présente, sur un 
corps du Xi* siècle, une tôte ajustée au XIII^ La basse nef , avec 
six petites fenêtres étroites et cintrées, est couverte par une 
voûte en bardeaux et offre peu d'intérêt. Il n'en e^t pas de 
même du chœur, dont l'élévation, la belle voûte à nervures, 
les hautes baies d'ogives à lancettes , présentent les caractères 
du style ogival primitif. L'abside polygonale , avec sept côtés 
ornés d'une fenêtre à ogive simple , est précédée d'une travée 
éolairée par deux fenêtres correspondantes plus larges et di- 
visées chacune par un meneau. Deux nervures transversales 
soutiennent la voûte de cette travée , tandis que celles de l'ab- 
side rayonnent vers un centre occupé par une clef do voûte 
assez saillante. Sous quelques rapports, cette disposition 
rappelle le système du style Plantagenet ; mais par beaucoup 
d'autres points, cette voûte appartient au style ogival, 
dont le conquête de Philippe-Auguste contribua beaucoup à 
répandre le goût dans notre province. Quelques particula- 
rités nous portent à penser que la restauration de ce chœur 
eut heu à une époque peu éloignée du règne de ce prince ; car 
elles annoncent que la nouvelle manière de bâtir n'était pas 
alors généralement adoptée dans la Touraiue et qi^e les archi- 
tectes n'avaient pas encore oublié toutes les formules du style 
{Nrécédent Cette reflexion nous est inspirée par la coupe peu or- 



- 40=-. 

dinaire des nervures, et, surtout, par la forme toute parti- 
culière des chapiteaux dont Tabaque, par sa grande élévation 
et sa silhouette étrange , rappelle ceux que l'on rencontre , en 
si grand nombre , dans les édifices bâtis en Touraine , sous le 
règne de Henri II , tandis que le tambour, en forme de console, 
est terminé à chaque extrémité par deux volutes cannelées , 
qui semblent une réminiscence de l'art antique. 

Des vitraux très-endommagés ornent encore quatre fenêtres 
du chœur. Le dessin et la couleur en fixent la date au xvi* 
siècle, le costume des figures représentées pourrait , au be- 
soin y confirmer cette opinion. Au milieu de la confusion ré- 
sultant des lacunes nombreuses qui deshonorent ces verrières, 
on peut encore distinguer les détails d'un crucifiement, et 
plusieurs saints , parmi lesquels saint Michel , saint Jean-Bap- 
tiste, saint Jean l'évangéliste, saint Martin et saint Jacques. 
Ce dernier se tient à côté d'un personnage laïc , dont l'attitude 
est généralement celle du donateur de l'œuvre ; plus loin un 
évéque est reconnaissable à la coupe et à la richesse de son vè- 
ment. 

Quel est le nom de chacun de ces deux personnages P L'âge 
des verrières, le lieu où elles se trouvent, la conformité qui 
existe entre les noms des saints qu'elle représente et les nùms 
patronymiques des possesseurs du château à la même époque, 
toutes ces considérations ont amené les membres de votre 
commission à penser que probablement il faut reconnaître ici 
Jacques de Semblançay et Martin de Beaune, son fils , arche- 
vêque de Tours. Un tel fait aurait son importance, des recherches 
ultérieures pourront confirmer ou infirmer notre conjecture. 

La visite de l'église terminée, nous nous dirigeâmes vers 
le vieux château démantelé. Après avoir traversé la prai- 
rie un peu marécageuse qui l'entoure et recherché les traces 
du pont , qui autrefois devait réunir à la terre ferme l'Ile arti- 
ficielle sur laquelle s'élève le château , nous montâmes à Tas- 
saut par une brèche praticable. 

Au milieu d'une enceinte fortifiée , dont les murailles et les 



— 41 — 

tours jonchent le sol de leurs débris y un donjon carré . de huit 
mètres dix-huit centimètres sur chaque face , a conservé deux 
étages au-dessus du sol ; il domine les ruines des constructions 
inférieures , et semble, drapé fièrement dans son manteau de 
plantes parasites , avoir gardé le souvenir de son ancienne su- 
prématie. (PL I et m, n^» 4 et 5.) 

Bien, à l'extérieur, ne peut aider à reconnaître T&ge du mo- 
nument. L'architecte , uniquement préoccupé de la défense de 
la place, n'a pas laissé au dehors une seule moulure qui révèle 
la moindre pensée d'ornementation. Une forte muraille^ de deux 
mètres quarante centimètres d'épaisseur, percée, au midi et à 
l'ouest , à la hauteur du premier étage\ de deux petites fenê- 
tres en plein-cintre , s'appuie , à chacune de ses faces , sur 
trois contreforts simples et peu saillants. On entre dans l'inté- 
rieur par une porte aussi à plein-cintre , ouverte dans la fa- 
çade méridionale. Nous fûmes agréablement surpris d'y trouver 
moins de délabrement que ne l'annonçaient les dehors. Un 
escalier qui , d'une seule volée franchit l'espace qui sépare les 
deux étages , a conservé ses degrés de pierre encastrés par une 
extrémité dans le mur de l'est et soutenus de l'autre par une 
arcade allongée à laquelle une colonne , encore debout , sert 
de point .d'appui. A la paroi septentrionale , une cheminée » 
avec son manteau de forme triangulaire supporté par deux co- 
lonnettes , est restée comme suspendue dans le vide. Deux 
étroites meurtrières l'accompagnent de chaque côté. (PL I, n® 3). 
Enfin, nous avons remarqué, toujours au premier étage , mais 
du côté opposé à la cheminée, une porte dont le linteau est 
soutenu par deux pierres en forme de talon , et qui sans doute 
a été ouverte postérieurement dans une des fenêtres primitives 
Cette porte devait donner accès dans un bâtiment latéral, dont 
les rampants du toit ont laissé une trace visible sur la mu- 
raille extérieure du doujon. (PL I, n* 5). 

L'eiamen de ces détails , tous précieux pour l'archéologie , 
a été suivi d'une discussion, dont le but était de chercher à fixer 
Tàge du monument. Plusieurs membres de votre commission 



— 4fi — 

prenant en considération le proil de certaines monbires , la 
nalare de l'appareil , la forme des chapiteaux dont les feinUes 
refxmrnées aux angles ont quelque ressemblance avec les cro- 
dielB des ordonnes du style ogival , voulaient que cette eon* 
struction appartint au xin'' siècle. Les autres, se fondant sur 
la similitude de ce donjon avec celui du Grand-Pressigayt 
présumé du xi* siècle, sur la forme cintrée de toirtes les baies , 
la petitesse des fenêtres et la simplicité du pian , proposaient 
d'y voir un édifice de la fin du xiT siècle. Ceux-^ rétorquaient^ 
contre leurs adversaires l'objection tirée de la forme des cha- 
piteaux, en y reconnaissant un genre mixte, dont les angles, 
il est vrai, offrent quelques rapports avec le style ogival, mais 
dont le corps , orné de grandes feuilles striées et de fleurons, 
raïqselle incontestablement le roman de transition. J*ai exposé 
succinctement les raisons données de part et d'autre, et, main- 
tenant l[ue la cause est portée devant votre tribunal , je n'ai 
phis qu'a passer à un autre sujet. (PL II , n"^ 8 et 9). 

En faee du donjon, et non loin de l'endroit où le pont devait 
aboutir , votre commission s'est arrêtée un instant à examiner 
une petite chapelle dépendant du château. Au-dessus de la 
porte, une salamandre sculptée suffirait à en déterminer l'é- 
poque , lors même que la petite niche , qui la surmonte avec 
dais et pinacles finement ciselés , ne repaierait pas aveccertitude 
le style gracieux de la Renaissance. Au pignon oriental , une 
grande fcnêtrC' ogivale à meneaux flamboyants complète la dé- 
coration de ce petit monument. Enfin, à l'intérieur, les tirante 
qui supportent la charpente du comble sont richement sculp- 
tés dans toute leur longueur. 

Nous avions épuisé la veine archéologique de SemMançay, 
le soleil , toujours voilé par Id brume , approchait du milieu 
de sa course, et nous avions encore quatre lieues pour attein- 
dre le but de notre excursion. Nous partîmes donc en toute 
hâte ; car St-Pateme nous promettait une moisson des plus 
abondantes, et le temps menaçait de nous faire défaut pour la 
cueillir. 



- 45 - 

L'église pwoûaiale de St-Paterne n'offre en elle*méme au« 
cun intérêt architectonicpie» et l'on aurait lieu de s'étonner d'y 
renoontrer nne réunion très*remarquable de tant d'oeuvres 
plastiques ^'. si Ton ne savait qu'à la Bévdution de 1789» elle 
s'enrichit des dépouilles de^l'abbaye de la Clarté-Dieu , située 
à peu de distance de là. 

Ici des sculptures partout; dans la nef, les Pères latins , 
statues de [jprandeur naturelle ; au mattre-autel , un grand 
nombre d'anges bouiBs, sous forme d'enfants demî-nus, 
rappellent un peu trop l'essaim des amours du paganisme ; à 
gauche du sanctuaire , dans une grotte creusée à cet effet, un 
groupe admirable représente l'adoration des mages ; un im- 
mense rétable de pierre occupe le fond d'une nef collatérale ; 
bref^ si, à mon avis, le mot musée n'impliquait le sens de cata- 
combe des arts, je dirais que l'église de St-Pateme est le musée 
de sculpture le plus complet et le plus varié que nous ayons en 
Touraine. 

Vous n'attendez pas de votre commission. Messieurs, une 
étude sur chacune de ces sculptures ; la description iseule ^ 
serait fort longue^ et d'ailleurs le temps nous a manqué pour 
les étudier en détail. Nous nous bornerons donc à vous œtre- 
tmk des objets les plus importants par leur perfection , et , 
après avoir brièvement décrit ceux qui , dans cette cat^erie , 
sont d'un intérêt secondaire, nous nous étendrons davantage 
siu* ceux que nous plaçons au premier rang. 

Les statues des Pères latins et les diverses figures sculptées 
du maltre-fiutel proviennent de la Clarté-Dieu. Elles sont ea 
pierre et coloriées. Leurs poses maniérées leurs draperies flot- 
tantes , leurs formes contournées , indiquent une époque où le 
sculpteur, abusant de sa facilité d'exécution, s'éloigne de la 
vérité simple et naturelle pour courir après des effets complexes 
et extraordinaires. Ces figures sont-elles le reflet du mauvais 
goût qui régna en Italie au xvn* siècle, à dater du Bemin, ou 
Je résultat de notre propre décadence au xvnr siècle ? Nous 



— 44 — 

n'osons prononcw, et je m'empresse d'arriver à une oeuvre plus 
satisfaisante. 

Le grand retable de la chapelle méridionale appartient en 
propre à l'église de St-Paternc, ou du moins parmi les habi- 
tants du bourg, la tradition veut qu'il ait été fait pour la place 
qu'il occupe. La manière dont ils ont défendu leur propriété 
pendant Jes troubles révolutionnaires vient appuyer la légiti- 
mité de leur prétention. Le fait est d'ailleurs trop honorable 
pour être passé sous silence. On rapporte , en effet , que ce fu- 
rent particulièrement les femmes qui s'armèrent pour la dé- 
fense des saintes images contre les fureurs de nos modernes 
iconoclastes , et l'état de conservation du rétable montre que 
leurs efforts furent couronués d'un plein succès. 

Ce retable), de haut-relief, représente saint Dominique et 
saiote Catherine de Sienne recevant le rosaire des mains de la 
sainte-Yierge. De chaque côté, plusieurs personnages, parmi 
lesquels on distingue un pape, un évèque et un prêtre, assistent 
à ce pieux spectacle ; de petits anges , que malheureusement 
on dirait échappés d'un trumeau de Louis XV, complètent la 
composition. Quoique conçue dans un système moins exagéré 
que les statues des Pères latins; cette œuvre vise cependant 
à l'effet et affecte plus de pompe et d'étalage que de cor- 
rection et de simplicité , sources de la véritable grandeur. Ce 
qui frap[)e au premier coup d'œil , quand on examine le stj'le 
de ces figures, c'est une imîtation^servile de l'antique : La tête 
de la Vierge conviendrait h une Minerve , et celle de certain 
personnage du groupe inférieur rappelle le masque de Vitel- 
lius. Du reste, les proportions sont lourdes, les physionomies 
sans expression, et l'on peut croire qu'uniquement préoccupé 
des qualités matérielles du modelé, de la composition et du 
mouvement , l'artiste n'a songé à autre chose qu'à donner une 
idée satisfaisante de son talent. 

Pour être justes, cependant, Messieurs, nous devons dire 
que dans notre pensée, si les qualités virtuelles appartiennent 
au sculpteur, celles qui lui manquent sont, au moms pour 



— 46 -^ 

moitié à la charge de son siècle ; car on peut croire que le ré- 
table dont nous parlons est postérieur à l'établissement par 
l'État des écoles de i)eiature et de sculpture en France , et plus 
prol>ablement encore , à la fondation de l'Académie française 
à Rome. Un de MM. les ecclésiastiques attaché à la paroisse 
inférait de la présence de saint Laurent dans un des groupes 
que ce bas-relief pouvait avoir été commandé par un ancien 
curé de St-Paterne , nommé Laurent Tuischard, qui vivait en 
1645. Cette conformité d'un nom et d'un prénom peut bien 
suggérer une conjecture plausible ; mais elle ne constitue pas 
une preuve décisive. Nous laisserons donc l'origine de ce ré- 
table dans la demi-obscurité qui l'entoure pour appeler votre 
attention sur l'Adoration des Mages. 

Cette œuvre capitale , la plus parfaite peut-être de toutes 
celles que le xvi® siècle a laissées en Touraine, a tellement excité 
l'admiration des membres de votre commission, qu'ils ont eu 
peine à s'en arracher pour exammer les autres sculptures qui 
l'entourent. C'est par ces motifs que nous vous demandons la 
permission d'entrer dans quelques détails. 

Remarquons d'abord que ce chef-d'œuvre est composé de 
cinq grandes statues formant groupe et enchâssées dans une 
niche spacieuse. H tient ainsi de la ronde-bosse par les ligures 
et du bas-relief par l'arrangement de chacune d'elles pour re- 
présenter un seul et même sujet. Ce système, personne ne l'i- 
gnore aujourd'hui, était suivi au meilleur temps de la Grèce 
antique : Les frontons d'Egine, du Parthénon, d'Olj mpic, etc., 
étaient ornés de statues de ronde-bosse, qui rempUssaient 
chacune un rôle dans une même composition. Cette concor- 
dance est toute à l'avantage du goût et de la haute inteUigenee 
des sculpteurs qui, à l'époque.de la Renaissance, illustrèrent 
l'école de Tours. 

La matière de ces statues doit aussi attirer notre attention ; 
elles sont modelées en terre cuite; et nous savons que nos meil- 
leurs sculpteurs du xvi" siècle, et Michel Colombe, entre 
autres , avaient l'habitude de faire ainsi leurs patrons ou mo- 



dèles deBtÎDés à être eiéoutés en inaii)!^. Ce n'était émue poiat 
pour eux une matière vile, mais, pour aioai dire, la prenûère 
^tion de l^irs œuvres. 

Les statues qui entrent dans la oompositieQ dmt nous ve- 
nons de parler, bien loin d'avoir la fixité des figures d'un baiB* 
relief, puisqu'elles scmt mobiles , se trouvent exposées à être 
déplacées selon le caprice du possesseur et le goût du ten^. 
Cela est si vrai, que , dans F Adoration des Mages , deux sta* 
tues ont pu être distraites du groupe principal et SMit placées 
aujourd'hui de chaque côté de l'autel du Rosaire ; elles repré- 
sentent saint Joachim et sainte Anne ayant près d'dle la Yierge 
enfant. Mais c'est après vm second examen seulement que, 
sous la couleur blanche qui les recouvre, nous avons reconnu, 
a leurs proportions élégantes , au goût de leur ajustement , 
à la matière dont, elles sont faites, qu'elles aiq[Nirti0nnent in- 
contestablement à l'Adoration des Mages, et que, cosame toutes 
les autres , elles proviennent de l'abbaye de la Clarté-Dieu. 
La tradition orale est venue plus tard confirmer nos préviens 
à cet égard. 

Malgré la possibilité d'intervertir l'ordre primitif que les 
statues des différents personnages gardaient entre èUes , dans 
l'Adoration des Mages , il ressort cependant de l'ensemble des 
gestes et des mouvements qui les meten rajq^rt, que, dans 
l'état actuel, chacune d'elles a conservé , à peu de chose près, 
la place qui lui était destinée dans l'origine. Après ces expli- 
cations, nous croyons pouvoir avance qu'ici se révèle une 
préoccupation certaine d'arrangement symétrique, dans cette 
partie de la composition que je serais tenté d'appeler maté-' 
rielle. 

Au milieu du groupe des Mages, Marie, assise, tient l'enfant 
Jésus sur ses genoux; à sa gauche , on voit saint Joseph, et un 
mage à longue barbe prosterné aux pieds du nouveau-né; à sa 
droite le roi noir et le second mage offrant l'encens. 

Nous ne tenons pas OHnpte de deux anges , plao^ en hors- 
d*œuvre et que leur tournure maniérée , le retroussis deleurs 



— 47 — 

Yétemeiits et leur âkncaisicm beaucoup plus petite doivent faire 
écarter comme exécutés postérieurement aux autres figures. 
Mais il faut compléter cet ensemble par les deux statues de 
saint Joachim et de sainte Anne , qui ont été déplacées et que 
nous supposons avoir primitivement occupé une placede chaque 
côté de la grotte, formant ainsi pendant l'une à l'autre. 

Examinons maintenant cette œuvre d'art , sous le rapport 
du dessin. 

Bien que la sculpture, qui est ici sous nos yeux, marque 
peut-être le point culminant atteint par notre école provin- 
ciale , nous devons y constater cependant ces proportions va- 
riables dans les figures , qui sont un des caractères persistants 
des œuvres du.moyen-àge. Celles-ci tendent à l'élégance» at- 
teignent quelquefois huit tètes de hauteur et maintiennent leur 
moyenne à sept tètes et demie. 

Pour la forme du corps, le principe général est Timitatiou 
exacte de la nature , mais modifiée par le choix du modèle et 
par l'inspiration propre de l'artiste. On y sent la recherche des 
contours moelleux et des silhouettes aux lignes harmonieuses, 
sans que le dessin perde rien de sa fermeté et s'écarte de la 
simplicité des époques antérieures. Malgré la perfection de 
l'œuvre , l'antique tradition se reconnaît encore à des signes 
c^iains , bien que corrigée , accrue , embellie. La figure toute 
jeune et gracieuse de la Vierge Marie garde les traces d'une 
filiation directe avec les types du style ogival , aux épaules 
étroites, au corps long et flexible. Mais ce type a grandi en 
force et en beauté; il tient l'exact milieu entre la plénitude 
toute matérielle des statues de l'art grec et la maigreur sou- 
vent excessive des statues gothiques. L'expression n'est pas 
moins heureuse que la forme. Dans la Vierge , elle révèle un 
sentiment exquis de modestie et d'innocence, et complète ad- 
mirablement ce petit chef-d'œuvre digne des plus grands noms 
des écoles modernes. I^ distinction des tètes n'est pas moins 
ranarqual)le dans les autres personnages , dont les types et 
l'expression varient suivant le caractère de chacun. Pleine 



— 48 — 

d'élan chevaleresqae dans le mage thuriféraire , de dignité et 
de noblesse dans le vieillard , de simplicité calme dans saint 
Joseph; le roi noir seul est inférieur par le caractère, aussi 
bien que par la forme, et semble , dans la pensée de l'artiste , 
être placé là comme repoussoir. 

Nous trouvons, anatomie superficielle exacte sans être minn- 
tieuse. EUe est le simple résultat d'un plus grand degré de per- 
fection dans l'imitation de la nature et n'emprunte rien à l'exa- 
gération musculaire des statues de ce temps. L'Enfant Jésus a 
un air de famille, avec celui de la dernière miniature des heures 
d'Anne de Bretagne par Poyet , et l'on peut dire en général , 
que le style de ces deux ouvrages offre une analogie frappante. 

Les mains sont parfaites de forme et de modelé , et ce pro- 
grès est intéressant à constater pour la classification de cette 
œuvre. Quant au mouvement des figures, leur pose est aisée, 
sans prétention. Celle du mage thuriféraire paraîtrait seule un 
peu apprêtée, mais sans sortir cependant des limites du bon goût 
et des convenances qu'un gentilhomme de bonne race ne doit 
pas franchir en présence de sa souveraine. 

Nous devons louer sans restriction la beauté des draperies. 
Elles sont naturelles, dessinant bien la forme, et grandioses et de 
jet et de mouvement. Les grandes lignes ont une ampleur ma- 
gistrale et les plis secondaires , accusés avec discrétion , sont 
froissés sur les surfaces plus étendues sans aucune affectation. 

C'est-là , du reste , le caractère constant de cette œuvre ex- 
cellente. La simplicité des premiers^àges conservée à l'époque 
de la science et du goût, l'artiste éminent resté toujours 
humble, exerçant son art comme un sacerdoce, sans faire 
étalage de ses grandes qualités. 

C'est-Ià, dirons-nous, ce qui prouve plus évidemment que 
les rapprochements tirés de la similitude de quelques procédés 
matériels, l'intime corrélation qui existe entre les auteurs des 
chefs-d'œuvre de la première moitié du xvr siècle en Tou- 
raine , et leurs prédécesseurs moins habiles depuis le xi® siècle. 
L*art , dans sa marche progressive , les éloigne toujours plus 



— 49 — 

les UDS des autres , mais le même esprit les rapproché et réunit 
en un faisceau indissoluble toutes les fractions de notre grande 
école française du moyen-àge. 

C'est-là j enfin , la pierre de touche infaillible, qui doit faire 
discerner les œuvres les plus parfaites de notre école du xvi* 
siècle de celles exécutées en France , à la même époque , par 
les artistes italiens qui , comme Benvenuto Cellini , arrivaient 
le poing sur la hanche et la main à la garde de leur rapière , 
et , par leur orgueil fanfaron , plus encore que par leur talent, 
surent s'imposer à notre pays et supplanter nos artistes natio- 
naux. 

L'étude , Messieurs , que je viens de vous soumettre ne peut 
vous laisser aucun doute , quant à l'opinion de votre rappor- 
teur, sur l'époque et l'école auxquelles appartient cette 
sculptiu'c. Je dois dire, cependant , pour être fidèle à ma mis- 
eion^y que la réunion n a pas été unanime dans cette apprécia- 
-tion. Dans l'opinion d'un membre correspondant , qui nous ac- 
compagnait à St-Pa terne , ce groupe devrait être considéré 
comme l'œuvre d'un sculpteur italien du xv® siècle et pour- 
rait être attribué à Lucca délia Robbia ou à quelque membre 
de la même famille. Plus d'une objection peut être opposée à 
cette hypothèse. Le caractère de l'œuvre, déduit avec impar- 
tialité j je crois , dans le rapport qui précède, suffirait à tran- 
cher la question en favBur de ceux qui veulent y voir un produit 
de notre école du xv«. Mais un détail de costume qui nous avait 
échappé d'abord, est venu confirmer à nos yeux la réalité 
de notre conjecture , en marquant cette œuvre d'un cachet de 
nationalité incontestable. En effet, outre plusieurs ajustements 
qui révèlent les modes françaises du temps de François 1^, la 
coiffure et le type de figure de la Yierge-enfant , près de la sta- 
tue de sainte Anne, rappellent complètement, bien qu'avec des 
traits plus enfantins , le profil et l'arrangement de tête si con- 
nus de Diane de Poitiers. Or, si ce travail appartient au xvr 
siècle , il ne peut être de Lucca délia Bobbia , avec les œu- 
vres de qui, nous devons l'avouer, on pourrait lui trouver du 



- 50 - 

reste quelques points de ressemblance ; il ne peut non plus, 
par cela même, être attribué à quelque autre m^embre de cette 
famille; car ceux-ci, venus postérieurement au xv^ siècle, ne 
conseryèrent pas sans modification profonde la manière de 
leur chef d'école, et dès Ion , le caract^ de leurs œuvres 
cesse de concorder avec celui de la sculpture de St-Pateme. 
Nous croyons donc , avec plus de confiance que jamais , pou- 
voir maintenir la vérité de notre impression première , et nous 
pensons que l'opinion de notre collègue a peut-être été influ- 
encée par ce penchant trop naturel qui nous entraine, depuis 
bientôt trois siècles, à dénigrer notre propre pays, en ne lui 
laissant que la responsabilité de ses erreurs et en accordant 
aux étrangers l'exécution des œuvres excellentes qu'il a pro- 
duites. 

Une reste plus ^ pour terminer ce compte-rendu , qu'à reve- 
nir sur une omission qui , si elle n'était réparée , vous donne- 
rait une idée incomplète du groupe de St-Paterne. Ces sculp* 
turcs, d'une exécution si parfaite, sont peintes de diverses 
couleurs. Cette révélation va peut-être les faire descendre d'un 
degré dans votre estime. Ce serait, je crois, Messieurs^ la 
conséquence d'un préjugé fâcheux qu'il nous faut vaincre , en 
reconnaissant humblement que les artistes de la Renaissance, 
nos maîtres sous tant de rapports, pensaient avec raison, après 
les Grecs eux-m^es , que la peinture, appliquée avec discré- 
tion , complète l'effet d'une belle sculpture. La couleur actuelle 
est relativement moderne, car en grattant discrètamrat ea 
I^usieurs endroits , nous avons retrouvé presque partout des 
traces de dorure. Cependant , grâce à l'action du temps, qui 
est venu fondre ses teintes , elle produit encore un effet des 
{dus satisfaisants, tandis que les deux statues de sainte Anne et 
de saint Joachim , qui ont été blanchies , protestent par leur 
aspect froid et monotone contre le pinceau imprudent du badi- 
geonneur. 

Avant de quitter la petite église de St-Pateme , qui nous a 
fourni une moisson si abondante d'œuvres de sculpture» je ferai 



-^ M - 

server (^'dle renferme aussi quelques tableaux d'utie eer* 
iame importance , entre autres une toile fort endommagée qui 
l*eproduit une Vierge bien connue de Léonard de Tinci. Deux 
figures de femmes dans le costume du xvi* siècle ont été, 
ajoutées , une de chaque côté, au sujet principal. Ce fait, indé» 
(lendamment de la couleur plus brillante que ceQe du maître , 
annonce assez que c'est là une copie, mais librement et habile- 
ment exécutée » de manière à donner à ce travail une valeur re* 
lative qui n^es tpoint à dédaigner. Quelques autres tableaux, d'un 
mérite inférieur , ornent encore les murailles de Féglise. Mous 
avons remarqué dans quelques-uns des qualités sérieuses de 
dessin et de composition ; mais je n'en parlerai que pour mé- 
moire, n'ayant point eu le temps de les examiner à loisir. Et vous 
le croirez tôns peine, messieurs, car après l'examen consden- 
cieux que nous avions fait très brièvement, le jour baissait avec 
une rapidité telle qu'il allait devenir impossible de pousser notre 
excursion jusqu'à St-Christophe , distant à peine de deux kilo- 
mètres. Mous ne voulûmes pas cependant perdre l'occasion de 
voir cette localité* où nous arrivâmes à la nuit tombante. 
Aussi la visite de son église, dont j'ai à vous rendre compte, eut 
lieu moitié au déclin du jour, moitié aux flambeaux et si, 
par cette raison , notre rapport manque ici d'étendue et de 
clarté , vous aurez la bonté de faire la part des circoiistances. 
Toutefois (et aucun de nos collègues présents ne Fa sans doute 
oublié), cette partie de notre excursion ne fut ni sans fruits 
ni sans charmes. A la lueur vacillante des cierges brîDant 
dans les ténèbres y dont l'ombre pleine de mystère ajoutait en- 
core au sentiment de crainte respectueuse que le lieu de la 
prière inspire par lui-même, notre station dans l'église de 
St-Christophe a laissé dans nos âmes le souvenir salutaire d'une 
douce et religieuse impression. Quant aux renseignements ar- 
chéologiques , voici ceux que nous avons recueillis à la hâte. 
L'édifice en lui-même offre peu d'intérêt La nef est cou- 
verte par une voi!rt:e en bardeaux , sur lesquels on voit des 
arabesques peintes, accompagnées d'écus armoriés, dont nous 



— 52 - 

n'avons pu distinguer les signes héraldiques. Nous avons 
reconnu sans peine Tancienue abside à trois pans, percée 
de fenêtres ogivales et recouverte d'uue voûte en pierre 
avec des nervures dont la coupe rappelle celle de Semblan- 
çay. Les colonnettes qui supportent ces nervui'es ne descen- 
dent pas jusqu'à terre ; elles sont soutenues à une certaine 
Jiauteur, par des consoles formées de deux tètes sculptées , 
d'un travail grossier , iuhabile et barbare. Nous le disons 
à regret, tout cela, architecture et sculpture, est du 
XIII® siècle. Heureusement pour effacer les impressions de 
cette malencontre , nous trouvons bientôt, réléguée dans un 
coin comme un meuble inutile , une statue de bois peint, re- 
présentant la Vierge-Mère. Ce travail, également du xiii* siè- 
cle, est intéressant par l'exagération naïve du mouvement et la 
cambrure de la pose. La tète incUnée sur lepaule gauche ^ la 
hanche droite très proéminente , produisent dans lensemble 
une silhouette ondulée qui n'est pas sans grâce . Le corps al- 
longé, les épaules étroites, les plis de la robe tombant jusqu a 
terre , la main naïvement posée sous' le sein droit , laissé dé- 
couvert , constituent une œuvre précieuse, au point de vue ar- 
chéologique, comme type reproduisant très exactement les 
défauts et les qualités du dessin , dans son application à la 
sculpture en ronde-bosse, à cette époque. 

Dans une chapelle latérale , un bas-relief de pierre attira 
notre attention. Cette sculpture qui provient de la Clarté- 
Dieu , représente saint Pierre miraculeusement délivré de 
sa prison. Elle a, quant au dessin, une parenté certaine 
avec le rétable de St-Paterne. Ainsi , comme le rétable , elle 
pèche par le manque d'expression dans les physionomies , de 
correction et de simpUcité dans les lignes. L'exécution en est 
plus faible , le modelé manque de fermeté , et l'imitation de 
l'antique n'est pas aussi évidente dans les tètes. En raison de 
ces divergences et de ces similitudes , je serais porté à penser 
que le bas-relief dont je parle est de la même époque que le 
rétable de St-Paterne , mais exécuté par une main différente. 



. / ■"/«' ? oV f€-Ar/U fif ^OOi ftru- . Vè/rc 




■■ Il JÙirxiJÙ du -fV/S- .. 
'■■■i-ir ùi ùi. 

■ -tùif ait J7/7 S' m 

^^^— -tiar rùi JT//.' S.' 



\ 




£e/,eiU de O fO/jot-MUr^-. 



- »5 — 

Une drconstance trop rare augmente sa valeur : il est signé 
d'un monogramme de trois lettres A. C. L. entrelacées et d'un 
mot à la suite que nous avons lu Hapant ou Hespanl avec un 
trait sur Vn, Ce dernier peut-il s'interpréter Hespagnol* ou 
bien est-ce le nom même de l'auteur ? Nous n'osons rien 
affirmer. Deux tètes en relief , placées de chaque côté du sujet 
pnncipaly représentent saint Pierre et saint Paul. Elles ne 
manquât pas de caractère et indiquent exactement la même 
facture que le bas-relief du milieu. J'en dirai autant d'un bé- 
nitier que nous avons trouvé dans la nef, à l'extrémité oppo- 
sée au chœur. C'est le même travail que dans ceux qui prà^è- 
dent, facile, mais lâché dans l'exécution, avec des figures 
dont l'expression est vulgaire. Ce bénitier provient y comme les 
autres , de l'abbaye de la Clarté-Dieu. Une statue colossale de 
saint Christophe , adossée au mur de la chapelle latérale , est 
bien indigène et par droit de naissance et par destination. 
Elle a environ douze pieds de haut et parait plutôt ébauchée à 
la hache que taillée au ciseau. Cet ouvrage, exécuté probable- 
ment par quelque artiste du Ueu , présente deux défauts essen- 
tiels dont la réunion est le signe certain de l'ignorance : im- 
puissance dans l'ensemble et excessive recherche dans les dé- 
tails. Les draperies offrent le même caractère : plis flottants 
d'un côté et symétriques de l'autre. L'Enfant-Jésus porté jadis 
sur les vastes épaules du saint n'existe plus , ce qui ôte en 
partie à l'image sa valeur même religieuse. Et si, comme on l'a 
dit, les habitants de St-Christophe regardent la statue du géant 
leur patron comme le palladium de la cité, ils devraient s'em- 
presser de rétablir l'Enfant-Dieu qui, du haut de son trône vi- 
vant , bénissait autrefois leur ville. 

O^ DB Galembert. 



4 



— 64 — 



RECHERCHES GÉNÉALOGIQUES 



sm 



LA MAISON DE SAINTE-MAURE, 

Diras U MUED W \V SlkOB JUStO'AlI GOMUNCEMBflT DO XUK 



Messieurs 9 

Parmi un certain nombre de dodàBente que j'ai récemnoit 
compulsas 9 j'en ai rencontré pluateiirs ijuî m'cmt semblé {Ans 
particulièrement dignes de iixer votre attention , et dont par 
conséquent je m'empresse de vous donner connaissance : 

n s'agit de quelques titres extraits du cartulaire de l'abbaye 
de Noyers , titres dont je dois la communication à l'obligeance 
inépuisaUe de notre digne président. Entre ces chartes, mal- 
heureusement trop peu nombreuses , il y en a treize surtout 
que j'ai classées et analysées séparément parce qu'elles éta- 
blissent de la manière la plus positive la généalogie véritable et 
la filiation régulière des seigneurs de la maison de Sainte- 
Maure dq[)uis le milieu du xi* siècle jusqu'au ccmunencement 
du xùi". Or ces documents m'ont paru d'autant {dus intéres- 
nnts, qu'en rectifiant plusieurs assolions trouées de Chalmel 
sur cette même période de l'histoire de la baronnie de Sûnte- 
Maure, ils nous révèlent, [sur le même sujet, quelques cir- 
constances fort peu connues jusqu'à présent , si même elles ne 
sont pas entièrement inédites. 

Après avoir réclamé pour celte communication la bienveil- 
laute attention à laquelle vous avez bien voulu m'habituer 
jusqu'ici 9 j'entre en matière, non sans vous avoir fait remar- 



— 55 — 

qaer qiie les pièces extraites du cartalaire de Tabbaye de 
Noyers ne présentant ni dates ni millésimes , J'ai dft proeëder 
par synchronismes et par analyse : mais des extraits textuels 
de ces chartes et nn tablean synoptique et synchroniqae toat 
à la fois, pUoés à la suite de cette notice, vous permettront 
de vérifier facilement l'^xactitade de mes assertions , après 
«bacune desquelles un numéro de rei^voi permettra de se 
reporter à ces pièces justificatives. 



Voici) d'après les chartes précitées, la généalogie de la 
maison de Sainte-Maure, depuis son origine, vers le mâieu 
du xr siècle , jusqu'au commencement du xiii*. 

1» degr^.-^GosassASf seigneur de Sainte^lHanre. J)e son 
mariage avec Arambubos il eut entre autres enfants : 

« l"" Hugues P' de Sainte-Uaure qui lui succéda. 2'' Gosbert. 
S"" Guillaume. » (Peut-être en eut-fl d'autres encore; mais ils 
ne sont pas mentionnés dans nos titres). 

Ces faits sont justifiés par la charte de fondation , à Sainte- 
Maure, du prieuré de Saint-Mexme , dans laquelle on doit re- 
marquer : V Qu'à la date de cette fondation par Hugues I"^ de 
Sainte-Maure, son père Goscelin^ ainsi que Gosbert et Guillaume j 
ses frères, étaient décédés. 2® Qu'à la même époque sa mère, 
Aramburge, vivait encore^ 3^ Enfin , que dans ce même titre, 
Hugues I"^ se prétend seigneur de Sainte-Maure par la grâce 
de Dieu et par son droit héréditaire; ce qui est une formule 
inusitée pour iln simple seigneur, et donne à cette pièce un 
intérêt de plus. 

Voici la transcription textuelle du préambule de ce docu- 
ment , qui confirme ce que nous venons d'avancer. 

« Ego Hugo , Castri Sanctœ Maurœ , Dei gratiâ^ Jure hœre- 
« ditatis pofisessar ac dominusj ob mece animoe, patris ^ mei 
« jam de/unctif nomine Goscelini, et matris mece dutcissimœ 
« adhuc vivœ Aramburgis nomine,... aïqv^ fratrum meonmm 



-66- 

« Gotberti et Qvillelmi animarum remedium... annuo imprimis 
« et concedo, etc. • (Voyez pièce n* 1 , et lettre A du TaUeaa 
sjnoptiqae.} 

2* degré.— « Hugues P% seigneur et propriétaire du château 
« de Sainte-Maure , par la grâce de Dieu et son droit d' hérédité ^ 
« ainsi qu'Q le dit lui-même dans le titre précité, succéda à 
« GosceUn, son père. 

« n épousa enprendères noces N., fille de Jean de Chinon et 
« sœur d'Aimery, dit Payen ; elle mourut en donnant le jour 
• à un fils nommé GuiUaume, ou du moins peu d'années après , 
« et fut enterrée dans l'église de Notre-Dame de Noyers. 

« De sa seconde femme, Adenorde, Hugues I^ eut plusieurs 
« enfants, savoir: 

« V Goscdin, qui épousa Falcabellay dont il eut un fils, 
« Hugues II, qui succéda à son aïeul Hugues I^. 

« 2* Hugues. S"" Guillaume. 4*Tierre. 5^ Une fille aillée 
<« Harquissa. 

« Nos chartes nous apprennent aussi que Hugues P% sei- 
« gneur de Sainte-Maure , survécut à tous ses enfants, à l'ex- 
« ception, peut-être, de Pierre et de Marquissa; et ces mêmes 
« titres font mention de ses nombreuses donations en faveur 
« de Tabbaye de Noyers. » 

Les documents qui précèdent sont loin d'être conformes à 
ceux que nous a fournis Chalmel , et d'abord , ni cet écrivain ni 
aucun autre, à ma connaissance, n'ont jamais fait mention ni 
de la première femme de Hugues P' de Sainte-Maure, ni de 
GuiUaume , son premier-né , ni de Jean de Chinon , beau-p^ 
de Hugues P', ni enfin d'Aimery Payen , son beau-frère. Leur 
existence cependant et ces liens de parenté ne sauraient être 
révoqués eh doute ; on en trouve la preuve irrécusable dans la 
charte f* 133, v* du cartulaire de l'abbaye de Noyers; et 
comme cette pièce, qui contient un récit touchant des derniers 
moments du jeune Guillaume , premier- né de Hugues I^ de 
Sainte-Maure , a le double mérite et de justifier mes assertions 



— 57 — 

et de le faire dans un style dont le charme naïf rappelle les 
épisodes bibliques, je ne résiste pas au désir de vous en pré- 
senter ici une traduction presque littérale , bien moins atta- 
chante probablement que le texte original que Ton trouvera, 
sous le n"* 2, aux pièces îustificatives. 

Voici cette traduction : 

« Hugues de Sainte-Maure , Tun des plus nobles seigneurs 
« de la Touraine, avait un fils, jeune encore, nommé Guil- 
« laume, qui, par l'éclat de sa naissance-non moins que par 
« la pureté de ses mœurs et la sagesse de sa conduite, avait 
« conquis toute l'affection du duc d'Aquitaine , et s'était rendu 
« également cher à toute la famille de ce prince. Tandis que 
« le duc faisait le siège d'une place forte du pays de Gascogne , 
« Guillaume, qui l'accompagnait, tomba dangereusement 
« malade, et s'apercevant que sa fin était proche, il pria le 
« duc de permettre qu'on le transportât dans son pays ; et - 
« comprenant que la distance considérable qui le séparait de 
« l'auteur de ses jours s'opposait à ce qu'il pût jamais le revoir 
« et s'entretenir avec lui ^ il donna l'ordre aux serviteurs de 
« son père de lui porter du moins sa dépouille mortelle, et de 
« la faire ensevelir dans Téglise de Sainte-Harie, à Noyers, où 
« déjà sa mère était enterrée. Auprès de lui se trouvaient en 
« ce moment, parmi les amis de son père, deux gentilshom- 
« mes, savoir : Gosbert, fils d'Airild de PreuiUy, et Gandin , 
« fils de Geoffroy Pelioquin de Sainte-Maure; il leur fit ses 
« derniers adieux en leur disant : « Je vais mourir ! transportez 
« mon corps à l'église de Sainte-Marie-de-Noyers , et là, placez- 
« le auprès de ma mère ; et obtenez de l'abbé et des religieux 
« qu'ils prient pour moi. » Et il dit: « Moi , Guillaume, je fais 
« don à cette même église de Noyers , élevée en l'honneur de la 
« sainte Mère de Dieu , de l'église entière que l'on nomme 
« l'église de Parilly, située devant le château de Chinon. Je 
« l'abandonne à la dite église de Noyers , comme Jean de 
« Chinon l'a donnée à mon père en lui donnant ma mère ; et 
« de même que mon père Hugues a possédé jusqu'à présent 



-58 - 

« ladite église de PAMlly, je désil*e ^e l'égËbse de Nôjers la 
« pôss^e de même à rdvèulr pour le l'epoè de moti Ame et db 
n celle de ma HiëlNe. J'abandonne , en outre, aux religieux, la 
« partie du Port-de-Piles qu'Us réclamaient ; et |e demande h 
« mon père de consentir à ces donations , et le prie même A^y 
• en ajouter d'autres. » Ayant ainsi parlé , il mourut en paix. 
« Gosbért et GaUdih , fidèles exécuteurs de ses dernières vo^ 
« lonlésy transportèrent, après un long voyage, sou corps 
« dand là dite église de I^oyers. Hugues , père de Guillaume , 
« informé de cet événement douloureux , ressentit une pro- 
« fonde tristesse, et suivant les instructions de son fils, U 
« reçut en même temps son corps et ses intentions su- 
« prèmes , etc. » 

Je Ue croiii pas devoir pousser plus loin la traduction de 
cette ôharte, fort longue encore, parce que le surplus va se 
retrouver en original dans les citations que je placerai à l'appui 
de chacune des assertions qui vont suivre. 



Détails et preuves. 

1^ ttugues t^' de Sainte-Maure épousa en premières noces la 
fille de Jean de Chinon, et il en eut un^fils nommé Guillaume, 
qui mourut jeune ehcore ; mais cependant après sa mère. Ai- 
mery, dit Payen , de Chinon , était oncle maternel de ce Guil- 
laume fet par conséquent beau-frère de Hugues P'. 

« QtHdain jûvehis, filitts unius ex nobilissimis principibus 
« Turonorum , Hugonis scilicet de Sanctâ-Maurd, GuiUelmus 

« nomine ) Et ait : Ego GuiUelmus siout Joannes de 

« tJatnonè àedlt (ecclesiam ParUUacam) , patri meo cum maire 
« fàeà , ità etc. Ègo Hktgo de Sanctâ-Maurà do, etc. sicut /o- 
« annes àe Catnone dédit eam mihi cum maire Guilklmi. * 

« Gueïfe/mt^ait: corpus meum.... juxtà mairem meam tn^ 
« miitaie. » « Ut Corpus exanime tumularent ubi maier ejus 
«( sèputêafueràt. » « Adfuit ad sepuliuram Guitlelmi, pairuus 



— 5» — 

« ^usidominus Stn^ticus, cognomento Paganus , fiUus Johann 
• ni$d$ Co^none^ qui rogatus, etc. » 

2^ Hagues P' épousa en secondes noces Adenordes, dont les 
fils aines farent Goscelin et Hugues. Bs assistèrent tous aux 
obsèques d$ Guillaume, fils de Hugues P' et de sa premièare 
f^nme. 

« Post tumulationem filii sui (Guillelmi), Tenit doïuinus 
« Hugo, cum woùTfi 9uà.\., Hœc dona annuit uxor y us AdC' 
« nordeSy hœe etiàm annuerunt Goseelinus et Hugo, filii eo^ 
« rum. » 

De ce qui précède on doit conclure , que la première femm^ 
de Hugues P% N. de Chinon , mourut fort peu de teinps après 
la naissance de son fils Guillaume , puisque, aux obsèques de 
ce dernier qui mourut jeune encore , « quidam juveais , n 
nous voyons figurer non seulement Adenordes , seconde fenune 
de Hugues I^ , mais encore les deux fils qu'elle lui avait don- 
nés j^ et qui étai^t assez âgés pour donner leur consentement. 
« Bœc etiàm amumint. » ( Voyez aux pièces justificatives le 
n^ 2 et au tableau synoptique les lettres B. et C). 

S"" Outre Goscelin et Hugues , Adenordes donna encore à Hu- 
gues p' de Sc^iate^lllaure , plusieurs autres enf^ts, savoii; : 
deux garçons, Guiflaume ^t Pierre j et une fille nommée Ifor- 
quissa* 

Gosceiiu et Hugues, les deux aines du second lit, périrent jeu- 
nes eiicore, dans un gue^a-pens et par trahison, et forent enter- 
rés dans l'église d^ N.-D. de Noyers, GosceUn , le plus âgé , 
avait épousé Faleabella qui , devenue veuve , donna avec ses 
deux beau^ frères et sa belle-sœur Marquissa , leur approba- 
tion aux donations , qu'à l'occasion des obsèques de ses deux 
fils , Goscelin et Hugues , dans l'abbaye de Noyers , Hugues 
P' fit aux moines de cette abbaye. 

« Quidam vir nobilis , Hugo de SanctârMaurd nomine , ba- 
» buit dtu>s ftlios valentes , Goscelinum videlicet et Hugonem , 
» qu&ms furtim et in traditione interfectis,... Hujus rei causa, 
» Hugo, paterjeorum ,..* dédit Deo,etç. Hœc omoia aunu e^ 



— 60 - 

« runt apud Sanctam-Mauram 9 duo filii HugotUs , GiUUelmus 
« et PetruSy eXJilia ejus Marqmssa , et uxor GoscelifU filii ejus 
^ « defuncti nomine Falcabella, etc. «» (Voyez aux pièces justifi- 

catives le n° 3 et la lettre C. au tal)leau synoptique ). 

4<^ Plusieurs années après , Hugues I^ de Sainte-Maure ma- 
nifesta l'intention de partir pour Jérusalem. ( H ne peut être 
ici question que de la première croisade j 1096 et i 100 ). Cette 
circonstance biographique n'est , je crois citée par aucun écri- 
Yain. 

« Aliquandô evoluto tempore , accidit ut vir prtzdietus Hugo 
» Hierosolymam vellet ire, » (Voyez pièce n** 5 des titres jus- 
tificatifs). 

5"* Hugues P' de Sainte-Maure , sentant approcher la fin de 
sa carrière, rédigea un acte dans lequel il récapitule les diyer- 
ses donations qu'il a faites à l'abbaye de Noyers , et il y ajouta 
le don de la dime d'Anzay , « de Anzaïco. ; » pour le repos de 
l'âme de Guillaume son 4"^ fils mort le dernier de tous. Le pe- 
tit fils de Hugues P% nommé Hugues , fils de Goscelin , son 
second fils et de Falcabella , donna son acquiescement à cette 
libéraUté. 

« Ego Hugo de Sanctà-Maurà , vitœ meœ terminum jam in- 
h « stare prospiciensy etc..é. donavi pro anima Guillelmi, prioris 

« filii met y etc. Donavi etiàm in morte filiorum meorum Gosce- 
« Uni etBugoniSy etc.... postremôjpro anima filii mei Gml- 
A lelmi qui ultimus omnium defunctus est ^ ^âspoBvà dare ded- 
a mam de Anzaïco etc. Annuit Hugo , nepos meusj filius filii 
« mihij hœres successurus. (Voyez aux pièces justificatives le 
« n** 7, et les lettres B. G. et D. du tableau synoptique). 

3* degré. — « Hcgues U, seigneur de Ste-Maure et de Nouà- 
« tre, fils de Goscelin et de Falcabella , sa femme, succéda à son 
« aïeul Hugues P% Il épousa Aois dont il eut y entre autres en- 
« fants , Guillaume qui lui succéda et Goscelin. Hugues H 
« mourut à l'époque où Henri était abbé du monastère de 
« N.-D. de Noyers et pendant l'archiépiscopat de Barthélémy 
« n, et fut enterré à Noyers; « 






— 61 — 

Détails et Preuves. 

î"" Hugues second était fils de Goscelin et petit fils de Hugues 
I^et, par la mort de son père et de ses oncles 9 il succéda à son 
aïeul, n devint seigneur de Nouâtre après la mort de son onde 
Guillaume. 

« Ego Hugo de Sanctà-ltlaurà , dedi quamdam decimam etc. 
« Annuit hoc donum Hugo j filius Goscelini filii mei , audienti- 
« bus 9 etc. » « Ego Hugo de Sanctà-Maurà vitae mese ter- 
« minum jaminstare prospiciens.... donavi etc. Annuit Hugo y 
« nepos meus filius filii mei y mihi hceres swcessurus. » (Voir 
les titres n""' 4 et 6 et les lettres B. G. et D. au tableau synopti- 
que des pièces justificatives ). 

« Hugo y senior de Sanctà-Maurà, cùm multa Nuchariensi- 
« bus monachis vivens commoda intulisset etc. Audivit hoc 
« et concessit Hugo juvenis , nepos ipsius qui , ei defuneto , 
« jure hœreditatis successit. » (Titre n« 10). 

« Mortuo Guillelmo de Sanctd-Maurd...^ Hugo juvenis adepto 
« honore SancUB'Ma/arœ et Nugastri^ dédit Deo , etc. » ( Voyez 
titFenM2). 

2'' Hugues second était] encore mineur, à l'époque où tous 
ses oncles étaient morts et où son aïeul faisait son testament. 
« Sciant posteri et futuri quod Hugo juvenis de Sanctà-Maurà 
« intempore Huganis, patrui suiy eo jubentCi concessit quid- 
« qnid unquam dederat ecclesiœ Nuchariensi , sed quia adhuc 
n sub bajulo erat j non ità fuit firma concessio. Accidente ita- 
« que tempore , miles jam effectus, concessit , etc. >» (Voyez le 
titre u^ 8). 
I 3* La femme de Hugues H de Sainte-Maure se nommait Aois. 

« Notum sit omnibus quod Hugo de Sanetâ-Maurd dédit mo- 
« nachis Nuchariensibus , etc. Hœ donum similiter feeit Jais , 
« uxor ejus i> (Voyez le titre n* 9 et la lettre B. aux pièces 
justificatives) • 

4'' Hugues n mourut à l'époque où Henri était abbé du mo* 



— Ôft — 

nastère de Noyers, et Barthélémy II de yendème, archevêque 
de Toar$. n fut enterré ^m Véghae de l'abbaye de Noyers. 

« Nos monachi Niicharienses notitiae fidelium tradere dispo- 
« smiDOs y guod Htigo de Sanctâ-Maiurà ^ cùm jacens in infir- 
« mitate ad extrema veaisset, per manum Uenrid, Nuehariem^ 
« sis abbatis y sacro iaunctus oleo , noete sequetUi prcesùniem 
<« vitam finivit , ciimqae de loco sepultiirs tractaretor , pl»- 
« cuit filiis ejos ut ad Nuchariense vMnasierwm deportareiwr kir 
« nmUmim : cpio ibi hooorifieè susc^pto ^ Bartholomosus ZV- 
« rtmensis arehUptseopus, occurritj etc. » (Yoyez le titre n^ 13.) 

5« Hugues n laissa en mourant deux flis , Guillaume et Goa- 
celin. 

« Cîimque de loco sepulturs? tractaretur, placuii Gvilletmo 
et Goseelino filiis ejtis , etc. >• (Voyez le titre n® 13) » . 

i^ Degré.— GvuJéAxmRj fils ain^ de Hugues U et d'Aois, sa 
femme» succéda à wa père dans la seigoew^ de Sainte- 
Maure. 

« Abbas Henricos , cùm assenau totius capituli dédit de- 
» funoto Hugoni ex integro beneficium , etc. Quod benefieiopi 
< Guillelmus ad cujus dominium terra illius jure /uereditanQ 
« pertinebatj devotè ssucipiens dédit, etc. » (Yoyez le tibre 
n"" 13 et la lettre K). 



■^T* 



Voici t Messieurs, les seuls documents que je suis parvenu 
à découvrir dans le petit nombre de titres qu'il m'a été possible 
de compulser ; mais outre qu'ils m'ont permis de suivre pen- 
dant cinq générations , la filiation régulière des seigneurs 4e 
Sainte-^Maure, ce qu'dles m'ont appris m'a semblé asaez inté- 
ressant pour me faire regretter vivement qa^ nous ne possé- 
dions pas en Towaine , sinon l'original da cartuiaire dç l'ab- 
baye de Noyers , mais du moins une transcription correcte et 
fidèle de ce cartuiaire; et je ne doute pas que vous purtagieis 
mes seatimeats à cet égard. 



J 



- 68 - 

Permettez-moi maintenant de tei^^mer cette notice par 
quelques renseignements qui m'ont paru présenter un certain 
intérêt. 

1* Les chartes du Cartulaire de Fabbaye de Noyers n'ind^ 
quant aucun millésime, et la série des premiers abbés de 
Noym*s ne m*étant pas connue , il m'eût été bien difficile de 
sOTOir à queUes époques ont vécu les divers sdgneurs de 
Sainte-Maure dont je découvrais la filiation régulière , si le 
texte même de ces titres n'e&t contenu certains renseigne* 
ments dont je me suis emparé avec «npressement c<Nnme de 
jalons précieux et certains. 

On voit dans la pièce n^ 2» aux titres justificatif que Baoul 
était archevêque de Tours à l'époque des funérailles du jeune 
Guillaume 9 premier né de Hugues 1^ (et j'ai lieu de penser 
qu'il est ici question de Baoul I'^ de Langeais qui occupa le 
siège de Tours depuis l'an 1072 jusqu'en 1086 }. D'après mOes 
calculs on peut en conclure que Hugues I*', seigneur de 
Sainte-Maure avait dû uaitre entre les années 1035 à 1040^ et 
que ses obsèques eurent lieu vers 1075. 

Maintenant la pièce n* 13 nous appmed qu'aux funérailles 
de Hugues H , fils de Goscelin et de Falcabella , et petit-fils de 
Hugues P' et d' Adenorde , furent présents Henri , alors abbé 
de Noyers et Barthâemy U, de Vendôme, archevêque de 
Tours depuis l'an 1174 jusqu'en 1206. En sorte que nous con- 
naissons les points extrêmes de cette série généalogique com- 
prise .entre Goscelin I*^, père de Hugues I" et Guillaume, fils 
de Hugues H, c'est-à-dire entre 1040 et 1200. 

Le tableau synoptique , placé à la tète des pièces justificati- 
ves j éclaircira ce que ces détaUs peuvent présenter d'obscur à 
voire esprit. 

2* Les noms des témoins qui ont signé les chartes mention- 
nées dans cette notice nous révèlent l'existence d'un certain 
nombre de gentilshommes de la Touraine qui furent les con- 
temporains des seigneurs de Sainte-Maure , entre los années 
1940etl26i>. 



- 64 — 

Je croîs devoir les dasser dans Tordre chronologique sui- 
vant 

1*. — Contemporains de Hugues I*' de Ste-Haure ; de Geoffroi, 
abbé de Noyers , et de Barthélémy P% archevêque de Tours, 
de 1053 à 1068. 

GuaHno ou Ganmih de Nouàtre et Adrald , son neveu ou 
son petit fils. GeoSroj Pelloquin.- Aimery , Payra, de Chi- 
non. 

2*. — De Hugues de Sainte-Maure ; de l'abbé Etienne et de 
Baoul I*' et II, archevêques de Tours, 1072—1117. 

Aimery , dit Payen , de Chinon. Gosbert de PreuiUy , fils 
d'Airald. Gandin, fils de Geoliroi Pdloquin de Sainte- 
Maure. Amould de Bougebec. Bartfiélemy, seigneur de lUe. 
Geoffroy Savary. Guillaume de Bro. Geoffroy de MardOy. 
Jean de Draché. Garin d'Artannes. Achard de Marmande. 
Girard de Pocé. Matthieu Pdloquin. Guido de Sepmes, et 
Arnaud de Sepmes. 

3^. —De Hugues I'' et de Hugues H, de Sainte-Maure , et de 
Tabbé de Noyers, Gandin. 

Guillaume de Bro. Aimery Rougebec. Baimond de Pus- 
signy et son frère Benoit. Goscdin de Perrenay. Geoffroy 
Pdloquin. Alexandre, fils de Guillaume de Bro. Arnaud de 
Sepmes. Geoffroy de Balesmes. Etiome de .Montgauger. Si- 
mon de Nouàtre. Alexandre de Couesme. Aimery d'EcueiUé. 
Benaud de Sepmes. Guido des Boches. Hugues de Noyers. 
Martin de Maillé. -Pierre Goscelin de Nouàtre. Pierre de 
Montbason, et Marguerite, sa femme. Guillaume d'Argen- 
son. Jacqudin dé Loudun. 

4«. — De Hugues de Sainte-Maure . de l'abbé Bemier , de Tar- 
chevêque Hugues H. 1134— 1448 , et du pape Innocent H. 

•4130—1143. 

Pierre Goscelin et Hugues son fils , de Non&tre. Nicolas 
de Yalençay . Bobert de Parilly . 

5*.— De Hugues II, de Sainte-Maure, de Tabbé Henri et de 



■^a^m 



- 65 - 

rarchevéqae de Tours , Barthélémy H. 1 174—1206. 

Hugues de Chavigny. Hugues de Cbambon. Pierre de 
Pussiguy. 

6*. — De Guillaume de Sainte-Maure, fils de Hugues H et de 
Tabbé de Noyers , Gilles. 

Pierre Goscélin, « yir nobilis deNuchastro. « Elles, Ai- 
mery et Jean, ses fils ; et Bocheria sa fille, Hugues de 
Cbambon^ sou petit-fils, Oda, femme d*£lies de Nouàtre, 
Pierre, sou fils et Mai^erite, sa fille, Bouchard de Mar- 
mande, Goseelin de Crouzilles. Bernard de Bagneux. Pierre 
de Pussigny. 



DOCUMENTS JUSTIFICATIFS, 

mm m mm titres do mmm de lwye de ioters. 

prêt T< 



HUGUES I**. 

(1). Ego Hugo, Castri Sanetœ^Maurœ , Deigratidyjurehœredi'- 
taiis posseuar ac domimu , ob meœ animœ patrisque met 
jàm d^nctiy nomine Gcseelini, et matris meœ duleis- 
simae, adkiêc vioœ^ ArambwrgU nomine j,.. atque/rn- 
trum meorvm Gosberti et GuilMmi animarum reme- 
dium , Deo et sancto Stephano et Christi confessori 
Maximino , et omni monachorum congr^ationi in 
eorum cœnobio regiregum famulantium, annuoin pri- 
mis et concedo perpetualiter habendam et possidendam 
quamdam de jure meo terram, cum omnibus ad eam 
pertinentibus consuetudinibus... Est autem ipsa terra 
juxtàmeum jam nominatum Sanctœ-Maurœ castrum. 



— €6 — 

iiieq>ieB9 a foesato castri ipaiiiB uaqae ad riYiim qui 
decurrit inferios, etc. (Ex polyptico Hiciacensi. Carta 
365,^85). 
(2). Quidam jtwems, filius unius ex nobilissimis prineipibus 
Tttranorutn, Hugonis scilieet de Sancià-Maurâ^ (MU 
lelmus nomine^ cùm esset nobilis natu , optimis moribas 
et probis actibusdecoratus, duci Aquitanorom Taldè 
carusy et in ejus familià tàm ab ipso duce qnam a canc- 
tis Yaldë dilectus , dùm ab eodem duce obsideretor 
quoddam castrum in Guasconiâ, et esset cum eo Goil- 
lebnus, cœpit valdè infirmari et cùm jàm proximom se 
esse cerneret morti, roga^it ducem ut se sinoret trans- 
ferri ad patriam, «t bominibus patris sui pneoepit, 
quia pater ejus longè aberat, nec cum eoloqui poterat, 
et ultra eum jàm vivum non erat visurus, saltem cor- 
pus examme illi déferrent , et in ecdesiA Sanctse-Marie 
quœ Tocatur Nuchariis iUud tumularent , ubi mater 
ejus sepulta f uerat... Erant antem duo nobiles Yiri oom 
familiaribus patris sui, Gosbertus; filius Airildisde 
PruUiaco, et Gaudinus filius Gauffredi Pelloquini 
de Sanctft-Maurâ , quibus ultimum valè dicens ait ; « 
Ego morior, « corpus meum ad ecdesiam Sanctse-Maris 
• de Nuchariis déferle et ibi, juxtà matrem meam 
« tmnulate, et abbatem et monachos ut pro me ^ogapt 
« rogate. » Et ait : Ego Gnillelmus do eidem ecdesî» 
M Nucharîensi in bonore sanctae Genitricis Dei con- 
« stmctasomnemecclesiamquœdiciturPariUiacusanie 
» Cainonem castrum. Sicut Joannes de Caiwme, dédit 
« ea$n patri meo oum maire med^ ità concède eidem ec- 
« clesise Nucharîensi ; Et sicut pater meus Hugo eam- 
H dem ecdesiam PariUiacum hactenùs tenuit ità^ te- 
« neat Nuchariensis ecclesia pro anima meà et matris 
« mes; et partemPorti {sic] dePilis quamreclamabant 
« monachi, iUis retin^piOy et patriimeo, ut hœc annuat 
« mando , ^ ut plus augeat rogo. » Hoc dicto ultimum 



— 67 - 

diem dausitin paoe. Cujus jussaGoiibertiift et Gaudinus 
implentesy per longa terrœ spatia , ad jàm dictam Nu- 
cbafiensem ecdesiam corpus ejus detulerunt. Pater 
autem ejus Hugo haec audieus tristis eSèctns , corpus 
nati cum mandatis qu» mandayerat suscipiens , flexus 
ad misericordiam , antequàm fflii corpus tumulare- 
tnr, venit adaltare Sauct» Dei Geoitricis, Hanœ, in jam 
dicta Nuchariensi ecclesià, adstantibns et audientibus 
Radulpho Turonorum oreMepiseopo et Lisuvlo decano 
Sancti Mauridi, et Alberioo cancéllario, cum Boberto 
ceUeirario et allis cauouids et diiit : « Ego Hugo de 
« Sofietôririmrâ^ do Deo et Sanctœ-Hariœ de Nuchariis 
« et monachis ejusdem ecdesuB, omnern eeclesiam 
» qn» dicitur Panlliacus, et sepulturam et omnem 
« decimàm illius parochiœ de aunonà et de vino et de 
« pecoribus ; sicut Joannes de Gainxme dédit eam mihi 
n ekm maire GttiUehni; ità eam do, pro anim& filii mei 
« kuic ecclesiœ possidendam et mcmachis istius loci. 

« Do aft adhuc ad Sanctam-Mauram, terram ad edcesiam 
(( construendam in hœiore sancti Hichaêlis, et terram 
« ad burgum faciendum et omne quod datum fuerit 
« eidem ecdeftiœ Sancti-Michaâis tàm in oblationilms 
« quain in sepulturis et datis j annuo mcmachis istius 
« lod posindendum ; et partem quam habeo in Portu 
« de Pilis, haec omma isti ecclesiœ et monachis istius 
« lod trado possidenda.» 

Adfuit ibi idem ad sepulturam Guillèlmi patruus ejus 
dominus Àimericus . cognomento Paganm^fiUfUs Johannis 
de Cùinone^ qui rogatns ab Hugone et ab abbaie Ste- 
phano (Nuohariensi) annmt libent^ , dicens , etc. 

Pcst tumulationem autem filii sui venit dominus Hugo 
in capitttlum suprà dictorum monachorum , cum uxore 
ma et mdioribus viris Sanctœ-Maurœ reiteravit dona 
sua dicens, etc. : Hœc dona et Terba Hugonis , annuit 
uxor ^¥ê Adencrdis , haec etiàm annuerunt Goecelims 



— 68 — 

et HugoJUa eorum. (Cartulaire de l'abbaye de Noyers, 
P 133 V ). 

(3). Quidam vis nobilis Hago de Sanctà Haorâ nommer babnit 
duos filios Yalentes Goseelitium videlieet et Hugonem , 
quibus f urtlm et in traditione interfectis , magnum de 
morte suà incussere patri dolorem. Horumitaque morte 
audità monachi Nucharienses eos ad suum monaste- 
rium honorificè prout decebat detulerunt et in atrio 
ipsius ecclesiœ decenter sepelierunt. Hujus rei causa , 
Hugo , pater eonim yeniens cum omni comitatu suo in 
capitulum dédit Deo et Sanctœ-Harise et monachis ip- 
sius loci , pro anima suà et pro animabus filiorum suo- 
rum j Guiltelmiy Goscelini et Hugonis et omnium paren- 
tum suorum , ecclesiam de Sanctà-Maurâ , cum omni 
vinioratu ';et afferentiis et quidquid ejusdem ecclesis 
Capellani de eodem Hugone eatenus tenuerant , etc. 
Hfiêc omnia suprà dicta annuerunt apud Sanctam-Mau- 
ram , duo filii Hugonis GniltelMus et Petrus , et filia 
ejus Marquissa j et uxor Goscelini filii ejus defuncti , 
nomiue Faleabella, etc. (Cartul. de Noyers , f* 132 y^). 

(4). Ego Hugo de Sanctà-Maurà , post donum igitur ecclesis 

Sanctse-Haurse quam Ecclesis Nuchariensi dedi 

quamdam decimam quœ de Anziaco dicitur , qus jàm 
ad ipsam ecclesiam Sanctae-Maurs pertinebat mona- 
chis Nuchariensibus donavi. Annuit hoc donum , et 
quidquid unquàm donavi ecclesis Nuchariensi Hugo, 
filius Goscelini f filii mei , audientibus , etc. (Cartul. de 
Noyers , P 128 V). 

(5). In concessione ecclesis Sancts-Maurs , fact& primo à Sa- 
dulpho , archiepiscopo , ista accipiunt monachi quid- 
quid Hugo videlieet eîs dederat , et antè datum libéré 
posséderai, etc. Post non multùm vero tempus conti- 
git venire apud Nucharïos legatum Bomans sedis Gi- 
rardum Engolisms civitatis episcopum , qui rogatus ab 
abbate Stephano et a supradicto Hugone venit ad tu- 



— 69 — 

mnlos supradictarum fratrum Goscelini viddicet et Hu^ 
gonis et ibi preces pro eis f undeiis , etc. Tanc verô , eo 
prœsente Hugo jàm dictus » donum quod antè fecerat 
de ecclesiâ Sanctœ-Maurœ per manus ejusdem legati , 
Muchariensi ecclesiœ coufirmaYit. Annuit autem hoc 
Radulphus Turonensis archiepiscopos , et in manu aA- 
batis Stephani donum de ecclesiâ Sanctse-Maurae po- 
suit y etc. His itaque suprà memoratis taliter expeditis 
et aliquando evoluto tempore y accidit Ut vir prœdictus 
Hugo Hîerosolimam vellet ire, (1096). Quà re compertâ, 
Engilbertus, prior Sancti-Maximi ( Sanctœ-Maurœ ) , 
etc. (Cartul de Noyers , f» 132.) 

(6). Ego Hugo de Sanctâ-Maurà vitœ meœ ierminum jam irt' 
stareprospidensj donavi ecclesiae Sanctae-MJarise-Nucha- 
riensi et monachis ibi degentibus ecclesiam de Paril- 
liaco et decimam pro anima Gnillelmi ^ prioris filH mei, 
et apud Sanctam-Mauram vineas et terram in quà ec- 
clesiâ Sancti-Michaelis constructa est. Donavi etiàm in 
morte iiliorum meorum Goscelini et Hugonis j ecclesiam 
Sancte-Maurœ j etc. Postremô , pro anima filii mei 
Gnillelmij qui ultimus omnium defunctus est ^ dispo- 
sui dare decimam de Anzaïco quœ ad ipsam ecclesiam 
Sanctse-Maurse pertinebat. Quodam autem milite Gos- 
celino pipet » pro eà faciente calumniam^ etc. , meam 
partem quam habebam in molendino quod Yocatur 
Bona Voa j monachis dedi , etc. Annuit Hugo , nepos 
meusj filius filii mei, mihi hceres successurusj et donum 
idem super altare Sanctœ-Marise posuit^ etc. Concessit 
hsec Contcrins de cujus censu erat, et censum de manu 
Gaudini (àbbatis Nuchariemis) , accepit. Yiderunt hoc 
testes suscripti , etc. (Cartul. de Noyers , ^ 130). 

(7). Quidam Isambardus, presbyter, dédit monachis apud 
Nucharios , quidquid in vineis , etc. Yolente atque 
eonsentiente domino Hugone , filio Goscelini , cui cen- 

5 



- 70 - 

8um et solvebat , etc. In ^rasentià domini Goffredi 
abbatis prœdicti monasterii (Cartul. f 131 v*). 



HUGUES n , FILS DE GOSCELIN , ET PETIT-FILS 
DE HUGUES I" DE SAINTE-MAURE. 

(8). Sciant posteri et futuri quod Hugo, juvems, de Smctâr 
Maurdy in tempore Hugonis patrui sut, eo jobente, cmir 
cessit quidquid unquàm dederat ecclesise Nnchariensiy 
sed quia adhuc sub bajulo erat non ità fait firma con- 
cessio. Accedente itaque tempore , miles jàm effectos, 
concessit abbati Gandino Nuchariensi , qoidquid prius 
concesserat Testes , etc. (Cartolaire de Noyers, 
f» 139 ▼•)• 

(9). Notomsit omnibus.... qjjLoà Hugo de Scmctâ-M aura dediU 
monacfais Nuchariensibus thalamos adhserentes ecde 
siœ Sanctœ-Haurae et dominas abbas Bemerius dédit ei 
in capitolo Nuchariensi suam mulam , quœ decem lib 
appreciabatur, etc. Hoc donum similiter fecit Aois 
uxor gi». Testes, etc. (Cartul. de Noyers , f» 130 v*) 

(40). Hugo senior de Sanctà-Haurà cùm multa Nuchariensi- 
bus monachisy Tivens, commoda intulisset, inter 
cœtera decimam de Anzaïco dédit eis , etc. Audi vit hoc 
et concessit Hugo , juvenis, nepot ipsiuê, qui, dejmcto 
et, jure hcBreditads successit^ etc. (Cartul. de Noyers, 
f^l31). 

(H). €ùm multo tempore , triginta ferè annis^ à tempore vi- 
ddicet Badulphi , turonensis archiepiscopi secundi , 
eodeslam fltnctse-Maurœ quam ipse Radulphas ecde- 
siffi Nuchariensi concessit, monachi Nucharienses, tem- 
pore Stephani abbatis et Gaudini abbatis , et Bemerii 
abbatis , tranquille et quietè pertinuisset ; ejusdem ab- 
batis Bemerii tempore , inter presbyteros , etc. £o- 
dem abbate Bemerio existente, apud Romain ad con- 



I 



— 7i - 

ciliam domini Innocentii Papae secundi, quaedam con- 
tentio de redditibus ipsius ecclesiae processit , quœ 
quidem nuUÂ prece , nullo placito apud Haonem , ar- 
chiepiscopum et dericos ejus ullo modo terminari 
potuit. 
Sumpto itaque concilio , abbas Beraerius in capitulo suo 
cum monacbis , hâc de causa Romam petiit ibiqae do- 
mino papae Innocentio omnem causam prout gesta 
fuerat existante ibi llieorino , fiugonis archiepiscopt 
nnntio et archipresby teip, propala\it j etc. (Cartnl de 
Noyers, f» 429). 

(12). Monachi Nucharienses et Brisahasta habebant medita- 
temin filios et filià Gaaiterii BdUi... Mortuo Guillelmo 
de Sanctâ'Maurâj Hugo qui in ipsis de parte matris eo- 
rom habebat aliam medietatem liberayit iiliam. Posteà 
yerô Hugojuvenis adepto honore Sanctœ-Maurœ et Nur^ 
gasiriy dédit Deo , etc. (Cartul. de Noyers , f* 130 v^). 

(13). Nos monachi Nucharienses notttiae Melium tradere 
disposuimus, quôd Hugo de SanctârMaurd cUm ja-- 
cens in injirmitate 4id eœirema venissetj per manum 
Henridy Nuchariensis abbatis sacro inunctus pleo, 
nocte sequenti praesentem yitam finivit : cvmque de 
loco sepuUurœ traciaretur , placuit Gvillelim et Gosce* 
lino , filiis ejus ut ad Nuchariense manasterium depor- 
taretur tumulandus. Quo ibi hononficè suscepto , JSar^ 
tholomgBUs (uronensis archiepiscopus ^ sedis apostolicae 
legatas , ad ejus sepulturam rogatus ab amicis oc- 
currit ; sed antequàm sepeliretur , «onyenientibus in 
capitulum, GuiUebno et Goscdino prsesentibus , abbas 
Henricus cum assensu totius capituli dédit defuncto 
Hugoni totum ex iût^ro beneficium, etc; Qaod bene- 
ficiuui Guillelmûs ad cujus dominium terra iUius, jure 
hcsreditario pertinebaty deyotè suscipiens dédit eccie- 
sise Nuchariensi , etc. (Cartul. de l'abbaye de Noyers y 
f» 8). 



- 72 — 

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— 73 — 

N, B. • Depuis la rédaction de ma notice sor la maison de Ste-Maare J'ai 
« trouvé dans deux chartes du cartulaire de Gormery, la confirmation des faits 
« chronologiques , qu'à défaut de dates précises, j'avais cru pouvoir déduire 
« des textes mêmes du cartulaire de Tabbaye de Noyers. 

« En effet , au f» 38 v* de cet intéressant manuscrit, il est fait mention de 

• Hugues I de Ste-Maure et de son beau-père, Jean de Ghinon, à la date de 
« Tan 1070. Enfin, au f* 44, v*, quelques années plus tard, on voit que ce même 
« Hugues (qui, en Tan 1096 , fit partie de la 1'* croisade) était contemporain de 

• Geoffroy Peloquin , de Joscelin de Sepmes , de Guidon , abbé de Gormery , 
« frère du comte Geoffroy, et, enfin, de Simon de Paithenay, frère de 
« Goscelin , archevêque de Bordeaux ; ce qui vient à l'appui de mes calculs et 
« prouve que Hugues V de Ste-Maure a vécu entre les années 1040 et UiO.^ 



Amédée de La Pouge. 



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RECHERCHES HISTORIQUES 



L'ÂMENNË GHATËLLENIB DE UONTRÉSOR 



(iB«re^-Lolrt). 



MoNTRÈïOtt, Monthrésor, Monthesaurum , Maniesorumfan" 
cieono chàtellenic située sur Tlndrois , à 4 lieues et demie de 
Loches , et 1 3 lieues de Tours , figure dans nos annales dès 
Tan 887. A cette époque, elle jouissait déjà d'une grande im- 
portance, puisque nous voyons ses seigneurs marcher de pair 
avec les feudataires les plus puissants de la Touraine , notam- 
ment avec Ingelger d'Amboise , sénéchal de Gàtinais, le baron 
de Preuilly , le seigneur de Marmande et le châtelain de Roche- 
corbon. Elle releva successivement, à foi et hommage-lige, de 
la trésorerie de St-Maurice de Tours , circonstance qui , sui- 
vant nos devanciers , donne Tétymologie du nom de Montré- 
sor, Mons Thesauri, des barons d'Amboise, des comtes d* An- 
jou , et enfin des rois de France , à cause de leur château de 
Loches. Le seigneur de Montrésor avait chaire d'entretenir, 
pendant quarante jours ^ un homme d'armes de service dans 
la forteresse royale, lorsque le monarque s'y trouvait. 

Soixante fiefs et arrièrc-fiefs , environ, entre lesquels quatre 
avaient le droit de bannière, devaient hommage et loyaux aides 
au châtelain de Montrésor. Nous avons relevé les noms des 



«A-^ 



- 75 — 

principaux: Ange, les arrières-fiefis (paroisse de Contray), 
Biardeau (paroisse de Beaumont], Biart (paroisse de Géré), 
Courcelles (paroisse de Nouans), Defois (paroisse de Francueil], 
les Étangs (paroisse d'Orbigny) , les Étangs (paroisse de la 
SeUe-Guenand) , Eifenaut (paroisse de Nouans), Foncelives 
(paroisse d'Orbigny), la Forest (paroisse de Nouans), les 
Genêts, la Gonfardière (paroisse dTcueillé), Julien-deChé- 
don (St.)9 la Lardière , Locbé , Mallebran (paroisse d*Orbigny) , 
Marolies (paroisse de Genillé) , Massai (paroisse de Contrai) , 
Meorsaint (paroisse de Genillé) , la Motbe^hauveron (paroisse 
de Yillebrenin) , Ondefois , les Perches (paroisse de Beaumont), 
le Plessis (paroisse d'Orbigny), Pocé, Préaux (paroisse de 
Montrichard) , le Puy (paroisse de Ghemillé) , le Puy (paroisse 
de Yillebrenin}, Roche vroul (paroisse de St- Jean-sur-Indre) , 
la Sabardiëre (paroisse de Nouans] , Tréans (paroisse d'Orbi- 
gny) , les Vaux (paroisse de Ghemillé) , la Yernière (paroisse 
de St-Jean-sur-lndre) , Vitray et Viz. 

Les seigneurs de Montrésor avaient les droit de haute, 
moyenne et basse justice, de dénombrement et lods, de ban- 
vin , de poids et mesures et d'étalonnage', de patronage, de 
titre funèbre au dedans et au dehors de l'église paroissiale , et 
une multitude d'autres qui étaient commîuns à toutes les chà- 
teUenies de notre province. 

Quelques historiens prétendent que Montrésor fut érigé en 
comté en faveur de Claude de Bourdeilles. Nous laissons à qui 
de droit la responsabilité de cette assertion qui , quoique n'é- 
tant appuyée d'aucunes preuves , a été cependant i^produite 
dans des ouvrages justement estimés , particulièrement dans le 
Dictionnaire historique de V arrondissement de Loches y de Du- 
four , et dans V Annuaire du département d'Indre-et-Loire. Selon 
nous , on peut douter de la légitimité du titre de comte de 
Montrésor, que les seigneurs de ce lieu prirent à partir du 
xvn* siècle. 



T 



_ 76 — 

Chronologie historique des seigneurs de Monlrésor. 
I. 

HoGKR, dit le PetitrDiablc , seigneur de Montrésor et de 
Pocc, vivait en 1005. A cette époque, Foulques-Weira lui 
confia la garde de la forteresse de Montrichard qu'il venait de 
Mtir. n laissa deux enfants , Bouchard et GulUaume , ce der- 
nier décédé avant l'an 1072. 

D. 

Bouchard, ou ItuRciiASD, comte, seigneur de Montrésor, 
Pocé, Montrichard, etc , vivant en 1058, prit l'habit reli- 
gieux quelque temps après la mort de son pÈre, et passa 
en Italie oii, s'élant fait relever de ses vœux par le pape, D 
épousa une dame noble de Lombardie, nommée Marcbise 
(Agn^s , suivant Marollcs) , et mourut assassiné. De son pre- 
mier mariage, avec Euphémîe d'Amboise, U eutAlbériccI 
N., femme de Guenito , seigneur de Chàtillon-sur-Iodre. 

m. 

ALBERtc, soigneur de Montrésor et de Hootrichard , vivant 
en II08, soutint une rude guerre contre Hugues de Qian- 
niont, qu'U ne voulait pas reconnaître pour son suzerain. A la 
suite de cttte querelle, terminée au bout de quelques mois par 
un traité de paix, il eut ù vider un autre différend avec sou 
beau-frère, Gucnno, Keigaeurde Chàtillon-sur-Indre. Cdui- 
ci s'empara de Slontrésor et s'en attribua les droits féodaux ; 
mais il en fut chassé par Hugues de Chaumont, qui le battit 
dans la cauipaguc de Sublaiues , le fit prisonnier , et ne lui ren- 
dit la liberté que lorsqu'il eut soleunellemcnt renoncé à ses 
prétentions sur les biens do son parent. Quelques auteurs 
eflirment qu'Albéric laissa une fille nommé Guillemine. 



* * * w m^ ' 



--^ 77 — 



IV. 



GuENNo, chevalier, seigneur de Ch&tilloQ-Bur-Indre , ayant 
joui de la chàtelleaie de Moutrésor , il nous paraît convenable 
de le mettre au nombje des sires de ce lieu ;*bien qu'il ne Tait 
possédé que par usurpation. 



V. 



Geoffroy, chevalier, seigneur de Montrésor, figure parmi 
les chefs de l'armée à la tête de laquelle Foulques V , comte 
d'Anjou» marcha contre Henri I, roi d'Angleterre (nu). Nous 
ignorons s'il était fils, ou même parent d'Albéric. 



VI. 

Heiïri II, roi d'Angleterre, posséda la terre de Montrésor 
jusqu'en 1188. Cette même année , Bichard, comte de Poitiers » 
fils de Henri H , ayant déclaré la guerre à Raymond , comte 
de Toulouse, alUé de Philippe-Auguste, le monarque français 
pénétra en Touraine et s'empara de Montrésor et de plusieurs 
autres places. 

vn. 

Chau VIGNY (André de), chevalier-banneret , seigneur de 
Chauvigny et de Montrésor , baron de Chàteauroux , fut sur- 
nommé , à cause de sa valeur , le Preux^des-prerix. En 1 190 , 
il accompagna Philippe- Auguste et Richard Cœur-de-Lion à 
Jérusalem. Pendant cette croisade, il eut, dit-on, l'honneur 
de lutter dans un tournoi contre le fameux Saladin et de le 
désarçonner. Il mourut en 1202. De son mariage avec la prin- 
cesse de Déols, veuve de Beaudouin , comte de Rivers, sont issus : 
1® Guillaume, baron de Cbàteauroux , qui fit partie, en 1242, 
du ban convoqué par le roi saint Louis , pour apaiser la révolte 
du comte de la Marche ; 2'' André ; 3"" Raoul ; et trois filles. 



à 






^ 78 - 



Vin. 



Chauvigw Y II (André de) , chevalier , seigneur de Montré- 
sor , Levroux , YiUedien , etc..., est cité dans un acte de 1203. 
Par lettres , en da^du 2 avril 1233 , il s'engagea comme tuteur 
des enfants d*Aymeri Savary , seigneur de Montbazon. Mais 
longtemps avant cette époque, la terre de Hontrésor était 
passée dans la maison de Palluau. 



y IX. 



PALLt AU (Harrand de] , chevalier , seigneur de Montrer et 
de Palluau y figure en cette qualité dans une charte de 1204. 
Il avait pour frères y Guillaume de Palluau y et Hervé , cha- 
noine de Saint-Martin de Tours. Son fils et successeur fut 
Godefroy. 

X. 

Palluau i (Geoffiroy de) y chevalier , seigneur de Montrésor 
et de Luçay-le-Mal , fit don de la dime de Fretay à Tahbaye de 
Yilleloin y en 1208. En 1209 , lors de son départ pour la Terre- 
Sainte , il transporta à l'abbaye de Baugerais plusieurs rentes 
de blé , et au prieur de Luçay-le-Mal , certains usages attachés 
au fief de ce nom. Son nom se trouve encore dans des actes de 
1213-23-33. De son mariage avec MathUde de N. il eut: 
1*" Guy 9 seigneur de Langeais (1237); 2^ Jean; 3"" Pierre ^ 
seigneur d'Oignies, chanoine de Tours ;^4'' Isabelle; b"" Aghm- 
tine y femme de Renaud de Precigny (1235). 

XI. 

Palluau I (Bouchard de), chevalier ^ seigneur de Montré- 
sor , frère présumé du précédent, fit une donation à Tabbaye 
de Baugerais en 1239. De Marie de N. il eut deux enfants ; 
Godej&roy II et Adenorde. 



— 79 — 



xn. 



Palluau n (GeoflFroy de) , chevalier , seigneur de Montré- 
sor , entreprit , en 1255 , le voyage de la Terre-Sainte. Il laissa 
trois enfants : Geoffroy III , Hargnerite et Rftrine , religieuses 
à la Virginité, du Mans. 

xni. 

Palluau ni (Geoffroy de), chevalier , seigneur de Montré- 
sor, créa une rente annuelle de six livres, au profit de l'ab- 
baye de la Virginité 9 du Mans (1297). Il eut entre autres en- 
fants : Bouchard II et Godefroy. 

XIV. 

Palluau n (Bouchard de), cl^fvalier, seigneur de Montré- 
sor , la Mothe, Luçay-le-Mal , etc..., fit don d'une rente de 10 
livres à Fabbaye de ViUdoin^ en 1310; mourut sans postérité 
en 1319, et fat enterré ^ns Féglise abbatiale de Villeloin. 
Sa succession échut à Geoffroy son frère. 

XV. 

Palluau iv (Geoffroy, ou Godefroy), chevalier, seigneur 
de Montrésor, Luçay-le-Mal , la Mothe, etc., constitua par 
acte, en date de 1325, en faveur de l'abbaye de Villeloin, une 
rente de 5 sols , à prendre sur les revenus de son château de 
Montrésor. Suivant Chalmel , il épousa Iseult de Sainte-Maure , 
dont il eut: 1^ Pierre; 2^ Isabelle, femme de Guillaume, sûre 
de Bneil; 3"^ N..., mariée à N. seigneur de Chàteaun^if , auquel 
elle porta en dot la terre de Luçay-le-Mal. 

XVI. 
Palluau, (Pierre de), chevalier, seigneur de Montrésor, 



— 80 — 

créa y au profit de l'abbaye de Baugerais, une rente de quatre 
setiers de seigle , en 1371. Il laissa un fils nommé Jean. 

XVII. 

Palluau (Jean de) ^ cheyaliery seigneur de Montrésor, mou- 
rut, saus postérité 9 en 1373. Montrésor passa ensuite^ à titre 
d'héritage y dans la maison de Bueil , par suite , sans doute, de 
l'alliance d'Isabelle de Palluau avec Guillaume, sire de Bueil, 
dont nous avons parlé. 

a 

XVIII. 

Bueil (Jean de),) chevalier, seigneur de Montrésor, Bueil, 
la Marchère , St-Calais , etc.'., conseiller et chambellan du duc 
d'Anjou , lieutenant-général des provinces de Touraine , Anjou 
et Maine , sénéchal de Beaucaire , de Mimes et de Toulouse , 
mourut vers l'an 1 390. Il époi:^ en premières noces Anne d'A- 
voû*, et en secondes, Isabeau de la Roche. De son premier 
mariage sont issus: V Jean IV; 2"^ Guillaume^ seigneur de 
Vaujours , maître des eaux et forêts de Touraine » à 250 livres 
de gages, 1387 ; 3® Pierre , seigneur du Bois, bailli de Tou- 
raine, mort en avril 1414; 4°Hardouin, évéque d'Angers, 
mort le 19 janvier 1438 ; 5® Catherine , mariée en 1409 à Pierre 
de ViUaines , seigneur d'Yvetot ; 6"^ Jeanne, femme de Jean, 
seigneur de llle-Bouchard; 7* Marguerite , épouse de Jean de 
Brezé , seigneur de la Varenne. 

XIX. 

Bueil iv (Jean de), chevalier, seigneur de Montrésor, Cour- 
celles, Chàteau-Fourmont, la Marchère, Saint-Calais , etc..., 
épousa Marguerite Dauphine, dame de Marmande, dont il 
eut : 1' Jean V ; 2* Louis , seigneur de CUnchamp et de Sainte- 
Julittc, mort à Tours, dans une joute contre un anglais, 
en 1 446 ; 3^ Pierre , seigneur de la Mothe-Sonzay ; 4* N. , femme 



- 84 - 

de Beaudouin , seigneur de Crenon ; 5^» Anne, mariée à Pierre 
d'Amboise , seigneur de Chaumont. Jean lY signala sa valeur 
dans les occasions les plus périlleuses contre les Anglais, aux- 
quels il enleva un grand nombre de places fortes de Guyenne, 
n fut tué à la journée d^Azincourt , en 1415. 

XX. 

BuEiL V (Jean de) , chevalier, seigneur de Montrésor , comte 
de Sancerre , amiral de France, surnommé le fléau des Anglais , 
inunortalisa son nom par les nombreux et décisifs avantages 
qu'il remporta sur ces étemels ennemis de notre pays. Il les 
chassa du Mans et de tout le Maine, et en défit quatre mille , 
près de Beaumont-le- Vicomte, avec deux cents honunes d'ar- 
mes seulement , en 1431 . Il fut fait amiral au siège de Cher- 
bourg, et suivit Louis XI , n'étant encore que Dauphin , dans 
le voyage que ce prince entreprit en Allemagne. Ce monarque 
lui donna le bâton de maréchal de France au commencement 
de son règne , et l'honora du coUier de son ordre à la première 
promotion. Il épousa eu premières noces Jeanne de Monte- 
jean, dont il eut Antoine de Bueil, comte de Sancerre, et en 
secondes (1456), Martine de Turpin de Crissé. De ce dernier 
mariage sont issus : 1^ Edmond, seigneur de Marmande et de 
Faye-la-Vineuse , mort en 1495 ; 2® Françoise. Jean de Bueil V 
décéda en 1475. Par acte du 5 mars 1451 , il avait vendu la 
terre de Montrésor à André de Villequier. 

XXI. 

Villequier (André de) , vicomte de la Guerche, seigneur de 
Montrésor , Villequier , Menetou-Salon , Marcunes , Iles d'Ole- 
ron, etc..., capitaine de 50 hommes d'armes, premier gentil- 
homme du roi et gouverneur de la Rochelle , épousa , en 1 450 , 
Antoinette de Maignelais , dont il eut deux enfants : Artus et 
Antoine. Il fit son testament sous la date du 15 juin 1454, et 
mourut dans la même année. 



— 82 — 



XXII. 



Viluquieh (Artus de), vicomte delà Guercbe, seigneur 
de Cholet , Étableaux , Montrésor (en partie] ^ deux paît» de 
cette terre lui ayant été adjugées par un arrêt du Parlement 
en date du 24 juillet 1489 , mourut avant 1490, sans laisser 
d'enfants de Marie de Montberon. 



XXIII. . 

ViLLEQUiER (Antoine de), frère du précédent, vicomte éd 
Saint-Sauveur, seigneur de Menetou-Salon et de Montrésor 
(en partie), couseiUer et chambellan du roi , épousa Cliarlotfie 
de Bretagne , dont il eut un fils , François , et mourut en 1490. 

XXIV. 

YiLLEQuiER (François de), chevalier, seigneur de Montrésor, 
de la Guerche (en partie), Escoubleau, Besehon, etc..., est 
mentionné dans un arrêt rendu par le Parlement le 4 sep- 
tembre 1490, au profit d'Anne Gaudin, dame de Martignv- 
Ferchault En 1493, lai terre de Montrésor fut vendue par 
décret à Imbert de Bastamay. 

XXV. 

Bastaunat (Imbert de), baron du Bouchage et d'Authon , 
seigneur de Montrésor, du Bridoré,de Moulins en Berry,etc., 
conseiller et chambellan du roi, rendit hommage au roi 
Charles VIIT , en 1 495 , pour sa terre de Montrésor. Il rendit 
des services assez importants au roi Louis XI qui le récom- 
pensa par l'érection en sa faveur du comité de Fesenzacl 
Nommé ambassadeur en Espagne par Charles Vin , en 1496 , 
il fit preuve d'une grande habileté dans les affales. Son nom 
figure parmi ceux des seigneurs qui assistaient à la réforme de 



■-^ - 




-- 83 -^ 

la coutume de Touraine, en 1507. Il mourut le 12 mai 1523 , 
et fut enterré dans l'églûe de Montrësor. De son mariage avec 
Georgette de Montchenu, marié le 2 août 4511 , sont issus: 
l"" Jean, mort en bas âge; 2'' François, qui épousa le 19 mai 
1502 Françoise de Maillé, et mourut le 9 novembre 4513, 
laissant trois enfants : René , seigneur de Montrésor, Anne , 
femme de Jean de DaiUon, comte du Lude, et Jeanne, mariée 
à Jean Poitiers, comte de Saint-Yallier. 

XXVI. 

Bastabivay (René de), comte du Bouchage, baron d'Authon , 
seigneur de Montrésor, Bridoré , St-Michel , etc., né le 9 oc- 
tobre 1513, fonda le 26 mars 1521 l'église collégiale de Mon- 
trésor qui fut dédiée aux deux saints Jean, le troisième 
dimanche de TAvent 1532 , par Pierre , évéque d'Embrun. Il 
mourut en novembre 1580. Dlsabeau de Savoie de Tende ^ il 
eut 7 enfants: l*" Claude^ baron d'Authon, gouverneur du 
Mont-St-Michel, né le 27 septembre 1544, mort sans enfants 
le 18 novembre 1567 ; 2"^ René ^ né le 1 1 septembre 1549 , mort 
Jeune ; 3® Françoise , femme de François d'Ailly , dont nous 
parlerons plus loin ; 4*" Marie , née le 27 août 1539 , mariée à 
Guillaume de Joyeuse ; 5"* Jeanne , née le 15 décembre 1540, 
épouse de Bernard de la Valette , amiral de France ; 6® Henrie, 
née le 26 janvier 4542 ; 7"" Gabrielle, née le 14 mars 1546, 
femme de^Gaspard de la Châtre , seigneur de Mancey (contrat 
du 15 janvier 1570); elle épousa en seconde noces Martin du 
Bellay, prince d'Yvetot. 

xxvn. 

AiLLY (François d') , chevalier, vidame d'Amiens, seigneur 
de la Mairie, et de Montrésor, du chef de sa femme Françoise 
de Bastarnay qui eut ce fief en dot. Françoise étant morte 
le 17 octobre 4617, sa succession, de laquelle la terre de Mon«- 
trésor faisait partie , échut à Henriette-Catherine de Joyeuse. 



-84- 

xxvin. 

Lorraine (Charles de) y duc de Guise et de Joyeuse , prince 
de Joinville, etc., chevalier des ordres du roi, gouverneur 
de Provence et amiral des mers du Levant , grand-maître de 
France, né le 20 août 1591, fut seigneur de Montrésor, du 
chef de sa fenune Henriette - Catherine de Joyeuse , veuve 
d'Henri de Bourbon de Montpensier, prince de Dombes. 
En 4621, il vendit la chàtellenie de Montrésor à Henri de 
Bourdeilles , et mourut le 30 septembre 1640. 

XXIX. 

Bourdeilles (Henri de), marquis .d'Archiac , vicomte de 
Bourdeilles , seigneur de Montrésor et de la Tour-Blanche , 
sénéchal et gouverneur du Périgord, capitaine de c^nt 
hommes d'armes, mourut le 14 mars 1641, laissant *deux 
enfants de son mariage avec Madelaine de la Châtre : 1" Fran- 
çois-Sïcaire, marquis de Bourdeilles et d'Archiac , conseiller 
du roi, capitaine de cent hommes d'armes, mort à Paris 
le 8 mai 1672 sans avoir été marié; 2^ Claude, seigneur de 
Montrésor. 

XXX. 

Bourdeilles (Claude de) , comte de Montrésor, conseiller 
du roi , abbé commendataire des abbayes de Brant<^me et de 
Launoy, s'attacha à la fortune de Gaston^ duc d'Orléans. 
En 1636, ce prince s'étant uni avec le comte de Soissons, 
dans le but de renverser l'autorité du cardinal de Richelieu , 
le comte de Montrésor et Henri d'Escars furent chargés de la 
direction de cette affaire, qui abandonnée et reprise plusieurs 
fois, fut enfin découverte, et se termina parle supplice du 
marquis de Cinq- Mars. Claude de Bourdeilles échappa à la 
colère du cardinal-ministre, en se sauvant en Angleterre. H 
fut crié à son de trompe , et ses biens furent saisis. Après la 



— 85 — 

mort de Louis XIII, il revînt en France et recouvra ses do- 
maines par Fentremise de la duchesse de Chevreuse. Les rela- 
tions qu'il eut avec cette dame , alors bannie de la Cour, lui 
attirèrent les persécutions du cardinal Mazarln. Le prévôt de 
risle Tarréta à Paris y renferma à la Bastille , puis le transféra 
au château de Yincennes d'où il ne sortit qu'au bout de qua- 
torze mois , en 1647 , grâce à la puissante intervention de 
Marie de Lorraine, damoiselle de Guise. Il mourut le 2 juil- 
let 1663. On a de lui des Mémoires contenant une foule de 
pièces curieuses sur les intrigues de son temps. 

XXXL 

Frange (Philippe de)^ duc d'Orléans^ de Valois, de Chartres, 
de Nemours et de Montpensier, 2^ fils du roi Louis Xm, né 
le 21 septembre 1640 , acheta la terre de Montrésor après la 
mort de Claude de BourdeiUes , et la revendit presque aussitôt 
à Paul de Beauvilliers. Suivant un historien, une demoiselle 
de Guise, Marie de Lorraine sans doute , aurait possédé une 
partie de Montrésor ; mais ce fait n'est pas prouvé. 

xxxn. 

Beauvilliers (Paul de), duc de St-Aignan , comte de Mon- 
trésor, de Buzançais, de Chaumont et de Palluau, baron de 
la Ferté-Lnbaut, de la Salle-lès-Cléry et de Lussay , pair de 
France, chevalin des ordres du roi et premier gentilhomme 
de sa chambre, ministre d'État, gouverneur du duc de Bour- 
gogne , lieutenant-général et gouverneur des ville et citadelle 
du Havre et des châteaux de Loches et de Beaulieu en Tou- 
raine , obtint en 1707 , que la terre de la Lardière , dépendant 
de ceUe de Montrésor en fut distraite, pour être unie à sa 
baronnie de la Salle-lès-Cléry. Il mourut le 31 août 1714. Par 
contrat du 20 janvier 1671 , il avait épousé Henriette-Louise 
Colbert de Seignelay. De ce mariage sont issus: 1^ Louis, 
comte de St-Âignan, né le 10 janvier 1690 , mort le 2 décem- 
bre 1705 ; ï» N., chevalier de Malte, mort en 1695 ; 3' Paul- 

9 



— 86 — 

Jean-Baptiste, comte de Serry, né le tO août 1692, mort 
le 25 novembre 1705; 4*" Jean-Baptiste- Joseph , marquis de 
Beauvilliers, né le 9 août 1693, mort en 1694; S*" Marie- 
Françoise, née en 4672, morte en 4674; 6® Marie-Antoinette, 
née le 28 janvier 1679 ; 7** Marie - Geneviève , née le 16 mars 
1680 ; S"" Marie-Louise , née le 9 août 1681 ; 9'' Marie-Thérèse, 
née le 22 octobre 4683 , religieuse ; 10* Marie -Henriette, née 
le 44 avril 1685, mariée le 19 décembre 1703, à Louis de 
Rochechouart , duc de Mortemart; 11*" Marie- Paule, née 
le 9 avril 1686 ; 12« Marie, née le 19 septembre 1687 ; 13» Ma- 
rie-Françoise, née le 24 septembre 1688, morte en janvier 1716. 

- xxxni. 

Beauvilliers (Paul-Hyppolite de), frère du précédent qui lui 
avait légué entre autres terres celles de St-Aignan et de Mon- 
trésor, pair de France, duc de St-Aignan, comte de Montrésor, 
baron de la Ferté-Hubert , etc., chevalier des ordres du roi, 
gouverneur et lieutenant-général des ville et citadelle du 
Havre, et des château et villes de Loches et de Beaulieu, 
bailli-d'épée du pays de Caux , brigadier des armées du roi, 
ambassadeur en Espagne , membre de l'Académie française, 
né le 25 novembre 1684 , épousa par contrat du 20 janvier 
1706, Marie-Geneviève de Montlezun de Besmaux dont il eut : 
1» Paul-François , comte de St-Aignan, né le 16 août 1710, 
mort le 7 Janvier 4 742 ; 2* Paul-Louis , né le 8 novembre 1 71 1 ; 
3** Paul-Hyppolite , capitaine de vaisseau , né le 26 décembre 
1712; 4» Paul-Louis-Victor, né le 24 octobre 1714; S'» Paul- 
François-Honorat , chevalier de Malte, né en 1724 ; e^» Marie- 
GenevièVfe, née le 27 janvier 1709; T" Marie-Paule-Françoise, 
née le 5 juillet 1720 ; 8*» Marie-Anne-Paule-Antoinette, née 
le 26 juillet 4724 ; 9*» Marie-Paule-Thérèse, née le 10 décem- 
bre 1729. 

XXXIV. 

Beauvilliers (Paul-Louis de] , 2® fils de Paul-Hyppolite , 
duc de ^^t-Aignan , copite de Montrésor, baron de la Ferté- 



— 87 — 

Hubert ^ etc.^ pair de France^ chevalin des ordres du roi; 
épousa en furemières noces, en 4 745, Augustine-:Lé(»iie-01ympe 
de Buliion-Fervaques » et en secondes , par contrat du 22 no- 
yembre 1753^ Charlotte-Suzanne Desnos de la Feuillée. Du 
premier mariage sont issus: 1<> Paul-Élienne, marquis de 
Beauviiliers , né le 26 décembre 1745 ; V Charles-Paul-Fran- 
çois, comte de Buzançais , né le 17 décembre 4746; 3* Anne- 
Paul-François y dit comte de Montrésor, né le 29 décanbre 
1747. Du second lit : 1» Paul-Marie- Victoire; 2* Colette-Marie- 
Paule-Hortmse. 

XXXV. 

BEAtrviLLiEtis (Paul-Marie- Victoire de) , duc de St-Aigûan , 
pair de France, était seigneur de Montrésor (en partie), en 1790. 

XXXVI. 

Beàxjvïliierô (Charles-Paul-François de), comte de Buzan- 
çais, né le 17 décembre 4746, possédait un tiers de la chfttel- 
lenie de Montrésor, en 1790. 

xxxvn. 

Boghe-Aymon (Antoine-Charles-Gtiillaume de la), marquis 
de la Bodie-Aymon , jouissait aussi en 1790 d'un tiers de la 
chàtellenie de Montrésor, du chef de sa femme , Golette-Marie- 
Paul-Hortense de BeauTilliers , fille de Paul-Louis de Beauvil- 
liers et de Charlotte-Suzanne Desnos de la Feuillée. 

Chauvigny : d'argent à 5 fusées de gueules , posées en fasce, 

au lambel de sable à 6 pendants. Cri de guerre : Cheyaliers 

pleuYent ! 
PxLLtJAtj : d'or, au chevïtm de gueules aceent»igM <lè tr5is 

aubisoings d'azur, la queue de sinople> deui en t^f (et ttii 

en pointe. 
BuEiL : éeartdé, au 1 «t 4 dlasiir» m «nôssaul; iMp|fuiA4'ar- 



- 88 - 

gent accompagné de 6 croix recroisettées an pied fiché d'or, 
qui est de Bueil : au 2 et 3 de gueules à la croix ancrée d'or, 
qui est d'Avoir ; et sur le tout y écartelé au 1 et 4 de Dau- 
phiné au 2 et 3 de Champagne ; cimier : un casque surmonté 
d'une tète de cygne : supports : deux léopards ; devise : St- 
Jehan de Bueil. 

YiLLEQuiER : de gueules , à la croix fleurdelisée d'or et alaisée, 
cantonnées de douze billettes de même. 

Bastarnay (Imbert de): écartelé d'or et d'azur. — Bastabhai 
(René de) : écartelé au 1 et 4 écartelé d'or et d'azur y qui est 
de Bueil ; au 2 de gueules à la croix d'argent , qui est de Sa- 
voie : au 3 écartelé , au 1 et 4 de gueules à l'aigle double 
d'or, qui est de Lascaris ; au 2 et 3 de gueules , qui est de 
Tende. 

AiLLY : de gueules à deux branches d'alisier d'argent en dou- 
ble sautoir, au chef étiqueté d'argent et d'azur de trois 
traits. 

LoRRAmE (Charles de) : écartelé au 1 et 4 d'or à la bande de 
gueules chargée de 3 alérions d'argent ; au 2 et 3 de Guise. 

BouRDELLEs : d'or à deux pattes de griffon de gueules onglées 
d'azur , et posées en contrebande l'une sur l'autre. 

Fraivge (Philippe de) : de France au lambel de 3 pendants 
d'argent. 

Beauviluer : fascé d'argent et de sinople, les fasces d'argent 
chargées de 6 merlettes de gueules, 3,2,1. 

Boghe-Aymon : de sable au lion d'or armé et lampassé de 
gueules , l'écu semé d'étoiles d'or (1). 



Wulson de la Colomb. , U2. — P. Ansel., i , 176, 187. — ui, 4Ô5, iv, 
705, 723, TU, 61, 568, 428, 501, 847, 848, ix, 58, 896. — Castelnau., 
Mém. 11, 5Î0. — Tbaumas. , Ilist. du Berry, l. vu, 514, xi, 858. — GalL 
christ., édit. 1656., iv, 156.— Acher. Spicil. ffl, c. ii, 275.— Dict. gén. 

(l) Sané cle trèfles d*or, suiTaiit an bMdîile pea esUmé. 



— 89 — 

héraid. et hist. delaChes. de B. T., 57, 177, 211,501, 348, 549, 461, lu 
584, m, 178,' 179, IV, 180, 452, 615, 616, vi, 190. — Hist. des comtes 
d'Anj., trad. parMaroll., Bibl. de Rouen, coll. Leber, n<* 5561 . — Goût, de 
Tour, de Dufrementel, — Hist. de Tours, par Chalmel, m, 205. — Dict. 
herald, de l'arrond. de Loches, de Dufour, i, 276, ii , 49, 51 , 52, 56, 520 
et suiv. — De Gourcelles, Dict. herald, et géu. de la nobl. de Fr., ui, 469, 

— Vascosan m. catal de maréch. de Fr., 19, 27. — La Roque. , Hist. de la 
mais, de Harcourt, it, 4184. — 1568.— Pigan, Descript. delaFr., vu, 17, 
18. — Boulain v. Eut de la Fr., vi, 40,[41.— Relief., Hist. gén. de Fr., 
I, 385.— Rigor. de Gert., Philip. Aug. ap. du Ghes., v, 27.— Ëxpil., Dict. 
des Gaul. et de la France, art. Montrés.— A. Duchesne, Hist de la mais, de 
Montmor. , preuv. 405. — Du même : Hist. de la mais, de Ghatell., 270. 

— Calendrier des princes et de la nobl. de France, année 1767, p. 25* — 
Souvenirs de la mar. de Gréqui, m,118,4l9,x,ii. — Almanach hist. 
de Touraine pour 1790. — Bellanger, Tour. anc. et mod. , 497, 498, 575. 
— Mém. communiq. —Dict. hist. gén. des familles de l'anc. Poitou, par 
R.-Filleau, i , 654, 656. — Dict. hist. de la nobl. de Fr. , i, 91. — Essai 
critiq. sur Vhist. de Gharles Vil, par J. Delort , 138, 139, 228. — Ghalmel, 
Tabl. chronol.— Notice div. sans orig. — Mor., édit. de 1687, i , 487, 645, 
847, II, 287, 288, 852, 877, m, 225, 226, 655. Même aut. suppl. de 1755, 
1, 110, m, 177, 178, 202, ii, 215. —Même aut. édit. de 1759, viii, 422. 
— Lhermite-Souliers. — Alman. roy. de 1720-47. — Ann. du dép. d'Indre- 
et-Loire pour 1855, p. 47. 



-90 — 



*»"— ^— ^ 



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sim 



L'ANCIEN FIEP DE BOUSSAY (Indre-et-Loire), 
pae j.-x. carré db bussbeollb , 

Mmbre do lu Société avchéoltgiqiM 4e T^qiiiÎM. 



Boussay , Booslay , Boucée ^ Bussiacum, BoocbayQin, est un 
ancien fief , situé sur la rive gauche de la Glaise » à une lieue 
environ de Preuilly, dont il relevait. Dans le cours du XI* 
siècle, son église dépendait de Fabbaye de St - Pierre de 
Preuilly. Plus tard le bénéfice fut à la nomination alternative 
de Farchevéque de Tours et des abbés de Harmoutier et de 
St-Julien. L*église actuelle et la chapelle qui la joint , du côté 
du nord , furent fondées vers la fin du XY "^ siècle par les 
seigneurs du lieu , qualifiés dans plusieurs actes de patrons de 
St-Laurent de Boussay, et y ayant, en vertu de ce titre , les 
droits de litre funèbre et d'armoiries au-dedans et au-dehors, 

de sépulture» de recommandatiou spéciale aux prières , etc 

La chapelle ne fut d'abord qu'un monument élevé à la mé- 
moire de Madeleine Fumée, dame de Boussay, par Jean de 
Menou en 1 592. Dans le principe on la plaça sous l'invocation 



— ai- 
de saint Sébastien et de saint Antoine , puis , quelques années 
après, sous celle de saint Philippe. En 1823 , le tombeau de la 
châtelaine , que l'on dit être l'ouvrage d'artistes italiens , fut 
enlevé du chevet de l'édifice , et posé près de l'entrée septen* 
trionale où il est encore. L'église et la chapelle n'offrent rien 
de remarquable sous le rapport des arts. 

De l'ancien château de Boussay il ne reste plus qu'un bâti- 
ment appelé donjon , deux tours rondes et une autre carrée , 
le tout présentant les caractères propres aux constructions du 
xiii'' siècle. Le corps de logis et son aUe droite , bâtis sous le 
règne de Louis XY, s'harmonisent mal avec Tarchitecture 
sévère et la physionomie belliqueuse des tours du vieux ma- 
noir. Elevé au fond d'une coquette vallée , dans une enceinte 
de douves qu'alimentent des eaux vives , ombragé de tous 
côtés par des ormeaux séculaires et des marronniers gigantes- 
ques dont la «verdure se confond avec celle des taillis qui cou- 
ronnent les coteaux , environné de promenades et d'avenues 
dignes d'une demeure princière , ce château peut être consi- 
déré comme une des plus agréables maisons de campagne de 
notre belle Touraine. Le paysagiste y trouvera matière à exer- 
cer ses crayons ; mais l'archéologue, tout en admirant^ pourra 
passer outre. 

Boussay ne fut jamais qu'un fief simple n'ayapt que des 
tenanciers. Plusieurs actes du xyiii^ siècle, époque féconde en 
usurpations nobiliaires , lui donnent à tort le titre de çhâtel- 
lenie. Au xiii' siôde il était humblement qualifié dedomus, 
domus de Boochayo, Le seigneur avait cependant les droits de 
haute, moyeime et basse justice. Ses plaids se tenaient ordi- 
nairement de trente jours en trentejours. Louis de Clermont, 
baron de Preuilly , par lettres du 21 octobre 1529 , l'autorisa 
à donner ses audiences de quinzaine en quinzaine. 

MM. Moisand et Audigé ont parlé dans leur Histoire du c<m- 
t&n de Preuilly, de certaines pierres situées sur un coteau, au 
couchant du château de Boussay , et dont la destination , selon 
eux 7 devrait avoir rapport au culte druidique. Nous avons, en 



— 92 — 

eiFet, constaté, à l'endroit désigné, la présence d'un grand 
nombre de quartiers de roches irrégulièrement espacés , parmi 
des chênes , et , examen fait de ces blocs , de leurs formes , 
de leur disposition et de leurs rapports , nous avons en vain 
cherché à nous rendre compte des motifs qui ont porté ces 
auteurs à voir dans tout cela un monument celtique. 

OhroAoloiltt htotvrlqaa dot Mifttmuv do BovMaf • 

I. Payen (Renaud de), chevalier , vivant en 1 190 , fut vrai- 
semblablement seigneur de Boussay. Peut-être était-il de la 
Maison de Payen , dont un membre , Hugues , Hugo de Pa- 
ganiSy fut un des fondateurs et premier grand-maître de l'or" 
dre du Temple , vers Fan 1 1 18. H eut deux enfants : Geof- 
froy P' et Barthélémy. {La ch. des B., VI, W.— Docum. man.) 

II. Payen P' (Geoffroy de), seigneur de Boûssay, cheva- 
lier-banneret de Touraine, est cité dans une charte de 1213. 
Quelques auteurs lui donnent le surnom de Chien ^ et ajoutent 
qu'il était seigneur de Sennevières. {La ch. des 5., VI, 90. — 
ChaUnel, III, 29i . — Doc. man). 

m. Payen (Barthélémy de) , seigneur de Boussay , cheva- 
lier-banneret , vendit au chapitre de Saint-Martin de Tours , 
moyennant 150 livres tournois, le fief de Preuilly, situé près 
de la basilique de St-Martin , suivant acte passé la veille de la 
fête de sainte Cécile , en novembre i210. D'Ëustache, son 
épouse, il eut un fils unique nonmié Geoffix>y. {Dict. de l'an, 
de Loches j de Dufour, H, 82. — Chahnel, m. 291 ,— Duchesne , 
Hist. franc, scrip., V. 264. ^Doc. rmn.) 

rv. Payen II (Geoffroy de), chevalier, seigneur de Boussay, 
de Sennevières, la Foi^e, etc., obtint en septembre 1256 des 
lettres d'Eschivard III, baron de Preuilly , qui lui assurèrent, 
ainsi qu'à ses successeurs , le droit de chasse dans les bois de 
Boussay et de Chambon , et sur les terrains avoisinant les 
domaines de la Forge et de Boussay in omnibus nemoribus quœ 
idem (Geoffroy) à nobis ienet in parochiâ de Boochayo et de 



— 98 — 

Chambonio , et circà do)no$ suas proprias de Boochayo et de Fur- 
^ûi 9 dit la charte. Il épousa Isabeau de Preuilly , .fille de Geof- 
froy IV , baroD de Preuilly et de Luce de N. Nous ignorons le 
nom de ses enfants. {Doc. man). 

V. Pàyen (Jean de) , chevalier , seigneur de Boussay , de la 
Forge 9 de Sennevières, etc., fit une transaction avec Fabbé 
de St-Pierre de Preuilly pour le droit de la rivière de Glaise , 
sous la date du dimanche après la St-Nicolas d'hiver de l'an 
1318. n eut une fille , Jeanne, qui épousa Nicolas de Menou et 
lui porta en dot la terre de Boussay. [IHct. de Varr. de Loches 
de Dufour, I, 180. — B. d'Hauterive, Not. sur la mais, de Afe- 
nou. — Ghalmely Bist. de Tour, j III, 294 — Bellanger, Hist. 
de la Tour, anc. et modj, 501 . — Généal. man.) 

VI. Menou n, (Nicolas de), seigneur de Menou et de Montgo- 
bert, près de Boussay, du chef de sa femme, Jeanne de Payen. 
est cité dans des actes de 4 330 et 1342. Il épousa en secondes 
noces Marguerite de Glermont de Thorigny , à laqueUe il fit une 
donation le 10 août 1358. Du premier lit sont issus P Jean de 
Menou I"; 2* Perrinet, mort en 1372; 3* Amaury , seigneur 
du Mée qui servit comme chef de compagnie sous les ordres 
du maréchal Boucicault et duc de Berry , et mourut sans pos- 
térité ; 4* Alix , femme de Véron, dit le Vert chevalier. Il eut 
de son second mariage Jean de Menou , seigneur de Montgo- 
bert, chef de compagnie et chambellan du roi Gharles VI. 
(B. d'Hauterive. Not. sur la Mais, de Menou. — Dufour, Dict. 
de Varr. de Loches, I, 180, ii, 419. 420 — Marolles, Mém. 387. 
— P. Anselme, VI, 56. — Généal. man. 

Vn. Menou P' (Jean de), chevalier, seigneur de Boussay, Sen- 
nevières, Longny, Jupilles. etc.. ., capitaine de 50 hommes d'ar- 
mes , chambellaff du roi et lieutenant de Louis de Bourbon , 
comte de Vendôme , épousa en 1369 Agnès de Galardon dont 
il eut : 1^ Jean qui fut décapité à Soissons, en 1414 , ainsi que 
Enguerrand de Boumonville , pour avoir suivi le parti du duc 
de Bourgogne; H" Perrinet, seigneur de Boussay; 3" GoUinet, sei- 
gneur du Mée , qui forma la branche de ce nom ; 4"* Isabeau , 



À 



— 84 — 

mariée en premières noces à Gaillaame de Tranchelion , m- 
gneur de Palluau , et en secondes noces à Robert de Hdlande , 
seigneur de Lamberville. (B. d'Haut. Not. sur la mus. de Men. 
— P. Anselme y II, 282. — Généal. man.). 

Vni. Meiiou (Perrinet ou Pierre de), chevalier, seigneur de 
Boussay et de la Forge , lieutenant du comte de Vendôme , fut 
élevé à la dignité d'amiral de France en 1416, parleDi^- 
phin Charles , régent du royaume. De son premier mariage 
avec Marguerite de Fougières (cont. du 5fev. 1402], il laiiwa 
l^ Jean II ; 2'' Philippe^ mariée le 20 mai 4425 à Louis de la 
Marche. Il épousa en secondes noces Marguerite de la Brosae, 
fille de Jean de la Brosse^ seigneur de la Tabarière , et de Co- 
lette ChaUlot, dont il n'eut pas d'enfants. (B. d'Haut. NoL sur 
la mais, de Menou, — Bellanger, Tour, anc* et mod.y 594. — 
DicU hist, desfam. de l'anc, Poitau, de B. Fillau, I, 495. — Dçtf. 
Dict. généal. de l'arr. de Loches j I, 181. — Généal. man.) 

IX' Menou II. (Jean de) , chevalier, seigneur de Boussay , 
la Forge, Yillegongis , Jupilles, Vauzelles, Narhonne, etc..., 
conseiller et chambellan du roi , capitaine de 50 hommes d'ar- 
mes , cham]>eUan du duc de Gigrenne (par lettres du 23 mars 
1469). mourut en 1473. De son mariage avec Jacquettede 
Chamborant , qui eut en dot 500 réaux d'or et la terre de Yau- 
zelles , située dans la baronnie de Cbàteauroux , en Berri , 
naquirent 1 ^ Trignant , seigneur de la Ferté , échanson du 
duc de Berri ; 2^ Philippe, seigneur de Boussay ; 3^ Catherine . 
dame de la Maisonfort , mariée, par contrat du 23 novembre 
1460, à Claude de la Châtre , seigneur et comte de Nancey. 
(Arm. gén.j ded'Hozier, 2®reg., 3' partie. — ^B. FiUau, IHcL hist. 
del'anc. Poitou, I, 502.— P. Anselme, VU. 367. — Moréri, 
Dict., hist. I, 846. — B. d'Hauterive , Not. sir ^ »wi*^- ^ ^^- 
nou. — La Ch. des B., I, 447). 

X. Menou (Philippe de) , chevalier , seigneur de Menou , 
Boussay, Pingre, Billy , la Forge, Charnizay , la Mercerie, 
Beauvollier, laThoratte, etc..,, chevalier de Tordre de St-Mi- 
pl^el , conseiller et chambellan du roi Louis XI ^ fut exempté 



I . 



— 96 — 

du ban et de rarrière-ban par le roi Charles Vm , suivant let- 
tres en date dn 25 octobre 1492. Il vendit la terre de Menoii en 
Nivernais, à Charles d'IUiers, par acte du 25 janvier 1500. 
D'Antoinette de la Touche de Yillaines, qu'il avait épousée le 
8 octobre 1474, il laissa :P René, seigneur de Boussay; 
2^ Anne, mariée le 25 avril 1494 à Antoine de Chàteauneuf , 
seigneur de Luçay et de Gargilesse en Berri ; 3* Philippe , 
femme de Jean Ysoré, seigneur de Fontenay et d'Amenon; 
4"" Perrine , mariée par contrat du 2 janvier 1505, à Antoine 
des £ssarts , seigneur de Thieux ; 5"^ Antoinette , femme de 
Louis du fau (contrat du 24 janvier 4 509) ; 6* Antoinette , 
religieuse à Glatigny. Philippe de Menou fut enterré , ainsi 
que son épouse, dans l'égUse de Boussay. (B. d'Hauterive, f^ot. 
sur la mais, de Menou. —P. Anselme, IV, 216, VII, 445, VIII, 
558. — Dufour, Dict. hist. de Loches j 1, 182. — Gén^ man.) 

XL MsNOu P' (Bené de] , chevalier , seigneur de Boussay, 
Chamizay , Mantbelan , BeauvoUier , la Mercerie , la Forge, 
etc. . . » écbanson de la reine et chevalier de Tordre du roi (prov- 
du 14 janvier 1514) , écbanson de la reine Eléonore ( lett. du 
H août 1530) 9 épousa , par contrat du 24 janvier 1509 , Claude 
du Fan de Mantbelan, dont il eut r Jacques , guidon de la 
eompagnie de 40 lances du comte de Villars , marié le 10 mars 
1544 , à Louise d'Ëtampes ; 2^ Jean , seigneur de Boussay . 
3** François , seigneur de Charnizay ; 4'» Albin , mort au ber- 
ceau ; 5^ Avoye , mariée l"" le 21 décembre 1 555 à Gaucher de 
Meslay , 2® le 13 décembre 1578 à Annet de Chàteau-Cbalons , 
ehevalier , seigneur des Ëffes, capitaine de 50 hommes d'ar- 
mes ; &* Antoinette , religieuse à Bives ; 7*" Claude ; S"" Louise 9 
religieuse à Lencloitre ; 9^ Bené, mort en bas âge. ( P. An- 
selme, VU, 370y 553. — D'Hauterive, Not. — Généal. man. de 
Menou et ChâL-Chal.) 

Xn. Menou III (Jean de) , chevalier , seigneur de Boussay , 
Mantbelan , la Forge , Chastres, Marage, etc.... chevalier de 
l'ordre du roi , gouverneur du château de Loches (prov. du 22 
sept^nbre 1568), eut ordre d'E^ojri , père du roi, de levep 



/■ 



— 96 — 

une compagnie de 200 hommes pour renforcer la garnison de 
la forteresse dont le commandement lui avait été confié, par 
lettres du 23 mai 1569. Il épousa en premières noces , Claude 
des Personnes , dont il n'eut qu'une fille , Marie, femme de 
François de Gaignon, seigneur delà Sainboire, suivant con- 
trat du 20 mars 1575 ; et en secondes noces , le 10 décanbre 
1569, dame Michelle de la Châtre. Sont issus de cette alliance , 
1^ Jean, seigneur de Boussay ; 2^ Claude , seigneur de Champ- 
livaut ; 3* René, prieur de Tabbaye de St-Pierre de Preuilly, 
mort en 1508 ; 4'' Philippe , seigneur de Manthelan ; d"" Joa- 
chim , chevalier de Malte; 6* Claude , mariée à Marin de Vaus- 
say, seigneur de la Barre (contrat du 15 juillet 1582); 
T Louise, femme d'Aimable de Ste-Fère, seigneur de Ville- 
genou; 8'' Françoise , mariée à Charles de Fougières , seigneur 
de Colombiers ; 9® Jacqueline , religieuse à Glatigny. (Dufour , 
Dict. de l'art, de Loches^ I, 182., II, 206. — Dict. gén. et héral. 
de là ch. des, B., V, 548. — B. Filleau, Dict, desfam. de Vane, 
Poitou , 1, 136. — Moréri, Dict. hist.^ I, 847. — GénéaL mon.) 

Xni. Menou V (Jean de) , chevalier , seigneur de Boussay , 
Billy, Méré , la Forge , etc..., gouverneur du Blanc euBerri 
(prov. du 6 juillet 1591} , capitaine du château d'Angles en 
Poitou (lett. de François de Bourbon, prince de Conti, en date 
du S5 décembre 1594), épousa, par contrat du 21 juin 1591 , 
Madeleine Fumée , dont il eut Bené , seigneur de Boussay. 
D'Anne de Bloys , qu'il épousa en secondes noces , il laissa : 
1 " Jean , seigneur de Billy ; ^ Charles , seigneur de Narbonne ; 
3* François, mort jeune; 4'' Philippe , major dans le régiment 
de cavalerie du prince de Tarente ; 5<> Henri, mort au berceau; 
6'' Oaude ; 7* Anne ; 8<' Gabrielle , mariée le 30 juin 1637 à 
Artus de Janvre, seigneur de Lussais ; 9^ Marie, femme de Jean 
de Meaussé, seigneur de la Richerie, suivant contrat en date 
du 12 avril 1632. (P. Ansehne, ii. 304. vi. Va.— GénéaL 
manus,) 

XIV. Menou II. (Bené de), seigneur de Boussay, Gemlly , 
Maray, la Forge près Preuilly, la Roche-d'AlaLs , }a Pémssière, 



- Ô7 — 

du Plessis , baron de Gourguain , fat choisi par la noblesse de 
Touraine en 1651 , pour dresser les cahiers qui devaient être 
présentés aux Etats-Généraux. Par contrat du 18 juin 1618 , il 
épousa Madeleine Fumée-des-Rocfaes-St-Quentin , fille de Mar- 
tin Fumée , seigneur des Roches-St-Quentin , et de Madeleine 
de Crevant. De ce mariage sont issus : 1* Jacques, aid&Hle-camp 
du maréchal de la Meilleraye , tué au siège de Gravelines à 
l'âge de 1 7 ans ; 2'' Louis , seigneur de Boussay ; 3** François , 
seigneur de la Roche-d'Alais ; 4"^ René , chevalier de Malte , 
commandeur de la Guerche ; 5"^ Edmond , prieur de Fabbaye 
de St-Pierre de PreuiUy , mort en 1699 ; 6*» Pierre, seigneur 
de Maray , lieutenant de vaisseau ; 7® Louis , abbé de St Mahé 
en Bretagne, mort en 1704 ; 8** Ysabeau, morte au berceau; 
9« Madeleine^ mariée 1** à Louis deBridiers, seigneur deNouze- 
rine; 2^ à Claude de Cluys, seigneur de Baptiste ; 40^ Claude, 
prieure de la Bourdillière ; 1 !<" Marie , religieuse à la Bourdil- 
lière ; 12'' Anne ; IS^* Madeleine , et six autres, mortes en bas 
âge : en tout dix-neuf enfants. D'un second mariage contracté 
le 16 avril 4664 avec Louise de Montfaucon, il eut quatorze 
eùfants dont dix moururent au berceau. (P. Anselme, II, 304^ 
VI, 423. — Arch. municip. â/Yzeures et de Preuilly, — Généal, 
manus,) 

XV. Menou (Louis de), seigneur de Boussay, Genilly, 
Rigny, la Forge, etc..., colonel au régiment de Touraine, fonda 
le couvent de la BourdiUière (paroisse de Genillé), dont la pre- 
mière prieure fut intronisée le 13 août 1662. En 1688 il remit 
au roi le droit de nommer la supérieure , droit qu'il s'était d'a- 
bord réservé. Etant devenu veuf à l'âge de 30 ans , il entra 
dans les ordres. De Catherine Perrot du Plessis il laissa : 
l9 René , seigneur de Boussay ; 2« Louis ; 3*» Roger , lieute- 
nant de cavalerie ; 4<» Charles , grand-vicaire du diocèse de 
Pamiers et doyen de St-Aignan ; 5<» Catherine, deuxième 
abbesse de la Bourdillière ; et trois autres filles, Anne, 
Marie et Agathe qui se firent religieuses. (Dufour, Dict. hist.j I, 
167. — Bellanger, Touraine anc, et mod. bSi.-^Gén, man,) 



— 9« — 

XYI. Menou m (Be&é de) , mignsor de Boussay, Big&y , U 
Forge, Bagneux, etc..., épousa en 1668 Dorothée Cbateigner , 
Me de Louis Cbateigner , sdgueur de Lussais et d'AndonvilIe, 
et d'Anne de Trégouin , dont il n'eut pas d'enfants. D'un 
second mariage (contrat du 5 février 1670) avec Claude-Marie 
Léaud de Linières, fille de Pierre Léaud, cœiseiUer d'état, et de 
Claude Morisse, il laissa : 1** René, seigneur de Boussay ; 
2^ Louis , abbé de Bonny-sur-Loire ; 3® Koger, tué au siège 
de Dénia eu Espagne , en 1710 ; 4® Edmond, abbé de St-Pierre 
de Preuilly, mort le 20 octobre 1758 ; à"" Marie; O*" Lomse ; 
7^ Dorothée; S"» Antonin ; 9^" Elisabeth, religieuse à la Bourdil- 
lière ; lO*" Claude ; li^" Françoise-Madcdeine, morte en 1737 ; 
IS"" Catherine , àbbesse de la Bourdilliàre ; 13<* GenevièTe. 
[GënéaL manus. — Arch. de Preuilly.) 

XVn. Menou (René-Charles, seigneur de Boussay^ Méré, 
GeniUy , la Forge ^ Bigny , des Roches-St-Quentin , de la Bo- 
che-^aux-Belins , Bossé, Preuillé, Bois-Bogue, etc..., briga- 
dier des armées du roi, épousa le 8 août 1715, Louise Léaod 
de Limères , fille unique de Jean-Marie Léaud , seigneur de 
linières, et de Marguerite-Louise de Montant. U laissa de ce 
mariage deux filles, l'une morte au berceau : l'autre > Louise- 
Marie-Charlotte qui fut mariée le 3 janvier 1746 à René-Fran- 
çois de Menou-Cussy, son cousin, et eut en dot la terre de 
Boussay. {Altnanach royal de 1749, 93. {Areh. de PremUly et 
d'Yzeures. — Genéal, manus). 

XYin. Menou (Bené-François de), seigneur de Boussay et de 
Gussy, maréchal des camps et armées du roi , chevalier de 
Saint-Louis , gouverneur de la citadelle d' Arras et de celle de 
Bayonne , eut de son mariage avec Louise-Marie-^harlotte de 
Menou, morte le 45 avril 1567 :V René -Louis- Charles, 
seigneur de Boussay ; S^" Elisabeth, née le 3 septembre 1750 , 
mariée à N. d'Anjou : 3* Jacques-François , né le 3 septembre 
1750 , député de la noblesse de Touraine aux Etats-Généraux 
en 1789 , président de l'Assemblée Nationale depuis le 31 maan 
jusqu'au 13 avril de la même année , gouverneur de Piânont , 



général de division , mort le 11 août 1810 ; 4® Philippe-Fran- 
çois-Denis , né le 9 octobre 1752 , reçu chevalier de Malte le 
14 mai 4777 ; 5° Marie-Louise- Antonine , née le 19 mai 1764 , 
morte en 175S ; 6*^ Marie-Joseph , né le 7 mai 1756 , mort en 
1790; 7o Agathe-Emilie, née le 16 septembre 1757 , mariée à 
N. prince de Broglie. (St- Allais , t. IV. — Bellanger , Tmr, 
anc, etmod.j 594. — Généal, man.) 

XIX. Menou (René-Louis-Charles de), seigneur de Boussay, 
épousa Anne-Michelle-Isabelle Ghaspoux de Yerneuil, fille 
d'Eusèbe-Jacques Chaspoux, marquis de Yerneuil, et d'Anne- 
Adélaïde de Harville, d'où : 1* Bené-Louis-François, seigneur 
de Boussay ; 2<» René reçu chevalier de minorité dans Tordre 
de Malte le 22 septembre 4 777 ; 3<» Anne-Denise-Félicité , née 
le 9 octobre 1 779 , mariée à Alphonse Savary , comte de Lans- 
côme. [Etat de la France , I, 398. — La ch, des -B., t. P'. — 
Dufour , Dict. de Varr, de Loches , ii. 441 . — {Généal. man.). 

XX. Menou (René-Louis-François de), seigneur de Boussay, 
marquis de Menou, né le 11 juin 1776, épousa, suivant con- 
trat du 10 janvier 1804 , Thérèse-Octavio-GabrieUe de Bro- 
glie , fille de Victor , prince de Broglie et de Rosine de Elen- 
roop, dont il eut plusieurs enfants, entre autres, René-Léonce , 
marquis de Menoù , et René-Octave , comte de Menou. 
(B. d'Hauterive, Not. sur la mais, de Menou, — Généal. man.) 

ARMOIRIES. 

« 

Maison de Pay^: Suivant un manuscrit du cabinet de 
Gaignières , Geoffroy de Payen , seigneur de Boussay , vivant 
en 1291 , portait : D'argent à la croix de pourpre. — Un mé- 
moire particulier attribue ces armoiries à Jean de Payen , 
seigneur de Boussay en 1318 : bandé d'or et d'azur de six 
pièces. 

Maison de Menou : Pierre de Menou , amiral de France , sous 
le règne de Charles YI , portait : de gueules à la bande d'or , 
partie avec un écusson d'azur chargé de trois gerbes d'or. 



I 



— 100 — 

(MaroUes , mém. 381). Plus tard, les divers membres de cette 
famille portèrent : de gueules à la bande d*or; supports : Deux 
femmes vêtues en façon de déesses ou de sybiUes de l'anti- 
quité avec des manteaux de gueules : Cimier : Une tête de 
maure de sable ; et plus récemment : De gueules à une bande 
d'or, supports : Deux anges portant chacun une bannière , 
celle de droite d'hermine plein , celle de gauche , d'azur semé 
de fleurs de lis d'or y cimier mm ange naissant , brandissant 
d'une main une épée flamboyante , et portant de l'autre une 
bannière aux armes de Menou. (B. d'Hauterive , Not. sur la 
mais, de Menou, — Généal. manus.) 



Wi 



— 101 



ÉTUDES 

D'HISTOIKE ET DE JDRISPRUDENCE 

SUR 

LES FORMULES DE SIRMOND, 

USITÉES DANS LA TOURAINE AU VIll* SIÈCLE. 



Adoption des enfants trouvés, — Affranchissement des esclaves. 

— Droit d'asile. * 

Noos nous sommes étendu longuement sur les fonctions du 
défenseur, parce que cette magistrature suprême dominait tout 
à cette époque. En dehors de ce rôle^ si noble et si beau^ nous 
ne Youlons pas rechercher quels étaient les pouvoirs exercés 
par révèque dans une autre sphère. Nous n'insisterons pas 
notamment , quelque attrait qu'ait pour nous cette matière , 
sur le pouvoir judiciaire qui lui était échu , comme un acces- 
soire et une conséquence naturelle de ses fonctions pastorales, 
pouvoir qui se prolongea durant tout le cours du moyen-âge et 
même au-delà , invoqué plus d'une fois par les laïques eux- 
mémesy et exerçant, par l'exemple de ses formes plus douces et 
plus éqpiitables , de la publicité de ses audiences et de la li- 
berté de discussion qu'elle autorisait, une influence heu- 
reuse , incontestable, féconde, sur l'organisation de la jus- 



— 102 — 

tice civile , sur la procédure et sur radoucissement des péna- 
lités, n y aurait pourtant là de belles choses à dire ; mais outre 
qu'elles ont été dites par d'autres , mieux que nous ne saurions 
le faire, ce serait à cette place un horsd'œuvre, car il n'y a rien, 
dans les documents venus à notre connaissance , qui soit spé- 
cial au viii* siècle , relativement à ce sujet. 

n vaut mieux nous arrêter sur de^ faits plus spéciaux à 
l'époque que nous avons entrepris d'étudier , et qui achève- 
ront de peindre les progrès lents^ mais réels, que faisaient alors 
les mœurs au milieu du chaos et de l'anarchie sociale. Nous 
allons parler de l'adoption et de l'éducation des enfants-trou- 
vés , de l'affranchissement des esclaves , et du droit d'asUe. 

Pour commencer par cette question des enfants-trauvés , 
agitée de nouveau dans notre siècle avec tant d'autres , qui 
attendent toujours une solution définitive (dont peut-être, 
après tout, elles ne sont pas susceptibles), tout le monde a lu, 
transcrits par Chateaubriand dans Je Génie du Christianisme , 
ces doquentes paroles qu'adressait saint Justin dans son Apolo- 
gétique à un empereur philosophe, humain et voulant le bien, 
mais impuissant à arrêter une corruption qui tenait aux insti- 
tutions religieuses et sociales du paganisme : « On expose les 
« enfants sous votre empire. Des personnes les élèvent ensuite 
« pour les prostituer. On ne rencontre par toutes les nations 
« que 'des enfants destinés aux plus exécrables usages et qu'on 
« noUrilt comme des troupeaux de bêtes. Tous levez un tribut 
« sur extx ; 6t toutefois , ceux qui abusent de ces petits inno- 
« cents j outre le crime qu'ils commettent envers Dieu , peu- 
€ vent abuser par hasard de leurs propres enfants. » Cette 
protestatioiî énergique , arrachée aux défenseurs du christia- 
nisme naissant, par la vue des infamies sociales de leur épo- 
que y avait été comprise ; une amélioration sensible s'était fût 
sentir dans la destinée de ces petits êtres souffrants et délais- 
sés.' Puis f d'ailleurs , depùii le temps où saint Justin dictait 
son apologie des chrétiens , le vieux colosse romain , lézardé 
de toutes parts , s'était affaissé sur lui-même. Uii grand prince 



— lOS ~ 

avait fondé sur les riyes da Bosphore la nonTelle capitale de ce 
qu'on appelait encore l'Empire d'Orient; les barbares avaient 
passé sur l'ancien monde , et l'univers avait été remué jusque 
dans ses fondements. À la suite de ces révolutions, de nouvelles 
idées s'étaient répandues pumi les peuples , et des mœurs plus 
pures avaient succédé à celles qni déshonoraient jadis la Rome 
des Césars. Aussi ne parait-îl pas qu'au viu* siècle la situa- 
tion de ces pauvres créatures , privées dès le berceau du sou- 
rire de leur mère et deshéritées des joies de là famille , fût 
aussi malheureuse , ni surtout aussi repoussante que cdie dont 
nous venons de voir le tableau retracé par le saint docteur. 
Mais leur nombre était grand encore et leur situation réclamait 
toujours d'énei^ques et actives consolations. À diverses repri- 
lies des efforts avaeint été faits par les souverains du Bas-Em- 
pire dans le but d'améUorer leur sort ; mais les résultats les 
plus importants avaient été obtenus , sur ce point comme sur 
tant d'autres y par suite de l'initiative zélée et persévérante 
des ministres de l'Évangile. 

Un fait surtout avait firappé l'attention vigilante des pon- 
tifes chrétiens. En divers endroits , de pauvres filles voulant 
éviter le déshonneur j fuir la réprobation publique , et cacher 
lés tristes résultats d'une séduction contre laquelle elles 
n'avaient point su se défendre , de pauvres femmes, poussées 
par la misère et n'ayant pas de quoi soutenir l'existence de 
leurs enfants , donnaient elles-mteies la mort aux innocentes 
créatures qui avaient puisé dans leur sein les germes de l'exis- 
tence. Pour obvier à ces criminels excès, pour mettre un 
terme à cette manie de l'inilanticide , qui a semblé un instant 
vouloir se reproduire de nos jours » les synodes de la plupart 
des églises firanques décidèrent qu'un endroit' spë(auil|''si^ 
préparé, sous les porches de chaque monumient r^^^iji^ ^^ ap9 
que l'on pût venir y déposer , pendant la nuit » les enî^ts qae 
les familles voudraient ainsi confier à la charité publique. Et 
la formule suivante, dont nous ne citons , afin d'abréger ,qci6 
le commencement , où se trouve d'ailleurs ce qui oï&è le plîis 



- 104 — 
d'intérêt , nous enseigne comment les choses se passaient à 
Tours, en pareille circonstance (i;. 
« Au nom du Seigneur, nous marguilli^ de l'ëglîse Saint- 

■ Martin , étant venu , dès l'aurore , pour inspecter selm 

■ l'usage le seuil de la basilique sacrëe , nous avons trouvé 

■ un en^t nouveau-né , en danger de mort, enveloppé dans 
« des langes. Nous l'avons recueilli , et après nous être enqnis 
* pendant trois jours et pbis , de ceui à qui il appartenait , 
« n'étant arrivé à aucun résultat , nous lui avons donné un 
« nom ; puis, mu par un sentiment de pitié, et voulant cher- 
« cher à entrer, autant qu'il était eu nous, dans les vues de la 
X miséricorde divine , nous avons cherché , parmi les fidèles , 

■ quelqu'un qui voulût se charger de nourrir et d'élever cet 

■ enfant. Ayant rencontré une personne charitable qui ccm- 
« sentait à en prendre soin , nous le lui avons confié. - 

On le voit, les hôpitaux des enfants-trouvés n'existaient pas 
encore; et l'hommequi sut trouver, dans son mfatigableardeur, 
le moyen de réunir des sommes assez considérables pour nour- 
rir des provinces entières désolées par la famine , le fervent 
ami des pauvres, saint Vincent de Paul, n'avait pas encore 
édifié le monde par ses vertus , ne l'avait pas encore ranimé 
par sa parole , consolé par son intelligent amour. Il n'était pas 
encore venu, au nom de l'Evangile, nous apporter ces institu- 
tions sublimes que le christianisme a reconnues , dès le pre- 
mier jour , comme inspirées véritablement par son esprit , et 
nous donner, & sa manière, le pendant des paroles de saint Jus- 

(1) ■ Nos quDqne In Del Domine matrlcularii sancU lllius , dotu inaluliid) 

■ horls ad ostla ipslus eccleeis observanda conTenisaemiit, iblqae infaiUm 
t Kmguinolentum, periculo mortis imminente, pannia involutum itiTenlmus, 
> et IpsI per Iriduum seu amplina apud pluree homines, Inqulslvimus quiî 

■ Bunm eaae dlcerel , el non InvenlinuB s cul nomen Ipeum impoauimus. Sed 

■ poatea plelale Inlerrenlente , el Domini misericordla opitulBote, ipaïun 
u Intantulum homlDl aUquo nomlne illo ad nuUieudum dedimiu... ■ Remar- 
qaoDs en passant combien le lalln de celte Tonnule eat npéiieuT i oelal 
de« autiea que notu citerons. 



— 105 — 

tÎD , en disant à de pieuses françaises : « Or sus, mesdames, 
« voyez si vous voulez délaisser à votre tour ces petits inno- 
« cents y dont vous êtes devenues les mères selon la grâce , 
• après qu'elles ont été abandonnées par leurs mères suivant la 
« nature. » Plusieurs siècles devaient encore s'écouler avant 
que les choses en vinssent à ce point : mais déjà pourtant , 
^'Église faisait ce qui était en son pouvoir ; et les tours , cette 
admirable inVention du génie chrétien , dont l'existence , en 
dépit du bon vouloir de l'autorité supérieure, semble menacée en 
France , depuis quelques années , par suite d'on ne sait quelle 
vieille tradition administrative et bureaucratique, les tours 
existaient déjà : au moins quelque chose d'équivalent, et qui 
les faisait pressentir, existait et offrait une ressource à k 
misère. Qu'était-ce autre chose en effet que ce vase de mar* 
bre (marmorea concha)^ placé à l'entrée de l'égUse , où l'on 
déposait les enfants , afin que les prêtres ou autres employés 
ecclésiastiques pussent les recueillir le matin et agir comme il 
est dit dans la formule que nous avons citée ? 

Mais cette formule elle-même ne dit pas tout. La personne 
qui demandait à être chargée de cet enfant devait obtemr l'au- 
torisation de l'évèque qui, comme prélat, et aussi comme 
défenseur, prenait sous sa protection suprême ces pauvres 
orphelins , s'intéressait à leur avenir , et ne les confiait qu'à 
des personnes capables de les diriger dans la bonne voie. 

Cela dit , un autre ordre de douleurs nous appelle mainte- 
nant; une autre classe de malheureux va fixer notre attention, 
n en est bien souvent ainsi dans l'histoire des institutions, 
conmiedans celle des hommes : l'écrivain qui en retrace même 
une faible partie doit s'estimer heureux quand chacune de 
ses pages n'est pas rempUe du récit de quelque infortune. 
Nous venons de parler des enfants-trouvés ; occupons-nous 
maintenant des esclaves. 

n y avait encore des esclaves en Touraîne au vra* siècle , et 
même, ce qui est triste à dire , des esclaves volontaires. Il se 
rencontrait des hommes qui , nés dans une condition libre. 



— lOe- 
consœtuiBnt à passer 8ons la dépendance d'un mattre, à loi 
ooucéder le droit de faire d'eux ce qoe bon Ini semblerait. Nous 
savons qu'à cette époque, il est vraii le mot d'esclave j on du 
moins le mot latin par lequel on rend communément cette idée, 
le mot servus , n'était pas toujours pris dans son sens littéral ; 
et que surtout cet état de soumission passive n'entrainait plus , 
comme dans l'ancienne Rome , l'anéantissement complet de la 
personnalité^ l'oubUde la dignité humaine. Noift savons qu'à 
cette époque tout le monde était classé , qu'on était leude , 
homme libre^ s^rf , colon , Me ou affranchi , et que la classe 
des esclaves, proprement dite, était considérablement dimi- 
nuée. Enfin , nous verrons plus loin que souvent des honmies 
libres, mais pauvres , dans le but d'échapper à l'oppression , 
se recommandaient à un plus puissant, et lui faisaient hommi^ 
du peu qu'ils possédaient, en échange de sa protection. C'est 
sans doute, et nous le croyons en effet, à cet état inférieur 
d'homme recommandé, ou à l'état plus miséraUe encore des 
colons qu'il est fait allusion le plus souvent quand les écri- 
vains du siècle qui nous occupe emploient l'ancienne expres- 
sion latinede servus. Pourtant, ilya, danslerecueU deSir- 
mond, une formule de vente d'un homme libre où les termes 
employés, pour développer les conditions de son nouvel état , 
indiquent bien , selon nous du moins , quelque chose qui appro- 
che smgulièrement de la servitude véritable. Comme il est venu 
à notre connaissance qu'il y a doute sur la question présente 
dans quelques bons esprits, nous soumettons humblement le 
texte de la dixiène formule de Sirmond au jugement de tous, 
laissant à chacun le soin de conclure (1) : 

(1) « Venditio de semetipso, qaaiiter homo liber venundetur.— Domino sem- 
« per meo illo, ego lUe. Placuit mihi at statum ingenuitatis mes in veslnim 

• deberem obnoxiaro Bervitlam, quod ita et feci. Unde accepi a te prelium, in 
« qnod mihi bene complacnit, solidos tantos, ita nt ab hodiema die qwiequid 

• deme servo^ tuo, sicut et de reliqua mancipia tua , faeere volwris, a die 
« prasente libérant in omnibus et firmissimam habeas potestatem. » La fin 
contient , comme dans touf les contrats , des clauses pâiales contre ceux qui 
YO'airont dans la suite y mettre obstacle. Nous ne la citons pas. 



— 107 — 

« Mot soussigné 9 à celui qui sera toujours mou seigneur et 
• maître. U m'a plu de quitter la condition d'homme librq 
« pour me soumettre à vous servir. Je Tai fait moyennant 
< une somme déterminée qite vous m'avez payée. En consé- 
« quence, à partir de ce jour, je serai à votre service; il vous 
« sera loisible défaire de moi ce que bon vims sablera , 5^mme 
« des autres personnes qui vous sont attachées par les liens de 
» la servitude. Vous aurez sur moi , comme sur tout ce que 
« je possède , une puissance entière et absolue. » 

De quelque expression qu'il faille se servir pour désigner 
l'état dont il est ici question , c'était toujours , a coup sûr, ui^ 
étrange contrat que celui qui modifiait à ce point la condition 
d'un homme libre , par un effet de sa propre voloinfé. Quelle 
était donc la cause pressante qui pouvait en faire consentir 
quelques-uns à de si tristes extrémités ? Ce n'était pas seule- 
ment , comme cela était arrivé dans d'autres contré^, le 
funeste résultat de quelque passion^ du jeu par exemple. 
Déjà du temps où Tacite écrivait ses pages immortelles , ou 
voyait en effet, dans la Germanie, des hommes qui, après avoir 
perdu toute leur fortune dans un dernier âan d'ivresse et de 
frénésie , jouaient encore ce que l'homme a de plus précieux 
dans ce monde , sa liberté. Ce n'était' pas même toujours l'im- 
possibilité de se libérer d'une dette contractée pour de plus 
nobles motifs. Non ; il y avait encore, il faut le dire , des cau- 
ses plus affligeantes. Le plus ancien de nos historiens , l'illus- 
tre prélat qui répandit sur le siège épiscopal de notre ville 
le triple '.éclat de son talent , de sa science et de sa vertu ^ 
saint Grégoire de Tours, en assigne une autre qui s'était pré- 
sentée de son temps , et qui dut se reproduire plus d'une fois 
lors des troubles qui suivirent et des fréquentes invasions aux- 
quelles la contrée était exposée de toutes parts. « Des pauvref^ 
« dit-il , se soumirent à la condition d'esclaves , pour avoir 
« du moins quelques aliments et pour soutenir leur malheu- 
« reuse existence. » 

Il parait même que cet usage se répandit ^ comme le consta- 



— 108 — 

lent diTers docamaits , et qae des malbeareux se donnaioit 
ainsi en gage pour quelques mois , et même pour quelques 
années , après quoi ils recouvraient leur liberté ; tristes expé- 
dients 9 sans doute , ressources déplorables, qui ne se peuvent 
guère concevoir qu'à des époques de misère générale , et sous 
une civilisation peu avancée , mais que , du reste , eu ^ard aux 
mceurs dû temps, justifiait pleinement la loi naturelle qui or- 
donneàrhomme,avant toutes choses, deconserver son existence. 
Ces cas d'esclavage volontaire , quelque fréquents qu'ils 
pussent être à une certaine époque, étaient d'ailleurs , relatî- 
vement parlant, assez peu nombreux. Une cause plus ordi- 
daire de servitude , soit volontaire , soit même forcée , était , 
comme no«s Tavons déjà fait pressentir , l'impossibilité de 
payer une dette. C'était un reste de la loi romaine qui faisait de 
la personne même du débiteur , en même temps que de* ses 
biens» le gage du créancier, loi qui se rencontrait déjà , mais 
plus douce à bien des égards , dans les coutumes des Germains 
avant l'invasion, et qui, modifiée successivement» par suite 
de l'influence toujours croissante de la civilisation , dépouil- 
lée de la rudesse des formes et de la froide barbarie qu'elle 
avait dans les siècles primitifs , s'est néanmoins perpétuée jus- 
qu'à nous et se retrouve encore dans nos codes modernes. La 
contrainte par corps » en matière civile ou commerciale, n'est 
pas autre chose , à proprement parler. 

Du reste , à l'époque dont nous parlons , la condition des 
esclaves s'était déjà bien améliorée. Les droits du maitre 
n'avaient guère varié en principe : mais il n'entrait plus dans 
les mœurs d'en user avec autant de féroce insouciance qu'à 
certaines époques antérieures. On n'était plus au temps où les 
esclaves étaient jetés dans les viviers pour servir de pâture 
aux poissons , où des milliers de ces malheureux étaient brûlés 
en guise de torches , pour éclairer d'une manière splendide les 
honteuses orgies des patriciens, où les guerriers vaincus, 
après avoir orné le triomphe du conquérant , ne sortaient plus 
que pour être livrés pêle-mêle avec les Chrétiens , à la dent 



— 109 — 

des lions et charmer du spectacle de lear douloarease agonie 
les loisirs du Peuple -Roi. Toutes ces horreurs de la vie 
romaine y toutes ces choses qu'on ne sait comment exprimer 
dans nos langues modernes, avaient heureusement disparu 
avec les derniers débris de l'Empire. Les nouveaux conquérants 
s'étaient montrés plus humains que ceux qui jadis les trai- 
taient si dédaigneusement de barbares. L'imagination des 
Francs , de ces nobles guerriers qui déjà , par le cours naturel 
de leurs idées , étaient portés à regarder comme une chose de 
grande importance la liberté humaine , s'était pliée facilement 
aux préceptes d'une religion qui a proclamé parmi ses dogmes 
que tous les hommes sont égaux parce qu'ils sont tous frères, 
et que nul ne peut disposer de sa propre liberté ni de sa pro- 
pre vie j pas plus que de la liberté ni de la vie de ses sembla- 
bles. Si donc il y avait encore des esclaves, ils étaient du 
moins considérés et traités comme des hommes ; et leur condi- 
tion , sans être heureuse , était devenue plus douce et plus 
tolérable. Puis, surtout, ce qui montre les tendances de l'épo- 
que vers un ordre de choses plus équitable et plus humain, les 
affranchissements étaient fréquents. 

De quelle manière s'accomplissaient-ils ? Voilà ce que nous 
voulons maintenant examiner. N'y avait-il qu'un mode uni- 
forme, généralement employé, ou bien en existait-il plusieurs? 
Sur ce point il pourrait peut-être y avoir quelque doute. 
Pourtant , il semble à peu près établi que les anciens modes 
d'affranchissement , jadis employés à Borne , et devenus pour 
la plupart d'un usage impossible , par suite du changement des 
mœurs , étaient tombés en désuétude , et que le seul qui fût 
usité d'ordinaire, était l'affranchissement dans les églises. C'est 
du moins le seul au sujet duquel il nous reste des formules. 
Nous allons citer celle que donne Sirmond. Bien que le style de 
ces formules soit peu attrayant , comme on a déjà pu s'en con- 
vaincre par celles que nous avons précédemment traduites , la 
plupart d'entre elles nous semblent néanmoins intéressantes 
par les indications multipliées qu'elles contiennent sur les 



— 110 — 

mœurs da temps ^ et par certains traits qui font connaître une 
époque , mieux que les plus savantes dissertations. Celle qui 
suit nous parait, entre autres , offrir ce caractère au plus haut 
degré. 

« Celui qui relève un esclaye de la servitude a la confiance 
« qu'il s'acquiert des titres pour la vie à venir , dans le sein 
M de la divinité. En conséquence, moi» homme libre et crai- 
« gnant Dieu , agissant dans la vue d'expier mes fautes , de 
« sauver mon âme et de conquérir des droits aux récompenses 
' étemelles, j'accorde, au nom du Seigneur, à l'esclave ici 
« présent, soumis jusqu'à ce jour à ma puissance» sa pleine et 
« entière liberté. Je le délie des devoirs que sa condition lui 
« imposait et, dans le sanctuaire de la sainte Église, dans 
« cette basilique élevée à la gloire de Jésus-Christ , au pied 
^ des autels , et en présence des ministres du Très-Haut , je 
« l'affranchis de tous les liens de la servitude, de telle sorte qu'à 
« l'avenir, comme s'il était né de parents libres» il pourra choisir 
« le genre dévie qui lui conviendra, aller où bon lui semblera, 

(1) « Qui debitum Bibi nexum relaxât Bervitium , prœminm in fatnro apad 
a Dominam sibi retribuere confldat. Igitur ego in Dei nomine ille , pro remedio 
« animœ ineœ vel œtema retributione servum juris mei nomine iUum ingenuom 
« esse prscipio, et in sacro sancta ecclesia beatissimi sancti illius, sub pnesentia 
CI sacerdotum ibidem consistentium , ante cornu altaris ab omni vinculo senri- 
« tutis eum absolvo, ita ut deinceps, tanquam si ab ingénu is parentibus fuiaset 
« natus vel procreatus , eat , pergat partem quam maluerit, et sicut alil cives 
m romani vitam ducat ingenuam. Et si aliqua procreatio illiorum vel flliarum ex 
« ipso orta fuerit, similiter vivat ingenua; et nulli heredum meorum vel cui- 
« cumque ali» personœ quicquam debeat servitutisnec libertinitatis obsequîum, 
« nisi soli Deo cui omnia subjecta sunt, vel pro cujus amoreipsum devotus 
« obtuli. Peculiare quod babet, aut in ante laborare potuerit, cessum in per- 
€ petuum habeat. Patrocinium et defensionem cuicumque se elegerit, In omni- 
« bus illius perfruatur arbitrio. Si quis vero , quod futurum esse non credo , 
« si fuerit aliquis ex heredibus meis, vel quislibét personœ qui contra banc in- 
a genuitatcm venire aut eam refragare prœsumpserit^ illud quod repetit non 
« vindicet, et insuper contra cui litem tulerit solidos sexaginta componet, et 
« pressens ingenuitas, meis vel bonorum hominum manlbus roborata, corn sti- 
a pulatione subnixa, omni tempore maneat inconvulsa. » 



.__i 



— 111 — 

« et mener 9 à l'exemple des autres citoyens romains , une exis- 
« tence entièrement indépendante. Et s'il lui naît des fils ou des 
« filles, qu'ils soient également libres. Qu'aucun de mes héri- 
• tiers , que nulle autre personne ne puisse réclamer de lui 
« l'obéissance à aucun titre ; il n'obéira désormais qu'à Dieu 
« seul» à qui tout est soumis , et pour l'amour duquel je l'ai 
« a&anchi. Ce qu'il peut posséder d'argent, ou ce qu'il gagnera 
« par la suite , je le lui abandonne en toute propriété. 11 
« pourra se choisir pour patron et pour défenseur qui bon 
« lui semblera* Et si quelqu'un, ce que je ne puis croire, 
« parmi mes héritiers et parmi les autres personnes , Tcut 
« jamais s'élever contre cet acte d'affranchissement et en 
« dénier la force, que les réclamations soient regardées 
« comme non avenues ; qu'en outre , il ait à payer comme 
« composition une somme de soixante solides. Et que le présent 
« acte d'affranchissement , signé de moi et de mes bons hom^ 
a mes, soit et demeure à jamais irrévocable. » 

Sans nous arrêter à la naïve profession de foi du début , qui 
parle assez d'eUe-mème , et montre suffisamment l'influence 
qu'exerçaient les idées religieuses sur un acte de cette impor- 
tance , nous avons dû souligner certaines expressions dans le 
cours de cette formule. C'est qu'en effet l'on retrouve là, plus 
que partout ailleurs, ce singulier mélange des idées romaines 
qui subsistent encore par l'effet d'une longue habitude , des 
idées venues du dehors et apportées par la conquête , et des 
idées modernes qui déjà se forment , mélange qui nous semble 
constituer » par dessus tout , le caractère de cette époque 
tourmentée. C'est ainsi que, dans cette Touraine, où le nom de 
Rome avait laissé une impression si profonde , près de l'Aqui- 
taine, où se conservaient encore les vieilles traditions, et dont 
les seigneurs la disputaient souvent aux Francs (tellement que, 
vers la fin même du siècle qui fait l'objet de notre étude , une 
expédition dirigée contre l'Aquitaine commença par le pillage 
et l'incendie de la malheureuse ville de Tours), c'est ainsi • 
diBonfr4ious , que les hommes libres y prennent encore à çettç 



— 112 — 

époqae le titre de citoyens romains. Pais, à côté , les principaui 
d'entre ces hommes libres , ceux dont on aime à invoquer le 
témoignage , et à réclamer la signature , ceux qui peuvent être 
membres de la curie , figurer comme juges ou comme témoins 
au tribunal du canton , ce sont déjà les bons hommes , les 
mêmes qui deviendront les scabins de Charlemagne. Enfin , 
entre ces deux expressions , en apparaît une troisième , sur 
laquelle nous aurons à revenir ultérieurement, la composition , 
c'est-à-dire le mode de réparation venu des Romains , ce qui 
deviendra , avec le temps , les dommages^iniéréts modernes. 

Nous pourrions faire remarquer encore une belle définition 
de la liberté^ « L'absence de toute dépendance , si ce n'est vis- 
« à-vis de Dieu , à qui tout est soumis. » Et nous pourrions 
même , à ce sujet , nous demander si c'est dans qudques ex- 
pressions de cette formule (eat , pergat quam partem voluerit ) 
ou dans quelques autres formules analogues , que les rédac- 
teurs de la Constitution de 1791 ont puisé l'idée de cette liberté 
à tout homme d'aller , de rester , départir^ qu'ils ont inscrite 
au frontispice de leur œuvre. Mais nous ne voulons pas pro- 
longer cette petite discussion , qui rentre un peu dans le ton 
des commentaires. Nous ne l'avons entamée qu'en pensant que 
c'est peut-être , après tout , en descendant à de pareils détails, 
qu'on parvient le plus aisément à prendre une idée tout à fait 
juste des époques. Maintenant, nous en avons assez dit; 
hàtons-nous d'arriver à quelque chose de plus intéressant , au 
droit d'asile. 

C'est là, sans contredit , une des particularités du moyen- 
âge , qui sont restées le plus pi*ofondément gravées dans le 
cœur et dans les souvenirs du peuple. Plus d'un écrivain célè- 
bre en a tiré des scènes romanesques , et tous les historiens 
confessent à l'envi que c'est un des bienfaits dont les popula- 
tions se sont montrées le plus touchées , et le plus reconnais- 
santes. C'est une noble et grande idée, en effet, que de met- 
tre ainsi le malheureux , l'opprimé , le criminel lui-même sous 
la protection de la divinité : c'est un magnifique spectacle que 



._. 1 



— 118 — 

de Toir successivement les guerriers , les prévôts, les sei- 
gneurs, les justiciers, les hommes d'armes s'arrêter au seuil 
du lieu saint , et s'incliner en frémissant , parce que la vic- 
time qu'ils traînaient au supplice est parvenue à briser ses fers, 
et s'est réfugiée à l'abri de l'autel. Sans doute il fut plus d'une 
fois violé par des hommes que les plus saintes prescriptions 
trouvaient sourds et inflexibles , ce droit qui reposait entière- 
ment sur une pensée d'indulgence et de pitié , que la force 
n'appuyait pas toujours , et qui trouvait son principal soutien 
dans le respect qu'inspirait l'Eglise aux hommes les plus cruels 
et les plus inaccessibles à toute idée de justice et d'humanité. 
Toutefois , il rendit d'incontestables services à une époque où 
la force brutale ne rencontrait d'autre obstacle que l'idée chré- 
tienne : et, avec la trêve de Dieu, ce fut un des plus puissants 
préservatifs contre la barbarie des premiers âges féodaux. 

Belativement à ce droit si précieux , nous ne savons guère 
de spécial au xviii* siècle que deux anecdotes. La première s'est 
passée assez loin de Tours; mais elle nous semble si propre à faire 
connaître les hommes de cette époque » que nous ne saurions 
résister au plaisir de la citer , si connue qu'elle soit d'aiUeurs. 
Lors des premières luttes de Charles Martel contrePlectr ude et les 
Neustriens , les soldats de Ghildéric II , honteusement vaincus, 
prirent la fuite à travers la forêt des Ardennes. Plusieurs d'en- 
tre eux , pour échapper à une mort qui semblait inévitalile , se 
réfugièrent dans la petite église d' Amblef . Parmi ceux-là , il y 
en eut un qui eut le pied mutilé d'un coup de sabre , au mo- 
ment où il entrait dans le lieu saint pour y chercher un asile. 
Transporté de rage , et voulant faire respecter dans sa per- 
sonne un droit qu'il croyait avoir été violé , le pauvre blessé 
porta sa plainte devant le chef austrasien. Charles mande à 
l'instant le coupable , et lui demande un compte sévère de sa 
conduite. Mais tout fut expliqué, quand le soldat eut dit pour 
excuse que la jambe du fugitif était encore en dehors de l'église 
lorsqu'il avait porté le coup. Renvoyé sur cette défense , il fat 
absous par un éclat de rire. 



— 114 — 

L'autre anecdote nous transporte à Textrémité 4u siècle » an 
règne de Charlemagne. Au fracas des armes , elle oppose le 
silence et robscurité des cellules monacales , aux agitations 
des camps ,^la vie calme et monotone dudoitre ; et peut-être , 
au premier aspect , offre-t-elle moins d'intérêt ; mais elle a 
pour nous Tincontestable avantage de s'être passée à Tours , 
dans la basilique de St-Martin. 

Un clerc , cité devant la juridiction épiscopale, avait été con- 
damné, en vertu des saints canons , et renfermé dans les pri* 
sons du chapitre, à la suite de ce jugement Parvenu à s'échap- 
per , peut-être avec l'appui de qudques moines , il se réfugie 
dans le cloître de l'église Saint-Hartin , et prétend échapper , 
en invoquant le droit d'asile y au châtiment qu'il avait juste- 
ment mérité. Peu convaincus sans doute de leur bon droit, 
mais voulant faire respecter l'asile qu'ils avaient off^^t au 
condamné , les protecteurs du clerc fagitif le cachent dans les 
profondeurs de leurs cellules , et refusent hautement de le 
livrer à l'évêque Joseph I^ , qui occupait alors le siège métro- 
politain de la ph>vince de Tours. Vainement le prâat fait appel 
à la soumission qu'ils lui doivent ; vainement il fait parler les 
livres saints et les décrets des apôtres. La querelle s'envenime 
et en vient à ce point que les cénobites, oubliant les règles les 
plus vulgaires du respect dû aux supérieurs , font subir des 
affronts publics au succes^ur de saint Gatien, de saint 
Lidoire et de saint Grégoire de Tours. Un instant même il 
fut question d'employer, de part et d'autre, la force comme 
argument suprême. Mais heureusement le pieux pontife se 
montra plus sage et plus modéré que les moines insurgés con- 
tre son pouvoir. Ne pouvant les réduire par le respect , il fit 
appel à une autorité plus capable de les intimider, et , sur sa 
demande formelle , Charlemagne intervint. Certes , de pareils 
faits doivent paraître incroyables aux hommes de nos jours ; et 
si quelque chose d'analogue, eu égard même à la différence des 
temps , venait à se reproduire aujourd'hui , une immense risée 
accueillerait seule ces prétentions rivales, et la querdle ^cmi 



— 116 — 

terminée par le ridicule. Mais alors, c'était chose sériease, parce 
qae de semblables débats pouvaient se reproduire partout , 
comme conséquence naturelle des institutions ; et non-seule- 
ment les interprètes de la loi et les docteurs de Téglise , mais 
les bourgeois , les seigneurs , les princes s'agitèrent à l'occa- 
sion de cette querelle. Les esprits étaient sérieusement préoc- 
cupés 9 et Charlemagne jugea si à propos d'intervenir , qu'il 
écrivit aux moines une lettre que les historiens nous ont soi- 
gneusement conservée^ et dans laquelle^ après avoir repoussé 
leurs prétentions si outrecuidantes , et surtout la manière dont 
ils les avaient appuyées , après avoir flétri , dans les termes les 
plus énergiques , ce qu'il nomme leur sottise et leur folle ob- 
stination y îl les rappelle vertement à leur devoir , les somme 
de rendre à l'évèque son prisonnier, et leur ordonne de com- 
paridtre devant sa royale personne , pour subir , en présence 
de sa cour , la punition de leur audace. 

Voilà quels étaient les hommes de cette époque. Ces deux 
anecdotes peignent d'une manière exacte leurs mœurs et leur 
manière de vivre. Il en était de tous les droits un peu impor- 
tants, comme de ce droit d'asile : on les admettait en principe ; 
mais dans l'application, il se rencontrait toujours quelques 
hommes disposés à les contester, d'autres à en abuser ; et de 
là des scènes de désordre. Il est curieux, au reste, de rap- 
. prêcher du fait que nous venons de citer relativement au droit 
d'asile en Touraine , la note suivante que nous avons trouvée 
dans les Tablettes chronologiques de Chalmel : 

« Au mois de juin 1459 , arrêt du grand conseil , ordonnant 
« la rémtégration dans le cloître de St-Martin , d'un homme , 
« qui s'y étant réfugié, en avait été arraché par la force pour 
« être mis en prison. ^ 

Yoilàdonc, qu'àplusdesixcentsansde distance, après les ré^ 
formes de saint Louis , après le règne si prosaïque et si légiste 
de Philippe IV , au moment où va commencer la grande lutte 
de Louis XI contre la féodalité , se reproduit dans la même 
ville , dans le même cloître , une scène en apparence analogue 



— 116 — 

à celle qae nous avons signalée sous le rè^e du grand Karl, 
à une époque où la pompe de la cour impériale parvenait à 
peine à déguiser le malaise social , où les institutions n'exis- 
taient qu'en germe j où la féodalité n'était pas encore organi- 
sée. En apparence, c'est presque la même anecdote renouvelée ; 
mais, en allant au fond des choses, une différence profonde sé- 
pare les deux faits ; dans celui de 1459, un progrès bien réel se 
manifeste, et le chapitre de Saint-Martin joue un r61e bien plus 
conforme à la mission du clergé , toute de paix et d'amour, n 
n'est plus question de moines révoltés contre leur évèque, fai- 
sant évader un prisonnier , refusant de le rendre, et menaçant 
d'avoir recours à la force pour faire triompher leurs préten- 
tions. Les chanoines du xv® siècle ont simplement ouv«^ à 
un homme qu'ils voyaient dans le malheur , l'asile promis à 
tous les affligés : puis , quand la force publique est venue le 
réclamer , voulant éviter tout scandale , ils ont cédé devant la 
force , se réservant de faire valoir leurs droits ou plutôt les 
droits de l'infortune , à l'aide des formes légales ; ils s'adres- 
sent à l'autorité judiciaire , et le résulat de leur appel est le 
triomphe de la protection accordée a la faiblesse ; c'est la réin- 
tégration du prisonnier dans son asile qui aurait dû toujours 
demeurer inviolable. Au viii^ siècle rien de semblable ne s'était 
passé ; il y avait eu révolte , il y avait eu lutte , et une lutte 
engagée d'une manière brutale et grossière : aussi le résultat 
avait-il été funeste pour le pauvre clerc fugitif. 

En agissant comme ils l'avaient fait alors , les moines 
s'étaient montrés , du reste , conséquents avec eux-mêmes ; 
c'était l'époque, en effet, où les historiens nous montrent une 
partie assez notable de la milice sacrée occupée à toute autre 
chose qu'à veiller sur l'arche du Seigneur : les évèques, ou du 
moins quelques-uns d'entre eux, allant en guerre , ou partant 
pour la chas$e avec une suite nombreuse de serviteurs armés , 
et , pendant ce temps , les membres du clergé inférieur et les 
moines faisant des conjurations pour résister à la domination 
grandissante de l'épisoopat , comme devaient faire plus ttoxl les 



- llî — 

habitants des villes pour se constituer en commune. Ce fait, 
si triste qu'il soit , n'a pas droit , après tout , de nous étonner : 
nous lavons déjà dit, Charles Martel, en distribuant à ses leu- 
des , à titre de récompense nationale , les bénéfices ecclésiasti- 
ques, avait singulièrement contribué à introduire, dans le 
clergé ce même esprit d'anarchie qui régnait dans les hautes 
classes delà société. Depuis lors , ceux des ministres de l'autel 
qui avaient conservé pure et intacte la tradition des vertus, 
du recueillement et de la prière , gémissaient amèrement sur 
l'inconduite et Tinsubordination de leurs frères. Le haut 
clergé se voyait obligé de sévir avec plus de rigueur qu'il ne 
l'avait fait jusque-là ; et ce ne fut pas un des moindres mérites 
de Charlemagne que d'avoir rétabli l'ordre dans ce corps qui 
était , en définitive , la principale sauvegarde de la société , de 
l'avoir rehaussé en lui imposant des conditions plus sévères de 
science et de moralité , de l'avoir épuré, par suite de ses efforts 
persévérants , et de l'avoir rendu digne , en un mot , d'être 
une fois encore l'unique défenseur de la patrie lorsque paru- * 
rent les Normands , dont on voyait déjà poindre les blanches 
voiles à l'horizon , sur toutes les mers, ot qui allaient fondre 
sur l'Empire dès que la puissante main du grand homme no 
serait plus là pour le protéger et le défendre. 

Quoi qu'il en soit , le droit d'asile et la trêve de Dieu dont 
nous ne dirons rien , parce que c'était une loi générale et 
qu'elle n'a présenté aucun fait spécial à notre province , les 
secours donnés aux enfants-trouvés , l'impulsion imprimée à 
l'affranchissement des esclaves^ furent d'immenses services 
rendus à la société d'alors ; ils expliquent déjà d'une manière 
suffisante la reconnaissance et l'affection des peuples. 



8 



-= lié 



Dons et legs faits au clergé. — Phases diverses de la législation relative aox 
propriétés de main-morte.— Institations civiles de la Touraine au viu* siècle. 



Un fait, dont les liistoriens n'ont pas toujours tenu assez de 
compte , et que ce^iendant quelques hommes judicieux ont 
suffisamment mis en lumière , un fait important, et qui expli- 
querait à lui seul, en dehors de tout service rendu, Ie« liens de 
sympathie qtii unissaient les populations au clergé du moyen- 
âge , c*est qu'alors , c'est que notamment à l'époque dont nous 
parlons , au viii* siècle , la composition du clergé était entiè- 
rement plébéienne. On s'est quelquefois demandé ce qu'était 
devenu le peuple dans les premiers siècles de notre monarchie, 
on s'étonne de ne pas le voir figurer dans les récits des his- 
toriens; et vraiment, il semble qu'il sorte d'un long som- 
meil , à l'époque de la révolution communale. Une obser- 
vation bien simple répond à ce fait. Que l'on songe à ces nom- 
breux monastères qui couvraient le sol de notre patrie : qu'on 
examine avec soin la liste de ceux qui les haintent , et bien des 
doutes seront levés. Parmi les serfs, parmi les colons , parmi 
les ouvrier^', parmi tous ceux , en un mot, qui, nés dans les 
clasi^es opprlinées, se sentaient une iutelligenœ capable de 
compfëïidre les grandes chose» , un courage capable d'affron- 
ter le» dbBfacleft, parmi ceux-lii se recrutaient ces innom- 
brables ouvriers de l'Év^ingile , dont la voix allait proclamant 
par le monde les vérités qu'avait apportées à la terre le l'ils 
de Dieu. Le prêtre et le moine avalent des franchises que 
nul autre ne possédait ; par eux la liberté rentrait dans le 
monde, et le peuple, qui se reconnaissait en eux, prenait 
patience en les voyant à l'œuvre. Sans doute, les grands, 
les hommes d'armes , les seigneurs occupèrent quelque- 



— lia — 

fois les bénéfices : mais les véritables ministres de l'aatet 
étaient des hommes sortis des classes inférieures » les vassaux , 
, les clients de ces grands seigneurs , leurs serfs d'hier , devenus 
leurs égaux , en vertu du caractère sacré dont ils étaient revê- 
tus y disposés à leur reprocher leurs fautes, avec la franchise 
évangélique j obtenant une influence réelle sur l'esprit de ces 
hommes grossiers , et plaidant souvent avec succès devant eux 
la cause des opprimés. 

Ce fait était , à lui seul, un des grands services rendus par 
la religion à la société d'alors. II n'y avait pas un des membres 
de ces classes inférieures , si tourmentées d'ordinaire , et si 
malheureuses y qui ne pût trouve!* quelque consolation en 
levant les yeux , et en apercevant dans une sphère supérieure 
quelqu'un qui lui tendait la main , qui se préparait à le défen- 
dre , un ami , un parent , naguère méprisé et foulé aux pieds 
comme lui , maintenant honoré comme prêtre , admis à la table 
du seigneur, qu'il dominait de sa double supériorité^ comme 
savant et comme ministre de l'autel , qu'il avait mission de 
rappeler à ses devoirs au nom de Jésus-Christ , qu'il instrui- 
sait du haut de la chaire sacrée , et que souvent il amenait par 
ses conseils à des mœurs plus douces , à une vie plus intelli- 
gente , plus humaine, plus réglée. 

Autour de ce fait important, que l'on réunisse, que l'on 
groupe parla pensée tous ceux que nous avons déjà signalés , 
que Ton se souvienne de cette protection toujours active et 
zélée , souvent efficace envers et contre tous : et l'on ne s'éton- 
nera pas que le clergé ait été entouré de tant d'amour , comblé 
de si nombreux témoignages de reconnaissance ; l'on compren- 
dra qu'aux approches de l'an mille ^ lorsque, voyant venir 
cette époque fatale , les peuples , par suite d'une fàusie inter- 
prétation de quelques paroles du Sauveur, furent ' p^ngâ 
dans les angoisses et les terreurs de la fin du ihonîï^',^un 
motif d'intérêt venant alors se joindre à de nombr&ùk motifs 
de gratitude , et l'espob , si puissant sur les hommes d'alors , 
d'obtenir en retour de leurs libéralités^ des prières capables 



— 120 — 

de faire onblier leurs fautes, venant stimuler les moins géné- 
reux, les donations entre vifs et testamentaires» faites aux 
ministres de r£vangilc , se soient multipliées d'une façon si 
surprenante, et aient mis entre leurs mains de si prodigieuses 
richesses. 

Ce phénomène s'était déjà produit , au reste , quoique dans 
des proportions moindres , dès les premiers siècles du christia- 
nisme. On sait que dans les Agapes , où se réunissaient les fidè- 
les , chacun apportait s(m offrande , et qu*ainsi se constituait 
une fortune spéciale, un patrimoine à part, destiné au soulage- 
ment des pauvres , au rachat des captifs , au soutien de toutes 
les classes souffrantes. Plus tard , quand les chrétiens se fu- 
rent multipUés , et qu'il leur devint plus difficile de se réunir 
ainsi dans des assemblées intimes , chacun se fit un devoir , 
pour continuer l'ancienne tradition , de faire des dons autant 
qu'il était en son pouvoir. 11 ne venait à l'esprit de per- 
sonne, en ces temps^rimitifs , que le dépositaire de ces dons 
put en abuser : c'était!^ fortune des pauvres ; ou la confiait à 
celui qui était leur protecteiu» naturel. Et puis, du reste, quel- 
ques-uns de ces présents étaient faits , dans l'intention du 
donateur, à la personne même du prêtre , qui souvent n'eût 
pas eu , sans cela , de quoi soutenir son existence. Ù ne faut 
pas oublier , quand on parle aujourd'hui de ces faits, après 
dix siècles féconds en révolutions de toute nature , comment 
les choses se passaient à ces époques reculées. Le clergé n'était 
pas au moyen-àge, comme de nos jours, une classe 
de fonctionnaires rétribués par l'Etat : c'est là une idée mo- 
derne , une conséquence forcée des spoliations accomplies pen- 
dant la révolution ; le prêtre était alors un homme choisi par 
ses co-religionnaires , quelquefois le plus pauvre de tous , 
d'antres fois riche par lui-même , mais toujours , et c'était ce 
qui déterminait l'élection , l'un des plus instruits , des plus 
vertueux et des plus méritants. Il recevait un mandat gratuit , 
qu'il exerçait avec conscience , qui absorbait désormais tous 
ses instants , et dans l'accomplissement duquel il sacrifiait sou- 



x_. 



T ' «--^ _ .,. 



— 121 — 

vent sa fortune privée. Il était de plus le père des pauvres , le 
soutien des orphelins , le consolateur obligé de toutes les mi- 
sères et de toutes les souffrances. Qu'y a-t-il d'étonnant à ce 
que les personnes qui l'avaient investi de leur confiance s'em- 
pressassent de lui fournir tous les moyens de la justifier ? il 
arriva donb , dès les premiers siècles , que d'immenses dona- 
tions furent faites au clergé. Un édit de Constantin avait per- 
mis aux fidèles de léguer aux églises la tota'ité de leurs biens , 
et Constantin lui-même avait donné l'exemple des libéralités. 
Ses imitateurs furent nombreux. 

Toutefois j comme il n'est rien de si sublime et de si sacré 
dont l'homme n'abuse quelquefois , et que , pour des motifs 
d'ambition ou pour toute autre cause , quelques membres du 
clergé en vinrent à être redoutables pour le pouvoir , l'autorité 
s'inquiéta de voir cette accumulation de fortune entre leurs 
mains. D'ailleurs, ces biens , ces propriétés de matn morte , ne 
pouvaient, à l'origine, être aliénés que pour des causes bien 
rares , telles que le rachat des captifs , l'embellissement des 
églises et autres semblables. A part ces cas , bien spécifiés dans 
les lois , les propriétés ecclésiastiques ne pouvaient être ni ven- 
dues ni même hypothéquées. Les gouvernements s'effrayèrent 
de voir une grande masse de biens ainsi enlevée à la circulation, 
et des princes , même favorables au clergé , s'occupèrent de 
mettre des bornes à sa fortune. Il en était déjà ainsi du temps 
de saint Jérôme. « Voilà, dit en effet cet illustre docteur , une 
K grande honte pour nous. Les prêtres des faux dieux , les 
« bateleurs , les personnes les plus infùmes peuvent être léga- 
n taires ; les prêtres et les moines ne peuvent l'être ; une loi le 
« leur interdit , et une loi qui n'est pas faite par des ennemis de 
« notre religion, mais par des princes chrétiens. Cette loi 
« même, je ne me plains pas qu'on l'ait faite : je me plains que 
« nous l'ayons méritée ; elle fut inspirée par une sage pré^ 
(( voyance. Mais elle n'est plus d'ailleurs assez forte contre 
« l'avarice : on se joue de ses défenses par de frauduleux fidéx-- 
« commis, » 



— 152 — 

Ces paroles de saint Jérôme jetteat une vive lamiëre sur la 
question. Peut-être pourrait-on nous objecter que le saint doc- 
teur, indigné que les clirétiens eussent mérité tant de défiance, 
a mis dans ses paroles une certaine exagération, qu'iJ a fait 
passer dans son style , en cet endroit comme dans bien d'au- 
tres , quelque chose de sa nature énergique et passionnée. 
Toutefois , il est certain que le double fait que nous venons 
de voir constaté par le solitaire de Bethléem se reproduisit 
sans cesse par la suite. De nombreux édits du v^ siècle s'op- 
posent, suivant l'expression même des législateurs , aux enva-- 
hissetnents du clergé ^ par voie de testament ou de donation , reti- 
rent des propriétés accordées , s'efforcent , en un mot , de met- 
tre des obstacles à laccroissement de cette richesse du clergé, 
déjà si considérable , et règlent ce nouveau genre de propriétés, 
dites propriétés de main morte, introduit avec l'Eglise. Mais 
toujours les mœurs prévalurent sur la législation ; le zèle aUa 
plus loin que des mesures dictées cependant , de l'aveu des 
plus sages , par une heureuse prévoyance. 

Puis surtout , ainsi que nous l'avons dit, quand vinrent 1<^ 
temps où le monde fut frappé de terreur , à la pensée que sa fin 
viendrait bientôt , appréhension que des calamités de toute 
nature , des pestes , des guerres longues et désastreuses , des 
famines, des dévastations fréquentes justifièrent, dans une 
certaine mesure , les hommes les plus avides pensèrent qu'ils 
avaient plus besoin de prières que de richesses ; et le pouvoir 
n'étant plus assez fort pour s'opposer à ces libéralités , n'en 
ayant même plus la pensée , les donations se multiplièrent 
d'une manière prodi^^ieuse. 

Par suite de toutes ces causes , pendant près de quatre siè- 
cles, et jusqu'aux premières années du xi°, la fortune du 
clergé s'accrut sans cesse, et devint assez considérable pour 
lui donner , durant tout le moyen-àge féodal , une puissance 
au moins égale à l'ascendant que lui donnaient sur les esprits 
les doctrines qu'il s'était chargé d'enseigner , ainsi que les 
mérites et l'habileté de ses pontifes. Au viii® siècle, cette for- 



Um^ n'avait pas encore àoqixm tout son accroisi^eineut ; !qaji3 
déjà les donations au clergé se multipliaient d'une mafiièi^p 
digne de fixer rattention. Dans les recueils de formules , Içs 
textes abondent pom* justifier ce dire. Nous en choisirons 
deux dont le début est assez significatif. 

« La un du monde étant proche, ainsi que Tannoncçat les 
R ruines qui se multiplient de toutes parts , et d'autres sign^ 
.« non équivoques, j'ai considéré l'énormité de mes fautes , et 
« je me suis souveçu de la bonté de notre Sauveur , q^i a dit : 
« Donnez , faites l'aumône , et tous vos péchés vous sei'oi)t 
a remis (1). » 

Ainsi commence la formule qui se trouve en tète du recujsil 
de Sirioond. Tous les historiens l'ont citée comme étant proba- 
blement d'un usage général. Celle qui vient ensuite est plus 
développée et surtout plus spéciale à la Touraine (2; : 

« La foi nous enseigne que si nous donnons aux lieux saints 
<« qudque portion de nos biens, ou si nous enriç^is^is^e 
« trésor des pauvres , cela nous sera rendu au centuple, dans 
« lëternité bienheureuse. Ayant donc confiance dws l'infinie 
. « miséricorde et l'incomparable b«mté de Dieu , je donne , par 
« les présentes , en toute propriété, à la basilique de St-Martin , 

(1) « Mundi termînum adpropinquantem ruinis crebrescentibus jam certa 
« signa manifestantur. Idcirco ego in Dei nomine ille , considerens gravitudi- 
« nem peccatorum meorum , et remihiscens bonitalem Dei dicentem , date 
* eleemosynam , et omnia munda fient vobis... » 

(2) « Si aliqaid de rébus np^tris locis sanctoram vel inBubsMuiiia pauperuin 
« conferinius, Uoc noJ^is procul dubio in œterni bealiludlne retribuere confidi- 
« mus.Ego quidem, de tanta misericordia et pietate Dominl conûsus, per hanc 
« epistolam donationis dono donatum que in perpetuum esse volo ad bo^t- 
« licam sancti Martini , ubi ipse pretiosns corpus quiescit , vel omnl congPB* 
« gationi ibidem consistenti, et venerabilis vir ille abbas prsesse videtur, 
« villam juris mel nuncupantem illam, sitam in pago iUo^ in condita illa, 
« cum terris, œdificiis, accolabus, mancipiis» libertis, vineis, sylvis, pratis, 
« pascuis, aquis, aquarunivc decursibus, cum exils et ingressis, mobllibus et 
«immobllibus, cum omnibus appendiciis sulsque adjacentibus, sicut à me 
« pnesenli lempore videtur esse possessum , tolum et Inlegrum de jure meo 
« in vestro vel sancti Martini jure proprietario trado ac traïufundo. » 



— 1Î4 — 

« où repose le précieux corps de ce Ténérable confesseur , ma 
H campagne située à tel endroit , ayec les terres , maisons , 
» vignes , près , cours d*eau , qui en dépendent , avec les 
« serfs, avec les appendices et toutes ses dépendances, en un 
« mot , le tout tel que je le possède actuellement. Je livre le 
« tout en vos mains pour être désormais le patrimoine de 
i< saint Martin. » 

Nous ne ferons au sujet de cette formule qu'une seule remar- 
que. On ne l'a pas lue sans observer, comme nous, que les 
serfs se trouvent énumérés parmi les dépendances de la pro- 
priété , pèle-méle avec les vignes , prés , maisons et cours 
d'eau , sans en être aucunement distingués. On reconnaît bien 
là ce servage , premier acheminement vers la domesticité mo- 
derne , état préférable de beaucoup à Tesclavage , mais état 
misérable encore , sur lequel nous aurons occasion de revenir , 
du reste , et qui faisai^ de l'honmie un appendice de la terre , 
un meuble qui en était inséparable^ ou plutôt , à vrai dire , un 
immeuble par destination , comme ceux qu'on trouve énumé- 
rés dans nos codes. 

Cette remarque étant faite , nous pourrions maintenant sui- 
vre , à travers les âges , cette propriété de nouvelle espèce, que 
nous avons montrée » dès le début, soulevant des objections 
de plus d'un genre. Et certes , ce serait un beau et vaste sujet 
si nous voulions l'entreprendre , que cette étude sur les biens 
de main morte , matière dont on s'est préoccupé à certaines 
époques , qui fait plus d'une fois encore l'objet des médita- 
tions les plus sérieuses des pouvoirs politiques de nos jours , et 
sur laquelle , en dépit de tout ce qu'on a déjà dit , il reste en- 
core tant à dire. Mais cela nous éloignerait trop de notre sujet; 
et, si intéressant que puisse être ce travail, ce n'est pas ici le 
lieu de l'entreprendre. 

D'ailleurs , sans nous écarter ainsi , sans même vouloir , ce 
qui prolongerait inutilement , citer les autres formules de Sir- 
mond , [car il en est jusqu'à quatre sur ce sujet , nous avons 
encore à nous demander , sous quelle forme se faisaient , au 



— 126 — 

VIII' siècle, ces donations , et de quelle manière étaient admi- 
nistrés les biens qu'elles accumulfiient ainsi dans les mains du 
clergé. 

Relativement au premier point , saint Jérôme nous a appris 
que de son temps^pour éluder les prescriptions sévères des édits, 
on avait recours à de frauduleux fidéicommis. Mais depuis 
l'époque où écrivait ce saint docteur, les choses avaient 
changé de face ; on faisait ces dons au grand jour , on s'en 
glorifiait même , comme d'un acte pieux et , pour ainsi dire, 
comme d'un devoir accompli. Aussi , les voyons-nous effectués 
sous toutes les formes. Tantôt c'est un legs testamentaire, tan- 
tôt c'est un acte entre vifs , par lequel on se dépouille immé- 
diatement. D'autres fois enfin , c'est un don fait par un homme 
de son vivant, et sous la forme d'un acte entre vifs, mais avec 
la réserve de la jouissance par le donateur , sa vie durant. U 
arrive même que des actes de vente sont simulés , actes dans 
lesquels on déprécie à ce point la valeur de l'objet vendu, que 
r la vente devient une libéralité. Cette dernière forme de dona- 

tion se rencontre toutefois assez rarement ; les autres modes , 
et surtout les legs testamentaires sont fréquenunent employés. 
^ Mais ce qui frappe ^ par dessus tout , dans ces actes , quelle 

■^ que soit leur nature , c'est la liberté illimitée dont semblent 

r jouir les donateurs. 11 n'est plus question de l'intervention des 

$ pouvoirs publics pour régulariser les donations , et personne 

V. ne semble penser à contenir, dans des limites raisonnables, un 

[j. zèle que tout le monde partageait alors , même lorsqu'il était 

• exi^éré. 

^ Quant à ce qui concerne l'administration de ces biens , les 

formules qui y sont relatives nous obligent, avant toute chose , 
à parler des Précaires (1). On nommait précaire^ dans la législa* 
tion romaine , une concession en usufruit , obtenue par des 
prières , et dont la durée dépendait uniquement de la volonté 






(0 Code Justinien, lib. 8, tit 9. — ZH'^., lib. 43, tit 26.— Form. Mareulf., 
IMissim.— Form. Sirmond, 7. , 



— i« — 

de cdm qui l'accordait. Le sens qu'on attache aujonrdliai àr«e 
mot, pris comme adjectif , i^pond as^ez bien , dans uiie c^<- 
taine mesure, ainsi qu'on peut le voir, à Tidée priimtiii>£. 
C*était , si Ion peut parler ainsi , une sorte de moyen terme 
• entre la donation et le prêt, différant de la donation ea ce qaw 
arait , en contractant , Tintention de reprendre plus tard b 
chose dont on se dépouillait provisoir^ient , différant du prêt, 
en ce que cette chose devenait, pour un certain temps , la pro- 
priété de celui qui avait obtenu la concession. Kous ne v^ous 
pas insister sur ces détails , nécessaires toutefois pour Heu éta- 
blir la nature de ce contrat , depuis longtemps tombé en dé- 
suétude. Disons seulement qu'au vxii'' siècle, c'était le mode 
généralement usité par l'EgUse, sauf de très-légères modifica- 
tions de détail , pour faire gérer ses propriétés foncières. Elle 
les donnait ainsi à bail, moyennant un cens déterminé, à 
aceux qui les lui demandaient , se réservant de i*ésoadre le 
contrat quand il lui plairait. Quelquefois die les concédait 
gratuitement, pour un temps indéterminé ; mais ce cas était 
très-rare ; le plus souvent elle exigeait une redevance. JI 
arriva plus d'une fois sans doute, que le concessionnaire, 
lorsqu'il était puissant et que sa protection pouvait être 
utile à l'Eglise , se dispensa de payer le prix du bsdl ; mais 
les pertes qui pouvaient être faites de cette façon , ^ 
trouvaient amplement compensées par de nouvelles dona- 
tions. Les précaires étaient donc , eu général , une source très- 
abondante de revenus. L'usage s'en multiplia sous les deux 
premières races de nos rois ; et , au viii* siècle, il y avait 
peu de propriétés appartenant à TËglise qui f usç^nt gérées au- 
trement. 

Nul n'ignore, du reste , qu'il y avait -des hommes spéciale- 
ment cliargés d'administrer les biens qui n'étaient pas doopés 
.là bail et de percevoir les revins- des autres. Ainsi nqus 
allons voir , dans le texte même de la formule de concession 
4es précaires , une mention expresse du recteur et des adminis- 
trateurs de l'église. Qu'ils se soient nommés dtailleurs ^eMomes 



— m — 

dans les couyents , apoerisiaires auprès des évéques ou par la 
suite auprès de TEmpereur (c'était en effet le nom que portait 
à la cour de Charlemagne le directeur des affaires ecclésiasti- 
ques)^ quelquefois même défenseurs de l'Église , quand leur 
administration était considérable , peu importe ; c'étaient tou- 
jours au fond des mandataires chargés de percevoir les reve- 
nus des précaires » d'administrer les autres biens , de veiller , 
en un mot , sur tous les intérêts pécuniaires de l'église , du 
monastère, ou du chapitre. Les dénominations variaient, sui- 
vant les localités ; elles changeaient avec les siècles ; c'est un 
détail sur lequel nous croyons inutile d'insister. 

Il est temps , d'ailleurs , de justifier nos assertions en citant 
la formule de concession des précaires, telle qu'elle est rap- 
portée par Sirmond. Sa lecture achèvera de dissiper tous les 
doutes qui pourraient encore rester sur ce point. 

« Au (1) vénérable et révérendissime recteur de l'église 

(1) « Domino venerabili illo rectori erclB^liB'lUîus, vel omni congrega- 
« tioni ibidem consistenli , ego enim ille. Ad meam petitionem vestra decre- 
« Tit voluntas ut mihi villam vestram sitam in pago illo , in condita iUa, in 
« loco nuncupante illo, cum omni merito ad se perflclente vel aspiciente, usu 
« fructuario ordine mihi conservare juberetis, quod ita et fecistis. Ëa vero ra- 
« tione at mihi exinde non liceat aliubl nec vendere» nec donare, nec in ullo 
« modo distrahere, 6eb sub vestro prœtexto^ quatenus decretum vestram 
« raanserit, hoc lenere et usurpare facîam. Unde consivi me annis singulis ad 
« festivitatem illius sancU partibus vestris reddere argentum tantum. £t post 
« meum quoque discessum suprascriptam rem omni integrltate et soliditate 
« tua , quidquid ibidem aspicere vel pertinere videtur, cum omni suprapo- 
« Btto, vel quicquid ibidem transitus meus derellquerit, absqueullius exspec- 
« tala tradltione vel judicum conslgnatlone, aut heredum meorum rcpetltione, 
« vos agentes que ipsius ecclesiœ in eoram faclent revocare potestatem vel do- 
« minationem. Et si fuerit aut ego Ipse, aut uUus de heredlbus meis, vel quis- 
« libet persono qui contra hanc precatoriam allquam calumniam vel repctitio- 
«I nem aut contemptam generare prsesumpserit , lUud quod repetit non vindi- 
tf cet, et insuper contra cui litenl intulerit centum solidos componat, et hxc 
« prsBcatoria , quamvis per diversorum annorum curricula a me fuisset pos- 
« sessa, nuUum prœjudicium vobis non pra;paretur, sed ila ilrma permaneat 
« quasi per quinquennium fuisset renovata , cum stipulatione subnixa , omnl- 
« que tempore Invioiata permaneat. » — II est sans doute inutile de nous ex- 



— 128 — 

« St-Martin et à toute la congrégation siégeant près de cette 
« église, moi soussigné, salut. Sur ma demande, et d'après mes 
« instantes prières, vous avez bien voulu décider que votre pro- 
« priété, située à tel endroit, avec tout ce qui y est attenant et 
« toutes ses dépendances, passerait entre mes mains à titre du' 
« sufruit; et en effet, je Tai re^ue sous cette conditoin. Par suite, 
« il me sera interdit de la vendre, d'en disposer gratuitement, 
<t d en distraire quoi que ce soit : mais, en votre nom, et vous 
n en réservant la propriété, je la gérerai et j'en recueillerai les 
« fruits. En retour , tant qu'il vous plaira de me la laisser, je 
« vous paierai , chaque année, le jour de la fête de votre saint 
« patron , une somme de trois mille solides ^environ cinq cent 
« trente francs. Et, après mon décès, la susdite propriété, dans 
« rétat où elle se trouvera dans ce moment, avec tout ce qu'elle 
« renferme actuellement et tout ce qui s'y sera ajouté pendant 
« ma gestion, retournera naturellement entre vos mains ou eutre 
« celles des administrateurs de l'Eglise, sans aucune objection 
a possible de la part de mes héritiers, sans aucun droit de muta- 
« tion à payer aux juges. Et s'il se trouvait quelqu'un, soit moi- 
« même , soit l'un de mes héritiers, soit toute autre personne , 
« qui voulût s'élever contre le contenu du présent acte, qu'il 
« soit repoussé et, de plus, condamné à une amende de cent soli- 
« des. Que cet acte n'enlève rien à vos droits de propriété; qu'il 
« ne vous cause aucun préjudice; mais, quel que soit le nombre 
•< des années de ma possession , qu'il en soit comme si le bail 



pliquer de nouveau sur le système de traduction que nous avons cm devoir 
adopter pour ne pas rebuter le lecteur. l\ nous a paru impossible d'être cor- 
rect , d*étre clair , en reproduisant les longueurs et les répétitions inuUles de 
cette formule. Nous aurions pu aussi , à certains endroits , employer des mots 
sacramentels , encore usités aujourd'hui ; traduire par exemple ces mots : cum 
omni meriio ad se pertinente rel aspieiente^ par ceux-ci qu'on rencontre dans 
une foule d'actes notariés: telle qu'elle se poursuit et comporte; mais, en vérité, 
il faut renoncer à écrire, s'il y a nécessité d'employer un pareil style, que cer- 
tains notaires commencent eux-mêmes à abandonner , conmie un reste de 
barbarie que l'élégance moderne ne peut plus supporter. 



— 129 — 

avait été renouvelé tous les cinq ans et y qu'en un mot , nos 
stipulations demeurent inviolables. » 

Bien des remarques sont soulevées par la lecture de cette 
formule ; et sans vouloir accepter le rôle d'un commentateur , 
il en est que nous ne pouvons nous dispenser de développer 
un peu . Et, d'abord, pour nous débarrasser de ce qui est plus 
spécialement juridique, c'est une précieuse indication, au 
point de vue des précautions prises , pour lever les incertitudes 
sur l'état de la propriété, que ce renouvellement de bail tous 
les cinq ans qui avait souvent lieu, à ce qu'il parait dans ces 
sortes de concessions . La nécessité de ce renouvellement, pour 
les précaires de toute nature , est indiquée dans plusieurs tex- 
tes législatifs ; et les précaires ecclésiastiques y étaient soumis 
comme les autres, à moins de conventions spéciales. Il en était 
encore ainsi sous Charles le Chauve ; et certes , à une pareille 
époque , où trop souvent la force semblait être la seule loi , il 
faut bien convenir que la précaution était bonne. 

Du reste, il y a là une idée et même un fait qui ont passé 
dans nos codes modernes. C'est ainsi que dans celui de nos 
contrats qui a le plus de rapports avec les anciens précaires , 
la vente conditionnelle , connue sous le nom de vente à réméré 
ou pacte de rachat j le vendeur ne peut stipuler à son profit la 
faculté de reprendre sa propriété que pour un laps de temps 
inférieur à cinq années et, qu'après ce terme, si le vendeur 
n'a pas exercé son action , l'acquéreur devient propriétaire 
irrévocable. C'est encore ainsi, qu'en matière de partage, on 
peut convenir de demeurer dans l'indivision pendant cinq ans 
et que cette convention, qui cesse d'être obligatoire au bout de 
ce laps de temps, peut cependant être renouvelée. On nous 
pardomiera ces détails, peut-être un peu trop prolongés ; il 
nous a semblé que les faits anciens ne pouvaient être parfaite- 
ment mis en lumière qu'au moyen de semblables comparaisons. 

Et maintenant , il nous reste à citer, en finissant, un dernier 
trait qui montrera le noble usage que faisait l'Église des riches- 






- 130 - 

ses qu^on lui confiait, en entretenant des vassaux qoi sa- 
vaient au besoin défendre la contrée . 

C'était en Tannée 765 (le fait est constaté par plusieurs his- 
toriens] , les Aquitains, sous le gouvernement de Waïfre, lut- 
taient encore contre la domination franque, bien qu'ils éproa- 
vassent partout des revers irréparables. Profitant d'un mo- 
ment oii Pépin était occupé en Auvergne, Amanugue, comte 
de Poitou, fit invasion sur le territoire tourangeau ; ses cava- 
liers s'avançaient fièrement , comme des gens assurés du suc- 
cès, car ils savaient n'avoir pas à redouter d'autre obstacle 
que la résistance des vassaux du monastère de St-Martin. Hais 
voilà que tout-à-coup un corps d'armée bien discipliné, et 
marchant en bel ordre, se déploie dans la plaine. C'était Wul- 
fard, abbé de St-Martin, qui amenait ses vassaux à là rencon- 
tre des ennemis. Guidés par la bannière de leur patron, ces 
braves gens, animés d'un vif désir de sauver l'honneur et l'in- 
dépendance de leur patrie , combattirent avec un héroïsme 
que le noble comte n'avait pas prévu, et ce furent eux qui 
firent mordre la poussière aux hommes d'armes poitevins. La 
troupe envahissante prit honteusement la fuite ; les hommes 
du monastère avaient sauvé la contrée. 

Ce trait, que nous nous serions fait un reproche d'oublier, 
terminera dignement ce que nous avions à dire relativement 
au rôle du clergé en matière civile. Dans le chapitre suivant, 
nous chercherons à découvrir ce qui subsistait encore en 
Touraine du régime municipal romain ; nous achèverons en- 
suite, autant qu'il sera en nous, le tableau de l'administration; 
puis, après avoir esquissé quelques détails des mœurs publi- 
ques, nous essaierons de descendre jusque dans la famiUe, et 
de surprendre les secrets de l'existence de nos pères au sein 
même du foyer domestique. 

Legallais. 



i 

^ 



— til ~ 



Séance du 25 avril 1854. 



PRBSIDBNGB DE M. BOURASSB. 



Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté. 

M. Lajard , membre de Tlnstitut, et M. le général de Courtigis , 
qui veulent bien faire à la Société Thonneur d'assister à la séance , 
sont priés par M. le président de prendre place à sa droite. 

Correspondance. — Lettre de M. le ministre de Tlnstruction 
publique, qui accuse réception de deux exemplaires des Chroniques 
de Toiiraine , et annonce qu'il va les soumettre à l'examen du con- 
seil supérieur. 

Lettre de M. Guyot qui s'excuse de ne pouvoir assister à la séance 
et qui fait don A la Société d'une pierre sculptée et portant des ar- 
moiries. 

Livres et objets offerts : — Par M. Tabbé Bourassé, une médaille 
de Faustine . trouvée par suite des fouilles faites dans la rue Creuse, 
sur le terrain des Arènes. — Recueil jtes travaux de la société de 
Sphragistique , 3® année , n* 6. 

Bulletin de la Société industrielle d'Angers , 1853. 

Bulletin de la Société archéologique de l'Orléanais. 

Bulletin des antiquaires de l'Ouest. 

Fragment d'une statistique archéologique en Belgique par 
M, Schœpkens , 

L'Univers musical , 2® année, n** 8. 

M. Lajard communique à la Société une lettre qu'il a écrite à 
M. Ghérard, de Berlin , au sujet d'un vase grec de la collection de 
M. Luzarcbe. Cette dissertation, où la science la plus profonde est 
revêtue du charme du style le plus élégant , est accueillie avec le 
plus vif intérêt par l'assemblée. 

M. le président , au nom de la Société , adresse à M. Lajard les 
remerciements les plus chaleureux et les plus sincères. 

M. le général de Courtigis prend la parole et rend compte à l'as- 
semblée des nouvelles découvertes faites dans le cloître St-Gatien , 
et qui confirment la parfaite exactitude de tout ce qu'il avait dit pré- 
cédemment de l'existence j de la situation et de l'étendue du cirque 
romain de Tours. 

Dans cette improvisation, qui captive au plus haut degré l'atten- 
tion de tous tes membres présents, M. de Courtigis déerrt, avec une 
remarquable lueidifé et une rare propriété d'expression, ks feitsque 
lui ont révélés ses nouvelles investigations sur un monument dont 
6ti deit la Te&titiition a «i sagaeité et à sa pecsévéranee. Aufin, M. Je 



— 184 — 

président s'empresse-t-il d'exprimer , au nom de tous, avec quel 
plaisir ont été entendues les curieuses explications de rhonorable 
membre. 

M. Grandmaison donne lecture d'une notice sur une charte con- 
servée aux archives d'Indre-et-Loire , contenant l'accord fait , en 
1155, entre le chapitre de St-Martin et Hugues ^ seigneur de 
Sainte-Maure. Ce dernier, l'un des plus puissants barons de Tou- 
raine , reçut la discipline devant le tombeau de saint Martin , en 
punition de ses entreprises contre le chapitre. ( V. au prés, vol.) 

M. de Galembert lit un curieux mémoire sur un crucifix du xui* 
siècle , dont il avait, à une précédente séance , signalé l'existence 
dans l'église de Gharentilly , et qu'il est assez heureux pour pouvoir 
mettre sous les yeux de la Société. { V. au 'près, vol.) 

M. Vincent donne quelqiies détails sur des lettres patentes, 
datées de Montbazon, et par lesquelles Charles VU autorise l'établis- 
sement d'une boucherie dans la rue de la Scellerie à Tours , sur 
l'emplacement de la maison qui porte aujourd'hui le n^ 105. M. Vin- 
cent rappelle, à l'occasion des détails fournis par M. de Gourtigis au 
sujet des Arènes, qu'il avait, dans sa notice sur l'Ile-Simon, indiqué 
une charte de 925 qui fixait la situation de ces Arènes. 

M. Salmon fait remarquer qu'il avait antérieurement rapporté les 
termes de la charte dont parle M. Vincent. 

M. le président remercie MM. Grandmaison , de Galembert, Vin- 
cent et Salmon , des notices et des détails qu'ils ont bien voulu com- 
muniquer à la Société. 

M. Lambron de Lignim appelle l'attention de la Société sur les 
vitraux de l'église de Notre-Dame-La-Riche , qui lui semblent mé- 
riter qu'on assure leur conservation. 

M. le président répond que la fabrique s'occupe maintenant de la 
restauration de ces vitraux. 

M. de la Ponce , bibliothécaire-archiviste, demande, pour faire 
relier un certain nombre d'ouvrages de la nibliothèque , un crédit 
qui lui est alloué sans discussion. 

M. de la Ponce prie ceux de ses collègues qui seraient délenteurs 
de quelques-unes des livraisons ou de quelques-uns des volumes 
appartenant à la Société, de vouloir bien les réintégrer à la biblio- 
thèque. 11 demande un crédit pour faire graver un cachet destiné à 
l'estampillage des ouvrages mie possède , et de ceux que recevra la 
Société. La proposition de M. de la Ponce est adoptée à l'unani* 
mité. 

MM. Bourassé , de Galembert^ Luzarche , Salmon et Roux font 
la proposition de nommer M. Lajard membre honoraire. 

M. le président exprime le regret que , aux termes du règlement > 
celte nomination ne ptiisse se mire sur-le-champ. La Société , par 



— m — 

une dérogation à son règlement , et par acclamation , confère immé- 
diatement à M. Lajard le titre de membre honoraire. 

Il est procédé par scrutins distincts , à l'élection de MM. de la Po- 
terie fils, Sandras, recteur de l'Académie d'Indre-et-Loire, et 
Pescherard , a^ent-voyer en chef du département , en qualité de 
membres titulaires. 

f^ séance est levée. 



9 



— 134 — 



333: 



ACCORD FAIT EN ItôS 



HUGUES DE SAINTE-MAURE ET LE CHAPITRE 

DE SAINT-MARTIN. 



Malgré les pertes sans nombre que les orages de la révola- 
tioD et des dilapidations postérieures ont fait éprouver aux 
archives du département d'Indre-et-Loire, ce dépôt conserve 
encore un grand nombre de pièces anciennes et importantes 
qui méritent à plus d'un titre d'exciter l'attention de la Société 
archéologique de Touraine. Parmi ces chartes, aucune peut- 
être ne présente plus d'intérêt que l'accord fait en 1155 entre 
le chapitre de Saint-Martin et Hugues, seigneur de Sainte- 
Maure. 

Le cliapitre de Saint-Martin comptait au nombre de ses 
riches possessions la terre et chàtellenie de Saint-Épain, dans 
laquelle il avait établi un prevot chargé de radministration 
temporelle. Cette prévôté se trouvait voisine des terres des 
seigneurs de Sainte-Maure, connus dans l'histoire de notre 
province par leur turbulence et leur ambition. Un tel voisinage 
ne pouvait manquer d'entraîner avec lui bien des inconvé- 
nients; et, en effet, vers 1 150, Hugues de Sainte-Maure pré- 
tendit avoir des droits coutumiers dans la prévôté de Saint- 
Épain, mit des tailles sur les habitants et exigea des corvées 
d'hommes et de bœufs. Ces entreprises des seigneurs laïques 
sur les terres ecclésiastiques de leur voisinage n'étaient pas 
rares^ et les puissants barons ne tenaient souvent guère compte 
des droits de l'Église, alors pourtant si révérée et si puissante 
dans toute la chrétienté. Le chapitre de Saint-Martin avait 
en vain protesté; la force et la violence avaient triomphé de ses 
protestations. Les chanoines eurent alors recours à des moyens 



— 136 — 

tout puissants dans ces siècles de foi et de pieuses croyances. 
L'image du Christ fut descendue de l'autel, les corps des saints 
mis à terre, les portes de l'église embarrassées d'épineS; et le 
service divin étant suspendu, la maison du Seigneur retentit 
chaque jour de clameurs contre l'ennemi de l'Église. L'arche- 
vêque de Tours, Raoul, joignit les foudres épiscopales aux 
lamentations des chanoines, et jeta l'interdit sur les terres de 
Hugues. Le seigneur de Sainte-Maure, quelque vaillant et 
audacieux qu'il fût, ne pouvait résister à de telles armes ; il 
lui fallut, sans doute, céder aux cris de ses propres vassaux. 
Si plus tard nous avons vu l'interruption du cours de la justice 
susciter au pouvoir de si grands embarras, quel effet ne devait 
pas produire sur des populations animées d'une foi ardente, 
la cessation du service divin et de toutes les cérémonies de 
réglise. Hugues, vaincu enfin, se vit forcé de venir, accompa- 
gné de plusieurs de ses amis, dans le chapitre de Saint-Martin, 
reconnaître, en présence d'Enjebaud, successeur de Baonl, 
tous ses torts, et avouer qu'il n'avait aucun droit coutumier 
dans la terre ni sur les hommes de Saint-Martin. Il s'engagea 
même à ne jamais prêter secours à ces derniers s'ils venaient 
à se révolter contre les chanoines. Pour prévenir toutes futures 
contestations, on régla encore la position des serfs communs 
aux deux juridictions, et le seigneur de Sainte-Maure rendit 
au chapitre de Saint-Martin deux femmes qu*il prétendait être 
ses colÛbertes. Après quoi, le fier et puissant baron prit en 
main un faisceau de verges, se rendit pieds nus au tombeau 
de saint Martin déposer sur ce monument vénéré l'acte de 
reconnaissance de ses torts ; et là, en présence de tous, il reçut 
la discipline (et ibidem disciplinatus est). C'est que dans les 
idées de l'époque ce n'était pas seulement aux chanoines qu'il 
avait fait tort, par les violences et les vexation^ éiél^ées 
sur leurs hommes, c*était encore à saint Martin ttd-méhl^ 
qu'il avait fait injure, et la discipline était une pénitence et 
une réparation publique de ce péché énorme aux yeut dé tous 
les habitants de la Touraine. 



— 136 — 

Telle est en substance la charte bien conservée par laquelle 
Enjebaud, archevêque de Tours, annonce àtous présents et 
à venir, Taccord fait entre les deux parties. On ne peut s'em- 
pêcher d'y voir un curieux et authentique monument des 
mœurs du \ii« siècle et de rimmense pouvoir qu'exerçait 
alors rÉglise sur les esprits et sur les cœurs. £n la lisant, on 
se rappelle involontairement Tempereur Henri IV à Canossa. 

[Texte de la Charte chirographe de 1 155.) 

Ego Eujobaudus Dei gratiû Turonensium archiepiscopos, 
presentibus et futuris, notaiu esse volo quamdam compositio- 
nem que facta est inter canonicos beati Slartini, et Hugoneni 
de Sanctà Maun\. Habebant quidein canonici graves querimo- 
nias adversus Hugonem, co quod terras eoruni et homines de 
sancto Spano indebitis consuetudinibus et injustis ^exationibus 
opprimeret : talliatas videlicet et biennia tam boum quani homi- 
num violenter accipieudo et alla innumcra mala faciendo, pro 
quibus adivinisccclesia ipsa cessabat,et crucirixoetcor[)oribus 
sanctorura humi depositis, portisquc ecclesic spinatis, coiiilie 
clamor ante corpus domini super cum fiebat. Hec autem prœ- 
fatus Hugo diucius sustinens, tandem penilentia ductus, veiiit 
ad capitulum beati Martini, et de malis illis que ad versus eccle- 
siam commiserat cmeudacionem et satisiïacionem obtulit. Adbi- 
bitis itaque secum aniicis et consiliariis suis, Bucardo de liisu- 
la, Petro Josceliui monaco, Gaufrido Borrelli et aliLs, recognovit 
quod nuDam consuetudincm habebat in terra beati Martini, ut 
homines seu boves eorum vei equas acciperet ad quaelibet opéra 
sua, et promisit quod dcinceps nullam violenciam de bis infer- 
rety neque talliatas sive qnesltas super homines faceret. AddiJit 
qaoqae qnod homines beati Martini non manutcneret, vcl au\i- 
lium eis daret contra canonicos. Si forte quidam communes 
essent inter ipsum et ecclesiam, ad submonicionem capituli 
vel propositi, faceret particionem loco ubi antiquitus est cous- 
titutum , ita quod illi qui ecclesic cédèrent, haberent terras et 






*Tf *»-*<»■ 



VtfL. 



— 157 — 

res ad ecclcsiain pertinentes , sîmiliter et sui haherent que ad 
ipsum pertinent. Pretcrea, quemdam modium auuone quem 
habebat jure empciouîs in molendiuo de quartis dimisit et 
donavit beato Martino et fidejussit quod contra omues homines 
tutor existeret , etiam illis a quious eraerat conccdentibus ibi- 
dem in capitule. Querelam quoque quain habebat super duas 
mulieres, Corneliam uxorem Benedicti, Filletam uxorem Bo- 
nardi quas dicebat esse colibertas suas hoc modo dimisit. Ve- 
nerunt ille in prescuciarum et lecta carta sua, de libertate et 
douacione sua, quam ipse prius fecerat, beato Martino jurave- 
runt ita esse sicut scriptum erat in carta, et sicutmuliereg 
juraverunt, ità concessit sepedictus Hugo, et amplius, si quid 
juris in eis habebat, donavit et concessit Domino et beato 
Martino in perpetuum. Hoc facto, accepto manipulo Tirgarum, 
nudis pedibus, porrexit auto sepulcrum beati Martini, et cum 
quodara cultello, omnia sicut supra scripta suut super altare 
deposuit, et ibidem disciplinatus est. Ut autem hœc compositio 
rata in posterum et firma haberetur sicut in capitulo factum 
est, tara ipse quain lilii sui Guilehnus et Joscelinus, se fideliter 
observaturos in manu nostrà promiserunt, rogantes ut scrip- 
tum sigillo nostro munitum indè lieret ; et si de omnibus his 
sicut pretaxata sunt in aliquo excédèrent, et infra quindecim 
dies submoniti non emendarent, nos sine aliqua contradictione 
vel aiia causa, tam de personnis quam terra eorum plenariam 
justiciam faceremus, quod et nos factiffos promisimus. Et ne 
composicionis hujus noticia apud successores nostros vacil- 
laret, litteris et attestacione sigiUi nostri commendari decrevi- 
mus. 

Actum est hoc anno ab incamatione Domini W. G^. L®. V*. 
Ludovico régnante, Adriano Papa présidente. 

Archives du département d'Indre-et-Loire (sceau perdu), fonds de St-Martin, 
l'arton no i. 

Ch.-L.GRANDMAISON, 

Archiviste iVlndre^t-Loire, 



— 188 — 



it<l>l?&<BS 



fOE 



UN CRUCIFIX DÉCOUVERT A CHARENTILLT. 



Lorsqu'à notre dernière géance , je vous présentai un des- 
sin du crucifix que j'avais découvert dans la sacristie de 
l'église de Charentilly , je ne pensais pas pouvoir mettre , sî 
promptement y l'original sous vos yeux. 

Permetez»moi de profiter de cette occasion pour vous com- 
muniquer quelques observations, qui m'ont été suggérées par 
Fexamen de ce charmant morceau d'orfèvrerie. 

La présence de l'objet me dispensera d'une description dé- 
taillée. Je me bornerai donc à faire remarquer que ce crucifia, 
se compose de deux parties réellement distinctes : 

La première est une croix, en cuivre doré , à quatre bran- 
ches terminées en trèfle , dont quatre pierres de lapis-lazzuli 
taillées en losange, et une cinquième, de forme ronde^ décorent 
les extrémités. Un Christ nimbé, la tète ceinte d'une couronne 
d'ai^ent» occupe le centre de la croix. Neuf pierres semblables 
aux précédentes sont disposées symétriquement sur la face 
postérieure. Enfin des charnières aux deux bouts 4e la bran- 
che verticale annoncent que cette croix a été destinée à ren- 
fermer des reliques. 

La sec(mde partie se compose d'un piédonche, en bronze 
doré I supportant un pivot cylindrique en cuivre sur lequel la 
croix est emmanchée. Deux boules aplaties ornent chaque 



— 139 — 

extrémité du pivot qui se renfle au milieu , pour former un 
sphéroïde côtelé d'une dimension plus considérable. 

Le piédouche avec sa tige me semble appartenir à Tépoque 
romane, et la croix, ainsi que le Christ^ à l'époque ogivale. 
C'est ce que je vais essayer de démontrer , en circonscrivant , 
autant que possible , la date de l'exécution de ces deux parties 
en raison du genre d'ornementation et des figures repré-^ 
sentées. 

Examinons d'abord la partie inférieure : 

La base, formée par un massif à trois pans, est supportée sur 
trois pieds de lion , à peine dégrossis. Immédiatement au-des- 
sus, des tètes d'oiseaux, qui sortent de l'extrémité de volutes 
enroulées sur les angles , peuvent à la rigueur représenter des 
aigles dont le corps et les pattes gravés au trait , se distinguent 
à peine au milieu des guillochures de la face triangulaire. Au 
centre des trois côtés du piédouche , une tète grimaçante , la 
bouche grande ouverte , les yeux hagards, les sourcils et la 
barbe développés outre mesure, rappellent ce genre d'omemen 
tation que l'on rencontre si fréquemment dans les monuments 
des XI* et xii* siècles . 

n est difficile , en effet , de ne pas reconnaître dans cet en- 
semble le goût quelque peu bizarre de l'époque Romano-By- 
zantine. Le travail du ciseleur, qui a terminé au burin l'œu" 
vre livrée par le fondeur à l'état d'ébauche , manque de recti- 
ude et de correction , et n'accuse pas avec moins d'évidence 
la main d'un artiste du xii* siècle. 

Peut-être demandera-t-on maintenant si l'ensemble de ces 
figures cache une pensée symbolique ? On pourrait en effet 
reconnaître dans les pattes du lion, et les oiseaux pris 
pour des aigles , les attributs de deux évangélistes ; mais on y 
chercherait en vain quelque chose qui rappelât l'ange et le 
bœuf nécessaires pour compléter la signification des deux 
premiers. La tète grimaçante viendrait dérouter encore les 
conjectures faites dans ce sens. C'est pourquoi je pense 
qu'il faut se contenter , quant à présent , de voir dans la re- 



— 140 — 

présentatîoii de ces figures le résultat d'ane fantaisie , jriutôt 
qa'on calcul de l'esprit. On peut rappeler , à l'appui de cette 
opinion, Tincroyable richesse d'ornementation des édifices du 
temps, telles que les portes romanes de Parçay et de N.-D. 
de Loches, en Tonraine,oùron Toit sculptés les objets les pins 
divers : fleurs , fruits , figures d'hommes et d*animaux , tètes 
fantastiques 9 dont le mélange incohérent a défié jusqu'ici les 
explications des plus habiles archéologues . 

La solution que je propose me parait, au contraire, parfai- 
tement conforme à l'esprit de ce siècle^ qu'on peut , plus juste- 
ment que le xvi*, qualifier de siècle de la Benaissance des 
lettres et des arts en Occident. Je verrais le principe général 
de ce genre dans l'admiration naïve pour les choses naturel- 
les, dont une observation positive et spontanée semblait ré- 
Téler l'existence aux yeux charmés des artistes , comme s'ils 
eussent été au lendemain de la création . Les progrès du des- 
sin , constatés dans la seconde moitié du xn* siècle, seraient 
la conséquence de cette admiration, poussée jusqu'à l'enthou- 
siasme , à mesuice que les essais reproduisaient avec plus de vé- 
rité les caractères des modèles. Delà aussi cette prédilection 
pour les figures d'animaux que l'on trouve représentés à pro- 
fusion, dans les œuvres de peinture et de sculpture , sur les 
meubles aussi bien que sur les étoffes. Cette observation expli- 
querait ^[alement pourquoi ces objets sont figurés par leur 
côté grotesque et caricatural. La caricature, en effet , n'est au- 
tre chose que l'exagération des caractères distinctifs de cha- 
cun ; or, c'est par ces signes plus saillants que l'observateur 
de la nature perçoit, au premier aspect, les formes variées qui 
différencient le geni'e et l'espèce, avant de descendre à l'imita- 
tion plus précise qui distingue entre eux les individus. 

Je puis donc conclure , que la théorie des progrès de l'art 
du dessin explique, en même temps , la profusion des objets 
divers représentés sur les monuments du xii* siècle , leur in- 
cohérence capricieuse et l'exécution imparfaite qui caractérise 
les époques prhnitives. 



■*««^*W^I lH I» I 



— 141 — 

Or on ne peut, ce me semble, contester que la base du cru- 
cifix de Charcntilly ne présente la réunion de ces mêmes ca- 
ractères, qui nous le font attribuer à ce siècle. La partie 
supérieure, au contraire, est évidemment exécutée dans des 
conditions totalement différentes. Soit qu'on considère la forme 
générale des branches de croix , le genre de fabrication ou 
le dessin du Christ , on reconnaît partout le goût d'une autre 
époque et le travail d'un art beaucoup plus avancé. 

En ce qui regarde la croix proprement dite , j'en vois la 
preuve dans la pureté des lignes , la fermeté plus grande des 
contours , et surtout dans la forme des trèfles qui s'épanouis- 
sent en manière de fleurs de lys , à l'extrémité de chaque 
branche. 

Mais le style du Christ ne permet aucun doute sur la date de 
son exécution. La justesse des proportions, le mouvement du 
corps , la précision du modelé , la vérité de la fonue , \e pliis- 
sage de la draperie , tout indique une période de l'art où la 
sculpture avait atteint sa maturité ; c'est noiamer le xm* siè- 
cle (1), qui porta la sculpture dans nos contrées à un degré 
de perfection sans rival en Europe à cette époque. Je n'entre- 
rai point dans tous les détails capables d'appuyer mon opinion, 
je me contenterai d'en exposer les trois motifs, principaux, tirés 
de la vérité de la forme, du mouvement du corps et du plissage 
des draperies. 

Vn premier caractère bien tranché sépare la sculpture du 
xiii* siècle de celle des âges précédents ; c'est la profondeur 
du modelé opposé à l'aplatissement des formes dans la sta- 
tuaire antérieure. Passant ainsi du demi-relief à la ronde-bosse, 
l'art du sculpteur s'affranchit des exigences du dessin propre- 
ment dit, et peut se développer librement, dans les conditions 
qui lui sont propres. 



(0 ie dis le xin* siècle , quoique la même théorie puisse s'appliquer au 
XIV», parce que c'est à partir du premier que le goiH s'est profondément mo- 
difié dans toutes les branches de l'art. 



— t« — 

Or, il est facile de se convaincre que la ûgare en question 
présente oe caractère , dont la conséquence immédiate est une 
plus grande vérité dans la forme des diverses parties du corps. 

Si l'on n'a pas ctudlé, dans les originaux , 1^ divers spéci- 
mens de peinture et de sculpture que nous ont laissés les âèr< 
clés antérieurs au xni', on ne peut se faire une idée de la 
variété bizarre des combinaisons de lignes invcntties par les 
artistes , pour exprimer les parties du corps humain circon- 
scrites dans les contours extérieurs , coiiune les muscles les 
plus saillants de la poitrine et de l'abdomen, et les attaches des 
membres . 

Dès la deuxième moitié du xif siècle , un dessin moins fan- 
tastique annonce un commeucement d'observations faites sur 
la nature , et peu d'années apri>s, un progri"» rapide présente 
les résultats certains d'une imitation positive. Le Christ du 
ci'ucifîx de Cbarentilly est évidemment l'œuvre d'un artiste 
qui a su observer et imiter la nature. Les attaches des mem- 
bres , ]en indications précises de la forme des musdes et des os 
superiiciels, dans la partie supérieure du tronc, ne peuvent 
laisser aucun doute à cet égard. 

Un second motif , plus péremptotre encore que te premier , 
peut se tirer du mouvement de la ligure. L'innovation impor- 
tantequ'il constate (autre conséqueuce directe de l'observation 
de la nature vivante), fut accueillie avec enthousiasme par le» 
artistes de l'époque ogivale ï et la pose fortement hancbée des 
personnages marque, d'un cachet d'originalité incontestable, 
les œuvres de ce temps qui sont parvenues jusqu'à nous. 

Ce second caractère est d'autant plus sensible dans le cruci- 
iix de CliareutUIy que, les bras du Christ étant tendu horizon- 
talement, rien ne motive l'alFaissement de la hanche droite, qui 
fait ressortir celle opposée, en portant le poids du corps sur la 
}andte gauche. Cette pose nous parait donc ici le résiûtat d'uu 
parti pris général qui s'imposait indirectement à tous les sujets. 



— 148 — 

Enfin le plissage des draperies nons fournit un troisi^ne et 
dernier motif d'attribuer ce Christ au xiii*. En effet, bien que, 
dès la fin du xii% cette partie intéressante de Tart se soit écar- 
tée du système dit byzantin , qui consistait à tracer sur les 
vêtements , presque toujours adhérents au corps , des lignes 
concentriques ou parallèles, motivées seulement par la nécessité 
de remplir les espaces vides , cependant , longtemps après la 
réforme commencée, on reconnaît les traditions du vieux sys- 
tème à des signes certains. Les principaux sont : la multiplicité 
des plis , déterminée par un trop grand assujétissement au 
trait préalablement dessiné sur la surface brute, et le peu de 
saillie du relief qui retient les draperies près du corps et 
Tempêche de se développer avec Ja vérité et la souplesse néces- 
saires. 

C'est encore au xiii^ siècle que ce progrès s'accomplit avec 
une perfection qui dépasse ceUe qu'on lui doit dans les autres 
parties de l'art. 

La draperie de notre Christ descend de la ceinture aux ge- 
noux. Elle est traitée avec une aisance et un goût qui don- 
nent une idée satisfaisante de Thabiletc pratique de l'auteur. 
Les grandes masses sont bien motivées par le mouvement du 
corps, les dessous accusés sans sécheresse, et les plis tuvautés 
sur les bords, sans affectation ni roideur. Toutefois, je dois 
avouer que la partie du vêtement qui recouvre la cuisse gau- 
che garde encore quelque trace de la régularité symétrique du 
style précédent, et c'est par ce motif que je n'ai pas cru pou- 
voir, dans la recherche des origines, reporter celle du Christ à 
une époque éloignée de plus d'une centaine d'années du point 
de démarcation des deux styles. 

Des observations précédentes je conclus que le crucifix sou- 
mis à votre appréciation appartient à deux époques différen- 
tes : par la base à la première moitié du xii^ siècle , et à la fin 
du XIII* par sa partie supérieure. Cette diversité d'origine ne 
diminue en rien le mérite de cette œuvre d'art , et nous espé- 
ix>n8 que, consacré maintenant, par Fattention qu'il ai obtenue 



— 144 — 

de votre pari, le crucifix de Charentiliy ira reprendre sa place 
dans le modeste trésor de la \ aroisse qui le ix)ssèdc , empor- 
tant de sa visite à Tours une double garantie de cooservatioQ^ 
par sa valeur archéologique constatée et par une consolidation 
exécutée avec prudence et discrétion . 

P. S. Depuis que cette notice est écrite, il m'est venu 
une pensée qui viendrait à Tappui des conclusions aux- 
quelles cet examen m'a conduit , tout en infirmant une de 
mes assertions au sujet du symbolisme dans son application à 
Tobjet qui nous occupe. Je me suis demandé a quel usage 
pouvait servir le meuble du xii'' siècle dont nous possédons le 
pied, avant qu'on en eut fait un crucifix ? Les probabilités me 
paraissent favorables à l'opinion qui verrait dans oet objet la 
base d'un chandelier d'autel. Mais, quoi qu'il en soit, il est 
évident que la partie supérieure du meuble primitif pouvait 
présenter parmi ses ornements les ligures du bœuf et de 
l'ange, complément des deux attributs existant aujourd'hui 
sur le piédouche, et que ma conclusion sur la diversité 
d'origine des parties de cette intéressante pièce d'orfèvrerie 
recevrait de cette conjecture une nouvelle confirmation. 

0« DE GALEMBERT. 



mmmmm 



m 



UC/FIX DE CJiARENTlLLY. 




SOC. ARCHEOl. TOM. YI. 



ibi\o Qm^UiMm%n.-Um 



'^^"■■^^'"^^«■■miVlHBViViVi^BH 



— 145 — 



PTIKSIDENCE DE M. l'aBBÉ BOURASSÉ. 



Séance du 26 mai 4854. 



Le procès- verbal de la dernière séance est lu et adopté. 

Objets offerts. — Par M. Bréchard, avoué, une charte de 1529 
(Renvoyé à Texamen de M. Dambron)- 

Par M. Boilleau. — Divers fragments de bronze antique , trouvés 
dans la commune de Manthelan. 

Par M. Robin. — Une pièce d'Antonin , de petit module. 

Par M. Guyot. — Une tête en pierre peinte ; une pierre sculptée, 
portant les armes de la ville de Tours. 

M. le président remercie , au nom de la Société, MM. Bréchard, 
Boilleau, Robin et Guyot des présents qu'ils ont bien voulu faire à 
$on musée. 

Bulletin de la Société des antiquaires de France^ n® 4, avril 
1854. 

Bulletin de la Société des antiquaires de Picardie, n* 4, 1854, 

Annales du Bien , 2* année , mai et juin 1853. 

Mémoires de la Société philomatique de Verdun^ tom. V. 

M. le génornl de Courtigis fait hommage à la Société d'un nou- 
veau plan des Arènes de Tours^ d'après les découvertes qu'il a faites 
avec les membres de la commission dont il fait partie. 

M. le président remercie au nom de la Société M. le général de 
Courtigis du plan qu'il a bien voulu dresser et des actives recher- 
ches auxquelles il s est livré pour établir l'existence d'un monument 
dont la découverte intéresse à un si haut degré la science archéolo- 
gique et notre histoire locale. 

M. le président donne lecture d'une Notice sur la mairie d'Am- 
boise f aue M. E. Cartier, membre correspondant. (F. auprès, 
vol.) 

La Société accueille avec le plus vif intérêt cette communication , 
et décide que le mémoire de, M. Cartier sera imprimé dans ses 
Annales. 

M. Salmon lit quelques notes sur le diplôme de Charles le Simple 
dont il a été question à la dernière séance, et où il est fait mention 
des Arènes de Tours. 

M. Salmon commence par établir la date de ce titre qui remonte 
à 919 et non à 925, comme on l'a dit par erreur. Arrivant au pas- 
sage qui a rapport aux Arènes , il en donne le texte et la traduction 
en ces termes . 

« Insuper areas cum sala quae quondam dicebatur maledicta, quœ 



— ut-- 

modo propter receptionem sancti Martini domus Dei dicitur, întra 
murosTuronic» urms sitas, cum muro etposterula^ habeniesin cir- 
cuitii a porta aureliancnsi usque ad arenas perticas nonaginta sex, 
dantes pro ipsis domino Hugoni abbati ad comitatum, similiter intra 
ipsam civitatem, perticas nonagîntasex ex parte Ligeriscum ecclesia 
et muro atque posterula. » 

Traduction. — (Charles le Simple confirme donc , au chapitre de 
St-Marlin) «des terrains , avec la salle appelée autrefois Mauaite , et 

3ui s'appelle maintenant Maison-Dieu à cause de la réception du corps 
e saint Martin, et avec le mur de ville et une poterne ; ces terrains 
situés dans l'enceinte des murs de la ville ont , depuis la porte d'Or- 
léans jusqu'aux Arènes, quatre-vingt-seize perçues de tour. Les 
chanoines donnent en échange à l'abbé Hugues, en franc alleu éga- 
lement dans l'intérieur des murailles , quatre-vingt-seize perches de 
terrain, du côté de la Loire avec une église, le mur et une 
poterne. » 

Discutant ensuite avec autant de soin que de science ce passage et le 
rapprochant de divers autres documents, M. Salmon en conclut que 
l'église de La Basoche ne fut pas bâtie sur l'emplacement de la Salle 
Maudite, mais, comme l'inalque la tradition, d'accord avec d'an- 
ciens titres , sur remplacement d'une partie du palais de Valenti- 
nien ; et que la Salle Maudite futremplacéo par l'Hôtel-Dieu. Enfin, 
appelant l'attention sur une des phrases de sa traduction, M. Sal- 
mon fait observer qu'il a dû rendre les mots nonaginta sex perticas 
in circuttu par quatre-vingt-seize perches de tour , quoiqu'il n'ait 
jamais vu trace nulle fan de cette manière de mesurer une surface par 
la circonférence , mais parce que cette manière de calculer pouvait 
seule être admise ici; quatre-vingt-seize perches de terrain, mesure 
de superficie, n'auraient pu être contenues, en effet, dans l'espace 
désigné par la charte , et dont les limites sont, à peu de chose prés, 
certaines. M. Salmon ajoute que, très-probablement, le terrain 
donné en échange à l'abbé Hugues comprenait l'emplacement où fut 
depuis bâtie la tour Hugon. 

Quelques observations sont présentées par des membres sur le sens 
donné par H. Salmon au mot latin circuitu^ et l'on est générale- 
ment d accord que ce sens est le seul admissible , eu égard à la con- 
figuration des lieux. 

La Société remercie vivement M. Salmon de son intéressant tra* 
vail , et l'engage à vouloir bien continuer ses curieuses recherches. 

M. Grandmaison fait connaitrt à la Société qu'il a examiné un 
manuscrit qui se trouve aux archives impériales et intitulé : QW' 
rimoniœ contra baillivos turonensis provinciœ. Ce manuscrit qui, 
comme son titre l'indique, 'est un recueil des plaintes formulées con- 
tre l'administration des baillis de Touraine, contient, dit-il, les plus 
importants renseignements sur notre histoire locale et sur nos monu- 



-- 147 — 

ments. Ainsi il y est question de réparations à l'aqueduc de Luynes , 
en des termes qui prouveraient qu'il servait encore à conduire les 
eaux, au xm*^ siècle. Le même membre ajoute que celte construc- 
tion ne lui parait pas romaine, comme on le prétend généralement. 

M. Grandmaison dit qu'il serait possible d obtenir, pour quatre 
cents francs , une copie de ce curieux manuscrit. 

M. le général de Courtigis , à propos de ce que M. Grandmaison 
vient de dire de l'aqueduc, fait observer qu'il y trouve une confirma- 
tion de l'opinion qu'il a déjà émise au sujet ae l'origine de ce mo- 
nument qui , selon lui , n'est nullement romain. L'honorable mem- 
bre entre dans d'intéressants détails qui démontreraient la justesse de 
ses conjectures. 

H. Champoiseau présente quelques objections contre l'opinion de 
M. de Courtigis, et appuie la demande exprimée par M. Grandmai- 
son de faire une copie au manuscrit. 

M. le président déclare qu'il serait prêta se joindre à cette propo- 
sition si tes ressources de la Société pouvaient permettre la dépnse 
3ui serait à faire. Mais il craint crue la somme nécessaire ne soit au- 
essus des forces de son budget. Du reste le comité d'administration 
ne perdra pas de vue la demande de MM. Grandmaison et Cham- 
poîseau. 

M. Ladevèze fait connaître qu'il est chargé de donner lecture de 
deux mémoires que M. de Busserolle lui a fait l'honneur de lui 
adresser. Sur les observations de M. le président, et vu l'heure 
avancée, cette lecture est remise à la prochaine séance. 

Le même membre invite ses collègues, au nom de M. Octave 
Chauveau , à vouloir bien visiter d'anciennes constructions , qu'ont 
mises à découvert les travaux de canalisation qui s'exécutent pu ce 
moment pour la distribution des eaux du Cher à l'entrée de la place 
Victoire. Des remerciements sont adressés à M. Chauveau pour cette 
obligeante communication. 

M. de Galembert en annonçant à la Société que les moulagesqu'il 
a fait exécuter à Loches sont arrivés à bon port, saisit cette occasion 
de remercier M. Collet, architecte à Loches, qui a surveillé l'exé- 
cution de ces moulages , et M. Manceau qui a bien voulu les embal- 
ler gratuitement dans des caisses à lui appartenant. 

M. Salmon entre dans quelques détails sur une excursion qu'il a 
faite dans les environs de Chinon et dans les localités où Rabelais a 
résidé , et promet de faire ultérieurement une notice sur ce sujet. 

M. le président appelle l'attention sur une collection de médailles 
mises en vente par M. Hérault, de Tours 

Il est procédé à l'élection de M. Mabillo, ancien élève de l'Ecole 
des chartes , qui est nommé à l'unanimité membre correspondant. 

La séance est levée. 



— 148 — 



NOTICE SUR U MAIRIE D'AMBOISE , 

SUR LES FORMES SUCCESSIVES DE SON ADMINISTRATION COMMUNALE 
ET SUR LES DIVERS ÉDIFICES OU ELLE A SIÉGÉ , 

PAR M. E. GARTIBR. 



OlM«r¥«ttoBt préUmlBairei. 

Lorsqucii 1418, Charles VIT, encore Dauphin, se réfugia 
dans nos provinces centrales, poui*suivi par la haine de sa 
mère qui le faisait deshériter au profit du roi d'Angleterre, 
Amboise se trouvait, pour ainsi dire, sur les frontières du 
royaume, dont ]k>urges devint la capitale. Dès 1420, il fallut 
s'assuror de cette position, assez forte pour le temps, et cela 
était d*autaiit plus nécessaire que les seigneurs d'Amboise, 
devenus vicomtes de Thouars, n'habitaient plus le château, et 
eussent été incapables de le défendre. On trouve, dès lors, des 
traces de l'exercice de l'autorité royale à Amboise, malgré la 
jouissance du domaine par les seigneurs. 

Louis, vicomte de Thouars, hérita d' Amboise en 1422, par 
la mort de son oncle Pierre d' Amboise IP du nom. Il vint à 
Amboise le 16 avril de cette année ; les habitants lui firent 
présent de « deux pippes de vin, données et présentées à Mon- 
seigneur d'AmI)oise, h son nouvel advèuement en la ditte vUle 
d'Amboise. » 

En 1431, Louis d* Amboise, ayant pris part à un complot 
contre Georges de La TremouiUe, favori de Charles VII, fui 
arrêté avec les seigneurs de Lezai et de Yivonne ; le Parlement, 
séant à Poitiers, les condanna à mort. Les deux derniei*s eurent 
la tète tranchée; le roi fit grâce de la vie à Louis d'Amboise ; 
sa peine fut commuée en une prison perpétuelle, et tous ses 



j 



— 149 — 

biens furent confiaqués. II recouvra sa liberté en 1434, et ses 
biens lui furent rendus, à Veiception d'Amboise, de Civray, de 
Montrichard et de quelques autres places peu importantes. 

Ce fut akrs qu'Âmboise fut réellement incorporé au domaine 
royal; la justice y fut rendue, au nom du roi, par un bailli ou 
son lieutenant, et par im procureur du roi. Les archives 
d'Amboise ne remontent pas au-delà, excepté les deux comptes 
des receveurs des deniers communs de la ville pour les années 
1421 et 1422, qui ne furent vérifiés et arrêtés qu'en 1436. On 
a ensuite les comptes des receveurs et les quittances à Tappiii» 
depuis 1443, mais avec quelques lacunes (I). Les registres dé^ 
délibérations des habitants, pour les intérêts de la commu- 
nauté, ne datent que de 1451 ; il manque également quelques 
volumes. 

C'est avec le secours de ces documents, combinés avec rhis- 
toire de la Touraine, qu'on peut essayer de faire connaître leâ 
formes successives de l'administration communale d'AmDoise 
et de recueillir quelques souvenirs historiques sur les divers 
édifices qui servirent aux assemblées générales et îl la conser- 
vation des archives ; qui furent, en un mot, le siège de la mairie 
d'Amboise jusqu'à nos jours. 



En 1421 les intérêts de la communauté des habitants d'Am- 
boise étaient gérés par deux élus et un receveur nommés dans 
l'assemblée générale le 2 février de chaque année. Plus tard, la 
même assemblée nommait aussi douze notables, conseillers et 
aides des élus pour les affaires courantes ; on les appelait les 
Douze ; c'était le Conseil municipal. Quand il s'agissait d'af- 
faires importantes on convoquait l'assemblée général/^. 

Puis, les élus prirent le nom d'échevins, et, en l&S?» Homi II 
accorda & Amboise la même organisation municipfd^ qu'à 

(1) Les archives de rUôtel-Dieu d'Ambâlse remontent l)eMnDQir plÉB bait 
le premier titre eet de 1225. 



— 150 — 

Tours, et ordonna qu'outre les échevins les habitants éliraient 
un maire de robe courte^ c'est-à-dire n'appartenant pas à l'ordre 
judiciaire. Le premier maire élu fut M. Elle Déodeay, écuyer, 
seigneur de Paradis, notaire et secrétaire du roi, contrôleur- 
général de la maison de la reine. Mous reviendrons plus tard 
sur la série des maires d'Amboise. 

D'après les premiers documents parvenus jusqu'à nous, les 
revenus de la viUe consistaient en un droit de huitième à per- 
cevoir sur le vin vendu en détail dans la ville et les fauboui^, 
connu sous le nom de l'appettissement {{), et un autre droit, 
dit de barrage^ levé à l'entrée et sortie des denrées entrant ou 
passant par la ville, par terre et par eau. Les dépenses por- 
taient sur l'entretien et réparations des ponts, murs et fortifi- 
cations de la viUe et sur les autres dépenses imprévues ordon- 
nées dans les assemblées des habitants, annuelles pour les 
élections ou convoquées dans des circonstances extraordi- 
naires. 

Les deux élus recevaient chacun 3 * par an^ puis 5 * ; le rece- 
veur, 5 *; le clerc, ou greffier, chargé de toutes les écritures, 5'; 
le capitaine de la ville, h^\ un esclmu^uette^ veilleur de nuit, 
55 sous par trimestre, 1 i * par an ; et plus tard 5^ par tri- 
mestre. 

Une autre dépense assez notable se trouve fréquemment dans 
les comptes des receveurs jusques vers la fin du xvi* siècle, 
pour cadeaux votés par l'assemblée des habitants dans certaines 
circonstances, à des personnages plus ou moins importants, 
passant à Àmboise ou y séjournant avec la Cour, afin qu'ib 
prissent, auprès du roi^ les inU^rèts de la ville. Ces cadeaux 
consistaient en vin, hypocras, poisson, viande, fruits, et quel- 
qoefoiB même en avoine, linge, etc. 

Les assemblées se tenaient devant le bailli ou son lieute- 
nant, en présence du procureur du roi, du capitaine du cbà- 

(1) Originairement la pinte servant à la vente du vin en détail avait été di- 
minuée d'un huitième, pour le consommateur, afin de compenser le droit perçu, 
ces droitsétaient affermés dans i'assemblée annuelie du 2 février. 



— 151 — 

teauy quand la Cour n'y était pas ; mais aucune action n'était 
exercée sur les délibérations^ tout était décidé à la majorité des 
Yoix, après une discussion entièrement libre, et les résolutions 
prises n'étaient soumises à aucun contrôle. 

Il a existé à Amboise une communauté distincte de celle de 
la ville, proprement dite, et des faubourgs, quoique de la 
même paroisse ; elle était composée des habitants d'un quar- 
tier nommé le Petit-Fort. Ces maisons s'étaient groupées au 
bas d'un fort faisant partie de l'enceinte du château, mais 
séparé du donjon, ancien domicile des seigneurs d' Amboise, 
situé à l'extrémité de la montagne, au-dessus du Carroir. Ce 
quartier comprenait seulement la rue des Minimes^ depuis la rue 
anciennement dite des Quatre-Portes jusqu'au couvent bâti par 
Charles YIII pour les compagnons de saint François-de-Paule. 
On y entrait par des portes fortifiées, situées aux deux extré* 
mités ; deux poternes seules débouchaient au besoin sur la 
rivière, à travers les murailles. 

Cette petite communauté avait, sans doute, pris son origine 
d'une concession d'un seigneur d' Amboise à un de ses cheva- 
liers, ou d'un apanage à un membre de la famille, à titre de 
fief, qui, plus tard, avait fait retour au patrimoine primitif, 
mais dont l'agrégation s'était conservée dans les habitudes ou 
dans les intérêts communs. On n'en trouve aucune trace avant 
la réunion au domaine royal. 

n parait que les habitants du Petit-Fort avaient âevé leurs 
murailles à leurs frais; ils se prétendirent indépendants de la 
communauté d' Amboise. En 1452 on convint que les octrois et 
autres recettes seraient mis en commun et serviraient à payer 
les réparations et dépenses tant de la ville que du Petit-Fort, 
mais que s'il arrivait que l'on vint à mettre une taille extraor- 
dinaire pour les réparations de la ville, ceux du Petit-Fort n'y 
seraient pas contribuables « parce que les dits habitants du 
« Petit-Fort se sont fortifiés à leurs dépends, où ils ont des* 
ce pendu et frayé grant argent, sans que ceux de la ville y aient 
« contribué. » H fiit convenu^ en outre, qu'en nommant chaque 



— 162 — 

année deux élus et un receveur, pour les intérêts communs, 
un des élus où le receveur serait pris parmi les habitante du 
Petit-Fort. 

Cet arrangement subsista jusqu'en 1467 ; on convint alors 
que le Petit-Fort redevieudrait indépendant de la ville ; que 
Foctroi sur le vin serait affermé séparément, et qu'on nomme- 
rait, au Petit-Fort, un élu et un receveur. Cela eut, en effet, 
lieu pendant cinq ans ; dans certaines dépenses, le Petit-Fort 
contribuait pour un cinquième seulement ; la ville et les fau- 
bourgs pour quatre cinquièmes. Mais en 1 473 les deux seuls 
élus furent nommés dans la ville ; il s*éleva des divisions et un 
procès assez animé entre les deux communautés. Enfin, au 
mois de février 1475, Louis XI fit cesser tous ces débate, et la 
ville d'Amboise engloba définitivement le Petit-Fort. Cepen- 
dant, jusqu'au règne de Charles VIII, Toclroi du vin, vendu 
dans Tenceinte du Petit-Fort, s'affermait séparément, mais il 
entrait dans la recette du receveur unique des deniers com- 
muns, comme celui de la ville et des faubourgs. 



Les assemblées générales des habitants se tenaient ancien- 
nement 1^ dans V Auditoire y siège de la justice seigneuriale ou 
royale, salle d'audience du bailli, situé sur la place, au bas 
du château, au heu où est aujourd'hui la halle ; le dessous de 
l'auditoire en servait à défaut d'antre ; 2* dans un vieil édifice 
slir les ruines duquel Louis XI fit commencer, vers 1469, l'é- 
glise actuelle de St-Florentin, qui fut appelée d'abord Notre- 
Dame en grevés. Ce bâtiment se nommait la Nonnerie (VAmboise. 
Ce nom est une corruption de Yannonerief magasin de bled, où 
se' vend le bled (I). 

I^orsque Charles VIII fit commencer au château d'Amboise 
Tés ^nds travaux que sa mort prématurée a laissés incomplète, 

(I) Y. Docange : Glossarium ad scriptores mediœ et inûmae lalinitaUs, verbo 
annonaria... Locut %M venditur annona (iriticum, fimmentum, bladem), etc. 



— 153 — 

a fit remplacer le Petit-Fort proprement dit, par la totir 
actuelle des Minimes. Ces premiers travaux datent certaine- 
ment de répoque de son mariage. Le vieux manoir des sei- 
gneurs d'Amboise, quoique déjà augmenté et embelli par 
Charles VII et par Louis XI, ne suffisait plus à la cour bril- 
lante d'Anne de Bretagne, et le jeune roi aimait le lieu d'où il 
n'était sorti qu'à son avènement au ti'ône. On avait cru que les 
deux belles tours et la chapelle royale étaient l'œuvre d'artistes 
ramenés d'Italie par Charles VIII (1). C'est une erreur démon- 
trée surtout par un compte détaillé de toutes les dépensés 
d'ameublement et d'ornement pour la chapelle et pour des 
appartements coutigus aux tours nouvellement construites ; 
dépenses qui datent de 141)0 à 1493, et qui continuent eu 1494 
et 1 495 par des achats à Lyon et eu Italie (2). Nous allons en 
avoir une nouvelle preuve dans la vieille enceinte du Petit- 
Fort. 

Eu 1485, la démolition de cette fortification, adossée au roc 
du coté du nord, laissa vide une place comprise entre le bas 
de la construction et les murailles de ce quartier du côté de la 
rivière. Charles VIII en fit don à la ville pour y bâtir une 
maison commune, propre aux assemblées des habitants, à la 
réunion des notables, à la conservation des papiers, à tout ce 
qui concernait l'administration communale et pour y placer le 
grenier à sel. Cette maison était devenue plus nécessaire par la 
destruction de la Nonnerie; l'auditoire étant souvent occupé 
par l'exercice de la justice royale. 

Mais la ville n'était pas assez riche pour édifier une maison 
avec ses recettes ordinaires, surtout avec leur faible excédent 
sur les dépenses obligées ; on eut recours à une confrérie reli- 
gieuse qui était alors florissante à Amboise. 

La confrérie de St-Nicolas fut fondée, dans l'église du châ- 
teau, en 1320, par Pierre P% seigneur d'Amboise, et Jeanne de 

(1) r. Ghalmel, t. ii, p. 296. 

(2) V. Notice sur les monuments numismatiques de rexpédltion de Charles VUI 
en Italie (J848, in-8*), p. 71 etsuiv. 



— 164 — 

Ghevrease, sa femme. Vers 1397 on y réunit une autre con- 
frérie, plus anciennement établie dans la même église, sous le 
vocable de la Conception Notre-Dame, et en 1 470 on obtint de 
l'archevêque de Tours, après examen et confirmation des sta- 
tuts, un décret solennel d'institution pour « la confraîrie de la 
n Conception Notre-Dame et Saint-Nicolas, fondée en l'église 
« Notre-Dame et Monsieur St-Florentin. » 

Cette confrérie, qui adopta plus particulièrement le nom 
patronymique de Saint-Nicolas, prit une certaine importance 
lorsque les rois vinrent habiter Amboise, surtout sous le règne 
deCharlesYIlI. Les plus hauts personnages s'y faisaient inscrire, 
on payait 3^ pour le provendierj même pour des morts, afin 
qu'ils participassent aux prières communes. Les confrères 
avaient besoin d'un lieu de réunion, autre que l'élise, pour 
délibérer sur leurs intérêts communs , recevoir les comptes 
des trésoriers et procéder aux distributions du jour de Saint- 
Nicolas d'été. Chacun recevait, dans les derniers temps, un 
pain blanc d'une livre, une pinte de vin et quinze deniers ; 
anciennement on faisait un repas en commun, on y renonça 
à cause du grand nombre des confrères. A la suppression de 
cette confrérie, faite en 1782 par l'influence de M. de Choi- 
seul, ses revenus s'élevaient à 1 1 68 ^ 2 ' 1 * et ses charges à 1 1 79 1 
4' 3', y compris 675 ' que coûtaient les distributions aux con- 
frères (1). 

Ce fut cette confrérie qui, eh 1485, se joignit à la commu- 
nauté des habitants d'Amboise pour faire bâtir une maison de 
viUe, qui servait en même temps de lieu de réunion pour les 
assemblées des confrères de Saint-Nicolas. On y ménagea une 
cuisine pour les repas officiels et un grenier à sel qui avait été 
accordé à Amboise par le roi, en 1483. Il fallait, auparavant, 
aller se pourvoir de sel à Montrichard ; on avait provisoire- 
ment établi pour cet usage une espèce de haUe au bas des murs 
du château, à l'entrée de Tenceinte du Petit-Fort. 

(1) F. Sur la confrairie de St-Nicolas, les Essais historiques sur la ville d'Am- 
boise et son chAteau, (1842 in-8<*), p. 1 1 et 12. 



ioc. hrché^. ■'on» Vl 




U «MdlN j«l. M.L.Utik. 



LttlLCURrr-MA]lT(llUU.XdiIàJ;*n« .Tnrt. 



ANCIENNE MAIRIE D'AMBOISE 

Façade du côlé de la Loire 



V 



— 155 — 

Le 6 juin 1485, le receveur de la ville compta « à honorable 
« homme Alexandre Blandin, Jean Gaudion Taisné et Pierre 
« Joussier» commis de par les habitants et frères de la confrai- 
« rie de la Conception Notre-Dame et Monsieur Saint-Nico- 
« las fondée en Téglise de Saint-Florentin, au bastiment que 
« lesdits habitans et frères de ladite frairie ont ordonné estre 
« fait ensemblement aux places du Petit-Fort, pour servir aux 
a choses nécessaires de ladite ville et frairie^ la somme de 
« cent livres tournois pour mettre et employer avec semblable 
« somme que les trésoriers de ladite frairie seront tenus bailler 
« auxdits commis aux bastiments de ladite maison amsi que en 
« rassemblée faite desdits habitans et frères de ladite frairie a 
« esté appoincté et ordonné. » 

Le 8 août suivant autre allocation de cent livres par la ville, 
de cinquante à soixante \ivres à fournir par la confrérie et, 
en outre, décision qu'un houlevart (1) qu'on avait commencé 
devant la porte Gallafre (Saint-Denis) serait démoli pour en 
employer les matériaux à la construction du nouveau bâti- 
ment. 

Les principaux travaux de cette maison furent finis en 1486; 
elle fut couverte en ardoises, par Jean Ghereau, couvreur, pour 
le prix de 150*. Elle ne comprenait pas tout le terrain donné 
par le roi à la ville ; le reste fut cédé, pour y élever une mai- 
son, à M'' Robert Gouliet, lieutenant des eaux et forêts d'Am- 
boise et Montrichard. La ville, pour cette concession royale, 
payait sur la maison de ville, au receveur de la baronnie 
d'Amboise, une rente annuelle de quarante sous, outre deux 
sous de cens féodal. 

L'hôtel-de-ville, commencé en 1485, a subsisté, sauf quel- 
ques modifications successives, jusqu'à sa reconstruction, sur 
les mêmes fondements, dans l'année 1776. En février 4777, 
M. D'hennessy, alors maire, « a dit et remontré à la compa- 

(1) Un boulevart « au moyen-âge était un bastion, un ouvrage extérieur placé 
près d'une porte de viile fortiflée pf)ur en défendre l'approche. 



r 



— 166 — 

« gaiey que cet hôtel ayant été reooostrait à neuf l*aaaée der- 
« nière, la dépense occasionnée par cette reconstruction a 
«• épuisé et bien au-delà les fonds de la ville, que son revenu 
« annuel n'étant qu'à peine suffisant pour subvenir à ses chaînes 
« ordinaires» il s*en suit que rhôtel-de-ville est tellement arriéré 
« qu'il lui faut plusieurs années pour se remettre de niveaii, 
« qu'encore est-il besoin d'user de beaucoup d'économie en ne 
« faisant que ce qui est absolument nécessaire. — Cependant, 
» a ajouté H. le maire, qu'y a-t-il de plus susceptible de déco- 
« ration qu'un vaisseau tel que la grande salle de cet hôtel ? 
« £t quoi I en même temps, de plus désagréable à voir qu'un 
« aussi vaste appartement sans meubles, et notamment sans 
« tapisseries ? Si, d'un côté, il ne pouvait décemm^^t s'en dis- 
« penser, de l'autre les membres de cet hôtel se voyaient 
« réduits à l'impossibilité de faire une dépense aussi considé- 
« rable. Mais déjà comblée des bienfaits de Monseigneur le 
« duc de Choiseul, cette viUe vient encore de recevoir une 
« nouvelle marque de sa bienfaisance pour elle. C'est, en effet, 
« Monseigneur le duc de Choiseul, vous le savez, Messieurs, 
« qui a bien voulu faire don à cet hôtel de la magnifique tep- 
« ture que vous voyez autour de vous. C'est encore cet illustre 
« seigneur qui a donné celle qui tapisse la chambre du Conseil. 
« Cette tenture est au nombre de onze pièces dont la principale 
« représente l'histoire de Judith et ^olopherne, la seconde celle 
« de Semiramis, reine de Babyloue ; la troisième l'histoire de la 
« reine de Saba. X)n voit dans la quatrième Enée quittant Car- 
« thage, qui de son vaisseau, considère le b&cher sur lequel 
« Didon se consume. Le surplus de ces pièces expriment de 
« même des traits rares. » 

M. le Maire termine son allocution par exprimer le vœu que 
M. de Cboiseul veuille bien autoriser la ville à placer son por- 
trait dans cette salle. On vote une lettre de remerciment pour 
les tapisseries et de demande pour le portrait. Cette lettre, 
écrite dans les termes d'une flatterie ridiculement exagérée, 
produisit son effet; le 19 février^ M. Ribot, homme d'affaires 



— 157 — 

du duc, annonça au corps.de \ille que M. le duc accordait son 
portrait, qui a disparu pendant les troubles révolutionnaires. 
Les tapisseries sont arrivées jusqu'à nos jours, mais dans un 
tel état de délabrement qu'il est impossible d'en faire désor- 
mais aucun usage. 

Cette maison commune, dont nous avons recherché l'origine 
et tracé l'histoire va être vendue et peut-ôtre démolie ; elle était 
devenue insuffisante pour la mairie et la justice de paix. C'était 
d'ailleurs un bâtiment en mauvais état et d'une construction 
peu convenable aujourd'hui pour Amboise ; depuis longtemps 
on désirait un déplacement que l'administration municipale, 
sous le mairat de M. Trouvé, vient d opérer à la satisfaction 
générale. 



Nous allons maintenant nous occuper du nouvel hôtel-de- 
ville; édifice dont la construction remonte aux premières 
années du xvi® siècle, et dont l'architecture, tant h l'intérieur 
qu'à l'extérieur, dénote un premier fondateur important et plus 
riche que la ville d'Amboige en 1485. La restauration de cet 
édifice et les travaux qu'on y a faits pour l'approprier à sa 
double destination, pour la mairie et la justice de paix, ont été 
dirigés avec beaucoup de zèle et de goût par MM. Le Pladec? 
architecte de la ville, et Eugène Maglin, adjoint du maire et 
conducteur principal des ponts et chaussées. 

On trouve dans un ancien terrier de la baronie d' Amboise 
(n** 629, p. 435.) Taveu suivant : 

'« Déclaration de ce que tient et avoue tenir noble homme 
« Françoys Tissart, écuver, seigneur de Villetissart, au fief {]ai 
« roy , notre sire, à cause de sa baronnie d'Amboise, tant en la 
« ville et fauxbourgs, et outre ce qu'il tient noblement de la- 

« dite baronnie Et premièrement une place ou pourprLs de 

« terre de largeiur de environ six toises et de longueur quatr§ 
« toises ou environ étant audevant des fenêtres de la maispq 
« dudiçt Tissart qui sauUoit appartenir à feu Raoul Tissart soi) 



— 158 — 

« père, située en la ville d'Amboise regardant sur la rivierre 
« de Loire, lequel pourpris ou portion de terre lui a été baillée 
« par le roy pour raccroissement de sa dite maison, pour en 
« payer, par chacun an, à la recette ordinaire d*Amboise au 
«jour et feste St. Jean* Baptiste, la somme de dix deniers 
« tournois. — Item une pièce de Marais qui jadis fut pré, con- 
« tenant un arpent et demy ou environ, anciennement appelé 
« le pré St-Thomas, étant de présent en jardin et saullaye qui 
« souUoit estre et appartenir à feu Jean et Pierre les Morins, 
« séant hors la ville d'Amboise, hors la porte Titry et le grand 
« marché, joignant d'un long à la rivierre de la Masse, d'autre 
« long aux Courtils devers St-Thomas, et du travers à la 
« chaussée et chemin comme Ton va de la porte Titry audit 
» marché d'Amboise, doit, par chacun an, audit jour, six de- 
« niers de cens, «* Item, un corps de maison neuf, séant outre 
« les murailles de la ville d'Amboise, estant depuis la poterne 
« St-Simon, sur la grève et regardant la rivierre de Loire, 
« basti par feu Pierre Morin et sa veuve, dont la place et 
•» pourpris fut par lui prise du feu roy,à la charge d'en payer, 
« par chacun an, à la recepte d'Amboise, ledit jour, dix-huit 
« deniers. — Et proteste ledit Tissart que si aucune chase il a 
« obmise à mettre en cette présente déclaration, qui soit tenu 
« de ladite seigneurie, que sitôt qu*il en aura cognoissance il 
« le baillera par déclaration et les advouera tenir dudit sei- 
« gneur. En tesmoing de ce j*ai signé ceste présente de ma 
« main le quatrième jour de février Van mil cinq cent viugt- 
« trois. François Tissart. » 

Le nouvel hôtel-de-ville d*Amboise est cette dernière maison, 
bâtie vers 1500 où 1502 par Pierre Morin, trésorier de France 
et maire de Tours, et par Françoise Prévost, sa veuve (I), 

(1) Le premier article de cet aveu est, vraisemblnblcment, l'ancienne maison 
qui était contiguê à celle de Pierre Bf orin et qui naguère était une auberge sous 
renseigne du Palais-Royal. Cette maison a été démolie et autour du terrain 
vague qu'elle occupait on voit encore des vesUges de cheminées gothiques an- 
nonçant un bâtiment assez considérable. Le second arUcle était le terrain sur 



^ 



^^M 



ENTREE DE LHOTEL- DE-VILLE D'AMBOISE. 



— 159 — 

Vers 1505 cette veu\e intenta un procès à la ville pour un 
terrain vague touchant sa maison, sur les grèves ; terrain 
qu'elle prétendait lui appartenir et qui était indispensable pour 
achever le portail et la voûte qu'on fit sous l'église St-Simon, 
en 1 502. — Pour l'intelligence de ces faits, il faut remonter un 
peu plus haut dans nos annales aiiiboisiennes. 

En 1014 Sulpice de Buzançaîs, trésorier de St-Martin, sei- 
gneur du hourg 'd'Amboise. de concert avec Foulques Nerra, 
comte d'Anjou, qui possédait l'ancien Castellum romain, fonda 
le chapitre de St-Floreutin dans l'église du château, et on y 
plaça, en 1044, une cure pour les nobles, les soldats et les 
étrangers ; le reste des habitants du pays étaient paroissiens de 
St'Denis ; mais, comme il pouvait être dangereux dé laissée 
monter trop de personnes dans l'enceinte du château, et que 
d'ailleurs l'espace compris entre l'enceinte primitive et l'église 
St-Denis devenait souvent, alors, impraticables par les crues 
des rivières dépourvues de digues, les seigneurs d'Amboise 
firent bâtir, à peu de distance du château et le long des murs, 
touchant la Loire, une chapelle, soifs l'invocation de St-Simon, 
pour l'usage de la ville, en cas de nécessité. Losque le séjour de 
nos rois eut augmenté la population d'Amboise, cette chapelle 
devint insuffisante, quoique, d'un autre côté, les marais qui 
bordaient les murs de la ville eussent été assainis et rendus 
presque toujours praticables ; puis elle devint à peu près inu- 
tile, et cependant elle resta comme dépendance du château. 

En 1469, Louis XI, pour assurer davantage la sûreté du 

lequel on avait bâti l'ancienne tannerie de M. Leray de Chàumont , occupée 
depuis par la manufacture de tapis. 

(1) Sulpice maria sa nièce Hersende de Busançais à Lysois , l'un des plus 
vaillants chevaliers de Foulques-Nerra, comte d'Anjou qui possédait le château. 
Hersende avait eu en dot le bourg et la tour d'Amboise reconstruite en pieiTe 
par Sulpice, mais dont il ne reste pas de vestiges. GeofTroi-Martel donna encore 
à Lysois le carroir d'Amboise jusqu'au moulin , qui était de son patrimoine. 
Hugues, petit-fils de Sulpice , obtint les comtes d'Anjou le château et ses dé- 
pendances, ce qui mit entre les mains des descendants de Lysois tout le domaine 
d'Amboise confisqué par Charles VU. 



— t60 — 

séjour des rois, voulut transporter hors de Fenceinte du châ- 
teau la cure exccplionnelie qu on avait joiute au chapitre dès 
le xi* siècle. II fit deuiauder, le 19 aoveuibre, aux habitaats, où 
1 on pourrait, dans la ville, bâtir une église pour cet usage. On 
lui répondit que le lieu le plus convenable paraissait être le 
vieux bcitiinent de la Nonnerie^ où se tenaient quelquefois les 
assemblées générales. On se mit à Touvrage, et Téglise dédiée 
à Notre-Dame fut bénite solennellement par Tévèque d'Orléans, 
dans Tannée 148i. 

Cette nouveUe église, mise sous riuvocation de St-Florcntin 
lors de la destruction de la collégiale du château, était très- 
proche de la chapelle St-Simon ; il y avait seulement une ruelle 
pour aller de Tune à l'autre, et, eutr'elles, un escalier fermé 
pour monter sur les murailles de la ville, qui terminaient la 
chapelle, au nord, et entouraient Téglise neuve. 

Sous la chapelle St-Simon il existait une simple poterne don- 
nant sur les grèves et fermées de deux portes solides ; pn 
vovait encore dernièrement des traces de la ferrure de celle 
qui donnait du côté de la ville (1). liin 150S, la vUle, et sur- 
tout les quartiers environnant le château, ayant pris de l'im- 
portance, on décida qu'il était à-propos de faire une sortie plus 
commode à cet endroit. On fit eu conséquence, les années sui- 
vantes, sous l'église St-Simon, une voûte et un portail; mais, 
en 1506, la veuve de Pierre Morin prétendit que le terrain 
compris entre sa maison et FégUse neuve, le long de la mu- 
raille, lui appartenait par concession royale. Il en résulta un 
procès i)orté devant le Parlement de Paris (2) ; on en trouve 

(1) La chapeUe St-Simon n*a été entièrement démolie qifen 1770; le quai 
ayant été, alors , considérablement exhaussé , cette sortie de la ville eût été 
interceptée. L*autel était adossé à la maison de Pierre Morin et 11 est vraisem- 
blable que le mur de séparation qu'on voit encore dessiné ; ar une arcade a été 
rebâti à une époque bien postérieure à ia première construction de la chapelle, 
peut-être même lorsqu'on n'y célébrait plus la messe. 

(2) Pierre Morin était mort vers la fin de mai 1505. Il fit son testament le 16 
de ce mois et légua à la fabrique de St-Satumin de Tours une tapisserie repré- 
sentant la passion de N^-S. 



— lei — 

des traces dans les comptes des receveurs de la ville pour les 
années 1505, 1506 et 1507 : 

Du 45 juillet 1506. Mandat des élus au receveur pour payer 
« à Guillaume Pelletier, charpentier, cinquante sous cinq 
« deniers, savoir: vingt-un sous trois deniers, pour dix- sept 
« toises de bois de collombage pour faire des barreaux près le 
« portail St-Simon, du côté des grèves, au lieii des autres bar- 
« reaux qui ont été ostés par la veuve Pierre Morin ou ses gensj 
« au prix de quinze sous la toise ; et vingt-neuf sous deux 
« deniers pour sept journées par lui mises et employées, tant 
« à faire lesdits barreaux que à abatre un appenti qui était au 
« long des murailles de la ville près ladite église St-Simon ; 
« qui est au prix de quatre sous deux deniers par jour. » 

J)u 9 novembre 1506. « Cinq livres à M. de la Ferté avec 
« un sac où sont plusieurs pièces et . procurations pour les 
« habitants de la ville contre Françoise Prévost, veuve de feu 
« Pierre Morin, touchant certaine place estant au long des murs 
« de l'église St-Simony pour porter à maistre Guillaume Lesaige, 
« procureur en la Cour de Parlement à Paris. »» 

Au rôle du compte de 1507. « A Jean Dupuy élu, pour avoir 
« été devers Jean Poncher, trésorier de France à Tours, pour 
« lui porter mémoire touchant la place étant es grèves au long 
« de Téglise St-Simon... dix sous. » 

Il est donc bien certain que Thôtel-de- ville actuel d'Am- 
boise a été commencé par Pierre Morin et achevé par sa veuve, 
de 1500 à 1505. Il devint bientôt la propriété de François Tis- 
sart, vraisemblablement le fameux helléniste, né à Amlwise 
en 1460, qu'on croyait cependant mort en 1503 ou 1509, parce 
qu'on ne connaît plus rien de lui passé cette époque ; il serait 
donc mort à 48 ou 49 ans, ce qui est peu probable, par ses 
nombreuses et importantes publications scientifiques. 11 repa- 
raîtrait, par son aveu cité plus haut, en 1524; il n'aurait eu 
alors que 64 ans, et il n'est pas surprenant quïl soit revenu 
dans son pays natal se reposer de ses travaux et jouir de la 
fortune qu'ils avaient pu lui procurer. 



— i6â — 

Quoi qu'il en soit, notre François Tissart parait aYoir eu des 
liaisons intimes de famille avec celle de Pierre Morin ; car on 
voit qu'il possédait, outre la maison en question, voisine de la 
sienne, un jardin sur les marais qui avait appartenu aux deux 
frères Jean et Pierre Morin. 

Un premier Jean Morin a été élu maire d'Amboise pour les 
années 1447, 1448, 1452, 1453, 1454, 1459, 1460, 1461 et 1462; 
il figure encore comme notable en 1465, et on voit, en 1466, 
son 'hôtel désigné pour y recevoir la comtesse de Wurtemberg, 
tante de la reine, femme de Louis XI, à son passage par Am- 
boise. Agnès Morin, peut-être sa fille, avait épousé Victor 
Gandin, père de Marie Gandin, qui, en 1510, épousa Philibert 
Babou. On connaît la cause de la haute fortune de ces deux 
époux et de toute leur famiUe ; il est présumable que cette 
alliance de leur sœur ne fut pas inutile aux deux fils de Jean 
Morin, qui jouèrent un rôle important à Tours et à Amboiae. 

Il est question des deux frères Morin dans une assemblée des 
habitanls d'Amboise du 2 juin 1500. <« S'est comparu honorable 
il homme sire Jean Morin, conseiller et général des finances 
« des rois de Navarre où iUec,. a présenté des lettres missives 
« de honorable homme sire Pierre Morin, trésorier de France, 
« son frère, escriptes à Lyon le xxij* jour de may dernier passé, 
n faisant mention de la somme de iij livres tournois, que les 
« habitants de laditte ville ont naguerres promis au roy, par 
« manière de prest ; de laquelle somme il a besoigné avec M. le 
« receveur général, lequel a rescript à Denis Cave qu'il res- 
« cripvit à Philibert Macquereau qu'il ne demande rien du dit 
«t emprunt aux habitants et que quand M. le trésorier sera par 
« deçà, il prendra la descharge dudit Macquereau et qu'il ne 
« faut pas que lesdits habitans en fassent nulle assiette.. .. » 

« Et aussi ont esté d'avis quand M. le trésorier viendra en 
« ceste ville, il lui sera fait et donné quelque beau et honneste 
« présent de chair ou poisson, ans dépens des susdits, pour le 
« recognoistre et remercier des grands plaisirs et services qu'il 
ft a faits ausdits habitans, que autres qu'il a faits par cy d'à- 



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(fi «f4 



sm^î^ 



?^^-^-£- 



HOTEL DE VIILE D'AMBOISE, 
Façide pincipilt sur le Qwi, 



— 163 — 

a vanty et à ce qu'il ait toujours lesdits habitans eu singulière 
<t recommandation. » 

En effet, Pierre Morin arriva à Amboise le 4 septembre sui- 
vant, et voici le beau et honneste présent qui lui fut fait. « A 
« Pierre BUlault, marchand poissonnier, iiij ' x* pour deux brc- 
« cbets, trois gros barbeaulx et deux grosses carpes, par lui 
« livrées le samedi iiij* jour du présent mois de septembre et 
« données par les habitants à sire Pierre Morin, trésorier de 
« France, qui arriva ledit jour en ceste ville, pour le re- 
« cognoistre et remercier des plaisirs et services qu'il a faits 
« puis nagucrres ausdits faabitans, pour le fait des emprunts 
« que le roy nostre sire a demandés en ceste ville, au moyen 
« duquel lesdits habitans sont demourés en surséance, et aussi 
(( à ce que au temps advenir il ait toujours les faits et affaires 
« de la ville pour recommandés. » 

Déjà, le 13 septembre 1499, on avait fait un cadeau de pois- 
son à Pierre Morin, pour le remercier du service fait à la ville, 
à Lyon, près de MM. les généraux des finances, pour avoir le 
prix du sel en vente en la chambre à sel de la ville. 

Pierre Morin, trésorier de France en la généralité de Tours, 
et maire de Tours, pour l'année 1502, avait été à Lyon avec la 
cour de Louis XII et de son prédécesseur. Il est inscrit au 
recueil de Godefroy, sur l'histoire de Charles VIII, comme 
étant « commis pour faire la recette et payement des oflSciers, 
« dames et demoiselles de la reine, sous le nom dé Jacques de 
« Beaune le jeune, ohstant son bas âge, • 

D'après Chalmel (t. IV, p. 26,), il paraîtrait que Pierre Morin 
avait épousé Constance ( ou Jeanne ) de Beaune, fille de Jean 
de Beaune, argentier des rois Louis XI et Charles VIII, maire 
de Tours, en 1472, et de Jeanne Binet. Ce serait un pre- 
mier mariage ; car nous avons vu qu'à sa mort Pierre Morin 
était marié à Françoise Prévost^ d'une famille amboisienne. 
Florentin Prévost avait été receveur de 1463 à 1465, et l'un 
des élus en 1467. 

n y aurait encore {dosieurs faits à citer sur la famille Morin, 



— 164 — 

et notamment sur Pierre Moriu ; ce qui précède suflSt pour 
faire conuaîlre celui à qui nous devons rhôtel-dë-ville d'Am- 
boisc, Vépoque de sa construction et son second propriétaire, 
qui est une de nos célébrités littéraires du xvi* siècle. Voici 
maintenant ce que nous en savons depuis près d'un siècle. 

L'ancien auditoire d'Amboise, où fonctionnait la justice locale, 
tomI)ait en ruine depuis longtemps ; il n'a été démoli qu'en 1818 
pour faire place à une balle, petite, incommode, mal située et 
dont la façade est du plus mauvais goût ; mais M. de Choiseol, 
devenu propriétaire de tout le domaine d'Amboise, érigé, à son 
profit, en ducbé-pairic, avait acheté, en 17G4, de la succession 
Judiciaire de M. Chasteigner, Thotcl bâti par Pierre Morin pour 
en faire le siège de sa justice seigneuriale, la prison et la 
chambre des comptes. De là vint le nom de Palais ducal sous 
lequel on l'a comm dans ces derniers temps. 

A la mort de M. de Choiseul, en 1785, cet édifice passa à 
S. A. R. monseigneur le duc de Penthièvre qui acheta, pour le 
prix de cinq millions environ, tout le duché-pairie d'Amboise, 
constitué de nouveau en sa faveur. 

En 1793 le domahie d'Amboise, qui devait appartenir à Ma- 
dame la duchesse d'Orléans, unique héritière du prince, fut 
confisqué comme bien d'émigré. Le château et la forêt restè- 
rent à l'Etat, et plus tard l'ancienne demeure de nos rois fut 
attribuée à une senatorerie, dont le titulaire fut M. Roger- 
Duces ; c'est lui qui, vers 1806, a fait démolir l'église du cha- 
pitre et la plus grande partie des bAtiments. Chanteloup et 
les autres portions d'héritage, successivement réunies au do- 
maine primitif, furent vendus révolutionnairement, ou appli- 
qués à des services publics. 

Le palais ducal fut donné à l'hospice général de Tours, en 
remplacement de rentes supprimées ou de biens alliénés à la 
m^me é[)oque. Dans l'année 1 826 la ville d'Amboise qui occu- 
pait cet édifice, à titre de loyer, pour y placer la justice de 
paix et la prison, l'acheta de l'administration de l'hospice de 
Tours pour le prix de huit mille cinq cents francs. 



En 48i8 on y étaUit une caserne pour la garnison chargée 
de la garde du château où a résidé Tex-émir Abd-el-Kader 
jusqu'à la fin de 4852. Cette destination n'existant plus, on y 
a installé, très-heureusement, comme nous l'ayons dit, la 
mairie et la justice de paix. Il est fâcheux que les dehors et les 
servitudes de cet hôtel aient si peu d'étendue ; on doit regret- 
ter, surtout, qne les éyènements survenus depuis quelques 
années n'aient pas permis d'exécuter le plan qui avait été conçu 
d'y réunir le grand terrain qui le touchait du côté du quai, 
pour agglomérer , autour du siège de l'administration commu- 
nale, divers établissements qui s'y rattachent , tels que la halle, 
la caserne de gendarmerie, le dépôt des pompes, etc., etc. 



11 nous reste à parler plus spécialement comme nous Ta vous 
promis, de la mairie et des maires d'Amboise. 

£n 4740, H. Royer, maire, fit imprimer chez Jérôme Legier, 
imprimeur-libraire à Amhoise, les Titres et Privilèges des habi- 
tants de la ville d'Amboise, etc. in-i^, 34 p. Ce recueil a été réim- 
primé en ISSià chez Goisbault, imprimeur à Amhoise, par les 
soins de M. Gautron, maire depuis 4817. Après les Titres et 
Actes de l'autorité royal se trouve le Catalogue des maires 
d'Amboise, depuis Élie Deodeau, élu maire dans l'assemblée 
générale du S février 4557, avant Pâques (4558), en vertu de 
l'ordonnance de Henri III, du mois de septembre 4557. 

Ce recueil est devenu rare, et sa réimpression, faite avec 
soin , ne serait peut-être pas inutile aujourd'hui , qu'on s'oc- 
cupe beaucoup de l'histoire des conununes de France. Toute- 
fois, il faut reconnaître que la plupart de ces titres et privilèges 
présentent peu d'intérêt à la génération actuelle « il pourra suf- 
fire de donner ici une analyse succincte des principaux de ces 
documents : 

4* Lettres de Louis XI, accordant des privilèges et exemp- 
tions à la ville d'Amboise. Octobre 4482. 

* Tome 6, feutlk' 10. 



s 



— ler* — 

<■ Ayant iSgard et eoQsidéfatioti à oe que n«lre ti^-dicr 

^ et iK's-âiHé fils lo dauphin de Viennois est ué en noirs vîUô 

• é'Anibôisc, et qu'on K^elic il a été et cftt «ourri, et ^u'afin 
c qu'aucun tntonvénieut de peste» ou autres maladies me ad* 
« v jument en kdite xûkj les habitants ont été et sont sojels 
« à çaideir les portes et &lrc guet poilr la garde et sûreté ée 
« notre fils, en manière que la plupart^dik temps personne à 

• {sted nia cheval n est passé par ladite YîUe, parquoi lestadifr- 
« tans u'ont aucunement fait leur profit et , à cause de ce, odI 
<A eu perte en plueicufs dianîères , et aitn que en làiitù TÎlle les<- 
« ditâ habitais se puissent recoorrer ^ teuhi pertes et pins 
« aisément entretenir, eonstrtkiits et édifier maisons pour la 

« décoration d'icelie et aussi qu*cl!e se puisse repeupler 

i< ... voulons quHs et chacun d*eui demeurans en ladite Tille, 
M soient dorénavant et à toujours mais, pendant qulls dcmeu- 
« rcront en ladite ville , francs , quittes et exempts de toutes et 
« chacunes tailles , àydes , subsides et impositions et autres 
tt cliarges quelconques mis et à mettre sur notre royaume, 

< pour quelque cause et occasion que ce soît pourvu et 

« toutefois que les habilans Jurent et promettent sur les saints 
« Évangiles de Dieu qu'en la forest dudîl Amboise ils ne chasse- 
« ront ni feront c^iasscr h arbalestres ni autrement, en quelque 
41 manière que ce soit et s'ils savent que auculas le fassent, 
« nous en avertiront si sommes en ce lieu qu'ils le puissent 
« faire, ou celui ou ceux qui en ladite forest, ont ou auront 
M de par nous la garde; et que si aucuns d'eux ont des taillis 
«* en ladite forest, les feront clore afin que les bctes privées ne 
« gâtent ou broutent et que les bestes sauvages se puissent 
« mieux tenir. Aussi feront netoj er la rivierre de la Masse et 
« feront ôter les jardinages qui seront au droit de la ville, en 
« manière que la rivière puisse passer le long et près des 
c murailles de ladite yille Donné au Plessis-les-Tours au 

« mois d octobre 4482. 

Ces lettres ont été confirmées par Charles VÏII au mois àe 
septembre 1483; — par Louis XII au mois de Juin 1498; — 



pkt FMhiçds P' au m^is de janvier ISI8, — par Irifvàse de 
Sa'^e, tàbte dé François P' et régente pendatit ta x^i^^tiViM Ûù 

0Ë tétb«ir<iU6 , dans ces demiëires lettres , le paissftgè c^lVàoft !r 
« F^îhtttol nous, ce$ choses considérées, mesittetAeht lies gratis/ 

< !l6m^illc et làlKyâriëuIt services que teMSfs fiiàbunset hâlui* 

< tttt^ «t Wf s |)f^éces8eQr8 ont félîts tant aut tefM rofs , ^*au 
« 116^ ii6ri<Mdlt sèHgâeut iet fils et que tesd% haNtanè tm et 
c cjbhtinuënt )^v chacun jour et espérons qu'ils tefont cy 
« apfès » 

RehH 11 avait également confirmé ces privilèges et exemp- 
tions par des lettres pàtei^tes du mois de mars lâ47 (iS48, û. Ht.) 
et par d'autres du ^ octobre 1551. En enregistrant tes der- 
AiM*é8 , }à *ObBt des aides et finances avait liibité leur jèûi^isialûrce 
pour le temps que les enfauts de France pTéndreittl el aùreiiit 
leur boûrriture à Arfiboise seulement. Mais lé Roi, patdèl^ôtt- 
téUéb fetti^ j Au 4 HfVHl 1 553 , iofOontie la stippression Âe ctette 
clause. . . « qui s^ait , en ce faisait , les fruâtresr de Yiôs ^riecis , 
« faveurs et libéralités , d'afdtaut tptt de jour en jour , Helbif les 
% oi^fcions qui se peuvavt préséùter, noua les pouvotis fSaire 
« déMo^f dudit Atoboîse pour les fidre vetàr en tiuktè Beui 
«t au moyen de quoi ce sotit Choses que nous voulons être 
« rettiises à nôiis iseul et iion à la nourrtttire de nosdits enfans/ 
^ ^t ^ cette cause voulant en Quelque sorte et Ihçon que ce 
«K sofR, lesdits matians et habitans snivant ttosdStes lettre!» ide 

< continuation et confirmation, jotfir et user destdfts pi)v3^eâ 
u et affranchissemens , îdous vous mandons, commandons et 
« très-expresseméïit enjoignons cette fois pour toutes, par ced 
t( présente^ signéèis de notre propre mainque/'ebtevairtet 
« lâtetft Vos difficultés vous am à passer outre à Ib vérlficiitibn 
« ê\ entelrinement de nosdites lettres , sans y faire iàUcûire rès- 
« trifetion (1). 



(ï) Cè8 lettrés ne sontt>iis imprimées ea lt40 et 1822 , mais elles exiâttfnl aux 
««fcKM»'4elQttlaii(e. 



Le iiième roi , (wr des lettres données à Paris au mois de 
septembre 1557, établit la mairie d*Amboise, c'est-à-dire que, 
sans rien changer ù Tétat des choses pour le reste, il agaimila 
le régime munici{ial d'Amboise à celui de Tonrs et Poiti^rSé.. 
... « Savoir faisons qu'après avoir bien entendu ce que dessus, 
« et en considération de la fidâité et service que nous ont , nos 
tt chers et bien amés les hahitans de notre ville d'Amboîse, 
« toujours portés ; et à ce qu'il n'y ait dissimilitude es admi- 
« nistrations de nos \iUes, avons déclaré, voulu et ordonné... 
« que dorénavant, en procédant, par lesdits manans et babi- 
« tans de notre ville d'Amboise, à l'élection des Écfaevins d'i- 
« celle , il y soit pareillemeint et par même moyen , par eux élu 
« un maire , lequel , ensemble lesdits Échevins seront , voulons 
« et entendons être, de robe courte et n'y pourront être mis 
« gens de robe longue et de justice » 

François IT eu 1559; — Charles IX en 1567; —Henri 111 
en 1577; — Henri IV en 1610; — Louis XIH en 1619, et 
Louis XIV en 1648 confirmèrent ces privilèges et exemptions, 
ainsi que rétablissement municipal. 

Les lettres de Louis XIQ complètent celles de Henri II rda- 
tivement à la mairie , elles donnent à cette administration la 
forme qu'elle a longtemps conservée. 

« Les rois nos prédécesseurs, ayant aimé depuis long- 

« temps le séjour de notre ville et cliàteau d'Amboise , tant à 
« cause de la commodité et beauté de l'assiette, que pour la 
c bouté et fidélité éprouvée des habitants dudit lieu , partie 
« desquels sont encore à présent nos officiers domestiques* 
« auraient honoré et décoré lesdits habitans d*aucuns beaux 
« privilèges; même le roi Henri II, par lettres en forme de 
c charte du mois de septembre 1 557 , leur aurait donné pouvoir 
« d'élire tons les ans un maire et des échevins pour disposer et 
« ordonner des affaires de ladite ville avec pareil pouvoir, 
* autorité, prérogatives et franchises que ceux de nos bonnes 
a villes de Tours et Poitiers , sans les exprimer partiçuliëre- 
« ment... Nous, désirant favoriser lesdits habitants d'Amboise 



r_ 165 — 

* et exprimer leurs droits, privilèges et prérogatives *tn 

« confirmant et interprétant l'intention du roi Henri II... leur 
« donnons permission d*élire par chacun an (l)^ un maire et 
« quatre échevins, gens de bien, honorables et amateurs du 
« bien public pour avoir les mêmes droits, autorités et hon- 

• neurs qu'ont les maires et échevins de la ville de Tours, et 
« lesquels sortis de charge demeureront et entretiendront, 
« durant leur vie, le titre de conseillers de ladite ville 
« d'Amboise sans, pour ce, prendre néanmoins aucuns gages 
« ni émolumens, pour avec les maire et échevins étant en 
« charge donner avis et ordonner des affaires communes d'i- 
« celle ville et de ce qui en dépend ; et lesquels maire et éche- 
« vins se poiu*ront assembler toutes et quantes fois que bon 
« leur semblera et convoquer en leur dite assemblée la commu- 
« nauté desdits habitans pour leurs affaires particulières, sans 
« ordonnance ni permissions d'aucuns de nos officiers. Avons 
« aussi, lesdits habitans d'Amboise, en mémoire et pour recon- 
« noissance de leur fidélité et affection en notre endroit,' et 
M qu'une bonne partie d'iceux sont encore nos officiers dômes* 
M tiques et commensaux, déchargés et rendus quittes et 
« exempts à toujours, de toutes taxes, francfiefs et nouveaux 
« acquêts, ban et arrière ban ; et, si pour raison de ce, il nous 
« était du jusqu'à présent, par eux ou aucuns d'eux, aucunes 
€ choses, nous leur en avons fait et faisons don et remise, à 
« quelques prix et sommes qu'elles se puissent monter. .. Avons 
fi aussi, ausdits maire et échevins, permis et octroyé pouvoir 
«I à toujours, prendre et lever, comme ils ont accoutumé faire, 
« rapetissement et dixième du vin vendu en détail en ladite 
« ville, fauxbourgs et banlieue d'Amboise, pour, les deniers 
« qui en proviendront,^ être employés comme nous avons ci- 
« devant ordonné »» 

(1) U parait que nonobstant cette clause , le maire fut' nomme dès l'origine 
pour trois années consécutives , et quelquefois réélu pour trois autres années. 
Dans les derniers temps M. Denis Gaillard fut maire élu de 1730 à 1 737, M.Royer 
de 1738 à 1747. 

U 



— 166 — 

Un arrêté du CoiiBeU d'État, du 31 juillet 1690, règle ainsi 
les dépenses communales d'Amboise : « Sur le receveur des 
<« biens patrimoniaux, montant à 127*, sera payé par le rece- 
« veur desdits deniers : pareille somme de 127 ^ pour les vins de 
t présent^ bois, chandelles et dépenses nécessaires lors de 
« l'arrivée des troupes. Et sur le receveur des deniers d'octrois; 
« montant à 900 \ il sera payé par le receveur des octrois ert 
« exercice : Pour le prédicateur 15'; — aux trois clercs de \i\k 
« pour leurs gages, 150^; — pour peurs casaques, année com- 
« mune, 30 * ; — pour l'entretien du pavé, portes, murailles et 
•« pont-Ievis de ladite ville, 150* ; — pour les flambeaux dé 
« cire, le jour de la Purification et Fête de Dieu, 30*; — et 
« pour les feux de joie et frais de voyages qui se feront par là 
« permission, par écrit , du conunissaire départi en la généra- 
it lité de Tours, 73* ; — Revenant, lesdites sommes, sur lesdits 
« octrois à 448*. En ce non compris, les taxations du receveur 
M eu exercice, épices, façons, et dépenses communes des 
« <x)mptes desdits octrois, dont ledit receveur conservera le 
« fond pour être payé, ainsi qu'il lui sera ordonné au payement 
« de son compte. Fait sa majesté défenses aux maire et éche- 
«i vins de ladite ville, de décerner des mandements et audit 
« receveur des acquêts plus grande somme que celle ci-dessus, 
« à moins toutefois qu'elles ne soient ordonnées par sa ma- 
• jesté etc. » 

Ce premier acte de la centralisation de l'administration des 
communes aux mains du pouvoir souverain est une sorte de 
budget de la fin du xvii* siècle, qui peut donner une idée des 
revenus d'Amboise et de ses dépenses à cette époque, et qu'il 
est curieux de comparer avec les budgets de notre temps. 

En 1692, les besoins de l'État firent imaginer de vendre les 
offices de maire ; mais, après plusieurs tâtonnements, ce ne fut 
qu'en 1695 que M. Gilles Guichard acheta la charge de maire, 
n ne l'exerça pas sans difficulté et la vendit, en 1696, à M. Jean 
Chateigner, seigneur de Paradis, qui en jouit jusqu'en 1718. 
Aprt»s une année d'intervalle, c^usé par un essai de change- 



— 167 — 

ment dans les administrations municipales, M. Chateigner 
rentra en possession de sa charge, par arrêt du Conseil, en 1719, . 
et Texerça jusqu'en 1730, que la communauté des habitants 
d'Amboise s'obligea de le rembourser. M. Denis Gaillard, 
écuyer, fourrier des logis du Roi, fut élu maire. 

En 1769, M. Claude François de St-Martin, père du célèbre 
auteur de plusieurs ouvrages sur la doctiîne des illuminés, fut 
élu maire et fut confirmé dans cette charge, en 1772, par M. le 
duc de Choiseul, seigneur d'Amboise, en cons^uence d'un 
arrêt du Conseil qui lui attribuait la nomination des maires. 
M. de St-Martin avait déjà été maire pour les années 1754, 
1755 et 1756. Il eut pour successeur, en 1777, M. Richard 
d'Hennesy, chevalier de St-Louis, capitaine d'infanterie ; et en 
1779, M. Calmelet, procureur^du roi en l'élection, juge-gruyer 
du duché d'Amboise, fut noinmé maire par M. de Choiseul, 
continué par M. le duc de Penthièvre, et resta maire jus- 
qu'en 1790. Après dix ans d'intervalle, pendant lesquels il y 
eut quelques maires ou administrateurs, suivant les divers 
modes introduits par les événements de la Révolution, M. Cal- 
melet fut renommé maire sous l'Empire, et il exerça ces fonc- 
tions depuis 1800 jusqu'en 1813. 

jXous ne parlerons pas des honorables magistrats municipaux 
qui se sont succédé depuis cette époque ; leur mémoire est 
encore présente aux habitants d'Amboise; nous terminerons 
par citer, d'après le Recueil de 1822, l'ordonnance royale sui- 
vante : 

« Par lettres patentes dn 3 février 1819, délivrées à Paris 
« par le Roi Louis XVIII, contre-signées H. de Serre, garde 
« des Sceaux, la ville d'Amboise a obtenu confirmation des 
« armoiries suivantes : Paie d'or et de gueules de six pièces j au 
« chef d'azur^ chargé de trois fleurs de lys d'or ; desquelles 
« armoiries ladite ville était anciennement en possession. » 

Ces armoiries étaient celles de la maison d'Amboise, issue de 
Lysois; on y avait seulement ajouté le chef aux insignes de la 
France, comme sur les armoiries des autres villes. On a repro- 



— 168~ 

doit cet écusson, conforme à lordonnaDce de Louis XVIII, sur 
une cheminée gothique du nouvel hôtel-de ville, de la pronière 
construction, dans une pièce destinée à être la chambre du 
Conseil. 



E. Cartier. 



— 169 — 



RECHERCHES GÉNÉALOGIQUES 



8UB 



LA SÉRIE RÉGULIÈRE DES SEIGNEURS DE SEMBLANÇ AY , 



DEPinS LE MILIEU DI) XI* S1ÉCU JUSKII'A LA ni! DO XVin-. 



Dans une notice ayant pour titre : «< Examen critique de la 
1" partie du tome III de l* Histoire de Touraine par Chalmel , » 
notice que j'eus Thonneur de présenter , il y a près de deux 
ans , à la Société archéologique de Touraine , je signalais , 
comme étant {dus défectueux encore que tous les. autres , les 
divers paragraphes dans lesquels cet écrivain s'est occupé de 
l'ancienne baronnie de Semblançay , et j'ajoutais que , moi- 
même j'avais rencontré sur cet objet, dans les généalogistes les 
plus estimés (André Duchesne , Laroque, le P. Anselme, etc.) , 
des contradictions qui ne me permettaient pas , pour le mo- 
ment du moins , de substituer aux documents erronés fournis 
par Ghahnel , un travail plus exact et plus satisfaisant que le 
sien. 

Mon intention était de me Uvrer, dès lors , à de nouvelles 
recherches sur ce sujet; je m'en suis, en effet,' activement 
occupé , et c'est le résultat de ces récentes investigations qui 
fait l'objet de la présente monographie . 

Ce qui m'a , dès le premier abord , signalé l'imperfection et 
l'inexactitude de la généalogie des seigneurs de Semblançay , 
telle qu'elle a été rédigée par Ghalmel, c*est la présence , dans 



— 170 — 

son travail , de 28 degrés généalofz^iques^ depuis AUeaume 1^, 
mort eu 1083 , jusqu'à Charles lY , comte d'Aleuçon et baron 
de SemLlançay , mort sans postérité en 1525^ c'est à dire pen- 
dant une période de 442 ans ; tandis qu'en réalité, il ne devrait 
s'en trouver , pendant le même espace de temps , que 12 à 13 
tout au plus j de telle sorte que la filiation décrite par Chal- 
mel présente 7 degrés généalogiques ou 238 ans de trop. 

Pour tout homme qui possède une certaine expérience des 
combinaisons généalogiques , cette superfétation de plusieurs 
degrés dans une filiation quelconque, lorsque surtout elle em- 
brasse plusieurs siècles , est absolument anormale, et je Ta vais 
déjà signalée dans mon premier travail. Maintenant il s'agit de 
découvrir dans quels degrés elle se produit et quels sont par 
conséquent les degrés qu'il convient d'éliminer. Je vais procé- 
der à cet examen et donner ensuite une série généalogique 
régulière des seigneurs de Semblançay . Les piècesjustificative^ 
à l'appui sont placées à la fin et correspondent à mon texte 
par des lettres majuscules de renvoi. Enfin un tableau synop- 
tique et comparatif du travail de M . Chahnel et du mien , 
éélahxira ce que ces détails passablement aiides pourraient 
avoir d'obscur pour le lecteur, et sera placé au dernier 
feuillet. 

!• Recherches des degrés gémalogiques qu*il convient 
d'éliminer du travail de Chalmel, 

M. Chalmel compte d'abord , dans la Maison même de Sem- 
blançay, 6 degrés généalogiques savoir : r AUeaume 1". mort 
en 1083; 2» Robert 1". [qu'il dit être son fils), mort après 1 105: 
S"" AUeaume II, fils de Robert ; 4<' Robert II, fils d'AUeaume II; 
5" Guillaume, fils de Robert II ; 5^* enfin, Ëdeline (ou Asec- 
Uae), femme de Robert P' de Perrenay . 

Or , rénumération qui précède et quelques-uns des détails 
accessoires de ces six filiations contiennent des indications 
erronées, ainsi qu'on peut le voir aux pièces justificatives. 
Voy. litt. A. B. C. D. E. F. 



— 174 — 

Eq effet, Robert I" n'était pas fils d'Alleaume P% mais il était 
son frère. Ensuite, ce fut la fille de ce Robert P' qui épousa 
Jean P*" d'Alnye (que Cbalmel nomme Hugues), et non pas son 
arrière-petite-fiUe. Enfin, Philippe de Semblançay , qui vivait 
en U 80, ne pouvait être fils d'Alleaume n ; il eût été, tout au 
plus, son petit-fils ou son petit-neveu » et d'aiUeurs , il est fort 
probable que Semblançay était uniquement le lieu de sa nais* 
8ance,sans être son nom de famille , et rien n'indique qu'il 
appartint à la Maison de Senïblançay. (Voyez litt. Y.) 

Au surplus, et sans avoir la prétention de soulever entière- 
ment le voile qui nous dérobe la connaissance exacte de faits 
déjà si loin de nous , j'ai , en m'appuyant sur les pièces justifi- 
catives précitées , l'intime conviction qu'il n'est permis d'ad- 
mettre que 4 degrés généalogiques dans ce que nous connais- 
sons de cette antique Maison de Semblançay, savoir: 
l'' AUeaume P% mort en 1083, et Robert, son frère, mort après 
l'an li05; 2^ AUeaume II, fils de ce Robert et neveu d'Al- 
leaume P' ; 3^ Guillaume ; enfin 4'' EdeUne , mariée à Robert 
P' de Perrenay. 

De cette rectification résultera déjà l'élimination de deux 
degrés généalogiques , savoir : Robert 1^ , puisqu'il était le 
frère et non pas le fils d'Alleaume P' ; puis Robert H , père de 
Guillaumeyquin'ajamaisexisté, ainsi qu'onleproaveraplus tard. 

Deux générations plus loin M. Cbalmel désigne Marguerite 
d'Muye comme étant la beUe-fille de Rotrou de Montfort, par 
son mariage avec Rotrou II, leur fils. Mais ce Rotrou II, fils 
d'Isabelle de Perrenay n'a jamais existé non plus que dans 
l'imagination de l'historien de la Touraine, et Marguerite 
d'Aluye , fille ainée de Hugues VI d'Aluye, fut en réalité la 
deuxième femme de Rotrou de Montfort, qui l'épousa après la 
mort d'IsabeUede Perrenay, en sorte que ce même Rotrou, qui 
était seigneur de Semblançay par son premier mariage, devint 
baron de Châteaux, en Anjou, et de St-Ghristophe en Tou- 
raine, par le second. Tous ces documents résultent des pièces 
justificatives. (Voyez litt. G. H. I. J. K. L.) 



— 172 — 

Il faut donc retrancher ici da tableau généalogique de Cbal- 
mel Botron II de Montfort , ce qui nous procure jusqu'à pré- 
sent l'élimination de trois degrés. Quant aux quatre qui doi- 
vent être encore supprimés , ils sont tous successivement com- 
pris entre Jacques II d'HarcourtMontgommery, mort en 1428, 
et René d'AIençon, mort en 1492. {Ce sont les n«* 15, 16, 17 et 
18 du tableau de ChalmeL) Or, comment l'bistorien de la Tou- 
raine qui nous fournit lui-même les dates de ces deux décès , 
a-t-il pu insérer entre elles quatre générations , ce qui ne don- 
nerait pour l'existence de chacuue d'elles qu'une période de 16 
ans , lorsqu'il est universellement reçu qu'une génération corn, 
porte environ 34 ans du décès d'un père au décès de son fils. 

La suppression des quatre degrés que je viens de mentioD- 
ner entraine forct^ment la radiation des familles de Beaumont- 
Brienne , de Chamaillard et des deux premiers degrés de la 
Maison d'Alençon sur le tableau des possesseurs de la seigneu- 
rie de Semblançay rédigé par Chalmel; mais comme, à l'excep- 
tion de cet bistorien . je ne connais aucun auteur qui leur 
accorde cette seigneurie, je pense qu'il m'est permis de passer 
outre , et de présenter la généalogie régulière des barons de 
Semblançay , telle que je l'ai comprise d'après les investiga- 
tions auxquelles je me suis livré et les textes authentiques que 
j'ai consultés et reproduits à la fin de cette notice. 

Il* Filiation régulière des seigneurs^ puis barons 

de Semblançay. 

Maison de Semblançay. 

I.— Adelelme ou Alleaume P' , seigneur de Semblançay. U 
fonda vers l'an 1070, daas ses domaines , le prieuré de 
St-Martin, de Semblançay , et donna cette église de St- 
Martin à l'abbaye de Marmoutier , du consentement et 
en présence de Rosalde , sa femme. Il mourut en 1083 j 



— 173 — 

laissant un frère nommé Robert qui lui succéda. (Voy. 
littè A. B . aux pièces justificatives) . 
J. — Robert I* de Semblançay, frère du précédent, devint sei- 
gneur de Semblancay , après la mort de son frère aine, 
Alleaume P' , qui probablement ne laissa pas d*enfants. 
n était déjà vieux à cette époque et prit, en 4 105, Fha- 
bit religieux à Tabbaye de Marmoutier à laquelle il fit à 
cette occasion plusieurs donations approuvées et confir- 
mées par Ameline^ sa femme, et par son fils atné. Il laissa 
de son mariage : 
l"" Alleaume II, qui suit : 2* une fille qui épousa Jean I*' 
d'Aluye , frère de Hugues lY, baron de Châteaux , en 
Anjou, et de St-Christopbe, en Tourame. (Voyez litt. 
B. C. D.) 

II. — Alleaiunell, seigneur de Semblançay, succéda à Robert, 

son père. £n 1118 , il assista Foulques le jeune, comte 
d'Anjou et de Touraine , à la bataille que ce dernier 
gagna, près d' Alençon, sur le roi d'Angleterre Henri P' . 
(Voy. litt . E . ) Il f ut père de : 

III. — Guillaume !•', seigneur de Semblançay; il n'eut qu'une 

fille qui suit. 

Maisoi« d£ Perreivay. 

IV . — Ëdeline ou Asceline , dame de Semblançay ; elle épousa 

en secondes noces Robert de Perrenay , dont elle eut 
entre autres enfants : 

V. — Robert III de Perrenay, seigneur de Semblançay par sa 

mère ; il ne laissa que deux filles : 1"* Isabelle qui suit : 
2« N., femme de Gui Turpin. (Voy. litt. G.) 

Maison r>E Montfout du Haine. 

Armes d à deux lions passants d 

YI. — Isabelle de Perrenay , dame de Semblançay , épousa, en 



— 174 — 

premières noces Herbert Tarpin qui la laissa veuye 
peu de temps après ; elle se remaria ensuite à Rotrou , 
chevalier , issu des comtes du Perche et de Mortagne et 
seigneur de Montfort, dans le Maine, auquel elle 
apporta la seigneurie de Semblançay. (Yoy. litt. G.) Mais 
elle mourut jeune et sans postérité avant Tan 1257. 
Rotrou de Montfort épousa , en secondes noces , Mar- 
guerite d'Aluye , fille aînée de Hugues VI d'Aluye; elle 
lui porta en dot les baronnies de Châteaux , en Anjou , 
et de St-Christophe en Touraine, et mourut avant 1268. 
De son second mariage, Rotrou de Montfort n'eut 
qu'une fille, Jeanne qui suit. (Voy, N.) 

Maison de Parthenay l'Archevêque 

Armes : burelé d'argent et d'azwr de 10 pièces à la bande 

brochante de gwales» , 

Vil. —Jeanne de Montfort du Maine , dame de Semblançay, 
baronne de Châteaux et de St«Christophe, épousa, en 
1275, Jean (dit Guillaume) II, F Archevêque, seigneur 
de Parthenay, de Mer vent, de Vouvent, etc. (fik de 
Hugues l'Archevêque et de Valentia). De cette alliance 
naquirent : I** Hugues V, qui fut seigneur de Parthe- 
nay après son père ; 2® Jean , père de Guillaume , dont 
il sera question plus loin ; 3* Clémence ( alias Marie) , 
femme de Gérard Chabot III , baron de Raitz. Après la 
mort de Jeanne de Montfort , sa première femme , Jean 
TArchevôque épousa, en secondes noces, Marguerite de 
Tbouars, morte en 1329, fiUe de Gui, vicomte de 
Thouars et de Marguerite d'Eu ; il en eut : 4° Gui , qui 
fut Fauteur d'une autre branche ; 5* Jeanne , femme de 
Jean Chaudrier, chevalier ; 6** Isabeau qui suit ; 7* Lé- 
tice , mai'iée , en 1 283 , à Maurice d'Harpedane , sei- 
gneur de Belleville* [Voy. 0.) 



~ 175 — 
Maison d'Harcourt. 

Armes : de gueules , à deuxfasces d'or. 

VIII — Isabeau de Parthenay , dame de Montfort et de Sem- 
blançay , de Vibrayc , d'Aspremont , etc. , épousa par 
contrat du 22 juin 1315 , Jean IV d'Harcourt y premier 
comte d'Harcourt, en 1338 , Ticomte de Chàtellerault et 
seigneur d'ElLeuf , tué à la bataille de Crécy , le 26 
août 4346 (fils aîné de Jean d'Harcourt^ surnommé le 
tort ou le boiteux j mort en 1326 , et d*Alix de Brabant , 
dame d' Arschoot) . De ce mariage vinrent : 
1 "" Jean V qui suit ; 2^ Louis , vicomte de ChàteUerault, 
sire d'Arschoot, mort en 1388 ; 3^ Guillaume , s' de la 
Ferté-Imbaud et de Livry , mort en 1400 ; 4** Jeanne , 
morte sans postérité ; 5^ Alix , femme de N. de Hangest. 

IX. —Jean V, comte d'Harcourt, vicomte de Chàtellerault , 

seigneur de Semblançay , décapité le 5 avril 1 355 . Il 
épousa , en 1 340 , Blanche de Ponthieu, comtesse d'Au- 
male , princesse de Castille , morte le 1 2 mai 1 387 (fille 
ainée de Jean II de Ponthieu, comte d'Aumale, mort en 
1342, et de Catherine d'Artois morte en 1368) . De cette 
alHance vinrent: 
V Jean VI qui suit ; 2* Jacques de Mongommery , dont il 
sera mention plus loin; 3° Philippe, baron de Bonnesta- 
blc ; 4*> Robert , baron d'Elbeuf ; 5° Charles , baron de 
la Saussaye; G^l^'errand, châtelain de Lillebonne; 7** Louis 
sire de Cailleville, etc. 

X. — Jean VI, comte d'Harcourt et d'Aumale, seigneur de 

Semblançay , mort le 28 février 1389. 

Nota. Suivant un accord fait entre lui et son frère , Jac- 
ques de Mongommery , le 30 décembre 1376 , relative- 
ment au partage de la succession de leur père , la terre 
de Semblançay fut attribuée à Jean VI d'Harcourt ci- 



— 176 — 

dessus. Pourquoi ne passa-t-elle pas à sa nombreuse 
descendance ? il m'est impossible de l'expliquer ; mais 
ce qui est incontestable , ainsi qu'on le prouvera dans 
l'article suivant, c'est que, moins d'un an après la mort 
de Jean YI, comte d'Harcourt , la seigneurie de Sem- 
blançay , qui était passée , en 1315, dans cette maison 
par le mariage d'Isabeau de Parthenay avec Jean Yl , 
comte d'Harcourt ^ était rentrée dans la Maison de 
Parthenay , en la personne de Guillaume l'Arcbevéque 
qui suit. [Voy. P.) 

Maison de Parthenay. [Voy. Yll.) 

IX . — Guillaume II (dit Jean) l'Archevêque , seigneur de Par- 

thenay, Cbftteaux , St-Christophe , etc., mort le 17 mai 
4407 (fils de Jean l'Archevêque , mort en 1348 , et de 
Marie de Beaujeu et neveu d'Isabeau de Parthenay , 
femme de Jean lY d'Harcourt). Il avait épousé , en 1346, 
Jeanne de Mathefelon , fille de Thibaut lY de Mathefe- 
' Ion , seigneur de Durestal , en Anjou, et de Béatrix de 
Dreux. De ce mariage vinrent : 
1^ Jean , seigneur de Parthenay, de Mervent et de Mathe- 
felon, etc., mort en 1427. 8. P. ; ^ Jeanne de Parthe- 
nay , qui suit ; 3^ Marie, alliée à la Maison de Chalons . 

X. — Jeanne de Parthenay , dame de Semblançay , épousa, le 

21 janvier 1390, Guillaume lY, vicomte de Melun, qui 
viendra plus loin . 

Nota. « Par contrat passé devant Nicaise le Meusnier et 
« Jean de la Croix, notaires au Chàtelet de Paris , le 
« samedi 21 janvier 1390, en présence de Guillaume l'Ar- 
M chevèque, de Jean , son fils , et de Louis de Chalons , 
« comte de Tonnerre , son gendre , le dit Guillaume 
it l'Archevêque dota sa fille Jeanne de la chàtellenie de 
« St-Blancey, en Touraine , de 600 livres de rente pro- 
< che du dit château, et de 13,000 livres. 



— 177 — 

La possession de Semblançay par les rArchevèque « à cette 
époque, est encore confirmée par un reçu donné le 9 août 
1395 (et scellé d'or^ à 6 écussons de gueules) , par Je* 
hanne de Mathëfelon (mère de Jehanne de Parthenay), 
dans lequel elle est qualifiée, « dame de Si-Christophe j 
« et de St'Blançeyy au profit de Pierre Berte , receveur 
des Aides à Tours. » 

Maisou de Melum. 

Armes ; d'oTj au chevron d'azur, accompagné de trois 

mêlons de sinople , 2 eM . 

X. ~ Guillaume lY, vicomte de Melun , etc. , chambellan du 

roi , grand bouteiUer de France, en 1402, tué à la ba- 
taille d'Azincourt en 1415 (fils de Jean III , vicomte de 
Melun, comte de Tancarville, etc., mort en 1382, et de 
Jeanne Crespin]. Il épousa, par contrat du 21 janvier 
4 390 9 Jeanne TArchevëque, dame de Parthenay, de 
Semblançay, etc., susmentionnée. De cette alliance 
naquit une fille unique mariée à Jacques II d'Harcourt- 
Mongommery qui suit. (Voy, Q.) 

Maison d'Hargourt-Mongommery. (Voy. n^ IX.) 

Armes : écartelé, aux i^eti d'Harcourt , aux 2 et i, 

bandé d'azur et d'or. 

XI. —Jacques II d'Harcourt-Mongommery, tué en 1428 (fils 

de Jacques 1^' d'Harcourt-Mongommery, mort en 1405, 
et de Jeanne d'Ënghien , dame d'Havrech). Il épousa , 
en 1417, Marguerite' de Melun, comtesse de Tancar- 
ville, dame de Semblançay, morte le 1"^ septembre 
1448. Leurs enfants furent : 
P Guillaume qui suit ; 2^ Marie, comtesse de Meullent, 



— 178 — 

dame de Parthenay, morte en 1464, seconde femme de 
Jean^ bâtard d*Orléans , comte de Dmiois et de Lon- 
gueville. 

XIT. — Guillaume^ comte de Tancar ville et de Mongommery, 
etc., mort le 27 octobre 1484 ; il épousa : 1° avant 1443, 
Péronnelle d'Amboise , vicomtesse deThouara, morte 
en 1453 , sans postérité (fille de Louis d'Amboise et de 
Marie de Rieux) ; 2<' en 1454 , Yolande de Laval 
et de Montfort, morte en 1487 (fille de Gui XHT, 1*' 
comte de Laval, mort en 1486, et d'Isabelle de Bre- 
tagne] . Du second lit sont nées deux filles seulement : 
4^ Marguerite qui suit; g*» Jeanne morte le 8 novembre 
1488, mariée, en 1471 , à René II, duc de Lorraine , 
roi titulaire de Sicile, qui la répudia en 1485. {Voy. P.) 

Maisoiv d'Alençon. 

Armes : semé de France , à la bordure de gueules chargée 

de 8 besants d'argent. 

XllI. ■— Marguerite d'Harcourt-Mongommery, fiancée à René, 
duc d'Alençon , comte du Perche (suivant le P. An- 
selme, t. V, p. 424 et suivantes). Epousa- t-elle ce duc, 
et fut-elle mère de Charles d'Alençon ? Cela est dou- 
teux puisque Fart de vérifier les dates donne pour femme 
à René d'Alençon Marguerite de Lorraine, morte le 1 '' 
novembre 1621 (troisième fille de Ferry II de Lorraine, 
comte de Yaudémont , mort en 1472, et d'Yolande 
d'Anjou , morte en 1483). 

Nota. On lit dans Gilles Bry {Histoire des comtes du Per* 
cheet d'Alençon j 1620, p. 311, ligne 7), que Jean 1" 
d'Alençon , dit le Sage, « achepta les chasteaux et chas- 
« tellenies de St-Christophe et de Sainct-Blançey et fit 
•« faire le pavillon sur le chastel de Verneuil. x> 



— 179 — 

Ainsi , suivant Gilles Bry , Guillaume de Melun , gendre 
de Guillaume TArchevêque , seigneur de Parthenay , 
aurait vendu Semblançay à Jean I" d'AIeuçon, avant 
Tan 1415 ; en sorte que la Maison d'Harcourt-Mongom- 
mery n'aurait jamais possédé cette seigneurie. 

Je ne suis point en mesure de confirmer ou de démentir , 
en ce moment, cette allégation que je me contente de 
livrer à l'appréciation de mes collègues. 
XIV . — Charles IV, duc d'Alençon, etc., mort le 1 1 avril 1525 
(fils de René, duc d'Alençon, mort en 1492, et de Mar- 
guerite de Lorraine, morte en 1521). Il avait épousé le 
3 octobre 1509, Marguerite de Valois, morte le 21 
décembre 1549 : mais ils n'eurent pas d'enfants. 
(Foy.T.) 

Le 30 avril 1 516 , le duc d'Alençon , Charles IV , échangea 
les seigneuries des Ponts de Tours et de Semblançay , 
etc. , avec Louis IV de Rohan, seigneur de Montbazon, 
contre la seigneurie de Baugé , en Anjou , et quelques 
autres domaines. Mais six mois après , le 21 octobre 
de la même année, ce dernier vendit Semblançay à Jac- 
ques de Beaune . 

Ici se termine le parallèle entre ma série généalogique et 
celle adoptée par Chalmel , et là se termine aussi , dans 
cet historien , la monographie des possesseurs de la 
seigneurie de Semblançay. On peut voir au tableau 
synoptique et comparatif, que mon cadre ne contientque 
13 degrés , depuis la mort d'Alleaume P' , en 1083, jus- 
qu'à celle de Charles IV d'Alençon, mort jeune en 1525, 
ce qui embrasse une période de 442 ans et prodtdt très- 
exactement 34 ans par génération, puisque -^?- = 34 
ans. 

Le travail de Chalmel, au contraire, pour la même période, 
présente 20 degrés généalogiques, ce qui ne laisse plus 
à chaque génération que 22 ans d'existence . En effet , 
-^S- <= 22 ans , 1 mois. Ce qui est anormal et impossible 



— 180 — 

et amène ce résultat, que Charles IV d'Alençon, au Heu 
de vivre au comineucement du xvi* siècle, se trouve 
être le contemporain de ceux qui vivaient au commen- 
cement duxI)L^ 

Si je n'ai pu expliquer , dans ce qui précède , comment, an 
X* degré , la seigneurie de Semblançay retourna de la 
Maison d'Harcourt dans celle de Parthenay et, au xm*" 
degré, comment elle passa de la Maison d'Harcourt- 
Mongommery dans celle d'Alençon ; on ne m'ai ren- 
dra pas moias la justice que j'ai fait faire un grand pas 
à . la filiation régulière des seigneurs de Semblançay , 
puisque son cadre est tracé et rempli ; enfin , que les 
degrés généalogiques sont déterminés avec précision. 

J'ignore pour quel motif Chalmel n'a pas continué la mo- 
nographie des seigneurs de Semblançay dans les fa- 
milles de Beaune , de la Trémoille et de Luynes : je 
'.vais remplir cette lacune. 

M41SON DE Beaune. 

Armes : de gueules , à un chevron d'argent , accmnpagné de 
(rois besants d'or , 2 en chef et 1 en pointe, 

• 
XIII. '—Jacques 1*' de Beaune, chevalier, vicomte de Tours, 
seigneur de la Carte , etc. , surintendant des finances , 
gouverneur de Touraine^ fut exécuté le 12 août 1527; 
il était fils aine de Jean de Beaune , argentier des rois 
Louis XI et Charles YIII , mort en 1490, et de Jeanne.) 
Le 21 octobre 1516 , il acquit de Louis IV de Eoban , 
seigneur de Montbazon , la baronnie de Semblançay ; il 
épousa Jeanne Buzé (fille de Jean Buzé et de Gilonne 
Berthelot.) De ce mariage vinrent : 
l"" Guillaume qui suit; 2® Martin, archevêque de Tours, mort 
en 1527 ; 3^ Jacques , évéque de Vannes , mort en 151 1 ; 



— 181 — 

4^" Jeanne j femme de René Duchesnel , gouvernear de 
Touraine, de 1540 à 1517 ; 5^ Marie , femme deBaonl 
Harault II de Chiverny. 
XIV — Guillaume, baron de Semblançay, gouverneur de Tou- 
raine, en 1522 , mort avant 1524: il épousa Bonne Cot- 
tereau-Maintenon , dame de Maintenon et de Yauper- 
reux y fille de Jean Cottereau , seigneur de Maintenod et 
de Bonne de Thurin ; ils eurent : 
1^ Jacques II qui suit ; 2"^ Jean, écuyer, gentilhomme de la 
chambre du roi » baron de la Tour-d'Argy et des Bo- 
chesneufs ; 3^ Martin j évéque du Puy , mort en 1581 ; 
4^ Renaud, conseiller du roi, prieur de Grandmont- 
lès-Tours en 1559, prévôt de Doué, dépendant de St* 
Martin^ de Tours , archevêque de Bourges et grand au- 
mônier de France, mort le 27 septembre 4606; 
5"^ Claude, femme de P Louis Burgensis, premier 
médecin du roi ; 2"^ de Claude, GoufKer , marquis de 
Boissy , duc de Bouannez , dont elle fut la quatrième 
femme. 
Nota. Le second, Jean, et le quatrième, Renaud, compani- 
rent, par procureur, à rassemblée générale tenue k. 
Tours le 9 février 1559, pour la seconde réformation 
de la Coutume de Touraine. (/. Barei 1609 , p. 104,) 
XVa — Jacques II, chevalier des ordres, vicomte de Tours, 
baron de Semblançay, seigneur de la prévôté de Neuvy, 
et châtelain des Ponts de Tours, assista, comme ses 
frères , à l'assemblée pour la réformation àe la Cou- 
tume de Touraine et mourut le 27 novembre 1579 ; il 
avait épousé Gabrielle de Sade, dont il eut : 
t^ Jean II , baron de Semblançay après son père et qu 
mourut sans postérité, laissant tous ses biens à sa 
sœur Charlotte qui suit. 
XVL — Charlotte de Beaune , baronne de Semblançay , héri- 
tière de son frère , porta tous ses domaines à son pre- 
mier mari , Simon de Fizes , baron de Sauves , en Lan- 

12 



— 182 — 

gœdoe, secrétaire d'État. DjBve^ae veore, ^ 1529, 
elle épousa en secondes noces FrraQois de la Trânmlle 
qui suit. (Voy. R.) 

Mauoii db Lk TaÉiioiEXi (brancbede Noimoutkr.) 

Armes : d'or, au ekevnm de gueules , aceempagné de iroh 
atglettes d'azur^ membrées et becquetées de gueules. 

XVI. — François de la TrémoiUe , marquis de Noirmoutier . 
mort eu 1608 (fils de Claude , baron de Noirmoutier et 
de]Iomac,enl556, et d'Antoinette de la Tour-Landry]; 
il épousa en 1584» Charlotte de Beaune, morte en 1617. 
De ee mariage est sorti un fils unique, Louis 1**, ticomte 
de Thooars , marquis de Noirmoutier qui suit. 

XTn. »- Louis 1*, vicomte de Thouars, marquis de Noirmou- 
tier , mort le 24 septembre 1613. Il épousa, en 1610, 
Lucrèce Bohier, morte en 4666 , fille aînée de Yinorat 
Bdiier et de Marie Hotman. Ils eurent : 
1* Lons H qui suit; 2* François, baron de Chateaunenf, 
mort jeune. 

XYin. -^ Louis II , duc de Noirmoutier , en mars 1650 , 
Ticomte de Tours , etc. , mort le 12 octobre 1660; il 
avait épousé au mois de novembre 1640, Renée-Julie 
Aubery , morte en 1679, fille unique de Jean Aubery 
et de Françoise le Breton de Villandry. Ils ont laissa 
des enfants. {Vog. S.) 

Nota* Vers cette époque, la liaronnie de Semblançay passa 
dans la Maison d'Albert de Imynes : mais par suite de 
quelle transaction eut lieu cette permutation ? C'est un 
nouveau problème qui attend une solution que je m^ 
trouve , je l'avoue humblement , dans l'impossibilité ds 
donner. 



— 183 — 

Maison d'Albert de luthes. 

Armez : écarteU aux 1 et 4, d*or au lion armé, lampassi et cou^ 
ranné de gueules {qui est d* Albert ; aux 2 et 3) de gueules 
à 9 macles d'or, accolés 3, 3, 3 (^tit est de Rohan). 

XYII. — Louis-CharleSy duc de Lajnes et de Chevrense, mar- 
quis d'Albert, comte de Tours , baron de Bochecorbon 
et de Semblançay , seigneur de la Bourdaisière , pair 
et grand fauconnier de France, etc., mort le SO octo- 
bre 1690 (fils de Cbarles d'Albert» duc de Lnynes, etc., 
mort en 4631 , et de Marie de Boban, dame de Montba- 
zoD , morte en 1679;. Il épousa 1^ Marie Séguier, mar- 
quise d'O, morte le 13 septembre 1651 ; 2° en 1661 ^ 
Anne de Bohan, morte le 19 octobre 1684, fille d'Her- 
cule de Boban et de Marie de Bretagne d'Avaugour ; 
3^ en 1685, Marguerite d'Aligre, morte sans posté- 
rité le 26 septembre 1722 , fille d'Etienne II d'Aligre et 
de Jeanne Luillier, sa première femme. Du premier lit 
sont issus : 
1* Charles-Honoré qui suit ; 2® deux fils morts en bas 

âge ; 3^ cinq filles. Du second lit Tinrent : 
4^ Louis-Joseph, prince de Grimberghen , comte de Wer- 
tingen-Hohenreicben, qui a fait branche ; 5^ cinq filles. 

XVIII . — Charles-Honoré, duc de Luynes, de Chaulnes et de 
Ghevreuse , vidame d'Amiens , maréchal de France , 
comte de Tours, baron de Bochecorbon et de Semblan- 
çay, seigneur delà Bourdaisière , mort le 5 novembre 
1712. Il épousa le 3 février 1667, Jeanne-Marie Colbert, 
morte le 26 juin 4732 (fille aînée de Jean-Baptiste Col- 
bert, ministre d'État et de Marie Charron de Menars). 
De cette alliance vinrent : 
l"" Un fils mort à cinq ans ;2<> Honoré^Ubarles, qui suit; 



1 



r » • — 



- 184 — 

S"" Louis- Auguste ; ¥ Louis-Nicolas , comte de ChA- 
teaufort le 9 juillet 1701 ; S^" quatre filles. 

XIX. Houor4-Charles, duc de Gheyreuse-Montfort et de Luj- 

neSy comte de Tours, baron de Rochecorbon et de Sem- 
blançay , seigneur de la Bourdaisière , mort le 1 3 sep- 
tembre 1784. Il avait épousé le 18 février 1694, Marie- 
Anne-Jeanne de Courcillon, fille unique de Philippe de 
Courcillon , marquis deDangeau, gouverneur deTou- 
raine, etc., et de Françoise Morin, sa première femme. 
Ils ont laissé : 
4*" Charles-Philippe qui suit; 2^ Paul, comte de Hontfort. 
cardinal en 1755 ; 3^ deux filles entrées en religion. 

XX . — Charles-Philippe , duc de Luynes et de Chevreuse , 

pair de Erahce , comte de Hontfort et de Tours, baron 
de Rochecorbon et de Semblançay, seigneur delà Bout-- 
daisière. 

n épousa V le 24 février 1710 , Louise*Léontine-Jacqne- 
line de Bourbon-Soissons, princesse de NeufcbAtel et 
de Vallengin, comtesse de Dunois , morte le 1 1 janvier 
1721, fille aillée de Louis-Henri , légitimé de Bourbon- 
Soissons , et d'Angélique-Cunégonde de Montmorency- 
Luxembourg; 2® le 5 janvier 1732, Marie Brusiart, 
fille de Mcolas Brusiart , banm de la Borde et de Marie 
le BouthiUier de Chavigny (depuis duchesse de Choi- 
seul). Il eut du premier lit : 

1® Marie-Charles-Louis qui suit ; 2^ deux filles mortes au 
berceau. 
XXT.— Marie-Charles-Louis , duc de Chevreuse, prince de 
Neufchatel et de Vallengin , comte de Tours , baron 
de Rochecorbon et de Semblançay , seigneur de la 
Bourdaisière , comte de Dunois. Il avait épousé : P le 
l**' janvier 1725, Thérèse-Pélagie d*Albert-6rimbei^- 
hen sa parente, morteen 1726, S. P.; 2'' le27 avril 1738, 
Henriette-Nicolle Pignatelli-d'£gmont, fille de Procopo- 
Marie d'Ëgmont, duc de Gueldres et de Juliers et 



— 185 — 

de Henriette-Julie de Durfort-Duras, baron de Séri- 
giiaa. Du second lit vinrent : P Charles-Marie-Léopold 
d'Albert (tige des ducs de Chaulnes, éteinte à la fin du 
XVIII* siècle) ; 2° Louis - Joseph - Charles - Amable qui 
suit ; 3^ une fille mariée à Marie-Joseph-Louis , duc de 
Pecquigny y sou cousin, chef de la branche des ducs de 
Cfaaulnes. 

XXII. — Louis -Joseph -Charles -Amable, duc dé Luynes, 
comte d'Albert et de Tours , pair de France , marquis 
de Cinq-Mars et de Dangeau^ baron de Langeais, 
Rochecorbon et Semblançay, mort le S 4 mai 1807. II 
assista à l'assemblée des États-Généraux tenue à Tours 
le 16 mars 1789 et fut le dernier baron dé Semblançay. 
Il épousa le 16 avril 1768, Guyonne-Élisabeth-Josèphe 
de Laval-Montmorency dont il n'eut qu'un fils qui a 
continué la maison d'Albert jusqu'à notre époque. 

( y^n/' u.) 

Avant de fournir les justifications que j'ai promises . je crois 
devoir déclarer ici, encore une fois, que si je considère cette 
monographie comme étant infiniment plus exacte que celle de 
Chalmel , je ne me dissimule pas, néanmoins, qu'elle peut lais- 
ser, en deux ou trois endroits, quelque chose à désirer; j'émets 
donc le VŒU que des investigations ultérieures viennent confir' 
mer ou démentir mes assertions ; mon unique désir étant la 
manifestation de la vérité si indispensable dans les recherches 
généalogiques et historiques . 

IIP Pièces justificatives. 

(A.) 1070. « Adelelme, seigneur de Semblançay, dont la mai- 
« son était autrefois fort considérable en France , fonda 
« vers l'an 1070, dans ses domaines, le prieuré de St- 
« Martin de Semblançay, du consentement de Rosalde , 
« son épouse, n donna l'église de St*Hartin deSem- 



— 186 — 

« blançay au monastère de Marmoutier. {Histoire de 
Mannoutier par D. Martène. t. 1. p. 197.) 

(B.) 1083. « GuanUoDy religieux de Marmoutier, assista à la 
« mort d'Adelelme de Semblançay, vers l'an 1083. Ce 
« dernier avait un frère nommé Robert qw lui succéda. 
{Idemip, 169.) 

(C.) 1 105. « Robert de Semblauçay se fit religieux à Marmou- 
tier» en 1 105. n était déjà âgé à cette époque; et du con- 
sentement d'Ameline, sa femme ^ et d'Adelelme, son fils ; 
« il fit une donation à l'abbaye de Marmoutier: • 
(Idem p. p. 169 et 280.) 

(D. 1100. Testes sunt i?o^&^/t(5 de Simpliciaco, cujus filiam 
« habebat ipse Johannes de Aluia in uxorem, etc. Ao- 
c tum est boc anno Domini M** G^, » {Cartulaire de TVm- 
« raine, t^20Sy cité par d'Hozierf registre 3. p. 12), 

(E.) 4 1 18 K Erant autem cum Fulcone Adelelmus de Semblan- 
« ciaoOy etc. etc. » {Spicilegiumj in 4% t. 10. p. 501 .) 

(F.) 1180. «99*. Testes, Philippus de Semblentiaco , etc. > 
( Idber compositionum ecclesiœ Turonensis ; f* 21 , v* 
et 32 r*, cité par d'Hozier^ registre 3, p. 16.) 

(G.) 1236. « Et Misires Roberz de Perrenaiot ij filles des- 
« queles Misires Herberz Turpin ot Vainsnée o toute la 
» baronnie de Semblancay ; si comme il est apparissant, 
« que Misires Botro de Montfort qui ele fut famé ^ ot et 
a Uni toute la baron/nie^ et l'autre fu nmriée à Mon- 
« seigneur Gui Turpin sans riens prandre en la baron- 
« nie et n'ot qu ce qui li fut donné en mariage. » 
« Encore à iceliu I^otf q de lM[oatfort cels de Cbastiau en 
« Egou {sic) et cels.de St-Christofle en Toraine, par la 
^ resonde ce quil a la fille ainsnée^ Monseigneur Hugues 
» Daluie^ jà soit ce qu'il a deus autres Mes desquels la 
« seconde et^t mariée et n'a (pieC. livres de rente en 
« mariage. « [Enquête sur l'usage des cçmtés de Touraincy 
• d'AtycfUj et du Maine, dressée vers Tan 4260, citée par 
« d'Hozier, registre Z, p. S8.) 



- iâ7 - 

(H.) 1248. t babelle de Perrenay et Marguerite d'AIu^e. » 
(Voir ci-dessus (G.) 

« Universis, etc. Hugo de Aloya, miles ^ dominus 
« Castellorum in Andegavia j etc. Has vero dbnationes 
« et oonflrmaciones supra dictas, Aaliz, uxor mea; 
€ Hargarita Constanqîa et Ysabella, filiœ méae, laudan- 
« tes et approbantes, etc. Datum mense julio, anno 
« Domini AP CC^. XL^ octàvo. » (Archives de f abbaye 
de la Clarté en Touraine. Cité pAr d'Hozier, registre 3, 
p. 30 bis Jf. 

(I.),1257. « UniversiSy etc. Rotrodus, dominus Hontisfortis , 
« Castellorum Semblanciij et Sancti Ghristopbori in Tu' 
« ronià et Margarita {d*Aluye)j ejus uxor^ salutem^ noTe- 
« ritis quod cum, etc. Actum anncr domini M^ GG® L^. 
« septimo, mense juIio. » {Archives de l'abbaye de la 
Ctarlé. Voir d'Hozier^ registre 3. p. 29.) 

(J.) 1258 « Noverinï universi, etc. Nosigitur, Rotrodus Mon- 
tt tisfprtis J Semhlancii et Sancti X, pofori in Turoniat 
« dominus et Hargsgrita, uxor mea, scientêà , etc, Et 
« maxime ad preces Margaritœ, uxoris mes, toIu- 
« mus , etc. Actum est hoc anno domini H^ CC® L<*, 
« octavo, mense julio. » [Archives de l'abbaye de St- 
Florent de Saumur. Voyez d'Hozier, registre 3 j p. 130 
bisT^.) 

(K.) 1268. « Universis, etc. Rotrodus de Hbnteforti, mi- 
« les, etc. Noveriiis quod bonae mémorise Màrgareta , 
« domiw de Castellis, in Andegavia, quondapi uxùr mea 
•c dédit et legavit in ultîma voluntate sua.... convëntûi 
« de Clàrilate, decém solidos annui redditus ad piôtàn- 
« ciam pro anniversario suo fàciendô, super servicia sua 
•« de Sancto X, poforo capiendos sicut in testamento 
« suo vidimus côntineri, etc, Datum anno Domini 
« M* ce*» LX% octavo , mens^e augusto: » {Archives de 
V abbaye de lé Clarté en Touraine. {Voyez d'Hozier, 
regiAre 3. p. 29.) 



— 188 — 

(L.) « Marguerite, (fille aînée de Hugoes d'Alnye 

« et d'Alix, sa femme (voyez HJ^ baronne de Chàteaax 
« et de St-Gbristophe , porta ces deux terres, comme 
(( fille aînée de Hugues YI, à Rotrou de Hontfort, che- 
« valier, seigneur de Montfort du Haine et de Semblan- 
« çay, son mari; elle ne vivait plus en 1268 (voyes KJj 
^ époque à laquelle soTi mari ratifia une donation 
« qu'elle avait faite par testament à Tabbaje de la 
« Clarté-Dieu. De leur mariage naquit Jeanne de 
« Montfort qui vivait en 1263 , et fut femme de Jean 
« l'Archevêque, sire de Parthenay. De leur union vint 
« Isabaud de Parthenay, dame de Montfort-le-Rotrou , 
« mariée^ par contrat du 22 juillet 1315, avec Jean IV 
« d'Harcourt, vicomte de Cbatellerault ; elle était sœur 
« de Jean l'Archevêque, père de Guillaume, seigneur de 
« Parthenay, de St-Christophe et de Semblangay. » 
{Laroque, [Maison d'Harcourt) , t. 1, pp. 366, 368 et 
632, t. 2, p. 1700. D'Hozier, registre 4, p. 29, r« et r».) 

(M.) 1282. « Jeanne de Montfort. Universis, etc, Guillelmus, 
« dictus Archiepiscopus, dominus Parthen. et Johanna, 
« ejus uxor, salutem in Domino, etc. Datum anno Do* 
« mini W CG'', octogesimo secundo die Martis, etc. » 
[Archives de l'abbaye de la Clarté^Dieu. Voir d'Bosier , 
registre Z,^. 130 6wv^) 
Cet acte est la confirmation et concession, à l'abbaye de la 

Clarté-Dieu , de divers biens achetés par ce monastère à 

Tordre de St-Lazare de Jérusalem. 

(N.) Maisonde Montfort du Maine. (Foy, Ménage, p. 205.) 

(0.) de l'Archevêque. Voy. Duchesne. (Chatillan)^ 

p. 486. (Dreux), p. 68 et Laroque.) 

P.) d'Harcourt. (Voy La Boque, 1. 1 , tcAle 9, Le P An- 

selme, t. v. , p. 124 et suivantes. Les frères Ste- 
Marthe, t. 1 . 

(Q). de Melun. {Voy. Moreri 1759* Laroque [d'Hareoiurt) 

t. 1, p. 368. Duchesne. {Dreux), p. 120.) 



— 189 — 

R.) de Beauae. Le P. Anselme, t, 8, p. 285. Moréri, 

1759. deHareuil. 
(S). La Trémoille. (Le P. Anselme, t. 4, p. 160. Moréri, 

1759. DeHaroIles. 
(T*) d'Alençon. Art de vérifier les dates, t. 2., in f p. 

885. Le P. Anselme, t. 4, p. 269. 
(U.) d'Albert de Luynes. Le P. Anselme, t. 4, p. 266. 

Moréri,édit;i759. 

A, DE LA PONCE. 



— 190 — 



PiMB»BSIfGS D8 M. BOURA88K. 



Séance du iOjuin 1854< 

fje procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté. 

Ouvrages et objets offerts. — Précis de VHîsitdre de C Empire 
ottoman^ par M. Âllix, — déposé par M. le baron de Blanriez. 

Liste des questions qui seront soumises au congrès scientifique , 
qui se tiendra à Dijon en 1854. 

Traduction du Discours d'Eumène^ par HM.Landrion et Rochel. 

Essais statistiques et topographiques sur l'arrondissement de 
Corbeil , par M. Pinard, membre correspondant. 

Bulletin des Sociétés savanieSy tome I 2" liv. 

Mémoires de la Société archéologique du midi delà France j 
tome VII, 2«liv,, 3* série. 

Journal de la Société de la morale chrétienne^ tome IV, n* 1. 

Bulletin de la Société archéologique de l'Orléanais, 1*' trimes- 
tre de 1854. 

Recueil de la Société de sphragistique, n" 7. 

Annales de l'Académie d'archéologie de Belgique^ tome II, 
2« liv. 

Bulletin de la Société de l'J^toire de France, n* 3, 1854. 

Certificat présentant la signature autographe de M. le prince de 
Montbazon, et portant la date de 1709 (offert par JM. de la Ponce). 

Copie d'un brevet de concession d'une chanoinie de Saint-Gatien 
aux hôpitaux de Tours, daté de 1606 et signé de Louis XIII (ofi'ert 
par M. de Busserolle). 

Lettre autographe d'un général arabe, offerte au nom de H. Poi- 
rier, avoué àChinon. 

Deux blasons offerts par M. Froger, secrétaire de la mairie de 
Loches et ayant appartenu à l'ancienne église de Bréhémont, main- 
tenant détruite. 

En déposant ces objets, M. Lambron fait connaître crue l'un de ces 
deux petits spécimens de l'art du verrier au xv* siècle contient la 
représentation des armes de René d*Ânjou , roi de Jérusalem , comte 
de Provence ; ses armoiries sont de Hongrie en chef, parti de Sicile 
et tiercé de Jérusalem , soutenues d'Anjou et sur le tout d'Aragon ; 
que le second écu, moins bien conservé que le premier, offre les 
armes de Bretagne , de Lorraine , de Laval et autres alliances de la 
maison d'Anjou-Sicile. 

H. Lambron remet en même temps de la part de M. Fourneau , 
^e St-Gjrr, s}% médailles en cuivre. L'une d'elles, à l'effigie de 



[î 



~ 19t — 

Louis XIV, semble i H. Lambron avoir été frappée à l'oecasion de 
quelque traité de paix. Du côté opposé à la face du grand roi on v(Mt 
Jupiter se reposant au sein des nuages ; le maître des Dieux a déposé 
ses foudres, son aigle se tient près de lui, et dans Texergue on lit 
ces mots : Et Victor fulmina ponit. 

« Je vous dois aussi. Messieurs, ajoute M. Lambron^ quelques 
renseignements sur la pierre curieuse dont notre digne collègue , 
M. le capitaine Guiot, a bien voulu enrichir notre musée. Il serait 
assez difficile de constater aujourd'hui la destination première de ce 
petit monument. Nous nous bornerons à vous faire connaître les 
armoiries qui le décorent et qui prouvent par leur délicatesse î&ut te 
talent de I artiste chargé de ce travail. Cette pierre présente la forme 
dé, dont chaque côté esl orné d'un écusson fort bien sculpté. Le 
premier est bien connu, il est aux armes de la ville de Tours; le 
second offre les armes pleines de Alessire Henry Bohier, chevalier, 
seigneur de la Chapelle-Belouin en Lodunois, la Chesnaye et la Meil- 
leraieenTouraine, maire de Tours en 1506-1507, général des fi- 
nances, sénéchal de Lyon, etc. , etc. 

€ Le troisième c^té offre les mêmes armoiries parties de celles de 
Claude Picot, son épouse, fille de Marc Picot, trésorier de Nimes 
en 1470, conseiller secrétaire du roi , seigneur de la terre du Por- 
tail en la paroisse de Joué près Tours et de Mai^^uerite Bourdin. 

c Clauoe Picot portait dans ses armoiries : cror, au chevron d'azur, 
accompagné de trois falots de môme, allumés de gueules. 

« Les ornements qui décorent la quatrième face de ce monument 
me semblent symboliques. On trouve dans Técusson la lance , l'é- 
ponge , les dés et autres instruments de la Passion de Notre-^i- 
gneur, mais Texplication en est impossible au point de vue de la 
science héraldique. )> 

H. le président signale Tordre parfait qui a été introduit dans la 
bibliothèque de la Société, et fait connaître que le (catalogue, exécuté 
avee un soin remarquable, vient d'être terminé. — Ces améliora- 
tions si utiles sont dues au zèle et aux lumières de M. de la Ponce , 
bibliothécaire archiviste. Mais il exprime le regret que M. de la 
Ponce soit à la veille de s'éloigner de Tours et de se séparer de la 
Société. En [)résence de ce regrettable événement, M. le président 
fait la proposition, qui estadoj^tée à l'unanimité, de nommer M. de 
la Ponce bibliothécaire honoraire. 

M. le marquis d'Argenson donne lecture d'une notice sur la mai- 
son d'Isoré de Pleumartin. Après avoir rapidement retracé l'origine, 
la descendance et l'histoire de cette famille, H. d'Argenson entre 
dans des détails fort intéressants sur le fameux marquis de Pleumar- 
tin f|ui s'illustra si singulièrement et si tristement au xviii" siècle, et 
termine par quelques anecdotes fort spirituellement écrites se rappofi 
tant à cet étrange personnage. (F. au pr^s. voL) 



— t92 — 

M. Gnndmaiaon offre à la Société une copie da' procès-verbal de 
la translation des restes d'Agnès Sorel, du chœur de k collégiiJe 
do Loches dans la nef, en 1777. {V. au prés, vol,) 

H. Ladevèze donne lecture, au nom de H. de Busserolie, de Re- 
cherches historiques sur f ancienne abbaye de Preuilly, {Y. ovl 
prés, vol,) 

Ces recherches contiennent d'abord une notice détaillée sur cette 
ancienne abbaye, puis une chronologie hbtorique de ses abbés, enfin, 
selon rexoellente habitude de l'auteur, l'indication des sources aux- 
quelles il a puisé. 

M. de Sourdeval, qui a été admis à visiter les archives du château 
de Montgoger, anpartenant à M. le comte de la Vilharmois, signale, 
-comme lui semblant présenter le plus grand intérêt, les documents 
que renferme cette collection. M. le comte delà Vilharmob s'étant 
empressé d'offrir de mettre ces archives à la disposition d'une com- 
mission de membres de la Société, H. de Sourdeval demande à M. le 
t résident s'il n'y aurait pas lieu de profiter de cette proposition si 
ienveillanle. 

H. le président témoigne de la part de la Société tout entière ses 
remerciements à M. le comte de la Vilharmois, et désiffoe, pour faire 

Eirtie de la commission demandée, MM. de Sourdeval, Lambron de 
ignim, Grandmaison etSalmon. 

M. Lambron appelle l'attention sur les archives du Goudray-Mont- 
pensier, qui lui sembleraient devoir présenter un grand intérêt his- 
torique. 

Quelques observations sont échangées entre MM. de Gourtigis, 
Grandmaison et Adolphe Pécard , au sujet de l'aqueduc de Luynes. 
Il est ensuite procédé au scrutin sur les candidatures de MM. l'abbé 
Allegret. directeur du pensionnat Saint-Louis : Allix, auteur d'un 
Précis d'histoire de l empire ottoman^ et Collet, architecte à Lo- 
ches, oui sont nommés à l'unanimité : M. Allegret, membre titulaire 
et MM. Allix et Collet, membres correspondants. 
La séance est levée. 



— 193 — 



lESSOSISSBllS iail3TDIBIl(SI9ll8 

L'ANCIENNE ABBAYE DE St-PIERRE DE PREUILLY 

(indrb-bt-loirb) j 

PAR J.X. CARRÉ DE BlISSEROLU, 

Membre de la Société archéologique de Touralne. 



L'Histoire de Tabbaye de 8t-Pierre-de-Preuilly, Sancti Pétri 
de Prulliaco seu ccmobii PruUiacemis a été grandement négli- 
gée par les frères Ste-Marthe , qui cependant , plus que per- 
sonne j étaient à même de nous fournir une quantité de docu- 
ments en rapport avec la haute importance de cet établisse- 
ment. La date de la fondation j le nom du fondateur , une liste 
de sept ou huit abbés sont les seules notes que nous ayons à 
relever dans leur Gallia cAristiana. Dufour et Chalmel n'ont 
pas su s'affranchir de cette indifférence^ et se sont contentés 
de transcrire quelques notes banales empruntées à nos grands 
dictionnaires géographiques, ouvrages d'ailleurs justement es- 
timés, mais dont les auteurs se sont évidemment copiés les uns 
les autres. L'humble titre de notre opuscule indique assez que 
nous n'avons pas la prétention d/3 réparer complètement l'in- 
juste négligence de nos devanciers. Nous avons voulu seulement 
venir en aide à ceux de nos compatriotes qui voudraient entre- 
prendre l'histoire ecclésiastique de Touraiue. Les documents 
que nous leur offrons ont été puisés , en grande partie /dans les 
manuscrits appartenant aux diverses bibliothèques de Paris. 
Malheureusement , et cela n'a pas dépendu de nous , ils ne sont 



~ 194 — 

pa8 aussi nombreux et aussi remarquables qu*on pourrait le 
souhaiter. Mais la plupart ont , en revanche , le mérite d'être 
inédits. 

La fondation de Fabbaye de ^reuilly est généralement attri- 
buée à Effroy , seigneur de PreuiUy et de la Rochepozay, un 
des plus puissants feudataires de Touraine, gui en commença 
la construction en lOttl. Gauzbert, abbé de Marmoutier, 
Tacheta avant son achèvement (1007) , et peu de temps après 
en fit don à son intime ami Joseph U , abbé de St-Julien de 
Tours. Entièrement terminée en 1008, elle fut consacrée, cette 
année même, par Archembauld de Sully , archevêque de Tours 
et placé sous Tinvocation des douze Apôtres, spécialement sous 
celle de saint Pierre. Le fondateur et les divers membres de sa 
famille , Gosbertus, Goffredus, GoSredus-le-Riche, Goscdinus 
de Preuilly, Yivianus, Lunerlus assistèrent à la cérémonie de la 
dédicace, pendant laquelle Beatrix d'Issoudun, épouse d'Ëffroy 
déposa sur Tautel une charte contenant dcmation au nouvel 
établissement , de la terre de Montferdier, située près du châ- 
teau de Graçay, en Berry. 

€e monastère occupa la sollicitude d'Hervé de Busançais , 
trésorier de St-Martin de Tours , pieux et savant ecclésiasti- 
que, dont le nom se trouve attaché aux œuvres les plus remar- 
quables de son siècle. Il se chargea d'y mettre des religieux , 
et choisit pour abbé un saint mmne nommé Amblard , qu'il 
tira de l'abbaye de Maillezais, fondée tout récemment par Guil- 
laume Vn, comte de Poitou. Amblard était installé en 1009 , 
car, dans le cours de cette année, pour accomplir le projet qu'il 
avait formé de visiter les Lieux Saints, il emprunta de Gosbert, 
seigneur de Preuilly, cinq cents sous poitevins et deux onces 
d'or, et lui offrit^ à titre de garantie de remboursement, la 
forêt de St-Michel-des-Bois, dont il réserva toutefois Taffouage 
à ses religieux. L'érection de l'abbaye fut confirmée en 1023 
seulement par le roifiobert. Jusqu'en l'an 1025 eUe fit partie 
des bénffîces du monastère de St-Julien de Tours ^ l'ardievd- 



qcie Araoad II Vea sépara, cette aanée, et depuis elle eut 
une administration indépendante. 

Du XV au xii^ siècle, ses possessions et privilèges» déjà con- 
sidérables lors de l'installation d'Amblard» prirent un dévelop- 
pement plus important , grâce à la pieuse munificence des sei- 
gneurs ses voisins. 

Par acte en date du 24 janvier 1030, le chevalier. Hugues , 
avec le consentement de Gosbert de PreuUly, son suzerain , 
donna aux religieux de Preuilly un affranchi nommé Hucbert 
et ses enfants , singulier don qui offre un curieux aperçu de 
l'état des personnes à cette époque. Une autre charte délivrée 
en 1047, par le seigneur de Preuilly, exempta de toute cou- 
tume seigneuriale les serfs et affranchis habitant les terres du 
monastère. En 1066, le jour de la dédicace de l'église de St-Ge- 
noulph , en Berry, Aymon, archevêque de Bourges, confirma 
la cession que Girard de Palluau avait faite à notre abbaye, 
des prieurés de St-Martin-d'Oulches , de St-Nazaire , de St- 
Bonnet , et de la chapelle de Chàteau-Comu. En retour de 
cette concession , ratifiée dans le même acte par Barthélémy, 
archevêque de Tours, et Geoffroy de Preuilly,. qualifié de puis- 
sant et illustre chevalia* , trésorier de l'église de St-Martin de 

a 

Tours , les donataires s'engagèrent à dire annuellement trois 
messes pour le repos de l'àme d' Aymon , et une seule pour 
chacun des prélats ses successenrs et des chanoines de 
St-Etienne de Bourges. Au nombre des personnages éminents 
qui, à cette occasion, comparurent comme témoins, nous re- 
marquons : Litier, archidiacre de Féglise métropoUtaine de 
Bourges , Arnoud , surnommé le Chauve , abbé d'Issoudun , 
Hugiies , chanoine de Ghàteau-Meillant , Giraud, archidiacre 
de St-Benoit-du-SauIt , Godefroy, archiprêtre de Chfttillonf 
Ardrard , abbé de Sl-Genoulph , Bernard, abbé de St-Cyran ^ 
Geoffroy , neveu de l'archevêque de Tours et doyen des cha* 
noines de StrPierre du Dorât , Gautier, archidiacre de St-Mau* 
rice de Tours, Heraud de Ghàteau-Comu, Daniel et Hugues 
de Châtillon, firères, et Etienne d'Argenton, chevaliar. 



— 196 — 

En 1090, Gûsbert de Preoilly donna en toute propriété h 
l'abbaye le bourg de Bossay et ses dépendances , et dans le 
même temps» un seigneur noftuné Girard lui céda ses droits 
sur Féglise de Ste-Julitte, quœ est constructa in vico cognomine 
Luignaci , dit la charte , et autorisa les religieux à prendre 
dans ses forêts tout le bois dont \h auraient besoin. Vers la 
même année, une noble veuTe du nom d'Arsendis, fit don des 
domaines qu'elle possédait à Y arennes , près Loches y h condi- 
tion que les moines lui rendraient à sa mort des honneurs 
dignes de son rang , et qu'ils inscriraient son nom dans leur 
martyrologe. 

Othon est le premier abbé de Preuilly qui ait été revêtu de 
ce titre par voie d'élection, en 1095. Les religieux étaient alors 
au nombre de treize : Araldus, prior, Arnaldus, Johannes, 
UtbertuSy Joannes,Tetbaudus, Girardus, Melanius, Gaufri- 
dusy Aalardus, Stephanus, Imboldus^ Isembertus. A cette 
époque, le chevalier Guarin , par acte passé au château de la 
Guerche, le jour de la fête de saint Marcellin, leur abandonna 
^a moitié de ses droits de sépulture dans l'église de Barrou ; 
et par autre charte datée de Yic-sur-Ia-Gartempe , Gosbert de 
Preuilly leur fit cession des revenus de l'église de Bossay , ce 
qui fut ratifié par Geoffroy, comte de Vendôme. 

A la fin du xi* siècle , les religieux de Preuilly , sans 
cesse troublés dans la possession de leurs bénéfices, eurent re- 
cours à la protection du pape Urbain II qui accueillit favora- 
Uement leur requête, et par la bulle commençant par ces 
mots : Urbanus, episcopus, servus servorum Dei , ditecto Jilio 
Othoni , ahbati monasierii Prulliacensis , et se terminant par 
ceux-ci : Datum Bornas, apud beatum Petrum, per manum Johaur 
n{s,sanctœ Romance ecclesiœ diacom cardinalis, Incamationis Do- 
mini anno 1099 , leur confirma le droit de présenter à la des- 
serte des églises de St-Michd-du-Bois {Sancti Michaelis de 
Bosco) y Ste-Marie-Madeleine du Bourg-neuf de Preuilly 
{Sanciœ Mariœ Magdalénœ de Burgo Novo)^ St-Nicolas de 
Preuilly , St-Martin de Bossay (Sancti Martini Bociact% St- 



— 197 — 

Marcellin de la Guerche {Sancti Marcellini de Guiereha), 8t- 
Maurice de Barrou {Sancti Mauricii Barraûs) , St-Pierre de 
Tournon (Sancti Pétri Turonaïci), St-Martin de Charnizay 
(Sancti Martini de Camisiaeo), de Ste-Julitte , St- Bonnet, 
Ste-Mariede Chatillou {Sanctœ Mariœ de Castellione)^ St-Geor- 
ges de la Guerche , Ste-Marie de la Rochepozay, St-Martia 
de Pozay {Sancti Martini de Poziaco^ Pozay-le-Vieil)^ St-Pierre 
de Gremille (Sancti Pétri Cromeliœi)^ St-Martin de Goussay 
[Sancti Martini de Cosciaco, Cossay-les^Bois) , St-Nazaire , St- 
Hartin d'Oulches (Sancti Martini de Olchis), Ste-Marie de 
Cbàteau-Gornu (Sanctœ Mariœ de Castello Cornu) j et enfin de 
St-Melaine de PreuilJy. 

En IIOO9 année de l'élection d'Ârald, abbé de PreuiUy^en 
remplacement d'Othon , décédé, Geoffroy-Ie-Jourdain fit don 
aux religieux d'une vigne située à Preuilly à une petite dis- 
tance de la porte du Berry, dite Porte-Berruyère , dont on a 
fait par corruption le mot Berruère qui sert à désigner au-* 
jourd'hui un des faubourgs de cette ville. Trois ans après, Arald 
deMaitizay» chevalier, leur céda la dîme d'un moulin qu'il avait 
sur la Qaise et tout ce qui pouvait lui appartenir en tout ou en 
parage sur le domaine de Martizay. Dans le même temps, trois 
chevaliers, Pierre, Gallien et Hisdraël, ajoutèrent à cette do- 
nation celle de l'aleu d'Olinels, et une dame noble, Marie de 
Ceteï, leur légua le domaine de Glaise, près Preuilly avec scg 
dépendances, scilicet molendinos, census, foagium^ pratay ne^ 
mara, canlibertos, bestiolas, et misetrianvm Barba-Torta^ Gos- 
bertum quoque, et cœtera omnia, sicutijure hereditario posside- 
bat, ut ipsi monachi et eorum successores quiète haberent. 

Au conunencement du xii« siècle, Tabbaye fut agitée 
par des contestations assez vives relativement à l'administration 
intérieure de la maison. L'abbé Isembaud de l'Etoile, après 
avoir tenté d'inutiles efforts pour rétablir la discipline et 
union parmi les reUgieux, prit le parti d'abandonner le mo- 
nastère en 11 17 et de se retirer dans celui de Fontgombaud que 
gouvernait alors Pierre , son frère. Quelque temps après , il 

13 



— 198 — 

fonda dans la vallée de Fontachaux l'abbaye de l'Etoile, doot 
il fut le premier abbé et où il mourut en 1 140. 

Engebaud, archevêque de Tours y confirma en 1 155, tous les 
dons faits aux moines de Preuilly, et plus particulièrement 
ceux des bénéfices de Ste-Marie et de St-Georges de la Haye; 
il décréta en outre que ces églises auraient à payer une rente 
de trente sous angevins. Par lettres délivrées à Garin , abbé 
de Preuilly , en 1 184 , Barthélémy TI , archevêque de Tours , 
renouvela la ratification des privilèges de son monastère , déjà 
reconnus par les bulles des papes Urbain II et Alexandre III et 
par les mandements de ses prédécesseurs. Dans ces lettres 
comparaissent comme témoins : Bartholomceusy Tur, ecclesiœ 
decanus; GillebertvSj cantor; Bartholomœus, nepos archiepiscopi; 
PetruSf medicus ; Garneriu^ et Raginaudus, canonici; Bricceitis^ 
capellanus; Johannes, archipresbyter PruUiacensis; PetiiAs, prier 
Prulliacensis; Robertus, sacrista; Diet, camerarius; Hugo de S<h 
dobiio, et multi alii. Dix ans plus tard, d'autres lettres du 
même prélat confirmèrent aux moines de Preuilly le droit 
de présenter à la desserte des églises de Dossay , Tournou , 
Barrou, 8t-Marcellin de la Guerche , Charnizay , Ste-Julittc, 
St - Michel - du - Bois , St - Melaine, Notre - Dame - des - Echelles 
de Preuilly, St- Nicolas, Ste-Marie - Madeleine du Bourg- 
Neuf, St-Symphorien des Rosiers Sancti Symphoriani de 
Roseriis ) St-Sépulcre près Preuilly , de St-Leoffort (paroisse 
de Bossay], de Ste-Marie du château de la Haye et de 
St-Georges de la Haye. Parmi les signataires de ces lettres 
nous trouvons : Albéric de Rechaussay , Barthélémy de la 
Haye, Jean de Lavardin et Jean d'Orléans , chanoines de St- 
Maurice, de Tours, Martin de Souday et Regnaud de Pocé. La 
concession de l'oratoire de St-Libard de Tours à notre abbaye, 
par Jean Poolinus, seigneur de St - Antoine - du-Rocher, eut 
Ueu à cette époque. 

Eu août 1233, les religieux de Preuilly et ceux de NoaiHé, 
en Poitou , suivant une touchante coutume, assez répandue 



— 199 — 

à cette époque formèrent entre eux une association de prières 
et de charité, dont voici la teneur. 

Universis Christi fidelilnis ad quosprœsens scriptura pervene- 
rit, Raenus, abbas, et conventus NobiliacensiSy Aimericiis, abbas^ 
et conventus PrulliacensiSy salutem in Domino. Noveritis talem 
inter nos constituisse socieiatem, quod audito obitu fratris ISobi-* 
liacensiSy nosfratres Prulliacenses, absoluto defuncto in capitule, 
celebrabimus vigiliam et missam pro fratre defuncto et reficiemus 
unum pauperem in refectorio nostro in illa die, et in crastinum 
Epiphaniœ Domini, celebrabimus plénum officium defunctorum 
profratribus Nobiliacensibus annnatim, et reficietur in illa die 
unv^ pauper in nostro rejectoiio ; pro eisdem similiter faciemus 
et nos fratres Nobiliacenses profratribus Prulliarensibus, Actum 
mense augusto, anno gratice Mccxxxiij. 

Du XIII** au XV® siècle, nous ne trouvons à enregistrer 
qu'une seule autre note relative à notre abbaye. Me nous ap- 
prend que Geoffroy, abbé dcPreuilly, vendit à Nicolas I, abbé 
de St-Cyprien de Poitiers, le domaine des Grèves {dom. de Gre- 
vis) situé dans la paroisse de St-Pierre de Tournon (1264). 

f/abbaye de Preuilly avait une justice particulière, haute , 
moyenne et basse, exercée par un bailli , un procureur, un 
greffier et un huissier-sergent. En 4408, Eschivard VI, baron 
de Preuilly, contesta la légitimité de ce droit et en empêcha 
l'exercice par des voies de fait. Les religieux portèrent aussitôt 
plainte de ces violences au roi, en demandant sa protection, en 
échange de laquelle ils offrirent de lui céder la moitié de leur 
justice. Le roi accepta cette proposition et l'acte d'association 
fut passé cette même année. 

Lors des guerres civiles qui désolèrent nos contrées dans le 
cours du XVI* siècle, notre monastère partagea le sort des au- 
tres établissements religieux de la Touraine. Le 2 mai 1562, 
le nonrnié Chesne-Brûlé, enseigne du capitaine Belon, gouver- 
neur du château d'Angles pour les protestants , s'étant emparé 
de Preuilly à l'aide d'une trahison , signala son triomphe par 
le saccagement de rabl>aye et la destruction de son chartrier. 



— 200 — 

Les tombeaux furent ouverts , dépouillés des matières d*or et 
d'argent qu'ils contenaient , et les cendres des morts jetées au 
Tent ; boiseries, statues, autels, tabernacles, châsses, tableaux, 
mobilier du cloitre , tout fut brisé par une soldatesque effré- 
née ou livré aux flammes. Nos annales ne nous disent rien des 
traitements que les Bénédictins eurent à subir de la part des 
vainqueurs. On peut hardiment présumer, sans être téméraire, 
qu'ils ne furent pas plus ménagés que leurs frères de Tabbaye 
de Noyers , et que, comme eux, ils souffrirent des violences, 
honteuses, dont les calvinistes se faisaient gloire. 

On sait déjà qu'Effroy, seigneur de Preuilly, avait été en- 
terré dans le sanctuaire de Téglise abbatiale, à droite [du grand 
autel , et que parallèlement à son tombeau , qui était aussi 
celui de fiéatrix d'Issoudun, son épouse, s'élevait celui de Gos- 
bert, un des principaux bienfaiteurs de rétablissement. En 
1685, les religieux, dont le nombre primitif de trente-trois 
était réduit à sept, prétendirent que ces monuments funèbres 
incommodaient le service divin, et par un inconcevable oubli 
du plus sacré des devoirs , celui de la reconnaissance, ils 
prièrent le maréchal d'Humières, alors baron de Preuilly, de 
les faire enlever. Le baron n'accueillit malheureusement pas cette 
requête scandaleuse coimne die méritait d'être reçue. Selon 
le souhait des moines les tombeaux furent ôtés du sanctuaire 
et vraisemblablement détruits. Mais Nicolas de Breteuil avant 
acheté la terre de Preuilly en 1699 , son premier acte de pou- 
voir, connue seigneur-patron de l'abbaye, fut de rétablir le tom- 
beau du fondateur pour lequel il fit composer cette nouvelle 
épitaphe : 

Hic Jacet Rfliredus a Pruliaco , 
Inclytus araifs , pietate mi^jor. 
Hoc fanum cum monasterio 
Anno millesimo nono condidit. 
Viris religioftis numéro septem celébravlt; 
Fratre Amblardo abbate complevit, 
Régnante et probante Roberto rege. 
Requiescat in pace. 



— fi- 
cela nous conduit naturellement à parler de la crypte qui 
régnait sous le sanctuaire entier de Féglise, et avait son entrée 
derrière le maitre-autel. 

Destinée à la sépulture des barons de Preuilly et de leur 
famille^ elle était remplie de riches cénotaphes , vénérables 
tributs de plus de cinq siècles que les protestants dilapidèrent 
de la manière la plus hideuse en 1562, comme nous l'avons 
dit plus haut. Les voûtes ayant été rompues , on combla une 
partie du vide avec leurs débris, et le reste avec des décombres 
provenant probablement des dévastations des religionnaùres ; 
puis on recouvrit le tout d'un carrelage ordinaire. Dans le 
cours du dix-huitième siècle j la famille de Breteuil fit dé- 
blayer un angle de la crypte, du côté de la chapelle actudle*- 
ment dédiée à la Sainte-Yierge , et y établit, pour. son usage , 
un petit caveau funéraire. En 1791 , ce dernier asile des sei- 
gneurs de Preuilly fut ouvert sur un ordre de la municipalité , 
et dépouillé de quatre ou cinq cercueils de plomb qui y avaient 
été placés, dans un laps de cinquante à soixante ans. 

Mous faisons ici des vœux pour le rétablissement des tom- 
beaux d'Effroy et de Gosbert, ainsi que de la crypte où repo- 
sèrent un grand nombre d'illustres chevaliers et d*abbés de 
PreuUiy . On ne devrait pas oublier^ ce nous semble, qu'Effroy 
surtout, en léguant à la Touraine le magnifique monument qui 
excite si puissamment notre admiration et l'intérêt des archéo- 
logues, a acquis des droits incontestables à notre reconnais- 
sance , et qu'en restituant à sa mémoire le tombeau détruit par 
une intolérance inqualifiable, on ne ferait qu'un acte de rigou- 
reuse justice. 

Si nous opérons le relevé des revenus et des propriétés de 
l'abbaye de Preuilly en 1 7^9^ nous avons heu de nous étonner 
de la grande pauvreté où elle se trouvait alors, comparative- 
ment à la riche et puissante position qu'elle occupa dans les 
siècles antérieurs, par suite des nombreuses donations dont 
nous avons produit la nomenclature. Quelles furent les causes 
et les diverses phases de sa décadence ? Nous l'ignorons. 



— 202 — 

Toujours èst-il qu'à la fin du xviii* sièck, elle avait, pour 
toutes propriétés foDciëres, quelques pauvres maisons et le do- 
maine de la Grauge-aux- Moines, près dePreuillj . Aux revenus 
de ces modestes possessions venaient se joindre des rentes en 
blé et en argent, formant un total approximatif de quinze 
cents livres, plus les faibles tributs payés par les dessertes à la 
nomination de Tabbé. Le nombre des religieux était égal à 
celui des dignités de Tabbaye, et aux sept titres de prieur, 
d'aumônier , de chambrier , de sacristain, de chantre, d'infir- 
mier et de pitancier, étaient attachés les revenus des églises de 

Barrou , de Ste-Julitte , de la Guerche , delà Haye, etc 

Nous croyons être agréable aux amis des vieux usages , en 
mettant sous leurs yeux un acte de prise de possession de Fau- 
mônerie , où se trouvent exposés le cérémonial et les formes 
solennelles prescrites en pareille circonstance. 

« Aujourd'hui onze octobre 1774, sur les quatre heures de