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Full text of "Mémoires de la Société des antiquaires de Picardie"

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MÉMOIRES 



DE LA 



SOCIÉTÉ DES ANTIQUAIRES 

DE PICARDIE. 



TOME VU. 




AHIBIW». 

DUVAL BT HERMENT, Ihtuiibiiu db la Sociiii vts AaiiQUius 

]>B PlCAUIB, fLÂCB PiuGOBD, 11.° 1. 



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HMVAW OOLUQE UBRARY 

F. C. LOWSa PUNO 

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DISCOURS 

PAONONcé PAR M. A. BOUTHORS, président de 

LA SOCIÉTÉ DES ANTIQUAIRES DE PICARDIE, DANS 
LA SÉANCE PUBLIQUE DU 2 JUILLET 1843. 



Messieurs , 



Dans une ville livrée presque tout entière aux opé- 
rations da commerce et absorbée par les préoccu- 
pations de la Tie positive « Texistence d'une société 
TOD^ée exchisiTement à Tétude du passé et au culte 
des vieux souvenirs a quelque chose d*étrai|ge et qui 
semble ne pouvoir s'expliquer. Tous ceux qui n'es- 
timent le travail de riotelligence comme le travail 
des bras qu*à raison des bénéfices qu'il procure, se 
demandent comment des hommes sérieux et réfléchis 
peuvent ainsi se passionner pour des ruines et dé- 
penser, en stériles méditations, des loisirs qu'ils pour-- 



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— 6 ~ 

raient mieux employer. D^aatres, sans nous accuser de 
faire un mauvais emploi du temps, nous reprochent 
comme un détournement fait au préjudice d^objets plus 
utiles , les encouragements que la ville et le départe- 
ment nous accordent. 

ÀYons-nous donc si peu de confiance en nous-mêmes 
que nous n'osions faire le public juge de l'utilité de 
nos travaux? j'ai pris à tâche et j^ai à cœur de dé^ 
montrer que la Société des Antiquaires de Picardie n'est 
point une institution anormale dans la ville qu'elle a 
choisie pour siège de son établissement , et que les 
hommes qui l'ont fondée ont fait une œuvre dont 
l'importance sera de plus en plus appréciée par leurs 
concitoyens. 

La cité moderne , dans les travaux d^agrandissement et 
de rénovation qu'elle accomplît sous nos yeux, dé-r 
couvre chaque jour de précieux vestiges de la cité 
d'autrefois. Les uns en attestent la splendeur sous la 
domination romaine , les autres témoignent de la puis- 
sance de ses évéques ou de l'état des citoyens avant 
rérection de la commune. Tous ces débris serviront 
xok jo«r à renouer la chaîne des temps et à marquer, 
ée mècle en siède , soit le progrés ou la décadence 
des art» que nos ancêtres ont cultivés, soit la trans- 
formation des lois et des coutumes qui les ont régis , 
soit la i^Ëieoession des jours heureux ou néfastes qui 
^t passé siir la cité antique et sur la ville du moyen- 
âge. 

Les lois, les mœurs et les arts se résument dans 
les monuments. Quiconque en veut approfondir l'his- 
toire ne drât pas seulement s^en rapporter au témoi- 
gnage des livres : il trouvera plus de yérjté et rooii^s 



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— 7 — 

de contradiction dans les bas-reliefs de nos vieilles 
églises. 

Il en est une , Messieurs , merreille de Tart o|pyal , 
qui s^éléve au milieu de la cité moderne comme une 
éclatante .manifestation de la pensée intime de la dite 
du xui* siècle. Tous ces groupes de personnages si di- 
vers qui festonnent les trois porches de la cathédrale 
d'Anùens , ne sont pas seulement une révélation des 
croyances religieuses « ils sont aussi Teipression des 
mœurs et des usages de ce siècle* 

En veut-on la preuve? le tympan de l'entrée princi^ 
pale représente la grande scène du jugement dernier. 
Pourquoi cela? hâtons nous de le dire, un par^l sujet 
placé sur le seuil de la maison du seigneur avait une 
plus haute portée qu'on ne le pense. Au xi* siècle au xii^ et 
au xui* encore, la justice se rendait, le plus souvent, 
en plein air devant le portail des églises. Delà Tusage 
d'environner le siège du juge de sujets et d'emblèmes 
qui lui rappelaient Tétendue de ses devoirs, et de pla- 
cer, au-dessus de sa tète, le souverain rémunérateur du 
bien et du mal , le dispensateur des peines et des récom^ 
penses de l'autre vie. 

Pour bien comprendre la signification mystique de 
roroementaticm des temples chrétiens, il C$ut l'envi- 
sager sous un triple point de vue. L^agiographe doit 
tacher d'en deviner la pensée religieuse , le dessina- 
teur d*en bien saisir le caractère artistique, et Tar- 
chéologue d^en donner la description iconographique. 

Si je ne craignais d'alarmer la modestie de ses aut^ 
teurs , je vous parlerais ici du rapport que la Société 
vient d'adresser tout récemment à M. le préfet de la 
Somme, sur le projet de restauration des sculptures du 



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— 8 — 

portail de la vierge dorée. J*en appelle au soQTenir de 
ceux d^entre tous qui ont entendu la lecture de ce 
rapport , en est-il un seul qui ne soit conyaincu de 
la justesse des observations qu*il renferme , et qui ne 
donne , dés à présent , l'approbation la plus formelle aux 
conclusions qui le résument. C'est qu^en effet , quand 
il s'agit de restituer à un monument religieux son ca^ 
ractére et sa physionomie primitive^ le statuaire et 
Tarchéologue restent frappés d'impuissance, si le prêtre 
et Tagiographe ne viennent à leur secours. Vous de- 
vez Messieurs, à la réunion de ces divers éléments 
d'appréciation y la mesure prise par M. le préfet de la 
Somme de n'autoriser la restauration des sculptures de la 
cathédrale d'Amiens, que sous la surveillance et d'après 
les indications de la Société. Ce fonctionnaire témoigne 
par là de sa haute confiance en vos lumières; prouvez 
lui donc , par l'efficacité de votre concours , que vous 
méritez les encouragements qu'il vous accorde. 

Cette cathédrale si belle , si imposante dans son en- 
semble^ si parfaite dans tous ses détails, donne une idée 
de la société contemporaine de sa construction. Jamais 
Tarchitecte qui Ta bâtie n'aurait pu réaliser la pensée 
de son œuvre, s'il n'avait eu pour auxiliaire de son gé- 
nie le puissant levier des corporations. Les. confréries 
de maçons et de peintres lui ont prêté l'appui de leur 
coopération en fournissant, les unes les appareilleurs 
de pierres, les tailleurs d'images, les antres les coloristes, 
les enlumineurs de vitraux; les professions non mécani- 
ques , celles qui n'étaient point appelées à mettre la 
main à son œuvre, en ont hâté l'accomplissement par 
leurs offrandes , et se sont imposé des sacrifices plus ou 
moins grands , selon l'intérêt plus ou moins vif qu'elles 



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— 9 — 

portaient à rachéyement de telle ou telle partie de Té- 
difice. 

Or, an monument dont les merreilles sont le résultat 
de Tassociation des corps de métiers , doit nécessaire- 
ment porter le cachet de son origine , et Tétude de 
ses bas-reliefs doit fournir des documents à Thistoire de 
notre industrie nationale. 

Dans le soubassement du grand portail , on voit une 
suite de bas-reliefs qu'encadrent des médaillons quadri- 
lobés rangés sur deux lignes parallèles. Les uns repré- 
sentent les douze signes du zodiaque avec la personnifi- 
cation des travaux de Tannée correspondant à chacun 
de ces signes. Les autres montrent Topposition des vertus 
et des vices. Tous ces symboles dont la pensée religieuse 
nous sera bientôt dévoilée, ont besoin aussi d'être étu- 
diés sous un autre rapport , car il est évident qu'ils 
font allusion aux mœurs et aux arts de la cité picarde 
au commencement du xiii* siècle. Là on retrouve le 
type perdu des costumes , des meubles , des instruments 
et des constructions que l'artiste avait sous les yeux. 
Chaque classe de la société bourgeoise y figure avec le 
caractère qui la distingue, chaque profession s'y montre 
avec l'attribut qui lui est propre. 

Sur le mur extérieur du côté droit de la grande nef, 
on remarque un homme et une femme debout , parais- 
sant yérifier le contenu d'un sac placé devant eux. 
L'inscription mise au bas de ce sujet fait connaître qu'il 
est mémoratif de la fondation d'une chapelle , dans cette 
partie de l'église , par des paysans des environs d'A- 
miens , en reconnaissance des avantages que leur procu- 
rait la culture de la guède ou pastel , plante tinctoriale 
que remplace aujourd'hui Tindigo et qui fut , pour no- 



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— iO — 

tre Tille , pendant le xiii* le xiv^ et le xv* siècle , l'ob - 
jet d*un commerce d*exportation considérable. 

L^histoire de Tindustrie au moyen-âge offre cette 
particularité remarquable que la première page est 
écrite sur la pierre et la seconde dans les lirres. La 
science iconographique est nécessaire pour en com- 
mencer Tétude, mais il faut être paléographe pour la 
poursuivre avec succès. 

Le dépôt des titres de rhôtel-de-Tille d^ Amiens est 
peut-être Tun des plus riches de France en docu- 
ments relatifs à Tancienne organisation des classes la- 
borieuses. C'est la certitude de trouver là ce qu'il eût 
peut-être Tainement cherché ailleurs, qui a déterminé 
M. Augustin Thierry à y venir puiser les documents 
du premier volume de l'Histoire du Tiers-État. Cet ou- 
vrage embrassera , dans son ensemble , Tétat politique , 
administratif et industriel de la ville d'Amiens , 
pendant toute la période du moyen -âge ; mais, 
Messieurs) malgré les fastueuses promesses de son pro- 
gramme, il laissera encore quelque chose à faire à 
ceux qui viendront, après M. Augustin Thierry, com- 
pulser nos archives. Il y a telle partie de nos titres 
municipaux dont on ne peut bien apprécier toute Tira- 
portance qu'en les soumettant à un travail préalable 
de rapprochement et de comparaison. Par exemple , 
les registres aux comptes , les rèles des cens , des aides 
et autres contributions semblables qui se levaient au 
XIV* et au XV* siècle, sont dépositaires d'une foule de 
secrets historiques qu'on n'y découvre pas parce qu'on 
néglige les travaux pr^ratoires qui seuls peuvent les 
faire apparaître et les rendre saillants à tous les yeux. 

Une notice fort remarquable , insérée dans la Biblio- 



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— il — 

thèqae de TÉcole des Chartes ( liTraison de novembre et 
décembre 1842 ) dae à Téradition du jeune savant à 
qui M. Angnstin Thierry a confié la mission difficile 
de rassembler les matériaux de son important ouvrage, 
prouve que M. Martial Delpit , son auteur , a fait une 
appréciation intelligente des anciens comptes de la ville 
d'Amiens, dans leurs rapports avec le système finan- 
cier de cette cité ; mais on n y voit pas quHl les ait 
étudiés dans leurs rapports avec Tétat des personnes , du 
commerce et de Tindustrie. Cependant cette étude devait 
avoir pour conséquence de lui fournir Tun des éléments les 
plus essentiels de THistoire du Tiers-État , c'est-à-dire 
une donnée exacte sur Timportance relative de cha- 
cune des branches de Tindustrie locale. Il manquera 
donc quelque chose à l'histoire du Tiers-Etat, pour ce 
qui concerne la ville d'Amiens , jusqu*à ce qu'on se 
soit livré, sur les titres que nous venons d'indiquer, à 
un travail analogue à celui de M. H. Géraud sur le 
rôle de la taille de Paris , sous Philippe-le-Bel. Ce travail 
qui consiste à écrire chaque article de recette et de 
dépense sur un bulletin séparé et h grouper ensuite 
les énonciations et les chiffres de chaque bulletin dans 
un ordre d'idées déterminé , ce travail dont un de 
nos collègues a déjà fait l'application au rôle de Taide 
levée à Amiens en 1388 , pour le passage de la mer, 
ce travail, disons-nous , qui doit jeter de si vives lu- 
mières sur la partie de notre histoire locale que nous 
connaissons le moins et que nous devrions le mieux 
connaître , la Société des Antiquaires de Picardie , si 
elle y était encouragée, n'hésiterait pas à l'entrepren- 
dre , car pour elle c'est un devoir de suivre avec per- 
sévérance l'accomplissement de la tâche qu'elle s'est 



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— 12 — 

imposée par ses statuts , et elle n'a pas , comme les 
élèves de l'École des Chartes envoyés à Amiens par le 
ministre de ^Instruction publique , à invoquer, pour 
excuse , la brièveté du temps qu^elle peut consacrer à 
ces recherches. 

Quand il plaira à Tadministration de la ville d^ Amiens 
de soumettre ses archives à un système d'exploration 
raisonnée et de vous appeler , Messieurs , sur de ter- 
rain , pour la seconder dans cette patriotique entre- 
prise , j^aime à croire que le zèle et Tintelligence des 
pionniers de la science paléographique ne lui feront 
point défaut et que la Société, dans cette circonstance, 
saura lui prêter le concours le plus efficace comme le 
plus désintéressé. 

« L'histoire municipale du moyen-âge , a dit M. Au- 
» gustin Thierry , dans ses Considérations sur Thistoire 
» de France , peut donner de grandes leçons au temps 
» présent... Toutes les traditions de notre régime admi- 
» nistratif sont nées dans les villes. Elles y ont existé 
» long-temps avant de passer dans Tétat. Les grandes 
» villes , soit du Nord , soit du Midi , ont connu ce que 
■» c'est que travaux publics , soin des subsistances, 
» répartition des impôts , rentes constituées , dette ins- 
» crite , bien des siècles avant que le pouvoir central 
» eût la moindre expérience de tout cela... La vie des 
* muiucipalités a formé les vieilles générations poli- 
» tiques du Tiers-État. L'égalité devant la loi , le gou" 
» vernement de la société par elle-même , sont des règles 
» que pratiquaient et maintenaient énergiquement les 
n grandes communes. Nos institutions présentes se trou- 
» vent dans leur histoire et peut-être aussi nos insti- 
M tutions à venir, u 



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- 43 — 

Ces éloquentes réflexions de Tauteur des Récits Mé- 
rovingiens , outre qu'elles résument parfaitement Tétat 
des grandes villes au moyen-âge, prophétisent des ré- 
formes politiques qui semblent sur le point de se réa- 
liser. N'avons-nous pas tu dernièrement des pétition- 
naires proposer d^assujettir à un droit de mutation la 
transmission des rentes sur Tétat P Eh bien ! Messieurs , 
cette prétendue nouveauté n^est qu*une timide imitation 
de ce qui se pratiquait à Amiens au xv.* siècle. Les 
emprunts que la ville contractait sur émission de rentes 
viagères , étaient une de ses principales ressources. Inde* 
pendamment du capital dont elle achetait la propriété , 
en servant une rente viagère proportionnée à la durée 
probable de la vie du titulaire , c*est*à-dire , de celui 
sur la tète duquel elle était assise , elle forçait le bé- 
néficiaire à subir une retenue annuelle ' du vingtième 
de la rente : mode d'impôt que nous ne connaissons 
pas encore , mais qui menace d^atteindre les charges 
soumises à un cautionnement. 

Il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Cette vérité 
proverbiale peut être appliquée à certains réformateurs 
politiques du xix.^ siècle. Est-il un seul des mille et 
un systèmes électifs créés* ou proposés par eux depuis 
cinquante ans dont on ne trouve Tanalogue dans la 
constitution des échevinages ? Élection à deux degrés , 
renouvellement partiel , liste de candidats , votes par 
tourbes , scrutin secret , toutes les combinaisons pos- 
sibles en un mot , n'ont-elles pas été essayées avant nous 
par les conmiunes du moyen-âge P 

Mais , entre toutes ces communes , la commune 
d'Amiens se distinguait par le mécanisme ingénieux de 
son organisation municipale. Toute la société bourgeoise 



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— 14 — 

était divisée en un nombre déterminé de corporations 
ay^nt chacune sa bannière et deux chefs ou maîeurs 
qu'elles renouvelaient tous les ans. Le jour de la Saint- 
Simon Saint-Jude , les maîeurs de bannière s'assemblaient 
en la halle , et Téchevinage sortant présentait à leur choix 
trois candidats parmi lesquels ils élisaient le maire de 
la ville. Puis ils nommaient, comme bon leur sembUit, 
les quatre officiers comptables et les douze premiers 
échevins. Le lendemain de la Saint-Simon Saint-Jude , 
les douze premiers échevins se réunissaient en Téche-^ 
viuage et nommaient douze autres échevins pour com- 
pléter le corps de ville. 

Que ne puis-je, Messieurs, pour vous montrer Tap- 
plication et le développement de ce système , faire passer 
sous vos yeux les résultats d'un curieux travail de M. 
Lavernier , sur le roulement de Téchevinage et des 
mairies de bannières depuis 1345 jusqu'en 1382. Vous 
y verriez dans qu^elle proportion chacune des corpo- 
rations a fourni des officiers à la commune. Vous y 
verriez qu'il y avait un ordre hiérarchique de fonctions 
quUl fallait , en quelque sorte , remplir successivement 
avant de pouvoir être élevé aux fonctions de maire de 
la ville. Presque toujours ce^ prince de la cité avait 
été, une ou plusieurs fois, maïeur de bannière, échc^fff 
maitre des présents ou receveur des rentes, maître des 
ouvrages ou grand compteur. Vous y verriez qu^en 
135S, deux renouvellements de Téche viuage eurent lieu 
à un mois d'intervalle. Le premier constate Tabsenoe 
de huit noms qui avaient fait partie des administrations 
précédentes. Ces huit noms ne reparaissent plus sur le 
livre d'or de la curie, parce qu'ils sont ceux de citoyens 
qui ont été déclarés traitres è la patrie pour avoir tenté 



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— 45 — 

de livrer la ville d' Amiens au roi de Navarre. Voas y 
verriez que ce renouveUement , ayant été fait par le» 
maîeurs de bannières seuls , en haine de la haute bour- 
geoisie accusée de connivence avec Charles-le-Blauvais ^ 
eût pour conséquence de faire arriver aux offices mu- 
nicipaux des gens appartenant aux professions méca- 
niques. Vous y verriez enfin qu^en 1382, les maîeurt 
de bannières ayant nommé pour grand compteur un 
homme qui savait à peine lire et écrire , le roi cass» 
Télection et institua un autre agent comptable : me- 
sure qui donna lieu à des révoltes à la suite desquellea 
les mairies de bannières furent supprimées, leurs biens 
confisqués et leurs chefs décapités ou exilés. Ainsi un 
événement heureux en apparence , la courageuse dé- 
fense des habitants d* Amiens en 1358 , eut néanmoins 
de déplorables résultats , puisqu'il donna un trop grand 
essor au principe démocratique: essor funeste qui devait 
se manifester par le débordement des passions populaires 
et aboutir à Tanéantissement de l'influence politique des 
corporations. 

Vous voyez donc, Messieur», qu*il y a dans Thistoire 
de la municipalité d'Amiens , mieux que des faits inté- 
ressants à recueillir; il y a aussi des préceptes et des 
exeoiples bons à mettre à profit. Il y a des exemples 
pour montrer le beau et le mauTais côté des sociétés 
qui -se gouvernent par elles-mêmes ; il y a des pré- 
ceptes d^économie politique , des règlements d'utilité 
générale , des pratiques administratives qui n^ont pas 
encore mais qui auront un jour leur application. 

L'âge présent si fier de son bien-être et de ses ins- 
titutions libérales , n*a-t-il pas aussi ses plaies et ses 
misères P Quels avantages avons-nous retirés des grands 



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~ 46 — 

principes sociaux proclamés il y a cinquante ans P La 
conviction de leur insuffisance. Avec la libre disposition 
des biens , il n^y a plus de patrimoines inaliénables , 
mais aussi il n*y a plus possibilité de mettre les enfants 
à Tabri des dissipations du père de famille. Atcc l'é- 
galité en matière de succession , il n^ a plus de pa- 
trimoines indivisibles. On satisfait mieux aux exigences 
de la justice et de Téquité naturelle , mais protége-t- 
on les intérêts de Tagriculture P Ne la paralyse-t«on pas 
par le morcellement et la division des propriétés P Les 
lois régulatrices de Tindustrie sont^elles plus efficaces P 
Il est permis d'en douter. La libre concurrence a 
manqué son but, car elle a créé le monopole des 
grandes compagnies. Le besoin de . produire à bon 
marché a substitué le travail des machines au travail 
des bras. A. mesure que Tindustrie simplifie les procédés 
de fabrication , . le nombre des ouvriers diminue ; à me- 
sure que Tindustrie multiplie ses merveilles, le pau- 
périsme et la démoralisation, lèvent leurs têtes livides 
et propagent Tinfection de leur lèpre hideuse. 

L^ancien état de choses se montrait bien plus pré- 
voyant de l'avenir . Ses lois sur les successions avaient 
un but, la conservation du patrimoine qui ne pouvait 
sortir des mains du possesseur que de la même manière 
qu'il y était entré. Ses lois sur la police des arts et 
métiers proscrivaient le système de la libre concur- 
rence , parceque la première et la plus essentielle con- 
dition d'équilibre social , c'est l'organisation du travail 
de manière à laisser le moins possible de bras oisiis , 
c'est la division des travailleurs par catégories de mé- 
tiers ayant chacun ses attributions fixes. Ainsi la main 
qui dirige l'éducation de l'arbre fruitier s'applique à 
empêcher le trop [grand développement des branches 



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— 17 — 

gourmandes dont la luxuriante Tégétation est toujours 
un symptôme d^épuisement et de stérilité pour les autres. 

Grâce au ciel! Nous ne sommes pas encore arrivés 
au point de nous demander lequel vaut plus de 
Tancien ou du nouveau système. Si le premier garau* 
tissait mieux la stabilité de Tordre social, on peut dire 
à la gloire du dernier qu'il a remis Thomme en pos- 
session de ses droits et de sa dignité personnelle. La 
liberté de pensée et d'action , Tégalité devant la loi , 
sont des conquêtes de Tâge présent dont personne n'o- 
sera contester le bienfait ; mais la liberté d'user et 
d'abuser de la propriété foncière , quelle que soit son 
origine , la liberté de la production industrielle sans 
contrôle et sans limites , la liberté de la concurrence 
et du cumul des professions sont des théories d'une 
application trop récente pour oser prédire qu'elles ne 
seront jamais dangereuses. 

Depuis que la philosophie du xviii." siècle a fondé, 
sur le principe du droit naturel et de la raison , les 
bases d'un nouvel ordre politique , la philosophie de 
l'histoire est venue à son tour fonder^ sur Texpérience 
des siècles écoulés , une science de gouvernement qui 
compte d'éloquents interprètes et d'ardents sectateurs. 
L'étude des origines du droit et des législations comparées 
est devenue une condition indispensable de l'éducation 
du publiciste. Les Yico , les Ghâteaubriant , les Thierry, 
les Guizot, les W<dowski^ ont ouvert une voie nouvelle 
aux idées. Les uns ont démontré , par la succession des 
faits accomplis, les lois providentielles qui régissent l'u- 
nivers , les autres ont fait voir la marche de la civi- 
lisation à travers les siècles, les autres Torigine et 
les révolutions des lois communales , les autres la con- 

2. 



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— 48 — 

dition des classes laborieuses et le sort des diverses 
industries. 

Fantp-il donc 8*étonner de Tardeur avec laquelle la 
génération présente se précipite à la recherche des 
sources où ces maîtres de la science nouyelle ont puisé 
leurs inspirations et leurs enseignements ? Depuis dix 
ans les sociétés archéologiques ont fait des progrés tels 
qu'elles semblent envelopper TËurope d'un vaste réseau 
d'investigations. Ces sociétés ont un but d'utilité géné- 
rale qu'on ne saurait méconnaître, car les faits qu'elles 
sont appellées à recueillir ou à vérifier pourront servir 
à perfectionner encore l'art si difficile de gouverner les 
hommes. En scrutant les mystères du passé , elles 
préludent peut-être aux grandes choses qui s'accom- 
pliront dans l'avenir. 

La Société des Antiquaires de Picardie , Messieurs , 
se renferme dans un rôle beaucoup plus modeste. 
Sauver de l'oubli les monuments des arts et de l'his- 
toire , empêcher qu'une restauration mal entendue ne 
travestisse la pensée artistique ou religieuse de leur 
ornementation y ne pas laisser perdre les traditions ad- 
ministratives d'une cité qui doit être aussi fière de ses 
institutions d'autrefois que de sa prospérité d'aujour- 
d'hui , tel est le but que nous poursuivons sans relâche , 
tel est le genre d'utilité que nous nous e£Forçons de 
consacrer par nos travaux. 



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RAPPORT 

DU SECRÉTAIRE-PERPÉTUEL , M. J, GaRNIER , SUR LES 
TRAVAUX DE L* ANNÉE 1842 1848. 



Séance pMique du 2 juillet 1843. 

Messieurs, 

Ce fui une idée henrease , une pensée féconde, que 
celle de créer , sur un sol aussi riche en souTcnirs 
et où , sur tant de points , les merveilles de Tarchitecture 
frappent incessamment les regards , une association 
permanente qui se vouât à Tétude de ces souvenirs 
et de ces monuments. Vous avez compris qu^à côté 
des besoins matériels des citoyens , à côté des intérêts 
agricoles si bien défendus , si bien étudiés , de Tin- 

2.* 



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-^ 20 — 

dustrie si digne d'être encouragée, il était des besoins 
d'un autre ordre , des intérêts moraux dont il faut se 
préoccuper ; que, suivant les paroles émanées de la sa- 
gesse divine , l'homme ne se nourrit pas seulement de 
pain , mais aussi de sentiments généreux , et des grandes 
vérités qu'il demande à la religion , à Tart , à l'his- 
toire. Cette pensée a justifié une entreprise qui n'était 
pas sans quelque témérité , vous ne l'avez point crue 
au-dessus de vos forces , et vous pouvez aujourd'hui vous 
applaudir du succès qui couronne votre persévérance. 

Vous avez marché d'un pas ferme vers un but fait 
pour exciter la sympathie et le zèle de toutes les 
âmes d'élite, et c'est là qu'il faut chercher la cause de 
cette protection constante que vous ont accordée et 
Tadrainistration municipale et le conseil général du dé- 
partement; c^est là qu'il faut chercher la cause de cet 
empressement à enrichir vos collections , de la part de 
vos concitoyens qui se sont réunis aujourd'hui autour 
de vous dans cette enceinte. 

Qu'il me soit permis de remercier cette assemblée 
de son généreux concours ; cet accueil flatteur nous 
prouve que nous ne nous sommes point trompés en 
pensant que c'est s'honorer et bien mériter de son 
pays que d'en défendre les monuments et la gloire 
contre l'injure du temps et les préjugés de l'ignorance; 
il nous récompense amplement de tous nos travaux et 
de tous nos efforts. 

Chercherai-je , Messieurs , une autre preuve de l'ap- 
préciation qu'à faite de votre société l'administration 
municipale que dans Tallocation qu'elle vous a con- 
continnée depuis trois années P L'économie et la sagesse 
de ses dépenses ne suffit-elle point pour démontrer que 



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— 21 — 

irotre institution n'a point seulement pour objet d'oc- 
cuper agréablement vos loisirs, mais que vous les aves 
dirigés vers un but d'utilité publique* 

Le conseil général n*a plus seulement encouragé par 
la somme quUI vous a votée, une publication qui vient 
d^étre placée par ordre du Ministre de Tintérieur dans 
la bibliothèque administrative de son ministère. Mais 
considérant, ce sont les termes, de sa délibération, que 
la Société des Antiquaires de Picardie se livre à des 
travaux d*utilité réelle , qu^elle rend de véritables ser- 
vices et en recherchant et en mettant en lumières tous 
les monuments de notre contrée, et qu^elle en, surveille 
la conservation , il vous a accordé, sans spécialité d*em- 
ploi , une subvention de ôOO fr. 

Quelle plus grande marque de confiance que celle 
que vous a donnée M. le préfet du département, en 
vous consultant sur les peintures des bas-reliefs qui dé- 
corent le pourtour du chœur de notre cathédrale, et 
sur la restauration du portail de la Vierge-dorée. 

L'administration supérieure n'a point été plus avare 
de ses encouragements que les années précédentes , et 
notre bibliothèque continue de s'enrichir des publica- 
tions faites sous les ordres du Ministre de Tlnstruction 
publique , et de celles du Comité des monuments. 

Vos relations se sont agrandies ; le Sénat Aca4émique 
de Bonn à sollicité l'envoi, des recueils de vos mémoires, 
et vous êtes fiers des félicitations de la savante et la- 
borieuse université allemande. Vous avez aussi échan- 
gé vos mémoires avec ceux de la Société du Puy , de 
l'Académie d*Avranches , de la Société Archéologique 
de Touraine et do la Société Numismatique de Londres. 
]e dois dire que nous devods surtout ces dernières 



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- 22 — 

relations , à la réputation ai justement acquiae d'un col- 
lègue dont la science égale la modestie , et que la so- 
ciété de Londres consultait naguères sur un point 
important de numismatique que son travail sur les mon- 
naies des fous a contribué si puissamment à éclaircir. 

Mais ces témoignages d'honorables sympathies ne doi- 
Tcnt point nous faire oublier les pertes que nous avons 
éprouvées et je me hâte de remplir cette grave obli- 
gation que m'impose la confiance de la Société, d'o£Erir 
un dernier et solennel hommage à la mémoire des 
membres qui ont brillé dans son sein. M. Ledieu , M. 
Grapelet^ M. de Yadancourt et M. Tabbé Dupont ont 
été depuis moins d'un an enlevés à la Société. 

M. Ledieu, Tuu de vos vice-présidents , s'était surtout 
occupé de la recherche des monuments de notre his- 
toire locale , et de l'investigation de ses origines les plus 
reculées. C^était là son triomphe j sa félicité. Nos tra- 
ditions picardes , Amiens , ses édifices , ses souvenirs , 
ses grands hommes étaient la préoccupation habituelle de 
son âme enthousiaste i aussi avait-il vu avec joie la. 
fondation de votre Société, et contribué puissamment à 
la création de votre musée qui doit à sa générosité 
plusieurs des objets précieux qu*il renferme. 

M. Grapelet , historien et littérateur aussi distiugué 
que typographe célèlH>e , s'éuH généreusement uni à 
vos projets au début de votre association et les avait 
dignement encouragés. 

M. de Yadancourt a emporté les regrets de ses col^ 
lègues de TOîse , et les quelques notices quHl vous a 
laissées vous ont fait regretter qu*il a^ait pu accomplir 
les travaux qu'il avait prorais, 

M. Pabbé Dupont venait de tous être associé. Vous 



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— 23 — 

aviez accueilli avec eraprescemeut la candidature du 
restaurateur de Taotique abbaye de St.-Médard, dont il 
préparait Thistoire , quand la mort est venue le frapper 
dans toute la force de Tâge. Le clergé perd ea M. 
Tabbé Dupont un de ses membres les plus vertueux , 
et rhumanité, un de ses plus ^néreux défenseurs, dans 
le fondateur de Tlnstitut des sourds-muets de Soissons 
dont rbumble et modeste prêtre n^avait point craint 
d'entreprendre la création. 

Honorons la mémoire des collègues qui nous manquent 
aujourd'hui. Mais qu'une pensée consolante nous ranime. 

Si quelques rameaux tombent sous le poids des ans , 
ou sont brisés par Torage, le tronc demeure debout, 
plein de sève et de vie, tino avuUo non déficit alier, 
et de aouYeaux rejetons garantissent la durée et la fé- 
condité de notre œuvre. 

De nouveaux membres sont venus remplir les places 
laissées vacantes dans votre sein. Vous avez admis en 
qualité de titulaire résident , M. Woiilez , dont vous 
avez couronné Tan dernier le savant mémoire sur Tliis- 
toire de Tarchitecture dans notre province ; M. Tabbé 
Duval et M. Tabbé Jourdain , dont la présence au mi- 
lieu de TOUS témoigne assez combien a été comprise 
la portée religieuse et morale de notre institution. C'est 
qu'en effet, dans notre patrie, l'histoire de la religion 
se confond avec l'histoire nationale et que ses diverses 
époques ne sont que les phases de son magnifique dé> 
veloppement. 

A la liste de vos membres non résidants, vous avez 
ajouté ceux de M. l'abbé Thièble , de M. labbé Bourgeois 
ancien professeur d'archéologie au petit séminaire de Beau^ 
vais, et de MM. Legrand , Petit , Du Neuf Germain, Fossé- 



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— 24 — 

Darco8 , Godebœuf, Sauvage, Pradié , Richard, archi- 
viste de Rouen, et Viveuel le généreux fondateur du 
musée de Gompiègne. 

Enfin vous avez inscrit parmi vos correspondants y 
M. L. Paris de Reims , Téditeur de la Chronique de 
cette ville, et des Négociations concernant le règne de 
François !/• et M. Serrure, professeur d'histoire à l'u- 
niversité de Gand , Tun des plus habiles numismates 
de la Belgique. 

Voyons maintenant par quels travaux, depuis notre 
dernière séance générale, nous avons accompli notre 
mission. Si la tâche qui m'est imposée est laborieuse du 
moins elle ne saurait être pénible, car j'ai la cons- 
cience que cette année a été remplie dignement , et 
qu'après ce compte rendu , à quelque plume inhabile 
qu'il ait été confié , on ne demandera point à quoi la So- 
ciété est bonne, on le verra. 

Parlons d'abord des travaux des membres qui n'ap^ 
partiennent à aucun de nos comités. 

La science héraldique donne la solution d'une foule 
de problèmes qui, sans elle, demeureraient toujours in- 
solables pour l'historien ; elle ne saurait donc vous rester 
étrangère. Aussi avez vous reçu avec intérêt les Études 
sur le blason de M. l'abbé jDu Neuf-Germain, et accepté 
avec empressement l'offre qu'il vous a faite de vous don- 
ner successivement l'ensemble des armoiries de Picardie. 

Son premier travail est une Notice générale sur la 
science héraldique ; l'auteur y expose les règles , la si- 
gnification naturelle et le symbolisme des emblèmes , et 
termine ses considérations par la description du tom- 
beau de Jean de Béry et de Jeanne de Rubempré , que 
Ton voit dans l'église actuelle d'Essertaux. QueFques 



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— 25 — 

notes biographiques, sur ce personnage , complètent le mé- 
moire de notre nouveau collègue. 

M. Labourt, dans une notice sur les enfants trouvés 
cbez les anciens , à fait ressortir combien est puissante 
et généreuse la charité chrétienne auprès des régie* 
ments stériles de la philanthropie dans l'antiquité. 

Les monuments n'appellent donc point seuls votre at« 
tention , les usages et les coutumes sont aussi partie es- 
sentielle de vos études. Vous ne négligez point non 
plus de recueillir les vieilles traditions , comme , par 
exemple , celle de la fête de Milly , qui se célèbre à 
DouUens , au mois de septembre, et doiit vous a entretenu 
M. Demarsy; fête étrange et burlesque dont on ne peut 
encore expliquer ni le motif ni Torigine. 

Vous devez aussi à M. Demarsy , une notice sur une 
médaille de Yétranion que distingue une particularité 
remarquable de Texergue, que n'a point décrite Mion- 
net, et que ne possède point la bibliothèque royale. 

Une femme dont la douce et harmonieuse poésie a 
été souvent applaudie dans cette enceinte , M.*^* Fanny 
Denoix , n'a point été étrangère à vos travaux. Dans une 
notice sur Téglise de La£Fraye (Oise), et sur son reta- 
ble , qui piiésente plusieurs scènes de la vie et de la 
passion de Jésus-Christ, elle a appelé surtout l'atten- 
tion sur une figure en pierre sculptée au-dessus de la 
fenêtre ogivale placée derrière le chœur. 

Une plus imposante cérémonie a été le sujet d'une 
seconde communication , le sacre de Mg*. Gignoux évéque 
de Beauvais. Noble cortège , pompe triomphale de l'é- 
glise , chants solennels , le poète décrit tout avec cette 
richesse d'imagination , et ce coloris brillant qui distin- 
gue les œuvres de l'auteur des Heures de solitude. 



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-26.- 

Les commueications du comité de Gompiègne ont été 
pla8 importante» cette année qu^elles ne i^avaient été 
Tan dernier. 

M. de Cayrol tous a fait part de ses conjectures sur 
une cérémonie de la religion chrétienne dont rorigino 
parait remonter au culte druidique. Une notice de 
M. d^Herbee sur une procession qui s*appelait la grande 
Queroye^ et qui avait lieu dans une épaisse forêt située 
près d'Af , fait le sujet de ce mémoire. Une messe ce- 
lébrée au pied d'une croix dite la croix Ghipotet^ et 
auprès d'uue pierre fichée y le missel placé sur la 
pierre ; une collation sur le gazon , servie au clergé et 
aux magistrats , et le retour de la procession par une 
autre route , chacun portant à la main des rameaux de 
genévrier ou de houx , composaient la cérémonie. A 
défaut de titres et de tradition M. d'Herbes a interrogé 
les étymologies. Mais, dit avec raison M. de Gayrol, 
quand on recourt à ce moyens il faut y procéder 
avec une grande réserve , et ne pas se jeter dans 
des conjectures invraisemblaUes sur la foi d'un mot 
altéré et corrompu. Combattant une à une toutes les 
inductions de M. d'Hert>es, M. de Cayrol renverse Fé* 
chafaudage sur lequel était bâti le système qui faisait 
de cette procession de la grande Quereye une f&te 
consacrée à célébrer le retour du printemps. Parcourant 
à son tour le champ des hypothèses, M. de Cayrol 
fait voir quel parti en peut tirer une imagination la- 
borieuse ; il s* arrête , pour le mot Queroye , au sens de 
Texpressioa qttère , quAe, recherche et traduit Chipotet 
par colûnne ou temple de la forêt. Cette explication établit 
un rapport entre Tépaisse forêt au milieu de laquelle est 
placé le monument , et la cérémonie dont le christianisme 



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— 27 — 

à conservé le souvenir. C'est donc ici la recherché du 
guy , cérémonie dilUrente de celle de le couper. 

Après quelques oonsidératioiis sur la religion des 
Druides et le culte du guy , M. de Cayrol tire cette con- 
séquence que si on se livrait à des recherches sur les 
différentes coutumes religieuses^ on trouverait pour 
point de départ un usage auquel la religion chrétienne 
a substitué ses dogmes ^ en le remplaçant par des céré- 
monies analogues. Mais avouons-le avec Tauteur, nous 
n'avons encore que des données fort vagues sur le culte 
extérieur des druides , et une critique judicieuse et se'- 
vère de la langue celtique , dégagée de tout esprit de 
système , est appelée à modifier grandement nos idées sur 
Tétat religieux de la Gaule avant l'invasion des Romains. 

M. de Cayrol vous à fait part également de la 
découverte et de Tachât qu'il venait de faire des pa- 
piers d^on ancien secrétaire du roi , Bousaroque de la 
Fous , parmi lesquels il a rencontré un manuscrit auto- 
graphe des M^dires du maréchal de Berwick , qui diffère 
en beaucoup d*endroits du texte imprimé ; une lettre du 
duc d'Orléans, un mémoire, et l'apologie du maréchal 
au sujet de la campagne de l7i6, pendant laquelle il 
ne crut pas devoir accompagner le prétendant. Félici- 
tons notre collègue de tant de précieux documents qu'il 
vient d^ajouter à la nombreuse collection de manuscrits 
que possède aa bibliothèque, et remercions-le surtout de 
la générosité avec laquelle il veut bien les mettre à 
la disposition de la Société. 

Nous regrettons que le travail annoncé de M. l'abbé 
Dupont SUT la vieille et intéressante église de St.-Jac- 
ques de Compiègne ne nous soit point parvenu, non 
plus que le mémoire qu'il a composé sur un Christ en 



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— 28 ~ 

pierre , portant quatre ailes adaptées aux épautes et 
deux autres placées de chaque côté des hanches. Ce 
Christ, trouvé dans les combles de Téglise de Margny 
près Gompiègne , et dont on retrouve une figure 
analogue à Tarticle des Abraxas de Montfaucon , à fourni 
à M. Tabbé Bourgeois le sujet d'un mémoire dont nous 
parlerons bientôt , et qu^il eût été curieux de comparer 
avec celui de son digne et savant ami. 

Enfin Messieurs , une notice biographique sur Dom 
Gillisson , diacre , bénédictin de la congrégation de 
St.-Maur , est venue venger de Toubli le laborieux 
écrivain qui consacra à Thistoire de Gompiègne une 
partie de ses veilles ; nous la devons à M. de Grouy. 

Dom Gillisson naquit en 1609 à Gourboise , au dio- 
cèse de Soissons , fit profession à St.-Remy de Reims ^ 
et mourut à St.-Grépin>le-Grand en 1666. — Moins 
heureux que les autres savants bénédictins, Thistoire 
ne garda point souvenir de son nom , et si la Bibliothè- 
que historique de France^ indique ses ouvrages , elle 
n^apprend rien de sa vie. 

G'est seulement dans les lettres qu^il adressa aux 
chefs de sa corporation , quUl faut chercher quelques 
détails sur les nombreux travaux qu'il exécuta, malgré 
sa mauvaise santé et le mauvais vouloir de ses frères. 
Diverses copies de ses histoires de Soissons et de Gom^ 
piègne ont été faites sur le Ms. autographe de la bi« 
bliothèque royale. Si Ton y remarque peu dWdre, 
dit M. De Grouy, une foi trop explicite dans des as- 
sertions qui paraissent hasardées , ce ne sont pas moins 
des travaux pleins de faits curieux et de renseignements 
utiles que Ton chercherait vainement ailleurs. On se 
souviendra surtout qu'il n'a point trouvé autour de 



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— 29 — 

lui les secours que ses successeurs ont obtenus^ et 
qu'il a contribué à ouvrir cette carrière qu'ont depuis 
parcourue avec tant de gloire les vénérables enfants 
de St. Benoit. 

Le comité de Noyon *n*est point resté inactif et son 
directeur, malgré sa santé chancelante , a su entretenir le 
zèle et le travail de ses membres. 

M. Harlay, dans une lecture, a parcouru dans Tordre 
chronologique les faits les plus importants de Thistoire 
de la ville de la Fère , donnant ainsi une idée des 
matériaux dont il pouvait disposer pour le travail qu'il 
prépare sur cette place célèbre à la fois et par spn traité 
et par ses sièges. 

M. Mony a essayé de rétablir les anciennes limites 
du territoire de la ville et de la banlieue de Noyon , 
étude préparatoire à laquelle doit se rattacher la re- 
cherche des limites de Tancien évéché et de son an* 
tique pagus. 

Deux travaux remarquables méritent surtout d'être 
mentionnés, je veux parler de ceux que vous devez à 
M. Moët de la Ferté-Maison et à M. Tabbé Bourgeois. 

Le premier s'est proposé pour but principal de réfu- 
ter Sanson qui prétend que le Noviodunum de César doit 
être appliqué à Soissons et non pas à Noyon. L'opi- 
nion contraire , on le sait , avait été adoptée jusqu'au 
moment où le célèbre géographe la révoqua en doute, 
mais aujourd'hui on peut , avec M. Moët , regarder cette 
question comme résolue. L'auteur de la dissertation suit 
pas à pas le texte de Sanson , discute la valeur de 
ses arguments , établit que la ville nouvelle , c'est ainsi 
qu'il traduit Noviodunum , ne peut désigner l'antique capi- 
tale d'un peuple aussi puissant que les Suessiones , 



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— 30 — 

mais un oppidum élevé postérieurement , sur la frontière 
du pays de Vermandois dont il a remplacé la capitale 
«létruite. 

M. Moët décrit ensuite retendue du Pagus Novio- 
4nens%8 qui depuis a formé le Noyonnais , et discute To- 
pinion de GoUiette sur les limites du Vermandois et du 
Noyonnais. 

Rattachant à ce point géographique les diverses places 
qui Tentourent, il suit César dans sa marche à travers, 
le pays des Suessioneses et des Bellovaques , il place 
Bibraw à Bièvre , qui parait la traduction de ce mot , 
comme Tavait indiqué Danville , et termine par une des- 
cription détaillée des vestiges romains et surtout des 
murailles qui existaient encore à Noyon il y a quelques 
années , sujet qui déjà avait été traité par M. Del- 
motte , dans une Notice sur le château Gorbaut que vous 
avez publiée. 

Telle est , Messieurs , la substance de cette dissertation. 
Elle prouve de la part de Tauteur une étude aussi pro- 
fonde des Commentaires que des écrivains qui , à diverses 
époques, se sont occupés de la géographie de Tancienne 
Gaule. Il aurait fallu reproduire tout le rapport que vous 
a présenté M. Woillez, pour vous donner une juste 
idée de ce travail qui , à part quelques longueurs qu'on 
peut lui reprocher, mérite une distinction toute par- 
ticulière. 

M. Tabbé Bourgeois n'est point seulement un savant, 
mais un esprit aussi fin que délicat. 

Va christ à six ailes fut trouvé dans les combles de 
réglise de Margny près Compiègne, on fit remonter ce 
phénomène archéologique à une haute antiquité, en Tattri- 



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— 31 — 

buant aux gnostiquet , on en fit un Mithra. M. Bourgeois 
ymt trop de difficulté à remonter si haut, il ne veut 
point fléchir le genou devant Mithra , surtout quand 
Thistoire n*a jamais fait mention de la sculpture des 
gnostiques , et , rapprochant les distances de onie à 
doute cents ans , il fixe au xiii.* ou au xiv.* siècle la 
date de ce monument qui parait avoir été Tobjet d^une 
dévotion particulière. Après quelques considérations sur 
le gnosticisme^ et ses erreurs , Tart chrétien et Part 
'païen 9 Ticonographie et la statuaire du xii.* et do 
xni.* siècle , l'auteur , sans feuilleter les antiquités de 
Moufaucon, pour y trouver une ressemblance avec un 
obscur Abrmsoê, ouvre la Bible et, dans le chapitre où 
Isaîe représente Tamour séraphique et saint Jean, les 
quatre figures symboliques , il retrouve le Christ à six. 
ailes. Quoi d^étonnant dès-lors que J.-G. , Tamour in-^ 
carné, le Séraphin par excellence , ait été représenté par 
les artistes avec les emblèmes séraphiques! Le christ de 
Margny d'ailleurs n*est point sans exemple , et le chef- 
d'œuvre de Giotto , saint François d'Assise recevant le» 
stigmates , o£Fre avec lui les rapports les plus frappants. 
Giotto traduisit littéralement le récit de saint Bonaven- 
turc. Le Séraphin crucifié qui apparût à saint François 
d'Assise, fut un fait assez important pour servir de point 
de départ à une tradition. On ne saurait donc s'étonner 
que l'influence religieuse et sociale , littéraire et artis- 
tique que cet homme prodigieux exerça sur son siècle 
ait pu saisir l'imagination des contemporains au point 
d'ouvrir une voie nouvelle à la peinture et à la sculp- 
ture chrétienne dont le christ de Margny aurait été 
l'un des produits les plus intéressants. 

Il est impossible de faire passer dans cette analyse 



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— 32 — 

sèche et décolorée , toat ce qu'il y a de fins aperçus , 
de critique maligne et de bon goût, de hautes et sé- 
rieuses pensées dans cette notice que Tauteur termine 
en déclarant que le Christ ailé de Margny n'est point 
un christ gnostique , jugé au point de vue de Tart 
ou de Testhétique, quUl est essentiellement catholique 
et du xiii/ ou du xiv.° siècle. 

Vous avez applaudi à cette intéressante lecture et , 
adoptant les conclusions de l'auteur , tous* n'avez point 
hésité à regarder le récit de St. Bonaventure comme 
la base et le point de départ d'une tradition artistique , 
et TOUS avez rejeté , en toute hâte , le gnostiqne , car 
c'était à la fois un acte d'idolâtrie et de lèse majesté 
scientifique que l'adoption de la doctrine combattue 
avec autant de talent que d'esprit par notre savant 
collègue . 

Ici , Messieurs , je devrais vous présenter l'analyse des 
travaux du comité de Beauvais qui, tous les jours, prend 
une réalité plus positive et de nouveaux développements. 
J'aurais eu à vous dire comment , garde attentive à 
la conservation des édifices civils ou religieux , il les 
étudie , les décrit ; comment il recueille avec soin dans 
son musée les débris des monuments ruinés , ou d'un 
art perdu , comment il classe et inventorie les curieuses 
archives de notre histoire éparses dans les bibliothèques 
publiques ou particulières. Alors j'aurais rappelé à vos 
souvenirs les recherches de M. Le Mareschal sur la sei- 
gneurie de Grévecœur ; de M. de Merlemont sur une 
voie romaipe qui traverse le territoire de Montreuil ; 
de M. Hamel sur l'évêché et sur l'église de St,-Pan- 
taléon ; les découvertes qu'à faites M. Dupont-White 
de pièces concernant La Jacquerie ; je vous aurais parlé 



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— 33 -^ 

de la notice si pleine de détails sar Foy Vaillant, le célèbre 
numismate Beauvaisien, et de la monographie si curieuse de 
St. -Etienne qu'à publiée M. de St.-Germain ; de la question 
de numismatique qu'à ranimée M. Daniel à propos d'une 
médaille de Julia Mammaea , enfin des lectures de M. 
Danjou , soit qu'il appelle votre attention sur des titres 
anciens , soit qu'il développe une classification des portes 
d'église en relevant les caractères qui paraissent en dis- 
tinguer les styles aux différentes époques des temps 
modernes. 

Mais une voix plus éloquente que la mienne, celle 
de M. le directeur du comité , doit retracer l'historique 
d'une mission que la ville de Beauvais voit s'accomplir 
sous sa direction avec un succès toujours croissant. 

J'arrive aux travaux du comité central , qui doit 
montrer l'exemple de l'activité et du travail. Presque 
tous les membres ont payé leur dette , soit par des 
mémoires , soit par des rapports , soit enfin avec la \ 
part qu'ils ont prise aux travaux des commissions. 

Notre collègue M. Lavernier a continué à vous faire 
connaître les faits les plus importants de l'histoire de 
notre cité qu'il recueille dans les archives confiées à 
ses soins. 

Je ne ferai que rappeler ici son mémoire sur ce qui 
s'est passé à Amiens' à l'occasion des divers états-gé- 
néraux de France; les recherches dans lesquelles il 
présente d'abord la notice des actes qu'il a réunis , 
la tenue des états particuliers du bailliage , les contes- 
tations qui s'y sont élevées^ et les règlements qui les 
ont terminées ; elles ont été insérées dans le 5.* vo- 
lume de vos mémoires 6t le public a pu les apprécier : 

Dans une autre séance , M . Lavernier à su égayer 

3. 



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— 34 — 

des commentaires les pi as piquants une petite note 
extraite du registre 47.** de l'échevinage, 6 juin 1586. 
La tenue de cette assemblée a lieu au sujet d'uu mé- 
morable esturgeon péché dans la Somme et que ré- 
clamaient le doyen , les chanoines et le chapitre de l'église 
N.-D., Tévêque et le bailly. Qoi mangea teoél^re poisson? 
les registres n'en disent rien. Le bailliage seul pourrait 
en dire quelque chose , dit M. Lavernîer , car peut- 
être Testurgeon eût-il le sort de cette huître si fomeuse 
dans les fastes judiciaires , et qu'immortalisa notre bon 
La Fontaine. 

M. Lavernier a appelé ensuite YOtre attention sur la 
maison hospitalière des filles repenties dans la yille 
d'Amiens et vous en a retracé Thisioire. 

Il existait autre fois en France , dit-il y non-seulement 
des maisons de force pour enfermer les femmes de 
mauvaise vie condamnées pour débauche scandaleuse , 
mais encore des maisons hospitalières ouvertes au re- 
pentir. La ville d'Amiens eut une de ces maisons. EUe 
était située rue des Capucins dans la maison qui porte 
aujourd'hui le n.*" 85. La création de cet hospice, qm 
subsista jusqu^à la fin du siècle dernier, ne remonte 
pas à une époque fort éloignée , mais il avait succédé 
à un autre de même espèce qui dura jusqu'au com- 
mencement du xvH.* siècle. M. Lavernier divise donc 
son mémoire en deux parties; l'établissemeot le plus 
ancien et le plus récent. 

L'ancien s'appelait maison de la Magdelaine ou des 

Sœurs-Blanches , il recevait les filles repenties qui s'y 

retiraient volontairement, et celle que les magistrats y 

faisflâent enfermer. 

•S'il est permis de douter que cet hospice , situé rue 



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— 36 — 

St.-Leu y paroisse St.-Sulpice , vid-à-vis Tancieii hôpital 
St.-Jacques, ait existé avant le xv.* siècle, on sait du 
moins qu'en octobre 4455 rhôtel-de-ville se chargeait 
des reconstrudtions et réparations, que la maison était 
sous Tautorité immédiate de rhôtel-de-ville qui y en- 
tretenait un chapelain directeur spirituel, et confiait le 
temporel à un ou plusieurs échevins ou à de notables 
bourgeois. 

Gomment naquit cette institution ? Quels furent les 
biens de première fondation ? Gomment diminuèrent^ils 
au point d'avoir disparu au commencement du xvi.* siècle, 
c'est ce qu'il est impossible de déterminer. On sait 
seulement que les filles repenties furent chassées de 
leur hospice vers 1606 à cause de leurs désordres et 
qu'à cette époque , outre la maison et le mobilier, l'hospiCe 
avait sur la ville un revenu annuel de 60 livres environ. 

Durant cette expulsion, les carmélites, qui venaient se 
fixer à Amiens , rue St.-Jacques , demandèrent à la 
ville de mettre l'hospice à leur disposition en attendant 
que leur cloitre fût construit. Le 17 avril elles occu- 
pèrent la Magdelaine. 

Cependant les jésuites , secondés par la ligue et Té- 
véque de la Martonie, avaient dès 1583 demandé que 
la ville les mit à la tête du collège. La maison des 
Sœurs Blanches leur fut offerte, après le départ des car- 
mélites. En 1608 ils y ouvrirent leurs classes et s'en- 
richirent des biens de Thospice , car ils en vendirent le mo- 
bilier et ne conservèrent que la rente constituée au 
principal de 60 livres que la maison avait fournies jà 
la ville , pour l'aider à payer les 3,000 livres formant 
sa part de contribution pour la rançon de François I*'. 

Passant à la deuxième partie de son mémoire, on ne 

8.* 



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— 36 — 

tarda point, dit M. Layernier, à sentir la nécessité de 
rétablir l'hospice supprimé. Le fondateur de Thôpital 
général , Antoine Louvel avait désiré que cette maison 
fût aussi ouTcrte aux filles de mauvaise vie, mais cette 
pensée ne put être réalisée. En 1650 Anne Gamain pro- 
posa au corps de ville de louer une maison pour cet 
usage. Une somme de 100 livres fut accordée dans ce 
but , et des citoyens notables chargés de l'administration • 
Le roi sanctionna IHnstitution et le 4 juillet 1654 , les 
filles repenties furent installées rue des Capucins. 

L*évéque Faure, sous prétexte qu'il s'agissait de la 
conversion des pécheresses , réclama la tutelle épiscopale, 
mais sa prétention échoua devant le titre de fondation. 
Des legs nombreux furent faits à la maison , et les 
registres prouvent les heureux résultats obtenus. 

Malheureusement la surveillance ne fut point toujours 
la même, Tinstitution s'affaiblit, et, le 9 janvier 1783 
le corps municipal s'adressa au roi pour obtenir la sup- 
pression de cette maison qui n'avait plus de revenus suffi- 
sants et que pouvait d'ailleurs remplacer la maison de 
force qui venait d'être établie. La requête fut elle oc- 
troyée? M. Lavernier l'ignore; mais il fait remarquer 
que la maison ne fut point comprise dans la vente des 
biens communaux en 1793 , et qu'elle fut vendue plus tard 
par le gouvernement suivant la loi du 20 mars 1813. 

L^esprit de l'institution , dit en terminant l'auteur , 
ne pouvait périr. Aujourd'hui , Amiens possède une re- 
traite ouverte aux filles repenties sous la direction de 
femmes pieuses dont le dévonment et le bon exemple 
Âont la meilleure exhortation à la vertu. 

Le conseil municipal , sur la proposition de M. le 



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— S7 ~ 

Maire, qui toujours à si noblement pourvu aux besoiUg 
des beaux arts et de la science, Tient d*accroitre le 
trésor de nos chartes d'un monument d*une haute im- 
portance. M. Layernier a présenté Tanalyse de ce ma- 
nuscrit ou rotulus dont la longueur est de 4,"40 , la 
largeur de 0**,22 en beau vélin écrit des deux côtés. 

Ce dénombrement^ donné par Guillaume de Maçon, 
évéque d* Amiens, à la chambre des comptes de Paris 
en 1301 , a été cité par Du Gange dans son histoire des 
Comtes d'Amiens. Il donne Ténumération des tonlieux 
appartenant à Tévéque, des redevances qui lui étaient 
dues par le corps de métiers , la liste des hommes féo- 
daux , le répit de St.-Firmin et les hommes de catel 
de Tévéque d'Amiens ; autarit de chapitres qui ont fourn^ 
à M. Lavernier le texte de notes et de commentaires 
sur ce précieux document que tout porte à considérer 
comme le seul exemplaire qui existe , depuis Tincendie 
qui détruisit le dépôt de la chambre des comptes. 

Je devrais ici vous parler d'un mémoire de M. Ri- 
gollot sur une monnaie du xii* siècle , frappée par Tau- 
torité municipale de la ville d'Amiens. Mais vous avez 
inséré ce travail dans vos mémoires et Tintérét qu'il a 
excité chez le numismates vous est connu par les 
articles de la Revue numismatique et les procedings de la 
Société de Londres. Cette découverte jette en effet une 
lumière nouvelle sur la numismatique amiénoise et sur 
quelques points obscurs de nos institutions. La légende 
fnoneta civium tranche d'une manière définitive la ques- 
tion jusqu^ici discutée de savoir si Tautorité municipale 
avait eu le droit de frapper une monnaie qui lui fût 
propre. Il en résulte que, sous l'empire de la commune 
d'Amiens, le comte et les citoyens avaient chacun leurs 



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— 38 — 

niunnaies particulières , ce dont les chartes; et le peu 
d'actes qui nous sont restés de cette époque ne font 
aucune mention. 

Telle est Tiraportance que Ton attache aujourd'hui 
aux études historiques , qu^il ne suffit plus d^indiquer 
sommairement les faits , mais qu'il faut connaître la 
source des matériaux dont on s'est servi et que Von veut 
pouvoir même apprécier le mérite et Tautl^enticité des 
preuves , pour se préserver à la fois des erreurs et 
des auachronismes que la légèreté des historiens avait 
rendus si communs. 

Tel est le but des recherches auxquelles s'est livré 
M. Dufour sur le prétendu concile de Nesle. Il fait 
voir que tous les annalistes qui ont invoqué Tautorité 
de Roger de Howeden ne Tout point compris , car 
si le concile se tint apud Sanctum Leodegarium in Ni- 
velé, ce ne saurait^ être à Nesle-en-Vermandois qui n'a ja- 
mais eu d^église sous le vocable de S t. -Léger. Maintenant 
l'histoire nous apprend qulngelburge était présente au 
concile, et qu^elle était prisonnière au château d'Etam- 
pes. Or, non loin d'Etampes est la forêt d'Ivelines , et 
dans la forêt une commune du nom de St. -Léger ^ où 
existait un château fort ancien. Apud Sanctum Leodega- 
rium in Nivelé signifie donc St. -Léger dans la forêt 
dlvelines ou, comme Ton dit, St.-Léger en Ivelines. 

Telles sont les raisons qui font rejeter le concile 
de Nesle , qui n*a du son existence qu*à un contre-sens. 

M. Dufour n'ignore pas qu^il dépossède le diocèse 
d'Amiens du seul concile qu'on lui attribuait. Mais il 
a cru d'autant plus intéressant de signaler cette erreur 
et de la rectifier, que les auteurs de deux ouvrages 
récents sur le département de Somme , négligeant la reç- 



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— 39 — 

tificadon de la Golleotion des hiêtorient de France , oat 
trouvé bon d'adopter le contre-sens du P. Labbe et 
de ceux qui Tout suivi. 

Il serait superflu de vous entretenir des lectures de 
M. Roger, les divers chapitres qu'il vous a lus de ses 
Archives historiques de Picardie , forment aujourd'hui 
un beau livre dont le mérite est démontré par Tim- 
roense succès qu'il a obtenu. 

L'envoi fait par M. Tabbé Jourdain d'un mémoire 
où il décrit Tune des plus anciennes verrières de no- 
tre cathédrale établit suffisamment ses titres à l'ad- 

r 

mission. Vous savez d'ailleurs avec quel soin cons- 
ciencieux et quelle habileté il s'occupait avec M. l'abbé 
Duval, de la description des histoires de nos stalles. 

La verrière qu'il a choisie est celle des fonts-baptis- 
maui, composée de débris plus ou moins nombreux^ 
plus t)u moins conservés, de Thistoire de la S.te-Vierge 
et des deux rois d'Angleterre St.-Edmond et St.-£douard. 

Après diverses hypothèses sur les circonstances qui 
ont pu déterminer le placement de ces légendes peintes , 
que l'on peut attribuer ou bien à l'un des deux sou- 
verains que la cathédrale a reçus sous ses voûtes, ou 
bien aux seigneurs de Boves et de Goucy, dont on voit 
les armes dans l'une des rosaces , vient la description des 
divers tableaux qui composent cette verrière et que M. 
Jourdain fait connaître sous le rapport légendaire et artis- 
tique. Parlant de l'état actuel de dégradation, l'auteur 
regrette que de toutes les peintures qui décoraient les 
gémaux , il ne reste que 20 médaillons dont aucun n'est 
resta intact, grâce à l'inintelligence des modernes rac- 
commodeurs. Cette étude pleine de faits puisés dans l'his- 
toire de la vierge et la légende des saints que l'ar- 



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— 40 — 

tiste traduisait vers le milieu du xiii*^ ou le commence- 
ment du XIV* siècle, serait du plus puissant secours pour 
la restauration de ces fenêtres, si quelque jour des 
fonds étaient affectés à cet objet. 

En félicitant Fauteur de ce travail dont il avait été 
chargé de vous rendre compte , M. RigoUot exprimait 
le désir que quelques dessins bien exacts fissent mieux 
connaître ces peintures, et missent à même, d'après 
leur style, de leur assigner une date plus précise. Il 
invitait M. Jourdain à s*occuper des autres verrières, 
les descript ions publiées jusqu'à ce jo^ur ne renfermant 
que des renseignements vagues et incomplets. Il appar- 
tient , disait-il , à des hommes intelligents et instruits de 
mettre en lumière les richesses cachées de notre ca- 
thédrale. 

En même temps, M. RigoUot enrichissait vos archives 
du seul document connu sur les verrières de la Icathé- 
drale; c^est un procès verbal dressé par Du Gange, le 
25 avril 1667 , d^une visite qu'il y a faite , et dans 
laquelle , chose remarquable , il ne mentionne point la 
verrière décrite par M. Jourdain. 

Là , Messieurs , ne se sont point bornés les travaux 
de notre collègue , il a choisi pour sujet de ses étu- 
des la cathédrale d'Amiens , et en même temps qu*il 
prépare son grand travail iconographique sur les Stalles^ 
il en étudie les autres parties. Les scènes sculptées 
autour du chœur font le sujet d'une seconde notice. 

M. Jourdain s'occupe d'abord de la clôture droite du 
chœur dite Histoire de Si. - Firmin» Il signale le 
progrès sensible de la statuaire de la première pastie du 
monument , représentant la vie de St.-Firmin , à la se- 
conde , Tinvention des reliques. En moins de 30 ans 



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— 41 — 

en effet, succède à la raideur des poses , à l'iDcor- 
recUon des dessins, un style plus naturel et plus saTant. 

On sait qu'Adrien de Uenencourt^ sucoessivement 
prévôt et doyen du chapitre d^Amiens, à la libéralité 
duquel Téglise est redeyable de ce monument, en ter- 
mina de son vivant la première partie destinée à re- 
cevoir les restes de son oncle, Tévéque Ferry de 
Beauvoir, et qu*il fit exécuter la seconde partie dans 
le dessein d'y reposer lui-même, suivant une dispo- 
sition testamentaire par laquelle il donné son corps à 
iire inhumé au plus près de f histoire de Vinveniion de 
St.-'Firmin. 

M. Jourdain décrit Tun après Tautre les divers ta- 
bleaux de la vie et de Tinvention des reliques du saint 
évêque; et dans une analyse pleine de goût et de 
vigueur , il fait ressortir les anciens usages que révèle 
l'observation des costumes , rétablit la légende rimée , 
toujours incorrectement publiée , et redresse certaines 
erreurs commises dans la restauration , et qui prouvent 
combien il est utile que les artistes travaillent sous le 
contrôle d'une commission à qui l'histoire sacrée et les 
traditions soient familières. 

S'il est vrai, ajoute l'auteur, que des artistes étran- 
gers furent appelés au xv.* siècle , pour exécuter les 
sculptures et les peintures de la cathédrale , il est cer- 
tain aussi que des artistes français , panni lesquels sans 
doute bon nombre de Picards devaient se trouver, peu- 
vent revendiquer une large part de ces divers travaux. 

L'intérêt qu'a excité la lecture de ce mémoire, a 
fait vivement désirer d'entendre la 2.* partie de ce tra- 
vail relatif à Thistoire de St.> Jean-Baptiste , dont s'oc- 
cupe en ce moment M. Jourdain. 



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— 42 — 

C'est avec la même favear que la société a eûtenda 
le mémoire de M. Tabbé Daval , et ses suffirages ont 
prouvé combien elle en avait apprécié le mérite. 

Un missel d* Amiens de 1529 , imprimé à Paris et ap- 
partenant à Mgpr. révéqne , est Tobjet du travail de M. 
Dnval. Ou peut le diviser en deux parties, la typo- 
gpraphique et la liturgique. Dans la première, Tau- 
teur donne le titre et la description du livre; dans Texamen 
du calendrier, s'occupant surtout des saints dont les 
noms remplissent le cycle sacré , il y voit jouir d'un 
honneur plus grand qu'aujourd'hui les principaux pa^ 
trons du diocèse , et dans le nom de St. -François , in- 
scrit en gros caractère, voit moins sa popularité que 
Tinfluence exercée sur le bréviaire français par le bré- 
viaire romain dont la réforme au xiii.« siècle fut Tobu- 
vre des franciscains. Il rappelle le concordat passé au 
XIII.* siècle entre Téglise d*Araiens et celle de Rouen 
pour les fêtes de St.-Firmin et St.-Romain , dont les 
noms brillent également , et s^é tonne de l'omission des 
noms de St.-Geoflfroy , de St.-Joseph et de St. -Bernard. 
M. Duval n'oublie point de mentionner les gravures sur 
bois qui ornent le volume , et surtout celle où Thostie 
qu'élève le célébrant se change en la personne du Sau- 
veur, comme pour protester contre les erreurs nou- 
velles au sujet de la présence réelle. 

Pénétrant alors , après un examen matériel , pour 
ainsi dire , au cœur du livre , pour examiner les pa- 
roles sacrées qui composent les introîts, les graduels, 
les traits, Fauteur y reconnait une identité parfaite 
avec le Sacramentaire de St.-Grégoire et le missel ro- 
main. Rappelant alors les modifications adoptées par 
notre église au préjudice du rit gallican, et les diflEe- 



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— 43 — 

reaces qui diatinguent le missel de 1529 et le missel 
actael de M. de la Motte; il cite les proses et sé- 
qaences <fû ont disparu, et regrettant qae plusieurs 
chants pieux et naïf» de nos ancêtres^ monument eu-* 
rieux de la poésie du moyen-âge, qui se plaisait a 
y retracer les miracles des saints qu^elle vénérait , aient 
été sacrifiés au goût épuré de ces derniers temps , il 
cite surtout la prose de St.-Firmin , la légende si naïve 
qui fait baisser la tête à Timage du Christ pour saluer 
St.-Honoré, et la séquence de Toctave de TAssomption 
qu'il traduit en vers français avec autant d'exactitude 
que de simplicité. G^est ainsi que fauteur, examinant 
ce livre au point de vue liturgique et littéraire, a su 
vous intéresser par des considérations de Tordre le plus 
élevé sur un sujet si simple en apparence. 

Chargé de vous rendre compte de ce travail , je n'ai 
pu qu'ajouter quelques notes bibliographiques, restituer 
sa véritable date au premier Missel d^Amiens, imprimé 
en iâ98 et non en 1496, signaler la belle édition de 
1506 i dont la bibliothèque d^Amiens possède un ma- 
gnifique exemplaire sur vélin enluminé , ajouter que 
rédition de 1529 qui nous occupe, fut aussi imprimée 
sur vélin , et qu'un an après , Jean Petit en donnait 
une édition in-8.° , ces détails nous ayant paru néces- 
saires pour compléter la notice de M. Duval. A un 
juge si compétent il appartient d'écrire l'histoire de 
notre liturgie. Aussi votre rapporteur a-t-il engagé l'au- 
teur à s'occuper de l'examen comparatif des missels 
imprimés du diocèse et de ceux que possède manuscrits 
notre bibliothèque, persuadé que ces livres sacrés où 
M. Duval sait puiser de si curieuses révélations , lui 
fourniront la matière d'un travail du plus haut intérêt. 



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— 44 — 

Une Toix plus poissante , celle de notre président, in- 
diquait aussi au récipiendaire Timportance d'une étude 
qui devait avoir d'autant plus de prix , qu'aucun tra- 
vail du même genre n'avait été entrepris par les so- 
ciétés savantes. 

La nouvelle livraison qui vient de paraître de la 
grande publication que poursuit M. Bouthors, me dis- 
penserait de vous parler de l'esquisse topographique et 
féodale du comté d'Amiens au xfi.° siècle ^ à laquelle 
elle sert d'introduction, si ce travail n'était un don 
plus intéressants pour la société. 

Après avoir jeté un coup-d'œil rapide sur l'organisa- 
tion féodale et les institutions judiciaires de TAmiéiiois, 
l'auteur s'efforce de montrer la part d'influence que 
les abbayes y ont exercée. Et d'abord parlant des ab- 
bayes royales , il rappelle le rôle qu'elles ont joué sous 
!es rois de la première et de la deuxième race. Ce 
sont les fondateurs en effet et les chefs de ces abbayes 
qui ont aidé les conquérants de la Gaule à y cimenter 
leur puissance» Mais à l'arrivée des Normands, vint 
avec eux Tannéantissement du pouvoir royal et pour 
l'église la perte de son crédit et de son influence , 
M. Bouthors fait voir alors comment la société ecclé- 
siastique a dû renouveller au milieu de la société féo- 
dale du xi« siècle, le système quelle avait suivi au mi- 
lieu de la société barbare du vi* siècle. Il explique par 
les avantages qu'en retiraient les seigneurs les libéra- 
lités excessives faites aux abbayes pendant le cours du 
xii« siècle , et pourquoi les établissements religieux sont 
l'un des signes caractéristiques du fief de dignité -^ 
c'est que le droit de fonder même une simple prébende 
suppose la possession du droit d'amortissement, car ce- 



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— 45 — 

lui là seul pouvait mettre a Tabri de Téfiction, qui 
ne craignait pas le contrôle d^un sei^eur dominant. 
L*intérét qu^avaient les hauts barons à se faire les pro- 
tecteurs des églises, s'explique par le besoin de légi- 
timer leurs usurpations, et les églises par un juste 
retour s'obligeaient a mettre sous la protection ecclé- 
siastique ceux qui les avaient placés sous la sauve-garde 
de Tautorité temporelle. Sans l'église jamais la société 
féodale n'eût pu surmonter les obstacles que sa consti- 
tution, image du chaos, opposait à sa régénération po- 
litique , c'est couvrant de son droit d'asile et du pri- 
vilège de ses immunités, les malheureux qui avaient besoin 
de son appui , que l'église est parvenue à s'environner 
de l'amour des peuples et à conquérir le sceptre de la 
domination universelle. 

M. Guérard vous a fait connaître l'ouvrage de MM. 
Brun Lavaine et Elie Brun, ayant pour titre. Le$ sepi 
Sièges de Lille, Il a signalé le mérite incontestable de 
cette œuvre dont les auteurs, par des récits clairs, 
succincts et rapides des faits qui y sont rapportés, ont 
su rendre populaires le principales particularités de 
cette histoire. 

Mais un travail plus important a fait l'objet des études 
de notre collègue : je veux parler de la Notice sur 
quelques oirconstanoes de la vie de Si.-Geoffroy , évéque 
dl' Amiens , et sur V époque de sa mort , qui doit faire partie 
de votre 6/ volume ; et qui déjà a pu être rendue publique. 

Il y a quelques années , M. Guérard , examinant des 
titres tirés de la maison de Noailles, relatifs à la com- 
mune de Poix , découvrit deux chartes , l'une de iilS, 
l'autre de 1121 , toutes deux souscrites par St.-Geoffroy> 
38.« évéque d'Amiens. 



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-. 46 — 

Ces pièces excitèrent d^autant plus son attention qae 
tons les historiens d^ Amiens avaient placé la mort de 
GeofiFroy en 1115 , excepté Lamorlière , qui la fixe 
en 1118 et signale la première de ces chartes. M. 
Guérard ne doute pas de leur authenticité et prouve 
que tous les auteurs ont été entraînés par Surius dans 
cette erreur. Avant d'aborder la discussion et pour la 
rendre plus facile , il retrace les événements principaux 
de la vie du saint évéque dans un récit plein de 
force et de chaleur. Se servant ensuite de la dale 
connue du concile de Beauvais et de la destruction 
du castillon , il fait voir que Geoffroy vivait encore 
en 1117 , 1118 et même 1119. Il explicpie comment bien 
qu'une charte émanât d'Enguerrand dans cet intervalle , la 
charte de Poix de 1118 pouvait cependant émaner de 
Geoffroy , et comment les chartes d'Ënguerrand de 1119 
et de 1120 , pas plus que sa présence aux deux conciles 
de Rheims et de Beauvais, ne prouvent la mort de 
Geoffroy. Ces actes ont une origine commune , Tusur* 
pation. L'auteur se résume en disant que ces faits 
prouvés, la mort du saint évéque devra être placée au 
6 des kalendes de novembre 1121, et cette année se 
trouve précisément être la 18.® du règne de Louis-le- 
Gros, indiquée par Surius. 

Poursuivant ses études sur la mythologie germanique 
de Grimm , M. A. Breuil , dans deux nouveaux chapitres 
^e sou analyse , s*est occupé des temples et des prêtres. 
Rappelant ce rapport de Tacite^ que les anciens Ger- 
mains croyaient qu^il était impie d'emprisonner les 
dieux entre des murailles et qu'ils leur consacraient des 
•bois et des forêts; il confirme ce témoignage par Texa- 
men des mots qui^ dans les vieilles langues germa* 



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— 47 ^ 

niques , servaient à désig^nér les demeures terrestres 
de la divinité. 

Pendant plusieurs siècles et jusqu'à Tintroduction du 
christianisme, on vit persévérer la coutume d'adorer 
4a divinité dans les forêts et les arbres saints, et le 
culte des bois se révéler avec d'autant plus d'évidence 
que la conversion est plus tardive. Pour ne parler que 
de la Gaule, M. Breuil puise de précieux rensei- 
gnements dans la vie de St.-Germain d'Auxerre sur un 
poirier vénéré dans cette ville au iv.* siècle, quand 
il n'est point supposable que la tradition germanique 
se soit mêlée aux usages des Celtes. Cependant il n'est 
pas douteux que Ton ait aussi élevé des temples pour 
certaines divinités, et le char couvert de la déesse 
Hertha en est déjà un en quelque sorte. Ce n'est que 
vers le milieu du v.* siècle que Ton voit un temple 
dans les gorges du Jura, et au vi.^, un temple franek 
situé près du Rhin ; et toujours, dans les Hagiographes^ 
il est expressément remarqué qu'à la place de l'arbre 
ou du temple payen une église fut élevée. 

S'ocoupant du sacerdoce germanique, M. Breuil si- 
gnale les expressions payennes qui désignaient le prêtre 
dans la langue germanique, expressions qui révèlent 
une relation étroite entre les fonctions du prêtre et 
celles du juge ; il signale également la grande affinité 
qui parait avoir existé dans le Nord entre les poètes 
et les prêtres. Ici l'auteur est naturellement appelé à 
parler des prêtresses et des prophétesses de l'antiquité 
germanique. Tel est l'ensemble des faits qu'il a rat- 
tachés par de nombreux rapports et de fréquentes ap- 
plications a l'histoire des usages civils et religieux de 
notre antique Picardie. 



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— 48 - 

QuHl me soit permis , Messieurs ^ de vous rappeler 
une lecture que j'ai faite d'une notice sur une décou- 
verte de tombeaux à St.-Accart, près Flixecourt. J'y 
trouverai l'occasion de remercier M. de Belloy de l'em- 
pressement qu'il a mis à nous faire part de cette dé-^ 
couverte, et de l'obligeance avec laquelle il voulut bien 
faire exécuter les fouilles dont j'indiquai la direction* 

Après avoir donné la description de ces tombeaux en 
pierres , les pieds vers l'Est , alignés et placés à des 
intervalles égaux , et remplis d'ossements y là brisés et 
péle-méle , ici entiers , là symétriquement rangés , les 
os des bras et des jambes de divers squelettes placés 
aux deux extrémités et au centre , et dans les espaces 
laissés vides, des crânes entassés, j'ai signalé la voûte 
formée de blocs de grès qui s'était a£Faissée sur les cer^ 
cneils et les avait brisés. J'ajoutai une explication de 
ces faits, qui, toute hypothétique qu'elle e8t> me semble 
fondé en raisons. Cette sépulture, selon moi, est un 
caveau sépulcral où l'on déposait les corps morts , les 
uns dans des tombeaux de pierre quand ils étaient 
riches, car les auges étaient amenés d'assez loin; les 
autres sur le sol^ dans une simple couche d'argile. Une 
génération a passé et l'autre dut aussi ensevelir les 
restes de ses pères. Alors elle a remplacé par les corps 
des siens ceux de ses ancêtres, et elle a rassemblé 
dans une tombe en pierre les débris de ceux qui 
avaient reçu cet honneur ; tandis que les autres , ci- 
toyens vulgaires, furent entassés sans ordre et n'eurent 
de tombeau que l'espace laissé libre entre les cercueils 
des riches et des puissants. 

Si nous avons parlé des travaux originaux n'oublions 
point non plus de vous rappeler les nombreux rapports 



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— 49 — 

auxquels ont donné lieu les diyers ouvrages qui vous 
sont adressés par les sociétés correspondantes et par les 
membres qui vous sont affiliés. 

Citons un rapport plein d'intérêt de M. Hardouin 
sur la chronique de Reims publiée par M. L. Paris, 
chronique qui présente un récit animé des principaux 
éténements de la chrétienneté , mais surtout de This- 
toire générale de France et d'Angleterre dans le laps 
de temps qui s^est écoulé depuis 1136, et dont le rap- 
porteur nous a fait connaître le style en mettant en 
relief quelques événements qui empruntaient au récit des 
chroniques une physionomie nouvelle, en même temps 
qu'ils signalaient les détails circonstanciés de quelques 
faits qui rendent difficile de persévérer dans le doute 
émis sur la réalité de plusieurs épisodes de notre his- 
toire que Ton a coutume de considérer comme anec- 
do tiques. 

M. de Grattier vous a fait connaitre la publication de 
M. de Groy et de Loyrette ayant pour titre Louis XI dans 
une analyse succincte et animée. 

£t vous rendant compte des mémoires de Tacadémie 
de Rouen pour 1841 , . il a rendu hommage à Theu- 
reuse fécondité au vrai talent et an zèle de Tacadémie 
de Rouen , et à Tamour qu'elle a toujours montré pour 
les lettres , les sciences , les arts , la patrie et Thuma - 
nité et qu'elle continue de déployer. 

J'arrive , Messieurs , à la partie de vos travaux qu'il 
importe le plus de faire connaitre, à celle-là surtout 
qui a besoin d'être hautement proclamée, car il ne 
doit rester aucun doute sur les opinions et les doc- 
trines que vous avez émises , quand deux fois M. le 

4. 



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— 50 — 

Préfet de la Somme youb a consultés sur les travaux 
d'arts à exécuter dans la cathédrale d'Amiens. 
Par une lettre du 30 décembre , M. le Préfet annonçait 
que l'on avait exprimé le vœu que les parties neuves 
des sculptures de la clôture du chœur fusssent mises 
en harmonie de couleurs avec celles auxquelles elles se 
rattachent, et demandait Pavis de la Société sur Top- 
portunité de ces travaux et [ses vues sur leur exécution. 
Vous avez nommé une commission pour répondre à 
cette lettre. Nommer MM. RigoUot, comte de Betz, 
Duthoit , Leserrurier et Woillez , c'est faire connaître 
assez que la question a été traitée de manière à sa- 
tisfaire Tart et Tarchéologie. 

Votre commission, après avoir loué rintelligence et 
Texactitude des travaux de MM. Duthoit et Gaudron, 
est entrée dans de longues considérations sur les pro- 
cédés pratiques employés pour ces peintures, qull im- 
porterait de renouveler ; elle a demandé et la Société adop- 
tant ses conclusions, a reconnu : 

l."" L^opportunité des travaux à exécuter pour mettre 
en harmonie de couleurs les parties neuves avec celles 
qui s*y rattachent. 

2.<> De repousser toute proposition qui tendrait à faire 
adopter la peinture complète de tous les bas-reliefs ; 
mais d^accorder sa sanction è la peinture intelligente 
et raisounée des seules parties qui ont été nouvellement 
exécutées. 

3.'^ De demander au préalable un travail graphique 
qui conservât les traces des travaux modernes et des 
parties anciennes. 

4.0 De réclamer que Ton suivît les procédés que la 
commission indique ^ et que les peintures fussent con- 



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— 5i — 

fiées à des artistes d\4.iiiien8 , sou» la direction d'hi^nmes 
experts en peintures. 

La lettre de M. le Préfet ne laisse aucun doute sur 
Tapprobation accordée aux conclusions de Totre rapport, 
et le second rapport qui tous fut demandé pour la 
restauration du portail de la Vierge dorée, prouve 
assez que vous avez apporté dans Texamen de la ques- 
tion qui TOUS était soumise tout le soin qu'elle exigeait. 

Une nouvelle commission composée de MM. RigoUot , 
Woillez , Garnier , Duval et Jourdain , s'est occupée du 
portail ; et nous devons le dire , c'est à ces deux der- 
niers que revient tout l'honneur d'un travail que la 
commission approuva et que vous avez sanctionné. 

Une monographie complète du portail a précédé les 
conclusions du rapport^ et fournira à l'artiste chargé 
des restaurations , avec la connaissance des sujets , tous 
les éléments dont il a besoin pour réparer les parties 
mutilées et pour remplacer celles qui n'existent plus. 

Vous avez eiisuite déclaré qu'en donnant l'avis qui 
vous est demandé sur les restaurations du portail St.- 
Honoré, vous vous étés placés dans rhypohèse que ces 
restaurations sont irrévocablemement décidées, et qu'en 
conséquence vous n'aviez point à émettre d'opinion sur 
la question très grave des restaurations de la statuaire 
du moyen-âge, au point où en est aujourd'hui Tico- 
nographie sacrée. Vous n'aviez qu'un fait à examiner, 
et n'avez point dû vous prononcer sur un principe. 

Vous avez été d'avis que dans les circonstances qui 
seront rares , il est vrai , pour ce portail , le travail 
des restaurations n'ait pas lieu ou soit suspendu jus- 
qu'à ce que de nouveaux progrés de la science puis- 
sent faire espérer et assurer une bonne et intelligente 

4.* 



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- 52 — 

réparation , qaant aux sculptures dont Tétat primitif 
était obscur ou incompris. 

Procédant par affirmations positives dans les divers 
détails du rapport, vous avez indiqué les restaurations 
et les remplacements, acceptant dans ce cas la res- 
ponsabilité des conseils que vous avez donnés; décla- 
rant toutefois qu'il n'en, saurait être de même pour 
les questions où vous n*avez pu offrir que des con- 
jectures , des probabilités et des doutes. 

Partageant l'avis de la Société, M. le Préfet a donné 
des instructions pour que le sculpteur ne s'occupât point 
des parties du portail qui sont détruites, et ajournât la 
restauration de celles ou la détérioration des sujets 
en rend le sens obscur et inintelligile. 

Quand vous avez repoussé le grattage couiine une opé- 
ration désastreuse qui ferait perdre à la sculpture an- 
cienne sans aucun profit pour 4a nouvelle son caractère , 
son . mérite et son intérêt , vous étiez surs de la sol- 
licitude éclairée de M. le Préfet poiir nos monuments, 
et ne doutiez point de son approbation. 

Enfin vous avez émis le vœu qu*un dessin destiné 
à compléter ce rapport et a demeurer dans les archives 
fàt -exécuté : il constaterait Tétat où le lax,** siéde a trouvé 
la sculpture et celui où il l'aurait laissée. Pour ce qui 
est de "ce dessin , M. le Préfet a promis d'examiner si 
les fonds consacrés aux travaux pourront en permet* 
tre l'exécution. Il serait d'autant plus à désiver^ qu'il 
donnerait la preuve de l'intelligence et du talent avec 
lequel notre époque a su comprendre et rétablir Tœu- 
vre chrétienne , et donnerait une sorte de satisfac- 
tion â l'opinion qui repousse toute restauration des 



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~ 53 -^ 

monnmenU anciens par la crainte de leur voir per- 
dre lear caracCère natif. 

Dans un supplément de rapport qui doit être pro- 
chainement adressé , la commission constate une dé- 
couverte précieuse pour Thistoire de notre cathédrale, 
celle d^une inscription gravée sur la plinthe de la ga- 
lerie du premier étage , où elle a pu reconnaître « 
malgré de trés-grayes mutilations, une daie, un fait 
et un nom; le millésime de 1220, la pose de la pre- 
mière pierre de Téglise , et le nom de Robert de Lu- 
sarches, Timmortel architecte. Cette inscription sera 
publiée avec un dessin exact , dans le 6.* volume de 
vos mémoires. 

C'est ainsi que vous avec accompli la tâche qui vous 
était donnée, et vous avez la confiance que ces res- 
taurations qui touchent à Phonneur de la société chargée 
de donner son avis^ de Tadministratton qui les com- 
mande , des architectes qui les dirigent et des artistes 
qui les exécutent , n'altéreront en rien la physionomie 
de notre antique basilique , et que les défenseurs ex- 
clusifs de la pure antiquité peuvent se rassurer, en 
voyant tous les jours que Tart moderne peut réparer 
les ravages du temps, sans rien faire perdre à Tédifice 
de son caractère et de son unité. 

Si TOUS avez contribué a la ccmservation des monu- 
ments qui font la gloire de votre pays, vous n'avez 
point oublié les hommes qu'il s'honore d'avoir vus naî- 
tre , et yous avez conçu la pensée d'élever un sou- 
venir durable à la mémoire de Du Cange, l'immortel 
auteur du Glossaire, le prince des érndits du grand 
siècle , sous le patronage duquel s'est placée notre 
société. 



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- 54 — 

Soixante ans de travaux dont rimagination effrayée 
embrasse à peine la chaîne non interrompue et la pro- 
digieuse variété , tons les idiomes , tous les dialectes 
de PEurope au moyen-âge connus et interprétés, Tira- 
pénétrable cafaos de nos origines rendu accessible aux 
lecteurs de tous les pays, la philologie et la critique 
historique fondées , les sources de nos annales divul- 
guées ; les faits capitaux de notre histoire , les bases 
de notre droit public et privé , les croisades et toutes 
les circonstances qui s'y rattachent devenus le sujet 
de dissertations que distinguent Térudition et le bon 
goût , une bibliothèque dHn-folios créés par des labeurs 
demi -séculaires ; tels sont les titres de Du Gange à 
cette célébrité qui a fait de ses ouvrages philologiques 
et historiques , un patrimoine inappréciable pour le mon- 
de savant tout entier, et de son nom le symbole uni- 
versel de rérudition classique. 

Un monument consacrera donc dans nos murs un 
nom depuis deux siècles révéré , il ornera sa ville na- 
tale, comme depuis deux siècles la gloire de Du Gange 
décore la France toute entière. Votre appel aura trop 
de sympathie pour demeurer sans une prompte ré- 
ponse^ et le jour n^est plus éloigné où vous pourrez 
mettre à exécution cette œuvre toute de patriotisme 
et de justice. 

Vous le voyez , Messieurs , par ce compte - rendu , 
la société n*a point failli à sa mission, et les marques 
de sympathie qu'elle reçoit, en lui imposant de» de- 
voirs dont elle ne s'est point dissimulé Timportance , 
sont la récompense flatteuse de ses modestes efforts à 
marcher dans la voie qu'elle s'est tracée à côté des 
travaux plus vastes des autres académies. 



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— 56 — 

Vous n'avez poiot perdu de vue Tidée que votre 
patriotisme vous avait inspirée, Tétude spéciale de vo- 
tre province , et vous avez eu raison. Devinant d'a- 
vance la pensée d'une intelligence élevée, de Jou£Froy, 
dont rUniversité déplore la perte, que les études sur 
les localités , on ne les trouve que la , parce qu'elles 
né peuvent être faites que là^ et que la province in* 
terrogée sur son histoire , sur tout ce qui la touche 
repondra et répondra juste, vous vous êtes convaincus 
que toute académie locale qui saura se faire sa part 
la gardera, et que la partie originale de sa mission, 
quelque petite qu'elle soit, n'en est pas moins noble 
et moins puissante, puisqu'elle peut ce que nulle au- 
tre ne peut, et que tout historien qui s'occupe de 
la France ou de TËurope, a besoin de ces études 
sur les localités. Ces travaux sont en effet une pierre 
de rédifice qu'il veut élever et qui, si elle lui man- 
que , sera imparfait ; il faut donc qu'il vienne la 
chercher où elle doit être, et qu'il rende hommage à 
la société qui a eu le bon sens de comprendre qu'elle 
devait la préparer , ou s'il est trop fier et assez puis- 
sant^ qu'il se fasse lui-même ce que vous êtes, aca- 
démie de province passagère , pour accomplir à la hâte 
une moisson que vous aviez réservée pour de longs jours. 




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RAPPORT 

SUR LES TRAVAUX DU COMITÉ LOCAL DE BEAUVAIS , 
PENDANT l'année 1842*-*! 843 , PRÉSENTÉ A LA 

séance générale du 2 juillet 1343 , 
Par m. DANJOU , Directeur. 



Messieuers , 

Le comité archéolo^que de Beaurais, fidèle à la tâ- 
che qu'il a entreprise^ a fait , depuis votre dernière 
séance, de noureanx efforts pour continuer son œuvre 
et répondre à Inattention bienveillante que vous accordes 
à ses travaux. 

Voué par son institution à la conservation de tous 
les monuments et de tous les souvenirs locaux , il a 
compris que Fun de ses premiers soins devait être de 
recueillir et de placer dans un dépôt public, tous les 



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— 58 — 

objeU de ce genre qui n'ayant pas une destination 
spéciale sont exposés à se perdre pour tout le monde. 
Une commission spécialement chargée de réanir et de 
classer les antiquités conservées par le comité , s'est 
occupée avec zélé de cette mission, sous Tactive im- 
pulsion de M. Stanislas de Saint-Germain et de M. Gra- 
ves, et ses travaux ont déjà fondé une collection ar- 
chéologique intéressante. L'année qui vient de s'écouler 
n'a pas été moins productive que les précédentes pour 
notre musée naissant. Des médailles curieuses dont 
deux très-belles en or , des armes eel tiques , quelques 
menus objets ciselés et autres , appartenant à la civi- 
lisation romaine ou à celle du moyen- âge, ont été 
achetés par le comité ou donnés par de généreux 
amis de la science. La démolition complète d'un an- 
cien rempart de la cité de Beauvais , dont la fondation 
remonte à Tépoque de la domination romaine , a été 
l'occasion de plusieurs découvertes pleines d'intérêt. 
Déjà l'espace commence à manquer pour répondre aux 
progrès de notre collection. L'exiguïté des locaux que 
l'administration municipale à pu , dans sa bienveillance , 
mettre à notre disposition , a forcé de diviser dans 
deux dépôts, très-éloignés Tun de l'autre, les objets 
recueillis par le comité. II est indispeasable qu'un lo- 
cal plus spacieux él spéeialemeot affecté à la conaer^ 
ration des antiquités, puiaae être mis d'une m/màère 
définitive à la disposition du comité. Ce seixmrt, le 
seul que nous demandions à l'autorité , «ufiira pour 
doter le pays d'un établissement désiré depuis long- 
temps et qui intéresse au même degré les pregrés de 
la science et l'honneur du pays. 

La collection d'antiquités de Beauvais compremi tm 



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— Ô9 -• 

médailler déjà assez nomlnreux et qae les soins d'one 
commission spéciale ont diqiosé et classé dans an ordre 
trés-méthodiqne. Président et rapporteur de cette com- 
mission, M. le docteur Daniel a déployé autant de zèle 
que de science dans ce long et difficile travail. Un 
catalogue raisonné, divisé en quatre catégories, a été 
dressé par M. le rapporteur. On y trouve indiqués les 
caractères distinctifs de chaque médaille , et de plus 
le nom des donateurs et rindication précue du lieu où 
elle a été découverte , mention d'autant plus nécessaire 
que la plupart de ces meoailles ont été trouvées à 
Beauvais ou dans les environs , et qu'ainsi leur seule 
présence prépare la solution de beaucoup de questions 
intéressantes pour Thistoire de la contrée. 

Le temps, les besoins administratifs et les révolutions 
du goût font souvent disparaître des monuments cu- 
rieux, derniers témoins de Tétat des arts et de la ci- 
vilisation dans les siècle passés. Une commission a été 
chargée de conserver , à Taide du dessin , ces soiivc»- 
nirs prêts à s'évanouir. Le comité a reçu de cette 
commission et particulièrement de M. Hamel , de nom- 
breux dessins, entre lesquels on a remarqué celui d'une 
porte romane , dépendant de Tancien évéché et main- 
tenant ensevelie complètement sous la construction d'un 
escalier; le plan et lelévation de Tancienne église St.- 
Pantaléou, autrefois siège d'une commanderie de Tor- 
dre du Temple. M. Weil , architecte , a donné le des- 
sin a Taquarelle d'un autel roman , qui décore une 
deê chapelles de l'église de St.-Germer. 

L'exploration des titres et documents relatifs à l'his- 
toire du pays, a donné lieu à quelques découvertes 
intéressantes. 



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— 60 — 

Deux manuscrits sur parchemin , l*un du 14 octobre 
i&Ot et l'autre du mois de juillet 1440, ont été dé- 
crits et expliqués par M. Fabignon. I^e même membre 
a déchiffré et transcrit deux documents curieux , dé- 
oonverts par M. Dupont-White dans la bibliothèque de 
M. Le Garon. Tous deux sont relatifs à ^histoire de 
la Jacquerie et donnent d'intéressants détails sur Tétat 
des esprits à cette époque mémorable. Le 1*' se com- 
pose d^une ampliation des lettres de pardon, accordées 
en juin \ 360 , par Charles , Dauphin , régent pendant 
la détention du roi Jean iTy aux habitants de Beauvais, 
pour tous actes de violence et de sédition commis 
pendant les troubles de la Jacquerie. Le deuxième 
est une sentence du bailliage de Senlis , de 1383 , qui 
condamne un habitant de cette ville à une amende pour 
avoir insulté un beauvaisien , en l'appelant Jacques de 
Beauvaiê^ fait qui prouve combien les souvenirs de la 
Jacquerie étaient encore vifs et irritants , 25 ans après 
les événements qu'ils rappelaient! 

On ne trouve pas moins d'intérêt dans la communica- 
tion faite par M. Alexandre Le Mareschal , d'un ma- 
nuscrit du 16 septembre 1593 , contenant en détail 
Tétat de la maison de François de Gouffier , seigneur 
de Grévecœnr, et l'indication des mesures prises par 
ce seigneur pour rétablir l'ordre dans ses finances dé- 
labrées. Ce document donne des notions très-curieuses 
sur la tenue des maisons seigneuriales au xvi* siècle. 

Le comité doit encore à M. Le Mareschal la com- 
munication et la copie de plusieurs documents intéres- 
sants sur les familles nobles du comté de Glermont , 
et sur d*autres points relatifs à l'histoire de la con- 
trée. 



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— 64 — 

La bibliothèque de Madame Le Garon contient une 
collection coriease de certificats délirrés par d'Hozier 
en 1698 à diverses communautés , à plusieurs familles 
de Beauvais et à la ville elle-même. Des copies à Ta- 
quarelle de 14 de ces armoiries ont été données au 
comité par M. Hamel. 

La même bibliothèque possède plusieurs autographes 
très-curieux, que M. Dupont White a fait connaître 
au comité ; ces documents authentiques lui ont fourni 
la matière d'une intéressante notice sur Jean-Foy-Vail- 
lant , célèbre numismate , dont la biographie appartient 
essentiellement à Thistoire locale, puisqu'il est né et 
qu*il a passé la plus grande partie de sa vie à Beau- 
vais. Dans son amour pour la science, il a pourtant 
fait de longs et périlleux voyages, dont le récit pré- 
sente des détails pleins d'intérêt. M. Dupont rend un 
juste hommage au mérite du savant et aux vertus de 
rhomme privé, et paye ainsi , pour la ville de Beauvais, 
la dette de la reconnaissance envers un de ses plus il- 
lustres enfants. 

L'histoire locale de Beauvais s'est enrichie d'une no- 
tice de M. le docteur Daniel, sur deux maires de cette 
ville , dont les portraits ont été achetés par le comité 
et font partie de sa collection. 

Le comité a reçu du même membre un mémoire 
approfondi sur Tinterprétation d'une médaille romaine, 
qui a exercé la sagacité de plusieurs savants numisma*» 
tes. La société est saisie de la question soulevée par 
l'étude de cette médaille. 

M. le comte de Merlemont, dont le château est si- 
tué 'non loin du Mont de Froidmont , connu dans le 
pays sous le nom de Mont-César , où l'on s'accorde à 



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- 62 — 

reconnaître un camp romain, a relevé et décrit avec 
beauconp de 8oin une voie romaine dont l'existence , 
mal constatée jusqu'à ce jour , mais démontrée claire- 
ment par son mémoire, confirme Topinion des savants 
qui pensent que César a campé avec ses légions sur 
le Mont de Froidmont , lorsque le camp des bellovaques 
occupait le larris du fiez, sur la rive opposée du Thé- 
rain. Cette question , qui se rattache à Thistoire gé- 
nérale de la contrée , a été traitée avec une grande 
précision et une lucidité parfaite dans la dissertation 
de M. de Merlemomt. 

Une monographie à laquelle la société a bien voulu 
donner une attention toute spéciale a été publiée par 
M. St. de St.-Germain , sur Téglise St.-Etienne de 
Beauvais. Les caractères remarquables de l'architecture 
dans les diverses parties de cette église , et la des- 
cription soignée que M. de St.-Germain y a fait des 
peintures sur bois et des vitraux peints qui ornent 
cette église, donnent un grand intérêt au savant tra- 
vail de notre collègue. 

Au moment où je vous parle des travaux du co- 
mité et de ceux de ses membres en particulier , ma 
pensée se reporte involontairement sur l'entreprise im- 
portante que laisse malheureusement inachevée la perte 
que nous venons de faire de M. Eugène de Vadan- 
court. Doué d^un gbût tout particulier pour les recher- 
ches historiques , M. de Vadancourt avait une connais- 
sance très-étendue des antiquités et de Thistoire de 
Beauvais. Descendant de Loisel , le savant et spirituel 
auteur des Institutions Coutumières , il avait hérité de 
cet amour du sol natal qui fait les antiquaires et sou- 
tient leur courage au milieu des recherches les plus 



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— 63 — 

arides. Lorsque la mort est yenii le frapper il s'ocoa- 
pait avec persévérance depub deux ans de l'analyse 
d'un manuscrit en 4 volumes In-f^ , écrits vers 1690; par 
le chanoine Etienne de Nully et qui contient au mi- 
lieu de beaucoup de faits insignifiants, des particula- 
rités dignes d'intérêt sur Thistoire de Beauvais. La so- 
ciété des antiquaires de Picardie , qui à reçu la com- 
munication de plusieurs mémoires de notre collègue , 
peut apprécier par elle-même et notre perte et nos re- 
grets. 




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RAPPORT 

SUR l'accroissement du musée d'antiquités d'amiens, 

DEPUIS LB. 25 JUILLET 1842, JUSQU'aU 2 JUILLET 

1843. 

Lu dans la séance générale du 2 juillet i843, 
Var M. Oh. IHiroum, Membre rétidaiit. 

^]E88IEURS , 

Tous irauriez rempli qa*anc partie des devoirs que 
TOUS iiQposent vos statuts , si , pendant Tannée qui 
vient de s^^ couler , vous vous étiez seulement occupés 
de décrire les monuments historiques de l'ancienne 
province de Picardie ou de faire luire le flambeau de 
U critique sur quelque point obscur de ses annales. 
Notre institution a été conçue dans un but plus large 
et plus libéral, el, après ces travaux que j'appel- 
lerai intellectuels , il vous restait à remplir une autre tâche 
non moins utile , celle de recueillir ces précieux vestiges 
des temps reculés qui , sous le rapport de Tart ou de 
Thistoire , méritaient d^étre religieusement conservés , 
et qui , suivant la pensée d'une femme dont les ouvrages 
ont jeté le plus vif éclat sur la littérature moderne , font 
vivre le passé sous la poussière qui les a ensevelis (1). 

(i) Mme de Staël. — Corinne , pag. 87 , édition Charpentier. 

5. 



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^ 66 — 

Aprèa le compte rendu qae Tient de vons présenter 
M. le secrétaire perpétuel sur les travaux de Tannée , 
je dois donc appeler Totre attention sur les principaux 
objets entrés, depuis notre dernière séance générale, 
dans le Musée d*antiquités , que tous avez fondé à 
Amiens. 

— A répoque où les Gails ignoraient encore Part de 
traTailler les métaux , ils étaient réduits à se créer 
des moyens d'attaque et de défense aTOC les corps 
durs qu'ils trouTaient sous la main; c*est ainsi que le 
besoin les amena à se forger aTec le silex des casse- 
tètes, des couteaux et des pointes de flèche (i) de la 
nature de celle que nous a dernièrement o£Ferte M. 
fioubigant, maire de Nogent- les ••Vierges et dont no- 
tre musée ne possédait encore aucun échantillon. 

— Au mois de mai dernier , un ouTrier occupé à ex- 
traire de la tourbe dans la propriété de MM. Mancel 
frères , au Plainseau , sentit quelque résistance dans un 
terrain spongieux qui » ordinairement , livre à son lou 
chet un passage facile. Après bien des efforts , il par* 
Tint à renfoncer et grande fut sa surprise lors- 
qu'il ramena à la surface du solj, non point cette terre 
bitumineuse qui fait la richesse de notre Tallée , mais 
des lingots de bronze, des haches, des épées courtes, 
des flèches, des bracelets, des anneaux et une foule 
d'objets de même métal. On comprend, pour Thistoire 
locale , toute l'importance d*une semblable découTerte ; 
car ce dépôt nous révèle qu^aTant la fabrique de 
boucliers établie par Jules-César dans Samarobriye , 
il existait déjà dans cette cité un atelier pour la fa- 

(4) Voir rhistoire des Gantois, par M. Amédée Thierry, tom i'% 
page 3, J"« édition. 



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— 67 — 

bricatioa des armes. Aacuiie antre conjecture ne sau- 
rait être forméa sur cet enfouissement, puisque le 
bronze s'est présenté à nos yeux dans ces différentes 
conditions : à Tétat de lingot , à Tétai de bavure , à 
Tétai de rebut et à Tétai de perfection. D^ailleurs la 
plupart de ces objets étaient encore revêtus d'une 
couche de limaille qui ne pouvait provenir que de 
la fusion, et qui atteste que sortis du moule, Touvrier 
n'avait pas eu le temps de les travailler de nouveau. 

Les détails dans lesquels il me faudrait entrer pour 
rechercher Tépoqne précise de la fabrication de ces 
armes excéderaient les bornes du rapport que j'ai à vous 
présenter ; et comme en archéologie , j*en conviens tout 
le premier, les digressions ne peuvent être qu'arides , 
je me bornerai dés à présent à émettre l'opinion que 
je me propose de démontrer un jour que ces armes 
sont , quant à leur forme seulement , antérieures à 
Tinvasîou romaine dans la seconde Belgique. Après avoir 
signalé l'importance de cet enfouissement, je dois re- 
mercier MM. Mancel de Teimpressement qu'ils ont mis 
à déposer dans notre collection un échantillon de cha 
cune des espèces d'armes recueillies , et de nous avoir 
rendu facile auprès des ouvriers l'acquisition du sur- 
plus de cette découverte , qui fera époque dans les 
annales de noire musée. 

— Une autre découverte, qui n'est pas non plus sans 
importance , a été faite au mois de février dernier dans 
l'enclos des dames du Bon-Pasteur au Blamont. Les 
terrassements que Ton y exécutait ont mis au jour 
deux sarcophages de plomb , renfermant l'un, le sque- 
lette d'un enfant qui, d'aprèsr les observations de MM. 
Rigolloi et Aiidrieu, n'avait pas dépassé sa quinzième 

5.* 



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- 68 — 

année ; l'autre , celui d^une femme , sans doute sa mère , 
que la mort, après une séparation cruelle, aura rap- 
prochée pour jamais de Tobjet de sa tendresse. 

Le couvercle du premier, dont la longueur ne dé- 
passe pas 130 centimètres, est décoré d^une double bor- 
dure en grains d'orge au milieu de laquelle on remar- 
que en relief , trois X ( chi ) séparés Tun de l'autre 
par des traits Terticaux. Le couvercle du deuxième 
sarcophage, long de deux mètres, di£Fère du premier, 
seulement en ce que la lettre grecque n'est figurée 
qu*aux 3/4 , le trait supérieur de droite paraissant n*avoir 
jamais été tracé : mais malgré cette lacune , il n'est 
point douteux que sur ce monument aussi , on n'ait 
voulu marquer Tinitiale du mot xf'^ros ; sans doute une 
main peu habile aura mal combiné les espaces à ob- 
server entre le caractère grec et les traits verticaux 
dont il est effectivement trop rapproché. 

Les premiers chrétiens au m.* et iv.* siècle de 
notre ère étaient dans Tusage de décorer leurs tom- 
beaux de signes conventionnels dont le sens mys- 
térieux n'était connu que des adeptes de la foi nou- 
velle. A cette époque, le paganisme bien qu'expirant 
avait encore ses croyants , et leur esprit de persé- 
cution obligeait les néophytes à désigner les monuments 
de leur culte par des symboles consacrés. Les plus 
universellement adoptés, ceux que Ton rencontre le plus 
fréquemment dans les catacombes de Rome , cette né- 
cropole du christianisme , étaient TA et Va , le prin-- 
dpium et finis de TEcriturc-Sainte et le monogramme 
du Christ. 

C'est ce dernier qui est représenté sur les sarcophages 
que nous essayons de décrire , et auprès desquels ont 



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été recueillies des urnes de Terre en forme de barils ^ 
deux rases en poterie rouge et une médaille de Pos- 
thume. Toutes ces antiquités ont été achetées par la 
Commission du Musée et M. de Glermont - Tonnerre , 
qui a bien voulu nous offrir ensuite le lot dont il 
s'était rendu propriétaire. 

— ^^L*utilité du dépôt d^antiquités nationales que vous 
avez créé et dans lequel sont conservés au pays et à 
la science les monuments de notre histoire est telle- 
ment appréciée aujourd'hui, que nos collègues étran- 
gers à la ville ne reculent devant aucun sacrifice pour 
lui assurer la propriété des objets trouvés dans les con* 
trées qu'ils habitent. C'est ainsi que M. de Montovillers, 
souS'-préfet de Montdidier , informé des démarches que 
vous faisiez pour acheter le résultat d'une découverte, 
faite auprès de cette cité, s'est empressé de traiter 
avec l'inventeur et de faire hommage à votre cabinet 
de toutes les antiquités recueillies. Ce bienveillant pro- 
cédé témoigne de la sympathie d'un collègue éclairé , 
et de l'appui que prête l'administration à l'œuvre pa- 
triotique que vous avez entreprise. Grâce à ce géné- 
reux concours , le Musée possède aujourd'hui une col- 
lection de poteries grises et noires de diverses formes 
et un plateau en terre rougeâtre, dont la pâte fendillée 
annonce une faible cuisson. Les circonférences concen- 
triques que l'on y remarque révèlent l'emploi du tour 
chez les gallo-romains ; du reste c'est là un point que 
les travaux savants de M. de Cauroont ont mis à l'a- 
bri de toute controverse sérieuse. Tous ces objets 
avaient été renfermés avec des médailles de Cons- 
tantin dans des cercueils en bois , que l'humidité du 
sol a détruits , et dont l'existence n'a pu nous être 



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— 70 — 

révélée que par quelques clou« à grosse tête. Les beaujc 
frfigments d'urnes en verre que nous a envoyés M. 
de Montovillers nous font regretter qu'ils ne soient 
point parvenus jusqu'à nous dans toute leur intégrité ; 
car le galbe de quelques-uns est orné de moulures à 
jours , de mailles , de dents de loups ; une anse qui 
faisait également partie de cette découverte a dù> à 
cause du soin fini qui a présidé à sa confection, ap- 
partenir à un vase de luxe. 

Un des chapitres pleins d'intérêt , que Pline a con- 
sacrés à Thistoire de Fart chez les Romains, nous apprend 
que, de son temps , on donnait au Terre toute sorte de 
couleurs^ , qu*on le souffliait , qu'on le tournait , qu'on 
le ciselait comme l'argent ; funditur in afficinis , tin^ 
giturque et aîiud flatu ftguratur , aliud torno ieriiur , 
cUiud argenti modo oœlatur (d). La manière de travailler 
le verre était portée à une si grande perfection qu'il 
remplaça les gobelets de métal , et que Néron^ d'après 
rhistorien que nous venons de nommer , acheta jusqu'à 
six mille sedterces , deut coupes assez petites appelées 
pterotes. Il suffit, du reste, d'avoir visité quehiues ga- 
leries d'antiquités pour se convaincre du luxe qu0 les 
anciens déployaient dans leur service de table. 

— M. Sujol a bien voulu contribuer à la formation du 
Musée en lui faisant la cession d'une collection de ver- 
roteries qu'il avait formée avec le plus grand »oin. 
Parmi les objets dont il a dégarni son intéressant ca- 
binet, nous citerons particulièrement une fiole de forme 
annulaire à la belière de laquelle est encore fixée une 
chaînette en bronze , une autre fiole en forme de 

(4) Voir son histoire naturelle , toni XX , Ht. XXXVI , p. 242 , 
édition Fanckouckc. 



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— 71 — 

guUuê , un vase à anse ornée de mailles en relief, un 
gobelet taillé à facettes et un bracelet en jayet. Ces 
antiquités, recueillies à Amiens, proTiennent pour la 
plupart du tombeau en plomb , orné du monogramme 
du Christ, que Ton a trouvé en 1837 au faubourg 
Beauvais et qu^une déplorable mesquinerie a livré an 
fourneau. 

— Est-il nécessaire maintenant , Messieurs , de vous 
rappeler les urnes cinéraires en terre noire trouvées 
à Avelesge avec différentes armes au milieu de sépul- 
tures romaines , et que nous a offertes M. de Çhas- 
sepot ; la meule en lave noire d*une si belle conser- 
vation que nous devons k M. Tillette d*Acheui ; Tagrafe 
en argent que nous a envoyée notre honorable collé-- 
gue U. de Cayrol , directeur du Comité de Gompiégne ; 
le beau vase en poterie rouge, trouvé à Carthage dans 
les fondations de la chapelle St«-£ouis et que V* le 
docteur Andrien a fait déposer dans notre collection 
avec 200 médailles romaines , recueillies dans la pro- 
vince de Constantine ; la pierre gravée achetée par 
vous au moment même de sa découverte dans le ter-^ 
rain de M.** do Bécordel, rue des Jacobins et repré- 
sentant un faune avea le masque bachique à la main. 
Mentionner ces objets , c'est ranimer le plaisir que 
vous avez éprouvé de les voir entrer dans le Musée. 

-~ Enfin , pour compléter tout ce qui se rapporte à la 
période romaine , je citerai aussi l'envoi que vous a 
fait M. de lioux , chef de bataillon au 53.* de ligne , 
d'un fragment de pavé en mosaïque , trouvé auprès de 
Milianah« Chose étrange ! sur la côte d'Afrique , cette 
antiquité rappellait la conquête que firent les Romains 
du territoire Carthaginois ; renfermée dans notre collée- 



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— 72 — 

tion , nous pouvons à bon droit ta considérer comme 
un glorieux souvenir de notre victoire sur les tribtw 
Arabes. 

— Les antiquités grecques n'avaient jusqu'à présent oc- 
cupé dans le Musée communal qu'une faiMe pface; 
mais les dons que j'ai à vous signaler ont comblé 
largement cette lacune. 

M. le lieutenant-général de Rumigny a fait hommage 
à M. le maire d'Amiens de deux cippes ou stèles , 
trouvés dans les environs d'Athènes. Le premier, en 
marbre blanc, représente un personnage debout, et enre- 
loppé de sa chlamyde. L'inscription, tracée dessous, nous 
apprend qu*il s'appelait Ammon et qu'il était d'Alexan- 
drie. Le second, en pierre dure, a été exécuté en l'hon- 
neur de Serapis ^ de l'ile de Rhodes. Dans le bas-relief 
qui surmonte cette inscription, nous voyons cette femme 
assise et prenant des parfums dans un co£Pre qu'une 
esclave tient ouvert devant elle. Je ne sais. Messieurs, 
ce qui vous a le plus flatté de ce don si précieux ou du 
souvenir qui portait M. Théodore de Rumigny à roua 
le faire. 

^- J'ai maintenant à remercier M, Vivenel , inspecteur 
des travaux de l'Hôtel-de-Ville de Paris, de l'envoi que 
vous en avez reçu , et je crains d'être au-dessous de 
ma tâche en voulant me rendre l'interprète de vos 
sentiments de gratitude. Fondateur du Musée de Com- 
piègne , notre collègue n'a point voulu rester étranger 
à la formation d'un cabinet si voisin de sa ville na- 
tale. Aussi c'est avec ce dévoûment que le patriotisme 
seul peut inspirer et pour vous témoigner tout l'inté- 
rêt qu'il porte à votre collection , qu'il vous a géné- 
reusement offert la copie en plâtre d'une tète en ronde 



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— 73 — 

boMe d^ÀDtiiious , d'un buste dont nous n^avons pu 
trouver Tattribution et de la Venus de Milo. 

Déjà rÉcole de dessin de cette ville possédait une 
copie de cette précieuse statue , trouvée en 1820 sur 
l'emplacement de Melos, mais celle que nous conservons 
actuellement n'est pas pour cela sans intérêt pour 
nous ; car, sortie de Tatelier de Praxitèle , d'après To* 
pinion de M. Quatremère de Quincy, elle servira pour 
nos études de point de départ dans Tappréciation des 
monumcHts figurés de l'art romain et du moyen-âge. 
C'est en décrivant cette antique, que M. Emeric David 
a dit que la hardiesse de l'attitude , la justesse du mou- 
vement , la vérité des chairs , le grandiose de l'en- 
semble élevaient Timagination du spectateur (i). 

Passons maintenant à l'époque vulgairement appelée 
romane. 

— M. Tabbé Friant , notre collègue , fit dernièrement 
l'acquisition d'un baptistère décoré de bas-reliefs fort 
curieux, et qui n'en servait pas moins à abreuver les 
bestiaux d'une ferme voisine d'Hornoy. Cette cuve bap- 
tismale qu'il a bien voulu nous céder, est celle que 
Ton remarque aujourd'hui dans i^otre Musée. Sa forme 
nous rappelle le baptême par immersion et ses parois 
extérieures dessinent un polygone rectangulaire sur 
chaque face duquel sont représentés , en deux compar- 
timents , des traits de TÉcriture-Sainte. Nous avons 
distingué le Christ arrachant le voile à l'hérésie et 
couronnant la religion , sujet que l'on rencontre assez 
fréquemment dans les monuments du xi.* siècle et qui 

(1) Mémoires de racadémie des insoriptions et belles- lettres., tom. 
Ail , page 311. 



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— 74 — 

86 trouve reproduit dans la décoration du portail de 
Berthaucourt. 

On sait qu'autrefois le baptême était administré non 
par infusion comme aujourd'hui , mais bien par im- 
mersion. Dom Grenier, dans les manuscrits qu'il nous 
a laissés sur la Picardie, emprunte à un rituel de 1320 , 
proTcnant de la cathédrale d'Amiens, le détail des cé- 
rémonies que Ton observait dans cette occasion. IjC 
prêtre demandait par trois fois au sujet qui se présen- 
tait au baptême : Toulez-vous être baptisé , vûne bap^ 
iiêari , et trois fois le sujet répondait , vola ; alors on 
le plongeait à trois reprises di£Pérentes dans Teau sainte. 
Il parait , d'après le missel du diocèse d'Amiens , pu- 
blié à Rouen en 1505, que le baptême par infusion 
était dés cette époque en usage. 

Vous n'avez point oublié , Messieurs , le graci«ïux 
empressement avec lequel l'autorité épiscopale vous a 
autorisés à faire l'acquisition de cette cuye ; quelques 
esprits malveillants avaient essayé d'entraver cette au- 
torisation, mais justice en avait été faite avant même 
qu'on ne fut mieux renseigné sur la provenance de ce 
baptistère , qui n'a jamais appartenu à l'église d'Hornoy. 

Toutefois nous n'en devons pas moins de reconnais- 
sauce à Mg.' révêque d'Amiens pour le témoignage fort 
honorable de sympathie qu'il nous a donné dans cette 
circonstance. Ce digne prélat , dans sa sollicitude éclairée 
pour les arts et le respect dû aux objets qui ont servi 
au culte , ne pouvait mieux assurer la conservation d'un 
monument religieux qu'en le plaçant sous l'égide de la 
science. Combien n'en a-t-on pas détruits sous la Ter- 
reur, sur lesquels les iconoclastes n'auraient point osé 
porter leurs mains profanes , s'ils les avaient rencon- 



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— 75 — 

très dans an naeée d*archéologie. Noire collection 
aurait existé alors que nous n'aurions peut-être paa' à 
déplorer aujourd'hui la perte . du magnifique calice , 
donné par Tévéque Thomas de Gantorbery à Téglise 
St.-Martin-au-Bourg d* Amiens^ et d'une foule d'autres 
vases sacrés, reliquaires et ornements religieuit, qui ont 
passé au creuset de la Monnaie. 

— Dans une notice qu'il vient de publier sur les 
émaux du moyen-âge (1) , M. de Longperier, notre 
collègue , critique la trop grande extension que Ton a 
faite du style byzantin en lui attribuant une foule de 
monuments qui n'offrent aucun trait caractéristique de 
cet art étranger. Cette observation nous parait s'appli* 
quer au sistre ou custode en cuivre émaillé , prove- 
nant d'une église des environs de Montreuil et dont 
notre Musée a récemment fait l'acquisition. Ce vase 
sacré, de forme circulaire, est assurément un produit de 
l'art français au xiii.* siècle. Ses ornements consistent 
en fleurs jaunes, rouges et vertes, semblables à celles 
que présentent les manuscrits de cette époque. 

— Par suite des réparations que Ton exécute à la cathé- 
drale d* Amiens , une gargouille en pierre a été enlevée 
à cause de sa vétusté d'un des contreforts de l'ouest et 
M. le préfet de la Somme l'a fait déposer dans notre 
collection ; nous ii*attendiou8 pas moins du concours 
persévérant que nous a toujours prêté ce magistrat si 
dévoué aux intérêts du pays, et qui témoigne que les 
améliorations matérielles n'appellent pas seules son at- 
tention. 

On sait combien Timagination de nos pères se plaisait à 

(i) Cabiaet de Tamateur et de TaRtiquaire , livraison de i84%. 



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- 76 - 

produire des animaux faatastiques pour décorer les édifices 
religieux du moyen- âge ; la gargouille que possède au- 
jourd'hui le Musée, représente un animal chimérique , 
dont les formes paraissent se rapprocher beaucoup 
de celles du crapaud. Elle a été reproduite d'une ma- 
nière fort heureuse par M. Vast , adjudicataire des 
travaux qui s'exécutent à Notre-Dame d* Amiens , sous 
l'habile et intelligente direction de notre estimable col- 
lègue, M. Gheussey. 

— La maison de St.-Ladre d'Amiens, celle de toutes les 
anciennes communautés religieuses dont l'histoire offri- 
rait le plus d'intérêt , était autrefois très-riche en mo- 
numents funéraires. Deux seuls ont échappé aux muti- 
lations , et M. Thuillier-Lequien , sur la demande que 
lui en a faite la Commission du Musée , s'est empressé 
de les faire déposer à la Bibliothèque. 

Le premier, en pierre blanche , représente dans une 
voussure ogivale un prêtre , revêtu de ses ornements 
sacerdotaux , et agenouillé devant la Sainte-Yierge. 
L'inscription en caractères gothiques, tracée sur la bande 
inférieure de ce bas-relief , nous apprend que ce prêtre 
est Nicole d'Agencourt , qui fu curé de cheans XLIII 
anê y 5 moiê et ^2 jours et trespassa le 14.* jour de 
décembre lan mil IVG LUI. Dans son testament que 
le P. Daire a publié , nous trouvons cette dispo- 
sition : Je veul que mes exécuteurs facent paindre sur 
ung tabler grant de bas ung image de Notre-Dame et de 
le Madalayne qui me présentera et sera mis contre le 
mur au devant de me sépulture et escripre men nom et 
surnom au pied du tabler (1). 

Le second monument historique que nous devons à 

(i) Voir son histoire d'Amiens, tom. I, p. 432. 



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— 77 — 

la libéralité de M. Thuillier-Lequien , c*esi l^épitaphe 
du -capucin Blasset , mort TÎctime àe son déTOÛment 
lx>r8 de la peste de 1668, qui fit à Amiens tant âe 
ravages , qn*en Tespace de huit années elle enleva 
plus de vingt mille personnes. L*hisloire locale nous 
apprend que pour apaiser ce châtiment de Dieu , les 
échevins d* Amiens firent un vœu solennel, an nom de 
toute la ville, et érigèrent à la cathédrale une duh- 
pelle en l'honneur de St. Jean-Baptbte. Le 18 novem- 
bre , révéque célébra la messe et les échevins y com^ 
rounièrent. A en croire le bon père Daire , cet acte 
de dévotion aurait diminué considérablement le mal , et 
le commerce se serait aussitôt rétabli (1). 

-^ Un des plus beaux titres de rAllemagne à la recon-^ 
naissance des peuples , c'est la découverte de Timpri- 
mërie. Au xv.* siècle, Guttemberg trouva à Mayence 
le moyen de rapprocher les intelligences en multipliant 
la pensée. Cet art sublime, qui opéra dans les esprits 
une révolution si subite , ne fut pas prc^gé dans le 
Nord de la France avec autant de rapidité que semblait 
mériter Timportance d*un si merveilleux procédé ; car 
le premier ouvrage, publié à Lille, est de 1556 ; à Douai, 
de 1563; mais déjà Jehan Caron avait fait paraître a 
Amiens le Gouturoier du bailliage, dans le format in-12 
et en caractères gothiques. Ce petit livre^ qui est sorti 
de ses presses en 1546. et dont les rectos seuls sont pa- 
ginés suivant Tusage de cette époque , est devenu 
très-rare. M. Boudon-Caron , arrière-petit-neveu par 
alliance de celui qui ouvrit à Amiens le premier 
établissement d'imprimeur possédait un exemplaire qu*il 
a bien voulu déposer dans notre collection tivec le por- 

(1) Voir le même ouvrage, toni. Il* p. 415. 



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— 78 — 

trait de Jeaii-Baptiste-Louis- Charles Garon , imprimeur 
da roi eu 1777. Ce portrait nous conserve non-seule- 
ment les traits du typographe amiénois dont les presses 
ont le plus produit , mais en outre , il a pour nous le 
mérite d'ayoir été dessiné par d*Elvaux> notre compa- 
triote , un des bons graveurs de Tépoque. 

— Au mois de janvier dernier , çn démoUssant les an- 
ciennes fortifications de la porte St.-Pierre, les ouvriers 
découvrirent une certaine quantité de boulets en for , 
qui ne pouvaient avoir qu^une seule et même origine , 
celle du siège d*Amiens en 1597. Non-seulement cVst 
la seule circonstance où il en ait été lancé contre nos 
remparts, mais aussi, les mémoires du temps et notam- 
ment ceux que nous a laissés de Groroicourt nous ap- 
prennent que sur ce point Taction fut des plus chaudes. 
Henri IV avait établi son camp entre Longpré et 
Camons , et fixé son quartier général à la Madeleine 
où plusieurs batteries avaient été dressées pour secon"^ 
der Tartillerie, établie sur le chemin d^Àrras. Des bou- 
lets avaient pénétré de plus de 25 centimètres dans la 
maçonnerie des remparts et cette profondeur tihnoigne 
de la charge violente avec laquelle ils ont été lancés. 
Votre commission aurait cru manquer au patriotisme 
qui Va toujours animée , en laissant détruire ces vieux 
projectiles qui avaient brisé le joug espagnol , et rendu 
la capitale de la Picardie à son roi. 

— > Messieurs', les richesses archéologiques que vous avet 
recueillies depuis votre dernière séance générale et dont 
je ne pouvais présenter qu'un trop faible aperçu , té- 
moignent de la persévérance de vos efforts comme des 
sympathies de nos concitoyens. A une institution toute 
conservatrice et dont Futilité , après tant de siècles de 



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-^ 79 — 

destraction , s'était fait si TÎTement sentir , le concours 
de tont ce qu'il y a do bon et de généreux dans cette 
proTÎnce était aussi assuré que Tappui bienyeillant , 
sincère et dévoué de l'autorité municipale d'Amiens. 
L*e^rit qui anime aujourd'hui ses magistrats est bien 
différend de ce qu*il était en 1771. A cette époque, dé- 
couTrait-on quelqu*antiquité curieuse , messieurs les 
officiers municipaux se réunissaient, accordaient 24 livres 
de gratification à TouTrier qui l'avait trouvée et offraient 
ensuite à l'Académie des inscriptions et belles*lettres 
les objets recueillis. La preuve de cette offrande par 
trop libérale est consignée à la date du 22 juillet 1771 
dans le registre aux délibérations du corps de ville. 
Heureusement que la statuette en bronze dont je veux 
parler n'a point paru mériter l'attention de l'Académie 
et aujourd'hui elle fait partie de notre collection. 

Maintenant , vous n'aves point à craindre de si ma- 
lencontreuses libéralités. Bien loin de là , une subven- 
tion annuelle vous est accordée pour conserver au pays 
ces précieux débris du génie et de la gloire de nos 
pères , et dernièrement encore , sur la proposition em- 
pressée de M. le maire , le conseil municipal achetait 
pour la Bibliothèque un des plus précieux titres de 
notre histoire , trop long-temps égaré. De tek actes 
honorent tout à la fois ceux de qui ^ ils émanent, et le 
siècle qui les voit s'accomplir. 




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HISTOIRE ET DESCRIPTION 

DES 

STALLES DE LA. CATHÉDRALE D'AMffiNS. 

Var im. les Abbés JOUBDAIH erBuVAL , Bleiiibres résidants. 



PREMIÈRE PARTIE. -— HISTOIRE. 



Nous nous empresseriœis de raconter au lecteur Tin-- 
téressante histoire de nos stalles, s^il ne convenait de 
la rattacher auparavant aux faits généraux qui regardent 
Tintroduction et Tnsage de ce genre de sièges dans les 
églises. Pendant la célébration des ofiS^ses divins, le clergé 
s^asseyait-il autrefois , ou son antique coutume fut-elle 
de prier debout? Les sièges dont il s^est servi à des 
époques diverses ont-ils été mobiles ou adhérents aux 
murs de la basilique P Quelle matière , le bois , le marbre 
ou la pierre était employée à leur construction? Les 

6. 



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— 82 — 

«talles proprement dites dont les xv.* et xvi.* siècles 
nous ont légué les plus beaux modèles , et auxquelles 
leur forme toute particulière a valu de demeurer exclu- 
sivement affectées à l'usage des clercs dans le chœur 
des églises, remontent-elles à une haute antiquité? Ne 
pourrait-on pas assigner avec quelque chance de vérité 
la raison du caractère propre qui les distingue, celui 
de présenter à la fois un double siège, Tun assez bas 
et sur lequel on est entièrement assis, l'autre qu^on 
obtient en relevant le premier et qui n'oflFre sur une 
étroite planche qu'on appelle Mi$/Sricorde ou Patience 
qu'une sorte d'appui et un moyen de se tenir debout 
avec moins de fatigue P Enfin , pourquoi le nom de Staîléà 
ou de Formes qu'elles ont reçuP D'où et de qui sont- 
elles venues , et quelle en est la convenance dans le 
lieu saint ? 

Les faits qui répondent à la plupart de ces questions 
et peuvent aider à les éclaircir n'ont été jusqu'alors 
recherchés par personne, que nous sachions, quoiqu'ils 
ne soient pas sans importance ni pour l'histoire des 
beaux-arts , ni pour celle de la discipline ancienne de 
l'église dans les offices publics. Le lecteur comprend 
dono que nous ne pouvions, à bien des titre», échapper 
à cette tâche , ni le dispenser des préliminaireft dan» 
lesquels nous entrdns de suite* 

Il est hors àe doute que dès les tenps apostoliques les 
chrétiens se réunissaient pour la prière el la parti<^- 
pation des sacrements; mais ce n'était qu'en «ecret , 
autour du foyer domestique ou soub les voûtes de» ca- 
tacombes^ car le glaive des empereur» ne cessait d^étré 
levé 8ur leur tête. Ver» la fin du aeeond »iècle »eu- 
leibent eu ménra au commeocoqient du troisième il^ 



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— 85 ^ 

purent ^ dans quelques întenrallee de paix , bàUr des 
églises qui méritaient proprement ce nom. Livrées aux 
flammes et ruinées sons Maximin, elles durent a la 
paix de Gonsantin de se relever de leurs cendres avec 
une magnificence nouyelle (i). Or , ces premières églises 
dej nos ancêtres en Orient ou à Rome avaient comme les 
nôtres une nef ou vaisseau o navis » dont les simples 
fidèles occupaient l'espace, un chœur ou avant-chœur 
« chorus^ sehola caniorum » (2) spécialement destiné aux 
chantres et séparé de la nef par des balustres ou chancels 
< canoelH, » enfin un sanctuaire « êacrarium, preêbiterium, 
tribunai, » réservé aux seuls dispensateurs des saints 
mystères. Entre Tavant-chœur et la nef et quelquefois 
dans la nef même, à droite ou à gauche de rassem- 
blée , rarement au milieu , s^élevait le jubé ou ambon 
aorte de tribune ou d'estrade du haut de laquelle on 
lisait TAncien et le Nouveau Testament , les actes des 



(1) Cs. S. Justin I. Apol. pro Christ. — ? Minutius Félix in Oct. — 
Lact de ira dei. — Id. de morte persec. n." 12. — S. Iren. lib. ir. 
c. 20, 34. — TcrtuU. de Vîrg. vcl. c. 13., de Pudic. c. 4. — Orig. 
Hom. n, — S. Aug. qusst. tvm in Lent. — Lamprid. vita Alex. p. 
119. — Enseb. Hist. lib. n. c. 25. n. 36. Tm. 1. x, 2. 

(2) iPlus ordinûrement les églises d'Orient n^afâkuit point ecÊmat 
celles de Rome d'aTant-chœur on chœur des diantres. — U n'entre 
point dans notre plan d'aborder toutes les difficultés que soulève la 
question de la forme des anciennes églises; nous ne disons que ce 
qui est plus communément reçu et peut aider à Féclaircissement de 
notre mjet. Consulter pour de plus grands détails Cxté, Bons, IA6, 
rerum ïiHir^.-* Lebrun , Eœplie. de» cérém. de la Meue^-^ Fhsinfy ^ 
Mœurs des premiers Chrétiens, \,^ partie. — Bingliam, Ântiq, 
Eeelés. — Thiers, Dissert, sur les atUels, les chœurs et les jubés ^ 
et les savants art. de M. Guénébault et de Tabl^ Cahier, dans les 
Ann. de Phil. chrét 1839. 

6.* 



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-- 84 — 

martyra , l^épître et l^évangile de la messe. A l'entrée du 
sanctuaire élevé de quelques degrés au-dessus du sol 
«de la basilique, la table d'autel était assise sur les tom- 
beaux ou reliques des martyrs , et couronnée d^un dôme 
« eiborium » soutenu par quatre grandes colonnes. Au 
delà de Tantel les prêtres et les autres ministres se 
tenaient sur des sièges adossés contre la muraille qui 
terminait en hémicycle ou en pans polygones la partie 
orientale de l'édifice : au milieu d'eux , l'évêque s'asseyait 
dans une cbaire plus élevée « cathedra » comme le 
président et le père de l'assemblée sainte ; de sorte que 
le clergé avait devant lui Tautel , à quelque distance 
Tambon , et plus loin également en face la réunion 
des fidèles. 

Les monuments de l'histoire les plus anciens nous 
apprennent que les sièges dont nous venons d'indiquer 
la position dans les basiliques étaient de marbre ou 
de pierre , adhérents à la muraille , et qu'on les recou- 
vrait à l'heure des offices de riches tapisseries ; c*est 
pourquoi les écrivains des premiers siècles leur donnaient 
souvent le nom de chaires voilées , de, sièges drapés dé 
précieux linges^ « cathedrœ velatœ , linteatœ sedes » (i). 
Cependant St. Athanase nous fournit un témoignage évi- 
dent de l'existence, dans son église d'Alexandrie, d'un 
trône épiscopal et de bancs façonnés en bois et même 
portatifs et mobiles , lorsque racontant de quelle ma- 
nière les Ariens poussés par Tempereur Constance et 
acceptant les payens pour complices profanèrent le lieu 
saint , il ajoute « qu'ayant traîné dehors les sièges , le 
n trône , la crédence , les tables de l'église et tout ce 

(1) Voir les auteurs cités plus haut. 



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- «6 — 

» qu*il8. purent transporter , ils les brûlèrent snr Ifr 
M grande place devant le porticpie du temple et firent 
» fumer ce feu sacrilège du pur encens destiné au vrai 
» Dieu. (1) » L'emploi du marbre et de la pierre 
pour les chaires du clergé n'était donc pas exclusif, 
mais seulement p|us ordinaire , et peut-être ne serait-ce 
pas donner de ce choix une raison trop hasardée que 
de Tattribuer à Tidée qu'auraient eue nos pères de 
figurer par la solidité de la pierre la perpétuité de 
réglise dont Jésus-Christ et après lui les pontifes ses 
successeurs sont la pierre angulaire. 

Les églises bâties dans les Gaules et particulièrement 
à Amiens (2), lorsque le christianisme eut commencé à 
s'y répandre , ne s'écartèrent guères de la disposition 
intérieure adoptée par celles de Rome et de TOrient (3). 
L'usage des sièges en pierre s'est même perpétué fort 
long-temps dans nos temples , quoiqu avec d'importantes 
modifications et des destinations diverses. La cathédrale 

(1) StAbsellia, tronum, mensam ligneam, tabulas Ecclesis et estera 
quae poterant foris elata combusserunt antè vesUbulum in magn& pla- 
teÀ et thure aspersenint. ( S. Atb. Epist. ad solitar. vit. agentes ]. — 
Nous apprenons du même saint que le trône dont il parle était ri- 
chement orné et que le peuple en déplora la perte : Grave qui troni 
episcopalis modo omati vicem lamentantur, episcopum in illo se- 
dentem interficere conantur. ( Id. tom. i. p. 133. ) ^ 

(2) S. Firmin-le-Confesseur fit bâtir la première cathédrale d'A- 
miens sur le tombeau de S. Firmin-le-Martyr, vers le milieu du 
iv." siècle, sous le titre de N.-D. des Martyrs. Cette église a été 
depuis plusieurs fois reconstruite sous le vocable de S. Acheul qu'elle 
conserve aujourd'hui. 

(3) Grég. de Tours. Uv. %, ch. 14 et 16. — Vit. S. Cajsar. liv. K 
n."* 14 publ. par Mabill. sœcul. 1. B^ied. t. i. p. 659. — Gonc<. 
de Tours en 567. Labb. t. v. p. 853. 



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-- M — 

d'Amiens, eomrae une infinité d^autres églises du même 
temps et plus anciennes , était ornée dans le pourtour 
de sa vaste enceinte d'une suite non interrompue de 
banes de ce genre. On en voit encore les restes in- 
hérents au pied des murs partout où Ton n'a pa» 
entaillé pour percer des portes ou ériger des tombeaux, 
des autels et des chapelles. Ils se retrouvent presque 
sains et saufs derrière les boiseries des chapelles du 
rond-point qui ont été élevées en même ten^ que la 
masse de Tédifice. Des documents historiques attestent 
que les sièges même des prêtres-officians existaient en- 
core vers le milieu du siècle dernier à droite du sanc- 
tuaire. Ils étaient de marbre et scellés dans le mur de 
clôture contre lequel s'élevait de l'autre côté le céno- 
taphe de Févêque François de Halluin (i). Ils ne fu- 
rent détruits qu'en 4751, lorsqu'on eut la fâcheuse 
idée d'abattre clôture et monuments pour y substituer 
des grilles en fer. A Reims on a religieusement con-^ 
serve jusqu'à la révolution de 1793 , *dans Tarrière- 
çhœur de la métropole , le siège sculpté d'une seule 

(1) Entr^autres preuves , nous citerons Textrait suivant d*un procès- 
verbal inédit de Tinstallation de M. Lefebvre de Gaumartin, évéque 
d'Amiens , qui eut lieu par procuration le 23 mai 1618. 

Et illicè juramento prœstito, prsdicti Domini Decanus et 

Gapitulum eumdem Dominum de Blairie in superiori et principal i 
sede dicti loci capitularis intronisaverunt et sedere fecerunt. Conse- 
quenter, prsfati B.D. Decanus et Gapitulum unà cum dicto Domino 
procuratore ad chorum Ecclesis Ambianensis accedentes, praedictum 
D. de Blairie modo quo suprà in catbedr& làpidba juxtÀ maius altare 
et deindè in altéra sedium superiorum scanmorum chori de latere 

sînistro versus thesaurariam in sede tbesaurarii intronisari et ins- 

tsllari fecerunt. ( Arcbiv. départ. Titres du Ghapttre d* Amiens. Arm« 
l.'* liasse 4. ) 



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c 



— 87 - 

pierre de St. Ri(p>bert, éréque de cette église en 696. 
C'était dans cette chaire vénérable , haute de cinq pieds 
et large de denx, que se faisaient installer les arche- 
vêques de Reims (2). 

Il est presqu'inutile d'observer, tant la chose est 
évidente , qu^aucun monument de Thistoire ne permet 
d'attribuer aux chaires épiscopales et cléricales la figure 
et le caractère de ce que nous appelions aujourd'hui 
stalles ou formes: Elles n'en avaient pas même le nom, 
mais étaient constamment désignées par les expressions 
plus générales de trône , tribunal , siège , banc ou 
banquette, « thronus, iribunaly sedes^ sedilia^ subsellia^ 
seamna, » Gomme nous le dirons bientôt, il faut pour 
rencontrer le nom de fonnes remonter jusqu'au ix.* 
ou X.* siècle f celui de stalles ne se trouve qu*à la 
fin du xi^. 

La présence des sièges ou bancs dans les églises aux 
époques reculées que nous venons de sigoaler ne doit 
pas faire conclure qu'il fqt permis aux clercs de s'as- 
seoir aussi long-temps qu^aujourd'hui durant la prière 
publique. Il parait constant que l'ancienne coutume était 
de se tenir debout pendant la partie la plus considé- 
rable des saints offices , et il ne faut pas chercher 
d'autre raison de cette discipline assez sévère d'ailleurs, 
que la pensée du respect dû à la majesté de Dieu, 
rhumilité dans la prière si fortement recommandée par 
.le Sauveur et la ferveur des prêtres et des fidèles 
dans les beaux temps de l'église. Cette règle était 
observée rigoureusement surtout pendant la lecture de 
l'évangile et le chant des psaumes. Dans la belle épitre 

(1) Descript. de la Gathéd. de Reims, p. 1S2. 



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— 88 - 

qu'il adresse à une vierge chrétienne, St. Athanase notii 
fait assez entendre que telle était la pratique de son 
église. En retraçant avec des expressions pleines de 
douceur les devoirs du saint état de virginité il insiste 
sur Tobligation sacrée de la prière et dit à sa pieuse 
fille en J.-G. : Levez-^w^s au milieu de la nuit et récitez 
des psaumes debout, autant que vous le pourrez (i). Plus 
bas, pour modérer son zèle, il lui recommande d'en- 
velopper ses pieds d'une chaussure pendant qu'elle se 
tient debout dans la prière (2). Nous apprenons de St. 
Jean-Ghrysostôme que la même discipline était en vi- 
gueur parmi les moines de son temps. Ce saint docteur 
raconte qu'avant la naissance de l'aurore, aussitôt que 
le coq a fait entendre sa voix, tous les religieux éveillés 
par leur prélat ou supérieur s'arrachent au sommeil , 
se lèvent avec modestie et se rendent dans l'enceinte 
sacrée du chœur où « ils se tiennent debout et chan- 
» tent , les mains étendues , de saints cantiques (3). » 
Bientôt les constitutions de St. Benoit achevèrent de 
consacrer cet usage (4). Gassien reconnaît également le 
principe y quoiqu'il use de quelqu'indulgence , assurant 
que ses religieux exténués par le jeûne peuvent à 
peine réciter debout douze psaumes (5). Aussi lorsque 

(1) MediA nocte surgito et psalmos dicito, quantum potes étant', 
Epist. ad Yirg. 

(2) Gùm steteris in oratione, pedes calceamentis obductos habeto. 
Ibid. 

(3) adstantque sacro choro, protinùs expansis manibus sanctos 

condnnunt hynrnos. Hom. 14. in I. ad TÉi. 

(4) Reg. S. Bened. cap. ix. lx. Lxm. 

(5) Lib. 8. cap. xn. 



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— 89 - 

St. Ghrodegand évâque de Metz donna an elergé des 
cathédrales des statuts, et que le concile d^Aix-la-Gha-' 
pelle de Tannée 816 les confirma de son autorité , Té- 
véque et le concile rappelèrent-ils aux chanoines le de- 
Toir de se tenir debout pendant la psalmodie , et bien 
loin de supposer que cette prescription soit nouvelle , 
ils laissent assez entendre quUl s*ag;it d'une loi ancienne 
dont ils Tculent ressusciter la première vigueur : « Qu^ils 
» se tiennent debout et psalmodient avec le plus profond 
» respect, dit le concile (1). Il en est qui se livrent 
» avec ardeur aux affaires et aux soucis du siècle ; 
» ils arrivent au chœur tellement accablés par la fatigue 
» que ne pouvant plus se tenir debout , ils s^asseient 
» lâchement et remplacent par de vains entretiens les 

» divines paroles (2) » Le concile ordonne ensuite 

aux chanoines « de s^abstenir de parler dans le lieu 
» saint , de se tenir debout avec crainte et respect et 
» de s'occuper à prier , à chanter ou à lire (3). » Si 
quelqu'un vient à manquer à cette règle importante , 
il sera condamné « à se tenir debout séparé des autres 
dans un lieu désigné par les prélats (4). » D'autres 
passages du même concile supposent ou confirment avec 
non moins de clarté cette discipUne (5). Si Ton con- 

(1) Reg. cxxn Religiosissimè illis standum est et psallendum 

est. Gonc. Aquisgran. 816 ap. Labb. 

(2) Ità fatigati videntur ut nec orationi vacare nec ad psallendum 
stare queant sed potiùs sedentes non diyinis sed vanis soient instare 
loquelis. Ibid. 

(3) In ecclesiâ cum timoré et veneratione ttantes, aut orent, aul 
cantent, aut legant. Ibid. 

(4) In loco à Prœlatis constituto $tet. Ibid. 

(5) Voyez les Règl. cxxxiv et cxly. 



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— 90 ^ 

tinua daDt beaucoup de cathédrales à s'en écarter ea 
quelques points , ce qu^il faudrait attribuer autant à 
Faugmentation du nombre des offices qui la rendait très-> 
pénible qu^au relâchement de la ferveur , elle ne de-* 
meura pas moins le droit commun. Le bienheureux 
Pierre Damien qui écrivait vers le milieu du xi.'' siècle ^ 
en réclamait encore avec énergie Tobservation dans un 
traité spécial qu'il composa contre ceux qui s^asseieni 
au chmur. Il Tadresse à Tarchevêque de Besançon dans 
réglise duquel il avait vu lui-même des clercs prendre 
la liberté de s'asseoir (i). D'anciens statuts de la cathé- 
drale de Paris (2) ordonnent que les chanoines se tiênnerU 
débout avec modestie et se gardent de rires inconve^ 
nants et de toute espèce d'entretiens. Quand l'usage 
des stalles eut été accordé à la faiblesse des chanoines 
et des religieux, un grand nombre de monastères et 
d'églises demeurèrent encore attachés à l'antique cou- 
tume ou du moins en conservèrent long-temps les ves- 
tiges. Le B. Thomas a Kempis qui vivait au commence» 
ment da xv.* siècle , suppose encore l'usage de prier 
debout , dans les instructions qu'il adresse aux moines , 
et c'est pour les encourager à supporter ce que cette 
pratique avait de laborieux et de fatigant qu'il leur fait 
remarquer que la psalmodie du chœur réunit pour eux 
les avantages de la prière , les douceurs de la lecture 
des saintes lettres et le mérite du travail corporel (3). 

(1) Epist. contra sedentes in choro. Biblioth. mai. vet. Patrum. 

(2) Cités par Tannotat. de Jean d'Avranches n.*» 30 : ibi simplicet et 
erecti ttwt canonici et caveant à cachinno , riiu , eonfobulatione 

(3) Ista tria, oratio, lectio, et operatio occurrunt nobis fadenda in 
choro Ibi est operatio bona et perfecta» cùm corpore stomut et 



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— 91 — 

A Tours le8 chanoines restaient ddbotU dans le chœur , 
hors des stalles , les compiles du Jeudi«^amt et les pe- 
tites heures des deux jours suivants. De même, à Amiens, 
les chanoines et chapelains qui n'étaient point dans les 
ordres demeuraient debout, in piano , dans le chœur 
pendant Toffice (1). 

« En Grèce , nous écrit M. Didron qui a lui-même 
» observé ce fait , il n'y a pas de stalles anciennes ; on 
» se tenait debout. Aujourd'hui encore dans les couvents 
» qui ont conservé les anciens usages , les vieillards 
M comme les autres êe tiennent debout aux offices ; ils 
» ont seulement des espèces de béquilles, une sorte de 
» bâton en T avec la traverse fort allongée et sur 
» laquelle ils s'appuient. » 

C'est encore dans la même posture qu'aujourd'hui le 
clergé et les fidèles de toutes les églises entendent 
certaines parties de Toffice divin , spécialement la lecture 
de l'Évangile. 

La première modification que la longueur des offices 
autant que la diminution de la ferveur introduisit dans 
la manière ancienne de prier ne fut pas de suite l'in- 
dulgente miséricorde des stalles. Nos aïeux n'inventèrent 
pas si bien du premier coup. Dans les cloîtres des cha- 
noines ou des religieux on s'aperçut que le bâton sur 
lequel s'appuyaient les vieillards et dont le soulagement 
ne pouvait leur être refusé même au chœur, les aidait 



ore cantamus , ( Àlia spirit. exercit. viri relig. cap. y. De choro. 

Lugd. M.DGxxm. ) 

(1) Observations sur les Brév. , Missels, Rituels, relativement aux 
usages de Téglise d* Amiens, par Yilleman chanoine. Ms. n.» 120 de la 
bibl. d'Amiens, p. 55. 



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— 92 — 

Bingaiièrement à se tenir debout ; de cette remarque à 
la recherche d^un prétexte qui autorisât les plus jeuues 
à s'accorder le même secours, il n'y avait pas loin. Il 
arriva donc qu'en peu dé temps et en plusieurs églises 
Thabitude fut prise de porter des bâtons à Toffice. Ici 
elle fut proscrite , là tolérée , ailleurs consentie , selon 
la diversité des lieux, des temps et des personnes. Par 
la requête qu'en 812 les moines de Fulde adressèrent à 
Gharlemagpe pour se plaindre de leur abbé Batgaire y 
nous apprenons que ce rigide supérieur maintenait son 
monastère dans la sévérité de Tantique discipline: « IL 
» ne nous est pas permis , disent les moines , /li de por- 
» ter un bâton , ni de demeurer un instant appuyés^ 
» sur le prie-dieu auquel nous donnons le nom de /br- 
yt me (!)• » Dans la règle des chanoines déjà citée ,^ 
St. Ghrodegand de Metz leur défend d'entrer au chœur 
avec des bâtons de quelque forme qu'ils soient (2). Le 
concile d'Aix-la-Chapelle dont nous avons également fait 
mention plus haut, ne se montre plus facile qu'à l'é- 
gard des infirmes ; il veut que les chanoines se tiennent 
debout , sans bâtons ^ à moins qu'ils ne soient- trop 
faibles (3). Bien plus tard encore , d'un style animé 
par une ironie mordante , St, Bernard poursuit la lâ- 
cheté de certains religieux dont le bâton qu'ils portent 
accuse seul une faiblesse de santé que dément leur 

(1) Ut nec baculum eis ferre liceat, nec ad inclinatorium quod 

nos formulam dicimus morando hœrere.... Ap. Brower. Lib. 3. Antiq. 
Fuld. cap. xn. 

(2) Ganonici non ingrediantur ecclesiam cum baculis aut camputis 
( crosses ) aut fustibus. Reg. can. ap. Spicileg. d'Achery. 

(3) Non mm baculis in cboro, exceptis debilibus. Reg. cxxu. 



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— 95 — 

bonne mine (1). D'un antre côté , Amalaire qui prit 
une grande part à Inorganisation régulière des chapitres 
des cathédrales, ne parait pas réprouver cette coutume; 
il observe seulement que pendant le chant de Tévan- 
gile on dépose les bâtons pour se tenir humblement 
debout sans appui (2). Le deuxième Or do romain cité 
par Mabillon (3) dit aussi qu'on les quitte à TEvangile 
et nVn blâme pas Tiisage. Dans plusieurs monastères , 
ce léger adoucissement n'était accordé qu'en des circons^ 
tances extraordinaires et déterminées par la règle; ainsi 
le couturaier d'un couvent de Fordre de St.^Benoit or- 
donne qu'aux processions des Rogations, lorsque les reli- 
gieux se mettent en marehe « deux serviteurs se tien- 
dront à l'entrée de l'église et distribueront à tous, sans 
exception des plus jeunes, pour l'aller et le retour de 
la procession , les bâtons ou baguettes ( virgas ) qu'ils 
auront du préparer à cette fin (4). VOrâo de Gluny 
rédigé par Uldaric , au xi."" siècle , atteste dans cette 
maison un usage tout semblable (5). On voit également 
dans ce contumier que ceux auxquels il était permis de 
manger de la viande , c'est-à-dire les infirmes , avaient 
en même temps le droit de s'aider habituellement d'un 
appui (6). 

Lies simples fidèles qui n'avaient pas sans doute la 
même liberté de , s'asseoir à l'église qu'aujourd'hui se 

(1) Apol. de vite et moribiis religios. cap. vm. versas finem. 

(2) Lib. 3. cap. xTm. de offic. eccles. 
(a) Gomment, in ord. rom. 

(4) Disciplina Farfens. monast. cap. rm in Rogation. 

(5) Pars !.• cap. xxxn. 

(ê) Pwtat bteulma si camem comedit Ibid. c^ xxm. « 



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^ 94 -- 

soutenaient^ ausii bien que les clercs, sur leurs bâtons; 
et peut-être conservèrent-ils plus kmg-tenips que ceux- 
ci rhabitude dont nous parlons , n^ayant point, comme 
eox , le secours des stalles pour tenir lieu de bâtons (1). 
Par la s'expliquerait la prescription de les quitter à 
rEyangile que Ton ne cesse pas de rencontrer dans 
les écrivains d*une époque où les stalles adoptées géné- 
ralement avaient dû faire abandonner par le clergé 
tout autre moyen d'adoucissement. Hildebert de Tours 
ne parle en effet que des simples fidèles: » Le peuple, 
dit-il , pendant Tévangiie dépose ses bâtons, se tient 
debout et se découvre la tête (2), » Le pieux abbé Hu- 
gues s'exprime dans des termes semblables (3), et nous 
ne pensons pas que Jean Beleth d'Amiens en 1328 (4) , 
Durand de Mende en 1286 (5) , et St. Bofiaventure en 
1274 (6) aient prétendu parler des clercs , lorsqu'ils 

(1) Un auteur du dernier siècle observe] que les Maronites garddent 
encore de son temps le même usage. A rentrée de leurs églises sont 
tenus, dit-il, des faisceaux de bâtons dont chaque fidèle prend celui 
qui lui convient pour se soulager de la fatigue des longs offices. ( Beau- 
gendre in Hildebertum 1708. ) Nous avons déjà dit, d'après le témoi- 
gnage de M. Didron, que des vestiges de cette pratique anciénhe se 
sont conservés jusqu'à nos jours. 

(a) Plebs baculos ponit, stat , retegitque caput. ( lib. dis myst. ttAu». ) 
(3) Plebi hic baculos ponit, reclinatoria- relinquit, caput detegit, 
stans audit. ( spec. Eccles. cap. vn. ) 

(i) In. lege quidem precipiebatur ut dàm comederent agnum Pas- 
chalem baculos in manibus tenerent, nos verô diacono legente Evan- 
gelium baculos deponimus. ( De Evang. lect. ) 

(5) Deponuntur etiam baeuU et arma reclinatoria relinquuntur.... 

( Rational. divin, offic. îib. 4. p. 1. f. 66. ) 

(6) Debent etiam verba S. Evangelii stando et denudato capite ab 
«mnibus et sine bamUo vel recUnatorio cmir reverentiâ et amsre audiri. 



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— «5 — 

8%Q«leiit la même rubrique ; à OMÎm qu'on ne dise que 
Tusage dea stalles n^avait pas été reçu sitôt dans les 
Ueux où ils écmaient , oe qui parait hors de toute 
vraisemblance, et même opposé, en ce qui regarde 
notre pays , à des faits positifs. 

« Au reste Tusage des bâtons existait dans Téglise 
» d'Amiens aussi bien qu'ailleurs, dit le chanoine Yil- 
» leman , et pour en conserver la mémoire , MM. les 
» précbantres et clmutres en dignité en avaient retenu 
9 l'usage et Tancienne forme dans leurs bâtons canto- 
» raux couverts de plaques d'argent , hauts de quatre 
» pieds deux pouces , de la figure de potentons , ba^ 
» çuluM supernè rostratum, propres à mettre sous les 
» aisselles pour se soutenir... Tins tard, ils en chan- 
» gèrent la forme et la longueur, et les laissèrent aux 
» hauts-vicaires qui s'en servent encore aujourd'hui à 
» régir le chœur en certaines fêtes et processions. (1) » 

La r^le qui ordonnait de prier debout fut encore 
adoucie par de plus larges concessions que celles dont 
nous venons d'entretenir nos lecteurs. Dans beaucoup de 
monastcrea on permit aux religieux de s'asseoir, mais 
non encore tous à la fois. D. Martène cite les maisons de 
Gteanx , de Cluny) de St. Bénigne de Dijon , et plusieurs 

(1) Olt^rratms sur les Bréviaires , Missels , etc. etc. p. 68. — Un 
livre d'heures ms. de Fald^aye de Corbie, conservé à la bibUothè(iae 
d* Amiens contient, entre autres, une miniature où sont représentés 
des moines chantant devant un pupitre. L*un d*eux s'appuie sur un 
bâton de la forme indiquée par notre auteur.— Lebeuf signale un chan- 
tre de l'église d'Auxerre représenté sur sa tombe avec un bâton finis- 
sant en T. ( Hist. eccl. et cir. d'Aux. t. i. p. 261. } Le même bâton 
cantoral se retrouve entre les mains d'un des etares qui assistent à 
la translation des reliques de St. Firmin au tympan du portail qui 
porte son nom à notre cathédrale. 



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— 96 — 

aatre8 où ce relâchement s'était àèê long-temps intro- 
duit (i). Un Ordinaire des frères mineurs imprimé au 
commencement du xvi.* siècle diaprés des originaux 
plus anciens veut que les deux chœurs de religieux qui 
se tiennent à droite et à gauche demeurent altemati- 
yement debout et assis (2). L'archevêque Lanfranc dans 
ses décrets pour Tordre de St. Benoit constate Texis- 
tence de la même discipline et détermine plusieurs par- 
ties de Toffice divin pendant lesquelles le religieux 
peut s'asseoir pourvu que ses deux voisins soient de- 
bout (3). Il arrivait même quelquefois , par exemple 
les jours de procession , après une marche pénible , que 
les heures étaient chantées dans la posture la plus com- 
mode (4). ^ 

Après cette lutte prolongée de la faiblesse humaine 
contre une rigoureuse discipline , ne semble-t-il pas 
que la stalle accompagnée de sa miséricorde dût ôtre 
accueillie avec un vif enthousiasme, lorsque du fond 
d'un cloître et du cerveau d'un moine, elle apparut 
pleine de gravité et de douceur , assez indulgente pour 
obtenir les suffrages de la paresse , assez sévère pour ne 
pas mériter les anathèmes du zèle? Elle venait résou- 
dre un problème de solution peu facile : adoucir la 
règle, et ne pas la détruire, bien plutôt la conserver 
en la rendant praticable. Par elle désormais, et ceux 
qui sont jeunes et ceux qui sont vieux , et les fervents 

(1) Commentaires sar la règle de S. Benott. 

(2) Spéculum minorum, Tract, m. fol. SS^. 1509. 

(3) Décret. Lanfranci Archiepisc. Gantuar. fect. ir. 

(4) D. Martène de AnUq. monach. ritib. tib. m. cap. 19. 



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— 97 — 

^l les tiédes , tous enfin chanoines et religievi't prieront 
debout «t ne s'en plaindront pas. 

Telle nous parait être Torig^ine de la stalle : Tusag^ 
dégénéré de prier debout. Deux des noms qu'on lui 
donne le disent asses d ailleurs; Stalle semble venir de 
^tare êtte debaut (1) ; Miséricorde indique une douceur 
«t une concession. Evidemment la stalle est le résultat, 
d'une composition amicale , d'une sorte d'arraogement , 
d'une transaction : la stalle a fait la paix entre prier 
tiebout et prier assis , et Ta faite avec gloire ; honorable 
en effet pour le culte divin , commode pour le clerc , 
elle bannit l'usage bizarre des bâtons , change l'aspect 
. disgracieux d'un chœur où hes uns sont assis , les antres 
4evés , et maintient dans la pratique de la prière une 
posture respectueuse et grave. 

Ces faits établis, nous devions maintenant rechercher 
auquel des siècles passés il faut rapporter l'honneur 
lie la découverte des stalles ; mais on pense bien que 
n'ayant jamais été interrogée sur ce point, l'histoire ne 
pouvait ouvrir à notre érudition novice que le champ 
des conjectures. Si ces coujectures ne paraissent pas 
au lecteur appuyées sur une argumentation trop peu 
solide, il nous pardonnera de l'avoir encore retenu un 
instant» 

St. Grégoire de Tours est à. notre connaissance le 

(1) Le savant Du Cange fôit dériver stallum de stahulum d'où est 
venu le mot français étallage. Plusieors anciens titres prennent stallum 
en ce sens ; entr*autres, une charte de Fan 1193 pour la commune de 
St.-Quentin, une charte de Godefroy, évéque de Langres, de Tan 
1164. Voyez le Gloss. lat. art. stallum.-^ Cette observation ne fait que 
confirmer notre assertion, puisque, selon les étymologistes , stahulum 
vient lui-même de stare, 

7. 



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— 98 — 

plus ancien auteur qui se 8oit ser^i du nom de Forme 
n formula » dans un sens peu éloigné de celui de siège 
ou stalle (1). Nous retrouvons cette expression vers le 
même temps ou peu après dans la vie de St. Eugende, 
abbé du Mont-Jura (2) , de St. Etienne aussi abbé (3) , 
dans les actes de St. Austregisille , évéque de Bour- 
ges (4), de Ste. Radegonde, reine de France (5). La 
supplique des moines de Fulde, adressée en 812 à Tem- 
pereur Gharlemagne, en fait aussi mention (0). Depuis 
ee temps , c'est-à-dire , dans le cours du x.« siècle , 
et surtout du xi.* et des suivants , Temploi de ce terme , 
pour désigner les sièges du clergé, est devenu si fré- 
quent que les citations des auteurs où on le rencontre 
serait un vain luxe d'érudition (7). A peine les coutu- 
miers des monastères et des cathédrales recueillis à 
cette époque mêlent-ils quelquefois Tancien nom de 
bancs ou de sièges à celui de Formes qu'ils semblent ^ 
à dater du xi»« siècle, avoir exclusivement adopté. 

Est-il prudent d'induire de ces faits l'existence des 
stalles proprement dites en des temps aussi reculés ? 
Nous ne le croyons pas. Car outre que l'époque com- 
prise entre les vu.* et xi.* siècles est précisément celle 
pendant laquelle nous avons vu le clergé- poursuivre 
constamment les moyens d'adoucir la fatigue de la pos- 

(1) De giorià confess. cap. xcn. — Id. lib. 8. hist. cap. xxxi. 
(a) Yit. S. Eug. abb. cap. m. apud BoUand. t. i. 

(3) Yit. S. Steph. abb. Obanisinen^. lib 1. cap. xri. 

(4) Yit. S. Austrigisilli. t. r. Mart. p. 329. 

(5) Yit. S. Radeg. n.- 14. sœc. 1.** Bened. p. 330. 

(6) Citée plus baut , p. ao. 

(7) Cs. Du Cange. Glosa, lat. Y.*» Fofma et Fornvula^ 



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— 99 — 

ture qu'il lui était ordonné de garder en priant , il 
est facile de reconnaître que les plus anciens auteurs 
qui ont parlé de Formen , n^ont désigné sous ce nom 
qu'une sorte de prie-dieu , ou tout au plus un simple 
^anc orné d*un appui. St. Grégoire de Tours n'entend 
pas autre chose par la Forme dont il raconte que St. 
Germain se servait pour se mettre à genoux durant 
ses longues Teilles au tombeau de St. Martin (1). Ainsi 
encore les moines de Fulde , employant comme syno- 
nimes les mots formula et inclinatorium , font bien voir 
qu'ils n'attachent d'autre idée à la Forme que celle 
d*nn appui sur lequel on s'incline (2). Dans beaucoup 
de Ceutumeê monastiques il est prescrit de couvrir les 
formes de tapis ^ aux jours solennels, usage emprunté 
sans doute aux anciens , mais qui ne pouvait guéres 
s'observer qu'avec un genre de sièges différents de nos 
stalles (3). Quelquefois ces mêmes coutumes appellent 
du nom de hancs les sièges auxquels elles donnent or- 
dinairement celui de Formes (^). Lanfranc dit qu'on 
enlève les Formes du choeur (6) le Vendredi-Saint avant 

(1) Haud procul formulam habens in qu genua cùm neees- 

sitas posceret deflectebat De Glor. Gonf. cap. xcn. 

(2) Ad inclinatorium quod nos formulam dicimus. Antiq. 

Fuld. cap. XII. 

(3) Velus Disciplina, passim. — On voit encore, vers le commence- 
ment du xn.« siècle, un éyéque d*Auxerre donner deux beaux tapis 
pour orner les sièges du ehomr. Peut-être n*est-il question que des 
grandes pièces d'étoffe appelées dorsaUa qui servaient dans cette église 
à couvrir les murs d'appui derrière le dos du clergé ? — Cs. Lebeuf , 
Hist. Eccl. et Civ. tfAuxerre. T. i. p. 240, 243, 250, 258, 261. 

(4) Lanfr. Décret, pro ord. S. Ben. pars 1.* sect. 1. — Discipl. 
Farf. cap. o. 

(5) Intérim auferantur formée de choro qu» aaferri soient. 

Ibid sect. ir. 

7.* 



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— 100 -. 

l^adoration de la croix , ce qui ne peut évidemment 
8e dire que de bancs mobiles et non de stalles. En- 
fin , Texpression de Forme est si peu caractéristique 
avant le xi." siècle qu'elle sert quelquefois à désigner 
un petit pupitre , ou analogium (1). La conclusion qu*oi| 
▼oudrait tirer de Temploi du nom de formes en faveur 
de Texistence des stalles proprement dites à une époque 
antérieure au xi.® siècle ne nous jparait donc pas fon-* 
dée ; d'autant plus que ce nom que prirent les chaireft 
du clergé à cause , dit-on , des sujets peints ou sculptés 
dont on les ornait , peut foK bien s'appliquer à de 
simples banquettes accompagnées d'un appui en avant 
et on arrière , et même divisées , si l'on veut , en places 
distinctes par des panneaux de boiserie. 

Nous pouvons nous fier davantage , ce semble , au 
nom de Stalle, puisqu'il parait dana les auteurs vers le 
temps où nous trouvons celui de Miséricorde qui ne peut 
plus laisser de doute. Ce n'est que vers la fin du xi.« 
siècle que se révèle ce nouveau mot, indice certain- 
des nouveaux sièges. Les statuts de l'église de Maes^ 
tricht de l'an 1088 sont l'un des titres les plus an- 
ciens où il soit question de stalles ; il y est dit , a que 
» les abbés de la cité ne se tiendront point parmi les 
» chanoines ni dans leur stalle, » Du Gange cite 
comme faisant également mention des stalles une charte 
tirée de l'histoire des évéques d'Anvers de 1201 , une 
autre de l'église de Meaux de 4240, un passage de 
VHistoria major de Mathieu Paris de l'an 1250, des sta- 
tuts de la cathédrale de Paris de 1388 (2). 

(1) Si4>p. au GloM. par D. Garpentier. V.« Formula. 
(«) Glb^. Lai. V.« Stàllum, 



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— iOi — 

Nos propret annales noua fournissent des docnments 
analogues. Un titre de 1190 par lequel Thibaut évéque 
d'Aitûens érige dans son église deux prébendes sacerdo- 
tales, ordonne que les nouveaux chanoines auront leur 
stattê au chœur et voix au chapitre comme les au- 
tres (1). Dans rOrdinaire de la même église de 1291 , 
il est dit « qu'aux premières répres du premier diman- 
» che de TA vent , après le capitule et pendant qu'on 
* chante Thymne , le doyen se revêt d'une chape de 
M soie blanche qui lui est apportée , par son chapelain, 
» dans sa stalle, (2) » Un pontifical d'Amiens écrit vers 
le XIV.* siècle, mais copié sur un plus ancien, porte 
que le Jeudi-Saint pour donner Tabsoute solennelle , 
l'évéque viendra se placer dans la stalh de rarchidiacre 
d'Amiens (3). L'ordinaire de 1291 et celui de 1337, 
veulent , qu'au lieu de baiser la terre , au commen- 
cement de toutes les heures durant le carême , les cha- 
noines baisent seulement Tappui dés stalles (4). 

(1) Gonstituimus etiàm ut prœdicti sacerdotes Stallom in cho- 

ro , Yocem in capitulo sicut Ganonici alii hal>ente8 Cette charte a 

éié pabfiée par le P. IMre. Hûtotre littéraire de la ville d*Aiinens. 
pag. 4«5. 

(î) In cappâ suâ nigrA dicet Decanus capilulum. Dùm verô 

cantabitnr hymnos eidem Becano affert cappam sericam candidam 
suas capellanns in Stallo suo. ( Citation do chanoine ViHeman. Or- 
do Sanct, EeeL An^. Ms; appart. à Bfg.' fËvdipie d" Amiens, 
pag. 94. ) 

(3) Quibus dictis ( Psahnis paenitentialibus ) episcopas débet 

venire in Stallum Arclûdiaconi Ambîmensis ibi dicturus absolutio- 
nem. Id. ibid. 

(4) Prosternimur osculando Slalla. Ibid. Passïm, Le même 

usage existait à la cathédrale dé Rouen. M. A. Deville ( notes de 
la Descript. des Stalles de Rouen par Langl(^8 , p.- 98 ) semble 



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— 102 — 

Si l^oa conduite les oomumiers des roonastèree éctitê 
dans les xii.' et xiii.« siècles , on y rencontrera éga- 
lement la mention fréquente de Tusage des stalles et 
des miséricordes. Nous citerons le livre des Vs de Ci-^ 
teaux écrits vers Tan 1120 par Etienne, 3."^^ abbé 
de cette célèbre maison (1) ; les statuts de Tordre 
des Chartreux que le religieux Guignes ou Guigon ré- 
digea en 1228 (2) ; les coutumes de Gluny (3) , de 
Fleury (4) , de Simprigham aussi très-anciennes (6)* 
Pierre - le - Vénérable , abbé de Cluny en 1121^ ne 
semble parler des miséricordes que comme d'une chose 
nouvelle et avec laqelle les religieux n'étaient pas en- 
tièrement familiarisés. « Pendant le chant de Toffer- 
y» toîre, dit-^il, les religieux demeureront debout ^ mais 
» lorsque le chaut aura cessé, ceux qui voudront s'as- 
» seoir le pourront. Cependant quand le prêtre tourné 
» vers le chœur dira VOrate fr aires , ils relèveront avec 
» précaution leurs sièges et s'appuieront sur les sel-- 
» lettes qui y sont attachées, en s'incUnant selon la 
» coutume. (6) » On voit que Pierre-le- Vénérable n'a 

croire que c*était par one sorte de vénération pour les stalles qn*OD 
les baisait au commencement des heures. Il s^agissait tout simple- 
ment d*iin adoucissement apporté à l'exercice de pénitence et d'hu- 
milité , qui consistait à baiser la terre , comme l'indique assez la signi^ 
fication du nom de métanée qu'on donnait à cette pratique. 

(1) Ghap. L, u, LTi, LXTW, Lxix, LxxiY, LxxTi et ï.xxxn. 

(2) I.« partie ch. vm 3, xi «7, xra 10, 27, 37, xxxi 1, 6, xxxvi 
27, xxxvn 2. 

(3) Ap. Du Cange, Gloss. lat. V." misericordia. 

(4) Vêler. Consuet. Floriacensis Cœnobii. 

(5) Statut, ordin. Simprigham. p. 721. 

(6) Sed moi ut cantus cessaverit, qui sedere voluerintr se^ 



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— 103 — 

pcHi|t encore de terme pour exprimer ce que nous ap- 
pelons la Miséricorde, 

Ce terme était néanmoins connu à cette époque en 
Ali^nagne , comme nous l'apprenons d'un passage des 
constitutions d^Hirsaugh données à ce monastère par 
St. Guillaume qui en était abbé. On y lit en effet 
« que ceux qni sont dans les stalles , se retournant un 
» peu en arrière , ont coutume de les loyer doucement 

» et de les baisser de même pour ériter le bruit 

N Que toutes les fois que le religieux est sur la mt- 
M sérioorde du siège , il doit s^y soutenir comme on le 
» fait au Gloria pairi... » Dans le même paragraphe , 
le saint abbé prescrit la manière de se tenir et de s'in- 
cliner à ceux qui sont sur les bancs en avant des 
formes (1). 

Ce texte qui assigne à l'existence des miséricordes 
la date la plus ancienne que nous sachions, nous donne 
Toccasion de remarquer que la miséricorde des stalles 
ne fut pas d'abord accordée à tous ; les plus anciens 
ou les plus dignes seuls étaient placés sur ces nobles 
chaires ; les autres , sur des bancs. On peut tirer la 
même conclusion d'un statut de Tèglise de Paris de 
1388 qui ordonne « qu'a Vavemr il y aura un stalle 

deant ; tamen at cùm sscerdos conversns ad chorum dixerit : Orate 
Frottes» modeste scabeUis elevatis in illis subselliis qu» iisdem s^ 

dilibus inluerent accUyes ex more resideant. Stat. lxt. Biblioth. 

vet. P.P. 2. xxn. p. 1140. 

(1) ..^... Qui super sedilia sedent , exertà manu propter hoc parùm 
relrô versi soient leniter ea erigere , eodemque modo pro souilu de- 

Titando, deponere Quandocùmque quis super sedilium miseri- 

cardias se habuerit, se sustentât ibi'sicut est ad Gloria Patri 

( Gonst. Hirs. seu Gengembac. ex Mss. Einsiedlensibus. «bap. xix, ) 



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— 104 -^ 

» ou lieu destiné aux premiers chapelains et aax antre» 
» auxquels on Tassignera (i). » 

Il faut convenir du reste qu'il a dvk exister sur ce 
point, comme sur beaucoup d'autres , diverses coutumes 
dans les diverses églises , et quoiqtie ^ selon nous , les 
stalles n'aient commencé que peu avant le xn»« siècle, 
elles ont bien pu en certains lieux devancer cette 
^oque , comme en d'autres ne venir que plus tard. 

Si quelque témoignage pouvait manquer à Topinion 
que nous venons d'émettre sur Torigine des stalles et 
que les documents historiques nous semblent si bien 
appuyer , ce serait sans doute la prei^ve tirée de ^'exis- 
tence même de monuments de cette nature remontant 
à Fépoque où fut modifiée et adoucie la manière de 
prier ; mais on n'en retrouve aucun , du moins en 
France. Les stalles de la cathédrale de Poitiers signa- 
lées comme les plus ancienne^ ne remontent qu'à Tan- 
née 1239 (2). Il faut peu s'étonner du reste de la 
perte totale de no^s anciennes boiseries. Quand un si 
grand nombre d'églises , bâties de pierres , pirofondé- 
ment enracinées dans le sol , a cependant disparu par 
l'influence de mille causes violentes, comment un meu- 
ble délicat et fragile eut-il pu résister , ayant de pins 
contre lui le danger du feu , la dent des vers et ce 
germe natif de vétusté que le bois le plus dur porte 
dans ses flancs P En nous félicitant d'âToir trouvé danè^ 
les annales de l'histoire de quoi suppléer à cette la- 

(1) Statuimns quôd Stallus seu locus crit in choro ubi bine indè 
tàm primi capcllani quàm alii qui ibidem a^signantur assideant, ap.. 
Lobincau bist. Paris, t. m. p. 339. 

(2) Voir la note ««l. n.» 1. à la fin du vqU 



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— 405 — 

cune , il nous reste le regret de ne pouvoir étudier sur 
des types certains et, pour ainsi dire , pièces en mnin, 
le style et les formes qu'ont successivement revêtus ces 
monuments. Toutefois , les diverses périodes du moyen- 
âge imprimèrent à toutes leurs œuvres un caractère telle- 
ment exclusif et original , que sans craindre de se 
tromper , Ton peut dire que les stalles furent sévères , 
lourdes , et chargées d'ornements bizarres avec les édi- 
fices romans et bysantins ; nobles , graves , élégantes 
avec les églises gothiques ou ogivales , et coquettes , 
fleuries et même un peu précieuses avec le goût flam- 
boyant des XV. • et xvr.* siècles. Elles demeurèrent , d'ail- 
leurs , dans tous les temps, assujefliès à un même mode 
de construction dont leur destination ne pouvait leur 
permettre de s'écnrler. Ainsi , l'on y rencontra toujours : 
la miséricorde , Tappui , le museau , la parclose , Tac- 
coudoir , et dans les grandes églises le haut-dossier , 
le dais et le double rang de hautes et basses formes. 

Déjà nous avons dit que la Miséricorde ou Patience 
est le petit siège attaché au siège principal sur lequel 
on se tient en même temps assis et debout , quand 
celui-ci est levé. On le nommait encore subsellia , se- 
dicula en latin et sellette en français. 

"V Appui ^ que la basse latinité appelle podium^ s'en- 
tend quelquefois de la pièce de bois sur laquelle ou 
appuie les coudes lorsqu'on est sur la miséricorde et 
plus ordinairement de la partie antérieure de la stalle 
disposée en prie-dieu. 

La Parclose » sponda » sépare une stalle d'une autre 
stalle. C'est de Téchancriire et de la courbe élégante 
de la parclose que les formes empruntent principale- 
ment la légèreté cl In grâce qui les distinguent. 



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r~ 106 — 

L'extrémité de la pièce de bois dans laquelle s'en- 
gage la partie supérieure de la parclose est le Museau 
de la stalle. Il est souvent orné de sculptures. 

V Accoudoir ou Accotoir , que nos ayeux appelaient 
croche, est placé sur le rampant de la parclose et sert 
d'appui aux coudes quand la stalle est baissée. L'ar- 
tiste du moyen-âge ne manque pas d'y faire briller la^ 
richesse de son ciseau. 

Le Haut' Dossier est le lambris contre lequel 9'ados^ 
sent les stalles et dont la riche structure s'élève quel- 
quefois de plusieurs mètres au-dessus d'elles. Il ne forme 
pas une partie intégrante du siège , mais il en est sou- 
vent le plus brillant accessoire et lui donne un ca- 
ractère de noblesse et de grandeur que sa nature ne 
semblait pas comporter. Dès le xiv.* siècle, l'usage avait 
prévalu d'entourer d'une ceinture de murailles le chœur 
des basiliques. Tout-à-fait en désaccord airec le style 
des édifices dont elles troublent Tharmonie et embar- 
rassent la perspective , ces lourdes constructions trou- 
vaient cependant une sorte de justification dans la. 
nécessité de se mettre à l'abri des rigueurs du froid , 
surtout pendant la célébration des ofiices nocturnes. Nos 
chanoines d'alors étaient d'autant plus excusables d'a- 
voir recours à ce moyen, bien que désavoué par le 
bon goût y que la fourrure de leurs vêtements ne les^ 
garantissait pas assez contre la fraîcheur des églises ,^- 
depuis que les heures canoniales déjà fort longues s'é- 
taient accrues de grand nombre d'autres offices , tel» 
que , le petit office de la Vierge , l'office des morts , 
les psaumes graduels , les sept psaumes pénitentiaux 
à certains jours et une multitude de fondations diver- 
ses. Il est encore possible qu'on ait appuyé l'innovation 



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-. 107 -- 

ttur l^usâge antique de dérober aux fidèles la Tue dei 
mystères ; qu'on ait allégué , par exemple , la coutume 
observée en Occident de couvrir de voiles et de tapis- 
series rentrée du sanctuaire jusqu'à ce que les catéchu- 
mènes aient été congédiés, ou celle des Grecs qui 
surhaussaient la balustrade placée entre la nef et le 
chœur , de V Iconostase , c^est- à-dire d'une cloison or- 
née de colonnes et d'images peintes qui ne laissaient 
pénétrer Toeil dans Tenceinte sacrée que par Tétroite 
ouverture d^une i>orte (1). Quoiqu'il en soit des rai- 
sons qui ont déterminé nos ayeux h fermer les chœurs 
des églises , Tart chrétien s'empara de ce défaut et le 
voila d'un chef-d'œuvre: Il éleva en avant du chœur 
de magnifiques jubés , il sculpta les murs faisant face 
aux nefs latérales, et au dedans, il enrichit nos stalles 
de glorieux dossiers. 

Cn Dais ou baldaquin, élégamment décoré d'ogives, 
d'aiguilles , de clochetons , de pendentifs et culs-de- 
lampe ou , comme disaient nos pères , de souspentes 



(1) Goar, nol. in menolog. Gfaec. — Cyp. Robert, sur les Eglis. 
de Russie , Univers Cdth, 1839. — La liturgie des Gophtes dit que , 
le prêtre entrant dans Vactton du sacrifice qui est le Canon, on 
tire le rideau pour cacher le Sanctuaire et le prêtre s*y tient comme 
dans le Saint des Saints hors de la vue du peuple. L*oraison qu'il 
récite alors en secret s'appelle Oratio Veli. — A Amiens , la veille 
du l.<^ Dim. de Carême, on tendait un grand voile entre le 
Sanctuaire et le Chœur: Broda ponitur ad altare dit TOrdinaire.. 
Lanfranc dit également dans ses Statuts, ch. I. n." 3.: Dominicâ 
prima quadragesimœ post completorium suspendatur cortina inter 
chorum et altare. A Amiens , on faisait tomber le voile à ces mots 

du récit de la Passion: Vélum scissum est médium A Jumiè- 

ges , on le déchirait réellement. ( Ordo 5. Ambian. Ecc. pag. 75 
et 99« ) 



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— 108 — 

et lampettes , surmonte ordinairement le dossier et forme 
à la stalle une magnifique couronne. 

Quand les stalles sont disposées à droite et à gauche 
sur deux rangs étages, le rang supérieur prend le nom 
de Stalles-Hautes ou Hautes-Formes, Tinférieur, celui 
de Stalles-Basses ou Basses-Formes, On trouve cette 
dénomination dans des chartes fort anciennes ; un titre 
du Chapitre de Rouen parle d'un chanoine qui, après 
avoir prêté serment, fut installé dans une basse- form» , 

du côté gauche : Juravit et fuit stallatus in parte 

sinistré^ in hassér-formâ (1). De distance en distance, 
la ligne des B€tsses-Forme» est interrompue pour ouvrir 
des passages qui mènent dans les Hautes-Formes. 

Telles sont les richesses plus ou moins complètes 
dont se vantent encore aujourd'hui les Stalles de la 
cathédrale de Poitiers , de Notre-Dame de Rodez y de 
Ste.-Marie d'Auch , de Notre-Dame de Brou , de l'an- 
cienne abhaye de Pontigny , de Notre-Dame de Rouen, 
de St.'Martin-au'Bois prés Beauvais , de Mortain , de 
St.-Bertrand de Comminges, de St. -Claude, d'Orbais, 
d'Ulm en Allemagne , etc. , etc. 

Aux plus belles d'entr'elles , les Chaires de Notre- 
Dame d'Amiens disputent le premier rang. Il est temps 
de nous en occuper. . 



Le jour qui vit Notre-Dame d'Amiens , œuvre de foi 
oulant que de science, lever plus haut que presque 

(l) Ex Rcgcslis cap. Rolh. T. IV hist. Harc. p. 1439. 



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-. 109 — 

toutes les basiliques du monde son front splendide et 
radieux, ne fut pas celui ou s^éteignit dans les âmes 
l^ardent enthousiasme qui Tavait enfantée à une exis- 
tence si glorieuse. Pour aToir perdu quelque chose ^ 
beaucoup peut-être, et du génie qui conçoit les gran- 
des entreprises , et du courage qui les accomplit , les 
deux siècles auxquels le xiii.^ céda la place n'en fu- 
rent pas moins envers elle des siècles amis et déyoués , 
tuteurs vigilants de sa gloire acquise, non moins que 
bienfaiteurs jaloux de Tenrichir d^une magnificence 
nouvelle. En 1288, après 68 ans de travaux, Notre- 
Dame était debout ; mais il manquait à son majestueux 
portail ses deux tours ; aux pignons inachevés de ses 
façades latérales, leurs roses; à beaucoup de fenêtres ^ 
leurs étincelantes peintures ; à plusieurs arcs-boutants 
ou contre-forts , leurs élégantes aiguilles pyramidales ; 
aux collatéraux de la grande nef la double ligne paral-^ 
lèle de leurs chapelles : ce fut la tâche du xiv.' siècle. 
Le XV. « ne resta pas en arrière : c'est alors que d'irn-** 
portants travaux de consolidation réparent ou préTien-* 
nent des accidents de nature à menacer la sûreté de 
l'édifice , que les grandes orgues répandent pour la 
première fois leurs sévères harmonies clans Timmensité 
du temple , que la charité des fidèles et du clergé pro- . 
digue au maître-autel , point central autour duquel 
rayonnent tontes les gloires de la basilique , les plus 
somptueuses richesses , tandis qu'au même temps une 
partie de la clôture du chœur reçoit de la libéralité 
d^un chanoine ses mémorables sculptures , et que la mu-* 
nificence d'un pieux pontife élève en avant le Jubé, 
l'un des plus beaux du royaume. 

Héritier de ces merveille» exécutées pour ainsi dire 



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-► 110 — 

»ou8 le feu des guerres civiles et étrangères dont le 
nord de la France était alors le théâtre, le xvi.' siècle 
ne répudia pas l^esprit de zèle que lui avaient légué ses 
devanciers. Quoique sur le point de repousser les idées 
dont les arts s'étaient inspirés pendant plus de cinq 
cents ans, et de développer au sein de la société le 
germe des plus funestes révolutions, il sut encore ai- 
mer un instant d^un amour pur notre cathédrale, et à 
l'exemple encore d'un âge déjà moins apprécié, ce fut 
par un chef-d œuvre qu'il lui paya sa dette, saluant 
en quelque sorte d'un dernier regard et d'un dernier 
hommage la foi qu'il allait battre en brèche et Tère 
gothique si long-temps souveraine à laquelle il disait 
un long adieu. 

Les stalles qu'on voyait à cette époque modestement 
assises de chaque côté du chœur, ne paraissaient ré- 
pondre ni à la majesté de Tédifice^ ni à la dignité 
d'un nombreux et puissant chapitre (1). Depuis sur- 
tout que le Jubé et les murs de clôture , élevés de 
plusieurs mètres au-dessus d'elles, présentaient la face 

(1) Une exploration assez difficile que nous avons osé faire dans 
rétroit espace que laissent entre eux les dossiers dés Stalles et 
le mur sur- lequel elles s*appuient, nous a mis à même de cons- 
tater que la boiserie nouvelle occupe en hauteur et en largeur un 
espace bien plus considérable que sa devancière. L*enduit de matière 
et de badigeon revêtant la partie de cette muraille qui était alors 
apparente, ne prend naissance qu'à la hauteur d'environ 2 mètres 
du sol et marque évidemment la ligne où finissait autrefois un 
lambris qui ne peut avoir été que le bas-dossier des Stalles. On 
remarque également vers le milieu de la seconde travée du choeur, 
c'est-à-dire à moitié chemin de la ligne actuelle des Stalles , la dé- 
sinence du mur brut caché alors par le meuble et le commencement 
du mur paré pour être vu. 



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— lii — 

humide et peu gracieuse de leurs parois , asseï mal 
"déguisées sous une couche de peinture monochrome 
dont ce qui reste aujourd'hui n*est pas de nature à 
donner une haute idée, il n'était personne qui n'ap* 
pelât de ses vœux ces chaires à hauts dossiers et à 
dais pendants, si propres par leur riche lambrissage 
à faire oublier le vice des lourdes murailles de pierre. 
L'exemple de plusieurs églises voisines, qui montraient 
avec orgueil la parure nouvelle de leurs chœurs, n'é- 
tait pas d'ailleurs sans action sur les esprits , et Ton 
ne peut douter que celui de Téglise de Rouen n*ait 
contribué pour quelque chose à la noble et vive ému* 
lation qui anima sur ce point nos pieux ancêtres. On 
savait avec quelle persévérance et à travers quelles 
difiBcultés le zélé chapitre de cette métropole venait 
de mener à bonne fin une entreprise de ce genre , 
et les vieillards de la ville d'Amiens n'avaient pas perdu 
tout souvenir de la présence parmi eux des députés 
normands, venus pour recruter dans les rangs de nos 
sculpteurs picards des aides nécessaires à Tœuvre de 
leurs stalles (1). 

(1) On lit dans V Appendice «youté par M. A. Deville à la descript. 
des stalles de Rouen par H. Langlois : « 1465, 19 novembre. Le 
chapitre trouvant que le travail avançait lentement prend le parti 
d'envoyer en Flandre et autres lieux, pour recruter des ouvriers, 
le Huchier Guillaume Basset, le même qui avait été chargé d'ache- 
ter du bois dans la forêt Lyons. Son voyage dura vingt jours. Le 
compte de la fabrique nous donne le nom des villes qu'il parcou- 
rut: « à Guillaume Basset, Huchier, pour avoir esté à Apville 
(Abbeville) à Montreuil-sur-la-Mer, à l'abbaye de Fécamp, à Hédin, 
à Brusselles en Breban, à Nivelle en Breban, à Lisle en Flandres, 
à Tornay, à Arras, à Amkns et en plusieurs lieux, pour trouver 
et avoir des ouvriers de Hucherie, pour abrégier l'œuvre de» 
chaëres, etc. » 



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Il tardait à notre généreux chapitre d'entrer dans là 
mémo voie. Répondre au i^œu commun, c'était suivre 
rélan de sou propre zélé que la pénurie seule du tré- 
sor avait pu tenir un instant comprimé (1). La réali- 

(1) Des causes diverses, au nombre desquelles il faut mettre le 
fléau de la guerre , avaient tellement épuisé les ressources du chapitre 
au commencement du xy." siècle, qu'il se trouvait hors d'état de 
payer les chantres qui Taidaient à faire l'office. En 1426, il sollicite 
du pape Martin Y la permission de rendre amovibles douze chapelles 
et de les aCTecter à douze ecclésiastiques qui seraient tenus de prêter 
gratuitement leur concours dans la célébration de l'office canonial» 
{ P. Daire. Hist. de la ville d'Amiens. Tom. II. p. 188.) Les 
statuts que ce même corps adressait aui curés de sa juridiction soqs 
Vépiscopat de Jean Avantage en 1464 , sont loin de supposer que ses 
finances aient été en meilleur état. Le 23.* canon est ainsi conçu : 
« Nous ordonnons, sous une peine dont nous nous réservons te choix, 
)> que, tous les dimanches et fêtes solennelles, pendant la célébra- 
» tion des saints mystères, et aussi lorsque vous entendez les con- 
» fessions ou que vous recevez les testaments, vous avertissiez cha- 
» ritablement vos paroissiens de vouloir bien se souvenir dans leurs 
D aumônes, legs et pieuses largesses de la fabrique de l'église 
» d* Amiens, laquelle église a malheureusement besoin de réparations 
» qui doivent entraîner les plus grandes dépenses. » (Yeter. script, 
ampliss. coll. Tom. VU. col. 1272. ) Dans un titre de l'année 1480 
par lequel le chanoine Pierre Roussel institue le chapitre légataire 
de deux maisons, le donateur déclare se décider à cet acte de 
libéralité par la considération que la fabrique de l'église est grevée de 
très-lourdes charges et qu'elle a besoin, pour les supporter, de 
sommes d'argent considérables. (Arch. départ. Titres du chap. d'A- 
miens, arm. l.'', liasse 36.) Aussi, lorsqu'en 1485 le chapitre ré- 
solut de décorer avec plus de magnificence l'autel principal, fit-il 
un appel à la générosité du clergé et du peuple* Le corps de ville, 
les communautés et les particuliers l'aidèrent à Tenvi de leurs lar- 
gesses. Nous ne voulons pas manquer ici l'occasion de faire connaître 
è la fois et la nature des moyens auxquels l'ardente piété de ce 
temps-là permettait de recourir, et les noms de plusieurs donateurs 
que le Us. des Chapitres Généraux a sauvés de l'oubli: les PP* 



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— 118 — 

taiÈon àe quelques économies jmnte à Tespoir dm con- 
xiovan îiiâindud de ohacun é& ses membres, suffit donc 
pour \m donner la o(Hiiiance dès les premières années 
du X¥i.* ttèole, d'entreprendre la reconstruction des 
chaires du obœur, œuvre immense et presque témé- 
raire si Ton réfléchit que, dans la pensée de tous, U 
ne s'agissait de rien moins que d'assurer à la nouTcUe 
boisera, sur celle des autres églises, la prééminence 
dont se vantait à bon droit la basilique elle-^mème, 
en présence de ses Miustres rivides. 

GordeUeiB, 40 Uv. ^ L'abbé de St.-lf artiiwuix-Jumeaux , id liv. 
— Le prieur de Pas, 45 Uy. — Jean Charpentier, chanoine, 10 
liv. — L'archidiacre d'Amiens , 50 tiv. — Jacqueline de Gourselle , 3 
Uy. 10 s. — Chaque chanoine nouvellement installé, 10 liv. — Il 
se fusait aussi des oblations dans toutes les églises. 

Tant de IBiéralité dans le zèle spontané des particuliers ne suffi- 
sait c^>endant pas toi^ours à des entreprises qu'on tenait à rendre 
dignes , par leur grandeur et leur perfection , de la Basilique elle- 
même dont on les regardait comme le complément, et Ton fût en- 
core obligé de faire entrer dans l'œuvre dont il s'agissait , de curieuses 
pièces d'argenterie du trésor, telles que la représentation en argent 
de la ville d'Amiens, donnée par Louis XI, à l'époque où il voua 
son royaume à la Ste-Yierge, plusieurs reliquaires précieux, des 
joyaux tirés de la châsse du chef de St-Jean, et le pignon de 
la même châsse qui était en partie d'or. ( Chap. gén. Ms. de la bibl. 
d'Amiens. ) 

A une époque encore plus rapprochée de la date des Stalles, le 
chi^itre fit des dépenses de nature à grever de plus en plus son 
trésor. En 1497, il reconstruisit à neuf un des piliers de la croisée ; 
la même année, des chaînes de fer retenues par des ancres furent 
placées dans les galeries intérieures, le long des murs latéraux du 
chonir et de la nef pour en empêcher Técartement; enfin, cinq ans 
seulement avant l'entreprise des Stalles, en 1508, deux des piliers à 
gauche dn chceur qui Avaient été ébranlés par la re^nsitrwîtioii.du 
pilier voisin , fucent eux-mêmes n^lahlis ou consolidés à grands/frais. 
( Bescr. de la catti. dIAmiens, p. M. Gilbert, p. 301. ) 

8. 



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— 114 — 

Poar atteindre sûrement son but , le Chapitre n'eut 
pas à rechercher au dehors les hommes dignes de sa 
confiance; l'habileté éprouvée des huchiers et des tail- 
leurs d^imaiges amiénois lui parut offrir , sous le double 
rapport de la menuiserie et de la sculpture, toutes les 
garanties d'un bon et consciencieux travail. Arnoui. 
BouLfN, maître menuisier d^ÀMiENS, sollicita Tentreprise 
et Tobtint, Un devis fut dressé et un traité passé avec 
lui pour la construction de cent vingt Stalles dont 
les miséricordes , accoudoirs , panneaux , hauts-^lossiers , 
dais, pendentifs et pyramides seraient richement his- 
toriés de sculptures. Il fut convenu que le principal 
entrepreneur gagnerait par jour sept sols tournois, y 
compris son garçon apprenti , et pour la conduite en- 
tière de Touvrage , douze écus par an , à vingt -quatre 
sols par èou. Le salaire des simples ouvriers ne devait 
être que de trois sols par jour. « Quant aux sculptures 
» et histoires des sellettes , dit un Ms. de la Biblio- 
» thèque d'Amiens , le marché en fut fait à part avec 
» Antoine Avernier , tailleur d'images , demeurant à 
n Amiens , moyennant trente-deua sols la pièce (1). » 

Le choix de la matière n^importait pas moins que ce- 
lui des ouvriers. Rien ne fut négligé pour obtenir les 
plus belles qualités de bois. Le chêne et le châtaignier 
forent tirés à grands frais de la belle forêt de Neu- 
ville-en-Hez , près Clermont-en-Beauvoîsis (2). On assure 

(i) Chapitres généraux de la cathédrale. 

(S) La plus grande partie des bois qui ont servi à faire les 
Stales de Véglise d* Amiens, proviennent de la forêt de Hex, dit 
D. Grenier dans sa notice manuscrite sur Glermont. — « Cette forêt 
f> produit quantité de chênes dont le bm est extrêmement beau et 
» très-propre à la construction des bâtiments. On en a fait usage 



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même qae l'on fit yenir piur St.-Valery et AbbeyiUe le 
ehéae de la Hollande , dont on «>8t spécialement aervi 
pour les bas-reliefs (1) . L'état d^heoreuse conserFatioa 
dans lequel se trouve, après plus de trois siècles, lu 
boiserie toute entière, témoigne assez du soin qu*w 
apporta dan» un choix qui n'intéressait pas moins la 
durée de , IVeuvre que sa perfection. 

Il était , au reste , difi^ile qu'aucune des précautions 
propres à assurer le succès de ce grand travail fut 
omise ou négligée : Ip Chapitre avait commis , pour le 
diriger et le sun^eiller , quatre chanoines , qu'il ne choi* 
sit sans doute pas parmi les ravins capables , et . les 

» pour la charpente du ch&teau des Tuileries, d'après- une ordon-^ 
» nance de Gluirles IX ( vr vol^ des ordon. de Charles IX, câté .^, 
» p. 115. } adressée au maître particulier ^e cette forêt qui lui en- 
» joint de faire marquer et de délivrer aux officiers delà reine Cà- 
» fherine de Médicis , vingt arpents de bois de hante-fhtaie , propre à 
B bfttir. » ( Mémoire, sur Clermont envoyée D. Grenier, le 17 dé- 
cembre 1767, par M. Le Moine ^ valet, de chambre du roi, pi^bUé 
par M. de Cayrol, dans le tom. l*"*^ des mém. de la Société des 
Antiq. de Picardie , p. 274. ) 

H. Rivoire et M. Gilbert, dans leur description de là cathé- 
drale, disent que le bois de construction des Stalles, fut • aussi^ tifé 
de NeuviUe-en-Hainaut ; cette erreur a pris naissance dans le Ms. 
d*un Sr. Bernard ( Bibl. d'Amiens n.» 510 ) lequel donne 1^ noip 
de Neuville- en 'Haehavt près de Cfermonf-en-BBAuvoisis à la forél 
de Neuville-enrHéz. MM. Rivoire et Gilbert n'accordant pas assez 
de confiance au Ms. de Bernard pour admettre avec lui que le 
HainaiU soit en Beatwoiêis ont restitué à la ferét de NeuvUle^ea- 
Hez rhonneur d'avoir Ibunii le bois de nos stalles; mais pour ne 
pas donner à leur devancier un démenti trop absolu, ils ont sup- 
posé dans le ffainaut un second Neuville dont la géographie ne 
parle pas. 

<1) Ms. appart. à M.*' révoque d'Amiens. — M. Gilbert, descript. de 
la catb. p. 290. — Rivoire, id. p. 182. 

8.* 



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— 14» — 

HBoind teéAéè, Cette tnesure offrait la garantie la pitr» 
eei^tmiiè, mtm iecileme^t de la vigAance et des doin» 
^i {KrésideraîeDt ^ f exécution de ia partie purement 
matér^lle -de Tentreprifte , mais surtout do la science , 
àtt JifoceHiement ^ de la sagesse qui en réguleraient la 
partie Morale, détftî^inant le choix des scènes à sculp- 
ter , leur composition , leur ordonnance , leur empla- 
eement plus convenable , initiant les traTaiAeurs au 
séfns véritable et plus élevé de la B%le ou des légendes , 
et jpoftant quelquefois le simple savoir-faire de rouvrier 
jusqu'à la bautettr eu génie et de la pensée Inystique 
de ïexéQèie et du théologien. Nous ne savons guèrcs 
maintenant comprendre Tidée de Tintervention du prêtre 
è«ùê Texéottiion des oeuvres d'art religie«tes ^ paR«ce <pie 
n6ufc ne savons que trop facilement nous contester de 
nos monotones églises d'^aujourdliui et de leurs ameu- 
blements non moins insignifiants qui ont chassé les %ftr 
tùires de Jésu»-Ghrist et des Saints au profit de Vot 
f&B% et du etinqu^t ; mitiâ Vienne le Joiir où le tfdti^ 
-d'œll qui élève un mur d'aploml) , et le ciseau qui pro- 
file hardiment une corniche , ne suffisent pliis ^ feû- 
gence de notre goût plus éclairé ; que nous comprenions 
ettfin la stécessîté d'animer kios portails des myslàNs» et 
ïa ¥oi, de donn et à nos autels une autre pirrure qu'ttne 
menteuse imitation çle marbre, de ressusciter les mer- 
veiUes de l'orfèvrerie sacrée ou de ^ scu^ture sur 
Ikhs ; »en ce joui*, qui n'est peut-^élre pas éloigné, à qui 
Ireviefiid]^ le dr^nt et te devoir d^înspirer ces sublimes 
travaux , si ce n'est aux hommes que leur vocation eft 
leurs études rendent jles dépositaires et les inteiprètes 
naturels de la science de la religion et de Dieu? (1) 

(1) Ces réflexien» étaient écrites lorsque nous ayons été heureux 

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— il7 — 

A U08 yeux, les conducteurs de l'œuvre des Stalles « 
méritent une bonne part dans les éloges décernés 9m\ 
artistes qui les ont sculptées; c'est leur intelligence qui 
s*^t répandue sur elles, et leur a soufflé la "vie. Le 
nom de ces hommes apppartient à l'histoire. Inscriv^Mia 
donc : Jean Dumas, Jean Fabus, Pierre Yuaiu^ et JeAR 
Lbnglachjê (1). 

Au mois de juillet de Tannée i50S, l'œuvre était pré-* 
parée« Le troisième jour de ce mois, sous les auspices 
de la Sainte-Vierge dont la solennité de la Visitation 

d'apprendre que nous nous étions rencontrés dans cette opinion avec 
le Comité historique des arts et monuments. Monsieur Didron secré- 
laiie du comité , après avoir entreteau rassemblée de plusieurs dé- 
tails concernant les stalles d* Amiens et annoncé avec bienveillance 
le travail que nous terminions alors sur ce sujet, s'exprimait ainsi: 
« Il est à remarquer qu'une commission permanente d'ecclésiastiques 
» tat chargée de diriger le travail des sculpteurs, et que deux ec- 
» clésiastiqiies, versés dans l'iconographie religieuse, furent appelés 
» pour visiter l'ouvrage au moment où on le commençait. On de- 
» vrait ai^ourd'hui prendre exemple sur ce qui se faisait, même 
» encore an xvi/ siècle, et demander l'avis du clergé, lorsqu'on 
» exécute dans les églises une œuvre d*art quelconque, surtout des 
» sculptures et des peintures où tant de questions d'archéologie, 
» de théologie et d'histoire peuvent se trouver facilement corapro- 
» mises. » 

M. le baron Taylor a ajouté : « qu'en Espagne actuellement en- 
» core, une œuvre d'art ne s'exécute pas pour une église , sans qu'une 
» conmiission ecclésiastique ne donne son avis au préalable et ne 
» nirveiUe les travwx pendant toute leur durée. » ( Bulletin archéo- 
log. If vol. n.» t. ) 

(1) L^asuvre de la magnifique table d'autel dont nous avons parlé, 
avait été également placée sous la conduite d'un chanoine. C'était 
le chanoine Pierre Bcbrt, précepteur des évéques Jean et Louis de 
Gaucourt , et poète fort habile. Les deux orfèvres furent Pierre Fambl 
et Pierre Diddey. 



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— 118 — 

avait été célébrée la veille , François de Halluin étant 
évéqne d^ Amiens , et Adrien de Hénencourt , doyen da 
Chapitre, les travaux commencèrent dans ta grande 
salle de l'évôché, qui devait servir d'atelier pendant 
toute leur durée. Un ouvrier bien inspiré, sans peut- 
être se douter que la postérité lui devrait quelque re- 
connaissance de ce soin, nous a transmis, gravée sur 
la boiserie elle-même, la date précieuse de Touverture 
des travaux. Entre la 89.« et la 90 .« stalle', on fit de 
chaque côté de Tappui qui les sépare : 

1508. 

Envisagée de plus près, Tentreprise ne tarda pas 
à s'agrandir au-delà de tout ce qu'on avait pressenti. 
C'est dans la crainte qu'elle n'excédât les forces d*un 
seul maître d'ouvrage et pour hâter des travaux qui 
meDaçaient d'être longs, que le 10 septembre 1509, 
Ajt^YAKDRB HuET, mcnuisicr d'Amiens, fut associé au 
premier entrepreneur, aux mêmes conditions que lui, 
tant par jour que par an (1). 

Le travail fut aussitôt réparti entre les deux maîtres. 
Alexandre Huet dut s'occuper des chaires du côté droit 
de l'église , Arnoul Boulin de celles du côté gauche 
(2). Il en résulta une vive émulation qui tourna cer- 
tainement aiu profit de l'œuvre. 

(1), 0ecoai:t» Mémoires chronologiques ^m servir à Thist. d'Amien», 
tom. n«. p. 17. Ms. de la bibl. royale. M. Didron, sur notre de* 
mande, ayant eu rextréme obligeance de faire extraire de ces mé- 
moire$l\e texte relatif aux Stalles d* Amiens, nous ayons pu recti- 
fier des erreurs avancées ou admises par plusieurs écrivains , et faire 
connaître quelques détails historiques ignorés jusqu'ici et qui ne sont 
pas sans intérêt. 

(3) Ghap. génér. de la cathéd. 



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— H9 — 

Le 5 novembre de la même année, Arnoul Boulin 
partit pour Beauyais et St.-Riquier afin d'y voir 1 e 
chaires de ces églises. 

Deux ans après, au mois de juillet 1511, Alexandre 
Huet s^unit à Arnoul Boulin pour aller étudier à Rouen 
les chaires de la cathédrale, comme on Tavait fait a 
Beauvais et à St.-Biquier. 

La modestie et une honorable défiance d'eux-mêmes, 
autant que leur noble ambition, inspiraient à nos artistes 
ces laborieuses démarches. Ils se promettaient bien de 
mieux faire que leurs maîtres , mais c*était en les pre- 
nant pour guides et en Tenant humblement s'instruire 
à leur école , et recueillir les fruits de leur expérience 
et de leur génie ; semblables en cela à tous nos artistes 
du moyen-âge , architeetes , maçons , peintres et sculp- 
teurs des cathédrales qu'on avait toujours vus tendre 
au progrés par Tétude et Testime du passé, et créer 
des œuvres d^une individualité propre , quoique appar- 
tenant par de nombreux caractères à une commune fa- 
mille. Les anciennes stalles de St.-Riquier et do Beau- 
vais n'existant plus aujourd'hui, nous ne saurions dire 
ce que les nôtres ont emprunté de ces sœurs ainées. 
Ce qui reste de la boiserie de Rouen nous permettra 
plus tard la comparaison de quelques sujets identiques 
à ceux qu*on trouve à Amiens. 

Dans rintervalle des deux importantes missions dont 
nous venons de parler, le Chapitre voulut avoir Tavis 
de deux religieux Cordeliers d'Abbeville , experts et re- 
nommés dans Tart de travailler le bois. Il les fit venir 
à Amiens au mois d'octobre 1510 et leur paya pour la 
consultation, y compris le voyage, vingt sols (1). 

(1) Decourt:, mémoires chronologiques, etc., etc. — D. Grenier^ 

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— 120 — 

C'est postérieurement à eette époque, c*est-à-dire au 
mois de décembre 1516, que l'on voit paraître dans 
les comptes du Chapitre le nom de Jehan Trupin , simple 
ouTrier travmllant sous les maîtres, aux gag;es de trois 
sols par jour , et non pas , comme on Ta dit (1) , di- 
recteur ou entrepreneur principal des travaux» Le nom 
de Trupin est le seul dont la boiserie se soit elle-même 
chargfée de garder le souvenir. On le trouve inscrit sur 
une banderoUe roulée au-dessous du museau de la S&/ 
stalle , la dernière stalle-baute du côté gauche vers le 
Sanctuaire. Un peu plus bas , Taccoudoir du même siège 
représente un élégant ouvrier occupé à entailler une 
image, (pi. xv , n." 3. ) Le rapprochement de cette fi- 
gure et de ee nom qui n'est certainement pas sans des- 
sem , autorise à conclure que Jean Tri^in n'appartenait 
pas à la classe des simples huchiera ou bahutiers, mais 
à celle des tailleurs d'imaiges ou sculpteurs. Nous avons 
rencontré une seconde fois le nom de Jehan Trupin 
de ce même côté gauche des Stalles, qui est la por- 

Notês fttf Clermont en Beauvoisis, Selon ce dernier auteur, les deux 
religieux étaient de simples frères convers, Decourt leur donne au 
contraire le nom de pères, et rien n*empéche qu'on ne suive son 
avis. Le religieux, pas plus que le chanoine, ne croyait déroger en 
aucune manière à la dignité de son état, en se rendant habile dans 
une profession mécanique dont Texercice était profitable à la gloire 
de Dieu et aux intérêts- de sa communauté. Dans le cours du xi.« 
siècle, on voit un évéque d'Auxerre réserver plusieurs ptébendes de 
son église ^en faveur des ecclésiastiques qui sauraient des métiers, 
lune pour un habile orfèvre, Tautre pour un savant peintre, la troi- 
sième pour un varier adroit et intelligent. Les chanoines en firent à 
révéque leurs remerctments. ( Lebœuf , hist. ecclés. d'Auxerre , tom. i, 
p. 246. ) 

(1) Rivoire, Descript, de la cath, p. 182. — M. Gilbert, id* 
V» 292. — M. H. Dusével, Notice sur la cathéd. 2.<' édit p. 86. 



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- 12i — 

tion de l'œuvre éohœ à Arnonl Boulin tous Tautorité 
duquel il travaillait «ans doute ; mais cette fois le nom 
du savant ouvrier est accompagné d'uu souhait que la 
postérité répète de bon cœur ; sous Tappui 'qui sépare 
la 91.« stdUie de la 92.*, on lit: 

Aucun autre nom , parmi ceux des nombreux ouvrier» 
employés par les deux maîtres , n'est venu jusqu'à 
nous (1). Les comptes des recettes et des dépenses de 
Tœuvre qui existaient autrefois parmi les titres du Cha- 
pitre , ne se trouvent plus au dépôt des Archives dé- 
partementales qui a dû les recueillir avec les autre» 
pièces. Leur perte infiniment regrettable nous prive d'une 
foule de renseignements curieux sur le nom , la qualité, 
la patrie du plus grand nombre des artistes , et nous em- 
pêche de suivre les phases diverses et probablement fort 
intéressantes de l'histoire d'une œuvre qui n'embrasse 
pas moins de douze à quatorze ans. 

Dom Grenier, Decourt et le P. Daire s'accordent à 



(1) Derrière le lambris deg StaHes , «ut la pierre dn mur de clô- 
ture, noos avons lu le nom de Vincent Jacob; l'absence de toute 
^uQiâcation ne permet pas d'affirmer que ce soit celui d'un ouvrier. 
— Noos voyons en 1530 , un François Dupré , menuisier» élever une 
chapelle de bois ou catafalque pour y placer le corps d'Adrien de 
Hénencourt. Le compte d'exécution du testament de Hllustre doyen, 

porte: « Item, le douzième dudit mois baillé a François 

» Diqpré pour la chappelle de bois faite au cœur de l'église au-dessus 
» du corps dudit defliinct, aussi pour avoir mis les tables et banqs 
» au palais et autres ouvrages par lui fait, payé comme appert par 
quictance, VII liv. 16 s. ( Archiv. départ., titres du ch. arm. !.'• 
liasse 44, n." 17.) Si François Dupbb n'est pas du nombre de ceux 
qui ont travaillé aux stalles , il en est assurément l'élève. 



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— 122 — 

fixer au 10 février 1519 raclièveraent de« travaux. Le 
Ms. des Chapitres généraus en recule le terme jusqu^à 
la St.- Jean 1522. D'un autre côté, les colonnettes qui 
font partie de la balustrade servant de clôture aux 
stalles du côté du Sanctuaire (pi. I. D et H.) portent, 
chacune sur un cartouche, la date de 1521. 

En présence de ces témoignages contradictoires , la 
considération que les Chapitres généraux ne font pas 
toujours preuve d'une grande exactitude , et que les 
balustrades on se trouve le millésime 1521 semblent 
n'avoir été ajustées qu^ après coup à la tête des stalles, 
nous avait fortement inclinés à nous en tenir à l'asser- 
tion du P. Daire et des autres ; lorsque la découverte 
d^une inscription postérieure à 1519 , sur le mur de 
clôture du côté où s'appuient les lambris des hauts- 
dossiers, nous a paru trancher la question en faveur 
de Topinion contraire. A la hauteur d'un peu plus d'un 
mètre, au lieu qui correspond au bas-dossier de la 69.^ 
stalle, nous avons lu cette phrase malheureusement de- 
meurée incomplète : l'an mtllb v.* et xxi le deux.* 

JOUR DE MAY FUT FRAPPE LE Gravéc con\p[ie avec 

la pointe d'un outil , sur deux pierres contigues , elle 
est parfaitement lisible à Texception du dernier mot. 
Or, est-il possible que cette inscription soit antérieure 
à la date qu'elle indique ou qu'elle n'ait été tracée sur 
le mur qu'après son revêtissement par le lambris des 
stalles? Nous ne le croyons pas. Le verbe fut^ qui ex- 
prime un passé , ne permet pas la première supposi-* 
tion. La seconde ne serait vraisemblable qu'en admet- 
tant qu'en 1521 un intrépide curieux se serait glissé , 
comme nous , entre le mur et la boiserie et aurait 
laissé , dans l'inscription , le souvenir de sa périlleuse 



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— 123 — 

trayersée ; mais qui ne voit toute rinvraisemblanee d'une 
telle hypothèse? En 1621 qu'avait-on à voir derrière 
les stalles, lorsqu'à deux ans de distance on avait tout 
vu? La date de Van mylle v.« xxi, deux.^ jour de 
may , est donc antérieure à la pose des Stalles : elle 
existait non seulement à Tépoque où furent établis les 
hauts-dossiers ; mais elle a précédé la mise en place des 
sièges eux-mêmes , puisqu'elle atteint à peine la hauteur 
de leurs bas-dossiers. Il suit de là que nos Stalles n'ont 
pas été achevées, comme on l'a dit, le 10 février 
1519. 

Si cependant l'on tenait à concilier le témoignage de 
nos historiens avec l'opinion que nous venons d'éta- 
blir, peut-être le pourrait-on faire en supposant que 
les Stalles furent en eflPet achevées le 10 février 1619, 
mais que pour des motifs dont nos annales n'ont pas 
gardé le souvenir , elles n'auraient été complètement 
mises en place dans le chœur de l'église que posté- 
rieurement au 2 mai i 52i . Ce qui se passa à Rouen , 
où les chaires ne furent terminées qu'en 1469, quoique 
les maçons aient commencé à les asseoir le S avril 1467, 
autorise cette conjecture. 

Pierre Vuaille et Robert Lenglez, notaires du Cha- 
pitre, avaient été chargés de faire la recette et la 
dépense des deniers ; l'œuvre achevée , ils présentèrent 
leurs comptes au Chapitre qui nomma pour les entendre 
quatre de ses membres, Antoine de Recourt, seigneur 
de Bontillerie, licencié-ès-lois et en décret, le même 
qui fut maître du Puy en 151i , Jean Fabry , Jean 
Faverin, dont le P. Daire nous a conservé la curieuse 
épitaphe (1) et Baudouin de Lagrenée. Le doyen du 

(1) Hist. littér. de la ville d'Amiens, pagN532. 

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— 124 — 

Chapitre, Adrien de Hénencourt, alors absent, ne put 
présider la commission. On trouva que la totalité de la 
dépense était de neuf mille quatre cent quatre-vingt- 
huit LIVRES f ONZE SOLS , TROIS DENIERS 0£0LES. LoS doUS 

particuliers de plusieurs chanoines ne s^étant élevés 
qu'à la somme de quatorze cent onze livres^ onze sols, 
« le surplus montant à S077 1. 1 s. 3 d. avait été 
» fourni par les offices de la fabrique et des ma- 
») rances , c'est-à-dire des deniers communs du Cha- 
» pitre (1). » 

Les Chapitres généraux s*écartent encore sur ce point 
de Topiniou unanime des historiens; ils portent la dé- 
pense à la somme de 11,230 1. 5 s. au lieu de 9,488 
I. 11 s. 3 d. ; mais il faut remarquer qu^ils comprennent 
dans cette somme le prix « de la clôture qui sépare le 
» Chœur du Sanctuaire , et des lutrins des chantres tant 
» des côtés que du milieu du chœur qui furent exé- 
» cutés en même temps que les formes (2). n II est 
aussi très-vraisemblable que certains frais accessoires, 
tels que ceux de la mise en place des Stalles , du car- 
relage sur lequel elles sont assises, des chevilles de fer 
qui maintiennent la charpente au-dessous du plancher, 
etc. , etc. f sont comptés dans la somme la plus forte , 
tandis que l'autre, plus faible de 1741 1. 13 s. 9 d., 
s'arrête uniquement au prix de la menuiserie et de la 
sculpture , tel qu'il fut versé par Pierre Vuaille et Ro- 
bert Lenglez entre les mains des huohiers et des tail^ 
leurs d'imaiges. Quelque soit le chiffre qu'on adopte, 
et après l'avoir élevé à la valeur réelle qu'il repré- 

(1) Decourt, Mémoires chronol, p. 17 et 18. 

(2) Chapitres généraax de la cathédrale. 



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— 125 — 

sente en notre monnaie actnelle, il paraîtra tonjoim» 
fort modiqne comparatiTement à ce qne coûterait an-* 
jonrd^ni un pareil travail « qne Ton ne ferait pas eue* 
n enter , disent MM. Rivoire et Gilbert , ponr la somme 

m de CEWT CINQUANTE MILLE FRANCS (1). i 

Les détaSs dans lescpiels nons sommes entrés diaprés 
les Mémoires ch/romoloyiquBê de Decourt, au sujet de la 
part que le Chapitre et les chanoines supportèrent dans 
les dépenses, ne laissent, selon nous, aucune sorte de 
probabilité à Topinion qui attribue au doyen Adrien de 
Hianencourt Thonneur d^avoir fait à lui seul tous les 
foais de cet immense travail. Cette opinion est en outre 
formellement contredite par une affirmation positive et 
ex|Aicite du même auteur, a Si, dit-il, les armes d'A- 
» drien de Hénencourt , alors doyen , sont en plusieurs 
» endroits, ce n'est pas qull ait contribué beaucoup 
» pAus que les autres chanoines (i). » Pressé, dans le 
temps même de la confection des Stalles, de donner 
ses soins et de prodiguer ses trésors à Tembellissement 
de la clôture extérieure du chœur , qui devait servir 
au«Bi de décoration à sa sépulture et à celle de Ferry 
de Beauvoir son oncle , Tillustre doyen s'était fait une 
assez beUe tâche. En Taccomplissant avec persévérance, 
en peuplant d'une multitude de personnages de pierre 
lès niches profondes ouvertes nxxx hystoireB àQ St. Fir- 
min et de St. Salve, en rehaussant des couleurs d'une 
vivante peinture et de l'éclat de Tor les groupes ma- 
:giiifiqueaient sculptés , il ne donnait pas seulement aux 

(l}1Riyoire, Description de la cathéd. p. 181. —M. Gilbert, id. 
p. 293. 

(1) Mémoires chronol. p. 18. 



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— 126 — 

chaires qu'on élevait de l'autre côté leur riche complé- 
ment, il achetait chèrement le droit d'en laisser la 
charge à ses collègues et au commun trésor. N^oublions 
pas toutefois que de toutes les offrandes particulières 
des chanoines au profit de nos Stalles , celles du doyen 
furent encore les plus abondantes, et n^hésitons pas 
à donner à ses Armes , lorsqu'elles passeront sous nos 
yeux , le salut de la reconnaissance et de l'amour. . 

L'érection des nouvelles formes, dont la svelte archi- 
tecture ne répondait pas moins heureusement 'aux ékms 
de l'édifice que leur riche sculpture aux graves images 
des portails, des clôtures et du jubé, fut un véritable 
événement pour notre église toujours jalouse et fière 
de la gloire de la maison de Dieu. Non contente d'en 
avoir consigné la mémoire dans ses annales, elle vou- 
lut qu'au milieu de la série des faits historiques que 
rappelait chaque année la table suspendue au cierge 
paschal, celui de leur élévation dans le chœur marquât 
sa place. La table paschale de l'année 1740 portait en* 
core , comme celle des années précédentes , sauf la 
différence du chiffre : Anno ah exstructis novis in clioro 
caihedriB 232.** (1). 

U fut beau sans doute de voir l'assemblée des QUA- 

(1) Ces 232 années se comptent du conunencement des trayaux, 
en 1508. — Yoici le début de la table ou chronique qu*on appen- 
dait à Amiens, comme en beaucoup d*autres églises, au cierge pas- 
chal , le samedi saint : Gonsecratus est hic cereus ad honorem Dei 
et D. N. Jesu-Ghristi qui Victor mortis et assertor vit», diinnA 
potenti rediyivus Uluxit populo suo in gloriâ patris quocum et spi- 
ritu sancto viyit et régnât Beus in sœcula s^culorum Amen. — 
Anno à creatione mundi , 5723. — A conditâ primùm urbe Abla- 
dana, qus posteà Somonobria dicta est, in his locis ubi nunc SS. 
Achii et AcheoU monasterinm. 3367. etc. etc. 



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— 127 — 

RÀNTB-TROis chanoîued , précédée de ses hauts dignitaires 
et suivie de ses soixante-douze chapelains ^ prendre 
pour la première fois possession de tous ces nobles 
trônes Y et ajouter comme un surcroit de vie aux 
groupes si animés de leurs sculptures! Cependant, le 
peuple fidèle, le peuple ami de la sainte hiérarchie de 
TËglise , ne se prit-il pas à regretter que le plus beau 
de ces magnifiques sièges ne fut pas destiné à son 
premier et principal chef, à celui dont la chaire avait 
donné son nom à la cathédrale même, à Tévêque? En 
d'autres églises où des stalles venaient d^ctre exécutées, 
le soin d^honorer la place des simples chanoines n'avait 
pas fait perdre de vue celui d'assurer au trène du pon- 
tife la prééminence de la richesse et de la beauté. A 
Houen, par exemple, il avait été décidé que la chaire 
archiépiscopale serait aussi riche ^ aussi complète et aussi 
belle que possible (1). Pourquoi les mêmes principes 
n'avaient-ils pas guidé le Chapitre d*Amiens? Ëtait-<3e 
que TEvéque d'alors, François de Halluin^ n'avait su 
mériter ni sa confiance ni son estime, ou qu'il ne 
s'était pas offert, comme l'archevêque de Rouen, à 
coopérer à l'œuvre par ses propres largesses? N'était-ce 
pas plutôt que le Chapitre tenait rigoureusement à 
préserver de toute atteinte la discipline qui lui attri- 
buait la juridiction exclusive dans le chœur de l'église? 
Par suite de ce droit, qu'on ne songeait pas alors à 

(1) Gonclusum quàm cathedra noTa fienda pro domino archiepis- 
Gopo Rothomagi fiât ditior , plenior , et excellentior quàm fieri pos- 
tit , attento maxime quàm ipse D. archiepiscopus et D. cardinalis 
de Estoutevilla plura de bonis suis elargitus est pro factura illius 
cathedrœ (not. de M. Ach. Deville sur les stalles de Rouen par 
Langlois p. 191.) 



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-^128 — 

contester, l'Evéque ne ponvait pas, comme érèque, 
«léger an chœnr. Si la troisième stalle, à gauehe, du 
côté du Sanctuaire , lui était réservée , il ne la devait 
qu'à son titre de trésorier du chapitre , dont la charge 
avait été unie à celle de Tévéché en 1149, par une 
charte de Tévêque Thierry, qu'avait confirmée en 1155 
le pape Adrien iv (1); encore n'était-il admis à Toccu- 
per qu'en revêtant, avec la permission du chapitre, 
Thabit de chanoine. Peu-à-peu les évêques s'aflEran- 
chirent de cette loi, sans cependant oser prétendre à 
la stalle principale, toujours réservée au doyen. En 
1642, M. Lefebvre de Gaumartin fit élever dans les 
stalles-hautes, à sa place de trésorier, une chaire amo-- 
vible plus large, avec un dossier et un dais ornés de 
draperies et de franges. Cette entreprise donna lieu à 
des contestations que Ton eut encore la douleur de 
voir se renouveler sous Tépiscopat de M. de Saba- 
thier (2). Nous reviendrons sur ce sujet dans le para- 
graphe qui va continuer Thistoire des Stalles jusqu'à 
nos jours. 

m. 

m 

Cent ans s'étaient à peine écoulés depuis Tachève- 
raent des Stnllos, loroqu'un accident, déterminé par la 
négligence, ffiUlit amener la complète destruction de ce 
chef-d'œuvre. Le chapelain préposé à la sonnerie , qu'on 
appelait a raison de sa charge olocquement ou guidon, 
t3ouohait alors pour la sûreté de llégliae dans une 

(!) P. Daire, hist. de la ville d'Amiens t. ii. p. 151. 
(2) Voir la note B. à la fin du volume. 



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— iî9 — 

étroite chambre pratiquée, à l'extrémité des chaires « 
daos répaissear du mur de clôture, an-dessus de la 
porte collatérale du chœur (1). La nuit du 16 mai 4 61ô, 
la lampe que le gardien oublia d^éteindre avant de se 
livrer an sommeil ^, communiqua le feu à la cellule et 
de là à la boiserie des Stalles qui était contiguê. Moins 
d'une heure eut suffi pour la réduire en cendres; heu- 
reusement Talarme fut donnée aussitôt et les secours 
arrivés à temps arrêtèrent les ravages de Tincendie qui 
avait déjà dévoré plusieurs élégants clochetons du cou- 
ronnement et fait crouler la gracieuse pyramide de St.- 



(t) Une porte en grille de fer et une maçonnerie de style inqua- 
lifiable remplacent depuis 1761 cette partie de la clôture qui avait été 
donnée par Adrien de Hénencourt aussi bien que celle qui subsiste 
encore dans les deui travées précédentes. Le compte d'exécution de 
son testament nous apprend qu'on travaillait encore, après sa mort, 
à la tourelle de la loge dont nous parlons. — Item , pour paindre 
estoffer et décorer le gisant ou représentaon d'un homme m^trt 
au dessoubs de ceste histoire et les quatre docteurs estant en 
la tourelle de la montée de la loge par marché fait payé xxnn 
Wv. — Item, à Anthoine Anquier entailleur pour avoir entaillé 
et composé ledit gisant ou représentation d'un homme mort. Aussi 
d^ahondant et plus que le dit seigj deffunct n'avoit ordonné les 
quatre docteurs à la tourelle de la closture dessus dite a été 
payé comme appert par sa quictance xxnn liv, (Compte d'exécu- 
tion du testament de Adrien de Hénencourt.— Arch. dép. tit. du 
chap. arm. !.• 1. 36 n.* 17. ) — Un arrêt du parlement rendu entre 
le chapitre et l'Év. François de Halluin le 7 janvier 1537 ordonne, 
en ce qui touche la garde qui doit coucher dans l'église, que 
l'Évéqne en mettra une sûre dont il sera responsable. Le même arrêt 
déclare, art. 16, que si les sonneurs et les gardes du chœur qui 
doivent coucher dans l'église manquent à leur service, ils seront 
punis par l'évéque à la seule dénonciation du chapitre. ( Arch. 
dëp. tit. du ch. arm. 1." li. 3. n,"* 7 et 8. ) 

9. 



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— 130 — 

Michel (1). Le dommage ne parut pas assez grave à 
TEvéque et au Chapitre pour exiger une réparation 
complète. On se contenta de rajuster tant bien que 
mal la pyramide sur ses pieds-<Lroits à demi-brûlés 
comme on les voit encore, sans prendre même le srân 
de la replacer sur ses bases naturelles, de sorte que la 
«tatuette qui la surmonte tourne actuellement le dos 
au Sanctuaire , au lieu de le regarder en face , ainsi 
que le font les personnages correspondants des trou 
autres aiguilles. Aujourd'hui que le temps a affaibli 
et usé davantage les parties atteintes par Tincendie, il 
devient urgent de prévenir un accident plus grave et 
qui nous a paru presqu'imminent. 

Echappées à Tincendie, les Stalles traversèrent assez 
heureusement le xvii/ siècle et la moitié du siècle sui- 
vant. La seule mutilation qu^elles eurent à supporter 
pendant ce long intervalle fut, en 1642, la suppres- 
sion de la parclose qui sépare la 83 «* stalle de la S4.«, 
ordonnée par M. de Gaumartin, pour faciliter, au 
moyen de la réunion de deux places en une seule , réta- 
blissement d^une large chaire épiscopale. La résistance 
du Chapitre , impuissante à empêcher cette mesure durant 
la vie de TEvêque, eut pour résultat, dès qu'il eut 
rendu le dernier soupir, le rétablissement en son pre- 
mier état de la stalle mutilée. M. Faure, successeur 
de M. de Gaumartin, entra dans Tesprit de conserva- 
tion qui animait le Chapitre gardien naturel du monu- 
ment, tout en assurant à sa dignité la marque d'hon* 
neur à laquelle il avait droit dans son église. Une 

(1) Decourt, Mémoires Chronolog. etc. tom. n. liv. 3.- — Cha- 
pitres généraux Ms. d.« 517. 



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— 131 — 

x^lanse de l'acte de transaction du 26 mai 1654 porte : 
£n ce qui touche la place que ledit sieur évesque doit 
tenir et occupe dans le chœur èe dits jours quil nofjjioie 
point, e^ accordé qu'il sera loisible audit sieur d'orner 
et de parer dans les haultes chaires du chœur le stcâ 
4>rdinaire du thrésorier de V église lequel il occupe es dits 
jours qu^ n'officie point de tel drap de pied, carreau 
et dossier qu'il luy plaira, même d'un daiz permanent 
^pourveu qu'en ce faisant il ne soit rien rompu, altéré 
ni changé tant en la structure, qu alignements et symmé" 
trie desdites chaires , accoudoirs , plafond et culs-de-lampe 
ficelles (1). 

Quoique la parciose enlevée par M. de Gaumartin ait 
été rétablie avec assez de soin, il est encore facile 
aujourd'hui de constater le fait de sa suppression mo- 
mentanée , par la simple inspection des vestiges de rac- 
t;ords et dç mutilations que portent l'appui du dos, le 
coffre et le parquet des deux stalles sacrifiées alors 
pour placer la large chaire épiscopale. 

La dernière moitié du xviii.* siècle réservait à nos 
Stalles des épreuves plus rudes. Elles durent, comme 
la plupart de nos monuments religieux , payer le tribut 
an mauvais goût de l'époque Louis xv et à l'ombra- 
geuse politique de la révolution française. 

Sous la tutcle beaucoup trop honorable pour lui de 
M. de la Mothe , Tune des gloires de notre église d'A- 
miens et de l'épiscopat français , le siècle de Louis xv 
fit irruption dans notre cathédrale. Bien qu'ennemi cou- 
rageux des vices et des erreurs de son temps, notre 

(1) Voir la note B. à laquelle nous avons déjà renvoyé. 

9.* 



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— 132 — 

pieux prélat ne sut pas s'apercevoir qu'il acceptait dans 
les arts les conséquences, funestes là comme ailleurs, 
des principes de naturalisme et dUndifférence religieuse 
qu'il combattait dans les doctrines et dans les mœurs (i). 
De concert avec le Chapitre , il Forma le projet de 
décorer dans le style moderne le Sanctuaire et le Chœur 
de sa cathédrale, et s'obligea, pour atteindre ce but, 
à fournir pendant vingt ans la somme de 2,000 livres 
sur le revenu de son abbaye de Valloires { le Chapitre 
contracta de son côté rengagement de contribuer à 
l'œuvre pour la même somme , pendant le même espace 
de temps. 

Tout embellissement entendu à la manière de ce siècle 



(1) M. de la Mothe ne faisait qu'appliquer h sa cathédrale des 
théories artistiques proclamées et reçues bien longtemps avant lui et 
dont le principe était dans la sécularisation de Tart, à Tépoque et 
sous rinfluence de la réforme. Son prédécesseur M. de Sabathier 
montre certainement plus de zèle que de bon goût dans les avis 
suivants quUl donne au synode de 1717 sur la tenue des églises et 

sur remploi des objets anciens de décoration : a Nous avons 

» été surpris de voir que dans les églises où Ton avoit fait des dé> 
» penses considérables et de nouvelles décorations, on y eut étalé 
» les mauvais restes des tabernacles, des figures mutilées et des 
» autres vieux ornements , dans d'autres endroits de Téglise où ils 
» ne sont pas moins difformes que dans Tendroit dont on les a 
» tirés, et qui bien loin de servir d'ornement, ne servent qu'à amas- 
» ser de la poussière et y faire un nouvel embarras. Nous aurions 
» donc souhaité que les figures mutilées eussent été enterrées secré- 
» tement dans le cimetière, et les vieux ornements ou de bois ou 
» de pierre vendus, s'ils en valaient la peine, au profit de la fa- 
» brique plutôt que de rester dans cet état. C'est aussi ce que nous 
» espérons qu'on fera dans la suite pour éviter la confusion qu'un 
» amas inutile de ces vieux restes a coutume de causer dans les 
» églises dont la propreté et la simplicité doivent faire le principal 
a ornement. » ( Recueil de Mand.** etc., à l'Ëvéch. d'Am. ) 



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— 133 — 

commeoçait d^ordinaire par la destructioi^ , et cumme 
dans le projet adopté par l'Ëvéque et le Chapitre en-^ 
trait la pensée de l'élargissement de la porte principale 
du chœur , le Jubé et celles des Stalles qui s^ ados- 
saient durent tomber sous le marteau des architectes 
décorateurs. On commença par le premier, le 5 juin 
1755, au grand regret de plusieurs opposants, disent 
nos chroniques. Et ainsi fut lacéré et anéanti ce ma- 
gnifi([ue livre de pierre dans lequel le peuple avait lu 
si long-temps en riches caractères de sculpture la vie 
de Jésus-Christ. Raser ensuite vingt stalles pour déga- 
ger rédifice dans toute sa largeur ne devait pas pa- 
raître un sacrifice trop grand à ceux qui faisaient si 
peu de cas du monumental Jubé ; on éprouva cepen- 
dant quelque scrupule et huit stalles seulement, savoir: 
deux de chaque rangée à droite et à gauche furent 
livrées à la hache des indignes successeurs d'Arnoul 
Boulin. Est-ce qu'à chaque coup de marteau qui tom- 
bait sur le bois labouré si glorieusement par son pa- 
tient ciseau., les cendres de ce modeste et fier huchier 
ne tressaillirent pas d'un généreux dépit? On regret- 
terait encore davantage les huit stalles immolées, si 
les deux premières de la ligne y eussent été com- 
prises, mais ij fallait bien s'arrêter devant le luxe et 
la magnificence de leurs parois et de leurs pyramides 
aériennes , à moins de pousser le vandalisme jusqu'au 
délire, et Ton imagina d^ les faire reculer jusqu'auprès 
de la^ quatrième^ après avoir fait sauter les deux ivUer» 
méidiaires;. de même dans les rangées inférieures, le 
grand^ panneau de boiserie sculptée qui les terminait 
fut habilement replacé à la tète de la stalle qui , par 
l'enlèvement de ses voisines , était devenue la première 



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— 434 — 

de ia ligoe (i). On prit aassi ia sage précaution de 
lier les parties rajustées au reste de Tœuyre par de 
fortes agraffes en fer qui ne s'aperçoivent que sous le 
parquet des stalles. 

Il fut plus difficile de décorer conyenablement le re- 
Ters des stalles que la démolition du jubé laissait nus 
et informes du côté de la nef. On tenta d'abord de 
les masquer par Tapplicatiou de deux hautes chapelles 
de marbre , aussi choquantes par le style que riche» 
de matière; le mauvais e£Pet qu^on s^aperçut qu^elles 
produisaient les fit bientôt transporter dans une autre 
partie de l'édifice (2), et remplacer par la maçonnerie 
encore existante et qui n'est ni gothique ni grecque, 
mais d'un aspect tellement repoussant qu'on s'accorde 
à en voter spontanément la démolition , tant elle accroît 
par sa présence le regret qu'excite le souvenir de l'an- 
tique jubé. Les deux statues de St. Charles Borromée 
et de St. Vincent de Paule» placées de nos jours en 
avant de ces détestables murs, sont loin de corriger la 
monotonie des deux massifs de pierre et de leurs do- 
rures blafardes. Les hommes d'intelligence et de goût 
mettent chaque jour en avant d'ingénieux moyens de 

(1) Rivoire se trompe quand il dit que la suppression frappa sur 
les deux qui avoisinaient les angles de longueur. La place qu'occu-^ 
t>aient ces stalles doit être indiquée sur notre plan (PL. 1.) entre 
les a.»* 1 et a, 56 et 57 pour Fétage supérieur; pour Fétage infé^ 
rieuT^; entre les n.'" 55 d'une part , 110 de Vautre et le panneev 
qpi les avoisine. 

(2) Dans le pourtour du chœur, aux lieux où existaient autrefois 
les chapelles de S.»« Ulphe et de Notre-Dame AngUsque; elles 
sont aujourd'hui dédiées l'une à N. D. de pitié; l'autre, à St. Jo- 
seph, après l'avoir été à St. Charles Borromée Jusqu'en iSSi.. 



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— 135 — 

réparer cette faut^ de nos derniers ayeux; sUU ne 
«ont paa d^aocord sur le choix du plan le plus couyc- 
nable , ils sont du moind unanimes sur . Turgence d^ea 
adopter un et de Texécuter au plus tôt (i). 

Une seconde suppression de deux basses-formes eut 
Heu, nous ne saurions dire à quelle époque, à l'antre 
bout, vers le Sanctuaire. On peut voir par le plan que 
nous donnons dea Stalles ( pi. 1 ) que les deux i^angées 
inférieures ne se prolongent pas aujourd'hui jusqu'à 
l'extrémité des rangées supérieures; un passage don** 
nant accès dans Tallée qui s'étend en ayant de ces der- 
nières, remplace la stalle-basse qui devrait correi^ondre 
à la dernière stalle -haute. Ce passage est borné du 
côté de Tautel par une balustrade en bois qui rejoint à 
la hauteur de i '»• 45 '*"'* Tun des pieds-droits ou mon- 
tants de la pyramide , auquel il est assez grossièrement 
rajusté. Or, nous nous sommes convaincus que ce^te 
disposition n'a pas toujours existé. Il n'est nuHement 
douteux que la balustrade ne soit une pièce rappor- 
tée. La manière dont elle s'emboîte dans la pyramide 
et l'état informe de la colonnette qui sert de montant 
d'assemblable aux compartiments flamboyants qui la dé- 
corent, le prouveraient assez, indépendamment âfb la 
trivialité de son style qui contraste d'une manière frap- 
pante avec le caractère plein de verve et d'originalité 
de toute la boiserie. Le passage qui existe aujourd'hui 
vis-à-vis la dernière stalle-haute était primitivement oo^ 
cupé par une stalle-basse. Nous en avons la preuve irré*- 
ensable dans l'état d'un plan partiel des stalles (2) , 

(1) y. U note G. à la fin du vol. 

(2) Conservé aux arch. dép. tit. du ch. arm. 1. 1. i. n." 8^ 



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- 436 ^ 

levé en 1642 pour servir de pièce à l'appui de la de- 
mande formée au conseil du roi par le Chapitre , contre 
TËvéque François de Gaumartin , au sujet de la chaire 
épiscopale que celui-ci avait placée dans les hautes- 
formes, contre l'ancien usage. Sur ce plan, qui donne 
le dessin des deux rangs des sièges du côté gauche, on 
voit que la ligne des stalles du rang inférieur égalant 
celle> des stalles de la rangée supérieure , il n'y a point 
de passage à Textrêmité , vis-à-vis la dernière stalle- 
haute, mais en place une stalle-basse qui lui corres- 
pond. Le même fait se confirme par la comparaison 
du nombre des stalles figurées sur ce même plan avec 
celui qui existe aujourdhui. Nous comptons actuelle- 
ment vingt-quatre stalles - basses dans chaque rangée , 
tandis que le plan de 1642 en accuse vingt-sept. Des 
trois que nous avons en moins, deux seulement ayant 
disparu, comme il a été dit, du côté de la nef, pour 
l'élargissement de l'entrée principale du chœur, il faut 
de toute nécessité que la troisième ait été enlevée à 
l'endroit que nous signalons, probablement afin d'ou- 
vrir un passage de côté et plus commode , en place de 
celui qui faisait face à l'allée des hautes-stalles , comme 
on le voit encore à Rouen. L'état du parquet tant de 
l'étage supérieur que de l'étage inférieur, et le raccord 
dont le coffre de la première stalle-basse , à gauche , 
a conservé les traces , révèlent aussi le changement qui 
a eu lieu et ajoutent encore à Tirréfragable autorité 
du document précieux qui nous a mis à niême de le 
constater. 

Ainsi, après deux siècles et demi, les cent vingt 
Stalles sorties complètes des mains de nos artistes se 
trouvèrent réduites à cent wx. 



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— 137 — 

Â.UX ravages pacifiques et Tolontaires exercés par le 
clergé lui-même dans ie magnifique héritage des monu- 
ments chrétiens ^ succéda bientôt, par une sorte de 
châtiment divin , une persécution vandale et impie qui 
les fit presqu^oublier. En ces temps de déplorable mé- 
moire où la hache se levait également sur les églises 
ei sur les prêtres, sur la patrie et sur les arts, que 
d'illustres cathédrales on vit attaquées dans leurs splen- 
dides sculptures , leur antique vitrerie peinte, leurs 
ameublements précieux , leurs vases riches et saints, 
et jusque dans leur propre existence! Que de boiseries 
surtout, somptueuses et vénérées comme les nôtres, se 
sont abimces au milieu des bûchers dont les titres de 
noblesse, les lettres de prêtrise et les vieilles chartes 
des monastères alimentaient la flamme! 

Ne sommes-nous pas heureux , qu'au milieu des ruines 
amoncelées de toutes parts , notre bien-airaée Notre- 
Dame , vulnérable sur tant de points , soit demeurée 
sauve et avec elles nos Stalles si chères aussi? Il faut 
en rendre grâces sans doute au bon esprit des habitants 
d'Amiens et aux élans généreux de ce culte d'amour 
qu'ils ont voué de tout temps à leur cathédrale ; mais 
Thooneur insigne d'avoir contribué dans les temps les 
plus difficiles à la conservation de ce riche et précieux 
monument revient , plus qu'à tout autre , au citoyen Les- 
couvÉ , maire de la commune sous le règne de la Ter- 
reur. Homme du pouvoir nouveau et cependant fidèle à 
son antique fbi, il osa en maintes occasions se porter le 
défenseur de la maison de Dieu au risque de sa popu- 
larité et de sa tête. Homme du peuple à l'écorce gros- 
sière , au langage d'une rudesse toute picarde , au ca- 
ractère prononcé , au cœur magnanime , l'honnête répu- 



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-- 138 — 

blicain contint plus d'une fois avec une égale habileté 
une populace avide de désastres et un pouvoir usurpa- 
teur de tous les droits. Gonsent-il, pour la sauver, que 
la grande église soit déclarée le temple de la Raison F 
Il se gardera bien de permettre que pour inscrire le 
titre ridicule de sa nouvelle dédicace^ on rase le tym- 
pan de ses portails , ou ses ogives , ou ses pinacles y om 
seft galeries ; il suffira d'une ignoble planche à peine 
barbouillée qu'on pendra avec des crochets comme on 
fait d'une enseigne au front d'une auberge. Lescouvé 
ne peut empêcher qu*on ne travestisse en déesse de la 
liberté la Vierge de Thôtel-de-ville , mais il s'oppose 
énergiqnement à ceux qui veulent faire subir aux plus 
belles statues de la cathédrale cette transformation im- 
pie (1). Le précieux chef de St. Jean , l'honneur de 
notre église « est aussi l'objet de sa sollicitude; le reli- 
quaire est abandonné à la rapacité des tyrans et en 
retour la relique sauvée (2). Des soldats flamands 
portent-ils sur nos histoires sculptées une main bar- 
bare ? Lescouvé , averti par M. Tabbé Lejeune , a 
bientôt mis un terme à leur sacrilège fureur (3). Le 
jour où le marteau se lève sur nos bourdons sonores 

(1) Hist. de la Y. d*Am. par M. H. Dusével t. 11. p. 329. 

(a) Rivoire, descript. de la cath. p. 142. 

(3) Rivoire ibid. p. 162. — Fiers de leur facile victoire et jalout 
sans doute de s'en prévaloir aux yeux de la postérité , ces yi]8 
agents de la licence et de Timpiété ont dressiQ à la pointe de leurs 
couteaux, sur la porte du cloître, dans la chapelle St. Eloi, le 
digne procès-verbal de leur exploit. Nous le donnons avec son 
orthographe de sans-cûlottes : Les rêpubliquain lillois ont trouvé de 
toute indignité de laisser dans un temple De la raiéoh tarit de 
hochet DU fanatisme. Signé IHmois. 



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— 439 — 

pour les mettre en pièces, le courageux maire est au 
sonunet de la tour avant que les forcenés aient pu en 
entamer Tairain , il les chasse devant lui comme un 
vil troupeau, et dans la brusque énergie de son pa- 
tois, déconcerte le représentant du peuple lui-même 
accouru au secours des briseurs de cloches. Rien n'é- 
gale le zèle de notre terroriste chrétien à préserver le 
Chœur avec ses richesses et surtout son admirable boi- 
serie. Les énormes serrures capables de résister à tout 
effort dont sont munies les grilles de fer , n'offrent pas 
à son inquiète sollicitude un gage suffisant de sécurité: 
il fait lier les portes avec de fortes chaînes et décou-* 
rage ainsi toute pensée d'invasion (i). Jugées bonnes à 
être converties en piques , les grilles elles-mêmes allaient 
périr et laisser le chœur sans défense : imaginer de 
séduire le pouvoir par la perspective de rétablissement^ 
dans Tenceinte sacrée , d'un magasin à fourrage à la 
sûreté duquel les grilles seraient nécessaires, fut un 
nouvel expédient dont le succès prouva, une fois de 
plus, rhabileté de notre zélé municipal (2). 

Les Stalles ainsi protégées n'ont été victimes que d'un 
seul attentat*^ On conçoit que les fleurs-de-lfs seméed 
avec profusion sur les hauts-dossiers n'aient pas trouvé 
grâce devant les hommes qui déshéritaient du diëdème 
la race antique des rois. Les fleurs-de-lys fureïit donc 
impitoyablement rasées. Quelques-unes timidement ca- 
chées dans les parties les plus obscures échappèrent à 
peine au ciseau destructeur, pour venir témoigner plus 

(1) Ces particularités, dont nos histoires contemporaines n*ont pa^ 
fEdt mention, nous sont certifiées par des témoins oculaires. 

(2] Hist. de la ville d*Am. par H. Dusével tom. h. p. 353. 



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-^ 140 — 

tard de la forme élégante de leurs sœurs tristement 
immolées. 

La trop grande nudité des dossiers dépouillés d'une 
partie de leurs ornements fit penser, sous la restaura* 
tion, au rétablissement des £leur8-de-4ys. Le ciseau de 
MM. Duthoit frères , sculpteurs d'Amiens , les fit revivre 
avec beaucoup de perfection ; mais douze ans après, 
en i831 , les fleurs-de-lys de MM. Duthoit ne furent 
pas jugées moins séditieuses que les fleurs-de-lys d'Âr- 
noul Boulin et d'Alexandre Huet: elles partagèrent le 
sort de leurs aînées. Nous ne pouvons dissimuler que 
les Stalles n'aient perdu à la suppression de ce gracieux 
ornement. 

Elles ont fait plus récemment une perte non moins 
regrettable. Plusieurs groupes de statuettes qui remplis- 
saient les niches élégamment pratiquées dans la longueur 
des cadres d'assemblage des pyramides, et complétaient 
les sujets sculptés sur leurs faces principales, dispa- 
rurent en une seule nuit du mois de mars 1839 , pen- 
dant la semaine où Ton faisait au chœur les préparatifs 
d'inhumation du corps de M. de Ghabons, évêque dé- 
missionnaire d'Amiens. A l'aide d'une parfaite connais- 
sance des lieux, d'un coup d'œil sûr jeté à Tavance^ 
et sans doute aussi d'une main exercée, les audacieux 
déprédateurs s'emparèrent,, sans aucun dommage pour 
les parties voisines, de toutes les statuettes qui ne 
tenaient à la boiserie que par des chevilles. Dès le 
lendemain, les plaintes éclatèrent, la justiqe informa; 
mais ce zèle lui-même, en donnant à l'événement une 
publicité inévitable quoique j toujours trop prompte en 
pareille circonstance, n'amena qu'un résultat opposé à 
celui qu'on avait en vue. L'éveil était donné , les dé- 



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— 141 — 

tenteure avertis , et les objets yoles devenus , par le be- 
soin de les cacher et peut-être même de les détruire, 
désormais impossibles à recouvrer. Seulement, Tautorité 
ecclésiastique comprit la nécessité de tenir plus exacte- 
ment à ce que les grilles fussent constamment fermées 
et à ce qu'un gardien accompagnât toujours les visiteurs 
inconnus. 

Les clous fixés dans les plus délicates parties des dais 
pour recevoir en certaines cérémonies de lourdes ten- 
tures, le poids des draperies elles-mêmes et leur frot- 
tement , occasionnèrent aussi de légers accidents. Le 
Chapitre qui s'en aperçut ordonna, il y a environ 
yingt-cinq ans, qu^il ne serait en aucun cas suspendu 
de tentures dans Tenceinte du chœur. Il est important 
que le zèle qui a inspiré cette mesure en maintienne 
sévèrement Texécution. 

Nous avons encore à signaler un essai de vernis, 
heureusement abandonné, qui eut lieu sous TEmpire. 
D'après les marques qu'en a conservés une portion de 
la base de la pyramide de St.-Michel du côté du Sanc- 
tuaire, on peut juger à quel point cette maladroite 
restauration aurait dégradé la sculpture et comme' en- 
seveli sous un épais enduit tout Tesprit et toute la 
finesse du ciseau de Tartiste. Quel vernis, si délié et 
si brillant qu'il fut, pouvait jamais valoir ce ton rem- 
bruni approchant de Tébène , que le meuble a reçu 
du temps et qui lai donne , dit M. Gilbert , <« le même 
degré d'intérêt que la patine aux médailles et aux 
bronzes antiques (1). » Sans doute les haut-dossiers et 
les dais, moins exposés au frottement, doivent à la 

(1) Descript. de la cath. p. 293. 



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— 142 — 

poa88iére qui les couvre une teinte plus matte que 
celle des parties inférieares; mais cette dégradation 
naturelle de tons, loin de nuire à Taspect général de 
nos vieux trônes , leur donne , ce qui leur sied si bien, 
on ne sait quel air de vieillards à la tête blanchissante. 
A côté des dégradations qui viennent d'être racon- 
tées, un œil attentif pourrait en découvrir plusieurs 
autres de moindre importance, principalement dans les 
ornements qui rampent sur les ogives des dossiers et 
des dais. Quelques personnages appartenant aux parties 
hiêteriéeê ont aussi reçu des blessures plus ou moins 
graves; mais, d'un côté comme de l'autre , ces pertes 
sont peu sensibles en présence des détails vraiment 
exubérants et bien conservés de la sculpture décora- 
tive, et de Tinnombrable multitude de statues qui> sur 
tous les points de Tœuvre , se lèvent intactes et pleines 
de vie. Le temps lui-même t cet impitoyable ravageur 
des monuments, a respecté notre bois au-delà de tout 
ce qu^il est permis de souhaiter, et c^est à peine si 
dans quelques recoins obscurs plus rapprochés du sol, 
la dent des vers est parvenue à le piquer. Puissent 
le zèle et la sollicitude qui ont secondé les causes de 
préservation que trouvaient nos Stalles dans Texodlente 
qualité du bois dont elles sont faites, dans Tinnocuité 
de notre température , et dans Tabri que n'ont cessé 
de leur prêter les voûtes toujours inébranlables de l'édi- 
fice qu*elles habitent, puissent ces soins , recommandés 
par la piété autant que par l'amour des arts, leur asr- 
«urer cette longévité sans vieillesse dont notre pays sera 
d*atttant plus glorieux qu'elle ajoutera de jour en jour 
à leur mérite ! 



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— 443 — 



SECONDE PAATIE. DESCRIPTION. 



La boiserie du chœar de Notre-Dame d* Amiens oc- 
cape , de chaque côté , l^espace de deux travées et demie 
de la grande colonnade de Tédifice, sans compter le 
retour d'équerre qu'elle décrit à droite et à gauche de 
la porte principale à laquelle elle laisse cinq mètre» 
cinquante centimètres d'ouverture. La surface de ter^ 
rainj qu*elle recouvre est en totalité, à partir des deux 
côtés de la porte principale jusqu'aux portes latérales , 
de vingt mètres quarante-trois centimètres de longueur 
sur trois mètres vingt-sept centimètres de largeur. 

La charpente ou bâtis qui la supporte est disposée 
en deux étages dont le premier, élevé de seize centi- 
mètres au'-dessus du pavé actuel, reçoit la rangée in-^ 
ferieure des Stalles, appelées pour cela stalles-basses^ 
et le second de cinquante-six centimètres soutient la 
rangée supérieure dite des stalles-hautes. 

L'cnl exercé d'un habile charpentier peut étudier 
tout le système de ce bâtis à la fois simple et solide, 
sans avoir besoin de lever aucune planche de revétis- 
sement , attendu que toutes les pièces en sont appa- 
rentes ou du moins indiquées. C'est ainsi que les pe- 



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— 144 — 

tita lambris qui garnissent le fond de chaque stalle sous 
la sellette et qu^on prendrait pour de simples feuillets 
assemblés à la colle ne forment cependant tous en- 
semble que deux ou trois fortes pièces de support, 
régnant dans toute la longueur. 

Ces énormes madriers ont à chaque étage des fonc- 
tions spéciales et des fonctions communes. Ceux de 
rétage inférieur n'étant élevés du sol que de l'épais- 
seur des solives du palier d'en bas sur lesquels ils re- 
posent de champ , ont pour fonction à eux spéciale de 
porter les solives et le plancher de l'étage supérieur. 

Ceux de l'étage supérieur sont élevés de terre de 
toute la hauteur de ce plancher qu'ils ont pour fonc- 
tion spéciale de tenir comme suspendu ainsi que ses 
solives y au moyen d'emboîtements pratiqués dans leur 
champ inférieur. Ils sont eux-mêmes soutenus à la hau- 
teur d'étage par des ais épais posés debout à distance 
d'un mètre quarante centimètres l'un de l'autre, et 
qui, montant en sifflet derrière les coffres, vont rece- 
voir encore à leur extrémité supérieure les appuis du 
dos sur lesquels prennent naissance les hauts-dossiers. 

On peut connaître la place qu'occupent ces ais de- 
bout par celle des petits piliers disposés parallèlement 
en face , sous les appuis du dos des stalles-basses. Ceux- 
ci comme ceux-là descendent sous le plancher jus- 
qu'à terre et posent immédiatement sur l'aire, faisant 
l'office de pieds de table et de montants de meuble qui 
portent le tout. Ceux de devant se lient à ceux du 
fond par le moyen d'un soliveau rasant le sol et al- 
lant de l'un à l'autre pour empêcher Técartement. 

Enfin les solives elles-mêmes, sur lesquelles est ap- 
pliqué le plancher, sont toutes accusées à l'extérieur 



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— 145 — 

par les lignes de dons et par les parclotas ^tii sont 
«le méfRe nombre qu^elles , et s'y engagent p«r la plante 
iki |md. ... 

la piurtie du plaaeher qni n'est pas occupée par les 
-Stalles forme dans tonte la longéenr de l'un et Tantre 
étage supérieur «ne al^ large de quatre-vingt-dix ean* 
timètresy et dans chaque étage inférieur un marche- 
pied parallèle de trente-trois centimètres. La disposition 
de ces différents paliers est aussi sati^aisante à Vatîk 
que commode pour la circulation du clergé dans les ce- 
rénioniea. 

Leê passages qui oceupent les deux extrémités de la 
rangée inférieure et Tinterrompent en deux autres en* 
droits pour donner accès aux étages d*en haut , sont éga- 
iemmit ménagés avec tant d'art et ornés avec tant de 
go&t quelle (Conducteur de l'oeuvre n^a pu que se fé- 
liciter de la nécessité où il était de faire ces quatre 
trouées. £ttéà eonsistent en eflet en autant d'escaliers 
de trois marehës seulement, encaissés entre deux lam-^ 
bfis ou panneaux qu'animent fies soulptures que nous 
aurtma à «xplîquer , et terminés à leur partie supérieure 
par dés rampes simAeuses • on la bhôu du vieux cha^ 
noine aveugte reconnaît encore les groiqpes de statuettes 
en pied qui lui ' rappellent les traits multipliés de l^his- 
tmce aaovée cpie ses yçux ont long-temp» admirés. 

Cesirampas i«mt partie du cadre d'assemblage du pan- 
neau, et s^engagent par les deux bouts dans les jam- 
bages vertieauK qui scmt euK-^mènns autant de petits 
piliers polygones découpés en baguettes dont les poitrtes 
fteonbles, se contQumiant en légères accolades un pem. 
inelkiéëBi sur ie devant , ouvrent çà et là des nîchettes 
flewrîes'dans lesquelles font sentinelle éeê , poHpè»» éu 

10. 



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— 146 — 

ronde bosse de Tun et de l'autre sexe. Nous terioiit 
étonnés que ces mêmes personnages, au nonAre de 
soixante-treize , fussent de pur ornement. Ils seraient 
presque les seuls qui n'eussent pas quelque significa- 
tion^ soit par eux-mêmes, soit par rapport aux sujets 
qu'ib avotsinent. Nous ne sommes cependant à même 
de rien affirmer, et nous laissons aux connaisseurs le 
soin de nous apprendre si ce n'est pas à dessein que 
Ton a fait poser les statuettes de femmes sur le de- 
Faut des piliers et celles d'hommes sur les faces laté- 
rales , et pourquoi elles paraissent d'ordinaire porter leur 
attention et diriger celle du spectateur vers les scènes 
qui rempb'ssent les panneaux et les sellettes. Quoiqu'il 
en soit , cette vivaute ornementation est d'un goût ex - 
quis. Nous en trouvons la preuve dans les vestiges de 
moulage qui révèlent le judicieux plagiat de plus d*un 
amateur. 

Le nom de chaire dont on honwait autrefois les «talles 
était surtout bien appliqué à celles d'Amieiw, auxquelles 
leur dimension, le luxe de leurs, ornements, le Um 
sérieux de leur couleur donn«!it un aspect «elennei et 
un caractère vraiment religieux. On peut s'en faim une 
idée en se figurant une longue $étie de riches et 
nobles siégcss antiques réunis à la centaine et mathé- 
matiquement alignés avec leurs appuis , leurs accoudoirt, 
leurs haute et bas dossiers et leurs dais ou oouroane- 
meiits festonnés. 

Nous allons, pour être moins embarrassés dans la 
description, supposer un des ces sièges détaché des au- 
tres et isolé, et aprë» en avoir expliqué les diflEéreiutes 
pièces constitutives, nous ferons remarquer qu-ili, n'est 
lui-même qu'un démembrement d'un tout aussi impo- 



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j 



— 147 — 

saal par son unité que par la diversité des détaib.- 
La êtalle pose sur le planck^ par la base de trois 
parob^oi en forment le eoffre el renfemeat le siège 
ou sellette. Nous savons déjà que eeUe do fond doit 
ètxe : nonimée boê^^doêti^ ou doêêier proprement dit, et 
les deux de e64é parlée ou console. Ëfles présentent 
toutes trois à Tintérieur du^ coffre une surface trés- 
pdie contre laquelle le vêtement glisse ■ à Taise et saos' 
être exposé à aucun accident. La bordure de la parclose. 
décrit un arc-buttant par le bas et un ravalement gra- 
cieux et léger par le haut. Elle est seule ornée dé deux 
scoties aux lèvres prismatiques et serrées. Vers le mi- 
lieu et à hauteur des coudes, la stalle étant baissée, 
ressautent les accoudoir» , accottoirt ou crocka» Ce sont , 
chez nous, autant de personnages tantôt grotesques , tan- 
tôt moraux , taiitôt historiques , dont il n'est pas encore 
temps de parler. Au-dessus de Taccoudôir, reparaît la 
bordure qui continue de monter le long de la parclose 
jusqu'à l'appui supérieur des coudes, où elle se ter- 
mine par un léger renflement dont la sculpture offre 
une assez piquante variété de facettes grimaçantes, de 
petits bouquets d*acanthe , d^oiseaux pris de bec, de 
gniriandes de perles et autres jeux d^imagination. 

Sur la parclose repose et est emboitée 4me pièce de 
bds de la longueur de Tavant-bras auquel elle est des-* 
tinée à servir d^appui, et dont l'extrémité^ comme nous 
l^avons déjà dit, est nommée museau. Sa décoration se 
compose, dans tout le contour, d'une goiye entre deux 
filets ou astragales et^ au-dessous, d*une petite frise, 
modeste retraite où le nom de Jehan Trupin, Thabile en- 
tailleur, avec sa date de 1508, semble avoir voulu se 
perdre dans la foule ou longue procession en menu j 






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— 148 — 

refief d'animaiix bnarres , de (^nîes fantasques , de 
persènnage» lilipuiiens , de sentences et derises sacrées, 
de fleurs et de feuillages sans nem qui sont tout un 
mùhâe en miniature. 

Ce» détails Sont asset intéressants pour que nous en 
signalions quelques-uns. Ce sont ordinairement dd« anges, 
des colombes ou autres oiseaux portant des lamllels 
flattants , et s^r lesquels sont sculptées en relief les hâ»^ 
criptions suivantes : 

Am nroseau de gauehe de la 59/ stalle : 
A celui de droite de la 60.* stalle : 
Aussi à droite de la 87.« stalle : 
Entré la 93.* et ta d4.« stalle : 
Entre la 96.« et la 91:* : 



(!) Crusiwui 8um cruci, au lieu de Confiwui sum, etc. ( St. Paul 
ad Galàt. tt. 19. ) ; c'est d*ua arti^ bien distrait oa bien peu fort 
tw le latin. 



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— 149 — 

Entre la 97.* et la 9S.^ , ces deux mot» téparé$ par 
une tête de mort : 

Au museau de droite de la 108.^ : 

1 

Nous avoQ» déjà dit que le nom de MM^^n 4e trouve 
seul «nr un Mmple lambel M>«a le museau de la $6^* 
sUlle; qu'a la drràte de la 89.« le millésiiDe iS08 e|t 
répété de chaque côté; enfin qu'entre la 91.'' et la 92/ 
on lit : iam %WH93m MCK «C |HDimi0«a«. Par ce 
dernier mot qui ressemble un peu à Dieu U bénUse, 
notre habile sculpteur n'aj»rjût-U pas vomIu se plaiudiip 
du peu de générosité avec laquelle, selon lui, on re- 
connaissait et payait son talent? 

A eeë devises plus ou moins sigaificatifes se mêlent 
de petites scènes qui ne sont pas non plus indifférentes. 
 droite de la 2/ stalle, c'est un concert donné par 
des sirènes qui soufflent dans des cornets, et par des 
e^nts q«ii tiennent un livre ouvert dans lequel ils pa- 
raissent chanter. 

 droite de la 7.*, il y a mdns d'accord. On voit un 
petit homme faisant subir à sa Femme une cQrirec^n 
très4iiiiniUante. 

A droite et à gauche jde la 50.*, c'est une assem- 
blée d'animaux divers, tels que hérissons, lézQr4s et 
singes, causant, jouant, cabriolait. 

Entre la 77.* et la 78.*^ deux enfants de ch^qii^e 
côté d'un mortier semblent vouloir broyier deux belles 



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— tiîO — 

grappes de raisin qa'iU tieimeat dMis leurs mains et 
que leur disputent des oiseaux aussi grands qu'eux. 

Entre la 90.* et la 91 .« , des personnages moitié 
femmes , moitié feuillage , et par ccmséquent fort légers, 
s'occupent sérieusement de leur toilette , à Taide du 
peigne et du miroir. 

Tout ce travail n'a peut-être pas été assez remarqué 
jusqu'à présent par les fisiteurs. Ils sont au reste assez 
excusables d'en avoir été distraits par les scènes beau- 
coup plus développées et tout-à-fait sérieuses que la 
banquette relevée présente sur sa miêéricorde , et ^ns 
laquelle en compte toujours , sur une surface de vingt 
centimètres de hauteur et trente de largeur, quatre, 
huit et douze personnages de seize à dtix*huit centi- 
mèlres de grandeur, non cmnpris encore les animaux, 
maisons', palais , arbres , prakies , troupeaux , ciel , etc. , 
tous accessoires en relief plus ou moins saillant et d'un 
à-propos historique. 

Enfin l'artiste n'a laissé sans sculpture que les par*- 
ties du siège où le frottement du corps et des membres 
eût exposé le travail à une hâtive détérioratiofi'; et il 
n'y a pas jusqu'aux angles ititérieurs du coffre , à l'en- 
droit eu ils s'arrondissent et se marient à la ceurlnire 
que forme Tappui pour s^unir au dossier, sur lesquels 
son fécond ciseau n'ait marqué son passage en fines 
arabesques. 

Voilà pour la partie de la stalle qui est le «ége ou 
chaire proprement dite, et telle qu'on la voit à l'étage 
d'en bas. 

En la considérant à l'étage d'en haut , noUs allons la 
trouver surmontée du splendide haut-dosêier dont nous 
avons raconté la destination , et qui , avec son dais ou 



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-^ 151 — 

oouroBiwiiieiit , justifie le noble orgueil arec lequel l'an- 
oien chapitre te préralait de potséder hi piuê beiiêê 
êialhê qu'il y «lU ianê h rofomme (1). 

Le fond de oe dossier, d^ouillé pour la seconde 
fois de son beau serais de flenrs-de-lys , est encore 
gracieux par sa forme carré-long, et sa nudité m^ne 
fait admirablement ressortir le luxe de son encadrement. 
Cet encadrement se compose d*un double cordon à. la 
base , de pilastres aux latéraux , et d*une archivolte au^ 
dessus. Le premier des cordons est un ruban capricieu- 
sement zigzagué et ressortant d'un large cavet. Le second 
consiste en une tcnrsade végétale qui parait a peine effleu- 
rer de ses tiges courantes et de ses tendrons légers le 
biseau sur lequel elle repose et avec lequel elle ne 
forme qu^une même pièce de bois. Le lierre, le chêne, 
le houx et surtout les plantes filamenteuses dominent dan» 
cette composition qui varie à chaque dossier et dans la- 
quelle se mêlent des spbynx et des griffons. 

. Les deux pilastres ou piliers de ce té sont ronds et 
engagés d'un tiers. Ik se partagent a leur souche en 
un faisceau de dix à douze baguettes dont les vives 
arêtes se pénétreraient en mille manières si elles avaient 
plus de deux centimètres de saillie. Une double comp»* 
sition de rinceaux grimpants dans les vides corrige la 
monotonie des lignes droites et p^arallèles. C'est la co- 
lonne de style flamboyant dans toute sa richesse. 

Arrivées à hauteur de chapiteaux (pi. ii), quatre de ces 
baguettes s'assouplissent et se détachent deux à deux^ 
de part et d'autre, pour former, en se baisant par le 

(1) Contestation entre M. de Sabathier , évéquc d* Amiens , et le 
Chapitre. Y. Ja note B. 



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-.152 — 

bo«^ f de «imfdicft peittet aocolades à pointe boitloiinée, 
fi««ne ou ' effeuillée. Quatre aoiree baguette», en eontâ* 
nuant de monter , «^éckappent de drohe et de gauche 
pour aUer fonner , en 8*cq[>pliquBnl sur le nm du lambris ,^ 
1m courbures d'une svelte archivolte tantôt en ogiye 
tiimple, tantôt h ressaut. Cet ornement, avec la belle 
aeoolaâe traversée d^un simple petit larmîer qui le sur- 
asonte , forme la riche parure de l'intérieur du dossier. 
Mais examines-en les détails dans les deux vides formé» 
par sa triple eète saillante, vous trouves, étalée comiue 
sur la verdoyante échoppe d*uue bouquetière ou d'une 
k^rtUhne, la plus complète eolkction de fleurs , de fruits 
et de légumes à tiges rampantes , tels que le pois et le 
haricot enlaeés dans de longs filets de lierre et de 
ronees , et que visitent , bien entendu , le limaçon pa- 
'VasMe et le moineau voleur de toutes les espèces et de 
toutes les grandeurs. Les énormes «houx frisés , les feuille» 
d^eau grasses , Caisses et veloutées , les tiges enrouléca 
de l'acanthe et le chardon desordonné se plaîseut de 
préférence sur les rampants et les pointes ékincées des 
accolades, ils y sont quelquef|>is remplacés par des ani^ 
maux fantasques, par des génies ailés, par des enr* 
fiMs pressant les outres de leur musette ou jouant 
avec des lions au milieu des plus capricieux entrelaça 
(pi. u). Enfin, ne cpûttons pas ce gracieux dossier jaua 
avoir ^remarqué , dans l'intérieur de Taro-K^ve, cette 
double rangée de symboliques trilobés s^engendrant les 
uns les antres ; espèce d^ovaîre oà les formes paraissent 
plus développées à «lesure qu^elles s^éloignent dm e«[itre> 
léger feston dont les pointes se terminent en bouquets 
fleuris ou en choux d*uné admirable variété. 

Montons plus haut pour étudier la petite et seoibre 



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— 16* — 

▼ouesure qui eoiffe la stallp , aiimqae le couronneneùt 
aopirievr qa*oÉ apprilè le dais ( fil. ïii ) dont la sailHe y 
égale à oelie de la stalle , est d'ua mètre sur le derant. 
Tottt OB motif d'oniMaientation n^a jamais va à aea 
pieda qae des admiratears , et c'est à peine si les pait^ 
tisans les plus entêtés de Tart classique osent lui foire 
uu tort de se présenter en porte-à-faux. Ce reproche, 
au reste , si jamais il a été fait , dmt tomber devant la 
pensée toute poétique qui respire dans ce travail. Il ne 
faut pas , œ nous semble , de grands efforts d^iraagî*- 
■ation pour trouver dans nos deux piliers latéraux qui 
servent de montants d*assemblage au lambris du dossier 
ridée d'un tronc d'arbre qui se divise, à n^sure qu'il 
8*élève, en diverses branches, lesquelles donnent nais-- 
sance à Tarchivolte garnie de feuillages , et puis en 
s'échappant davantage vers le sommet se transforment 
en nervures de voûtes et enfin produisent cette abon^ 
dante leuillée et cette riche floraifon qui ferment le 
dais , lequel pris isolément peut bien ressembler un peu 
à une tète d'arbre teui¥u ombrageant le siège qui est 
à son pied. Si Ton dit que dans la régularité et Ten^ 
semble de ses parties, ce couronnement offre d'autres 
motifs que l'imitation seule de la nature , nous en con- 
viendrons > mais en concluant que Ton doit au moins 
trouver dans ce genre de composition un curieux ac- 
cord de la licence poétique du style ogival avec les 
exigences toutes positives du style grec. N'avons-nova 
pas ea effet déjà nommé lambris notre élégant dossier ? 
ïf'avons-iious pas désigné les pidoes d'assemblage dans 
les piliers latéraux et dans les oordcms d^embasei^ Nous 
n'avoAs done plus qu'à demander si notre magnifique 
enfilade de dais en saillie n# représente pas assez heu-^ 



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— 164 — 

rensement les domîdiai exagérée* et souvent en vrai 
porte--«-£sux introduites à la suite de la renaurânoe. 

Rerenons. La petite voûte suspendue eonune une ca- 
lotte au-dessus du siège et supportant le dais , se di- 
vise en huit tiercerons dont les nervures sont formées 
de baguettes prismatiques que les deux piliers latéraux 
du dossier poussent comme 'de flexibles rameaux qui 
vont, de çà et de là, suivre toutes les sinuosités de la 
voûte en ogive tantôt simple tantôt à ressauts. Rame«- 
nées ensuite en avant, comme par leur poussée natu- 
relle et pour chercher l*air et la lumière , ces branches 
menues viennent retomber a droite et à gauche pour 
se confondre et se perdre dans un cul-de-lampe qui 
n'est pas encore de ceux dont la nombreuse lignée vous 
a d'abord frappé la vue. Il faut pour apercevoir ceux- 
ci vous asseoir en la stalle, et, levant la tète, vous 
verrez à droite et à gauche, dans Tombre des penden- 
tifs ou culs^e-lampêê extérieurs, une autre série de 
personnages retirés du monde et faisant la plus rude 
et la plus comique pénitence sous le faix des petites 
voûtes dont ils portent toute la poussée. Le rôle qu'ils 
jouent peut bien aussi leur faire donner le nom de co- 
rioMee. Us alternent de stalle en stalle avec des bou- 
quets accrochés en nid d'hirondelle. Nous y reviendrons. 
Ces sujets sont d'un faire habile et on ne peut que 
regretter le grand jour dont on les a forcément privés 
sur les revers des piliers pendants. 

Nous entendons par pilieri-pendantê les deux ais qui 
enclavent de droite et de gauche la façade du dais ou 
pinacle et pendent en culs-de-lampes allongés dans leur 
partie inférieure , tandis que le haut s'élève en légers 
clochetons (pi. ik). « 



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— 16Ô — 

Pour toÎTre toii)oiirs notre marebs ateaacbiale , noiu 
denioat remMrqaet d'abord Texlréiiiité infiériew^ du 
fUier^'pendani qui fiait en oul*de^lampe et que nous 
Bcanmona fmndêmêif. Il pend en ^fet de irente-nx oen- 
timétret à partir de la tombée des voutaures , et son 
prenÛOT mérite est suis contredit le groupe de person- 
nages allégoriques qui le terminent «Itematirement a^ec 
un bouquet de feuillages (pi. nt). Mais, aussi bien que 
ks mîsérioordes^ les accoudoirs et les panneaux des mon- 
tées, ces sujets ont mérité un numéro a part dans la 
m<mograpfaie : imv» leur ferais droit. R^narquons seu- 
lement ici que ces culs-de-lampes ou pendentif exté- 
rieurs , dans leur rappcMrt arec ceux de Tintérieur dont 
-nous fcncms de parler, sont disposés de telle manière 
qu'une scène animée de Textérieur corresponde à un 
simple bouquet de Tintérieur et une scène animée de 
Tintérieur à un bouquet de Fextérieur. 

Nous n'ayons a nous occuper pour le moment que 
de Tomementation par laquelle on semble s'éire appli- 
qué à rendre ces piliers suspendus ausn légers que pos- 
sible et presqu'aériens. Les angles ^nportés y sont rem- 
placés par des cavets verticaux dans chacun desquels 
Tœil s'égare parmi les fonnes les plus rariées et tou- 
jours triangulaires. A la base et au-dessus du cul-de- 
lampe, ce sont de petits rersants ou cènes à la pointe 
inc&iée et soutenue par une petite fèuâle ou fleurette 
en console sur la pente desquels s'épammissent des 
plantes bizarres où fcriâtrent de tout petits enfants bien 
t^Biéraires* Ces menus sujets , qui Tanent de dais en 
dais , sont surmontés de deux rameaux boutonnés s'unis* 
saut en accolade, dont la pointe en fleurissant devient, 
vers le centre du pilier^ la base ou piédestal d'une niche 



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— 166 — 

ayant ellennéme poa^ ciel et poar (KHironnement la yer- 
doyantd accc^ade. Cent-vingt de cet okhea forment de 
pilier en pîKer, dans tonte la longueur de la boiserie, 
une gracieuse enfilade. Malheureusement elles soort vides 
et ne paraissent pas avoir jamais été hafeitées par les 
personnages auxquels on les destinait. C'est une lacune 
réelle , quoique peu af^arcnte , que les amis deé arts 
et de l'iconographie religieuse doivent désirer de foir 
remplie. Il ne s'agirait pas dans ce travail d'uiM res- 
tauration, mais d'une continuation judicieuse pour àa^ 
quelle on pourrait choisir dans TËcriture ou dans la 
légende une série spéciale de sujets. Ces statuettes, qui 
ne devraient pas avoir plus de quinee à vingt oeotî- 
métres de grandeur, seraient un accompagnement na- 
turel du fronton aérien pour lequel nous allons kisser 
un instant nos piliers-pendants qui lui servent de déli- 
cats contreforts ou de sveltes tourelles , et auxqaeb nous 
reviendrons en suivant la marche de bas en haut que 
nous avons adoptée. 

Cette partie du dais, à laquelle nous donnons le nom 
de frottton, est semblable, pour le plan et la forme, 
à Tarchivolte que nous avons montrée dans rintériehr 
et sur le nu du dossier. Elle la surpasse par le luxe et 
la finesse exquise de la décoration qui raccompagne et 
la surmonte , et nous ne pouvons mieux comparer tout 
cet ensemble qu'à une miniature d*arc-de-triomphe sar 'le- 
quel on aurait ramassé toutes les richesses des praides 
voisines, ou à une toile de broderie, partie pleine, 
partie à jour , dont les détails échappent au récit. eoouBe 
au regard. 

Avant d*en signaler quelques-uns, nous reeommandons 
au lecteur de s'appliquer, dans Télude' des planifies ii 



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-^ 157 -~ 

et Kl ) à U comjparaison de» «IWerses parties oorretpon- 
dantes du trarml. U sera éttané de la yariété infinie 
qui y règne et de la fécondité d'itnci§ination qni n'a pi^ 
reproduit deux fois le mâme eoup de ciaeaa ou de poin* 
çoti dang les omeament» acceasoîres. L'exemple que noua 
donnons a pourtant été indiqué presque au hasard au 
dessinateur. 

L'atc-oçive, qvi porte tout et butte lui- mcme sur les 
pendentifs , est festonné de trilobés s'engendrant , comme 
plus bar^ les uns les autres , mais entièrement évidés 
aTee leurs bouquets pendants aux pointes. 

Immédiatement au*dessus et dans Tétroit fronton que 
krrme entre ses deux jambes TaGcolade supérieure s'acbe- 
valant sur Tare , tous seriez tenté d'aller careftser de la 
nudn le relouté de la grosse feuille de choux &isé , du 
eep enroulé chargé de grappes, et toutes. le^ autrçs es- 
pèces de pladtes dont ou . a placé Le une grande variété 
d'échantillons. 

La fbrme d'aecolade est souvent répétée, parce qu'cille 
Mt , sous diflérentes dûnennons , l'ornement ob%é ^^, 
style ogival flamboyant ; mais ,eelle-ei^ e^opre p|u# qpj^ 
oeiie qui lui cotresppndt à quelqties pi«d^ ««rdess^josi 
(pi. ii)f devait se dietinguer à cause,. «tu rmg «jp^'-f^Ufi^ 
omnipe «or la ^façade la plus étevé^ 0t la plua jappa- 
rente de Tœuvre. Ausei voyons-nous les plantes . «Atf^ieOr 
tettaei s'y entasser, s'y enlaceit^ s'y enrefhilepr «yec upfi 
^gneur e^unè abondance de végétation qui fait de C!Btt0, 
partie des «telles un jardin fort animé et où vij^nnent 
oberdiier la v» et le plasur une foide d'êtres, très di^-- 
vers, le limaçon qui ronge, le..|^illon qui ae pai;fttme.,i 
l'oiseau quiehan^, l'enfant qiB. grioifiev le aûli^^ll^i 
se suapend et se balance , tous sujeu qui tnériteat d'èfare 



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— 158 — 

iremarqaés , surtout aux dais des stidlet 28.* et 39.* 
Noos ue racontons cqpendkint pas encore tout ce que, 
nous ayons découvert là de trésors de sculpture. Il fâujt 
laisser sfu lecteur aussi le plainr de scruter, s'il es a 
la patience, toute cette fourrée ^e yerdure» et de Té* 
rifier le chiffire de seize fig^ures humaines et de CEinr 
yiNGT-QUATRB d^animaux , cpiadrupôdes , bipèdes et vola- 
tiles que nous y aYims comptées. Nous le prions surtout 
de ne pas oublier de faire visite au rusé petit chas- 
seur, en casquette à longue vinère, qui coudie en 

joue Toiseau maraudeur de son potager. Il est j rcmar - 
quable par sa pose en écart et par la fonne peu Ba&- 

Telle de son fusil. Son adresse est : 59.* stalle, sur la 

façade du dais. 
A drmte et à gauche de Tacoolade dont nous ce^ 

sons de parler, tous Toyez, découpées à jour,, toutes 

les formes imaginables de TogiTo , du flamboyant et du, 

trèfle. 

Imméitiatement au-dessus, est une conuf^e formée 

d*un rinceau Tcdumineux sous lamner. La plancha m. 

TOUS y offre quelques jôUes grappes devaistu à QueiUir; 

mais prenez garde d*y rencontrer, à la 'Stalle fô.*, . un 

énorme poro fanant assez sale vendangow 
Apre» la corniche Tient enfin la oréte du dais ^ for^^ 

mée d^une auite de légers pignons éTidés à jour, du: 

mitieu desquek s'élancent , pour tout finir^ la flèche. 

de Taecolade du fiKmton et ceUes plus Gérées enosure- 

dea piliers suspendus, les unes et les autres de forme - 

polyconique, taillées en retraite, flttaquées de petits pi-. 

naoles, hérissées de crochets, de choux, de ohardjons,^ 

et ieueissant encore à \emr extrémité, (ph i bis, n et ni), i 
Du paTé à la pointe supérieure . de ces flèehes ou 



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— 459 — 

clochetons , la boitene s'élève à la hauteur de six mètres 
cinquante-quatre centimètres (pi. i 1^). J^es afférentes 
pièces qui concourent à former la stalle y compris le 
haut-dossier et le dais , sont assemblées à la ooUe ^ sans 
dons ni chevilles , au moyen de tenons et de mortaises 
et avec tant d'art et de soin qu^elles sont demeurées 
ausû exactenœnt iq^liquées les unes aux autres. qu'au 
premier jour- et que les jointures en sont presqu'im- 
pereeptibles. Seules, les planches du parquet admettent 
des cious pour s'attacher aux soliveaux , et la charpente , 
des chevilles de fer de quinze à dix-huit centimètres 
de longueur, dans les parties de ses jambages les plus 
voisines du ii(A, 

Nous finissons ici la description d'une stalle en partie 
culier , et telle que nous Tavons aupposée détachée des 
autres pour plus d'exactitude dans l'indication des dé* 
tails. Cette méthode , nous le senftms, a l'inconvénient 
de ne pas donner une juste Idée de l'ensemble. U doit 
suffire, pour y remédier, de multiplier 1 par 24 et 31 
et de réunir en une seule perspective chacnne des ri- 
chesses q«e nous sommes loin d'avoir toutes inventoiriées. 
Au lieu d'un siège, voyeas-en cent dix distribués en 
quatre rangées , avec leurs miséricordes et leurs accou- 
dmrs alignés comme un firent d'ajanée ;, remettez à sa 
Iilaee ce dais qne, pour le disséquer, nous nvqns. sé- 
paré de cette l<mgue série de tr^ite-eçt-un autres dont 
aucun ne ressemble à son voisin; traverses-les tous à^ 
cette ccN^idie de la même longueur ^ue la ligne en- 
tière des stalles ; couronnex-les de leur galerie évidée 
en compartiments de fenêtres que viennent vitrer de kûn 
les verres autrefois coloriés des nefs latérales; plantez 
surtout cela, comme sur les deux cètés d'une ra.e toute 



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— 4iO — 

bèfte dd" paiftiê, €Oite forêt de flèches, d*aiguiUe0 et 
de ctoohetom, et tous aurez Tidée da meuble ie pkt 
êoinptueut dans ses ornements, en même temps qoe le 
pins vaste dans ses proportions (1). 

Ponr juger des proportions et du luxe de matériaux 
prodigués dans cet œuvre, mesurez seulement les toïnq 
ou six pièces de chêne dans lesquelles tous tes appuis 
du dos sont pris en échancrure ; et , si vous y ajoutes les 
déchecs d'équarrissage avec lesquels on a enlevé jusfu^à 
la plus petite parcelle d'aubier, vous comprendre! qu'il 
a fallu des arbres entiers et des arbres de choix pe«r 
cette seule partie du meuble. Nous les avons trouvées, au 
radossement des stalles inférieures , de sept mètres tMttte 
cenlmiètres de longueur sur quarante eeatunétrts de 
largeur et onze d'épaisseur ; et dams les stalles, mipé«- 
rieures, de huit mètres vingt centimètres de Ipngnesur 
sur vingt-cinq centimètres de largeur non oeespris la 
pbrti^m engagée jbous le lambris des dossiers, et onze 
centimètres d'épaisseur : le reste en prqiorticm ; et il Ad<^ 
hit vraiment la grande fortune et le grand' cœui» de 
nifis chanoines pour ne pas être déeoncevté pw les «fll^ 
culs qui ont dû précéder Tenfiiepriiie et en faire pré^ 
voir les frais. ••.,.;•,. 

Ge n'est pas tout» Si vous roiilet •«Her vomarfétet 
au mUieu du chosur sur ce beiru dai&ier 4le> mai^rte 
blanc et noir^ -ânnê lequel se mirent de pilrt et d'inute 
ttos deux aouraiUes de bois^ ravivé par la seulptui^ , teus 
pourtez mesurer à Taise la bautevr des quatre- p>framièM 
fpA les terminent aux quatre extrémités dàt^ les étages 
aupérîeurs. Lorsque du dehors leurs dmies vous<yat ap- 

(t) VMr i k Un da Tohime la noie A, n.- 1, 3, 4, 5, S; " 



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— 161 — 

paru d'élançant de huit mètres au-deesus des inurs de 
clôture et se détachant par leur teinte foncée et leurs 
mille découpures sur le fond de pierre des colonnes de 
rfaémicycle, vous avez pu les prendre (lour des sapins 
géants oubliés depuis nx siècles sur le sol où Ion bâtit 
l'église. Elles s'élèTcnt en effet, du côté du Sanctuaire, 
aux entrées latérales , à dix mètres soixante-dix centî- 
mètres au-dessus du paré; «t de chaque côté de la 
porte principale Y elles montent jusqu'à la hauteur de 
treiie mètres. Bn ne les considérant qu^ snperfleielle- 
ment , <m les admire déjà comme un luxe exubénàiit et 
presque désordonné de sculpture et de découpures ; mais 
si on veut les examiner de plus près et avec cet esprit 
d'analyse que donne la connaissance des principes élé- 
mentaires de la menuiserie, on sera étonné de remar^ 
quer un ordre et un système de constiruetion àchnira- 
blement suivi dïms les détails presqu'infinis de ces deux 
stallesHâutitresses et de leur superfétâtion. 

lia partie inférieure , qu'on peut* appeler la niche ou 
cage, renferme le siég;e avec ses accotoirs et ses a]»- 
puis comme les autres stalles, mais dans des ptt>por- 
tious plus grandes et plus ornées. Le haut-dossier est 
chargé de divers sujets historiques que nous décrirons 
tout-à-l*heure. Le trône est encaissé entre deux re- 
fends dcmt Tun se termine à hauteur d*appui et à 
quelques centimètres au^essus de la parclose pstr une 
Yampe sinueuse surmontée de trois groupes en ronde- 
bosse ; le second , donnant sur les entrées du chœur , 
s*^lèvé de manière à fermer entièrement la niche de 
ce côté , et va donner naissance à la voussure du dais 
et à la pyramide, lesquels portent d'autre part sur le 
dossier supérieur ou sur les pendentifs tombant en avant 

11. 



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— iÔ2 — 

et aa-de89U8 de la parclose. Ce refend ou lambris eat ud 
composé de baguettes, de filigranes , de feuillages, de 
statuettes et d'oiseaux, tous taillés dans la même pièce de 
bois et «i i)ien traversés de lumière que de ce c6ié ce 
refend donne à la staUe-maitresse Tapparence d'une imr- 
mense et magnifique cage^ de la même manière que 
sur le devant , elle lui donne Faspect plus imposant 
d'une de ces niches somptueuses dans lesquelles on ifir^ 
sait tirèner , au moyen-âge , les grandes images des saints 
et des rois. 

Le ciel de ces Stalles se compose de deux petites 
voussures engagées Tune dans l'autre, ayant chacune 
leur clef-pendante à la jonction des nervures^ Celle du 
fbnd couronne la tête du prélat qui siège , et l'autre un 
peu plus en avant équipe en visière. 

La pyramide qui surmonte tout cela est un faisceau 
formé de plusieurs jets de diverses grandeur» ^ dont les 
deux principaux pressent par leur base évasée les deux 
voussures dont nous venons de parler, tandis que les 
cinq autres partant des piliers d'assem^ifli^e . ou des 
pointes de frontons en accolades semblent se serrer 
comme de nombreux rejetons autour du trpnc d'un 
grwdd arbre, (pi. 1 bis. ) 

Il a fallu pour cette partie de l'ouvrage débiter des 
chênes entiers, dont on peut juger l'importance par ce 
qui leur reste encore d'épaisseur et d'élévation après le 
travail d'équarrissage et de sculpture. Les pièces mon- 
tantes d'assemblage s'élèyent d'un seul morceau à la 
hauteur de huit mètres cinquante centimètres , et por- 
tent à leur base vingt-deux centimètres en tous sens , 
de sorte que ce qui est entré de matériaux dans la 
onstruction d'une seule des stalles -maîtresses aurait pu 



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— 463 — 

suffire à bâtir une fort jolie petite maison pour un mé- 
nage complet. Cette supposition paraîtra exagérée à la 
Tue de ces dais pyramidaux qui semblent n'être qu'un 
énorme cbéne dont on n'aurait fait que creuser le 
tronc; cependant on pourrait bien cesser de s'étonner 
si l'on considérait , comme nous Tayons déjà dit , ce 
qu'il a fallu dégrossir et faire tomber en ftmt pour 
créer cette admirable fourrée de feuillages artifieiels, 
d'enroulements, de torsades , d'arabesques , de mchettes|, 
de crochets , de pointes d'accolades, de légers eloohe- 
'tons, de trustes rochettes, d'mifbncements caremeux 
où loge tout un peuple d'oiseaux, de sii^;es, de grif- 
fdns et d'autres animaux fantastiques, parmi lesquels 
contrastent des figures d'anges «t de personnages sym~ 
boliques. De tous ces personnages les plus intéressants 
sont les quatre qui terminent nos pyramides à leurs 
pointes cvdminantes, et auxquels nous devons consacrer 
un chapitre à part. 



Les belles sculptures qui vont enfin fixer notre at- 
tention appartiennent à deux séries distinctes contenant 
ensemble environ quatre cents sujets. 

La première série comprend une suite de scènes em- 
pruntées à rhistoire de l'ancieii et du nouveau testament. 

La deuxième se compose de sujets pris en dehors* de 
récriture sainte et des légendes ; ils sont historiques , 
allégoriques, moraux, quelquefcHs tout-à-fait profanes. 

L'importante série des sujets purement religieux se 
subdivise en deux . parties : L'ancien testament ftmrnit 

11.» 



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— 164 — 

k ^^une une ample matière ; la vie ée 1^ Saitite- Vierge 
racontée par les livre» samts et complétée par les tra-^ 
ditioQS est le thème intéressant de l'autre. Un lien 
commua que nous ferons connaître rattache la première 
à la seconde f la vieille loi à la noaTelle^ et donne à 
la savante compositîoii de Tœnvre on imposant carac- 
tère d^aailé. 

L'ordre chronolo^qne dans lequel se prés^itent les 
svj«te et la position qu'ils occupent dans les StaUes noufr 
amènent naturellement à faire figurer en première ligne 
ce«x que le pieux ciseau de l'artiste a tiresi de l'ancien 
testiament , depuis Pœuvpe merveîUe«se de la création 
par laquelle il débute,, >u#qn*aux malheurs du saint 
homme Job où il s^arréte. Quelques-uns de ces sij^ts 
occupent la partie moy«[ine ou l'étage ûrtermédimpe des 
deux principales pyratmdes et k base des hmuiê'do$êier» 
des deux staUes-maitvesses , mais la plupart eOKvrent le 
surface des cent dis miséricordes des sièges et le dos 
des quatorze rampes à droite et à gauche des passages 
par lesquels on monte dans les hautes-formes. C'est là 
que nous allons conduire successivement le lecteur. 
Nous le prions d'entrer dans le chœur par la porte 
d'iKnmeur et de s'arrêter d'iabord devemt le panneau 
laitérel de la prennère stalle-maîtresse, H f verra sur 
la face extérieure : 

i."» Là €^knm. — Dieu dit : Faisons Vhommo à noirs 
image eh à notre rssssmbimnoo, FooP marquer qu'à vient 
de sortir de son éternrt repos , le Tou^Puissant» est 
représenté debout; sa barbe longue annonce f ancien 
dee jottm ; sa rdbe tratnutte Fccouverte d'un nmnteau, 
en forme deohape, retenu sur h pokrine par un riche 



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-. 465 — 

fennoir, est le symbole de sa royauté; autour de lui 
les esprits célestes se pressent si nombreux qu^ils lui 
serrent à la fois de trône, de cortège et d^anréole. 
Il abaisse les yeux sur le premier homme et sur la 
première femme qu^il vient d^animer de son souffle, et 
le$ bénit. Gen. I. 26. 28. 

S.*" Le PREMim Homa. — iZtéè dm» U vigueur de 
rage , selon le témoignage des do<Heurs (i) « Adam s*est 
leré plein de yie. Les mains jointes , la tète haute, à 
la ibis soumis et fier, il contemple S(m créateur et lui 
rend grâces du 'bienfait de la vie qu'il vient de rece- 
veur de sa bonté. Gen. II. 7. 

On remarquera que tout en voulant donner à Thomme 
Tatlitude de la reconnaissance, l'intelligent artiste n'a 
pA< jngé à propos de le figurer à genoux; c'est qu'il 
convenait mieux de présenter l'homme dans son état 
le plus glorieux , éroii, tel que Dieu Ta fait (2) , avec 
sa noble stature et son front tourné vers le del, signe 
mamfeste de l'empire qu'il a sur tous Us êtres et de 
la destinée supà»earequi l'attend. Sa figure non moins 
remplie d'ej^Nressîon que remarquable par sa beauté est, 
sans c<mtredit , dans la pensée de l'eatailleur , la mar- 
que de la beauté intérieure de Tàme faite à Vimage 
9t à la reuemilûmieê de Diêu. 

3.<» La pREMikRB FSHME. — Pendant qu'à demi cou- 
Ci) St-Aug. de G^ies. ad litteram LYL Gap. XUL tom 3. p. 235. 

— Pierre Lombard , Sentent, lib. IL Dist. 17. n.- 4. 
(2) Deus fecit hominem rectum. ( Eccl. VIL 30. ) St-Thomas entend 

ce teite dans le sens que nous lui donnons ici. Summ. theol. p. 1*.. 

q. W*. art. 3». 



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— 166 — 

cbé 9ur l'herbe à Tombre d'un arbre touffu , le père 
des- huipains dort du profond sommeil que Dieu lui 
envoya <f on voit la femme, toute parée des charmes de 
Vinnocence et de la beauté , sortir de sou côté droit , 
comme uu vert rameau d'un tronc vigoureux. En s'éle- 
vant du sein de Thomme , la femme se tourne , les 
mains jointes , vers son créateur qu'elle adore , et nous 
fait souvenir qu^elle est à la fois la chair de Thomme 
et le souffle de Dieu. Gen. II. 21. 22. 

4.° Le paradis terrestre. — Le fortuné séjour où le 
Seigneur plaça l'homme qu'il avait formé est figuré par 
des arbres heaux h la vue y chargés de fruits agréables 
au goût , par de riches tapis de verdure et un plant 
de reseaux touffus d'où s'échappe le fleuve qui arrose le 
jardin. Gen. II. 8. 9. 10. 15. 

Dans rintérieur de la ipaîtresse stalle, au revers des 
sujets qui précèdent : 

5."^ Le serpent. — L'arbre de la science du bien et du 
mai , au tronc noueux , au chef couronné de feuilles 
et de fruits , s^élève du milieu d'une touffe de verts 
arbrisseaux représentant le jardin de délices. Autour du 
tronc s'enroule le serpent , le plus rusé de tous les 
animaux de la terre que le Seigneur avait fàUs, Ses longs 
et tortueux replis aboutissent à une tête de jeune femme 
dont la face , dune beauté artificieuse , s'encadre dans 
les tresses ondoyantes de la chevelure qui descend de 
chaque côté avec infiniment de grâce. Gen. IL 9. 

m. 1. 

Le serpent à tête de femme qu'on rencontre si fré- 
quemment au moyen-âge n'est pas une création pure^ 



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— i67 — 

ment imaginaire et fantastique des tailleurs d'images de 
ce temps. Ils adoptaient Tolon tiers , sans doute , comme 
la personnification la plus vraie de la tentation, le vi- 
sage d'une jeûner vierge enté sur le corps d'un reptile , 
parce que la ruse du serpent jointe à la beauté de la 
femme ïewe semblait Fexpression la plus complète et 
la plus large de la puissance de séduire. Peut-être aussi 
trouvaient-ils piquant de faire contraster , dans le ta^ 
bleau , les grâces naïves et pures d'Eve avec les grâpes 
perfides et molles d'une autre femme ; mais il faut dire 
que leur cboix était en même temps justifié par ren- 
seignement de plusieurs Docteurs qui ne faisaient pas 
difficulté d'admettre , sur la foi d'anciennes traditions , 
qu'afin de mieux séduire Tépouse du premier homme , 
le démon avait pris pour instrument une sorte de ser 
peut qui a la tête et le visage d'une jeune fiJIe (4). 

À droite et à gauche de Tarbre : 

6.0 Adam bt Eve après leur chute. — Les yeux de 
Vun et de Vautre sont ouverts; ils oonnaiêsent qu'ils 
sont nus. On les voit confus et repentants couvrir leur 
nudité d'une feuille de figuier ; mais déjà la confiance 
se mêle au remords et ils élèvent leurs regards pleins 
d'expression vers le type de l'espérance qui est placé 
au-dessus d'eux. Gen. III. 7. 

(1) Voici les propres expressions de Vincent de Beauvais : Elegit 
eti9m quoddam serpentis genus, ut ait Beda, virgineum habens vul- 
tum« at melius deciperet, quia similia similibus applaudunt.*j( Specul. 
natur. lib. xxx. cap. 68. ) Cs. 8. Bonavent. , Dionys. Garthus. , Beda » 
etc., etc. 



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6." Peoaiess^ de la Rédemption. — C'est par l'image 
de MAaiE foulant aux pieds le déioon que nos artistes 
ont entendu représenter la promesse de la rédemption 
contenue , selon TEg^ise et les Pères (1) , dans ces mots 
adressés au tentateur : /a meUrai une inimiiii entre 
toi et la fem/tney entre sa race et la tienne et elle te 
PRISERA X.A TÊTE. Eu cola , ccHumo toujours, ils se sont 
conformés à Tinterprétation donnée à ce passage de la 
Bible par le plus grand nombre des docteurs qui voient 
dans celle que Dieu appelle à briser la tâte du serpent 
la Vierge Marie, mère du Sauveur (2). Le ciseau du 
sculpteur comme la parole de Dieu montre aux hommes 
VinstrumefU du salut pour leur en faire penser la cause ; 
il élèyç l'esprit à la vue du Verbe fait chair, en noua 
manifestant sa Mère, Gen. III. 14. 15. 

Disons , pour généraliser cette remarque , que tel est 
le motif de Tassociation à peu près invariable, dans 
les monuments anciens, de l'histoire d'E^e et de ce^e 
de Marie. Que la vie de la Vierge soit le thème prin- 
cipal du tableau comme au portail de la Mère de Dieu 
de notre cathédrale , ou que ce soit la chute originelle 

(1) Cs. Legrand Tract, de Incarn, Diss. I. Gap. III. art. 2. 

(2) Quelques interprètes rapportent directement à J.-C. cette prédic^ 
tion et lisent : Ipse conteret caput tuum au lieu de ipsa conteret 
etc, ; mais la plupart des Pères suivent notre version et attribuent 
à Marie, en sa qualité de mère du Rédempteur, la première victoire 
remportée sur le Serpent. •— Gs. S. Hieron. ad Eustoch. : mors per 
Evam , vita per j Mariam. •— S. Joann. Ghrys. homil. de iuterdict. ar- 
boris : Restauratur per Mariam quod per Evam perierat. — S. Iren. 
lib. lY. adv. hsres. cap. 7i. — S, Gyprian. lib. II. de testim. cont. 
Judœos c. 9i — S. Bernard, hom. II super missus, 4. — Innoc. llly 
çerro. â de Assumptione. 



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— iW — 

ooiBfiie à noa SftaUea. et à noire vitre de la dOl* fenô- 
ive, Marie n*est pas séparée d'Eve ni Eve de Marie , 
parce que dans le conseil divin anssi bien que dans las 
easeigfiienienta de la foi la ruine app^e la réparation , 
et que la réparation suppose toujours la ruine. Il n'est 
pas jusqu'à la plus «impie représentation do mystère de 
rÂnnoBciation où les deux idées ne s^unissent d'ordi«- 
nairef se complétant en quelque sorte Tune par Tautre. 
Ai^^ enoore à notre portail de la Mère de Dieu, la 
Vierife de rAnaoncpLation posA sur xm soeie historié de 
la tentation et de la chute de la première femme. 

A^ nûliea d'un nuage, en fonne d'amande, duquel 
s'éc^ppent dans tous les sens des rayons lumineux, 
notrç saintet Vierge est représentée les mains jointes , la 
lète nue , les cheveux partagés sur le front et pendants 
en boucles élégantes le long de ses épaules recouvertes 
d'un ample manteau admirablement drapé. S^ robe est 
légèrement échancrée en pointe par devant et traîne 
sur les pieds. Elle tient terrassé et comprimo sous elle 
l'ignoble serpent à buste de femme armé de petites 
pattes attachées aux éjpaules , et du pied droit lui écrase 
la tête. 

Il ne faut pas quitter ces dernières scène<; sans avoir 
remarqué le type différent et si bien compris des trois 
tètes de femme , de la sainte Vierge , d'Eve et du Ser- 
pent. La première exprime la modestie, la force et la 
bonté ; la deuxième, la honte, le repentir et l'espérance; 
la troisijème, la ruse et la volupté. 

Dans une des niches pratiquées le long du pilier 
luontant du panneau : 
7.° Adam moissonnant un champ de blé. — En pu- 



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— 470 — 

nition de son péché, Adam moissonne avec un grand 
labeur la terre maudite à cause de lui. Le blé tombe 
par poignées abondantes sons sa fanciUe recourbée et 
mnnie d'nn manche en bois, pareille à celles dont nos 
moissonneurs usent encore aujourd'hui dans plusieurs 
cantons de la Picardie. Il est vêtu d'une simple peau 
velue descendant à peine vers le milieu des cuisses' et 
taillée seulement aux épaules pour laisser libre passage 
à ses bras nus et vigouretlx. C'est la tunique de peau 
dont Dieu lui-même le revoit après sa chiite , pour 
être, dit Origêne, un indice de la mortalité à laquelle 
le premier péché Tavait assujetti et de la fragilité qu'il 
héritait de la corruption de sa chair (1). Sur l'arrière- 
plan on Toit la campagne , les arbres et un édifice dont 
Tarchitecture soignée ne parait pas remonter au siècle 
d'Adam. Gen. III. 17. 21. 

Non loin de ce sujet , dans deux niches Toisines 
Tune de l'autre, il reste encore des vestiges delà pré- 
sence d'Adam et d'Eve. Les groupes qui ont totalement 
disparu de plusieurs autres niches des mêmes piliers 
montants, appartenaient aussi à l'histoire de nos pre- 
miers parents. Ici, ils recevaient l'ordre de Dieu de 
ne point toucher au fruit de Tarbre ; là , séduite par 
le serpent, Eve le cueillait; ailleurs elle en donnait à 
Adam qui n'osait résister ; un autre groupe les repré- 
sentait chassés du paradis ; Eve maniant la quenouille 
faisait face à son époux moissonnant le champ de blé. 
Nos lecteurs savent déjà qu'ils peuvent voir la même 

(1) ... QujB essent mortalitatis quam primo peccato acceperat, et fra- 
giliiatis ejus qnœ ex carnis' corraptione veniebat , indicinm. Hom. 6^ 
in Levit. Cs. S. August. iib. de Gen. conirà manichsos. 



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— 171 — 

histoire , et là toui-à-fait complète , à notre portail de 
la Mère de Dieu. Le« 8ajet8, au nombre de «ix, »ont 
disposés le long des deux faces du trumeau de la porte 
au-dessous de la statue de la Vierge-Mère. On y re- 
marquera qu^au lieu de moissonner le champ de blé 
comme aux Stalles, Adam bêche péniblement la terre; 
il en est de même « la youssure de notre portail St.- 
Honoré (1). La malédiction de la terre est , selon nous , 
mieux exprimée par les durs travaux de la culture qui 
seront peut-être stériles, que par les fatigues si bien 
récompensées de la moisson. 

Sur la plinthe ou bordure inférieure du haut-dossier 
de la première stalle : 

8.® Mort d'Abel. — Dans une plaine tapissée de verdure 
et plantée d^arbres, on voit, d^un côté, des troupeaux 
de brebis qui annoncent la profession d^Abel, pastor 
ovium , de Tautre , un bœuf et un cheval , animaux 
nécessaires pour la culture de la terre à laquelle s'ap- 
pliquait Caïn , agricola. Abel , frappé à la tête du coup 
mortel , tombe au milieu de ses brebis , tandis que Gain 
se sauve vers ses bœufs , la main droite encore armée 
d'une énorme mâchœre d*animal, instrument de son 
crime. De la main gauehe qu'il porte sur son cœur 
il exprime le remords dont il est saisi. Une tunique de 
peau courte et sans manches, une longue et épaisse 

(1) Yoir sur le portail St. -Honoré le rapport adressé à M. le Pré- 
fet de la Somme, au nom de la Société des Antiquaires de Picar- 
die» par une commission composée de MM. Tabbé Duval , Gamier , 
Fabbé Jourdain , Rigollot et Woillez. ( Mémoires de la Soc. d^ An- 
Mq. de Picardie. T. VI. pag. 86.) 



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— 172 — 

barbe f des cbereux en désordre , des traits prononcés et 
durs dénotent le caractère barbare de Gain : le long^ 
vêtement bien ordonné d^Abel , qui porte rescaroelle à 
la ceinture, sa candide fignre, ses cheveux soigneu- 
sement agencés, annoncent la douceur de ses mœurs 
et font penser à cet autre juste , h plus beau parmi 
les ef^fants des hommes (i) dont nos saintes doctrines 
nous enseignent qu'il était le type (2). Le désespoir et 
la terreur sont peints dans les traits de rhcHoicide , les 
angoisses de la mort dans ceux de la victime. Gen. 
IV. 2. 

A Reims, où Ton trouve le même sujet sculpté en 
pierre, Gain se sert comme ici d'une mâoboire d'ani- 
mal pour frapper son frère (3). Noos Tavons vu à Rouen 
(portail des libraires) lui fendant la tête d'un coup de 
bècbe. Gen. IV. 1 et suivi 

^ Rampe à droite de la première stalle : 

9.^ Gain en i^résence de Dieu. — Toujours vêtu de sa 
tunique de peau et tenant de la main gauche son arme 
accusatrice, Gain est agenouillé devant Dieu à qui il 
confesse son crme et dont il écoute les ^ terribles re- 
proches. La pose un peu géaée de Gain , dont on pour- 
rait faire reproche a Tartiste, est bien rachetée piu* 
Texpression d'agitation et de trouble qu'il a su donner 
a sa figure, tandis que le visage de Dieu demeure à 
la fois calme , sévère et bon. 

(1) Psal. XLIV. 3. 

(S) Rupert. in Crenes. comment, lib. lY. cap. 4. 

(3) Descript. de N. D. de Reims, par FoyiHon-Piérard , pag. 88. 



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— 03 — 

Dieu, la tête et le» pieds nus^ la barbe longue et 
fournie, est Têtu d*une simple robe flottante. Sa che- 
velure se partage au sommet du front et descend en 
longues bande» jusque sur les épaules. 

iO«^ Wowr DB Qkw, — Si nous en croyons les tradi- 
tions dee AabbÎDS, Lamech atrière-petit-fils de Caîn 
aurait luMnéme , sao» le Tonloir , donné la mort à son 
midbeurvaii aïeul. Etant à cbaaeer, quoique presqu^a- 
veiigle, dans^ la ievêt oà cefai)«-ci s'était réfugié, il le 
perça « dît^-Mi , d'une fléefaet sur ht hausse indication du 
jeun» sevriteur son eompagoon de chasse qui, trompé 
par son vêtement de peau et sa fuite .précipitée , Tavait 
pris pour une bête fauve. Traitée de fable par de graves 
auteurs (i) , cette tradition ne paraissait pas méprisable 
à St. Jérôme , à Raban Maur , à Gajetan et à beaucoup 
d'autres savants interprètes (2). Nos artistes ne se sont 
pas fait scrupule de Tadopter. 

Le pisemiep groupe, placé' vers le milteu. diB'la rampe, 
non» fait vo«p Lameeh à demi aectooujn, bandant $oa 
are et dirigeant le coup du oôté de Teistrémité supé- 
rieure de la même fampe où Ton voit FûifortAné Caîn 

(1) Theodoret. tom. 1. p. 37. Qaffist. in Gènes, interrog. XLIV. 

(i) Gs. Gorael. à Lap. , bic. — Voici le récit na!f dé la Mer des 
hystoires, imprimé à Paris par Pierre Lerenge, ou mois éib juillet 
de Fan mil IiIL< II1I.'>' et Ylil : Et skosf qnQ Laneth (sic) estant 
on dit diamp (ou pie de la montaigne du Canne) vouloit occire des 
besfes , non point ponr manger les chars, mais pour se vestir des peaulx 
diceUes, le dit Gayn daventure estoit musse es buyssons tellement que 
nng jeune enfant qui conduisoit Lameth cuydoit de Gayn que ce fust 
une besie sauhrage parquoi incita lecftt Lametb à tyrer une sayette 
de laquelle il tua le dit Gayn. Prem(&taaff$ Gb. XX f." XX^III. V*. 



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-. 174 — 

blotti derrière des arbres qui figurent la fbrét. Le jeune 

serviteur est auprès de Lamecb et lui indique du doigt 

le but qu*ii faut atteindre. 

Le costume de Lamech consiste en une robe à cor- 

sage serré et à manches larges se rétrécissant vers les 
poignets , nommées manches gihheuset / celui de Tenfant*, 
en une tunique courte dont les plis sont ramassés de^* 
Tant et derrière, l'escarceUe à la oeinture et sur la tête 
une élégante petite toque. Tous deux œnt chaussés de 
souliers dits à la guimbarde ou en bec de cmnne, A peu 
d'exceptions près, tous les p^sonnages de no^e boise- 
rie ont une chaussure pareille, ce qui prouTe qu'elle 
était très en vogue, non pas chez les Juift, mats au 
XVI.* siècle. 

Sur le panneau du côflPre de la même stalle, à la 
hauteur du siège, à gauche : 

11.^ GoNSTRUcnoff DE l'aachb. — Le vaisseau qui doit 
porter le bâtiment destiné à recevoir leê homtnee et lee 
animauw que Dieu veut sauver du déluge est pcesqu'^i- 
chevé. Noê lui-même, en robe longue fendue sur les 
côtés jusqu'aux hanches et ornée de bouffants , avec 
épaulière ou mantelet, le large chapeau recoquillé sur 
la tète , travaille a T Arche selon Tordre du Seigneur , 
et frappe à grands coups de marteau sur une pièce de 
bois que tient ajustée un ouvrier qui est dans le vais- 
seau. Un autre ouvrier, en dehors, perfore avec une 
tarière une planche déjà percée de plusieurs trous. Le 
costume des deux artisans consiste en une sorte de 
veste très-courte qui n'est pas sans quelqu'élégance. 
L^un d'eux a les manches retroussées. 



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— 47Ô — 

Le xiu." aiècle nous montre aussi Noê dans Tactioii 
de construire Tarohe , au cordon de Toussure du por- 
tail St.-Honoré qui représente les figurés prophétiques 
de Jési^-Christ dans chaque âge du inonde (1). « Il 
» . n'y a point de doute , dit St. -Augustin , que Tarche 
» de Noë ne soit Tirnage de la cité de Dieu exilée 
» dans ce monde , c'est-à-dire de TEglise , qui est sau- 
» Tée par le bois sur lequel a été attaché le médiateur 
D de Dieu et des hommes, Jésufr-Christ (2)^ »> 

Miséricorde du siège : 

12.^° liE Déluge. — L'arche, portée sur les eauûè qui 
couvrent la terre , représente un Taste nayire sans voiles 
ni mâts, sur lequel s'élève un édifice dans le style 
du XVI.® siècle. k\^ sein des yagues agitées paraissent 
des hommes et des animaux qui périss^t et des édi- 
fices submergés tombant les uns sur les autres. Gen. 
VIL 18 et suiv. 

Panneaux au-dessous du siège : 

13.° Le corbeau ejvvoyé hors de l'arche. — Quarante 
jours après que les sommets des montagnes avaient 
commencé à reparaître, Nop ouvrit la fenêtre de V arche 
et laissa aller un corbçau, qui étant sorti ne revint 
plus y parce que , disent les Pères , les cadavres • des 
hommes et des animaux , sur lesquels il. trouva à poser 

(1) Voir le rapport sur le portail S. Honoré, mém. de la Soc. 
des Ant. de Pic. tom. VI. pag. 87. 

(2) De Civitat. Dei, Ub. XV. 26, XVIII, 38. 



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— 476 - 

le pied , offrirent à 8a voracité une atNHidMie pâture (i). 
L'artiâte a Fait choix de cette dernière eiroonstanee. 
Il nous montre le corbeau , les ailes éployées , s^arrétant 
sur le cadavre d'un animal et se repaissant de lambeatix 
de chair. Au. milieu des eaux qui baissent, tiiais qni 
ne Sont pas ^itiérement écoulées , parait une tête 
d'homme. Gen. VIIÏ. 7. 

i4.<^ La COI.OMBË REVBNÀNT VERS L^ARCH^ -^ Lés eaux 
s'écoulent, les arbres montreoit leurs cimes, Tarche 
s'est arrêtée sur les montagnes d'^ Arménie^ La €<doinbe 
revient vers Noê , portant dans son bec un rameau éFoli- 
tièr couvert de feuilles. Ce sujet fait face stti précédent : 
Toiseau impur qui se repaît de câdavtes hors Je V église 
est en regard de la Colombe fidèle qui se réfugie dans 
V arche sainte apportant le symbole de la paix (2). Gen. 
Vin. 8 et suiv. 

Panneau du ' coffre de la même stalle, au-dessus du 
siège, à droite : 

15.« Sacrifice de Noé au sortir de l'arche. — Le pa- 
triarche est à genoux avec dëilt de sefit fils devant un 
autel antique de forme octogone sur lequel viennent 
d'être immolés en holocauste des oiseaus purs et é^inno-- 
cents agneauw, symboles de la victime sans tache qui 
un jour sera livrée pour le salut des hommes. I^oùr 
signifier que le sacrifice fut devant Dieu d^une agréable 



(1) S. Jean Ghrys. Homil. X^I in Gènes, n.» 4. — S. Aug. 
quaestion. in Heptat. Lib. 1. n.** XIII. 

(2) Gs. S. Aug. Contra Faust. MAnich. Lib. XII c. XX. 



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— 177 — 

odeur, Tartiste Ta figuré à demi oonêomé par la flamme. 
D davait que dans rancieune loi , le feu descendu du 
ciel sur les riotitties est la marque ordinaire de l'ao- 
oiptation que le Seigneur daigne en faire; tels les sa- 
crifices d'Aa!M)n, de Gédéon, de Manuê^ d'Elie, de 
Darid ^ de Salotnen , de Néhémie (1). Derrière le pa- 
triarche et ses àevLt, fils Sem et Japhet', on remarque 
un quatrième persotnvige qui se tient debout, le bâton 
à la main , la tète eouterte , sans prendre part au sa* 
cmfice; c'est Cham, sëoCAid as de N<>ë , dont TEeriture 
nous fera bientèt connaitre rimpièté et le <AAliment. 
St.-Ghryso8t6me nous afiqpreiiâ que , dès son séjour dans 
Tarohe, Ckam a^it mai reconnu la bonté du Seigneur 
qui le saurait du déluge (!l). L'attitude irrespectueuse de 
ce personnage^ dans la seène du sacrifiée, est un tr«t 
caractéristique qu'il faut savoir gré à nos intelligents 
artistes de lui avoir donné. Gen. VIII. 20 et suiv. 

Rampe du panneau du bout des stallès-bàssés ,' à 
gauche de la première montée : ( PL I. A. ) 

!.• NoÉ PLAÇANT LA tiGNE. — Il eufoQce uu cep 
dans la terre. La petite serpe attachée à sa ceinture 
marque sa [fonction ; le Tétement long fendu par les 
côtés et bordé de bouffants rappelle sa dignité de pa- 
triarche. Gen. IX. 20. ^ 

(1) Lev. IX. a*. — Jud. VI. 21. — Jud. XIIL 20. — 3. Reg. 
XVm. 38.-1 ParaUp. XXI. 26.-2 PwaUp. VIL 1.-2 Mach. 
I. 32. 

(2) Hune ioconiinentiffi deditum in. tempore tant» indigiiationis 

et generalis interitûs quo orbis comprehensus est, rei vénère® deditum 
AiîMe et eupiditatis intemperantiam non rehrenavisM...H4mi. XXVIII 
in Gènes, n." 4. 

12. 



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— 178 — 

3»® Iv^»ssB DE NoÉ. — CoQQhé sur la terra . aue au- 
l^rès d'uo petit arbre qui oittI>rag^ sa iéte , 1« patriarche 
est, profjpndémciiit endoripi. Cham qui a violé 1^ pudeur 
se tient , à son chevet. Sent et Japh^t soçt ,a\kx, /pioi» 
ei le couvrent d'tm mante^t^ , en fumant 4« tf^uins fi^ 
tés par respect pour leur père^Jeur^ .téte$ a^tijourd'hiû 
bris^e^f Co^wierd^uw \in scène, du soprifice,; m «ortv, d^ 
Tarife, Sem et Japhet oot ua ampl^ oosiuio^, semblable 
à..4;e|Di 4e. Noê, Gham.' «st vé^iid'u^e sorte. de nftb« sHivj 
mmcih0$ el sainQ ooUei qui a qudqa*anaIo|;ie ayeo eelle 
0Qmiue Âv> x.v,*^sièek #ous le now de.4Hr^at. Autour, de 
Jii9ii.y ides, ceps de vigpiies chargés de grappea «^ de feuilles 
^ une coupe rempKe :. indiquent TâUiit. dUvresse/ou, Ta 
floQgé 'Àer.fîfi ^'il a bu mt^ fin e^fmaêêre [la for^^ 
Gen. IX. 31. 32/ 2a. 

E.*». Nojé .MAup^r CEMiAN. ,-Tr Lç tçxte s^cjtq ;pe^ !ai?«p 
pas de doute que la malédiction ne tombe sur Ghanaan 
en punition dp crifne df fto» père (1). 4^ussi Tartiste 
avaitr-il judicieusement placé e^ pçpçenée de.îjToê et le 
père coupable et le fils maudit. Une mutilation a fait 
disparaître Gb anaan . Gham reconnaissable ' à son sùrûot , 
à sa physionomie et à son attitude qui révèlent uâ ca- 
ractère dépravé , se tient fièrement debout devant Noë 
et semble le braver. Noë prononce les paroles de l*ana- 
théme : Que Ckanaan soit maudit , qu'il soit Vesèlave 
des esclaves de ses frères. Gen. IX. 24. 25. 

Miséricordes des sièges : 

2.* Sacriticbiib McLCHisBDECH.^-^FléobissaBt le genoB 

(4)G8. s. Ajnbn». Ub. de Arcà et ïtoe, csp, JJX.-r-S. ,h 
Chrys. Homil. XXYII. in Gen. n.» 4. 



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— 179 — 

devant un autel orné de couriinea ou nappes frangées , 
le praire du Tri^H<mê ifffre le fmih eé le vin. Dieu pa- 
raît ach-deêêus de Tautel , tenant en main le fçhibe 'ïtefl^ 
reatre surmonté de la croix. Le petk psàA (fài est épais 
et de forme ronde , le vin renfermé dans un -ealide 
pareil à ceu3^ qm servent am «morifioe de la messe.^ la 
tons^ure cl^Qldb du poatifè, la mitre déposée à ses 
pieds, la forme chrétienne dm Tautel « tout annonce une 
intentiez positive <> de la part des artistes , db ^fiser \à 
pensée sut le saol^ifiee eueharistique de la loiauàveUè, 
dont l'église. et les pères enseignent tiilaninjeradrfit>(|ae 
celui de Melchisedech est la figure (1). Au pottail .'Si'l- 
Honoré (2), Melchisedecfa n'est pas à Tautel. Debout sur 
son piédestal, à Tombre d'un magnifique dais v il tient 
amplement 4tir sa main droite le pain, et sur sa.|^aiiQlie 
le caliez ornais il est paré d<i tous les insi^es-dtt poh- 
^tife de. rSgUée éhrétiemie : la mitre , la chasuble^ Tétolé, 
la tunique el Tanhe. Un même esprit a inspiré le k^ 
iomier^dn sBlit.^: siècle et le huehier du xvi.* Voyez, au 
oontraice, à: la (tepelle de Notre-Dame de Pitié, le bs»- 
relief en.^mb. doré^ sevlpté par Garpentm^eu 1758: 
plus d'autel, plus d'habits sacerdotaux, plus de oalioe; 
en revandie, du côté, de Melohisedech , i dès corbeilles 
pleines de pain ^ et d'énormes amphores de irin tenues 
par des isuivants presque nus; du càté d'Abraham', tout 
l'appareil delà guerre y compris dès chenaux impatients 
que contient avec peine un valet aux membres aniscur- 



(1) Cb. s. Paul. Siiist. ad Heb. e. vm/el tous les Wèrn-titéi par 
BellanDin lib. I de MissA c. 8. 

(3) Y. le rapp. au Préf. de la Somme sur ce portail. Mém. de 
h Soc. des Ant. de Pic. tom. VL p. 88, 

12.* 



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— 180 — 

laux. ABsarément , le naouveroent, la variété , le pitto^^ 
resqae, la vérité historique même peuvent se rencon- 
trer dans l'œuvre moderne; mais là pensée réelle et 
capitale de la bible, nous ne la trouvons que dans 
FcBuvre ancienne. 

Le . s^jet est complété , sur notre miséricorde-, par la 
présence c|e Loth et d'Abraham^ Un petit cbien qui ca- 
resse l'un de ces deux assistants, et uu arbre ^ rem^ 
plisseift le reste du tableau. Tons les personnages ont 
iè vAtement long. Les manches fendues de Loih etTes- 
•oarceUe de Melchisedech sont à remarqua. Geîi. 
XIV. 18, 

3.* AppAmmoir dbtm>is anges a Abrahim. — Les trois 
personnages de TappaErition que le texte biblique appelle 
des itomm«s, parce que sans doute ils &ï avaient pris 
la ibrrae, étaient des auges seton St.-'Paul (i). L*artiste 
les a vêtus de robes traînantes, et parés de longues 
ailes, d'une chevelure ondoyante et de toutes les grâces 
de la jeunesse. Ik se pressent ; étroitement Ton contre 
Taùtre, peut-être pour figurer pvr leut uM^on- l*unité 
de Dieu comme ils figurent par leur nombre , selon les 
Pères f la Trinité (2). Abraham , que nous reconnaîtrons 
toujours à son ample vêtement , à sa . barbe fournie 
et longue et au chapeau à larges bords, esl aecauru 
au devant d'eum à VerUrée de $a tente qu'on voit dans 
le fond. L'arbre sous lequel il les invite à se reposer 



(1) Epiflt ad Heb. YIII. 9. — Gt. S. Av^oêL De wnIL Dei, lib. 
XVI c. ». 

(S) Abrabam très vidit et unum adoravit, dit St-Augustin, cooir. 

Muiin. Artan. lib. II. n.*» 5, 6, 7. 



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— 181 — 

n^a pas été oublié. h\\n des trois ang;es vient annon- 
cer à Abraham qae &tra 9a femme aura un fiiê. G'csd 
par là qm cette scène se rattache aux suivantes. Gen« 
XVIII. 2. 3. 10. 

4.* PaoMESSES DE DiEu A Abraham. — IHeu couronné 
du ninbe et vêtu d'une longue robe flottante sans 
ceinture montre à Abraham , qu'il a fait sortir de sa 
tente, le firmament parsemé d'étoiles, et lui dit : Me- 
garde et compte lee étoileê, si tu peus. Il en sera ainsi 
de ta pestériiA Abraham écoute à genoux la prophétie. 
La présoic» d» Damascus, fils d'Eliéser son serviteur, 
ri^^Ue la plainte du patriarche : Je mourrai donc sans 
enfante t. . . et le file de mon e^reiteur sera mon héri- 
tier / Geo. XV. 2. 3. 6. 

Dans un vitrail de Téglise St,-Patrice de Aouen , où 
nous avcms rencontré le même sujet, la figure du Christ 
en croix se détadlie sur le ciel étoile et précise le sens 
de la révélation faite à Abraham. D'après les Pères et 
TEvangile lui-même (1) , ce patriarche eut en efiPet le 
bonheur de reconnaitre Thomme^Dieu parmi ses descen- 
dants , et de vmr suecéder à sa nombreuse postérité se- 
lon la diakr une génération plus nombreuse d'enfants 
spirituels dont Jésus^^brist est le premier né. 

5.« Abraham part pour le sacrifice. — Il marche en 
avant de l'âne qui porte le bois de V holocauste divisé 
en deux faisceaux ou fagots pendants sur des cordes 

(1) Abraham pater vester exultavit ul videret diem meum; vidit 
et gaTisos est. Joann. VIII. 58. — Cs. Cornél. h lapidef, in Gèn. 
XV. 5. ' ' ' 



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— iS% — 

de chaque côté des flancs. Isaac son fils et les deux 
serviieurs qu'il a prie avec lui suivent derrière. Jeune 
homme de vingt-cinq, ans, comme le disent la plupart 
des docteurs , Isaac est coifiPé d^une toque de forme 
distinguée et vêtu d'une longue robe fendue sur le 
devant en forme de manteau. Outre Thabit long qne 
noiis lui avons vu, Abraham a la chape de voyage ou 
pluvial attachée sur la poitrine par un riche fermoir. 
Gen. XXII. 3. 

$.* Isaac allant au Sacripicb. — Abraham marche 
le prenu^r, portant le glaive à la ceinture et non à la 
main, comme, le dit la lettre du texte* Apf^yé .fur 
son bâton de la main gauche, il tieftt de la droite une 
torehe enflammée. Isaac, quHl vient de eharger du bois^ 
pour rholoeauste ^ le regarde et dit : « Mon père ^ voici 
le feu et le bois; oik eH donc la vicHwte? Abraham ré^ 
pond: Mon fiis , Dieu saura trouver la victime. Gen. 
XXII. 7. 8, 

7*^ Les deux SBBvtrBaas bestés a l*écart. -^ L'âne esè 
déchargé du fardeau. Un des serviteurs indique du doigt . 
la scén^ , qui se passe sur la montagne qu'on découvre 
au loin. Ha paraissent ne pas comprendre comment Abra- 
ham , qui se dispose à frapper son fils , a pu leur dire : 
JKpfM reviendrons înont^t^ Gen. XXJL ô.i . 

^* Isaac sur lb buchbb. -^ Abraham a élevé, un autel 
et dressé le bûcher, Isaac est à genoux sur le bois^ 
les mains jointes , les yeux voilés d'un bandeau , offrant 
à Pieu de bon cœur le sacrifice de §a vie : Abraham^, 
le tient à la tête de la main gauche, et lève le glaive 



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— 4M — 

de la nAiû droite pour le frapper. Uo ange descendant 
des nues saisit le glaive , e$ M trie : JTétmds pas la 
main sur Venfant et ne lui fais aucun mal. Le patriarche 
s^ détourne pour Técouter et aperçait en même temps 
un bélier embarasii par ses cornes dans un buisson. 
Gen. XXII. 9.-42. 

9/ Abraham immolant le béliek. — Le bélier est 
substitué à Isaac sur Tautel chargé de bois. Abraham 
Voffrani en holocauste au lieu de son fils Ta îe frapper. 
Celui-ci à genoux derrière le Patriarche remercie le Sei- 
gneur du miracle par lequel il échappe à la mort. Peut- 
être aussi , dans la pensée de Tartiste , adore-t-il la tîc- 
time sainte dont le bélier est la figure. Le bélier est 
suspendu aux broussailles comme Jésus-Christ à la croix 
et immolé en la place d'Isaac comme Jésus-Christ en 
la nôtre, disent tous les Pères (4). Gen. XXII. 43. 

De toutes les figures de Jésus-Christ dans Fancienne 
loi, il n'en est presque pas que les Pères, TEglise et 
Ticonographie du moyen-âge aient trouTée plus explicite 
et plus proche de la réalité , et qu'ils aient reproduite 
plus souT^it et avec plus de complaisance que le «a- 
erifice d'Abraham. Depuis le portail de Berthaoeourt 
( Picardie ) du xi.* siècle , jusqu'aux stalles du xyi.*, 
nous retrouvons plus ou moins détaillé ce fait saillant 
et sublime de l'histoire sacrée des premiers âges ; et dans 
toutes les circonstances par lesquelles on Ta complété 
selon les lieux et les époques , c'est toujours Jésus-Christ 
qu'on y a vu avec le mystère de l'immolation volontaire 

(1) 8. Aug de Civil. Dei lib. XVI. c. M. — 9. Ambros. de Abrah. 
Ub. 1. cap. 8. n." 77. 



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— 184 — ^ 

et de la substitution. C'est Jésus-Christ dans Isaac : 
Jésus-Christ dans le bélictr^ et en même temps Dieu le 
père dans la personne d'Abraham : Dieu encore dans 
la personne du fils qu'il se dispose à sacrifier et qui 
eêi sacrifié parce qu'il fa voulu. Dans la flamme, c'est 
la charité qui doit consommer l'immolation ; et Tinstru* 
ment à Tenir du salut, dans le bois montré ordinaire- 
ment en forme de croix , comme aux vitraux de Boui^s 
et de Chartres, etc., et que toujours ailleurs Isaac 
porte lui-même sur ses épaules (1). 

10.« Le serment p'Eué^er. — Abraham cassé de vieil* 
lesse est assis, la tête couverte, sur un riche pliant 
à haut^dossier. H dit au serviteur le plus ancien de sa 
maison : Mets ta main sous ma cuisse et jure de ne 
pas choisir pour épouse à mon fils aucune des filles des 
Chananéens, mais de partir dcms le pays oà sont mes 
parents et de recevoir là une femme pour mon fils Isaac, 
Le serviteur à genoux et se découvrant la tête pose la 
main sur la cui38e d'Abraham et lui jure d'accomplir 
ses ordres. Geu, XXIV.^ 2. 3. 9. 

Sachons gré au tailleur d'images de n'avoir pas omis 
le geste do prestation de serment. Il est significatif aux 
yeux de tous les Pères. « Abraham ordonne au serviteur 
de mettre sa main sous sa cuisse, dit St.-^régoire, 
parce que de ce membre doit sortir la chair de celui 
qui, par sou humanité, sera son fils, et par sa divi- 



(1) Cs. S. Aug. de Gvit. dei. lib. XVI. cap. XXXU. n." 1. — 
Senn. XIX. III. — Enarr. in Psalm. XXX. n.» 9. — 8. Joann. 
Christ. Hom, in Gçn. XLVU. n.» 3. — V. au^i te rapp. s«X te 
port. S. Honoré, p. 89. 



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— i85 — 

nité, son 8e%neiir, comàie VU eat ^t : (oucbez.moa 
fils el jurez par mon Dieu (i). » > 

Aa temps patriarcbal, la qualité de pasteur opulent , 
la ncAlesse du sang^, la puissance que donne la foriunef 
le titre de prince et de prêtre dans la famille et dans 
la soeiété étaient confondus , et constituaient une aris* 
tocratie naturelle et vénérée. La brebis qu'on a fait 
poser auprès du père des croyants dit tout cela : c'est 
un blason avant le blason. 

Abrabam qui est cbez lui a dépouillé le pluvial. Son 
serviteur est vêtu de la redingoite à collet rabattu ap- 
pliqué aux reins par une ceinture; il porte au cèté 
Tescarcelle et un petit poignard, meubles obligés pour 
un voyage lointain et par des cbemins peu sûrs. 

il.« YoTAGB DU Serviteur. — U marcbe à pied à 
cèté de$ ai» chameaux du troupeau .de eon maUre char* 
géSf les uns de paniers, les autres de cofiPres dont les 
couvercles bombés sont délicatement ouvragés et garnis 
de lanières de cuir entre-croisées. Un jeune valet, la 
tête encapucbonnée , est pitloresquement assis entre les 
bosses de sa monture. Gen. XXIV. 10. 

12.* Rencontre du Serviteur et de Rébecca. — Le 
serviteur arrêté avec son wcorte à la porte de la ville 

(1) Manmn sub femore jiâ»et ponere quia per membnân iHad des- 
censura erat caro ejus qui filius Abrahe esset ex humanitate et do- 
minus ejus ex diTÎnitate ; quasi dicât : Tange filium meum et Jura per 
Deum meum. S. Grég. cité par Corn, à lapid. comm. in Grenes. p. 
S03. — • Per fémur, genus. dit St. Aug. tract, in Joann. 43. p. 588. 
— De même St. Ambroise : Per fémur generationem intelligimus , 
generatio autem Ghristus est. lib. 1. cap. 9. n.** 33. de Abrah. 



C 



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uJ 



— 4M — 

âê Ifa»hor, f>rès d'un puiU d<mt on TOit la poulie, la 
corde , le seau , et au pied l'abreuToir , aperfoU R^becea, 
filiê de BathUêi , et fléchît le genou devant eHe ^ en 
diêoni : Donnêz^moi à boire un peu éteau du if ose que 
00U8 portez, Rébecca , la main droite sur sa cruiche 
déjà remplie , parait , telle que dit TEcriture , pMne de 
pudeur et de beauté, La riohesm de son costume , qui 
annonce Topulence de la maison de son père, offre un 
spécimen complet de la parure d^une grande dame au 
eommencement-'du xvi.* siècle : robe traînante coupée en 
earré mr la poitrine (H>ur laisser Toir les plis fournis 
d'une fine chemise, manches tailladées aux épaules et 
pendantes .Vers TaTant-bras, bonnet à ailerons plissés 
et s'écha(^ant de dessous la toque avec émaux sur le 
rebord et bonnette au sommet, long voile accroché au 
bonnet et descendant jusqu^à terre quand il n^est pas 
relevé sur le bras, lai^e ceinture en forme de corset 
«^allongeant devant et derrière en basques écaillées, 
frangées et perlées , précieux affic^hets qui marquent aux 
hanches la naissance de la fente du corset: tout est 
riche, somptueux , élégant , et ne doit pas piquer raoins^ 
Tattention du curieux que celle du serviteur d'Abra < 
ham. Gen. XXIV. 16. 17. 

13.^ Rébecca Bcmmivr a boibe a Ëuézrâi. *-^ Le lieu 
et les personnages sont les mêmes que dans la scène 
précédente. Buve^^, mon seigneur^ dit Rébecca, et le 
serviteur boit à même du vase que lui tient, posé sur 
son bras, la jeune fille toute tremblante. Gen. XXIV. IS. 

14.^ Rébecca abreuvant les chameaux. — Pendant que 
Rébecca verse leau dams le bac ou.abreavoir, un cha* 



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meau icoïiditit par le jeune valet êe inet à boire. En 
même temps, h âetviieur été du coffre de^ petidànts 
éTi^reilleê qui pèsent dei$w êicles et deua> bracelets qai en 
pèêent diw. Gen. XXIV. 20. 22. (PI. IV. 1.) 

IS,* Rébeccâ AECEVÀ9T LES PRÉSEMPS. *— Le ftcrvîtettr 
remet entre ses mains des bracelets, et dit : De ^i 
éteê-vouê la fille , Je vous prie; y a-t^il dans la maison 
do votre père un lieu pour mo recevoir P Elle répond : 

Je suis la fille de Bathuel il y a chez nous du foin 

et de la paille en oèondance et un lieu spacieux pour 
se reposer. Même mise en scène que tout-à-rheure , 
excepté que le co£Fre d^où Pôn tire les cadeaux est 
placé entre Rébecca et le serviteur, et qu'à quelque 
distance, le jeune gardien des chameaux, descendu de 
sa monture, Fait claquer son fouet. Gen. XXIV. 23. 
24. 25. 

16.* Le SERVITEUR INTRODUIT. — Le lieu de la scène 
représente une salle à manger avec son dressoir ou buf- 
fet , sa vaisselle , sa table t^ôuverte de la touàille pen- 
dante ou nappe, ses humbles escabeaux. Le pain est 
servi; Bathnel et Rébecca ont pris place. Le jeune La- 
ban, frère de Rébecca-, introduit l'étranger, qui ne 
veut ni s'asseoir ni manger jusqu'à ce qu'il ait dit ne 
qu'il doit dire, La coiffure de Rébecca est ici beaucoup 
plus simple ; elle consiste en une sorte de turban retenu 
sous le menton par un cordonnet. Bathuel porte Tampte 
et grave costume des Patriarches. Gen. XXFV. 32. 33. 

• * 
17. « Départ de Rébecca. — La demande de Rébecca 

pour Isaac a été fjaite et acceptée. Pébecca consent à 



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— 188 -^ 

partir. Baihuel et Luban V envoient, elh et $a nourrice,, 
ei le serviteur d'Abraham et ees compagnons, leur sou- 
haitant toutes sortes de' prospérités. Les chajD^aux char- 
gés de richesses sont prêts; le geste de Bathuei iu- 
diqae un adiea toat paternel. La physionomie de Ré~ 
becca , autant qa^on peut en jnger sons le Ipng voile 
qui couvre sa figure « annonce dans son eoouir 1^ com- 
bat qui se livre entre la piété filiale et la soumission 
aux ordres de Dieu qui rappellent loin de son pays ; la 
vieille nourrice est triste , le serviteur d* Abraham im- 
patient ; le petit bonhomme au fouet brandissant revient 
en courant du fond du tableau où il était occupé sans 
doute à chose plus intéressante pour lui que le ma- 
riage de Rébecca. 

On ne sera pas surpris que Vartiste ait minutieusement 
développé ^ sur huit miséricordes , l'histoire de la vo- 
cation de Rébecca, en se rappelant que les Pères de 
TEglise n'ont guère moins insisté sur les circonstances 
de cet événement toutes remplies, selon eux, de moralité 
et de mystères. Rébecca s'y montre le modèle parfait 
des vierges , Bathuei et Laban des pères de famille , 
Eliézer des serviteurs dévoués. On y apprend aussi les 
devoirs de Thospitalité. A un autre point de vue > Ré- 
bepca est le type de; TEglise , choisie , pour devenir 
réponse du Christ, parmi les gentils , « lesquels étant 
» appelés, ne tardent pas (1). » Abraham représente 
Dieu le père , Isaac Jésus-Christ , Rébecca TEglise ou 
rame fidèle , Eliézer les apôtres et tous les ouvriers 
évangéliques (2). En pénétrant ainsi Tesprit de nos saints 

(1) Yocata non fecit moram. S. Ambros. lib 2. de Abr. n.*" 92. 
p. 312. 
(i) S. Grog, moral, lib. 35. pas^m. —S. Eoch. lib. 2. 6en. c. 40. 



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— 489 — 

liyresy ndaft pardonnons voton^éi*d à Antohre Atetttièr 
la pH)lîiti«é' de %oA cis^M. Goii. XXiT. 58. 59. 60. 

idit^iRtoseoi «oifsùi/rifm le &siGirBtm; t* Rébecèa 
p>m9e^àe deusf enfanté^ qui ^tr-^ntret^quBtU dans 9on sein , 
€8t''à:^nôut;! (eé i»aiii8 jmtes, dei^ânt un auiel et 
jH'te avec ffervenr; LUnptkte a écarté lom d^élle tout té- 
nu^ ïl&n d'urréiér.etekigivèinent^ Teepritsiirle mystère 
cfe la luttbde Jacob «t d^Etoati;^ révélé^ niam ^la répdnée 
da Seigneur : Les chefs de deux peuples puissàkts sékt 
dans ion sein , . . et Vun de ces pùuples triomphera âe 
Vauire , et Vaênè sertira le pius jeuneu loi^'encOfé^ la 
forme chrétienne de l*autel notia «endble ^moîna na'àmh- 
chronianie qu'un moyen ingénieux véet^r^pief ie fiitt|r 
triomphe de l'Eglise «ur ia Synvgogùe^ annoneé -cftrni- 
^fié, d'après St^-Paul^ par la pvo^iéftie dç. la ^oli- 
'raission dç Vaine, an ' f>/tt< yaflin0i(i)«: Derrière' Rébeocài, 
on aperçoit sa maison «4 pi^pra^ mgh du <s\J^ sièdd* 
Gen. XXVv 21. 3^. 23. 

19.* EsAû ymrDXVT son oroit n'diNBssE. — tEmiu r»«- 
venant des champé. très^fiitiftté , vadwlÂe S9». dÊien»^ por^ 
tadl un arc en sa mAin droîle, un ricka ^asquois à la 
ceinture, est en présence de Jacob X{xd se'^tieht. au 
seuil de la maison avec le plat de lentilles qu'il a fait 
euire. Esaû lui dÎEt i Dànne^moi à manger 4e ce mets 
rouaf^ car j» suis^ las* Jaeob hU dit : f^ends^moi ton droit 
^mineMêe. Esaà répond : Je mo. meuri ,' ^ quoi me ser^ 
vira mon droit S^ainesse ? et jurant] il ^vend son droit 



(1) Epist. ad Rom. IX. 10 et sqq. — Gs. Estius in Piiulum. — Sera, à 
Picon. ibid. 



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— ,«90 r^ 

^ain^H. Jl^,vg^te d^Eg^ù. exprime ,b^ 8oiir'|a»g£|gfi) et 
>)^a4Mlpn^i[)u'f|''fiût d0^8^8 d|>i^»; iLsi^^îff^etic^ fdO) Tfè- 
teraent marque celle da caractère et des occupations 
de« JotoUx personnages. Les : manches largQS)>tde ThabiH de 
Jaoob auraietit ^^éoç l^^efaiM(»ear,> Esaâ^ 4aqyi^ le miinieiAQiit 
de l%rc: il porfce les ineajei^s -plus étroites, yentailloor 
^*a pAS oabiié ^u^Eéati vini nut mond^ wurn $t ^0UfteH de 
fM$: : oomnAi Mne peau dft . Mfo. D^s-^ poiU ép$às paraisUfunt 
À iH€)ôdroItdu.j5o^i^a^.dpfe«t-duT«téin©ilt. .. -Gad. XXT^ 

n( ^*?>.isAàd QBMàtfpAHV^.. ^ EsAU DO > FRVIX DS M 6«àaSlK. 

-'fmlsmc devenu éêaum^ rûioieé famM oh$cwmé de, Ulle âof^ 
•jfiibl nb 'pes$fifd»êti)eoîr,^' 'est ésm dmr :'xm Antoatt' à 
4îaufc>- Aoaneri évid0j-et;,oimë dé Stfm^M^ là tsle oouitetrte 
-àHm /ilar^ )ci»ap0ai| atec. «cordoni -pour;- l'a tCàchar :Jati^ 
de8toésrldB'rinentbnj;iJl'^paD^::à..£»u : Mon file f. quami 
.tûàtêrctt/priê^^uelfim chose ^ la ehàeee^, appréia^e oomate 
iu sais que je V aime y et apporte*îe ètûi ^lafifk qiie je^^h 
mange et que je te bénisse avant de mourir, Esaû ^ de- 
-bouii'defvant sxm père, écoute attentiremeni ses 'ordres 
«t ' ses promesses. Cacbée derriéi^ lé siège du patiiar^e, 
Rèbeoàa pe. perd pas un mi^ da^cê qu'il odit. " Gmi. 
XXVIL3I. 2. 3. 4. 5. 

21.^ RÉBB6ÇA DONNANT A XaCOB litS ^STRUCTIONS* *^ 

LeÀ deux pertonnàgei soal debàut^ La mèrç dît à. son 
fil» :w.«. Fi» vers le iraupsau, apporie^moi les deuw meil- 
leurs ehevreauw afiu que je prépore à toit père tw weis 
que je sais qu'il aime. Et quand tu l'auras présenté à 
ton père et qu'il en aura man^é il fp bénira avant de 
mourir. Jaco6 est surpris de ce langage. On distingue 



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ici mÎQUK qu'Mlleim ' la loagne bande de «toUp- Ûvm 
qui f>çiid d*i la ooiffare.ide Rébèooa |Mir derrière et 
qu'elle taroéoe ayee gràce sur Tavant-^bras. >D.^un o^é 
eêl une niaiaon , de rantne aa troupeau* Gen. XXVIiJ 
9. 10. 

22^*.Bébbgga PRÉBAi^ifflr un .CBBVREiUTiL.Mf- Mndie.d^un 
laripe xxNiieaii, Jlébaccea» 'dépouille m» iel^vreaii> (|ilaoé 
deriint' «Uê sur wu^ tàbie, Lea amples ioanckeside^ soii 
YÂt^ne^t lonlv tetrausiées et laisatei- voir les thanclies 
mtàcé»s Âe lûjtuuique de de009Uis..Jao9l> qui-v.oontîent Je 
s0fM)Nid> ehevïrBavi a. pris aoin , peur avoir la • Jiberlé^* 4^ 
seai.in0Uv»QMiitft/ dA act.dégagior . les bras, de^iéct^i Isirget 
llittn«hfia,iiba4uee]>qu'il,a pastéer* dans )8a:::ceinlur8) afin 
qu'elles ne traînent pas loMi)u!lI èé baisaeL>Le .troiii^aû 
est à quelque distance derrière Jacob. Gen. XXVII. 14. 

9a m^ M^rriftéfM ,i9mrdaik>en Im-'fnàisùiK l^é^ ses èpw^ief 
aoAtreqouTjlr^Oile. peaux» Ri^eooa.Iui en :jjiialû*.d!au^ 
1res a«»> mains. en fi^irme. de gantée Le feod du taUeàm 
Mt garAi d'èdifiiîej . . Geiu.XXIL iô, . i . .i :. 

24." Jàcob présentant a Isaac le pla^ de ghbtreauI 
— Le père est assis; le fils tenant des deux mains le 
plot de Tiatode s'approche et. fléchit, le ^nou^ disant: 
Mfin pètfl -rrJe i'^ntandâ, qui,ê9^u:mon JUs^Âillww^ 
Jaoob répond *• Je êuiê Esau voérs fiée' aimé. Isaacdit i 
jtfBpfùÊheh-toi , mûh fiU, mfin que je iê.tmuhe.'Et Tarpani 
touohé : Cet^ voix, diM, ^H la* vùia ^e Jacob, tnm» 
U$ mskinê* sçni leê mains .â'£sa», La plus vite aurprise 



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— 1« — 

«ftt exprimée dant. les traito da Patriarche^ Rébeeea ee 
tient deniére le faateoi! , Tair inquiet et corieux , munie 
d^nn pot '.et. d^an verre , prête à pffirîr au^ vieillard sa 
fadissoDf, qnaild son^repasaara commencé. Gea* XXYII. 
18—23. 

r ^.^iJkà^ ^Éîsu -^ Isaacest ioujonf» sur son £&uteuil : 
Jacob est à/ fuieneanc à ses pieds. Le Patriavche^ dont 
tes traits du. visage annoncent Tinspiiration dtriae', pote 
solennellement la riiain droite sur sa téttf et tà'^hétUu 
Rébeoca aussi à genoux près du siège tient ses • maint 
elfoiséessur la cuisse, et la tète baissée, dana l'attîliide 
de ià prière et de Tadoration. EUe est betaiswse'du suo- 
cds de .sa ruse etTeconnàit lu Térité^ des^'^Aiesaèa éa 
Sei^wur. *Got. XXVU. 27, 

26.* Retour d'Esau. — A peine Isaac avait achevé de 
parlée' «I à peine Jmsoh éUM eorti; qu'Esaû rééint. On 
het^Tmtcprisentaniii son 'pire j 4otgours assis, -ce qu'U a 
priSparé 4e eachaeee. L-artiste a yivemeiit exprimé' le pro. 
îojkà- étonn^mmi dont le vieillard e^^ frappé. Le visage 
d'Eaaiai anncHKse le désiaj^ointement et là colère. A 
droite, à Técart, Theureux Jacob à genoux adore les 
desseins du Seigneur et lui rend grâces de ses bon- 
tés. Gen. XXVn. 30.~34. ^ 

27.« Menàcbs d'Esau et cckisbils n& Rébecga. — Le 
sculpteur a réuni en un seul tableau lek menaces d'Esaiî 
et les conseils de \Rébeccà. Pendant que, d'un côté, 
Esaîi fait éclater sA colère ccmtoeson frère ^*il meniipe 
du geste, la pnuknte fiébecca conseille, de Taûtre, 
à Jacob de fuir prèê de Laban. Isaac est présent , sur 



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— 193 — 

s(m fauteuil » et fait un ûgne pour persuader à Jacob de. 
s^éloigner. Jaoob écoute avec docilité. Gen. XX VIL 44. 

28.^ L'ÉCHELLE DE Jàcob. — Plutôt accroupi que cou- 
ché y Jacob dort d*un profond sommeil ; sa tète couverte 
d'un chapeau repose sur une grosse pierre carrée. Pour 
signifier la vision que Dieu lui envoie , l'artiste a sculpté 
en face la mystérieuse échelle dont le pied pose à terre 
et le haut touche le ciel; les anges de Dieu montent et 
descendent et le Seigneur appuyé au sommet rend ce 
solennel oracle : Toutes les nations seront bénibs en 
TOI ET BN TA postérité. L'arriérc-plau est occupé par 
une longue muraille flanquée de bastions et de tours, 
figurant la ville de Luza prés de laquelle s'est arrêté le 
prophète. 

Entre plusieurs fragments de miséricordes de stalles 
que nous avons récemment acquis d'un habitant d'Amiens 
qui les a soustraits aux flammes à l'époque de la révo- 
lution , un des mieux conservés représente aussi la Vi 
sion de Jacob. Un vaste désert y remplace la ville de 
Luza , et le Patriarche couché y dort dans une pose plus 
naturelle » en avant de Técheile qui s'élève derrière lui , 
à peu* près comme on le voit sur l'un des médaillons 
du portail de la Galende à Rouen. Le faire artistique 
du fragment nous parait aui^si plus soigné^ quoique 
l'une et l'autre sculpture appartiennent à la même époque, 
ou peu s'en faut* On retrouve partout ce poétique su- 
jet dont il n'est pas douteux que nos ayeux n'aient 
compris toute l'importance mystique* lis savaient arec 
Théodoret (1) , que l'échelle symbolique signifie la pro- 

(1) Tbeod. Quœst. in Gcn. 3. mferpr. LXXXIII. Oper. gneeo-lat. 
tom. 1. p. 61. 

13. 



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— 194 — 

TÎdence par laquelle Dieu gouverne toutes ehoees; avee 
Tertullîen (i) et St. Basile (2) , qu'elle marque les àiSé- 
rents dégrés de la perfection ; avec St. Grégoire (3) et 
St. Thomas (4) , que les anges qui montent sont les âmes 
contemplatives et ceux qui descendent les hommes de 
la vie active ; avec Zenon de Vérone (5) qu^elle est la 
figure des deux testaments dont Dieu est également le 
principe et la fin; avec Rupert (6) et d'autres, que Dieu 
y révèle le mystère de rincamation du Verbe , de 
ce Sauveur qui descendra du ciel jusqu'à la terre par 
Abrahaiti, Jacob, David et Marie ; avec St. Bernard (7), 
qu'il faut y chercher le type de la Ste. -Vierge ; avec 
St. Augustin (8) que le Seigneur appuyé sur Téchelle 
est Jéëus-Christ suspendu à la croix ; avec tous les Pères 
enfin , que les oracles annoncés à Jacob du haut de 
réchelie sont une des plus solennelles prédictions du 
Messie et de son règne glorieux sur la terre (9). Ainsi 

(1) Tertull. cont. Marc. lib. III. cap. 84. p. S15. 

(a) St.-Ba8U. Hom. in Ps. 1. n." 4. Op. grsco-lat. tom. .1. p. 93. 

(3) Moral, lib. Y. n.» 54. tom 1. 

(4) S.'' S." Quœst. 81. 

(5) De Gen. de sonui. Jacobw ^rm. p. 86. 

(6) Rup. de Trin. et oper. ejus , in Gènes, comment» lib. YI. 
cap« XXII. 

(7) HiBc enim est scala Jacob qu« duodecim gradua habet inter duo 
latera. Serm. de B. M. tom. Y. p. 194. 

(8) Serm. 19 de temp. IXominus imiixus scals, chriaUis cnicifixiM 
ostendiUir. 

(9) Y. sur cette prophétie : Act. des Ap. III. S5. S6. — St.-Paal 
am Gai. — Huet , Dém. Evang. prop. 7. n." 7. — de la Luzerne. Diss. 
sur les Proph. Gh. II. art. 2. n." 1. 



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— 196 — 

entehda, ce verset de notre Bible édité en sculpture 
était, il faut Tavouer, tout un enseignement. Gen* 
XXVm, 14. 

29.* Sacrifice de Jacob. — La pierre sur laquelle il 
a dormi ^ est élevée au milieu comme un monument. Ja- 
cob incliné y répand de l'huile. Dans le fond, la ville 
de Luza avec ses maisons et ses jardins. Cette ville de- 
vait être , en effet , trés-proehe du Heu du sacrifice , 
puisque c'est là, selon les interprètes, que Jacob eut 
le vase d^huile qu'il répandit sur la pierre. Gen. 
XXVIII. 18. 

30.« Rencontre de Jacob et de Raghel. — Trois trou- 
peaux de brebis se reposent couchés autour d^un puits 
fermé d'une grosse pierre près duquel est un bac pour 
recevoir l'eau. D'un côté, deux bergers dont Tun tient 
une houlette et Tautre joue dé la cornemuse : ils sont 
chaussés de bottines molles et revêtent par-dessus leur 
tunique , qui ne descend que* jusqu'aux genoux , une 
sorte de camail garni d'un ample capuchon; de Tautre 
côté , Jacob en habit de voyage , tunique courte , man- 
ches serrées au poignet , bâton en main , s'avance vers 
Rachel que lui ont indiquée les bergers et qui s'approche 
avec les brebis de son père , car elle paissait elle-même 
son troupeau. Elle tient d'une main la houlette et pose 
l'autre sur le bras de Jacob. Son costume annonce une 
bergère de distinction et la riche fille de Laban. Une 
longue robe traînante à corsage serré, échancré car- 
rément sur la poitrine, laisse voir une blanche che- 
mise montante , froncée et plissée très-fin ; les manches 
étroites sont coupées au coude et réunies par de petites 

13.* 



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— 196 — 

bandeft d'étoffe ou rubans entre lesquelles ressort le fia 
lin^ de dessous. Sa coiffure est un turban découpé sur 
le devant pour découvrir le front , retombant un peju 
sur les oreilles , et noué sous le menton. Une riche 
pannetiére pend à sa ceinture sur la hanche droite. 
Gen. XXIX. 2.-9'. 

51.* Jacob ihtroduit dans la maison de Laban. — La- 
ban qui a su de Rachel que Jacob , fils de $a êcsur , 
était venu, est accouru au-devant d$ lui. Il lui tient la 
main et marche avec lui vers la maison. Sur le seuil, 
la belle Rachel, la houlette en main, son troupeau à 
ses pieds , regarde venir Jacob. La figure des trois per- 
sonnages est rayonnante de joie. On aperçoit derrière 
Jacob le puits dont il a 6té la pierre ^ et Tabreuvoir. 
Le costume ample et long des patriarches « le camail 
ou collet de fourrure annoncent dans Laban le posses- 
seur de vastes héritages. Gen. XXIX. 13. 

Laissons cette auguste famille discuter, sous le toit 
hospitalier, les conditions du mariage de Jacob. Il ser- 
vira sept ans pour Lia , la fille ainée de Laban ; il ser- 
vira de nouveau pour Rachel qu'il préfère à sa sœur; 
il deviendra Tépoux de toutes deux , le père de douze 
enfants : et nous , pendant que ces événements suivront 
leur cours, nous prendrons le temps de descendre des 
stalles hautes, dont la longue file est parcourue, pour 
retrouver dans les basses la suite de Thistoire sacrée. 

Rampe du panneau du bout des stalles basses , à droite 
du passage D : 

1.^ Jacob veut quitter Laban. — Laban est repré- 



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— 197 — 

«enté debout , appuyé sur son bâton , le large chapeau 
«ur la tête , en face de Jacob qui lui parle le chapeau 
à la main , quoiqu'avec une certaine fierté. LoMBêz-moi, 
SX-îX, retourner en ma pairie ei en ma terre. Bonneg-- 
-noi mes femmes et mes enfants , pour lesquels Je eous 
ai «flfvt , ^yj^ ^^ j^ ^'^^ ai^ig^ 

Le costume a^ Laban est remarquable , la robe pw 
«on amplet** et son coHe^ éombant bordé de mèches ^ 
fourrure , la ciMffore par le bonn^ ^ ge loge sous le 
chapeau et descend jusque sur les oreaUg en bandes 
pointues ornées de bouffettes, et surtout par )t> long 
Toile attaché au sommet du chapeau et ramené sur le 
bras, que nous n^avons tu qu'aux coiffes de femmes. 
L*escarceUe à la ceinture et Tépaisse barbe au menton 
ajoutent à la dignité du personnage. Jacob est vêtu de 
la tunique courte , au corsage tailladé et trayersé de 
distance en distance de bandes horizontales. Outre le 
chapeau qu^H tient en main par respect pour Laban, 
il porte une sorte de réseau à larges mailles qui lui 
enveloppe toute la chevelure* Les bottines molles sont 
tailladées vers la cheville , une courte épée pend à sa 
ceinture , et , ce qui est plus curieux , il étale sur sa 
poitrine nn gentil petit écu aux armes de France, C'est 
pousser un peu loin , nous Tavouons, la licence poétique 
du ciseau. Gen. XXX. 25. 26. 

2.*^ Jacob et ses femmes tenant conseil. — Les trois 
personnages sont en présence : leurs physionomies indi- 
quent qu'^s délibèrent sur un parti à prendre. Tons 
ont leur caractère bien marqué. Rachel, plus résolue 
que les autres, semble vouloir pousser à un parti ex- 
trême. Jacob leur dit : Je vois que votre père ne me 



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— 198 — 

regarde phtB du même mi qu^ autre fois. El l'Ange 4ê 
Dieu in a dit en songe : Lève-t&i ei êarâ de oeite Urre éi 
reiourne au3f Herns de (a naissance, Rachel et Lia ré^ 
pondent i Nous reste-t-il quelque citose dans les biem bI 
r héritage de natre père /" JVe nous a-i^il pas iraiiéfi'' 
nomme dû^ étrangères, et na-i^il pa^ vendu "' i^*«9ipé 
C6 qui nom était dû P Jacob qm ce*- "^^^^^ **^ ^^^'^^'^ 
teur de Laban revêt , dans --^^ «<^é^*^ ^ ^^^ ^^» ''*"' 
gne* de liiidépendan-^ ■ il laisse croître sa barbe, «e 
coiffe d'un rl««i>eaa plu» large et plu» orné , prend la 
lou^vo robe à larges mancbes, le manteau, l^escarcelle 
frang^ée , et aussi le petit collet à uapucbon qui est un 
habit de voyage- 
Le contraste des costumée et de la tenue de Lia et 
de Kacliel doit aussi être rennarqué, Bachel, avec la 
coiffure que nous lui avons déjà vue et une ceinture 
lâche , porte sa robe encore plua richement tailladée , 
brodée et garnie de pierreries. Elle tient la tête haute 
et parait aère de sa beauté. Lia plus modeste dans sou 
altitude se montre aussi plus simple dan* sa mine qui 
est cependant curieuse par la oourte tunique bordée do 
mécbes de fourrure qu'elle porte par-dessus sa robe 
iralnante et qui est relevéo de chaque c6té jusqu'auît 
hanches où la retiennent des ajpihets d'un inétal pré- 
cieux. Un voile qui ne descend qu'un peu au-dessous 
des épaules couvre sa tête. Gen, XXXI. 4. 5. 14 et suiv. 

3.** Départ de Jâcob. — Le* deux groupes qui animent 
le milieu de la rampe représentent lea hommes , les 
cbevauv et les troupeaux de Jacob, Les chevauït »ont 
chargés de coffres qui contiennent ses richesses* De» 
arbrisseaux et des herbes dp. toute espèce figurent la 
*tampagiit. Gen. XXXI. 17 18. 



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— 199 — 

Miséricordes : 

32.« Làban poursuivant Jacob. — Il vient de Tat- 
' teindre et lui reproche sa fuite précipitée. Jacob répond 
avec calme : Si je suis parti à flotte insçu , c'est de peur 
que vous ne m'enlevassiez violemment vos filles. Lia et 
Rachel, qui se tiennent du côté de Jacob, paraissent 
contristées de ce qui se passe. Les hommes de la mai- 
son de Laban sont armés, cuirassés et coiflPés de casques 
plats, ni plus ni moins que des chevaliers du temps de 
St.-Louis. Gen. XXX. 26.-31. 

33.*^ Réconciliàtiow de Jacob et de Laban. ~ Entre 
Jacob et Laban sont des pierres amoncelées et élevées 
comme un monument. Jacob y porte la main et Laban 
fait un geste en signe de leur alliance. Les personnages 
de leur suite remplissent des deux côtés le fond de la 
scène. Gen. XXXL 45. 

34.* Jacob rencontrant les anges de Dieu. — Les anges , 
au nombre de trois , ont les ailes déployées , tète et pieds 
nus, longue chevelure, tunique trainante et sans cein- 
ture avec amicts flottants sur les épaules. Entre la per- 
sécution de Laban qui finit et celle d'Esaû qui com- 
mence , Jacob reçoit le gage de la protection de Dieu (1) , 
il le comprend et fléchit le genou devant les députés 
eélesteé. Gen.'XXXIL 1. 

35;* Jacob envoie des messagers a ësaû. — Jacob est 
dans son fauteuil entouré de ses gens et leur donne 
V ordre d'aller au-devant d'Esaû, afin de trouver gracé^ 

(1) S. Joann. Ghrys. Hom. iit Gen. LYUI. 1. 



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— 2W — 

devant lui. Un des enyoyés , debout , reçoit ses instmc- 
tions ; un autre se tient derrière. Ils ont le glaive à la 
ceinture. Gen. XXXII. ^ 4. 5. 

36.* Retour des messagers de Jacob. — Jacob assis 
^coute les envoyés qui lui rapportent qu'Estm vient luir- 
même aurdevant de lui cwec quatre cents hommes» Jacob 
est saisi tPune grande frayeur. Ses gens transformés en 
guerriers portent des casques et des épées. Gen. 
XXXII. 6. 7. 

37t^ Lutte de Jacob avec un ange. — Plusieurs jpére^. 
de TE^lise (1) semblent croire que Tincounu qui .se pré>^ 
senta pour lutter avec Jacob était le fils de Dieu lui- 
même^ d'après le texte du 30.« verset, où Jacob se 
réjouit d'avoir vu le Seigneur face à face. Mais le pro- 
phète Osée dit positivement que ce fut un ange (2), SU-^ 
Augustin affirme la même chose avec le plus grand nombre 
des docteurs et des interprètes (3). Quand Jacob s'écrie 
qu'il a yu le Seigneur ^ il veut dire qu'il l'a reconnu 
pu deviné soud les traits de l'ange dont la, forme hu- 
xomne qu'il avait revêtue lui fit clairement entrevoir le 
fik dQ Dieu, fait homme (4). C'est donc avec un grand 
sens que notre Antoine Avernier a donné à l'émule du 
patriarche hi nature angélique, c'est-Â-dire , les formes 
extérieures 40-1^ lesquelles il a coutume de figurer les^ 

(1) Estiiis , corn, in €^. ast 24.^ eite Théod., S. Justin, S. Hilaii^^. 
9. Amb. et S. Cyrille. 
(8) Ch. Xn. V. 8. 4. 

(3) De Civit. Det, lib. XYI. c. 39, 

(4) Gomel. à Lap. coœ. in Gep. 



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- 20i -. 

esprits célestes. Il nous montre les deux champions, 
seuls au milieu de la oampagne, se tenant étroitement 
embrassés comme pour une latte difficile et longue où 
les forces se balancent , où le courage est égal. L'achar- 
nement des nobles athlètes ne nuit pas à la dignité de 
leur pose ni à la calme majesté de leur visage. On 
sent qu'il y a quelque mystère caché sous cette ombre , 
et on n'est pas long-temps à y découvrir le présage de 
la Tictoire que Jacob remportera sur Esaû (1), limage 
symbolique de la vie chrétienne qui est un combat (2) y 
la prédiction de ta lutte qui s'engagera entre la Syna- 
gogue et l'Eglise (3) , la figure de la prière par laquelle 
nous deyenons maîtres de Dieu et nous le voyons face 
à face (&) ; et si nous savons notre St.-Augustin , il 
n'y a pas jusqu'au nerf de Jaeob touché par VAnge et 
desséché aussitét qui ne nous représente la portion du 
peuple Juif devenue comme aride , stérile et boiteuse 
paV ^ sa résistance à Jésus-Christ , taudis que l'autre por- 
tion fidèle à la lumière céleste , ressemble à Jacob béni 
du fils de Dieu (5). Dans le fond du tableau , paysage « 
maisoiis , ville ou forteresse flanquée de bastions et de 
tours. Gen. XXXU. 24. 25. 

38.* EivTmBVVB db Jacob et d'Esàû. — Les deux frères 

(1) S. Thomas et Gijetan cités par Gomel. à Lap. in Gfen. 

(2) S. Âmb. lib. II de Jacob, cap YII. 
(S) Àlcazar in Apocal. II. not. 1. 

(4) S. Oreg. Hom. 14 in Ezech. in Psal. 6 pœnit. 

(5) Pes ille in quo claadicabat , Judœos qui in Christum non cre- 
didenmt figorabat : ille verô qui sanus remansit, iilorum typum gessit 
^ Ghristum reoepenmt. Serm. de temp^ 80* 



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— 202 — 

sont représentés au moment où ils t'embrasêeni en pieu- 
rafU. L^aetion par laquelle ils se témoignent un mutuel 
pardon forme un contraste piquant avec la tenue de 
leurs gens qui sont là comme sur le pied de guerre , 
cuirassés , coiffés de casques et armés de hallebarde , 
de lances, d'épées et de* piques. 

LUmportante signification mystique de la double récon- 
ciliation de Jacob arec Laban d*abord, avec Esau 
ensuite , n'a pa» permis au maître de ToDuvre de passer 
sous silence ces deux scènes , ni les circonstances qui 
les ont amenées. Jacob, selon St. Cyrille, signifie Jésus- 
Christ : il fait la paix avec Laban , c*est-à-dire les gen- 
tils ; avec Esaù , c'est-à-dire les Juifs ; car il est prédit 
que lorsque Tuniversalité des nations sera entrée dans 
l'Eglise , Israël y viendra tout entier à son tour et sera 
sauvé (d). Gen. XXXHI. 4. 

39.^ Vision des gerbes de Bhé^ — Ici commence This- 
toire de Joseph, f^ saint jeune homme, debout, au 
premier plan , raconte avec simplicité et modestie le 
songe qu^il a eu : Je oroyai» que nous étions à lier 
des gerbes dans un champ , et il me semblait que ma 
gerbe se levait et se tenait droite , et les vôtres V entou- 
rant adoraient ma gerbe. La vision est figurée dans 
un coin par des gerbes renversées entre lesquelles une 
seule est debout. Les onze frères , dont pas un n*a fait 
défaut au ciseau de Tartiste malgré Tétroite dimension 
du tableau , semblent répondre : Est-ce que tu seras notre 
roi, et serons-nous soumis à ta puissance ? Il règne dans 
leur attitude et leur physionomie une grande variété 

(1) S. Cyrill. in Glaph. lib V. U 1. p. 140 et seqq. 



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-^ ao0 — 

^l^^xps^jtéion, Joseph , qui n'a pas plus de seize ans , 
porte la longue robe ouverte par devant du haut en 
bas , ornée du petit collet rabattu sur l«ts épaules à 
la manière de Louis xii , costume él^^nt et noble que 
nous lui retrouverons dans toutes les scènes où il va 
continuer de paraître. Gen. XXXVII. 7. 8. 

40.« Visio» de la lune et des étoiles. — Joseph 
raconte en présence de son père et de ses frères un 
autre songe, disant : Tai vu en songe la lune et onze 
étoiles qui nC adoraient, Jacob semble le réprimander :.... 
Est'C& que moi\j votre mère et vos frères nous vous 
adorerons sur la terre ? On découvre dans le fond la 
lune et les onze étoiles de la vision. Quelques inter- 
prètes ont cru que les astres apparurent à Joseph sous 
une forme humaine , et c^est ainsi , dit Cornélius à la- 
pide, que les peintres ont coutume de les représenter. 
Nous n'avons jusqu'à présent rencontré aucun exemple 
de. cette curieuse iconog^raphie. 

Rampes de la montée G : 

1 .° Joseph envoyé vers ses frères. ^— Jacob et Joseph 
sont debout. Allez , dit Jacob à son fils , où vos frères 
font paître les brebis, Joseph répond : Je suis prêt. 
Beau contraste entre la vieille figure du Patriarche et 
les traits délicats et fins du jeune homme. On dirait le 
Père éternel envoyant au monde son fils unique; et 
c'en est en effet une figure , dit St.-Ambroise (1). On 
distingue très-bien ici Içs longues manches fendues de 
Thabit de Joseph , qui ne sont point passées dans ses 
bras. Gen. XXXVU. 13. 

(1) Lib. de Joseph, cap. I. , 



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2.® Joseph cherchant ses frères. — - Un hommtf ^^ ^ 
troupé Joseph errant dans la campagne itU demande ûe 
qu'U cherche. Je cherche mes frères ^ dit^Hl, et Hiomme 
les \m indiqoe vers la plaine de Dothaîn. Les deux; 
personnages sont séparés par un gronpe d'arbres figurant 
la campagne. Gen, XXXVII. 15. 1«. 17. 

3.® Les frères de Joseph et leurs troupeaux. — ^ 
Partagés en deux groupes, les uns regardent venir Jo- 
seph ou le montrent du doigt , les autres , au point le 
plus élevé de la rampe , semblent délibérer. Ruben , qui 
est parmi ceux-ci , combat leur projet , et dit : Ne le 
tuez point,,., mais jetez-le dans cette citerne, et con-^ 
servez vos mains pures. Grande variété dans les phy- 
sionomies et dans les costumes. Gen. XXXVII. 18. — 23. 

&.° Joseph dépouillé de sa robe. — Aussitôt que Jo^ 
seph fut arrivé près de ses frères , ils le dépouillèrent 
de sa longue tunique de diverses couleurs. Les trois plus 
méchants d*entre les frères prêtent leurs mains à Texé- 
cution pendant laquelle Joseph demeure calme et rési- 
gné. ( PI. VIII. 1. ) Gen. XXXVn. 23. 

5.<^ Joseph descendu dans la citerne. — Il est déjà 
enfoncé jusqu^au milieu du corps dans la citerne , fi- 
gurée par une sorte de puits solidement maçonné. Deux 
de ses coupables frères Ty précipitent, sans se mettre 
en peine de le descendre avec des cordes comme le dit 
une ancienne tradition (1). Joseph supplie ses frères 
avec larmes et les mains jointes, d'a/voir compassion de 

(1) Antiq. Jud. lib. II. c. 3. 



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— 206 — 

Im. Les main» joii^s de la vieiime expriment aussi sa 
résignation et nous montrent de loin le patient et dé- 
voué Sauveur , raillé pw ses ennemis , dépouillé de ses 
Yétements « et descendu dans le tombeau (1). La robe de 
Joseph est gisante à eôté de la citerne. (PL YIII. 2.) 
Gen. XXXVn. 24. — XUL 2i. 

i,"* Li ROSE DE Joseph trempée dahs i^ sang. — Le 
chevreau est égorgé; deux des frères, se baissant, 
roulent la tunique dans le sang de Tanimal. Gen. 
XXXVn. 31. 

l."" La robe de Joseph présentée a Jacob. -— Deux 
envoyés arrivent devant Jacob, tenant entre les mains 
la tunique ensanglantée de Joseph, et lui disent ; K^id 
UM robe que nous avons trouvée, voffes m o'eet orile de 
votre fih ou non P Pendant qu^ils parlent , une vive 
émotion se peint dans les traits du Patriarche; il s*é- 
Cfi» : Ceet la robe ie mon fU»! Une héte eauva^e Va 
dévoré! Une héte a dévoré Joseph! Gen. XXXYIL 32. 33. 

Miséricordes : 

41.* Arrivée des marchands Ismaélites. — Les fils de 
Jacob, à Vexception de Ruben, se sont assis pour tnan^ 
ger autour d'une table chargée de mets. Tous les regards 
se tournent à gauche, du côté où viennent deux voya- 
geurs du pays de Galaad avec leurs chameauw portant 
des aromates , de la gomme et de l'ambre en Egypte, Juda 



(1) S. Ambros. lib. de Joseph, c. III. — S. Eucher. com. in Gen^ 
Ub. III. c. 18. — S. Ephrem, tract, de laud. Joseph, p. 489. 



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— 206 — 

dit à ses frères : Que nous servira de tuer notre frère 
et de cacher sa mort F II vaut mieux le vendre à ces 
Ismaélites, Le costume des marchands leur est particu- 
lier ; nous remarqu<ms surtout leur large feutre %iié par 
une courroie qui passe par-dessus le chapeau et descend 
sous le menton. Gen, XXXVU. 25. 26. 27. 

42.« Joseph retiré de la. citerne et vkvdu. — Les 
deux faits du récit sont exprimés. D*une part, on voit 
Joseph à moitié retiré de la citerne par deux de ses 
frères; sa figure porte l'empreinte d'une grande dou- 
leur. De Tautre, Juda consomme le marché en rece- 
yant des mains de l'étranger les vingt pièeet d'argent. 
Un auteur (1) remarque que Juda fut le principal au- 
teur du marché parce que c'était un autre Juda qui de- 
vait vendre un jour le Sauveur du monde dont Jo- 
seph est le type. Origène, St. Augustin et le véné- 
rable Bède lisent dans Th^reu que Joseph fut vendu , 
t;omme Jésus - Christ , trente pièces d'argent. Gen. 
XXXVIL 28. 

43.* Joseph conduit en Egypte. — Joseph est entre les 
deux marchands qui l'exhortent à les suivre. Le chameau 
marche en avant chargé de son bât On peut juger par 
la citerne qu'on voit encore derrière eux qu'ils ne font 
que de se mettre en roule. Gen. XXXVIL 28. 

44.* RcBEN À LA citerne. — Rubcu , qui ne se trou- 
vait pas avec ses frères lorsqu'ils vendirent Joseph , 
étant revenu à la citerne n'y voit plus l'enfant ; il re- 

(1) Severiaims , Symbol. ( BiW. vet. PP. t. XXVII. p. 128. ) 



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— 207 — 

garde incliné vers Tabîme et parnît coniterné. Dnng le 
fondf la carnpng^ne^ une maijiuji , un iiiuulin i\ \'ani. 
Gen. XXXVIL 29. 30, 

45/ RuBErv INTERROGEANT SES FRÈRES» — Il arrive deTant 
Q\ix el leur dit ; Uenfani fta paraîi point, et fnoi où 
irai^Je p A GBê mats, les frères troublés feignent T igno- 
rance , la stupeur et le regret. Lik citerne, toujours fi- 
gurée de même, occupe encore rarrière-plan du ta- 
bleau. Gen. XXXVIL SO, 

46,'' JosEFU ACHETÉ PAR PUTiPHàR, — Putiphar » E^^p^ 
Heut eunuque de Pharaon, ehef de te* troupes, est vêtu 
d'une robe ^emi-longue , a collet ou camail peu orné, 
le chapeau à bord» recourbés sur la tête, le bâton de 
cununandenient en forme de âceptre à la main ; un garde 
armé de Tépée raccompagne- Les deuîc marcbauds Ismaé- 
lites lui présentent Joseph que distingue toujours sa 
pf^tite taille, sa jeunesse et son costume. Modeste au- 
tant que résigné, Tillustre esclave tient sa coifFure à 
la main* Gen. XXXVIL 36. 

47." PREMïÉtiE TESTATiorî DE JosEPH. — En ayant d'un 
lit garni de courtînue et de deux oreillers^ la Femme 
de Putiphar s'adresse à Joeeph , dont la poio et les 
traits annoncent a la fois la surprise , la confusion et 
rhorreur qu'il a de son langage. Comment pùurraU-je , 
dit-il , comrmUre un si grand crime et pécher devant 
mon DicuP Le costume de Tépouse infidèle est celui 
qui eonvient à une telle femme. Sa coi:ffure surtout eit 
à\\no coquetterie suspecte ï elle consiste en bandes platea 
pendant de droite vl de gauche sur les oreilles et les 



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joaes el une autre plus large et plissée cimyraiit toate 
la nuque. Sa robe assez dragée est remarquable par 
Tampleur de ses manches. Gen. XXXIX* 8. 9. 

â8*« Sbconde tentation. — L'épreuve est plus déli- 
cate : la femme assise sur le bord du lit , les pieds 
déchaussés, saisit et attire Joseph par son manteau; 
maû eeluind laiêêmU le numieau entre tes maint , t^ en- 
fuit. L^indignation se peint dans les traits de Joseph y 
sans nuire à leur parfaite beauté : il porte T^ée à la 
ceinture. La mise de la femme de Putiphar est tou« 
jours recherchée : de véritables manchettes ornent la 
^chemise au poignet* 

Cette scène , ainsi que la précédente , est traitée avec 
infiniment de réserve et de décence, comme Fexigeait 
un sujet dont le premier but est de faire admirer la 
chasteté de Joseph , et le deuxième , dit Rupert , de fi- 
Ifurer la Synagogue aimant d*un amour sensuel le 
Messie dans Tattente de son règne terrestre, et Jésus- 
Christ qui^ hii laissant son manteau, e*est-à-dire les 
cérémonies de la loi , s'enfuit vers les nations pour 
ctre adoré par elles en esprit et en vérité (i). Gen. 
XXXIX. 41. 12. 

49.* JOSBPB ACCUSÉ DEVANT LES GENS DB PUTIFBAR. — 

4)ttte femme ayant tm dont tet maint le manteau de Jo^ 
tefih, irritée du méprit qu^it avait fait d'elle, appela let 
^ent de ta maiton. Trois hommes dont l'un porte Tépée 
au côté sont accourus; eHe leur présente le manteau 
de Joseph , et diit : VoUà que cet Hébreu , me faisant 

<1) Ruperl. comment, in Gènes, lib. VIII. c. 34. 



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— 20» — 

mUrage, est venu à moi pour me corrompre, et longue 
Je me euis mi$e à crier , et qu^il a entendu ma voi» , il 
a laissé son manteau et s'est enfui. Le$ personnages qui 
l'écoutent témoigBeiit de la smrprtse. Gèn. XXXIX. 
13. i4. 15. 

60/ J0SE1>H TRADUIT DEVANT PuTlPfiAR ET MIS EN PRI- 
SON. — La femme de Putiphar , Taîr flatteur et hypo- 
crite , et tenant encore dans ses mains le manteau , 
répète devant son mari Taccusation qu^eile a portée 
contre Joseph et dont le lit qui est à côté d'elle fait 
comprendre l'espèce. Plutôt triste qu'indigné, Putiphar 
touche de son sceptre , en signe de condamnation , 
l'esclave hébreu que deux gardes poussent vers une 
prison entr^ouverte , flanquée de tours, couronnée de 
créneaux et percée d^étroites fenêtres grillées. Gen. 
XXXIX. i6-20. 

51.« Emprisonnement de l*éghanson et du pannetier. 
— Pharaon est gravement assis sur son trône ou chaise 
à long dossier , la tète couronnée du diadème en forme 
de turban , le sceptre fleurdelisé à la main , des bottines 
molles aux pieds , et le large vêtement ou robe retenu 
par une ceinture garnie de glands effilés. En sa pré* 
«enoe, le grand échanson et le grand pannetier qui 
t'ont offensé^ sont conduits par des gardes armés dans 
ia prison crénelée et bastionnée oà Joseph est détenu. 
Le lieu de la scène représente un intérieur meublé 
d'un dressoir ou buffet chargé de sa vaisselle. Gen. 
XL. 1—4. 

Rampes des panneaux de la montée B : 
1." Joseph expliquant les songes des c^ficiers du 

14. 



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- 210 — 

ROI. — Il est debout devant eux. Le premier Tient de 
Teoiendre : Lm trois T^ranches de la vigne marquent 
trois jours après lesquels Pharaon se souviendra de votre 
ministre et vous rétablira dans votre charge. Il fait un 
geste qui témoigne sa joie. Le second écoute Joseph 
qui lui parle encore : Les trois corbeilles signifient trois 
jours après lesquels Pharaon vous fera trancher la tête 
et vous suspendra a la croix. Le pannetier qui a deux 
coiffures Tune sur l'autre est Têtu de la robe traînante , 
ouverte ' de chaque côté , ornée d'affîchets qui arrêtent 
la fente vers les hanqhes , et munie de manches gibbeuses 
serrées au poignet et tailladées aux épaules. L'échanson 
a la tunique ouverte pardevant, à large collet, par- 
dessus laquelle une sorte de ceintuije descend devant 
et derrière en deux longues basques pointues à bordure 
perlée , brodée , et garnie de mèches de fourrure. Tous 
deux ont la barbe fournie. Les manches fendues de la 
robe de Joseph, qui ne sont pas passées dans ses hras^ 
peiHlpnt en liberté. Gen. XL. 4.— 20. (PL V- 1.) -^ 

2.<> L'ÉGHANSOt<r RÉTABLI PAÏÏS. SA GHARCUB. '-r- Le «ji m% 

sAm à sa table sur un* siège d|éli<;atemeiit évidié. et cir* 
selé} le gramd échan^on,, un geaou en terrât liû pré- 
sente à boire dan^. un\ hmnap. Sut la ^t^le, des mets 
ohokis ; à terre , de la vaisselle , un pot- à ' %m^ « ua^ 
bouteille largb et plate garnie dl'une cout^wjie ^ v^m fiorr- 
beille d'osier remplie.de pains v divers aiMlmaux ,• piirnaLif 
lesquels un chat mangeant avec gloatciiMiQvie (iiimêne 
des assiettes , un chien éveillant Tattention de 8<j^n malttet 
en mettant la patte sur le pendant de la nappe , un 
singe bien reconnaissable à sa longue queue ; à ia tria- 
nière de porter son manger à la tgneule*, et a lai petite 



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— 241 — 

chaîne qui le tient attaché. Pharaon , éh iMVi|Vfe fôbe 
à collet rabattn, et fendne par-devant » ri ^a ' d' insigne 
royal que la couronne. L'echansoii est* en* tunîquë courte^ 
et porte à la ceinture rescatcelle et le coutelas. Gen. 
XL. 21. (PI. -V. '%) ' ■ ■■ '' ' ^ ' 

5.°' Supplice bu pannetier. —Entre deux 'arbres ver- 
doyants , s'élère la croix en formé dé T , à laquelle est 
pendu par le cou au Inoyen d'une grosse corde , le mëî- 
heureux officier de Pharaon , vêtu d'une simple* éhemise 
sans «collet, et les maiùs liées en avant. Eh p^oié aux 
angoisses de la mort, il ne «e déliât qtie ' fa4blerte^t: 
contre les étreintes du nœud fatal. ' Au bâs-'dfe Ja pc(^* 
tence gisent des ossements et unie tête de ' mort. L'è boiif- 
reau qui a bien fait sa tàohe rie .perd |)as''le tènîpe â* 
regarder nwmrir son homn^e.-DerHèrfe le grt)upè d^àVbiSes s 
vous le retrouvierest, genoiif «ii:iteptTev^o^ittànt'>iiv'è<é''urtiei 
avidité inquiète, les, ha^i^s .^Uj-supj>UKîi>é „^J; QQMP6](ir<adt, 
à sQu gr^^, jcontçpteipep^ ^tif)r5#tvî»pe isaqwcbft /paî^*> 
sablement .garni^,^ Ce persotnnagç, . . de, , -figuîTQ sini^tl*©, qst 
habillé d'une,^ Vj^s^e ^roud^, qu^.Alii J^iss^ r.^s jé^jufej.:à; 
découvert, j^t d^une- trousse q^i cuLottç.^oQl) .la «oéioMiure» . 
tient^^ par.^es , cordpn^, t^s .4aiQhe^^>.atiL. bQrà'iiofiériêbf 
de la,. y ^tç,^ percée de ^ tro^f. i^Ai^beidise^ resaOsTt tout >aurl 
tour, au.,dé£^iJLt';dQ Jia , pamisol0Miet.de rla;;(trouia8ei Une; 
corde passée en bandouillère est l'instrument et Tin- 
signe de son ignoble profession. 

Si quelqu^in VaVièfàit' ub j=oift^""'d*éèriré ^ l*hîkoire 'du 
bourreau du moyen-âge, nous lui r'eccinimaridërîoris de 
confianoe .eét ^exceèlontaype ,- tant^'^ur la "tMirttutef , la 
conpe^'^dti visage* et i^»cô)ô^titréméttf , (^iié pdiit' là vilkine' 
action qu'il fait de ^pll^endre 'à 'èon'ltfoilde''lli^ '^^ en' 



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méo^e içjai|^ que la vie : bien vilaioe action , sartowl 
s'il est question ^e notre bourreau d'Aiaiens au xv/ 
sièqle, lui si grassement payé d'ayance de nos roagia- 
tiTfit^t lui, gratifié après . chaque exécution d'une paire 
de gants , et encore de sept sols tournais pour les cordes 
employées au supplice des coupables ; ce qui était tout 
gain , vu que les honnêtes et patriotes cordiers da notre 
Yille ayaient coutume de lui fournir gratuitement toutes 
les cordes nécessçiires pour loyer ^ pendre et étrangler las 
larrons (1). ... 

Quoique Jdseph dans T explication do songe annonce 
positivement que hpannetier aura la tête tranchée , ^al^- 
tiste n'a pas fuilli à son exactitude ordinaire en le fai- 
sant périr sur le gibet. Le 22/ verset dit que Pharaon 
le fit pendre à une potence^, et c'est en efFet Ti^inion 
commune des commentateurs que ce malheureux ne fat 
pas décollé, mais su^endu vivant à la croix (2). 

La forme du gibet est également bien choisie. Il 
est vrai tfue le 'mot hébreu ES'éîgnifie seulement bois 
on arbre )' et le mot grec «rr«upo?, tronc, home, pieu, 
aussi bien que eiroisù ; mais Tune et Tautre expression, 
employée pour dé«iigner un instrument de supplice, est 
généralement entendue d'un tronc d^arbre -perpendicu- 
laire et traversé horizontalement à son sommet par 
uoe autre pièce de bms. Tous tes Pè^es comparent 

(1) H. Doséfel. De rAémini^trat. de la Juit crinif à AmiiQBS pen- 
dant le xv.' siècle, p. 16. 

(2) Cft. p. Galmet. Dissert. . de snppl. qtoi^nii ia script, sac mea- 
tio fit. — Comel. à Vip.: Auferel eofitêi, «imm, non por gladinm te 
decollando, sed per ^qneum te lusp^ndeado. 



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— îiS - 

la forme du gibet à' celle ée ta letti^ T, q\ie tai « 
donnée ici notre habile entaitle^ii^' (i). 

 quekfue digtanœ , et fondant on groupe séj^ré , des 
gardes armés assistent à rexéetiUdù ; TWii d^^tia ^ à ehe-^ 
vai, tient en main le bâton de oammandement. PI. Y. 3. 

4."* PaBMiBR soNGB DE PHAitâON. -^ ' An pltts haut de la 
rampe, Pharaon , en son costume royal , est profondément 
endormi sur un siège à dossier éfevé et plein , â riches 
accoudoirs , à dais ou ciel orné de draperies et de fran- 
ges , le plus élégant et le plus somptueux que nous ayions 
encore rencontré* Il voit en songe tept imohêi hélhi et 
graêêM sur le hwrd du fleuve, et sept autres hideuses: et 
censumèes de ikëigreur qui dévorent les premières. En 
descendant la rampe , le songe eét représenté en denx 
groupes , le premier se compoéant des sept'i^a<;hes grasses, 
le deuxième des sept Yaches maigres. tJn personnage Veille 
debout derrière le trdne. Gen. XLL i. — 4. 

6.*» Deuxième sohge. — Gomme toiit*-àh4'henre , Pha- 
raon, les mains appuyées sur les accoudoirs, dort dans 
un riche fauteuil à dossier sans dais. Un garde veille à 
ses côtés. Contre le dos du siège, on toit à droite hs 
sept épis chargés de grains ^ à gauche les sept maigres , 
objet du songe. Gen. XLI. 5. 6. 7. 

Miséricordes : 

52.« Pharaon consultant les devins. — Tous les sages 

(1) Cs. 8. Cyp. deTestim. advers. Judaeos. Ub. II. n.» 22. — Hieron. 
in Ezecfa. c. IX. — Tertull. cont. Marc. lib. III. c. 22. — Rup. in 
Ezech. lib. I. c. 22. 



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-2[i4- 

e/ taus^J^ devifu fie V Egypte qu^il a n^ndé» êoni debout 
en 8a présence et oi^i eAjt«f|ii(i[i%. le récit de» songes^ L^un 
d>juX',p^fle au .^in|[^f)f ji^enant une main surdon escar- 
celle , et .ge^ticu^aut 4q l'autre* Ji porte un oQStume re~ 
nparcfuaWe.ipw. ,8çm..«^^lear. et par le chaperon qiui 
retombe sur ses épaules , ce qui joint à sa barbe épaisse 
et aaX;.t^^raiU ; accentués eleison visage « lui dofuie un 
aif . içii • une . attitude . grav^ et sole^n^ls. Le^ autres , per- 
sqnn^^s Jl^^i: formc^nt uo auditoire très-attentif. ,Gen, 
XLI; 8.: . . : . ...... . . _ . 

53,? {j'é^iHANSQtf ^E SOUVENANT DB Joseph. ; — Le roi est 
toujours aur son troue , entouré de se» officiers. L^échan- 
f^ifi ^efyo^!^ A^i e^pi^Tend qu'un jeune Hébreu esolane du 
cbfif des $qiàa^^ auqiiel Lui et Je pi^naetier racontèrent 
^un,«ong(»^.le^ri(a dé^foiléitoui ce que V événement confirma 
^i?l*^«. . J>eo. jXtl. 9;^Aâ. 

54.* Joseph tiré de la prison et présenté au roi. — 
Le geôlier^. Août j le, trousseau de clefiB pend à sa cein- 
turo, vient. ^îottKrir la -prison. On en voitt jsortic Jpaeph 
qui se 'dirige du voté du monarque assis, au trône, scep-r 
tre en main. Un garde ti^nt la porte du cachojt ouverte. 
Deui^ .autres personnages de la cour dii roi, sont témoins^ 
Gen. XLL 14. ? : .. 

55.® L'ordre des faits bibliques , dont Tartiste .ne s'é- 
carte jamais, amenait sur cette banquette la scène de 
Joseph expliquant les songes du roi ; mais à Tépoque 
du remaniement exécuté en cet endroit des stalles pour 
réiargissement de^ rentrée du chœur , le siège qui re- 
présentait ce sujet a été maladroitement remplacé pAr 



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— 215 — 

un autre pris parmi ceux det^ stalles démolies du côté 
gauche. Il anticipe un peu sur les éyénements , et nous 
montre : 

Joseph distribuant du blé aux Egyptiens. — Il est de- 
bout à l'entrée des greniers de Pharaon. Un distributeur 
mesure en sa présence un boisseau de blé qu'un Egyp- 
tien , se découvrant la tcte , est prêt à recevoir dans 
son sac qu'il tient éntr'ouTert. Un stecond per bohnigè ar- 
rive à la suite du premier , portant sur l'*épétilë'^un sac 
vide. Joseph donne ses ordres au nî'esûreui' qui se "toiirne 
vers lui et l'écoute. Gen. XLI. S4. S3. 56.' 

La suite de Thistoîre sacrée reprend à gânchc "de 
rentrée principale du chœur ^ sur la face, extérieure ,du 
panneau de la stalle-maîtresse de ce côté. Nous eng«a- 
geons. le visiteur à s'y transporter avec nous. . 

l," Elévation de Joseph. — Sur Je champ de la riche 
broderie à jour de la façade , entre socles et dais d'une 
admirable délicatesse , Pharaon et Joseph posent Tun en 
face.de l'autre^ le premier donnant au seconde /e joot^- 
çofV de commander à toute V Egypte. Gen* XLI. 41. 

2..* Joseph recevant l'anneau des mains du roi. — En-^ 
touré des officiers de sa cour, dans toute la pompe du 
costume royal , Pharaon debout met son anneau au doigt 
de Joseph, qui se découvre et fléchit un genou devant 
lui. La sculpture de ce groupe est d'une rare perfec- 
tion ; le vêtement à manches fendues de Joseph est ad- 
mirablement drapé. Gen. XLI. 42. 

3.** Joseph vêtu d'une robe de fin lin. — ^ Deux offi^ 



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— 216 — 

àen passent dans les bras de Joseph les manches d^nn 
riche yéteneot deseendant jusqu^au dessous des genomx^ 
ouvert par devant ^ et orné d'un coïlet rabattu sur les 
épaules. Le roi est présent^ pour marquer que c'est lu» 
qui, par les mains de ses gens, revêt Joseph d^une robe 
de fin lin. Gen. XU. 42. 

4.° Joseph. RECEVÂiiT le coixieh d'or. -p- Pharaon , ac^ 
compagne de trois offijciers de sa cour^ met lui-même 
SLVk cou de son . favori , qui est debout et iéte nue , un 
magnifique epllier étor à chainons carrés. Gen. XLl.. lk% 

A la base du haut-dossier de la 56,* staUe : 

5.° Triomphe be Joseph. — Le long char à quatre roues ^ 
au coffre orné de feuillages , décoré d'arabesques , aveo 
des montants sculpté» et sommés de petits animaux au^ 
quatre coins , est traîné par deux chevaux lourdement 
caparaçonnés dont Tun est monté par le conducteur. 
Joseph y est seul, paré de la robe, de Tanneau et da 
collier. En avant de l'attelage, le hérault ordonne au 
pisufle de fléchir le genou devant lui, parce qu'ail a été 
établi sur foute VEgypte. D'autres personnages qui fi- 
gurent le peuple s'entretiennent de l'événement. L'at-i 
titude d'un bon vieux qu'on voit dans le coin à gauche^ 
est toute comique. Gen. XLI. 4^. 

Miséricorde du 56. « siège : 

â.*" Mariage de Joseph. ^ Le prêtre est au milieu te-^ 
nant la main droite de chacun des époux et les unis- 
sant. On voit du côté de Joseph, Pharaon et ses offi- 
ciers \ du côté de l'épouse , fille de Putiphar , sa fa-^ 



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— 217 — 

mille et ses smTanlet. Le prêtre en tunîqae frangée 
par-dessus une longue robe , et la tête coi£Pée en même 
temps du capuchon et de la tiare, ressemble à un 
grand-prêtre juif. Joseph , couvert des marques de sa di- 
gnité, a la chevelure longue et flottante. Azeneth, sa 
femme , porte un collier à chainoos carrés , une robe à 
longue queue et à manches trés-larges relevées sur tout 
l'avant-bras , d^élégantes manchettes au poignet et une 
ceinture lâche pendant en cordelière. Des suivantes sou- 
tiennent la queue de la robe. (jen. XLI. 45. 

Que ce soit calcul habile de la part de nos artistes ou 
coïncidence fortuite , le savant et judicieux visiteur ne 
peut qu'être satisfait de rencontrer, dans la distribution 
des scènes de Thistoire de Joseph , celles de son éléva- 
tion en gloire aux places les plus apparentes et les plus 
honorables de la boiserie , sur la face de la grande pyra- 
mide , au soubassement du haut-dossier et sur la miséri- 
corde de la première stalle plus large que les autres. Par 
leur importance historique dans la vie du saint patriâr- 
che , autant que par le sens profond qu^ils présentent 
au point de vue allégorique et moral, ces beaux sujets 
méritaient le rang où ils figurent. En même temps qu^ils 
ouvrent Tère de gloire destinée à Joseph et qulls 
terminent celle de ses épreuves , ils annoncent , selon 
les interprètes et les docteurs, les consolations que 
IMeu proiaet au juste en échange de »es combats ; ils 
Biftmfesteut l'admirable action de la Providence qui 
arrive à ses fins par des voies inconnues à notre sa- 
gesse; ils montréul surtout, et sans quon puisse a'y 
m^rendrcy le Messie qu'attend le monde, échappant 
aux mains de s^ ennemis , à la prison de son tombeau y. 
et s'appelant du même nom que Pharaon donnait à 
J.oseph : Le Sauveur ou monde. Gen. XLL 45. 



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— 248 — 

Sur la rampe à gauche de la même stalle : 

7.0 Les années d'abondance. — Trois groupes con- 
courent à exprimer Theureuse fécondité de la terre , 
la récolte et Temmagasinage des grains. Le premier, 
au bout de la rampe , compte trois personnages. L'un 
bat le^ blé , un autre le vanne, le troisième entr'ouvre 
un sac pour le recevoir. Le deuxième, au milieu de la 
rampe, est composé de quatre personnages : verser le 
blé dans un boisseau , en emplir les sacs , les lier , les 
charger sur le dos , telle est la besogne qu'ifs se par- 
tagent. Aîi bord de la rampe , nous trouvons les gre- 
niers de ^Egypte figurés par un petit édifice à pignon 
aigu. Joseph debout et appuyé contre Tédifice se tourne 
du côté des moissonneurs et préside à leurs travaux. 
De l'autre côté, on voit un de ces hommes chargé 
d'un sac monter péniblement vers les greniers. La rampe 
est^ couverte de gerbes , de grain répandu , de sacs. Le 
fléau du batteur , le van , le boisseau et autres usten- 
siles n'ont de remarquable que leur ressemblance avec 
ceux d'aujourd'hui. Tous les personnages , à l'exception 
de Joseph , ont le vêtement court affecté aux ouvriers. 
Gen. XLL 46. 47. 

Miséricordes : 

57. • Les armes d'Adrien de Hénencourt. — Interrompant 
ici la marche du récit sacré , l'artiste se permet ce court 
épisode à la gloire de l'illustre chanoine qui occupait 
alors la charge de Doyen. Il s'en faut bien que noo^ 
le blâmions : la concession de cette grande marque 
d'honneur n'était que l'acquit d'une dette . de recon- 
naissance à l'égard d*un prélat révéré qui, par sa co* 



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•^ 249 — 

opération à Tœuvre dee «talles, par Tentreprise des 
ciôiures historiées, du chœur, et par des largesses de 
tout ge^re^ se. montrait JLe bienfaiteur le pLo» géné^- 
reux de notre église, comme il eu était le dignitaire à 
la (qïb le plus . noUe , le plus riche et le plus puissant. 
Docteur, en décret et licencié, ès-loîs , chanoine des 
collé^les de S. I*f ioolas et de. S. Firaûn , archidiacre 
de Noyon, soj^eur de Hénencourt , Senlis, Bresle, 
Warloy , Baisi^^x , -Chipilly , Oresmeaux , Jd^ncouH , 
Maubeuge et Baurepaire , « il portait , dit Lamorlière , 
escartelé,au premier > et -quatrième de Héhenoouit d'ar- 
gent à trois maillets de sable , au deuxième et troisième 
de BeauToir d'argent à trois bandes de gueules , sur le 
tout de Mailly-Couty d or à trois maillets de gueules (i). » 
C'est ainsi que noiUre miséricorde représe^e son blason , 
sauf Içfi couleurs qu'on n'avait., pas encore irauginé à 
cette époque de figurer p^ir le ^rait ; . il . a pQur sup- 
port deux anges à longue chevelure bouclée , vêtus de 
tuniqueil larges et, bottantes. 

58/ Jacob envoie .«s fils ;en Egïpte. — Les sept 
années de stérilité ont succédé atiâ? s^t années fi'ahon^ 
dfmeej suivant 'la prédiction d^ Joseph, Une , grande 
famine est survenue dans tout le monde y . . mais il ^y 
avait du blé en Egypte. Jacob ayant su quon vendait 
du blé dans ce pays, dit à ses enfants: ailes en acheter. 
Assis en son fauteuil, il leur donne l'argent qu'il tire 
de son escarcelle. Ses dix enfants se tiennent devant 
lui. Benjamin qui doit être retenu à la maison de peur 

(1) Recueil des illustres maisons de Picardie, p. 303. — Voir la 
note D à la Un du volume. 



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— Î20 — 

que quelque mal lui arrive dans le chemin, demeure 
en arriére, debout et la main aj^nyée sur raccoudoir 
de la chaise patnarchale. Gen. XLI. 54. 55. XLII. i.-.5. 

59.* Lbs fils de Jacob devàitt Joseph. — L*nn d*eux 
présente une bourse , les autres ont des sacs vides sur 
le dos. Les ânes encore sellés et bridés sont auprès 
sans aucun fardeau. Joseph reoonnaU eee frèree ei lewr 
parle rudement^ avec un geste d^incrédoiité par lequel 
il semble leur dire : Vo%$9 êtes de* errions... Vouê ne 
sortirez pas d'ici juMqu^à ce que le dernier de vos frères 
soit venu. Gen. XLII. 6 — 16. 

60.® Joseph les fait mettre en prison. — Un des frères 
est introduit dans le cachot^ les autres ont les mains 
liées. Des gardes les conduisent. Joseph est debout don- 
/lant des ordres. Gen. XLII. 17. 

61. « Joseph retenant Siméon en otage. — Tandis que 
des gardes poussent Siméon dans la prison, un des 
frères est débarrassé de ses liens, un troisième est à 
genoux devant Joseph. Tous sont plutôt centristes du 
sort de leur frère que réjouis de leur propre délivrance. 
Gen. Xm. 25. 

62." Joseph fait remettre l'argent dans les sacs. — 
Un officier qui descend du grenier emplit de blé les 
sacs des fils de Jacob , un autre y pose une bourse. 
Joseph , au% ordres duquel ils obéissent , est présent. 
Gen. XLII. 25. 

ôS.*' Retour des fils de Jacob. — Antoine Avernior 



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— 221 — 

n*a pa« oublié qye Siroéon est retena en E^pte. A« 
nombre de neuf seulement , les frères voyagent à|Med, 
à côté de leurs ânes ckargés de sacs. Gen. XLII. 26. 

64/ L^ ARGENT TROUVÉ DANS LES. SACS. — LoS Ueuf 

frères se pressent autour d'un sac ouvert, à Tentrée 
duquel parait la bourse remplie. Etonnés et troublés, ils 
se disent l'un à l'autre: Quelle est donc la conduite de 
Dieu sur nousp Gen. XLII. 27. 28. 

65.^ Les frères demandant Benjamin a Jacob. —• Ruben, 
la tête découverte et la main sur Tépaule de Jacob , 
le conjure de laisser partir Benjamin. Confie s-le moi^ 
dît-il, je vous le rendrai. Le patriarcbe assis dans son 
fauteuil, la main droite sur son cœur, le visage cons- 
terné , laisse échapper ces touchantes plaintes : Non , 
mon fils nHra point avec vous. Son frère est mort y et 
lui seul est resté. SU lui arrivait quelque mal en la 
terre oà vous allez, vous feriez descendre ma vieillesse 
avec douleur dans le tombeau. Benjamin , un peu en ar- 
rière, tient par le bras son vieux père comme pour 
protester qu^il ne le quittera pas. Gen. XLII. 29 — 38. 

66.' Jacob consent au départ de Benjamin. — Juda à 

la tête de ses frères s^adresse au vieillard Si wous 

voulez, dit-il, envoyer avec nous notre jeune frère, nous 
irons ensemble en Egypte et nous achèterons ce qui vous 
est nécessaire ; mais si vous ne voulez pas, nons n'irons 
pas, car Vhomme gu» commande en ce pays nous a dé- 
claré : Vous ne verrez point mon visage, sans voire plus 
jeune frère Jacob , qu^on voit en son fauteuil, ac- 
cablé de tristesse , pressant avec une tendresse inquiète 



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— 222 — 

la raain de son jeune fils, et présentant à Juda dent 
bourses remplies , lui répond : S'il est ainêi, faites ce 
que vous voudrez, prenez avec vous des fruits les plus 
précieux de ce pays et offrez-les à celui qui commande, 
Gen. XLIII. 1.— 12. 

67. • Second voyage des fils de Jacob. — Ayant pri9 
des présents et une somme double et Benjamin^ les 
frères de Joseph descendent en Egypte, Benjamin , qu'on 
distingue au milieu d'eux est l'objet de soins particu- 
liers , Juda le tient par la main et se tourne de squ 
côté avec un regard et des gestes qui expriment la 
sollicitude et la bonté. En arrière , plusieurs sont occu- 
pés à conduire les ânes. Gen. XLIII. 15. 

68.* Benjamin présenté a Joseph. — Joseph debout 
devant son siège à l'entrée de sa maison accueille Ben- 
jamin et parait le contempler avec surprise et com- 
plaisance. Benjamin fléchit le genou et joint les mains; 
Juda qui le présente se découvres et le touche à Té- 
paule comme pour l'indiquer à Joseph dont Ruben 
attire l'attention en lui posant la main sur le bras. Les 
autres frères se pressent à la suite dans l'attente de 
ce qui doit arriver. On ne voit pas Siméon qui est 
toujours au cachot. Gen. XLIIL 15. 

' 69. • Les frères introduits dans le palais.' — Joseph 
parle à son intendant qui est debout: Faites' entrer ces 
ittangèrs eh la maison ^^ immolez les victimes et préparez 
un festin, caf' Us mangeront a midi avec moi,' L'înten-" 
dant obéit, et les frères entrent' dans la "maison.' té/ 
fond de la Scène ^st garni d^édîfices'. Gèn/^XÉtlt. 

16.'"i7; " '•"■ "" ' '^ •'' "■ 



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— 223 — 

70/ Ils se rbcommândeht à l'intendant, —r Tons les. 
frères sont représentés dans une atlitnde suppliante et 
les mains jointes devant l'intendant; ils lui confessent 
qu'ils ont retrouvé Vargent dans les sêcs. Benjamin s'est 
jeté à ses genoux. L'intendant répond : Ne craignez pas^ 
l'argent que je vous ai donné, je le regarde comme reçu. 
Gen. XLIII. 18.— 23. 

71.® Les frères dk Joseph lavant leurs pieds. — 
L'intendant conduit les frères et leur indique du doigt 
un bassin rempli d'eau dans lequel Benjamin, qui est 
assis , se lave déjà les pieds. Ils se montrent aussi ef- 
frayés que surpris de tant d'honneur : l'un d'eux a les 
mains jointes. Gen. XLIII. 24. 

72.*" Joseph reçoit les présents. -^ Fléchissant le ge- 
nou devant Joseph, ses frères lui offrent, chacun dans 
un plat , des présents qui consistent en fruits de diverses 
espèces, raisins, poires, figues , etc., etc. Gen. 
XLIII. 26. 

73.« Joseph a table avec ses frères. — Les ffeères 
sont assis autour d'une table chargée de mets ; Joseph' 
mange à part à une autre table : il s'entretient avec 
Benjamin, ce qui attire l'attention des autres. Gen. 

XLIII. 27 et suiv. 

.1 ■ 

74.** La cOupe mise dans le sac ,de.. BehjamivV r^ Jo-^ 
sep^, entouré de ses t^ficiers, dit à l'intendant >,:Jfe^9. 
dans leur 9 saùa autant de blé. qu'ils en. pourront tenir et 
Vargeni de^ chacun à. l\entrée du saaj el. placez ma. poupe 
d^omgenihVentiféedu sac du piMS. jeune , aJvec le pri» de 
son îdé. Les sacs./.aoni «empUs^v- Tintendant place . la 



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— 224 — 

tMmpe à l'entrée de oelai de Benjamin où l'on voit 
ansii Tarant dn blé dans da bourse. Gen. XLIV. 1. 2. 

75.* Ordre de Joseph de poursuivre ses frères. — 
L'intendant écoute les ordres de Joseph dont le geste 
indicatif traduit bien ces paroles : Courez vUe après e9S 
étrangers, arrétez-lei et dites-leur : Pourquoi avez-vous 
dérobé la coupe dans laquelle mon seigneur boit P Fous 
avez fait une action détestable. L'intendant s'appuie sur 
un bâton de voyage ; des hommes armés de hallebardes 
et couverts de casques sont prêts à le suivre et à lui 
prêter mainmorte au besoin. Gen. XLIV. 4. 5. 

76.® La coupe dans le sac de Benjamin. -^ Surpris 
par rintendant et les soldats , les fils de Jacob ont leurs 
sacs ouverts : la coupe paraît à rentrée du sac de Ben- 
jamin. L'officier de la maison de Joseph témoigne son 
indignation par un geste énergique ; Tenfant , à côté , 
tient les mains jointes et tourne ses regards vers ses 
frères, protestant de son innocence. La consternation 
est peinte sur le visage de tous les fils d'Israël. Les 
hommes armés et cuirassés sont prêts à les saisir. 
Gen. XUV. 6.— J2. 

77.* Joseph accusant ses frères de vol. — Jud^ et 
Benjamin tombent à genoux aux pieds de Joseph : les 
antres frères l'environnent éi le supplient également ; tous 
sont abattus par la plus vive douleur. Poorquoi avem*- 
vous agi de la sorte, dit Joseph? Que oêlwi qui a dé^ 
robe ma coupe soit mon esclave ; pour vous retournez #n 
liberté. — Jnda, pins éma que les autres : Cest mm, 
8'écrîe-t41, qui serai votre esclave, moi qui me suis fait 



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— 225 — 

eauHon de f enfant et qui en ai répondu à mon père, 
disant : Si je ne le ramène , je me tiendrai toute ma 
vie coupahle envers mon père. Gen. XLIV. 14. — 32. 

^8.* Joseph reconnu par ses frères. — Dans la crainte, 
sans doute, de rester au-dessous du pathétique et du 
sublime du mot fameux : <« Je suis Joseph » qui faisait 
pleurer d'admiration Yol^taire lui-même , dit Chateau- 
briand (1) , Tartiste n*a pas choisi , parmi les touchantes 
circonstances du récit, le moment où le Patriarche se 
manifeste. Il nous le montre penché sur le cou de Ben- 
jamin son frère qu'il embrasse en pleurant. Les autres 
frères ne paraissent pas encore tout-à-fait remis de i*ef- 
froi dont les a saisis le seul nom de Joseph. Gen. 
XLV. 1.— 45. 

79.« La bonne nouvelle apportée a Jacob. — Tous les 
frères pleins de joie s'empressent auprès de leur vieux 
père, et lui disent la nouvelle: Votre fils est vivant et 
commande dans toute la terre d'Egypte. A ces mots le 
Patriarche se redresse sur son siège ; la joie anime son 
visage. Si Joseph mon fils vit encore, s'écrie-t-il, il me 
suffit, j^irai et je le verrai avan^ que je meure. Pour mon- 
trer qu'on peut se fier à sa parole, Juda représente à 
Jacob le jeune Benjamin confié à sa garde. Gen. XLV. 
16v--27. 

80.* Entrevue de Jacob et de Joseph — Joseph, la 
tète découverte , tombe dans les bras de Jacob qui garde 
sa coifiFure. Le vieillard , plein d'émotion , dit à son 

(1) Génie du Christ, liv. V. ch. 3. 

15. 



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- 226 — 

fiU : UainienarU je mourrai avec Joie garoe q^e j'ai vu 
ton visage ei qt^e je te laisse vivant. L'intendant d^ \^ 
maâon de Jpieph est présent. ^en. XLYI, 29. 30. 

81. • Jacob présenté a Pharaon. — Le roi, sur «on 
trône , entouré de ses officiers , sceptre en main , dia- 
dème au front , reçoit Jacob qui fléchit le genou. Joseph 
Tient derrière et s'incline aussi : tous deux ont leur tête 
découverte par respect pour la majesté royale. Dans 
quelques dessins assez modernes Jacob est représenté 
bénissant Pharaon, d'après Tacception littérale du texte 
sacré : henedicens. Mais la version qui traduit ce mot 
par souhaiter du bien^ saluer avec respect est beaucoup 
plus accréditée , plus conforme au sens qu^il a dans di- 
vers passages de l'écriture et par conséquent justement 
préférée à Tautre par notre savant imagier. Gen. XLYI* 
7.-10. 

82.* Serment de Joseph. — Le vieux Jacob est assis 
dans un fauteuil à dossier d^une grande richesse. Jo- 
seph, à genoux, la téfce nue et la main sur la cwissB 
du Patriarche^ lui jure de l'ensevelir dans le sépulcre âe 
ses ancêtres. Des édifices d'une architecture soignée gar- 
nissent le fond du tableau. Un valet se tienif débout prèft 
de Jacob. Gen. XLVII. 29. 30. 31. 

83.* Les fils de Joseph amenés a Jacob. — Une f^mmo ^ 
qui paraît soigner le saint vieillard a«m «ur son lit, tout 
vâtu , \iù indique son fils Joseph ftn tkrrive^ a/ve^ ses ^f^is 
fiJts, EphfOMn et. Manasfié. Derrière le lit, iiq dressoir 
av«c fta vaisselle. Gen« XLYIIL 1. 2. 

84.* Jacob embrassant les fils de Joseph. — Mêmes 



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— 227 -- 

personuages qne dans la scéoe qui précède. Le Patriarche, 
dans 80a lit, sur son séant, la garde à ses côtés, Jo- 
seph un peu plus loin : à droite et à gauche Manassé 
et Ephraîm que Jacob a fait approcher, parce que $e$ 
yeua étant obscurcis à cause ds sa grcmde vieillesse, il 
ne pouvait les voir distinctement. Penché du côté d'£- 
phraïm qu^il baise tendrement, il nous fait pressentir le- 
quel des deux enfants il bénira. Dieu vCa voulu don- 
ner la joie de te voir, dii-^l à son fils; et il ajoute: 
et celle de voir tes enfants. Gen. XLVIII. 8,-11. 

85.* Ephrâim préféré a Manâssé. — Jacob a passé de 
son lit dans son fauteuil ; Manassé est à genoux à sa 
droite , Ëphraïm , debout à sa gauche , la main posée fa- 
milièrement sur le genou du vieillard ; Joseph en face 
à quelque distance. Le prophète , dont la figure rayonne 
de Tinspiration divine, croise ses bras de manière à 
placer sa droite sur la tète d^Ephraïm et sa gauche sur 
celle de Manassé. Joseph est dans Tétonnement. 

La différence de la posture des deux jeunes-gens , 
dont Tun est à genoux et Tautre debout, tient à celle 
de leur stature. Manassé étant presque de moitié plus 
grand qu'Ephraîm, il fallait, pour mettre leur front à 
la hauteur des bras du vieillard, faire plier le genou 
au premier et laisser droit le second. Mais cette énorme 
disproportion de taille , qui ne serait qu'imparfaitement , 
justifiée par la différence peu sensible de Tâge des en- 
fants , a elle-même un but calculé et profond : celui 
de faire mieux ressortir dans Ephraîm sa qualité de frère 
plus jeune. A l'exemple de ses devanciers du moyen-âge, 
Tartiste a voulu marquer en traits saillants le mystère 
de la substitution du plus petit au plus grand , consommée 

16.* 



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— 228 - 

alors par le croisement des mains de Jacob, comme le 
sera plus tard par la croi:p de Jésus-Christ la répadia- 
tion des Juifs au profit des Gentils. G^est dans ce sens 
unanimement reçu par les docteurs (1) que ce sujet a 
été reproduit partout avec amour , à Bourges , à Char- 
tres , à notre portail St.-Honoré (2) , dans les sculptures 
de bois et de pierre , non moins que dans les miniatures 
de nos manuscrits et les peintures monumentales de nos 
églises. Gen. XLVIII. 14 et suiv. 

SG.*" Promesse de Jàgob a Joseph. — Jacob assis étend 
la main droite vers Joseph , et fait de la main gauche 
un geste qui indique les paroles qu'il prononce : Tu 
vois que je vais mourir. Dieu sera avec toi^ et il te ra- 
mènera au pays de tes pères. Je te donne , de plus qu'à 
tes frères , la part de bien que fai gagnée par mon are 
et mon épée sur les AmorrKiens, Joseph se tient respec- 
tueusement la tête découverte devant son père , ses deux 
fils derrière lui. Gen. XLVIII. 21. 22. 

Rampe du bout des stalles-basses à gauche de la mon- 
tée H: 

l.*" Prophétie de Jàgob. — Assis au riche et solennel 
faldistoire des aïeux , le vieux Jacob est plein de vigueur 
et comme ranimé par le souffle divin qui Tinspire. Jo-« 
seph et Benjamin ont pris leur place , un peu en ar- 
riére , de chaque côté de la chaire. Les autres enfants 
forment un deuxième groupe. Tous sont debout et Técou- 



(1) Cs. TertuU. de Baptism. c. VIII. — S. Aug. Confess. lib. X. c. 
XXXIV. n.» 51. — S. Joan. Damasc. de Fide orthod. lib. IV. c. II. 

(a) Rapport au Préfet de la Somme etc. etc. , p. 91. 



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— 229 — 
tent avec recueillement et avec admiration : Le sceptre 

NE SERA POINT ÔTÉ DE JUDA , dit le prophète , JUSQU*A CE 
QUE CELUI QUI DOIT ÊTRE ENVOYÉ SOIT VENU, ET c'eST LUI 
QUI SERA L^TTENTE DES NATIONS. Gen. XLIX. 1 et SUiv. 

2.® Mort de Jacob. — Etendu sur son lit, les yeux 
fermés , la bouche entr^ouverte , Jacob rend le dernier 
soupir. La couverture du lit un peu releyée permet 
de voir sa poitrine et ses bras amaigris; Joseph se péni- 
che sur son yisage , comme pour retenir son âme. Ben- 
jamin, encore plus désolé, se prosterne aujc pieds de 
la couche funèbre sur laquelle il s'appuie. Les autres 
enfants , dans un groupe à part , s'associent à la douleur 
des deux frères et témoignent leurs regrets par des pleurs, 
leurs mains jointes et les traits bouleversés de leur 
figure. Gen. XLIX. 32. 

Miséricordes : 

87. • Les Israélites accablés de travaux. — Condamnés 
à des ouvrages de mortier et de briques , ils bâtissent au 
nouveau roi, qui ne connaissait pas Joseph, une vaste 
tour représentant les villes de Pithom et de Ramessès, 
ou peut-être quelqu'une des fameuses pyramides qui 
•ont aussi , d'après Thistorien Josèphe , Touvrage des Hé- 
breux (4). L'intendant préside aux travaux. Parmi les 
ouvriers qui sont accablés , on distingue deux tailleurs de 
pierre, un maçon et deux manœuvres dont l'un, por- 
tant le mortier, monte les dégrés d'une courte échelle 
pour arriver à la hauteur de la dernière assise de 
moellons. Exode I. 6. — 45. 

(1) ÀBtiq. Jud. lib. y. c. 5. 



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— 230 — 

88.* Les ewants précipités dans le Nîl. — Le roi 
coaroimé du diadème et le sceptre à la main , eom-^ 
mande de jeter dans le fleuve tous les enfants mdles ijin 
naUroni parmi les Hébreux. Il se tient, a.<^compagné de 
deux officiers , à la iote d'un pont du haut duquel 
des gardes exécutant ses ordres précipitent dans le Nil 
deux enfants , Tun enmaillotté , Tautre nu. Sons les 
arches du pont, ouvertes en ogive, on en voit plu- 
sieurs autres déjà entraînés par le courant du fleuve. 
Ex. I. 22. 

89.« Moïse exposé. — L'enfant au maillot est couché 
dans une corbeille de jonc enduite de bitume et de poix, 
La mère à genoux sur la rive du fleuve dirige d'une 
main le berceau flottant et de l'autre essuie ses larmes. 
La sœur de V enfant se tient à quelque distance , l'air 
triste. Le cours du Mil, les roseaux qui croissent sur 
les bords, et au loin des arbres et des édifices, animent 
le Ubieau. Ex. IL 1. 2. 3. 

90.* MoîsB SAUVÉ DES BAUX. — La fille de Pharaon, 
qui est descendue pour se baigner dans le fleuve , marche 
avec ses compagnes sur le bord de Veau. Voyant la oor- 
beille, elle ordonne à une de ses femmes de ta lui ap- 
porter. Déjà la suivante tienrt des deux mains le jeune 
enfant qu'elle tire du berceau d'osier. La soeur de 
Moïse , observant ce qui se passe , garde la même place 
et la même attitude que dans la scène précédente. Le 
costume de la fille du roi est d'une grande richesse, 
la ceinture lâche , pendant en cordelière par-derant , la 
robe longue, serrée à la taille, et la jolie coiffure qui 
9 de la ressemblance avec le hennin à cornes peu sail- 



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— 231 — 

lâHtes, méritent d^étrë étudiées. Le Tétement des suivantes 
est plus simple, quoiqu^légant ; le bonnet de Tune, pa- 
reil à celui de lîi sœur de Moïse, est la petite coiffe 
plate d^Ânne de Bretagne. Ex. II. S. 6. 

91.* M(âst5 noNrvÉ k nourrir a sa piaopiie mère. — La 
sceur de V enfant 9' étant approchée: ^ûtdes^ome, êit-^lé, 
que faUie chercher une femme des Héhreuw qui puiê^ 
nourrir cet enfant P Elle lui répondit : allez, la jeune 
fille alla et appela sa mère, La mère est arrivée et pré- 
sente son sein nu vers lequel se précipite Ttinfiant que 
porte encore dans ses bras une des femmes de la prin- 
cesse. Celle-ci dit à la mère : Prenez cet enfant et nonr 
rissez-le-nioi. Je tous en récompenserai, La sœur de Moïse , 
beureuse d'avoir si bien réussi , est présente ainsi que 
les femmes de la fille du roi. Aux boiseries qui gar- 
nissent le fbnd du tableau , on reconnaît que la scène 
se passe dans l'intérieur du palais. Ex. II. 7. 8. 9. 

92.* Moïse nourri par sa mère. — Dans une cbambre 
royale et richement lambrissée, sont réunis : la fille de 
Pharaon , ses femmes , Moïse , sa mère et sa sœur. L'en- 
fant est suspendu à la mamelle. Sa mère Tallaite avec 
bonheur. On ne saurait imaginer plus de grâce et de 
naïveté qu'il n^y en a dans ce tableau. Ex. II. 9. 

93.* Moïse remis a la pille de Pharaon. — La mère 
conduit par la main Moïse détenu grand; la fille du 
roi le caresse avec bonté , l'adopte pour son fils et îe 
nomme Moïse , disant : Je Vai sauvé des eaux. Trois 
femmes s'entreliennent derrière la princesse. ÏÏne autre , 
qui est la sœur de Tenfant, vient sur les pas de la 
nourrice, portant un pannier. (PI. IV. 2.). Ex. II. 10. 



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— 232 - 

94.* — l.*" Moïse vengeant ses frères. — Il lient le 
pied sur les reins de V Egyptien qui a outragé ses frères 
et lui plonge Tépce dans la gorge. L'Hébreu qu'il a 
délivré reste à Téeart surpris de tant d'audace. 

2.° Moïse cachant l'Egyptien dans le sable. — l-ic 
corps est au trois-quarts recouvert ; amenant la pous- 
sière avec ses deux mains , Moïse achève de Tensevelir. 
Ex. IL 41. 12. 

96.* Fuite de Moïse. — Pharaon , qui cherche à faire 
périr Moïse , est en son trône , le sceptre à la main , 
dans le riche costume des rois égyptiens. Un de ses 
officiers, ayant Tépée au côté, porte une main à son 
chapeau , et de l'autre indique au roi le jeune Moïse 
qui part avec précipitation, pourvu du bâton de voyage 
et relevant le bas de sa robe pour être moins embar- 
rassé dans sa fuite. Du côté de Pharaon , un garde y 
un intérieur de maison ; du côté de Moïse , la campa- 
gne , un édifice au loin. Ex. IL 15. 

Rampes de la montée G : 

1.° Rencontre de Moïse et d'Aaron. — Moïse a reçu 
de Dieu la mission de délivrer son peuple ; il s'en ouvre 
a son frère Aaron et lui raconte tout ce que le Seigneur 
lui a dit en V envoyant , et les miracles qu'il lui a or'- 
donné de faire. Tous deux couverts d'un large chapeau 
ont un costume très riche. Aaron porte la magnifique 
épauliére à double bordure dont une à mèches étoffées 
de fourrure, un collier flottant composé de petits mé- 
daillons uni» par une chaîne , et à la ceinture , Tes- 
c^rceUe : Moïse , une çobe traînante par-dessus laquelle 



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— 233 — 

une tunique plus courte fendue des côtés , frangée sur 
tous les bords, et à manches larges finissant aux cou- 
des. Une ample écharpe lui ceint les reins et pend sur 
le côté droit. Auprès d'eux , un petit chien leur com- 
pagnon ou leur défenseur dans de périlleux voyages. 

Au front de Moïse brillent déjà les rayons divins que 
le récit historique ne lui attribue qu'à sa descente du 
Sinaî. Ils ont la forme de tubercules , de protubérances 
ou de cornes d'après la vulgate qui traduit par cornutus^ 
ayant des cornes, le mot dont se sert rhébreu pour 
exprimer la gloire du visage du prophète. La métaphore 
de St.-Jérôme rend-elle plus complètement le texte origi- 
nal qui renferme , selon plusieurs hébraîsants , la double 
idée de proéminence et d'irradiation P Nous ne le déci- 
dons pas ; mais nous accusons encore moins les artistes 
d'autrefois d'avoir transporté dans Ticonographie Tex- 
pression figurée du savant interprète , lorsque d'ailleurs 
le sens véritable des cornes était si bien déterminé pour 
les savants par le grec des Septante (1), et pour les 
simples fidèles, parles épitres de S. Paul (2). Le Moïse 
du portail de la Mère de Dieu de notre cathédrale a 
les cornes du front plus prononcées qu'ici ; il en est de 
môme du type qu'offre notre fenêtre 87.' représentant 
la généalogie de Jésus-Christ , dans la chapelle de Ré- 
tro. Celui du Buisson ardent que nous rencontrerons 
bientôt est tout-à-fait dépourvu de ce caractère. Ex. 
IV. 27. 28. 

2.*' Assemblée des anciens d'Israël. — Distribués en 

wforafZFOU uurou ▼. 89. 

(î) II, Cor. III. 7. 



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— 234 — 

deux groupes aux pieds de Moïse et d'Aaroti) les an*- 
cîens du peuple , les uns assis , les autres à genoux , 
expriment à la ibis les sentiments de Tadmiration , de 
la surprise et de la reconnaissance. Moïse tient en nain 
la Terge miraculeuse figure de la croix de JésnA-Ghrist ^ 
salut des uns, fléau des autres, dit Origène (1). Aivron 
leur répète toutes lee pareles que Dieu a dites à Moïse. 
Le champ de la scène représente le sol de TEgypte par 
la nature des animaux et des végétaux quW y a sculp* 
tés. Ex. IV. 29. 30. 31. 

3.° Moïse, Aaron et le peuple de vjlwt Phaeàow, — Un 
premier groupe ^ au haut de la rampe à gauche d« 
passage , se compose de Pharaon , sur son trône , et de 
plusieurs officiers de sa maison , debout : Le deuxième 
en descendant, de Moïse et Aaron qui parlent au rm 
en ces termes : Void ce que dit le Seigneur , le Dieu 
éTIsraël : Laissez aller mon peuple afin qu'il sacrifie am 
désert. Pharaon répond : Qui est le seigneur pour que 
f écoute sa f>oix et que je laisse aller Israël P Je ne cet^ 
nais point le seigneur. Malgré Tassuranoe qu'affecte son 
langage , Pharaon effrayé et tremblant se soutient à 
peine sur son fauteuil dont un serTÎteur approche la 
main comme pour Fempécher de tomber. Un troisième 
groupe de quatre personnages nous montre les anciens 
dlsraêl assistant, à quelque distance de leurs chefs « à 
Taudience du monarque. Quoique le texte sacré ne fasse 
mention que de Moïse et d' Aaron , plusieurs glossateurs 
veulent que les anciens soient venus avec eux, confor-^ 
roément à Tordre que le Seigneur avait précédemment 

(1) Homil. IV. in Exod. c. 7. 



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r- 235 — 

donné : F^ouê ires, i>ûuê ei les aHoieni d'Israël, 9eri 
le roi d'Egypte, Le monarque est coiffé d^nn lar|;e cfaa- 
pean terminé en forme de couronne sous lequel est le 
bonnet ou sudaire k oreillettes pendantes. L^officier qui 
se tient derrière porte le collet à capuchon relevé sur 
la tète, et le chapeau par-dessus. Un autre se fait r<K 
marquer par la moustache de sa lèvre supérieure. 
Ex. V. i. 2. 

4.^ L'Agneau paschal. -*• Les promesses du Seigneur 
ne sont pas Taines , Theure du Passage approche. Au- 
tour d^une table servie sur laquelle est Vagneau sym- 
bolique dans un plus grand plat , les Israélites sont de- 
bout , prêts à partir , le vêtement court , la ceintare aus 
reins, la tête couverte, les pieds chaussés, le bâton à la 
main, selon Tordre du Seigneur. 

En admirant cette belle scène qui annonce si long- 
temps d'avance et si bien un autre Agneau et un autre 
Passage , nous, devons regretter que Tartiste n'ait pas 
commencé par reproduire Timmolation de la victime et 
Tapplication de son sang sur les portes des maisons 
d'Israël : deux siècles plus tôt, il n'aurait pas négligé 
ces importants détails (1). Ex. XII. 1—15* 

Miséripordes : 

96.« Les Israélites dans le désert. — Sortis de l'Egypte, 
ils cheminent le bâton à la main dans le désert^ près 
de la mer rouge ; Moïse et Aaron occupent le milieu du 
tableau et fixent leurs regards sur la colonne de nui^ 

(1) Gs. Vitraux de Bourges par MM. Artb. Martin et G. Cahier, 
page 4. 



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~ 236 -^ 

qui leur tert de guide. Cette colonne egt naïvement re- 
présentée , comme si elle était de bois ou de pierre , 
couchée en travers au sein d'un nuage , selon le texte 
littéral des commentaires qui lui attribuent la forme 
d'une grosse tour, haute , large et épaisse (1). Par cette 
configuration , elle indique aussi plus clairement la croix 
de Jésus-Christ dont elle est Timage (2). Si le savant 
huchier ne s'en est pas tenu à la lettre de la vulgate 
en armant les Israélites , ce n'est pas inadvertance de 
sa part. L'hébreu qu'on a traduit par armaii signifie 
aussi bien rangée en phalanges que armés. La version 
des Septante s'éloigne de l'un et l'autre sens ; au lieu 
à' armaii ^ elle porte: quintâ generatione, ce qui veut 
dire que les Israélites sortirent de l'Egypte au com- 
mencement de la cinquième génération. On remarque 
parmi eux une femme avec un enfant au maillot. Aaron, 
qui retrousse sa longue robe , a le capuchon de son 
camail relevé sous le chapeau. Ex. XIII. 18 — 22. 

97." La manne du désert. — Un gros nuage s'arrête 
au-dessus du camp ; la terre se couvre de quelque chose 
de menu et comme pilé au mortier qui ressemble à une 
gelée blanche. Les Israélites, hommes et femmes, le re- 
cueillent, chacun ce qui est nécessaire pour sa nourri- 
ture , dans des vases que TËcriture désigne sous le 
nom de gomor. Une femme en tient dans son tablier , 
quoique le vase qu'elle a soit rempli, et considère avec 
joie et surprise le nuage. Aaron, au milieu de la scène, 
emplit un gomor à deux anses pour l'usage qui va être 

(1) Cs. Pererius in Gîen. 

(2) S. Hieron. in Ps. XCV. — S. Ambr. in Ps. CXVIII. 



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— 237 — 

dit. Moïse n'est pas présent, peat-étre afin de faire penser 
qu*Aaron, qui est le chef de la tribu lévitique, a seul 
la charge de présider à la récolte quotidienne de la 
manne. Il est la figure du prêtre chrétien présidant 
à la communion des fidèles ; mais il n'en est que la fi- 
gure imparfaite, puisque celui-ci aura le pouvoir, in-- 
comparablement plus merveilleux, de former lui-même 
par la vertu des paroles sacramentelles la manne eu- 
charistique qui sera le vrai pain descendu du ciel. 

Le même sujet est traité en demi-relief, à la ma- 
nière du dernier siècle, au bas du rétable de la cha- 
pelle de St. -Joseph ( Aile droite latérale du chœur. ) 
On y a mis Moïse au milieu d'une troupe d'Israélites, 
hommes, femmes et enfants, dont les uns témoignent 
leur surprise , les autres recueillent la manne , et quel- 
ques-uns aux pieds du prophète expriment leur recon- 
naissance. Sur Tarrière-plan sont dressées les tentes dls- 
raêl. Gomme on s'en doute bien , s'il y a dans le rétable 
du xvin.* siècle plus de mouvement , d'entente perspec- 
tive, de correction de dessin que dans la miséricorde 
du xvi.« , celle-ci se distingue en revanche par un ca- 
chet de piété , de simplicité et de naïveté qui manque 
à l'autre. C'est du res^e une idée à laquelle on doit a{>- 
plaudir sans réserve que celle de faire entrer dans la 
décoration d'un autel la représentation de la scène fi- 
gurative du mystère nouveau tous les jours accompli au 
sein de l'église chrétienne (1). Ex. XVI. 14 et suiv. 

98. • La manne placée dans le tabernacle. — Il ne 
s'agit pas, dans le texte sacré, du tabernacle propre- 

(1) S. Joann. YI. 49. 50. 



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— 22» — 

ment dit, qui ne fut élevé que beaucoup plus tard, 
mais d^une simple tente devant laquelle le peuple voya- 
geur se réunissait pour prier. L'artiste, sans se mettre 
en peine d'en rechercher la véritable forme, en a fait 
une petite chasse oblongue à toit pointu, à parois dé- 
corées d'arabesques, qu'il a posée sur un autel garni 
de courtines et surmonté d'un rétable en croix. Aaron 
y introduU un gomor de manne, afin de le garder pour 
les raees^ à venir. Derrière lui un lévite, la main sur 
un livre fermé; de Tautre côté. Moïse à genoux. On 
dirait un ^autel chrétien autour duquel prêtres et fidèles 
s'empressent pour adorer. C'est la conséquence et le 
complément de la révélation du mystère eucharistique, 
commencée tout-à-rheure par la chiite de la manne. 
Ex. XVI. 32. 33. 34. 

99.' — i.° Lbs TABLES DE LA LOI — La tète couronnéc 
du nimbe divin , le Seigneur se montre au milieu d'un 
nuage qui couvre la montagne, et donne à Moise, qui 
les reçoit à genoux, deux tables de pierres adhérentes 
l'une à Tautre, contenant la loi écrite du doigt même 
de Dieu. Deuter. IX. 10. 

Quelques arbres sur un rocher séparent cette scène 
de la suivante. 

2.° Murmures du peuple, — Dans l'attente de leur 
chef, les Israélites sont assis et témoignent de Fimpa- 
tience de ne pas le voir descendre de la montagne. Aa- 
ron, debout, en écoute un qui se fait l'interprète des 
autres et dit : Faites-nous des dieux qui marchent devant 
nous; car pour Motse, cet homme qui nous a tirés d'E- 
gypte, nous ne savons ce qui lui est arrivé. Ex. XXXII. 1. 



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— 2a» — 

iOO.« — l.« Le vbau d'or. — Aaroa a cédé aax me- 
naces da peuple rebelle. Un v9au $or , élevé par son 
ordre sur une colonne courte que soutient une petite 
table carrée, reçoit les adorations de deux bommes à 
genoux f pendant qu'un peu en arrière un homme ^ 
une femme d^nseiii au son du tambour. Le musicien 
trouTC à peine sa place dans un coin de la sellette 
dont une moitié, comme sur la précédente « est réservée 
pour un second sujet. Ex. XXXII. 3. — 6. 

2.<> Les tables de la loi brisées. — A la vue du veau 
et or et des danses du peuple, Moïse, dans un mouve- 
ment de colère qn'exprime le geste de ses mains , a jeté 
les tables du témoignage. On' les voit brisées au pied de la 
montagne. Ex. XXXII. 19. 

iOi.* Le teau d'or mis eu poudre. — Ren versé de son 
|ttédestal et disposé sur la table , il est brisé à coups de 
marteau de fa main même de Moïse qui en donne les 
débris k un aide qui l'asmte. Celui-ci met les moreeaux 
dbma un pan de son habit pour les jeter ensuite dans 
le feu allumé derrière lui. Un autre en retire la cendre 
avec une pelle et la jette dans un courant d'eau. Les 
Israélites puisent de cette eau avec des pots et des tasses , 
et en boivent. Ex. XXXII. 2d. 

i02.» Les nouvelles tables. — Cette fois, ce n'est 
plus le Seigneur qui donne les tables. Moïse monte sur 
le Sinaî les portant toutes taillées, afin que Dieu y écrive 
les paroles qui étaient sur les premières. Dieu lui ap- 
paraît dans la nue s'appuyant sur le globe terrestre. A 
gauche, derrière les rochers plantés de quelques ar- 
bustes, le peuple attend. Ex. XXXIV. 4. 5. 



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- 240 — 

103.* Châtiment de Nadab et Abiu. — Aaron et ses 
enfants étant investis , par l'ordre de Dieu, des fonctions 
redoutables du sacerdoce, Nadah et Ahiu offrirent de- 
vant le Seigneur un feu étranger. En même temps, une 
flamme sêrtie de chaque côté de l'autel jette à la ren- 
Terse les deux coupables et les dévore. Ils ont encore 
Tencensoir à la main. Autel , rétable , chandeliers , /Ao- 
ribulum, tunique et auiict des lévites, tout est copié 
sur les pièces ou meubles analogues du xvi.* siècle, le- 
quel a de plus laissé son cachet au fond du tableau , 
dans une ceinture de murailles crénelées , percées de 
meurtrières et flanquées de tours quadrangulaires. 
Levit. X. 1. 2. 

104.*^ Sacrifices a Mologh. — L'idole de Moloch à la- 
quelle les Israélites consacraient leurs enfants, non en 
les faisant sauter par-dessus la flamme ou passer entre 
deux feux , comme quelques uns Tout pensé, mais en les 
brûlant réellement eu l'honneur du faux Dieu (i) , re- 
présentait , selon Topinion la plus commune, un monstre 
énorme de bronze aux vastes flancs et à la tète de veau 
béante. C'était après avoir été chauffé jusqu'à Tincan- 
descence que Moloch réclamait ses tendres victimes ; et 
d'aveugles parents, poussés par la plus barbare et la 
plus étrange des superstitions , jetaient eux-mêmes leurs 

(1) 3 Reg. n. 7. — 4 Reg. XVI. 3. XXI. 6. — Isaias, LVII. 5. 

— Ezech. XVI. 21. XXIII. 39. — Jerem. XIX. 5. — Soph. I. 1. 
4. 5. — Amos, V. 26. — Ps. CV. 36. 37. — Act. Apost. VII. 43. 

— lahn fait remarquer que les mots hébreux qu*oii traduit par trans- 
ferre per ignem et ceux qui signifient comburere, coneremare, sont 
pris indifféremment dans la Bible* (Arch. bibl. n.** 396. ) 



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^ Ul — 

profires. ei^ant«' data cet . itffernal* bragier y objet de iewH 
eàUe inâensé (t). . ? / 

Cer fafiU eicpliqueiit notre bat*<reàief ; l'idole nous y est 
montrée sout là figure d'une tète de veaa monstrueuse ^ 
avec lei cornes, les ^yeux.^ les oreilles et les naseaux 
de cet animal. De là gueule, qui est de profiortion 
démesurée et Faisse i^r ane rangée de dents pareilles 
afQK créaseaux d'une inuraHle , jaillissent de longues on- 
didatioris de ftammes* Un homme et une femme y oont 
d»se»t- leurs. eiaSaoïts 7 déjà le plus âgé est à demi eo^ 
goofi^é dana Tàntre .«mAifasé,^ atteint par le £éu; une 
m^re tient, par kt MHiin ]é< secooid ' qui est plus jeune; 
lelroisiémë est- eisoore a ti -maillot dans les bras de sa 
inère.^ Les deox. fémmea expriment par leurs gestes que 
le 4entin»eiijt de I*amoiir maternel lutte en elles contre 
rentralnement de la superstition» ( PI. IV. 3. ) Le^t. 
XVIIL H. XX/2. 3, 4* a 

On foit remarquable dont èo fie se rend pas compte 
a« premier abord , est la parfaite ressemblance de la fr- 
g*re du Dieu Moloch avec le type de l'Enfer coimbu- 
nèment reçu au xiir.' siècle.. l)ans notre grand portail 
de No'fre-Dame d'Amiens , au tympan du porche prin- 
cipal sur lequel tous les hommes comparaissent pour le 
dernier jugement, du côté gauche où le démon chasse 
devant lui, l^ troupe des réprouvés^ vous voyez eçui^- 
ci tomber pêle-mêle- dans Téternel abime qui n'est >àu-^ 
tre que la hideuse et effroyable gueule de veau de Mo- 

(1) Cs. Selden dé Dits Syrîs. — Speucer de Legîb. hebr. rituar. 
lib. II. c. 10. — Vossius de orig. et progressa Idolol. fib. II. e. ». 
— lahn. Arch. BiW. § 39». — BiJ^ ^'Avignon T. Ih p, 355. — 
JMém. de l'Acad. des înscript. in-lâ , T. 7i , pag. W et suiv. 

16. 



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— 2« — 

loek. A Rouen (1), àBayeax{^), à Aaton (3), etc., etc.,, 
même configuration de TEnfer. Les Limbes sont repré»-. 
sentées sous le même âspeet à Amiens (4) bt a Rouen (5). 
Qqe cette identité de formes pour exprimer des objets, 
quin'.ont en apparence aucune relation , soit, l^eâèt du 
hasard ou d'un vain caprice d'artiste , il n'est pas per'4. 
mis de le croire, pour peu quW ait eu Toccasioti d'ap- 
précier la vaste science que le xur.® siècle apportait dans 
la création des types , et la part fort restreinte laissée, 
sur ce point , à la puce imagination^ ' Aussi la similitude 
des deux figures nous a>t-eUe. para, après quelqu'esa- 
mea , complètement justifiée Pourexi saisir la raison,, il 
ne s^agit que de bien entendre un seul mol, le mot ^e^ 
kenna ^ eu vieux frangeais ^henne , par lequel on sait, ifiie. 
Jésus^hrist désigne plusieurs foi», dans TËvangtlQ' Jade-^ 
meure des réprouvés (6); Cette expression empruntée dé 
rhébreu Ge-Hinnom , Ge-Ennom ou Ben-Ennom , qui veufr 
dire vallée des fils d'Ennom , est dans son acception lit- 
térale le nom propre de |a belle vallée d'JSn^oni;, située, 
au sud-est et à peu de distance de Jérusalem. On ne 
co^iprend pas bien d^abord pat quel motif Notre-Seigaie«ir 
s'ej^i est ^rvi pour nommer Tenfer, puisqu^^bsoluiâent . 
rien ,1 ni dans la racine du mot, ni dans la nature et 

(1) Portail' de la Galende, dans les médaillons! à gauche représeÎH ' 
tant-^ .pai'abole de Lazare et da mauvais riche. « 

(2). Portail principe , pordie à droite. 

(3) y. Bull, du com. des Arts n.» 2. p. 257. 

(4) Vitrail de la fenêtre centrale de la chapelle de Rétro, 

(5) Portail de la Calende, tympan. 

(6) Math. V. 22. 30. — X. 28. — XXIIÏ. 15. 33. — Marc. IX. 
42. — Luc. XH. 5. 



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- 543 - 

l'aspect d*une riante, et ferlée vallée, ne semble propre 
à faire naître la pensée d'un Ueu de supplice.' Mais les 
saints livres nous apprenant (jue c'était sur le sol mau- 
dit de cette vallée que Tidglâtrie avait établi le siège du 
Dieu des Ammonites ,, et ,que là s'ouvrait le gouifre 
béant et enflammé du Mqloch d'airain où les Hébreux 
jetaienjt sans pitié leurs fils et leurs filles (1),- on conçoit 
de suMe .pour quelle, raison TîçnFer a pu ,. être .appelé 
gehenna du nom de cette vaUée : c'est par Tapalogie 
des supplices de,. Tenfer avec les supplices de, la valléç 
de Gekennom ou de j^Iploçh^ de ce lieu que les pro- 
phètes ont flétri des noms les plus odieux;., l'appelant : 
La vaiUe des corps mort^ et dçs cendres , la vallée du car- 
nçLge j , la région de la mort, toutes quaUfic9tions quji s'ap- 
pliquent avec une grande vérité au séjour désolé des 
méchants (2).' Ce sentiment est celui de to\;js les inter- 
prètes, |ahn ^oute que , pour ce motif ,, non ^^ulement 
chex les Juif^^ mais parmi tous les OrientauTt: j^t Jusque 
dans rinde, Texpr^sion gehenna ^er.t à marquer les 
peines étemelles de l'autre vie (3)., 

Or , une fois avéré qu'entre Tidéa , 4e V Enfer et Tidée 
de Mdooh il existe une véritable relation., la relation 
qu'il y a entre la figure et la chose figurée , la logique 

(1) IV. Reg. XXIII. 6. 10. - Jeretn. VII. 31. 

(2) Jerem* VII. 32. XIX. 6. XXXI. 40. 

(3) Cs. Mald. in Matth. V. 22. — Masius, in Jos. ^Y. 8. — 
Corn, à Lap. in Levit. — Foreiro in Isaiam XXX. 33. — lahn arch. 
bibl. n." 398. — B. Calm. dict. de la bibl. art. Gêne et Ennom, -^ 
Berg. dict. th. art. Géhenne, — Heuocli. de rep; H^r. lAr. IV. 
cap, 2. qusst., Id. ^ Voir aussi les étymologisles et snlr^autres N. 
LandaM V.» Gèh^n^^. 

16/ 



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- 244 - 

veut que Ton puisse expriiûer sôtis' Icé niôiueg i}ifiâUt\d 
forme dé l'abîme éterùel eft la forme dû Dîéii v' et pms- 
que le langage avait pris le nom de Moloch pour le 
(donner à Tenfor , au ciseau restait le droit de îùi pteii*- 
àre également son imagé , c^est-à-dirô , la tète nonstruéilse 
et la gueule embrasée cl^aniraal que les traditions fui 
donnent. Le moyen-âge Ta fait, et il a bien fait. ' 

En arHvantpar Pétude à réxplicatidn d"Hïn .poîtit' pat- 
ticùliet eoAiïtte cdui sûr lequel tious venons de ditoettetf 
un instant , ort sent Tinconvénient qu'il y a lottjouw 
a se prononiier trop vite sur des faits encore obscûrs 
et à atti^ibudr/sans examen suffisant;' au caprice et atl 
désordre de l'iniaginalion ce qu'on i^iicôtttré parfois d*^ 
trange dans Ticonographié chrétienne des âges de ADi. 
Nous sôtutiaes convaincus , pour notre 'palt*t , et notLti.at** 
mons à le redire, qu'une vaste science biblique V^htéc^ 
logique' et' agiographique à présidé à '(Wts'lëÀ gi^iitiéé 
travaux du xïii> sièble, et si qudqtié joUi^ nions afbii« 
le loisir de publier l'élude que nous f^isonî^ de notre 
magnifique portail d'Albicns, si impnt-fftitëitlënt cdibpl^ 
jusqua présent^ wous serons à même d'en fournir les 
preuies leë filus^ t^ntaincântês «t les plus cumit«es. 

105. • Le serpent d'airain. — Après le crime vient le 
châtiment, et aprèf le ch^tiinent le pardon promis au 
repentir. Les serpents dont la morsure brûlait comme 
le feu et donnait la mort vont perdre leur venin en 
présence d'un autre serpent, sorte de dragott ailé, ex^ 
posé comme un signe au liaut d^^une colonjié dressée sur 
une Mi^le . ou autel que portent quatre piliers, carrést 
Moïse \ du bout dé sa v«rge mitacsul^ute ,. le design 
-aux Israélites qu'on voit prés de lui (attaqués ^af- éeft 



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- i45 — 

«erpenU et cherchant à êe défendre de leurs morsures , 
en même temps qu'ils s'efforcent de tourner leurs re- 
{;ards vers le sig^ne du salut. Un vieillard plus près de 
Tautel a été guéri en vertu de ce signe : il témoigne 
sa reconnaissance. C'est par ce trait saillant de sa vie 
figurative que Moïse, au portail St.-Honoré , montre 
d'avance Jésus-Christ sur la croix (1). On ne pouvait 
choisir un type plus complet que celui dans lequel le 
Sauveur s'est reconnu lui-même en disant : £t comme 
Moise a éhvé dans le désert le serpent , de même il faut 
que le fils de VKomme soit élevé (2). 

i06/ L'eàu du rocher. — Moïse, pour confondre le 
peuple ingrat qui murmure parce qu'il manque d'eau , 
lève la main , frf^pp^ ^<* jpierre de sa verge , et il en 
sort une grande abondance d'eau, Aaron , présent au mi- 
racle, partage l'admiration de Moise. Le peuple arrive 
pour se désaltérer. « Nos pères buvaient de Teau de la 
*i pierre spirituelle , qui les suivait , et Jésus-Christ était 
» cette pierre , dit St.-Paul (3). >» 

On a donné des aîles aux serpents de notre banquette, 
parce que ceux qui furent envoyés de Dieu contre les 
Israélites ayant été suscités de l'Arabie déserte , appar- 
tenaient à l'espèce des dragons ailés que , d'après les 
naturalistes anciens , l'on rencontre en grand nombre 
dans l'intérieur de l'Afrique (4). 

(i) y. sur ce portail le Rap. au Préf. de la Semme. p. 9S. 

(2) Joann. IH. U. " 

(3) Petra autem erat Ghristus. 1. Corinlh. \, 4. 

(i) Hérodote lib. II. c. 75. 76, Lib. III. 107. 108. ^09. — 
(MElian. hist. anim. lib. II. c. 38. — Cicer. de Nat. Deor, Hb. î. 



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— Î46 ^ 

Rampes de la montée F : 

i ." Les envoyés de la terre promise. — Deux hommes 
qae Moïse a députés vers la terre de Chanaan pour 
considérer le paya et le peuple qui Vhabite reviennent 
portant suspendue à un bâton dont chaque bout s^appuîe 
sur leur épaule , une branche de vigne avec sa grappe 
de raisin d'une grosseur prodigieuse. « Les deux por- 
teurs sont les deux testaments ^ dit St. Augustin. Les 
Juifs marchent les premiers; les chrétiens suivent les 
Juifs; ceux-ci ont devant eux le salut , ceux-là derrière; 
les uns se montrent soumis , les au Ires affectent le mé- 
pris (1). » Aussi le tailleur d'images a-t-il donné à celui 
qui marche en avant la physionomie d^un homme à qui 
son fardeau pèse et déplaît. On le voit se retourner avec 
vivacité du côté de son compagnon, comme pour se 
plaindre. Le second , dont la figure est calme, soutient 
l.e poids avec plus d'aisance. Le premier^ représentant 
la Synagogue , est moins richement vêtu que le dernier 
qui figure 1 Eglise : une simple robe flottante enveloppe 
Ton , tandis que Tautre , par-dessus une courte tunique 
à bordure très-ornée, se drape dans la longue robe fen- 
due sur les côtés jusqu'aux hanches qui n*est portée 
que par nos personnages les plus illustres. Pïombr. 
Xin. 18-^27. 

2.° Samson terrassant le lion. — Samson est aux prises 

G. 36. — Lucan. lib. YI. -^ Solinus c. 32. — Aram. Marcell. lib. 
XXII. — Cs. Nieburh Arabiœ descriptio. p. 186. -^ Will. Carpen- 
tier, Zoolog. bibl. y," seraph, 

(1) Serm. supposit. 28., alias de temp. 100. ^ S. Hieron. ad Fabiol. 
in Mans. 15. — Rupert. in Num. lib. I. — S. Bern. in cantic. 
^erm. ii. 



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— !Ml7 — 

avec un jwuné lion- furieus et rugisêatU qui est vBnu à 
€a rencontre. Mais V esprit du Seigneur s' emparant de lui , 
il tic;iit eomprimé 8(»i« 8on genou le terrible animal et 
Ta le déchirer comme il eut fait un chevreau y et le mettre 
en pièces sans le secours d'autrui: Samson a pour tout 
▼étement une simple - tunique. Sa chevelure longue et 
toufPue , maintenue par un bandeau noué deriiére , rap- 
pelle que le Seigneur. a dit d« lui : i>e raeoir ne tou'^ 
chera pas sa tête . . .et c'^est lui ^qui commencera à dèHvrer 
Israël de la ' main des Philistins. Jug. XIII et XIV. 

3.® SjIlMson vainqueur des PnrLfsxiNS. — C'est avec une 
mâoboire d'animal qu'il a vaineu ses etinerois acceums 
^ «a rencontre alfec de grands cris. Il tient encore Tins- 
trument ignoble que sa force a rendu si redoutable, et 
presse puissaimnent sous ses genoux quatre de ces infi- 
dèles , gisants à terr« et comme broyés. Un seul relève 
la tête et pousse des cris. Jug. XV. 9 — 15. 

4.* SlMSQIf ENTRE LES MAH^SDE DaLILA. -M* Il doH la 

tête appuyée sur les genoux de cette femme artificieuse , 
qui profite de son sanmeil pour lier sa chevelure au- 
tour d'un instrument aujourd'hui mutilé. On voit à terre, 
à côté d'un casque , des vases à boire qui iudiquetit à 
la fois que Dalila a troublé par l'ivresse la raison du 
guerrier, et que le vice d'un avnour criminel n'est pas 
souvent séparé de la passion de l'intempéraBce. Samson , 
par-dessus le manteau dont il est en partie enveloppé, 
revêt Tarmure complète du xvi.^ siècle , cuirasse , bras- 
sards, gantelets, etc., etc.. Il y a quelque chose de sai- 
sissant dans le spectacle de cet homme aux formes pe- 
santes et vigoureuses mollement abandonné au pouvoir 



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— 548 — 

d'une f^ranie. La eoiSure de Oatilu , qvi laitêe le fronl 
tàrgettent déocHiTert^ «a robe ajustée avec. aH «i' feB«- 
due aur les cètée, retpreasion mig^arde de aa figure^ 
dîaeat assex ee. qu'elle eai. • 

U est fâcheux que Ja mutUatiou que noua avfMM «-* 
gnalée rend« à peu prèa -impooBibLe à constater la m»- 
nière dont Dalila entortiïle les cheveux de Samson. In* 
terprétant diversement le latin de la vulgate et i'hébre* 
du texte , les uns yeulept que Dalila ait tressé les eke^ 
Teux de Samson avec son M, d'autres qu'elle ait roulé 
cette longue chevelure autour d'un clou qu'elle ficha en 
terre, ou du bois dont die se ser)VAit^)ouF 'tisser (1). 
Nous ne serions pas surpris que l'artiste amiéaois n'aii 
tottt simplement muni la main ûe Dalila d'une que«- 
B^uille. 

Ce sujet n'occupe pas le rang qui lui appartient dans 
l'ordre des faits ; il devait venir après les deux suivants, 
au lieu de les précéder : c'est que le maître^huchier n'a 
pas voulu qu'il fût si voisin d'un autre presqu'analogue 
où Ton voit Dalila rasant la tête de Samson. 

Ô.*» L*T5AU SORTANT DE LA MACBOfAE. *^ SamSOn ^1» a ttêé 

milis hommes avec la mâchoire êraTm , se sentant pressé 
d'une grande soif, prie le Seigneur à genoux , à rombnr 
d'un buisson : G^ni vou$ , dit*-il , qui oMff iauvd votre ser^ 
pi^u^ ep qm lui av^s dênné cette grande •victoire , et «tatn^ 
tenant je meur$. êe $oifJ Le Seigneur Ta e&anoé, et 
un courant d'eau s'éohappe d'une des grosses dents de 
la mâchoire qu'on voit de l'autre oèté du buisson. 
Quelques auteurs .se sont iappnyés sur l'âHtm^é de la 

» Cs. Saey ^ Bonfrère, hlf. 



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parapbrMa ebiildldque pour doutesér que l'eau . lî'ai^itvt 
pag jailli de la mâchoire, mais du lien qîii Dut appelé d«e 
puis de 8on nom (1) : St.-Chrysostome dit que SamsoQ 
•vaJi euoore à la main Ti^tpume^t 4b «a vicioire lors- 
que ie mlraele ae fit (2)^ iiNiie «es lopimons «oui m^'u^ 
conformes au sentiment commun des. Pères (3), et le 
docte imagier ne les a pas suivies* Ju^» XV. A6.-^2Q> 

6.» SAMSON EMPORTANl' LES PORTES DE GAtk. -^En Vflitt 

les ennemis de Samson Vont enfermé dans la ville de 
Gaza, et mis deê gardes au â! portes pout le itter qttand 
H sortira. Après avoir dormi jusqu*à minuU ^^ il prend '4e^ 
êeus portes de la ville avec leurs barreaux et leurs set^ 
rures; et, tenant Tune sur l'épaule et fautif sous le 
bras, il gravit la montagne. Une miniature d'un curietoïc 
Ms. de la bibliôtliècpie d^ Amiens i(4) nous montre lés 
portes du Gaza disposées en forme de 'Croix sur les épaulés 
de Samson , probablement par allusion à Jésus-Christ 
montant au calvaire chargé de sa croix. Tous les Pères , 
en e£Pet , reconnaissent plusieurs traits de la vie du Sau- 

(t) Arias Montanus. bibl. Hebr. Chaldaïc. grsc. etc. Paris l6i^. 
Rupit^Deus rupem in mafxillâ et exienmt ex eft aque..... ^ 

(2) Homil. 15. 

(3) Tertull. Ub III. eont. Marc. — Greg. lib. XIII Moral, c. «. — 
S. Ambr. epist. 70 et in prolog. lib. 2. de spirit. sancto. — S. Cy- 
rill. lib. I. cont. Jud. — S. Joan. Bamasc. lib. IV. de Fide cap. 16. 

(4) Figurœ Bibliorum, in-i". C'est un recueil de près de 2,000 su- 
jets tirés de l'Ancien et du Nouveau Testament , exécutés à la fin du mu'' 
siècle pour Sanche VII, roi de Navarre, parmi nommé Terrand. (Cs. 
le catal. des Ms. de la bibl. d'Amiens , par M. J. Gamier. — Amiens, 
Duval et Herment, 184d. . . 



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— 250 — 

veur dans ceux de ia vie du formidable guerrier (1). 
Jug. XVI. 1. 2. 3. 

7.*> Samson privé db sa chevelure. — H a confeiMé 
à Dalila «on secret : Si Von me rase la tête ^ toute ma 
force m'ahandonnera, — Celle-ci le fait dormir sur ses 
genouûs et lui enlève elle-même ses cheveux en les cou- 
pant avec des ciseaux, et non en lui rasant la této 
comme le dit la lettre du texte. Jug. XYI. 15. --19. 

8.«> Samson au pouvoir des Philistins. — La tête ra- 
sée, les yeux crevés, les mains chargées de liens, il 
se laisse mener à Gaza par deux Philistins cQqiime le 
plus faible des hommes. Les habits de ces étrangers dif- 
férent de ceux que nous avons décrits jusqu^à présent 
par Tornement découpé en forme de plumes qui couvre 
leurs bras depuis les épaules jusqu^aux coudes. Jug« 
XVI. 21. 

Miséricordes : 

107.« David terrassant le lion et l'ours. — Jeune 
homme de quinze ans, petit de taille mais beau de vi- 
sage , le berger David lutte avec un lion furieux dressé 
contre lui. A sa houlette qu'il abandonne , à son cha- 
peau qui tombe , on juge que la victoire se dispute ; 
mais on ne doute plus de Tissue du combat, quand 
on a vu , à peu de distance , Tours à demi-mort que 
le jeune pâtre a terrassé. Dans le troupeau , une lutte 
s'est aussi engagée; elle est moins sérieuse: ce sont deux 
béliers qui se mesurent du front. David a le vêtement 

(1) Gs. S. Aug. Serm. GGGLXIY de Samson. 



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— 264 ^ 

court et la pannetiére ornée dés pasteurs de troupeaux. 
I. Rois. 17.— 36. 

108.« David en présence de Saul. — Un intérieur du 
palais : Saûl sur son trône, la couronne au front, le 
sceptre en main : deux de ses gens debout près de hû. 
David, en costume de berger, arrive devant le roi, 
la houlette d^uhe main , le chapeau de Fautre. Timidité 
et modestie dans la pose et la figure du jeune fils 
d'Isàî ; agitation et crainte dans les traits du prince qui 
est tourmenté de V esprit malin par V ordre du Seigneur, 
en même temps qu^effrayé des provocations hautaines 
de Goliath. David dit : Que personne ne s^ épouvante de 
cet homme; moij votre serviteur, firai et je le combat- 
trai. Saûl répond : Allez, Remarquons encore, avant 
de quitter ce tableau , la porte du palais , le dressoir 
et sa vaisselle, et le riche siège ou trône du roi. 
I. Rois. XIV. 

109.* Combat de David et de Goliath. — Une pierre 
entre dans le front du Philistin qui tombe à la ren- 
verse dans les bras de son écuyer. David, debout à 
quelque distance , tient d^une main sa fronde qu'il vient 
de décharger , et de l'autre sa boulette. Son costume 
consiste en une simple tunique de berger ; celui du 
géant en une cotte de mailles , sans chausses ni chape* 
ron , par-dessus laquelle sont adaptés les brassards , cuis- 
sards , genouillères , tuiles ou tasses et cuirasse du xvi.** 
siècle. Il n'a d'autre arme ofPensive qu^une lance. 
L Rois. XVII. 

iiO.« David tranche la tête a Goliath. — Debout 



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êur 1$ JPhiliâtin terrassé et le tenant par les cheveu^ç., 
il lui coupe la tête avec sa propre épé^ qu-il a peiue 
à manier tant elle est longue et pesante. Les Philistins 
s'enfuient. 

« Dans ce conibat, David est l'image de Jésus-Christ 
qui est venu sur la terre pour être le Pasteur et Je Sau- 
Tfiur.des hommes; Goliath est Timage du démon qui, 
fiprès le péché d'Adam, était devenu le prince d.u monde. 
.L'Ecriture donne sourent au démon le nom de ^é/ipt, et 
il est dit au livre de Job quil n'y a point de puissance 
sur h terre qui soit comparable à la sienne. Le. Sauveur, 
qui est le véritable David , a terrassé cet ange par 
l'humilité de sa croix, marquée par le bâton c[ue David 
avait à la main lorsqu'il marcha contre Goliath (1). » 

Une initiale d'un liber psaltnorum du ix/ «iècle {%) 
<»ffre un bel exemple du combat du berger et du géant^, 
en tant qu'il figure la lutte de Jésus-Christ avec le dé- 
mon. Un petit diable ailé , posé sur le casque de Go^ 
liath, se dresse en face du jeune David et s'agite de 
manière à convaincre que c'est bien lui qui est en oause 
dans ce duel terrible ; de l'autre coté , D^vid n'est plus 
seulement un pauvre et faible enfant, mais la main 
céleste qui plane sur sa tête et le bénit pour la vic- 
toire, marque assez qu'il est la force de Dieu mêmiç. 

(1) Sacy. oomin, sur Je liv. des Bois» — €s. S. Aug^ de David 
et Gol. ^ S, Ambr. lit) h officior. c. 35 et i» Psalro. ^erm. 18. — 
S. Ghrysost. Homil. 46 et Homil de David et Saûie. — Rupert. lib 
II in cap. I. Reg. c. 5. 6. 

(2) Bibl. d'Amiens, Ms. n." 18. Voir le catal. par M. J. Garnier, 
p. 13. — M. Rigollot a publié un dessin de celle vignette dans son 
Essai sur les arts tom. III dès Méra. de la Soc. des Ant. de Pic. 
Pi VU. fig. 9. . / 



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^ Rampe ckt pâniieati diî' bobt-Cks^at^ltM^-baitë»', pf4è^ 
du passage E : ...*,./".! 

1.° Prospérité de Job. — Job et sa femme sont le 
ceiilre à'uri groupe quf se (îoitiposè dé leurs sept fila, 
de leurs trbia filîéa et de plusieurs btetifs, geftis^ef* et 
brebis' représentant tek êept mille tnôuion», les tt^dis'nïîtte 
chameatta, leé ciriq centà paires 'de* béèufê et lè^ 'cinq 
cents dnesses qu ils possédaient. Le lecteur âimeria''*èi ëtu'- 
(ïîer sur là planche X. les côstutnes* riches ^"^ ëfé^Stîîfi? et 
lianes de Job, de sa femme et cle leurs énfah^sl Toàd 
lès individus , horhmès et^ animaux , ont été groupes avëtt* 
art sur un espace qui n'a pas, en carré, 15 centimètre^.' 
J[ob. T. i: 2. 3. (Pi: X. 2.) '* ' ' 

2.*' Patience de Job t)ANS t^ADVERétTÉ'. — Dépouillé 
dé ses biens, J)rîvé de ses enfants, et ïôiigé d*un utdre 
malin ^ de la ptàhte des pieds au sommet de' là tét'e , Job 
s'est assis sur un fumier. Plein dé (*ôtîrfiance et àe dé- 
signation, îr téve Jefe yeut au cîeî, joint les mains, et 
s'écrie: Le Seiànéur m'avait tout donné ,' il nia tout en- 
levé \ que le nom du Seigneur soit héni!... Si noits re- 
cevons les biens de sa hiain , pourquoi n-en pas recevoir 
les mai^w? Satan, qui a frappé ce grand serviteur de 
Dieu, se tient blotti derrière le las de fumier, couvert 
lui-même de' piistutes et armé d'une sorCe de massue 
ou bâton noueux, instrument" ou symbole de sa puis- 
sance de nuire. 

Ail point milieu de la rampe , le Père éternel sortant 
à mi-corps dW nuage , exprime à la fois du geste et 
la permission qu'il donne au démon de tenter l'opulent 
Iduméen , et la joie qu'il a de le voir vaincu par la 
patience du juste. TTas-tu pas considéré mon serviteur 



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— 234 - 

Jth, dit-il, qui .«!a jMM éligal tuf, h terref, Job,' I 
et IL (PI. X. 2.) 

3.° Job tenté de désespoir. — Le plus ferme courage 
a piirfojs. ses défaillances. Tout-à-llieure Job pensait 
moins, à ses mau:^ qu'au Dieu juste qui les lui envo- 
yait, i][iai|;^teaant . il les sent plus vivement, et la main 
qu'il porte à 8e^ yeux en larmes et toute son attitude 
accusent une violente tentation. Il dît : Périsse le jour 
qujp suis i^enu au monde L.., Pourquoi ne suis-je point 
mort dans le sein de ma mère? C'est Jésus-Christ au 
jardin de Getl^séraani se plaignant à son père de l'amer- 
tume de son calice : Mon père, s'il est possible, faites 
que ce calice s* éloigne de moi! Satan n'a pas abandonné 
le terrain ; on le retrouve encore , au revers du ta« 
de fumier ) toujours armé de sa massue, toujours hi- 
deux à voir. Carnes au front , larges oreilles tombantes , 
bouche ou gueple horriblement fendue, griffes ^ux 
pieds et aox mains, queue ignoble , mamelles pendantes 
et vides, figures grimaçantes ou masques au ventre et 
aux genoux , ailes de chauve-souris le long des bras : 
ce n'est ni Tange, ni l'homme, ni la bête, mais le 
plus affreux de tous les monstres. 

Les trois amis de Job , formant un groupe à part , 
le regardent avec compassion , e^/e reconnaissent h peine. 
Derrière eux, sa femme lui dit: Quoi! vous demeurez 
encore dans votre simplicité P Maudissez Dieu et mourez. 
Les trois amis sont des hommes puissants parmi les Idu- 
méens et les Arabes : ils ont un costume noble et 
grave. Job. IL 9. — 13. III i et suiv. 

Il peut sembler étrange que le maître de l'oeuvre ait 
brusquement quitté l'histoire de David pour animer cette 



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-. 265 — 

d^niére rampe de quelques sc^es de Thiatoire de Jàb. 
Mais n^est^ce pas, qu'ayant fait passer sous nos yeux.d^ 
si belles et si nombreuses figures de Jésus^Ghrist au sein, 
du peuple de Dieu^ il aurait touIu nou« enseigner que, 
la gloire du . Rédempteur avait, aussi brillé d'0tauee ^i^ 
quelqu'éclat au juilteu des Payensâ «,Le Seigneur ,. 4it. 
uu sayant interprète, susoita Job du milieu des |yexiç)^^. 
infidéies et étranges it ralliance sainte, èo^imie pofui; dou- 
tter..alkMrs un gag[ë de leur association fuiute à J'élise 
de^lésùs^brist.l... Ce grand : bomrae, exposé aux yeux 
de tout runiversi^ur son fumier, et 0o^ve^t de Jèpire^ 
oomne un. spectacle qui étonne les . bomi^es et les an- 
ges, est destiné tout , à la, fbte pour être . le prédiça^ui^ii ; 
lai figure* et la . preuve de la résurrection du Sauveur, 
eti de la résurrection future des hooifiies au dernier, 
jour. Il a prédit la sienne propre et anaonce celle du 
Rédempteur. Dans sa personne., Dieu bous donne des 
preuves de Vwae et de Tautre , lorsqu'il ^ fait sortir 
pour ainsi dire du milieu du tombeau etd*entr6 les braa 
dC' la mort et de la corruption par un retour presqu^in- 
croyable à là santé , à la vie et à un état pl^s glo- 
rieux, plus beureux, plus florissant que le preHouer (1). » 
la donc se termine dans nos; Stallies d'Ajpaie^s le ré- 
cit historique de Taucien testament. Avant de commen- 
cer Texamen des faits, que les auteurs dç To^juvre ont 
tiré du nouveau pour les écrire en admirables reliefs 
sur les panneaux des montées et- aux étages intermé- 
diaires des pyramides , arrêtons-nous un instant et voyons 
si cette première partie de la tâche immense que s^était 
imposée le Qiapitre de Tannée 1508 a été remplie. 

(1) Rondet , notes sur la Bible. 



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— 2W — 

^^ir en faite une cndqQe flairée, il faut rappelée- 
lH^o<fa(f oèi Jabaoîenee de TicOnographie ehréde&ne éiair 
àécMi apogée i^'hmt rapprocher le xiiu^ siècle du xti/^ 
cfMilpdrrer rcoovrr ^es Stalleà i TœuTre des Pomaîb, la 
l^e^sée^'ei^ëatHcè- de l'on» à^ rinspèratioit qmi a emièmié 
Paître. ''Taiidh qtie &oliert de Lacardie iiaoasaai^ des 
lil^^gteè de^ ipléf^r-es' po«r l^ncei^sur le sol ^ en pfnpov^' 
timk él)lo|8à1«<^'^ >t^ »ig»e éternel' de i^. oroh: V et^ttlit* 
iWkoÉligait^ le^!^a»dé6 neh^ eb êëar milUeps de cAnnet 
9«¥'^ ^«édétè^^^ ciel: d*» l^Vgîrpêe, .ràart;d^ ta kt»i) 
tuMi<^ eflnt déjè^"^ rœut^'^éiis «les pr^fend^iybiltwlre»* 
âé¥ti!^\ëg> ^p^ftm^ ûu €em{d0;iàloi9y te «^^^iip (CAssaiaret 
r^Mtntèidte '^vàit d^s pensées- gt^andési^t ^stibèîme9^ dis 
ifttf^rhiACiônfif *ve«ytf«» de» prafbndieuff : de. la.! foi et. c(e> is' 
HttHiëQ^ 4éè eMWt^r ilaVait' déa pcBséey/ahnplesi, «baisr 
dëê> i)^tt»ée#^^e^Hpléte8.)G^rgé de^rendre la Bible, F£^ 
ningite ei im Aotetf de» Saintif nir nu champ dcoiné 
de pierre, à$ Vevre 0u de >bDis; il ealeidait du méree, 
c^mp-à'ttîà' réiendue du texte méirét. ei Ut aurfaoe anr 
laquèUe èOu fèr ou son pîivcean avait ii • le repvoduire. 
Cei^t pour cela que tout le graiid poruôà d'Almiéns étaoi 
s(yrfcidu toéme génie contient un thème fini quoiqu'im- 
mense se)f» -ses troiâ porches qvi «oint teltés enasisbie 
àatUf^'iSktie dlvhl^ unité. Là ^est; Unsl le cuke créé en 
Jél»U8-Ghr^t ' par TË^atigpile : le- culte de latrie sens 4e * 
Vi^éôtr pritt)0iipa( appelé do Sauvboh^ le culte d'hyper-*- 
cMié *d0us^*le -foossoir. de droits dédié à la. mèrb db 
DtfiD, te cfdte de duii$ aeos le voussotr de gauche con* 
saeréà S^k-FnuKffi. 

Au portail' S^ Honoré, le cadre est mqins raste^ les . 
développements du thème seront aussi moins étendus. Il 
ne sera pas pourtant incomplet; <)M y verra a u^ Jésus- 



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— 257 — 

€kmt , k Vierge et le» SainU , raneienne et la noavdle 
ailiattce , la %iure et la réalisatioa , le ohristiauUine tout 
entier : et Tartitte , comme s'il participait de la sagesse 
étemelle , embrasser» d*«a œil assuré et d'une volonté 
large et eonstante le commencement et la fin de sob 
oeoTre , il tn. disposera les détails a?ec une grâce et une 
suavité parEittes. Rien ne sera omis des traits essentiels* 
rien ne sera prodigué d'inutile et capable d'entraver. 
Les faits secondaires par lesquels s'expliquent les prin- 
cipaux seroBt eux-méoMs traités avec on laconisme intel- 
ligent qui aura le double but de ne pas dépenser inu* 
tileMent le tenpe et l'espace , et d'épargner i l'e^pnt 
la tentatioa de se distraire, eu errant parmi des dé- 
tails attrayants mais accessoires. 

Veilà le xhi.* siècle tel qu'on le v<Ht à Amiens et 
partant ailleurs. Revenons au. xvi.* , non pas pour lui 
^ttre quHl a fait tout le contraire et qu'il s'est égaré , 
par ignorance ou par corruption , de cette manière d'a- 
gir si large et si savante : ce serait injustice. Mais il y 
a«rmt aussi de la partialité à soutenir qu'à l'époque 
encore si b^e de nos Stalles , l'iconographie n'avait pas 
quelque peu dégénéré sous ce rapport. Elle tendait alors 
à fins d'habileté matérielle, n'était*oe pas un peu aux 
dépens de la science intellectuelle de l'ordonnance et 
de la compositioB des tableaux? Il nous semble, pour 
no^re compte, que l'auteur du pcwme sacré, que noua 
appdons lee Stalles d'Annens, a péché dans la conc^>- 
tion d'une des grandes divisioos de sou sujet. Nous trou* 
vons que, soit inhabileté, sott paresse de prévision, il 
n'a pas mesuré juste Tétesdae du cadre réservé à l'An- 
cienne Loi, de sorte qu'avec un plus grand nombre de 
pièges et de Mts , il n'a cependant pas embrassé un 

17. 



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— Î58 — 

dussi vaste ensemble que les portails , et^ que poar s*étre 
trop complu dans des détails, si touchants d^ailleurs et 
si aimés alors , il a dû , manquant d'espace , précipiter la 
marche du récit , éo^urter son oeuvre et s'arrêter à ren- 
trée d'une époque bien solennelle encore de l'histoire 
sainte , celle qui devait nous conduire , comme au porche 
St. -Honoré , par Salomon , Judith , Judas Machabée, Jean- 
Baptiste, jusqu'à Jésus Christ. 

Ce n'est toutefois qu'avec une extrême timidité que 
nous laissons échapper ces paroles de blâme , de peur 
qu'on ne les généralise au détriment de la gloire si bien 
méritée de nos Stalles, et il nous tarcte de dire que 'si 
elles sont au-dessous du génie du xiii.* siècle , elles de- 
meurent bien au-dessus du génie si peu chrétien de la 
renaissance. Elles sont encore esprit et vie. Les grands 
traits du Pentateuque et les vivantes images du Sauveur 
et de l'ère chétienne y sont énergiqœment tracés depuis 
le Paradis terrestre jusqu'à David. Adam, Noë, Melchi- 
sedech , Abraham , Isaac , Jacob , Joseph , Moïse , Aaron , 
Samson, David, Job, ces éclatantes aurores du Messie, 
ces grandes ombres qu'illumine de dessous l'horixon le 
Soleil de de justice prêt à se lever : nous avons tout 
cela comme aux portails. Si nous n'y avons pas en même 
temps l'assemblée des apôtres et les séries des grands 
et des petits prophètes qui parlent à la foule sur le 
front du parvis extérieur du temple , nous allons y voir , 
en revanche, et y conten^)ler avec amour toutes les 
circonstances de la vie de Marie, que nous n'auront, 
certes , pas le courage de trouver trop minutieusement 
racontées. Ces détails d'ailleurs , comme ceux que nous 
venons de signaler dans le reste du travail , trouvent 
leur excuse naturelle dans une conjecture que le lecteur 



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— 259 ^ 

appréciera. C'est que les artistes du xvi/ siècle ou leurs 
guides ont pu n^ayoir en vue que de développer, sur 
b mobilier intérieur de i^église, en commençant par 
t^lui du chœur , les grands sommaires intabulés aux fa- 
çades extérieures et continuer ainsi l'œuvre entreprise 
quatre siècles avant. Une pareille pensée, si elle était 
justifiée autant qu'elle est plausible , ferait tomber toute 
critique. Nous nous y rangeons volontiers. 



m. 



Marie, la mère bu Sauveur, occupe au sonunet des 
biérarchies célestes , entre Dieu et les saints , un trône 
à part et plus glorieux que les autres, le plus voisin 
de celui de son fils qui est le fils du Très-Haut. C'est 
aussi le rang que . nous lui donnons sur la terre : l'E- 
glise dans son culte , ses solennités et ses prières , les 
Pères et les Docteurs dans les pages éloquentes de leurs 
livres y tous les fidèles dans leur amour , et les bâtisseurs, 
les sculpteurs et les peintres des cathédrales dans leurs 
immortelles épopées. Temples baptisés de son nom , por- 
tails sculptés de son hlitcMre, chapelles terminales des 
absides réservées à son autel, vitres et murailles cou- 
vertes de ses mystères : on les compte par milliers sur 
le sol catholique , échos sublimes des cantiques de louanges 
répétées à sa gloire dans le ciel , magnifique expression 
de la chaleureuse et persévérante dévotion des peuples 
de tous les âges. Voici donc Marie prenant aussi sa 
place au chœur de notre basilique, après Jésus-Christ 
dont la vie est au jubé, après Thistoire figurative de 
Jésus-Christ qui anime les miséricordes et les rampes , 

17.^ 



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maû avant les Jeaiv-Baptiftte , les Fkinin , et tond no» 
saints patrons dont les actes traduits en sculpture» se- 
ront plaeés en sentinelle , eomnie une garde sacrée , dant 
les BÎcdies de pierre des clôtures. 

Cette vie à la fois humble et glorieuse de la mère de 
Dieu forme, comme il convenait, une des grandes di«* 
visions du sujet. Nous Tavons déjà saluée parmi les 
scènes de la création en sa qualité de seconde Eve ; 
nous allons voir aux faces les plus apparentes des quatre 
pyramides et aux dossiers des deux chaires principales 
les circonstances solennelles qui marquent son existence : 
son étemelle prédestination, les prophétiques merveilles 
qui la désignent dans les tenais ancâeos, la gloire de sa 
maternité divine, Thommage que lui rendesnt les nations 
en même temps qu'à Jésùs-Cthrisi ati jour de TËp^a^ 
nie , sa mamfvstatîoii à Israël dans le mystère de U 
Purification , son mconsolable douleur durant le massacre 
des innocents y sa fuHé en Egypte , sa retraite an C^ 
nade ^ sa mort précieuse « son AssomptMM , soa glorîeiix 
couronnement. Le reste de sa vie sera plus caché. HouS' 
la trouverons humbàemieht écrite sur* les lambris de» 
escaliers quî traversent à quatre endroits différents kt 
ligue des stalles-basses. Gom^oséis de trois mardiea cbÉ^ 
cune, oeb montées forment des deux côtés da chosiv 4a 
Qombre des douze degrés de TécheHe de Jaeob que Sl« 
Bernard nous dit être la figure de Marie (1). C'est par 
lïle en efifotque le fidèle devra passer pour smver, 
dans les staJles^hautes, à la o^Maten^latioB des grande» 
images de Jésus-Christ et de la RédempUon qui y sont 
retracée. Faisons donc nos saintes et dévotes stations 

(t) Voir pHis haut pag. tii. 



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— Ml -^ 

Mir ces niarchet, consacrées. Voici Talnré^ des inys«* 
tcres que nous aTOna à y méditer «ur autant de t«^ 
bleaux ee[>aréâ : ia CoDception tempo relie de la vierge 
Marie, sa Nativité, sa «ainte enfance, sa Prégentatic»! 
au temple , ses humbles traTaux domoâtiquee , sa prière 
deyaiit Tarohe, sa Tie dam le temple ^ la visite que lui 
Êûui les anges de Dieu , ses fiançailles, sou eaint ma- 
riage ^ rÂunoneiatiou, la Yisitalian , la perte et le re^ 
€ouv rement qu'dle fait de aon dÎTin Ëls^ sa préseace 
aux noces de Gaua ^ aux prédicatians de Jéeus et à 
toutes les circonstances douloureuses de sa passion , Tap- 
pai-itiou dont la favorise le Sauveur ressuscité , sa sé- 
paration momentanée d'avec lui par le mystère de F As- 
cension, 

L'ornementation qui accompagne ces scènes déjà il 
belles de naÏTcté et de mystère en relève encore infini- 
ment la grâce. On peut en juger par lea dessins que 
nous en it?ons fait tirer ^ (PI, vf, vu, vni, ix, x, 
n, XJf. ) et par ceux que MM. Dutboit en ont aussi 
levés pùur nn ouvrage bien pins important que le 
notre (1), Noua nous contentons d'y renvoyer et nous 
passons de suite à la description en commençant par 
le panneau qui forme le soubassement extérieur de la 
stalle-mallresBe et de ëa pyramide , à gauche en entrant 
par la porte d'honneui' ; 

!,■» Là pjiÉoESTi NATION DB Mâhië. — L^Eglîse applique 
à la sainte Vierge ces paroles des Proverbes {%] : Ls Sei^ 

{%) ¥<iy. pltlûr, etrom. dans l'anc. France, par M* le baron Taylor. 

(â) VllL 22—31. Voir rOffice du Br*v, Rom, inlrà Qct. Cûnç^L^ 

et in fm. Prtf'Ë. - ' - 



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— 262 — 

gneuf m'a posêidée au eommeneetneni de ses wnesi ^ avani 
qu'il criât aucune chose , dès le principe. Tai iii ééMie 
de toute éternité, et dès le commencement, avant que la 
terre fût créée. Les Mmes n'^étaient point encore^ lore^ 
que j'étais conçue. • . . J^ étais enfantée avant les collines.... 
Lorsqu'il préparait les cieus, fêtais déjà C'est en pré- 
sence de ces éternelles pensées de Dieu cokgrvant là 
Vierge que le sculpteur agiographe ^reprend le même 
ciseau qui déjà avait rendu le même texte saoré et re* 
produit la même sainte image. En nous montrant la 
Vierge dès le début du poème et parmi les œuvres de 
Dieu au premier jour , ce n'était pa», certes^ nous 
l'ayons dit, un anachronisme, mais une science pro- 
fonde du mystère de la chute et de la réparation ; 
ajoutons maintenant , les livres Sapientiaux en main , que 
c'était une vaste association d'idées. C'était faire redire 
à Marie , placée là comme une œuvre de Dieu déjà faite 
eu même temps que comme l'instrument à venir de la 
rédemption :.... Qtiandè prœparabat cœlos aderam.... 
Quando œthera firmabat sursùm, et librabat fontes aquar- 
rum , et gyro vallabat abffssos , quando circumdabat mari 
terminum suum, et legem^ ponebat aquis ne transirent fi- 
nes sues, quandd appendebat fundamenta terrm "cuM 

EO ERAM. . « Dans le sujet que non» abordons , le génie 
du maître va plus loin. Il n'écrit plus Thistoire du temps., 
ou du moins il lui est permis de la reprendre dès avant 
le temps et dans l'éternité. Il va faire dire à la Vierge 
divine : Dominus possedit me ab initie viarun^ suarum 
antequàm quidquam fier et à principio. Ab œterno ordinata 
sum , et ea antiquis, antequàm terra fier et. Nondùm erant 
abii^ssi et jàm gongepta i^ram : necdùm fontes aquarum 
eruperant, necdùm montes gravi mole constiterant iuMè- 



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— 263 — 

€<?Ues 000 pariariêhar. Au conimeneemeut de Thigtoire de 
rhoiBJBe présenter Mario es^îstant déjà pour être son 
espérance et sa consolation : au commencement de Thiâ- 
toire de Marie présenter Ja sagesse et la charité divined 
la sanctifiant et La préconisant de toute éternité ponr 
la mettre a la liautenr de sa destinée. Montrer Mario 
vi?ante à l'origine du monde , montrer Marie conçue et 
prédeatioéc avant tous les temps , Marie conçue comme 
mère de Dîen dans la prescience de Dieu , aperçue comme 
mère de Thomme dans l'esprit d^'Àdam. Tel était le 
programme. Il est bien rempli* 

Sous une Toùte parsemée d^é toiles ^ le Très -Haut sort 
dn milieu d'un nuage, entouré de ses anges, la tiare 
à triple couronne au front , le globe terrestre sur sa 
main gauche , la chape à riche fermoir couvrant ses épau 
les. Il bénit de la main droite ^ comme dans la scène 
de la création , en signe de sa conception féconde* La 
longue banderoUe que les auges tiennent déployée an- 
noncerait Tœuvre parfaite qu*il dispose, si elle avait 
reçu sa légende sacrée , complément ordinaire de ce ta 
bleau : Tota pulchra eë^ arnica mea , et macula non eH 
in te. Vous étea toute belle , ma bien aimée , et il n'y 
a pas de tache en vous. Cant. des Cant. IV. 7. 

Au-dessous, mais toujours dans le ciel, sur un nuage 
qui circonscrit tout le tableau à sa base , la Vierge con- 
çue se lève, les mains jointes , la tète nue , les cheveux 
pendants , les yeux baissés , le manteau relevé avec grâce 
sur Favant-bras, aussi chaste que belle, grave sans 
raideur, douce tans mollesse, fîère sans urgueiL La pu- 
reté des formes , la dignité de la tenue , l'aisance de la 
po«e, le jet gracieux des draperies, Taîr de lête noble 
et original , en font un être au-dessua de b femme et 
vraiment céleste. 



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— M4 — 

Ce ii*6Bt pm tout ; pour manifester avec piua d'éefat 
Fa beauté morale de cette fille da Roi dont la gloire 
principale e$$ OÊê-^dans d'elle-même^ dit le Prophète, 
pour mettre, au jour ce que Dieu Im prodigue de tré- 
sors de Tertiis et de grandeurs , Tarliste a conyoqué 
autour d^elle les plus magnifiques symboles par lesquels 
nos saints liTres l» désignent, et qui , comme autant 
d*organes de la pensée créatrice de Dieu, chantent à 
sa gloire , chacun leur* verset de louange. Ces symboles 
ou emblèmes, au nombre de quinze, sont disposés à 
droite et à gauche de la Vierge, tous portés sur un 
petit nuage et accompagnés d'un larabel ou philactère. 
Aucun des lambels n^a reçu d'inscription, mais il est 
aisé d'y suppléer en suivant les indications fournies par 
l'Ecriture ou par les monuments qui représentent le 
même sujet souvent traité dans le cours du xvi." siède. 

Le SoLECL et la Lune se présentent d^abord et rap— 
pellent Texclamation du livre des cantiques : Quelle est 
oelle-ûi qui s^avanee comme l'aurore naissante , belle comme 

la lune, éclatante comme le soleil p Les Pères Ten- 

tendent de Marie, et St.-Bernard en particulier se plait 
à d'ingénieux rapprochements entre ces astres brillants 
qui nous éclairent et la mère de celui qui illumine tout, 
homme venant en ce monde (1). Le Soleil est figuré par 
une sorte d^éteile à rayons ondoyants. Sa légende dit : 
Electa ut sol. La Lune est une face humaine bouffie et 
présentée de trois quarts pour marquer que l'astre ap- 
proche de son plein, ce qui est le signe de la rairacu- 

(1) Ad B. V. Deiparam Serm. panegyr. n." 5. — Id. de Virg. Dei 
par. Serm. 1. n.» 3. — Rup. in Cant. cant. lib. Vf. — S. PeU.. 
Dam. Serm. XL. m assumpt. B. M. V. 



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I 



— 255 ~ 

iense fremene de Marie , dit le pape Innocent m (1). 
LHB«erîption est : Puhhra ^f hma. Gant, des oant. 
VI. 9. 

L^ÊTOILB *î Stella maris ou Stella maiutina a est* le troi- 
aième symbole, " C'est la gignificatîon même du nom 
de Marie, dit St, Bernard, et ce nom eon vient admi- 
rablement à une mère-TÎerge. Car, aiiisi que Tastre 
|>rojatte an-dehors tes rayons sans la moindre altéra tîoit 
de laî-mdme ; ainii la Vierge met au monde un liU 8aii§ 
que son chaste corps soit lésé. Ni le rayon qui jaillit de 
Tâstre ne diminue sa clarté^ ni le BU qui nait de Ma- 
rie , rintégrité de s£ï chair. Elle est vraiment pour nous 
Véiath sortie de Jacoh^ (2) » On sait que l'y ne des belles 
hymnes de Tégliee en Thanneur de la mère de Dieu la 
saine du nom d' étoile : Avg maris Stella t La forme de 
Fastre diffère ici de celle du Soleil en oo qu*au lieu 
d'imiter les ondulations de la £amme, ses rayoug eont 
droits et régulier». Nomb. XXIV. M, 

La FORTis mystique h porta ûteli^ porta Orisnialië » 
s'ouvre en ci n ire surbaisse dans une muraille crénelée , 
couronnée d^un pignon aigu et flanquée de deus: toti- 
relkâ. Elle fut montrée à E^échiel : L^ange^ dît le pro- 
phète , me fit retaurner vers h chemin de la porte du 
smnctuaire^ laquelle regardait l'Orient j et elle était fermée. 
Et le iSeigneur me dit / Cette porte demeurera f année ^ 
et elle ne êera point ouverte , et nul homme n*y pas- 
sera , parce que le Seigneur Dieu d'Israël e9f entré par 
velie porte. » Que signifie la porte fermée dans la m aïs ou 

(1) êerm. in Epîpb. Domiui. 



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— 266 - 

da Sei^eor, «non qoe Marie reste intacte dan« la con- 
ception de ton fiU ? Qae yeiUent dire ces mots : nui 
homme n'y passera, sinon que Joseph ne Fa point con- 
nue , et pourquoi est-il ajouté qu'elle sera à jamais 
close , si ce n'est que Marie est vierge avant Tenfan- 
teraent , vierge dans Tenfantement , vierge après Ten- 
fantement ? Dites donc , ô Marie , je suis la porte du 
ciel, la porte du fils de Dieu (1). » A chaque page de 
ses antiennes , répons , hymnes , leçons et litanies , la 
liturgie répète cette douce invocation à la Vierge (^). 

Le Cèdre du Liban , par sa hauteur , TincorruptibUité 
de son bois , les fruits qu'il porte en abondance , la 
bonne odeur qu'il répand , la vertu de guérir qu'on lui 
attribue (3) , exprime la grandeur , la puissance , la chas- 
teté, la bonté et toutes les éminentes qualités de Ma- 
rie (4). L'Olivier, signe de miséric(nrde, de douceur, 
de paix , de joie , d'espérance , de victoire , de pureté, 
est aussi un digne emblème. La Rose de Jéridbo , 
n'est-ce pas encore Marie ? elle , si belle , si pure , si 
brillante de gloire, si parfumée de vertus, et comme 
empourprée par le martyre ? « Vous êtes la véritable 

(1) S. August. serm. snpposit. III de Anaunt. Dom. — La porte 
d'Ezéchiel est aussi représentée au portail S. Honoré, mais avec une 
autre application du texte. T. le rapp. au Préf. p. 104. 

(2) Antiennes : Aima Redemptoris , Ave Regina, — Répons : Adoma 
thalammn, — Hymnes : Ave maris Stella, O Gloriosa Domina, 
Salve Virgo Sapiens, Salve arca fœderis. Salve Virgo puerpera , 
etc., etc. 

(3) Gs. Burckhardt, Itiner. in Syr. p. 19 etao.^ Will. Garp. Bot. 
bibl..S 2. 

(4) S. , Ildephons. serm. I. de Assumpt* 



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_ 267 — 

roeOf dit St.-Jean Damascène, vous t[ui renipligsez la 
terre de l*odeur de tos yertus ! (1) » Rose mystique, 
«'écrie T Eglise ^ priez pour nom. On trouve dans TEc- 
clésîaetîque le teite de ces trob sujets ; J& rrw êuiê êîe~ 
pée comme le cèdr& du Liban . . , cùmitts hs plantes de$ 
roêiers de Jéricho^ ^. ûùmnié un bel olivier dans la cam* 
pa^ns,,. L'inficription est, pour le Cèdre : Cedrm e^ai^ 
imta ; pour T Olivier, OHva êpedosa ; pour la Rose : Flanr- 
imiio RoseB ou Roëa jnffstina. 

Sur le Lts qui fleurit ici près du Cèdre ^ laissons 
parler S» Pierre Damien : « Jésuâ-Clirist s'appelle le lyt 
■ des vallées f et Marie elle-même est honorée de ce 

* nom , puisque le Sage ajoute : Tel quesi le lys entre 
M les épines, telle ma bien-aiméô entre les filles. Pareille 
B au Ijs qui croît au milieu des épinei , la bien heureuse 
M tierge fleurit entre les enfants d'Adam. La tige hé- 
» rissée de pointes d'où elle sort est le peuple Juif; la 
s blancheur de la fleur, sa pureté; la pétale enflani» 
a méei sa charités Comme le lys ^ elle répand au loin la 
» bonne odeur , et ue cesie par les continuels élan» do 
» son cœur, de tendre a?ec lui Tcrs le ciel {%). » La 
légende doit porter ^ lÀUum inter spinas , ou lÀlium con^ 
vaiHum* Cant. des Gant. IL 1. 2, 

On lit au chapitre xi." d'isaïe : // sortira un rejeton de 
latine de Jessé , et une fleur naîtra de sa racine. De là 
le neuvième symbole : La Tcge de Jessé, « La racine est 

* la famille des Jtiifs; la tige qui en sort, Mario; la fleur 
9 qui naît delà lige, Jésus-Christ. » C'est le commentaire 

(1 j Oral. . I. de Nalîv, 

{a} S, PetF. Datnian, serm. de Jl» M. V. 



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de St. Ambroise et de ions le» Père* (1). Inscription : Ba^ 
dùf Je$M0. b. XI. i. 

Le Puits , la Fontaine et le Jardin trouvent leur ex- 
plication dans le Cantique des Cantiques : Ma sœur , mon 
épouse j est comme un jardin fermé et une fontaine 
scellée..,, La fontaine de vos jardins est comme le puits 
des eaus vives qui coulent avec impétuosité du Liban ^ 
Les eaux limpides et abondantes du puits et de la fon- 
taine figurent les grâces dont la mère du Rédempteur 
est la sour^ : la fontaine scellée et le jardin fermé, sa 
double et miraculeuse qualité de mère et de vierge (U). 
Le Puits se fait remarquer par sa forme élégante. Une 
maçonnerie à huit pans porte quatre petits pilastres qui 
soutiennent une charpente légère surmontée d*un toit 
aigu à deux façades ou pignons à jour; au-dessous est 
attachée la poulie avec sa corde à laquelle pend un seau. 
Il faut lire au lambel : Puteus aquarum viventium, La 
Fontaine , de style renaissance , s^élève en forme de 
iai^ coupe à couvercle pyramidal , au centre d'un bas- 
sin hexagone décoré do médaillons tréfiés. Quatre bou- 
ches ouvertes sur les bords de Tume vomissent Teau 
dans le bassin. Sur la banderoUe : Fons hortorum. Le 
Jardin présente un carré-long clos d^un treillis en bois , 
planté de grands arbres auxj quatre coins et de petits 
arbustes au milieu. Sa légende est : Hortus oonolusus* 
Cant. des Cant. IV. 12—15. 

(1) S. Amb. de Bened. Patr. c. lY^ '— S« Pet. Dam. senu. de 
T^ativ. — S. Bern. de Adv. Dom. serm. IL 4. 

(2) S. Metb. in Hypap. — S. Chrys. oral, de Deip. -^ S. Greg* 
Nyss. de Nativ. Dom. — S. Amb. de Inst. Yirgin. 8. — S. Epiph.. 
de LauJ. Deip. — Rup. in Gant. cant. lib. YI. 



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Le Mmom « ^mulum êine maouià » est encore une 
belle figure empruntée a» Kvre de la Sagesse : Elh êêà 

ia vc^ur de la ^riu de Dieu, et Veffuâiùn toute pur» 
de lu ûïnrté du Tmti^Puissant..... Elle est V éclat de la 
h*mièrG éternelle^ Is miroir amns ta€he de ia majesté de 
Dieu et r image de ea bonté. » Ce» paroles prî«e» à la 
lettre ne a 'gïï tendent que de h Sagesse înçréée , du Verbe 
cananbslandel a a père , mëth l'Eglise les applique aassi^ 
dan§ un sens plos restreint , à la mère du Verbe, ia- 
qneile est, avant loule autre créature, un mirair ë&nê 
tache de la wiaje&té de Dieu ei V image de sa bonté. Le» 
îiÊanies chantent : Mirair de junUce j pries pour nous. 
Le Tnîroir de forme ronde et à surface convet^ est en- 
châssé dans un joli cadre à double bordure ornée « 
Sag. VU. 25. 26. 

La Toua et la Gjté de David complètent la série des 
emblèines. On appelle Cïté de David la partie de la 
Ttlle de Jérusalem située sur la roontag;ne de Sîon que 
le roî David euleta aux Jébuséeus qtii en étaient restés 
maîtres jvisqu^à son rég:ne. L'arche d'alliance y fut con- 
seryée quelque temps et lui fit donner le nom de Cité 
sàiwxE- La Tour est un ouvrage de fortification élevé 
par ce prince, en même temps que les murs d'enceinte 
de lu cité. L^ époux dei cantiques j ^^^^ allusion dans ce 
passage ; F^otre eau est comme la tour de David balte avec 
des houiê'ùards ; mille boucliers y sont suspendus..^. Elle 
marque la puissance de Marie , rempart des faibles , refuge 
des pécheurs (1)* L'artiste l'a représentée sous forme de 
forteresse à hautes murailles crénelées et cantonnées de 
tourelles au^ angles. Inscription du lambel : Turris Da^ 

(t) ll«p, in CmiL cenL — Comel. à lap* ihîd. 



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— 270 — 

9id. La Cité est une yiUe du xv.* siéde, forte de ma^ 
railles également crénelées et bastionnées, ayec porte en 
plein dntre entre denx tours à donjons. Elle signifie 
la Vierge , montagne sainte où le véritable David a fixé 
sa demeure, précieux tabernacle dans lequel s'est repo^ 
sée Farche d'alliance. C^est de Marie que S. Bernard 
s'écrie avec le psalmiste : On a dit de vaut des ckoêes 
tnenfeilieutea , 6 Cité sainte, é mère de Dieu (i). Et c'est 
d'elle encore que l'Eglise entend ces paroles de l'Ec- 
clésiastique , insérées dans ses c^ces : J*ai été affermie 
dans Sion^ fai trouvé mon repos dans la Gai sainte^ 
et ma puissance est iUMie dans Jérusalem. Légende du 
sujet : Cùntas sancta* Gant, des Gant. iV. 4. Ecclés. 
XXIV. 15. 

Puisque le lecteur a daigné nous suivre patiemment 
jusc[u'au terme de ces longues explications, qu'il veuille 
bien, s'arrêter encore devant les beaux petits musiciens, 
anges bien drapés du moyen-âge ou génies tout nus de 
la renaissance , lesquels , 'sur la rampe de l'ogive d'en- 
cadrement , font vibrer les. cordes d'une guitare et d'un 
rebec , soufflent dans de longues trompettes ou folâtrent 
dans des feuillages, en signe de la joie qu'apporte au ciel 
et à la terre la Gonception immaculée de Marie. Us 
chantent ces paroles de l'office : « Gélébrons avec joie 
» la Gonception de la bienheureuse Marie, » ou ces 
autres : « Ghantons de cœur et d'âme , gloire à Jésus- 
» Ghrist , en cette fête de Marie \ l'illustre mère de 
» Dieu (2)V « 

(1) Pfi. LXXXYI. 2. — S. Bem. Ad. B. M. V. Deipar. senn. 
paneg. 6. 

(2) In fest. Concept. Resp. ad Malut. 



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— 291 — 

Si noê artkteft ont admiraMement traité le sujet db 
ce rUihn et bamibaieux tableau « nous deyoot , pour être 
justes t ne pas contester à d'antres le mérite de ravoir 
inventé. Cest à la fin du xy.* siècle qu'il faut rapporter 
la création de cette suaye fbnïiule de la G>NCEPTioa de 
Marie dans les pensées de Dieu ; mais le xyi.« Ta adop- 
tée avec une sorte d'enthoustasme et partout reproduit ^ 
sur le bois, la pierre, la toâtt, le verre ^ avec une pré- 
dilection dont les tbèmes les plus aimés alors partaguftt 
à peine Tbooneur. A St.-^pulcre de Montdidier et .à 
St.-Firmin de Vignacomrt la pierre sealptée parle absolu- 
ment oomme la boiserie d'Amiens. Quelquefois le nom-^ 
bre et le choit des symbole ou des inacriptîons offrent 
des variantes. Ainsi, dans la Conception d^un Livre 
tfheuru de la bibliothèque d'Amiens, la fontaine se dis- 
tingue par la présence^ au centre du bassin, d'une 
petite croix dont les branches répandent , an lien d'eau, 
le sang de Jésus-Christ. Ainsi à Bayeux ( première cha- 
pelle à gauche eu entrant ) la légende di^ table^^u est : 
Cthrioêa dicta . êuiU de te. Et on . remarque parmi, les 
emblèmes , au nombre de «eixe : V échelle de Jacob ^ 
r arbre dévie, la toison de Gédéorn, V autel du Seigneur, 
r encensoir. Sur la bordure d'encadrement , Abraham , 
Elie, Isaîe» David et Salomon prophétisent. Une peinture 
aur bois de 4577, conservée au musée de la ville; d'A^ 
miens , diffère dés autres sujets de la même famille en 
ce qu^elle unit à la représentation des figures de Ma'* 
rie, celle du mystère de l'Annonciation . Au milieu de 
VkorUAS eoncluêuê ou jardin fermé qui occupe un large 
espace, la Vierge est assise sur un trône de la plus 
grande magnificence. Devant elle un ange tenant le scep- 
tre et embouchant la trompette lui adresse ces paroles 



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- îm — 

éorilei '4ar aa Uvibei : Awe Mmim, grmiid plma , Do^ 
fmnu$ Ucum ; un pea plut bas , quatre lévrier» pour<- 
nûreat une lioorue, qui «e réfugie ckn# le sein de Ma- 
rie« Sur le do8 des <^iens on lit : MiBericordia ., f^e^ 
rt^oi y JiiHMa Pax. À côté et au-dessus de cette seèoe « 
les images symboliques sont distribuées à-peu-prés ccmime 
atix Stalles , a^ee les inaoriptions de plus (i). 

Pour rattacher notre svelte et déUeieuse image à Ten- 
«emble de la légende que hcms ooomieuçons à eiq)liquer, 
il nous semble qu^elle a pour but de la résumer d^a^ 
¥ance et de prfépenter dans \in seul cadre tout ce qui 
^riX de Marie le digne objet des préocoupalions et de 
i^iamour et- rElemely las qualités dont eUè est ornée et 

(i) On sait qu'au im.« siècle \t mystère de hne&rtiHittMi était ioa^ 
veat représenié par ane allégorie ainsi o<mciie: Une liGorne se lé- 
fu^nt ^ sein d*uiie Tierge pure, quatre lévriers la pressant d'une 
course rapide, un veneur atlé sonnant de la trompette. La science 
dé la zoologie mystique du temps aide à en trouver rexplication ; le 
falndeni animât dont l^unique corne ne blessait ^e pour purger 
^ tèHt Itipin reitdrbH du corps qa^lle avMt toudié^ figurait Jéso^ 
dirist médecia et sAûveur dés Amas; aa 49i}pait aux lévô^.' sifflas 
les noms de MmriajT^ia > Ytritas» Justitiaj> Pnx, les. qu|jt,pe rat- 
sons qui ont pressé le Terbe étemel de sortir de son repos; mais 
comme c'était par la Vierge Marie qu'il avait voulu descendre parmi 
\hk hommes et se mettre eh leur puii^sancë, on croyait ne poovair 
taieaxisire que de dkiiÂrdans la ftiblele fait d*aae pacelie pbu?«rt 
seulQi servit de piège Ji^^ Licorne en l'attirant par le charme et le 
parfom de çon sein virginal qu'elle lui présentait; enfin l'ange Ga- 
briel concourant au mystère était bien reconnaissable sous les traits 
-du Veneur atlé lançaiit les lévriers et embouchant la trompette. — 
t4»eliant royal da chanoine FreaûnPingvet, maître da Pny aa lias , 
4évelo|9e «ette idée en ^rophes rimées ayant pour reOrain: ut Ta- 
nicorn» agréabU pucélle. BiW. royale, Mss. fr. 6811. — Voir re- 
^herch. sur la zoolog. myst. par MH. Arth. Martin et Ch. Cahier]^ 



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— 273 -^ 

la mission pour laquelle elle est créée; ses qualités de 
fille bieu-aimée du Très-Haut, sa mission de inère in- 
comparable du Verbe; sa mission qui appelait ses qua- 
lités et ses qualités qui lu menaient à la hauteur de 
sa mission ; Marie , en un mot , la plus parfaite et la 
plus ai^iable 4es créatures, Marie complète aux yeux 
de Dieu et des hommes : aux yeux de Dieu que nous 
venons de Toir la contemplant du haut de son ciel étoile 
et de son trène de chérubins , aux yeux . des hommes 
auxquels la désignent 9es mystérieux emblèmes. Sous ce 
dernier rapport , la suréminente dignité de mère de Dieu 
dominant tout le poëme et devant être la cause finale 
4e toute sa vie terrestre Tacontée en quarante tableaux , 
il fallait accoutumer notre esprit à Tidée de cette éton- 
nante préro^tive et Télever vers le ciel d'où elle des- 
cend. L'artiste Ta fait en brodant sur le fond de la pre- 
wère stalle , au sommet du dossier , les quatre figures 
prophétiques qui vont nous occuper. 

2.^ Fk^ur^ piiOPHÉxa^u^ de la merb de Dibd. — 
Moïse , Aaron , Gédéon et Daniel arrivent sous les qua- 
tre principales ogives du dossier , et avec eux le Buisson 
ardent, la Verge fleurie, la Toison miraculeuse et la 
Pierre détachée de la montagne, proclamant la mater- 
nité divine. 

Le boisson ardent. — Moïse, entouré des brebis de 
Jethro , son beau-^ère , est venu près de la monêagne de 
Bieu en Horéb, Le Seigneur, sous Timage d'un noMe 
vieillard , la tête nue , la msÀn droile bénissant , la gauche 
portant le monde , lui apparait dans la flamme d'un feu 
au milieu d'^un huiêêon» Moiee voit que le buisson brûle 

18. 



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êi ne se retourne jhm. Le Seigpieur lui dit : N'approche 
pas,... 6te ta chaussure , car la terre ofi tu f arrêtes est 
sainte. Moïse assis, les yeux fixés sur la yision, se dé- 
chausse avec respect : c^est uu jeune homme de belle fi- 
gure, à la lonjçuo barbe, aux cheveux pendants et bon - 
clés, au gracieux costume de berger. Ex. III. 1.-5. 
PI. VU. 

tïn mantipcrit , déjà cité , de la bibliothèque d^Amiens 
nous montre un ange, en place du Père éternel, dans 
le buisson ardent. Cette Tariante est fondée sur l'opi- 
nion des Pères et des Docteurs d'après lesquels toutes 
les apparitions de l'ancienne loi ont eu lieu par le mi- 
nistère des anges. Ici en particulier le mot hébreu du 
texte, qu'on traduit par Dominus, signifie proprement an- 
gélus Domini et les Septante le rendent ainsi. Les Actes 
des apôtres disent positivement que c'était un ange (i). 
Cependant, comme il est évident que Tange tenait la 
place de Dieu et que Dieu parlait par sa bouche en 
son propre nom, Ticonographie a pu librement choisir 
entre la représentation d'un ange et celle de Dieu. Nous 
citerons plus bas un exemple d'un troisième système. 

La verge fleurie. — Placée dans le tabernacle du 
témoignage par l'ordre du Seigneur, la verge cTAaron a 
germé, des boutons ont paru et, les feuilles s'' ouvrant^ 
des amandes se sont formées, Aaron, la main ganche 
.sur son cœur, la tunique courte fendue des deux cô- 
tés par-dessus une robe traînante, le chapeau à bord 
retroussé sur la tète, porte avec orgueil de la main 
droite le glorieux signe de sa vocation au souverain 
pontificat. Nombr. XVIII. 1—8. PJ. VII. 

(!) Ch. VIL V. 30. 



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^ 276 — 

tiA TOiBON MIRACCJLEUSE. — Gédéoo , beau et Taillant 
guerrier, conjure le Seigneur à genoux ^ les bras étendus 
en croix , de lui donner un signe de la Tictoire qu'il lui 
promet sur ses ennemis : Je mettrai dans faire , dit*il , 
cette toison, et si toute la terre demeurant shehe la ro- 
sée ne tombe que sur la toison , je reconnaùrai que vous 
vous servirez de ma main pour délivrer Israël. Ce pro- 
dige accompli , Gédéon en demande un second : Je voiàs 
prie Seigneur que toute la terre soit trempée et que la 
toison seule demeure shehe. Le Seigneur exauce sa prière 
et fait descendre d'un nuage ou il se montre , des gouttes 
de rosée sur la toison. Prêt à partir pour le combat , 
Gédéon est armé de toutes pièces : chemise de mailles 
sans capuchon , cuirasse , genouillères , brassards , épée; 
son casque déposé a terre. Jug. VI. 33. — 40. 
PI. VU. 

La pierre de la montagne. — Daniel , jeune ^ doux 
de visage, noble d'attitude, enveloppé d'un large man- 
teau qu'il relève avec grâce sur le bras droit, reçoit 
de Dieu la révélation du songe de Nabuchodonosor. Il 
regarde penché en arrière, et voit avec un profond 
étonnement qu'exprime le geste de ses mains une pierre 
détachée de la montagne, sans que la main de l'homme y 
ait aidé. La statue d*or, d* argent, d'airain, de fer et 
d'argile qui doit être brisée n'est pas figurée ici, parce 
que la seule chose importante au but de l'artiste était 
de montrer la pierre, qui est Jésus-Christ venu par Ma- 
rie, comme nous Talions dire. Daniel II. 34, — 45. 
PI. VII. 

Pour initier le visiteur au sens profond de ces quatre 
figures , il était nécessaire de lui en montrer d'abord le 

18,^ 



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— 276 - 

sens purement littéral, et de les loi foire embrasiBer 
testes d^nae «eiile vue. Maintenant il est arâé , au flam- 
beau de nos saintes traditions de pénétrer plus ayant, 
et défiouîllant l'écoroe des prodiges mis sous nos yewt , 
d'y contempler « découvert un prodige incomparaldement 
pl«is merveilleux et plus consolant. C'est, noci« Tavom 
dit, le prodige de la Vierge devenue mère et de la 
mère de Dieu restée vierge. « Dans le buisson ardent que 
Moïse a vu, dit TEgHsc, nous reconnaissons votre vir^ 
ginité conservée intacte , 6 Marie ! » Le téa est au 
bukson et le buisson ne brûle pas, Jésus-€hrist est 
conçu en Marie et la virginité de Marie n'est pas vio^ 
lée. « Qu'est-ce, je vous prie, que la verge qui étant 
desséchée fleurît , sinon Marie qui ne connaissant point 
d^horame a conçu ? » O^est un mot de St. Bernard. Et 
St. Augustin : « La verge d^Aaron est la vierge qui a con- 
çu et enfanté le souverain et véritable prêtre. » Citons 
eûcore la belle antienne Quandà naius es des vêpres de 
la Circoncision qui précise le sens de la toison mira- 
culeuse : « Quand vous êtes né de la Vierge d'*une ma- 
nière ine^able , ô Jésus , alors les écritures ont été ac- 
complies, vous êtes descendu comme la pluie sur la 
toison, a^ d'^opérer le salut des hommes. » Que si- 
^ni^e cette toison tantôt humectée , l'aire ne Tétant 
pas ; tantôt sèche l'aite étant humide ? N'est-ce pas clai- 
rement la chair du flls de Dieu prise de la chair de 
Marie, sans dommage pour sa virginité ? (1) » Enfin, Jésus- 
Christ , n'est'il pas la pierre détachée des cimes du ciel 
et roulant par les flancs de la montagne qui est Marie, 



(1) S. Bern. b. IL s. Missus. 6 , 7. — S. Aug. ser. 10 de temps. 
— Brev. Bom. passim. 



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jusqu'à nouft? N*e9t-»il pas ausû la pierre détachée (f^W/a-^ 
même, loi qui n'eal pas crii dans réiernité^ lui quin'c^t 
pM engendré par ThoiBine dans le teiwps ? C'est J^us- 
Christ dans la fiamme , JéaiAS-Cbrist dans la fleur , Jésus* 
Qinst dans la rosée, Jésus-Christ dans la pierre; et le 
Buisson et la Verge et la Toison et la Montagne, c*«st 
Marie. 

Troia siéelea auparavant , le sculpteur de notre portail 
de la Mère de Dieu groupait ces sublimes métaphores 
au*-de6Sous des statues colossales de l'Annonciation* Quatre 
médaillons ou cartouches du souhassement font parler 
comme i& , et mieux qu'ici , Moïse , Aaro>n , Gédéon et 
Daniel. Le huchier du xvi.^ siècle a donc trouvé sa page 
toute écrite ; mais, Tavoir appréciée et appropriée à son 
oauvre V. c'est encore un mérite : ne Ten privons pas. 
Dans la comparaison que Ton pourra faire de Tœuvre 
du xni.'' siècle avec celle duxvi.*,<)n ne manquera pas 
de remarquer Tabseoce de toute figure humaine, an-^ 
gélique ou divine au buisson ardent du portail. Il s'en 
faut bien que cette omission soit une faute ; elle est au 
contraire complètement justifiée par la déclaration de 
Moïse au Deutéronome : F'ous n'avez t>u, dit-il aux Hé- 
breux, AUCWfîE IMAGE, le jour (m le Seigneur votre Dieu 
vous a parlé en Horeh du milieu du feu ; de peur que 
séduits vous ne fassiez quelqu'image d*homme ou de 
femme pour V adorer. En 1 50S , la connaissance des my- 
thes bibliques se perdait , il n'était peut-être pas inu- 
tile de montrer au milieu des flammes Tirnage sensible 
de la Divinité ; en 42ÎN) , le sculpteur pouvait être plus 
savant , le feu du buisson était un langage compris de 
tous, le. peuple ne s'y trompait pas. Parmi plusieurs ta- 
bleaux de mérite que nous avons yus dans l'église pa- 



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— 278 — 

roissiale de Crécy , moins souTent visitée , à coup ràr , 
qae le champ de bataille voisin , Tan des meilleurs re- 
présente Moïse an buisson ardent. La Divinité n'y est (pas 
non plus montrée dans la flamme , mais des anges que 
le peintre a plaeés à quelque distance du buisson aver- 
tissent de sa présence (i). 

Les quatre prophéties de la Mère de Dieu ayant po«ir 
objet principal de montrer d'avance sa virginité conser- 
vée intacte dans la conception du Yerbe^ sont beaucoup 
plus convenablement associées au mystère de TAnnon- 
ciatîon qu'aux circonstances qui précèdent la naissance 
de Marie. A ce point de vue surtout , la supériorité ap- 
partient à l'œuvre du xiii.« siècle sur celle du xvi.* 

Voici venir enfin la vie positive et réelle de la sainte 
Vierge d'^après TEvangile et les légendes. Le premier 
fait qui s'ofipre a nous entre les visions de Gédéon et de 
Daniel , pi. VII , peut prendre pour titre : 

3.® St. JoACHiM ET S.^ Anne au temple. — Ce tableau 
est un de ceux dont nous trouverons l'explication dans la 
curieuse et naïve légende dorée de Jacques de Vora- 
gine (2). Laissons-la parler : loachîm qui estoit de Gior- 

(1) Ces tableaux proviennent de rancienne abbaye de Dommartin. 
Autant que nos faibles connaissances nous permettent d*en juger, ils 
doivent être des copies de Fécale italienne. Leurs motifs sont: 1.* 
Moïse sauvé des eaux; S.** le serpent d'airain; S.** reau du rochen; 
i.** le buisson ardent; 5.** les quatre Evangélistes. 

(2) Nous empruntons Fancienne traduction française dont la Bibl« 
d'Amiens conserve un exemplaire lacéré au commencement et à la 
fin. Elle est sans doute de maistre Jean Batallier. Y. Manud du 
libraire par M. J. G. Brunet, tom. IH. 



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— 279 -. 

ÎUie de la cité de Nazareth espouMa saincte Anne la-- 
quelle estaii de Bethléem.., Etainsy furent vingt ans sane 
avoir lignée. Et lors vouèrent à Nostre Sfeigneur que se 
il leur envoyoit et donnoit lignée Hz la donneroyent. à 
servir Nostre Seigneur. Pour la quelle chose Hz alloient 
chescun an en Iherusalem es trois festes princip<$les. Si 
que au jour des estraynes loachim alla en Ih^ustfâern, 
avec ses voysins et vint à l'autel avesque les aultres. fft 
voulut offrir son offrende. Et quand le preste, le visi , 
êi le rebouta par moult grand despit : et le blâma pour-^ 
quoi il venoit à V autel de Dieu. Et lui dist que ce n'es- 
toit pas chose convenable que ung homme mauldit en h 
loy fist offrende à Nostre Seigneur. Ne que luy qpi es-, 
toit bréhaigne fust entre ceulx qui avoyent fruit, et quilz 
n^avoyent pas aocreu le peuple de Dieu. L'artiste a tra- 
vaillé sur ce programme. Le grand prêtre ddbout der- 
rière Tautel et tpunié vers le peuple repousse des deux, 
mains Tagïk^au que lui présente St. Jo.achim, b^u et 
Ténérable vieillard. A quelques pas de son mari , S.^f 
Anne s^est arrêtée les mains jointes , Tair afflige., Parmi 
les voysins et les aulires de la même tr^)u avesque les* 
quels le patriarche est venu en Iherusalem et qui s'af- 
fligent de Taffront qu*il reçoit, on remarque à droite 
de Tautel un individu portant un agneau et se dispo- 
sant à Toffrir; la présence de son jeune enfant qui l'a 
accompagné rappelle d'une nyii^êre heureuse que la 
stérilité de la femme de Joachim est le motif qui fait 
rejeter son humble don. 

Si nous avons quelque temps à consacrer à Texamen 
des détails, n'oublions pas de considérer rarchitecture 
flamboyante du temple , la table d'autel couverte d'une 
double nappe , la première courte , la deuxième longue , 



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— 280 — 

Tutte* et Taatre frangée, le ành également boi*dé de 
franges qni cottronUe Taftitel , ta draperie be^nereup 
pltts simple dtt fond, la ilaitre du grand prêtre stir sa 
tête, sai gracieuiie écfaarpe sur ses épaules, la longue 
robe sans manchefs! de Joaehhn et son chaperon tombant 
en ai'riére, la guimpe de S.** Anne et son grand voife 
eïiftichi d*u^e belle bordure et traînant à terre , le cos- 
tnite dé befger de lliomme qui tient un àgneàfu , 1» 
toque ei réiégante petite ttinique ceinte de renfant , les 
coiffures très-direrses des autres personnages, ta pby- 
sîonoïhie varîée de tous , et surtout Tensemble du groupe 
entier disposé avec beaucoup d'entente et de goût. 
Lé^, d^. CCVI. r> PI. TH. 

4.*» ÂP^ÂBITION DE L'ÂITGE A JoÂCHm. — • BiJofS lùth^ 

ohitn se ioéàni ainsi confus ns s'en osa aller à Vostel ê^ 
hùfih pource que ceuh qtd estoyent de son lignaige et 
ses voisins qui l'avoyent ouy ne luy reprôuehassenL Ef 
s'eri alla à ses pasteurs. Et fust là longuement. £t lorè 
ungjour l*anqe se apparût à luy seul atesque une grande 
clarté, La légende est tettnellement copiée par le eiéeau. 
Nous avons ici les pasteurs et leurs troupeaux, le chien 
fidèle et la cabane en chauMe portée sur qûàtife roues. 
Joachim à genoux écoute Tange qui le rassure et tuy 
dist : Je éuys aHge de Nosîré Seigneur envoyé à tof^ 

pour toy dénoncer que t^ -prières t'ont tulu et sont oyéa 

Anne ia femme aura une fille et tu Vâppellërae Marie, 
et ceste-ci comme vous Vavès vouée sera dès soh enfance 
sacrée à Nostre Seigneur, et sera pleine du sAinct es- 
périt dès le ventre de sa mère,,,. Et tout ainsy comme ell& 
naistra de mère stérille ainsy sera né d'icelle merveil" 
leuêement le fih du très hault Seigneur , duquel le nom 



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— 281 — 

sera Jh4$us. Le% bergers « run assis ^ Tautre debout ^ 
preaoeiit p^rt à radmiratâon dont cette merveille rem- 
plit leur maître. Une ville au fond du tableau. Lé^ 
dorée,fol. CCVI. V.» PL VII. 

6,^ Appakitioiî d£ iJkVGR A S.^ Annb. — « £# m comme 
Ann^ plouraii et ne êovoit où son mary eêtoit , eeluy 
ange a'affarut à elle. La sainte femme ^ à l'entrée de 
son oeiel, flécbit le genou devant Tenvoyé du çiel qui 
lui. répète ee qu'il avoit diU à son mary. La maison se 
con^ose d^nn corps de logis flanqué de deux ailes où 
sWyrent des portes eu cintre surbaissé sous des c^ves 
flamboyantes. Aux frontispices , des anges ou génies pré- 
sentent des éeussons. Une des portes entr^ouverte laisse 
Toir Tescalier en vis-de-8*.-gilles qui conduit aux ap- 
partements du baut dont une fenêtre est garnie de cu- 
rieux. 

Les deux apparitions de Tange , quoiqulden tiques pour 
le fond , contrastent bien ensemble. D^un côté , une 
belle campagne , un troupeau , des bergers , un vieillard, 
un petit ange dans les nues ; de Tautre , une rictie ar- 
cbitectnre , une femme guimpée et voilée , un ange de- 
bout , de haute taille et paré de longues ailes. Lég. 
dor. ibîd. PL VII. 

Qu'on Tcuille bien uods permettre , en quittant ce 
haut-dossier , une petite excursion hors du chœur, et 
nous ferons] adtnirer au visiteui' les mêmes faits légen- 
daires peints à la fin du xiii.« siècle sur la vitre , inex- 
pliquée jusqu'ici , de la 85.* fenêtre dans la chapelle 
de Rétro, Ils sont ainsi distribués : l."" Anne et Joachim 
appuyés sur leurs bâtons se quittent et retournent , ce- 
lui-ci aux champs, celle-là en sa maison; 2.« Joachim ^ 



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— 282 — 

triste et pensif, la main sar sa boulette on bâton crocbu 
par le bas ; à droite , ses* brebis broutent l'herbe ; à 
gauche , un bélier se dresse vers un arbre dont it tire 
à lui le feuillage ; S.*" Ste.-Ânne voilée file au fuseau ; 
d.^" L*ange nimbé d'azur apparaîtra Joachim dans la cam- 
pagne où sont les troupeaux , et lui parle le doigt levé ; 
5.® L'ange se montre à Ste.-Ânne qui tient encore la 
quenouille à laquelle pend le fuseau. 6." L'homme et la 
femme s'étant communiqué leur vision , expriment par 
leurs gestes Fétonnement et la reconnaissance , et rega- 
gnent leur maison. Nous sommes arrivés dans TexpUcation 
de nos stalles à ce dernier sujet. Il est au panneau du 
bout des stalles-basses, du c6té de la nef : 

6.° Rencontre de St. Joachim et de S.** Anne.. — Joa- 
chim arrivant seul de la campagne et S.*« Anne, avec 
une suivante, de la ville , se rejoignent à la porte dorée 
et s'approchent pour se saluer par un baiser. C'est le 
signe , donné par l'ange aux deux époux , de la vérité 
des promesses du Seigneur : Quani tu viendras à la 
porte dorée à Ikerusaïem , tu encontreras ta femme Anne 
qui est mouli esmeue de ta tardacion et aura grant joye 
de ta venue. Derrière eux , la porte entre deux tours cré- 
nelées et percées de fenêtres, et au-delà, la ville; de 
l'autre côté , la campagne fertile, un moulin à vent. 

Le baiser que S.<^ Anne reçoit de Joachim est le signe 
et non pas , comme Tout pensé quelques auteurs , la 
cause miraculeuse de sa conception. « Marie a conçu 
par l'opération de TËsprit-Saint , mais elle n'a pas été 
conçue de cette manière , dit St. Bernard ; elle est de- 
meurée vierge dans son enfantement, mais elle n'a pas. 



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— 28a — 

été enfantée par une vierge (1). » L*opinion qui soutenait 
la Tirginilé de S.^* Anne dans sa conception et son en- 
fantement a été condamnée en 1677 (2). Lég. dor. M. 
CCVI.v.* 

7.» La watitité. — Riche intériear de maison , meu- 
blé dSin lit abrité sous un ciel ou baldaquin frangé , 
d'un mirouër enchâssé dans un joli cadre au fond de 
TalcoTe , et du dressoir à double étage, à côté : c'est le 
théâtre où s'accomplit Tévénement qui remplit le monde 
entier de joie (^). Ste. Anne est couchée dans le lit, 
Têtue ; une femme lui présente Fenfant emmaillotée qui 
▼ient de naître , tandis qu'une autre femme purifie des 
linges dans un baquet. Celle-ci, qui est probablement 
la matrone, porte par-dessous le surcot un vêtement long 
dont elle a retroussé les manches. L'autre pourrait être 
une parente de l'accouchée si l'on en juge d'après son 
costume qui est très-riche et dont il faut surtout remar- 
quer l'élégante coiffe d'étoffe plissée , retenue sur le front 
par une agraffe, et ornée de dentelles tombant de cha- 
que côté sur les épaules et laissant échapper une belle 
chevelure. 

Dans la Nativité du vitrail que nous citions tout*à- 
l'heure, la petite fille présentée à sl^mère a déjà la 
robe et le voile blancs au lieu de langes ; Tair et le 
geste intelligents, au lieu de l'immobile physionomie 

(1) Epist. CXXXIY. ad Canonic. Lugdun. 7. 

(2) Tillemont, Hist.EccL, Vie de la 8." Vierge, not. 3.*— Gra- 
veson , de Myst. et ann. Christi. p. 33. — Bened. XIV de Fest. Yibt. 
IL C. IX. n.« U. 

(3) Offic. Natiy. B. M. V. , Respons. ad MaliH. ' 



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— 284 — 

d'un nouveau-né. Le peintre-verrier du xiu.^ siècle 
grandit 1^ nature pour mieux rendre la Vierge ; il Ti- 
déalise , il voudrait la déifier. La tendance de l'art, à 
répoque de la renaissance, sera toute opposée. Aipfî à 
St.-Vulfran d'Abbeville, sur la porte en bois de la fa- 
çade principale, la Nativité n'admet plus la. circonstance 
si touchante de Tenfani présentée à sa mère; ceUe^ci 
reçoit de la main d'une matrone une tasse de boisson , 
et la céleste petite fille e«t lavée honteusement dans un 
baquet par des femmes. Ceci nous fait penser à un ta- 
bleau de Jules Romain, conservé à Dresde , ;dans leqi^el 
la Ste.-Vierge qui a déshabillé Tenfant Jésus, le ûm% 
debout sur un bassin et le frotte avec la main» tan- 
dis qu'un petit St. Jean , non moins cynique que . le 
Jésus, lui verse sur le corps toute une cruche d'eau : 
déplorable exemple de la . dégradation de l'art ^ si ce 
n'est même quelque cbose de pis « une sacrilège pa- 
rodie du baptême du Sauveur! 

Sur la rampe des ogives d'encadrement, huit petits 
personnages, bien moins vêtus que ceux de leur an- 
gélique nature que nous rencontrons d'ordi,naire , conr 
courent à l'exécution d'un harmonieux concert* L'un 
souffle da^ une cornemuse, deux dans de- longues 
trom|>ettes , un ai^tre Couche l'orgue , un cinquième pince 
les cordes, d'une guitare , un sixiènjie celles de la harpe $ 
deux autres ont leurs instruments brisés. ; L'artiste a 
voulu témoigner dans son œuvre , à l'exemple de l'église 
dans ses offices , que la naissance de Marie est un mys- 
tère de joie. « Le voici, dit St. Augustin aux matines 
de la fête de la Nativité, le voici, mes bien-aimés, le 
jour si longtemps désiré de la bienheureuse et vénérable 
Bfarie toujours vierge ; 'que la terre se livre à la joie , 



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— 2»5 — 

conscMe qu'^l^e «st pur la naksânce de cette incom{ya« 
raMe Vierge (4). » C'est dans le même sens que Fauteur 
des fibres âe la Bible du xn.« siècle a placé la repré- 
seutatlen du Wf«tère de la Nativité sous cette rubrique : 
Nathntat tu», Dei genUrios ^^irg^^ gaudium anfmntiavU 
in Vf9k>êr$e mîmdo. Eue- te enim ortue e$t sol juwMœ , 
Christuê Deus neeter (2). 

Dans l'espace laissé vide par la courbure des ogives 
d^ençadrement des deux tableaux qui précèdent : 

S,° L'ÉTOILE PRÉDITE PAB Bàlàjlm. — Malgré l'étroite 
dimewiou du eadre , Tarti^te a heureusement groupé , 
un individu montaxit une ânessse sellée et bridée, un 
ange qui lui apparaît et le menace Tépée à la main , 
et au-dessus^ une étoile qui se lève en face du cava- 
lier. Celui-ci frappe à coups redoublés sur l'animal qui 
ae dresse et r^use de marcher. C'est au livre des Nom- 
bres ^que se trouve l'explication de cette scène : Balac 
noi ^éh Moab effn^é de /a préseMce des Israêlitee. envoya 
vers le devin £alaam ^ afi» qu'étant venu il Jes maudit.,... 
Baiaam ^en 4dla dan$ le dessein d^obéir à Balac. Alors 
Dieu s'irrita et VAnge du Seigneur parut dans le chemin 
é^mnt Aalaam qui était monté sur son ânesse..... JLe 
«UidB épouiranté s'éqrie :..••• S'il ne vous plaU pas que 
f^miUe vers Balao, je retournerai. L^ai^e lui dit : ^a^ 
mvee ^ua^ mais prends garde de ne dire que ce qu& je 
finrdpnnerai. Il alla donc 4wec las princes de Moah, et 
kmsque Boiac Veut conduit sur le sommet du mont Fhogor 

(1) Berat. XTIH. de Sanct. 2. de Ànnunt. Domini. 

(2) Kegpons. ad IMatat. in festo I^tirH. B. M. Y. 



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— 2M - 

qui regarde le désert , BàUuun commença à poirier en pa- 
raboles : Que tes pavillons sont beaux ^ o Jacob ! que 

TES TENTES SONT BELLES, O IsBAEL! Je LE VOIS, MAIS IL 
n'est pas encore, je le CONTEMPLE» MAIS IL N*EST PAS 
PAÊT DE NAITRE. UnE ÉTOILE SORTIRA DE JACOB ET UN 
REJETON S*éLÈyERA D^ISRAEL ET IL FRAPPERA LES CHEFS DE 
MOAB ET IL RÉUNIRA TOUS LES ENFANTS DE SeTH. Sailf 

revenir sur les raisons qai font comparer Marie à Tétoile , 
bomons-noos à remarquer que ce symbole est* particuliè- 
rement à sa place dans la scène de la Nativité. Le lever 
de rétoile figure bien la naissance de la Vierge, et 
TEglise fait chanter aux matines de la iîète qu'elle con- 
sacre à la mémoire de ce mystère :- Aujourd'hui Marie, 
étoile de la mer, est arrivée à son lever. 

Panneaux du passage B : 

9.® Marie apprenant a lire. — C'est S.*« Anne elle- 
même qui donne à sa divine et modeste fille des leçons 
de lecture , car bien qu'il soit véritable que^ la sacrée 
vierge ait reçu par infusion toutes les sciences et tous 
les arts, cela n^ empêche pas néanmoins quelle ne se soit 
laissée instruire, à proportion qu'elle croissait en dge; 
soit par humilité, pour cacher cette grande prérogative 
qu^elle avait reçue du ciel , soit pour acquérir par voie 
d'expérience et par des espèces tirées des sens ce qu'elle 
avait déjà par voie d'infusion , et par des espèces surna- 
turelles. Assise sur son siège à dossier élevé, la mère 
tient sur les genoux un livre ouvert dans lequel Thum- 
ble enfant, debout, suit de l'œil et du doigt la leçon. 
Le costume de Ste. Anne est connu; celui de Marie, 
qui a la tête nue et les cheveux pendants , consiste en 



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— 287 — 

une simple robe flottante serrée à la taille par une 
ceinture étroite. Appartement richement lambrissé ; buffet 
très-remarquable , chargé de vaisselle et couronné dW 
dais en bois découpé à jour ; chat Toleur rodant autour 
du dressoir. P. Giry, vie des SS. , tom. IL col. 9. 

10.^ Là présentation. — Ce fait important dans la vie 
de la Sainte-Vierge repose sur des autorités plus graves 
que celle des légendes. C*est une tradition reçue dans 
réglise (1) que quant elle eut accompli troys ans et qu'elle 
etU laUêd le let, S.*'Ioachim et S .^*- Anne menèrent la 
Vierge au temple avec leur» offrende», Marie, tête nue, 
mains jointes, monte lee quinze degré» du temple sans 
ayde ainsi comme se elle fust de parfait eage , tandis 
que ses saints parents demeurés au bas la contemplent. 
Le grand prêtre debout et en habits pontificaux l'attend 
au haut du parvis sacré* A sa gauche et dans tin vesti- 
bule extérieur du temple se groupent les jeunes filles 
dlsraêl déjà consacrées au Seigneur, et avides de ren- 
dre hommage à celle qui devait les laisser loin derrière 
elle par Téminence de sa sainteté et par le privilège 
inouï qui lui serait accordé de pénétrer jusqu'au saint 
des saints pour y offrir seule sa prière devant Parche. 
Une circonstance assez intéressante de ce tableau est 
le nombre des degrés du temple que le sculpteur a 
pris soin de reproduire exactement, d'après le texte de 
la légende dorée qu'il semble avoir eue constamment 
en main durant ce travail. Il y a lu que les degrés 



(1) S. Greg. Nyss. Serai, in Nat. Christi. — Gérai. Constantinop. 
Auctuar. nov. tom. V. — Baron. Appar. ad. annal. N."' W. *8. — 
Bened. XIV de festis, etc. cap. XIV. 



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— 2» — 

du temple étaient au nombre de quinze , suivant le 
nombre de psaumes que les Juifs y chantaient et qu^on 
aurait appelés pour cela pêaumes graduels (i). Leg^ 
dor. ibid. 

11.*" La prière. — St. Evode patriarche d'Antioche et 
St. Germain de Gonstantinople disent sans hésiter et 
comme une chose connue par une tradition indubitable 
que « Marie n'avait pas seulement permission de faire 
» ses prières dans le lieu secret destiné pour les yierges ; 
^> mais que par un privilège q[>écial elle avait aussi «a- 
x> trée dans la partie la plus sainte du temple devant 

» Tarche d^alliance » C'est en efiFet dans lesanctaaii^e, 

•en présence de i*arche, que Ton voit la sainte Vierge 
agenouillée, les mains jointes, la tète voilée, un ange 
debout derrière elle. L*arche qui a la forme d'ma. petit 
<;offre oblong , ciselé , à toit incliné , est posée au*des* 
sous d'une arcade en plein cintre, sur uo autel qua- 
drangulaire , et tenue à chaque bout par deux "chérubins 
•qui étendent des deux côtés leurs ailes, se voilent des 
4eux autres ailes la partie înféneure du corps , et se 
regardent Tun l'autre. — Les érudits dissertent avec «ne 
grande variété d'opinions sur la posture des chérubins 
de Tarche : qu'il nous suffise , |K>ur la justî£cation de 
nos artistes, de rappeler que, sdon St. Thomas, ils 
Paient debout, les pîeds sur le pavé du saint des saints, 
d'où ils s'élevaient pour soutenir le propitiatoire et le 



(1) Cette opinion appuyée principalement sur un passage de Thisto- 
lim losèphe est contesiée par un grand non^ure d^auteurs qui ne 
4s*aooordent pas du reste entre eux pour en adopter une meilleure. 
Cs. Génébr., D. Galmet, Bellann., P. Berth. in P^alm., etc. 



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fXHiTrir de leurs «Uet (i). L'ange qui se tient derrière 
Marie 1» tel que rhumbie •utrant sur les pas d'une reine, 
montre assez qu'elle vit dans ta femiliariié des esprits 
eélestes. 

l^."" Le inAVÂiL. -* Assise sur un pliant devant uii 
mét^ à tiss^, la diligente ouvrière, jeune, modeste 
et belle fait habilement jouer d*une main sa légère 
navette à travers la chaîne, tandis que de l'autre elle 
en -«erre les iils au moyen d'une ]Mèce df bois ayant 
la forme d^an large couteau. Une corbeille remplie de 
fuseaux chargés de la trame est à ses côtés. La boi- 
serie qui garnit les parob de Tatelier encadre en même 
temps plusieurs fenêtres ouvertes sur la campagne. 

Que le miHer de la Vierge soit Tun de ceux de la 
tttyeieriê d'Amiens, an xv.^ sièele, avec son énêoupief 
ses mariàeê, sa eh&inê rouiéo et sa tumeHe, nul doute 
possible si on veut bien le comparer au métier qui sert 
4e signature à la vitre de la fenêtre ^S.'*, devant le- 
quel les donateurs sent représentés s'appliquant au ittéme 
travail que Marie. Ce rapport entre la vitre et la boi- 
serie ne pouvait que flatter nos sayeteurs amiénois en 
lenr montrant l^llustre Vierge comme leur patrone na- 
turelle dans une prof&ssioïi qu^elle avait exercée avant 
«ux (2). Leg. dor. ibid. 

Paimeaax du passage G : 

13.^ Le repas. — L'heure de nom arrivée , la Ste.- 

(1) l.«— a.» Quawt. 102. art. k-^. 

(1) Csst en mémeîie des <mvrages en lin de la Vierge que les 
lîMerands s'étcient rangés, aa moyen-âge, sous la bannière de l'An- 

19. 



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— 290 — 

Vierge ne quiHait plue la prière jusqu'à ce que- Vauge 
vifU lui apporter ea nourrUure. Car il se trouve des au- 
teurs graves qui écrivent que les anges lui apportèrent 
son boire et son manger, pendant quelle demeura dans 
le temple, afin qu'étant hors de souci de sa nourriture, 
elle se put adonner plue librement h la contemplation de 
son dous époux. L'ange, humble et heureux serviteur, 
apporte à Marie le pain et le vase cl*eau destinés à son 
austère repas. Marie , reine du ciel , reçoit la nourriture 
qui na pas passé par la main des hommes; Vierge recueil- 
lie, elle n'a pas abandonné son livre d'heures: la terre 
ne lui fait point oublier le ciel. Tout dans son attitude 
et ses traits respire la piété , la candeur , la reconnais 
sance; mais ce qui frappe le plus, en regard de l'ange 
presque tremblant de respect, c'est la noble fierté de 
son port et de son air et le calme divin de sa fi- 
gure. L'artiste a compris que la femme accoutumée aux 
apparitions célestes, la future souveraine des anges, ne 
devait pas, pour paraître modeste, affecter un air gauche 
et emprunté : l'habileté de son ciseau fait saisir à l'œil 
le moins exercé , qui est la reine , qui est le sujet : cha- 
cun est à son rang. Les vêtements des deux person- 
nages cachant entièrement leurs pieds achèvent de don- 
ner à cette simple composition on ne sait quel air delà 
conversation du ciel. 

Le fond de la scène est rempli , à gauche , par un 
pavillon du temple auquel conduit un escalier ;. à droite, 
par un intérieur percé d'une fenêtre où se tient un 
témoin pieusement indiscret ; au-dessus , la petite tablette 



nonciatioo. La Fabrique d'Amieiis invoque eneore de nos j^urs , pour 
Patronne, Natre-Dame-^-Bon-Secour^, le i.« lundi de juillet 



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— ÎMWI — 

sor laquelle sont rangés qndques Tolnmes reUés et or- 
nés de fermoirs ; pins loin > une pendule dont on peut 
distinguer , malgré Texiguité de ses dimensions , les roua- 
ges, les poids, le eadran, les aiguilles et les heures, 
et jusqu^à la nelettê ou timbre ayee le mairteau prêt à 
£rapper : joli petit meuble tout-à^fait à sa place ici , 
pour indiquer la yie bien réglée de la Ste.-Vierge. 
PI. VIII. Ribadeneira , vie de la Ste.-Vierge. Lég. dor. 
f.o CCVII. 

14.^ L*éTUDE. — La Vierge dans la compagnie des 
saintes filles retirées au temple reçoit arec elles les le- 
çons d^une femme plus âgée. Celle-ci est distinguée par 
la maturité de ses traits, son long voile et le reste de 
son costume grave et sérieux: Marie par son vêtement 
simple , ses cWveux flottants , sa tenue modeste , et par 
le rang qu'elle occupe au-dessus de ses compagnes sur 
un. siège élevé au niveau de celui de la maîtresse. Au 
costume plus ricbe et plus recherché des autres jeunes 
filles assises plus bas, on comprend que des liens les 
attachent encore au monde et qu^elles^ n'ont pas renoncé 
à la pensée d'y rentrer bientôt par le mariage. Elles ex- 
priment du geste la surprise que leur cause la perspi- 
cacité surhumaine de Marie dans Tétude des saintes lettres. 
Lég. dor. ilnd. 

iô." Joseph choisi pour être l^époux db Marie. — Nous 
sommes dans le temple : Tautel au fond , la porte en 
face , de grandes fenêtres en ogive flamboyante aux pa- 
rois latérales. Le grand prêtre , le dos tourné à Tautel 
et assisté d'un lévite tenant un livre en main , accueille 
St. Jos^h qui arrivé n la tête d*un groupe composé 

19.* 



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— 2« — 

de» memlifefl mèim de k iwnîlle de David dont k» der" 
nîert sont encore sur le seuil de la perte du temple* 
Ht portent en main, cenx*-ci det pahnet arides, Joseph 
une palnie fleurie, qui rappellent le miracle par lequel 
le saint patriarche fut désigné pour être Tépoux de la 
Vierge. La légende le raconte ainsi : Et au quatorzième 
an de son eagé l'évesquê commanda en eommun que leê 
vierges qui eetoyent introduites au temple et avoyent ao- 
eomply le temps de eage retournassent à leurs moMons pour 
prendre mary. Et toutes les aultres ohéyrent au comman- 
dement. Mais Marie respondit que die ne pourtoyt faire 
tant pour ce que ses parens Vawyent du tout donnée mis 
sermoe de Ifostre Seigneur, et pour ce que elle (seoU vend 
virginité à Nestre Seigneur, Et lors Vef>esque fnst meuH 
e mgeyes e u ls pour ce que il ne luy oeoit faire rompre eèm 
veu contre Vesoriphtre qui dit : touée et rendes à Diem 
vostre veu. Ne il n'esoit^ inêroduirs à la gent couêkmte 
non aeooustumée. Et lors une feete dee Jnifm qui estait, 41 
appela lee aneiene des Jwifx an conseil et la eentence de 
toue fueé ieUe que en une chose si dOubteUe l'on reqwisi^ 
le^ coneeil de Dieu. Et toue Mèrent en oraison. Et quani 
Veeesque" fuÊt allé au conseil à Ifostre Seigueur taniesi 
une vois tint de l'oratoire qui diet , oyons tons : Que 
tous ceul» de Ug mesgnie de David qui esteyent co we e 
nobles à. marier apportassent chescun une verge à Vuuiél : 
et la verge qui floriroit et ce selon le dit oyage le St. 
Eepenrit^ se aseerroit deesus en forme de colombe et oeluy 
qme l'apporter oit seroit ceiuy sans double auquel la vierge 
serait espousée. Et Jossph dt la Ugnêe de Dmnd estais 
entre les aultres : H luy eet&it oéMs que t/estoU chose 
non convenable que homme de si ¥iel eage eut si tendre 
viergerà femme, et lee aultres apportèrent tons leure verges 



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— »s — 

à i'muiêi H 4nf êêmi musêm ia tienne. Et quand nmUê 
43hom n^a f fa r m t qui s'aeoordaet à im 9êÛ9 dÙHnê, Urs 
i'eifeêqm se oàmeilla dereohief à tHêm et ii luy reeponifet 
que celluy seul qui devoist espouser la vierge n'aeeit pae 
apporté sa verge. Et lors Joseph par le commandement Êe 
Vevesque apporta sa verge. Eé taniost elle floristet ta cp~ 
lofhhe du ciel descendit dessiits : si qu'H fu$$ çler^tmM 
0dvi$ i tous quU decoil avoir la vierge à femme^ 
U^. dor. f.o CGVII r«. 

16.» Maaiàgb db la Sâintb^Vibrgb. — Le grand-prétre 
^t levé , la tiare en tête , en avant de 8on siège à haut 
doasier. Il prend la main droite de chacun dea dei^ic 
^pouxat le8 unit. L^assûitance se compose de deux hommes 
et de deux femmes. Toutç rassemblée se ti^nt debout. 
La Sainte-Vierge , tète nue , front couronné de roses 
comme les Rabbins enseignent que c'était Tusage des 
Hébreux avant la ruine du temple de Jérusalem (1), 
est parée dWe longue robe à ceinture lâche , recouyerte 
d'un manteau, et joint la dignité à la modestie. St. 
Joseph , aussi tête nue , a laissé le simple costume des 
arti^ax^ pour prendre la robe à larges manches et Tample 
manteau des conditions plus élevées. Le graod-rprêtre a 
Taube traînante « la tunique , la ceinture , la chape . et 
la naître. Les deux hommes qu'on voit près de Joseph , 
et les deux femmes richement coiffées du côté de la 
Si^nte- Vierge représentent les jeunes gens et les jeunes 
filles qui, d'après récriture elle-même (2)^ asssistaient 

(1) Cs. Selden. Uxor. heb. lib H. cap. 15. — Calmet, De Conn* 
hebrseor. 

(2) Cant. Cant. cap. I. 4. — II. 7. 8. 16. — lU. 5. — VIII. 
*, — Ps. XUV. S. 13. 15. 



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— 294 — 

i'épooi et tenaient compagnie à l'époii«e pendant la cé- 
rémonie des noces dont la duiiée était ordinairement de 
sqit jours pour une jeune fille ^ et de troia pour une 
Teaye. 

Pannean à droite du passage E : 

i7.<» L'AififOirGiATioii. — La Sainte-Vierge à son prie- 
Dien, son livre ouvert, se détourne vers Tange Gabriel 
qui lui apparaît. Celui-ci, vêtu de la chape, à ge^ 
noux devant elle , porte le bâton du hérault autour du* 
quel un lambel roulé , qu'il indique du doigt , signifie 
les paroles de là salutation : J9 vous salue Marie, pleine 
dé grâce , le Seigneur est avec vous.... Voici que vous 
concevrez en votre sein et vous enfanterez un fis, et 

vous lui donnerez le nom de Jésus L'Esprit-Saint 

descendra en vous et vous couvrira de son ombre. C'est 
pourquoi le Saint qui naîtra dé vous sera appelé \le fils 
de Dieu. Le geste de Marie exprime aussi bien son hé- 
sitation : Comment cela se ferori-il? que son consente* 
ment : Void la servante du Seigneur , quii me soit fait 
selon votre parole. La virginité de Marie dans la con- 
ception du Verbe est doublement annoncée ici, et par 
le lys qui fleurit dans un vase posé entre elle et l'ange, 
et par la présence du St.-Esprit descendant du sein de 
Dieu vers elle à travers des rayons de lumière. C'est 
la traduction littérale du texte : L'Esprit-Saint viendra 
en vous et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son 
omhre. Une multitude d'esprits célestes fait cortège au 
Père éternel assis dans la nqie. L'humble demeure de sa 
fille bien-aimée est ^meublée sur la terre d'un lit modeste, 
couronné d'un baldaquin drapé que l'artiste semble avoir 
travaillé avec complaisance. Il n'a pas fait faute d'ap-^ 



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— 295 - 

pendre à la muraille un joK petit mîmir. Nous ne lui 
en vonbns pas, mais nous lût savons gré d^a voir laissé 
fermée derrière Tarchange la porte de la maison de Md-* 
rie. Il y a beirncoup de sens, dlins cette maniéré d*en> 
tendre et de faire un tableau dé eé gei'ire. Les acêes- 
soires n'ont pas trop d^importance , le ciel peuplé d*atlges 
est parfaitement traité et d'un efiet gradeuz, 1^ per^ 
sonnes sont bien posées. En somme, notre Annonéii^iên 
tient bien son rang partni les scènes ptireilles ses* émules 
que tous les âges ont produites comm^ à l*envi;' 

Dans notre catbédrale , le xiii.* siècle ne manque pas 
de représentations de ce mystère à mettre en paratlèle 
arec celle du xvi*. Au vitrail de 4a fenêtre i04.*< près- 
dès fonts baptismaux, on ne voit ni Ht, ni pri&4)ieo, 
ni ancuim préoccupation de la nature du lieu où le pro 
dige s^accosnplit. L'ange et Marie ont juste le mou«ç^ 
ment qu'il faut pour indiquer le sujet. Le kimbel , mnet 
comme aux Stalles , est à la main de rArcbange ; dans 
un vase s'éAète le lys a* trots fleurs qui pourrait bien 
être un symbole de la Trinité. La verrière de la galerie 
du rond-point , un peu postérieure à celle-ci , en dif- 
fère par une pose plus animée , par Tomission du lys , 
par la présence de Tinscription sur le lambel : Ate' 
Maria ^a..., 4 et par le livre fermé que la Vierge ap- 
puie sur .son cœur. A notre grand portail, Marie tient 
aiasi un livre ; le lambel de Tauge est presqu'entiè- 
rement roulé ; tous deux ont la main droite levée. Sous 
le socle de Tange est un démon : l'ange mauvais sous 
range fidèle; sous «celui de Marie, la chute d* Adam et 
d^Eve : la fmmière Eve sous la seconde. 

Un bas-relîef en albâtre du xiv.« biècle conservé au 
musée de la ville d*Amiens montre , comme aux Stallos , 



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fç.Pèr/9 éternel 4fu^ mi ^^^e ; m^^ jiu Hi^n qae ce 
sqU rEaprit-rtSaiiit qui d^acende viùblpment «o U Vidrgo> 
e'9ff( Ici.Yerba lui^^méinp . «ortant 4e la |>oi9^ du Père 
et^-^Ofc^M^i^t vers Ma^if!: pour exprifl^er à k f(H8 .qu'U 
est .eugeadré de Dieu comoie $a parole éitcrnclie iet qu^il 
^ li(^Ure.d'pi^ .Yi^rgfe.ofHaHie hemoie. JLa fi^rme dqi p^ 
tit ^nfMt qu'w lui donne , la croil; qu'il pprieftur h» 
épmie», les r%f4tBiè iumiueuti qui .«'écbappeut de ]a 
bfMîbe;de.Diei]( etr^ut ItaTestâsaieRii k kénédictiou que 
de 8a main il euyoie à Mme et à la terre ireodent la 
même idée et «ont la traductiion de Joëlle parole tombée 
du oiel dans réyangile. de St. Jiean : f^erhum^^ri^ fackém 
êHi. Une particularité no^ a frayés dant VJtnnàHoiaHon 
du Figurm bibliôrum dé la bibliothèque d'Amîena. L*Ar*« 
cbauge SU Gabriel y lient eu .main pour . seeptve ou 
ba^^nette die bérault un bâton erumfère. Noioa doutona 
que cet dxeeipie «oit commun* i 

Noua n^avottf pas vu a?«nt le ixiA aiâele, te lit de la. 
Yierg^e :eutcer dans la compeaition des 6oé<MiS> de l'Au^ 
nonciation. Les artistes de oe teaipsHrlà^ pimr ne pas 
cc^ier leurs ckjvaneierSf ont eru bteu; faire d'ajouter 
comme détail bâstorique à leocs mOdèiea la représenta^ 
tien de la fudique ohamire ^ seule, et pênt-^H^ kk 
forte fennée 9ur elle, eHe priait h Seigneur (&}. C'eat 
pimr qu'on ne s'y trompe pas qu'ils y tsmt mis Je litu 
On doit remarquer dru reste ayee eombien.de réserve et. 
de goût nos StaUes on^ admis oette eiroonsttmce iMsot-^ 
être un peu familière qui n'attire que faiblement Tatten^ 
tion dans un eoifi du tableau. L'art i^'était pas $k b&i^ 
reuseraent inspiré quelques années ptus tara, lorsqu*^ 

(1) S. Bemi^d. bon. III. sup. mitMrv 1. 



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-»7 -^ 

Si.^\Mf^M d'Abbeyilk wr U pprte 4?a Ixhs delà grande 
façnde du poriiâl, il i4açait le lit au lieau miliau du 
eadre, Vangcf à la léte.et Marne w pied«. L^. L %$. 

19.<' La. Yisixatiov. ^^ De Na^B^retb qu ou apecçoii da^i^ 
le loiulaiEii Marie 991 ?eaae en toute h4ie vere le |Mi3fa 
dee monta§»eê en une ville de Juda, ^ toia approche» 
EUaabeth quitte 9a iuai«eo crénelée et surmontée de toUa» 
aigus. Elle &'élaisice au devant de sa parente dont eU9 
a connu la divine féc#ndi^ au tresaa^lçipQent de l'enfunt 
qu^elle même a conçu par miracle. Posant sa main droite 
sur le sein de la Vierge , elle dit : Vci^ étee bénie entre 
iouiee les femmee et le fruit de vos entrailles est béni ! Et- 
d'eu me vient ce bonheur qi*e la mère de mon Seigneur 
vienne à moi? Marie lève ses mains au ciel et ver,s s^ 
cousine. On voit qu^elle entonne le cantique : Mon âme 

glorifie le Seigneur Les deux illustres mères sont 

voilées, guimpées et parées d'une robe traînante. Par- 
dessus son voile, Elisabeth porte une épaisse coiffe en 
forme de bourrelet. De^ deux odtés , des arbres figurent 
la campagne. 

La circonstance la plus remarquable de cette compo- 
sition est sans contredit , le geste significatif d'Elisabeth y 
c^est une manière assez hardie d'exprimer les paroles 
les plus importantes de Texclamation d'Elisabeth : le fruit 
DE vos BNTRAiLiJBS EST BJÉNI ! Cependant, au xui*^* siècle^ 
le baiser que se donnent les deux saintes fempies, en. 
se tenant étroitement embrassées, manifeste encore plua 
clairement les faits capitaux de la scène, qui sont: la 
salutation de Marie, et le tressaillement d^ St* Jean* Lea 
vitraux des fenêtres 103.« et 104.* près de^ foB^(^ bap-. 



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— 298 — 

tîsniaax en o£Frent des exemples. Noos aimons beaucoup 
le type d'un tableau exécuté en Italie an xii.* ou xiii.* 
siècle dans lequel sainte Elisal>eth fléchit le genou de- 
vant la Sainte -Vierge qui lui tend la main pour Tinriter 
à se relever (1). Cette circonstance traduit plus spécia- 
lement ces paroles de la femme de Zacharie : « D'où me 
» vient ce bonheur que la Mère de mon Seigreoh tne 
» vienne visitera » Le pied d*un calice appartenant au 
trésor de notre cathédrale est historié , entr'autres scènes^ 
d*une Visitation qui représente aussi sainte Elisabeth à 
genoux devant la Vierge. Luc. L 39 — 50. 

Panneaux de la pyramide du bout des stalles, contre 
la porte latérale : 

19.° Là maternité de Marie expliquée a Joseph. — 
St. Joseph dort dans sa chaise la tête appuyée sur la 
main droite. Le camail à capuchon qu*il porte par- 
dessus un long vêtement et la besace garnie qu^on voit 
à ses pieds le montrent prêt à partir, aimant mieux se 
séparer de son épouse que de la diffamer; car il est 
plus croyable, disent quelques auteurs, que la pensée à 
laquelle il s'arrêta dans Tincertitude où il se trouvait, 
ne fut pas de répudier Marie en Téloignant de sa mai- 
son , mais de la quitter lui-même sans éclat , par exemple 
sous prétexte d'un voyage (2). Ma»«^ comme il était dans 
cette pensée , un ange lui apparaît en songe et lui dit : 
Joseph y fils de David , ne craignez point de prendre avce 
vous Marie votre épouse , car ce qui est né en elle est du 
St. Esprit, Elle enfantera un fils, et vous V appellerez 

(1) Voir Séroui d* Agiiicourt , pi. 93. 

(2) Maldon. in Matb. — Bibl. Max. t. XIII. p. 12. 



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— 29» — 

Ji9U9 , car il êauvera son peuple de $e$ péoMe. Beau con- 
traste entre la jeune et riante figure ^e l*ange ' et le vi- 
sage austère et soucieux de Joseph. Au fond du tableau], 
des édifices dans le style de la renaissance. On dîstin* 
gne , au-dessus d -une entrée principale , l'écu aux arme» 
de France supporté par deux lions. Matth. I. iS^— 21. 

20.* St. Joseph revenu de son doute. — Le siège où 
se tient assise la mère de Dieil est un Téritable trône, 
à dossier plein et accoudoirs ornés , à ciel magnifiquement 
enrichi de ciselures et de draperies pendantes. St. Jo- 
seph , à genoux devant sa divine épouse et présenté par 
deux anges, s'excuse de la pensée qu'il a eue de s'en sé- 
parer , en même temps qu'il adore dans son sein vir- 
ginal le Verbe de Dieu fait chair. Marie lui tend avec 
bonté la main, sans quitter le livre des saintes écritures 
qu'elle feuilleté de l'autre main. Le bâton , la besace et 
le sac ficelé posés à terre , font encore souvenir du 
projet de fuite clandestine qu'avait conçu le patriarche. 
Tout ce tableau est une libre , poétique et pieuse tra- 
duction du texte sacré : Joseph s'êtant éveille, fit ce que 
Vange du Seigneur avait ordonné et prit sa femme avec 
lui. il la prend avec les sentiments de vénération pro- 
fonde que lui inspirent ses incomparables qualités de 
vierge sans tâche, d'épouse de TEsprit-Saint et de mère 
de Dieu. « Il la chérit dés-lors, dit St. Bonaventure, 
au-delà de tout ce qu'on pourrait dire, d'un tendre 
et chaste amour (1). » Au tympan de la porte Sainte- 
Anne de Notre-Dame de Paris, St. Joseph conduit par 

(1) Médit, in vit. Cbristl. — V. tes fleurs des Vies des Saints. 
U IL p. 69. 



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— âêft — 

UB an§e téyère k i^nour, oommeloi, la «aorée Vierge 
qm lui teuà la aiaùd ei le v^ève (1). Matk. I. 34. 

21.'' JioBL, *--- L'é4«b|e pu josepk et Maria oQl ehJMr^ 
dié «n inafuge /Mirw ^«'t/ n'y avmt fioin* de plme pmr 
et$s éhms VhâUlhrie toiobe eu ruine : la ioitore ^n paille 
présentant de part et d'autre son double versant, est 
supportée par une charpente dont la sculpture a très- 
habilement reproduit le mauYais état , ainsi que celui du 
chaume qui donne passage à tous les vents. Dans l'^i- 
térieur une auge et un râtelier rempli de foin vers 
lequel Tâne et le bœuf allongent la tète. 

Au premier plan , Tenfant Jésus, git à terre sur la paille, 
le <;orps euvironné d'un cercle de rayons lufnineux dont 
lui-même est le foyer. L'abandon, la pauvreté , la, souf- 
france joints à une douceur toute divine respirent dans 
les traits et l'attitude du nouveau-né. De chaque côté , 
Marie et Joseph à genoux ; Marie , les mains jointes ç^ 
dirigées aussi bien que ses yeux vers le divin enfant 
qu'elle adore : sa figure exprime tout à la fois le res** 
pect , r^nour et la joie. Joseph , son bâton reposant^ 
abandonné sur Tavaut-bras^ tient d^une maiu un flam^ 
beau allumé que de Tautre main il protège contre la 
violence du vent. Son visage est aussi plçiu de gravité 
et de sérénité. Au milieu , derrière Tenfant , et dans 
Tattitude de Tadoration profonde , les anges ravis d'é*- 
tonnement reconnaissent et vénèrent leur roi. Dans le 
lointain , à droite et à gauche de l'établç ^ les bçrgera 
entourés de leurs troupeaux parmi dçs arl?res dçpourtlé* 

(1) Voir le toipe III.'' des Mémoires de la Société des AoUq* 
p. 45t. et VAllas pi. 37, 



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de fettiBer. Il» ont la tète letée vers le ciel coninie pour 
écouter la voix qni en vient. En effet , sur l'antre face 
dn panneau , dans l'intérieur des Stalles , nons avons a 
aller écouter le messager divin d^cendn du ciel à la 
hauteur du toit de fétable et faisant retentir les airs 
dn joyeux cantique : Gloits à Dieu «U piuê haut de& eieuâf, 
et paiâf sur la ietru au» hôfimneB de benne volonté. Les 
bergers ont entendu ]e9 cl^fttfts célestes. Tnn d'euM assis 
9ur la terre y mêle les accords de sa cornemuse, un 
autre debout écoute avec t^vissevMnt. Les troupeaux 
sont un moment abiandonnés à la garde du chien fidèle. 
Ce tableau que complète , au fbnd , la vue du revers de 
Pétable , est admirablement accidenté d'arbres et de ro- 
chers. 

On ne peut qu'applaudir au choix qn'à fait Tartiste 
de la circonstance de VadoraHon de V enfant , parmi toutes 
celles de la Ifalivité. Le premier mouvement de la mèro" 
de Dieu , à la vue de son fils , c'est de Tadorer. « Celui 
* qu'elle conçut étant vierge, chante rEglisci, elle Fon^ 
» fanta sans cesser d'être vierge , et Tayant mis au monde 
» elle V adora , demeurant toujours vierge (1). » Délicieuse 
tradition accueillie vers la même époque avec une pré- 
dilection marquée par tous les grands peintres chrétiens 
de l'Italie , les Lorenzo di Credi , les Perugin, les Pintu^ 
rkchiOf les Franoesco Francia, les Bellini (2), etc... 
PI. K. 1. Luc, L 7. 

Si l'on veut , sans sortir de notre cathédrale, compa^r 
cette composition si fréquente au xv.* siècle et au xVi.« 

(1) OflBc. de la Préftent.: Quem Vîrgo concepit, Virgo peperit^ 
Virgo quem genuit adoravit. 

(a) Be MontalembeH, de fa peint, ehrét; en Ilslie. p. tSft. 



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— 3(tt - 

à celles d'un âge plus recalé^ les vitraux des fenêtres 
103.^ près des fonts baptismaux , et 87.*^ dans la cha- 
pelle de Rétro , en offrent une occasion facile. La pre- 
mière de ces deux vitres consacre deux médaillons à 
la naissance de Jésus-Christ. L'une et Tautre scène se 
ressemblent par Tattitude donnée à la Sainte-Vierge cou- 
chée dans un lit ^ par la présence de Tâne et du bœuf 
dont la tète seule avance au-dessus du râtelier, et par 
la lampe à longue chaîne ^ suspendue à la voûte de la 
cabane ; dans la première où le lit est garni de rideaux 
qui vont s'accrocher à la tète et au pied par un patère^ 
Marie presse Tenfant Jésus contre sçn sein ; St. Joseph 
est debout en avant. Dans l'autre ^ Marie nourrit , à l'aide 
d'un biberon, le divin enfant enveloppé de langes et 
lié de bandelettes ; St. Joseph est assis au pied de l'hum- 
ble couche. La vitre de la chapelle de Rétro repré- 
sente aussi la Sainte-Vierge couchée et Joseph debout 
au pied du lit ; mais l'enfant emmailloté repose dans la 
crèche , au-dessus de laquelle s'allongent les deux têtes 
du bœuf et de l'âne qui semblent le réchauffer de leur 
haleine. 

Si plusieurs de ces détails et principalement la repré- 
sentation de la Sainte-Vierge dans un état de faiblesse 
qu'elle ne connut pas , accusent jusqu'à un certain point 
Tinfluence exercée par les livres apocryphes sur les pein- 
tres-verriers du xiii.« siècle, on ne doit pas asôgner 
eette cause à la présence du bœuf et de Tâne qu'on 
retrouve à toutes les époques du moyen-âge dans l'étable 
de Bethléem. Une antique tradition approuvée par les 
Pères (i) ne l'autorise pas moins que deux textes de 

(1) S. Hier.Ep. 2T. -- S. Greg. Nm. Or. 33. de NaUv. ChrisU.— 



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— 303 - 

TEcriture ; celai-ci dlsaie : Le bœof connaît celui à qui il 
appartient et Tane Vètable de son maUre. Et cet autre d'Ha- 
bacuc , selon led Septante : Voue serez vu entre deux ani- 
maux (1). La liturgie accueille elle-même cette tradition, 
au 4.^ répons des matines de Noël : prodige étonnant , 
6 mystère admirable^ que les animaux aient vu le Sei^ 
gneur nouveau-né gisan$ dans leur étable (2). C'est en- 
core par un beau texte liturgique de l'office de Noël 
que nous aimons à expliquer les anges adorateurs qui 
ajoutent à la grandeur de la scène et lui donnent un 
caractère tout divin. Le 3.* répons des matines dit à 
la Sain te- Vierge : Vous Vave» mis au monde, vous Vavea 
posé dans la crèche , et une multitude d'esprits célestes 
l'adore. Quant à Tétable elle-même , il était bien loisible 
à Tartiste , d'accord avec plusieurs graves auteurs (3) , 
de la montrer sous la forme d'une cabane en ruine, 



S. Greg. Nyss. de Ghristi générât. — S. Cyril. Gatech. IS. -^ S. 
August. Gontr. Jud. Gap. XIII. 

(1) Isaias, cap. I. -^ Habacuc, c. III. S. 

(8) Brév. Rom. -» Bréviaires d'Amiens antérieurs à celui de M. de 
La Mothe ( 1746 ). -^ Nous ne pouvons malheureusement puiser nos 
citation8> liturgiques qu'à la source des anciens Livres. Nos bréviaires 
et nos missels modernes, élaborés avec art et talent, mais en dehors 
de tous les principes qui devaient éclairer une réforme de ce genre, 
nous ont dépouillés d'une foule de prières antiques et vénérables, 
riches de faits traditionnels autant que pleins de piété et d'onction: 
et cela, sous le prétexte qu'elles n'étaient point les propres paroles 
de récriture; comme si la tradition n'était pas aussi de quelque va- 
leur dans l'église catholique, et le langage liturgique, sacré aus^ et 
inviolable à beaucoup d'égards! Mais nous touchons ici un sujet 
d'étude dont nous avons l'intention de nous occuper spécialement 
bientôt. 

(3) Gs. Luc. Brug. in S. L«e. c. II. 



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quoique d'aatt*6d souttetineiit avec plus de Traisemblance 
qu'elle était pratiquée éans le roc, et que pour cette 
raison St. Jérôme Tappelle un petit tr&u ian$ la têrrê , 
Ëusébe un antre, et le Ténérable Bède une aorte de 
caverne (1). 

22.*» L'ÉPiPHÀiiiE. — Quoique l*Etangile «kmne le nom 
de maison au lieu où le$ Mages venus de POrieni tr^m- 
vêtent V enfant avec Marie sa mère^ ce n*en eat pas 
moins Topinion commune des Pères que TétaUe fut Bn^ 
core le théâtre de ce noureau mystère. Elle présente 
ici Taspect d*nn palais ruiné dont les colonnes et les 
restes de TOnssure attestent Tancienne magniftcenee : une 
manraise charpente revêtue de chaume remplace les ar- 
ceaux et les Toutes pour abriter leç personnages. On n^y 
voit plus, ni Tauge, ni le râtelier, ni les deux ani- 
maux. La Sain te- Vierge assise tient Tenfant Jésus sur ses 
genoux* Les trois Mages auxquels Tartiste n'a pas oublié 
de donner Tinsigne de leur royauté admise par toute la 
tradition, Tenvironnent , portant dans de riches vases 
Tor, la myrrhe ei rencens. Déjà Tun d'eux se pros- 
terne et fait son oftrande que l'enfant Jésus reçoit. Il 
a déposé sa couronne à terre ; le second tient la sienne 
à la main, le troisième la garde encore an front. Le 
desrin de la planche IX. 2. nous dispense de parier des 
coatmiies ainsi que du flambeau sUnaié de St. Jose{A 
et de la ferme des vases renfermant les présents. Aux 
«cènes analogues peintes sur nos vitres du xiu.® siècle^ 
la Sainte-Vierge est couronnée en signe de la royauté 

(1) S. Hieron. epist. XLYI. de sanct. loc. n.<» 10. — Euseb. lib. 
III. de vitft Constant. — Bed. de lae. sanctls. c. TIII. 



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— 305 — 

qa*elle exerce en ce jour; St. Joseph ne parait pas, 
non plus que dans le texte sacré ^ peut-être par niystôre , 
8^il faut en croire certains commentateurs (1), et de peur 
que les Mag^s ne se scandalisent en le prenant pour 
le père de Tenfant quUls venaient adorer. Enfin , nos pein « 
tres-^yerriers n'ont jamais omis Tétoile comme il arrive 
ici à nos sculpteurs. Mat. IL 

23.** Le Christ révélé a Siméon. — Un homme juste 
craignant Dieu, nommé Siméon, qui attendait la conso- 
laHon d'Israël, apprend d*un ange, organe du Saint- 
Esprit, quHl ne mourra pas sans avoir vu le Christ du 
Seigneur. Le saint vieillard écoute, la tête levée et Tœil 
fixé sur Tapparition de Tauge qui a presqu 'entièrement 
disparu dans une mutilation. On ne saurait dire au cos- 
tume de Siméon si nos artistes lui ont reconnu la qua- 
lité de prêtre que quelques auteurs lui attribuent. Il 
consiste en une longue robe flottante à peine appliquée 
aux reins par une ceinture pendante ornée de boufiFettes , 
et une coiffure pointue qui n'est ni fendue comme la 
raitre, ni formée de couronnes superposées comme la 
tiare. 

Ce sujet qui se trouve à gauche de la scène de la 
Purification dont nous allons parler , avait pour pendant , 
à droite , la révélation faite à la prophétesse Anne de 
la venue du Sauveur , dont ii ne reste plus aucun ves- 
tige. Luc. IL 26. 

24.* La purification. — Le temps de la Purification 
étant accompli selon la loi de Moïse, Joseph et Marie 

(1) Cr. Maldonat. in Math. 

20. 



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— 306 - 

portèrent V enfant àJéruialêm afin de le présenter au Sei- 
gneur. Ils 80Dt dans le temple , devant un autel orné 
d*un tapis à doable rangée de franges, sous un balda- 
quin enrichi d'arabesques et sommé de petits génies ailés 
mêlés à des guirlandes. Siméon qui est aussi venu au 
temple , conduit par Veeprit de Dieu, prend lui-même des 
mains de Marie Venfant Jésue entre see bras qu^il a cou- 
Terts d'un voile par respect. Sa figure calme et sereine 
exprime les paroles de son beau cantique : Cest main- 
tenant. Seigneur, que vous laisserez aller en pai» votre 
serviteur, selon votre parole^ puisque mes yeuv ont vu 
le Sauveur ! Auprès de la Sainte-Vierge , St. Joseph Uent 
de la main droite une coii)eille dans laquelle sont les 
deuM tourterelles ou petits de colombes, o£Erande des pau- 
vres ; de la main gauche , il porte un objet qu'on prend 
au premier aspect pour le bâton qu'on lui voit d'or- 
dinaire, mais qui est bien réellement un glaive acéré 
sorti du fourreau. Serait^e un emblème de la prédic- 
tion du vieillard : Cet en fané sera en butte à la 

contradiction, et votre âme sera percée Sun glaiveP Parmi 
les quatre personnages, hommes et femmes, qui for- 
ment l'assistance , on reconnaît à la maturité de ses 
traits et à la gravité de son costume la prophétesse Anne 
qui, étant survenue, se met à louer le Seigneur, et à 
parler de lui à la jeune femme qu'on voit près d'elle 
dans le tableau. 

Les trois scènes de Noël , de l'Epiphanie et de la Pu- 
rification , que nous venons de décrire , présentent l'En- 
fant-Dieu entièrement nu : dans les mêmes circonstances, 
nos portails et nos vitraux du xiii.* siècle l'enveloppent 
de langes, l'enlacent dans des bandelettes^ ou le re- 
vêtent d'une petite robe. Luc. IL 27. — 38, 



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— 307 — 
Aa revers des sujets qui précèdent , du côté des Stalles : 

25.° Dàvio. — Prophète et roi comme le désignent son 
riche diadème et sa harpe harmonieuse , David se mon- 
tre en cette double qualité près de la scène qui vient 
cle nous occuper. Le prophète Siméon représente les heu- 
reux enfants de Dieu qui sont les témoins de raccora- 
plissement des promesses ; le prqphète David , tous ceux 
qui ont entendu la promesse d'un sauveur , mais qui sont 
morts j dit St. Paul, sans avoir reçu les biens promis 
de Dieu , les voyant seulement et les saluant de loin (1). 
D*un côté la vue par la foi seule ; de l'autre la vue 
par la foi et par les yeux. En la personne de David , la 
prophétie faite et reçue ; en Siméon , la prophétie reçue 
et accomplie. Ici Tattente et Tespoir ; là la possession 
«t la jouissance. Enfin Siméon «t David sont à la fois 
voix de Dieu qui annonce et voix de Dieu qui confirme 
la réalisation des biens annoncés, Tun demandant à^ 
quitter la vie parce que ses yeux ont vu, l'autre y 
revenant par une sublime évocation pour rendre hom- 
mage à la royauté dont la sienne n'était que la figure, 
et déposant pour cela à terre aux pieds du Christ divin 
le diadème de Juda^ que notre sculpteur a richement 
ouvragé. De plus, le Messie est révélé au juste Siméon 
sous le nom de Christ: il ne mourra pas , dit TEsprit- 
Saint, sans avoir vu le Christ du Seigneur, et c^est 
enccHre à ce titre qu'on lui associe celui des prophètes 
qui a prédit avec plus d'éclat le Messie sous le nom 
de rOiNT du Seigneur , et qui sacré lui-^méme de fhuile 



<t) Hebr. XI. 2, 

20. 



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— 308 — 

sainte le figura sous les nobles traits de Christ (1). Au 
témoignage des Pères , TEsprit-Saint n^entend pas moins 
de 3ésus que de David ces paroles : Tai trouvé DcÊvid 
mon serviteur et je Vai sacré de mon huile sainte (2). 
« Ce n'est pas seulement par ses oracles , dit le savant 
Huet, ni parce qu'il est né à Bethléem, que David 
est la figure du Messie ; tous les faits dont sa vie est 
pleine s'accordent à le montrer aux siècles futurs , comme 
le type le mieux caractérisé du Sauveur promis, surtout 
lorsqu'il fut sacré roi par Tordre de Dieu , et qu élevé 
en quelque sorte au rang des prêtres , il lui fut permis 
de manger des pains de proposition , joignant ainsi a la 
puissance du roi la dignité du prêtre (3). » 

Le pendant de ce [sujet, adossé contre la statuette 
de la prophétesse Anne , a disparu en même temps que 
cette sainte veuve. Ce devait être quelque personnage 
de Toncien testament, peut-être Salomou, ou mieux en- 
core Anne , mère de Samuel , figure de Marie la Vierge 
féconde , comme David Test de Jésus-Christ. 

Le montant de ce panneau offre encore plusieurs ni- 
ches sacrilègement dépouillées des personnages qui les 
habitaient. Il sera important et non impossible de re- 
connaître à Taide des textes sacrés et de Tusage qu'on 
en faisait au xvi.* siècle les sujets enlevés et la ma- 
nière de les rétablir. Nous pouvons désigner dès main- 
tenant : Tadoration des bergers, les Mages découvrant 
rétoile , ae mettant en route , paraissant devant Uérode , 

(1) P&. II. y. 2. - XVII. 51. - XIX. 7. - XXVII. 8. — 
LXXXIIÎ. 9. - LXXXVin. 39. 52. - CXXXI. 10. 17. 

(2) Ps. LXXXVIII. 20. 

(3) Veteris testameoti cum novo Paralldismus. Cap. CLXX. N.** 17. 



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— 309 — 

avertis par un ange de retourner par un autre ehemin. 
La Circoncision n^avait pas été omise non plus; nous 
en avons pour preuve un dessin levé il y a quelques 
années et encore existant. Ces conjectures s'établissent 
d'ailleurs sur la connaissance et par Tétude des sculp- 
tures analogues pour Tépoque et pour le choix et l'or- 
donnance des sujets. 

Panneau du soubassement de la pyramide, à gauche 
en entrant dans le choeur : 

26.° Massacre des innocents. — L'ordre donné par 
Hérode de tuer les enfants de deux ans et au-dessous 
dans Bethléem et tout le pays d! alentour y et l'exécution 
de cet ordre par ses barbares officiers , ont trouvé place 
dans un même cadre. Le tyran sur son trône, sceptre 
à la main, diadème au front, deux gardes debout à 
droite et à gauche , dit les paroles que TËglise lui met 
sur les lèvres (1) : 

Satelles, 1, ferrum râpe, 
Perfunde cunas sanguine. 

Le reste du tableau présente l'aspect d'une cruelle 
mêlée. Des soldats arrachent les enfants des bras et de 
la mamelle de leurs mères. Les mères disputent aux 
bourreaux leurs jeunes enfants et tombent sur leurs ge- 
noux avec tous les signes de la plus violente douleur, 
lorsque ceux-ci sont immolés et portés au bout des pi- 
ques. Les détails de ce panneau qui du reste est de 

(1) Brév. Rom. et Ane. Brév. d'Am. Offic. des S.^'Inn., Hymne 
des Matines, S." strophe. 



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— 310 — 

pIiM-franda dioieiiait^a q^e les autres, .00 pouveot guère 
être décrits mathéipatiqueineat , parce que bien quHla 
n'expriment qae deux passions , c^Ue de la haine et celle 
de Tamourv ils sont très-multipUés et offrent des con- 
trastes trop frappants et trop énergiques et des situa- 
tions trop difficikis à analyser. Il suffit de dire que les- 
dix^neuf personnages qn'*on y compte ont tons leur ca- 
ractère particulier , leur mouvement et leur yie. Le cos- 
tume des soldats consiste en d'épaisses cuirasses, ou en 
des justaucorps tailladés ; celui des femmes en de lon- 
gues robes presque toujours tailladées aux manches, 
échancrées sur la poitrine , et des coiffes très-yariées^ 
pour la forme. La partie supérieure du trône d'Hérode , 
est ornée à droite d'un petit génie, joueur de flûte f 
à gauche d'un tambourin ; au milieu , d'un ange qui 
Uent dans ses mains une tète d'enfant. A côté du trône, 
s^ouTre une fenêtre à laquelle se montre un curieux. 
Au loin , au-dessous de la seène du massacre, la porte 
de la ville de Bethléem. Matt. II. 16. 

Le même sujet, au xiii.^ siècle, comporte moins de 
détails, sans être moins complet; le cartouche du portaik 
où il a trouvé sa place, comme ici, dans l'histoire de 
la mère de Dieu ,. ne nous montre qu'un seul soldat 
poursuivant l'épée haute une femme qui porte son en- 
fant sur le bras gauche; derrière lui, une autre mère^ 
à genoux inonde de larmes la tête de son jeune fils, 
détachée du tronc qui git près d'elle; c'est le pathé- 
tique joint au terrible. Les mêmes sentiments sont ex- 
primés d^une ^autre manière dans la peinture sur verre 
de la fenêtre 87*. Deux jeunes enfants pendent par Les 
pieds aux mains des soldats qui les ont décapités. Le 
sang ruisselle sur la chair de l'un d'eux dont on. yjol^ 



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— 314 — 

la tète et une main égdement «an^antes roulant à 
terre. A gauche dans un lit , une mère et un enfant , 
celui-ci endormi, ceUe*la voilant gur lui ayec un sou- 
rire d'amour, et encore ignorante du danger. Peintres 
et sculpteurs, comme on rmt, ont été bien inspirés par 
leur sujet et par le texte si poétique du prophète qui 
le résume : Une voi^ a retenti dans Rama ; on y a en- 
tendu les cris mêlés de plaintes et de soupirs de Racket 
qui piewre ses enfants, et ne f^eui pas recevoir de con- 
solation parce qtCils ne sont plus, Jér. XXI. 15. 

Haut--dossier de la stalle-maîtresse du côté gauche: 

27.<» La fuite en Egypte. — Joseph s^ étant levé, prit 
V enfant et sa mère durant la nuit et se retira en Egypte 
selon Tordre de Dieu. La Sainte-Vierge montée sur un 
âne porte , enveloppé dans des langes et dans les plis 
de sa robe , le dirin enfant Jésus. St. -Joseph raccom- 
pagne, le capuchon sur la tête, le bâton sur Tépaule. 
Son attitude et son regard disent sa tendre et inquiète 
soyicitude. Le visage de Marie est plein de calme et de 
confiance. Sur le sol, des arbres et des animaux na- 
turels à rEgypte ; au loin , en perspective , la petite ville 
de Nazareth véritable miniature où trouvent place les 
murailles crénelées , les portes , les tours , les clochers 
et les maisons : La patrie et Fexil en regard. St. -Joseph 
n^est pas ici, comme souvent ailleurs, muni de pro- 
visions de voyage. Au portail^ il tient un large pain 
sous le bras ; au vitrail de la fenêtre 103/ , les vivres 
enveloppés dans un linge pendent au bout du bâton qu'il 
a sur Tépaule. Matth. II. là. 

28.« La chute des idoles en Egypte. — Au dix-neu.- 



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— 312 — 

yicme chapitre de son livre , Isaïe prophétise aiji8i : Voici 
que le Seigneur est porté sur une nuée légère , il erUrera 
en Egypte , et en sa présence les idoles de l'Egypte se^ 
ront ébranlées, a L*oraele s^est yérifié à la lettre , dit 
Eusèbe (1), lorsque le Seigneur Verbe de Dieu habita 
ce pays, à Tâge de renfauce... Alors, les esprits pei>^ 
vers et impurs qui infestaient TËgypte ^ cachés depuis 
des siècles dans des statues d'idoles ei subjuguant Vkme 
des Egyptiens à la tyrannie de toutes les superstitions « 
sentirent qu'une puissance inconnue . s^était -approchée 
d'eux , et aussitôt , ils furent ébranlés. » Sozoraène ra- 
conte aussi qu'à Tentrée de Jésus-Gbrist en E^pte , toutes 
les idoles furent agitées, selon la prophétie dlsaïe (2). 
Eyagrius dit positivement : Nous avons vu le temple 
même où Toii assure que toutes les idoles , à la pré- 
sence de Jésus- Christ , ont été renversées et brisées (d), 
« Quel est le juste, dit St.-Athanase, quel ^st le roi, 
autre que Jésus , dont la venue en Egypte a f^it crou- 
ler toutes les idoles (4)? » Fuyez, divi^ Sauveur, s'écrio, 
Origène , fuyez en Egypte, afin que les Dieux , ouvragées 
de la main des hommes , périssent , et que leurs in- 
fâmes idoles soient détruites et brisées (5). » Ces tradi- 
tipnç appuyées , selon le savant BaroniuiS (6), sur des, 

(1) Dem. Evang. llb. VI. cap. aa. 

(2) Hist. Ecc. lib. V. cap. 20. 

(3) Vit. Pair. lil). II. cap. 7. 

(4) Lib, de Incam. 

(5) Hom. III. in Divers. 

(6) Ann. Eccl. an. 1. — Cs. Billuarl de Myst. Christi. Diss. V." 
art IV. 



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— 313 — 

autorités irrécusables , ont été recueillies avec respect par 
le rooyen-age^ à la gloire de Jésus-<Ihrist. Le xui/ siècle 
les sculptait au portail de la Mère de Dieu, et le xvt^ 
les répétait sur le^ bois de nos stalles. Ici, vous voyes, 
au milieu de la campagne, deux minces colonitea anne- 
lées ou piédestaux , portant chacune à leur somnet uAe 
petitç ^ta^uette nue , figure de ri4ole , qui tombe à la 
renverse et se brise. La ville d'Hermopoli» où quelques 
uns disent que cet ipiracle arriva, s'^ève à rhorifton. 
Isaîe XIX. 1 . 

29.*» JOSBPH AVBRZf. DB QUITTER l'EgYPTE. -^ G*est aU 

milieu des champs quie Joseph se repose endornâ^ les- 
mains appuyées sur son bâton, la tète enveloppée du 
camail et légèrement inclinée. Un petit ange desCeÀdabè 
de la nue qui occupe la pointe de Tog^ve, lui dit : £^e*- 
toi,, prends l'0nfatià H sa mère , et va en la terre d'Iê^ 
raêl } car ceuw qui ~ cherchaient, l'âme de l'enfant sonà 
morte. Ce sujet pouvait être pris pour ravertissement 
donné à Joseph de fjtUr en Egypte , et nous Favions ainsi 
jugé d* abord ; mais en observant que Joseph est en tenue 
de voyageur, que Tapparition a lieu après le massacre 
des ifmocents , et dans la campagne , il nous a paru 
plus probable qu'il is'agissait de Tordre donné en Egypte 
de retourner à Nazareth. Matth. II. 20. 

30.** Figures et prophéties. — Nous plaçons sous ce 
titre Texplicaiion de quatre personnages peu caracté- 
risés, qui se lèvent au-dessous des sujets précédents 
avec lesquels ils sont en rapport, deux par leur geste, 
deux par leur lambel. Abraham figure Tentrée en Egypte 
que prophétise ïsaïe. Au père des croyants aussi bien 



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— 344 — 

qa^aa père de Tenfaiit , Dieu a dit : Sortes de ffoire 
maison et venez en Im terre que je voue numtrerai ; et 
Abraham deecendii en Egypte , preseé par la famine, 
comme plus tard Joseph et sa famille, pressé par la 
persécution d'Hérode. Isaîe se tovrne Ters lui et sem- 
ble dire : Le Seigneur montera sur un nuage léger, eê 
H entrera dane V Egypte. De Taiiire cèté^ Moïse annonce 
en sa personne la sortie d^Egypte qa'OsÉE prédit dans ses 
livres. Moïse auquel échat la mission de délivrer et de 
tirer de VEgypte le peuple tTIsraël figure de Jésus- 
Christ ; Osée, dont St. Mathieu précise lui-môme Toracle , 
et qui voyait en même temps , d^ St. Jérôme , le peuple 
de Dien et le fils de Dieu , lorsqu^l chantait : J'ai rap- 
f»lé mon filé d'Egypte! (1) Le vêtement orné, frangé et 
étoffé des deux Patriarches contraste avec la robe unie 
que portent les deux Prophètes sous un simple manteau 
relevé avec grâce sur le bras. Gen. XII. 2,— iO. — 
Isaïe, XIX. 1. — Exod. VIL 4. — Osée, XI. 1. 

PHier montant , à droite de la stalle , dans une niche 
faisant face au chœur : 

31.° Le voyaqe de Jérusalem. — Le père et la màtce 
de Jésus ji dit St. Luc , allaient tou^ les ans à Jérusalem , 
aux solennités de Pâques : Et lorsqu'il fut âgé de^ douane 
ans, ils s'y rendirent^ selon leur coutume, au temps de 
la fête. Gç pieux pèlerinage de la ville sainte est pro- 
bablement le motif de ce groupe qui représente la mt^r e 
de Dieu conduisant par la main TEnfant^ésus , dont U 
taille indique bien Tâge de douxe ans. Marie le regardo^ 

(1) Cs. Maldon. in Math. -. Sary» ibid. 



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— 315 — 

a¥ec teoâresae; lui^mâne se retoucae vers elle mweo m» 
air de boaté filiale et. diTine* L'auguste vierge porte «on 
irâtement aeco.utamé qu'elle reUve de la main droite^ 
comnie pour aider sa marobe; Jésus est habillé d'une 
petite tunique serrée aux reins par une cieinture. Sa 
tête s'appuie sur un nûfibe que l'artiste n'a pas timbré 
de la croix 9 bien qu'il n'ait pas du ignorer la presorip^ 
tion de Durand de Mende , dans son BaHanal des dinins 
offces : « Les saints sont représentés , dit-il , la tète oeinte 
» d'un nimbe ou couronne ; mais la couronne de Jésus- 
» Cbrist se distingue de celle des saints par la figure 
» de la croix (1). » St. Joseph qui suivait la Vierge ws^ 
cnpait sans doutp la niche voisine , aujourd'hui dépouil- 
lée. Luc. IL 41. 42. 

Panneau dn bout des stalles basses ^ à dmite io. pas- 
sage £ : 

S2.*> Marie recouvrant Jésus. — Quand les j.9urê de 
la solennité furent passée ^ Marie et Joseph s* en retour- 
nèrent à Nazareth , et Jésus demeura dans Jérusalem sans 
que son père et sa mère s* en aperçussent. Nous voyons ici 
que trois jours après, ils le trouvent dans le* temple, 
assis au milieu des docteurs. Jésus domine la scène , sur 
un siège élevé à accoudoirs et à dossier surmonté d'un 
baldaquin. Sa figure est celle d'un jeune homme de 
douce ans ; sa tête est couronnée d'un nimbe non croi- 
setté. Il nous est montré ^ comme dans le texte sacré, 
écoutant et interrogeant les docteurs. Ceux-ci assis autour 
de lui sur des sièges inférieurs, ont tous des livres ou 

(1) Rationale divin. Offic. lib. L de pictoris , etc. etc. fol. VIU ei 
$e((.» Argentin. 1496. 



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— 316 - 

des rouleaux en mam et sont yraiment ravU de sa sa-- 
^êêe et de êee rSpon$e$, Derrière^ aux fenêtres des ga- 
leries , paraissent la Sainte-Vierge et St. Joseph d'un 
côté et plusieurs personnages de Tautre. S. Luc. IL 
43--48. PI. X. 

En plaçant TËnfant-Jésus sur une sorte de trône ^ 
Tartiste a plutôt consulté la dignité du divin docteur 
que la yérité historique. Il résulte , en effet , tant de 
rEyangile que de Texplication des interprètes, que Jé- 
sus-Christ prit au milieu des docteurs non l'attitude et 
le rang d'un maitre, mais la place et la tenue mo- 
deste d'un disciple. Ce n'est pas nous, cependant, qui 
oserons reprocher au compositeur d'avoir é-levé nos idées 
et fait briller un reflet de la gloire et de Tautorîté de 
Dieu dans la personne de l'enfant qui , en cette solen- 
neUe circonséance , s& montre yraiment le fils de Dieu. 
Cette manière de faire poser Jésus-Christ en face de la 
Synagogue était commune au xvi.* siècle. Nous la re- 
trouvons aux beaux vitraux de Roye en Picardie où ce 
sujet semble traité d'après les mêmes cartons que nos 
stalles , tant il y a de ressemblance , disons plutôt d'iden- 
tité, dans l'ordonnance et dans les caractères. C'est du 
reste un des plus beaux fragments de ces remarqua- 
bles verrières. 

Au portail de la Mère de Dieu, le divin enfant s'as- 
sied plus humblement parmi les docteurs sur un simple 
escabeau ; mais il n'en est pas moins , par l 'attention 
qu'il attire, le centre véritable du groupe; il tient uu 
livre ouvert sur ses genoux , et son nimbe , exécuté 
selon les règles de l'art chrétien , est marqué de la croix. 

33.« Retour a Nazareth. — Jésus , Marie et Joseph sont. 



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- 347 — 

sortis da temple. Mon fiis, dit la Vierge , pourquoi ortfs* 
vous agi de la aorte avec nous F VoUà votre père et moi 
qui vous cherchions tout affligés. Jésus répond : Pourquoi 
me eherchioM-iJOus P Ne savies-^vous pas qu'il faut que je 
sois occupé à ce qui regarde le service de mon père F 
G*est sans doute pour mieux faire entendre que la sainte 
famille retourne à Nazareth que Ten tailleur a présenté 
ses personnages, et surtout Tenfant Jésus ^ tournant 
presque le dos au spectateur. Ils marchent en effet vers 
la yille, quW découvre en face. Cette fois, le xvi.^ 
siècle n'a pas omis la croix traditionnelle du nimbe di- 
vin ; mais il n'a pas trouvé bon de copier sur le xui.* 
le trait de piété naïve que présente la même scène de 
notre grand portail d'Amiens , où Ton voit Joseph , mar- 
chant le premier de la sainte famille, tenir dévotement 
les maii^s jointes avec un air de recueillement et de res- 
pect profonds, touchant témoignage de sa foi et du 
prix .qu'il attache au bonheur dont il va jouir, en son 
obscure retraite , dans la compagnie d'un Dieu ! Lue. 
n. 48—61. 

Zlk,^ Un prophète. *- Entre les frontons en accolade 
des deux cadres dont nous venons de décrire les su- 
jets , le vide est rempli par un personnage assez peu 
caractérisé, vêtu d'une simple tunique flottante, que 
nous prenons pour un prophète. Il occupe une place 
analogue à celle de Balaam dans le panneau n.<* 7. Ne 
serait-ce pas l'auteur du livre des Cantiques prédisant en 
ces termes la perte et le recouvrement de Jésus P- J'en 
cherahè durant la nuit celui que mon cœur aime , je l'ai 
cherché et je ne Voii point trouvé. Je me lèverai , je par* 
courrai la ville , je chercherai dans les rues et sur hs 



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-- 518 — 

pktê0ê puhHqnes celui qui eêt le bien-aimé de mon âme, 
J*m iroweé celui ^'aimè men âme, je Vùi arrêté et je 
ne le Imseerai point aller. Gant, àm eant. III. 3. 4. 

Sur le rampant des ogives , planeurs an^^es mudeien« 
chantent la joie de ce mystère. Les iastruments s(mt : 
le triangle , la longue trompe , la flûte , le tambour , 
Torgoe à clarier , la guitare , la harpe et le yiolon à 
trois cordes. Dans rintérieur du fronton-ogiYe, des en^ 
ftmts jouant easemUe. 

35.<> Les noci» db Ginâ. -^ Une Icmgue table sfden^ 
dideraent servie oecupe toute la largeur du pMinefln. 
L^épousée tient le milieu , en avant d'un riche dais dont 
les rideaux sont relevés de chaque côté, et attachés à 
des boutons fixés dans la boiserie. EMe est parée d'uae 
couronne de diamants, d'un collier 'de brillants, d^une 
riche ceinture dont elle tient rextrémité dans ses mains; 
ses cheveux flottent sur ses épaules. Près d^elle, une 
fonme voilée et âgée qui parait être sa mère lui porle 
une main sur le bras. A gauche de la mariée , la Stfkite^ 
Vierge, la tête couverte d'un voile et très-simplement 
vêtue , écoute on serviteur qui en se découvrant et lui 
touchant T^ule vient lui annoncer que le vin manque. 
A la suite, à cèté de sa mère, Jésus-Ghrist, une main 
tsontre son cœur, l'autre abandonnée sur la table, les 
feux tournés vers les grandes urnes de pierre, dit au 

^rviteur : Emplissez d*eau les vases puisez mainte^ 

nanê et portez-en au maitre d*Mteh Le serviteur se penche 
vers les urnes et tient sa main sur le bord de la table 
«€ sa tête levée du côté de Jésus dont il écoute les 
ordres. A Textrémité de la table, le maître d'hôtel ayatU 
tgoAté Veau changée en vUi dit à Tépoux qu'on voit prés 



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- 3id — 

ie lui ; Tout homme sert â^abord le bon vin , et après 
qu'on a beaucoup bu, il en sert de moindre; tnais pour 
vous, vous avez réservé, jusquà celte heure, le bon vin, 
Jean. IL 1.--9. 

Sô."" Marie aux prédications de Jésus. — Pendant que 
Jésus enseigne ses disciples et le peuple dans un inté- 
rieur de maison 9 sa mère et ses frères étant venus se 
tiennent dehors cherchant à lui parler. Un homme du 
peuple s'adresse à la Sainte-Vierge , par la porte qui 
est entr'ouverte , tandis qu un autre dit au Sauveur : 
Voici votre mère et vos frères qui sont ici et vous de^ 
mandent, Jésus étendant la main vers ses disciples : 
Voici, dit^l, ma mère et mes frères; car quiconque fait 
la volonté de mon père qui est dans les deux, celui-là 
est mon frère, ma sœur et ma mère. Les membres pré- 
sents de la famille de Jésus doivent être outre la Sainte-' 
Vierge sa mère : Marie femme d^Alphée, Jacques le 
mineur, José et Judde. On distingue le peuple d^avec 
les disciples à la différence de leurs vêtements : Tariété 
et bigarrure d'un côté , simplicité et uniformité de l'autre. 
Le Sauveur du monde est seul Têtu d'une tunique flot- 
tante sans ceinture , la tête et les pieds nus. La planche 
XI.* parlera pour nous de la richesse des détails d'or-* 
nementation, de Toriginalité des costumes, de la va- 
riété des poses et des figures , et de Theureuse disposi- 
tion des groupes. Math. XIL 46. 

Panneaux de la montée G : 

37.^ Lb grik:ifiem£NT. — Le Sauveur couronné d'épines, 
dépouillé de ses habits et les mains liées en avant , at-' 
tend patiemment assis sur la croix étendue par terre. 



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— 320 — 

qoe Tan des bourreaux ait achevé d*en perforer les 
bras ayec une tarière. Du milieu des gardes ou soldats 
armés de piques et d*épées , un officier ciril s'adresse 
à Jésus-Gbrist , et tient en main un rouleau qui doit 
être ou la condamnation , ou l'inscription destinée à oc- 
cuper le chevet de la croix. Les casques plats et les 
fortes cuirasses , ainsi que les habits tailladés , font par- 
tie du costume des soldats et des bourreaux. Celui qui 
perce la croix a la veste courte accrochée à la trousse 
par des cordons, les manches retroussées pour mieux 
remplir son office, et un grand air de parenté avec 
Vesécuieur de la cour de Pharaon qui joue un rôle si 
odieux dans le supplice du pannetier de ce prince (i)-. 
Homme accoutumé au métier, il est impassible, tandis 
que la physionomie des gardes , avides du sang divin qui 
va bientôt couler, s^anime d'une joie féroce. On voit à 
terre un marteau, des clous et des tenailles. Dans la 
partie supérieure , la porte et le mur d'enceinte de Jé- 
rusalem. 

Des quarante-six tableaux consacrés à Thistoire de la 
Sainte-Vierge, celui-ci est le second où elle ne parait 
pas. Son absence ici comme au Massacre des innocents 
peut s'expliquer par une raison analogue puisée dans 
la tradition. Elle rapporte qu'au moment affreux du 
crucifiement de son fils , St.-Jean , Ste.rMadeleine et les 
autres femmes entraînèrent cette mère désolée , h quel- 
ques pas de là , dans une espèce de grotte creusée par 
la nature. « Près de l'endroit où la main des bour- 
» reaux attacha notre Sauveur à la croix , on voit en- 
» core , dit le baron de Géramb , une chapelle dédiée 

(1) Voir pag. 211 et pi. V. 4. 



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— «1 — 

il à Ni^tre^Dafne^des-Doulimr». Ce fut en c^i etidi^it titte 
» la ^linte^-Vierge se retira pendant les apprêts «Hh^ 
» glants du supplice de «on fils. (1) «» Voioi la Vèi^sioh 
d'une anetenae légende (2) : Sêhn nûôumfê Métèif^, quum 
4b «ry fut »f» la eiéé que on tnmoit Jhéènê inoufit , sa 
gloriêuie mère qui jms ne VcHeoU êublié yièy JiùYé de la 
-eité et quant elle vint en la montaigne du Calvaire et 
elle vit eon enfufU tout nmd : Elle êailli en a^mnt et luy 
miei mig queuvreokief eiiiùur see rmne et moult iéHdre- 
mtmê commença àplourer et en ei gtant hahéHiéMé etie 
isepanioit ees lermeé que eeê jfèula sènihloietit fontaines 
renêdnè eat^ tontiHuellëmènt. Doncquée leè Jttifk véane 
qu'elle tie ée ifoUÎOit départir de son enfant, 4hoUft fèl- 
lOHHmiêèment arrière la boutèrent et qt^ànt la damé irit 
4fMè rudOàiè ètle chef pa$*$ée. 

Le tutùiè ttiannscrit fait Meâllon d'uâe etfèonstatieè 
qai a été reproduite dans nôtre cadre, è'est que Vmi- 
traînent du suppliée fut percé d^atance aut endroits où 
dévttient être douéci les lUains et leé piècls dé Jést^s*^ 
Chrîêt « Que lOê Juifs miêreiti notre Sauveur en là croitt, 
éHont aUètàneê h^etoireë q^ , par-devant ce , Hz û^iM 
pêriuUé la trèli» eu lieu ou ilii dévoient ctouér leè piet 
9i leè nMiis ; d&nt ilsi dv&ieiit perde leê periulié dès m^ifèê 
H loirtf VUHg de Vautre, quant ils eurent cloûS Vung Jbk 
mains Ha itè peuTèni advenir h Vautré periuis. AdoHcque» 
Oëlàn léè hiètoirèe ih pTindréM proeées Oordee eiïuif UkTent 
a»» braè et têllêMeni tii^èht qàHl éenim&H qu'es dèUêimt 

(1) f élériltage à Xéi^bsai^ et aii niofit ^n^. 

(a) te. de noire biblioth. , ayant pour titre : Listoire de la pas- 
sion }^otre Seigneur JhesUs-Crist le henoist fttz de Dieu et de glo- 
rieux yie¥gè Jlla/tV. tet. în-fol. it.* sîêdè. fôT. LXT. V-. 

21, 



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— 322 — 

deêâirer le corps y et adoncques les vaines des btas se 
rompirent. Et quant ih eurent tant tiré que la main fui 
au droit du pertuis , Hz fichèrent gros cloua de fer parmy 
ses précieuses mains et parmy ses piez. Les cordée que 
Fun des personnages de notre tableaa porte en ban-^ 
doailière penvent servir à rappeler ce dernier fait. 

38.® Marie au pied de la croix. — Jésus crucifié entre 
les deux larrons incline la tète à droite , du côté où 
se tiennent sa mère, et la sœur de sa mère, Marie 
femme de Cléofdias et Marie Madeleine, Il voit sa mère 
s^afiFaissant sous le poids de sa douleur, et près d'elle le 
disciple quil aimait. Celui-ci prend soin de la mère dé- 
solée, et reçoit en môine temps le précieux testament 
du fils qui expire : Mon fils ^ dit le Sauveur , voila 
VOTRE mère. Marie Madeleine que Ton distingue à sa 
coiffure plus ornée et à Texpression d'une douleur plus 
véhémente lève la tète et les mains vers là croix. A 
gaudie sont les soldats dont Tun , appuyé sur son bou- 
clier et gesticulant d*une main , blasphème : J7 a sauvé 
les autres et il ne peut se sauver lui-même. Les fidèles 
à droite de la croix , les infidèles à gauche : c'est plus 
qu'un beau contraste. Nous y voyons à la fois la Sy- 
nagogue répudiée par le mépris qu'elle fait du sang ré- 
pandu pour tous les hommes , et TEglise enfantée de ce 
même sang , sur le lit où Dieu meur^ : les pédieurs qui 
crucifient de nouveau le fUs de Dieu et VewposeM h tigno- 
minie , selon Texpression de St. Paul, et les justes qui 
souffrent avec lui , pleurent encore plus le «péché que 
ses douleurs, et accomplissent en eux ce qui manque à 
sa passion : les élus enfin et les réprouvés que ce même 
Jésus , au pied de cette même .cjrpix alors plantée sur le 



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— 323 — 

«enil de l^éternel séjour , séparera les uns des autres , 
eèmme un berger sépare les brebis cTaveo les boucs , p/a- 
çani les brebis à sa droite , et les boucs à sa gauche. Et 
partout , au Calvaire , dang TËglûe , au Jugement final , 
Marie est la première entre les fidèles , Marie leur mo- 
dèle , leur avocate et leur mère. Nous regrettons qu'en 
vue de tous ces titres notre imagier ne lui ait pas donné 
dans ce tableau une contenance plus ferme , d'autant 
plus que l'Ecriture la lui suppose : Stabat Mater, dit 
St. Jean. « Elle se tenait debout pleine de force et 
d'intrépidité, ajoute St. Ambroise, alors même que les 
hommes avaient peur et fuyaient. (1) » Le xiii.« siècle 
ne fakût pas cette faute ; nos portails et nos vitraux 
comprennent la Vierge , non comme une femme cruelle- 
ment déchirée dans ses entrailles de mère et moins forte 
que la douleur, mais comme la fille du Très-Haut , la 
mère des hommes et de Dieu , la coopératrice de la Ré- 
demption , offrant Jésus-Christ de la même manière que 
Jéaus-Christ s'o£Fre lui-même , parce qu'elie le veut ; ils 
la moutrent au pied de la croix , droite et ferme aussi 
bien que St. Jean. C'est encore par un trait plus éner- 
gique et plus saillant que les peintres et les sculpteurs 
d'un âge plus ancien proclament , en ces mêmes circons- 
tances, ridée delà substitution d'un peuple à un autre 
peuple, de la ruine et de la résurrection de plusieurs, 
réalisée par la croix ; ils font de la Synagogue une 
reine, deTEglise une autre reine qu'ils placent à drc»te 
et à gaoebe du Sauveur mourant ; la première aveugle , 
dépoiâUée, maudite; la seconde puisant la vie au der- 
iûer souffle de sou époux, et triomphant par sa défaite. 

(l) LIbr. de Iiwttl. Virgin, cap. VIII. 

21.* 



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— 324 - 

Nos artistes réservent aussi une plaee dans leur œnvre 
à la Synagogue et à TEglise, maiso^est ailleurs et dans 
d'autres vues; n'anticipons pas. 

Sans préèendre aborder , encore moins résoudre , toutes 
les questions qui se rattachent aux divers BHides de 
crucifixion adoptés par les arts au moyeiw- âge , nous 
ferons remarquer qu'ici la croix peu éleyée ne dépasse 
pas de beaucoup la taille de Thomme; que la partie 
transTersale sur laquelle les bras de Jésus-Christ s'éten- 
dent horizontalement^ égale presqu'en longueur le mon- 
tant prinoipal , et que celui-ci n'excède pas la trayetse ; 
de manière que la forme répondrait précisément à celle 
du T, si ce n'est la tablette de Tinseription qui est au*» 
desmis. S. Jean. KIX. 2&-*-27. 

39«^ Lk DCSCBNTB DK Giioix. '^ L'ËTaugièe ne ^ pas 
que Marie , St. Jean et les saintes femmes reiiiplîveat 
avec Joseph d'Artmathie le devoir de descendra Jéa«s 
de la croix , «aais les traditions ne laissent aitcun dowte 
a ce svget , et c'est aussi l'avis de tous les mommicints. 
Sep(b personnages entrent dans U composition do notre 
groupé : Notre^igneop qu'on descend de la croix dans 
un Unoeul ; Joseph d'AcMMièhle , sur Téchelle , r^enant 
le corps; Nicodème, au bas^ le reeevant^ à que&ques 
paa« Notre-4)ame, les mains jointes, dans l'attitude de 
la douleur) St. Jean qui la soutient en même tetnps 
qu'il suit des yeux les actions des. autves disoiple»; la 
Madeleine saisissant avec aowur la main pendttote du 
Sauveur ; et enfin , Marie de Gléopiias. La* pose^ le çih 
raetère et le costume varient suivant l'âge; la quaiM 
et les fonctions. Dans l'expression de la douleur, les 
artistes ont évité avec le même suocès k séch^i^efse et 



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la firoMeur, l'exagéré et le faux. Mare, XV. 43.-«*47. 

40.^ La «ÉPULTOïK. — Il est peu de mystères , pami 
eeux de la Tie de Jésn^-Christ et de sa sainte nère, 
que la déTotion des peuples ait affeotioiuiés eomme ee- 
lui*ci, du moins dans nos contrées L'esprit qui jadis 
airail poussé les peuples à marcher à la conquête du 
Tombeau de Jésua^hrist n'avait pas cessé son aoticm 
au r?.* siéde et au xti*. Ce que la Taillante épée des 
ayeux arait gtori eu a eme nt défendu, le ciseau des en* 
fanta aidait à le reproduire , leur piété à Thonorer. La 
patrie de Fap^tre des croisades , de Pierre THermite , ne 
pouvait que s'associer avec entbousiasQie à ce mouve- 
ment, si toutefois eHe ne Tavatt pas elle-même provo- 
^fué. Les TambeatM^ de St. Germain d'Amiens, de St** 
Sépulcre d*ÂbbevMle, de St. -Sépulcre de Montdidier, de 
Sl.-Mar^ de Doullens, de St.-Denis d'Akaînes, sont 
eaatre mille autres, les plus remarquables de notre Picar*- 
êie. Hommons aussi celui des SliAea : On y voit Marie , 
lea diseqiles et les saintes femmes rangés spatour du corps 
inanimé du Sauveur. Joseph et I^icodème le tiennent, 
Tun à la tète , l'autre aux pieds,, enveloppé dans des 
li m oHi U a/mo deê aromate* êeUm la mamère d'ensevelir des 
JmifSi et Ir déposa dams un êèpuiore qui n'a pas emr- 
emre servi* La Sainte-Vierge penchée sur le corps de son 
fib et aoaitenue par St. Jean annonce encore une in-^ 
consolaMe douleur. Deux autres femmes, u chaque ex- 
trémisé du lonadwaUf se lamentent, tandis qu'agenowîl- 
lée eo avant , Marie-^Madeleine entr'ouvre une cassolettei 
St. Jean, XIX. 40. 41. 42. 

41. *» Apparition a Mar» djb Jésus eessusckcé. — Nous 



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— 326 — 

arriTons aux mystères glorieux. À peine sorti d« tom- 
beau , le fils veut combler de joie le cœur de sa mère 
qu'au jour de ses humiliations et de ses souffrances , il a 
navré de douleur. Il la favorise de sa première apparition. 
La tradition , constante et universelle sur ce point, sup- 
plée au silence de TËvangile (1). Jésus-Christ surprend la 
Sainte-Vierge dans son oêtel, à son prie-Dieu devant mn 
livre ouvert, au moment où , s^abandonnant à ses ardents 
désirs, elle s*écrie :... Mon irè»-eher fil», tu disaies gwe 
tu ressusciteraies au tiers jour, et a»mnt hyer fut le tris" 
mmer jour de ténèbres et de douleurs, flein d'obseurM; 
uton filn , aujourd'hui est le tiers jour. Doncques retourne 

à moi Mon fils, ne demeure plus. Notre-Sdgneur, 

à demi veséu de robe blanche, le visage eler y glorieux ^ 
et très joyeum et lie* 9 lui montre ses plaies enccnre ou*» 
vertes et disi ainsi .* Sainte mère de Dieu te salue. La 
Sainte-Vierge se retourne et dist : Es'tu mon filzP Une 
perspective bien ménagée &it vmr le fond de Tappar- 
tement, Tescalier en spirale dans Tangle, et une fenêtre 
à côté. Istoyre de la passion nostre Seig^ur , fol, 
LXXXL r.o 

4%.* L'Ascension. — Notre-Dame et les disciples réunis 
sur la montagne des Œiviers qui s'élève au centre du 
tableau , regardent encore le nuage lumineux dans le- 
quel Notre^ Seigneur , dont on ne voit plus que les pieds 
et la frange de la robe, est enlevé au oiel. Tous sont 
tombés à genoux et Vadorent , comme le rapporte la 
légende diaprés l'évangile : Quant Notre-Dame et les dis^ 



(1) Cs. S. Ambr. lib. IL de Virg.— Rup. Mb. VU. de dir. offic. 
- Baron. Ann. eccl. ann. 34. $. 183. 



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— 327 — 

ciples le virent partir , ils ê'agenouillèreni trestous et No- 
tre-Dame luy dist : Mon fUz êouveigne toy de fiwy, Vetn-- 
|Hreînie des pieds du Sauveur a été figurée au aonmiet 
de la montagne, pour se conformer aux tradition^ des 
anciens et aux témoignages des voyageurs qui assurent 
que ces vestiges sacrés y demeurent , sans pouvoir être 
effacés (1). Voici les paroles de St. Jérôme ou de Van- 
teur du livre des. JUeus saints qu'on trouve parmi ses 
œuvres : « Le mont des Oliviers , situé à TOrient de Jé- 
rusalem dont il est séparé par le torrent de Gedron, a 
conservé jusqu'à ce jour la marque des derniers pas du 
Seigneur , et quoique la poussière de ce sol sanctifié soit 
continuellement recueilUe par les fidèles , les sacrés ves« 
tiges n'en reprennent pas moins sur le champ leur pre^ 
mière figure. » De nos jours, M. de Chateaubriand n*y 
a plus découvert que l'empreinte d'un seul pied : « On 
fait encore une cinquantaine de pas sur la montagne , 
dit l'illustre voyageur, et Ton arrive à une petite mos- 
quée de forme octogone , reste d'une église élevée jadis à 
l'endroit même où Jésus-Christ monta au ciel après sa 
résurrection. On distingue sur le rocher l'empreinte du 
pied gauche d'un homme, le vestige du pied' droit s'y 
▼oyait aussi autrefois : la plupart des pèlerins disent que 
les Turcs ont enlevé ce second vestige pour le placer 
dans la mosquée du temple ; mais le père Roger affirme 
positivement qu'il n*y est pas. Je me tais , sans pour- 
tant être convaincu, devant des autorités considérables. 
Saint Augustin , Saint Jérôme , Saint Paulin , Sulpice Sé- 



(1) Cs. S. Aug. Tract. 47 in Joann. — S. Paul. Nol. epist. XI 
ad Snlp. Sev. — Y. Beda, de lods sanctis, 7. — Baron, ad ann. 
34. n.o 232. 



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— 3» — 

aiH)kll8 c^ mod^r^ea a««ur«ii^ ^u^ cette tra^ç «GMirqiiet 

en ^ opp^Ln qu€i le S^i^yeiir av^U le vis.a^ loomé vewk 
le iHMrd 9i| momeat cte soi^ A^çemipo ^ oo^HMe powr r«K 
i^er G^ HMfJi iipifesté d'^nreuFS y pcHir appeler à la foi 
le^ ))|iri^re4 qw ctefaie^it Te^¥W♦^^ le4 Umfies, 4^% ftwil 
dj^9x« firéer de pq^v^lleai pi^tlon» eA pUmt^ TétcwdiMri 
do 1^ Çt^ «ur le« ii^ura 4q Jé^i^alj^fii (1). • 

43,«?^ Ia PYinrEçoST^, -^ J|aw it^re 4e Jeans q«| le 
efUiU'^ d'wA e^roop? fori^é doft apdtr«wi > deis di^eî^eit e^ 
di^ sainte» £^mm^' 4u^8«9« , ptme^ le «111190 duqueb 
»'édpf]f«Dt dea la^m9^ <I« /^u fn» 4^ ptwit^etnà ti « ar« 
r^lNy»! «Mf (il A^to A chacun éFeu94 L'ontliatttiaanot la 
«imprise eh la r^eo^aaiss^viçe ^latei^t dana la pose, lea 
Qe^Xm «t l?8 tr^U^ 4«i« dkc^jjpJk^jQ «t d^ft aMiite« Fefluaes} 
Marie est çahwe et a^r^ine :: 1q Diem fu'eUe reçoh eai 
409 ^omn. Au fimd du cénacle $ ouTreot dana k Mh 
«erie de bautea et lai^s fenéiim d'ogfijse eu ogÎTes et 
Qainpiar|ii«i9»ta de «tyle fleuri. L'atiiaite a^attaekaM i la. 
lettre du testi? «9)Qfita*é VËjipri.t-Saiu^ i oim forant de lau*^ 
9Uf^ se (efmiuaut en ftaomfs} «auxeiM^v îl ^1 figi^ 
pav des pq^^ms de (eu , çewsie daus |q% f^r^ <^(^ (9 
i^ÂM« de U biUipthdque. d'Àivâeias Qt «u i^îlrail de U 
fe«éAre sa.» dans 1% ch^p^îllç d^ jR^lre? de u.Q^ eiithé-^ 
dpale« Au dire dw «pnwentaiMr^av rEcoriture^ se préte> 
par Feipresaiou d<e di$pertii(9i lingum » à Tuu e( Taiftlre^ 
type (2). 

rt) JSnéWr^. de P^is k W«u*rtep^ 4.' p4^ie, 

(2) Cs. Billuart, de Myst. Ch., Diss. XIII. art. m. 8.- 



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44,° ta mfeM OB Marie, — C'e«t une tr«i4îtuui refr- 
pQQtabte qu'atuût^ après h venue du Saiat-ËsprH,. Tapè^ 
trci St. ^n eut le bonheur de recueillir dan» #a mai- 
aon et de garder jusqu'à sa mort la mère de Dieu> 
doQl son divin niaitre lui a\ait remis le soin au pied 
delà crpû, l^ précieui^ recueil des Figfurw de la £i^ 
ble, du w*' siècle» que nous yeuous^ encore de eiter» 
oonsacre uue belle page à noua représenter la Sainte 
Vierge se confiant à la piét<^ du disciple bien^aim^ qui 
lui témoigne qu'elle est à ses yeux plus qu'une mère 
en se iwosternant à ses genoux, Le texte explicatif es^ 
i^iAsi eonçu ; Quai 9i quwriiu^ pa$P AseemiAmv» Domini^ 
yuM ç^ virgq Jtfam*' Johaime^ Jpoêtah& t^m Evan- 
geti$il»^ (mi Chtfi$tm eam ^e cruce çommiùt, Virgp- vm^ 

Î(qus ne trouYOua rien ici qui rappelle le^ dernièrea 
années de la Sainte^ Vierge ,. et nouj^ sommes conduite 
de suite à son trépas. Jacques de Voragine le racontei 
«A ncwb^e de pages dojat J^n& ^^r^yous le paasisige 
qui signale la présence dea apôtres dana la maison de 
U Sainte -^ Vierge en cette circonstance % et la mimère 
meryeillwBe dont i^ y furent transporté» ; Mt totnio^i v«f 
4r«s /ast «SQf oy da i^iféis^mrfe vint, plaa Uarm que um nu^ 
et Us, dkpoAtreêt fiStXefit o/menex, devant lf^i^ povte dti la Viergi^ 
ainsêi comme s'ils pleue^nf,,.^ E,i si comme Hz fiaureienH 
tous , Jehan les conforta et adonc torchèrent leurs larmes 
41 eiKirir^V't. « te h&noîste Fiergei et la, tablèrent homra- 
U^mewt et skiffrèretut..^ Et adonc eile ve^U le ves^emeaU 
4a mfirtt^ii4* ^t qrdf^nna ^on corps, q, son lict pour son 
isft^- Ma Pierre, fust tmja au chief et Jehdn au piez. et 
Ifi^. auU^es. apostres furent autour le lict en louant, loi 
kmoijite* Vifitge. mire de Dieu. La bîenbenreuse Vierge- 



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— 330 — 

Marie est couchée dans 8oa Ht, entièrement vêtue et la 
tète voilée. Ses paupières baissées donnent à son vi-^ 
sage une expression de paix et de béatitude. Elle tient 
entre ses mains jointes un cierge allumé. Les apôtres 
assemblés autour d'elle sont tous occupés à prier , à Tas- 
sister ou à la contempler. L'un d'eux, probablement St. 
Pierre, muni du goupillon asperge d'eau-bénite la sainte 
mourante. St. Jean penché sur le Ut, la tète tombant 
sur le livre auquel St. Pierre porte la main , pleure 
amèrement. Un troisième récite le chapelet. Deux au- 
tres sur le premier plan tiennent des livres ouverts, 
tandis qu'ils sont absorbés dans leur doulear ou paraissent 
se la raconter l'un à l'autre. La figure , les vêtements , 
l'attitude des personnages , le lit et tous les accessoires 
sont traités avec le plus grand soin. Le- revers de ce 
tableau fait face à la ligne des stalles-hautes et laisse 
voir parfaitement détachés et admirablement drapés ceux 
des personnages qui occupent le fond de la scène. 

Le même sujet traité en plus grand occupe une fe- 
nêtre presqu'entière au rond-point de St.-Pierre de Roye. 
Il difPere de celui-ci par une plus grande exagération 
de détails et par une manière d'exécution plus commune. 
La comparaison de ces deux morceaux est intéressante 
en ce qu'elle donne à juger de la rapidité du mouve- 
ment artistique dès cette époque. 

46.** L'assomption. — Portée sur les mains des anges 
qui l'environnent de toutes parts, Marie s'élève brillante 
d'une jeunesse renouvelée. Ses cheveux pendants, sa 
robe longue retenue sur Tavant-bras gauche, ses mains 
jointes devant sa poitrine, sa tête à demi-penchée , ses 
yeux doucement entr 'ou verts donnent à sa personne cet 



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— 334 — 

enseinble de grâce , ^de modestie et de piété qui oons- 
titae la beauté morale et mystique , caractère parti- 
culier de ta statuaire et de la peinture du meyen-âge. 
A terre, les apôtres agenouillés contemplent avec une 
admiration bien exprimée le prodige dont ils sont té- 
moins. Kx paraissent sur la face que nous décrivons, 
quatre autres sur la partie du tableau qui regarde 
TaHée dei^ hautes-stalles (1). Si le visiteur veut bien 
retourner eu porche de la Mère de Dieu de notre ca- 
thédrale , où nous Tavons déjà conduit plus d'une fois, 
la même scène de triomphe lui sera montrée sous un 
autre aspect. Là , les anges ne portent point la Sainte* 
Viei^ sur leurs ailes ; environnant son tombeau ouvert, 
ib viennent de la réveiller de «on sommeil , et douce- 
ment , presqne tremblants de respect , ils la soulèvent 
couchée encore dans son long suaire. Ati xii:^ siècle, 
les sculpteurs de Picardie avaient traité le même mystère 
en des termes presqu'identiqnes , au portail de Téglise 
de Longpré-les-Gorps-Saînts , fondée par un illustre chef 
des Croisés, Aleaume de Fontaine. Gomme à Amiens, 
on voit près de TAssomption de Marie, son ensevelis- 
sement par les apôtres, et au-dessus dans Togive du 
tympan , son couronnement. Ces sujets ont été pris fort 
mal à propos pour V%ni>eniion de plusieurs corps saints 
renfermés dans des tombes décorées de trèfles. 

40.® Le couronnement. — a Qui pourrait seulement 



(1) Voir sur la vérité de TAssomption corporelle de la S.»« Vierge : 
Greg. Turon. lib. de miracul. cap. lY. — Andr. Cret. Or. 2." de 
laud. deipar».— S. Joann. Damasc. orat. 2. de dorant, deip. -^ B. Petr. 
Dam. Ser. de Assumpt. — S. Bem. sera. 1. de Assumpt. etc. etc. 



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- 33» - 

» «'imaginer , ^'écrie St. Bernard « U pompe da uéonpbe 
» de la Reine du monde , les sentmenU de T^ra^ion 
» et d'amoor qui précipitèrent à aa .rencontre d'innonw 
« brables légicma d'esprits céleates , lea ravisaanta ^q- 
« tiqiiea a« laiËeu desquels elle fut menée an trdne 
»' de U gloire; la paix répandue sur son front i la 
^ sérénité de son visage; Tardenr des divins embras^ 
9- sements qu'elle reçut de son fils; son élévation au'^ 
jfe dessus de toutes les créatures « et toute cette mi^gni"' 
» fiçence d'hommages que méritait une tell^ mève, qii9 
t lui payait si généreusement un tel fils. » C'est à elle 
que rCglise applique ces paroles ^ psalmiste ; V^u$ 
Mf^if fdaoi sur sa tète wm eourauue de pierres pricieuses; 
et celles-ci : La reine s^est ienm à votre àrwie, pare$ 
d'un péfemept d'or enrichi d'ornevîo^ts variés; et ces 
autres du^ cantique de Salonion : Vene» du JJi^au, mon 
épouse j^ vene» du Liban, venes^j^ pous seres^ couronnée! (1) 
Animé de* Tentlionsiasme des écrivains, le ciseau a divi* 
ayexient exprimé la j;loire de Marie. Sous un dais garni 
de draperies tirodées à larges frangea,, avec dea rideaux 
trèa^^étoffés que retiennent , de chaque cèté , des ai^gea 
aux ailes déployées « on voit assises sur un seul trône 
les troia personnes divines, le Père au milieu, à droite 
et à gauche le Fils et le Saint-Esprit portant cha-* 
cun dans leurs mains un sceptre et un globe terrestre* 
Le Père éternel, de ses deux mains, pose une riche 
couronne sur la tète de la Sainte-Vierge agenouillée à 
ses pieds de manière à tourner sa face au spectateur. 

La Vierge est une des plus remarquables de la gale- 

I 

(t) SL Ber». Seim L 4e Assampl. B. M. V. -- P&. XX. 4. --- 
XUV. 10. -** Giiat. Gant. i¥, 8. 



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— 333 ^ 

rie. La pose de ses raains , jointes et pendantes au- 
dessous de la ceinture, l'expression de sa figure et de 
ses yeux à demi-fermés^ font deviner les pensées et les 
sentiments qui remplissent son âme. C'est le bonheur et 
Tautorité aussi modestes que parfaits. De chaque côté , 
et ilans des compartiments séparés, des groupes d'anges 
célèbrent le triomphe de leur reine. Les uns tiennent 
des instruments de musique, les autres chantent ou 
prient les mains jointes. PI. XII. 

Le portait de l'église de Longpré-Ies-Gorps-saints du 
xit.' siècle, celui d'Amiens du xiii.* ne nous montrent 
pas les trois personnes divines dans le courpnnement 
de Marie. Le fils seul est assis sur son trône ; la Vierge 
également assise est à sa droite , et des anges venant 
d'en haut apportent la couronne et la posent sur le 
front de la Mère de Dieu. D'autres anges à droite et 
à gauche tiennent, ceux-ci des encensoirs, ceux-là des 
flambeaux. Dans la belle miniature d*une bible de Cor- 
bie (1), ainsi que dans la verrière de la fenêtre 103.^, 
c'est Jésus-Christ lui-même qui ceint du diadème la tête 
voilée et nimbée de sa mère. Ces compositions parais- 
sent exécutées d'après le texte des psaumes : La reine 
ê^eêt tenue à toêre droiêe*,,.* f^ùus ofeex posé êur sa iéte 
unB tàuronne dé pierres précieusêê. Il est aussi à re*- 
'marquer que le Fils et la Mère n^ont qu'un seul et 
même siège: nouvel honneur décerné à Marie dont la 
poésie de TEglise la félicitait en ces termes (2) : 

(1) Ëibt. d*ÂmiéM. 91s. ft.'' 2d. — Gs. Cssai sur les arts tfu des- 
êhi 0tc« «Ce. par Mi Ri{j{dllét, ntS^ jn% |^1. 1S« -^ Hf . etral^r, €at« 
des ifo. etc. p» 20. 

(«) Ane. Mis. d'Amiens, ftdie é& la VfeiUtten. 



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— 334 — 

Illi ouucathedrat 
Yirginem fiUus, 
Imponit coronam 
Super càput ejus, 
Â.d gloriam Dei. 

Toutes ce8 représentations supposent, comme on voit, 
Tassomption corporelle de Marie. D^autres, sans Tex- 
clnre ^ s'attachent à figurer la réception de son âme. 
Ainsi, dans le Ms. espagnol de 1197, la Sainte-Vierge 
couchée rend le dernier soupir , les apôtres désolés 
étant autour du lit ; au-dessus , Jésus-Christ reçoit entre 
ses bras et presse contre son visage un petit enfant 
vêtu , figure de Tâme de sa sainte mère ; les anges s'ap- 
prochent avec enthousiasme. A la-tîathédrale de Bayeux, 
parmi les curieuses peintures qui ornent les tiercerons 
de la voûte du chœur , nous avons remarqué celle du 
centre de Tabside qui représente aussi sous la forme 
d'un enfant , Tâme de la Sainte-Vierge offerte par un 
ange au Père éternel. 

La légende de Marie est parcourue. Cette portion de 
notre tâche nous a été aussi douce qu^elle est impor- 
tante. Nous y avons goûté le plaisir que procura la vue 
d'une œuvre complète. Aucune autre partie de la boi- 
serie n'est aussi finie que celle-ci. Dans celle de l'an- 
cien testament, le récit, nous l'avons dit, se précipite 
à la fin comme si les détails avaient trop abomié d'a- 
bord ou que les sellettes eussent manqué pour terminer. 
La suppression de huit stalles a cauaé quejlque désordre 
et la perte de plusieurs sujets. Eien de tout cela n^est 
arrivé dans la vie de la Sainte- Vierge que Fauteur a 
mené à bonne fin , sans l'écourter , et qui 4 été con- 



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— 335 — 

serVée intacte avec les panneaux qa*aacun accident 
n'est venu attaquer. C'est à peine si * Ton aperçoit les 
lacunes occasionnées sur les montants par la mutilation 
ou le Tol de quelques groupes. Il aurait fallu d'ailleurs 
détruire beaucoup poiéfr appauvrir cette hystoire si riche 
de détails, ce monument si caractéristique de la dévo- 
tion à Marie dans le moyen-âge. Recommandé et ac- 
cueilli dans tous les temps ^ comme nous le prouvent 
les écrits des anciens Pères (1) , le culte de la Mère 
de Dieu s'était manifesté cependant davantage au xii." 
siècle par l'exemple et sous l'influence de la parole si 
puissante et si douce de St. Bernard. L'ère gothique 
en naissant ne pouvait manquer de sjen emparer pour 
en faire le thème de ses plus belles œuvres et lui don- 
ner son rang dans les travaux artistiques qu'elle con^ 
sacrait à la foi. Dès-lors , à la droite de V hystoire de 
Jésus-Christ et avant celle des Prophètes et des Saints, 
sera sculptée et peinte Vhystoire de la bonne et sainte 
Vierge , nous Tavons déjà dit. Cette manifestation non- 
vdle est aussi ardente que générale dès son début , 
elle est encore toutefois circonspecte et mesurée dans 
sa manière. La pierre, le verre et le velin rediront de 
Marie ce qu'en dit l'Evangile, ce qu'en prédisent les 
Prc^hétes, ce qu'y ajoutent les traditions pieuses et po- 
pulaires, mais ils le diront avec simplicité. L'art parlera 
comme les légendes. Il aura assez des faits tout nus et 
tout sommaires pour être poétique et merveilleux. U a 
travaillé cent et quelques années comme cda. Il a fait 
les grands portails et quelques verrières. Nous n'avons 



(1) S. Ephrem en 375 , S. Epiph. en 386 , S. Gyr. d*Alex. en 430 , 
S. Ildef. en 658, S. And. de. Crète en #86, S. Jean Pamasc. en 731. 



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— 336 — 

rien àt plus chrétien. Mais ensuite il à éa à faire 
d'nnlres portails et d^aatres yerrières, il a eu a sculpter 
des meubles, à enluminer des psautiers et des graduels, 
et il lui a fallu faire comme toujours veulent faire 
les hommes, du plus beau^ c'est'-à-dire du nouveau. 
La piété ne demandait pas mieux. Elle aiikiait tant 
Marie ! Elle fut si heureuse de lire et redire en d'au- 
tres manières ce qu'elle en avait déjà dit et lu. Ne 
pouvant ajouter au nombre des faits de sa vie, elle 
voulait au moins les enrichir en les reproduisant , de 
tous les charmes de romementation. C'est pour com* 
plaire à la piété de plus eu plus enthounaste que^ vers 
le milieu du xir^ siècle, Tart se mit à tourmenter la 
pierre et le boid pour leur faire environner de plttt 
de grâces les types chéris de la foi. Par une réacticm 
naturelle, ces œuvres inspirées par ta ferveur pouvi^eat 
concourir à augmenter la ferveur elle-même ; mais une 
cause plus puissante encore allait la porter à son plus 
haut développement. Le xvt.* siècle approchait ^ et le 
xéle pour le oulte de la Mère de Dieu allait s'aecrottre 
de toute la haine qui commençait à ae manifester contre 
les dogmes catholiques» C'est à cette époque ^ e''eat dans 
cette disposition et, leur pieuse imagination exaltée au 
diapason de leur oœur brûlant d'amonr pour Marie, 
qne de fervente eatholiqueê , comme l'étaient les fid^es 
et le chapitre d^Amiena (i) , mettaient aux maitia d^At^ 
noul Boulin et de sa eompagnie la légende qne n&m 
venons de décrire, avec l'ordre de la cépiét toute ea^ 
tière. L'Eglise n'admet pas comme authentiques tôtia les 
faits qui y scmt racontés, tels que ceux des n.®' 3, 4, 

^i; Voir la noie £. & la fi«y da volume. 



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- 337 — 

5;i6, 12, 13, 15, 28, 41, 44; mai» elle oe blâme 
pas la piété aux yeux de laquelle aucune merveille 
n'est îropo8dble < à celui qui a fait en Marie de grandes 
ehoeesj et pour qui aucun détail de la vie. commune 
n*e»t indigne de la Mère du Dieu anéanti et prenant la 
forme é^eêclave. 



Dans une autre partie de ce livre nous aVÔnâ con- 
sidéré et décrit , comme motif général d'ornementation , 
les quatre flèches pyramidales qui jaiHissent des quatre 
dais des maitresses-statles ; nous n'avons pasj la pensée 
de rentrer dans Texamefi de leur savante structure , de 
leurfef aîgiuiiles hardie^ , des animaux dé tout géni^ ' 'qui 
voltigent <m qui rampent autour de leurs efflorescetitk 
oloehètoWs; d^ anges au vêtement frangé, brodé, pliësé, 
aux ailes éployées , au front radieux ,^ ' qui "hiê^eftt Itti 
aeoé&ts de leur voix à la mélodie de ïèors^ hlar|)es tié^ 
lestes; il suffit de ce qui a été dit. Nous avons Vdd ré- 
server, pour en parler en son liéu,Jes statures syiith^ 
boliques que Ton voit pesant an plus haut de* cêà-py*- 
ramidas et planant sur TiBUvre toute enMè^e comihae' «à 
lamière, sa clef, son épiphonème, son dernier tnotl 
Exannnofis d'abord icielles .de la grande^ entrée idu chœur. 
Koud verrons ensuite celles qui se tienneM debout' en 
face- etV plus près en sanctuaire. "* 

4.* L*E(^LiSE Bt* lîA SvffÂGQGUE. — La pertonhification 
symbolique des deux testaments au moyfcn-âgfe est évi^ 
demment née de la science des livres saints et des écrits 

22. 



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'9 



- 338 — 

des- Pères où rien n'est plus clinreinent révélé et plus 
•olidemeot étiibU que le dessein conçu de Dieu ik fi*- 
gOFjer, par raaoienne loi, la nouvelle; par le peuple 
Juif, le peuple Chrétien ; par la Synagogue , TE^^isa. 
St. l^a^I écrit que la loi a éU notre péda^g^e pour 
nous ofhseigner Jésus- Christ (Gai. \\l. 24); que UmU» 
les choses qui arrivaieni au» Juifs dans le désert étaient 
des figures (I. Cor. X. 11. ); que la première loi est 
Vonîbre, la seconde Y image (Heb. X. d.); Tune la pro- 
messe, Tautre le don (Rom. I. 2.); celle-ci la servante, 
celle-là la maUresse ( Gai. IV. 24. ). St* Augustin dit 
éner^^quement que la loi étaU grostte du Christ: U(e 
gravida Christo. £t ailleurs : Quê^ la wUion jmpo iouiê 
entière a été un grand prophète du Ckriêi et de V Eglise 
Chrétienne. ( lib. XIII. Contra FaustvMV) t ^ap. 14.) 
Mais précisément en sa qualité de figure , la Synagogue 
a dû périr et faire place à la réalité. Aussi, dit i'E- 
pitre aux Hébreux > /• première loi est âboum eomnia 
impuisstmte et inutiU, parce que la loi no condni$ pfir- 
sonn^ à une parfaite Justice; mais une m^lleure e^pir 
ranoe par laquelle nous nous approchons d^ Di^, » été 
suBSTiTjDJt^ en sft place (Hebr. VII» ▼. 18. 19.)..... Notre 
pontife a regu une saorifioaturo fautant plus excellente 
qu'il ost le médiateur d'une moiUeure aUianoe et qm cet 
éta/^ sur de meilleures promesses, Cair s'U n'y ovasl 
rien eu de défectueu0 à la pre^nière oUio/noe^ il n'^ 
aurait pas ou iÂtfif <f ai» aiiBS^rifUBR u»e eecondem^ Or^^ en 
appelant cette seconde alliamoe nou^elle^^' la Seigneur^ a 
montré que la première se passait et vieillissait. Or ce 
qui if# passe et pieHUt est près 4b sa fin<. K^b» VIII. 
V. 6 et SUIT. juiiqa*à la &»• 
C'est en présienee de ce double fait, de la $yoagog«0 



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— â39 — 

radiie et trime de TEglUe et de TE^Iise enlée «ar la 
Syiiagof^ t q<^ pendant cinq ou aix siècles , sculpteura, 
peintres, imnîatears^ artittes de tous g^sBres et de tous 
les pays ont composé le ^njet de la vMlU loy et cb 
la nau^eU9 loy ; la première , reine longtemps glorieuse 
et puissimte, mm à la fin reine aTeugle, dépossédée 
de son empire et réduite à la condition d'esolave ; la 
seconde «ortaiil du sein de oelle-«i pleine de forée et 
cUi "W pour hériter de sa eouronne , exercer le pou- 
voir en sa place et étendre sa domination à tous les 
lieux et à tous les temps. 

Allons maintenant recoanàilre sur notre pl»iohe XII 
les deux types de TËglisç et de la Synagogue dont 
aou4 Tenons de loucher la raison et sur lesquels em> 
sqite nous disserterons un instant. Sous notre n.* 1 , 
il fipt considérer le costume motivé de V Eglise, sa 
robe étc^e et sans ceinture, son manteau l'envelop- 
pant parfi^tement f son voile lui couvrant entièrement 
le coui mais surtout, ce qui la caractérise mieux en-^ 
çQi^, le riche diiidème à fleurons trèfles dent elle est 
couronnée, le calice rempli du sang de Jésust^Christ 
qu'elle tient de la main gauche et près de son cfpur, 
et e^fin le sceptre ou croix patriarohale que portait, sa 
main 4rQit9 avant qi^i'eUe eût été bi^isée. Sons, le n.^ 2, 
la Sy^m^g^gu^ <^Sre une opposition hien calculée. Le 
vopf<^ 4'hQn9onf et de ^délité ne couvre plus sa tète, 
le royal manteau ^sse de ses épaules et laisse voir 
ton^ 1^ vanité d'une robe, dessinant la taille et d'urne 
ceinture large et ouvragée. De sa main droite, elle re- 
tient les débris d^un étendard brisé en plusieurs en- 
droits de sa ha.nipe; de sa gauche, elle ya laisser 
échapper les tables de la Loi; sur sa tèle derad-penehée , 

22.* 



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- 340 -^ 

le diadème par lequel seulement, elle parait reiae an 
instant encore ; et sar ses yeox , Tépais bandeau qui 
indique le coupable aveuglement causef de lOui ce dé- 
sordre et de tout ce malheur. 

Le type de ces deux personnages se renconiré avec 
des variations nombreuses dans les monuments de même 
nature des siècles précédents, mais tous sont puisés à 
la source des mêmes idées. Toujours TEglise est la 
reine glorieuse et triomphante , toujours la Synagogue 
lu reine d'un temps passé et déshéritée de son empire. 
Dans un Ms. de la bibliothèque de Strasbourg ayant 
pour titre : Horius delidarium , et pour auteur l^ab- 
besse Herrade de Landsperg , TEglise est portée triom- 
phalement sur un animal à quatre têtes qui rappellent 
les symboles évangéliques. D'une main elle tient un 
étendard flottant en signe de victoire , et de Tâutre 
elle reçmt dans un calice le sang de Jésus-Christ. En 
face, la Synagogue aveuglée du bandeau qui lui couvre 
les yeux est montée sur un âne dëbrîdé et r^imbant ; 
son étendard lui échappe des mains : composition qui 
dit à la fois son indocilité, son ignorance, sa 'faiblesse, 
son ignominie. Elle ne s^est pas dess<iisie de là Victime 
ni du conteau, parce qu'elle tient obstin^ènt aux an- 
ciens • sacrifices de bouc^ et de génisses (l^i Les jPi^urc» 
de la Bihh montrent rEglis0 et la Synagogue assises ; 
cellé-cL placée à gauche est vêtue d^une robe brtine; 
la tête enveloppée d'une coiflFure d'étoffe.- Un «érptent 
dont le tronc s^euroule autour des épaules, et la qUeuë 



(1) Gs. AnnaUes de Philosophie Ghrét. art. sur les Bibliothèques 
du moyen-âge ,' pàT M. Ch. Cahier. — Voir aussi la Monographfe 
des vitraux de Bourges , par le même et H. Arth. Martin. ' 



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— 344 — 

descend versJes genoux, lui ronge les yeux. Elle poste 
ef^ 8a mm* gavehe une bannière au bâton' briaéiot 
terminé en fer^da lance. L'Eglmà drette , .fiarée d?une 
longue tuniqifte .i^^te auffmaniée d'nn sftanleaii :Udu^ a 
la« tête:enQ<^Gjioni^e. Set yeux se tournent avec ;ime 
appaiœnoe de pjtié yers la^Synagogue. .C!f%5t .de^la^miiii 
droite. qa'eU^ tfent, «9if ^i^l^ridAKâ plii9r:*|o^ :.q.Vie.i celui 
de. la Syn«|g<|gae et ^imm t^mûné p^ mkt'jj^ïïtm'Aon 
lit en t4^ de. La {>f^ : jÂamtujfrm^mi c Siftutj^a ^muif 
minii: nuHiguàm kmen dûsiniê ^^ cafom* Syinàjfàgm'tiàu\' 
tafur ecoi^si^. Une.auire wimafeuie du aun/ biécle dam 
upe bi]jile;\de la bibUoUiè(|4ie d'Aimioas, provenant rde 
l'abb^ya^e fioi^ei 4^ 60^r,:ie8. dejuff :6iéiBM «ynAolet 
dijma lat 8c§:ç^.j4n • couroi^nemeftt de Ut Yier^. L'Bfjflîiiè 
eat. (t^tin^piiée par m. convonn^v . ki calice surmoBté ^i'uac 
(Italie lia, çjtoîil putciarolfeial^ i : à . laquelle eal: « aiispemlm 
1^ (p^annièmà doid»!» pentio^* finmaait en poivlf» ^ 'flot«- 
taat.^ Jba Syoagoguft a* les yeux bandés, les. tsSilea^^^ 
la(}#iiqiii a'éehaf^pnt é^ sa main gauche, et i la; bân^ 
nîèreà: ikâoifie brisée -$ ea oouronae tombée de* soÉé^^front 
e<i^. sK tm*rQ.i La sàrante -fuonograpbie 4es! .vilraur de 
la «pathédi^le^ 4dà Beui^es-, pu)>Uée par MM'^ 'Arih. 
M^tin .«il Gk« Galôer , nous fait connaître «le ^wérnë sru- 
je| .tir%it4 . à Sourgeà , à Gharti^ès, au: Mans ei dan» cti* 
T«^ manuscrtlé. Les type de r^Ksé du "iitràëtiie' Gh'ar^ 
ires est À' remarqiierà oauae dû pefeit fédieide ogival 
qu^eUe porte de la' màiii droite au 'lieu de la cdupe 
quW Ini ¥oit d^ordinaire. Celui de^la Synagogue du 
même vitrail attire Tattention 'par la présence d'un 
diable qui décoclie> une flèche vers la âigore. de U 
reine humiliée» Dans un retable du xin.*^ siècle de 
TégUse de St.»-Gerraer , la Synagogue , ou*re les au- 



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— a42 — 

troB embiénios^' porte une vobe Hsiie, ^raée de jofies 
câmpaiiblet <d*or arrachée» de teur ûgé ^ pe n irt wm t levtr 
eorôile ei> fnouMMt épaisÀNÎ : « Là ieûèOA^ 'il y a i^^ 
» bottiÉie^ -dH il. iMiroii; la mtoix d6 Jéttia; ijoittiti» to 
^ ohffcvue dû labdaraar din$ Virgtt», ^ «#^t>é la fleM* 
» j«iy» àmè' «a Racine poar'««éi0r ta re%iOfl efatMdtme 
n idant 4es duunpa reno^Teléi fêt le ftt de Dieu. » 

L'es{}lioatiMi de toua Mb autibûts tymboliqties , ex^ 
pMMai(ii|t ^H^erMB i^ pl«i» ^ ittoiti^ éofinplètës d'une 
fliéine^idét> notts H>l]l%iBrrit 4 ei^oaer ' kmgittefiiént les 
réairitats de noa ^recheréheft à ée •aojôt , é t» ii*élasl 
aaeei de quelques roots pour àm lectSfUrè déjà Jnk^ 
à oè" genre d'éiaides. Us «ompfetidroiit '•idsénient qtie 
kl eoupe qaie ealioe vtmmiMé d'iflie kotfti^, dans ies 
Miini de l'fim^^ ioiîqiie 4fM toMte w tie M est 
eommiunqttée par to sang^' d«t Eédemptefit , ^a lÉm 
enttoro; ^gêm sa prMûére et foA4MieiitaLe veita em la 
/W/ >réteiidard qui iguide aa «ombat M ia/cr^yMK 
lut dol monde, «si le «igné de r oy rf r aHea .«- ainsi Toit^ 
oa; âçMe vertn tlaprésenSée dans l'on é&k mèiéllênê de 
Bbtre portail. La aAortls «eni, ti l'on Teui, désignée 
par. Tample manteau, et la ^amw-aùMè 'féMàernSùaHi 
par la «uvonare. La nfoU» ne oiarquera pas- ttioiiM eon 
i^éSaetible smnteté qnil lœ rappeHem ia^e» sa fHnà^ 
Hmlê btfmdi^ mi au-dactess éMle^mêm»^ Rdur ^1* -SyMr-- 
gagne, las tables de la lei «pi'elle^lspssc». Sondier prM'- 
iwBi que s* ftn déâiiUe;' le biîs de sa bailiddre, que 
son espéranee n*a plus dVib^; son manteau 'dëtaelié, 
que sa ^ariié s'étmt. Le aeipent qui lui von^laa 
yeuK ou ie démeti qui le pettee d*un (sait * manque avec 
bien de Ténergie sa r^robation et sa triste fin ; sa tête 
inoUnée pour être dépouillée tout-é4*liettre du diadème ^ 



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— «3 — 

opwt sa ToyauiéMTa pMMr oonnd l« Itti a annôbdé M* 
rànûe : CmiêU ««riNM myéfi^ «lavlH. Ïa». ^«Bdeaàtf^^ 
kû . couvre kv yeusL n'eat qàe la a«ltl« êbê n^tim pà^ 
itdiit d«iianieiitiMe pA>p1iét)e \ Ob êé m b i ^ H^unê ^cM Ma4 
iri (4) y et -to traduction de Umt le miigirîii|^ diapiire 
de St. Pairi raeoiitatfl avec triemphè a>iÀL ^ Gèi^ittliileiM 
q«e les Jvifa: ne l^o^t ptva l^SeritiUre ^e aous nn 
▼o^ ; q«ie ee vieSe eat leiré pour cent qui ^tlkinofteeitt 
rfiradgile et leur lomiére fiuê gMMicte'' qtie 'cèlla de 
Moite (î). . -: 

La pieice qiie ia représentation ^de VAmiênne-ièt ^ la 
I9mw9iié Loi occupe dans les grandes^ compoèitieft» du 
moyen^^ge cft la >aféété nombreuse * idë ^^séè««i'^#ik 'Mie 
entre comme de rigueur^ méritent awsi d'éit^ «ppréciées. 
C'est, croyo ns «e u s j au pied de la isulx qu*oii^*la-Yen* 
eonlre le ploa souvent; et a ^n droit' sauif' pi^vte^ 
puisque «ekm les dooteuM, mt eoÉsommMit i» védemp- 
tion du genre bmnaiu , la mort )de iésua^Chiîst a nits > 
itt à la lot «neieune et oommeiK^ le règne de' i» loi 
WMHPaHe (3). Pdur ia même raison , le* maneeerilespa^ 
gnol de la bSiBothéque d*Araîens h %ntoi'«ppès ia desv 
oente aux ttnbes et avant la ftésérreciiqB. «'Pénètre 
pourraît^on ne pas la trouver aussi mvturdleiftentpl^e 
eu fcounumemeut de la Vierge dà nous l'a foii. Voir 

(1) Tbren. V. 16. i7. 

(2) U. Cor. III. 13. Tout ce chapitre est si remarquable et d'une 
application si directe au siget, que nous le citerions en entier è*il 
notait entre les mains de tout le monde. Noos conjurons le lèèfeur 
de le Tt^Êe, . *. ' 

(3) Cs. S. Thom. l.a— «.« quœsl. CIII. art. 9 ad 4^ Mari. — Be- 
«aa. Analog, «etarit rwv^fue testamemH, eap. VI. qaest S« 



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— 34& — 

uM? fiiUe de Coifeie da xiif.* ûMe ; mais jqaand àmt» 
\a,mèm0 catipMiioii bmis nMeontront quatre Pn^^bètèt 
ot q««tte Emnfélîttes , il n'y a pas li^' ëe ae m^ 
pmipdfo fw. le dnicrâ de l'aitiste ; M a rnnûm noua 
dire U gloire qoe ' TaBeien et le naiureaii : iet tament 
déeenumt à le/iTi à U Méfe„ d^ Die«* Gb n'est pas 
non pMm ^ »tn» qu'une grande prisée ait fwésidé » ce 
ohoî^^t rqn^. nous retnatuyous 'éen%^ fioîs la Synagogue 
décluie .8<H|6, les «ooles qui portent l«i. «talues colossa- 
les des rois Mages au portail de la Mère de IHeu de 
notre oatÀédrale. O^ sait: que IVbîL des Prophètes em- 
brassai^., d'une même voe- et que leur burin marquait 
à'mtï mèu^ isaii la voeaihn dêM GenHU et la r^prai»- 
Ua^ 4m i/$i^'^,à]u» autre eôté« la yenuo.des Mages 
a 't^i]^0qrs'été regarda eomme le {HwaHor pas des na- 
tions .pafemies. Ybra- JlésuB-Cbrist ; TËglîse <les nomme 
leê.pfémi0es deêtCemiUê. La lumière moutrée' aux Mages 
et la lumière: dèrc^ée aux Juiia. sont dune indufaita- 
btemen* deux faîls qui se tiennent ; et c'est pourquoi 
la. logique .-de- nos pères a élé judieîeàfee et savante 
en-) ne permettant {^» que tlcenographie 'les désttdt. 
Le mbtif qui ««(-Mt admettre r dans Ikniurre des SttoUes 
i*Eglise rteir là %nag^ne n-est. ni mmis ^ ratiomieà ni 
moins iiavuut^:;'Qi jdéjà Tolv a pu soupconnor qudle 
immense yaleur symbolique ces deux figures donnent 
à tout le travail. Jusque-là en eiSet^ et avant que les 
yeux se soient levés vers le sommet des pyramides , 
on pouvait, malgré (quelques détails isoîés^ douter que 
Tartiste > dans 'la composition et le choix d^ scéiîes 
multipliées qu'il emprunte à la Bible et a la légende, 
ait eu d'autre but que de traiter historiquement les faits 
à mesure qu'ils se présentaient , sans égard à leur sens 



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- 345 — 

profond el au Uen d'unité qui les raitaolie ensemble 
sous leur éoorce extérieure; et même, à en, juger par 
rage, de la boiserie « il parAÎssait présumable que le 
vrui ê0n$ des livres saints ayait disparu dans Tesprit de 
rentailleur. devant les idées toutes paye^nes de la re- 
naissance des arts« Mais maintenant, en présume du 
CQuronnemant de rcBuyre, un paneil doute n*est plus 
permis* L'Eolise est Là, 'dans «a gloire, pour montrer 
qu'elle seul^ est la fin de tout ce mouvement de qua- 
rante siècles révélé plus bas en mille faits, divers; là 
auftsi. la Svif^^GVff, «^ gauche de r%li«e> po^r mo^^ 
trer qu'elle est l'ombre , le précurseur et. le Prophète, 
et qma tous les événements et toutes les idées, que sa 
p^rscpgi^Lçatipn ré«u]^ sont des. figures Boble^ ^ éner^ 
glquement tracées qui ne s'effacent qiK» devant la réar 
lité, iiufi, en parcourant l'histoire d'Adam et d^Çve, 
d^ Gain et dlAbel, de Melchisedech ,. d'Abraham, d'X- 
fk^Çy de.;J4pob, de Joseph et de ses filflti ie Moïse fsi 
d'ÀfU'on, de Saîil et de Da»idy.nos pensées s'élèvent, 
av^c c<çUes dçs Pères, bien au/^delà.de ces personnages 
et jusqu'à ,çeite grandç et divine, image du Chef 4^ 
U JU>i QOUveUe dont chacun d'eux dessine tour-à-tour 
un trait :et nous fait dire avec St.. Paul : hk fin de x*a 
xpi EST LE, Ghrust. IJfous allons le voir enpore mieux 
en passant à l'examen des deux autres pyramides. 

2.,*" SiAjrNT Michel et Saiwt Paol. — Avaut de faire 
connaître par quel lien le personnage de Saint Michel 
se rattache aux précédents, nous devons dire qu'il a 
été exécuté, comme partout ailleurs, d'après ce texte 
de l'Apocalypse ; Il y eut un grand copjtat dans le 
oieh Mifihel et ses anges combattaient eontre le dragon, 



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1 



@f le drs^ùn ûoinbaitaii a^m ébs fkn^s. Mais eéuae-^ 
furent im plus fmhles ei hnr flme ne êe trùUf>a plus 
rlan» h cisL Ei ce gtûnd dtagûn ^ Vanoimi serpent ^ 
appelé le diable ^ Satan ^ qui êéêuit i&ute la ierrre ha^ 
hiiahh , fui précipité en terre ei ses an^es avec lui, 
L'Archange Tainqucur , véritable gaerrier du xvf/ tiè- 
de avec la «Dtle de maillad , la cuirasse , les eubaards 
et le bouclier armorié du blason du Chapitre d^ Amiens, 
terraese aous ses piedâ le dragoo aîlé qui mard en 
vaio récTi; la longue lance de Michel est brisée dan» 
»a partie supérieure ainsi que son aile dmile, Apoc. 
XI!. 7. 8.9, 

La pféi^ence du prince des angea tidèlea daiia tou« 
not tnonnments s'explique par les attributions qw lui 
donnenl. les croyances du moven-a^e fondées sur TE^ 
critiire et les légendes. ïf C*est lui , dit le pieux Jae* 
(fies de Voragine, qui peçoil au seuil du Paradis le* 
âmes des Saints et les introduit dans l'immortel séjour- 
Autrefiws prince de la Synagogue , il est ni a in tenant 
établi chef et 'patron de TEglîse, Fort de la puissance 
du Seigneur , il a frappé TEgypte de plaies terribles , 
divisé les eaux de la mer Rouge, guidé à travers le 
désert et fait entrer dans la terre promise le peuple 
hébreu. C'est encore lu? qui , au premier ordre de 
Dieu, fera périr rânieehrist sur le mont des Oliviers, 
lui dont la voix éveillera les morts dans leurs sépul- 
cres, lui enfin qui présentera la croix, les elous , la 
lance et la couronne d'épines , au grand jour du juge- 
ment, n De tous ces titres de l'Archange au \timi^ im- 
portant qu'il occupe dans Tagiograpbie , il n'en est pas 
qu'on lui reconnaisse plus généralement et «ur des fou- 
tlemeiita pluft ^^Jilides que cehii de Protecteur de la Sy- 



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-- 347 -^ 

aij^&lpM èi de TEglise. il mtSkt p^^r ê'en eohrainore 
ée'weeoHr au^ dixième et ^^ujEièMe ehapitre» #ii U-* 
iFTe tàe Dààiel, 'Mix ^coti«w^t«leim^^ «e ^rophéle, ot 
à l'vttcé iki ^ «e^teis^re et 4ii S^ tm^ de nos nneiens 
bitéti*il^« C^eBt à vttkoti de eette foiieiimi tpie St. Mi- 
i^ri a tirowté pliNse ici, à t« «tiite 4e^là Syiittigi^^vte et 
de l'BgttBe t ^il '^fiettt ^ eôBi^k ii ^ T-idée «qpM idettent msk 
tan^è^e iberdeviic b^tiK^ igures et 'que «i<m«^eiMn» de 
lié^efaiq^. La Synagogue «i««i8 aff ait prépérés^ à VE^ 
glite, iUmpieiiDe lei à- ki >ii(A|f«lle ( ^oiet MalMtëairiat 
rttsdkm^'de 4'mii' ^ét l'autre- tèstaraeiit «ncofo mieux ré-*^ 
vélée <kme œtiii ipii les Pê^éeetite tous deuit-, t>at^ 
fa'il lea ppotegé tous éeui da même glaive q«i « 
vaitum Sotair. Eu ra|qport avee its^ivre de Mbîsfe et 
wv^e i^u¥9»'de Jésua^hrist, il ett omùnie tin itrai 
qui établit visiblement Tunité ée leur- prineipe 'et ¥m^ 
Bité de iemr fin. Et ^ mèam (tne^ la Haveur de «on 
patronage (a été tmtisportéo àm peuple foii att' pew^e 
tÉarétien , - aana pour ainai vlire ^Bàmaget • d* ob^t^ • - ainéi 
loua les Jtdts, totilé rexi s a ewe «Ktér^enres ieute la 
vie intime '4«i premfier peuple pasaent tiw second ^ui 
ii*est ea q«itqoe soi^ que son défeloppenieBi , «ott 
pregpéa.et (sa perfoctîon. 

Comaie patiroa des Juifs, ^t. Mièhel tient enoore iei 
un antre langage ; il dit la portion de ceux de œ peu^^ 
pie «pu , ne, papta^eamt pas rittfidélité da gva»d nom*^ 
bre> se rangèrent k robéissanœ de la loi dirétienne. 
Les Juifii en e£Fet ne sont pas répudiés parée que 
lea payons sont appdés. Selon St. Paul , VEvanffih èêt 
la vertu Ab Dieu pour wauver ceux qui crêtwit, ptemiè» 
rement èeê Juifs ei puie Uê GenéUs..,. La gloire '^Then^ 
new ^ la paiâ> setroni le fartage de tout h&mme qtéi 



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— 348 — 

fmit le bien y du Juif premè temeni , ei puiê eu Gentil.*. 
Le même apôtre leur disait : f^MM êtes lee premier» à 
qui il fmlUM mtn^ ne e r j« ^mtoIa de JHeu^.J^m.m^tr^ 
au cœur même d^.ctite natio».que Jésutr^toîst ««.«oo- 
qdui se» premiers adeptes^ Les apètres et lea diàdpLee 
étaient Jotfs, l08 aaiatea femmea aos^î; e^to tou^i o9mf 
qui ne dememrent pue dan» ie^r in^MuUté > seront de 
nowfefeu enéée eur leur. ti§e , puieque Diemiest ie^i pme- 
sont pour les f griffer encore^. St. Miehel témei^^ lia- 
turelleneot de cette large part accordée au peuple au- 
ciem dana la jooiasaoee des biens aouT^aux apportés 
par l'Evangile, et Tintroduisant lui-rméwle . cooune chef 
et comme guide, au iiaste sein de riggtiiie, ii'révèlp 
aussi Taction incessante et proyidentielle. qui tend à 
réunir tous les hommes en .^ne même f0i,.'mn mime 
biipêéme , un même Dieu. 

Au point . culminanjt de .la ^alrième pyvamidb , on 
recojB^naU Saint Paul, le £^Te d'une main ^ Jie livre 
de l'autre , selon Tadage : Muero furor SauU, liher ,e9i 
convereiç Pauli, Prédicaieur,: apôtre^, docteur , maître 
et lumière des nations, comme il s*-en glortfejuirraéioe, 
Paul se lèfre ici pour les Gentils^ de la mime manière 
que St.-Michel pour les JuifiB. En Uli se personnifiât 
toutes loi contrées de la terre et tonées lest fjamsUes des 
peuples que la parole retentissante de UËTfngile^c<»iTie 
aux sources de la vérité et de ta gtfacq,. et, qui afu 
premier mot, du Couchant Jiu Levant, du Nood au Midi> 
accourent y puiser la véritable vie , la vie de Tin^ 
telligence et du cœur* En lui se dessinent nettement 
toutes les prédictions de la Vocation des pa^ns, que 
non* avons lues sur nos miséricordes , nns rampes et 
nos panneaux : Le bélier substitué à Isaac v. «lacob béni 



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— 349 — 

au lieu d'Esaù , Ephraïm préféré à Mauassé , David à 
Saûl , Job adorateur du vrai Dieu au 8ein de Tidolâtrie, 
les Mages à la crèche , Jésus-Christ en Egypte , les 
fidèles à droite de la croix , les^ infidèles à gauche. En 
lui tons les peuples sont montrés réunis en un seul 
peuple . en lui tous les cultes régénérés et remplacés 
par un seul culte. 



On le voit donc, le prêtre ordonnalôar de tout ce 
plan et directeur du ciseau d^Ârnoul Boulin, avait 
conçu et réalisé une sublime pensée d*unité universelle, 
n avait fait poser là tout en haut , au-dessus de Tan- 
cien et du nouveau testament détaillés au bas, la Sy- 
nagogue et TEglise , Saint Michel et Sainï Paul , toute 
la durée des temps, tous les lieux du monde; il ne 
lui restait plus qu'à citer son texte : // n'p a point 
de diêtinction entre les Juifs et les Gentils ; car il n^y 
a pour tous qu'un même Seigneur qui répand ses ri- 
chesses iUr tous ceiiof qui V invoquent, . . Tous , nous avons 
été haptiséi dans le même esprit pour n^étre quun même 
corps soit Juifs soit Gentils, soit esclaves, soit libres,,, 
Vous êtes tous enfants de Dieu par la foi en Jésus- 
Christ,.,, n n'y a plus maintenant ni Juif ni Gentil^ 
ni esclave , ni libre , ni homme , ni femme , mais vous 
n'êtes tous qu'un en Jésus-Christ,.,, Il tCy a différence 
ni de Gentil, ni de Juif , ni de circoncis et d'incir- 
concis , ni de barbare , ni de scythe , ni d'esclave et de 
libre, mais Jésus-Christ est tout en tous: OMNI A BT IN 
OMNIBUS CHRÏSTUS. 



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— >» — 



PBprDàirT que iet okampt les plu» cossidérablet et les 
pltts apparenu de la boiaerie a^animaient d'une Vv9 spî- 
r^MUe et eéleste^ mr le texte de la BiUe et dei 
agiogpraphes , une autre partie bien inportaste eDeore 
était aux mains de Tentailleur prête à devenir pariante 
aussi pour nous dire la vie terrestre et profane. En re- 
gard des temps héroïques de Thistoire sacrée , venait 
se peindre la vie positive de Tépoque^ avec ses vertus» 
ses vices 9 ses ridicules, ses profession», ses moralités. 
Les accoudoirs et les pendentifs sont d'assea curieuses 
étudea de mœurs. Us. rappelleut un peu le livre de 
Théopbraste et font penser d*avance à celui de ïa 
Bruyère. Le lecteur en jugera, car en cette matière, 
le champ des conjectures est vaste et doit demeurer 
libre jusqu'à ce que la vie intime de nos ayenx soit 
pénétrée plus à fond. Nous nq prétendons guéres qu'a 
l'office de rapporteurs. Les véritables jug^ nous sau- 
ront peut-être gré d'avoir mis sQus leurs yeux tant de 
pièces inédites. C'est notre seule ambition. 

Les ÂCCOVDoii^s des sièges dont nous parlons d'abord 
sont en plua grand nombre que les miséricordes paro« 
que les stalles qui sont placées en tête des lignes ^n 
comptent deux, Tun à droite^ l'autre à gauche. Le 
nombre total est de cent vingt-deux pour Les <seQt-<lix 
sièges. Dix-huit ne ressortent qu'en demi-relief des pan- 
neaux d'encadrement, au commencement et à la fin 
des rangées et des passages. Les cent quatre iiutres. se 
dressent, entièrement détachés, sur la rampe de la 
parclose. Nous suivrons , pour la description , Fordre de 



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— 3M — 

numérotation des stalles, attribuant le ohiffire d9 cha- 
cune d'elles à raocoudoir qui lui est attenant à droite 
du spectateur, et à gauchei de celui qui est assis. 

i.^' Les deux accoudoirs de la première stalle-mai- 
tresse s<mt remplacés par des scènes de Tancien testa- 
ment que nous avons décrites sous les n.** 11 et 15, 
pages 176 et 178 de ce volume. 

2.® Homme enveloppé d'uu manteau , le capuchon sur 
la tète , les yeux baissés , les mains appuyées Tune sur 
Tau^ : il prie ou il médite. 

3.* Celui^ , coiffé du casque ou salade , caresse un 
obien, 

4.* Homme de bonne mine déroulant un lambel muet. 
La partie la plus remarquable de son costume est le 
chaperon dégénéré : Xa manehe longue et estroite qui 
feMil pUuieure ieurs au ool a été supprimée , mais il 
conserve encore lu pièce de drap pliêsé qui pend eur 
rçr^H^ et sert contre le soleil et le vent (1). 

A gauche de ce siège, un second accoudoir se ma- 
rie à Taccoudoir du siège voisin dans T-ang^e fonaié 
par le jretour d*équerre des stalles ; nous allons dècme 
Ton et Tartre sous un même numéro. 

5.f loBs dUKWiBS AU cmavsi* -r- Den?^ ohanoÎBes en 
sur^ et. iiumusse chositent de bon emur dans un 

(1) Mioot, Vm 4e nos plus anciois gtosu^uis Irancsis, cité par 
M. Potier dans son texte sur l'ouvrage de JH. Wilismin. 



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— 352 — 

livre qu'ils soutiennent tous deux d^nne raain. De Tau- 
tre main , Tun retourne les pages ; le second s'appuie 
sur répanle du confrère. C'est très-bien d^avoir montré 
nos Ténérables dans l'action de chanter : l'office du 
chanoine était non seulement d'assister aux Heures , 
mais de les psaUnodier ; ad quoHâianum psallbndi affi- 
oium cofweniant , disent les Canons. 

6.* Le désespoir. — Une jeune Femme , qui le croi- 
rait P enfonce de ses deux mains un glaive dans son 
sein. Sa robe fendue sur les côtés, sa chemise plissée 
fin à la gorge, sa coiffure en forme de turban ou 
bourrelet, annoncent une femme de qualité. Est-ce un 
portrait diaprés nature , ou bien une simple allégorie 
du DÉSESPOIR, que notre portail a aussi représenté par 
un personnage qui se tue P II est difficile de le déci^ 
der. La législation du moyen-âge prouve du reste* que 
le suicide n'était pas alors un crime inouï. A Ânûens, 
on faisait garder à vue l'individu qui était soupçonné 
de vouloir attenter à ses jours; mort, il était iraduit 
devant le juge, condamné à la potence et exécuté. Le 
12 avril 1491, les maires et échevins d'Amiens rendi- 
rent cette sentence curieuse contre une nommée Mar- 
quette Chavatte qui s'était suicidée : Considéré que la 
dite Marquette a esté omicide de soi mesme , noUs^^vons 
cotndempné et comdempnons le corps d'iceUe Marquette 
défunte à estre mis en un sac et pendu à une fourche 
ou pot an ee auw cikêmps auprea de la fusîioe éO' le ville (1 ). 
La haute moralité de cet usage le fera aisément ab- 



(i) Voir CouturnsB locahi eu èailHage iit Amiens , par* M. A. 
Bouthors, note **• p. 108. , . * 



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— 363 — 

soudre de raceusation de barbarie et de rîdicul*e dont 
an l'a trop légèrement chargé. 

7.« Le rbuabd pRâciUNT les poules. — AflFiiblé de h 
coule monacale , Tcnrateur e^t établi dans une tribune 
carrée. D^nne patte il 8*appuie sur le bord , d6 Fautre 
il* fait un geate énergique. Sa tête allongée et pourvue 
d^aatez larges oreilles ^ dérc^ à la vue du peuple 
qui récoute les trois ou quatre volatiles qu'il porte 
dans son capuchon et qui sont, à ooup sur, des con- 
quêtes dues à son éloquence. D'autres bétes de même 
espèce et non moins crédules se groupent autour de la 
chaûre, prêtes à céder à Tentrainement de sa parole. 

¥oilà, certes, une piquante satire de Fabus du mi- 
mstère de la prédication ou de renseignement. G)m- 
ment donc , »'est-on demandé , le clergé souilhiit-ii 
que pareille iiijuTe lui fut faite dans son église, au 
banc où il s'asseyait et jusqu'au pied dti sanctuaire P 
Peut-être la réponse ne serait-elle pas aisée , s'il fal- 
lait nécessairement voir dans ce ^it et dans mille au^- 
très pardls une attaque véritable contre le corps ec" 
elériastique; On aurait beau s'en prendre aux vices des 
prêtres , à raffaibKssement de la foi , à l'esprit épigram- 
matique dé l'époque; resterait toujours à expliquer 
comment ceux qui employaient les artistes , qui les 
payaient, qui les surveillaient, se seraient laissés baf- 
ft)uer par eux en pleine église et devant tous les siècles. 
Aussi aimons*-nous mieux croire que hin de se trouver 
déshonoré par la censure des désordres dont il devait 
être le principal ennemi, le clergé la provoquait lo 
premier. Pourquoi n'aurait^il pas concouru à flétrir par 
la sculpture ce que ses organes les plus infltents et 



23. 



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— 354 — 

les plus respectés flétrissaient dans leurs paroles ? Les 
conciles s^élévent avec force contre le trafic d'un mi- 
nistère aussi saint que désintéressé : les chanoines d'A- 
miens ordonnaient à Jean Trupin de traduire les ^con- 
ciles ; quoi de plus naturel et de plus plausible ? Nous 
voyons le concile de la province de S^is, tenu à Paris 
en 1425, s^élever avec force contre « les quêteurs d*aiï- 
» mènes que leur ignorance et leur grossièreté n'em- 
» pèchent pas d'exercer l'office de la prédication , et qui 
» par. des mensonges pernicieux, des supercheries de 
» tout genre, la falsification des bulles ou rescrits du 
» Saintr-Siége et des évèques, extorquent Targent des 
» simples. » En 1485, rassemblée de la même pro- 
vince, présidée par Tarchevéque Tristan de Salasar, 
se plaint encore « des collecteurs d'aumônes qui prè- 
» chent en tous lieux, sans l'approbation canonique, 
» et trompent , pour eu avoir de l'argent , les per- 
» sonnes simples et crédules. » A l'époque même où 
on sculptait les Stalles , le chanoine Pierre Genest , se di- 
sant subdélégué du pape Léon x, annonçait à Amiens 
la croisade contre les Turcs et s'attirait, par ses criantes 
exactions , l'indignation du clergé et du peuple ; qu'y 
aurait-il de surprenant que les conducteurs de l'œuvre 
aient livré cet homme méprisable à la vengeance du 
ciseau de l'entailleur? En ce cas, notre renard-prédi- 
cateur offrirait un intérêt de plus; il aurait une ap- 
plication connue; il serait un témoin de notre histoire 
locale ; on le nonmierait : Pierre Genest (1). Une preuve 



(1) Voir aux Archives départ, de la Somme le Recueil coté RR. 
qui contient 44 pièces relatiyes à raffiûre du chanoine Pierre Genest, 
de 1516 à 151S. 



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— 365 — 

nouTolle de la connivence du clergé dans TintrodHC- 
tion dans les églises de ce genre de satires, pourrait 
encore se tirer de Texisience de plusieurs monuments 
où ce sont des hérétiques notoires et des fauteurs d^hé- 
résie, c'est-à-dire des ennemis du clei^é, qui sont 
Tobjet de Tépigramme de Tairtiste. C'est ainsi qu'a 
St.-Sernin de Toulouse, sur une miséricorde de stalles, 
on voit un porc assis dans une chaire, en rase cam- 
pagne, avec cette inscription : Calvin le porc prêchant (i). 
C'est ainsi encore qu'à St. -Martial de Limoges , un vi- 
trail représentait une femme, Jeanne d'Albert, zélée 
protestante, préchant du haut d*une chaire le peuple 
assemblé» La légende peinte au bas ne laissait aâcun 
doute sur l'intention du tableau : 

Mal sont les gens endoctrinés 
Quand par femmes sont sermonés» (2) 

Ajoutons que prêtres et tous autres qui ont le devoir 
â& bien user de la parole, n'importe à quelle tribune, 
trouveront dans notre Renard une leçon toujours utile , 
quoique non nécessaire, et ne regrettons pas de l'a- 
voir rencontré sur notre chemin. 

8.« L'apothigàuœ. — Il broie ses drogues dans un 
mortier t A son chapeau à bords retroussés, à son vê- 
tement qui se divise à la hauteur des reins çn bas- 

(1) Ba Catholicisme et dn Vandalisme, etc. etc. par M. de Môn*- 
talemberi, p. 49. 

(2) Mém. de la Soc. des Ant. de France, nowt. sérié ^ tcttn. I. 
pag. 282. 

23.' 



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— 366 — 

qoes élégantes, et dont les manches bouffantes sont 
tailladées à Tépaole, au coude et au poignet, on pe- 
céuBaH un homme important el honoré. 

9.* Lb boulanger. — Vêtement léger découpé en 
feuillages , bras et jambes nos , comme il convient à 
sa profession; chaperon sur la tête et chapeau plat 
attaché au cou par un cordon et retombait sur le dos. 
Des. deux miôns , il tient devant lui une corbeille pleine 
de pains. 

dO.* Le eoLFORTBDii. — Le chapeau à larges bords 
sur la têle, la hotte sur le dos, il chemine bâton en 
main. 



il.* L'homme sa.ns chiE. — Sa main glisse sous son 
vêtement comme sHl faisait la chasse ou la guerre à 
de très-menu gibier ou à de très-menus ennemb. 

i2.* LE JOUEUR DE CORHEMUSE. — L'escarccUc frangée 
à la ceinture et la plume qui orne le chapeau sont 
à remarquer. 

13.« La conteuse de nouvelles. — Assise, les cou- 
des appuyés sur les genoux, elle est tout entière à 
ce qu^elle dit ou entend. Le corsage dont on voit les 
lacets par derrière , et le mouchoir qui enveloppe sa 
chevelure, accusent un certain laisser-aller dans la 
tcnkite dont pu pouirait peutrêtpe GOiMdiur& qu« c*est 
dès le matin, auprès de ses bonnes voisines qui loi 
irfSMumbloiijt,, q«*^le ei^^vce. soft t^^nt de coûter m de 
médire. 



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_ aB7 — 

i4«* Le mendiant. — Vieillard barbv , jambe» et brat 
cr<HséB> dont la pkysioiieniie , Tattiltide et la nudité 
eicitent la pitié. 

i6.^ Personnage ailé> Têtu du sufoet, préaentaat un 
cartouche dont le champ est yide. 

10.' Là FOLLE. —«Elle tient de. la maîa gKuohe Tanae 
d'un chaudron rempli dana lequel elle plonge de la 
main droite une énorme cuiller de boia« Un eapuohoR 
muni de longues oreilles fait partie de la robe à cor- 
sage serré qui Feuveloppe; des grelots Ou gros ho*- 
tous gamis^nt la ceinti^, les coutuires des nlanches 
et du œpuchon et les deux pointes du cdlet. La fi^ 
gure ^anouie et le gros rire de ce persotmKge lui 
donnent) non moins que son Têtement et sft fonetio&t 
uii air tout-à-fait comique et bouffi». 

Plusieurs yariélés du type de fou que nous rencon- 
trerons bientôt donneront matière à de plus am|rfes 
détails* 

17 .« Le nuis. — En lui donnant ce nom, nous pe 
le jugeons bien entendu que sur la mine. Il avflât à 
la main un objet angourd^hui muUlé qu'on ne peut 
plus reconnaître. Jetons un regard sur Tas^le jaive- 
tiére qui retient son bas« et sur le cordon qui passe 
sous le menton pour attacher le chapeau. 

18.' Le BOUCHER. ^— Le pied gauche sur la tète d'un 
TOira et le genou sur ses reins > il lui (rtofligie d'une 
main le coutelas dims la gorge, isasdiè que de Tatityè^ 
il mmntieiit une de ses pattes. Les janAies liûeé, les 



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— 368 -- 

nanches retroossées , . la chemise s^éohappant à larges 
plis au défaut de^ la camisole, un justaucorps serré, 
Tont bien à la profession du personnage. Tous ces 
détails ne sont qu'imparfaitement accusés dans le des- 
sin de notre planche XIV, n.<> i. 

19.* Là vieille et l'oiseau. — Heureux oiseau qui 
reçoit de la main même de sa dame la nourriture 
qu'elle tire d'un sachelet pendu à la ceinture! Heu- 
reuse châtelaine que ce doux passe-temps ramène aux 
jours de sa jeunesse , alors que le faucon sur le poing 
elle suivait à la chasse son ardent cayalier! Voyez 
aussi les manches bizarres de la robe de la noble 
dame , et dites que la coquetterie n'est pas de toute 
saison { Ces manches sont si bien disposées , si Ihcu 
taillées, qu'on en peut faire a sa guise une manche 
longue, une manche courte et une manche fendue. 

20.» La MAITRESSE D^ÉcoLE. — C'cst trés-bten d'ap- 
prendre à lire aux petits enfants, mais il faut aussi 
leur faire prier le bon Dieu. Notre pieuse maîtresse , 
enveloppée dans sa longue robe, la tète à demi-en- 
foncée dans son capuchon , s'acquitte parfaitement de 
ce devoir. Elle donne Texemplo d'abord ; cHe a un ge^ 
nou en terre et lève les yeux au ciel. La petite ^le 
est ji ses c6tés , à genoux , les mains jointes et priant. 
Son long voile divisé en plusieurs bandes étroites pend 
jusqu'à terre. 

21. * Le MAITRE d'école. — Enseveli dans une ample 
toge et coiffe du chaperon eu forme de bourrdet, bo* 
tre grave personnage montre à lire à un j«Une gar- 



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— 369 — 

^n. Il appuie sa main gauche sur Tépaule de Téco- 
lier en signe «[^approbation et d*encouragement ; de la 
main droite il lai fait suivre la leçon dans un livre 
ouvert sur ses genoux. Les miséricordes de Rouen nous 
ofFrent deux fois un sujet parei! ; mais le pédagogue 
Normand n^est pas d*humeur aussi endurante que le 
Picard. Sur la 45.« sellette^ il menaùe de son trous- 
seau de verges Técolier tout tremblant; sur la 2B.*, 
il le fouette sans plus de façon. 

22.' Lk MONDAINE AU LAPIN — Sa gorgc nue , sa tète 
ia peine couverte de la petite coiffe d'Anne de Bre- 
tagne , sa tenue prétentieuse^ le jeune lapin qn*eUe ea- 
resse légèrement , sont des marques assex évidentes des 
goàts peu solides de cette femme. 

2B.* La MABCHAITDB DE LEGUMES. — * Ott là VOit OO- 

cupée à laver dans un baquet les herbes qu'elle tire 
d^une corbeille placée derrière elle. Un mouchoir étoffé 
envetoppe négligemment sa tête. Sa robe plate sur le 
devant forme par derrière des plis nombreux.. -— Les 
hortillons d^Amiras , hortukmi, apportant chaque matin 
sur des barques légères les fruits de leurs fertiles jar* 
£ns sillonnés par mille canaux, sont depuis long-tenps 
célèbres. Rien de plus naturel qu'ils soient représentés 
dans cette galerie si riche et si variée. 

24.'' La FORTEUSE d'bad. — Deux seaux renqfilis pen- 
dent devant et derrière elle, à l'extrémité d'un bâton 
arqué qui repose sur son épaule. De ses deux mains 
elle les tient en équilibre. Sa figure est riante et sa 
coiffe ajustée. 



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2&* La HSHDiAFiTB ET SBS cnFANTS. — C'est ^raod 
pitié yraiiDciU 4e la voir denaiwioe, tniinant aprè» elle 
oHiTOalbeuFemx «itfaot, tandis qu'elle #n porte mi pin» 
jesAie dans une «ioipLe serpillière accrochée par un 
nœud anr l'épmle ganche. PI. XIV. 3. 

')' 
20.* Un vieuuuajbld aecroopi, vôtn d'une robe très- 

simple et coi£Eé d^ chapeau à larges bords, tient en 

main un long bâton d^ Toyi^ifcur, et présente un écu 

rempli par une figure humaine de proportion exagérée. 

!t7.* Lb fou et fA FAitti^LE. — Sa lobe fiotte en dé- 
sordre. De giqs bontotts, ^a'on prendriÂI pour des 
tf^^otss garnissant toiUes les opuiures de ses habits 
et même du large cap«iehon muni d'ofoUles d'ane sous 
lequel sa tète est à demi-cachée. De la main gauche 
il tient la marotte, oi porte sur le dos une grande 
hotte àe laqneOe oa voit sortir deux eniants costiunés 
eîNnme leur père. L'un des enfants, en tiraét le bord 
du oapnehon, Ibree le vieux Ira à détourJÉr en ai^ 
riere sa figure grotesque. 

ij«rdon»-nous< de orrâre qne nos sijtmx n'aient voulu 
représentée ici que Tétre malhe^veux privé de la rai- 
son. Le véritable fou, selon eux, le fou qui a de la 
famille, dont la race ne périra pas, est Phomme qui 
abuse des dons du Créateur et méc(HUiaii< les lois de 
sa nature morale. Vers la fin du xv.* siècle, Josse 
Bade Aseensius, à la fois imprimear et auteur, se plai- 
snt à peindre sous les traits de la folie les. vices dn 
aes sen^ables. Dans son CoUmkmm ntum êfulHfêtw il 
fait passer successivement sous les yeux tonies nos fo- 
lies v celles de l'avare, du damoiseau, du plaideur. 



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éa bibltonuines du débauché, de Tincrédule, du juge 
Muqae, du prétomptwevic 5 du bayard. La grant nef 
des folles selon les cinq sefis de nature du même au- 
teur, qu'un rimeur Araiénois a^amusa à traduire, cen- 
sure avec non mokia de ména^pement les fiemmes insen- 
sées. E«tre toutes el è leur tète, Ere oenTient qu'elle 
fat la première et la plus graudé des folies : 

Ce fut quaad la pomme je TSiz 

Dont je mengé qui cher nous couste. 

Je puis dire à mon avdeis, 

Tel a beauli yeulx qui ne voit goutte, (l) 

Toutes ces représentations et ces critiques des fous 
dans les livres et 4*n9 Vfmagerie, pourraient bien aYoir 
eu pour principe cette yérîté sortie de la bouche du 
sage et justifiée dans tous les temps : Le nomhre dm 
fous est infinù Eodi. I. 15. 

28.* Un fou ou le fou gour^iind. ^rr II est vêtu aveo 
le même ridicule que le précédent. Les pointes .de sa ^ 
robe et de ses larges manches sont terminées par des 
bou£Fants; le capuchon est aussi mvm de longue» 
oreilles; ses bas sont retenus par de larges jarretières 
à gros grains; il tient dans sa inaiu une écuelle rem- 
plie de pois qu^il puise avec une cuillère et dont il 
semble faire ses délices, à en juger par la position de 
sa tête qu'il penche en arrière, comme pour en en- 
gloutir une plus ample portion. 

29, • Un Samson. -~ Personnage à formes vigoureuses, 
(1) P. Daire, hist. litt. de la v. d*Am. — Biog. univ. y.*» Brow(n^ 



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— 362 — 

à che?elurç épaisse coatenua par un bandeau , à courte 
tunique. Il dompte des deux BMÛns un chien de haute 
taille. 

30*. Le hugbier. — U est devant un établi sur lequel 
est fixé par un vaiet et un crochet l'objet de forme 
ronde qu'il travaille avec le ciêêau et le maillet -à-main. 
Son vêtement , orné d^une collerette dentelée , de fines 
manchettes, de bouffants , de taillades aux épaules et 
et aux coudes , fait comprendre en quel honneur on 
tenait au xv.* siècle la profession d'huchier et d'en- 
taiUeur. 

3i«. i.° à droite. — La f^mme dévote. — Elle tient 
sur ses genoux un grand livre ouvert dans lequel elle 
se prépare à lire pieusement à Taide de ses bonnes 
et larges lunettes. Un chapelet pefid à sal ceinture, et 
sa tète est couverte d'une sorte de coiffe en forme de 
voile qui se partage vers les épaules en trois bandes 
pareilles au scapulaire des religieux; sur les côtés les 
bandes les plus étroites, et par-derrière la plus large, 
descendent jusqu*à terre. 

2.° A gauche. — Le singe. — Vêtu d'une robe à capu- 
chonet assis sur le derrière , il s'appuie des deux pattes, 
de devant sur un bâton. 

32.« i.° A gauche. — Une femme tenant devant elle 
un livre ouvert et regardant par-dessus. 

2.'' A diroite. — L'Ange montrant un éousson vide. 



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— 3aa — 

33.* La JBiuiB MlnB. — Eléd^annnest yétoo , «ssite et 
ayant deyant elle un petit garçon avec lequel elle 
semble jouer en le caressant. L'enfant qui porte une 
tiuiique. courte dont les plis soat ramassés par-derrière, 
regarde sa mère et lui sourit gaiment. 

34.* Le chanoine. — Costumé comme ceux du cin- 
quième accoudoir, aumusse, surplis et cheveux longs, 
il poHe lui -même son livre et chanté roffice. PI. 
XIV. 4. 

35.* Le yieux buveur. — Personnage aux moustaches 
longues et épaisses, large capuchon sur la tète, énorme 
sabre au côté , ample robe partagée , à partir de la cein- 
ture , en bandes larges et oblongues toutes bordées de 
bouffants. Il tient de la main droite un pot à boire 
avec couvercle à charnières , et de la gauche un verre. 
Sa figure annonce quUl a plus d^une fois vidé le verre 
et peut-être le pot. Ce n^est pas le seul ivrogne de nos 
stalles : Tabus de la boisson y est plusieurs fois repré- 
senté, sans doute parce quHl n^était pas rare à Amiens 
au début du xvi.* siècle. Un peu plus tard , il devint 
si criant que les mayeur et échevins se virent dans la 
nécessité d'en informer le roi Henri IL Ce prince dé- 
fendit de boire dans les tavernes 8ou8 peine de pugni- 
Hon de prison et de vingt livres parisie d^amende pour 
lu première fois; de 40 livres parisis pour la seconde; 
et pour la tierce , de pugnition corporelle à la discrétion 
de la justice (1). On voit par les anciens comptes de la 

(1) Hist. d'Amiens, par H. Dusevel, tom. I. p. fi^T* 



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— 3» — 

^h de la fin ânxr.* «iétAe, qu'on ê nêk âêkni qudfue- 
fnt Uê 4»rofn$$ à /• p$rie éB la Hotatê (i). 

36.* Lb TAiiLBOii d'imàigm. ^ Il traTiAle à Awm^ 
la dernière main à une ttalnette que Ten yok étendue 
sur ton établi. Vêtement court dont les pans 8e croisent 
9Wt la poitrine et sont fixés vers Tépaule par un cor- 
don ^ maadies serrées , chapeau à petits lourds. Plu- 
sieurs instruments sur rétabli. On doit comparer ce 
sujet à ceux des accoudoirs 30.* , 80.» et 85«. les mi- 
séricordes de Rouen offrent aussi plusieurs moHres et 
varleta du métier de hucherie travaillant le bois« U était 
juste que nos bons ima^ers, en faisant figurer tant de 
professions, n'oubliassent pas la leur. 

37.* L'architecte ou dresseur de plans. — Il est assis 
devant une table couverte en partie d*un large papier 
sur lequel il compose un plan à Taide de la règle ou 
(de réquerre et du compas. 

38.« L^RivAiN. — Il écrit dans un livre on gros ca- 
hier placé sur une petite table que supporte un seul 
pied fixé au centre. Près du livre est Técritoire. II a 
pour coiffure le petit chapeau à la mode de Louis xn, 
et pour insigne la chausse bordée d'hermine. Avant la 
découverte de Timprimerie on comprend de quelle im- 
portance était la profession d'écrivain. La chauèse, reste 
du chaperon pat lequel se distinguaient jadis les sei- 
gneurs et hauts bourgeois, était devenue au xv."^ siècle 
^t au XVI.* la marque d'honneur des docteurs et des 

(1) Administnit. 4e la lastiçs» P« H. 



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oiiréft. Cett avoir honoré Téorivain ^ite nous coB^é-* 
roiis »iir oei «ecoodoip, q«e de iai «fw permiê d^ 1» 
porter à Té^ule par-deatus aa larga et noble robe. 

99.* Le financier. — Alors conaiBe avjoard'bm la fi- 
nance donnait aussi de la eonsîdération « sinon du mé^ 
rite. Nous en jugeons ainsi à la belle robe à capu- 
chon que revêt notre homme attablé devant un comptoir 
chargé d'argent. Les pièces de monnaie qu'il compte 
et dont il emplit une bourse sont firappées au coin des 
armes de France. Deux des miaérieovdes de Rouen re- 
présentent à peu prés le même sujet. ^ 

40. • En demi-relief. — Un monstre. — Face hu- 
maine , corps de cheval , pieds armés de griffes , moi- 
tié nu moitié couvert de feuillages ; il tient dans une 
de s^ grifies un énorme bâton. 

41.« i.° A gauche. — Le jeune musicien. — Cheve- 
lure boudée , longue robe , il pince les cordes d^une 
guitare. 

2.<> A droite. — Le sagittaire. — Homme et che- 
val, hérissé de longs poils à Tendroit où le buste de 
Thomme s'unit au corps de Tanimal, le monstre ban- 
dait un arc qui a été mutilé. 

43»*( U(f SèMBGH^ -^ U dompte m lion ; sa ol^evelare 
épAÎBse et^ bouclée Q«t maintenue par un bandeau , les 
iMnohes fenduea de son vétemeal donnent passage aux 
braa et pendenl par devrière. 



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— 366 — 

43.* Le cartouche. — Il est historié d^ane face ha- 
fnaine et présenté par an personnage fantastique. Ce 
genre de médaillons ' était, comme on sait, très en 
vogue sons François i.*' ; point d'églises, de maisons, 
de meubles même qui n^en fussent ornés. Les grands 
homm^ de Rome payenne partageaient avec Jésus-Christ 
et les Saints Thonneur d'y figurer. 

44.* Le joueur de longue trompe. — 11 souffle avec 
action dans son instrument. Chapeau paré d'un ptumet, 
longues manchet fendues rejetées en arrière. 

45.® Le joueur de harpe. — C'est un vieillard à 
longue barbe , couvert d'un ample manteau ; il pince 
des deux mains les cordes de Tinstrument qu'il tient 
entre ses jambes. 

46.*» Le porte-livre. — Un homme d'église coiffé du 
chaperon, ayant un habit dont le corsage est boutonné 
pardevant , présente des deux mains un livre ouvert. 
Les accoudoirs-musiciens ainsi que le porte-livre que 
nous venons de décrire n'ont pas été sculptés sans 
dessein à cette place que les chantres ont occupée de 
tout temps. 

47.® L'ECU de là maison d'àrbeville. — - Cet écu porté 
en bandoulière par un valet assez bizarrement encos- 
tumé est aux armes de la noble et ancienne maison 
d'Abbeville dont celle de Boubers tire «^ origine et 
qui portait d'argent à trois écussons de gueule deux 
et un. Notre cathédrale s^onore d'avoir compté parai 
ses évéques un membre de cette famille. Son nom se 



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— 367 — 

lit en lettres gothiques au bas de la grande vitre du 
rond-^int qui est un monument de sa munificence (\). 

48. "> L*HYPPOGRiFFB. — Tétc d^homme , corps de che* 
▼al, griffes aux quatre pattes, grandes ailes aux épau^ 
les, épais collier de barbe. Déjà plus d'une fms nous 
ayons rencontré ces figures à forme hétérogène , ces 
burlesques et capricieuses monstruosités; on les retrouve 
dans toutes les productions des arts au moyen-âge, et 
les calligraphes n^en ont point laissé des exemples 
moins nombreux que les architectes et les sculpteurs. 
« Ces grotesques dont les analogues se trouvent en 
» tous lieux sont-ils, demande un savant archéologue, 
» comme on le croit communément, le fruit de Tima- 
» gination déréglée des peintres et des sculpteurs? Car 
» pour beaucoup de gens la cervelle d*un artiste est 
» une singulière cervelle! Ou ces mêmes objets sont-^ 
» ils calqués sur des types pris en-dehors des concep* 
» tiens ordinaires de l'art?.... Pour moi, je le déclare 
n d'avance, sans vouloir toutefois ériger mon opinion 
» en loi, cette étrange iconographie se rattache à des 
» faits passés dans le monde réel, et c^est dans Tem- 
» ploi des masques si fréquent dans le moyen-âge, 
»> c^est dans les déguisements mimiques et les traves- 
» tissements des hommes en animaux ou monstres , en 
» spectres infernaux , que je crois à travers les brouil- 
» lards des âges entrevoir l'origine de ces créations 
» métaphysiques (2). » Cette opinion n'est-ellq pas trop 
absolue et pe pourrait-on pas soutenir que les récits 

(1) y. Mém. de U Soc. des Antiq. de Pieard. tom. Y p. 91. 

(2) Stalles de Rouen, par H. Langlois, p. lit. 



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^ 3« — 

des légendes et les romans cfaeralereMiQes si répeadus 
pendant pins de trois siMes ne furent pas non pins amis 
inflneuce sar les conceptions bizarres réalisées par les 
artistes? Il y a> soît dans les légendes des saints, soit 
dans les chvoniqœs et surtout dans les. ronans de la 
TaMe*llonde, une multitude d'assertions sur TexisteDoe 
d'animaux étranges , de monstres aux formes bizarres et 
gigaAtesques qui apparaissent, au milku âe$ forêts ou 
sur les rivages de TOcéan. Que ces récits roslerHient 
UA iosià de vérité , ou que rimagiBation des ehroni^ 
qiAenff» et des poètes ait em la pins grande part dans 
^s créations fantastiques , ou bien encore que nos ayeux 
se soîeBt eompttt à figurer ainsi les erreurs , les vi^ 
ces et les démons i ii demeure toujours certain que ces 
Uraditiona existaient» qu'elles avaienti cours daat la 
société d'aloirs, qm'eUes agissaient nécessairement sur 
Tesprit des artislesw En fisut-il davantage pour qa'elles 
aient aussi laissé des traces dans lea monuments? (I) 

4#.« La eoQiTSTTB jl L'ÉPAG^E^L. — Pour le coup le 
titre est bon. Voyea plutôt la j^anche xiv au n.^" 3^ 
voyez surtout sur les lieux mêmes Taccoudoir que nous 
avoBs fait copier, et dites si la mine, la ccnffure, le 
-costume et Foccnpation de ce s<Hgné personnage ne 
earaet&risent pas une dé ces Dames ou Damoiselles dont 
tevte Taffaîre en ce monde est de s'occuper dettes- 
mêmes et puis de leur chien , ou bien de leur chien et 
|>ms d'elles-mêmes ou mieux encore de tous deux à la 

(1) Gs. Note sur les Stalles de Mortain, par M. de la Sicotière, 
BaHet. moBUBMnt. p* 386.— Ballel^ de la Sec. des Antiq. de rOuesW 
^. 100. 



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— 369 

foi8 et auesi sérieufteinent. Sa chevelure abondante par- 
tagée 8ar le front et tcnnbant en longues tresses de- 
vant et derrière n^est pas mieux peignée ni plus lisse 
que ne le sont les poils de son épa^eul. Sa robe 
échancrée à la gorge , tailladée aux coudes et aux 
épaules et boutonnée aux manches de Tavant-bras^ laisse 
Toir par toutes ces ouvertures que Madame n'use d'aur 
tre linge que de la belle toile de Flandre. Nous ne 
savons si les pauvres auront un jour les restes de ces 
étoffes riches et neuves , mais ce qui est certain , c'est 
que le chien en a rétreane, niché, chauffé, ca- 
ressé qu'il est dans le giron de sa douce maîtresse. 
Voyez comme cette bdle main se dessine sur cette 
soyeuse fourrure 1 Voyez comme cette patte légère s'ap- 
plique avec confiance et fierté sur cette main amie! 
Voyez comme il y a de la grâce, de la gentillesse, 
de la sympathie dans ces deux figures ! 

âO.^' Le lecteur. — L'ampleur de son vêtement à 
manches larges , serrées au-dessous de l'épaule , et le 
caractère de sa figure annoncent un très-grave per- 
«cmnage. 

51.^ En deminrelief. — L'ange-musigien. — Habillé 
d'une robe en forme de surcot, il pince les cordes 
d'une harpe qu'il tient sur ses genoux. 

52.* 1*° En demi-relief , à git^ushe. — Le mohstre et 
le singe. — Le quadrupède à pieds de satyre , le corps 
velu, Ja tète munie d'oreilles longues, et pointues, la 
giiKule horriblement fendue, se détourne en ricanant 
vers le singe assis sur sa croupe. 

24, 



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— 370 — 

%."" A droite. — L'homme a lonoue baebb. — L« 
barbe au commenoement du xyi.^ sièele n'était guère» 
de mode. Les élégants de Tépoque ne l'adoptèrent que 
vers Tannée 1522 à Texeniple de François i.** Aussi 
toutes nos statuettes ont-elles le menton rasé, si ee 
n'est les personnages historiques de l'anoien et du nou- 
veau testament. Aux aceoudmrs on ne voit de barbus 
que les individus excentriques, fous, comiques, bala- 
dins, pauvres ladres ou pèlerins. 

53.* DstnL TÊTES DANS uiT BONNET. — Lcs vicux amis , 
la tète enveloppée dans un même capuchon, ayant de- 
vant eux un livre ouvert, se tiennent embrassés. A-t- 
on voulu traduire ici le proverbe vulgaire que nous 
donnons pour titre à notre sujet P^ M. de la Sicotiére 
semble le croire, dans la description d'un sujet pareil 
des stalles de Mortain. 

Ô4.* Personnage de ^antais^^ barbe en collier, cein- 
ture en forme d'écaillés , b&ton noueux à la main. 

5ô.<> En demi-relief. — Le joueur de harpe. — Jeune 
homme aux cheveux frisés , à la robe flottante ; c'est 
le sixième musicien que nous renooatrons dans notre 
galerie, et le troisième de son instrument. 

56.« i,° A gauche, en demi-relief. — Monstre ayant 
princ^alement les formes du chien et du lion. 

3."^ A droite, en demi-rehef. — Le donneur d*eau 
«ftNiTS. — C'est un clerc, d'âge màr, au maintien mo- 
deste, aux yeux baissés, qui a le goupiUon en main. 



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— S71 — 

et V&aub0naiêHer à $es cotée. Ne le quit^z pas «ans 
aToir TUL Ie$ manchea à Vunfe de son long surplis, et 
«a oœffe d'étoffe qui n'est ni le chaperon ni le bireium 
ni la oalottQt Et puis, féiicite«-le d*étre si bien a sa 
place, à rentrée des stalles du cèté gauche, pour rap- 
peler au chanoine qui arriye À Tc^ce le devoir de la 
pureté de c«ur et d'esprit dans le chant des louanges 
du Seigneur. PI. XIV. ft. 

57 •* 1.^ À gauche , en demi-relief. -^ Siget d'un tra- 
vail très-soigné représentant un personnage 'cmffé du 
diapeau à plumet, dans l'attitude de la surprise ou de 
radmiratfam. 

S."" k droite. ^-^ L'enfant au maillot bt ^a mère. — 
Au n."* 36, Vhanreuse mère faisait danser sur ses ge- 
noux son joli petit garçon , tout grand ^à. Ici les 
choses sont moins avancées : le poupon est encore dans 
ses langes maintenus par des bandelettes entrecroisées. 
Le mère le tient contre son sein, enveloppé d'un lam- 
beau d'étoffe qui pend de l'épaule en forme de chla- 
my de. Une coiffure en turban ceint le front de la 
jeune femme dont la figure est riante. 

58." Le bon vieux. — Visage décharné et rugueux , 
air de bonhomie et de contentement. Ami du passé, il 
n'a pas, pour le chapeau de mode nouvelle, dépouillé 
sa tête chauve du lourd chaperon de ses ayeux. 

59.< L'heureux hénage. — Qui ne serait édifié de ces 
4e«x excellents vieux, mari et femme sans doute, cau- 
eant tranquillement d'un temps déjà loin d'eux, avec 

24.* 



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— à72 — 

Un air et des gestes qui prouvent la constance de letfr 
vertueux amour ? L'épouse ne reste pas en arrière des 
témoignages d'afïection qu'elle reçoit de son aimable 
conjoint , et lui caresse familièrement le menton. C'est, 
bien entendu , une scène d'intérieur , du coin du feu : 
on le voit au négligé de leur costume , à la simplicité 
de la coifiè qui est, pour Fhomme , le bonnet à oreil- 
lettes, et pour la femme, le serre- tète. 

Le second de ces personnages fait partie de la stalle 
suivante qui s'unit à celle-ci dans l'angle du retour 
d'équerre. 

60.* Le bourrelier. — Une torche est en œuvre sur 
la forme ou cheval de bois qu'il tient entre ses jambes. 
Le vêtement court, les manches retroussées et la tète 
nue sont bien d'un ouvrier au travail ; son embon- 
point marqué donne à penser qu'il gagne largement sa 
vie. 

61/ La pibose jeune fille. — Son long voile à bor- 
dure plissée passe de l'épaule gauche sur la droite en 
couvrant le cou et la poitrine comme une guimpe. 
Dans ses deux mains qui sont brisées elle a dû porter 
un livre ou un objet de piété. 

62." Le damoiseau. — Il est en robe et se drape avec 
recherche dans les plis d'un manteau dont un pan 
vient de derrière retomber en avant par-dessus l'épaule 
gauche ; il ajuste encore du bout des doigts les gra- 
cieux enroulements de sa chevelure non moins artis- 
tement peignée que sa barbe. Rien de plus délicatement 
ouvragé que la main et les doigts qui siervent la va- 



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— 373 — 

ailé de ce véritable petit-maitrïe , . que sou âge pourrait 
cependant faire passer pour émérjte. Nous ne parlons 
pas de sa pose affectée et de son air mignard* Deux 
cents ans plus tard, La Bruyère Teût nommé Ipmis et 

dit de lui sans trop le charger : « Il a la main 

douce et il Tentretient avec une pâte de senteur : il 
a a<Mn de rire ]K>ur mcNitrer ses dents; il fait la petite 
bouche, et il n'y a guèces de moments où il ne veuille 
sourire : il regarde ses jambes , il se voit au miroir ^ 
Ton ne peut être plu» content de sa personne qu il 
Test de lui-même : il s'est acquis une voix claire et 
délicate, et heureuseinent il parle gras : il a un moii- 
vement de tête et je ne sais quel adoucissement dans 
les yeux dont il n'oublie pas de^ s'end^ellir : il a une 
démarche meUe et le plus joli maintien qu'il est ca-. 
paUe de se procurer : il met du rouge , mai» rarement, 
il n'en fait point une habitude; il est vrai qu'il. porte 
des chausses et un diapcfu, et qu'il n'a ni boucle^., 
d'oreilles ni collier ^e perles ; aussi ne l'ai-je pas mis 
dans le chapitre des femmes (1). » Nous sommes trop 
polis pour ajouter que ce soit là un type AMiéNors. Il est 
bien vrai qu'en certain auteur nous avons lu ces quel- 
ques vieux dictons: La cêrvaise (bière) de Gambray ^ 
les beurriers de Tournay, les garsillera {àéhsmchés) de 
Rouen , les piaffeus d'Evreux , les sots de Ham , les 
bey&us (curieux) de St. -Quentin , les dâmoisels d'A- 
miens (2) ; mais, calomnie sans doute, ou les temps 
sont changés. 

(1) Caractères de la Bruyère; De la mode, 

(2) Dictons da xn.*" et du ^m*" siècle. Ms. 7318 de la B, 
royale. 



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— 374 — 

63.* La lbçoh i>e là moat. — ^IiBpowible d'en dmitor r 
nos entaillenrt «ont de profonds rooraUstet. Yoici qn'au 
pelilMmaltre qae leur ciseau t^ett UnU pin à finir ^ ils 
font montrer, poor lui donner à réfléchir êana doute ^ 
une hideme tàtb bb xoit. Elle ett senlptëe sur le 
ollamp d'un écu que tient nn indiridu de fi|pare ai-^ 
niatre dont Taccontremefit miâérable, la okerdum en 
désordre, le iiaenton pelé, le eettier de poils inonltes à 
la gorge, parlent, comme le squelette, de la ranité 
des frisures, de la barbe bien peigfuée, de la belle 
main , du visage agréable , du riche et élégant inantean. 
C'est la même pensée que dans les Amaéa mocoArai on 
des moifi$ si souTcnt reproduites sur les nînrs des doi* 
très des cimetières , et plus tard à la marge des livres 
d'heures et des missels ; il n'y a qu'nne sede différenoe : 
lài la mort vient Percher eHe-mérae ou faire danser 
sa victime, tandis qu'ici elle n'envoie que son hérault ^ 
là elle frappe, ici elle avertit. Dès deux cMés c'est la 
même moralité : notre accoudoir dit k son voisin ce 
que dit an spectateur la Mort de la célèbre iDonas mo-^ 
eàbr» de Bâle*: 

Toi qui conteniples ce UMeaii, 
BeconnaiB la likteiir ds la Mblc nature ; 

TtUe «a Joor sera ta figure, 
Fa«»Mu des mortels toiourd'liai le plus beau (t). 

Nous aurons à comparer ce sujet avec celui d'un pen-, 
dentif qui a été dessiné , planche XVI , n.° 6. 



(1) Danse des morts comme elle est dépdnte dans la célèbte villes 
de BAle^ iii-4.» AUem.-Franç. BAle 1744. p. 2. 



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€4.* Un personiuigse iris ma%re de torps , véiu d'«Be 
(unique «errée fendue par-devant* Ses mains sont bri* 
•éea ainsi que Tobjet qui ponirait aider à le caractériser. 

6&.« L*HTDRE TERRASSÉE. ^ Un homme aux bras vi- 
goureux assomme à coups de bâton Thydre furieuse 
qu'il tient de la main |^ucbe à l^aîde d'une courroie 
enlacée autour de soo oou. Le monstre qui a deux 
tètes, deux ailes , dot griffes aux quatre membres, et 
une longue queue, mord avec Tune de ses gueules le 
Tétement de son adversaire. 

66.^ Un Savson. — Il ne reste de ce sujet que les 
reins et les deux jambes de Thomme qui terrasse le 
Inm. On distingue encore dans ta gueule de TaiitiiMii 
un veslige de la main vigoureuse qui séparait les deux 
màohosres. 

67*« Lk KiïiCHANDB n£ P01RB8. — L'élégante fruitière 
tire d'un grand sac de beaux échantillons ^ sa mar- 
chandîse qu'elle parait offrir aux passants. Par-des- 
sus sa tunique à manches serrées au poignet, elle 
porte une lai^e robe munie d'un capuchon qui lui 
couvre chaudement la tête, sage précaution pour une 
femme de son état, exposée tout le jour aux intempé- 
ries 4e l'air. Gomparez-la à notre, belle marehmndÊ 
d^ herbes du 23. « accoudoir. 

68.« Le fou bouffon, — C'est un joyeux bossu, de 
figure comique , ouvrant avec d'horribles efforts une bou- 
che de grandeur démesurée. Il a le capuchon pointu 
uuwi d'oreiUes d'ânes et de grelots , la jaquette dé^ 



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— 376 — 

coopée en angles aigU8 et dessinant bien tes gracieuses 
formes du dos et de la poitrine chargés de bosses, la 
trousse tailladée , la garnkure de bouffe ttes pendantes 
aux coudes et aux pans de Thabit : vrai costume de 
fou, en un mot; costume officiel que lui avaient donné 
nos gais ayeux. D^une main il tient avec plus de ma- 
lice qu'il ne parait un sac bien fourni, et de l'autre 
une nouvelle pièce de monnaie qui va le grossir en- 
core , grâce à la simplicité des rieurs dupés. 

A la vue de ce malin bouffon qui entend si bien 
ses affaires , on se souvient volontiers des célèbres con- 
frères qull eut pendant trois ou quatre siècles à la 
cour de& Rois. Les Thévenin, les Tribomlet, les maî- 
tre Guillaume, les Jean Chicot, les rÂagely, ne fai-* 
saiem, comme le nôtre, leur office qu'à beaux deniers 
comptants. Leurs gros appointements figurent dans les 
vieux comptes a côté des gages , pensions , gratifica- 
tions, accordées aux médecins, historiographes, écri- 
vains, confesseurs, astrologues du Roi. On en cite un 
qui joua assea habilement son rèle auprès de son no- 
ble maître Jeau-san»-Terre , roi •d'Angleterre, pour se 
faire octroyer un beau domaine , grevé , pour toute re- 
devance, de quolibets et de bon mots (!)• — Et nous 
n'avons pas compté le rare privilège qu^avaient ces 
heureux et honorés Fous d'instruire les sages eux- 
mêmes! Et encore, la liberté de tout faire et de tout' 
dire! car, 

Sous umbre de faire le Fol, 
Ou entre aussitôt aux maisons 

(1) Voir : Monnaies inconnues des Evoques des Innocents et des 
Fous, par M. M. J. R. d* Amiens, avec une intr. par H. G. Let»er^ 



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— 377 -^ 

^ Qu'un aussi sage que St. Pol 
Avec sa prudence et raison : 
Fols trop plus étourdis qu*oisons 
Et comards sont permis tout dire, 
Tant en ces jours qu'eu rouvaisons, 
Sans encourir du prince Tire (1). 

69.* Le pilxur. — Dommage qu^un accident ou la 
malice de quelqu'enfant de chœur ait fait tomber à la 
fois le poignet et le pilon de ce brave homme occupé 
depuis si longtemps à piler dans un mortier les dro- 
gues de maistre Jacques Hobe apofieaire du doyen du 
Chapitre à cette époque. Sans ce' détour , il en aurait 
broyé depuis 4508 de quoi guérir ou du moins em-^ 
baitner non seulement h oorp» du Seigneur eê doyen^ de 
Hénencourt (2) , mais tous les chanoines et chapitres qui 
se sont succédés jusqu'à ce jour ; car vraiment c'est 
meryeiHe à considérer que l'air de bon vouloir avec 
lequel il «xerce son métier de patience. Sa physiono- 
mie paisible, son air distrait, témoignent que son es- 
prit n'est nullement fatigué par l'étude des décompo- 
sitions alchimiques auxquelles ses bras sont appliqués^ 
Bonnement aoroupi devant la table qui supporte son 
mortier, son confortable ohapeau dûment appliqué sur 
sa large tète, il ne s'aperçoit en aucune manière qu^il 
a perdu son utile instrument en même temps que sa 
précieuse main droite. Dès qu'on lui aura raccom- 
nK>dé tout cela, il n'en continuera ni plus ni moins 
son œuvre. 

(1) Le triomphe des Corfiards, cit. de M. G. Leber, U)id. 

(2) Compte d'exécution du testament de A. de Hénencourt. Arcli« 
départ, arm. 1.^ 1. 36. n.*» 17. 



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- S78 — 

70," Là LàVEusE- — Les brus nus , le» rein» ceinla 
du toblier, la léle coiffée dn mouchoir noué sur le 
front ^ le buste aerrR dan» uîi vêtement étroit et lacé 
derrière, elle [ilonge les deux raaina au baquet dressé 
8ur un irépied. Poie heureuse et naturelle, physiono- 
nile gracieuse et animéo , dessin correct et travail fini , 
tout est au mieux dan» cette ^ petite scène d'intérieur 
domestique, ^ 

71." Le MoiNE, — il est reconnaisiable à sa calotte 
aux pointes allongées ^ à sa largue coule , et au cbape- 
let de dix grains enfilés dans un simple cordon qu^il 
roule de la main gauche, appuyé de la droite sur un 
lon^ béton aujourd'hui mutilé. Il chemine par le« rue» 
mendiant et priant. 

72." La, beligieuse. — La guimpe, le bandeau et lo 
Toile couvrent le front, les épaules et le cou du per- 
sonnage ., et encadrent son modeste visage a ut; yeux 
iiattséa» Elle est devant une petite table proprement 
recouverte d'un tapis, sur laquelle s'ouvre un livre 
qu'elle touche de la main droite \ distraite de sa pieuse 
lecture, elle écarte le voile de la main gauche, comme 
pour écouter ou répondre. 

73." L'homme armé. — lia hallebarde d'une main., 
le bouclier de Tautre, on le prendrait pour un lol-^ 
dat , si ce n^était son ample robe à manches fendues 
et son bonnet en étoffe* Est-ee un bourgeois armé 
pour la défense de €es foyers soudainement envahis? 
Est'ce une caricature des anciens chevaliera amateurs 
d'aventures périlleuses , ou plutôt un simple hoUebar- 



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— 37« — 
âicr poté an «euil du oliàteaa? Nmu ne décidsns rien. 

74/ Personnage déroulant 8ur ses genoux un lambel 
saM itifterip^çd. 

75/ Lk FEMME GÀLINTE. — Notts la jugeous tell^ au 
léger manteau gui recourra a peine ses épaules ^ à sa 
simple robe de dessous dessinant la taille et témoi-* 
gnant d^un certain laisser- aller , au oouvre*chief en 
forme de couronne dont les branches se relèvent Ters 
le front pour dé;gag«r la figure et se terminait par 
une aigrette enrichie de brillants, a la riche boite de 
parfums qu*elle entrWvre de la main droite, à Ta- 
g^acement de ses chereux et à la minauderie fort équi-^ 
Toque de son sourire. — Nos artistes seraient bien 
coupables de TaToir mise là pour lui faire honneur; 
mais ^on, c'était afin de lui donner pour Toisin le 
MOQUEUft, «4 de lui apprendre par là qu'elle ne mé^ 
rite que le mépris. 

76«* Le MOQUfiua. — Il regarde avec un sourire ma^ 
En la femme galante et lui fait la nique d'une façon 
encore bien connue du gamin d'aujourd'hui : le pouce 
sur la joue, il agite le reste de sa main en manière 
de battament d^aîle, 

77é^ L*iYRoaifE. ^— Buveur sans souci ,^ il a tout son 
vêtement en désordre. Au milieu de ses bachiques 
ébats, il eut infailliblement perdu son chapeau, sans 
le cordon de sûreté dont il Ta muni. Quoique déjà 
passablement aviné , il ne lâche ni le pot-à-boire , n^ 
l'écuelle qu'il vient encore de remplir. Gompare^-le au 



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— 380 — 

BUVEUR du âb.^ accoudoir f ou nu ménage Eif goguette 
dessiné sur la planobe XVI ^ b.'' 4^ 

7S»" Le gastronome. — Asaisj k une petite table pc- 
GOnverte d^une nappe et chargée d^uu pRÎn et d^un 
énorme pâté , ît «avntire Arec délices les morceaux qui 
emplissent sa bouche et gonflent ses joues. Un geste 
de sa main désigne arec complaisance le pâté; il est 
prêt à l'attaquer avec vigueur. Type original de» bons 
Tivants du xyi.' siècle , noire honime rappelle les somp- 
tueuiL repas dont nos ayeux ne se faisaient pas Faute, 
eu dépit des ordonnances de la police qui s'avisait d'in- 
terdire certains mets trop recherchés^ de régler le 
nombre des services , et même de lirai ter celui des 
convÎTes (1). 

79,* Ici la surveillance des conducteuTË de rœuvre 
est en défaut, ou bien la simplicité des mœurs était 
étrange au xvi." siècle. C'est tout ce que nous avons 
à dire eu présence de ce personnage qui ne nous of- 
fre pas de costume à décrire , et auprès duquel celui 
du u," 75 est une vcrtn. 

&0-* Le hucuieb, — Il promène le rabot sur une large 
planche assujétie à un appareil dont la forme n^est 
plus usitée aujourd'hui' C^egt une sorte de chevalet au 
versant duquel la piéee de bois s^applique de champ 
sur des chevilles mobiles et sa pré&eutc à volonté k l^outil 
de l'ouvrier qui la met en œuvre. Ici comme aux accou- 
doir» 30.^ , Z%^j 85.* T le costume de Touvrier est fort 

(I) P. Dme. Hisl. de 1s ville d'Ani. l. t. p« BT. 




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— 381 — 

soigné. Son chapeau est sunnonté du chaperon , sa 
braye recouverte du petit manteau à plis. 

81.* La bourgeoise» — Le vêtement de dessous lui 
enveloppe modestement la gorge et le cou jusqu'au 
menton. Par-dessus, elle porte une robe fendue en avant 
dont 1^ manches sont très-grandes et les bords garnis 
de larges fourrures. Sa tête est ornée d'un voile très- 
court; sa taille ceinte d'un tablier étroit et ses pieds 
chaussés d'une sorte de patins ou galoches fort en* 
vogue au xv.* siècle. Aisance , simplicité et modestie 
dans ce type d'une bonne bourgeoise. 

82.' Le pèlerin. — ^ La dévotion des lointains pèle- 
rinages est trop chère au moyen-âge pour qu'on s'é- 
tonne d'en retrouver ici le grave représentant. Vous 
l'auriez reconnu entre mille, cet individu visiteur de 
Com^stelle , de Rome ou de Jérusalem ; il a la longue 
robe , la moustache , l'air décidé , le chapelet a dix 
grains, et bien s'est-il gardé d'oublier le large cha- 
peau, l'escarcelle et le bourdon^ selon le dire du 
poète : 

Le chapel prent Tescharpe et le doublier 
£t le bordon quMl ni voit pas laissier (1). 

83.' La malicieuse. — A la manière dont cette femme 
porte à rœil sa main droite, vous croiriez qu'elle es^ 
suie une larme, mais les traits de son visage riant et 
malin ne tardent pas à vous convaincre qu'il n'est point 
ici question de pleurs , et que le geste de sa main 

(1) DtiG. Gloss. Y.» Burdo, 



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- 38Î - 

est rexpretêion d'nwô moquerie plmne de nfaité. La fi-^- 
gure de ce personnage que sa posture mclinée a tenu 
à l^àbri du frottement, est parfaitement conserrée et 
peut faire juger , par le fini de rexécution , de ce que 
deyraîent être tant d^autres sujets dont les traits sail- 
lants ont été altérés par le contact de pi as de trois 
siècles. Ici , il n*y a que la tète et la main qui sotent 
entièrement terminées ; le reste simplement dégrossi 
laisse voir au chiqua^e ou coup de ciseau parfoitement 
marqué, la manière large et hardie de procéder des 

84.* L'obséquieux. — Il porte par-dessus son vêtement 
de dessons une robe ouTerte dans toute sa longueur et 
ornée d*un large collet de fourrure rabattu sur les 
épaules. Il salue, en étant son chapeau, d*un atr si 
aimable et si empressé, que nous n'aTons pas hésité à 
le nommer [robsiquieum. 

86.* Jhân Trunn. -«- n n'y avait pas à s'y tromper , 
son nom précieux dans Thistoire de Tœuvre est inscrit soos 
le museau de la parclose, un peu au-dessus de la tète 
de raccoudoir. C'est donc là Jhan Trupin; on le voit 
travaillant une statuette à Taide du ciseau et du maillet; 
et sous l'établi où il travaille si bien , on remarque 
avec plaisir , à côté de l'éouelle « le pot-à-boire près 
duquel il vient sans doute de temps en temps réchauffer 
son génie. S'il n'a pas flatté sa figure, il a eu soin 
d'honorer sa profession par la richesse du costume 
qu'il s'est donné. Il porte par-dessus un vêtement très 
ouvragé et orné de broderies , le court manteau à collet 
rabattu et son chapeau élégamment façonné en ma- 



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- 383 - 

Bière de loque enrichie de plumes dans tout son conUmr. 

Mille actions de grâees à Jhan Trupin de nous ayoir 

donné son noa, si oe n^esi son portrait. PI. XV. 3. 

86.* £n demir-relief. — Lb gros rieur. — U est fâcheux 
qu'il n'ait pas plu à Tartiste d'inscrire ce que nous 
dit son personnage sur la banderoUe déployée dorant 
lui qu'il indique d'une main. Gontentons-nous donc 
d'observer ses larges manches et son chapeau qui tombe 
en arrière retenu au cou par un cordon. — C'est la fin 
des accoudoirs des hautes-stalles du côté gauche : Des-^ 
cendons. 

87.® En demi-relief. — Un xonsïre et un singe. — 
Le singe « occupé à ronger un os ^ est perché sur la 
croupe du monstre qui se retourne du côté de son 
facétieux compagnon : si\jet qui a beaucoup de rapport 
ayec celui du S5.* accoudoir. 

88." Le bourgeois armé. — Encore un trait qui fait 
allusion au privilège qu'avaient nos bourgeois de se 
garder eux-mêmes , de faire le guet la nuit et de veiller 
en sentinelle aux portes de la cité. Notre personnage 
à moustaches , à longue barbe , porte sur l'épaule son 
bottcUer que retient une courroie passée en bandouUèreir 

89.* Gravement mutilé. U ne reste qu'une main et 
deux jambes* 

90.* Là BRODEUSE EN BOSSE, -^Sur uiic table, à portée 
de l'ouvrière, de petits faisceaux de longues bobines 
olMurgées de fils, dont elle parait se servir pour com- 



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— 3«4 - 

poser des portraits. On yoit de ces bustes qu'elle achère 
disposés en ordre dans un cadre oblong, cintré par 
le haut, et à volet de même forme. Sujet assez cu- 
rieux qui nous révèle Tusage d'une sorte de dypHque 
destinée a recevoir Timage soit des saints les plus vé- 
nérés , soit des personnages les plus chers de la fa- 
mille. Les bustes sont encadrés dans une espèce de 
couronne, selon le goût de la renaissance. 

91.* L'homme k la besace. — La saie dont il est vêtu 
est en partie relevée jusqu'à la ceinture, sa tête 'de- 
meure couverte du capuchon et son épaule chargée de 
la besace. De «la serpe qu'il tient à la main, il frappait 
sans doute un objet dont la présence n'est plus té- 
moignée que par un bout de corde entre ses mains. 
On le prendrait volontiers pour un pauvre voyageur 
ou un bûcheron qui défeud sa vie contre les attaques 
d'un animal furieux. 

92.* Une femme voilée et coiffée d'un petit chapeau 
rond attaché sous le menton par une bridelette. Ses 
deux mains ont été emportées avec l'objet qui nous 
aurait permis de la nommer. 

93.* Un homme dont les mains mutilées étaient pro- 
bablement jointes. Un bonnet en fourrure pend à une 
courroie sur le dos. 

94.* Le ménage brouillé. — La femme est maîtresse. 
Elle a terrassé son pauvre mari sous ses pieds et le 
bat , encore , par^essua le marché , à coup de que- 
nouille et de fuseau , circonstance qui ne doit qu'ajouter 



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— 385 — 

è rignominie de la défaite. Le Yaioou , qui a^esi pas 
^roa cinq fois eomme le poing de aa dame, parait pren-p 
dre assez bien son parti , riant et se conformant à tont? 
im c^est qu'il croit prudent, pour ne pas aymr pi», 
4e se faire petit, bien petit, aux pieds de cette femme. 

95/ i.° Lb vibux xoiNB.^r-XJa peu de reeherche dans 
400 costume qui admet la fourrure aux parements de 
la robe et aux boufiettes du cbapeav. Son âge , sans 
"doute, explique cet adoucissement, aussi bien que celui 
de la calotte à oreilles qui lui tient chaud la tête. Ne 
passons pas outre sans avoir remarqué ses longues 
4QDOustaches à la chinoise. 

2.'' A gauche , en demi-relief. — Le i)RAG09i tbbrassA. 
— On homme lui ouvre la gueule avec de grands efforts 
et lui arrache la langue. 

96.* En demi-relief. — L^noxMS en prière. — Mains 
j^Qinte9« regfirà iii^Ofleste , chevelure bouclée. 

97.^ L4 skQVr-wBmia, — En suroot , et les manches 
r^v^ef, dlç porte dans ses bras Tenfant qu^elle vient 
d'^moailkHler de Ifnges. 

98.* L« BORTBréctf. -— Tout est groteaque dans ce per- 
sonnage et fait contraste avec le noble écu quUl porte. 
C^est celui de la maison d'Abbeville. Voir Taccoudoir 
a.o 47 (1). 



(ï) Tair la nate F à la fin du volume. 



26, 



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-• 386 — 

99/ Lb monnayéur. — Véta d*ane élégante tonique , 
les reins ceints d*un tablier de enir, les bras serrés 
dans des manches étroites, il va frapper du maillet 
qu*il lève d*une main le coin que de Tautre main il 
applique sur la pièce de monnaie. Sur le bloc massif 
où se fait le travail , plusieurs autres pièces déjà frappées. 
Précieux souvenir de nos anciens monnayeurs d'Amiens, 
bien plus anciens , comme on sait , que notre hâtel ie$ 
monnayes de 1577. 

100.* La toilette d'une femme. — On peut entrer : 
Madame est habillée : elle n'a plus qu'à passer la robe 
de cérémonie qu'elle tient sur le bras gauche, l'ayant 
tirée d'un coffre ou bakut auquel elle porte encore la 
main droite. 

101. *= L'apprèteur d'étoffes. — Le maître en tailleur 
pouvait-il finir son œuvre sans y avoir laissé trace de 
la nombreuse compagnie d'ouvriers et maîtres fabricants 
d'Amiens , l'honneur de leur pays ? Voici enfin leur re- 
présentant : un homme pousse de la main gauche un 
instrument, aujourd'hui brisé, sur la pièce d'étoffe que 
reçoit une petite table , et qu'il tire de la main drmte 
à mesure que le travail avance. A Rouen, ville de fa- 
brique comme Amiens, on voit aux miséricordes 14.* 
et 15.* deux é{Mndeurs et deux lanoeurs da drap. 

102.* La femme a deux visages. — Nous n'inventons 
rien : cette femme , mais c'est la seule , est réellement 
à deux faces. Faut-il l'appeler la duplicité ou. l'hypo- 
crisie , ou la prudence .^ Il y a do. pour et du contre. 



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— S87 — 

Disons seolement qa^une main a été brisée^ ^t- quQ 
Tantre main saisit Tanse d'an panifir. < 

i03.« Un foc. «^Tont en ajastani son x^nphon^vgur 
l*oreille , il tous fait une affreuse grimaee. Pouv que 
rien ne manque a son aoeontrement , on lur as.4loDné 
les souliers à la poulaine Tieittis de quelque ^eetû ans. 

i04.« Le pouRFEfn>EUR grotesque. — U a Tépée , la 
eotte de maâles et le casque. C'est encore le • sou¥élnir 
de la guerre et des oombats qui inspire' TaMiile.r.On 
dirait que le Bourguignon et TAnglais sont toujours à 
nos portes. 

105." Le mablk tué tar uifE femme. «^ 'ÂUi'inoMtre 
qu'elle tient «ttaché pAr une coua^roie, la femtne ir^idéjà 
fait uiie large entdUe dans \tf des, tta moyen d^ta ceu-* 
teau de longueur démesurée dont sa ^main dr<^0 est 
armée. Ce sujet 'u'auraîl rien de plus piquant que eautt 
où nous avons tu des hommes aux prises avec des ani- 
maux . fantastiques , si le monstre . qui en jFait. partie 
n'avait précisément la forme ..et ies traits de,. celui qui 
représenle Satan dans les scènes de la vie ^^..Jçb, Par 
là, le sens de la lutte de I9, fen\iae et. de )a béte 9^ 
nous échappe plus : il s'agijL d'un coipibat . sacr^ , , d'pne 
▼iotoire à remporter sur ;le mal, çur une pasf^n^^ Ne 
peut-on pas aussi conclure i qu'en d'autres repré^enta- 
tions du même genre, la même pensée a dû guider 
l'artiste? Bien loin que ^es lionf, ses hyppogriffes, 
ses sagittaires , ses hydres et ses chiens furieux soient 
de purs caprices d^imagination , n'a-tril pas vo^lu tout 

25.* 



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— 388 — 

simplement donner un corpa a nos vices, et en Ta- 
rier ïea figure» , nutant que les e«péees ellea-inénie* eti 
aont di?er0ea ? Nos» cn>7ous que ceux qui prêtent nu 
moyen^ge cette pensée trou feront dans notre accoudoir 
du diabh tféé pur une femm§j un bon argument pour 
leur thèse. Le diable n'a paa partout la même forme, 
sauf doute ; mais d^ qu^il s'agit d'un monstre ^ n'eit-- 
il pas toujours possible que ce soit lui ? 

106. ° 1,^ Personoage relevant de ses deux lUûina son 
long lUftQteau retenu sur la poitrine par une agraffo- 

2,° En demi-relief. — L'momhe armé d'un sabre, — 
Cet individu, d'humeur fort pacifique d^ailleurs , dé- 
gaine *on long et large babre* Consullei q»"' 73.% 88.* 
et iiUL^ L'en tailleur qui a exécute les accoudoirs du 
côté gauche des stalles aTflit Tesprit guerrier. 11 n^en 
est pas de même de son collègue du côté droit , qui ne 
nous a donné aucune teprésentatiaD de gens armés. 

107 .« En demi-relief. — Le monstre homme bt cuiViL. 
— Nous avons récité devant cet accoudoir Vhufoan^ m- 
jM^t cervioem çquinam qu'on noua expliquait en humt^ 
nités , et à la vue du lai&ser^aHer artistique qui règne 
dans cette partie de notre meuble, noua avons été tenté» 
d'appliquer à la sculpture de la re naissance la première 
pensée de Tart poétique d'Horace. — Un buste d*homm© 
sur un corps de cheval, des feuillages couronnant cette 
roonslruosité : noas ne savons ce qu'a voulu faire l'ar- 
tiste, s'il n'a pas voulu suivre un caprice de son cer- 
veau f>u noter un souvenip de roman. 



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198.* La GHiBimB en parade. — Lecteur , vous aflet 
voir ici ce que TO118 allez voir et que nou8 ne «aurioiis 
trop TOUS décrire. C'est un chien coiffé, c*e8t une 
chienne mauraise, c'est un chien sayant, c'est une folie 
d'artiste, c'est tout ce que vousToudrez y vohr, tout 
ee qu^on lit dans Phistoire des mascarades du temps, 
lions pouvons seulement tous dire de cette énorme 
bête dressée là sur ses pattes , qu'elle porte un large 
chapeau , un large manteau , de larges manches , une 
«angle pour ceinture, et qu'elle tous montre ses ma- 
melles pleines de lait. 

109.* La confession. — On ne ppuTait mieux tirer 
parti de la jonction de deux parcloses dans cet angle 
des stalles. Le petit groupe qu'on y a sculpté pour re- 
présenter la confession est plein d'un religieux intérêt. 
Ou nous félicitera de l'aToir fait dessiner, pi. xt. n.<* 
4. Notre artiste 'a parfaitement rendu sur sa pierre l'air 
bon et paternel du religieux cordelier, le recueillement, 
le respect, la componction et la joie de la personne 
qu'il réconcilie. Le confesseur a monté sa coule par- 
dessus sa tonsure et croise, les mains sur sa poitrine; 
la pénitente joint pieusement les siennes en relevant 
sous ses coudes son long Toile, nommé encore aujour- 
d'hui ahouiaire dans nos campagnes de Picardie. 

110.* l.<> Lb sabotier. — L'ouvrier est mi^lé, mais 
on Toii encore le bloc sur lequel il travaillait « la 
pièce de bois qui est en œuvre , et des sabots par terre 
autour 4e l'établi. 

Les staîHes de Roueii nous parlent également du la- 



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— zw ~ 

Imrîeux fabricant de chauBsure* , sur leura mtsërtoordes 
12.*, O/, 33.S 70.*, 80.-, 81.^ 

2- " En demi relief. — Un oisif* — Noncbalemment as- 
sis et les bras croisés ^ cet individu nous dît qu'il est 
le dernier de la galerie ^ et qu'après lui le huohier va 
IrOQTer enfin L'heure du repos. ,, 



Pour voua , lecteur , tout n'eal pas fini : s'il vous plait 
de faire plus ample connaissance avec les curieuses «cè- 
nes que nous venons de parcourir eniemble , étudier les 
mœurs du moyen-âge daug ses historien» , ses théolo- 
g^iena , ses ascétiques , ses philosophes , ses romanciers ; 
Yoyei les vieilles chartes et les archives des communes, 
des chapitres et des couvents ; et noua vous laissons le 
soin d'approuver ou de rectifier nos jugements. Pour 
qu'il ne manque rien à Texposé de la cause ^ résu- 
mons : Toutes les statiiettes de ce musée Traiment his- 
torique et Dational peuveat se distribuer eu ù% caté- 
gories. La première coropreud les corps de métier, les 
professions et les états de k vie; elle compte trente- 
quatre sujets: le chanoine (2 fois), l'apothiGaire ou 
le [lilèur ( 2 foia ) , le boulanger , le colporteur , le 
mendiant, !e boucher, la maitresse d école, le maitre 
d^ école , la marchande d'herbes ^ la porteuse d'^eau , la 
meudiante et ses enfants, le huohier {% fois), le tail- 
leur d'images (2 fois), l'architecte, T éc rivai n , le fi- 
nancier, 1© donneur d'eau bénite, le bourrelier, la 
marchande de fruits , la laveuse , le moine { 2 fois ) ^ 
la religieuse^ la bourgeoise, le pèlerin, la brodeuse en 
bosse, la aage-fenime, le monnayeur, V apprête ur d'é- 



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— 391 — 

toffe, le sabotier. La deuxième classe nous offre qua- 
rante-deox scènes critiqoes oo simplement descriptives 
de la vie privée , domestique et sociale , savoir : L*homme 
en prière ou en méditation (2 fms), Thomme cares- 
sant un chien , le désespoir , le renard-prédicateur , 
la conteuse de nouvelles , lé fou ( 5 fois ) , le niais , la 
vieille et Toiseau , la mondaine au lapin , la femme 
dévote, la fomme lisant, la jeune mère, le vieux bu- 
veur, la coquette, le lecteur, Thomme barbu, deux 
tètes dans un bonnet, la mère et Tenfant au maillot, 
le bon vieux, Theureux ménage, la pieuse jeune €He, 
le damoiseau , la leçon de la mort , la femme galante 
(2 fois), le moqueur, Tivrogne, le gastronome, la 
malicieuse , l'obséquieux , le ménage brouillé , la toi- 
lette d^une femme , la femme à deux visages , le diable 
tué par une femme, la confession, Toisif. Les musi- 
ciens forment une t#oisième catégorie; ils sont six et 
tous du côté droit. La quatrième, de quatre personna- 
ges seulement, est , celle des gens armés, tous du côté 
gauche. Les porte-livre ou porte-lambel sont aussi au 
nombre de quatre ; les porte-écu au nombre de six : 
nous en faisons la cinquième classe. La sixième et 
dernière est celle des animaux ou monstres, soit isolés, 
soit luttant contre Thomme, c^est le motif de quinze 
sujets. Ces derniers nous ont offert, comme à tons les 
explorateurs des monuments, plus d^obscurités que les 
autres, et notre prétention n*a pas été de les expli- 
quer. Une chose cependant parait certaine, et nous 
Tavons dit , chemin faisant : C'est que toute cette fan- 
tasmagorie de monstres, de chimères et de diables a 
pour origine non-seulement Fimagination capricieuse 
des artistes et le goût du temps pour les mascarades 



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— 3W — 

et les dé^^iMmento grotesques et même hideux; 
ausâ les ronums ehevaleresques et les landes 
▼eilleoses , et surtout Tusi^ des pkiloso{rfies de eet âge 
de personuifier les vices et les Tortus, pour frapper 
plus vivement les esprits avides d^images sensibles et 
parlantes. Qu^on lise les moralistes, les glossateurs et 
tes «icyclopédistes depuis le xu.* siècle jusqu'au xti.'^ 
Vincent de Beauvais par exemple, et Ton ue sera pas peu 
surpris d'y rencontrer de longues nomendatures d^ani- 
maux et de monstres , plus ou moins réels , plus ou 
moins fabuleux , auxquels sont comparés de point en 
point tous les vices et toutes les passions de rhomme. 
C'est l'orgueil^ désigné par le cygne au, blanc plu- 
mage et à la peau noire; Thypocrisie, par Tautruche 
que ses larges ailes semblent devoir porter au ciel, et 
que ses IçuM^des pattes de béte fauve retiennent k terre f 
le scandale, par le dragon à la iâte de femme et aux 
pieds de chevaux v la rapacité et Tinjustice, par le 
griffon à la fois cheval , oiseau et lion ; la prudenee. 
du md\ , par le hibou dont la vue ne perce que dans. 
Tombre; la gourmandise, par le larus, animal amphibie; 
tt inconstance, par le caméléon aux mille couleurs ; Tin- 
tempérance, pfir le pourceau immonde; sans parier 
du hérisson, du paon, de la huppe, du chameau, du 
loup , du renard , de Tcmocentaure et de beaucoup., 
d^autr^ qui ont aussi^ leur signification mystique. Ces 
femmes énigmatiques que sur tant de monuments le 
eiseau a parées de la tête aux reins de tous les charmes 
de la séduction, pour les tailler ensuite en poissons 
et en bétes hideuses , ne trouveraient-elles pas leur ex- 
pliçalion dans ce seul texte de la glose commentant le 
met lamM,: qui. f> aperio 9^M. mplies et dissçluH, 



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— 3^« — 

mnnpti ei orniOi, ê^d infarOu brukUeê M lumérioH op- 
péTêHiP Ces applications aiUMi fraHM»^^ qu^ingénieuses 
sont, du reste, beanconp plus anciennes, et paraissent 
prendre leur soarce aux livres des Pères qui expli- 
quent les raisons de Tinterdiction , chez les Juifs , de 
n^inger des animaux impurs. Nous nous contentons de 
reÙToyer au livre de oibiê JudaMê qu'on trouve parmi 
le$ œuvres de Tertnllien, au pédagogue de Clément 
d^Âlexatidrie , à la préparation évangélique d^Eusèbe , au 
tctité de St. Augustin contre Adimant le Manichéen. 
Qu^on n'omette pas non plus l'étude des Morales de 
St.-Grégoire , ni celle des traités de Boêce dont on 
nous permettra de citer , pour conclusion , ces remar- 
quahles paroles : « Celui que vous Toyez altéré dans 
<( sa nature et comme transformé par le vice , vous ne 
» le pourriez prendre pour tm homme, si ce qui lui 
» teste de l'humanité , dans son être extérieur, ne 
» vous montrait qu'il a été homme. Brute de la soif 
» de l'or , ravit-il par la force le hien d*autrui ? vous 
» le direz pareil au loup. Audacieux , impitoyable et 
» sans se donner de repos , consacre-t-il sa bouche à 
^ la. querelle et aux procès P vous le comparez au chien. 
Ni Habile à cacher sa ruse, se complait-il en ce qu'il 
m. tient par la fraude ? il est Tégal du renard. Livré à 
» l'intempérance de la colère? c'est un lion. Peureux, 
A fuit-il on tremblant un fantôme ? qu'on le tienne 
» pour un cerf. Lent , stupide et dans la torpeur ? il 
» vk en àne. Léger et inconstant , change-t-il inces- 
» samment de goût ? il ressemble à l'oiseau. Plongé dans 
». l'immonde bourbier des plaisirs ? il est possédé par 

(1) Cs. Vinc. Bely. Spéculum morule. Ub. III. 



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— 394 — 



w lea «aléa jouisiance» da pourceau. C'est aînsî que 
w l'homme, en abândoanaiit la vertu, hg change réel- 
» iement en béte (1). » 



VI. 



Hous al ions recommencer pour \m culs-de -lampe» qui 
pendent au-desgui» de notre tète la flsite que noue ve* 
nous de faire le long: de la quadruple g^alerie de» ac- 
coudoirs, Dana celle-H:! comme dans celle-là , pour nous 
aider à apprécier le caractère ainsi que les faita et 
gesteg de tout ce monde , nouâ nous ferons accompa- 
gner des meilleurs ciosrone que nous eounaissions : on 
les a nommes au chapitre précédent. C'est encore à 
ces auteurs que nous ren voyons pour les rechercliea 
que nous n'avons pu faire qu Imparfaitement, Les hautes 
stalles étant seules ornées de pendentifs , nous n'aurons 
que deux lignes à parcourir , au Heu de quatre que 
forment le» accoudoir* ; mais en revanche , le champ 
que ces jolis culs-de-ïampe oif riront sar tout leur con- 
tour étant plus étendu , les scèues y seront aussi plus 

(t) Quem trangrormalum YÏim vides, hominem œglïmâre non po- 
tes ; seïi fuisse tiomincm , adtiùc ipsa huoiana corporiâ relicta specîcs 
ûstentat, Âvariliâ Tcrvel aUetmrum <jpuin vioïenLus ereplor? ^imilem 
lupi dùerîs, Feroi aLijue inquietysT lingaam liUglis eierc^t? caai 
comparabis* Insidialor occullus surtipuis^e fraudîbus gauilct î vulpe- 
ciilis tiïîEquetur. Irœ itïlempcrans frémit? Icoiiîs animum gcstarc 
iTËdatur. Pavulus ac ïu%a\ non nietuenda formidât ? cervt sLmtliâ 
habf^atur. Sf?gnis ac stupidus torpet? asinum vîvit. Levi^ alque în- 
constans studia pcrmuUt.* nihil ah avihus dWtrL Fa&dis îmmuadts- 
qiMi libidinibus îmmersitur ? surdirlâ suL* volupLale delînetur. Ita homo 
probitate des^rtA vertilur in beUuani* 



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— a95 — 

développées et se composeront d^ordinaire de trois ou 
quatre personnages, avec leurs charmants détails com- 
plémentaires formés de guirlandes, de légers animaux 
et d^attribnts explicatifÎB. Il est inutile de rappeler ici 
ce que nous avons déjà dit , page 155 , de la manière 
dont on a combiné la disposition de ces pendentifs ex- 
térieurs avec celle de ceux qui soutiennent la poussée 
des petites voûtes à Tintérieut. 

!.'• Le concert. — Le rebec, la Vielle et la harpe 
résonnent, sous la main de frois individus ailés et fri- 
sés dont deux sont trop vieux et trop grotesques pour 
être des anges. Si Tharmonie répond à Texpression de 
leur figure, elle est à la fois grave, mélancolique et 
douce. 

2.* Une cariatide. — * En costume monacal, cachée 
dans Tombre du grand pilier pendant à gauche de la 
stalle-maitresse , et portant la tombée du fronton de la 
2.« stalle. 

3.* Une bataille. — Trois individus armés d^épées 
ou longs poignards sont en scène. La lutte est sur- 
tout engagée entre les deux de devant dont un , frappé 
a la poitrine de deux coups mortels, n*a pas encore 
lâché son arme, quoiqu'il tombe en défaillance entre les 
mains de son adversaire qui le tient toujours au collet 
et brandit son glaive de la main droite , se préparant 
à lui porter de nouveatix coups. Un troisième individu 
se tient coi derrière le cnl*de-lampe et n'a pas dû 
paraître au dessin. Il se contente de manier son épée 



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— 3»« — 

par la lame en même temps que par la garde , man 
«ans danger pour personne. PI. XVI. 1. 

4.* Là farce grossière. — Un yieux libertin pré- 
senté par deux antres qni lui pressent les reins et le 
ventre fait une horrible grimace en s*ouYrant ia bou- 
che avec les deux mains. Si peu vétift quils soient, 
mieux valait encore les mettre en vue sur le devant 
du pilier, plutôt que la femme sans nom qu'on a ca- 
chée sur le revenir et dont la présence en cette com- 
pagnie ne fait honneur ni à elle-même ni à ceux qui 
la hantent. Est-ce pour marquer sa légèreté qu^on lui 
a donné des ailes? Mous le croyons volontiers, et plaise 
à Dieu que c'en soient là les seuls indices! 

5.* Les moines moniteurs. ^ Au chœur de la ca- 
thédrale de Bayeux, des encorbellements, sculptés en 
manière de support au fut des colonnes coupées par 
le bas pour faire place à des stalles, représentent des 
anges portant un livre ouvert sur lequel sont écrits 
des versets de psaumes. Ces sortes de moniteurs 
célestes rappellant aux chanoines le devoir de leur 
charge, ne paraissent pas une invention de l'époque 
oà furent oobstruites les stalles de Bayeux. On les 
voit dans nombre de monument antérieurs. Le pe»- 
dentif qui nous occupe représente la même idée, bien 
qu'au lieu d'anges on y ait fait agenouiller deux moi- 
nes barbus portant la coule et des robes dont les Ilots 
nombreux et abondants d^assent de beaucoup leurs 
pieds et remptissent le revers du cul-de-lampe. L'es- 
carcelle pend à leur ceinture. Le grand livre qu'îk 
présentent ouvert et la gravité de leur personne di- 



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te&l Tmiment bien au chœur astemUé : Pêëllite Do^ 
mimo, f$<jUUte nomim €juê , pêaUUe aapienêer. 

&«^ Lb ghbf db St^ Jkam. — Quelle expreeêion de 
piélé, de joie, 4e respect dant les trait» de cea deux 
auges venus exprès du ciel pour montrer au concile 
des ehanoinea le précieux chef du précurseur! Quelle 
auguste et sainte face aussi que celle de rhorome qui 
fut lé pluê grand parmi Uê enfants iê9 hommeêf Gomme 
ces yeux s'éteignent bien ! que cette bouche , toute 
froide qu*elle est , dit bien encore sa courageuse parole : 
J^eii lioei! que tout est éloquent dans la tète austère 
du nartyr de la chasteté! Nos conducteurs de Tœuvre 
n*ant pu que vouloir un ohef^l^osuvre eu com mand ant 
à leurs artistes Timage de la facb de St. Jban dont 
ils éUûeml si justement glorieux de posséder la plus 
OTp<»*taute poriioB dens leur trésor : ce chef^d'osuvre , 
on lo leur a ftiit. Le plat à berdure aoigueusemeat ou-^ 
vragée sur lequel la tète ressort en plwi^relief est uu 
beau aouvemr de la richesse de notre ancien reliquaire^ 
ai préeieux par la matière et la formo (1). 

7.« I^s ijiais EX t.E CARTOUCHE. — Ccs dcux angcs 
sentent beaucoup la reniussance, u^ayaut d'autre drape- 
rie qu*uue maigre ceinture qui teur couvre inal les 
reins. Ils sont du reste aussi habilement travaillés que 

(1) Le chef de St.-Jean fut apporté de Constantinople k Amiens, 
en 190S» par WaUon de Ssrton , gentilhomme picard et chanoine de 
Picquigny. Uauthenticité de cette relique a été habilement soutenue, 
dans une savante dissertation, par le prince des érudits français. (Yoir 
Traité historique du chef dé St. Jean-Bc^tirte , par Du Gang^, 
Faris. 1S65. > 



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— 398 — 

tout ce qu'on Toit aux pendentifii; leur chevelure fiotte 
aux vents légère et Ixiuclée, leurs ailes se dépliûent 
heureusement pour les tenir en Tair. Sur le cartou- 
che qu'ils portent devant eux, se dessine en demi-re- 
lief un masque chimérique , la gueule bâillonnée d'un 
gros anneau comme un heurtoir. Sur le revers , un 
homme entièrement nu et d'assez mauvaise mine em- 
poigne le pied d'un des anges et allonge sa main 
droite derrière Taile de l'autre , comme pour lui tirer 
les cheveux. 

8.« L'ivrognerie. — Il semble bien qu'on ait voulu 
BOUS donner là une des espèces du vice de l'intem*- 
pérance ; le type est aussi bien ordonné que bieu choisi. 
C'est un vieux buveur mis en scène par deux per- 
sonnages de physionomie assez grave qui lui portent 
leurs mainsi Tun au coude pour le lui lever, et l'autre 
sur le derrière de la tète pour la lui haiê%e/t vers le 
vase au large ventre et au long cou, qu'il presse lui- 
même avec amour contre ses lèvres. En lui donnant 
les traits d'un vieillard, on a pu vouloir noue dire le 
proverbe qui n'est pas jeune non plus : Qui a bu, 
boira f Le revers est rempli par un homme allongeant 
sa main vers le devant , pour indiquer ce qui s^y passe. 
19 'oublions pas de signaler le cep de vigne qui vient 
de derrière le pendentif et pousse sur le côté ses grappes 
et ses tendrons pour mieux caractériser le sujet. 

9." Le vice. — N'est-ce pas à dessein que ce type 
d'une antre passion honteuse suit de si près , dans no- 
tre galerie, le type de l'ivrognerie P En tous cas, la 
moralité est bonne ; c'est celle de TEcriture : m viifo 



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-~ 399 — 

i«cxuRiA. 1^68 traits sont plus énergiques ici que tout- 
à-l'heure. Les deux libertins à yisage flétri et dégradé, 
dont on ne peut du reste bien comprendre les vices 
infâmes quen Toyant au revers du pendentif les deux 
personnages avec lesquels ils sont en rapport , sont te- 
nus embrassés par un individu de figure encore plus re- 
poussante, et qu'à ses formes hideuses on ne tarde pas 
à reconnaître pour le démon du vice : Gueule , nous ne 
pouvons pas dire bouche , horriblement fendue , lèvres 
épaisses , nés épaté , mamelles pendantes , cornes au 
front que le dessin de notre planche XYL* , 2 , n*a 
pas assez fortement accusées ; ce buste immonde n*a 
de jambes que c<âles des individus qui raccompagnent, 
ou plut6t ce sont ceux-ci dont les membres devien- 
nent les siens par une sorte de transformation et d'i- 
dentification de leurs corps. Montrer les esclaves du 
vice perdant presque la nature de Thomme, en même 
temps qu'ils en perdent la dignité, les montrer réduits 
à Tétat de béte ignoBle, de monstre affreux^ de dé- 
mon , c'est une forte et grande pensée ; il était impos- 
sible de la rendre avec plus de vigueur et, disons-le, 
avec plus de réserve et de convenance. 

iO.<' La, tète de bouc. — Nous n'osons pas avancer que 
ce siget ait uo. rappoi^t calculé avec le précédent : on 
en jugera* U s'agit d'une tète desséchée de l'animal 
réputé immonde chez les Juifs. Elle est saisie aux 
cornes par deux hommes en^èrement nus, ayant les 
cheveux pendant en boucles, et la barbe taillée en 
collier et en moustaches. Une plante exotique de na- 
ture filamenteuse prend naissance dans les yeux vides 
de la tdte de bouc , et s'allonge en torsade pour enla- 
cer le corps et les membres des deux individus. 



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— 400 — 

li.« Lb coltb dk la tolupté. — Noa8 donnoii» oe 
litre an s^jet que nous allons déerire parce qu^il a, à 
nos yeax, une analo^e, parftiile avec les représenta* 
tions diverses du culte des passions on des erreurs, au 
moyen-âge^ Sur un chapiteau seryant de socle à une 
statue du portail méridional de Chartres, est sculpté 
ua démon cornu qui se dresse sur une colonne. D'us 
côté, un chevalier armé de son haubert, et de Tautre 
un monarque couronné , sont à genoux et sembleat 
rimplorer: c^est le culte de l*idolàtrie. Au grand por^ 
tail d'Amiens, le choix du Dieu n*est pas moins signi* 
ficatif : c*est un singe, symbole de fausseté , de méchan- 
ceté et dliypocrisie , que Ton a fait asseoir sur un 
rocher du haut duquel il reçoit la prière et les hom- 
mages d*nn homme en manteau , fléchissant légèrement 
le genou, mais inctinant profondément la léte et joi- 
gnant humblement ses mains suppliantes. Ailleurs , nous 
ayons tu le culte de Targenl dans le fail de deux 
individus levant leurs mains jointes vers un coffire-fdrt 
placé un peu au-dessus d*enx. Venons à notre plan- 
che XVI, n.® 3. Ifous y verrons pour idcrie nne femme 
aux formes spécieuses que notre dessinateur a eu le 
bon esprit de ne rendre qu'avec réserve; quelques 
guiriandes de 'feuillage cachent moins son impud^te 
nudité qu'eHes ne la rendent plus séduisante en la 
voilant artificieusement ; ses cheveux sont libres eon- 
me ses mœurs, son ooil ouvert et son regard hardi 
comme ses pensées et ses désirs. EHe sent qu^elle 
« subjugué , qu'elle règne , qu'elle est adorée. Bn 
«£Pet , à SB droite et à sa gauche , deux hommes à 
la figure remplie par le vin et la bonne chère otA 
fléchi le genou et levé leurs mains vers eHe. Les 



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-«H - 

liens do flaurt q«î ^ mmnhr^ de l*idole paMeni #«r 
les leurff et les ^Me)iftine«t » exprim^u^ bien l^assarfis*^ 
4çmenl> let 1« fc^itdease .où les a réduits le«r passion. 
X*e0t le ^lompléineiit mi le eomnencement de la leçon 
donnée sons le n.^ 9 dn texte et 3 de la planche xyi*. 
Séduisant on repoussant, le vice des sens a toujours 
peur conséquence la dqgrada^on «t Thumiliation dn rot 
de la «Mi^re , de riieflMne. 

13^ Arox MMQES mstntrent un caiionebe de forwe 
oblongue, dont le «harap est vide. Nous les retrouve^ 
rons an n.° 24. 

13.<^ Les gens du peuple. — Leur «ostume, ejt le jeu 
auquel ils se livrent , leur doit faire donner cette qua- 
lification. Trois d'entr'eux s'amusent d^un quatrième, 
en le tirant aux cheveux de droite et de gauche, et 
riant des efforts qu'il fait de ses deux mains pour se 
défendre de leur importunité. 

14," Mauvais jeux. — Un individu ailé , replet et sans 
vêtement , est montré par deux autres qui le tiennent 
à la fois sur leurs jambes et sur leurs mains. La mau- 
vaise mine des uns ne nous dit rien de bon , quoiqu'à 
leur longue trompe on les puisse prendre pour des mu- 
siciens; les ailes de l'autre n'en font certainement pas 
un ange. Est-ce que les glands qui pendent à une branche 
de chêne derrière le pendentif, seraient là pour com- 
pléter la censure d'un vice? 

.15.^ La pmÈaE nsa anc^cs. — Rien de idus fûeux ni de 
uôeux ^^encé que ces deux petits sm^^ tigenouiUés dans 

26. 



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— 401 — 

leurs longnet et légères taniques, et se toumatit, le^ 
mains jointes, rers le oliœnr, comme pour lui dire: 
n^onbliex pas comment il faat prier. Délicieux motif d'il- 
lustration pour un lirre d'heures. Nous le recomman- 
dons. 

16.* Le lambbl. — InscriTet dessus , comme au livre 
des moines , n.<* 5 , une sentence sacrée qui in rite à 
la prière. C'est pour cela que deux vénérables pères le 
tiennent , chacun des deux mwis , gracieusement dé- 
ployé. 

Côté gauche : 

i7.« Jeux d'enfants. — Mêlés à de légers feuillages , 
et leurs bras enlacés les uns dans les autres , ils s'é- 
battent autour du pendentif. 

18.* jEur LIBRES. — Ce motif est presque une répé- 
tition de celui que nous venons de rencontrer au n."* 
14 , et nous ne savons guère comment spécifier le passe- 
temps de ces deux individus drapés qui allongent leurs 
mains vers un troisième entièrement nu , comme pour 
lui former un siège ou l'agacer d'une façon peu mo- 
deste. 

19.* Trois jeunes gens tourkentànt des oiseaux qu'ils 
tiennent par les ailes. Un quatrième a été mutilé. 

20.* L'homme en chemise. — La manière dont il croise 
et applique ses bras sur sa poitrine prouve que ce 
trop simple vêtement ne le garantit guère. Ses deux 
acolythes chaudement vêtus et coiffés qui le présentent 



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~4«3 - 

ten mift au pubKo ne 8oat:fMis oqpencUiBt en meilleure 
fauitiear que lui. Toug trois oat la figare . épanouie. 

2i.« Lb CARTOUGHB FASCi 0*U1IB T^TB MORBàNT UN âN- 

BEAU. — Ce pendentif diffke de celui qui est en face 
n.« 7^ en œ que le champ du eartouebe est rempli par 
une Mitre sorte de faoe^ et bordé de dons À tête de 
diamant, et ea ce que les individus qui le è]cyportent 
scmt eeiftés d- amples chapeaux, chaussés de» bons sou- 
liers^ -et fétu» de toniques étoffiâes. et eiméen: de cre- 
vés max BMHiches. 

22.^ Les porte-làmbrl. — Un individu coiffé d'un 
ehapeau a > bec porte en même temps sur ses genoux 
on lan^l dont les extrémités sont tenues ptar deux 
gros rieurs, l'un en moustael^», lautre en fiavoris, 
tous 4^ttX affublés de lourdes coiffures ceoMie de laine. 

tS^.t Lb mihoib et la mort. -^ Le ipeoir est tenu 
par une jeune femme à la mise soignée. Vient-elle de 
lui demander la vérité sur le mérite de ses agréments 
extérieurs? on le dirait, à voir comme les bras lui 
tombent en signe d'abattqment ; mais scm yisage riant 
et épanoui fait plutôt supposer, 6a qu'elle est encore 
dans Tillusion , ou que , type et personnification , elle 
se rit des pauvres humains et les invite à Tenir appré- 
cier avec elle les choses de ce monde. Quoiqu'il en soit , 
la vérité qu'elle cherche ou qu'elle annonce est là tout 
près dans l'image de la mort qu'un homme, vêtu ainsi 
avec élégance , tient an revers du miroir ; il ' semble bien 
«uggérer la senlmice céléln« de la &gesse : rsswfnt m- 
mimimn H amnia vaniias. Nous avons déjà va cette 

26.* 



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-.4M-- 



moraKlé si reminnfQaMe -Crakée od àemx aceoudoirt a.* 
62 ffi !!.<> <<t8. Noof y reiwoyem aMti quU la pi. XVIi^. 



2&.« DBtnC MLI8 Atl&W « auVKMWi A UV OiRmiJOBfc* — 

Le cartottclhe mi fide «t Msea tiiaî|fiiifiant ; «rais les 
ttfigét aomt ▼tainenil ciâlettet par la yraee de Aenr phf - 
^iODomieet la légèreté de leur r4Ae et de Umr ehafefave. 

!fé.* Lb c(McKॠ6ii«euLiBa. -^ Deux -neaK naneaîa .«i' 
jeté «rméf de geordÎM et tle temcliérst'l^ ^ feiwe 
ronde , Taatre de forme ovale raecomi daaa te .iiani , 
•ont prêta à en^ger la latte. 



M.« Uss tmioiim. -^ lia aent wm mokis tneia daia 
4a «angAanle mêlée qui Adt le anjet présent, «ar. noua 
ne avvona «'il fmt aoeaser de préméditation et de foei- 
à-pens le>i|wlmémedéces indâfidiia armés tde poignarda. 
Dans tons les cas , oe dernier est assurément sur la dé- 
ifiinsiYe , saisi «pyi'il est da adroite et de gauche ipar dieux 
aeélérets dent r«B le lient aa oellet et Taiitae ^a duî 
plonger, son peignard daais le corps. Quafttà ^«ekv qui 
ae eacbe «brriéne «t dans Tombre, âl-eat «oupaUa^Hisâ, 
au moins de oomplické^ puiayie «ans le suifnpdnena 
'l'ayme mue à la nnin. 

•S7.* >Ijb fvmvT nraoMte. -^Les deux boaa ,de oe Tiaîl- 
kmd ^duc et :(Aia«ire «e portent ^'a^eo p<^e l'éneime 
pot dans lequel il Iràme à plebua tKnlûhe la U^eur 
dkérie; /mais deux fienmiea (plus jeunesroa ne «ailipar 
ixpiel eonpaMe imotif , lui prèteoit aaisoQva teu liant et 
aeutiewnent: aes eondeè. & fa «kine dégaadée ^ vieMX 
buteur n'avait >pas contrarrié >Jioa ^eonîeotures « neua «i- 



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rumt p«ns8 à Lolli enlTré par aea fiUet. 9o qiialriàiiie 
pcnooB&ge, doFff»re' le» aniMs y grimace avao une iMiuf- 
fonnarîe exqi 



29.* Les RELiGimx Au cmsirii. — A quelqa'ovdr» qa^ap^ 
partiennent ces trois relig^iettx , on ne peut qu'être édi- 
fié de leur appKeation et de leur vêle à remplir leuv 
sainte obHgation de (Chanter le« louanges dvi Seigneur. 
Cehii du milieu tient le Hvre ouvert^ et les deux autres 
chantent avec lui le répons ou qneliiiue partie de Toffioe 
infrà cmnonem; nous en jugeons ainsi par la vue de 
leur capuchon tombant sur les épaules et laissant le«jr 
tête décQUTerte, suivant la rubrique. L'expression êir 
verse de leurs physionomies dit bien quHts ont médité 
ce grave conseil de St. Augustin : Si orai psaimuê, 
erate; si gémit, gemite; si gratulatur, gaudeiê ; si spe- 
rat, speraie; si timeî, Hmête; immta 9nim gum in psal- 
misf sunt, spéculum nostrum suni (i). 

29.* Les joueurs x>e longue trompe. — Anges par 
leurs ailes et leur chevelure bouclée , génies payons 
par leur accoutrement peu modeste, ils mêlent les sons 
de leurs graves instruments à la grave psalmodie de 
leurs voisins. 

30.* Ronde grotesque. — Leurs bras enlacés les uns 
dans les autres, quatre petits hommes bouffis et replets, 
qui ont oublié de se vêtir , dansent gaiment autour du 
pilier pendant. 

(1) S. Aug. in Ps. XXX. - Pctef. in Ps. LXIX. 



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— 4W — 

V 

Si.* Lb MâNÀGB EN GOG9BTTE* -» Ob HO Mimit ima- 
giner de scène pla« divertissante ni niieax rendae qoe 
celle-ci. L'homme et la femme, tous denx gens de 
bonne mine , gros , gras et gais , sont parfaitement d'ac- 
cord, le raaiire de la communauté pour I>oire, et h 
docile épouse pour lui tenir le verre, mieux que celft 
encore , le verre étant vidé, c'est le pot lui-même que 
le bon homme déverse à cœur joie dans sa bouche, et 
que la bonne femme en riant pousse encore par le cul , 
eomme pour faire avaler au n^ari le contenant après le 
contenu. Or,,, ces. braves gens ne paraissent pas des 
gueux et des ivrognes. D'après leur costume très-con- 
fortable et leur action fort joyeuse , nous en faisons de 
bons fermiers fêtait U St.,-Simoii ou la St.-Eloi.. 
PI. XVI. 4. 

32.* Le revers de u^ ii^daillev — Ce titre con-t 
vient , ce nous semble , à la scène en apparence fort 
légère et , au fond , de grave moralité , que nous avons 
sous les yeux. £n avant , la miBauderie , la mollesse , 
la séduction , dans le costume, rattitude, le r^ard 
et le geste d'une jeune fille que mettent en avant deux 
femoies mal intentionnées. L'une d'elles lui soulève 
encore un pan de sa robe déjà si mal jetée sur ses 
membres nus. Au revers, le hideux du vice, dans la 
persoune d'un individu coi£Pant d'un bonnet difforme sa 
tète plus difform.e encore ; ses yeux sont creusés outre 
mesure, ses joues à pommettes saillantes, ses narines 
mal percées , et sa bouche se prolongeant , en horrible 
rictus , d'une oreille a l'autre ; de ses deux mains il 
soutient son menton monstrueux, qui semblerait prêt è. 
t^omber 89.ns eelii^ 



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— 407 — 

Il noua reste à passer rapidement en reYue les trente- 
et-un malhearenx êtres condamnés à porter , derrière les 
piliers pendants , la retombée de Tare des petites yoùtes 
da dais. Nous aTons déjà parlé de leur excellente tour- 
nure et de leur bon courage à subir la pénitence qu'ils 
ont reçue; mais ils méritent que nous leur fassions 
Tisite a chacun. Commençons par la droite. 

i. Deux individus dos-a-dos, s^aidant de leurs mains 
à soutenir leur' charge commune, et regardant, pour 
se distraire , chacun de leur côté , les gens qui passent 
dans le chœur ou les chanoines qui siègent aux stalles. 

2. Il n*a pas trop de son dos et de ses deux bras 
pour empêcher la chute de la Toùte. 

3. Un clerc , en longue robe , chante dans un grand 
livre ouvert sur ses genoux. 

4. Vieille femme de bonne mine , la tête encapuchonnée. 

5. Un manant assis à la manière des tailleurs; il ne 
s^applaudit pas du tout de la charge qui lui tombe sur 
le dos. 

6. Femme très-âgée ; plus courageuse que ne serait un 
homme en sa place , elle courbe les épaules sans rien 
dire, et tient les mains posées sur ses genoux. 

7. Vieillard dont les forces ne suffisent plus à sa 
tâche; il est écrasé sous le faix. 

8. Celui-ci , plus jeune , porte la main à la tête comme 
pour la garantir du poids qui lui arrive. 

9. Personnage entièrement replié sur lui-même ; il fait 
vraiment pitié à voir. 

iO. Applaudissez aux courageux efforts avec lesquels 
il s^acquitte de son emploi. 



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— 406 — 

Cf. Cest fur fo do6 que celui- oî préfère êoutenir 
rarcatnre; pour eéh, if 8*e«l mis sur èe» genoa^K^. les 
jambes démeturément ourertet. 

12. Nous ne savoiis si le long nez dont on a poorro 
ce personnage est un signe de force ; mais du moins , 
porte-t-ii son fardeau à l'aise et sans sourciller, une 
main posée sur la hanche, Tautre sur le genou. 

13. Assis et tenant les genoux dans ses deux mains, 
il lève la tète. 

14. Si c'est une consolation pour un patient de se 
moquer de ceux qui passent, cet individu n'est pas 
à plaindre ; il fait , en s'ouvrant la bouche des deux 
mains, une horrible grimace. 

15. Le costume indique un ouvrier; aussi est-ce avec 
Ea force et le courage d'un homme accoutumé au fa^ 
beur, qu'il entoure de ses deux bras et qu'il soutient 
te pendentif. 

16. Un fou , en robe à capuchon muni d'oreilles , la 
marotte à la main. Nos artistes ont décidément de l'af- 
fection pour le fou, ils lui trouvent place de tous cô- 
tés: n'est-ce pas qu'à leurs yeux, c'est le portrait de 
beaucoup de monde? 

Remontons à la tète des Stalles du côté gauche, et 
continuons : 

17. Deux anges au visage riant présentent un livre 
ouvert. 

18. Personnage en habit court à manches tailladées , 
et en bro<fequin&. 

10. Vieux grognard, longue barbe, moustaches, chi^ 
peron à ^uffettç. 



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— 4#» --. 

10. HeMMiDB en robe fioUanto portant avec offort de 
$m àenx maiis tondues en arrière* 

2i. Joyeux bayenr coiffé du bomiet de laine, tenant 
en Tair sa bouteille, bien légère sans doute. Ne Im 
cfaerehez fa» un verre dans Tautre ma^ ; à qnoi bon 
un verre? le poi swfitt. 

22. On a bien fait d'employer cet honnne aux dures 
fonctions des cariatides ; quand il y aura perdu un peu 
de son énorme corpulence, il s'en portera mieux. 

23. Un bon vieux moine enveloppé dans sa longue 
robe, la tête à demi rasée et recouverte du capu- 

- chon , embrasse la retombée de l'arc avec ferveur , et 
tout-à-fait en conscience. 

24. Vieillard en manteau étoffé ; le poids l'écrase. 

25. Autre vieillard tenant un lambel. 

26. Jeune ribaud qui pense à toute autre chose qu'à 
tendre son dos à Tare-ogive. Mais la jeune fille qu'il 
poursuit n'est pas d'humeur à rire : elle le renvoie à 
son pendentif, avec un bon soufflet. 

27. Un homme donnant à l'oiseau qu'il a sur le 
poing du grain qu'il puise dans un sac à ses côtés. 

28i. hfi tambourin. Nous l'avons choisi pour représen- 
ter parmi nos dessins la nombreuse assemblée des ca^ 
ifialides. Voyez sur la planche xyi , n.'^ ô , comme il 
exerce à l'aise son petit talent, malgré sa posture peu 
c<»nmode ! Homme important , s'il vous plait ^ à en 
juger par son él^ant chapeau , sa collerette plissée ^ 
son habit tailladé , sa belle moustache ! 

29. Un ange chantant dans un livre qu'il tient ou^ 
yert dies deux makis. 

30. Un joueur de longue trompe. Son chapeau d'une 



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— 410 — 

roain et les épaaies pesammeot chargées, il n'en souffle 
pas ayec moins d'action dans son cornet. Le petit tam- 
bour et lui ^ serrent comme d'acolytbes a Tan^ et ac- 
compagnent son chant. 

31. Nous finissons par un homme de joyeuse mine 
que le pendentif presse de tout son poids. Ne le plai- 
gnons pas trop : Toilà trois cents ans qu'il est là , et 
trois cents ans qu'il n'a pas cessé un seul instant de 
rire. 

Ces trente-et-un pendentifs intérieurs que nous nous 
sommes presque contentés de nommer , forment avec les 
trente-deux de Textérieur une série nombreuse et digne 
peut-être de plus de science et d'érudition que nous 
n'en avons apporté dans leur examen. C'était du reste 
assez de les voir , pour déplorer de nouveau l'acte de 
vandalisme qui , en faisant disparaître plusieurs de ces 
pendentifs en même temps que les stalles auxquelles elles 
servaient de couronnement , a peut-être tronqué une 
nomenclature systématique et suivie de moralités et cen- 
sures de vices. Rien maintenant ne nous indique un 
ordre certain et logique. Il y a lieu de croire plutôt 
que ces intéressantes sculptures ne sont que le fait d^ar- 
tistes publiant leurs réminiscences de livres ou images 
de morale, ou copiant les scènes publiques et les plus 
communes que les passions du temps reproduisaient 
sous leurs yeux. Nous nous sommes interdit sur ce point, 
comme sur les autres, toute explication forcée. Peut- 
être, avec de la bonne volonté et en suppléant les su- 
jets brisés, aurait-on pu trouver la suite des sept pé- 
chés capitaux et toute leur filiation, tels que nous les 
décrit St. Grégoire-le-Grand. Le fai^ est que les princi- 



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— 411 — 

panx y sont oettement oaradériaés. L'orgueil , par exem- 
ple^ dans une de «et filles les plus soitee et les plus 
connues , dans la Tanîté , si bien signalée au pendentif 
de la. femme que la mort enseigne a ne pas s'éloTor 
pour le mérite de sa fra^le beauté , PI. xvi. 6 ; la co- 
lère et Tenyie , dans ces rixes sanglantes qui en sont 
les froks et que nous avons rencontrées en plusieurs 
endroits, entr'autres au troisième pendentif dessiné sur 
la planche xyi. i. Nous avons aussi plusieurs cas de 
paresse bien formulés dans les scènes d7.«, 20." et 30". 
Mais les deux derniers de la classification de St. Gré* 
goire , ceux qui ont leur siège dans les sens et s'exercent 
par eux, y sont le plus clairement et le plus fréquem- 
ment représentés, sans doute parce qu'ils sont aussi les 
plus odieux et les plus communs. C'est ainsi que la 
gourmandise, dont la première espèce a été donnée à 
Taoeoudoir n."" 78 , dans la personne d'un mangeur atta* 
blé, est rappelée et flétrie ici dans son espèce la plus 
dégradante qui est l'ivrognerie; nos pendentifs comptent 
trois scènes de buveurs. Les sujets n.®* 4.*, 13.*, 14.", 
16." , 17." ne peuvent qu'être les filles de cette passion, 
que notre grand pape St. GrégoÂre appelle: Inepia lœ^ 
iiiia, Mourriiiias, immunditia, hehêtudo. Vient enfin le 
vice qui est la conséquence des autres , et comme le 
dernier degré de la triste échelle que descend l'homme 
déchu. Il a commencé par l'orgueil , cette vie surabon- 
dante et d^ordonnée de l'esprit;, il faut,, s'il ne s'ar- 
rête, qu'il finisse par la luxure ,^ cette vie surabon- 
dante et désordonnée des sens ; il a commencé par 
l'orgueil , ce coupable effort de sa pensée ambitionnant 
ta lumière et le trône de Dieu; il faut qu'il finisse 
par la luxure , cette étrange et inexplicable faiblesse 



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^ 41Î — 

de son oœitr équité de désm, et ne dierekani pkii 
que l*abjection de» pkisirs grosmrs. Ub dee remédet 
à cette infâme patsîon eet de inestrer VèUA de roim 
où elle rédoit l'honiine, corps et ame* Lea artialef le fai- 
saient au moyen-àge ; mous avons dit ce qu'ils ont for- 
mnlé, snrnos Stalles, de ces fortes leçons , de cet ter- 
ribles censures, de ces flétrissantes stigmates dent ils 
ordonnaient à lenr cisean de marquer au visage et au 
front le débauché et le yoluptueux. Nous B*aTOM pu 
tout dire , il est des choses qu*OH doit laisser voir, mais 
qu'on n'ose pas montrer..... I^ texte même du livre des 
Morales sera sans doute bien aocueiHl ici, à titre de 
document : De inani olgkijl inobeêieniia , jaetaaiim, Ay- 
pocrieiê, oonientiones , periinaoiw , déêeeràue, ei no9iim^ 
ium praeumpHonee êriuntur, — De itfDiviDU , 0dium , 
êusurratio, éMraeMio , ewuliaiio in advereis prosimi, afiio- 
tio autem in ptoêperis noêoitur: — De iaa, riam, humar 
mentis, oontumeliœ, olamor , indignaUo, bla^fkemiœ ffrth- 
feruniur, — De tristitka^ malitia, rmncor, pusilimm- 
miêas , iesperaiio, torpor eiroà prmcepta, 9m^io mmdis 
ergà illieita nasciiur. — De avaaitia, proMio, frams, 
failaeia , perjuria , inquieiudù , ffiolenUa, #t oomirà nm^ 
ricorêiam ohiuraHanes cordis oriunh^r.^^De VEirnus W'- 
GLU VIE, ineptm IwHHa, somrriUias, immunêkia, muUi^ 
loquiwn, hebetudo sensus oiroà inieiHgeniiëm projmfmn- 
tur. — De LuxURiA eaeiias mentis, inûonsiâeroH» , m»- 
const€tntia, prceeipitatio , amôr sut, oêimm Dm, affeeins 
pressentis sœouli , horror vel âesperuiiù fèturi genersm^ 
tur (1). 

(1) S. Greg. , Moral. Ub. XXXI. in cap. XXXIX. Job. 



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^ 4i3 — 



0OÊiOttOBlOMë 



Le nombre de qvâtue cents sujets historiqtwe doiit 
noas arions ânnonoé retistenoe sur notre boiserie n^é- 
tait donc pas exagéré. Cent soixante^iuit de l'aacien 
testament ont passé sotis le« yemr 4a lecte«r atec ^ 
miséricordes, les rampes et quelques panneaux des py- 
ramides et des dossiers : q|iara«te-«iK cmt comparu aux 
grands panneaux des numtées des dossiers et des pyra- 
mides , pour raoontiOT la vie de la Mène de IHeu ; «ent 
iringt-deux viennent de défiler avec les aacoud«»r£, et 
soixante-deux avec les peodenCift ; les quatre personnages 
qui é'élancent •du sommet des €éehes forment lecom- 
^ilément 'de cette iméressanrte addition,. Un pareil fait 
est TMomenC merveilleux et inonï, et Jl Mlait, pour le 
rendre croyable , le constater jusqu'à Tévidence. Il le 
fallait aussi , pour que le lecteur , même le plus .cré- 
dtfle , ne se récriât pas devant le résultat du calcul que 
nous avons fait de tous les personoages , hommes , ani- 
maux , monstres , >figurine6 qui animent oe /magnifique 
meuble. Nous en avons compté jusqu'à thois mille «ex 
CENT cmQU'ÀNTE, ssus y Comprendre , bien entendu,, tcmt 
tse que les mutilations, ies déprédations et la auppees- 
sion de fanit stalles ont empêché de se présenter au 
'dénombrement. G'«st de quoi peiqder les porches de 
trois ou quatre cathédrales , voire même de celles que 
l'On bâtissait jadis. 

Abordons maintenant une tâche plus importante ; car 
bien que le but du travail que nous sommés sur le 



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— 414 — 

point de terminer ait été seulement la monographie de 
nos stalles et Texplication historique et morale des su- 
jets qui les recouvrent , bous ne voulons cependant pas 
déposer la (Aume sans avoir dit un mot de leur mérite 
sous le rapport de la statuaire. Mais comme nous som- 
mes encore BMnnsj«gese» cette matière qu'en beaucoup 
d^antres , nous femi«r<His moins des ji^^eoieiits que 
nous ne dirona simplement nos impressions personnelles, 
et celles 4es non^reux connaisseurs que nous avons 
teujofurs trouvés unanimes dans leur admiration. 

La latte entre les mystiques et les naturalistes dans 
Tart venait de finir. La reitaissance triomphait en Italie 
sous le rég;ne de Léon xz le pat»mage q«e François 
f .*' accordait aux arts lui ouvrail Teolrée de la France. 
5ans dédder si les partisans de la beauté parement 
spirituelle et idéale avaient mérité ou non les refiroci^s 
que leur attirait alors ^ et que leur vaut encore anyour^ 
d*hui, leur oubli plus ou moins volontaire des régies de 
ranatomîe et de la beauté physique ^ remarquons seule- 
ment qu^à répoque de nos Sudles , la victoire allnt 
l^ntôt cesser d*étre gk)rieuse à Técole classique , par 
les excès dans lesquels commençait dë§& à tomber la 
statuaire du xvi.* siècle , en méconnaissant toute autre 
beauté que celle ^es formes^ et semblant oublier que 
le souffle de Dieu sur le corps du premier homme avait 
été un souffle de vie intellectuelle , religieuse et mo- 
rale , en même temps qu'un souffle de vie purement 
naturelle et sensible. Entre le spiritualisme exclusif du 
moyen-âge et le désordre du sensualisme qui a sitôt dés- 
honoré la réforme artistique^ il était un milieu, un 
heureux accord. Quelques-uns 4*ont voulu, il a dû exis- 
ter quelque temps dans toutes les branches des arts dé- 



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— 416 — 

pândaiiU da dessin, «luoiqoe sans doute à des époques 
divetses poar chacune d'elles et pour chaque contrée. 
Gloire aux monuments, fruits de cette trop courte al- 
limce I Les admirateurs ne peuvent leur manquer , parce 
qu'ils ne peuvent manquer de plaire à Tàme et au 
ciear ^ en même temps qu'à Foeil et à Timai^ation. 
Voyons si une boiserie de 1508 peut être encore ran- 
gée dans ce nombre* Nous le pensons à beaucoup d'é- 
gards. Nous avons parlé de TeSet de son genre d'or- 
nemeatatkm à la fois grave et riant , ne nous occu- 
poBt que de la sculpture historique, et particulièrement 
d']diK>rd de la sculpture sacrée» Par son âge , elle se 
place entre le xui.* siècle et le xviu.* , entre nos por- 
tails et nos chapelles latérales, entre les statues de 
p^re grandes et rudes du dehors, et les blanches et 
richea figures, de marbre du dedans, entre Tancien et 
le nouvel ordre de choses artistique. Elles participent 
de Tua et dei rau^^e, de Tordre ancien dont elles con- 
servent le beai^ moral , la sipiplicité , la modestie ; de 
Tordre nouveau, dont elles empruntent le naturel, le 
mouvement, la gr&^e physique. Si vous n'êtes ni ar- 
tiste , ni savant , ni connaisseur , promenex-vous seul un 
jour dans tout le contour de notre cathédrale d'Amiens, 
et après avoir fait trois stations au milieu de tout ce 
monde de statues , Tune sous les vieux et sombres por- 
ches extérieurs , Tautre devant les jeunes et riantes cha" 
pelles qui longent les nefs , la troisième enfin au cen- 
tre, au cœur de cet univers, à l'ombre de cette boi- 
serie à la fois sévère et gracieuse : Et puis dites-nous 
vos impressions , ou permettez-nous de les deviner et 
de vous en rendre compte en vous racontant les nô- 
tres. N'est-il pas vrai, que ces grands saints de pierre 



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— M« - 

ont oomHieneé par tous aawir, v^os reèuler et «tuM û^- 
disposer contre eux, par li^ groiaiéreté de leur abord,, 
par la rudesse de lears raaoiéres ; maia,^'ett les oOBr- 
sidérant pi as attentivement ^ vous les «¥ez treuvésAMOK 
barbares, et ensuite abordallles P Vous filavei pa» pu 
faire , sans doute , qu^il y aiti du corps et du naiorel 
dans ces jambes trop minces et trop raîdes, dass ces 
bras contournés et presque brisés; mais tous avez re- 
connu , en compensation , des fibres vratmeal médîtati- 
Tes, des télés aut formes fortement acc^itoécs, des 
toges et des manteaux drapés avec «ulant de naterel 
que de simplicité. N'est-41 pas Tr«i aurtout q«e fins 
TOUS aTez posé devant ces grandes iittagé» de pr&f/bèt- 
tes , d*apôtres , de Vierge et de Jésus^hrist , plus tous 
aTez Touiu y poser ? N'est-ce pas , qu'après .quelque 
temps , TOUS aTez cessé , sans vous en rendre compte , 
de considérer les formes et les draperie», et que tous 
TOUS êtes surpris méditant, sans le Torioir, en pri^ 
sence de ces grands sujets, et que le recuîeiHeniieat , 
la piété, ont doueement calmé vos sens et saisi Totre 
âme ? Sortez de cette extase de Tâtae «t Tenez voir d'au- 
tres statues, celles d'un habile ciseau des xvff .* ^t xvm.^ 
siècles; arrétez-rous dcTant les Jésus, les Yietf-es, les 
Ecce Homo y les génie-pleureur de Blasset , de Gurpen- 
tier, de Dupuis. ^Regardez, et dites-^neus «'il s'émeut 
quelqu'autre chose en vous que les «ens. Vetre ceM est 
satisfait par la justesse de toutes les proportions , par le 
naturel des poses, par le mouvement et 4a vie «qui ré- 
cent dans toutes ces carnations. Vous admirez, mais 
méditez-vous ? Votre âme de Oirétien trouve-t-elle quel- 
que chose pour eHe dans la contemplation de tous ces 
marbres devenus si moelleux , si virants si vous voulez ? 



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— 417 — 

Non ; parce que vous ne trouvez qu'une vie physique > 
et rien de la vie spirituelle et sainte, dans tous ces 
es-voio consacrés à la Vierge sainte, douce, bienveil- 
lante,- céleste, et où Ton n'a sculpté que de belles fem- 
mes tenant sur les bras, au lieu d'un divin Enfant^Jésus, 
un gentil petit enfant bien humain, bien terrestre. Au 
portail, rien de charnel ne distrayait votre âme de sa 
douce élévation vers Dieu et les Saints : de longues 
robes voilaient tous les membres, les dessous n'étaient 
même pas accusés , vous ne saviez pas s'il y avait 
des corps sous ces chastes tuniques ; ici , le ciseau sem- 
ble s'être étudié à tirer les voiles , et à montrer Vhômme 
de tous ces personnages et surtout , étrange renverse- 
ment , du plus céleste , du plus saint , du plus inoor^ 
porel ^e tous, de Dieu! Les Saints sont demi-couverts. 
Dieu est tout-à-fait nu. Vous aviez prié au pied «des 
Enfants-Jésus si bien langés, si bien robes, que vous 
présentent les graves et divines madones , aux trumeaux 
de leurs porches : vous ne pensez qu'à rire , sinon à vous 
scandaliser , en regardant les petits garçons , gros , gras 
et soufflés, que portent tout^ ces dames de marhre, 
eoi£Pées elles-mêmes en cheveux , serrées dans des cor- 
sets, et nues enfin de toute la gorge. N'est-il pas re- 
grettal>le vraiment que le xviii.* siècle ait été si ma) 
inapiré dans les œuvres , somptueuses presque toujours, 
de son zèle • pour la gloire de la maison de Dieu ? De 
grands talents s'y révèlent sans doute, et le nom de 
Blasset sera désormais célèbre comme ses beaux marbres; 
les amis de l'art payen trouveront qu'il a fait des 
chefs- d^œuvre : les amis de l'art chrétien seront forcés 
de trouver que ces chefs-d'œuvre auraient mieux leur 
place dans des musées que dans notre église^ puis- 

27. 



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— êAS — 

<|a'att8si bien , àt^m une' égli^ , il f^u^ que iôiiit imugré 
inspire et ^!*êelie ce qu'élie pei*8onnifié : unie Vierge , la 
chasteté , et Dieu , toutes les vertus. Or , c'est en ce 
point important que ressort, selon nou8,< la différence 
entre les statues des portails et celles' de nos chapelles. 
Aux portails elles sont avant tout morales, spirituelle^ 
et saintes ; aux chapielles elfes sont avant tout anato- 
miques , sensuelles et profanes. Là et ici se montreiit 
deux genres de beauté : lequel est préférable ? 

Au lieu de répondre , pénétrons dans le chteûr ; leWà» 
no)î yeux veré ces immenses parois' de chêne rertibruni 
par le temp^ ; visitons , Tun api*ès l'autre , tou^ ce» 
trônes, visitons-les, seuls, avec la clef des écriture^ 
et de l'histoire sacrée ^ chacnii d'éui^ à* à nous parler, 
à nous parler de Dieu, de Marie, de la M* antique, 
de la loi nouvelle , dé rtotre foi , de rtôtrè !oi , de nou^; 
mïiis*, il doit nous parler de tout cefe dans un Tangage 
grave et saint comme les choèeé doht il ti*aite. Là' di- 
mensionr des^ tableaux et des personnage? est plus res- 
treinte, sans' doute, que celle êtÀ vouésutes drf xiïr/ 
siècle et des rétables du xviii.*; le stylé U'en est par 
moins sufeceptîblé de compîaraîsbn ; seul'emeht , il faut la 
faire d'aprèsr les mêmes principes. Or donc, les* tableauij! 
q^ù'offrent les^ miséricordes et les' paU^eaxtt dé lïos Stalleé,* 
et les fi^rities qui les composent, participent-elles iH 
sérieux , du mystérieux , de Tanière des gratidest Éjgùreé^ 
du portail? sont-elled , comme eelles^à, bien drapéér, 
bien voîléeff, de manière à exprimer ùiie peu^ée plVi- 
tôt" qu'une chose , plutôt qu'une attitude^ et un gëstë? 
Évidemriiertt , le goût éléVé du moyen-âge U'â* ^âs en- 
core dégénéré , ëoU^ ce i^âjipôf t , dans 1^ atàtUài^e de 
hott'e beiserié, et à peiue reneôdtré-t-On ûùe eibepâbtf 



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— 41^ — 

datis FEnfant-Jésus de la scène de Noël : eneore , c'était 
pour le montrer pitis pauvre qu^on ^''a fait nu , et 
non par amour de la beauté naturelle, pûisiqu'à côté 
de lui , la jeune et sainte Vierge - Marie est cachée 
defpuis les yeut jusqu'aux pieds dans les plis de sa roBe , 
dé son Toiie et de son manteau. Du reste, rien d^ttS 
les autres scènes ne nous ramène vers les sens, tout 
nous tient élevé vers les pensée» divines de ces' his- 
toires, tout est conforme encore au génie, avant tout 
religieux , des âges précédents. Ce génie , en effet, 
pour être vrai n'est pas exclumf ; il sait accepter , dans 
les arts', comme en autre chose, les améliorations qui, 
f^hi compromettre ses conditions essentielles d^existence , 
sont de nature à Taccommoder aux progrès de la seîenîee. 
Le ciseau d'Âmoul Boulin était près de s'égarer en> se 
baissant entraîner par la réforme, dans Texécution desi 
pendentif^: aUK miséricordes et aux panneaux, la main 
de ses gnidès et lé respect p^r les traditions Ib con* 
tiennent encore. li ne prend de ki renaissance que ee 
qui est bon et louable , pour corriger la' rudesse du 
m<yfen-âge. La connaissance des' fermes cla^iques éë 
révélé sous lèaf draperies; elle leur ôre de leur raideur^ 
elle lésr «âsoupUt , mais ne les rend pas maniétéSétf et 
ridicules ; elle habille mieux les personnages, mal# île 
le^ déshabële pas; elte ajoute un peu' de naturel, tnaië 
stlns dit^siper le parfum' du spirHuel qui semble émaner 
èéÉ figui^ plus aneiennea. En un' mot et en résumé', 
lés spititûalistes puk*s peuvent s'arrétbr au* portail comiAD 
devant les vitraux du itiéme temps : c'est* leur ntià flv» 
fMrh, c^ést poil# eux l'idéal: 4^ 1^ perfection artisfique. 
Les nUturalistés" purs doivent ^re satisfaits dé l'a ma^ 
niérë éxlqmse dOttt sbnt pétrie^ pluifkWrs de nosHrioôsr de 

27.* 



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— 420 — 

marbre. Mais , à oeux qui cherchent un milieu , un 
point de conciliation , nous leur offrons nos Stalles et 
ce qui leuc ressemble. A notre avis, ces derniers sont 
les plus sages. 

Quelques rapprochements particuliers compléteront ce 
parallèle général. Nous n'avons pas liesoin , pour les faire, 
de quitter uotre cathédrale qui suffirait seule à une 
étude complète de Tart de la statuaire. Les sujets qui 
y ont été reproduits le plus souTcnt, aux diverses épo- 
ques don t nous parlons , parce qu'ils se rattachaient aux 
dogmes fondamentaux de la foi chrétienne , sont : la 
création , la chute de Thorome , la rédemption et les 
mystères dont raccomplissement était la conséquence de 
ces trois grands faits. Choisissons, dans le nombre, 
quelques-uns de ceux qu'on y a traités aux trois difté- 
rents âges de notre basilique , 1* Annonciation par exem- 
ple. En la considérant sur Tun des panneaux de la mon- 
tée D de nos stalles , quel sentiment remporte en vous , 
ou de la piété dont vous avez été pénétré en contem- 
plant le même mystère , au latéral à droite du porche de 
la Mère de Dieu et au vitrail de la galerie intérieure 
au rond-point , ou de la pitié qui vous a £ait lever les 
épaules en passant devant le rétable de la chapelle de 
rinoarnation ? Ici, Ton a dépensé de très belles tables 
de marbre pour ne représenter qu'une femme coiffée 
en cheveux sur un prie-dieu trop élevé pour elle, et 
en présence d'un ange qui lui parle en dégainant son 
bras comme un grand sabre nu, et n'a rien de céleste» 
ni dans les traits, ni dans le costume, ni dans l'attitude. 
Là , deux blocs de pierre ou' deux nappes de vitre vous 
montrent Marie et l'ange debout, comme doit être la 
reine des anges , comme doit être le messager de Dieu , 



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^ 421 - 

Marie seryante du Seigueur recueillie et modifie, l^ange, 
serviteur de la servante du Seigneur , plus humble et 
plus respectueux encore, Marie et l^ange ensevelis l'un 
et l'autre dans les amples et longues tuniques qui ne 
laissent rien voir de corporel et d'humain en ce mystère 
où la vertu du Très-Haut doit intervenir toute seule 
pour féconder la virginité. Allez voir, après cela, comme 
le XVII.* siècle a mis ces célestes personnages ne*-à- 
nez , et s'afFrontant pour ainsi parler Tnn l'autre ; voyez 
comme le xiii.* siècle les a fait poser à distani^ , sur 
deux socles différents au portail, dans deux vitres sépa- 
rées par un meneau à la galerie. Quel sentiment de 
haute convenance dans la première époque ! quelle ef- 
fronterie dans la dernière ! Notre Annonciation de 1508 
qui forme le point milieu entre les deux époques, n'est 
pas un tableau parfait; il est cependant bon à consi- 
dérer comme éloge de ses devanciers dans ce qu'il en 
prend , comme critique anticipée de ses suivants , dans 
sa prudence à innover. Il fera fléchir le genou à la 
vierge. de Juda , à cette heure solennelle où le Saint- 
Esprit la couvre de son ombre et descend en elle , il 
lui fera dire : Ecce ancilla domini; mais ce n'est pas 
aux pieds de l'ange qu'elle s'humilie ;^ Gabriel se tient 
tremblant derrière elle, et c'est en détournant noble- 
ment la tète qu^elle Taperçoit et le charge de la ré« 
ponse à porter au ciel: Fiat,,! L'ange et la Vierge au- 
ront plus de mouvement , plus de naturel' peut-être que 
quatre siècles phis tôt, mais ils n'auront pas le lais- 
ser-aller , le sans façon de deu^c siècles plus tard. Les 
plis de leurs robes seront plus ondoyants; mais ils ne 
s'écarteront pas encore , pour laisser voir si l'ange touche 
]a terre de ses pieds ,. si Marie porte encore un corpa ^ 



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-m- 

.U,B^ on ^rwdmit qu'oUe piyrût jAx^a vierge qpe jamii»r 
à ce jPdQmeot de l'inc9i^aUoin du Yerl^e ét^emel ûu^b 
«on 9^0! En un mot, les .aimonci^Upus.da xuu* siècle 
yq\k$ oat édifié « recueilli , fait prier. CeUes du ^vi.« 
ont .modifié ce fientimeut san$ Jie fuiiier. Demeures-là et 
a>Uez pm voq^ ^epouiiier devant les annoncia^ons d^ 
x.vu«* 4)u du xviii.®; youa ne prieriez pas, yqus 8ei;iez 
pteiHt-étre mal édifié. 

fin mpt maiaiqpant aur le» AMQpipt^>;pa de Marie. Nou# 
mena ^entendu beaucoup de personnes faire Téloge 4ç 
ceJUe qui a été transportée de ^ 3»* chapelle à d|*oi|le 
de la i^rande nef dans le réta)>le de I9 chapelle de 
Mefro, Ce marbre a en effet beaucc^up de valeur ; mfiis 
^^p valeur toute profane. C'est la SaintjC Vierge portée 
ai^* Jes nuages, c^ooune Vénçs sur le^ esknx , et si 93 e^ 
dpré, QjBtte assomption de la reine des .vierges eut pu 
rasti^r pour figurer très heureusement r^apothéose de Iga 
déasse-raison. Les draperies ne manquent pas à oe su- 
jet, La robe , le ^nanteau , le voile , tout y est jeté 
ji,vec gipfice .et natui:el , mais rien de tout çe\a n'y reiji- 
plit ,1e h^i qu'un ciseau ohréti/en doit i-aehercber danp 
jine jstatue de vierge, rien de tout qela ne donne à 
IVt^r^e jl^ 4once modestie et la pieuse gravité qui doiveiit 
la ct^ract^ciser. Tout cela semble tendre vers un but 
cqntmire. Le voile est si petit let si oomplètciment ren- 
voyé en arrière, qu'au lieu de couvrir la tête, il est 
eptiè^ei)QLent éclipsé par elle et qu'il faut regarder df 
j>rré^ et de côté pour ^'assurer qu'il existe. Le .manteau 
^ la robe , dpn^ le ]t>eau et acaudalepx désordre e^ 
^ns doute un effet de Tart , achèvent d'ôter h ce su- 
jet tout caractère religieux, en laissant paraître jce qui 
devait éJtre couvert, conune la gorge et les pieds» et 



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- fr»3 — 

,ré;vébD^t p^^s .h^bUeipient enç^ria la ,(|iiUe ,^t 1^ %rfQi^$ 
^q\x\i\s ne peuvent fie çiispeneer .de ,c9uvrir. Lqb p^tiU 
,mi^Qur8 .^cc^ochés de drqUe et,de gftuehe, eu gjQÛe 
d'apgQ3 , sont un difne aecompagnement d^ cette oçQTre, 
.«ii94i inconvenapte comme sujqt religieux que remar- 
quable à certains égards. Nops ne jious «ouyenops pas, 
^preste, d'avoir tu jamais .un seul fidèle venir se ,r.er- 
(CueilUr deyaqt oette statue, pour ,inToquQr Ja Sainte 
Yie^rge ,p\è.re de Dieu. Si Blasset a .pcipsé que ce n'eut 
j^s été éditer le »\ïjet de Tassoniption , que 4*^^^^ 
.prendre à notre grand portail J'içlée de ce tpmbeau yens 
}^u($l les anges de Dieu sont dejsceud^us, soule^^ant j^ 
leitrs m?tioiS, non le corps sacré de Tinyiolahle Yi^i^gç;, 
mais le suaire glorieux dans lequel , couchée .encore , 
jell^ commence à se mouvoir .pour iponter au ciel : ai 
notre savant con^patriote a dp .consulter les exigences 
de son siècle qui repoussaient cette manière, comme trop 
lourde et trop prosaïque , plutôt que son goût personnel 
qui lui faisait sans dopte apprécier tout ce qu'il j avait 
de cha];Q[)e dans la simplicité de ce morceau parlant 
comme aurait «crit TËvangile : s'il n'avait pas la permis- 
sion défaire du spiritualisme pur, pourquoi n'a-t-dl pas 
pris sur lui de faire au moins du spiritualisme mixte? 
Pourquoi n'a-'t-il pas été s'inspirer de Tassomption, si 
Jbelle encore «t si céleste , de nos istalles ? il aurait fait 
im ohef-d'oBuvre religieux, en même temps qu'un ohef- 
d'ceuvre' artistique. 11 aurait remarqué qu'un ample et 
royal manteau , descendant des épaules jusqu'à terre 
.et relevé sur l'avant-bras droit pour laisser voir les 
longs plis de la robe traînante , peut donner à une 
vierge de la gravité sans- raideur, et de 1b modestie 
avec un air de dignité toute divine, et que des mains 



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— 424 — 

joint* et des yeux voilés de leurs paupières vafent 
bien des bras en exercice comme ceux d^une actrice* 
et un regard hardiment porté rers TEternei, tels qu'on 
les Toit derrière le chœur. II aurait sans doute aimé 
aussi à adopter pour cortège , dans ce triomphe de la 
pureté virginale^ nos anges couverts des pieds à la 
tête dé leurs chastes tuniques , et si bien parés de leurs 
grandes ailes et de leur chevelure flottante. Enfin, il 
aurait plutôt renoncé à son ouvrage que de ne pas met- 
tre 4ft bas de son tableau la vénérable assemblée des 
apôtres, qui rattache si bien à la terre cette joie du 
ciel. Mais Thabile sculpteur, auquel nous devons les 
plus beaux marbres de notre cathédrale , vivait un siècfe 
trop tard. S'il avait voulu travailler en 1600 dans ïe 
genre si chrétien de nos stalles , il n'aurait pas même 
gagné de quoi faire forger un ciseau (1). 



(1) Nicolas Blasset , né à Amiens en 1587 , trayaUlait dans le style 
des célèbres sculpteurs Jean Goujon et Germain Pilon. Ses œuvres, 
remarquables par le naturel, Texpression, la grftce, la correction du 
dessin , la souplesse et le jet heureux des draperies , rappdlent les 
plus beaux travaux de ces grands maîtres ; ce qui ne contredit nul- 
lement le jugement que nous venons d'en porter, en nous plaçant 
à un autre point de vue. Quoiqu'appris à manier le ciseau dans un 
genre payen, Blasset n'en était pas moins un chrétien zélé dans 
sa foi et dans sa vie : il fût maître de la Gonfirérie de Notre-Dame 
du Puy en 16S§, et fit en cette occasion présent à la cathédrale 
d'une Vierge en marbre; mais les idées du siècle l'entraînèrent , 
comme artiste , dans la voie nouvelle » ainsi qu'elles dominèrent plus 
tard M. de la Mothe lui-même, tout saint et savant évéque qu'il 
était. Blasset mourut en 1659 et ftit inhumé à St. Firmin-le-Con- 
fesseur. M. Gilbert ( Descript. de la cath. p. 155 ) accuse avec raison 
d'une. coupable incurie l'administration de la ville d'Amiens, qui n'a 
pas recueilli ses restes précieux , lors de la démolition de cette église. 
( CSf le P. Baire, hist. litt. d'Amiens, p. 113.) 



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- 425 — 

En faisant de la partie historiographique sacrée une 
critique aussi favorable , nous sommes loin d'abandon- 
ner au blâme les scènes de la vie civile et les repré- 
sentations de métiers. Les i^miniscences du goût ancien 
n'ont pas cessé d'y être très nombreuses , et même en 
majorité; accoudoirs et piliers pendants nous offrent en- 
core des types purs et graves de personnages sacrés, 
clercs, moines et anges. Nos dessins n.°*3, 4, 6 de la 
planche xiv.«, et 4 de la planche xv.' en font foi. L'on 
nWrait pas mieux fait, au xm.« siècle, le religieui qui 
confesse, les anges qui prient suspendus dans les airs, 
ceux qui montrent la face de St. Jean, les moines qui 
chantent ^office ou les moines moniteurs. Mais ces di- 
visions secondaires et importantes du meuble ont droit 
à des éloges d'un autre ordre. Il y aurait injustice à 
ne pas reconnaitre que les tendances au profane, au 
sensuel et au capricieux , que nous avons signalées dans 
la description des sujets , y sont largement rachetées par 
le fini et la délicatesse exquise du travail , par le mou- 
vement, la vie, la légèreté, la grâce qui les animent, 
surtout les pendentifs. Aux miséricordes et aux rampes 
il y a plus d^esprit et de religion ; ici ^ il y a plus de 
talent artistique et de savoir-faire. Plus bas , on a tenu 
la statuaire à la hauteur du sens moral des textes sa- 
crés ; ici , on a tourmenté et pétri le bois jusqu'à le 
faire mouvoir aussi naturellement que les individus qu^on 
a représentés. Au rez-de-chaussée, ce sont des artistes 
pieux et versés dans les saintes lettres qui ont tra^ 
vaillé ; les étages supérieurs ont été confiés à des ciseaux 
habiles à créer la forme et la vie physique. Ces derniers 
toutefois n'étaient pas des profanes non plus , car ce 
sont eux , probablement , qui ont exécuté celles des scènea 



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4o ift CréatÎQjQ et da la yie de la Si^i^te Vi^r^e qui 
4eyaien|t avoir leur place aux étaj^es ^upérie^re,, dan^s 
la a\éme région que les K^t^lB-de-l^mpe. Or c^ ^or.ceau^ 
août les plus .délicieux de jtous , et saQS con^rc^dit des 
pbefs-d'œuvre. Il aecoble ];),ien que ce qai devait c^tre 
j4^s . apparent dans TœuTre, comme ces t^leanXi \^ 
pendentifs et le» dais ^ a été traité arec plus dV^t en- 
core q^e tout Je reste. ' 

Nous ne som;i;nes entrés dan» de »i longues considé- 
ratiop» au sujet du caractère de nos sculpture^, qu^à 
r«^tson de rimpossibilité où nous étions de les qiplifiçr 
j)J,^s catégoriquement , en les rapportait à ^ne école 
.c^nue. Il était facile, sans doute, d'y rçmar^uer , apré^ 
4ea homme» dont le jugement est d'ui^i grand poids, 
^e» traces sensibles de la manière d'une école de pein- 
ture qui a pris son nom de la Flandre, et dont Van 
jËiplc A été jie pl\is illustre représentant : la compo»itipn 
4e nos sujets, le type des figure», une tendance bien 
in{^rqué|e à imiter la nature , tout en conservant ie» tra- 
ditip^ .chrétienne» , autorisent asse^ cette opinion. NoAr^e 
voisinage de la Flandre, et la dépendance d'un même 
prince , comi^une aux deux pays pendant p.r^s de la 
mc^tié du XV.* siècle, ne permettent p^ ^p^n plus de 
^çuter que les Flamands, et le» Picards n'aien.t .e;atjretenu 
d'intimées relations, et que le» artistes de Tune et l'au- 
tre province n'aient travaillé dans le même Ifo^^t et d'a- 
près 4e» mêmes principes. Il est mêm^e très-prpbable , 
jQcialgré l'absence de documents positifs à cet égard , 
que d^habiles imagier^ son^t venus, des yilles du j^prd, 
prêter Tappui de leur talent aux imagiers amiénoisî Nous 
^von» vu ailleurs que c'est précisément dan» ces villes, 
à BJopLtreuil-sur-Mqr , à Abbeville, à Hesd^i , à Bruxelles , 



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— 427 — 

à I^l^felle, à Mlle, k Tonriwiy, à Arra», à Amieiw, qt^ 
le Chapitre de la cathédrale de Rouen fit recrater en 
4465 , jpour l'œuvi^e des chaires > des ouTriers de hu- 
cherie. Malgré la justesse de ces observatiçns , il serait 
pqurtlint <,éiméraire , jselon nous ^ de fixer en FlâAdirç , 
iet non daçs notre France, dans notre Picardie niéme^ 
le jsiége de ce g^énie de la sculpture qui a produit les 
Stalles d* Amiens^ et tant d ^autres boiseries au sein ç^ 
nc^ jproTin^es du nqrd, de Toue^t et du cent^rp. Oiji 
cite Jbien des noms de peintres flamands qui ont fait 
jéc^le^ :et auxquels la France ne pe^t opppser de^ noip^ 
.9iiji,ssi glorieux ; .:piais on n'a pa^ encore ^ que iia\i? 
sachions , découvert chez no^ voisins le foJQdate^r d'une 
école de sculpture qui aurait inondé la France de ^es 
élèves , et ^onné le ton aux nombreux artistes de ce 
gicfind ^roypuQie. 5an^ .contester J[e moins du n^on^e l'in- 
fluence que le talent de peindre ^a tpiie qp Iç v.e^n 
ejierce s^r celui de tailler la pierre o\i le bois, ,^Qus 
croyojos que la distance est ejQCOxe trop grande. qntre ces 
de]ux branches d'un même art , pour qu'\ine école 4? 
peinture , même de premier ordre , enfante nécessîûrer 
il^nt fi côté d'elle une école de^sculpture qui lui soit 
^anfilQgue. Tout artiste supérieur, dont les œuv^rçp sqi^it 
répandues et célébrées . au loin , a sur sou siècle une ac- 
tion p^^^sante : a,insi Van Eick, aiçisi Giotto , ainsi R^a- 
phaêl , ainsi , dans un sens contraire , Michel-Ange j 
mais cette action est plutôt générale et influente que 
{particulière et génératrice , c'est-à-dire que les beai^x- 
arts en la ressentant , en recevant ce (ju'eUe leur a^^.- 
perte , n'en voient pas moins surgir spontanément dç^ 
écoles nouvelles qui ont leur individualité propre , leur 
vie à part et distincte. Autant donc il serait raisonnable 



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— 428 — 

d'admettre que, non seulement Técoie de Van Eick, 
mais celles de Giotto , de Pérugîn , de Raphaël pro- 
pagèrent de nobles idées et un goût plus pur parmi 
nos sculpteurs français , autant nous serions injustes à 
regard de ceux-ci en leur contestant la gloire d'avoir 
volé des propres ailes de leur génie , en leur refusant 
en quelque sorte un nom qu'ils ont si dignement con- 
quis dans Thistoire. Les tailleurs d^images français , que 
l'on commence à peine à exhumer d'un oubli injurieux, 
se lèveront bientôt en si grand nombre , qu'il faudra 
bien leur donner un rang dans cette classification des 
écoles .du moyen-âge, envahie tout entière par Tltalie 
et PAUemagne, au détriment de notre France pourtant 
si féconde (1). 

' Notre opinion sur la statuaire de nos stalles se ré- 
sume donc ainsi : réminiscence bien vive et bien prati- 
que de Tart mystique des âges de foi dans les parties 
principales ;' influence encore timide et mesurée de la 
renaissance dans Fornementation et dans les sujets du 
second ordre ; touche assez reconnaissable de Técole 
flamande sur Tensemble du monument; de sorte qu'il 
est peut-être permis de l'appeler un heureux essai d'ac- 
commodement entre deux genres exclusifs. Les réflexions 
qui nous restent à faire sur l'esprit dont on s'est ins- 
piré dan^ le choix des costumes pourront bien confirmer 
ce sentiment. 

Une distinction est encore nécessaire sur ce point en- 
tre les scènes historiques , les scènes contemporaines et 
les scènes de fantaisie ou tableaux de morale , qui com- 
posent le programme général. Dans les scènes histori- 

(1) Voir la note G à la fin du volume. 



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^ 429 — 

ques de Tancien^ et du nouveau testament , on trouve 
les costumes de convention traditionnelle , et varies seu- 
lement suivant Tordre hiérarchique des héros qui y fi- 
gurent. Le caractère de ces costume» n'est pas la vé- 
rité absolue ; mais il y est quelquefois conforme ^ et il 
s'en rapproche d^ordlhaire , parce quHl est toujours selon 
les confienances. 

Dans les scènes contemporaines, telles que représen- 
tations d*arts et métiers et peintures de mœurs, il était 
naturel de laisser les artistes copier leurs vivants ou se 
copier eux-mêmes; aussi la vérité domine- t-elle dans les 
acoutrements , du reste si variée, et les altérations sont- 
elles assez rares, et justifiées, presque toujours, par 
les circonstances plus ou moins normales dans lesquelles 
ils surprenaient ou voulaient établir leurs types. 

Les tableaux de morale supposent encore certaines 
règles suivies dans Tagencement des habits ou même 
des oripeaux. Il n'y a de champ absolument libre que 
dans les fantaisies et les farces purement oiseuses des 
entailleurs. 

Un exposé sommaire des faits suffira pour justifier ces 
observations et pour prouver qu'il y a plus d'entente , 
de méthode et.de grandeur qu'on ne pense dans les 
détails , même les plus menus , d'une œuvre qu'on a trai- 
tée en d'autres temps, de cabotinage et de fruit désor- 
donné d'imagination en licence; Les quelques mille per- 
sonnages que nous avons distingués et nommés dans 
le cours de ce livre , se résument en plusieurs caté- 
gories à chacune desquelles un costume caractéristique 
est affecté. Nous allons le reconnaître. 

Dieu. En longue tunique sans ceinture, tête et pieds 
nus : voilà la manière simple et mystérieuse de le repré- 



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— 430 — 

scnter d^ordinaire , lorsque dans âes conmmnicationB airec 
l'homme , il touche ou pn^ait toocher la terre de «es 
pieds , comme dan» la vision d'Ahraham n." 4, et après 
eriii% dans tous îes * myeléres de «on humanité jusqu'à 
son Ascension* Cette manière est celle des types anciens. 
On sent qu'elle est pleine do ch firmes ^ nous disant ainsi 
la dignité de celui qui n^a pas besoin de nce Mens^ et 
ne prend de notre humanité que ce qu'il lui en faut 
pour fie rendre sensible h nos yeui et se faire aimer, 
Dn reste j le raoyen*%equi, depuis «i long-temps déjà, 
lui arait appU(|T:é, sur le portail de St»-Honoré, cette 
magnifique pamle du prophète Nahum : quàm pulchri 
super montes f psdes mmuîttiaiîtiM pacem. , evangeH^^anfiê 
hùnajéetaïii pour être eonuéquent, ne plus jamais voi- 
ler ces ^ieds adorables du prince de la paix, CVst ce 
qu'il a fait, et celte circonstance est la seule qui soit 
absolument commune à toutes les représentations de 
IHeu ou de Jésitss-Christ. Lets autres élément? du cos- 
fume varient , mais peu, et toujours pour des raisons 
sacrées. Ainsi chaque fois qu'il trône en souverairt maî- 
tre snl* le& nuages du ciel » ou sut* le globe terrestre, 
oii sur le spleudide et divirt faldietoire , il couvre sa 
tête de la triple tiare, sa robe libre et sans couture 
de la chape fermée d'un camée; de ses mains il tient 
k droite le sceptre , à gatiche la sphère céleste et ter- 
restre ; la tiare au pontife éternel , la chape ou mati- 
îéïïn au Toi , la sphère et le scetître à Dieu créateur et 
maître, 

Marie, iSi le eosluma que les sculpteurs agiographei 
donnent à Dieu est inspiré par le^sentimeut d^une rclî- 
^ieu^ et baute conyenaneef on peut dire que celui dont 
ils parent la très-sainte vierge Marie ff^fte un caractère 



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— 431 — 

cfé Vérité c[ue fou a{^|)récie , avant même de connaître 
rhi«toire s^t ce poitit. En regardant la Vierge de nos' 
stalles , comme celle de nos porches et de nos vitraux , 
on dit : elle devait être comme cela. On lui a fait deut 
soi'tes de vétures , l'une qui e^i commune aux jours de 
sa première jennesiè , de sa jeunesse terrestre , depuis 
sa naSbance jusqu'au temps de sa maternité , et aux 
jôùts de sa seconde jeunesse, de sa jeunesse au ciel 
a^rès son asfsoniption ; l'autï^e , qui est spéciale et ana- 
logtie à céttQ sérieuse et dure partie de sa vie, durant 
laquelle elle fut mère et mère dié douleur. L^une et 
l'autre dé ces vêtures sont à la fois virginales et gra- 
ves , Tune et l'autre montrent la vertu et k dignité , la 
vierge et la reine. Une première remarque à faire avant 
d^entrer dans le détaH , c'est que , tandis qu^ Dieu est 
toujours montré pieds ntra , lui qui est descendu à te^re 
et a plis notre humanité , Marie au contraire est con^ 
stammeut représentée les pieds perdus' da»é les pHs trai- 
nantir, nmnforeux et légers de sa robe virginale, elle qui 
est élevée au-dessus de la terre et rapprochée de Dieu 
psfr sa pureté. Dieu montre par ses pieds iitis qu'it a 
pri9 le corp^ de l^homme , Marie fait comprendre e%i 
les* cachant qu'elle plirticipe à la spiritualité de Dieu. 
Le reste est eoUforme ; avant de devenir mère et aptes 
saf mori,' elle porte dans son eostume comme dans êù- 
l^flionomie tous lee caraetèi^es de la jeunesse belle et 
ptire, céleste et renouvelée. Sa robe ample et longue 
féit que, marchant, elle éemble moimr portée sut été 
pieds que sotftearuer et poupée par le souffle divin. Uuë 
é^bucruve en cerdé^, en cat'ré ew en tirîanglte, laisse 
▼oftr le vévem^ai dé de^otts fermé ju«^'à lag^otgé, ii\k^ 
piof fin , et riohe oom^l^ la beauté itMéi'Ieure d^ céttie 



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— 432 — 

fille du roi. Sa chetelure dit aussi les grâces de la vertu 
à laquelle la main de Thomme n'a jamais touché ; elle 
se "partage simplement sur le front et descend en ruis- 
selant sur les épaules jusqu'à la taille. Marie est issue 
d'un sang royal selon la chair ; on ne le reconnaît qu'à 
la cordelière qui pend à sa ceintuve. Sa jeunesse finit 
vite sur la terre ; dès son entrée au temple , elle |e pré- 
pare à devenir mère et à en içéditer les graves de- 
voirs : son costume se modifie dans le même sens. Le 
voile des fidèles épouses lui couvre désormais la tête , 
les épaules et le cou; dans Us circonstances plus so- 
lennelles de -sa vie, telles que celles de Noël et de 
la Pentecôte , il descendra jusqu'à terre et l'envelop- 
pera presque toute entière. 

Anges. -Le costume de la Vierge-Marie ne ressemble à 
rien plus qu'au costume des anges. C'était l'ordre. La 
robe disposée , dans sa forme , de manière à dérober tout 
le corps et à ne laisser voir que la tête, siège de l'es- 
prit , était un symbole habilement convenu pour expri- 
mer la pureté: elle devait être celle des anges et de 
Marie. On ne la trouve en effet à aucun autre person- 
nage. Nous ne savons pas si nos anges des Stalles ont 
des pieds , on ne leur en voit nulle part , non plus qu*à 
la Vierge. Leur chevelure est libre et flotte au gré des 
vepts, comme leurs robes. Plus tard^ on a voulu ren- 
dre les anges plus légers et plus spirituels, en ne leur 
donnant point de corps, ou en leur donnant des corps 
d'enfants avec des ailes naissantes : le but a été man- 
qué, et ces têtes sans corps ne présentent pas l'idée 
d'individualité; ce sont des êtres tronqués, et avec celti, 
lourds et massifs quand on leur a fait des eorps d'en- 
fants cent fois trop pesants à l'œil pour pouvoir jamais 



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— 433 — 

paraître Toler. Mieux valaik Tancienne manière qui ne 
faisait rien contre nature , mais qui spirituaiisait la na- 
ture en la rendant légère et gracieuse dans toutes ses 
conditions. Le vent du matin et le souffle du soir peu- 
vent bien se mettre dans ces fins tissus qui sont le 
vêtement des anges , dans ces ailes grandes et éployées 
qui font leur céleste parure. Le xiii.? siècle vêtait aussi 
ses anges de longues ailes et de voiles légers et pudiques, 
c^était beau ; il laissait , il est vrai , paraître leurs pieds , 
mais leurs pieds nus , leurs pieds toujours prêts à courir, 
comme ceux de Jésus-Christ , conmie ceux des apôtres, 
pour porter aux hommes la bonne u(mveUe dont ils sont 
les messagers., 

Patriarches* Ils annoncent bien leur nom par I9 ma- 
nière dont les âges mystiques composaient et agençaient 
leur tunique, leur manteau, leur épauUère çt la coif- 
fure de leur tête. Dépourvus de tout ornement inutile, 
ces éléments du costume patriarchal sont graves , sim- 
ples en même temps que riches par leur ampleur, 
comme il sied aux pères de la foi et aux maîtres du 
monde dans ces temps primitifs. La tunique et. Tépau- 
lière sont toujours portés à la maison; le manteau ou 
pluvial « pluviale » ne sert qu^en voyage. Excepté à la 
yision de Dieu, p. 181, Abraham a toujours le chapeau 
sur la tête , même en recevant la visite mystérieuse 
des trois anges, pag. 180. Ce costume et ces habitu- 
des sont les mêmes pour Isaac. Elles varient quant à 
Jacob , suivant les âges de sa vie ; jeune , il vêt les ha- 
bits courts et serrés. Oi| les lai voit encore , mais beau- 
coup plus riches , lorsqu^il quitte Laban ; dès qu'il en 
est séparé, son épaulière, son manteau, son chapeau 
et la longueur de sa robe rappellent le costume des Pa- 

28* 



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— 434 — 

triarches et disent qa*il a pris rang parmi eux. Il en 
est à peu près de même de Joseph , pour la première 
partie de son histoire , jusqu'à son élévation. Alors, les 
marques de sa grandeur humaine se mêlent aux insi- 
gnes de la dignité patriarchale , le collier de Pharaon 
reluit sous son manteau , les bords de son chapeau sont 
quelque peu taillés comme aux riches. 

Apôtres. La tète et les pieds nus , la toge et la 
chiamyde romaine sur les épaules : tel est le type uni- 
versel des apôtres dans tout le moyen-âge. Porteurs de 
la bonne nouvelle comme Jésus-Christ et les anges , leurs 
pieds sont heaus aussi à voir sur les hauteurs des col- 
lines. Lumière du monde , leur front n'est pas à voiler. 
Héritiers des Romains dans la conquête du monde mo- 
ral , sénai de la cité sainte , la toge et la chiamyde leur 
allaient. Tous les auteurs et tous les monuments les re- 
présentent ainsi. 

Nous devons, maintenant , ranger dans une même ca- 
tégorie ceux de nos personnages sacrés de Tancien tes- 
tament qui ne sont pas costumés d'après des règles in- 
variables et communes à un même ordre de dignité, 
mais qui cependant ne revêtent que dés habits et des 
ornements en harmonie avec leur caractère et le rôle 
qu^ils jouent. Us ont été suffisamment décrits dans Tex- 
plication des sujets. On se rappelle Laban dont la 
mise somptueuse , mais moins sévère > contraste avec celle 
des Patriarches parmi lesquels il vit ; Melchisedech por- 
tant une aube traînante , simple comme le culte dont 
il était le prêtre, et avec cela une mitre, anachronisme 
volontaire pour signifier sa suprême sacrificature ; Aaron , 
pontife d'un culte plus cérémoniel, et revêtant pour 
cela , comme au portail , la dalmatique et l'ephod , mais 



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— 435 — 

non plu» réiole et le nianipnle ; Noë, patriardie d'un 
autre ordre qu'AlMrafaam et Jaeeb , coimne père du genre 
humain et roi du monde entier après le déluge , et que 
la richesse de sa coiffure distingue «n ce sens : sacri-^ 
ficateur, sa rébe fendue sur les côtés et bordée d'her- 
mine ressemble un peu à celle d'Aaron. Pour des rai - 
soift analogues , Job nous est montré , dans sa prospé- 
rité, tout couvei't de robes étoffées et brodées, riches; 
mais longs et sérieux Tétements ; on a donné à Gédéon 
les armures défensives et offensives déjà un peu anté- 
rieures au XVI.* siècle, mais bien choisies pour faire un 
grave et noble guerrier. Enfin, il faut rangea dans \ik 
même catégorie tous les personnages du second ordre 
qui font partie du récit sacré de la Bible et de TEvati- 
gile , Eliéxer , Jacob et Joseph enfants* , les frères de 
Joseph , les gardes , la famille de Jt)b , dont les cos- 
tumes traités avec plus de liberté , mais pourtant ove^ 
réserve et convenance, tiennent à la fois de Tépoqùe 
contemporaine et des temps héroïques. On y voit encore 
des rd[)es , mais déjà moins tong^ned et moins amples. 
Les taillades , les manches fendues et les justaucorps 
commencent à s*y montrer den^à et de-îà. Cette ftision 
se remarqué également dans les coutumes de femmes . 
Excepté la Sainte Vierge ci lés figures symboliques de 
l'Eglise et de la Synagogue , elles noué mohtrent tou- 
tes, depuis les é|)ouses des patriarches jusqu^aux dames 
du te^ps, un mélangé sensible dans lequel cependant 
les modes actuelles dobiinent sut les formes sur^héés. 
La manière de s'habiller au xvi * sîéble' ne pèMâitdëdè 
toute sa vérité qu'aux accoudoirs el atix pèi^dfeïttffiè ; 
encore, y est-elle assez souvent' altérée. pa^ le cat)ricè 
dé* entâilleurs. Nous devons noter ^ariti les' côistumes 

28.* 



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— 436 - 

du tevqpit h mieux carA«térkés , ^eiu^ dm eluinmiies « 
4et religieiu, 4es huebief» ettaiHettrt d'ini|^8> i^ 
a^tbicaire», du maUre d'éeole, do rarobUacte, deTé- 
criyain , du financier , de l^appr^teor d'étoSs , dn^bour- 
relier, du boucher^ de ceux ((ni .$e battant aux cula- 
de^ampes 4.* et 1$,*, da ceux gni boivent , de pluaieura 
musicien», etc. , etc. Ley| femmes, dans les diverses con- 
ditions, y imt aussi une mise suivant les modes contem- 
poraines des Stalles , ou rappelant une époque encore 
peu éloi^ée. 

Les figures dessinas, p). xiv, celles des deux accou- 
doirs réunis des Stalles n.*»* 4 et 5 du c6té droit, sont 
dos monuments asse» précîaux du costume ecclésiastique 
t^ qu'il existait alors. U consistait , pour tous les clercs, 
en un surplis , eomme nous le voy<m» au donneur d'eau 
bénite, pi. xiv, 4^^ al siir plusieurs monuments de la 
calbédrale. Ce surplis ast.sana mancbeset muiù de lon- 
gues et large» ailes» disposées de manière à couvrir à 
volonté las bras da<^ toute leur longueur , au à n'en 
laisser paraître que le poignet ou une partie plus con- 
HidérfJ^le. selon le besoin. En considérait attentivement 
cette form^ d'b^bi^ de cbs^uf?, on comprend sa desti- 
nation, mystiqnç qui était dOr figurer îes anges du ciel 
4ans la per^nne dos çlarcs en ffisaut di^pnraitre les 
bra^ SOUS; nna apparence d'ailes. Las aifesen eSei, con^ 
si^tant ei^ une pv^a. idç ^^ Uuge, le même qua la sur^ 
plis, asseï bngfe ppfir aller ju^i^a terre, et assagi lé- 
gère pour %Hfi7 ituc gfé^ duvant. Fixéa « Tépaula, alla 
é^fiit fiiçifÂe an. da44>l^.f^ (^ rat^K^ha^t aux deux bords 
da# éclMuiarurça pratiqnéfts da part .et d'aufr^ du corps 
du yétei^nf, pour dpnn^ passage au bras qu'elle ra«- 
CQUvrftiant et qpi leur communiquait ses mouvements. 



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— 437 — 

Pëu-à^peu, on en vint à ne ptus les atta<3)ief qil^à V4h 
pttule et 'un peu «n «(rriél*ef^ en \êê fronçMvl. oMeidé- 
rabtement de mdi^i'ef à dégager evHlèrefiietyt leé bras 
dont lè8 tliottvef Avents , par là même , devwirent indé|»eki-' 
dant8 de ceiui deà attes du êtiq)U8. C'est à cette foi^e, 
pli4« g^acieiïée ^ue mystique, qu'était déduit ce vôte- 
ment de chœur, lor«qu*îl fut entièrement abandonné, 
ve4*» iSl4 , pour le' rocbet que le clergé de nôtre dio- 
cèse a depuis uiliversetfemènt adopté. « Outre le surpKs 
» commun à tous les clercs , les cbanoinea d'Amiens 
» a<vaient encore l'aumusse , espèce de manteau eri petit 
» grîs ,* marte ou menu vaîr d'un côté , et en hermine 
h mouchetée de l'autre , qui de temps immémorial ri'é- 
n tait déjà plus porté que comme insigne de la dignité, 
» soît sur le bras droit, sort sur le bras gauche. Le 
» capuche réduit a la formé d^une pellle pochéitë , 'té^ 
» tonibak tantôt dehors , tantôt' «n âeâëns. » Gissd^erses 
manières de porter Taclhiusse , dont n<)^i' parlé le (Cha- 
noine Vnteman ; se remar^ptèrit en-^ffet *sur âo^ 'sttrfles 
et sur les * inéntiitièéts ftmérairèfs de Itf cathédrale; 'Ce 
n'est ^ne Vers le 'côhimènceinent du xvr^*' siècle, que 
r^age pré valut, de' fa porter sur le bras gauclie, avec 
là pocftetie en dedans,' comme on le voit au monument 
étt ch.« Lucas , lÈfeti'èii' 4628. Au rang du costume ec- 
clésiastique il faut 'mettre le froc et la coule monacale 
que ndus Irourons tr^^bieti portés par les moines qu'on 
rencontre en' plusieurs endroife. Cîelui qui cxercie le 
niiniMèè^de la eon^ssion ne se diàtîûgue des autres que 
par sa ceinture de cordes. Tous sont traités avec beau- 
coup de vérité. 

Kotts devons en dk^ autn^t des représentaiita des di- 
verses professions, soil libérales» soit mécaniques. Le\ 



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— 438 — 

per$oiiBi^« qik'o» petit prendre iodifféremnent pour ub 
écrivaîa publio^ \^owt aa notaire, pour ua.thétear oft 
pour un afvocat^ pofle la yraîe tpge Biagîfltrale ou doc- 
torale; avec la; chau890^ d<^gé^éréo du ohaporon, ei 
restée comme ipmgiie de «es. nobles prpfel(^^^]8» L'ima- 
gier ^ autre profesf ion plus li)^i^(^ que .ipéoaaique,. noua 
donne aussi, sur plusieurs, accoudoirs et. en particulier 
sur la pi. XV, u.'' 3, uneid^ie juste d>ne mise éli^a^te 
çt riche; Le tablier.dont ces mesaieurs se cei^ent daaa 
Texeroioe de le\ir art n-'etopéclie pas de. voir te. pourpoint 
balafré en^ plusieurs endraiiê pour, laisser foraUre la fine 
toile de Flandre (1), Le Jhan Trupin de ^tre dessin 
n'est ■• cependant paa encore le plus fashionnable ^ il est 
dépassé par plus d'un de ses coufréres*' Lejs pharma- 
ciens , le petit-maitre , le tamboujrin nous offrent encore 
de« e^mples du costume dn teq^ps, ^t rappellent la 
critique que le traducteur de l.a ^$f^ folie isi^ de ces 
vétenient&:« baiiafr^s ^à Ja Suis#^, .à rAUera^de, à la 
u Wallone , chiquetés, découpéa à mille , balaf|%yi , avec 
» la chemisettf; de taifetas, de 49^.. ou de toile d'or 
pour rhiver^ et ;en été le^. chemises de fine Aoiie 
9 de Flandres dçat le# traçeS(.:^e mafiquent.pas ^epa-^ 
» raitrej]! entre les balafres des. pourpoints. » Q^^uat à la 
coi£Eure, elle est ^au^si var?bée au tepi^ips àp^ Stalles .qffL^ 
de nos jours; nous j^ trouvons tiM^t^ depuis le chape* 
rou ,, devenu déjà historique, alorjs , jjosqUr'^u chapeau venu 
au monde, ditr-on^ sur l^:.tétetde Charles vu, en 14^9 (2), 
^et commençant a régaer preiqU'eJît?luf,ivfWQttt;«e«a Fran- 
çois !.«' , , 

(1) Monmnents inédit» de WiRoain , texte de M. Potter da Booen. 
(2)Détiie} Hist. de Frasoe; tom. lY. p. M4. 



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-" 439 — 

Les Gostomea femiiiina soDt en général « pent-étre , 
les plus caractéristiques et les pins vrais , et en par- 
courant les galeries de notre jneiifale , on. est à même 
d'étndier les mises du temps depnîs la simple fruitière 
jusqu^à la plus noble dame , depuis ' la ihendiante en 
serpillière de la pi. xiv n.^' 3 , jusqu^à la coquette qui 
est dessinée en regard y depuis Thuioble £emme en lec- 
ture > même planche , jusqu^à Tillustre et sainte fiancée 
de Jaeob. Ici , simple robe courte et petit bonnet à 
facettes , Toile ou cornette ; là ^ robe longue et traînante 
comme sous Charles vu , « manches taâladées aux épau- 
» les, et divisées pins bas en plusieurs brassarts rat- 
•• tachés entr*eùx par des nœuds de rubans , au défaut 
» desquels pendent des bouffants de linge finement plis- 
» ses (1). » Et avec cela, « bourrelets à manière de 
» bonnets ronds qui s'amenuisaient par-dessus de la hau- 
tt t^r de demi-<aulne ou de trois quartiers de lofig. Sur 
» la cime de ces bonnets en forme de pain de sucre 
» étoii attaehé on oouvre-ohief délié ou voile qui der- 
» TÂère pendait jusqu^à terre (2) , lequel la plupart tour* 
»» noyent autour de leurs bras (3). » Cette espèce de 
voile ainsi porté était quelquefois commun aux hommes 
et aux femmes , temoips le Laban et |a Rébecca de 
notre boiserie. 

L'accessoire des costumas , soit pour les hommes , soit 
pour les femmes f sont trop multipliés pour entreprendre 
d'en parler. Nous avons nommé la ceinture plus ou moins 
riche , plus ou moins lâche « suivant la condition ou la 

(1) Monwn. iaéd. par WiUem., texte de M. Potier, 
(9) Honglrelet, chroniq. tom. UL p. 1S9« 
(3) HiiLide Lyon par Paradin, 1573, 



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— 44e — 

prétmtien; Olivier de ta Marche dit qu'elle utrz 

IHi phUr fia ar <iae Ton poom traavcr 
Eanaillée de UmCf ao» et roage der, 
Poar faire à ma dame MiDcture chère. 
Des patemostres pour faire la manière 
Pendront devant, de fin blanc cawidoine 
Le temfs présent le dit & ce ydeiae. 

U nous parle aussi agréablemefit .de resoarGelle : 

Uae boorce qa'on dit une anmosBiènB 
Noos convient pendre à o^te gainturette 
D'or et de perles brodée. ..... 

La bource doit, pour estre plus parfaite, 
ÀToir fermant pour sûrement garder 
Ce (fuie dame tault tenir oa doimer. 

L'usage de rescaroeile est conimuû aux deux aete» 
sur nos stalles. 

Avec tout eela, s'agençaient les eottiers « k»s affielieta 
et les perleries à peu prés comme on lis ressuscite au^ 
jourd^huâ. 

Un mot seulement sur la chaussure. Les souliers à la 
guimbarde ou en deo-âe-canne , ainsi nommés parcequ'irs 
décrivent la forme arrondie à leur extrémité et sont 
trés-découverts sur le pied , étaient d'un usage général 
parmi les bourgeois d'Amiens à Tépoque qui nous oc- 
cupe. Nos Stalles, sur ce point, sont d'accord avec le 
manuscrit offert par la confrérie de Notre*Dame du Puy 
a Louise de Savoie, mère de François i.*' La ridicule 
et indécente mode des souliers à la pouloiine qui avait 
prévalu durant le xiii.« siècle et le xit.«, et Sétrîe au 
xv(/, a entièrement disparu ; le seul exemple que non» 



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— 444 — 

en trouTons à l'un de nos accoudoirs ne parait être 
qu'une caricature destinée à la discréditer de plus en plus. 
Tous ces personnages qui vien^ient de comparaître ayec 
leurs costumes si variés , n'o£Prent peut-être pas un su- 
jet d'étude plus piquant que le théâtre même sur le- 
quel ils ont été mis ea aeêDe , et qm nous montre , en 
effet , comme prises sur le fait , nos cités anciennes et 
leurs édifices, nos maisons de ce siècle et leur ameu- 
blement. Ici, c'est la copie en miniature des portes flan- 
quées de tours et couronnées de créneaux , comme dans 
les scènes de la Conception et de (a rencontre de Joa- 
chim et d'Anne ; là , une ville entière et complète avec 
ses clochers élancés , ses pigbons aigus et son enceinte 
de murailles et de bastions , comme aux tableaux n.°» 
27 , 33 , de la vie de Marie. Quand noua n^aurons plus 
à Amiens les curieuses fpçades de maisons du xvi.* siè- 
cle, que Tintempérie de Tair et .notre manie de tout 
restaurer et de tout rebâtir rendent, de plus . en plus 
rares, ne serons-nous pas heureux d'en retrouver des 
modèles si jolis et si bien conservés, aux n.®' 5 , 10, 
18, et ailleurs ? Maïs ce n'est qil^aux n.°» 9 , 12, 13 , 
14, 17, 19, 20, 35, 36, M et 43, qu'on nous ou- 
vrira les portçs ,46 ces somptueux QêtefSj pour nous y 
laisser faire le recensement exact de tout le mobilier dont 
se compose le ménage , après toutefois que nous aurons 
admiré, en passant, les charmantes imitations de serru- 
rerie , pentures , verroux , heurtoirs , gracieusement con- 
tournés et s'allongeant sur les panneaux, comme de fle« 
xibles rameaux de lierre ou de délicats ceps de vigne.. 
Voyons tour à tour, le lit : 

Lict d'honneur plein de toute joye, 
Beau lict encourtiné de soye 



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— 44^ — 



LicI souilenu en une couche 
Ouvrée de menuiserie ^ 
D'images et de marquetlerie 

La chaire oa faldiitoîrc : 

14 Chaire cm l'ouvrier pour bonne entente 

^ ^ Tailla mainte tabJe d'atlente, 

Feulilages» agnelles, frizures 
Et aullres plaîsanles figures. 

La table ; 

Table tous les Jours hieti frottée, 
Table sur deui Iréteaui portée, 
Table d'une nappe parée, 
Pour boire et manger préparée. 

La jjcabdle pour s'asseoir à table : 

^ ^ " Jaune comme Tor et «nie , 

• • ' Très ciere, luysante et brunie. 

Le ricbe dressoir à mettre la valâ^elle i 

DresBouer de cyprès odorant 
En lu salle bien apparent 



Soutenu de piUiers tournez 
' De feuilles et fleurs bien aomei. 

Et dans la chambre à coucher, te miroir et le coffre; 

Miroir de verre bien bruny, 
D'une riche chaise gamy* 



CoflVe où sont mis les parementf» 
Les atours el les vêtements (!}♦ 



(1) Les Bksonsi recueil de p<té«ies du mv,* siècle et du iri-*, Paris. 
tS09. 



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— 443 — 

Epfin » ce Me serait pas trc^ dire qu^il y a là , rien 
que dans cette sculpture décorativei das scènes histori- 
ques , tout uu traité d'architecture civile du xvi.* siècle^ 
taat un livre sur la vie intime de nos ayeux. Le sculp- 
teur de notre Age emploiera utilement le temps du trayail 
s'il vient rétudier^ et le peintre n'aura pas moins de 
profit à en £aire un examen sérieux « que le simple 
amateur ne goûtera de plaisir à Tadmirer. 



Nous avons fini. Peut-être nous siérait-il maintenant 
d'expliquer à quelques uns de nos lecteurs pourquoi nous 
avons étendu jusqu'à ce point notre matière , et à quel- 
ques autres pourquoi nous ne l'avons pas traitée plus 
complètement* 

Nous dirons aux premiers ; Les Stalles d'Amiens sont 
probablement le meuble de ce genre le plus riche « le 
plus soQiptueux, le plus élégant, le plus parfait qu'il y 
ait au monde* Cependant t nous les avons trouvées près* 
que aussi incomprises que magnifiques ^ aussi peu coor 
nu9S 4e fait que célèbres de nom. Appelés , par nos 
fimetions^ même , à y siéger tous les jours « ppuvions- 
nqus< ne pas les méditer sans cesse , et en les méditant 
ne pas. les comprendre, et en, les comprenant ne pus 
vouloir i^edire au loin leur gloire , lorsque d'ailleurs il 
ne fallait qu'un peu d'amour de sa Foi et de sa Pa- 
trie pour être Uessé du laconisme avec lequel en par-^ 
lent tous les auteurs? Nous avions donc à coofur de les 
montrer .comme on ne l'avait pas fait encore ^ de les 
montrer telles qu'elles sont. Une sèche nomencla:ture des 
sujets, dénuée de l'exposé des motifs qui la justifient , 
ne pouvait répondre à ce but, par la même raison 



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— 444 — 

qnVne froide analyse ira peut faire connaître une bril- 
lante épopée. Il faut 9 pour éditer le poème, le tradlàioe 
vers par vers: «f'evt ce que nous avons eèaayé pour 
noe Stalles. -^ Et puis, qu^on nous' reproche, èi Ton 
veut, de ne pas avoir écrit un livre amusani r ce n'é- 
tait pas notre prétention. Les lonj^ueurs èont quelque- 
iem le prenorier mérite d*un travail de cette nature, 
comme les agréments du style et Tintérét, pëlpitant du 
récit font le prix d^autres livres. 

Aux seconds , c'est-à-dire à ceux qui , voulant Hen 
nous tenir compte de n'avoir omis Téxplication motivée 
d'aucun de nos sujets , nous accuseraient de ne Içib avoir 
pas toujours sérieusement approfondis , nous répondrons 
d'abord par l'humble aveu de notre insuffisance sur bien 
des points; mais, nous les prierons aussi d'observer que 
l'étude d'un ihonuroent de cette importance est, en quel- 
que aorte , ^'élude de toute la religion qui Ta inspiré;, 
de tout le siècle qui l'a produit , de toutes les branche» 
des beaux-arts qui y ont concouru , et lUéme , rt Pou 
v>èut un. peu élargir lé cercle^ de toute la pfafkHiopkie 
4é l>art d'une longue période d'années. On u pu , dana 
ic coulis de ce travail-, 'se faire quolqu^idée dés hom- 
hfemes' et iiftportantes questions qui se donnent rendez- 
rôus sur le terraià de l'archéologie. O'est l'interprétation 
'delà BiMê, c*est Tautorité des Légendes, c'est Ticcmo- 
graphie, c'est l'histoire, ce sont les beaux^arts , ce sont 
les idées dominantes des peuples, leurs ikiceurs et leurs 
usages, leurs' tendances; leur vie intime, leur carac'- 
têrc , leurs costumes , c'est l^uraanité , c'est la relîgtoB, 
c'est Dieu ! On a dit que le style est' l'expressioii de 
rhomme, la littérature l'expregsion de ta société; or, 
les monuments constituent une partie importante du style 



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— 446 — 

et dç la littératore des anciens âges , de ces temps où 
l'on bâtissait plus qu^on écrivait , où le peuple lisait 
mieux dans un portail ou sur une boiserie que dans un 
livre. Les monuments sont donc le miroir où nos pères 
ont leur image; c'est donc là, aussi bien que dans les 
monuments écrits , qu'il faut venir les voir , les étu- 
dier, les surprendre encore tout vivants après des siècles 
écoulés. Mais on conçoit qu'un livre ne puisse contenir 
tout cela ; c'est déjà beaucoup si , interprète fidèle d'une 
grande œuvre , il Ta multipliée et comme mise sous les 
yeux des hommes savants et des artistes habiles de toug 
les pays , afin qu'elle serve d'éléments soit à des re- 
cherches plus profondes sur les parties de détails , soit 
à la réalisation d'une vaste et imposante synthèse. — 
Nous avons apporté quelques pierres, d'autres bâtiront 
l'édifice. 




NOTESr 



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•^ 



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m 



NOTE A. 



1. Stalles db Poitubs. — On lit dans Thistoire de Meliin, par 
Sébastien Rouillard : a Jean de Melun , évéque de Poitiers , mort en 
» 1239, inhumé k Tabbaye du Jard, fit faire les stalles de sa ca- 
» thédrale. » Ces stalles qm appartiennent ainsi k la première moitié 
du xm.* siècle sont en bois de chêne ; elles paraissent avoir subi plu- 
sieurs déplacements et se trouver ai^ourd^hui en nombre beaucoup 
moins grand qu'elles n'étaient autrefois. On en compte soixahtb-dix , 
i^pMirante hautes, et trente basses, disposées sur deux rangs, dans 
une seule travée du chœur. Le rang supérieur s'adosse k une arca- 
ture dont le» ogives trilobées reposent sur de triples faisceaux de 
colonnettes ; au-dessus , règne une fHse de larges feuilles enUdilées ; 
une légère vcmssure abrite les sièges. Les miséricordes sont presque 
toutes feuillagées; cependant on y rencontre quelques mascarons à 
longues oreilles. Dans les tympans ou pendentifs, entre les eouibes 
des ogives de Tarcature^ se trouve une série de quarante bas-relieCk 
Un ange tenant une couronne de chaque main y alterne continuelle- 
ment avec un autre si^et. U y a beaucoup d'animaux fantastiques» 
des griifons , des dragons composés de membres appvtenant à des 
êtres dMTérents, des chauvensouris , un chat devant une belette, un 
coq , etc. , etc. Les bas-reUefs les ^us remarquables représentent : 
1.'' Un menuisier assis, traçant à l'aide d'un compas, des fig^ires sur 
une table, ayant près de lui une équerreet un aplomb. S.*> L'orgueil 
précipité d'un dieval fougueux. 3.*> L'avarice enfemuokt de l'or dans 
un coffire. 4.» Une syréne qui se regarde dans un miroir. 5.** Lésa- 



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— 448 — 

gittaire. 6.*> Le phénix. 7.° Un boucher assommant un porc. On croit 
voir la gourmandise dans un petit homme encapuchonné et qui coupe 
un pain qu'il vient de prendre dans un panier encore rempli. Peut- 
être anciennement, les stalles de Poitiers offiraient-elles une série com- 
plète de vices et de vertus, des signes du zodiaque, des travaux des 
mois. Toute cette boiserie a été affreusement badigeonnée, en jaune 
clair pour les parties lisses, en vert bronze pour les sculptures. C'est 
M. Lassus qui a pour ainsi dire découvert ces stalles si intéressantes , 
sous répaisse .couleur qui les empâte et les dérobe en quelque sorte 
à la vue. (Note communiquée par M. Ferdinand de GuiLunira.) M. 
Didron pense que les hauts-dossiers de ces stalles datent seulement du 
xn," siècle. 

2. — Les stalles de saihtb Mab» d'Avcb, achevées en 15A9, 
passent avec raison pour un des plus beaux momanents de oe 
genre. Sur chaque haut-dossier, on voit sculpté en demi -relief une 
figure de l'ancien ou du nouveau Testament, &e quelque saint, ou 
de quelque personnage allégorique de la rrïigion. Chacune déciles est 
posée sur un cul-de-lampe décoré de petits bas-reMii ou d'arabesques 
du plus Joli travail : les deux premiers k gauche , en entrant , sont 
surtout remarquables ptx la légèreté, le goét el la finesse des dé- 
tails. Les haut»-dos6iers sont séparés les uns des autres par des pi- 
lastres chargés de petites figijves placées dans des nidies su rm o nlécs 
de campanilles et d'astres omenirats, tous d'un fini préden. Le pu- 
pitre placé an milieu du choew est du mêaie temps que les stalles , 
mais il a éprouvé quelques dégradations. (Yoyei Notice hist. et des- 
crip. de S.*« Marie d'Auch , par P. Sentetz , 4.« édiU 1835. ) 

3. — Les boisbribs du choBur de Notre-Dame de RéoBi, exé- 
cutées à la fin du xv.« siècle et au oommeneemeat da xn.*, sMt 
très-4>emarquable6* Qu'ion se représente une ralte noa interromine ée 
dais sculptés avec toute la profusion ordbum au ivi/ nèdey emés 
de festons découpés avec tant de finesse, qu'ilt seid)lent une légère 
fuiriande dé feuillage. Tous eei dais sont reliés aux staUes par un 
iMomeau également sculpté, ren^ d'arcades sinalées» d'ogivei^, d'iits 
trilobés, de qiia«re*ftniiUes. De chaque «elUé Aes stalles, ^'élèvent en 
gerbe des eolomettes ^, partant d'une base^ commune, vont se 



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-^ 449 -. 

Téiinlir hu T)etit tore do dAme supélletff. Ces ' (orès aboutissent eut- 
mêmes k une clef de voûte dont rélé|;ance est tout -à - fait en tîafr- 
nionie avec fensemble de ce petit chef-d'œuvre. Le trône épiscopal 
qui se trouve à Tune des extrémités du côté du sanctuaire, est plus 
remarquable encore : la stalle proprement dite est formée de' trois 
panneaux, dont les deux latéraux sont découpés à jour; le ddme 

supérieur a de curieux un magnifique pendentif; il s'élève ensuite 
en forme de pyramide flanquée à chaque angle de quatre clochetons 
toujours sculptés avec la même élégance et la même variété. Bachelier 

exécuta ou dirigea une partie de ces travaux. (Consultez ta notice de 
M. rabbé Magne sur la cathéd. de Rodez. ) 

4. — Toute la Boisbrie du chœur de St. -Bertrand de CoMMiNGkg 
est en chêne, d'une grande richesse et d'un beau travail. Lès figures 
de la Vierge , des grands et des petits prophètes , des apôtres, des' doc- 
teurs et de plusieurs saints, des vertus théologales et cardinales, des 
sybilles, décorent les hauts -dossiers* Les accoudoirs sont historiés de 
scènes du même genre que celles des accoudoirs d^ Amiens. Nous y 
trouvons, entr'autres, la correction, d'un élève par son mattre^ qui 
rappelle le pédagogue normand dont nous avons parlé page 3S9. Lés 
deux sièges de l'évêque sont d'une ravissante élégance. Ce beau mo- 
nument dû aux libéralités de l'^vêquç Jean de Mauléon, en 1535, 
est tout entier de la Renaissance , et sous ce rapport, comme sur bien 
d'autres, de beaucoup inférieur à celui du chœur d'Amiens. 

5, — Les stalles de NotretDame de Brou méritent aussi une at- 
tention particulière f quoique moins célèbres que ^ tombeaux. Elles 
sont à hauts-dossiers , comme les nûtrei; , mais d'nn style qui . n'est 
plus gothique. Enrichies d'une foule prodigieuse de statues, et cou- 
vertes d'ornements aussi remarquables par la beauté de l'exécution que 
par les symboles qu'elles expriment , elles doivent êtres mises au rang 
de nos boiseries les plus vantées. 

tt. — La réputation d;^ la clôture extérieure du chœur d'Aïav et de 
son Jubé est justement méritée. L'intérieur du chœur n'est pas pioins 
remarquable par ses boiseries , ses nombreux faisceaux de colonnettes 
soutenant des milliers de clochetons vrillés à jour, découpés aussi 

2«. 



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— 4S0 - 

Gneioeiit 0^ fjussi art^lemeal que les vMilles dentelles de Flandre, 
atwés de nichet renfèrmaot «ne multitude d*au^ à la figure riante» 
À la bouche entr*ouTerte« aui fonnet élég»ntes et uol^es.. L'enceinte 
qui ^ continue ^ans le .pourtour du sanctuaire e«t d^rée, k V'm- 
férieur, cgn^ne celle dn chœur, de magnifiques statues qui trônent 
aussi sous des dais enrichis de clochetons aériens. Les douze ap(^tres 
7 récitent chacun un verset du Credo , comme au tombeau de Ferry 
.de Beauvoir dans notre cathédrale. 

7^ T-. A la Gbaisi-Dibu, le chœur qui a cepit pieds de longueur a 
ses deux c^tés bordés de ciht cdiquaktb-six stallbs admirablement 
sculptées , mais non pas cependant avec au^nt de goût çt de jiche^ 
que celles de la cathédrale d'Amiens, comme le disent les. Voyages 
pittores^^aes et romantiques. (Auvergne, t. Y. p. M. ] 

8. — Les stalles qui garnissent le chœur de Pom-ieiiT attirent aussi 
l'admiration. H serait bien difficile de donner une idée complète de 
l'ensemble de cet ouvrage. Nous dirons bien qu'il est composé' <ie 
chaque cété d'un double rang de fauteuils cellulaires surmontés d'un 
magnifique dossier que termine une corniche; mab le travail de ces 
stalles est immense, et devant de telles œuvres, le génie moderne 
doit être frappé de sa stérilité et de son impuissance. Ici, ce sont 
des vases de fleurs en relief et presque détachés de la boiserie, des 
guiriandes de lierre et de chêne. A cété, tes scèn^ les plus variées 
de la nature se trouvent réunies; un papillon semble agiter ses atles 
sur le sein des rosÎBS, un insecte en respire lés parfums; plus loin, 
suspendu aux brahchages légers un séttient guette là prcftéaflée que 
ta brise lu! enverra; un cep de Vigne dans lequel tarllste a su re- 
produire jusqu'au velouté des feuilles semblé vouloir s'élever en vo- 
lute jusqu'il la vbûte; des anges sotltiehnent pèrr ' le iMdA de leurs 
elles de petits âémes atnês de ^Mtiges d'une d^iésftesse exquise; 
enfin, que drronsHfioust la Vue Aec^ merveîlTeflé Tait naître uA sen- 
timent pénible : pourquoi nt se trouvent-elles pdlift au milieu d'une 
ville opulente et amie àH aits? (Voir l'histoire dé f ancienne aM^ye 
de Pontigny, par IfT. Henry.) 

9. — Les trente-sept siailes de la cathédrale de SAiirr-GLÀVi» , dues 
au ciseau de Jean de Vitry, sont un des plus beaux morceaux de la 



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- 461 — 

sculpture du moyen-âge. Les sujets qu*oii y voit appartiennent à des 
événements historiqqes ou à la fantaisie. Sur les panneaux inférieurs 
qui servent de parois à rentrée des stalles, on voit SL-Martin k 
cheval partageant son manteau, jles , religieux reçus à la porte d'un 
n^ouastèrç, plii^si^rs siijets qui semblent rappeler une légende re- 
l^Uyfi à Tabbaye de Saint-Claude. En accompagnement d*un panneau 
oà est sculpté le €hrist étendu mori sur les genoux de la Vierge, 
on voit J^ deux statues en pied de TEg^ise et de la Synagogue. |^ 
at^lti^ ^gpres représentent les prophètes» les apôtres, les évangélistes^ 
lef( martif», les, confesseurs, les vierges. Les accoudoirs «t les misé- 
|^r<|l)^ soiit sculpt^ dç difiCêrents sHiets fiintastiques ou de pure or- 
Q^e9tationf dragons, sirènes» chiens, ours, chauve-çouris, monstres 
^ toutes «spèoes, personnes capriciaix dans des postures bizarres, 
obscènes ou grossières. (Gomm. de M« Comoy architecte, au GQm. 
dea Afrts et Mon* • Bull* %* voK n.** 9. p. 685, } 

10. -* L'an€iem^e o(4)égia|e de Cni^imuvi (Seine^t-Mame) possède 
tmo^ m .cfiHMJAvn-QufTM stalles , sculptées en partie par Famjs^ 
de Paiis, qui vivait. ea US9. Les Bûséricordes des sièges sont or- 
«6f8, cfwmÀ celles Als salles ^ J]Lo«eB,^de sij^ets analogues à ceux 
^l«e piiései^n^ k AmieQ# fes aiopoi^lo^ Ofi y vqit te truie qui file« 
-^ un «hnpwm tul m l»ueUf m epitiK» — Uoi^ têtes de fou dans 
wi beiim^,. Tt* me fiolie avec, «e* ir^o^, — des centaures^ -^ up 
«egittaîiRe» ete», eto. l4» pepdeittilj» offirent des omeynenlç.en feoU- 
li«e» «'un transit «lAn&nimeBl dé^cat. M. T^andîer, de la Sociél^ft 
ém Antifpiaiioi de fïraiMe, a piia .ces jcu^^urea du xvi.« siècle pour 
«Mf cMVKi 4lu Im^ de S. BeriMMral. < NoOc. sur la collég, de CJham- 
IMiaw, par Ht B, TailUMier. H^ #!« 8^ des AnA. 4e Fiance* 
fMiWlIe «érie, |wn. I; p« ^t,} 

11, -^ Le chour di| rmcienie eeHégiale de St^-Aiutoi^ w Sàinv ert 
aussi garni de stdles et de boiseries historiées, riches d'arnoof^eft^ 
Uen , cyMeiMes pv le choix des si^ets, G*est un ts^vail dont Texé- 
çqlPMi neat remcunl^r au xv/ iviècle. i;hi9toiire et le caprice^ If légende 
tt. la, kMi^i o^mm 9fmr le plupart des stalles de oetl/e époque» 
mA k^a^ des «oéaiMif W piKlfMvU^n à jiaii près égale. 

29.* 



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— 452 — 

tS. ~ Les stalles d*0itBAi8 (Marne) au nombre de quarante-sîx , sont 
disposées sur deux rangs de chaque côté du ctîœur; elles sont en 
bois , sculptées de sujets et de personnages empruntés h Thistoire re- 
ligieuse ou a la fantaisie. La pose et la physionomie des personnages 
sont pleines de naturel. Les sculptures des panneaux représentent les 
personnages en pied; celles des miséricordes où patiences n^olfrent 
en général les individus que Jusqu'à la ceinture. Chaque' cloison de 
stalle offire en profil une colonnette dont le fût est otné de feuilles 
imbriquées et de la Ibase de laquelle àë détache une espèce de per- 
sonnage à tête humaine. Ces têtes, variées dans leur type, sont chauves 
ou garnies de cheveux, riues ou couvertes en partie d*un voile ou 
capuchon. Les figures sont calmes et . méditatives , ou grimaçantes 6t 
montrant les dents. Quelques-unes sont bouffies, et d'autres onvrei^t 
la bouche comme pour chanter. L'uhe d'elles représente une tête de 
mort. Parmi les sujets sculptés sur les stalles, on reconnaît l'arbre 
de la généalogie du Christ qui prend racine dahs le eorfis • de Jessé , 
père de David. S. Pierre tient une clef et «n llVrc; S. Paal est 
armé du glaive. Vn moine k tête de singe se regarde dans un mi- 
roir où le sculpteur a reproduit la figure en reflet H en feKeL Un 
personnage, coiffé d'un chapeafn k bords relevés ,- tieni tme équerre 
et un compas: c'est un architecte probablemetit. Vtk iHéWidu, dont 
la tété est recourerte d'un capuclk>tt fr oreilles èe cochon-, regarde avce 
complaisance un gigot de mouton qii'il tient dés' deux mailii. Les 
stalles des deux rangées supérieures avaient auiretbis des dossiefs 
élevés sur pluâeufs desquels se trouvMeht let^ armes du cardinal ût 
Vendôme. Ces dossiers ont été iîétruittf ainâl qu'un jubé en biii 
qui se trouvait k l'entrée du elHBur. Les boiseries d'Orbais datent de 
1590, alors que le cardinal de Vendôme en était abbé. ( Gommunio. 
de M. le comte de Mellet, au comité historiq. des Arts et Ifo- 
numents. ) 

13. — Les stalles de l'ancien prieuré de Soiawii remontent au 
milieu du xvi." siècle (1553). Elles sont d'une forme très -élégante, 
disposées sur deux rangs au nombre dé vhigtrqnàtre de èbaipÉe côté, 
et offrant chacune, sur le dossier, une tête en bas-f«lief très^^llant 



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— 463 — 

avec un nom au-dessous. Du côté droit, au premier rang, on Toit 
la suite descendante des ancêtres de J.-G. David, Nathan, Matha- 
tha, Menna, 9Ieka, Heliachim, Jona, Joieph, Juda , Shnéan- 
Joa$» Amasia^Lévi, Osiai-Mathat ,* au second rang, la série des 
rois de Juda,d*après les Paralipomènes : Sahnwn, Moboam, Ahia, 
Aia, Joêaphat, Jura, Oehoiia$» Athalia, Les noms de Jfma et 
Juda ne répondent pas à des bustes , et sont seulement écrits sur 
de petits e«rtoucfaes. La plupart de ces personnages tiennent le sceptre; 
Ochosias et Athalia ont de plus la couronne. Les autres portent une 
chaîne au cou, un bonnet de fleurons descendant sur les 'oreilles, 
des cols brodés et rabattus et des pourpoints ornés de crevés; c'est 
le costume du milieu du xri.* siècle. Du cété gauche du choeur, 
on trouve une suite semblable de bustes représentant la généalogie des- 
cendante de J.-C. depuis Abiud Jusqu'à Mathan aïeul [de S. Joseph, 
et de Mathan en revenant Jusqu'à Zorobabel ; voici les noms au pre- 
mier rang: Mathat, Levi, MeUM , Janne, Joseph, Mathatie, 
Afnot, Naum» Heili, Maath, Semèï, Joseph, Juda, Johanna, 
lUsa, Zorohabêl. Au deuxième rang: Abiud, Eliaehim, Axw, 
Sadoc, Aehim» Eliud, EUaxar , Maiam. Un grand nombre de 
'ces personnages ont, comme ceux du c^té droit du chœur, le pour- 
point tailladé et la chaîne au cou; plusieurs portent la barbe longue, 
des cheveux bouclés et même des manchettes. Semél a seul une espèce 
dlMfféole autour de la tête; Zorobabel porte un sceptre orné d'une 
couronne de tours et de créneaux qui rappelle la reconstraction du 
temple après la captivité* Dans toutes ces stalles qui sont d'une con- 
servation parCûte , le dessous des sièges est encore orné de jolis bas- 
reliefs ou l'on voit des têtes d'anges^ d'hommes et d'animaux, et la 
mort montrant du doigt un livre ouvert. (Extr. d'une intéressante . 
notice sur les Monwmsnts de Solesme, par M. Alton, insérée da|fi 
le t. II des Mém. de la Soc. des Antiq. de France^ nouv. série. ) 
14. — A Baybux les stalles, au nombre de cent dbvx, ont été 
sculptées en 1588 et 1589 , par Jacques Lefèvre de Caen. Elles ne sont 
plus gothiques ni historiées de sculptures à personnages. Les hauts- 
dossiers, dais et pendentifs conservés do l'ancien style tempèrent 



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Béfnnoinft U Droideur du travail et donneiit à Tenfiemble un ca- 
ractère imposant 

i$. — N.-D. de Roran a' oonsenré ses «uATM-TaroT-apL ttAUsa» 
■Kuna las hauta-dossien et les dais ^ ont totalement disparu , et le» 
«eeeudoifs au crocbes qui ont subi de graves ■lutîlationB. Les mi* 
•ériBOfdes des siégea parrailament intacte», mais empotées de Migeon, 
•ont historiées de sujets analogue» à ceux des aoooudoisB d*AniieDs* 
On y voit des Musiciens , des caideufs^ des épinceun ai des ton- 
deurs de drap», des cordonniers, des fabricants et des marcband» 
de galocbes eu patins à bauts talons de bois, un b^ibier, des chi- 
rurgiens, des maîtres d'école^; comme à Amiens, les sculpteurs ne 
sont pas oubliés: il y en a un qui façonne une stalle, un autre ci- 
sèle «ne porte gotbique, un troisième ébaucbe une atatue» Viennent 
eneuile un maçMi, un aanœuwef un ftMrgecan, des émouleun, un 
diarpentier et un fondeur de bois, un berger, un peceber» une 
Jeune poissonniève, une marchande de charbon, une meissonneuSfr, 
des ve»dangenii, une aage-femme, des servantes occupées de leur» 
humbles travaux, une Jeune fille dievancbant un vieillard qu'elle mène 
par la bride, des hommes buvant et mangeant, d*autoe» comptant de 
Targent, d'autres domptant des animaux; Samson y terrasM» le lion, 
il enlève les portes de Gaaa, il dort sur les genoux da Halila; le» 
envoyé» de la terre promise s'y montrent chargés de ta grappe de 
raisbi; les figures groteaques, fions à faoe hiunaine, harpie», mél»- 
sines, abondent. 

Bien qne mutilés, les accoudoirs peuteUt encore être reconnu». (M. 
M, Langlois n'en a rien dit dans son curieux épusenie de» SèaUm 
de Roum. ) Ndus y avons parfaitement distingué six personnages K- 
sanA, bttit tenant un lambel, quatre présentant un Uvre, un don- 
nant la paix il baiser, quatre, parmi lesquels trois femmes, récitant 
le chapelet « un marchand de gâteaux, un pileur, une marchande de 
fruits, un buveur, deux hommes portant la besace, un porte ->écu, 
un musicien organiste, un écrivain, un homme tenant un petit oi- 
seau, un autre aiwe un panier, un autre caiesfliiit un obienr ete», 
etc. • 



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- 466- 

Tovl ee bom el imé teopM i t Imvail a été eiéeuié cnAra les nnnéest 
Uvr el 1419 , 8dii0 U 4iwitioa 4e FbUlita Vian 4« Rmw^,, pnffi- 
eipal ,QMie|ireieiir. Cil tiaMe kueMer fit le p\m ^^M dessin^ 4fla 
fllalles anx^ieUn it.tnmiUai iuirwém» tmml V^mnd 4'9Mm» I^'cBH^rra 
de la (pilaire avGlûéfiîscopale M, «onfiée k. tA^mf^^Aittm V^^on â( 
venir de la yiUe d*Auxerre. PhilipfMt YiailJrecflKait 5r* IQtf p«r Johk, 
^ Apn vulet 2.* 0^* l^ aiUre^ liiiçhiers, parmi, l«sMmfil& se trouvaient 
de* flamands, avaiei^t /depuis V 0.*^ par Jour J.u;mu'à 5^.^ iie^ fculp;; 
lew» étaient jrétnbné^ ^ tant la pièce. Une statuettes tçur étai^ payé^ 
df3 2Q à ^»v un . (fomule de brandies ^amjjes d*épia. en (ac^jq 4c 
f^Ues 4le cbOJtut ou de, cbardqns ,35*. 

„lAi to ntweHibrei iM& » le .chapitM trouvant Que le iravail apwiVl 
lenlamfot pnft.le paili d^eatvoyeE, en Flandr» et awtces }kn%, pomr 
DKWlteB 4ea «HViiers, le huokiev Guillaume Bassa^.JNons, avons e^lé, 
page tti, lee teili d« oamptet de la lM«Mpie q» pientif^iiMcetinr 



Pendant que la ptate-forme des stalles était i^ise m plaça , ici lundi # 
lUWil ii6i7, des niesseï Cuureoit cél^wées au mattr^iutel ^ dana les 
«diapellefi du fit.-Stprit et des Innoçepls. La dépense des cihi^irea du 
etour monta à 6961.> iâ? 5'; celle de la chaire archiépis^pale à 
718» 6^ 10^, toUl: 76Ï3' 1^' 3% 

Veôr 2âi Stalles d« la mtMfraiê d$. R^um i^ M*. Il* Mpg^, 
el finléresttnl AppêliMUce qu'y a joint M. A*. HeviUe, 1 ifol» in* 
8*^ av»e 13 pi* Boue» isaa. 

16. — H. de U Siootfère a domé dans te ButteHn» p«Ulé ptt 
M. de Canmont (tomv K p. 8M) me Botioe sur les> Stalles de i*é- 
gKse de MoaTÂÉN (Manclie). Ce» staUes somI smtoul remarquables par- 
les Molplures des seHetteB. On y a représenté cinq mi six musiciens 
beirimes oir anges, buit ou dix monstres de formes aussi- bizairea f«e 
vafiéM, ptasieurs potte-écussons, un fou, un moine lisant,. des eoi^ 
donniers, deux télés dans un bonnet; un individ«y cbeveua. rasés et 
oeHés sur les Jones, s*y montre assis sur le doa d*iin aniiMil mtm»' 
trueux, le visage tourné vers la queue de sa movtme el 'tenasit sur 
réiMWle un sac eami. Be sa langue démesmiémentl^giie «t retour- 



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— 466 — 

bée, le monitre , k' grosse tête horriMemeiit Imdue, lèdie le deueus 
d%n méoBn & Vent:' Ne seraitHje pas le diiMe emportant le meunier 
folearT -^ Le 'travail ie ees stalles est en général fort délleat; il y 
a de la nalreté , der la Btoesse même, dam les figmces et les atti- 
tudes' de queKtues'^nis des personnages. Elles paraia0tnt dater de la 
métne époque que 'telles de Kouen. 

If. — La belle ^lise de ST.-MAanH-Air-Bon (Oise) possède aossî 
<les stalles d'tdu grand prix. Les hauts-dossiers et les dais nous pa- 
raissent d'un style plus sévère, mm aussi plus lourd, que tes parties 
analogues des stalles d* Amiens. Aux sièges, les atcoudoirs et les nA- 
séricordes sont ornées de figures singulières, historiques, morales, 
grotesques. Nous regrettons bien que le B^leHn du GoMiité historique 
des «rtff monuments n'ait pas publié TexpHcatioii de tous ceê eurieux 
si^ets, qu'il annonce avoir reçue de M. Vàbbé Bamud, de Beau- 
vtts. Quelques beaux détails des stdies de St-MirtinHiurBois ont 
été soigneusement édités dans les Voyages pittoresque* et romanti-' 
iWÊS. (Picardie , 9y Kvr.) 

18. — 'PicovKNT (Somme) avait autrefoto des stalles intéressantes , 
i en Juger du moins par les deux qui ont été conservées presqu*in- 
tactes dans le chœur. Les débris des autres se retrouvent en assez 
grand nombre parmi les mauvais nouveaux bancs de la nef quils ont 
servi à rapiécer. Nous y avons remarqué im ange ayant un livre sur 
ses genoux, un style et un écritoire en main; une t^ barbue* 
chauve et voilée; une autre portant un voUe et une calotte^ une 
troisième coiffée d*une eaiipeîta nouée sous le uenton , les cheveux 
bouclés à. la nuque; une lace de fEonme portant un voile qui enr&r 
loppe aussi le cou; une autre tête avec des cornes tournant autour 
des oreilles, et plusieurs autres encore de forme bizarre, ainsi que des 
eboux et des feuilles grasses enroulées. Ces morceaux de sculptures 
taillés avec soin et succès peuvent bien être du ti[/ siècle. IiMMile 
de dire que la perte de ces stalles remonte k une époque d^à an- 
cienae,.:et.que le curé et la fabrique actuels sont conplètement étran- 
gers À cette (Sttvre de destruction. 

49. — Bien que l'espace d'mie note ne nous permette pas de dé- 



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— 4Ô7 — 

cerner des mentions honorables k toutes les stalles de France qui en 
méritent, nous ne devons pas cependant finir sans nommer celles àé 
RvB, chef-lieu de canton de notre département. Leur style et leur 
époque sont de la Renaissance. On y voit entr*autres sujets sérieux , 
Adam et Eve au pied de Tarbre, Moïse et Àaron eh costume et 
avec les attributs du Légistateur et du Pontife , et , ce qui est inté- 
ressant à un aùiré point de Vue, un entailleur k Fœuvre auprès duquel 
est sculpté le nom de jKùàM, si commun en Picardie, et qui était 
sans doute celui de l'ouvrier. Enfin un fantâme à deux faces tenant 
d'une main sa marotte, et de Tautre un objet que nous ne pouvons 
pas bien distinguer sur lé dessin. De grosses têtes ornées diverse- 
ment, des oiseaux, des dauphins et autres animaux forment avec des 
guirlandes de feuilles et de fleurs , le motif de romementation des 
différentes parties des sièges. 

iO. ~ H. Didron, secrétaire du Comité historique des arts et mo- 
numents, publie dans le feuilleton du Journal rUmv^Es, une série 
de LBTTRBS suB l'Allbmagne parmi lesquelles celle qui décrit les stalles 
de la cathédrale d'UuM est trop intéressante et va trop bien à notre 
sujet pour que nous ne lui demandions pas la permission de la ré- 
sumer en peu de mots. 

La cathédrale d'Uui en Allemagne est célèbre par ses quatrb - 
VINGT -Dou](B STALLES cu bois dc cbéne, d'une chaude couleur, et sculp- 
tées coinme l'antiquité n'aurait certainement pas fait mieux, si elle 
avait fait aussi bien. La pensée qui a présidé au choix et à la dis- 
position des si^ets n'est pas moins remarquable que la manière dont 
ils sont traités. Le sculpteur a convoqué , pour la gloire de J.-G. et 
de l'Evangile, une assemblée vraiment œcuménique, l'antiquité et les 
temps modernes, le paganisme, le judaïsme et le christianisme. Gomme 
par une échelle qui conduit de l'erreur à la vérité, on monte des 
payens aux juifs et de ceux-ci aux . chrétiens. D'un c^^té sont les hom- 
mes, philosophes, patriarches et prophètc|. De l'autre, les femmes, 
sybilles , femmes de l'ancienne loi , saintes de la nouvelle. Chaque in- 
dividu est désigné par un emblème, une inscription, ou la sentence 
qu'il récite sur un lambel. Du côté des hommes, on voit sept phl- 



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— 4Ô8 — 
losophes de grandeur naturelle et s'élançant k mi-corps des |>arois 
qui flanquent les escaliers d*où l'on monte k la rangée supérieure des 
stalles. Le 1/' pourrait être Socratè, le 2/ est Quintilien » Iç 3.* Se- 
nèque ayec son stylet, le 4/ Ptolémée avec sa sphère, le 5.* Té- 
rence couronné d*olivier, \e^,* Gicéron muni d*un livra ferm^, le 
7.* Pythagore qui résume dans une sentence tout le génie moral de 
Tantiquité. An S/ rang, au-dessus des premiers, viennent les patriar- 
ches et les prophètes, ils sont vingt : IsaTe, Ezéchieï, Osée, Amos, 
Jonas, Nahum, Sophonias, Zacharias., Aggée, Samson, David» Jo- 
suéf Malachias, Michée, Abdias, Johel, Tobie, Daniel, Jérémie. 
Au 3/ rang, dans l'amortissement ides ogives en haut des panneaux 
formant les hauts-dossiers , sont les douze ap^^tres, suivis de S. Marc, 
S. Laurent, S. Etienne, S. Damien et S. Georges. A gauche, sept 
sybilles disant chacune leur prophétie, répondent i^uxsept philosophes. 
'Les femmes juives, au nombre de dii-huit, regardent les patriarches 
et les prophètes. Marie sœur de Moïse chante en battant un tam- 
bourin, la belle et triste Sara, femme du Jeune Tobie, tient mo- 
destement sa quenouille, la belle Rulh porte une gerbe de blé 
toute dorée, Abigall tient un pain et un raisin, Thermut, la fille 
de Pharaon, montre avec orgueil la petite corbeille d*osier où elle a 
recueilli Moïse sur les eaux du Nil. La vieille Sara, la femme 
d* Abraham, tient les trois pains qu'elle a fait cuire sous la cendre 
pour les trois hôtes mystérieux d*Abrahaml La reine de Êiaba montré 
le texte des Rois : a Le roi a donné à la reine tout ce qu'elle a 
voulu. » Noémi dit â Ruth : « Tous avez quelqu'un pour consoler 
votre âme. » On dirait volontiers à ta belle Rachel : « Tu décora 
fade et venusto aspectu, » Et & Rebecca, plus belle encore: «Pue^ta 
décora nimis, » Ce sont les sentences de leurs banderolles. Au rang 
supérieur, les saintes font face aux saints, ce sont: Anastasne, Marthe, 
Madeleine, Agnès, Odile, Dorothée, Catherine, Rarbe, Marguerite, 
Ursule , Cécile , Elisabeth de Hongrie, Yalburge. Le sculpteiir, on peut 
le dire, s'est surpassé lui-#éme dans ces statues; les hommes sont 
beaux, mais les femmes sont admirables. Les trois trônes où siègent 
les officiants, travaillés dans le même style, possèdent cinq prophè- 
^tes, Zacharie, Isafe, Daniel, Habacuc, et DaVîd qui les préside, et 



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— 41» -^ 

dent giïAWtfi celle de 8aiDoë et d*BMtf(9e. Ceftt à Mstmit stllky 
êurtoot que fletirft fomementâtion. De berax oepB de tigne^ et éeâ 
tiges de houblon, cette outre tigne du Nord« se narient avcic êm 
héliotropes et des chardons en fieur. tfsns cette tégi^tion hnuriantt 
on voit faiâper des escar^té, eoUirir des oMens, ftondirdei iioast grin-H 
per des écureuils et des singes, percher des- co^'et des hftoui^ 
toler des gritfons et des dragons, planer 4m aigles» .QMil|uek Id^ 
décences et de iMes grossièretés Ibm des grimaces >ou deé inton'* 
Ténances ah ndliétt dt ce monde nMurel ou fhntasiique; c^ort le se* 
ters knpur de cette joHe médaHle. 

Sur le panneau par lecpiel s*on?re à droite la ligne é» bomnes^ 
le sculpteur a donné Son nom ff?eé la dite do oemmenemnent dé 
ce béail trtfrall : GneiGins Sukmn, 1469, ^MpU hoo oinué A gauche 
Mit lé panneau qui ferme la ligne des femmes, il a écrit: laos» 
Sratt», tvri, comptsvir Jboc «pw* 



NOTE B. ( PAGES 128 ET 131. ) 



Nous croyons que nos lecteurs seront bien aise de trouver ici quel- 
ques détails assez curieux sur une at&dre qui tient à Thistoire des 
évéques et di^ chapitre d'Amiens , et n*est pas non plus étrangère k 

ceUe de nos stalles. 

ti 
Comme nous Tavons dit, les évéques, lorsqu'ils n'officiaient pas 

pontificalement, avaient leur séance au chœur de l'église cathédrale 

dans la troisième chaire du côté de l'Évangile. Ils portaient alors, 

ayeç la permission du chapitre, l'habit canonial ; en hiver, la chape 

et le chaperon; en été, le surplis et l'aumusse grise de Calabre, 

fourrée d'hermine. Une délibération capitulaire du 14 août 1415 est 

ainsi conçue: In prœsmti capitula, Domini c&ncluserunt sibi bê- 

neplacere quod Dominus Episeopus in Êcclesiâ Ambianensi aï- 

mutiam déférât grUfeam absque emolmnento vel lucro ob hoc re- 

portando. Par acte du 10 mai 1437, /ean Avantage fait représenter 



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— 460 — 

qiTil fiouMteiait porier Yaumuise grise, à quoi le chapitre consent 
•Ott Tait également que ie 13 nai.1467, Tévéque Ferry de Beauvoir 
M demander au chapitre : quod ipse r^vêrendus Pater amodo pos- 
ait et valeat déferre -in eceleM Âmbianensi almucium griseum uti 
im.praéêtesêOKee detulenmit, A 8on avènement au siège épiscopal 
d* Amiens, M. Le^vre de Gaumartin refusa de se conformer À cet 
éUà de ^hoaes ; non-seulement il se crut le droit de paraître au chœur 
en habit d*é¥éque , mais il trouva que ta chaire qu'il occupait n*était 
pas assec richement décorée paç, le simple tapis placé en avant sur 
Tappui des stalles-hasses , et par les carreaux du prie-Dieu, quoique les 
trénct épisco|iattx de plusieurs églises cathédrales et métropolitaines ne 
fuissent pas autrement ornés. Profitant, en 1641, de la présence à 
Amiens du cardinal Richelieu , et peut-être par le conseil de ce 
poissant ministre , il la jlt parer d'un dais et d'un dossier de drap 
d'or. II ôta aussi l'appui qui séparait la troisième stalle d'avec la 
quatrième , et il mit en place une chaire de menuiserie « d'une 
» symétrie toute différente, dit le mémoire pour le chapitre, de 
» celle des chaires les plus belles qu'il y ait dans le royaume. » Ce 
fut la matière d'un incident au conseil du roi. Le chapitre y présente 
le 17 septembre 1643, une requête « À fin de réintégrande des chaires 
de leur église en l'état qu'elles étaient avant celle qu*y avait fait établir 
M, de Caumartin de son autorité privée et au préjudice de l'instance 
pendante entre les parties. » Déjà, il'aVait Obtenu de l'official métro- 
politain une sentence qui condamnait l'évéque k porter au chœur Tha- 
bit de chanoine. Mais l'arrêt du conseil du roi ne lui ftit pas fa- 
vorable; il est dû 26 janvier 1644 et porte: « Que sans avoir égard 
à la demandé en réintégrande desdits doyen, chanoines et chapitre, 
le throne dudit s', evcsque pour faire l'ofifice, et la chaire dans l'en- 
clos du chœur y demeureront en la manière qu'ils ont été depuis 
deux ans, en laquelle il pourra assister au service divin, toutesfoiset 
quant que bon lui semblera, avec Thabit ordinaire d'evesque , et s'y 
faire conduire par les appariteurs et bedeaux avec leurs masses et ver- 
ges , lesquels y demeureront jusques à ce qu'il sorte , et que les chaires 
basses au-dessous respondantes directement à celles réservées pour lellit 
seigneur evesque seront destinées pour tes aumôniers et domestiques 



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— «4 -- 

lorsqu'il y sera en personne, sans pour ce prétendre autre droit ny 
JuriMictiQn que ce dent il a Joui cydevant dans ledit chœur, » En 
rertu de cet arrêt, M. de Gaumartin demeura paisible possesseur de 
son trône, et continua de porter l'habit 4'éyéque au chtfur» Jusqu'à 
sa mort qui arriva en te52. Mais ausntôt après , la nuit m^me de 
son trépas, le chapitre fit ôter le dais, le 4apis et les autres ac- 
compagnements de k chaire amovible. Cette chaire elle-ia^ntï M e^ 
levée par ses ordres et la stalle nétablie en son premier état , 

^, Faure fut nommé à> l'évéchê d'Amiens l'année suivaB|e, Ce pré- 
lat, ami de la paix, ayant apfmi lés dilBeiiltés élevée&.enlre son |)ré> 
décesseur et lé chapitre , propésa un* accommodement, à ramii^ble;qw 
fht agréé du chapitre et 9igné à PaHi ie 80 mai 1054. E^ voici \m 
principaux articles : . . 

Art. 2. — Il est dèz à présent accordé que si ledit s/ evesqné 

n'a agréable l'ancienne chaire pontificale pratiquée dans l'épaisseur du 
mur de dosture du chœur il en pourra establir uneiportatite et «mo- 
vible après l'office, faite de la même forme, et en tel endroit qn'il lui 
plaira, du mesme ' costé de l'autel... 

Art. 3. — Pour ce qui regarde l'habit avec lequel ledit sieur evesqœ 
entrera au chœur ez jours qu'il n'officie point, c'est-à-dire s'il T ap* 
portera simplement le rochet, camail du bôtmet, ou si prenant l'habit 
canonid il sera tenu y porter le surplis et l'aumuce en esté, et la 
chape et chaperon au boçd^lancen hiver: encore que ledit sieur soit 
très-humblement supplié de considérer )|ue f Aâbit canonial ne déroge 
en rien à la dignité épiscopale de laquelle il retient tonjours la distinc- 
tion et les marques par le camail et la croix , que par cette raison 
nul de Mut. les evesques d'Amiens se^ prif^icesseun , éntirè-lesiqiiels 
neuf ou dix cardinaux, n^a refusé de le porter, et que lédiiTeu' s.' 
de Caumartin qui est le premier qui en a mèù la difficulté; y a 
esté luy même condamné suivant ses offirès (kir sentence dès ôffidUMi 
de Rheuns , qu'on peut dire subsister encore aujourd'hui puisqu'il n'en 
fut Jamais appelant, il est néammoins laissé au' choix et di^dréHon 
dudit sieur evesque d'en user comme il luy plaira, et de le porter 
ou non. ; 



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^ 4« — 

^oas avons donné TarL i à la \m$.c t31. 

' La chaife amovible df M. de CauniiirUii qu'on n' aurai I pu placer 
sorti altérer la ttnÊeîufê êm stalles, ne M donc pas rétablie, Hî 
M, Faur«, ni son successeur M- Feydcau do Brou, ne firent à é* 
stijet de rédaniaiionfi. M. de Sabathier qui devint évoque d'Amiens 
m tTOT, ne, se plaignit pas non iilus ^tendant plus de dou^e ans; 
mais «n fTtt, ce prélat ayanl élé attaqué pat le chapitre an sujel 
de la plat-e que devait occuper un de ses au miniers qui étîiit en 
même temp* cMnoîne , (1) il revendiqua » de son célé^ le droit de 
pfitabtir l'ancienne ctiaire de M. d* Câuiuartin ♦ en même temps qull 
i^nppu^ail de ïanéi du conseil du roi de 16U, pour soutenir la nullité 
de raccord passé entre M. Faur« et le chapitre. Cïn produisit des 
mémoires de part et d* autre ; mais nous ne voyons pas qu1l suit in- 
(csrvenu d'arrêt. U m fut »aus doutfi pas difficile d'amener à iiti dé- 
fiateneut M. de Sabathier, 4|ue Ton compte parmi les plus vertueui 
ponlifes qui aient gouverné régiise d'Anuens* — Aiflourd'hui Tévéque 
d'Amiens occupe, comme il convient, la preoiièce pîêca du cbcBiir* 

M. Dorbis, conservateur des archiva du département et membre de 
la Société des Antiquaire* de Picardie, a droit à nos reraercîments 
pour la ûmui^laisance qu'il a miie à ficiliter nos rechercbcis ï nous som- 
m^ faeiireui de las lui oQtir ici. 



m. 

- it-^nr *^*^TE C- ( PAGE 134. ) 



En donnant plai:e, daos cet ouvrage, h nn dessin que d'bahites ir 
tjdtefi ont exécuté comme projet k consulter dans le cas d'une re- 
ccmatnip^n de la clôture du chœur du côté de la grande nef ^ noua 
f|!O^OD0 utile de résumer en quelques lignes les plans divers qui sont 
iournellcmepl fniâ en avant pour la réalisallon du vceu unanime des 
Itâwinea d^ goéU Le double but auquel tous ces avi& se rapportenl, 

(îj Leipièo» dï««pnMÉ« t^iit«nlttii Awh^ Dép* lUr, du cltip. arifi, l«^ liuM 



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i_ 



Mttil 4o w^DfAwer ta wf o —ew e aolueUe fur un omMie ^ui IM 
en harmonie avec le style général de Tédiâoe, H de 'fiégaiw «M même 
Umi» Tentisée du ehmu de mmène k UiMer Jouir pUw libieroent 
de ta vip d^. içérémopies donlil/est) an» Jonrt de fôU, ta théAtre 

Fenr «bteiiÉr oe véralUt, lee* tlis voudmient ifue, ta maçon- 
Mrte étant «nlevée, «n réfêtit le ^'Mfen des Haltas d'une boiserie 
WÊàptëé dans le même style: Ofa'eltas» en évidant à fwir tons tat 
dèscier» qui sont en retour â^éqlierre dr «e o^, de aarte que la i«e 
pAt j^élrer dans tlntérieur par «es enYCctaws* Qttte esmbinataon, 
IngéHtaBse an premier aspect, a cep^dant centre elta le premier 
4noonfénièiit de suppHmer ta olé t nre du ctiœur sans ta remplacer « 
«ttandn que oe ne serait pins nne«IÔtn^ ^e De refers d*«n m^*- 
Me se présentant «ur ta nef; e^t tam pour une nafeon de pMh- 
vtes, de Mre dent pièces d*ane seirie m plaçant une armoire ' en 
travers, an Ken de r^todt il ne tant par dé ces mesquineHifes dans 
ta' maièon êé Dieu. Ge moyen serait pauvre^, quelque delM ^pfiM 
fit eeMe dooMure. De Mt, le dhoenr n'eiiatendt plus, il «ertit'ite 
'Mtt' eènibttdu' atee ta nef afei miliisu de tacpelle les staHes parattndeNi 
*pta(;éët. Chèst égalMenC nne «rreur de penser qne tas dosstan nta 
èf jetR^'feluÉscJM donner à ta vue nn bien libre accès dans llntéifeinr 
du cbof^.'Hen dossiers seuléteent aenâent Misoemibles ^étre atei 
dé foaséa , .parce qne awr tas quatre qui ^e rangeai sur «istte aurtaee, 
ta^ptemtafe ^^Mrat ^ fomi de ta alalta éèi fMffÊd, M «nllêre- 
nMBt towpert dtt> litYaiL ta ptas.teiqiM en acpiIpÉniey le iluataiAaie ne 
Iwmre nppsfié dans Tangta coritae ta naase dfnn' ^pili^-matlBe de 
ijédiice qui ta aiuiaqne «utièmml ; . tas denx is^nta dossiifni qultifi 
/von^aSl idttsi déeonper ne fMMi«ai(ent .r^trt qna sur «nft^targna^nisa^ 
ittita ooMtiraètves iôtiaonn^ è nanae des omapneni|i qui. tas '«icMtaail. 
JSnin, fis je taouieia. plnoés< «riM tait ^ta Tétaiiralien du |i|«é>dn 
fltaMr a»4l«M«i 4e «M 'de ia nef et 4^ rétafulion ém stiHe^in- 
40wift dn pavé .]d^. otonr, à mm banlenr .d*enitaan dtax nétaes ^t 
datei<sept ptadi ) au d iw w * ta fita .éai fidètas ^aiwa 4mm tai neC. 
4ta «pu réduifaR(4Miit.fee afcMgiinwwl A ypjpwrmr d»idann 



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^ 46/1 — 

attisi disp^ieitses qu'inulUas, percéi^ fie part «l ifanM, éam [^ ûm 
d'uti meubte wrvani de elâUirt!. 

Maîi^ on propose un anlff^ \i\m qm CDrisristf^rait à rnloveir toules tes 
stallPi en retour sur l'entrée . Pï^eptè les deui principules qu^on 
transpurlerail avec leurs pyramifies corilrjî lei« pîUers-mfltlrea, C^ pî- 
ïms en pierre serment, dan^ ce cas, rerélus de boi^rie du filyle et 
du Ion des slaUes. De i-ette nwiniére , le* sié|?cs se trouveraient, Xam 
sans eiteption , hlignàt sur quatre rijngs» «l Von pense que le cbceur 
alDTs se préfienteraît parraîteinenl UMgi et déf^&gé à son entrée. Ce 
n'est pas notre opinion ; ee ne sera celle de personne, quand ou aura 
considéré que ies deuï ligne?» de?» stîilles basses* avancent à droite H 
à gauche, dans le chœur , presque devant les âtaUes-tnaltreâSéi à 
L'alignement deâ janibnge^ laiérauï de la porte, et qu'élevées de plu- 
M&un inètre.s au-dessus de L'aire ^ elLeji ]^ présenteront toujours comme 
un obstâelc à la vue tout aussi réel , quoique moins apparent ^ que 
eeluî qu'on renverserait mi démotissant def» stalles en plus on inoim 
frand nombre. Cette démoLilk>n serait, en loui (:â^, une déplorablÊ 
mutilation du monument, puisqu'elle détruirait en même tempe dea 
morceaux nombreux et importants de sculptuno, <ju'elLc romprait, d'une 
manière plus grave encore qu'on ne l'a d^jà fait, la sutif' du récit 
Sâcré^ qu'elle anéantirait Les premier*^ pages de ce livre qu'on m 
bicntét, nous Fespérons, recommencer h lire et h comprendre. 

Et puis après tout, pourquoi, nous le demandons, les réclamations 
mi fréquentes aujourd'hui contre les enlrées trop étroites dei^ ûhi£Ui« 
et contre les clôtures qui les enceÎRnentî Pour nous» nous le con- 
fessons , r impossibilité où Ton est de découvrir le chœur d'Amiens 
plus qu'il ne L'est , mim réjouit. 11 était Jadis bien plus secret et plus 
mï.^térteux encore : moins pour préserver du froid le clergé qat y 
oOteiait de nuit , qnc pour le conformer à Tesprit de la liturgie ca- 
tholique qui ett de traiter mystérieusement les my itères. C'est pour 
cela, le silence dans lequel on rédie certaiïiea parties de Toîlice, 
le canon , la secrète : c'e^ft pour cela , le voile qu*on tirait autrefois 
sur le sanctuaire et sur I autel après la préface de la messe, et dont 
nom a¥on.s ^^ni^ïre des vestiges dans bien des monuments. A-t-on p- 



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Goosle 



à 



- 465 — 

gné en madère de religion à dépouiller les cérémonies de leur mys- 
térieux et à toot laisser voir? N'est-il pas trai qu'on s*est familiarisé 
et que, peutrétre un peu pour cela, la raison est devenue bardîeet 
téméraire comme le regard? Le prêtre ne peut pas se dérober an^ 
tant que Dieu, il doit se dérober un peu comme lui. Le culte 
qu'il exerce est plus vénéré à mesure qu'il est plus secret. Ce n'est 
pas seulement la pompe, mais aussi le mystère qui inspire le res^ 
pect, la crainte, l'amour, l'adoration, la foi. Le culte extéri^rest 
fait pour parler aux sens et à l'imagination, pour aller au cœur: il 
ne parlait pas moins puissamment et ne touchait pas moins vivement, 
lorsque le fidèle ne s'unissait aux cérémonies et aux chants sacrés qu'à 
travers les voiles 4u sanctuaire et les clôtures du chœur , et que le 
prêtre , après avoir été longtemps absent du nûlieu de ses frères , leur 
apparaissait un jour sortant d'auprès de l'autel comme de la face 
de Dieu, et que, précédé de la foule des lévites, entouré de toute 
la pompe des vétures sacrées et à la lueur de mille torches ardentes. 
Il descendait, les mains chargées de bénédictions, quelquefois de l'hos- 
tie adorable, pour parcourir processionnellement toutes les nefs. Nous 
ne prétendons pas que les raisons, si graves qu'elles soient, qui Jus- 
tifiaient la clôture étroite des diœurs, aient aiijourd'hui la même 
valeur qu'au moy^-4ge; on doit cependant y avoir quelqu'égard 
et les concilier autant que possible, dans les travaux d'église, avec les 
exigences et les habitudes nouvdles. 

C'est sur ce principe et danà cet esprit qu'a été conçu le projet 
que nous mettons en avant, sans lui attribuer, que nous pensions, 
le moindre caractère officiel, sans le croire même à l'abri de la cri- 
tique. Il consiste, premièrement, à conserver au chœur son système 
de clôture naturelle et nécessaire; secondement, à dégager l'entrée 
autant qu'il est possible et convenable de le faire; troisièmement, à 
décorer cette entrée dans un style conforme à celui du monument; 
et enfin , à rendre cette décoration utile aux exercices religieux établis 
désormais et consacrés par l'usage dans notre cathédrale. Sur la planche 
que nous avons sous les yeux et d'après les instructions que le des- 
sinateur a reçues de nous , l'entrée du chœur se trouve élargie de la 

80. 



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— 486 — 
moitié du diAmètre de» é^U piliers ijui la ilanqueni aujourd'hui, cf 
dans laquelle est ancrée la porte de fer. On ne {wurraH donner 
plus de largeur, à moins de rcTenir à Ttdée ineiécutal>Ie de mnliler 
les slalles, Lo siyei de clôture que nous |jropoiîons serait le m^me^ 
pour romementAtlon, que le reste de Tan tique enceinte que nous ad- 
nMODâ et vénérons aux flancs méridional et septentrional du chcear ; 
ou eboisirait heureusemenl , i^our motif d'hîsLoriation ^ le vocable de 
S. Martin et celui de* SS. ULàrtyrs Fus<ien» Viclorio et Gentien, 
ii populaires aulrelbis dans le diocèse, et dont aucun mouumefnlno 
rappelle aujourd'hui la mémoire dans Amiens , pas même à Ifi eiithÉ- 
drale. La manière dont nous entendons ee travail en ferait autre 
ebose encore qu'un simple objet d'ornemenU Kous y avons fait û* 
gurer dm% peiits auteli, et au-dessus des piliers ornés à droite et 
à gauche de la porte, deux petites chaires auiquelles on arriverait par 
des escaliers ménagés entre les retables dei autels et la boiserie. L'u- 
tilité de eu dcuï sortes de meubles sacrés ne peut manquer d'être 
appréciée par ceux qui savent que, durant près de trois mois de 
rannée, le carême, le mois de mai, le chemin de la croii, la cou* 
flmialion et souvent des retraites ont lieu dans la nef; qu'on est 
obligé d'y rouler un énorme au Ici de bois , derrière lequel disparais- 
sent le chœur et ïcs cérémonies capitulaircs; que chaque soir pour le 
salut f le S. Sacrement , qui dans Tiiitérét de Tbonueur qu'on lui doil » 
ne devrait sortir que proce^ionncUeioent du labeniacle , est porté et 
reporté sans autre cortège que celui d'un bédcau muni à peine d'un 
bout de cierge el d'une sonnette; que sur cet autel provisoire i il est 
séparé encore de la niasse recueillie des fidèles par une assemblée 
de gens chez lesquels tes habitudes religieuses sont peu apparentes* 
Ces inconvÉnieuLs disparaîtraient au moyen des chaires et des autels 
que nous proposons* Les premières lerviraicnt aui insImcUons du 
soir quelles qu'elles Tussent. Les seconds, où Ton aurait dit la messe 
le matin et où l'on aurait laissé le S, Sacrement , seraient très com- 
modes pour les soluts qui terminent les réunions paroissiales. Les Û" 
dèles n'étant plus obligés de se rapprocher de la grande chaire pour 
les instructions, se trouveraieut naturellement groupée devant le cbœur 
en une masj^e compacte et homogène. Des barrières inierdî raient le 



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— Mît — 

passage à ccft endroit et le reporteraient im pai filut lies. Les pro- 
meneurs, ou ceux qui ont èesein.de trayerser, ne seraient pas une 
pire conditibn que dans tant 4^autres églises o te pSBsage est oens- 
tamment interdit au parvis du chœur ; ce qui ne paraît que très-eon-» 
venable. Cette disposition convertirait le nôtre en un vrai sanctuaire, 
«t le grand carré central de l'église, en- une enceinte sacrée et re- 
ceuillie. Il y aurait à la fois plus de décence dans la manière de 
traiter le S. Sacrement et plus de commodité pour les fidèles. 

Au point de vue archéologique, ce système est aussi parfaitement 
justifiable. Car, outre qu*il a le mérit/ê de conserver intacte la boi- 
serie du chœur, il s'harmonise on ne peut mieux avec les autres 
parties de la clôture qui font face. aux collatéraux f il rappelle par 
ses deux tribunes, soit notre ancien jid>é, soit les dpubles ambons 
d'autres églises; les autels ne font que prendrjè la place de ceux 
qui existaient en cet endroit même, sous le jubé, dès \à fin du 
XV .• siècle. 

Du reste, la planche que nous offrons, i>our exposer ce plan, 
n'est pas, comme composition, à l'abri de la critique, et de la 
réforme. La grille de fermeture qui y est dessinée n'est pfis d'un 
style convenable. Celle qui existe pourrait bien rester;,. c'est le sen- 
timent de plusieurs hommes de goût; nous nous y rangeons. Les 
rétables dépassent un peu en largeur l'espace qu'il convient de leur 
donner et coupent un des filets cantonnés des. piliers-maHres. On y 
remédierait en taillant en biseau les latéraux de ces, rétables pour les 
faire mourir en rentrant, sur la ligne la plus saillante des filets du 
pilier. Il y a enfin, sans doute, bien d'autres difficultés encore aux- 
quelles il faudrait répondre, ou faire droit. Nous nfs tenons à aucune 
de nos idées. Nous pensons seulement que, tel plan qu'on adopte 
un jour, il conviendra de le baser sur ces deux conditions, essen- 
tielles au succès : FiraB ims clôtu^ , et la FiniB dams lb stylb d« 

CE QUI RESTE DE |.*A!fCnnniB SUR LES NEFS LATERALES. 

Le conseil-général du département qui a manifesté une soQicitudf 
si éclairée pour les monuments, en votant libéralement les fonds néces- 
saires à la réparat|ion de la clôture latérale, se montrera, on doit en avoir là 



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-.1168 — 

confiance, également emprené à concoorir au rétablissement de celte» 
ci; et notre ludMle arcUteete saura 4loiÉier à ces nouveaux travaux 
rheureuse direction ^ a vain aux premien les éloges dont ite sont 
l'objet. 

NOTE D. (page 219. ) 



Le chanoine Adrien de Hénencourt, illustre à la fois par sa 
naissance, par sa vertu, par les dignités éminentes dont il fut re- 
vêtu et par le noble et généreux emploi qu*il fit de son inmiense 
fortune, est à bon droit une des gloires de l'église d'Amiens. Ses 
services, ses bienfaits, ses exemples méritent plus de souvenir que 
ne lui en accorde le clergé aussi bi'en que le peuple. Fils de Jean, 
seigneur de Hénencourt et de Isabeau de Beauvoir, il était neveu, par 
sa mère, de Tévéque Ferry de Beauvoir; nous le voyons prévét du 
chapitre en 1465, grand-vicaire de l'évéque en 1492, doyen du cha- 
pitre en 1495, commissaire du clergé pour la vérification des cou- 
tumes locales en 1507. La célèbre confrérie de Notre-Dame du Puy 
n'avait pas attendu que tant de dignités et de hauts emplois révé- 
lassent son mérite pour ambitionner l'honneur de l'avoir à sa tête. 
Elle le nomma maître de la confrérie en 1492. Il est inscrit en 
cette qualité sur les tables de marbre rétablies depuis quelques années 
à la cathédrale. La devise qu'il choisit alors est un trait du carac- 
tère de sa piété : elle nomme Marie de vraie paix trésorière excét- 
lente. Hais ce qui le caractérise le mieux, c'est assurément son zèle 
pour la gloire de la maison de Dieu. De la Morlière raconte qu't'i /Il 
du bien qwui à totu les saints lieux du monde; de sorte qu'on 
dit communément que les armes de Hénencourt sont depuis Amiens 
Jusqu'en Jérusalem. P^otre ville hii doit en particulier le portaU de 
l'église S. Remy , aii^ourd'hui magasin de roulage ; la foçade de rh6- 
tel-Diea baignée d'un côté par la rivière, la plus grande partie du 
cloître des Cordelière dont on peut encore retrouver quelques traces, 
le portail de l'église paroissiale S. Michel entièrement démolle durant 



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KaréyolaUon, et enfin la belle clôture hbtoriée de la lie et inten^ 
Uon do corps de S. Finnin, au côté méridional du chœur de la 
cathédrale. LUUustre doyen fit construira la première partie de ce 
monument ters 1489 pour servir de sépulture i Tévéque Ferry de 
Beauvoir, et Tautre vers 1527 pour y être inhumé lui-même, ordon- 
nant par son testament à ses exécuteurs v «♦ n'avait fait faire avant 
son trespoM ladite histoire » de la parachever et richement estoffer. 
Mais une œuvre bien précieuse encore et non moins honorable à la 
mémoire de M. de Hénencourt, est le bréviaire de Tan 15S8, édité 
sous ce titre : a Breviarium sub nujori forma ad usum insignis ec- 
» clesie ambianensis, imptessum Parisib ductu anspicioque prsstantis- 
» simi viri D. Adriani de Henencourt , ambianensis decani benemeriti. » 
Ce titre et son illustration supposent que le chanoine fit plus que 
de prêter son nom et sa direction à cet important travail liturgique; 
cette première page est remplie par une gravure représentant la S." 
Vierge sur un trône entre deux lambels ainsi couverts :d Mater Dei, 
mémento mei; sancta dei genitrix , ora pro nostrâ salute. D'un 
côté, le doyen de Henencourt, à genoux, est présenté à la Yierge 
par son patron S. Adrien. Il tient le bréviaire en main et rofDre 
& Marie. Un autre livre s*ouvre sur la table à la draperie de la- 
quelle on a suspendu ses armes avec une banderoUe timbrée de ces 
hémistiches, dont une partie est conservée aussi sur la colonne qui 
soutient sa statue à la clôture du chœur : Toile morcu, nocuit 
differre paratis,. En face de lui, et aussi à genoux. Ferry de Beau- 
voir porte ws armes de la même manière. Sur la table est, avec le 
livre ouvert, une mitre, et la crosse appuyée contre la draperie. Le 
seigneur Adrien, coopérant si efficacement par sa doctrine et par 
sa fortune à Timpression d*un nouveau bréviaire , approchait du terme 
de sa carrière. Son testament du 27 juillet 1527, donnait à Téglise 
et aux pauvres des témoignages nouveaux de son zèle et de sa charité^ 
Nous nous réservons de le publier un Jour et en même temps Tin- 
téressante énumération de tous les legs et fondations qu'il fit en fa- 
veur du chapitre, des couvents, des pauvres et des mattriseï, à la 
charge d*obits et de prières , monuments de sa piété. Les cbapcllea 
de S. Eloi et de S. Domice lui devaient, en particulier, leur ffm-^ 



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— 470 — 

étikm, D mourut le 4 octobre 15M, snlfaDt le compte d'ieiéeatioii 

ée son testament. Le détail det mêies faUe$ eonct/mant tes 

obsèques et funêraiUes suppose qu*on y déploya une grande pompe 
et que les paurres n*y furent pas négligés. On tft entr'autres artidea: 

« Primes t le Jour du trespas dn dit seigneur qui fût le 4.* Jour 
» d'octobre 1530 paie pouf dii messes célébrées en la maison du dit 
» feu 87 ; . . . • • . . . ... XII sols. 

a Item,- le Jour du sertice da dit defltanct an malin onst esta ^Ha- 
» MmcE pour Dieu ei en anmônes è pinsierav poyres indigens, 
» a^ec mil deux cens pains , soixante livres en argent, pour ce icy 
» en mise / . . . . LX litres. 

» Item, aux poTres personnes dn befflroy d'Amyem. dooze pains 
» et en argent . .^ XII sols. 

» Item, aux povres personnes de la coort de H. Téresque d*A- 
» myms Xllaols. 

n Item, le Jour du service dudit delldnct ftirent célébrées dedanr 
» réglise N»-D. Damyens 340 messes, comme appert par le papier 
» signé de céulx qui les ont paiex pour cbnê desquelles ont esta 
» donné iy* montant à LI fiv. 

» Item, le lendemain du service dudit sg.' qui ftet le YIII.* Jour 
» dudit mois d'octobre lequel Jour le cœur dudit feu sg.' fût porté in- 
» humer en la diappelle dn camier à S. Doiis où ftirent célébrées 
» £X bassa messes pour lesquelle sont été paia à iil* pour la 
m messe. IX livres. 

». Item , a le dit Jour baillé aux trois docqueteux de la vffle quy 
» avoient avant la ville par deux fois à la manière acconstumée si- 
» gniffié et dénaneié au poeupte la mort dudit delltoct sg.' doien. 
» de Hénenconrt. XXX sols. 

» Item , à sire Nicole Obry ptre pour avoir administré audit deAmd 
]» le sacrement d'extrême unctkm donné. ...*.. X sols. 

» Item, le XI.* Jour d'octcdire paie à Guill.* Arthus dit Ouillo^ 
» pour le bancqnet par luy fait le Jour du service dudit defltanci 
» sg.' doien et avoir livré la viande de trente six platz cent escus 
» sol. quy val. Ile yiF X* de tout appert par quictance, pour ce^ 
» yci en mise U« VIIJ X'. 



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— 471 — 

9 Item , aux couvenlz des quatres ordres mendiants pour les peines 
» vacations et solicitudes que' les religieux des ditz couventz ont eu 
» et prins à penser et veiller ledit seigneur paravant sa mort dix ou 
» douze Jours jusques au Jour de son trespas , donné à chacun cou^ 
» vent YI livres comme appert par quictance qui font ensem- 
» ble XXIV livres. 

» Item , au liseur des dits frères myneurs pour le sermont quil feit 
» le Jour du service dudit feu seigneur luy a été donné ung philipus 
» d'or de XXVII» V. 

» Item, le 21/ Jour du mois d'octobre à Dufour méchier pour le 
» luminaire du service dudit deOùnct sg/ doYen, tant pour les torses, 
» cierges , bougies et antres parties de son mestier comme appert 
» par quictance XLIII livres. 

» Item, ledit Jour paie à Robert Maillart potier d*estaing pour 
» avoir livré Testaing du bancquet fait au palais le Jour et après 
» le service et entrement du corps LXX sols. 

x> Item, le 22.' Jour dudit mois d'octobre paie à Jehan Gourlet 
» pour les tentures des draps noirs par luy livrez tant pour le coeur 
» de l'église que en la maison dudit feu seigneur doien comme 
o appert par la quictance paie , XIII livres. 

» Item, paie à Jacques Hobe apoticaire pour avoir baillé plusieurs 
» drogues de son mestier pour embasmer le corps dudit feu sg.' et 
y> autres choses par luy livrées, comme appert par ses parties paie 
» come appert par sa quictance IX^ XII* IX'. 

» Item « paie à m." Florent Pletier médecin pour avoir esté pr^ 
» sent à ouvrir et embasmer le corps d'icelluy deffunct bail- 
» lé XXXIII sols. 

» Item, baillé à maistre Nicaise Hurtault cirurgien pour avoir ou- 
n vert et embasmé le corps dudit feu un philipus d'or. XXYII* I"*. 

Et aux autres mises pour le service célébré à NoTon : 

» Item pour iiij''' [80] aulnes de draps gris que ledit légataire 
» universel a fait acheter pour revestir les povres ainsi que aveit 
» acoustumé de faire le dit deffhnct tous les ans pour lequel a été 
n paie pour chacune aulne Y* qui montent les dites iiij*^ aulnes à 
)> la somme de XX livres. 



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— 472 — 

» Item pour les fâchons de robbes qui ont estez bikes pour tes 
» poYres , du dit drap gris... a esté paie au couturier la somme 
i> de LXX sols. 

Son corps (ùt embaumé, et inhumé suivant ses intentions au pied 
du mur de clôture où est sculptée Thistoire de l'inTention du corpt 
de S. Firmin par S. Salve. Sa statue que nous croyons dite d'a- 
près nature repose couchée dans une niche pratiquée dans le sou- 
bassement du monument. Elle fait pendant à celle de Ferrl de Beau- 
voir. Une clause de son testament qui fut exécutée est ainsi conçue: 
« Le lendemain de mon entrement mon cœur sera porté inhumer 
» dans la chappelle du camier de S. Denis dans un petit coffiret de 

» plombe par le maistre du Puis de Tan » A. de Hénencourt 

n*ayant pas d'héritier mAle de son nom ni de ses armes les passa, 
avec ses biens, à la maison de Lameth par Jacqueline sa sœur, mariée 
à un pembre de cette famiHe. 



HOTE E. ( PAGE 336. ) 



L*£gUse d^Amiens eut Toccasion de manifester son attachement à la foi 
catholique lorsque la réforme menaçait d'envahir la France au zti" 
siècle. Nous trouvons aux archive^ départementales la confession suivante 
en date du lundi SS* jour de juin 1$62. Elle nou^ a paru d'un grand 
intérêt: 

pBEMiBRBHBiiT Je c^nfessc ung seul Pieu en trois personnes esgalles et 
cx>nsubstantielles c'est assavoir le père le filz et le sainct esprit lequel 
eterpçl invisible immuable inÇni incompréhensible pouvant toutes choses 
tout parfaict créateur des choses visibles e^ invisibles suivant le contenu 
des simboles des benoistz et sainctz apostres de Nice et de Sainct 
Athanase , et adore la s.*" Trinité de personnes en unité dessence. 

Item Je eonfesse que la personne du filz a prins vraye chair au ventre 
de la benoiste toujiours vierge Marie sans œuvre d'homme mais par 
Voperi^tion du sainc( esprit auquel filz ont este conjointes deux natures. 



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— 473 — 

^eA assavoir divine et humaine en une seule personne laquelld nouff 
a baillé par les haultz mystères de sa passion résurrection et ascension 
tout moyen destre sanctifiez et racheptez de la captivité diabolique et re- 
pntez enflàns adoptifz de notre Dieu que nos avions encouru son indigna- 
tions par la désobéissance de notre premier père et par noz aultres péchez 
et offences desquete nos sommes lavez par son très precieulx sang en re- 
cepvant la foy une et ouvrante par charité et ses sainctzsacrementz lesquelz 
je confesse estre sept en nombre instituez par luy-mesmes receuz et pu- 
bliez par les apostres confirmez par saintz concilies des pères chrestiens 
congregez. 

G*BST AssATom pour le premier le Baptesme par lequel tos hommes 
mesmes les petitz enfans doibvent estre ensepvelitz et incorporez avoeuc 
nostre Rédempteur Jesuchrist et lavez de tous péchez en la grâce dicelluy. 

Lb sbcono la confirmation par laquelle sommes confirmez en la grâce 
de nostre saulveur et es dons du sainct esperit. 

Lb TEotsnsMB pénitence contenant trois partyes c*est assavoir contrition 
des péchez par nous conunis confession sacerdotale et satisfaction la- 
quelle pénitence est au chiestien comme une seconde table pour sortir 
des péchez commis depuis le baptesme receu. 

Lb QvATRiBsiiB est le sacrement dordres par lequel le prebstre deue- 
ment et légitimement ordonné recoipt puissance de consacrer le precieuU 
corps et sang de nre seigneur Jesuchrist soubz espèce de pain et de vin 
et d'absouldre et deslier le pécheur contrict et confes. 

I4A GnfQUiBsiiB la saincte eucharistie instituée par nre rédempteur 
en la mémoire de sa passion et contenant le precieulx corps et sang dicelluy 
soubz lesdictes espèces de pain et vin par la vertu divine par le moien de 
sa saincte paroUe prononcée par le pbre canonicquement promeu en Toffice 
de la messe lequel office est tout bon et sainct. 

Lb Sixibsmb est le sacrement de mariage par lequel Thomme et la 
femme sont ooi^oinctz inséparablement ensemble tant qu'iiz vivent pour 
la procréation de lignée et par remède contre concupiscence charnelle. 

Lb Sbptibsmb et dernier est Teitresme unction par laquelle le Vï9h 
lade recoipt force contre ses ennemys invisibles et spirituelz. 

JUpprouye et advoue les sainctes et canonicques escriptures contenues 



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_ 474 — 

en fivresde Genèse Eiode Levibqoe des Nombres Deuteronome losufr 
des Juges Ruth quatre livres des Roix deux Hyres de Paralipomenon Job 
le psaultier cinq Mvres de Salomoo cest assavoir Proverbes EcclesiasteCan- 
ticques Sapience et EcclesiasUgoe. Les livres des onze petitz prophètes 
Esaye Jeremie Ezechiel Daniel Tbobie Judith Hesther les deux livres 
de Esdras les deux livres de Madiabees. Du nouveau testament les 
quatre livres des Evangilles cest assavoir de sainct Mathieu de sainct Marc 
de satnet Luc et de sainct Ihan ung livre des actes des Apostres , les qua^ 
torze epi^res de sainct Paul deux de sainct Pierre apostre trois de sainct 
Ihan une de sainct Jacques une de sainct Jude ung livre apocalipse les- 
quelz livres ont este receuz par legle chrestienne laquelle seule a pou«< 
voir de les recepvoir et approuver et croy fermement tout ce que lesds 
livres contiennent et tout ce quHl sen poeult tirer par bonne illation ou 
conséquence. 

Ensemble je crois les traditions des apostres illuminez et confirmez p«r 
le sainct esprit et les constitutions de Tegle cathohcque et romaine 
mesmes en tout lusaige fruict et prouffict desd. jsept sacremens ordonnez 
èf saincts concilies lesquelz aucunement ne dérogent ne sont contraires aux 
commandemens de Dieu. 

GoTisEQUEBiMEirr je croy le purgatoire lexeommunication les indulgences 
du sainct ^iège apostolicque la célébration des festes la sepidture prières 
et suffrages pour les mortz linvocation et vénération des sainctz linterces- 
sion et prières que iceulx font pour nous la dedicasse décoration et aome- 
ment des temples usage des ymages cérémonies de Tegle pelerinaige bien 
et deuement faictz et en ordonnance de legle faiot pour le célibat des 
pbtres et en lobservance des vœulx faictz et approuvez par les constitutions 
ecclesiasticques. 

Item j*ay en abomination et detestation tout scisme et séparation de 
ceste egle seulle espouse de Jesuchrist et ay en horreur toutes hérésies pro- 
mettant persister en ceste foy chrestienne estant prest de mectre et ex- 
poser ma vye moiennant layde de Dieu pour lé soustenement dyCelle foy 
en laquelle jespere la vye étemelle par les mérites et grâces de Jesuchrist 
nostre saulveur auquel avoeuc le père et le sainct esperit soit g^re per- 
dorable. 



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— 475 — 

Nous souBsioNBZ doyen chanoines et chapitre de legle nre dame 
Damyens abbe et reiigieui de legle sainct Martin aux Jumeaulx 
fondez en lad, ville chapellains vicaires de lad. egle nre dame Damyens 
avons jure advoue et baille en toute simplicité d*esprit humilité et 
sincérité de cœur la suscripte confession de nre foy laquelle avons 
proteste et protestons garder moiennant la grâce de Dieu de 1» 
benoiste vierge Marie et de tous les sainctz et sainctes de paradis 
toute notre vye et a toijjours et le promettons observer et entretenir 
en la présence de ceste honorable et notable compagnye mesme la 
foire garder et observer par tous nos subjects tant domesticcpies que 
aultres inviolablement tant et sy avant quil nous sera possible et que 
nous porrons. Faict et signe au chapitre Damyens du consentement 
de nos tous le lundy vingt-deuxième jour du moys de juing Taii 
mil cincq cens soixante deulx. 

Suivent les signatures au nombre de 54, parmi lesquelles celles de 
Nicolas Grivau doyen , et de Antoine Picquet abbé de S.*-Martin- 
aux-Jumeaux. 

Treize ans. plus tard les membres entrés dans le chapitre depuis la 
première ccmfession de foi adhéraient en ces termes : 

Le vingt septiesme daoust an mil cincq cens soixante et quinze 
nous, chanoines chapellains vicaires Damyens soubsignez avons faict 
proteste advoue et signe ceste mesme confession de foy catholicque 
en laquelle nous voulions jurons et promettons toijjours vivre et 
mourir. 

Lesd. an et jour q dessus. — Suivent 25 signatures. — En 1576, 
4eux autres adhésions. 



NOTE F. ( PACES 866 ET 385. )• 



Les armes de Tèvéque Evrard de Fouilloy , qui jeta les fondement» 
de notre cathédrale en 1220, sont d'or à trois écussons de gueule* 
(P. Daiiic, hist. de la ville d*Amiens t. II pi. 1 ) ; celles de Tévéque Ber- 



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— 47ft — 

nard d'Abbeville , qui eut la gloire de la terminer , sont S argent à trois- 
êeussorii de gueules: {Là Morlière , Antiq. d*Am. p. 107.]: iin*étaît 
donc pas possible, en Tabsence des couleurs et du trait , de les distinguer 
les unes des autres. Si nous aYions dit que , de nos deux accoudoirs, le 
premier tient Técu du fondateur de notre basilique , le second Técu du 
consommateur de TœuTre , Thypothèse n'aurait-elle pas été accueillie , au 
moins comme plausible ? nous devons cependant reconnaître que le blason 
de Bernard étant celui d*une de nos plus anciennes et de nos plus illustres 
maisons de Picardie devait plus naturellement se présenter à Tesprit des 
entaiileurs ? qui sait même si plusieurs de ceux-ci, appelés sans doute de 
divers points de la province , n'avaient pas pour seigneur et maître le sire 
GoLARD DE BouaBBRCH , OU son noble fils le sire Antoine de Boubbrgb-Ab- 
KTiLLB-TiiMc, chevalier, seigneur et vicomte de Bernfttre, Tune, La 
Hothe, les Auxi , du Helliers , et de Moncheaux ? le Nobiliaire universel 
de France ( généal. de la maison de Bouberch-Abbeville-Tunc. T.vm}noQS 
apprend que ce dernier épousa en premières ndces , au commencement du 
zvi." siècle, Golbttb db H&rbhcourt : ne serait-ce pas encore une raison 
de la présence aux stalles des armes de Bouberch^Abbeville ? n'aurait-on 
pas voulu , en les y sculptant , faire une politesse au doyen du chapitre 
Adribn db H&iibiigourt devenu Talliéde cette célèbre maison? Nous avons 
aussi parlé de la belle vitre centrale de l'abside de notre Cathédrale , que 
nous devons aux libéralités de Bernard d' Abbeville. Cette vitre est d'autant 
plus précieuse qu'elle porte le nom de l'évéque donateur et le chiflire de 
1S69 , ei qu'elle assigne , par là , une date certaine à toute la partie supé- 
rieure de l'édifice. L'inscription est ainsi distribuée dans les quatre divisions 
de la fenêtre. 









[ BeRHARDVS EpISCOPVS MB DBDFT MCCLXIX. ] 

Bernard d' Abbeville monta sur le siège d'Amiens en 1259. Après avoir 
été chanoine de la métropole de Rouen , il assista en 1260 à la déposition 
des reliques données à Guillaume abbé d'Anchin, et en 1261 à la transla- 



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tion des téUqàes :d6 9t.-Lttcien et de ses compagnons , faite en Vabbaye 
de St.-Luciende BeauYais, en présence du Roi St.'-Louis. En 1375, il 
souscrivit à la lettre que Pierre Barbet archevêque de Reims écrivit au 
pape Grégoire x au sujet de la canonisation de St.-Louis. Deux ans plus 
tard , il se trouvait au concile provincial tenu à Compiègne sous Varche- 
véque Jean. Les biographes fixent sa mort au mots de mars 1278. Son obit 
est marqué dans Tobituaire du chapitre le il des calendes d'avril. Si sa 
tombe n'orne pas la Cathédrale, comme celle de ses prédécesseurs Evrard, 
Gandefroy , Gérard de Conchy et Aleaume de NeuiUy , c*est que lui-même 
avait demandé d*étre inhumé auprès de sa mère Ide de Bouberch , femme 
de Guillaume d'AbbeviUe, dans Féglise du Béguignage qu'elle venait de 
idnder en son h6tel, à Àbbeville , sur un bras de la Sonome. — La maison 
d'AbbeviUe issue , comme on sait , d'Angilbert comte de Ponthieu et de 
Berthe fille de Gharlemagne , a donné en outre à notre église un chanoine 
du nom de Ganfmt , et un autre du nom de Jeah qui ftit doyen du cha- 
^e, ardinal et archevêque de Besançon. 

Plusieurs de ces détails nous sont communiqués par H. le comte de 
Bourbers-Abbeville , chef de noms et armes de cette antique et illustre 
maison. 

NOTE G. ( PAGES 428. ) 



Dans la séance du Comité histùrique des arU et monuments^ tenue 
le 13 avril 184S, M. du Sommerard, après avoir rappelé que c!est 
un artiste françai/i qui a sculpté les stalles de la cathédrale de Milan, 
j^ioutait les réflexions suivantes , relativement k celles de Padoue : 

« Les belles stalles sculptées k sii^ets religieux qui décorent, dans 
toute la portée du mot , le chœur de l'église de Sainte-Justine de Pa- 
doue, sont principalement l'ouvrage d'un français, Richard Tauright, 
de Rouen, le même qui sculpta aussi les stalles du chœur de Milan, 
Ce travail doit remonter au règne d'Henri III, puisque l'abbé En- 
tichius d'Anvers, qui le dirigea, avait siégé au concile de Trente. 

» L'histoire de Padoue représente Richard Taurigny comme un nou- 



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- 478 — 

veaa CeUim * k nknia de 60r talenl d'abord # puis de ^on huniear 
|)eu sociable. Il y est dit que le seulptewr norsiaiid Ait guidé dans oe 
iravail par les modèles eu terre cuite exiécutés par André Gampa- 
gnola (1). Mais pourquoi les Italiens, lorsqu'ils avaient de semblables 
guides à donner k nos sculpteurs en bois, ne les irapesaient^ls pas 
à leur» artistes nationaux, larsqu'ilt se trounient diargés de trafm 
analogues? Bien de plus misérable , iBrigfé la t ompliratia» de teco»- 
position et par censé(|Heiit du travail, que tes aueieMies stalles du 
cbflMir de révise dei Frari à Venise (où se trouve le tombeau de 
Ganova); rien de plus pauvre que les innombrables sculptufes en relief 
fui garnissent la sacristie de la Gbartreuae de Pavie. L'esécution dt 
cet boiseries contraste désagréablement avec celles des stalles du qIicd» 
fui s<mt en bois de rapport incrusté, k surfaces planes (ce que les 
Italiens appellent lav&re éU taraia, sorte de maifueterie) genre de 
travail rentrant dans la mosaïque et plui approprié Stts douta a* 
talent des Italiens que Tart tout spécial de couper le bois pour ai 
tirer des reliefs. 

n Tout ce que nous avons vu en travaux de ce dernier genre à 
€lénes, à Pavie, à Lorette, etc., en fait de confessionnaux surtout, 
est d'une exécution grossière et d*un style qui rappelle les montants 
d'alcôves flamandes dont nos fabricants d'anticpûtés de Paris font des 
dressoirs pour les cabinets d'amateurs. Nous n'en exceptons pas les 



(0 tlicognara (Hitt. de la teulp. t. V. p. ftM) appelle Richard de Taurigny an 
flèved'JUbertDiHrer. « Cett une assertion qui voudrait une preuve, dit M. Didron. 
Pm mitie étant leetinM faite légèreioent , on attribue Vérectiea de Notre-Dnne-de* 
l'Epioe à un atdiiteett aUemsAdi hmû l*hiscdpliéa gtavé* mt pieri» e« Iw «t» 
ternivemeat déclare que cet aiehiteete« ASTOIllB «UUCâl», est fittafSaia «I tant 
doute champenois. On dit aussi que le vitrail de St.^tUniie de Beauvais, ^ 
représente Turbre de Jessé, Tarbre généalogique du Christ, est d*Albert Durer, 
qui en aurait au moins fourni les cartous. Mais Tezamen attentif de cette pein- 
ture et les documents positifs recueillis dans des titres manuscrits reconnaissent 
Cngrand Leprinee pour l'auteur de cette œuvre remarquable. H faudrait donc 
que l'asaNtioa de Gieognara fat bien établie et basée sur des pièces authendquet; 
«tttiement on a le droit de la tr&iter Mmne UM tmdition déMié» a'anlotité. 



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— 470 ^ 

sculptures des stalles du chœur de San-Gi&rgio-Maggiore , k Venise , 
œuvre du flamand Albert B&ulb (hist. de St.-Benoit), que vante 
Cicognara, en rapportant qu'on les désigne sous cette pompeuse dé- 
nomination : La%)oro di nuwo PoUcleto. Cette exagération prouve 
bien la rareté des beaux travaux de ce genre en Italie. En eflist, il 
n*y a de remarquable, en fait de sculpture en bols, dans les di- 
vers états que nous avons parcourus, que quelques travaux exécutés 
par de grands artistes, tels que les portes ou autres boiseries du 
Vatican , sculptées sous la direction de Raphaël par Jean Barile (peut- 
être français , d*après la désignation de son nom.) Encore le travail 
en est-il moins fin, moins fKile surtout, que la plupart des ba- 
huts de tous genres qu*on trouvait par milliers chez nos paysans de 
Normandie, de Picardie, etc. Cela tenait sans doute à Torganisation 
de nos corporations de Bahutibrs, et aux épreuves que subissaient 
les sculpteurs chargés de ces travaux. 

» U est remarquable que Cicognara, parlant (t. V. p. 583) des 
belles stalles de Gaillon aujourd'hui placées pour la plupart dans le 
chœur de St.-Denis, et qui sont exécutées partie en relief, partie en 
marqueterie (farsta), attribue la perfection de leur travail, qu'il date 
de 1500, au contact des Italiens; comme si à cette époque les 
premiers artistes Italiens , dont la migration en France est bien cons- 
tatée (ceux appelés par Châles VIII pour construire Amboise), avaient 
pu exercer une véritable influence sur nos travaux de bahuterie 
très-remarquables , surtout pendant tout le cours du xv.« siècle I Cico- 
gnara «goûte que, sans doute, de bons sculpteurs et intagliatori 
italiens avaient apporté en France ce bon goût de sculpture et de 
manifatture. Sans nier que la marche progressive des arts en Italie 
pendant le xv.* siècle, n*mt dû influencer les progrès et surtout le 
style des nôtres, on ne saurait admettre qu'il ait fallu que des 
sculpteurs Italiens vinssent professer chez nous pour y infiltrer leur 
art, que de Jeunes franco allaient puisera sa source, témoins nos 
Jacques d' Anooulâiib , nos frères Kicbibr , etc. L'historien de la 
sculpture dit encore que les arts en France avaient alors (en ISOO') 
grand besoin d'être relevés par de bons principes, car toutes leurs 



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- 4»0 - 

praducttons élaienl des plus raiblw. Mais on pouimit répondre en 
cîUut rian -seulement nos monutnents de Dijon du commencement 
du XT/ siècle ( le puits de Motse , les lombeaui de Jean-^ans-Peur 
et de PlitUppe-ïe-Hardi ) fails par des flamands sous les yent et 
avec la coUaboraiion de nos artistes » mm un tr^if-grand nombre 
de monuments, touâ français, et de tout genre, de ta dauEième moitié 
du même aiècle, qui no le codent en rien aui protluctions con- 
leniparaines de ritaUe...., (ËuUetiu du eomité lustonq, deâ arts et 
mon. t. U» p. Uû.) 

NOTE 

A AJOUTER AU GHA^. lll/ DE LA PEEMIÈE£ PABTIE, 

Nous devons à l' intervention obligeante de M. De Grattier, préii- 
denl de la Société des Antiquaires, la commuuïtatioii qui nous a 
été faite par un de nos honorables compatriotes du précieui docu- 
ment qu'on va lire* Celte pièce , dont nous avons T original soui les 
j&TLj nous révèle le plus grand danger que nos slalles aient coofU. 
On verra ce qu'en voulait faire l'orcliiiectc de la république. Heureu- 
sement le bon sens et la Terineté du citoyen André Dumont« mem- 
bre de la Convention et représentant du peuple à Amiens, firent 
prompte |uslice d'un pareil projet : 

MÉMOIRE. 

Uopinïou publique a prononcé» La ci^evant église cathédrale eit 
devenuti l'azyle de la Raiotn H de la Vérités Leurs noms brillent 
au centre lumineux de la gloire au fond du Temple* Des inscrip- 
tions répandues de tous ta tés accompagnent leur triomphe. Ceï*endant 
il n'est pas complet. Nombre de simbotes du préeédent culte, en- 
core eiistans, semblent leur disputer la victoire. Il est temps qu'on 
voie finir cette lutte étrange; U est temps que les ordres soient 



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— Wl — 

donnés ée faite proratemeni disparotn ces ebâpelle» de «edl ta-, 
desque adossées aux piliers, ces ambons,* ces vieilles sitles gothiques 
qui ont Jusqulci défiguré Tune des pins superbes biailiqnes de l*£u- 
rope. G*est ainsi qu*en débarassant ce beaa temple des antiquailles 
dont je parie, on lui rendra, comme à la Yérité qui y préside, 
toute sa beauté originelle. L'opération faite. Je Toudrois le consacrer 
uniquement aux assemblées du peuple, en foire un promenoir pu- 
blic to^jours ouvert, y fixer, à heures marquées , les rendex-yous d« 
la Jeunesse pour s'exercer au maniement des armes et y passer des 
reyues; que là, sous les regards des magistrats , des prix de gymnas- 
tic fussent distribués. Je Toudrois que ce lieu fut surtout destiné aux 
fêtes civiques : pour cet effet j*éleverois Tautel de la patrie au centre 
du rond-point. Le pourtour du d-devant choeur se trouvant libre 
par la suppression des stales et de leurs murs-dossiers, je le lais^ 
serois tel. Point de grilles, point de barrières; trois marches distin- 
gueroient Tenceinte du ci-devant eheeur. Elles contribueroient d*ail- 
leurs k faire piramider Tautel avec plus d'avantage. 

Je supprimerois toutes les grilles des chapelles collatérales, ainsi 
que les objets de culte qu'elles renferment, pour faire de ces cha> 
pelles autant de serres ou de cabinets fermés sur le devant par un 
mur en pierre de peu d'élévation , percé dans son milieu d'une 
porte. Le parement de ce mur et la porte seroient construits daAs 
le stile de l'édifiée , afin de ne pas mésallier les genres. Ces cabi^ 
nets serviroient de dépôt aux armes de la jeunesse, aux divers ins- 
truments de gymnastic. On pourroit en faire des salles d'InstttlitioR 
de tout genre. Plusieurs seroient à usage de buffets, lors des ban- 
quets civiques. D'autres seroient destinés h des comités particuliers, 
etc. , etc. , etc. 

Au centre de la croisée des voûtes je placerois le symbole de 
rhnmortalité figuré par une haute pyramide cantonnée aux quatre 
angles, dans sa partie inférieure, par des faisceaux portant entable- 
ment au dessus duquel seroient successivement posés les bustes des 
républicains législateurs morts pour te salut de la patrie. Les bustes 
de Ifarat et de Lepelletier s'y offriroient k nos yeux les premlen. 

31. 



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— 482 - 

La piiamide seroit tennioée pfdr un globe ioûUnt celui de la terre^ 
sur lequel r^N»eroit un faisceau. 

Je reviens à Tautel de la Patrie. Il oecnperoit , comme je Tai 
dit, le fond du rond-point. Je voudrois qu*il fut simple et qu'il 
portât un grand caractère» Je n'y admettrois que des ornements 
sérieux et ména^, je le composerois d'un fort stilobate quarré 
accompagné de quatre autds en forme de demi-cerde sur chacune 
de ses faces. Au-dessus , je placerois un piédestal circulaire de belle 
proportion qui senriroit de support à la statue de la liberté assise. 
Je groupperois le tout de manière à en faire une masse imposante 
et capable de produnre la plus grande sensation. 

Et qu'on ne pense pas que tous ces changements,, ces projets 
comporteroient une dépense immense; il y a plus à retrancher qu'à 
construire. Sauf les grilles dont les fers serviroient eichisivement h 
fabriquer des armes, le montant de la vente des vieux autels adossés 
aux piliers, des mari>re8 et attributs des chapelles collatérales, des 
ambons gothiques tapissant les murs, des figures nuMlernes nouvelle* 
ment posées etc., etc., le prix, dis-je, de ces objets fourHiroit è la 
dépense. Le district opéreroit la vente par parties pour en tirer plus 
de fruit , et le produit • en seroit versé dans une caisse particulière 
affectée à l'exécution des vues que je propose. Au surplus, ce qu'on 
ne pourroit construire k demeure à cause du choix et de la cherté 
des matières, on le feroit à la manière du modèle. On donneroit 
cependant à la décoration assez de solidité pour durer bien des 
années. Le point important, le grand but est de hâter le convertis- 
sèment total de ce temple en celui de la Raison et de la Vérité, 
et de le consacrer promtement k sa nouvelle destination. Ces chan- 
gements doivent être rapidement exécutés. Le moment le conm&ande; 
si on ne le saisit, le succès échappe avec lui. 

A Amiens le sept frimaire de Tan S.* de la république une et 
indivisible. Signé Rousseau, 

Ing.' arch,^* du dép.^ de la Somme. 

Sur la marge de l'original , est écrit de la main d'André Dament : 
Cette pr<ipo$ition est inadmissible et ne mérite pas de réponse 



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— 483 — 

NOTE 

A AJOUTER A LA SUITE DU TEXTE DE BOECE , 



Quoiqu'on trouve dans les œuvres de St. Bernard plusieurs rap- 
prochements de ce genre, le saint Docteur ne parait cependant pas 
avoir attaché une idée morale à la représentation des animaux et 
des monstres dans les cloîtres des monastères. Il 8*élève au contraire 
avec une grande vigueur contre cet usage; voici ses paroles: «Cs- 
terùm in claustris , coram lugentibus fratribus , quid facit illa ridicula 
monstruositas , mira qusBdam deformis formositas, ac formosa de- 
formitas? Quid ibi inmiund» simi»? Quid feri leones? Quid mons- 
truosi centauri? Quid semi-homines ? Quid maculos» tigrides? Quid 
milites pugnantes? Quid venatores tubicinantes ? Yideas sub uno 
capite multa corpora, et rursus in uno corpore capita multa. Ger- 
nitur hinc in quadrupède cauda serpentis, iliinc in pisce caput 
quadrupedis. Ibi bestia praefert equum, capram rétro mediam, hic 
cornutum animal equum gestat posterius. Tam multa denique tam- 
que mira diversarum formarum ibique varietas apparet, ut magis 
légère libeat in marmoribus quàm in codicibus, totumque diem oc- 
cupare singula ista mirando, quàm in lege dei meditando. Proh 
deum! Si non pudet ineptiarum, cur vel non piget expensarum.» (A- 
polog. de vit et moribus Relig. cap. XI. ) Pour bien comprendre 
ce texte et n*en pas faire une application fausse ou exagérée, il 
est nécessaire de remarquer que le S. Abbé de Glairvaux s'adressait 
^ des religieux appelés et consacrés comme lui aux exercices de la 
vie contemplative , auxquels par conséquent les images sensibles ne 
devaient pas être nécessaires pour reporter leurs esprits et leurs coeurs 
vers les objets sacrés de la prière et de la louange divine. Il par- 
lait à des hommes lettrés auxquels les livres suffisaient à leur redire 
rhorreur du vice et la beauté de la vertu. Il leur parlait ainsi au 

31.* 



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— 484 — 

milieu d'un discoars consacré tout entier à la censure du luxe ex- 
cessif si opposé h l*esprit de paurreté monastique qui devait respirer 
même dans le chœur et le sanctuaire où s'assemblaient les moines. C'est 
bien pour cela qu'il conclut par ces paroles : Quid hœc ad pau- 
peres, ad monachoSf ad spirituales viros? Toutes ces représenta- 
tions diverses, inutiles dans tes cloîtres, pouvaient au contraire n'être 
pas déplacées, non plus que les ornements riches et somptueux, 
dans des églises fréquentées par des hommes du monde , parmi les- 
quels le nombre des illettrés était si grand, et qui n'avaient guère 
d'autre livre où ils sussent lire que les murailles et les vitres cou- 
vertes de reliefii et de peintures. 



FIN DBS NOTES. 



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% 



TABLE. 



Fmiwiu PAATn, HISTOIRE. ^ I. Otroniii bt mmoDuoTioii 
DBS gTALLBs DANS LBs ÊGLUBs. Fonii« dcs preoMères basiliques, $u 

— Disposition des sièges , 84. -^ Dans quelle posture on priait, $7. 

— Usage des bÂtons au chœur , 91 , 92 , 93 , 94. — Autres adou- 
cissements, 95, — Miséricorde des stalles, 96. -^ A quelle époque 
il en est foit mention, 97, «^ Style des stalles, dlTifioQ de» par- 
ties dont elles se composent, 104. 

II. Construction dbs stallbs db la cATBÂDaAtB ji'AjOBVS, Le cha- 
pitre forme le projet 4e remplacer les «ndennei «talles du chœur» 
par de plus belles, 108. — Choix du maître de roeuyre, 114, — 
Un traité est passé avec lui, conditions du traité, ibid. — Choix 
de la matière, (bid, — Nomination des chanoines chargés de di- 
riger et d'inspecter le travail, 115. — Commencement des travaux, 
117. — On adjoint un second mattre d'ouvrage au premier; à quelles 
conditions? 118. — Répartition du travail, Voyages des entrepreneurs 
à BeauvaSs, à St.-Riquier et à Rouen, 119. — Vîslte de l'œuvre 



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— 486 ^ 

faite par deux Gordeliers d'AbbefUle, ibid.^^ Jhan Trupin, 120. 

— Achèvemeut des travaux, 121. — Audition des comptes, dépense 
totale, 123. — Part supportée par Adrien de Hénencourt, 125. 

— Prise de possession des stalles, 126. — Place de TEvéque, 127. 

m. GONTnnJÀTION, JU8QU*A nos jouis, de L*H1ST0IRB DBS 8TALLB8 

d'Ajobus. Incendie de 1615, p. 128 — Établissement d*une chaire 
épiscopale, 130. — Démolition de huit stalles pour l'élargissement 
de rentrée du chœur, 131. — Démolition de deux stalles du côté 
du sanctuaire, 135. -- Zèle du maire d'Amiens, sous la Ter- 
reur, 137. — EnlèTement des fleurs de lys, 139. — Vol de plu- 
sieurs groupes, 140. — Défense de fixer des clous dans la boise- 
rie, 141. ~ Essai de vemis^ ibid. — Quelques autres dégrada^ 
tiens, 142. 

Sbgohdb pabtib. monographie. -^ I. Dbscbiptior gâhbralb. 
Charpente ou bâtis, 143. — Palier, 145. — Passages ou montées, 
ibid, — Rampes, ibid. — Personnages des cadres d'assemblages, 
ibid. — Parcloses, 147. — Museau, inscriptions, scènes diverses, 
ibid. — Hauts-dossiers, 150. — Voussures, 152 — Piliers-pen- 
dants, 154. — Dais, 155. — Dimensions, 160. — Goup-dVeil gé- 
néral, 168. — Pyramides, 162 

II. MisÊRicoBDBs , Rampes, etc. Ancien Testament. Division des 
sujets, 163. — Histoire de la Création, 164. — Histoire d'Abel et 
de Noé, 171. — Melchisedech , 178. — Histoire d'Abraham, 180. 

— Histoire d'Isaac, de Jacob et de Joseph, 181. — Histoire de 
Moïse, 230. — Sacrifices à Moloch, digression sur la représenta- 
tion de Tenfer. 240. — Suite de l'histoire de Moïse, 2U. ^ 
Histoire de Samson, 246 à 250. — Histoire de David, 250 à 253. 

— Histoire de Job, 253 à 254. — Conclusion du chapitre, 254. 

III. PiiuiBAux. -^ Vie de la Ste.- Vierge. Rang que Marie oc- 
cupe dans les monuments, 259. — Sa prédestination, 261. — Fi- 
gures prophétiques, 273. — Annonciation de la naissance de Ma- 
rie, 278^— La Nativité, 283. — L'étoile de Ralaam, 285. ^ 
Marie apprenaat à lire, 286. — La Présentation, 287, — Ui 



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— 4»7 — 

prière, 288. — Le travail, 889. — Le repas, ibid.-~ L*étude, 291. 

— Joseph choisi pour époux, ibid, — Le mariage, «98. — L'An- 
nonciation, 294. — La Visitation, 297. — Songe de St.-Jo8eph» 
298. — St.-Joseph revenu de son doute, 299. — Nœi, 300. — 
L'Epiphanie, 304. — Le Christ révélé à Siméon, 305. — La Pu- 
rification, ibid, —David, 307. —Le massacre des Innocents, 309. 

— La fuite en Egypte, 311. — Chute des Idoles, ibid. — Songe 
de Joseph, 313. — Figures et prophéties, ibid. — Voyage à Jé- 
rusalem , 314 — Marie recouvrant Jésus , 315. — Retour à Naza- 
reth, 316. — Un prophète, 317. — Les néces de Cana, 318. — 
Marie aux prédications de Jésus, 319. — Le crucifiement, ibid. — 
Marie au pied de la croix , 322. — La descente de croix , 324. — 
La sépulture, 325. —Apparition à Marie de Jésus ressuscité, ibid. 

— L'Ascension, 326. — La Pentecôte, 328. — Le trépas de Marie, 
329. — L'Assomption de Marie, 820. — Le couronnement, 321. — 

— Conclusion du chapitre, 324. 

IV. Ptbhodks. Union des detuo Testamêntê. L'église et la syna- 
gogue, 337. — St^-Michel et St.-Paul, 345. 

V. AcGouDons. Caractère général des si^ets, 350. — Description 
de chacun des si^ets, 851 k 390. — Conclusion du chapitre, 890. 

VI. pBNDBiiTiFs. Caractère des sujets ,394. — Description des pen- 
dentifs extérieurs ou culs -de -lampe, 395 à 406. -Description des 
pendentifs intérieurs ou cariatides, 406 è 410. — Conclusion du 
chapitre, 410. 

Conclusion. Nombre de quatre cents sujets, 413. — Caractère de 
la statuaire, parallèle entre trois époques, 414. — Ecole flamande, 
426. — Costumes, 428. — Dieu, 429. — La Vierge, 430. — Les 
Anges, 432. — Patriarches, 433. — Apôtres, 434. — Personnages 
de second et de troisième ordre, ibid. — Costumes vrais, 435. — 
Détails d'édifices et d'ameublement dans les scènes historiques, 441. 

— Au lecteur, 443. 

NoTBs. — A. Stalles remarquables de plusieurs églises, 447. — 
B. Diflërend entre M. de Caumartin , évéque d'Amiens et son cha- 



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— d«8 — 

pUre , 459. — G. CXàiuie du chœur du cM de la grande nef, 462. 
— D. Adriea de Hénencourt, 468. — E. Confession de foi du cha- 
pitre d'AmieBS en 1562, 472. — F. Bernard d'Ahberille, évéque 
d* Amiens, 475. — G. Les sculpteurs sur bois en France et en Italie, 
477. — Projet de ruer les stalles en 17M, 480. — Symbolisme, 483. 



FIN DB LA TABLE. 



ERRATA. 

Pag. ill, note, lig. 6, ou Heu de: forêt Lyons, lisez: forêt de 
Lyons. — Pag« 115 , note y lig. 80 et 21 , au lieu de: ils ont supposé 
dans le Hainaut un second Neuville dont la géographie ne parle pas , 
lisex: ils ont supposé qa*on a tiré d'un second Neuville en Hainaut, 
du bois pour les stalles d'Amiens; ce qui n'est pas prouvé. — Pag. 
135 , lig. 22 , au lieu de : assemblable , lisex : assemblage.— Pag. 353 , 
lig. i^, ajoutez: voir pi. xv, 1. — Pag. 355, lig. 11, au lieu de: 
Jeanne d'Albert, lisez: Jeanne d'Albret. —Pag. 362, lig. 20, ajou- 
tez : voir pi. xiv , 3. — Pag. 377 . lig. 28 , ajoutez : voir pi. xv , 2. 



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RAPPORT 

A. M. LE Préfet de la Somme, sur le Portail de 
LA Vierge dorée de la cathédrale d'Amiens , 



Fait an nom de la CSommSflnon « oompoiée de MM. BlQOIX0T| 
Ouiim, vratLum, l'Abbé Joubda», l'Abbé IKjyal. 



^( supplément. ) (1) 

Messieurs > 

Dans le rapport qne nous aTons eu l'honncar de tous 
présenter sur le portail de la Vierge dobéb, il ne nous 
a pan été possible, poar des motifs exprimés ailleurs, 
de comprendre l'étude approfondie des parties supé- 
rieures de la façade au bas de laquelle s'ouTre ce grave 
et somptueux portail. Quoique cette seconde moitié ne 
puisse en aucune façon être mise en parallèle avec la 
première , soit pour le nombre , Timportance et le choix 
des groupes de sculpture, soit pour la difficulté de les 
réparer , elle est néanmoins encore assez riche et assez 
peu comprise pour piquer Tattention des amateurs de 
Timagerie sacrée du moyen-ige , pour exercer leur 
perspicacité dans Tinterprétation des sujets, et surtout 

(1) Voir le ton. YI dei Htmotref , pag. 59. 



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— 490 — 

pour mériter les soins et l*active vigilance de Tadmi- 
nistration dans les travaui de restauration qui , pre- 
nant rédifiee à sa base y doivent Tembcasser jasqu*ao 
sommet. Nous sommes donc montés, en même temps 
que les échafaudages des maçons et des sculpteurs, le 
long de ce flanc gigantesque de notre église, et nous 
venons enfin vous apporter les résultats d*un difficile 
et patient examen. 

On sait que le contour extérieur de la grande rose 
est animé d*une série de dix-sept personnages en re- 
lief, dont les huit premiers gravissent la rampe de Tor- 
bite à droite, tandis que les huit derniers descendent, 
la tète en bas, du côté gauche. 

Le caractère général de ceux qui montent est facile 
à saisir. Tous sont convenablement vétns , bien chaussés , 
de visage agréable et sans barbe, les cheveux abon- 
dants et dûment agencés : ils atteignent à peine le 
milieu de la vie. Pleins d^espérance et de joie, ila 
s'accrochent avec bonheur aux fleurons du segment de 
cercle dans lequel ils sont encadrés et qui les aide à 
suivre le mouvement de la roue. Le huitième, c^est- 
à-dire le plus voisin du sommet, porte seul une robe 
flottante à capuchon, et sur la tête un bonnet éo 
forme de calotte. Il ne reste malheureusement que 
quelques vestiges méconnaissables de Tobjet qu'il tenait 
des deux mains. 

Au versant de la roue , les personnages qui tombent 
offrent un tout autre aspect. Une figure vieillie, dea 
cheveux négligés, la barbe sordide au menton, des 
vêtements en désordre et en partie perdus, les pieds 
dépouillés de chauHSures , ne permettraient pas de douter 



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— 491 — 

de leur luisère, lors même qu^elle serait moins visible- 
ment aecusée par leur position d'hommes précipités la 
tête en bas, et par la manière dont ils tournent la 
tête en arriére avee un air de souvenir, de tristesse 
et de regret. Les trois premiers principalement ont 
toute la partie inférieure du corps dénudée, la robe 
qui est leur unique habit retombant des reins sur le 
dos et presque jusque sur la tête par le fait même 
de leur chute. Si on a donné une chaussure au qua- 
trième « ce n'est sans doute que pour le faire paraître 
plus misérable en montrant les doigts de ses deux pieds 
qui crèvent le bout de ses souliers usés. La petite 
calotte éto£Pée qui coiffe le cinquième, et le visage 
imberbe et plus jeune du sixième ne rachètent qu'im- 
parfaitement Tapparence de misère qu'ils partagent avec 
leurs compagnons. — Une mutilation a fait totalement 
di^araitre le septième. 

Au centre et à la tangente supérieure de la roue, 
un dix-septième personnage, ayant à sa droite ceux 
qui montent et à sa gauche ceux qui descendent , 
siège sur un simple banc sans dossier, la couronne au 
front, les mains gantées. Un bout de bâton qui lui 
reste dans la main gauche parait bien être Textrémité 
inférieure d'un sceptre. A sa droite, un chien assis 
sur le derrière, les oreilles longues et pendantes, le 
regarde fixement. 

La pensée de cette curieuse représentation, qui pro- 
duit un grand effet dans la décoration générale de la 
façade semble avoir été empruntée à la rose de St.- 
Etienne de Beauvais, autour de laquelle, depuis le 
XII.* siècle , des individus montent et descendent de chaque 
cêté d'un autre personnage qui siège immobile au som- 



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— 492 — 

met. Ce n'e»t pas toutefois sans d'importantes modifi- 
cations que la roue historiée de BeauTais est venue 
prendre place, à deux cents ans de distance, au por- 
tail méridional d'Amiens. On remarque en effet qu'au 
lieu de monter à la droite et de descendre à la gauche 
du personnage principal, comme à Notre-Dame d'Amiens, 
les hommes de St.-Ëtienne montent à gauche et des- 
cendent à droite. Parmi les derniers , il en est un qui 
occupe r^trémité inférieure de la roue en opposition 
avec celui qui en tient le sommet : il est couché ho- 
rizontalement, comme dans un état de prostration oom* 
pléte , de sommeil ou de mort. Nous n'en avons pas loi 
qui soit tombé si bas ; il n'en est aucun non plus qui ne 
descende la tète la première, tandis qu'à Beauvais, 
par une singulière contradiction , l'avant - dernier est 
précipité, à l'inverse des autres, les pieds en avant. 
Le personnage culminant de St.-Ëtienne est aussi mienic 
caractérisé que le nôtre par le double geste qu'il fait, 
à droite pour accueillir ceux qui viennent, à gauche 
pour éloigner et même chasser avec son sceptre ceux 
qui descendent. Nous ne parlons pas du nombre des 
acteurs de la scène, qui est plus considérable à Amiens 
qu'à Beauvais : il n'y a probablement pas d'autre rai- 
son de cette différence que celle de la dimension des 
deux roses. 

Le sens du fait archéologique que nous venons de 
décrire a déjà préoccupé plus d'nn antiquaire dont les 
recherches, nous devons le dire, nous ont mis sur la 
voie de la vérité qu'il nous semble n'avoir plus qu'à 
constater, en l'appuyant seulement de quelques raisons 
nouvelles. 

Et d'abord, l'opinion qui fait de cette composition 



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— 493 — 

on jugement dernier, no peut pas être sontenne. Le 
tbéàtre ordinaire de cette scène est le tympan des 
grands porches. G^eat là en effet, et non sur la cir- 
conférence des roses, q^'elle est développée avec des 
circonstances qui lui donnent un caractère incontes- 
table • Dans Texamen des conditions où se trouvent pla- 
cés les individus qui composent les roses, ou ne dé- 
couvre rien qui justifie le motif d'un jugement dernier* 
Ainsi le personnage assis «u sommet du cercle n'a 
aucun rapport avec Dieu ou Jésus-Christ , tel qu'on le 
représente dans les jugements derniers du moyen-âge, 
où jamais on ne loi voit ni gants , ni sceptre , ni 
couronne 9 ni pieds chaussés , ni vêtement simple 
et serré, ni surtout le chien assis et veillant à ses 
côtés. Il est vrai qu'à ce poste éminent de la circon- 
férence on croit bien reconnaître TEtre tout-puissant 
disposant du sort dee homaios^ et que ceux-ci sont 
divisés en deux parts conformément au plan de Tévan- 
gile ; mais outre que ce trait de conformité est le seul, 
il n'est pas constant, puisqu'à d*aatres roses « dans 
celle de Beauvais do moius, les élus monteraient à 
gauche et les réprouvés à droite , contre - sens dont 
on nç peut pas supposer que les savants et religieux 
iconographes do xii.* et do xui.* siècle aient été ca- 
{lables. Il n'y a d'aoalogie véritable entre les roses et 
les jogements derniers qoe l'idée de séparation et 
d'exaltation oo de chute en vertu d'une puissance su- 
péneore ; do reste rien de plus ne spécifie dans les 
roses le drame terrible et final tel qn'il est composé 
aox tyinpanSf soit poor le costume des élus et la nu- 
dité des réprouvés, soit pour le cortège angélique des 
premiers et la présence des démons qui entraînent le» 



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— 4M — 

autres. Le ciel déjà ouTOrt à droite, Tenfer béant h 
gauche, le repos et la béatitude d'un côté, Teffroi et 
les supplices de Tautre: omission totale de ces circons- 
tances traditionnelles et invariables. 

En archéologie, comme en autre chose, on manijpie 
souvent une découverte pour l'avoir été chercher trop 
loin et avoir forcé les inductions. En procédant sim- 
plement nous trouvons sur la façade méridionale de 
Notre-Dame d'Amiens, comme au pignon septentrional 
de St. - Etienne de Beauvais , comme en beaucoup 
d'autres lieux sans doate, le symbole si naturel et si 
connu de tous temps de la vicissitude des choses hu- 
maines et de Taction de la providence dans tous les 
événements de la vie; nous y voyons cette rotM dont 
le nom comme l'idée sont communs a la mythologie et 
au christianisme. St. -Jacques appelle notre vie une roue: 
rotatn nativitatis nosirœ (III. 6 ). Et ces sortes de fe^ 
nêtres figuraient en efFet fort exactement une roue , 
dans les monuments relîgeux du xi.** et du xn.* siècle. 
Le style ogival en fleurissant en a dessiné plus tard 
les compartiments en forme de feuilles de diverses cou- 
leurs (et non de flammes comme nous le disons quel- 
quefois ) et leur a donné le nom dès lors mieux ap- 
proprié de roses» A Beauvais, la roue subsiste dans 
toute la simplicité et la pureté de l'invention primi- 
tive. A Amiens , Tidée n'est pas encore perdue , mais 
on lui a associé par la suite celle de la rose dont les 
formes et les couleurs s'accordaient mieux avec le style 
flamboyant qui succédait à Togival pur et grave. Les 
humains y sont bien montrés vains jouets de la for- 
tune sur la circonférence ; mais les rayons partant tous 
directement du moyeu et divergeant avec une rcgula- 



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— 495 — 

rite mathéniâtiqne , y sont remplacés par les larges el 
belles feuilles naissant les unes des autres au gré de 
la brillante imagination du xv.* siècle. Cette modification 
du reste ne touche pas encore au fond et c^est tou- 
jours la roue qu'on a eue en vue. Ajoutons qu'elle 
doit être une roue de la fortune ou du destin , telle 
que la théologie payenne la représentait chez les 
poètes et telle que les Pères de Téglise en avaient 
conservé la pensée pure et vraie tout en corrigeant le 
langage: «C'est vraiment, dit St.-Augustin , à la provi- 
dence divine qu'apppartient rétablissement des royaumes 
terrestres. Que si on veut l'attribuer au destin parce 
qu^on appelle de ce nom la velouté même et la puis- 
sance de Dieu ; que l'on garde la pensée , mais que 
Ton change de langage (1) ». 

La Providence sage et puissante ainsi mise à la place 
de l'aveugle destin, on n'avait plus de raison de ré- 
prouver l'image qui l'exprimait d^une façon dès lors 
innocente. Une traduction de la Cité de Dieu de St.- 
Àugustin du xiv.* siècle, conservée à la bibliothèque 
d'Amiens ( Ms* n."» 216 du catalogue ) nous offre en effet 
une représentation enluminée de la roue de la Fortune 
ainsi composée : Sur un fond formant ciel et terre, 
l'un de couleur bleue et rouge semée d'un réseau d'or, 
Tautre d'un vert pâle et poncé , tourne une roue que 
parait gouverner de ses deux bras étendus , un per- 
sonnage couronné, en manteau d'hermine sur une robe 



(1) Prorsàs divinâ providentiâ régna constitunntar bumana. Qo» 
si proptereà qaisqaam fato tribdt, quia ipsam Dei volunlalem vel 
proleslatem fati nomlne appellat, aententiam teneat, linguam cor^ 
rigat. ( de civil, dei. lib. v. c. i ). 



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— 496 — 

bleae et déployant de longues ailes de même oonleiir. 
Trois indiyidns accrochés à la circonférence subissent 
les Ticissitudes de ses mouvements. Celui qu'elle élève 
est distingué en même temps par le bon ordre et la 
richesse de ses vêtements bordés d^hermine et munis 
de ceinture aux reins ; celui qui déchoit n'a pas de 
ceinture et sa tunique s^en va en désordre tombant 
sur sa tête et laissant presque nue une partie de soa 
corps ; le troisième au b^s de la roue est dans une 
détresse plus grande encore et cherche à retenir son 
bonnet qui lui échappe. G*est , on le voit , la même 
idée qu'à notre portail; mais ici le sens de Timage 
est en outre clairement déterminé par la place même 
qu'elle occupe. Elle sert de titre au cinquième livre 
de la Cité de Dieu dans lequel le saint docteur éta- 
blit que la Providence, et non la Fortune, a été la 
cause de la grandeur de Tempire romain; or, ou sait 
que le titre d'un chapitre en est toujours Targument: 
le manuscrit dont nous parlons en fournirait au besoin 
la preuve , puisque toutes les têtes de ses livres sont en 
rapport avec les matières qui y sont traitées (1). Il 
n'est donc pas possible de méconnaître Tidée saillante 

(1) Ainsi, aux frontispices du 6.** livre, du 14.'^, du 21.® et dn 
22.^ , on a représenté des idoles debout sur un autel , le saint 
tenté par trois dénions, Adam et Eve après leur chute, la Na- 
tivité du Sauveur, Tenfer sous la forme du dieu Motoch, le ciel 
et ses heureux habitants , parce que tous ces livres dissertent suc* 
oetsivemeot sur les fanx Dieux, les démons, le péché du pre- 
amer homme, la promesse d'un rédemptear, l'edfsr et le ciel. 
< Voir le Catal. des Mss. de la bihl. d'Amiens, psr M. J. Gsr- 
nier, page d70 ). 



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— 497 — 

ûm tilte orna du ckaptire : le- ioUe parie de la Proyi** 
denoe, Timi^ luttsi. 

Dam un, 4e aes bultetint le eoaaîlé kiatorîqiie dm arti 
et monnmenta boqs révèle TexisteMee à la biblîodièqoe 
fo^^ale an néme' 8i^t d'eolniiiiii«re avec oaÉte différaoce 
qa^ ïa d^ndanoe de l'homme Ti8-4k-vii de la fortune 
é« de b pravidenee , j reesort par le choix qu'on a 
ftit d*une femme pour tourner la roue du destin comme 
die fbruil de sa» muet à filer. 

M. DiAron nous apprend également qu'eu ThetaaHe , 
dwifr réglise de Sophalèsr sont aussi den femmes qui 
tirant altevnattremeai la roue à eUe» avec une ccnrde. 
L^'uae est blanche et habillée de blane^» l'autre noire 
et habiUée de noiit pour .rq[»ré8enter le jour et la nuilr 
Theur ft le malheucf, életmrt et précipitant tour à 
tour tes pauvres humains . L'insdriptian grecque z*V**^ 
(lO' Monde) que M. IMron attribue au personnage 
qui gawfieme la roue, et que nous croyons dire pluAèt 
le nom de la rvne ette-ménie , achève de. justi&nr l'er- 
plieatîen que noua en donnons. 

▲ BeaufveLSf dem des act»«rs de oalte n^ésentation 
symkdique se treavent dans des cenditiom de f6rUnie> 
aaseï pMrtkmliéreS' : Fun se tient debout et la tête» 
haute patmi' œuK qn tombent renversés, comme s^il 
voulait lutter contre le sovt qui entraîne ses compati 
gnons ^ Tautre eôuché à terre au bas de Tosbite fatal 
senilde enarveti dans) la moct ou seulement dormir eé 
SB) cemplsiffe dasys une pnofonde qttiétude*. Est-ce la 
persoDuficatMm d» la mort oia de restaéne malheur en 
opposition airec! celui qui^ dans ce cas, figurerait asseï 
bien au peint oppeaéi le sttpréme bonheur P, Ëstr^ce le sage 
qui n'a ni à pnonier ni à descendre et que n'agitent ni 

32. 



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— 498 — 

la crainte, ni Tespérance, ni let souoit de l*amlntioB^ 
ni ramertume des regrets P Bien entendu que dana 
Tabs^ioe de toute donnée certaine sur ces points divers, 
nous nous gardons de former aucun jugement. 

Dans le manuscrit de la bibliothèque d* Amiens que 
nous avons cité, Tarbitre des destinées humaines est 
évidemment désigné dans la personne de Tange roya& 
qui meut la roue de ses deux mains ; il «emble 
en être de même à Beauvais où celui qui trène ac- 
cueille d'une main les heureux de la vie, tandis qu'H 
frappe et chasse de son sceptre ou bâton les infortunés. 
A la cathédrale d* Amiens au contraire , et sur la pein- 
ture à fresque de l'église de Sophalés, cette place émi- 
nente semble avoir été réservée à Thomme arrivé aa 
plus haut point de la fortune. Ici il est distinct du 
moteur de la roue, qui est le bras de deux femmes: là 
il est escorté d'un chien , symbole de la fidélité cour- 
tisant la fortune. Et de plus il n'a, comme nous Ta* 
vous fait remarquer, rien qui caraeiérise la divinité. 

Ou reste , ces diverses circonstances d'ui» ordre plus 
ou moins secondaire ont pu varier suivant des conseils 
reçus par Tartiste ou suivant ses inspirations person-^ 
nelles; Tidée fondamentale est partout la même; c'est 
définitivement à nos yeux la Providence rappelée par 
un grave et brillant symbole. La place qu'on loi a 
donnée au sommet des galbes, le plus près possible 
des voûtes , et souvent plus haut que les fenêtres ellea- 
mêmes, cette place est bien choisie pour faire de ces 
hardies et sublimes percées comme VobH du ciel, en 
même temps que la mystérieuse image de celui qui y 
règne et qui régit le lùonde avec douceur et avec force, 
et auquel enfin il faut chanter le cantique du' «oyal 



/ 



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— 499 — 

psalmiste : Otdinatione tuâ perteverai diea , quoniam omnia 
êerviunt fibi, « C'est par la disposition de votre pro?i- 
dence que le temps accomplit ses éYolutions parce que 
toute €réature vous obéit. » Ps. CXVTII. 91. 

Sur les pig;nons d'encadrement au bas et en dehors 
de la rose , se lèvent deux statues colossales ti^op 
peu caractérisées pour qu'il soit possible de les nom- 
mer. La première est celle d'un bomme imberbe ^ 
drapé dans une chasuble antique , tenant un lambel 
d*une main et bénissant de Tautre. Cette dernière cir- 
constance ainsi que celle de la nudité de ses pieds 
pourrait peut - être le faire prendre pour le Sauveur 
du monde. .En ce cns, Tautre statue qui représente 
une femme voilée, vêtlie d'une robe traînante et por- 
tant dans ses mains mutilées iin reste dé livre, devrait 
être limage de la Vierge Marie. 

Au-dessous de chaque statue , un buste voilé et guimpe 
nous semble plu» inexplicable encore. 

^intervalle compris entre la première galerie et la 
rose laisse pénétrer dans Téglîse à travers ses longues 
parois de vitre colorié le soleil étincelant du midi. Les 
meneaux qui les divisent accusent déjà une époque 
plus nouvelle que le porche inférieur , mais ils sont 
plus anciens eux-mêmes que les compartiments touUà- 
fait flamboyants de la rose. Ceux-ci portent au plus 
haut degré le Cachet du xv** siècle. La date de la 
bordure extérieure ne pouvant être avancée au-delà du 
quatordème^ il faut ou que cet œil de Téglise soit de- 
meuré long-temps éteint faute d'argent , ou que les 
meneaux rayonnants d^aujourd^hui aient pris la place 
d'une structure plus sévère ruinée par quelqu'accident. 

32* 



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-. 500 — 

Lof Wf^ svpér^j^i^rn 4^ va*te cairé oà s'owffe la 
timfie ^jfé^ul^nlk 4^ nm 4e mur hc^Uem^ çoraig^ 
p«ir 4q«1 tççfl^ ot des qi^âtrefenillo^ ^a appliqu^OQ. ()e 
fortes bram^hef 4^ i^osier gari^^ de leurs ft^^i^ éya- 
noDÎes courent Terticalement sur les côtés dans toute 
Ul Iw^t^i^r du ca4ji;^ et se r^pU«qit 4e part ^i d'i^utre 
9,^ sqnp^mt ppur animer \^ t^eUç plstel^nde de la coi^r 
H^jîp 4>ntal)Ie0iesUn InpwkédjialiemeiM aurde«jsus , l'w tm- 
cqn^r^^^ bal^sirad^ e^ pierire qiM végo^ dans tout \» 
c^tQlir 4e L'église ai^, 1^9> de^ c^uables^^ Elle touclie M 
dj^^ni^ ét,age de la &ça4)B 4o9^ PPI^ aUon^ p«|rlen^ 

V?w'®»^^8ft fonp^, p^ 1q £4ta^ 4e. rédJAoe^ à Tex- 
ti^i^ 4© w>ï^ trafls^ept^i présQu^e xm ]^gno^ ébiKné 
qi^'op n> ç«^ qu'i, y^vétir de pt^re et^i^ carier > pwwr 
4{ii(*^ se trofLYiÇt 019 harmouie ps,iffa^te i^vee Iqs paftîi^ 
inférieures de la façade, l^ décojfatipn. se qompos^ d'uM 
91^^ de piçt^ pi)^tf^s prisi«aiiqn^a« ^ppliqu^s *ins 
toute la largeur d^ pi^on à 60 ceutimètj:?iyi Vu^ 4ff 
Viiut^^ ^t dov pliji^fl^rfli 8tatu!9S çWi0ssa|e% ealre socle 
et} 4^: ff^nvmi^ le^. i9;t^rv9nQii Qu lîQufe^ieeiiieutjs qui 
r^pitR^t, 4ç. 1^ ^î^ des pU^sJtrest on. fai^içiponj^efcKiw 
Lf^ <^lei|. desr graiyjlies^ s^^j^ues s<hMi éQiheloiiiy94s d^ biw 
efi. J^ajrt q9^^^l6 çu a,ii^it^é4t;^;i 4e sorte qi^ W pnch- 
BP^efj 4e clique f^(^ Couche p|rçsq^e le sol i^ U gf^ 
Iqfj^ ^t que \i$9i suiysptf^ se rappfoot^ut 1/^ pas plM 
que.l^es, ^.i^tre^ 4^) J|»^ poin^f 4ï* pignoft. Cette djsposi- 
^çp çonin^u^cie ai|» «oipiffQpneifpeiit de k fsç%4e m* 
ç^rac^re. 4'(Mrîgifl^lîAi et i^a aspeçjt pittqresque. cpif. UQUI^ 
n'evons pas reucoul^s i^i^^rs» C'est sa^us (feirfe p^o^r 
donner encore à Tenseiji^bl^ pl^s^ 4e l^^e^é et, d^ fffke^^ 
que V(W^^ a é\idé, 4 joftrj le (0^4 da plus^Qi^r» des ni- 



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— 504 — 

ek9i où «to ièvent les itniùes ; mldt il faut ^v6nt/t que 
C6 n'« pM été àii prdit dè^s ^attdè M hMts )p«É<80imàgeê : 
le teM «I la pltti» ta'ont èU qBé fitiiè d« priiie %nr eux 
et Iè8 ont tèlltdtoeiiit t^^ijp^ quHl n^s•t ))liié poMible de 
l6« tveoahaâtre ; t»h tf*^ êenleiiieAt qa^Us |i6rtaiënt ibiis 
un kndwd; Cd«i â^ Uâi^^, qui 6$t autoi l« plui 
élevé ^ n'A pa» a^adt aoisflfeH i A iiépréaenté iin 
Btéqcte erdMé et mi^ ^ leiMt là iMiki peut* béiii^. Ne 
serait-ce pas encore St.-Honoré , le titlilaire dn poriail , 
St.-Honoré contemplant d'en haut les vastes plaines 
q«*îl a fécondéea de ses set^uré apoètoliqnes , comme 
il «ccueîlU ftoê bas lés fidèles qui viennent au Itemple 
prier lé Dieu tdoat il fut le PontiiBs f 

Huit socles et dais paraissent n'utoir jai^ate l'e^u lès 
statues qu\Hi leur destinait. Coiiiwe les cinq autres , ils 
sont trôs^emarquables ^ les M^m pkr leUlrs càt4Btidës 
bien travaillées et toutes variées, lés dais par leurs élé- 
gantes a^ulUes bastionnées ei pyramidales. 

Nous teriÉinerions ici Cette seconde partie de nos 
éltades su^ le portail St.-Honoi^é ^ si nous n'avions à 
cœur, dma llntërét du moùtinledt{ d'éclairer rai^tiéle 
chargé de le féparer sur qudqui^s points importantft 
restés obscurs dAns notre premier travail. 

Dans le scène de la messe pontificale célébrée par 
Sl.^onoré) au troisième étage du tympan, nous n'a- 
vions pu reoonnaitre Tobjet brisé que tient à la main 
Ua de^o placé derrière l'officiant^ en avant du diacre 
et du sous-diaoi^ (1). Nous ne doutons pas maintenaut 
quo l'objet nnitilé n'ait été xèA dergOt et nous eon- 

(1) Mémoires de la Société, tom. Vt. pag. 77. 



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— 502 -^ 

seillonc sans hésiter au sculpteur àe refoire un cierge. 
Notre opinion se fonde à la fois sur l'autorité des lè- 
tur^tes et sur Texemple d^une ancienne miniature^ 
appendue aux murs d'une embrasure de fenêtre dana 
la bibliothèque de Rouen ^ qui nous fait Toir la reprc*- 
sentation d'une messe solennelle où se retrouve la cir- 
constance d^un clerc présent au sacrifice entre le cé- 
lébrant et ses ministres, et portant révéreutieusement 
un flambeau allumé. 

Après de nouyelles réflexions sur le type à préférer 
dans le rétablissement dn Christ du tympan qui rap- 
pelle le salut miraculeux fait à la chasse de St.-Honoré 
par le crucifix dit de St.-SauTc (1), nous n'avons pas 
été d'avis que le Christ nouveau reproduisît le carac- 
tère byzantin du St.-Sauve, vêtu comme on sait d'une 
longue tunique , la tête ceinte du diadème , et les bras 
étendus hori^uutalement sur la croix. Quoique Tartiste 
du XIII.® siècle ait eu sous les yeux le Christ même 
dont il voulait perpétuer Tacte de merveilleuse révé- 
rence envers St.-Honoré , il n*est nullement probable 
qu'il se soit astreint à en copier servilement les for- 
mes, dans des principes entièrement opposés aux types 
reçus de son temps; il a dû, au xiii.* siècle, sculpter 
un Christ du xiii.® siècle : il n'a pas dû , en Occident , 
sculpter un Christ bysantin. Mais la meilleure preuve 
de Topinion que nous soutenons se trouve sans con- 
tredit dans les ruines elles-mêmes du Christ qu*on doit 
remplacer , et dans Tétat actuel de la croix , parfai- 
tement conservée , sur laquelle il était cloué. Les doigts 

(1) Mémoire!, toia. YI. pag. 8S., 



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— i>0S — 

ée la muin, teub mais précieux vetiige» que noQf 
ayons rencontrée du Gliritt ancien, prouvent de la ma- 
inére la plus évidente, par la direction qu'ils suivent, 
que les bras descendaient un peu oUiquement, eomme 
dans la plupart des Christs , au lieu de s*étendre , comme 
ceux de St.-Sauve, dans le même sens que les bras 
de la croix. D*un autre côté, le tronc de cette croix 
ne présente auoune dégradation qui laisse voir que le 
Christ détruit y ait jamais totalement adhéré. Au eon^ 
traire, le soin avec lequel on a travaillé la croix dans 
tout son contour ne permet pas de douter que son 
Christ n'en ait été presqu'entiérement détaché. En se- 
rait-il ainsi cependant si le divin crucifié avait été en- 
veloppé d'une longue robe, à la manière de St. -Sauve? 
La large tunique n'aurait-elle pas été appliquée par 
derrière au tronc de l'arbre , et celui-ci , après la chute 
du Christ, n'en conserverait-il pas encore des vestiges? 
Ces considérations nous déterminent à émettre for- 
mellement l'avis que le Christ du tympan soit rétabli 
sur le modèle des crucifixions de la fin du xiii.* siècle. 
Les vitraux de notre cathédrale offriront a l'artiste plu- 
sieurs bons exemples. 

Nous devons aussi réparer l'omission que nous avons 
faite en ne parlant pas de la sculpture décorative du 
porche. L'ornementation de cette importante partie de 
la façade mérite d'autant plus d'attirer l'attention qu'elle 
est en parfaite harmonie avec le caractère général de 
la statuaire , et qu'on y remarque à la fois élégance et 
simplicité, abondanee et sage économie. 

Les soubassements des latéraux^ immédiatement au- 
dessus de la belle gresserie qui supporte les grandes 



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— 504 — * 

•ont creusés do douxe eentiméUres es una c<^* 
^Qiiaââe composée de haîi fiàts à gaudie et autant à 
droite, ayaot quatre vingt centimètres de hauteur et 
surmontée de pleins cintres lesquels s'entMoroisent les 
uns les autres à cause du rapprochement des colonnes 
et forment aimi autant d'ogives par le fait de leur 
intersection sur deux points différents. Quelques arcbé^ 
f4ogues ont attribué à cette combinaison, fmrtuite ou 
calculée , de deux pleins cintres se rencontrant , la dé*** 
couverte de la figure ogivale. Nous rmidons hommage^ 
ai non a Térudition , du moins à rheursuse imagina* 
tien des auteurs de cette hypothèse. 

Qooîqu'il en soît , cette ornementation est gracieuse , 
relevée qu'elle est encore d'une frise courant sur le 
fond et traversant simultanément les diapiteaux qu'elle 
revêt d'une belle verdure habitée par divers animaux 
fort bien travaillés eux^^raèrnes. 

Un long rinceau en ceps de vigne très-bien évidé 
encadre chacun des jambages de la porte en filant à 
la fois snr les chambranles et sur les linteaux. 

Les diverses scènes historiques qui remplissent le 
tympan sont étagées les unes au-dessus des autres, au 
moyen de cinq corniches dont quatre servent à la fois 
de sol aux tableaux qu'elles supportent et de ciel ou 
dais à celui qu'elles couronnent. La première par le 
bas a elle-même une double destination, elle forme 
la corniche générale qui embrasse et surmonte les deux 
vantaux de la porte, et soutient en môme temps les 
douse personnages en pied que nous avons décrits. Son 
motif d'ornementation est un rinceau de vigne plus 
volumineux et de même espèce que celui de dessous. 
La seconde consiste en une suite de dais s'ouvrent en 



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tHMies et se cii»«iWHltiant d'édkmles. Lettr toiMsure m 
taptêse de larges feuilles eiiMiblées Mlartiaiil atec des 
croeketê. ^arailélektient à «;e^le série de eiels qui om** 
brag«*l le premier tableau, régne une tripla ligne de 
tores, eatets et doneiaes iinis sur hiqueUe est étaUîe 
le seodfid tableau. La troisième est eemposée d'après 
le même système qne la préeédeMe^ ëVec eMê diflEi^ 
rence qae les voûtes des dais ne sortt pas revêtues de 
verdure, mais laissent paraître leurs nervures nues, 
et que les petits édieules ont ici forme d'église plutôt 
que forme de fottificationa eomme plus bas. A^t-on 
voulu par cette dîiFèrence signaler la nature des scènes 
dottt les unes se passent en plein air, les autres dans 
rintérieur de Téglise P La quatrième plus sévère et 
presque nue n'offre qu'une suite d^arcatures trilobées, 
peroées de petits trèfles dans les interstices de chacune 
d'elles, La cinquième et dernière est une simple ta- 
blette plate, ornée de camées ou quatrilobes en relieF. 
Les soitante groupes de la voussure «ont séparés les 
uns des autres et encastrés dans leurs alvéoles par un 
motif d'ornementation formant à la fois socle et dais 
selon qu'il est au service d'un groupe supérieur ou 
d'un groupe inférieur. LUmi^ination des artistes s'est 
exercée en cet endroit d'une ^çon merveilleuse en 
produisant une variété telle qu'aucune de ces ciselures 
ne ressemble à une autre et que la dissemblance des 
détails ne nuit pas à l'unité élémentaire du système. 
La forme en est octogone, en tenant compte de ce 
qui s*engage dans le fond du mur. Chacune des foces 
sWvre en trilobés inscrits soit dans des ogives, soit 
dans un autre trilobé de plus grande dimension, soit 
dans un plein cintre, soit dans un triangle, soit dans 



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— 506 — 

^aelqu'uaire fif are g^omélrique rentrant dans le thème 
général. Le» «ngles de ces polygones sont ornés dans 
le même gojit et at ec la m^me diversité de formes ; 
ce sont presque toujours des tourelles, fénestraux et 
pignons aigus. Les eréoeaux qui garnissent les sommets 
aflEectent égalepient de ne se ressembler jamais. Ces 
observations sont applicables aux dais des statues co- 
lossales des latéraux. 

Les portes en bois qui nous restent de nos anciennes 
églises sont aujourd'hui trop précieuses en elles-mêmes, 
et leur existence aussi bien que leur décoration im* 
porte trop à Thistoire de la menuiserie de Tére go* 
thique, pour que nous puissions nous dispenser d*ac-* 
corder une honorable mention à celles qui ferment les 
deux larges baies de notre façade de chaque côté du 
trumeau. Leur force et leur épaisseur ne doivent pas 
plus étonner que la prodigieuse puissance de leurs pen- 
tures « de leurs gonds et de leurs verroux : il n'en fal- 
lait pas moins^ pour clore solidement une aussi vaste 
entrée. On s'arrêtera de préférence devant les longues 
baguettes à côtes saillantes qui montent verticalement 
de la base au sommet pour couvrir autant que pour 
assurer les joints des planches unies entr'elles par des 
rainures. Un beau semis de clous à grosse tête fortifie 
les vantaux en les ornant, de la même manière que 
les larges bandes de fer des pentores qui les traver- 
sent horizontalement jusqu'à trois fois. Comme à Notre* 
Dame de Paris, i St-Etienne de 6eauvai^, i St-Martin 
de Laon , a Notre-Dame de Rouen , ces pentures s'é- 
panouissent a leur extrémité en délicates et gracieuses 
arabesque^. Le caractère du travail tant de la boiserie 



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— 607 — 

qae des ferremento permet de faire remonter au xit.« 
tiécle ces belles portes trop pea remarquées jusqu'ici. 



NoTRB tache est finie ; elle nous a été bien douce , 
Messieurs, lorsqu^en Taccomplissant sous tos yeux il 
nous a été donné de faire revivre quelques-unes des 
immortelles pages de notre basilique , devenues par Tin- 
jure du temps et par Tinsouciance des derniers âges, 
complètement illisibles ; elle nous a été plus douce en- 
core par la pensée que nos études avaient un but pra- 
tique d^une haute importance , puisqu'elles pouvaient 
sauver de magnifiques sculptures que le ciseau , dé- 
pourvu de guide, aurait peut-être à jamais ruinées 
pour la science , en prétendant les réparer. S'il est vrai 
que Tannonce d'un projet de restauration , qui devait 
avoir pour objet des groupes historiques peu étudiés 
et peu compris jusqu'à nos jours, nous avait fait con- 
cevoir quelques alarmes, aujourd'hui nous pouvons dire 
que nous voyons avec moins d'inquiétude et de déplai- 
sir commencer les travaux. Les études préliminaires 
qui ont précédé la mise en train des réparations et les 
sages prescriptions données au sculpteur par M. le Préfet, 
suivant le vœu du rapport de votre Société , sont , 
en effet, de précieuses et solides garanties. Espérons, 
Messieurs, que bientôt nous viendrons vous dire que 
notre confiance n'était pas vaine, et que le succès a 
répondu i notre attente. 




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NOTICE 

Sur les Mottes ou Tombelles de ^^arrondissement 
DE Sai^xt-Quentin (aisni^), 

Par m. Amédée PIETTE^ 

MmhIiea, VitalaîcA bob féÂdMKk da 



U ^0Ù«|« sur mfta iidiûléi d» pàaà^ an, dépat tetoent 
cU, VAm» et ftiatàiuaMitmmûn^ de l'iMnoiidKssenioBrt M* 
St.-Qaentin on assez grand nombre de petites éminencea; 
émLemmoiat da mains A'hommea et; qa^o^. désigna oipdi^ 
n a ÎF ^ j ap^apti som lei iiooi^ de Jbotmp moMa$^ Mtoa- eê «sas* 
k^lh^^ ^r^^Mm^nim^ d'niiA iiaimeooniqntt.Mi aarondie 
ffc, d'm^ k%H!^nf eomnwpia de 13 à .15 mètrea» mmt 
«îMiéaa $t^ dasi pqinla éleTés» fui d(nmnaMÉ»«M ééanéMi 
9apsi4éf^le de. ^rceMlk «|. quiaemUent laasmvii se aoa^ 

BiAn qi|«( Tm^inî^n i^nér^fe s^ d^aoeeedi peur regaiv 



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— 510 — 

der ces collines factices coninie des roonuments faiièbres, 
elles ont donné lien néanmoins à des dissertations sa- 
Tantes, nombreuses et souTcnt contradictoires parce 
que les époques n'ont pas été calculées diaprés un 
examen approfondi de leurs positions, de leur construc- 
tion et de leur contenu. 

Les uns n'ont touIu y reconnaître que des tombeaux 
élevés par les Celtes ou les Gaulois ; les autres , et c'est 
le plus grand nombre, les ont regardées comme des iu- 
muli romains; enfin quelques antiquaires, s'appuyant 
sur leur position presqne toujours élevée et souvent 
correspondante, les ont considérées à la fois comme des 
monuments funèbres et des moyens de signaux employés 
par les armées romaines. 

Toutes ces opinions peuvent avoir chacune leur fon- 
dement, mais il est probable qull existe des marques 
certaines au moyen desquelles , avec un peu d'atten- 
tion , il serait facile de caractériser d'une manière pré- 
cise l'origine ~ et la nature de' ces ' monuments ; aussi 
est-ce dans le but de provoquer la recherche de ces 
moyens que je viens signaler aujourd'hui , à la Société 
des Antiquairetf quelques-uns des» pcnots où. ses études 
pourraient sa- diriger ' avec un succès 6n peut dire 
assuré. . 

.Avant d*indifuér la sitoation de ces ba/rroum ou #o«»- 
bMêê qui parsèment encore la portion^ de la Picardie 
comprise dans :l!arrondissement de St.'-Quètktin , je crois 
qo'il n'est pas muiilo de rappeler rexistènce é'nn des 
l^s MitéreaBailto monumfnts de ce genre que les ef- 
forts des bomnes ont f^t disparatirc' de la surface du 
sol depuis 15 à 20 ans seulement; je veux parler du 
Mont St.^MarCin^qui était Situé sur le territoire de la 



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-i. 611 — 

comiminc de Gouy et au pied duquel fol bâtie, en llîO, 
l^abbaye célèbre qui Itii emprunta 80ri nom. 

Ce mont , ou plutôt cette niotte ; ti'était autre 
cbote qu*un tumnins antique dont les dimensions pou- 
vaient être de 12 à 15 mètres de hauteur sur 60 à ^ 
de largeur à sa base. On Tappelait dans les temps éloi- 
gnés le Moni des Bœufs, MonS B&um, Une tradition 
locale recueillie et rapportée par Gollietle dani s^ mé- 
moires pour iservir à l'histoire du Yermandoîs, nous 
apprend qu^il changea de nom à la suite du passage 
de St.-Martin qtei parcourant la Gaule , comme soldat , 
dans les troupes de Temper^ur Julien , détruisit des 
idoles ddnt son sommet était ômé. > * . -* 

Pendant longtemps, les habitants '4e ^^abboyé^ démeii-- 
rèrent TOtsins de ce moiitimènt, sàns-^e* {^k<ébd^up^r *dè^ 
son origine; ©n 1689, cependai»Vile-^ï)èl*^ fi«firière , 
prieur du monastère", résolût iPy ptaticfuer^ quelques 
fbtiilles, il le fit crtivrir par te' somiiièt; YMéi comme *i4> 
sVi^pliqùe lui-même, à ce dXijeky àhla page' hirîtiênie' 
de ses raéntoires hiaàusorits. -* •' - 

« If ous finies creuser au-desdus d*e ce-ttièfit et à trois 
» où quatre pieds de profdîidéup l'ort a trouvé de la 
» maçonnerie et ayatit* tdut idécoùvert ncVus y aVeïis 
» trouvé une grosse tour de pierres, ronde et fort toas- 
» sive et au milieu de cette grosse tour,* tidus avona 
» trouvé une autre petite tour d'environ deux' pieds de 
i haut, et au milieu de cette petite tour; un gros grés 
» d'environ trois pieds, fermé et entouré Jde fbrleè 
» maçonnerie, au milieu duquel était *u6e mfortaise et^ 
» au-dessous du grès comme une petite- tèmbe formée 
» de fortes maçonneries et au-^^ssdiië toutes maçonne-^' 
» ries légères et rien dfe plus. » 



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je l«i#te « rnvcbéoiegae éclairé « le soin d^apprécier 
cette descriptÎQOi quelque confme qu'elle puÛMe pe^ 
relite, j'ai pensé qa'il ponvail être utile de U foire 
cQouaitre « «lyonrd'hui uutUmUj quelle e$t, la seuie Uaoe 
qui reiAe de U butte du Meuit St,-M«riin». 

BeauoQup de temb^Uee out disparu eoimne eelLft-ci» 
aiMM que walheuraiMeiueoil la, acienee ait eeostaité U 
nature de leur état iotériour ; leur emplae^mcnt est tou- 
jours marqué sur la terre puf la déoouûuaticMii de motte 
ou de tembelle conservée eujt lieux, oijb ellea aélevaiant, 
et oea li^ttx peursaîeol peui^tre encore être consulté 
avec fruits car Vaa eonstfOAtioua abritéea pa^ ces massée 
de terres , furent qiialquefciîa pratiquéea au-di)sspua dflt 
miea« du tertaia Mturel i de sorte qu'une butte a pu 
dispanâtre eutièreineuty sa^s. quo la sépnUurft qu*eUe 
preté fP SÉt ait épreuve» la uioindr^, akéra^ioiu 

Je revieua À eenx du eaa uionumenU. c^i se sont 
oanseriFés jmq^'à neua^ ilsi sont au «oiubre di^ dix< Ou 
les teei^Te à Hare^aourl (canton d\| Qatelfit), à Moa- 
tescoort et à Glastre ( canton de S^.'^iqsoo. ) » k Ëti^eil^ 
leva H m Peutmi { eanton» de Yesuiep«4 ) ,. à (r^mqut et 
èk Etat 0a < einu>u da Qobim)i à Moy <caotQ^;du.jnéme 
imnt)% à FonaMsmo et. à Fieulwue (oa^ton de St^-^Queutio)* 

Beinu p'HAai^fcoiiRVv ^ ba b^te d'Hai^Qo«rt est 
siluée à Ton^a^ du TiHaga», sur la limite dji départe- 
manit de TAisueet, 4a eel^Â 4e. lia. $om,Rm at à cinq ou 
aia ceuta métrasi de la t^m i^ouiaiue de St^-Queutin à 
Arraa ; aUe fav^e le point cMlnÛRai^ d'uA plateau q^i 
domine tAut le pays envineiMiant at. d'uù Ton peut £b^ 
oi le ro a e t obserrer: la peaîtioii. fomaMW . da ColpguMi ( Co- 
lenîe >, et lea aoutos qui 4e ee.Uau. t^ndi^uA vers.St.- 
Quentin, Cambrai et irraa; La* culture veajUraiiit tons 



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— 81» — 

les joaft U liaiilear de oetie boUe à laquelle m ie ritr 
tache aucane tradition. Qn De remarque dant ses alen-" 
tours aueuae trace antique et je ne sache pas qu'on 
y ait jamais fait de fouilles. 

BaTT£ DU MosTUSCouBT. — ' La butte de Hontescourt 
porte le nom de motte » elle passe dans le pays pour 
la toa^ d'un général espagnol, tradition peu probable 
qui doit sans doute son origine aux guerres avec FEs^ 
pagne dont la contrée fut si souYeut le tbé&tre dans 
le XVI.* et dans le xvii.* siède. 

Ce monticule couyertde gazon et de quelques arbres 
fruitiers 9 présente une hauteur de 10 métrés , il ert 
situé dans un Terger, à peu de distance do TégUse et 
à trois ou quatre cents mètres de la dbaussée romains 
de $t«^nentia à Soitsoos ; une ancienne Toirie qui p»* 
rait venir d'Albert (Somme) et rejoint la voie de Seis^ 
sotts prés de Remigny passe aussi à sa proximité. Il ne 
reafeiwe pas de constructions souterraines, c'est 4a 
moins ce qui semble résulter d'un puits creusé dans 
sa hauteur et d'une large et profonde excavation pra» 
tiqoée récemment dans son intérieur. On reourquè à 
son pourtour des traces évidentes de fossés dont les 
terres auront probablement servi à son éléfation. 

TpttoLus DE €(.Asxa£S. — Le tumulns de Claies, 
connu $Qtts le nom de motte Fresnoy, offre à peu près 
les mêmes dimensions que celui de Monteacourt ; iljcsL 
comme lui placé dans un verger, couvert de quelques 
arbres; les gens du pays le regardent comme le tom^ 
beau d'iftn géi^ral rtimain. Aucune fouille n'y a en- 
eore. été pratiquée. La route d'Albert vers Remigny 
^ se .eroiae À Clastres avec le chewn Glatreis ou 
eliemin de Be^uToisis qui allait de ât.-Quentin vers Beasb- 

38« 



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— 514 — 

Tais passe ainsi que celai-oi Fort près de cette tom- 
belle. 

, Motte d'Attilly ou d^Etreillers. La motte d^Àttilly 
existe sur un plateau élevée entre le village d^Etreil- 
lers et le hameau d*Attilly , à un myrîamètre ouest de 
St.-Quentîn. Son sommet élevé de 10 mètres est garni 
de quelques ari^res; on trouve dans ses environs di- 
verses traces d^antiquités romaines. La voie de St.- 
Quentin vers Nesle qui traverse Etreillers , passe à qud- 
ques centaines de mètres au sud de ce monument. 

Butte de Pontru* — Le tertre de Pontru , désigné 
indistinctement sous le nom de motte ou de tombeile, 
est un des mieux conservés du département de TAisue ; 
sa masse énorme , grossie encore par les broussailles qui 
la couvrent, s'élève sur le versant septentrional de la vallée 
de TAumignon et semble dominer le cours de la rivière 
j«Mque sous les retranchements du camp de Yermand, 
tandis qu'au nord elle parait surveiller la voie de Yer- 
mand à Bavay jusqu'à sa jonction avec celle de St.- 
Quentin à Arras et Cambrai. Au mois de juin 1828, 
la Société académique de St.-Quentin fit faire dans ses 
alentourS' des fouilles qui amenèrent la découverte de 
plusieurs tombes en pierre et de nombreux squelettes 
gisants au hasard entre les tombes ; la plus grande 
partie de ces débris humains appartenaient à des hommes 
moissonnés à la fleur de l'âge. On n'y trouva aucune 
médaille, aucune inscription ni autre objet qui put 
éclairer sur la date de ces sépultures. 

TujiuLUS DE Prémont. — Le tumulus de Prient est 
ûtué sur le bord de. la chaussée romaine d^f Yermand 
à Bavay qui sépare le territoire de Prànont de celui 
de Serain, il adhère à la chaussée et fait corps a^ec 



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— Mô- 
le remUaU} même. Malgré le» traTaBx de la eiiltve q«i 
eat paryenue à le retourner chaque anooe, il a encore 
6 à 8 mètret de hauteur. Sa euperficie est couTerte de 
nombreux tessons de poteries qu'on retroute également 
à gauche et à droite do la chaussée, dans un rayon 
de. trois à quatre cents mètres; ils paraissent exister 
en ptos grand nombre dans les champs ^qni s^étendeni 
en pentes douces jusqu'au fond d'un petit Talion do 
côté do Prémont. La cnlture découTre fréquemment dans 
ce lieu des médailles^ de larges tuiles. à rebord, des 
fragments de poteries de formes et de couleurs Tadées, 
des grés proyenant d'anciennes constructions, des meules 
à bras de différents diamètres, enfin des sarcophages 
renfermant des ossements, des armes et des ustensilea 
grosoers. Oh ne trouve autour de cet emplacement au-* 
cune trace d'enceinte ou de fossés, la tradition n*a rien 
conservé à son égard qui puisse permettre de décider 
si ce fut une ville ou un simple établissement. 
. Tdmulus d'ëtàves. — Le tumulus d'Etaves est coni^i, 
sous le nom de motte ou butte d'Epinoy qu'il doit h 
récart près duquel il est élevé: c'est un petit tertre 
parfaitement arrondi , ayant 8 mètres de hauteur sur 
60 environ de circonférence à sa base; il est situé an 
ncMrd du village, d'Ëtaves, à peu de distance d'une an- 
cienne chaussée connue encore sous le nom de chaussée 
des Tomains ; ce chemin qui vient des environs du Ga7 
teau, département du nord, se dirige vers ChâtillQUr 
sur-Oise où il rejoint la «voie de St.-Quentin à Eeio^* 
La butte' d'Epinoy faisait autrefois partie d'un bois ap- 
partenant; au prince de Condé ; ce bois défriché il y a 
2^ ans ayant été vendu. par portions, le nouveau proprié- 
taire de la tombelle essaya alors de la fouiller , mais 

33.* 



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— 6^6 — 

é%àn% (Mirrena à trois métrés de profondeur sans. rie» 
HâfâèOtttrer, il ab&ndotina tes recherches qai d'oii4 p«s 
été renoavelées depuis. Les jardins d'une halitti^oii rut^ 
#ale qui avoisine ce monument cosiiensent des it%^ 
Éseùis de poteries, des tuiles et d^autres marques dm 
constructions antiques. Une tradition locale TOtti qmm 
ï» village d'Etaves ait été au iemps de Jules^Céssr W 
Héu de station d'une légion de caTalme romaine. Son 
nom, qui parait Tenir du mot sUOiam,. semble ajouter 
quelque poids à celte opinion et peut &ire penser que 
fitaves fut en effet , dans les temps éloignés, un Uaa 
i^ranché qui servit de séjour aux armées rcHuaioes. 

Botte db Mot. — La ton^>elle e<mnae sous le nom 
àé butte de Moy, est assise au sud-ouest du vilbige 
dé ce nom ^ sur un ccfteau élevé, entre la rive droite 
ée l'Oise et la grande route de St.-Quentin à Lafière* 
De tîe point on domine au loin le cours supéfîeur et 
inférieur de lH rivière; le tertre couvert de broussailles 
offre l'aspect d'un cène tronqué et peut avoir dB à 14 
mètres de hauteur. Dans les commencements du siècle , 
dn a trouvé dans ses environs des tombes en pierre 
renfermant des ossements. En 1820 on découvrit encore 
éur le plateau qui l'entoure quelques restes de cons*» 
tructions et une nouvelle tombe en pierre tendre re- 
couverte d'une daHe de même nature , elle contenait 
un squelette qui paraissait bien conservé , mais qui au 
tdùtihei^ tomba en poussière k Texception du crâne qui 
àVâît conservé queic^uè solidité. 

ÏOMBELLE DE'VomovcnŒ: — La tombcllc de Fonsomme 
appelée la motte Guerlot, du nom d*un individu qui y 
fut, dit-on, br&lé vif, pour crime d'incendie, dans le 
commencement du iriècle dernier,' esé située à 500 pas 



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- W7 — 

4e l'awsiônnc) .«U)aye de Eervaquett, 8«f. >l«. fm^t^ 4'pn 
coieau qui domine Ifi iMlé^ d0> i^-Simm^ J^} ^y^^^^ 
tADCû. La cttU»ir& a rédmt l|1ljo^^4?bp^:à^.l^^ ^.jn^tr^f 
aa^ssna ilit leipraûit. Daiurel- «a Itaiiteof qui .d€i14Ji^.é^# 
dana le {ii^c^Nd d^ ,M:k iZ siètf^^, t^ fm^nÀ^sm 
qui Texploiite 'comme une 4^aménB 'de marnées y«.t^^ 
eoutre de noiiièreiix ye«tigpea.,jde{COfïalniQ|]on«(r,#Ml g9^ 
IMofaitemeut -taîUéa -c^m a^Abk^t «liYoivr iifl^4i:^tfinM> à 
quelque^ éditée JouteBNdn; et - qaekp|ei «àre^ Ai^St^nM 
d'une pierre noire étraugéi^e att 'pft^8^'-«9«:la<p:ifH#)!0ft 
remarque parfois des traces de moulures. A cent mètres 
finviroo'. au «ud éer\a niotte £roerlott,r.di:^ e»à^ lUm.^n- 
oiemie exca^vation gan^etde, iHKmsaaiUes> «U^* pe^s<^jt^ 
en: profondenr^«|)-«fi/liHrgeui:^ les^ alémet». dimenÉÂop^tq^ 
la moue dam ^ hUErtenc:, ,Q^tïsi:jie.:ià4q8i;4k)iijfn?l^il 
la.rtni^tion, q^e furent* extraites ^lea'i4efmr qujfv&9<l| 
seFTi à son élévation;'".? (r. ','\r, r/A } ... îf :.-:•,?? è'Ah\j,i 
fivTTX DE FfBmuiNBi >^ ''Lk | buHo ' dof Fietthône-eâl 
k dernière q«er[fai à w^ryaAm'^ ùist l'apfiellë ordiçatre^ 
ment < la boTO ^ eUer. est située «u < dordj du • <wMê^ , r au 
eenir^. d'un enoloa appaiiénaiit^jratpé^is «à Mt \e 4xm^ 
êe Breteuil, «Ile peut jahroiop' 96 nmètrea^dle^ largeur à 
sa base «ur 8 à 9 de hauteur^ qaelques' àrbires frtii-^ 
tiers couvrent sou soiamct ;j^ns J^^^Jps 4(91 Teuvi- 
rooa^ on trouve un puits auîuvfT4*hui coi»blé , in^içdou^ 
U- i^ace est rendue seniilile. ^par .crtu: afaiss^spient . cojîr. 
sidérable du sol. On y trouve également des restes de 
constructions en grès et une grande quantité de tessons 
de poteries (1) , le travail dçs taupes en met touç , le$ 

(l> il perses époques on a trouvé 4aiis le Yjilage do !FUHi)aiB6 
de petites statuettes en terre cuite. Le 30 avril 16&9t, Jayrdeltf 



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— ^« — 

jKKin è décochr ^^ ; l« oinr^tière qui iottclie à cet en* 
do^ en est a««8i ' reriipH , chii(]tie inhumdtioii en met à 
joiir 'tiR grand nôtthre; .ces ^antiques débris justifient 
eii^^(^«lqtie'«0ri)d'l^é<;fm(didg^ da^^iem^dtf ^age, qu'on 
^t^évt^e désigné soms k 4énoniiAation de fgUnm ( fa- 
bH«i(ne: de poterie^ ) dans des titres' eoclénaatiqnes da 
nn^ siècle'. La Toie romaine que joignait la route de 
VeMilMd :à Bavay à cette de St.*4}iientim à Reims, entre 
le Cateau ( Nord > et Ghàtillon<««iir-»4)ise ; passe à ôOO 
itiètreil»*4iilet«nt^de"c«tie boTC. 

' ^Ainsi qu'on peut im juger par la courte ^deseription 
^le- je Tiens d*en donner , tontes ces mottes on tom- 
belles, dans l'arroudîssement de Si.^Qventm, sont si^ 
tuées sur der points élerés;, soavestt.correqKHidante, et 
pnwfà^ toujoers à la proximîAé des grands cbemins 
qu'elles semblent obsenrer en ménui i. temps que le pays 
eovîvoniiiant, de soète qaJén ne W*. ceasidérant que sous 
le rapport de >le]ir' situatioo, on est ^roé de: eouTenir 
que Tt^pinioa qui. les TegàcdoL enmML^ des nboyens de 
signaux, comme dès sortes *d?)i»Êphratoria «e ratti^iduiiit 
à un vaste système d'observation , n'est pas éatâèremeot 
dénuée de fondement; -y^t'-:^- • 

Mais avant d'avoir à cet égtird une opinion bien ar* 
rétée, il était nécessaire de Donsultar leur état intérieiâr, 
afin de s'assurer' si leur 'èiCuation n'était pas refiet.d» 

publication de la paix des Pyrénées, Ses Joueurs de quilles, en 
établissant leur Jeu , en trouvèrent une qiii est devenue depuis fort 
célèbre sous le nom de Notre-Dame de la Paii: elle est conservée 
dm réglise da village où elle attiré chaque] amiée un grand nosH 
hre de péleriiis. 



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^ 519 — 

hasard, aï leur .but principal n'était pas d'indiquer et 
de protéi^erdeer sépultures y enfin s^ila n'avaient, pas la 
double destination de servir à la fois de tombeaux et 
d« œoyené de; défense. 

G*est dans cette intention que je résolut d'exj^orer 
rintérieur de: ces monuments^ autant qu-il me serait 



J'avais plusieurs fois entendu dire que la bove de 
Fîeulaine renfermait des constructions souterraines, des 
vimllards m'assuraient y être descendus dans leur jeu- 
nesse, mais' aucun n'en avait conservé un souvenir 
asscK précis pour me donner une idée de leurs disposi- 
tions^ Ce fut donc par cette tombale que je me dé- 
terminai à commencer mes explorations. 

Au mois de mai de l'année 184*2 , je me transportai 
à Fieulame et après m'étre entendu avec M. Moisson, 
nouveau pn^unétaire de l'enclos . sur* leqpiel s'élève la 
moite, je mis à l'œuvre deux ouvitera qui commen- 
eèrent \&nx tranchée du côté du couchant où une lé* 
1^^ dépiies^ion de terrain indiquai!; une fouille anté* 
rieure. .Après quatre heures de travail ^ous n'arvioti^s 
eooQi^. traversé que des terres argileuses sans mélange , 
aucun indice de construction ne se présentait et déjà 
nt>us décèlerions du succès, quand ia sonde enfoncée 
de nouveau pénétra tout à coup dans le vido aptes 
av^oir i traversé un l^r obstacle, tes ouvriers redou- 
blèrent de courage et bientôt ils mirent à découvert 
l'entrée; d'un^ caveau masqué par des planches de chêne 
vermoulues et posées transversalement pour empêcher 
l'éboulement des terres dans l'intérieur. 

Le défaut d'air respirable ne me permit pas d'y pér 
nétrer immédiatement, et je ne pus y entrer qu'après 



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j aroir joté plvsieiirt tovehe* de paHle enfiaouné^i. 
rexamioM le» lieax av«e la plvt •onqiiilemse' aUentioiif 
lé eateaa était entièrement ▼ida, et je ne tardai paa 
à aoqaérir la conviction que je a^étaiis paa le premier 
q«î y avait pénétré ; une petite insotfipiioa » Iraeée à 
la pointe d'un contean, aiir une pierre tendra, an bai 
de Tescalier dana la partie droite, ro^apprit que IL Gol*- 
tin (i) y était desoendu en Tannée i860« 

En Tabsenoe de tonte eipéce d'objets qmi eût p« wé 
donner un indice certain aur la dettinaition de ce oi^ 
▼eau, il ne me restait qu'à faire le plan dea lieux afin 
d'en donner une idée exacte à ceux que l'étude de 
ee genre de monuments peut intéressen Cbst le ré^ 
snltat de cette opération que j'ai consigné dans les deux 
ptanohes qui accompagnent cette notice^ 

La erypte située au centre du nponticttle qui la 
eeuvre, est pratiquée , non dans la masse du tertre 
dle^^utoe , mais à 1 mètre 50 o«itiraètres enriron au^ 
dessous du terrain naturel, etie est eonstruiée m^ûo 
des matériaux qu'on rencontre dans le pays, des pierrea 
calcaires grossièrement taillées, d'une dimensién ^t^te, 
peu régulière , se rapprochant cependant plus générale^ 
ment de la forme earrée, et unies entre ellea par u» 
mortier sans thaux» La voûte est à plein-Hmtre et le 
aol , qui n'est point pavé , est recouvert d'une ooucbe 
épaisse d'un sable an et durci qui parait y avoir été 
introduit par les infiltrations pluviales» 

Ce careau principal présente une longuew^ de 5 mè* 

(1) M. Gottin, riche négociant de 8l.-Quentîn, propriétaire du 
éhàtean de Fontaine Notre-Dame et dont la fille époafta^ll. levoknte 
es Breteoil. 



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tr^ évtt une largeur de 2 mètres 50 eentènètrM et 
«ne hauteur égale à «a largeur; d# chaque 'cMé de 
«êè patdia longitudinales , «^ouTrent deux autres oa« 
teattx dont la largeur est de i mdtre 26 eentimètres , 
la hauteur de % inèirës et la profeflâeue de i niètre 
60 centim^res. Cette dkpofftion dénne à Tensemble 
dé la é^pte l'a^ieot d^une double croix. 

Le couloir' ou Tescaller qm y donne accès est in^ 
cliné d*environ 40 degrés , il contient 18 à 20 marches, 
sa largeur est de i mètre 25 centimètres, sa hauteur 
de 2 mètres et sa longueur aujourd'hui réduite à 10 
mètres devait être dans le principe d'environ 18 à 
20 mètres. Construit avec les mêmes matériaux que le 
caveau, il présente néanmoins cette grande différence 
que sa voûte, au lieu d'être à plein-cintre, offre tous 
les caractères de Togive avec des nervures ou parties 
saillantes correspondant à chacun des degrés inférieurs. 

Tels sont les principaux caractères de la crypte que 
Ton trouve sous la butte de Fieulaine; son oriente- 
ment et sa disposition intérieure indiquent assez évidem- 
ment qu'elle fut destinée à une sépulture, mais son 
genre de construction et particulièrement la voûte de 
Tescalier permettent difficilement d'en faire remonter 
l'origine au-delà du xii.* siècle, de sorte* que cette dé- 
couverte , loin d'éclairer la question , ne fait au con- 
traire que compliquer Tétude si peu avancée de ces 
monuments dans nos contrées. 

Mon intention était de poursuivre mes recherches en 
sondant Tintérieur de la plupart des tombelles de l'ar- 
rondissement de St.-Quentin ; malheureusement , les 
exigences de l'administration, en m'éloignant du dépar^ 
tement de l'Aisne, ne m'en ont pas laissé le loisir et 



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— 5» — 

je me «iiis yu, ayee petoe, contraint de laisser mon 
travail inachevé ; qœlqne incomplet qn*il soit je n*hésite 
pas à le ooromoniqvier. à la Société des Antiquaires .de 
Picardie i, qui ^ j*espère , Yoadra bien raocneillir a?eo 
quelque indulgence , non comme une ceurre digne d'elle, 
asais comme un jalon planté pour Tétude de ces mo- 
numents vers lesquels ses regards ne peuvent manquer 
de se porter un jour d'uiie manière sérieuse. 




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LA CATHÉDRALE DE COLOGNE. 

NOTICE ARCHEOLOBIQUE 

SUR LES RESTAURATIONS , ENSEMBLE LES TRAVAUX EXÉCUTÉS , 
EN VOIE D*EXÉCUTION OU PROJETÉS, POUR l' ACHEVEMENT 
INTÉGRAL DE CE MONUMENT, 

9Aà tx lâMMom TwMmmMMD Ha ROIsnr , 

IKiotear en Droit et Philosophie , Correspondant do ministère de 
' llnstraotion publique de Cranoe, etc. 

PRÉCIS aiSTORIQUE. 

L*œavre colossale qui devait être pour la QerroaniQ 
rhénane, un sublime et éloquent témoignage de la foi 
de ses pères , de cette foi chrétienne la source la plus 
pure, la plus noble et la plus féconde du beau dans 
les arts, fut entreprise vers le milieu du grand siècle 
ogival. 

Le 14 août 1248 , Conrad de Hochsteten , archevêque 
dont la main dispensait des couronnes, posa la première 
pierre» Le 27 septembre 1322 , Heinriçh de Virneburg , 



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— 624 — 

de cette même famille qui devait fournir an compagnon 
au dernier exploit de Jean l'Ayeugle, ce yrai miroir 
de fidélité et d'honneur , consacra le chœur parvenu à 
•on achèvement (i). 

Depuis lors les travaux tour à tour abandonnés et 
repris , grâce aux fréquents démêlés des Colonais et de 
leurs archevêques, semblent s'être définitivement ar- 
rêtés au commencement du xvi.* siècle , après le pla- 
cement des verrières aux bas côtés du nord ;. car on y 
lit les dates de 1507 et de 1509, et il faut eu con- 
clure que déjà l'on avait protégé les nefs inachevées 
par ces charpentes^ voûtes elliptiques dont la retom- 
bée s'opère aux piliers de la nef centrale. Ces der- 
niers, comme le témoignent les assises .supérieures, 
auront été longues années durant exposées à Tintem- 
périe de Tatmosphère. 

Le moy^ii«^àge avait mim^ à &qL une resplendissante 
création : le chœur. Le reste semblait un défi porté à l'im- 
puissance , à la tiédeur de cette ère moderne qui , répu- 
diant l'art chrétien et se ralliant aux traditions des 
mythes sensualistes de l'antiquité , en est venu à abri- 
ter sous les mêmes formes raouamentales : les jeux scé* 
niques, les transactions commerciales et Taccomplisse- 
ment des saints mystères. Nulle partie côtttplêW, qiiel- 
ques^unes simplement ébauchées', ainsi, à part ttn frag- 

(i) Ce qui doit 8*entendre achevé au point de pouvoir être con- 
sacré mais non armé de tout son système de contreforts'^ -^ Nous 
nous sommes amplement servi des notices^ et rapports insérés pat le 
Jlîaitre de VCfEuvre , dans la Domblatt; et grâce à Tinépulsable 
compl^sance de M. le conseiller Zwimer, nous avons pu yéUM 
figourcnuemeiit par nous^émes sur les Uaoï. ' • - " ^ 



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m^t de pHi^r de iS pieds de haut ( portail nord ), 
nul vestige de portails latéraux et une fondation par- 
tielle; les ëas eètés du nord coiffés de sept capes de 
foutes sur dix , enfin là où le grand portail devait pro* 
elamer à Tavance les splendeurs architecturales du tem- 
ple, en s'étayant de deux tours jumelles de ôOO pieds; 
Tune atteignait environ le tiers de sa hauteur, Tautre 
sortait à peine de terre. 

Trois siècles passant sur ce monument en rongèrent 
rornementation , en éhranlèrent les soutiens extérieurs; 
mais le xviii.* , dans son amour aveugle de renais- 
sance, brisa un mirifique tabernacle digne du ciseau 
de Pierre Vischer et d'Adam Kraft, vandalisme noc- 
turne (1769) se hâtant d'ensevelir dans le Rhin les dé- 
bris accusateurs, clôtura à sa guise le rond-point du 
sanctuaire , badigeonna au grand complet toute la pein- 
ture murale et, pour mettre son œuvre plus en lumière, 
il éteignit, tant an triforiem transparent qu'aux cha- 
pelles latérales du chœur, d'cdatantes verrières, et y 
substitua le verre blanc! 

A l*aurore du xix." siècle vint Tinvasion républi- 
caine ^ la maison de Dieu fut transformée en magasin à 
fenirage: puis la domination impériale, refusant l'allo- 
cation annuelle de 40,000 fr. , et bornant son patronage 
à la restitution du plomb des gouttières. Le monument 
allait indubitablement passer à l'état de ruine grandioae ! 
comme le disait Tari^evéque français Berdolet: « il 
» convenait de l'entourer d'un plantis de peupliers par 
» anticipation et en vue de pittoresque. » 

Heureusement un de ces fils de la science qu'une 
sainte vocation dévoue à Fétude , à la conservation des 
œuvres du génie de l'homme^ alom surtout que leur 



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— 62« — 

perte estoonjarée par ces puissants ennemis: le temps i 
la cupidité ou Tignorance , Sulpice Boîssérée voulut 
éterniBcr le dôme de Cologne par le burin. Cet acte 
de patriotisme monumental trouva sa récompense, il 
ramena Tintérét sur cette gloire rhénane. JjR paix , 
Theureuse paix, rendit à son tour T Allemagne au culte 
des arts et bientôt la ruche ouvrière se suspendit au 
faîte , s'attacha aux flancs du gigantesque édifice. Ce fut 
une lutte de persévérance , de zèle et d^activité , une 
lutte absorbant longues années; mais lorsqu'enfin cette 
grande réhabilitation se trouva accomplie, une pensée 
avait germé au cœur des populations riveraines du 
fleuve a où le divin ouvrier a ménagé une place aux 
grandeurs de la civilisation au milieu de celles de la 
nature (1) ». L'achèvement de la cathédrale de Colognel.», 
Ce mot retentit au Rhin , au Danube , à TOder , dans 
toute la vaste Germanie comme jadis le Dieu le veui 
de la croisade, proclamé par la grande voix de St.- 
Bernard. Les associations s'organisèrent simultanément^ 
et, le 16 février 1842, les clameurs de ses bourdons , 
la puissante harmonie de deux cents voix allemandes 
ébranlaient la métropole séculaire. Cinq mille Rhénans, 
agitant des palmes, s^y ralliaient autour d'un immense 
étendart dont le champ, formule de la pansée com- 
mune , figurait la cathérale achevée dans son intégrité. 
C'était comme au moyen-âge, l'heure de la prière pré- 
cédant Theure de l'action. Aux pieds des autels on scel- 
lait le pacte d'union. Le môme jour on procéda à l'é- 
lection d'un comité directeur et, depuis cette solennité 
de long souvenir, l'enthousiasme a porté fruit ; les des- 

(1) Fourtoul. de Tart en Allemagne. 



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— 627 — 

tioées de ce St.-<Pierre ogiral semblent être astnrées , et 
la nation allemande marche d'une rolonté ferme à Tao- 
complissement de la tâehe qui lui a été léguée par ses 
aïeux. 

PÉRIODE DE RESTAURATION. 

Les grands éyénements de 1815 assuraient la paix 
européenne. Le roi Frédéric III , jaloux de donner 
Timpulsion au mouvement intellectuel, notamment dans 
les proyinces rhénanes, le beau fleuron de sa couronne, 
releva l'académie de Dusseldorf et fonda Tuniversité de 
Bonn. Presqu'en vue de ces deux cités, la cathédrale 
de Cologne , avec cet hiatus béant entre son chevet 
terminé et son frontispice inaccompli, semblait invoquer 
sa royale sollicitude. Nous l'avons dit, Sulpioe Bois- 
sérée avait ravivé Tintérét. Nul ne songeait à la pos- 
sibilité de combler Teffrayante lacune, mais une res- 
tauration c'était le vœu des Rhénans et vraiment il ne 
fallait qu'une ^me d'artiste pour compatir à cette grande 
infortune. Le roi donna Tordre à M. Schinkel , con- 
seiller supérieur d'architecture , de constater Tétat du 
monument. 

Schinkel, artiste éminent, doué de l'imagination la 
plus féconde, habile à plier son talent a toutes les 
évolutions que l'art a subi de nos jours et dont TefiFort 
constant tendait à reconstituer comme élément géné- 
rateur de l'art allemand cet élément chrétien qui a^ait 
si noblement fécondé la période du moyen-âge, Schinkel 
reconnut Timminence du danger et prescrivit de pro- 
céder sur-le-champ aux réparations. 

Triste besogne ! Il fallut d^abord consolider du pro- 



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— SÎ8 ^ 

TÎsoire par do pnmtoîre, réparer lea eharpoOea (1816) 
et ce faisant sonder les blessares nombreuses, aviser 
a« remède. Le devis de restauration portait 3S1,000 (h. 
(1,428,750 fr. ). Dés l*année 1824 on put se mettre i 
lœuYre , une somme de 105,000 th. ( 393,750 fr. ) 
ayant été allouée. Néanmoins le budget total effrayait , 
de malencontreux praticiens grossissaient Tobstacle , 
bref, on chancelait dans les bonnes résolutions, mais 
Tarehevéque de Spiègel plaida 4iergiquement pour sa 
cathédrale et en rétablissant Timpôt métropolitain (1) 
créa la ressource d'une subvention annuelle. Les ré- 
parations se poursuivirent sous la direction de Tarchi- 
tecte Ahlert. On renouvela la toiture du chœur , ferme et 
plomb , et celle des bas-côtés du nord. En consolidant le 
mur d'enceinte, il fallut également renouveler les me* 
neaux des fenêtres, dans l'intérêt des grandes verrières 
restaurées à cette occasion. Le mur latéral du tran** 
sept sud menaçait, privé qu^il était do Tappui du 
terminal ; on fortifia la grosse eomttruetion et Toa 
arma les baies à neuf. On atteignit ainsi l'année 182ft, 
mais le temps écoulé avait été un utile noviciat. L'a- 
telier s^était formé et légitimait l'espoir d^une restau*- 

ii) On fait qae durant le moyen-âge une confrérie de St«-Pierre 
avfiit été instituée à Cologne, dans le but de faire des collectes 
pour la cathédrale. Dès le temps de Conrad de Hochsteten nous 
trouvons un magister Heinrich petitor structura) maqoris ecclesi». — 
C'était également coutume établie à Cologne que tout testateur fît 
un legs à la cathédrale, ordinairement un ou deux solidus turonen^ 
sis, environ 54 cent. — L'impôt métropolitain grève les baptêmes de 
62 cent., les mariages de 1 fr, 25 c, les enterrements de 18c. Durant 
la première décade (1826-1876) , Timpôt a éié constamment en pro- 
gression, depuis lors il se maintient à peu près au même taux. 



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— 629 — 

ratioa complète ti correcte du chœur, restauration dea 
plus argenté. 

En effet lea contreforts et arcs-bontants du chœur 
présentaient Tétat le pins alarmant. Ici la conduite mal 
dirigée des eaux pluviales à travers la maçonnerie, 
ailleurs d*innombrables attaches de fer complètement 
inhabiles à maintenir la solidarité dont on avait eu le 
tort de les rendre responsables; cà et là Temploi de 
mauvais matériaux et il faut ajouter Temploi vicieux 
de bons matériaux; partout ^absence totale de répa- 
ration ; il n^en fallait pas tant pour disjoindre , ébranler 
l'assemblage et amener récroulement. Nulle autre al- 
ternative que de refaire en majeure partie quatorze 
sirstèmes de contreforts dont huit projettent individuel- 
lement quatre arcs et six, chacun deux. 

Pour appréder ces importants travaux, il convient 
d^étudier Tappareil ancien, ensemble Tappareil nouveau 
du dôme de Cologne (1). 

L*appareil ancien consiste en trachyte de Drachen- 
fds Tune des s^t montagnes et le rendez-vous des 
touristes de toute nation, lesquels viennent y lorgner 
les profondeurs d'une large excavation réputée le ber- 
ceau de la cathédrale de Cologne , mais qui doit dater 
de plus Imn, car dans le xiv siècle les titres lui don- 
nent le nom d^Antiqua fovea. Ce qui peut avoir dé- 
cidé le choix de ce trachyte, a part la proximité de 
Cologne et la facilité du transport par le Rhin, c'est 
qfÊ^ fut employé par les Romains et durant le moyen- 
Ci) Toyez le savant travail de M. Nœggerath, géologue bien 
comia, professeur à rmûnersilé de Bonn. ( Domblatt } sous le titre 
Dombansteine. 

34. 



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ége, voir exclufiTement, dan$ le» édifices religieux an* 
térieurs à l*ère de la cathédrale. Gunther (1) nous ap« 
prend qu'en Tan ^806 le Burggraf Henri du Oiachenfels 
rendit au chapitre de Cologne deux journaux de T^noblea 
situés au--dessou8 du Drachenloch ( trou du Dragon ) pour 
la somme de 250 marcs au denier ordinaire (2,2S0 du 
8,&37 fr. 50 c); moyennant redevance annuelle de 5 
marqs au denier (fiA th. 16& fr. 75 c.) le chapitre a 
droit d'extraire. Eu 1347 U y eut contestation, et Tob 
couTint finaleipent qu'avant la reprise des travaux, le 
chapitre solderait anuuellement 30 s^helUng tornoisedB 
rpi de France (4 tk. 15 gr. Id fr. 92 c.)* Tout ceci 
prouve que monseigneur du DrachenfeU entendait fort 
bien ses intérêts* À la vérité on nW était plus a oe 
bon temps du xii.* siècle où Ton voyait s^gneurs fiers 
et puissants, s'attacher ik un char avec des traits et 
voiturer pierres, chaux et bois , poiir la eanstjciiotiolt 
d'un édifice sacré. 

Les s^t montagnes , ainsi uommées parce que vues de 
Cdiogue tel apparaît le nombre de leurs cimes, comptent 
en réalité 30 cènes, le groupe trachytique le plus ro* 
marquable de l'ÀlIeniagne. Oa sait que ce genre dki 
roeh^s, mém^e concentrées en groupe, à'est pias le fail 
de formations iuatautaDiées et tfmultanées, qu^ellee obI 
sui^i peu à peu et l'une. iqN?és l'autre du aein de la 
terre ; et que , par sui^ de ta proporti^u de leurs oomn 
posé^ primitifs, par, ^uite.du, refi^issemeut |ilus oti 
n^oius lent de la matière ignée, elles ofirent dans leur 
condition actuelle des variétés d'espèce qui peuvent 
cpexiater dans une même moutagne, dans ufi même 

(1) Ck>dei diplom. Rheno-Mosellan. III pi. 1 p. 50S. 



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— 334 — 

bbc\ et «^ caractérisent (par fa fréquence, la groésevii* 
et la couleur de tours j^ar^ieê intrin^ôques; 

Le trachyte du Drachenfels d'on^ gd$ ^blanchâtre ,: 
^uélqùefoiB bleuâtre et paagant au contact de i'air i 
tm gt\9 jauuAtre, agréable à Tœil , se diêtÎRgûe au pre^ 
iteier abord du trachyte des autres carrières par la 
préeence de cristaux de Feldspath VitreuîT reraarcJuâMè^ 
mérit grands ( 4 à 2 pouces ) mouolythes ou géiuinées; 
les premiers plus rares, rectangulaires,' en fbrme de co^ 
fontiettës; les autres hexagones, en forme de tablettes. 
On lès rencontre par fragments dans le tissu pîerreuîc, 
mais les joints de la cassure ne sont pas" rigoureuse^ 
mefK ë& niveau , preure qu'ils avaient atteint leur 
endurcissement et pouvaient contracter des fissures bn^ 
diitéès, angulaires ou par éclat, alors qUe lll maikè 
pierreuse consek*vait encore une certaine- fuéîbtBt^.' 
QuàHd^fe Woc gîst encore dans là carrière vté^ oH«^ 
Ùk^X sont 'à quelques exceptions^ ^irès disposée |»a^attèle^ 
ment et de biais; il faut donc, eu ef«ployatft ce !tra^ 
ch^te; lui' cbniBerVe^ aa position ■ natureUe, car' atitt'e-* 
meni les cristaux posés verticalement présentent leur 
pins grande surface à Faotion de l'atmosphère^ 'donhenf 
accès à Tinfiltration de rhumidité, ce qui doit amener 
rexfoliatîon. Â €ologne, durant la preniière pérkdé 
d^édification , on procéda à Pagencement pierreut avec 
utie circonspection et un soin qui ont aenKiblement 
faibli par la suite des temps. La grosse 'coiistruiijticni^ 
ce qui est desttué à porter, e*est parfaitétment main-* 
tenu à rintérieur et à rextérieur y comme^ Ta' fèrt bien 
dit M. Moller de Darmstadt, la solidité 'n*R fait que 
gagner, t>n peut en toute confiance bâtir sur ce qui 
est bâti, n en est de même des surfaces planes aux 

84.» 



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— Ma -- 

eoUatémux du chœur ^ èa riobe Irâeary aax fenêtres 
du olerestory; inw Tétai désastreux des contreferla 
placés ultérieurement , témoignait assez d'une négU^ne^ 
qui ne préparaiè pas médiocre labeur à la génération 
présente. Passons à rappareil nouveau. L'exploitation 4« 
Drachenfels, interdite par Tadministration française, foi 
repi^ en 18^ et réinterdite la même année, at- 
tendu récroulement d'un pan de la ruine comportani 
315 p. cub., plus la chute, d'un quartier de rocher 
de 864 p., lequel en deux bonds elliptiques ariisa à 
quelques centf pas de la voie publique ; rarchitecte 
Ahleei proposa le trachyte du Wolkenburg. . 

Le trachyte du Wolkenburg ( Château des If nages ) , 
mi^nt voisin de Drachenfels et de formation antérieure, 
diffère dn précédent pai: Tabsence de crutaux^feldspa-» 
thiqiies. Le grain .en est plus fin: il contient des cris- 
taux de. blende cubique et de mica , et comprend deux 
variéiés .qui se rencontrent conjointement dans un bloe 
un ^ peu ^considérable: le trachyte bleu et le jaune« 
Cette dernière couleur accuse déjà ua principe de dé- 
térioration, car elle est évoquée par Toxide hydrat, ré- 
sumai de Tabsorption des parties aqueuses et. «cides , 
aussi 9st*-il stipulé dans les transactions qu^on ne li- 
vrera que pierre bleue. La carrière , à ciel découvert , 
et . située ceni pieds au-dessous du cône , , tnmqué 
lui-même par une exploitation qui ne saurait remon- 
ter au-delà^e deux siècles, offre un agencement de 
colonnes perpei^dienlaîres, irrégulièrea et colossales, dans 
une tranchée de. 80 pieds de haut. Le trachyte jaune 
règne jusqu'à une profondeur de plusieum pieds, mais 
Tépaisseuir vairie souvent dans une seule et même co* 
lonne. Parfois il se détache du noyau ou trachyte bleu 



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— 633 — 

è la plot légère peronnion, le plus souTent il résiste 
ei la fente 8*dpère de |^art' en part; Ces colonnes bonn^ 
et mauTaises sont entremêlées. Malheureusement plùb 
on fouille cette veine , plus les cdonnes défectueuses 
deriennent fréquentes. C'est le sort des carrières tra- 
eliytiqaes au rebours des calcaires. La pierre du Wol* 
kenbufg reste affectée aut ^x>nstrudtions civiles , mais 
lk>n a du cesser de l^employer à la cathédrale et ré- 
courir au trachyte du Stelzenberg. 

Cet autre mcmt forme Tun des coteaux du riant 
vallon de Heisterbach, où s^élevait encore en 1810 la 
belle église de TaUraye de ce nomv monument de Ta 
transition (1202-1233), construite en entier de ce tra- 
chyte. Elle fut vendue par le gouvernement du duché 
de Bergues, sous Murai ^ vendue pour être démolie ! 
Sngulière destinée, ces {Àerres qui des siècles durant 
n^avaient rendu que Técho des saintes prières, s*en al- 
lèrent aux fortifications de Wésel résonner au tambour 
et s*épronver au boulet. 

Grâce à sa nature vitreuse,' le trachyte du Stelzen- 
berg est le plus durable des sept montagnes et bien 
que dur à tailler , le mieux appi^rié au travail du 
ciseau, lot carrière dSte comme au Wolkenburg des 
colonnes perpendiculaires et colossateà par tranchées ^ 
50 à 70 pieds, mais bon nombre sont pourvues d'aune 
enveloppe angulaire à Pextérieur, concave a rintérieur; 
cette première en recouvre une seconde convexe an 
dehors , eoncave en dedans , de plusieurs ^ pouces d^é-* 
pmsseur; vient enfin là masse trachy tique, laquelle mise 
à nud offre Taspect d'un arbre dépouillé de son écorce 
et pétrifié. Cette double enveloppe n'est bonne a rien, 
et là oomme ailleurs , la progression des matériaux de 



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— 634 — 

rd^ wgamulj^ de jour en jours bref,, eu «e «ect à 
CologOQ de (a p^nrre du Sielsenberg pour autiuit qn^on 
paUse en pbteair. 

En 1837 le goaverneiiieiit fit rdeqaièiUon de la cw- 
rière de Bercuai, es face des «ept moatagoes, rive 
giaoche, trachyte.^plaité par. les RoHiaina> ei ainnoyen- 
âgfî* Ce trachyte blanobâtre, parsemé â^ quelques poiofa 
tirant si|r Je '^eft^ oit^un nmâral cri«uUin« feldspa- 
thique-gréneux , qai pourrait être de TatJiHt. Le» caris- 
la^x feldsp^^hiqaes-^treux y sonit rare» .et ne eorapor- 
tf nt qt)e , deux lignes d^épaisseur. La pierre coAvieiit 
aax carreaii^x lisses, aux pai*ties pe^ii. ornées y et résiste 
très-bien à Tair, Bercum fournit maintenant une jpjuct 
i;iotaUe^ des matériaux employés 4 Cologne. 
' £n 1834 on affecta également nux restaurationa une 
ipanière de trachyte provenant du Perlenkopkf ( prés 
d'Andernach )• Cette oarrière livre diffit^ilement des 
pierrç^ de grosse din^ension* Les pierres de choix #e 
prêtent bien à rornementatioa ai^chitee^oniqike ; misia 
elles éclatent aisément *sous la .roartea«, surtouit faut- 
il les garder d-u«e pression inégato. 

L^ produit Tolpa^iffie de î^ie€|erinend% founiisaafll 
ce!» mçjuioa «le .tnoiiKa aupérieunea , est, trop oo>inu pour 
la décrire. C'e^t nue pierre véiitlibleiae9t io^ériasable^ 
mais;, attendu , sa jQoulew^ fi^aoée, Qm ne peut en user 
indifférefisipent à.Culogi^e. 

. «Pour gargouill^:^, mpdillo^, etOM en a'est servi d'un 
gré^ de , formatipii bouilliére , prove«ian4 dO' Flonheim , 
près Kreuzfiach (Hesse^hénane). Parsemé de Mica, asses 
gréneu^,. ayant pour lien cette sahstaoce connue en 
France SQiM^ule-nom d'al^Ql^, .on..ne^ le crwaît pas 
^iis«L ,4ni;ahle qu'U.Ueat .réellement. Qii a ^paleoient 



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^ 5W — 

essayé ateo siiooét le grès d'Odelfiingea, à detixIieuéS 
de TréTCs, enfin l'on s^est servi et Ton se sert encore 
d'un gras des enTÛrons d'Heilibronn sur le Neoker; 
très fin^ d'un grain égal, propre à tonte espèce de 
^avail , il donne d*antant plus de garantie qu'il a fait 
ses prenres à Téglise de St.-Kilian d'Heiilbronn. 

La basalte d'Oberwinter à trois lienes de Bonn , riire 
ganche , a fourni les matériaux des anciennes et des nou- 
velles fondations* La chaux est tirée de Patfrath et 
(Madbtfch, rive droite; on prétend que celle qui était 
employée primitivement à la cathédrale , avait la même 
provenance ; elle est de bonne qualité et appartient 
à la fbrmatiou calcaire antraxiféré. Retournons à nos 
contreforts. 

Ainsi qiie nous Tavons fait pressentir ^ il fallut refaire 
la totalité des arcs et nombre de piliers, restituer, 
compléter la riche ornementation du reste par des pierres 
sculptées et rapportées. Dès-lors , eu égard à la dispro- 
portion des ressources pécuniaires et au chiffre restreint 
de 70 ouvriers, parmi lesquels environ 40 tailleurs de 
pierre^ on ne s'étonnera pas qu'il ait fallu près de 
douze années pour arriver à ce résultat* En 1833, 
qaatre systèmes étaient parachevés, Tarehitecte Ahlert 
mourut , et M. le conseiller Ërnst Zwirner fut appelé à 
le remplacer. 

Ahlert travaillait en vue de durée et de solidité, 
mais, que la terre lui soit légère! il traita l'ornementa- 
^on en véritable vandale, tronquant des profils, fau- 
chant çà et là des colonnettes, des quatre feuilles, 
écourtant enfin les quatre clochetons faitiers. 

Eu iS&l, grâce à l'incessante activité du nouvel ar* 
chitecte , la réhabilitation des jcontreforts était menée 



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— 636 — 

i bonne fin. La part de M. Zwirner est odle de Té- 
logpe. Noos ne loi ferons pas un mérite de TinYiola- 
bilité de sa restauration, elle était un devoir; mais 
Texécntion des reconstruotions, le faire de rornemen** 
tation, devenait nécessairement le criteriom de ce que 
Ton pourrait entreprendre par la suite; la main-d'œuvre 
actuelle assurait ou compromettait Tavenir, Disons-le « 
ce dilemme^ posé à l'action modératrice de Tarcliitecte , 
i l'aptitude intelligente de Touvrier, a été résolu avec 
bonheur. Il n*est . telle dentelure , tel rinceau , tel 
fleuron du type ancien qui ait à craindre une imita- 
tion triviale ou incorrecte. 

Les murs d'enceinte des collatéraux du chœur avec 
leurs galeries, leurs édicules, leurs dais, ayant été 
également restaurés k fond, on put aborder l'intérieur 
du chœur , magique réintégration du passé , que nous 
allons décrire. 

Pour atteindre à ce comble audacieusement lancé i 
une hauteur de 1&6 i/2 pieds (1) il fallut superposer 
quatre échafaudages pleins et deux volants , en tout 
six étages , disposition qui permettait d'opérer à la fois 
sur tous les points. 

Tout d'abord on consolida les piliers de voûte , les 
fûts engagés , viciés par l'emploi de pierre défectueuse, 
on répara la nervure et le déchet de certains berceaux 
de voûtes. Remarquons ici qu'à Cologne, nombre de 
piliers sont construits par assises pleines , néanmoins 
individuellement formées de 2 jusqu'à 6 pierres nq^ 
portées; d'autres, au contraire, comprennent des fûts 
engagés, composés de tronçons dont on compte jusqu'à 

(1) Le mètié s a,iasad p. da Blun. 



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— 037 — 

cinq tnperposéfl pour une assise da centre ou noyau de 
la colonne. Ce dernier procédé est évidemment moins 
durable que Tautre, témoin les deux maîtres piliers 
à rentrée du chœur, où il s'est opéré disjonction 
entre les fnts engagés et le noyau. Dans les nouyellés 
constructions, on a adopté la première méthode avec 
ce perfectionnement, que les assises comprennent deux 
moitiés égales. , 

L^enlèyement du badigeon, cette lèpre des cathé- 
drales, fit Toir que le chœur avait reçu primitivement 
une peinture polychrome , on s*y conforma. On donna 
aux surfaces lisses la nuance de la pierre de tuf , aux 
nervures, aux arceaux , une teinte plus foncée , 
relevée par un filet rouge. Les ornements de clefs de 
voûte, les chapiteaux, en un mot, tous ces épanouis- 
sements gracieux de la flore murale furent dorés sur 
un fond rouge vif, mais c^était surtout dans les par- 
ties basses du chœur que la polychromie avait pro- 
digué ses prestiges. 

En premier lieu les panneaux au-dessus des stalles , 
naguère dérobés à la vue par de vieux gdbelins, au- 
jourd'hui remplacés par des tentures rouges galonnées 
d^or, offraient des peintures exéciitées à même la pierre 
et vives de coloris, accusant la même époque que les 
vitraux du clerestory, le xiv.* siècle, à en jpger par 
les délinéaments des figures et par la disposition ar- 
chitectonique des fenêtres figurées dans le champ du 
tableau. La composition ne formait pas un ensemble , 
c*était Tadoration des Mages, la translation de leurs 
reliques et autres sujets empruntés à la légende de» 
saints. La restauration jugée d^abord un travail épii- 



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— 538 — 

neiix et entraînant à de grandi frais, a été finalement 
déclarée impraticable. 

Entre ces panneaux et anr les piliers supportant 
l'arcade du premier ordre , apparurent de rares frag-^ 
ments de peintures ; et , à partir du socle jusqu'à une 
hauteur de 9 à 10 pieds , des détails architectoniques 
destinés à recevoir des personnages de grandeur natu- 
relle. Les piliers comprenant des colonnes engagées d*un 
diamètre de 6 à 12 pouces, le tracé des figures con- 
tournait tour à tour la conyexicé des fûts et le plane 
des entredeux en retrait ; au-dessus, on avait consenré 
la couleur de la pierre. 

A ces mômes piliers sont adossés , à trente pieds du 
rez de terre, des statues colossales représentant le 
Christ , sa Mère et les douze Apôtres. Leurs supports 
sont des consoles octogones rehaussées d*or , d^in^ 
crustations, et que Tacanthe, Valthée , la flèche d'eau « 
Torgania alba enlacent de leur pittoresque feuillage. 
Des dais pareillement octogones et ornés de festons , 
de découpures ogivales, leur servent de couronnes, et 
supportent à leur tour des anges tenant des instru- 
ments de musique, sistre, timpanoii , viole , cornemuse , 
tambourin , orgue pneumatique et autres (1). 

La décoration végétale- dea consoles , bien que »m- 

(1) Les consoles ont 1 pieds 8 IfS p. de haat. Les dab i pieds 
8 l^a p. Les anges 3 pieds 6 122 p. Les statues 6 Ifa pieds de 
la base de la console an sommet des dais 16 p. — Voyez Fexcel- 
lent travail de M. îe conseiller Reichensperger > Ton des membres 
les plus zélés et les plus éclairés du comité : Die vierzehn 
Standbilder im Bomcbore zu Koln: in-i.» 1842. — Le docteur Levy- 
Elkan a fidèlement leprodait cet statues à Taide du procédé dooinô- 
lithograpliii|iie. 



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— 68» — 

gnée, «st moim oamèlértBéè quenelle des oliapkeanx 
du chœur ; les anges à leur tour ne dolyent ôUre cou* 
sidérés que eoiiime des statuettes secondaires ; leurs Tête- 
méats, couyenablement drapés, restent sobres d'oârn^ 
lœnts ; leui» têtes , à eberelure bouetée , affectent un 
cétrécissement , s^amoind rissent en piointe., bref, dans 
récQUomie de Tédifioey c'est use sorte de transition du 
Iravail plastiqne à l'archi tectonique. Mais les ap6tres , 
"wrmB modèles, de sculpture monumentale et polychrème, 
OMmiumd^nt l'attention de rarcli0olofpue« 

Ce» «taiuea révèbent une manièrey ua^ style déduit 
d'iia trjrpe; néaoïmoins, à part cette mégalité de faire 
Ijrahtssuiit là main de plasisiiTs artistes, elle^ diffèrent 
en ce point eaaoadel que le- Sauveur , St.-Jacques-Mi^ 
neur et St.-Thomas sont évidemment calculés peor 
Tceii du spectateur et slndividoaUeent, taudis que le veste 
ne semble traité que eomme parUe intégrante de l'eor 
semble du monument. Il ne Êaut pas croire toutefois 
que L'on n^ait TÎsé qu'à un e£Bet d'optique; qe ne. sont 
pochades eomme ou voit «up Tattiquetde St«-^ Pierre* de 
Roaw; mn même sein, «ne même prédilection^ a guidé 
dioiàs .les moindre détails ie travail- du ciseau* 

L'^art dti «mo^eit^âge savait comment harmoniser ses 
eréatious^ . subordonner , ramener le' détail an principe 
i4gtd)Bte«r d^unité , tout en tenant compte des cooren 
nanees locales. De là vient sans- 4oute- l'attitude peur 
ebëev la pose presque sUmeuse des Ap6tres« H fallait 
renpre la eontiavité ' de la ooloaue, rompre celte ligne 
verticale aecendaote rivant le regard et l^ntrainant à 
kl voûte; ^détacher la etatue du lawceaa pierreux qui 
rMbase> lui imprimer le mouvement et la vie. De- là 
vientreûcote la eourbut^ d)BS mains, l'écartement des 



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— 640 — 

do%t» , il fS«Utit épanouir , rendre dittinot malgré ta 
distance. 

Le» ignres un peu applaUes ^ 8*otnbragent de barbet 
et de cherelaros d*an bran foneé^ dûpotéet ayec nne 
symétrie qni n^exclnt ni la gràoe ni le laisser aller« 
L'ensemble dea traits , presqoe tonjours délinéés a^ec 
finesse , témoigne* irrécusabiement d'autant de typeé 
traditionnels. Ainsi , le port majestneox de Pbilippe 
s'alHe à la noblesse , à la beauté du profil i SmsoiÊd 
porte une physionomie grâTO et méditatiTO) Tboims 
tient un liyre ouTort don t. son regard, où peree le 
doute , semble se détourner ; la face juvénile de Jean 
s'accompagne d'une cbeYelure dorée ; André respire la 
soif du martyr dont il tient l'instrument serré sur sa 
poitrine. 

Les vêtements consistent en une longue robe tom- 
bante jusqu'aux pieds déchaux et assujettie à la ceiup» 
ture, et un manteau contournant leiiuste eu manière do 
toge. Ce sont splendides étoffes damassées, aemées de 
fleurs et d'animaux héraldiques, offrant par exemple des 
croix grecques ouvrant des vides rectangulaires oceu- 
pés par des lions et des aigles d'or ( Si.*Jacqnes-»Bfi^ 
neur ) ; des dragons entremêlés à des quintef^iillês ; 
un monstre apocalyptique se détachant du caliee d'une 
rose; bref, une richesse, une diversité d'orneiBentation 
qui se dérobe à l'analyse. La draperie jetée avec har«- 
diesse, fouillée à une remarquable profondeair dans les 
parties basses > se distingue par ragenceiMnt bien.es* 
tendu des plis , par un faire achevé , par «ne grande 
variété de motifs où prédominent néanmoins les lignes 
longitudinales. Ces véteae»ts laeensent et dissinmleat 
tour à tour ks formes corporeUes , . sans infeaotionjiap-* 



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-* 844 - 

« 

parente a«x Uia anaUNniqttes ^ il rcette évifiieiii toatefoit 
qoe les tètes , hê extrémités et la draperie ^ -so&t les 
seules parties étudiées et traitées d-aprèl i^atvre. 

L49S couleurs eaoploféef sont le carsE^n^jJi^ oiuabre» 
Toutreoier et le Tert de Tessie. Entre tontes prédomi^n 
aent. le bleu et le rouge y mais Tor neutralise oette 
bigarrure e^ raccorde les oontrafttes^ Eu égard aux pro-» 
cédés techniques , voici ce qa*à constaté une minutieuse 
investigation. La poussière des siècles tenant, lieu de 
badigeon, cette fois. Messieurs les chanoines s^étuent 
dispensés d'engluer a la chaux. 

U n^a été fait eqiploi que de couleurs à la détrempe 
étendues sur les figures, les mains i, les pieds, à même 
la pierre , sans qu'on ait cru devoir la polira minutîeu-»- 
sèment. Les vêtements ont reifu préalablem<;ni un ap-? 
pifét de blanc très-fin et poncé. Le fer a marqué le^ 
Gontciurs de rorpementation dorée sur la couleur Jocale. 
L'or ^ été appliqué par femUes très-épaisses, en .?ue 
d'ajouter à l'intensité de l'éclat» Le manteau de &.- 
Jacques-Mineur a ref u un fond d'or sur lequel le pûoN 
ceau a tracé rornementation végétale en partie recou- 
verte d'un glacis rouge. Le vert de vessie est appliqué 
constamment sur un fond d'argent^ ce qui le fait ga- 
gner eu clarté et transparence. Les incrustations dé* 
eorent le tailloir dei consoles et la bordure des robes; 
cette dernière se compose d'un galon de 1 pouce de 
large, à superficie inégale , formé par une couche 
de plâtre ou de blanc doré et parsemé d'ovales de 
verre à fond de paillon ou de losanges de verre co- 
loré. Somme toute, la main-d'œuvre dénote une grande 
sûreté, une entente parfaite des procédés techniques, 
un travail en vue de durée.^ La restauration a été ser- 



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— 542 — 

^lé, '^*ét«H leph» $ht moyeii ë^é&^ asrarer le soceés. 
Dans les trente tympans d*oj*rre '4e t^orcsfde du pre- 
mier ordte, ï¥ponge Tengerèsse mil à nu d'autres 
pellrftures tnurtfkdV des anges ,'aije». déployées; disposés 
psrf' ^uple et en pendants des deux côtés du chœur, 
fës dix du rond-point balançant l'encensoir ou portant 
les Tases sacrés, le resté tenant des instruments de 
inusique à cordes (i). Le coloris était ehaud et deraît 
Pètre , ces anges ayant, par leur position , à lutter 
avec l'ardente • coloration du elerestbry. Lé jet dé !a 
draperie prenant naissance aux parties étroites , ga- 
gnait par de mottes ondulations les parties larges , 
fbaïs, n^était pas aussi marqué que dans le reste du 
dessin , Tigi6ureusèn[)ent détaché sur un fbnd d*or. Qe 
fond n'offrait pâS' tine -surface lisse; mais un afipareil 
éW petits • carrés modelés, de 3* pôtices d'épaisseur, al- 
ternant avec des ornements pressés en retrait d'une 
Dgrte et demie. Les âtfgeîB se réclament de la ^n du 
xfv.* siècle, c'est-è-^ire de l'époque de Meister WU- 
Hielro'(2);0n redonnait , en >fltet , les ailes en forme dé 
peigne, les plumes' en fdrfnô de faucille, divergeant les 
unes des autres. Au temps de Meister Stephan (vers Î40^ 
les plumes affectant mè«ie forme-, se terminent plus 
mousses ; enfin durant le ir.* siècle, leur structure offre 
analogie avec celle de l'hirondelle. La restauration étant 
jtigée de tout point inexécutable, on s'est décidé pour 
Une fresque nouvelle, confiée à un éniinent artiste, 
le peintre Edouard Steînle , et devant représenter l'hié- 
rarchie eoiAplète des esprits célestes. 

(1) Le chœur de St.-Ouen de Rouen offrait jadis une peinture 
murale analogue. 
(S) Voir une note de M. de Noël. Gazette de Cologne. 



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— 56S - 

te mar ie refend an chœur, anqnd est adossé 
Torgoe, n*e8t qu'un mur d'attente. L'aohèTeoient du 
fittnd oomble marquera le joitr de sa démolition. Alors 
seulement l'œuvre apparaîtra dans oette merreiUense 
iprandeur que l'œil mesurera arec une admiration mêlée 
d'effroi) mais ce jour glorieux semblant défier encore 
les préyisionsy on restaura les peintures du cheret: le 
sauveur assis sur le tréoe étemel , bénissant d'une midn , 
et soutenant de l'autre le glube terrestre, à ses pieds 
une bande d'or rattachant las astrèa du jour et de la 
suit , l'alpha et l'oméga , pkis bas à droite et à gauche 
des figures de 3Q . pieds , St.-Pierre et St.-Paul ; aux 
pieds dd premier un àrchéréque à geoouz, vraisem-» 
Uablement l'ordoanateur de cette décoration. 

Cent ctuvrters £iu*ent occupés Tété durant , et ieafiraia 
montèrent environ à 24,000 th^ 

La restauration tant intérieure qu'extérieure compre^ 
nait une période de d7 années révolues , et avait ab^ 
sorbe un capital de 349,99^ th.9 gr. (1,312,3^ h. 72 c^ ). 

La recette, dans laquelle le gouv»rnêaie«t figurait po«p 
SyS, rimpèt métropolitain pour 2/S et les colleetes pour 
V3, avaU été de 357*278 tb, 21 gr. (i,339,794fr. 62 c. ). 

Restait donc un actif de 7,280 th, (27,300 fr.) 
Résultat d'autant plus remarquable , que le devis ayant 
été fait pour une restauration en bloc , grâce au pro- 
grès de l'atelier et à un Tigitent contrôle, on avait pu 
aborder et effectuer la restauration en détail. 

PÉRIODE DE RESTAURATION. 

/Voiei que l'architecle se trouvait sfu seuil d'une belle 
etîiMMe carrière. Désormais il a'a plus è réparer les 
savuges du TandaUsme ou de l'incurie des hommes^ it 



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— 544 — 

peut renleltre ea mouTenieiit oette grm oeatenaire dont 
rinaoUoii était un maet reprodie à rindifférence mo- 
derne. Chaque pierre lûssée par la poalie $era une 
pierre de complémeot. L*aTenir de la cathédrale est en 
quelque sorte en son pouToir^ le thème est donné, c^est 
à lui de tracer le mode d'exécution* On le croira , û 
y arait songé. 

Appelé à un poste d'honneur et de hante responsa- 
bilité, M. Zwimer arriva à Cobgne ne connaissant la 
oathédrale que par les dessins de S. Bmsérée, et bien 
loin de soupçonner la désoli^on qui régnait dans ce 
sanctuaire. Le jour où il pénétra, sous ces Toàites as-^ 
sombries semblani porter le deuil de leur abandon, 
dans cette nef eentrale transformée en atelier, étran- 
glée par une charpente lézardée livrant accès aux eaux 
du ciel , son âme fut douloureusemwit affectée , et déa 
ce moment il rêva un aobèvement partiel qui pût re- 
lier d'une manière décente les nef» et le choeur. 

Le premier projet d'achèvement subordonné anr res- 
somrces que labsait entrevoir l'avenir, consistaît à voû- 
ter les bas côtés, à édifier les portails des transepts 
jusqu'à hauteur des bas c^sés , à pousser la grande nef 
jusqu'à hauteur du derestory du chœur. Da^a cet 
arrangement, le triforium transparent dispensait la lu- 
mière à la nef centrale^ clôturée en attendant mievx 
par un plafond en charpente. 

Le conseiller Schinkel ayant pris connaissance du 
projet , proposa la modification suivante : Elever la grande 
nef jusqu'à la hauteur de la voûte du chœur , et par- 
tant consolider ce dernier; toutefois, en vue d'économie, 
se. contenter de conatmire en bloc, laissant à> uneauinn 
génération le soin de . voûter , eonirebnter et brodée 



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«ti détiAit. MaU en 1838, Schinkel étant venu à Cologne^ 
se convainquit dé la nécessité ûb procéder en détail; 
car sans parler ^de 4a ^ifficnlité qu'offrirait une orne- 
«entation ultérieurement opérée sur place , la rude 
simplicité des o6&strùotions modernes contrasterait par 
trop avec cette -ridieese dispensée à profusion aux an- 
ciennes, et romprait Tharmonie^ condition première de 
la beauté d'enaemUe. Néanmoins on simplifierait, de 
plu» lès cètitreforts boutants seraient remplacés par des 
contreforts adhérants, et le gtand comble serait ancré. 
Ce plan dont &e^ devis portait 1,200,000 Ui. , fut agréé 
par le gouvernçoimiit, :«t: l'exécution remise jusqu'après 
lHN)Mv)eiaeiit des restaurations. 

Cette époque coïncida arec ravènement du roi Fré- 
dérie IV/ et le 12 janvier 1842, un ordre de Gabi-* 
net j^i^escrivit la construction des portails latéraux, Ta- 
chévement des bas bôtés ' sans contrefort; mais il était 
enjoint d^étàblir le devis dé ces derniers. S. M. alloa- 
ait une subvention annuelle de S0,000 tb. 

ti'e3f:emple donné par la munificence royale fut une 
étincelle électrique., rinstitution des comités régularisa 
Télan des populations ^ et bientôt des prévisions, justi- 
fiées ju8qu*à ce jour,. (1) firent augurer un fonds an- 
nuel au moins égal à Tallocation octroyée par le sou- 
verain, bès lors on pouvait évaluer le laps de temps 
nécessaire a Tachèvement intégral du monument. 

j) Ppui: la, construction du vaisseau , des portails 
aux transepts Sud et Nord , le tout sans contre- 
Ci) Àa moment' de Mvrer nos feulles, nous recevons le dernier 
relevé, du 10 novembre 18U, U iporte^ 109,821 tb. (409,953 fr. 75e.) 

35. 



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— ÛM — 

forts i^ZOO^OOO tlK 

II) PoQP Paddâdm des €OBtf«eferU jti- 
gés indispensables à la solidité datticHta* 
ment , * . 80(^000 th* 

Jusqa^à présent, il n'ayait point été 
question des tours , mais Tarshltaeie s*é- 
lait mis en mesure^ 

iii) Poiif rachéfement de la Umt da 
sud . . « . i i,aeO,MOth. 

IV) Ponr rédifieation de la tour da 
Mord, en égard au fondations aehetée» 
et à tttieommeneementd'etécatton Ooest^ 
à quelques pieds de terre ^ 4 * • • iySOO^MO'^* 

ToïÂL. • . / . . B,000,tM)0 th. 

I I Ui II II 

C'est-à-dire un demi siècle de travaux ! Mais Tarchi* 

tecte se faisant fort d^employer annuellement 200^000 
th.^en admettant qu'avec la grâce de Diem, et des 
hommes , l'offrande annuelle atteignît à ce ohi|ffre ines- 
péré , la durée se réduirait de moitié. Le plus ^ûr 
était de mettre la main à l'œuvre en attaquant le por- 
tail et le bas eôté du Sud. Sa gracieuto majesté ayant 
manifesté l'inteiition formelle de poser la première 
pierre, on s'occupa de compléter la A)n<iatiôn de 
ce portail. L'emplacement du portail Nord otfrait a 
cette époque un fragment de pilier Nord-Est élevé en 
son lieu et place à une hauteur de 13 pieds, le reste 
êiatt occupé par une chapelle parolftsiàle reeOttVraùt, 
àti le Supposait, la totalité des fondations dU p6Ha{l. 

Au transept Sud, nulle construction apparente, un 
mur de tuf 4 que le portail doit dé|Misser de toate «ne 
travée ^ servait de d6lur« prôvîMire. 



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— 547 — 

La tranchée oayerte« les fondations ne comprenaient 
^ne la moitié du portail; fait ^ingalier, puisqu'il est 
4e principe dans ioate> construction* de procéder uni- 
formément sur totutes les parties* La part^ achevée à 
rOuest et pouri^up d'une plinthe, comprenait dans. le 
sens de la longueur 50 pieds, la lacune SO pieds 
;Sur 34r Voici maintenant le mode de construction. 

Les. fondations existaAte^ péoétriiient h ^6 pieds jau- 
dessous du niveau du monument et reposaient sur un 
fonds de gravier. P|us à TO^esl^ 1^ fondements des 
piliers limitrophes poussaient à 40 pieds et, à la psroi 
extérieure de ces constructions, le mortier de çhanic 
perçût empreinte d'élançonnage ; on y trouva même 
dçs fragments de sapin. C'est qu'attendu Tei^tréme pro- 
fondeur, le d^Mai du gravier mohile n'a^ai^ pu s'exé- 
cuter qu'entre parois mi^intenues. Les anciens ^vfiii^nit 
doue opéré ^ la nMiniére d^ mineurs, creusant pour 
içhaque pilier une hure perpendiculaire et emnfiur^iljant 
ensuite avec de forts tronçons de h^salte placés ho- 
rizontalemi^t. Les piliers de voûte , n'ayant p^r d^j^sus 
terre qu*un diamètre de 4 à 5 pieds , reposent sur des 
constructions isolées de H pieds de diamètre. Il nç par^t 
-poB que ^es dernières aie;at été reliées par «jes arcades; 
mais le mur d'enceinte du bas edté repose snr nne maçon- 
nerie coiUiouç^ à e# juger par l'endenturç d'we ailp 
saillante mise à déeouvertf Toute la maçonnerie se coin- 
posaiA de basalte, l^s vides remplis par d^ mortier de 
chaax et de la pierro de tuf ^ et ^aque lit dûment 

i. l'égard des fondations nouv^llps, on se régla sur 
ce précédent, toutefois on remplaça le tuf par un 
autre produit volcaniq^ dit ]^roizenstein , extrait près 

35.* 



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— 648 — 

d'Andernach , et l'on maçonna an moyen d'un bon mor- 
tier de chaux , mêlé de ^avier tamisé et de gros sable. 
La fondation fût poussée sons lest piliers à &i pieds et 
sons les baies restreintes à 26. Les lits pierreux furent 
reliés avec le plus grand soin au fur et à mesure de 
leur superposition. 

Le 4 septembre ramena une de ces solennités qui 
marquent dans les annales d'une cité, d^une nation. So- 
lennité où cette religion chrétienne , comme toujours 
sublime en de simples paroles, Tint consacrer la pre- 
mière pierre de rédifice vain si Dieu ne Va haii ; où 
le Roi adressa à son peuple une chaleureuse allocu- 
tion, disant avec raison: « Messieurs de Cologne > il 
se fait de grandes choses parmi tous. » Ce même 
jour le chœur fut rendu aux pompes du culte , à lliymne 
d'actiûTns de grâces et d'allégresse. 

Le comité comptait alors plusieurs mois d'existence ; 
jusques là son activité s'était concentrée sur sa propre 
organisation , sur celle des associations filiales , attei- 
gnant le chiffre de 70. Non seulement elles avaient 
surgi dans toute l'étendue de TAllemagne, mais l'in- 
dustriel fixé à l'étranger , le colon expatrié dans un 
autre hémisphère, «iTait répondu au touchant appel* 
Les Allemands se cotisaient à Paris ^ comme à Mexico. 
Le comité central avait imprimé une sage direction au 
zèle de ses mandataires , régularisé la perception de 
l'offrande. H s'agissait maintenant d'en ré(]^ler l'emploi. 
L^ordre de cabinet du Si mai 1842, allouant une 
subvention de 50,000 th. , présentement applicable à 
l'érection du portail Sud , à l'achèveraeni des bas-côtés 
ibidem , prescrivait en outre l'achèvement des touirs , 
en commençant par celle dû Nord. S. M. affectait à 



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— 549 — 

celte destination, pour l'exercice courant, une somme 
de 10,000 th. ; que si le comité entendait assumer cette 
tâche ^^ Tallocation était réversible au budget de la 
grande nef. 

La propositon royale soulevait une graTO question, 
attendu la teneur de rarticle iv des statuts du comité : 
Les fonds recueillis par le comité resteront distincts 
» de la subvention royale et de Timpôt métropolitain. 
B Us seront applicables à Tune des parties saillantes 
» du monument dont Tédification puisse être considé- 
» rée comme Tœuvre individuelle du comité, et autant 
» que possible menée a fin avec ses seules ressources. » 
Lq comité comprenait que sa détermination aurait né- 
cessairement une grande portée ; que le degré de sym- 
pathie qu^eile obtiendrait serait Taugure certain des 
destinées de Tentreprise. Convenait- il dès*lors d'accéder 
à d'instantes sollicitations signalant la tour du Sud, 
comme le seul et unique point de mire de ses efforts? 
Les imaginations ardentes devaient se complaire à Tidée 
de voir en quelques années la flèche aérienne se ba- 
lancer sur le torse gigantesque , mais il s'agissait main- 
tenant non d'édifier une pyramide,, mais bien la mai- 
son de Dieu. Il s'agissait de remédier au plus tôt à 
la disposition intérieure d^une métropole où la célébra- 
tion de l'office divin reste un mystère pour les fidèles 
exclus du chœur ou du rond point ; disposition incom- 
patible avec le recueillement et un maintien décent. 
Argumentant d*ailleurs des règles de Tart^ rarchitecte 
démontrait que la construction de la grande nef était 
incontestablement la plus urgente et, cela posé, que 
rachèvement des transepts et l'édification des portails 
latéraux réclamaient la priorité. 



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- 550 — 

En effet, obéervAît H. Zwifner, gràee âtit contre- 
forts rebouTelés, le choeur se trouvait parfaitement étayé 
dans tout sou pourtour, knais à TOuest, éa oduso- 
lidation ne se réaliserait que par Taddition de la toute 
centr.ile et ne trouverait sou poiat d^appui définitif 
que sur tes tours. Il fallait donc au plus tôt organiser 
cette résistance, cette Contrepreséioii lôtigitudiklale dû 
corps des tours relié au chœur par le grand comble. 
Une pression oblique devait également être exer- 
cée par les murs termikiaux des transepts puissam- 
meut contrebutés ; c'est par là qull fallait commencer. 
Le gouvernement et le Comité avaient à se partager 
les deux transepts. Cette répartition bien entendue 
permettrait de livrer au culte, eu peu d^années, l*in- 
térieur de la cathédrale ; car les bas*c6tés terminés « 
la grande nef amenée au point de recevoir le comble, 
on clôturerait cette dernière par Une charpente et Von 
poursuivrait à Textérieur. Le comité arrêta qu'il se 
chargeait du portail Nord , et Considérant Topportunitli 
de rérection du corps dé la tour du Nord , considérée 
comme point d*appui de Tédifice, quUl s^instituait sur 
ce point le collaborateur du gouvernement. Cette dé^ 
cision, adoptée en séance du 22 décembre 184%, fut 
immédiatement transmise à Berlin. 

La ratificatioa se fit désirer six moi6 durant. Ce re- 
tard intempestif passa d'abord sur la lenteur connue des 
rouages administratifs, puis excita une vague inquiétude, 
de sourdes rumeurs, lesquelles grossissant répandirent à 
Tétranger la nouvelle que la oatliédrale était fermée^ 
les travaux interrompus , et autres exagérations. Tou* 
jours est-il que le bon vouloir du comité se trouvait 
paralysé. Il prépara ses armes ^ c*est-à-dire fit tailler 
quelques pierres pour son portail Nord. 



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— «4 — 

Enirf tenip» y^n poiwait aTec vigueur \e^ tr^yanx 
«a coippte du gooTerAemeiU- D^ «eptçxubre 1842 à 
ni^p^iûbre 1843, Taçtivité ftu coapentré^ »ar Je mur 
d^enceiote et Id portail $md ; on ooQ8trui«it plnrieors 
aMieiis d^^ le sol fat disposé de manière à receToir 
les épures^ H fut anifoé pour unç iraleur de 39,716 th. 
4e pierre ^ut. Sur 300 ouvriers 190 Furent occupéf 
à sculpter les gargouilles, les pierres d'entablement, 
d*archivolte , à tailler les arceaux de voûtes et de nom- 
breuses assises pour les deux portails. Après avoir élevé 
à rintérieur du bas côté Sud un échaffaudage de 62 pieds 
de haut, on enleva les charpentes provisoires et Ton 
procéda au voûtement, opération compliquée , attendu 
que Tirrégularilé de distance constatée entre les piliers 
au plan ichnographique (1) , était plus sensible encore 
dans la région des voûtes , ces piliers n*ayant pas tous 
atteint même hauteur , et quelques uns ayant dévié de leur 
équilibre. Pour parer à ce déchet, on ouvrit des mor- 
taises, ou y introduisit des coins de fer plus ou moin« 
enfoncés selon le besoin ; réquHîbre rétabli , on 
ferma les mortaises avec du plomb. Une partioalarité 
remarquable, c'était la mobilité de cen colonnes de 
42 pieds d'élévation, alors que l'enlèvement de la clô- 
ture en charpente les eut isolé de tout appui ; une 
simple impulsion de la main imprimée an fait, suffisait 
à déterminer une oscillation visible , expérience dont 
BOUS avons été témoin. Nulle solution de contânuiié, 
les joints étaient intacts; cette solidarité compléie don* 
naît sans doute jeu à l'élasticité 4û la conatruotioo. 
Four prévenir de tiovvelles déviations durant le voà-^ 



(1) De 1 à IS pouces dans reptrecotonnemept. 



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-- 562 — 

tement, on ancra fortement avec de Forte» poutres. Le 
Toûtement sera complet en automne do iS44. Le mur 
d'enceinte actuellement terminé , pourvu de son cou- 
ronnement et de ses gaf grouilles, recevra en IMS les 
grandes verrières exécutées à Munich^ aux frais du roi 
de Bavière. Le portail dont on avait laissé reposer les 
fondations fut rapidement porté à la hauteur projetée 
pour Tannée courante, celle de 12 pieds. 

La ratification tant désirée arriva au mois de juin ; 
incontinent^ on se mit à démolir la petite église in 
pasculo ( Pesch ) , et la salle du chapitre obstruant l'em- 
placement du portail Nord. 

Le [ déblais opéré , les fondations offraient une la- 
cune correspondante à celle du portail Sud, mais ne 
comportant qu'une largeur de 11 pieds. Quant aux 
constructions apparentes, elles se réduisaient à un fragment 
(13 pieds de haut) du pilier Nord-Ë9t du portail» 
à un embasement ( 1 pied de haut ) de Tentre-deux des 
baies centrales et orientales. Cet embasement attribuait 
à la grande baie une largeur identique à celle des 
baies correspondantes aux portails du Sud et de TOuest , 
mais exagérait la dimension de la petite baie qu'il ou- 
Trait à l'Est. Notez que la ligne médiane de cette 
construction déviait de 2 pieds 1/2 à l'axe des piliers 
de Toùte , à Tintérieur du croisillon. 

. L'erobasement enfin indiquait la forme des ^contreforts 
qu'il 8*agissait d'élever et , fait inattendu , indiquait des 
contreforts non saillants. Or, M. Zwirner avait adopté 
au portail Sud des contreforts saiUants , syst^e auto- 
risé par l'ordonnance des parties exécutées du dôme de 
Cologne, où Ton peut dire que tout est saillie , et par 



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le pt^édenl; des meiMeim tpéGiineit du atyle^ ogival y 
tant en Âlleniagne qa*en France. 

Ces découvertes ne tardèrent pas à mettre en émoi 
le monde archéologique et non archéologique de Cologne. 

Il en résulta une guerre de plume, une pluie d'ar- 
ticles anonyn^es, signés et contresignés: polémique sus- 
citée par un motif honorable, mais de nature à com- 
promettre les destinées du monument , à attiédir le zèle 
des pieux donateurs ; polémique , il faut le dire, dé- 
montrant somme toute que Tenthousiasme louable en 
soi , s'il n'est éclairé par la science , égare aisément dans 
les questions d'art ; que les connaissances techniques elles- 
mêmes suffisent à faire d'habiles architectes constructeurs , 
mais non des architectes archéologues. M. Sulpice Bois- 
sérée , dont la voix était prépondérente intervint par une 
lettre conciliatrice , mais l'attaque continua. On avait 
débuté par dire que les baies du portail Sud compor- 
taient dix pieds de moins que celles du portail Nord. 
Il en résultait que les piliers , plus massifs que de besoin, 
égalaient ceux du grand portail destinés à supporter 
des tours de 500 pieds, allégation d'autant plus inexacte 
que le fragment de pilier au portail Nord occupe une 
surface de 260 pieds carrés, ceux du Sud 260, mais 
ceux du grand portail 652 et 825. Les contreforts non 
saillants , bien préférables à leurs émules , restaient le mot 
d'ordre , et l'on sollicitait implicitement la démolition de 
ce qui avait été exécuté au portail Snd, dans le but 
de le raccorder avec celui du Nord. Car le plan ori- 
ginal était retrouvé, il fallait s'y conformer. 

Le plan original ! c'est un grand mot et sur lequel on se 
fait à Cologne de pieuses illusions, à part les initiés aux 



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^ Sfi4 — 

saiiiûB deûtriaes arehéoldgîqaes^ leêqueltM porUient dé- 
fenseurs de M, Zwirner« 

En eJFet, le côté Nord du chœur présente une or- 
nementation simple et grandiose qu'il est loisible de 
préférer à l'exubérante richesse du côté Sud. On ex- 
plique cette différence «n alléguant que Varchitecte n'a 
pas voulu exposer à Tintempérie du Nord cette végéta- 
tion murale si délicate ; nous avons même entendu par- 
ler de symbolisme ; le Nord regarde la barbarie , le 
Sud la civilisation ; certes , en fait d'architecture ogivale , 
ce n^est pas du Midi qu^est venue la lumière. 

Le fait est que le xiv* siècle est inscrit en plein dans 
rornementation du côté Sud du chœur du dôme , et 
que certaines dispositions flabelliformes fourniraient an 
besoin des spécimen du xv.* siècle. Ce serait bien autre 
chose si nous analysions les tours du grand portail dont 
les plans retrouvés dans un grenier de Darmstadt ou ils 
servaient de séchoir à d'ignobles légumes, différent Tun 
de l'autre. Que devient au milieu de tout cela ce plan 
original , auquel la main des siècles , docile aux canons 
divers de la période ogivale, est venue successivement 
porter atteinte ; ce plan émané du grand artiste dont 
les admirateurs idéologues font en quelque sorte le Dante 
de l'architecture, doué d'une prescience qui devançait 
son époque? 

Le système architectonique , révélé au portail Nord, 
accusait selon nous une période récente, comparative- 
ment au chœur de la cathérale ; tout d'abord , par le 
fragment «de pilier Nord-Est que l'on pouvait qualifier 
de construction et de sculpture gâchée ; en second lieu, 
non par le fait des contreforts non saillants, mais par 
L'addition de petits piliers placés sur les angles desdita 



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contreforts , achemiDement vers lîette innovation du xv.« 
siècle, disposait sur les angles les contreforts eux- 
mêmes ; argument qui n^a point été produit dans la 
discussion. La disposition de Cologne se reproduit au 
portail Sud de la cathédrale de Rouen, lequel date 
du xv.« siècle. A la vérité, on la retrouve à la tour 
de St.-£tienne de Vienne, commencée en i359 ; ce 
qui nous ramènerait au xiv.^ siècle, mais non à Tère 
du plan primitif, le xiii.* En admettant qu*il faille 
adopter au portail Nord le système indiqué , il ne s'en 
suit nullement la concordance néces^ire des portails 
eutr*eux. Nous croyons infiniment plus logique, et de 
meilleur effet , de les harmoniser avec les côtés res- 
pectifs du monument. 

Cette conclusion a été formulée par M. Sulpice Bois- 
serée , et nous nous sentions fier et heureux de nous 
être rencontré textuellement avec lui , dans notre rap- 
port précédemment adressé au comité des arts et des 
monuments de France. Elle nous a été personnellement 
exprimée par Tingénieux édificateur du royal Stolzenfels, 
M. de Lassaulx de Coblence , et par Tillustre archéologue 
M. de Caumont. Le gouvernement , invoqué par les 
parties belligérantes , après mûr examen , a consacré le 
même principe et maintenu les plans (1) de M. Zwirner. 
Or, qu'est-il advenu? La démolition du fragment de 
pilier Nord*Est , au portail Nord , a fourni la preuve 
irréfragable que sa construction était postérieure à 
celle du mur attenant, c^est-à-dire du mur latéral du 
transepts lui-même, contemporain du chœur. 

(1) Nous nous abstenons de les décrire parce que la gravure doit 
les Ihrrer à la publicité. 



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— 566 — 

CoUCLUSfON. 

Nous avons loué le travail de la traelte et du ciséao 
dirigé par M. Zwirner, mais la polychromie du chœuif 
On peut alléguer en sa faveur que c'est une restitu- 
tion. L^arcbitecle nous a produit une pièce justificative, 
nn fragment de chapiteau doré sur fond rouge (1). Ajou- 
tez que les pierres nouvelles rapportées formaient , 
en s*entreraêlant à l'appareil ancien, une bigarrure in- 
soutenable. Il n'en est pas moins vrai que la végéta* 
tion des chapiteaux contracte, grâce à la dorure, une 
apparence métallique, notamment à l'arcade du pre- 
mier ordre. Les ornements du comble en deviennent 
plus saisissables à ToBil et là on se sent plus disposé à 
amnistier la polychromie. Elle avait bien autrement 
prodigué les tons et les couleurs à St.-Bertin de St.- 
Omer. Nous lui préférons sans doute la grave aus* 
térité de la pierre nue, car la véritable polychromie 
des cathédrales , c'est le reflet diapré des verrières 
et des roses. Néanmoins on ne peut nier Theu- 
reux e£Pet de certaines décorations bichromiques , té- 
moin Sainte-Cécile d'Alby, Saint-Géréon de Cologne. 
Azur et or sont couleurs privilégiées, le moyen-âge les 
empruntait à la voûte céleste, pour les répandre sur 
la robe de Marie. 

Nous ne dissimulerons pas qu'en certaines besognes 
on ait été un peu vite à Cologne. Ainsi le nouveau 
pavé du chœur est un échiquier bleu et blanc, d'un 
choix équivoque. Nous y souhaiterions les magnifi- 
cences de Notre-Dame de Brou, tout au moins pour- 
rait-on s^enquérir des essais céramiques de M. Pugin 

(i) Il existe à Rouen an spécimen identique provenant de St.-Oaen. 



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. — 657 — 

en Ângleterrel La fresque de M. Steinle ^ aiix tym- 
pans de Tarcade dn premier ordre , réréle sans^ con- 
tredit un grand talent, mais la rései^ve nons/^ùte à 
faire. Le style raphaélique est un anâchteoisme dans 
le chœur do Cologne, et nous ne retrouvons pas ici 
les caractères^ iconographiques de Tépoque. Ainsi , 
tes trônes supportent l'attribut qui leur a donné leur 
nom. Etait-ce la formule du xiri.« siècle? nous en 
doutons fort. En Grèce, le chœur des trônes est 
constamment représenté^ d'après Ezéchiel, par des roues 
de feu ailées et ocellées. En Occideïit, nous trouTôàë 
(à Chartres) un ange, les pieds sur une roue, sque^ 
lette matérialisé et glacé de la forme rivante 'déorîte 
par le prophète. > 

QuW y prenne garde, les nouvelles statues placée! 
aux édicules des contreforts, ne sont Hen moins qu*ei- 
i&mptes de peccadiles archéologiques. U s^agira bieiiiôt 
de peupler les voussures des portails latéraux, nomfei^ 
d'artistes offriront un généreux concours ; à moîtis de 
se restreindre rigonreusement à une ^oé[ue^ à tnoins 
d'une étude consciencieuse et approfondie des mono^ 
ments et des faits iconographiques acquis a la s^îencê^ 
notamment par les recherches, les élucidations de PaiH 
chéologie française (1), on aura un musée de statuettes 
de toutes les époques die Tart ogival. 

(1) Les monographieg de Chartes, Bourgs et Broa, les buUeti|is 
du Comité des arts et des monuments et de la Société pour la çon- 
seryation des monuments français, les mémoires des Antiquaires de 
U Normandie, de la Picardie, de TOuest, les travaux des de Cau* 
«ont, des Oidron, assurent à la France Flumneor de marotier à. la 
tête du mouvement »ekéelogii|ue de nos jours, quif opère la rélitbi- 
litation de Fart chrétien. 



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^ 568 — 

On le Toit, r^ehèvemoiit du dôme de Colegpue eti 
uoe tâebe ûmoense, ardue, et de nature à goolever 
de hantée qoefiioDS archéologiques. Ce monumeet gran^ 
dioie et glorieux entre toua, a pu néanmoins tohir 
rinflueuce de$ monumenta antérieurs ou contemporains» 
Dès-lors, que nos regards se tonrnent yers la Frani?e du 
nord, tonte sillonnée de cathédrales gothiques. C'est 
là quUl convient éindier la cathédrale de Cologne pour 
Tachever dignement, c'est là que doit se trouver son 
prototype, disons^ie, c'est là qu'il existe. Nous croyons 
aveo M. de Lassaulx, avec M. Zwirner inv-méme, le 
i^ouTetr d<MAS Notre-Dame d'Amiens (1)* 

dk part l'inducUon fournie par les dates, le fait ré^ 
suite de Tidentité des plans ichnographiques et de la 
similitude flagrante des deux monuments, A reitériaar, 
de part et d'autre , un côté nord sohre, un côté sud pro- 
d%ue d'ornementation, maïs 1^ splendeur d'Amiens ré^ 
pond à la implicite de Cologne , les contreforts sud 
de l'ui^ aux contreforts nord de l'autrCt A l'intérieur, 
mdmct unalogie d'ordonnance, de formes « de hardiesse^ 
et même différence dans l'exubérance des décors» A 
Cologne 9 tout est plus grand, plus développé, pins 
élancé ; les contrefort$ multiplient lenrs arcs en pro*- 
porlion de l'exhaussement de leur taille ; il y a progrès 
de puissance et d'élancement dana Ja construction , comme 
progrès dans la florescence et l'épanouissement de végéta- 
tion murale. La fiflo était destinée à l'emporter sur la mère. 

(1) Fondée en 1220. Bobert de Luzarches était maître de rœuvre. 
Thomas de Gormont lai raccéda et éleva les galeries Jusqu'à la 
naiÉMUee ^es ventes en nsm <M ans avant la pose 4e la premMst 
tjmn à Coiogii). gonfflsjtoaidt ampt éswi Éat en MM.-^Golocne 
l'emporte de dix pieds en hauteur et en longuair sur Amifllis. 



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— 659 — 

Tel est , à vae de monament , le premier terme 
d'un parallèle que nous ne pouvons poursuivre ici, 
trop coQscieneienx que nous sommes , pour nous fier 
à un examen de quelques heures. Nous ne renonçons 
pas à le formuler quelque jour, mais M. Zwirner visite 
en ce moment les cathédrales de France, son coup 
d'œil exercé doit nous venir en aide. 

Si cette illustre filiation attache une auréole au front 
de la métropole française , ajoute un fleuron de plus 
a la couronne artistique de la Picardie; la part de la 
métropole germaine reste encore toute belle. Imiter 
ainsi c'est presque une création. D'ailleurs, ne l'ou- 
blions pas, l'admirable fleur de l'art chrétien s'entoure 
à Cologne de merveilles romano-byzantînes qui décer- 
nent en quelque sorte a l'opulente cité le titre de Rome 
du moyen-âge. 




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COMPOSITION 



DE hk 



SOCIÉTÉ DES ANTIQUAIRES DE PICARDIE. 

^ ^ 

31 DÉCEMBRE 1843. 



Dli&NlTAIRES. 

Préêidêni: M. BouraoRS. 

Préêideni h0nôrmir6 : M. J. Nàmot #, Préfet du dé- 
partement de la Somme. 

Viœ-Priêidêfii : M. de Gràttier. 
Secrétaire Perpétuel: ti.J, Girnier. 
Secrétaire annuel : M. Breuil. 
Trésorier : M. DoRBis. 

36. 



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— 562 — 

COMMISSION DU MUSÉE. 

Comervateur .* M. Le Prince (Auguste). 
Adtniniêtrateurê : M. Gheusset. 

— M. DuFOUR ( Charles^. 

— M. Màllbt ( Fernand ). 

TITULAIRES RÉSIDANTS. 

MM. 

Fondaleiin. Le Prince (Anguste)f propriétaire. 

De Glermont-Tonnerrb (marquis) , ^^ ancien colonel, 
d'étai-major , membre du conseil- général de la 
Somme. 
RiGOLLOT, dôdteu^ €fii*midlstelne, membre de TAcadémie 

d'Amiens. 
BouTHORS (Alexandre), greffier en cbef de la Cour royale. 
GuERARD (Françoi8),conseiUer-anditeur à la Cour royale. 
Ie SÀoMtR) 4^^. èf^nseOTeV k là Cômr'ria^^ 
De Bbtz ( comte )^ propriétaire^ yice-président de la 
société des Amis des Arts du département de la Somme. 
DEGRATTiER(Adolpbe), substitut du procureur-général. 
DuTHOiT (Aimé), sculpt e u r. 
d8d6. il mai. Hardouin (Henri)^ doeta^or en droit , avoué à la Cour 
royale , membre de TAcadémie d* Amiens, 
id. Màllet (Fernand) , banqirîe^. 
» é^iMi Gvto^ET 4S^, arebUedte êa dé^afftwBfcnt.yf Matefce de 

TAcadémie d^Amiens. 
» iO août. Jantier , ancien notairev 

» 14 déc. Salkon, ancien avoué au tribunal de piœmière instance. 
4887. 9 mars. Lavernier, secrétaire de fa mairie , membre dfe TAca- 
démie d*Amiens. 
« 7ù déc. DuFouR (Charles), avoué a bl'GMIr Fé)rale. 



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— «es — 

1837. 20 déc. Bazot, notaire. 

1S38. H avril. Garnier , professeur , bibliotbéoaire-ad joint , membre 
de rAoàdémie d'Araieiis. 

1839. 13 déc. Breuil (Âag«iste), juge-de-paix, membre de rAcadé- 

mîe d'Amiens. 

1840. 12 févr. Lemergiuer, #, docteur en médecine , membre hono- 

raire de rAoàdémie d'Amiens , ancien maire, 
id. Deberly, avocat à la Cour royale, 

id. DoRBis, conservateur des archives dndép,^ de la Somme, 

id. Bissoir de la Roque, substitut du procureur du roi. 

» 10 juin. Lefebvre, ^, ingénieur en chef des mines. 
1842. 12 févr. Galoppb d^Onquaire ( Cléon ) , homme de lettres « 
membre de Tacadémie d'Amiens^ 
» 8 juin. Roger , secrétaire-partienUer du Préfet de la Somme. 
» 14 déc. WoiLLEZ ( Emmanuel ) , contrôleur des contributions 
indii'ectes. 
1843, 11 jsÉv. DuvAL (rabbé) , chanoine honoraire , vicaire de la 
cathédrale d'Amiens, 
id. Jourdain j (Fabbé) , chanoine honoraire, vicaire de 

la cathédrale d*Amiens. 

COMITÉ DE BÉAtJVAlS. 

Directeur : M. Daujou, vice-président du tribunal civil. 

MM. 
Chevereav, juge-de-paix. 
Daniel, docteur en médecine. 
Danse , ^ , Tice-président du tribunal civil , ancien député 

de rOise. 
Dansb-Desaunois , ^ , chef d'escadron en retraite. 
DelIcouRi juge dUnstruction. 
De Saijs, propriétaire. 

36.* 



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Desjardins, imprimeur. 

De St.-Germain (Staniêlag), propriétaire. 

Db FaiNCHS ville (vicomte) , propriétaire^ 

Dupont-Whitb, ^, Procureur du roi. 

ËSMANGART (Guillaume) , propriétaire* 

FABiGffoir, juge suppléant au tribunal civil. 

GiBERT, -^f receveur-général des finances. 

Graves, ^, ancien secrétaire-général de la Préfecture. 

Le Maréchal Galvandre, propriétaire. 

Leroy, docteur en médecine. 

Mansard, propriétaire. 

MoissBT, négociant. 

Ricard (Stan.), avocat. 

Ricard, (Auguste), avocat. 

COMITÉ DE œMPIÈGNE. 

' Directeur : M. De Catrol , ^ ^ , ancien commissaire 
de guerre , ancien député. 

MM. 

De Breda (Ernest), propriétaire. 

De Bicquilley ( baron ) ^ , capitaine d*artillerie , ancien 

élève de Técole polytechnique. 
De Grouy, ancien notaire. 

Dupont (l'abbé), yicaire de St.-Jac(pies, à Gompiègne. 
PiETTE (. Amédée ) , contrôleur des contributions directes. 

GOMITÉ DE NOTON. 
Directeur: M. de Rougy (Frédéric). 

iifjir. 

Begubrt, propriétaire» entrepreneur de ponts et chaussées. 
GrémehYi propriétaire. 

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— 565 — 

TsifiBlB (l'abbé), curé de Noyon. 

Hârlay, propriétaire, membre du confteil d^arrondisaemeok 

^de G)mpiégne. 
Leqxjeux, propriétaire à Noyon (Oise). 
Méniolle de Cyïàncourt ^ , propriétaire. 
MoNY, ^, propriétaire, maire de la ville de Noyo»; 
Obry (fabbé), «upérieur du petîl séminaire. 
BiCHÀRT ^ , docteur en médecine. 

TITULAIRES NON RÉSIDANTS. 

MM. 

AilDER DE MoNTOViLLERS, # , Sous-Préfet- à Montdidier. . 
Bazin (Charles), avocat , à Mesnil-St.-Firmin (Oise). 
Bfé»ÀiiT, ^ , conseiller à la Cour rople de Douai. . : 
Blin de Bourdoh ( vicomte ) , ^ ^ ancien préfet , défUité 

de la Somme, au Qnesnel (Somme). . i 

BoisTEL (Amédée), avocat à Arras (Pas-de-^Calais). 
BocRO^EOis (i*abbé Henri), curé-doyen de Graovillers (Oise)- 
BnTBtrx, ^propriétaire, maire, membre du conseil-général 

de la Somme, membre de ilAcadémie d'Amiens, à 

Franaart (Somme), 
De Calonne (le comte Adrien) , .^ , conservateur du 

château de Chambord (Ldir-et^Cher). 
Cauyel DE BBAuviLiiÉ, substitut du procureur du roi à 

Montdîdier.'f'.; (, 

Chandon, ^, miembre du coiis^il^général de la Somme, 
maire de la ville de Montdidier (Somme). 

CLotJET ( Téfémaque ) , propriétaire à Vio-sur-Aisne. 

CoRBLET ( Tabbé Jules } , membre de plusieurs sociétés sa- 
vantes , à Roye ( Somme ). 

De CASSETTES ( Edouard )^ $, propriétaire, m^abre de 



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- 566 — 

là société (les Antiquaires de Normaadie, a NontreuA^ 

sur-mer (Pas-de«»Calais). 
De GouavAL (vicomte) , propriétaire an chà(et« de Pinoii , 

(Aisne.) 
De GoNTENCiir ^ , aecréUire-général de la IVéfeotiiiFCi in 

Nord à Lille. 
De ul Fons, baron ob Hbucooq, propriétaire» a« oha- 

teais de Doavrin , préa la Bassée (Nord). 
De Gaudechart, ^, propriétaire à Warluis (Oise). 
Delannot (l'abbé), ^« eiiré doyen da canton de Gamacbes 

(Somme). 
Du Liège, propriétaire à Gondé-Folie (Somme). 
Demaesy, sabstitat dn Proeurtiir d« Roi^ h DonUeiM. 

(Somme). 
De la Plane, ancien mafislrat^ uKambre de la wAéUi ém 

Antiquaires de la Morinie, i St.-Oi|ier. 
De la Ferronnates (Tieomte) , propriétaire ji Bovry (PMe.) 
DoROSELLB (Ed.) , négociant au Hàrre. ; ^ : 

Dv NBvr Germain (Vabbé), ricair^ à Montdîdier (Somme), 
DusBVEL (Eugène), pro|Hiétaire , membre de pluaienrs 

sociétés savantes, a Amiens. 
De Yalicourt, avocat à Nemours (SeinetAt-^Marifl). 
D^EsTouRicBL ( marquis ) , ^ ^ propriétaire à Suxanne , 

prés Bray, arrondissement dje Péioane (Somme). 
EsTANCBLiNy ^, député' de la Sommes: membre de pin-* 

sieurs sociétés savantes, à Abbeviiie (Sonune). 
GàmjroK DE RtnfnxY, dératé de la '&mini^ k Fleufy 

(Somme). ' . , . r.i •; . 

Géraup, élève de Técole des Ghartess. arekli^ste paléo- 
graphe, à Paris. 
De Givencht (Louis), secrétaire pei^nel de la soeîété des 

Antlipsaires de la llorinie ^ à Sl^-Omer ( P^rde-^llatais. ) 



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— 6VSI — 

GoDEBŒmF* , architeoto PMri$> 

de la Somme « à Péronne (Somm»)^ 
HAiftsiviLiiE, ooi^eiUei* do préf«oiaw, membiïe 4e TA^mr 

demie d'Arrai^ à àcrat (Pa»-4e-Célaia). 
HBiivftfa) (Alecandre) propriétaira, oiwnbre de» speiélé» 

des Antiqaaires de la Morinie et 4e N«roandiet k£i.- 

Orner ;(Pa»ide*G«lM^i 
HooBiGAiiT^ fiïopraélaû», au chftle«E de Nogeiit-lè«-Vie«g6a» 

D'ibwwBDii, (eomtfil) , fnwpr. a ^éffBiàreê^EAfMe (Somme,) 

Herbault, iarehitootB .à AmânM. 

Legrand (GastaTe), notaire à Carteponi (Oî»e). 

De THiEuijier(JRlieii)^ propwétaire à Bo^elles (Somme^ 

Laboujwr» asi^ni pcoêurtar fdu Jroi à I^edilielit (SoniiBe)^ 

Le Glay, *, docteur en jsié^cine, anrchiFiile général -dû 

;âépi(Pieweii4 fduiNord;» Mimbre ^e plmieura aooiéié^ 

savantes, à Lille. 
Lbmaire, j|iitiiesiiBiur.à.I49yoa^Qîse).. 
I^p S»^^|ER» ejsQfi^fé an wnisl^e des fioAttces^ à Baiif » 
De Mailly (comte), ^, propriétaire, à Paris. 
Dd MKiaifi?!^ a« LiBaconRT<«flni^«^) *, propriétaire, aueiM 

député, au château de Liercourt (Somme). 
De Malezieux, propriétaire à Senlii.(Oife)*, 
Mamoiï. badiothécwede la ville 4e NeufeMyiel (S.-I««r.) 
Melleville , membre de plusiauvs 4ûciélés «av^aies » à 

Laon. 
MoiLLET, avoué, à Péronne. 

MoREL DE Campenelle, ij^i propriétaire, membre de la 
Société d'Emulation d'Abbeville et de' la Société des. 
Antiquaires de France, à Abbeville (Somme). 



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— 56» i- 

Petit (rabbé) , curé-dôyen de Sl.^Fierfe.de &Oye , chanotne 
hoDuraire de la cathédrale d^Amien». 

Padé (fabbé), ancien directeur dtt petit séminaire de 
Saint-Riquier (Somme)* ■ ' 

Papfe, propriétaire, à Estay, eommune d*AppMly (Oite); 

Petit, propriétaire, à Qnerey-sur^Serre (Aiine). 

Pràdié , capitaine instructeur au 2.* régiment de cai!tbi«- 
niers, à Rambouillet. 

Ràyin, docteur en médecine, à St.-Valery (Somme) . 

Richard ( charlen ) , arcbiteote de la ville de Rouen. 

De Rosnt (Eugène), ancien capitaine du génië,^ memfare 
de la société des Antiquaires de la Moriniè, à Losem* 
brune près Boulogne-sur^^er (Pas-de-Calais). 

Sauvage , architecte à Paris, 

De Sghulbmburg (comte), propriéfaiiie^ à Paris. 

Tattbgrain, président du tribunal civil à Péronne. 

Tbrkal (Abel), peintre, à Paris. 

Vivenel (Antoine ) , * , architecte ;entri^rene»r général 
de 1 Hôtel-de-Ville de Paris. 

WoiLLEMiER, docteur en médecine^ à Sentis ^i^e). ' ^ 

WoiLLEz (Engène), docteur en médedne,- à Glèrmônt 
(Oise). 

Des Gourtils, comte de Mereeuont, propriétaire à Merle- 
mont (Oise). , 

Leoros^ juge de paix à Auneuil (Oise). 

Daudin, propriétaire, maire, membre du cionseil d'arron- 
dissement, à Pouilly (Oise). 

HONORAIRES. 
MM. 

Monseign. Affre , archevêque de Paris. 
D'Allonville (comte) 0. ^ , ancien Préfet de la Somme ,. 
à Marolles-en-Brie. 



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— ô»^ — 

Da^viiills^ cari 4u fonbouiig St.^tieére^ i Httiiens'.^'^ ' ' 
DmiOYEiL, ^, attoien Pféfet 4e la Sommée coii8eiH^t> îd'Etkt^ 

à Paris. ^ 

QuROTfliî (Frédéric), >iîj5:, ^ectié4aire**porpélîiél ^-t'Âca- 

démie, maire de la ville d^Àsmas. . « ^ ' 

IV^QOa^igo* MtOLLAND , EfiFéque d'Amiens.: > " - ' 

DeiSai^vandt, C. ^^ membre làe l'académie ft^tt^ttise, 

membre de la Chambre des dépatés, ancien- minlistre 
.^e rinstraciion publiqua; 'à Paris: ' ' 

De Saint Aighàn (vicomte), O #, Préfet du Nord , hncten. 

Préfet de la Somme. 
VuscBNT ^'abbé), aaeîen profess^att collège Toy al d^Àmiens. 

CORRESPONDANTS. 
MM. : ." '. , 

Stâfi]^:(le oheT«Uer> Josc^)'; membre de plusieurs so-' 

. qiétés aa vantes,, à Bauiié' (Cè|ed*Or). 
Barraud ( Tabbé ), prêtre , chaBomè honoraire, profes- 
seur d*archéologie, au sémiAaire de Beauvait. 
BéTHQLAUD, substitut du procureur du roi, à Aunens. 
Boucher de Psaxu^^, ^^ directeur dé&doùanes^ président 

de la société d'E^iulation, i^ Abfaevilie (Somme). 
Boulanger, propriétaire, :à Tifeaiicaurt prés "Picquigny 

.(Somme). 
BouRGNON DE Leyre , Conseiller à la Cour royale , membre 
;4i^ la; société des Antiquaire 4o TOuest, à Poitiera 
^(Vienne). , . , . . 

Bresseau, propriétaire a Poit (&miroe.) 
Brbtoiî (Ernest) de la société. rxèyale des Antiquaires eti 

de rtnstitut historique de. France, etc. , k Paris. 
Brun-Lavainne, archiviste de la viUe de Lille, membre 
de plusieurs sociétés savantes, à Lille (Nord). 



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Cartier^ ^ifteotaar d» fai reme njtmiM9âkfmm\ 

Loire). 
I)«| BouBois-.ABWru>wi <oo»to)^ ^^ /propriéuiré; M 

château de Long (&MMBe). '1 ; ' 
Champollion-Figeac, «, o^reapoQdfttit. ê» TIiiatH*! , 

«pp^mteur das manuscinU de ia ]9â>Uothèqii0 royale, 

à P^ris. 
Cauet-Gkas, pro|)riét«ire, maire de la eotimmie de 

Saiat-Saiiveur, camM.de Tiquigoy (Somme). 
GAUDROir, sculpteur^ à Pari». 
CwvBJUEAv, aTOoat, nierobre de pluneurt aodétéa a»- 

vante», à Evreux (ïiure), 
Cochet ( Tabbé ) , aumônier du collège royal de Rouen. 
GoLsoir ^, docteur en médecine, à Noyon (Oise). 
Cowsw (Louis), anden pvocurear du roî, membre de 

la société des Antiquairea de la Merioîe , à Botdogtte- 

atir-Mer (Paa-de-Galaig). 
Damis, agent^Toyer, à Aiomeiis. 

Danocuskc, propriétaire^ membre^ de la société des An- 
tiquaires de la Morinie, à Douai ^rd). 
De Bellbval (Charles), propriétaire, membre de la eo- 

oiété d*Emnlatioii, à AbberiUe (Somme). 
De Gagny* (l'abbé), curé, à Ennemain , près Pérmme, 

(Somme). 
De Gaumont (Arcisse), i^^ correspMdaDt de Tlfistitvt, 

membre des sociétés des Antiquaires de Londres et d'E- 
cosse, etc., etc, à Gaeh (Calvados)» 
De Glincbamps, propriétaire^ président de là soelété 

d'Archéologie d'Avramdies (Man^e). 
De Haqtegloqub (le baron) ^ ^ propriétaire, aacieii maire, 

à Arras. 



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— 6n — 

De 7J1 i\Dinp»lBLLB DB VàwdokA ^ , «i^^aréieUtoi^ à lâ>ao«ir 

royale , membre de la société des Antiquéireé de l^Oiiést, 

à Celliers (Vienae). *^ 

Delahate, ooiMertaCëardé U MbHothéqué ^oommtnsàle, 
-à lÂaÀien».' - ''■'' z^'^.-^' 
Dta/kii^TjÉKaakÈi ni^HÀ9M^ mMi^bpe de la tociété' des 

AHtiqaairës de Normandie, à Rouen (Seincv-In^érietri:^). 
D« IJA ^AOssiEirii (Loirisy, biblicrthéoaire honoraire . de 'la' 

irtli» de BlbiiT, mettibi<e dé pluMeurs sodéléé ssf^ànftes, 

à B»ôis:^Cl^Ji^et-Cher). -- 

Db MAOMftt (A.lfkred), propriétai^, à Âbbèfilte <Smîmlt). 
DÉROussÉir (Pabbé), caré de Domàrt , chanoine hoiloraire 

4e la c^hédrale d^Aroiens, à Dofii*rt>en^Pétithiett . '■''' 
Db Saulgy ^^ eàpltain^ , direetetir dn musée é'artillerte, 

membre de rinstitut^ à Paris. . j,i;.. .! 

D^fisifÂfivB, ôOititë éeî Li6t3X, ^> iieâtétiâlit-^«6lonetÀa Sf.« 

trament d'iitfaillerie légère, à-Nofb» (Oise;)-- • ^ 
DiNADX (Arthur), tneivibre de piaâtéurs èocîéfeé ka¥àn^Sj^ 

à ' Yàleïiciennes ^Nord.) • • r . . : :^*^ 

DoncHBT (Louis), étudiant en nfédeèine, à kvà&enii^^^ 
DiTCAs, fnfembre de -pliisieurs sôdéiés saTaTrteé, à Lille'. ' 
DuFAiTE£t.B, membrcf* de plusieurs sociétés sortiAiifteé, à 

Calais. ; ' e î 

DuvivtÊR (Autony), membre de plusieurs so«Mtéë sa« 

vantes, à Nevers. ' ^ 

FàîkVT (l'abbé), curé, à lïonioy (Somme). 
FoucABT ejt^, professeur à la focultéde droit , ikiembre de 

la société des Antiquaires de rOuest,à Poitiers (Viétinè). 
FouRNiBa, agent-Yoyer en chef du départettieat de la 

Somme, à Amienè. 
GoDiN^ archiTistet à Arras. 
Gilbert , ^ , membre de la société royale des Anti- 



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— 6W — 

.q«iaife$. i» FfiAoe, ooq««ri«Aeiir de TégUta métropo- 

liUîpe de PajîU. 
GouRLiBR ^ , architecte , membre dQk coiMieU deft bàlimeiits 

. dvU^.pcès.le.miopBtère.iie Jillatpriwiv à-P^rî»» ^ r :- 
Heitnbbbrt, professeur à T Athénée, archiviste ..detla^pro- 

Tincç, membre de plu^ie^m «q^M^téf savai^^ à ïonr- 

Qpq^, membre de pl|i0i€i«i« .^(Oeiéit^ aa^am^si^, naHopales^ 
^ et é^angères « bibliolhécai»0 de, la, yille d)9 Vers^ill^. 
JoBiNAL (Achille), ancien élève d(9 Técoki. des, chartes, 

|iFQfi9S5eur de littérature étrangère à la faouUé de» 
...lettrts de D^oilPitpeUieF* 
De Ladoi^cbttb (ba^on), 0. 4t( » merobr^e «de la chambre 

/def' dépmés, secrétaire perpétuai, de la ^iété Philo^ 

technique, à Paris. ,:• r I 

Itjifm^fHii, membre de la spc. des Ai^tlq, de^Fran^, à Paris. 
LsLEwEL (jQfiQhim)i proFesseuf, 9D<He9 ptésideBl de la 
,^t^, polonaise, a Bruxelles (Sf^que)^: 
Lëmasle, ^, peintre d'histoire n conservateur das mo- 

nunDBnts.:kistoriqueSt à St^^QoeiiMa (Ai^ne). 
D& x'EsçALOPiER ( comte )^ -^ ^ qonservateur honoraire 

de Uv M^^otbèque de Toirtfenal, membre de la société 

royale des Antiquaires de France, à Paris. 
Ds^Lo^^iE^RiEii < Adrien), pramîer employé an cabinet 

des médailles de la bibliothèque royale, à . P^rû* 
Ia)uandae père, ^(uembrer de . la spciéié d^Émulation, con« 

«erYaieur de, la bibliothèque^ communale, à Abbeville 

.(^SQçime)^ ) 

llAïuoNyanoten notaire,'- licencié en droit, à Paris« 
Mangon de Ij a lande, e^s, ancien directeur des domaines, 

membre de la société des Antiquaires de l'Ouest, à 

Falaise (Calvados). . , . 



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- 678 — 

Meïvre , ' iîJJ , architecte du dépai'temenl ( Tours ). 

MÉifARD , proyisear dû collège rdyal , membre de la société 
des Antiquaires de f Ouest, à Poitiers (Yienne). 

MoET DE LA Forte Maison y propHétaire, à 'demies ( lie- 
et-VHaine). 

Paris (Louis), archiviste de la ville de Reims. 

Paris (Paulin ) ^ , membre de Tlnstitut, conservateur 
des manuscrits de la bibliothèque royale, à Paris. 

Petran, pasteur, à Sedan. 

PiERS (Hector) , homme de lettres, membre île plusieurs 
sociétés savantes, à St.>Omer.' 

Pilate-Prévost, propriétaire, membre de plusieurs so- 
ciétés savantes, à Douai. 

Raoul-RochettEj ^, conservateur du cabinet des mé- 
dailles à la bibliothèque royale, à Paris. ^ 

De Reiffenberg (baron) , membre de l'Académie royale , 
président de la commission dliistoire , bibliothécaire 
du Roi, à Bruxelles ( Belgique ). 

Rédet, ancien élève de Técolo des chartes, archiviste 
du département de la Vienne, membre de la société 
des Antiquaires de TOuest, à Poitiers. 

RiYERT , capitaine au corps royal du génie , ancien 
membre titulaire. 

De Roisin ( baron ) , docteur en droit , docteur en phi- 
losophie , à Bonn ( Prusse rhénane. ) 

RozE (Pabbé), curé de Tilloy-lès-Conty (Somme). 

Santerre ( Tabbé ) , chanoine honoraire , vicaire de la 
cathédrale, à Beauvais. 

Serrure (C. P.) , professeur d'Histoire à l'Université de 
Gand (Belgique.) 

Tailliar ^ ^ , conseiller à la Cour royale, membre de 
plusieurs sociétés savantes , a Douai. 



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— 67â — 

Teenink (Aagttfte), reoeirmF des ooalrâmt