(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Mémoires du Muséum d'histoire naturelle"

Class_ 

Book, _ — 

SMITHSONIAN DEPOS1T 



MEMOIRES 

DU MUSÉUM 
D'HISTOIRE NATURELLE. 



MEMOIRES 

■ 

DU MUSÉUM 
D'HISTOIRE NATURELLE 



PAR 

LES PROFESSEURS DE CET ÉTABLISSEMENT, 



OUVRAGE ORNÉ DE GRAVURES, 
DÉDIÉ AU ROI. 



TOME TROISIEME. 




A PARIS, 



CHEZ A. BELIN, IMPRIMEUR-LIBRAIRE, 

JS s.-j. P 

1817. 



RUE DES MATHURINS S.-J. , HOTEL DE CLUNY. 



nv v 



- S 

NOMS DES PROFESSEURS. 

( PAR ORDRE D'ANCIENNETÉ. ) 

Messieurs , 

A- Thotjin. .... Culture et naturalisation des végétaux. 

Portai Anatomie de l'homme. 

De Jussieu .... Botanique à la campagne. 

Vanspaendonck. . . Iconographie, ou l'art de dessiner et de peindre les 

productions de la nature. 

Lacépède ...... Reptiles et poissons. Zoologie. 

Desfontaines. . . . Botanique au Muséum. 

Faujas-Saint-Fond . Géologie , ou Histoire naturelle du globe. 

De Lamarck. ° . . Insectes, coquilles, madrépores, etc. 

Geoffroy-St.-Hilaire. Zoologie. Mammifères et oiseaux. 

Haby Minéralogie. 

Cuvier Anatomie des animaux. 

Vauquelin Chimie des Arts. 

Laugier. Chimie générale. 

Beleuze. ..... Secrétaire de la Société des Annales du Muséum. 



MEMOIRES 

DU MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE. 

Des Emaux s des Verres , et des Pierres ponces 
des Volcans brûlans et des Volcans éteints. 

PAR M. FAUJAS-DE-SAINT-FOND. 



CHAPITRE PREMIER. 

Des Emaux. 



OBSERVATIONS. 

vJn peut diviser en trois sections très-naturelles les vitri- 
fications volcaniques; ces divisions simples sont conformes 
aux faits et à ce que l'expérience et le raisonnement nous ont 
appris , sur l'art de la fabrication artificielle des verres et des 
émaux. 

Nous savons que les élémens divers qui entrent dans la 
composition des verres, sont sujets à des modifications qui 
tiennent non- seulement à de justes proportions dans les 
mélanges, mais encore à l'action plus ou moins active, plus 
ou moins soutenue du feu. 

L'expérience a appris également que toutes les fois que 
les matières fondues et vitrifiées ont acquis le degré de 
Mém. du Muséum, t. 3. i 



o. Emaux des Volcans. 

finesse, de pureté et de transparence qui convient au tra- 
vail auquel on les destine, il faut s'empresser de les em- 
ployer, sans attendre davantage; car un tel verre, loin de 
gagner par un retard qui dépasseroit trop 1% point conve- 
nable et désiré , ne tarderait pas à décliner par un feu trop 
long-temps soutenu, on le verroit perdre insensiblement et 
sa souplesse et son éclat, se refuser au travail, en un mot 
se dévitrifier, et passer à une sorte d'état pierreux. 

Sans entrer ici dans d'autres détails plus circonstanciés sur 
les phénomènes aussi curieux que remarquables que présen- 
tent à l'observateur les différens degrés de vitrifications , il 
suffit de nous en tenir pour le moment aux émaux volcaniques 
qu'on doit considérer comme des verres opaques, tenant 
un peu de l'aspect pierreux, mais conservant encore ce ca- 
ractère particulier vitreux que lui a imprimé le feu, et qui 
est mixte entre le verre et certaines pierres, d'un aspect luisant ; 
caractère beaucoup plus facile à sentir qu'à décrire, mais sur 
lequel il ne sauroit y avoir d'équivoque, lorsqu'on a acquis 
l'habitude d'observer ces émaux, et surtout qu'on les a 
suivis et bien étudiés en place. 

Ce n'est pas que dans quelques circonstances la nature 
ne nous offre des exemples de verres opaques passés par la 
dévitiification à l'état d'émaux pierreux de couleurs diffé- 
rentes; j'en possède de semblables dans ma collection, où une 
partie est formée d'un émail du noir le plus foncé, et d'un 
aspect très-vitreux, nullement translucide et sans action sur 
le barreau aimanté, tandis que l'autre portion du même 
morceau est convertie en un émail d'un gris jaunâtre, sans 
éclat ni sans transparence, assez analogue à celui qu'on 



Emaux des Volcans. 3 

trouve dans le fond des creusets des verreries qui ont servi 
trop long-temps et qu'on rejette 5 ce changement de couleur 
et de disposition est certainement dû à la dévitrification. 

Mais quelques exemples isolés tenant à des circonstances 
locales et accidentelles , ne doivent pas nous détourner d'ad- 
mettre l'existence des émaux volcaniques comme formés par 
les feux souterrains , à la manière des émaux artificiels que 
l'art sait produire, sans les considérer en général comme de 
véritables verres, que la dévitrification auroit ensuite fait 
passer à l'état d'émail. L'on verra par la description des 
objets que nous avons à faire connoître dans le cours de 
ce Mémoire, que la nature forme par l'intermède du feu 
de véritables émaux, des verres et des pierres ponces, qui 
sont un genre particulier de vitrification très- remarquable; 
nous ne nous écarterons donc pas de cette première division , 
la plus propre à bien classer les objets, à les présenter avec 
d'autant plus de méthode que nous suivrons en quelque 
sorte, pas à pas, la marche progressive que la nature paroît 
s'être tracée à elle-même. 

En suivant ainsi ses dispositions dans l'ordre et l'arrange- 
ment des objets qui composent des collections formées de 
cette manière, le naturaliste les rend cent fois plus instruc- 
tives et plus philosophiques, que toutes ces classifications 
artificielles et proprement systématiques , qui retardent 
certainement les progrès de la véritable science. 

Nous allons entrer en matière sur les émaux sans autre 
discussion : la description exacte et technique des divers mor- 
ceaux en ce genre et d'un très-beau choix qui forment ma 
propre collection, sera suffisante pour mettre le lecteur instruit 



1* 



4 Emaux des Volcans. 

à portée d'en tirer les inductions qui lui paroîtront le plus 

convenables. 



PREMIÈRE SECTION. 

Emaux des Volcans. 

K*. I. Émail opaque, d'un noir mat des plus foncé, pesant et à pâte fine, 
fortement attirable au barreau aimanté, renfermant des grains depéridots, 
ou chrysolite jaunâtre , un peu altérés, mais qu'on peut néanmoins recon- 
noître. Vient du Pic de Ténériffe , d'où, il me fut apporté et donné par 
M. Bory de Saint-Vincent. 

N°. 2. Idem, mais d'un noir moins intense , d'un aspect un peu plus vitreux,' 
foiblement translucide sur les bords lorsqu'on en casse des morceaux en, 
éclats très -minces, ayant tant sur sa surface que dans quelques parties 
intérieures , quelques taches ferrugineuses oxidées en rouge pâle. Cet émail , 
dans lequel on distingue quelques cristaux vitreux de feld- spath blanc , 
n'exerce aucune action sur le barreau aimanté. Du même lieu et du même 
envoi que ci-dessus. 

N°. 3. Émail d'un noir foncé, point translucide sur les bords, sans action sur le 
barreau aimanté , et d'une forte apparence vitreuse ; remarquable en ce 
qu'une de ses faces est convertie en une substance émailléc d'un grisjaunâtre , 
analogue pour la structure et l'organisation à celle qu'on trouve dans les 
vieux creusets de verrerie lorsque ceux-ci ont trop long-temps servi et 
qu'on les rebute. Cet émail ainsi coloré, et opaque, pénètre d'un pouce 
environ d'épaisseur dans L'émail très-noir qui le renferme. De Vulcano. 

N°. 4. Émail noir, compacte, luisant, sans transparence, se divisant en frag- 
mens irréguliers lorsqu'on le frappe avec un marteau, renfermant quelques 
cristaux de feld-spath vitreux blanc. Cet émail du plus beau noir , alterne 
comme par couches, avec une sorte de vitrification pierreuse rougeàtre , 
qui ressemble au premier aspect à une espèce de biscuit opaque , mais qui 
renferme des petits filets, ou plutôt des linéamens d'émail noir très-brillant 
qui y sont dispersés de toute part. La dernière des couches rougeâtres dont 
il s'agit et qui recouvre l'extérieur d'une des faces de ce curieux morceau 
est spongieuse ; l'on voit même par la disposition des fibres , que la ma- 
tière , plus fortement chauffée dans cette partie , avoit une tendance k 



Emaux des Volcans. 5 

passer à l'état de pierre ponce conservant encore sa couleur rougeâtre. Ce 
rare échantillon , très-adroitement cassé , offre cinq couches alternatives 
d'émail noir et de vitrification pierreuse. Il vient du Pic de Ténériffe. 

N°. 5. Émail pierreux d'un gris bleuâtre tirant un peu sur le vert , et nuancé, 
]jar place, de couleur grise jaunâtre, avec quelques pores irreguliers , 
mais en petit nombre, disséminés dans la pâte compacte et très-opaque de 
cet émail, qui paroît provenir d'un feld- spath compacte , car on y dis- 
tingue encore à la loupe quelques parcelles de cristaux déformés et frittes 
de feld-spath ; cet émail est très-fusible au chalumeau, comme la plupart 
des feld-spath. Cet échantillon me fut apporté de l'île volcanique de 
l'Ascension, par M. le chevalier de Berth, capitaine d'artillerie, très- 
instruit en minéralogie, et quiconnoît bien les productions des volcans. 

W°. 6. Email d'un gris clair , légèrement bleuâtre , compacte , sans transparence , 
même sur les bords , plein de petits globules , les uns sphériques , les 
autres oblongs , d'un gris beaucoup plus clair et tirant sur le blanc, qui 
donne à cet émail , lorsqu'il est poli , un certain aspect variolitique. Ces 
globules sont pleins , solides , font corps avec l'émail et le pénètrent de 
toute part; on peut les considérer sous deux points de vue différens, ou 
comme existant primordialement tous formés dans le feld-spath que le 
feu volcanique a converti en émail sans altérer ces globules qu'on ren- 
contre quelquefois dans des feld-spath intacts, ou comme le produit d'une 
sorte de cristallisation globuleuse, promptement et tumultueusement for- 
mée, dont les volcans , et même les vitrifications artificielles de certaines 
compositions de verres, nous fournissent quelques exemples- on voit aussi 
sur le même morceau quelques taches d'émail très-noir, irrégulièrement 
disséminées par places. Cet échantillon, qui vient de Vile de Vulcano,est 
scié sur une de ses faces, et poli sur l'autre; il est disposé en plaque for- 
mant un carré long , dont les grands côtés ont 4 pouces 2 lignes et les petits 
3 pouces 10 lignes. 

N°. 7. Émail d'un blanc un peu grisâtre, compacte , et d'une vitrification pier- 
reuse dans une partie du morceau , tandis que dans l'autre on voit des 
linéamens, et comme de petites couches parallèles de verre d'un gris 
noirâtre, demi - transparent , interposés entre d'autres petites couches 
de vitrifications pierreuses opaques, qui ont une sorte de disposition à 
passer à l'état de pierre ponce. De Vile de Lipari. 

N°. 8. Émail d'un gris blanchâtre , luisant et agréable à l'œil, tirant un peu sur 
le vert, à pâte compacte, fusible au chalumeau en un émail blanc. On 



■ 



6 Émaux des Volcans. 

voit sur une des faces Je ce morceau , quelques globules fondus en véritable 
verre demi-transparent d'un noir bleuâtre. De Vile de Lipari. 

N°. 9. Email d'un blanc un peu grisâtre, compacte, brillant et comme nacré 
un peu écailleux , avec des globules d'un noir un peu verdàtre, luisans, 
vitreux, et comme s'ils étoient enduits à l'extérieur d'un léger vernis: c'est 
ici la substance vitrifiée, l'espèce particulière d'obsidienne globuleuse , à 
laquelle les minéralogistes allemands ont donné le nom de lux saphir. 
Ce bel échantillon, qui est d'un assez gros volume , est remarquable en 
raison de la gangue , qui est incontestablement un émail de volcan. Il vient 
du cap de Gates en Espagne. 

N°. 10. Quatorze globules isolés de diverses grosseurs des mêmes lux saphirs 
hors de leur gangue , et tels qu'on les trouve dispersés au milieu des dé- 
bris des matières volcaniques des environs du cap de Gales. 

N°. il. Variété des mêmes, mais d'un gris clair, et demi-transparens : ceux-ci 
sont au nombre de dix , dont un qui est petit est encore attaché à sa 
gangue qui est un émail blanc du même lieu. 

N°. 12. Lux saphir ou émail volcanique opaque, de forme globuleuse ovale, 
d'un pouce moins une ligne de longueur d'un côté , et de huit lignes de 
l'autre , d'un noir foncé , luisant , avec divers linéamens de couleur rou- 
geâtre qui ont le même poli naturel, et entourent le globule, ce qui 
lui donne un faux aspect d'onix. Celui-ci vient de la presqu'île du Kamlz- 
cliatha , dans la partie voisine de la mer à'Ockolz, et m'a été donné par 
M. Peterson , minéralogiste danois, qui l'avoit reçu, en i8i3, d'un natura- 
liste de Moscou, de ses amis. 



CHAPITRE II. 
Des Ferres des Volcans. 



OBSERVATIONS. 



Les véritables verres des volcans, tels que ceux qu'on 
trouve au mont Hécla , en grosses boules ou sous forme 
de petits blocs, dont la pâte est fine et parfaitement fondue, 



Verres des Volcans. 7 

et d'une belle couleur noire ; les verres qu'ont produits les 
volcans de Ténériffe , des îles Ponces, de Lipari, de 
F^ulcaîio, et de diverses contrées du Mexique et du Pérou, 
ainsi que d'autres lieux, dont on trouvera l'indication précise 
dans la description que je publierai ci-dessous, des princi- 
pales espèces ou variétés de ces verres 5 sont tous le résultat 
d'une action vive et particulière du feu sur des matières qui 
ont dû être composées non- seulement de tous les élémens 
propres à déterminer la fusion de ces substances minérales, 
mais qui ont dû se trouver encore dans des places conve- 
nables où l'intensité d'un feu, aussi fort que soutenu, a ré- 
duit ces matières en verre, autant du moins que ce feu n'a 
pas dépassé la ligne ou le point de la véritable vitrification 
et n'a pas été assez prolongé pour dévitrjfier ces verres. 

Des circonstances de temps et de lieux aussi précises et 
aussi immédiates n'ont dû se rencontrer que rarement au- 
milieu des grandes secousses, des convulsions, des intermit- 
tences et des ébranlemens qui précèdent et accompagnent 
les incendies volcaniques; ceci pourroit expliquer, peut-être, 
pourquoi, au milieu de tant d'antiques volcans dont le globe 
terrestre est pour ainsi dire criblé de toute part , nous ne 
rencontrons qu'assez rarement des verres volcaniques. 

Si nous n'abandonnons pas le fil des analogies, si utile 
pour nous servir de guide dans l'étude et la connoissance 
exacte des productions vitrifiées par l'action des feux sou- 
terrains, il est très-essentiel d'établir deux divisions dans les 
matières premières qui ont donné et peuvent donner encore 
naissance à la formation des verres. Ces deux divisions 
qui sont dans la nature et que nous appuierons d'exemples 



8 Verres des Volcans. 

et de faits chimiques, pourront servir, sinon à répandre de 
grandes lumières sur ce sujet, du moins à mettre les autres 
sur la voie de mieux faire que moi. 

Les laves compactes, soit prismatiques, soit en tables, soit 
en masses, soit en vastes courans qui constituent principa- 
lement les pays volcaniques, ont certainement éprouvé 
l'action violente et long -temps soutenue d'un feu capable 
de liquéfier tant d'immenses quantités de matières, qui ont 
existé sous un autre mode de formation, avant que les feux 
souterrains s'en fussent emparés. 

On ne sauroit nier que tant de matières fondues ne l'aient 
été en place et à des profondeurs bien au-dessous du cal- 
caire le plus ancien 5 j'ajoute même bien au-dessous de nos 
granités et de nos porphyres, dont nous ne connoissons 
certainement pas l'étendue en profondeur. Si l'on demande 
la preuve de ces grands faits, l'observateur de bonne foi 
n'a qu'à porter ses regards sur les volcans qui se sont fait 
jour à travers la région calcaire, les laves qui en sont sorties 
ou plutôt qui se sont élevées en montagnes coniques, sou- 
vent à une grande hauteur au-dessus de ces immenses bancs 
de pierre à chaux, dont ils ont facilement vaincu la résis- 
tance, mettent en évidence des produits qui n'ont aucun 
rapport de formation et de constitution avec le calcaire. 

Si ces mêmes laves sont comparées, soit d'après leur ca- 
ractère extérieur, soit d'après la disposition de leurs parties 
constituantes , lorsque l'action des météores , après de longues 
séries de siècles , a mis à découvert leur contexture , ce qu'on 
peut obtenir même artificiellement, en faisant polir la sur- 
face de ces laves, qu'on mouille ensuite dans l'acide sul- 



Verres des Volcans. 9 

furique affoibli par quatre portions d'eau distillée. On voit 
évidemment alors que la matière première de ces laves ne 
ressemble point à nos granités ordinaires 5 le feld-spath en 
est le principe dominant à la vérité , et il s'y trouve encore 
avec la soude et un peu de potasse, ce qui est une des prin- 
cipales causes de la fusibilité de ces roches composées. 

Le fer combiné avec le titane y existe en grande quan- 
tité , et l'union intime de ces deux métaux semble garantir 
les laves compactes qui les renferment de l'oxidation de l'air. 
Le fer rend aussi ces laves, en général, fortement attirables 
à l'aimant; on ne voit guère de granités ni de porphyres or- 
dinaires contenir cette abondance de fer en état métallique. 

Le péridoi granuleux, ou chrysolithe des volcans, se 
trouve inclus dans la plus grande partie des laves compactes 
basaltiques, et avec abondance dans quelques laves particu- 
lières. On n'a certainement point trouvé jusqu'à présent 
cette sorte de pierre gemme , ni dans nos granités ni dans 
aucune des roches composées qui constituent nos terrains 
d'ancienne formation. 

La terre siliceuse que l'analyse sépare des laves compactes 
y est toujours en état de combinaison, tandis que dans les 
granités elle y est séparée en grains ou en cristaux plus ou 
moins transparens. 

Il seroit facile d'étendre plus loin les caractères différen- 
tiels entre nos granités et les roches plus profondes qui ont 
donné naissance aux laves, si je ne réservois ce que j'aurois à 
dire encore à ce sujet, pour un Mémoire particulier que je 
me propose de publier, sur les basaltes dans lequel je rappor- 
terai des expériences que j'ai faites en grand dans des creusets 
Mem. du Muséum, t. 3. 1 



io Verres des Volcans. 

de verreries et qui ont présenté des résultats très-curieux 

et très-instructifs. 

Il nous suffit pour le présent d'avoir présenté les princi- 
pales différences de structure et d'organisation qui existent 
entre nos granités et les roches élaborées et fondues par les feux 
souterrains, et de faire voir que celles-ci sont d'une origine 
plus ancienne, qu'elles datent d'une époque différente de celle 
des granits ordinaires. 

On me demandera, sans doute, sous quel point de vue 
il faut considérer ces roches, que certainement l'homme 
n'auroit jamais pu connoître sans la force explosive des volcans. 

C'est en observant avec attention ces laves sur les faces 
les plus exposées à l'action de l'air, surtout dans les volcans 
éteints les plus élevés, tels que le mont Mezin en Vêlai, le 
Cantal en Auvergne, et autres lieux exposés à toutes les 
intempéries de l'air, qu'on peut voir, pour ainsi dire à nu, la 
structure organique de ces laves, particulièrement dans 
quelques circonstances, où le voile noir qui couvre et masque 
leurs élémens, le fer et le titane , a en partie disparu , soit par 
l'action des météores, soit par d'autres causes qui nous sont 
inconnues. 

On peut encore, je le répète, obtenir les mêmes résultats 
en faisant couper et polir un morceau de lave compacte 
non altérée, et en mouillant à plusieurs reprises sa face polie 
avec de l'acide sulfurique affoibli d'eau, ou ce qui est mieux 
encore, en la plongeant pendant vingt-quatre heures dans 
une soucoupe de verre ou de porcelaine, dans laquelle on 
verse la dissolution acide, et en lavant ensuite dans l'eau pure 
le morceau soumis à l'expérience; toute la partie colorante 



Verres des Volcans. ii 

de la lave aura entièrement disparu , par la combinaison du 
1er titane avec l'acide 5 les élémens pierreux de la lave se 
trouveront alors à découvert, ce qui permet, à l'aide d'une 
loupe, de l n s distinguer pour ainsi dire un à-un. 

L'on peut très -bien voir alors la nature et la disposition 
des substances qui composent ces anciennes laves, ainsi dé- 
pouillées des matières métalliques qui les déroboient à la 
vue de l'observateur. 

On reconnoît facilement alors que le principe dominant 
est une matière pierreuse analogue au fèld-spath, disposée 
en très-petites écailles irrégulières, ou en très- petits grains 
réunis par la force de cohésion , formant une masse feld- 
spathîque compacte , quelquefois mélangée de points ou de 
lames rhomboïdales d'hornblende, le plus souvent de cris- 
taux plus ou moins gros à'augite ou pyroxène , et de grains 
de péridot. 

On voit en outre bien distinctement dans certains mor- 
ceaux, deux sortes de feld-spath, l'une compacte, formée de 
très-petites lamelles juxta-posées les unes au-dessus des autres 
sans régularité, mais très-adhérentes entre elles - , l'autre d'un 
feld-spath vitreux transparent, souvent en grains irréguliers, 
d'autres fois en petits cristaux plus ou moins parfaits , 
mais dont on reconnoît les faces cristallines; enfin dans 
d'autres laves compactes, on trouve Y'amphigène ordinai- 
rement sous forme cristalline, et même en assez gros cristaux, 
tandis que d'autres fois cette substance pierreuse y est dissé- 
minée en petits cristaux microscopiques d'un blanc un peu 
verdàtre, dont les uns sont opaques, les autres demi-trans- 
parens, renfermés dans une pâte analogue à celle du feld- 



2* 



72 Verres des Volcans. 

spath ; ce que l'on reconnoît très-bien , en faisant disparoître 
la couleur noire du fond de la lave, parle moyen de l'acide 
sulfurique affaibli d'eau d'après le procédé indiqué ci-dessus. 
Je prie les naturalistes les plus exercés dans la connois- 
sance des produits volcaniques, qui ne seront pas rebutés de 
tous les détails minutieux dans lesquels je suis obligé d'en- 
trer, de vouloir considérer qu'il n'est point question ici des 
laves que j'ai désignées dans la dernière édition de ma 
Minéralogie des Volcans , sous les dénominations de lapes 
porphyroïdes , de laces variolitiques , etc. , dont les unes 
sont compactes, les autres ont une contexture schisteuse, et 
laissent voir dans leur pâte, sans recourir à aucun acide, des 
cristaux de feld-spath souvent frittes et même un peu striés, 
comme si ceux-là avoient éprouvé un coup de feu particu- 
lier qui les eut disposés à passer à L'état de pierres ponces; 
celles-ci forment une classe à part, et ceux qui voudroient 
connoître plus particulièrement ces dernières variétés de 
laves porphyroïdes, dans lesquelles les feld-spath, l'horn- 
blende, le pyroxène, les zéolites, les mica à très- petits cris- 
taux hexagones sont naturellement à découvert, peuvent 
consulter ma Minéralogie des Volcans , page l±i jusqu'à la 
page 60 de la 2 e . édition, où j'ai décrit cette suite de laves 
qui ne sont point voilées, ainsi que les laves compactes ba- 
saltiques, par la couleur noire dajer titane qui en dé- 
robe les principes constituans. Ce sont les laves déguisées 
ou plutôt masquées par le fer attirable qui doivent fixer 
exclusivement notre attention ici, car l'analyse qui nous 
en fait bien connoître les élémens chimiques , ne nous per- 
met pas de voir la disposition , la forme , l'arrangement ni la 



Verres des Volcans. ï3 

eontexture de ces roches composées voilées par la vulcani- 
sation; mais nous pouvons, ainsi que je l'ai déjà dit, vaincre 
cette difficulté et lever en quelque sorte ce voile, d'après 
les procédés indiqués. Il nous reste à les considérer à pré- 
sent sous un autre point de vue qui rentre plus directement 
dans l'objet de ce Mémoire, c'est celui qui tient à la pro- 
priété qu'ont ces laves compactes ou prismatiques, d'être 
fondues sans addition d'aucune autre substance étrangère, 
en un beau verre noir compacte et brillant, à peine foible- 
ment translucide, sur les cassures les plus minces, mais que 
rien jusqu'à présent n'a pu décolorer, et à qui la dévitrifica- 
tion fait reprendre en partie son état pierreux. 

Le verre des laves prismatiques ou simplement compactes, 
malgré la grande fluidité qu'il acquiert dans un creuset de 
verrerie et au même feu qui fond le verre ordinaire, est si 
intraitable , qu'il ne sauroit être soufflé ; quelque précaution 
qu'on prenne, l'air le fige et le consolide trop prompte- 
ment 5 il est à croire qu'il faut attribuer au fer titane, trop 
abondant dans ce verre, les difficultés insurmontables qu'il 
présente à l'art. 

Ce n'est donc pas dans les verres provenus des laves ba- 
saltiques qu'il faut chercher l'origine des véritables pierres 
ponces, mais dans des verres volcaniques d'une autre nature. 

Nous devons pour cela recourir aux vitrifications produites 
par les laves porphyritiques , très -rapprochées par leurs 
combinaisons chimiques des roches trappéennes que nous 
connoissons, mais crue nous devons regarder comme d'une 
origine beaucoup plus ancienne que celle de nos porphyres, 
de nos trapps ainsi que de nos roches feld-spathiques ordi- 



i4 Verres des Volcans. 

naires, en raison des substances minérales qu'on y trouve. 
Ces dernières laves compactes, fondues dans un creuset 
de verrerie, produisent un verre presque aussi noir que celui 
de la lave compacte basaltique, avec la différence que sa 
couleur paroit ne tenir ni au fer ni au titane, mais à une 
sorte d'élément fuligineux, peut-être à un état particulier du 
carbone qui fait paroître ce verre très-noir, en raison de 
son épaisseur \ mais les bords en sont translucides, et plutôt 
légèrement enfumés que véritablement noirs. Si après que ce 
verre provenu de laves feld - spathiques ou porphyroïdes, 
d'ancienne origine, a été refroidi, on en expose un fragment 
de la grosseur d'un oeuf de poule environ, à un feu de forge 
ordinaire, et à nu, on ne tarde pas à voir, immédiatement 
après que le verre commence à rougir, celui-ci se boursouf- 
fler, devenir spongieux, léger, perdre sa couleur noire et 
acquérir la blancheur et la contexture striée de la pierre 
ponce 5 expérience qui jette un grand jour sur ceux des verres 
noirs volcaniques qui sont propres à produire le genre parti- 
culier de vitrification convenable aux pierres ponces, et qui 
est en parfait rapport avec les beaux morceaux d'obsidienne 
noire que M. Bory-St.- Vincent eut la complaisance de 
m'apporter du Pic de Ténériffe , où l'on voit des groupes 
de ces verres qui conservent l'intensité de leur couleur, dans 
une partie de l'obsidienne , tandis que l'autre portion du 
même verre est passée à l'état de pierre ponce blanche et 
♦ fibreuse. 

Les verres provenus de la fusion des laves compactes ba- 
saltiques , qui sont presque toujours unis à une grande 
quantité de fer et de titane, quelquefois vingt pour cent et 



Verres des Volcans. id 

inème davantage , ne se comportent certainement pas ainsi, 
et coulent constamment en verre très- noir, en les soumet- 
tant même à plusieurs fontes, sans pouvoir passer à l'état 
de pierres ponces blanches : ce qui établit une distinction bien 
marquée entre ces deux genres d'obsidiennes, qui méritoit 
d'être bien connues. 

Je n'ai pu y parvenir qu'en entrant dans des détails né- 
cessairement longs, et même fatigans , surtout pour ceux qui 
commencent à s'initier dans l'histoire naturelle des produc- 
tions des volcans, et qui n'ont pas vu la nature en place. C'est 
d'après ces motifs que j'évite de rapporter encore bien des 
exemples, et des expériences qui viennent à l'appui de ce 
que j'ai avancé. Quant à ceux qui sont exercés dans ces ma- 
tières ils me comprendront facilement. 



SECONDE SECTION. 

Verres des Volcans. 

N°. I. Verre globuleux, un peu enfumé, transparent, léger, luisant, à pâte 
fine, homogène, doux à l'œil et au toucher, et reflettant. la lumière. 
Sa couleur, légèrement enfumée, paroît au premier aspect d'une teinte 
brune tirant sur le noir 3 ce qu'il ne faut attribuer qu'à l'épaisseur et à 
la forme sphérique de ce verre; mais cette teinte obscure à l'exté- 
rieur , s'éclaircit aussitôt qu'on le présente à la lumière ou au soleil , 
alors le globule est parfaitement transparent. C'est encore ici un véri- 
table lux .sa/ hir , d'une variété qu'on ne rencontre que rarement dans 
cet état de transparence ; aussi ces globules diaphanes sont très-rares. 
J'en possède deux qui viennent du Kamtschatka , et du même volcan 
que le globule opaque ci-dessus dont j'ai fait mention à l'article des émaux. 

N°. 2. Verre volcanique d'un aspect noir et brillant , à cassure écailleuse , 
vive , et à angles très-tranchants , mais diaphanes à la lumière , et 
n'ayant qu'une teinte légèrement enfumée ; ce verre , qui ne paroît 
noir qu'en raison de son épaisseur, est rempli de toute part d'une 



iG Verres des Volcans. 

multitude de globules d'un blanc mat , qui n'excèdent pas la grosseur 
d'une tête d'épingle ordinaire. Ces petits corps globuleux sont presque 
tous régulièrement spbériques , compactes, et * d'un aspect d'émail, 
plutôt que de celui de verres. Ils sont solides intérieurement, on peut 
les considérer comme le résultat d'une sorte de dèvitrificalion parti- 
culière qui a eu lieu sur une diversité de points dans la masse du verre 
volcanique, d'origine feld-spalhique. On voit dans le même morceau 
divers linéamens de la même substance blanche qui se croisent en divers 
sens, et qui ont la même origine. Le verre volcanique qui paroit très- 
noir en raison de sou épaisseur , est diaphane et presque sans couleur , 
lorsqu'on examine les écailles minces que le marteau en détache. De Vile 
de Lipari. Ce bel échantillon d'uue grande fraîcheur a cinq pouces de 
long , sur trois de large. 

N°. 3. Verre volcanique d'un fond noir et vitreux, brillant, pénétré de toute 
part et dans tous les sens de globule; blancs , opaques , plutôt ovales 
que ronds , si rapprochés les uns des autres , et en général si également 
distribués, que ce verre tigré produit un effet agréable à l'œil. Les glo- 
bules sont un peu plus gros que ceux du n". précédent , et d'un blanc 
d'émail argentin. Plusieurs de ces globules ont une ligne de diamètre. 
Cet échantillon façonné au marteau avec beaucoup de dextérité , forme 
un carré long assez régulier , de trois pouces huit lignes de longueur , 
sur trois pouces de largeur, et un pouce huit lignes d'épaisseur , avec 
deux belles surfaces planes. Le verre qui fait le fond de ce bel échan- 
tillon , quoique plus noir en apparence que le précédent par oppo- 
sition avec la couleur blanche des globules , est néanmoins d'un verre 
beaucoup moins coloré et très-transparent. De Vile de Lipari. 

N°. 4- Verre noir, brillant, de la même espèce que le précédent, mais re- 
marquable par sept lignes horizontales et parallèles , ou couches très- 
minces de substance émaillée d'un blanc un peu grisâtre , interposées 
entre le verre noir , qui renferme lui-même quelques points globuleux 
de matière blanche vitreuse. On ne doit considérer ici tout ce système 
de disposition horizontale que comme le résultat d'une dévilrijication , 
forcée en quelque sorte, par quelques circonstances particulières, de prendre 
cette marche d'apparence régulière, et non comme le produit de diverses pe- 
tites couches alternatives de verre noir et d'émail blanc. Cela paroît même 
démontré, lorsqu'en observant à la loupe ces lignes blanches, on re- 
connoît qu'elles sont formées par une multitude de petits globules 



Verres des Volcans. 17 

émaillés , adossés les uns contre les autres dans une ligne horizontale. 
De Vlla de Lipari. 
N°. 5. Verre enfumé, transparent, bien fondu, d'une pâte fine très-bril- 
lante, avec des globules d'un blanc argentin, translucides, disposes en 
petites houppes , hérissées de filaniens vitreux très-fins et fragiles. Ce 
beau verre , qui a un aspect demi— noir dans ses parties épaisses , est un 
des plus diaphanes que les volcans aient produits , et ressemble à un 
quartz transparent légèrement enfumé ; il est très-fusible au chalumeau 
qui le convertit en un émail blanc. Les petits globules filamenteux , 
sont le résultat d'une dévitrijïcation plus avancée. De l'île de Lipari. 

~R°. 6. Verre volcanique, ou obsidienne d'un noir olivâtre, à pâte fine, 
fortement translucide sur les bords , en un verre pur de couleur lé- 
gèrement jaunâtre , très-fusible , offrant plusieurs petites cavités , ta- 
pissées d'une substance blanche , un peu frittée , et même entièrement 
fondue dans" quelques parties, en un émail blanc , ou en stries fila- 
menteuses contournées , d'un aspect de pierre ponce. De Cerro de las 
Navajas dans le Mexique. 

Je tiens de l'amitié de M. le baron de Humboldt , ce morceau , 
que ce savant infatigable a recueilli lui-même dans son voyage dans les 
régions équinoxiales. 11 est à observer , au sujet des cavités tapissées 
<îe substances blanches vitreuses , qu'on remarque dans cette obsidienne , 
que , quoiqr'il y ait lieu de croire que la dévitrification soit inter- 
venue le plus souvent dans ces sortes d'accidents qu'on observe . au 
milieu de ces produits vitreux, il peut arriver aussi , que leur origine 
soit due également à des roches porphyritiques ou trappéennes , qui renfer- 
maient des globules defeld-spath , c'est-à-dire à des espèces d'amygdaloïdes 
à globules de feld-spath blanc , dont la pâte se seroit fondue en verre 
plus ou moins coloré , et les globules de feld-spath en émail blanc. 

K°. 7. Obsidienne très-noire, brillante, translucide sur les bords, avec quel- 
que cristaux de feld-spath blancs en parallélipipèdes , mais en très- 
petit nombre, du Pic de l'ènériffe , où ce verre volcanique est très-connu 
sous le nom de tabona. Envoi de M. Bory Saint-Vincent. 

N°. 8. Obsidienne d'un verre noir intense et brillant , à pâte fine et bien 
fondue, translucide et même diaphane sur les bords , en verre olivâtre. 
On distingue sur une des faces de ce morceau , quelques linéamens 
d'un bleu de lavande. Du Pic de Ténérijfe. Envoi de M, Bory 
Saint-Vincent. 

Mém. du Muséum, t. 3, 3 



18 Verres des Volcans. 

N°. 9. Obsidienne d'un noir très-foncé, d'un éclat brillant, mais un peu 
onctueux, et par là même moins vif que les obsidiennes ci-de?sns dé- 
crites. 11 faut diviser ce verre noir en écailles assez minces pour pouvoir 
juger de sa transparence et de sa véritable couleur qui est olivâtre en 
cet état. Son aspect un peu gras, pourroit être attribué à une sura- 
bondance d'hydrure de carbone , à laquelle cette obsidienne se seroit 
trouvée exposée par quelques circonstances particulières, lors de sa 
formation. On y peut distinguer encore quelques cristaux de feld-spath 
vitreux, mais en très-petite quantité. Du Pic de Ténérijfe. Envoi de 
M. Bory Saint- Vincent. 

W°. 10. Verre volcanique ou obsidienne du noir le plus foncé , d'un éclat 
aussi brillant que celui du verre le plus homogène et le plus fin , 
ayant les angles très-tranchans. Sa couleur noire est si intense, sans 
cesser d'être vive et éclatante, qu'on est obligé de la diviser en écailles 
minces pour juger de sa. transparence : c'est alors qu'on voit le jour à 
travers - } mais le verre en est enfumé Cet échantillon a quatre pouces 
trois lignes de longueur , sur trois pouces six lignes de largeur , et 
vient du Monl-Hécla en Islande. 

N°. il. Obsidienne du Mont-Hécla, disposée en plaque de cinq pouces dix 
lignes sur son petit diamètre , et de six ponces huit lignes dans son 
grand , parfaitement polie sur une de ses faces , et formant un miroir 
qui reflette parfaitement les objets avec toutes leurs couleurs. Cet em- 
ploi de l'obsidienne pour des miroirs à l'usage des peintres paysagistes , 
est la substance vitreuse la plus propre à remplir ce but , parce que 
la couleur étant du plus beau noir , et la réfraction en étant simple , 
les objets s'y peignent avec la plus grande netteté , et l'harmonie la 
plus agréable. 

N°. 12. Obsidienne d'un gris noirâtre, en fragmens irréguliers, anguleux et 
demi-transparens , disséminés dans une espèce de pâte frittée , composée 
de feld-spath vitreux et d'un mélange de ces fragmens d'obsidienne , ce qui 
donne à cette variété l'aspect d'une brèche d'obsidienne et de feld-spath 
vitreux , produite par l'elfet du feu et par l'action de la vitrification , 
qui ont formé ce singulier mélange. De Vile Ponce. Les vagues de la 
mer, brisant souvent des masses considérables de cette sorte de vitrifi- 
cation , forment des écueils autour de l'île ; d'autres étant entraînés 
par les torrens dans la mer , y sont bientôt brisés par les vagues , 
et jetés sur le rivage , sous forme de sable à gros grains anguleux 
entièrement composés d'obsidienne et de feld-spath vitreux. 



Verres des Volcans. 19 

N". i3. Verre volcanique d'un noir un peu olivâtre , disposé en filaraens 
capillaires plus ou moins longs , très-fins , flexibles , mais fragiles , 
souvent terminés à leur extrémité , par de très-petits globules ronds 
ou oblongs du même verre; fusible au chalumeau. Du volcan de l'île 
de Bourbon. 

Commerson nous fit connoître le premier cette singulière production 
vitreuse de ce volcan, qui , dans une de ses grandes éruptions, couvrit 
la presque totalité de l'île , de ces espèces de cheveux de verre , qui 
tombèrent en forme de pluie jusque dans les environs de Gaul et de 
Y Étang-Salé , à une distance de près de buit lieues du principal 
foyer d'où partit l'explosion. M. Bory de Saint-Vincent , dans son voyage 
dans les principales îles des mers d'Afrique , tome II , page 253 , et 
tome III , page 5o , donne des détails curieux sur ce qu'il a observé 
à ce sujet , dans deux voyages qu'il fit jusqu'au sommet du volcan de 
cette île , où ayant passé la nuit non loin du cratère , ses compagnons et 
lui en se réveillant , se trouvèrent couverts de petits filets brillons et 
capillaires , flexibles , semblables à des soies ou à des fils d'araignée. 
Il donne une explication assez plausible de la théorie de ce phéno- 
nomène , en disant que les matières se trouvant dans un grand état 
de fusion , s'élevant subitement en gerbe par les explosions volcaniques , 
produisent en se séparant de la masse principale , le même effet qu'un 
bâton de cire d'Espagne enlevé brusquement de dessus le cachet qu'on 
étend avec son extrémité fondue. Ce minéralogiste , ayant observé de 
ces fils de verre de plusieurs aunes de longueur, en tire une induc- 
tion favorable à la théorie qu'il adopte. 

Un pareil phénomène est en général très-rare dans les volcans en 
activité que nous connoissons ; cependant l'on a dit que celui de l'île 
de l'Ascension rejetta autrefois de très-petits globules vitreux , mêlés 
avec des filamens de verre noir ; mais nous n'avons aucune observa- 
tion précise ni circonstanciée à ce sujet. 

On a fait usage depuis peu de tems avec succès de ces fils de verre 
de l'île de Bourbon , en raison de leur grande finesse , de leur égalité 
de calibre ," et de leur couleur , pour en former de bons micromètres , 
applicables aux observations astronomiques. J'ai eu le plaisir d'en donner 
de ceux que j'ai dans mes collections , à mon célèbre et ancien ami 
M. Piochon , qui les destinoit à remplir cet objet. 

N". i4- Filamens de verre noir capillaire , réunis en petits flocons dans les 

3* 



20 Verres des Volcans. 

cavités d'une lave grise , compacte , contenant quelques petits points 
noirs vitreux. De Valcano. 

Voici comment s'exprime Dolomieu au sujet de ce verre filamenteux 
noir , dans son Voyage aux îles de Lipari , page 36 , n". 7. « Lave 
» grise de Vulcano , traversée par des veines blanches presque parallèles , 
» et contenant quelques points' noirs vitreux. Cette lave solide , mais 
» caverneuse , renferme dans ses cavités , des filets capillaires de verre 
» noir en flocons , d'une extrême délicatesse , et que le souffle dissipe. 
» J'en trouvai , dit-il , beaucoup de morceaux semblables, et cependant 
» je n'ai pu conserver que bien peu de ces filamens de verre, qui sont 
n infiniment plus légers et plus fins que ceux du volcan de l'île de 
« Bourbon. » Dolomieu en m'en voyant l'échantillon ci-dessus, indiqua sur 
celui-ci, que cette lave étoit le produit de l'éruption de 1 774 5 °' u 
le volcan élança de grands blocs de lave compactes, qui renfermoient 
dans des cavités produites par des espèces de soufflures , des faisceaux 
de ce verre capillaire , le plus souvent disposés en houppes , dont 
quelques-unes éloient de la grosseur d'un œuf; mais elles étoient si 
fragiles , qu'il n'étoit presque pas possible de les transporter. 

N°. i5. Obsidienne cTune couleur noire foncée , éclat brillant mais légère-* 
ment onctueux , reflet un peu olivâtre : contexture en partie écail— 
leuse, et en partie grenue, entremêlée d'autres parties fibreuses , sail- 
lantes , irrégulières , qui lient et resserrent dans tous les sens les écailles 
et les grains , et forment une sorte de pâte si fortement consistante et 
si tenace , qu'on brise ou qu'on déchire plutôt cette obsidienne sous 
le marteau , que de la faire partir en éclats. Quoique pleine d'aspérités , 
la cassure en est toujours brillante; en cet état rien ne ressemble au- 
tant à un morceau X anthracite , tant par la couleur , par l'éclat , que 
par la disposition des parties ; on y seroit trompé si on n'y portoit pas 
la main. Cette singulière obsidienne est non-seulement fort dure , mais 
beaucoup plus pesante que tous les verres volcaniques ordinaires. En 
brisant un fragment de cette obsidienne , et en le triturant avec un' 
pilon d'acier , on le réduit en un sable de verre translucide olivâtre , 
anguleux , ressemblant à celui que produit la larme batavique. 

La grande pesanteur de cette obsidienne , pourroit faire soupçonner 
qu elle a ' reçu dans sa composition quelques terres pesantes , peut- 
être même de la baryte , et ce qui pourroit favoriser jusqu'à un 
certain point cette conjecture , c'est qu'on distingue parfaitement, 



Verres des Volcans. 21 

tant sur la surface que dans l'intérieur, de très-petites barres blanches, 
dont quelques-unes se terminent en pointe , et ont une canelure 
dans le milieu. Ces barres qui n'ont tout au plus qu'une demi ligne 
de largeur moyenne , et les plus longues cinq , sont dispose'es sur des 
plans parallèles les unes au-dessus des autres ; examinées à la loupe 
et au grand jour , particulièrement au soleil , on voit qu'elles n'ont 
point l'aspect ni la forme feld-spathique , qu'elles auroient plutôt celui 
de la baryte ou de la strontiane 5 leur surface est en partie recouverte 
d'une légère efflorescence terreuse blanche. Si ma conjecture n'est point 
une erreur , ce que l'analyse chimique seule pourra vérifier , la réunion 
de la terre pesante ne seroit point incompatible , car les minéralogistes 
savent très-bien que la baryte sulfatée se trouve dans les trapps por- 
phyritiques des environs d'Oberstein, et qu'en Auvergne, la même 
matière est voisine des porphyres. Or , les volcans ayant leurs principaux 
foyers quelquefois dans des roches analogues , peuvent y avoir trouvé 
plus d'une fois la terre pesante , et l'avoir réunie et combinée avec 
les autres substances qui Ont concouru à former les obsidiennes. 

Si les barres blanches dont il s'agit ne sont au contraire que le 
résultat particulier d'une sorte de dévitrification , qui s'opéreroit ainsi 
par lignes interrompues , mais parallèles , il restera toujours à décou- 
vrir la cause de la grande pesanteur de ce verre volcanique , qui ne 
paroît pas contenir davantage de fer titane que les obsidiennes or- 
dinaires , et qui ne manifeste pas la plus légère action sur le barreau 
aimanté; ce qui au surplus peut "être produit par' la vitrification. Ce 
singulier échantillon vient d'Auvergne , d'un envoi de M. Grasset de 
Mauriac. 



N°. 16. Lave compacte basaltique pierreuse , fondue à un fourneau de ré- 
verbère , à la fonderie du Creuzot , près Mont-Cénis en Bourgogne , 
en présence de M. le chevalier de Lubre , pour lors officier d'artillerie 
royale , commissaire du roi pour présider à la fonte des canons , et en 
présence de M. Ramus , directeur de ladite fonderie. Je fis fondre trois 
cents livres de basalte qui furent placées sur l'autel d'un fourneau à 
réverbère ,' le 12 septembre 1787, à huit heures du matin. A six heures 
du soir du même joui - , nous examinâmes la lave basaltique qui se trouva 
parfaitement fondue en un verre du plus beau noir, bien fin, bien luisant 3 



22 Verres des Volcans. 

mais lorsque nous voulûmes essayer d'en retirer une portion , à l'aide 
d'une grande cuiller de fer, à peine ce verre fut-il frappé par l'air exté- 
rieur, qu'en retirant la cuiller, nous nous trouvâmes entourés de toute 
part de fils de verre noir , et que la matière qui resta dans la cujller 
se figea en verre très-noir, il fallut casser ce verre pour le retirer. Ou 
ferma la porte du fourneau , pour laisser tomber le feu et refroidir la 
matière, afin de la sortir plus facilement, voyant surtout qu'il n'étoit 
pas possible de l'employer liquide. Nous la laissâmes ainsi pendant qua- 
rante-huit heures , et nous trouvâmes que le verre étoit devenu dur, 
pierreux , conservant à peine dans quelques parties qui s'étoient refroidies 
plus promptement , quelques portions encore vitreuses : tout le reste avoit 
un aspect véritablement pierreux qui nous étonna ; et comme j'avois 
vu toute cette lave réduite à un état de verre parfait, je revenois avec 
peine de ma surprise , ne pouvant considérer ce phénomène que comme 
le résultat d'une sorte de dévitrification , qui eut été plus avancée encore , 
si nous avions laissé tomber le feu plus graduellement , et pendant un 
espace de temps plus long. Dolomieu a fait mention de cette expérience. 



CHAPITRE III. 

Des Pierres ponces. 



OBSERVATIONS. 

Le mode de vitrification qui a donné lieu à la formation 
des pierres ponces est un des beaux phénomènes de la vulca- 
nisation. Les volcans brûlans que nous connoissons ne pro- 
duisent pas tous des pierres ponces; plusieurs même n'en ont 
jamais fourni jusqu'à présent. 

Les volcans éteints sont à cet égard dans la même caté- 
gorie. Il en existe qui n'ont jamais offert le moindre atome 
de ce genre particulier de verre fibreux, tandis que d'autres, 
mais en petit nombre, en ont projeté de grandes quantités. 



Pierres ponces. 23 

On trouve des pierres ponces disposées ordinairement en 
fibres capillaires, longitudinales, avec des pores qui affectent 
la même direction; d'autres ont des pores ronds, des pores 
irréguliers, avec des filamens contournés, croisés, tortueux, 
en faisceaux , en houppes : on en voit même dont la forme 
est écoilleuse. 

Leur couleur est, en général, d'un blanc grisâtre; mais 
quelquefois elles sont très-blanches, et même d'un blanc ar- 
gentin soyeux: il y en a de jaunâtres, de brunes et de noires; 
mais les unes et les autres donnent un verre blanc en les 
fondant au chalumeau. 

Dans les grandes explosions volcaniques, les pierres ponces 
ont été souvent élancées dans les airs par les ouvertures embra- 
sées en fragmens irréguliers plus ou moins gros, en gravier 
ou en sable qui occupoient une grande étendue, dans l'air 
et retomboient en manière de pluie de cendre. 

Il est constant aussi qu'il existe de véritables courans de 

matières ponceuses. Dolomieu nous les a fait conuoître le 

premier : a Ces pierres, dit cet excellent minéralogiste, pa- 

» roissent avoir coulé à la manière des laves; avoir formé 

» comme elles de grands courans que l'on retrouve à cliffé- 

» rentes profondeurs les uns au-dessus des autres autour du 

» groupe des montagnes du centre de Lipari. Les pierres 

» ponces pesantes occupent la partie inférieure des courans 

» ou des massifs; les pierres légères sont au-dessus. Cette 

» disposition prouve encore l'identité de nature entre les 

» pierres ponces pesantes et solides et celles qui sont légères 

» et peu consistantes. La fibre prolongée de la pierre 

» ponce est toujours dans la direction des courans : elle 



24 Pierres ponces. 

» est dépendante de la demi-fluidité de cette lave qui file 
» comme le verre. Lorsqu'on trouve des fibres contournées 
» dans tous les sens, les pierres ponces ont sûrement été 
» lancées isolées, et elles ne dépendent d'aucun courant. » 

Spallanzani a fait une semblable observation à Campo- 
JBianco dans une autre partie de la même île, où il observa 
une variété de ponce noire, filamenteuse, âpre au toucher, 
qui paroît opaque , mais en détachant ces filamens , et les 
présentant à la lumière, on reconnoît qu'ils sont diaphanes. 
Lesjilets de cette espèce de ponce , dit ce célèbre observa- 
teur, sont tous dirigés dans un sens , celui du courant. 
Cette pierre forme unjîlon continu , presque horizontal , 
de sept à douze pieds de grosseur et de soixante et plus 
de longueur. Voyage dans les Deux-Siciles, tom. II, p. 219. 

Enfin un géologue non moins célèbre que les deux pre- 
miers, M. le baron de Humboldt, nous apprend dans la 
relation historique de son Voyage, pag. i65, que dans les 
montagnes volcaniques des Andes, sur des blocs de piei A res 
ponces de huit à dix toises de longueur, les fibres sont 
exactement paralèles entre elles et peipendiculairement 
à la direction des couches. 

On ne sauroit donc révoquer en doute, d'après de sem- 
blables témoignages , que les pierres ponces ont été formées 
en coulée à la manière des autres laves ; il faut admettre 
aussi que souvent cette substance vitreuse, soit postérieu- 
rement à son refroidissement et à sa consolidation , soit 
même pendant sa formation dans la profondeur des foyers 
volcaniques, en a été arrachée par la force et la violence 
des explosions qui l'ont élancée dans les airs en pluie de 



Pierres ponces. 25 

pierres, ou en nuages de cendres, que les vents pouvoient 
disperser au loin; c'est à la fréquence de ces explosions, 
dans les circonstances favorables à la formation des ponces, 
qu'il faut attribuer les grandes accumulations de cette sub- 
stance autour de certains volcans, ou sur leurs parties éle- 
vées, comme au Pic de Ténériffe, de même que ces immenses 
dépôts de ponces qu'on trouve et qu'on exploite depuis si 
long-temps, dans les volcans éteints des environs de Crufts , 
de Pleyt , de Liblar , de Laach et autres lieux du voisi- 
nage, dans l'électorat de Cologne, et à quelques lieues de 
distance RAndernach. 

Un fait qui ne doit pas manquer de fixer notre attention 
particulière, est celui qui résulte de l'analyse des pierres 
ponces; celles-ci nous montrent constamment la soude et la 
potasse en certaine quantité , et ces sels , agents principaux de 
la fusibilité , se sont , conservés dans ce genre particulier de 
vitrification ; ils entroient donc auparavant comme principe 
constituant dans la formation des roches feld-spathiques qui 
ont donné naissance à ces verres. 

On pourroit ajouter que c'est à de grandes profondeurs 
que les volcans sont allés puiser ces matières, qu'ils ont con- 
verties d'abord en verres noirs ou en obsidiennes, si nous en 
jugeons d'après les analogies; et que par une seconde opéra- 
tion du feu, ils ont ensuite fait passer à l'état de pierres ponces 
blanches, striées, légères et soyeuses, si toutefois la nature 
n'a pas, dans ses laboratoires souterrains, des moyens plus 
expéditifs et qui nous sont inconnus d'abréger cette opéra- 
tion, et de l'exécuter en quelque sorte d'un seul jet. 

Un autre fait qui n'est peut-être pas à dédaigner, est celui 
Mém. du Muséum, t. 3. 4 



aG Pierres ponces. 

qui a rapport à la disposition particulière de certaines ponces, 
telles que celles cl' "Iselria , de Procida et de quelques autres 
lieux , dans lesquelles on trouve des cristaux de feld-spaih 
isolés, ne tenant que par quelques points, tant dans les vides 
intérieurs que sur la surface de la pierre ponce, comme si 
une forte pression les eût fait sortir de la place qu'ils occu- 
poient : ces cristaux sont d'un feld-spath en quelque sorte 
apyre, qui a résisté à la fusion. 

On trouve des feld-spath de la même nature dans certaines 
obsidiennes, telles que celles de JJpari qui sont restés in- 
tacts au milieu d'un feu capable de réduire en verre noir 
parfaitement fondu la lave feld-spathique qui a produit ces 
sortes de verres 5 aussi quelques minéralogistes ont-ils donné 
à cette production des feux souterrains le nom de porphyres 
à base d'obsidienne, en laissant entendre, contre les faits et 
hors de toute raison, qu'il existoit des obsidiennes, qui ne 
sont cependant que des verres de volcans, qui pouvoient avoir 
été formées sans le concours du feu; en partant du faux 
principe que si la base avoit fondue, les cristaux de feld-spath 
auroient dû. nécessairement éprouver le même état de vitri- 
fication ; mais ceux qui pensent ainsi auroient dû considérer 
qu'il y a de véritables feld-spath, très-purs et très-limpides, 
beaucoup moins fusibles les uns que les autres, et qu'il eu 
existe même quelques-uns qu'on ne sauroit convertir en 
verre qu'à l'aide de l'air oxigéné. D'ailleurs en examinant à 
la loupe ces cristaux de feld-spath vitreux noyés dans quel- 
ques obsidiennes, on auroit reconnu que plusieurs de ces 
cristaux sont déjà frittes, et que même plusieurs offrent des 
ébauches de stries.. 



PlERRES PONCES. 27 

On doit conclure avec raison, de tous ces faits, et je ne 
saurois trop le rappeler, que les obsidiennes ou verres noirs 
qui donnent naissance, par une seconde opération, aux vé- 
ritables ponces, ont eu pour matrice première des roches 
feld - spathiques plus ou moins mires., plus ou moins riches 
en cristaux de feld- spath, sans mélange d'autres substances, 
propres à dénaturer ces verres, telles que \e,fer, le titane, 
\ hornblende, le piroxène, qui leur donnent une couleur 
noire en quelque sorte ineffaçable et les empêchent de passer 
h. l'état de véritables pierres ponces. 

La nature des roches porphyritiques que nous connois- 
sons, quoiqu'elles n'existent pas à des profondeurs égales à 
celles au milieu desquelles les volcans ont pris naissance, 
nous offrent des exemples de ce que nous avons dit des dif- 
férentes espèces ou variétés de ces roches feld-spathiques, et 
porphyritiques qui ont aussi pour base le feld- spath plus 
ou moins pur, avec des cristaux de la même nature qui va- 
rient souvent par la couleur, par la dureté, par l'homogé- 
néité, et par la fusibilité. Celles que nous connoissons en ce 
genre nous offrent les points extrêmes, depuis Xadulaire 
qui est le feld-spath le plus pur et le plus limpide, jusqu'au 
porphyre rouge antique , au porphyre vert dit serpentin, ou 
au porphyre à fond d'un noir d'ébène, semé de cristaux 
d'un blanc éclatant et pur , dont on ne retrouve plus les 
carrières, et qui étoient anciennement si recherchés par les 
Egyptiens , par les Grecs , et par les Romains. 

Ces variétés de porphyres, en quelque sorte à notre portée, 
sont toutes fusibles, à raison des substances qui les compo- 
sent, et particulièrement de la soude et de l^potasse- mais 

4* 



9.8 PlEURES PONCES. 

les verres qui en résultent par la fusion, participent néces- 
sairement des corps colorans et des autres substances miné- 
rales qui ont concouru à former ces roches ; quelques-unes 
pourroient même donner naissance à des ponces. 



TROISIÈME SECTION. 

Pierres ponces. 

N°. i. Pierre ponce blanche, légèrement nuancée de vert jaunâtre, pesante , 
à pores irréguliers , dont quelques-uns renferment quelques filamens 
vitreux striés. La contexture générale de cette ponce est comme sa- 
carine, et fortement vitreuse, ce qui a donné lieu à sa pesanteur et 
à sa dureté ; elle peut être considérée comme un premier passage de la 
ponce pesante à la ponce fibreuse légère. Du Vésuve (i). 

N°. 2. Pierre ponce pesante , grise , striée , et d'une contexture qui passe à la 
fibreuse , sur une partie du morceau , tandis que l'autre est fondue en 
obsidienne noirâtre , dont le verre est lardé de cristaux de feld-spath 
blancs demi-transparens , un peu frittes. La partie striée , renferme 
les mêmes cristaux ; mais ceux-ci ayant opposé un certain obstacle à 
la disposition longitudinale des fibres , ces cristaux , obligés de céder à 
la cause déterminante de cette disposition, plusieurs de ces solides ré- 
guliers ont été forcés de quitter leur place , et on les voit souvent 
fixés sur la surface des stries, par leurs parties anguleuses , ou emprisonnés 
dans les vides cellulaires ou ils ne tiennent que par des points. Ce 
passage de l'obsidienne à la ponce , n'est pas sans intérêt dans cet échan- 



(î) M. Menait! delà Groye, dans ses Observations sur l'état et les phénomènes dit 
Vésuve , pendant une partie des années i8i3 et i8i4, fait mention, page 74, d'une sub- 
stance vitreuse , qui a la plus grande analogie , sauf la pesanteur, avec celle décrite ci- 
dessus. «Ce que je vis de plus curieux , dit ce minéralogiste voyageur, est une lave 
» blanche avec une nuance verdâlre et vert jaunâtre,.... peu cassante et même assez 
■» tenace lorsqu'elle est poreuse, ayant dans son état compacte l'apparence d'un borstein. . . ., 

» mais plus souvent comme grenue et assez légère plus souvent encore remplie de 

» pores, boursouflée comme du pain bien levé; enfin paroissant former un vrai passage 
» à la pierre ponce, et ayant une légèreté et une friabilité presque égales. Les cavités ou 
- cellules présentent aussi un œil luisant et quelques filets. » 



Pierres ponces. 29 

tillon , qui démontre en même tems que son origine première dérive 
incontestablement d'une roche porphyritique. De l'île de Lipari. 

N". 3. Pierre ponce d'un gris blanc foiblement verdàtre , à pores spongieux. 
Cette ponce légère est intimement adhérente à un gros noyau d'obsi- 
dienne j et comme amalgamée avec lui. Cette obsidienne , qui renferme 
quelques cristaux de feld-spath blanchâtre , est déjà criblée elle-même 
de pores et de stries irrégulières , et a perdu plus de la moitié de sa 
pesanteur , en conservant néanmoins une partie de sa couleur noire. 
Il seroit difficile de se procurer un échantillon aussi démonstratif que 
celui-ci du passage graduel et transitoire de l'obsidienne à la ponce. 
Celui-ci vient des volcans du Mexique. 

N°. 4- Pierre ponce d'un blanc grisâtre, ayant des pores en partie striés , en 
partie fibreux , plus ou moins grands , enveloppant dans tous les sens 
plusieurs plaques noires et brillantes d'obsidienne , comme si elles avoient 
été saisies pendant que la ponce étoit dans un état de ramollissement : 
ce» qui peut arriver en effet dans quelques circonstances particulières. Ce- 
pendant , en observant avec beaucoup d'attention ce bel échantillon 
qui a cinq pouces de longueur et autant de largeur, et qui est scié sur 
une de ses faces , on inclineroit davantage à considérer ces noyaux an- 
guleux d'obsidienne , comme des restes de ce verre , qui se trouvant 
dans le centre , ont échappé , par quelques circonstances particulières , 
à l'action qui avoit fait passer l'obsidienne à l'état de pierre ponce. 
Du pic de Ténériffe. M'a été envoyé par M. Bory Saint-Vincent. 

K°. 5. Pierre ponce grise , demi-pesante , mais beaucoup moins que celle du 
n". i , fibreuse dans son ensemble , mais à très-petits pores et à stries 
très-rapprochées , grenue dans plusieurs parties , écailleuse dans d'autres. 
C'est cette ponce qui est employée , exclusivement à toutes les autres , pour 
l'usage de la chapelerie , et est connue dans le commerce sous la désignation 
spéciale de pierre ponce des chapeliers. On la vend taillée en grands parallé- 
lipipèdes. On la trouve à Lipari et à l'île Ponce. 

N°. 6. Pierre ponce grise, légère, à grands et à petits pores, les uns con- 
tournés , les autres striés. Les plus grands réunissent quelquefois dans 
le fond de leurs cavités , des parties filamenteuses , dont les unes sont 
cylindriques , les autres rubanées , d'une substance vitreuse très-blanche, 
entrelacée dans tous les sens , d'un aspect un peu argentin , et qui paroît 
être de la même nature que la ponce ; mais ce qui rend celle-ci re- 
marquable , c'est qu'on y voit plusieurs lamelles de mica bronzé , brillant , 



3û PlERKES PONCES 

en feuillets juxtaposés les uns sur les autres, sans formes régulières; 

quelques-unes de ces lames de mica sont entièrement fondues et vitrifiées , 

tandis que d'autres sont restées saines et intactes. Plusieurs de ces lames 

ont quatre lignes de longueur, sur trois de large. De la Madone des Pleurs. 
N". 7. Pierre ponce légère, d'un brun foncé noirâtre , à grands et petits porcs 

irréguliers , contournés. Des environs de Micène , du lieu appelé Mare— 

Morle. 
N". 8. Pierre ponce légère d'un gris de fer foncé, tirant sur le noir, à stries 

fibreuses, longitudinales , un peu lamelleuses. De l'Ile de Lipari. 

N°. q. Pierre ponce d'un blanc grisâtre , légère , à grands et à petits porcs ir- 
réguliers , à fibres contournées , avec des grains et des cristaux de feld- 
spath blanc , vitreux , un peu déformés, isolés , et placés entre les linéamens 
capillaires de la ponce , comme s'ils avoient été chassés , par la décom- 
pression de la roche feld-spathique qui les renfermoit , à mesure que la 
roche passoit à l'état de ponce par l'action du feu. De Vile Ponce- 
Envoyée par Dolomieu en 1782. On en trouve de Semblables , a Ischia , 
à Procida et à la Madone des Pleurs. 

N". 10. Pierre ponce légère, d'un blanc argentin soyeux, à fibres longitu- 
dinales d'une grande finesse , dont la disposition générale et l'aspect 
imitent les fibres de certain bois. De Lipari. 

N. 11. Pierre ponce légère, blanche et connue soyeuse, avec une multitude 
de pores oblongs , qui ont suivi la disposition fibreuse longitudinale de la 
ponce. De Lipari. Envoi de Dolomieu. 

TU". 12. Pierre ponce légère, d'un blanc éclatant, très-soyeux; fibres lon—^ 
gitudinales , très-fines , très-rapprochées et très-brillantes. 
De Vile Ponce. Envoi de Dolomieu. 

N". i3. Pierre ponce légère, très-blanche, en partie écailleuse et en partie 
fibreuse , d'un aspect nacré , avec quelques paillettes de mica bronzé. De 
Vile de Milo. 

N°. 14. Pierre ponce légère, vitreuse, à contexture spongieuse, d'un blanc 
nacré , brillant. Des bords du lac Averne. 

K°. i5. Pierre ponce d'un blanc foiblement lavé d'une teinte un peu ver- 
dâtre , d'un aspect nacré , à contexture spongieuse , criblée d'une mul- 
titude de très-petits pores entrelacés les uns dans les autres , si légère , 
qu'elle paroît comme soufïïée. C'est incontestablement la plus légère 
des ponces. Des volcans des environs de la Vera-Cruz. 



Pierres poivces. Si 

N°. 16. Pierre ponce blanche , fibreuse, légère , d'un blanc un peu mat à l'exté- 
rieur , brillant et soyeux , dans les parties intérieures-et dans les cassures. 
Se trouve au pied du Mont-d'Or, parmi de nombreux débris de laves 
de diverses espèces, qui paroissent avoir été entraînées de cette mon- 
tagne et avoir été ainsi accumulées par l'action des eaux. Celle-ci vient 
de Neschers , au pied du Mont-d'Or. 

N°. 17. Pierre ponce blanche, fibreuse, un peu rougeâtre sur la surface ex- 
térieure , mais soyeuse , et d'un brillant nacré dans ses cassures j ce qui 
prouve combien la substance vitreuse des ponces peut résister à l'action 
du temps , puisque celle-ci date de l'antique époque où les volcans d'Au- 
vergne étoient en activité. Il y a de ces ponces qui ont dans leur cassure 
un aspect ligneux très- remarquable , ce qu'il faut attribuer à de petits 
nœuds d*e feld-spath granuleux , qui ayant interrompu la direction lon- 
gitudinale des fibres, les ont contraints de fléchir autour d'eux, pour 
reprendre ensuite leur première direction parallèle ; ce qui imite de petits 
nœuds de bois , et occasionne cette illusion. Cette ponce , presque aussi 
bien conservée que les ponces les plus modernes , vient de Sénectaire 
en Auvergne, et me fut envoyée par M. le baron de Laizer, très- 
verse dans la connoissance des volcans , et que les sciences ont eu le 
malheur de perdre. 

N°. 18. Pierre ponce blanche, légère , spongieuse , renfermant quelques grains 
de feld-spath compacte à demi fondu. La couleur blanche de cette ponce 
est un peu matte , quoique la ponce soit d'une belle conservation. De 
Saint-Julien , au pied du Mont-d'Or , dans des accumulations de laves 
de diverses sortes qui paroissent avoir été entraînées pêle-mêle par 
l'action des eaux, des parties élevées de cet antique volcan. 

^N". 19. Pierre ponce blanche , légère , spongieuse , et en même temps fibreuse r 
ayant leurs pores allongés dans le même sens et dans la même direction 
que les fibres. Des environs de Clooster-Laach , à cinq lieues à'Andernach. 

N°. 20. Pierre ponce blanche , légère , spongieuse , avec quelques grains de 
feld-spath fondu en un verre noirâtre , et qui ne sont point passés à l'état 
de ponce. Des environs de Pleyth , où sont de grandes exploitations de 
ces ponces , qu'on embarque sur le PJiin à Andernach pour la Hollande , 
particulièrement pour Dordreeht , où l'on pile et tamise ces ponces pour 
en former le ciment connu sous le nom de trases , emploj'é si avanta- 
geusement pour les constructions hydrauliques , et qui forment un grand 
objet de commerce pour la Hollande. 



32 Pierres ponces. 

N". 21. La même que ci-dessus, avec de très-petits fragmens d'une substance 
vitreuse, translucide, couleur de lapis. La même que M. Gismondi trouva 
depuis, près du lac Nemi dans le LcUium , non loin de Rome, ce qui lui 
valut le nom de lalialite ( pierre du Latium ) que lui donna M. Gismondi. 
J'ai fait voir , dans ma Minéralogie des Volcans , seconde édition , pag. 23a, 
que cette pierre dont la belle couleur bleue et la transparence rappelle 
l'idée du sapbir, se trouvoit en Allemagne dans les ponces de Pleyth , de: 
Crust, dans celles de 7'oenistein , et au bord de l'étang de Clooster-Laach , 
où. elle étoit connue sous le nom impropre de saphir de Laach, et que 
divers auteurs, et notamment Marquard-Freherus , écrivain du Palatinat, 
en avoit fait mention depuis près de deux cents ans, en ces termes, en 
parlant de l'étang de Clooster-Laach: In ripis etiam passim lapillos ele- 
gantiores et saphiros reperire est. Marquard - Frelierus , Orig. Palat. , 
part. II, cap. 9, pag. 33. On voit d'après l'analyse que M. Yauquelin a 
faite de cette substance, qu'elle contient cinq de potasse, et que la substance 
minérale avec laquelle celle-ci a le plus d'analogie est le lazulite. Il faut 
attendre, avant d'en faire un genre de pierre particulier, qu'on puisse la 
trouver sous forme cristallisée , ou dans sa gangue naturelle, et non dans 
des pierres ponces , qui ont été vitrifiées par les feux des volcans. 

K°. 22. Pierre ponce blanche , légère, spongieuse, à petits pores ovales plus ou 
moins allongés dans une même direction, avec quelques grains de latialite 
de Gismondi et une lamelle de couleur gris foncé , de trois lignes de lon- 
gueur sur deux de large , qui a l'apparence d'un schiste finement micacé , 
comme certaines ardoises ; mais observée au grand jour avec une forte 
loupe, ce corps étranger lamelliforme m'a paru n'être que du mica fondu 
qui a conservé sa forme écailleuse , et un peu de son brillant. De Clooster- 
Laach , à quatre lieues A'Andernach, 

N°. 23. Aglomération d'une multitude de petits fragmens anguleux et irréguliers 
de pierre ponce, dont les uns sont d'un blanc un peu jaunâtre, tandis que 
les autres, qui sont les plus nombreux, sont de couleur vert pâle , mais d'un, 
vert analogue à celui de la terre verte de Vérone , et paroissent eux-mêmes 
un peu terreux. Cependant ces deux variétés de ponce sont très-fibreuses, et 
mélangées de quelques grains irréguliers de feld-spath vitreux. Les fibres 
de chaque fragment ont des directions différentes entre elles, comme si on 
avoit réuni au hasard une multitude de fragmens de pierre ponce, pour 
,en former un stuc artificiel : dans ce cas les fibres de ces ponces auroient 
toutes sortes de divergences, et c'est ainsi qu'on le remarque dans l'agio- 



Pierres ponces. 33 

mération dont il s'agit. Mais_ cette réunion de ponce de deux couleurs est si 
intirne dans ce morceau que les divers fragruens paroissent comme amal- 
gamés, et qu'il est difficile de reconnoître, même à l'aide d'une forte loupe, 
le gluten qui les a si étroitement réunis; cependant cette espèce de brèche 
de ponce a beaucoup de consistance, et il faut un fort coup de marteau 
pour la diviser; elle est même assez pesante; en l'attaquant avec l'acide 
nitrique on distingue bientôt des parties qui font effervescence , et qui sont 
calcaires, quoiqu'on ne puisse pas les apercevoir à la loupe : le ciment qui 
réunit cette espèce de brèche de ponce est par conséquent en partie calcaire. 
De Vile d ! làchia. 

N". 24. On a réuni sous ce numéro , trois morceaux d'obsidienne bien noire , de 
Lipari, qu'on a tenus pendant une heure à un feu de charbon de bois, 
animé par le vent d'un soufflet , et ce temps expiré , le verre noir s'est 
couvert de boursoufflures d'un blanc argentin. La division spongieuse des 
parties , et l'air intermédiaire, ont donné à cette espèce de pierre ponce ar- 
tificielle un aspect agréable de perla tein ; on ne sauroit douter d'après une 
expérience aussi simple et en même temps aussi positive , que toutes les 
obsidiennes dont le verre provient d'une roche feld-spathique ne puissent 
passer à l'état de véritables pierres ponces , lorsque les feux des volcans 
réagissent sur ce genre de vitrification. 



APPENDICE. 



On terminent la dernière feuille d'impression de ce Mé- 
moire, lorsque mon respectable et ancien ami, M. le comte 
de Bournon , aussi recommandable par ses connoissances en 
minéralogie et en géologie, que par les qualités de son cœur, 
eut la complaisance de me donner le dernier ouvrage qu'il 
a publié à Londres en i8i3, et qui n'est point encore par- 
venu aux libraires de Paris; il porta la bonté jusqu'à vou- 
loir se priver lui-même du seul exemplaire qui fut alors à 
sa disposition, pour m'en faire plus tôt jouir, ce qui rend dou- 
Mém. du Muséum, t. 3. 5 



34 Pierres ponces. 

blement précieux pour moi ce beau présent de l'amitié (1). 

On trouve dans ce livre beaucoup de faits nouveaux et 
une heureuse manière d'en tirer de bonnes inductions, ce 
qu'on devoit attendre d'un savant aussi exercé dans la con- 
uoissance des minéraux, et qui surtout avoit acquis l'habitude 
d'étudier la nature en place, habitude sans laquelle on s'expose 
à commettre bien des erreurs. 

Le volume de planches représente 4 J 3 figures de cris- 
taux, tant en espèces nouvelles qu'eu variétés ^ inédites pour 
la plupart, et dont les angles ont été mesurés avec le gonio- 
mètre à réflexion de M. le docteur Wolaston, bien supé- 
rieur pour la précision à celui de Carargeau, dont les cris- 
tallographes avoient fait usage jusqu'à ce jour. 

Si l'ouvrage de M. le comte de Bournon eut été à ma 
disposition avant l'impression de mon Mémoire, je n'aurois 
certainement pas manqué de m'appuyer du sentiment de ce 
savant relativement aux produits volcaniques , pag. i33, 
de son livre, et particulièrement sur ce qu'il a dit du passage 
des laves compactes prismatiques ou autres à l'état d'obsi- 
diennes, et de ces dernières à celui de pierres ponces ; nous 
avons bien certainement là même opinion, ainsi qu'on a pu le 
voir dans ce Mémoire \ je n'y ai mis qu'une seule restriction, 
c'est celle qui concerne les verres ou obsidiennes qui pro- 

(i) Ce livre a pour titre modeste celui de Catalogue de la Collection du comte 
de Bournon, membre de la Société royale de Londres , etc. , fait par lui-même , et 
dans lequel sont placés plusieurs observations et faits intéressans , qui jusqu'ici 
ri 'avoient pas été décrits , ainsi qu'une réponse au Mémoire de M. l'abbé Haiiy , 
concernant la simplicité des lois auxquelles est soumise la structure des cristaux ; 
avec un volume de planches. Londres , de l'imprimerie de R. Juigné ,17, Mar- 
garet-street , Cavendish-square; et chez L. de Couchy , 100 , new Bond-street, 
i8i3 , in-8". 2 volumes ; y compris celui des gravures. 



Pierres ponces. 35 

viennent des laves trop surchargées de fer titane , qui paroissent 
se refuser à ce passage, excepté que la nature n'emploie 
dans la profondeur de ses laboratoires des moyens que l'art ne 
peut atteindre 5 je ne saurois au surplus trop exhorter les 
véritables amis de la minéralogie et de la géologie , lorsqu'ils 
pourront se procurer le livre de M. de Bournon , de le lire 
et de le méditer avec toute l'attention et l'intérêt qu'il ins- 
pire \ ils ne tarderont pas à s'apercevoir que cet excellent 
ouvrage a le double avantage d'être fait par un savant qui 
connoît parfaitement les détails et a formé un nombreux 
cabinet enrichi des plus belles suites, mais qui a voyagé 
avec fruit et connoît la nature en place, ce qui lui donne 
une grande supériorité sur ceux qui n'ont pas eu cet avantage. 

Je terminerai cet Appendice par un passage du livre de 
M. de Bournon sur les ponces et sur quelques obsidiennes , 
propres à servir de complément à ce que j'ai dit sur le même 
sujet; je ne doute pas que le lecteur instruit ne me sache 
gré de profiter de la place qui me reste sur cette demi-feuille: 
je ne saurois la terminer d'une manière plus instructive. 

« Parmi les ponces, outre plusieurs variétés rares, dit 
» M. le comte de Bournon, il existe dans ma collection une 
» série considérable et très-intéressante de celles de Hon- 
)) grie. ... Il y a bien souvent dans ces morceaux de petites 
)) paillettes de mica noir en hexaèdre parfaitement régulier. 
•» Mais on peut observer dans ma suite des produits volca- 
» niques des scories du Vésuve ayant une origine volcanique 
» non douteuse , renfermant de même des cristaux par- 
» faitement conservés de mica. J'en citerai entre autres 
» un morceau assez grand, dans lequel il existe un prisme 

5* 



36 -Pierres ponces. 

y) hexaèdre allongé de mica noir, de n lignes dans son 

» plus grand diamètre et de 6 dans le plus petit, dont l'épais- 

)) seur est de plus de 2 lignes et demi. Plusieurs des morceaux 

y> de cette même série, et provenant principalement de 

)) Lipari, laissent apercevoir la tendance qu'a la lave à 

)) l'état vitreux de passer à celui de ponce lorsqu'elle est 

i) remaniée par le feu des volcans. 

» Dans la série des obsidiennes, continue le même sa- 

y> pant, je citerai particulièrement encore un très-beau 

» morceau verdâtre et chatoyant de la nouvelle Espagne, 

y> ainsi qu'un autre, qui vient du Mexique, dans lequel 

y> l'obsidienne est nuancée de taches d'un brun noirâtre qui 

3) la font ressembler à certaines variétés de pechsteins infu- 

y> sibles ou opale commune de Werner : lorsqu'on re- 

» garde ses bords avec la loupe, on distingue à l'aide de 

» leur transparence, une substance interposée d'un brun 

y> rougeâtre qui paroît fibreuse. On ne peut douter d'après 

3) les caractères de cette obsidienne que ce ne soit un véri- 

)) table verre , ainsi que celle qui précède. Cette obsidienne 

3) du Mexique ressemble parfaitement à la variété bigarrée 

» en glob ules dite perlstein de Marikan au Kamtzchatka. . . 

:» La partie qui appartient au perlstein renferme plusieurs 

» variétés intéressantes et fort rares de Sibérie , ainsi qu'une 

» très-belle série de celles de Hongrie, dans laquelle plu- 

y> sieurs des morceaux présentent à la fois , le pechstein fu- 

» sïble ordinaire, le perlstein et la ponce. Parmi les glo- 

3) bules de perlstein on en observe plusieurs qui ne sont 

j) que des capsules, leur intérieur étant vide, ainsi que 

» cela arrive dans les produits de la vitrification. » Catalogue 
de la Collée, miner, du comte de Bouriion ; pag. i3g etsuiv. 



37 



INTRODUCTION 

A LA GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE 

DES ARACHNIDES ET DES INSECTES, 

ou 
DES CLIMATS PROPRES À CES ANIMAUX (i). 

; A PAR P. A. LATREILLE, 



Un sujet des plus curieux et qui n'a pas encore été traité, 
la détermination, du moins approximative, des climats pro- 1 
près aux races des arachnides et des insectes , se rattache à 
celui qui a pour objet leur nutrition. En effet, puisque l'au- 
teur de la nature a répandu, sur tous les points de la surface 
de notre globe, susceptibles de les nourrir, les corps vivans, 
puisque ces êtres ont dû varier avec les climats, il faut que 
les substances alimentaires des animaux diffèrent pareille- 
ment, à raison des lieux où ils passent leur vie, et que dès 
lors ces substances ainsi que ces animaux aient une même 
circonscription géographique. 

Indépendamment de cette considération, la température 
qui convient au développement d'une espèce, n'est pas tou- 
jours propre à celui d'une autre; ainsi l'étendue des pays 

(1) Ce Mémoire a été lu à l'Académie des Sciences, en i8i5.' 



38 Géographie générale 

qu'occupent certaines espèces a nécessairement des bornes, 
qu'elles ne peuvent franchir, du moins subitement, sans 
cesser, d'exister. 

Ces principes amènent une autre conséquence : là où finit 
l'empire de Flore, là se termine aussi le domaine de la 
zoologie. Les animaux qui se nourrissent de végétaux ne 
pourroient vivre dans des lieux tout-à-fait stériles , et ceux 
qui sont carnassiers y seroient également privés de matières 
alimentaires, ou des animaux dont ils font leur proie ; ils ne 
peuvent donc s'y établir. 

L'observation nous apprend que les pays les plus féconds 
en animaux à pieds articulés , en insectes surtout, sont ceux 
dont la végétation est la plus riche et se renouvelle le plus 
promptement. Tels sont les effets d'une chaleur forte et sou- 
tenue, d'une humidité modérée et de la variété du sol. Plus, 
au contraire, on s'approche de ce terme, où les neiges et les 
glaces sont éternelles, soit en allant vers les pôles, soit en 
s' élevant sur des montagnes, à un point de leur hauteur qui, 
par l'affoiblissement du calorique, présente les mêmes phé- 
nomènes, plus le nombre des plantes et des insectes diminue. 
Aussi Othon Fabricius qui a publié une bonne faune du 
Groenland, n'y mentionne que 468 espèces d'animaux, et 
le nombre de celles des insectes, en y comprenant, à la ma- 
nière de Linnaeus , les crustacés et les arachnides, n'y est 
porté qu'à 110 (1). Enfin, dès qu'on aborde ces régions que 



(1) Cet auteur n'a probablement mentionné que les espèces les plus saillantes 
et n'a point voulu donner une Entomologie complète de la partie du Groenland, 
dont il a étudié les productions. Maison n'en est pas moins en droit de conclure 
que le nombre des insectes y est très-borné. 



des Insectes. 3(j 

l'hiver obsède sans cesse, les êtres vivans ont disparu, et la 
nature n'a plus la force de produire. Les plaines qui avoi- 
sinent les pôles, se trouvent, à cet égard, dans le même état 
d'inertie, que les parties où commence la région des glaces 
perpétuelles dans les montagnes de la Zone Torride, ou dans 
celles des contrées les plus fécondes. Ces montagnes , envi- 
sagées sous le rapport des végétaux et des animaux qui leur 
sont propres, forment graduellement et par superposition, 

o 

des climats particuliers, dont la température et les produc- 
tions sont semblables à celles des plaines des contrées plus 
septentrionales. C'est ainsi que les Alpes sont l'habitation de 
plusieurs espèces d'insectes, que l'on ne trouve ensuite qu'au 
nord de l'Europe. Le yrionus depsarius , qui sembloit, jus- 
qu'ici, n'avoir d'autre patrie que la Suède, a été découvert 
dans les montagnes de la Suisse. J'ai pris moi-même au 
Cantal le lycus minutus , qu'on ne reçoit que des provinces 
les plus boréales de l'Europe. Ainsi encore le papillon nom- 
mé apollon par Linnaeus, très -commun dans les campagnes 
et les jardins des environs d'Upsal, ainsi que dans d'autres 
parties de la Suède , n'habite en France que les montagnes 
dont l'élévation est au moins de 600 à 700 toises au-dessus 
du niveau de la mer. Le carabus auratus (1), Xacrydium 
grossian, plusieurs de nos papillons, la vipère commune 
(coluber bénis) , etc. , vivant ici dans nos plaines ou s'élevant 
peu au-dessus de l'horizontalité du sol , ont dans le midi de 



(1) Les carabes propres ont leur siège principal dans les zones tempérées, 
en se rapprochant plus du Nord ou des parties élevées, que du Sud On eu trouve 
en Espagne , en Barbarie ; mais les espèces de ce genre y sont en petit nombre. 



4o Géographie générale 

la France, en Italie, etc., leur domicile sur les montagnes 
alpines ou sous-alpines. Là ces animaux retrouvent la même 
température et les mêmes matières nutritives. L'entomolo^ 
giste éclairé tiendra compte de la hauteur, au-dessus de la 
mer, des lieux où il prend des insectes, et il observera, avec 
soin, leur température moyenne. 

Ainsi gue les géographes, les naturalistes ont partagé la 
surface de la terre en divers climats. Ceux-là ont pris pour 
base les différences progressives de la plus longue durée du 
jour naturel; ceux-ci ont fondé leurs divisions sur la tem- 
pérature moyenne des régions propres aux animaux et aux 
végétaux. Dans la philosophie entomologique de Fabricius , 
l'acception du mot de climat est générale et embrasse l'uni- « 
versalité des habitations des insectes, ou de tous les animaux 
à pieds articulés. 11 divise le climat en huit stations, ou en 
autant de sous-climats particuliers, savoir : Y indien, Yaus-r 
tral, le méditerranéen, le boréal, Y oriental, Y occidental 
et Y alpin. Mais il est aisé de voir, par rénumération des 
contrées qu'il rapporte à chacun d'eux, que ces divisions 
ne sont pas toujours établies sur des documens positifs, et 
qu'il faudroit, si l'on suit rigoureusement le principe sur le- 
quel elles reposent, la chaleur moyenne, en supprimer quel- 
ques-unes. Le sous-climat, qu'il appelle méditerranéen , com- 
prend les pays adjacens à la mer Méditerranée, et en outre 
la Médie et l'Arménie. Le boréal s'étend depuis Paris jus- 
qu'à la Laponie. 11 oriental est composé du nord de l'Asie , 
de la Sibérie et de la portion froide ou montagneuse de la 
Syrie. \1 occidental renferme le Canada, les Etats-Unis, le 
Japon et la Chine. Ce simple exposé suffit pour nous con- 



des Insectes. 4 1 

vaincre qu'il y a dans ces divisions beaucoup d'arbitraire. 
Plusieurs de ces contrées peuvent avoir et ont réellement 
une température moyenne identique; elles ne sont pas ce- 
pendant rangées sous le même climat. Mais outre que ces 
distinctions ne sont presque d'aucune utilité pour la science, 
puisque des lieux où cette température est la même , ont des 
animaux différens, il est impossible, dans l'état actuel de nos 
connoissances, d'assurer sur une base solide ces divisions 
de climats. Les diverses élévations du sol au-dessus du ni- 
veau de la mer, sa composition minéralogique , la quantité 
variable des eaux qui l'arrosent, les modifications que les 
montagnes, par leur étendue , leur hauteur et leur direction , 
produisent sur sa température, les forêts plus ou moins 
grandes dont il peut être couvert, l'influence qu'exerce en- 
core sur sa température celle des climats voisins, sont des 
élémens qui compliquent ces calculs, et qui y jettent de l'in- 
certitude, vu la difficulté où l'on est d'en apprécier la valeur, 
soit isolément, soit réunis. Je considérerai les climats sous 
un autre point de vue, celui qui nous offre les genres d'arach- 
nides et d'insectes, exclusivement propres à des espaces dé- 
terminés de la surface de la terre. Nos catalogues, relative- 
ment aux espèces exotiques, sont trop imparfaits^ pour qu'il 
soit en notre pouvoir de suivre un autre plan; on n'a même 
encore qu'ébauché l'entomologie européenne (i). Mais sup- 
posé que nous n'eussions pas à nous plaindre de cette pé- 
nurie de matériaux, irois-je vous fatiguer par d'ennuyeuses 

(i) Eût-on tous les talens de M. de Humboldt, il seroit impossible de faire 
sur la géographie des insectes ce qu'il vient d'exécuter relativement à celle des 
végétaux. 

Mém. du Muséum, t. 3. 6 



42 Géographie générale 

nomenclatures d'espèces? par tous les petits détails où ce 
sujet m'entraîneroit ? Ne faudroit-il pas toujours se fixer à 
quelques idées sommaires et générales et aux résultats les plus 
importans ? Tel est le but que je dois me proposer; et quoi- 
qu'avec plus de secours, je pusse mieux l'atteindre, j'espère 
cependant qu'un bon emploi des foibles moyens que mes 
études m'ont fournis me conduira à des vues nouvelles, et 
que je crois dignes d'intérêt. Je vais, au reste, frayer la route, 
ou plutôt je planterai le premier les jallons qui pourront 
servir à la percer, et mes efforts, fussent-ils infructueux, mé- 
riteroient, au moins, quelque indulgence. 

On doit reprocher à plusieurs naturalistes voyageurs de 
l'incurie ou de la négligence, au sujet de l'indication précise 
des lieux, où ils ont pris les objets qui enrichissent nos 
Musées. Cette première faute commise , on ne doit pas être 
surpris qu'ils n'aient pas remarqué les qualités particulières 
du sol, considéré physiquement et sous des aperçus minéra- 
logiques. Ces détails sont cependant une partie essentielle de 
l'histoire des animaux. Les Urines, le papillon cléopât?~e, 
plusieurs dasytes, quelques lamies , etc., ne se trouvent que 
dans les terreins calcaires. J'ai observé que la pimélie bi- 
ponctuée, très- commune aux environs de Marseille, ne 
s'éloignoit guère des bords de la mer. Si l'intérieur des terres, 
en Barbarie, en Syrie, en Egypte, etc., offre d'autres es- 
pèces du même genre, c'est que le sol y est imprégné de 
particules salines, ou abonde en plantes du genre soude, 
salsola, ainsi ces pimélies habitent toujours un terrein ana- 
logue à celui où vit la première. Les insectes des pays qui 
bordent la Méditerranée, la mer Noire et la mer Caspienne, 



des Insectes. 43 

ont de grands rapports entre eux, et se tiennent pour la 
plupart à terre ou sur des plantes peu élevées. Ces contrées 
semblent être le siège principal des coléoptères hétéromères, 
des lixes , des brachycères , des buprestes à forme co- 
nique, etc.; et quoique le cap de Bonne -Espérance en soit 
très-distant, beaucoup de ses insectes ont cependant encore, 
avec les précédens, des traits de famille. Nous pouvons dé- 
duire de ces faits que le terrein et les productions végétales 
de ces diverses régions ont plusieurs caractères d'affinité na- 
turelle. 

Il est facile de sentir qu'on doit porter les mêmes soins 
dans l'observation locale, tant des espèces qui vivent daus les 
eaux et dont il faut distinguer la nature, que de celles qui 
sont littorales. Toutes ces connoissances accessoires peuvent 
nous éclairer sur les habitudes particulières de ces animaux , 
ou faire naître, à leur sujet, des présomptions raisonnables. 

Ayant ainsi réveillé l'attention des naturalistes voyageurs, 
-et présenté quelques observations préliminaires , je viens 
directement à mon sujet. 

Les propositions suivantes sont établies sur l'étude que 
j'ai faite d'un des plus beaux Musées de l'Europe, des col- 
lections privées de Paris, et sur les renseignemens que j'ai 
pu acquérir, tant par les ouvrages, que par mes recherches 
et une correspondance très-étendué. 

i°. La totalité, ou un très -grand nombre des arachnides 
et des insectes qui ont pour patrie des contrées dont la tem- 
pérature et le sol sont les mêmes, mais séparées par de très- 
grands espaces, est composée, en général, d'espèces différentes, 
ces contrées fussent-elles sous le même parallèle. Tous les 

6* 



44 Géographie générale 

insectes et arachnides qu'on a rapportés des parties les plus 
orientales de l'Asie, comme de la Chine, sont distincts de 
ceux de l'Europe et de l'Afrique, quelles que soient les la- 
titudes et les températures de ces contrées asiatiques. 

2°. La plupart des mêmes animaux diffèrent encore spéci- 
fiquement, lorsque les pays, oùilsfont leur séjour, ayant iden- 
tité de sol et de température, sont séparés entre eux, n'im- 
portent les différences en latitude, par des barrières natu- 
relles, interrompant les communications de ces animaux, ou 
les rendant très-difficiles, telles que des mers, des chaînes de 
montagnes très-élevéeSj de vastes déserts, etc. Dès lors les arach- 
nides, les insectes, les reptiles même, de l'Amérique, de la 
Nouvelle-Hollande, ne peuvent être confondus avec les ani- 
maux des mêmes classes qui habitent l'ancien continent. Les 
insectes des Etats-Unis, quoique souvent très -rapprochés 
des nôtres, s'en éloignent cependant par quelques caractères 
Ainsi ceux du royaume de la Nouvelle-Grenade , du Pérou 
contrées voisines de la Guiane et pareillement équinoxiales 
diffèrent néanmoins, en grande partie, de ceux de la dernière 
les Cordilières divisant ces climats. Quand l'on passe du 
Piémont en France par le col de Tende, on aperçoit aussi 
un changement assez brusque. Ces règles peuvent souffrir 
quelques exceptions, relativement aux espèces aquatiques. 
Nous connoissons encore des insectes dont l'habitation s'étend 
très-loin. Le papillon du chardon (cardui) ou la belle-dame , 
si commun dans nos climats et même en Suède, se trouve 
au cap de Bonne -Espérance. La Nouvelle-Hollande offre 
aussi une espèce qui en est très- voisine. Le sphinx du nérion, 
le sphinx celerio ont pour limites septentrionales notre climat, 



des Insectes. 4^ 

et pour bornes méridionales, l'Isle-de-France. Parmi les in- 
sectes aquatiques , le dytiscus griseus , qui vit dans les eaux 
de la ci-devant Provence, du Piémont, etc. , n'est pas étranger 
au Bengale. Je ne parle pas d'après les auteurs qui confondent 
souvent des espèces de pays très-éloignées, lorsqu'elles ont 
des rapports communs, mais d'après mes propres observa- 
tions (i). 

3°. Beaucoup de genres d'insectes , et particulièrement 
ceux qui se nourrissent de végétaux, sont répandus sur un 
grand nombre de points des divisions principales du globe. 

4°. Quelques autres sont exclusivement propres à une 
certaine étendue de pays, soit de l'ancien, soit du nouveau 
continent. On ne trouve point dans le dernier les suivans : 
anthie , graphiptère , érodie , pimélie , scaure , cossyphe , 
mjlabre , brachjcère , nénoptère , abeille, anthophore , 
ni plusieurs autres de la famille des scarabéïdes , etc. Mais 

(i) Quoique les animaux de la classe des cruslacés soient exclus de mon sujet, 
Toici néanmoins quelques observations générales à leur égard et qui complètent 
ce travail. 

l°. Les genres liihode , coriste , galaûiée , homole et phronyme sont propres 
aux mers d'Europe. 

2°. Ceux à'/iépaleet A'hippe n'ont encore été trouvés que dans l'Océan américain. 

3°. Du même et des côtes de la Chine et des Moluques viennent les limules. 

4°. Les genres dorippe et leucosie habitent particulièrement la Méditerranée et 
les mers des Indes orientales. 

5°. Celles-ci nous donnent exclusivement les plagusies, les orithyes , les ma- 
tules , les ranines , les albunèes et les thalassines. 

6°. Les autres genres sont communs à toutes les mers. Mais les ocypodes ne 
se trouvent que dans les pays chauds. Les grapses les plus grands viennent de 
l'Amérique méridionale et de la Nouvelle-Hollande. Le genre rémipède n'a été 
observé que sur les parages de cette dernière contrée. 



4<3 Géographie générale 

cet hémisphère occidental en présente aussi qu'on ne ren- 
contre pas ailleurs et dont voici les principaux : agre , ga- 
lérite , nilion , tetraonyx, rutète , doryphore , alume , éro- 
tyle, cupès , corydale , labide , pélécine , centris, euglosse , 
héliconien , érycine , casinie , etc. Nos abeilles y sont rem- 
placées par les mélipones et trigones. On n'a encore observé 
les genres manticore , graphiptère, pneumore, inasa- 
ris , etc., qu'en Afrique; le premier et le troisième sont 
même restreints à la colonie du cap de Bonne -Espérance. 
Les colliures sont propres aux Indes orientales. Les genres 
lamprime , hélée, céraptère , paropside , panops , viennent 
uniquement de la Nouvelle -Hollande ou de quelques îles 
voisines (i). 

5°. Plusieurs espèces, dans leur pays natal, affectent ex- 
clusivement certaines localités, soit dans les parties basses, 
soit dans celles qui sont élevées et à une hauteur constante. 
Quelques papillons alpins sont toujours confinés près de la 
région des neiges perpétuelles. Lorsqu'on s'élève sur des 
montagnes à une hauteur, où la température , la végétation, 
le sol, sont les mêmes que ceux d'une contrée bien plus 
septentrionale, on y découvre plusieurs espèces qui sont 
particulières à celui-ci, et qu'on chercheroit en vain dans 
les plaines et les vallons qui sont au pied de ces montagnes. 
J'ai cité, plus haut, des exemples qui appuient cette règle. Si 
dans le même pays, la température de quelques-unes de ses 
parties basses, ou au niveau de l'horizon, est modifiée par 



(i) Les plus grandes espèces de cossus, de zeuzères , d'képiales, viennent de ces 
contrées. 



des Insectes. 47 

des circonstances locales, ces cantons ont aussi plusieurs es- 
pèces que Ion trouve plus fréquemment, soit un peu plus 
au Nord, si la température moyenne s'est abaissée, soit un 
plus au Midi, dans le cas de son ascension. C'est ainsi que 
nous commençons à voir au nord du département de la 
Seine des insectes spécialement propres aux départemens 
plus froids , à l'Allemagne , etc. , et que les terreins chauds 
et sablonneux situés au midi et à l'est de Paris, nous offrent 
quelques espèces méridionales. 

6°. On divisera l'ancien et le nouveau continent en zones, 
s'étendant successivement dans le sens des méridiens, et 
dont la largeur est mesurée par une portion de cercle paral- 
lèle à l'équateur. Les espèces propres à une de ces zones 
disparoissent graduellement et font place à celles de la zone 
suivante, de sorte que d'intervalle en intervalle , les espèces 
dominantes, ou même la totalité, ne sont plus les mêmes. 
Je compare ces changemens à cette suite d'horizons que le 
voyageur découvre, à proportion qu'il s'éloigne de son 
premier point de départ. 

La Suède a beaucoup d'espèces d'insectes qui lui sont par- 
ticulières, et dont quelques-unes sont reléguées dans ses 
provinces les plus boréales, comme la Lapponie. Mais son 
midi, la Scanie^ par exemple, offre, quoiqu'en petite quan- 
tité, plusieurs insectes de l'Allemagne. La France, jusque 
vers le 45 e . à 44 e - degfé de latitude, en a plusieurs que 
l'on retrouve dans ces mêmes contrées. Mais il semble 
que le Rhin et ses montagnes orientales forment, à l'égard 
de quelques autres espèces, une sorte de frontière, qu'elles 
n'ont point franchie. Les premières de celles qui sont propres 



48 GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE 

aux pays chauds de l'Europe occidentale , se montrent vers 
le cours inférieur de la Seine, précisément au point où la 
vigne commence à prospérer dans les terreins en plaine, 
et sans le secours de quelques circonstances locales. 
Y ateuchus Jlagellé , le mjlabre de la chicorée, la mante 
religieuse, la cigale hcemalode , Y ascalaphe italique , etc., 
annoncent ce changement. Il est plus manifeste à Fontaine- 
bleau, aux environs d'Orléans qui offrent, outre ces espèces, 
le phasma Rossii , la mantis pagana , le sphinx celerio , etc. 
Mais ces insectes, si je puis m'exprimer ainsi, ne sont que 
les avant-coureurs de ceux qui sont propres aux contrées 
vraiment méridionales. On reconnoît le domaine des der- 
niers, à l'apparition de quelques autres espèces de cigales , 
de mantes ■ à celle âçszonitis, des akis , des scaures , des 
termes , etc. , mais surtout à la présence du scorpion euro- 
péen et de Yateuchus sacré (i). La culture de l'olivier, la 
croissance spontanée de l'arbousier, du grenadier, de la 
lavande , parlent encore plus sensiblement aux yeux. Ce 
changement est extrêmement remarquable , lorsqu'en allant 
de Paris à Marseille, on atteint le territoire de Montélimart. 
Les bords de la Méditerranée sont un peu plus chauds ; les 
mygales, les onitis , les cébrions, les brentes, les sca- 
rites , etc. , y paroissent pour la première fois. Si nous pé- 
nétrons dans l'intérieur de l'Espagne, et si nous y visitons 
les belles contrées de l'Est, où les orangers et les palmiers 
viennent en pleine terre, un nouvel ordre d'espèces d'arach- 



(1) Les papillons de la division des équités ont aussi leur siège principal dans 
les pays chauds, et surtout, entre les Tropiques. 



des Insectes. 49 

nides et d'insectes, entremêlées de quelques-unes, déjà 
observées dans le midi de la France , frappera nos regards. 
Nous y voyons des érodies, des sépidies , des zygies , des 
némoptères , des galéodes et beaucoup d'autres insectes 
analogues à ceux de Barbarie et du Levant. La connoissance 
de ces espèces nous étant devenue familière, l'entomologie 
des contrées atlantiques de l'Afrique , ou de celles qui sont 
situées sur la Méditerranée, jusqu'à l'Atlas, ne nous causera 
point une surprise extraordinaire. Nous y découvrirons ce- 
pendant des genres d'insectes qui ont leur centre de domi- 
nation dans les régions comprises entre les Tropiques, comme 
des anthies , des grap h iptères , des siagones, etc. 

Nous n'avons sur les insectes du sud-est de l'Europe que 
des notions très-imparfaites. Je remarque seulement que le 
papillon chrysippus de Linnaeus , commun en Egypte et aux 
Indes orientales, paroît déjà dans le royaume de Naples. 
La plupart des espèces d'Egypte sont étrangères à l'Europe, 
sans qu'elles sortent néanmoins des familles naturelles, où 
se placent les nôtres. Son extrémité méridionale, en tirant 
vers la Nubie, offre une de ces grandes sortes de bousier, 
lemidas, qui tels que le bucephalus , Yantenor, le gigas , 
n'habitent que les climats les plus chauds et rapprochés de 
la ligne équinoxiale , de l'ancien continent. 

Transportés sur les rives du Sénégal, et gagnant de là les 
contrées plus au midi, nous ne voyons plus aucun insecte 
d'Europe. C'est de ces régions brûlantes que viennent les 
plus grandes espèces du genre goliath de M. de Lamarck; 
les autres nous sont fournies par l'Amérique méridionale. 
La colonie du cap de Bonne-Espérance abonde surtout eu 
Mém. du Muséum, t. 3, 7 



5o Géographie générale 

espèces des genres anthie et brachycère. On y trouve en- 
core les genres manticore , pneumore , doryle et eurychore. 
M. Savigny a découvert en Egypte une nouvelle espèce du 
dernier, et dans les insectes recueillis au Bengale par Macé, 
j'ai trouvé une espèce de celui de doryle. L'Afrique et les 
Indes orientales nous offrent encore des sagres , des paiis- 
sus et des diopsis. L'Isle-de-France a même une espèce iné- 
dite du premier de ces genres. M. Palisot de Beauvois a 
rapporté du royaume de Benim celui qu'il a nommé peta- 
locheirus , voisin des reduves, mais très -singulier par la 
forme en bouclier ou en rondache de ses deux jambes anté- 
rieures. Celui d'eïtcelade est propre à la côte d'Angole. Quel- 
ques excursions que M. Desfontaines a faites sur le domaine de 
l'entomologie, durant son voyage dansles états Barbaresques, 
et qui nous font regretter qu'il ne se soit pas livré plus long- 
temps à la recherche des insectes de cette partie de l'Afrique, 
nous ont procuré le genre masaris , dont le midi de l'Europe 
et le Levant nous présentent l'analogue, celui de célonite. 
Enfin cette grande division de l'ancien continent a plusieurs 
lépidoptères qui forment des coupes particulières, et beau- 
coup d'autres insectes, qui resteront long-temps inconnus. 

Toutes les successions d'espèces s'opèrent encore graduel- 
lement de l'Ouest à l'Est, et réciproquement. Plusieurs de 
celles que l'on trouve dans les ci-devant provinces de Nor- 
mandie et de Bretagne habitent encore la partie méridionale 
de l'Angleterre. Les départemens situés sur la rive gauche 
du Rhin, au Word, sont, à cet égard, en communauté de 
bien avec les provinces voisines de l'Allemagne, mais pour 
'une simple portion. Quelques insectes du Levant, tels crue 



des Insectes. 5i 

la cantharide orientale , le nvylabre crassicome , une belle 
variété du hanneton occidental , rapportée par M. Olivier, 
des lépidoptères diurnes , semblent avoir voyagé au couchant 
et s'être fixés dans le territoire de Vienne en Autriche. Il me 
paroît, d'après la collection crue ce célèbre naturaliste avoit 
formée dans l'Asie mineure , en Syrie, en Perse , etc., que 
les insectes de ces régions quoique très - affiliés à ceux du 
midi de l'Europe, en sont cependant distincts, pour la plu- 
part, d'une manière spécifique. Je porte le même jugement 
sur ceux de la Russie méridionale et de la Crimée. Les arach- 
nides et les insectes de la côte de Coromandel , du Bengale , 
de la Chine méridionale , du Thibet même, dont quelques- 
uns m'ont été communiqués par mon généreux ami, M. Mac- 
Leay, secrétaire de la Société Linnéenne, ont de grands 
rapports entre eux, mais ils sont absolument distincts de 
ceux de l'Europe, quoiqu'ils puissent être classés, pour la 
plupart, dans les mêmes genres et dans quelques-uns de ceux 
de l'Afrique. On n'y trouve point de graphiptères , à'akis, 
de scaures , de pimélies , de sépidies , à'erodies , genres 
dont la nature paroît avoir accordé la propriété exclusive 
aux parties méridionales et occidentales de l'ancien continent. 
Fabricius donne, pour patrie, à quelques espèces de bra- 
chycères, les Indes orientales; mais je n'en ai pas vu un seul 
dans des collections nombreuses qui y ont été formées. Le 
genre anthie se trouve au Bengale, et il est remplacé, dans 
la Nouvelle-Hollande, par celui àhelluo. 

L'île de Madagascar se rapproche , sous quelques points, 
quant aux familles naturelles des insectes, de l'Afrique (i). 



(i) On y trouve des brachycères. 



7 



* 



54 Géographie générale 

Mais ses espèces sont très-distinctes, et plusieurs même n'ont 
pas d'analogues. Les îles de France et de Bourbon offrent 
aussi des vestiges de ces mêmes affinités ; les insectes de ces 
colonies paroissent cependant, en général, tenir davantage de 
ceux des Indes orientales : leur nombre est très-borné. 

Quoique l'entomologie de la Nouvelle -Hollande forme 
un type spécial, elle se compose néanmoins, en grande par- 
tie, d'espèces analogues à celles des Moluques et du sud- 
est des Indes (i). Le genre des mylabres , dont les espèces 
sont si abondantes au midi de l'Europe, en Afrique et en 
Asie, sembleroit ne pas dépasser l'île de Timor. La Nouvelle- 
Hollande auroit, à cet égard, des traits de similitude avec 
l'Amérique. On y trouve pareillement des passales, genre 
vlont les espèces habitent plus particulièrement le nouveau 
monde. Je soupçonne que les productions naturelles de cet 
hémisphère occidental , considérées sous le rapport des groupes 
génériques, se rapprochent plus de celles de l'est de l'Asie 
que des nôtres. On sait que les animaux à bourse sont con- 
finés dans les extrémités orientales de l'ancien continent, et 
qu'on retrouve ensuite dans le nouveau. Je pourrois allé- 
guer d'autres exemples, et dont quelques-uns seroient pris 
dans la classe des crustacés. 

Les insectes de la Nouvelle-Zélande, de la Nouvelle- 
Calédonie, et ceux probablement des îles circonvoisines, me 
paroissent avoir beaucoup d'affinité avec les insectes de la 
Nouvelle-Hollande. Je présume qu'il en est de même de 



(i) La Nouvelle-Hollande est moins riche, son sol , celui du moins des parties 
connues, étant plus sec et moins boisé. 



des Insectes, 53 

ceux de quelques autres Archipels du grand Océan austral. 
Ces îles, composées, en grande partie, d'aggrégations de 
polypiers, forment une chaîne qui les unit à l'Ouest aux pré- 
cédentes, et ont pu recevoir d'elles leurs productions. Cette 
communication, faute de tels moyens, n'a pu avoir lieu du 
côté de l'Amérique. Ainsi plusieurs de ces îles sont améri- 
caines par leur position géographique , et peuvent être asia- 
tiques, quant aux productions animales et végétales de leur 
sol. 

Le nouveau continent présente une marche progressive 
semblable, dans les changemens des espèces, relatifs aux 
différences notables des latitudes et des longitudes. Notre 
collègue, M. Bosc, a recueilli dans la Caroline beaucoup 
d'espèces qu'on ne trouve point en Pensylvanie, et encore 
moins dans la province de New-Yorck. Les recherches 
d'Abbot sur les lépidoptères de la Géorgie nous prouvent 
qu'on y voit déjà quelques espèces de cet ordre, dont le 
siège principal est aux Antilles. Les bords de la rivière de 
Missouri, à une vingtaine de degrés, environ, à l'ouest de 
Philadelphie, servent d'habitation à plusieurs insectes particu- 
liers , et dont je dois encore la communication à M. Mac- 
Leay. J'ai vu aussi une collection formée à la Louisiane , et 
j'y ai remarqué d'autres mutations. L'entomologie des An- 
tilles, à quelques espèces près, contraste absolument avec 
celle des Etats-Unis. L'île de la Trinité, à 10 degrés de lati- 
tude Nord , a des espèces équatoriales , comme des papillons 
de la division de ceux qu'on nomme menelaus , teucer , etc. 
qu'on n'observe pas à St.-Domingue. Ici encore se trouvent 
des tatous, quadrupèdes inconnus dans cette dernière île. Le 



54 Géographie générale 

Brésil a des espèces que Cayenne offre également; mais il en 

possède une foule d'autres qui lui sont particulières. 

Cependant si l'on compare les parallèles de l'ancien et 
du nouveau monde , sous le rapport de la température con- 
venable aux diverses espèces d'insectes, l'on verra que ces 
parallèles ne se correspondent point à cet égard. Les insectes 
méridionaux de l'hémisphère occidental ne remontent pas si 
haut que dans le nôtre. Ici, comme nous l'avons observé, 
ils commencent aparpître, entre le 48 e - et le 49 e - degrés 
de latitude nord ; là ce n'est guère que vers le 43 e - Les 
scorpions , les cigales, les niantes , etc., sont toujours nos 
signes indicateurs. Quand on réfléchit sur la constitution 
physique de l'Amérique, quand on considère que son sol 
est très-arrosé, considérablement montagneux, couvert de 
grandes forêts, que son atmosphère est très -humide, l'on 
conçoit sans peine que certains genres d'insectes de l'ancien 
continent, qui aiment les lieux secs, sablonneux, très-chauds, 
tels que les anthies , les pimélies , les érodies , les brachi- 
cères , etc., n'auroient pu vivre sur le terrein gras, aqueux 
et ombragé du nouveau monde. Aussi, proportions gardées, 
le nombre des coléoptères carnassiers y est-il moins consi- 
dérable que dans l'ancien continent. La grandeur des insectes 
ayant les mêmes habitudes est souvent inférieure à celle des 
nôtres. Les scorpions de Cayenne et des autres contrées 
equinoxiales de l'Amérique ne sont guère plus gros que celui 
du sud de l'Europe qu'on a nommé occitanus. Ils sont donc 
bien loin d'égaler en volume le scorpion africain, afer, qui 
est presque aussi grand que notre écrevisse fluviatile. Mais 
aussi l'Amérique ne le cède point aux contrées les plus fé- 



des Insectes. 55 

condes de l'ancien monde, à l'égard des espèces qui se 
nourrissent de végétaux , et surtout en lépidoptères , en sca- 
rabéïdes -, en chrysomélines , en cérambycins , etc., parti- 
culièrement en guêpes , fourmis , orthoptères et aranéïdes. 
Cependant la Chine méridionale et les Moluques semblent 
conserver une sorte de supériorité, en donnant naissance à 
des lépidoptères tels que le papilio priamus, le bombyx 
atlas, etc., dont les dimensions surpassent celles des lépi- 
doptères de l'Amérique. Un fait que je ne dois point omettre 
est que l'Europe , l'Afrique et l'Asie occidentale n'ont pres- 
que pas d'insectes du genre phasme ou spectre , et que les 
espèces qu'on y trouve sont petites , tandis que les Moluques 
et l'Amérique méridionale nous en présentent d'une taille 
très-remarquable. L'humidité atmosphérique et habituelle 
du nouveau continent, sa forme étroite et allongée, la vaste 
étendue des mers qui l'environnent de toutes parts et la 
nature de son sol, nous fournissent l'explication de la dis- 
cordance que l'on observe entre ses climats et ceux de notre 
hémisphère , considérés sous les mêmes parallèles. Le nou- 
veau monde est à l'ancien continent ce qu'est l'Angleterre 
à une grande partie de l'Europe. La Normandie et la Bre- 
tagne comparées aux provinces de la France situées à leur 
levant, pourroient encore nous offrir des rapprochemens 
analogues. 

Nous avons dit que la distinction des climats donnée par 
Fabricius étoit vicieuse et arbitraire sous plusieurs points. 
Nous venons de le confirmer par nos observations générales 
sur les localités propres aux genres des arachnides et des 
insectes. Mais est-il possible d'établir avec les ressources de 



56 Géographie générale 

la géographie des divisions qui se coordonnent avec nos 
connoissances zoologiques actuelles, et même avec celles 
que l'on acquerra dans la suite ; c'est ce que je vais entre- 
prendre. 

Le Groenland a été pour les naturalistes le dernier terme 
de leurs recherches, vers le pôle Arctique. D'après l'étude 
qu'Othon Fabricius a faite de ses insectes, et qui avec les 
arachnides, ne composent que 81 espèces, il paraît que ces 
animaux sont, en totalité, les mêmes que ceuxduDanemarck, 
de la Suède , et surtout de la portion de la Lapponie qui re- 
lève de ce dernier royaume. On peut considérer les extré- 
mités septentrionales du Groenland et duSpitzberg, c'est-à- 
dire, le 8 I e . degré de latitude nord, comme les points où 
se termine la végétation. Mais pour obvier à toute difficulté, 
et pour l'établisement d'une division duodécimale qui sera 
commode et s'accordera souvent avec mes observations, je 
remonterai ce dernier terme de la végétation trois degrés 
plus haut, ou au 84 e . degré (i). 

Nous avons vu que la Lapponie avoit une faune spéciale; 
que celles du midi de la Suède, du nord de la France jusque 
vers le climat de Paris, et de la plus grande portion de 
l'Allemagne offroient une grande ressemblance ; que des in- 
sectes méridionaux se montraient, pour la première fois, au 
sud de Paris, et positivement dans les lieux où la vigne 
commence à prospérer, par la seule influence de la tempé- 
rature moyenne; nous avons dit que la culture de l'olivier, 

(i) On trouve encore au Spitzberg quelques plantes, comme des saxifrages, 
le cochlearia du Groenland, l'oie qui fournit l'édredoh, etc. Voyez les Mém. de 
l'Acad. de Stockholm. 



des Insectes. Sy 

qui commence en France, entre le 4^ e - et 44 e - degré de 
latitude, annonçoit plus particulièrement le domaine de ces 
insectes méridionaux 5 que des espèces encore plus australes 
paroissoient deux ou trois degrés plus bas, vers les limites 
septentrionales de ces contrées, où les orangei's et les palmiers 
réussissent en pleine terre. La Barbarie, où le dattier par- 
vient à maturité, où l'on peut cultiver la canne à sucre, 
l'indigot, le bananier, etc. , nous a offert quelques genres 
d'insectes propres aux pays qui avoisinent l'équateur. Enfin 
nous n'avons pu douter que nous en étions encore plus près, 
à la vue des espèces du sud de l'Egypte, du Sénégal, etc. Or, 
si nous partageons de douze en douze , et à commencer au 
84 e - degré de latitude nord, un méridien qui partiroit des par- 
ties occidentales du Spitzberg , ou les plus voisines du Groen- 
land, nous aurons une suite de latitudes qui correspondront 
successivement à celles des limites des pays, que nous ve- 
nons d'examiner sous les rapports généraux de la zoologie 
et de la botanique. Nous prolongerons les sections, et tou- 
jours d'une manière duodécimale, au-delà de l'équateur, 
vers le Pôle Antarctique, et nous nous arrêterons au 60 e . 
de latitude , sous le parallèle de la terre de Sandwich , qui 
est, de côté , le necplus ultra des découvertes géographiques. 
Ces intervalles peuvent être subdivisés par des parties aîi- 
quotes de leur différence, douze. Ainsi, par exemple, Tare 
compris entre le 48 e . et le 36 e de latitude , diminué successi- 
vement de quelques-unes de ces parties, donnera les nombres: 
45, 4 2 5 3q, latitudes auxquelles se rattachent plusieurs de 
mes observations précédentes. Toujours me paroît-il cons- 
tant qu'un espace en latitude , mesuré par un arc de douze 
Mém. du Muséum, t. 3. 8 



/ 



•58 Géographie générale 

degrés, produit, abstraction faite de quelques variations 
locales, un changement très - sensible dans la masse des es- 
pèces, qu'il est même presque total, si cet arc est double 
ou de i(\ degrés, comme du nord de la Suède, au nord de 
l'Espagne. Ce changement a également lieu dans une direc- 
tion perpendiculaire à la première ou dans le sens des longi- 
tudes, mais d'une manière plus lente, et à une distance plus 
grande, puisque la chaleur moyenne, sans des causes parti- 
culières et modifiantes, seroit uniforme sous le même paral- 
lèle. A mesure qu'on approche des pôles , l'étendue des races 
peut embrasser un plus grand nombre de divisions géogra- 
phiques; car celle des parallèles de longitudes diminue pro- 
gressivement , à partir de l'équateur. Mais aussi d'autres 
circonstances tendent à en réduire le nombre. 

Les insectes de l'Amérique, ceux même de ses provinces 
septentrionales, du moins jusqu'au Canada, différant spécifi- 
quement des nôtres, tandis que ceux du Groenland semblent 
être européens, cette dernière contrée ouïe Groenland sera, 
pour notre géographie des insectes de l'ancien continent, le 
point de départ de notre premier méridien. Elle seroit, dans 
toute hypothèse, intermédiaire entre les deux hémisphères. 
Les Canaries, les îles du Cap Vert, Madère, sont africaines, 
par la nature de leurs productions. Notre méridien suivra 
donc une direction mitoyenne entre ces îles et le Cap de 
l'Amérique le plus avancé vers l'Est, celui de St.-Roch, près 
de Rio-Grande, au Brésil. Il passera près des iles occidentales 
de l'Archipel des Açores, de celle de l'Ascension, et aboutira 
un peu à l'ouest de la terre de Sandwich. Sa longitude sera 
de 34 degrés, à l'ouest du méridien de Paris. D'après mes 



des Insectes. 59 

observations sur les insectes recueillis en Perse , par M. Oli- 
vier, d'après les rapports qu'ils. ont avec ceux du midi de 
l'Europe, du nord de l'Afrique, et les différences essentielles 
qu'ils présentent, dans leur comparaison avec ceux des Indes 
orientales, je suis porté à croire que les plus grands chan- 
gemens dans ces espèces ont lieu, au midi, vers les frontières 
de la Perse et de l'Inde , et au nord , à peu de distance du 
revers oriental des monts Oural, de la mer d'Aral, un peu 
au-delà du méridien qui est au 60 e . degré, à l'est de Paris. 
Nous pouvons approximativement fixer cette limite au 62 e . (1), 
un peu à l'ouest de l'Obi, de Balk, de Candahar, etc., ce 
qui nous donnera le moyen de continuer notre division duo- 
décimale; car si nous ajoutons ce nombre de 62 à celui de 34» 
différence de notre premier méridien et de celui de Paris , 
nous aurons 96, quantité susceptible d'être divisée, sans frac- 
tions, en huit parties, dont chacune égale la trentième por- 
tion du cercle. Nous séparerons ainsi l'ancien continent, en 
deux grandes bandes, dont l'une occidentale et l'autre orien- 
tale. Si nous donnons à celle-ci la même étendue en longi- 
tude, ou 96 degrés. Le méridien qui la terminera à l'Est, 
sera de i58 degrés plus oriental que celui de Paris. Il partira 
du Kamchatska, se dirigera aux îles Carolines, et de là entre 
la Nouvelle -Hollande et la Nouvelle-Zélande. Augmentée 
d'un quart ou de 24 degrés, cette bande aura. pour limite 
orientale un autre méridien qui à 182 , à l'est de Paris , passera 



(1) À la chute occidentale des montagnes qui séparent le Makran, le Ségistan 
de rindouslan, et de celles qui sont intermédiaires entre la grande Bucharie 
et la petite, vers les sources du Jihon et du Gihon, 

8* 



6o Géographie générale 

à peu de distance du Cap-Est , sur le détroit de Bering, se 
prolongera au-delà des îles des Amis, et formera, sans 
erreur importante pour notre objet (i), une ligne de dé- 
marcation, entre l'Asie et l'Amérique. Les autres \l\l\ degrés 
compléteront le cercle de l'équateur et seront l'étendue en 
longitude de la grande zone propre aux insectes de l'Amé- 
rique. Nous la partagerons également, et sous les mêmes 
dénominations, en deux portions égales, de 72 degrés cha- 
cune. Ainsi le cercle de l'équateur sera divisé en quatre arcs, 
dont les valeurs seront : 72 , 72 , 96 et 1 20 , ou dans les rap- 
ports de -5^5-, de -fs- et de jt- L'étendue en longitude de l'an- 
cien continent comprendra 216 degrés, et celle du nouveau 
i44 ? comparées avec la mesure entière de l'équateur, elles 
nous donneront les rapports suivans : yr, tt> ou-rr? tt- 

Nos petites zones ou nos climats seront arctiques ou an- 
tarctiques, selon leur situation en deçà ou au delà de la 
ligne équinoxiale. Le climat compris entre le 84 e - degré de 
latitude nord et le 72 e . portera le nom de climat polaire. 
tiendront ensuite et jusqu'à l'équateur, et en continuant 
toujours la division duodécimale, les climats suivans : sous- 
polaire , supérieur , intermédiaire, sur-tropical, tropical, 

(1) Il est probable que les animaux et les végétaux des pays qui terminent 
le nord-est de l'Asie et le ) srd-ouest de l'Amérique, ou qui sont adjacens au 
détroit de Bering, ont beaucoup de rapports entre eux; ainsi ce détroit ne for- 
meroit qu'une démarcation artificielle, comme celle que produit le détroit de 
Gibraltar, entre l'Europe et l'Afrique. Le méridien qui nous sert de limite 
entre l'Asie et l'Amérique coupe en deux parties égales l'étendue moyenne de 
l'Océan comprise entre les côtes maritimes de la province de Canton, et celles 
de la Californie , qui sont sous le même parallèle. Il formeroit, ainsi géographi- 
quement , une division plus naturelle. 



des Insectes. 6ï 

équatorial- mais comme j'ai coupé en deux grandes parties 
chaque hémisphère, je distinguerai les climats de chacune 
d'elles, par l'épithète $ occidental ou & oriental. Les cli- 
mats antarctiques ne seront que de trois sortes, puisque 
nous n'allons pas plus loin que le 60 e . degré de latitude sud; 
ceux que j'appelle polaire et sous-polaire sont par là sup- 
primés, au pôle sud. Les divisions et les dénominations seront 
les mêmes pour les deux continens. Faisons sentir leur usage 
par quelques applications à la partie septentrionale et occi- 
dentale de notre continent , celle qui nous est plus connue. 

Le climat polaire présentera les insectes de la plus grande 
portion du Groenland , ceux de l'Islande et du Spitzberg. 
Dans le climat sous -polaire nous trouverons ceux de la 
Norwège, du nord de la Suède et de la Russie européenne 
iVoilà les insectes des contrées les plus froides. Nous place- 
rons dans Le climat supérieur ceux de la Grande-Bretagne, 
du midi de la Suède, du nord de la France, jusqu'au cours 
inférieur de la Loire, de la Prusse, de l'Allemagne propre ^ 
du midi de la Russie, jusqu'à la Crimée, exclusivement. Le 
climat intermédiaire , à égales distances du polaire et de 
l'équatorial, comprendra tous les autres insectes du midi de 
l'Europe, et d'une portion occidentale de l'Asie. Ceux du 
nord de l'Afrique, jusqu'à l'équateur ., appartiendront aux 
climats que j'ai désignés sous les noms de sur-tropical, tro- 
pical et ^.équatorial. Ces climats de l'Ouest peuvent être di- 
visés, par un méridien, en deux parties égales, de 48 degrés 
chaque (1). Ce méridien passeroit à 14 degrés à l'est de Paris, 

11- * 1 — ■■ 11 n i _ 

(1) Et ensuite de 24, , 



62 Géographie générale 

près de Vienne en Autriche , rejeteroit, au Levant, la partie la 
plus méridionale de l'Italie, la Turquie d'Europe, l'Egypte, etc. 
Or, nous avons déjà observé que plusieurs des insectes des 
environs de Vienne se trouvoient aussi dans lé Levant, et 
que ceux du royaume de Naples, de l'Egypte et du sud-est 
de l'Europe, paroissoient différer, pour la plupart, des es- 
pèces méridionales et occidentales de cette division de la 
terre % nous pouvons donc former ici des sous-climats. Si on 
coupe la partie orientale, dont l'étendue en longitude est 
de 120 d-egrés, en quatre sections égales, ou de trente degrés 
chacune, par des méridiens, on aura des sous-climats dont 
les bornes sont naturelles. Ainsi le premier comprendra l'In- 
dostan, le Thibet, la petite Bucharie, la Sibérie, etc. Le 
second détachera presque toutes les îles Philippines , la 
Chine propre et les régions au Nord, jusqu'un peu au delà 
de la rivière de Lena. La Corée , le Japon, le pays des Man- 
chous et des Tongouses, etc., seront dans le troisième. En- 
fin le quatrième offrira le Ramtchatska et les autres contrées 
qui terminent le nord-est de l'Asie. L'Amérique pourra aussi 
être subdivisée de la même manière, ou en parties de 36 de- 
grés (i). 



(i) On pourroit adopter , pour l'uniformité, la division de 24°, soit pour l'an- 
cien, soit pour le nouveau continent; ou chaque climat auroit 12 degrés en la- 
titude et le double en longitude. L'ancien continent renfermeroit , dans la partie 
en deçà de l'équateur, 63 climats, et le nouveau, toujours vers le même pôle, 42. 
Si on dislingue ces deux hémisphères par les lettres A et B, leur situation en 
deçà ou au delà de la ligne équinoxiale par n et s , ou nord et sud, l'étendue en 
latitude par les premiers chiffres, et celle en longitude par les seconds, précédés 
d'un point, l'expression suivante Ara. 5. 2. indiquera, par abréviation , le climat 
supérieur arctique, qui comprend la Grande-Bretagne, le nord delà France, 



des Insectes. 63 

Je sens bien crue la nature , dans sa distribution des 
localités propres aux espèces de ces animaux, s'écarte sou- 
vent de la marche régulière, que j'ai tracée; que ces lignes 
d'habitation forment des courbes, des sinuosités, et qui sont 
même interrompues ou croisées par d'autres. Mais j'ai sim- 
plement voulu esquisser une sorte de carte géographique ; 
j'ai tâché de la circonscrire aussi-bien qu'il étoit possible ; de 
la diviser, d'après quelques principes fixes, en parties qui 
fussent en harmonie avec mes observations, et de manière 
que les vides ou les cases pussent être remplis, à mesure 
que l'on dëcouvriroit les objets qui doivent y être placés. 
J'ai fait abstraction des modifications particulières. Je me 
suis proposé, en un mot, d'accorder la géographie avec l'en- 
tomologie, d'une manière générale et qui n' étoit pas sus- 
ceptible d'une extrême rigueur. Au reste, c'est un essai, 
ainsi que je l'ai dit, et qui a besoin de nouvelles médi- 
tations. 

La progression Croissante de l'intensité et de la durée du 
calorique, influe sur le volume, le développement du tissu 
muqueux et sûr les couleurs des arachnides et des insectes. 
Plus, en général, on s'avance sur les régions équinoxiales , 

l'Allemagne, etc. Ce climat se termine au 48 e . degré de longitude , à partir de 
notre premier méridien; si on en retranche 34 degrés, on aura la différence en 
longitude, i4° comprise entre le méridien de Paris et celui qui termine, à 
l'Orient, ce climat. On ajouterait ce nombre 34, s'il s'agissoit d'un climat situé 
dans la partie septentrionale du nouveau monde. On pourroit faire usage de ces 
divisions, pour la commodité de la géographie. Ainsi le climat: An. 3, 6, 
renferme la plus grande partie delà Chine, ou l'espace compris entre le a4 et 
le 36". degrés de latitude nord, et du 86 e . au 120 e . degrés de longitude, à l'est de 
Paris. 



64 Géographie générale 

plus l'on trouve d'espèces remarquables par leur taille, les 
éminences et les inégalités de leur corps , l'éclat et la variété 
du coloris. Je crois pouvoir assurer que l'augmentation de 
la lumière tend à convertir le jaune en rouge ou en orangé, 
et que sa déperdition fait passer ce jaune au blanc. Ce fait 
s'applique aussi à des coquilles. jL'helix nemoralis , ou la 
livrée , qui clans nos climats a le fond jaune, est rouge ou 
rougeâtre, en Espagne. Dès qu'en allant du nord au midi, 
l'on arrive à l'île de Ténériffe, l'on s'aperçoit déjà que notre 
papillon du chou {papilio cheiranthi, Hiibn. ), et celui 
qu'on nomme le vulcain (atalanta), ont éprouvé une 
modification dans leurs couleurs. Les papillons diurnes de 
uos montagnes ont, ordinairement, le fond des ailes blanc, 
ou d'un brun plus ou moins foncé. 

Ces observations sur les climats des insectes et des autres 
corps vivans intéressent, non-seulement le naturaliste, mais 
encore le géographe. Elles peuvent être utiles au dernier, 
dans la détermination des limites naturelles de quelques 
parties litigieuses, comme des îles situées entre deux conti- 
nens, supposé toutefois que l'éloignement respectif de ces 
îles soit assez grand, pour empêcher les végétaux et les ani- 
maux de se propager des unes aux autres, Nous avons vu 
que le Groenland, qu'on joint à l'Amérique, se rapproche 
davantage, d'après la faune d'Othon Fabricius, de l'Europe, 
ou peut du moins être regardé comme une terre mitoyenne, 
que chaque continent peut revendiquer. Ainsi les îles Cana- 
ries et de Madère doivent être associées à l'Afrique ; car les 
insectes qu'on y trouve sont parfaitement analogues à ceux 
de la Barbarie et des contrées adjacentes. L'Amérique dif- 



des Insectes. 65 

fère aussi, sous les mêmes rapports , des régions occidentales 
de notre hémisphère, et il faut en conclure qu'elle n'en a 
point été détachée, dans la dernière révolution de notre 
planète. Enfin, lorsque je vois que les insectes des pays qui 
circonscrivent le bassin de la Méditerranée, ceux de la mer 
Noire et de la mer Caspienne se ressemblent singulièrement, 
quant aux genres et aux familles , où ils se groupent ; lorsque 
je considère que la plupart d'entre eux vivent exclusivement 
sur un terrein sablonneux, ordinairement salin, peu boisé; 
que les végétaux de ces contrées présentent aussi de grands 
rapports, il me vient aussitôt en pensée qu'elles sortirent les 
dernières, du sein des eaux; mais j'appréhende de me laisser 
entraîner, malgré moi, par un esprit de système. Je prierai 
seulement les géologues, au jugement desquels je soumets 
mes conjectures, de me permettre de leur exposer l'analyse 
d'un passage curieux de Diodore de Sicile {liv. 2, art. 70), 
qui semble nous conserver, sous le voile de l'allégorie, une 
tradition relative aux changemens qu'ont subi ces contrées; 
il me semble qu'il s'applique très-bien à mon sujet. 

La terre enfanta Yœgide, monstre horrible, dont la gueule 
vomissoit une épouvantable quantité de flammes. 11 parut 
d'abord eu Phrygie, brûla cette contrée, qui prit son nom 
de ce désastre, suivit, jusqu'aux Indes, la chaîne du mont 
Taurus, en réduisit tous les bois en cendres; puis se repliant 
vers la Méditerranée , il entra dans la Phénicie , incendia les 
forêts du Liban, traversa l'Egypte, porta ses ravages jusque 
dans les parties occidentales de la Lybie , et changeant, en- 
core une fois, de direction, vint s'arrêter sur les monts Cérau- 
niens. Il désola le pays , fit périr une portion de ses habitans s 

Mém. du Muséum, t. 3. g 



66 Géographie générale 

et força les autres à s'expatrier pour échapper à la mort. 
Minerve, par sa prudence et son courage, tua ce monstre, 
et depuis en porta toujours la peau, sur sa poitrine, comme 
une arme défensive. La terre irritée de sa mort, donna 
naissance aux géans, qui furent vaincus par Jupiter, aidé 
de Minerve, de Bacchus et des autres dieux. 

Ici, comme dans toutes les mythologies de l'antiquité, les 
divers agens de la puissance de la nature sont divinisés ou 
personifiés. L'action des feux souterrains et volcaniques est 
représentée sous l'allégorie d'un monstre épouvantable , 
vomissant des torrens de feu , qui parcourt successive- 
ment les montagnes de F Asie-Mineure , de l'Arménie, de la 
Médie, de l'Hyrcanie, le Liban, l'Atlas, et gagnant celles 
de la Grèce, vient terminer sa course dévastatrice aux monts 
de la Chimère ou Rimera ,. en face de l'Italie. Or ce sont 
précisément les montagnes où les minéralogistes ont distin- 
gué des traces de volcan. 

Du temps même d'Homère, les connoissances géogra- 
phiques des Grecs, relatives au sud- ouest de l'Europe, 
étoient très-obscures, et il n'est pas étonnant, qu'à une 
époque bien plus ancienne, les traditions n'ayent pas em- 
brassé une plus grande étendue de pays. 

Le calme de la nature, le repos qu elle accorda à ces ré- 
gions malheureuses, par l'extinction de ces feux dévorans 
et le rétablissement de l'ordre , furent attribués à une divi- 
nité bienfaisante et consolatrice, à la sage Minerve, et telle 
est, peut-être, l'origine primitive de la consécration que lui 
firent de leur ville les Athéniens. 

Qu'on me pardonne cette digression. J'ai cru entrevoir 



des Insectes. 67 

que le souvenir des dernières éruptions volcaniques, dont 
une partie occidentale de l'ancien continent a été le théâtre, 
s'étoit perpétué; qu'on l'avoit revêtu, comme tous les pre- 
miers faits historiques, des déguisemens de la fable ; et j'ai 
dû produire les motifs de mes soupçons, n'y attachant 
d'autre intérêt que celui qu'inspire la recherche de la vérité. 



9* 



68 



DESCRIPTION 

DE LA GREFFE PALISSY. 



PAR A. THOUIN. 



jLXgricola, dans son Traité d' Agriculture parfaite (i), 
indique et range dans le genre des greffes un procédé pour 
faire croître des racines sous des feuilles ^ des gemma, des 
bourgeons et des branches, de manière qu'étant séparées de 
leurs pieds, ces parties deviennent des êtres complets , munis 
de tous les organes nécessaires pour vivre séparément et 
former de nouveaux individus. Mais ce procédé qui rentre 
dans ceux qu'on emploie pour la multiplication des végé- 
taux par la voie des marcottes et qui fait partie de la seconde 
section, 6 e . exemple de notre Mémoire sur cette voie de 
multiplication (2), est d'une exécution très-minutieuse, réussit 
rarement, et même alors est très-long à donner des résultats. 
L'auteur l'a si bien reconnu lui-même que pour assurer la 



(i) "Voyez l'édition de 1720, irup. à Amsterdam chez Pierre Decoup, libraire, 
i Ie . partie, pag. 2i4, 217 et 239, PI. XII, fig. 1 et 2, depuis la lettre a jusqu'à o 
inclusivement. 

(2) Voyez dans les Annales du Mus. d'/iist. nat., t. XI, p. gi à 120, notre 
Mémoire sur les moyens de multiplier les végétaux par la voie des marcottes. 







Jde/,- /i/c/ul </>■/■ 



Soirfe/ou tfçttœ. 



GREFFE PALISSY. 



Greffe Palissy. 69 

réussite et activer la végétation de ces parties végétales, il 
conseille de les greffer sur des souches de racines (1). Pour 
remédier à ces inconvéniens nous avons cru qu'il étoit plus 
expéditif et plus sûr de greffer des racines sous les parties 
aériennes tenant aux arbres dont on vouloit faire de nou- 
veaux êtres. Dès 1808 nous nous sommes occupés à faire des 
expériences pour trouver et simplifier ce nouveau mode de 
multiplication, et depuis cette époque nous l'avons employé 
avec un succès constant. Ainsi il nous est démontré par une 
assez longue pratique, que de même qu'il est possible de 
remplacer la cîme et le tronc des arbres (2) , il est aisé de 
leur fournir de nouvelles racines, ou en d'autres termes, et 
pour nous servir du langage vulgaire, de remplacer les 
têtes, les corps et les pieds des végétaux ligneux (3). 

Parmi les procédés que nous avons tenté pour greffer des 
racines sur les parties ascendantes des arbres dont nous dé- 
sirions obtenir des êtres isolés, nous ne ferons mention ici 
que de ceux qui sont les plus simples , les plus aisés à prati- 
quer et qui nous ont donné une réussite plus rapide et plus 
complète. Nous suivrons notre marche habituelle dans l'ex- 
position des moyens qui doivent être employés pour effec- 
tuer cette singulière greffe. 

Sujets. Choisir sur un arbre dont on veut multiplier les 

(1) Agricola, même ouvrage que ci-dessus, i re . partie, pag. 219, 3 e . alinéa , et 
24o, 3 e . alinéa. 

(2) Voyez le même livre, PI. XII, fig. 2 , let. 000. 

(3) Voy. les Descriptions et les usages de nos greffes, Cauchoises, Duhamel et 
Denainvillers, Ann. du Mus., tom, 16, p. 223, n°. IV. Plus pag. 226, n°. XII, 
et enfin pag. 227 , n°. XIV. 



Q G Il Mil' P U 1 -. s T 

individus i des bourgeons, dos rameaux ou dos branches, 
depuis i,i grosseui »! un© plume à iionre lustrua oollo do 
pouce, du bras ol mômo plus si ou le desu <• . .o on soin i|iu* 
ces parties ttaées «l un au nu moins, soient saines, vigoureuses 
ci muuies tir leurs rameaux ot ramilles, ol garnios de boutons 
à (leurs pour l'année mémo, «m los suivantes, si 1 on twsire 
bâter la fructification dans les nouveaux pieds n %o proouroi 
uno prompte jouissance de (leurs el do fruits dans loi arum 
*l ornement ol dans In série dos arbres fruitierSi 

</'/■, 7/ï "a". l'rtMulrt' soit sur lo même individu crm sort do suiol , 
mi si 1 1 I une do ses variétés, sou sur une dos ospècos voisines 
ou sur un nrbro do In mômo famille, m\c racine, «lu " . 
3*%, ou i 1 '- ordre , munie do sos petites racines ol do soq 
chovolu, Il est utilo que lo gros boul do cette rncino sou un 
peu plus fort cjuo la brancho h greffer, ou nu moins soil do 
mémo grosseur j car lorscruolle «"-t plus petite, tiuoicruo 
l'union «les parties \\^n au pas moins lieu, '1 on résulte <l«'s 

nicom ci liens pour la Intime constitution du llOUVOl UlCuVldU , 
et sa h uctilicalion en est plus OU moins retardée 

Qptfratiofi </u sujet. EJle s'effectue nu promior printemps 
pour le- nrbros estivaux 01 un peu npres (entrée on sève pour 

les ailncs «pu conservent leurs leiulles en ln\ ci , ou les 

hivernaux» On la pratique «l«" doux manières différontosi La 
promîèro consiste à onlovor dans la panie où Ion veut 
greffer la rncino, une plaque d éoorco depuis lépiderme jus- 
4 1 n ' ; i l'aubier, «m mémo dnns I épaisseur «lu bois, sur une 

longueur «le 9 jusipi à 5 centimètres , el sur nue largeur de 

puis > jusqu'h i5 millimètres, suivant l'Age ol lu grosseur 



Geeffe Palissy. "Jï 

des parties à greffer. On aura soin que cette entaille n'enlève 
pas plus de la moitié du diamètre de l'écorce du sujet et 
même qu'elle en enlève un peu moins afin de ne pas com- 
promettre l'existence de la branche, si la greffe ne réussit 
pas ( fig. 3 , let. h ). La seconde manière d'opérer est de 
faire à la branche deux incisions semblables à celles qu'on 
pratique pour poser une greffe en écusson, mais en sens 
inverse, c'est-à-dire que l'incision horizontale au lieu d'être 
faite au-dessus de l'incision verticale doit être effectuée au- 
dessous en manière de T renversé j^ (fig. 5, let. /). 

Opération de la Greffe. Pour opérer suivant le premier 
mode indiqué dans l'article précédent , on lève la greffe sur 
la grosse racine ou le pivot qui lui a donné naissance avec 
deux appendices à sa partie supérieure, de 6 à 8 millimètres 
plus larges que la racine sur ses côtés latéraux, et en ne 
laissant sous l'écorce qu'une légère couche d'aubier (fig. 4> 
let. i). Si l'on veut faire usage du second moyen d'effectuer 
eette greffe , on coupe en biseau très-prolongé ou en bec de 
plume, dans une longueur de 3 à 5 centimètres, le gros 
bout de la racine, en sorte que cette coupe n'enlève d'abord 
que 1'épiderme et progressivement le corps ligneux en 
ne laissant dans le milieu de sa longueur supérieure que 
de l'écorce (fig. 6, let. m). Il est bon que les parties de 
ces coupes soient un peu plus étendues que celles faites au 
sujet, afin de se ménager la faculté, lors de la réunion 
des racines aux branches, de diminuer les premières dans 
les justes dimensions des plaies faites aux secondes, prin- 
cipalement dans le premier mode d'exécution de cette greffe» 



72 Greffe Palissy. 

Union des parties. Dans la première manière d'unir la 
racine à la branche il suffit d'appliquer le plus exactement 
qu'il est possible, la coupe supérieure de la première sur la 
plaie faite à la seconde, de sorte qu'elles se recouvrent par- 
faitement et que les bords des écorces coïncident dans la 
plus graude partie de leur étendue. Pour pratiquer le se- 
cond mode, on écarte avec la spatule du greffoir les deux 
lèvres de l'écorce coupée depuis l'épiderme jusqu'à l'aubier 
par l'incision en forme de T renversé, l'on y introduit le 
bec de plume pratiqué sur la racine, et on le fait entrer 
dans la plus grande partie de la longueur de la fente per- 
pendiculaire. Ensuite on rapproche les écorces du sujet de 
manière qu'elles recouvrent en partie celles de la racine et 
ne laissent aucun vide sous cette dernière. 

Appareil. Il consiste i°. à ligaturer les parties unies de 
sorte qu'elles ne se dérangent pas de la position exacte dans 
laquelle on les a placées. On se sert pour cela d'écorce fraîche 
de tilleul, d'orme ou d'autres arbres à sève. douce et vis- 
queuse pour les greffes dont le diamètre a plus que la grosseur 
du doigt; pour celles qui sont plus petites on emploie des 
fils de laine à tours très-rapprochés qui embrassent toute 
l'étendue des plaies ; 2°. à les couvrir d'une compresse de 
terre argileuse préparée à la manière ordinaire et de l'épais- 
seur d'un à 3 centimètres suivant la grosseur des parties 
opérées 5 3°. à mettre autour de l'emplâtre d'argile une en- 
veloppe de mousse de io à i5 millimètres d'épaisseur dans 
toutes ses parties et de la maintenir par une ligature d'osier; 
4°. à planter dans une terre riche en humus et dans un 



Greffe Palisst. 73 

vase proportionné au volume des racines , celle qui forme la 
greffe unie au sujet ; de recouvrir cette terre d'un léger lit 
de mousse pour conserver son humidité et attirer celle de 
l'air pendant les nuits ; 5°. et enfin à soutenir en l'air au 
moyen d'appuis, le vase qui renferme la racine, si la hauteur 
à laquelle l'opération a été faite ne permet pas de le poser 
immédiatement sur le sol. 

Culture des Greffes. Elle exige des arrosemens plus ou 
moins multipliés, plus ou moins abondans en raison de la 
nature des espèces greffées, de la sécheresse, de la chaleur 
€t du hàle des différentes saisons de l'année. Mais en tout 
temps, il convient d'entretenir la terre de ces vases dans 
une humidité favorable à la végétation, de retrancher les 
bourgeons qui pourroient pousser des racines, à mesure qu'il 
s'en présentera afin que toute la sève tourne au profit de la 
consolidation des parties opérées et de la croissance des 
branches greffées. On aura soin ensuite de desserrer les liga- 
tures dès qu'on s'apercevra qu'elles gênent la circulation 
des fluides et menacent d'occasionner des bourrelets et des 
étranglemens ; et enfin de sevrer la branche greffée de son 
arbre. Cette dernière opération doit se faire non pas d'une 
seule fois, mais à plusieurs reprises et progressivement. Qua- 
rante ou cinquante jours après que les parties ont été greffées, 
si elles paroissent en bon état de vie, on fait une hoche de 
l'épaisseur d'environ un tiers dans le diamètre de la branche, 
à 8 ou i5 millimètres au-dessous de l'endroit où elle a été 
opérée , afin de déterminer une partie de la sève descendante 
à se porter aux racines de la greffe pour en cicatriser les 
plaies, les nourrir, et déterminer l'extension de leur chevelu. 

Mém. du Muséum, t. 3. io 



^4 Greffe Palissy. 

Six semaines environ après cette première opération , si les 
parties continuent à bien végéter, on approfondira encore 
l'entaille ou la hoche d'un autre tiers du diamètre de la 
branche. Enfin au printemps de l'année suivante , lorsqu'on 
sera assuré que la greffe bien consolidée au sujet est suffi- 
samment pourvue de bouches nourricières, on séparera la 
greffe de son arbre. Alors, elle deviendra un individu dis- 
tinct qu'on cultivera comme tous ceux de son espèce, et 
toutes les opérations seront terminées. 

Résultats acquis. Vingt branches d'arbres ont été greffées 
par ce nouveau procédé dans l'Ecole d'Agriculture pratique 
et dans les serres du Muséum, depuis le mois de mars 1808, 
jusques et compris le mois de mai 18 16, soit avec de leurs 
propres racines ou de celles de leurs variétés, soit avec celles 
d'espèces différentes. Dix-sept d'entre ces arbres appartien- 
nent aux genres du pommier et du poirier. Les trois autres 
greffes ont été opérées, savoir deux sur le ginJcgo bilobaiï), 
et la troisième sur le mirtus pimenta L. Toutes les premières 
greffes, sans exception, étoient soudées à leurs branches dès 
le mois de septembre de l'année dans laquelle elles avoient 
été effectuées, et la plupart se sont trouvées assez munies 
de nouveau chevelu pour être séparées de leurs individus dès 
le printemps suivant et former de nouveaux pieds. Mis en 
pleine terre ils poussent depuis ce temps avec vigueur, et 
plusieurs d'entre eux fructifient chaque année abondamment. 

Les deux branches de ginkgo ont été greffées avec des 
racines tirées de leur souche 5 l'une d'elles a été plantée dans 

(1) Salisburia adiantlrifolia , Smith, Soc. Lin. 



Greffe Palissy. 75 

un pot soutenu en l'air à 1 mètre et demi au-dessus du 
niveau du sol, hauteur à laquelle se trouvoit le dessous de la 
branche greffée. Cette greffe a réussi comme celles des 
arbres fruitiers ci -dessus indiqués. Mais le progrès de ses 
nouvelles racines ayant été plus lent , la réparation de la 
branche de son arbre n'a pu avoir lieu qu'après la seconde 
année révolue de l'époque de l'opération. Ce nouvel indi- 
vidu a été planté en pleine terre et enfoncé dans le sol de 
6 centimètres au-dessous de* l'endroit où il a été greffé. 
Depuis ce temps il pousse avec beaucoup de vigueur et donne 
des signes d'une prospérité constante. 

La racine de la seconde branche du même gijikgo , au 
lieu d'être mise en terre a été placée dans l'eau d'une ca- 
rafe de verre blanc à col étroit, afin de pouvoir observer 
les progrès de la croissance du chevelu et les autres phéno- 
mènes de la végétation des parties souterraines. Non-seule- 
ment elle a vécu pendant près de trois mois et demi qu'a 
duré l'expérience, mais elle a poussé puisque le chevelu a 
pris de l'accroissement et que la plaie qui unissoit la greffe 
à la branche se cicatrisoit sensiblement. Cette carafe ayant 
servi de point de mire à un des jeunes écoliers dont le 
jardin est rempli les jours de congé, fut cassée d'un coup de 
pierre , et cette racine exposée à un air sec et chaud pendant 
plus de 36 heures avant qu'on s'aperçût de l'accident, se 
dessécha et périt. Cette expérience sera reprise et suivie 
dans un lieu plus à couvert et mieux protégé de toute insulte. 
La greffe du mirtiis pimenta avoit été effectuée avec une 
racine de mirte romain, commun, plantée dans un pot 
suspendu à 2 mètres de haut dans une serre-chaude et près 



10* 



76 Greffe Palissy. 

d'un des fourneaux de ce conservatoire. Les arrosemens de 
la terre du vase, placé hors de la portée de la main, étoient 
difficiles à effectuer; ils furent souvent oubliés et il en résulta 
dessiccation de la terre et la mort des racines. La perte de 
cette greffe provenant d'une cause indépendante des opé- 
rations qu'elle nécessite ne peut être une objection contre 
sa théorie qui, d'ailleurs, se trouve confirmée par la réussite 
des nombreuses expériences citées précédemment. Ainsi donc 
il ne peut rester aucun doute sur le succès de ce nouveau 
moyen de multiplication. 

Usages de cette greffe. Le premier est de fournir le 
moyen de multiplier les individus des végétaux ligneux qui 
reprennent difficilement de boutures, de marcottes et dont 
les semences avortent ou ne reproduisent pas les variétés 
qui les ont fournies, avec toutes leurs qualités. 

2°. De propager par la greffe des arbres qui n'ont point 
de congénères sur lesquels on puisse les greffer avec succès. 

3°, De hâter la jouissance de la floraison et de la fructi- 
fication dans les nouveaux individus en greffant sur des 
arbres adultes des branches munies des rudimens de ces 
productions. 

4°. De fournir un moyen plus rapproché que les autres, 
de multiplier les végétaux , puisque la greffe et le sujet se 
rencontrent sur le même individu et qu'il ne s'agit que de 
prendre des racines d'un pied et de les greffer sous ses bran- 
ches , pour avoir au bout d'un an ou deux de nouveaux arbres. 

5°. De confirmer l'opinion de quelques cultivateurs qui 
pensent que ce sont, en grande partie, les organes aériens 
des végétaux qui sollicitent l'ascension de la sève contenue 



Greffe Palisst. 77 

dans les racines, puisque la plupart d'entre elles périssent 
lorsqu'elles sont séparées de leurs souches ou ne poussent 
que foiblement la première année de leur plantation. 

6°. De conserver dans leur intégrité, des espèces, des 
variétés et des races d'arbres fruitiers, avec toutes leurs 
qualités, en les rajeunissant sans introduire d'élémens sus- 
ceptibles de changer les qualités les plus fugaces de leur 
saveur et de leur odeur. Il n'en peut être autrement, puis- 
que les nouveaux individus, lorsqu'ils sont composés de ra- 
cines et de rameaux d'une mère commune, en doivent partager 
toutes les propriétés. Il ne doit y avoir d'autre différence 
que celle de l'âge. 

7 . Et enfin ce nouveau mode de multiplication complète la 
série des moyens de composer les végétaux , pour ainsi dire , 
de pièces et de morceaux, puisqu'on avait déjà obtenu ceux 
de remplacer la flèche ou la tête d'un arbre, celui de suppléer 
son tronc ou son corps, et qu'enfin celui-ci procure la faculté 
de donner des racines ou des pieds à d'autres individus. 

Observations. Nos pommiers sous les branches desquels 
nous avons greffé des racines sont de stature naine parce 
qu'ils ont été greffés sur la variété du pommier domestique 
nommée Paradis. Nous avons opéré plusieurs de leurs bran- 
ches avec des racines de leurs arbres; les nouveaux individus 
acquis par cette voie sont restés nains comme leurs mères, 
et ont fructifié l'année qui a suivi celle de leur séparation. 
Mais voulant varier les expériences et en connaître les résul- 
tats, nous avons greffé sous des branches des mêmes arbres, 
des racines de pommier domestique venu de semences , les 



78 Greffe Palissy. 

individus obtenus par ce moyen ont cessé d'être nains et ils 
s'élèvent à haute tige; leur fructification est retardée et 
semble ne devoir arriver qu'à la même époque où. elle se 
détermine sur les arbres greffés sur franc, c'est-à-dire, 4. ou 
6 ans après qu'ils ont été opérés. 

Ainsi il est important que les greffes et les sujets soient 
tirés des mêmes individus lorsqu'on veut propager les mêmes 
races, comme nous l'avons dit plus haut. Mais veut-on don- 
ner une plus longue existence, une plus haute stature à ses 
élèves, ou les acclimater plus sûrement , tels sont ceux de la 
série des arbres étrangers, d'ornement dans les jardins, ceux 
qui sont sensibles aux froids des climats dans lesquels on 
les cultive, ou enfin qui exigent une nature de sol difficile 
à rencontrer, alors on peut les greffer avec des espèces con- 
génères, indigènes et rustiques, et tout fait présumer que 
l'on obtiendra les résultats désirés. Quelques expériences que 
nous suivons depuis plusieurs années à ce sujet, semblent 
devoir confirmer cette théorie. 

Classification. Ce mode de multiplication appartient au 
genre des greffes 5 il fait partie de la seconde section, ou de 
celles qui s'exécutent par scions; celle-ci doit être rangée dans 
la 5 e . série qui a pour objet les greffes qui s'effectuent par 
racines. La place qu'elle occupe dans sa série est la 7 e ., et 
vient immédiatement après la greffe Chomel. C'est ainsi qu'elle 
se trouve placée dans l'Ecole d'Agriculture pratique du Mu- 
séum, dans le Dictionnaire d' Agriculture (1) ,, et dans notre 

[l) Nouveau Cours complet d'Agriculture théorique et pratique , ou Dictionnaire 



Greffe Palissy. 79 

Monographie des Greffes (1). Ces deux ouvrages en offrent 
l'indication, mais sans description ni sans figures qui puissent 
mettre à même de l'exécuter dans la pratique habituelle. 

Nous devons prévenir ici que le synonyme placé sous la 
phrase descriptive de notre genre des greffes, qui renvoie au 
traité d'Agriculture parfaite d'Agricola pour l'indication de 
cette greffe , est inexact et doit être supprimé. Dans l'article 
qu'il cite, l'auteur n'indique pas une greffe de racines sur des 
tiges, mais seulement un procédé pour faire pousser des ra- 
cines aux parties aériennes des arbres, ce qui est fort différent, 
et fait entrer ce procédé dans le genre des marcottes, comme 
il a été dit précédemment. 

Rapports et différences. Ce mode de multiplication se 
rapproche de la greffe Cels, qui s'exécute au moyen de racines 
tirées de leur souche et adaptées instantanément sur des scions 
isolés de leurs arbres. Dans celle qui fait le sujet de cette des- 
cription les racines tirées de leurs arbres sont greffées sous des 
parties aériennes des végétaux fixés à leurs places jusqu'à 
la soudure parfaite des deux parties. 

Définition. Greffe (Palissy) de racines sur les parties aérien- 
nes des végétaux. 

Dédicace. Nous avons dédié cette nouvelle sorte de greffe 
à la mémoire respectable de Bernard de Palissy, philosophe 
pratique , savant recommandable et qui le premier en France 

raisonné universel d'agriculture, etc., tom. 6, art. Greffe, pag. 5l2. Paris, 
Deter ville, 1809. 

(1) Annales du Muséum d'hist. nat. , Mémoire sur les greffes par scions, 
pag. 374, n°, VII. 



8o Greffe Palissy. 

a ouvert un cours public d'Histoire Naturelle , dans lequel il 
traitoit de différentes branches de l'Agriculture (i). 



RENVOIS AUX FIGURES DE LA GREFFE PALISSY. 

Fig. I. Pommier de rcinelte de Canada qui a été greffe dans sa jeunesse sur ua 
sujet de pommier paradis. 

a. Branche âgée de 4 ans , greffée avec une racine de pommier domestique 
•venu de semence ou franc. 

b. Racine de pommier plantée dans son pot et qui a été greffée au mois de 
mars dernier. 

ce. Bourses devant fournir leurs corymLes de fleurs au printemps de l'année 

prochaine. 
ddd. Boutons à fleur ne devant épanouir qu'un an après les bourses. 
eee. Autres boutons à fleurs destinés à fleurir un an après les derniers boulons. 
fff' Gemma qui ne doivent produire que des bourgeons. 

Fig. 2. Branche de ginkgo biloba, L. mant. greffée depuis deux ans révolus , dont 
la greffe étant reprise a été séparée de son arbre et forme un nouvel individu. 
g. Racine de gintgo biloba greffée à une branche du même arbre et qui en fait 
un individu complet. 

Fig. 3. Partie de la branche du pommier de reinette de Canada opérée pour 

être greffée par le premier mode indiqué pour cette greffe. 
" h. Plaie disposée pour recevoir la greffe de racine. 

Fig. 4. Racine du pommier franc préparée pour être greffée. 

i. Appendices de la racine qui doit être greffée et couvrir exactement la plaie 

faite à la branche marquée h. 
k. Racine avec ses ramifications et son chevelu, destinée à être plantée dans un 

Tase après avoir été greffée à la branche dont on veut faire un nouvel 

individu. 

(i) Voyez les Œuvres de Bernard de Palissy , édition revue sur les exemplaires 
de la Bibliothèque du Roi, avec des notes par MM. Faujas-de-St.-Fond et Gobet. 
Paris. Ruault, 1777. 



Greffe Palissy. Sï 

Fie-. 5. Branche rompue destinée à représenter le second mode d'effectuer la 
greffe Palissy. 
I. Double incision destinée à recevoir la greffe de la racine. 
Fig. 6. Racine préparée pour être insérée dans les plaies de la brandie fig. 5. 
m. Préparation de la partie supérieure de la racine destinée à être greffée. 
n. Point où la greffe doit être dénudée de bois et d'aubier jusqu'à son ex- 
trémité supérieure avant que d'être unie à la branche et terminer les 
opérations de celte greffe. 

Figures du tiers au sixième de leur grandeur naturelle. 



Mem. du Muséum, t. 3. 1 1 



82 



RAPPORT 

Sur un Mémoire de M. Dutrochet , Médecin 
à Château-Renaud , intitulé : Recherches sur 
les Enveloppes du Fœtus. 

PAR M. G. CUVIER. 



V^e Mémoire a été présenté à la Classe il y a près de deux 
ans 5 mais son examen exigeant des recherches assez nom- 
breuses, dont quelques-unes ne pouvoient se faire qu'au 
printemps, et les événemens des deux printemps derniers 
n'ayant pas favorisé les travaux paisibles, nous avons été 
contraints de différer la justice due à l'auteur beaucoup au- 
delà de ce que réclamoit l'intérêt attaché à ses observations. 
Cependant ce délai n'a pas été inutile, et nous a procuré 
plusieurs occasions de traiter ces matières avec plus de con- 
noissancè. M. Diard, jeune médecin, ami de M. Dutrochet, 
et qui avoit été témoin de sa manière d'opérer, étant venu à 
Paris , nous a aidé à retrouver les procédés de cet observa- 
teur et à les mettre en pratique de la même manière et avec 
les mêmes circonstances. Une fois engagés dans ce travail, 
nous nous sommes procurés des fœtus de différentes espèces 
que M. Dutrochet n'avoit point examinés, et dont la dispo- 



PI. 



I F v.- 5 - 





\ 



Tom • 3 




Saurt/lard de/ 



]!NVELZOPJP.E8 DE EtETVS 



sur les Enveloppes du Foetus. 83 

sitïon modifie à quelques égards les règles qu'il a tracées; 
en un mot, nous nous voyons dans le cas de diviser notre 
travail en deux parties, dont l'une contiendra l'analyse du 
Mémoire que vous nous avez renvoyé et le jugement que 
nous en portons; l'autre offrira les observations qui nous 
sont propres et qui se lient plus ou moins étroitement à celles 
de l'auteur. 

M. Dutrochet se propose de montrer entre les enveloppes 
des fœtus de vivipares et d'ovipares , une analogie plus com- 
plète que celle qu'on leur connoissoit. Pour cet effet, il 
commence par une nouvelle description de l'œuf des oiseaux 
et des métamorphoses qu'y produit l'incubation. 

On sait que la coquille de l'œuf est doublée intérieurement 
d'une membrane opaque composée de deux tuniques, dont 
l'interne se détache de l'externe vers le gros bout de l'œuf 
par l'évaporation d'une partie du blanc, et laisse ainsi vers 
cette extrémité un vide rempli d'air. 

En dedans de cette première enveloppe est renfermé le 
blanc de l'œuf, ou l'albumen divisé lui-même en trois 
couches diversifiées par le degré de leur fluidité. Au milieu 
du blanc est le jaune ou vitellus suspendu par ses deux pôles , 
au moyen de deux cordons nommés chalazes, qui semblent 
des prolongemens irrégulièrement renflés de sa membrane 
extérieure. 

M. Dutrochet, après avoir rappelé ces faits connus, fait 
remarquer que cette membrane extérieure du jaune est 
double, ou, comme il s'exprime, que le jaune, outre ses 
membranes propres, est revêtu de deux épidermes qui 
s'étendent aussi sur le poulet, mais que celui-ci perce ou 



il* 



84 sur les Enveloppes dit Foetus. 

déchire successivement, lorsque l'agrandissement de ses 
parties l'y oblige. 

En effet, c'est sous ces deux épidermes et à la surface du 
jaune que se montrent les premiers linéamens du poulet, 
ainsi que de ce beau cercle vasculaire par lequel le poulet 
se lie au jaune, et que les anciens auteurs ont appelé la 
figure veineuse. Dès les premiers jours de l'incubation la 
chalaze du gros bout se détache, la partie du jaune sur 
laquelle est couché le petit embryon se rapproche de la 
membrane de la coque et se dirige vers l'espace rempli d'air 
situé au gros bout de l'œuf. La portion de blanc qui re- 
couvroit cet endroit du jaune est écartée par degrés; à me- 
sure que l'aire vasculeuse s'étend sur le jaune, le blanc re- 
cule; il est presque entièrement absorbé par le jaune qui 
augmente de volume et de fluidité, et le peu qui en reste est 
repoussé petit à petit avec ses membi'anes et les épidermes 
du jaune vers la chalaze du petit bout. 

Pendant ce temps le poulet enveloppé dans son amnios 
grandit. La surface du jaune se creuse en un berceau pro- 
portionné à sa taille, dans lequel il reste couché; les vais- 
seaux qui le lient au jaune grossissent et s'étendent; mais le 
point le plus curieux de son histoire et celui à l'éclaircisse- 
ment duquel M. Dutrochet s'est le plus attaché, c'est le dé- 
veloppement d'une vessie qui sort fort petite de l'abdomen 
vers la fin du quatrième jour de l'incubation, et qui après 
avoir déchiré les épidermes du jaune, grandit avec une éton- 
nante rapidité en se glissant entre le poulet et le jaune d'une 
part et la membrane de la coque de l'autre ; elle réunit enfin 
ses bords vers le petit bout comme une bourse dont on 



sur les Enveloppes du Foetus. 85 

fermeroit les cordons , et enveloppe alors la totalité de l'œuf 
d'une double membrane qui n'y étoit point du tout visible 
au moment de la ponte. 

La veine et les artères ombilicales se distribuent dans leur 
entier à cette vessie et y forment un des plus beaux réseaux 
vasculaires que Fanatomie ait à faire voir. Le cercle vascu- 
laire du jaune, non moins beau dans son genre, est entière- 
ment composé, au contraire, de vaisseaux analogues à ceux 
qu'on a nommés dans l'homme et dans les quadrupèdes 
omphalo-mésentériques , c'est-à-dire qu'ils viennent des 
artères et des veines du mésentère. La vessie dont nous 
parlons tient au cloaque du poulet par un canal analogue à 
l'ouraque, tandis que le jaune tient, comme chacun sait, au 
canal intestinal par un pédicule \ ainsi il n'est pas douteux 
que cette vessie ne soit analogue à l'allantoïde des mammi- 
fères, et le jaune à ce qu'on a nommé, dans certains animaux 
de cette classe, vésicule ombilicale. 

M. Dutrochet a démontré ces analogies par une suite 
d'observations très-attentives et qui ne laissent aucun doute 
sur leur résultat. Le mérite en est évident sous le rapport 
de l'exactitude et de la vérité. Pour les apprécier sous le 
rapport de la nouveauté, nous croyons devoir reprendre 
l'histoire des opinions énoncées par les naturalistes sur cette 
partie de l'œuf; notre exposé montrera qu'en cette occasion, 
comme en beaucoup d'autres, les observateurs souvent tout 
près de la vérité, s'en sont trouvés écartés par quelque pré- 
jugé ou par quelque défaut d'attention. 

Aristote, le premier qui ait décrit le développement du 
poulet, a très-bien connu cette membrane allantoïdienne , 



86 sun les Enveloppes du Foetus. 

dans l'état où elle se trouve vers le milieu de l'incubation. 
Il parle à plusieurs reprises (Hi'.vt. an., VI, 3) de deux 
vaisseaux qui passent par l'ombilic et dont l'un va à la 
membrane du jaune; l'autre se rend à la membrane qui en- 
veloppe à la fois et celle du jaune et celle qui est propre à 
l'animal (ou l'amnios ), membrane différente ceperidant de 
celle qui est propre à la coque; il paroit même par ce qu'il 
dit un peu plus bas, que ce grand naturaliste n'ignoroit point 
que la membrane allantoïdienne n'est pas toujours visible. Il 
ne distingue pas assez nettement l'humeur blanche qu'elle 
contient de celle qui forme le blanc ordinaire de l'œuf ou 
l'albumen, et l'équivoque de ses paroles a occasionné en- 
suite des erreurs graves dans ceux qui les ont prises trop à 
la lettre. 

F abricius d' Aquapendente ( Oper. éd. Lugd. Bat. , p. 28 ) 
semble croire qu'il survient dans l'œuf couvé une membrane 
à l'albumen pour soutenir les vaisseaux ombilicaux. 

Harvey ne paroît avoir nulle part distingué la liqueur de 
l'allantoïde de l'albumen; il conclut même expressément de 
la distribution égale des vaisseaux à l'albumen et au vitellus 
que le premier contribue comme l'autre à la nutrition du 
poulet. ( Exercit. de Gêner, an. ) 

S tenon est le premier que je trouve avoir parlé de cette 
espèce de germination de l'allantoïde. Il annonce que le qua- 
trième jour l'on voit paroître vers la queue une vésicule 
pleine d'une humeur limpide et différente de Tamnios; il la 
suit jusqu'au septième jour, ensuite il l'abandonne et parle 
d'un chorion, sans remarquer que ce prétendu chorion n'est 
autre que le feuillet extérieur de l'allantoïde agrandie; il lui 



sur les Enveloppes du Foetus. 87 

donne même plus loin le nom de membrane du blanc. ( Ap. 
Ger. Blas. Anat. anim. , 249 et suiv. ) 

Gaultier Needham tombe explicitement dans la même 
erreur. Il regarde la membrane si riche en vaisseaux qui se 
présente sous celle de la coque après quelques jours d'incu- 
bation, et qui n'est autre que ce Feuillet extérieur de l'allan- 
toïde, comme la tunique de l'albumen le plus tenu. (73. 253.) 

31alpighi a fait comme S tenon; il a très-bien vu et repré- 
senté la vésicule allantoidienne, tant qu'elle reste petite; 
mais ne l'ayant pas suivie dans son développement, il l'aban- 
donne sans dire ce qu'elle est devenue, parle du chorion 
comme d'une membrane à part, et sur la fin annonce cepen- 
dant une allantoïde qui rempliroit la presque totalité de ce 
chorion, et qui n'est probablement que le feuillet interne 
de l'allantoïde véritable dont le chorion est le feuillet externe. 
A la vérité, en pressant le sens de ses expressions, onpourroit 
croire qu'il a seulement oublié de noter expressément cette 
identité de la première vésicule et de la grande enveloppe ; 
mais comment croire qu'il eût négligé de faire observer en 
détail à ses lecteurs un fait aussi remarquable, s'il lui avoit été 
complètement connu? 

Antoine Maître- Jean avoit également très-bien vu la poche 

allantoidienne dans son commencement ; mais ne la voyant 

plus ensuite, il conçut l'idée bizarre qu'elle s'étoit retirée 

dans le ventre et y étoit devenue le gézier ( Observ. sur la 

form. du poulet > p. 147 et 148). 

L'illustre Haller lui-même, qui étoit destiné à découvrir 
l'identité de l'allantoïde et du prétendu chorion, ou comme 
il l'appelle, de la membrane ombilicale, n'est arrivé à cette 



88 sur les Enveloppes du Foetus. 

découverte qu'après bien du temps et des observations. Dans 
son premier travail sur la formation du poulet , imprimé en 
français, en 1^58, à Lausanne, i vol. in-12, il confond en 
divers endroits l'allantoïde qu'il nomme membrane ombili- 
cale avec le réseau vasculaire du jaune 5 il a bien vu une vé- 
ritable allantoïde dans les premiers jours, et il avoue l'avoir 
abandonnée vers la fin de l'incubation, en sorte qu'il ne 
paroit pas même avoir remarqué alors que ce n'étoit pas 
autre chose que sa prétendue membrane ombilicale; mais 
dans la traduction latine du même ouvrage, publiée en 1767 
dans le a?, volume de ses Opéra minora, il tient un tout 
autre langage. Deux années d'observations lui avoient enfin 
appris la vérité. Il voit sa membrane ombilicale commencer 
à paroître à la fin du troisième jour; il suit son accroisse- 
ment rapide. Le dixième jour elle enveloppe presque tout 
l'œuf, il connoît bien ses vaisseaux; elle a un ouraque qui 
aboutit au cloaque. Enfin il termine son chapitre par ces mots: 
Api^ès avoir tout comparé, j'affirme que la membrane 
ombilicale n'est autre chose que la vessie, (loc. cit. , p. 33 1.) 

Il eût été plus exact de l'appeler allantoïde, d'autant que 
Haller décrit en même temps la véritable vessie; mais tout 
anatomiste entend ce qu'il a voulu dire. 

C'est aussi dans cette édition latine qu'il reconnoît que le 
jaune et sa figure vasculaire n'ont que des vaisseaux om- 
phalo-mésentériques. 

Il faut qu'on ait peu lu le second ouvrage de Haller; car 
de savans hommes continuèrent à s'exprimer inexactement, 
ou même à propager les erreurs qui dominoient auparavant; 
Vicq-d' Azyr } entre autres, se borna à copier Néedhani, 



sur les Enveloppes du Foetus. 89 

et à supposer que le beau réseau vasculaire que l'on trouve 
après quelques jours d'incubation, n'est que le développe- 
ment des linéamens qui préexistoient dans la seconde tu- 
nique de la coque; il ne dit pas un mot de l'allantoide, et 
supposa que les vaisseaux sanguins du jaune viennent des 
ombilicaux. ( Voyez ses Œuvres, recueillies par M. Moreau, 
tome IV, p. 38q, 397 et 400. ) 

M. Blumenbach , qui a parfaitement connu l'histoire de 
l'allantoide , de sa naissance , de son accroissement rapide , 
et même de sa fonction respiratoire, ne lui donne cepen- 
dant [Anat. comp., p. 5a8; et Abbild. , pi. 34 et 64) que 
les noms de membrane ombilicale et de chorion , lesquels 
sont tous deux inexacts. Le premier surtout est équivoque , 
car c'est le jaune de l'œuf et non pas l'allantoide qui répond à 
la membrane ombilicale des mammifères , ainsi que Néedham, 
M. Sœmmering et M. Blumenbach lui-même l'ont très- 
bien fait remarquer. 

C'est aussi sous le nom de chorion que M. de Tredem 
désigne la vésicule allantoïdienne dans les planches de sa 
thèse sur V Histoire de l'OEiifet de l'Incubation, soutenue 
à Jéna, en 1808; et MM. Hochstetter et Emmert n'en 
emploient pas d'autre dans leur Mémoire sur le développe- 
ment des œufs des lézards, imprimé en 181 1 , au 10 e . tome 
des Archives de la Physiologie de Reil. 

Cependant comme tous ces anatomistes allemands ont 

bien su que ce prétendu chorion n'étoit qu'un feuillet de 

l'allantoide, comme ils ont bien connu ses rapports avec 

l'ouraque, on ne peut leur intenter qu'une querelle des mots, 

Mém. du Muséum, t. 3. 12 



f)ù sur les Enveloppes du Foetus. 

et non pas les accuser d'une erreur comparable à celle de 
Néedham et de Vicq-d'Azyr. 

M. Dutrochet qui a connu la vérité aussi bien qu'eux , et 
qui l'a mieux exprimée, y étoit arrivé sans leur secours. Car 
on voit aisément que ses observations lui appartiennent en 
entier ^ et qu'il n'avoit pas lu les ouvrages qui en exposent 
de semblables. 

D'ailleurs, si l'on peut contester une nouveauté absolue aux 
observations de M. Dutrochet sur l'œuf, on est obligé de 
leur accorder une exactitude^ un détail et une clarté beau- 
coup plus grandes qu'à celles d'aucun de ses prédécesseurs. 
11 a surtout eu le mérite de rendre chaque degré principal 
du développement par des coupes idéales au simple trait 
qui fixent les idées mieux qu'aucunes paroles et même que 
des ligures ordinaires. C'est ainsi qu'il nous conduit par tous 
les périodes de l'incubation ; qu'il fait voir que dans les pre- 
miers jours c'est par l'auréole vasculaire du jaune et par les 
vaisseaux omphalo-mésentériques que le poulet respire 5 que 
lorsqu'à cette époque on enlève l' épiderme du jaune, on en- 
traîne les chalazes, ce qui marque qu'elles sont continues à 
cet épidémie; que l'absorption du blanc par le vitellus gonfle 
ce dernier et lui fait rompre son premier épiderme dès le 
troisième jour; que le quatrième, l'allantoïde sort de l'ab- 
domen sans entraîner aucune enveloppe; qu'elle perce le 
deuxième épiderme du jaune le septième jour. Il montre 
comment cette allantoide ayant eu d'abord tous ses vaisseaux 
à la surface, mais croissant plus vite qu'eux, leurs troncs ont 
l'air de traverser son intérieur où ils sont d'abord seulement 
retenus par ses duplicatures. Le huitième jour elle occupe 



sur les Enveloppes du Foetus. 91 

ïa moitié de la surface de l'œuf, et alors les vaisseaux du 
jaune qu'elle recouvre et dont elle prend sur son compte les 
fonctions respiratoires, ralentissent beaucoup leur accrois- 
sement. Le dixième jour, l'allantoïde après avoir tout enve- 
loppé, arrive au petit bout de l'œuf; ses bords s'y soudent 
pour toujours, et elle revêt entièrement le poulet, son jaune 
et le reste du blanc , des chalazes et des épidermes d'un double 
sac membraneux. 

Le sac extérieur est ce que l'on a nommé chorion ou 
membrane ombilicale ; l'interne , ce que Haller appelle parti- 
culièrement membrane moyenne. 

Pendant ce temps le jaune a absorbé la plus grande partie 
de l'albumen; il s'est débarrassé de ses deux épidermes qui 
sont plissés et rejetés vers la chalaze du petit bout. Il est 
cependant recouvert, outre sa membrane propre qui se con- 
tinue à celle des intestins et au péritoine intestinal, d'une 
tunique qui est un prolongement du péritoine costal, et sur 
laquelle la membrane moyenne, c'est-à-dire, le feuillet in- 
terne de L'allantoïde, se colle bientôt d'une manière intime, 
aussi bien que sur l'amnios. 

Nous ne suivrons pas l'auteur dans la description qu'il 
donne du cornas des vaisseaux, soit de l'allantoïde, soit du 
vitellus. Mais nous devons rendre compte de ce qu'il a ob- 
servé sur cette tunique du jaune fournie par le péritoine ex- 
térieur et qu'il a nommée sac herniaire. Il nous paroît l'avoir 
découverte. A l'extrémité du vitellus opposée au pédicule, 
cette tunique lui a semblé se replier pour se continuer avec 
celle que fournit le péritoine intestinal, en sorte qu'il y a à 

12* 



Q2 sur les Enveloppes du Foetus. 

cet endroit une solution de continuité qu'il est quelquefois 

possible d'apercevoir. 

Ce sac adhérent à la membrane moyenne fournie par 
l'allantoïde ne rentre pas dans l'abdomen comme le vitellus 
à l'époque où le poulet sort de l'œuf ; il reste au dehors aussi 
bien que le feuillet externe de cette même allautoïde ou le 
prétendu chorion. 

C'est à cette époque que l'on voit le mieux que le pédi- 
cule du vitellus est creux et qu'il verse le liquide jaune dans 
l'intestin, faits récemment mis en doute par des observa- 
teurs d'ailleurs respectables, mais que nous avons constatés 
d'après les indications de M. Dutrochet. C'est aussi alors que 
l'on voit le mieux la vessie urinaire ou cet appendice du 
cloaque où aboutissent l'ouraque et les uretères; elle s'unit 
au rectum par un col assez étroit, mais qui s'élargit bientôt 
et se confond enfin dans la large cavité du cloaque. 

L'auteur passe ensuite à l'examen des œufs des serpens. 
Ces œufs manquent de blanc ; mais M. Dutrochet y a trouvé, 
comme dans ceux des oiseaux, une membrane de la coque 
composée de deux tuniques; une membrane intérieure très- 
vasculaire, comparable à ce que dans les oiseaux l'on a nom- 
mé chorion, et qui provenoit aussi de l'allantoïde, et un 
vitellus recevant dans un creux de sa surface le petit serpen- 
teau enveloppé de son amnios. L'allantoïde s'y étend de 
même par degrés; c'est de même à elle que se distribuent 
les vaisseaux ombilicaux , tandis que le jaune reçoit les 
omphalo-mésentériques. Ce jaune a à l'intérieur des lames 
frangées comme celui des oiseaux; il tient de même à l'in- 
testin par un pédicule ; il rentre aussi dans l'abdomen après 



sur les Enveloppes du Foetus. g3 

la sortie de l'œuf, etc., etc. Une remarque intéressante, c'est 
que les petits commencent à se développer même dans les 
couleuvres ou sérpens appelés ovipares, avant que les œufs 
aient été pondus ; mais une autre qui le seroit davantage en- 
core, c'est ce qu'avance l'auteur, que les vipères que l'on 
supposoit n'être vivipares qu'en apparence, c'est-à-dire pro- 
duire des œufs qui éclosent avant d'être pondus , le sont dans 
un degré plus approchant que cela des véritables vivipares 
on des mammifères. 

M. Dutrochet ayant ouvert au mois d'octobre une vipère 
pleine, trouva ses petits dans ses oviductus débarrassés de 
leur coque qui étoit plissée et rejetée de côté, mais enve- 
loppés dans ce soi-disant chorion dont nous avons parlé 
plusieurs fois, lequel adhéroit par plusieurs points aux parois 
de l'oviductus; cependant cette adhérence étoit légère et le 
chorion n'étoit pas augmenté d'épaisseur aux endroits où 
elle avoit lieu. M. Dutrochet en conclut que les vaisseaux du 
chorion pourroient tirer quelque chose de ceux de l'oviduc- 
tus, et que le jeune vipereau se nourrissoit en partie des 
sucs de sa mère, et non pas uniquement du jaune de son 
œuf. 

N'ayant pu nous procurer encore de vipère pleine, nous 
ne nous permettrons pas de prononcer sur cette assertion. 
Nous dirons cependant que des fœtus d'une grande cou- 
leuvre étrangère [col. tigrinus*) que nous possédons dans 
l'esprit-de-vin, encore avec leurs enveloppes et dans leur 
oviductus, ne nous ont point montré d'union directe avec 
celui-ci. Leur soi-disant chorion en est seulement embrassé 
d'une manière étroite, mais sans adhérence ni connexion 



94 SUR LES Enveloppes du Foetus. 

intime; nous conservons donc encore de l'incertitude sur 
ce point. Mais tout le reste des observations de l'auteur sur 
l'analogie de disposition des membranes et du fœtus des 
serpens et des oiseaux, nous ont paru de la plus grande 
exactitude, et nous n'avons aucun sujet de douter qu'il n'en 
soit de même de celles qu'il a faites sur l'œuf des lézards, par 
lesquelles ces sauriens rentrent dans la même cathégorie que 
les serpens ovipares. D'ailleurs nous trouvons ces dernières 
parfaitement d'accord avec celles que MM. Hochstetter et 
Emmert ont publiées en 1811 sur le même objet, dans le 
Mémoire que nous avons cité plus haut. 

M. Dutrochet conclut de ses observations, que dans les 
oiseaux et dans les reptiles non sujets à métamorphose , l'amnios 
est la seule membrane fœtale qui existe aussitôt que les 
fœtus; que les tuniques vasculaires qui servent à leur respi- 
ration ne les revêtent qu'après coup, et sont formées aux 
dépens et par le développement de l'allantoïde qui a chez 
eux le triple usage de servir à la nutrition, à la respiration 
et à contenir l'urine. Celle de ces conclusions qui est rela- 
tive à la fonction respiratoire de l'allantoïde est conforme à 
l'opinion énoncée par M. Blumenbach , dans son Anatomie 
comparée , et seroit confirmée par ce qu'atteste le même 
auteur, malgré l'assertion contraire de Haller, que les veines 
de l'allantoïde rapportent un sang plus vermeil que celui des 
artères , observation que MM. Hochstetter et Emmert as- 
surent aussi avoir trouvée vraie sur les lézards. Les expé- 
riences de M. Viborg, faites par ordre de la Société Royale 
de Copenhague, d'après lesquelles il seroit prouvé que les 
œufs n éclosent point dans des airs non respirables, y ajou- 



sur les Enveloppes du Foetus. 93 

teroient une nouvelle force. Mais on assure que M. Ehrman, 
le savant physicien de Berlin , a fait des expériences toutes 
contraires, et qu'il a fait venir à bien des poulets dans toutes 
sortes de gaz. 

Sans ce qui nous a été dit de ces expériences de 
M. Erhman,, nous aurions encore cru trouver un argu- 
ment en faveur de la fonction respiratoire de l'allantoïde 
observée par M. Dutrochet, dans la structure des œufs des 
batraciens ou des reptiles qui respirent d'abord par des bran- 
chies, c'est-à-dire des grenouilles, des crapauds et des sala- 
mandres, structure toute différente de celle des animaux 
qui respirent dès leur naissance l'air élastique. On y voit au 
travers d'une double enveloppe, ainsi que l'a découvert 
Spallanzani, l'ébauche du têtard, faisant avec son vitellus 
une espèce de masse globulaire, et ne se liant par aucun 
vaisseau ni autre connexion organique aux enveloppes exté- 
rieures. L'examen anaîomique montre que ce vitellus n'est 
autre chose qu'une dilatation du canal alimentaire qui s'al- 
longe et se rétrécit ensuite par degrés pour prendre la forme 
que l'intestin du têtard doit avoir. Ni l'allantoïde, ni les 
enveloppes vasculaires résultant de son développement, ni 
les vaisseaux ombilicaux qui doivent se rendre à ces enve- 
loppes, n'existent. C'est exactement aussi ce que l'un de 
nous a observé dans les poissons, et il est de la plus grande 
probabilité que la raison de cette ressemblance tient à celle 
des organes de la respiration. Les batraciens et les poissons 
ayant des branchies propres à respirer dans l'eau, ont pu 
éprouver suffisamment l'action de loxigène dans les liqueurs 
qui remplissent leur oeuf et qui elles-mêmes sont sans cesse 



Ç)6 sur les Enveloppes du Foetus. 

réoxigénées par l'absorption de l'eau où cet œuf nage; ils 
n'ont donc pas eu besoin de branchies supplémentaires , 
comme les oiseaux et les reptiles qui n'ont que des poumons, 
propres seulement à respirer l'air élastique , et qui n'auroient 
pas pu s'en servir dans le liquide où ils sont contenus. 

M. Dutrochet donne encore en passant des remarques 
neuves et intéressantes sur la métamorphose des têtards. Elle ne 
se fait point, comme on le croyoit, et comme Swammerdam. 
l'avoit dit, en rejetant leur première peau et en perdant leur 
queue par lambeaux, mais en desséchant l'une et absorbant 
l'autre. La peau du têtard , après qu'elle a été percée par les 
pieds de devant qui s'étoient formés sous elle, se dessèche 
sur le corps et y forme une sorte d'épiderme qui manque 
seulement à ses pieds de devant. Aussi leur base est-elle tou- 
jours entourée d'une cicatrice circulaire qui marque l'en- 
droit où la peau du têtard les a laissés passer. Ils traversent 
cet épidémie comme une cuirasse. La queue et toutes les 
autres parties propres au têtard, loin de se sphacéler, sont 
résorbées petit à petit, et passent en entier dans le corps 
de la grenouille. 

Nous avons vérifié ces faits , mais nous sommes obligés 
d'en contredire un autre que l'auteur a avancé. Selon lui 
les branchies du têtard seroient logées dans la cavité du 
tympan; il n'en est rien. Ce sont comme les branchies des 
poissons des appendices de l'os hyoïde contenus dans deux 
cavités des côtés du cou. Nous avons observé que dans cer- 
taines espèces, l'eau qui arrive de la bouche dans ces ouïes 
en ressort d'abord par un trou commun situé sous la gorge; 
mais qu'une fois les pieds de devant sortis de dessous la peau, 



sur les Enveloppes du Foetus. 97 

il se trouve un trou particulier de chaque côté, et qu'alors 
le trou mitoyen s'oblitère. On sait que dans plusieurs autres, 
les branchies des deux côtés n'ont qu'un seul trou commun 
situé du côté gauche. 

A mesure que les poumons prennent du développement, 
les trous latéraux se ferment aussi, et les branchies n'ayant 
plus de fonctions sont résorbées comme la queue. 

M. Dutrochet termine par des observations sur les enve- 
loppes du fœtus des mammifères qu'il n'a considérées que 
dans la brebis. Comme nous traiterons ce sujet beaucoup 
plus amplement dans le Mémoire que nous avons annoncé, 
et que nous y décrirons des fœtus de quadrupèdes de plu- 
sieurs familles, nous réservons pour ce moment-là à vous 
rendre compte de cette partie du travail de l'auteur. 

Dès à présent nous pouvons cependant vous exprimer 
l'opinion que l'ouvrage de M. Dutrochet, est intéressant, 
plein de recherches pénibles et exactes, et de résultats fort 
curieux, et qu'il est très -digne de l'accueil de la Classe. 



Mém. du Muséum, t. 2. i3 



9» 

MÉMOIRE 

SUR 

LES ŒUFS DES QUADRUPÈDES. 

PAR M. CUV 1ER. 



N« 



ous avons eu l'honneur Je rendre compte à la Classe de 
l'intéressant Mémoire de M. Dutrochet, sur les enveloppes 
du fœtus, où sont exposés avec détail et clarté les deux 
plans que la nature a suivis parmi les animaux ovipares, dans 
la disposition de ces organes temporaires, destinés à soute- 
nir la vie lorsqu'elle n'est point encore animée par le libre 
usage des élémens extérieurs. 

Il falloit à tous ces animaux une fois détachés de leur 
mère, une provision d'alimens qui put les nourrir jusqu'au 
moment où ils sortiroient de l'œuf, et c'est à quoi il a été 
pourvu par le vitellus, c'est-à-dire par le grand sac qui com- 
munique avec l'intestin, ou qui fournit du moins aux vais- 
seaux mésentériques une matière abondante d'absorption ; 
mais ceux d'entre eux dont la respiration ne pouvoit être 
mise en jeu que par de l'air élastique, avoient besoin d'un 
appareil de plus. 11 leur falloit, tant qu'ils restoient dans 
l'œuf, un organe supplémentaire pour l'oxigénation de leur 
sang; et ils ont reçu, en effet, un autre sac qui communique 



SUR LES OEuFS DES QUADRUPEDES. 99 

avec leur cloaque ou avec leur vessie, sur la surface duquel 
les vaisseaux ombilicaux forment un réseau compliqué , et 
qui s'étendant par degrés et s'interposant entre le jaune et 
la membrane extérieure de l'œuf, va recevoir au plus près 
possible les influences atmosphériques. 

M. Dutrochet, ainsi que nous l'avons dit, a cherché à 
suivre ces analogies dans le foetus des mammifères ; mais 
n'ayant observé que celui de la brebis , il n'a pu les saisir 
dans toute leur généralité : excités par la lecture de son tra- 
vail, nous avons profité des occasions plus favorables que 
nous avons eues à notre disposition, pour suppléer à ce qui 
lui a manqué. 

C'est du résultat de nos observations que nous allons en- 
tretenir la Classe; nous la prions de regarder ce Mémoire 
comme une suite ou une seconde partie de notre rapport. 

Nous avons fait nos observations comme celles de la pre- 
mière partie, avec M. Diard qui avoit été témoin de celles 
de M. Dutrochet. 

Il n'étoit pas possible que l'on s'occupât d'accouchement 
sans examiner avec une certaine curiosité les enveloppes du 
fœtus et les moyens par lesquels il se nourrit dans la matrice ; 
aussi voyons-nous que les anciens en ont eu quelque con- 
noissance dès les temps les plus reculés. 

Galien, le plus grand anatomiste de l'antiquité dont il nous 
reste des ouvrages, paroît avoir observé ces organes avec 
beaucoup de soin dans quelques animaux. 

Dans son livre de YAnatomie de la Matrice , et au XV e . 
livre, chap. 5 , de ses Usages des parties, il décrit avec assez 

i3* 



IOO SUR LES OEUFS DES Q U ADI\U PEDES. 

d'exactitude , mais seulement d'après des animaux, et surtout 
d'après des ruminans,une première enveloppe générale qu'il 
appelle chorion , et qu'il représente comme un tissu de vais- 
seaux , une deuxième qui est particulière au fœtus , et qu'il 
appelle amnios, et une troisième semblable à un intestin, 
couchée entre les deux autres, communiquant avec la vessie 
par l'ouraque , et qu'il nomme allantoïde. 11 explique com- 
ment le chorion adhère à la matrice par des cotylédons qui 
reçoivent les vaisseaux ombilicaux du fœtus, et il fait déjà 
remarquer que, selon quelques-uns, la matrice humaine 
n'a point de cotylédons. ( De Dissect. vuh>. vers.Jîn. pag. 
109 verso. ) 

Les anatomistes qui parurent après la renaissance des 
lettres, copièrent trop long-temps Galien, quelquefois même 
lorsqu'ils avoient de la peine à retrouver ce qu'il leur an- 
nonçoit. 

Yésale commença à se soustraire à son autorité ; il l'accusa 
souvent avec raison d'avoir donné la structure des animaux 
pour celle de l'homme; mais lui-même ne fut pas toujours 
exempt de ce délit, et il s'en est manifestement rendu cou- 
pable à l'égard des enveloppes du fœtus; il n'a décrit et re- 
présenté dans sa première édition que les enveloppes du 
chien, quoiqu'il y ait fait introduire un fœtus humain par 
son dessinateur. 

Voulant leur appliquer les descriptions et les dénomina- 
tion de Galien, il prend le placenta annulaire propre au chien 
pour le chorion; le vrai chorion doublé du feuillet externe 
de l' allantoïde pour l'allautoïde même, et critique avec assez 
d' amertume l'observation de Galien, très-juste cependant 



SUR LES OEUFS DES Q U ADRUPEDES. IOI 

par rapport aux ruminans, que l'allantoïde n'enveloppe point 
le foetus. Néanmoins Vésale alors ne dit pas un mot de la 
vésicule ombilicale, partie si remarquable dans le chien, et 
dont il est surprenant que ce célèbre anatomiste n'ait pas 
été frappé. Il ne se réforma qu'à demi dans sa seconde édi- 
tion, car tout en corrigeant la figure du placenta, il intro- 
duisit une prétendue allant oïde, évidemment prise de cette 
vésicule ombilicale du chien qu'il n'avoit pas remarquée 
d'abord. 

Realdus Columbus fit connoître les premières fautes de 
Vésale, sans remarquer qu'il en avoit réparé une partie dans 
sa deuxième édition; il annonça que dans les ruminans le 
chorion est une enveloppe générale et l'allantoïde un sac 
particulier; mais par rapport à l'homme et au chien, il con- 
serva les fausses applications faites d'abord par Vésale, des 
termes de Galien. 

Fallope ( Oper. L\i(± ) releva sans exception les erreurs de 
Vésale; il rendît au chorion son véritable nom dans tous 
les animaux ; il appliqua le premier le nom de placenta à cette 
partie charnue que Vésale avoit crue le chorion; il rétablit 
l'existence distincte de l'allantoïde des ruminans, mais nia 
que cette membrane se trouvât séparément dans l'homme 
et dans les animaux où le chorion entier n'étoit pas garni, 
soit de placenta, soit de cotylédons, et supposa, au contraire, 
que dans ces animaux l'urine se loge entre le chorion et 
l'amnios, ce qui prouve qu'à cet égard, c'étoit le cheval ou 
le chien qu'il avoit observé. 

Eustache paroît avoir bien connu et a représenté dans sa 
planche XIV les différences principales des enveloppes de 



101 SUR les OEufs des Qu Adrupèdes. 

l'homme, des ruminans et des chiens; mais son explicateur 
Albinus s'est fortement trompé en. donnant le nom d'allan- 
toïde à la vésicule ombilicale. 

Arantius nia dans l'homme l'existence de l'allantoïde et 
même de l'onraqne, ou du moins il assura que l'ouraque 
n'est point percé et n'a d'autre usage que de rattacher le 
fond de la vesssie au péritoine. . 

Fàbricius d'Aquapendente commença le premier k em- 
brasser ce sujet d'un point de vue général. Il distingua parfai- 
tement les placentas en forme de gâteaux de l'homme et des 
rongeurs, les placentas circulaires des carnassiers, les coty- 
lédons ou nombreux petits placentas des ruminans, enfin le 
menu velouté ou les petits grains serrés qui couvrent tout 
le chorion du cheval et du cochon, et leur tiennent lieu de 
placenta; mais il fut moins heureux sur les autres parties des 
enveloppes : il n'admit l'allantoïde que dans les ruminans où 
elle n'enveloppe pas tout le fœtus, et en nia l'existence par- 
tout où elle tapisse également le dedans du chorion et le de- 
hors de l'amnios, c'est-à-dire , dans tous les animaux qui ne 
ruminent pas ou n'appartiennent pas aux rongeurs. Il se hâta 
aussi beaucoup trop d'assurer que ces animaux non ruminans 
ont tous comme l'homme un ouraque qui se termine par 
plusieurs libres et verse l'urine d'une manière imperceptible 
entre l'amnios et le chorion. 

Enfin , quoiqu'il ait aperçu dans le chien ( PL XVIII ) les 
vaisseaux omphalo-mésentériques, il n'a pas dit un mot de 
la vésicule ombilicale. 

Harvey , son élève , qui avoit plus d'intérêt que personne 
à rechercher les ressemblances entre l'œuf des quadrupèdes 



SUR LES OEUFS DES Q U A DR V PE DE S. Io3 

et celui des ovipares, n'a point parlé non plus de cette vésicule. 
C'est à Gauthier Needham qu'on en doit la découverte, ainsi 
que celle de son analogie avec le jaune de l'œuf. Les chiens > 
les chats, les lapins , dit- il , ont quatre tuniques et trois 
humeurs. Et ailleurs : L'allantoïde des chiens et des chats 
s' écarte pour laisser entre elle et la zone du placenta , une 
cavité destinée à la quatrième membrane. 

Il décrit ensuite avec autant de détail que d'exactitude cette 
quatrième membrane , et fait observer que ses vaisseaux 
viennent du mésentère; plus loin encore il compare expres- 
sément les quadrupèdes qui la possèdent aux ovipares, dont 
ils sont très-voisins • ce sont ses termes. 

Needham a même parfaitement reconnu la position in- 
verse de l'allantoïde et de la quatrième membrane dans les 
rongeurs, car au lieu que dans les carnassiers c'est la pre- 
mière qui enveloppe l'autre, dans les rongeurs elle en est 
enveloppée. Enfin , tout en avouant qu'il n'a point disséqué 
de fœtus humain avec des enveloppes entières, il conjecture 
que l'allantoïde y existe comme dans les autres animaux 
pourvus d'un placenta et qu'elle y tapisse toute la cavité 
réelle ou possible qui sépare le choiïon de l'amnios. 

Il est manifeste qu'il ne manquoit à Needham pour avqjp: 
complété cet objet de nos recherches, que de savoir que 
tous les quadrupèdes possèdent cette quatrième membrane 
qu'il n'attribue qu'à quelques-uns d'entre eux. 

On reconnoît dans son petit Traité, un digne élève de 
cette école célèbre, fondée par Bacon, renouvelée par 
Boyle, et qui comptoit parmi ses membres les Harvey, les 
Hooke, les Willis et les Mayow. 



104 SUR LES OEuES DES QUADRUPEDES. 

Nous avons déjà eu occasion de remarquer dans un autre 
rapport, que c'est aussi dans ce Traité que se trouvent les 
notions les plus exactes sur la vessie natatoire des poissons. 

Cependant l'on donna peu d'attention à cet ouvrage, et 
des naturalistes venus long-temps après Needham, tombèrent 
dans des erreurs qu'il avoit évitées; Boerhaave même paroît 
avoir pris la vésicule ombilicale de l'homme pour une allan- 
toïde ; et tout nouvellement M. Lobstein a eu la même opi- 
nion. Daubenton qui a disséqué les foetus de tant d'animaux, 
ne paroît pas l'avoir connue, et quand il l'a rencontrée, 
comme dans le chien, il l'a prise aussi pour une allantoïde. 
Hallerl'a également quelquefois méconnue; ce n'est que 
de nos jours qu'on est revenu à son égard à des idées plus 
fixes; et MM. Sœmmerring et Elumenbach. nous paroissent 
les premiers qui les aient rappelées. Cependant il ne semble 
pas qu'ils aient prétendu établir la généralité de cet organe. 

Après eux est venu M. Oken, qui non-seulement a sou-» 
tenu cette généralité et a cherché à la prouver par plusieurs 
argumens, dont quelques-uns sont tirés de ses propres obser- 
vations et de celles d'auteurs plus anciens; mais il n'a pas 
toujours été heureux dans le discernement des différentes 
membranes, et dans le lapin, par exemple, il a pris l'allan- 
toïde pour la vésicule ombilicale, malgré les preuves con- 
traires qu'avait déjà données Needham. M. Oken a aussi 
prétendu que la vésicule ombilicale tieut à l'intestin, non- 
seulement par des vaisseaux, mais encore par un pédicule 
de communication, comme le vitellus des ovipares; que ce 
pédicule aboutit à l'extrémité du cœcum , et que le cœcum 
lui-même en est toujours un reste. Il a voulu étendre par? 



SUR LES OEUFS DES QUADRUPEDES. Io5 

là aux mammifères, une assertion déjà ancienne de Wolf 
relative aux oiseaux, qui est que le canal intestinal prend sou 
origine de la vésicule. 

M. Rieser est venu à l'appui de M. Oken, en cherchant à 
faire voir dans l'homme même ce pédicule de la vésicule 
ombilicale; mais ces deux naturalistes ont été fortement 
contredits par MM. Hochstetter et Emmert, qui dans un 
Mémoire ex prqfesso sur cette vésicule, le premier où sa 
généralité ait été complètement établie par l'observation, 
ont assuré en même temps que son pédicule est un être de 
raison, et qu'elle ne tient au système intestinal que par les 
vaisseaux omphalo-mésentériques. 

Les mêmes anatomistes ne pouvoient se dispenser de 
parler aussi de l'allantoïde ; et en effet, ils ont reconnu cette 
membrane dans tous les animaux; ils lui ont assigné sa véri- 
table place dans les espèces où elle étoit douteuse; en un 
mot, si l'on excepte quelques propositions un peu hasardées 
sur la vésicule, ils n'ont presque rien laissé à faire sur cette 
intéressante matière. Ces propositions ont même été réfutées 
depuis par* M. Me.ck.el, dans la prélàce qu'il a placée en tête 
de sa traduction allemande du Mémoire de Wolf sur les 
rapports du vitellus et de l'intestin; en sorte que dans les 
observations dont nous allons entretenir la Classe, il se trouve 
en réalité, peu de faits qui n'aient déjà été dits quelque 
part; mais outre que les ouvrages les plus récens dont nous 
venons de parler sont en langues étrangères, nous ne croyons 
pas que personne ait vu une série aussi complète de ces faits, 
les ait saisis sous un point de vue aussi général, et ait été à 
même de les présenter daus un ordre aussi naturel ; en sorte 
Mém. du Muséum, t. 3. i4 



I06 SUR LES OEUFS DE QUADRUPEDES. 

que sous ce rapport du moins notre Mémoire ne nous paroît 
pas entièrement indigne d'attention. 

Nous croyons pouvoir y établir en thèse générale, que les 
œufs de mammifères, comme ceux des oiseaux et des reptiles 
à poumon, se composent, 

i°. D'une enveloppe générale, qui dans l'œuf des oiseaux 
porte le nom de membrane de la coque, et dans ceux des 
mammifères celui de chorion. 

2°. D'un fœtus enveloppé dans un amnios, qui n'est que 
la reflexion de la membrane extérieure du cordon ombilical. 

3°. D'un sac tenant par un pédicule au fond de la vessie 
de ce fœtus, et que l'on a appelé allantoïde. 

4°. D'un autre sac tenant par des vaisseaux au mésentère 
du fœtus, et fixé par un ou par deux ligamens à quelque 
point du chorion. Ce sac, appelé dans les mammifères vési- 
cule ombilicale, répond à ce que l'on nomme dans les oi- 
seaux le vitellus ou le sac du jaune 5 et ses ligamens aux cha- 
lazes de ce vitellus. 

Ces deux sacs varient à l'infini en position et en gran- 
deur relative; l'un des deux a quelquefois l'air de prendre 
la place de l'autre; mais ils existent toujours, et sont toujours 
placés en dehors de l'amnios, et en dedans du chorion, en 
sorte que le chorion est toujours une membrane commune 
qui en renferme trois autres, l'amnios, l'ombilicale et l'allan- 
toïde. 

Les différences entre les mammifères et les autres animaux 
dont nous venons de parler sont : 

i°. Que les vaisseaux ombilicaux des ovipares se distri- 
buent entièrement sur la surface de l'allantoïde, sans aller 



SUR LES OEUFS DES Q U ADRUP EDES. I07 

au chorion, encore moins le traverser, et sans éprouver par 
conséquent d'autre influence du dehors que celle qui peut 
s'exercer au travers de la coquille et de la membrane qui la 
double; tandis que clans les mammifères, après avoir formé 
un réseau plus ou moins marqué autour de l'allantoïde, ils 
percent la membrane du chorion, et s'enracinent, pour ainsi 
dire, dans les parois de la matrice, soit de toute part, soit à 
certains endroits où ils forment d'épais plexus appelés placenta 
ou cotylédons, selon qu'il n'y en a qu'un ou qu'on en compte 
plusieurs. 

2 . Cette communication plus ou moins étroite avec l'utérus 
procure de la nourriture au fœtus 5 ses enveloppes et tout 
son œuf grandissent avec lui 5 taudis que dans les ovipares 
qui ne tirent rien du dehors, le fœtus ne grandit qu'aux dé- 
pens de quelqu'une des parties de l'œuf; toutes ces parties 
ont donc déjà leur grandeur que le ibetus est encore invisible. 

3°. La vésicule ombilicale des quadrupèdes ne leur paroît 
nécessaire que pour un certain temps, et dans le plus grand 
nombre elle se flétrit et disparoît long- temps avant la nais- 
sance; jamais elle ne rentre dans l'abdomen; le jaune des 
ovipares au contraire s'accroît d'abord par l'absorption du 
blanc; il diminue ensuite à mesure qu'il fournit au fœtus, 
et il en reste souvent au moment de la naissance une portion 
considérable qui rentre dans le ventre et y est encore 
visible pendant plusieurs jours. 

4°. L'allantoïde des ovipares , d'abord invisible, grandit 
presque à vue d'œil, au point d'envelopper tout l'œuf à une 
certaine époque. Celle des mammifères si elle varie en gran- 
deur prend son accroissement dès les premiers momens de 

i4* 



Io8 3tJR LES OEUFS DES Qu ADRUPEDE S. 

la gestation, et sitôt qu'on la voit elle a déjà l'étendue rela- 
tive et les connexions qu'elle doit conserver ; connexions qui 
varient beaucoup selon les espèces. 

Telles sont les propositions générales que nous allons dé- 
montrer en décrivant successivement les structures particu- 
lières aux foetus des divers mammifères. 

Nous commencerons par ceux des carnassiers, parce que 
c'est parmi eux que l'analogie avec l'œuf des oiseaux se fait 
sentir de la manière la plus évidente. 

Dans le chien ou dans le chat, l'œuf est ovale presque 
comme celui d'un oiseau; sa membrane extérieure ou le 
chorion , est couverte en dehors d'une sorte de vernis aisé à 
détacher, que Hunter a nommé la membrane caduque, et 
qui étant probablement sécrété par la tunique interne de 
l'utérus répond aussi à la coquille de l'œuf des oiseaux. 

Le placenta entoure le milieu de cet œuf elliptique comme 
une large ceinture; c'est une substance charnue, dont la surface 
extérieure est hérissée d'une multitude de petites pointes 
molles qui pénètrent dans des cavités d'une zone semblable 
de la matrice. 

En regardant au travers du chorion on voit le fœtus dans 
son amnios , et sous son ventre on aperçoit la membrane 
ombilicale, en forme d'un long boyau rougeàtre, fixé aux 
deux bouts du chorion par des chalazes. 

Si l'on ouvre avec précaution le chorion, vis-à-vis cette 
membrane rouge, on voit qu'il est simple le long de cette 
ligne , mais que dans tout le reste de sa surface interne il est 
doublé par une membrane qui se replie ensuite pour former 
un second feuillet, concave comme le premier, et embras- 



SUR LES OEUFS DES QUADRUPEDES. 109 

sant sous lui l'amnios et la vésicule ombilicale , en sorte que 
l'amnios, le fœtus et sa vésicule sont affublés, couverts, en- 
veloppés par une grande vessie qui se courbe sur eux comme 
une double voûte, et qui remplit avec eux la vessie générale 
du chorion. Cette vessie recourbée n'est autre que l'allan- 
toide. L'ouraque s'y rend manifestement après avoir par- 
couru un très-court ombilic. 

De cet ombilic sortent aussi les vaisseaux ombilicaux, sa- 
voir la veine venant du foie et les artères arrivant comme 
à l'ordinaire des deux côtés de la vessie urinaire. Ils descen- 
dent sous la double voûte allantoïdienne et se distribuent 
tout autour de la surface de l'allantoide, par conséquent 
sous la surface interne du chorion, pour la voûte extérieure, 
et sur la surface externe de l'amnios pour la voûte intérieure. 
Le réseau qu'ils forment a ses mailles remplies par une cellu- 
losité fine qui prend en plusieurs endroits la consistance d'une 
membrane intermédiaire entre l'allantoide d'une part, le 
chorion et l'amnios de l'autre, et que l'on pourroit compa- 
rer à peu près à l'arachnoïde du cerveau. Vis-à-vis la ceinture 
circulaire que forme le placenta, un grand nombre de ra- 
meaux traversent la lame interne du chorion pour entrer 
dans la substance du placenta, mais partout ailleurs ils se 
glissent, comme nous l'avons dit, entre l'allantoide et le 
chorion sans donner à l'une ni à l'autre de filets remarquables. 

De ce même ombilic sortent enfin les vaisseaux omphalo- 
înésentériques \ il y en a tantôt deux, tantôt trois, venant 
de différens points du pancréas d'asellius, et se portant en- 
tièrement à la vésicule ombilicale , vers le milieu de sa lon- 
gueur. Ils y forment un réseau très-beau et très-serré, au- 



no sun les OEufs des Quadrupèdes. 

quel ils paraissent à peine pouvoir suffire , tant les rameaux 
en sont considérables pour des troncs si menus. La vésicule 
ombilicale, à laquelle ils se rendent, est en forme de fuseau, 
fixée par ses deux bouts, de couleur rougeàtre à cause du 
grand nombre de ses vaisseaux. Sa surface extérieure est lé- 
gèrement ridée; l'interne est un peu villeuse; dans le chien 
elle ne contient qu'une humeur limpide, mais dans le chat sa 
ressemblance avec le vitellus des ovipares va au point qu'elle 
contient un liquide muqueux de la couleur du jaune d'œuf. 

On voit par cette description que l'œuf des chiens et des 
chats, si l'on fait abstraction du placenta et de ce qui en ré- 
sulte, ne diffère de celui des oiseaux que par la figure allon- 
gée du vitellus. 

Leur vésicule ombilicale subsiste pendant toute la gesta- 
tion 5 seulement elle croît moins a proportion que le fœtus et 
que ses enveloppes, en sorte que vers la fin elle n'occupe 
plus toute la longueur de l'œuf et qu'elle prend une forme 
triangulaire. 

Les pachydermes se rapprochent assez des carnassiers par 
les organes que nous examinons. 

Dans le cheval la principale différence tient à la position 
de la vésicule. Cet animal a son chorion entièrement couvert 
à l'extérieur de petits grains rouges semblables à du chagrin, 
et qui lui tiennent lieu de placenta. Ses vaisseaux ombili- 
caux prennent au sortir même de l'ombilic une tunique 
demi-cartilagineuse extraordinairement épaisse qui les accom- 
pagne dans toutes leurs divisions et qui les fait paroitre beau- 
coup plus gros qu'ils ne sont réellement. Ils forment, comme 
dans les carnassiers, un réseau qui tapisse toute la surface 



STJR LES OEUFS DES QUADRUPEDES. III 

interne du chorion et tout l'extérieur de l'amnios , et qui est 
lui-même couvert et étroitement serré par une membrane 
plus intérieure, mince, ferme, presque sans vaisseaux, et 
qui n'est autre que l'allantoïde. 

Les énormes troncs de ces vaisseaux et leurs principales 
branches avant de s'épanouir pour former le rézeau sont réunis 
en une grosse colonne qui traverse l'amnios pour se rendre 
au chorion. Entre eux est l'ouraque qui s'ouvre dans l'in- 
tervalle de ces deux enveloppes 5 et dans l'axe même de la 
grosse colonne qu'ils forment est la vésicule ombilicale, de 
figure oblongue et dans une direction perpendiculaire au 
ventre du fœtus. Elle est rougeàtre, rugueuse, plus mince 
et plus volumineuse à proportion dans les très-jeunes em- 
bryons, diminuant et se flétrissant avec le temps, dispa- 
raissant même peut-être avant la mfturité du fœtus. 

Elle n'a qu'une chalaze à son extrémité opposée au fœtus, 
mais elle est aussi fixée pas ses côtés, et il paroit que ses 
vaisseaux s'y anastomosent avec des branches des vaisseaux 
ombilicaux dont elle est toute entourée. Quant à elle, elle 
reçoit directement les vaisseaux omphalo-mésentériques qui 
sont très-fins dans le cheval. 

Ainsi dans cet animal, tout le vide entre l'amnios et le 
chorion est tapissé par l'allantoïde, qui embrasse l'amnios 
par une voûte interne; seulement cette voûte est une portion 
de sphère, parce que la vésicule ombilicale est perpendicu- 
laire au fœtus, et dans les carnassiers c'est une portion de 
cylindre parce que la vésicule est parallèle au fœtus. Du 
reste, les rapports essentiels de l'œuf du cheval avec celui 
des oiseaux sont les mêmes que pour les carnassiers. 



lis sïjr les Œufs des Quadrupèdes. 

Dans le cochon le placenta garnit aussi tout le chorion , 
mais en s'y divisant en une multitude de très-petits disques, 
au lieu d'y former une sorte de vernis chagriné. La vésicule 
ombilicale y est placée obliquement par rapport au foetus, 
et l'allantoïde plus semblable à celle des ruminans n'y en- 
toure pas l'amnios, mais est placée à côté de lui. 

Nous pouvons dire en passant que cette allantoïde en 
perçant le chorion forme bien certainement ces appendices 
ou diverticules, dont M. Oken a attribué l'origine à la vési- 
cule ombilicale. 

On a beaucoup disputé sur l'existence ou la non existence 
de l'allantoïde de l'homme; quoique je n'aie pas eu d'occa- 
sion de vérifier le fait par moi-même, je ne doute presque 
pas que si l'on s'y prenoit bien on ne découvrit aussi une 
membrane double, recouvrant d'une part l'amnios, et dou^ 
blant de l'autre le chorion, qui seroit une véritable allan^ 
toïde analogue à celle du cheval et des carnassiers. Seule-» 
ment l'ouraque de l'homme paroît oblitéré , et ne rien versep 
dans l'allantoïde ; c'est pourquoi le chorion et l'amnios sont 
plus serrés l'un contre l'autre dans l'homme que dans les 
animaux. C'est probablement pour avoir voulu trouver dans 
l'homme une allantoïde latérale, semblable à celle des ru- 
minans, telle que Galien l'a décrite, qu'on a nié son existence. 
On sait d'ailleurs aujourd'hui, par les observations succès-? 
sives d'Albinus, de Sœmmerring, de Blumenbach, d'Oken, 
de Kieser, etc., que la vésicule ombilicale de l'homme, qui 
ne s'aperçoit que pendant les premiers mois, est globuleuse, 
et située tantôt dans l'épaisseur des parois du cordon, tantôt 
à l'endroit où sa membrane externe s'épanouit pour former 



SUR LES OEUFS DES QUADRUPEDES. Il3 

Famnios, tantôt enfin un peu plus loin entre l'amnios et le 
chorion, et selon notre hypothèse, dans un creux de l'allan- 
toïde. Ce sont des rapports de plus de l'homme avec le 
cheval. 

Les ruminans diffèrent notablement des carnassiers et des 
pachydermes par leur œuf. D'abord les placenta y sont très- 
nombreux et épars surtoute Fétendue du chorion; ensuite 
et surtout, l'allantoïde n'y embrasse point l'amnios comme - 
une coiffe, par sa voûte interne \ mais l'ouraque après être 
sorti du cordon se dilate et s'infléchit sur un des côtés 5 il s'y 
change en un long boyau qui occupe un côté seulement de 
l'amnios, et s'étend au-delà jusqu'aux deux extrémités du 
chorion , où il se fixe. Il arrive de là que l'amnios touche 
immédiatement le chorion du côté que l'allantoïde n'occupe 
pas. La forme de l'allantoïde au lieu d'être celle d'une 
double coiffe comme dans le cheval, ou d'un double cylin- 
dre comme dans le chien, est celle d'un boyau, et- c'est ce 
qui lui a valu son nom. Elle adhère aussi aux deux autres 
membranes dans les endroits où elle les touche d'une ma- 
nière plus lâche que l'allantoïde des chiens ou des chevaux. 

Le réseau vasculaire tapisse du reste et l'amnios en dehors 
et le chorion en dedans, comme dans les animaux dont nous 
avons parlé ; et les principaux troncs sont revêtus , du moins 
au commencement de la gestation , de cette même tunique 
épaisse et demi-cartilagineuse qui dans le cheval s'étend 
jusque sur leurs branches. 

Les ruminans sont de tous les quadrupèdes ceux dont la vési- 
cule ombilicale et les vaisseaux omphalo-mésentériques dispa- 
roissent le plus vite. Des foetus de vache, de quelques pouces, 

Mém. du Muséum, t. 3. 1 5 



:ï 1 4 SUR LES OEUFS DES QlTADR UPEDES. 

n'en offrent déjà plus de trace. Pour les voir, il faut les cher- 
cher tout-à-fait au commencement de la gestation, et lorsque 
les intestins sortent encore dans le cordon; mais leur exis- 
tence n'en est pas moins certaine; ainsi pour l'essentiel, les 
parties intégrantes de l'œuf quoiqu'un peu autrement figurées 
sont encore à peu près les mêmes dans les ruminans que 
dans les chevaux et les carnassiers, et par conséquent que 
dans les oiseaux. 

Mais dans les rongeurs il y a une inversion qui a fort em- 
barrassé les anatomistes et qui en a trompé plusieurs, d'au- 
tant qu'elle se complique avec une autre singularité; la 
minceur et la prompte décomposition du chorion. 

Le fait est que dans ces animaux, c'est la vésicule ombi- 
licale qui l'emporte en grandeur sur l'allantoïde; c'est elle 
qui tapisse le chorion par dedans, et l'amnios par dehors; 
c'est elle qui enveloppe l'amnios d'une double coiffe, tandis 
que l'allantoïde reste entre le fœtus et le placenta, enve- 
loppée dans la même double coiffe que l'amnios, et à peu 
près à la place où la vésicule est ordinairement. 

Pour s'en assurer il faut prendre de très-jeunes lapins; 
leur placenta est formé de deux gâteaux parallèles distingués 
par un sillon circulaire; l'extérieur qui est plus blanc adhère 
à la matrice; l'intérieur plus rouge regarde le fœtus. Du 
sillon circulaire sort le chorion, qui est enveloppé par la 
caduque. En enlevant la caduque et en ouvrant le chorion, 
on trouve dessous une troisième membrane très-vasculaire, 
et fixée au chorion par deux chalazes. C'est le feuillet ou la 
voûte extérieure de la vésicule ombilicale. Arrivé sur le 
placenta , ce feuillet y adhère tout autour des vaisseaux 



svr les OEtfs DES Quadrupèdes. Il5 

ombilicaux qui sont fort écartés l'un de l'autre, et se relève 
ensuite pour embrasser ces vaisseaux, et recouvrir l'amnio# 
d'une seconde voûte plus immédiate. 

Cette vésicule ne reçoit que des vaisseaux omphalo-mé- 
sentériques, qui au sortir de l'ombilic percent sa voûte fœtale 
et traversenWson intérieur pour se rendre à sa voûte externe 
ou choriale ; ils y forment un très -beau réseau, et se ter- 
minent vers le placenta par un vaisseau à peu près circulaire 
dont les branches s'anastomosent peut-être avec quelques 
rameaux des ombilicaux. Ceux-ci, comme je l'ai dit, s'écartent 
l'un de l'autre au sortir d'un très-court ombilic, pour se 
rendre à un placenta circulaire , mais divisé en plusieurs lobes, 
et c'est dans leur écartement qu'est située l'allantoïde en 
forme de cône ou de bouteille qui auroit sa base sur le 
placenta et sa pointe à l'ouraque. 

Needham et Daubenton ont bien reconnu la nature de 
cette allantoïde; le premier a même bien vu que la grande 
vessie étoit l'ombilicale. M. Oken, trompé par cette inter- 
version déposition, a voulu soutenir que c'est la petite vessie 
qui doit porter le nom d'ombilicale , et critique même assez 
durement Daubenton à ce sujet; mais l'existence certaine de 
l'ouraque et la distribution non moins certaine des deux 
ordres de vaisseaux le réfutent suffisamment. 

MM. Hochstetter et Emmert qui apparemment n'ont 
observé que des fœtus dont le chorion étoit déjà décomposé, 
ont cru que la vésicule ombilicale se réduisoit à une simple 
couche vasculeuse adhérente au chorion. Selon moi, c'est 
aussi une erreur. Le vrai chorion existe comme à l'ordinaire, 
enveloppant tout le reste \ mais il s'amincit, et vers la fin de 

i5* 



IIÔ SUR LES OEUFS DES Q V ADR V PEDE S. 

la gestation il est presque impossible de le retrouver jouis- 
sant de quelque consistance. 

Les rats et les cochons d'Inde ne diffèrent des lapins que 
parce crue leur allantoide est extrêmement grêle, et que leurs 
vaisseaux, tant ombilicaux qu'omphalo-mésentériques, sont 
rassemblés en un cordon long et mince; mais vers le milieu 
de sa longueur les omphalo-mésentériques se détachent pour 
se rendre directement au feuillet extérieur de la vésicule, et 
les ombilicaux entourant la très -petite allantoide se conti- 
nuent jusqu'au placenta. 

Au fond cette différence des rongeurs et des autres mam- 
mifères se réduit donc à une autre proportion des deux 
vessies qui sortent de l'abdomen de tous les animaux à pou- 
mon, et nous trouvons ici dans deux ordres d'une même 
classe les deux arrangemens que les oiseaux nous offrent à 
deux époques de leur incubation. 

L'oeuf des rongeurs nous représente l'œuf des oiseaux, au 
commencement de l'incubation, lorsque l'allantoïde encore 
très-petite reste renfermée dans un creux du vitellus, qui à 
lui seul remplit presque tout le chorion et enveloppe encore 
l'amnios; et l'œuf des carnassiers nous représente ce même 
œuf des oiseaux lorsque f allantoide ayant pris un très-grand 
accroissement enveloppe à son tour l'amnios et le vitellus 
lui-même et tapisse de son feuillet extérieur toute la conca- 
vité du chorion, c'est-à-dire de la membrane de la coque. 
Peut-être qu'en observant de très-jeunes embryons de qua- 
drupèdes, on y découvriroit des variations qiù rendroient 
l'analogie de leurs œufs avec ceux des oiseaux encore plus 



SUR LES OEuFS DES Qu ADRUPED E S. ÏÏJ 

frappante; mais quoique j'aie essayé ce genre de recherches, 
je n'ai rien obtenu d'absolument certain. 

Nous avons observé dans les très-jeunes fœtus de cochon, 
ce pédicule dont a parlé M. Oken, et qui attache la vésicule 
ombilicale avec l'intestin, mais nous nous sommes assurés 
qu'il aboutit à une partie du canal placée au-dessus du 
cœcum , et que le coecum n'y tient que par un vaisseau beau- 
coup plus grêle; d'ailleurs nous n'avons pu constater si ce 
pédicule établit une communication entre l'intérieur de la 
vésicule et celui de l'intestin. Nous n'avons pas trouvé ce 
pédicule dans les autres espèces d'animaux, mais peut-être 
seulement parce que nous n'avons pas eu à notre disposition 
des embryons assez petits. Au reste, quand ce moyen de 
communication n'existeroit pas; l'analogie , j'ose presque dire 
l'identité de structure entre l'œuf des quadrupèdes et celui 
des oiseaux n'en resteroit pas moins démontrée. 

Il est évident .que leur seule différence essentielle est, 
comme je l'ai dit, que dans les uns la membrane ombilicale 
contient la quantité de substance nutritive nécessaire pour les 
alimenter jusqu'à ce qu'ils éclosent, et que dans les autres 
les vaisseaux ombilicaux percent le chorion pour aller cher- 
cher cette nourriture en s'enracinant dans la matrice. 

Je parlerai, dans une troisième partie, de l'œuf des animaux 
à branchies qui est beaucoup plus simple que les autres. 



ïïS les OEufs de Quadrupèdes. 



EXPLICATION DES FIGURES. 

PiANcni II. 

Fig. 1. Foetus de chien, ses enveloppes et son abdomen ouverts. — aa. L'amnios 
ouvert et vu à sa face interne. — b. La vessie. — c. L'ouraque allant s'ouvrir 
clans l'allantoïde. — dd. Portion de la face externe de l'allantoïde qui enve- 
loppoit l'amnios. — eee. Face interne de l'allantoïde ouverte. ■ — fff 
Membrane vasculaire ou qrachnoïde qui tapisse partout la face externe de 
l'allantoïde et s'interpose entre elle, le chorion, l'amnios et la vésicule om- 
bilicale. — g g. Déchirure faite à cette membrane vasculaire , pour montrer 
à nu une partie de la vésicule omhilicale h 7i. — i i. Les deux pôles de la 
vésicule ombilicale par lesquels elle se fixe au chorion, vus au travers de 
l'allantoïde et de la membrane vasculaire. — hk. Les bords de la double 
membrane du chorion. — l II. Coupe du placenta annulaire. — mm. Corps 
vésiculaire verdâtre, qui forme les deux bords de l'anneau du placenta. — 
n. Veine ombilicale. — o o. Ses deux principales branches. — p. Artère 
ombilicale gauche. — q. Artère ombilicale droite. — r. Vaisseaux ompha- 
lo-mésentériques. 

Fig. 2. L'oeuf des chiens dont les premières enveloppes sont ouvertes pour mon- 
trer la disposition de l'allantoïde. — aa. Le placenta annulaire fendu en bb. 
— ce. Lambeau de la lame externe du chorion. — dddd. Lambeau de la 
lame interne. — eeee. Les deux fonds del'allantoïde qui après avoir enve- 
loppé d'une double coëffe le fœtus , l'amnios et la vésicule ombilicale , se 
rencontrent sous celle-ci. On les a un peu écartés, pour laisser voir cette 
vésicule ff placée vis-à-vis leur ligne de rencontre , et fixée par ses deus 
chalases gg à la face interne du chorion. 

Fig. 3. Foetus de cochon d'Inde dans son aniuios, mais dont la vésicule ombi- 
licale , qui enveloppoit cet amnios d'uue double coëffe, est ouverte ainsi que 
le chorion. — a. "Vaisseaux omphalo-mesentériques s'écartant du cordon om- 
bilical pour se distribuer à la vésicule. — b. Le reste du cordon contenant 
les vaisseaux ombilicaux et la très-petite allantoïde. — ce. Placenta vu à 
travers la face interne de la vésicule ombilicale. 

Fig. 4. Abdomen et cordon du cochon d'Inde ouverts. — aaa. Veine ombili- 
cale. — bb. Artères ombilicales. — c. Vessie. — dd. Ouraque. — e. Allan- 
toïde. — ff. Vaisseaux omphalo-mésentériques. 



SUR LES OEUFS DE QUADRUPEDES. IKJ 

Fig. 5. Embryon de cohon , les enveloppes en partie ouvertes. — ' a a. Le chorion. 
recouvert de toutes parts du tissu et des petits disques qui tiennent lieu da 
placenta. — bb. Ouverture faite à cette membrane pour découvrir ce qu'elle 
contient. — c. Partie de l'allantoïde mise à découvert. — d. L'embryon 
dans son amnios en partie ouvert. — e. La vésicule ombilicale. — ff. Les 
vaisseaux ombilicaux se répandant entre l'allantoïde et le chorion. 

Fig. 6. Le même embryon, dont on a ouvert le cordon ombilical et l'abdomen. 

— aa. Face interne du cborion. — b. Allantoïde. — e. Endroit où Pouraque 
y débouche. — d. Vessie. — <?. Ouraque. — f. Intestin dont une anse se 
prolonge dans le cordon. — g. Filet qui joint l'intestin à la vésicule om- 
bilicale h. — i. Vaisseaux omphalo-mésentériques. — h h. Veine ombili- 
cale. — mm. Artères ombilicales; leur origine le long des côtés de la vessie 
est coupée. 

Fig. 7. Autre embryon de cochon, où l'on a supprimé les vaisseaux ombilicaux 
et l'allantoïde, pour mieux montrer ce qui concerne la vésicule ombilicale. 

— aa. Face interne du cborion et vaisseaux ombilicaux. — b. L'amnios 
ouvert. — c. L'estomac. — ■ d. Anse d'intestin se prolongeant dans le cordon 
ombilical. — f. Cœcum. — g. Pédicule liant l'intestin à la vésicule h. — i i. 
Vaisseaux ompbalo - mésentériques. 

Fig. 8. Fœtus de cochon plus avancé, où l'intestin est rentré dans l'abdomen. 

— aaa. Veine ombilicale. — b. Vessie. — ccc. Artères ombilicales. — d. 
Ouraque. — e. Son ouverture dans l'allantoïde. — f. Vaisseaux omphalo- 
mésentériques déjà fort oblitérés. — ■ h. Vésicule ombilicale. 

Fig. g. Embryon de brebis dans ses enveloppes intactes. — aaa. Le chorion 
rempli par l'allantoïde et par l'amnios. — b b. Les artères et c la veine om- 
bilicales vues au travers du chorion. — d d d. Cotylédons commençant à se 
former. — e. L'embryon vu au travers du chorion et de l'amnios. —f. La 
vésicule ombilicale, vue au travers du chorion seulement. 



120 



OBSERVATIONS 

Sur une Substance minérale à laquelle on a donné 
le nom de Fassaïte, 

PAR M. H AU Y. 



J_jes recherches entreprises depuis plusieurs années dans le 
Tirol et aux environs de Saltzbourg en Bavière, par des 
observateurs pleins de zèle et de connoissances, y ont fait 
découvrir une multitude de substances minérales qui jus- 
qu'alors avoient échappé à l'attention. Les unes étoient de 
celles que l'éloignement des lieux dans lesquels leur existence 
sembloit être concentrée rendoit extrêmement rares; d'autres 
qui n' avoient été trouvées jusqu'alors que sous des formes 
indéterminables se sont montrées avec des caractères de ré- 
gularité et de symétrie qui se prêtent aux applications de la 
théorie; et ainsi les récoltes abondantes qui ont été faites de 
ces diverses substances, en même temps qu'elles ont rempli des 
vides dans les collections, ont offert à ceux dont les études 
sont dirigées vers le progrès de la science minéralogique, 
des facilités pour en rendre le tableau à la fois plus fidèle 
et plus complet. 

Les envois qui m'ont été faits d'une grande partie de ces 
substances par des hommes dont les noms ajoutent un nou- 
veau prix à celui qu'elles ont en elles-mêmes, m'ont fourni 



771 



3. 



F&.2 




Fy.j-. 




F&.S. 



Fy. 




1/ 



i&.e. 




Fia. 5 



PI. 5 




F«?. 7 . 




F™. S 




Fi?. s . 



y 




(Yot/us/ srt:A> 



Substance minérale. FassaÏte. 121 

des observations dont les résultats seront le sujet de plusieurs 
Mémoires que je me propose de publier dans cet ouvrage. 
Mon but, pour le présent, est de décrire une substance qui 
a été trouvée l'année dernière à Fassa en Tirol , et sur 
laquelle j'ai été consulté par M. Hardt, Trésorier de S. A. 
S. le duc Guillaume de Bavière, et minéralogiste d'un mé- 
rite distingué, à qui je suis redevable des morceaux qui ont 
servi à mes observations. M. Hardt me mande , dans la lettre 
qui accompagnoit son envoi, que plusieurs minéralogistes 
du Tirol regardoient la substance dont il s'agit comme une 
sahlite., et avoient vu avec plaisir reparoitre autour d'eux 
un minéral qui jusqu'alors n'avoit été observé que dans des 
pays lointains. L'examen que je m'empressai de faire des 
cristaux de cette substance prouva la justesse de l'idée qu'en 
avoient conçue les Tiroliens, en supposant toutefois cette 
idée ramenée au point de vue sous lequel j'ai considéré la 
sahlite dans mon Mémoire sur la loi de Symétrie (1), où je 
crois avoir démontré qu'elle n'est autre chose qu'une variété 
du pyroxène. Seulement elle en diffère par sa eouleur qui 
prend différentes nuances de vert, d'un ton plus clair que 
dans le pyroxène qui est d'un Vert obscur ou noirâtre. 

J'ai appris récemment par des lettres venues d'Allemagne 
que M. Weruer avoit introduit la même substance dans sa 
méthode , comme espèce particulière , sous le nom de f as- 
sorte , tiré de celui de la vallée de Fassa où elle a été dé- 
couverte. J'ignore sur quels motifs est fondée cette opinion ; 
mais de quelque nature que soient ces motifs, ils ne peuvent 

(1) Mémoires du Muséum d'hist, nal. , 1. 1 , p. 278 et suiv. 

Mém. du Muséum, t. 3. 16 



I22 Substance minérale. 

prévaloir sur les résultats de la géométrie des cristaux qui 
me paroissent conduire évidemment à cette conséquence, 
que la substance dont il s'agit appartient au pyroxène, et 
que de plus elle offre de nouvelles preuves a l'appui de la 
réunion de la sahlite avec ce minéral. 

Avant d'aller plus loin, je crois devoir donner une idée 
générale de cette substance et de ses alentours. Ses formes 
cristallines s'offrent sous un aspecttout particulier, qui semble 
indiquer pour leur type un octaèdre à triangles scalènes, 
dans lequel la base commune des deux pyramides dont il 
est censé être l'assemblage auroit une position oblique à 
l'axe. Le tissu est sensiblement lamelleux. Les fragmens 
aigus raient le verre. La gangue est une chaux carbonatée 
laminaire, dont la couleur varie du blanc au bleuâtre. Cette 
variation semble en déterminer une dans la teinte des cris- 
taux qui est d'un vert-clair ou d'un vert un peu obscur, sui- 
vant que la chaux carbonatée enveloppante est bleuâtre ou 
d'une couleur blanche. Quelques-uns ont leur surface d'un 
vert -noirâtre, qui disparoit dans la cassure. Les cristaux 
sont grouppés confusément, excepté à quelques endroits où 
l'on en voit de solitaires. La même gangue renferme des 
cristaux d'idocrase brunâtre. 

Je rappellerai ici que la forme primitive du pyroxène est 
un prisme rhomboïdal oblique AH (fig. i, pi. 3 ) dans le- 
quel la plus petite incidence des pans l'un sur l'autre, savoir 
celle de M sur "M est de 87^ 4 2 '? et ^ a P ms grande de g2 d 
18'. L'angle que fait la base P avec l'arête H est de io6 d 6\ 
Le prisme se sous-divise suivant des plans qui passent par 
les diagonales des bases. J'ai indiqué, dans mon Mémoire 



Fassaïte. ïa3 

sur la loi de Symétrie (i), diverses propriétés géométriques 
que ce prisme partage avec tous les autres du même genre, 
et dont une des plus remarquables consiste en ce que, si 
de l'extrémité supérieure O de l'arête H on mène une droite 
à l'extrémité inférieure de l'arête opposée, cette droite est 
perpendiculaire sur les deux arêtes. 

La division mécanique de la substance verte de Fassa 
donne un solide semblable à celui que je viens de décrire, 
et qui se sous-divise de la même manière. 

Les cristaux de cette substance sont, en général, d'une 
forme nettement prononcée. Mais comme ils sont engagés en 
partie les uns dans les autres, il est rare d'en détacher qui 
offrent assez de faces apparentes, pour qu'il soit facile de 
suppléer à ce qui leur manque. M. Hardt m'en a envoyé 
deux qui sont isolés, et très-susceptibles des applications de 
la théorie. L'un a environ 12 millimètres ( 5 lignes} ) de 
longueur, et en supposant que des fractures qui ont émoussé 
ses deux extrémités n'aient fait disparoître en ces endroits 
aucunes facettes terminales analogues à celles qu'on voit sur 
d'autres cristaux , il auroit la forme que représente la fig. 2 , 
•et qui est celle d'un octaèdre à triangles scalènes , dans le- 
quel les arêtes situées au contour de la base commune des 
deux pyramides dont il est l'assemblage, sont remplacées 
par autant de trapèzes. C'est cet octaèdre que j'ai indiqué 
plus haut comme étant le type dont les cristaux de Fassa 
font naître l'idée, du premier coup -d'oeil. Dans la même 

(1) Mémoires du Muséum d'hist. nat. , t. I ; p. 276. 

16* 



1^4 Substance minérale. 



i i 

Z 4 

. MBB 



hypothèse, le signe du cristal seroit ■»«■ _ } (i) , et l'on pourrok 

nommer la variété à laquelle il appartiendroit pyroxène sé~ 
noquaternaire. 

Pour bien concevoir la marche des décroissemens qu'ex- 
prime le signe, il faut supposer le cristal ramené à sa limite 
théorique représentée ( fig. 3), et qui auroit lieu, s'il com- 
mencent par un solide égal et semblable à celui qu'on voit 
fig. i , destiné à faire la fonction de noyau, et si ensuite les 
bords B, B d'une part elb, b de l'autre ( fig. i et 3 ) subis- 
soient successivement deux décroissemens, l'un par six et 
l'autre par quatre rangées en hauteur. Il est évident que ces 
décroissemens feront naître, en premier lieu, les facettes A', A, 
et A, A, contiguës à ces mêmes bords, auxquelles succéde- 
ront les faces p 1 , p' et v, v, plus inclinées à l'axe. En même 
temps les faces M, M et celles qui leur sont parallèles s'éten- 
dront, de manière que leurs prolongemens se réuniront en 
deux points communs s, s' , avec les faces (->', i>' et v , v. 
Maintenant, si l'on imagine que par une suite des variations 
accidentelles auxquelles les cristaux sont sujets dans le rap- 
port de leurs dimensions, les faces p, A et leurs analogues 
situées derrière le cristal se meuvent parallèlement à elles- 
mêmes , en se rapprochant du centre , il y aura un terme où 
le cristal prendra l'aspect sous lequel le représente la fig. 2 , 
et dont ceux que j'ai observés se rapprochent beaucoup. 

(1) Il est aisé de voir que le véritable axe de l'octaèdre n'est pas la ligne menée 
de s en s'; il est parallèle aux arêtes;',/', et clans le même plan, à égale distance 
de l'une et l'autre. 



Fassaïte., Iâ? 

Je joins ici les valeurs des angles telles que les donne la 
théorie , en partant de la molécule du pyroxène. L'incidence 
de M sur M est de 87 e1 !±i' . Celle de p sur p, de g5 cl 28' 5 celle 
de M sur p, de i45 d 9'; celle de A sur A, de 88 d 28'; celle 
de M sur A, de i56 d 3' 5 celle de p sur A, de 169 e1 6', et celle 
de l'arête y sur l'arête z, de i3o d 53'. J'ai retrouvé les 
mêmes incidences, h l'aide des mesures mécaniques, prises 
avec tout le soin possible (1). 

J'observerai ici que les faces p , p existent sur des cris- 
taux de pyroxène ordinaire , que j'ai déterminés depuis long^ 
temps. On trouve, dans le Piémont , d'autres cristaux, d'un 
vert un peu obscur, dont la surface est uniquement com- 
posée des faces M, p, avec une face terminale parallèle à 
la base de la forme primitive. Ces cristaux ont à peu près 
les mêmes dimensions que plusieurs de ceux qui appartien- 
nent à la fassaïte, et si l'on n'en connoissoit pas la localité, 
on pourroit être tenté de les rapporter à la même formation. 
A l'égard des facettes A, nous les verrons reparoître sur une 
autre variété de pyroxène que je décrirai bientôt , et qui se 
trouve en Sibérie. 

(1) Il m'importoit d'autant plus de m'assurer qu'il ne pouvoit rester aucun 
doute sur la justesse de ces valeurs, que la conséquence qui s'en déduit me met 
en opposition avec un savant très-célèbre, dont un grand nombre de minéralo- 
gistes s'empressent d'adopter les opinions. M. Cordier, qui à la faveur des appli- 
cations heureuses qu'il a faites de la géométrie des cristaux , est parvenu à une 
grande habileté dans l'art de manier le gonyomètre ,a bien voulu, à la suite de 
la lecture que je lui avois donnée de cet article, mesurer les angles de mes cris- 
taux de fassaïte, et lésa trouvés très-sensiblement égaux à ceux qui viennent 
d'être indiqués. Le même accord résulte des vérifications faites, dans la même 
circonstance, par M. Lucas fils, qui joint aussi une main très-exercée aux cou- 
noissancesdont il a donné des preuves dans les ouvrages inléressans qu'il a publiés. 



i2Ô Substance minérale. 

Le second cristal qui est beaucoup plus petit, si on le 
réduisoit à ce qu'il offre de déterminable, auroit la forme 

■ i 

, t , , r M , . . M'H'BBPÂE 3 

représentée [ hg. 4 ) , et son signe seroit « -T , p . „ • 

La variété à laquelle il se rapporteroit pourroit être nom- 
mée pyroxène duovigésimal. Les faces t sont inclinées en 
sens contraire de la même quantité que les faces P. C'est 
une suite de la propriété commune à tous les prismes rhom- 
boidaux, dont j'ai parlé ci-dessus. Les faces z, z se rejettent 
en arrière, de sorte que leur réunion tend à se faire sur une 
arête dont l'inclinaison en sens contraire est la même que 
celle de la diagonale qui va de A en O ( fig. 1 ), d'où il suit 
que la face t qui intercepte cette arête lui est parallèle. 
L'incidence de P sur t est de i47 d 48'? celle de z sur z, 
dont la netteté de ces facettes rend la vérification facile , est 
de 8i d 4^' 1 et celle de la face opposée à M sur z est de 
i32 d 10'. 

En plaçant le cristal de manière que la facette t soit tour- 
née vers l'œil, et en le faisant mouvoir successivement de 
droite à gauche et vice-versâ , on aperçoit deux autres fa- 
cettes entre lesquelles celle-ci est située, et qui font avec 
elle des angles très - ouverts. Leur détermination qui com- 
pléteroit la description du cristal dont il s'agit ici, sera l'objet 
d'un travail ultérieur, si je puis rencontrer des cristaux, où 
elles soient susceptibles de se prêter aux mesures du gonyo- 
mètre. 

Les faces z ne sont pas particulières à la variété que je 
viens de décrire. On les retrouve sur des pyroxènes d'un 



Fassaïte. 127 

noir-verdâtre. A l'égard des faces t, nous les reverrons sur 
une variété que j'indiquerai bientôt, et qui diffère beau- 
coup soit de la précédente, soit des pyroxènes ordinaires. On 
voit que la détermination des cristaux de fassaïte étoit faite 
d'avance , et qu'ils ne m'ont laissé que le soin de recueillir 
les élémens de leurs formes épars sur les pyroxènes de dif- 
féreras pays, et de les réunir, comme par voie de synthèse, 
dans l'ordre indiqué par l'observation. 

La position oblique du plan sur lequel les faces M , v et 
leurs analogues situées derrière le cristal iroient se réunir 
sans l'interposition des facettes A, A , suffiroit seule pour in- 
diquer que la forme d'où dérivent les cristaux de la substance 
verte deFassa est un prisme oblique (1) , et pour faire pressen- 
tir sa réunion avec le pyroxène; et le calcul achève de faire 
disparoître le contraste entre les formes ordinaires de ce mi- 
néral et celles de la substance dont il s'agit. Au contraire , 
dans un système fondé sur les caractères extérieurs, où 
l'usage de la forme se borne à saisir certains traits généraux 
dont se compose le faciès , les cristaux de deux substances 
peuvent offrir à l'œil, comme dans le cas présent, des diffé- 
rences capables de s'opposer à l'idée d'un rapprochement 
entre l'une et l'autre, et le vague des principes changera 



(1) M. de Monteiro qui depuis peu m'a envoyé de Freyberg un morceau de 
cette substance, me mande qu'il avoit tiré de l'observation dont il s'agit la 
conséquence que le système de cristallisation de la fassaïte étoit analogue à 
celui du pyroxène. Mais cet babile minéralogiste manquant de cristaux assez 
prononcés, pour lui permettre d'en mesurer les angles, s'en éloit tenu à la con- 
jecture que lui avoient suggérée les principes et l'esprit de la tbéorie , et qui, 
comme on vient de le voir, étoit parfaitement juste. 



128 Substance minérale. 

ainsi en une cause d'illusions et de méprises le plus certain 

de tous les caractères de détermination. 

Je ne dois pas omettre de dire qu'il existe dans la vallée 
de Fassa des cristaux noirs de pyroxène dont la gangue 
m'est inconnue, et qui s'éloignent beaucoup, par leur aspect, 
de ceux qui viennent de nous occuper. J'ai décrit, dans 
mon Mémoire sur la loi de Symétrie (i), une des variétés 
de forme qu'ils présentent, et dont on retrouvera ici la figure 

; T . , ;v , m 'H 1 'G 1 p  b. 

sous le n°. 5. Le signe de cette variété est *.* j p 

Elle diffère également , par l'assortiment de ses faces supé- 
rieures, des pyroxènes ordinaires, dout le sommet est com- 
posé de deux faces qui se réunissent sur une arrête oblique 
à l'axe. Mais pour me borner à en faire la comparaison avec 
le pyroxène duovigésimal, j'observe d'abord qu'il suffit de 
doubler dans le signe de celui-ci les exposans des quantités 

A B, relatives à des décroissemens qui naissent sur des parties 
correspondantes des deux formes, pour faire évanouir la dif- 
férence qui existe à cet égard entre les lois de leur structure. 
Or rien n'est si ordinaire que de voir les variétés de forme 
originaires d'une même espèce, passer les unes aux autres, à 
l'aide de ces multiplications, par un facteur très-simple, des 
exposans qui indiquent la mesure des décroissemens. 

Mais il y a mieux ; c'est que les faces n, n et c , c (fîg. 5 ) 
existent sur des variétés de sahlite observées et décrites par 

(i) Mém. du Mus. d'hist. nat. , t. 1 , p. 286. 



Fassaïte. 129 

M. le comte de Bournon (1). J'ai un cristal vert - grisâtre 
d'une autre variété apportée de Norwège, que je nomme 
pyroxène bis-octonal , et qui offre les secondes. Ainsi, il ne 
manqueroit aux cristaux de Fassa que d'être d'une couleur 
verte, pour que les minéralogistes qui considèrent la sahlite 
comme une espèce à part, dussent se croire fondés à les 
ranger parmi ses variétés de formes déterminables. 

J'ajouterai ici la description d'un minéral dont la forme 
a du rapport avec celle de la substance verte de Fassa , et 
qui est connu depuis long-temps sous le nom de Baïkalite , 
dérivé de celui du lac Baïkal, près duquel on l'a trouvé, 
dans le gouvernement d'Irkuts'k, en Sibérie (2). M. Hauss- 
mannajugé, d'après sa structure et ses autres caractères, 
qu'elle devoit être réunie au pyroxène. Mais je ne sache pas 
que sa forme cristalline ait été déterminée jusqu'ici d'une 
manière exacte , et je suis redevable à la générosité de M. Heu- 
land, dont ma collection offre de nombreuses preuves, du 
morceau qui m'a fourni l'occasion de prendre à cet égard 
l'initiative. La couleur de la baïkalite est le vert d'olive, qui 
a été cité comme un des caractères distinctifs du pyroxène. 
Les cristaux que renferme le morceau dont je viens de par- 
ler présentent plusieurs variétés de forme, dont la plus 

(1) Catcil. de la Collection minéral., p. Si et 82. Voyez aussi l'ouvrage qui 
vient d'être cite, p. 284 et 288. 

(2) J'ai cité, dans mon Tableau comparatif, p. 173, la baïkalite comme ap- 
partenant à la variété aciculaire d'amphibole dite trémolile , parce que la subs- 
tance qui se débitoit ici depuis long-temps sous le nom dont il s'agit avoit etFec- 
tiraent tous les caractères de la variété à laquelle on l'appliquoit faussement. 
J'ai été désabusé par l'observation du morceau que j'ai reçu de M. Heuland , et 
dont l'authenticité n'est pas équivoque. 

Mém. du Muséum, t. 3. 17 



i3o Substance minérale. 

simple est celle que l'on voit fig. G, et qui a pour signe 

M "H 1 'G 1 B P z • •• 

•»j j p . Je la nomme pyroxène seno-biswiilaire. 

C'est celle que j'ai annoncée comme ayant de l'analogie, 
parles facettes A, À, avec les deux variétés de la substance 
de Fassa, que j'ai décrites précédemment. 

Je crois avoir démontré que la fassaïte n'est autre chose 
qu'une nouvelle variété de pyroxène, et d'après l'opinion 
émise par les premiers observateurs et par des minéralogistes 
exercés auxquels je l'ai montrée, qu'elle se rapporte à la 
substance qui a été nommée sahlite : nous avons ici une 
preuve de plus en faveur du rapprochement de celle-ci avec 
le pyroxène ordinaire. Ce que je vais ajouter donnera une 
nouvelle force à cette preuve, en même temps qu'il me 
fournira de nouveaux développemens à la théorie du prisme 
rhomboïdal. 

J'ai fait voir (i) que par une suite des propriétés de ce 
prisme, des lois différentes de décroissement, en agissant sur 
des parties qui ne sont pas identiques , produisent des faces 
également inclinées en sens contraire. Tantôt ces faces exis- 
tent à la fois sur le même cristal, tantôt elles sont réparties 
sur différens cristaux. Les faces P et t (fig. 4) du pyroxène 
duovigésimal fournissent d'abord un exemple du premier 
cas , qui se trouve ici ramené à sa limite , en ce que le dé- 
croissement qui donne la face t ayant pour expression la 

quantité A , son analogue est une quantité infinie , c'est-à- 

(1) Mémoires du Mus. d'hist. nat., t. i, p. 209 et suiv. 



, Fassaïte. i3i 

dire que la face qui en résulte se confond avec la base de la 
forme primitive. 

Pour citer d'autres exemples, je reprends la variété épi- 
méiïde que l'on voit fig. 7 , et que j'ai déjà décrite ail- 

1 * 

, , / c . v M-H' 'G 1 !) È Â „ 

leurs (ij. bon signe est t\t , / • f - JNous retrouvons 

sur cette variété la face t, qui existe sur le duovigésimal, 
mais dont l'analogue P est masquée par le prolongement des 
faces i, x. De plus, la théorie prouve que les faces i, pro- 

1 
2, 

duites par le décroissement E , ont la même inclinaison en 
sens contraire que les faces z (fig. 4-) dont l'expression est 
E 3 ; et parce que les faces i, z , (fig. 7 ) tendent à se réunir sur 
une arête oblique parallèle à la diagonale qui va de A en O 
(fig. 1), il en résulte que cette arête a aussi la même incli- 
naison en sens contraire que l'arête sur laquelle se feroit la 
jonction des faces z, si la face t n'existoit pas (2). 

(i) Annales du Mus. d'hist. nat. , t. ig, p. 257 et suiv. 

(2) Etant donné l'une des deux, lois de décroissement relatives aux faces dont 
il s'agit, il est facile de trouver l'autre, à l'aide d'une formule générale. Si l'on 
suppose, par exemple , que le décroissement dont la loi est connue agisse à l'or- 
dinaire sur l'angle E ( fig. 1 ) , comme cela a lieu à l'égard des faces i (fig. 7 ), 
l'autre loi rapportée au même angle sera nécessairement intermédiaire. Soit ag 
( fig. 8 ) la forme primitive, et soit eml un plan parallèle à la face produite par 
le second décroissement. Désignons par x le nombre d'arêtes de molécules 
comprises dans la ligne de, par y celui que renferme la ligne dm, et par n' 
le nombre de rangées soustraites , auquel cas le nombre d'arêtes de mo- 
lécules comprises dans la ligne dl sera exprimé par — . Soit de plus n 
l'exposant du décroissement qui agit à l'ordinaire sur le même angle. On aura, 
x : y :: 2ra-f-l : 1 — 2n. Et n' = — — . Soit ory ( fig. 9 ) le triangle mensuraleur 



* 



i'Sï Substance minérale. 

Je remarquerai que la variété épiméricle, qui se trouve 
aux environs de New-Yorck, est en gros cristaux d'une cou- 
leur blanche , qui ont bien plus l'air du feld-spath que celui 
du pyroxène. La forme de la variété duovigésimale inter- 
vient ici pour les rattacher à ce dernier minéral par une 
nouvelle analogie puisée dans les lois de la structure. 

Je choisirai pour second exemple la variété dïoetaèdre 

, c ., ■ ,': V '. M'H-G^EE'-E, 

(ng. ioj de pyroxène, dont le signe est •»«■ i 

et qui m'étoit déjà connue à l'époque où j'ai publié mon 
traité de minéralogie. Le calcul prouve que les faces o, o , 
sont aussi inclinées de la même quantité en sens contraire 
que les faces p , v (fig. 4) de la variété duovigésimale. Cette 
analogie mérite d'autant mieux d'être remarquée , que les 
cristaux de pyroxène dïoetaèdre sont de ceux dont la cou- 
leur est le noir-brunâtre, et qui abondent dans les terreins 
volcaniques. 

Ainsi , après que les résultats que j'ai cités d'abord éta- 

relatif au décroissenient dont n est l'exposant. Supposons de cfécroissement ex- 

primé par le signe Ë, qui se rapporte aux faces z (fig. 7). La ligne or ( fig. 9) 
étant égale à une demi-diagonale de molécule et la ligne ry à deux hauteurs, si 
nous opérons dans l'hypothèse à laquelle j'ai ramené généralement la solution 
de ces sortes de prohlêmes, qui est celle où la dimension en hauteur seroit une 
constante égale à l'unité, et où la variation du décroissenient tomheroit sur la 
dimension en largeur, nous aurons, dans le cas dont il s'agit ici, ra=fj. Cette va- 
leur suhstituée dans la proportion x : y : : 2n+i : 1 — in, donne x : y :: 3: 1. 
Doue 7z'=|. C'est-à-dire que le décroissement rapporté à l'angle ade aura pour 

signe (E Bî D' ). Mais il est aisé de concevoir que si on le rapporte à l'angle 
latéral adh [ fig. 8 ) ou BEG ( fig. 1 ), il se changera en un décroissenient ordi- 
naire dont le signe E 5 devra être préféré comme étant plus simple. 



Fassaïte. i33 

blissent par des preuves directes et qui s'offrent comme 
d'elles-mêmes l'identité de système de cristallisation entre la 
fassaïte et le pyroxène ordinaire, des considérations ame- 
nées de plus loin la font reparoître aux endroits où elle se 
cachoit sous l'air de la diversité. 

J'ajouterai ici une observation minéralogique , qui con- 
firme tout ce que j'ai dit pour motiver la réunion de la sahlite 
avec le pyroxène. On a trouvé dans une autre partie du ter- 
rein où existe la fassaïte des cristaux d'un vert-obscur engagés 
dans une masse de leur substance. M. Hardt , en me les 
envoyant , me marque qu'ils sont très-rares , et les assimile 
au pyroxène ordinaire. Des minéralogistes étrangers auxquels 
je les ai fait voir, ont nommé aussitôt Yaugit (i). Or, la 
forme de ces cristaux est tout-à-fait semblable à celle des cris- 
taux verts de Fassa , reconnus pour appartenir à la sahlite , et 
. cette ressemblance jointe au voisinage des deux substances 
suffiroit déjà pour annoncer leur identité de nature. Mais, 
de plus , il est facile de déterminer la cause de leur diffé- 
rence de couleur à se déceler elle-même. Les cristaux dont 
il s'agit , ainsi que la masse qui les enveloppe , exercent une 
action très-sensible sur l'aiguille aimantée , tandis que les 
cristaux verts la laissent immobile. Ainsi ce sont quelques 
molécules ferrugineuses , qui en donnant aux premiers cris- 
taux une teinte sombre, ont converti une sahlite en pyroxène, 
par une de ces circonstances accidentelles qui amènent entre 
les variétés d'une même espèce ces passages que les parti-» 



(1) Cette dénomination est, comme l'on sait, un synonyme de celle de pyro- 
xène d'un veri noirâtre , dans la nomenclature de M. Werner, 



i34 Substance minérale. 

sans des caractères extérieurs ont souvent pris pour l'indice 
d'un changement d'espèce. 

La substance verte a été retrouvée, depuis peu de temps, 
à Anguillara, près du lac Bracciano, aux environs de Rome, 
par M. Paroliui , qui cultive la minéralogie avec autant de 
succès que de zèle. Parmi divers objets iutéressans qu'il 
avoit bien voulu destiner pour ma collection, se trouvoit un 
fragment d'une pierre tendre, d'une couleur blanchâtre, ex- 
halant une odeur argileuse par l'expiration. Cette pierre est 
couverte, à certains endroits, de petits cristaux verts d'une 
forme semblable à celles du minéral de Fassa que j'ai dé- 
crites plus haut. Ils sont accompagnés de cristaux jaunâtres 
très-prononcés d'idocrase unibinaire. M. Parolini, en rn'en- 
voyant le morceau, m'annonça qu'il faisait partie d'un tuf 
qui étoit environné de pierres ponces. Ce gisement est re- 
marquable , en ce qu'on y voit le pyroxène reparoître sous 
un nouvel aspect, au milieu des indices d'un terrein analogue 
à ceux qui ont été pendant long-temps les seuls où il ait été 
connu, et où il se montroit de toutes parts en cristaux d'un 
noir-brun àtïe ou d'unvert-noiràtre, auxquels on avoit donné 
le nom de schorls noirs des volcans. 



i35 



RECHERCHES CHIMIQUES 

Sur les Corps gras , et particulièrement sur leurs 
combinaisons açec les Alcalis, 

PAR M. CHEVREUL. 



SIXIEME MEMOIRE. 

Lu à l 1 Académie des Sciences le 26 août 18 i& 



Examen des graisses d'homme, de mouton, de bœiif, de 

jaguar et d'oie. 

ixvANT d'entrer en matière, je vais rappeler aussi briève- 
ment que possible les recherches qui ont fait le sujet des cinq 
Mémoires sur les Corps gras que j'ai eu l'honneur de pré- 
senter à la Classe. Ce résumé offrira l'enchaînement et les 
généralités de ces recherches , et servira de point de départ 
aux nouveaux travaux que j'ai entrepris sur le même objet. 
Dans le premier Mémoire j'ai fait connoitre un corps qui , 
à toutes les propriétés génériques des graisses et des huiles, 
réunit la propriété caractéristique des acides : ce corps, que 
j'ai nommé margarine , a servi de type à un nouveau genre 
d'acides ternaires , qui est aux acides végétaux oxigénés ce 
que sont dans le règne inorganique les hydracides aux 
acides oxigénés. 



i3G Recherches chimiques 

Le second Mémoire a eu pour objetl'analyse des produits de 
la saponification de la graisse de porc opérée par la potasse. 
Après avoir épuisé le savon de sa margarine , j'en ai retiré 
un corps gras que j'ai désigné par la dénomination de graisse 
fluide. Ce corps , comme la margarine, s'unit à la potasse en 
deux proportions, mais il en diffère par sa fluidité, et la so- 
lubilité de sa combinaison saturée d'alcali dans l'eau froide. 
Enfin l'examen du liquide d'où le savon se sépare , a dé- 
montré que dans la saponification il se produit un principe 
doux semblable à. celui que Scheele a observé dans l'eau où 
l'on a traité l'huile d'olive avec du protoxide de plomb. Ces 
recherches ont donc établi que le savon , qui avoit été re- 
gardé comme un composé d'une matière grasse et d'un al- 
cali , est réellement un composé double d'alcali et de deux 
corps gras acides. 

La composition du savon ainsi déterminée , j'ai établi les 
faits suivans dans le troisième Mémoire : i°. Les produits es- 
sentiels de la saponification sont la margarine , la graisse 
fluide et le principe doux. Quant aux principes odorant et co- 
lorant trouvés dans beaucoup de savons , ils me paroissent 
accidentels. 2°. Le gaz oxigène n'est pas nécessaire à la sapo- 
nification, ainsi que plusieurs chimistes l'ont pensé. 3°. La 
graisse saponifiée est formée de margarine et de graisse 
fluide, et jouit conséquemment de l'acidité. La graisse na- 
turelle est formée de deux principes immédiats nouveaux , 
dont l'un a de l'analogie avec le suif, et l'autre avec l'huile 
liquide des végétaux ; mais aucun de ces principes ne peut 
être confondu avec ceux de la graisse saponifiée ; car , loin 
d'être acides, ils paroissent plutôt posséder la propriété alca- 



sur des Corps gras. i3j 

Une. 4°- Les expériences qui ont amené les conclusions 
précédentes, considérées sous le rapport de la théorie de la 
saponification de la graisse de 'porc , ont fait voir que cette 
opération dépendoit de deux causes inséparables \ première- 
ment, de la composition élémentaire de cette graisse, qui 
est telle qu'elle peut être représentée ou par les deux prin- 
cipes immédiats qui la constituent, ou par le principe doux, 
la margarine, et la graisse fluide; deuxièmement de ce que 
le principe doux, et surtout la margarine et la graisse fluide, 
ayant une affinité pour la potasse de beaucoup supérieure à 
l'affinité des principes immédiats de la graisse pour la même 
base , il en résultoit que dans la saponification la potasse dé- 
terminoit la graisse à se changer en- principe doux et en deux 
substances acides. Cette conversion totale d'une matière or- 
ganique en plusieurs substances, elles-mêmes composées, et 
très-différentes de cette matière, est sans doute propre à faire 
concevoir plusieurs phénomènes de physiologie, dans lesquels 
les corps prennent des formes tout-à-fait différentes de celles 
qu'ils avoient auparavant. 

Dans le quatrième Mémoire , je me suis proposé d'exa- 
miner la saponification sous deux rapports : i°. sous celui de 
la nature des bases qui peuvent l'opérer 5 2°. sous celui de la 
quantité d'alcali nécessaire pour saponifier un poids donné 
de graisse. La première recherche , en apprenant que la ba- 
ryte , la chaux, la strontiane, l'oxide de zinc et le protoxide 
de plomb font éprouver à la graisse le même changement 
que la potasse et la soude , a fourni un résultat qui a heu- 
reusement généralisé la saponification, en prouvant que cette 
Mém> du Muséum, t. 3. 18 



i38 Recherches chimiques 

opératiou dépendoit d'une force alcaline qui surmonte l'obs- 
tacle que la cohésion de quelques bases et l'insolubilité de 
leurs savons sembleroient deVbir opposer au changement de 
la graisse en principe doux et en acides huileux ; la seconde 
recherche, en démontrant que l'on peut opérer la saponifi- 
cation d'un poids donné de graisse , en n'employant que la 
quantité d'alcali strictement nécessaire pour neutraliser la 
margarine et la graisse fluide en lesquelles ce poids de graisse 
peut se convertir, a établi une base fixe pour l'art du sa- 
vonnier. Enfin, dans ce Mémoire , on a déterminé exacte- 
ment la capacité de saturation de la margarine , et toutes les 
analyses des savons de cette substance ont démontré qu'elle 
saturoit pour ioo une quantité de base contenant 3 d'oxi- 
gène. Sous ce rapport l'analogie de la margarine avec les 
acides est parfaite et confirme la manière dont nous l'avons 
envisagée dans les premiers Mémoires. 

La substance cristallisée du calcul biliaire humain, le sper- 
macéti , et l'adipocire des cadavres avoient été confondus 
dans une même espèce de corps gras , mon cinquième Mé- 
moire a été consacré à faire voir le peu de fondement de 
cette opinion. En effet, le calcul biliaire et le spermacéti pré- 
sentent les caractères des principes immédiats purs , tandis 
que l'adipocire, formé de margarine, de graisse fluide et d'un 
principe orangé , a toutes les propriétés d'une graisse sapo- 
nifiée. D'une autre part , le calcul biliaire diffère essentielle- 
ment du spermacéti ; celui-ci se saponifie parfaitement dans 
des circonstances où le premier résiste absolument à l'action 
des alcalis. Le savon de spermacéti contient deux acides hui- 
leux, dont un seul a été bien examiné : celui-ci, congénère de 



sur des Corps gras. i3g 

la margarine et de la graisse fluide, s'en distingue par une 
capacité qui est environ moitié moins considérable. 

Les résultats les plus généraux de ces recherches sont donc 
la découverte de trois acides huileux qui forment un nouveau 
genre parmi les corps doués de l'acidité ; ensuite la faculté 
d'acidifier la graisse, en la saponifiant, étendue, presqu'en- 
même temps que reconnue , à un assez grand nombre de 
bases qui diffèrent beaucoup les unes des autres par leurs 
propriétés physiques. Si ces généralités ne sont pas plus nom- 
breuses^ cela tient à la marche que j'ai suivie, qui peut pa- 
roître minutieuse au premier coup d'oeil , parce qu'elle re- 
cule les généralités à la fin du travail , mais qui a le grand 
avantage d'être sûre et de retracer l'esprit d'induction qui a 
guidé un auteur dans ses recherches. En effet, quand on en- 
treprend un travail où tout est à faire, il faut d'abord poser 
des bases fixes qui servent de point de départ pour les expé- 
riences ultérieures, et de terme de comparaison pour les ob- 
servations nouvelles; mais ces bases ne peuvent être d'abord 
que des faits particuliers ; on ne doit donc demander à celui 
qui les établit que de l'exactitude et de la précision. Ce 
n'est que par la suite, lorsque ses recherches seront assez 
multipliées, qu'on sera en droit d'exiger des généralités qui, 
en ajoutant au prix de ses premiers travaux, justifieront les 
détails avec lesquels il les avoit exposés. Or , dans les Mé- 
moires que j'ai présentés à la Classe, et qui m'ont sans cesse 
occupé depuis 1811, je me suis laissé constamment diriger 
par cette méthode. Ainsi, dans le résumé qui présente l'en- 
chaînement de mes travaux , on voit que j'ai d'abord étudié 
individuellement deux corps gras retirés du savon de graisse 

18* 



1/J.o Recherches chimiques 

de porc , que j'en ai composé un genre caractérisé par l'aci- 
dité ; qu'en recherchant ensuite les rapports qui pouvoient 
exister entre les corps et la graisse, j'ai été conduit à réduire 
celle-ci en deux principes immédiats non acides , que j'ai 
réunis dans un genre bien distinct du premier. Enfin la con- 
version totale de la graisse en principe doux et en acides 
huileux, la distinction de deux genres de corps gras et les ana- 
lyses de la graisse et de son savon ont été les bases fondamen- 
tales que j'ai cherché à établir. 

Faisons voir maintenant que mes nouveaux travaux sont 
assez nombreux , et tellement d'accord avec les bases anté- 
rieurement établies, qu'ils les changent en généralités, et ré- 
duisent ainsi l'histoire des corps gras à un petit nombre de 
faits principaux : premièrement, l'analyse du savon de graisse 
de porc est devenue une formule pour décomposer ceux des 
graisses d'homme, de mouton, de bœuf, de jaguar, d'oie, 
des huiles de poisson, d'olive , etc. Ces analyses s'accordent 
à résoudre chacune de ces graisses saponifiées en deux acides 
huileux. Deuxièmement , l'analyse de la graisse de porc , ap- 
pliquée à ces mêmes graisses prises dans l'état naturel , en 
a extrait deux principes immédiats , non acides, de fluidité 
différente. Troisièmement , la conversion de la graisse de 
porc en acides huileux, et en principe doux, opérée par les 
alcalis, a lieu pour toutes les graisses avec les mêmes phé- 
nomènes. 

La connoissance des deux principes immédiats qui forment 
les graisses et les huiles rend bien compte des divers degrés 
de fluidité de leurs composés, mais n'explique pas la cause 
des différences de couleur et d'odeur que présentent plu- 



sur des Corps gras. 14.1 

sieurs d'entre eux. Ici commence un nouvel ordre de faits 
concernant la découverte de la cause de ces différences , les- 
quelles sont dues à des corps particuliers qu'on ne peut con- 
fondre avec les deux premiers dont nous avons parlé. 

Tous ces nouveaux travaux composent le sixième , le sep- 
tième et huitième Mémoire de mes Recherches sur les Corps 
gras. Dans le sixième, que je présente aujourd'hui à la Classe, 
je me suis proposé d'examiner les graisses d'homme , de 
mouton j de bœuf, de jaguar et d'oie; et en même temps de 
déterminer jusqu'à quel point les principes immédiats de ces 
graisses , et les acides huileux qu'ils sont susceptibles de pro- 
duire , se rapprochent de ceux de la graisse de porc. Dans 
le septième je m'occupe de l'huile du delphinus globiceps , 
et de l'huile de poisson du commerce. 

Le beurre étant de tous les corps gras crue j'ai analysés 
celui qui m'a donné le principe odorant le plus abondant, 
le plus facile à extraire , et le mieux caractérisé , et étant 
d'ailleurs si intéressant, et comme principe du lait, et comme 
aliment, fera l'objet du huitième Mémoire, auquel je réu- 
nirai les observations que j'ai faites sur les principes odorans 
de la graisse de mouton , et des huiles de dauphin et de 
poisson. 

Pour désigner des corps qui avoient été confondus en- 
semble, ainsi que plusieurs autres dont j'ai fait connoître le 
premier l'existence, je me suis servi, jusqu'ici, de péri- 
phrases, en attendant que la nature de ces substances fût 
mieux déterminée. Aujourd'hui, mes observations sont assez 
multipliées pour que je remplace ces périphrases par des 
noms spéciaux qui, en donnant plus de rapidité au discours, 



14.2 Recherches chimiques 

concourront en même temps à mieux faire sentir les rapports 
de ces corps les uns avec les autres. Je nommerai choleste- 
rine, de ;^oàw, bile, et trjepioç , solide., la substance cristallisée 
des calculs biliaires humains , et cétine , de jojtoç , baleine , 
le blanc, de baleine ou spermacéti. Les deux, corps gras 
qui ont été décrits dans le troisième Mémoire sous les déno- 
minations de substance grasse , de substance huileuse , se- 
ront désignés dans la suite de ces recherches par les noms de 
stéarine et d'élaihe : celui-ci est dérivé de iXa-iov, huile ; et 
le premier, de ajsap, suif. Enfin, j'appelerai acide margarique 
la margarine ; acide oleïque l'acide que j'ai désigné par l'ex- 
pression de graisse fluide (1) ; et acide cétique la substance 
concrète acide, que l'on obtient en saponifiant la cétine, 
et qui a été décrite sous la dénomination de spermacéti 
saponifié. Les margarates , les oléates , les cétates seront 
les noms génériques des savons*ou combinaisons que ces 
acides sont susceptibles de former , en s' unissant aux bases 
salifiables. 

§. 1er. 

De plusieurs propriétés que Von peut reconnaître dans 
les graisses qui font le sujet de ce Mémoire , sans les 
décomposer. 

1. Graisse liumaine. Une graisse extraite des reins d'un 
homme qui avoit été supplicié , étoit colorée en jaune. Elle 

(1) Il auroit été plus couséquent de dire acide élaïque, au lieu de acide oleïque, 
mais la dureté du mot élaate pour désigner les combinaisons de cet acide m'a 
déterminé pour le second. 



sur des Corps gras. i43 

n'avoit aucune odeur. A 4° d elle jouissoit d'une fluidité 
parfaite , elle la conservoit jusqu'à 25 d , où elle commençoit 
à se troubler. A 23 d , elle étoit demi-opaque. Enfin, à 17*! 
elle étoit prise en une seule masse dans laquelle on distin- 
guoit une matière solide blanche et une huile jaune. 

Une graisse humaine extraite des cuisses d'un homme 
mort d'une maladie aiguë étoit pareillement colorée et ino- 
dore. A i5 d elle étoit parfaitement limpide. Ayant été con- 
servée pendant plusieurs jours à cette même température, 
dans un flacon fermé , elle déposa une substance concrète ; 
mais au bout de quinze jours elle n'étoit point encore prise 
en une seule masse solide \ une huile jaune surnageoit sur 
la partie concrète. 

Il est évident , d'après l'examen de ces graisses , que la 
fluidité de la graisse humaine peut varier. Ces variations 
tiennent à des proportions diverses de stéarine et d'élaïne , 
car la partie concrète de la graisse est une combinaison d'é- 
laïne avec excès de stéarine , et la partie fluide est une com- 
binaison de stéarine avec excès d'élaïne. 

2. Graisse de mouton. Elle étoit blanche, presque ino- 
dore dans l'état de fraîcheur; ce n'est que par son exposition 
à l'air qu'elle acquit une très-légère odeur de chandelle. 
Quand on fond séparément , à la température de 5o<* , des 
graisses qui ont été prises sur plusieurs animaux , on en 
trouve dans lesquelles le thermomètre descend à 37 et re- 
monte à 39 , et d'autres dans lesquelles il descend à 40 et 
remonte à 4 1 - 

3. Graisse de bœuf. Elle étoit d'un jaune pâle, son odeur 
très-légère. Dans une expérience , un thermomètre plongé 



i44 Recherches chimiques 

dans la graisse fondue à 5o d , descendit à 3^ et remonta 
à 3<). 

4- Graisse de jaguar. Elle avoit une couleur jaune oran-j- 
gée, une odeur particulière très-désagréable. Le thermo- 
mètre que j'y plongeai, après l'avoir fondue à 4o d , descendit 
à 29, et remonta à 29,5 environ 5 mais il restoit encore beau- 
coup de graisse qui n'étoit pas figée. 

5. Graisse d'oie. Elle étoit très-légèrement colorée en 
jaune , elle avoit une odeur agréable. Elle m'a paru avoir la 
même fusibilité que la graisse de porc. 

6. Aucune de ces graisses n'étoit acide. Soit qu'on les 
étendit sur un papier de tournesol, soit qu'on en mêlât la 
solution alcoolique avec l'extrait aqueux de ce principe 
colorant. 

7. 100 d'alcool bouillant d'une densité de 0,821 ont 
dissous 

2,48 de graisse humaine. 

2,26 de graisse de mouton. 

2,52 de graisse de bœuf. 

2,18 de graisse de jaguar, 

100 d'alcool bouillant d'une densité de 0,816 en ont 
dissous 2,80 de graisse de porc. 

§ IL 

Des changemens de nature que les graisses éprouvent de 
la part de la potasse. 

8. Toutes les graisses se sont parfaitement saponifiées , 
sans le contact de l'air , dans une cloche placée sur le mer- 



SUR DES CORPS GRAS. ï/fS 

cure ; toutes se sont comportées comme la graisse de porc , 
c'est-à-dire qu'il y a eu formation de graisse saponifiée 
et de principe doux , qu'il ne s'est pas produit d'acide car- 
bonique , et que les savons formés ne contenoient pas, ou 
que des traces d'acide acétique. 

9. Les graisses saponifiées avoient plus de tendance à 
cristalliser en aiguilles que les graisses naturelles , elles 
étoient solubles en toutes proportions dans l'alcool bouil- 
lant -d'une densité de 0,821. On pouvoit démontrer, dans 
la solution , comme dans celle de graisse saponifiée de porc, 
l'acide margarique et l'acide oléique. Elles étoient moins 
fusibles que les graisses d'où elles provenoient. Ainsi dans 
la graisse saponifiée d'homme , fondue , le thermomètre 
s'arrêtoit à 354, où la congélation d'une partie du liquide 
avoit lieu. Dans celle du mouton , il descendoit à 48 d et 
remontoit à 5o d ; dans celle de bœuf il restoit stationnaire 
à 48 d , et dans celle de jaguar à 36 d . 

10. Les graisses saponifiées de mouton et de bœuf avoient 
sensiblement la même solubilité dans les eaux, de potasse 
et de soude que celle de porc, 

100 de graisse saponifiée de mouton ont été dissous par. . . i5,4i de potasse. 
100 idem ïo>27 de soude. 

100 de graisse saponifiée de bœuf ont été dissous par i5,42 de potasse. 

100 idem 10,24 de soude. 

100 de graisse saponifiée de porc ont été dissous par i5,4 de potasse. 

100 idem 10 > 2 9 de soude. 

11. Il ne se produit certainement point d'acide carbo- 
nique dans la saponification des graisses , car si l'on prend 
deux quantités égales d'une même solution de potasse , et que 

Mém. du Muséum, t. 3. 19 



14G Recherches chimiques 

l'une d'elles soit employée à saponifier une graisse quel- 
conque de celles que nous avons examinées , on trouve , en 
décomposant par l'acide hydrochlorique le savon qui s'est 
produit, que la quantité d'acide carbonique est sensiblement 
égale à celle contenue dans la portion d'alkali qui n'a pas 
servi à la saponification ; les différences que l'on peut ob- 
server entre les quantités de gaz acide carbonique , retirées 
des deux portions, de potasse , sont tantôt en plus , tantôt 
en moins dans celle qui a servi à la saponification. C'est ce 
dont on peut se convaincre en jetant les yeux sur le tableau 
suivant. 

Alcali qui a servi à la saponification. Alcali qui n'a pas servi à la saponificat . 

Graisse ~i .,',».. i , ■ ^ • . -u , r 

2- quantité ad acide carbonique Quantilead ac. carb. + 5 cen- 

d homme 3 , 

timetres cubes. 

Graisse j 

de S quantité a d'acide carbonique Quantité a d'ac. carb. + 4,5 

mouton \ . , , 

•* centimètres cubes. 

. >quantitéad'ac.carb.-t-5cenlimètrescubes. Quantité a d'acide carbonique. 

:, . > quantité a d'acide carbonique Quantité a d'acide carbonique. 

de jaguar \ 

{quantité a d'ac. carb.-f-rcentimèlrecube. Quantité a d'acide carbonique. 

Les quatre premières opérations ont été faites sur 20 
grammes j la dernière sur i6,5. 

12. Pour savoir s'il se produiroit de l'acide acétique dans 
la saponification des graisses d'homme, de mouton, de bœuf, 
j'ai saponifié 20 grammes de chacune de ces graisses par la 
potasse à la chaux , j'ai décomposé le savon par l'acide tar- 
tarique , j'ai décanté le liquide aqueux et je l'ai distillé. Puis 



sur des Corps gras, 147 

j'ai neutralisé le produit par l'eau de barite , et j'ai fait éva- 
porer à siccité pour avoir le résidu salin. 

ï 3. Le résidu salin de graisse humaine étoit inappréciable 
à la balance. Je ferai observer que le liquide aqueux qui 
provenait de la décomposition d'un savon préparé avec la 
graisse des reins , et celui d'un savon préparé avec la graisse 
du sein d'une femme , avoient une odeur de fromage extrê- 
mement prononcée : ce qui sembleroit indiquer l'existence 
de l'arôme du beurre dans ces graisses. Mais toutes les 
graisses humaines ne présentent pas ce principe , car celle des 
cuisses en étoit absolument dépourvue. 

14. Le résidu salin obtenu du savon de graisse de mouton 
pesoit à peine o& r -,o6 (1) 5 il exhaloit , par l'acide phospho- 
rique , une odeur de bouc mêlée d'une odeur piquante , 
acétique. 

i5. Le résidu salin du savon de graisse de bœuf n'étoit 
pas en quantité appréciable, cependant le liquide aqueux, 
provenant de la décomposition du savon , étoit acide et am- 
bré ; l'odeur étoit absolument la même que celle qu'ex- 
halent les bœufs quand ils ont été échauffés par une longue 
course. 

16. Le principe odorant est bien plus développé dans la 
graisse de jaguar saponifiée que dans celle qui ne l'a pas été. 
Cette odeur, que je ne puis définir, m'a rappelé celle qui 
se répand quelquefois dans les ménageries d'animaux féroces. 



(1) Ce résidu retenoit encore un peu de principe doux. A la vérité la graisse 
saponifiée retenoit du principe odorant, et il s'en étoit volatilisé, lorsqu'on avoit 
fait évaporer la combinaison de ce principe avec la barile. 

ï9* 



1/18 Recherches chimiques 

17. Les conséquences que l'on peut tirer de ces observa- 
tions , c'est que l'action de la potasse développe dans les 
graisses de mouton , de bœuf et même de jaguar , des prin- 
cipes odorans qui sont analogues , s'ils ne sont identiques à 
ceux que les animaux exhalent dans certaines circonstances, 
et en second lieu c'est que la propriété acide accompagne 
ces principes. La petite quantité dans laquelle ils se trouvent, 
relativement à celle des corps gras saponifiés , ne m'a pas 
permis de les soumettre à des recherches suffisamment 
étendues pour prononcer immédiatement sur leur nature ; 
cependant l'analogie qui semble exister entre ces principes , 
et celui qui imprime son odeur au beurre , m'a déterminé à 
renvoyer quelques considérations à l'histoire de ce dernier. 

18. Je ne puis mieux terminer ce paragraphe qu'en don- 
nant les proportions de graisse saponifiée et de matière 
soluble dans l'eau, en lesquelles 100 de graisse sont suscep- 
tibles de se changer. 

,„ Ç Graisse saponifiée o5 

Graisse d homme 4 „_ ., ' , T 

i_ Matière soluble 5 

£ Graisse saponifiée q5.i 

Graisse de mouton. 



£ Grais 

\ Matière soluble 4,9 

f Graisse saponifiée q5 

Graisse de bœuf i .. .., , , , r 

l_ Matière soluble 5 

£ Graisse saponifiée 94,7 

Graissedeporc { Matière soluble 5,3 (,). 

La quantité de matière soluble a été conclue des poids 
de la graisse saponifiée , par la raison que je n'ai pu isoler 
entièrement la première d'une certaine quantité d'eau et de 



(1) Cette proportion diffère un peu de celle rapportée dans le troisième Mé- 
moire, n°. 10. Mais je crois celle que je donne ici plus exacte. 



sur des Corps gras. i49 

toute substance saline. Ainsi le liquide sirupeux qui con- 
tenoit le principe doux produit par la saponification , quoi- 
qu' évaporé jusqu'à ce qu'il commençât a se volatiliser , pe- 
sait toujours beaucoup plus que la graisse n'avoit perdu de 
matière soluble. Par exemple, le sirop obtenu de ioo de 
graisse humaine pesoit 9,4 ; celui de graisse de mouton pesoit 
8 5 le sirop de graisse de bœuf et de graisse de porc pesoient 
chacun 8,6. 

§ Ht 

Examen des savons de graisse et dépotasse. 

19. Tous ces savons, séparés de leur eau -mère, ont été 
dissous dans l'eau bouillante. Par le refroidissement* et le 
repos , il s'est déposé de la matière nacrée que je nommerai 
dorénavant surmargarate de potasse (1) , et la liqueur est 
devenue alcaline. On a filtré celle-ci et on l'a neutralisé avec 



(1) Le savon de graisse de jaguar ayant été délayé dans l'eau a déposé une 
matière nacrée très-brillante qui n'étoit pas du surmargarate de potasse comme 
les dépôts nacrés de tous les autres savons, mais de l'acide margariqne tenant 
un peu de margarate de chaux et peut-être de l'acide oléique. Cette matière se 
fondoit entre 42 et 43 d . L'alcool bouillant l'a dissoute, à l'exception du marga- 
rate de chaux; il a déposé en refroidissant des lames brillantesqui ont été saturées 
dépotasse; la combinaison qui en est résulté étoit nacrée; elle a été dissoute 
en totalité par l'eau bouillante, et par le refroidissement la solution a donné de 
véritable surmargarate de potasse, lequel a été soumis au traitement de purifi- 
cation exposé n°. 20. Il est vraisemblable que la matière nacrée très - brillante 
du savon de jaguar conlenoit outre la margarine un peu d'acide oléique. Comme 
je n'ai eu qu'une très-petite quantité de graisse de jaguar à ma disposition, je 
n'ai pu m'assurer si ce dépôt privé de potasse étoit un résultat essentiel de la 
décomposition spontanée du savon de cette graisse. 



i5o Recherches chimiques 

l'acide tartarique; par le repos il s'est produit du nouveau 
surmargarate , et d-e l'alcali a été mis à nu. La liqueur a été 
filtrée , puis neutralisée comme la première fois. Enfin , on 
a répété les mêmes opérations jusqu'à ce qu'il n'y ait plus 
eu de dépôt nacré. Alors on a eu un oléate de potasse qui 
a été décomposé par l'acide tartarique. Le savon s'est donc 
réduit en surmagarate de potasse et en acide oléique. 
Examinons maintenant les rapports des acides margarique 
et oléique de ces savons avec les mêmes acides retirés du 
savon de graisse de porc. 

Article premier. 
De l'Acide margarique. 

20. Les surmargarates de potasse furent tous purifiés de la 
manière suivante. On passa trois fois de l'eau distillée sur 
les filtres qui les contenoient. On les fît égoutter ; on les mit 
dans plus de quinze fois leur poids d'eau bouillante. On filtra 
les liqueurs refroidies , et on passa à trois reprises de l'eau 
froide sur les filtres. Enfin , les surmargarates furent séchés 
à l'air , puis traités par l'alcool bouillant. Quand celui-ci fut 
refroidi , on le filtra , on passa de l'alcool sur les filtres , on 
pressa les surmargarates qui y étoient restés, puis on les fit 
sécher au soleil. 

21. Les surmargarates ainsi préparés ont été analysés par 
l'acide hydrochlorique avec les mêmes soins que celui 
retiré du savon de graisse de porc. Ou a obtenu les résultats 
suivans : 



sur des Corps gras. i5r 



_ , . . . f Acide margarique qi,8848. . .100 

Sarmargarate de graisse humaine ■? _ „ ? , 

a £ Potasse 8,n5i... 8,83 



Sur ;narg. de graisse de mouton. . •? 
Surmarg. de graisse de bœuf. . . , 



Acide margarique 92,012. . . . 100 

Potasse 7,988 8,68 

Acide margarique 91, 925... 100 

Potasse 8,075 8,78 

_ , . , . Ç Acide margarique Q2,075...ioo 

Surmarg. de graisse de iaguar. . . 1 _ 

b b ' & l Potasse 7,925 8,6 

„ ,. . i Acide margarique qi,q4....ioo 

Surmarg. de graisse d oie ■? _ n V» 

° £ Potasse 8,06 8,77 

Le surmargarate de graisse de porc étant formé de 100 
d'acide, et 8,8 d'alcali , il s'ensuit que tous ces surmargarates 
sont assujettis à la même composition. 

22. Nous avons fait bouillir des proportions égales d'eau et 
de ces surmargarates, pour savoir s'ils se comporteroient tous 
de la même manière : aucun d'eux n'a été dissous. Les seules 
différences que l'on ait remarquées , étoient dans la demi- 
transparence plus ou moins grande des liquides , et ensuite 
dans quelques globules d'apparence grasse qui se sont ma- 
nifestés à la surface de l'eau qui avoit bouilli avec le sur- 
margarate de mouton. Le surmargarate de bœuf étoit moins 
opaque que celui de mouton , et celui-ci moins que le sur- 
margarate de porc. Un fait qui m'a paru digne d'être rap- 
porté, c'est que 1 partie de ce dernier surmargarate et 10 
d'eau bouillante forment un mucilage qui semble perdre de 
sa transparence lorsqu'on y ajoute 18190 parties d'eau. Il 
ne me paroîtroit pas impossible qu'une grande masse de ce 
liquide , à la température de l'ébullition , ne disposât les sur- 
margarates à se réduire en margarates neutres et en acide 
margarique. 

23. L'alcool bouillant d'une densité de o,832 a dissous 



1S2 Recherches chimiques 

les surmargarates en toutes proportions , lorsque ceux - ci 
ne contenoient pas de margarate de chaux. Je citerai un 
exemple : 208''- d'alcool ont dissous 5os r - de surmargarate de 
bœuf à la température de 60 , et on a fait concentrer l'alcool 
au point que le liquide étoit au surmargarate comme 1:6, 
sans qu'il y ait eu de précipité. Les autres surmargarates 
ont présenté des résultats semblables. 

il\. Comparons maintenant les acides des divers surmar- 
garates. Tous étoient d'un blanc brillant , insipides , pres- 
que inodores , insolubles dans l'eau ; solubles dans l'alcool 
bouillant en toutes proportions : leurs combinaisons saturées 
de potasse étoient solubles dans l'eau bouillante, et par le re- 
froidissement elles se réduisoient en potasse et en surmargarate 
insoluble. Les différences qu'ils m'ont présentées sont dans la 
fusibilité, dans la disposition et la grandeur des aiguilles qui 
sont produites lorsqu'on laisse refroidir l'acide margarique 
à la surface de l'eau. On jugera de ces différences dans les 
descriptions suivantes. 

s5. Acide margarique d'homme. J'en ai obtenu sous 
trois formes différentes, i°. en aiguilles très-fines et allon- 
gées, disposées en étoiles planes; 2 . en aiguilles très -fines 
et très-courtes qui formoient des dessins ondes semblables à 
ceux de l'acide margarique des cadavres j 3°. en cristaux 
assez larges , brillans , disposés en étoiles absolument sem- 
blables à l'acide margarique de porc. 

Le thermomètre plongé dans ces derniers cristaux fondus 
est descendu à 56,5 , et est remonté à 56,8. Les premiers 
cristaux se fondoient entre 55 et 56. 

26. Acide margarique de mouton. De l'acide retiré du 



sûr ©es Corps gras. i53 

premier dépôt de surmargarate , qui s'étoit formé dans le 
savon de mouton , étoit en aiguilles fines radiées ; le ther- 
momètre qu'on y plongeoit , après l'avoir fondu , descendoit 
à 59 d ,5, et rernontoit à 6o d . De l'acide retiré des derniers dé- 
pôts de surmargarate , cristallisoit en aiguilles plus larges 
que le précédent , et se fondoit à 56&. 

27. Acide margarique de bœiif. Il cristallisoit en petites 
aiguilles radiées 5 quand il se figeoit, le thermomètre qui 
étoit à 5g il ,5 rernontoit à 5g^,g. 

28. Acide margarique de jaguar. Il cristallisoit en pe- 
tites aiguilles radiées ; il étoit fusible à 55 d ,5. 

29. Acide margarique d'oie. Il cristallisoit en belles 
lames brillantes comme l'acide margarique de porc ; il se 
fondoit à 55 d . 

30. On voit, d'après ce qui précède, que les acides mar- 
gariques de bœuf et de mouton ont les plus grands rap- 
ports , tant par leur forme que par leur fusibilité; que l'on 
peut obtenir ceux d'homme, de porc, jouissant des mêmes 
propriétés ; et enfin que l'acide margarique de jaguar et 
d'oie se rapprochent beaucoup de ces derniers. La différence 
de l'acide le plus fusible , avec celui qui l'est le moins , est 
de cinq degrés. 

Article 2. 

De V Acide oléique. 

3i. Les premières expériences qne je fis sur l'oléate de 
barite pour en déterminer la proportion des élémens , me 
Mém. du Muséum, t. 3. 20 



i54 Recherches chimiques 

donnèrent celle de ioo d'acide à 28,39 t ' e base C 1 )- ^ es 
expériences postérieures, rapportées dans mon quatrième 
Mémoire, me firent préférer à cette proportion celle de 100 
à 27 (ou plus exactement de 100 à 26,97) > ( ^' ou I e conc l us 
que 100 d'acide oléique neutralisoient une quantité de base 
contenant 2,83 d'oxigène. Enfin, il y a un an, ayant repris 
ce travail pour comparer l'oléate de barite de graisse de porc 
avec ceux des graisses de mouton et de bœuf, je trouvai le 
rapport de 100 à 3o, et j'avoue que je l'ai cru plus exact 
que le précédent, jusqu'à ces derniers temps où ayant com- 
paré avec le plus grand soin l'acide oléique de toutes les 
graisses (2) qui font le sujet de ce Mémoire, j'ai trouvé que 
la proportion la plus satisfaisante étoit celle de 100 à 27, 
qu'en conséquence l'acide neutralisoit 2,835 d'oxigène dans 
les bases. Cette détermination de la capacité de saturation de 
l'acide oléique est d'ailleurs confirmée par celle déduite des 
analyses des divers oléates de strontiane et des divers sous- 
oléates de plomb. L'analyse de l'oléate de strontiane rap- 
portée dans mon quatrième Mémoire s'accordoit bien avec 
celle de l'oléate de barite , mais celle du sous-oléate de 
plomb s'en éloignoit beaucoup , car au lieu du rapport théo- 
rique de 100 à 79,308 , j'avois obtenu celui de 100 à 104. 
Mes dernières expériences font disparoître cette anomalie en 
donnant le rapport de 100 à 81,81 (3). 

(1) 2 e . Mémoire, n°. 20. Je ferai observer qu'au lieu de 28,95 de base, il faut lire 
28,39. 

(2) Excepté celle de jaguar. 

(3) J'ai analysé ce sous-oléate de plomb de plusieurs taanières: i°. eu le fai- 
sant brûler dans une petite capsule de porcelaine; 2 . en le traitant par l'alcool 



sur des Cors gras. i55 

Acide oléique de graisse humaine. 

barite. strontiane. plomb. 

Acide ioo ioo ioo 

Base 26 I94 1 - • • 82,48 

Acide oléique de gr-aisse de mouton. 

barite. slrontiane, plomb. 

Acide 100 100 100 

Base 26,77. • • • I 9>38. . . . 81,81 

Acide oléique de graisse de bœuf. 

barite. strontiane. plomb. 

Acide 100 100 100 

Base 28,93. . . 19,41- • • 81,81 

Acide oléique de gi^aisse d'oie. 

barite. strontiane. plomb. 

Acide 100 100 100 

Base 26,77. • • J 9>38. . . 81, 34 

Acide oléique de graisse de porc. 

barite. strontiane. plomb. 

Acide IOO. . . . IOO IOO 

Base 27. . « . . 19,38. . . . 81,8 

32. Il n'est pas facile d'obtenir l'acide oléique dans un état 
de pureté aussi constant que l'acide margarique 5 cependant 

et le carbonate d'ammoniaque, puis calcinant le carbonate de plomb après l'avoir 
lavé plusieurs fois avec l'alcool absolu. J'ai eu le soin d'incinérer l'extrait alcoo- 
lique. 3". Enfin en le traitant par l'acide nitrique, faisant évaporer jusquesà 
siccité et décomposant le résidu par une solution alcoolique de carbonate d'am- 
moniaque : le lavage alcoolique étoit évaporé à siccité et le résidu incinéré. Dans 
tousles cas les oxides de plomb ont été traités par l'acide nitrique avant d'être pesés. 

20* 



i56 Recherches chimiques 

je pense que ceux qui ont servi à mes analyses étoient assez 
purs (1); à quelques degrés au-dessus de zéro, ils conser- 
voient leur fluidité. D'ailleurs , comme ils avoient été pré- 
parés de la même manière et dans les mêmes circonstances , 
mes expériences peuvent être regardées comme compara- 
tives, et certainement elles établissent autant de rapports 
entre les divers acides oléiques qu'entre les divers acides 
margariques. Les différences que les premiers m'ont pré- 
sentées sont si légères, que je crois superflu d'en parler. Je 
ferai observer que quand il s'est développé un principe odo- 
rant dans la saponification , ce principe se retrouve dans 
l'acide oléique, 

§ IV. 

.Analyse des Graisses par V alcool. 

33. J'ai trouvé un grand avantage , pour l'accélération du 
travail, dans l'emploi de l'alcool d'une densité de 0,791 à 
0,798, au lieu de l'alcool d'une densité de 0,821 dont j'avois 
fait usage dans mes premières expériences analytiques. Cet 
avantage tient à ce que la faculté de l'alcool absolu pour 
dissoudre les corps gras diminue dans une progression extrê- 
mement rapide par sa combinaison avec l'eau, et cela ,, depuis 
la densité de 0,795 jusqu'à celle de 0,821 (2). Du reste, j'ai 



(1) J'examinerai plus tard la nature des cristaux que j'ai tirés de l'acide oléique. 

(2) En voici la preuve : 

100 d'alcool touillant d'une densité de 0,7908 ont dissous 100 de stéarine de 



sue des Corps gras.- 157 

suivi dans mes nouvelles analyses la même marche que dans 
celle de graisse de porc. J'ai exposé la graisse à l'alcool bouil- 
lant, et j'ai laissé refroidir 5 par le refroidissement la portion 
de graisse dissoute s'est séparée en deux combinaisons : l'une 
avec excès de stéarine s'est déposée \ l'autre avec excès d'élaïne, 
est restée en dissolution. On a séparé la première par la fil- 
tration ., et en distillant la liqueur filtrée et en ajoutant sur la 
fin de l'opération un peu d'eau , on a obtenu la seconde dans 
la cornue, avec un liquide alcoolique aqueux. L'alcool dis- 
tillé provenant de l'analyse de la graisse humaine n'avoit pas 
d'odeur sensible ; il en étoit de même de celui qui avoit servi 
à l'analyse des graissas de bœuf, de porc et d'oie. L'alcool 
qui avoit servi à celle de la graisse de mouton avoit une très- 
légère odeur de chandelle. 

34. Liquides alcooliques aqueux: 

Celui de graisse humaine exhaloit une odeur de bile. 
Comme celui obtenu de la graisse de porc (3 e . Mémoire, 
n°. 19), il donna un extrait jaune et amer. Celui qu'on ob- 
tint du premier lavage étoit alcalin. Celui qu'on obtint du 
dernier étoit acide. Il contenoit de plus une trace d'une huile 
empy re umatique. 

Celui de graisse de mouton n'exhala point l'odeur de 
bile , mais il donna un extrait acide semblable au précédent. 



mouton , et la solution n'étoit pas saturée. 

100 d'alcool bouillant d'une densité de 0,7952 ont dissons 16,07 ^e ^ a même 
stéarine. 

ioo d'alcool bouillant d'une densité de o,8o5 en ont dissous 6,65. 

100 d'alcool bouillant d'une densité de 0,821 en ont dissous 2, 



i 5S Recherches chimiques 

Celui de graisse de bœuf étoit roux alcalin. Il contenoit 
un peu de muriates de potasse et de soude. 

Celui de jaguar avoit une odeur désagréable. Il conte- 
noit de la matière jaune auière, huileuse, et à ce qu'il m'a 
paru un peu d'acide acétique. 

Celui d'oie ne contenoit qu'un peu de matière soluble 
dans l'eau. Il étoit absolument inodore. 

35. Je ferai observer que les graisses de mouton et de bœuf 
m'ont quelquefois présenté la propriété de colorer l'alcool 
en bleu 5 mais ce phénomène est accidentel, il est dû à un 
corps étranger à la graisse. 

36. J'ai traité ensuite, par l'alcool bouillant, la combinai- 
son avec excès de stéarine , jusqu'à ce que j'en aie obtenu 
une matière fusible à 43 d environ. Quant à la combinaison 
avec excès d'élaïne, je l'ai abandonnée au froid pour en sépa- 
rer le plus possible de substance concrète , et je ferai ob- 
server que quand on analyse des graisses qui sont en partie 
fluides à la température de i5 d , et à plus forte raison à une 
température plus basse, il faut les exposer pendant plusieurs 
jours à une température telle qu'il s'en sépare le plus pos- 
sible de stéarine , sans que pour cela la combinaison avec 
excès d'élaïne soit exposée à se congeler. On filtre la graisse 
et on traite la matière restée sur le filtre par l'alcool, comme 
les graisses qui sont solides à la température ordinaire. C'est 
de cette manière que l'on peut parvenir à faire l'analyse de 
la graisse d'homme. 

37. Maintenant comparons entre elles les stéarines et les 
élaïnes des graisses dont nous avons entrepris l'examen. 



sur des Corps gras. i&g 

Article premier. 
De la Stéarine. 

38. Toutes étoieut d'un très -beau blanc, inodores ou 
presque inodores , insipides , et absolument sans action sur 
le tournesol. 

39. Stéarine d'homme. Un thermomètre qu'on y plon- 
gea, après l'avoir fait fondre, descendit à 4i d et remonta 
à 49 d - Par le refroidissement, la stéarine cristallisa en aiguilles 
très-fines dont la surface étoit plane. 

4-0. Stéarine de inouton. Le thermomètre y descendit 
à 4o d et remonta à 43 d '■> elle se figea en une masse plane 
dont le centre , qui s' étoit refroidi plus lentement que les 
bords, présentoit de petites aiguilles fines radiées. 

4i. Stéarine de bœuf. Le thermomètre y descendit à 
Sg^,S , et remonta à 44 d ' Elle se figea en une masse dont la 
surface étoit plane et parsemée d'étoiles microscopiques. 
Elle avoit une légère demi-transparence. 

42. Stéarine de porc. Elle exhaloit une odeur de graisse 
de porc , lorsqu'elle étoit fondue. Le thermomètre y des- 
cendit à 38 d , et remonta à 43 d . Par le refroidissement, elle 
se prit en une masse dont la surface étoit très-inégale , et qui 
sembloit formée de petites aiguilles. Lorsqu'elle se refroi- 
dissoit promptement, les parties qui touchoient les parois du 
vase qui la contenoit avoient la demi-transparence du blanc 
d'oeuf cuit. 

43. Stéarine d'oie. Le thermomètre y descendit à 4°^> 
et remonta à 43 d . Elle se figeoit en une masse plane, 



l6û PiECHERCHES CHIMIQUES 

44- Solubilité dans V alcool. 100 parties d'alcool d'une 
densité de 0,79^2 bouillant ont dissous 

2i,5o de stéarine d'homme, 
16,07 de stéarine de mouton (1), 
i5,48 de stéarine de bœuf, 
i8,25 de stéarine de porc (2), 
36,oo de stéarine d'oie. 
45. Saponificatioli par la potasse (3). 

Elle étoit fusible à 5i d . Elle cris- 
tallisoit en petites aiguilles réunies 



Stéarine d'hom- 
me a donné par 
la saponification. 



Stéarine de 
mouton 



Graisse saponifiée. 



9 4 >9 



Matière soluble.. 



5,i 



Graisse saponifiée. . g4,6 



Stéarine de 
bœuf. 



[en entonnoir. 

\ Le sirop de principe doux pe- 

Isoit 8,6, l'acétate o,3(4). 

Elle commençoit à se troubler 
là 54 d , et le tliermoraètre s'arrètoit 
là 53 d ; elle cristallisoit en petites 
^ai-guilles fines radiées. 

Le sirop de principe doux pe- 
. soit 8, l'acétate 0,6, il étoit mêlé 
(du principe aromatique de bouc. 

ÎElle commençoit à se figera 54 d , 
mais elle ne le fut complètement 
qu'à 52 à ; elle cristallisoit en pe- 
tites aiguilles réunies en globules 
aplatis. 

Matière soluble.... 4,< 



Matière soluble. 



5,4 



, ( Le sirop de principe doux pe- 
'* (soit g,8, l'acétate o,3. 



(1) Dans une autre expérience on eut i5,o4. 

(2) Dans une autre expérience on eut 17,65. 

(3) Chaque opération fut faite avec 5 gr. de stéarine et 5 gr. de potasse à 
l'alcool. Dans le tableau suivant on a réduit les résultats à 100 de matière 
grasse. 

(4) C'est-à-dire, le sel que l'on obtint après avoir neutralisé par la barite le 
produit de la distillation du liquide aqueux qui provenoit du savon, décomposé 
par l'acide tartarique. 



sur des Corps gras. 



ï6i 



Stéarine de 
porc 



Elle comniençoit à se figer à 54 d , 
Graissesaponifiée.. 9 4,€ 5 Jet le thermomètre s'arrètoit à 5a*; 

elle cristallisent en petites aiguilles 
réunies en globules aplatis. 



Stéarine d'oie.i 



Matière soluble. . , 

Graisse saponi fiée. , 
Matière soluble. . 



Le sirop de principe doux pesoit 






acétate o,4. 

IElle se figeoit à 48 d ,5; elle cris- . 
tallisoit en aiguilles réunies en. 
entonnoir. 

Le sirop de principe doux, pe- 



5 > 6 { t 

(soit 



8,2. 



46. Tous les savons de stéarine ont été analysés par les 
mêmes procédés que le savon des graisses d'où elles avoient 
été extraites. On en a retiré du surmargarate de potasse 
nacré et de l'oléate 5 le premier étoit beaucoup plus abon- 
dant que le second. L'acide margarique des stéarines avoit 
absolument la même capacité de saturation que celui retiré 
des savons des graisses d'où ces stéarines avaient été extraites, 
seulement je ferai observer que l'acide margarique de la stéa- 
rine de mouton étoit fusible à 62 d ,5 (1) et celui de la stéarine 
de bœuf à 62*1, tandis que l'acide margarique des stéarines 
de porc et d'oie avoit presque la même fusibilité que l'acide 
margarique de ces mêmes graisses (2). 



(1) Une stéarine de mouton m'a donné de l'acide margarique fusible à 6i d ; 
une autre stéarine en a donné de fusible à 64 d ,8. Ce dernier cristallisa une pre- 
mière fois en aiguilles allongées, et une seconde fois en petites aiguilles sem- 
blables à l'acide margarique~"de graisse de mouton. 

(2) Je n'ai point parlé de la stéarine de graisse de jaguar, par la raison que 
je n'ai pas eu assez de matière concrète de cette graisse pour avoir pu en isoler 
de la stéarine fusible à 44°; cependant je me suis assuré qu'elle conlenoit les 
deux principes immédiats des autres graisses. La matière concrète de jaguar étoit 

Mém. du Muséum, t. 3. 21 



162 Recherches chimiques 

Article 2. 

Des élaïnes. 

47. Toutes étoient fluides à i5<*: conservées pendant un 
mois dans des flacons fermés, elles ne déposèrent rien. Au- 
cune n'étoit acide. 

48. Odeur , couleur et densité des élaïnes. 

Èlaïne humaine. Jaune, inodore, densité de 0,913(1). 

Èlaïne\de mouton. Incolore; légère odeur de mouton; densité de 0,916. 

Èlaïne de bœuf. Incolore, presque inodore; densité de 0,9 13. 

Êlaïne de porc. Incolore , presque inodore; densité de 0,9 15. 

Èlaïne de jaguar. Citrine; odorante; densité de o,gi4. 

Elaïne d'oie. Légèrement citrine; presque inodore; densité de 0,92g. 

49. Solubilité dans V alcool à 0,7952. 

Èlaïne d'homme. ng r -,i ont été dissous par 9 gr. d'alcool bouillant. La solu- 
tion a commencé à se troubler à 77*. 

Èlaïne de mouton. 3g r -,76 ont été dissous, à la température de 75 d , par 3g r ',o5 
d'alcool. La liqueur s'est troublée à 63 d . 
I Êlaïne de bœuf. 5g r -,8 ont été dissous à la température de j5 A par 4g r -,7 d'alcool. 
La liqueur s'est troublée à S3 i . 

Èlaïne de porc. ng r -,i ont été dissous à la température de j5 A , par 9 gr. d'al- 
cool. La liqueur s'est troublée à 62' 1 . 

Èlaïne de jaguar. 36 r -,35 ont été dissous à 75 d par 2gr-,7i d'alcool. La liqueur 
s'est troublée à 6o d . 

Èlaïne cToie. iigr.,i ont été dissous, à la température de 75 d ,par 9 gr. d'alcool. 
La solution ne s'est troublée qu'à 5i d . 



blanche; elle avoil une légère odeur de graisse de porc; elle se fondoit à 36 a . La 
potasse la convertit en acide margarique oléique et principe doux d'une sayear 
désagréable. 
(1) J'ai eu de l'élaïne humaine parfaitement incolore. 



sur des Corps gras. i63 

Saponification par la potasse. 

5o. La détermination de la quantité de matière soluble 
que les élaïnes cèdent à l'eau dans la saponification , pré- 
sente beaucoup plus de difficultés que la même détermina- 
tion faite sur les stéarines. Cela tient à ce que celles-ci sont 
moins altérables que les élaïnes , à ce qu'il est moins diffi- 
cile de les obtenir dans un état constant de pureté ; enfin à 
ce que les graisses saponifiées qu'elles donnent , ayant moins 
de fusibilité que les élaïnes saponifiées , il est plus facile de 
les peser sans perte, Les élaïnes de mouton , de porc , de 
jaguar, d'oie, extraites par l'alcool, ont donné par l'action, 

, , ( 80 de graisse saponifiée, 

de la potasse < -, ., 111 

- ( 11 de matière soluble. 

L'élaïne de bœuf extraite de la même manière, a donné 

{gi,6 de graisse saponifiée. 
7,4 de matière soluble. 
Les graisses naturelles n'ayant perdu que 5 pour 100 de 
matière soluble , et les stéarines en ayant perdu 5,a5 (terme 
moyen des expériences rapportées plus haut),, et d'un autre 
côté les stéarines se convertissant par l'action des alcalis en 
acides margarique , oléique , et principe doux , ainsi que 
les élaïnes obtenues sans l'intermède du calorique et dje 
l'alcool , j'en conclus que les élaïnes qui avoient perdu 1 1 
de matière soluble par la saponification , pouvoient avoir 
éprouvé un commencement d'altération. En conséquence , 
je saponifiai i°. 100 d'élaïne humaine qui n'étoit pas encore 
figée à zéro et qui, à 4° — P ne se coaguloit qu'en partie 

, ( graisse saponifiée q5. 

seulement. Elle se convertit en < . v . , \ „ 

( matière soluble. . 5. 

2ï * 



■ 



l64 Recherches chimiques 

Le sirop de principe doux pesoit 9,8 , et la graisse sapo- 
nifiée étoit fusible entre 34 d et 35<ï. 20. 100 d'élaïne de porc, 
parfaitement incolore , parfaitement fluide à 20& , elle se 
graisse saponifiée. . . . 94- 



! 



convertit en x 

matière soluble o 

5i. Il résulte de ces faits , i°. crue les élaïnes dans les- 
quelles on ne peut reconnoître aucune altération sensible , 
cèdent à l'eau autant ou peu plus de matière soluble , que les 
graisses naturelles , et que cette quantité est extrêmement 
rapprochée de celle que donnent les stéarines ; ce qui 
prouve , au reste , la ressemblance qui existe , sous ce rap- 
port , entre la stéarine et l'élaïne , c'est que les graisses qui 
diffèrent le plus en fusibilité , donnent sensiblement la 
même quantité de matière grasse par la saponification , et 
que les diverses élaïnes paroissent avoir entre elles autant 
d'analogie que les diverses stéarines. 

CONCLUSIONS GÉNÉRALES. 

Les graisses , considérées dans leur état naturel , se dis- 
tinguent les unes des autres par la couleur , l'odeur et la 
fluidité. 

La cause de leur couleur est évidemment un principe 
étranger à leur propre nature , puisqu'on peut les obtenir 
parfaitement incolores. Il en est de même de leur odeur 5 car 
si on ne les en prive pas toujours entièrement , on leur en 
enlève une portion , laquelle suffit pour démontrer que le 
principe de cette propriété ne peut être confondu avec les 
corps gras fixes d'ôu il a été séparé ; enfin la réduction des 



sur des Corps gras. i65 

graisses en stéarine et en élaïne rend compte des divers de- 
grés de fluidité qne l'on observe entre elles. Mais doit-on 
regarder la stéarine et 1'élaïne comme formant deux genres , 
lesquels comprennent plusieurs espèces , ou bien comme 
deux espèces dont chacune peut être absolument représentée 
par une stéarine ou une élaïne obtenue d'une des graisses 
quelconques qui font l'objet de ce mémoire ? 

Si les stéarines sont identiques , elles doivent se compor- 
ter absolument de la même manière lorsqu'on les étudiera 
dans les mêmes circonstances sous tous les rapports pos- 
sibles. Gonséquemment , elles présenteront même forme , 
même solubilité dans l'alcool , même décomposition par la 
potasse ; conséquemment , les acides margarique , oléique , 
et le principe doux qu'elles donneront, seront identiques et 
en même proportion. Ce que nous venons de dire est ap- 
plicable aux élaïnes. 

Les choses amenées à ce point, la question paroît facile à 
résoudre , car il semble qu'il n'y ait plus qu'à voir si les stéa- 
rines et les élaïnes présentent cette identité de rapports. Or , 
nous avons observé des différences entre les stéarines ame- 
nées à un même degré de fusibilité. Celle d'homme, de mou- 
ton, de bœuf et d'oie, se coagulent en une masse dont la 
surface est plane ; celle de porc en une masse dont la surface 
est inégale. Les stéarines de mouton , de boeuf, de porc , ont 
la même solubilité dans l'alcool. La stéarine d'homme est un 
peu plus soluble , et celle d'oie l'est deux fois davantage. 
Les élaïnes d'homme , de mouton , de bœuf, de jaguar , de 
porc, ont une densité d'environ 0,91 5, et celle d'oie de 
0,929. Les élaïnes de mouton , de bœuf, de porc , ont la 



l60 PiECHERCHES CHIMIQUES 

même solubilité dans l'alcool ; l'élaïne d'oie est un peu plus 
soluble. D'un autre côté , les acides margariques d'homme , 
de porc , de jaguar et d'oie , ne peuvent être distinguées les 
uns des autres ; ceux de mouton et de bœuf en diffèrent 
par une fusibilité de 4 à 5 degrés , et un peu par la forme- 
Quant aux légères différences que présentent les divers acides 
oléiques, elles ne sont point assez précises pour que nous 
puissions en parler. 

Ces différences sont-elles suffisantes pour justifier des dis- 
tinctions entre les stéarines et les élaïnes retirées des di- 
verses graisses? Je ne le pense point, par la raison que si une 
stéarine s'éloigne d'une autre par une propriété qui la rap- 
proche d'une troisième, elle s'éloigne de celle-ci par une 
propriété qui la rapproche de la seconde. Plusieurs carac- 
tères ne se réunissent donc pas sur une même stéarine ou 
une même élaïne pour la séparer des autres. Mais s'ensuit-il 
que les différences que nous avons fait remarquer doivent 
être négligées., de manière à ce que l'on conclue affirmati- 
vement l'identité parfaite de ces corps? Non certainement, 
car la solution de cette question est intimement liée à cette 
autre : les substances que nous appelons fibrine , albumine , 
fromage , mucus , etc. , dans les divers animaux constituent-? 
elles des espèces ou des genres ? L'existence de ces corps, 
comme espèces, s'accorde parfaitement avec l'opinion que 
j'ai émise il y a long-temps, que les principes immédiats 
sont assujettis à des proportions Jixes d'élémens , mais 
qu'ils sont susceptibles de s'unir entre eux en un nombre 
illimité de proportions , lorsqu'ils ne portent pas dans leurs 



sur des Corps gras. 167 

combinaisons des propriétés susceptibles de se neutraliser 
mutuellemeJit • mais quelle que soit la certitude de cette 
manière de penser et la facilité avec laquelle elle ait déjà 
expliqué les différences que présentent des matières composées 
de principes immédiats identiques, je ne l'appliquerai point 
ici pour résoudre la question que j'ai élevée , parce qu'à la 
rigueur il est possible que les substances que j'ai nommées 
ci- dessus soient des genres, sans que pour cela les espèces 
qu'ils renferment aient une composition indéfinie, et qu'en 
second lieu on conçoit très-bien la difficulté de distinguer 
ces espèces lorsqu'on considère les nombreux rapports 
qu'elles peuvent avoir, et combien sont bornées , dans l'état 
actuel de la science , les propriétés qu'il nous est donné de 
leur reconnoître. Ces raisons m'ont engagé à faire ressortir 
quelques différences observées dans les principes immédiats 
des graisses. Des recherches ultérieures leur donneront plus 
d'importance, en établissant de nouvelles distinctions entre 
ces corps, ou apprendront si l'on doit tout-à-fait les négliger, 



P. S. Les divers points de fusion indiqués dans ce Mé- 
moire sont peut-être trop foibles , parce que la tige du 
thermomètre ne plongeoit pas dans la matière fondue jus- 
qu'au sommet de la colonne de mercure ; mais si j'avois 
voulu observer cette condition nécessaire pour obtenir des 
résultats absolus , je n'aurois pu le faire que pour les sub- 
stances dont j'avois une grande quantité , dès lors mes ob- 



i68 Recherches chimiques sur des Corps gras. 
servatious n'auroient point été comparables, et je me serois 
éloigné du but principal de ce Mémoire. Par la même raison 
je n'ai pas poussé aussi loin que possible la séparation des 
deux principes immédiats des graisses et de la substance 
concrète qui se sépare spontanément de l'acide oléique. Je 
reprendrai ces travaux dans»un autre temps. 



169 



SUR LA VERTU MAGNETIQUE 

Considérée comme moyen de reconnoître la 
présence du Fer dans les Minéraux. 

PAR M. HAÛY. 



JLiA propriété magnétique dont jouit le fer, offre un moyen 
de faire servir ce métal à déceler lui-même sa présence, qui 
a le double avantage d'être décisif et facile à vérifier. Lors- 
que le morceau qu'on éprouve appartient au fer oxydulé , il 
agit immédiatement sur l'aiguille aimantée, sans avoir besoin 
d'aucune préparation. Une partie des variétés de fer oligiste 
sont susceptibles de la même action , et elle s'étend à cer- 
tains morceaux de fer oxydé brun ou jaunâtre. On la re- 
trouve dans d'autres corps où le fer n'entre que comme 
principe accessoire. De ce nombre sont les grenats qui, en 
général, renferment une quantité considérable de fer, qui va 
quelquefois jusqu'aux f de la masse, même dans ceux qui sont 
les plus transparens. Saussure paroît être le premier qui ait 
observé, le magnétisme de ces corps (i). Si le fer contenu 
dans le morceau que l'on veut soumettre à l'expérience est 
dans un état d'oxydation qui ne lui permette plus d'agir im- 
médiatement sur l'aiguille , ou s'il est combiné avec quel- 
qu'autre principe qui s'oppose à l'exercice^ de son magné- 

(i) Voyages dans les Alpes, t. I, n\ 8i. 

Mém. du Muséum, t. 3. 22 



170 sun la Vertu Magnétique. 

tisme, comme dans le fer arsenical et le fer sulfuré, il suffit 
de faire chauffer pendant un instant à la flamme d'une 
bougie un petit fragment du morceau dont il s'agit, pour le 
rendre magnétique. On est quelquefois obligé , en pareil 
cas, d'employer l'action du chalumeau. Mais ordinairement 
on peut s'en dispenser. Pour assurer le succès de ces sortes 
d'expériences , il faut avoir une aiguille de bon acier forte- 
ment aimantée, dont la chappe soit d'agathe ou de cristal dé- 
roche , et le support sur lequel on le suspend doit être ter- 
miné par une pointe très-déliée. L'aiguille dont je me sers a 
la figure d'un lozange et sa longueur est de 94 millimètres 4 > 
environ 3 pouces 6 lignes. 

Avant d'aller plus loin , il est nécessaire de donner une idée 
de la manière dont s'exercent les forces qui maintiennent 
l'aiguille dans le plan de son méridien magnétique. Je sup- 
pose ici cette aiguille située dans notre climat, où elle est 
plus voisine du pôle boréal de notre globe que de son pôle 
austral. Le fluide qui réside dans le premier agit par attrac- 
tion sur le pôle austral de l'aiguile (1), et par répulsion sur 
son pôle boréal. C'est le contraire par rapport au pôle aus- 
tral "du globe. Son action sur le pôle boréal de l'aiguille est 
attractive , et celle qu'il exerce sur le pôle austral est répul- 
sive. Mais parce qu'il agit de plus loin , nons pouvons con- 
sidérer l'aiguille comme étant uniquement sollicitée par la 



(1) Je rappellerai ici que l'extrémité de l'aiguille qui regarde le nord, lorsque 
cette aiguille est dans le plan de son méridien magnétique, doit porter le nom 
de pôle austral, et l'extrémité opposée celui de pôle boréal. Voyez le Traité 
ilémentiiire de Physique ', t, II, p. 62. 



sur la Vertu Magnétique. 17Ï 

force du pôle boréal du globe, en raison de l'excès de cette 
force sur celle de l'autre pôle. 

Concevons maintenant que l'aiguille s'écarte un peu du 
plan de son méridien magnétique. Sa force directrice (1) agira 
aussitôt pour l'y ramener. Concevons de plus que cette dé- 
viation de l'aiguille ait été produite par l'action d'une petite 
quantité de fer contenue dans un corps que l'on auroit placé 
très-près du centre d'action australe de l'aiguille. Il faudra 
que la première action soit égale à celle de la force direc- 
trice qui dans ce moment sollicite l'aiguille, plus à la petite 
résistance qui a nécessairement lieu au point de suspension de 
l'aiguille. Or, il peut bien arriver que la quantité de fer con- 
tenue dans le corps soumis à l'expérience soit si légère , ou 
tellement chargée d'oxygène , que son action soit inférieure à 
la somme des deux actions , dont l'une seroit produite par 
la résistance que j'ai indiquée, et l'autre par la force direc- 
trice de l'aiguille écartée sous un angle un peu sensible de 
son méridien magnétique ,, et dans cette hypothèse l'aiguille 
restera immobile. 

En réfléchissant sur ces effets , j'ai conçu l'idée de dimi- 
nuer tellement la force qui s'oppose au mouvement de ro- 
tation de l'aiguille, qu'elle fût incapable de dérober celle-ci 



(1) On entend par force directrice, celle qui agit perpendiculairement sur 
l'aiguille dérangée du plan de son méridien, pour la ramener à ce plan. Ou 
suppose celte force appliquée à un point situé entre le milieu de l'aiguille et 
l'extrémité qui regarde le pôle dont elle est plus voisine, lorsquelle est aban- 
donnée à elle-même. M. Coulomb a prouvé que la force directrice est propor- 
tionnelle au sinus de l'angle que fait l'aiguille écartée de sa direction naturelle 
avec cette même direction. 

22* 



ï^a sur la Vertu Magnétique. 

à l'action de quelques particules de fer qui , dans une expé- 
rience faite à l'ordinaire , n'auroient eu sur elle qu'une in- 
fluence censée nulle. Pour y parvenir, je dispose d'abord à 
une certaine distance de l'aiguille , et au même niveau , d'un 
côté ou de l'autre, par exemple, vers le midi, un barreau ai- 
manté, dont la direction soit, autant qu'il est possible, sur 
le prolongement de celle de cette aiguille , et dont les pôles 
soient renversés à l'égard des siens (1). Je fais avancer en- 
suite doucement le barreau vers l'aiguille. Pendant ce mou- 
vement , le pôle boréal du barreau , qui maintenant est le 
plus voisin de l'aiguille, agira par attraction sur le pôle aus- 
tral de celle-ci, et par répulsion sur son pôle boréal, en sorte 
que les deux actions conspireront pour faire tourner l'aiguille 
dans un sens ou dans l'autre. (2). Le pôle austral du barreau 
exercera des actions contraires sur les deux pôles de l'ai- 
guille ; mais comme elles partiront de plus loin , le pôle bo- 
réal pourra être considéré comme agissant seul avec une 
force proportionnelle à la différence entre ses actions et 
celles de l'autre pôle. De plus, comme les forces dont il 
s'agit concourent à faire tourner l'aiguille dans un même sens, 
nous pouvons les supposer appliquées à un même pôle de 



(1) Pouf garantir l'aiguille des agitations de l'air , je la place avec son support 
au fond d'une cage de verre, de forme carrée, ouverte par le haut, dans laquelle 
j'introduis les corps que je veux soumettre à l'expérience, en les tenant attachés 
à l'extrémité d'un petit cylindre de cire. 

(2) On 11e. peut supposer que les centres d'action du barreau et de l'aiguille 
restent si exactement sur une même direction que l'aiguille soit simplement 
poussée vers le nord, sans prendre aucun mouvement de rotation. Ce cas d'équi- 
libre n'est qu'idéal. 



sur la Vertu Magnétique. i?3 

l'aiguille , par exemple au pôle austral , en augmentant con- 
venablement par la pensée celle qui attire ce pôle. 

Concevons l'aiguille arrivée au point où sa nouvelle direc- 
tion feroit un angle de io<1 avec le méridien magnétique , et 
faisons abstraction de la petite résistance qui a lieu au point 
de suspension. A ce terme , la force directrice de l'aiguille 
sera en équilibre avec la force attractive du barreau. Si l'on 
continue de faire avancer celui-ci vers l'aiguille, l'attraction 
qu'il exerce sur son pôle austral s'accroîtra à raison d'une 
moindre distance, et en même temps la force directrice de l'ai- 
guille augmentera, par une suite de ce que cette aiguille fera 
un plus grand angle avec son méridien magnétique. Mais 
l'augmentation dont il s'agit aura lieu par des degrés dont les 
différences iront en décroissant (i). 

Enfin , lorsque l'aiguille sera parvenue à une direction 
perpendiculaire sur le méridien magnétique, la force direc- 
trice aura atteint son maximum. Jusqu'alors l'aiguille restoit 
immobile , toutes les fois que l'on arrêtoit le mouvement 
progressif du barreau, par une suite de l'équilibre entre les 
deux forces contraires qui la sollicitoient. Mais au-delà du 
terme auquel répond le maximum de la force directrice, si 
l'on fait faire au barreau un nouveau mouvement vers l'ai- 
guille , l'attraction qu'il exerce sur elle s'accroîtra encore , 
et l'aiguille étant forcée de prendre une position inclinée en 

(1) C'est une conséquence de ce que quand les arcs qui mesurent les quantités 
dont l'aiguille s'écarte du plan de son méridien augmentent par des diffé- 
rences égales, les sinus correspondans qui, comme je l'ai dit, mesurent les 
forces directrices diffèrer.t de moins en moins les uns des autres, eu sorte qu'aux 
approches de l'angle droit, ils sont presque égaux. 



174 suri LA Vertu Magnétique. 

sens contraire à l'égard du méridien magnétique, sa force 
directrice diminuera , en sorte que l'équilibre ne pouvant 
plus s'établir, l'aiguille continuera de tourner, pendant que 
le barreau restera immobile, jusqu'à ce qu'elle se retrouve 
dans le plan de sou méridien magnétique , avec cette diffé- 
rence que sa position sera renversée à l'égard de celle qu'elle 
avoit naturellement avant l'expérience. 

Le moment le plus favorable , pour présenter un corps 
qui renfermeroit une petite quantité de 1er à l'un des pôles 
de l'aiguille , par exemple au pôle austral, en le plaçant du 
:côté du barreau, paroitroit être celui où la position de l'ai- 
guille seroit exactement perpendiculaire sur le méridien 
magnétique. Car on conçoit crue dans ce cas, où la force di- 
rectrice tend à diminuer, pour le peu que l'aiguille poursuive 
son mouvement de rotation , une très-petite force peut suf- 
fire pour la déranger dans le sens de ce mouvement (i). Mais 
comme il seroit difficile d'arrêter le barreau , précisément au 
terme où la plus légère impulsion qu'on lui donnerait en- 
suite vers l'aiguille , détermineroit le retour de celle-ci au 
plan du méridien magnétique , il suffira que la position de 
l'aiguille soit très-voisine de ce terme , en restant un peu en 
deçà. On placera alors le corps destiné pour l'expérience près 
du bord de l'aiguille qui regarde le barreau , vis-à-vis le 
centre d'action situé dans la partie qui fait un angle légère- 
ment obtus avec la direction de ce barreau. De cette ma- 



(1) Il m'est arrivé quelquefois de saisir cette position, et lorsque je présentois 
à l'aiguille un corps qui ne contenoit qu'une très-légère quantité de fer, en le 
plaçant du côté où l'aiguille avoit une tendance à continuer de tourner, elle 
achevoit de décrire une demi-circonférence. 



sur la Vertu Magnétique. 17^ 

nière , l'attraction du corps sur le pôle auquel on le présente 
conspire avec la tendance de ce pôle à s'approcher du bar- 
reau, pour continuer son mouvement de rotation (1). 

En opérant de cette manière , j'ai observé des effets mar- 
qués, avec des corps dont l'action sur l'aiguille étoit nulle, 
quand l'expérience se faisoit à l'ordinaire. Je vais citer des 
exemples,. en commençant par les substances dans lesquelles 
ïe fer fait fa. fonction de base. 

Fer oligiste (2) ; 

1. Ecailleux; Eisenglimmer de Werner. 

2. Luisant; Rother Eisenrahm, W. 

3. Concrétionné ; Rother Glaskopf , W. 
4* Terreux ; Dichter Rotheisenstein , W. 
Fer oxydé ; 

1. Hématite; Brauner Glaskopf, W. 

2. Géodique; Eisennière, W. 

3. Globuliforme ; Bohnerz , W. 



(1) On conçoit aisément qu'il y a dans les expériences de ce genre, comme 
dans beaucoup d'autres, des détails de pratique que suggère l'habitude, et sur 
lesquels on ne peut prescrire aucune règle. Il arrive quelquefois, par exemple , 
qu'un léger mouvement du barreau, qui fait varier tant soit peu la position de 
l'aiguille dans un sens ou dans l'autre, détermine une action du corps sur cette 
aiguille auparavant immobile en sa présence. Cette sorte de tâtonnement est 
surtout utile lorsque la quantité de fer renfermée dans le corps est extrêmement 
petite. 

(2) J'omets le fer oxydulé, parce que tous les morceaux de cette espèce que j'ai 
éprouvés agissoient sur l'aiguille employée à l'ordinaire. Je passe sous silence, 
pour la même raison , les cristaux de fer oligiste, mon but n'étant que d'indiquer 
les modifications qui se refusent ordinairement à l'action magnétique, lorsqu'on 
les présente à l'aiguille libre. 



l'jG sur la Vertu Magnétique. 

4- Massif ) Gemeiner Thoneisenstein, W. 

5. Pulvérulent (1). Quelques morceaux, parmi ceux qui 
appartiennent à ces variétés, n'ont point donné de signes de 
magnétisme. 

Fer oxydé noir vitreux. 

Fer oxydé résinite ; Eisenpecherz , W. 

Fer carbonate ; Spatheisenstein , W. Plusieurs variétés. 

Fer phosphaté ; Blau Eisenerde , W. Toutes les variétés 
cristallisées du département du Puy-de-Dôme , de Bavière , 
des Etats-Unis et de l'Isle de France , et quelques-unes de 
celles qui sont à l'état terreux. 

Fer chromaté. La variété qui se trouve en France , dans le 
département du Var. Elle n'avoit exercé aucune action sur 
l'aiguille, dans les expériences faites à l'ordinaire. 

Fer arséniaté; Wurfelerz, W. Toutes les modifications 
offrant différentes teintes de vert. 

Parmi les autres substances dans lesquelles le fer n'entre 
pas comme base , ou n'intervient que comme principe colo- 
rant , je me bornerai à en citer trois, dont l'une est une 



(1) On a cru que le fer oxydé, surtout celui cjui est terreux, n'agissoit jamais 
sur l'aiguille aimantée. Mais diverses observations que j'ai faites démentent ceUe 
opinion. M. Johert, jeune minéralogiste, qui a suivi mon dernier cours, où il 
s'est distingué par son assiduité et par ses progrès, ayant présenté à l'aiguille un 
cornet de papier, qu'il avait rempli en partie de feroxydé granuliforme jaunâtre, 
des environs de Mézières , département des Ardennes, a remarqué dans cette ai- 
guille une déviation très-sensible. 



sur la Vertu Magnétique. 177 

substance acidifère , et les deux autres sont des substances 
terreuses. 

1. Chaux carbonatée ferro-manganésifère , braunspath de 
Werner. Plusieurs variétés, înênie de celles qui sont blan- 
ches, avec un éclat perlé. 

2. Grenat. Toutes les variétés , même les plus transpa- 
rentes, qui se refusent à l'action de l'aiguille dans l'expé- 
rience ordinaire. J'y comprends celle qui est d'un jaune- 
verdâtre , et dont M. Werner a fait une espèce particulière 
sous le nom de grossular. 

3. Péridot. Toutes les variétés soit cristallisées _, soit gra- 
nuliformes. 

On voit par ce qui précède que la méthode du double 
magnétisme donne une grande extension au caractère qui se 
tire de l'action sur l'aiguille aimantée. Ainsi, on pourra le 
citer parmi les caractères spécifiques de diverses espèces de 
fer , dans les cas où il étoit omis. A l'égard du grenat et du 
péridot, je remarquerai que le premier est la seule substance 
•qui possède ce caractère, parmi les pierres d'une couleur 
rouge, et qui portent le nom de gemmes , et que le second 
en jouit seul, parmi celles dont la couleur est mêlée de jaune 
et de verdàtre. Il en résulte que le même caractère peut 
concourir utilement avec les autres que fournit la physique, 
pour la distinction des pierres dont il s'agit, lorsqu'elles sont 
dans l'état où leurs formes naturelles ont disparu, pour faire 
place aux formes arbitraires que le travail des lapidaires leur 
a prêtées, et que le danger des méprises s'accroît àpropor- 
Mém. du Muséum, t. 3. 23 



iy8 sur la Vertu Magnétique. 

don des différences souvent très-considérables entre les va- 
leurs qu'on assigne à ces objets, suivant la diversité des noms 
sous lesquels ils circulent dans le commerce (1). 

(1) Parmi les caractères physiques dont je viens de parler, il en est de géné- 
raux, tels que la pesanteur spécifique, la dureté et la réfraction double ou simple. 
Les autres, comme la vertu électrique acquise par la chaleur et le magnétisme, 
sont particuliers à certains minéraux. On peut, en combinant ces divers carac- 
tères, parvenir , avec de l'exercice, à l'art de distinguer d'une manière sùrc les 
pierres fines les unes des autres, après qu'elles ont été taillées, ainsi que je le 
ferai voir dans la nouvelle édition de mon Traité de Minéralogie. 



'79 



MÉMOIRE 

Sur le Melicocca et quelques espèces nouvelles 
de ce genre de Plantés. 

PAR M. A.-L. DE JUSSIEU. 



JL armi les plantes observées par Commerson dans les Isles 
de France et de Bourbon et recueillies de ses herbiers, il 
existe un arbre dont le tronc peu considérable a ses der- 
nières ramifications droites , minces , très-longues , propres 
à faire des gaules ou gaulettes , des cannes , des toises , des 
lignes de pêcheur , des baguettes de fusil , des manches de 
coignées , des arcs, des flèches, des tiges de l'arme que les 
nègres nomment sagaye, d'où vient le nom de bois de gau- 
lette ou bois de sagaye donné à cet arbre dans les colonies. 
Les charpentiers s'en servent aussi pour cheviller leurs pièces 
d'assemblage ; on en fait encore des pieux , des échelles , 
parce qu'il est dur et qu'il subsiste assez long-temps avant de 
se décomposer. 

Les feuilles de cet arbre qui ne croissent qu'à l'extrémité 
des rameaux sont alternes , pennées , sans impaire , com- 
posées ordinairement de deux à trois paires de folioles en- 
tièreSj ovales, lisses, preque luisantes, sessiles sur un pétiole 
commun un peu aplati. Ce nombre de folioles est quelque-* 

23* 



I#0 SUR LE MeLICOCCA. 

ibis très-augmenté clans les jeunes rameaux qui ne portent 
pas de fleurs. Nous en retrouvons clans les herbiers qui ont 
quatre à six et quelquefois jusqu'à neuf ou dix paires de 
folioles, et, à mesure que ce nombre. augmente , leur gran- 
deur diminue en même proportion , de sorte que les feuilles 
à dix paires ont leurs folioles réduites au sixième de dimen- 
sion de celles des feuilles à deux paires. Cette variation est 
un jeu de la nature qui donne aux divers échantillons de la 
même plante l'aspect d'espèces très-différentes. 

Les fleurs placées aux aisselles des feuilles et au sommet 
des rameaux sont rassemblées en têtes ou paquets composés 
de grappes courtes et serrées. Commerson, sur les pieds 
observés d'abord par lui , n'a vu que des fleurs mâles qui, 
privées de pétales, avoient seulement un calice à cinq divi- 
sions profondes et arrondies , et des étamines au nombre de 
cinq ou six ou plus, portées sur un disque glanduleux occu- 
pant le fond de la fleur. Ce naturaliste voyageur croyoit 
qu'il devoit exister des individus portant des fleurs femelles; 
mais des échantillons tirés -de son herbier offrent des fleurs 
véritablement hermaphrodites munies des deux organes 
sexuels ; d'où il suit que dans le système de Linnaeus cet 
arbre devroit appartenir à la polygamie, puisqu'il a des 
pieds uniquement chargés de fleurs mâles, et d'autres de fleurs 
hermaphrodites. Celles-ci observées sur le sec ont présenté 
de même un calice à cinq divisions arrondies et couvertes 
d'un léger duvet à l'extérieur; cinq à huit étamines parais- 
sent insérées sous un ovaire couronné d'un style très-court 
terminé par un stigmate à trois lobes; une capsule un peu 
charnue , presque sphérique , imitant par sa forme le fruit 



SUR LE MeLICOCCA. ï8l 

d'un limonia ou d'un oranger dans son premier dévelop- 
pement, à deux loges remplies d'autant de graines. Celles-ci, 
enveloppées dans une coque un peu ligneuse , sont planes 
d'un côté , convexes de l'autre ; leur embryon , dénué de 
périsperme , a sa radicule repliée sur les deux lobes qui sont 
eux-mêmes un peu recourbés. 

Les caractères que l'on vient de tracer annoncent que le 
bois de gaulette ne peut être un zanthoxylwn , comme 
l'avoit cru d'abord Commerson , mais appartient à la famille 
des Sapindacées que nous avons signalée soit dans le gênera, 
soit dans le quatrième volume des Annales. On y retrouve 
en effet le même port, la même disposition des feuilles, la 
même proportion dans le nombre respectif des étamines et 
des divisions du calice , et surtout la même structure de 
l'embryon. Cependant il est privé d'une corolle généralement 
existante dans cette famille ; mais cette privation ne peut être 
ici un signe exclusif puisqu'elle a lieu dans d'autres Sapin- 
dacées. D'ailleurs on observe que le corps glanduleux de la 
fleur mâle est divisé profondément et comme partagé en 
cinq lobes qui semblent tenir lieu de corolle. En parcou- 
rant les deux sections admises dans la famille , on voit que 
l'arbre décrit ne peut appartenir à la première qui a des pé- 
tales doubles et des feuilles ternées ou pennées avec im- 
paire. Il a plus d'affinité avec la seconde dans laquelle on 
remarque des pétales simples et le plus souvent des feuilles 
pennées sans impaire , ainsi que des fleurs mâles associées 
avec des fleurs hermaphrodites. Ces divers caractères se re- 
trouvent surtout dans le cupania et le melicocca. Mais le 
fruit du cupania étant une capsule coriace à trois angles et 



i8a sur le Melicocca. 

trois côtes, le bois de gaulette ne peut s'y rapporter. Il se 
se rapproche plus du melicocca dont on ne cite qu'une 
espèce , surtout depuis que M. Swartz , dans ses observa- 
tiones , assure que des pieds de ce genre portent seulement 
des fleurs mâles et d'autres des fleurs hermaphrodites. On 
lui trouve à la vérité ordinairement une seule loge et une 
seule graine , et l'échantillon dont nous offrons la gravure 
est dans ce cas \ mais c'est certainement l'effet d'un avorte- 
ment , puisque M. Jacquin , auquel nous devons une bonne 
description de ce genre , dit positivement que son fruit ren- 
ferme quelquefois deux ou trois noix. Cette indication peut 
même faire supposer que le bois de gaulette a aussi une graine 
avortée , et que dans ces deux plantes le nombre de trois 
loges pu trois graines est le plus naturel. Les seules diffé- 
rences entre ces deux végétaux consistent en ce que le meli- 
cocca a quatre divisions au calice et l'autre cinq, et qu'il a 
de plus des pétales dont l'autre est dépourvu. Le premier 
caractère est peu important; le second qui n'exclut point le 
bois de gaulette des Sapindacées pourroit bien aussi , dans les 
principes de l'ordre naturel , être insuffisant pour le séparer 
du melicocca. On se confirmera dans cette opinion en com- 
parant tous les autres caractères qui sont absolument con- 
formes , à l'exception de la disposition des grappes de fleurs 
plus éparses et plus lâches dans le genre ancien. 

On pourroit tirer le nom spécifique de cette seconde es- 
pèce de l'absence de la corolle, s'il n'en existoit pas une troi- 
sième dans laquelle cette enveloppe florale manque égale- 
ment. C'est un arbre de l'île de Ceylan , qui paroît même 
devoir tenir le milieu entre les deux. M-. Rouler , mission- 



sur le Mllicocca. i83 

naire danois à Tranquebar, l'avoit envoyé sous le nom de 
Conghas au célèbre Vahl avec une description détaillée. 
Celui-ci me la communiqua dans une lettre en me faisant 
passer un échantillon de la plante. Postérieurement j'ai reçu 
la même de M. Willdenow qui l'avoit publiée comme genre 
nouveau sous le nom de schleichera , dans le quatrième 
volume de ses Species, p. 1096, avec une description assez 
longue faite sur les lieux par M. Klein. En comparant cette 
description avec celle de M. Piottier, on trouve entre elles 
peu de différences. Toutes deux annoncent des fleurs sans 
corolle , mâles sur un pied , hermaphrodites sur un autre. 
Le calice est à cinq ou six divisions profondes, égales, légè- 
rement velues à l'intérieur. Le fond de la fleur est occupé 
par un disque charnu orbiculaire relevé sur ses bords , et 
laissant échapper de son milieu sept à huit filets parsemés de 
poils et terminés chacun par une anthère. L'ovaire des fleurs 
hermaphrodites chargé aussi de quelques poils est obtus , lé- 
gèrement triangulaire, surmonté d'un style court terminé par 
trois et plus rarement quatre stigmates. Le fruit devient un 
brou ou une baie sèche , recouverte d'une croûte coriace et 
cassante, contenant dans son intérieur, suivant M. Klein, 
une seule graine \ suivant M. Rottler, trois noix dont une ou 
deux avortent souvent \ et celui-ci ajoute que ces noix en- 
tourées d'une palpe gélatineuse sont biloculaires,. et sans 
spécifier le nombre des amandes contenues il ajoute qu'elles 
sont allongées et huileuses. M. Turpin, dont nous joignons 
ici le dessin de la plante composé sur des individus secs, a fait 
lui-même l'analyse de la fructification et il a trouvé trois loges 
dans le jeune ovaire. 



l84 SUR LE MELICOCCA. 

En comparant ces divers caractères avec ceux du meli- 
cocca et du bois de gaulette , on y retrouve une grande 
affinité. Le conghas ou schleichera a tout le port du meli- 
cocca, la même disposition des feuilles et des fleurs, des indi- 
vidus mâles et des hermaphrodites , une conformité dans la 
structure des fleurs et des fruits, avec cette seule différence 
que l'une manque des pétales qui existent dans l'autre. 
MM. Jacquin et Swartz qui n'admettent qu'une graine dans 
le caractère générique du melicocca , disent positivement 
dans leur description que les plus gros fruits ont quelquefois 
deux ou trois graines; ce qui prouve que l'unité n'est que le 
résultat d'un avortement , comme M. Pvottler l'a observé 
dans le conghas. Les noix de cette dernière plante qu'il dit 
biloculaires_, ne sont peut-être que la réunion de deux noix 
collées ensemble \ et lorsque M. Swartz , dans son caractère 
du melicocca, observe que sa noix renferme un noyau qui 
peut se partager en deux, nucleus in duos paires dwisibilis , 
il paroît exprimer la même organisation. L'affinité du con- 
ghas avec le melicocca , malgré l'absence de la corolle , est 
encore confirmée par celle du bois de gaulette avec ce 
genre , quoiqu'il soit également dépourvu de cette enve- 
loppe florale. 

Nous avons trouvé dans notre herbier un individu en fruit 
d'un autre arbre ayant tout le port du melicocca , les feuilles 
également bijuguées à folioles entières , et de la même tex- 
ture , mais différent par ses fruits de forme non ovale mais 
sphérique, disposés non en épis mais en corimbe ou pani- 
cule courte. Ces caractères suffisent pour constituer une 
nouvelle espèce, mais nous n'aurions pu connoitre son orga,- 



sur le Melicocca. i85 

nisation entière si M. Poiteau ne nous eût communiqué 
des individus en fleurs et en fruit de la même plante cueillis 
par lui à Saint-Domingue , avec sa description et son dessin 
faits sur les lieux. Il avoit trouvé, comme dans la première 
espèce , des pieds mâles et d'autres hermaphrodites. Les uns 
et les autres ont un calice à cinq divisions profondes , cinq 
pétales de même longueur insérés sur un disque presque 
entier placé sous l'ovaire \ dix étamiaes partant du même point, 
égales aux pétales dans la fleur hermaphrodite , plus longues 
dans celle qui est mâle. Les anthères de la première sont pe- 
tites et stériles, selon cet observateur ; celles de la seconde 
sont plus grandes et remplies de pollen. L'ovaire est à trois 
loges, surmonté d'un style terminé par un stigmate en tête; 
il devient un brou ou coque sphérique un peu charnue , à 
une seule loge, par suite de l'avortement des deux autres 
dont on retrouve les vestiges. Elle contient une seule graine 
de même forme dont la radicule est inclinée sur les lobes 
qui sont droits. Cette espèce est celle qui se rapproche le 
plus du melicocca de M. Jacquin, à la suite duquel sa place 
est assignée. 

Notre herbier renferme un seul individu d'une autre 
plante que nous trouvons étiquetée du Cap de Bonne Espé- 
rance et recueillie par Sonnerat. Il est plus que probable qu'elle 
est plutôt de l'Isle de France ou de la côte de Coromandel 
que ce voyageur, avoit également visitées, et que cet individu 
aura été mêlé par mégarde dans son herbier du Cap. Cette 
espèce , qui a, comme la précédente, un fruit sphérique mais 
plus petit, se distingue aussi par ses feuilles composées de dix 
à douze folioles plus petites que dans les autres espèces, dis- 
Mém. du Muséum, t. 3. 24 



ï8G SUR LE MeLICOCCA. 

posées sur cinq ou six rangs, de forme ovale , et surtout mar- 
quées à leur sommet de cinq ou six dents écartées. M. Turpin, 
qui a fait l'analyse de sa fructification, a vu un calice à cinq 
divisions, quelques pétales encore subsistans et les vestiges 
des autres ainsi que des huit étamines. Il a retrouvé le disque 
placé sous le fruit et le style terminal muni de son stigmate 
un peu renflé. Ce fruit ouvert lui a montré une seule loge 
remplie de sa graine et les vestiges très-apparens de deux 
autres loges avortées. Cet individu paroît hermaphrodite ^ et 
l'on peut supposer l'existence d'un autre individu mâle. Le 
lieu naturel de cette espèce est à la suite de celles de 
MM. Jacquin et Poiteau. 

De ces diverses observations il résulte que le genre meli- 
cocca , jusqu'à présent composé d'une seule espèce, en pos- 
sède maintenant cinq bien distinctes, caractérisées chacune 
par un signe qui lui est propre : i«. celle de M. Jacquin par 
son fruit ovoïde ; i°. celle de M. Poiteau par ses fleurs 
paniculées; 3°. celle de Sonnerat par ses folioles plus pe- 
tites , plus nombreuses et dentées 5 4°- I e bois de gaulette 
par ses fleurs agglomérées , et surtout ses feuilles très- 
variables par la forme et le nombre de leurs folioles ; 5°. en- 
fin le conghas de Ceylan par ses feuilles habituellement tri- 
juguées. Ces caractères peuvent servir pour la dénomination 
de chacune de ces espèces en changeant l'épithète bijuga 
de la première qui est propre également à la seconde et à la 
quatrième. 

Nous présenterons ici en latin le caractère du genre , le 
nom et le caractère des espèces. 



sun le Melicocca. 187 

MELICOCCA. Calix quadri aut quinquepartitus persisfens. Petala 
foiidera aut nulla, inserta disco hypogyno subintegro aut lobato. 
Stamina saepiùs octo Ibidem inserta. Ovarium superuni sœpius trilo- 
culare; sfy'us unicus; sfigma capitatum aut subfriloburn. Drupa 
corticata .séepiùs unilocularis, monosperma , loculo et semine uno aut 
duplici plerumqirè abortivo. Semina angula loculorum interiori 
affixa. Eaibryo absqne perisperrno, radiculâ in lobos vix curvos 
inflexà. Fiores in distiuctis individuis rnasculi. Arbores aut frutices. 
Folia alterna, bi,tri, aut mulfijuga, plerumque intégra , rarô dentata. 
Flores axillares aut terminales, spicati aut glomerati aut paniculati. 

M. carpoodea. T. 4. — M. bijuga. Linu. Willd. — Melicoccus bi- 
jugatus Jacq. Am. — Folia bijuga magna; flores spicati terminales aut 
axillares. Calix quadripartitus; petala 4; drupa ovata, abortu mono- 
sperma. Habitat in insulis Antillanis. 

M. paniculatA T. 5. — Folia bijuga magna; flores corymboso-pani- 
culati, axillares et terminales. Calix quinquepartitus. Petala qninque. 
Drupa sphaericea monosperma. Habitat in Sto. -Domingo. 

M. dentata T. 6. — Folia quinque aut sexjuga foliolis parvi.° apice 
denfatis aut crenatis; pedunculi pauciflori axillares; calix quinque- 
partitus; petala quinque; drupa sphœricea, prœcedentibus duplo 
minor , abortu monosperma. Habitat in insulâ Gallicâ. 

M. DIVERSIFOLIA T. 7. — Bois de Gaulette. — Folia quinquies aut 
sexies aut novem juga; foliola minora sensim dum plura flores glo- 
merati axillares. Calix quinquepartitus. Petala nulla. Drupa sphœri- 
cea ( abortu? ) disperma. Habitat in insulâ Gallicâ. 

M. trijuga. T. 8. — Schleichera trijuga Willd. 4, p. 1096. — Con- 
ghas de Ceylan. — Folia trijuga; flores laxè spicati axillares et termi- 
nales. Calix quinquepartitus; petala nulla. Drupa ex Rottler sphae- 
rica bi aut trilocularis } bi aut trisperma. 

2 4* 



l8(S SUR LE MeLICOCCA. 



EXPLICATION DES PLANCHES. 

(Toutes sont représentées de grandeur naturelle.) 

Melicocca carpoodea. (PI. IV. ) 

1. Fleur mâle. — 2. La même entièrement ouverte. — 3. Pistil d'une fleur her- 
maphrodite. — 4. Le même coupé horizontalement pour faire voir que l'ovaire 
n'a qu'une loge. — 5. Fruit dont on a enlevé la moitié de la partie molle. 
— 6. Graine contenue dans la partie osseuse du péricarpe. — 7. Embryon 
isolé. 

Melicocca paniculata. ( PI. V. ) 

1. Fruits de grosseur naturelle. — 2. Fleur mâle. — 3. Etamine grossie. — 
4. Pistil avorté d'une fleur mâle autour duquel on a arraché le corps glan- 
duleux. — 5. Fleur hermaphrodite femelle. — 6. Pistil de la même. — 7. Ovaire 
coupé horizontalement pour faire voir les trois loges. — 8. Fruit dont on a 
enlevé circulairement la partie molle, pour faire voir qu'une seule graine se 
développe et qu'à côté, dans l'épaisseur du péricarpe, se trouvent repoussées 
les deux loges avortées. — 9. Embryon isolé. C'est l'individu mâle que l'on 
a figuré en fleur. 

Melicocca dentata. (PI. VI.) 

Le haut de cette planche est occupé par 4 feuilles appartenant au Melicocca 
glomeriflora. 

1. Enveloppe florale détachée de la base d'un fruit :elle présente un calice à 
5 parties, une corolle de 5 pétales, huit étamines et le disque glanduleux 
interposé entre les étamines et le calice. 

2. Fruit entier. — 3. Le même, coupé horizontalement pour faire voir que 
dans l'épaisseur de la partie molle se trouvent deux loges avortées et dans 
laquelle on distingue encore deux ovules avortés. 

Melicocca diversifolia. (PI. VIL) 

a. Individu mâle. — b. Individu hermaphrodite. 

1. Fleur mâle. La même dont on a enlevé le calice pour faire voir que dans 
celte espèce le disque glanduleux est profondément divisé, et qu'il pourroit 
bien faire soupçonner la présence d'une corolle. — 3. Fleur hermaphrodite. 



Toni ■ 5 . 



F/. A, 




Turi/m <kl 



MEL1CO CCA cajwodea/. 




MELICOCCA fum/cu/aût . 



Tom- -. 5 , 



PI. G. 




Tùrvui aei ■ 



1. ALELICOCCA diversi/o/ùr . 2. MELICOCCA dentccta 




Turorn de&. 



MELIC '(>('( 'A dmerj-fi&a . 



'OJH ■ o 



PL S. 




Turm/i dei 



MELICOCCA trif'uàa/. 



sur le Melicocca. 189 

— 4. Lamènie, dépouillée de son calice. — 5. Coupe horizontale d'un fruit 
dans laquelle on ne Toit que deux graines. 

Melicocca trijuga. ( PI. VIII. ) 

a. Individu mâle. — h. Individu femelle. 

I. Fleur mâle. — 2. Pislil d'une fleur hermaphrodite femelle. — 3. Coupe ho- 
rizontale d'un ovaire triloculaire. 



igo 



NOTE 

SUR LES CIERGES; 

Description d'une nouvelle espèce qui a fleuri 
cette année au Jardin du Roi. 

PAR M. DESFONTAINES. 



.Li'oRBBE ou famille des cierges est composé, comme Ton 
sait, de plantes charnues, de formes très -variées, garnies 
d'épines divergentes réunies en faisceaux , et dont les carac- 
tères de la fructification ont été très- bien exposés dans le 
Gênera Plantarum de M. de Jussieu. Je m'abstiendrai de 
répéter ce qu'il en a dit, n'ayant rien de nouveau à y ajouter; 
mais quoique les cierges aient beaucoup d'affinité avec les 
groseilliers, je pense néanmoins qu'ils ne doivent pas être 
réunis dans le même ordre. Les tiges charnues des cierges, 
Jeurs pétales et leurs étamines en nombre indéfini, leurs 
graines sans périsperme, organe qui existe dans celles des 
groseilliers ^ sont des caractères suffisans pour les distinguer 
et en former deux ordres séparés. 

Les cierges croissent spontanément dans les pays chauds. 
On en trouve un grand nombre d'espèces au Chili, au 
Mexique, au Pérou, au Brésil et autres contrées de l'Ame- 



sur les Cierges. 191 

rique. Plusieurs ont des usages économiques. Les fruits du 
cactus fimbriatus Lamarck, qui sont d'un beau rouge de 
feu, de la forme et de la grosseur d'une orange, renferment 
une pulpe tendre, et acidulé très - agréable au goût. Dans 
l'Amérique méridionale on mange les fruits du cactus gran- 
djflorus et de plusieurs autres. Ceux de l'espèce que Plu- 
mier a désignée sous les noms de cactus trigonus , Jlore 
albo ,Jructu violaceo, et qui n'est peut-être qu'une variété 
du cactus triangularis Lin. ,sontexcellens et fort recherchés. 

En Espagne et sur les côtes de Barbarie où le cactus 
opuntia s'est beaucoup multiplié, on en mange les fruits 
pendant l'été $ leur saveur n'est pas très -agréable, mais ils 
sont nourrissans et rafraîchissans. On plante Y opuntia autour 
des jardins et des habitations, on en forme des haies impé- 
nétrables, les troncs desséchés servent au chauffage, et on 
nourrit les bestiaux avec les jeunes branches, après avoir 
enlevé les épines dont elles sont hérissées. 

La cochenille se nourrit du suc du cactus coccinillifer et 
se multiplie sur cette plante. 

Bartram rapporte qu'il a vu dans la Floride , un opuntia 
sans épines dont les individus étoient couverts de coche- 
nille sauvage. Cette espèce ou variété dont l'auteur n'in- 
dique pas le nom propre, seroit utile à acquérir, parce qu'il 
est probable qu'elle pourroit vivre avec l'insecte en pleine 
terre dans nos départemens du midi. L'auteur dit qu'il gèle 
et qu'il tombe de la neige dans le pays où elle croît sponta- 
nément, et il ajoute qu'il y a dans les mêmes contréeSj un 
autre opuntia dont le fruit donne une couleur analogue à celle 



192 sur les Cierges. 

de la cochenille , et que les habitans emploient à la teinture 
des étoffes (1). 

Plusieurs cierges , tels que le cactus grandiflorus , le cac- 
tus serpentinus , le cactus speciosus de M. Bonpland, 
donnent de très- belles fleurs; quelques-unes, comme celles 
du cactus grandiflorus, du cactus perupianus , se flé- 
trissent dans l'espace de six à huit heures. Celles au con- 
traire du cactus Jlagelliformis, du cactus speciosus et autres, 
conservent leur éclat pendant plusieurs jours. 

Les cierges se plaisent dans les terreins secs, légers, sa- 
blonneux ou pierreux., et ils n'aiment pas l'humidité. Quel- 
ques-uns sont parasites. Sous le climat de Paris on les abrite 
dans la serre chaude. Ils se multiplient facilement de bou- 
tures. Certaines espèces, telles q«c le cuutus niamillaris\j, 
sont lactescentes, mais ce suc n'est point acre et caustique 
comme celui des euphorbes. 

Les cierges se divisent en plusieurs sections, qui forment 
des groupes assez distincts et assez naturels, savoir : 10. les 
opuntia ou raquettes à tiges et à rameaux comprimés. 2 . 
Les phyllantes {phyllanti) qui ont la tige et les rameaux 
très-aplatis, et ayant la forme de feuilles. 3°. Les mameîo- 
nés (mamillares) , dont la tige épaisse, arrondie ou oblongue, 
est parsemée de mamelons couronnés d'épines. 4°- Les mé- 
locactes ( melocacti ) à tige épaisse , anguleuse , sans mame- 
lons, et imitant à peu près la forme d'un melon. 5°. Les 
vrais cierges (cacti veri) dont la tige s'élève droite et se 
soutient d'elle-même. 6°. Les cierges rampans {repentes). 

(1) Bartram an account of East Florid., p. 48, 



Tom ■ 3. 




CA C TUS j-neciosùsJmiur 



sur les Cierges. iqB 

7°. Les cierges parasites (parasitici). 8°. Les peiresk 
{peres~kiœ ) dont la tige est cylindrique, flexible et garnie 
de feuilles. 

Le Cactus speciosissùnus , dont je vais donner la descrip- 
tion, appartient à la 5 e . division des cierges. C'est peut-être 
le même que celui qui a été indiqué par M. Willdenow 
sous le nom de cactus speciosus , dans le Supplément à 
l'énumération des plantes du jardin de Berlin; mais comme 
l'auteur n'en a pas donné de description, je ne peux l'assurer 
positivement. Dans cette incertitude je n'ai pas cru devoir 
adopter son nom, qui d'ailleurs avoit déjà été donné par M. 
Bonpland aune espèce très -différente, qu'il a publiée dans 
le jardin de Malmaison. 

CACTUS SPECIOSISSIMUS. (PI. IX.) 

Cactus caule erecto , 3-4 gono ; angulis deatatis ; flore campauu- 
lato-patente; genitalibus declinatis; stigmatibus decem geminatis. 

D'une même souche sortent plusieurs tiges droites, charnues, verticales , trian- 
gulaires et tétragones, simples ou peu rameuses, longues de deux à trois pieds, 
d'un à deux pouces de diamètre, d'épaisseur inégale dans leur longueur. Sur- 
faces lisses, excavées longitudinalement en gouttière. Angles légèrement sinués 
et dentés. De chaque dent naît un faisceau d'épines divergentes, inégales, jaunes- 
pâles, quelquefois brunes, entourées d'un coton blanc, court et très-serré. 

Fleurs horizontales ou un peu inclinées , naissent sur les angles des tiges. 

Calice monophvle , divisé en plusieurs lanières membraneuses sur les bords , 
vertes dans le milieu ; les extérieures ovales, plus petites ; les intérieures lancéo- 
lées, concaves, inégales , nuancées de rose. 

Corolle évasée, campaniforme, longue d'environ six pouces, sur une largeur 
à peu près égale. 20 à 25 pétales d'un rouge de sang très-vif, attachés au collet 
du calice. Les extérieurs lancéolés, aigus; les intérieurs ovales- allongés, plus 
larges, chatoyans, d'un rose violet sur les bords. 

Etamines très-nombreuses. Filets grêles, cylindriques, blancs, nuancés de 
rose , abaissés , rapprochés en un faisceau , adhérens comme les pétales au collet 

Mém. du Muséum, t. 3. 25 



ig4 SUR LES ClEEGES. 

du calice, les inférieurs graduellement plus longs que les supérieurs et à peu 
près de la longueur des pétales. Anthères oblongues, petites, attachées par la 
hase au sommet des filets. Pollen blanc, composé de petits grains sphériques. 

Style un peu épais, rose, abaissé, cylindrique, plus court que les étamines 
inférieures, terminé par dix. stigmates blancs, grêles, peu ouverts, rapprochés 
deux à deux. 

Ovaire infère , cylindrique, long d'un à deux pouces, légèrement sillonné, 
parsemé sur les angles de petites écailles obtuses , un peu relevées , sous chacune 
desquelles se trouve un petit faisceau d'épines sétiformes. 

Les fleurs sont inodores; elles restent épanouies et brillent de l'éclat le plus 
vif pendant plusieurs jours. La première s'est ouverte le 16 juin, et a conservé 
toute sa fraîcheur pendant cinq jours. Un second individu a fleuri dans le cou-> 
rant de juillet. 

Le Jardin du Roi doit cette belle plante, à M. le comte 
de Salm. Il l'avoit reçue du jardin de Madrid. On croit qu'elle 
est indigène du Mexique. Elle passe l'hiver dans la serre 
chaude. 



195 



NOTICE. 

SUR 

QUELQUES COQUILLES FOSSILES 

DES ENVIRONS DE BORDEAUX. 
PAR M. FAUJAS-DE-SAINT-FOND. 



1V1. de Lamarck en publiant, dans les Aimales du Muséum 
d Histoire naturelle , son utile travail sur les Coquilles 
fossiles de Grignon , ainsi que sur celles des environs de 
Paris , qu'il a accompagné de nombreuses figures dessinées 
avec soin d'après nature par les peintres du Muséum , a 
rendu un service très-important à l'histoire des révolutions 
de la terre , en faisant connoître par de bons caractères et 
par des descriptions très -claires et très -méthodiques cette 
multitude de corps organisés , dont la plus grande partie est 
étrangère à nos mers européennes. 

M. de Lamarck ne s'est pas contenté de déterminer avec 
soin tant de genres et des espèces si nombreuses, mais il les 
a disposés dans un ordre et d'après une méthode qui est le 
résultat de longues et pénibles recherches, méthode systé- 
matique qu'il vient de perfectionner encore avec autant de 
clarté que de justesse, et qu'il s'occupe de publier à la suite 
de son grand ouvrage sur les animaux sans vertèbres. 

Cette classification des genres et des espèces, dans l'His- 

2 5* 



196 quelques Coquilles Fossiles. 

toire naturelle des Coquilles vivantes , est attendue avec 
d'autant plus d'impatience qu'elle permettra à tous les na- 
turalistes de s'entendre, et les dispensera à l'avenir de ces 
longues et fatigantes synonymies qui consomment stérile- 
ment beaucoup de temps, et employent presque toujours 
en pure perte tant de pages dans les nombreux ouvrages qui 
ont traité isolément des mollusques testacés. 

Si des savans, à l'exemple de M. de Lamarck, et en se 
conformant à sa méthode, vouloient s'occuper de la des- 
cription des grands et remarquables gissemens de coquilles 
fossiles, qu'on trouve en si grande abondance dans diverses 
parties de la France , particulièrement à Courtagnon en 
Champagne ; dans les vastes et profondes falwiières de 
la Touraine ; dans les environs de Cherbourg , de Bor- 
deaux , de Dax , de Symore , des Montagnes Noires 
non loin de Castelnaudari } de Montpellier et de ses 
alentours si riches en fossiles ; de Saint Triés non loin de 
Boulene dans le département de Y Ardèche , et de tant 
d'autres lieux qu'il seroit trop long de rappeler ici ; il en 
résulterait tôt ou tard de grands avantages pour la géologie, 
qui obtenant par là des bases solides et invariables ne se- 
roit plus accusée si injustement de s'appuyer sur des conjec- 
tures et des suppositions arbitraires ou idéales. 

En attendant que les naturalistes français , marchant sur 
res traces de M. de Lamarck , soient animés du même zèle 
pour l'Histoire naturelle des corps marins fossiles de leur 
pays, que celui que montrent dans ce moment tant de 
savans zoologistes anglais pour les recherches et la publica- 
tion des mêmes fossiles de la Grande-Bretagne, relativement 



Tbni . 3 ' . 



PI. 



10 




F.z. i. 



F. 2. 




F.%. 




F. 3. 




F.Sii. 





F. 2.3. 




F.i.è. 




COQUILLES FOSSILES des environs de, £orde4U*z. 



quelques Coquilles Fossiles. 197 

à la géologie 5 je vais donner ici la figure de quelques co- 
quilles fossiles de Y arrondissement de Bordeaux , dont 
quelques-unes m'ont paru inédites , et qui sont d'une con- 
servation et d'une pureté qui ne laisse rien à désirer. 

Je dois à ce sujet de la reconnoissance à M. Nitot Du- 
fresne résidant à Léognan , dans une propriété entourée, 
pour ainsi dire, de toute part de corps marins fossiles. Cet 
ami des arts et des sciences naturelles , a eu la complaisance 
de me faire un envoi de coquilles qu'il a recueillies lui-même, 
et parmi lesquelles j'ai cru devoir distinguer celles qui sont 
figurées dans la planche ci-jointe. 



EXPLICATION DE LA PLANCHE. 

Fig. i<*. Est une belle Cancellaire à angle aigu. Cancellariaacutangula'La.m&Yck. 

Fig. iB. La même coquille vue sur sa face opposée. 

Fig. 2 a . Cancellaire Cabestan. Cancellaria trochlearis Lamarak.. 

Fig. 2 b . La même figure sur son autre face. 

Fig. 3 a . Petit Buccin que je crois inédit; je lui donne le nom de Buccin da 
Vénus, Buccinum Veneris , eu raison de sa forme et de la légèreté de soa 
travail. 

Fig. 3B. Le même, vu sur sa contre-partie. 

Fig. 4". Est une irès-belle et très-rare Monodonte dont la forme et l'ouvrage sont 
de la plus grande élégance ; c'est pourquoi j'ai cru devoir la désigner sous 
îe nom de Monodonte élégante : Wlonodonta elegans. 

Fig. 4B. La même coquille vue sur un autre sens. 



198 



ANALYSE 

DU SEIGLE ERGOTÉ 

DU BOIS DE BOULOGNE PRÈS PARIS. 
PAR M. VAUQUELIN. 



IVi. Desfontaines , chargé par l'Académie des Sciences, 
d'examiner une note de M. Virey sur l'ergot du seigle, m'a 
engagé à cette occasion de soumettre de nouveau l'ergot à 
l'analyse chimique. Je me suis chargé d'autant plus volon- 
tiers de ce travail que l'objet intéresse de plus près la santé 
de l'homme et des animaux. Déjà plusieurs chimistes distin- 
gués, et notamment MM. Bucquet et Cornet (voyez Traité 
des Maladies des Grains , par M. Tessier), ont fait l'ana- 
lyse du seigle ergoté, et j'avoue qu'ils n'ont laissé que fort 
peu de chose à faire, quant à la composition matérielle de 
Tergot ; mais comme il n'en est pas de même des causes 
qui ont déterminé la production de l'ergot, je, crois devoir 
publier le peu que j'ai fait , espérant réveiller par là l'atten- 
tion des naturalistes et des chimistes. 

Propriétés physiques de V Ergot. 
( Couleur ). Violacée à l'extérieur, blanche dans l'inté- 



rieur» 



du Seigle ergoté. 19g 

( Forme. ) Cylindrique , dont les extrémités sont plus ou 
moins effilées, et recourbées en forme de croissant , ayant 
une raie sur la partie convexe , ainsi que sur la partie concave. 

( Saveur. ) Nulle au premier moment , mais acre et dés- 
agréable au bout d'un certain temps. 

Une graine coupée transversalement et vue au microscope, 
a présenté des points blancs , comme de l'amidon ; la pellicule 
colorée qui en forme l'enveloppe extérieure, soumise à la 
même expérience, a offert une masse violacée parsemée de 
petites parcelles blanchâtres. 

Essais par différens agens pour savoir quel étoit le 
véritable dissolvant de la matière colorante de l'Ergot. 

Plusieurs graines mises dans une fiole avec de l'alcool , 
ne l'ont pas sensiblement coloré , mais une certaine quantité 
de semences broyées traitée par l'alcool bouillant , l'ont 
coloré en rouge brun violacé. 

L'eau qui a bouilli sur ces mêmes semences a été colorée 
en beau rouge violacé, couleur qui étoit moins intense que 
par l'alcool. 

L'eau alcalisée par le sous-carbonate de potasse s'est colorée 
à froid en rouge lie de vin , couleur qui devient plus pro- 
noncée par l'ébullition. . ; 

L'eau acidulée par l'acide acétique , n'a donné à chaud 
aucune couleur remarquable; elle a donné par l'acide sul- 
furique une couleur un peu rouge; par l'acide muriatique, 
la même couleur, mais plus prononcée; par l'acide tartarique 
.une couleur d'un rose très-pâle; par l'acide nitrique, la cou- 
leur a été détruite, car elle a jauni. 



200 DU SEIGLE ERGOTÉ. 

L'eau et l'alcool paroissent être les véritables dissolvans 
des matières colorantes, mais l'eau possède cette propriété 
à un plus haut degré. 

Essais des différentes dissolutions par les réactifs. 

Dissolution aqueuse. Elle rougit le papier bleu de tour- 
nesol, précipite l'acétate de plomb en lilas, l'eau de chaux 
en bleu léger, et la liqueur surnageante reste verte; l'acétate 
de fer est préeipité en gris bleuâtre. 

La dissolution par l'eau alcalisée, précipite j)ar l'acétate 
de plomb en lilas et en rouge purpurin : par le vinaigre la 
liqueur reste rose. 

Traitement. 

i re . Opération. 2 onces de seigle ergoté broyées ont été 
traitées par l'eau bouillante, jusqu'à ce qu'elle cessât de se 
colorer; la matière, ainsi épuisée de son principe colorant, 
a été traitée par l'alcool qu'on a fait bouillir dessus; cette 
décoction alcoolique d'un rouge jaunâtre a été introduite 
dans une cornue , et distillée pour en retirer l'alcool et avoir 
la matière qui s'étoit dissoute dans ce liquide. L'extrait 
qu'on en a obtenu avoit une couleur brune verdâtre, une 
saveur acre et amère ; il rougissoit la teinture de tournesol 
et se boursouffloit sous les charbons incandescens, en dé- 
gageant une odeur de pain brûlé. 

La décoction aqueuse étoit troublée par le chlore et l'in- 
fusion de noix de galles; évaporée, elle a fourni un extrait 
d'une couleur rouge brune, d'une saveur d'abord douce, 
ensuite amère et nauséabonde ; il rougissoit fortement le par 



dît Seigle ergoté. 201 

• 

pier bleu de tournesol, mais broyé dans un mortier avec 
de la potase il a dégagé une odeur ammoniacale très -fétide. 
L'ergot épuisé par l'eau et par l'alcool, a été divisé en plu- 
sieurs parties , dont une traitée par le sous- carbonate de 
soude n'a coloré que faiblement cet alcali. L'autre , intro- 
duite dans une petite cornue de verre lutée, a donné à la 
distillation un produit huileux de consistance butyreuse ; un 
papier de tournesol rougi par un acide plongé dans l'air du 
récipient où étoit le produit a été ramené à sa couleur na- 
turelle; de l'eau agitée avec cette huile s'est un peu colorée, 
a acquis un peu d'acidité, et une saveur acre et amère; mise 
avec de la potasse, elle a dégagé de l'ammoniaque. Le 
charbon resté dans la cornue a laissé après sa combustion, qui 
est très-difficile, une poudre grise qui étoit composée de 
phosphate de chaux et de magnésie; elle contenoit aussi un 
peu de fer. 

2 e . Opération. 20 grammes de ces semences broyées, 
distillées à feu doux avec quatre onces d'eau, ont fourni un 
liquide légèrement alcalin, car il a bleui le papier de tour- 
nesol rougi par un acide , verdi le sirop de violettes et pré- 
cipité la dissolution d'acétate de plomb et de nitrate de 
mercure en blanc. 

3 e . Opération. Une certaine quantité de semences broyées 
ont été lavées sur un tamis pour savoir si elles contenoient de 
la fécule amylacée; mais on n'a obtenu qu'une matière colo- 
rée qui n'avoit point les propriétés de l'amidon. L'eau qui 
avoit servi à cette opération , conservée dans un flacon bien 
bouché, a dégagé au bout de quelques jours une odeur de 
Mém. du Muséum, t. 3. 26 



S02 du Seigle ergoté. 

gaz ammoniacal mêlée d'une odeur insupportable de poisson 

pourri. 

4 e . Opération. Comme la matière soluble dans l'alcool, 
à la première opération, étoit mêlée avec de la matière so- 
kible dans l'eau, on a recommencé l'opération pour avoir 
la matière résineuse pure. On a donc traité vingt grammes 
d'ergot par l'alcool à 4°° jusqu'à ce qu'il cessât de se co- 
lorer, on l'a fait évaporer dans une cornue pour en retirer 
l'alcool, et on a obtenu une matière ronge brunâtre qui 
avoit une saveur acre d'huile rance de poisson. L'alcool 
distillé avoit une odeur insupportable de marée pourrie. 
Là matière ainsi extraite par l'alcool , mise sur les char- 
bons ardens, brûloit en répandant une odeur de graisse 
en vapeur; après l'avoir ainsi épuisée par l'alcool, on a fait 
bouillir de l'eau sur ce résidu; celle-ci s'est colorée en très- 
beau rouge violacé, et a extrait une huile blanche qui 
nageoit à sa surface; cette huile n' avoit aucune odeur ni 
saveur remarquables; la matière colorante soluble dans l'eau 
rougissoit par les acides. 

5 e . Opération. l\o grammes de seigle ergoté et concassé 
ont été distillés dans une cornue de verre lutée, au col de la- 
quelle étoit adaptée une fiole pour recevoir le produit de la 
distillation; on a d'abord donné une chaleur douce qu'on a 
entretenue pendant trois quarts d'heure, etensuite augmentée 
au point de faire rougir le fond de la cornue; l'appareil re- 
froidi, on a trouvé dans le récipient une grande quantité 
d'huile épaisse, d'une odeur nauséabonde; un papier de 
tournesol rougi par un acide plongé dans l'air du récipient a 



DU S E'ÏGLE ERGOTE. 203 

été ramené h sa couleur bleue; de l'eau mise sur cette huile 
pour dissoudre la partie liquide ammoniacale a présenté au 
toucher la douceur et toute l'apparence d'une solution 
concentrée de savon ; elle étoit aussi fortement alcaline, chose 
remarquable, car l'eau qui a servi au lavage de l'huile pro- 
venant de l'ergot épuisé par l'eau et l'alcool, et distillé étoit 
légèrement acide (voyez i re . opération'). Le charbon resté 
dans la cornue provenant de cette dernière opération étoit 
très-léger 5 il pesoit 7,7 sur 40 de matière employée. 

6 e . Opération. Désirant savoir si le seigle ergoté dont on 
avoit épuisé la matière colorante par l'eau et par l'alcool, 
pouvoit donner une couleur rouge à l'acide muriatique, on 
en a mis une portion bien broyée dans cet acide concentré. 
Il n'y a eu aucune action remarquable dans le moment, 
mais il s'est coloré en rouge brun au bout de 24 heures. 

Application de la couleur de l'ergot sur la laine et 

la soie. 

Pour savoir si cette couleur qui me paroissoit avoir 
quelque analogie avec Torseille , pouvoit s' appliquer aux 
étoffes , j'ai préparé de la laine et de la soie en les laissant 
tremper pendant vingt-quatre heures et à froid dans une 
dissolution d'alun à laquelle j'ai ajouté un huitième de 
crème de tartre , et les ai ensuite plongés dans l'infusion 
de l'ergot, échauffée à environ 60 degrés. La couleur a très- 
bien pris , et en peu de temps ces deux substances ont été 
saturées d'une couleur rouge jaunâtre , et non en pourpre 
comme étoit le bain ) mais la laine étoit beaucoup plus co- 
lorée que la soie. 

26* 



2o4 dit Seigle ergoté. 

Il paroît que c'est le tartre qui a fait tourner cette cou- 
leur au rouge jaunâtre , car de la soie préparée à l'alun 
seul a pris dans le même bain une couleur lilas. 

La couleur que prennent la laine et la soie dans l'infusion 
d'ergot , préalablement traité par l'alcool est d'un violet 
beaucoup plus pur , parce que l'alcool enlève à cette sub- 
stance une matière jaune de nature huileuse ou résineuse 
qui s'applique aussi sur ces substances. Il y a donc dans le 
seigle ergoté deux espèces de matières colorantes, l'une qui 
est soluble dans l'alcool qui se rapproche des résines et qui 
a une couleur jaune rougeâtre , l'autre beaucoup moins so- 
luble dans l'alcool , assez soluble dans l'eau et qui est vio- 
lette comme le jus d'orseille , mais qui en diffère par sa na- 
ture en ce qu'elle n'est pas soluble dans l'alcool. 

J'ai trouvé, en cherchant à connoître la manière dont cette 
couleur se développe dans l'ergot, que Ton peut faire naître 
une couleur de la même nuance dans la farine de froment en 
la dissolvant dans l'acide muriatîque concentré; à mesure 
que la dissolution de la farine s'opère , l'on voit la couleur 
se développer peu à peu , et arriver jusqu'au violet foncé; 
mais au bout de quelques heures, elle passe au pourpre où 
elle reste constamment, au moins pendant plusieurs jours. 
Cette dissolution étendue d'eau, ne se trouble ni ne change 
de nuance, seulement elle diminue d'intensité comme toute 
autre couleur l'éprouveroit. On remarque au bout d'un cer- 
tain temps, à la surface de ce mélange d'eau et de teinture , 
une légère couche d'huile , comme an en voit sur l'infusion 
de l'ergot fait à chaud. Il est probable que cette matière 
grasse n'est point le résultat de l'action de l'acide muriatique 
sur la farine:; car j'ai trouvé que cette dernière en contient 



du Seigle ergoté. 2o5 

naturellement, que j'en ai extrait au moyen de l'alcool. Il 
me paroissoit intéressant de connoître , si cela étoit possible , ■ 
auquel des élémens de la farine le phénomène de la colora- 
tion étoit dû 5 en conséquence j'ai dissout d'une part de 
l'amidon pur dans l'acide muriatique , mais il n'y a point 
eu de développement de couleur. D'un autre part j'ai dis- 
sout du gluten frais dans le même acide , il s'est produit 
une couleur grise bleuâtre. Voyant cjue les deux principales 
matières qui composent la farine de froment , ne fournis- 
soient point isolément la couleur dont il s'agit , je me dis— 
posois à préparer le principe mucoso-sucré qui fait le com- 
plément de la farine , lorsque m' avisant de mêler la solution 
du gluten avec celle de l'amidon, je vis se développer pres- 
que instantanément, la belle couleur dont nous avons parlé. 
Je crus pendant quelques instans avoir formé une couleur 
semblable à celle de l'ergot , et cela me paroissoit d'autant 
plus vraisemblable , que j'avois observé autrefois que le 
gluten produisoit en se décomposant au milieu de l'eau une 
couleur violette. (Voyez Annales du Muséum, volume 7, 
page 1.) Mais les expériences suivantes m'ont détourné de 
cette idée. i°. Les alcalis versés en excès dans la dissolution 
muriatique de la farine , font tourner au jaune cette couleur 
pourpre, et les acides ne la rétablissent ensuite que très- 
imparfaitement. (Je n'ai point aperçu de dégagement d'al- 
cali volatil , en saturant ainsi cette dissolution. ) 2°. La cou- 
leur de l'ergot ne change pas sensiblement par les alkalis, 
seulement ils la font virer plus au violet. 3°. Cette couleur 
étendue avec de l'eau alcaline pour afFoiblir l'acide, ne se 
fixe ni sur la laine ni sur la soie , comme celle de l'ergot. 
Il faut conclure de là que la couleur développée dans la fa- 



oo6 du Seigle ergoté. 

* 

rine au moyen de l'acide muriatique n'est pas de la même 
nature que celle de l'ergot, et l'on ne peut tirer aucune in- 
duction de ces expériences, sur l'existence ou l'absence du 
gluten et de l'amidon dans l'ergot. Cependant , s'il n'y a pas 
de véritable gluten dans l'ergot , il y a au moins une sub- 
stance azotée, puisqu'il se produit beaucoup d'ammoniaque 
par l'action du feu sur cette substance; il seroit possible 
qu'il contint de l'amidon , mais dans une état de combinaison 
particulière. La farine de seigle mise avec de l'acide muria- 
tique concentré a coloré celui-ci d'abord en jaune et ensuite 
en rouge , semblable à celui que prend le même acide avec 
l'ergot lavé à l'alcool et à l'eau. 

J'ai fait plusieurs expériences sur les dissolutions séparées 
de l'amidon et du gluten dans l'acide muriatique , et j'ai vu 
que celle de l'amidon se divisoit dans l'eau sans se précipiter 
ni perdre de sa transparence , que celle de gluten au com- 
traire étoit précipitée à l'instant , sous la forme de flocons 
grisâtres, et que la liqueur surnageante restoit bleuâtre. Je 
ne sais pas encore si le gluten éprouve quelque changement 
dans sa composition par sa dissolution dans l'acide muria- 
tique; j'ignore aussi par quel mécanisme une couleur pourpre 
si belle et si intense peut se développer par le contact de la 
farine et de l'acide muriatique. Est-ce l'effet d'une simple 
combinaison, ou le produit d'une décomposition ? Le temps 
ne m'a pas permis de faire les recherches nécessaires pour 
résoudre ces questions intéressantes (i). 



(l) La farine de seigle soumise à la même expérience, a donné une couleur 
moins vive, mais qui se rapprochoit plus de celle de l'ergot. 



du Seigle ergoté. 207 

Il résulte des expériences rapportées plus haut, que l'er- 
got contient i°. une matière colorante jaune fauve soluble 
dans l'alcool, ayant une saveur semblable à celle de l'huile 
de poisson ; 20. une matière huileuse blanche, d'une saveur 
douce cfui paroit être assez abondante dans l'ergot : c'est elle 
sans doute que M. Cornet a extrait par la simple pression • 
3°. une matière colorante violette de la même nuance que 
celle de l'orseille , mais qui en diffère par son insolubilité 
dans l'alcool , et qui s'applique facilement à la laine et à la 
soie alunées 5 4°- un acide libre dont je n'ai pas déterminé 
l'espèce, mais que je crois être en partie phosphorique , si 
toutefois j'en puis juger par sa fixité et par les précipités 
que l'infusion d'ergot forme dans l'eau de chaux, dans celle 
de barite et dans l'acétate de plomb; 5°. une matière végéto- 
animale très-abondante , très-disposée à la putréfaction et 
qui fournit beaucoup d'huile épaisse et d'ammoniaque à la 
distillation; 6°. une petite quantité d'ammoniaque libre que 
l'on peut obtenir à la température de l'eau bouillante. 
Peut-on, d'après les épreuves chimiques auxquelles nous 
avons soumis l'ergot , prononcer avec quelque certitude , 
sur la nature de cette production ? 

Est-ce un végétal nouveau qui s'est développé dans la 
baie qui devoit contenir le grain de seigle, ainsi que le pré- 
tend M. Decandolle, ou n'est-ce qu'une dégéuération du grain, 
résultant d'une maladie produite par des causes extérieures , 
comme tout le monde l'a cru jusqu'ici? Il est certain que 
s'il falloir , pour admettre cette dernière opinion, retrouver 
dans l'ergot les mêmes principes qui existent dans les grains 
de seigle naturel , la chose seroit impossible , car on n'y 



ao8 du Seigle ergoté. 

découvre pas de quantités sensibles d'amidon , substance ce- 
pendant la plus abondante du seigle; on n'a pas pu non plus 
en séparer de gluten , au moins dans son état naturel : mais 
il y existe , comme dans le seigle naturel , une substance qui 
en se décomposant au feu fournit un acide comme l'amidon , 
et une autre matière qui fournit de l'ammoniaque comme 
le gluten par le même genre de décomposition. 

Si l'on considère les propriétés physiques de cette produc- 
tion, on sera encore plus disposé à la regarder comme un 
véritable grain de seigle altéré par une maladie. En effet 
il conserve encore jusqu'à un certain point sa forme origi- 
nelle ; on y remarque encore des restes de la rainure qui 
caractérise les semences céréales ; l'on voit dans l'intérieur 
de l'ergot coupé , une structure formée de grains blancs et 
briîlans comme dans le seigle naturel. 

Il paroît que dans sa dégénérescence le seigle a principa- 
lement souffert dans son principe amylacé , puisque l'on 
n'en retrouve pas de traces sensibles dans l'ergot, l'amidon 
y a été remplacé par une sorte de matière muqueuse. Le 
gluten n'y est pas non plus dans son état naturel , il a subi 
une altération qui a modifié ses propriétés , et paroît avoir 
donné naissance à une huile épaisse et à de l'ammoniaque; 
enfin je pense que l'on peut considérer l'ergot de seigle 
comme l'effet d'une inaladie putride. 

Analyse du Sclerotium stercorarium , re7?u's par M. Des- 
jontaines pour le comparer çhimiqueTiient à /'ergot 
du seigle. 

L'examen chimique d'une espèce de végétal du genre au-? 



du Seigle ergoté. 209 

quel on a réuni l'ergot du seigle , paraissant à M. Desfon- 
taines très-propre à éclairer sur l'analogie ou la différence 
de ces deux productions , il m'a chargé de ce travail. Je 
vais rendre compte en peu de mots des résultats qu'il m'a 
fournis. 

Trois grammes de cette espèce de champignon , pulvé- 
risés et soumis à l'ébullition dans un niatras avec une suf- 
fisante quantité d'eau, ont produit un liquide blanc , laiteux 
et mucilagineux : il avoit une saveur fade , précipitoit en 
flocons blancs par l'alcool, et bruns par la noix de galles. 

La décoction ci-dessus, évaporée avec précaution a fourni 
un extrait jaunâtre , d'une saveur douce et mucilagineuse 
comme celle des champignons. 

La matière qui avoit subi l'action de l'eau bouillante et 
séché ensuite , ayant été distillée dans une cornue au col de 
laquelle étoit adapté un bouchon avec deux bandes de pa- 
pier de tournesol , l'un rouge et l'autre blanc , a développé 
une vapeur qui a rougi le papier bleu. 

Une autre portion du même champignon non lavé, dis- 
tillée aussi à feu nu, a donné un produit formé par de l'eau 
très-acide, et de l'huile empyreumatique. Cependant un pa- 
pier rouge de tournesol , placé dans l'air du vase contenant 
le produit dont est question , a été ramené au bleu ; ce qui 
prouve qu'un peu d'ammoniaque s'étoit formée vers la fin 
de la distillation. Le liquide acide mêlé avec de la potasse 
caustique exhaloit lui-même de l'ammoniaque , effet qui au 
surplus a lieu pour presque tous les autres végétaux. 

Le charbon provenant de cette opération , quoique diffi- 
cile à brûler., l'est cependant beaucoup moins que celui de 
Mém. du Muséum. \ 3. 27 



aro i>u Seigle ergoté. 

l'ergot; sa cendre composée pour la plus grande partie de 

phosphate de chaux , n'étoit que légèrement alcaline. 

OBSERVATIONS. 

i°. Cette espèce de sclerotium diffère de l'ergot du seigle 
en ce que son infusion est sans couleur, sans acidité; qu elle 
est précipitée plus abondamment par l'alcool , la noix de 
galles et le chlore ; qu'elle est beaucoup plus mucilagineuse 
que celle de l'ergot ; que son extrait aqueux n'a pas la sa- 
veur désagréable et acre de celle de l'extrait de l'ergot : 
au contraire, il est doux et mucilagineux comme celui des 
champignons à manger. 2°. Soumis à la distillation à feu 
nu, le sclerotium ne donne pas d'huile épaisse et buty- 
reuse comme l'ergot : l'air du récipient est alcalin comme 
celui de l'ergot; mais le produit liquide est beaucoup plus 
acide et moins épais. 3°. L'ergot contient une huile fixe toute 
développée, qu'on peut en extraire par la simple pression; 
le sclerotium dont nous parlons n'en contient pas ; il y a 
encore dans l'ergot une espèce de résine très-âcre qui n'existe 
pas dans le sclerotium. Enfin l'ergot renferme de l'ammo- 
niaque toute formée qui s'en dégage à la température de 
l'eau bouillante ; le sclerotium n'en donne qu'à une cha- 
leur rouge. H y a donc des différences essentielles dans la 
composition de ces deux productions. 



211 



NOTE 

Lue le 6 nivôse an IX ( 27 décembre 1800 ) à la 
Classe des Sciences physiques et mathématiques. 

PAR M. RAMOND, Membre de l'Institut. 



Il y a environ quatre mois (le 5 septembre 1800) que 
voyageant dans les Hautes-Pyrénées avec M. Dufourc , fiïs 
du professeur d'Histoire naturelle de l'Ecole centrale des 
Landes , nous aperçûmes au fond d'un lac une plante que 
je reconnus aussitôt pour la variété y. du Ranunculus aqua- 
tilis (R. dwaricatus , Moench Meth. 214 — J. B. Hist. 3, 
p. 781 , fig. 2). Elle y étoit tout-à-fait rampante et couchée 
sur le sol , ne montrant aucune tendance à flotter et à ga- 
gner la surface de l'eau. La rencontre de cette plante à une 
élévation où je n'étois pas habitué à la trouver, et dans une 
situation aussi étrangère a ses habitudes , me parut d'autant 
plus singulière que ce n'étoit point un accident isolé, et que 
je la voyois répandue dans le lac avec une telle abondance 
qu'il étoit impossible de ne pas reconnoître qu'elle étoit par- 
faitement façonnée à ce séjour et qu'elle avoit des moyens 
de s'y propager. A force de la considérer dans tous les 
sens, du haut d'un rocher où je m'étois placé, je crus y voir 
des fleurs : il falloit s'en assurer, et me déterminer à plonger 



2 7 * 



/ 



211 Variété 

dans cette eau dont le froid étoit très-difficile à supporter. 
Je ne m'étois pas trompé : je rapportai du fond une dou- 
zaine d'individus garnis non-seulement de leurs fleurs , mais 
de fruits parvenus à leur maturité. Un fait aussi extraordi- 
naire exige que j'en expose toutes les circonstances. 

Le lac à' Escaubous , où j'ai fait cette découverte , se 
trouve dans la région granitique. Son fond est formé de 
sable assez grossier auquel se mêle une petite quantité 
d'humus entraîné de ses bords par les eaux qui y affluent. 

Son élévation au-dessus du niveau de la mer est de io53 
toises ou 2o52 mètres, ainsi que je m'en suis assuré depuis 
par des observations barométriques. A cette hauteur, les lacs 
des Pyrénées nourrissent encore des truites : à une couple 
de cent mètres plus haut, on n'y trouve crue des salamandres 
aquatiques. 

J'ai vu le lac d'Escoubous dans toutes les saisons de 
l'année. Son niveau ne varie que d'une très-petite quantité, 
et l'époque où j'y ai trouvé notre renoncule en fleur, est 
précisément celle où les eaux sont les plus basses , parce qu'il 
n'y a plus de neiges à dissoudre. 

Or, il y avoit alors quinze à seize décimètres d'eau sur les 
individus de cette plante qui étoient le moins éloignés du 
bord , et la limpidité du lac me permettoit d'en voir d'autres 
en pleine fleur à sept et huit mètres de profondeur où ils 
formoient des gazons très-étendus. 

Enfin , et ceci mérite particulièrement l'attention_, notre 
renoncule habitoit dans le lac une zone nettement tranchée 
et qui en occupoit exclusivement les profondeurs moyennes. 
Il n'y en avoit pas un seul individu à la proximité des bords, 



du Ranunculus AQTJATILIS. 2l3 

où cependant elle auroit pu gagner la surface de l'eau et 
fleurir à l'air libre, conformément aux habitudes de son 
espèce. Il n'y en avoit pas davantage vers le centre : elle 
s'arrêtoit tout court à l'approche des grandes profondeurs, 
et y étoit remplacée par les ulves trémelloïdes des lacs de 
Suède -, formant à leur tour de larges tapis d'un vert noir que 
j'apercevois dans le gouffre, aussi bas que ma vue y pouvoit 
pénétrer. . 

On doit naturellement supposer qu'elle est repoussée des 
bords par l'àpreté des gelées , et qu'elle est bannie des grandes 
profondeurs par l'extinction de la lumière nécessaire à sa 
végétation. 

' On s'explique aussi la possibilité de la fécondation par une 
supposition que plusieurs analogies tendent à appuyer. Sans 
doute les anthères lancent leur poussière avant l'épanouisse- 
ment complet de la fleur , dans une bulle d'air fournie par 
le travail de la végétation et retenue entre les pétales 
demi-clos. 

Mais quand on a observé les efforts que font la plupart 
des plantes aquatiques pour fleurir à l'air libre , l'allonge- 
ment des pédoncules du nénuphar, les évolutions de ceux de 
la vallisnérie ; quand on a vu comme moi le sparganium na~ 
tans, qui subsiste dans les lacs de Néouvielle ^ s'élever de 
quatre et cinq mètres pour étendre un bout de feuille à la 
surface de l'eau , et développer ses fleurs à quelques centi- 
mètres au-dessus ; quand on se souvient que dans les eaux 
de la plaine , cette même renoncule satisfait par les mêmes 
moyens aux besoins de sa fructification, on ne sait comment 
se rendre raison ici d'une modification aussi extraordinaire 



3i4 Variété du Ranunculus aquatilis. 

de ses habitudes; on se demande comment le même but est 
rempli par des moyens aussi difïérens , comment la même 
plante , avertie par le volume d'eau qui pèse sur elle , re- 
nonce spontanément et sans en avoir tenté l'essai , aux ef- 
forts qu'elle fait ailleurs pour gagner la surface , et loin 
de se disposer à l'atteindre , pousse jusqu'à l'extrémité de 
ses tiges , les radicules qui la retiennent et l'amarrent au 
fond. 

On voit bien , à peu près, où il faut chercher la solution 
de ces questions ; elle est daus une propriété bien connue des 
eaux profondes : celle de conserver une température dont les 
variations sont moyennes entre les extrêmes de là variation 
extérieure. Ainsi, et par des compensations qu'il est aussi 
facile de concevoir que difficile de poursuivre dans leurs 
derniers détails , les lacs situés sur de très^hautes montagnes 
peuvent offrir aux êtres organiques disposés à y vivre, des 
conditions analogues à celles qu'ils rencontrent dans les eaux 
de la plaine. La flexibilité de l'organisme fait le reste : elle se 
prête aux circonstances locales. On n'est donc pas étonné de 
trouver dans un lac de la haute région , une plante que la 
rigueur du froid bannit des ruisseaux de cette même région. 
On ne l'est pas davantage de voir ses habitudes sensiblement 
modifiées au gré de sa station. Mais si l'on ne se contente 
pas d'aperçus généraux , et si l'on essaie de se livrer à un 
examen plus approfondi des particularités que ces modificar 
tions présentent , il reste encore d'assez curieux problêmes à 
résoudre , et ils ne sont pas indignes d'exercer la sagacité 
des observateurs qui ont fait de la physiologie des végétaux 
l'objet spécial de leur étude, 



2i; 



OBSERVATIONS 

<S#/7e Sauvagesia, les Violacées et /csFrankeniees. 



PAR M. AUGUSTE DE SAINT-HILAIRE. 



Rio- Janeiro, 8 septembre 1816. 



EimARD de Jussieu rangeoit autrefois le sauvagesia parmi les 
crassuléesj mais ce genre ne pouvoit rester dans une famille 
dont il s'éloigne par tous ses caractères et principalement 
par sa corolle et par ses étamines attachées sous l'ovaire (i). 
Un tel mode d'insertion appelle le sauvagesia dans la 1 3 e . 
classe des ordres naturels , et en effet on y trouve une petite 



(i) On sait qu'il existe dans le sauvagesia une corolle hvpogyne double com- 
posée de cinq pétales extérieurs étalés, ovales, très-caduques, et de cinq inté- 
rieurs (nectarium Lin. squamce Jus.) alternes' avec les premiers, oblongs, 
crénelés au sommet , qui persistent plus long-temps que les autres. Entre les 
deux rangs de pétales en est un de filets grêles, sétacés, d'un pourpre foncé, 
insérés sur la base des pétales intérieurs, nullement glanduleux, mais seulement 
un peu plus gros au sommet et en forme de clous. Les pétales intérieurs sont 
soudés entre eux, et de plus ils le sont avec la base des pétales extérieurs. Les 
étamines ne sont point insérées immédiatement sous l'ovaire, mais ce qui re- 
vient au même, elles le sont sur la base soudée des pétales intérieurs avec les- 
quels elles sont cependant alternes. Les antbères sont immobiles et ont leur 
dos tourné du côté de l'ovaire {Antli. posticœ Br. ), caractères importans qu'il 
faudra rechercher dans les autres plantes avec lesquelles nous prouverons que 
le sauvagesia a de l'aiEnité. 



2l6 SUR LE SaUVAGESIA, 

famille avec laquelle ce genre a quelques traits de ressem- 
blance extérieure qui frapperont au premier coup -d'oeil. 
Comme la violette , le sauvagesia a des fleurs axillaires; 
dans les deux genres, les feuilles sont stipulées et alternes ; 
les stipules ciliées et en alêne du saiwagesia rappellent par- 
faitement celles de plusieurs violettes- et enfin leurs capsules 
sont également à trois valves. Ces rapports n'avoient sans 
doute point échappé à l'illustre auteur du Gênera- car, s'il 
a laissé incertaine la place du sauvagesia , il demande, en 
traitant des cistes et des violettes, si l'on ne doit pas rap- 
procher d'eux le genre qui nous occupe : question qui de- 
puis a souvent été répétée par d'autres botanistes. A la vérité 
la corolle est irrégulière dans la violette et régulière dans 
le saiwagesia • mais la même différence existe entre le 
tachibota , le piriqueta et les violettes • et cependant on 
n'a point hésité à rapprocher ces genres. Les étamines par- 
faitement distinctes des saiwagesia ne peuvent non plus 
mettre obstacle au rapprochement dont il s'agit , car si , parmi 
les violettes, un grand nombre d'espèces a des anthères 
soudées , d'autres les ont parfaitement libres. 

Si donc M. de Jussieu n'a point placé le saupagesia au- 
près des violettes, c'est sans doute parce qu'il ne connoissoit 
point encore parfaitement les caractères de son fruit, ni ceux 
de ses semences. Il attribue au sauvagesia une capsule trilo- 
culaire, et depuis lui, M. Persoon a indiqué un caractère 
semblable j mais au contraire Linné et Aublet disent que 
le fruit est à une seule loge. Les échantillons frais que j'ai 
gous les yeux (i) me permettent de décider cette question, 

(1) J'ai fait aies observations sur le S. erecta L. Sans être commune dans les 



sur les Violacées. 217 

et je puis assurer que l'ovaire est uniloculaire. Ce caractère 
appartient aussi aux violettes ; mais les graines offrent une 
ressemblance plus frappante encore. M. de Jussieu indique 
dans la violette un embryon droit , menu , à -peu près cy- 
lindrique , placé dans l'axe d'un péj^isperme charnu. En 
s'exprimant de la sorte, il a réellement décrit ce que j'ai ob- 
servé dans la graine ovoïde globuleuse, rousse et ponctuée 
du saiwagesia ; et aux caractères que je viens de rappeler, 
on peut ajouter que dans le sauvagesia et la violette , la ra- 
dicule est également tournée vers l'ombilic. Tant d'affinités 
me paroissent donc devoir fixer invariablement la place 
du saiwagesia dans le voisinage des violacées. 

Cependant, j'en conviens, il existe entre eux une diffé- 
rence dans la manière dont les semences sont attachées sur 
les valves de la capsule, ou, si l'on veut, dans le mode de 
déhiscence. M. de Jussieu ( Gen., p. 4 2 ^) met en doute s'il 
existe un réceptacle central dans la capsule du saupagesia; 
mais il suppose que trois loges y sont formées par le bord 
rentrant des valves, et que ces bords rentrans portent les 
semences (1). La vérité est que dans la moitié supérieure de 
la capsule où l'on ne trouve pas de graines (2), le bord des 
valves ne rentre nullement en dedans; que , dans l'ovaire , 
il ne semble exister aucune expansion entre les ovules et la 
paroi du péricarpe 5 et que par conséquent la petite expan- 



environs de Rio-Janeiro, cetle plante se trouve cependant dans un endroit hu- 
mide et ombragé sur une des montagnes qui avoisinent Bota-Foco et sur le bord 
d'un petit ruisseau qui traverse le chemin délicieux de la fabrique de poudre. 

(1) La fi g. i3 de la pi. iood'Aublet est singulièrement exagérée. 

(2) M. de Jussieu paroît avoir observé ce caractère. ( Gen. 426. ) 

Menu du Muséum, t. 3, 28 



2l8 SUR les Sauvagesia, 

sion qu'on observe réellement entre eux dans la capsule 
parfaite, a dû se développer, du moins en grande partie, 
pendant la maturation. Les semences du sauvagesia doivent 
donc être considérées comme pariétales aussi-bien que celles 
des violettes ,* mais il est très-vrai que., lors de la déhiscence, 
on les trouve placées sur le bord des valves dans le sauva- 
gesia, tandis qu'elles le sont sur lenr milieu dans les violettes. 
Cette différence est celle qui existe entre les familles con- 
fondues des rhinantées et des personées , des éricinées et 
des r/iodoracées ( V. Rie h. An. fr. p. 20 ) : on sait que les 
genres si naturels des véroniques et des bruyères réunissent 
les deux modes de déhiscence , et aux yeux des botanistes 
modernes les plus habiles, la seule différence de déhiscence 
ne suffit pas pour éloigner des plantes qui ont d'ailleurs un 
grand nombre de rapports. (V. Mirb. elem. , p. 879 et 883. 
— Dec. Théor. élém. , p* 217. — Brown Prod. 433. — 
Desv. Journ. bot. i8i3j p. 28. ) 

On a, je crois, proposé de faire une petite famille du 
sauvagesia, du drosera, du dionœa et du roridula. Les deux 
derniers de ces genres ne me sont pas assez connus pour 
que j'ose en parler. Quant au drosera, le sauvagesia en 
diffère par le même caractère qu'il diffère des violettes , 
puisque la déhiscence est la même dans celles-ci et dans le 
rossolis , et par conséquent jusqu'ici il n'y auroit pas de 
raison pour rapprocher du rossolis plutôt que des violettes , 
le genre qui nous occupe; mais la position de l'embryon 
dans la graine, semblable dans le sauvagesia et les viola, 
est, comme l'on sait, totalement différente dans le drosera 
et dans le genre voisin drosophyllum. Donc il y a beaucoup 



les Violacées, etc. 219 

plus d'affinité entre les violettes et le sauvagesia qu'entre 
celui- ci et les drosera qui d'ailleurs ne doivent certaine- 
ment pas être renvoyés extrêmement loin des violacées. 

Dans un autre travail , j'ai rapproché des violacées deux 
genres , le sarothra et \ejrarikenia qui, comme elles, ont un 
seul style et un seul stigmate, des étamines en nombre dé- 
terminé, une capsule uniloculaire et trivalve, des semences 
pariétales, enfin un embryon droit placé dans l'axe d'un pé- 
risperme charnu, et qui a sa radicule tournée vers l'ombilic. 
( V. Mém. Mus. tom. 2 , p. 1 20 , ou Mem.plac. p. 35 ). J'ai 
fait observer en même temps que ces genres différoient des 
violettes en ce qu'ils ont des graines attachées sur le bord des 
valves et non dans leur milieu. Une différence semblable sé- 
pare aujourd'hui le sauvagesia des violacées avec lesquelles 
il a d'ailleurs absolument les mêmes rapports; donc ce genre 
doit être placé auprès des violacées , mais dans le petit groupe 
Aesjfrajilce niées (1). 

J'avois fait remarquer que ce même groupe différoit encore 
des violacées par l'absence des stipules et par des feuilles 

(i)Eq traitant de ce groupe, j'avois éloigné toute idée de faire du sarothra 
Un hypericum; cependant il existe entre ces genres un trait de ressemblance qui 
aura décidé le botaniste célèbre dont la plume savante a, dit-on, été empruntée 
souvent par l'auteur du Flora Americœ borealis. Dans une suite d'hypericum 
indigènes à la France, j'ai observé toutes les dégradations possibles entre la capsule 
évidemment pluriloculaire avec insertion axille (Ricb. ) et le fruit uniloculaire 
accompagné de l'insertion suturale, caractères communs au sarothra et à V hy- 
pericum elodes. Cependant le sarothra différera toujours essentiellement des 
hypericum par ses étamines en nombre déterminé, par son style et son stig- 
mate unique, et enfin parce qu'il a bien certainement un périsperme, tandis 
que j'ai reconnu l'absence de ce corps dans tous les hypericum dont j'ai disséqué 
la semence. 

28* 



220 sur les Sauvagesia, etc. 

opposées ou verticillées. Le sauvagesia comblera l'intervalle , 
puisque avec une capsule qui s'ouvre , comme dans lefran- 
kenia, il a, comme les violettes , des feuilles alternes et 
munies de stipules, et que de plus, comme dans plusieurs 
violettes , ces stipules sont ciliées et Mnéaires-subulées. C'est 
ainsi que les plantes qui ont des rapports avec les violettes 
se rangent peu à peu autour d'elles pour former une série 
qui chaque jour devient plus naturelle (i), 

A la suite des cistinées , dont plusieurs sont dépourvues 
de stipules, se placeront les frankeniées chez lesquelles les 
genres sarothra et frankenia ne sont également point sti- 
pulés. Le sauvagesia muni de stipules et de feuilles alternes 
liera les frankeniées aux violacées , et à celles-ci se ratta- 
cheront les droseracées , où le genre drosera présente éga- 
lement des stipules et une capsule uniloculaire, à trois 
valves seminifères dans leur milieu. La position tout-à-fait 
différente de l'embryon dans la graine permettra vraisem- 
blablement de former trois familles distinctes des cistinées , 
des violacées et des droseracées • mais je penserois qu'il ne 
faudra faire des Jrankeniées qu'une division des violacées, 
ainsi que les rhodoracées , par exemple, en sont une de la 
famille des éricinées. 

(1) Voyez ce que j'ai dit à ce sujet dans mon Mémoire sur les Placentas. 



221: 



ANALYSE 

De la Salicorne trouvée dans les marais de Saint-' 
Christophe 3 près Rio- Janeiro ? par M, Auguste 
Saint- Hilaire. 



L 



a plante s'est séchée avec beaucoup de peine. Il a fallu 
l'exposer à un feu très -vif pour la rendre susceptible de 
s'enflammer. 

a. Brûlée elle a donné une cendre charbonneuse qui sem- 
bloit presque se prendre en masse et se fondre. 

b. Cette cendre charbonneuse a été mise dans un creuset 
de platine , puis calcinée à l'air libre. Le charbon s'est brûlé 
avec facilité 5 la cendre est devenue blanche ; mais ne s'est 
point fondue. La température du creuset n'a pu être élevée 
au-dessus du rouge cerise très-foncé. 

e. 5 grammes de cette cendre blanche calcinée de l'opéra- 
tion b ont été mis en dissolution dans de l'eau froide pen- 
dant douze heures : on a filtré, puis relavé ces cendres; le 
résidu insoluble resté sur le filtre pesoit i gl '- 5 97. 

d. Les eaux de lavage de l'opération c , réunies ensemble, 
ont été essayées. Elles ne précipitoient pas par la barite : on 
en a conclu qu'il n'existoit pas de sulfate dans la cendre b. 

e. Ces eaux essayées par l'acide sulfurique, en suivant le 



f « 

222 t>E la Salicorne. 

procédé de Vauquelin, ont donné igr-,i8 carbonate de soude. 

f. Les eaux restant de e essayées par la chaux et la magnésie 
n'ont indiqué qu'une trace de chaux et 0,20 parties de ma^ 
gnésie. 

g. Essayées par le nitrate d'argent, elles ont indiqué 160 
de muriate de soude. 

h. Il n'y avoit dans ces cendres que des traces inapprécia- 
bles de fer. 

On peut conclure de là que le résidu de la combinaison de 
la plante étoit composé de 

1,97 parties insolubles terreuses. 
1,18 carbonate de soude. 

i,Go muriate de soucie. 

20 magnésie et chaux*. 

5 perte. 

5gr-,oo 

La plante fournit donc une soude moins riche que celle 
de l'Inde et d'Alicante, mais plus riche que celle de Cartha- 
gène, de Narbonne, etc. Il seroit possible qu'en cultivant la 
plante avec soin , en la mettant dans des lieux moins inon- 
dés par la mer, elle contint moins de muriate de soude et plus 
de carbonate de soude, et qu'elle acquît alors une qualité au 
moins égale aux soudes les plus estimées dans le commerce. 

Un portulaca à fleurs rouges qui croît avec la salicorne , 
analysé de la même manière, a donné à peu près les mêmes 
résultats. 

Cette analyse est due aux soins de M. S. Lambert, ingér 
nieur des mines , ancien élève de l'école Polytechnique. 



11S 



SUR L'ÉLECTRICITÉ 

Produite dans les Minéraux ,, à F aide de la pression. 



PAR M. HAUY. 



tJ 'ai exposé dans un article qui fait partie du tome XV des 
Annales du Muséum [\), les résultats des expériences qui 
m'ont servi à comparer divers minéraux, relativement à la 
faculté qu'ils ont de conserver plus ou moins long-temps 
l'électricité acquise â l'aide du frottement. J'ai découvert 
récemment une autre manière d'électriser les mêmes corps, 
dont je ne me serois pas attendu à obtenir des effets si mar- 
qués, en employant un moyen en apparence aussi foible que 
celui qui les a produits. Ce moyen consiste à presser pen- 
dant un temps très-court, entre deux doigts, le corps que l'on 
veut éprouver 5 on les retire aussitôt en évitant de les faire 
glisser sur la surface du corps (2) , et on présente celui-ci à 
la petite aiguille métallique mobile sur un pivot, que j'ai 
décrite dans mon Traité de Minéralogie (3) , et qui est plus 



(1) Pag. 1 et suiv. 

(2) Si cela arrivoit, l'électricité acquise n'en seroit que plus forte. Mais le' 
Lut que je me propose ici est de faire connoîtreles effets que produit une simple 
pression, sans l'intervention d'aucun autre moyen. 

(3) Tom.I,p.23g. 



224 sur l'Electricité. 

ou moins fortement attirée, suivant le degré de vertu élec-» 
trique que la pression a communiquée au corps. 

Le même effet a lieu, mais d'une manière moins sensible, 
lorsqu'on presse le corps entre deux morceaux d'étoffe ou 
de quelque autre matière flexible. Les corps solides, tels que 
le bois, ne produisent aucune électricité. On doit concevoir 
que les doigts, en se moulant, pour ainsi dire, sur la surface 
du corps, en même temps qu'ils la compriment, déterminent 
un léger déplacement des molécules soumises à leur action , 
et tandis qu'ensuite on les retire, les mouvemens impercep- 
tibles occasionnés par la tendance des points de contact à 
reprendre leurs premières positions , produisent un effet ana- 
logue à celui du frottement ordinaire. 

Le succès des expériences dépend du degré de pureté et 
de transparence des corps que l'on éprouve. De plus, ces 
corps ne peuvent guères être pris que parmi ceux qui sont 
susceptibles d'être réduits^ par la division mécanique, en 
lames dont deux faces au moins , parallèles entre elles, 
soient planes et unies. C'est sur ces mêmes faces que Ion fait 
agir la pression. On peut employer aussi les corps qui se 
prêtent plus difficilement à la division mécanique , lorsqu'ils 
ont été mis sous la même forme , par le travail de l'art. Pour 
que les expériences fussent comparatives, j'isolois les corps 
avant de les presser, et en les laissant dans le même état, je 
jugeois delà durée de leur vertu électrique. J'ai remarqué que 
quelques-uns la conservoient très-bien, sans le secours de 
l'isolement, tandis que d'autres la perdoient beaucoup plus 
vite que dans le cas où ils auraient été isolés, et il y en a 
même qui ont besoin de l'être pour l'acquérir. 



sur l'Électricité. 22$ 

Ayant conçu l'idée d'essayer si une simple pression ne 
pouvoit pas être substituée au frottement, pour faire naître 
la vertu électrique ^ j'ai été assez heureux pour que la pre- 
mière substance minérale qui se soit offerte à l'expérience 
fût précisément celle sur laquelle la pression agit avec le 
plus d'énergie. Cette substance est la chaux carbonatée 
connue sous le nom de spath d'Islande. Une légère pres- 
sion suffit pour l'électriser d'une manière sensible, et si on 
la presse un peu fortement , la. vertu électrique qu'elle ac- 
quiert se conserve pendant un temps plus ou moins consi- 
dérable. 

Parmi tous les corps de cette espèce que j'ai essayés, celui 
qui a offert jusqu'ici le maximum , relativement à la faculté 
conservatrice de l'électricité, est une lame rhomboïdale dont 
les deux grandes faces qui sont des parallélogrammes obîi- 
quangles, ont leur grand côté de i5 mill. (environ 1 1 lignes), 
et leur petit côté de 20 millimètres ( 9 lignes) sur une épais- 
seur de 8 millimètres ( 3 lignes'!- )• L'électricité que je lui avois 
communiquée par une simple pression, ne s'est éteinte qu'au 
bout de onze jours. Dans les autres rhomboïdes, la durée 
de la vertu électrique est restée plus ou moins au-dessous 
de celle que je viens d'indiquer. Plusieurs l'ont conservée 
pendant trois ou quatre jours, et quelques-uns seulement 
pendant dix ou douze heures. Les deux surfaces sur lesquelles 
agit la pression acquièrent à la fois l'électricité vitrée ou posi- 
tive. La même chose a lieu à l'égard de la plupart des autres 
substances dont je parlerai bientôt. 

On a remarqué qu'en général l'humidité de l'atmosphère 
exerce sur l'électricité dont un corps est chargé, même en 
Mém. du Muséum, t. 3. 29 



226 de l'Electricité. 

le supposant idio électrique (i), une influence qui l' affaiblit 

et en diminue la durée. Le spath d'Islande est parmi tous 

les corps que j'ai éprouvés celui qui résiste le plus à cette 

influence. 

L'électricité acquise par le frottement produit à plus forte 
raison des effets analogues aux précédens, et j'ai été même 
surpris de l'extrême sensibilité des rhomboïdes de spath 
d'Islande pour ce genre d'action. Il suffit souvent d'en prendre 
un sans attention, , et de le présenter immédiatement à 
l'aiguille d'épreuve pour qu'elle soit attirée. Cet effet provient 
du léger frottement produit par un doigt qui a un peu glissé 
sur la surface du rhomboïde , au moment où l'observateur 
îe prenoit. 

Je vais faire connoître les résultats que m'ont donnés les 
expériences faites avec quelques autres substances. Mais 
comme la durée de l'électricité acquise par la pression varie 
souvent d'un individu à l'autre , et quelquefois dans le même 
individu éprouvé à plusieurs reprises, je ne puis indiquer 
cette durée que d'une manière générale , relativement à 
chaque substance , sans prétendre ici à une précision que le 

— 

sujet ne comporte pas. 

i°. Topaze sans couleur 5 plusieurs heures. 

2 . Chaux fluatée ; id. 

3°. Talc nacré ; id. Les effets sont souvent nuls, ou peu 
sensibles , lorsque le morceau n'est pas isolé. L'électricité ac- 
quise est résineuse. 

4°. Mica; une ou deux heures. 

5°. Arragonite; environ une heure. Le morceau soumis 

(1) On sait qu'il n'y a aucun corps qui possède parfaitement cette propriété. 



de l'Électricité. 227 

à l'expérience provenoit d'un cristal d'arragonite de Vertai- 
son , département de l'Allier. Sa transparence étoit nette. Il 
avoit été taillé et poli par un lapidaire. 

6°. Quarz hyalin 5 ordinairement moins d'une heure. Les 
morceaux que j'ai employés avoient été travaillés. Dan*' plu- 
sieurs cas, et surtout lorsque le temps étoit humide, je n'ai 
pu réussir à les électriser, qu'après les avoir fait chauffer. 

7 . Baryte sulfatée; insensible. 

8°. Chaux sulfatée; insensible. 

Je me propose de suivre cette comparaison sur d'autres 
minéraux , et de choisir parmi les résultats ceux qui me pa- 
roîtront les plus remarquables, pour les comprendre dans 
les caractères physiques des espèces auxquelles appartiendront 
ces minéraux. J'en ai déjà cité un exemple qui mérite de 
fixer l'attention. C'est celui que présente la faculté conser- 
vatrice de l'électricité de l'arragonite comparée à celle de la 
chaux carbonatée, qui lui est très -supérieure. Et comme 
cette faculté est inhérente à la nature des corps, il en résulte 
un nouveau caractère distinctif ajouté à tous ceux qui se dé- 
duisent de la géométrie des cristaux et des autres propriétés 
physiques, pour indiquer la séparation des deux substances 
dont il s'agit en deux espèces. 

On peut employer utilement le spath d'Islande dans les 
expériences sur l'électricité produite par la chaleur. J'ai ex- 
trait d'une lame de cette substance , au moyen de la division 
mécanique, un fragment qui avoit la forme d'un prisme 
, mince et allongé ; j'ai attaché ce prisme à l'extrémité d'une 
portion de tuyau de plume, après l'avoir arrondi par un 
bout, avec une lime, de manière qu'il pût entrer dans la 

-9* 



228 de l'Electricité* 

plume, et y être maintenu par le frottement. J'ai fait de l'en- 
semble un levier que j'ai suspendu, par son centre de gra- 
vité, à un fil de soie, dont l'extrémité opposée étoit atta- 
chée à une petite tringle de métal maintenue dans une po- 
sition horizontale par un support. J'ai ensuite pressé le prisme 
de spath d'Islande, pour le mettre à l'état d'électricité vitrée, 
et j'ai obtenu des attractions et des répulsions très-sensibles, 
en lui présentant successivement les deux pôles, soit d'une 
tourmaline chauffée , soit de quelqu autre corps susceptible 
d'acquérir la même vertu. Ce moyen a l'avantage d'exercer 
une force électrique sensiblement constante, pendant un 
temps considérable , et de pouvoir suffire à une longue suite 
d'expériences; au lieu que quand on emploie une tourma- 
line, comme terme de comparaison, à l'aide de l'appareil 
que j'ai décrit dans l'article déjà cité (1) , elle perd continuel- 
lement de sa vertu, par le refroidissement; en sorte que si 
les expériences ont une certaine durée , on est obligé de la 
faire chauffer à plusieurs reprises, pour la ramener à l'état 
électrique. 

(i) Pag, 3 et suiv. 



22< 



ANALYSE DU RIZ. 

PAR M. VAUQUELIN. 



JliN travaillant sur lès pommes de terre , l'idée nous est 
venue de faire aussi l'analyse du riz pour connoître en quoi 
il pourroit différer des autres graines céréales , et savoir s'iî 
contient de la matière sucrée propre à la formation de 
ï'alcooL 

3i grammes de riz concassé ont été macérés dans l'eau 
pendant quelques jours, et jusqu'à ce que ce liquide cessât 
d'en extraire quelque chose. On a obtenu une liqueur par- 
faitement transparente , mucilagineuse , sans saveur , sans 
action sur la teinture de tournesol, ne précipitant point 
l'acétate de plomb. Cette liqueur évaporée à une douce cha- 
leur, a fourni un extrait mou, blanc-jaunâtre, transparent, 
d'une saveur douce et mucilagineuse comme celle de la 
gomme arabique , mais ensuite un peu sucrée. Il pesoit 
2,600 , et le riz lavé séché ne pesoit plus que 29,800. Cet 
extrait mis sur les charbons ardens se boursoufloit , en ré- 
pendant une fumée blanche , d'une odeur de gomme qui 
brûle. 

On a traité cet extrait à plusieurs reprises par l'acide ni- 



-î3o ANALYSE DU RlZ. 

trique pour le convertir en acide ; on a obtenu une liqueur 
jaunâtre fortement acide qui laissoit précipiter par l'addition 
de l'eau une poudre blanche , grisâtre , insipide , craquant 
sous la dent , insoluble dans l'eau bouillante , soluble pres- 
qu'en totalité dans l'acide nitrique , et précipitant par l'am- 
moniaque non en flocons , mais en poussière blanche. 
Chauffée au chalumeau , cette poudre paroît n'éprouver au- 
cune altération 3 cependant elle blanchit et devient alcaline, 
elle fait alors effervescence avec les acides , et est précipitée 
de ses dissolutions en flocons blancs par l'ammoniaque; et 
la liqueur surnageante précipite abondamment par l'acide 
oxalique. 

Ainsi , il ne paroît pas douteux que cette poudre qui se 
forme par l'action de l'acide nitrique sur l'extrait de riz , ne 
soit composée de phosphate de chaux et d'un sel végétal 
calcaire. 

Cette expérience paroîtra peut-être contradictoire à celle 
qui est citée plus haut , car j'ai dit que l'eau mise sur le riz 
ne précipitoit point par l'acétate de plomb, ce qui est vraij 
mais je n'ai soumis à ce réactif que les premiers lavages faits 
à froid, et je n'ai pas fait la même opération avec les der- 
nières portions d'eau qui avoient infusé sur le riz , à une 
douce chaleur. Or pour confirmer l'opinion que j'avois sur 
la dissolution du phosphate de chaux dans l'infusion aqueuse 
de riz , j'ai fait infuser du riz dans l'eau à une douce cha- 
leur, et je l'ai filtré; la liqueur transparente précipitoit par 
l'acétate de plomb , la barite , et ces précipités étoient so- 
lubles dans l'acide nitrique pur. La solution d'iode faisoit 
tourner cette liqueur au bleu foncé , ce qui prouve que l'eau 



Analyse du Riz. a3i 

avoit dissout de l'amidon. Est-ce cet amidon qui est la cause 
de la dissolution du phosphate de chaux ? C'est ce que l'ex- 
périence nous indiquera plus bas. 

Examen de l'acide provenant de l'action de l'acide ni- 
trique sur l'extrait de riz. 

Comme en traitant cet extrait par l'acide nitrique, il s'étoit 
formé un sel calcaire insoluble , dont la plus grande partie 
avoit pour principe un acide végétal, à en juger par l'effer- 
vescence qu'il faisoit avec les acides après la calcination, et 
par le précipité que formoit l'acide oxalique dans la dissolution 
nitrique de ce sel précédemment précipitée par l'ammo- 
niaque , il devenoit curieux de savoir s'il y avoit eu décom- 
position du phosphate de chaux , car si les choses avoient 
eu lieu ainsi , on devoit retrouver de l'acide phosphorique 
dans la liqueur d'où ce sel calcaire s'étoit précipité. 

L'on a à cet effet soumis cette liqueur à l'examen chimique : 

i p.. Elle ne fournit point de cristaux , quoiqu'elle soit rap- 
prochée et privée de la plus grande partie de l'acide nitrique. 

a°. Elle avoit une couleur jaune-clair , une saveur forte- 
ment acide. 

3°. Formant avec de l'eau de chaux et de barite_, des pré- 
cipités floconeux solubles dans l'acide nitrique. 

4°. Une portion de cet acide saturé par la potasse , et le 
sel provenant de cette combinaison légèrement calciné pour 
décomposer le sel végétal , s'il en existoit , a fourni un char- 
bon dont l'eau a extrait une matière alcaline , laquelle sa- 



23a ANALYSE DU RlZ. 

lurée par l'acide acétique pur a donné un précipité floco- 
neux assez abondant par l'acétate de plomb. Cette liqueur 
contenoit donc de l'acide phosphoriqué ; cet acide ne peut 
provenir que du phosphate de chaux décomposé par l'acide 
végétal qui se forme par l'action de l'acide nitrique sur la 
substance végétale et qui a plus d'affinité avec la chaux. 

Expérience pour déterminer la cause de la dissolution du 
phosphate de chaux dans l'infusion de riz. 

Une certaine quantité d'amidon pur retiré du froment , 
mise avec de l'eau distillée , a été chauffée à une douce 
chaleur ; la liqueur filtrée ne précipitoit point du tout l'acé- 
tate de plomb , quoiqu'elle bleuit la solution d'iode ; ce qui 
prouve que le précipité formé par l'acétate de plomb dans 
l'infusion du riz fait à chaud n'appartient pas à l'amidon, 
mais au phosphate de chaux, comme l'expérience suivante va 
nous le prouver. 

La même quantité d'amidon à laquelle j'ai ajouté un 
peu de phosphate de chaux pur en poudre , a été chauffée 
dans une quantité d'eau suffisante, la liqueur filtrée préci- 
pitoit par l'acétate de plomb, et l'oxalate d'ammoniaque. 

D'après ces expériences , il paroît que l'amidon en se dis- 
solvant dans Feau, rend soluble une petite quantité de phos- 
phate de chaux , et que si l'infusion du riz fait à une douce 
chaleur précipite l'acétate de plomb, elle doit cette pro- 
priété à la décomposition du phosphate de chaux dissous 
par ce sel. 

L'infusion de riz faite à la température ordinaire ne préci- 



Analyse du Riz. a33 

pite point l'acétate de plomb , mais elle acquiert cette pro- 
priété par la concentration. 

20 grammes de riz concassé, infusés avec de l'eau froide 
à la température de i5°, ont donné une liqueur qui ne pré- 
cîpitoit point l'acétate de plomb ; mais rapprochée en con- 
sistance syrupeuse, elle le précipitoit d'une manière sensible. 
Le peu de matière produite par cette infusion à froid, ne 
faisoit pas la dixième partie des autres extraits obtenus à 
l'aide d'une chaleur douce , ce qui prouve que dans les in- 
fusions de riz faites précédemment , il y avoit eu de l'ami- 
don dissout, et c'est la dissolution de cette fécule dans l'eau 
qui rapprochée a laissé un extrait mou , et mucilagineux. 

La matière obtenue de l'évaporation de l'eau infusée à 
froid sur le riz , décomposée au feu a donné un charbon 
qui traité par l'acide nitrique a donné un petit précipité flo- 
coneux par l'ammoniaque et l'eau de chaux. 

Ainsi le phosphate de chaux se dissout même à froid dans 
l'eau à l'aide d'une espèce de corps muqueux contenu dans 
le riz. Mais pourquoi l'infusion de riz faite à froid ne préci- 
pite-t-elle pas l'acétate de plomb ; c'est, je crois, parce que 
le phosphate de chaux se trouve en si petite quantité, que 
son effet sur le plomb ne devient pas visible; si l'infusion 
faite à chaud donne un précipité sensible , c'est qu'elle con- 
tient une plus grande quantité de phosphate de chaux dissout 
à l'aide de l'amidon. 

Cette observation pourroit peut-être fournir le moyen de 
concevoir la présence quelquefois assez considérable du 
phosphate de chaux en dissolution dans les liqueurs ani- 
Mém. du Muséum, t. 3. 3o 



^34 Analyse du Riz. 

maies et végétales qui ne sont point acides, et qui sont au 
contraire souvent alcalines. Le phosphate de chaux paroît 
exercer une affinité assez puissante sur les substances ani- 
males et végétales ; car quand on vient à séparer par un 
moyen quelconque ces substances de l'eau où elles sont dis- 
soutes avec le phosphate de chaux, elles entraînent ce der- 
nier avec elles : c'est peut-être ainsi que la nature le dissout 
pour le transporter dans l'économie animale pour la forma- 
tion et la réparation du système osseux. 

On a fait bouillir de la gélatine animale (colle de poisson) 
avec du phosphate de chaux, on a ensuite filtré la liqueur, 
elle précipitoit abondamment par l'acétate de plomb et 
l'oxalate d'ammoniaque. 

Une dissolution de colle de poisson sans mélange de 
phosphate de chaux précipitoit cependant par l'acétate de 
plomb et l'oxalate d'ammoniaque ; mais les précipités for- 
més par ces sels dans cette dernière liqueur étoient beaucoup 
moins abondans. 

Pour nous assurer qu'il y avoit du phosphate de chaux 
dans la colle de poisson , nous en avons brûlé et calciné ; le 
charbon qui en provenoit , traité par l'acide nitrique a 
donné un précipité par l'ammoniaque , ce qui prouve 
que la gélatine en se dissolvant, a dissout du phosphate 
de chaux qui existoit naturellement dans cette substance 
animale. 

Ainsi la gélatine agit à l'égard du phosphate de chaux 
comme l'amidon. 



Analyse du Riz. 235 

Examen du riz traité par l'eau. 

20 grammes de ce riz distillés dans une cornue , ont donné 
un produit fortement acide et empyreumatique ; mis avec la 
potasse , il a dégagé de l'ammoniaque. 

Le charbon provenant de cette opération ne brûle qu'avec 
difficulté, il laisse une matière charbonneuse qui contient un 
peu de phosphate de chaux. 

Farine de riz. 

Cette farine nous a présenté les mêmes phénomènes que le 
riz entier; mais pour s'assurer de la présence et de la quantité 
d'ammoniaque dans le produit de la distillation de 20 grammes 
de riz, on a opéré comme il suit. 

Le produit acide introduit avec la chaux dans une cornue 
de verre, au col de laquelle étoit adapté un petit ballon où 
l'on avoit mis de l'acide muriatique foible, a été soumis à 
l'ébullition jusqu'à ce que les vapeurs ne changeassent plus 
la couleur du tournesol rougie 5 l'on fit ensuite évaporer la 
liqueur qui étoit dans le récipient , et on obtint un centi- 
gramme d'un sel acide coloré en brun , qui délayé avec de la 
potasse caustique laissa dégager de l'ammoniaque. 

D'après ce résultat il paroît qu'il n'y a que fort peu de 
matière animale dans le riz , au moins à en juger par la 
petite quantité d'ammoniaque qu'il fournit , et il est à 
croire que l'usage long-temps continué de cette graine cé- 
réale comme aliment y doit nécessairement changer le mode 
de nutrition. 

3o* 



236 ANALYSE TfV RïZ. 

Expérience -pour déterminer à quel degré de chaleur 
l'amidon commence à se dissoudre dans Veau. 

De la farine de riz mise dans nne capsule avec de l'eau a 
été chauffée jusqu'à 3o degrés sur un bain de sable y alors 
une portion de la liqueur filtrée ne changeoit point la cou- 
leur de la solution d'iode , ce n'a été qu'à 5o degrés qu'elle a 
commencé à la verdir légèrement , et à 55 elle l'a rendue 
entièrement bleue. 

L'amidon commence donc à se dissoudre dans l'eau à une 
température de 5o degrés de Réaumur. 

CONCLUSION. 

Le riz est une graine essentiellement amylacée , qui ne 
contient que des traces à peine perceptibles de gluten et 
de phosphate de chaux. Elle diffère donc des autres graines 
céréales servant à la nourriture de l'homme et des animaux, 
lesquelles renferment comme on sait beaucoup de ces deux 
matières ; ainsi le mode suivant lequel le riz nourrit doit 
être différent de celui du froment par exemple. 

Nous avons fait tous nos efforts pour découvrir de la ma- 
tière sucrée dans le riz , mais ils ont été sans succès ; il est 
cependant singulier que cette graine ne contienne pas de corps 
sucré , car l'on assure que dans certains pays l'on en tire de 
l'eau-de-vie qui est appelée Rack. 

Au reste , la pomme de terre qui ne contient pas non 
plus de sucre , fournit cependant de l'eau-de-vie % soit qu'on 



Analyse du Riz. 287 

l'emploie crue, soit qu'on la fasse cuire pour la faire fer- 
menter. 

De là il faut conclure ou qu'il y a autre chose que le sucre 
qui peut former de l'alcool , ou que le sucre se trouve 
quelquefois tellement enveloppé dans les végétaux, qu'il 
échappe aux moyens de la chimie. 



s38 



NOUVEAU GENRE DE PLANTE: 

GLOSSOSTEMON. 

(Etimologia : TAcao-cn*,, Lingua, X^ju.av., Stamen.) 
PAR M. DESFONTAINES. 



JLœ nouveau genre dont je vais donner la description a été 
découvert en Perse , aux. environs de Bagdat , et apporté 
en France par Bruguière et Olivier, Il appartient à l'ordre 
des Tiliacées de M. Jussieu, et a de grands rapports avec le 
genre Sparmannia auprès duquel il me paroît qu'il doit être 
placé. 

Calix quinquepartitus; laciniis ovatis, acutis. Petala quinque, ca- 
lici alterna , acumine filiformi terminata. 

Stamina a5-3o. Filamenta in phalanges quinque distinctas, basi 
connexa; filamentis lateralibus, phalangis singuke, antheriferis ; me- 
dio sterili , in ligulam lanceolatam , petaloideam expanso. Antherae 
reniformes. 

Stylus nnus. Stigmata quinque, coalita. O varium globosum, superum, 
echinatum, hispidum, quinquelocnlare ; loculis polyspermis. Semina 
margini interno dissepiruentorum longitudinaliter affixa. 

Capsulam maturam nonvidi, sed quinquevalvem et setis rigidis 
undique echinatam autumor. 

Genus Sparmannise afline, distinctum calice quinquepartifo , pe- 
talis quinque oblongis , acuminatis , filamentis staminum in pha- 
langes quinque coalitis , ligulâ pefaloideâ , ex siugulee phalangce 
parte mediâ , émergente. 



Glossostemo?î. 23g 

GLOSSOSTEMON. Bruguieri. 

G. Foliis altérais 3 petiolatis , ovafo-rotundatis , sublobatis , dentatis, 
hispidis; pilis sfeJlatis ; pedunculis axillaribus; floribus corymbosis. 

Tige rameuse 5 rameaux cannelés , couverts de poils très- 
court^, ramifiés en étoile. 

Feuilles alternes , longues de 5-7 pouces sur une largeur 
presque égale, arrondies ou ovales, anguleuses sur les bords 
ou un peu lobées , inégalement dentées , parsemées sur 
les deux surfaces d'un grand nombre de petits poils étoiles , 
traversées par cinq grosses nervures divergentes qui sortent 
du sommet du pétiole. 

Pétiole cylindrique , légèrement cannelé , beaucoup plus 
court que la feuille , accompagné à sa base de deux stipules 
latérales , qui se terminent par un long prolongement 
filiforme. 

Fleurs nombreuses, en corymbe sur des pédoncules qui 
naissent solitaires dans les aisselles des feuilles* supérieures et 
adhèrent latéralement à la base du pétiole. Pédicelles ac- 
compagnés de bractées filiformes. 

Divisions du calice glabres à l'intérieur , couvertes exté- 
rieurement de poils étoiles comme ceux des rameaux et des 
feuilles. 

Diamètre de la fleur d'environ un pouce. Pétales roses, 
ouverts , veinés dans leur longueur , terminés par une 
longue pointe. 

Etamines plus courtes que les pétales. Filets comprimés, 
attachés inférieurement sur les bords de la lanière pétaloïde 
qui est lancéolée, aiguë, d'une couleur rouge comme les 



240 Glossostemon. 

filets, et également parsemée de tubercules visibles à la 
loupe , ce qui prouve que cette lanière n'est qu'une étamine 
avortée. (Les mêmes tubercules s'observent sur les filets 
des étamines du Sparmannia , ils y sont seulement plus appa- 
rens). Anthères jaunes , arquées , à deux loges , attachées par 
la base au sommet des filets. 

Style droit _, pentagone. Cinq stigmates soudés ensemble. 

Les pointes dont le jeune fruit est parsemé m'ont paru 
disposées par rangs comme celle du Sparmannia. 

Je présume d'après l'analogie que les tiges du Glossostemon 
sont ligneuses. 



EXPLICATION DE LA PLANCHE. 

X. Une fleur vue en face. 

2. Un faisceau d'étamines grossies. 

3. Une étaminejfirec Panthère vue de côté. 

4. Une étamine avec l'anthère vue en face 

5. Un ovaire grossi avec le style. 

6. L'ovaire coupé transversalement. 

7. Un poil étoile vu à la loupe. 



Tom ■ 3 




V M' 



GLOSSOSTEMOTf S, 



•r>tu7Uiew . 



//</. 



24* 



ANALYSE 

DE DIFFÉRENTES 

VARIÉTÉS DE POMMES TERRE. 

PAR M. VAUQUELIN. 



JLiA Société d'Agriculture m'a chargé d'analyser diverses 
variétés de pommes de terre pour connoître les quantités 
relatives d'amidon , de parenchyme, et de matière extrac- 
tive que chacune d'elles pouvoit contenir. 

Je n'exposerai pas ici les moyens qui ont été mis en usage 
pour parvenir au but proposé , ils sont suffisamment connus 
de tout le monde ; j'en présenterai seulement les résultats 
dans un tableau où l'on peut voir d'un coup d'oeil le nom 
de la variété de pomme de terre, sa couleur extérieure, la 
couleur intérieure, la quantité d'amidon, celle de paren- 
chyme, et celle du mélange de parenchyme et d'amidon, 
enfin la quantité d'eau qu'elle a perdu par la dessiccation. 

Quarante-sept variétés de pommes de terre ont été l'objet 
de ce travail, onze variétés ont fourni depuis le cinquième 
jusqu'au quatrième de leur poids d'amidon; deux seulement 
n'en ont donné que le huitième. 

Onze variétés n'ont diminué que des deux tiers par la 
dessiccation, et ce sont justement celles qui ont donné le plus 
Mém. du Muséum, t. 3. 3 1 



2^2 Variétés de Pommes de terre. 

d'amidon; dix ont perdu les trois quarts, et six près des quatre 
cinquièmes par la même opération. 

Si ces opérations avoient été faites avec le soin minutieux 
que l'on apporte ordinairement dans les analyses de recher- 
ches, Ton pourroit trouver la quantité de matière soluble 
contenue dans chaque variété de pomme de terre, en som- 
mant les quantités d'amidon , de parenchyme et de mélange 
d'amidon avec le parenchyme, et en soustrayant cette somme 
de celle à.laqtielle s'est réduite la même masse de pommes 
de terre par la dessiccation; mais en essayant cette opération 
sur un certain nombre , je me suis aperçu qu'il y avoit trop 
de discordance entre les résultats, pour pouvoir y compter. 
Des expériences directes que j'ai faites sur trois à quatre va- 
riétés m'ont prouvé qu'il y avoit dans les pommes de terre 
de deux à trois centièmes environ de matières solubles, dont 
la nature sera exposée plus bas. 

La proportion d'amidon dans les pommes de terre est 
plus grande que celle qui est exprimée dans le tableau , je me 
suis assuré par des expériences, que le parenchyme contient 
depuis les deux tiers jusqu'au trois quarts de son poids 
d'amidon, d'où il suit que la plus pauvre des pommes de 
terre que nous avons examinée contient au moins un cin- 
quième de son poids d'amidon, et que la plus riche en 
contient 28 pour 100. 

Le moyen que j'ai employé pour séparer l'amidon du 
parenchyme, est l'eau bouillante en grande masse, et j'ai 
jugé de sa quantité par la perte que la matière avoit éprou- 
vée : à la vérité cette perte n'appartenoit pas toute entière 
à l'amidon, car en traitant celui-ci au moyen de l'acide ni- 



Variétés de Pommes de terre. 2/p 

trique, j'ai obtenu, avec l'acide oxalique, une petite quantité 
d'acide mucique qui prouve que le parenchyme contient 
aussi une gomme, mais quelle espèce de gomme est inso- 
luble ainsi dans l'eau froide. 

L'on voit par ce résultat que la quantité de véritable pa- 
renchyme de la pomme de terre est très -petite ; elle ne 
s'élève guère au-delà d'un centième et demi dans celles qui 
en contiennent le plus, souvent même elle n'est que d'un 
centième. 

Le parenchyme entièrement dépouillé d'amidon et de 
gomme n'est absolument que la matière ligneuse dans toute 
sa pureté; elle est entièrement insoluble dans l'eau, et four- 
nissant un produit acide à la distillation, sans traces -sen- 
sibles d'ammoniaque. 

L'analyse de l'extrait ou plutôt des matières solubles des 
pommes de terre n'ayant été, que je sache, faite par per- 
sonne , j'ai cru devoir saisir l'occasion que m'offroit dans 
cette circonstance la Société d'Agriculture pour m'en occuper. 

Examen de Veau qui a servi à laver la pulpe de pommes 

de terre. 

En même temps qu'on cherchoit à déterminer les rap- 
ports de la fécule amylacée avec la partie fibreuse etparen» 
chymateuse contenues dans les diverses variétés de pommes 
de terre, nous nous sommes occupés aussi de l'examen de 
l'eau qui a servi à laver cette production végétale écrasée , 
afin de reconnoître les principes qui s'y trouvent, et tirer, 
s'il étoit possible j de leur connoissance quelques inductions 

3i* 



^44 Variétés de Pommes de terre. 

utiles sur le meilleur usage qu'on peut faire de la pomme de 

terre. 

Expérience i re . Cette eau filtrée présente une couleur 
brune violacée plus ou moins intense suivant la quantité 
d'eau employée pour le lavage. 

Evaporée à siccité par une chaleur très- douce, elle a 
fourni une masse brune qui étoit elle-même formée d'un 
grand nombre d'autres petites masses mal liées entre elles : 
ces sortes de grumeaux qui donnoient à la matière un as- 
pect hétérogène, provenoient d'une substance qui s'étant 
coagulée par la chaleur est devenue par-là immiscible avec 
celles qui sont restées en dissolution dans l'eau. 

Expérience 2 e . Pour séparer cette matière et en exami- 
ner séparément les propriétés, on a lavé la masse ci -dessus 
avec de l'eau tiède , on a filtré la liqueur et fait sécher la 
portion qui ne s'est pas dissoute. En cet état, elle avoit une 
couleur noire très-intense , elle étoit sèche, aride et cassante , 
et n'avoit aucune saveur : soumise à la distillation dans un 
appareil convenable, elle a fourni un produit très-alcalin 
et fétide comme celui des matières animales. D'après cela il 
ne paroît pas douteux que cette substance est une sorte 
d'albumine très-colorée qui s'est coagulée pendant l'évapo- 
ration. L'eau du lavage de 5oo grammes de pommes de terre 
en à donné 7 grammes à l'état de siccité. 

Le charbon de cette albumine fournit par l'incinération 
une petite quantité de cendre blanche composée de phosphate 
et de carbonate de chaux. 

Expérience 3 e '. Après avojr reconnu la nature et en quel- 
que sorte l'espèce de la matière insoluble contenue- dans 



Variétés de Pommes de terre. 24^ 

l'extrait de pommes.de terre, nous avons de nouveau éva- 
poré au bain-marie la liqueur dont on vient de parler, nous 
avons obtenu cette fois une sorte d'extrait d'une couleur 
rouge brune, paroissant très -homogène, et dont la saveur 
nauséabonde avoit quelque analogie avec celle de l'osma- 
zôme. Cette matière regardée au soleil, à l'aide d'une loupe, 
présentant de petits points blancs et brillans, nous l'avons 
traitée à plusieurs reprises avec l'alcool bouillant dans l'es- 
pérance de séparer ces corps brillans. 

L'alcool avoit, dans cette opération , acquis une couleur 
jaune brune, et a déposé pendant le refroidissement quel- 
ques petits cristaux brillans, mais la quantité en étoit trop 
petite pour que nous ayons pu en reconnoître la nature 
particulière. 

Expérience l±% Voyant que nous ne pouvions point par 
ce moyen séparer les corps brillans contenus dans l'extrait 
de pommes de terre, et désirant cependant connoître la na- 
ture de la matière qui s'étoit dissoute dans l'alcool, nous 
avons fait évaporer ce dernier jusqu'à 'siccité à une v tempé- 
rature très-peu élevée : il a laissé un extrait d'un jaune brun 
parfaitement transparent, d'une saveur acide et un peu acre. 

De l'eau froide mise sur ce résidu n'en a dissout qu'une 
partie, une autre est restée sous forme de petits grumeaux 
de couleur fauve qui se colloient ensemble par la pression, 
ou par une légère chaleur : cette matière desséchée à l'air est 
devenue dure et fragile \ elle avoit une saveur amère et aro- 
matique qui ressembloit en quelque sorte à celle de l'oliban. 
Mise sur un corps chaud elle sefondoit ; se réduisoit en vapeurs 



246 Variétés de Pommes de terre. 

blanches qui avoient un parfum agréable, enfin elle ne laissoit 
que peu de charbon. 

- Ces caractères permettent de regarder cette substance 
séparée par l'alcool de l'extrait de pommes de terre , comme 
une espèce de résine particulière. 

Expérience 5 e . Je n'ai pas pu reconnoître encore , faute 
d'une quantité suffisante, la nature de la matière qui est 
en même temps soluble dans l'eau et dans l'alcool; j'y re- 
viendrai plus bas. 

La partie de l'extrait sur laquelle l'alcool n'exerçoit presque 
plus d'action a été dissoute dans une petite quantité d'eau 
froide, toujours dans l'intention de séparer les corps blancs 
et brillans dont nous avons parlé plus haut. Ce moyen a , 
en effet, réussi, car lorsque l'espèce de substance muqueuse 
qui les enveloppoit a été dissoute , on les apercevoit par 
leur blancheur et leur brillant se mouvoir dans la liqueur 
agitée, 

On a jeté ensuite le tout sur un filtre de papier Joseph, 
la liqueur a passé très-lentement , parce qu'elle étoit très- 
visqueuse ; enfin on a lavé la matière restée sur le filtre avec 
de l'eau froide, et l'on a obtenu le corps en question. Il se 
présentoit sous la forme de grains cristallins, brillans, qui 
étoient cependant mêlés , surtout à la surface, de quelques 
légers flocons bruns d'une autre nature; i ooo grammes de 
pommes de terre ont produit 1 2 grammes de cette substance. 

Une petite portion de ces cristaux mis sur un charbon 
ardent se boursoufle légèrement, exhale une odeur piquante, 
et laisse un charbon qui se réduit facilement en cendre 
blanche. 



Variétés de Pommes de terre, 247 

Ces phénomènes annoncent déjà que la matière dont il 
s'agit, est un sel végétal à base terreuse. 

De petites quantités de ce sel jetées dans l'eau bouillante 
s'y dissolvent assez promptement et en quantité suffisante 
pour que la liqueur précipite sensiblement l'oxalate d'am- 
moniaque et l'acétate de plomb. 

Pour connoître enfin la naj,ure de l'acide qui forme ce sel , 
j'ai fait dissoudre 10 grammes de ce dernier dans environ 
400 parties d'eau bouillante , et après avoir précipité la dis- 
solution par l'acétate de plomb , j'ai décomposé le précipité 
qui en est provenu par l'hydrogène sulfuré, et la liqueur 
filtrée et concentrée a donné des cristaux blancs et transpa- 
rens extrêmement acides. 

Soupçonnant que le sel dont je viens de parler étoit du 
tartrate de chaux, j'en ai traité deux grammes avec une dis- 
solution de carbonate de potasse aidé de la chaleur, et j'ai 
trouvé qu'il avoit été changé en carbonate de chaux ; mais 
la dissolution alcaline sursaturée par l'acide acétique con- 
centré n'a point fourni de tartrate acide de potasse, quoique 
la liqueur eût été assez fortement rapprochée. 

Convaincu par cette expérience que l'acide obtenu par 
le moyen indiqué ci-dessus n'étoit point de l'acide tartarique , 
il me restoit à le comparer aux autres acides végétaux pour 
savoir s'il se rapporteroit à quelqu'un d'eux, ou s'il seroit 
d'une espèce nouvelle. Comme par sa saveur, sa solubilité 
et sa cristallisation, il me paroissoit avoir plus d'analogie avec 
l'acide citrique qu'avec tout autre, c'est avec celui-là que 
j'ai commencé la comparaison. 



248 Variétés de Pommes de terre. 

io. J'ai remarqué que, comme l'acide citrique, il étoit 
très-soluble dans l'eau, et que pendant sa dissolution il y 
avoit abaissement de température, il ne précipitoit point 
l'eau de chaux , mais que par l'évaporation de leur combi- 
naison saturée , il se déposoit un sel blanc , brillant et nacré 
comme avec l'acide citrique 5 2 . qu'il précipitoit l'eau de 
barite, l'acétate de plomb en flocons blancs solubles dans 
l'acide acétique comme ceux formés par l'acide citrique 
dans les mêmes liqueurs. D'après ces caractères, nous sommes 
convaincus que cet acide est de l'acide citrique , et qu'il ne 
peut appartenir à aucune des autres espèces d'acides végé- 
taux. Cet acide existe dans la pomme de terre à l'état de 
citrate de chaux, mais l'on verra plus loin qu'une autre 
portion du même acide se trouve dans ce végétai combiné 
à la potasse. 

Expérience 6 e . Pour savoir si la partie de l'extrait de 
pommes de terre insoluble dans l'alcool, et que nous avons 
redissoute dans l'eau froide pour en séparer le sel calcaire, 
étoit homogène , ou composée d'élémens divers, je l'ai pré- 
cipitée par l'acétate de plomb employé en excès. 

J'ai recueilli sur un filtre le précipité qui étoit abondant 
et d'une couleur blanche jaunâtre, je l'ai lavé avec de l'eau 
bouillante , et lorsque les eaux du lavage ont passé sans cou- 
leur ^ j'ai délayé cette substance dans l'eau froide, et ai fait 
passer à travers un courant de gaz hydrogène sulfuré. 

L'opération terminée , j'ai filtré la liqueur qui devoit alors 
contenir les matières qui avoient formé avec l'oxide de plomb 
une combinaison insoluble, et je l'ai fait évaporer à une 
chaleur douce, tant pour expulser l'excès d'hydrogène sulfuré 



Variétés de Pommes de terre. 249 

que pour connoître les propriétés physiques de la substance , 
et en découvrir la nature. J'ai obtenu une matière légère- 
ment colorée en brun, ayant une consistance mucilagineuse, 
une saveur extrêmement acide, sans odeur sensible, préci- 
pitant en blanc l'acétate de plomb , l'eau de chaux et l'eau 
de barite, et ne précipitant point la solution de nitrate d'ar- 
gent. Ces propriétés appartiennent à l'acide phosphorique ; 
mais pouvant aussi être communes à d'autres acides, j'ai, 
pour m'en assurer, précipité une certaine quantité d'acétate 
de plomb par cet acide _, et après avoir recueilli et lavé le 
précipité, je l'ai chauffé au chalumeau , et j'ai remarqué les 
effets suivans : i°. une partie du précipité s'est fondu, a pé- 
nétré dans le charbon et y a laissé une tache grisâtre; 2 . 
une autre partie s'est fondue ensuite et s'est bientôt réduite 
à l'état métallique. Il suit de là que l'acide dont il s'agif n'est 
ni de l'acide muriatique ni de l'acide phosphorique pur, 
puisque d'une part il ne trouble point la dissolution d'argent, 
et que de l'autre le précipité qu'il forme avec le plomb se 
réduit à l'état métallique, ce qui n'auroit pas lieu s'il étoït 
composé de phosphate de pJomb seulement. 

Une partie de cet acide combiné à une quantité de potasse 
incapable de le saturer entièrement n'a point fourni de crème 
de tartre, quoique la combinaison eût été très - rapprochée : 
cette expérience prouve que l'acide en question n'est pas 
non plus de l'acide tartarique. 

Les soupçons que j'avois sur la nature de cet acide ne 
s'étant point confirmés, j'ai cherché à quelle autre espèce il 
pouvoit appartenir; mon idée s'est reportée sur l'acide ci- 
trique, et pour la confirmer ou la détruire tout -à- fait, j'ai 
Mém. du Muséum, t. 3, 32 



'-iSo Variétés de Pommes de terre. 

évaporé cet acide presque en consistance syrupeuse , et l'ai 
abandonné dans un air chaud pour voir s'il s'y formeroit des 
cristaux. Au bout de quelques jours il s'est formé en effet 
au milieu du liquide syrupeux, des cristaux blancs , transpa- 
rens, d'une saveur extrêmement acide ; mais quoique nous 
ayons abandonné cette matière pendant long-temps à l'air, 
une partie sous une forme visqueuse a refusé de cristalliser 5 
ce qui nous a fait soupçonner qu'elle étoit formée de deux 
acides différens.- Comme l'incristallisabilité est un des carac- 
tères de l'acide malique, et que ce dernier est commun dans 
les végétaux, on a traité une partie de la matière visqueuse 
avec l'acide nitrique; mais quoiqu'à l'aide de la chaleur il 
se soit développé du gaz nitreux, preuve de la décomposi- 
tion de l'acide nitrique, nous n'avons cependant point ob- 
tenu 'd'acide oxalique, ce qui n'auroit pas manqué d'arriver 
si cet acide avoit été de la nature de l'acide malique. 

Ainsi il paroît que cet acide ne contient point d'acide 
malique. De l'eau de chaux ayant formé un précipité dans 
une portion de cet acide dissout dans l'eau, phénomène qui 
n'appartient à aucun des acides végétaux, excepté l'acide 
oxalique, nous avons été curieux de recueillir et d'exami- 
ner les propriétés de ce précipité. Il avoit , après la dessic- 
cation , une légère couleur jaunâtre, noircissant légèrement 
au feu , mais ne faisant que peu d'effervescence en se dissol- 
vant dans les acides , étant précipité par l'ammoniaque sous 
forme de flocons de sa dissolution nitrique : ce résultat 
prouve que l'acide dont nous nous occupons contient un peu 
d'acide phosphorique , et il paroît que c'est cet acide qui 



Variétés de Pommes de terre. 2.5i 

uni au plomb a formé sur le charbon où il a été fondu une 
tache grise que nous avons précédemment signalée. 

Après avoir précipité l'acide phosphorique par l'eau de 
chaux , la liqueur évaporée a fourni un sel qui avoit tous les 
caractères du citrate de chaux; ainsi l'acide obtenu comme 
il a été dit ci -dessus est un mélange d'une petite quantité 
d'acide phosphorique et d'acide citrique. 

Expérience 7 e . La liqueur où l'acétate de plomb avoit 
formé un précipité, quoique presque incolore, pouvant en- 
core contenir quelques principes intéressans, j'en ai d'abord 
précipité le plomb par l'hydrogène sulfuré, et la liqueur 
filtrée m'a fourni, par une évaporation ménagée, une matière 
visqueuse beaucoup plus colorée que celle ,du précipité de 
plomb dont on a parlé plus haut, d'une saveur très- diffé- 
rente, et qui ressemble en quelque sorte à celle de l'ôsmà- 
zôme. 

Au bout de quelques jours , il s'est formé dans cette li- 
queur ainsi épaissie des cristaux grenus sans forme déter- 
minable , ayant une saveur légèrement sucrée quand ils sont 
entièrement dépouillés de la liqueur qui les enveloppe. 

Cette matière d'apparence saline est dure , sèche et cas- 
sante : soumise à l'action du feu , dans un tube de verre 
fermé par un bout , elle s'est boursoufïlée , a produit beau- 
coup de carbonate d'ammoniaque , et a laissé un charbon 
volumineux qui ne contenoit aucune trace d'alcali ni de 
chaux. Dissous dans l'eau bouillante , et sa dissolution re- 
froidie sur une poêle chaud , a formé des cristaux très- 
blancs , transparens, et assez volumineux. 

D'après les propriétés que nous venons d'énoncer , il nous 

32* 



2^2 Variétés de Pommes de terre. 

paroît certain que cette prétendue matière saline n'est autre 
chose que l'asparagine que nous avons découvert , M. Ro- 
biquet et moi , dans les asperges (i). Cette matière singu- 
lière , dont nous avons alors décrit les propriétés principales, 
est à ce qu'il paroît plus répandue dans le règne végétal 
qu'on ne l'avoit cru , car déjà M. Robiquet l'a rencontrée 
depuis dans la racine de réglisse. 

La matière extractive dont on a séparé l'asparagine au 
moyen d'un peu d'eau , mise sur les charbons ardens , se 
boursouifle en répandant l'odeur des matières animales , et 
en laissant un charbon très-volumineux et très-alkalin. 

Cette substance n'est point soluble dans l'alcool très- 
déflegmé , elle n'est coagulée ni par les acides , ni par le 
chlore , ni par la noix de galles; délayée avec un peu d'eau, 
et mêlée avec l'acide nitrique, elle exhale une forte odeur 
de vinaigre , et peu de temps après l'on y voit beaucoup de 
cristaux de nitrate de potasse. 

La présence de l'acétate de potasse dans cette matière 
prouve que cet alcali étoit précédemment combiné à l'acide 
citrique et à l'acide phosphorique précipités par le plomb. 

Cette substance qu'on auroit prise volontiers pour un mu- 
cilage végétal, est une vraie matière animale d'une espèce 
particulière dont la saveur est analogue à celle des champi- 
gnons comestibles quand elle a été traitée par l'alcool. 
J'avois d'abord soupçonné qu'elle provenoit d'une partie 
de l'albumine rendue soluble par l'action de l'eau chaude 



(1) Voyez Annales de Chimie, lome 5j , pag. 



Variétés de Pommes de terre. 253 

long-temps continuée , mais ayant soumis de l'albumine d'oeuf 
dissoute dans l'eau aux mêmes épreuves, je n'ai rien pu 
obtenir de pareil j le résidu de l'évaporation repris par l'eau 
a présenté une solution qui a toujours conservé son carac- 
tère d'albumine, c'est-à-dire qu'elle étoit précipitée par 
les acides, le chlore, la noix de galles. Ce qui n'a pas lieu 
à l'égard de la substance animale de la pomme de terre. 

Ce corps animalisé qui, je crois, existe dans un assez grand 
nombre de végétaux, n'a jamais été décrit et par consé- 
quent n'a point de nom ; il mériteroit cependant un examen 
attentif, mais avant tout il faudroit trouver un moyen de 
l'obtenir pur, car à l'état où j'en ai parlé plus haut il doit 
contenir encore une petite quantité d'asparagine \ souvent il 
recèle aussi du nitrate de potasse en assez grande quantité 5 
plusieurs variétés de pommes de terre nous ont fourni de 
ce sel dont la présence doit plutôt être attribuée à la na- 
ture du sol qu'à la variété du végétal. Si je puis amener 
cette matière animalisée à l'état de pureté j'en -décrirai exac- 
tement les propriétés, et si elle se trouvoit être nouvelle 
pour nous, je lui chercherai un nom pour la distinguer. 

Le suc ou plutôt le lavage des pommes de terre écrasées, 
contient comme on l'a vu plus haut huit à neuf substances , 
savoir : i°. de l'albumine colorée qui fait environ les sept 
millièmes de la pomme de terre. 

2 . Du citrate de chaux dans la proportion d'environ 
douze millièmes. 

3°. De l'asparagine dont la quantité n'a pas été exacte- 
ment déterminée , à cause de sa solubilité ; elle ne fait pas 
moins d'un millième, de la pomme de terre. 



254 Variétés ï>e Pommes de terre. 

4°. Une résine amère, aromatique, et cristalline en très- 
petite quantité. 

5°. Du phosphate de potasse , et phosphate de chaux. 

6°. Du. citrate de potasse , et acide citrique libre. 

70. Une matière animale particulière qui peut faire les 
quatre ou cinq millièmes de la pomme de terre. 

Je n'ai point obtenu le citrate de potasse a part, mais j'ai 
conclu son existence de l'acétate de potasse qui s'est formé 
pendant la précipitation du suc de pomme de terre par 
l'acétate de plomb , après qu'on en avoit séparé le citrate de 
chaux. Comme le suc étoit légèrement acide, et contenoit 
de l'acide phosphorique , l'on pourroit croire que ce dernier 
est uni à la potasse , et que l'acide citrique est libre ; mais 
j'observe que d'une part l'acide phosphorique n'existe pas 
en assez grande quantité pour pouvoir saturer toute la potasse , 
et que l'acidité du suc n'est pas assez marquée pour croire 
que tout l'acide citrique que nous en avons obtenu soit à 
l'état de liberté : telles sont les raisons qui m'ont déterminé à 
regarder cet acide comme en partie libre et en partie combiné. 

Les seuls des principes des pommes de terre qui aient une 
saveur marquée sont la résine, et surtout la matière ani- 
malisée; ce sont aussi les seuls qui soient colorés; ainsi 
l'arôme et la saveur des pommes de terre qui ont cuit dans la 
cendre et dans leur propre suc sont dus à ces deux corps. La 
saveur de la matière animalisée est assez agréable quand elle 
est divisée par la partie amylacée et fibreuse de la pomme 
de terre; mais quoique analogue à celle du jus de champi- 
gnons comestibles, elle est nauséabonde quand elle est con- 
centrée. 



Variété* de Pommes de terre. 255 

Si quelqu'un voulpit répéter l'analyse du suc de pommes 
de terre , voici la manière la plus simple suivant laquelle il 
devroit opérer. 

i°. Broyer la pomme de terre, exprimer fortement le 
marc , la délayer ensuite avec un peu d'eau et le presser de 
nouveau, réunir les liqueurs, les filtrer^ et les faire bouillir 
pendant quelque temps. 

2». Filtrer cette liqueur pour séparer l'albumine qui a 
été Coagulée par la chaleur : la laver et la faire sécher pour 
en connoître le poids. 

3°. Faire évaporer la liqueur en consistance d'extrait, re- 
dissoudre ce dernier dans une petite quantité d'eau pour 
séparer le citrate de chaux qu'il faut laver avec de l'eau 
froide jusqu'à ce qu'il soit blanc. 

4°. Etendre d'eau la liqueur et la précipiter par l'acétate 
de plomb mis en excès : décanter la liqueur surnageante et 
laver le précipité à plusieurs reprises avec de l'eau chaude 7 
et mettre à part toutes ces liqueurs réunies. 

5°. Délayer le précipité obtenu dans l'opération précé- 
dente dans une suffisante quantité d'eau pour donner assez 
de fluidité à la liqueur, décomposer ce précipité par un 
courant de gaz hydrogène sulfuré jusqu'à ce qu'il y en ait 
un excès sensible. 

6. Filtrer la liqueur et la faire évaporer en consistance 
syrupeuse pour obtenir l'acide citrique cristallisé. 

7°. Précipiter de la même manière par l'hydrogène sulfuré 
la liqueur décantée de dessus le précipité obtenu dans l'opé- 
ration 4 e - '•> filtrer la liqueur et la faire évaporer à une très- 
douce chaleur jusqu'en consistance syrupeuse ou plutôt 



256 Variétés de Pommes de terre, 

d'extrait mou ; l'abandonner en cet étpX pendant quelques 
jours, dans un lieu frais, pour que l'asparagine cristallise 5 
délayer ensuite cette matière dans une très-petite quantité 
d'eau très-froide, laisser reposer et décanter la liqueur, laver 
avec de petites quantités d'eau froide jusqu'à ce que l'as- 
paragine soit blanche. 

8°. Concentrer de nouveau la liqueur en consistance 
d'extrait et la traiter à chaud par l'alcool à 3o pour en sé- 
parer l'acétate et le nitrate de potasse et obtenir la matière 
animalisée la plus pure possible. 



ANALYSE 

DE DIFFÉRENTES ESPÈCES DE POMMES DE TERRE 
Remises par la Société d'Agriculture , sur 5oo grammes. 





NOMS 








a 


ta 
1 j 


immes 
; terre 
iéchées. 






COULEUR EXTÉRIEURE. 


COULEUR INTÉRIEURE. 


Amidon. 




s 


S "H 
g 'a 




DUS ESPÈCES. 










tu 


p-i 


T3 










Grammes. 


Grammes. 


Grammes. 


Grammes. 




Hollande. 


rouge. 


jaune-verdâtre. 


7 6 


27 


6,80 


l32,ÔO- 




La Duagienne. 


Id. 


jaune. 


» 


» 


» 


155 




Violette-franche. 


Id. 


jaune-verdâtre. 


75 


26 


i3 


160 




Id. dégénérée. 


Id. 


blanch. veinée de roug. 


96 


34,5o 


18 


i55 




Rouge-longue. 


Id. 


Id. 


90>7° 


29,50 


3 


1 57,50 




Berbourg. 


Id. 


blanche. 


9 2 


22,5o 


4,8o 


i4o 




Chair-rouge. 


rouge. 


jaune et rouge. 


61 


32,5o 


i8,5o 


i45 




Decroisilles. 


rosée. 


blanche jaunâtre. 


«ai 


28 


3,5o 


i5 2,5o 




Calciuger. 


rouge. 


blanche. 


98 


24,5o 


1 


i62,5o 




Bavière. 


Id. 


jaune. 


85 


2g,5o 


io,5o 


i5o 




Patraque-rouge. 


rouge. 


blanche jaunâtre. 


69 


26,5o 


11 


122,50 


Prune-rouge i re levée. 


Id. 


jaune et rouge. 


8i,5o 


22 


5,5o 


125 


Id. , 3 e . pied. 


Id. 


Id. 


9 2 


25 


12 


157, 5o 




Truffe d'août. 


Id. 


jaune veinée de rouge. 


90 


24,5o 


8 


127,50 




Belle- Ardenne. 


Id. 


blanche jaunâtre. 


87 


20,5o 


i,4o 


i35 




Claire-Bonne. 


rosée. 


blanche poin ts ro u ges. 


102 


3o 


1 


Ii5 




Belle-Ochreuse. 


rougeâtre. 


blanche jaunâtre. 


93 


20,5o 


1 


112,50 




Coton. 


rouge. 


jaune veinée de rouge. 


89 


32 


4 


i32,5o 




Tardive-Ardenne. 


Id. 


jaune. 


107 


27 


9 


i52j5o 




Zelingen. 


Id. 


jaune. 


io5 


28,5o 


8,5o 


i65 




Divergente. 


Id. 


Id. 


9° 


26,5o 


2 


l45 




Mouffen. 


Id. 


blanche jaunâtre. 


98,50 


3l 


3,5o 


125 




Patraque-blanche. 


blanche-rosée. ■ 


blanche veinée de rose 


68 


22 


6 


117,50 




Beaulieu-marbrée. 


rosée. 


jaune. 


87,50 


23 


1 


110 


t 


Long-Brin. 


Id. 


Id. 


100 


26 


3 


127,50 




Brugeoise. 


jaune-rougeâtre. 


Id. veinée de rouge. 


107 


25,4o 


i,5o 


120 


1 


Patraque-jaune. 


jaune. 


jaune. 


9 1 


23 


3 


127,50 


> 


Grosse- Zéelandaise. 


Id. 


Id. 


89 


25,5o 


5 


i55 


i 


Jaune-tardive. 


Id. 


Id. 


86,5o 


27,50 


7 


I22,5o 


r 


Champion. 


rosée. 


jaune. 


79, 5 ° 


22 


2,5o 


i4o 


5 


Oxnoble. 


blanche-jaunâtre. 


Id. 


m,5o 


23,5o 


2 


i32,5o 


) 


Shan. 


blanche-verdàtre. 


jaune verdâtre. 


9'* 


24 


i,5o 


i55 


ï 


Vaine à châssis. 


blanche-jaune. 


blanche jaunâtre. 


86,5o 


25 


4,5o 


125 


5 


Petite-Hollandaise. 


jaune. 


jaune. 


m 


27 


2,70 


i45 


5 


L'Epais-Buisson. 


jaune. 


Id. 


92 


20 


4 


127,50 


9 


L'Orpheline. 


jaune et rouge. 


jaune. 


122 


2 9 


2 


122,50 





La Chinoise. 


jaune. 


Id. 


S8 ; 5o 


20 


i,6o 


127,5o 



Mém. du Muséum, t. 3. 



33 





NOMS 








CD 

a 
>> 


R 4 


? s 


N° 5 . 


DES ES FÈCES. 


COULEUR EXTÉRIEURE. 


COULEUR INTÉRIEURE. 


Amidon. 


Si 
u 

s 

u 
CL 


Parench 
et 
Amidc 


« 

CL, t 


io3 


Imbriquée. 


jaune. 


blanche. 


Grammes. 
92,5o 


Grammes. 
26 


Grammes. 

7,5o 


Gran 

16c 


107 


Parnientière. 


Id. 


jaune. 


o,4,5o 


20,50 


2 


i4e 


rrr 


Jaune-Haricot. 


Id. 


blanche. 


io6,5o 


23,5o 


3 


i5 7 


i35 


Ri 


dney. 


jaune-verdâti*. 


jaune-verdâtre. 


82 


22 


1 


IIS 


n3 


Vi 


olette. 


violette. 


jaune. 


88 


32,5o 


i,5o 


i4c 


ni 


Bl 


îue-des-forêts. 


rouge-violacée. 


blanche. 


9» 


28 


2 


167 


n5 


Re 


nnoise. 


Id. 


Id. 


7 1 


22 


3 


125 


116 


Blèue-de-Zélande. 


Id. 


Id. 


98 


26 


1 


i5g 


117 


Violetteà chair marb. 


violette. 


blancb. veinée de viol 


93 


26 


1 


125 


118 


Bl 


îue-noirâtre. 


violet foncé. 


blanche et violette. 


82,5o 


u5 


1 


i4s 



i5g 



EXTRAIT D'OBSERVATIONS 

Faites sur le Cadavre d'âne femme connue à 
Paris et à Londres sous le nom de Venus 

HoTTENTOTTE. 

PAR M. G. CU VIE R. 



l n'est rien de plus célèbre en histoire naturelle que le 
tablier des Hottentottes , et en même temps il n'est rien qui 
ait été l'objet de plus nombreuses contestations. Long-temps 
les uns en ont entièrement nié l'existence ; d'autres ont pré- 
tendu que c'étoit une production de l'art et du caprice 5 et 
parmi ceux qui l'ont regardé comme une conformation 
naturelle, il y a eu autant d'opinions que d'auteurs, sur la 
partie des organes de la femme dont il faisoit le dévelop- 
pement. 

Feu Péron, qu'une mort prématurée a sitôt enlevé à la 
Zoologie dont il paroissoit destiné à reculer les limites plus 
qu'aucun autre voyageur , avoit lu quelque temps avant sa 
mort un mémoire qui n'a pas été imprimé , mais que l'Aca- 
démie peut se rappeler, et dont M. Freycinet a donné un 
extrait dans le second tome de la Relation du voyage aux 
Terres Australes. Le sujet y est présenté sous un jour entiè- 
rement nouveau. Selon l'auteur le tablier n'existe pas dans 

33* 



2Ô0 VÉNUS HûTTENTOTTE. 

les Hottentottes proprement dites. C'est un caractère parti- 
culier à la nation des Boschismans , peuple plus reculé que 
les Hottentots dans l'intérieur des terres ; il disparoît même 
par le croisement avec les vrais Hottentots : au contraire les 
femmes Boschismans l'ont toutes et dès l'enfance; seulement 
il s'alonge plus ou moins avec l'âge. Ces mêmes femmes se 
font encore toutes remarquer par des fesses excessivement 
proéminentes. Ce singulier voile, enfin, n'est le développe- 
ment d'aucune des autres parties ; mais c'est un organe spé- 
cial surajouté par la nature, etc. 

Telles sont les propositions que Péron cherche à établir, 
et qu'il paroît avoir puisées principalement dans les récits 
du général Jansens dont nous parlerons bientôt. 

Cette distinction des Boschismannes et des vraies Hotten- 
tottes expliqueroit fort bien les contradictions des voya- 
geurs , dont les uns auroient attribué mal à propos aux Hot- 
tentottes une conformation observée seulement sur quelques 
étrangères qui se trouvoient par accident au Cap, tandis que 
les autres ne voyant rien de semblable dans les femmes du 
pays , regardaient comme absolument fabuleuse une chose 
qui n'est réelle que dans des circonstances déterminées. 

Il faut avouer cependant que l'existence d'une nation par- 
ticulière des Boschismans, est un fait qui n'a pas toujours été 
admis dans l'opinion commune. 

La plupart des voyageurs n'en parlent que comme de 
quelques troupes de fugitifs , célèbres par la haine que leur 
portent les Hottentots domiciliés, et les colons hollandais du 
Cap. 

Les récits de Le Vaillant , sur une peuplade qu'il nomme 



VÉNUS HOTTENTOTTE. 2.6î 

Houzouanas , et qui auroit les caractères physiques attribués 
aux Boschismans , ont même été révoqués en doute tout ré- 
cemment, et Barrow a prétendu qu'une telle nation étoit 
entièrement chimérique. 

Mais ces incertitudes doivent céder à des faits positifs. 

D'après les observations faites par le général hollandais 
Jansens , dans une tournée entreprise pendant qu'il étoit 
gouverneur du Cap , et rapportées en détail dans le voyage 
de M. Lichtenstein , il paroît bien constant que les êtres 
presque entièrement sauvages qui infestent certaines parties 
de la colonie du Cap , et que les Hollandais ont appelés Bos- 
jesmans , ou hommes de buissons , parce qu'ils ont coutume 
de se faire des espèces de nids dans des touffes de brous- 
sailles , proviennent d'une race de l'intérieur de l'Afrique , 
également distincte des Caffres et des Hottentots, qui n'avoit 
pas dépassé d'abord la rivière d'Orange, mais qui se sont ré- 
pandus plus au Sud , attirés par l'appât du butin qu'ils pou- 
voient faire parmi les troupeaux des colons. 

Ainsi épars dans les cantons les plus arides , sans cesse 
poursuivis par les colons qui les traquent quelquefois comme 
des bêtes fauves et les mettent à mort sans pitié , ils mènent 
la vie la plus misérable. 

Ceux même qui restés hors des limites de la colonie, sont 
exposés à moins de dangers , ne forment point de corps de 
peuple , ne connoissent ni gouvernement ni propriétés , ne 
se rassemblent qu'en familles , et seulement quand l'amour 
les y excite. Ne pouvant dans un pareil état se livrer à l'agri- 
culture, ni même à la vie pastorale, ils ne subsistent que de 
chasse et de brigandage j n'habitent que des cavernes j ne 



262 Vénus Hottentotte. 

se couvrent que des peaux des bêtes qu'ils ont tuées. Leur 
unique industrie se réduit à empoisonner leurs flèches , et à 
fabriquer quelques réseaux pour prendre du poisson. 

Aussi leur misère est-elle excessive ; ils périssent souvent 
de faim, et portent toujours dans leur petite taille, dans 
leurs membres grêles , dans leur horrible maigreur les mar- 
ques des privations auxquelles leur barbarie et les déserts 
qu'ils habitent les condamnent. 

Le générai Jansens avoit contracté quelques liaisons avec 
ceux qui demeurent au nord de la colonie , et dans l'année 
1804 , g^ f ut remarquable par son aridité , un de ceux 
qu'il avoit connus lui envoya son fils âgé de 10 ans environ, 
en le priait seulement de le nourrir. 

Nous avons vu cet enfant à Paris en 1807. Il étoit d'une 
très-petite taille pour son âge, et autant que nous pouvons 
nous le rappeler , il ressembloit à beaucoup d'égards à la 
femme qui fait le sujet de nos observations actuelles. Il pa- 
roît que celle-ci avoit été amenée au Cap par quelque 
hasard semblable, et à peu près au même âge que ce petit 
garçon. 

Lorsque nous l'avons vue pour la première fois, elle se 
croyoit âgée d'environ 26 ans, et disoit avoir été mariée à 
un nègre dont elle avoit eu deux enfans. 

Un Anglais lui avoit fait espérer une grande fortune si elle 
venoit s'offrir à la curiosité des Européens; mais il avoit fini 
par l'abandonner à un montreur d'animaux de Paris, chez 
lequel elle est morte d'une maladie inflammatoire et 
éruptive. 

Tout le monde a pu la voir pendant dix-huit mois de séjour 



Vénus Hottentotte. 2Ô3 

dans notre capitale, et vérifier l'énorme protubérance de ses 
fesses , et l'apparence brutale de sa figure. 

Ses mouvemens avoient quelque chose de brusque et de 
capricieux qui rappeloit ceux du singe. Elle avoit surtout 
une manière de faire saillir ses lèvres tout-à-fait pareille à ce 
que nous avons observé dans l'orang-outang. Son caractère 
étoit gai, sa mémoire bonne, et elle reconnoissoit après plu- 
sieurs semaines une personne qu'elle n' avoit vue qu'une fois. 
Elle parloit tolérablement le hollandais qu'elle avoit appris 
au Cap, savoit aussi un peu d'anglais , et commençoit à dire 
quelques mots de français. Elle dansoit à la manière de son 
pays , et jouoit avec assez d'oreille de ce petit instrument 
qu'on appelle guimbarde. Les colliers , les ceintures de ver- 
roteries et autres atours sauvages lui plaisoient beaucoup ; 
mais ce qui flattoit son goiit plus que tout le reste, c'étoit 
l'eau-de-vie. On peut même attribuer sa mort à un excès de 
boisson auquel elle se livra pendant sa dernière maladie. 

Sa hauteur étoit de 4 pieds 6 pouces 7 lignes, ce qui , 
d'après ce qu'on rapporte de ses compatriotes, devoit faire 
dans son pays une assez haute stature ; mais elle la devait peut- 
être à l'abondance de nourriture dont elle avoit joui au Cap. 

Sa conformation frappoit d'abord par l'énorme largeur de 
ses hanches, qui passoit dix -huit pouces, et par la saillie 
de ses fesses qui étoit de plus d'un demi -pied. Du reste 
elle n' avoit rien de difforme dans les proportions du corps 
et des membres. Ses épaules , son dos , le haut de sa poi- 
trine avoient de la grâce. La saillie de son ventre n'étoit point 
excessive. Ses bras un peu grêles , étoient très-bien faits, et 
sa main charmante. Son pied étoit aussi fort joli, mais son 



264 Vénus Hottentotte. 

genou paroissoit gros et cagneux, ce qu'on a ensuite reconnu 
être dû à une forte masse de graisse située sous la peau du 
côté interne. 

Il paroît que ces proportions de membres sont générales 
dans sa nation , car M. Le Vaillant les attribue à ses Hou- 
zouanas qui ne doivent pas être autre chose que des Bos- 
chismans , vivant en tribus plus nombreuses , parce qu'ils 
habitent des cantons où ils jouissent de plus de tranquillité. 

Ce que notre Boschismanne avoit de plus rebutant, c'étoit 
la physionomie ; son visage tenoit en partie du nègre par 
la saillie des mâchoires , l'obliquité des dents incisives , la 
grosseur des lèvres , la brièveté et le reculement du menton ; 
en partie du mongole par l'énorme grosseur des pommettes, 
l'aplatissement de la base du nez et de la partie du front et 
des arcades sourcilières qui l'avoisinent, les fentes étroites des 
yeux. 

Ses cheveux étoient noirs et laineux comme ceux des nè- 
gres ; la fente de ses yeux horizontale et non oblique , comme 
dans les mongoles j ses arcades surcilières rectilignes , fort écar- 
tées l'une de l'autre et fort aplaties vers le nez, très-saillantes 
au contraire vers la tempe et au-dessus de la pommette. Ses 
yeux étoient noirs et assez vifs 5 ses lèvres un peu noirâ- 
tres, monstrueusement renflées ; son teint fort basané. 

Son oreille avoit du rapport avec celle de plusieurs singes, 
par sa petitesse, la foiblesse de son tragus , et parce que son 
bord externe étoit presque effacé à la partie postérieure. 

Au printemps de 181 5, ayant été conduite au Jardin du 
Roi , elle eut la complaisance de se dépouiller , et de se 
laisser peindre d'après le nu. 



Vénus Hottentotte. 265 

On put vérifier alors que la protubérance de ses fesses 
n'étoit nullement musculeuse , mais que ce devoit être une 
masse de consistance élastique et tremblante, placée immé- 
diatement sous la peau. Elle vibroit en quelque sorte à tous 
les mouvemens que faisoit cette femme, et on s'aperçut qu'il 
s'y formoit aisément des excoriations dont il étoit resté de 
nombreuses cicatrices. 

Les seins qu'elle avoit coutume de relever et de serrer 
par le moyen de son vêtement, abandonnés à eux-mêmes, 
montrèrent leurs grosses masses pendantes , terminées obli- 
quement par une aréole noirâtre , large de plus de quatre 
pouces, creusée de rides rayonnantes, et vers le milieu de 
laquelle étoit un mamelon aplati et oblitéré , au point d'être 
presque invisible. La couleur générale de sa peau étoit d'un 
brun-jaunâtre, presque aussi foncée que celle de son visage. 
Elle n'avoit d'autres poils que quelques floccons très-courts 
d'une laine semblable à celle de sa tète, clair-semés sur 
son pubis. 

Mais à cette première inspection l'on ne s'aperçut point de la 
particularité la jdIus remarquable de son organisation; elle tint 
son tablier soigneusement caché , soit entre ses cuisses , soit 
plus profondément, et ce n'est qu'après sa mort qu'on a su 
qu'elle le possédoit. 

Elle mourut le 29 décembre i8i5; et M. le Préfet de 
police, ayant permis que son corps fut apporté au jardin du 
Roi, l'on procéda à un examen plus détaillé. 

Les premières recherches durent avoir pour objet cet ap- 
pendice extraordinaire dont la nature a fait, disoit-on, un at- 
tribut spécial de sa race. 
Mém. du Muséum, t. 3, 34 



a66 Vénus Hottentotte. 

Oii le retrouva aussitôt , et tout en reconnoissant que 
c'étoit exactement ce que Péron avoit dessiné , il ne fut paè 
possible d'adopter la théorie de cet infatigable naturaliste. 

En effet, le tablier n'est point comme il l'a prétendu un 
organe particulier. Plusieurs de ses prédécesseurs avoient 
mieux vu ; c'est un développement des nymphes. 

J'ai l'honneur de présenter à l'Académie les organes géni- 
taux de cette femme préparés , de manière à ne laisser au- 
cun doute sur la nature de son tablier. 

Les grandes lèvres p«u prononcées ioterceptoient un 
ovale de 4 pouces de longueur. De l'angle supérieur des- 
cendoit entre elles une proéminence demi-cylindrique d'en- 
viron 18 lignes de longueur sur 6 lignes d'épaisseur, dont 
l'extrémité inférieure s'élargit , se bifurque , et se prolonge 
comme en deux pétales charnus ridés, de deux pouces et demi 
de longueur sur environ un pouce de largeur. Chacun d'eux 
est arrondi par le bout 5 leur base s'élargit, et descend le long 
du bord interne de la grande lèvre de son côté, et se change 
en une crête charnue qui se termine à l'angle inférieur de la 
lèvre. 

Si on relève ces deux appendices , ils forment ensemble 
une ligure de cœur dont les lobes seroient étroits et longs, 
et dont le milieu seroit occupé par l'ouverture de la vulve. 

En y regardant de plus près, on s'aperçoit que chacun de 
ces deux lobes a à sa face antérieure, tout près de son bord 
interne, un sillon plus marqué que ses autres rides, qui monte 
en devenant plus profond jusqu'au dessus de leur bifur- 
cation. Là les deux sillons se réunissent, en sorte qu'il y a à 
l'endroit de la bifurcation un double rebord, entourant une 



Vénus Hottentotte. 267 

fossette en forme de chevron. Au milieu de cette fossette est 
une proéminence grêle, qui se termine par une petite pointe 
à l'endroit où les deux rebords internes se réunissent. 

Il doit être manifeste pour quiconque lira cette descrip- 
tion , et mieux encore pour quiconque voudra comparer ces 
parties avec leurs analogues dans les femmes européennes ? 
que les deux lobes charnus qui forment le tablier se com- 
posent dans le haut , du prépuce et de la sommité des nym- 
phes, et que tout le reste de leur longueur ne consiste qu'en 
un développement des nymphes seules. 

L'intérieur de la vulve ni la matrice n'avoient rien de 
particulier. 

On sait que le développement des nymphes varie beau- 
coup en Europe \ qu'il devient en général plus considérable 
dans les pays chauds ; que des négresses, des abyssines en 
sont incommodées au point d'être obligées de se détruire ces 
parties par le fer et par le feu. On fait même d'avance cette 
opération à toutes les jeunes filles d'Abyssinie, au même âge 
où l'on circoncit les garçons. 

Les Jésuites portugais qui dans le 16 e . siècle convertirent 
au catholicisme le roi d'Abyssinie et une partie de son peuple, 
se crurent d'abord obligés de proscrire cette pratique 
qu'ils croyaient tenir à l'ancien judaïsme de cette na- 
tion ; mais il arriva que les filles catholiques ne trouvèrent 
plus de maris , parce que les hommes ne pouvoient se faire à 
une difformité dégoûtante. Le collège de la Propagande en- 
voya un chirurgien sur les lieux pour vérifier le fait, et sur 
son rapport , le rétablissement de l'ancienne coutume fut 
autorisé par le Pape* 

34* 



2Ô8 VÉNUS HOTTENTOTTE. 

Il n'y auroit donc de particulier dans les Boschismans crue 
la constance de ce développement et son excès. M. Blumen- 
bach assure avoir des dessins de ces organes qui lui ont été 
communiqués par M. Banks, et où il s'en trouve de huit 
pouces et plus de longueur. Il paroît qu'il y a aussi des va- 
riétés pour la forme. 

Autant que je puis me rappeler les dessins que j'ai vus 
dans les portefeuilles de Pérbn , cet appendice y paroissoit 
beaucoup moins profondément bifurqué, et tenoit à la vulve 
par un pédicule étroit, au lieu d'une large base comme celui 
que j'ai observé. Il étoit aussi un peu plus considérable pour 
le volume. 

Quant à l'idée que ces excroissances sont un produit de 
l'art , elle paroît bien réfutée aujourd'hui , s'il est vrai que 
toutes les Boschismannes les possèdent dès la jeunesse. Celle 
que nous avons vue, n'avoit probablement pas pris plaisir à 
se procurer un ornement dont elle avoit honte et qu'elle ca- 
choit si soigneusement. 

Le voile des Boschismannes n'est pas une de ces particula- 
rités d'organisation qui pourroient établir un rapport entre les 
femmes et les singes j car ceux-ci, loin d'avoir des nymphes 
prolongées , les ont en général à jDeine apparentes. 

Il n'en est pas de même de ces énormes masses de graisse 
que les Boschismannes portent sur les fesses , et qui selon les 
nouveaux voyageurs, nommément Le Vaillant, M. Péron, 
M. Jansens etc. , sêroient naturelles et communes à toute 
la nation. 

Elles offrent une ressemblance frappante avec celles qui 
surviennent aux femelles des mandrills , des papions , etc. , 



VÉNUS HoTTENTOTTE. 2G9 

et qui prennent à certaines époques de leur vie un accrois- 
sement vraiment monstrueux. Dans les Boschismans ces 
protubérances ne consistent absolument que dans une masse 
de graisse traversée en tous sens par des fibres cellulaires très- 
fortes, et qui se laisse aisément enlever dessus les muscles 
grands fessiers. Ceux-ci reprennent alors leur forme or- 
dinaire. 

Le Vaillant dit que les Boschismannes ont dès leur pre- 
mier âge cette conformation assez bizarre ; mais la femme 
dont nous parlons nous a assurés qu'elles ne les prennent 
qu'à leur première grossesse. 

C'est un point que je n'ai pu suffisamment éclaircir dans les 
voyageurs. 

J'étois curieux de savoir si les os du bassin avoient éprouvé 
quelque modification de cette surcharge extraordinaire qu'ils 
ont à porter. J'ai donc comparé le bassin de ma boschismanne 
avec ceux des négresses et de différentes femmes blanches 5 
je l'ai trouvé plus semblable aux premières, c'est-à-dire pro- 
portionnellement plus petit, moins évasé, la crête antérieure 
de l'os des isles plus grosse et plus recourbée en dehors , 
la tubérosité de l'ischion plus grosse. Tous ces caractères rap- 
prochent, mais d'une quantité presque insensible, les né- 
gresses et les Boschismannes des femelles des singes. 

Les fémurs de cette Boschismanne avoient une singularité 
notable. Leur corps étoit plus large, et plus aplati d'avant 
en arrière , et leur crête postérieure moins saillante que dans 
aucun de mes squelettes. Leur col étoit plus court , plus gros 
et moins oblique \ ce sont tous là des caractères d'animalité. 

Les humérus , au contraire , étaient singulièrement grêles 



270 Vénus Hottentotte. 

et délicats, etrils m'ont offert une particularité assez rare dans 
l'espèce humaine 5 c'est que la lame qui sépare la fossette cubi- 
tale antérieure et la postérieure n'étoit pas ossifiée , et qu'il 
existe un trou à cet endroit, comme dans l'humérus de plu- 
sieurs singes , nommément du pongo de Wurmb, de tout le 
genre des chiens et de quelques autres carnassiers. La tête 
inférieure est plus large par plus de saillie du condyle interne; 
la crête au-dessus du condyle externe est plus saillante et plus 
aigûe ; enfin les poulies articulaires sont moins distinctes que 
dans les autres squelettes humains. 

Ce qui m'a le plus étonné, c'est que j'ai retrouvé les plus 
marqués de ces caractères, non pas dans la négresse, mais 
dans un squelette de femme Gouanche , c'est-à-dire de ce 
peuple qui habitoit les Canaries avant que les Espagnols s'en 
fussent emparés , et qui sous tous les autres rapports appar- 
tient à la race caucasique. 

J'ai trouvé aussi que la Gouanche et la Boschismanne 
avoient l'une et l'autre l'angle inférieur et postérieur de 
l'omoplate plus aigu et le bord spinal de cet os plus pro- 
longé que la négresse et l'européenne. 

Toutefois je suis bien loin de prétendre faire de ces parti- 
cularités des caractères de race. Il faudroit auparavant avoir 
examiné un assez grand nombre de squelettes pour s'assurer 
qu'il n'y a en cela rien d'individuel. 

La tête donne des moyens plus sûrs de distinction, parce 
qu'on l'a mieux étudiée. C'est d'après elle que l'on a toujours 
classé les nations , et, à cet égard, notre Boschismanne offre 
aussi des différences très-remarquables et très-singulières. 
Sa tête Osseuse , comme sa figure extérieure , présente une 



Vénus Hottentotte. 271 

combinaison frappante des traits du nègre et de ceux du 
Caîmouque. 

Le nègre, comme on sait, a le museau saillant, et la face 
et le crâne comprimés par les côtés ; le Caîmouque a le 
museau plat et la face élargie. Dans l'un et dans l'autre les 
os du nez sont plus petits et plus plats que dans l'Européen. 

Notre Boschismanne a le museau plus saillant encore que 
le nègre , la face plus élargie que le caîmouque, et les os du 
nez plus plats que l'un et que l'autre. A ce dernier égard, 
surtout, je n'ai jamais vu de tête humaine plus semblable aux 
singes que la sienne. 

De cette disposition générale résultent beaucoup de traits 
particuliers de conformation. Ainsi les orbites sont beau- 
coup plus larges à proportion de leur hauteur que dans le 
nègre et l'Européen , et même que dans le Caîmouque ; 
l'ouverture antérieure des fosses nazaîes a une autre confi- 
guration ; le palais a plus de surface proportionnelle ; les in- 
cisives plus d'obliquité ; la fosse temporale plus de largeur, etc. 

Je trouve aussi que le trou occipital est proportionnelle- 
ment plus ample que dans les autres têtes humaines. D'après 
la règle connue de M. Sœmmening , ce seroit encore là un 
signe d'infériorité. 

Je n'observe aucune différence notable par rapport à la 
suture incisive. 

Excepté le rapetissement du cerveau à sa partie anté- 
rieure, qui résulte de la dépression du crâne à cet endroit, 
je n'ai fait sur les parties molles aucune remarque qui mé- 
rite d'être rapportée. 

Pour tirer de celles que je viens d'exposer, quelques con- 



i"ji Vénus Hottentotte. 

clusions valables relativement aux variétés de l'espèce hu- 
maine, il faudroit déterminer jusqu'à quel point les carac- 
tères que j'ai reconnus sont généraux dans le peuple des Bos- 
chismans; si ce peuple reste partout distinct des Nègres, des 
Caffres et des Hottentots qui l'entourent , ou s'il se mêle par 
degrés avec eux, par des nuances intermédiaires; enfin il 
faudroit connoître à quelle distance il s'étend dans l'intérieur 
de l'Afrique , et c'est ce que nous sommes bien éloign es de 
savoir. 

Dans toute la partie de l'Afrique qui est sous la zone 
torride, les voyageurs modernes ne commissent que des 
Nègres et des Maures. Les Abyssins ne paroissent qu'une 
colonie d'Arabes. A la vérité parmi ces Ethiopiens sauvages 
dont parlent Hérodote, et surtout Agatharchides, et d'après 
lui Diodore de Sicile, il en est quelques-uns que leur pe- 
titesse pourroit faire rapporter aux Boschismans ; mais ces 
anciens auteurs ne se sont pas expliqués avec assez de pré- 
cision sur les autres caractères de ces peuplades pour qu'on 
puisse adopter une telle opinion avec quelque certitude. 
Il en est de même du peu de mots que dit Bruce sur les 
caractères physiques des Gallas, ces peuples féroces qui ont 
envahi une grande partie de l'Abyssinie. Il les peint comme 
d'une très-petite taille , d'une couleur brune , d'une figure 
affreuse, mais il leur donne des cheveux longs. Tout le reste 
de sa description resembleroit assez à nos Boschismans, et 
les mœurs atroces de ces Gallas , ne se rapporteraient en^- 
core que trop aux leurs; mais, nous le répétons, ces ren- 
seignement sont trop vagues et trop superficiels pour donner 
aucun résultat solide. Nous devons donc attendre les lu- 



VÉNtTS HOTTENTOTTE. 273 

mières que nous procureront sans doute les tentatives ac- 
tuelles des Anglais et des Portugais. 

Ce qui est bien constaté dès à présent , et ce qu'il est né- 
cessaire de redire , puisque l'erreur contraire se propage 
dans les ouvrages les plus nouveaux, c'est que ni ces Gallas 
ou ces Boschismans , ni aucune race de nègres , n'a donné 
naissance au peuple célèbre qui a établi la civilisation dans 
l'antique Egypte, et duquel on peut dire que le monde entier 
a hérité les principes des lois , des sciences, et peut-être même 
de la Religion. 

Bruce encore imagine que les anciens Egyptiens étoient 
des Cushites, ou nègres à poils laineux; il veut les faire tenir 
aux Shangallas d'Abyssinie. 

Aujourd'hui que l'on distingue les races par le squelette 
de la tête , et que l'on possède tant de corps d'anciens Egyp- 
tiens momifiés , il est aisé de s'assurer que quelqu'ait pu être 
leur teint , ils appartenoient à la même race d'hommes que 
nous; qu'ils avoient le crâne et le cerveau aussi volumineux; 
qu'en un mot ils ne faisoient pas exception à cette loi cruelle 
qui semble avoir condamné à une éternelle infériorité les 
races à crâne déprimé et comprimé. 

Je présente ici une tête de momie, pour que l'Académie 
puisse en faire la comparaison avec celles d'Européens, de Nè- 
gres et de Hottentots. Elle est détachée d'un squelette en- 
tier que je n'ai point apporté à cause de sa fragilité, mais 
dont la comparaison m'a donné les mêmes résultats. J'ai exa- 
miné, soit à Paris, soit dans diverses collections de l'Europe, 
plus de 5o tètes de momies, et je puis assurer qu'il n'en est 
Mém. du Muséum, t. 3. 35 



274 VÉNUS HOTTENTOTTE. 

aucune qui présente des caractères ni de Nègres ni de Hot- 
tentots. 

Je présente aussi une tète de Guanche , de ce peuple qui 
habitait les Canaries avant la conquête des Espagnols. Quel- 
ques auteurs ajoutant foi aux contes du Timée sur l'Atlantide, 
regardent ces Guanches comme des débris de l'ancienne na- 
tion des Atlantes. Leur habitude de conserver les corps par 
une espèce de momification , pourroit plutôt les faire con- 
sidérer comme tenant de loin ou de près aux anciens Egyp- 
tiens. Quoi qu'il en soit , il est certain que leur tête , comme 
celles des momies ordinaires, annonce une origine caucasique. 



27^ 



DESCRIPTION 

D'UN OISEAU DU BRÉSIL, 

sous le nom de TYRAN ROL 

PAIUM. GEOFFROY-SAINT-HILAIRE. 



Ijuffon publia cet oiseau sous le nom de roi des gobe- 
mouches et sous celui de tyran huppé de Cayenne , vol. 4 , 
pag. 552 , et pi. enluminées , n». 28g. Quoique cette espèce 
dut par ces publications paroître suffisamment fixée, on ne 
voit pas cependant qu'elle ait été reprise par les nomencla- 
teurs et introduite dans leurs catalogues. Un individu venu 
dernièrement du Brésil va nous permettre d'en reproduire 
les traits. 

C'est un des caractères de la petite division des gobe- 
mouches, connue sous le nom de tyran, d'avoir sur le front 
quelques plumes élevées , dont la couleur orangée à la ra- 
cine tranche par sa vivacité avec les teintes plus tristes du 
reste du plumage. Ce qui n'est pour ainsi dire ailleurs que 
vaguement indiqué, devient le trait remarquable de notre 
oiseau , une chose faite avec toute la richesse possible , un 
panache magnifique , une parure enfin qui reçoit du mé- 
lange heureux des couleurs et d'une certaine régularité dans 
la disposition des parties une grâce infinie. 

35» 



276 Oiseau du Brésil. 

Cette belle huppe se compose , en y regardant attentive- 
ment , non de cinq rangs , suivant l'expression de Bufïbn ^ 
mais de huit. Ce qui a donné lieu à cette méprise, c'est qu'il 
n'y a que les deux dernières rangées de réellement distinctes, 
la dernière l'étant encore plus quela précédente : lessixautres, 
étendues du bec au front , sont si petites , bien qu'étagées y 
qu'elles semblent se confondre. La dernière rangée est 
double de la septième et formée de plumes s'élargissant en 
finissant. Celles-ci s'élèvent et jouent sur la tête en se déployant 
à la manière d'un éventail : leur couleur est un bel orangé 
très -vif, lequel est agréablement relevé par la tache qui 
termine chaque plume, petite et ronde dans les rangs infé- 
rieurs j large et carrée dans le dernier ; sa teinte noire varie 
dans le pourtour seulement et chatoie là en verts-dorés. 

Le bec est large et très-plat, comme dans les tyrans 3 
crochu à sa pointe et entouré de longs poils roides. 

Les plumes du pourtour des yeux sont très-petites, jaunes, 
et recoquillées en manière d'écaillé. 

Tout le dessus de l'oiseau est vert-brun ; quelques plumes 
appartenant aux couvertures des ailes , sont terminées par 
une tache fauve, celle-ci étant précédée par un trait noirâtre: 
une même disposition se voit aux moyennes pennes, sauf 
que ces traits sont changés en zigzags par la plus grande 
largeur dé ces plumes. 

Les ailes sont liserées d'olivâtre extérieurement , et dans 
le surplus d'une couleur plombée : elles se prolongent peu 
au-delà de l'origine de la queue, et sont en général très- 
courtes comme dans les oiseaux de bas vol. 

La queue en revanche est longue et composée de plumes 



Oiseau du Brésil. 277 

d'égale longueur. Sa couleur est d'un roux- vif, aussi bien 
que le croupion supérieur. 

Tout le dessous du corps est roussâtre, la gorge montrant 
seulement une teinte plus pâle. 

Les pieds qui sont jaunes ne diffèrent point d'ailleurs de 
ceux des autres tyrans. 

Les dimensions suivantes sont celles du sujet que nous 
avons observé : 

Grandeur totale , du bout du bec à l'extrémité de la 
queue, 180 millimètres. 

Longeur du bec, 25; sa largeur 10. 

Hauteur de la huppe, 3o ; sa largeur à la base, 10; et sa 
largueur à son sommet, 60. 

Longueur des ailes , 80. 

Longueur de la queue, 70. 

Cette description diffère , à quelques égards , de celle que 
Buffon a donnée de l'individu qu'il avoit observé dans le ca- 
binet de M. Gigot d'Orsi, et qui avoit été envoyé de Cayenne 
à cet amateur. Buffon ne parle pas des reflets verts- dorés 
des taches de la huppe : il donne comme blanches les plumes 
écailleuses du pourtour de l'œil, et décrit tout le dessous 
comme étant d'un blanc-jaunâtre, traversé presque partout 
par de petits zigzags, et sur le devant du col par un collier 
assez large. 

Ce ne sont toutefois là que des variétés d'une même es- 
pèce, lesquelles nous donnent de nouveau l'occasion de re- 
marquer que si le Brésil reproduit quelques-unes des pro- 
ductions de Cayenne , c'est avec des couleurs plus pro- 
noncées et bien plus éclatantes. 



278 Oiseau du Brésil. 

Le tyran roi est un oiseau fort rare. Le sujet qui nous a 
servi pour ces observations a été donné à Rio-Janeiro à l'am- 
bassadeur de Sa Majesté , M. le duc de Luxembourg. Son 
Excellence en a depuis fait hommage à son Altesse Royale 
Madame, duchesse d'Angoulème, qui a bien voulu permettre 
que nous en donnions cette description. 



2 79 



ANALYSE 

Du Gaz troupe dans l'abdomen de l'Eléphant _, 
mort au Muséum d'histoire naturelle _, la nuit 
du i4 au iS mars. 

PAR M. VAUQUELIN. 



V ingt-qtjàtre heures après sa mort , cet animal étoit extrê- 
mement météorisé ; ce qui semble annoncer qu'une tym- 
panite a été la cause de la mort. 

i °. Ce gaz avoit une odeur très-fétide de matière animale 
pourrie, mêlée de celle de l'hydrogène sulfuré. 

2°. Mis en contact avec la potasse caustique en liqueur, 
il a diminué d'un peu plus de moitié de son volume ^ 55 cen- 
tièmes environ. La potasse s'est colorée en jaune et a acquis 
la propriété de faire effervescence avec les acides; elle n'a 
pris qu'une odeur fade et désagréable , mais pas aussi fétide 
que celle du gaz; précipitoit l'acétate de plomb en une 
substance blanche, soluble en entier dans l'acide nitrique, 
avec effervescence. 

3°. L'on voyoit dans la solution alcaline qui avoit été en 
contact avec le gaz., une poussière noire qui dissoute dans 
le chlore liquide, a légèrement précipité le nitrate de barite, 
ce qui annonce que du sulfure de mercure s'étoit formé, et 
que conséquemment le gaz contenoit du soufre. En effet, 



280 Gaz trouvé dans l'abdomen 

la surface du mercure avec lequel ce gaz a séjourné pendant 
quelque temps devient très-noire. 

4°. Le gaz qui n'a pas été absorbé par la potasse a été 
divisé en deux portions 5 dans l'une l'on a plongé une bougie 
qui s'y est éteinte aussitôt sans produire d'inflammation, et 
dans l'autre l'on a mis un bâton de phosphore qui a produit 
quelques légères vapeurs blanches, mais qui ont bientôt 
cessé 5 le volume de ce gaz n'a pas sensiblement diminué. 

Il paraît d'après ces expériences que le gaz trouvé dans 
l'abdomen de l'éléphant est composé principalement ^l'acide 
carbonique, de gaz azote, d'une petite quantité d'hydrogène 
sulfuré, et d'une matière animale en putréfaction extrême- 
ment fétide. 

Analyse du gaz intestinal de l'Eléphant. 

10. Son odeur étoit extrêmement fétide, ayant quelque 
analogie avec celle de l'hydrogène sulfuré. 

2 . Les trois quarts de ce gaz environ sont absorbés par 
la solution de potasse; celle-ci devient jaune, précipite en 
blanc l'acétate de plomb et fait une vive effervescence avec 
les acides. 

3°. La surface du mercure sur lequel le gaz intestinal 
reposoit est devenue noire et formoit une pellicule qui se 
détachoit du reste. 

4°. 100 mesures de la portion de ce gaz non absorbable 
par l'alcali, mêlées à 195 mesures de gaz oxigène ont été 
brûlées au moyen de l'endiomètre à mercure : après la dé- 
tonation les 2g5 mesures n'en occupoient plus que n5; ces 
dernières mises en contact avec la potasse ont diminué 



de l'Éléphant. 281 

de 75 et les 40 restant étoient du gaz oxigène, probable- 
ment mêlé d'une petite quantité de gaz azote, au moins 
il ne brûloit pas les corps avec autant d'énergie que quand 
il est pur. Il y a donc eu par la détonation, une absorption 
de 180 mesures. 

5°. Le gaz intestinal entier éteignoit les bougies qu'on y 
plongeoit sans qu'il y eilt d'inflammation; mais quand l'acide 
carbonique en avoit été séparé par la potasse, il brûloit sans 
détonation en produisant une lumière blanche bleuâtre. 

6°. Il résulte des expériences ci-dessus que la portion de 
gaz intestinal insoluble dans la potasse, a besoin pour brûler 
d'une fois et demie son volume de gaz oxigène, et qu'il 
fournit par cette combustion les trois quarts de son volume 
d'acide carbonique. Ainsi, 100 parties de ce gaz ont absorbé 
i55 de gaz oxigène en brûlant, et il en a résulté 75 parties 
d'acide carbonique et de l'eau dans laquelle il est entré 
80 parties d'oxigène en volume. D'où l'on peut conclure 
que ce gaz est composé de 75 mesures de vapeur de char- 
bon et de 160 d'hydrogène, dont le total , 235, est réduit 
à cent par l'affinité de combinaison. De là il suit encore 
que dans ce gaz le poids de l'hydrogène est à celui du char- 
bon, comme 5,5 à 21,4, ou en termes plus simples comme 
environ un à quatre. % 

Les quantités de carbone et d'hydrogène dans ce gaz 
n'étant pas conformes à celles des trois espèces de gaz hy- 
drogènes carbonnés connus, il faut que ce soit une espèce 
nouvelle ou mélange des deux premières. 
Mém. du Muséum, t. 3. 36 



jî'8-2 Gaz trouvé dans l'abdomen 

Ce gaz inflammable doit peser environ 4$ centigrammes 
le litre. 

C'est une chose très-remarquable que les deux gaz dont 
nous venons de parler soient aussi différens entre eux. Il 
semblerait naturel, en effet, de penser que celai qui étoit 
répandu dans la cavité abdominale étoit venu primitivement 
des intestins à travers lesquels il auroit, pour ainsi dire, filtré. 
S'il en étoit ainsi, il faudroit admettre que le gaz intestinal 
auroit changé de nature avec le temps , ce qui n'est pas im- 
possible. Il n'est pas'douteux, par exemple, que l'énorme 
quantité d'acide carbonique qui composoit la plus grande 
partie de ce gaz ne provienne de la première période de 
décomposition des alimens pris par l'animal peu de temps 
avant sa mort. Or, n'est-il pas possible qu'une fois les intes- 
tins pleins de gaz, ils l'aient forcé par leur résistance à se 
répandre dans l'abdomen, et que celui-ci, plein à son tour, 
n'ait pas permis au gaz de la deuxième période de la fer- 
mentation de s'y introduire ? L'on sait que le gaz de la deu- 
zième période de la fermentation végétale contient du gaz 
hydrogène carboné. 

Cette hypothèse paroît d'autant plus vraisemblable que 
le gaz abdominal contient du gaz azote et encore quelques 
restes d'air atmosphérique non décomposé, tandis que celui 
des intestins n'en contenoit plus, au moins en quantité ap- 
préciable. Quoi qu'il en soit, le développement si rapide d'un 
si grand volume de gaz dans le corps de l'éléphant n'en est 
pas moins étoimant. Ce gaz avoit acquis un tel ressort, par 
la résistance des parois de l'abdomen , qu'au moment où 
l'on a coupé la peau , il a déchiré les membranes et les 



de l'Elèpha.nt. 283 

aponévroses sous-jacentes pour se faire jour au dehors. Nous 
avons pu juger aussi de cette élasticité énorme par la vitesse 
avec laquelle les vessies se sont remplies de ce gaz lorsque 
nous avons introduit dans le ventre de l'animal les tuyaux 
de cuivre à robinet dont elles étoient garnies. Elles étoient 
tellement tendues que si nous ne les avions pas fermées 
promptement elles auroient peut-être crevé. 



36' 



a84 



■ 



ANALYSE 



D'une espèce de Concrétion trouvée dans les 
glandes maxillaires de l'Eléphant, mort au 
Muséum d'histoire naturelle en i8iy* 

PAR M. VAUQUELIN. 



Propriétés physiques. 



V^es calculs sont blancs, à cassure lamelleuse, la plupart 
sans forme cristalline, quelques-uns cristallisés en tétraèdres 
réguliers, d'autres présentant une forme allongée et ayant 
pour noyau un grain d'avoine dont il ne reste que les en- 
veloppes : on a trouvé dans les mêmes glandes plusieurs de 
ces graines qui avoient conservé tous leurs caractères. 

Propriétés chimiques. 

Un de ces calculs concassé et séparé de son noyau, a été 
mis avec de l'acide nitrique foible; il y a eu une efferves- 
cence écumeuse et la dissolution s'est faite complètement 
même à froid, à l'exception seulement de petits flocons de 
nature animale qui nageoient dans la liqueur. 

La liqueur filtrée, a été mêlée avec de l'ammoniaque qui 
y a produit un précipité blanc très-peu abondant, formé 
entièrement de phosphate de chaux. 



Glandes maxillaires de l'Eléphant. 280 

La liqueur surnageante mise avec de l'oxalate d'ammo- 
niaque a donné un précipité blanc formé d'oxalate de chaux. 

Ces deux expériences suffisent pour prouver que les con- 
crétions formées dans les glandes maxillaires de l'éléphant 
sont composées de carbonate de chaux qui en fait la plus 
grande partie , de phosphate de chaux et d'une matière ani- 
male qui servoit de lien au tout. 

OBSERVATIONS. 

Il est rare de trouver dans les animaux des concrétions 
de cette nature, excepté cependant celles qui se rencon- 
trent dans les voies urinaires ; elles sont ordinairement de phos- 
phate de chaux, quelquefois de magnésie} ces dernières ap- 
partiennent principalement aux intestins. J'ai reçu dernière- 
ment de M. Derrien, imprimeur du Roi à Quimper, des 
concrétions trouvées dans les entrailles d'une sole qui étoient 
entièrement de phosphate de chaux et de magnésie, et qui 
avoient une forme cubique : voici les expériences auxquelles 
je les ai soumises. 

i°. Chauffés au chalumeau ces calculs exhalent une odeur 
de matière animale brûlée et se fondent ensuite en émail 
blanc opaque. 

i°. Mis dans l'acide nitrique affoibli, ils s'y dissolvent sans 
effervescence, et a mesure que la dissolution s'opère, l'on 
voit de légères membranes blanches qui s'en détachent et 
flottent dans la liqueur. 

3°. La dissolution a été abondamment précipitée par 
l'oxalate d'ammoniaque et par l'acétate de plomb, ce qui 



a 86 Glandes maxillaires de l'Eléphant. 

prouve que ces calculs sont principalement formés de phos- 
phate de chaux. 

4°. Cependant la poussière de ces calculs broyée avec de 
la potasse caustique a exhalé une odeur très-sensible d'am- 
moniaque, et la potasse qui avoit resté environ 24 heures 
sur cette poussière, saturée par l'acide nitrique, avoit acquis 
la propriété de précipiter l'eau de chaux : enfin la poussière 
bien lavée et séchée, produisoit, après cette opération, une 
légère effervescence avec les acides. 

Ces derniers phénomènes annoncent que ces calculs con- 
tiennent aussi une petite quantité de phosphate ammoniaco- 
magnésien. 

La forme cubique que présente ces calculs, non plus que 
celle des concrétions de l'éléphant, n'est pas le résultat de 
la loi de cristallisation à laquelle est soumise la matière dont 
ils sont formés; elle est tout simplement l'effet ou d'une 
pression que cette matière a éprouvée pendant qu'elle étoit 
encore molle, ou ce qui est plus vraisemblable, d'un frot- 
tement long-temps continué de ces calculs entre eux. En effet, 
quand on brise ces concrétions on trouve au centre un noyau 
rond qui n'auroit pas manqué de continuer à croître sous 
la même forme, si quelque cause extérieure n'y eut mis 
obstacle. 

Nous avons eu, il y a déjà long-temps, M. Fourcroy et 
moi, occasion d'analyser une concrétion de poisson qui étoit 
de la même nature que celle dont je viens de parler. Voyez 
Annales du Muséum, vol. 10, pag. 17g. 



Tojne 3 ■ 



FI. Z2. 



Fiy.z. 




*&'-■ 



1 71 


o 


n- 


7h \ 


ktzr 




y 



Fiq . o ■ 




Fuj.5' 



r-g.s. 




Chaut:/- j'c&Zo ■ 



;2&7 



COMPARAISON 



Des Formes cristallines de la Strontiane carbo- 
natee açec celles de /"Arragonite. 

PAR M. HAUY. 



JL/a découverte qui a été faite, depuis quelques années, par 
M. Stromeyer, de la strontiane dans l'arragonite , a été 
d'abord regardée par divers savans comme un moyen de 
conciliation entre la chimie et la' cristallographie, dont l'une 
indiquoit jusqu'alors la réunion de ce minéral dans une 
même espèce avec la chaux carbonatée, tandis que d'après 
les résultats de l'autre, les deux substances dévoient être 
séparées, comme ayant des formes primitives incompatibles 
dans un même système de cristallisation. Une autre décou- 
verte qui offrit la strontiane carbonatée sous une forme 
cristalline jusqu'alors inconnue , parut être favorable aux 
inductions que M. Stromeyer avoil tirées de ses résultats, 
pour expliquer la diversité qui existoit entre les cristaux d'ar- 
ragonite et ceux de chaux carbonatée. Mais la suite n'a pas 
répondu à des commencemens qui sembloient marquer un 
terme à toutes les discussions dont l'arragonite avoit été le 
sujet, et quoique l'on ait acquis une connoissance plus exacte 
de la composition de ce minéral, elle n'a rien de décisif,, et 
laisse subsister la difficulté toute entière,. 



288 Strontiane carbonatée. 

J'ai examiné l'année dernière plusieurs cristaux de stron- 
tiane carbonatée semblables à ceux dont j'ai parlé, et trouvés 
comme eux dans les environs de Salzbourg. Ils faisoient 
partie d'un envoi très-intéressant, dont j'ai été redevable aux 
bontés de M. Schultes, qui joint un goût éclairé pour la mi- 
néralogie aux connoissances très-étendues qu'il a puisées dans 
l'étude de la botanique, et qu'atteste la manière distinguée 
dont il professe cette science à Landshut. Les observations 
que j'ai faites sur ces cristaux m'ont conduit à la détermina- 
tion de la forme primitive et de celle de la molécule inté- 
grante de la strontiane carbonatée, qui jusqu'alors m'étoient 
inconnues 5 et h l'aide de ces données j'ai déterminé pareille- 
ment les lois de décroissemens d'où dépendent les formes 
des cristaux dont il s'agit. Le but principal que je me pro- 
pose dans cet article est de faire connoître les résultats de 
ce travail , et de prouver ensuite combien étoit illusoire 
l'analogie que l'on a cru apercevoir entre ces formes et celles 
des arragonites que l'on trouve dans le même pays. Mais 
pour donner à cette partie de l'histoire de l'arragonite le 
développement convenable, je dois auparavant reprendre 
les choses de plus haut. 

Ce fut en i8i3 que M. Stromeyer annonça qu'il avoit dé- 
couvert dans l'arragonite une certaine quantité de carbonate 
de strontiane, qui étoit d'environ 4 t sur ioo dans les cris- 
taux de France et de i\ dans ceux d'Espagne. Il avoit de 
plus essayé inutilement de retrouver le même principe dans 
la chaux carbonatée. A cette époque on s'accordoit assez 
généralement à regarder ces deux minéraux comme appar- 
tenant à des espèces distinctes, malgré l'identité de compo- 



Arragonite.\ 289 

sition que les analyses faites jusqu'alors avoient paru indi- 
quer entre l'un et l'autre. Aux différences qu' avoient pré- 
sentées dès le commencement leur pesanteur spécifique et 
leur dureté, s'étoit jointe celle que M. Malus avoit reconnue 
dans leur réfraction, et cet accord entre les propriétés qui 
tiennent de plus près à la nature des minéraux avoit fait 
changer l'état de la question. On ne demandoit plus com- 
ment la cristallographie se trouvoit ici en opposition avec 
l'analyse chimique, mais comment il pouvoit se faire que 
les résultats de l'analyse ne fussent pas conformes à ceux de 
la cristallographie. Aussi quoique les expériences de M. 
Stromeyer indiquassent des proportions très-différentes de 
carbonate de strontiane dans les arragonites de divers pays, 
les résultats de ces expériences ne laissèrent pas d'être re- 
gardés, par une partie des savans, comme une preuve que la 
chimie étoit maintenant d'accord avec la cristallographie sur 
la distinction des deux substances, et le reproche qu'on avoit 
fait à la première de leur assigner une même composition 
avoit paru s'évanouir par cela seul que l'arragonite renfer- 
moit un principe qui ne se trouvoit pas dans la chaux car- 
bonatée. M. Stromeyer avoit même conçu une idée qui 
paroissoit se concilier avec les variations observées dans la 
proportion de strontiane carbonatée, en présumant que 
cette substance jouissoit d'une force de cristallisation telle- 
ment supérieure à celle de la chaux carbonatée , qu'elle 
lui imprimoit, quoiqu'en petite quantité, le caractère de sa 
propre forme (1). Ce fut quelque temps après que l'on 

(l)Journ. de Phys., t. LXXIX, p. 4i4. 

Méni. du Muséum, t. 3. 3 7 



290 Strontiane carbonatée. 

découvrit aux environs de Salzbourg des cristaux de stron- 
tiane carbonatée en prismes hexaèdres réguliers, dont la 
plupart avoient autour de leur base un rang de facettes 
disposées en anneau. Déjà depuis plusieurs années on avoit 
trouvé dans le même terrain des cristaux prismatiques 
d'arragonite dont les pans faisoient entre eux des angles 
de ii6 d , c'est-à-dire moindres seulement de 4 e1 c { ue ceux 
de 120 e * qui leur correspondent sur le prisme hexaèdre régu- 
lier. Outre que la différence auroit eu besoin d'être cons- 
tatée , à l'aide des mesures mécaniques , on devoit être 
d'autant moins tenté de la soupçonner, que toutes les mé- 
thodes publiées depuis long-temps par les savans étrangers, 
à commencer par celle du baron de Born (1), indiquent des 
cristaux d'arragonite en prismes hexaèdres équiangles, c'est- 
à-dire réguliers , et M. Jameson , célèbre minéralogiste écos- 
sais , en cite de semblables dans la nouvelle édition de son 
Traité de Minéralogie (2), en sorte qu'ici l'opinion générale- 
ment reçue pouvoit encore aider à l'illusion. D'une autre 
part, les cristaux d'arragonite dont il s'agit, ainsi que ceux 
de strontiane carbonatée sont d'une couleur blanchâtre; 
parmi les uns et les autres, on- en rencontre qui ont à peu 
près les mêmes dimensions. C'est d'après toutes ces analo- 
gies, que MM. Gehlen et Fuchs, ainsi que je l'ai appris par 
une lettre venue de Gôttingue, jugèrent que les formes des 
cristaux de strontiane carbonatée étoient entièrement sem- 
blables à celles des cristaux d'arragonite (3). 

(1) Catal., t. I, p. 320 et suiv. 

(2) T. II, p. 200,11°. 1. 

(3) Ce soat les propres ternies de la lettre- 



ÀRRAGONITE. 291 

Ce rapprochement sembloit confirmer pleinement la con- 
jecture émise par M. Stromeyer relativement à l'influence 
de la strontiane carbonatée sur la forme de l'arragonite , et 
ce fut aussi le jugement qu'en porta ce célèbre chimiste. 

Dans la réalité, la ressemblance entre la forme de la 
strontiane carbonatée et celle de l'arragonite, en supposant 
que cette dernière fût celle du prisme hexaèdre régulier (1), 
ne prouveroit rien, puisque cette forme se retrouve avec 
des structures différentes, dans la chaux carbonatée et dans 
plusieurs autres espèces de minéraux. Mais ces sortes de 
considérations théoriques sont exclues par les méthodes fon- 
dées sur les caractères extérieurs, qui prescrivent à l'obser- 
vateur de s'en tenir à ce qu'il voit , et de ne point aller au- 
delà. La comparaison que je vais faire des cristaux des deux 
espèces offrira un nouvel exemple des méprises dans les- 
quelles on peut se laisser entraîner en se conformant à cette 
règle. 

La structure des cristaux de strontiane carbonatée est 
semblable à celle des cristaux de quarz et de quelques autres 
substances minérales, dont les joints naturels sont parallèles 
les uns aux faces d'un dodécaèdre composé de deux pyra- 
mides droites réunies base à base, et les autres parallèles à 
des plans qui sous -divisent le dodécaèdre en six tétraèdres 
égaux et semblables. Ces tétraèdres représentent les molé- 
cules intégrantes, et en appliquant ici le raisonnement que 
j'ai fait à l'égard du quarz, dans mon Traité de Minéralo- 

(1) Je ferai voir, dans la suite de cet article , que la forme primitive de l'ar- 
ragonite, ne peut passer à celle de ce prisme, en vertu d'aucune loi admissible 
de décroissement. 

37* 



2C)2 StROIVTIANE CARBONATEE. 

gie (i), on en conciliera que la molécule soustractive est un 
rhomboïde composé d'un dodécaèdre et de six vacuoles de 
figure tétraèdre. Pour expliquer les résultats des lois de la 
structure, ce qu'il y a de plus simple et de plus naturel est 
de les faire dépendre du même rhomboïde considéré comme 
forme primitive. D'après cette manière de voir, trois des 
faces du dodécaèdre, prises alternativement dans chaque 
pyramide , répondent à celles qui sont situées vers un même 
sommet du rhomboïde primitif, et les trois autres sont censées 
être le résultat d'un décroissement par deux rangées en hau- 
teur sur les angles inférieurs du même rhomboïde , lequel , 
en*4e supposant parvenu à sa limite, produiroit un rhom- 
boïde secondaire de la même forme (2). 

Dansce rhomboïde que représente lafig. i,Pl. 12, l'incidence 
mutuelle de deux faces P , P' situées vers .un même sommet 
est de 99 d 35', et celle de P ou de P' sur P" est de 8od 2 5' (3). 

J'ai observé trois variétés de strontiane carbonatée, qui 
ont des formes déterminables, et que je vais décrire suc- 
cessivement. 

e À 
1°. Prismatique. > ( fig. 2). 

n o 

e E e A 

2«. Annulaire. ~ , • (fig. 3). Si les facettes P, h se 
n P h o 



(1) T. I, p. 485 et suiv. ; et t. II, p. 4o7 et suit. 

(2) Ibid., p. 355,n°. 72. 

(3) Le rapport des deux diagonales du rhombe est celui de 2 à 1^3. La pe- 
titesse des cristaux qui ont servi à mes observations, ne me permet pas de donner 
ce rapport comme rigoureux. Mais il est au moins très-approché. 



Arragonite. ig3 

prolongeoient vers le haut jusqu'à se rencontrer, cette va- 
riété offrirent l'analogue du quarz prisme. 

Z i- 

i 3 S * 

G G G P G A. 

3°. Bisannulaire. * ( fig. 4 ). Dans l'hypothèse 

71 K L if il o 

du même prolongement, cette variété pourroit être assimilée 
au quarz pentahexaèdre. Les facettes k, l réalisent une 
propriété que j'ai démontrée {Traité d& Miner. 3 t. II , 
p. 356, n°. 73), et qui consiste en ce qu'à chaque décroisse- 
ment qui agit directement sur les angles inférieurs d'un 
rhomboïde, répond un autre décroisssement, qui en agissant 
par renversement sur les même angles, produit des faces 
qui ont la même inclinaison en sens contraire, que celles 
qui dérivent du premier décroissement. 

Je joins ici le tableau des angles qui mesurent les incli- 
naisons respectives des faces des variétés précédentes. 

Incidence de 

P sur P' 99a 35', 
de P sur P" 8od a5', 
de P sur h i36d 14', 
de P sur k i5o d 47'? 
de P sur n, i38 d ri', 
de P sur o , i3i d 49'? 
de h sur l, i5o d 47'? 
de h sur o, i3i d 49'? 
de h sur n, i38 d 11', 
de k sur o , i02 d 36', 
de k sur n, 167 e1 24', 
de k sur l, i2i d 36', 



ag4 Stroniiane carbonatée. 

de l sur o i02<l 36', 
de n sur n 120 e1 , 
de n sur o go d . 

Avant de passer aux cristaux d'arragonite et de faire voir 
combien leur forme est peu susceptible d'être assimilée à 
celle des cristaux de strontiane carbonatée, je vais donner 
à ceux-ci un autre terme de comparaison qui me paroît bien 
plus digne d'attention. On peut se rappeler que la baryte 
sulfatée et la strontiane sulfatée ont l'une et l'autre pour 
forme primitive un prisme droit rhomboïdal, en sorte que 
la principale différence entre les deux formes consiste en ce 
que le grand angle du prisme de la strontiane sulfatée est 
plus fort d'environ 3 d -i que celui du prisme de la baryte 
sulfatée. 

A l'époque où j'ai publié mon Traité ' , je n'avois qu'une 
connoissance imparfaite des formes de la baryte carbonatée, 
et je m'étois borné à l'analogie qu'offroit la disposition de 
leurs faces latérales qui me paraissoient être parallèles aux 
pans d'un prisme hexaèdre régulier. J'avois ajouté , dans 
l'article relatif à la strontiane carbonatée (i), que jusqu'alors 
les observations nous manquoient pour déterminer les di- 
mensions des deux molécules et en saisir les différences, et 
je terminois par cette phrase que l'on me permettra de répé- 
ter ici : « Il seroit curieux de savoir jusqu'à quel degré la 
» comparaison se soutient, sous ce point de vue, entre les 
» combinaisons de la baryte et de la strontiane avec les 
« acides sulfurique et carbonique. y) 

■-■-■'■ - ■ — ■ ■- - .■ ■ ■ ■ ■— ' — ' -■...-■■-■ i ■ ■■■■■■ — ._ — , , K m . 

(i)T. II, p. 33o. 



Àrragonite. 295 

Le désir que j'avois témoigné est maintenant satisfait. 
L'observation et la théorie nous apprennent que la baryte 
earbonatée et la strontiane carbonatée ont l'une et l'autre 
pour forme primitive un rhomboïde qui dérive d'un dodé- 
caèdre bipyramidal. Dans celui qui appartient à la première, 
l'incidence de deux faces prises vers un même sommet est de 
9i d 54' (1) , et dans l'autre elle est de 99^ 35, ce qui fait 
environ j& f de différence. Ainsi la baryte et la strontiane , 
en échangeant l'acide sulfurique contre l'acide carbonique, 
n'ont passé à un autre système de cristallisation , que pour 
se présenter de nouveau sous des traits de ressemblance ca- 
pables d'en imposer encore à ceux qui ne mettroient pas 
dans l'étude de leurs formes cette précision qui seule peut 
faire apercevoir le petit intervalle qui les sépare. 

La forme primitive de l'arragonite , indiquée par le ré- 
sultat de la division mécanique, est un octaèdre rectangu- 
laire, dont telle doit être la position, que des deux arêtes C, G 
( fig. 5), au contour de la base commune des deux pyramides 
qui ont leurs sommets en E , E' , la plus longue G soit située 
verticalement et la plus courte G située horizontalement. Les 
faces latérales M, M font entre elles un angle de n 5 d 56', 
et les faces terminales un angle de *io9 d 28'. L'octaèdre se 
sous-divise avec beaucoup de netteté parallèlement au plan 
qui passe par G, G. On obtient encore assez facilement les 
joints parallèles aux faces M, M. Ceux qui répondent aux 
faces P, P sont ordinairement beaucoup moins nets; mais j'ai 

(1) Tableau comparatif, p. i3. Je ne puis pas non plus garantir que cette 
mesure soit rigoureuse. Mais la correction dont elle seroit susceptible doit 
être légère. 



296 StRONTIANE CARBONAtÉE. 

dans ma collection des morceaux dont l'observation ne laisse 
aucun doute sur leur existence. Je n'ai vu jusqu'ici aucun 
cristal isolé de cette forme. Mais il existe, en Espagne des 
groupes composés de quatre cristaux qui la présentent, et 
qui ne sont que peu engagés les uns dans les autres, en sorte 
qu'il est facile de les isoler par la pensée. 

J'ai dans ma collection des groupes très-parfaits de cette 
même variété, et beaucoup d'autres qui appartiennent à des 
variétés différentes. C'est une suite qui a un double prix à 
mes yeux , comme étant un présent de M. le chevalier de 
Parga, qui réunit aux qualités par lesquelles il se distingue 
dans le rang qu'il occupe , les connoissances d'un amateur 
très-instruit en minéralogie, et un zèle actif pour tout ce qui 
tend vers le progrès des sciences. 

En général, il est extrêmement rare de rencontrer l'arra- 
gonite sous des formes simples , et qui soient le résultat 
d'une combinaison unique de lois de décroissement. La plu- 
part des corps cristallisés qui appartiennent à ce minéral sont 
des aggrégats composés de pièces tellement assorties que le 
tout offre, au premier coup d'oeil, 'l'aspect d'un prisme pro- 
duit d'un seul jet. Quelquefois cependant les pans de ce 
prisme forment , à certains endroits , des angles rentrans , ce 
qui est, comme l'on sait, l'indice d'un groupement. 

Les cristaux de Salzbourg auxquels on a assimilé ceux de 

strontiane cai'bonatée du même pays , sont dans ce dernier 

cas. Leur élément est un prisme droit rhomboïdal de 1 16& et 

M 'C 1 
64 d représenté fig. 6, et dont le signe est tvt e ( %■ 5 )• 

L'aggrégat dont on voit fig. 7 la coupe transversale , est 



Ârragonite. 297 

composé de 6 prismes indiqués par les rhombes R, R', R", 
r, r'jr 1 '. Ces prismes laissent entre eux des interstices trian- 
gulaires, à l'exception de celui qui occupe le centre, et qui 
a la figure d'un trapézoïde. La cristallisation a rempli ces in- 
terstices par des additions ou des prolongemens de la même 
matière, dont la structure , ainsi que nous le verrons , est en 
rapport avec celle des solides élémentaires. Les lignes A, à', 
h , à', Ç, Cj qui traversent ces prolongemens, indiquent les 
positions d'autant de plans, que j'appelle plans de jonction , 
et sur lesquels je reviendrai dans un instant. 

La somme des six angles de 1 16& formés par les côtés ex- 
térieurs des rhombes R, R', r' , etc. aux points n, g, d, etc. 
étant plus petite de il^ que la somme 720 des six angles au 
contour d'un hexagone, les côtés E/e, on du rhombe R font 
avec les côtés Eg, op des rhombes R' , R" deux angles ren- 
trans de i68 d ; comme cela doit être, ainsi qu'il est facile de 
le concevoir. 

L'idée que fait naître l'aspect de l'aggrégat dont il s'agit 
ici , et de plusieurs autres du même genre que présentent 
les formes de l'arragonite, est que ses élémens rhomboïdaux, 
tels que R, R', auroient pris de l'accroissement dans les es- 
paces qui les séparent , jusqu'au terme où leurs prolonge- 
mens venant à se rencontrer auroient été en quelque sorte 
barrés à l'endroit d'un plan A qui seroit devenu leur plan de 
jonction. Ce qu'il y a de plus naturel relativement à là situa- 
tion de ce plan, est de supposer qu'il divise en deux parties 
égales l'angle yhx , formé par les pans cT, ef 1 ' des deux prismes 
R, R' (1). Or, j'ai déjà fait connoître dans plusieurs mémoires 

(1) Dans certains aggrégats les positions des plans de jonction peuvent être 

Mém. du Muséum, t. 3. 38 



ag8 Strontiane carbonatée. 

un résultat général qui a lieu par rapport à tous les plans de 
jonction du genre de celui dont il s'agit ici. Il consiste en ce 
que chacun de ces plans coïncide avec une face qui seroit 
produite en vertu d'un décroissement sur un angle ou sur 
un bord des cristaux qui se sont prolongés dans l'espace tra- 
versé par ce plan. J'en citerai bientôt des exemples tirés de 
la forme qui nous occupe. 

On pourroit aussi supposer que le prisme R étant resté 
simple, le solide dont la coupe est le triangle xliy , pro- 
vint uniquement d'une extension du prisme R' , et alors le 
plan de jonction se confondroit avec le pan S' du prisme R. 
La même corrélation a lieu réciproquement entre le solide 
dont il s'agit considéré comme un prolongement du prisme R 
et l'autre prisme R'. Dans chacun des deux cas, le plan de 
jonction s'assimile encore à une face produite par un décrois- 
sement relatif à celui des deux prismes auquel appartient le 
prolongement. Mais la première hypothèse, quoiqu'elle con- 
duise à des lois moins simples de décroissement (i) , est la 
plus naturelle, parce qu'elle assimile le cas présent à celui 



saisies, à l'aide de la division mécanique, ou sont indiquées par des observations 
particulières. Mais cela n'a lieu que rarement, et la détermination de ces plans 
présente souvent des difficultés qui ne permettent que de la présumer par ana- 
logie. 

(i) En général, les lois dont il s'agit s'écartent souvent de la simplicité de 
celles qui déterminent les formes des cristaux isolés, ce qui n'a lieu cependant 
que jusqu'à un certain terme assez peu reculé. Mais on ne devoit pas même 
s'attendre à retrouver, au milieu de la complication qui naît de ces assemblages 
de prismes, qui semblent s'être rencontrés fortuitement, les analogues des lois 
auxquelles est soumis l'arrangement régulier des molécules qui se sont réunies 
autour d'un centre commun, pour produire un corps unique. 



Àrragonite. 29g 

des cristaux qui paroissent se pénétrer. Cependant je citerai 
aussi un exemple de la seconde. 

Une considération à laquelle il est essentiel d'avoir égard 
dans les solutions des problêmes de ce genre, c'est que les 
lois de décroissement auxquelles se rapportent les plans de 
jonction, se déduisent immédiatement d'une formule géné- 
rale, qui donne le nombre de rangées soustraites en fonctions 
des carrés des diagonales de la coupe transversale du solide 
élémentaire. En cherchant ces lois par une méthode de tâ- 
tonnement , on s'expose à n'avoir que des résultats approxi- 
matifs , qui ne satisferoient pas à la condition que l'espace 
compris entre les solides élémentaires fût -exactement rempli 
par la matière du prolongement. 

Je vais donner une idée de la manière dont je représente 
les décroissemens relatifs aux positions des plans de jonc- 
tions , en prenant pour exemple le plan indiqué par &ç et en 
le faisant dépendre du prisme R.'. Pour concevoir l'effet du 
décroissement qui le donne , il faut supposer que l'octaèdre 
primitif (fig. 5) ait tourné de gauche à droite autour de 
l'axe qui passe par le point C , parallèlement à l'arête O , 
jusqu'à ce que les côtés de sa coupe transversale , ou de celle 
qui passe par les angles E, E', perpendiculairement aux 
faces M , M', soient devenus parallèles à ceux du rhombe R' 
(fig. 7). Nous pouvons alors substituer par la pensée ce rhombe 
à la coupe transversale de l'octaèdre. Or l'effet du décrois- 
sement dont il s'agit pouvant être rapporté à un plan qui se 
confond avec ce même rhombe , il est évident que l'on doit 
le considérer comme ayant lieu sur l'angle E (fig. 5 et 7). 
Soit Jtyfg (fig. 8) le même rhombe que fig. 7, et soient 

38* 



3oo Strontiane carbonatée. 

hily, mnol, spro (fîg. 8) les coupes des trois premières lames 
de superposition. La formule fait connoître que le décrois- 
sement est mixte , et se fait par i5 rangées en largeur dans 
le sens des lignes E/z, im, ns , et par 8 rangées en hauteur 
dans le sens des lignes hi, mn , sp , d'où il suit que son signe 

est ~ E (i). 

Si l'on considéroit le solide dont la coupe est le triangle 

yhe (fîg. 7), comme étant produit uniquement par une 

extension du prisme R', auquel cas le plan de jonction coïn- 

cideroit avec le pan <T' du prisme R, ainsi qu'il a été dit plus 

haut, le signe seroit *E (2). 

Dans la description de Taggrégat entier, telle que je la 
donnerai bientôt, l'indication de la loi de décroissement à 
laquelle est soumis chaque plan de jonction renfermera trois 
quantités 5 l'une désignera le prisme dont la partie, que 
termine ce pjan , est censée être un prolongement ; la se- 
conde indiquera l'angle ou l'arête qui subit le décroisse- 
ment , et le nombre de rangées soustraites ; la troisième se 
rapportera au plan de jonction, et sera placée sous la se- 
conde, Par exemple , le signe complet du décroissement dont 



(i) La formule relative à ce cas est n = - . Faisant g — ]^23 p = l/'ôT 

60 i5 
on a ra= 5— — "g-. 

(a) Dans ce cas, la formule est ra = 2 x , ce qui donne, en substituant 

i4 7 



à g et à p leurs valeurs numériques, n =2. 3J = g 



Arragonite. 3oi 



• ? 



j'ai parlé en premier lieu sera R' 8 E ; celui du second décrois- 

2 A 

sèment sera R' *E. 

Conformément à ces règles , le signe représentatif de tout 
Faggrégat sera exprimé ainsi qu'il suit : 

10. PourAjR'^E^RE"^. 2°. Pour S' et <T; R' *E- RE*. 

A a il £ 

3o. Pour £; R' "^E', r' ^E'. 4°. Pour Q\ R" E" *T) r '.'E" ^. 

5o. Pour h et //; RE 1 , rE" ' . 60. Pour/*"; R' 'E' (1). 

£ # y!' 

Il résulte de tout ce qui précède qu'il suffisoit d'examiner 
attentivement les contours des deux prismes et les positions 
respectives de leurs pans, pour y reconnoître des différences 
capables d'écarter toute idée d'un rapprochement entre eux. 
Mais il y a mieux , et ces différences font place à l'un des 
contrastes les plus frappans dont la cristallographie ait offert 
des exemples , lorsque l'on compare l'ordre uniforme qui 
règne dans la structure du prisme de strontiane carbonatée, 
avec l'espèce de dédale que la théorie nous fait apercevoir 
dans celle du prisme d'arragonite , et dont elle pouvoit seule 
nous aider à sortir. 

Je vais insister un instant sur ce sujet, parce que la ma- 
nière dont la plupart des savans étrangers ont considéré la 
cristallisation de l'arragonite tendroit à faire soupçonner une 

(1) On s'est dispensé de donner les signes relatifs à des plans de jonction qui 
offrent, du côté opposé, la répétition de ceux qu'indique le tableau. 



302 StRONTIANE CARBONA.TÉE. 

certaine analogie entre les formes de ce minéral et celles de 
la chaux carbonatée. Ils ont supposé d'abord que tous les 
aggrégats produits par la réunion de plusieurs prismes d'ar- 
ragonite , étoient autant de cristaux simples , analogues à 
ceux dans lesquels il y a unité de structure. De plus, ils ont 
cité, ainsi que je l'ai déjà remarqué, des cristaux d'arra- 
gonite en prismes hexaèdres réguliers , et l'idée de cette 
forme leur a été suggérée surtout par l'aspect de la variété 
que j'ai nommée arragonite symétrique (i), et qui est 
commune en Espagne, quoiqu'un coup d'oeil un peu atten- 
tif eût dû suffire pour leur faire apercevoir l'inégalité des 
angles latéraux de son prisme , dont quatre sont de ii6<1 et 
les deux autres de i28 d , c'est-à-dire, plus forts de douze 
degrés. 

On sait que rien n'est si ordinaire que de rencontrer la 
chaux carbonatée sous cette même forme d'un prisme 
hexaèdre régulier , et ainsi , les traits de ressemblance qu'in- 
diquoient les descriptions entre certaines variétés des deux 
substances pouvoient paroître favoriser jusqu'à un certain 
point l'idée de leur rapprochement dans une même espèce. 
La vérité est que l'existence de la forme dont il s'agit n'est 
pas même admissible , dans le système de cristallisation de 
l'arragonite. Parmi les différentes hypothèses à l'aide des- 
quelles on pourroit essayer de l'y ramener , et qui tendent 
toutes à l'en exclure, j'ai choisi la suivante, comme étant une 
des plus simples et de celles qui se présentent le plus natu- 
rellement. 

(i) Tableau comparatif t p. 6, var. 2. 



àrragonite. 3o3 

Soient abcd, ihck , fncg (fig. 9) les coupes transversales 
de trois prismes d' àrragonite de nô^, réunis autour d'un 
point commun, de manière à laisser entre eux des inter- 
valles égaux , mesurés par les angles bch , dcn , hcg dont 
chacun sera de 4 d - Supposons que ces intervalles soient 
remplis à l'aide de trois décroissemens sur l'arête commune 
qui passe par le point c , et qui répond à G (fig. 5). Con- 
cevons de plus que ces décroissemens fassent naître entre les 
prismes des plans de jonction dirigés suivant les lignes cl, 
ce , co , qui divisent en deux parties égales les angles bck , 
dcn, hcg. 

Il est évident que les nouveaux angles Ice , Ico , eco, for- 
més par les plans de jonction, seront chacun de 120 e *. Sup- 
posons enfin que d'autres décroissemens, en agissant suivant 
la même loi que les précédens sur les arêtes qui passent par 
les points a, i, f, produisent des faces extérieures indiquées 
par les lignes al, ae , Je , etc. Les angles lae , ofe, lio, 
formés par ces lignes, seront aussi de i2o d ; en sorte que l'as- 
semblage des trois prismes se trouvera converti en un solide 
semblable à un prisme hexaèdre régulier. 

La possibilité de ce résultat dépend d'un certain rapport 
entre les diagonales de la coupe transversale , qui n'a pas 
lieu pour les quantités J/23 et [/g que j'ai adoptées (i)„ 
On peut seulement , en les employant , approcher de plus en 
plus de l'angle de ino d , à mesure qu'on fera varier la loi du 
décroissement. Par exemple , si l'on suppose 29 rangées 

(1) La valeur du nombre de rangées soustraites qui satisfait à la condition dw 
problème est donnée par la formule générale n= .„_ . 



3o4 Strontiane carbonatée. 

soustraites en largeur, on trouve que chacun des angles Ice , 
Ico , eco ou lae , qfe, lio est de H9 d 26' 38", valeur qui 
diffère de 33' 22" de celle de i20 d (1). En faisant d'autres 
suppositions, relativement au nombre de rangées soustraites, 
on aura des valeurs encore plus approchées , sans jamais 
pouvoir obtenir exactement l'angle de I20 d . Un des rapports 
entre les diagonales susceptibles de conduire à cet angle se- 
roit celui de 8 à ^27. La formule, dans ce cas, donne 17 
pour le nombre de rangées soustraites (2). Mais si l'on 
cherche la valeur de l'angle que feroient alors entre elles 
les deux faces M, M (fig. 5), on trouve que cet angle seroit 
de 1 i4 d au lieu de 1 i6 d , c'est-à-dire trop foible de deux de- 
grés j. et dans la variété symétrique on auroit pour les deux 
plus grands angles du prisme, i32 d au lieu de 128^ que 
donne l'observation. Les autres hypothèses que j'ai essayées 
concourent également à prouver que cette analogie d'aspect 
que les formes des deux substances ont paru avoir l'une 
avec l'autre , non-seulement est démentie par les faits obsep- 

(1) La mesure de cet angle se déduit d'une formule générale qui donne poul- 
ie rapport entre le sinus et le cosinus de la moitié de chacun des angles dont il 
s'agit, par exemple de laz , Iz : az : : ( tz-j-i ) g : (n^—i )p. Faisant g = T/^uS , 
p = ï^g, n = 2.g, on trouve Iz : az : : oo K3 : 2.8. 3 : : V^ôjô : i4, d'où l'on 
conclut lae = uo/ 1 26' 38". 

Pour que cette valeur soit un nombre rationnel, il faut que g étant aussi un 
nombre rationnel, p soit égal à V 3 ou au produit de y 3 par un nombre 
qui soit lui-même rationnel. Le problême pourra encore être résolu dans le cas 
inverse,/) étant un nombre rationnel, et g étant égal à \^3 ou à son produit par 
un nombre rationnel. 

(2) Le rapport entre Iz et az ou entre (n+'i )~g et (n 1 — ) p devient alors 
celui de 18.8 à 16 \^uj , ou de )f3 : i, ainsi que cela doit être. 



ArrAgonite. 3of> 

vés, mais n'est pas dans l'ordre des possibles. Elles n'ont 
entre elles absolument aucuns traits de ressemblance, pas 
même de ceux qui ne prouveraient rien , en supposant 
qu'ils existassent. 

Il me reste à parler des résultats des recherches récentes 
qui ont été faites sur la composition de l'arragonite , et des 
changemens qu'ils ont dû apporter dans l'opinion que l'on 
avoit conçue de ce minéral d'après la découverte annoncée 
par M. Stromeyer. 

MM. Buchols et Meissner ont publié l'année dernière un 
mémoire dans lequel ils exposent les résultats des analyses 
qu'ils ont faites des arragonites de cinq pays différens, savoir 
ceux de Neumarkt , de Saalfeld , de Minden , de Bastènes 
et de Limburg, dans lesquels ils n'ont pas trouvé de car- 
bonate de strontiane. De plus leurs opérations répétées sur 
des variétés analysées par M. Stromeyer, ont donné des 
quantités sensiblement plus petites du même carbonate que 
celles qu' avoit annoncées ee savant. Par exemple, de deux 
variétés d'arragonite de Vertaison en France , l'une n'a of- 
fert que if sur 100 parties, et l'autre seulement a~j au lieu 
de 4tj ce q u i étoit la quantité indiquée par M. Stromeyer. 

Parmi les cinq variétés dans lesquelles MM. Buchols et 
Meissner avoient cherché inutilement la strontiane , l'une 
dont il existe des morceaux dans ma collection , est celle de 
Bastènes. Je suis redevable de ces morceaux à M. Prévost, 
minéralogiste d'un mérite distingué , qui les a rapportés de 
l'endroit même il y a quelques années. J'ai détaché de l'un 
d'eux, qui est un groupe composé de plusieurs aggrégats de 
prismes d'arragonite , un gros fragment que j'ai remis à 
Mém. du Muséum, t. 3. 3g 



3o6 Stroutiane carbonatée. 

mon célèbre confrère M. Laugier , en le priant de le sou- 
mettre à l'analyse ., et il a obtenu des octaèdres très-prononcés 
de nitrate de strontiane. Mais la quantité qu'ils renfermoient 
de cette terre, évaluée par approximation, n'étoit que de tîow 
de la masse. 

Il a répété depuis son opération sur des cristaux acicuîaires 
d'arragonite de Baudissero en Piémont , retirés aussi d'un 
des échantillons de ma collection , et sur un morceau de la 
même substance , en masse presque compacte , trouvé dans 
le pays de Gex. Mais ni l'une ni l'autre de ces variétés ne lui 
ont offert la plus légère trace de strontiane. 

Ces résultats achèvent de prouver que la strontiane ne 
peut être regardée comme essentielle à la composition de 
l'arragonite. Car en supposant que les deux variétés dont je 
viens de parler en continssent , il faudroit que la quantité 
en fût presque nulle , pour avoir échappé à des moyens 
d'analyse d'une aussi grande précision que ceux qu'emploie 
M. Laugier , ce qui ne feroit que donner une extension pour 
ainsi dire illimitée aux variations déjà si sensibles qui ont été 
observées dans les quantités de la même terre que l'on a re- 
tirées des autres arragonites. Et l'on aura une nouvelle rai- 
son pour l'exclure des principes essentiels, si l'on considère 
que le rapport entre la chaux et l'acide carbonique s'est 
trouvé à très -peu près le même dans tous les résultats 
d'analyse. 

D'une autre part , on demandera peut-être comment dans 
la même hypothèse, la strontiane pourroit n'être qu'acciden- 
telle à l'arragonite , si elle en étoit inséparable ; et en se 
bornant même aux cristaux qui en ont donné , il pourra pa- 



ÂRRAGONITE. 307 

roître encore singulier qu'elle se soit rencontrée dans ceux 
qui ont été apportés de divers lieux éloignés les uns des 
autres , et distingués surtout par la nature du terrein envi- 
ronnant, qui est primitif en Sibérie, volcanique en France , 
et argileux en Espagne. 

Au reste ces considérations n'intéressent pas la cristallo- 
graphie , qui ne peut plus rien ajouter à tout ce qu'elle a 
dit sur l'arragonite. Le côté de la question qui n'est pas en- 
core suffisamment éclairci est tourné vers la chimie , et c'est 
d'elle que nous devons attendre le trait de lumière qui an- 
noncera l'instant où nos connoissances à l'égard de l'arrago- 
nite ne laisseront plus rien à désirer. 



39* 



3o8 



NOTE 

Relative aux Arragonites de Bastènes, de Bau* 
dissero , et du pays de Gex, 



PAR M. LAUGIER, 



ans ie deuxième tome des Annales de Physique et de 
Chimie (cahier de juin 1816) , M. Gay-Lussac, l'un des 
rédacteurs de ce journal , a inséré l'extrait d'un mémoire 
récemment publié par MM. Bucholz et Meissner dans le 
journal de Schweiger. 

Cet extrait fait connoître les résultats de l'analyse com- 
parée de douze espèces d'arragonite dans lesquelles les au- 
teurs du mémoire ont eu pour objet de rechercher la pré- 
sence du carbonate de strontiane et d'en indiquer d'une 
manière précise les proportions. 

De ces douze espèces d'arragonite , sept seulement leur 
ont présenté du carbonate de strontiane, savoir : deux d'Es- 
pagne , deux d'Auvergne dites bacillaires , puis les arrago- 
nites de Bohême, de Budheim et une de France sans désigna- 
tion de lieu. 

Les cinq autres qui proviennent de Neumarkt , Saalfeld , 
Minden, Bastènes et Limburg, ne leur ont offert aucune 
trace de la substance qu'ils y cherchoient. 

MM. Bucholz et Meissner ont conclu de leurs expériences 



ÀRRAGONITES DE BASTENES, etc. 3o9 

que le carbonate de strontiane n'est point en proportion dé- 
finie dans les arragonites , et qu'il n'y est qu'accidentel. 

Mon intention n*est pas d'élever des doutes sur la conclu- 
sion qu'ils ont tirée de leur travail , conclusion qui seroit 
juste dans le cas même où une seule espèce d'arragonite se- 
roit dépourvue de strontiane; je n'ai d'autre objet que de 
relever un fait qu'ils avancent, et qui ne m'a pas paru exact, 

Ils assurent que l'arragonite de Bastènes ne renferme pas 
la moindre trace de strontiane : je puis affirmer que, d'après 
mes expériences, l'espèce d'arragonite qui porte ce nom en 
contient une quantité notable, 

M. le professeur Haùy m' ayant fourni l'occasion d'en 
examiner un morceau qui lui avoit été envoyé du pays où 
elle se rencontre , j'en ai traité 3o grammes par le moyen 
dont j'avois fait usage pour confirmer la découverte de 
M. Stromeyer, et que j'ai décrit dans ma note sur cet objet, 
lue à l'Institut dans le mois d'octobre 1814. 

Ce moyen, au reste, ne diffère de celui de M. Stromeyer 
que parce que j'y ai indiqué la force de l'alcool que l'on doit 
employer pour reconnoître le nitrate de strontiane. 

Il n'est point indifférent d'employer de l'alcool à tel ou 
tel degré , parce que de lui seul dépend le succès de l'expé- 
rience, et c'est précisément parce que M. Stromeyer ne 
l'avoit point indiqué que plusieurs chimistes qui s'étoient 
servi d'alcool à 36° avoient répété ses expériences sans 
trouver de strontiane dans les arragonites qui en contiennent 
le plus. 

J'ai observé depuis ce temps que, pour réussir dans cette 
analyse, il ne suffit pas d'employer l'alcool à 4o°, il n'est 



3lO ARRAGONITES DE BASTENES, etC. 

pas moins nécessaire d'évaporer le nitrate de chaux assez for- 
tement pour qu'il ne contienne plus d'humidité 3 on conçoit, 
en effet , que la moindre quantité d'eau laissée au nitrate de 
chaux suffiroit pour affoiblir l'alcool et le rendre capable de 
se charger du nitrate de strontiane , qui ne devient visible 
qu'à cause de son insolubilité dans ce liquide très-rectifié. 
Cette précaution est surtout indispensable , lorsque la stron- 
tiane ne se trouve dans l'arragonite qu'en très-petite quantité, 
comme cela a lieu pour celle de Bastènes. 

En traitant cette arragonite par ce moyen , j'ai obtenu du 
résidu insoluble dans l'alcool , et qui, à la vérité, étoit en 
grande partie formé de sulfate de chaux , comme l'ont fort 
bien observé MM. Bucholz et Meissner, une vingtaine de pe- 
tits cristaux très-brillans , très-purs , très-régulièrement OC" 
taédriques de nitrate de strontiane que ces chimistes n'en ont 
point séparés. 

Il est certain que la quantité en est très-petite , et qu'elle 
ne représente qu'environ la millième partie de la masse , ou 
un peu plus d'un demi-grain sur les 5/fO grains soumis à 
l'expérience ; mais elle y existe , et il faut en tenir compte. 

Il semble que cette quantité , toute petite qu'elle est , 
n'en est pas pour cela moins digne de l'attention des natura- 
listes. Cette remarque seroit importante, surtout si toutes les 
arragonites sans exception en renfermoient une quantité 
quelconque. 

Mais je dois le dire aussi, quel qu'attention que j'aie portée 
à l'analyse de deux arragonites , celles de Baudissero et du 
pays de Gex, que MM. Bucholz et Meissner n'ont point exa- 
minées , il ne m'a pas été possible d'y remarquer la moindre 
trace de strontiane. 



Ârragonites de Bastènes, etc. 3n 

Le travail que j'ai fait sur un assez grand nombre d'arra- 
gonites m'a mis à même de remarquer que les espèces qui 
contiennent le plus de sulfate de chaux sont celles qui ne 
renferment que peu ou point de nitrate de strontiane. 

Les espèces les plus pures et les plus régulièrement cris- 
tallisées sont celles qui en contiennent la plus grande quantité. 

Je ferai observer aussi que les ârragonites de Baudissero 
et du pays de Gex , les seules qui m'aient paru dépourvues 
de strontiane, sont mêlées de beaucoup de sulfate de chaux. 

La première , celle de Baudissero , quoiqu'assez régulière- 
ment cristallisée , est opaque , très-friable , et l'on diroit 
qu'elle a éprouvé une sorte de décomposition, ou au moins 
d'altération. 

La seconde , qui a été récemment trouvée dans le pays 
de Gex , est en masse , amorphe , et n'offre aucune appa- 
rence de cristallisation , mais elle a la cassure vitreuse , et la 
dureté des ârragonites les mieux caractérisées. 

L'examen que j'ai fait de l'arragonite de Bastènes, et moins 
encore celui des ârragonites de Baudissero et du pays de 
Gex ne peuvent donner lieu dépenser que la strontiane est 
essentielle à la composition de ces substances , et qu'elles 
influent sur leur forme , ainsi je n'en tirerai aucune con- 
clusion. 

J'inviterai seulement MM. Bucholz et Meissner à vouloir 
bien répéter leur expérience sur l'arragonite de Bastènes, et 
je ne doute pas qu'ils ne reconnoissent que mon assertion sur 
la présence d'une petite quantité de strontiane ne peut être 
contestée, 



3l2 

III ME . MÉMOIRE 

SUR LES CHAMPIGNONS PARASITES, 

PAR M. DE CANDOLLE. 



Mémoire sur le genre Xyloma, 

Inexistence du genre xyloma qui comprend aujourd'hui 
une quarantaine d'espèces étoit à peine soupçonnée il y a vingt 
ans. Bulliard en a décrit assez inexactement une espèce (celle 
qui croit sur les érables) sous le nom de mucor granulosus , 
quoiqu'elle ait certainement peu de rapports avec les véri- 
tables moisissures. Ehrart s'étoit plus rapproché des rapports 
naturels, en désignant sous le nom de sphœria celles qui 
croissent sur le saule et l'érable ; mais c'est à M. Persoon 
que nous devons la première connaissance de ce genre comme 
de la plupart de ceux des champignons parasites. Le nom de 
xyloma qu'il lui a donné fait allusion à la consistance dure 
et un peu ligneuse des espèces qui le composent ; il l'a décrit 
pour la première fois dans son Tentamen dispositionis me- 
thodicœ fwigorwn, publié en 1797 , et en a décrit quatorze 
espèces, soit dans ses Obserpationes mycologiœ } soit dans 
son Syjiopsis Jimgonmi. MM. Albertini et Schweinitz en 
ont fait connoître six espèces dans leur excellent ouvrage sur 
les champignons de la Lusace : toutes les autres ont été in- 
diquées, soit dans la 3 e . édition de la Flore française, soit 



SUR LE GENRE XîLOMA. 3l3 

dans son supplément. C'est à ce petit nombre d'auteurs que 
se bornent aujourd'hui ceux qui ont fait connoitre les xy- 
loma. Comme on ne possède encore que très-peu de détails 
sur ce genre et qu'on n'a publié les ligures que d'un petit 
nombre d'espèces , j'ai cru devoir admettre les xyloma dans 
cette série de mémoires sur les champignons parasites , quoi- 
qu'ils s'écartent un peu des vrais champignons et qu'ils 
soient loin d'offrir le même intérêt relativement à leur effet 
sur les végétaux qu'ils attaquent. 

Le genre xyloma a été placé par M. Persoondans sa sec- 
tion des sclerocarpes entre les sphœria et les histerium, 
et c'est bien certainement sa place dans tout ordre naturel : 
quelques-unes des espèces les plus petites et à réceptacle ar- 
rondi s'approchent tellement des sphœria qu'on a peine à 
les en distinguer. Celles à réceptacle allongé ont beaucoup 
d'analogie avec les Histerium , soit par les formes , soit par 
la manière de vivre. Les champignons appelés Sclérocarpes 
par M. Persoon , m'ayant paru différer beaucoup de tous les 
autres et se rapprocher des uerrucaria et des opegrapha 
placés auparavant parmi les Lichens , j'ai cru devoir for- 
mer avec ces deux sections une famille intermédiaire 
entre les champignons et les Lichens. Cette famille, que 
j'ai nommée famille des Hypoxylons , établit entre les deux 
autres un passage parfaitement gradué, tellement naturel 
que dans plusieurs cas on a de la peine à fixer la limite 
des genres et même des sections qui la composent. Ainsi les 
Sphéries uniloculaires ne diffèrent des verrucaires que par 
l'absence de la croûte lichénoïde située à la base de celle-ci: 
les Sphéries multiloculaires sont de même fort analogues 
Mém. du Muséum, t. 3; £o 



3l4 SUR LE GENRE SyLOMA. 

aux Pertusaires ; les Histerium représentent dans les Hy- 
poxylons fongueux ce que sont les Opégraphes parmi les 
Hypoxylons lichénoïdes. 

Les Hypoxylons diffèrent des champignons soit par leur 
consistance ordinairement plus dure, plus subéreuse et plus 
durable ; soit par leur couleur presque toujours noire; soit 
surtout parce que leurs réceptacles sont remplis dune pulpe 
mucilagineuse, épaisse, dans laquelle flottent des corps de 
formes diverses qui semblent être des graines, mais que je 
soupçonne être eux-mêmes des espèces de vésicules pleines 
de gongyles ou de spores. La pulpe mucilagineuse est en gé- 
néral abondante dans les Hypoxylons fongueux, peu appa- 
rente dans les Hypoxylons lichénoïdes qui se distinguent de 
plus des précédens par leur base pulvérulente. 

Parmi les Hypoxylons fongueux , il en est qui vivent sur 
la terre, les rochers et surtout sur les végétaux morts, des- 
quels je n'ai nulle intention de m'occuper ici; mais je pas-, 
serai en revue dans ce mémoire et dans les suivans ceux qui 
sont réellement parasites , c'est-à-dire ceux qui vivent sur 
les végétaux vivans pour se nourrir de leur propre substance. 

Dans ce groupe les xyloma se distinguent parce que leur 
péricarpe est de consistance un peu dure, de forme arrondie 
ou oblongue peu proéminente. Ils sont ou composés d'une 
seule loge qui s'ouvre irrégulièrement , ou divisés en plu- 
sieurs loges s'ouvrant par des fentes disposées en aréoles ir- 
régulières. Les xyloma multiloculaires semblent formés par 
la réunion ou la soudure naturelle de plusieurs xyloma 
uniloculaires. Dans plusieurs espèces on voit manifestement 
les petits xyloma naître distincts et se souder ensuite en un 



SUR LE GENRE XîLOMA. 3l5 

seul bloc 5 dans d'autres on les voit déjà soudés ensemble. 
L'irrégularité des fentes ou orifices par lesquelles s'ouvrent 
les loges des xylorna est le caractère qui distingue essen- 
tiellement ce genre de ses voisins. 

M. Persoon avoit originairement réuni aux xylorna deux 
espèces très-distinctes , savoir son X. rubruni et son X. 
stellare. Ayant lui-même observé une seconde espèce ana- 
logue au X. rubrwn , il a formé de ces deux plantes son 
genre polystigma dont je donnerai l'histoire dans le mé- 
moire suivant. Ayant eu moi-même occasion de décrire cinq 
espèces analogues au xylonia stellare , j'ai distingué ce 
groupe sous le nom à'asteroma (FI. Fr. 5, p. 162), et j'en 
donnerai la monographie par la suite. 

Les xylorna naissent tous sur les végétaux vivans , 
quelques-uns sur l'écorce , presque tous sur les feuilles. La 
plupart des espèces connues vivent de préférence sur les 
arbres 5 ainsi sur 4 1 espèces connues aujourd'hui, on en 
compte 29 parasites sur les arbres et 12 sur les herbes. Cette 
disposition à préférer les arbres aux herbes est fréquente 
dans les Hypoxylons parasites, tandis que l'inverse a lieu 
dans les vrais champignons. 

Les xylorna forment sur les feuilles et les écorces des 
taches planes ou peu convexes , ordinairement arrondies , 
presque toujours noires : leur superficie est , au moins à la 
fin de leur vie, marquée de petites fentes ou de petits orifices 
qui servent à les distinguer les uns des autres : quelquefois 
ils sont pendant la plus grande partie de leur vie absolument 
lisses , et alors il est difficile de ne pas les confondre avec de 
simples taches maladives. Je n'ai décrit comme espèces dis- 

4o* 



3l6 SUR LE GENRE XïLOMA. 

tinctes que ceux que j'ai vus ouverts, ou qui avoient trop 
d'analogie avec ceux qui s'ouvrent pour que j'aie osé les en 
séparer ; mais je connois encore un assez grand nombre de 
végétaux qui portent des taches noires que je soupçonne être 
de jeunes xyloma \ tels sont helleborus fœtidus , epilo- 
bium spicatum , orobus vernus , laserpitiwn glabrum , 
citrus medica , dianthus superbus , rhododendron Jerru- 
gineum, campanula linifolia , medicago sat'wa , etc. Je les 
recommande à l'attention des observateurs. 

Les loges des xyloma renferment de la pulpe comme 
celles de tous les Hypoxylons , mais en quantité beaucoup 
moins considérable que celles des autres Hypoxylons fon- 
gueux ; [sous ce rapport les xyloma, les asteroma , les 
polystigma , les histerium et les hypoderma , forment 
une petite section intermédiaire entre la tribu des Sphéries 
et celle des Lichénoïdes , et on pourroit classer comme il 
suit les genres connus de la famille. 

i re . tribu. Sphéries. Pulpe très-abondante \ base charnue 
ou subéreuse non lichénoïde. — Rhizomorpha , sphœria y 
nœmaspora , stilbospora. 

i e . tribu. Xyloma. Pulpe peu abondante , base charnue 
ou subéreuse non lichénoïde. — Polystigma } xyloma , as- 
teroma , hypoderma , histerium. 

3 e . tribu. Lichénoïdes, Pulpe peu abondante , base pulvé- 
rulente lichénoïde. — Opegrapha , vemicaria , pertusaria. 

Les xyloma. comme les autres Hypoxylons parasites nais- 
sent sous l'épidémie , dans le tissu même des feuilles : à la 
fin de leur vie, ils rompent souvent l'épidémie et le fendil- 
lent ou le soulèvent irrégulièrement. Malgré qu'ils vivent ainsi 



SUR LE GENRE X.YLOMA. 3l7 

dans le tissu même des feuilles pendant leur végétation , et 
quoique quelques-uns d'entre eux acquièrent une grosseur 
assez considérable, il est remarquable qu'ils n'altèrent presque 
point la santé des plantes sur lesquelles ils croissent ; ces plantes 
végètent à très-peu prés comme à l'ordinaire , fleurissent et 
portent fruit sans que j'aie observé à cet égard aucune in- 
fluence des xyloma • leur histoire ne peut donc jusqu'à 
présent intéresser que les botanistes, et ne donne naissance à 
aucune des maladies végétales qui sont à si juste titre re- 
doutées par les agriculteurs. 

Les sections sous lesquelles, à l'exemple de mes devanciers, 
j'ai rangé les espèces de xyloma sont , je crois , tout-à-fait 
artificielles; mais je n'ai pas osé en proposer d'autres, vu 
l'obscurité qui règne encore relativement à la vraie structure 
de plusieurs espèces , et la persuasion que le nombre des 
xyloma sera beaucoup augmenté d'ici à peu d'années. Quel- 
ques espèces à réceptacle solitaire et s'ouvrant par un pore 
terminal , rentreront peut-être dans les sphœria ■ d'autres 
qui ont une forme analogue aux Pezizes devront très-pro- 
bablement un jour former un genre particulier. 

Je terminerai ce mémoire par rémunération des espèces 
du genre. 

XYLOMA. 

Xyloma. Pers. Tent. , p. 4. Syn. p. io3. DC. FI. Fr. 2, p. Z02,, 
5. p. i52. Alb. et Schwein. Jung. Nisk. p. 62. 

Car. Epiphyllum, rarius rameale. Receptaculum duriusculum 
nigrum forma varium intùs subcarnosum , clausum remanens auf 
vario modo ruptum. 



3.l8 SUR LE GENRE XïLOMA. 

§. I. Spiloma. Maculse epiphyllee expansœ latse rugis venisve 
exaratas, intus verosimiliter multiloculares. 

i. Xyloma acerinum. Tab. III, f. 9. 

X. epiphyllum tenue maculseforme orbiculatum rugis anasto- 
mosantibus venosum. 

Spheeria maculœformis. Ehr. pi. crypt. Dec. 22, n. 21g. 

Mucor granulosus. Bull. Champ. 109, t. 5o4, f. l3. 

X. acerinum. Pers. neu. mag. bot. p. 85. Disp. meth. 6, Syn. 
104. DC! FI. Fr. 2., p. 002*. 5 , p. i52. Syn. p. 63. Poir. Dict. 8, 
p. 807. 

Hab. frequens in foliis Aceris campestris et Platanoidis. 

Maculae sœpius orbiculatse lin. 3-6 diam. Venis meandricis e centro 
subradiantibus rugosae. Folium circa maculas viride nec ut in se- 
quente flavescens. 

2. Xyloma pseudo-Platani, t. III _, f. 4. a. 

X. epiphyllum tenue maculasforme contiguum subrugosum; 
folio circumflavescente. 

X. pseudo-platani Hoppe ! Dec.pl. exs. 1 , n. 2, DC! FI. Fr. 
5, p. IÔ2*. 

Hab. in foliis aceris Pseudo-platani et forsan A. campestris, 
ssepe cum X. punctato mixtum. Vix a priore distinctum sed ma- 
culse magis adhuc tenuiores , minus contiguœ , rugae leviores , et 
folii parencbyma circa maculam decoloratum flavidum nec viride. , 

3. Xyloma Bistortœ. 

X. epiphyllum tenue maculœforme irregulare laeve, folio circà 
maculas subflavescente. 
X. bistortœ. DC! FI. Fr. 5, p. i53.* 
Hab. in foliis Polygoni bistortae. 
Folii parenchyma circa maculas subdecoloratum. 



SUR LE GENRE XïLOMA. 3îQ 

4. Xyloma Pedicularis. 

X. epiphyllum tenue orbiculatum confluensve maculaeforme 
parvulum lœve. 

X. pedicularis. DC! FI. Fr. 5, p. i5o.* 

Hab. in foliis Pedicularis incarnatae nervis rnediis approximatum. 

5. Xyloma Xylostei. Tab. III, f. 2. 

X. utrinque prominulum , maculis nunc orbiculatis , nunc annu- 
laribus. 

X. xylostei. DC! FI. Fr. 2, p. ôgo,.* 5, p. 154. Syn. p. 63. Poir. 
Dict. 8 3 p. 808. 

Hab. in foliis Loniceree xylostei, rarius in pagina inferiore, fre- 
quentius in pagina superiore, rarius orbiculato-congestum sgepius 
in annulum dispositum. 

6. Xyloma betulinum. Tab. III, f. 1. 

X. epiphyllum subconvexum nitidulum rugosulum orbiculatum 
punctulis albis minimis punctulatum. 

X. betulinum. Funk. ex Moug. et Nestl. ! Crypt. vog. n. 370. 
DC.'FLFr. 5, p. 154. 

X. acerinum var. /3/3. ^dlb. et Schwein. fung. Nisk. n. 174. 

Hab. in foliis Betulse albae et B. pubescentis. 

Folium nec circa maculas , nec sub iis decoloratum. Species vaille 
affmisspheerieexylomoidi, quœ forsan ad xylomata est amandanda. 

8. Xyloma Pteridis. 

X. hypophyllum maculaeforme orbiculatum aut ovale tenuiter 
tuberculosumT 

X. pteridis DC! FI. Fr. 5, p. 154.* 
Hab. in foliis Pteridis aquilinœ. 

9. Xyloma leucocreas. Tab. III, f. 5. 

X. bifrons subtus planum maculseforme 3 superne crassum tuber- 
culosum nitidum, intùs album. 

X. leucocreas. DC ! FI. Fr. 2, n. 3oo, 5, p. 154. 
X salicinum. Alb. et Schwein. fung. Nisk, n. 172» 



320 SUR LE GENRE XyLOMA. 

«t. Tuberculosum , supernè gyroso - rugosum. 

X. salicinum. Pers. disp. meth. 5 , t. 2 , f. 4 > Syn. lo3. 

/3. Umbonatum, superne depressum umbonatum; Alb. et Schw. 
Le. 

Hab. in foliis Salicum , var. « in S. caprœa , vitellina , arbuscula , 
herbacea , pyrenaica. Var. /3. in S. capraea et ulmifolia. 

Nomen Persoonianum mutavi ad yitandam confusionem inter 
X. salicinum et salignum. 

10. Xyloma lenticulare. Tab. III, f. 14- 

X hypo et epiphyllum, utrinque convexum nitens orbiculatunf, 
supernè in cenlro mammosum. 

Spheeria artocreas var. /S/3 umbilicata. Alb. et Schwein. fung. 
Nish. n. 116 ? 

X. lenticulare. DC>. FI. Fr. 5, p. i55.* 

Hab. in foliis Mespili oxyacanthse, Pruni spinosœ et (si syiiony- 
mia légitima) Pruni virginianae. 

Affine var. /3 xylomatis leucocreatis. 

11. Xyloma Audromedae. Tab. III, f. i3. 

X. epiphyllum oyatum crassiusculum nitidum costato-rugosum 
intus album. 

X. andromedee. Pers! Syn. 104 Alb. et Schwein. fung. Nish. 
n. 173.* DC! FI. Fr. b, p. i55.* 

Hab. œstate in foliis Andromedœ polifoliœ pice- hinc quasi illitis. 
Macula subtus griseo-nigrescens supernè nigra nitida. 

12. Xyloma nervale. 

X. hypophyllum uervisequum semi teres linéariser elongatum 
crassiusculum subrugosum nigrum intus durum albidnm. 

X. nervale. Alb. et Schwein. fung. Nish. p. 64, 11. 178, t. 7, 

f- 7* 
Hab. in foliis deciduis putredinae obtectis siccis alni et ranus 

carpini betuli. Vere et eestate. 



SUR LE GENRE XYLOMA. Î2Ï 

ï3. Xyloma Cayennense. Tab. III, f. 6\ 

X. epiphyllurn orbiculare convexum submammillosum , Folio 
circa decolorato limifato. 

Hab. in folio arboris cujusdam Cayennensis mihi ignofae. 

Pustulœ nigrœ-lineam latae convexae mamillis 2-3 vix prominuîis 
onustœ, folium circa pustulam decoloratum, parte arida linea nigra 
fere ut in lichenibus quibusdam limitata. 

14. Xyloma Ludiœ. 

X. bifrons suborbiculare planum utrinque laeve , superne nitidis- 
simum. 

Hab. in insulâ Mauritii ad folia Ludige cujusdam verosimiliter 
myrtifoliee. 

Maculée in specimine nostro planée suborbiculatee nigree bifrontes 
utrinque leeves , subtus non luceutes, supernènitidae, in folio sparsee, 
1-2 lin. latœ. Forsan juniores tantum leeves et demum de more 
generis aut rugosee aut confluentes ? 

§ IL Microma. Maculée epiphyllae parvse confertee aut sparsee ve- 
rosimiliter uniloculares. 

i5. Xyloma punctatum. Tab. III, f. 4. b. 

X. epiphyllum, receptaçulis parvis distinctisplanismaculeeformibus. 
X. punctatum. Pers. Obs. myc. 2, p. loi. Syn. p. 104. DC! 
FL Fr. 2, p. 3o3.* 

Hab. ad folia aceris Pseudo-platani. 

16. Xyloma ? Allii. 

X. hypo et epiphyllum , pustulis carnosis intus fuscis ovatis hinc 
planis indè convexis leevibus. 

X. allii. DC! FI, Fr. 5 , p. i56, 

a. Foliorum. 

jS. Se api. 

Hab. in foliis utrinque et in scapo Allii multiflori , seepîus cum 
uredine alliorum mixtum et uredinem sclerotimnve simulans. 
Mém. du Muséum, t. 3. 4 1 



/ 



322 SUR LE GENRE XïLOMA. 

17. Xyloma Lauri. 

X. epiphyllum pustulis planis subrotundis medio submammillosis , 
folio circa decolorato. 

X. lauri. Schleich! pi. exs. DC! FI. Fr. 5, p.i56.* 
Hab. ad folia Lauri nobilis. 

18. Xyloma bifrons. ,Tab. III ,f. il. 

X. bifrous, pustulis planis ovatis orbiculatisve in annulum con- 
gestis, folio in Ira annulum albido. 
X. bifrons. DC! FI. Fr. 5, p. i56.* 
Hab. ad folia morientia Quercus roboris. 
Affiné xylomati pezizoïdi et sphœriee lichenoidL 

ig. Xyloma punctulatum. 
: X. hypophyllum, pustulis minimis fusco-nigris planis distinctis 
in maculam orbiculatam aggregatis. 

X. punctulatum. DC! FI. Fr. 5, p. 157.* 

a. Castaneœ. 

X. castaneas. Schleich ! pi. exs. 

X. punctatum. Schleich. cent, exs, non Pers~ 

/3. Roboris. 

Hab. in foliis subarescentibus var. a. Castaneee vescas, f3. Quercus 
roboris. 

2.0. Xyloma fagineum. 

X. bypo et epiphyllum pustulis minimis confertis afronifentibus 
orbicularibus subdepressis plicatis. 

X. fagineum. Fers, clisp. meth.52.Syn. 107. DC! FI. Fr.5 ^.ï5y.* 
Hab. ad folia decidua exarida Fagi sylvaticœ. 

21. Xyloma alneum. 

X. hypo et epiphyllum, pustulis minimis distinctis gregariis ru- 
goso-plicatis , folio circa-subrubescente. 

X. alneum. Pers. Syn. 108. DC ! Syn. p. 65. FI. Fr.ôj p. 167. 
jîlb. et Schwein. Nisk., p. 66. 

Hab. in foliis alni incanee et glutinosaa. 



SUR LE GENRE XyLOMA. 3a3 

22. Xyloma Juglandis. 

X. hypophyllum , pustulis minimis nigris niteniibus planis annu- 
latim confeiiis subtuberculosis. 
X. juglandis. DCl FI. Fr. 5, p. i58.* 
Hab. ad folia Juglandis regiae. 

2D. Xyloma Mespili. 

X. epiphyllum pustulis nigris convexiusculis sparsis annulatisve, 
folio circa rubrofuscescente. 

X. mespili. DCl FI. Fr. 5, p. i58.* 
Hab. in foliis Mespili eriocarpae. 

24. Xyloma Virgae-aureae. Tab. III, f. 12. 

X. hypophyllum, pustulis convexis minimis distinctis gregariè 
eonferfis rugoso-grauulosis. 

X. virgae aureœ. DCl Syn. p. 63. FI. Fr. 5, p. i58.* Poir. Dict. 8, 
p. 810. 

Hab. in foliis Solidaginis Virgas aureee. 

Maculée orbiculatae e punctis minimis subconfluentibus, marginali- 
bus subdistinctis conflatae, 5-4 lin. diam. , nigrellae, prima fronte 
assteromata subaemulantes. Folium circa maculas pallesceus. 

25. Xyloma Çampanulae. Tab. III, f. 10. 

X. pustulis minimis hypophyllis caulinisve distinctis aggregatis 
fusco-nigris convexiusculis demum punctulatis et quasi e plurimis 
confia lis. 

X. campanulœ. DCl FI. Fr. 5, p. i5g. 

Hab. in foliis et rarius caule Campanuke Trachelii. 

Priori et posteriori valdè affine. Folium circa maculas primum 
subrufescens , demum pallescens. 

26. Xyloma Xanthii. 

X hypophyllum, pustulis minimis fusco-nigris convexiusculis, 

4i* 



324 SUR LE GENRE XYLOMA. 

confertissime aggregatis in maculam orbicularem; margine solo 
subdistinctis. 

Hab. in foliis Xanthii Canadensis. 

Affine X. campanulee et virgee aureee, sed differt pustulis adeo 
confertis prsesertim in centro maculée ut vix sint distinguendee. 

27. Xyloma Onobrychidis. Tab. III, f. 3. 

X. hypophyllum nigropiceum rugoso - sulcatum confluens, folio 
supernè nigerrimo. 

X. onobrychidis. DC! FI. Fr. 5, p. i5o,.* 
Hab. in foliis Onobrychidis sativee. 

28. Xyloma multivalve. Tab. III, f. 8. 

X. epiphyllum punctiforme sparsum nigrum subconvexum, 
epidermide in valvulas plurimas circa pustulas fissa. 

X. multivalve. DC! FI. Fr. 2, p. 3o3* Syn. 3 n. 818. Foir.Dict. 8, 
p. 808. 

Hab. in foliis Ilicis aquifolii. 

29. Xyloma Aquifolii. Tab. III, f 7. 

X. hypo et rarius epiphyllum minutum gregarium distincfum 
primo convexum dein epidermide rupta cinctum. 

X. ilicis. Schleich. pi. exsic. 

X. aquifolii. DC! FI. Fr. 5, p. i5 9 .* 

Hab. in foliis Ilicis aquifolii cum priore interdum mixtum, sed 
sparsum et multo minus. 

30. Xyloma pezizoides, 

X. epiphyllum subconfertum orbiculare nigrum demum apertnm , 
margine erecto subcrenafo, disco pallido. 

X. pezizoides. Pers. Sjn. io5. le. pict. Z , p. 40, t. 18, f. I* 
DC! FI. Fr. 5, p. 160.* Poir. Dict. 8, p. 80g. 

Peziza comitialis Sow. engl. fung. t. 118. ex Pers. 

Peziza viridis. Boit. fung. t. ng,f. 1. ex Pers. 

Hab. in foliis Quercus roboris et Fagi sylvaticîe. 



SUR LE GENRE XïLOMA. 325 

31. Xyloma salignum. 

X. hypophyllum punctiforme sparsum orbiculare tenue nigrum 5 
disco, subconvexo. 

Sphœria salignum. Ehr. pi. Crypt. dec. 3o , n. 299. 

X. salignum. Pers. Syn. 106. DC! FI. Fr. 2, p. 304. 

Variolaria salicis. Bouch! FI. Abb- p. 98. 

Hab. in foliis Salicis capreae , aufnmno , vere. Superficies infera 
maculis nigris sub xylomatis pustulis notata substantia intus farcta 
subcarnosa albida. 

32. Xyloma populinum. 

X. bifrons punctiforme sparsum applanatum leeve nigro-opacum 
forma varium. 

X. populinum. Pers. Syn. 107. DC ! FI. Fr. 2, p. 819.* Syn. 
p. 63. 

Rouille du peuplier tremble. Chantr. Conf. n. Zg, t. 17, f. 39. 

Hab. vere in foliis aridis deciduis Populi tremulae frequens. 

33. Xyloma concentricum. 

X. epiphyllum , pustulis parvis orbicularibus depressis subconicis 
fuligineo-cinereis concentricis. 

X. concentricum,. Pers. Obs. myc. 2, p. 101. Syn. 101. Pair, 
Dict. 8 , p. 810. 

Hab. in foliis Populi tremulœ adhuc semi vivis. 

34. Xyloma sphaerioides. 

X. hypophyllum sparsum minimum punctiforme molliusculum , 
disco aperto, margine collapso integro. 

X. sphaerioides. Pers. Syn. 106. Alb. et Schwein. Nish. 3 n. 181. 
D C. FI. Fr. 5, p. 161.* 

Hab. ad folia Salicis capreae. An potius Pezizse species? 

35. Xyloma? herbarum. 

X. hypophyllum caulinumve sparsum minimum punctiforme 
molliusculum, disco aperto a margine prominulo undulato. 



6l6 SUR LE GENNRE XïLOMA. 

X. herbarum. Alb. et Schwein. fung. Nisk. p. 65, n. 179, t. 4, 
f. 6* DC! FI. Fr. 5, p. 161.* 

Hab. in foliis Cerastii vulgati, et ex Alb. etSchw. Potentillse nor- 
végien. In pi an fis florentibus reperitur. 

An forsan duœ species hue confuses? 

36. Xyloma arundinaceum. 

X> caulinum orbiculatum rufo-fuscum, disco piano centro sub- 
papilloso, margine fusco prominente integro. 
X. arundinaceum. DC FI. Fr. 5, p. 162.* 
Hab. ad caules aridos Arundinis phragmitis. 

(5 III. Denoroma. Maculée epixylas nempè super arborum ranaos 

parasiticœ. 

37. Xyloma Ledi. 

X. rameale , spai-sum erumpens pusillum subhemisphœncum, 
cortice opaco fusco -nigricante in lacinias varias circa nucleum 
subtremellosurn dilutè violaceum erectas déhiscente. 

X. Ledi. Alb. et Schwein. Nisk., p. 60 ,n. 170, t. o, , f. I.* 

Hab. vere in ramulis aridis Ledi palustris. 

58. Xyloma Pini. 

X. rameale subgregarium erumpens pusmîatum nigrum intus 
album compactum epidermide demum cadente nudum. 

X, Pini. Alb. et Schwein. Nisk., p. 60 , n. 171 , t. 5, £ 8.* DC! 
Fl.Fr. 5, p. 160.* 

Hab. in cortice ramorum Pini sylvestris , prcesertim aufumno 
cœlo pluvio. 

09. Xyloma Rosae. 

X. rameale pustulatum orbiculatum griseo-nigrescens intus ni- 
grum, epidermide demum longitudinaliter rupta subnudum» 
Sphœria rosse. Schleich. pi. exsic. 
Xyloma rosée. DC! FI. Fr. 5, p. 161.* 
Hab. in corticibus Rosarum sylvestrium Alpium. 



SUR LE GENRE XïLOMA. 32^ 

40. Xyloma rhombeum. 1 

X. rameale nudum planum marginatura rhombeum vel subro- 
fundum nigrum; intus album molliusculum. 

X. rhombeum. Alb. et ScJiwein. Nisk. p. 61. 

Hab. in h'gno alneo projecto putrescente ; aprili mense semel 
lecium a cl. Alb. et Schw. 

41. Xyloma cinereum. 

X. Rameale erumpeus teres molle nigrum disco concavo marginato, 
margine crispo subcrenato cinereo - pulverulento , intus nigrum. 
X. cinereum. Alb. et Schwein Nisk. , p. 61. 
Hab. in ramis emortuis Populi fastigiatae sparsum ; Aprili. 



EXPLICATION DE LA PLANCHE III. 

2V. B. Toutes les figures sont de grandeur naturelle. 
Fig, 1. Xyloma betulinum. 

2. — — — — xylostei. 

3. onobrychidis. 

4. ■ pseudoplatani et punctatum sur la même feuille. 

5. — — — leucocreas. 



7 
8 

9 
10, 

11 

12 

i3. 

i4 



. cayennense. 

• aquifolii. 

• multivalve. 

• acerinum. 

• campanulœ. 

■ bifrons. 

■ vïrgce aureœ, 

- andromedœ. 

- lenticulare. 



Tonv . 5 




S. h 



S\'ode - Veran Je/ . 



JCÏZOMA 



■ 

r, 



■ C )1 I 

i 

.'■■ > opuli fasti 



. 



SUR LE GENRE XïLOMA. 32^ 

40. Xyloma rhombeuni. i 

X. rameale nudum planum marginatum rhombeum vel subro- 
tundum nigrum; intus album molliusculum. 

X. rhombeum. Alb. et Schwein. Nisk. p. 61. 

Hab. in ligno alneo projecio putrescente ; aprili mense semel 
lectum a cl. Alb. et Schw. 

41. Xyloma cinereum. 

X . Rameale erumpens teres molle nigrum disco concavo marginato, 
margine crispo subcrenato cinereo - pulverulento , intus nigrum. 
X. cinereum. Alb. et Schwein Nisk. 3 p. 61. 
Hab. in ramis emortuis Populi fastigiatse sparsum ; Aprili. 



EXPLICATION DE LA PLANCHE III. 

N. B. Toutes les figures sont de grandeur naturelle. 
Fig. 1. Xyloma hetulinum. 
2. — — — xylostei. 

onobrychidis. 

pseudoplatani et punctatum sur la même feuille. 

1 leucocreas. 



3, 
4 
5 
6 

7< 
8 

9 
10 

11 

12 

i3 
i4 



. cayennense. 

• aquifolii. 

■ mxdtivalve. 

■ acerinum. 

• campanulœ. 

■ bifrons. 

■ vïrgœ aureœ, 

- andromedœ. 

- lenticulare. 



3^8 



IV ME . MÉMOIRE 

SUR LES CHAMPIGNONS PARASITES, 

PAR M. DE CANDOLLE. 



Mémoire sur les Genres Asteroma, Polystigma 

et Stilbospora. 

J'ai indiqué, dans le Mémoire précédent, les raisons qui 
m'ont engagé à parler des Hypoxylons parmi les champignons 
parasites, et je crois inutile de revenir sur ce sujet. La simi- 
litude de ces deux familles, soit quant à leurs formes, soit 
quant à leur manière de vivre , motivent suffisamment cette 
réunion sous le point de vue déterminé dont je m'occupe ici. 
Les trois genres dont j'ai à traiter dans ce Mémoire ont 
beaucoup de rapports avec les xyloma, et deux d'entre 
eux avoient même été confondus avec eux. Ils appartiennent 
tous trois à la section des Hypoxylons fongi formes et ren- 
trent dans mon sujet, parce que toutes ou presque toutes 
les espèces qui les composent sont parasites sur les parties 
vivantes des végétaux. Je ne compte point m'occuper des 
genres histerium , hypoderma , nœmaspqra , r7iyzomor~ 
plia, parce qu'aucune des espèces qui les composent n'est 
véritablement parasite ; elles vivent presque indifféremment 
sur les végétaux morts , mourans ou vivans ; mais , dans ce 
dernier cas, elles ne se trouvent que sur des organes peu vi- 



SUR LES GENRES ÂSTEROMA, POLYSTÏGMA , etC. 3a9 

vans., tels que la partie extérieure de l'écorce qui dans les 
arbres les plus sains participe beaucoup à la nature des 
parties mortes. 

§ I er . Du genre Asteroma. 

Les asteroma sont composés de filamens byssoïdes, ra- 
meux, dichotomes, disposés sur le même plan horizontal, ap- 
pliqués et comme collés sur la feuille, rayonnans d'un centre 
commun et formant ainsi une tache arrondie assez régu- 
lière. Dans leur vieillesse on voit naître sur ces filets, près du 
centre de la tache, de petites proéminences analogues aux 
loges de certaines Sphéries , mais que je n'ai jamais vu 
s'ouvrir. Sont-ce de vraies loges ou de simples tubercules ? 
C'est ce que je n'oserois décider, quoique par analogie la 
première idée soit la plus probable. Cette exposition du ca- 
ractère des asteroma suffit déjà pour prouver combien ils 
diffèrent des xyloma qui ne présentent ni filamens rameux 
ni loges saillantes et distinctes du corps même de la plante. 
Les asteroma auroient plus de rapports avec les Sphéries; 
mais je n'ai pas cru devoir les réunir à ce genre déjà si nom- 
breux en espèces , et qui certainement un jour devra lui- 
même être divisé en plusieurs autres. Les asteroma diffèrent 
des Sphéries parce que leurs loges n'offrent aucun orifice 
distinct. Ne pouvant les réunir ni avec les xyloma ni 
avec les Sphéries, j'en ai formé un genre à part auquel j'ai 
donné un nom qui par sa racine indique la disposition rayon- 
nante des filamens et par sa terminaison son analogie avec 
les xyloma. 

La seule espèce de ce genre qui ait été connue avant moi, 

Mém. du Muséum, t. 3. 4 2 



33o SUR LES GENRES AsTEROMA, 

ne l'a été que depuis peu d'années; c'est M. Persoonqui l'a fait 
connoître sous le nom de xyloma stellare • elle croît sur 
la raiponce et y est même assez commune. Depuis lors j'en ai 
recueilli cinq autres espèces assez distinctes et qui croissent 
sur la dentaire , le sceau de Salomon, la violette biflore , le 
frêne et le cerisier à grappes. Je ne doute point que le nombre 
n'en soit bientôt fort augmenté. 

Tous les asteroma sont de couleur noire , à l'exception 
de celui du cerisier à grappes qui est d'un beau rouge violet: 
tous ont les extrémités des lilamens un peu blanchâtres , cir- 
constance qui se retrouve et dans plusieurs Byssus et dans 
plusieurs Hypoxylons , et qui ne peut par conséquent servir 
à fixer la véritable affinité du genre. 

Tous les asteroma naissent sur les feuilles vivantes, le plus 
souvent à la surface supérieure ; ils sont collés très-intime- 
ment à cette surface , mais ne paroissent pas sortir de dessous 
l'épiderme. Leur action sur les feuilles qu'ils attaquent parok 
peu importante : il n'est pas rare de voir ces feuilles rester 
saines et vertes tout en portant des asteroma ,• quelquefois 
cependant elles sont décolorées autour des filamens de manière 
à indiquer que ceux-ci en tirent quelque nourriture. L'espèce 
qui croît sur le sceau de Salomon ne se développe guères que 
sur les feuilles âgées et presque mourantes. Aucune de ces 
espèces ne m'a paru empêcher les végétaux qui les portent 
de fleurir et de porter leur fruit et leur graine à maturité. 

§ IL Du genre Polystigma. 

Les polystigma ont été comme les asteroma réunis 
d'abord avec les xyloma et s'en rapprochent en effet beau- 



^~\ 



POLYSTIGMA ET StILBOSPORA. 33l 

coup. Tant qu'on n'en connoissoit qu'une seule espèce on 
ne voyoit guères de raison pour les en séparer ; mais depuis 
qu'une seconde espèce a été découverte, et qu'on a vu par 
conséquent que ce type se rétro uvoit dans la nature, on a cru 
devoir en former un genre particulier. 

Les polystigma forment un disque mince , plane , Un peu 
charnu , de forme arrondie et naissant dans le tissu même de 
la feuille ; ce disque présente à l'intérieur un grand nombre 
de petites loges et chacune d'elles porte à sa surface un petit 
point ou mamelon opaque qui paroît être l'orifice de la loge, 
mais qu'on n'a cependant jamais vu s'ouvrir. C'est de la mul- 
titude de ces points que M. Persoon a déduit le nom de poly- 
stigma qui signifie à plusieurs points. Les polystigma dif- 
fèrent donc des xyloma parce que leurs loges ne s'ouvrent 
pas en fentes irréguîières ; et des sphœria parce que les pe- 
tites sommités des loges ne présentent point une forme d'ori- 
fice bien prononcée ., et ne laissent à aucune époque de leur 
vie sortir de pulpe bien déterminée. Ils sont à mon avis beau- 
coup plus voisins des sphœria que de tout autre genre, et je 
ne serois pas surpris que plusieurs espèces aujourd'hui dé- 
crites parmi les sphœria ne dussent un jour rentrer dans les 
polystigma. 

Les deux espèces de polystigma désignées sous ce nom 
par M. Persoon et dans le Supplément de la Flore Française, 
naissent sur les feuilles des arbres. L'une, qui est d'un rouge 
un peu orangé, naît sur les pruniers, soit sauvages, soit cul- 
tivés , et y est même assez commune. L'autre, qui est d'un 
rouge plus jaunâtre et qui forme un disque bombé en dessus 
et concave en dessous, croît sur les cerisiers, soit sauvages, 

42* 



332 SlJR LES GENRES AsTEROMA, 

soit cultivés. Ces deux productions parasites naissent en été 
dans le tissu même des feuilles vivantes \ elles paroissent en 
altérer la santé d'une manière peu importante. La fleuraison 
a déjà eu lieu à l'époque où ils se développent et l'arbre 
continue à mûrir ses fruits sans que j'y aie observé aucune 
altération notable. 

A ces deux espèces, indiquées par M. Persoon pour type 
de son genre potystigma , j'ai cru devoir en ajouter une 3 e . 
qu'il avoit lui-même et que j'avois à son exemple laissée 
jusques à présent dans le genre des sphœria- je veux parler 
de la singulière production désignée jusqu'à ce jour sous le 
nom de sphœria tiphjna } et dont on peut voir la figure à 
la planche septième des Icônes fungorum de M. Persoon. 
Cette plante croît sur le chaume de plusieurs graminées , et 
particulièrement du dactyle pelotonné ; elle l'entoure au- 
dessus du 3 e . ou 4 e - noeud , et y forme une espèce d'anneau 
cylindrique d'environ un pouce de longueur. Sa couleur est 
d'un jaune d'ocre un peu blanchâtre sur les bords \ sa consis- 
tance est un peu plus molle que celle des deux autres espèces, 
mais d'ailleurs très-semblable. Sa superficie est toute cou- 
verte de petits points parfaitement semblables à ceux des 
autres Potystigma , c'est-à-dire à peine proéminens, d'une 
couleur un peu plus foncée , ne s'ouvrant point ou presque 
point et ne laissant pas échapper de pulpe visible. Je n'hésite 
donc point à rapporter cette espèce au genre potystigma. 
Quant au soupçon de M. Berger, que ce pût être une pro- 
duction animale, soupçon que j'ai d'après lui consigné dans 
la Flore Française, j'avoue qu'il s'est tous les jours atténué 
davantage dans mon esprit , soit par l'analogie de cette pro- 



POLYSTIGMA ET S LILB OS P O RA. 333 

duction avec d'autres végétaux bien reconnus pour tels, soit 
parce que je l'ai revue plusieurs fois sans y trouver aucun 
animal , ce qui indique que ceux qui y ont été observés y 
avoient accidentellement établi leur domicile et ne sont pas 
les auteurs de cette production singulière. 

§ III. Du genre Stilbospora. 

Le genre stilbospora mérite à peine de trouver place dans 
eette série de Mémoires sur les champignons véritablement 
parasites , car presque toutes les espèces qui le composent 
ne naissent que sur les écorces des arbres morts ou mourans 
à la façon des Némaspores. Mais je suis forcé de réunir au 
moins provisoirement à ce genre une production très-bizarre 
qui croît sur les feuilles vivantes de l'ormeau , et c'est pour 
la faire connoître que j'ai dû admettre ici les Stilbospores. 

On ne distingue dans ce genre ni loge ni aucune espèce 
de réceptacle ; tout ce que montre l'observation la plus at- 
tentive est un amas de petits corps un peu brillans qu'on 
avoit d'abord pris pour des graines, et de là vient le nom de 
stilbospora (<f]i\£a, je brille, et o-^op*, graine) qu'HofFman 
avoit donné à ce genre. Depuis lors on a remarqué que ces 
petits corps sont des utricules transparentes divisées à l'in- 
térieur en une ou en plusieurs loges , et que celles-ci ren- 
ferment de petites molécules auxquelles, par analogie avec 
les êtres voisins, on donne le nom de graines. Maintenant on 
ignore si ces utricules ou capsules composent toute la plante, 
ou si elles tenoient originairement à un tronc commun par 
des filamens qni se détruiroient à la maturité , comme je 
pense que c'est le cas des uredo , ou si enfin elles étoient 



334 SUR LES GENRES AsTEROMA, 

originairement renfermées dans quelque loge cachée sous 

l'épiderme , comme cela a lieu dans certaines Sphéries. Les 

doutes que j'expose à l'égard des Stilbospores peuvent être 

également proposés relativement aux Némaspores; la seule 

différence qui se trouve entre ces deux genres, c'est que dans 

les Stilbospores les capsules composent la totalité de ce que 

nous voyons, qu'elles forment des taches ou amas pulvéru- 

lens et ne sont enveloppées par aucune autre matière, tandis 

que dans les Némaspores les capsules qui sont globuleuses 

et très-petites sont mêlées en très-grand nombre dans une 

pulpe gommo-résineuse de consistance d'abord molle , puis 

un peu ferme. Cette pulpe masque d'abord l'existence des 

petites capsules et donne aux Némaspores l'apparence d'une 

simple excrétion de l'arbre. J'ai décrit les phénomènes que 

cette matière présente en sortant des troncs et des bûches du 

hêtre 5 on peut en lire les détails dans le Journal de Physique 

de l'an VII ; mais de nouvelles observations m'ont ramené 

à l'opinion de M. Persoon, et je ne doute point maintenant 

que ce ne soit un véritable végétal. 

Quant aux vrais Stilbospores , ils naissent sur les écorces 
des arbres , sortent de dessous l'épiderme , sous la forme 
d'une pulpe d'abord un peu mueilagineuse , puis pulvéru- 
lente, toujours de couleur noire comme du charbon. Lors- 
qu'on l'examine au microscope, elle paroît toute composée 
de capsules tantôt globuleuses et à une loge , tantôt ob- 
longues , à deux , trois ou quatre loges séparées par des cloi- 
sons transversales. 

Le stilbospora uredo que je décris ci-après comme une 
section particulière sous le nom à' hjgrochroma , et qui devra 



POLYSTIGMA ET StILBOSPORA. 335 

peut-être un jour former un genre nouveau , diffère beau- 
coup des autres Stilbospores ; au lieu d'être noire, elle est 
d'une couleur d'un roux-fauve lorsqu'elle est humide , rose 
lorsqu'elle est sèche (i) ; au lieu d'être tout- à-fait pulvéru- 
lente elle devient (lorsqu'on l'humecte un peu) légèrement 
gélatineuse; au lieu de naître sur les écorces mortes ou 
mourantes , elle naît sur les feuilles vivantes ; au lieu de 
sortir de dessous l'épidémie elle est répandue sur sa surface 
sans qu'on en. voie l'origine. Son aspect ressemble aux uredo, 
mais chaque petite capsule est oblongue-cylindrique, divisée 
en 4 ou 5 loges , et tellement semblable à celle du stil- 
hospora rnacrospenna (dont on peut voir la figure pi. III, 
fig. i3 de la Dispositio methodica Fungorum de M. Per- 
soon) que je n'ai point osé l'en séparer malgré la différence 
extrême du port de ces plantes. Je laisse à d'autres observa- 
teurs plus heureux ou plus habiles de décider si cette pro- 
duction doit plutôt être rapprochée des uredo que des Stil- 
bospores et former un genre distinct. Quoi qu'il en soit elle 
naît à la face inférieure des feuilles de Forme champêtre; 
elle n'altère pas sensiblement sa santé , et comme elle ne se 
développe qu'après la maturité de la graine elle n'influe 
point sur la production de celle ci. 

Je termine par la Monographie des trois genres que je 
viens de mentionner. 



(i) C'est de ce changement de couleur par l'humidité que j'ai déduit le nom. 
iïhygrochroma, dérivé d'vJ*^', eau, et xpup», couleur. 



336 SUR LES GENRES ÂSTEROMA, 

ASTEROMA. 

Asteroma. DC. FI. Fr. 3, p. 162. — Xylomatis sp. Pers. 

Car. Filamenta subbyssoidea , foliis vivis arctè adheerentia , ra- 
ïiioso-dichotoma, è centro communi radianiia, maculara suborbi- 
cularem constituentia , demum in centro praesertim tubercula inini- 
ma astoma ( verosimiliter receptacula) gerentia. 

1. Asteroma Phyteumse. Tab. IV, f. 1. 

A. hypo-et-epiphyllum nigrum tenue piceum, ramuîis apice 
albidis demum confluentibus. 

Xyloma stellare. Pers. Obs. myc. 2, p. 100. Syn. lo5. Alb. et 
Schwein., n. 176. DC! Syn., p. 63. Pair. Dict. 8, p. 808. 

Asteroma pbyteumae. DC! FI. Fr. 5, p. 162.* 

Hab. in foliis radicalibus Phyteumee spicatee. 

a. Asteroma Dentariae. Tab. IV, f. 3. 

A. hypo-et-epiphyllum nigrum tenue piceum maculans, ramuli$ 
vix apice distinctis, 

A. dentariee. FI. Fr. 5, p. i63.* 
Hab. in foliis Dentariee pinnatee. 

3, Asteroma Polygonati. Tab. IV, f. 5, a. 

A. epiphyllum subtus maculans nigrum, ramulis inmaculam ovalem 
confertissimis margine vix distinctis. 

A. polygonati. FI Fr. 5, p. i63,* 

Hab. in Convallariœ Polygonati foliis subemortuis , interdum ut 
in icône cum sphaeria reticulata et S. lichenoide convaîlariaecola 
î&ixtum. 

4. Asteroma Violœ. Tab. IV, f. 2. 

A. epiphyllum orbiculatum subtus maculans nigrum, ramulis 
confertissimis margine vix distinctis. 
A. violée. FI. Fr. 5, p. i65. 
Hab- in foliis violée biflora?. 



* 



POLYSTIGMA ET StILBOSPORA. 33^ 

5. Asferoma Fraxini. Tab. IV, f. 4. 

A. hypo-et-epipbyllum orbiculare fuscum centro subrugulosum , 
ramulis tenuissimis coufertis vix margine distiactis. 
A. fraxini. FI. Fr. 5, p. i63.* 
Hab. in foliolis Fraxini elatioris. 

6. Asferoma Padi. Tab. IV, f. 6. 

A. epiphyllum rubrum, ramulis distinctis byssoideis applanatis 
dicbotomis apire alLidis, démuni centro confluentibus. 
A. padi. FI. Fr. 5, p. 164.* 
Hab. in foliis Cerasi Padi. 

POLYSTIGMA. 

Polystigma. Pers. in Moug. et Nestl. Crypt. vog., n. 271. DC. 
FI. Fr. 5 , p. 164. — Xylomatis et sphœriœ sp. Pers. Syn. DC. FI, 
Fr., vol. 2, p. 599. 

Car. Discus epiphyllus planus orbiculatus subcarnosus intus mul- 
iilocularisj supernè ostiolis vix conspicuis multipunctatus , subtus 
Icevis. 

1 . Polystigma rubrum. Tab. IV , fig. 7. 
P. coccineo-rubrum planum. 

Xyloma rubrum. Pers! Obs. myc. 2, p. 101. Syn. } p. io5. DC! 
FI. Fr. 2, p. 599.* 

Polystigma rubrum. Pers. in Moug. et Nestl. Crypt. vog. 
DC!Fl.Fr.5,p.i64. 

Hab. in foliis Pruni spinosœ et P. domesticse. 

2. Polystigma fulvum. Tab. IV, fig. 8. 

P. fulvo - aurantiacum , subtus subconcavum, supernè subcoa- 
vexum. 

Xyloma aurantiacum. Schleich! pi. exsic. 

P. fulvum. Pers! in Moug. et Nestl. Crypt. vog., n. 271. 

Mém. du Muséum, t. 3. 43 



338 SUR LES GENRES AsTEROMA, 

Hab. in foliis Cerasi Padi et Cerasi avium et rarius Cerasorum 
cul f arum. 

3. PoJystigma tiphynum. 

P. ochracea, marginè albicans, circa culmos annularis. 
Sphœria tiphyna. Pers! ic.fung. i , p. 21 , t. 7, f. 1.* Syn., p. 2g. 
DC! FL Fr. 2, p. 292.* 
Hab. sestate locis paludosis aut sylvaticis in Graminum culmis. 

STILBOSPORA. 

Stilbospora. Hoffm. deutschl. fl. 2, t. ID. Pers. Disp. , p. l3. 
Syn. 96. DC. FL Fr. 5, p. 149. 

Car. Stroraa sphaeruleeque nullae aut inconspicuee : theese (sub 
microscopio tantum visibiles ) sporulis repletœ in materiam pul- 
posam saepius nigram aggregatœ. 

Sect. I. Stilbospora. Thecœ nigrae è coiiicibus arborurnséepius emor- 

tuarnm erunipentes. 

1. Stilbospora asterosperraa. 
S. nigra tuberculosa deformis, thecis sfellatis. 
S. asterosperma. Hoffm. Fl. germ. 2, t. l3, f. 3. Pers. Disp. i3 3 
Syn. 96. DC! Fl. Fr. 5, p. i5o.* 
Hab. in cortice Fagi sylvaticee. 

2.. Stilbospora sphœrosperma. 
S. nigra linearis striceformis , thecis globosis. 
S. sphaerosperma. Pers. Obs. myc. 1 , t. 1 , f. 6. Syn. 97. DC! 
FL Fr. 5, p. i5o.* 

Hab. ad cauîes siccos Arundinis phragmitis. 

3. Stilbospora microsperma. 

S. nigra tuberculosa ovata demum deformis, thecis ovatis apïce 
attenuatis. 

S. microsperma. Pers. Obs. myc. j 3 p. 3l , t 2 : f. 3. Syn. 96. 
DC! FLFr. 5 3 p..i5o* 



POLYSTIGMA ET StILBOSPORA. 33g 

Hab. in corticibus arborum nempè in abiete , Rhamno frangula , 
PiuOj Taxo, Fago. 

An pîures forsan hic confusee species ? 

4. Stilbospora ovata. 

5. nigra tuberculosa ovata demum deformis, thecis ovatis obtusis. 
S. pyriformis? Hoffm. FI. germ. 2, t. i3, f. 4. 

S. ovata. Pers. Obs. myc. 1 , p. 3i , t. 2, f. 2. Sjn. 96. AU), et 
Schwein. Nisk., p. 53. DC! FI. Fr. 5, p. i5o.* 

Hab. ad cortices arborum variarum nempè Juglandis, Quercus 
Roboris et Aceris. 

An diversae species hue adhuc coacervatse ? 

5. Stilbospora angustata. 

S. nigra pustulata orbiculata convexa , thecis cylindraceis obtusis 
minimis. 

5. angustata. Pers. Syn. 96. DC! FI. Fr. 5, p. i5i.* Alb. et 
Shwein. Nisk. } p. 53. 

Hab. in corticibus Fagi sylvaticas et etiam Pini et Abietis ex Alb. 
et Schw. 

6. Stilbospora macrosperma. 

S. nigra pulposo-tuberculosa seu fasciata, thecis cylindraceis sep- 
tulis transversis 4-locularibus. 

S. macrosperma. Pers! Disp. 14, t. 3, f. i3. Syn. 96. DC! FI. 
Fr. 5, p. i5i.* 

Nœmaspora melanosperma. DC! Rapp. 1 , p. 10. 

Hab. in cortice Carpini betuli. 

Sect. II. Hygrochroma. Thecœ è rufo-roseae super folia viva effusa?. 

7? Stilbospora uredo. Tab. IV, fig. 9. 

S. hypôphylla efFusa humida rufescens, sicca rosea 3 thecis cylin- 
dricis septis transversis 4-5-locularibus. 
S ? uredo. DC! FI. Fr. 5, p. i5a.* 
Hab. super folia viva Ulmi campestris. 

43* 



340 SUR LES GENRES ASTEROMA , PoLYSTTGMA, etc. 



EXPLICATION DE LA PLANCHE IV. 

Fie. I. Asteroma phyteumœ. 

2. — — — — violes. 

3. •— — — dentariœ. 

4. — — — fraxini. 

5. a. polygonati. 

b. Sphceria reticulata mêlée avec la précédente sur la même feuille. 

c. Sphœrha lichenoides convallariœcolç, mêlée avec les deux précédentes. 

6. Asteroma padi. 

7. Polystigma rubrum. 

8. fulvum. 

9. Stilboepora ? uredo. 



•■ 



- 

■ - 






\ - 

\ 



3. 



Pl.ii. 



JL S TE ROM A 




*^%a#nfaçnonJ Aa^aJtfa 0i£4- 



34 1 



EXPÉRIENCES 

Propres à confirmer l'opinion émise par des 
Naturalistes sur l'identité d'origine entre le 
Fer de Sibérie et les Pierres météoriques, ou 
AÉrolithes. 

(Mémoire lu à l'Académie des Sciences, le 14 avril 1817. } 
PAR M. LAUGIER. 



Uepuis que les belles expériences de M. Howard ont 
appelé l'attention des savans sur les pierres météoriques , 
beaucoup d'entre eux se sont occupés , soit d'en rechercher 
l'origine , soit d'en déterminer la composition. 

Si d'un côté les physiciens et les naturalistes se sont effor- 
cés d'en expliquer l'origine par des hypothèses plus ou moins 
ingénieuses , de l'autre les chimistes , dont la tâche plus fa- 
cile , et la marche plus sûre dévoient obtenir plus de succès , 
ont démontré que les pierres météoriques, à quelque époque 
et dans quelque lieu qu'elles fussent tombées , renferment 
toutes les mêmes élémens , et que ces élémens s'y trouvent 
dans des proportions toujours à peu près" semblables. 

Il suit de là que s'il reste de Fincertitude sur la cause de 
leur formation et sur celle de leur chute , au moins est-il 
certain qu'il n'en reste pas sur l'identité de leur composition 



34^ Fer de Sibérie. 

d'après laquelle on est autorisé à conclure qu'elles ont une 



commune origine. 



Aux travaux nombreux et importans qui déjà, en l'an 
1804, avoient été publiés sur les pierres météoriques , l'Aca- 
démie se rappellera peut-être que j'ai ajouté un fait qu'elle a 
jugé digne de quelque intérêt. J'y ai démontré le premier la 
présence du chrome, que depuis ont constamment retrouvé 
tous les chimistes qui ont fait avec soin l'analyse de ces 
substances. 

Avant la connoissance de ce fait, le nickel , que ne con- 
tiennent point les pierres de notre globe qui ressemblent le 
plus en apparence aux pierres météoriques où ce métal existe 
abondamment, caractérisoit surtout ces dernières, et consta- 
tent presque seul leur nature particulière. 

Le chrome a fourni un second caractère distinctif , moins 
important sans doute que le premier , mais que l'on jugera 
de quelque valeur, si l'on considère qu'il est constant. 

Quoi qu'il en soit , la seule présence du nickel avoit dé- 
terminé les naturalistes à attribuer aux pierres météoriques 
une origine particulière. Le même métal , reconnu depuis 
dans les masses de fer isolées , dont la première et la plus re-! 
marquable peut-être fut rencontrée en Sibérie par le cé- 
lèbre Pallas, avoit suffi pour faire présumer qu'elles avoient 
une origine semblable à celle des pierres météoriques. 

En admettant cette présomption comme fondée , il m'a 
semblé qu'elle se changeroit presque en certitude, dans le 
cas où l'on parviendroit à démontrer que ces masses de fer 
renferment indépendamment du nickel un ou plusieurs des 



Aérolithes. 343 

élémens qui entrent dans la composition des pierres mé- 
téoriques. 

Pourquoi , si l'origine de ces substances est réellement la 
même , le fer météorique ne contiendroit-il absolument que 
du nickel ? pourquoi n'y retrouveroit-on pas au moins quel- 
ques traces des corps qui accompagnent ce métal dans les 
pierres ? pourquoi , par exemple , le chrome n'en feroit-il 
pas également partie. 

Tel est le raisonnement qui m'a conduit aux recherches 
que j'ai faites sur le fer de Sibérie et dont je vais rendre 
compte; on verra si mes conjectures étoient fondées. 

Ayant découvert le chrome dans les pierres météoriques , 
mon principal objet devoit être de rechercher ce métal 
dans le fer de Sibérie. 

On est porté naturellement à confirmer les faits que l'on 
a précédemment avancés. 

Je ne m'attendois pas à rencontrer un des élémens essen- 
tiels de ces pierres , que je ne cherchois pas. Je m'y at- 
tendois d'autant moins qu'aucun chimiste n'en a indiqué la 
présence dans le fer dont il s'agit , quoiqu'il y existe en assez 
grande quantité. 

Le fragment sur lequel j'ai travaillé avoit été détaché du 
morceau que possède le Cabinet du Jardin du Pioi. 

J'en ai pris la portion la plus compacte, la plus dépourvue 
de cavités; j'en ai séparé mécaniquement, autant qu'il m'a 
été possible , et la portion de fer oxidé qui se trouvoit à sa 
surface et la substance jaune-verdàtre, espèce d'oliviue ou 
de péridot qui y adhère sous l'apparence d'une couche 
comme vernissée. 



344 Fer de Sibérie. 

Ayant versé sur cinq grammes de fer de Sibérie de l'acide 
hydrochlorique étendu d'un volume égal d'eau distillée, j'ai 
été frappé de l'odeur du gaz hydrogène sulfuré qui s'en déga- 
geoit , et qui me sembloit presque aussi forte que celle qu'on 
obtient en traitant par le même acide les pierres météoriques. 
Empressé de constater ce fait dont personne à ma con- 
noissance n'avoit parlé , j'ai adapté à la fiole contenant 
le mélange l'appareil propre à recueillir le gaz et à convertir 
en sulfure de plomb , au moyen de l'acétate de ce métal , le 
soufre que ce gaz pouvoit contenir. 

Le dégagement a duré jusqu'à ce que l'acide ait refusé 
d'agir sur le résidu. 

Outre la portion combinée au plomb , du soufre en na-- 
ture, reconnoissable par sa couleur et ses autres propriétés 
physiques , s'étoit déposé dans le tube qui avoit servi à re- 
cueillir le gaz. 

Le résidu étoit formé de deux matières très-distinctes , à en 
juger par l'apparence, et faciles à séparer au moyen de l'eau, 
à cause de la différence de leur pesanteur. 

L'une plus légère , floconneuse, de couleur jaune-verdâtre, 
pesoit o,53 c 5 l'autre du poids de 0,42 e , mais spécifique- 
ment plus pesante que la première, avoit un aspect métallique, 
brillant, et sa couleur étoit presque aussi blanche que celle 
de l'argent. 

La matière jaune chauffée dans un creuset de platine a 
brûlé avec une flamme bleue , en exhalant l'odeur piquante 
de l'acide sulfureux , elle a été réduite à 0,40 e par la calci- 
nation, ainsi elle contenoit auparavant 0,1 3 e de soufre que 
le gaz hydrogène n'avoit point entraîné. 



ÂÉROLÏTHES. 345 

La matière blanche du résidu ne contenoit pas de soufre , 
puisqu'elle n'a n'en perdu de son poids par la caîcination. 

J'ai réuni ces 0,42 e aux o,4o e dont avoit été séparé le 
soufre, et j'ai reconnu par l'examen que j'en ai fait que 
ces 0,82 e étoient une combinaison de fer , de nickel , de 
magnésie et de silice , à peu près dans les proportions sui- 
vantes. 

Oxîde de fer 21 parties, silice iS , magnésie 20, nickel 14. 

Le sulfure de plomb représentoit une quantité de soufre 
à très-peu de chose près égale à celle qui se trouvoit dans 
le résidu , ce qui porte la totalité de ce corps combustible à 
0,26 e ou à un peu plus de 5 pour cent. 

La dissolution dans l'acide bydrochlorique traitée conve- 
nablement pour en séparer les diverses substances a fourni 
o,32o d'oside de fer, 55 de silice, 55 de magnésie et 12 de 
nickel qui ajoutés aux quantités formant le résidu donnent 
le résultat suivant, 

5oo parties de fer météorique de Sibérie sont composées : 

Oxide de fer. ,'.", 34i 

Silice. 80 

Magnésie, ...,., y5 

Soufre. , . , . . 26 

Nickel. ..,.,,,.... 26 

Chrome. ...... , , 

Perte. ......,., '•'■'"> x ^ 

565,5 
Lesquels divisés par 5 donnent pour 100 parties de ce minéral 
Mém. du Muséum, t. 3, 44 



346 Fer de Sibérie. 

Oxide de fer 68,20 

Silice. 16 

Magnésie i5 

Soufre 5,20 

Nickel 5,20 

Chrome o,5o 

Perte 3 



1 1 3, 1 o 

L'excédant que l'on remarque ici, et dont une partie rem- 
place la perte inévitable dans les nombreuses opérations 
d'une analyse, doit être attribué à l'oxigène absorbé par le 
fer. 

Cet excédant est même moins considérable qu'il ne de- 
vroit être j d'après les analyses les plus exactes du peroxide 
de ce métal, et notamment celle de M. Gay-Lussac, 100 
parties de fer métallique se chargent de 42 parties d'oxigène; 
il en résulte qu'au lieu de i3, j'aurois dû obtenir un excédant 
de 20 ; mais il est vraisemblable que cette différence pro- 
vient de ce qu'une portion du fer existant dans le minéral 
étoit déjà oxidée avant l'action de l'acide. 

L'existence d'au moins cinq centièmes de soufre dans le 
fer de Sibérie , lesquels constatent aussi la présence d'une 
certaine quantité de pyrites semblables à celles qui entrent 
dans la composition des pierres météoriques, étoit déjà une 
analogie assez remarquable et propre à confirmer l'opinion 
d'une identité entre ces substances. 

Mais le soufre n'étoit pas le corps que je m'étois proposé 
de rechercher dans le fer de Sibérie, je n'avois songé qu'à 



Aréolithes. 347 

m'assurer s'il contenoit du chrome ; mon but n'étoit pas 
rempli , et l'expérience que j'ai rapportée n'étoit pas propre 
à m'y conduire. 

On sait que l'oxide de potassium est le plus prompt et 
le plus sûr moyen de reconnoître la moindre quantité de 
chrome auquel il ne se combine bien parfaitement qu'après 
avoir favorisé le passage de ce métal à l'état d'acide. 

L'oxide avec lequel j'ai traité cinq autres grammes de fer 
de Sibérie a donné à l'eau une légère couleur jaune qui an- 
nonçoit la formation d'une petite quantité de chromate de 
potasse. 

Cette dissolution alkaliue saturée par l'acide nitrique a pris 
une couleur un peu plus foncée , et l'addition de quelques 
gouttes d'une dissolution de protonitrate de mercure, y a 
déterminé la précipitation d'un chromate jaune-orangé, qui, 
recueilli , lavé avec soin et calciné , a laissé un résidu gris- 
verdàtre. 

Ce résidu chauffé au chalumeau avec du borax, s'est fondu 
en un globule vert d'émeraude et parfaitement opaque. 

Ainsi il n'est pas douteux que le fer de Sibérie ne ren- 
ferme du chrome comme les pierres météoriques. A la vérité 
cette quantité est très-petite , je ne crois pas pouvoir l'évaluer 
à plus d'un demi-centième, mais les pierres météoriques elles- 
mêmes n'en renferment pour l'ordinaire qu'un centième. 

D'ailleurs il me semble que c'est bien moins la quantité 
qu'il importe de considérer ici, que la présence de ce métal, 
dont la réunion au nickel et au soufre achève de constater 
que les pierres et le fer météoriques sont le résultat de phé- 
nomènes semblables. 

44* 



348 Fer de Sibérie. 

Quant à la silice et à la magnésie qui se trouvent dans le 
fer météorique cle Sibérie, et qui font également partie des 
pierres , on est fondé à croire qu'elles appartiennent à l'oli- 
vine ou péridot qui accompagne le fer et qui tapisse la sur- 
face intérieure de ses cavités. 

Néanmoins, sans rejeter l'idée infiniment probable que ces 
oxides proviennent du péridot , je n'omettrai pas de dire 
qu'ayant traité séparément , dans l'intention d'éclaircir ce 
fait, un fragment compact, dépourvu de cavités et dénué en 
apparence de péridot , j'en ai retiré aussi une quantité no- 
table de magnésie , à la vérité moins abondante que celle 
qu'avait fournie une portion de fer moins dense et moins 
pure. 

Dans l'opinion très-vraisemblable que les masses de fer 
météorique et les pierres seroient formées dans les mêmes 
circonstances , l'existence du soufre et du chrome dans les 
premières n'a rien qui doive surprendre. 

Je dirai plus, d'après l'hypothèse avancée par M. le comte 
de Bournon dans les descriptions qu'il a jointes au Mémoire 
de M. Howard inséré dans le 43 e volume des Annales de 
Chimie, page a53, la présence de ces corps loin de sembler 
extraordinaire seroit pour ainsi dire obligée , si l'on veut me 
passer cette expression , et il y auroit au contraire lieu d'être 
surpris de leur absence. 

Selon ce minéralogiste les pierres météoriques seroient 
susceptibles d'éprouver à la longue une altération telle que 
leurs parties terreuses , en se détruisant, favoriseroient le 
rapprochement de leurs molécules métalliques , d'où il résulte- 



Aréolithes. 349 

roit que les masses de fer contenant le nickel proviendroient 
de pierres météoriques elles-mêmes. 

Qu'il me soit permis de citer ici le passage de ses remar- 
ques qui a rapport à l'objet que je traite. 

« Supposons pour un moment , dit M. le comte de Bour- 
norij que les particules de fer de la pierre de Bohême se rap- 
prochent peu à peu les unes des autres , qu'elles se rappro- 
chent au point qu'elles viennent au contact , et forment de 
cette manière une espèce de chaîne repliée sur elle-même , 
dans la partie intérieure de la substance , et qu'elles laissent 
on grand nombre de cavités entre les anneaux de la chaîne 
ainsi pliée. 

Supposons ensuite que la substance terreuse dont les ca- 
vités sont remplies , étant très-poreuse , et n'ayant qu'un 
foible degré de consistance , soit détruite ( comme cela peut 
arriv er par différentes causes ) , il est évident que quand une 
pareille destruction aura lieu , le fer demeurera seul 7 et 
comme il sera laissé ainsi à découvert , il paroîtra sous la 
forme d'une masse plus ou moins considérable, d'une texture 
cellulaire et comme ramifiée; dans une forme, en un mot , 
semblable à celle que l'on a trouvée à la plupart des fers na- 
tifs que nous connoissons. Ne peut-on pas attribuer rai- 
sonnablement une pareille origine au fer natif trouvé en 
Bohême ? 

Ne pourroit-on pas aussi , malgré l'énormîté de sa masse , 
attribuer la même origine au fer natif trouvé en Sibérie près 
le mont Remirs par le célèbre Pallas ? 

Si l'on admettoit cette hypothèse qui suppose le rappro- 
chement des particules du fer . et la destruction de la ma- 



35o Fer de Sibérie. 

tière terreuse des pierres météoriques, ne devroit-on pas 
retrouver avec les premiers, indépendamment du fer et du 
nickel , le soufre et le chrome qui n'appartiennent pas à la 
seconde ? N'éprouveroit-on pas quelques difficultés à expli- 
quer l'absence de ces corps, dans le cas où l'analyse ne les 
y démontreroit point ? 

Par suite de cette supposition , ne seroit-il pas naturel de 
penser qu'une portion du soufre et du chrome placé dans 
le voisinage des matières terreuses, auroit pu être entraînée 
dans leur destruction ? et ce raisonnement n'expliqueroit-il 
pas d'une manière suffisante comment la quantité de ces corps_, 
dans le fer provenant des pierres météoriques , ne seroit 
qu'environ la moitié de celle que ces pierres contiennent ? 

Il est possible que les naturalistes ne jugent point à pi'opos 
d'admettre ces hypothèses , mais il n'en résulte pas moins de 
mes expériences que le fer de Sibérie renferme deux corps 
dont les chimistes, qui en ont fait l'analyse, n'ont point parlé. 

L'un des deux , le chrome y est en si petite quantité qu'il 
a pu échapper à leurs recherches , sans que la perte en ait 
été sensible pour le résultat de leur travail. On conçoit égale- 
ment qu'ayant traité le fer de Sibérie au moyen des acides, 
ils n'y aient pas aperçu ce métal que l'on sait n'être visible 
que par suite de l'action des alcalis. 

En troisième lieu , les travaux de ces chimistes sur le fer et 
les pierres météoriques ont été faits avant que le chrome eût 
été reconnu dans ces substances, et ils n'av oient conséquem- 
ment aucun motif d'y rechercher la présence de ce métal. 

Il n'est pas aussi facile d'expliquer le silence qu'ils ont 



Aréolithes. 35 i 

gardé sur le soufre qui s'y trouve en quantité très-notable. 
La séparation de ce corps par les acides hydrochlorique 
et sulfurique affoiblis, en deux portions, dont l'une entraînée 
par l'hydrogène communique à ce gaz les propriétés de 
l'acide hydrosulfurique , tandis que l'autre se retrouve avec 
tous ses caractères dans le résidu après l'action des acides , 
offre un moyen sûr et facile d'en constater la présence. 

Cependant , d'après leurs analyses , le fer de Sibérie n'est 
formé absolument que de fer et de nickel ; 100 parties sont 
composées tantôt de 98 parties et demie du premier et d'une 
partie et demie du second , tantôt d'une quantité un peu 
moindre de fer, qui se trouve remplacée par une plus forte 
de nickel ; ils ne tiennent compte d'aucune perte , ce qui 
exclut la présence du soufre qui pourtant s'y rencontre dans 
la proportion d'au moins cinq centièmes. 

En supposant que leurs analyses soient exactes et que la 
mienne le soit aussi , il faudroit admettre que toutes les 
parties de la masse ne sont point de même nature , que les 
unes contiennent des pyrites dont les autres sont totalement 
dépourvues; mais cette supposition n'est pas vraisemblable. 

En résumé, ce Mémoire n'a d'autre objet que de prouver 
qu'il existe dans le fer de Sibérie deux corps qui n'y avoient 
point encore été remarqués , le soufre et le chrome. J'aurois 
désiré pouvoir être à même de vérifier si d'autres variétés 
de fer météorique, dont aucune n'est à ma disposition, ren- 
ferment également ces deux substances élémentaires ; leur 
existence dans le fer météorique rend plus certaine la pré- 
somption de l'identité d'origine qu'avoit fait naître la pré- 



3f>2 Fer de Sibérie. 

sence du nickel déjà constatée par les travaux de plusieurs 
chimistes. 

Ce fait ajouté à celui qu'on connoissoit depuis long-temps 
m'a paru offrir quelque intérêt. 

C'est dans cette persuasion que j'ai cru devoir le commis 
niquer à l'Académie 5 je désire qu'elle le juge digne de fixer 
son attention. 



353 



Sur l'usage des Caractères physiques des Minéraux, 
pour la distinction des Pierres précieuses qui 
ont été taillées. 



PAR M. HAUY. 



Xarmi les preuves multipliées que fournit la méthode mi- 
néralogique des progrès qu'ont faits l'analyse chimique et 
la cristallographie dans les temps modernes , il n'en est 
point de plus frappantes que celles auxquelles ont concouru 
les recherches entreprises sur les substances qui fournissent 
aux artistes la matière des objets d'agrément que l'on dé- 
signe sous le nom de pierres précieuses. Les anciens miné- 
ralogistes, et en particulier Wallerius, le baron de Born et 
B.omé-de-1'Isle (i) réunissoient ces substances (2) dans un 
même genre, sous la dénomination de cristaux gemmes, 
d'après les rapports que leur paroissoient indiquer entre 
elles leur tissu feuilleté, leur dureté, leur éclat, leur résis- 
tance à l'action des acides , etc. Bergmann qui avoit ana- 
lysé ces diverses substances, penchoit même vers l'opinion 

(1) Ce savant cristallographe avertit cependant qu'en cela il se conforme à 
l'exemple de ceux qui l'ont précédé , et ajoute qu'il ne seroit pas étonné de voir , 
lorsque ces pierres seront mieux connues, qu'elles constituent deux genres dis- 
tincts ou un plus grand nombre. Cristallog. , t. II , p. 182. 

(2) Il faut en excepter le quarz, dont les variétés appelées cristal de roche et 
améthyste sont mises au rang des pierres précieuses. 

Me'm. du Muséum, t. 3. 4^ 



354 Minéraux. 

qu'elles avoient un fonds commun, et étoient produites par 
l'union de l'alumine, comme partie dominante avec la silice 
et la chaux (i) , en sorte que les différences qui distinguoient 
les gemmes les unes des autres dépendoient des divers rap- 
ports entre les quantités de ces trois principes. 

De nouveaux résultats amenés par les progrès de l'analyse, 
et dont quelques-uns sont liés à des découvertes importantes, 
ont marqué aux cristaux gemmes leurs véritables places dans 
trois classes différentes. Le diamant qui tenoit parmi eux le 
premier rang, a passé dans celle des substances inflammables, 
comme étant uniquement composé de charbon, et suscep- 
tible de brûler sans laisser de résidu. L'acide fluorique 
reconnu dans la topaze l'a fait associer aux substances aci- 
difères. Les autres espèces appartiennent à la classe des sub- 
stances terreuses, et il est remarquable que ce soit aux ana- 
lyses de deux d'entre elles que l'on doive la connoissance 
des nouvelles terres appelées zircone et glucyne dont la 
première a été découverte par Rlaproth dans l'hyacinthe, 
qui en a pris le nom de zircon, et l'autre par mon savant 
cqllègue M. Vauquelin, dans la variété d'émeraude qui 
portoit le nom de beryll. 

La cristallographie de son côté a contribué à rétablir l'ordre 
et la justesse dans la classification des pierres précieuses. La 
cymophane ou le chrysoberyl et le corindon hyalin, qui 
déjà se rapprochent beaucoup sous le rapport de leur dureté 
et de leur pesanteur spécifique , ne sont pas à beaucoup 

(1) Opuscules Chimiques et Physiques, traduction franc. Dijon, 1785, t. 2, 
p. 101 et suîy. 



Caractères physiques. 355 

près aussi nettement distingués l'un de l'autre par la diffé- 
rence observée entre leurs analyses, que par le contraste 
que présentent les formes de leurs molécules. L'avantage 
des méthodes précises et rigoureuses s'est montré également 
dans les preuves qu'elles ont offertes de l'identité des sys- 
tèmes de cristallisation relatifs iiu béryl et à l'émeraude (i), 
à la topaze de Saxe et à celle du Brésil (2) , à la substance 
nommée sibérite , ou schorl rouge de Sibérie et à la tour- 
maline (3), et c'est encore la géométrie des cristaux qui a 
fait sortir la tourmaline elle-même de ce groupe si mal as- 
sorti, où sous le nom commun de schorl, elle se trouvoit 
confondue avec divers minéraux non moins déplacés les uns 
à côté des autres. 

Les changemens que les résultats précédens ont détermi- 
nés dans la classification minéralogique des pierres précieuses 
n'ont pu avoir aucune influence sur la distribution adoptée 
depuis long-temps par les artistes qui les taillent, et par les 
amateurs qui en font des collections, parce que le rang que 
chacune d'elles y occupe dépend principalement des qualités 
qui flattent l'oeil , telles que la couleur, la transparence et 
la vivacité de l'éclat. De ces trois qualités^ la couleur étant 
celle qui se présente la première à cet organe et qui fait le 
plus d'impression sur lui, a servi comme de ralliement pour 
rapprocher dans une même division des variétés choisies 
parmi celles qui appartiennent à différentes espèces miné- 
rales. Ainsi on a appliqué le nom de rubis à divers corps 

(1) Traité de Miner. , t. II , p. 528. Journal des Mines , n°. 38 , p. 96 et 97. 

(2) Ibid., p. 5l4. Voj'ez aussi le Tableau comparatif , p. l46. 

(3) Annales du Muséum d'/iistoire naturelle, t. III, p. 233 et suir. 

45* 



356 Minéraux. 

d'une couleur rouge que la méthode minéralogique range 
les uns dans l'espèce du corindon, d'autres dans celle du 
spinelle, et d'autres dans celle de la topaze. La couleur verte 
a été prise pour indice des corps qui dévoient porter le nom 
à'émeraude, ce qui a fait placer sur une même ligne une 
variété du corindon, une autre prise dans l'espèce à laquelle 
les minéralogistes donnent ce même nom à'e'meraude, et 
une troisième qui appartient à la tourmaline. 

La même marche a été suivie en général par rapport aux 
pierres qui offrent les autres couleurs. Le bleu a fait le 
saphir, le violet l'améthyste, le jaune la topaze, etc. 

A l'égard du grenat, on lui a conservé un nom consacré 
par un si long usage, et au lieu de l'associer aux autres pierres 
rouges appelées rubis, on lui a donné un rang à part , et l'on 
a désigné ses différentes variétés par les dénominations de 
grenat de Bo/ïême, grenat syrien , et grenat vermeil ou 
simplement vermeille, Le même défaut d'uniformité se fait 
sentir dans quelques autres parties de la distribution, ainsi 
que l'on pourra en juger par l'inspection du tableau qui se 
trouve placé à la fin de cet article. 

On voit par ce qui précède, que les termes de rubis , de 
saphir, àiémeraude , doivent être considérés comme les ana- 
logues de ceux qui dans la méthode minéralogicjue servent 
à désigner des genres, et que les différentes pierres auxquelles 
ces termes s'appliquent répondent aux diverses espèces qui 
dans la même méthode sous-divisent les genres. Aussi les 
artistes et les amateurs regardent-ils ces pierres comme très- 
distinguées les unes des autres. 

Les caractères qui leur servent pour les reconnoître sont 



Caractères physiques. 357 

tirés principalement du ton de la couleur et du plus ou moins 
de vivacité de l'éclat. Ainsi, le rouge du rubis oriental a 
ordinairement une teinte violette jointe à un aspect velouté, 
ce qui altère un peu sa transparence , au lieu que celle du 
rubis spinelle, dont le rouge est plus pur, a aussi plus de 
netteté. D'une autre part, l'éclat du rubis oriental est plus 
vif. Il est un autre caractère, pris parmi ceux que l'on nomme 
caractères physiques , auquel les artistes et les amateurs 
attachent une grande importance. C'est celui qui se tire de 
la dureté, dont le lapidaire estime à peu près le degré par 
le plus ou moins de résistance que la pierre oppose au frot- 
tement de la roue qu'il met en mouvement, pour y faire 
naître d«s facettes et les disposer à recevoir le poli. Les 
amateurs apprécient cette propriété par l'avantage qu'elle a 
de favoriser la beauté du poli, et de le rendre moins suscep- 
tible d'altération. 

Il résulte encore de ce qui vient d'être dit que les dé- 
nominations sous lesquelles les artistes et les amateurs dé- 
signent les différentes pierres précieuses ont par elles-mêmes 
des acceptions fixes et déterminées, en sorte qu'à chacune 
d'elles répond une autre dénomination prise dans la méthode 
minéralogique. C'est ce qui a engagé les auteurs de plusieurs 
traités de minéralogie à donner la concordance de la no- 
menclature dictée par l'art avec celle qui est puisée dans les 
principes de la science. On peut consulter sur cet objet l'ex- 
cellent ouvrage ayant pour titre Minéralogie des Gens du 
monde {\), où, indépendamment de la justesse que son 

(1) Paris i8i3, chez madame Y e . Lepetit, rue Pavée St.-André-des-Arcs. 



358 Minéraux. 

estimable auteur, M. Fujoulx, a mise clans la concordance 
dont il s'agit , il donne des détails très-intéressans sur tout 
ce qui a rapport à la connoissance des pierres précieuses. 

Ces pierres comparées entre elles relativement aux qualités 
qui les font rechercher comme objets d'ornement , présen- 
tent des différences plus ou moins tranchées, qui décident 
du rang que les amateurs leur assignent dans leur estime, 
et du prix qu'ils y attachent sous un volume donné. Ainsi 
au jugement de l'œil , le rubis oriental a obtenu la préémi- 
nence sur le saphir, et celui-ci sur la topaze. Les auteurs 
qui se sont occupés des pierres précieuses sous le rapport 
commercial, ont donné le tarif de leurs différens prix, et l'on 
peut juger par l'étendue des limites entre lesquelles ces prix 
sont susceptibles de varier , suivant la diversité des pierres , 
combien il importe à ceux qui font des acquisitions de ce 
genre, d'éviter l'illusion qui les porterait à confondre telle 
pierre avec telle autre qui se trouve placée fort au-dessous 
d'elle sur l'échelle que présente le tarif. 

Cependant c'est ordinairement sur le témoignage d'un 
œil exercé que l'on décide du nom que doit porter une 
pierre précieuse que l'on voit pour la première fois. L'épreuve 
de la dureté qui seroit décisive, au moins dans certains cas, 
ne peut être faite qu'imparfaitement, d'après un procédé 
que j'indiquerai plus bas, si l'on veut éviter d'endommager 
la pierre, et d'ailleurs il ne vient guère dans l'idée de la 
tenter. Toute l'attention se porte sur les couleurs et sur 
l'éclat. Or, il suffit de réfléchir sur les causes de ces effet s 
de lumière, pour sentir combien ils sont quelquefois sus- 
ceptibles de faire illusion. C'est le fer qui est regardé comme 



Caractères physiques. Stjg 

le principe colorant de toutes les pierres précieuses, à l'ex- 
ception du spinelle, de l'émeraude du Pérou et de la chry- 
soprase, dont les deux premières doivent leurs couleurs au 
chrome, et la troisième emprunte la sienne du nickel. 

Or dans les pierres dites orientales , qui appartiennent 
au corindon , le fer combiné avec différentes quantités d'oxi- 
gène , qui font varier le tissu que ses molécules présentent 
à la lumière, parcourt presque tous les degrés du spectre 
solaire, en se mêlant successivement au rubis, à la topaze, 
à l'émeraude, au saphir et à l'améthyste. Quelquefois ii 
passe brusquement d'une couleur à l'autre dans le même 
individu, dont les différentes parties offrent séparément le 
jaune de la topaze et le bleu du saphir, ou cette dernière 
couleur et le rouge du rubis. Plus souvent des teintes ac- 
cessoires se fondent imperceptiblement dans la couleur prin- 
cipale dont elles modifient le ton. Ainsi une teinte de bleu 
en s'associantàun rouge très-élevé et tirant un peu à l'obscur, 
donne le rouge de cochenille. Si dans le même cas la couleur 
dominante est le rouge vif, on a le rouge cramoisi. Si la 
teinte additionnelle est le violet, le mélange sera le rouge 
de rose foncé , ouïe rouge de giroflée. 

L'acide du chrome qui colore le spinelle admet aussi des 
nuances accessoires de jaune et de bleu, et telle est la diffé- 
rence qui en résulte entre les tons de couleur des divers 
individus, que les amateurs distinguent ici deux espèces; 
savoir : le rubis spinelle et le rubis balais, dont l'un est 
caractérisé par le rouge ponceau ou par le rouge de rose 
foncé, et l'autre par une teinte plus foible d'un rouge de 
vinaigre. 



36o Minéraux. 

Parmi les autres pierres, telles que les aiguës marines ou 
béryls de Sibérie, les topazes du même pays, et celles de 
Saxe et du Brésil , etc. , on trouve également des séries 
d'individus dans lesquels la couleur dominante est plus ou 
moins modifiée par les teintes additionnelles qu'elle s'associe. 

L'éclat est aussi susceptible de varier jusqu'à un certain 
point dans la même espèce , par l'effet de diverses causes ac- 
cidentelles, dont l'une est l'influence de la couleur elle- 
même , qui en changeant de ton d'un individu à l'autre , dé- 
termine une réflexion plus ou moins abondante des rayons 
qui la font naître. 

Ces détails suffisent pour montrer la possibilité qu'une 
pierre précieuse en impose à l'oeil par sa ressemblance avec 
une autre pierre d'une nature toute différente. Ainsi un rubis 
spinelle d'une belle couleur rouge peut être pris pour un 
rubis oriental (i), et les méprises de ce genre ne sont pas 
sans exemple (2). Il y a des topazes, qui après avoir été 
rougies par l'action du feu, imitent parfaitement certains 
rubis balais (3). On a découvert au Brésil des tourmalines d'un 
rouge vif, que l'on met au rang des pierres précieuses, et 
que des hommes de l'art, à qui elles étoient inconnues, ont 
rapportées les uns au rubis oriental, les autres au rubis spi- 
nelle. Parmi les aiguës marines jaunes de Sibérie,, il en est 
qui ne diffèrent pas sensiblement par leur aspect de certaines 

(j) Musée minéralog. de M. le marquis de Drée, Paris, 1811, p. 8g. 

(2) Pujoulx, Minéralog. des gens du monde , p. 260. 

(3) L'auteur de l'article diamantaire de YEncylopédie méthodique , arts et 
métiers , t. II, i re . partie, p. i48 , suppose que cette topaze est le véritable rubis 
jbalais, et n'en connoît point d'autre. 



Caractères physiques. 36r 

topazes du Brésil, avec lesquelles on les confond quelque- 
fois (i). Le saphir blanc approche beaucoup du diamant 
par sa limpidité et par son éclat (2), en sorte qu'il faut y 
regarder de près pour ne pas s'y méprendre (3). 

Le mélange du rouge aurore et d'un peu de brun a été 
appelé rouge hyacinthe , du nom d'une variété de zircon 
qui présente cette couleur. On trouve des grenats qui en 
offrent une imitation si parfaite, que suivant Romé-de-i'Isle, 
« Il n'est pas possible de décider, à la couleur seule, si une 
pierre taillée et mise en œuvre est de l'espèce de l'hyacinthe 
où de celle du grenat (4). » On connoît aujourd'hui une 
troisième espèce de pierre , que j'ai appelée essonite ( kaneel- 
stein de Werner) (5), qui partage la même couleur, en 
sorte qu'il arrive assez souvent que ceux à qui l'on pré- 
sente l'une ou l'autre de ces trois pierres, nomment cons- 
tamment l'hyacinthe, et quelquefois la variété appelée hya- 
cinthe la belle. Je suppose ici que parmi les pierres qui 
circulent dans le commerce sous Je nom à? hyacinthe , il 
s'en trouve qui sont de la nature du zircon , quoique jus- 
qu'ici toutes celles que j'ai été à portée de voir,, soient des 
essonites (6). Je n'en connois qu'une seule qui appartienne 



(1) Pujoulx, ibid.,Tp. 268. 

(2) Ibid. , p. 247. 

(3) J'ai été témoin d'une méprise de ce genre. 

(4) Cristallog., t. II, p. 34o, note 57. 

(5) J'en donnerai plus bas une courte description, parce qu'elle est encore 
peu connue. 

(6) Brisson en parlant de l'hyacinthe ( Pes. spécif., p. 74, n°. 124) lai attribue 
la forme du zircon. Mais la pierre taillée qu'il a pesée, et qu'il crojoit être de 

Mém. du Muséum, t. 3> 4^ 



362 • Minéraux. 

au zircon, et qui a été tirée d'un cristal de cette substance 
que j'ai fait tailler moi-même. Elle a beaucoup de ressem- 
blance par son aspect avec l'essonite , mais on jugera par le 
tableau qui sera placé à la fin de ce Mémoire , combien elle 
en diffère par ses propriétés. 

Ces exemples auxquels je pourrois en ajouter beaucoup 
d'autres, s'il étoit nécessaire, m'ont fait naître l'idée de 
choisir les caractères physiques susceptibles d'être observés 
dans les pierres précieuses taillées, parmi ceux qui sont indi- 
qués dans les Traités de minéralogie pour les espèces aux- 
quelles appartiennent ces pierres, d'y joindre les résultats 
de mes propres observations, et de présenter le tout sous 
la forme d'une méthode applicable à la détermination des 
pierres dont il s'agit. Il m'a paru que cette méthode seroit 
utile aux artistes qui taillent ces pierres , et à ceux qui en 
font le commerce , pour vérifier les indications du coup d'oeil. 

Mais c'est surtout pour ceux qui font des collections de 
ces pierres que mon travail est destiné. On peut dire que 
parmi les objets qui font partie de ce que nous regardons 
comme nos richesses , ce sont les seuls sur lesquels la plupart 
de ceux qui les possèdent n'aient aucunes connoissances 
positives. L'idée que ce qui leur a été présenté comme rubis 
oriental, est réellement une de ces pierres si recherchées 
qui tiennent le premier rang après le diamant, est pour eux 

la même espèce, étoit -visiblement une essonite, attendu qu'elle en avoit la 
pesanteur spécifique, qui étoit de 3,6873, au lieu que si elle eût appartenu au 
zircon, elle auroit donné au moins 4,2. M. Jameson dit que dans le commerce 
on substitue souvent au zircon, tantôt l'essonite, tantôt un grenat d'une foible 
teinte. System of Mineralogy , 1. 1 , p» 23. 



Caractères physiques. 363 

le sujet d'une satisfaction dont ils ne jouissent que sur parole. 
J'ai pensé qu'ils seraient jaloux de pouvoir s'assurer, par 
des épreuves décisives, de l'authenticité d'un objet auquel 
ils auraient mis un prix proportionné à l'estime qu'ils y atta- 
chent, et de juger si le nom sous lequel ils l'ont acquis est 
conforme à celui que leur dicteront ses caractères. 

D'ailleurs, les épreuves dont il s'agit sont liées à des ex- 
périences faites par elles-mêmes pour intéresser. L'opération 
de la pesanteur spécifique fournit un moyen très-ingénieux 
de comparer les poids de divers corps à égalité de volume , 
avec celui d'un pareil volume d'eau. La double réfraction , 
l'un des phénomènes les plus curieux, parmi ceux qui ont 
rapport à la théorie de la lumière, n'appartient jusqu'ici 
qu'aux êtres du règne minéral , et c'est le travail du lapidaire 
qui la rend susceptible d'être observée facilement dans les 
pierres précieuses. C'est encore uniquement dans le même 
règne , que se trouvent les cristaux qui acquièrent des pôles 
électriques par l'action de la chaleur. On connoît parmi eux 
deux espèces de pierres précieuses, la tourmaline et la to- 
paze, distinguées l'une par l'énergie et l'autre par la durée 
de sa vertu après le refroidissement. Plusieurs des mêmes 
pierres sont remarquables par la faculté de conserver pen-, 
dant très-long-temps l'électricité acquise à laide du simple 
frottement. Enfin, le magnétisme joue à l'égard des pierres 
précieuses un rôle particulier, dans l'expérience où l'aiguille 
soustraite à l'action du globe terrestre, par l'intervention 
d'un barreau aimanté, cède à l'attraction presqu'infiniment 
petite du fer oxydé qui colore diverses pierres précieuses. 
Après s'être borné pendant long-temps à jouir du plaisir de 

46* 



364 Minéraux. 

voir ces belles pierres avec les yeux de l'amateur, on ne 
peut être qu'agréablement surpris d'éprouver combien elles 
gagnent encore à être regardées avec les yeux du physicien. 

Mon travail n'étoit pas encore terminé , lorsque je me suis 
senti sollicité par un motif bien puissant à y mettre la der- 
nière main , et à en accélérer la publication : c'est l'accueil 
qu'il a reçu de M. Henri Philippe Hope , qui a bien voulu 
en prendre connoissance, pendant le séjour qu'il a fait cette 
année à Paris , et agréer avant son départ l'hommage d'un 
exemplaire manuscrit de ma méthode. À ce témoignage d'in- 
térêt , il en a ajouté un autre qui offre à la fois une preuve 
de sa générosité, en ornant ma collection de plusieurs objets 
très- rares, dont je n'avois que des analogues trop peu carac- 
térisés pour donner des résultats décisifs. Dans la vue de se 
mettre à portée de faire lui-même des applications de la mé- 
thode, il s'est procuré les divers instrumens relatifs aux pro- 
priétés qui exigent des expériences (i), et c'est pour moi 
une double satisfaction de pouvoir eu même temps lui payer 
ici un tribut de reconnoissance , et citer l'exemple d'un ama- 
teur aussi distingué, en faveur de mes efforts pour rendre à 
la science ces productions que l'art sembloit avoir fait sortir 
de son domaine. 

Avant de présenter le tableau de la méthode qui a été le 
principal objet de mon travail, je vais d'abord considérer les 

(1) Il s'est adressé, pour cet effet, à M. Tavernier, horloger d'une habileté 
bien connue, qui exécute de ces sortes d'instrumens avec une grande perfection. 
Il faut en excepter l'aréomètre destiné pour la pesanteur spécifique , dont la 
construction a été confiée à M. Faby, ferblantier, rue Dauphins, et ne le cède 
point à celle des autres instrumens, 



Caractères physiques. 365 

pierres précieuses sous le point de vue de la minéralogie , et 
indiquer les différens caractères qui doivent être employés 
dans les applications de la méthode. 

I. Distribution minéralogique des Pierres précieuses. 

Les pierres les plus répandues dans le commerce , parmi 
celles que le lapidaire taille comme objets d'ornemens, et 
auxquelles on a donné le nom de pierres précieuses } sont 
des variétés de quatorze espèces de minéraux , dont chacune 
est distinguée par une forme primitive qui le plus souvent 
suffit pour la caractériser , et par des propriétés physiques , 
qui fournissent des caractères pour la reconnoître , lorsque 
cette forme et celles qui en dérivent ont disparu , et sont 
remplacées par les formes arbitraires que le travail de l'artiste 
a fait naître. Ces espèces sont, en suivant l'ordre indiqué par 
la méthode minéralogique : 

i°. La topaze, qui comprend la topaze incolore du Brésil, 
appelée goutte d'eau par les lapidaires portugais , celle de 
Sibérie, le rubis du Brésil ou la topaze brûlée, la topaze 
jaune du même pays et la topaze de Saxe. 

2°. Le quarz. La première de ses sous-espèces, nommée 
quarz-hyalin , fournit le cristal de roche et l'améthyste ; la 
seconde qui est le quarz-agathe donne la chrysoprase , et la 
troisième ou le quarz-résinite les différentes variétés d'opale. 
3°. Le zircon , auquel appartient le jargon de Cey lan , et 
qui, selon l'opinion commune, comprend aussi plusieurs des 
pierres appelées hyacinthes. 

4°. Le corindon. C'est de toutes les espèces minérales 



366 Minéraux. 

la plus féconde en pierres précieuses. On en compte onze 
qui dérivent de la première de ses sous-espèces ou du corin- 
don hyalin, savoir, le saphir blanc, les pierres nommées ru- 
bis , saphir, saphir indigo , girasol , topaze, émeraude , 
péridot , améthyste, aigue-marine , en ajoutant à chacun 
de ces noms l'épithète orientale , et enfin l'astérie. 

5°. La cymophane , qui porte les noms de chrysoberyl t 
et de chrysolithe orientale. 

6°. Le spinelle, qui se sous-divise en rubis spinelle et rubis 
balais. 

7°. L'émeraude, à laquelle se rapportent F émeraude dite 
du Pérou, et le béryl ou X aigue-marine. 

8°. Le dichroïte (iolith de Werner) auquel appartient 
le saphir d'eau des lapidaires. Nous devons à M. Cordier (i) 
une description du minéral dont il s'agit ici , beaucoup plus 
exacte que celle qu'en avoit donnée M. Verner , et c'est lui 
qui a observé le premier la propriété qu'ont les cristaux de 
ce minéral , lorsqu'on les regarde par réfraction , d'offrir suc- 
cessivement une couleur bleue et une couleur d'un jaune- 
brunâtre, suivant que le rayon visuel est dirigé parallèle- 
ment ou perpendiculairement à l'axe des mêmes cristaux (2). 
Mais M. Cordier n'ayant pas été à portée de déterminer les 
dimensions du prisme hexaèdre régulier qu'il a reconnu pour 
être la forme primitive du dichroïte, j'ai profité , pour arri- 
ver à cette détermination , d'un cristal de cette espèce trouvé 
à Baudemnais en Bavière , qui faisoit partie de l'envoi pré- 

(1) Journal de Physique, t. LXVIII, p. 298 et suir. 

(2) C'est celte double couleur qui a suggéré à M. Cordier le nom de dichroïte 
qu'il a substitué à celui A'jolithe. 



Caractères physiques, 36y 

cieux que j'ai reçu de M. Schultes , et dont j'ai parlé dans 
mon Mémoire sur la comparaison des formes de la strontiane 
carbonatée et de l'arragonite (i). L'observation des facettes 
obliques situées au contour de la base du prisme dont ce 
cristal offroit la forme , m'a conduit au rapport d'environ 
10 à 9 entre le côté de cette base et la hauteur (2). A l'égard 
du saphir d'eau des lapidaires, le rapprochement que M. Cor- 
dier en avoit déjà fait avec le dichroïte , d'après ses carac- 
tères physiques , se trouve confirmé par les positions des 
joints naturels que j'ai observés dans plusieurs fragmens de 
ce minéral , et qui indiquent que sa forme primitive est aussi 
le prisme hexaèdre régulier. M. Cordier lui a reconnu la 
double réfraction qui avoit échappé jusqu'alors, ce qui le 
rapproche encore du dichroïte , qui m'a offert la même pro- 
priété. 

9 . Le grenat, sous lequel se rangent les pierres appelées 
grenat syrien , grenat de Bohême ou de Ceylan et ver~ 
meille. 

10. L'essonite ( kaneelstein de Werner ) qui donne , 
sinon toutes les pierres qui circulent sous \e nom & hyacinthe , 
au moins une grande partie d'entre elles. 

J'ai déterminé récemment d'une manière plus précise que 
je ne l'avois fait d'abord, la forme primitive de cette espèce 
de minéral, qui est celle d'un prisme droit rhomboïdal, dans 
lequel le rapport entre les diagonales de la base est sensi- 
blement celui de 5 à 4 5 c 6 qui donne io2 d 40' pour la plus 

(1) Mém. des Professeurs du Muséum d'hisl. nat. tome 3 , p. 287. 

(2) Le rapport donné par la théorie est celui de y 1G à J // "Ï5. 



368 Minéraux. 

grande incidence des pans et 77^ 20' pour la plus petite. Les 
joints naturels sont très-sensibles et d'une netteté suffisante, 
dans les fragmens qui ont servi à cette détermination. La 
forme qui en résulte est incompatible avec celles du zircon 
et du grenat , deux substances auxquelles l'essonite a été 
successivement réuni , avant que M. Werner en fît une es- 
pèce particulière qu'il a nommée haneelstein , à raison de 
la couleur que présentent les seuls morceaux qu'on en con- 
noisse. J'ai considéré que ce minéral a une pesanteur spéci- 
fique et une dureté sensiblement inférieures à celles soit 
du zircon , soit du grenat , qu'il est aussi moins éclatant , 
qu'enfin il n'exerce aucune action particulière sur la lumière, 
au lieu que le zircon est remarquable par la force de sa 
double réfraction, et le grenat par l'étoile à six rayons qu'on 
voit dans son intérieur , en le plaçant entre l'œil et la lu- 
mière d'une bougie, lorsqu'il est taillé convenablement (1). 
Ces observations qui placent le minéral dont il s'agit au- 
dessous du zircon et du grenat, relativement à ses caractères 
physiques , m'ont suggéré le nom à'essonite que je lui ai 
donné, et dont le sens est moindre , inférieur. On trouve ce 
minéral en grains et en petites masses dans le sable des rivières 
à Ceylan. On en a rapporté , depuis quelques années , en 
Angleterre des morceaux d'un volume très-sensible , qui 
paraissent des assemblages de gros grains agglutinés ensemble. 
Les essonites taillés ont souvent leur transparence altérée 



(1) Cet effet a lieu dans les lames de grenat dont les grandes faces sont perpen- 
diculaires à un axe qui passe par deux angles solides opposés du dodécaèdre pi j^ 
mitif , pris parmi ceux qui sont composés de trois plans» 



Caractères physiques. 369 

par des glaces plus ou moins nombreuses, ce qui leur ôte de 
leur prix aux yeux des amateurs. 

ii°. Le feld-spath. Parmi les variétés de ce minéral que 
l'on travaille comme objets d'ornemens, il en est deux qui 
sont aux rang des pierres précieuses, savoir la pierre de lune, 
nommée aussi argentine et œil de poisson , et la pierre du 
soleil , ou l'aventurine orientale. 

1 2°. La tourmaline , à laquelle appartiennent la tourma- 
line brune de Ceylan , Fémeraude du Brésil , la sibérite ou 
la tourmaline d'un rouge violet , le péridot de Ceylan , la 
tourmaline rouge du Brésil, celle de la province de Massa- 
chuset , et les tourmalines vertes et bleues de la même 
province. 

i3. Le péridot. Il conserve ce nom dans la langue des 
artistes et des amateurs. 

i4°. Le diamant. Malgré les découvertes qui ont fait con- 
noître la véritable composition de ce minéral , les artistes 
ont dû continuer de le regarder comme une pierre précieuse 
pour être conséquens à leurs principes. 

A l'égard de la turquoise , qui a été admise aussi parmi les 
pierres précieuses, on en distingue deux espèces ; l'une pier- 
reuse, dite de la vieille roche, colorée par l'oxyde de cuivre, 
et composée en grande partie d'alumine : elle est insoluble 
dans l'acide nitrique ; l'autre osseuse , qui doit son origine à 
des os fossiles, surtout à des dents d'animaux, et dont le 
principe colorant est le phosphate de fer : on la nomme tur- 
quoise de la nouvelle roche (1)5 elle se dissout sans effer- 
vescence dans l'acide nitrique. 

(1) La turquoise pierreuse a été analysée par John et par M. Collet-Descotils, 

Mém. du Muséum, t. 3. 47 



3jo Minéraux. 

II. Notions sur les Caractères des Pierres précieuses (1). 

Les caractères physiques dont la combinaison sert à faire 
reconnoître les différentes pierres dont je viens de donner 
l'énumération, sont au nombre de sept. 

i°. La couleur, la qualité ou l'intensité de l'éclat, et cer- 
tains aecidens de lumière tels que les reflets changeans 
auxquels on donne le nom de chatoyement. 

Pour comparer les différens tons d'une même couleur 
dans certains cas, qui seront indiqués sur le tableau, je place 
la pierre très-près de l'œil , de manière à intercepter la lu- 
mière réfléchie. J'ai remarqué que ce genre d'observation 
mettoit une différence sensible entre des pierres qui étant 
vues à la distance ordinaire se rapprochoient beaucoup par 
leur aspect. 

A l'égard de l'éclat, celui du diamant a un caractère par- 
ticulier , que les minéralogistes étrangers ont désigné par le 
nom à' éclat de diamant ou à! éclat adamantin que j'ai 
adopté. Mais comme ces mots ne se trouvent pas définis 
d'une manière assez précise dans leurs traités , je vais faire 
connoître le sens que j'y attache. Si l'on incline peu à peu 
vers la lumière un diamant taillé en regardant une de ses 
facettes, jusqu'à ce qu'elle ait atteint, à l'égard de l'œil, le 

et la turquoise osseuse par M. Bouillon-Lagrange. Voyez le Journal de Chimie , 
t. 3, p. 93; le Dictionnaire de Chimie , par Klaproth et Wolf, traduction fran- 
çaise, 1811, t. IV, p. 46o; John Mawe, a treatise on diamonds and precious 
stones, London, l8l3, p. l53, et les Annales de Chimie , t. 59, p. 180. 

(1) Les amateurs de ces pierres sont dans l'usage de les faire monter à jour, 
ce qui permet d'observer le caractère tiré de leur réfraction. On peut également^ 
sans être obligé de les démonter, observer les autres caractères, à l'exception de 
ceux qui dépendent de la dureté et de la pesanteur spécifique. 



Càràgtères physiques. 371 

terme de la plus forte réflexion , elle prend un éclat qui a 
de l'analogie avec celui de l'acier poli : c'est l'éclat adamantin. 
Le zircon dit jargon de Ceylan produit un effet du même 
genre, mais dans un degré moins marqué. J'ajoute que le 
diamant étant incolore, au moins dans l'état où je le consi- 
dère ici, ses facettes paroissent sombres ou même noirâtres, 
sous un certain aspect , lorsqu'on les incline Hu côté op- 
posé à celui d'où vient la lumière , au lieu que dans le même 
cas, celles du jargon présentent la couleur jaune ou jaune- 
verdâtre propre à la pierre (1). 

i°. La pesanteur spécifique. Voyez pour la description de 
l'instrument qui sert à la déterminer, et pour la manière de 
faire l'opération, le Traité de Minéral, t. I, p. 210 et sui- 
vante, et le Traité de Physique , 2 e . édit. , t. 1 , p. 25 et 
suivantes. 

Plusieurs causes accidentelles , et en particulier le plus ou 
moins d'abondance des principes colorans, font varier entre 
certaines limites les résultats des pesanteursspécifiques rela- 
tives aux divers corps qui appartiennent à une même espèce. 
Parmi ces résultats, j'ai choisi celui qui m'a paru coïncider 
avec l'état le plus parfait de la substance qui l'avoit offert , 
et en le citant , je me suis borné à une ou deux décimales. 

(1) Les autres pierres précieuses, telles que les rubis, les émeraudes, les topazes, 
peuvent être aussi amenées à nu degré d'inclinaison qui détermine une réflexion 
plus ou moins abondante de la lumière blanche sur leurs facettes. Mais l'éclat 
dont elle est accompagnée n'est pas du même genre, et tire plutôt sur celui qu'on 
nomme vitreux. Dans le diamant , la force de la réflexion qui a quelque chose de 
l'éclat métallique, est une suite de celle de la réfraction, ces deux propriétés 
étant liées l'une à l'autre, d'après la doctrine de Newton. Optice lucis, édit. 
Lausaun» et Genevae, 1740, p. 187. 

- 47 * 



372 Minéraux. 

Lorsqu'on aura déterminé la pesanteur spécifique d'un corps, 
si elle ne s'accorde exactement avec aucun des nombres qui 
se trouvent dans la table, comme cela arrivera presque tou- 
jours, on prendra celui dont elle se rapproche le plus , et le 
nom placé à la tête de la ligne qui renferme ce nombre 
indiquera l'espèce à laquelle on devra rapporter le corps 
soumis à l'expérience. 

3°. La dureté. Parmi les différens moyens employés par 
les minéralogistes pour vérifier ce caractère , il en est un qui 
consiste à passer avec frottement les parties anguleuses d'un 
corps sur la surface d'un autre. On juge que le premier est 
supérieur ou inférieur en dureté au second suivant qu'il le 
raie ou le laisse intact. J'ai choisi deux espèces de corps, pour 
servir de termes de comparaison à tous les autres , savoir le 
quarz-hyalin ou cristal de roche dont il est facile de se pro- 
curer des fragmens qui conservent quelques-unes de leurs 
faces naturelles, et le verre blanc , que l'on rencontre par- 
tout ; et je rapporte les divers effets du frottement des autres 
corps sur l'un ou l'autre de ceux-ci , à trois degrés que l'on 
exprime en disant que tel corps raie fortement ou médiocre- 
ment ou foiblement le cristal de roche , et de même à l'égard 
du verre blanc. On peut employer à des épreuves analogues 
les pierres précieuses taillées , en prenant le point de frotte- 
ment à l'un des angles situés sur le bord de jonction de la 
culasse et de la partie qui renferme la table. Cependant 
comme cet angle est toujours un peu émoussé par le poli , 
son effet est moins marqué que quand on se sert d'un frag- 
ment brut de la même pierre, ainsi que je l'ai fait dans toutes 
les épreuves dont je citerai les résultats dans le tableau ci- 



Caractères physiques. 
après. Au reste, les indications fournies par l'ensemble des 
autres caractères suffisent presque; toujours, pour ne laisser 
aucun doute sur la justesse des déterminations qui en résul- 
tent, en sorte que celui dont il s'agit ici doit être regardé, 
en général , comme n'étant que de surabondance. Mais en 
supposant que l'on ne soit pas dans le cas d'y avoir recours , 
il m'a paru intéressant de citer les divers effets qu'il est sus*- 
ceptible de produire sur les corps soumis à son action , pour 
donner une idée des différences qui existent entre les pierres 
précieuses, sous le rapport de la dureté, qui compte pour 
beaucoup parmi les qualités d'après lesquelles on apprécie 
ces pierres. 

4°. La réfraction. Voyez pour la manière de reconnoître 
si elle est simple ou double, le Traité de Minéralogie , t. I, 
p. 229 et suivantes. J'ai indiqué au même endroit un moyen 
d'apercevoir nettement les images , en observant la flamme 
d'une bougie à travers un trou d'épingle qui correspond à 
un point de la face réfringente opposée à celle qui est tournée 
vers l'œil. 

J'ai parlé aussi d'une limite sous laquelle l'effet de la double 
réfraction devient nul, en sorte que les deux images se ré- 
duisent à une seule. Je reviendrai ici avec de nouveaux dé- 
tails sur cet effet, qui mérite une grande attention , parce 
qu'il peut occasionner des méprises sur le véritable résultat 
de l'observation. La limite dont il s'agit a lieu, par exemple, 
dans l'émeraude, lorsque l'une des faces réfringentes est 
perpendiculaire a l'axe du prisme hexaèdre régulier qui est la 
forme primitive de cette espèce. En général, sa position est 
toujours en rapport avec celle d'un axe qui passe par deux 



3^4 Minéraux. 

points opposés de la forme qui fait la fonction de type. J'ob- 
serve maintenant que les pierres précieuses taillées présentent 
ordinairement, du côté qui s'offre à l'œil, lorsqu'on les 
porte comme ornement, une large face que l'on appelle la 
table , entourée de facettes très-obliques, et du côté opposé 
que l'on nomme la culasse, diverses facettes plus ou moins 
inclinées, disposées le plus souvent sur plusieurs rangs, et 
dont les dernières se réunissent sur une arête commune, 
si la pierre est plus allongée dans un sens que dans l'autre, 
ou en un point commun, si elle est carrée ou arrondie circu- 
lairement. Dans l'observation de la réfraction, la table se 
présente naturellement comme une des deux faces qui doivent 
former l'angle réfringent, et c'est même celle que l'on tourne 
vers l'œil 5 à l'égard de l'autre face, on la choisit à volonté 
parmi celles qui appartiennent à la culasse. Pour éviter, sur- 
tout dans les commencemens , l'illusion que tend à produire 
la multiplicité de ces dernières faces, on fera d'abord les 
expériences dans une chambre dont les fenêtres soient fer- 
mées. Je supposerai que l'objet qui doit être soumis à l'obser- 
vation soit une épingle, ainsi que je l'ai expliqué ( Traité de 
Miner., 1. 1, p. 232 ). La pierre étant placée entre l'œil et la 
fenêtre, on fixera, en regardant au travers, l'image d'un des 
carreaux, sans donner aucune attention aux autres. On fera 
mouvoir ensuite doucement l'épingle, jusqu'à ce que son 
image réponde à peu près au milieu du même carreau. Si 
cette image est double , on sera sûr qu'elle est produite par 
des rayons qui n'auront traversé qu'une des faces de la cu- 
lasse. On doit aussi éloigner peu à peu l'épingle, jusqu'à la 
plus grande distance à laquelle la main puisse atteindre, 



Caractères physiques. fyS 

parce que quand la pierre 11e possède la double réfraction 
qu'à un foible degré , la distinction des images ne oommence 
à être sensible que quand l'épingle a parcouru un certain 
intervalle. 

Maintenant, il y a ici deux cas à distinguer, toujours 
dans l'hypothèse de la double réfraction. L'un est celui où 
la pierre auroit été tellement taillée que l'une des facettes 
de la culasse fût située dans le sens de la limite, ou à peu 
près , d'où il suit que si- cette facette étoit celle qu auroit 
choisie l'observateur, il pourroit se méprendre, en jugeant 
que la réfraction du minéral soumis à l'expérience seroit 
simple. C'est pour cela qu'il est utile de faire varier l'angle 
réfringent, en fixant successivement divers carreaux, parce 
que si une première facette avoit donné un résultat illu- 
soire, les autres fourniroient le correctif (i). Le second cas, 
qui est plus embarrassant, a lieu lorsque c'est la table qui a 
été prise dans le sens de la limite , et l'on conçoit d'autant 
plus aisément la possibilité de cette position, qu'assez sou- 
vent la pierre a un clivage qui coïncide avec la même limite. 
Alors la réfraction se présente comme simple, sous un angle 
réfringeut quelconque. Plusieurs pierres précieuses que j'ai 

(1) Cette attention est encore utile pour écarter l'illusion que tendent à faire 
naître les glaces et autres accidens qui interceptent les rayons , ou dérangent 
leur marche, et dont l'effet, dans ce dernier cas, est quelquefois de faire paroître 
la réfraction double, lorsqnelle est réellement simple, ou triple et même qua- 
druple lorsqu'elle est double. D'ailleurs les fausses images produites par cette 
cause, sont beaucoup plus foibles que les véritables. On les reconnoît encore à 
ce qu'elles changent de position à l'égard de ces dernières, en se montrant 
tantôt au-dessus, tantôt au-dessous d'elles, à mesure que l'on incline la pierre 
dans un sens ou dans Pautre. 



376 «8 s Minéraux.- • 

éprouvées, et qui étoient de celles qu on nomme orientales 
et qui appartiennent au corindon, m'ont paru rentrer dans le 
cas dont il s'agit. De ce nombre étoit un saphir,, avec lequel 
je suis cependant parvenu à obtenir le résultat auquel il 
sembloit se refuser. J'ai placé très-près de mon oeil une des 
facettes qui entouroient la table, puis en inclinant douce- 
ment la pierre, soit dans un sens, soit dans l'autre, je suis 
arrivé à un terme où des rayons partis de l'épingle, après 
être entrés par une des facettes de la culasse située du côté 
opposé à mon œil, se dirigeoient vers la facette qui étoit 
presque en contact avec lui, et après leur émersion me 
faisoient voir distinctement deux images de l'épingle. Mais 
toutes les pierres qui sont dans le cas de celle-ci ne se prêtent 
pas à la même observation, et il y en aura quelques-unes, 
parmi celles que l'on sera dans le cas de soumettre à l'expé- 
rience, qui ne pourront être déterminées avec certitude, qu'à 
l'aide des caractères tirés de propriétés différentes. Ainsi , 
en supposant que la double réfraction eût échappé dans une 
topaze rouge du Brésil, et que l'on fût d'abord tenté de 
prendre cette pierre pour un rubis balais , dont la réfraction 
est simple, on seroit remis sur la voie, lorsqu'après l'avoir 
fait chauffer, on trouveront qu'elle est devenue électrique. 

Les pierres précieuses qui jouissent de la double réfraction 
sont en beaucoup plus grand nombre que celles où elle est 
simple. Mais quoique dans chacune des premières la distance 
entre les deux images dépende de l'ouverture de l'angle 
réfringent, et des positions des faces réfringentes relative- 
ment à l'axe de la forme primitive, les variations qui en 
proviennent dans les divers corps qui appartiennent à une 



Caractères physiques. 877 

même espèce, suivant les différentes manières dont ils ont 
été taillés, n'ont lieu que dans une certaine latitude. Il en 
résulte que la propriété dont il s'agit suit une gradation sus- 
ceptible d'être saisie par un œil excercé , et d'indiquer des 
distinctions entre les corps qui répondent aux différens 
termes de cette gradation. Je les réduis à quatre que je 
désigne, en disant d'une pierre qu'elle possède la double 
réfraction à un foible degré ( le rubis oriental, l'émeraude ); 
ou à un degré moyen (le cristal de roche , la topaze) 5 ou à un 
haut degré ( le péridot ); ou à un très-haut degré ( le jargon 
de Ceylan ). J'ajoute que le caractère qui se déduit de la 
propriété dont il s'agit a d'autant plus de valeur, que les lois 
auxquelles elle est soumise dépendent de la forme des mo- 
lécules intégrantes, et que par-là elle participe de l'avantage 
qu'ont les résultats de la cristallisation de fournir le plus 
certain et le plus décisif de tous les moyens de détermination. 
Ce que je viens de dire me suggère une réflexion que je 
ne dois pas omettre. Le minéralogiste physicien qui taille 
un cristal susceptible d'offrir la double image, et qui con- 
noît la direction de son axe dans sa forme primitive, est le 
maître de donner aux faces réfringentes les positions qui 
déterminent le maximum de double réfraction ou celles 
sous lesquelles son effet devient zéro , et entre ces limites 
il y a une infinité de positions auxquelles correspondent des 
variations plus ou moins sensibles dans l'écartement des 
images. Mais les facettes que l'art du lapidaire fait naître sur 
une pierre précieuse ont des positions purement arbitraires. 
La symétrie qu'il y met n'est point coordonnée avec celle 
que présente l'aspect géométrique de la forme. Il en résulte 
Mém. du Muséum, t. 3. 4& 



378 Minéraux. 

que le jargon de Ceylan, par exemple, qui de toutes les 
pierres précieuses est celle qui double le plus sensiblement 
les images, peut avoir été amené par la taille à un terme 
où parmi ses différentes facettes prises deux à deux et incli- 
nées l'une sur l'autre, il y en ait qui montrent l'image simple, 
ou qui ne produisent qu'une légère séparation entre les deux 
images, sans que l'observateur puisse se douter que ce qu'il 
voit est une exception au cas indiqué par la méthode, qui 
est celui où le caractère étant fortement prononcé , devient 
décisif. Cependant je puis dire que je suis resté rarement 
dans l'incertitude sur le véritable résultat. Ainsi, sans quitter 
l'exemple du zircon, il est quelquefois arrivé qu'une pierre 
de cette espèce qui m'étoit inconnue , ne me montroit d'abord 
qu'une seule image. Mais en variant l'expérience, en diri- 
geant la tige qui port oit la pierre, tantôt verticalement, 
tantôt horizontalement, tantôt dans un sens oblique, pour 
que les facettes réfringentes se succédassent les unes aux 
autres, je voyois paraître deux images dont l'écartement 
parvenoit par degrés à un terme où il étoit si sensible que 
je ne pouvois méconnoître le zircon. Le lapidaire qui , en 
multipliant les facettes sur "une pierre précieuse, ne cherche 
qu'à donner plus de jeu à la lumière réfléchie, sert sans le 
savoir l'amateur qui la soumet à l'expérience, en augmentant 
le nombre des chances de l'observation, relativement au 
caractère tiré de la réfraction. 

5°. La faculté conservatrice de l'électricité acquise par le 
frottement, qui dans toutes les pierres précieuses est de la 
nature de celle qu'on appelle vitrée ou positive (1). Cette 

(1) Il faut excepter les turquoises, dont les unes, même parmi celles d'une 
même nature, acquièrent l'électricité positive, et les autres la négative. 



Caractères physiques. 879 

propriété est susceptible de varier dans un grand rapport, 
même lorsqu'on emploie des corps qui appartiennent à une 
seule espèce, parce que d'une part le plus ou moins de pureté 
de ces corps, et d'une autre part l'état hygrométrique de 
l'atmosphère influent sensiblement sur la durée de la vertu 
électrique. Aussi me suis-je borné à indiquer cette vertu 
pour les circonstances où le caractère qui en dépend peut 
être employé avec avantage, savoir celles où les corps que 
l'on compare étant compris dans un même genre, présentent 
de grandes différences relativement au temps pendant lequel 
ils conservent leur vertu, comme lorsque l'un de ces corps 
est un diamant ou un cristal de roche et l'autre une topaze 
sans couleur. Dans les expériences relatives à la propriété 
dont il s'agit, je laisse la pierre en contact avec un corps 
métallique non isolé (1). J'ai remarqué que dans ce cas il 
n'y avoit pas une grande différence entre la durée de l'élec- 
tricité dans certains corps, et celle qui auroit eu lieu s'ils 
avoient été isolés, tandis que relativement à d'autres corps 
d'espèce différente, le défaut d'isolement diminuoit dans un 
rapport très-sensible la durée des effets 5 d'où il résulte que 
cette manière d'opérer fait mieux ressortir la distinction que 
la faculté conservatrice de l'électricité met entre les corps 
dont il s'agit. Je n'ai cité que des résultats d'expériences 
faites sur des corps idio-électriques , qui n'avoient pas besoin 
d'être isolés, ce qui est le cas de la plupart de ceux que 
l'on range parmi les pierres précieuses. 

(1) Si la pierre est montée, je la place de manière que sa monture touche le 
corps conducteur; et si elle est à nu, le contact se fait par la surface opposée 
à celle qui a été frottée. 

48* 



38o Minéraux. 

6°. L'électricité acquise par la chaleur. On trouvera dans 
les Annales du Muséum d'hist. nat. (t. 1 5 , p. i ), la description 
et l'usage des instrumens dont je me sers pour reconnoître 
l'existence de cette propriété., et pour déterminer les posi- 
tions des pôles électriques. Parmi les corps que l'on travaille 
comme objets d'ornemens, il n'y a que les tourmalines et 
les topazes qui soient douées de la propriété dont il s'agit. 
Je l'ai reconnue dans toutes les tourmalines que j'ai essayées 
jusqu'ici, de quelque pays qu'elles eussent été apportées. 
Mais quoique je sois porté à croire qu'elle est inhérente à 
la nature des corps, il y a des topazes qui probablement 
par l'effet de quelque cause accidentelle, ne donnent aucun 
signe d'électricité , lorsqu'elles ont été chauffées. Telles 
sont certaines topazes de Saxe et la plupart des topazes 
limpides du Brésil nommées gouttes d'eau par les lapidaires 
portugais. Le refus que fait ordinairement cette dernière 
de s'électriser par la chaleur est d'autant plus propre à ex- 
citer la surprise, que les topazes sans couleur de Sibérie, 
non-seulement acquièrent très -sensiblement la vertu élec- 
trique, par le même moyen, mais qu'elles la conservent 
beaucoup plus long- temps que les tourmalines, en sorte 
que quelques-unes m'ont offert des signes d'électricité 20 
heures après le refroidissement. 

Quoi qu'il en soit , le caractère dont il s'agit s'est soutenu 
constamment dans toutes les topazes du Brésil que j'ai sou- 
mises à l'expérience, soit celles dont la couleur est le jaune 
plus ou moins foncé, soit celles dans lesquelles cette couleur 
a passé au rouge par l'action du feu^ et que l'on appelle to- 
pazes brûlées. Le caractère devient alors décisif pour faire 



Caractères physiques. 38i 

reconnoître la pierre qui le manifeste, et relativement aux 
topazes où il est nul , on a d'autres caractères qui se présen- 
tent pour le remplacer. 

Si l'on étoit curieux de déterminer les positions des pôles 
électriques d'une pierre douée de la propriété dont il s'agit, 
on pourroit substituer à l'appareil dont j'ai parlé dans l'ou- 
vrage cité plus haut , celui que j'ai décrit dans le*torne III 
des Mémoires des Prof esseurs d'Histoire naturelle, p. 228, 
et qui consiste dans un petit fragment de chaux carbonatée 
dite spath d' Islande , suspendu à un fil de soie et devenu 
électrique par la pression. Ayant soumis à l'action de cet 
appareil une tourmaline taillée des Etats-Unis , d'une figure 
ovale , que j'avois fait chauffer , j'ai reconnu que ses pôles 
électriques étoient situés aux extrémités de son grand dia- 
mètre, d'où j'ai conclu qu'elle avoit été taillée de manière 
que la surface de sa table étoit parallèle ou à peu près à l'axe 
du canon de tourmaline dont on l'avoit tirée. Dans une tour- 
maline de Geylan ; un des pôles répondait au centre de la 
table et l'autre au point opposé, d'où il résultait que sa table 
se trouvoit située perpendiculairement à l'axe du canon de 
tourmaline sur lequel le lapidaire avoit travaillé. On peut 
ainsi deviner, au moyen de l'électricité, dans jquel sens a été 
taillé le corps qui a fourni la matière d'une pierre précieuse 
électrique par la chaleur. 

7 . L'action sur l'aiguille aimantée. II y a trois espèces de 
pierres fines qui manifestent cette action, savoir le grenat, 
l'essonite et le péridot. Quelques-uns des corps qui appar- 
tiennent à l'une ou à l'autre n'ont besoin que d'être appro- 
chés d'un des pôles de l'aiguille employée seule , à la ma* 



38î Mi né n aux. 

nière ordinaire , pour la faire mouvoir. Mais d'autres corps 
n'agissent sur elle que quand on emploie la méthode du 
double magnétisme , en combinant l'action d'un barreau ai- 
manté avec celle de la même aiguille, ainsi que je l'ai ex- 
posé dans un article qui fait partie du tome III des Mémoires 
des Professeurs du Muséum d Histoire naturelle , p. 169. 
Dans*le tableau qui va suivre, la série des mêmes pierres 
dont j'ai donné la distribution , au commencement de cet 
article , conformément aux principes de la méthode minéra- 
logique , sera disposée dans l'ordre suivant lequel ces pierres 
sont classées par ceux qui les considèrent sous le rapport de 
l'art. Le tableau est composé de plusieurs colonnes dont la 
première présente la sous-division de ces différentes pierres 
en onze genres, caractérisés chacun par un ton de couleur 
particulier ou par quelqu autre effet de lumière. Le premier 
genre renferme les pierres incolores ou sans couleur, telles 
que le diamant (1), la topaze appelée goutte d'eau par les 
lapidaires portugais , le saphir blanc , etc. Je place dans le 
second genre les pierres d'une couleur rouge. C'est à ce genre 
qu' appartiennent celles que l'on désigne sous le nom de 'rubis. 
Le troisième genre contient les pierres d'une couleur bleue , 
parmi lesquelles se trouvent celles qui portent le nom de 
saphir , et ainsi des autres genres , etc. J'ai indiqué dans la 
seconde colonne les effets particuliers de lumière qui dans 
les différentes espèces modifient la couleur principale, tels 
que le ton ou l'intensité de cette couleur , le plus ou moins 
de vivacité de l'éclat qui l'accompagne, etc. Dans les co- 

(1) Voyez ce qui a été dit plus haut au sujet de ce minéral. 



Caractères physiques. 383 

lonnes suivantes, je donne les indications des caractères phy- 
siques propres aux différentes espèces , comme la pesanteur 
spécifique , la réfraction , la dureté , etc. Toutes ces indica- 
tions ont été tellement disposées que celles qui appartien- 
nent à chaque espèce, sont rangées sur une même ligne à la 
suite du nom que porte cette espèce. De cette manière , il 
sera facile de faire la distinction des pierres entre lesquelles 
on pourroit balancer d'après le seul aspect de la couleur, pour 
les rapporter à leurs espèces respectives. Par exemple , on 
doute si une pierre d'un rouge de rose ,, est un rubis balais ou 
un rubis du Brésil. Mais le tableau indique que la réfraction 
du premier est simple , tandis qu'elle est double dans le se- 
cond. Il indique de plus que le premier n'est pas électrique 
par la chaleur, tandis que le second l'est sensiblement. Ces 
deux différences , indépendamment des autres , suffiroient 
pour déterminer la pierre dont il s'agit. Quelquefois un seul 
caractère .devient décisif pour faire reconnoître le corps qui 
le présente. Ainsi la tourmaline est la seule espèce qui jouisse 
de cette propriété , que si l'on regarde une épingle , par deux 
de ses faces opposées, on voit distinctement une première 
image de cette épingle , et derrière celle-ci une secondé 
image qui paroît comme une ombre, au lieu que si l'on re- 
garde le soir la flamme d'une bougie , à travers la même 
pierre , les deux images sont sensiblement égales en inten- 
sité. A la vérité, certaines tourmalines, et en particulier 
celle d'un rouge-violet qu'on appelle sibérite , offrent avec la 
même netteté les deux images d'une épingle , à la lumière 
ordinaire du jour. Mais cela ne préjudicie point à l'induction 
qui se déduit de l'observation précédente, relativement aux 



384 Minéraux. 

corps dans lesquels elle a lieu; et à l'égard de la sibérite, on 
peut la reconnoître à d'autres caractères, tels que celui qui 
se tire de l'électricité acquise par la chaleur. 

J'ai cru devoir me dispenser de citer la transparence, parmi 
les accidens de lumière qui caractérisent les pierres pré- 
cieuses, parce que la plupart des corps que l'on débite sous 
ce nom jouissent de cette propriété. A l'égard de ceux qui 
sont naturellement translucides ou opaques, j'en avertirai, 
en indiquant leurs caractères. 

Je dois ici un témoignage de reconnoissance à M. Achard , 
l'un des joailliers de cette ville les plus éclairés sur tout ce qui 
a rapport aux objets de son commerce, pour les renseigne- 
mens qu'il a bien voulu me donner, relativement à la limite 
qui sépare les corps dont se compose la série des pierres 
précieuses, de ceux qui n'ont point de rang parmi elles, aux 
tons et aux nuances de couleurs qui les caractérisent, et aux 
noms sous lesquels on les désigne. Il m'importoit de me pro- 
curer à cet égard des notions exactes et précises , pour rem- 
plir complètement le but que je me suis proposé, de mettre 
ceux qui auroient acquis des pierres précieuses , ou désire- 
roient en acquérir, à portée de s'assurer par eux-mêmes de 
leur authenticité. 



Caractères physiques. 385 

III. Distribution technique des Pierres -précieuses , avec leurs caractères 

distinctifs. 



Premier Genre. 
Pierres incolores. 



ACCIDENS DE LUMIERE. 



a. Diamant (1). 

b. Saphir Liane. 



c. Topaze du Brésil , 

Appelée goutte d'eau 
par les lapidaires por- 
tugais, et Topaze de 
Sibérie. 

d. Cristal de roche. 
Variété du quarz-hya- 
lin. 

Second Genre. 
Pierres rouges, 

quelquefois avec mélange 
de violet. 



a. Rubis oriental. 

Variété du corindon- 
hyalin. 



b. Ruhis spinelle. 

Variété du spinelle. 



c. Rubis balais. 

Autre -variété du spi 
nelle. 



Eclat extrêmement vif, 
qui a été désigné par le 
nom d'éclat adamantin. 
Voyez plus haut, p. 370. 

Eclat très- vif. 



Eclat très -vif. 



Eclat du verre appelc 
communément cristal. 



Rouge cramoisi ; rouge 
de cochenille; rouge de 
rose très -foncé, ou de 
giroflée. Reflets laiteux 
dans certains morceaux. 
Ordinairement la pierre 
offre une teinte très- 
sensible de violet, lors- 
qu'on regarde à travers, 
en la plaçant très- près 
de l'oeil. 

D'un rouge poncean 
clair , ou d'un rouge de 
rose foncé. Point de re- 
flets laiteux, La pierre 
placée très-près de l'oeil , 
n'offre souvent qu'une 
foible teinte de ronge de 
rose, lorsqu'on regarde à 
travers. 

D'un rouge de rose, 
ou d'un rouge vinaigre. 
Point de refiels laiteux. 



Pesanteur 

spécifique, 



3,5. 



3,55. 



2,65. 



4,2. 



U 



Id. 



Rayant tous 
les Corps. 

Rayant for- 
tement le 
cristal de 
roche. 



Rayant for 
tement li 
cristal de 
roche, mais 
moins que 
le spinelle 

Rayant for- 
tement le 
verre blanc 



Rayant for 
tement le 
cristal de 
roche. 



Rayant for 
tement li 
cristal d( 
roche, mais 
moins que 

le corindon. 



Id. 



REFRACTION^ 



Simple. 



Double à un foible 
degré. 



Double à un degré 
noyeu. 



Id. 



Doubleà un foible 
degré. 



Simple. 



Id. 



(1) U existe des diamans de diverse* couleurs que l'on reconnoitra aux mêmes caractères 

Mém. du Mus. 



Durée de 
l'électrici- 
té acquise 
par le frot- 
tement. 



Environ 
unedemi- 
heure, et 

souvent 

moins , 
rarement 

au-delà 

Plusieurs 
heures 



Quelque- 
fois 24 h. 
ou davan 

tage. 

Environ 
une demi 
heure, ra 
renient 
au-delà. 



Electricité 
produite 

par la 
chaleur. 



Nulle. 



Nulle. 



Sensible 
dans celle 

de 
Sibérie 



Nulle. 



Nulle. 



Nulle. 



Id. 



49 



Action. 

sur 
l'aiguille 
aimantée. 



Nulle. 



Nulle. 



Nulle. 



Nulle. 



Nulle 



Nulle. 



Id. 



386 



Minéraux. 



d. Rubis du Brésil, 

Selon quelques - uns 
Kulus balais; variété 
de la topaze. 



e. Grenat Syrien. 
Variété du grenat. 



f. Grenat de Bohême 
e t Grenat de Cey lan 

Autre variété du gre- 
nat. 



ACCIDBNS DE LUMIERE. 



D'un rouge de rose, 
ordinairement un peu 
foible. 



D'un rouge violet ve- 
louté. 



D'un rouge vineux , 
mêlé d'orangé. 



g. Tourmaline. 



Troisième Genre. 
Pierres bleues. 



Pesanteur 

spécifique 



D'un rouge pourpré 
aux Etats-Unis. D'un 
onge de rose an Brésil. 
D'un rouge violet en 
Sibérie , vulgairement 
Sibérite. 



a. Saphir oriental. 
Variété du corindon, 

1). Saphir indigo. 
Autre variété du co- 
rindon. 

c. Béryl , ou Aigue- 

Marine. 
Variété de l'émeraude 



d. Tourmaline des 
Etats-Unis. 



D'un bleu barbot. Re- 
flets laiteux dans quel- 
ques morceaux. 



D'un bleu très-foncé. 



D'un bleu de ciel-clair 



D'un bleu peu intense, 



3,5. 



Jd. 



4,2. 



Id. 



s.,7- 



Rayant for- 
tement le 
cristal de 
roche, mais 
moins que 
le spinclle. 

Rayant mé- 
diocrement 
le cristal de 
roche. 



REFRACTION. 



id. 



Rayant foi- 
blemenl le 

cristal de 
roche. 



Rayant for- 
tement 1 
crislal de 
roche. 



Id. 

Rayant foi 
blement le 
cristal de 
roche. 



Id. 



Double à un degré 
moyen. 



Simple 



Id. 



Double à un degré 
moyen. Dans cer- 
tains morceaux 
l'une des deux ima- 
ges d'une épingle 
vue au iour, paroît 
n'être qu'une om- 
bre, ou même est 
nulle. Mais si l'on 
regarde le soir la 
flamme d'une bon 
gie, elles sont ton 
tes les deux d'une 
intensité sensible 
ment égale. 



Double à un foible 
legré. 



Id. 



Doubleàunfoible 
degré. 



Double ; même re- 
marque à l'égard de 
la double ima 
que pour la tour- 
maline rouge, 2 e . 
genre, g. 



Durée de 
l'électrici 
té acquise 
par le frot- 
tement, 



Electricité 
produite 


Action 
sur 


par la 


l'aiguille 


chaleur. 


aimantée. 


Sensible. 


Nulle. 




Sensible, 
soit dans 


Nulle. 


l'expé- 
rience or- 
dinaire, 
soit par 
lé double 




magné- 




tisme. 


Id. 


Id. 




1 



Sensible. 



Plusieurs 
heures. 



id. 






Nulle 



Id. 



Nulle. 



Sensible. 



Nulle. 



Nulle. 



Id. 



Nulle. 



Nulle. 



Caractères physiques. 



38 7 



e. Saphir d'eau. 
Variété du dichroïte. 

Quatrième Genre. 
Pierres vertes. 



ACC1DENS DE LUMIERE. 



Pesanteur 
spécifique. 



Couleur vue par ré- 
fraction d'un bleu-violet 
ou d'un jaune-brunâtre, 
suivant que le rayon vi- 
suel est dirigé dans un 
sens ou dans l'autre (1). 



a. Emeraude orientale. D'un vert plus 
Variété du corindon. raoin3 obscur. 



b. Emeraude du Pérou. 

*?. Emeraude du Brésil 
ou des Etats-Unis. 

Variété de la tourma- 
line. 



d. Clirysoprase. 



Variété 
agalhe. 



quar 



Cinquième Genre. 
Pierres bleu-verdâtres 



a. Aigue-Marine 

orientale. 
Variété du corindon. 



b. Aigue-Marine de 

Sibérie. 
Variété de l'émeraude. 

Sixième Genre. 
Pierres jaunes. 



D'un vert pur. 



D'un vert tirant sur 
l'obscur. 



Couleur d'un vert- 
pomme ou d'un vert- 
blanchâtre. La pierre 
n'est jamais que trans- 
lucide. 



Eclat très-vif. 



Couleur peu intense. 
Eclat vif. 



a. Topaze orientale. 
Variété du corindon. 

b. Topaze du Brésil. 
Variété de la topaze. 



Jaune de jonquille 
Jaune nuancé de ver- 
dâtre. Eclat très-vif. 



Jaune foncé 
roussâlre. 



jaune- 



2,7- 



4,2. 



2,6. 



4- 

2,6. 



3,5. 



Rayant foi- 
blenient le 
cristal de 
roche. 



Rayant fol- 
lement le 
cristal d, 
roche. 

Rayant foi- 
fa lement le 
cristal de 
roche. 



REFRACTION. 



Durée de 

l'électrici- 
té acquise 
parle frot- 
tement. 



Doubleàunfoible 
degré. 



Unquarl- 
d'heure 
ou moins, 
rarement 
au-delà. 



Id. 



Ne rayant 
pas le cris- 
tal de ro- 
che. Rayant 
médiocre- 
ment le 
verre blanc. 



Rayant for 
tement le 
cristal d 
roche. 

Rayant foj- 
blement le 
cristal de 
roche. 



Rayant for- 
tement le 
cristal de 
roche. 

Rayant for- 
tement le 
cristal de 
roche, mais 
moins que 
le spinelle 



Doubleàunfoible 
degré. 



Double ■ même re 
marque parrapporl 
à la double image, 
que pour la tour- 
maline rouge, 2 
genre , s. 



Doubleàunfoible 
degré. 



Doubleàunfoible 
degré. 



Doubleàunfoible 
degré. 



Double à un degré 
moyen. 



Electricité 
produite 

par la 
chaleur. 



Nulle. 



Nulle. 



Nulle. 



Sensible 



Nulle. 



Action 

sur 

l'aiguille 

aimanté». 



Nulle. 



Nulle. 



Nulle. 



Nulle. 



Nulle. 



Nulle. 



Nulle. 



Nulle. 



Sensible. 



Nulle. 



Nulle. 



Nulle. 



Nulle. 



(i) La couleur bleue a lieu lorsque le rayon visuel est parallèle à l'axe de la forme primitive, qui est tm prisme hexaèdre 
régulier, et la couleur jaune-brunâtre, lorsqu'il est perpendiculaire au même axe. 

49* 



388 



Minéraux. 



e. Aiguë - Marine 

jonquille. 
Variété de l'émeraude 



d. Jargon de Ceylan 
Variété du zircon. 



Septième Genke. 

Pierres jaune-verdâ- 

1res , vert-jaunâtres. 



a. Péridot oriental. 

Variété du corindon. 



b. Chrysobéryl , ou 
Chrysolite orientale. 
Var. delà cymophane. 



c. Béryl, ou Aigue- 
Marine péridot. 

Variété de l'émeraude. 

d. Jargon de Ceylan. 
. Variété du zircon. 



e. Péridot. 



f. Péridot de Ceylan. 
Var. de la tourmaline. 



Huitième Genre. 
Pierres violettes. 



a. Améthyste orien- 
tale. 
Variété du corindon. 



ACCIDENS DE LUMIERE. 



D'un jaune un peu 
ilevé. 



Jaune -souci ; jaune 
foitile , jaune- grisâtre. 
Eclat qui se rapproche 
de l'adamantin. 



Vert-jaunâtre. 



Jaune - verdâtre. Une 
partie des morceaux ont 
des reflets d'un blanc lai- 
teux mêlé de bleuâtre 
Eclat très-vif. 



Jaune - verdâtre , ou 
vert-jaunàtre. Eclat vif. 



Jaune-verdâtre. Eclat 
tirant sur l'adamantin 



Pesanteur 
spécifique. 



Vert-jaunâtre. 



Jaune-verdâtre. 



D'un violet ordinaire- 
ment foible. 



4,4. 



3,8. 



2,6. 



4,4. 



3,4. 



Rayant fai- 
blement le 
cristal de 
roche. 



Rayant mé- 
diocrement 
le cristal de 
roche. 



Rayant for- 
tement h 
cristal d< 
roche. 

Rayant for 
tement 1< 
cristal d< 
roche, à peu 
près com- 
me le corin- 
don. 

Rayant foi- 
blement le 
cristal de 
roche. 

Rayant mé- 
diocrement 
lecrislalde 
roche. 

Ne rayant 
pas le cristal 
de roche et 
rayant foi 
blement le 
verre blanc 

Rayant fai- 
blement le 
cristal de 
roche. 



REFRACTION. 



Rayant for- 
tement le 
cristal de 
roche. 



Double à unfoible 
degré. 

Double à un très- 
haut degré. Elle 
produit souvent 
une séparation sen- 
sible entre les deux 
images des bar- 
reaux d'une fenê- 
tre vus à travers 
la pierre. 



Doubleàunfoible 
degré. 



Double à un degré 
moyen. 



Doubleàunfoible 

degré. 

Double à un très 
haut degré; même 
remarque que pour 
le zircon jaune, 

6°. genre , d. 

Double à un haut 
degré, mais infé- 
rieur à celui qui 
a lieu pour le zir- 
con. 



Durée de 

rèlecîrici- 
tè acquise 
parle frot- 
tement. 



Double; même re. 
marque quepour la 
tourmaline rouge , 
2 e . genre, g. 



Doubleàunfoible 
degré. 



Electricité 

produite 

par la 

chaleur. 



Action 

sur 

l'aiguille 

aimantée. 



Nulle. 



Nulle.. 



Plusieurs 
heures. 



Nulle 



Nulle. 



Nulle. 



Nulle. 



Nulle. 



Sensible. 



Nulle» 

% 

Nulle. 



Nulle. 



Nulle. 



Nulle. 



Nulle.; 



Nulle. 



Sensible. 



Nulle. 



Nulle. 



Caractères physiques. 



89 



ACCIDENS DE LUMIEBE. 



b. Améthyste. 

Var. du quarz-hyalin. 

Neuvième Genre 

Pierres dont la couleur 
est un mélange de 
rouge aurore et de 
brun. 



Pesanteur 
spécifique, 



Dans celle de Sibérie 

et dans celle d'Espagne , 

rarement la couleur est 

épandue uniformément. 



a. Hyacinthe. 
Variété de l'essonite. 



b. Vermeille. 
Variété du grenat. 



c. Hyacinthe zircon- 

nienne(i)? 

d. Tourmaline de 

Ceylan. 

Dixième Genre. 

Pierres caractérisées 
par des reflets par- 
ticuliers. 



a. Astérie. 
Variété du corindon 
Six rayons blanchâtres, 
qui en partant du cen- 
tre font entre eux des 
angles égaux , et qui 
lorsque la coupe du 
morceau est un hexa^ 
gone régulier , tombent 
perpendiculairement 
sur le milieu des cô 
tés (2). 

I. Astérie rubis. 



Couleurvuepar réfrac- 
tion : le rouge ponceau 
lorsque la pierre est éloi 
gnée de l'œil; le jaune 
sans mélange sensible de 
rouge, lorsque la pierre 
est placée très -près de 
l'œil. 

Couleur vue par réfrac- 
tion : le rouge ponceau 
lorsque la pierre est éloi- 
gnée de l'œil ; même cou 
leur plus foible, toujours 
avec une teinte sensible 
de rouge,lorsque la pierre 
est placée très -près d 
l'œil. 

D'un rouge poncpau, 
souvent avec une forte 
teinte de brun. Eclat du 
même genre que l'ada 
mantin. 



D'un brun mêlé 
rouge-aurore. 



de 



Fond rouge. 



2,7. 



3,6. 



4,4. 



4,4. 



Rayant for- 
tement le 
verre blanc 



REFRACTION. 



Durée de 

l'électrici- 
té acquise 
par le frot- 
tement. 



Double à un degré 
moyen. 



Electricité 

produite 

par la 

chaleur. 



unedemi- 

henre au 

plus , sou- 

ven t 

moins. 



Rayant foi» 
blement le 
cristal d 
roche. 



Rayant mé^ 
diocrement 
le cristal de 
roche. 



Rayant mé 
diocrement 
le cristal de 
roche. 

Rayant foi 
bleraent le 
cristal d 
roche. 



Rayant for- 
tement le 
cristal 
roche. 



de 



Simple. 



Simple/ 



Double à un très- 
haut degré j même 
remarque que pour 
le jargon de Ceylan, 
6 e . genre, d. 

Double ; même re 
marque que pour la 
lourmaline rouge, 
2 e . genre, g. 



Nulle. 



Nulle. 



Nulle. 



Nulle. 



Sensible. 



Nulle. 



Action 

sur 

l'aiguille 

aimantée. 



Nulle. 



Sensible , 

mais 

moins 

que dans 

le grenat. 



Sensible., 



Nulle. 



Nulle.; 



Nulle. 



(1) Voyez plus haut, p. 36 1. 

(2) L'astérie provient souvent soit d'un cristal en prisme hexaèdre régulier, soit d'un dodécaèdre composé de deux 
pyramides droites réunies base à base, qui a été coupé perpendiculairement à l'axe, en sorte que quand on laisse subsister 
la figure de la coupe , les rayons de l'étoile sont dirigés comme il a été dit dans la description. 



3go 



Minéraux. Caractères physiques. 



2. Astérie saphir. 

3. Astérie topaze. 

b. Opale. 

Variété du quarz-rési 
nile. Couleurs d'iris. 

i . Opale à flammes. 

2. Opale à paillettes, 

3. Opale jaune. 

c. Girasol oriental. 
Variété du corindon. 
Fond savon eux, d'où 
partent des reflets jau- 
nâtres et bleuâtres. 

d. Pierre de lune, 
Argentine ou œil de 

I poisson. 

Variété du feld-spath. 
Fond blanchâtre , d'où 
partent des reflets d'un 
blanc nacré, ou d'un 
beau bleu céleste. 

e. Pierre du soleil , ou 
Aventurine orien- 
tale. 

Variété du feld-spath. 
Fond d'un jaune d'or 
parsemé de points d'un 
jaune rougeâtre. 

Onzième Genre. 
Pierres opaques , dont 
la couleur varie en- 
tre le bleu et le vert. 



ACC1DEC-S DE LUMIERE. 



Fond bleu. 
Fond jaune. 



Fond Iaiteuxjcouleurs 
disposées par bandes pa- 
rallèles. 

Fond laiteux ; couleurs 
ditribuées par tacbes. 

Fond jaunâtre. 



Ordinairement les re- 
flets sont ibibles. 



Les reflets nacrés sem- 
blent flotter dans l'inté»- 
rieur de la pierre taillée 
en cabochon , lorsqu'on 
la fait mouvoir. 



Eclat très-vif. 



Pesanteur 
spécifique. 



2,1. 



4. 



2,5. 



2,6. 



Rayant légè 

remeut le 

verre blanc. 



Rayant fo 
tement le 
cristal A 
roche. 



Rayant très- 
légèrement 
le cristal de 
roche , et 
médiocre- 
ment le 
verre blanc. 



Rayantlégè- 
rement le 
cristal de 
roche. 



2,4. 



a. Turquoise de la 

vieille roelie. 
D'une nature pierreuse; 
vue le soir à la lu- 
mière d'une bougie, 
elle y conserve le ton 
de sa couleur. 

b. Turquoise de la 
nouvelle roche. 

D'une nature osseuse. 
Si ou la regarde le soir 
à la lumière d'une 
bougie , surtout en la 
plaçanlprès delà flam- 
me, ses couleurs s'al- 
lèrent et prennent une 
teinte sale. Sa surface 
est quelquefois mar- 
quée de veines d'une 
couleur plus pâle que 
celle du fond. 

(i) Elle a duré plus de quinze heures , dans un de ceux que j'ai soumis à 



D'un bleu céleste. 
D'un vert céladon. 



D'un bleu-foncé. 
D'un bleu-clair. 
D'un vert-bleuâtre. 



3. 



KEFRACTION. 



Doubleà un foible 
degré. 



Durée de 

l'électrici- 
té acquise 
parle fiot 
tement. 



Ne rayant 
pas ou que 
très - légi 
remeut 1^ 

verre blanc. 



Ne rayant 

pas le verre; 
blanc. 



Elle ne 

'élec Irise 

pas, à 

moins 

qu'elle ne 

soit isolée 



Une par- 
tie d^s 

morceaux 
s'électri- 

sent sans 
être iso- 
lés , et 

quelques- 
uns con- 
servent 

leurvertu 
pendant 

plusieurs 

heures(r). 

l'expérience. 



Electricité 

produite 

par la 

chaleur. 




Nulle. 



Nulle. 



Nulle. 



Nulle. 



Nulle. 



Nulle., 



Nulle.; 



Nulle. 



Nulle. 



Nulle. 



Nulle; 



Nulle. 



3gi 

CONSIDÉRATIONS 

NOUVELLES ET GÉNÉRALES . 

SUR LES INSECTES VIVANT EN SOCIÉTÉ. 

PAR P. A. LATREILLE (i). 



ûi les moyens que plusieurs animaux solitaires mettent en 
usage pour leur conservation et celle de leurs races , nous 
inspirent déjà un sentiment de surprise et souvent d'admira- 
tion par leur simplicité, leur variété et surtout par leur ap- 
propriation au but qui en est l'objet, combien doivent nous 
intéresser davantage les animaux qui vivent réunis en corps 
de société , soumis à une sorte de police et de gouverne- 
ment qu'on a qualifié du nom de république. Lorsqu'après 
avoir étudié les habitudes des premiers nous observons les 
mœurs des autres, il semble que nous nous soyons trans- 
portés du séjour d'une peuplade grossière de sauvages au sein 
d'un grand empire. Au lieu de quelques huttes éparses, nous 
trouvons des cités populeuses bâties sur le plan le plus ré- 
gulier , divisées avec un ordre merveilleux pour la plus 
grande commodité des habitans, dans lesquelles la moindre 
portion de terrein est employée de la manière la plus utile, 
où tout enfin est prévu avec cette sagesse digne du Grand 
Maître qui a dirigé les travaux ; c'est, pour me servir de la 

(1) Discours lu à la séance publique de l'Académie des Se, le 17 mars 1817. 



'Î92 Insectes 

comparaison de Bonnet , la cabane de Robinson mise en 
parallèle avec les monumens de Rome. 

Quel est celui de nous qui, après avoir lu l'histoire de ces 
animaux singuliers connus sous le nom de castors , dont la 
nature a fait des ingénieurs-hydrauliques et des architectes , 
n'a désiré de pouvoir jouir par ses propres yeux du spectacle 
de leur vie sociale. Ce plaisir est refusé à nos pays où 
l'homme est seul le maître. Soit que notre tyrannie retienne 
leur instinct captif ou l'ait dégradé, soit plutôt que réduits 
dans les lieux qu'ils habitent, à un petit nombre d'individus 
persécutés, ils se voient dans l'impuissance d'exécuter des 
entreprises qui exigent du repos et de la liberté , les castors 
de nos climats restent dans l'inaction , et bornent toute leur 
industrie à éviter les regards et les poursuites de l'homme. 

Mais dans nos contrées mêmes, dépouillées de ces grandes 
peuplades , la nature pour qui sait la connoître a ménagé 
des sujets d'observations analogues, dans des familles que nous 
avons conservées parce quelles nous étoient utiles, ou qui 
par leur multiplicité et le nombre des individus qui les com- 
posent , se dérobent à notre pouvoir. Partout s'offrent à nos 
regards des sociétés d'animaux dont les ouvrages quoique 
moins irnposans , à raison de la petitesse des ouvriers , n'en 
sont pas moins propres à piquer notre curiosité , et dont 
notre intérêt même nous commande l'observation. Je veux 
parler des termes, des fourmis, des guêpes, des bourdons et 
des abeilles. L'étude de ces insectes exerce depuis long- 
temps la patience et la sagacité des naturalistes ; elle a été 
pour Swammerdam , Réaumur , Degéer , Bonnet et les Hu~ 
bert, un vaste champ de découvertes, et ce champ est bien 



VIVANT EN SOCIÉTÉ. 3q3 

loin d'être épuisé. L'observation et la critique ont fait con- 
noitre les véritables merveilles de l'histoire de ces insectes, et 
si elle a perdu les faux ornemens qu'elle avoit reçus de ses 
romanciers , elle s'est vue enrichie de faits inconnus aux an- 
ciens, et dont quelques-uns même sont si extraordinaires 
qu'on seroit tenté de les prendre pour des fictions. Aucune 
classe du règne animal ne manifeste avec tant d'éclat et de 
tant de manières 4a sagesse infinie de l'Auteur de la nature; 
et comment , en effet , sans des précautions multipliées , 
auroit-il pu garantir l'existence d'êtres aussi foibles et envi- 
ronnés d'un si grand nombre d'ennemis ? 

' Après avoir long-temps médité sur l'histoire des Insectes 
qui vivent en société , il m'a paru que les faits dont elle se 
compose dérivoient de quelques lois générales et dont les 
naturalistes , dans la persuasion peut-être qu'elles se ratta- 
choient à une question trop obscure, celle des causes finales, 
ont négligé la recherche. Mais sans courir les risques de 
s'égarer dans un labyrinthe d'hypothèses , ne peut-on pas 
essayer d'analyser ces faits, de les réduire à quelques vérités 
principales et d'en découvrir l'enchaînement et la subordina- 
tion ? J'ai pensé que ce travail ne trouveroit point de con- 
tradicteurs , et que , dans la supposition même que la phi- 
losophie de la science n'en retirât aucun avantage, l'historien 
de la nature y puiseroit des secours pour donner à sa narra- 
tion plus de méthode et de clarté 

Quoique les travaux des insectes paroissent annoncer une 
industrie dont les animaux des classes supérieures nous of- 
frent peu d'exemples, je suis cependant bien éloigné de les 
comparer à eux, sous le rapport des facultés intellectuelles^ 

Mém. du Muséum, t. 3. 5o 



3g4 Insectes 

et de leur prêter ces combinaisons d'idées et ces jugemens 
qu'une organisation beaucoup plus parfaite et plus compli- 
quée permet à d'autres animaux. Les insectes ont en nais- 
sant toutes les connoissances qu'exige leur destination et qui se 
composent d'un certain nombre d'idées relatives à leurs be- 
soins et à l'emploi de leurs organes. Le cercle de leurs actions 
est tracé ; ils ne peuvent le franchir. Cette disposition natu- 
relle qui les rend propres à exécuter d'une manière déter- 
minée et constante ce qui est nécessaire au maintien de leur 
vie et à la propagation de leur race , est ce que j'appelle 
instinct. Ils ne pouvoieut avoir de meilleur guide. Trop pas- 
sagers sur la scène de la nature, ils n'avoient ni le temps de 
délibérer ni celui de profiter des leçons de l'expérience; tout 
faux calcul eut compromis le sort de leur postérité. 

L'abeille vient à peine de naître, qu'elle se met déjà au 
travail ; qu'elle montre les talens de l'artiste le plus expéri- 
menté; qu'elle exécute dans les proportions les plus exactes 
et les plus régulières , sans avoir aucun modèle , sans la 
moindre hésitation , un ouvrage qui suppose les calculs d'une 
haute géométrie , et dont un habile mécanicien ne pourroit 
venir à bout qu'après de longs tâtonnemens et avec des ins- 
trumens dont l'abeille est dépourvue. En les accordant même 
à cet insecte , il lui seroit impossible de construire d'avance 
ses alvéoles dans des proportions convenables au nombre de 
la population future qu'elle ne prévoit pas, et de donner aux 
alvéoles qui doivent renfermer le couvain des mâles et des fe- 
melles, la grandeur requise pour ces individus qui n'existent 
pas encore. Mais la nature a été le précepteur de l'abeille et 
l'a formée géomètre. Ne voyons-nous pas aussi parmi les 



VIVANT EN SOCIÉTÉ. 3q5 

hommes mêmes des individus qui naissent avec des disposi- 
tions heureuses pour les arts mécaniques , et y excellent , 
sans avoir eu de maître. Les idées les plus justes et les plus 
ingénieuses qui sont d'ordinaire le fruit de la méditation et 
de l'enseignement, se présentent, avec vivacité et sans efforts, 
à leur esprit ; l'instinct le plus parfait des insectes n'est que 
ce don accidentel de la nature , converti en habitude néces- 
saire, persévérante , et se perpétuant de race en race. 

Aux causes habituelles et stimulantes de ce penchant, telles 
que l'impression qu'excitent sur les sens les objets extérieurs, 
la faim, le désir de se reproduire, il faut ajouter un senti- 
ment prédominant, celui de la conservation de la postérité. 
Pourquoi l'abeille neutre, à laquelle la maternité est inter- 
dite , étant mise dès l'instant de sa naissance dans une ruche 
neuve , travaille-t-elle aussitôt à la construction de ses 
rayons ? Si ce n'étoit que pour sa propre nourriture , seroit- 
il nécessaire qu'elle se livrât à des travaux aussi longs et aussi 
pénibles ? et alors pourquoi se laisseroit-elle mourir de faim 
lorsqu'elle est privée de cette reine qui doit propager sa 
race? Qui peut lui inspirer ces soins si détaillés , si attentifs? 
Pourquoi les femelles des insectes , lors même qu'elles ont 
vécu isolées et solitaires , déposent-elles leurs œufs avant 
de terminer leur vie ? N'est-ce pas l'effet d'une impulsion in- 
térieure ou d'un sentiment maternel auquel ces animaux 
sont forcés d'obéir ? 

Les premiers naturalistes, pénétrés d'une sorte de respect 
pour l'industrieuse société des abeilles , et envisageant aussi 
son utilité , lui donnèrent la première place dans leurs clas- 
sifications méthodiques des insectes; mais, à cet égard, l'or- 

5o* 



3q6 Insectes 

ganisation intérieure est le caractère essentiel sur lequel nous 
devons nous régler : le don plus ou moins étendu de l'ins- 
tinct seroit un indice peu fidèle. Parmi les abeilles elles- 
mêmes , on trouve plusieurs espèces qui bien qu'extrême- 
ment rapprochées par leur organisation de l'abeille commune, 
mais vivant solitaires , lui sont extrêmement inférieures sous 
le raport de l'instinct. La perfection de cette qualité est donc 
en quelque sorte accessoire à l'organisation de l'animal. 
Ainsi le castor, quoique plus industrieux que les quadru- 
manes et les mammifères carnassiers , est bien au-dessous 
d'eux quant à l'organisation. 

On voit souvent des insectes rassemblés en grande quan- 
tité dans le même lieu; mais si leur conservation individuelle 
est le seul motif de leur réunion , s'ils ne sont là que paFce 
qu'ils y ont trouvé avec plus d'abondance des alimens qui 
leur sont communs, un abri où ils sont moins exposés , soit 
aux intempéries des saisons, soit aux attaques de leurs enne- 
mis , ces réunions accidentelles ne peuvent être considérées 
comme des sociétés proprement dites. Certaines chenilles , 
qu'on a désignées sous le nom de communes, de procession- 
naires, etc. , déjà rapprochées les unes des autres lorsqu'elles 
étoient sous la forme d'œufs, filent de concert une toile qui, 
semblable à un hamac ou à une tente , leur sert d'habita- 
tion jusqu'à leur dernière métamorphose. Mais ces travaux 
n'ont trait qu'à leur propre existence ; elles ne s'occupent que 
d'elles-mêmes ; point de famille à élever ; point de peines ni 
de soucis au sujet des générations auxquelles elles donne- 
ront un jour naissance. « Il règne parmi elles, dit Bonnet, 
» la plus parfaite égalité ; nulle distinction de sexe et presque 



VIVANT EN SOCIETE. 3g') 

y> nulle distinction de grandeur ; toutes se ressemblent ; 
3) toutes ont la même part aux travaux; toutes ne composent 
» proprement qu'une seule famille issue de la même mère. » 
Cette société temporaire est dissoute dès le moment que ces 
chenilles passent à l'état de chrysalides ; tout rentre alors 
dans l'inertie , et dans un isolement absolu. 

Il n'en est pas ainsi des sociétés dont je vais vous entre- 
tenir; elles se distinguent éminemment des précédentes non- 
seulement à raison des différences très-remarquables que 
l'on observe dans les formes extérieures des individus quiles 
composent , mais encore par les institutions qui les gouver- 
nent. Leur fin principale est l'éducation des petits, et ceux- 
même qui sous la forme de nymphes n'auront plus besoin de 
nourriture , trouveront dans des sentinelles actives et vigi- 
lantes, de prévoyans défenseurs contre les dangers qui me- 
nacent leur existence. 

A l'époque où cette éducation est achevée, ces associations 
nous offrent trois sortes d'individus parfaits ou jouissant de 
toutes leurs facultés, des mâles i des femelles, et des indi- 
vidus du même sexe , mais nuls pour la reproduction. On a 
désigné ces derniers sous les noms de neutres , de mulets 3 
d'ouvriers et même sous celui de soldats, comme dans les 
termes. La dénomination d'ouvrier employée le plus souvent 
est équivoque , puisque les guêpes et les bourdons femelles 
sont aussi laborieux que ces individus ; celle de neutre me 
semble donc préférable. 

Ces sociétés sont temporaires ou continues. Temporaires, 
elles doivent leur origine à une femelle qui sans aides, ou 
abandonnée à ses propres moyens , jette les fondemens de la 



3g8 Insectes 

colonie et trouve bientôt des auxiliaires dans les neutres 
qu'elle commence par mettre au monde. Telles sont les so- 
ciétés des guêpes et des bourdons; mais celles qui sont con- 
tinues nous offrent en tout temps des neutres. Tantôt, ainsi 
que parmi les fourmis et les abeilles , ils sont chargés exclu- 
sivement de tous les travaux et des soins de la famille; tantôt 
ils n'ont d'autres fonctions que de veiller à la défense de la 
communauté, et peut-être à la conservation des germes de 
la race , comme dans les termes. 

Les contrées situées entre les Tropiques, sont celles, en 
général , où la nature a le plus d'énergie et où ces réunions 
d'insectes sont plus multipliées et plus redoutables. L'action 
qu'exercent sur les substances animales et végétales les in- 
sectes qui vivent isolés ou solitaires , est ordinairement lente 
et ses effets ne sont sensibles qu'au bout d'un temps , quelque- 
fois assez long ; mais que ces animaux soient rassemblés dans 
le même lieu, en grandes corporations, qu'ils forment, comme 
les termes et les fourmis, des légions innombrables, bientôt > 
malgré leur petitesse, ils dévoreront et feront disparoître tous 
les corps organisés qu'ils trouveront privés de vie. Le but de 
l'Auteur de la nature , en établissant de telles sociétés d'in- 
sectes, paroît donc avoir été d'augmenter l'énergie de cette 
force active et réactive qui maintient l'équilibre parmi les 
êtres et qui par des créations et des destructions continuelles 
rajeunit sans cesse sur notre globe la matière organisée. Si 
les régions voisines de l'Equateur développent des produc- 
tions plus nombreuses, le nombre des agens destructeurs, 
par une juste compensation , y est aussi bien plus consi- 
dérable. Des millions de fourmis , de termes , travaillent 



VIVANT EN SOCIÉTÉ. 899 

sans cesse à purger la surface du sol des cadavres par lesquels 
l'air seroit bientôt corrompu; et tels sont leur voracité et 
leur nombre que souvent en une journée ces armées d'in- 
sectes-vautours ont dévoré les chairs d'un quadrupède co- 
lossal. A leur tour ils deviennent la pâture d'une infinité 
d'oiseaux, de reptiles, de quadrupèdes, sans parler des en- 
nemis que leur oppose la classe d'animaux dont ils font eux- 
mêmes partie. 

Les femelles des insectes sociaux sont d'une fécondité 
prodigieuse. Réaumur évalue à douze mille le nombre des 
œufs que l'abeille domestique pond au printemps dans l'es- 
pace de vingt jours. Mais cette fécondité est bien inférieure 
à celle des termes du même sexe. Leur ventre à l'époque 
de la ponte est tellement distendu , à raison du nombre des 
œufs dont il est rempli , que cette partie est alors, suivant 
Sméathman , quinze cents ou deux mille fois plus grosse que 
le reste de leur corps; son volume est vingt ou trente mille 
fois plus grand que celui du ventre du neutre ; enfin, le 
nombre des œufs que la femelle peut pondre dans l'espace 
d'un jour, s'élève au-delà de quatre-vingt mille. Or, cette 
excessive fécondité des insectes vivant en société et la nature 
des alimens dont leurs petits se nourrissent , me paroissent 
établir la nécessité de l'existence d'une troisième sorte d'in- 
dividus ou des neutres, qui n'aient de la maternité que les 
affections sans faculté reproductive. 

Tous ces insectes , à l'exception des termes , sont du 
nombre de ceux qui subissent des métamorphoses com- 
plètes, et qui dans leur premier âge ont la forme d'un ver- 
misseau, très-mou, sans pieds, dont la bouche est si petite 



4oo Insectes 

qu'elle est à peine visible , incapable en un mot de pouvoir 
par lui-même suffire à ses besoins. D'ailleurs vainement cher- 
cheroit-il à se procurer sa nourriture, puisqu'elle consiste en 
matières animales ou végétales, ayant subi une préparation 
digestive. Il est certain que, dans cet état de choses, des se- 
cours presque journaliers leur sont indispensables. Gomment 
les mères , si elles eussent été seules , auroient-elles eu le 
temps et la force de rassembler des magasins de vivres pour 
une famille aussi nombreuse ? Ces provisions, celles du moins 
qui auroient été recueillies les premières , auroient-elles pu 
se conserver jusqu'au temps où les petits viendroient à 
éclore? Si nous prolongeons au-delà de ce terme l'existence 
de ces mères et si nous leur confions- l'éducation de leurs en-* 
fans, les difficultés croîtront encore; trouveront-elles chaque 
jour, surtout dans les temps pluvieux, la quantité d'alimens 
nécessaire? supposant même qu'elles s'en procurent en aboi"H 
dance, auront-elles le temps de les distribuer à chaque petit? 
Comment pourroient-elles aussi veiller sur eux et les préser- 
ver du nombre infini de périls qui les menacent ? Il n'en 
est pas ainsi des insectes solitaires, Leur famille peu nom- 
breuse , isolée, cachée, n'occupant qu'un très-petit espace, 
peut aisément se soustraire aux recherches de ses ennemis. 
Mais les insectes réunis en grand nombre dans le même nid, 
ont plus de chances défavorables à courir. N'avons-nous pas 
été souvent touchés de la sollicitude des fourmis neutres pour 
leur famille lorsque leur habitation éprouve quelque dé- 
sordre ? Observez-les surtout au moment où la pluie pénétrant 
Ja terre en trop grande abondance peut atteindre les galeries 
pu les petits S'ont déposés \ voyez avec quelle vivacité elles 



VIVANT EN SOCIÉTÉ. 4 01 

les saisissent et les transportent à déplus grandes profondeurs; 
l'orage a-t-il cessé et le soleil a-t-il séché leur asile, considérez 
avec quel soin attentif elles les rapportent au faîte de l'édifice, 
pour les exposer à l'influence d'une bienfaisante chaleur. 

La conservation de ces animaux et la prospérité de leur fa- 
mille ne pouvoient donc être assurées que par l'établissement 
d'un ordre particulier et nombreux d'individus qui sup- 
pléassent aux fonctions des mères et qui n'en eussent même 
que les sentimens et les affections. La nature, en formant ici 
des neutres, s'est vue contrainte de s'écarter de ses lois or- 
dinaires , pour que son ouvrage subsistât , et sa prévoyance 
a modifié ses ressources selon les circonstances où les êtres 
dévoient être placés. Par exemple, elle a suivi un autre plan 
à l'égard des termes dont les jeunes individus n'ont point 
cette foible enfance , et ne diffèrent de ceux qui sont adultes 
que par une taille plus petite , l'absence ou la brièveté des 
ailes et quelques autres particularités peu importantes. Alors 
les neutres, justement appelés soldats, ont une grande tête, de 
fortes mâchoires [mandibules^] agissant en manière de pinces, 
et ne composent guère que la centième partie de la population ; 
ils en sont simplement les vedettes et les défenseurs. Les autres 
individus , jusqu'au moment où leurs organes sont entière- 
ment développés, demeurent exclusivement chargés de tous 
les travaux intérieurs. Encore délicats et sans défense, ils 
ont seulement besoin d'être garantis de l'impression trop 
forte de la chaleur , et des attaques des ennemis qui pour- 
roient s'introduire dans leur habitation. En travaillant à cou- 
vert et dans des galeries souterraines , ils évitent le premier 
de ces dangers ; les neutres armés les préviennent contre le 

Mém. du Muséum, t. 3. 5i 



4o2 Insectes 

second , et la société se maintient par cette réciprocité de 
services. Une activité commune à tous les membres de la 
population distingue ainsi la société des termes, qui sont un 
des plus terribles agens de destruction des contrées équato- 
riales. Comme ils ne travaillent que dans leur enfance , 
et qu'à cet âge ils sont privés d'ailes ou n'en ont que les ru- 
dimens, ils ressemblent alors beaucoup par leurs habitudes 
aux fourmis. Cependant leur pullulation étant bien plus 
grande , ils construisent des habitations plus vastes , plus 
solides, et comme leurs besoins sont plus grands, leur force 
destructive est aussi plus puissante. On peut d'autant moins 
s'opposer à leurs invasions qu'ils agissent dans les ténèbres et 
qu'ils échappent ainsi aux regards de l'homme et à sa vengeance. 

L'historien de ces insectes , Smeathman , n'a pas connu 
leurs nymphes ; les individus qu'il semble considérer comme 
tels sont des neutres , ce sont ceux qui défendent l'habita- 
tion ; et les individus qu'il appelle ouvriers ne sont que les 
termes dans leur premier âge, ou en forme de larves. Ces in- 
sectes ne subissent point leur dernière métamorphose à la 
même époque. Les individus moins avancés recueillent les 
femelles qui ont été fécondées, et prennent soin des œufs. Les 
termes forment donc, sous tous les rapports , "une société très- 
distincte de celles des fourmis, des guêpes, des bourdons et 
des abeilles 3 insectes qui subissent tous une métamorphose 
parfaite. Ces dernières sociétés , d'après la considération des 
organes du mouvement, sont établies sur trois modèles. 

Dans l'une, telle que celle des fourmis, les neutres sont 
dépourvus d'ailes, et n'ont pour la confection de leurs tra- 
vaux d'autres instrumens que les parties de la bouche. 



VIVANT EN SOCIÉTÉ. 4°^ 

Tous les individus des autres sociétés ont des ailes; mais 
les guêpes ne sont pas mieux partagées que les fourmis à 
l'égard des moyens directement propres à l'exécution de 
leurs ouvrages. Il n'en est pas ainsi des bourdons et des 
abeilles : les jambes et les tarses de leurs pattes postérieures 
ont une forme particulière qui leur permet de récolter le 
pollen des fleurs. Ces insectes ont en outre des organes desti- 
nés uniquement à élaborer et à sécréter le miel et la cire. 
Ainsi que parmi les guêpes, la femelle fait partie intégrante 
de la société, tout le temps qu'elle subsiste; les femelles des 
guêpes et celles des bourdons commencent même l'établisse- 
ment , et sont fondatrices en même temps que reines. 

Ces différences organiques ont une grande influence sur 
l'instinct de ces insectes ; car la perfection de leurs ouvrages 
est proportionnée à leurs moyens. 

Privées d'ailes, les fourmis neutres vivent à terre ou s'éta- 
blissent dans les fentes des murs et des arbres , à peu d'élé- 
vation au-dessus du sol. Celles qui construisent des habita- 
tions emploient un temps considérable à charrier les maté- 
riaux qui doivent les composer; aussi se contentent-elles de 
les rapprocher et d'y pratiquer diverses routes, conduisant 
au séjour de la famille qu'elles élèvent. Tous leurs ou- 
vrages sont d'une construction rustique et très- simple. 
Les guêpes , les bourdons et les abeilles , auxquels les or- 
ganes du vol donnent la facilité de s'éloigner rapidement et 
à de grandes distances de leur domicile , et d'y revenir avec 
autant de célérité , après avoir récolté les matières de leur 
choix , sont plus favorisés dans leurs travaux. Leurs produits 
sont connus et l'objet de notre admiration. Mais l'observa- 

5i» 



4-04 INSECTES 

tion suivante me paroît avoir échappé aux historiens de ces 
animaux. De toutes les substances qu'il leur est possible 
de mettre en œuvre , celles qu'ils préfèrent sont les plus 
propres à la construction d'un édifice , qui , suspendu dans 
les airs, soit, sous un volume donné, le mieux distribué pour 
le nombre de la population, le moins pesant et le plus so- 
lide , relativement à la durée de la société. Ainsi les nids des 
guêpes sont de carton ou d'un papier très-épais , dans la 
construction duquel domine la matière ligneuse. L'abeille 
sait recueillir et préparer une substance résineuse , suscep- 
tible par sa ductilité d'être réduite en lames très-minces , 
d'être façonnée au gré de l'animal , en un mot , la cire , ma- 
tière pareillement résistante et légère, dont l'abeille est seule 
le fabricant. L'entrée des pièces qui composent l'édifice est 
tantôt verticale, tantôt horizontale, mais toujours inférieure, 
ce qui met leurs habitans à l'abri de la pluie, lors même que 
des murs solides ne les protègent pas. 

L'abeille est de tous ces insectes celui dont l'instinct est 
le plus parfait, le seul qui n'ait point d'habitudes carnas- 
sières , et son existence est un bienfait de la nature; les autres 
sont nés pour la destruction ; elle semble au contraire être 
faite pour assurer la fécondation des végétaux , en transpor- 
tant des uns aux autres le pollen de leurs fleurs que les vents 
seuls n'auroient pas aussi certainement propagé. Elle a, seule, 
une brosse et une corbeille pour recueillir ce pollen, une es- 
pèce de siphon pour puiser le miel , et des organes spéciaux 
etintérieursoùilestreçu, où il s'élabore et se convertit en cire. 
Les rayons qu'elle construit sont disposés sur un plan vertical 
et garnis, de deux côtés, d'alvéoles, tandis que ceux des 



VIVANT EN SOCIÉTÉ. 4°^ 

guêpes sont toujours horizontaux et n'offrent qu'un seul 
rang de cellules. La société des guêpes est temporaire ; celle 
des abeilles ,' dont le régime est d'ailleurs monarchique , est 
durable et ne cesse que par des circonstances accidentelles. 
Notre abeille domestique peut s'acclimater partout ; elle 
brave les froids de la Sibérie comme les chaleurs de la zone 
torride, où les Européens l'ont transportée. 

Quoique l'instinct de ces insectes soit assujéti à une marche 
uniforme , il est cependant des cas extraordinaires, où, pour 
le salut de leur race, ils varient leur procédés. L'Auteur de 
la nature a prévu ces circonstances particulières, et a permis 
à l'instinct de se modifier avec elles autant qu'il le falloit pour 
la permanence des sociétés qu'il avoit formées. C'est ainsi que 
pour réparer la perte des abeilles femelles , l'unique espoir 
de leurs sociétés , il apprend aux abeilles neutres à transfor- 
mer la larve d'un individu de leur caste , qui n'est pas âgée 
de plus de trois jours , en une larve de reine ou de femelle ; 
c'est ainsi encore que cette espèce d'abeille solitaire ( osmie 
du pavot) qui revêt l'intérieur de l'habitation de ses petils 
d'une tenture formée de morceaux arrondis de pétales de 
coquelicot , emploie au même usage , lorsqu'elle en est dé- 
pourvue, les pétales de fleurs de navette : il est évident que 
dans cette occasion le sentiment intérieur qui la guide se 
plie à la nécessité. 

Les sociétés dont nous avons parlé jusqu'ici sont toutes 
composées d'individus de la même espèce 5 mais deux 
sortes de fourmis , que l'on désigne par les dénominations 
de roussâtre et de sanguine, nous présentent, à cet égard, 
ïin fait bien étrange , dont l'observation est due à M. Hu- 



4o6 Insectes 

bert fils. Les sociétés de ces insectes sont mixtes ; on y trouve, 
outre les trois sortes d'individus ordinaires, des neutres pro- 
venus d'une ou même de deux autres espèces de fourmis, 
enlevés de leurs foyers sous la forme de larves ou de 
nymphes. Les neutres de l'espèce roussâtre composent un 
peuple de guerriers, et de là viennent les noms d'amazones , 
de légionnaires, sous lesquels M. Hubert les a désignés. Vers 
le moment où la chaleur du jour commence à décliner, si 
le temps est favorable, et régulièrement à la même heure, 
du moins pendant plusieurs jours consécutifs , ces fourmis 
quittent leurs nids, s'avancent sur une colonne serrée et plus 
ou moins nombreuse suivant la population , se dirigent jus- 
qu'à la fourmilière qu'elles veulent envahir , y pénètrent 
malgré la résistance des propriétaires , saisissent avec leurs 
mâchoires les larves ou les nymphes des fourmis neutres de 
l'habitation et les transportent en suivant le même ordre 
dans leur propre domicile. D'autres fourmis neutres de l'es- 
pèce conquise, nées parmi ces guerriers, et autrefois arrachées 
aussi dans l'état de larves à leur terre natale prennent soin 
des larves nouvellement apportées , ainsi que de la postérité 
même de leurs ravisseurs. Ces fourmis étrangères que M. Hu- 
bert compare à des nègres esclaves et à des ilotes , appartien- 
nent aux espèces que j'ai désignées dans mon histoire de 
ces insectes, sous les noms de noir-cendrée et de mineuse. 
Les fourmis amazones s'emparent indistinctement de l'une 
ou de l'autre. J'avois été témoin en 1802 d'une de leurs ex- 
cursions militaires. L'armée traversoit une de nos grandes 
routes, dont elle couvroit la largeur sur un front d'environ 
deux pieds. J'attribuois ces mouvemens à une émigration 



VIVANT EN SOCIÉTÉ. 4°7 

forcée. Cependant d'après la forme de cette espèce, j'âvois 
déjà soupçonné, avant que M. Hubert en publiât l'histoire, 
qu'elle avoit des habitudes particulières. J'ai depuis trouvé 
cette fourmi dans les bois des environs de Paris, et tous les 
faits avancés par ce naturaliste ont été vérifiés. J'essaierai ici 
d'en donner une explication et de prouver qu'ils sont en har- 
monie avec d'autres lois déjà connues. Les fourmis neutres 
enlevées par les guerriers de la fourmi amazone ne sont 
qu'expatriées, et leur condition n'éprouve aucun changement. 
Toujours libres, toujours destinées aux mêmes services, elles 
retrouvent dans une autre famille des objets qui les auroient 
attachées à la leur, et même des petits de leur propre espèce; 
elles les élèvent ainsi que ceux de leurs conquérans. Ne 
voyons-nous pas plusieurs de nos oiseaux domestiques nous 
donner l'exemple de pareilles adoptions, et se méprendre dans 
l'objet de leur tendresse maternelle ? Les fourmis neutres 
ne sont donc ni des esclaves ni des ilotes. Afin de diminuer 
certaines races et en propager d'autres , la nature , toujours 
fidèle à son système d'actions et de réactions, a voulu que 
plusieurs animaux vécussent aux dépens de quelques autres. 
Les insectes dont les espèces sont si multipliées , nous en 
fournissent une infinité de preuves. C'est ainsi que dans la 
famille des abeilles, celles qui forment le genre des nomades, 
vont déposer leurs oeufs dans les nids que d'autres abeilles 
ont préparés à leurs petits , et les provisions que celles-ci 
avoient rassemblées deviennent la proie de la postérité des 
nomades. Ces sortes de larcins eussent été insuflisans à des 
insectes qui, comme les fourmis amazones, sont réunis en 
grandes corporations; les vivres auroient bientôt été épuisés, 



4o8 Insectes 

Il n'y avoit de remède sûr que de s'approprier ceux qui les 
récoltent, et de profiter non-seulement de leurs labeurs d'un 
jour mais de ceux de toute leur vie. Au surplus , il étoit 
physiquement impossible aux fourmis amazones, d'après la 
forme de leurs mâchoires et des parties accessoires de leur 
bouche , de préparer des habitations à leur famille , de lui 
procurer des alimens et de la nourrir. Leurs grandes mâ- 
choires , en forme de crochets , annoncent qu'elles ne sont 
destinées qu'au combat. Leurs sociétés sont peu répandues, 
au lieu que celles des fourmis noir-cendrées et mineuses sont 
très-abondantes dans notre climat. Par leurs habitudes para- 
sites , ces fourmis amazones mettent un obstacle à la trop 
grande propagation des dernières, et l'équilibre est rétabli. 

Les fourmis sanguines , assez rares en France , très-rap- 
prochées , quant à leurs organes et leur amour du travail, des 
fourmis communes , sembleroient devoir se passer d'auxi- 
liaires. Aussi ne se livrent-elles à ces déprédations que dans 
une extrême nécessité. M. Hubert remarque qu'elles n'atta- 
quent que cinq ou six fois dans un été les fourmis noir- 
cendrées, et qu'elles en emportent beaucoup moins d'indi- 
vidus que les fourmis amazones. Celles-ci sont presque tou- 
jours en course dans l'été lorsque le temps est beau. Les 
précédentes étant très-carnassières , presque toujours oc- 
cupées de chasse , sortant souvent ensemble afin de se prêter 
des secours dans le danger , seroient obligées de laisser leur 
famille sans défense; elles chargent de ce soin les fourmis 
noir-cendrées, qu'elles ont associées à leurs travaux. Mais les 
fourmis sanguines se procurent encore , et par des procédés 
également violens, d'autres auxiliaires, les neutres des four- 



VIVANT EN SOCIÉTÉ. 4°9 

mis mineuses ; leur société offre ainsi trois sortes de neutres , 
dont deux étrangères. 

On a soupçonné , d'après des observations relatives aux 
abeilles et rapportées plus haut , que les individus neutres 
tiroient leur origine de femelles imparfaites , sous le rapport 
des facultés génératrices , et qui auroient formé, par voie de 
génération , avec le laps du temps , une race particulière et 
constante. Mais je crois avoir prouvé que le régime politique 
des insectes sociaux émanoit d'un plan général, complet, par- 
faitement ordonné, et que l'existence des neutres étoit liée au 
maintien de cet état de choses. Nous avons vu encore qu'une 
impérieuse nécessité maîtrisoit toutes leurs actions. Tout 
changement dans leur manière de vivre est donc impossible, 
d'autant plus que ces animaux , à l'exception des abeilles , ne 
sont point du nombre de ceux que l'homme a fait entrer 
dans son domaine, et dont il peut modifier, jusque dans de 
certaines limites, les propriétés. Si on ne veut point admettre 
un plan primitif, que l'on me dise d'où proviennent ces dif- 
férences extérieures et si frappantes que l'on remarque entre 
les neutres et les femelles capables de se reproduire ; celles, 
par exemple, que nous offrent comparativement les pieds et 
les mâchoires des abeilles, le thorax des fourmis, la tête des 
termes, etc. Que l'on m'explique l'origine de plusieurs ha- 
bitudes de ces insectes et de quelques lois si extraordinaires 
de leur gouvernement; par exemple cette proscription gé- 
nérale à laquelle sont voués les mâles des abeilles , devenus 
inutiles 5 et les larves et les nymphes des guêpes qui n'ont pu 
se développer avant l'arrivée des mauvais temps. Gomment 
encore les fourmis amazones ont-elles pu acquérir ce tact si 
Mém. du Muséum, t. 3. 5a 



4io Insectes vivant en société. 

fin, par lequel elles discernent, toujours sans erreur, les larves 
et les nymphes des fourmis neutres, qu'elles enlèvent pour 
la prospérité de leur propre race? Quoique les abeilles puis- 
sent transformer , dans quelques circonstances , des larves 
d'abeilles neutres en celles de reines ou de femelles, il n'en 
est pas moins vrai que les germes de ces larves neutres exis- 
tent, et sous un nombre déterminé, dans le ventre de leur 
mère j qu'elle sait distinguer les alvéoles qui leur sont pro- 
pres. Enfin les insectes qui , dans leur premier âge , n'ont pas 
été aussi bien nourris qu'ils auroient pu l'être dans un état 
ordinaire, ne diffèrent absolument que par la petitesse de 
leur taille, de ceux qui, à la même époque de leur vie ? 
n'ont pas éprouvé de semblables privations. 

De tout ce que je viens d'exposer, je me plais à déduire 
cette conséquence : les lois qui régissent les sociétés des in- 
sectes , celles même qui nous paroissent les plus anomales , 
forment un système combiné avec la sagesse la plus pro- 
fonde , établi primordialement, et ma pensée s'élève avec un 
respect religieux vers cette raison éternelle qui, en donnant 
l'existence à tant d'êtres divers, a voulu en perpétuer les gé- 
nérations, par des moyens sûrs et invariables dans leur exé- 
cution , cachés à notre foible intelligence , mais toujours 
admirables, 



4n 



LETTRE DE M. TURPIN 

à M. le Baron de BEAUYOÏS, 

Relative à sa Notice préliminaire sur les Palmiers, 
insérée dans la première Livraison du i er . vol. 
des Ephémérides des Sciences naturelles. 



M 



ONSIEUR, 



Les difficultés et les obstacles qu'offre l'étude de la belle 
et intéressante famille des palmiers , existent réellement 
comme vous les avez présentés ; des fragmens épars dans les 
différentes collections de l'Europe, des figures et des des- 
criptions isolées , presque toujours fautives, voilà, à peu de 
choses près , monsieur , les ressources dont peut disposer 
celui qui se propose de travailler sur une famille de plantes 
étrangère au climat qu'il habite. 

Votre appel aux naturalistes voyageurs , vous sera sans 
doute avantageux ; plusieurs s'empresseront de vous com- 
muniquer quelques faits particuliers qui ajouteront à l'édifice 
que vous vous proposez d'élever. Cette Monographie, traitée 
avec l'esprit philosophique que vous avez su répandre dans 
vos précédens ouvrages, ne peut que jeter beaucoup de lu- 
mière sur cette partie peu connue de la botanique. 

Depuis mon retour des Antilles, je m'occupe à mettre en 

52* 



4'ia 1 Palmiers. 

ordre les observations que j'ai faites sur la famille des pal- 
miers pendant mon séjour dans ces îles; j'en ai observé, dé- 
crit et figuré treize espèces presque toutes de genres diffé- 
rens. Le résultat de ces observations m'a prouvé i°. que le 
multiple de trois étoit le nombre naturel dans cette famille; 
a°. qu'un seul ovaire ou un seul fruit uniloculaire dans le 
même calice étoit de toute impossibilité, que, dans ce cas, 
il y avoit toujours avortement de deux loges et deux ovules 
{cocos nucifera), ou de deux ovaires (le datier); 3°. que 
le nombre des étamines au-dessus de six ne présentoit jamais 
que six points d'insertion et six faisceaux d' étamines. 

On a dit, et on ne peut trop le répéter aux gens qui étu- 
dient la botanique : Défiez-vous des greffes et des avorte- 
mens , c'est un voile qui souvent dérobe aux yeux du na- 
turaliste la véritable structure des OFganes fructifères. Cela 
est si vrai pour les palmiers, que je n'ai jamais douté que ce 
ne fût là le plus grand obstacle à la connoissance de cette 
belle famille. Ce n'est donc que dans l'observation des 
ovaires, même avant l'épanouissement des fleurs, que l'on 
peut espérer de découvrir cette vérité de forme , de nombre 
et de symétrie, voulue d'abord par la nature , dérangée en- 
suite par mille causes qu'il seroit ici trop long de décrire. 

Permettez-moi, monsieur , de mettre sous vos yeux quel- 
ques-uns de ces nombreux exemples davortemens, pris dans 
la famille qui nous occupe en ce moment , afin de prouver 
jusqu'à quel point l'étude superficielle des fleurs et des fruits 
mûrs peut égarer ceux qui s'éloignent de la botanique fran- 
çaise (i). 

(1) J'appelle botanique française celle qui a pour but l'étude des rapports 



Palmiers. ^.i3 

Si on coupe horizontalement l'ovaire de la fleur femelle 
du cocotier [cocos nucifera) , on y trouvera trois logos 
monospermes : comment se fait-il que cet ovaire devenu, 
fruit ne présente plus qu'une seule cavité remplie d'une 
seule graine? C'est que, dans son développement, deux de 
ses loges et deux de ses ovules sont avortés , ce que prouve 
sans réplique l'inspection de la coupe horizontale d'une noix 
de cocos dont l'épaisseur de la partie osseuse (endocarpe 
Richard) présente deux fentes très -visibles et qui corres- 
pondent avec les deux trous masqués. 

Pourquoi les fleurs femelles du datier^ toujours munies 
de trois ovaires distincts , ne produisent-elles qu'un seul 
fruit ? C'est que , dans les arbres cultivés , deux ovaires 
avortent constamment : ce que j'avance est si aisé à prou- 
ver, que si on se donne la peine d'enlever avec la pointe 
d'une épingle l'enveloppe florale qui se trouve à la base d'un 
fruit , pris dans le commerce , on trouvera près du point 
d'attache, et du plus petit côté du fruit, deux ovaires avortés 
(fig. 8 en a). 

Le règne végétal offre presque partout ces sortes d'écarts ° 7 
nos familles indigènes n'en étant pas plus exemptes, présen- 
tent les mêmes difficultés dans leur études. Tels sont , par 
exemple, dans les rosacées, les-amandes, les prunes, etc. dont 
un des ovules avorte constamment; dans les jasminées, l'étude 
de l'ovaire nous apprend que re fruit monosperme ne l'est 
encore que par avortement. Le groupe des cupulifères , 

naturels qu'ont entre eux les végétaux; celte manière d'observer les plantes, la 
seule digne du philosophe, étant née en France, j'ai cru pouvoir la qualifier ds 
cette épithète. 



4i4 Palmiers. 

sur lequel le savant carpologiste Gaertner nous a donné 
l'éveil , nous prouve jusqu'à l'évidence que ces sortes de fa- 
milles masquées ne pourront nous être connues qu'autant 
que nous serons à même d'en observer successivement 
toutes les parties de la fructification. Gomment , en effet , 
pouvoir espérer de connoître le fruit mûr de la châtaigne , 
sous l'enveloppe de laquelle on ne trouve le plus souvent 
qu'une graine , tandis que l'ovaire divisé en six loges conte- 
noit douze ovules ? Ce n'est qu'en suivant pas à pas toutes 
les périodes de son développement qu'on peut espérer d'en 
découvrir la véritable organisation. 

Ces trois ou quatre exemples d'avortemens constans sont 
plus que suffisans, monsieur, pour vous faire connoître dans 
quel esprit j'ai commencé mon travail , et pour prouver en 
même temps combien il est utile, dans l'étude de la bo- 
tanique philosophique , de chercher à connoître par l'obser- 
vation des ovaires (même avant l'épanouissement des fleurs) 
la vraie organisation d'une famille. 

L'observation juste que vous avez faite sur la connoissance 
imparfaite du seul palmier que nous ayons à notre portée , 
le datier , m'a engagé à joindre à cette lettre une planche 
contenant quelques détails an atomiques de la fructification 
de cet arbre intéressant; ils font partie du grand nombre de 
ceux que j'ai dessinés à St-Domingue où le datier , quoique 
étranger , croît naturellement et sans culture. Vous y verrez 
que non-seulement les botanistes n'ont pas connu le calice 
des fleurs mâles et femelles, mais que des organes beaucoup 
plus importans que les divisions du calice, leur sont en- 
tièrement inconnus. 



Palmiees. 4*^ 

Le datier est dioïque , les deux individus ne m'ont jamais 
présenté de différence. 

D'une racine fasciculée, tout- à- fait semblable à celle des 
asperges (2) , s'élève un tronc presque droit, d'égale grosseur 
dans toute sa longueur, sauf quelques étranglemens que l'on 
remarque çà et là , recouvert d'un bout à l'autre de cicatrices 
raboteuses , rangées en spirale et produites par la chute suc- 
cessive des feuilles. Le sommet de ce tronc ou stipe laisse 
échapper douze à quinze feuilles disposées en une belle tête ? 
et dont la moins développée ayant encore ses nombreuses 
folioles pressées contre la côte moyenne , à la manière d'un 
éventail , porte le nom de flèche. Chaque feuille , longue 
d'environ cinq à six pieds, se compose d'une côte moyenne 
dont la partie inférieure simplement semi-amplexicaule est 
munie, intérieurement, d'une membrane semblable au tissu 
d'une grosse toile entourant en entier le sommet du stipe (3)„ 

Le long de cette côte sont rangées sur ses deux côtés des 
folioles assez étroites, roides, pointues, pliéesdans leur Ion-* 
gueur, d'un vert glauque, se convertissant, à mesure qu'elles 
descendent vers la base du pétiole, en épines tellement acé- 
rées qu'il n'est presque pas possible de monter sur l'arbre. 

Les fleurs de l'un et de l'autre sexe sont d'abord contenues 
dans une spathe axillaire ; cette spathe en se déchirant sur 

(1) La radicule des palmiers, semblable à celle de toutes les monocotylédones, 
peu de temps après 3a germination , se tronque et ne fournit plus pour lors, 
dans le développement du végétal, qu'une large racine fasciculée. \ 

(2) Cette membrane que je n'ai observée que dans les palmiers dont la base des 
pétioles seulement amplexicaule, ne forme point par leurs longues gaines ce que 
l'on appelle le cbou, n'est-elle pas la Ugula des gramens ? 



4 iG Palmiers. 

un des cotés opposés aux sutures établies parla nature, laisse 
sortir les nombreux rameaux d'un spadix. Dans l'individu 
mâle ils sont simples, flexueux, chargés alternativement d'un 
grand nombre de fleurs blanchâtres , à étamines abondam- 
ment pourvues de pollen. Ceux de la femelle, plus roides, 
également flexueux , portent une infinité de petites fleurs 
presque globuleuses et verdâtres. 

La fleur mâle offre un petit calice monophylle divisé en 
son bord par trois petites dents dont le prolongement vers 
la base forme trois talons (fig. 2 en a). Une corolle com- 
posée de trois pétales , trois fois plus longs que le calice , 
obliques , concaves , anguleux , à bords épais et comme tron- 
qués (fig. 2 en £). 

Six étamines un peu plus longues que la corolle, filamens 
courts , élargis à la base , portant des anthères sagittées , li- 
néaires, vacillantes et bilocnlaires (fig. 3) : enfin trois ru- 
dimens d'ovaires , très-courts , divergens et alternes avec les 
pétales , occupent le centre de la fleur (fig. 3). 

Le calice des fleurs femelles ne diffère de ceux des fleurs 
mâles, qu'en ce qu'il est plus ample relativement aux autres 
parties (fig. 5). La corolle également composée de trois 
pétales offre cette différence que ceux-ci au lieu d'être ob- 
longs et ouverts , comme dans les fleurs mâles , sont au 
contraire plus larges que longs, minces en leur bord; ils 
entourent obliquement les ovaires (fig. 5). Au centre de 
cette corolle sont placés trois gros ovaires , inégaux dans 
les individus cultivés, alternes avec les parties de la corolle, 
convexes en dehors , anguleux en dedans , surmontés char- 
sun d'un style ou stigmate court, conique, recourbé en bec 



'fo7n . 3 ■ 



PI. 2^. 






â 1 



JÊk 





f ,11 

m 

7 



Ttirpin Je/ . 



AISTATOMIE . 
des parues de la frucà/lcaûon, eut da&er 



2*lee j'.cvat. 



Palmiers. 4 r 7 

d'oiseau (fig 6). Autour de ces ovaires on distingue six étctr 
mines avortées dont trois opposées aux pétales sont un peu 
plus longues (fig. 6.) 

Dans les individus soumis à la culture , comme en Egypte, 
les deux plus petits ovaires avortent , un seul se développe 
tandis que ceux abandonnés à leur état naturel , dont les 
ovaires sont égaux, offrent presque toujours trois, fruits réunis 
dans la même enveloppe floréale. C'est ce que j'ai vu fré- 
quemment à St.-Domingue (fig. 9). 

Voilà, monsieur, ce que j'ai cru devoir vous communi- 
quer. Le fruit du datier étant assez bien décrit, je crois pou- 
voir me dispenser d'en parler ici 5 seulement j'observerai que 
l'obliquité du seul fririt qui se développe auroit dû depuis 
long-temps faire soupçonner aux botanistes l'avortement des 
deux autres, 



EXPLICATION DES FIGURES 

Contenues dans la planche XP^ jointe à cette Lettre. 

Fig. I. Fleur mâle de grandeur naturelle. 

2. La même grossie. 

3. La même très-ouverte afin de faire voir la disposition des six étamines et 
les trois ovaires avortés. 

4. Fleur femelle de grosseur naturelle. 

5. La même grossie. 

6. Id. dont on a ouvert la corolle pour faire voir les trois gros ovaires et 

les sis étamines avortées. 

7. Ovaires isolés. 

S. Enveloppe florale d'un fruit pris dans le commerce, auprès du point 
d'attache duquel on retrouve les deux ovules avortés et les six étamines 
avortées. 

g. Trois fruits de grosseur naturelle, réunis dans le même calice, tels que 

„ je les ai vus à St.-Domingue» 

Mém. du Muséum, t. 3. 53 



4x8 



Sur le Genre CHIRONECTES Cup, 
( Aistennarius. Commers. ) 



PAR M. G. CUVIER. 



Je n'ai pu me déterminer à séparer les baudroies des autres 
poissons acanthoptérygiens, par la raison que je n'ai pu dé- 
couvrir dans aucune partie de leur organisation de carac- 
tère classique propre à les faire placer ailleurs, et leur sque- 
lette même , bien qu'un peu moins dur que celui des genres 
les plus voisins, est cependant composé de substance fi- 
breuse, analogue à celle des os ordinaires des poissons, et 
distribuée en pièces tout-à-fait pareilles de nombre, et de 
position. Tous les os et osselets du crâne sans exception , ceux 
des mâchoires, des opercules, de l'épaule, de l'épine, des 
nageoires sont les mêmes; il y a de même des osselets ou 
rayons aux ouïes ;lesdents sont réparties aux mêmes places, etc. 

Les caractères distinctifs communs à cette petite tribu, 
n'ont rien de plus extraordinaire que ce qui se voit dans 
beaucoup d'autres que l'on n'a pas distraites pour cela de 
leur ordre naturel. 

Ils consistent i°. dans l'absence d'écaillés proprement dites, 
qui cependant sont remplacées par des tubercules osseux, 
dans le sous-genre que je nomme malthée, celui du lophius 
vespertilio L. , et par de petits grains armés d'épines déliées 



p/.lô\ 



C/uronec/ef Iceoiaccàif ■ 




C/uronec/pA)' ~<rcewer. 



tétâ^-sc? 









! 

i 







I 



s-\l 



^ 

^ 




^ 

J^ 



Chironectes. 4 r 9 

dans plusieurs espèces de celui que j'appelle chironecte: 
combien n'y a-t-il pas de poissons ordinaires dans ce cas-là ? 

2°. Dans le prolongement des deux os qui, dans les pois- 
sons j remplacent le cubitus et l'humérus 5 ils forment une 
espèce de bras pour supporter la nageoire pectorale, la- 
quelle représente ainsi une sorte de main. Le polypterus 
bichir en offre un autre exemple. 

3«. Dans l'ouverture des ouïes qui n'est pas une grande 
fente pratiquée derrière le bord de l'opercule et du subo- 
percule , mais un trou rond et étroit percé plus en arrière , 
dans la peau derrière la pectorale. L'anguille a quelque 
chose d'analogue. 

Deux sous -genres, celui des baudroies proprement dites, 
comprenant le lophius piscatorius , et celui que je nom- 
merai chironecte comprenant le lophius histrio , ont encore 
en propre un caractère qui pourroit sembler plus distinctif. 
Il consiste dans ces rayons libres attachés le long du dessus 
de la tête , et dont on prétend que la baudroie commune 
se sert pour attirer les petits poissons : un examen attentif 
m'a fait reconnoître qu'ils ne sont autre chose que les arêtes 
ou rayons de la nageoire épineuse ou première dorsale, 
quelquefois toutes, quelquefois en partie détachées les unes 
des autres. Néanmoins leur disposition est très- digne d'at- 
tention. 

On en compte le plus souvent trois. 

Le troisième de ces rayons, ou postérieur, s'articule immé- 
diatement au crâne, sur l'os interpariétal; les deux anté- 
rieurs sont supportés par une crête osseuse particulière , at- 
tachée sur la suture des frontaux par de simples ligamens. 

53* 



420 Chironectës. 

Les articulations de ces deux rayons se font par anneaux j 
celle du premier surtout est très - distinctement de cette 
forme dans la baudroie commune. Le rayon s'y termine à 
sa base par un anneau circulaire bien complet , enfilé dans 
un arc de la crête dont nous venons de parler. 

La position d'une telle nageoire précisément sur le vertex 5 
se retrouve dans une nouvelle espèce de blennie , dont je forme 
un sous -genre que j'appellerai cristiceps , et que je ferai 
bientôt connoître. Elle me montre que j'aurois pu placer 
les baudroies encore mieux qu'elles ne le sont dans mon 
nouvel ouvrage sur le règne animal , en les rapprochant da- 
vantage des blennies, desgobius, des callionymes et autres 
acanthoptérygiens à première dorsale flexible. En effet, je 
remarque à présent que presque tous les caractères des bau- 
droies se trouvent séparément dans quelques-uns de ces 
genres. Les callionymes n'ont qu'un petit orifice pour les 
ouïes, et quelques blennies ont la première dorsale sur la 
tête j un gobius , celui que Pallas a nommé si mal à propos 
cottus macrocephalus (Nov. Act. petrop. L. pi. X, f. 4? 
5,6), a la tète aussi déprimée que la baudroie pécheresse j 
les periophtalm.es ont les bras allongés, et rampent à sec 
sur la vase comme les chironectës ; le défaut de cœcum , est 
commun dans cette famille, qui varie par la présence ou par 
l'absence d'une vessie natatoire, en quoi encore elle ressem- 
ble à nos baudroies. 

En un mot tout me prouve que le grand genre lophius 
doit être transposé de la famille des perches dans celle des 
gobioïdes. 

Le sous-genre particulier des chironectës , se reconnoît à 



Ghironectes. 4 3ï 

sa tète comprimée verticalement, au lieu qu'elle est déprimée 
dans les baudroies proprement dites. Sa gueule est fendue 
un peu verticalement. Ses intermaxillaires , sa mâchoire in- 
férieure, le bout antérieur et transverse de son vomer, ses 
palatins et ses pharyngiens portent des dents serrées, grêles 
et pointues sur plusieurs rangs; mais sa langue est lisse. 

Ses yeux sont petits et rapprochés du front. On ne voit 
d'épines à aucune partie de la tête ni des opercules. Je ne 
trouve que cinq rayons de chaque côté à la membrane 
branchiostège. La baudroie commune en a six. L'ouverture 
des ouïes est un petit trou rond, caché dans l'aisselle des 
pectorales. La dorsale occupe la plus grande partie du dos et 
se porte bien plus en avant que l'anale, ce qui n'a pas lieu 
dans les baudroies proprement dites. 

Ce qui frappe le plus dans l'extérieur de ces poissons 
après les rayons de leur tête, c'est la position respective et 
les longs pédicules de leurs nageoires ventrales et pectorales, 
qui leur donnent l'air d'avoir quatre pieds, mais les ventrales 
servent de pieds de devant , en sorte que l'emploi des quatre 
extrémités est ici totalement interverti. 

Renard et Valentyn rapportent que ces poissons rampent 
en effet sur les quatre pieds , et qu'ils poursuivent ainsi leur 
proie sur les varecs et sur la vase. La petitesse de l'ouver- 
ture de leurs ouïes rend très -vraisemblable qu'ils peuvent 
vivre dans l'air pendant quelque temps, et l'épithète d'amphi- 
bie que Commerson leur donne dans ses manuscrits confirme 
ce que la structure annonce ; en sorte que je n'admets pas 
sur ce point le doute ou la dénégation de Bloch. 

D'un autre côté, il paroît par le témoignage de Margrave, 






422 ChIRONECTES. 

de Commèrson et autres , que les chironectes ont la faculté 
d'enfler leur ventre comme un ballon, et l'inspection ana- 
tomique témoigne qu'ils ne peuvent le faire qu'en avalant 
de l'air et en remplissant de ce fluide leur grand estomac, 
ainsi que M. Geoffroy a découvert que procèdent les tétro- 
dons. 

Il y a quelque variété à cet égard entre les espèces, et 
l'on voit que celles qui se gonflent moins ont l'estomac plus 
petit et à parois plus robustes. 

L'intestin fait deux replis avant d'arriver à l'anus. Il n'a 
point de coecums, tandis que la baudroie propre en a deux 
courts. La vessie natatoire qui manque à la baudroie, est ici 
assez grande , presque ronde , à parois argentées et épaisses. 
Je ne lui ai pas vu de communication directe avec l'estomac. 
Bloch nie qu'il y ait une vessie urinaire. J'en trouve au 
contraire une très-longue. Les vertèbres sont peu nombreuses 
(de 17 à 21 selon les espèces) et les côtes sont si foibles 
qu'elles ne paroissent que de petits ligamens , au moins dans 
les jeunes individus. 

Il est arrivé pour le genre chironecte, comme pour tous 
ceux qui ont des caractères un peu extraordinaires, qu'on 
n'a pas donné d'abord assez d'attention aux différences des 
espèces, et que chaque observateur a cru avoir retrouvé 
celle de son prédécesseur; Linnoeus a confondu en consé- 
quence toutes les espèces décrites avant lui sous le nom 
de lophius histrio, et il devient assez difficile maintenant 
de répartir les synonymes comme ils doivent l'être. M. le 
comte de Lacépède a commencé à nous apprendre que les 
espèces de ce sous-genre sont plus multipliées qu'on ne le 



Chironectes. 4 2 3 

croyoit. Feu M. Shaw, en a ajouté quelques-unes à celles que 
notre célèbre ichtyologiste avoit publiées d'après Coimnerson. 
Aujourd'hui que divers voyageurs nous en ont encore ap- 
porté d'inconnues ou de mal décrites, j'ai cru utile de donner 
une description comparative de celles que j'ai pu voir, en y 
rapportant autant qu'il m'a été possible celles des natura- 
listes précédens. 

Je commencerai par celle qui me paroît avoir été princi- 
palement observée par Linnaeus, et qui semble aussi la plus 
généralement répandue. 

Le Chironecte uni. 

Chironectes lmvigatus. Bosc PI. XVI, fig. i. 

Corpore lœvi, undique appendiculato , radio capitalî 
primo brevi penicilligero , secundo et tertio appendiculatis. 

Il y en a de six et huit pouces de longueur ; mais la plu- 
part des individus conservés au Cabinet sont plus petits. Toute 
sa peau est lisse à peu près comme celle d'une grenouille. 

Des appendices membraneux, en garnissentpresque toutes 
les parties, et principalement la tête, la gorge, le dessous 
du ventre; il y en a aussi sur les côtés du corps, mais en 
moindre nombre. 

Le deuxième et le troisième rayons sont gros, garnis d'ap- 
pendices branchus. 

Ni l'un ni l'autre n'est tout-à-fait aussi long que la tête, 

Le troisième est retenu en arrière par une membrane 
marquée., et les parties voisines de l'occiput sont charnues 
et renflées. 

Le premier rayon est sur la base du deuxième, de moitié 



424 Chïronectes. 

ou de deux tiers plus court, mince comme un fil roide, 

terminé par un petit pinceau de filamens charnus. 

Autant qu'on en peut juger sur les individus conservés 
dans la liqueur, ce poisson est d'un gris blanc roussâtre; 
son dos et toutes ses nageoires ont de grandes marbrures 
transversales d'un brun-roussâtre, ou d'un brun-noiràtre; les 
latérales du dos sont dirigées en longueur et bordées vers le 
bas de lignes blanches, ou de séries de points blancs. Les 
flancs, les côtés de la tête et le ventre sont marqués de 
petites taches rondes ou ovales d'un beau blanc mat. 

Je compte 12 rayons à la dorsale, 9 à la caudale, 7 à 
l'anale, 10 à chaque pectorale et 6 à chaque ventrale, tous 
articulés. Ceux de la caudale, des pectorales et ceux de la 
dorsale se divisent chacun en deux. Les autres ne se divisent 
pas. 

Ce poisson habite l'Océan atlantique ; il a été rapporté par 
M. Bosc de la Caroline; par M. Levaillant de Surinam; et par 
feu Péron, de quelques autres parages de cette mer; mais il 
habite aussi la mer des Indes, car M. Mathieu l'a rapporté 
de l'Isle-de^France. 

C'est cette espèce que M. Bosc a déposée au Muséum 
d'histoire naturelle et qu'il a décrite et représentée dans le 
Dictionnaire d'histoire naturelle de Déterville ; mais la peti- 
tesse des individus qu'il a possédés ne lui a pas permis de 
remarquer les appendices ^ ni le premier rayon de la tête. 

C'est elle aussi que M. Mitchill a décrite et représentée 
dans le I er , volume des Mémoires de la Société de New-Yorck, 
pi. VI, f. 9, sous le nom de lophius gibbus. Il y marque bien 
le premier rayon, mais il n'y donne qu'une faible idée des 



Chironectes. 4 2 ^ 

appendices, sans doute aussi pour n'avoir possédé qu'un in- 
dividu trop petit. 

Le i-ana piscatrix americana cornuia spinosa Seb. , 
I. lxxiv, 4, nous paroît représenter particulièrement cette 
espèce; c'est elle aussi que représente sans doute la mau- 
vaise figure de Klein, miss. III, pi. III, f. 4? sous I e nom 
de bairachus injronte corniculum gerens , etc. , quoique 
l'auteur lui attribue corpus tactu asperum, etc. Mais il a 
peut-être figuré une espèce, et en a décrit une autre comme 
il arrive souvent quand on n'a pas fait les distinctions né- 
cessaires avant de se mettre au travail. 

On peut juger par la description d'Osbeck , que c'est encore 
cette espèce qu'il a prise dans les célèbres amas de jucus 
natans , qui encombrent la surface de la mer Atlantique 
le long des parages de Guinée, et il est probable que les in- 
dividus décrits par Lzhnœus, dans son Mus. adolph. fred. 
p. 56, et dans ses Chinensia Lager'strœmii , n°. si, étoient 
du nombre de ceux qu'Osbeck avoit rapportés. Leurs des- 
criptions très -détaillées se rapportent exactement à notre es- 
pèce actuelle. 

Le Chironecte rude. 

Chironectes scaber. Gv. PI. XVI. 

Corpore scabro , appendiculato radio capitali primo 
longo , tentaculis duobus carnosis terminato , secundo et 
tertio scabris. 

La taille paroît devenir la même que dans l'espèce unie. 
Sa peau est entièrement rude, c'est-à-dire garnie de ces 
petits grains durs ou poils très-courts que les botanistes ont 
Me'm. du Muséum, t. 3. 54 



4^6 Chironectes. 

nommés scabrosités. On aperçoit à la loupe que chaque grain 
est formé de deux petites épines sortant d'un tubercule. 
Il y a des appendices, mais plus menus et moins nombreux 
qu à l'espèce unie. Deux de ces appendices un peu plus longs 
que les autres et ciliés sont placés sous la gorge. On observe 
en outre de petits paquets de scabrosités représentant des 
sortes de tubercules, et faisant une ligne aux sourcils qui se 
prolonge le long du dos, et quelques autres lignes sur les 
côtés de la tête. 

Le deuxième et le troisième rayons sont gros, moins longs 
que la tête, rudes, retenus chacun en arrière par une mem- 
brane , laquelle s'élève davantage dans le troisième, et le 
fait ressembler à une crèle plutôt qu'à une corne. 

Le premier rayon est aussi long que le deuxième, porté 
sur une petite saillie en avant de sa base, pareil à un gros fil, 
mais ferme, et terminé par deux tentacules mous aussi longs 
que lui, et beaucoup plus gros. En se desséchant ils prennent 
aussi la forme de fils. 

Le fond de la couleur paroit avoir été d'un brun-jaunâtre. 
Les taches sont brunes; à la nageoire du dos elles sont grandes, 
un peu ocellées, et montent obliquement d'arrière en avant. 
Sur les autres elles sont simplement rondes et petites; sur le 
dos et les côtés elles deviennent nombreuses, irrégulières, 
et ne forment point de marbrures. 

Le premier rayon ou le filament de la tête est marqué 
d'anneaux bruns et blanchâtres. Les nombres des rayons sont 
les mêmes qu'à l'espèce unie. L'estomac est susceptible de 
la plus grande extension. 

J'ai été porté à croire que c'est l'espèce qu'a représentée 



Chironectes. 4 2 7 

Bloch ; mais celle de Bloch avoit le deuxième et le troisième 
rayon de la tête plus longs et appendiculés, et l'enluminure 
montre quelques points blancs que je ne vois pas dans mes 
deux individus. 

Bloch, comme il lui est arrivé quelquefois , auroit-il 
voulu compléter le dessin d'un individu en y ajoutant des 
caractères pris d'un autre qu'il croyoit de même espèce? 

C'est plus sûrement le poisson donné par M. de Lacépède 
d'après un dessin de Commerson, tom. I, pi. XIV, fig. i ; 
seulement le premier rayon se termine par trois tentacules 
au lieu de deux, ce qui étoit probablement une variété 
accidentelle 5 tout le reste de la figure, et la longue et mi- 
nutieuse description laissée par Commerson se rapportent à 
notre espèce. 

Commerson l' avoit trouvée à l'Isle-de-France, près l'île 
dite des Tonneliers; elle se tient dans les endroits où l'on 
peut aller à gué, et Commerson l'appelle un poisson amphibie. 

Elle habite aussi l'Atlantique. M. Robin nous l'a apportée 
de la Trinité, et c'est manifestement l'espèce rapportée des 
Antilles par Jacquin, et décrite par Gronovius, Zoop/iyl. 210. 

Le Chironecte biocellê. 

Chironectes biocellatus. Cv. PI. XVII , fig. 3. 

Corpore scabro subappendiculato , radio capitali primo 
brevi,jîlis duobus terniinato, ocellis ad primam dorsalem 
et ad caudem nigris iride albo. 

Ressemble au chironecte rude par la taille , par la scabro- 
sité, par le nombre des rayons \ les tubercules y sont moins 



428 Chikonecte. 

marqués, moins nombreux; les appendices plus courts et 
plus rares; mais on y voit aussi les deux grands de la gorge. 
Le deuxième et le troisième rayon sont plus longs et moins 
engagés; le premier est plus court que le deuxième et ter- 
miné par deux tentacules grêles et courts. 

Le fond de la couleur est brun ; une bande irrégulière 
noire part de devant la dorsale et descend obliquement en 
avant vers la pectorale. Une autre bande semblable va de 
devant le deuxième rayon dorsal vers le coin de la bouche; 
quelques taches noires sont éparses sur les côtés; mais ce 
qu'il y a de plus remarquable sont deux taches en forme 
d'oeil, noires, entourées d'un cercle blanc, dont l'une est 
sur la base de la dorsale, entre le neuvième et le dixième 
rayon, et l'autre sur la queue, vers le bord dorsal, à la base 
de la caudale. 

Les nageoires n'ont pas d'autres taches. 

L'extensibilité de cette espèce est très-grande. 

Il est à croire que c'est elle ou une espèce très -voisine 
qui est indiquée par Schneider, Syst. Icht., p. i4 2 ? d'après 
Parra, sous le nom de lophius histrio ocellatus. 

On ignore d'où elle est venue au Muséum. 

Le Chironecte a houppe. 

ClIIRONECTES LOPHOTES. PL XVII, fig. 1. 

Corpore scabro subappendiculato nigro maculato 3 
radio capitali primo brevi, penicillo carnoso terminato. 

Sa taille est encore celle de l'uni et du rude. 

Sa peau est garnie de la même scabrosité que dans le 



Chironectes. 3^9 

rude 5 il y a aussi de petites touffes simulant des tubercules; 
et quelques appendices 5 les trois rayons de la tète sont à 
peu près placés de même et ont les mêmes proportions, mais 
3e premier se termine par une touffe ovale de petits poils 
charnus, comme une houppe ou un pompon. 

Le fond de la couleur est gris-roussâtre ; les taches brunes 
s y prolongent sur les côtés en bandes irrégulières, obliques 
et de diverses directions. Autour de l'œil elles sont rayon- 
nantes sur les nageoires et sur le dos transversales. 

Les nombres des rayons sont les mêmes qu'aux précédens. 

Cette espèce a aussi la faculté de se gonfler beaucoup, 

On ignore d'où elle est venue au Muséum. 

Le Chironecte a poils fourchus. 

Chironectes furcipilis. Cv. PI. XVII, fig. 1. 

Corpore villoso , villis bifurcis, radio capitaU secundo 
longo , libero 3 primo etiam longo ,Jilis 1 terminato. 

Je n'en ai qu'un individu, plus petit que les précédens. 
Les nombres des rayons sont les mêmes; sa scabrosité se 
prolonge en véritables poils visibles à l'œil nu, et tous sor- 
tant fourchus d'un petit tubercule. Vers la tête se voient 
aussi quelques petites touffes formant tubercules., mais les 
appendices manquent ou sont très-peu sensibles. Le deuxième 
rayon est plus long que la tête, grêle, bien dégagé, entière- 
ment en forme de corne. La membrane du troisième s'étend 
jusqu'à la base de la dorsale. Quant au ^premier il est aussi 
long que le deuxième, et terminé par deux petits tentacules 
courts. 



43o Chironectes. 

Sa couleur est un gris foncé, diversifié par des marbrures 
noirâtres le long du dos, par des taches irrégulières sur les 
flancs. On ne voit presque point de taches sur les nageoires. 

On ignore d'où, cette espèce est venue au cabinet. 

C'est elle, parmi toutes celles que nous décrivons, qui res- 
semble le plus au guaperva de Margrave, Brasil. i5o, que 
l'on a jusqu'à ce jour rapporté confusément au lophius 
histrio en général. 

Le Chironecte porte-monnaie. 

Chironectes nummifer. Gv. PL XVII, fig. 4- 

Corpore scabro marmorato, radio capitali primo breçi 
penicillato , secundo longo libero , macula fusca rotunda, 
ad pinnam dorsalem. 

À le corps simplement rude ; le deuxième rayon bien dé- 
gagé, mais moins long que la tête; le premier plus court 
que lui terminé par une petite houppe de poils charnus; le 
troisième attaché en arrière par une membrane encore plus 
large qu'au précédent. Ses nombres de rayons sont les 
mêmes qu'aux autres. Sa couleur est un brun-roussâtre, 
marbré d'un roux plus clair, par grandes taches sur le corps, 
par petites taches sur les nageoires; une large tache ronde 
et brune se fait remarquer sur la base de la dorsale aux 
huitième et neuvième rayons. L'individu n'a que 3 pouces 
de long. 

On ignore d'où cette espèce est venue au Muséum. 



Chironectes. 4^ï 

Le Chironecte Commerson. 

Chironectes commersonii. Cv. PI. XVIII , fig. i . 
Lophius Cojnmersoni. Lacép. I. 

Corpore scabro nigro , puncto albo ad latus , radiorum 
pectoraliurn et ventralium apicibus albis 3 radio capitali 
primo longo tenuissimo. 

M. de Lacépède a donné une description de cette espèce 
d'après les manuscrits de Commerson , mais la figure corres- 
pondante, pi. XIV, f. 3, nous paroît devoir se rapporter à 
l'espèce suivante. Nous la décrivons aujourd'hui d'après un 
individu récemment rapporté de l'Isle-de-France par M. 
Mathieu 5 sa taille et sa forme sont les mêmes que dans le 
chironecte rude et dans le chironecte à houppe ; elle a de 
même la faculté de se renfler beaucoup. Ses deuxième et 
troisième rayons sont encore plus courts et plus gros, et le 
deuxième plus complètement attaché par sa membrane. Le 
premier est extrêmement grêle, plus long que le deuxième 
et terminé par un très-petit tentacule. La scabrosité du corps 
est égale partout, et l'on ne voit ni appendices ni tubercules, 
La couleur est un brun- noir uniforme. Un point rond d'un 
beau blanc est placé de chaque côté un peu au-dessus de 
l'aisselle ; et chaque rayon des pectorales et des ventrales, se 
termine aussi par un point blanc qui y représente une sorte 
d'ongle. 

Je compte à la dorsale i4 rayons, 

Aux pectorales n. 

Aux ventrales 5. 



432 Chironectes. 

A l'anale 8. 

A la caudale 9. 

Cette espèce habite la mer des Indes, 

Le Chironecte bossu. 

Chironectes tuberosus. Cv. 

Corpora scahro Julvo , radio capitali primo tenuissimo } . 
tertio tuberiformi. 

Les individus ont un et deux pouces de longueur. 

Leur scabrosité est fort rare , et plus sensible au doigt 
qu'à l'œil. 

On voit cependant encore au sourcil et le long du dos une 
série de tubercules , mais peu marqués. 

Le deuxième rayon beaucoup plus court que la tête est 
assez dégagé , mais le troisième est tellement enveloppé par 
la peau, qu'il ne représente ni une corne ni une nageoire, 
mais une simple bosse qui s'efface, et s'arrondit d'autant plus 
que l'individu est plus grand. Le premier rayon est mince 
comme un cheveu , deux fois plus long que le deuxième , 
sans houppe ni tentacules. 

La couleur est un fauve-clair marbré de grisâtre. Une 
large bande brune traverse la caudale et l'anale. Le bord de 
l'anale, de la caudale, des pectorales et des ventrales est 
bran. L'iris de l'œil est doré. La dorsale fort engagée dans 
la peau est du fauve du dos , sans autre couleur. 

Cette espèce a été apportée de l'Isle de France par M. 
Mathieu. 

La figure laissée sans étiquette par Commerson, et gravée 
dans M. de Lacépède, I, xiv,'3, ressemble parfaitement à 



Chihonectes. 433 

cette espèce pour les formes , sans en rappeler toutefois les 
accidens de couleurs. Mais la description du lophie Com- 
merson , tirée des manuscrits du même voyageur , est celle 
d'une autre espèce que nous avons décrite plus haut et à la- 
quelle nous avons laissé le même nom spécifique. 

Si l'on devoit chercher dans les manuscrits de Commerson 
une indication correspondante à cette même figure , ce seroit 
plutôt celle de son antennarius bwertex , lophie double 
bosse Lacep. , dont il paroît n'avoir parlé qu'en peu de mots. 
Néanmoins il l'indique comme varié de gris et de noir. 

\ï antennarius chirojiectes, Commers. {lophie chironecte 
Lacep. 1. XIV, 2) ressemble davantage à notre espèce par 
la couleur _, mais son troisième rayon est plus dégagé. 

Je serois fort tenté de rapporter à ce lophie chironecte , 
le lophius variegatus de Shaw, natur. Mise. V. 176, 1, sans 
les trois tentacules qu'il porte au bout de son premier rayon. 
Quant au lophius 7narmoratus du même auteur , qui n'a 
point de deuxième ni de troisième rayon à la tête , et dont 
les nageoires pectorales ne sont pas portées sur des pédicules, 
je ne puis le regarder que comme un individu mutilé par le 
préparateur. 

Le lophius striatus , îd. ib. 17 5, a au moins les trois rayons 
de la tête 5 mais comme on ne lui aperçoit ni ventrales ni 
anales , il a* aussi besoin d'être examiné de nouveau avant de 
pouvoir être classé. 

Il nous reste à parler de deux espèces qui pourroient for- 
mer une petite subdivision dans le sous-genre, attendu que 
leur deuxième et leur troisième rayons grêles, élastiques et 
allongés ne sont pas détachés , mais unis par une seule mem^ 
Mém. du Muséum, t. 3. 55 



434 Chironectes. 

brane en une nageoire qui ne diffère de la première dorsale 

ordinaire que par sa position sur le vertex. Le premier rayon 

seul est libre et terminé par un petit tentacule ; encore dans 

une espèce sa base est-elle jointe au suivant par une petite 

membrane. 

Ces poissons ont le corps, et surtout la queue plus allongés 
qne les autres chironectes. Leur estomac n'est pas susceptible 
de la même dilatation. Leur squelette est plus dur, et a 
jusqu'à 21 vertèbres. 

M. le comte de Lacépède a déjà fait counoïtre dans le IV e . 
volume des Annales du Muséum, p, 20-2, et pi. LIV , f. 3 et4, 
les deux espèces dont nous allons traiter, et qui ont été re- 
cueillies par Péron. 

Le ClIIRONECTE PONCTUÉ. 

Chironectes punctatus , Cv. PI. XVIII, fig. 2. 
Lophïe hérissé. Lacép. Ann. du Mus. IV , lv, f. 3. 

Sa longueur est de quatre pouces , son épaisseur verticale 
au-dessus des pectorales d'un pouce; il n'est pas aussi com- 
primé que les chironectes ordinaires; l'ouverture de sa gueule 
est plus petite, dirigée en avant et non vers le ciel. Le premier 
rayon terminé par un petit tentacule, est bien distinct des 
deux qui forment la nageoire du vertes ; et celle-ci de la 
dorsale. La scabrosité de la peau n'est pas très-forte ; on voitL 
à la loupe qu'elle se forma de petits tubercules terminés 
chacun par une pointe simple. Les narines sont deux très- 
petits trous placés près l'un de l'autre un peu en arrière 
du premier rayon. Le bras qui porte la pectorale est très- 



Chironectes. 4-35 

saillant ; le trou qui sert d'orifiee à la branchie est un peu 
au-dessus de l'aisselle. 

Tout le dessus et les côtés du corps sont d'un gris rous- 
sâtre pâle, semés de points bruns-roussâtre foncé. On voit 
de pareils points, mais moins nombreux et moins marqués, 
sur la dorsale et sur l'anale ; sur le devant de la dorsale est 
encore vers le haut une grande tache noire. Le dessous 
du corps est blanchâtre, ainsi que les nageoires paires et 
l'anale. 

Je compte à la dorsale 19 rayons ; à la caudale 9 ; à l'anale 
10 5 aux pectorales 7 ; aux ventrales 4> tous articulés et sim- 
ples, excepté ceux de la queue qui sont fourchus. Je n'ai 
pu voir au squelette que quatre rayons branchiaux, iifi-ç • 

Le Chironecte unipenne. 

Chironectes unipennis. Gv. PI. XVIII, fig. 3. 
Lophie lisse Lacép. Ann. Mus. IV^ lv, 3. 

L'individu n'a que deux pouces ; sa scabrosité est moins 
rude au toucher, mais formée de même ; les proportions des 
corps et des parties sont aussi à peu près les mêmes; une seule 
membrane unit ensemble tous les rayons dorsaux eh s'abais- 
sant toutefois beaucoup entre le premier rayon et le deu- 
xième , et entre la nageoire du vertex et celle du dos. La 
couleur est un brun - roussâtre marbré d'un brun plus 
foncé. 

Je compte 16 rayons à la dorsale, 9 à l'anale, 7 aux pec- 
torales , 4 aux ventrales. 



55 



436 

TREIZIÈME MÉMOIRE 

Sur les Caractères généraux des Familles, tirés 
des graines. Méliacees. — Geraniacees. 

PAR M. A.-L. DE JUSSIEU. 



Mime*,.. Cette famine a quelques rapports avec 1« 
Aurantiacées et les Théacées examinées dans un Mémoire 
précédent. Indépendamment des caractères qui lui sont 
communs avec toutes les autres familles à corolle polypétale 
insérée sous l'ovaire, elle est encore remarquable par des 
pétales à base large, des étamines en nombre défini dont 
les filets sont monadelphes ou réunis en un tube, un style 
simple, un fruit multiloeulaire dont chaque loge ne contient 
qu'un nombre de graines déterminé. Elle diffère des deux 
familles précédentes par sa monadeïphie, et de plus elle n'a 
pas, comme les Théacées, des étamines nombreuses. Quel- 
ques-uns de ses genres ont de plus les graines munies d'un 
périsperme dont quelques autres sont dépourvus. Nous avions 
indiqué son existence dans le ?nelia et le quwisia, son ab- 
sence dans le guarea. Gaertner confirme l'observation faite 
sur le melia et ajoute que son embryon est grand, droit, à 
lobes aplatis, occupant le centre du périsperme. II n'a trouvé 
aucune trace de ce dernier dans le trichilia dont l'affinité 



Méliacées. — Geraniacées. 4^7 

déjà existante avec le guarea est encore fortifiée par cette 
conformité dans les graines. L'examen de celles du canella 
et de X aquilicia lui a montré un grand périsperme occu- 
pant tout leur intérieur et contenant dans une petite cavité 
pratiquée vers son ombilic un embryon très-petit et recourbé. 
Cette structure établit une sorte de rapport entre X aquilicia 
et les Araliacées aux quelles il ressemble tellement par son port 
qu'une de ses espèces, nommée nalugu dans X hortus mala- 
haricus , avoit été citée par Reichard et Willdenow comme 
synonyme d'un aralia, dont ce genre diffère d'ailleurs beau- 
coup par son ovaire libre et ses étamines hypogynes. D'une 
autre part le canella qui par le caractère de sa graine diffère, 
soit du melia soit dn guarea, se distingue encore de l'un et 
de l'autre ainsi que de toutes les Méliacées, par des feuilles 
pointillées qui le rapprocheroient des Aurantiacées s'il ne 
s'en éloignoit par cette structure de l'embryon. Il résulte de 
ces diverses observations que nous avions en primitivement 
raison de ne faire aucune mention du périsperme dans le 
caractère général des Méliacées qui exigent un nouvel exa- 
men , et dont il faut étudier la graine dans tous les autres 
genres qui en font maintenant partie. Cette différence re- 
lative au périsperme, déjà observée dans quelques autres 
familles, semble prouver que le caractère tiré de cet organe, 
quoique généralement assez important, ne peut-être classé 
parmi ceux du premier ordre et que nous avons eu raison 
de le reléguer dans un ordre inférieur. C'est à la physiologie 
végétale, étudiée depuis quelque temps avec beaucoup plus 
de soin , à nous faire distinguer avec précision le périsperme 
et le tégument intérieur de la graine quelquefois charnu j à 



438 Méliacées. — Geraniacées. 

nous dire si le périsperme est seulement composé de paren- 
chyme, pendant que le tégument est muni de vaisseaux. Elle 
nous apprendra encore si le périsperme existe dans toutes 
les graines à l'époque où leur embryon à peine formé est 
entouré de mucilage qui disparoît à mesure que cet em- 
bryon prend de l'accroissement. Ce mucilage est-il un péris- 
perme qui s'oblitère et disparoît dans certaines graines, qui 
subsiste et acquiert de la consistance dans d'autres ? Quoi 
qu'il en soit, l'absence de cet organe dans le guarea et le 
trichilia offre dans ces genres une analogie de plus avec les 
Aurantiacées. 

L'examen du strigilia de Gavanilles dans les Méliacées, 
présente des difficultés d'un autre genre déjà indiquées dans 
les Annales du Muséum, vol. 5, p. 4i9- Les exemplaires 
primitifs de cette plante, cueillis au Pérou par Joseph de 
Jussieu et conservés dans notre herbier, ressemblent en- 
tièrement a.uJopeolaria de la Flore du Pérou publié pos- 
térieurement. Ils ont encore la plus grande affinité avec le 
styrax glabrwn de Swartz, Flor. occid. , p. 848 , qui nous 
a été communiqué par Vahl et qui paroît absolument con- 
génère. Celui-ci, que nous ne trouvons rappelé dans aucun 
des ouvrages généraux modernes et qu'il ne faut pas con- 
fondre avec le styrax glabrwn de Cavanilles , Diss., n. 5oo, 
t. 188, ou styrax lœvigatum de Aitone, a été rapporté au 
styrax par Swartz à cause de la grande affinité que ce savant 
botaniste lui trouvoit avec ce genre, quoiqu'il n'eût pas vu 
son fruit. Cette connoissance nous manque également dans 
le strigilia • mais on peut présumer que ce fruit dans l'un 
et l'autre doit être le même que celui du Jopeolaria. Les 



Méliacées. — Geraniacées. . 4^9 

auteurs de la Flore du Pérou décrivent dans ce dernier genre 
un brou mince, un peu charnu, présentant intérieurement 
trois vestiges de cloisons, mais renfermant dans sa maturité 
une seule graine dont la structure n'est point décrite. 
L'analogie indiquée par M. Swartz sera confirmée par l'énu- 
mération suivante. Dans les plantes nommées précédemment, 
on trouve, comme dans le styrax, un calice tronqué et 
marqué de quelques dents. Leurs pétales à base large, insérés 
au tube des filets d'étamines, répondent à la corolle mono- 
pétale et profondément divisée dastyrax. Les étamines sont 
également en nombre double des pétales ou divisions de la 
corolle et les anthères sont droites et allongées. L'ovaire 
du styrax est annoncé par Gaertner, vol. i, p. 284, t. 5g, 
comme triloculaire renfermant quatre ou cinq ovules dans 
chaque loge, mais devenant ensuite un brou sec, coriace, 
dans lequel on ne trouve plus que trois, ou deux, ou même 
souvent une seule graine. Ce fruit paroit correspondre à celui 
Au foveolaria décrit plus haut, dont les vestiges de cloison 
indiquent trois loges dans l'ovaire. 

Le ces observations il résulte que le styrax officinale pa- 
roit avoir une grande affinité, d'abord avec le styrax g la- 
bruni de M. Swartz, puis avec le strigi/ia et le foi>eolaria^ 
et par suite avec le quùnsia dont le strigilia ne peut s'é- 
loigner. Ce rapport est encore confirmé par la remarque sui- 
vante. Les ovules du styrax sont portés, suivant Gaertner, sur 
un réceptacle central qui unit les cloisons ; le même récep- 
tacle est indiqué par Cavanilles dans le quwisia qui présente 
aussi plusieurs loges; et l'intérieur de la graine, observé dans 
l'un et l'autre, offre la même organisation, Nous avons donc 



44° MÉLIACÉES. GeRANIACÉES. 

été un peu fondés à indiquer dans le Gênera Plantarum , 
p. 1 56 et 1 57 , une affinité entre le styrax et les Méliacées, 
affinité entrevue aussi par Bernard de Jussieu dans sa distri- 
bution de Trianon. Dès-lors le styrax paroîtroit devoir s'é- 
loigner des Ebenacées pour se ranger près du strigilia dans 
les Méliacées. 

Cependant M. Richard repousse cette analogie, et, annon- 
çant l'adhérence de la base de l'ovaire du styrax avec le fond 
de son calice, il le laisse à côté de Xhalesia qui a l'ovaire en- 
tièrement adhérent, et leur joignant Xhopea et ses congénères , 
il en forme le petit groupe des styracées. Un des principaux 
caractères de ce groupe consiste selon lui (analyse dujruit, 
p. 48 ) à avoir le réceptacle séminifère occupant le milieu de 
la hauteur de la loge, de sorte qu'une partie des graines placée 
en dessus doit en descendant se porter au point d'attache 
d'où pendent celles qui sont en dessous 5 ce qui montre dans 
la même loge des graines à radicule ascendante et d'autres 
à radicule descendante. Les Botanistes auxquels une bonne 
vue permet de multiplier les observations délicates , exami- 
neront les fruits et les graines de tous les genres de Méliacées 
et de ceux qui sont ici rapportés aux styracées, et ils pour- 
ront déterminer avec plus de précision le degré d'affinité exis- 
tant entre les uns et les autres. 

Nous ne devons pas oublier de rappeler ici les genres qui 
publiés postérieurement au Gênera Plantarum, paroissent 
devoir être plus sûrement rapportés aux Méliacées. Tels sont, 
parmi ceux à feuilles simples , le pentaloba de Loureiro qui 
vient près du gerwna , le lauradia du même , Xalsodeia 
de M. Dupetit-Thouars, et le ceranthera de M. de Beauvois 



MÉLÏACÉES.— GeEANÏÀCÊES. 44 1 

qni doivent suivre le quivisia. Dans la section des feuilles 
composées sera le camunium de Rumph, avec lequel se con- 
fondent le çitex pinnata de Linnaeus et Yaglaia de Lou- 
reiro (Ann. Mus. XI, p. 7 5). Ueleaja de Forskal n'est 
maintenant, selon Vahl , qu'une espèce de trichilia. En 
ajoutant ces genres à la famille, on est en même temps dans 
■le cas d'en retrancher quelques-uns. Nous avons déjà élevé 
quelques doutes sur le canella et Xaquilicia. Ceux qui au- 
ront l'occasion d'examiner le symphonia décideront si 
Schreber a eu raison de le confondre avec le genre morono- 
bea d'Aublet qui appartient aux Guttifères. Le portesia est 
réuni par M. Swartz au trichilia dont il ne diffère en effet que 
par le retranchement d'une loge dans le fruit. Il faut ramener 
ici, suivant M. Richard, l'arbre qui fournit l'écorce connue 
dans la matière médicale sous le nom d'Angustura tiré du lieu 
de son origine, M. de Humboldt qui l'a observé le premier , 
l'avoit d'abord nommé bonplandia , de concert avec Willde- 
nowj et M. Richard l'avoit conservé dans sa description 
publiée dans les Mémoires de l'Institut, année 18115 mais ce 
nom ayant été donné antérieurement à un autre genre, M. de 
Humboldt a nommé le nouveau genre cusparia, parce que 
c'est le cusparé du canton d'Angustara. 

Nous avions laissé à la suite des Meliacées deux genres , 
jwietenia et cedrela , ayant avec elles quelque affinité par 
les étamines monadelphes en nombre défini, par l'unité du 
style , par les fruits à plusieurs loges; mais ils diffèrent par la 
structure intérieure du fruit qui de plus contient beaucoup 
de graines, et par leur port qui les rapprocheroit davantage 
des Sapindées ou des Térébintacées. Gaertner qui a observé 
Mém. du Muséum, t. 3, 56 



44^ MÉLIACÊES. GerANIACEES. 

leurs graines, y a trouvé un embryon assez grand à radi- 
cule recourbée et à lobes courts , entouré d'un périsperme 
charnu et mince. Si ces genres eussent été plus nombreux, 
nous en. eussions formé sur-le-champ une nouvelle famille, 
en la laissant néanmoins près des Méliacées. Cette famille 
vient d'être indiquée sous le nom de Cédrelées par M. R. 
Brown dans, ses gênerais remarks, à l'occasion de la publica- 
tion de son genre Jlindersia qu'il rapproche des deux précé- 
dens. Il en a un peu le port et le fruit extérieurement pareil , 
mais ce fruit diffère, suivant M. Brown, par sa structure in- 
térieure, par la situation de ses cloisons qui forment ses loges; 
de plus M. Brown n'a point vu dans ses graines le péri- 
sperme observé par Gaertner dans les deux autres. Une nou- 
velle étude devient donc nécessaire pour déterminer le vrai 
point d'affinité. 

Il en sera de même pour le genre carapa d'Aublet , nommé 
granatum^av Rumph , xylocarpus par Roenig et Schreber y 
persoonia par Willdenow. Il a , comme le cedrela, les feuilles 
composées, les fleurs en longue grappe, les étamines à filets 
réunis , le style simple , le fruit partagé en plusieurs valves et 
rempli de plusieurs graines adhérentes à un réceptacle cen- 
tral j mais son stigmate, bien vu par M. Richard, est large et en 
plateau. Le fruit, dans sa maturité, ne présente qu'une loge, 
peut-être par suite de la destruction des cloisons , et ses graines 
pressées irrégulièrement les unes contre les autres sont , pour 
cette raison, diversement anguleuses, et non ailées, comme 
dans le cedrela et le swietenia. De plus l'embryon dénué 
de périsperme , qui est contenu dans cette graine sous une 
enveloppe erustacée sans autre tégument immédiat , affecte 



Méliacées.*— Geraniacées. 443 

une forme conique déprimée, dont le sommet est occupé par 
la radicule , au-dessous de laquelle sont les deux lobes de 
substance solide et comme subéreuse, tellement unis entre 
eux qu'où ne peut les séparer. Cette structure si différente 
de celle des graines du swietenia et du cedrela, laisse des 
doutes sur l'analogie complète du carapa avec ces genres, 
quoiqu'il ait avec eux beaucoup de caractères communs. 
Par celui de l'embryon il a quelque affinité avec le main- 
mea et d'autres Guttiffères dont il diffère en plusieurs autres 
points. 

Parmi les genres nouveaux publiés par Loureiro , il en est 
un qui peut encore se rapprocher des précédens d'après les 
caractères énoncés : c'est son stylidumi , nommé pau-tsau 
dans la Cochinchine, et que, pour cette raison, nous propo- 
sons de nommer pautsauvia , puisque le nom stylidium est 
déjà consacré pour désigner un autre genre qui est le type 
d'une nouvelle famille voisine des Campanulacées. Le pau- 
isaiwia a, comme les Méliacées, un style unique, une corolle 
polypétale hypogyne, des étamines en nombre défiai dont 
les filets sont réunis en un tube à leur base; mais il n'a qu'une 
enveloppe florale indiquée comme corolle par Loiueiro ; et 
son fruit est un brou qui renferme une noix biloculaire. Ce 
dernier caractère lui est commun avec le parinariwn de la 
Guiane , qui diffère d'ailleurs par l'existence d'un calice re- 
fusé au genre de la Cochinchine, et par l'insertion périgyne 
des étamines. Ainsi nous ne parlons ici du pautsauvia que 
pour appeler sur .lui l'attention des botanistes et engager ceux 
qui auront occasion de le voir vivant , à en donner une 

56* 



444 Méliacées. — Geraniacéës. 

description plus détaillée, surtout pour les caractères prin- 
cipaux. 

Vinifères. Ce nom est préféré à celui de Vignes pour la 
dénomination d'une famille dans laquelle sont admis, outre 
la vigne, d'autres genres qui en diffèrent en quelques points, 
mais dont le fruit contient de même un suc susceptible de 
passer à la fermentation spiritueuse et de devenir une espèce 
de vin. 

Parmi les caractères principaux de cette famille, on re- 
marque une corolle polypétale insérée sur un disque entou- 
rant le bas de l'ovaire , et des étamines en nombre égal à 
celui des pétales, partant du même point et surtout opposées 
a. ces pétales , c'est-à-dire placées devant leur base élargie. 
Nous avions encore indiqué comme caractère général un em- 
bryon sans périsperme, parce qu'il nous avoit paru tel dans 
la vigne ; mais Gaertner qui a observé cet embryon dans le 
même genre , admet un grand périsperme occupant presque 
tout l'intérieur de la graine et creusé seulement vers sa pointe 
d'une petite cavité dans laquelle est niché un petit embryon 
complet. Nous avions probablement pris l'embryon pour 
une simple radicule, et le périsperme pour les lobes de cet em- 
bryon; et l'analogie entre les vinifères et les geraniacéës qui 
n'ont pas de périsperme , avoit contribué à nous faire adop- 
ter cette opinion. Au reste, quelle que soit la structure inté- 
rieure de la graine dans la vigne , on doit présumer qu'elle 
est la même dans les genres voisins. 

Cette famille ne contenoit primitivement que les genres 
cissus et vitis. Il faut maintenant y ajouter le botrya de Lou- 



Méliacées. — Gekaniàcées. 44^ 

reiro qui a beaucoup d'affinité avec le cissus , X ampélopsis 
de Michaux, à rejoindre peut-être au vitis dont il ne diffère 
que par ses pétales non réunis par leur sommet , et avec 
doute le lasianthera de M. de Beauvois, établi sur un échan- 
tillon sec et imparfait qui a , comme les autres vinifères, les 
bouquets de fleurs opposés aux feuilles, mais dont la corolle 
est indiquée comme monopétale et dont on ne connoit pas 
le fruit. 

On observera encore que le rack des Arabes, nommé arak 
par Lippi , est indiqué par Forskal comme identique avec son 
cissus arborea qui , suivant les descriptions , présente dans 
sa fructification , dans la structure sarmenteuse de ses tiges 
et rameaux, les mêmes caractères que le cissus , mais dont les 
feuilles sont opposées : ce qui n'a pas lieu dans les autres 
vinifères, et ce qui peut laisser des doutes sur la confor- 
mité de plusieurs autres caractères , particulièrement sur 
l'opposition des étamines aux pétales. Dès-lors il n'est pas 
certain que le rak ou cissus arborea soit un cissus ni même 
une vinifère. Ce doute est encore fortifié par l'assertion de 
M. Delile qui, dans son ouvrage sur les plantes de l'Egypte, 
dit que le rak est la même plante que le salvadora de Lin- 
naeus , dont les feuilles sont également opposées, les fleurs 
disposées en grappe terminale et munies d'une seule enve- 
loppe florale nommée jusqu'à présent calice. Ces plantes 
doivent être examinées de nouveau, soit pour vérifier l'iden- 
tité indiquée, soit pour constater l'existence des caractères 
qui les rapprochent ou les éloignent des vinifères. 

Geraniacées. Le travail de Gsertner sur cette famille est 



44^ MÉLIACÉES. GERANIACÉES. 

conforme au nôtre. Dans deux géranium, il a vu de même 
un embryon sans périsperme ; mais il ajoute , ce que nous 
avions négligé de dire, que la radicule plus ou moins allongée 
se replioit entièrement sur les lobes qui sont repliés latéra- 
lement sur eux-mêmes. Les espèces rapportées primitive- 
ment au genre géranium qui constitue presque seul toute la 
famille , sont très-nombreuses ; ce qui nécessitoit sa subdivi- 
sion en trois sections principales, établies d'abord par Linnaeus, 
etadoptéesparnous, qui postérieurement ont été transformées 
en trois genres bien cava.clérisés,pelargoniu/?i, erodium et gé- 
ranium, auxquels le monsonia doit resteruni. On pourroit en- 
core ajouter à cette série le rjnchotheca de la Flore du Pé- 
rou,voisin du thalictrum, suivant les auteurs de cette Flore; 
mais l'axe central qui supporte ses cinq capsules le rapproche 
davantage des Geraniacées dont il diffère seulement par l'ab- 
sence des pétales , à moins qu'on ne prenne pour tels 
ce que les auteurs ont nommé calice. Il n'est pas aussi cer- 
tain que le grielum de Linnseus appartienne entièrement à 
cette famille. Burmann et Cavanilles le regardoient comme 
un géranium • mais Schreber et Willdenow l'ont rétabli 
avec raison comme genre distinct, parce qu'il manque de 
styles , et surtout parce que ses fruits sont différens. Pour 
constater son degré "d'affinité , il convient de l'examiner de 
nouveau sur des individus vivans ; on devra encore étudier 
une autre plante dont Gaertner décrit le fruit sous le nom de 
grielum laciniatum , tab. 36 , et qui , a raison de son fruit 
infère et à dix loges , parôît avoir plus d'analogie avec le 
neurada , genre de la famille des Rosacées. 

Parmi les genres placés à la suite des Geraniacées, comme 



Méliàcées. — Geraniacées. 447 

ayant avec elles quelques rapports sans leur appartenir en- 
tièrement , on rappellera d'abord la capucine, tropœoàmi 3 
dans laquelle Gaertner a vu, comme nous, un embryon sans 
périsperme , dont la radicule est enfoncée entre des prolon- 
gemens supérieurs des lobes , en observant de plus que les 
deux lobes d'abord séparés dans la graine non mûre, se rap- 
prochoient en prenant de l'accroissement, etiinissoientparètre 
tellement unis et soudés ensemble dans la graine mûre qu'ils 
paroissoient ne plus former qu'un lobe indivis avec lequel même 
le tégument de la graine contractoit aussi une adhérence 
complète. Ils restent seulement, comme dans le marron dinde, 
distincts à leur base, c'est-à-dire, au point de leur adhérence 
avec la radicule ; et c'est de ce point que le lobe indivis , 
toujours enfermé dans son tégument , laisse échapper la plu- 
mule ou jeune tige pendant que la radicule s'allonge au dehors 
pour former la racine. Ces observations ont été faites de 
nouveau et avec plus de détail par MM. Richard et Auguste 
Saint-Hilaire ; et celui-ci a de plus remarqué que du collet 
de la radicule , sous les prolongemens du lobe indivis qui la 
recouvrent, sortent quatre petits tubercules qui, en s'en- 
tr'ouvrant , laissent échapper autant de racines secondaires 
munies d'unbourrelet à leur origine, presque àla manière des 
Graminées. Cette organisation singulière susceptible d'un 
nouvel examen, et les autres caractères à\xtropœolw?i , prou- 
vent suffisamment qu'il diffère des Geraniacées et qu'il doit 
seulement former près d'elles le type d'une nouvelle famille 
dont on ne connoit pas d'autres genres, si ce n'est le magal- 
lana publié par Cavanilles dans ses Icônes , tab. 3^4? lequel 
doit être ici rangé à sa suite. 



44^ Méliacèes. — Geraniacées. 

Relativement au balsamina , autre genre placé près des 
Geraniacées comme ayant avec elles quelque affinité, nous 
dirons seulement que Gsertner confirme notre observation 
sur l'absence d'un périsperme dans ses graines. Son organisation 
très-particulière indique encore l'existence d'une autre famille 
nouvelle à laquelle il donnera son nom. 

On aura d'autres remarques à faire sur Yoxalis, dernier 
des genres laissés auprès des Geraniacées. Nous avions cru 
voir dans sa graine très-petite , non un périsperme , mais 
seulement un tégument blanc à l'intérieur. Gsertner admet 
positivement un périsperme charnu ou presque cartilagineux 
entourant l'embryon ; et de plus il décrit un arille enve- 
loppant chaque graine , d'abord fermé puis s'ouvrant avec 
élasticité en deux valves et lançant au loin la graine qu'il 
renferme. Cet arille élastique étoit déjà connu de Tourne- 
fort, et paroît avoir échappé à Linnaeus. Nous en avons aussi 
fait mention, mais sans lui attribuer la projection des graines 
que nous avions cru opérée par les valves de la capsule. En 
combinant ensemble l'existence de cet organe et celle du 
périsperme , nous sommes obligés d'éloigner Yoxalis des 
Geraniacées pour suivre une première idée tendant à les 
rapprocher des Rutacées , et mieux encore de la nouvelle 
famille»des Diosmées détachée des Rutacées. 



449 



DESCRIPTION 

DU GENRE DIPLOLMNJ. 

PAR M. DESFONTAINES. 



iVJL. Robert Brown a mentionné ce genre dans son ou- 
vrage intitulé : General remarks geographical and syste- 
matical on the botany of Terra Australis. Voici ce qu'il 
en dit, page 14: « La plante la plus remarquable de cet ordre 
» ( des Diosmées ), relativement à sa structure, est celle qui 
» est imparfaitement décrite et figurée, dans le voyage de 
» Dampier. Ce genre peut être nommé Diplolœna. J'ai exa- 
» miné l'échantillon original de Dampier , dans l'herbier 
» de Scherard à Oxford, et d'autres recueillis récemment à 
» la baie de Scharks, pendant le voyage du capitaine Bau- 
» din, et je suis assuré que ce qui paroît être un calice et 
» une corolle , dans cette singulière plante , est réellement 
» un double involucre, contenant plusieurs fleurs decandres, 
» dont les étamines et les pistils ont du rapport avec les 
» étamines et les pistils du même ordre (des Diosmées), 
» mais dont les enveloppes florales sont réduites à un petit 
)) nombre d'écaillés, placées irrégulièrement. » 

J'ai trouvé dans un manuscrit de M. Leschenault quelques 
observations sur ce même genre qu'il nomme Venteiiatwn , 
Me'm. du Muséum, t. 3. 5j 



45>o Genre Diplol^enA. 

ainsi qu'un croquis qui en représente une fleur; mais comme 
il n'est connu que par la note très -succincte de M. Brown, 
j'ai cru devoir le publier de nouveau et en donner une des- 
cription plus détaillée et plus complète, à laquelle je joins 
les figures de deux espèces qui lui appartiennent. 

I. DIPLOL^ENA. 

Involucrura commune multiflorum, tomentosum, multîpartitum ; 
laciniis duplici orcline dispositis; exterioribus quinqne , ovatis; in- 
terioribus circiter decem, ellipticis, coloratis, longioribus, radian- 
tibns. 

Flores in communi receptaculo plures, conferti, sessiles, quibus 
singulis involucelluni e paleolis quatuor aut quinque, linearibus. An 
calix proprius? 

Corolla nulla. 

Stamina decem hypogyna. Filamenta inferne villosa, Iatiora, ova- 
rium cingentia. Anthères oblongae, biloculares, versatiles. 

Stylus unus filiformis, inferne hirsutus, longitudine staminum. 
Stigma obtusum, obsolète quinquedentatuin. Ovarium quinquecos- 
tatum, superum, tuberculosum, basi annulo glanduloso cinctum. 

Capsulée quinque, a ggregatee, oblongse, superne latiores , obtusas, 
iransversim sulcato-rugosee, uniloculares , margine interiori déhis- 
centes, bivalves, singulae monospermee; semine suturas valvularum 
affixo. 

Genus distinctissimum ; rutaceis affine, staminibus decem floris 
singuli hypogynis , stylo unico , disco glanduloso ovarii basim cin- 
gente, capsulis quinque aggregatis, unilocularibus, margiue interiorî 
bivalvibus, semine suturée valvularum inserto, foliis denium punctato- 
glandulosis, 



Genre Diploljena. fêi 

DlPLOL.ENA GRANDIFLORA. Tab. ig. 

D. caule fruticoso, ramoso; foliis altérais, ovatîs, petiolafis, 
glandulosisjiitrinque incanis , integerrimis , apice emarginatis; flori- 
bus termiualibus. 

Arbrisseau de cinq à six pieds. Rameaux nombreux, 
épars. Ecorce grisâtre. 

Feuilles alternes, ovales-elliptiques, persistantes, un peu 
coriaces, entières sur les bords, légèrement échaucrées au 
sommet, longues de huit a douze lignes^ larges de cinq à 
six. Surfaces parsemées de petits points glanduleux, couvertes 
d'un coton blanc, court et très -serré, roux sur celles qui 
sont nouvellement développées et sur les jeunes rameaux. 
Pétioles courts. 

Fleurs larges d'environ deux pouces, d'un rouge-jaune, 
ordinairement solitaires au sommet des rameaux, sessiles ou 
soutenues sur des pédoncules courts, composées de plusieurs 
petites fleurs distinctes, sessiles, très - rapprochées sur un 
même réceptacle, entourées d'un involucre ou calice com- 
mun, cotonneux, divisé profondément en plusieurs parties, 
disposées sur deux rangs, dont cinq extérieures, ovales 
obtuses; les intérieures, au nombre d'environ dix, sont ellip- 
tiques, plus longues que les extérieures, colorées et ressem- 
blantes à des pétales. 

Fleurs partielles nombreuses, accompagnées chacune d'un 
petit involucre composé de quatre à cinq paillettes glabres, 
linéaires. 

Dix étamines. Filets longs, colorés, aigus, élargis et garnis 
de soies rousses inférieurement. Anthères oblongues, obtuses, 

5 7 * 



452 Genre Diplol^enà. 

mobiles,, attachées au sommet des filets par leur face pos- 
térieure. 

Un style filiforme, de la longueur des étamines. Stigmate 
obtus, couronné de cinq petites dents. Ovaire supère, tu- 
berculeux , à cinq côtes, entouré à sa base d'un disque glan- 
duleux. 

Cinq capsules obtuses, élargies de la base au sommet, ua 
peu comprimées, sillonnées et ridées transversalement, à une 
loge monosperme, s'ouvrant du côté interne en deux valves 
dont l'enveloppe extérieure se détache à l'époque de la 
maturité. 

Graine brune, oblongue, attachée à la suture intérieure 
des valves. 

Cette plante croît à la terre d'Endracht, côte occidentale 
de la Nouvelle -Hollande, d'où elle a été rapportée par les 
botanistes de l'expédition du capitaine Baudin- 

2. DiploljEna Dampieri. Tab. 20. 

D. caule fruticoso, ramoso; foliis altérais, petiolatis, obverse- 
cuneatis, glandulosis, subtus incanis, supra viridibus , apice emar- 
ginatis; floribus terminalibus. 

Cette espèce a beaucoup d'affinité avec la précédente, 
dont elle diffère par ses feuilles plus étroites, vertes en dessus, 
blanches et cotonneuses en dessous, par ses fleurs une fois 
plus petites, par les divisions extérieures de Finvolucre moins 
larges, plus profondes et un peu aiguës, paF les paillettes 
des involucres partiels qui sont velues. Chaque fleur a pa- 
reillement dix étamines, dont les filets sont barbus inférieu- 
rement et un ovaire à cinq côtes, surmonté d'un style éga- 



>(j//i . :> 




DIPLOLjENA dimufâert 



Jo//t . O . 




'/tffV/fl ift 1 /' 



BIPL OL-ENA jr<//i<///for<r 



Genre DiploljEnà. /$53> 

lément barbu vers la base. Je n'ai point vu le fruit. C'est 
la plante mentionnée dans le voyage de Dampier aux Terres 
Australes, vol. 4> P a g e 1 h I > ta ^- 3, %• 3, ^dit. française, 
comme on peut s'en convaincre, par ce qu'il en a dit et par 
la figure qui la représente, malgré qu'elle soit très-incom- 
plète. Cette espèce croît dans les mêmes contrées que la 
précédente. 

Les feuilles des Diplolœna ressemblent assez bien à celles 
des Cor?~ea. 

M. Leschenault dit que les fleurs ont une odeur appro-* 
chante de celle des Tagetes ou Œillets d'Inde, 



EXPLICATION DES FIGURES. 

Tab. iq. 

Fis. i. Une moitié de fleur où l'on voit plusieurs petites fleurs partielles réunies 
sur le réceptacle commun. 

2. Une fleur partielle vue à la loupe. On y distingue les cinq écailles ex- 

térieures, les dix élamines, l'ovaire et le style. 

3. Une portion d'étamine avec l'anthère grossie. 

4. Ovaire coupé transversalement, entouré à sa base de son disque glanduleux. 

5. Une fleur avec les capsules mûres, de grandeur naturelle. 

6. Les cinq capsules d'une fleur partielle, grossie, accompagnée de débris- 
d'étamines. 

7. Une capsule de fleur partielle feriile , les quatre autres avortées. 

8. Une capsule détachée, vue par le dos. 

q. Une capsule dépouillée de son enveloppe, 
10. Une graine de giandeur naturelle. 
ii. Une graine vue à la loupe. 

Tab. 20. 

s. Une des écailles des fleurs partielles qui sont barbues dans cette espèce^ 



4^4 

NOUVEAU GENRE 
DE LA FAMILLE DES COMPOSÉES 
CHARDINIJ. 

4 

PAR M. DESFONTAINES. 



Ijjektner est le premier qui ait exposé avec exactitude 
les caractères du genre Xeranthemum et qui l'ait réduit à 
ses véritables limites, en en séparant plusieurs espèces que 
Linnaeus y avoit réunies , et dont les unes appartiennent au 
genre Gnaphalàtm, les autres à V Elichrysum de M. Will- 
denow. Cet auteur a adopté le genre Xeranthemum tel que 
Gaertner l'a établi , et il y a réuni le Xeranthemum orien- 
tale fructu maximo du corollaire de Tournefort , déjà in- 
diqué par Linnaeus comme une simple variété du Xeran- 
themum annuum ; mais l'examen que nous avons fait des 
organes de la fructification du Xeranthemum orientale , etc., 
nous a offert des différences assez remarquables , pour en 
former un genre particulier , comme il sera facile de s'en 
convaincre , en comparant les caractères qui le distinguent 
avec ceux du Xeranthemum. Je le dédie à la mémoire de 
Chardin, célèbre par ses voyages en Orient, en Perse et au- 
tres lieux. 



Chardinia. 455 

XERANTHEMUM. 

Calix imbricatus squamis scariosis; interioribus coloratis, radian- 
fibus. 

Flores flosculosi omnes; centrales hermaphroditi. Corolla tubulosa ; 
tubo iufernè inflato , apice quinquedentato. Stamina quinque. An- 
iherse connatae. Filamenta libéra , basi corollee inserta. Stylus unus. 
Stigmata duo, minuta. Semen obovatum , villosum , paleolis quinque 
acntis coronatum. 

Flores fœminei stériles in ambitu. Corolla tubulosa , irregularis \ 
quinquefida ; laciniis acutis , duabus longioribus. 

Stylus unus , filiformis, corollâ longior. Ovarium calvum. 

Receptaculum paleaceum ; paleis membranaceis 3 lineari-lanceo- 
latis, inasqualibus. Ad idem genus duee tantum species referendse 1 
scilicei Xeranthemum annum et Xeranthemum inapertum. 

CHARDINIA. 

Calix imbricatus squamis scariosis ; interioribus non radiantibus. 

Flores flosculosi omnes ; centrales hermaphroditi. Corolla tubu- 
ïosa , in duas partes inœquales, colore diversas et quasi articulatas ., 
distincta ; pars superior brevior , quinquedentata ; inferior basi in- 
flata , duplo longior. Filamenta sfaminum quinque , monadelpha . 
ejusdem apici inserta. Antherœ in cylindrum connexœ. Stylus unus» 
Stigmata duo brevia. Ovarium inferum. Semen elongatum , striatum, 
villosum , infernè angustatum , paleis novem ad decem rectis , cali- 
cem communem superantibus , coronatum. 

Flores fœminei marginales fertiles. Corolla tubulosa, fenuis, apice 
tridentata. Stylus unus. Stigmata duoparva. Semen obcordatum , pla- 
tium, trialatum; alâ unâ dorsalij duabus lateralibus dentau's, mu- 
cronatis. 

Receptaculum paleaceum ; paleis nitidis , lineari-lanceolatis. 

Genus distinctuma Xeranthemo , cui -affiné , squamis calicinis inie- 



456 Chardinia. 

rioribus non radiantibus; tubo corollse hermaphrodiforum in duas 
partes distincte» ; inferiori longiore , apice stanùnifero ; filamentis 
staminum monadelphis ; paleis circiter decem seraen coronantibus ; 
floribus feemineis fertilibus ; corallâ tridenfata ; dentibus aequalibus ; 
seminibus obeordatis trialatis ; alis lateralibus dentatis , apice mu- 
cronatis, 

CHARDINIA XERANTHEMOIDES. Tab. 21. 

C. caule infernè ramoso ; foliis lanceolatis , subfus tomenfosis; pe- 
dunculis supernè aphyllis, unifloris — Xerantbemum orientale fructu 
maximo Tourn. cor. 38 — Xeranthemum annumLin. varief. y — Xe- 
ranthemum orientale , calicis squamis subrotundis , scariosis ; inte- 
rioribus radii ovatis, acuminatis, erectis; paleis pappi ovatis, aris- 
tatis , calice longioribus Willd. sp. 3. p. 10,02. 

Racine annuelle, grêle, pivotante. De son collet sortent plu- 
sieurs tiges cotonneuses longues de six à dix pouces, les unes 
simples, les autres divisées en rameaux. 

Feuilles alternes, sessiles, lancéolées ou ovales-lancéolées? 
aiguës, entières ou bordées de dents très-petites. 

Pédoncules simples, droits, cotonneux , dégarnis de feuilles 
à leur partie supérieure , terminés par une seule fleur. 

Calice un peu évasé, composé d'écaillés sèches , blanches, 
ovales, imbriquées; les intérieures graduellement pluslongues 
que les extérieures. 

Fleurons hermaphrodites grêles , tubulés , composés de 
deux parties, l'une supérieure blanche, transparente, ter- 
minée par cinq petites dents droites, aiguës; l'inférieure ver- 
dâtre, évasée à la base et environ deux fois plus longue. 

Cinq étamines renfermées dans le tube. Filets monadelphes 



Ta 



0//1 . i> . 



JV. 



21. 




7rtr/u/t </?/. 



CHARD1NIA awarrfkemoicleé'. 



Chardinia, 4^7 

attachés au sommet de la partie inférieure du fleuron. An- 
thères grêles. 

Un style. Deux stigmates obtus, très-courts. 

Graine allongée, striée, velue, élargie de la base au som- 
met , couronnée de neuf à dix paillettes blanches, droites, 
persistantes, rousses à la base, en forme d'alêne, très-aiguës, 
parsemées sur le dos et sur les bords de petits poils très- 
courts; elles débordent beaucoup le calice. 

Fleurs femelles peu nombreuses. Tube de la corolle très- 
grêle, terminé par trois petites dents obtuses. 

Un style. Deux petits stigmates. 

Semence aplatie , glabre , en cœur renversé, à trois ailes 
dont une dorsale et deux latérales dentées et pointues. Le 
tégument qui la recouvre se fend souvent d'un côté et laisse 
à découvert une graine comprimée obtuse , allongée et 
amincie vers la base. 

Cette plante est indigène de la Syrie et de la Perse. 



EXPLICATION DE LA PLANCHE. 

A. Un fleuron hermaphrodite du Xeranfkemum annuum, avec son style et 
son ovaire couronné de cinq paillettes, vus à la loupe. 

B. Le même fleuron fendu dans sa longueur avec les étamines attachées à sa 
base. 

C. Un fleuron femelle, sessile avec son ovaire nu, vus à la loupe. 

i. Un fleuron hermaphrodite du Chardinia avec son ovaire et les paillettes, 
dont il est couronné. 

2. Fleuron hermaphrodite détaché de l'ovaire. 

3. Fleuron hermaphrodite fendu dans sa longueur où l'on voit l'insertion 
des étamines. 

4. Un fleuron femelle avec son ovaire. 

Mém. du Muséum, t. 3. 58 



458 Ghardinia. 

5. Fleuron femelle détaché de la graine. 

6. Fleuron femelle fendu longitudinalemcnt. On y voit le style avec les 
deux stigmates. 

7. La graine séparée de la membrane qui l'enveloppe. 

8. Une portion du réceptacle avec ses paillettes. 

Nota. Toutes ces parties de la fleur sont représentées vues et grossies à 
la loupe. 



4^9 
NOUVEAU GENRE 

DE LA 

FAMILLE DES EUPHORBIAGÉES. 
RICINOCARPOS. 

PAR M. DESFONTAINES. 



loRES monoici. 

Masc. Calix quinquepartitus ; laciniis ovatis, adpressis. 

Corolla pentapetala , petalis spathulatis , obtusfs , distinctis , calice 
longioribus, receptaculo insertis. 

Stamiua numerosa, in columnam a basi ad apicem antheriferam 
connexa, basi glandulis cincta. Antheree numerosae, breviter pedi- 
cellatœ , didymœ , biloculares , longitudinaliter extus déhiscentes. 

Fœm. Calix et corolla maris. 

Ovarium superum , sessile , globosum, papillosum, basi glandulis 
cinctum. Styli très, usque ad basim bipartiti. 

Capsula globosa , trisulca , aculeis innocuis , confertis echinata , 
trilocularis ; loculis monospermis. 

Semen oblongnm , lseve , hinc convexum. 

Genus Jatrophae affiné , distinctum corolla maris et fœminse penta- 
petala ; columnâ sfaminum a basi ad apicem atatherif'erâ ; capsula 

aculeis innocuis, confertissimis echinata, demumque toto habitu. 
■j 

RICINOCARPOS PISIFOLIA. Tab. 22. 

Caule fruticoso ; foliis sparsis , linearibus , margine revolutis , mu- 
cronatis , integerrimis, pereanautibus; floribus corymbosis solitariis- 
que , termiualibus. 

58* 



46o RlCINOCARPOS. 

Arbrisseau rameux de deux à trois pieds de hauteur. 

Feuilles glabres, linéaires, éparses, rapprochées, entières, 
persistantes , à bords roulés en dessous , longues d'environ 
un pouce sur une demi - ligne de largeur , portées sur un 
pétiole court , terminées par une petite pointe. 

Fleurs monoïques , terminales , solitaires et disposées en 
petits corymbes, entourés à leur base de petites écailles aiguës, 
chacune de ces fleurs est portée sur un pèdicelle filiforme. 

Fleur mâle. Calice à cinq divisions profondes, ovales, un 
peu aiguës , légèrement ciliées sur les bords , appliquées 
contre les pétales. 

Corolle à cinq pétales ouverts , étroits, en spatule, obtus, 
plus longs que le calice, alternes avec ses divisions, attachés 
sous l'ovaire. 

Etamines nombreuses, réunies en un cylindre entouré à 
sa base de cinq petites glandes , couvert dans toute sa lon- 
gueur de petites anthères pédicellées, globuleuses, à deux 
loges s'ouvrant longitudinalement par leur face externe. 

Fleur femelle. Calice et corolle comme dans le mâle. Le 
pédoncule qui les soutient est plus épais que celui des fleurs 
mâles , et sensiblement renflé de la base au sommet. 

Ovaire supère , rond, couvert de papilles très-serrées , en- 
touré à sa base de cinq petites glandes. Trois styles bifurques 
jusqu'à la base. Divisions grêles, aiguës. 

Capsule globuleuse , marquée de trois sillons , à trors 
valves, à trois loges monospermes, couvertes d'un trè*s-grand 
nombre de pointes très-serrées, non piquantes , qui ressem- 
blent à celles de la capsule du Ricin commun , Ricmus com- 
mwnis , Lin. 



iOJ)i ■ 



PI. 22 




7r//yn/i i/f/. 



RJCINOQARPOS pim/o/ut 



lllCINOCÀKPOS. 4^ ! 

Graine oblongue, convexe d'im côté , lisse, obtuse , par- 
semée de taches brunes irréguîières. 

Cet arbrisseau croit spontanément au Port Jackson, d'où 
les botanistes de l'expédition du capitaine Baudin en ont rap- 
portés des rameaux conservés dans les herbiers du jardin du 
Roi. 






EXPLICATION DE LA PLANCHE. 

Fig. i. Une feuille détachée. 

2. Les étamines d'une fleur mâle réunies en une colonne entourée de cinq 
glandes à la base. Elle sont vues à la loupe. 

3. Deux étamines grossies, séparées de la colonne; l'une est vue par sa face 
antérieure avec une de ses loges ouverte, l'antre est vue par le dos. 

4. Un pétale. 

5. Une fleur femelle avec son pédoncule. 

6. Un ovaire grossi avec ses styles. 

7. Uue capsule. 

8. Une capsule ouverte de haut en has; on y voit deux des loges qui renfer- 
ment chacune une graine. 



462 



Sur la Fructification du genre PROLiFERiPde 

r . Vaucher. 



PAR M. LEON LE CLERC, 

Correspondant de la Société Philoinatique. 



ans son excellent ouvrage sur les conferves, M. Vaucher 
a décrit, de la manière la plus satisfaisante, la fructification 
de quelques-unes de ces plantes; celle, par exemple , des 
Ectosperme et des Conjuguées. Mais le naturaliste le plus zélé 
ne peut tout voir; le plus exact ne peut se flatter d'avoir 
tout bien vu , et particulièrement dans le vaste et trompeur 
domaine du microscope. Aussi la fructification de plusieurs 
genres de cette famille s'est-elle dérobée à tout le zèle et à 
toute la perspicacité du naturaliste genevois. Moins heureux, 
encore , sur quelques autres , il a cru voir et il a même dé- 
crit , avec détail , un mode de multiplication qui n'est point 
celui de la nature. Tel est du moins le reproche (i) qui lui 
a été adressé , relativement aitx Lehmanes, par M. Bory de 
St. Vincent; tel est, encore, comme nous allons tenter «le" 
le faire voir, celui qu'il a attribué aux Prolifères. Nous 

(1) La critique de M. Bory qui, en général, .ne nous pavoît pas rendre à 
M. Vaucher tonte ia justice qu'il mérite, est-elle entièrement juste? Nous ne 
le pensons pas. Les indications qu'il donne lui-même, sur le développement 
<]es lehmanes, sont- elles assez précises pour en donner une idée parfaitement 
claire? Nous ne le pensons pas davantage. Mais sans nous engager ici dans une 



Genre Prolifère. IfiS 

prendrons plus particulièrement, pour sujet de cette note, 
celle qu'il a décrite sous le nom de riçularis. 

A une certaine époque du développement de cette plante 
(et cette époque a été observée par M. Vaucher), l'on 
aperçoit, dans quelques-unes de ses loges, un renflement , 
d'abord peu sensible, mais qui le devenant bientôt davan- 
tage , présente alors un bourrelet bien prononcé , fig. i , A. A. A, 
Dans cet état on remarquera que le renflement de l'article 
paroît s'être compensé par son racourcissement, et que la 
matière verte a pris un coup d'œil plus intense. Peu de temps 
après , cette matière confuse , et qui remplit entièrement sa 
loge, se rassemble en un globule parfaitement semblable à 
celui qua présentent les Conjuguées en fructification, et qui, 
comme les graines de celles-ci , ne paroît plus avoir aucune 
adhérence avec la membrane ovalaire qui le contient , iîg. i , 
B. B. Pour compléter la ressemblance, cette graine s'échappe 
de la loge , sans doute au moment de sa destruction , et, h 
l'époque assignée par la nature pour son développement, 
on la retrouve fixée à quelque corps plongé dans les eaux. 
De ce point de départ, elle s'allonge comme on le voit en 
(<z, $,) fig. 2, donne ensuite naissance à une nouvelle loge 
qui, bientôt, elle-même, est surmontée d'une troisième, 
fig. 2 (c) , et ainsi successivement se trouve développée une 



discussion, qui pourroit excéder les bornes d'une simple noie, nous nous con- 
tenterons de remarquer que les détails exprimés dans la fig. 2 de M. Vauclier, 
nous paroissent exacts. C'est ce que nous nous efforcerons de prouver quelque 
jour avec plus d'étendue* Nous ferons connoître en même, temps l'organisation 
singulière du filet central des le/imaries , organisation qui jusqu'à présent ne 
paroît pas avoir été observée. 



4^4 Genre Prolifère. 

nouvelle prolifère. On pourra remarquer dans la fig. i (d), 
que la membrane de la première loge, c'est-à-dire, de celle 
qui contenoit la graine, ne présente plus qu'une petite quan- 
tité de matière verte privée de grains brillans. Plus tard , 
cette même loge qui nous a semblé affecter une forme parti- 
culière, se montre souvent entièrement vide, et paroît privée 
de la vie qu'elle a transmise au long filament auquel elle ne 
sert plus que de soutien; mais, cette observation est loin 
d'être constante et l'on n'en pourra par conséquent tirer au- 
cune conclusion. 

J'ai été long-temps, d'ailleurs, a me demander de quelle 
manière se fixoient lés prolifères. En vain en avois-je détaché 
plusieurs de leur support pour découvrir les racines que je 
leur supposois. Je n'avoispu, malgré une attention scrupu- 
leuse, en apercevoir aucune trace. Ces racines existent ce- 
pendant, et j'ai eu, enfin, le plaisir de les observer bien dis~ 
tinctement dans une graine de prolifère commençant à se 
développer , et isolée de tout corps auquel elle pût se fixer. 
On remarquera dans cette graine (fig. 2) une partie (e) fort 
analogue au collet, et d'où s'étendent de part et d'autre la 
tige (d) remplie d'une matière d'un vert fort intense et les 
racines (/") qui présentent une pellucidité parfaite. Une 
prolifère nouvelle , à laquelle j'ai donné le nom de M. Bosc, 
m'a offert les mêmes faits avec plus de variété dans la forme 
et le nombre des racines , si, toutefois, il m'est permis de 
me servir de ce nom. 

Les graines de la rivulaire et des divers autres Prolifères , 
m'ont aussi présenté un phénomène qui leur est commun 
avec celles des Conjuguées et de quelques autres genres de la 



Genre Prolifère. tfôS 

même famille. C'est que leurs graines, au lieu du vert intense 
qu'elles présentent ordinairement, passent quel pi ■ oi-> à 
une couleur rouge-brun , assez agréable. Je regar le cette 
couleur comme un signe d'avortement. Du moins, est-il cer- 
tain que je n'ai jaunis vu se développer aucune des graines 
qui en étoit pourvue, et, cependant , cette apparence n'est 
pas rare. 

Mais, dira-t-on, quelle cause a pu déterminer la forma- 
tion de la matière verte en ce globule que nous venons de 
décrire ? A cette question nous avouerons franchement 
notre ignorance. Nous po'uvons seulement assurer (i) que 
cette formation a lieu sans aucune espèce de réunion avec un 
autre filament , comme nous l'avions d'abord soupçonné, 
par analogie avec les Conjuguées. Peut-être , préoccupé par 
cette même analogie , sera-t-on alors porté à supposer que 
deux loges voisines du même filament, réunissent leur ma- 
tière verte pour en former le globule reproducteur. Spé- 

(/i) C'est peut être beaucoup pour des observations microscopiques qui ne 
permettent guères de suivre le même individu pendant tout le cours de son 
développement , et , particulièrement , lorsque cet individu habite les eaux 
vives qu'il est presque impossible de suppléer. Mais nous pouvons, du moins, 
assurer que, dans l'examen d'un grand nombre et de diverses espèces de Pro- 
lifères munies en même temps et de graines et de bourrelets à différens degrés 
de développement, nous n'avous jamais aperçu le plus léger indice qu'il y eût 
eu ou qu'il dût y avoir accouplement. Nous croyons donc pouvoir annoncer, 
avec confiance, que le mode de fructification des Prolifères est différent de tous 
ceux décrits jusqu'à ce jour dans les autres genres de la même famille. La 
conferva setigera de Rotîi, qu'on ne trouve indiquée ni dans l'ouvrage de M. 
Yaucber, ni dans la Flore de M. de Candolle, nous a offert également un mode 
de fructification absolument nouveau. Nous pensons donc qu'elle devra former 
un nouveau genre. 

Mém. du Muséum, t. 3. 5g 



466 Genre Prolifère. 

cieuse comme la première , cette supposition s'évanouit ce- 
pendant au plus léger examen. Les deux loges , en effet , 
accolées à pelle qui contient la graine présentent souvent 
leur matière verte restée dans son intégrité j et, s'il étoit be- 
soin d'un fait encore plus décisif, il nous est arrivé plusieurs 
fois de rencontrer, non-seulement deux loges voisines gar- 
nies de bourrelets comme le représente notre figure A (fig. i), 
mais trois ou quatre loges contiguès toutes également en 
fructification (i). 

On peut donc croire que M. Vaucher seroit encore plus 
embarrassé dans ce mode de reproduction que dans ceux 
qu'il a décrits lui-même, pour y trouver des anthères, une 
poussière prolifique , en un mot une fécondation analogue 
à celle des classes supérieures ) mais ces rapprochemens, aux- 
quels il semble attacher tant d'importance, ne nousparois- 
sent pas heureux, même dans les genres où ils lui ont paru 

épidens « Les seules Ectospermes contiennent évidem- 

» ment les deux organes sexuels. » (Vaucher Introd. p. x), 
et nous souscrivons volontiers au jugement qu'en a porté 
un habile cryptogamiste. Ann. du Mus. f. 12, p. 3i3. 

Au reste la rivulaire n'est pas la seule prolifère qui nous 
ait présenté ce mode de fructification. Plusieurs autres, dont 
quelques-unes ne nous paraissent pas avoir été décrites , 
nous l'ont offert également. L'on a déjà pu remarquer com- 
bien M. Vaucher avoit touché de près la découverte de la 
véritable reproduction de ce genre, au moment où il obser- 

(1) Le plus souvent cependant la rivulaire a ses graines assez clair-semées dans 
le tube et jamais elle ne nous a présenté ces chapelets continus des Conjuguées, 
dont l'élégance pourroit charmer même un autre œil que celui du naturaliste. 



Genre Prolifère. 4^7 

voit les bourrelets de la rivulaire ; bourrelets qui ne sont , 
dans le fait, que le premier degré de la formation des graines. 
On peut faire la même remarque sur la prolifère en vessie 
de M. Vaucher , qui n'est autre chose qu'une prolifère en 
fructification. Mais la petitesse de cette conferve, et les corps 
étrangers dont elle est souvent chargée , et qui obscurcis- 
sent ses bourrelets , rendoient l'observation plus difficile. 
Nous remarquerons ici, en passant, que la synonymie de 
MM. Vaucher et Decandolle , par laquelle ils rapportent à la 
prolifère à vessie, la C. vesicata de Muller, nous paroît évi- 
demment fautive , et nous cherchons même en vain ce qui 
a pu les induire à l'adopter. Comment supposer, en effet, 
que , de tous les observateurs, celui qui a su.manier le plus 
habilement le microscope , se soit grossièrement trompé sur 
les deux caractères de la section à laquelle il rapporte sa 
conferve « filis divergeiitibus inarticulatis ? )) Mais l'er- 
reur n'existe que dans la synonymie que nous critiquons. La 
description et la figure du naturaliste danois , s'écartent éga- 
lement de la vesicata de M. Vaucher, et paroissent, l'une et 
l'autre, beaucoup mieux convenir aux Ectospermes du même 
auteur (1). 

Quoiqu'il ne nous soit jamais arrivé , dans le cours d'ob- 
servations très-multipliées , de trouver une seule graine de 
prolifère parlant de la loge même à moitié détruite qui la 
contient pour reproduire une nouvelle plante, on conçoit 

(i) Celte conjecture se trouve confirmée par l'opinion de Dillwyn, que j'igno- 
roisen rédigeant ce Mémoire, et qui , dans son ouvrage sur les conferves ( pi. 74 j , 
en donnant la fig. de la cortf. vesieata de Muller, ne cite que la synonymie de ce 
dernier auteur, et la rapporte, pag. 37 , à Xectosperma sessilis de M. Vaucher. 

5 9 * 



468 Genre Proliteke. 

cependant que cela est possible , et une pareille rencontre 
expliqueroit fort bien la méprise de M. Vaucher. Cependant 
comme les Prolifères, dès les premiers articles qu'elles pous- 
sent, présentent, et dans la longueur et dans le diamètre de 
ces articles, toute la grandeur à laquelle ils pourront ja- 
mais atteindre , l'inspection de la figure de M. Vaucher 
prouve évidemment qu'il a pris pour une jeune rivulaire 
une autre prolifère plus petite , qui se trouvoit , par hasard , 
fixée sur l'ancien tube. Il est remarquable , d'ailleurs , que 
cet habile observateur a donné lui-même d'excellentes ins- 
tructions pour prémunir les naturalistes contre les erreurs 
où pourroient les entraîner ces conferves parasites. Il ne l'est 
pas moins, qu'après avoir consacré dix pages in-4°. à la des- 
cription et à l'explication du mode de fructification des Prolt- 
fères par bourrelet, il termine en ajoutant. : « Cependant jai 
» toujours quelque sentiment intérieur qui semble me per- 
» suader que ces plantes, indépendamment de leurs bourre- 
» lets, se multiplient de quelque autre manière. (Vauch. 
» p. 128.) » 

Adanson avoit réuni dans le même genre , sous le nom 
d'apona, les espèces dont MM. Roth et Vaucher ont formé 
depuis les genres batracho sperme et polysperme. Dans 
son excellente édition de la Flore Française, M. Decandoîle, 
en adoptant cette division , a cru devoir réunir en un seul 
genre , sous le nom de chantransie , les prolifères et les 
poljspennes de M. Vaucher. Depuis , M. de Beauvois , en 
conservant le genre chantransie , en a distrait , avec beau- 
coup de justesse, la corrf. jlwiatilis et autres espèces con- 
génères dont il a formé un nouveau genre, très -naturel, 



Genre Prolifère. 4^9 

sous le nom de trichogojium. Plus tard, enfin , M. Bory de 
St. -Vincent a reproduit ce dernier genre , sous le nom de 
lehmanea. Mais la polysperme glomérée et autres sem- 
blables devront- elles rester réunies avec les prolifères ? 
Nous ne le pensons pas ; et ce c[ue nous avons cru voir de 
son mode de fructification, nous paroît devoir l'en éloigner, 
non moins que ses ramifications multipliées l'éloignent des 
filamens toujours simples des prolifères (i). Peut-être même, 
dans l'imperfection des moyens de division à laquelle sont 
réduits les cryptogamistes , ce dernier caractère seul , dont 
Roth n'a pas craint de se servir pour l'établissement de ses 
grandes sections, pourroit-il paroître suffisant pour distinguer 
deux genres. Au moins est-il certain que dans tous ceux, 
vraiment naturels , établis jusqu'à ce jour dans la famille des 
conferves , on n'a point d'exemple de pareille association. 
L'on pourroit donc laisser la conforme glomérée dans le 
genre chantransie (2), dont le caractère devroit alors ac- 
quérir plus de précision , et rétablir le genre p?*olifère de 
M. Vaucher ; mais avec un caractère fort différent à la vé- 
rité de celui que lui avoit assigné son auteur. Nous croyons 
pouvoir proposer le suivant : Pr'olifera. Filamentis loculatis 
simplieibus, materià viridi granulis fulgidis aspersa totali- 
ter repletis. Singido loculo fructificationis tempore propriis 

(1) « Elles (les Prolifères ) nous ont paru simples ou du moins rarement ra- 
» minées. » (Vauch.p. 1 ig. ) Quelque rares que fussent ces ramifications, elles 
suffiroient, sans doute, pour empêcher qu'on pût tirer un caractère de leur 
absence. Mais nous pouvons assurer, après un long examen, qu'il ne nous est 
jamais arrivé de rencontrer une seule prolifère ramifiée. 

(2) Peut-être pourra-t-on lui adjoindre la conferva. hermanni et aussi quelques 
espèces marines. 



47© Genre Prolifère. 

viribus in globulwn suant materiam effbrmante. Isto 
globulo intense viiïdi ex loculo demisso novam plantain 
emittente. 

L'on remarquera que les mots que nous avons soin de 
souligner , expriment plus particulièrement le caractère qui 
distingue nettement les prolifères de toutes les conferves 
observées jusqu'à ce jour. Mais le nom (i) même du genre, 
qui n'est que l'expression d'une erreur , devra-t-il être con- 
servé? Nous ne le pensons pas \ nous en laissons toutefois le 
jugement à M. Vaucher lui-même , et c'est une marque de 
déférence que nous donnons volontiers à cet habile ob- 
servateur. 

Indépendamment de leur mode de fructification , les -pro- 
lifères ont d'ailleurs un port qui leur est particulier, et qui, 
dans tous leurs états, les fera facilement distinguer au premier 
coup d'œil. S'il étoit , cependant , d'autres conferves avec 
lesquelles on put les confondre, ce seroit peut-être quelques- 
unes des Conjuguées à tube plein ; mais en faisant même abs- 
traction du mode de fructification qui les distingue suffisam- 
ment , les prolifères ont quelque chose de plus rigide, et, 
souvent aussi, un vert plus intense que la plupart des autres 
conferves, et plus particulièrement que celles à tube plein, 
les plus délicates de toutes les filamenteuses dans leur as- 
pect, et les plus tendres dans leur couleur. On pourroit ajou- 
ter, que plusieurs prolifères offrent moins d'uniformité que 
les autres conferves simples dans le diamètre , et beaucoup 

(1) Ne pourroit-ou pas lui substituer le nom d'autarcite qui esprinieroit la 
faculté dont jouit chaque article, de se suffire à lui-même, dans l'acte de la gé* 
nération. Nous soumettons cette nouvelle dénomination à M. Vaucher. 



Genre Prolifère. 47 1 

moins encore dans la longueur de leurs loges. Cette dernière 
anomalie est même quelquefois assez forte pour que deux 
articles assez rapprochés d'un même filament présentent une 
longueur double l'une de l'autre. Cette grandeur respective 
de la longueur et du diamètre de l'article (i) étant dans les 
conferves simples un des grands moyens de division spéci- 
fique, et les prolifères étant d'ailleurs privées de ces spires 
et de ces étoiles , dont les diverses dispositions présentent 
un bon moyen pour distinguer les Conjuguées, on sent faci- 
lement l'extrême difficulté que devra présenter la détermi- 
nation des espèces : nous avons cru cependant en distinguer 
une quinzaine, et il en est même sept dont nous avons ob- 
servé la fructification. Mais nous avouerons franchement 
tout notre embarras pour préciser, dans le langage de la 
science, ces différences fugitives, qu'une longue habitude 
seule peut faire saisir à l'observateur. Nous tenterons toute- 
fois dans un prochain mémoire de distinguer ces espèces, et 
nous tâcherons de suppléer à l'insuffisance des descriptions 
par l'exactitude des figures dont plusieurs nous manquent 
encore. Nous nous contenterons donc , aujourd'hui , d'en 
présenter aux naturalistes sept espèces dont la plupart n'ont 
pas encore été décrites. 

(i) L'anomalie observée devra-t-elle faire entièrement renoncer à se servir de 
cette considération ? Nous ne le pensons pas. Seulement il faudra ne donner 
la longueur de l'article, qu'après en avoir observé un grand nombre, et pris 
un terme moyen dont l'indication alors sera utile; mais dans tous les cas il ne 
faudra attacher à ces considérations que l'importance qu'elles méritent* 



472 Genre Prolifère. 

N°. I or . Proliféra RiruLARis. 

Diamètre du filament un cinquautième de ligne. La longueur des 
loges suivant M. Decaudolle u'excéderoit que trois fois leur diamètre. 
La disproportion entre ces deux parties m'a souvent paru beau- 
coup plus grande, et j'ai vu môme des log°s dont la longueur excé- 
doit. jusqu'à 7 ou 8 fois leur diamètre. Mitis ce dernier cas est rare , 
et en s'attachant à prendre un terme moyen , on peut estimer, assez 
exactement, la longueur ordinaire des loges à un dixième de ligue à 
peu près. 

Ces loges sont remplies d'une matière d'un vert jaunâtre léger 
fort agréable, et qu'on remarque plus intense dans la jeunesse de la 
plante. Cette matière est semée de grains brillans dont j'ai souvent 
compté jusqu'à vingt dans chaque loge. 

Les globules sont ovoïdes et les bourrelets le sont également, sauf 
une légère dépression qu'ils présentent ordinairement à l'une de 
leurs extrémités ; dépression que l'on retrouve plus ou moins 
prononcée dans les bourrelets des autres conferves que nous allons 
décrire. 

Cette prolifère a les plus grands rapports avec les deux espèces 
suivantes, et plus particulièrement avec celle à laquelle nous avons 
donné le nom de M. Cuvier. Même port , matière verte intérieure 
parfaitement semblable. Seulement le diamètre de cette dernière est 
très-sensiblement plus petit que celui de la Rivulaire dont il égale tout 
au plus les deux tiers. On nesauroif croire dans quelles incertitudes nous 
a jeté cette perfide ressemblance. Cette disproportion de diamètre 
suffisoif-elle seule pour constituer une espèce ? Nous n'osions le 
croire. Ces filamens si disproportionnés de grosseur appartenoient-ils 
à la même conferve ? Une anomalie si forte défendoit de faire entrer 
désormais dans la détermination des espèces les longueurs respectives 
de leur diamètre. Les mêmes difficultés, un peu moins fortes cepen- 
dant ? se présentoient pour la prolifère à laquelle nous avons donné 



Genre Prolifère. 47^ 

îe nom de M. Vaucher. Mais la fructification de ces trois plantes est 
venue enfin nous tirer de ce doute pénible et donnera de fort bons 
caractères pour les distinguer. 

Les bourrelets de la Rivulaire présentent un ovale, dont le grand 
diamètre n'est jamais le double du petit. Dans la prolifère de Cuvier, 
ce bourrelet est tellement allongé qu'on le distingueroit, presque 
davantage, à l'intensité de sa couleur qu'à son renflement. Dans son 
état de contraction le plus prononcé , son grand diamètre est triple 
ou quadruple du petit. La même proportion, mais un peu moins 
tranchée , se remarque entre les graines de ces deux conferves. 

Enfin, dans la prolifère de Faucher , ses bourrelets arrondis et ses 
graines parfaitement sphériques la distingueront très-nettement des 
deux précédentes (i). M. Rofh a placé dans la section de ses con- 
ferves rameuses, \a. prolifère Rivulaire&e M. Vaucher, ce qui est une 
première erreur; mais il en est une seconde moins facile à expliquer, 
c'est comment il a pu la donner pour synonyme de la confervaflu- 
viatilis avec laquelle elle ne présente aucune espèce de rapport. 

N°. II. Proliféra Cuvieri. 

Diamètre plus petit au moins d'un tiers que celui de la Rivulaire; 
mais ses loges présentent la même longueur , ce qui doit donner et ce 

(i) Ce seroit ici le lieu de parler de la prolifère frisée qui se rapproche beaucoup 
de la précédente, mais dont nous n'avons encore pu observer la fructification, et 
que par conséquent nous nous interdisons de faire entrer dans notre Mémoire. 
Ces deux plantes, s'il faut en croire M. Vaucher, auroient le même diamètre, et 
seroient semblablement cloisonnées. L'allongement des filaruens de la riuulaire, 
tandis que ceux de la frisée lui ont toujours paru repliés sur eux-mêmes, est la 
seuîe différence qu'il ait pu remarquer entre elles. Le second caractère qu'il 
donne pour les distinguer, caractère tiré des conferves parasites qui couvroient 
la frisée au moment où il l'observa, est encose plus faible. On pourroit y ajouter 
que les loges de cette dernière conferve sont beaucoup plus courtes que celles de 
la rivulaire. 

Cette brièveté des articles est telle qu'il en est dont le diamètre est double ds 

Méin. du Muséum, t. 3. 60 



474 Genre Prolifère. 

qui donne réellement à cette conferve un port plus délié qu'à la 

précédente. 

Ses bourrelets sont très-allongés , légèrement pyriformes , et ses 
graines ellipsoïdes. 

N°. III. Proliféra Faucherii. 

Même diamètre à peu près que dans la prolifère de Cuvier. 

La longueur moyenne des articles ne surpasse que deux à trois fois 
ce diamètre ; aussi ses filamens, quoique de même grosseur que ceux 
de la précédente, paroissent-ils moins effilés et plus roides. 

Ses bourrelets sont arrondis et ses graines parfaitement sphériques. 

N°. IV. Proliféra Boscii. 

Diamètre moins d'un centième de ligne; la longueur des loges peut 
être d'un vingtième. 

La matière grenue qu'ils contiennent est d'un vert un peu jaunâtre. 
L'aspect de cette plante est fort élégant , et surtout au printemps où 
ses graines ovoïdes, placées de distance en distance, présentent l'appa- 
rence d'un léger collier. 

Ces graines et les bourrelets qui les précèdent, présentent un 
ovale allongé, et le petit diamètre des graines surpasse assez peu celui 
des loges. 

leur longueur, que clans la plupart cette longueur surpasse fort peu le dia- 
mètre, et que nous ne croyons pas en avoir vu un seul où elle le surpassa du 
douille. Elle nous a paru aussi affecter, pour son habitation, des eauxplus rapides 
encore que la rivulaire , et nous l'avons le plus souvent trouvée mêlée à la chan- 
transie pelotonnée , et même quelquefois aux poly spermes. Quant à la prolifère 
composée , n°. 5 , du même auteur, on sent combien il sera difficile d'en donner 
la synonymie avec quelque certitude puisqu'un naturaliste ordinairement si 
exact l'a assez imparfaitement ob^-vée pour ne pas même être sur qu'elle soit 
cloisonnée. Quant au caractère spécifique qu'il en a donné, d'avoir les rejetions 
de ses bourrelets également pourvus de bourrelets, la lecture de ce Mémoire a 
dû faire suffisamment connbtlre combien il est vague et insuffisant. 



Genre Prolifère. 17a 

N\ V. Prolifère Borisiana. 

Diamètre un peu plus grand que celui de la précédente. La lon- 
gueur des loges peut le surpasser quatre fois. Ses filaraens d'un beau 
vert gai sont le plus souvent très-rigides et fort tourmentés dans 
leurs contours. Cette rigidité peut être due aux articulations très- 
prononcées de cette conferve. 

La graine de cette plante est légèrement ovoïde ou presque ronde, 
et plus grosse , proportionnellement au filament qui la contient , que 
celles des autres prolifères. Son diamètre, en effet, m'a paru surpas- 
ser presque trois fois celui des loges. Nous n'avons encore rencontré 
que cinq à six filamens fructifies; mais comme ils avoient été re- 
cueillis dans différentes eaux, et qu'ils nous ont tous offert un renfle- 
ment considérable dans l'une des loges contiguè's de la graine et 
dans celle qui la précède , nous avons lieu de présumer que cette ob- 
servation, si elle se trouve constante, pourroit contribuer à la déter- 
mination de l'espèce. Nous sommes plus portés à croire , toutefois , 
que ces renflemens ne sont autre chose que les bourrelets de la 
plante. 

N°. VI. Proliféra Candollii. 

Diamètre un peu plus petit que dans la proliféra Boscii. 

La longueur des loges peut surpasser 3 à 4 fois leur largeur. 

Cette conferve est dans sa jeunesse d'un vert intense qui permet 
difficilement de distinguer les grains brillans et même les cloisons. 
Ses filamens ont de la roideur dans leur port. 

Les bourrelets sont arrondis. Quelquefois cependant ils s'allongent 
légèrement en un ovale dont le plus grand diamètre ne se trouve pas 
dans le sens de la longueur du filament. Les graines sont sphériques , 
souvent accolées deux à deux ou même en plus grand, nombre. 

Cette conferve se rapproche de la conferva vesicata de M. Vaucher, 
mais nullement de celle de Muller. 

60* 



476 Genre Prolifère. 

N°. VIL Proliféra Rothii. 

Le diamètre de cette conferve, autant qu'on peut le calculer par 
comparaison avec des mesures beaucoup plus grandes (car quel 
micromètre approcha jamais de pareille ténuité ) , peut avoir un 
diamètre d'un quatre-centième de ligne. 

La longueur des loges peut être double ou triple de leur largeur ; 
la matière verte qu'elle contient nous a paru jaunâtre ; mais nous 
n'avons pu y remarquer de grains brillans, ce qui peut être dû à son 
développement trop avancé au moment où nous l'observions, ou à son 
extrême petitesse. 

Ses graines . dans le petit nombre de filamens fructifies qui nous 
ont passé sous les yeux , étoient fort multipliées et accolées jusqu'à 
4 ou 5 les unes à la suite des autres. 

C'est la plus petite conferve que nous connoissions ; et la conferve 
cotonneuse de M. Vaucher, quoique fort déliée, l'est bien moins en- 
core que celle-ci. 

Nous avons trouvé ces diverses conferves fructifiées dans le cou- 
rant du printemps , les prolifères de Bosc et de Vaucher se sont pré- 
sentées les premières. Ensuite celles de Roth et de Decaudolle ; elles 
ont été suivies par la rivulaire et la prolifère de Bory. Enfin la 
dernière dont nous ayons observé la fructification est la prolifère 
de Cuvier y mais nous n'osons donner pour constant cet ordre 
dans les dates de leur fructification qui n'est le résultat que des ob- 
servations d'une seule année. 

Que nous reste-t-il en terminant ce mémoire , malheureu- 
sement trop incomplet , mais auquel nous nous proposons 
de donner dans la suite un supplément 5 que nous reste-t-il , 
dis-je , que d'excuser l'imperfection de nos recherches par 
leur extrême difficulté , et nous appliquer ces mots du poète 



7bm . 5 . 



PI. 



2Ô . 



Tiy.i. 



F,< 7 . 7 . 




a. ,7 



FIîOLIl'JiUlES. 



Genre Prolifère. 477 

qui devroient être la devise de tous les observateurs mi- 
croscopiques. 

Agnovitque per urnbram 

Obscuram ; qualem primo qui surgere mense 
Aut videt aut vidisse putat per nubila lunain. 



EXPLICATION DES FIGURES. 

Fig. l. Prolifère rivularis fructifiée. 
A. A. Bourrelets. 
A'. Bourrelets accolés. 

( Cette figure étant un peu moins grossie que les autres du même mémoire, 
nous y joignons un court filament , fig. 1 , dessiné à la même lentille que les 
suivantes. La même remarque s'applique aux fig. 2, et 2,'. ) 
Fig. i'. Prolif. rivul. fructifiée (plus grossie). 

A. Bourrelet. On y remarque bien la dépression (a) d'une des extrémités. 
Nous avons choisi à dessein le plus allongé que nous ayons pu rencontrer.il 
sera facile cependant de juger, au premier coup-d'œil, combien il est loin 
encore de l'allongement des bourrelets de la Prol. de Cuvier. 

Fig. 2. (a) Graine de Prolifère commençant à se développer et fixée ainsi que les 
suivantes à quelque corps plongé dans les eaux. 

(h) (e) La même à un degré plus avancé de développement. 
(d) V e . loge presque vide ou n'étant plus remplie que d'une matière verte 
décomposée. 
Fig. 2'. (a) Graine commençant à se développer. 

(d, e,f.) Autre graine se développant sans être fixée. Il est rare d'en ren- 
contrer de pareilles. 
( e ) Espèce de collet, 
(y) Racines. 

( d) Première loge de la plante. 
Fig. 3. Prolif. Cuvieri. 
A. A. Bourrelets. 

B. Graine ( des circonstances étrangères à l'histoire naturelle ayant in- 
terrompu à plusieurs reprises nos recherches microscopiques à la fin de 
mai, nous n'avons, au milieu d'un nombre incalculable de bourrelets, pu 
apercevoir que ce seul filament complètement fructifié; mais nous ne dou- 
tons pas que les graines doivent être comme en juin, ) 



T~. 



4 7 8 



Genre Prolifère. 



Fig. 4. Prol. Vaurfierii. 

A. A. Bourrelets. 

B. B. Graines. 

C. Bourrelet embarrassé d'un grand nombre de corps étrangers, et entre 
autres servant de base à une très -petite prolifère. Cette apparence qui est 
fort commune et qui a dû se présenter plusieurs fois à M. Yauclier, l'a en- 
traîné dans de fausses conclusions. 

Fig. 5. Prol. Boscii. 

A. Bourrelet. 

B. B. Graines. 

Fig. 5'. Graine de la même plante commençant à se développer. 

(a) Racine. 

(4) Tige. 
Fig. 5". Graines de la même plante avec quelques variétés dans leur mode de 

développement. 

(a) Graines ne présentant pas de séparation bien tranchée entre leur tige 

et leurs racines. 

Cette séparation devient plus sensible dans les figures suivantes où on verra 

le nombre des racines s'élever de î à 4. 

b une 

c deux 

> racines. 
a trois 

e quatre 
Fig. 6. Prol. Borisii. 

B. Graine. 

A. Bourrelet? 
Fig. 7. Prol. Candollii. 

A. Bourrelet. 

B. Graines. 

C. Loge qui a laissé échapper sa graine. 
Fig. 8. Prol. Rothii. 

(a, a) Bourrelets. 
( b ) Graines, 

L'extrême petitesse de celte dernière conferve nous a forcé de la dessiner 

à une lentille plus forte que les précédentes. 

Fio. 9. Filament de Rivulaire en décomposition. L'espèce de spire qu'on aperçoit 

entre ses articles , nous a paru mériter d'être mise sous les yeux des naturalistes. 

Cette spire présentoit une apparence fort analogue à celle des trachées de» 

plantes. Les grains brillans y auroient-ils été attachés ? 



TABLE 

DES MÉMOIRES ET NOTICES 

Contenus dans ce troisième Volume. 



M. A. THOUIN. 

JLr escription de la Greffe Palissy. 68— 8 1 

M. A.-L. DE JUSSIEU. 

Sur le Melicocca , et quelques espèces nouvelles de ce genre 
de Plantes. 179 — 189 

Treizième Mémoire. Sur les caractères généraux des Fa- 
milles , tirés des graines. Méliacées. — Geraniacées. 

436—448 
M. DESFONTÀINES. 

Note sur les Cierges; Description d'une nouvelle espèce 
qui a fleuri cette année au Jardin du Roi. 190 — 194 
Nouveau genre de Plante : Glossostemon. 238 — 240 

Description du genre Diplolaena. 449 — 4^3 

Nouveau genre de la Famille des Composées. Chardima. 

454—458 

Nouveau genre de la famille des Euphorbiacées. Ri ci- 

nocarpos. 4^9 — 4^ r 

M. FAUJAS-DE-SAINT-FOND. 
Des Emaux, des Verres, et des Pierres ponces des- 
Volcans brûlons et des Volcans éteints. ' 1 — 36- 



480 TABLE DES MÉMOIRES ET NOTICES. 

Notice sur quelques Coquilles fossiles des environs de 
Bordeaux. 195 — 197 

M. GEOFFROY-SAINT-HILAIRE. 

Description d'un Oiseau du Brésil, sous le nom de Tyran*- 
Roi. 275 — 278 

M. HAÙY. 

Observations sur une Substance minérale à laquelle on 
a donné le nom de Fassaïte. 120 — 184 

Sur la Vertu Magnétique considérée comme moyen de 
reconnaître la présence du Fer dans les Minéraux. 

169 — 178 

Sur l 'Electricité produite dans les minéraux , à l'aide de 
la pression. 2 2 3 — 2 2 8 

Comparaison des Formes cristallines de la Strontiane 
carbonatée avec celles de Z'Arragonke. 287 — 307 

Sur l'usage des Caractères physiques des minéraux, pour 
la distinction des Pierres précieuses qui ont été 
taillées, 353 — 3go 

M. G. CUVIER. 

Sur un Mémoire de M. Dutrochet , médecin à Château- 
Renaud , intitulé : Recherches sur les Enveloppes du 
fœtus. 82 — 97 

Mémoire sur les OEitfs des Quadrupèdes. 98 — 119 

Extrait d' observations Jaites sur le cadavre d'une femme, 
connue à Paris et à Londres sous le nom de Vénus 
Hottentote. 2% — 274 



TABLE DES MÉMOIRES ET NOTICES. 481 

Sur le genre Chironectes Cuv. ( Antennarius Commers. ) 

4i8—435 

M. VAUQUELIN. 

Analyse du Seigle ergoté du bois de Boulogne près Paris. 

198 — 210 

■ — du Riz. 229 — 237 

— de différentes variétés de Pommes de terre. il\\ — 258 

' — du Gnjs croupe dans l'abdomen de l'Eléphant mort au 

Muséum d'histoire naturelle, la nuit du \!± au i5 

mars. 2 7 9 — 2 8 3 

• — d'une espèce de Concrétion trouvée dans les glandes 

maxillaires du même Eléphant. 284 — 286 

M. LAUGIER. 

Note relative aux Arragonites de Bastènes , de Baudissero s 
et du pays de Gex. 3o8 — 3n 

Expériences propres à coirfirmer l'opinion émise par des 
Naturalistes sur l'identité d'origine entre le Fer de 
Sibérie et les Pierres météoriques ou Aérolithes. 34 1 — 

35a 

M. P. A. LA TREILLE. 

Introduction à la Géographie générale des Arachnides 
et des Insectes , ou des climats propres à ces animaux. 

37—67 

Considérations nouvelles et générales sur les Insectes 
vivant en société. . 3g 1 — 41.0 

M. CHEYREUL. 

Recherches chimiques sur les Corps gras , et particulier 
Mém. du Muséum, t. 3. 61 



if8a TABLE DES MÉMOIRES ET NOTICES. 

?*ement sur leurs combinaisons avec les Alcalis. 
Sixième Mémoire. i35 — 168 

M. AUGUSTE DE S AINT-HILAIRE. 

Observations sur le Sauvagesia , les Violacées et les Fran- 
keniées. 2i5 — 220 

M. DE CANDOLLE. 

Troisième Mémoire sur les Champignons parasites. Sur le 
genre Xyloma. 3i2 — 3-j. 7 

Quatrième Mémoire. Sur les genres Asteroma , Poly stigma 
et Stilbospora. • 3a8 — 3/j.o 

M. S. LAMBERT. 

Analyse de la Salicorne trouvée dans les marais de 
St. -Christophe , près Rio-Janeiro, par M. Auguste 
de St.-Hilaire. 221 — 222 

M. LÉON LE CLERC. 

Sur la Fructification du genre Prolifère de M. T^aucher. 

462—478 
M. RAMOND. 

Note lue le 6 nivôse an XI ( '27 décembre 1800J à la 
Classe des Sciences physiques et mathéjnatiques. 

211 — 214 
M. TURPIN. 

Lettre à M. le baron de Beauvois , relative à sa Notice 
préliminaire sur les Palmiers, etc., etc. 

4ii—4i7- 



INDICATION DES PLANCHES DU IIR VOLUME. 



Planche I. Greffe Palissy.. '. Pag. 68 

IL Enveloppes de fœtus. 82 

III. Cristallisatioji de la Fassaïte. 120 

IV. Melicocca carpoodea. 

V. Melicocca paniculata. 

VI. Melicocca dwersifolia : M. Dentata. ^ 188 

VII. Melicocca dwersifolia. 

VIII. Melicocca trijuga. 

IX. Cactus speciosissimus. ig3 

X. Coquilles fossiles des environs de Boi^deaux. 197 
XL Glossostemoji Bruguieri. 240 

XII. Cristallographie. 287 

XIII. Champignons parasites • genre Xyloma. 327 

XIV. Champignons parasites • genres Asteroma , 
Polystigma, Stilbospora. 340 

XV. Fructification du dattier. 4 ï 7 

XVI. Chironectes lœvigatus • C. scaber. 

XVII. Chironectes biocellatus ■ C. lo~ 
photes- C. furcipilis • C. nummifer. \ ^18 

XVIII. Chironectes Commersonii , C. 
punctatus • C. unipennis. 

XIX. Diplolœna grandiflora. \ 

XX. Diplolœna Dampieri. S * 
XXL Chardinia xeranthemoïdes. 457 

XXII. Ricinocarpos pinifolia. AQ r 

XXIII. Prolifères. / 77 



TABLE ALPHABÉTIQUE 

DES ARTICLES 

Contenus clans ce p remi e r Volume. 



A. 



A. 



.beilles. De leurs mœurs et de 
leur industrie. Voyez Insectes. 

Acide margarique. Examen de cette 
substance, i5o et suiv. Voy. Corps 
gras. 

Aérolithes , contiennent du chrome, du 
nickel et du souffre, et leur ana- 
lyse comparée à celle du fer de 
Sibérie fait présumer que ce fer 
a la même origine, 34i et suiv. 

Aiguille aimantée : par quels procédés 
on peut la rendre propre à indi- 
quer la moindre molécule ferru- 
gineuse dans les minéraux, 170 
et suiv. Idée de la manière dont 
s'exercent les forces magnétiques, 

ibid. 

Aimant. Voy. Aiguille aimantée. 

Amidon. A quelle température il se 
dissout dans l'eau, 236. En quelle 

proportion il se trouve dans les 

diverses variétés de pommes de 
terre, 242, 256. Voy. Pommes de 
terre. 
Antennarius Comm. Voy. Chironectes, 
Arachnides ; introduction à la géo- 
graphie de ces animaux , 37 et s. 
Voy. Insectes. 
Arragonites. Comparaison des formes 



cristallines de ce minéral avec 
celles de la strontiane, 287 et suiv. 
Histoire des recherches faites sur 
ce minéral, ib. Résultat de l'ana- 
lyse de plusieurs Arragoniie3, 3o5 
et suiv.; 3o8 et suiv. 
Asteroma. Observations sur ce genre 
de champignons parasites, 32g. 
Caractère des six espèces connues, 

336. 

B, 

Baïkalite. Description de ce minéral 
et détermination de sa forme cris- 
talline, de laquelle il résulte qu'il 
doit être réuni au pyroxène, 12g 
et suiv. 

Balsamine. Celte plante doit être le 
type d'une nouvelle famille, 448. 

Baudroies. Observations sur cette tribu 
de poissons et sur les caractères 
qui la distinguent, 4i8 et suiv. 

Boschismans. Ce qu'il faut penser de 
cette peuplade africaine, 260 et s. 
Caractères physiques et mœurs 
de ces sauvages, ibid. Voy. Vénus 
hottentote. 

Buccin de Vénus. Sa figure, 197. 



Cactus speciosissimus. Sa description, 



TABLE ALPHABETI 

précédée d'une note sur les Cactus 
vu Cierges , 190 et s. 

Calculs. Analyse des calculs trouvés 
dans les glandes maxillaires de 
l'éléphant mort au Muséum , 284. 

Cancellaire à angle aigu : et C. cabes- 
tan. Figure de ces deux coquilles, 

] 97- 
Capucine. Voy. Tropœolum. 

Cédrélées. Pourquoi M. Brown a fait 
une nouvellp famille des genres 
Cedrela et Swietenia , 44 1. 

Champignons parasites. Mémoire sur 
le genre Xyloma, et description 
de 4i espèces, 3 12 et suiv.; — sur 
les genres Asteroma , Polystigma 
et Stilbospora, 328 et suiv. 

Cliardinia. Nouveau genre de plantes 
séparé du Xeranthemum. Sa des- 
cription, 454 et suiv. 

Chironectes Cuv. Antennarius Comm. 
Lophius Lin. Mémoire sur ce genre 
de poissons, et description de dix 
espèces, 4i8 et suiv. 

Cholesterine. Substance cristallisée des 
calculs biliaires, pourquoi ainsi 
nommée, i42. 

Chrome, se trouve dans le fer de Sibé- 
rie comme dans les aérolithes, 
343 et suiv. 

Cierges ( Cactus ).- Note sur les cierges 
et description d'une nouvelle es- 
pèce nommée cactus speciosissi- 
mus , 190 et suiv. 

Climats. Division de la terre en cli- 
mals, dont chacun est propre à 
l'habitation de certaines familles 



QUE DES ARTICLES. 48g 

et de certains genres d'Arachnides 
et d'insectes, 3j et suiv.- 

Conférées. Observations sur la fructi- 
fication et la reproduction de plu- 
sieurs plantes de cette famille, et 
description de sept espèces de 
Prolifères , 462 et s. Voy. Prolifère. 
Coquilles fossiles de Bordeaux. Notice 
sur ces coquilles avec la figure de 
quatre des plus remarquables, 
ig5 et suiv. 
Corps gras ( Recherches chimiques sur 
les), i35 et suiv. Résumé des 
cinq Mémoires déjà publiés sur 
cet objet, ibid. Explication des 
noms donnés aux substances que 
ces recherches ont fait connoître, 
i42. Propriétés des graisses d'hom- 
me, de mouton, de bœuf, de 
jaguar et d'oie, i42 et suiv. De 
l'action de la potasse sur ces 
graisses, i44. Des acides marga- 
riqueet oléïque , vSo et suiv. Ana- 
lyse des graisses par l'alcool, i56 
et suiv. ; — de la stéarine, 15g; — 
des élaïnes, 162. Conclusion , 164. 
Cristallographie. Détermination des 
formes cristallines de la Fassaïte, 
de la Sahlite, et de la Baïkalite, 
et preuve que ces substances doi- 
vent être réunies au Pyroxène , 
120 et suiv. Considérations géné- 
rales sur les lois de la cristallisation 
et développement de la théorie 
du prisme rhomboïdal, i3 . 

Cusparia Humb. Ce genre qui fournit 
le Cortex angusturœ doit être rap- 
porté aux Méliacées, 44i, 



486 



TABLE ALP 



D. 



Dattier. Description du Dattier, et 

détails anatomiques sur les parties 

de la fructification de cet arbre, 

4i5 et suiv. 

'Dévitrification : sa cause et ses effets, 
I et suiv. Voy. Volcans. 

Diodore de Sicile. Conjectures sur un 
passage de cet auteur applicable à 
la géographie, 65. 

Diplolœna. Description tle ce genre de 
plantes et des deux espèces qui le 
forment , 44o et suiv. 

E. 

Elaïne. Ce que c'est, 142. Examen de 
cette substance, 162. Voy. Corps 
gras. 

Electricité. Une simple pression la 
produit pour un temps plus ou 
moins long dans certains miné- 
raux, et cette propriété est un 
nouveau moyen de les distinguer, 
2a3 et suiv. 

Eléphant. Analyse du gaz trouvé dans 
l'abdomen de l'éléphant mort au 
Muséum , et d'une concrétion 
trouvée dans ses glandes maxil- 
laires, 275 et suiv. 

Embryons. Voy. Œufs des quadru- 
pèdes. 

Ergot. Propriétés physiques, et analyse 
chimique de l'ergot du seigle, 198 
et suiv. Ergot comparé chimique- 
ment avec le sclerolium stercora- 
rium. 208. 

F. 

Famillesnaturelles des pilantes. Examen 



HABÉTIQUE 

des Méliacées, des Vinifères et des 
Géraniacées, d'après les caractères 
tirés des graines, 336 et suiv. 

Fassaïte. Description de cette sub- 
stance minérale, dont la cristal- 
lisation prouve qu'elle n'est qu'une 
nouvelle variété de pyroxèue, et 
qu'elle se rapporte à la sahlite, 
120 et s. 

Fer. Moyen de reconnoître sa présence 
dans les minéraux, 169 et suiv. 
Expériences à ce sujet, ibid. 

Fer de Sibérie. Analyse chimique de 
ce minéral qui contient du soufre 
et du chrome , et paroît avoir une 
identité d'origine avec les pierres 
météoriques, 34i et suiv. 

Fœtus. Recherches sur les enveloppes 
du fœtus, et comparaison de ces 
enveloppes dans les ovipares et 
les vivipares, 82 et suiv. Voy. 
Œufs des quadrupèdes. 

Foveolaria. Affinité de cette plante 
avec le Styrax et le Strigilia, 438. 

Fourmis. Des mœurs et de l'industrie 
de ces insectes, 4o3 et suiv. Voy. 
Insectes. 

Frankeniées. Observations sur cette 
famille de plantes, 217 et suiv. 

G. 

Gœrtner. Examen" des Méliacées, des 
Vinifères et des Géraniacées, 
d'après les caractères indiqués par 
Gœrtner, 436 et suiv. 

Gaz. Analyse du gaz trouvé dans 
l'abdomen de l'éléphant mort au 
Muséum,. 2"Q. 



DES A R 

Gemmes. Voy. Pierres précieuses. 

Géographie des Arachnides et des 
Insectes ( Introduction à la ) , 3j 
et suiv. 

Géraniacées. Observations sur cette 
famille de plantes et sur les genres 
qu'on en avoit rapprochés et qui 
paroissent devoir entrer dans 
d'autres familles ou former des 
familles particulières., 445 et sniv. 

Glossostemon , nouveau genre déplan- 
tes. Sa description , 238. 

Graines. Observations sur les carac- 
tères tirés des graines dans les 
Méliacées, les Vinifères et les 
Géraniacées, ^36 et suiv. 

Graisse. Examen chimique des graisses 
d'homme, de mouton, de bœuf, 
de jaguar et d'oie; des propriétés 
de ces graisses, de leur saponifi- 
cation , des divers cbangemens 
qu'on leur fait éprouver, et des 
substances qu'on en obtient, i42 
et suiv. Voy. Corps gras. 

Greffe Palissy. Description, culture, 
et usages de cette nouvelle sorte 
de greffe , qui consiste à greffer des 
racines sur des branches, 68 et s. 

H. 

Hypoxylons. Observations sur cette fa- 
mille de plantes parasites, qui est 
intermédiaire entre les lichens et 
les champignons, 3i3. 



Iclhyologie. Voy. Chironecles. 
Insectes. Considérations sur la géogra- 
phie des Insectes et des Àrach- 



T I C L E S. 487 

nides, et division de la terre en 
climats, dont chacun est propre à 
l'habitation de certaines familles 
et de certains genres de ces ani- 
maux , 37 et suiv. Considérations 
sur les insectes vivant en société, 
sur leur instinct, leurs mœurs, 
leurs travaux , le but de ces tra- 
vaux, sur les lois qui les régissent 
et sur la différence qui existe entre 
eux et ceux qui vivent solitaires, 
3gi et suiv. 
Lophius Lin. et Lacei». V. Chironectes. 

M. 

Méliacées. Observations sur cette fa- 
mille de plantes, sur les genres 
qui la composent et sur ceux qu'on 
doit en exclure, 436 et suiv. 

Melicocca. Mémoire sue ce genre de 
plantes, et description de cinq 
espèces nouvelles, 17g et suiv. 

Minéralogie. Ses progrès dans la clas- 
sification et la distinction des 
pierres précieuses. Voy. ce mot. 

Monodonte élégante. Sa figure, 197. 

N. 

Neutres. L'existence des neutres dans 
les insectes sociaux, tient essen- 
tiellement au plan d'après lequel 
la société des insectes est établie ,. 
4oi et suiv. Voy. Insectes. 

O. 

Obsidiennes. Description de plusieurs 
obsidiennes, 17 et suiv. Voy. 
Volcans. 

(Eufs des oiseaux. Description des mé- 



488 TABLE ALP 

tamorphoses qu'y produit l'incu- 
bation , et résumé des observations 
que les anatomistes ont faites sur 
cet objet, 82 et suiv. 

(Eufs des Serpens et des Batraciens 
comparés à ceux des oiseaux, 92 
€t suiv. 

(Eufs des quadrupèdes. Mémoire sur 
les ceufs des quadrupèdes, 98 et s. 
Exposition des découvertes faites 
sur cet objet, ib. Rapports et dif- 
férences qui se trouvent entre ces 
œufs et ceux des reptiles, 106 et 
suiv. Structure particulière du 
foetus de divers mammifères, 108 
et suiv. Examen du foetus des car- 
nassiers, et particulièrement du 
chien et du chat, ib. ; — des pa- 
chydermes et particulièrement du 
cheval, 110; — du cochon, 112; 
— des ruminans, Ii3; — des 
rongeurs, n4. Analogie entre les 
ceufs des oiseaux et ceux des qua- 
drupèdes, 117. 

Oxalis. Doit être séparé des gérania- 
cées et réuni aux diosmées, 448. 

P. 

Palmiers. Observations sur l'organi- 
sation des parties île la fructifica- 
tion dans cette famille, et sur les 
principes qu'il faut suivre pour 
les bien étudier , 4n et suiv. Exa- 
men du dattier, 4i5 et suiv. 

Pautsauvia Juss. Stylidium de Lou- 
reiro. Observations sur ce genre 
de plantes, 443. 

Périsperme. Questions sur la nature 



HABETIQUE 

et l'importance de eet organe, 437 

Physiologie végétale. Observations sur 
une Renoncule qui fleurit et fruc- 
tifie sous l'eau, 211 et suiv. Ob- 
servations sur les avortemens et 
sur les greffes naturelles , avec 
l'application des principes qui en 
résultent à la connois'sance des 
palmiers, 4netsuiv. 

Pierres ponces. Observations sur les 
pierres ponces et description de 
plusieurs espèces, 22 et s. "Voy. 
Volcans. 

Pierres météoriques. Voy. Aérolithes. 

Pierres précieuses. Progrès que l'analyse 
chimique et la cristallographie 
ont fait faire dans la connoissance 
et la classification de ces pierres, 
353 et s. Combien on est exposé à 
se méprendre lorsqu'on s'en rap- 
porte à l'aspect, ib. On peut dis- 
tinguer toutes les pierres pré- 
cieuses par des caractères phy- 
siques susceptibles d'être observés 
lors même qu'elles sont taillées, 
362 et suiv. Distribution miné- 
ralogique des pierres précieuses, 
365 et s. Notions sur les caractères 
physiques d'après lesquels on peut 
les distinguer, 370 et suiv. Appli- 
cation de cette méthode à la dis- 
li notion de toutes les pierres pré- 
cieuses connues dans le commerce, 

385. 

Polystigma. Observations sur ce cham- 
pignon parasite, 33o. Description 
de trois espèces, 337. 

Pommes de terre. Analyse comparative 



de ij variétés de pommes de 
tewe, qui montre quelles sont 
parmi ces variétés celles qui con- 
tiennent le plus de substance nu- 
tritive, a4i et suiv. 

Prisme rhomboïdal. Voy. Cristallo- 
graphie. 

Prolifère. Observations sur la fructi- 
fication , le développement et la 
reproduction de ce genre Je Cou- 
ferves, *>* J« quelques autres plan- 
tes de la même famille, 462 et s. 
Description de sept espèces du 
genre prolifère, 472 et suiv. 

Pyroxène. La Fassaïte, la Sahlite et la 
Baïkalite sont des variétés de ce 
minéral, 120 et suiv. Observations 
sur les formes cristallines de quel- 
ques variétés de pyroxène , et dé- 
veloppemens de la théorie du 
prisme rhomboïdal, i3o et suiv. 
Voy. Fassaïte. 

R. 

Races d'hommes. Comparaison des 

principales races et de plusieurs 

variétés de l'espèce humaine, et 

conséquences qu'on doit en tirer, 

271 et suiv. 

Rak des Arabes. Ce que c'est que cette 
plante, qui n'est pas encore assez 
connue, 445. 

Ranunculus aquatilis. Fleurit et fruc- 
tifie sous l'eau dans un lac des 



DES ARTICLES. 48a 

Riz. Analyse chimique du riz, 229 et s. 



Pyrénées, 



311. 



Ricinocarpos , nouveau genre de la fa- 
mille des Euphorbiacées. Sa des- 
cription, 459. 

Mém. du Muséum, t. 3, 



S. 

Sahlite, n'est autre chose qu'une nou- 
velle variété de pyroxène, à la- 
quelle il faut rapporter la fassaïte, 
l3o. Voy. Fassaïte. 

Salicorne. Analyse d'une salicorne du 
Brésil, 221. 

Saponification. Voy. Corps gras. 

Sauvagesia. Observations sur cette 
plante, sur les Violacées et les 
Frankeniées, 2i5 et s. 

Sclerotium stercorarium , comparé à 
l'ergot par l'analyse chimique, 

208. 

Seigle ergoté. Voy. Ergot. 

Stéarine, Ce que c'est, i42. Examen 
de cette substance, i5g et s. Voy. 
Corps gras. 

Stilbospora. Observations sur ce genre 
de champignons parasites, 333. 
Description de sept espèces, 338. 

Strigilia. Observations sur la place que 
ce genre de plantes doit occuper 
dans l'ordre naturel. Son affinité 
avec le styrax, 438. 

Strontiane carbonatée. Détermination 
îles formes cristallines de ce mi- 
néral , et comparaison de ces cris- 
taux avec ceux de l'arragonite, 
287 et suiv. A quoi se réduit l'in- 
fluence de la petite quantité de 
strontiane trouvée dans l'arrago- 
nite, 3o6 et suiv. 5 3o8 et suiv. 

Stylidium Lour. Voy. Pautsauvia. 

Styrax. Quelle doit être dans l'ordre 
62 






49° TABLE ALPHABÉTIQUE DES ARTICLES 

naturel la place de ce genre de 

plantes, 43g et suiv. 

Swietcnia. Voy. Cédrélées. 



Tablier des Hottentotes. Discussion sur 
cet objet, )5g et suiv. C'est aux 
Boschismanes et non aux Hotten- 
totes qu'appartient cette singu- 
lière protubérance , ibid. 

Tropœolum. Singulière organisation 
de son fruit, 447. Doit .être séparé 
des Géraniacées et former le type 
d'une nouvelle famille, ibid. 

y. 

Vénus - Hottentote. Histoire de la 
femme connue sous ce nom, et 
observations sur son cadavre, i5g 
et suiv. Elle n'appartenoit pas à 
la peuplade des Hottentots,- mais 
à celle des Boscbismans, ibid. Sa 
conformation comparée à celle de 
plusieurs races d'hommes, ibid. 

Verres des Volcans. Voy. Volcans. 

Vinifères. Observations sur cette fa- 
mille de plantes, sur les genres qui 
la composent, et sur les caractères 
que présententla graine des vignes 
d'après l'observation de Gaertner, 

444. 



Violacées. Observations sur cette fa- 
mille de plantes, 2i5 et suiv. 

Vipères. Observations sur le dévelop- 
pement de œufs des vipères, g3. 

Volcans (produits des). Mémoire sur 
les émaux, les verres et les pierres 
ponces des volcans brûlans et des 
volcans éteints, 1 et suiv. Obser- 
vations générales sur les émaux et 
sur la ttévUrification, 1 et suiv. 
Description de 12 espace d'émaux 
volcaniques, 4 et suiv. Observa- 
tions sur les laves qu'on peut con- 
vertir en verre, sur les obsidiennes 
et les pierres ponces, 6 et s. Des- 
cription de 16 espèces de yerres 
volcaniques, de laves et d'obsi- 
diennes, i5 et s. Observations gé- 
nérales sur les pierres ponces, et 
descriptions de 24 espèces de ces 
minéraux, 28 suiv. 



Xeranthemum. Caractère de ce genre 
qui jusqu'à présent ne Comprend 
que deux espèces, ^55, 

Xyloma. Description de ce genre de 
champignons parasites et de 4a 
espèces, 3i2 et suiv. 



<« 



%.. 



<?0 



\ ■*-<■