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MÉMOIUKS
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POÉSIES
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JEANNE I)'AE1!I5I';T
PUBLIES PAR
Le Baron ok lilMM.K
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PARIS
Km. PAl. L, \\[ \\\T vu- tiriLLFMÎN
LIBRAIRES DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALB
28, rae des Bons-Enfants
1893
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• « •
NOTE SUR LE PORTRAFT
Le portrait placé en tête de ce volume a été
gravé d'après un portrait de la reine de Navarre
conservé à Genève, que la princesse avait offert à
la République Helvétique en 1566. C'est le seul
portrait authentique de Jeanne d'Albret.
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> •• •■ •
Xes Mémoires de Jeanne d'Albret ont été signalés
par les historiens du xvi* siècle qui se sont occupés
de la vie de cette grande princesse, notamment par
les annalistes du parti réformé inféodés aux Bour-
bons. Olhagaray les cite avec d'autant plus d'auto-
rité qu'il était, sous le règne de Henri IV, histo-
riographe de ce prince et qu'il avait trouvé dans
V exercice de ses fonctions la pure et vraie tradition
de la maison d'Albret. Il raconte un des incidents
de la vie du roi de Navarre d'après le récit de
Jeanne et ajoute : « dit V original, dontfay
« tiré mot à mot ces paroles ^ » Nicolas de Borde-
nave, ministre béarnais, chargé par Jeanne d'Albret
elle-même d'écrire l'histoire de la Navarre, est
encore plus explicite. Il relate le même événement
de la vie d'Antoine dé Bourbon dans les mêmes
1. — Olhagaray, Histoire des comptes de Foix,
Béarn et Navarre, in-4o, 1629, p. 529.
II
termes que les Mémoires et justifie son récit par
cette déclaration catégorique « comme la royne,
« sa femme, a laissé par escrit impnmé *. »
D'Aubigné, le fidèle serviteur du Béarnais, son
écuyer, son conseiller , son compagnon d'armes
dévoué pendant vingt ans de sa vie, joint son
témoignage à celui des chroniqueurs béarnais :
€ La royne de Navarre, dit-il en rappelant les
€ circonstances qui décidèrent Jeanne d'Albret à
« écrire son autobiographie, n'oublia pas les assis-
c tances qu'on avait demandées à elle et aux siens
« contre la maison de Guise, quelque mot du défit
« qui paroissoit en la roine mère de commettre tous
« les princes et nobles de France ensemble, et puis
« couronna son escrit de hardies résolutions et pro-
€ testations ^. » Voilà en peu de mots une analyse
complète des Mémoires de Jeanne d'Albret.
Régnier de la Planche, autre narrateur protes-
tant, conseiller de la maison de Montmorency,
un des hommes les plus mêlés au mouvement
de la réforme, copie textuellement un récit de
Jeanne d'Albret et le confirme en ces termes
« comme aussi la roine de Navarre, pour le
« bien scavoir et sans jamais avoir esté contredicte,
« en escripvit à la roine mère longtemps après le
1. — Bordenave, Histoire de Béarn et Navarre,
1873, p. i05.
2. — Aubigné, Histoire universelle, édit. de la Soc.
de l'Histoire de France, t. m, p. H. '
m
« trépas de tous les dettx rois^. » Les Mémoires
ont en effet été publiés et adressés, comme on le
verra plus loin, au roi et à la reine mère avec des
lettres de Jeanne d'Albret. — Palma Cayet, ministre
protestant, sous-gouverneur de Henri de Béam,
puis prêtre catholique et professeur au collège de
France, un des biographes en titre du Béarnais,
rappelle en ces termes les Mémoires de la reine
de Navarre : « Cestoit une royne d'un bel esprit.
« Elle fit elle-même une déploration, tant en prose
« qu'en vers français, de ce que Von avoit pour-
« suivy à mort et constrainct Messieurs les princes
« du sang de se sauver avec leur père, et mesme
« M. le comte de Soissons, qui estoit encores au
« berceau ^. » Le signalement, sans être d'une
précision rigoureuse, s'adapte cependant aux
Mémoires de la reine de Navarre, qui d'un bout
à Vautre sont la Déploration des circonstances
qui ont obligé leur auteur à se rendre, en 1568,
sur le théâtre de la guerre.
Il serait injuste d'oublier Bayle, le plus érudit
des chercheurs. Dans un article de son diction-
naire, enrichi d'aperçus ingénieux et nouveaux
pour le temps, il écrit : « Le livre intitulé His-
a toîre de nostre temps, contient cinq lettres
1. — Régnier de la Planche, Estât de France sous
François ïly édit. du Panthéon littéraire, p. 405.
2. — Palma Cayet, Chronologie novenaire, édit.
du Panthéon littéraire, p. 179.
IV
« de la reine de Navarre avec une ample décla-
■€ ration ^ sur la jonction de ses armes à celles des
•€ Réformés en 1568. Toutes ces pièces, qui pas-
« sent pour être du stile de la reine de Navarre,
« valent en tout sens un des meilleurs livres, tant
€ on y voit de tours, de solidité et de faits anec-
€ dotes, curieux et intéressants ^. »
Un seul écrivain a combattu l'authenticité de
V autobiographie de Jeanne. Encore est il relative-
ment moderne et animé de passions religieuses qui
rendent ses arrêts susceptibles d'appel. Le père
Griffet, dans les notes qu'il a consacrées à /'His-
toire de France du père Daniel, est ammé à
s'expliquer sur la rivalité du roi de Navarre et du
duc de Guise pendant le règne de François IL II
discute avec une grande force de logique la vraisem-
blance des tentatives d'assassinat dirigées contre la
vie du premier des Bourbons. Mais sa démonstra-
tion se heurte à un témoignage irrécusable, à Vattes-
tation de Jeanne d'Albret elle-même. Il repousse
4onc ce témoignage, argumentation commode, qui
lui permet de blanchir son héros sans opposition.
Cependant sa négation est timide, presque indécise,
comme celle d'un avocat peu convaincu. « Ce n'est
€ pas que ce libelle, dit-il, (les Mémoires de
< Jeanne), ne put avoir été véritablement autorisé
i. — Tel est le titre que portent les Mémoires. '
2. — Bayle, v» Jeanne d'Albret,
« par la reine de Navarre, qui haïssait mortelle-
« ment la maison de Guise et qui était aveuglément
a dévouée au parti huguenot ; car il n'y a nulle
« apparence qu'il soit sorti tout entier de la plume
« de cette princesse, quoiqu'on y parle en son nom.
« On sait que les personnes d'un si haut rang ne
« s'occupent pas pour l'ordinaire à composer de si
« longs discours. Mais ils ont des gens qui les écri-
ai vent pour eux et qui les font parler comme ils
« jugent à propos. L'écrit dont il s'agit est donc
« vraisemblablement sorti de la plume de quelque
« secrétaire ou de quelque ministre huguenot. Car
« les ministres de ce temps-là faisoient presque
« toujours la fonction de secrétaire quand
« il s'agissait d'écrire contre la maison de Guise * . »
C'est à des insinuations que se réduit la démons-
tration du père Griffet : Il n'y a nulle appa-
rence pour l'ordinaire vraisembla-
blement sorti de la plume d'un secrétaire
Le savant critique, prévenu mais consciencieux,
voudrait nier absolument, mais il a la sagesse de
se retenir sur la pente du doute. Encore ne con-
naissait-il probablement pas le témoignage d'Olha-
garay, annaliste provincial et huguenot par sur croit,
peu en faveur dans les milieux catholiques et savants
du xviii® siècle, ni la Planche, ni d'Aubigné, qui
1. — Histoire de France de Daniel, t. x, p. 120 et
558. Dissertation spéciale du P. Griffet.
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I
I
MEMOIRES ET POESIES
DE
JEANNE D'ALBRET
MÉMOIRES
DE
JEANNE D'ALBRET
SOMMAIRES
Pourquoi Jeanne d*Albret écrit ses Mémoires. — Elle
appartient à la Réforme depuis 1560. — Douleur
qu'elle a éprouvée de Tapostasie de son mari. —
François II veut faire assassiner le roi de Navarre
à Orléans. — La reine mère fait avertir ce prince
par la duchesse de Montpensier. (p. i à 12).
1562. — Les Guises veulent éloigner Jeanne d'Albret
de la cour parce qu'elle travaillait à desciller les
yeux de son mari. — Zèle du roi de Navarre en
faveur de la Réforme au moment de Tédit de jan-
vier. — Ouvertures dans les murailles ordonnées
par la reine mère pour épier les seigneurs de la
cour. — Jeanne d'Albret conseille à Catherine de
Médicis de se réfugier à Orléans. — Elle quitte la
cour sur l'ordre de son mari. — Catherine lui donne
l'autorisation d^enlever le duc d'Anjou. — L'e roi de
Navarre veut faire emprisonner sa femme. —
Jeanne s'échappe et s'enfuit en Guyenne. — Mena-
cée par Monluc, elle se retire en Béarn. — Antoine
de Bourbon envoie en Béarn le secrétaire Bologne
pour y suspendre l'exercice de la Réforme. —
Jeanne fait arrêter Bologne. — Mort du roi de
Navarre (17 novembre 1562). (p. 12 à 30).
1564. — Jeanne d'Albret rejoint la cour de France à
Mâcon (l»' juin 1564). — Aventure de la lettre per-
XVIII
due par la duchesse de Guise. ^ Jeanne se retire à
Vendôme, (p. 30 à 36).
1566. — Injustices commises contre la reine de
Navarre à l'occasion du comté de Foix. — Iniquité
de Tarrêt prononcé contre Françoise de Rohan. —
On fait croire à la reine mère que Jeanne d'Albret
veut la faire tuer et enlever le duc d'Anjou. —
Savigny, bâtard d'Antoine de Bourbon^ soupçonné
de ce crime, est assassiné, (p. 36 à 45).
1567. — Jeanne d^Albret ramène son fils en Béarn. ^—
Efforts du prince de Condé pour empêcher la reprise
de la guerre. — Les contre-lettres du roi démen-
tent les promesses de l'édit de pacification. —
Jeanne reçoit à Saint-Gaudens la nouvelle de la
prise d'armes de 1567. — Lettre de Jeanne d'Albret
à la reine mère à cette nouvelle, (p. 45 à 56).
1568. — Missions de La Mothe Fénelon auprès de la
reine de Navarre. — Jeanne refuse la charge de
médiatrice entre les belligérants. — Elle envoie la
Vaupilière à la cour pour porter ses plaintes au
roi. — Elle demande à la reine l'autorisation pour
son fils de parcourir la Guyenne afin de veiller à
l'exécution des édits. — Le cardinal de Lorraine
cherche à faire enlever Henri de Béarn par le
s. de Losses. — Refus du roi aux demandes trans-
mises par la Vaupilière. — Jeanne se retire à
Nérac. (p. 56 à 71).
Jeanne d'Albret hésite à se réfugier à la Rochelle.
— Ses incertitudes. — Sa crainte d'être séparée
de ses enfants. — Elle désire voir son fils faire ses
premières armes. — Riposte à la Response à un
certain §8çrit publié par V Admirai et §e$ adhé-
XIX
vans, — Elan des réformés à la prise d'armes
de 1568. (p. 7! à 102).
Miraculeuse fuite de Noyers (23 août 1568). — Mesu-
res prises par Monluc en Guyenne. — Jeanne
d*Albret échappe de Nérac avec son fils (6 sep-
tembre 1568). — Mademoiselle de Nevers tombe
malade à Casteljaloux. — Jeanne d'Albret rencontre
La Mothe Fénelon à Tonneins. — Elle proteste
contre Tarrêt du parlement de Toulouse et contre
les lettres patentes envoyées par le roi au s. de
Luxe. — Réponses plaisantes de Henri de Béarn à
la Mothe Fénelon. — Voyage de Jeanne à travers
le Périgord. — Son cortège prend la ville d'Eymet.
— Rencontre du s. d'Escars, lieutenant de roi
en Limousin. — Passage de la reine de Navarre
à Mucidan. — Jeanne d'Albret et le prince de
Condé se rencontrent près de Cognac. — Elle entre
à la Rochelle (28 septembre 1568). — Henri de
Béarn se rend à l'armée, (p. 102 à 121).
J'ay toujours estimé que, si lia personne
n'est satisfaicte de soy en soy mesme, le
contentement que les autres en peuvent
avoir ne luy est que demy sentiment du
repos de sa conscience. Et parce que, par
quelques lettres* que j'ay escrites au Roy'^,
Monseigneur, à la Royne^ sa mère, à Mon-
sieur^, son frère, et Monsieur le cardinal de
Bourbon^, mon beau-frère, et depuis à la
Royne d'Angleterre^, je n'ay touché que
bien sommairement les choses que je
désire plus amplement faire entendre à un
i. — On trouvera ces lettres à la suite des
Mémoires.
2. --Charles IX.
3. — Catheriife de Médicis.
4. — Henri de Valois, alors duc d* Anjou, plus tard
Henri III.
5. — Charles de Bourbon, frère du feu roi de
Navarre, plus tard proclamé roi de la Ligue sous le
nom de Cnarles X.
6. — Elisabeth, •
1.
— 2 —
chacun, j'ay mis la main à la plume pour
amplifier ce dont j'ay desclaré le principal
subject en mes susdites lettres, touchant les
occasions qui m'ont fait abandonner mes
pays souverains ^ Et, par ce que mon inten-
tion est de desclarer plus particulièrement
les dictes occasions, que j'ay seulement
tracées par mes lettres mentionnées cy-
dessus, qui sont la Religion, le service du
Roy, Monseigneur, et le devoir au sang, je
diray, commençant par la Religion, que,
depuis l'an mil cinq cents soixante, il n'y a
personne qui ne sçache bien qu'il pleut à
Dieu par sa grâce me retirer de l'idolâtrie,
ou j'estoy trop plongée, et me recevoir en
son Esglise*.
1. — Cette phrase permet de dater exactement ces
Mémoires, Jeanne d'Albret quitta Nérac le 6 septem-
bre 1563 pour se réfugier à la Rochelle, où elle arriva
avant le 28 septembre 1568. C'est après son arrivée
qu'elle écrivit son autobiographie.
2. — Cette phrase tranche une question qui était
restée douteuse, celle de l'époque où Jeanne d'Albret
se fit protestante. Olhagaray (Histoire de Foix,
Béarn et Navarre, p. 560) avait écrit qu'elle ne prit
part à la cène que le jour de Pâques de 1561 (6 avril).
L'autorité de cet annaliste, historiographe de Henri
IV et contemporain des événements qu'il raconte,
paraissait trancher la question. Mais Bordenave
ÎHist. de Foix et Navarre, j). 108) fixe au 25 décem-
bre 1560 la première profession publique de la reine
de Navarre. Deux lettres, une de Calvin, que M. Bon-
net date un peu arbitrairement du 16 janvier 1561
(Lettres de Calvin, t. II, p. 365), l'autre de Nicolas
Throckmort6n du 20 janvier (Galendar foreign séries
— 3 —
Depuis ce temps-là, par sa mesme grâce,
il m'y a faict persévérer, de sorte que je me
suis toujours employée à Tavancement
d'icelle. Et mesme, du temps du feu Roy ^
mon mary, lequel, s'estant retiré de ce pre-
mier zèle qu'il en avoit ^, me fut une dure
espine, je ne diray pas au pied, mais au
cœur, chacun sçait (et me sied mieux de le
taire que d'en dire davantage) que les faveurs
ou rigueurs ^ ne m'ont faict aller ne d'un
1560, p. 509), toutes deux adressées à la reine do
Navarre, laissent encore des doutes. L'affirmation
contenue dans le texte lève toutes les difficultés.
Olhagaray se trompe de date et Bordenave a raison.
i. — Antoine de Bourbon, roi de Navarre, blessé
au siège de Rouen, le 16 octobre 1562 et mort aux
Andelys (Eure), le 17 novembre suivant.
2. — Antoine de Bourbon fut le véritable type de
l'homme « merveilleusement vain, divers et ondo-
« yant » dont parle Montaigne (Essais, liv. I, chap. I).
Successivement catholique, calviniste et luthérien, il
était devenu le chef du parti catholique lorsqu'il fut
frappé à mort sous les murs de Rouen. Pendant sa
lieutenance générale, en 1561 et en 1562, on le vit
plusieurs fois changer de religion ou plutôt les pro-
fesser toutes, suivant les nécessités de la politique.
Nous avons raconté dans les tomes III et IV d'An-
toine de Bourbon et Jeanne d'Albret les transfor-
mations religieuses de ce prince. '
3. — Cette allusion amère rappelle les dures
mesures de contrainte que Antoine de Bourbon prit
contre Jeanne d'Albret, à la suite desquelles» au
mois de juin 1562, la reine de Navarre s'enfuit en
Béarn. Il essaya d'abord de la mener de force à la
messe, puis de lui défendre d'assister au prêche. Il
lui enleva son fils. Il avait formé le dessein de la
répudier, et d'épouser Marie Stuart. _Nous avons
retracé ces faits dans Antoine de Bourbon et Jeanne
d'Albrei, t. iv, p. 78, 82, 97.
— 4 —
costé ne d'autre. J'ay tousjours, par la grâce
de Dieu, suivi le droict chemin. Je conjoin-
dray que, par cesle mesme faveur, et y
adjousteray miraculeuse, mon fds a esté
préservé parmi tant d'assauts en la pureté
de sa Religion*. Ce n'est pas par sa pru-
dence, force ou constance : car Taage de
huict ans ~, qu'il avoit lors seulement accom-
plis, ne luy pouvait apporter tout cela; à
Dieu seul donc en soit la gloire. Et, parce
qu'en la lettre que j'escry à la Royne, je luy
rementoy ' le temps auquel ceux de la mai-
son de Guyse et autres empiétèrent le feu
1. — Jeanne d'Albret se trompe ou avait été mal
informée. Obligée de laisser son fils à son mari en
mars 1562, elle avait fait jurer à l'enfant qu'il resterait
fidèle à la réforme. Pendant des mois entiers, malgré
les gouverneurs et les conseillers, le petit prince de
Béarn, à peine âgé de huit ans, résista aux volontés
de son père. Enfin le l" juin, il se laissa conduire à
la messe pour recevoir le collier de l'ordre de Saint-
Michel (Lettres de Perrenot de Chantonay, amb.
d'Espagne, à Philippe II du 8 avril, 23 février, 19 mai
et 3 juin 1562 ; Arch. nat., K 1497). L'année suivante
le jeune prince entra au collège de Navarre avec le
duc d'Anjou et Henri de Lorraine et suivit les leçons
de docteurs qui appartenaient à la religion catholique
(Grevier^ Histoire de VUniversité, t. vi, p. 232,
d'après P. Mathieu). Ces détails avaient peut être
été cachés à Jenne d'Albret.
2. — Henri de Béarn était né le 13 décembre 1553.
Nous avons publié, à la suite du tome i de ï Histoire
universelle de d'Aubigné (édit. de la Soc. de THist.
de France) un mémoire sur la date controversée de
la naissance de ce prince.
3. — Ramentoir ou ramentevoir, rappeler.
— 5 —
Roy, mon mari, je désire que chacun entende
que, le paissans d'une vaine espérance de
ravoir nostre royaume *, l'abusans aussi
de celui de Sardàigne ^, ils luy firent laisser
le certain pour embrasser l'incertain : chose
quasi incroyable, que ce prince, qui avoit si
bon jugement, peut jamais rentrer en fiance
d'eux. Et faut juger par là de quels artifices
ils se sçavent aider, lors qu'ils veulent attirer
une personne pour la ruiner. O combien
de larmes de crocodile ce cardinal ^ a espan-
dues, et de combien de finesses renardes ils
1. — En 1512 Ferdinand le Catholique s'était
emparé de la Navarre espagnole, qui, avant cette
date, appartenait à la maison d'Albret. Henri d'Albret
avait usé sa vie à tâcher de reconquérir cette
partie de son royaume. Son gendre et son successeur,
Antoine de Bourbon, s'était inspiré de la même
politique. C'est avec ce leurre que le parti catholique
et espagnol, que Jeanne d'Albret personnifie ici
dans les Guise, avait obtenu le retour d'Antoine à la
religion catholique. Nous avons raconté ces faits
dans Le Mariage de Jeanne d'Albret et dans An/oine
de Bourbon et Jeanne d'Albret.
2. — Après d'interminables négociations que nous
avons racontées dans les tomes m et iv d Antoine
de Bourbon et Jeanne d'Albret^ Philippe II avait
fini par déclarer que, la Navarre espagnole étant
indispensable à son royaume, il ne pouvait la res-
tituer, quelques fussent les droits de la maison
d'Albret. Mais il avait offert une compensation, la
Tunisie, qui ne lui appartenait pas, et enfin la Sar-
dàigne. Les négociations se poursuivirent sur cette
base chimérique jusqu'à la mort d'Antoine de Bourbon.
3. — Le cardinal Charles de Lorraine, mort
en 1574*
— 6 —
se sont aidez, luy et son frère ^; pour lesquels
cognoistre ne faut que lire au psal. X. les 4
et 5 versets, à scavoir :
D'un parler feint de déception, etc. ^
Si quelqu'un a observé les mines du car-
dinal, il luy a veu faire le doux, le marmiteux,
le las, si naifvement, que le prophète royal,
ayant expérimenté telles manières d'hypo-
crites, leur a voulu bailler des marques pour
estre recogneuz de tout le monde. Je suis
contrainct de redire encore une fois que
c'est une chose trop incroyable que ce
prince se soit ainsi laissé enchanter à eux,
qui ont faict comme le peintre; lequel,
reblanchissant le tableau peint, efface ce qui
y estoit, pour y mettre de nouveau ce qu'il
1. — François de Lorraine, duc de Guise.
2. — Voici les deux versets du psaume x, traduits
par Clément Marot.
D'un parler fainct, plein de déception,
Le faux parjure est toujours embouché :
Dessous sa langue, avec oppression,
Désir de nuire est toujours embusqué.
Semble au brigand, qui, sur les champs caché,
L'innocent tue en caverne secrette,
Et de qui Toeil povres passans aguette.
Ainsi l'inique use de tour secret
Du lyon caut en sa tasnière, hélas !
Pour attraper Thonime simple et povret,
Et l'engloutir quand l'a pris en ses laqs;
Il faict le doux, le marmiteux^ le las :
Mais sous cela, par sa force perverse.
Grand' quantité de povres gens renverse,.
— 7 —
a en affection. Car, par ces rusés susdicte's,
ils lui effacèrent la mémoire des lasches et
«léchants tours * qu'ils lui avoyent faict,
pour]sur cet oubli repeindre leurs stratagèmes.
Et entre un nombre infini de maux, hontes
et deshonneurs à luy procurez par eux, j'en
mettray icy un, lequel, s'il estoit fabuleux,
auroit affaire d'un poète pour le bien feindre ;
s'il estoit de peu de conséquence, d'un orar
teur pour le farder. Mais la vérité nue de
ceste tragicomédie porte avec soy son orne-
ment. C'est qu'au temps que Monsieur le
prince, mon beau-frère, estoit prisonnier à
Orléans ^, chacun sçait que ceux de Guise
et leurs adhérans pourchassèrent la mort
du feu Roy, mon mary, en diverses façons :
premièrement par poison, à un disner, où il
fut averti de n'aller point ^. Une autre fois
le soir, partant de chez le Roy, d'un coup de
1. — Allusion à la rivalité d'Antoine de Bourbon
et du duc de Guise sous le règne de François IL
2. — Le prince Louis de Bourbon Condé, le plus
ardent et le plus redoutable rival du duc de Guise,
soupçonné d avoir pris une part secrète à la conjura-
tion d'AmDoise , avait été appelé à Orléans , avec
Antoine de Bourbon, par les ordres formels de
François II, et arrêté le 30 octobre 1560.
3. • — Ce passage a été presque littéralement copié
par Régnier de la Planche {Hist. de Vestai de
France sous François 11^ édit. Techener, 1836, col.
320j, jusques à la première phrase inclusivement du
troisième alinéa suivant. (L'Esiat de France a été
publié en 1576, iû-8}.
— 8 —
pistole. Mais Monsieur le Connestable avec
ses entants et autres amys et serviteurs
dudict sieur Roy, mon mary, le soir se reti-
rans à son logis, raccompaignèrent si bien
que Ton n'en peut approcher. L'on feroit cas
de ces deux entreprinses, si la tierce par son
exécration ne les surmontoit de trop. Qui
est, qu'ayans failli à cela, ils persuadèrent
le feu Roy François, dernier mort, de tuer
le dict seigneur Roy, mon mary, de la façon
que je vous diray : c'est qu'il feindroitd'estre
malade et, n'ayant que sa robe de nuict et
une dague à sa ceinture, envoyeroit quérir
le dict seigneur en sa chambre, où il n'y
devoit avoir que le sieur de Guy se, le car-
dinal de L'Orraine , le mareschal de
S. André*, et quelques uns advertis de ce
qu'ils avoyent à faire; et le Roy, prenant
une querelle d'AUemaigne, comme on dit,
contre le dict seigneur, luy devoit donner
un coup de dague et les autres l'achever.
Cela fut conclud, après avoir esté débatu
entre quelques particuliers (où néanmoins il
y eut de différentes opinions) et quelques
uns, qui ne pouvoyent consentir à une telle
cruauté que faire souiller la main de nostre
jeune Roy dans son propre sang. Néanmoins
i. — Jacques d'Albon, s. de Saint-André, maré-
chal de France, du parti des GuLses.
— 9 —
l'ambition et envie de régner de ceux de
Guyse leur fit eslire ce moyen non simple-
ment illicite, mais du tout barbare, et plus
propre aux canibales, qui se mangent l'un
l'autre et ne cognoissent point de Dieu,
qu'à ceux qui, encores qu'ils ne le croyent,
en sçavent un.
Cela donc arresté, la Roy ne en fut adver-
tie par le Roy mesme ou autre, et fit ceste
faveur et honneur au dict feu Roy, mon
mary, de le faire advertir par le moyen de
Madame la duchesse de Montpensier*. Et
de vray il me souvient que Sa Majesté m'a
souvent dit que le Roy, mon mary, estoit
obligé à elle de sa vie et que, si la dicte
duchesse de Montpensier était en vie^, elle
luy en seroit tesmoing. Selon cest impie
conseil, nonobstant l'opposition d'aucuns, le
feu Roy François envoya quérir le feu Roy,
mon mary, pour venir parler seul à luy en sa
chambre, où il estoit seul aussi avec ceux de
la conjuration seulement. Le dict Roy, mon
mary, fut adverti de n'y aller et trouver
quelque excuse : ce qu'il fit la première fois.
Il le renvoya quérir la seconde, à laquelle il
1. — Jacqueline de Longwy, duchesse de Mont-
pensier, conûdente de la reine mère.
2. — La duchesse de Montpensier mourut le 28
août 1561.
— 10 —
fut encor conseillé de n y aller par un qui
luy dict la vérité de leur délibération. A la
fin, poussé d un cœur magnanime, et aussi
que la pureté de sa conscience en ce faict
Tempeschoit d'appréhender ceste mort, il se
résolut d y aller et mener seulement quelques
uns avec luy : entre autres le capitaine
Ranty*, lieutenant de sa compaignie, gen-
tilhomme en qui il se fioit, et qui avoit esté
nourri d'enfance avec luy. Montant le degré
de la chambre du Roy, il trouva encores
quelqu'un qui le voulut arrester, luy disant :
« Sire, où vous allez-vous perdre? » Mais,
comme résolu qu'il estoit, se tourna lors
vers le dit capitaine Ranty qui le suivoit et
luy dit : « Capitaine Ranty, je m'en vay au
« lieu où l'on a conjuré ma mort, mais
(( jamais peau ne fut vendue si chère que je
« leur vendray la mienne. S'iKplaist à Dieu,
(( il me sauvera; mais je vous prie, par la
« fidélité que j'ay toujours cognue en vous
« et vostre bonne nourriture ensemble, et
« l'amitié que je vous ay portée, me faire ce
1. — Jacques de Ranty, lieutenant de la compa-
gnie d'ordonnance du roi de Navarre (montre du- 13
janvier 1559 (i560); f. f., vol. 2ô800, f. 12). Il resta
fidèle au parti réformé, car on le retrouve auprès de
Jeanne d'Albret à la Rochelle, à la fin de 1569 (Lettre
du 13 nov. 156^ écrite par Jeanne à son neveu le
prince dcCondé; Record office, state paper, France,
vol. 46). ^ : '
— li-
ce dernier service, que, si j'y meur, que vous
« recouvriez la chemise que j'ay sur moy, et
(L la portiez toute sanglante à ma femme et
« à mon fils; et conjurez ma dicte femme, par
« la grande amour qu'elle m'a tousjours
(( portée, et par son devoir, puisque mon fils
ce n'est encore en aage de pouvoir venger
« ma mort, qu'elle envoyé ma dicte chemise
« percée et sanglante, comme, si je meur,
« elle le fera, aux princes estrangers et
« chrestiens pour venger ma mort si cruelle
« et si traistresse. » Et sur ces paroUes
entra en la chambre du Roy, oxi incontinent
le cardinal de L'Orraine ferma la porte par
dedans après luy. Et le Roy lui tint quelques
rudes propos, ausquels il répondit avec tout
devoir de révérence et néanmoins regardant
ses ennemis d'un œil, que, les uns et les
autres estonnez, les choses se passèrent en
paroles. Et le duc de Guy se et son frère,
retirés en une fenêtre, usèrent de ces mots
dignes de leur impudence, parlants du Roy:
« Voilà le plus poltron cœur qui fut jamais. »
Et, ouvrans la porte, s'en allèrent.
Il ne faut nullement doubler que la vertu
de Dieu qui bride la rage des méchants, et
tient en sa main le cœur des roys ne s'es-
tendit sur l'un et sur l'autre : sur le Roy,
jipstre Souverain, pour ne luy permettrç
— 12 —
estre parricide, commettant eh son sang un
si lasche tour, et pour, par cest empesche-
ment-là, attiser la fournaise de fureur où
brusloyent ces proditeurs * ; et sur le Roy,
mon mary, aussy pour luy faire paroistre
qu'il est père soigneux de ses enfants et que
un cheveu de nostre teste ne peut tomber
sans sa providence, quelques assurances que
puissent prendre les méchans de leurs conju-
rations.
Voilà ce que j'ay peu entendre du faict,
seulement en passant de la propre bouche
du feu Roy, mon mary, et du capitaine Ranty.
Mais en voulant depuis ^ rafreichir ma
mémoire^, les dicts de Guyse avoyent desjà
commencé à le posséder de telle façon que
je n'en peuz plus rien sçavoir de luy ^. Et
parce que je m'opposoy à leurs façons
damnables, et qu'ils craignoyent que, bat-
tant tousjours l'oreille du dict sieur de ses
i. — Proditeur {proditor) traître.
2. — Jeanne d'Albret n'était pas alors à la cour.
Elle ne revit son mari que neuf mois après les évé-
nements qu'elle raconte, à la fin du mois d'août 1561,
3. — C'est-à-dire, Lorsque je voulus depuis
rafraîchir ma mémoire sur ces faits,
4. — Dans cet intervalle de neuf mois, Antoine
de Bourbon avait changé de parti. Le récit de
Jeanne d'Albret est d'autant plus précieux gu'il
nous fait connaître la date de l'évolution du prince
vers le parti catholique.
- 13 -
exemples du temps passé*, j'empeschàsse
leur dessein, ils m'en firent eslongner^,
comme il est tout clair par le courroux, qu'il
eut contre le cardinal, qui luy avoit promis de
ne pourchasser le mariage de son frère, le
grand Prieur ^, avec Madame de J<Ievers ^,
qui est maintenant Madame de Longueville,
et y avoit néantmoîns sous main et secret-
tement envoyé; et luy en cuidant venir faire
les excuses, le dict feu Roy, mon mary, luy
reprochant son ingratitude, allégua ce qu'il
i. — Ce passage confirme un récit de Brantôme
qui dit que c'était Antoine de Bourbon qui avait
attiré sa femme à la réforme. Jeanne d'Albret qui,
dans sa jeunesse, « aimait bien autant une danse
« qu'un sermon, » ne voulait .pas mécontenter le roi
Henri II en selivrant aux Calvinistes. « Je tiens de
« bon lieu, dit Brantôme, qu'elle le remontra un jour
« au roy, son mari, et lui dit tout à trac que, s'il
« vouloit ruiner et perdre son bien, elle ne vouloit
« point perdre le sien. » (Brantôme, édit. de la Soc.
de l'Hist. de France, t. iv, p. 362.
2. — Jeanne d'Albret fut chassée de la cour et
d'auprès son mari par le parti lorrain et espagnol à
la fin de mars 1562. Nous avons raconté cet épisode
de la vie de la reine de Navarre dans Antoine de
Bourbon et Jeanne d'Albret^ t. iv, p. 82 et suiv.
3. — François de Lorraine, frère cadet du duc de
Guise, grand prieur de France et général des
galères.
4. — Marie de Bourbon d'Estouteville, femme en.
premières noces de Jean de Bourbon, s. d'Enghien,
frère d'Antoine de Bourbon, en secondes noces de
François de Cleves, duc de Nevers, fut recherchée
en troisièmes noces par le grand prieur de France,
avec l'appui de la maison de Guise; mais elle épousa
Léonor d'Orléans, duc de Longueville.
-T- 14 —
avait faict pour luy; disant ces propres'mots :
« Vous m'avez faict chasser ma femme
« d'auprès de moy, séparé de mon frère *,
« (parlant de M. le prince de Condé) et
« eslongner mes meilleurs serviteurs et puis
« vous me venez ici tromper et abuser. »
Si lors ceste cognoissance se fust engravée
en son cœur, comme légèrement elle passa,
il fust peut estre en vie. Et, s'il Testoit à
ceste heure, je m'asseure, veu ce qu'il reco-
gnut à sa mort ", qu'il seroit où son fils est
4. — Dans les paroles qu'elle prête à son mari,
Jeanne d*Albret est injuste pour le cardinal de Lor-
raine. Ce n'était pas le cardinal qui avait éloigné
Condé. Celui-ci s'était éloigné tout seul en prenant
les armes contre le roi, dont Antoine de Bourbon
était lieutenant-général.
2. — Ce passage tranche la question controver-
sée des sentiments religieux d'Antoine de Bourbon à
l'heure de sa mort. Théodore de Beze (Hist. eccles.,
1882. t. II, p. 173), De Thou (1740, t. m, p. 336). Bor-
denave (p. 114) racontent qu'il reçut les derniers
sacrements et mourut catholique. Le fait des der-
niers sacrements n'est pas douteux. Malgré ce
témoignage, Raphaël de Taillevis, s. de la Mezière,
le médecin qui assista le prince à ses derniers
moments, dans un récit qui lui est attribué par
Brantôme (t. iv, p. 419) et qui est publié dans les
Mémoires de Condé (t. iv, p. 416), assure que, avant
de mourir, il fit une profession de foi luthérienne de
la confession d'Ausbourg. Cette assertion aurait peu
d'autorité, surtout en regard de celles de de Bèze,
de de Thou et de Bordenave, mais elle est expressé-
ment confirmée par plusieurs lettres de l'ambassa-
deur Vénitien, Marc Antoine Barbare, que nous
avons publiées dans le tome iv de Antoine de
Bourbon et Jeanne d'Albret, p. 373. On voit par le
récit de Jeanne d'Albret que Taillevis et Barbaro
étaient bien informés.
— 18 —
maintenante Mais Madame de Guyse le
vint voir le soir, qui rabilla tout ^.
Voilà comment abusant de sa bonté, ils
luy firent jouer un si piteux rolle au pris de
sa réputation, et à la fin de sa vie. Je m'es-
bahy donc comme la Royne, sçachant si bien
ce piteux acte, permet près de nostre Roy
un tel sanguinaire que le Cardinal, et qu'elle
n'a crainte qu'il face au Roy ou à, elle
mesme quelque mauvais tour : car quelle
seureté y a-il es personnes sanguinolentes ^,
à qui la crainte de Dieu, l'honneur, la preud-
homie, le sang, la honte, ne quelconque
amitié ou obligation ne peuvent brider ce
cruel naturel ? Ce que je dy en la lettre par
moy escrite à Sa Majesté, sçavoir de sa
propre bouche la fascherie qu'elle avoit de
voir ainsy mener ledict feu Roy, mon mary.
Espérant que quelque jour elle lira cecy, je
la supplie très humblement se souvenir des
regrets qu'elle m'en faisoit à Saint-Ger-
main^; et mesmes comme elle fut marrie
i. — C'est-à-dire à la tête du parti réformé. Il ne
faut pas oublier que les Mémoires de Jeanne d'Albret
ont été écrits vers le mois d'octobre ou de
novembre 1568.
2. — Cette querelle du roi de Navarre avec lo
cardinal de Lorraine au sujet du mariage de la
duchesse de Nevers est un fait nouveau.
3. — Sanguinolentes y sanguinaires.
4. — Pendant un certain temps, en 1562, lorsque
— 16 —
de quoy le mareschal de Saint-André et le
cardinal de Tournon* le menèrent à Paris
pour parler aux gens de la cour de Parle-
ment^, et empescher^ la publication de
TEdict de Janvier*; où elle-mesme alla
après ^, et n'y sçeut rien faire®.
la reine mère flottait encore indécise entre Tun et
l'autre parti, Jeanne d'Albret fut la conseillère favorite
de la reine. Cette faveur dura peu et fut rempla-
cée, lorsque Catherine eut pu sonder le grand cœur
de la reine de Navarre, par une haine irrémédiable.
Nous avons réuni dans le tome m d'Antoine de
Bourbon et de Jeanne d'Albret les curieux témoi-
gnages des ambassadeurs étrangers à ce sujet.
1. — François, cardinal de Tournon, doyen d'âge
au colloque de Poissy, un des chefs les plus autori-
sés du clergé, mort en 1562.
2. — Le roi de Navarre était porteur d'une injonc-
tion du roi, datée du 23 janvier 4562, qui est
imprimée dans les Mémoires de Condé^ t. m, p. 26,
et d'une injonction de la reine mère (Lettres de
Catherine de MédiciSy 1. 1, p. 272).
3. — La phrase est si obscure que Jeanne
d'Albret semble dire le contraire de la vérité. Le
maréchal de Saint- André et le cardinal de Tournon
avaient conduit la reine mère à Paris pour la forcer,
à Taide du parlement, à retirer l'édit de janvier. Mais
le contraire arriva. Voyez les notes suivantes. Nous
avons raconté ces faits dans Antoine de Bourbon et
Jeanne d'Albret, t. iv, p. 23 et suiv.
4. — L'édict du 17 janvier 1562, qui inaugurait,
quoique avec certaines restrictions, la liberté d*fes
Î)recnes, était l'œuvre personnelle du chancelier de
'Hospital. Il a été imprimé souvent et se trouve
notamment dans les Mémoires de Gondé, t. m, p. 8.
.5. — Ce fut le 19 février 1562 que la reine mère se
rendit en personne à cheval au parlement pour le
décider à enregistrer l'édit de janvier. Cette démarche
est racontée- dans les Mémoires de Claude Haton
1. 1, p. 187.
6. —r Le parlement de Paris^ contraint et forcé
4
- 17 —
Durant ce tèmps-là que ledict Edict se
débattoit à Sàinct Germain, elle sçait com-
bien elle m'employa, ou fust pour parler au
feu Roy, mon mary, afin de Fadoucir, ou
pour luy rapporter ce que j'en pourroy
apprendre : estant Sa dicte Majesté pour lors
assez affectionnée à la cause de la religion.
Cela luy ramènera, s'il luy plait, en la mémoire
les pertuis qu'elle fit faire, tant en son
cabinet sur celuy du feu Roy, mon mary, à
Saint Germain en Laye, pour ouyr les
conseils du cardinal, du cardinal de Tour-
non, maréchal de Saint-André, des Cars * et
d'autres, qu'en celuy de ma chambre sur
celle du dict cardinal de Tournon^. Trouva-
par les injonctions du roi et de la reine, .ne se rési-
gna que le 6 mars 1562 à enregistrer l'édit de janvier
(Mémoires de Condé, t. m, p. 20). L'arrêt de vérifi-
cation fut retardé jusqu'au 26 mars (Gentil, Mémoi-
res du Clergé, t. vi, p. 512).
4. — François de Peyrusse, comte d'Escars, favori
et confident du roi de Navarre, seigneur catholique,
passait pour être vendu aux Guises.
2, — Ces cachettes, pertuis, ouvertures secrètes
que la reine mère faisait creuser dans les murs pour
espionner les seigneurs de la cour et surprendre
leurs secrets, ne sont pas les procédés les moins
curieux de sa politique. Il est intéressant de voir
confirmer ces allégations par un témoin aussi auto-
risé que la reine de Navarre. Dans une autre cir-
constance, (renquête relative à la tentative d'enlève-
ment du duc d Anjou par le duc de Nemours), il
fut révélé que, dans le cabinet du roi, la reine
mère faisait cacher des suivantes derrière les
tapisseries, le long des murs, pour écouter les
2.
— 18 —
elle pas en cela une fidélité en moy telle,
que, par ce qu'il alloit en premier lieu de la
gloire de Dieu, secondement du bien de ce
royaume, j'ouvroy les yeux à mon devoir de
Tâme pour boucher ceux de l'affection à un
mari, jusques à luy faire voir des lettres que
le prévost dos marchans, nommé Versigny \
avoit apportées au dit feu Roy, mon mary,
signées des dicts sieurs de Guyse et autres^,
qui estoyent à Paris, où le dict seigneur les
alla trouver après.
Ce n'est sans occasion que je luy ramentoy
aussi Fontainebleau ^. Car Tayaut laissée le
soir résolue de partir pour aller à Orléans *,
le lendemain matin, sçachant qu'elle bra^iloit
en ceste délibération, je m'en allay la trouver
conversations. Voyez Antoine de Bourbon et Jeanne
d'Albret, t. m, p. 231.
1. — Guillaume de Marie, s. de Versigny.
2. — Il s*agit probablement ici de la protestation
des notables de Paris contre l'édit de janvier, qui
fut apporté à la reine à Saint-Germain par le prévost
des marchands. Cette protestation est imprimée dans
le Bulletin de la Soc. de Vhint, du Prot, français^
t. XVII, p. 534.
3. — Le roi et la reine arrivèrent à Fontainebleau
le 18 mars 1562, conduits par le roi de Navarre (Let-
tres de Catherine de Médicis, t. I. p. 284).
4. — La ville d'Orléans n'avait pas encore été
prise par les réformés et ne le fut que le 1" avril.
Elle était gouvernée par le prince de la Roche-sur-
Yon et Catherine pouvait se flatter d'y trouver un
asylc contre les menées des deux partis.
— 19 —
en un jardin, où elle faisoit faire une laitterie
au bout, et luy remonstrer le tort qu'elle se
feroit si elle ne continuoit ce voyage * et
qu'elle ostoit par cela le moyen à ceux à
qui elle avoit faict prendre les armes ^, de
faire le service au Roy et à elle tel qu'ils
désireroyent. Et ayant débattu d'un coté et
d'autres plusieurs choses, elle m'asseura
qu'elle partiroit dans huict jours. Mais au
soupper après elle conclud avec les maîstres
d'hôtel du Roy et les sieurs de passer le
caresme^ au dict Fontainebleau, persuadée
par des personnes qui estoyent à l'entour
d'elle à la dévotion de ceux de Guy se, ayant
tousjours opinion qu'elle pourroit, quand
elle voudroit, eschapper de là ; ce qu'elle ne
sçeut faire quand elle voulut ^,
i. — Cette affirmation est intéressante à relever
sfelle est fondée en tout point. Catherine de Médicis
avait toujours passé pour indécise entre les deux
partis. D après Jeanne d'Albret elle aurait été résolue
a se livrer à la réforme.
2. — Voilà la thèse au nom de laquelle Condé et
le i;)arti huguenot prirent les armes. Catherine avait
écrit à Condé quatre lettres, de teneur confuse, pour
lui recommander les intérêts du roi. Le prince fei-
gnit d'interpréter ces lettres comme un ordre de
prendre les armes. Elles ont été réimprimées dans
Lettres de Catherine de Médicis, t. I, p. 281 et
suiv.
3. — C'est-à-dire la fin du Carême, car Pâques,
en 1562, tomba le 29 mars et nous sommes arrivés
au 20 ou au 21 mars.
4. — Peut-être la reine espérait-elle être enlevée
— 20 -
Durant ce temps-là Sa Majesté, sçachant
quelque chose qui se complotoit au dict
Paris contre sa volonté * et ce qu'elle avoit
arresté avec Monsieur le Prince, mon frère ^,
tant par lettres que par messages, et mesmes
par le sieur de Bouchavannes ^, m'envoya
un maistre des requestes du Roy, nommé
Belesbat *, estant malade en mon lict ^,
pour me prier avec grande instance, (encores
que je tinse le moindre de ses commendemens
à honneur et faveur) d'envoyer secrettement
et conduite à Orléans avec le roi par le prince de
Condé, chef du parti réformé. Jeanne d'Albret
l'affirme ici, mais le point reste douteux. Condé
s'attarda à attendre les capitaines de son parti à
Meaux et le triumvirat catholique, gagnant Condé de
vitesse, surprit le roi et la reine le 26 mars, et les
conduisit, de gré ou de force, à Paris le 31 mars.
Nous avons raconté ces événements avec détails
dans le t. iv^ d'Antoine de Bourbon et de Jeanne
d'Albret, p. 130 et suiv.
1. — Allusion au projet du triumvirat catholique
de ramener la cour à tout prix à Paris. Voyez la note
précédente.
2. — Le prince (le prince de Condé), mon frère,
c'est à dire mon beau frère.
3. — Antoine de Bayancourt, s. de Bouchavannes,
lieutenant de la compagnie d'hommes d'armes du
prince de Condé.
4. — Michel de Hurault, s. de Fay et de Belesbat,
plus tard serviteur fidèle du roi de Navarre*
5. — Jeanne d'Albret souffrait d'un mal secret,
sur lequel les documents contemporains ne s'ex-
pliquent qu'à mots couverts. Voyez les témoignages
que nous avons recueillis sur ce point dans le tome
IV d'Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, t. iv,
p. 80.
- 21 —
quelqu'un des miens vers mon dîct sieur le
prince de Condé, mon beau-frère, et Mon-
sieur TAdmiraH, pour les avertir de ne
croire chose signée du Roy, ne scellée de son
seel, car d'orenavant il feroit tout par
contraincte. Geluy que j y envoyay par son
commandement s'appelle Brandon^, autre-
ment Bladre, qui estoit à moy et maintenant
maistre d'hostel de Monsieur de Longue-
ville'. Je l'estime princesse si vertueuse et
véritable qu'elle m'advouera toujours ce
set-vice-là. Et aussi fera celuy qui me le dist
de sa part, qu'elle mesme de sa bouche m'a
depuis approuvé, et Brandon le meesager et
les autres qui ont receu le message et la
lettre de créance de moy. Le Roy, mon
mary, de retour de Paris, me fit aussi tost
partir de la cour, qu'eux et moy en même
temps deslogeames de Fontainebleau ^.
1. — L*amiral de Coligny.
2. — Victor Brodeau, s. de la Chassetiere, secré-
taire des commandements de Jeanne d'Albret.
Antoine de Bourbon, probablement informé de la
confiance que sa femme avait en cet officier, le
lui enleva par un ordre daté du 26 avril 1562 (Lettres
d'Antoine de Bourbon et de Jeanne d^Albret, p. 386).
3. — Leonor d'Orléans, duc de Longueville.
4. — Jeanne d'Albret commet ici une légère
erreur. La cour ne quitta Fontainebleau que le
31 mars 1562 (Voyez Antoine de Bourbon et Jeanne
d'Albret^ t. iv, p. 133). Quant à elle, elle devait être
partie pour Meaux depuis au moins trois jours puis-
— 22 —
«
Je laîrray à ceux qui ont escrit ce voyage
de leur mains pour dire le mien, et n'oublîe-
ray Thonneur et faveur que je receu du Uoy,
de la Royne et Monsieur au partir, où ils me
commandèrent de leur nommer un mien
serviteur, par lequel, avec lettres de créance
ou mesme sans lettre, pour la fiance que
j'avoy en luy, ils me pourroyent mander, et
moy à eux, ce qui seroit pour leur service ;
ce que je foy. Et fut nommé le dict Brandon,
ccluy mesme qui y avoit esté desjà employé.
Je m'asseure que mon fils a assez bonne
mémoire pour s'en souvenir, et que luy
nomma aussi le sieur de Beauvoir ^ pour
lors maistre de sa garde robe, et maintenant
son gouverneur, pour par son moyen estre
advertie fidèlement de ce qu'il leur plairoit
que je sçeusse. Leurs Majestés m'asseurèrent
aussi de la fiance qu'ils avoyent en ceux qui
par leur commandement avoyent prins les
armes; me commandans de les voir en
passant par Orléans, et leur dire plusieurs
que, d'après des témoignages incontestés, elle se
sépara de son beau frère à Meaux le 29 mars, jour
de Pâques (Lettre de de Bèze à Calvin du 28 mars
1562; Baum, Theodor Beza^ Preuves, p. 176).
1. — Louis de Goulard, s. de Beauvais, un des
conseillers favoris de Jeanne d'Albret à la fin de la
vie de cette princesse {Mémoires de la Iluguerye^
t, I, p. 47). 11 fut assassine ^ U, saint Barthéléçay^
— 23 —
choses de leur part, ce qu'une expresse
défense du feu Roy, mon mary, comme j'en
ay encores la lettre, m'empescha de faire.
Mais à un village, nommé Olivet *, ces
seigneurs^, qui estoyent à Orléans 3, m'en-
voyèrent M. de Bèze*, auquel je dy le tout.
Depuis, arrivée à Vendôme ^ chez moy,
je renvoyay Brandon vers la Roy ne, lequel
au retour m'apporta de ses lettres, par
lesquelles elle me commandoit de prier
Monsieur le Prince, mon beau-frère, de laisser
les armes ^. Mais la créance du porteur
1. — Olivet (Loiret). Le passage de Jeanne à
Olivet nous fait connaître la route qu'elle suivit pour
aller de Fontainebleau à Vendôme.
2. — Ces seigneurSy c'est à dire Condé et Coligny,
qui venaient de commencer la guerre civile en pre-
nant la ville d'Orléans.
3. — Condé et Coligny n'étaient entrés à Orléans
3ue le matin du 2 avril 1562. Le passage de Jeanne
'Albret à Olivet ne peut donc être antérieur à
cette date.
4. — Théodore de Bèze, auteur de VHistoire
ecclésiastique des églises réformées de France, Il
fit un court séjour auprès de la reine de Navarre. Le
5 avril 1562 il était revenu à Orléans (Lettre de cette
date à Calvin, Baum, Theodor jBeza, pièces justifica-
tives, p. 177).
5. — Jeanne d'Albret arriva à Vendôme dans le
courant d'avril, mais nous ignorons la date exacte.
Elle y était le 3 mai 1562 {Lettres d'Antoine de
Bourbon et de Jehanne d Albret y p. 251).
6. — La lettre de Catherine de Médicis est
perdue, mais la réponse de Jeanne d'Albret a été
imprimée dans Lettres d'Antoine de Bourbon et de
Jeanne d* Albret, p. 251,
— 24 —
cstoit que, des Cars estant venu en sa chambre
pour luy faire escrire la dicte lettre, n avoit
bougé cependant qu'elle escrivoit d'auprès
d'elle ; qui estoit cause qu'elle avoit été
contraincte d'escrire le contraire de la
créance dite au gentilhomme; qui davantage
me dit de par elle, que^ si je voyoy les choses
aller si mal que le roy fust plus resserré, que
j'allasse à Amboisç, sous couleur d'aller
faire la révérence à Monsieur le Duc,
que l'on nommoit lors Monsieur d'Anjou,
et Madame Marguerite*, sœur du roy, et
que je les emmenasse à Orléans. Et pour
cela avoit, le sieur de Bourdaisyere ^, un
commandement de me laisser entrer audict
Amboise, avec telle compagnie qu'il me
plairoit.
Et ce qui me garda d'exécuter ce com-
1. — Hercules de Valois, plus tard François de
Valois, duc d'Alençon, portait alors le titre de duc
d'Anjou, crue la reine mère fit passer à son frère
aîné. — Madame Marguerile est Marguerite de
Valois, plus tard femme, de Henri IV.
2. — Jean Babou de la Bourdaisière, capitaine,
gouverneur des enfants de France sous le règnei de
Charles IX, maitre général de l'artillerie, mort le
M octobre 1569. 11 a ôouvent été confondu avec son
frère, Philibert Babou, évêque d'Angoulême et
d'Auxerre, cardinal, ambassadeur à Rome jusqu'à sa
mort (1570). Cette confusion provient de ce que Jean
Babou remplit aussi une mission à Rome, à l'avène-
ment de François II, mais une mission de courte
durée, celle de présenter les lettres d'obédience du
nouveau roi. (Mémoires de Hibier, t. ii, passvn).
- 25 —
mandement, fut un congé que me donna le
feu Roy, mon mary, de me retirer chez moy
en Béarn : ce que je fei*, et si à propos,
que, si j'eusse attendu huict jours à partir,
il avoit promis au cardinal^ de L'Orraine de
m'enfermer dans Tune de ses maisons ^. Et
mesme lors qu'il luy fit cette promesse,
le dict vénérable cardinal, avec une grave
exclamation, luy répondit : « Monsieur, voilà
ce un acte digne de vous! Dieu vous doint
« bonne vie et longue. » Mais le dit Bran-
don, que j'avoy renvoyé vers la Roy ne, et
qui me rapportoit un nouveau commande-
ment du feu Roy, mon mary, pour m'arrester
à Vendosme, me trouva à Chastelheraut;
qui fut cause que je parachevay mon voyage.
Et m'en vins passer par Caumont ^, où je fus
i. — Jeanne d'Albret partit dans le courant de
juin 1562 pour la Gascogne, niais nous ne connais-
sons pas la date exacte.
2. — Cette allégation est confirmée par une lettre
de Perrenot de Chantonay, ambassadeur d'Espagne,
à Philippe II. Antoine de Bourbon était résolu à faire
mettre sous séquestre, par un arrêt du conseil du
roi, le royaume de Béarn comme biens de son fils
mineur, et à s*en faire nommer administrateur.
Quant à Jeanne d'Albret, elle devait être empri-
sonnée dans une forteresse. La lettre de Chantonay,
datée du 6 juin 1562, est conservée en original aux
Archives nationales, K. 1498, n® 6. Bordenave parle,
sans donner autant de détails, des projets d'Antoine
do Bourbon contre sa femme (Hist de Foix et
Navarre, p. 110).
3. — Jeanne d'Albret n'arriva que le 22 juillet 1562
_ 20 --
arrestëe par maladie *, où cependant j'es-
sayay avec feu Monsieur de Burie ^ et
Monluc 3 rendre la Guyenne pacifique ^,
me faisant forte, s'ils me vouloyent croire^,
au château de Caumont (Lot-et-Garonne), mais elle
était arrivée en Gascogne avant le 3 juillet. Biaise de
Monluc signale en effet sa présence à Duras (Lot-et-
Garonne) le lendemain du combat de Nérac (Com-
mentaires et lettres de B. de Monluc, t. ii, p. 426).
Plusieurs historiens ont écrit, que, le i9 juillet, elle
était à Nerac et Qu'elle rendit une ordonnance contre
les catholiques, laquelle est analysée, d'après une
copie du temps, par Monlezun, Ilist. de la Gascogne,
t. V, p. 294. Nous croyons pouvoir contester l'exis-
tence de cette ordonnance, au moins sous cette date.
Mais ce n'est pas ici le lieu d'engager une disserta-
tion sur ce point. Du reste cette partie de l'histoire
de la reine de Navarre est très obscure et attend des
éclaircissements que nous tacherons de lui donner
plus tard.
1. — Biaise de Monluc, dans ses Commentaires
dit que la reine de Navarre s'arrêta peu au château
de Caumont (t. ii, p. 442|, mais il paraît que le séjour
de la princesse dura quelques jours, car deux
capitaines, Moret et Chevallier, furent chargés d'y
conduire une compagnie de vingt arquebusiers
pour sa défense (Bordenave, Ilist. de Béarn et
Navarre, p. 110, note, pièce analysée par l'éditeur).
2. — Charles de Coucy, s. de Burie, lieutenant
du roi en Guyenne.
3. — Biaise de Monluc, l'auteur des Commentaires.
4. — Théodore de Bèze raconte que la reine de
Navarre convoqua Burie à Caumont, mais que celui-
ci, sur le conseil de sa femme, qui cependant appar-
tenait à une famille de capitaines protestants,
répondit à la princesse une lettre de menaces
« disant qu'il avait commandement exprès de mettre
« les Espagnols en son pays de Béarn, si elle
« remuait quelque chose. » {Hist, ecclésiastique,
1882, t. II, p. 226).
5. — Blaisç de Monluc raconte qu'il marchait au
de faire que Monsieur de Duras * s'en
retourneroit à Orléans^. Il y a encores en
la dicte Guyenne qui sçavent, et Monsieur de
Caumont ^ mesme, de quel zèle pour la gloire
de Dieu et le service du Roy, joint à icelluy,
j*estoy menée et n'y ayant peu faire ce que
j'eusse désiré, parce que par la trame du
cardinal de L'Orraine, de ce temps-là s'aidant
du sieur de Guy se, son frère, à qui il faisoit
jouer le jeu, le sieur de Burie et Monluc
secours de Bordeaux, q.uand, le 3 juillet, il reçut un
secrétaire de la reine de Navarre, lequel avait
charge de lui dire que la princesse allait pacifier la
Guyenne et qu^il devait arrêter sa marche sur
Bordeaux. Il crut ou feignit de croire que cette
affirmation pacifique était une ruse pour l'empêcher
de secourir la ville, alors gravement menacée par
les réformés {Commentaires et lettres^ t. ii, p. 426).
Il est juste de dire qu'un officier de finances, le
général Portai, porte ce témoignage en faveur de
Jeanne d'Albret qu'elle voulait sincèrement la paix,
mais que Burie et Monluc n'avaient jamais pu s'ac-
corder avec elle, parce qu'ils refusaient d'exécuter
l'édit de janvier. Portai dénonça ces faits au roi. Sa
lettre, datée du 17 août 1562, est conservée en copie du
temps dans le vol. 15,876 du f. fr., f. 440.
1. — Symphorien de Durfort, s. de Duras, chef
des réformés en Guyenne.
2. — Telles étaient les instructions du prince de
Condé, qui s'efforçait de centraliser à Orléans toutes
les forces de son parti. Jeanne d'Albret proposait
donc à Biaise de Monluc, comme un bienfait, ce
qu'il était de son devoir d'éviter à tout prix.
3. — François Nompar de Caumont, s. de Castcl-
nau de la Force, seigneur huguenot, tué à la sai^t
Barthélémy.
-- 28 --
furent séparez *, et, Tun par Tenvie de
Tautre, se mirent à faire du pis qu'ils
peurent contre ceux de la Religion réfor-
mée ^.
Voyant cela, j'envoyai un mien maistre
d'hostel, nommé Roques^, vers la Royne,
laquelle par luy me manda qu'elle approu-
voit tout ce que j'en avoy faict, se plaignant
infiniment du feu Roy, mon mary, et du peu
de moyen qu'elle avoit de faire ce qu'elle
eust désiré. Lors que je me vei inutile en ce
faict, et que je n'y estoy plus employée,
aussi que je fus advertie que Monluc avoit
1. — Ici Jeanne d'Albret travestit les faits à la
façon du parti réformé. Monluc et Burie ne furent
pas séparés par les menées du cardinal de Lorraine,
mais par la niécessité de défendre la haute et basse
Guyenne. Au commencement d*aout 1562 Burie se
rendit à Bordeaux et Monluc à Agen. Voyez les
Commentaires, t. ii» p. 449.
2. — Jeanne d'Albret se montre d'une extrême
injustice pour Burie. Ce ca{)itaine n^avait rien
épargné pour éviter la guerre civile et n'avait pris
les armes qu'à contre cœur jusqu'à faire douter de
sa fidélité. Biaise de Monluc lui reproche sa modé-
ration en termes aussi amers que Jeanne d'Albret
son fanatisme. Voyez le.s Commentaires^ t. ii, p.
344, 365, 368, 430, t. m, p. 3, 31, t. iv^ p. 113, 139,
158, 218, 231. 247, 349, 355.
3. — Jean de Secondât, s. de Roques. Il reçut de
la reine de Navarre, en récompense de ses services,
le 31 octobre 1562, le don des seigneuries de Montes-
quieu et autre lieux. (Arch. hist, de la Gironde, t.
XXIV, p. 252). Les lettres de Jeanne d'Albret sont
imprimées avec d'autres pièces relatives à cette
donation dans le même recueil.
— 29 -
charge de m'arrester^ je me retiray à
Nérac, et de là en Béarn 2. Et encores qu'il
semble que parler de mes affaires propres ne
puisse estre que chose superflue en cecy,
si est-ce, pour faire cognoistre à un chacun
l'ancienne malice du cardinal de L'Orraine et
son frère le sieur de Guise, je diray qu'estant
le dict cardinal allé au Concile ^, et néant-
moins ayant laissé son dict frère bien
instruict, il contraignit le feu Roy, mon
mary, d'envoyer un sien secrétaire, nommé
Boulongne^, avec commandement à ma
cour de parlement de Pau de chasser tout
exercice de religion réformée, que lors
j'avoy introduict et par son consentement en
i. — Cette mission, qui a été souvent affirmée, n'est
pas prouvée. Outre que les documents sont muets,
il semble que, si Biaise de Monluc avait reçu un
ordre de cette importance, il n'aurait pas manqué de
s'en .vanter dans ses Commentaires,
2. — Jeanne d'Albret aurriva à Pau avant le 19
août 1562 (ordonnance de cette date conservée dans
le t. VI des Establissements de Béarn ; Arch. de
Pau, C. 684, f. 117, v^).
3. — Le 19 août 1562 le roi avait adressé à tous
les évêques une circulaire pour leur commander
d'aller au concile de Trente. Une copie de cette
circulaire est conservée dans le fonds français,
vol. 3193, f. 15. Le cardinal de Lorraine arriva à
Trente le 15 novembre.
4. Jean Lescrivain, dit Boloigne, agent du roi de
Navarre, avait déjà rempli une mission secrète en
Béarn quelques années auparavant (Lettres d'Antoine
de Bourbon et de Jehanne d'Albrety p. 115).
— 30 -
Béarn et destituer de tous offices ceux qui ne
seroyent catholiques; ne voulant mesme que
aucun de la dicte religion demeurast au
pays. Et avoit charge le dict Boulongne de
ne m'en parler aucunement. Quand je sceu
cela, j'usay de la puissance naturelle que
Dieu m'avoit donné sur mes subjects, et
laquelle j'avois cédée à un mary, pour
l'obéissance que Dieu commande de leur
porter : mais lorsque je vey qu'il y alloit de
la gloire de mon Dieu, et la pureté de son
service, je fey prendre le dict Boulongne
prisonnier, et retins son paquet.
Bien tost après je perdy le dict sieur mon
mary*, comme il est allégué en ma lettre à
la Royne, et suis contente de ne dire d'avan-
tage combien sa mort m'a apporté, et à mon
fils de défaveurs de toutes qualitez, et n'en
tirer que trois ou quatre d'un nombre infini.
Et la première fut quand, avec belles pro-
messes et flatteries, l'on m'attira à la cour
au voyage de Lyon*, m'asseurant et pro-
mettant rendre satisfaicte et contente de
1.
1562.
Mort d'Antoine de Bourbon, 17 novembre
2. — Le roi et la reine mère, dans leur voyage en
France, étaient arrivés à Lyon le 10 juin 1565, mais
ils ne firent leur entrée solennelle que le 13. On verra
plus loin la date de l'arrivée de Jeanne d*Albret
auprès du roi.
— 31 -
tant de plainctes que j'avoy ci-devant faictes
de MonlucV et autres mes affaires. Toutes
fois, estant arrivée à Rossillon ^, je ne
i. — La reine de Navarre avait beaucoup à se
plaindre de Biaise de Monluc. La violence, les excès
cJe ce capitaine avaient blessé la princesse. En 1562,
enflé de ses succès en Guyenne et oubliant, dit de
Bèze, « qu'il estoit un petit champignon accru en peu
« de temps », il osa bien dire publiquement, en sou-
dard grossier, « au*il espéroit qu'ayant achevé en
« Guyenne, le roy luy commanderoit d'aller en Béarn
« où il avait fort envie d'essayer s^il faisoit aussi bon
« coucher avec les roynes qu'avec les autres
« femmes. » (De Bèze, Hist. ecclés.^ 1881, t. ii,
p. 243). Après le traité d'Amboise, Monluc se plaignit
de l'extension que la reine de Navarre donnait aux
prêches en Guyenne (Commentaires et lettres de BL
de MonluCy t. iv, p. 234, edit. de la Soc. de l'hist de
France) et il obtint, le 24 juin 1563, un arrêt du con-
seil du roi cjui restreignait le droit de prêche en
Guyenne^ même dans les domaines de la reine de
Navarre (Revue de lAgenaiSj 1888, p. 200). Cet arrêt
offensait surtout Jeanne d!Albret et figurait au nombre
des nombreux griefs dont elle demandait le redresse-
ment au roi. La querelle de la reine de Navarre et de
Biaise de Monluc devint si vive que la reine Cathe-
rine, au mois de juillet 1563, envoya en Guyenne
Joachim de Monluc^ s. de Lioux, comme médiateur
entre l'auteur des Commentaires et la princesse.
Lioux décida son frère à écrire une lettre d'excuse à
Jeanne d'Albret (publiée dans notre édition des Com-
mentaires de Monluc, t. iv p. 263) et décida la prin-
cesse à accepter les excuses de son ennemi (Lettre
de Lioux à la reine du 23 juillet 1563; Commentaires,
t. V, p. 344). Mais la querelle recommença quelques
mois après. Monluc ne pouvait s'empêcher de courir
sur les sujets de la reine de Navarre, d'envahir et de
piller ses villes. Voyez la lettre de la princesse à la
reine en date du 15 février 1563 (1564) (Commen-
taires, t. V, p. 345). On trouvera dans la suite de
notre histoire de Jeanne d^Albret Je récit complet de
ces ardentes querelles.
2, — Jeanne d'Albret commet ici une erreur. Ce
— 32 —
sceu rien obtenir d'aucune chose que je
demandasse.
Il me semble qu'il ne sera point hors de
propos d'entrelacer icy en ce mien discours
une chose qui advint audict Rossillon; par
laquelle toute personne chrestienne et de
bon jugement admirera la providence de ce
grand Dieu, qui, pour surprendre les fins en
leur finesse et les sages du monde en leur
sagesse, s'aide de moyens extraordinaires et
faibles pour vaincre les forts. Estant donc
la cour au dict Rossillon au mois de juillet
1564,j'estoylogéeenunefort petite chambre,
où un jour l'une de mes femmes osta des
lettres à une petite chienne que j'avoy, qui
s'en jouoit : et me les bailla, pensant qu'elles
me fussent tumbées. Je recogneu l'escriture
de la main de la Roy ne, et cuidoy que ceste
lettre fust tombée d'un de mes coffres. Et
pour voir si elle estoit de conséquence pour
ne fut pas à Roussillon (Isère) qu'elle rejoignit la
cour de France puisque la cour n y arriva qu'après
avoir quitté Lyon. Ce ne fut pas à Roussillon (Saone-
et-Loire) puisque la cour n'y passa pas. Jeanne rejoi-
gnit le roi et la reine à Maçon le jeudi, l»"^ iuin 1564,
jour de la fête Dieu, le même jour que l'ambassadeur
d'Espagne. Cette date avait toujours été donnée
inexactement, mais elle est certifiée par une lettre
de Francès de Alava, ambassadeur d'Espagne à Phi-
lippe II (orig. espag., Arch. nat., K. 150i, n« 84).
L ambassadeur nous apprend que la reine de Navarre
avait une escorte de 300 cavaliers et était accompa-
gnée de huit ministres.
— 33 -^
la serrer ou la rompre, je leu le premier mot
qui disoit : ce Monsieur... » et lisant le
dessus, je vey qu'elle s'addressoit au Roy
d'Espagne. Je fu fort estonnée, car je crai-
grioy que quelqu'un ne l'eust jeetée en ma
chambre pour me barbouiller avec la dicte
Majesté. Aussi je regardoy qu'il n'estoit
entré que bien peu de mes gens ou quelques
uns de mes amys en ma chambre, parce
qu'à cause de l'extrême chaleur, après avoir
mangé en une autre, je m'y retiroy l'après
dinée avec seulement deux ou trois de mes
femmes. Je ne pouvois descouvrir d'où ceste
lettre estoit venue, sinon que ma petite
chienne s'en jouoit en ma chambre. Je la leu,
et parce qu'elle estoit escrite du temps des
premiers troubles, elle parloit d'estrange
façon contre nous. Par ceste lettre Sa Majesté
prioit le roi d'Espagne de la secourir contre
les séditieux et rebelles, qui vouloyent oster
la coronne de dessus la teste du Roy son fils,
et qu'elle n'avoit espérance d'en avoir la
raison que par luy. Je fu en bien grand peine
l'ayant l'eue : car les propos me sembloyent
si fascheux que sa dicte Majesté seroit marrie
que ceste lettre fust veue. Et d'autre part je
craignoy qu'elle pensast, ne luy pouvant
rendre autre comte d'où elle venoit, que je
l'eusse recouvrée par autre moyen. A la fin
- 34 -
m^asscurant qu'elle me faisoit bien cest
honneur que me croire véritable, je me résolu
de la luy porter : ce que fey en sa chambre,
où Madame de Savoie * estoit. Et, ayant
envoyé quérir le sieur de L'Aubespiné ^,
secrétaire d'estat et celuy qui avoit la charge
des despesches d'Espaigne ^, elle la luy lit
lire devant ma dicte dame de Savoy e; où elle
fit bien c'est honneur à ceux de la religion,
par honnestes excuses des paroles qui
estoyent en cette lettre, d'asseurer qu'elle
ne nous avoit jamais estimez ne tenuz pour
séditieux et rebelles ; mais que l'on luy
faisoit escrire ainsi ; et qu'en ce temps-là de
guerre beaucoup de choses s'estoyent dictes
et escriptes, qu'il ne falloit plus ramentevoir.
Le dict sieur de L'Aubespine luy asseura que
la dicte lettre avoit esté portée en Espaigne,
et qu'elle en avoit eu la response. Et sur cela,
scelon leurs diverses opinions, jugeoyent
d'où elle estoit venue. Les uns disoyent que
quelques Huguenots l'avoyent faict desrober;
i, — Marguerite de France, sœur de Henri II,
duchesse de Savoie.
2. — Claude de TAubespine, baron de Chasteau-
neuf, secrétaire d'état depuis 1543, mort le 11 novem-
bre 1567,
3. — Les travaux de la chancellerie royale étaient
divisés entre les quatre secrétaires d'état en vertu
d'un règlement de Henri II, du 1" avril 1547 (1548)
qui ne fut modifié qu'en 1567.
- 35 —
les autres que c'estoyent des catholiques;
aucuns que quelque ambassadeur estranger,
pour nous mettre en pique, Tavoient recou-
Yrée. Mais nul ne touchoit au blanc, comme
le lendemain je le descouvri, car Tayant
portée à la Royne, en la mesme heure que je
la trouvay, je n'avoy eu loisir de m'en
enquérir d'avantage. Estant donc de retour
en ma chambre, Ton me dit que, Torsque ma
chienne avoit apporté ceste lettre. Ton luy
avoit veu prendre, comme souvent elle
faisoit, d'autres papiers et choses que Ton
balie dans un monceau de balieures devant
la chambre de Madame de Guyse *, qui
estoit lors logée tout joignant de moy; et
nos chambres sortoyent en une galerie
longue, d'où ceste petite chienne avoit
apporté la dicte lettre. Je le dy à la Royne,
qui, avec d'autres raisons, ne doubta nulle-
ment qu'elle ne fust venue de là, et que l'on
l'avoit peu envoyer au cardinal de Lorraine.
C'est pour monstrer comme Dieu sçait des-
couvrir les choses que l'on pense tenir les
plus secrettes, comme, il feit ceste lettre ;
par où la Royne peut cognoistre l'intelligence
que l'on avoit en Espaigne de ceux de la
4. Anne d'Esté, fille de Renée de France et petite
fille de Louis XII, veuve de François de Lorraine,
duc de Guise.
— 36 -
Religion y la belle façon et les beaux termes
en quoy ces Messieurs faisoyent escrire
Sa Majesté de nous*.
De Roussillon je me retiray malade ^, et,
durant mon absence^, le voyage de Ba-
i. — Il est difficile d'émettre un jugement criti-
Sue sur le récit d'un fait tellement invraisemblable,
►'une part l'autorité du narrateur inspire la con-
fiance. D'autre part il est difficile d'admettre que la
duchesse de Guise laissât traîner « parmi les
« balayures » les plus importants documents. Peut-être
y eut-il une manœuvre arrangée pour faire tomber,
fortuitement en apparence, une lettre sous les yeux
de Jeanne d'Albret. Nous n'avons pas le secret de
cette intrigue et nous ne nous cnargeons pas de
l'expliquer.
2. — Jeanne d'Albret partit de la cour le 14 août
1564 cour Vendôme. (Lettre d'Alava à Philippe II du
13 août qui annonce que le départ de la reine de
Navarre est fixé au lendemain; Arch. nat., K. 1502,
no 16). Elle arriva à Vendôme avant le 25 septembre,
date d'une lettre qu'elle écrivit au s. des Bories, lieu-
tenant de la compagnie du prince de Navarre (Arch,
de M. le marquis de Saint- Astier).
3. — Les raisons de santé ne furent pas les seu-
les qui obligèrent Jeanne d'Albret à ne pas suivre la
cour de France. Philippe II, avec lequel la reine
mère espérait touiours avoir une entrevue à Bayonne,
avait signifié qu'il se refusait d'avance à toute confé-
rence si la reine de Navarre ou tout autre hérétique
était présent à la cour. D'ailleurs les pratiques reli-
gieuses de Jeanne d'Albret, l'éclat qu'elle donnait,
même au milieu de la cour, aux prêches et aux céré-
monies protestantes célébrées dans ses appartements,
rendaient sa présence dangereuse pour la paix publi-
que. La correspondance de l'ambassadeur d'Espagne
est remplie de plaintes contre la reine de Navarre.
Voyez notamment les lettres du l»', 14, 19, 22, 29
juin 1564 (Arch. nat., K. 1502). L'ambassadeur nous
apprend que la reine mère fit en vain des représen-
tations à la reine de Navarre.
- 37 -
yonne* se feit : où les lames des espées,
qui respandent aujourd'hui le sang des
chrétiens, furent forgées ^. Et pour réunir
aux autres défaveurs, ayant faict une paren-
thèse à la première, pour n'obmettre ce qui
estoit advenu au dict Roussillon, j'allégueray,
après les nopces de Monsieur le Prince,
i. — Malgré le départ de Jeanue d'Albret, Phi-
lippe II ne vint pas à Bayonne, mais il y envoya sa
femme, Elisabeth de Valois, et le duc (TAlbe
(juin 1565).
2. — Jeanne d*Albret se fait ici Técho de l'opinion
générale du parti réformé, en insinuant que les con-
férences de la reine mère avec le duc d'Albe avaient
pour objet l'anéantissement du parti réformé. Mais
le fait est très contestable. Le secret de l'entrevue
de Bayonne est un des plus profonds secrets du xvi»
siècle. La question de savoir si le massacre général
des chefs du parti réformé fut ou ne fut pas concerté
dans les conférences de la reine mère et du duc
d^Albe a longtemps excité et excite encore les
recherches des historiens. Les anciens auteurs pro-
testants sont presque tous unanimes en faveur de
l'affirmative. Les catholiques objectent l'invraisem-
blance d'une telle résolution. Aucun d'eux ne donne
de preuves et ne peut en donner, parce que de tels
forfaits ne sont pas de ceux qu'on arrête par écrit à
l'avance. MM. Bordier (La Saint Barthélémy et la
critique moderne, 1879, in-4o) et Combes (L'entrevue
de Bayonne, 1882, in-8o) ont chaudement plaidé
l'affirmative. Le P. Griffet {Histoire de France de
Daniel, t. x, p. 557), le comte de la Ferrière (Intro-
duction au tome ii des Lettres de Catheinne de
Médicis, p. 72) ont soutenu la négative avec non
moins de conviction. Nous ne citons que les disser-
tations développées et nous n'énumérons pas les
nombreuses études sur le xvi« siècle et sur la Saint-
Barthélémy, qui, presque toutes, à l'occasion de la
préméditation du massacre du 24 août, abordent la
question des conférences de Bayonne.
- 38 -
mon beau-frère *, et estant de retour à la
cour^, tant à Moulins^ que depuis à
Paris*, le tort que Ton me feit pour ma
comté de Foix et villes de Pâmiez et Foix,
qui avoyent esté en temps de paix pillées,
saccagées et mangées de garnisons et com-
missaires, dont me lut déniée toute justice ;
et par là annéantis les privilèges donnés
par les rois à mes prédécesseurs^.
{, — Le prince de Condé épousa en secondes
.noces, le !•' novembre 1565, la princesse Françoise
d'Orléans Longueville.
2. — La reine de Navarre rejoignit la cour à
Moulins au mois de janvier 1566. Sa première lettre
datée de Moulins est du 3! janvier.
3. — Le roi arriva à Moulins, d'après Abel Jouan
(Aubais, Pièces fugitives sur Vhist, de France^ t. i,
2« partie, p. 36) le 22 décembre 1565 et y resta jus-
qu'au 23 mars 1566 (ibid.). Ce long séjour en Bourbon-
nais fut utilisé par la reine pour imposer une
réconciliation apparente aux Guises et aux Coligny,
et par le chancelier de THospital pour édicter une
orclonnance de procédure qui est restée célèbre.
4. — Au départ de Moulins le roi visita Vichy,
Clermont-Ferrand, Auxerre, Sens et arriva le 1«' mai
à Paris (Abel Jouan). Jeanne d'AIbret suivit la cour
pendant la durée de ce voyage, ainsi que le prouve
sa correspondance.
5. — Les villes de Foix et de Pamiers, qui fai
saient partie de Tapanage de la maison d'Albret avec
le comté de Foix, avaient été le théâtre de troubles
graves, (jue le parlement de Toulouse noya dans le
sang (juin à août 1566). Biaise de Monluc parle de ces
événements dans sa correspondance (Commentaires
t. V, p. 65) et V Histoire du Languedoc (t. v, p. 271]
en donne un récit détaillé. Les arrêts du conseil
privé, dont la reine de Navarre se plaint dans ce
passage de ses Mémoires, sont très nombreux.
M. Valois dans. Le conseil du roi^ in-8*>, 1888 (p. 333
r
- 39 -
Mais qui est Testranger ou privé, qui n'ait
esté scandalisé de Tinjustice qui me fut faicte
en ce temps-là en la personne de ma cousine
de Rohan * , si particulière qu'en son
arrest prononcé par le Roy en son privé
con'seiP, suivant l'opinion de sept, dont il
n'en avoit que deux jurisconsultes^, et
contre celle de dix huict ou dix neuf opinans
choisis du grand conseil et conseil privé, et
estimés les plus sçavans et sincères; mais
et suiv.) en cite sept dans la période comprise entre
le 25 février 1563 (1564) et le 23 mai 1567. Le plus
important, celui du 20 février 1666, défendait aux
ministres de prêcher et d'exercer le culte calviniste
dans la ville (p. 370). Cet arrêt, observe le savant
auteur qui a relevé ces décisions, était parfaitement
fondé aux termes de l'article 5 de Tédit d'Amboise,
puisque la réforme n'avait pas été publiquement pra-
tiquée à Pamiers avant le 7 mars 1563 (ibid., p. 207).
1. — Françoise de Rohan, fille d'Isabeau d'Albret.
cousine germaine de la reine de Navarre. Elle avait
été séduite par Jacques de Savoie, duc de Nemours,
à l'aide de promesses de mariage, que le duc refusa
d'exécuter quand sa victime fut devenue grosse. Il
s'en suivit un procès qui dura près de dix ans. La
situation des deux parties envenima la querelle.
Françoise de Rohan était soutenue par les reformés;^
Jacques de Savoie, un des plus déterminés Guisards,'
par le parti catholique. Nous avons publié en 1883 un
récit de cette aventure galante de la cour des Valois,
Le duc de Nemowis et mademoiselle de Rohan,
2. — Cet arrêt fut rendu par le conseil du roi à
Monceaux le 28 avril 1566. Une copie authentique est
conservée dans le vol. 4.657, f. 33, du fonds français.
3. — Christophe de Thou et Pierre Séguier, du
parlement de Paris. Voyez la note suivante.
- 40 -
choisis*, di-je, afin que leur preud'hommîe
et scavoir servist d'umbre seulement. L'arrest
porte ces mots : a ... et pour ceste fois sans
« conséquence, » parce que le dict renvoy
de sa cause au pape^ estoit directement
contre les privilèges de TEglise Gallicane.
Et toutes fois, pour rendre l'injustice plus
injuste , le lendemain , contrevenant à
1. — L*acte de récusation nominale et motivée
des membres du conseil privé par Jeanne d'Albret
est conservé dans le vol. 6.606, i. 30 du fonds fran-
çais (original sans date]. Voici la liste des juges
récusés pjar Jeanne d'Albret. Cette liste a l'avantage
de nous faire connaître la composition du conseil
privé à la date de 1566 : le cardinal de Bourbon, le
prince de Oondé, le duc de Montpensier et le prince
dauphin, son fils, les cardinaux de Lorraine et de
Guise, le duc de Nevers, le connétable et ses deux
fils (François et Henri de Montmorency), le marquis
de Villars, le cardinal de Chastillon, Tamiral de
Coligny, François d'Andelot, le maréchal de Vieille-
ville, le maréchal do Bourdillon, le chancelier, de
l'Hospital, Jean de Morviliers, évêque d'Orléans,
Jean de Moulue, évêque de Valence, Sébastien de
TAubespine, évêque de Limoges, Henri d'Angoulême,
abbé de la Caze-Dieu, fils naturel de Henri II, le s. do
Lansac^ le baron de La Garde, Nicolas Dangu, évê-
que de Mende, Philibert Babou, évêque d'Auxerre,
Nicolas de Pellevé, archevêque de Sens, Claude de
l'Aubespine et Jacques Bourdin, secrétaires d'état,
Christophe de Thou, premier président du parlement
de Paris, Pierre Séguier, président à mortier.
2. — L'arrêt du 28 avril 1566 renvoyait les par-;
ties devant l'archevêque de Lyon sauf recours au
pape (f. fr., vol. 4.657, i. 33). Le renvoi devant l'offi-
çialité de Lyon était de pure forme puisque l'arche-
vêque de Lyon s'était prononcé sur le fond du débat
le 6 novembre 1565 (Arrêt de l'officialité de Lyon;
Orig. sur parchemin en latin; f. fr., vol. 4.657, f. 4).
— 41 -
Tarrest mesme de sa pleine auctorité, et au
mépris de leur Saint Père*, on les fit
fiancer^ et puis espouser^ : où le cardinal
de L'Orraine ne fut pas si catholique Romain
qu'il ne préférast la passion à la religion,
quand il passa outre aux espousailles *,
nonobstant une opposition faicte en bonne
i. — Comme protestante, Françoise de Rohan
avait d'abord récusé la juridiction du pape, mais elle
finit par Taccepter (Lettre de Charles IX au s. d'Oisel,
amb. à Rome, du 17 mai 1566; copie du temps, f. fr.,
vol. 3.214, f. 2). La reine de Navarre, elle-même,
approuvait Tacte de soumission de sa cousine ger-
maine (Lettre de Jeanne d'Albret à la seigneurie
de Genève, du 6 décembre 1566; Bulletin de la Soc.
de Vhist, du prot, français, t. xvi, ç. 66J. La cour de
Rote fut saisie de l'appel de Françoise ae Rohan le
16 juillet 1566 par un bref de cette date (copie du
temps; f. fr. vol. 3.214, f. 65) et rendit un arrêt con-
forme aux conclusions du duc de Nemours le 5 mars
1571 (copie du temps; f. fr., vol. 23.310, f. 202).
2. — Le lendemain de Farrêt du conseil qui
déboutait Françoise de Rohan, le 29 avril 1566, en
présence du roi et des princes, fut passé le contrat
de mariage du duc de Nemours et de la duchesse de
Guise (copie du temps ou peut-être minute originale
de cet acte; f. fr., vol. 6.609, f. 74).
3. — Le mariage fut célébré à Saint-Maur-des-
Fossés, le 5 mai 1566, en prévsence du roi et de toute
la cour (Mémoire de Françoise de Rohan; f. fr., vol.
3.215, f. 71).
4. — La cour avait été publiquement convoquée
dans la chapelle de l'abbaye de la Roquette, à Saint-
Maur, mais le mariage fut célébré dans une des sal-
les du château. Cette précaution avait été prise pour
éviter toute esclandre et ne réussit pas, comme on va
voir. Le cardinal do Lorraine célébra la messe et
maria les deux époux (Mémoire do Françoise de
Rohan; f. fr.. vol. 3.215, f. 71).
- 42 -
forme de la part de ma cousine de Rohan ^
J'ay plus estendu le propos de ceste inju-
rieuse injustice que j'ay receue, que des
autres, parce que peut estre chascun qui
pourra lire cecy n'a pas sceu ce faict si au
vray : et aussi que c'est celle de quoy je me
suis plus ressentie.
Je pourroy alléguer mes défaveurs d'un
nombre trop grand, si mesme je vouloy
alléguer que quelques téméraires osèrent
bien remplir les oreilles de la Royne d'une
menterie si absurde, que l'impudence
d'icelle portoit son témoignage avec soy;
quand ils luy voulurent donner à entendre
que j'avoy entrepris deux choses : l'une, que
je luy vouloy faire couper la gorge, n'usant
point de plus doux termes ; l'autre que je
vouloy faire enlever Monsieur, frère du Roy,
pour, me fortifiant de luy, mettre schismes
en France contre le Roy. Et quoy que par
très-humble prière et importunité que je
fisse, je ne peu jamais sçavoir de Sa Majesté
1. — Au moment où le cardinal de Lorraine pro-
nonçait les paroles sacramentelles, un officier de
justice, praticien au parlement, Vincent Petit, se pré-
cipita sur les degrés du sanctuaire et commença la
lecture d'un acte d'opposition fait par devant notaires
par Françoise de Rohan. Le cardinal fut déconcerté
et hésita un moment. Mais les courtisans des Guises
emmenèrent de force le courageux praticien, qui fut
jeté en prison, et la cérémonie s'acheva (Chronique
du temps; f. fr., vol. 12.795, f. 284 vo).
J
— 43 -
le nom du rapporteur absolument, sinon par
ambiguitéy me voulant tousjours contenter
de l'asseurance qu'elle me donnoit de n'en
rien croire , elle me vouloit rendre doubteuse
de quatre ou cinq ; si est-ce qu'à la fin je la
pressay tant qu'estant arrivée à Monceaux,
elle m'en esclaircit un peu davantage ^
Durant ce temps que ces choses-là se
menoyent, qui fut de quatre ou cinq moys,
le pauvre Savigny^, que Ton disoit bastard
du feu Roy, mon mary, n'en est-il pas mort
innocent? Car"' pour la haine que luy por-
i. — Ce fait n*est raconté par aucun autre
historien.
2. — Ce Savigny n*a laissé aucune trace et sa
mort n'est enregistrée par aucun historien. Jeanne
d'Alhret, dans sa correspondance {Lettres d'Antoine
de Bourbon et de Jeanna d*Albref, p. 285), parle
d*un Savigny, qui serait entré en querelle avec sa
femme, la dame de la Rivière. Est-ce cette querelle
qui lui coûta la vie? — Sans vouloir réformer le récit
de Jeanne d'Alhret, qui devait être mieux informée
que nous du nomhre des hatards de son mari^ nous
observerons qu'il est bien singulier que les deux rois
de France et de Navarre aient eu chacun un bâtard
du même nom. On trouve en effet dans les Papiers
d* Estât de Granvelle (t. viii, p. 1, 20 et 384) trois
lettres d^une dame Nicole de Savigny, qui parlé d'un
fils qu'elle dit avoir eu de Henri II et qui se plaint
d'avoir reçu des mauvais traitements de la part de
Catherine de Médicis. Ce jeune Savigny, dit de Saint
Rémy, eut des enfants. Sa dernière descendante fut
la comtesse de la Motte, l'aventurière rendue célèbre
par le procès du collier à la fin du règne de
Louis XVI.
3. — l^e mot car est de trop dans la phrase,
ï
- 4i -
toyent ceux de la maison de Guyse, aucteurs
et inventeurs premiers de ceste menterie,
qu'ils avoyent faict conduire finement' par
tierce main, ayant dit à la Royne que cesfuy-
là la vouloit tuer. Ce mot-là a depuis quelque
temps telle vertu, que, encores qu'il ne fust
accompagné de raison, ny mesme vérisimi-
litude, ceux qui estoyent soubçonnez ou
nommez par' ces Messieurs, Ton les faisoit
mourir à quelque pris que ce fust, comme le
dict Savigny, qu'ils feirent tuer sous le nom
de la Royne ; chose si vilaine et exécrable,
que tant s'en faut que je veuille penser qu'elle
y ait consenti, que je veux croire qu'elle ne
l'a point entendu. L'Espaignol qui tua le
dict Savigny d'un coup de pistoUe, estant
descendu aux champs pour aller à ses
affaires, l'avoit servi puis laissé quelque
temps, et de rechef retourné avec luy. Lequel
fut prins après le coup faict, et mené au
Four l'Evesque S où plusieurs fois il
demanda un Italien, qui demeuroit avec le
sieur de L'Aubespine, et que cestuy-là
sçavoit bien qui luy avoit faict faire le coup,
et qu'il l'avoit faict par commandement. Les
prisonniers mesmes, qui estoyent en la
prison avec luy, l'ont dit à quelqu'un digne
1. — Fort-l*Evêque, prison de Tofficialité de
Paris, située dans le quartier Saint-Germain.
— 4S -^
de foy, et qu'une nuict le dict Espaignol,
après avoir tenu ces propos, fut tiré de la
dicte prison et jecté dans la rivière une
pierre au coP. Voilà comment ces per-
nicieux esprits veulent esbranler le ciel et la
terre, et par leurs malices renverser toute
piété et justice et empoisonner Tesprit de
nostre jeune Roy, naturellement bon, de leur
venimeuse humeur .
Suivant l'occasion de mes justes plaintes,
j'allégueroy une infinité de lettres que j'en
ay escrites ; à quoy Ton ne m'a jamais satis-
faicte. Mais je m'eslongneray trop de mon
intention, qui n'est que de parler des trois
occasions qui m'ont faict joindre avec les
princes, gentilshommes, et autres fidèles
serviteurs de Dieu et du Roy en la juste
cause : de laquelle, comme j'ay monstre par
ce que j'ay dit cy-dessus, je ne fus jamais
disjoincte et encore moins du service de leurs
Majestez. Et, pour ce qu'il y en a qui m'ont
dict que je retiray mon fils en m'en venant
de la cour^ par leur congé, sçachant que
i. — Aucun autre historien ne mentionne ces
faits.
2. — La reine de Navarre quitta Paris avec son
fils après le 4 janvier 1567, car nous avons une
lettre d'elle, datée de ce jour et de Paris. Le 1" février
suivant, elle était arrivée à Pau. Ces indications
nous sont données par la correspondance inédite
que nous nous disposons à publier.
— 46 -
les troubles se debvoyent recommencer ^
j'en toucheray icy un mot : c'est qu'encores
que, comme Tobscurité de l'épaisse nuée
nous menace de l'orage, les trames, allées
et venues du cardinal de L'Orraine, de nos
politiques et taciturnes Espaignolisez, les
massacres, injustices, violemens de l'Edict
et deffaveurs de ceux de la Religion, de
quelque estât que ce fust, nous montrast
assez ce que nous avons veu sortir de ceste
nue crevée, si est-ce qu'icy je coniesseray
que je n'avoy pénétré si avant en ce fait ne
préveu la reprinse des armes. Bien voyoy-je
tous les jours quel soin Monsieur le Prince,
mon beau-frère. Messieurs de Chastillon',
et autres seigneurs et gentilshommes de la
Religion réformée travailloyent à contenir
beaucoup de personnes, mesme des villes
et peuples, qui, pour les ordinaires massacres
que l'on faisoit d'eux, et le peu d'espérance
de justice que l'on leur donnoit, estoyent
souvent esmeuz à commencer le jeu pour
rachapter leur vie ou la perdre plus hono-
rablement en la deffence de leurs consciences,
1. — Allusion à la reprise de la guerre civile,
dite de la Saint Michel, 29 septembre 1567.
2. — Les trois frères de Chastillon : Gaspard de
Coligny, amiral de France; François de Coligny,
s. d'Andelot; Odet de Chastillon, cardinal.
— 47 —
où ceux qui eschappoyent la main des meur-
triers et assassineurs estoyent à toutes
heures géennez *. Mais la |)rudence des
Seigneurs susdicts, le bon ordre qu'ils y
mettoyent appaisoit cela, les paissans comme
on les paissoit de continuelles promesses de
leurs Majestés, qui juroyent et prot estoyent
ne désirer rien plus que Tentretenement de
TEdict de pacification^; pour lequel faire
observer envoyoyent tant de patentes que Ton
envouloit, et néanmoins desmenties par leurs
lettres secrettes du cachet, que de vray nous
sçavions, qui nous faisoit doubter que Tin-
tention de leurs Majestez estoit de le rompre.
Mais la révérence que nous avons toujours
portée à nostre Roy, et sa parole, et pro-
messes ratifiées par sermens solennels ne
nous permettoit croire ce que nous voyons.
Le cardinal de L'Orraine ne luy a pas esté
si respectueux, quand, jouant à la pelote^
de sa foy et son honneur, luy a faict par
»son dernier Edict se desmentir soy-mesme,
et s'avouer roy perfide, feint et dissimulé ;
se rendant là odieux et mesprisé des autres
roys et princes estrangers. Et puis s'esba-
1. — Géhennez, tourmentés.
2. — Edit de pacification du 19 mars 1563, dit
d'Amboise.
3. — Jouer à la pelotlCy jouer à la balle.
L
— 48 —
hit-on si tous ses tant fidèles subjets et
serviteurs s'en ressentent d'un cœur tout
sanglant de douleur, voyant ceste honte au
haut de la tiare de nostre Roy, par la
trahison, félonnie et exécrable meschanceté
de ce perdu et damnable Cardinal, abusant
de la douceur et bonté de Sa Majesté, que
nous ne croyons nullement avoir dans le
cœur ce que cest impudent pelé luy a faict
advouer en cest Edict, lequel chacun sçait
qu'il a forgé et envoyé il y a plus de quatre
moys à Romme pour le communiquer au
Pape *. Hélas! si, comme j'ay dict, le cœur
seigne à tant de fidèles subjects de cest acte
vilain du Cardinal, pour la honte qui en
tombe, et j'oseroy dire à tort, sur nostre Roy,
que doy-je sentir, moy, qui, outre ces deux
titres de fidèle subjecte et très obéissante
servante, suis honnorée de celuy de
tante ^? Je le dy en vérité que je n'ay jamais
veu, leu ne ouy qui m'ait tant faschée, et qui
1. — Il s'agit ici de l'ordonnance du 25 septem-
bre 1568, qui défendait expressément de professer
publiquement d'autre religion que la religion catholi-
que, et qui proscrivait les ministres dans le délai
de 15 jours. Cette ordonnance^ que le parlement
enregistra le 28 septembre, est imprimée par Fonta-
non, t. IV, p. 292 et 294.
2. — Jeanne d'Albret était fille de Marguerite
d'Angoulême, laquelle était sœur de^ François I,
grand-père de Charles IX. Elle était, par conséquent,
tante du roi à la mode de Bretagne.
— io-
nisait tant animée contre le dict Cardinal ; et
si de bon cœur je suis venue * pour ceste
cause avec mon fils, de meilleur cœur y con-
tinueray-je. C'est donc bien loing d'estre
prisonnière ou attirée par imbécillité, conune
on a dict. Cela seul eust esté suffisant, si je
fusse demeurée jusques icy pour me faire
partir de chez moy.
Revenant à mon propos ^, je ne fu guères
en mes pays qu'un rumeur et bruict de
remuement d'armes ne troublast toute la
Guyenne ; dont la cause est assez desclarée
par ceux qui ont escript de la signature du
concile ^, du conseil tenu à M archaiz *
1. — Allusion à Talrivée de Jeanne d'Albret à
la Rochelle (28 sept. 1568) qu'elle rappelle comme
un fait tout récent. Ce passade fournit une nouvelle
Î)reuve de la date de la rédaction de ce mémoire
fin 1568).
2. — Retour en arrière. Jeanne d'Albret ramène
son récit à Tépoque de sa rentrée en Béarn (fin
janvier 1567).
3. — Le concile de Trente avait été ouvert le
13 décembre 1545. La vingt-cinquième session qui
fut la dernière, fut close le 4 décembre 1563.
4. — Marchais (Aisne) était une seigneurie
importante qui appartenait au cardinal de Lorraine.
Il est certain que, lorsque le ieune duc de Guise
retourna de la Hongrie, où il s'était couvert de
gloire dans la guerre contre les Turcs, les Guises
réunis à Joinville (Haute-Marne) auprès de la vieille
duchesse, Antoinette de Bourbon, et peut-être aussi
à Marchais, tinrent divers conseils. Dans un de ces
conseils fut arrêté le mariage du jeune duc de Guise
et de la duchesse de Porcian (Lettres d'Alava citées
par M. de Bouille, Hist. des ducs de Guise, t. ii,
4.
delon la promesse faicte à Bayonne : et de
cela je n'en feray grande mention. Car
estant retirée chez nous et ne pensant qu'à
mes affaires, je n'entendoy de ce qui se
passoit qu'autant que la renommée en
despartoit par toutes provinces. Et aussi la
rébellion non accoustumée en Béarn et
despuis en Navarre * de quelques particuliers
de mes subjects poussés du costé de France,
comme il est apparent par les lettres que
leurs Majestez leur escrivirent. Les menées
p. 384). Jeanne insinue ici que la surprise des chefs
au parti réformé, tentée (?) plus tard à Noyers, y fut
résolue. Voyez plus loin.
1. — A la suite des états de Béarn de 1567, au
mois de septembre, les catholiques de \s^ Basse-
Navarre^ conduits par le s. de Luxe, de Domesaing,
et autres seigneurs se soulevèrent, assiégèrent et
firent prisonnier le capitaine Lalanne, gouverneur pour
la reine de Navarre, à Garris, et restèrent un
moment maîtres d'Oloron. La reine fut obligée
d'envoyer son fils, le prince de Béarn, et quelques
compagnies contre les rebelles. La campagne est
racontée par Bordenave {Hist. de Béarn et Navarre ,
p. 140 et suiv.) Bordenave, Olhagaray, tous les histo-
riens du Béarn racontent ces troubles en quelques
mots, comme une émotion pasisagère de peu de jours,
et en donnent ainsi une très fausse idée. Les rebelles
prirent les armes au mois de septembre et guerro-
yèrent, sans grande activité, il ost vrai, pendant tout
l'hiver. Voyez la Pièce justificative n*» 1 et les notes
ajoutées. Ils ne déposèrent les armes qu'au mois de
juin 1L68. Le 26 juin la reine de Navarre écrit au s. des^
Bories, lieutenant de la compagnie de son fils, et lui
annonce, comme une nouvelle récente, la soumis-
sion des révoltés. On trouvera ce dernier document
dans la correspondance inédite que nous nous dispo-
sons à publier.
^ 81 —
entré éux^-medmes, que leurs propres
querelles ont assez descouvertes, me fai-
soyeiit bien juger quelque mauvais succès
des affaires de la France; mais que j'en fusse
certaine, non! Dieu m'en est tesmoin. Et de
cela faict foy le voyage que j'avoy entreprins
pour la visite de mes terres, m'en allant
commencer en comté de Foix. Car, estant
arrivée ' à Saint-Gaudens * , ville de Com-
minges, arriva un gentilhomme'^ de la part
de Monsieur le Prince, mon beau-frère, et
Monsieur l'Admirai, qui m'advertit de la
prinse des armes, et des occasions qui sont
assez desclarées par ce qui en a esté escrit,
pour n'en faire redicte icy, et qui en ma
conscience me semblèrent si justes, que je ne
pouvoy moins que d'y offrir pour mon Dieu
et mon Roy le tout, sans rien réserver. Si
j'eusse eu lors deux cordes à mon arc, je
n'eusse si librement conseillé à Monsieur de
Gramont^ de prendre les armes, et se joindre
i. — Saint-Gaudens (Haute-Garonne) était une
ville du Nebouzan et non du comté de Gornminges.
2. — Ce gentilhomme, dont aucun historien ne
donne le nom, rejoignit la reine de Navarre à Saint-
Gaudens, deux ou trois jours, dit Bordenave, avant
la prise d'armes de la Saint-Michel (28 et 29 septem-
bre 1568), quil était chargé de lui annoncer (Borde-
nave, Hist, de Béarn et Navarre^ p. 139).
3. — Diaprés Bordenave, Gramont aurait joué
un rôle sans franchise dans la sédition de la Basse-
— 82 —
à la cause comme je fey, et que j'ay continué
luy prescher.
Je m'en retournay avec mon fils chez moy
en Béarn * pour regarder à conduire les
subjects que Dieu m'a donnez, et, aidée de
sa grâce, empescher de tout mon pouvoir
que c'est orage que je voyoy environner mon
dict pays n'y entrast, en intention tous jours
de servir à mon Dieu et à mon Roy. Je
despeschay un de mes gens vers leurs
Majestés pour savoir comme tout passoit, et
pour les supplier très humblement que l'on
jectast de l'eau sur ce feu avant qu'il creust
d'avantage. Et me souvient qu'en la lettre
de la Royne ces propres mots ou semblables
estoyent : que je la supplioy très humble-
ment recongnoistre ceux qui avoyent esté à
jamais affectionnez au service de la cou-
ronne, et que de ce nombre-là elle me
trouveroit tousjours saris jamais m'en despar-
Navarre. Voyez la note de la page 50. Il avait poussé
les catholiques à résister à leur souveraine « pour
« emljrouiller la roine, » afin probablement de se
rendre indispensable et d'obtenir pour son fils la
main de la riche héritière d'Andoins, la célèbre
Corisande {HisL de Béarn et Navarre, p. 145, 148
et 149).
1. — Jeanne, rétrogradant sur ses pas, arriva à
Taibes le 3 octobre 1567 et écrivit à Biaise de Mon-
luc une lettre que celui-ci livra au roi d'Espagne.
Nous avons publié cette lettre dans les pièces justi-
ficatives des Commentaires de Monluc, t. v, p. 348.
- 53 —
tîr, luy offrant le fidèle service que je lui devoy .
Sur cela je luy diray que je m'esbahi d'où est
venu ce faux bruit que Ton a faict courir que
j'avoy envoyé des blans signez à. leurs
Majestés, et pouvoir de vendre le bien de
mon fils pour faire la guerre aux rebelles du
Roy. Vrayement j'advoue que mes biens et
ma vie, qui est d'avantage, ne sera jamais
espargnée contre ceux-là; comme encores
.maintenant j'y ay apporté le tout. Mais ne
sont-ce pas les vrais rebelles ceux qui violent
les ordonnances du Roy, et ceux qui veulent
renverser les édicts, massacrent son peuple,
ont intelligence et tirent pension de Tes-
tranger, et, pour exécuter plus librement
leurs meschancetez, veulent exterminer les
princes du sang et fidèles officiers de la
couronne? Est-ce à votre advis pour la
conserver entière à nostre Roy? Non, non,
c'est pour la despartir entre eux, et en jecter
quelque lopin à la gueule des chiens, qui,
envieux d'icelle, leur pourroyent abboyer.
C'est donc contre ces rebelles-là que je suis,
et pour lesquels chastier je ne me contente
pas d'offrir, mais j'y mets, comme j'ay desjà
dict, la vie et les biens. Et ce qui m'a
empeschée en ces pénultièmes troubles de
m'y advancer plus avant, a esté les séditions
dont j'ay desjà parlé, qui m'avoyent été
- 8i -
suscitées en mes pays pour là m^arrester. Et
le sieur de la Motte Fénelon*, lorsqu'il a
pieu à leurs Majestés me l'envoyer pour
négocier la réconciliation d'entre moy et
mes dicts subjects^, sçait si je luy ay
dissimulé ce que j'avoy dans le cœur de tout
ce qui s'estoit passé, luy rabattant tous jours
ces mots de rebelles et séditieux, qu'il avoit
\. — La vie de Bertrand de Salignac, s, de
Mothe Fénelon, a été écrite par Jean Tarde, cha-
noine de Sariat, avec une exactitude qu'on ne
trouve pas ailleurs. En 1552, il assista au siège de
Metz et en écrivit la relation, qui a été réimprimée
dans toute les grandes collections de mémoires sur
l'Histoire de France. En 1557, il fut fait prisonnier à
la bataille de Saint-Quentin et envoyé en Flandre.
En 1560, il fut député aux états généraux d'Orléans.
En 1562. il assista à la bataille de Dreux, et, en 1567,
à celle de Saint-Denis. En 1566, 1567 et 1568, U rem-
plit plusieurs missions en Espagne. De 1568 à 1575 il
fut ambassadeur en Angleterre. En 1580, il fut fait
chevalier de l'ordre du Saint-Esprit. En 1581, il fut
envoyé en ambassade en Ecosse. Il mourut le 12 août
1599, à Bordeaux {Chronique de Jean Tarde, 1887,
fi. 330). Sa correspondance pendant son ambassade à
jondres a été publiée pour le Bannatyne Club
d'Edimbourg en 1838 en trois volumes in 4® et en
7 vol. in 8°, par M. Teulet, avec une notice biogra-
phique, que les indications de Jean Tarde confirment
ou rectifient.
2. — Au commencement de février 1568 le s. de
la Mothe Fénelon fut envoyé par le roi en Navarre,
sous le prétexte de servir de médiateur entre la
reine et ses sujets rebelles (Bordenave, p. 150). On
verra plus loin qu'il avait une autre mission. La date
de l'envoi de la Mothe Fénelon nous est donnée par
deux lettres du roi, l'une à la reine de Navarre
(lettre de créance), l'autre au s. de Noailles, toutes
deux publiées par M. Communay dans Les Huque^
nots aans Le Déarn et la Navarre, p. 19 et 20.
— K8 —
assez fréquents en la bouche, en parlant de
ceux qui avoyent les armes en main pour le
service de Dieu et du Roy^ Je ne me suis
jamais masquée à luy que je ne luy aye
asseuré que, de cœur et de bouche, j'estoy
joincte à ceste juste cause, la justice de
laquelle souvent ayant desbattue avec luy, \V
m'a niée par si frivoles argumens qu'il y
apparoissoit plus d'opiniastreté malicieuse,
que d'ignorance de la vérité ; et mesme
jusques à luy asseurer que, si mon fils eust
esté pour porter les armes, qu'il eust esté
avec la trouppe de fidèles serviteurs de
Dieu et de leurs Majestés.
Durant ce temps turbulent, j'ay envoyé et
renvoyé tant devers leurs dictes Majestez
que vers Monsieur le. Prince, mon beau-frère,
et ceux qui estoyent avec luy, pour crier
paix! paix! Chascun sçait comment je l'ay
désirée, et que, lorsqu'une umbre s'en est
apparue à rious, qu'elle joye j'en ay eue. Ce
1. — Il est curieux de relever ces allégations
qui nous font pénétrer dans les secrets de la politi-
que du parti réformé. Les protestants en effet, en
prenant les armes, avaient la prétention de venir au
secours du roi et de se montrer plus fidèles sujets
que les catholiques. Déjà en 1562, le prince de
Gondé proclamait en tout lieu gu'il ne faisait la
guerre que pour délivrer le roi prisonnier du trium-
virat. Voyez Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret
i. IV, p. 182.
— 56 —
fut au second voyage de la Motte Fénelon*, j
qui sçait que je luy en dy, et la craincte que
j'avoy que nous retombissiôns où nous
sommes par la malice venimeuse du car-
dinal de L'Orraine. Et discourant avec luy,
j'en descouvri une fort cauteleuse, qui estoit
qu'ils me vouloyent attirer à la cour et mon
fils aussi sous umbre de me vouloir honorer
et me rendre médiatrice entre le Roy et ses
subjects de la Religion réformée ; m'alléguant
que jamais la paix ne seroit bien asseurée,
par ce que le Roy et la Royne ne pouvoyent,
comme il disoit, s'asseurer de la bonne
vQlonté de ceux de la dicte Religion réformée,
et par conséquent s y fier, comme il estoit
nécessaire, ny les dicts subjects en pareil
cas de leur Roy et Royne, et que moy seule
avoy les parties requises pour ceste négo-
ciation. Car, pour le regard de leurs
Majestés, j'avoy c'est honneur de leur
appartenir de si près, joinct qu'ils avoyent
tant cogneu en moy d'affection à leurs
services et repos de ce royaume, que ce qui
leur seroit proposé de ma part pour ceux de
la religion, leur seroit hors de tout soubçon.
1. — La seconde mission de La Mothe Fénelon
auprès de la reine de Navarre eut lieu au mois de
septembre i568, pendant qu'elle était en route pour
la Rochelle. Voyez plus lom.
— 87 —
De Tautre part que j'estoy en si bonne
opinion entre ceux de ma Religion, qu'ils se
fieroyent bien en moy ; et que par ce moyen
estant près de leurs Majestés, et ayant la
commodité d'aller visiter Monsieur le Prince,
mon beau-frère, et Monsieur T Admirai, il
me seroit facile, desmeslant leurs mesfiances
d'un costé et d'autre, de rejoindre et appro-
cher ces seigneurs de valeur de la personne
du Roy.
Voilà de quelle gluz estoyent frotées les
belles paroles dont le dict la Motte me
vouloit prendre à la pipée. Je trouvay ces
propos fort estranges, et plus les louanges
qu'il me donnoit de mes sens et prudence.
Car les deffaveurs et mespris que j'avoy
soufferts m'avoyent assez faict congnoistre
que ces bonnes opinions ne leur en estoyent
jamais entrées en l'esprit. Quant à la fidélité
et affection à leur service, encores qu'ils ne
l'ayent peu ignorer, si en ont-ils toujours
assez faict les mescogneuz pour monstrer
qu'ils n'y ont jamais eu fiance. Ma response
fut brève à une si belle et longue harangue :
que je ne pouvoy croire que l'on me voulust
employer à choses de si grande importance,
et où les meilleurs esprits avoyent bien à
faire. Et par ce qu'il vouloit que ce fust moy
mesme qui m'ingérasse, et que je lui résistay
- 58 -
fort là-dessus, luy remonstrant que cela me
seroit plus tost attribué à témérité qu'à zèle
de leur service si, sans estre appelée, je
m'offroy, il s'esclatta plus avant, et me dist
qu'il avoit charge de m'en parler. Il se fit
presser pour me dire par qui. Enfin il me
nomma la Roy ne, qui néantmoins ne vouloit
point estre alléguée, me disant d'avantage
que l'on avoit nommé Madame de Savoye, de
Ferrare * et moy, et qu'elle désiroit que ce
fust moy, m'ayant choisie entre les trois;
chose inventée pour me persuader de l'en-
treprendre et par ce moyen m'attirer à la
cour. Je ne luy respliquay autre chose, sinon
que, quand Dieu m'auroit donné assez de
grâce pour scavoir aussi bien conduire cest
affaire, comme j'y porteroy de fidélité, que
jamais je ne négocieroy chose à la cour tant
que le cardinal de L'Orraine y seroit. Il me
respondit que c'estoit le moyen pour l'en
chasser lorsque j'y seroy.
Durant ce temps-là le dict la Motte alla
et vint en Basque pour l'accord de moy et
1. — Madame de Savoye est Marguerite de
France, sœur de Henri II, duchesse de Savoie,
princesse catholique mais renommée pour sa sagesse
et sa modération. — Madame de Ferrare est Renée
de France, duchesse de Ferrare douairière, la pro-
tectrice de Marot. Renée de France habitait Montar-
gis depuis son veuvage et y pratiquait la réforme,
O^ais avec moins d'exaltation (jue Jeanne d^Albret,
- 89 -
de mes subjects, qui m'avoyent offensée en
mon royaume, ce qu'il fit, les favorisans
entièrement contre toute raison*. Toutes
fois, parce que j'avoy juré et promis au Roy
l'en croire, en tant qu'il touchoit mon intérest
particulier, je tin ma foy promise à mon dam*.
Il vouloit bien toucher à la religion, mais
en cela il n'emporta rien. Je reviendray donc
à son dernier retour de toutes ses allées et
venues. Quand il fut prest de monter à
cheval pour s'en aller à la cour, il me recom-
mença ce premier propos, me suppliant avec
grande instance d'escrire à la Royne que,
pour conserver ceste paix, je désireroy y
employer ce que le devoir me commandoit ;
qui estoit au temps qu'elle fut publiée en
1 . — Outre son rôle d'arbitre, La Mothe Fénelon
avait une double mission : la première d'attirer la
reine de Navarre et son fils à la cour; la seconde, plus
importante et secrète, de se créer, en vue de Tave-
nir, dans les rangs des catholiques du Béarn et de
la Basse -Navarre, des intelligences capables de por-
ter un sérieux obstacle à Ta politique de Jeanne
d*Albret. Il y réussit parfaitement, et lorsque, au
mois de septembre 1568 et surtout l'année suivante,
le roi de France voulut conquérir le Béarn, ses
capitaines trouvèrent du secours parmi les seigneurs
amnistiés par la reine Jeanne en 1568. Voyez Olha-
garay, p. 574 et 578, et Bordenave p. 150 et suiv.
2. — Jeanne d'Albret avait promis au roi de par-
donner aux Béarnais rebelles et elle tint parole,
quoiqu'elle prévit ce que dans l'avenir il lui en pour-
rait coûter. Voilà ce qu'elle veut dire par ces mots ;
Je lins ma foy promise à mon dam. Voyez les notes
§V|i vantes et celles de la première Pièce jus tificï^tive^
-- 60 -
aucuns endroits, comme à Paris ^ et aussi
refusée à Toulouse et ailleurs^. Jl me
sembla que c'est offre n'estoit trop hardi-
ment entreprins. Et pour c'est effect je
despeschay Voupillières ^, l'un de mes gen-
tilshommes, que j'envoyay à la cour vers
leurs Majestés*, et bien instruits de plu-
sieurs particularitez qui concernoyent le laict
des massacres et violement de TEdict, et
mesmes des menées du cardinal de L'Orraine
à Toulouse et Bordeaux ^, et aussi pour les
supplier très-humblement qu'en cas qu'ils
eussent aggréable de se servir de moy en
1. — Traité de paix, dit 'de Longjumeau, signé à
Longjumeau le 23 mars 1868, enregistré le 28 au
parlement de Paris.
2. — Le traité de paix de Longjumeau, enregis-
tré sans opposition à Paris, ne fut pas accepté par
le parlement de Toulouse. Un agent du pnnee de
Condé, Philibert Rapin, fut décapité à Toulouse
malgré l'amnistie. Ce ne fut que, après quatre lettres
de jussion, le 5 juin, que la cour se résigna à enre-
gistrer le nouvel édit de pacification. Encore y mit-
elle des restrictions qui faisaient perdre aux réfor-
més le bénéfice de l'édit. Voyez Vllistoire du
Languedoc, t. v, p. 285 et 286. La reprise de la
guerre civile, à la fin d'août 1568, fit oublier l'opposi-
tion du parlement de Toulouse.
3. — Antoine Martel, s. de la Vaupilière.
4. — On trouvera plus loin, aux Pièces justifi-
catives, sous la date du 31 juillet 1568, l'instruction
confiée par la reine de Navarre au s. de la Vaupilière.
5. — Allusion aux arrêts rendus contre la reine
de Navarre par les parlements de Toulouse et de
Bordeaux. Voyez les notes suivantes.
— 61 —
quelque chose, le dict Cardinal ny fust
présent; ne pouvant compatir ma fidélité
avec son infidélité, et mesme ayant sçeu,
comme il n'est oublié en mes lettres escrites
à la Royne, sa délibération, lorsque sa
Majesté fut si malade à Meulan *, de faire
des vespres Sicilienes ^ de Monsieur le Car-
dinal, mon beau-frère^, et ceux qu'il pensoit
pouvoir nuire au desseing qu'il avoit de
remettre les troubles en France, brisant et
abolissant l'édit de pacification, si Dieu eust
faict sa volonté de sa dicte Majesté*. Ce
coup-là rompu, il en a tant cherché d'autres
qu'à la fin il nous a mis là où nous sommes.
Je leur escrivoy aussi la craincte que j'avoy
que tout cela nous feist retomber en quelque
i. — L^indisposion du roi est mentionnée dans
une lettre d*Alava du 24 juillet 1568 (arch. nat. K.
1510, no 10). Catherine de Médicis, dans une
lettre du 26 août 1568, donne à l'ambassadeur de
France en Espagne « advis de la guérison du roy,
« ayant du tout perdu la fiebvre » Lettres àe
Catherine de Médicis, t. m, p. 173).
2. — Faire des vêpres siciliennes, rappel
du massacre des Français commis le 30 mars
1282 en Sicile.
3. — Charles de Bourbon, dit le cardinal de
Bourbon, frère du feu roi de Navarre. Cette accusa-
tion contre le cardinal de Lorraine est une fable
inventée par le parti réformé.
4. — C'est-à-dire : Si Dieu eut rappelé à lui Sa
dicte Majesté.
- 68 -
malhcurté, leur remonstrant en toute humi-^
lité, comme leur très humble servante, et
zélée par tous debvoirs au bien et repos de
ce royaume.
Et m'estant advisée d'un moyen qu'il me
sembloit, je ne diray pas seulement bon,
mais nécessaire pour la plaincte que leurs
Majestés mesmes faisoyent de ne pouvoir
estre obéys en l'observation de leurs édicts,
je leur proposoy : c'estoit que, voyant mon
fils assez avancé d'ans pour commencer à
faire service à leurs Majestés au gouverne-
ment de la Guyenne, et afin que, venant en
aage d'homme, il y fust mieux instruict, je
supplioy très humblement leurs Majestés
qu'ils permissent que mon dict fils se pour-
menast par les principales villes de son dict
gouvernement pour faire observer l'Edict de
pacification, duquel bien peu jouysâoit la
dicte Guyenne. Et pour aller au devant de
ce que ceux qui, désirans plus la ruine de
noslre maison que de la voir fleurir, eussent
peu dire pour nous empescher c'est honneur
et faveur, alléguans sans aucun fondement
de raison que mon fils, pour estre de la
Religion reformée, s'il commandoit, fouleroit
un parti pour soulager l'autre, je supplioy
leurs Majestés très humblement durant ce
temps-là luy bailler auprès de luy MM. de
- 63 -
Candale*, marquis de Villars^, de Cau-
mont^, de Lausun^, de Byron*^, et de
Jarnac^ pour estre avec luy, et luy servir
de conseil, les ayant nommés exprès, par ce
que la plus grand part d'iceux estbyent
catholiques romains.
Je pensoy ma requeste si juste et si
exempte de passion et partialité qu'elle
mesme pôrtoit la response : fiat'^ . Et de
tant plus hardiment faysoy-je ceste harangue
que la grandeur et auctorité de mon fils estoit
joinct au service de leurs Majestés, et que la
Motte Fénelon m'avoit, en tous les langages,
tant voulu persuader la faveur que je devoy
espérer, qu'il ne mettoit nullement en doute
que je ne vinse à bout de tout ce que j'entre-
prendroy pour mes affaires, qu'il advouoit
1. — Henri de Foix, s. de Candale, gendre du
connétable de Montmorency, seigneur catholique.
2. — Honorât de Savoie, marquis de Villars ,
seigneur catholique.
3. — François Nompar de Caumont, s. de la
Force, déjà nommé.
4. — François Nompar de Caumont, s. de Lauzun,
seigneur catholique, cité par Biaise de Monluc pour
son autorité en Guyenne {Commentaires^ t. iv, p. 116).
5. — Armand 9e Gontaut, baron de Biron, plus
tard maréchal de France, le plus grand seigneur du
Périgord, appartenait au parti catholique.
6. — Guy Chabot, s. de Jarnac, connu par son
due! avec la Ohasteigneraye, lieutenant de roi en
Saintonge, seigneur catholique.
7. — Fiatj qu'il en soit fait ainsi.
- 64 -
(parce qu'il ne pouvoit nier) avoir esté et
à son grand regret trop desfavorisées ; mais
qu'à ceste heure que je seroy employée en
telles choses, Ton s'efforceroit de me gratifier
en tout. Voilà doncques qui fut cause qu'avec
ceste remontrance et doléance que je faisoy
à leurs Majestés, et Toffre si je pouvoy servir
à la construction d'une bonne paix, j'adjoustay
ce moyen de mon fils pour la Guyenne. Mais
les advis et changemens de la cour chan-
gèrent aussi la response que j'en devoy
avoir et qu'on me promettoit si bonne. Car,
comme j'ay allégué au commencement, ceste
entreprinse de la Motte et faveurs promises
n'estoyent que pour m'attirer, mon fils et
moy, à la cour.
Mais cependant que le dict de la Motte
négocioit cela avec moy, le cardinal de
L'Orraine trouva un moyen plus brief, lequel
je touche en mes lettres : qui estoit d'envoyer
le sieur de Losses * vers moy avec double
1. — Jean de Baulieu, s. de Losses, maréchal
de camp, seigneur catholique, avait été nommé gou-
verneur du prince de Béarn en 1562 après le départ
de Jeanne d Albret de la cour, en place du s. de la
Gaulcherie (Lettre de Chantonay à Philippe II du 23
février 1562; orig. espagnol; Arch. nat., K. 1.497,
n* 11). Après la mort du roi de Navarre, Jeanne
d'Albret avait retiré son fils des mains du s. de Los-
ses, et l'avait rendu à la Gaulcherie (Bordenave,
Hist, de Béarn et Navarre, p. 115). Il ne pouvait y
avoir que d*amères rancunes entre Jeanne d'Albret
et le s. de Losses.
- 6(5 — >
arge, la voye de douceur et de rigueur ;
de douceur, di-je, en paroles et non de faict;
car il me debvoit remplir les oreilles de belles
promesses pour tirer mon fils à la cour, me
présentant laveur, honneur et profit. Et parce
qu'ils se craignoyent que je perceroy jusques
au fond de leur malice, et que, descouvrant ce
sucre, j'y appercevroy Tamer qu'il couvroit,
et que, congnoissant cela, j'useroy de pareille
ruse leur rendant de belles paroles et asseu-
rance d'envoyer mon fils, dilayant cependant ;
la seconde charge de rigueur dudict sieur de
Losses estoit d'enlever mon fils d'entre mes
bras, ou par cautelle allant à la chasse, ou par
force*, s'aidant de moyens de Monluc^,
et d'aucuns de mes subjects naturels, dont
je fu advertie de divers endroicts, dès l'heure
que le dict sieur de Losses se mit en chemin;
lequel fut arresté par la main de Dieu d'un
i. — Bordenave confirme et copie même en partie
(Histoire de Béarn et Navarre, p. 152) les mémoires de
Jeanne d'Albret. La reine de Navarre croyait ferme-
ment à la mission secrète du s. de Losses et s'en
plaignit à la reine dans une lettre datée du 16 sep-
tembre 1568, qu'on trouvera cy-après. L'enlèvement
du jeune prince de Béarn était sans nul doute lié au
projet d'enlèvement de tous les chefs de la réforme
à Noyers. Voyez plus loin.
2. — D'après l'historien Palma Cayet, ancien sous-
précepteur de Henri de Navarre, (Chronologie nove-
naire p. 179, édit. du Panthéon) c'était Biaise de
Monluc qui avait charge de s'emparer de la reine de
Navarre et de son fils et de les amener à la cour.
5.
- 66 -
flux du ventre, qui fut cause que j'eu loisir
de penser à me garder * . Ce qui les divertit
de mener ce faict par moyens doux, sans se
haster par la rigueur, estoit qu'ils ne pou-
voyent attendre, veu que l'heure et le temps
d'attraper tout ensemble les pressoit^ : car
c'estoit Torsque d'un costé le sieur de Ta-
vanes^ avoit la charge d'enclorre Mon-
sieur le prince de Condé, mon beau-frère*,
à Noyers^, et Monsieur l'Admirai à Tan-
4. — Le s. de Losses fut récompensé de sa mis-
sion en Guyenne. Nommé membre du conseil privé
du roi, il y fut reçu le 23 mars 1569 (Valois, Le con-
seil du roi, p. 192, note 2).
2. — D'après la lettre de l'agent du cardinal de
Créqui, que nous publions aux Pièces justificatives,
le dessein de surprendre les chefs du parti réformé
Ï)ar une arrestation préventive aurait été arrêté avant
a date du 9 août 1568.
3. — Gaspard de Saulx-Tavannes, gouverneur
de Bourgogne, maréchal de France en 1569, catholi-
que ardent, un des auteurs de la Saint-Barthélémy.
4. — Condé, qui était à Valéry, château qu'il
tenait de la maréchale Saint- André, s'était retiré, au
mois de juin, à Noyers en Bourgogne, ville forte
qu'il possédait du chef de sa femme (Duc d'Aumale,
Ùist, des princes de Condé, t. ii, p. 367).
5. — Le projet de la cour de cerner les chefs du
parti réformé à Noyers et de les faire prisonniers est
un de ces secrets historiques sur lesquels abondent
le pour et le contre. Cependant il est certain que la
résolution fut discutée dans les conseils secrets de
la reine mère et que, si elle ne fut pas arrêtée, il ne s'en
fallut de guères. M. le comte de la Ferrière a publié
dans la Revue des questions historiques (juillet 1887)
une dissertation qui conclut à l'affirmative. Tavannes
n'avait pas encore reçu les ordres du roi le 20 août
1568, car, dans une lettre au roi, datée de ce jour, il
— 67 —
lay *, et le sîeur de Martigues* Monsieur d'Ali-
delot en Bretaigne •^.
Durant ce temps Voupillières arriva à la
cour sur leurs délibérations, et fut retenu
quelque temps là, parce qu'ils cuidoyent
qu'avant qu'il fut de retour devers moy, tout
seroit faict. Et de vray, il me rapporta une
n'y fait aucune allusion (orig., f. fr., vol. 15.547^ f. 3li).
Il les reçut peut-être le lendemain, car le prince de
Condé, dans une lettre datée du 21, annonce à ses
coreligionnaires la tentative dont il est menacé de la
Fart du s. de Tavannes (orig., coll. Dupuy, vol. 569,
42). S^il faut en croire les Mémoires de Tavannes
publiées par son fils, ce guet à pens ne lui convenait
pas et il prit des mesures pour que le prince de Condé
et Coligny pussent lui échapper (Mémoires chap. xi).
Ils lui ecnappèrent en effet, mais il prit et pilla le
château de Noyers. Sa femme, d'après Brantôme, se
para à la cour des robes volées à la princesse de
Condé (Brantôme, t. v, p. 117).
1. — L^amiral de Coligny, après la paix de Long-
jumeau, s'était retiré à Cnastillon. A la fin de juin
ou au commencement de juillet 1568, il se rendit à
Tanlay (Yonne) dans le voisinage de Noyers (Jean de
Serres, Mémoires de la troisième guerre civile et
des derniers troubles de France, Genève, 1571, sans
nom d'auteur, petit in-S*», p. 27). Il y était installé le
6 juillet (Lettre de cette date; f. fr., vol. 3.155, f. 39).
2. — Sébastien de Luxembourg, vicomte de
Martigues, colonel général de l'infanterie, capitaine
catholique, un des plus renommés officiers des
armées royales.
3. — François de Coligny, s. d'Andolot, frère de
Tamiral, était à Laval en Bretagne, ville qui apparte-
nait à sa femme, Claude de Rieux. Deux lettres de
Martigues, en date du 28 août 1568, Tune au roi,
l'autre au duc d'Anjou, mentionnent la présence de
d'Andelot à Laval et les levées de troupes qu'il y
faisait au nom du parti réformé à cette date (f. fr.,
vol. 15.547, f. 359 et 360).
- 68-
bîen estrange response * et du tout eslon-
gnée de Tespérance qu'avoit essayé la Motte
Fénelon de m'en donner. Les propos et
rudesses de quoy Ton luy usa seroyent trop
longues à escrire. Je diray seulement en un
mot que à la juste requeste quejefaisoy pour
mon fils, comme j'ay dit cy-dessus, Ton me
respondit que mon fils est oit trop jeune pour
se meller des affaires, et qu'il lalloit qu'il
allast à la cour pour accompaigner le Roy en
ses honnestes passe-temps, et ne failloit qu'il
s'amusast qu'à se jouer. Et quant au cardinal
de L'Orraine que je ne devoy prier le Roy de
l'oster de son conseil privé ^, et que cela ne
se debvoit ne pouvoit faire. Et davantages
que l'on ne me faisoit autre responce aux ins-
tructions bien amples qu'avoit porté le dict
Voupillières par ce qu'il avoit passé par
Noyers. Et disoyent que mon seing avoit
esté falcifié et mes instructions dressées au
i. — On trouvera cette réponse aux Pièces justifi-
catives à la suite de l'instruction de Jeanne d'Albret
au s. de la Vaupilière.
2. — Les reproches que Jeanne d'Albret fait au
cardinal de Lorraine sur son omnipotence et sa par-
tialité au conseil privé du roi n'ont aucun fondement,
puisque, ainsi que l'a prouvé M. Valois, le cardinal
n'assistait presque jamais aux séances. On ne le
trouve en effet, du 23 octobre 1563 au 24 septembre
1567, sur les procès verbaux de 205 séances, présent
que 24 fois (Valois, Le conseil du roi, in-S», 1888,
p. 189).
— 69 -
dict Noyers, où je luy avoy donné charge de
visiter et remercier Monsieur le Prince, mon
beau-frère, des honnestes offres qu'il m'avoit
faictes au temps que mes subjects de la basse
Navarre s'estoyent eslevez contre moy et
aussy pour luy communiquer sa charge,
en tant qu'il touchoit à mes affaires.
C'estoit une chose, ce me semble, trop
rigoureuse et estrange de trouver mauvais
que j'eusse amitié et confédération à un mien
beau-frère, oncle de mon fils et luy tenant
lieu de père, comme en mesme égualité j'en
ay tous jours usé vers Monsieur le Cardinal,
mon beau-frère. C'estoit, dis-je, trop des-
couvert ce qu'on avoit dans le cœur contre
luy; car c'estoit après la paix faicte et au
temps que leurs Majestez luy envoyoient de
plus belles paroles de fiance. Mais l'on ne
craignoit plus d'en parler haut et clair, pour
l'asseurance qu'on avoit que la prinse de tous
costez estoit dans le filet : tesmoin la joye
qu'en alla faire le cardinal de L'Orraine au
premier président de Tou *, et pour luy per-
suader de bailler quelque argent , la luy asseura
véritable avec son clignement de main accous-
1. — Christophe de Thou, premier président du
parlement de Paris en 1562, père du grand historien
de ce nom, un des chefs du parti catholique, mort le
1" novembre 1582.
^ 70 -
tumé en ses joyes, qui se pouvoyent dire
courtes, comme il a apparu.
Bref, pour ne m'esloigner trop de mon
argument, Voupillières me trouva à Nérac,
où, comme j'ay dict, j'estoy venue S ayant
sceu que le sieur de Losses me venoit faire
ce bon tour, m'asseurant que, s'il vouloit
user de la force, j'auroy là meilleur moyen
de Tempescher. Et fumes lors visitez de nos
parens, voisins et subjects, comme de Mon-
sieur le marquis de Villars, du sieur de
Caumont et autres, auxquels je fei la plaincte
de la charge que je scavoy qu'avoit le dict
sieur de Losses, et despeschée par Tadvis et,
pour mieux parler à la vérité, ordonnance
du cardinal de L'Orraine. Il n'y a guères de
personnes de qualité qui ne congnoissent le
Roy pour prince si doux et si humain qu'un
1. — La reine de Navarre arriva de Pau à
Nérac avec son fils après le 8 août 1568 (Lettre de
cette date écrite par Jeanne d'Albret au s. des
Bories; Arch. de M. le M»» de Saint-Astier) et avant
le 21 août (Lettre do cette date écrite par Henri de
Béarn au parlement de Bordeaux; f. fr., vol. 22373,
f. 584). Les Commentaires de Monluc nous per-
mettent de préciser les dates. « J'euz advis, dit-il,
« que le jeudy elle estait partie en grand haste et
« prenait le chemin de Nérac, comme si (ainsi) feust
« vray, car elle y arriva le dimanche matin (t. m,
édit. de la Soc. de l'Hist. de France, p. 172). Le
ieudi après le 8 août en 1568 ne peut être que le
12 août et le dimanche avant le 21 est le 15. Ce fut
donc le 15 août que la reine de Navarre arriva à
Nérac.
— 71 —
si cruel effect ne peut venir de luy, de faire
enlever un fils unique d'entre les bras de sa
mère par violence, ou son seul commande-
ment a plus de pouvoir, si je Tose dire, que
ses forces. Et pour y obéir m'estoy-je ache-
minée jusqu'au dict Nérac. Mais les armes
branlans de tous costés m'avoyent arrestée
là pour ne me mesler parmy. Car ceux de
la religion réformée, voyans les catholiques
s'armer et d'avantage n'avoir autre mot en
la bouche, sinon que dans un mois il n'y
auroit plus de Huguenots en France, s'ar-
moyent aussi pour défendre leur vie.
Je demeuray donc au dict Nérac et non
sans peine. Et Monluc * scait combien de
fois j'ay empesché que les nostres ne s'as-
semblassent les premiers. J'en ay renvoyé
plusieurs qui, effrayez tant des nouvelles de
l'entreprinse du ravissement de mon fils par
le dict sieur de Losses que de menaces des
papistes, me venoyent trouver. A la fin,
voyant tous ces sinistes présages de guerre,
et mesme considérant les responses que
1
i. — Biaise de Monluc, dans ses Commentaires
t. III, p. 172) raconte que, loin de rien tenter contre
e repos de la reine de Navarre^ il fut trompé par
ses protestations pacifiques. A la nouvelle de son
arrivée à Nérac, il lui envoya son neveu, Antoine
de Gelas, -s. de Léberon, pour la saluer. Il allait lui
envoyer sa femme quand il apprit la fuite de la
princesse,
— 72 —
m*avoit apportées Voupillières, forgées en
la boutique du Cardinal, je cogneu et à mon
grand regret que les affaires de ce royaume
panchoyent du costé de la ruine, puis qu'en
lieu de lès estançonner * par bons et prompts
remèdes, scelon Tadvis qu'en avoyent tous
les jours leurs Majestés par leurs plus fidèles
subjects et serviteurs, Ton mettoit la sappe
au pied par une connivence des crimes et
violences faictes, mesme au Roy en ses édicts,
et qui s'augmentoyent avec un tel desborde-
ment, que je fu plus que contraincte délaisser
à penser à mes affaires particulières pour
discourir à part moy, et puis avec mes amis
et serviteurs, de l'événement de tous ces
orages, et quelle fin ils pouvoyent tirer après
eux, ramenans les troubles passez; et par
quelle violence et contraincte ceux de la
Religion réformée avoyent^ esté plus que
forcez de s'armer et défendre, et que, pour
une des occasions qui les contraignoit à cela,
il y en avoit dix en ce temps icy.
Je fey ma conclusion ainsy : qu'il falloit de
deux choses l'une, à sçavoir ; que leurs
Majestez pour retrancher le cours à ce fleuve
impétueux de misères, donnans lieu aux
conseils et ad vis de ceux qui, avec pitié et
1. — Estançonner, étayer, arrêter; estanchon*
poteau.
- 73 -
zèle à leurs services, les advertissaris tous
les jours du mal, luy en disoyent quant et
quant le remède, il leur pleust les croire et
approcher de leurs Majestez ; où que, s'ils
s'endurcissoyent au mal, quictans le timon
de ce pauvre royaume et Tabandonnans aux
vents et flots de l'adversité par la malice des
faux et traitres pilotes d'iceluy, ausquels ils
se fient trop, qu'il estoit nécessaire par
nécessité forcée que les princes du sang,,
comme estans astrains à un plus particulier
devoir, et après eux la Noblesse et le peuple,
missent la main vertueusement à l'œuvre,
s'opposans par tous moyens, comme fidèles
subjects et serviteurs, à telle ruine dudict
royaume. Et que ceste opposition seroit
cause que le cardinal de L'Orraine, pour
pescher en eau trouble, n'entreprendroit
rien moins pour s'oster cest empeschement
de nous faire tous mourir, comme la lettre de
l'agent du cardinal de Créquy^ de laquelle,
pour estre ci-dessous imprimée, je ne parle
d'avantage, luy enlève le masque ; et qu'il
n'a faict faire une si grande despence au
Roy, retenant tant de forces françoises et
estrangères, superflues et inutiles en temps
i. — Antoine de Créqui^ évêque de Nantes et
rus tard d'Amiens, cardinal en 1565, mort le
juin 1574.
- 74 -
de paix, que pour cest effect, comme j'en
toucheray cy-après, venant à parler de ce
qui s'en est ensuivy.
Ayant donc en mes discours préveu que
les choses ne pouvoyent demeurer en c'est
estât sans prendre une fin par retenir la
paix qui s'escouloit de nous, comme j'ay
dict, ou, la paix faillant, venir à la guerre,
je me préparay à l'un et à l'autre. Mais
voulant essayer la paix la première, je my
toute la peine qu'il m'estoit possible d'em-
pescher que les armes ne se levassent ea
Guyenne, ne d'un costé ne d'autre, parce que
je voyoy nos ennemis estrangement animez
et desbordez enfaicts et dicts, estant encores
la Guyenne entre les autres provinces et
gouvernemens celle qui s'estoit le moins
sentie du bénéfice de la paix ; de quoy tous
ceux de la Religion estoyent presque au
désespoir, tant grands que petits, vagabons
par les champs sans pouvoir rentrer en leurs
maisons ; qui estoit cause qu'on ne les
pouvoit plus contenir.
Durant ce temps doncques, qui fut de
quinze ou vingt jours*, que je demeuray à
Nérac, j'employay toutes mes forces à pacifier
tout, comme les messages, allées et venues
i. — Cette indication coïncide exactement avec
les dates que nous avons données p. 70, note.
— 78 -
envers Monluc * m'en sont tesmoîgnage .
J'avoy un peu auparavant envoyé visiter
•Monsieur le Prince, mon beau-frère, pour
(comme Tobligation de Thonneur que j'ay
receu du feu Roy, son frère, me commandoit)
entretenir Tamitié entre nous avec le double
devoir de mesme religion; lequel, aussi marri
que moy de voir la maladie de la France
empirer, nos ennemis s'armer et eslever de
tous costez, les gentilshommes massacrez
en leurs maisons, les citoyens en leurs
villes, et si peu de justice de tout cela, me
manda qu'en ayant faict ses plainctes et
advertissemens ^, comme moy de mon costé.
1. — Le 14 avril 1568, Catherine avait adressé une
lettre très pressante à Biaise de Monluc : a affin,
« dit-elle, que vous ayez à vous garder de faire
« chose à ma sœur, la royne de Navarre, dont elle
n puisse esprover domaige, d'autant que cela la
« pourroit aigrir, de façon que nous ne viendrions
« peult-estre jamais à bout de fairfe avecques elle
« ce que nous avons délibéré pour remettre toutes
« choses en son pays en repos » {Lettres de
Catherine de Médicis^ t. m, p. 136).
2. — Peu de temps après la paix de Longjumeau,
au commencement de mai 1567, Tamiral de Colign^
avait adressé Une première remontrance au roi,
lac^uelle est imprimée par J. de Serres dans les
Mémoires de la troisième guerre civile , p. 7. Cette
remontrance fut suivie de plusieurs autres que le
comte Delabordo a reproduites ou mentionnées dans
les chapitres I et II du tome III de Gaspard de
Coligny. Le duc d'Aumale [Histoire des Condé^
t. II, p. 3491 a publié les plaintes de Condé au roi
touchant l'inexécution de l'édit de Longjumeau (21
avril 1568, 11 et 20 juin, 22 juillet, 22 août).
« 76 -
il avoit toujours eu response de leurs
Majestez qu'ils estoyent marris de tous ces
maux, et en promettoyent justice, et mesme*'
par le sieur de Téligny*; que cela estoit
cause qu'ils en attendoyent les effects en
pacience, me priant instamment d'empescher
que les armes ne commençassent à s'eslever
en la Guyenne par ceux de la Religion. C'est
bien pour desmentir ceux qui ont dict et
escrivent tous les jours que nous avons levé
les armes les premiers. Je di donc qu'il est
bien vrai que nous les avons levées, mais c'a
esté pour les mettre entre celles de nos
ennemis et nostre vie, pour après employer
ceste vie et armes au service de Dieu et de
nostre Roy.
Voilà donc comme estant en ceste peine-là
et attente de ce qui debvoit advenir de ces
-belles promesses, je renvoyay encores vers
les dicts seigneurs Prince et Admirai, parce
que j'avoy desjà ouy quelque^ vent que l'on
les vouloit attraper. Mais mon homme les
1. — Charles de Téligny, plus tard gendre de
Tamiral Coligny, assassiné à la Saint Barthélémy.
L'objet de la mission de Téligny à la cour était de
remettre au roi, de la part de Coligny, une remon-
trance que Jean de Serres nous a conservée.
(Mémoires de la troisième guerre civile, p. 36 et
suiv.). La date de la mission est ûxée par une
lettre de Coligny au connétable de Montmorency du
6 juillet 1568 (f. fr., vol. 3.155, £.^500).
— 77 —
trouva partans de Noyers et Tanlay * . Ils
ont assez desclaré la façon et comment ils
partirent pour n'en faire reditte^. Mais je
diray bien que, quand mon homme me fit le
récit de la façon du départ et du marcher
par les champs, je ne vous scauray exprimer
la joye et la douleur ensemble que je senti,
la joye de voir la miraculeuse délivrance,
que Dieu, par sa bonté infinie, avoit faicte
d'eux, et la douleur de voir les princes du
sang et si proches de mon fils ainsi vaga-
bonds par la France^, fuyans la honteuse
1. — Le 23 août 1568.
2. — La fuite du prince de Condé et de ramiral,
de la dame d*Andelot et de leur famille a donné lieu
à de dramatiques récits de la part des historiens
anciens et modernes. Le plus autorisé de ces récits,
parce qu'il fut écrit par l'un des fugitifs ou au moins
en son nom, celui auquel Jeanne d'Albret fait ici
allusion, est contenu dans une pièce du temps
Lettres et remontrances au Roy par Louis de
Bourbon, prince de Condé.., avec la protestation
dud. s. prince, petit in-S® fort rare. On en trouve un
exemplaire à la Bibliothèque nationale (L, b, 33,
no 238). La pièce a été réimprimée sous un titre un peu
différent dans Y Histoire de nostre temps , 1570,
p. 88.
3. — Aucun historien n'a pu préciser la date
de Tarrivée du prince de Condé et de Coligny à la
Rochelle. Arcere la fixe au 19 septembre 1568 {Hist.
de la Rochelle, t. i, p. 368), la Popelinière au 18 sep-
tembre (Hist. de France, livre xiv, p. 18), le duc
d'Aumale avant le 14 (Hist. des Condé, t. ii, p. 369),
369). La vérité est que Condé était à la Rochelle le
8 septembre (Lettre de Blandin à la reine, de cette
date ; V« de Colbert, vol. 24, f. 183) et le 9 septembre,
car il signa, ce jour-là, le règlement de discipline de
- 78 -
prison et mort ignominieuse; ce qui s'en
fust ensuivie par les trames, assez déclarées
par leurs escrits, de ceste hydre*, à
laquelle, pour une teste de meschanceté que
Ton luy couppe, il en renaist sept. Mais il
trouvera enfin ce grand Dieu juste juge, son
Hercule puisqu'il ne le croit Dieu. Sa barbare
cruauté n'a espargné aage ne sexe. Car de
quoy estoit fournie l'armée avec laquelle ils
ont dict que mon dict beau-frère s'estoit mis
aux champs ? de chariots, coches, et litières.
Et quoy pleines d'armes ? non, mais de
femmes grosses et petits enfans, berceaux et
nourrices. Et le cry innocent de ces petites
rarmée réformée (Pièce aux imprimés de la Bibl.
nat., L, b, 33, n« 238, et Hist. de nostre temps, p.
264). Il n'y était plus le H, car il est fait mention de
son absence dans VHist. de la Rochelle de Barbot,
t. II, p. 309, 1889. Il y était revenu le 15 (Lettre de ce*
S rince à la reine d Angleterre de cette date ; coll.
[oreau, vol. 718, f. 10^2).
1. — L'année 1568 fut marquée par une recru-
descence de la haine du parti réformé contre le
cardinal de Lorraine. Rien ne prouve cependant que,
à cette époque, le cardinal ait montré plus d'ardeur
contre les calvinistes. Mais le roi, aussitôt après la
mort du connétable de Montmorency, avait délégué
le duc d'Anjou à la lieutenance générale du royaume.
Le prince avait bientôt pris une importance qui
balançait l'autorité royale et le cardinal gouvernait
souverainement sous son nom. Au mois de juin 1568
le prince de Condé avait obstinément refusé de se
reconcilier avec ce prélat qu'il considérait comme
l'ennemi capital de son parti (Doc. publiés par le duc
d'Aumale, Hist, des Condé, t. ii^ p. 359, 360 et 364).
- 79 —
créatures estoit leur trompette pour sonner
boute-selle. Les fleurs de liz dont leur sang
est semé, tant s'eij faut qu'elles ayent peu
avec quelque révérence retenir la furie de
ce Cardinal enragé, qu'elles ont redoublé sa
manie. Et comme je le touche aux lettres du
Roy*, c'est vouloir arracher les branches,
pour après en déraciner le tronc, qui est
nostre Roy ; il n'est plus temps de l'ignorer.
J'ay assez parlé de leur voyage. Il faut que
je parle du mien. Voyant donc la nuée dont
j'ay parlé, crevée ej avoir esclatté un si
horrible tonnerre, l'efTect de la susdicte
lettre de l'agent du cardinal de Créquy
en tant qu'à eux avoit été possible ; m'estant,
comme j'ay dict cy-devant, préparée, si je
ne pouvoy voir une paix asseurée, au moins
à une licite guerre ; les armes se re|)renans
pour si légitimes occasions que pour la gloire
de Dieu, que nous voyons tous les jours
foulée aux pieds, et le sang des siens res-
pandu ; et quant au service de Sa Majesté,
estant son auctorité tellement méprisée et
desdaignée qu'entre ces mutins infracteurs
de ses Edicts et rebelles à ses commande-
mens, il ne tenoit plus rang de Roy ; les
princes de son sang chassez par les estran-
1. — Ces lettres sont imprimées aux Pièces jus-
tific&tives.
— 80 —
gers usurpateurs du lieu qu^ils debvoyent
posséder ; je voudroy sçavoir si la pacience
de voir et ouyr toutes ces choses peut
longuement demeurer avec la fidélité à son
Dieu et à son Roy dans le cœur d'un subject.
Quant à moy, je ne tien celuy, soit par
stupidité ou pusillanimité qui connive à ces
exécrations-là, moins coulpable que celuy
qui les faict ; car s'il est en nos moyens de
tirer un homme de Teau et nous le laissons
noyer, ne sommes nous pas meurtriers ? Par
plus forte raison, si nous voyons l'évident
péril de ce royaume par la persécution de la
religion, la couronne de nostre Roy estre à
demy sur la teste de son ennemy, ne luy
donnerions-nous pas une secousse pour
achever de la renverser quand nous tiendrions
les moyens que Dieu nous a donnez inutiles
sans les déployer à venger tels actes ? A bon
droict si nous l'avions faict, aurions-nous
mérité les titres que le Cardinal et ses
adhérans, vrais possesseurs d'iceux, nous
donnent de traistres, rebelles et séditieux?
Je résolu donc de m'acheminer vers mon
beau-frère avec mes enfans, et me joindre,
de vie, biens et moyens, avec eux comme je
l'avoy esté toujours de volonté, ne voulant
tomber en la peine où nous avions esté aux
pénultièmes troubles, ayans esté amusez et
— 81 —
rendus inutiles par la malice d'aucuns de nos
subjects, comme j'ay dict, et mesme mon
fils, qu'il me faisoit grand mal de voir en
cest aage parmy les femmes. Je le menoy
donc de bon cœur à ce voyage, car le plus
grand désir que j'aye jamais eu, c'a esté
qu'il sacrifiast ses prémices d'armes pour la
gloire de son Dieu, le service de son Roy,
et le soutien de sa patrie, et le devoir au
sang, qui sont, comme j'ay plus amplement
discouru, les trois occasions qui m'ont faict
laisser mes dicts pays. Ne pensez donc pas
que j'aye entrepris ce voyage légèrement.
Croyez que ce n'a esté sans combattre et
auctruy et moy. Car Sathan s'opposant
tousjours au bien, dont Dieu par sa pure
grâce Vend les siens instruments, n'a pas
dormi lorsque le sainct zèle de sa gloire
m'aiguillonnoit. Et s'est aydé, cest ennemy,
des promesses et flatteries des grands, mais
en vain, estant assez accoustumée à telles
piperies pour résister à choses si viles et si
indignes d'un cœur généreux que l'ambition
et l'avarice.
Voyant donc, mon ennemy, qu'il perdoit
temps de ce costé-là, m'a suscité quelques
serviteurs (serviteurs, di-je, de différentes
humeurs), les uns malins effrontez, les autres
sages mondains, aucuns du tout ignorans,
6.
[
- 82 -
tels qui avoycnt un zèle inconsidéré ; et les
timides n y ont esté oubliez. Brief il n'a rien
laissé en arrière de ce qu'il a pensé luy
servir à me dissuader de ma chrestienne
entreprinse. Les plus effrontez et téméraires
m'ont voulu faire douter de la droiture de la
cause, alléguans leurs raisons assez com-
munes et entendues d'un chascun pour n'en
faire redicte. Mais de quoy m'a servi de les
escouter, sinon comme à une jeune personne
de vingt ans les lunettes d'un vieillard
sexagénaire? Car au lieu de me faire juger
leurs dictes raisons plus apparentes et
lisibles, il me les ont faict voir si petites et
si confuses que je n'y ay rien moins congneu
que ce qu'ils ont prétendu m'y montrer.
Ceux-là, me cuidans perdre, se sont perdus
eux-mesmes, et sont tombez, si Dieu ne les
en relève, en la fosse qu'ils avoyent cavée*
pour moy. A mon grant regret puis-je dire
qu'ils en ont renversé maints avec eux. Et
mon opinion en est restée plus ierme : pre-
mièrement par le sentiment de ma conscience
enseignée par la parole de Dieu. Mais de
vray qui est l'ignorant, s'il ne le veut estre
ou à son escient ou malicieusement, que tant
i. — Gavée, creusée. Cette acception est rare,
car le mot cauer dans la langue du xvi« siècle a un
tout autre sens. Cependant Brantôme emploie le
substantif cavement dans un sens analogue.
j
- 83 -^
d'escrits par lesquels les plus doctes Je
nostre temps ont paint si au vit la dicte
justice de nostre cause et légitime prinse des
armes, qui puisse résister à si forts argumens.
J'en sçay qui en demeurent vaincus en leurs
consciences secrettement, et qui Tavoue-
royent haut et clair comme nous, si Tam-
bition, la faveur ou Tavarice ne se fussent
emparées premièrement de leurs cœurs.
O pauvres misérables qui embrassez toutes
ces grandeurs et promesses, et vous enflez
d'une vaine espérance, serrez bien estroit ce
contentement que recevez, cependant que le
somme d'ignorance vous tient endormis ; car,
lorsque la vérité vous recueillera, tout ce
bien vous eschappera et s'évanouira comme
le songe. Il ne sera plus lors temps de vous
repentir; vostre deuil vous demeurera plus
long que le bien qu'attendiez ; regret mar-
chera devant vous; honte tallonnera vos pas.
Par le juste jugement de Dieu vostre
conscience vous sera perpétuel bourreau.
D'une et d'autre religion serez-vous mes-
prisez. Voilà le langage que j'ay tenu à telle
manière de gens pour leur rendre le bien
pour le mal, et leur conseiller leur salut lors
qu'ils me vouloyent quasi comme arracher le
mien. L'assaut de ces téméraires, il a esté
fally? Voici venir sur les rangs ceux qui
— 84 -
n^estiment rien que leur prudence, par
laquelle ils cuident percer jusques au plus
profond des secrettes choses du monde , qui
m'ont allégué combien c'est une chose
requise, voire nécessaire aux Princes, de
concerver leurs estais en paix, mesmes à un
moindre entre les plus grands en trouble ;
me suadans tendre une main d'un costé,
l'autre de l'autre. G'estoit proprement nager
entre la conscience et le monde, favorisant la
cause, retenant néantmoins de quoy me
conserver parmy les adversaires. Et quant à
ces pauvres fols (je les appelle ainsy selon le
monde parce que je ne puis faillir de parler
après l'approuvé aucteur, qui dit que la
sagesse du monde est folie devant Dieu), ils
ont battu l'eau en vain, et n'ont cueilli autre
fruict de leurs paroles, sinon que se faire
cognoistre abuseurs ; qui, se trompans les
premiers, veulent réduire chacun à leur
humeur. Geste prudence pleine d'ergo n'a
pas vaincu mon ignorance, car celuy qui a
dict qu'il confondroit les choses qui sont par
celles qui ne sont point, a fortifié en moy
le vaisseau fragile. Je me suis aydée du
glaive à deux trenchans de la parole de
Dieu pour convaincre ces arrogans, qui
cuidoyent enclorre tout le scavoir du monde
en leur jugement ; et ne leur ay allégué que
- 85 -
le mesme passage que j'ay mis pour me
défendre de Tinjure qu'ils pourroyent pré-
tendre que je leur auroy faicte de les appeler
fols : c'est que la sagesse du monde est
estimée folie devant Dieu, mesmes quand
nous la voulons mettre en rang avec ses
commandemens, lesquels nous tâchons attirer
à nostre sens, et ne pouvons captiver nos
entendemens à ceste humble obéissance qu'il
requiert de nous et qui ne se peut nullement
accorder avec ceste sagesse mondaine. Car
il est escrit que, qui met la main à la charrue
et regarde derrière soy, il est indigne du
royaume des cieux. Ce n'est pas un Edict
qui nous banisse du Royaume de France,
qui n'est nostre habitation que pour un
temps si court qu'est nostre vie. Car celuy-
ci est l'Edict irrévocable qui nous chasse à
perpétuité de la demeure éternelle du ciel,
et que nous devons craindre.
Ceux qui avec plus d'ignorance que de
malice se laissoyent emporter à leurs frivoles
imaginations, m'opposoyent le travail, où je
m'alloy jetter, au repos de mes maisons,
lequel, avec la conscience et la religion, je
pouvoy à leur avis sainctement garder. J'ay
supporté volontiers leur ignorance, et leur
ay plus doucement respondu qu'aux autres,
et mesme que le travail pour le debvoir ne se
- 86 —
doibt nommer peine, mais plustost le repos
trop cherché en Tayse de la commodité. Je
leur disoy davantage que, quand la personne
est appelée par légitime vocation à servir à
la gloire de nostre Dieu, tous pays doibvent
estre sa propre maison. Pour vous dire vray,
j'ay assez fortement repoussé les effrontez,
les sages mondains et les ignorans. Mais
venons à ces remplis d'un zèle inconsidéré,
et en partie quelques-uns liez à Tamour de
leur patrie, lesquels me remonstroyent que
laisser mes pays, desquels j'estoy tenue
rendre compte devant Dieu, n'estoit bien
laict, et les. abandonner quasi en proye à
^estranger^ dont ils estoyent menassez^
et mesme davantage en mon absence ^ ; que
la charité commençoit par les siens, et que
ce tort ne touchoit pas seulement à moy et
mes enfans, mais à mes subjects, dont le
nombre estoit si grand. Ils avançoyent leur
i. — Uestranger ici désigne Philippe II, dont la
■puissance était très redoutée et qui passait pour
convoiter les états du Béarn.
2. — Jeanne d'Albret courait plus de dangers
qu'elle ne croyait. A la nouvelle de sa fuite, le roi
d'Espagne chargea son ambassadeur de proposer au
roi ae France « aide et secours du costé de Béarn et
« Navarre, puisque ceux de ce costé avoient prins
« les armes... » Catherine sq hâta de remercier le
roi d'Espagne et de repousser la proposition (Lettre
à l'ambassadeur de France à Madrid du 30 septembre
1568 ; Lettres de Catherine de Médicis^ t. ni, p. 188).
— 87 —
conséquence jusques à la généralité de la
cause, parce qu'ils me voyent là attachée,
disant que mes enfans et moy estions per-
sonnes publiques, et qu'il ne nous failloit
ainsi hazarder ; et d'un costé me peignoyent
si au vif Taifliction d'un peuple affligé loin de
secours de sa dame souveraine, de l'autre la
conscience , que (il faut ici que je confesse
mon infirmité), ceux-là m'ont faict entrer la
pitié au cœur, esmeue par cest amour *
naturelle que je doy à mes subjects.
Lors me sentant branler en ceste opinion,
je my peine de me fortifier ; me proposant
la sage providence de mon Dieu, sans
laquelle un cheveu de nostre teste ne peut
tomber, et que, laissant mes dicts pays en
sa garde, m'aydant néantmoins des moyens
qu'il m'a donnez d'y commettre en mon
absence gens de bien S je ne debvoy désister
de mon entreprinse; et, de ce qui me servist
à combattre mon doubte, je m'ayday aussi à
repousser la tentation de ces inconsidérément
zélez. Je n'estoy pas quasi rassurée du rude
choc qu'ils m'avoyent donné, que voicy les
timides qui, avec des raisons selon le monde
1. — Avant de Quitter Nérac, le 30 août 1568,
Jeanne d'Âlbret désigna le s. d'Arros comme son
lieutenant général en Béarn. Les lettres de la reine
sont conservées en copie du temps dans la coll.
Dupuy, vol. 153, f. 179.
- 88 -
fort apparentes, m'alléguoyent les dangers
des chemins, les forces toutes prestes de nos
ennemis, et les nostres escartées de çà et de
là ; la cruauté des meschans et leur barbarie,
qui ne met point de différence entre les
grans et les petits, qui n'espargne estât,
aage ne sexe. Si ces inconsidérément zélez
m'esmeurent à pitié par une douceur, ceste
rigueur des timides me fit bien sentir autre
passion. Car la crainte d'une honteuse fuite
me fit pallir ; le danger d'une cruelle prison
me fit frémir; les larmes me vindrent aux
yeux de Tappréhension de la séparation
qu'on pourroit faire de mes enfans et de moy.
Et me persuadoyent ces timides qu'en rom-
pant mon voyage et me retirant chez moy,
j'évitoy tout ce mal.
Que fey-je me sentant quasi vaincue? et
néantmoins sentant bien que je ne la debvoy
pas estre? Je prins loisir d'entrer jusques
au plus profond cabinet de ma conscience, et,
cuidant penser au repos qui m'avoit esté
présenté, me vindrent au devant les ennuis
et fascheries que j'avoy eues durant le
pénultime trouble. Car quel bon somme
pouvoy-je faire, m'arrivant à mon coucher la
nouvelle des massacres de mes frères? Je
sçay qu'icy les frères d'iniquité se moque-
ront, comme est leur coutume, de ce mot de
- 89 —
frère, mais Dieu sera leur juge et le mien. Je
revîendray donc au réveil de ce triste somme.
Toutes les commoditez et beautez de mes
maisons, de quoy me servoyent-elles que de
représenter Tincommodité de tant de pauvres
bannis des leurs, qui, vagabonds par cy par
là, estoyent à mandier ce dont ils souloyent
despartir aux autres. J'avoy le cœur transi
mille fois le jour, sçachant les nostres aux
dangers infinis que apporte une cruelle
guerre, et mesme ayant des parents si
proches et des amis si chers. Et par ce que
ceste affliction de toute TEglise a desgoutté
sur moy, comme membre d'icelle, par un
eschantillon de guerre civile en mes pays
souverains, il m'a semblé, venant à la consi-
dérer, que Dieu me monstroit par là que
ceux qui se cuideroyent exempter par quel-
ques prudens moyens de sa main, qu'elle
est si longue que tout homme peut dire avec
le Psalmiste : ce Ou iray-je hors de devant
c( ta face ? au ciel, en terre, aux abysmes ?
ce Tu y es. La nuict de ma prudence ne me
ce couvrira point. » Je jugeoy donc par là
que c'estoit chose incompatible que la
pacience de ces choses-là chez moy avec la
charité, qui nous appelle à tout secours,
mesmes vers les domestiques de la foy. Et
me sembloit bien que les plaindre par une
- 90 -
pitié seulement n'estoit assez, et qu'il falloit
mettre la main à la paste.
Ce qui incitoit plus ma conscience estoit
mon fils, le voyant desjà grand, et, sinon
pour porter les armes, au moins pour devoir
estre à Tescole militaire. Je vous diray que
ce scrupule ne m'a jamais laissée en repos
que je ne Taye rendu où il est par la grâce
de Dieu. Durant ces discours en mon esprit,
je n'eu pas seulement à combatre les ennemis
est rangers, j'en la guerre en mes entrailles.
Ma volonté propre se bandoit contre moy-
mesme. La chair m'assailloit et l'esprit me
défendoit. Si une heure j'avoy du meilleur,
à l'autre j'avoy du pire. Brief, parce que ce
sont passions mal aysées à décrire et qui ne
se peuvent juger qu'au sentiment, je prieray
ceux qui ont passé par là et de qui le cœur
a esté esprouvé comme l'or en la fournaise,
s'amuser plus tôt à imaginer mon tourment
qu'à le lire, et croire que Sathan, ennemy
ancien, qui a, par sa vieille expérience, apris
les ars plus parfaictement que nul homme,
n'oublia la grave rhétorique, la persuasive
éloquence, la douce flatterie ne la fardée
menterie pour venir à bout de ses desseins.
Et avoit bien sceu choisir les instrumens
propres pour les exécuter. Et mesme les
sentant faiblç3 ' contre moy, estoit entré
i
- 91 —
jusques aux tentations de Tâme, et avoit
gaigné la moitié de mes volontez pour vaincre
l'autre. Toutes fois je suis demeurée enfin
victorieuse par la grâce de mon Dieu.
Je m'amuse trop ici et me semble vous
avoir assez faict entendre quels combats j'ay
soustenu pour demeurer ferme en ma première
entreprînse de faire le voyage que j'ay faict.
Ce que j'ay bien voulu desclarer par le menu
pour aller au devant, et fermer la bouche à
ceux qui m'accuseroyent de m'estre préci-
pitée en ceste cause à yeux fermez, comme
il y a eu quelque mal-avisé escrivain, lequel
a faict un fâcheux petit discours intitulé :
Réponse à un certain escrit publié par V Admirai
et ses adhérans ^ ] là où Taucteur, mal informé
de mes humeurs et de celles de mon fils,
dict en vu articles que le dict Admirai, par
1. — Resvonce à un certain esicript publié par
l'Admirai et ses adhérnns, Paris, Fremy, 1568, in-S®.
Ce pamphlet est d*Antoine Fleury. Il fut publié dans
le courant d'octobre ou de novembre 1568. v L'auteur,
dit le P. Lelong (t. ii, n® 18.042) exalte les droits, les pri-
vilèges, les sentiments de la Noblesse en général. Il
exhorte celle du parti du roi à faire un effort pour
la cause commune de l'état et l'extirpation de l'hé-
résie. Il invite la noblesse du parti opposant à se
réunir à l'autre, qui est beaucoup plus forte, et à
abandonner des gens qui, par toute leur conduite,
font assez connaître qu'ils veulent principalement
abattre le clergé et la noblesse. * Ce pamphlet fut
traduit en latin et publié sous ce titre : Ad perduel-
lionis admiralii causas reitponsio. Parisiis, Fremy,
1568, in-Sf,
-« 92 -
artifice surprenant rimbécilité d une femme
et d'un jeune prince, qui a c^est honneur
d'estre le premier du sang, après le Roy et
Messieurs, les a attirez à sa cordele*, et
leur a faict, légèrement et contre l'advis et
volonté de leurs principaux parens, et amys,
et serviteurs, et du plus grand nombre de
leurs vassaux et subjects, lever les armes,
et les aiguiser et convertir contre leurs
propres entrailles, et mettre en évident péril
ce qui leur reste d'estat, pour, avec le pris
de leur ruine, procurer et rechercher celle
du Roy, du peuple, et de tous les princes,
seigneurs et gentilshommes de ce Royaume^.
\. — Cordele, fraction, parti. Clément Marot a
employé cette expression dans ce sens.
2. — Voici l'extrait de la Responce à un certain
escript publié par Vadmiral et ses adhérans... dont
parle la reine de Navarre : a Que si le Roy, les
princes et seigneurs et tout le bon peuple français a
quelque occasion de regretter que led. prince de
Condé se soit tellement lasché aux alleschemens et
vaines espérances de grandeur proposées par led.
admirai, ae combien il sera maintenant plus dolent
de veoir que, par mesmes artifices surprenant rim-
bécilité d'une femme et d'un jeune prince, qui a cest
honneur d'estre le premier du sang après le Roy et
Messeigneurs, il les ait attirés à sa cordelle, leur
face, legièrement et contre l'advis et volonté de leurs
principaux parents, amis et .serviteurs et du plus
grand nombre de leurs vassaux et subjects, lever les
armes, les aiguiser et convertir contre leurs propres
entrailles et mettre en évident péril ce qui leur reste
d 'estât, pour, avec le prix de leur ruine, procurer et
rechercher celle du Roy, du peuple et de tous les
princes , seigneurs et gentils hommes de ce
royaulme. »
' — 93 —
J'ay bien voulu mettre icy de mot à mot
le dict article qui touche à mon fils et à moy,
comme il est escrit au dict traicté pour y
respondre. Car, encores que la honte des
impudentes menteries qui y sont dictes de
nous les ayt aucunement retenus de ne nous
oser ouvertement nommer, si est-ce qu'usant
d'une périphrase, ils ont bien voulu que
chacun entende de qui ils parlent. Respon-
dant donc au premier mot de l'imbécilité
d'une femme et d'un enfant, surpris par cet
artifice de l'Admirai, puisqu'ils avoyent envie
de calomnier l'un et mépriser les autres, ils
devoyent rechercher quelque acte plus
industrieux, que de dire que nous ayons
esté attirés à une cause dont noiis avons
monstre il y a longtemps, par tous effects, y
estre assez volontaires pour n'avoir besoin
de force ne d'artifice pour nous en augmenter
l'affection. Et ce que j'en ay escript cy-des-
sus sera suffisante preuve de ceste menterie
sottement inventée. Je ne m'amuseray à ce
dédaigneux épithète d'imbécilité de femme,
car si je vouloy icy entreprendre la défense
de mon sexe, j'ay assez de raison et exemples
contre ce charitable, qui en parle quasi
comme par pitié, pour luy monstrer qu'il a
abusé du terme en c'est endroit-là. Et vien-
dray à l'enfant, qui m'est aussi si proche que.
— 94 --
encores que la vérité me fist parler, je seroy
tousjours accusée par les malins d'estre
transportée d'affection. Ce mot suffira que,
comme les esprits sont plus avancez en ce
temps, si, en Taage de quinze ans, il estoit
encores imbécile, ce seroit une mauvaise
espérance de luy à l'avenir; ce que. Dieu
merci, personne n'a de luy. En cecy accusent-
ils grandement la nourriture ^ qu'il a prinse
aux pieds de son Roy en son conseil privé^,
escole pour rendre les plus grossiers civils
et accorts. Son imbécilité donc ne l'a point
laissé surprendre en ceste cause. Le zèle
qu'il a pieu à Dieu luy mettre dans le cœur
de sa gloire, et le service de son Roy, auquel
il n'est "pas si enfant qu'il ne sçache quel
devoir il doibt, et l'amitié des siens si proches,
sont les trois cordes qui l'y ont tiré. Et
quand il vient à l'honorer de ce rang de
premier prince du sang, après le Roy et
Messieurs, jugez parce qui s'ensuit la malice.
Car, pour faire trouver plus aigres les mes-
chancetez qu'il en dict après, il y met ce
fond blanc pour mieux relever son noir. Il
commence par nous rendre à son advis
1. — Nourrilure, éducation. Ce mot est générale-
ment employé dans ce sens au xvi« siècle.
2. — Le prince de Navarre faisait nominalement
partie du conseil du roi en vertu d'un règlement du
23 octobre 1563 (f. fr., vol, 5 905, f. 79 vo).
— 98 —
inexcusables, que nous y sommes venus
légèrement. Les difficultez que j'ay desmes-
lées, conlme devant je le récite, respondent
assez à ce mot, et y adjouste contre Tavis
et volonté de leurs principaux parens,
amys et serviteurs, subjects et vassaux. Je
m'esbahy de ces aveugles, qui veulent juger
des couleurs et se persuader des choses qui
ne sont point; ou si elles sont, ce n'est de
façon qu'ils s'en puissent prévaloir, comme
cestuy-cy faict. Car notez que tous nos parens,
amys, serviteurs et subjects, sont despartis en
trois parts : Tune de l'Eglise réformée, l'autre
catholique Rommaine ; d'autres qui sont du
tiers ordre, qui ont le feu et l'eau en la
bouche, et de qui le conseil ne peut estre
stable. Je les laisse donc là, et croy que l'on
pense bien que mes parents, joincts à la
mesme cause, sont joincts aussi en mesme
avis. Quant aux autres, ils sont nos parties
en cela, et par conséquent non croyables. Et
je puis dire qu'ils ne nous ont donné grande
peine à leur y respondre ; car ils ne s'y sont
guières avancez, et pense que celuy qui a
faict le dict petit livre eust bien voulu que
nous eussions creu les sieurs de Guyse
comme proches de mon fils et principale-
ment le Cardinal. Mais quelle brute ignorance?
Cuide-l'on que nous soyons si imbéciles,
- 96 -
mon fils et moy, que la mémoire des pre-
mières ruines qu'ils ont pourchassées au feu
Roy, mon mary, et despuis continuées en
nostre maison, ne nous ayt assez affinez pour
nous garder d'eux; comme se rendans
ennemis de nos honneurs, vies et biens.
Vrayement j 'ad voue que si nous avions creu
ces conseils-là, que nous aurions à bon droict
acquis le titre d'imbécilité.
Quant à mes serviteurs, combien que j'en
aye eu de mauvais, comme j'en ay touché
quelque chose cy-dessus, si est-ce que le
nombre s'est trouvé encores assez grand,
Dieu mercy, des fidèles et bons, pour avoir
fortifié ma pure affection par leurs avis et
conseils. Quoyqu'ils ayent tasché par
coliers*, estats, grandeurs, et bien-faicts à
m'en destituer, ils n'y ont attrapé que
ceux que je vouloy bien perdre^. Quant à
1. — A la suite du soulèvement de la Basse-
Navarre et de la soumission des révoltés à Jeanne
d'Albret, le s. de Luxe, chef des rebelles, avait reçu
du roi le collier de Tordre de Saint-Michel de la
main même de la Mothe Fénelon. Cette récompense
avait paru singulière, appliquée à un seigneur qui
avait à peine mérité le pardon de la reine de Navarre
(Bordenave, p. 150).
2. — La reine de Navarre désigne évidemment ici
non pas les seigneurs rebelles de la Basse-Navarre,
qui n'étaient pas plus insubordonnés que les sei-
gneurs de France, mais Jacques de Saint-Astier,
s. des Bories, lieutenant de la compagnie du prince
de Béarn. Des Bories s'était toujours montré le
— 97 -
mes vassaux, la plus grand part de ceux de
la Guyenne, où nous avons presque tous nos
biens, sont-ce pas eux qui nous y ont
conduits? Les subjects, qui sont les Navar-
rois et Béarnez, (horsmis ceux que par lettres
et belles promesses ceux mesme qui en
parlent nous ont subornez et retranchez du
nombre des fidèles subjects), les uns sont, et en
plus grand nombre que Ton ne pense et des
deux religions, portant les armes avec mon
fils, les autres sont demeurez au pays
fermes à nos services, s'opposans fidèlement
aux entreprinses que mes ennemis y veulent
faire. Voilà comme cest ignorant a parlé
selon ce qu'il veut qu'il soit, et non selon ce
qui est. Et mesme en ce qu'il en dict que
nous avons fait contre la volonté de nos
parens, amys, serviteurs, vassaux, et subjects,
il ne nous accuse pas là d'un petit pecca-
dilb^, car il dict que nous avons levé les
armes aiguisées et converties contre nos
propres entrailles. Et, comme j'ay dict en la
fidèle serviteur de la reine de Navarre. Au mois
d'août, de concert avec son fils, elle lui adressait les
lettres les plus cordiales (Voir la correspondance
inédite que nous allons publier). Au mois d'octobre
des Bories est passé au parti du roi avec la compa-
gnie du prince de Béarn et Catherine de Médicis le
félicite de son évolution (Lettres de Catherine de
Médicis, t. m, p. 191).
1. — PeccadigliOf peccadille.
- 98 -
lettre de la Royne d'Angleterre *, que nous
avons dressé la poincte de nos armes contre
le ciel et contre le Roy, jà à Dieu ne plaise
que telle impiété et infidélité ait jamais
seulement halené* les cœurs de ceux de
Bourbon et Navarre. Aussi appert-il bien du
contraire par le mesme effect dont il nous
accusent : asçavoir les armes prinses pour
le service de Dieu, du Roy, et de la patrie,
comme il est tant dict, tant escrit, et tant
creu de gens de bien, princes et estrangers,
que la reditte en seroit superflue. Il adjouste
que nous mettons ce qu'il nous reste d'estat
en évident péril. Puisqu'il parle d'un reste
d'estat, c'est à dire qu'il a esté autrefois
entier^, et chascun le sçait , et que la dis-
sipation en a esté pour le service de la
couronne, pour laquelle nous ne plaignons
d'y bazarder ce reste; mais non pas, comme
il dict, au pris de nostre ruine, pourcbas-
sant celle du Roy, du peuple, des Princes,
et des gentilshommes de ce Royaume .
1. — Lettre adressée à la reine d'Angleterre
publiée plus loin.
2. -— Haleiner, sentir l'haleine, au figuré appro-
cher j mot employé par Charron et par Pasquier.
3. — Le royaume de Béarn et Navarre, tel que
l'avait possédé la maison d'Albret avant 1512, conte-
nait la Navarre espagnole.
— 99 -^
Qu'ils se prennent hardiment eux-mesmes
par le nez. Pour mon esgard, de tant
d'exemples qui les en convainquent, parce
qu'elles sont escrites en plusieurs lieux, et
que mon propre subject me fournist assez
d'argumens sans grossir mon livre d'autres,
je me contenteray de prendre quelcun de
chacune accusation. Quant au Roy, je les
renvoyé au livre qui a esté faict en la faveur
de ceux de Guise, pour s'attribuer la cou-
ronne de France * ; quant au peuple, au
i. — Il s*agit ici du Discours pour la majorité du
roy très chrestien contre les escrits des rebelles
signé par Jean du Tillet, évêque de Saint-Brieuc,
mais écrit par le frère de i'évêque, Jean du Tillet,
grefiSer du parlement de Paris, ainsi que Ta démon-
tré Secousse dans les Mémoires de Condé, t. i,
p. 433. Le Discours de du Tillet parut en 1560, in-4«,
et a été réimprimé dans le Traité de la majorité des
rois de Dupuy, p. 317, avec d'autres pièces. L'auteur
prétend prouver que les Guises des^cendent de
Charlemagne. C'est ce qui a lait dire à leurs ennemis
qu'ils revendiquaient la couronne de France. Mais
tel n^était pas l'objet du Discours, Il avait été écrit
pour répondre aux pamphlets huguenots de 1559 et
de 1560, qui, arguant de la minorité réelle de Fran-
çois II, demandaient la régence pour le roi de
Navarre. Ces pamphlets huguenots ont été presque
tous réimprimés dans les Mémoires de Condé^ t. i
et t. II, et sont catalogués par le P. Lelong, t. ii,
p. 234. L'un d'eux, Les estais de France opprimés
par la maison de Guise, avait été reproduit dans
les Commentaires de Vestat de la religion et répu-
blique du président Pierre de la Place, ouvrage
protestant (édit. du Panthéon littéraire, p. 28 et
suiv.).
- 100 -
massacre de Vassy*, Meaux- et trop d'autres;
quant aux Princes, aux monopoles^ faicts
contre le feu Roy, mon mary ; la prison de
Monsieur le Prince, son frère, à Orléans*;
sa dernière poursuitte de fresehe mémoire^;
1. — Le dimanche, !•' mars 1562, le duc de Guise
passant avec son escorte à Vassy à l'heure du prêche,
ses gens se prirent de querelle avec les réformés et
égorgèrent la plupart des fidèles. Le retentissement
de cette échaufourée fortuite fut immense et déter-
mina la première guerre civile. Le parti huguenot a
été fort injuste vis à vis du duc de Guise en trans-
formant le massacre de Vassy en un guet à pens
prémédité et froidement exécuté ; le parti catholique
non moins injuste en le traitant de collision sans
importance, qui ne méritait ni répression ni mesme
de hlâme. Nous avons raconté, d'après des documents
nouveaux, ce triste incident de nos guerres civiles
dans Antoine de Bourbon et Jeanne aAlbret, t. iv,
p. 108.
2. — Jeanne d'Albret a voulu probablement dési-
gner ici les massacres de Sens qui suivirent de près
ceux de Vassy. A Meaux il n'y eut que des troubles.
A la suite de quelques pillages d'église, le parlement
de Paris rendit, le 30 juin et le 13 juillet 4562, un
arrêt contre les réformés de Meaux. Joachim de
Monluc de Lioux, frère de l'auteur des Commentaires,
se rendit à Meaux le 25 juillet, rétablit l'exercice do
la religion catholique, et, le i\ août, désarma les
Huguenots. Ceux qui ne voulurent déposer leurs
armes sortirent de la ville au nombre de 400 pour
aller rejoindre le prince de Condé. Mais ils furent
défaits dans la campagne par les paysans soulevés
et périrent presque tous. Tel est le récit de Thou
(liv. XXXI, édit. de 1740, t. m, p. 207).
3. — Monopoles, intrigues. Ce mot est employé
dans ce sens par Pasquier et par Brantôme.
4. — Arrestation du prince de Condé à Orléans le
30 octobre 1560. Voyez plus haut.
5. — Ordres d'arrestation du prince de Condé, qui
motivèrent la fuite de Noyers.
— 101 -
quant aux gentils hommes, à avoir par tous
moyens essayé d'exterminer tant de noblesse
et grands capitaines, qui maintenant, estant
ensemble en armes, se peuvent mieux
nombrer qu'espars, pour, en affoiblissant
d'autant les forces du Roy et faire plus
aisément tresbucher son Estât, qu'ils ont
desjà tant esbranlé, et dont il y a longtemps
qu'ils fussent venus à bout, sans la fidèle
opposition des bons et loyaux subjects et
serviteurs de Sa Majesté, Princes, gentils-
hommes et peuple : auquel nombre si grand
si, mon fils et moy, ne nous fussions joincts
par mesme dévotion, nous n'oserions main-
tenant lever les yeux au ciel.
Que le cardinal de Lorraine donc et ses
adhérans, avec leurs inventions de semer par
escrit leurs puantes et absurdes menteries,
pour cuider suffoquer nos véritez, aillent
vendre leurs coquilles * ailleurs. Si son effron-
tée meschanceté ne chassoit toute honte de son
cœur, il devroit maintenant bien rougir de
congnoistre sa principale intention en cela
1. — Vendre ses coquilleSy terme de mépris, au
figuré colporter ses mensonges. Antoine de Bourbon,
roi de Navarre, emploie cette expression dans le
même sens. Repoussant tout accord avec la reine
d'Angleterre il écrit au roi que ce « n'estoit point à
« luy à qui elle se devoit aaresser pour venare ses
« coquilles. » (Négociations sous François II,
p. 368)
- 102 -
renversée, qui estoit de nous rendre et nos
actions, odieuses tant parmy les estrangers
qu'envers nostre propre nation. Et toutes
fois, par ceste grande bonté et providence de
nostre Dieu, voyant les monopoles, conseils,
et entreprinses bouleversées, les estrangers
de tous costez offrir aide à la cause, poussez
d'un zèle de la gloire de Dieu, et aucuns,
comme anciens amys de la couronne, y venir
apporter aide et faveur, les François accourir
de toutes provinces et s'assembler comme
formillières, et se joindre, maugré leurs
empeschements et miraculeusement, pour
chascun sceller de leurs vies et biens ceste
fidélité jurée et promise à leur Roy sous les
premiers Princes du sang; je désire que sans
passion Ton veuille de près esplucher de
quelle miraculeuse façon ceste armée chres-
tienne et fidèle à son Dieu et à son Roy,
s'est assemblée des quatre coins du Royaume,
veu que les gouverneurs des provinces
avoyent tous tant promis à leurs Majestez
qu'il ne s'assembleroit point quatre Hugue-
nots en armes, qu'ils ne fussent taillez en
pièces.
Et parce que d'autres ont escript les
dangers qu'a eschappé Monsieur le Prince
mon beau-frère, et Monsieur l'Admirai en
leur voyage, les passages des guez inco-
— 103 —
gneuz^ la faveur de ce père céleste qu'à
sentie en pareil cas Monsieur d'Andelot au
passage de la rivière Loyre 2, qui, à Texemple
de la mer Rouge, a donné chemin aux enfans
dé Dieu^, comme la honte, qui accompagna
i, — A la nouvelle de la fuite de Noyers, le roi
commanda au s. de Ferrais de l'informer de la marche
des troupes de Condé afin de couper les passages
sur la route de la Rochelle (Lettres du 20 sept. 1568
minute ; f. fr., vol 15.548, f. 6i). Tous les capitaines
des villes des bords de la Loire s'efforcèrent aarrêter
le prince. « Les i)onts et ports, dit le récit officiel
« publié par le prince, estoient saisis expressément
« à ceste fin par des garnisons telles qu'il eust esté
« impossible aud. s. Prince lors forcer. Dieu toutes-
« fois favorisa tant ce petit troupeau, qui s'estoit du
« tout commis à sa seule bonté, qu'il leur monstra, au
« droict lieu où led. s. Prince s'estoit rendu, un
« guay incognu auparavant et jugé inaccessible par
« les habitants mesme des lieux. Et iceluy estant
« essayé premièrement par un gentilhomme de la
« troupe, tant lesd. sieurs Prince et Admirai, que
« tous les hommes de cheval qui estoyent à leur
« suitte, passèrent surs et saufs soubs la conduite
a du bon Dieu. » (Histoire de nostre temps, p. 94).
2. — François d'Andelot complétait ses armements
à Laval, surtout en Bretagne, et avait réuni 1500
cavaliers et vingt enseignes de gens de pied
(Lettre de Montpensier au roi du 14 septembre 1568 ;
r. fr., nouv. acquis., vol. 6010, f. 25). Le 14 septembre
d'Andelot était à Beau fort et le 16 il traversa la
Loire (Mémoires de la Noue, chap. xix).
3. — Tous les historiens protestants racontent que
les réformés traversèrent la Loire en chantant la
traduction du psaume In exitu Israël :
Quand Israël hors d'Egypte sortit
Et la maison de Jacob se partit
D'entre le peuple estrange,
Juda fut fait la grand' gloire de Dieu
1
— 104 -
la fin (le reiitreprinse du sieur de Martigues *,
leur en est un tesmoing non suspect, si
ceux-là, non pour vanter leur gloire mais
pour recongnoistre ce bien de ce grand Dieu
des armées, font retentir les bois et les
plaines de psalmes et actions de grâces,
nous tairons-nous, mon fils et moy, pour
lesquels nous avons vcu les mains de Tad-
Et Dieu se fit prince du peuple Hébrieu,
Prince de grand-louange.
(Trad. du psaume 114 par Marot ; Œuvres^ 1731, t«
IV, p. 323).
i. — Jeanne d'Albret se trompe ou prend ses
désirs pour des réalités. Il y eut de fortes escar-
mouches entre Martigues et d'Ahdelot, mais ce fut
le premier qui en eut l'honneur. Voici la vérité.
Martigues ne visait pas à arrêter d'Andelot, mais il
s'efforçait de rejoindre le duc de Montpensier à
Saumur, quand il rencontra, le 15 septembre 1568,
Tarmée de d'Andelot sur le bord de la Loire. Bien
qu'il n'eut que 300 cavaliers et 500 piétons^ il surprit
si habilement les compagnies protestantes, éparses
dans les villages, qu'il leur passa sur le corps
sans faire de grandes pertes, et qu'il gagna
triomphalement le quartier général d'Angers. On
appela cette rencontre le combat de la Levée.
Martigues en rendit compte au roi dans une relation
datée du IT septembre 1568, qui a été publiée dans
les Archives fiist, de la Saintonae et de VAunis,
1877. D'Aubigné présente le combat do la Levée
comme une victoire de d'Andelot (Histoire univ.
édit. de la Société de l'hist^ de France, t. m, p. 14).
Mais François de la Noue, qui commandait rarrièrc
garde de l'armée réformée, en fait honneur à Mar-
tigues (Mémoires, chap. xix). Arrivé à Angers
Martigues put dire au duc de Montpensier qu'il avait
défait l'armée de d'Andelot et que, avec des renforts,
il serait possible de Tempécher de se reformer et de
passer la Loire (Lettre du duc de Montpensier au
roi du 15 septembre 15G8; f. fr., vol. 15.548, f. 48).
— 105 ~
versaire liées et son courage troublé,
tellement que nous pouvons dire :
On a pillé comme endormis
Les cœurs tant braves et hautains;
Les preux et vaillants ennemis
N'ont jamais sceu trouver leurs mains^
Car Monluc, trois ou quatre jours avant
mon partement de Nérac, sçachant que
quelques gens s'assembloyent au port de
Tonnins pour, garder le passage à ceux de
la Guyenne, qu'il failloit qu'ils passassent la
plus grand' part, avoit-il pas mandé que,
s'ils ne se despartoycnt, il les iroit hacher en
pièces"; pareillement que, si ceux de la
1. — Ces vers sont empruntés à la traduction du
psaume lxxvi qui, dans la version protestante, porte
pour épigraphe ce commentaire de Théodore de
Bèze : « C'est une action de grâces de ce que Dieu
« a défendu et sauvé son Eglise, et surtout de ce
« qu'il a déployé sa puissance admirable contre des
« ennemis si robustes et si bien équippés. » (Les
psaumes mis erù rime française par Cl. Marot et
Théodore de Bèze, Lyon, 1563).
2. — Biaise de Monluc avait chargé son fils, le
chevalier de Monluc, de faire sa jonction avec Louis
•de Madaillan pour empêcher le passage delà Garonne.
« Son partement (celui de la reine de Navarre) feust
« si brief, dit-il dans ses Commentaires, qu'il s'en
« failleust quatre heures que le chevalier, mon fils,
« ne se peult joindre avec Monsieur de Madaillan, à
« cause du passage de la rivière d'Aiguillon, où il n'y
« avoit que deux petitz bateaux. Et comme noz gens
« arrivarent à Eymet, il n'y avoit que trois ou quatre
« heures qu'elle estoit partie en haste droit à Ber-
« gerac. » {Commentaires j t. m, p. 175).
- 106 -
conté d'Armaignac s'assembloyent, et autres
de la duché d'Albert, ils n'en eschapperoit
pas un. Et de vray, selon ce qu'on pouvoit
juger de l'œil de la chair, il estoit aisé à
doubter de ce que nous avons veu : car,
comme j'ay dict, le dît Monluc avoit donné
un tel ordre en la Guyenne, mesme du costé
d'Agen, Lectore et Gondom, qu'il n'y avoit
passage de rivière, ne pont, qui ne fust saisi
et gardé par luy ^ Au reste, il avoit environ
seize compagnies d'hommes d'armes toutes
averties et prestes à marcher à un sifflet ;
son infanterie de mesme, ayant dressé trente
commissions nouvelles outre les villes ; et
tout cela à dix lieues à la ronde près de luy-.
Qui eust donc peu juger que les pauvres
fidèles se fussent peu ramasser ? car, en ces
quartiers-là, ils sont si entrelardez de
1. — Les instructions du roi à Biaise de Monluc
portant commission de lever gens de guerre, ras-
sembler les gentilshommes et les compagnies, etc.,
datées du 4 septembre 1568, sont conservées en
copie du temps aux Archives nationales K. 1527,
no 10 et 1!, dans la correspondance de Tambassadeur
d'Espagne, ce qui prouve qu'elles avaient été com-
muniquées à Philippe IL
2. — Monluc, ni dans ses Commentaires ni dans
ses lettres, ne parle de ses armements. Les détails
donnés par la reine de Navarre n'en sont pas moins
vraisemolables, car, même après la paix de Long-
jumeau^ il n'avait cessé de croire à la prochaine reprise
de la guerre civile et de s'y préparer (Com,mentaires,
t. m, p. 161, 167, 16J et suiv. ; Lettres, t. v, p. 112,
116, 120, 121, 123, etc.).
— 107 —
•
Papistes que Fun ne scauroît partir de chez
luy que l'autre ne le sçache. Et qui eust
encores moins creu que mon fils et moy
nous fussions sauvez au petit pas et desmelez
du milieu de toutes ces forces si présentes ?
Confessons tous, autant les uns que les autres,
que ces moyens estoyent incogneuz aux
hommes.
Toutesfois cela n'empescha mon dict fils
et moy de partir*, nous asseurans que ce bon
Dieu, sous la conduicte duquel nous nous
mettions, scavoit bien comment il nous
debvoit mener et par laquelle voye pour sa
gloire. Levendredy, troisiesme de septembre
1568, j'en nouvelles^ que Monsieur le Prince
mon-beau frère, comme je Tay plus ample-
ment escrit, estoit parti de chez luy en mat
ras desempenné ^, et de la route qu'il tenoit
et du peu de forces qu'il avoit ; lesquelles
encore s'estoyent ramassées avec luy en
1. — Monluc dit dans les Commentaires (t. m,
p. 171) que ses espions Tavertirent que la reine de
Navarre était partie de Pau pour aller présider les
Ktats du comté de Foix, mais qu'elle s'arrêta à Vie
Bigorre et que de là elle se rendit à Ncrac.
2 — Cette nouvelle fut apportée à Jeanne d'Albret
par le s. de Briquemault, d'après une lettre do
Jeanne d'Albret au s. de la Force, en date du 5 sep-
tembre 1568.
3. — Mat ras désempenné, mat de vaisseau sans
voile, au figuré sans préparatifs^ sans bagage et sans
armes.
- 108 -
passant chemin. Lors j^envoyay un de mes
gens vers Monluc le samedy ensuivant, et
l'averti de la venue de mon dict beau-frère,
et du tort qui luy avoit esté faict, luy en
mandant l'histoire tout au long comme
elle estoit*. Le dimanche, cinquième du moys,
nous célébrâmes la Sainte Cène au dict Nérac,
implorans Taide de ce bon Dieu par prières
publiques et particulières 2. Le lundy, nous
partismes du dict Nérac seulement avec
cinquante gentilshommes de nos serviteurs,
domestiques et subjects, qui estoyent avec
nous, et allasmes coucher à Gastelgeloux^,
Tune de mes villes et principales maisons. J'en
adverty Monluc^, lequel me manda qu'il
1. — Monluc, dans ses Commentaires j parle de
deux messages de la reine de Navarre, l'un à lui
adressé après l'arrivée de la princesse à Nérac, l'autre
au moment de son départ (t. m, p. 172 et 174).
2. — Monluc dit que la reine de Navarre çartit de
Nérac le dimanche, 5 septembre 1568^ mais il se
trompe (Commentaires^ t. m, p. 174).
3. — Une pièce conservée aux Archives d'Agen
(BB.l) donne à penser que la fuite de Jeanne d'Albret
avait été préméditée. Cette pièce est la délibération
de la jurade de Casteljaloux du 17 août 1568, qui
conbtate que le capitaine Bacoue, agissant au nom
de la reine de Navarre, a enlevé aux consuls de la
ville les clefs des portes et du château, que ceux-ci
devaient garder en leurs mains de par un mande-
ment de Biaise de Monluc.
4. -— Monluc allait fair^ partir sa femme, François
de Tilladet, s. de Saint Orens, et « ses enfans, pour
« courir la bague et donner passe-temps à Mon-
« sieur le Prince, » quand il reçut la visite d'un
— 109 —
alloit à Villeneuve d'Agen assembler les
capitaines pour adviser aux affaires de la
Guyenne.
Voilà comme je suis partie à sa veue * et
et à son sceu de trois lieues de luy. Je
séjournay le septième jour^ au dict Castel-
geloux, parce que ma nièce, Mademoi-
selle de Nevers ^, se trouvoit lasse, n'estant
encores bien fortifiée de la petite vérole
qu'elle avoit eue à Nérac. Et luy reprint là
la fièvre ; qui fut cause que je là renvoyay à
Néracavec une partie de mes filles et femmes^.
contrôleur de la reine de Navarre, chargé de lui
annoncer le départ de la princesse pour Casteljaloux
(Commentaires, t. m, p. 174).
1. — La reine de Navarre, dit Olhagaray, passa la
Garonne « à trois doits du nés de Monluc » (Olha-
garay, p. 575).
2. — Le septième jour, c'est à dire le 7 septembre.
3. — Marie de Clèves, troisième fille de François
de Clèves, duc du Nevers et de Marguerite de
Bourbon, propre sœur d'Antoine de Bourbon, roi de
Navarre, était née en 1555. Après avoir perdu sa
mère en 1559 (et non en 1589, comme le dit le Père
Anselme) Marie de Clèves avait été confiée aux
soins de Jeanne d'Albret. Depuis cette date elle
était élevée à la cour de Pau (Documents publiés par
M. Louis Paris dans le Cabinet historicpxe, 1873, p. 1
et suiv.). Elle épousa plus tard Henri de Bourbon,
prince de Condé.
4. — Marie de Clèves fut prise par Monluc et
conduite à Lectoure auprès de la dame de Monluc.
« Elle pleura au commencement, écrit Monluc au
« roi, mais à présent elle s'est asseurée et se porte
« bien. » (Lettre du 31 oct. 1568 : Lettres, t. v,
p. 134). Le roi et la reine mère commandèrent à
Monluc, le 23 janvier 1569, de la remettre aux mains
— no —
Et parti le lendemain mercredy huictiesme,
et m'en allay coucher à Tonnins; où je
séjournay le jeudy et vendredy*, que le
sieur de la Motte Penelon arriva de par
leurs Majestez vers moy ; qui m'apporta de
leurs lettres, où ils me mandoyent que mon
beau-frère estoit prisonnier, et que Mon-
sieur TAdmiral le retenoit, se plaignans
qu'ils avoyent levé les armes contre leurs
dictes Majestez, et me recommandant leur
service^. Par là je cogneu qu'ils estoyent
du s. des Marels. gentilhomme de Ludovic de
Gonzague» duc de Nevers, son beau-frère, chargé de
la conduire à la cour (f. fr., vol. 3239, f. 117 et 118).
Plus tard, vers le temps de la paix de Saint Germain
(8 août 1570), Marie de Clèves fut rendue à la reine
de Navarre. Le prince de Condé la vit à la Rochelle
et en devint très épris (Lettres de Jehanne d*Albret,
édit. Rochambeau, p. 337). Il l'épousa à Blandy, en
Picardie, le 10 août 1572. Elle mourut en couches le
30 oct. 1574. Elle avait été la maîtresse du duc
d'Anjou.
1. — La station de Jeanne d'Albret à Tonneins
pendant deux jours entiers, à cinq lieues de Ville-
. neuve d'Agen, où Biaise de Monluc complétait ses
armements, semble une imprudence. On verra plus
loin que cet arrêt était un arrêt forcé.
2. — Les lettres du roi et de la reine mère à la
reine de Navarre sont perdues, mais celle du roi au
prince de Navarre a été publiée par M. Gommunay
dans Les Huguenots dans le Bèarn et la Navarre,
p. 21. Elle est datée du 31 août 1568 et du château
de la Roquette, près Paris. Le roi, après avoir donné
de ses nouvelles au prince, y mentionne négligem-
ment la prise des armes des réformés et dit qu'il
espère bien que le prince de Béarn y restera
étranger.
— 111 —
imbuz des menteries du cardinal de L'Orraine
et de ses adhérans. Le dict "^sieur de la
Motte me voyant si avancée en chemin,
chose qui Festonna fort, ne me dict pas à
mon avis tout ce qu'il avoit à me dire. Car,
ou pour la peur qu'il avoit ou convaincu en
sa conscience, il ne me pouvoit respondre
aux raisons que je luy proposoy qui
m'avoyent amenée, tellement que, comme je
Tay dict en ma lettre à la Royne, ilm'advoua
que mon intention estoit bonne, et ne m'osoit
par conséquent blasmer celle de Monsieur le
Prince mon beau-frère, ne des Seigneurs
qui estoyent avec luy. Mais il eust bien
voulu me persuader qu'ils eussent esté les
bien venus à la cour et que, en laissant les
armes, ils eussent obtenu tout ce qu'ils
eussent voulu demander. Mais telles pro-
messes si souvent faictes et autant de fois
faussées me servoyent à rejecter ces amuse-
ments. Je luy promy bien d'entendre à
négocier une bonne paix, mais les choses
estoyent si aigries d'un costé et d'autre, et
une partie, qui estoit le cardinal de Lor-
raine, si invétérée en sa malice et mes-
I
chanceté, que ceste bonne volonté m'est
encores demeurée preste toujours à l'employer
pour mon debvoir quand Dieu par sa bonté
en présentera quelque moyen. Le dict la
— 112 —
Motte, ce croy-je, n'a pas celé à leurs
Majestez les discours que nous eusmes, par
lesquels je m'esforcay de luy faire entendre
la sincérité de nos affections à leurs services,
nos doléances, la ruine qu'apportoyent ces
troubles en la France, les occasions qui les
y avoyent faict naistre et qui les nourris-
soyent, et les moyens pour les arracher et
faire cesser. Il me respondoit toujours qu il
trouvoit tous mes propos bons et véritables,
m'asseurant les faire entendre au Roy et à
la Royne; ce que je pense qu'il a faict ^
Voyez donc comme ceux qui ont circon-
venu leurs Majestez ont usé d'une mal-
propre ruse , quand ils leur ont faict despescher
une patente à la cour de parlement de
Toulouse pour saisir nos biens de la
Guyenne ^ ; et une commission au baron de
i. — La Mothe Fénelon avait pour mission de
presser la reino de Navarre de se rendre à la cour
et surtout de rempêchor de se joindre à Tarméc du
prince de Condé. Bordenave confirme le récit de
Jeanne d'Albret (p. 155).
2. — Le roi, par lettres du 14 octobre 1568 et du
19 novembre suivant, confisqua tous les biens de la
reine de Navarre. Nanti de cette commission, le
f parlement de Toulouse dépêcha un de ses conseil-
ers, Pierre Ferrandicr, pour se saisir du comté de
Rodez et du Rou orgue (Hist, du Languedoc y
t. v, p. 290), et un autre conseiller, Chris-
tophe Richard, avec une mission analogue en
Guyenne. Olhagaray discute sérieusement la légalité
juridique de ces deux saisies (Hist. de Foix et
Navarre y p. 580). Le procès verbal dressé par Pierre
— il3-
Luxe * pour mes pays souverains 2, soubs
couverture de charité, et de nous vouloir
conserver les dicts biens, parce, disent-ils,
que nous sommes, mon fils et moy, pri-
sonniers ^. Le dict la Motte a peu assez
Ferrandier, en date du 16 décembre 1568, est
conservé dans la coll. Doat, vol. 238, f. 102. Le 16
octobre 1568, le roi adressa les mêmes ordres au
parlement de Bordeaux. Une copie de ses lettres
patentes est conservée aux Archives nationales
(K. 1511) dans la correspondance de l'ambassadeur
d'Espagne. Cette copie avait été communiquée à
Philippe II par un de ses nombreux agents. Dans le
ressort du parlement de Bordeaux les biens de la
reine de Navarre furent saisis, mais ne furent pas
vendus (Registres secrets du parlement de Bordeaux^
23 décembre 1568).
1 . — Charles de Luxe, comte souverain de Luxe
en Basse Navarre, lieutenant pour le roi en la
vicomte de Soûle et gouverneur du château de
Mauléon, issu des anciens princes de Navarre,
catholique zélé.
2. — Le 18 octobre 1568, le roi adressa au s. de
Luxe des lettres de commission pour « saisir et
« emparer non seulement les biens qu'elle (la reine
« de Navarre] tient en notre dition, mais encore les
« autres qu'elle tient en souveraineté. » Cette pièce
est imprimée par Olhagaray, Histoire de Foix et
Navarre, p. 578. La commission fut plus tard révo-
quée par le duc d^Anjou et confiée, le 4 mars 1569, à
Antoine de Lomagne, s. de Terride (ibid., p. 587).
3. — La commission du roi au s. de Luxe porte ces
propres mots : « Nous avons esté puis naguières
« advertis que nos très chers et très amés tante et
« le prince de Navarre, son fils, nostre très cher et
« très amé frère, sont à présent avec ceux de nos
« subjects qui se sont eslevés et assemblés en armes
« contre nous et nostre authorité. Mais, comme les
« biens et honneurs qu'ils ont receu de ceste cou-
« ronne sont en nombre infiny, aussy ne pouvons-
« nous croire qu'ils y soient allés de bonne volonté. »
(Olhagaray, p. 578)
8;
— 114 —
tesmoigncr le contraire s'il a voulu, et
mesme s'il s'est souvenu de la response que
luy fit mon fils à la première harangue qu'il
luy dist à son arrivée, quand il luy demanda
pourquoy il estoit party de chez nous et
s'alloit mesler en ces troubles ? Mon dict fils
luy respondit, avec la promptitude de l'aage
et du pays, que c'estoit pour espargner le
drap du deuil : parce que, si l'on faisoit
mourir les princes du sang l'un après l'autre,
le dernier porteroit le deuil du premier ; que,
mourans tous ensemble, ils n'en auroyent
point de besoin*, et que c'estoit la raison
pour quoy il alloit trouver Monsieur son
oncle pour vivre et mourir avec luy.
Je croy que le dict la Motte luy fist ceste
harangue à l'improviste pour le cuider si sot
et si jeune qu'il fust là sans sca voir pourquoy.
Il luy donna bien à congnoistre le lendemain
qu'il n'ignoroit point qui estoit le tison et le
flambeau qui embrasoit et allumoit la France.
Car, oyant plaindre le dict la Motte de ce
feu, il luy dist qu'il entreprendroit de l'es-
1. — Pour apprécier l'esprit de la réponse du
prince de Béarn il faut savoir qu'il était d'usage à la
cour, lorsque le roi perdait un de ses proches, qu'il
fournit de ses deniers les vêtements de deuil à tous
ses officiers, princes, seigneurs, courtisans, etc.
Voyez le Mariage de Jeanne d'Albret^ p. 224 et suîv,
et les notes.
— 115 —
teindre avec un seau d'eau. La Motte, ne
Tentendant point, luy demanda comment. Il
respondit : « En le faissant boire au cardinal
ce de Lorraine jusques à crever. » Je n'ay
escrit icy deux contes de mon fils pour le
vanter, ni me rendre historiographe de ses
actes , mais pour faire congnoistrè à un
chascun qu'il n'est venu à ceste cause comme
enfant mené par une mère; mais que sa
volonté particulière et naturelle a esté
joincte à la mienne par la congnoissance qu'il
a eue du mérite de la dicte cause, à scavoir
le service de Dieu, du Roy, et l'amitié des
siens.
J'avoy faict séjour au dict Tonnîns le ven-
dredy pour y attendre mon séneschal
d'Armaignac, Fonterailles * , conduisant la
plus grand part dé la noblesse à cheval, et
son frère, le sieur de Mont-Amat^, qui menoit
l'infanterie. G 'estoit donner tout le loisir du
monde à Monluc de me venir empescher ; ce
i. — Michel d'Astarac, baron de Fontarailles,
commandait une cornette de cavalerie (Bordenave,
p. 155). Après la Saint Barthélémy, il fit la guerre,
au nom du parti réformé, en Armagnac et en Bigorre.
Il mourut en 1604.
2. — Bernard d'Astarac, baron de Montamat, frère
du précédent, conduisait un régiment de gens de
pied (ibid.). Pendant la campagne de Mongonmery,.
en 1569 et pondant les années suivantes, il ravagea
le Béarn et fit la guerre en soudard féroce. 11 fut
assassiné à la Saint Barthélémy.
— U6 —
qu'il taschoit bien faire, se haslant d'assem-
bler ses forces, qu^il eut prestes à Villeneuve
d'A^enois le dimanche douziesme. Je party
dudict Tonnins le sabmedy devant*, où
j'avoy eu nouvelles de Monsieur le Prince,
mon beau-frère, qui estoit, et Monsieur l'Ad-
mirai, à Sainctes. Et m'en allay coucher à la
Sauvetat^, le lendemain à Bergerac ; où je
trouvay la plus part de la noblesse du Péri-
gort en bonne volonté d'exposer vie et biens
pour la cause généralle ; de quoy, parce
qu'il y en avoit des principaux, le dict la
Motte se monstra fort estonné. Mais, entre
la Sauvetat et Bergerac, ceux qui estoyent
dans le chasteau d'Aymet^, tirans quelques
harquebousades à nos gens de pied et en
ayans tué quelques uns, comme ils passoyent
devant le dict chasteau, les contraignirent
de les assaillir. Et furent prins d'assaut en
la présence du dict la Motte ^; qui, par un
1. — Samedi, H septembre 1568.
2. — La Sauvetat (Dordogne).
3. — Eymet (Dordogne).
4. — Fonterailles accompagna Jeanne d'AIbret
jusqu'à Bergerac. Là Armand de Clermont, s. de
Piles, prit le commandement du cortège de la reine
et le conduisit jusqu'à Mucidan (Chronique de
Jean Tarde, 1887, ç. 243). C'est donc Fonterailles
qui prit d'assaut la ville d'Eymet. La prise d'Eymet^
?[ui est le début de la troisième guerre civile, est un
ait nouveau.
- H7 —
eschantillon de nos forces, congneut bien que
ce n'estoyent gens ramassez, comme on
disoit tous les jours à leurs Majestez, mais
hommes résoluz et vaillans.
Je retins encores le dict sieur de la Motte
au dict Bergerac le lundy, le mardy, et
mercredy, que je fey sa despesche^; lequel
alla passer par Monsieur le Prince, mon
beau-frère. Et escrivy par luy à leurs Majes-
tez, à Monsieur, frère du Roy, et à Mon-
sieur le Cardinal, mon beau-frère, les lettres^
que chacun a peu voir imprimées, et qui, pour
me sembler trop succintes pour bien faire
entendre à chacun mon intention, m'ont faict
faire ce traité icy plus estendu. Le jeudy,
sezième, je m'en allay à Mucidan^, où en
chemin je trouvay le sieur de Bricquemault ^ ,
que Monsieur le Prince, mon beau-frère,
i. — Aussitôt après avoir rempli sa mission à Ber-
gerac, la Mothe Fénelon fut envoyé en ambassade à
Londres pour décider la reine Elisabeth à ne prêter
aucun secours aux réformés {Lettres de Catherine
de Médicis, t. m, p. 190). La lettre de Catherine ne
porte pas de date, mais elle ne peut être que du
18 octobre 1568, ainsi que le prouve une lettre de la
même princesse au comte de Leicester (Jbid., p. 194).
2. — On trouvera plus loin ces lettres.
3. — Mucidan (Dordogne).
4. — François de Bricquemault, un des conseillers
habituels de la reine de Navarre, seigneur protes-
tant, supplicié après le massacre de la Saint Barthé-
lémy, le 24 octobre 1572, comme complice de la
prétendue conjuration de Coligny.
— 118 -
m'envoyoit pour commander sous mon dict
fils aux troupes que nous menions. Je m'es-
bahi que cevaillant capitaine d^Ëscars^nenous
vint voir de plus près ; veu qu'il avoit escrit
àleurs Majestez, comme m'avoit dict la Motte,
qu'il avoit quatre mil gentilshommes à son
commandement en Limousin et Périgort pour
empescher qu'un seul Huguenot ne bougeast
jamais. Mais il vouloit dire, à mon avis,
quatre mille pourceaux, que Ton appelle en
son village gentilshommes, par ce qu'ils sont
vestus de soye^. Nous passâmes les passages
qu'il avoit entreprins de garder; et en lieu de
venir au devant il nous fuyoit^. Si est-ce
que, par une lettre que luy escrit Monluc, il
essayoit bien à luy donner hardiesse. Mais
c'estoit chose qu'il n'avoit jamais receue en
son cœur ; et ne se délibéroit encores de la
recevoir.
1. — François d*Escars, déjà nommé. Jeanne
d'Albret parle de ce capitaine avec d'autant plus
d'aigreur qu'il était lo promoteur de la conver-
sion du roi de Navarre vers le parti catholique.
2. — Cette plaisanterie est encore répétée en
Béarn.
3 . — François d'Escars était au contraire convaincu
qu'il avait rendu, dans cette occasion, de grands
services au roi. Il envoya un messager à la cour
pour exposer ses titres de gloire. La reine lui
répondit le 28 septembre 1568 et le félicita « de
« rompre les malheureux desseins de ceulx qui ont
« prins les armes contre le rov... » (Lettres de
Catherine de Médicis, t. m, p. 188).
— 119 —
Nous allasmes, après avoir séjourné un
jour à Mucidan, coucher le samedy et
dimanche* à Aubeterre^; le lundy, le mardy,
et le mercredy à Barbezieux^; le jeudy à
Archiac*, où je sceu que Monsieur le Prince,
mon beau-frère, venoit au devant de nous.
Il s'arresta à Goignac parce que les habitants
firent un peu les longs à ouvrir les portes.
Nous Tallasmes trouver, mon fils et moy, en
la campaigne ; où je ne sçauroy dire qui
receut plus grande joye, luy de nous voir ou
nous de l'avoir trouvé. De ma part il me
sembla estre au bout de mon œuvre, laquelle
Dieu avoit si bien conduicte par sa saincte
grâce que j'en estois venue à fin. Je livray
là mon fils entre les mains de Monsieur son
oncle, afin que, sous sa conduicte et à
Tescole de sa prudence et vaillance, il apprist
le mestier auquel Dieu l'a appelé; pour après,
quand l'aage etles moyens luy seront donnez,
les employer avec sa vie au service de Dieu,
de son Roy, et de son sang. C'est donc pour
ces trois occasions que je l'ay rendu entre
les mains de Monsieur son oncle et envoyé
en l'armée chrestienne. Ceux qui ne me
1. — 18 et 19 septembre 1568.
2. — Aubeterre sur Dronne (Charente).
3. — Barbezieux (Charente).
4. — Archiac (Charente Inférieure).
— 120 -
congnoissans que mère et par conséquent
femme, ne mon fils que pour enfant, nourri
délicatement et doucement avec moy, juge-
ront qu'à ce départ de luy et moy il y ayt eu,
scelon la proximité, le sexe et Taage, beau-
coup de larmes. Mais, afin de faire paroistre à
un chascun de quelle affection je Tay consacré
à une si excellente œuvre, et de quelle alai-
gresse il y est allé, je diray que la joye, qui
d'un costé et d'autre rioit en nos yeux,
estoit ouverte en nos visages, de telk façon
que le contentement de s'abandonner l'un
l'autre pour telle occasion surmontoit toutes
les diflîcultez que le sexe et l'aage et le sang
y eussent apporté ; le recommandant à ce
grand Dieu et pour second moyen à Mon-
sieur le Prince, mon beau-frère. Il partit et
je suis demeurée à la Rochelle * privée du
plaisir de mes maisons, mais encore trop
heureuse et contente de pâtir pour mon
Dieu.
Cependant je prieray ceux qui liront cecy
excuser le style d'une femme, qui a estimé
le subject de son livre si excellent qu'il n'y a
eu besoin de belles paroles pour le farder ;
i . — La reine de Navarre arriva à la Rochelle le
28 septembre 1568. Barbota dans son Histoire de la
Rochelle (t. ir^ p. 316), raconte la réception solennelle
de la princesse aux portes de la ville.
- 121 —
seulement de la vérité, laquelle elle y a si
fidèlement observée, qu'au moins, si elle est
dicte ignorante et imbécille, elle sera dicte
véritable.
\
POÉSIES
DE
JEANNE D'ALBRET
On est tellement accoutumé à admirer' Jeanne
d'Albret comme une femme énergique, d'un grand
cœur, aux sentiments virils, que Von oublie les dons
poétiques qu'elle tenait de sa mère, Marguerite
d'Angoulême, l'auteur des Marguerites de la
Marguerite des princesses. Jeanne d'Albret
faisait aussi des vers. La plupart de ses poésies
sont perdues. Celles qui nous restent accusent un
esprit un peu recherché, mais une imagination
riche, un sentiment plein de grâce, auquel n'a
manqué peut-être que la paix religieuse pour prendre
tout son développement. Elevée dans un des châteaux
de la cour de France par Nicolas Bourbon, poète,
grammairien et écrivain, Jeanne d'A Ibret avait été
initiée, comme toutes les princesses de la cour des
Valois, aux connaissances les plus diverses. Elleavait
étudié le grec, le latin, l'espagnol, les belles-lettres
et les sciences multiples qu£ la pédagogie du
xvi® siècle classait sous le nom de philosophie. De
— lie "
cette éducation sortit une femme d'élite dont les
vertus ont fait oublier le mérite littéraire. Malheu-
reusement les mœurs encore barbares du xvi* siècle,
le spectacle de la guerre civile, le goût de la violence
que les fils de la Renaissance avaient reçu de leurs
pères du moyen- âge, aigrirent cette âme si bien
douée pour la poésie; et, lorsque le fanatisme calvi-
niste s'empara d'elle, la mère de Henri IV se trans-
forma en sectaire, comme ces fleurs dont parle
Chateaubriand, qui, merveilleusement embaumées
sur les rivages de l'Amérique, prennent une odeur
acre sou>s des climats plus durs. Les poésies qui
nous restent de la reine de Navarre n'en sont que
plus intéressantes à étudier. Elles révèlent ce
qu'aurait pu devenir la princesse si la paix et le
bonheur eussent toujours accompagné sa vie.
La plupart des vers de Jeanne d'A Ibret ont. été
publiés dans le recueil de Joachim du Bellay
(Œuvres françoises de Joachim du Bellay,
gentilhomme angevin, Paris, Fédéric Morel,
1573, in-S^, f. 156, v® et suiv.). Les premiers en
date sont des réponses à des épitres louangeuses que
Joachim du Bellay lui avait adressées pendant un
séjour à la conr. Elles appartiennent au règne de
Henri II, à cette époque heureuse, antérieure aux
guerres civiles, où Jeanne d'Albret, qui, dit Bran-
tome, c aimoit bien autant une dance qu'un sermon, »
ornait par sa grâce et sa beauté la cour du plus
magnifique monarque de la Benaissance, pendant
— 127 —
que son man, Antoine de Bourbon^ se couvrait de
gloire à la guerre. C'était ïâge d'or de la dynastie
des Valois. Les beaux arts, la poésie s'unissent
pour illustrer les divinités de cette cour et Jeanne
d'Albret figure au premier rang de V Olympe.
Le talent poétique de Jeanne d'Albret a été loué
par les nombreux critiques qui se sont occupés de
notre ancienne littérature. Pierre Matthieu, histo-
rien, philosophe et poète lui-même, juge ainsi
la reine de Navarre : ^t princesse de
« grand esprit, ingénieuse aux belles inventions,
« aymoit la poésie, faisoit de bons vers, de grande
« mémoire, récitoit tous les psaumes à livre fermé
« et comptoit certainement le nombre des versets. »
(Histoire de France, in- fol., t. I, p. 339.)
Dreux du Radier (Récréations historiques, 1. 1,
p. 283), le baron de Villenfagne (Mélanges de
littérature et d'histoire, Liège, 1688, in-8^,
p. 4), Ijicroix du Maine (Bibliothèque française,
1772, t. IV, p. 531) ont étudié ses poésies avec
plus ou moins de critique, mais sans douter de leur
origine. Joachim du Bellay étant mort en 1560 et
les vers n'ayant vu le jour qus en 1573, ils n'ont
même pas subi la retouche du poète. D'ailleurs leurs
qualités, le tour heureux, la délicatesse (voyez
notamment le quatrième sonnet), et leurs défauts,
Vaffectation, la subtilité du style portent avec eux
leur empreinte. Nous avons remarqué dam la pré-
face drs Mémoires la puissance de la pensée et
- 128 -
r énergie de l'expression, malheureusement gâtées par
trop de recherche. Les vers de la reine de Navarre
méritent les mêmes critiques. Encore les méritent-
Us à un degré supérieur parce qu'ils ont été ciselés
avec plus de soin que sa prose.
RESPONSE DE LA ROYNE
AUX LOUANGES DE DU BELLAY
I
Que mériter on ne puisse Tlionneur
Qu'avez escript, je n'en suis ignorante :
Et si ne suis pour cela moins contente,
Que ce n'est moy à qui appartient l'heur.
Je cognois bien le pris et la valeur
De ma louange, et cela ne me tente
D'en croire plus que ce qui se présente,
Et n'en sera de gloire enflé mon cœur.
Mais qu'un Bellay ait daigné de l'escrire.
Honte je n'ay à vous et chacun dire
Que je me tiens plus contente du tiers,
Plus satisfaite, et encor glorieuse,
Sans mériter me trouver si heureuse.
Qu'on puisse trouver mon nom en voz papiers
9.
— 130 —
II
De leurs grands faicts les rares anciens
Sont maintenant contents et glorieux,
Ayant trouvé poètes curieux
Les faire vivre, et pour tels je les tiens.
Mais j'ose dire, et cela je maintiens,
Qu'encor'ils ont un regret ennuieux.
Dont ils seront sur moy-mesme envieux,
En gémissant aux Champs Elyséens :
C'est qu'ils voudroient, pour certain je le sçay,
Revivre ici et avoir un Bellay,
Ou qu'un Bellay de leur temps eust été.
Car ce qui n'est sçavez si dextrement
Feindre et parer, que trop plus aisément
Le bien du bien seroit par vous chanté.
- 131 —
III
Le papier gros, et Tencre trop espesse,
La plume lourde, et la main bien pesante,
Stile qui point l'oreille ne contente.
Faible argument, et mots pleins de rudesse,
Monstrent assez mon ignorance expresse.
Et si n'en suis moins hardie et ardente
Mes vers semer, si subjet se présente.
Et qui pis est, en cela je m'adresse
A vous, qui pour plus aigres les gouster,
En les mestant avecques des meilleurs,
Faistes les miens et vostres escouter.
Telle se voit différence aux couleurs :
Le blanc au gris sçait bien son lustre oster.
C'est l'heur de vous, et ce sont mes malheurs.
— 13i —
IV
Le temps, les ans, d'armes me serviront
Pour pouvoir vaincre une jeune ignorance,
Et dessues moy à moy-mesme puissance
A Tadvenir peult-être donneront.
Mais quand cent ans sur mon chef doubleront,
Si le hault ciel un tel aage m'advance,
Gloire j'auray d'heureuse récompense,
Si puis attaindre à celles qui seront
Par leur chef-d'œuvre en los toujours vivantes.
Mais tel cuyder seroit trop plein d'audace ;
Bien suffira si, près leurs excellentes
Vertus, je puis trouver petite place :
Encor je sens mes forces languissantes
Pour espérer du ciel tel heur et grâce.
— 133 —
Le recueil de poésies de Joachim du Bellay nous
a aussi conservé une chanson de la reine de
Navarre en quatre couplets, qui se rapporte aux
anwurs du prince de Condé et d'Isabelle de Limeuil.
La chanson (élégie serait plus juste) a' dû être
composée au milieu de Vété de 1564, pendant la
tournée du roi en France, vers le temps oii la belle
Limeuil accoucha en pleine cour à Dijon d'un fils
du prince de Condé. Jeanne venait d'arriver auprès
du roi à Mâcon^. La mésaventure de Mademoiselle
de Limeuil datait à peine de la veille^. L'insuffi-
sance des logis n'avait permis aux dames de cacher
aucun mystère et le rang de la jeune fille, qui
appartenait à la maison de Turenne et qui avait
des liens de parenté avec la reine-mère, donnait plus
d'éclat à « l'accident. » Catherine de Médicis,
blessée dans son amour-propre, obligée de baisser la
tête devant les accusations des puritains de la
Réforme, se para d'austérité. Isabelle fut empri-
sonnée sous bonne garde dans un couvent d'Auxonne,
1. —Voyez les Mémoires ^ p. 31, note 2.
2. — Le roi avait fait son entrée à Dijon le 22 mai
1564. Isabelle de Limeuil accoucha très peu de jours
après et Jeanne d'Albret arriva à la cour le !«»• juin.
— 134 —
interrogée en accusée, traitée en criminelle d'état.
Le zèle des officiers du roi surenchérit. Comme U
fallait un prétexte à l'instruction judiciaire, ils
eurent la sottise de greffer un procès de haute tra-
hison sur cette aventure galante. Isabelle se plaignait
souvent en termes amers et se moquait surtout du
prince de la Roche-sur- Yon, galant suranné, gout-
teux et sourd, dont la femme était chargée de la
surveillance des demoiselles d'honneur. On abvM
de ses paroles et, sur la foi d'un jeune étourdi de la
cour, Charles de la Mark, comte de Maulevrier,
ancien adorateur évincé, la belle amoureuse fut
accusée d'avoir voulu empoisonner un prince du
sang. Jean de Morviliers, évêque d' Orléans , et
Sébastien de VAubespine, évêque de Limoges, le
premier ancien chancelier, le second ancien ambas-
sadeur en Espagne, furent chargés de poursuivre
les interrogatoires. L'enquête dura pendant trois
mois d'Auxonne à Mâcon, de Mâcon à Lyon, de
Lyon à Vienne et n'aboutit à rien. Mais la rumeur
publique eut le temps de s'enfler. Le bruit se répandit
que la jeune fille, de complicité avec le prince de
Condé et avec Florimond Robertet de Fresne, secré-
taire d'état, avait comploté l'empoisonnement du
prince de la Roche-sur- Yon et du connétable de
Montmorency pour mettre l'épée de connétable entre
les mains de son amante
, 1. — Le duc d'Aumale a raconté ces faits d'après
— 135 —
Le prince de Condé fut très empressé pour sa
victime pendant celte longue instruction. Billets
galants et messages amouretuc se succédèrent ^. Au
dehors il annonçait Vintention de la délivrer par la
force et traduisait ses sentiments par de telles fan-
faronnades que les officiers de justice, chargés de
conduire l'accusée de ville en ville, tremblaient
devant lui. -Mais, dit un pamphlet du temps, Vété
chasse le printemps. La jeune Limeuil fut remplacée
dans le cœur de Condé par Marguerite de Lustrac,
, veuve du maréchal Saint- André, dame très galante
mais un peu mûre. La maréchale fit don au prince
du château de Vakry. Il n'en fallait pas davan-
tage pour effacer le souvenir de la tendre Isabelle.
Quand elle fut remise en liberté, le prince se souvint
fort à propos ou feignit de se souvenir de l'assi-
duité de Florimond Robertet de Fresne auprès de sa
maîtresse. Il se sépara d'elle et scella la séparation
en lui réclamant les bijoux qu'il lui avait donnés.
ce Elle luy renvoya le tout du plus beau et du plus
« exquis, dit Brantôme, oii estoit un beau mirouer
« avec la peinture dud. prince. Mais avant, pour
les procès verbaux de Tinstruction conservés aux
archives du château de Villebon (Hist des princes
de Condé, t. i, p. 273 et suiv.). Ces procès verbaux
eux-mêmes et le dossier tout entier ont été plus tard
publiés par le même hisiorien (Information contre
Isabelle de Limeuil, petit in-4o sans date).
d. — Le duc d'Aumale a publié plusieurs de ces
billets, ibid., p. 542.
— 136 —
«r le mieux décorer, elle prit une plume et de l'ancre,
«r et luy ficha dedans de grandes cornes au beau
« mitant du front ^ . »
C'est au plus fort de la rivalité de Vingénue et
de la grande coquette que Jeanne d'Albret écrivit les
vers qu'on va lire. En femme généreuse, aguerrie
contre les plus criantes injustices, elle réserve le
beau rôle à Isabelle de Limeuil. Malheureusement
la pièce est écrite avec tant de raffinement que le
sens échappe quelquefois. Nous essaierons de l'expli-
quer dans les notes. Le lecteur se rappellera que, à
la date des couches d'Isabelle, la princesse de Condé,
Eléonore de Roye, était malade (elle mourut le
23 juillet 1564); d'oU viennent de fréquentes allu-
sUms au futur second mariage de ce prince.
i. — Brantôme, édit. de la Soc. de Thist. de France,
t. IX, p. 510. Cependant leprince de Condé la fit enle-
ver 1 année suivante à Tournon et vécut quelque
temps avec elle.
-- 137 —
CHANSON SUR LES AMOURS DE GONDE
ET DE MADEMOISELLE DE LIMEUIL^
Amour contre amour querelle^.
Si par double effort contraire
Le mien Ton veut me soustraire,
A l'honneur d'honneur j'appelle^.
Sotte amour et ignorance
Aveuglent une cervelle
Et font qu'un songe on révèle
Au lieu de vraie apparence^.
Celle qui fait toute sa gloire
D'aimer aussi et d'estre aimée,
1. — Ces vers se trouvent dans Les œuvres fran-
çaises de Joachim du Bellay, 1573, f. 156^ v®.
M. Leroux de Lincy (Recueil de chants historiques
français, t. ii, p. 177 et 207) les publie à nouveau et
y ajoute des conjectures exactes sur la date.
2. — Mademoiselle de Limeuil est censée parler.
3. — Il faut traduire ce phébus : « Mon amour est
en rivalité avec celui de la maréchale. Si, par double
efort, on veut eflFacer mon amour du cœur du prince,
j'en appelle à son honneur au nom de mon honneur.»
4. — Traduction : « La sottise et l'ignorance de la
maréchale l'aveuglent à ce point qu'elle prend pour
des réalités ce qui n'est qu'un rêve (probablement
l'espérance de devenir princesse de Condé). »
-- 138 -
Feroit feu après fumée
S'elle* me le faisait croire^.
Mais le saint où elle voue
A mon offrande reçue
Et ma fermeté connue,
Qui fait qu'ailleurs ne se loue^.
1. — S'eZ/e, si elle.
2. — L*explication de cette strophe est plus com-
pliquée çiu'il ne paraît d'abord. Dreux du Rabier
(Récréations historiques, t. i, p. 283) croit qu'il
s'agit ici de la maréchale Saint André et lui applique
les deux premiers vers du couplet, les plus simples
peut être et les plus jolis de toute la pièce. Quant à
nous, nous estimons que le poôte a voulu désigner
Isabelle, et voici la traduction que nous proposons :
« Moi qui fais consister toute ma gloire à aimer et à
être aimée, je ferais feu après fumée (c. à. d. j'attein-
drais un résultat définitif^ je deviendrais princesse de
Condé) si la maréchale avait raison de croire qu'elle
put devenir princesse. »
3. — Traduction : « Le saint où elle adresse ses
vœux (le prince de Condé) a reçu mon offrande et
connu ma valeur, ce qui fait qu'il n'acceptera pas
d'autres vœux. »
139 —
Le 21 mai 1566 y Jeanne d'Albret visita ï im-
primerie de Henri Estienne. Le grand artiste reçut
comme elle le méritait sa noble visiteuse et, pendant
qu'elle considérait curieusement le fonctionnement
des presses, lui. proposa de composer sous ses yeux
une pièce à son choix. Aussitôt la reine de Navarre
improvisa le quatrain suivant :
Art singulier, d'icy aux derniers ans
Représentez aux enfans de ma race
Que j'ay suivy des craignans-Dieu la trace,
Affin qu'ilz soient les mesmes pas suivans.
— 140 —
Pendant que les ouvriers alignaient les, lettres et
les mots, Henri Estienne écrivait le sonnet suivant
que Von composa à la suite du quatrain :
Princesse que le ciel de grâce favorise,
A qui les craignans-Dieu souhaitent tout
[bonheur,
A qui les grands esprits ont donné tout
[honneur,
Pour avoir doctement la science comprise.
S'il est vrai que du temps la plus brave entre-
[prise
Au devant des vertus abaisse sa grandeur,
S'il est vrai que les ans n'offusquent la
[splendeur
Qui fait luire partout les enfans de l'église.
Le ciel, les craignans-Dieu et les hommes
[scavans
Me feront raconter aux peuples survivans
Vos grâces et votre heur et louange notoire.
Et puisque vos vertus ne peuvent prendre fin,
Par vous je demeurray vivante, à ceste fin
Qu'aux peuples à venir j'en porte la mémoire.
- 141 —
Les deux petits poèmes, qui furent le réstUtat de
cette joute littéraire, furent imprimés en placards
et probablement distribués aux seigneurs de la suite
de la princesse. Ces placards sont fort rares. Nous
nen avons vu qu'un exemplaire, actuellement con-
servé dans un recueil factice de la collection Dupuy
(vol. 843, f. 143). Le Laboureur les a reproduits,
sans en indiqmr la provenance^ dans les Mémoires
de Castelnau, 1731, t.i,p. 858.
i. — De nos jours un savant critique, M. Tamizey
de Larroque, a posé la question de l'authenticité de
ces vers {Revue de Gascogne^ avril 1871, p. 190).
Nous lui signalons le placard de Henri Ëstienne
comm6 un certificat d'authenticité indiscutable.
1
— 1« —
La pièce suivante appartient à la même époque.
Les discussions théologiques étaient de mode à la
cour. Le duc de Montpensier avait réuni à Vhôiel
de Nevers quatre docteurs c des plus huppés »,
detAx SorbonnisteSy Simon Vigor, depuis archevêque
de Narbonne, Claude de Sainctes, plus tard évéque
d'Evreux, deux ministres, Jean de Lespine et
Hugues Sureau du Rosier, et les avait mis aux
prises pour convertir son gendre et sa fille, le duc
et la duchesse de Bouillon. Après avoir échangé les
plus amères invectives de la scolastique^ les docteurs
des deux partis se séparèrent, et le duc et la duchesse
de Bouillon restèrent calvinistes ^ Jeanne d'Albret
présida aussi une conférence entre Charles de Pey-
russe d'Escars, évéque de Poitiers, prélat dévoué
à la maison de Bourbon ^, et Jean de Salignac,
docteur en théologie, autrefois catholique et repré-
sentant de la Sorbonne au colloque de Poissy, puis
enfin calviniste.
1 . — On imprima peu après les procès-verbaux de
cette conférence Actes de la dispute et conférence
tenue 4 Pam* en 1566, Paris, in-S*, 1568.
2. — La reine de Navarre était alors en relation
d'affaires avec ce prélat et venait de lui vendre, le
3 juin 1566, la seigneurie de Pressac (Vienne) et
quelques autres terres pour la somme de 50 mille livres
(acte du 3 juin 1566; coll. Doat, vol. 238, f. 80). Il est
probable que cette vente n'avait pas été arrêtée sans
de nombreuses entrevues.
- 143 -
Le débat n*eut d'autre avantage que de donner
à la reine de Navarre l'occasion d'écrire une
piquante épigramine, que nous avons trouvée à la
Bibliothèque nationale dans le recueil de Rasse des
Nœuds (f. fr., vol. 22560, f. 227, v'). Le
copiste a daté la pièce (1566, septembre) et ajout
ces initiales qui récèlent le nom de Vauteur J.
D'AL.R.D.N. (Jeanne d'Albret reine de Navarre).
- 144 —
d'une dispute touchant la messe
faitte en la ghamrre de la royne de navarre,
a paris, entre mess. ch. d^esgars,
évesque de poittiers,
et de salignag, théologien
Un bien docte docteur Tautre jour disputoit
Contre un prélat enflé de sa vaine science ;
L'évesque soutenant de toute sa puissance
La messe, et le docteur ces coups-là rabaissoit.
L'un et Tautre son fait vivement débattoit ;
Mais l'évesque à la fin, parolle et contenance,
Perdit tout à la foys. Dont d'une impatience
Un de ses serviteurs, voyant que presque estoit*,
Cuydant bien soustenir de son maistre Thon-
[neur.
Honte à sa honte joint en disant : Monseigneur,
Il lui fauldroit bailler un scavant homme en
[teste.
Mais que ne disoit-il : Mon maistre, le scavoir
De ce sage docteur vous fait ignorant veoir ;
Ou, sans tant langager, vous estes une beste.
1566, septembre J. D'AL. R. D. N.
1. — Une traduction est souvent nécessaire dans
les œuvres poétiques de la reine de Navarrç. Voici
comment nous interprétons cette phrase : « Un des
serviteurs de l'évêque voyant son maître battu et
réduit au silence, était presque impatienté par sa
défaite, et, croyant le bien soutenir, ajoute à la honte
de sa défaite en lui disant... »
PIÈCES JUSTIFICATIVES
10.
I
Le manifeste des gentilshommes de la Basse Navarre,
que nous publions cy-dessous pour la première fois, est
un document très important pour Vhistoire de la guerre
religieuse en Béarn. Jeanne d'Albret expose elle-même
dans quelles conditions commença la révolte de la Basse
Navarre (voyez cy-dessus^ p. 50). Poussés par V exem-
ple et les excitations du dehors, aigris par rétablisse-
ment de la Réforme dans leurs villages^ les Basques
catholiques avaient pris les armes à la fin de 1567.
Le mouvement fut rapidement apaisé par le jeune
prince de Béarn. Il aurait duré moiiis encore si le roi
de France, dans l'espoir d*y trouver un jour une
diversion utile à ses desseins., n'avait pas fomenté et
encouragé la sédition.
Au commencement de 1568, la reine de Navarre
réunit les Etats du Béarn à Saint-Palais et édicta. le
28 février., une ordonnance d'amnistie., dont les chefs
de la révolte., qui n'avaient point fait leur soumission^
furent exceptés. Ceux-ci protestèrent et lancèrent un
manifeste menaçant. C'est ce manifeste qu'on va lire.
Il reproduit en les amplifiant les griefs du parti catho-
lique contre la reine de Navarre. On verra à quoi se
réduisent ces griefs ; combien peu nombreux., peu
V
— 148 —
importante et peu fondés. AtMsi le considérons-nous
comme un témoignage en faveur de Jeanne d'Albret,
l'un des plus capables de dissiper le renom d'intolérance
excessive qui pèse sur sa mémoire.
Cette intéressante pièce est inédite et conservée en
original à la Bibliothèque de l'Institut, coll. Godefroy^
vol. 96, f. 53.
Manifeste dés Gentilhommes de la Basse Navarre
et du peuple, qui ont prins les armes
pour la défense de la reugion catholique
et de leurs privilèges,
CONTRE l'eSTABLISSEMENT DE LA RELLIGION PRÉTENDUE
RÉFORMÉE FAICT PAR LA REINE DE NaVARRE :
Le s. de Gramont son ueutenant général.
24 mars 1568
Etablissement de la Réforme à Saint-Palais par le s.
de Gramont. — Protestation du pays. — Ajournement
des Etats de Béarn. — Tentative d'un baptême à la
mode calvinisjie à Saint-Palais. — De Luxe et de
Domesaing empêchent ce baptême. — La reine de
Navarre renouvelle l'édit en faveur de la liberté de
conscience. — Les pays de Mixe et d'Ostabaret
députent à la reine les s. d'Âmorotz et d'Oreguer.
— La reine les fait mettre en prison. — Elle envoie
le capitaine La Lanne avec des troupes à Saint-
Palais. — Mission secrète du capitaine La Lanne. —
Tentative d'empoisonnement du s. de Luxe. —
Tentative d'assassinat du s. de Domesaing. — Injus-
tice de la reine de Navarre vis à vis du s. d'Armen-
daritz. . — Emprisonnement de ce seigneur. —
Violences commises par les ordres de la reine
contre les catholiques de la Basse Navarre. — Leur
- 150 —
révolte est excusable. — Egards qu'ils montrent
au prince de Béarn après Tentreprise de Garris. —
Illégalité des Etats de Tannée précédente (1567). —
La reine de Navarre saisit les commanderies d'Iris-
sarry et d'Aphat et presque tous les biens ecclé-
siastiques. — Elle fonde le collège d'Orthez pour
anéantir la religion catholique.
Les gentilzhommes de la Basse Navarre, avec la
commune du pays, qui ont prins les armes pour le
soustenement de la religion catholique et priviliéges
du pays, ont faict mectre et coucher par escript la
cause et occasion de leur mouvement, affin que chas-
cun congnoisse que force et le zelle qu'ilz ont à la
religion les a contrainctz d'en venir là et non autre
particuUière passion, ainsi que leurs ennemys se sont
essayez de le faire. acroire par tout.
Et premièrement on scayt et est notoire à ung
chascun que ladicte dame ou en son absence, Mon-
sieur de GramontS son lieutenant général, introduit
avec bien peu de raison Texercisse de la prétendue
religion dans le pays de la ba3se Navarre et estably
lieulx pour prescher ; et entre autres Tesglise de Saint-
Palay ^, sans qu'il y en eust que ung seul de ladicte
ville qui le requist ne qui feust de ladicte religion
1. — Antoine de Gramont, lieutenant général de
la reine de Navarre.
2. — Saint- Palais, arrondissement de Mauléon
(Basses-Pyrénées). — La reine de Navarre y avait
envoyé deux ministres, Jean de la Rive et Tardetz.
Une. lettre de Charles de Luxe à Catherine de
Médicis, en date du 31 décembre 1564, nous apprend
Sue les prêches protestants avaient commencé à
„ aint-Palais à cette date (Revue hist, du Béarn et dç
la. Navarre, juillet 1882, p. 37).
— 181 —
prétendue. Les habitans de laquelle, pour les résis-
tances qu'ilz Youloient faire à la réception et consen-
'^ temenC d'une chose si escandaluze, ont esté par
plusieurs fois menacez dudict s. de Gramont d'estre
en diverses sortes mal traitez. Et en auroit faict
emprisonner plusieurs. De sorte que, par telles inthi-
midations, ilz ont estéfoi-cez de souffrir devant leurs
yeulx ladicte religion prétendue, espérant tousjours
que^ au retour de ladicte dame, qui estoit lors en
France, ilz seroyent repparez en ce griefz.
Et estant ladicte dame venue de France, lesdictz
habitans, joinct avecques eulx tout le pays, avoient
délibéré de luy aller remonstrer ledict grief et la
suplier de repparation. Mais, d'aultant que le bruict
estoit qu'elle vouloit venir en personne audict Saint-
Palay pour tenir les Estatz du pays^ ilz advisèrent
d'actendre ceste assamblée; en laquelle ilz préten-
doyentavoir meilleure repparation que allant trouver
ladicte dame, particullièrement en Béarn.
Du despuis ilz ont esté tousjours actendans, quant
le plaisir de ladicte dame seroit de faire assambler
lesdictz Estatz; ausquelz ilz délibéroyent, entre autres
choses, de proposer ledict grief le premier comme
le plus important. Mais, pour quelques occasions
secrètes audict pays, lesdictz Estatz ont esté différez
de jour à autre, au grand regred et préjudice des
habitans d'icelluy, qui en actendant estoyent cons-
trainctz de souffrir avec escrupule de conscience
l'exercisse de ladicte religion prétendue. .
En cest intervalle, pour certaines considérations,
que ledict pays ne peult juger que bonnes, ladicte
dame auroit depputé aucuns gentilzhommes et offi-
ciers de sa maison ^ pour venir en cedict pays et faire
i. — Jeanne d'Albret y envoya Jean d'Etcbard, pro-
— 1K2 -
entendre au peuple que son intencion n'estoyt de
leur donner autre religion que celle qu'ilz avoient
eue du temps de ses prédécesseurs, et en oultre
qu'elle les vouloit maintenir en leurs previlleges,
libertez et coustumes ; qui donna tel contantement
audict pays que chascun demeuroit satisfaict et en
meilleure volonté que jamais de vivre et mourir
soubz l'obéissance de ladicte dame.
Et pensant ledict pays qu'il deust jouyr de telle
asseurance et ne se veoir plus en la peine qu'il avoit
eue despuis ladicte introduction, touteffoys, quelque
peu de temps après, on auroit veu venir audict Saint-
Palay aucuns de ladicte religion prétendue pour faire
baptiser en leur secte une créateure, sans avoir'esgard
à ladicte asseurance. Ce de quoy les habitans dudict
Saint-Palay se seroient trouvez estonnez, voyant que,
sans monstrer de commandement contraire à la pre-
mière déclaracion, on leur vouloit remectre ce que
leur avoit esté une ioys ousté, si bien que, avec bonne
et juste cause, ilz empeschèrent ledict baptesme.
Et d'aultant que le faicl touchoit en général à tout
le pays et que il estoit bruict que aucuns de ladicte
religion s'estoient laissez dire qu'ilz feroient célébrer
ledict baptesme tnaugré ledict pays, et ne pouvant
panser que ce feust du consentement de ladicte
dame, veu ce qu'elle en avoit ordonné auparavant,
Messieurs de Luxe et de Domesaing, avec plusieurs
de la noblesse, allèrent audict Saint-Palay pour seul-
lement empescher ledict baptesme, comme estant de
conséquance, et entendre soubz quel tiltre ilz vou-
cureur général de Béarn, Jean de Secondât, s. de
Roques, et Pierre de Bergara, ses maîtres d'hôtel
(Bordenave, p. 141 etsuiv.).
— 183 —
loient innover en cela. Mais ilz ne virent personne
et s'en retournèrent en leurs maisons.
Les choses ayant demeuré quelques jours en cest
estât, ledict pays auroii esté adverty que aucuns
particulliers, qui ne demandent que confusion pour
se faire valoir, persuadèrent ladicte dame de révoc-
quer ce qu'elle avoit, avec bonne raison, ordonné sur
le.banissement de ladicte religion. Luy donnant à
entendre, que avec cent harquebouziers, ilz la feroient
obéyr en cela, et luy meneroient troussez et lyez tous
ceulx qui y vouldroient contredire sans exeception
de personne.
Et de faict on a veu que, incontinent ces beaulx
et advantageulx conseilz, ladicte dame auroit ren-
voyé les mesmes depputez audict pays pour faire
entendre au peuple que, en leur première charge,
ilz n'avoient entendu abolir du tout ladicte religion,
mais seuliement asseurer ledict peuple que ladicte
dame entendoit de laisser vivre chascun en liberté
de conscience, comme s'ilz n'avoient parlé assez clai-
rement en leur première légation et que ledict pays
n'eust jouy de ladicte asseurance durant quelque
temps; où il n'y a que dix seuliement qui soyent de
ladicte religion et ung seul en ladicte ville de Saint-
Palay.
Et pour ce que, entre autres choses, il estoit porté
par les instructions desdictz deliéguez que ledict
pays envoyast devers ladicte dame deux personnages
de chesque province, avec la responce de ce que
leur seroit proposé par lesdictz depputez de par
ladicte dame , les pays de Mixe et d'Ostabarez ^
\. — Mixe, hameau près de Bidache; Ostabaret
canton d'Iholdy, arrondissement de Mauléon (Basses-
Pyrénées).
- 154 -
' aoroîent depputé deui genlilzhommegy qufsoiit les
s. d'AïQorotz t et d'Oreguer^ et leur auroyent baillé
lenr charge par escript Et encores qu'ilz n'eussent
rien porté en icelle que tottte obéissance^ et, quelques
remonstrances que lesdrctz pays fiaisoyeot à ladicie
dame, néanmoings, au lieu de prendtM». en boana
part telle inclinacion et obéissance, elle auroit releitii
lesdictz gentilzhommes prisonniers contre toute rai-
son; d'aultant que tous messagiei*s doibvent estre
libres; mesmes quant ilz ne portent en leurs charges
que choses licites et permises, comme ilz n'ont faict.
Et auroit en oultre envoyé le capitaine La Lane^
avec certain nombre d'hommes de guerre Biarnoys
dans le pays contre les previllèges d'icelluy.
Or, d'aultant que l'entrée de telles gens en armes
dans le pays r.e se faisoyt que pour favoriser Texer-
cisse de ladicte religion prétendue et pour extermi-
ner ceulx qui estoient pour l'empescher, quelque
manteau ou prétexte que l'on a volu prendre, qu'ilz
y estoient envoyez pour la main-forte de la justice,
ainsi qu'il se pourra juger par les entreprises qui
ont esté brassées contre les gentilzhommes catho-
liques, qui seront cy après récitées, ledict pays, tant
pour la conservation de la religion que pour ne
debvoir souffrir gens de guerre estrangiers dans le
i. — Jean d*Amorotz, seigneur basque catholique.
La seigneurie d'Amorotz est voisine de Saint-Palais.
Bordenave cite ce gentilhomme et le nomme Amaro.
(if is^ de Béarn et Navarre ^ p. 145).
2. — Oregue ou Oreguer est un village près de
Saint-Palais.
3. — Jean de la Lanne, seigneur de la Lanne dis-
pourre, mestre de camp de l'infanterie de Navarre
et de Béarn (Jaurgain, Les châtelains de Mauléon
dans la Revue de Béarn, 1884, p. 266).
— 158 —
pays sans cause^ a esté plus que contraÎDCt d'avoir
recours aux armes, puisqu'il n'a sceu estre receu en
ses honnestes remonstrances et qu'il a veu que par
force on luy vouloit faire prendre une loy qui est
par toute la Cristienté tenue suspecte, et de courir sus
audict de La Lane etses gens, ausquelz ilz ont faict
meilleur traictement qui ne méritoyent^; et ce affin
que tout le monde cognent que l'intencion dudict
pays n'estoit autre que d*estre ouy et maintenu en
son droit.
Et pour respondre à ce que on dict que ledict La
Lane estoyt venu pour favoriser la justice, il n*est
pas vraysemblable que ung cappitaine^qui a com-
mandé par cy devant et qui porte tiltre de mestre de
camp en ce pays^ se soyt volu tant abaisser qu'il ayt
volu faire office de sergent, si, en sa commission, il
n*y eust eu quelque autre chose de caché. Et puis sa
venue pour cest eflfect n'estoyt nécessaire, veu que la
justice a esté tousjours bien obéye et que, en cas de
besoing, la main-forte luy a esté prestée de tout
temps par coustume par les chastelains de Saint-
Jehan ^ et baille de Mixe. Qui donnera à panser à
tous ceulx qui vouldront faire jugement sans passion,
1. — Le traitement réservé au capitaine La Lanne
ne fut pas aussi doux que le disent les seigneurs de
la Basse Navarre. Aussitôt après son arrivée à Garris,
La Lanne fut assiégé dans un vieux château ruiné où
il s'était réfugié, fait prisonnier et enfermé au châ-
teau de Tardetz (arrondissement de Mauléon), qui
appartenait au s. de Luxe. Il fut plus tard échangé
avec le s. d'Amorotz, dont* nous avons parlé plus
haut, lequel était retenu, par ordre de la reine, dans
les prisons de Pau (Bordenave, p. 144 et suiv.).
2. — Saint- Jean-Pied-de- Port possédait un château
fort. Le châtelain était Jean d'Armendarits, nommé
plus loin.
n
— 166 ~
que i'intencion de sa venue en tel esquipaige n'estoit
pas si bonne et sàincte que l'on la veult faire.
Et qu'il ne soyt ainsi, n'est il pas vulgaire à tout
le monde comme on a yolu puis naguières faire
empoisonner Mons' de Luxe par ung soldat de Navar-
reinchsS qui feust envoyé expressément en la Basse
Navarre pour cest effect, lequel feust surprins par les
gens dudict sieur, ainsi qu'il mectoyt ung morceau
de fromaige dans le pot, oii le potaige dudict sieur
se faisoyt. Et duquel Texpérience feust faicte à Ten-
droit d*un chieu qui, après en avoir mangé, mourut
soubdainoment.
Et quant Dieu ne volut permectre que ceste entre-
prise feust effectuée, et ne voulant laisser les choses
en si beau chemyn, sans tanter quelque autre moyen
pour le faire mourir, n'a-il pas descouvert comme
on luy avoit faict prendre la mesure des murrailles
de la maison de Laxague 3, oii il s'estoit retiré avec
sa famille pour sa seurté, et l'endroit par oii on deb-
voit entrer dedans, et venir à mesme temps ledict
de La Lane avec ses gens dans le pays. Que peult-
on moings juger par là, sinon qu'il vouloit exécuter
autres actes que de justice, non seullement contre
luy, mais contre tous les autres gentilzhommes catho-
liques, qui ont toujours résisté à ladicte religion
prétendue.
Car il ne se peult ingnorer que Mons' de Dôme-
1. — Navarreins était la place forte défensive la
plus marquée du Béarn. — La tentative d'empoi-
sonnement du s. de Luxe, ici rapportée, ne présente
aucune vraisemblance.
2. — Le château de Laxague, fief de la vicomte de
Soûle, vassal du royaume de Navarre.
— 157 —
saîng^ ne l'aye faillie aussi belle, pour ce que, en ung
veoiage qu'il fist devers Mons' de Honluc^, il feust,
au retour^ guecté sur le chemyn par deux ou trois
cens hommes, conduictz par ung nommé Jehan de
Mesmes^; lequel ne pouvoit faillir à estre atrappé
sans l'advertissement que ses amys luy donnèrent de
la prinse des passages; qui feust cause de luy faire
prendre ung autre chemin pour s'en retourner. Car
sans cela, il est certain qu'il eust esté masacré. Et
desjà^ devant son arrivée au pays, le bruict avoit
couru par tout qu'il estoyt mort ; mais Dieu le con-
serva pour ceste foys-là. Du despuis il estoit assez
menacé. Et fault croire que celluy qui feust envoyé
pour donner ledict poison avoit charge aussi bien
contre luy que contre ledict s. de Luxe, d'aultant
qu'il alla le premier en sa maison de Beyrie ^ et ne
rayant trouvé là, s'en alla à Ostabat^, où ledict s. de
Luxe demeuroit. Cest entrepreneur estoit un italien
1. — Valentin de Domesain, seigneur basque catho-
lique, un des principaux compagnons d'armes du s.
de Luxe, reprit les armes en 1569 et prit une part
importante à la guerre du Béarn sous les ordres de
Terride.
2. — Bordenave parle de ce voyage de Domesain
vers Monluc. Il avait pour objet, dit-il^ de consulter
Fauteur des Commentaires sur l'appui éventuel que
la Basse Navarre pourrait trouver parmi les capi-
taines catholiques de Gascogne dans sa révolte contre
Jeanne d'Albret (p. 142).
3. — Jehan de Mesmes, capitaine protestant, peu
après condamné à mort à l'instigation de Biaise de
Monluc. Voyez une note de la Pièce justificative n® 2.
4. — Beyrie (canton de Lescar)§était un fief qui
relevait de la vicomte de Béarn.
5. — Ostabat (canton d'iholdy) seigneurie très
ancienne.
— 188 —
«
qui a demeuré cy-devant avec le feu s. de Moneing ^
et qui avoit entrée en la maison dudict s. de
Domesaing.
Le s. d'Armendaritz ' a esté employé au service da
feu roy Henry de Navarre ^ comme aussi despuis sa
mort en celluy du feu roy Anthoyne, et combien que
lors, ny despuis, il n'ayl jamais faict chose qui le
deust faire eslongner de la bonne grâce de la Royne,
ne mectre sur luy aucune mauvaise volunté, toutef-
foys, sans aucune cause, ladicte dame Tauroit faict
emprisonner, et, contre les previllèges du pays, faict
conduire hors icelluy au chasteau de Pau, ou il a
esté détenu environ de deux ans, avec une insupor-
table despence qui l'a faict ruyner et mectre en tel
estât qu'il est impossible qu'il se puisse rellever
jamais en ses biens. Auquel, pour donner quelque
couleur à son emprisonnement, on auroit mis sus
une infinité de frivolles. Et encores que le procès luy
feust faict par ses ^nnemys cappitaulx et qu'ilz n'eus-
sent rien oblyé en leur procédure de ce qu'ilz pen-
soyent estre contre luy, si est-ce que Dieu l'a tant
favorisé en sa justice et ingnocrence qu'il a esté
1. — Tristan de Monein, lieutenant général du roi
de France en Guyenne, avait été assassiné à Bordeaux
dans une sédition soulevée à l'occasion de la Gabelle
en 1548. Sa sœur, Catherine de Monein, avait épousé
Valentin de Domesain (Bordenave, p. 140, notes); ce
qui explique plus facilement que les serviteurs de
1 ancien lieutenant général en Guyenne eussent
entrée dans la majson de Domesain.
2. — Jean d'Armendaritz, seigneur d'Armendaritz,
ancienne baronme vassale du roi de Navarre, était
un seigneur catftlique qui prit une part importante
à la guerre civile de 1569 en Béarn.
3. — Henri d'Albret, roi de Navarre, père de Jeanne
d'Albret, mort en 1555.
- 159 —
déelairé ingnocent de tout ce que luy avoit esté mis
à l'ayant. Mais ehtre-deux il a souffert et paty en sa
personne et bien plus que son eage ny moyens ne le
pou voient permectre. Et si encores de nouveau, pour
ne le laisser en reppoz que le moings qu'il sera pos-
sible^ s'estant luy rendu prisonnier entre les mains
des juratz de Saint-Jehan pour ung crime ordinaire
advenu en leur juridiction et dont la congnoissance
leur en appartient, et despuis que le procès luy a
esté par eulx instruict et mis en estât de juger, on le
luy auroit évoqué en Béarn contre les previllèges du
pays et commis l'instruction de ce qui reste à cinq
juges de la religion prétendue, qu'il tient pour par-
tyes formelles; d*aultant que tout le mal que l'on luy
veult ne procède que de ce que, du commencement
que aucuns proposèrent aux Estatz qu'il failloit avoir
ministres de ladicte religion prétendue dans le pays,
il respondit qu'il ne les failloit pas appeler ministres
de Dieu puisqu'ilz sortoyent des limites de la foy, et
qu'il n'estoit besoing que l'on permit aucunement
telle introduction. Et voilà d'où toute la haine que
l'on luy porte a prins l'origine.
Et n'est merveilles si on est entré dans le pays avec
une si grande feurye contre eulx et ceutx qui ont
tousjours contredict à ladicte religion et procédé si
extraordinairement, comme ilz ont faict contre toute
équité et raison, sans les avoir ouyz ni sommez d'al-
léguer leurs raisons; car que eust-l'on faict pis au
Turcq que de l'abandonner à la feurye du peuple,
deffendre par tout le pays de ne leur bailler ny admi-
nistrer aucune chose, et ordonné que, partout où ilz
seroyent veuz, on les poursuyvit à rejrtc de campane *
i. — A repic de campane, à son de cloche.
i
r
I
— 160 —
et tailler tous en pièces, prias et saisy leurs maisons
et biens. Hais on ne le doibt trouver estrange d'eulx<»
veu qu'ilz ont, longtemps y a, désiré leurs vyes et que,
quant ilz seroient mortz, on pourroit faire estendre
ladicte religion tant et si avant qu'ilz voudroient; car
leurs depportementz, quant ilz se sont veus maistres
au pays, le démonstrent assez. D'aultant qu'ilz ont
faict contre la religion catholique tout le pis qu'ilz
ont peu; ayant brusié et tiré à l'arquebouze le corps
de Nostre Seigneur, rompu croix et images, desrobbé
et faict estable des esglises, baptu et rançonné les
presbtres, forcé filles et femmes et saccaigé tout le
pays; par où on peult congnoistre aisément que leur
persécution n'estoyt poinct contre les rebelles, sinon
contre la religion et ceulx qui la veullent maintenir.
Et fault noter que^ si les armes eussent esté prinses
du costé des catholiques pour autre chose que pour
le soustenement de la religion, que, sans porter le
respect qu'ilz ont monstre à Mons' le Prince, ilz
estoient en l'entreprise de Garris ^ en plus grand
nombre sans comparaison que la force que ledict s.
prince avoyt pour faire passer en ladicte Basse
Navarre 3, et que aisément on l'eust empesché d'en-
trer en pays, encores qu'il eust ayecques luy tous les
1. — Garris, canton de Saint-Palais, arrondis-
sement de Mauléon. — L'entreprise de Garris est
le siège de la ville et remprisonnement du capitaine
La Lane par les révoltés de la Basse Navarre. Voyez
cy-dessus la note i, p. 155.
2. — Aussitôt après l'arrestation du capitaine La
Lane, Jeanne d'Albret envoya son fils avec des trou-
pes en Basse Navarre. Les révoltés se réfugièrent
dans les montagnes et peu à peu se dispersèrent.
Voyez le récit de Bordenave, p. 145. L'expédi-
tion du jeune prince alarma tellement' l'ambassadeur
,0 .
-- 161 —
rebelles du Roy retirez en Béarn et tous ceulx de leur
religion subjectz de Sa Majesté qu'ilz avoient peu
amasser. Mais ilz voulurent monstrer acte d'obéis-
sance au Prince en se retirant, comme ilz firent pen-
sant qu'il vint en intencion de vouloir entendre la
cause dudict mouvement et faire droict à chascun là
dessus. Touteffoys tant s'en fault qu'il l'ayt faict que
an contraire il a tasché de faire le pis qu'il a peu
contre eulx. Il est vray que lesdictz catholiques ne
luy en donnent pas le blasme à cause de son eage,
mais bien à ceulx qui ont procédé en ceste façon
soubz son nom^ dont les principaulx d'eulx ont esté
les solliciteurs ausdictz catholiques de prendre les
armes, atfin que entre-deux ilz eussent moyen de faire
leurs affaires comme ilz ont faict.
Et n'estans poinct contans d'avoir procédé par
telles voyes indues en tout ce que dessus, ilz ont
tenu les Estatz, absentz les principaulx gentilzhom-
mes du pays. Et y ayant appeliez ceulx qui n'ont
oncques eu voix ny place en iceulx, ont arresté et
conclud tout ce qu'ilz ont volu contre toute forme
d'Estatz, qui ont accoustumé d'estre permis libres,
pour proposer griefz et poursuivre la repparation
d'iceulx et non les armes à la main, comme on a
faict. Surquoy lesdictz catholiques absentz auroient
protesté de nullité et envoyé leur protestation à la
Royne. Touteffoys sans avoir aucun esgard à tout
cella auroit faict passer oultre.
Ce que lesdictz catholiques ne trouvent poinct
estrange, d'aultant que, quant ilz seroient fundez du
"d'Espagne en France, don Francis de Alava, qu'il
informa Philippe II de Timminence d'une invasion en
Aragon. Ce smgulier avis est conservé aux Archives
nationales, K. 1511, n^ 30, orig. sans date.
11.
— 162 -
meilleur droict du monde, ladicte dame n'aproveroit
jamais leu» raisons, pour estre tout son conseil
composé de gens faisans profession de ladicte relli-
ligion prétendue et par conséquant partyes formelles,
par l'advis et conseil desquelz, ou que ce soyt qu'ilz
n'ayent en rien volu contredire ladicte dame, elle
auroit prins et saisy les commanderyes d'irissary * et
d'Appât^, qui sont de l'ordre et disposition de Malte,
et en auroit despossédé les titullaires pourveuz par le
grand Maistre dudict Halte, et icelles données à deux
de ses serviteurs domestiques, au grand mespris et
escandalle de toute la Crestienté et mesmes dudict
pays; qui ne peult moings espérer à Tadvenir que de
veoir les bénéfices d'icelluy conférez à gens de ladicte
religion prétendue; veu que en Béarn elle en a faict
de mesmes.
Car, à son dernier retour de France, elle auroit
baillé commission pour entièrement en toutes villes
et lieuK dudict Béarn exterminer l'usage et exercisse
de la religion catholique, saisi plusieurs bénéfices
vaccans et estably trésorier exprès pour faire recepte
des rentes et revenuz d'iceulx, inhibé et deffendu à
tous évesques et prélatz de conférer aucun bénéfice,
ordonné que nulles bulles du Pappe eussent lieu en
ses terres^ s'apropriant à elle toutes collations et
présentations desdictz bénéfices, sauf des patrons
lais; lesquelz pourtant estoyent constrainctz, suy-
vant ses ordonnances 3, de présenter lesdictz béné-
i. — Irrissarry, commanderie de Malte, canton
d*Iholdy (Basses- Pyrénées).
2. — Aphat-Ospital, commanderie de Malte, com-
mune de Saint-Jean-le- Vieux (Basses-Pyrénées).
3. — Ordonnances de Jeanne d*Albret, juillet 1566.
Ces ordonnances ont été publiées par M. Lafforgue,
- 163 -
fices à personnes de ladicte religion prétendue ^.
Davantaige, comme il est clair à ung chascun, elle
auroit faict abaptre les images par les esglises des
principalles villes dudict Béarn; assavoir, à Pau,
Lescar, Oleron, Orthez, Saubaterre, Salies et Beau-
locq^ et en une infinité de villages, et faict interdire
Texercisse de la religion catholique où il y a plus de
vingt mil âmes qui vivent sans aucune religion 3. Et
encores que, aux derniers Estatz dudict Béarn, les
catholiques eussent poursuivy la repparation et réin-
tégration de Texercice de ladicte religion catholique,
touteffoys ilz ne sceurent tant faire que ladicte dame
leur octroyast leur tant juste demande; si bien que,
sans entendre en autres affaires ny prendre aucune
conclusion d'Estatz, iesdictz.catholiques se retirèrent
avec beaucoup de menasses que ladicte dame leur
fit de les mal traicter.
Et d'aultant que toutes ses actions ne tendent que
à l'abolition de ladicte religion catholique, et voyant
que, par les moyens qu'elle a faict user, elle ne peult
réduire le peuple en si grand nombre qu'elle voul-
droit à ladicte religion prétendue, elle se seroit
advisée de faire dresser ung coUiège à Orthez ^, et
{Hist, d'Auchy t. i, p. 385) et plus correctement par
M. Soulice dans le Bulletin de la Soc. de VhisU du
ProL français, 4891, p. 292;
1. — Toutes ces affirmations sont mensongères ou
exagérées jusqu'à Tin vraisemblance.
2. — Sauveterre, Salies, Belloc.
3. — Sans aucune religion, c'est-à-dire sans
aucune pratique de la religion réformée.
4. — L'ordonnance de Jeanne d'Albret portant règle-
ment et organisation de Tacadémie protestante dX)r-
thez porte la date du i^^ avril 1568. Elle a été publiée
plusieurs fois, notamment par M. Felice : Les lois
collégiales de Vacadémie du Béarn, 1889^ in-8<».
- 161 —
rois des rëgens faisans professions d'icelle, commandé
à tous pères d'envoyer leurs entans audict colliège,
et deffendu de n'entretenir aucuns particuUiers
pedaguogues en leurs maisons. Et ce affin que les
enfans soyent instruiclz en ladicte religion et que à
l'advenir^ la catholique n'ayt lieu audict pays.
Voila doncques en partye lés occasions qui les ont
contrainctz de prendre les armes, dont, pour n'estre
prolixe, ilz laissent une infinité d'autres sans les
rédiger par escript; estimant que, en ce qui est
comprins aux prësens articles^ il se trouvera assez
de matière suffisante pour faire congnoistre que,
non sans cause légitime, ilz se sont desclairez en cela.
Faict à Eyheralarre * le XXIIII® mars 1568.
Charles de Lusse.
Domesaing.
A. de Chaux.
Gabriel du Hart.
Armandaris.
Jan d'Esparça.
Artyeda*.
1. — Eyheralarre est le nom basque de Saint Michel
au pays de Cize, en basse Navarre, canton de Saint-
Jean-Pied-de-Port (Basses-Pyrénées.) (Note comm. par
M. Labrouche, archiv. des Hautes-Pyrénées).
2*. — Charles de Luxe, nommé dans les Mémoires,
(p. 113). — Valentin de Domesain, nommé cy-dessus
(p. 157). — Antonin, vicomte d'Etchaux (ou de Chaux,
suivant sa signature), seigneur catholique capitaine
de gens de pied dans l'armée que Terride conduisit en
Béarn. — Gabriel d'Uhart, baron d'Uhart, lieutenant
de Domesain pendant la guerre de 1569. — Jean
d^Armendaritz, nommé cy-dessus (p. 158). — Jean
d'Esparça. — Jean de Beaumont- Navarre, seigneur
d'Artieda par son mariage avec Leonor de Esparça y
Artieda (Jaurgain, Revue de Béarn^ 1884, p. 292).
II
Les Articles en voiez au Roy parla Royne de Navarre
présentent la jmtification de la princesse vis à vis de
ses sujets révoltés et le tableau des plaintes du parti
réformé. Jeanne parle de ces Articles dans ses Mémoires
(p. 60). La reine mère crut y reconnaître l'dpre
langage des conseillers du prince de Condé. Il est cer-
tain que le porteur^ la VaupilièrCy était passé par
Noyers et il serait possible que le post-scriptum ait été
ajouté à Noyers.
Voici les circonstances qui donnèrent naissance à
ces Articles.
A la suite de la déclaration de guerre des gentils-
hommes de la Basse Navarre^ Jeanne d'Albret ordonna
le siège du chdteau de Garris, du haut duquel Luxe
et ses complices avaient Vaudace de braver leur souve-
raine^ quand Bertrand de Salignac de la Mothe Féne-
Ion, au nom du roi de France^ offrit sa médiation. Il
obtint facilement le pardon des rebelles et les réintégra
dans leurs biens et dans leurs dignités. En retour , la
reine de Navarre^ par les présents Articles, adressa
requête au roi contre les injustices et les violences du
parti catholique en Guyenne.
— 166 -
Nous sommes heureux de pouvoir y joindre la
la réponse du roi, qui reconnait à la fois le bien fondé
de la plupart des plaintes de la reine de Navarre et
son impuissance à lui rendre justice.
Ces deux documents sont inédits et sont conservés
en copie du temps dans les V^ de Colbert, vol. 24,
f. 167 et 179.
Articles envoiez par la royne Jeanne de Navarre
AU ROY TANT SUR l'oBSERVATION DE l'ÉDIT
DE PAGIFIGATION QUE POUR LE GOUVERNEMENT
DE Guyenne;
GeSD. ARTICLES PORTES PAR LE S. DE YaUPIUÈRE
7 et 31 juillet 1568
Lettre de créance en faveur du s. de Vaupilière. —
La reine de Navarre a pardonné à ses sujets
rebelles suivant les désirs du roi. — La paix géné-
rale dépend de Tobservation de Tédit de pacification.
— Plaintes contre les arrêts du parlement de Tou-
louse et les meurtres commis par Biaise de Monluc
en Guyenne au mépris de l'amnistie. — La reine
de Navarre proteste contre la prétention de Monluc
de mettre garnisons en certaines villes qui lui
appartiennent. — Elle proteste contre la mission
du président de La Perrière en Soûle. — Elle pro-
teste contre un arrêt du parlement de Bordeaux. —
Elle proteste contre l'ingérance du s. de Bellegarde
dans le comté de Foix — Elle invite le roi à
envoyer un prévôt des maréchaux dans led. comté
pour réprimer les séditieux. — Elle demande au
roi de donner au prince de Navarre, lieutenant
général en Guyenne, mission et pouvoir de par-
courir son gouvernement. — Prière de révoquer le
— 188 —
B. deMontaut, investi par Monluc du gouvernement
des Landes. — Prière de délivrer de leurs garni-
sons certaines villes de Vendomois, de Picardie et
de Guyenne qui appartiennent à la reine de Navarre.
— Nouveaux griefs de la princesse contre Monluc.
— Excès de pouvoir de Bellegarde dans le comté
de Foix. — La faveur que la reine de Navarre
demande pour son fils a été accordée au duc de
Guise en Champagne. — Plaintes contre le s. du
Lude, qui a cessé de mentionner le nom du prince
de Béarn en tête de ses actes. — Excès des com-
pagnies royales en Picardie, Limousin et Poitou.
— Garnison de la compagnie du prince de Béarn.
— Plaintes contre les violences de certains capi-
taines dans le comté de Foix.
Le sieur de Vaupillière *, envoyé au Roy de la part
de la Royne de Navarre, remerciera très humblement
Sa Majesté de la faveur et honneur qu il luy a pieu
faire à lad. dame de luy confirmer par Monsieur de
la Molhe Fenellon^, chevalier de son ordre, Tamiclyé
qu'il luy a tousjours portée, la suppliant très hum-
blement de luy vouloir continuer, comme à celle
qui est honnorée de luy estre si proche et qui pei*sé-
verera toute sa vie au debvoir de la fidélité et sub-
jection qu'elle luy doibt.
Fera pareillement entendre à Sad. Majesté comme
ayant lad. dame receu l'advis et conseil qu'il luy a
pieu luy donner pour mectre fin aux troubles de son
\. — Antoine Martel, s. de la Vaupilière. Voyez les
Mémoires j p. 60.
2. — Sur la mission de la Mothe Fénelon. Voyez
les Mémoires^ p. 54.
— 169 —
royaulme deçà les Ports*, combien qu'il luy semblast
qu'elle ne feust pas par là si bien satisfaicte de ses
subjectz sur les choses passées que le cas le requéroit.
Néantmoings, pour le respect qu'elle a voulu porter
et portera tousjours à ce qui luy viendra de la volonté
de Sad. Majesté, elle a, promptement et sans retar-
dement ne difficulté quelconque, encline aud. advis
et conseil, et l'a observé de poinct en poinct; ainsi,
que le pourra bien tesmoigner led. s. de la Mothe;
lequel s'est bien et dextrement employé à ceste négo-
ciation pour amener au vray chemin d'obéissance
lesd. subjectz, qui, trop inconsidérément, se vou-
loyent rendre difficiles à se départir de leurs pré-
tentions et entreprinses, qui ne peuvent entetidre ne
consentir à la paix et repos du monde. Toutesfoiz
les choses ont si généreusement succédé qu'ayant,
lesd. subjects, recongneu lad. dame et s'estant humi-
liés à elle selon leur debvoir, elle les a bien bénv*
et receuz en sa bonne grâce, en laquelle elle les
veut maintenir comme ses bons et loyaulx subjectz
et serviteurs, et, pour ne souvenir jamais du passé,
si-eulx mesmes ne le font revivre; ce qu'elle estime
qu'ilz ne vouldront pas faire, maiz plustost qu'ilz luy
i. — Ports, portus. On désigne soua ce nom sur la
frontière d'Espagne les vallées qui traversent les
Pyrénées.
2. — Ce mot tranche une question qui était restée
incertaine. Lorsque La Mothe Fénelon eut obtenu la
grâce des seigneurs révoltés, il fut décidé qu'ils
iraient en personne à Pau pour implorer leur pardon.
D'après Olhagaray, Jeanne leur adressa d'amers
reproches et leur reprocha leur déloyauté (p. [>73).
D'après Bordenave, au contraire, elle les « caressa
bénignement » et les combla de présents (p. 150). Le
passage cy-dessus tranche la question en faveur de
Bordenave.
- 170 -
donneront occasion par leurs bons offices de leur
continuer la bonne affection qu'elle leur porte et de
les grattifier en tout ce qu'il lay fera plaisir; à quoy
lad. dame sera tousjours bien disposée et de très
bonne volunté.
Remonstrera aussi, led. s. de Vaupilliëre, qu'ayant
pieu i Dieu faire à Sad. Majesté la grâce de remectre
son royaulme en paix et trausquillité, lad. dame,
Royne de Navarre, a de quoy se resjouir de ce grand
bénéfice aultant et plus que nul aultre de ses sub-
jectz, voyant par là Sad. Majesté en repos et prévo-
yant aussi que, de la continuation des troubles, ne se
pouvoit actandre que l'entière ruyne et dislocation
de sond. royaulme et subjectz; toutesfois qu'il
semble, par les actions et desportemens dont on use
en la pluspart des endroictz dud. royaulme, ne vou-
lant en aulcune manière recevoir ne entretenir
l'édict de paciffication, qu'on ait délibéré de recom-
mencer ceste piteuse tragédie; à quoy pourtant tous
les gens de bien dud. royaulme ne pourront donner
consentement. Supplye très humblement lad. dame,
royne de Navarre, Sad. Majesté de vouloir, par son
auctorité et de l'advis de ses plus fidèles subjectz et
serviteurs, pourvsoir là dessus tellement que, faisant
cesser les meurtres et massacres, pilleries et tous
aultres excès et cruaultés, qui se commettent contre
sesd. subjectz qui font profession de la religion
réformée, ostant aussi tout ce qui peult engendrer
subçon, comme font les armées que les gouverneurs
des provinces tiennent encores levées, les gens des
garnisons qui vivent à discrétion sur le peuple, et
faisant par Sad. Majesté indifféramment congnoistre
à sesd. subjectz quelle s'asseure d'eulx sans aulcune
deffiance de leurs bonnes intentions, on puisse jouyr
- 171 -
•
du repos auquel il a pieu à Dieu remectre led.
royaulme par le moyen d'ieelluy édict; de l'obser-
vation et entretenement duquel il est certain que
dépend la paix et tranquillité dud. royaulme.
Comme au contraire la rupture nous ramènera tous-
jours aux troubles plus dangereux qu'on ne les a
jamais apperceuz ny sentiz. Et si y a grande appa-
rence qu'en plusieurs endroicts d'ieelluy royaulme
les subjectz de Sad. Majesté^ si laz et travaillez du
passé que maintenant ilz ne désirent qu'ung peu
de relasche et de reprise d'aleyne par le bénéfice
dudict édict, la pluspart des catholicques, scachant
bien que l'intention de Sadicte Majesté est que son
édict soit entretenu et s'asseurant que ladicte rump-
ture ne pourroit procéder que de quelques particul-
liers séditieux, ennemys de paix et de concorde, de
mesme de la couronne de France, bazarderont fran-
chement leurs vies avec les autres bons subjectz de
Sadicte Majesté qui se voudront s'opposer à la viol-
lance qu'on vouldroit entreprendre de faire contre
et au préjudice d'ieelluy édict au desceu et contre la
volunté de Sadicte Majesté; à laquelle ladicte dame,
reyne de Navarre, supplye très humblement de
prendre de bonne part ceste remonstrance, qui luy
est faicte d'une pure et très bonne intention par celle
qui désire de toute son affection l'accroissement de
son estât avec bonheur et toute prospérité.
Et pour toucher à quelques particularités de ce
qui s'est passé en la Guyenne et en Languedoc, par
oii l'on a peu prendre advis qu'il reste encores beau-
coup de mauvaise volunté en aulcuns espritz turbu-
lents^ qui ne cesseront jamais qu'ilz n'ayent, si leur
est possible, remys la France en la calamité des
troubles qu'encores elle lamenta, ladicte dame
1
— 172 —
envoyé l'arrest de la cour de Parlement de Tholose
sur la publication dudict édicté et les coppyes de
deux lettres missives, l'une de Mons. de Honluc
escripte à Mons. de Gondrin ^, et l'aultre de deux
cappitoulz dudict Thoiose, envoyez en court, qu*ilz
ont aussi escriptes à leurs compaignons; par oii il se
pourra juger s'il y a occasion de doubler de l'entre-
tenement dudict édict. Joinct aussi à tout cela les
meurdres^ massacres et penderies qu'on a faictes de
ceulx de ladicte religion réformée audict pays de
Guyenne et de Languedoc, et nominément ledict
sieur de Monluc, qui, entre les autres qu*il a faictz
mourir depuis ledict édict, a faict pendre et estrangler
sans formalité de justice ung nommé le cappitaine
Mesmes^, homme de bien et bon soldat, nepveu du
s. de Rouessy.
Le semblable a esté faict d'ung garde des parcqs
de ladicte dame, reyne de Navarre, dont elle se
treuve grandement offensée; davantage, infinies
1. — Arrêt de la cour de Toulouse qui repoussait
redit de pacification rendu après la paix de Long-
jumeau. Voyez les Mémoires^ p. 60.
2. — Bertrand de Pardaillan, baron de la Mothe
Gondrin, capitaine catholigue, fils de Biaise de Par-
daillan de la Mothe Gondrin, tué à Valence en 1562.
Bertrand était sénéchal des Landes en 1573, gentil-
homme de la chambre du roi en 1580, et vivait
encore en 1603.
3. — Jehan de Mesmes, capitaine protestant, ori-
ginaire de Mont-de-Marsan, avait pris part à la guerre
civile de 1562. Voyez les Commentaires de Monluc,
édit. de la Soc. de Thist. de France, t. m, p. 15, note.
Il fut fait prisonnier en pleine paix au commence-
ment de 1565, conduit à Condom et condamné peu
après. sur les instances de Monluc. Voyez les lettres
de l'atueur des Commentaires du 2 et du 4 mars 1565
(t. V, p. 10 et 12).
r
— 173 —
pilleries, excès et insolences se sont commises depuis
ledict édict et se continuent encores. Au moyen de
quoy et voyant d'autre part les ligues que ledict
sieur de Monluc a faictes en Guyenne, les garnisons
qu'il tient aux villes et qu*il praticque d'y maintenir
et augmenter comme s'il n'estoit rien de la paix, et
que les officiers de la justice, tant de Sa Majesté que
ceux de ladicte dame du ressort de Tholose et de
Bourdeaulx, ne sont encore rentrez en l'exercice de
leurs charges ny une infinité de gens de ladicte reli-
gion réformée en leurs maisons; mesmes audict
Tholose, retiennent encores prisonniers ung grand
nombre de gens de ladicte religion, qu'ilz ne veuillent
mectre en liberté selon la teneur d'icelluy édict;
cella faict qu'une infinité de personnes sont comme
en désespoir et pensent de si près à leurs affaires
qu'il en pourroit sortir quelque grand inconvénient,
et s'il n'y est bien promptement et dextrement
remédié; combien que ladicte dame ne cesse jamais
d'asseurer et les ungs et les autres de Tintention de
Sadicte Majesté, qui est que icelluy édict soit invio-
lablement gardé et observé et que chacun vive en
paix et transquillité soubz l'obéissance d'icelluy édict.
Aussi désire bien lad. dame que Sad. Majesté soit
informée que led. s. de Monluc, pour faire tousjours
choses nouvelles et principallement qui puissent
desplayre ou préjudicier à icelle dame, a mys en
délibération de mectre garnison à Saint-Sever, Gre-
nade, CazereSj Ayre, Barsalone, Naugarro, Riscle,
Mauburguet, Marsiac, Tarbes * et autres lieus, joi-
1. — Saint-Sever (Landes). — Grenade (Landes).
— Gazeres (Landes). — Aire (Landes). — Barcelonne
{Gers). — Nogaro (Gers). — Riscle (Gers). — Mau-
)0urguet (Hautes -Pyrénées). — Marciac.(Gers).
- 174 —
gnans et contigus du pays de Béarn, mesmes jMsqaes
à parler d'en mectre à Nérac, à Ghastelgeloux et le
Mas d'Agenoys S qui sont les principajles maisons
de lad. dame en son duché d'Albrét, où elle a bonne
partye de ses meubles et papiers; ausquelz lieux il
n'en fut jamays ordonné ny logé pour estre la plus-
part d'ieeulx anx comtés de Bigorre et d'Armagnac,
appartenaos à lad. dame et de tout temps exemps
de telles charges. Au moyen de quoy luy seroit faict
trop grand tort et préjudice de la priver de ceste
longue possession, droict et auctorité qu'elle y a; et
encores plus de faire par ceste occasion si évidente
démonstration que Sad. Majesté fust entrée en quel-
que deffiance de sa loyauté.
A ceste cause supplye très humblement d'ordonner
et commander que lesd. garnisons ne seront point
mises ausd. lieux, ne aultres proches dud. pays sou-
verain de Béarn, ou qui soyent appartenans à lad.
dame et en possession de n'en avoir poinct. Car
malaisément pourroit elle souffiir chose quelconque
dud. s. de Honluc^ qui offensast sa grandeur et
réputation, ou qui la mist en subson de deffiance
envers Sadicte Majesté; de laquelle elle scaura et
vouldra tousjours bien prendre ce qui luy viendra
de sa propre volunté et y obéyra sans aucun regrect
ne contradiction. Se fiant aussi, tant de l'amictyé
que Sad. Majesté luy a tousjours portée et qu'il luy
plaist encores luy continuer, qu'il ne sera jamais par
son advis et consentement faict à lad. dame traicte-
menl indigne de l'honneur qu'elle a de luy appar-
tenir et de la fidellité et loyaulté qu'elle et ses
\. — Nérac, (Jasteljaloux, le Mas d'Agenais (Lot-
et-Garonne).
r
— 176 -
prédécesseurs onl tousjours gardée au service de sa
couronne, pour la conservation de laquelle il n'y a
subject de Sa Majesté qui ait plus d'affection ny de
moyen que lad. dame et led. s. prince son filz; les-
quelz, pour ces considérations et de l'honneur qu'ilz
ont d*en deppendre et en estre si proches, ne deman-
dant pour toutes choses que la bonne grâce de leur
Roy, doibvent estre plus respectez que celluy qui
ne va que comme le gain, l'ambition ou la vindicte
le poulsent, et duquel ladicte dame ne peult et ne
veult rien plus souffrir en ce qu'il entreprendra de
son particulier et au pardessus ce qui estetdeppend
de sa charge. Et sçaura lad. dame bien congnoistre
ce qui appartiendra à son estât, concernant le ser-
vice de Sadicte Majesté pour y satisfaire, comme au
contraire, en ce qui n'en deppeudra et n'en sera
poinct, elle s'asseurera de bien pourveoir à l'arrester
et faire contenir en ses limites sans passer plus
ouitre. Estimant que Sadicte Majesté ne vouldra pas
aprouver que quiconques que ce fust abusast de son
nom et aultrement et s'en fortifiast pour l'exécution
de ses mauvaises intentions, spéciallement à Ten-
droit de lad. dame reyne de Navarre ; laquelle est
assez advertye que icelluy s. de Monluc, par ses
promptes et légères despesches et pour faire à l'acous-
tumé valloir sa marchandise, a donné beaucoup
d'advis à Sad. Majesté, mesme depuis^que Mons. de
la Mpthe Fénelon est premièrement venu en ses
quartiers. Lesquels advis se trouveront tousjours
catumpnieulx ; s'en remettant lad. dame aud. s. de
la Mothe, vray tesmoing de ses actions et desporte-
mens, despuis le commencement de la négociation
des affaires pour lesquelz Sad. Majesté l'avoit despes-
ché par deçà.
— 176 —
Ladicte dame royne de Navarre a par cy devant
supplyé très humblement Sad. Majesté de luy faire
justice de ceulx du pays de Soulle^, qui sout entrez
armez en assemblée et congrégation illicite en ses
royaulme et pays souverains^ ou ilz ont exécuté plu-
sieurs actes d'hostilité, voilé et pillé ses naturelz
subjetz et aulcuns aussi de Sad. Majesté^ qui s'y
estoient retirez pour la seureté de leurs biens et vies,
desquelz ilz en ont meurdry aucuns qu'ilz ont par
viollence transportez dud. pays souverain aud.
Soulle, pour là exécuter sur eulx leur rage; à quoy
Sad. Majcbté avoit pourveu, escripvaiit à Mons. de
la Perrière^, président en la court de Parlement de
Bourdeaulx, qu'il eust à s'en aller aud. Soulle pour
en informer et en faire justice et à Messieurs de lad.
court d'y tenir la main, et à ceste fin permettre aud.
s. président de faire led. voyage. Là dessus lad.
court a expédié commissaire aud. s. de la Perrière
pour procéder jusques au jugement de tortures;
lequel estant aud. Soulle, principalement pour faire
publier l'édict de paciffication, a trouvé aud. pays
fort peu de respect, comme il se pourra tousjours
bien aysément veoir. Néantmoings après si longue
contestation et avoir faict par lesd.habi tans plusieurs
protestations, lad. publication d'édict a esté faicte;
et passant oultre par led. s. de la Perrière, sans auc-
s
1. — Soulèvement de la Basse Navarre. Voyez les
Mémoires, p. 50, et la pièce justificative n® 1,
2. — Louis Goyet de la Perrière, avocat général
au parlement de Bordeaux, puis quatrième président
à ladite cour, fut investi le 18 juin 1570 de la charge
de premier président en place de Jacques-Benoist
de Lagebaston, et y fut reçu le 18 août (Registres
secrets du parlement de Bordeaux, copie conservée
à la Bibliothèque de Toulouse, B. 161, f. 51 et suiv.).
— 177 —
torîté ny pouvoir qa'il en eust et au grand préjudice
dudîct édict, a tenu en suspens aucuns officiers de
Sad. Majesté de l'exercice de leurs estatz, et commis
autres leurs délateurs en leurs places; qui a faict
penser à lad. dame royne de Navarre, voyant ceste
manière de procéder et pour autres considérations
aussi, qu'elle ne pouvoit espérer de cest endroict la
justice qu'elle demande des cas et excès susditz
commis en sesd. terres souveraines. Et par ce a dif-
féré de faire vacquer à lad. information jusques
après en avoir faict à Sad. Majesté remonstrance
avecq très humble requeste de luy ordonner autres
commissaires, desquelz lad. dame n'ait suspeçon
aulcun ; ce qu'elle luy supplye luy voulloir accorder *.
Pareillement, sur la déclaration qu*il a pieu à Sa
Majesté faire expédier touchant larrest de la court
de Parlement de Bourdeaulx donné à la défaveur de
ladite dame royne de Navarre, Sa Majesté sera sup-
plyée d'ordonner que lad. dame soict pour ce regard
mieulx satisfaicte, et que led. arrest soict biffé ou
rayé des registres de lad. court comme donné sans
fondement ne occasion quelconque, partye non oye
et par juges incompétans, qui n'ont nulle puissance
ny auctorité du faict des armes ^; ainsi que led. s.
de Vaupillière remonstrera plus amplement.
1. — Le récit de la mission du f)résident de La
Ferrière en Soûle est exposé dans une analyse
publiée par M. de Jaurgain (Revue de Béarn, 1884,
p. 293). La mission de La Ferrière fut courte. Parti
de Bordeaux le 18 mai il rentra à Bordeaux le
13 juin.
2. — Il s'agit ici dès arrêts du parlement de Bor-
deaux en vertu desquels le président de La Ferrière
fut envoyé dans la Basse Navarre pour publier Tédit
de Longjumeau. Toutes les copies des registres
12.
— 178 -
Entre les autres auctoritez et libériez dont lad.
dame est en possession immémorialle en son comté
de Foix., les habitans sont exemptz de garnison de
gens de guerre et de tous subsides et impositions de
deniers, et d'avantage n'y a eu jamais lieutenant de
Roy, en quelque province que ce soit du royaulme,
qui ayt entrepris de commander aud. pays de Foix,
mais en a tousjours demouré l'auctorité au Comte
qui, soubz Tobéissance et par le service de Sa Majesté,
y a absolument commandé. Et combien que le s. de
Bellegarde S qui se dict avoir charge en certains
eudroictz sous led. s. de Honluc, ne puysse ignorer
telles auctoritez, néantmoings, il a, ces jours passez,
mandé aux habitans de certaines villes dud. comté
qu'ilz n'eussent à faillir de recevoir les garnisons
qu'il avoit délibéré d'y envoyer. De quoy estant lad.
dame advertye, elle a mandé à ses subjectz, soubz la
souverineté de Sa Majesté, de ne luy obéyr poinct^
actendant qu'elle en auroit donné advertissement à
Sad. Majesté, pour en avoir desclaration expresse^
laquelle elle supplye très humblement luy vouloir
accorder et faire expédier, à ce que suivant lesd.
auctoritez, libertez et possession^ lad. comté demeure
exempte desd. garnisons et de tous subsides et impo-
sitions de deniers, sans qu'il soict permys à aucun
d'entreprendre au contraire en façon ne manière
secrets du parlement de Bordeaux, celle de Bordeaux
celle des Bibliothèques de Paris et de Toulouse conte-
nant une lacune d'août 1566 au 14 novembre 1570,
ces arrêts n'existent plus.
1. — Roger de Saint-Lary de Bellegarde, père du
maréchal Roger de Bellegarde, lieutenant du roi en
Comminges sous le règne de Charles IX, tué à la
bataille d'Arnay-le-Duc en 1570. Secousse a écrit
sa vie.
f
- 179 -
quelconque. Et par ce que lad. dame se confie tant
en Sad. Majesté qu'elle luy vouldra conserver ce que
ses majeurs et aucteurs luy ont acquis par la fidélité
qu'ilz ont tousjours porté et les services remarquables
qu'ilz ont faictz à sa couronne, à laquelle elle n'a
pas moins d'afiection, elle n'en fera pour ceste cause
icy plus ample remonstrance ; seullement persistera
à sa très humble requeste de la maintenir en ses
droictz, auctoritez et possession susdites.
Et d*aultant que le pays de Foix et plusieurs
autres terres et seigneuries, que lad. dame tient
soubz l'obéissance de Sa Majesté, sont, à son très
grand regret, par trop fornys de gens insollens et de
mauvaise vie qui, pour la confiance et seureté qu'ilz
ont en plusieurs lieus inacessibles aux monts Pyren-
nées^ proches et contiguz desd. pays, se sont telle-
ment licentiez à mal faire et accreuz en nombre
qu'ilz ne laissent maléfices qu'ilz ne commectent en
tous lieulx et envers toutes sortes de gens, pour les-
quels réprimer et punir plus promptement et faci-
lement, sans entrer en longueur de procès ordinaires,
il seroit expédient et nécessaire d'y faire procéder
par ung prévost des mareschaulx, lad. dame reyne
de Navarre supplye qu'il soit le bon plaisir de Sa
Majesté de faire expédier sur ce commission adressée
au premier sénéchal ou prévost des mareschaulx sur
ce requis, qui jugera ses procédures à ung siège pré-
sidial plus commode comme il advisera, interdisant
à toutes courts de Parlement et autres la congnois-
sance des causes dont led. prévost sera saisi et des
deppendances d'icelles.
Lad. dame royne de Navarre, ayant maintenant
paciffié ce qui estoit troublé en ses pays souverains^
s'est résolue d'aller visiter ses terres et seigneuries
— 180 —
qu*elle tient soubz Tobéissance de Sa Majesté pour y
recevoir ses hommages et faire le meilleur mesoage
qu'il luy sera possible sur les grandes usurpations
qui luy ont esté faictes, af&n que, par l'augmentation
de son revenu, elle ait tant plus de moyen de conti-
nuer à Sad. Majesté le secours qu'elle luy doibt et
veult rendre tout le temps de sa vye. Et par ce que
la pluspart desd. terres et seigneuries, comme sont
le duché d'AIbret, les comtez d'Ârmagnac, de
Roddez et de Périgort, la vicomte de Limoges et
autres sont soubz le gouvernement de Guyenne,
duquel led. s. prince de Navarre a esté honoré d'estre
pourveu, et que lad. dame, en ce voyage et Visitation
de terres, veult estre accompagnée dud. s. prince,
son filz, lequel, pour estre le premier prince du sang,
sembleroit estre par trop desiavorisé si, estant en
sond. gouvernement^, il n'y exerçoit sa charge.
A ceste cause lad. dame supplye très humblement
Sad. Majesté, de permettre et commander aud. s.
prince qu'il s'employe et face son estât, assisté toutes-
foys de deux ou troys des seigneurs cy-après nommez,
s'il plaise à Sad. Majesté le trouver bon ainsi. Qui
sont : Messieurs de Candalle^ le marquis de Yillars,
4e Biron, de Lauzun, de Caumont et de Jarnac^ par
l'advis et conseil desquelz ou de ceulx d'entre eulx
qu'il plaira à Sad. Majesté nommer et eslire, toutes
choses passeront et seront traictées, et non autrement.
Et s'il plaist à Sad. Majesté aussi elle prohibera à
1. — Henri de Béarn avait été désigné comme gou-
verneur et amiral de Guyenne peu après la mort de
son père, par lettres du roi sans date, qui ne furent
enregistrées au parlement de Paris qu après la paix
d'Amboise, le 31 juillet 1563 (coll. du parlement, vol.
556, f. 143.)
— 181 -
ung nommé Montault ^ d'exercer la charge qui luy
a esté baillée par led. s. de Monluc du gouver-
nement des haultes Lanues, comme il se verra par
la coppie de l'expédition qui luy en a faicte, n'estant
d'aucun besoing de pourveoir en ce quartier-là de
ce nouvel estât, et quand, pour le service de Sa
Majesté, il seroit nécessaire, led. s. prince de Navarre
désireroit bien qu'il fust commis, pour commander
en son absence, quelque gentilhomme expérimenté
aux armes, qui sont partyes requises à une telle
Xîharg.e, desquelles néantmoings ne s'en trouvera pas
une seule aud. Montault.
Quant au fait des garnisons, de Yendosme, Ham,
la Fère, Lectoure, Rocquefort de Marsan 2 et autres
villes appartenans à lad. dame, led. s. de Vaupillère
est instruit de ce qu'il a à remonstrer et à poursuivre
là-dessus, pour obtenir qu'il plaise à Sa Majesté
remettre lesd. villes et autres, qui appartiennent à
lad. dame, en pareille liberté qu'i^lles estoient aupa-
ravant les troubles, sans gouverneurs ny garnisons
aucunes, affin que les auctoritez de lad. dame estant
conservées, ses subjectz soubz Tobéissance de Sa
Majesté soyent aussi supportez et soulagez.
Du YII« de juillet 1568.
Jehanne.
Outre le contenu en la présente instruction, led.
1. — Jean de Puységur, s. de Montaut Brassac,
seigneur catholique, originaire de Chalosse, parent
de Biaise do Monluc, prit part à l'invasion de la
Navarre en 1569. Il est souvent cité dans les
Commentaires.
2. — Vendôme (Loir-et-Cher), Ham (Somme), La
Fère (Aisne), provenaient de la succession d^Antoine
de Bourbon. Lectoure (Gers), Roquefort (Landes),
appartenaient à la maison d'Albret.
— 182 -
s. de Yaupillère a eu charge et commandement de
la royne de Navarre de dire et remonstrer de bouche
à leurs Majestez, assavoir : sur le troysième article^
auquel lad. dame faict remonstrance de ce qui est
nécessaire pour le repos et transquillité de ce
royaulme, qu'il plaise à leursd. Majestez user de
mesme conseil et advis qu'il leur a pieu donner à
lad. dame.
Sur les autres articles qui concernent Monsieur de
Honluc, led. s. de Yaupillière a à remonstrer les
actes et déportemens dud. s. de Monluc, qui sont :
d*avoir mis les garnisons de sa propre auctorité, à
Montignac le Comte et à Exideuil^, oii sont tous les
papiers de lad. dame, mesmes ceulx qui concernent
ses comté de Périgord et vicomte de Ly mosin ; d'avoir
faict don à qui bon luy a semblé des biens des sub-
jectz de leursd. Majestez et de lad. dame, et mesmes
dud. s. de Yaupillière; iceulxd'ung auctorilé royalle
confisquez et de ce donné lettres patentes; outre-
passant trop advantageusement les bournes et limites
de sa charge, comme de ce apert par le double des
despesches qu'il en a faictes; d'avoir saisi au s. de
Rocques^, maistre d'hostel de lad. dame, la somme
de six mil livres tournois qu'il ne peult ravoir ne
retirer; oultre les deniers qu'il a pris et exigez es
duckez d'Albret et terres de Montpaon et Sensac^,
et une infinité d'autres excès, qui se trouveront si
on en veult faire recherche.
Sur le septiesme, led. s. de Yaupillière a à raporter
1. — Montignac, Exideuil (Charente).
2. — Jean de Secondât, s. de Roques. Voyez les
Mémoires, p. 28.
3. — Montpaon (Aveyron). — Sansac (Cantal).
— 183 -
les lettres patentes qu'il a pieu au Roy décerner sur
l'arrest de lad. court de Parlement de Bourdeaulx,
affin de les faire réformer suyvant les mémoyres qui
luy en ont esté baillez.
Sur le huictiesme, led. s. de Vaupillière, touchant
les immunitez du comté de Foix, a charge de remon-
trer que le s. de Bellegarde y entreprend sans le
consentement de lad. dame, taict plusieurs levées
de deniers, et entre autres une de troys mil livres,
pour le payement du cappilaine la Yougie et de sa
compagnie^ et est après pour faire le semblable pour
plusieurs autres compagnyes. Kemonstrera aussi le
semblable pour le regard des comtez de Bigorre,
vicomte de Marsan, Tursan, Gavardan et Nebousan,
estans tenuz à mesmes privilèges que lad. comté de
Foix et en déppendant.
Sur le dixiesme article, pour le regard du gouver-
nement auquel Monseigneur le prince de Navarre,
en Taage de quinze ans, désire, soubz le bon plaisir
et auctorité du Roy, de commander, led. s. de Yau-
piliière a charge de supplier très humblement Sa
Majesté de ne faire en cela moindre faveur que à
Monsieur de Guyse^, qui a eu pareille auctorité et
permission pour le gouvernement de Champaigne,
et demander à Mons. le comte de Lude ^, lequel
desdaigne de se nommer gouverneur en l'absence de
Mond. s. le Prince au pays de Poictou, qu'il ait
doresnavant à respecter led. s. Prince, tant en ses
tiltres que au faict de sa charge, recongnoissant led
1. — Henri de Lorraine, duc de Guise, alors âgé
de dix sept ans.
2. — Guy de Daillon, deuxième comte du Lude,
lieutenant ae roi en Poitou sous le gouvernement du
prince de Béarn, sénéchal d'Anjou, mort en 1585.
- 184 —
pays de Poictou estre compris aud. gonTernemeiit
de Guyenne.
Quant au dernier article, pour le regard des
exemptions des .garnisons, qui sont es terres et mat-
sons de lad. dame et dç lions, le Prince son filz^ led.
s. de Yaupillière a à remonstrer que Lectoure, Roc-
quefort de Marsan et villes qui sont en Périgort et
Lymosin, ne sont places de frontières. Quant à
Yendosme, qui est la principale maison de Mond.
s. le Prince et en laquelle y a cinquante argouletz,
qui ont faict infinyz mauix, dégastz et démolitions,
jusques à enlever le plomb des gouttières et couver-
tures, et lesquelz, oultre ce qu'ilz sont soudoyez et
nourryz par ceulx du pays, qui en sont taillez ^ pour
cest effect, tant s'en fault qu'ilz en resentent aucune
commodité et que ceulx du plat pays en soyent con-
servez, que au contraire ilz sont ordinairement pillez
et rançonnez. Quant à la Fère, Ham et aultres lieulx
de Picardye, ilz en sont sy excessivement chargez
que impossible leur est de les pouvoir supporter; et
d'autant plus que lesd. garnisons, despuis qu'elles
sont ausd. lieulx, n'ont receus aucuns deniers. Qui
faict que les pauvres habitans sont contrainetz
d'abandonner leurs maisons, sinon qu'ilz leur admi-
nistrent vivres et leur baillent argent pour les
achepter, comme de ce appert par les certiffica tiens
des cappitaines, qui sont es mains d'aucuns leurs
depputez, qui sont en ceste court, il y a troys moys,
sans pouvoir avoir expédition.
Oultre le contenu cy-dessus, led. s. de Yaupillière
a à supplier leurs Majestez commander que la com-
pagnye de Monseigneur le Prince soit despartye es
1* — Taillez, soumis à la taille.
— 185 —
yiltks de Condon^ Mezin ^ Naugarro et aultres lieulx
circon voisins, comme elle estoit de ses prédécesseurs.
Et pour le regard des cappitaines Tilladet', Mau-
yesin ^ et Castelnau^, qui ont faict plusieurs massacres
volleries^ viol^emens de femmes et de filles et aultres
exécrables excès, faictz et commis^ troys ou quatre
moys auparavant les derniers troubles, aux lieulx
des Cabannes^ au comté de Foix et Cassaignacvere^
au vicomte de Nebousan, quand lesd. cappitaines et
leurs soldats furent envoyez en Comminges pour la
querelle des s. de Soulan^ et de Rocquemorel ^; lad.
i. — Mezin (Lot-et-Garonne).
2. — Antoine de Cassagnet, s. de Tilladet, avait
accompagné Biaise de Monluc dans le comté de
Foix. Plus tard il devint gouverneur de Bordeaux
et mourut en 1569.
3. — Michel de Castillon, s. de Mauvesin en Con-
domois, cité par Monluc comme un de ses lieutenants
(Commentaires, t. iv, p. 315).
4. — Castelnau de Durban, chef de bandes catho-
liques. C*est lui qui força les Cabanes (voyez plus
loin) et qui remit, le 26 mai 1567, les réformés qui
s*y étaient réfugiés au capitaine Tilladet.
5. — Cabannes (Âriège), dans les montagnes, était
le lieu de refuge des réformés de Pamiers.
6. — Cassaignabère (Haute-Garonne).
7. — Le s. de Solan, gentilhomme huguenot du
comté de Foix, beau-frère de Michel d'Astarac, s. de
Fonterailles, avait armé une troupe de bandouliers
et faisait la guerre aux Roquemaurel « pour un oyseau,
« dit Biaise de Monluc, que ledit Fonterailles et
« Solan leur avoientprins d'audace. » {Commentaires,
t. v, p. 78).
8. — Les Roquemaurel, dit Biaise de Monluc (Com-
mentaires, t. V, p. 78), étaient deux frères. L'aîné
avait été maréchal des logis du roi de Navarre. Le
second fut surpris en sa maison par Solan et Fonte-
railles et assassiné avec sa femme et ses enfants {ibid).
- 186 -
dame supplie très humblement Sa Majesté, suytant
les plainctes et la requeste qui luy en fust faicte l'an
passé, commander justice en estre faicte et ordonner
commissaires pour oest effect telz qu'il plaira à Sad.
Majesté, pourveu qu'ilz ne soyent de la court de Par-
lement de Tholose.
La responge que le Rot a ordonné estre faigtb
AUX Mémoires et Instructions
QUI ONT esté présentées A Sa MaJESTÉ
DE LA PART DE LA ROYNE DE NaVARRE PAR LE S.
DE LA YaUPIUÈRE
Le roi approuve la reine de Navarre d^avoir pardonné
à ses sujets rebelles. — Vif désir du roi de faire
entretenir l'édit de pacification. — Le roi excuse
le supplice de de Mesmes. — Les garnisons mises
par Biaise de Monluc étaient nécessaires. — Il a
été également mis des troupes dans certaines villes
appartenant à la mère du roi, à ses frères et aux
autres princes. — Le roi commande au parlement
de Bordeaux d'envoyer deux conseillers en Soûle
en place du président la Perrière. — Les mesures
prises dans le comté de Foix ont été arrêtées au
conseil. — La demande du prince de Navarre tou-
chant son voyage en Guyenne sera soumise au
. chancelier. — La reine doit subir les lieutenants
de roi dans les provinces du gouvernement de son
flls. — Le duc de Guise est à la cour et non en Cham-
pagne. — Le roi désirerait que le prince de Béarn
se rendît aussi à la cour. — Il donnera des ordres
pour payer régulièrement les gens de guerre.
- 188 -
Sur le premier article,
Le Ro) veult tousjours aymer la royne de Navarre,
tant pour luy estre sy proche, que pour Tasseurance
qu'il a de sa bonne vollonté qu'elle porte au bien de
ses affaires; en quoy Sa Majesté désire qu'elle conti-
nue, comme elle a tousjours faictà son contentement.
Sur le deuxiesme.
Le dict seigneur Roy a entendu avccques grand
plaisir que lad. dame royne de Navarre ayt mis fin
aux troubles, qui estoient en son royaume^ ayant
faict acte de vertueuse et saige priucesss et qui
ayme le bien de ses subgects, et la conservation de
son auctorité; oultre ce qu'elle a faict congnoistre à
Sa Majesté qu'elle a vollontiers suivy son conseil et
advis, lequel aussy luy a esté donné par Sa dicte
Majesté comme à celle qu'elle ayme et de laquelle
elle désire veoir la prospérité et embrasser !a protec-
tion de ce qui luy touche ; s'asseurant aussy, le d. sei-
gneur Roy, que la d. dame eust esté bien marrye de
ne pouvoir tenir la promesse qu'elle a tousjours
faicte à Sa Majesté, assavoir : de ne faire, donner ny
souffrir qu*il feust faict et donné aucun trouble ou
empeschement à ses subgects catholiques en leur
religion, privillèges^ ains de les laisser vivre suyvant
leurs coustumes anciennes. En quoy Sa Majesté prie
la d. dame de les voulloir maintenir et conserver^
et recepvoir d'eulx Tobéissance qui luy est deue
comme de ses bons et fidellcs subgects et serviteurs.
Sur le troysiesme.
Sa Majesté a tant d'envye et sy boime vollunté
de maintenir la paix de son royaume par le moien
de l'édict.de pacyftication, que tout ce qu'elle a
pensé pouvoir servir pour l'observation du d. édict,
despuis qu'il a esté publié, elle l'a faict et exécuté.
i — 189 —
I
Ayant mandé assez de foys à tous les gouverneurs de
provinces et lieutenans généraux et à ses cours de
Parlements, de faire ciiacun son debvoir en sa
charge pour Tentretenement du d. édict, et pour
chastier et punir ceulx qui y contreviendroient, affin
de maintenir tout son royaume en transquillité et
faire jouir ses subgects du fruict que Sa Majesté a
tousjours espéré du d. édit, et congnoissant assez
le mal que apporteroys ung autre commencement
de troubles. Et pour ceste occasion a vouUu se tenir
aussy armé, comme elle a faict, et tous ses d. gou-
verneurs et lieutenans généraulx, pour avoir tant
plus de moien de establir son édict de pacyffication
et chastier les contrevenans à icelluy, tant d'un costé
que d'autres; non pour avoir voullu engendrer
aucun soubçon à ses subgects, desquels Sa Majesté
peult avoir asseurance, pourveu qu'ils facent con-
gnoistre n'avoir aucune deffiance de la bonne vol-
lunté qu'elle a de leur entretenir ce quelle leur a
promis. Estant très marry, Sa Majesté, de tant de
meurtres, insolences qui se font en plusieurs endroicls
de son royaume, tant par les ungs et les autres; les-
quels elle veult faire très bien punir et chastier,
ayant mandé par toutes ses courts de Parlements d*en
faire la justice et leur debvoir; combien qu'il soit à
craindre, après une si grande désobéissance que celle
qui a esté en ce royaume durant les troubles derniers
pour son malaise^, que ung chacung ne se remette
sy tost à faire ce qui est de son debvoir, comme Sa
Majesté déseroit,et comme ceux de la Rochelle*, qui
1. — Allusion à la maladie du roi en 1568. Voyez
les Mémoires, p. 61.
2. — La ville de la Rochelle avait pris les armes
pendant la dernière guerre et n'avait reçu Tédit de
— 190 —
n'ont aucunement satisfaict à son édict de paciffica-
tion. Lequel led. seigneur Roy a délibéré d'entretenir
et faire bien garder par tous ses subjects, sans croire
le conseil de ces perturbateurs du lepos publicq,
dont lad. dame le prye de se garder; ayant agréable
l'advertissement qu'elle luy en donne, comme vray
tesmoignage de la bonne vollunté et intention qu'elle
porte au bien de ses affaires et de ce royaume.
Sur le quatriesme,
Encores qu*il y ayt des particuliers qui escrîpvent
chose qui ne soye conforme à l'intention de Sa Majesté
sur Tentretencment dud. édict, il ne fault pourtant
entrer en desfiance de la bonne vollunté que a Sa
Majesté à l'observation d'icelluy pour le r^ard de
ces meurdres, il a esté pourveu, ainsy qu'il est dict
au précédent article. Mais quant à celluy que le sieur
de Monluc ar faict exécuter, nommé le cappitaine
Mesmes, Sa Majesté a entendu que le procès en a esté
faict et jugé comme de l'ung des plus séditieux et
rebelles du pais. Et quant aux gens du Poitou, elle
n'en avoit encores esté advertie. Et sera escript audit
s. de Monluc qu'il mande comme ce faict est
passé. Touchant les garnisons que le sieur de Monluc
a mises en aucunes villes de la Guyenne, c'est par le
commandement de Sa Majesté, pour les occasions
susdictes; ne doublant pas, Sa Majsté, que durant
ces troubles derniers, il ne ayt esté commys de
faict beaucoup de choses à son très grand regret,
de ce que led. sieur de la Yaupillière a remonstré
paciâcâtion de Longjumeau que comme une trêve. La
ville n'avait pas déposé les armes, avait continué ses
fortifications et avait refusé de recevoir une garnison
du roi. Voyez Arcère, Hist, de la Rochelle, t. i,
p. 355 et suiv.
— 191 -^
à Sadicte Majesté sur led. article, que le malleur
du temps a permis d'estre falotes et ledit de pacif-
fication de les oublier et de ne s'en souvenir. Priant,
le Roy, lad. dame de ne se lasser d^asseurer tous ses
subgects, tant de Tung que de l'autre religion, de sa
bonne et pure intention à l'entretenement dud/édict,
affin que ung chacun vive en paix et amitié soubz
son obéissance.
Sur le cinquiesme,
Le Roy a telle asseurance de la bonne vollunté
que la royne de Navarre porte au bien de son service
et à la conservation de son auctorité, qu'elle ne trou-
vera jamais mauvais que led. seigneur Roy mette ou
face mettre garnisons et forces es lieux qui luy
appartiendront, èsquels il sera nécessaire pour main-
tenir uu chacun en obéissance d'y mettre bon frein,
comme Sad. Majesté a mis par toutes les villes et
lieux qui appartiennent à la Royne, sa mèie, et à
Messcigneurs les ducs d'Anjou et d'Allençon, ses
frères, et aultres princes et seigneurs de son royaume,
où il a esté conseillé de ce faire pour contenir ung
chacun en leur debvoir. Aussi Sad. Majesté ne veult
qu'il en soit mis es lieux où il se trouvera n'en estre
de besoing. A ceste cause sera escript au s. de Monluc
qu'il ayt à descharger de garnison ceulx desd. lieux
nommés au présent article^ où il verra n'estre besoing
d'y en tenir pour le service de Sa Majesté; ce qu'il
pourra trop mieulx juger que nul aultre, estant sur
les lieux. Et luy en escript, Sa Majesté, une bonne
lettre, affin qu'il ne face aucune faulte de satisfaire,
suyvant la bonne vollunté et l'affection que Sa Majesté
porte à lad. dame, royne de Navarra
Sur le sixiesme,
Quant Sa Majesté ordonna que le président Lafer-
— i»2 —
rière iroit en la vicomte de Soulle, c'estoii en intention
qu'il pourvoieroit à ce qae seroit de justice sur toutes
les plaintes qui luy seroient faictes. Et puis que ainsy
est que lad. dame royne n'a esté satisSaicte, le R6y
veult qu il soit escript à ceulx de la court du Parle-
ment de Bordeaulx, d*y anvoyer deux conseillers
d'icelle pour y donner l'ordre nécessaire pour le ser-
vice de Sa Majesté, de distribuer justice à ung chacun
en toute égallité et sincérité.
Sur le septiesme,
Lad. déclaration a esté faicte par le conseil du
Roy, après avoir meurement considéré ce qui s'y pou-
voit faire. De quoy il semble que lad. dame royne
de Navarre se doibt contenter, avecques asseurance
de la bonne amytié et grande affection que Sa
Majesté luy porte.
Sur le huictiesme,
Tout ainsy que le Roy n'a pas moindre voUunté
et affection à lad. dame royne de Navarre, qu'il a
tousjours eue, aussy veult Sadite Majesté la conserver
et maintenir en tous ses droits et privillèges acous-
tumés. La requérant, Sad. Majesté, seullement de
considérer que le malheur du temps et des calamités
passées sont Cause qu'il se faict beaucoup de choses
par duré nécessité, pour empescher que le, trouble
ne revienne; lesquelles il fault que lad. dame, royne
de Navarre, qui ayme le bien de ce royaume, excuse.
Toutefois il sera mandé au s. de Bellegarde qu'il
advertisse le Roy sur quelle occasion il veult mettre
garnison èsd. villes du comté de Foix, pour après
satisfaire à lad. dame royne sur ce qu'elle demande
par le présent article.
Sur le neuviesme,
Led. article sera communicqué à Monsieur e
— 193 —
chancellier pour avoir son advis sur icelluy.
Sur le dixiesme.
Le Roy a pour agréable que lad. dame royne de
Navarre pourveoie à ses affaires ainsy qu'elle voudra.
Youllant que partout oii elle passera et ira en son
royaume et terres, qui sont soubs son obéissance,
elle soyt respectée^ honorée et receue ainsy que le
mérite le lieu qu'elle tient, et le s. prince de Navarre
son fils; lequel Sad. Majesté prie de vouUoir que
ceulx qui ont commandé jusques à présent en son
absence en ce qui est de son gouvernement, le facent
encores pour quelque temps, tant pour ce que les
choses ne y sont sy bien pacyffiées et en sy bon estât
que Sa Majesté vouldroit, et aussy pour la relever de
tant de peine de soing; et de croire que le s. duc de
Guise, qui a esté mis en avant par le s. de la Yau*
pillère, est icy près du Roy, ne se meslant d'aucune
chose, et laisse du tout faire auK lieutenants géné-
raulx, qui sont en son gouvernement. Et désireroit,
Sad. Majesté, que led. s. et prince de Navarre feust
près de sa personne pour luy tenir compagnie, ainsi
que Sa Majesté luy a mandé par plusieurs foys. Youl-
lant au reste que tous ceulx qui sont commandant
au gouvernement dud. s. prince de Navarre luy ren-
dent tout l'honneur qui luy appartient et qui luy est
deu ; mesme du comte de Ludde, auquel il sera escript
ne prendre aucunes grandes villes qu'il n'en soit.
Sur le onziesme,
Sa Majesté a faict entendre aud. s. de Yaupillère
comme il estoit nécessaire que Sa Majesté tint des
forces es lieux nommés au présent article. Lesquelles
elle ordonnera estre paiées pour satisfaire à ce que
les habitans des villes ont preste et advencé pour
l'entretenement d'icelles.
13.
m
La lettre suivante^ dont le parti réformé fit grand
bruit, est adressée au cardinal de Créquipar un de ces
agents que les grands seigneurs entretenaient à la cour
pour le soin de leurs affaires personnelles. Elle révèle
le projet de surprendre à Noyers et à Tanlay les chefs
de la Réforme, La lettre avait été surprise par les
intéressés et ne fut pis le moindre des motifs qui les
décidèrent,, à la fin d'août 1568, à reprendre les armes.
La lettre est-elle authentique? A cette question nous
ne pouvons rien répondre,, si ce n*est qu'elle a les appa-
rences de l'authenticité. Elle s'accorde en tout point
avec ce que nous savons des tendances du roi et de la
reine mère à la date d'août 1568. Cependant elle
arriva si à propos pour la justification des réformés;
elle complète si bien les plaintes qu'ils adressèrent au
roi et aux souverains étrangers qu'il nous reste quelque
doute.
Les réformés la publièrent pour convaincre les chefs
catholiques de trahison et pour légitimer leur prise
d'armes. Elle parut d'abord en feuille volante et fut
répandue à profusion, imprimée ou manuscrite,, dans
les rangs de l'armée réformée à la fin de 1568. Plus
tard^ au milieu de 1570, après la paix de Saint-Ger-
— 196 -
iiuzin, elle fut réimprimée avec lei Mémoires de
Jeanne d'Albret dans /'Histoire de nostre temps et
dans THistoire de la troisième guerre civile de Jean
de Serres.
Lettre escripte par l'agent du cardinal
DE CrEQUY *, ESTANT EN COUR, A SON MAISTRE
9 août 1568
Monseigneur^ suivant ce que je vous ay faict enten-
dre le premier de ce mois, j'espère avoir exécuté la
charge qu'il vous a pieu me donner par deçà et avoir
expédié le principal poinct de vos affaires dedans la
sopmaine prochaine, pour le plus tard, et vous en
porter bonnes nouvelles et la despesche que vous
demandez. N'ayant peu, sitost comme vous m*avez
commandé, y satisfaire, pour avoir esté cinq jours
entiers à la suitte de la cour sans avoir peu trouver
la Royne à propos pour luy parler et faire entendre
le contenu en mon instruction, dont la maladie du
Roy ^ en partie a esté cause. Et, d'autre part la cour
- 1. — Antoine de Créquy et de Canaples, évêque de
Nantes puis d*Amiens, cardinal en 1565, mort le
5 juin 1574. Œétait un prélat assez modéré, étranger
aux intrigues de cour et résidant habituellement dans
son diocèse.
2. — Sur la maladie du roi, voyez les Mémoires
de Jeanne d'Albret, p. 61.
— 198 —
est 81 malaisée en ce lieu et si empeschée d^affaires
et des continuels advertissemens qui viennent de
toutes parts que les particuliers sont tenus en une
merveilleuse longueur, premier que d'avoir expé-
dition. Et ne doy vous celer, Monseigneur^ que, sans
la faveur et auctorilé de celuy à qui vous escrivez
six lignes de vostre main ^, je n'eusse eu encore si
bonne ne si prompte response. Lequel, Monseigneur,
il vous plaira remercier de la bonne façon^ comme
par la précédente je vous avoy escrit. Hier estant
allé à l'heure de son disner pour trouver le moyen
et l'occasion de luy parler de vos affaires (aussi qu'il
estoit près de se mettre à table) il m'appela et print
la peine de me dire le contenu de ladespesche qui a
esté faicte à monsieur le mareschal de Cossé ^ pour
vous la faire scavoir; par laquelle leurs Majestés luy
mandent de faire entendre aux principaux de la
noblesse de Picardie, qui tiennent la nouvelle religion,
et entre autres à aucuns qu'il me nomma, qui ne sont
pas amys de vostre maison et que vous cognoissez,
que le Roy les veut bien traicter, les maintenir en
l'exercice de leur religion et leur faire paroistre qu'il
les tient pour bons et loyaux subjects et serviteurs,
et que seulement ce qu'il faict maintenant est pour
asseuier son estât contre plusieurs rebelles et sédi-
tieux et insolents habitans des villes, pour par après
remettre toutes choses en un repos et estât paisible
\. — L'agent désigne probablement ici le cardinal
de Lorraine. Du moins le parti réformé crut recon-
naître le redouté cardinal et ce fut l'occasion de lui
attribuer la conception primitive de la surprise de
Noyers.
2. — Artus de Cossé Brissac , s. de Gonnor, frère
cadet du maréchal de Brissac, gouverneur de la
Picardie.
— 199 —
et favoriser la noblesse tant de l'une que de l'autre
religion, qui est la principale force, la taisant vivre
en union sous Tauctorité de ses édicts. Et pour cest
effect doivent estre envoyées lettres missives pour
bailler particulièrement à aucuns dont vous trou-
verez la liste cv-enclose.
Et, par ce qu'il se pourroit trouver aucuns bons sub-
jects de Sa Majesté bien catholiques, lesquels n'esta ns
avertis de la façon dont les choses se passent et
entendans le contenu et créance desdictes lettres,
pourroyent estre refroidis après avoir cogneu tant
de diversité de langage et une telle longueur,
ensemble le peu qu'ils avancent à faire service à
leurs Majestez et avoir employé vie et biens pour
leurs dicts services contre leurs ennemis et rebelles,
il me chargea expressément de vous donner advis
du fond de la dicte despesche et instruction de l'inten-
tion de leurs dictes Majestez pour le faire entendre
à ceux que verrez estre besoin et qui le méritent et
sont discrets : qui est que l'on donne bon ordre par-
tout que la force demeure au Roy pour attrapper
tous les principaux * et leur ester le moyen de
s'assembler, affm que, les ayans rendus à ce poinct,
comme par le règlement qui y est jà donné il sera
aisé, on puisse exterminer entièrement une telle ver-
mine ennemie de Dieu, du Roy et de l'Estat et n'en
laisser un seul en ce royaume, qui en soit entaché;
parce que ce seroit une semence pour renouveler ce
mal si Ton ne suivoit ceste voye, dont nos voisins
nous montrent de si beaux exemples. Et cependant
\ 1. — Si la lettre est authentique, ce témoignage
ne laisse aucun doute sur les intentions de la cour
de surprendre les réformés à Noyers.
— 200 —
et attendant ce temps, qui ne peut estre plus long
que de tout ce moys pour le plus^, l'on a avisé par
toutes les provinces de faire parler aux principaux
et. moins passionnez de la noblesse de ladicte religion
pour seulement les contenir, amuser, endormir
autant que faire ce pourra, comme desjà il s'en
trouve qui y ont preste l'oreille. Et se commencent à
asseurer et mesmes aucuns se viennent icy brusler à
la chandele. Et encores on a eu autre bonne espé-
rance qu'il y en a d'autres qui feront de mesmes^
lesquels sont desjà esbranlez; ce qui fera indubita-
blement emporter bien tost, avec l'aide de Dieu,
gain de cause et nous donner pleine victoire sans
grande peine et résistance contre les ennemis de
nostre foy ; qui sont à peu près les mesmes termes.
Monseigneur, dont ledict sieur m'a usé et que j*ay
essayé de retenir pour le vous escrire à ce que vous
soyez bien informé et à Isr vérité de Testât auquel
les choses se retrouvent.
Despuis, à l'après dinée, estant ledict sieur monté
en sa chambre^ il me fit appeler par son secrétaire
pour me dire que le plus grand mal qu'il voyoit icy
est qu'il y en avoit encores à la cour qui ne servoyent
que de retarder tous les jours et empescher sous
main les bonnes et secrettes entrepWnses que l'on
avait, longtemps a, résolu; y faisant trouver de la
difficulté, quelque moyen et commodité que l'on ait.
Desquels il se plaignoit fort et se résuloit ^ d'en
parler plus librement à leurs Majestez qu'il n'avoit
jamais faict, par ce que, sans leurs menées et dissi-
1. — .Lalettre précise même la date de la surprise et
donne raison à toutes les plaintes des réformes.
2. — Se résuloit y se résolvait, -
— 201 —
mulationsj il y a plus d'uQ moys que Dieu seroit
desjà servi par tout ce royaume, et le Roy obéy et
bors de la peine Où il est. Mais il m'asseura qu'ils
s'en alloyent fort descouverts et cogneuz d'un chas^
cun, qu'on prenoit garde à leurs actions de plus près
tjue jamais et qu'ils n'avoyent pas aujourdhuy le mo-
yen ; et m'a dict qu'il pensoit qu'ils s'appercevroyent
bien tost. Et cogneuz bien qu'il estoit fort piqué d'un
propos que, le jour précédent, le Roy avoit tenu à la
Royne, qui avoit esté aporté, par lequel il prioit
ladicte dame, presques à joinctes mains, de regarder
tous les moyens de ne le point faire retourner à la
guerre et d'entretenir la paix et l'édict, car autre-
ment il verroit tout son royaume perdu et son peuple
ruiné. Et sur ce que la Royne allégua la rébellion
de ceux de la Rochelle, il respondit que, scelon qu'il
avoit desjà esté bien instruict, ceux de la Rochelle
ne demandoyent que d'estre conservez en leurs pri-
vilèges anciens et que ce qu'ils requéroyent n'estoit
pas trop hors de raison et que pour le moins plus-
tost il le leur falloit accorder pour ceste heure pour le
bien de ce royaume que de r'entrer en guerre civile.
Et quant à la noblesse il s'assuroit qu'elle vivroit en
paix si on vouloit bien entretenir son édict, la priant
finalement, de grande affection, de regarder à bien
pacifier toutes choses. Ladicte dame dist que, avec
tant d'autres gens de bien, elle n'a d'autre désir et
intention que de réunir ce royaume oii elle l'a veu
du temps des roys François et Henry, ses pères et
mary. Elle cognent bien que c'estoit une partie
dressée et depuis a si bien descouvert d'où cela estoit
venu qu'elle n'en sçait guères de gré aux aucteurs
et a d'auctant plus grande volonté, avec les gens de
bien et bons catholiques, de bientost faire cognoistre
— 202 —
au Roy et un chacun, que ce qui se conduit en ce
faict n'est que pour le retirer hors de servitude, le
rendre Roy absolu et nettoyer entièrement son
royaume de la peste et de tous pestiférez; dont il est
si infecté que, s'il n'y est à ce coup remédié, il ne se
trouvera un tel moyen de le préserver du danger où
il est, qui autrement est inévitable, et de le remettre
en son premier estât et splendeur. Qui est en somme
ce que ledict sieur me dist pour le vous faire enten-
dre de sa part, afin d'en avertir ceuK que trouverez
en estre capables. Je ne veux faillir, Monseigneur,
à vous dire que ce matin j'ay trouvé monsieur de
Chaulnes^ qui m'a chargé de vous présenter ses très-
humbles recommandations à vostre bonne grâce. Je
ne faudray, comme vous m'avez commandé^ de vous
tenir adverti de ce qui raërilera vous estre escrit
durant le séjour que je feray ici.
i. — Louis d'Ongnies» s. de Chaulnes, capitaine
catholique, originaire de la Picardie , plusieurs fois
cité par d'Aubigné.
IV
Les cinq lettres de Jeanne d*Albret qui suivent, au
roiy à la reine mère^ au duc d'Anjou^ au cardinal de
Bourbon et à la reine d'Angleterre, sont, avec la lettre
de ragent du cardinal de Créqui, les pièces justifica-
tives ajoutées dans /'Histoire de nostre temps aux
Mémoires de la reine de Navarre. Elles reprodmsent
les principales assertions des Mémoires, accusent le
cardinal de Lorraine de tous les crimes et décernent
aux réformés, partis en guerre^ le brevet des plus
fidèles, des seuls fidèles sujets du roi. On se demande
si la princesse croyait à ce paradoxe, qu'elle soutenait
avec autant de conviction apparente que d'éloquence.
La lettre au roi est un manifeste, une sorte de décla-
ration belliqueuse. La lettre à la reine mère rappelle
des souvenirs qui devaient tenir au cœur de Catherine ,
et présenterait une grande valeur historique, si les
révélations qu'elle contient ne figuraient pas avec plus
de développement dans les Mémoires. La lettre au duc
d'Anjou est un réquisitoire contre le cardinal de Lor-
raine, que l'on supposait être le conseiller le plus
écouté du prince. La lettre au cardinal de Bourbon est
une amplification oratoire semée d'apositrophes plUf^
énergiques qu'équitables.
- 204 -
La lettre à la reine d'Angleterre^ postérieure d'un
mois aux quatre autres lettres^ est un nouvel acte
d'accitsation contre le cardinal de Lorraine. Elle a
pour but d'apitoyer la reine Elisabeth sur le sort des
fidèles sujets du roi forcés de prendre les armes contre
lui. L'original existe encore et est conservé à moitié
brûlé au Bristish Muséum (Caligula^ E. VI) (Note de
Brecquigny dans la coll. Moreau^ vol. 718^ f. 121.)
Ces cinq lettres ont été imprimées à part et répan-
dues à profusion peu après la prise d'armes du
25 août 1568 pour la justification des réformés.
Jeanne d'Albret rappelle cette publication dans un pas-
sage des Mémoires (p. 1 et ailleurs). Le père Lelongne
lamentionnepas^ mais le département des imprimés de
la Bibliothèque nationale en conserve un exemplaire
sous la cote L b 33j n° 240. La singulière ortho-
graphe adoptée pour le nom de la princesse, Jane au
lieu de Jehanne ou de Jeanne, de même que la forme
des caractères, nous permet de supposer que l'exem-
plaire provient des presses anglaises. Peut-être l'im-
pression fut -elle ordonnée par Chaste lier Portaut.,
commandant de la flotte que la reine de Navarre, au
mois d'octobre 1568, envoya en Angleterre. (Voyez
la lettre adressée à la reine Elisabeth p. 219).
Lettres de la royne de Navarre au Roy^
A LA Royne, sa mère, a Monsieur,
FRÈRE DU Ror^ A MONSIEUR LE CARDINAL DE BOURRON,
SON BEAU-FRÈRE, ET A LA ROYNE d'AnGLETERRE.
Au ROY
Monseigneur, lorsque j'ay receu vostre lettre par
le s. de la Motte ^, j'estois desjà bien avant en che-
min ^, ayant esté surprinse d'une telle mutation^
toutesfois laquelle nous menaçoit despuis quelque
temps que nous avons veu l'animosilé de nos enne-
mis si desbordée que leur rage et passion a estouffé
ceste espérance de repos par vostre édict de pacifi-
cation 3; lequel, Monseigneur, ayant esté non seule-
1. — La lettre du roi à Jeanne d'Albret est perdue
mais celle du roi au prince Henri de Béarn a été
publiée par M. Communay, Les Huguenots en
béarn et Navarre, p. 21. Isous avons analysé cette
lettre dans les notes des Mémoires, p. 110.
2. — Jeanne d'Albret était déjà arrivée à Tonneins
quand elle fut rejointe par le s. de la Mothe Fénelon
avec les lettres du roi. Voyez les Mémoires, p. 110.
3. — Paix de Longjumeau, 23 mars 1568. L'édit de
pacification est imprimé par Fontanon, t. iv, p. 289.
— 206 —
ment mal observé^ mais du tout renversé par les
inventions du cardinal de Lorraine; lequel, outre
les promesses qu'il vous a toujours pieu donner à
tous vos pouvres subjects de la religion réformée,
par lettres aux Parlemens et d'autres particulières
qu'il a escrites, comme j'en suis bon tesmoing pour
la Guyenne, a toujours rendu les effets dudict édict
vains et sans exécution^ et^ tenant les choses en sus-
pens a tant faict faire de massacres, que se cuidant,
par la patience que nous avons eu de ses estranges
façons, hors de toute bride, a voulu passer outre,
s'attacliant aux Princes de vostre sang; comme
l'exemple en est à la poursuite qu'il a faite de Mon-
sieur le Prince, mon frère, lequel il a contrainct
venir chercher secours parmy ses parens*. Et luy
estant mon fils si proche et sy allié, nous n'avons
peu moins, Monseigneur, que luy venir offrir ce que
le sang et l'amitié nous commande. Nous sçavons
assez vostre volonté; vous nous en avez trop asseurez
de bouche et par escript, qui est que vous désirez
tirer le service de nous, qu'avec toute fidélité, obéis-
sance et révérence nous vous devons, et auquel ne
voulons faillir pour la vie. Et sçavons davantage,
Monseigneur, que vostre bonté et affection naturelle
que nous portez, nous veut conserver et non pas
ruiner. Doncques, si nous voyons tels efforts excécutez
contre nous, qui sera celuy qui, sçachant bien que
vous estes Roy très véritable et que vous nous avez
promis le contraire, ne jugera que cela est faict sans
vostre sçeu, et par l'accoustumée et de si longtemps
expérimentée malice du cardinal de Lorraine. Je dy
1. — Allusion à la fuite de Noyers qui aurait été
déterminée par les poursuites du cardmal de Lor-
raine contre le prince de Condé.
— 207 -
encore que nous ne le sceusions comme au vray
nou3 faisons.
Je vous supplie donc très humblement, Monsei-
gneur, trouver bon et prendre en bonne part que je
sois partie de chez moy avec mon fils, en intention
de servir à mon Dieu, à vous qui estes mon Roy
souverain et à mon sang. Nous opposans, tant que
nous aurons vie et biens, aux entreprinsesde ceux qui,
ouvertement et d'une effrontée malice, y veulent
faire violence; et croire. Monseigneur, que les armes
ne sont entre nos mains que pour ces trois choses-
là empescher : qu'on ne nous rase de dessus la terre,
comme il a esté comploté, et vous servir, et conser-
ver les Princes de vostre sang. Pour mon particulier,
Monseigneur, ledict cardinal a eu grand tort de vou-
loir changer vostre puissance et auctorité en violence,
lorsqu'il m'a voulu faire ravir mon fils d'entre mes
mains, pour le vous mener*, comme si vostre simple
commendement n'avoit assez de pouvoir sur luy et
moy : que je vous supplie très humblement, Mon-
seigneur, croire vous estre si très humbles et très
obéissans serviteur et servante qu'égalant nostre fidé-
lité à l'infidélité dudict cardinal et ses complices, je
vous asseureray que, lorsqu'il vous plaira en faire
l'essay et de l'un et de l'autre, vous trouverez plus
de vérité en mes effets qu'en ses paroles, comme un
gentilhomme que j'envoye vers Vos Majestez le vous
dira, et Monsieur de la Motte, que je m'asseure s'en
va satisfaict de mon intention; qui ne sera jamais
autre, Monseigneur, que de mettre vie et biens pour
la conservation de vostre grandeur et règne, que je
1. — Allusion à la prétendue tentative d'enlève-
ment du prince de Béarn par le s. de Losses. Voyez
les Mémoires^ p. 65.
— 208 —
supplie à Dieu remplir de sa bénédiction et tous
donner, Monseigneur, très longue vie.
* De Bergerac, le XYI de septembre 1868.
Votre très humble et très obéissante subjecte et
tante.
Jane.
— 209 —
A LA ROYNE MÈRE
Madame, je commenceray ma lettre par une protes-
tatioD devant Dieu et les hommes qu'il n'y a rien de
plus entier que la dévotion que j'ay eue, ay et auiay,
au service de mon Dieu, mon Roy, ma patrie et mon
sang. Toutes lesquelles choses out faict ensemble
une telle force en moy, que Monsieur de la Motte
m'a desjà trouvée partie de mes maisons pour y venir
offrir la vie, les biens et tous moyens; vous suppliant
très humblement^ Madame, si je suis trop longue en
ma lettre, l'attribuer à la nécessité du temps, qui
m*a tant donné de recharge sur charge, que je ne
puis rien moins que vous esclaircir, et le plus briè-
vement qu'il me sera possible, mon intention, vous
ouvrant mon cœur, pour vous y faire lire le contraire
de ce que je m'asseure que les ennemis de Dieu, du
Roy, et par conséquent de ses fidèles subjects et
serviteurs, tascheront de vous déguiser.
Je vous supplie encore très humblement. Madame,
m'excuser si, pour venir atteindre où j'en suis
réduicte, je commence au temps que ceux de la
maison de Guyse se déclarèrent par leurs actes
ennemis du repos public de ce Royaume, qui fut
lors qu'ils pratiquèrent le feu Roy, mon mary, sous
l'espérance de luy faire ravoir nostre Royaume *.
1. — Il s'agit ici des revendications de la Navarre
espagnole, qui furent le rêve d'Antoine de Bourbon
14.
— 210 —
Vous scavez assez. Madame, quelles gens lors le
roenoyent, à mon grand regret, et j'oserois dire au
vostre, comme j'avois en ce temps-là cest honneur
de le sçavoir de vostre propre bouche. Je vous sup-
plie très humblement vous remémorer quelle fidélité
vous trouvastes en moy, qui, quanJ il fut question
à bon escient de la conservation de ce Royaume,
publiay Tamitié du mary, et hazarday mes enfants.
Car, quant aux biens, puisque le reste y alloit, je
ne les veux mettre en comte. Je vous supplie encore
très humblement. Madame, vous souvenir, au partir
de Fontainebleau S des propos qu'il vous pleut me
tenir et l'asseurancc que vous prinstes de moy, qui
n'est changée de mon costé ne diminuée pour temps
qui ait couru. S'il vous plait, Madame^ il vous sou-
viendra aussi que, estant arrivée en Yendomois, je
receu de vos lettres et commandemens, auquels
fidèlement j'obéy. Je suyvray à ce que je fei en la
Guyenne à mon arrivée et tout selon que j*avois
cogneu vous estre aggréable, comme il vous pleut
m'en asseurer par mon maître d'hôtel Roques. Sur
cela, Madame, je perdy le feu roy, mon mary*, qui
m'a faict depuis communiquer aux afflictions de
Testât des vesves. Jà à Dieu ne plaise, Madame,
puisque nous sommes maintenant à regarder le
général, que je vous veuille ramentevoir les indi-
gnitez que particulièrement j'ay receues. Car je fais
ceste seconde protestation, que le service de mon
et le chemin par lequel la politique astucieuse des
Guises le ramena au parti catholique. Voyez les
Mémoires, p. 5.
1. — Au partir de Fontainebleau, fin mars 1562.
Voyez les Mémoires^ p. 18.
2. — Mort d'Antoine de Bourbon, 17 novembre 1562.
r
— 2U -^
Dieu, de mon Roy, Tamour de ma pairie et de mon
sangy me remplit tellement le cœur, qu'il n'y a rien
de vide pour recevoir quelque particulière passion
qui me touche.
DoncqueSy Madame, je viendray aux derniers
troubles S recommencez lors que le cardinal de
Lorraine, avec ses adhérans, nous rendit en l'extré-
mité que vous, Madame, et un chascun sçait. Durant
ce temps j'ay demeuré en mes pays inutile au ser-
vice de vos Majestez pour ne pouvoir ce que je vouloy,
ayant esté empêchée par la malice de ceux, lesquels,
s'ils eussent peu, m'en eussent autant faict faire
ceste fois. Madame, le sieur de la Hotte, durant ce
terapà-là qu'il a fait deux voyages par vostre com-
mandement devers moy, vous aura si bien rendu
compte de mes actions que je n'en feray redite. Je
viendray donc. Madame, au poinct où j'en suis, qui
est que, voyant les édicts de mon Roy non seulement
enfreincts par quelques occasions subjectes à excuses,
mais totalement renversez, son auctorité desdaignée,
ses promesses royales rompues, et le tout par l'astuce
et cautelle damnable du cardinal de Lorraine :
lequel, je ne vous puis mieux dépeindre que je scay
(et puis dire que vrayement je le scay) que yous-
mesmes le cognoissez. Ayant veu cela. Madame, par
tant de tristes effets, comme les massacres, dont les
plaintes ordinaires remplissent vos oreilles; par voir
ceux qui, par l'édict de Pacification espéroyent le repos
de leurs maisons, vagabonds par la France, sevrez de
leur naturelle nourrice, les garnisons manger leur
substance et, qui pis est, enflés de la patience qu'on a
i. — Seconde guerre civile, dite de la Saint-Michel^
29 septembre 1567.
— 212 —
de leurs cruauler barbares, attentent aux Princes du
sang, branches de ce trône, lequel ils veulent déraci-
ner, lorsqu'ils l'auront dépouillé de ses dictes bran-
ches^ Ce n'est pas zelle de Religion, comme ils disent;
car. Dieu vous doint bonne vie, Madame, lors que
vous fustes dernièrement si malade', vous scavez
que Monsieur le cardinal, mon frère 3, n'estoit
exempt de leur conspiration ^; toutesfois il est
catholique. C'est donc ce sang de France qui leur
fait si grand mal au cœur; comme ils ont continué
ver Monsieur le Prince, mon frère, et tous ses petis
enfans, au secours duquel le sang appelle mon fils
et moy; et n'y voulons nullement faillir. Je ne veui
oublier la charge de Monsieur de Losses contre mon
fils, le tout par le tyrannique conseil dudict cardinal
et ses complices.
Je scay bien, Madame^ que ceux qui oyront lire
i. — Il y a ici une réminiscence des pamphlets
publiés pendant le règne de François IL Les Guises
se prétendaient ou laissaient dire autour d'eux qu'ils
étaient issus de Charlemagne et étaient accusés
d'aspirer au trône de France au détriment des Valois
et des Bourbons.
2. — Au mois d'avril 1568, Catherine de Médicis
fut atteinte d'une fièvre catarrhale, dont elle faillit
mourir. Francis de Alava parle de cette maladie
dans deux lettres, l'une du 30 avril, Tautre du
11 mai 1568 (Arch. nat., K. 1509, n» 66 et 86).
3. — Le cardinal Charles de Bourbon n'était pas le
frère de Jeanne d'Albret, mais son beau-frère.
4. — Jeanne insinue ici que, si la reine mère était
morte, le cardinal de Lorraine aurait fait égorger le
roi, tous les princes, tous les Bourbons, y compris
le cardinal de Bourbon. C'est là une des nombreuses
assertions du parti réformé contre le cardinal de
Lorraine qui ne comportent pas la moindre discussion.
Voyez les Mémoires, p. 6i .
- 213 -
ma lettre, diront que j'en ay prins le formulaire sur
celles que de tous costez vous recevez, que cela ne
vient de moy. Je vous supplie très humblement,
Madame, craire que, du seul subjectqui nous mène,
nous de la religion réformée, ne peut sortir qu'une
mesme façon de plaincte, et, d'une race si illustre
que celle de Bourbon, tige de la fleur de lis, rien
n'en peut venir que fidélité. Voilà, Madame, les trois
poincts qui m'ont amenée : le service de mon Dieu;
pour voir que ledict cardinal et ses complices,
comme la chose est trop claire, veut raser de la terre
tous ceux qui font profession de sa vraye religion.
Le second, pour le service de mon Roy ; pour emplo-
yer vie et biens à ce que l'édict de pacification
puisse estre observé selon sa volonté, et nostre patrie,
ceste France, mère et nourrice de lant de gens de
bien, ne puisse estre tarie pour laisser mourir ses
enfans. Et le sang qui, comme je vous ay dict.
Madame, nous appelle à aller offrir tous secours et
aide à Monsieur le Prince, mon frère*, que nous
voyons évidemment chassé et poursuivy contre la
volonté du Roy, qui luy en a tant promis d'asseu-
rance, par la malignité de ceux qui ont desjà trop
possédé la place qui ne leur appartient auprès de
nostre Roy et vous, et qui ferment vos yeux à ne
voir leur meschanceté et bouchent vos oreilles à
n'ouyr nos plainctes. Que Dieu, Madame, par sa
saincte grâce ouvrant l'un et desbouchant l'autre^
vous puisse taire voir et ouyr de quelle dévotion et
de quel zèle chascun de nous marche.en la conser-
vation des grandeurs de vos Majestez; ayant bien
cogneu, Madame, par la lettre qu'il vous a pieu
1 . — Mon frère^ c'est-à-dire mon beau- frère.
— 214 -
m'escrire par le sieur de la Motte, comme on vous a
animée contre nous.
Madame, j'envoye un gentilhomme avec ledict
sieur de la Moite pour vous asseurer de tout ce que
je vous escri, luy en ayant aussy bien au long com-
muniqué et auquel particulièrement j'ay prié vous
dire combien, outre les autres considérations, il est
nécessaire pour la conservation de vostre auctorité
de vous desjoindre de ceux qui vous y veulent nuire
et pour cela veulent ruiner ceux qui désirent vous
la garder. Cognoissez-nous bien tous et mettez diffé-
rence entre les bons et les mauvais, et croyez de
moy particulièrement. Madame, que je désire infi-
niment une bonne paix et si bien assurée que le
dict cardinal de Lorraine et ses adhérans ne la
puisse plus esbranler. A laquelle, si Dieu m'avoit
faict ceste grâce que d'y pouvoir servir^ je m esti-
meroye aussi heureuse que, de bonne volonté, j'y
mettroy la vie et tout le reste.
Priant Dieu, Madame, etc.
De Bergerac, ce xvi de septembre 1568.
Vostre très humble et très obéissante subjecte et
sœur,
Jane.
- 215 —
A MoNSWUa FRÈRE DU RoT.
Monsieur, je scay qu'après le Roy vous avez tel
pouvoir*, qu'ajuste raison tous vos très humbles ser-
viteurs, fidèles subjccls de sa Majesté, ont l'œil tourné
vers vous, afin qu'il vous plaise et à bon escient
mettre la main à cest orage que nous voyons desjà
trop souvent tomber sur ceste pauvre France par la
malignité d'aucuns, qui ont toujours aspiré à l'acca-
bler, désirans bastir leur grandeur et auctorité des
pierres de la ruine de ceux qui, comme fermes
piliers, la soustiennent. Je crain merveilleusement,
Monsieur, que je n'auray tant d'heur que mes paro-
les puissent avoir lieu envers vous, estant détour-
né par le cardinal de Lorraine, que je sçay, tant
qu*il pourra, empeschera que le Roy, la Royne et
vous ne soyez fidèlement advertis des misères et
calamitez qui troublent la France et tout par ses
inventions, comme ses lettres semées en tant d'en-
droicts en font foy, qui ne tendent à autre chose
qu'à faire rompre les édicts de Sa Majesté et massa-
crer tous ceux qui en désirent l'observation. Et sur
tout en veut aux Princes de voslre sang, comme le
dernier acte l'a monstre, qu'il a brassé pour attrap-
per Monsieur le Prince, mon frère, qui, pour n'estre
le premier à rompre ceste paix, a mieux aimé se
1. -- Aussitôt après la mort du connétable de
Montmorency, le 12 novembre 1567, le duc d'Anjou
avait été nommé lieutenant général du royaume. .
— 218 —
retirer avec sa femme et petis enfans; avec cette
cruauté d*un costé et pitié de l'autre, que je m'as-
seure, Monsieur, que, si la vérité vous pouvoit estre
dépeinte cooime elle est, vous en sentiriez en vostre
cœur quelque chose d'avantage pour l'honneur qu'ils
ont d'estre de votre sang. Qui a esté cause que, mon
fils et moy, nous sommes mis en chemin pour, avec
iesmoy<3nsque Dieu nous a baillez, leur donner l'aide
et faveur, à quoy la proximité nous couvie; vous
suppliant très humblement. Monsieur, croire qu'en
quelque lieu que mon dict fils et moy nous soyons,
nous y serons pour le service de Dieu et du Roy,
auquel nous rendrons toute nostre vie le très hum-
ble service que nous luy devons, et à vous, Monsieur,
auquel je présente mes très humbles recommenda-
tions. Et parce que le sieur de la Motte vous dira
plus amplement touies choses, je finiray ma lettre,
suppliant Dieu qu'il vous doint^ Monsieur, très heu-
reuse et longue vie.
De Bergerac, le XYI de septembre 1868.
Votre très humble et très obéissante tante,
Jane.
— 217 -
A Monsieur le Cardinal de Bourbon
Monsieur mon frère, le sieur de la Motte et un
gentilhomme, que j*envoye avec luy, diront à leurs
Majestés, comme aussi vous le pouvez voir par les
lettres que jeteur escri, les occasions si justes qui
m'ont amenée où le dict sieur de la Motte m'a trou-
vée, en espérance de poursuivre mon voyage pour
le service de leur Majestés; ausquelles il est temps.
Monsieur mon frère, que, plus hardiment que vous
n'avez faict, vous leur remonstrez vivement l'extré-
mité des malheurs de nostre France. Si tous les
subjects du Roy y sont obligez, que devez-vous faire
à qui l'honneur du sang est conjoint? Monsieur le
cardinal de Lorraine vous tiendra-t-ii toujours
comme suffragans? Vous fera-t-il honte et outrage
en la personne de vostre propre frère, sœurs et
neveux, que vous ne vous en ressentiez? Si ce n'est
au moins de nom, vos proches parens, et que vous
ne vueillez prendre la querelle à l'occasion de la
Religion, dont il se couvre faucement du zèle, sou-
viene-vous des Yespres sicilienes, qu'il vouloit et
ses complices faire lorsque la Royne fut dernière-
ment si malade. Vous en fustes esmeu pour une
uuict et en perdites le dormir, et tout cela est allé
en fumée. Il vous a emmiellé de belles paroUes. Si
vous estes séparé de religion d'avec nous, le sang
se peut-il séparer pour cela? L'amitié et devoir de
nature cessera-t-il pour ceste occasion? Non, Mon-
— 2!8 —
sieur mon frère, je vous supplie, ressentez-vous de
la poursuite faicte à uostre frère pour monstrer que
mon fils s'en tient offensé et moy, pour recognoistre
l'honneur de la maison ou j'ay esté mariée et celle
que je veui tenir pour mienne propre. Nous luy
allons offrir le devoir, observans très fidèlement, en
tout et par tout, le service, obéissance et fidélité que
nous devons à nostre Roy. Et par ce, Monsieur mon
frère, que le mestier des femmes et de ceux qui ne
manient point les armes, comme vous, est de pour-
chasser la paix, faictes de vostre costé que nous
l'ayons bien assurée. Du mien, j'y employerai tout.
Et croyez que trois choses nous mènent icy, mon
fils et moy : Dieu, le Roy et nostre sang, ausquelles
choses nous désirons servir. Le sieur de la Motte
vous dira comme tout passe et je prieray Dieu,
Monsieur mon frère, qu'il vous doint sa saincte
grâce, etc.
De Bergerac, ce XYI septembre 1568.
Vostre obéissante et obligée sçeur,
Jane.
- 219 -
À LA RoYNE d'Angleterre.
Madame^ outre le dësir que j'ay eu toute ma vie
de me continuer en vostre bonne grâce, il se pré-
sente aujourd'huy un subject qui me accuserait gran-
dement, si, par mes lettres, je ne vous faisoye
entendre l'occasion qui m'a menée icy, avec les
deux enfans qu'il a pieu à Dieu me prester. Et de
tant plus seroit ma faute grande, qu'il a mis par sa
gi*ande bontë tant de grâces en vous et un toi zèle à
l'avancement de sa gloire, que, pour vous avoir
eslue l'une des Roynes nourrissières de son Eglise.
C'est donc à juste raison. Madame, que tous ceux
qui, liez en ceste cause, accompagnent vostre sainct
désir, vous advertissent de ce qui se passe en ce faict.
Et de ma part, Madame, pour mon particulier,
m'asseurant que du général vous en savez assez, je
vous supplieray très humblement croire que trois
choses, la moindre desquelles estoit assez suffisante,
m'ont fait partir de mes Royaume et pays souve-
rains. La première, la cause de la Religion, qui
estoit en nostre France si opprimée et affligée par
l'invétérée et plus que barbare tyrannie du cardinal
de Lorraine, assisté par des gens de mesme honneur,
que j'eusse eu honte que mon nom eust jamais esté
nommé entre les fidèles, si, pour m'oppôser à telle
erreur et horreur, je n'eusse apporté tous les moyens
que Dieu m'a donnez à ceste cause, et, mon fils et
moy, nous joindre à une si saincte et grande com-
— 220 -
paignie de princes et seigneurs, qui^ tous comme
moy, et moy comme eux, avons résolu, sous la
faveur de ce grand Dieu des armées^ de n*espargner
sang, vie, ni biens pour cest effect. La seconde chose,
Madame, que la première tire après soy^ est le ser-
vice de nostre Roy, voyant que la ruine de TEsglise
est la siene et de ce Royaume, duquel nous sommes
si estroictement obligez de conserver l'estat et gran-
deur. Et d'autant que, mon fils et moy, avons cest
honneur d'en estre des plus proches, voylà, Madame,
ce qui nous a faict haster de nous venir opposer à
ceux qui, abusans de la grande bonté de nostre Roy,
le font estre luy-mesme aucteur de sa perte, le
rendant, encore qu'il soit le plus véritable prince du
monde, laulseur de ses promesses par les inventions
qu'ils ont trouvées de faire rompre l'édict de Pacifi-
cation; lequel, comme demeurant en son entier,
entretenoit la paix entre le Roy et ses subjects fidèles;
et, rompu, convie la mesmc fidélité desdicts sub-
jects à une guerre trop pitoyable et tant forcée^
qu'il n'y a nul de nous qui n'y ait esté tiré par
violence.
La tierce chose, Madame, nous est particulière à
mon fils et à moy : qui a esté que, voyant les enne-
mis de Dieu et anciens de nostre maison, avec une
ellrontée et tant pernicieuse malice, avoir délibéré,
joignant la lîaine qu'ils portent à la cause générale
avec celle dont ils ont tant monstre d'efforts contre
nous, ruiner entièrement nostre race ; voyant arriver
monsieur le Prince de Condé, mon frère, qui, pour
éviter l'entreprinse qu'on avoit faicte contre luy,
fut contrainct, plustost que reprendre les armes,
venir cercher lieu de seureté ; je di. Madame, avec
telle pitié qui accompagnoit la tendre jeunesse de
— 221 —
ses petits princes et de leur mère grosse, que je ne
sache bon cœur à qui ceste piteuse histoire ne face
grand mal. De Taustre costé, j'estoi advertie que
l'on avoit despesché pour me venir ravir mon fils
d'entre les mains. Avec tels subjects nous n'avons
peu moins que nous assembler, pour vivre ou mou-
rir unis, comme le sang, qui nous a attirez jusquicy,
nous y oblige.
Voylà, Madame, les trois occasions qui m'ont faict
faire ce que j'ay faict et prendre les armes. Ce n'est
point contre le ciel. Madame, comme disent ces
bons Catholiques, que la poincte en est dressée et
moins contre nostre Roy. Nous ne sommes, par la
grâce de Dieu, criminels de lèse-Majesté divine ni
humaine. Nous sommes fidèles à nostre Dieu et à
nostre Roy; ce que je vous supplie très humblement
croire et nous vouloir toujours assister de vostre
faveur; laquelle ce grand Dieu vous vueilie reco-
gnoistre, vous augmentant ses saioctes grâces avec
conservation de vos estats, et qu'il vous plaise.
Madame, recevoir icy les très humbles recommanda-
tions de la mère et des enfans, qui désireroyent
infiniement avoir le moyen de vous faire service.
Et parce, Madame, que le sieur du Chastelier *, lieu-
1. — Chastelier Portaut, seigneur de la Tour,
capitaine ihuguenot, connu par l'assassinat de Charry,
fut envoyé au mois d'octobre 1568 en Angleterre,
avec une flotte de neuf vaisseaux pour demander du
secours et des munitions (Aubigné, Histoire univer-
selle, t. III, p. 62, édit. de la société de Thist. de
France). Le comte de la Ferrière a publié une lettre
de ce capitaine à Throckmorton, en date du 3 sept.
1568, qui peut être considérée comme le prélude de
sa mission. (Le xvi« siècle et les Valois, p. 215).
Chastelier Portaut fut tué à la bataille de Jarnac.
— 222 —
tenant général en l'armée des mers, s'en allant là^
aura toujours affaire de vostre faveur, l'ayant prié
de présenter mes lettres, je prendray la hardiesse de
le vous recommander.
De la Rochelle, ce XV jour d'Oct. 1568.
De par vostre très humble et obéissante sœur,
Jane.
TABLES
I
TABLE ANALYTIQUE
Admirai (Monsieur 1'),
voyez Coligny.
Agen, surveillé de près
par Monluc, p. 106.
Albret (Maison d'). Sa
fidélité traditionnelle au
roi de France, 98.
Albret (Duché d*), sur-
veillé de près par Mon-
luc, 106.
Allemagne ( Querelle
d'), vieux dicton, 8.
Amboise, résidence des
enfants de France, 24.
Amorotz (Jean d'), dé-
Juté du pays de Mixe à
eanne d'Albret, 154.
Andelot (François de
Chastillon, s. d'), menacé
par Martigues à Laval,
67. — Passe la Loire mal-
gré Martigues, 103.
Anjou (Monsieur d'),
voyez Henri de Valois.
Aphat Ospital , com-
manderie de Malte, mise
sous séquestre par Jeanne
d'Albret, 162.
Antoine de Bourbon,
roi de Navarre, mari de
Jeanne d'Albret, quitte la
Réforme, 3. — Trompé
par les Guises au sujet
de la restitution de la Na-
varre, 5. — Menacé de
mort par les Guises, 7. —
Comment il esquive les
menaces du roi, 9. — Ses
paroles au s. de Ranty et
son courage en marchant
au guet-apens qui lui est
tendu dans le cabinet du
roi, 10. — Reproche au
cardinal de Lorraine de
chercher à le tromper,
14. — Sentiments reli-
gieux de ce prince à sa
mort, 14. — Réconcilié
avec les Guises par la
duchesse de Guise, 15.
— Espionné secrètement
Bar la reine mère, 17. —
'éfend à sa femme de
passer à Orléans, 22. —
Promet au cardinal de
Lorraine de faire empri-
sonner Jeanne d'Albret,
25. — Commande à Jeanne
d'Albret de s'arrêter à
Vendôme, 25. — Envoie
le secrétaire Bologne à
Pau, 29. — Sa mort, 30.
— Passe au parti des
Guises, 209. — Rappel de
sa mort, 210.
Armaignac (comté d'),
surveillé de près par
Monluc, 106,
Armendaritz (Jean d')^
seigneur catholique, 158.
15.
- 2i6 —
— Fait prisonnier par
ordre de Jeanne d'Albret,
158. — Poursuivi et ac-
auitté, 159. — Ennemi
es ministres réformés,
159. — Signe la protesta-
tion des gentilshommes
catholiques de la Basse
Navarre, 16i.
Artieda (Jean de Beau-
mont Navarre, s. d') signe
la protestation des sei-
gneurs catholiques de la
Basse Navarre, 164.
Basse Navarre (Les
Gentilshommes de la)
publient un manifeste
contre la reine de Na-
varre, 150.
Baybnne, choisi par la
reine mère pour son en-
trevue avec le roi d'Es-
pagne, 36. — Négociations
secrètes des rois de
France et d'Espagne, 37.
Béarn . Rébellion des
catholiques contre Jeanne
d'Albret, 50.
Béarn (Etats de) tenus
au mépris des droits des
gentilshommes catholi-
ques de la Basse Navarre,
161.
Beauvais (Louis de Gou-
lard, s. de), maître de la
garde- robe du prince de
Béarn , choisi comme
intermédiaire entre ce
grince et Jeanne d'Al-
ret, 22.
Belesbat (Michel de
Hurault. s. de Fay et de),
maître des requêtes du
roi, envoyé par Catherine
à Jeanne d'Albret, 20.
Bellegarde (Roger de
Saint-Lary, s. de), met,
de son autorité privée,
des garnisons dans les
villes principales du
comté de Foix, 178, 183.
Bellac en Béarn. Des-
truction des images ca-
tholiques, 163.
Bergerac. Lieu de pas-
sage de Jeanne d'Albret,
116.
Beyrie , près Lescar ,
fief appartenant au s. de
Luxe, 157.
Bèze (Théodore de),
envoyé par Condé et par
Coligny à Jeanne d'Albret
à Olivet, 23.
Bigorre (comté de), dé-
pouillé de ses immunités
par Bellegarde, 183.
Biron (Armand de Gon-
taut, s. de), proposé par
Jeanne d'Albret pour ac-
compagner le prince de
Béarn en Guyenne, 63.
Bladre, voyez Brodeau.
Boloigne (Jean Lescri-
vain, dit), envové par
Antoine de Bouroon en
Béarn, 29. — Emprisonné
Ear ordre de Jeanne d'Al-
ret, 30.
Bouchavannes (Antoine
de Bayancourt, s. de), in-
termédiaire entre la reine
mère et le prince de Con-
dé, 20.
Bourbon (Maison de).
Sa fidélité au roi, 98.
— 227 -
Bourbon (Charles de),
cardinal^ menacé de mort
par le cardinal de Lor-
raine, 61 et 212. — Trompé
et subjugué par le cardi-
nal de Lorraine, 217. —
Terrifié par les menaces
du cardinal de Lorraine
contre sa vie, 217.
Bourdaisière (Jean Ba-
bou de la), gouverneur
des enfants de France,
24.
Brandon , voyez Dro-
deau.
Bricguemault (François
de) rejoint Jeanne d'Al-
bret à Mucidan^ 117.
Brodeau (Victor), s. de
la Chassetiere, envoyé
par Jeanne d'Albret au
prince de Condé à la pri-
ère de la reine mère, 21.
— Devient maître d'hôtel
du duc de Longueville,
21. — Choisi comme in-
termédiaire entre la rei-
ne mère et Jeanne, 22. —
Renvoyé par Jeanne d'Al-
bret à la reine mère, 25.
Burie (Charles de Cou-
cy, s. de), négocie avec
Jeanne d'Albret, 26. — So
sépare de Monluc, 27.
Cabannes(Ariège), lieu
de refuge des réformés,
forcé par les capitaines
catholiques, 185.
Cars (des), voyez Es-
cars.
Castelnau de Durban,
capitaine catholique,
commet de graves excès
dans le comté de Foix,
185.
Caudale (Henri de Foix,
s. de) , proposé par Jeanne
d'Albret pour accompa-
gner le prince de Béarn
en Guyenne, 63.
Catherine de Médicis
fait avertir Antoine de
Bourbon d'une tentative
dirigée contre sa vie, 9.
— Ses confidences à Jean-
no d'Albret en 1562, 15. -^
Se rend à Paris pour obli-
ger le parlement à enre-
gistrer l'édit de janvier,
16. — Favorable à la ré-
forme, 17. — Fait faire
des ouvertures sur les
cabinets d'Antoine de
Bourbon et sur la cham-
bre du cardinal de Tour-
non, 17. — Ses tergiver-
sations à Fontainebleau,
18. — Encouragée par
Jeanne d'Albret, 19. —
Apprend l'organisation du
triumvirat, 20. — Fait sa-
voir à Jeanne d'Albret
que le roi et elle ne sont
pas libres, 21. — Com-
mande à Jeanne d'Albret
de prier le prince de Con-
dé de déposer les armes,
23. — Autorise secrète-
ment Jeanne d'Albret à
faire enlever François de
Valois et la princesse
Marguerite à Amboise, 24.
— Se plaint à Jeanne
d'Albret d'Antoine de
Bourbon, 28. — Sa dis-
cussion avec le roi au su-
jet de la reprise de la
guerre civile, 201. — Sa
-228 —
faveur pour Jeanne d'Aï-
bret en 1562, 210. — Rap-
pel de son départ de Fon-
tainebleau, 210. — Rap-
pel de sa maladie, 212.
C au m ont (François
Nomparde) cité par Jean-
ne d'Albret en témoi-
gnage de ses intentions
pacifiques en 1562, 27. —
Proposé par Jeanne d'Al-
bret pour accompagner
le prince de Béarn en
Guyenne, 63. — Visite
Jeanne d'Albret à Nérac,
70.
Cassaignabère (Haute-
Garonne) , théâtre des
excès des capitaines ca-
tholiques, 485.
Gaver, creuser, 82.
Charles IX^ roi de Fran-
ce, prisonnier du Trium-
virat, 21. — Ramené de
force de Fontainebleau à
Paris, 21. — Tombe ma-
lade à Meulan, 61. — Or-
donne au parlement de
Toulouse de saisir les
biens de Jeanne d^Albret,
112. — Envoie le prési-
dent la Perrière en Soûle,
176. — Approuve Jeanne
d'Albret d'avoir pardonné
aux rebelles de la Basse
Navarre, 188. — Proteste
de son désir de maintenir
la paix, 189. — Sa mala-
die, 189. — Excuse le sup-
plice du capitaine Mes-
mes, 190. — Maintient son
droit de mettre garnison
dans toutes les villes du
royaume, 191. — Expli-
que la mission du prési-
dent la Perrière en Soûle,
192. — Demandera comp-
te à Bellegarde de ses
faits et gestes en Ariè^e,
192. — Veut que la reine
de Navarre et son fils
soient obéis par tout le
royaume, 193. — Supplie
la reine mère d'empêcner
le retour de la guerre ci-
vile, 201.
Chastelier Portant, ca-
pitaine protestant, envo-
yé en Angleterre, 221.
Chastillon (les trois
frères). Leurs efforts pour
empêcher la reprise de
la guerre civile en 1567,
46.
Chaulnes (Louis d'On-
gnies, s. de) présente ses
nommages au cardinal de
Créquy, 202.
Chaux (Antonin de) si-
gne la protestation des
seigneurs catholiques de
la Basse Navarre, 164.
Clèves (Marie de), vo-
yez Nevers.
Cognac ferme ses por-
tes au prince de Condé,
119.
Coligny (Gaspard de
Chastillon, s. de), amiral
de France, menacé par
Tavannes à Tanlay, 67. —
Ses remontrances au roi,
75. — Il envoie Teligny
à la cour, 76. — S'enfuit
de Tanlay, 77. — Accusé
par le roi de retenir pri-
sonnier le princp de Con-
dé, 110. — Arrive à Sain-
tes, 116.
Comminges, comté
troublé par les violences
- 229 ~
des capitaines catholi-
ques, 185.
Condé (Louis de Bour-
bon, prince de), prison-
nier à Orléans, 7. — Ses
efforts pour empêcher la
reprise de la guerre ci-
vile en 1567, 46. — Envoie
un Gentilhomme à Jeanne
d'Albret pour l'informer
de la prise d'armes de la
Saint-Michel^ 25 septem-
tembre 1567, 51. — Me-
nacé par Tavannes à No-
yers, 66. — Ses remon-
trances au roi , 75 . —
S'enfuit de Noyers, 77. —
Rappel de son emprison-
nement à Orléans, 100. —
Rappel de sa fuite à No-
yers, 100. — Récit de la
fuite de Noyers, 102. —
Arrive à Saintes, 116. —
Envoie Bricquemault à
Jeanne d'Albret, 117. —
Rejoint Jeanne d'Albret
près d'Archiac, 119. —
Aime Mademoiselle de
Limeuil, 137. — Rappel
de sa fuite de Noyers, 206.
— Menacé dans sa vie par
le cardinal de Lorraine,
212.
Condom (Gers), sur-
veillé de près pdr Monluc,
106. — liieu de garnison
de la compagnie du prin-
ce de Béarn, 185.
Connétable, voyez
Montmorency (Anne de).
Coquilles {vendre ses),
colporter des mensonges,
101.
Cessé Brissac (Artus
de), maréchal de France.
Instruction du roi à lui
adressée relativement à
la noblesse de Picardie,
198.
Créquy (Antoine de),
cardinal, est informé du
coup de Noyers, 73. —
Lettre à lui écrite par un
de ses agents à la cour,
197.
Domesain (Valentin de)
s'oppose à la célébration
d'un baptême réformé à
Saint-Palais, 152. — Son
voyage auprès de Biaise
de Monluc, 157. — Tenta-
tive d'assassinat dirigée
contre lui, 157. — Signe
la protestation des sei-
gneurs catholiques de la
Basse Navarre, 164.
Du Bellay (Joachim)
loue Jeanne d'Albret dans
ses vers, 129. — Est loué
par elle, 129, et suiv.
Duc (Monsieur le), vo-
yez François de Valois.
Duras (Symphorien de
Durfort, s. de), chef du
parti réformé en Guyen-
ne, 27.
Elisabeth, reine d'An-
gleterre , appelée par
Jeanne d'Albret au se-
cours du parti réformé,
219.
Ergo, ergotage, 84.
Escars (François d') fa-
vori d'Antoine de Bour-
- 230 ^
bon, vendu aux Guises,
24. — Laisse passer Jean-
ne d'Albret sans essayer
de l'arrêter au passage,
118. — Sa lâcheté malgré
les conseils de Monluc,
118.
Ëscars (Charles d'),
évêque de Poitiers, dis-
pute avec le théologien
Salignac; 144.
Esparça (Jean d') signe
la protestation des sei-
gneurs catholiques de la
Basse Navarre, 164.
Estanconner, étayer.
Estienne fHenri) reçoit
Jeanne d^Albret dans son
imprimerie, 139. — Lui
dédie un sonnet, 140.
Estranger (L') désigne
Philippe II, roi d^Espa-
gne, 86.
Etchard (Jean d') et au-
tres officiers envoyés par
Jeanne d'Albret en Basse
Navarre, 151.
Etchaux (Antoine d'),
vovez Chaux (Antonin
de),
Exideuil ( Charente ) ,
occupé par les gaj*nisons
de Monluc, 182.
Eyheralarre au pays de
Cize, en Basse Navarre,
lieu de réunion des sei-
gneurs catholiques, 164.
Eymet (Dordogne), pri-
se d'assaut par le cortège
de Jeanne d'Albret, 116.
voyez Renée de France.
Foix, comté de l'apa-
nage de Jeanne d'Albret,
désolé par le parlement
de Toulouse, 38. — Est
exempté, de temps immé-
naorial, de toute garnison,
178. — Victime des exac-
tions de Bellegarde, 183.
Fonterailles f Michel
d'Astarac, s. de) rejoint
Jeanne d'Albret à Ton-
neins, 115.
Fort l'Evêque, prison
de Paris, 44.
François II, roi de Fran-
ce, résolu d'assassiner
Antoine de Bourbon. 8.
François de Valois ,
dernier fils de Catherine
de MédiciS) élevé à Am-
boise, 24.
Ferrare (duchesse de),
Garris, près Saint-Pa-
lais, assiégé et pris par
les seigneurs catholiques
de la Basse Navarre, 160.
Gavardan (vicomte de)
dépouillé de ses immuni-
tés par les officiers du
roi, 183.
Gentilshommes y sur-
nom donné aux pour-
ceaux parce qu'ils sont
vêtus de soie, 118.
Gondrin (Bertrand de
Pardaillan, s. d^ la Mo-
the), un des complices de
Biaise de Monluc, 172.
Gramont (Antoine
d'Aster, s. de) reçoit de
Jeanne d'Albret le conseil
- 231 —
de prendre les armes, 51.
Gramont (Antoine de),
lieutenant général de,
Jeanne d'Albret, introduit
la réforme en Basse Na-
varre, 150.
Guise (Maison de) vise
à la couronne de France,
99.
Guise (François de
Lorraine, duc de) aide
son frère, le cardinal de
Lorraine, à séduire et à
tromper Antoine de Bour-
bon, 6. — Projette de l'as-
sassiner, 7. — Blâme la
pusillanimité du roi, 11.
Guise (Anne d'Esté,
duchesse de) réconcilie
Antoine de Bourbon avec
le duc de Guise, 15. —
Accompagne la cour au
voyage de Lyon, 35. —
Mariée au duc de Ne-
mours malgré les protes-
tations de Françoise de
Rohan, 41.
Guise (Henri de Lor-
raine, duc de) jouit d'une
autorité illimitée en
Champagne, 183. — Sé-
journe auprès du roi à la
cour, 193.
Henri de Valois, duc
d'Anjou, plus iard Henri
ni, séduit et trompé par
le cardinal de Lorraine,
215. — Lettre de Jeanne
d'Albret à lui adressée,
215.
Henri de Béarn, fils de
Jeanne d'Albret, reste fi-
dèle à la réforme, 4. —
Traité d'imbécile par un
pamphlet catholique, 94.
— Réputé prisonnier des
réformés, 113. — Sa ré-
ponse piquante à la Mo-
the Fénelon, 114. — Ac-
cuse le cardinal de Lor-
raine d'être l'artisan de
la guerre civile, 115. —
Commence sespremières
armes sous le comman-
dement de son oncle le
prince de Condé; 119. —
Vient en Basse Navarre
avec des troupes, 160. —
Doit accompagner Jeanne
d'Albret dans son voyage
en Guyenne, 180, 183. —
Convoqué à la cour par
le roi, 193. Pourquoi il
rejoint le prince de Condé
à la Rochelle, 206. — Rap-
pel de la tentative d'enlè-
vement de ce prince par
Losses, 207.
Haleiner, au figuré ap-
procher.
Ham (Somme), occupé
par les garnisons du roi,
181.
Hart (Gabriel du), vo-
yez Uhart {Gabriel d').
Henri II, d'Albret, roi
de Navarre, cité, 158.
Irrissarry, commande-
rie de Malte, mise sous
séquestre par Jeanne
d'Albret, 162.
Janvier (édit de) 1562,
— 232 —
promulgué à Paris par le
parlement, 16.
Jarnac (Guy de Chabot,
s. de], proposé par Jean-
ne d Albret pour accom-
pagner le prince de Bé-
arn ^n Guyenne, 63.
Jeanne d'Albret écrit
au roi, au duc d'Anjou, à
Catherine de Médicis, au
cardinal de Bourbon, à la
reine d'Angleterre^, 1. —
Pourquoi elle écrit ses
Mémoires, 2. — Embrasse
la réforme, 2. —Regrette
l'abjuration de son mari,
3. — Chassée de la cour
par les Guises, 13. — Re-
çoit les confidences de
Catherine de Médicis à
Saint -Germain, 15. —
Encourage la reine mère
à quitter la cour et à se
rendre à Orléans, 19. —
Tombe malade, à la cour,
20. — Chassée de la cour
par Antoine de Bourbon,
21. — Fait ses adieux au
roi et à tous les princes à
Fontainebleau^ 22. — Pas-
se à Olivet (Loiret), 23. —
Arrive à Vendôme, 23. —
Renvoie Brodeau à la rei-
ne mère, 23. — Autorisée
par Antoine de Bourbon
a se retirer en Béarn, 25.
— Passe à Châtelleraut
et à Caumont, 25. — Tom-
be malade à Caumont, 26.
— Négocie la paix avec
Burie et Monluc, 26. —
Se retire à Nérac, puis
en Béarn, 29. — Fait em-
prisonner le secrétaire
Boloigne, 30. — Invitée
par la reine mère à re-.
joindre la cour à Lyon,
30. — 8e plaint de Biaise
de Monluc, 31. — Rejoint
la cour à Roussillon (ou
à Mâcon), 31. — Aventure
de la lettre surprise par
la chienne de Jeanne d Al-
bret, 32. — Jeanne rap-
porte cette lettre à la
reine mère, 34. — Part
pour Vendôme, 36. —
Rejoint la cour à Moulins,
38. — Suit la cour à Pa-
ris, 38. — Proteste vaine-
ment contre l'immixtion
du parlement de Toulou-
se dans les troubles du
comté de Foix, 38. — Ac-
cusée d'avoir voulu faire
assassiner la reine mère,
42. — Accusée d'avoir
voulu faire enlever Henri
de Valois, 42. — Retire
son fils de la cour, 45. —
Ignorait alors la prochai-
ne reprise de la guerre
civile, 46. — Pourquoi
elle est venue à la Ro-
chelle, 49. — Visite son
comté de Foix, 51. — Re-
tourne en Béarn^ 52. —
Ecrit à la reine mère dans
un sens pacifique, 52. —
Ne cesse, pendant le
cours de la seconde guer-
re civile, de prêcher la
paix, 55. — Refuse d'aller
a la cour, 56. — Choisie
par la reine mère pour
arbitre entre les hugue-
nots et les catholiques,
58. — Pardonne à ses su-
jets révoltés, 59. — Pro-
pose au roi d'envoyer le
prince de. Béarn en tour-
née en Guyenne, 63. —
Dépiste l'entreprise du
— 233 —
s. de Losses, 66. — Son
dévouement à son beau-
frère, le prince de Condé,
69. — Retourne à Nérac,
70. — Se plaint de la ten-
tative de de Losses, 70.
— Ses incertitudes sur le
parti à prendre, 72. —
Passe quinze ou vingt
jours à Nérac, 74. — En-
voie consulter Condé et
Coligny, 77. — Se résout
à rejoindre les réformés
à la Rochelle, 79, 80. —
Se plaint des serviteurs
qui l'ont trahie, 81. —
Confie ses états au s.
d'Arros, 87. — Ses déli-
bérations avec sa cons-
cience, 88. — Inquiète du
sort de son fils, 90. —
Répond à un pamphlet
publié contre elle, 91. —
Repousse l'accusation
dlmbécillité, 92. — Se
loue des bons serviteurs
que le parti catholique
n'a pu débaucher, 96. —
Est avertie de la fuite de
Noyers, 107. — Envoie
visiter Monluc par un de
ses gens, 108. — Part de
Nérac pour la Rochelle,
108. — Couche à Castel-
jaloux, 108. — Couche à
Tonneins, 110. — Répu-
tée prisonnière des réfor-
més, 113. — Séjourne à
Tonneins, 115. — Passe à
la Sauvetat et à Bergerac,
116. — Prend Eymet, 116.
— Ecrit au roi, à la reine,
à Monsieur, etc., 117. —
Passe à Mucidan, 117,119.
— Passe à Aubeterre, à
Barbezieux, à Archiac,
119. — Se rencontre avec
le prince de Condé, 119.
— Remet son fils entre
les mains de son oncle,
119. - Sa joie aux pre-
mières armes de son fils,
120. — Reste seule à la
Rochelle, 120. — Proteste
de §a vérédicité, 120. —
Répond en vers à Joachim
du Bellay, 129 et suiv. —
Ecrit une chanson sur les
amours du prince de Con-
dé et Mademoiselle de
Limeuil, 137. - Visite à
l'imprimerie de Henri
Etienne, 1 39. — Improvise
un quatrain, 139. — Ecrit
un sonnet sur la dispute
de Charles d'Escars et de
Salignac, 144. — Ajourne
indéfiniment les états de
Béarn, 151. — Envoie
quelques ofïîciers en Bas-
se Navarre, 151. — Impo-
se de force Texercice de
la réforme à la ville de
Saint-Palais, 153. - Y
envoie le capitaine La
Lanire, 154. — Saisit deux
commanderies de Malte
en Basse Navarre, 162. —
Veut détruire le catholi-
cisme en Béarn, 163. —
Fonde un collège hugue-
not à Orthez, 163. - En-
voie au roi en mémoire
sur l'observation de l'édit
de pacification et sur le
gouvernement de Guyen-
ne, 167. — Pardonne avec
empressement aux révol-
tés de la Basse Navarre,
169. — Supplie le roi de
faire exécuter réellement
les édits de pacification
en Guyenne et en Lan-
guedoc, 171. — Se plaint
— 234 -
des empiétements de
Biaise de Monluc. 173. -
Proteste contre les pré-
tentions de ce capitaine,
175 — Demande au roi
justice des révoltés du
pays de Soûle, 176. — Pro-
teste contre Tarrêt du
parlement de Bordeaux
dirigé contre elle, 177. —
Défend à ses sujets, du
comté de Foix, d'obéir
aux ordres du capitaine
Bellegarde, 178. —
Prie le roi d'envoyer des
prévôts de justice dans
le comté de Foix pour y
rétablir la paix publique,
179. — Désire faire la
tournée de ses états et
apanages en compagnie
de son 111s, 180. — Deman-
de à être escortée par
certains seigneurs, 180.
— Proteste contre la no-
mination du s. de Montant
Brassac, gouverneurdans
les Landes, 181. •— Pro-
teste contre les garnisons
imposées aux villes de
Vendôme, Ham, La Fère,
Lectoure, Roquefort de
Marsan et autres, 181. —
Sa lettre au roi, 205. —
Pourquoi elle est venue à
la Rochelle, 207. - Sa
lettre à la reine mère,
209. — Passe en Vendo-
mois et se rend en Gu-
yenne, 210. — Dénonce le
cardinal de Lorraine à la
reine, 211. — Envoie un
gentilhomme avec la Mo-
the Fénelon à la reine,
214. — Sa lettre au duc
d'Anjou, 215. - Elle lui
signale le cardinal de
Lorraine comme ïe plus
perûde de ses conseil-
lers, 215. — Proteste de
son dévouement, 216. —
Sa lettre au cardinal de
Bourbon, 217. - Elle lui
conseille de faire tous
ses efforts en faveur de
la paix, 218. — Sa lettre
à la reine d'Angleterre,
219. — Elle explique son
départ du Béarn, 219. —
Elle excuse la reprise do
la guerre civile, 220.
La Fère (Aisne) occupé
par les garnisons du roi,
181.
La Perrière (Louis Go-
yct de) est envoyé par le
roi en Soûle, 17ô. — Pu-
blie l'édit de pacification,
176. — Récit de sa mis-
sion en Soûle, 177.
La Lanne (Jean de),
capitaine , envoyé par
Jeanne d'Albret en Basse
Navarre, 154. — Mieux
reçu qu'il ne méritait, 155.
La Mothe Fénelon (Ber-
trand de Salignac, s. de)
est envoyé par la reine
en Béarn pour négocier
la réconciliation de Jean-
ne d'Albret avec ses su-
jets révoltés, 54. — Sa
seconde mission en Bé-
arn, 56. — Tâche d'attirer
Jeanne d'Albret à la cour,
56. — Certifie à Jeanne
d'Albret la faveur du roi,
63. — Revient auprès de
Jeanne d'Albret, 110. —
Accuse Coligny de rçte-
— 238 -
nir prisonnier le prince
de Condé, HO. — Presse
Jeanne d'Albret do se
rendre à la cour, 111. —
Accompagne Jeanne d'Al-
bret à Tonneins, à Ber-
gerac, à Eymet, etc., 116.
— Rappel de sa mission
dans la protestation de
Jeanne d'Albret, 168. —
Rappel de sa seconde
mission en Béarn, 205.
La Rochelle (ville de)
se met en révolte, 189. —
Demande le maintien de
ses privilèges, 201.
L'Aubespine (Claude
de), secrétaire d'état,
chargé des affaires d'Es-
pagne, 34.
La Vougie , capitaine
catholique, un des offi-
ciers de Bellegarde dans
le comté de Foix, 183.
Lauzun (François Nom-
par de Caumont, s. de)
g reposé par Jeanne d'Al-
ret pour accompagner le
prince de Béarn en Gu-
yenne, 63.
Laxague , château en
Soûle, appartenant au s.
de Luxe, 156.
Lectoure (Gers), sur-
veillé de près par Monluc,
106. — Occupé par les
garnisons du roi, 181.
Lescar (Basses-Pyré-
nées), destruction des
images catholiques, 163.
Limeuil (Isabelle de)
aimée du prince de Con-
dé, 137.
Longjumeau (traité de).
accepté à Paris, repoussé
à Toulouse, 60.
Longueville, voyez Ne-
vers {Marie de Bourbon
d'Estoutevilley d-uchesse
de).
Lorraine (cardinal
Charles de) aide son frère,
le duc de Guise, à trom-
per le roi de Navarre, 5.
— Blâme la pusillanimi-
té de François II, 11. —
Promet à Antoine de
Bourbon de ne point pour-
chasser le mariage de
son frère, le grand Prieur,
avec la duchesse de Ne-
vers, 13. — Qualifié de
sanguinaire, 15. — Se
rend au Concile de Tren-
te, 29. — Marie la duches-
se de Guise au duc de
Nemours, 41. — Instiga-
teur de l'édit du 25 sep-
tembre 1568, 47. - Le
mauvais génie du roi, 48.
— Sa malice venimeuse,
56. -- Traître au roi, 58.
— Ses menées à Toulouse
et à Bordeaux, 60. — Veut
faire assassiner le cardi-
nal de Bourbon, 61. —
Tâche de faire enlever le
prince de Béarn, 64. —
Maintenu par le roi en son
conseil privé, 68. — Se
félicite de l'arrestation
des chefs de la réforme,
69. — Projette, l'assassi-
nat de tous les princes du
sang, 73. — Surnommé
l'hydre de la France, 78.
— Colporteur de menson-
ges, 101, 111. — Favorise
les affaires du cardinal de
Créqui, 198, — l^ui révèJo
- 236 —
les secrets de la politique
du roi, 199. - Véritable
promoteur de la reprise
de la guerre civile, 206.
— Rappel de sa conspi-
ration contre la vie de
tous les princes du sang,
212.
Lorraine (François de),
grand prieur de France,
aspiçe à la main de la
duchesse de Nevers, 13.
Losses (Jean de Beau-
lieu, s. de) est envoyé en
Béarn pour tricher d'en-
lever le prince Henri, 64.
— Rappel de sa tentative
d'enlèvement du prince
de Béarn, 212.
Lude (Guy de Daillon,
s. du) méprise l'autorité
du prince de Béarn en
Poitou, 183. — Reçoit du
roi l'ordre d'obéir à ce
prince, 193.
Luxe (Charles de) char-
gé par le roi de mettre
sous séquestre le royau-
me de Béarn, 113. — S'op-
Eose à la célébration d'un
aptême réformé à Saint-
Palais, 152. — Tentative
d'empoisonnement diri-
gée contre lui, 156. —
Demeure à Ostabat^ 157.
— Signataire de la prêtes-'
tation des seigneurs ca-
tholiques de la Basse Na-
varre, 164.
Marchais (Aisne), thé-
âtre d'une réunion des
princes de Guise, 49.
Marguerite de France,
duchesse de Savoie, re-
joint la cour à Rossillon,
34. — Proposée par la
reine mère comme arbi-
tre entre les huguenots
et les catholiques, 58.
Marguerite de Valois,
fille de Henri II et de Ca-
therine de Médicis, élevée
à Amboise, 24.
Marsan (vicomte de)
dépouillé de ses immu-
nités par Bellegarde, 183.
Martigues ( Sébastien
de Luxembourg, s. de)
chargé d'enlever d'Aude-
lot à Laval 67.
Mat ras desempenné ,
au figuré sans bagage, 1 07 .
Mauvosin (Michel de
Castillon, s. de), capitaine
catholique, commet de
graves excès dans le
comté de Foix, 185.
Meaux (Massacres de),
100.
Mesmes (Jehan de), ca-
pitaine protestant, cou-
pable de tentative d'assas-
sinat contre le s. de Do-
mesain, 157. — Supplicié
par ordre de Biaise de
Monluc au mépris de l'é-
dit de pacification, 172.
— Son supplice justifié
par le roi, 190.
Mezin (Lot-et-Garonne),
lieu de garnison de la
compagnie du prince de
Béarn, 185.
Mixe, hameau près Bi-
dache, députe un gentil-
237 —
homme à Jeanne d* Albret,
153.
Monceaux en Beauce,
résidence de la cour, 43.
Monein (Tristan de),
lieutenant général en Gu-
yenne, cité, 158.
Monluc (Biaise de) né-
gocie avec Jeanne d'Al-
bret, 26. — Se sépare de
Burie, 27. — Reçoit l'or-
dre d'arrêter Jeanne d'Al-
bret, 28. — Chargé d'ai-
der le s. de Losses à en-
lever le prince de Béarn,
65. — Invoqué en témoi-
gnage des dispositions
Eacifiques de Jeanne d'Al-
ret, 71, 75. — Ses me-
naces contre Jeanne d*Al-
bret, 105. — Tient tous
les passages de la Garon-
ne, 105. — Se rend à Vil-
leneuve d'Agen, 108. —
N'ose entraver le départ
de Jeanne d'Albret, 115.
— Sa lettre à Gondrin,
172. — Empiète sur les
biens et maltraite les su-
jets de Jeanne d'Albret,
173. — Se prépare à met-
tre garnison dans ses
villes, 173. — Ses exac-
tions dans le duché d'Al-
bret, 182.
Monopoles, intrigues,
100.
Montamat (Bernard
d'Astarac, s. de) rejoint
Jeanne d'Albret à Ton-
neins, 115.
Montant Brassac (Jean
de Puységur, s. de), nom-
mé gouverneur des Lan-
des par Biaise de Monluc,
181.
Montignac le Comte
(Charente), occupé par
les garnisons de Monluc,
182.
Montmorency (Anne
de), connétable de Fran-
ce, sauve la vie à Antoine
de Bourbon, 8.
Montpaon (Aveyron),
ietre frappée d'exactions
par Biaise de Monluc, 182.
Montpensier (Jacque-
line de Longwy, duches-
se de) chargée par la rei-
ne mère d'avertir Antoine
de Bourbon d'une tenta-
tive dirigée contre sa
vie, 9.
Navarre. Rébellion des
catholiques contre Jean-
ne d'Albret, 50.
Navarreins, ville forte
en Navarre, 156.
Nebousan (vicomte dej,
dépouillé de ses immuni-
tés par les officiers du
roi, 183.
Nemours (Jacques de
Savoie^ duc de) marié à
la duchesse de Guise mal-
gré les protestations de
Françoise de Rohan, 41.
Nevers (Marie de Bour-
bon d'Estouteville^ du-
chesse de), devient du-
chesse de Longue ville, 1 3.
Nevers (Marie de Clè-
ves, demoiselle de), tom-
be malade à Casteljaloux^
— 238 —
409. — Est renvoy^'e par
Jeanne d'Albret à Nérac,
109.
Nogaro (Gers), lieu de.
garnison de la compagnie
du prince de Béarn, 185.
Nourriturey éducation,
94.
Oléron ( Basses-Pyré-
nées). Destruction des
images catholiques, 163.
Oreguer (s. d') député
du pays d'Ostabaret à
Jeanne d'Albret, 154.
Orthez (Basses - Pyré-
nées). Destruction des
images catholiques, 163.
— Fondation d'un collège
huguenot, 163.
Ostabaret, près Iholdy,
village, députe un gentil-
homme à Jeanne d'Albret,
153.
Ostabat, près Iholdy,
seigneurie appartenant
au s. de Luxe, 157.
Pamiers, ville de l'apa-
nage de Jeanne d'Albret,
ruinée par le parlement
de Toulouse, 38.
Pau (parlement de) re-
çoit, d'Antoine de Bour-
bon, l'ordre de chasser
les réformés, 30.
Pau (Basses-Pyrénées),
Destruction des images
catholique^, 163.
Pelote (jouer à la), trai-
ter avec mépris, 47.
Picardie (Noblesse dej,
favorisée par le roi contre
les habitants des villes,
198.
Poitou compris au gou-
vernement de Guyenne,
184.
' Ports, vallées de pas-
sage de France en Espa-
gne, 169.
Ranty (Jacques de),
lieutenant de la compa-
gnie du roi de Navarre,
escorte son capitaine à la
porte du cabinet du roi,
10.
Renée de France, du-
chesse de Ferrare, pro-
posée par la reine mère
comme arbitre entre les
huguenots et les catho-
liques, 58.
Responce à un certain
escript publié par V Ad-
mirai et ses adhérans,
pamphlet catholique con-
tre les réformés, 91. —
Traite d'imbéciles Jean-
ne d'Albret et son fils, 92.
Rohan (Françoise de),
cousine germaine de Jean-
ne d'Albret, sacrifiée par
le conseil du roi au duc
de Nemours, 39. — Pro-
teste contre le mariage
du duc de Nemours et de
la duchesse de Guise, 41.
Roissy (s. de), oncle de
Jehan de Mesmes, 172.
Roquefort de Marsan
(Landes), occupé par les
garnisons du roi, 181.
— 239
. Roquemaurel (s. de),
gentilnomme de l'Ariège,
en querelle avec le s. de
Solan, 185.
Roques (Jean de Secon-
det, s. de), maître d'hôtel
de Jeanne d'Albret, est
envoyé par cette princes-
se à Catherine de Médi-
cis, 28. — Dépouillé d'une
partie de ses biens par
Biaise de Monluc, 182. —
Messager de Catherine à
Jeanne d'Albret, 210.
Saint- André (Jacques
d'Albon, s. de), maréchal
de France, assiste le roi
François II dans une ten-
tative contre la vie d'An-
toine de Bourbon^ 8. —
Conduit Antoine de Bour-
bon à Paris pour obliger
la reine mère à retirer
l'édit de janvier, 16.
Saint-Gaudens (Haute-
Garonne), station de
Jeanne d'Albret dans son
voyage à Foix, 51.
Saint - Jean - Pied - de -
Port, châtellenie de la
Basse Navarre, 155.
Saint -Michel-en-Cize ,
en Basse-Navarre, autre-
fois Eyheralarre, 164.
Saint-Palais, première
église réformée en la Bas-
se-Navarre, 150. — Bap-
tême réformé célébré à
Saint-Palais malgré les
protestations générales,
152.
Salies-en-Béarn. Des-
truction des images ca-
tholiques, 163..
Salignac (Jean de), doc-
teur réformé , dispute
avec Charles d'Escars,
évéque de Poitiers, 144.
Sanguinolent, mot pris
dans ie sens de Sangui-
naire, 15.
San sac (Cantal), terre
frappée d'exactions par
Biaise de Monluc, 182.
Sardaigne (royaume
de) promis par les Guises
à Antoine de Bourbon, 5.
Sauvetat (La), lieu de
Eassage de Jeanne d'Al-
ret, 116.
Savigny, bâtard d'An-
toine de Bourbon, est as-
sassiné, 44.
Savoie (Marguerite de
France, duchesse de).
Voyez Marguerite,
Solan (s. de), gentil-
homme huguenot de l'A-
riège, en querelle avec le
s. de Roquemaurel, 185.
Soûle ( Basse - Pyré -
nées), partie de la Navar-
re, en révolte contre
Jeanne d'Albret, 176.
Tanlay (Yonne), rési-
dence de l'amiral Coli-
gny, 67.
Tavannes (Gaspard de
Saulx) chargé d'enlever
le prince de Condé à No-
yers, 66. — Chargé d'enle-
ver Coligny à Tanlay, 66.
Teligny (Charles de)
- 240 —
est envoyé par Coligny à
la cour, 76.
Thou (Christophe de)
reçoit les confidences du
cardinal de Lorraine au
sujet de Tarrestation des
chefs de la réforme, 69.
Tilladet (Antoine de
Cassagnet, s. de), capi-
taine catholique, commet
de graves excès dans le
comté de Foix, 185.
Tonneins, lieu de pas-
sage de Jeanne d'Albret,
110,115.
Toulouse (parlement
de) chargé de saisir les
biens de Jeanne d'Albret,
112. — Envoie deux capi-
touls à la cour, 172. —
Son arrêt touchant l'édit
de pacification qui a suivi
la paix de Longjumeau,
172. — Empiète sur les
droits et sujets de Jeanne
d'Albret, 173.
Tournon (François de)
cardinal, escorte Antoine
de Bourbon à Paris pour
obliger la reine mère à
retirer l'édit de janvier,
16. — Espionné secrète-
ment par la reine mère, 17.
Trente (concile de). Sa
fin, 49.
Tursan (vicomte de)
dépouillé de ses immuni-
tés par les officiers du
roi, 183.
Uhart (Gabriel d') signe
la protestation des sei-
gneurs catholiques de
la Basse Navarre, 164.
Vassy (Massacre de),
100.
Vaupilière (Antoine
Martel, s. de), dépêché
par Jeanne d'Albret à la
cour, 60. — Arrive à la
cour, 67. — Mal reçu par
le roi, 68. — Débouté de
toutes ses instances, 68.
— Retourne auprès de
Jeanne d'Albret à Nérac,
70. — Chargé d'apporter
au roi la protestation de
Jeanne d'Albret, 168. —
Supplément d'instruction
à lui donné par Jeanne
d'Albret, 181. — Chargé
de protester contre les
faits et gestes de Biaise
de Monluc, 182. — Dé-
pouillé de ses biens par
Biaise de Monluc, 182.
Vendôme (Loir-et-
Cher) occupé par les gar-
nisons du roi, 181.
Vêpres Siciliennes (fai-
re des), 61. — Rappelées
par Jeanne d'Albret au
cardinal de Bourbon, 217.
Versigny (Guillaume
de Marie, s. de), prévôt
des marchands de Pans,
remplit une mission au-
près du roi deNavarre, 18.
Villars (Honorât de Sa-
voie, marquis de) proposé
par Jeanne d'Albret pour
accompagner le prince de
de Béarn en Guyenne, 63.
— Visite Jeanne d'Albret
à Nérac, 70.
TABLE DES MATIERES
MÉMOIRES DE Jeanne d*Albret 1
Poésies de Jeanne d*Albret 125
Sonnets de la reine de Navarre à du Bellay. 129
Chanson sur les amours de Condé et d'Isa-
belle de Limeuil 137
Visite de Jeanne d'Albret à Henri Estienne. 139
D'une dispute touchant la messe 142
Pièces Justificatives 147
Manifeste des gentilshommes de la Basse
Navarre, 24 mars \ 568 147
Articles envoyés au roi par Jeanne d'Albret,
7 juillet 1568 165
Réponse du roi aux précédents articles 187
Lettre écrite par l'agent du cardinal de Cré-
quy à son maître, 9 août 1568 195
Lettres de Jeanne d^Albret
au roi, 16 septembre 1568 203
à la reine mère, id 209
au duc d'Anjou, id T. 215
au cardinal de Bourbon, id 217
à la reine d^Angleterre, 15 oct. 1568. 219
Table analytique 225
Evreux. — Imp. de l'Eure, L. Odieuvre, 4 bis, rue du Meilet.
V
OUVRAGES DU MÊME AUTEUR :
COHMENTAIBES ET LETTRES DE BlAISE DE MoNLUG, MARE*
GHAL DE Frange, 1864-1872, 5 vol. in-8'', édition
publiée pour la Société de F Histoire de France.
Mémoires LNÉDiTS de Mighel de la Huguerye, 1877-
1880, 3 vol. in-8*, publiés pour la Société de l'His-
toire de France.
Histoire universelle, par Agrippa d'Aubigné, 1886-
1893, 6 vol. in-8'*, édition publiée pour la Société
de l'Histoire de France. Le tome VU est sous
presse.
Notice des principaux Livres manuscrits et imprimés
QUI ONT fait partie DE l'ExPOSITION DE L'aRT ANCIEN
AU Trogadéro, 1879, in-8**, Techener.
Le duc de Nemours et mademoiselle de Rohan, (1531-
1592), Paris, 1883, petit in.8^ Labitte.
Le traité de Cateau Cambresis, 1889, in-8'^, Labitte.
La première jeunesse de Marie Stuart^ 1891, petit
in-8o, Paul, Huart et Guillemin.
Le Mariage de Jeanne d'Albret, 1877, in-8^ Labitte.
Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, suite de
Le Mariage de Jeanne d^Alhret^ 4 vol. in-8", 1881-
1886, Labitte.
Ces deux ouvrages ont été honorés par l'Académie
des Inscriptions et belles lettres, en 1887^ du grand
prix Gobert.
Sous presse:
Jeanne d'Albret et la Réforme, suite de Antoine de
Bourbon et Jeanne d'Albret.
;,r-_-^.i-rfa«flW<
BOUND
O^' 13 1936
UNIV. Or ;yilCH.
LIBRARY
I
UNIVERSITY OF MICHIGAN
3 9015 05055 7878