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Full text of "Mémoires et poésies de Jeanne d'Albret"

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MÉMOIUKS 



ET 



POÉSIES 



DE 



JEANNE I)'AE1!I5I';T 



PUBLIES PAR 



Le Baron ok lilMM.K 



-•o*- 



PARIS 

Km. PAl. L, \\[ \\\T vu- tiriLLFMÎN 
LIBRAIRES DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALB 

28, rae des Bons-Enfants 
1893 



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NOTE SUR LE PORTRAFT 



Le portrait placé en tête de ce volume a été 
gravé d'après un portrait de la reine de Navarre 
conservé à Genève, que la princesse avait offert à 
la République Helvétique en 1566. C'est le seul 
portrait authentique de Jeanne d'Albret. 






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> •• •■ • 






Xes Mémoires de Jeanne d'Albret ont été signalés 
par les historiens du xvi* siècle qui se sont occupés 
de la vie de cette grande princesse, notamment par 
les annalistes du parti réformé inféodés aux Bour- 
bons. Olhagaray les cite avec d'autant plus d'auto- 
rité qu'il était, sous le règne de Henri IV, histo- 
riographe de ce prince et qu'il avait trouvé dans 
V exercice de ses fonctions la pure et vraie tradition 
de la maison d'Albret. Il raconte un des incidents 
de la vie du roi de Navarre d'après le récit de 

Jeanne et ajoute : « dit V original, dontfay 

« tiré mot à mot ces paroles ^ » Nicolas de Borde- 
nave, ministre béarnais, chargé par Jeanne d'Albret 
elle-même d'écrire l'histoire de la Navarre, est 
encore plus explicite. Il relate le même événement 
de la vie d'Antoine dé Bourbon dans les mêmes 



1. — Olhagaray, Histoire des comptes de Foix, 
Béarn et Navarre, in-4o, 1629, p. 529. 



II 

termes que les Mémoires et justifie son récit par 

cette déclaration catégorique « comme la royne, 

« sa femme, a laissé par escrit impnmé *. » 
D'Aubigné, le fidèle serviteur du Béarnais, son 
écuyer, son conseiller , son compagnon d'armes 
dévoué pendant vingt ans de sa vie, joint son 
témoignage à celui des chroniqueurs béarnais : 
€ La royne de Navarre, dit-il en rappelant les 
€ circonstances qui décidèrent Jeanne d'Albret à 
« écrire son autobiographie, n'oublia pas les assis- 
c tances qu'on avait demandées à elle et aux siens 
« contre la maison de Guise, quelque mot du défit 
« qui paroissoit en la roine mère de commettre tous 
« les princes et nobles de France ensemble, et puis 
« couronna son escrit de hardies résolutions et pro- 
€ testations ^. » Voilà en peu de mots une analyse 
complète des Mémoires de Jeanne d'Albret. 

Régnier de la Planche, autre narrateur protes- 
tant, conseiller de la maison de Montmorency, 
un des hommes les plus mêlés au mouvement 
de la réforme, copie textuellement un récit de 
Jeanne d'Albret et le confirme en ces termes 

« comme aussi la roine de Navarre, pour le 

« bien scavoir et sans jamais avoir esté contredicte, 
« en escripvit à la roine mère longtemps après le 



1. — Bordenave, Histoire de Béarn et Navarre, 
1873, p. i05. 

2. — Aubigné, Histoire universelle, édit. de la Soc. 
de l'Histoire de France, t. m, p. H. ' 



m 

« trépas de tous les dettx rois^. » Les Mémoires 
ont en effet été publiés et adressés, comme on le 
verra plus loin, au roi et à la reine mère avec des 
lettres de Jeanne d'Albret. — Palma Cayet, ministre 
protestant, sous-gouverneur de Henri de Béam, 
puis prêtre catholique et professeur au collège de 
France, un des biographes en titre du Béarnais, 
rappelle en ces termes les Mémoires de la reine 
de Navarre : « Cestoit une royne d'un bel esprit. 
« Elle fit elle-même une déploration, tant en prose 
« qu'en vers français, de ce que Von avoit pour- 
« suivy à mort et constrainct Messieurs les princes 
« du sang de se sauver avec leur père, et mesme 
« M. le comte de Soissons, qui estoit encores au 
« berceau ^. » Le signalement, sans être d'une 
précision rigoureuse, s'adapte cependant aux 
Mémoires de la reine de Navarre, qui d'un bout 
à Vautre sont la Déploration des circonstances 
qui ont obligé leur auteur à se rendre, en 1568, 
sur le théâtre de la guerre. 

Il serait injuste d'oublier Bayle, le plus érudit 
des chercheurs. Dans un article de son diction- 
naire, enrichi d'aperçus ingénieux et nouveaux 
pour le temps, il écrit : « Le livre intitulé His- 
a toîre de nostre temps, contient cinq lettres 



1. — Régnier de la Planche, Estât de France sous 
François ïly édit. du Panthéon littéraire, p. 405. 

2. — Palma Cayet, Chronologie novenaire, édit. 
du Panthéon littéraire, p. 179. 



IV 

« de la reine de Navarre avec une ample décla- 
■€ ration ^ sur la jonction de ses armes à celles des 
•€ Réformés en 1568. Toutes ces pièces, qui pas- 
« sent pour être du stile de la reine de Navarre, 
« valent en tout sens un des meilleurs livres, tant 
€ on y voit de tours, de solidité et de faits anec- 
€ dotes, curieux et intéressants ^. » 

Un seul écrivain a combattu l'authenticité de 
V autobiographie de Jeanne. Encore est il relative- 
ment moderne et animé de passions religieuses qui 
rendent ses arrêts susceptibles d'appel. Le père 
Griffet, dans les notes qu'il a consacrées à /'His- 
toire de France du père Daniel, est ammé à 
s'expliquer sur la rivalité du roi de Navarre et du 
duc de Guise pendant le règne de François IL II 
discute avec une grande force de logique la vraisem- 
blance des tentatives d'assassinat dirigées contre la 
vie du premier des Bourbons. Mais sa démonstra- 
tion se heurte à un témoignage irrécusable, à Vattes- 
tation de Jeanne d'Albret elle-même. Il repousse 
4onc ce témoignage, argumentation commode, qui 
lui permet de blanchir son héros sans opposition. 
Cependant sa négation est timide, presque indécise, 
comme celle d'un avocat peu convaincu. « Ce n'est 
€ pas que ce libelle, dit-il, (les Mémoires de 
< Jeanne), ne put avoir été véritablement autorisé 

i. — Tel est le titre que portent les Mémoires. ' 
2. — Bayle, v» Jeanne d'Albret, 



« par la reine de Navarre, qui haïssait mortelle- 
« ment la maison de Guise et qui était aveuglément 
a dévouée au parti huguenot ; car il n'y a nulle 
« apparence qu'il soit sorti tout entier de la plume 
« de cette princesse, quoiqu'on y parle en son nom. 
« On sait que les personnes d'un si haut rang ne 
« s'occupent pas pour l'ordinaire à composer de si 
« longs discours. Mais ils ont des gens qui les écri- 
ai vent pour eux et qui les font parler comme ils 
« jugent à propos. L'écrit dont il s'agit est donc 
« vraisemblablement sorti de la plume de quelque 
« secrétaire ou de quelque ministre huguenot. Car 
« les ministres de ce temps-là faisoient presque 
« toujours la fonction de secrétaire quand 
« il s'agissait d'écrire contre la maison de Guise * . » 
C'est à des insinuations que se réduit la démons- 
tration du père Griffet : Il n'y a nulle appa- 
rence pour l'ordinaire vraisembla- 
blement sorti de la plume d'un secrétaire 

Le savant critique, prévenu mais consciencieux, 
voudrait nier absolument, mais il a la sagesse de 
se retenir sur la pente du doute. Encore ne con- 
naissait-il probablement pas le témoignage d'Olha- 
garay, annaliste provincial et huguenot par sur croit, 
peu en faveur dans les milieux catholiques et savants 
du xviii® siècle, ni la Planche, ni d'Aubigné, qui 



1. — Histoire de France de Daniel, t. x, p. 120 et 
558. Dissertation spéciale du P. Griffet. 



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MEMOIRES ET POESIES 



DE 



JEANNE D'ALBRET 



MÉMOIRES 



DE 



JEANNE D'ALBRET 



SOMMAIRES 



Pourquoi Jeanne d*Albret écrit ses Mémoires. — Elle 
appartient à la Réforme depuis 1560. — Douleur 
qu'elle a éprouvée de Tapostasie de son mari. — 
François II veut faire assassiner le roi de Navarre 
à Orléans. — La reine mère fait avertir ce prince 
par la duchesse de Montpensier. (p. i à 12). 

1562. — Les Guises veulent éloigner Jeanne d'Albret 
de la cour parce qu'elle travaillait à desciller les 
yeux de son mari. — Zèle du roi de Navarre en 
faveur de la Réforme au moment de Tédit de jan- 
vier. — Ouvertures dans les murailles ordonnées 
par la reine mère pour épier les seigneurs de la 
cour. — Jeanne d'Albret conseille à Catherine de 
Médicis de se réfugier à Orléans. — Elle quitte la 
cour sur l'ordre de son mari. — Catherine lui donne 
l'autorisation d^enlever le duc d'Anjou. — L'e roi de 
Navarre veut faire emprisonner sa femme. — 
Jeanne s'échappe et s'enfuit en Guyenne. — Mena- 
cée par Monluc, elle se retire en Béarn. — Antoine 
de Bourbon envoie en Béarn le secrétaire Bologne 
pour y suspendre l'exercice de la Réforme. — 
Jeanne fait arrêter Bologne. — Mort du roi de 
Navarre (17 novembre 1562). (p. 12 à 30). 

1564. — Jeanne d'Albret rejoint la cour de France à 
Mâcon (l»' juin 1564). — Aventure de la lettre per- 



XVIII 

due par la duchesse de Guise. ^ Jeanne se retire à 
Vendôme, (p. 30 à 36). 

1566. — Injustices commises contre la reine de 
Navarre à l'occasion du comté de Foix. — Iniquité 
de Tarrêt prononcé contre Françoise de Rohan. — 
On fait croire à la reine mère que Jeanne d'Albret 
veut la faire tuer et enlever le duc d'Anjou. — 
Savigny, bâtard d'Antoine de Bourbon^ soupçonné 
de ce crime, est assassiné, (p. 36 à 45). 

1567. — Jeanne d^Albret ramène son fils en Béarn. ^— 
Efforts du prince de Condé pour empêcher la reprise 
de la guerre. — Les contre-lettres du roi démen- 
tent les promesses de l'édit de pacification. — 
Jeanne reçoit à Saint-Gaudens la nouvelle de la 
prise d'armes de 1567. — Lettre de Jeanne d'Albret 
à la reine mère à cette nouvelle, (p. 45 à 56). 

1568. — Missions de La Mothe Fénelon auprès de la 
reine de Navarre. — Jeanne refuse la charge de 
médiatrice entre les belligérants. — Elle envoie la 
Vaupilière à la cour pour porter ses plaintes au 
roi. — Elle demande à la reine l'autorisation pour 
son fils de parcourir la Guyenne afin de veiller à 
l'exécution des édits. — Le cardinal de Lorraine 
cherche à faire enlever Henri de Béarn par le 
s. de Losses. — Refus du roi aux demandes trans- 
mises par la Vaupilière. — Jeanne se retire à 
Nérac. (p. 56 à 71). 

Jeanne d'Albret hésite à se réfugier à la Rochelle. 
— Ses incertitudes. — Sa crainte d'être séparée 
de ses enfants. — Elle désire voir son fils faire ses 
premières armes. — Riposte à la Response à un 
certain §8çrit publié par V Admirai et §e$ adhé- 



XIX 

vans, — Elan des réformés à la prise d'armes 
de 1568. (p. 7! à 102). 

Miraculeuse fuite de Noyers (23 août 1568). — Mesu- 
res prises par Monluc en Guyenne. — Jeanne 
d*Albret échappe de Nérac avec son fils (6 sep- 
tembre 1568). — Mademoiselle de Nevers tombe 
malade à Casteljaloux. — Jeanne d'Albret rencontre 
La Mothe Fénelon à Tonneins. — Elle proteste 
contre Tarrêt du parlement de Toulouse et contre 
les lettres patentes envoyées par le roi au s. de 
Luxe. — Réponses plaisantes de Henri de Béarn à 
la Mothe Fénelon. — Voyage de Jeanne à travers 
le Périgord. — Son cortège prend la ville d'Eymet. 
— Rencontre du s. d'Escars, lieutenant de roi 
en Limousin. — Passage de la reine de Navarre 
à Mucidan. — Jeanne d'Albret et le prince de 
Condé se rencontrent près de Cognac. — Elle entre 
à la Rochelle (28 septembre 1568). — Henri de 
Béarn se rend à l'armée, (p. 102 à 121). 



J'ay toujours estimé que, si lia personne 
n'est satisfaicte de soy en soy mesme, le 
contentement que les autres en peuvent 
avoir ne luy est que demy sentiment du 
repos de sa conscience. Et parce que, par 
quelques lettres* que j'ay escrites au Roy'^, 
Monseigneur, à la Royne^ sa mère, à Mon- 
sieur^, son frère, et Monsieur le cardinal de 
Bourbon^, mon beau-frère, et depuis à la 
Royne d'Angleterre^, je n'ay touché que 
bien sommairement les choses que je 
désire plus amplement faire entendre à un 

i. — On trouvera ces lettres à la suite des 
Mémoires. 

2. --Charles IX. 

3. — Catheriife de Médicis. 

4. — Henri de Valois, alors duc d* Anjou, plus tard 
Henri III. 

5. — Charles de Bourbon, frère du feu roi de 
Navarre, plus tard proclamé roi de la Ligue sous le 
nom de Cnarles X. 

6. — Elisabeth, • 

1. 



— 2 — 

chacun, j'ay mis la main à la plume pour 
amplifier ce dont j'ay desclaré le principal 
subject en mes susdites lettres, touchant les 
occasions qui m'ont fait abandonner mes 
pays souverains ^ Et, par ce que mon inten- 
tion est de desclarer plus particulièrement 
les dictes occasions, que j'ay seulement 
tracées par mes lettres mentionnées cy- 
dessus, qui sont la Religion, le service du 
Roy, Monseigneur, et le devoir au sang, je 
diray, commençant par la Religion, que, 
depuis l'an mil cinq cents soixante, il n'y a 
personne qui ne sçache bien qu'il pleut à 
Dieu par sa grâce me retirer de l'idolâtrie, 
ou j'estoy trop plongée, et me recevoir en 
son Esglise*. 



1. — Cette phrase permet de dater exactement ces 
Mémoires, Jeanne d'Albret quitta Nérac le 6 septem- 
bre 1563 pour se réfugier à la Rochelle, où elle arriva 
avant le 28 septembre 1568. C'est après son arrivée 
qu'elle écrivit son autobiographie. 

2. — Cette phrase tranche une question qui était 
restée douteuse, celle de l'époque où Jeanne d'Albret 
se fit protestante. Olhagaray (Histoire de Foix, 
Béarn et Navarre, p. 560) avait écrit qu'elle ne prit 
part à la cène que le jour de Pâques de 1561 (6 avril). 
L'autorité de cet annaliste, historiographe de Henri 
IV et contemporain des événements qu'il raconte, 
paraissait trancher la question. Mais Bordenave 
ÎHist. de Foix et Navarre, j). 108) fixe au 25 décem- 
bre 1560 la première profession publique de la reine 
de Navarre. Deux lettres, une de Calvin, que M. Bon- 
net date un peu arbitrairement du 16 janvier 1561 
(Lettres de Calvin, t. II, p. 365), l'autre de Nicolas 
Throckmort6n du 20 janvier (Galendar foreign séries 



— 3 — 

Depuis ce temps-là, par sa mesme grâce, 
il m'y a faict persévérer, de sorte que je me 
suis toujours employée à Tavancement 
d'icelle. Et mesme, du temps du feu Roy ^ 
mon mary, lequel, s'estant retiré de ce pre- 
mier zèle qu'il en avoit ^, me fut une dure 
espine, je ne diray pas au pied, mais au 
cœur, chacun sçait (et me sied mieux de le 
taire que d'en dire davantage) que les faveurs 
ou rigueurs ^ ne m'ont faict aller ne d'un 

1560, p. 509), toutes deux adressées à la reine do 
Navarre, laissent encore des doutes. L'affirmation 
contenue dans le texte lève toutes les difficultés. 
Olhagaray se trompe de date et Bordenave a raison. 

i. — Antoine de Bourbon, roi de Navarre, blessé 
au siège de Rouen, le 16 octobre 1562 et mort aux 
Andelys (Eure), le 17 novembre suivant. 

2. — Antoine de Bourbon fut le véritable type de 
l'homme « merveilleusement vain, divers et ondo- 
« yant » dont parle Montaigne (Essais, liv. I, chap. I). 
Successivement catholique, calviniste et luthérien, il 
était devenu le chef du parti catholique lorsqu'il fut 
frappé à mort sous les murs de Rouen. Pendant sa 
lieutenance générale, en 1561 et en 1562, on le vit 
plusieurs fois changer de religion ou plutôt les pro- 
fesser toutes, suivant les nécessités de la politique. 
Nous avons raconté dans les tomes III et IV d'An- 
toine de Bourbon et Jeanne d'Albret les transfor- 
mations religieuses de ce prince. ' 

3. — Cette allusion amère rappelle les dures 
mesures de contrainte que Antoine de Bourbon prit 
contre Jeanne d'Albret, à la suite desquelles» au 
mois de juin 1562, la reine de Navarre s'enfuit en 
Béarn. Il essaya d'abord de la mener de force à la 
messe, puis de lui défendre d'assister au prêche. Il 
lui enleva son fils. Il avait formé le dessein de la 
répudier, et d'épouser Marie Stuart. _Nous avons 
retracé ces faits dans Antoine de Bourbon et Jeanne 
d'Albrei, t. iv, p. 78, 82, 97. 



— 4 — 

costé ne d'autre. J'ay tousjours, par la grâce 
de Dieu, suivi le droict chemin. Je conjoin- 
dray que, par cesle mesme faveur, et y 
adjousteray miraculeuse, mon fds a esté 
préservé parmi tant d'assauts en la pureté 
de sa Religion*. Ce n'est pas par sa pru- 
dence, force ou constance : car Taage de 
huict ans ~, qu'il avoit lors seulement accom- 
plis, ne luy pouvait apporter tout cela; à 
Dieu seul donc en soit la gloire. Et, parce 
qu'en la lettre que j'escry à la Royne, je luy 
rementoy ' le temps auquel ceux de la mai- 
son de Guyse et autres empiétèrent le feu 



1. — Jeanne d'Albret se trompe ou avait été mal 
informée. Obligée de laisser son fils à son mari en 
mars 1562, elle avait fait jurer à l'enfant qu'il resterait 
fidèle à la réforme. Pendant des mois entiers, malgré 
les gouverneurs et les conseillers, le petit prince de 
Béarn, à peine âgé de huit ans, résista aux volontés 
de son père. Enfin le l" juin, il se laissa conduire à 
la messe pour recevoir le collier de l'ordre de Saint- 
Michel (Lettres de Perrenot de Chantonay, amb. 
d'Espagne, à Philippe II du 8 avril, 23 février, 19 mai 
et 3 juin 1562 ; Arch. nat., K 1497). L'année suivante 
le jeune prince entra au collège de Navarre avec le 
duc d'Anjou et Henri de Lorraine et suivit les leçons 
de docteurs qui appartenaient à la religion catholique 
(Grevier^ Histoire de VUniversité, t. vi, p. 232, 
d'après P. Mathieu). Ces détails avaient peut être 
été cachés à Jenne d'Albret. 

2. — Henri de Béarn était né le 13 décembre 1553. 
Nous avons publié, à la suite du tome i de ï Histoire 
universelle de d'Aubigné (édit. de la Soc. de THist. 
de France) un mémoire sur la date controversée de 
la naissance de ce prince. 

3. — Ramentoir ou ramentevoir, rappeler. 



— 5 — 

Roy, mon mari, je désire que chacun entende 
que, le paissans d'une vaine espérance de 
ravoir nostre royaume *, l'abusans aussi 
de celui de Sardàigne ^, ils luy firent laisser 
le certain pour embrasser l'incertain : chose 
quasi incroyable, que ce prince, qui avoit si 
bon jugement, peut jamais rentrer en fiance 
d'eux. Et faut juger par là de quels artifices 
ils se sçavent aider, lors qu'ils veulent attirer 
une personne pour la ruiner. O combien 
de larmes de crocodile ce cardinal ^ a espan- 
dues, et de combien de finesses renardes ils 



1. — En 1512 Ferdinand le Catholique s'était 
emparé de la Navarre espagnole, qui, avant cette 
date, appartenait à la maison d'Albret. Henri d'Albret 
avait usé sa vie à tâcher de reconquérir cette 
partie de son royaume. Son gendre et son successeur, 
Antoine de Bourbon, s'était inspiré de la même 
politique. C'est avec ce leurre que le parti catholique 
et espagnol, que Jeanne d'Albret personnifie ici 
dans les Guise, avait obtenu le retour d'Antoine à la 
religion catholique. Nous avons raconté ces faits 
dans Le Mariage de Jeanne d'Albret et dans An/oine 
de Bourbon et Jeanne d'Albret. 

2. — Après d'interminables négociations que nous 
avons racontées dans les tomes m et iv d Antoine 
de Bourbon et Jeanne d'Albret^ Philippe II avait 
fini par déclarer que, la Navarre espagnole étant 
indispensable à son royaume, il ne pouvait la res- 
tituer, quelques fussent les droits de la maison 
d'Albret. Mais il avait offert une compensation, la 
Tunisie, qui ne lui appartenait pas, et enfin la Sar- 
dàigne. Les négociations se poursuivirent sur cette 
base chimérique jusqu'à la mort d'Antoine de Bourbon. 

3. — Le cardinal Charles de Lorraine, mort 
en 1574* 



— 6 — 

se sont aidez, luy et son frère ^; pour lesquels 
cognoistre ne faut que lire au psal. X. les 4 
et 5 versets, à scavoir : 
D'un parler feint de déception, etc. ^ 
Si quelqu'un a observé les mines du car- 
dinal, il luy a veu faire le doux, le marmiteux, 
le las, si naifvement, que le prophète royal, 
ayant expérimenté telles manières d'hypo- 
crites, leur a voulu bailler des marques pour 
estre recogneuz de tout le monde. Je suis 
contrainct de redire encore une fois que 
c'est une chose trop incroyable que ce 
prince se soit ainsi laissé enchanter à eux, 
qui ont faict comme le peintre; lequel, 
reblanchissant le tableau peint, efface ce qui 
y estoit, pour y mettre de nouveau ce qu'il 



1. — François de Lorraine, duc de Guise. 

2. — Voici les deux versets du psaume x, traduits 
par Clément Marot. 

D'un parler fainct, plein de déception, 
Le faux parjure est toujours embouché : 
Dessous sa langue, avec oppression, 
Désir de nuire est toujours embusqué. 
Semble au brigand, qui, sur les champs caché, 
L'innocent tue en caverne secrette, 
Et de qui Toeil povres passans aguette. 

Ainsi l'inique use de tour secret 
Du lyon caut en sa tasnière, hélas ! 
Pour attraper Thonime simple et povret, 
Et l'engloutir quand l'a pris en ses laqs; 
Il faict le doux, le marmiteux^ le las : 
Mais sous cela, par sa force perverse. 
Grand' quantité de povres gens renverse,. 



— 7 — 

a en affection. Car, par ces rusés susdicte's, 
ils lui effacèrent la mémoire des lasches et 
«léchants tours * qu'ils lui avoyent faict, 
pour]sur cet oubli repeindre leurs stratagèmes. 
Et entre un nombre infini de maux, hontes 
et deshonneurs à luy procurez par eux, j'en 
mettray icy un, lequel, s'il estoit fabuleux, 
auroit affaire d'un poète pour le bien feindre ; 
s'il estoit de peu de conséquence, d'un orar 
teur pour le farder. Mais la vérité nue de 
ceste tragicomédie porte avec soy son orne- 
ment. C'est qu'au temps que Monsieur le 
prince, mon beau-frère, estoit prisonnier à 
Orléans ^, chacun sçait que ceux de Guise 
et leurs adhérans pourchassèrent la mort 
du feu Roy, mon mary, en diverses façons : 
premièrement par poison, à un disner, où il 
fut averti de n'aller point ^. Une autre fois 
le soir, partant de chez le Roy, d'un coup de 



1. — Allusion à la rivalité d'Antoine de Bourbon 
et du duc de Guise sous le règne de François IL 

2. — Le prince Louis de Bourbon Condé, le plus 
ardent et le plus redoutable rival du duc de Guise, 
soupçonné d avoir pris une part secrète à la conjura- 
tion d'AmDoise , avait été appelé à Orléans , avec 
Antoine de Bourbon, par les ordres formels de 
François II, et arrêté le 30 octobre 1560. 

3. • — Ce passage a été presque littéralement copié 
par Régnier de la Planche {Hist. de Vestai de 
France sous François 11^ édit. Techener, 1836, col. 
320j, jusques à la première phrase inclusivement du 
troisième alinéa suivant. (L'Esiat de France a été 
publié en 1576, iû-8}. 



— 8 — 

pistole. Mais Monsieur le Connestable avec 
ses entants et autres amys et serviteurs 
dudict sieur Roy, mon mary, le soir se reti- 
rans à son logis, raccompaignèrent si bien 
que Ton n'en peut approcher. L'on feroit cas 
de ces deux entreprinses, si la tierce par son 
exécration ne les surmontoit de trop. Qui 
est, qu'ayans failli à cela, ils persuadèrent 
le feu Roy François, dernier mort, de tuer 
le dict seigneur Roy, mon mary, de la façon 
que je vous diray : c'est qu'il feindroitd'estre 
malade et, n'ayant que sa robe de nuict et 
une dague à sa ceinture, envoyeroit quérir 
le dict seigneur en sa chambre, où il n'y 
devoit avoir que le sieur de Guy se, le car- 
dinal de L'Orraine , le mareschal de 
S. André*, et quelques uns advertis de ce 
qu'ils avoyent à faire; et le Roy, prenant 
une querelle d'AUemaigne, comme on dit, 
contre le dict seigneur, luy devoit donner 
un coup de dague et les autres l'achever. 
Cela fut conclud, après avoir esté débatu 
entre quelques particuliers (où néanmoins il 
y eut de différentes opinions) et quelques 
uns, qui ne pouvoyent consentir à une telle 
cruauté que faire souiller la main de nostre 
jeune Roy dans son propre sang. Néanmoins 

i. — Jacques d'Albon, s. de Saint-André, maré- 
chal de France, du parti des GuLses. 



— 9 — 

l'ambition et envie de régner de ceux de 
Guyse leur fit eslire ce moyen non simple- 
ment illicite, mais du tout barbare, et plus 
propre aux canibales, qui se mangent l'un 
l'autre et ne cognoissent point de Dieu, 
qu'à ceux qui, encores qu'ils ne le croyent, 
en sçavent un. 

Cela donc arresté, la Roy ne en fut adver- 
tie par le Roy mesme ou autre, et fit ceste 
faveur et honneur au dict feu Roy, mon 
mary, de le faire advertir par le moyen de 
Madame la duchesse de Montpensier*. Et 
de vray il me souvient que Sa Majesté m'a 
souvent dit que le Roy, mon mary, estoit 
obligé à elle de sa vie et que, si la dicte 
duchesse de Montpensier était en vie^, elle 
luy en seroit tesmoing. Selon cest impie 
conseil, nonobstant l'opposition d'aucuns, le 
feu Roy François envoya quérir le feu Roy, 
mon mary, pour venir parler seul à luy en sa 
chambre, où il estoit seul aussi avec ceux de 
la conjuration seulement. Le dict Roy, mon 
mary, fut adverti de n'y aller et trouver 
quelque excuse : ce qu'il fit la première fois. 
Il le renvoya quérir la seconde, à laquelle il 



1. — Jacqueline de Longwy, duchesse de Mont- 
pensier, conûdente de la reine mère. 

2. — La duchesse de Montpensier mourut le 28 
août 1561. 



— 10 — 

fut encor conseillé de n y aller par un qui 
luy dict la vérité de leur délibération. A la 
fin, poussé d un cœur magnanime, et aussi 
que la pureté de sa conscience en ce faict 
Tempeschoit d'appréhender ceste mort, il se 
résolut d y aller et mener seulement quelques 
uns avec luy : entre autres le capitaine 
Ranty*, lieutenant de sa compaignie, gen- 
tilhomme en qui il se fioit, et qui avoit esté 
nourri d'enfance avec luy. Montant le degré 
de la chambre du Roy, il trouva encores 
quelqu'un qui le voulut arrester, luy disant : 
« Sire, où vous allez-vous perdre? » Mais, 
comme résolu qu'il estoit, se tourna lors 
vers le dit capitaine Ranty qui le suivoit et 
luy dit : « Capitaine Ranty, je m'en vay au 
« lieu où l'on a conjuré ma mort, mais 
(( jamais peau ne fut vendue si chère que je 
« leur vendray la mienne. S'iKplaist à Dieu, 
(( il me sauvera; mais je vous prie, par la 
« fidélité que j'ay toujours cognue en vous 
« et vostre bonne nourriture ensemble, et 
« l'amitié que je vous ay portée, me faire ce 



1. — Jacques de Ranty, lieutenant de la compa- 
gnie d'ordonnance du roi de Navarre (montre du- 13 
janvier 1559 (i560); f. f., vol. 2ô800, f. 12). Il resta 
fidèle au parti réformé, car on le retrouve auprès de 
Jeanne d'Albret à la Rochelle, à la fin de 1569 (Lettre 
du 13 nov. 156^ écrite par Jeanne à son neveu le 
prince dcCondé; Record office, state paper, France, 

vol. 46). ^ : ' 



— li- 
ce dernier service, que, si j'y meur, que vous 
« recouvriez la chemise que j'ay sur moy, et 
(L la portiez toute sanglante à ma femme et 
« à mon fils; et conjurez ma dicte femme, par 
« la grande amour qu'elle m'a tousjours 
(( portée, et par son devoir, puisque mon fils 
ce n'est encore en aage de pouvoir venger 
« ma mort, qu'elle envoyé ma dicte chemise 
« percée et sanglante, comme, si je meur, 
« elle le fera, aux princes estrangers et 
« chrestiens pour venger ma mort si cruelle 
« et si traistresse. » Et sur ces paroUes 
entra en la chambre du Roy, oxi incontinent 
le cardinal de L'Orraine ferma la porte par 
dedans après luy. Et le Roy lui tint quelques 
rudes propos, ausquels il répondit avec tout 
devoir de révérence et néanmoins regardant 
ses ennemis d'un œil, que, les uns et les 
autres estonnez, les choses se passèrent en 
paroles. Et le duc de Guy se et son frère, 
retirés en une fenêtre, usèrent de ces mots 
dignes de leur impudence, parlants du Roy: 
« Voilà le plus poltron cœur qui fut jamais. » 
Et, ouvrans la porte, s'en allèrent. 

Il ne faut nullement doubler que la vertu 
de Dieu qui bride la rage des méchants, et 
tient en sa main le cœur des roys ne s'es- 
tendit sur l'un et sur l'autre : sur le Roy, 
jipstre Souverain, pour ne luy permettrç 



— 12 — 

estre parricide, commettant eh son sang un 
si lasche tour, et pour, par cest empesche- 
ment-là, attiser la fournaise de fureur où 
brusloyent ces proditeurs * ; et sur le Roy, 
mon mary, aussy pour luy faire paroistre 
qu'il est père soigneux de ses enfants et que 
un cheveu de nostre teste ne peut tomber 
sans sa providence, quelques assurances que 
puissent prendre les méchans de leurs conju- 
rations. 

Voilà ce que j'ay peu entendre du faict, 
seulement en passant de la propre bouche 
du feu Roy, mon mary, et du capitaine Ranty. 
Mais en voulant depuis ^ rafreichir ma 
mémoire^, les dicts de Guyse avoyent desjà 
commencé à le posséder de telle façon que 
je n'en peuz plus rien sçavoir de luy ^. Et 
parce que je m'opposoy à leurs façons 
damnables, et qu'ils craignoyent que, bat- 
tant tousjours l'oreille du dict sieur de ses 



i. — Proditeur {proditor) traître. 

2. — Jeanne d'Albret n'était pas alors à la cour. 
Elle ne revit son mari que neuf mois après les évé- 
nements qu'elle raconte, à la fin du mois d'août 1561, 

3. — C'est-à-dire, Lorsque je voulus depuis 
rafraîchir ma mémoire sur ces faits, 

4. — Dans cet intervalle de neuf mois, Antoine 
de Bourbon avait changé de parti. Le récit de 
Jeanne d'Albret est d'autant plus précieux gu'il 
nous fait connaître la date de l'évolution du prince 
vers le parti catholique. 



- 13 - 

exemples du temps passé*, j'empeschàsse 
leur dessein, ils m'en firent eslongner^, 
comme il est tout clair par le courroux, qu'il 
eut contre le cardinal, qui luy avoit promis de 
ne pourchasser le mariage de son frère, le 
grand Prieur ^, avec Madame de J<Ievers ^, 
qui est maintenant Madame de Longueville, 
et y avoit néantmoîns sous main et secret- 
tement envoyé; et luy en cuidant venir faire 
les excuses, le dict feu Roy, mon mary, luy 
reprochant son ingratitude, allégua ce qu'il 

i. — Ce passage confirme un récit de Brantôme 
qui dit que c'était Antoine de Bourbon qui avait 
attiré sa femme à la réforme. Jeanne d'Albret qui, 
dans sa jeunesse, « aimait bien autant une danse 
« qu'un sermon, » ne voulait .pas mécontenter le roi 
Henri II en selivrant aux Calvinistes. « Je tiens de 
« bon lieu, dit Brantôme, qu'elle le remontra un jour 
« au roy, son mari, et lui dit tout à trac que, s'il 
« vouloit ruiner et perdre son bien, elle ne vouloit 
« point perdre le sien. » (Brantôme, édit. de la Soc. 
de l'Hist. de France, t. iv, p. 362. 

2. — Jeanne d'Albret fut chassée de la cour et 
d'auprès son mari par le parti lorrain et espagnol à 
la fin de mars 1562. Nous avons raconté cet épisode 
de la vie de la reine de Navarre dans Antoine de 
Bourbon et Jeanne d'Albret^ t. iv, p. 82 et suiv. 

3. — François de Lorraine, frère cadet du duc de 
Guise, grand prieur de France et général des 
galères. 

4. — Marie de Bourbon d'Estouteville, femme en. 
premières noces de Jean de Bourbon, s. d'Enghien, 
frère d'Antoine de Bourbon, en secondes noces de 
François de Cleves, duc de Nevers, fut recherchée 
en troisièmes noces par le grand prieur de France, 
avec l'appui de la maison de Guise; mais elle épousa 
Léonor d'Orléans, duc de Longueville. 



-T- 14 — 

avait faict pour luy; disant ces propres'mots : 
« Vous m'avez faict chasser ma femme 
« d'auprès de moy, séparé de mon frère *, 
« (parlant de M. le prince de Condé) et 
« eslongner mes meilleurs serviteurs et puis 
« vous me venez ici tromper et abuser. » 
Si lors ceste cognoissance se fust engravée 
en son cœur, comme légèrement elle passa, 
il fust peut estre en vie. Et, s'il Testoit à 
ceste heure, je m'asseure, veu ce qu'il reco- 
gnut à sa mort ", qu'il seroit où son fils est 

4. — Dans les paroles qu'elle prête à son mari, 
Jeanne d*Albret est injuste pour le cardinal de Lor- 
raine. Ce n'était pas le cardinal qui avait éloigné 
Condé. Celui-ci s'était éloigné tout seul en prenant 
les armes contre le roi, dont Antoine de Bourbon 
était lieutenant-général. 

2. — Ce passage tranche la question controver- 
sée des sentiments religieux d'Antoine de Bourbon à 
l'heure de sa mort. Théodore de Beze (Hist. eccles., 
1882. t. II, p. 173), De Thou (1740, t. m, p. 336). Bor- 
denave (p. 114) racontent qu'il reçut les derniers 
sacrements et mourut catholique. Le fait des der- 
niers sacrements n'est pas douteux. Malgré ce 
témoignage, Raphaël de Taillevis, s. de la Mezière, 
le médecin qui assista le prince à ses derniers 
moments, dans un récit qui lui est attribué par 
Brantôme (t. iv, p. 419) et qui est publié dans les 
Mémoires de Condé (t. iv, p. 416), assure que, avant 
de mourir, il fit une profession de foi luthérienne de 
la confession d'Ausbourg. Cette assertion aurait peu 
d'autorité, surtout en regard de celles de de Bèze, 
de de Thou et de Bordenave, mais elle est expressé- 
ment confirmée par plusieurs lettres de l'ambassa- 
deur Vénitien, Marc Antoine Barbare, que nous 
avons publiées dans le tome iv de Antoine de 
Bourbon et Jeanne d'Albret, p. 373. On voit par le 
récit de Jeanne d'Albret que Taillevis et Barbaro 
étaient bien informés. 



— 18 — 

maintenante Mais Madame de Guyse le 
vint voir le soir, qui rabilla tout ^. 

Voilà comment abusant de sa bonté, ils 
luy firent jouer un si piteux rolle au pris de 
sa réputation, et à la fin de sa vie. Je m'es- 
bahy donc comme la Royne, sçachant si bien 
ce piteux acte, permet près de nostre Roy 
un tel sanguinaire que le Cardinal, et qu'elle 
n'a crainte qu'il face au Roy ou à, elle 
mesme quelque mauvais tour : car quelle 
seureté y a-il es personnes sanguinolentes ^, 
à qui la crainte de Dieu, l'honneur, la preud- 
homie, le sang, la honte, ne quelconque 
amitié ou obligation ne peuvent brider ce 
cruel naturel ? Ce que je dy en la lettre par 
moy escrite à Sa Majesté, sçavoir de sa 
propre bouche la fascherie qu'elle avoit de 
voir ainsy mener ledict feu Roy, mon mary. 
Espérant que quelque jour elle lira cecy, je 
la supplie très humblement se souvenir des 
regrets qu'elle m'en faisoit à Saint-Ger- 
main^; et mesmes comme elle fut marrie 

i. — C'est-à-dire à la tête du parti réformé. Il ne 
faut pas oublier que les Mémoires de Jeanne d'Albret 
ont été écrits vers le mois d'octobre ou de 
novembre 1568. 

2. — Cette querelle du roi de Navarre avec lo 
cardinal de Lorraine au sujet du mariage de la 
duchesse de Nevers est un fait nouveau. 

3. — Sanguinolentes y sanguinaires. 

4. — Pendant un certain temps, en 1562, lorsque 



— 16 — 

de quoy le mareschal de Saint-André et le 
cardinal de Tournon* le menèrent à Paris 
pour parler aux gens de la cour de Parle- 
ment^, et empescher^ la publication de 
TEdict de Janvier*; où elle-mesme alla 
après ^, et n'y sçeut rien faire®. 

la reine mère flottait encore indécise entre Tun et 
l'autre parti, Jeanne d'Albret fut la conseillère favorite 
de la reine. Cette faveur dura peu et fut rempla- 
cée, lorsque Catherine eut pu sonder le grand cœur 
de la reine de Navarre, par une haine irrémédiable. 
Nous avons réuni dans le tome m d'Antoine de 
Bourbon et de Jeanne d'Albret les curieux témoi- 
gnages des ambassadeurs étrangers à ce sujet. 

1. — François, cardinal de Tournon, doyen d'âge 
au colloque de Poissy, un des chefs les plus autori- 
sés du clergé, mort en 1562. 

2. — Le roi de Navarre était porteur d'une injonc- 
tion du roi, datée du 23 janvier 4562, qui est 
imprimée dans les Mémoires de Condé^ t. m, p. 26, 
et d'une injonction de la reine mère (Lettres de 
Catherine de MédiciSy 1. 1, p. 272). 

3. — La phrase est si obscure que Jeanne 
d'Albret semble dire le contraire de la vérité. Le 
maréchal de Saint- André et le cardinal de Tournon 
avaient conduit la reine mère à Paris pour la forcer, 
à Taide du parlement, à retirer l'édit de janvier. Mais 
le contraire arriva. Voyez les notes suivantes. Nous 
avons raconté ces faits dans Antoine de Bourbon et 
Jeanne d'Albret, t. iv, p. 23 et suiv. 

4. — L'édict du 17 janvier 1562, qui inaugurait, 
quoique avec certaines restrictions, la liberté d*fes 

Î)recnes, était l'œuvre personnelle du chancelier de 
'Hospital. Il a été imprimé souvent et se trouve 
notamment dans les Mémoires de Gondé, t. m, p. 8. 

.5. — Ce fut le 19 février 1562 que la reine mère se 
rendit en personne à cheval au parlement pour le 
décider à enregistrer l'édit de janvier. Cette démarche 
est racontée- dans les Mémoires de Claude Haton 
1. 1, p. 187. 

6. —r Le parlement de Paris^ contraint et forcé 



4 



- 17 — 

Durant ce tèmps-là que ledict Edict se 
débattoit à Sàinct Germain, elle sçait com- 
bien elle m'employa, ou fust pour parler au 
feu Roy, mon mary, afin de Fadoucir, ou 
pour luy rapporter ce que j'en pourroy 
apprendre : estant Sa dicte Majesté pour lors 
assez affectionnée à la cause de la religion. 
Cela luy ramènera, s'il luy plait, en la mémoire 
les pertuis qu'elle fit faire, tant en son 
cabinet sur celuy du feu Roy, mon mary, à 
Saint Germain en Laye, pour ouyr les 
conseils du cardinal, du cardinal de Tour- 
non, maréchal de Saint-André, des Cars * et 
d'autres, qu'en celuy de ma chambre sur 
celle du dict cardinal de Tournon^. Trouva- 



par les injonctions du roi et de la reine, .ne se rési- 
gna que le 6 mars 1562 à enregistrer l'édit de janvier 
(Mémoires de Condé, t. m, p. 20). L'arrêt de vérifi- 
cation fut retardé jusqu'au 26 mars (Gentil, Mémoi- 
res du Clergé, t. vi, p. 512). 

4. — François de Peyrusse, comte d'Escars, favori 
et confident du roi de Navarre, seigneur catholique, 
passait pour être vendu aux Guises. 

2, — Ces cachettes, pertuis, ouvertures secrètes 
que la reine mère faisait creuser dans les murs pour 
espionner les seigneurs de la cour et surprendre 
leurs secrets, ne sont pas les procédés les moins 
curieux de sa politique. Il est intéressant de voir 
confirmer ces allégations par un témoin aussi auto- 
risé que la reine de Navarre. Dans une autre cir- 
constance, (renquête relative à la tentative d'enlève- 
ment du duc d Anjou par le duc de Nemours), il 
fut révélé que, dans le cabinet du roi, la reine 
mère faisait cacher des suivantes derrière les 
tapisseries, le long des murs, pour écouter les 



2. 



— 18 — 

elle pas en cela une fidélité en moy telle, 
que, par ce qu'il alloit en premier lieu de la 
gloire de Dieu, secondement du bien de ce 
royaume, j'ouvroy les yeux à mon devoir de 
Tâme pour boucher ceux de l'affection à un 
mari, jusques à luy faire voir des lettres que 
le prévost dos marchans, nommé Versigny \ 
avoit apportées au dit feu Roy, mon mary, 
signées des dicts sieurs de Guyse et autres^, 
qui estoyent à Paris, où le dict seigneur les 
alla trouver après. 

Ce n'est sans occasion que je luy ramentoy 
aussi Fontainebleau ^. Car Tayaut laissée le 
soir résolue de partir pour aller à Orléans *, 
le lendemain matin, sçachant qu'elle bra^iloit 
en ceste délibération, je m'en allay la trouver 



conversations. Voyez Antoine de Bourbon et Jeanne 
d'Albret, t. m, p. 231. 

1. — Guillaume de Marie, s. de Versigny. 

2. — Il s*agit probablement ici de la protestation 
des notables de Paris contre l'édit de janvier, qui 
fut apporté à la reine à Saint-Germain par le prévost 
des marchands. Cette protestation est imprimée dans 
le Bulletin de la Soc. de Vhint, du Prot, français^ 
t. XVII, p. 534. 

3. — Le roi et la reine arrivèrent à Fontainebleau 
le 18 mars 1562, conduits par le roi de Navarre (Let- 
tres de Catherine de Médicis, t. I. p. 284). 

4. — La ville d'Orléans n'avait pas encore été 
prise par les réformés et ne le fut que le 1" avril. 
Elle était gouvernée par le prince de la Roche-sur- 
Yon et Catherine pouvait se flatter d'y trouver un 
asylc contre les menées des deux partis. 



— 19 — 

en un jardin, où elle faisoit faire une laitterie 
au bout, et luy remonstrer le tort qu'elle se 
feroit si elle ne continuoit ce voyage * et 
qu'elle ostoit par cela le moyen à ceux à 
qui elle avoit faict prendre les armes ^, de 
faire le service au Roy et à elle tel qu'ils 
désireroyent. Et ayant débattu d'un coté et 
d'autres plusieurs choses, elle m'asseura 
qu'elle partiroit dans huict jours. Mais au 
soupper après elle conclud avec les maîstres 
d'hôtel du Roy et les sieurs de passer le 
caresme^ au dict Fontainebleau, persuadée 
par des personnes qui estoyent à l'entour 
d'elle à la dévotion de ceux de Guy se, ayant 
tousjours opinion qu'elle pourroit, quand 
elle voudroit, eschapper de là ; ce qu'elle ne 
sçeut faire quand elle voulut ^, 



i. — Cette affirmation est intéressante à relever 
sfelle est fondée en tout point. Catherine de Médicis 
avait toujours passé pour indécise entre les deux 
partis. D après Jeanne d'Albret elle aurait été résolue 
a se livrer à la réforme. 

2. — Voilà la thèse au nom de laquelle Condé et 
le i;)arti huguenot prirent les armes. Catherine avait 
écrit à Condé quatre lettres, de teneur confuse, pour 
lui recommander les intérêts du roi. Le prince fei- 
gnit d'interpréter ces lettres comme un ordre de 
prendre les armes. Elles ont été réimprimées dans 
Lettres de Catherine de Médicis, t. I, p. 281 et 
suiv. 

3. — C'est-à-dire la fin du Carême, car Pâques, 
en 1562, tomba le 29 mars et nous sommes arrivés 
au 20 ou au 21 mars. 

4. — Peut-être la reine espérait-elle être enlevée 



— 20 - 

Durant ce temps-là Sa Majesté, sçachant 
quelque chose qui se complotoit au dict 
Paris contre sa volonté * et ce qu'elle avoit 
arresté avec Monsieur le Prince, mon frère ^, 
tant par lettres que par messages, et mesmes 
par le sieur de Bouchavannes ^, m'envoya 
un maistre des requestes du Roy, nommé 
Belesbat *, estant malade en mon lict ^, 
pour me prier avec grande instance, (encores 
que je tinse le moindre de ses commendemens 
à honneur et faveur) d'envoyer secrettement 



et conduite à Orléans avec le roi par le prince de 
Condé, chef du parti réformé. Jeanne d'Albret 
l'affirme ici, mais le point reste douteux. Condé 
s'attarda à attendre les capitaines de son parti à 
Meaux et le triumvirat catholique, gagnant Condé de 
vitesse, surprit le roi et la reine le 26 mars, et les 
conduisit, de gré ou de force, à Paris le 31 mars. 
Nous avons raconté ces événements avec détails 
dans le t. iv^ d'Antoine de Bourbon et de Jeanne 
d'Albret, p. 130 et suiv. 

1. — Allusion au projet du triumvirat catholique 
de ramener la cour à tout prix à Paris. Voyez la note 
précédente. 

2. — Le prince (le prince de Condé), mon frère, 
c'est à dire mon beau frère. 

3. — Antoine de Bayancourt, s. de Bouchavannes, 
lieutenant de la compagnie d'hommes d'armes du 
prince de Condé. 

4. — Michel de Hurault, s. de Fay et de Belesbat, 
plus tard serviteur fidèle du roi de Navarre* 

5. — Jeanne d'Albret souffrait d'un mal secret, 
sur lequel les documents contemporains ne s'ex- 
pliquent qu'à mots couverts. Voyez les témoignages 
que nous avons recueillis sur ce point dans le tome 
IV d'Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, t. iv, 
p. 80. 



- 21 — 

quelqu'un des miens vers mon dîct sieur le 
prince de Condé, mon beau-frère, et Mon- 
sieur TAdmiraH, pour les avertir de ne 
croire chose signée du Roy, ne scellée de son 
seel, car d'orenavant il feroit tout par 
contraincte. Geluy que j y envoyay par son 
commandement s'appelle Brandon^, autre- 
ment Bladre, qui estoit à moy et maintenant 
maistre d'hostel de Monsieur de Longue- 
ville'. Je l'estime princesse si vertueuse et 
véritable qu'elle m'advouera toujours ce 
set-vice-là. Et aussi fera celuy qui me le dist 
de sa part, qu'elle mesme de sa bouche m'a 
depuis approuvé, et Brandon le meesager et 
les autres qui ont receu le message et la 
lettre de créance de moy. Le Roy, mon 
mary, de retour de Paris, me fit aussi tost 
partir de la cour, qu'eux et moy en même 
temps deslogeames de Fontainebleau ^. 



1. — L*amiral de Coligny. 

2. — Victor Brodeau, s. de la Chassetiere, secré- 
taire des commandements de Jeanne d'Albret. 
Antoine de Bourbon, probablement informé de la 
confiance que sa femme avait en cet officier, le 
lui enleva par un ordre daté du 26 avril 1562 (Lettres 
d'Antoine de Bourbon et de Jeanne d^Albret, p. 386). 

3. — Leonor d'Orléans, duc de Longueville. 

4. — Jeanne d'Albret commet ici une légère 
erreur. La cour ne quitta Fontainebleau que le 
31 mars 1562 (Voyez Antoine de Bourbon et Jeanne 
d'Albret^ t. iv, p. 133). Quant à elle, elle devait être 
partie pour Meaux depuis au moins trois jours puis- 



— 22 — 

« 

Je laîrray à ceux qui ont escrit ce voyage 
de leur mains pour dire le mien, et n'oublîe- 
ray Thonneur et faveur que je receu du Uoy, 
de la Royne et Monsieur au partir, où ils me 
commandèrent de leur nommer un mien 
serviteur, par lequel, avec lettres de créance 
ou mesme sans lettre, pour la fiance que 
j'avoy en luy, ils me pourroyent mander, et 
moy à eux, ce qui seroit pour leur service ; 
ce que je foy. Et fut nommé le dict Brandon, 
ccluy mesme qui y avoit esté desjà employé. 
Je m'asseure que mon fils a assez bonne 
mémoire pour s'en souvenir, et que luy 
nomma aussi le sieur de Beauvoir ^ pour 
lors maistre de sa garde robe, et maintenant 
son gouverneur, pour par son moyen estre 
advertie fidèlement de ce qu'il leur plairoit 
que je sçeusse. Leurs Majestés m'asseurèrent 
aussi de la fiance qu'ils avoyent en ceux qui 
par leur commandement avoyent prins les 
armes; me commandans de les voir en 
passant par Orléans, et leur dire plusieurs 



que, d'après des témoignages incontestés, elle se 
sépara de son beau frère à Meaux le 29 mars, jour 
de Pâques (Lettre de de Bèze à Calvin du 28 mars 
1562; Baum, Theodor Beza^ Preuves, p. 176). 

1. — Louis de Goulard, s. de Beauvais, un des 
conseillers favoris de Jeanne d'Albret à la fin de la 
vie de cette princesse {Mémoires de la Iluguerye^ 
t, I, p. 47). 11 fut assassine ^ U, saint Barthéléçay^ 



— 23 — 

choses de leur part, ce qu'une expresse 
défense du feu Roy, mon mary, comme j'en 
ay encores la lettre, m'empescha de faire. 
Mais à un village, nommé Olivet *, ces 
seigneurs^, qui estoyent à Orléans 3, m'en- 
voyèrent M. de Bèze*, auquel je dy le tout. 
Depuis, arrivée à Vendôme ^ chez moy, 
je renvoyay Brandon vers la Roy ne, lequel 
au retour m'apporta de ses lettres, par 
lesquelles elle me commandoit de prier 
Monsieur le Prince, mon beau-frère, de laisser 
les armes ^. Mais la créance du porteur 



1. — Olivet (Loiret). Le passage de Jeanne à 
Olivet nous fait connaître la route qu'elle suivit pour 
aller de Fontainebleau à Vendôme. 

2. — Ces seigneurSy c'est à dire Condé et Coligny, 
qui venaient de commencer la guerre civile en pre- 
nant la ville d'Orléans. 

3. — Condé et Coligny n'étaient entrés à Orléans 

3ue le matin du 2 avril 1562. Le passage de Jeanne 
'Albret à Olivet ne peut donc être antérieur à 
cette date. 

4. — Théodore de Bèze, auteur de VHistoire 
ecclésiastique des églises réformées de France, Il 
fit un court séjour auprès de la reine de Navarre. Le 
5 avril 1562 il était revenu à Orléans (Lettre de cette 
date à Calvin, Baum, Theodor jBeza, pièces justifica- 
tives, p. 177). 

5. — Jeanne d'Albret arriva à Vendôme dans le 
courant d'avril, mais nous ignorons la date exacte. 
Elle y était le 3 mai 1562 {Lettres d'Antoine de 
Bourbon et de Jehanne d Albret y p. 251). 

6. — La lettre de Catherine de Médicis est 
perdue, mais la réponse de Jeanne d'Albret a été 
imprimée dans Lettres d'Antoine de Bourbon et de 
Jeanne d* Albret, p. 251, 



— 24 — 

cstoit que, des Cars estant venu en sa chambre 
pour luy faire escrire la dicte lettre, n avoit 
bougé cependant qu'elle escrivoit d'auprès 
d'elle ; qui estoit cause qu'elle avoit été 
contraincte d'escrire le contraire de la 
créance dite au gentilhomme; qui davantage 
me dit de par elle, que^ si je voyoy les choses 
aller si mal que le roy fust plus resserré, que 
j'allasse à Amboisç, sous couleur d'aller 
faire la révérence à Monsieur le Duc, 
que l'on nommoit lors Monsieur d'Anjou, 
et Madame Marguerite*, sœur du roy, et 
que je les emmenasse à Orléans. Et pour 
cela avoit, le sieur de Bourdaisyere ^, un 
commandement de me laisser entrer audict 
Amboise, avec telle compagnie qu'il me 
plairoit. 

Et ce qui me garda d'exécuter ce com- 



1. — Hercules de Valois, plus tard François de 
Valois, duc d'Alençon, portait alors le titre de duc 
d'Anjou, crue la reine mère fit passer à son frère 
aîné. — Madame Marguerile est Marguerite de 
Valois, plus tard femme, de Henri IV. 

2. — Jean Babou de la Bourdaisière, capitaine, 
gouverneur des enfants de France sous le règnei de 
Charles IX, maitre général de l'artillerie, mort le 
M octobre 1569. 11 a ôouvent été confondu avec son 
frère, Philibert Babou, évêque d'Angoulême et 
d'Auxerre, cardinal, ambassadeur à Rome jusqu'à sa 
mort (1570). Cette confusion provient de ce que Jean 
Babou remplit aussi une mission à Rome, à l'avène- 
ment de François II, mais une mission de courte 
durée, celle de présenter les lettres d'obédience du 
nouveau roi. (Mémoires de Hibier, t. ii, passvn). 



- 25 — 

mandement, fut un congé que me donna le 
feu Roy, mon mary, de me retirer chez moy 
en Béarn : ce que je fei*, et si à propos, 
que, si j'eusse attendu huict jours à partir, 
il avoit promis au cardinal^ de L'Orraine de 
m'enfermer dans Tune de ses maisons ^. Et 
mesme lors qu'il luy fit cette promesse, 
le dict vénérable cardinal, avec une grave 
exclamation, luy répondit : « Monsieur, voilà 
ce un acte digne de vous! Dieu vous doint 
« bonne vie et longue. » Mais le dit Bran- 
don, que j'avoy renvoyé vers la Roy ne, et 
qui me rapportoit un nouveau commande- 
ment du feu Roy, mon mary, pour m'arrester 
à Vendosme, me trouva à Chastelheraut; 
qui fut cause que je parachevay mon voyage. 
Et m'en vins passer par Caumont ^, où je fus 



i. — Jeanne d'Albret partit dans le courant de 
juin 1562 pour la Gascogne, niais nous ne connais- 
sons pas la date exacte. 

2. — Cette allégation est confirmée par une lettre 
de Perrenot de Chantonay, ambassadeur d'Espagne, 
à Philippe II. Antoine de Bourbon était résolu à faire 
mettre sous séquestre, par un arrêt du conseil du 
roi, le royaume de Béarn comme biens de son fils 
mineur, et à s*en faire nommer administrateur. 
Quant à Jeanne d'Albret, elle devait être empri- 
sonnée dans une forteresse. La lettre de Chantonay, 
datée du 6 juin 1562, est conservée en original aux 
Archives nationales, K. 1498, n® 6. Bordenave parle, 
sans donner autant de détails, des projets d'Antoine 
do Bourbon contre sa femme (Hist de Foix et 
Navarre, p. 110). 

3. — Jeanne d'Albret n'arriva que le 22 juillet 1562 



_ 20 -- 



arrestëe par maladie *, où cependant j'es- 
sayay avec feu Monsieur de Burie ^ et 
Monluc 3 rendre la Guyenne pacifique ^, 
me faisant forte, s'ils me vouloyent croire^, 



au château de Caumont (Lot-et-Garonne), mais elle 
était arrivée en Gascogne avant le 3 juillet. Biaise de 
Monluc signale en effet sa présence à Duras (Lot-et- 
Garonne) le lendemain du combat de Nérac (Com- 
mentaires et lettres de B. de Monluc, t. ii, p. 426). 
Plusieurs historiens ont écrit, que, le i9 juillet, elle 
était à Nerac et Qu'elle rendit une ordonnance contre 
les catholiques, laquelle est analysée, d'après une 
copie du temps, par Monlezun, Ilist. de la Gascogne, 
t. V, p. 294. Nous croyons pouvoir contester l'exis- 
tence de cette ordonnance, au moins sous cette date. 
Mais ce n'est pas ici le lieu d'engager une disserta- 
tion sur ce point. Du reste cette partie de l'histoire 
de la reine de Navarre est très obscure et attend des 
éclaircissements que nous tacherons de lui donner 
plus tard. 

1. — Biaise de Monluc, dans ses Commentaires 
dit que la reine de Navarre s'arrêta peu au château 
de Caumont (t. ii, p. 442|, mais il paraît que le séjour 
de la princesse dura quelques jours, car deux 
capitaines, Moret et Chevallier, furent chargés d'y 
conduire une compagnie de vingt arquebusiers 
pour sa défense (Bordenave, Ilist. de Béarn et 
Navarre, p. 110, note, pièce analysée par l'éditeur). 

2. — Charles de Coucy, s. de Burie, lieutenant 
du roi en Guyenne. 

3. — Biaise de Monluc, l'auteur des Commentaires. 

4. — Théodore de Bèze raconte que la reine de 
Navarre convoqua Burie à Caumont, mais que celui- 
ci, sur le conseil de sa femme, qui cependant appar- 
tenait à une famille de capitaines protestants, 
répondit à la princesse une lettre de menaces 
« disant qu'il avait commandement exprès de mettre 
« les Espagnols en son pays de Béarn, si elle 
« remuait quelque chose. » {Hist, ecclésiastique, 
1882, t. II, p. 226). 

5. — Blaisç de Monluc raconte qu'il marchait au 






de faire que Monsieur de Duras * s'en 
retourneroit à Orléans^. Il y a encores en 
la dicte Guyenne qui sçavent, et Monsieur de 
Caumont ^ mesme, de quel zèle pour la gloire 
de Dieu et le service du Roy, joint à icelluy, 
j*estoy menée et n'y ayant peu faire ce que 
j'eusse désiré, parce que par la trame du 
cardinal de L'Orraine, de ce temps-là s'aidant 
du sieur de Guy se, son frère, à qui il faisoit 
jouer le jeu, le sieur de Burie et Monluc 



secours de Bordeaux, q.uand, le 3 juillet, il reçut un 
secrétaire de la reine de Navarre, lequel avait 
charge de lui dire que la princesse allait pacifier la 
Guyenne et qu^il devait arrêter sa marche sur 
Bordeaux. Il crut ou feignit de croire que cette 
affirmation pacifique était une ruse pour l'empêcher 
de secourir la ville, alors gravement menacée par 
les réformés {Commentaires et lettres^ t. ii, p. 426). 
Il est juste de dire qu'un officier de finances, le 
général Portai, porte ce témoignage en faveur de 
Jeanne d'Albret qu'elle voulait sincèrement la paix, 
mais que Burie et Monluc n'avaient jamais pu s'ac- 
corder avec elle, parce qu'ils refusaient d'exécuter 
l'édit de janvier. Portai dénonça ces faits au roi. Sa 
lettre, datée du 17 août 1562, est conservée en copie du 
temps dans le vol. 15,876 du f. fr., f. 440. 

1. — Symphorien de Durfort, s. de Duras, chef 
des réformés en Guyenne. 

2. — Telles étaient les instructions du prince de 
Condé, qui s'efforçait de centraliser à Orléans toutes 
les forces de son parti. Jeanne d'Albret proposait 
donc à Biaise de Monluc, comme un bienfait, ce 
qu'il était de son devoir d'éviter à tout prix. 

3. — François Nompar de Caumont, s. de Castcl- 
nau de la Force, seigneur huguenot, tué à la sai^t 
Barthélémy. 



-- 28 -- 

furent séparez *, et, Tun par Tenvie de 
Tautre, se mirent à faire du pis qu'ils 
peurent contre ceux de la Religion réfor- 
mée ^. 

Voyant cela, j'envoyai un mien maistre 
d'hostel, nommé Roques^, vers la Royne, 
laquelle par luy me manda qu'elle approu- 
voit tout ce que j'en avoy faict, se plaignant 
infiniment du feu Roy, mon mary, et du peu 
de moyen qu'elle avoit de faire ce qu'elle 
eust désiré. Lors que je me vei inutile en ce 
faict, et que je n'y estoy plus employée, 
aussi que je fus advertie que Monluc avoit 



1. — Ici Jeanne d'Albret travestit les faits à la 
façon du parti réformé. Monluc et Burie ne furent 
pas séparés par les menées du cardinal de Lorraine, 
mais par la niécessité de défendre la haute et basse 
Guyenne. Au commencement d*aout 1562 Burie se 
rendit à Bordeaux et Monluc à Agen. Voyez les 
Commentaires, t. ii» p. 449. 

2. — Jeanne d'Albret se montre d'une extrême 
injustice pour Burie. Ce ca{)itaine n^avait rien 
épargné pour éviter la guerre civile et n'avait pris 
les armes qu'à contre cœur jusqu'à faire douter de 
sa fidélité. Biaise de Monluc lui reproche sa modé- 
ration en termes aussi amers que Jeanne d'Albret 
son fanatisme. Voyez le.s Commentaires^ t. ii, p. 
344, 365, 368, 430, t. m, p. 3, 31, t. iv^ p. 113, 139, 
158, 218, 231. 247, 349, 355. 

3. — Jean de Secondât, s. de Roques. Il reçut de 
la reine de Navarre, en récompense de ses services, 
le 31 octobre 1562, le don des seigneuries de Montes- 
quieu et autre lieux. (Arch. hist, de la Gironde, t. 
XXIV, p. 252). Les lettres de Jeanne d'Albret sont 
imprimées avec d'autres pièces relatives à cette 
donation dans le même recueil. 



— 29 - 

charge de m'arrester^ je me retiray à 
Nérac, et de là en Béarn 2. Et encores qu'il 
semble que parler de mes affaires propres ne 
puisse estre que chose superflue en cecy, 
si est-ce, pour faire cognoistre à un chacun 
l'ancienne malice du cardinal de L'Orraine et 
son frère le sieur de Guise, je diray qu'estant 
le dict cardinal allé au Concile ^, et néant- 
moins ayant laissé son dict frère bien 
instruict, il contraignit le feu Roy, mon 
mary, d'envoyer un sien secrétaire, nommé 
Boulongne^, avec commandement à ma 
cour de parlement de Pau de chasser tout 
exercice de religion réformée, que lors 
j'avoy introduict et par son consentement en 



i. — Cette mission, qui a été souvent affirmée, n'est 
pas prouvée. Outre que les documents sont muets, 
il semble que, si Biaise de Monluc avait reçu un 
ordre de cette importance, il n'aurait pas manqué de 
s'en .vanter dans ses Commentaires, 

2. — Jeanne d'Albret aurriva à Pau avant le 19 
août 1562 (ordonnance de cette date conservée dans 
le t. VI des Establissements de Béarn ; Arch. de 
Pau, C. 684, f. 117, v^). 

3. — Le 19 août 1562 le roi avait adressé à tous 
les évêques une circulaire pour leur commander 
d'aller au concile de Trente. Une copie de cette 
circulaire est conservée dans le fonds français, 
vol. 3193, f. 15. Le cardinal de Lorraine arriva à 
Trente le 15 novembre. 

4. Jean Lescrivain, dit Boloigne, agent du roi de 
Navarre, avait déjà rempli une mission secrète en 
Béarn quelques années auparavant (Lettres d'Antoine 
de Bourbon et de Jehanne d'Albrety p. 115). 



— 30 - 

Béarn et destituer de tous offices ceux qui ne 
seroyent catholiques; ne voulant mesme que 
aucun de la dicte religion demeurast au 
pays. Et avoit charge le dict Boulongne de 
ne m'en parler aucunement. Quand je sceu 
cela, j'usay de la puissance naturelle que 
Dieu m'avoit donné sur mes subjects, et 
laquelle j'avois cédée à un mary, pour 
l'obéissance que Dieu commande de leur 
porter : mais lorsque je vey qu'il y alloit de 
la gloire de mon Dieu, et la pureté de son 
service, je fey prendre le dict Boulongne 
prisonnier, et retins son paquet. 

Bien tost après je perdy le dict sieur mon 
mary*, comme il est allégué en ma lettre à 
la Royne, et suis contente de ne dire d'avan- 
tage combien sa mort m'a apporté, et à mon 
fils de défaveurs de toutes qualitez, et n'en 
tirer que trois ou quatre d'un nombre infini. 
Et la première fut quand, avec belles pro- 
messes et flatteries, l'on m'attira à la cour 
au voyage de Lyon*, m'asseurant et pro- 
mettant rendre satisfaicte et contente de 



1. 

1562. 



Mort d'Antoine de Bourbon, 17 novembre 



2. — Le roi et la reine mère, dans leur voyage en 
France, étaient arrivés à Lyon le 10 juin 1565, mais 
ils ne firent leur entrée solennelle que le 13. On verra 
plus loin la date de l'arrivée de Jeanne d*Albret 
auprès du roi. 



— 31 - 

tant de plainctes que j'avoy ci-devant faictes 
de MonlucV et autres mes affaires. Toutes 
fois, estant arrivée à Rossillon ^, je ne 



i. — La reine de Navarre avait beaucoup à se 
plaindre de Biaise de Monluc. La violence, les excès 
cJe ce capitaine avaient blessé la princesse. En 1562, 
enflé de ses succès en Guyenne et oubliant, dit de 
Bèze, « qu'il estoit un petit champignon accru en peu 
« de temps », il osa bien dire publiquement, en sou- 
dard grossier, « au*il espéroit qu'ayant achevé en 
« Guyenne, le roy luy commanderoit d'aller en Béarn 
« où il avait fort envie d'essayer s^il faisoit aussi bon 
« coucher avec les roynes qu'avec les autres 
« femmes. » (De Bèze, Hist. ecclés.^ 1881, t. ii, 
p. 243). Après le traité d'Amboise, Monluc se plaignit 
de l'extension que la reine de Navarre donnait aux 
prêches en Guyenne (Commentaires et lettres de BL 
de MonluCy t. iv, p. 234, edit. de la Soc. de l'hist de 
France) et il obtint, le 24 juin 1563, un arrêt du con- 
seil du roi cjui restreignait le droit de prêche en 
Guyenne^ même dans les domaines de la reine de 
Navarre (Revue de lAgenaiSj 1888, p. 200). Cet arrêt 
offensait surtout Jeanne d!Albret et figurait au nombre 
des nombreux griefs dont elle demandait le redresse- 
ment au roi. La querelle de la reine de Navarre et de 
Biaise de Monluc devint si vive que la reine Cathe- 
rine, au mois de juillet 1563, envoya en Guyenne 
Joachim de Monluc^ s. de Lioux, comme médiateur 
entre l'auteur des Commentaires et la princesse. 
Lioux décida son frère à écrire une lettre d'excuse à 
Jeanne d'Albret (publiée dans notre édition des Com- 
mentaires de Monluc, t. iv p. 263) et décida la prin- 
cesse à accepter les excuses de son ennemi (Lettre 
de Lioux à la reine du 23 juillet 1563; Commentaires, 
t. V, p. 344). Mais la querelle recommença quelques 
mois après. Monluc ne pouvait s'empêcher de courir 
sur les sujets de la reine de Navarre, d'envahir et de 
piller ses villes. Voyez la lettre de la princesse à la 
reine en date du 15 février 1563 (1564) (Commen- 
taires, t. V, p. 345). On trouvera dans la suite de 
notre histoire de Jeanne d^Albret Je récit complet de 
ces ardentes querelles. 

2, — Jeanne d'Albret commet ici une erreur. Ce 



— 32 — 

sceu rien obtenir d'aucune chose que je 
demandasse. 

Il me semble qu'il ne sera point hors de 
propos d'entrelacer icy en ce mien discours 
une chose qui advint audict Rossillon; par 
laquelle toute personne chrestienne et de 
bon jugement admirera la providence de ce 
grand Dieu, qui, pour surprendre les fins en 
leur finesse et les sages du monde en leur 
sagesse, s'aide de moyens extraordinaires et 
faibles pour vaincre les forts. Estant donc 
la cour au dict Rossillon au mois de juillet 
1564,j'estoylogéeenunefort petite chambre, 
où un jour l'une de mes femmes osta des 
lettres à une petite chienne que j'avoy, qui 
s'en jouoit : et me les bailla, pensant qu'elles 
me fussent tumbées. Je recogneu l'escriture 
de la main de la Roy ne, et cuidoy que ceste 
lettre fust tombée d'un de mes coffres. Et 
pour voir si elle estoit de conséquence pour 

ne fut pas à Roussillon (Isère) qu'elle rejoignit la 
cour de France puisque la cour n y arriva qu'après 
avoir quitté Lyon. Ce ne fut pas à Roussillon (Saone- 
et-Loire) puisque la cour n'y passa pas. Jeanne rejoi- 
gnit le roi et la reine à Maçon le jeudi, l»"^ iuin 1564, 
jour de la fête Dieu, le même jour que l'ambassadeur 
d'Espagne. Cette date avait toujours été donnée 
inexactement, mais elle est certifiée par une lettre 
de Francès de Alava, ambassadeur d'Espagne à Phi- 
lippe II (orig. espag., Arch. nat., K. 150i, n« 84). 
L ambassadeur nous apprend que la reine de Navarre 
avait une escorte de 300 cavaliers et était accompa- 
gnée de huit ministres. 



— 33 -^ 

la serrer ou la rompre, je leu le premier mot 
qui disoit : ce Monsieur... » et lisant le 
dessus, je vey qu'elle s'addressoit au Roy 
d'Espagne. Je fu fort estonnée, car je crai- 
grioy que quelqu'un ne l'eust jeetée en ma 
chambre pour me barbouiller avec la dicte 
Majesté. Aussi je regardoy qu'il n'estoit 
entré que bien peu de mes gens ou quelques 
uns de mes amys en ma chambre, parce 
qu'à cause de l'extrême chaleur, après avoir 
mangé en une autre, je m'y retiroy l'après 
dinée avec seulement deux ou trois de mes 
femmes. Je ne pouvois descouvrir d'où ceste 
lettre estoit venue, sinon que ma petite 
chienne s'en jouoit en ma chambre. Je la leu, 
et parce qu'elle estoit escrite du temps des 
premiers troubles, elle parloit d'estrange 
façon contre nous. Par ceste lettre Sa Majesté 
prioit le roi d'Espagne de la secourir contre 
les séditieux et rebelles, qui vouloyent oster 
la coronne de dessus la teste du Roy son fils, 
et qu'elle n'avoit espérance d'en avoir la 
raison que par luy. Je fu en bien grand peine 
l'ayant l'eue : car les propos me sembloyent 
si fascheux que sa dicte Majesté seroit marrie 
que ceste lettre fust veue. Et d'autre part je 
craignoy qu'elle pensast, ne luy pouvant 
rendre autre comte d'où elle venoit, que je 
l'eusse recouvrée par autre moyen. A la fin 



- 34 - 

m^asscurant qu'elle me faisoit bien cest 
honneur que me croire véritable, je me résolu 
de la luy porter : ce que fey en sa chambre, 
où Madame de Savoie * estoit. Et, ayant 
envoyé quérir le sieur de L'Aubespiné ^, 
secrétaire d'estat et celuy qui avoit la charge 
des despesches d'Espaigne ^, elle la luy lit 
lire devant ma dicte dame de Savoy e; où elle 
fit bien c'est honneur à ceux de la religion, 
par honnestes excuses des paroles qui 
estoyent en cette lettre, d'asseurer qu'elle 
ne nous avoit jamais estimez ne tenuz pour 
séditieux et rebelles ; mais que l'on luy 
faisoit escrire ainsi ; et qu'en ce temps-là de 
guerre beaucoup de choses s'estoyent dictes 
et escriptes, qu'il ne falloit plus ramentevoir. 
Le dict sieur de L'Aubespine luy asseura que 
la dicte lettre avoit esté portée en Espaigne, 
et qu'elle en avoit eu la response. Et sur cela, 
scelon leurs diverses opinions, jugeoyent 
d'où elle estoit venue. Les uns disoyent que 
quelques Huguenots l'avoyent faict desrober; 



i, — Marguerite de France, sœur de Henri II, 
duchesse de Savoie. 

2. — Claude de TAubespine, baron de Chasteau- 
neuf, secrétaire d'état depuis 1543, mort le 11 novem- 
bre 1567, 

3. — Les travaux de la chancellerie royale étaient 
divisés entre les quatre secrétaires d'état en vertu 
d'un règlement de Henri II, du 1" avril 1547 (1548) 
qui ne fut modifié qu'en 1567. 



- 35 — 

les autres que c'estoyent des catholiques; 
aucuns que quelque ambassadeur estranger, 
pour nous mettre en pique, Tavoient recou- 
Yrée. Mais nul ne touchoit au blanc, comme 
le lendemain je le descouvri, car Tayant 
portée à la Royne, en la mesme heure que je 
la trouvay, je n'avoy eu loisir de m'en 
enquérir d'avantage. Estant donc de retour 
en ma chambre, Ton me dit que, Torsque ma 
chienne avoit apporté ceste lettre. Ton luy 
avoit veu prendre, comme souvent elle 
faisoit, d'autres papiers et choses que Ton 
balie dans un monceau de balieures devant 
la chambre de Madame de Guyse *, qui 
estoit lors logée tout joignant de moy; et 
nos chambres sortoyent en une galerie 
longue, d'où ceste petite chienne avoit 
apporté la dicte lettre. Je le dy à la Royne, 
qui, avec d'autres raisons, ne doubta nulle- 
ment qu'elle ne fust venue de là, et que l'on 
l'avoit peu envoyer au cardinal de Lorraine. 
C'est pour monstrer comme Dieu sçait des- 
couvrir les choses que l'on pense tenir les 
plus secrettes, comme, il feit ceste lettre ; 
par où la Royne peut cognoistre l'intelligence 
que l'on avoit en Espaigne de ceux de la 



4. Anne d'Esté, fille de Renée de France et petite 
fille de Louis XII, veuve de François de Lorraine, 
duc de Guise. 



— 36 - 

Religion y la belle façon et les beaux termes 
en quoy ces Messieurs faisoyent escrire 
Sa Majesté de nous*. 

De Roussillon je me retiray malade ^, et, 
durant mon absence^, le voyage de Ba- 



i. — Il est difficile d'émettre un jugement criti- 

Sue sur le récit d'un fait tellement invraisemblable, 
►'une part l'autorité du narrateur inspire la con- 
fiance. D'autre part il est difficile d'admettre que la 
duchesse de Guise laissât traîner « parmi les 
« balayures » les plus importants documents. Peut-être 
y eut-il une manœuvre arrangée pour faire tomber, 
fortuitement en apparence, une lettre sous les yeux 
de Jeanne d'Albret. Nous n'avons pas le secret de 
cette intrigue et nous ne nous cnargeons pas de 
l'expliquer. 

2. — Jeanne d'Albret partit de la cour le 14 août 
1564 cour Vendôme. (Lettre d'Alava à Philippe II du 
13 août qui annonce que le départ de la reine de 
Navarre est fixé au lendemain; Arch. nat., K. 1502, 
no 16). Elle arriva à Vendôme avant le 25 septembre, 
date d'une lettre qu'elle écrivit au s. des Bories, lieu- 
tenant de la compagnie du prince de Navarre (Arch, 
de M. le marquis de Saint- Astier). 

3. — Les raisons de santé ne furent pas les seu- 
les qui obligèrent Jeanne d'Albret à ne pas suivre la 
cour de France. Philippe II, avec lequel la reine 
mère espérait touiours avoir une entrevue à Bayonne, 
avait signifié qu'il se refusait d'avance à toute confé- 
rence si la reine de Navarre ou tout autre hérétique 
était présent à la cour. D'ailleurs les pratiques reli- 
gieuses de Jeanne d'Albret, l'éclat qu'elle donnait, 
même au milieu de la cour, aux prêches et aux céré- 
monies protestantes célébrées dans ses appartements, 
rendaient sa présence dangereuse pour la paix publi- 
que. La correspondance de l'ambassadeur d'Espagne 
est remplie de plaintes contre la reine de Navarre. 
Voyez notamment les lettres du l»', 14, 19, 22, 29 
juin 1564 (Arch. nat., K. 1502). L'ambassadeur nous 
apprend que la reine mère fit en vain des représen- 
tations à la reine de Navarre. 



- 37 - 

yonne* se feit : où les lames des espées, 
qui respandent aujourd'hui le sang des 
chrétiens, furent forgées ^. Et pour réunir 
aux autres défaveurs, ayant faict une paren- 
thèse à la première, pour n'obmettre ce qui 
estoit advenu au dict Roussillon, j'allégueray, 
après les nopces de Monsieur le Prince, 



i. — Malgré le départ de Jeanue d'Albret, Phi- 
lippe II ne vint pas à Bayonne, mais il y envoya sa 
femme, Elisabeth de Valois, et le duc (TAlbe 
(juin 1565). 

2. — Jeanne d*Albret se fait ici Técho de l'opinion 
générale du parti réformé, en insinuant que les con- 
férences de la reine mère avec le duc d'Albe avaient 
pour objet l'anéantissement du parti réformé. Mais 
le fait est très contestable. Le secret de l'entrevue 
de Bayonne est un des plus profonds secrets du xvi» 
siècle. La question de savoir si le massacre général 
des chefs du parti réformé fut ou ne fut pas concerté 
dans les conférences de la reine mère et du duc 
d^Albe a longtemps excité et excite encore les 
recherches des historiens. Les anciens auteurs pro- 
testants sont presque tous unanimes en faveur de 
l'affirmative. Les catholiques objectent l'invraisem- 
blance d'une telle résolution. Aucun d'eux ne donne 
de preuves et ne peut en donner, parce que de tels 
forfaits ne sont pas de ceux qu'on arrête par écrit à 
l'avance. MM. Bordier (La Saint Barthélémy et la 
critique moderne, 1879, in-4o) et Combes (L'entrevue 
de Bayonne, 1882, in-8o) ont chaudement plaidé 
l'affirmative. Le P. Griffet {Histoire de France de 
Daniel, t. x, p. 557), le comte de la Ferrière (Intro- 
duction au tome ii des Lettres de Catheinne de 
Médicis, p. 72) ont soutenu la négative avec non 
moins de conviction. Nous ne citons que les disser- 
tations développées et nous n'énumérons pas les 
nombreuses études sur le xvi« siècle et sur la Saint- 
Barthélémy, qui, presque toutes, à l'occasion de la 
préméditation du massacre du 24 août, abordent la 
question des conférences de Bayonne. 



- 38 - 

mon beau-frère *, et estant de retour à la 
cour^, tant à Moulins^ que depuis à 
Paris*, le tort que Ton me feit pour ma 
comté de Foix et villes de Pâmiez et Foix, 
qui avoyent esté en temps de paix pillées, 
saccagées et mangées de garnisons et com- 
missaires, dont me lut déniée toute justice ; 
et par là annéantis les privilèges donnés 
par les rois à mes prédécesseurs^. 

{, — Le prince de Condé épousa en secondes 
.noces, le !•' novembre 1565, la princesse Françoise 
d'Orléans Longueville. 

2. — La reine de Navarre rejoignit la cour à 
Moulins au mois de janvier 1566. Sa première lettre 
datée de Moulins est du 3! janvier. 

3. — Le roi arriva à Moulins, d'après Abel Jouan 
(Aubais, Pièces fugitives sur Vhist, de France^ t. i, 
2« partie, p. 36) le 22 décembre 1565 et y resta jus- 
qu'au 23 mars 1566 (ibid.). Ce long séjour en Bourbon- 
nais fut utilisé par la reine pour imposer une 
réconciliation apparente aux Guises et aux Coligny, 
et par le chancelier de THospital pour édicter une 
orclonnance de procédure qui est restée célèbre. 

4. — Au départ de Moulins le roi visita Vichy, 
Clermont-Ferrand, Auxerre, Sens et arriva le 1«' mai 
à Paris (Abel Jouan). Jeanne d'AIbret suivit la cour 
pendant la durée de ce voyage, ainsi que le prouve 
sa correspondance. 

5. — Les villes de Foix et de Pamiers, qui fai 
saient partie de Tapanage de la maison d'Albret avec 
le comté de Foix, avaient été le théâtre de troubles 
graves, (jue le parlement de Toulouse noya dans le 
sang (juin à août 1566). Biaise de Monluc parle de ces 
événements dans sa correspondance (Commentaires 
t. V, p. 65) et V Histoire du Languedoc (t. v, p. 271] 
en donne un récit détaillé. Les arrêts du conseil 
privé, dont la reine de Navarre se plaint dans ce 
passage de ses Mémoires, sont très nombreux. 
M. Valois dans. Le conseil du roi^ in-8*>, 1888 (p. 333 



r 



- 39 - 

Mais qui est Testranger ou privé, qui n'ait 
esté scandalisé de Tinjustice qui me fut faicte 
en ce temps-là en la personne de ma cousine 
de Rohan * , si particulière qu'en son 
arrest prononcé par le Roy en son privé 
con'seiP, suivant l'opinion de sept, dont il 
n'en avoit que deux jurisconsultes^, et 
contre celle de dix huict ou dix neuf opinans 
choisis du grand conseil et conseil privé, et 
estimés les plus sçavans et sincères; mais 



et suiv.) en cite sept dans la période comprise entre 
le 25 février 1563 (1564) et le 23 mai 1567. Le plus 
important, celui du 20 février 1666, défendait aux 
ministres de prêcher et d'exercer le culte calviniste 
dans la ville (p. 370). Cet arrêt, observe le savant 
auteur qui a relevé ces décisions, était parfaitement 
fondé aux termes de l'article 5 de Tédit d'Amboise, 
puisque la réforme n'avait pas été publiquement pra- 
tiquée à Pamiers avant le 7 mars 1563 (ibid., p. 207). 

1. — Françoise de Rohan, fille d'Isabeau d'Albret. 
cousine germaine de la reine de Navarre. Elle avait 
été séduite par Jacques de Savoie, duc de Nemours, 
à l'aide de promesses de mariage, que le duc refusa 
d'exécuter quand sa victime fut devenue grosse. Il 
s'en suivit un procès qui dura près de dix ans. La 
situation des deux parties envenima la querelle. 
Françoise de Rohan était soutenue par les reformés;^ 
Jacques de Savoie, un des plus déterminés Guisards,' 
par le parti catholique. Nous avons publié en 1883 un 
récit de cette aventure galante de la cour des Valois, 
Le duc de Nemowis et mademoiselle de Rohan, 

2. — Cet arrêt fut rendu par le conseil du roi à 
Monceaux le 28 avril 1566. Une copie authentique est 
conservée dans le vol. 4.657, f. 33, du fonds français. 

3. — Christophe de Thou et Pierre Séguier, du 
parlement de Paris. Voyez la note suivante. 



- 40 - 

choisis*, di-je, afin que leur preud'hommîe 
et scavoir servist d'umbre seulement. L'arrest 
porte ces mots : a ... et pour ceste fois sans 
« conséquence, » parce que le dict renvoy 
de sa cause au pape^ estoit directement 
contre les privilèges de TEglise Gallicane. 
Et toutes fois, pour rendre l'injustice plus 
injuste , le lendemain , contrevenant à 



1. — L*acte de récusation nominale et motivée 
des membres du conseil privé par Jeanne d'Albret 
est conservé dans le vol. 6.606, i. 30 du fonds fran- 
çais (original sans date]. Voici la liste des juges 
récusés pjar Jeanne d'Albret. Cette liste a l'avantage 
de nous faire connaître la composition du conseil 
privé à la date de 1566 : le cardinal de Bourbon, le 
prince de Oondé, le duc de Montpensier et le prince 
dauphin, son fils, les cardinaux de Lorraine et de 
Guise, le duc de Nevers, le connétable et ses deux 
fils (François et Henri de Montmorency), le marquis 
de Villars, le cardinal de Chastillon, Tamiral de 
Coligny, François d'Andelot, le maréchal de Vieille- 
ville, le maréchal do Bourdillon, le chancelier, de 
l'Hospital, Jean de Morviliers, évêque d'Orléans, 
Jean de Moulue, évêque de Valence, Sébastien de 
TAubespine, évêque de Limoges, Henri d'Angoulême, 
abbé de la Caze-Dieu, fils naturel de Henri II, le s. do 
Lansac^ le baron de La Garde, Nicolas Dangu, évê- 
que de Mende, Philibert Babou, évêque d'Auxerre, 
Nicolas de Pellevé, archevêque de Sens, Claude de 
l'Aubespine et Jacques Bourdin, secrétaires d'état, 
Christophe de Thou, premier président du parlement 
de Paris, Pierre Séguier, président à mortier. 

2. — L'arrêt du 28 avril 1566 renvoyait les par-; 
ties devant l'archevêque de Lyon sauf recours au 
pape (f. fr., vol. 4.657, i. 33). Le renvoi devant l'offi- 
çialité de Lyon était de pure forme puisque l'arche- 
vêque de Lyon s'était prononcé sur le fond du débat 
le 6 novembre 1565 (Arrêt de l'officialité de Lyon; 
Orig. sur parchemin en latin; f. fr., vol. 4.657, f. 4). 



— 41 - 

Tarrest mesme de sa pleine auctorité, et au 
mépris de leur Saint Père*, on les fit 
fiancer^ et puis espouser^ : où le cardinal 
de L'Orraine ne fut pas si catholique Romain 
qu'il ne préférast la passion à la religion, 
quand il passa outre aux espousailles *, 
nonobstant une opposition faicte en bonne 



i. — Comme protestante, Françoise de Rohan 
avait d'abord récusé la juridiction du pape, mais elle 
finit par Taccepter (Lettre de Charles IX au s. d'Oisel, 
amb. à Rome, du 17 mai 1566; copie du temps, f. fr., 
vol. 3.214, f. 2). La reine de Navarre, elle-même, 
approuvait Tacte de soumission de sa cousine ger- 
maine (Lettre de Jeanne d'Albret à la seigneurie 
de Genève, du 6 décembre 1566; Bulletin de la Soc. 
de Vhist, du prot, français, t. xvi, ç. 66J. La cour de 
Rote fut saisie de l'appel de Françoise ae Rohan le 
16 juillet 1566 par un bref de cette date (copie du 
temps; f. fr. vol. 3.214, f. 65) et rendit un arrêt con- 
forme aux conclusions du duc de Nemours le 5 mars 
1571 (copie du temps; f. fr., vol. 23.310, f. 202). 

2. — Le lendemain de Farrêt du conseil qui 
déboutait Françoise de Rohan, le 29 avril 1566, en 
présence du roi et des princes, fut passé le contrat 
de mariage du duc de Nemours et de la duchesse de 
Guise (copie du temps ou peut-être minute originale 
de cet acte; f. fr., vol. 6.609, f. 74). 

3. — Le mariage fut célébré à Saint-Maur-des- 
Fossés, le 5 mai 1566, en prévsence du roi et de toute 
la cour (Mémoire de Françoise de Rohan; f. fr., vol. 
3.215, f. 71). 

4. — La cour avait été publiquement convoquée 
dans la chapelle de l'abbaye de la Roquette, à Saint- 
Maur, mais le mariage fut célébré dans une des sal- 
les du château. Cette précaution avait été prise pour 
éviter toute esclandre et ne réussit pas, comme on va 
voir. Le cardinal do Lorraine célébra la messe et 
maria les deux époux (Mémoire do Françoise de 
Rohan; f. fr.. vol. 3.215, f. 71). 



- 42 - 

forme de la part de ma cousine de Rohan ^ 
J'ay plus estendu le propos de ceste inju- 
rieuse injustice que j'ay receue, que des 
autres, parce que peut estre chascun qui 
pourra lire cecy n'a pas sceu ce faict si au 
vray : et aussi que c'est celle de quoy je me 
suis plus ressentie. 

Je pourroy alléguer mes défaveurs d'un 
nombre trop grand, si mesme je vouloy 
alléguer que quelques téméraires osèrent 
bien remplir les oreilles de la Royne d'une 
menterie si absurde, que l'impudence 
d'icelle portoit son témoignage avec soy; 
quand ils luy voulurent donner à entendre 
que j'avoy entrepris deux choses : l'une, que 
je luy vouloy faire couper la gorge, n'usant 
point de plus doux termes ; l'autre que je 
vouloy faire enlever Monsieur, frère du Roy, 
pour, me fortifiant de luy, mettre schismes 
en France contre le Roy. Et quoy que par 
très-humble prière et importunité que je 
fisse, je ne peu jamais sçavoir de Sa Majesté 

1. — Au moment où le cardinal de Lorraine pro- 
nonçait les paroles sacramentelles, un officier de 
justice, praticien au parlement, Vincent Petit, se pré- 
cipita sur les degrés du sanctuaire et commença la 
lecture d'un acte d'opposition fait par devant notaires 
par Françoise de Rohan. Le cardinal fut déconcerté 
et hésita un moment. Mais les courtisans des Guises 
emmenèrent de force le courageux praticien, qui fut 
jeté en prison, et la cérémonie s'acheva (Chronique 
du temps; f. fr., vol. 12.795, f. 284 vo). 



J 



— 43 - 

le nom du rapporteur absolument, sinon par 
ambiguitéy me voulant tousjours contenter 
de l'asseurance qu'elle me donnoit de n'en 
rien croire , elle me vouloit rendre doubteuse 
de quatre ou cinq ; si est-ce qu'à la fin je la 
pressay tant qu'estant arrivée à Monceaux, 
elle m'en esclaircit un peu davantage ^ 

Durant ce temps que ces choses-là se 
menoyent, qui fut de quatre ou cinq moys, 
le pauvre Savigny^, que Ton disoit bastard 
du feu Roy, mon mary, n'en est-il pas mort 
innocent? Car"' pour la haine que luy por- 



i. — Ce fait n*est raconté par aucun autre 
historien. 

2. — Ce Savigny n*a laissé aucune trace et sa 
mort n'est enregistrée par aucun historien. Jeanne 
d'Alhret, dans sa correspondance {Lettres d'Antoine 
de Bourbon et de Jeanna d*Albref, p. 285), parle 
d*un Savigny, qui serait entré en querelle avec sa 
femme, la dame de la Rivière. Est-ce cette querelle 
qui lui coûta la vie? — Sans vouloir réformer le récit 
de Jeanne d'Alhret, qui devait être mieux informée 
que nous du nomhre des hatards de son mari^ nous 
observerons qu'il est bien singulier que les deux rois 
de France et de Navarre aient eu chacun un bâtard 
du même nom. On trouve en effet dans les Papiers 
d* Estât de Granvelle (t. viii, p. 1, 20 et 384) trois 
lettres d^une dame Nicole de Savigny, qui parlé d'un 
fils qu'elle dit avoir eu de Henri II et qui se plaint 
d'avoir reçu des mauvais traitements de la part de 
Catherine de Médicis. Ce jeune Savigny, dit de Saint 
Rémy, eut des enfants. Sa dernière descendante fut 
la comtesse de la Motte, l'aventurière rendue célèbre 
par le procès du collier à la fin du règne de 
Louis XVI. 

3. — l^e mot car est de trop dans la phrase, 



ï 



- 4i - 

toyent ceux de la maison de Guyse, aucteurs 
et inventeurs premiers de ceste menterie, 
qu'ils avoyent faict conduire finement' par 
tierce main, ayant dit à la Royne que cesfuy- 
là la vouloit tuer. Ce mot-là a depuis quelque 
temps telle vertu, que, encores qu'il ne fust 
accompagné de raison, ny mesme vérisimi- 
litude, ceux qui estoyent soubçonnez ou 
nommez par' ces Messieurs, Ton les faisoit 
mourir à quelque pris que ce fust, comme le 
dict Savigny, qu'ils feirent tuer sous le nom 
de la Royne ; chose si vilaine et exécrable, 
que tant s'en faut que je veuille penser qu'elle 
y ait consenti, que je veux croire qu'elle ne 
l'a point entendu. L'Espaignol qui tua le 
dict Savigny d'un coup de pistoUe, estant 
descendu aux champs pour aller à ses 
affaires, l'avoit servi puis laissé quelque 
temps, et de rechef retourné avec luy. Lequel 
fut prins après le coup faict, et mené au 
Four l'Evesque S où plusieurs fois il 
demanda un Italien, qui demeuroit avec le 
sieur de L'Aubespine, et que cestuy-là 
sçavoit bien qui luy avoit faict faire le coup, 
et qu'il l'avoit faict par commandement. Les 
prisonniers mesmes, qui estoyent en la 
prison avec luy, l'ont dit à quelqu'un digne 

1. — Fort-l*Evêque, prison de Tofficialité de 
Paris, située dans le quartier Saint-Germain. 



— 4S -^ 

de foy, et qu'une nuict le dict Espaignol, 
après avoir tenu ces propos, fut tiré de la 
dicte prison et jecté dans la rivière une 
pierre au coP. Voilà comment ces per- 
nicieux esprits veulent esbranler le ciel et la 
terre, et par leurs malices renverser toute 
piété et justice et empoisonner Tesprit de 
nostre jeune Roy, naturellement bon, de leur 
venimeuse humeur . 

Suivant l'occasion de mes justes plaintes, 
j'allégueroy une infinité de lettres que j'en 
ay escrites ; à quoy Ton ne m'a jamais satis- 
faicte. Mais je m'eslongneray trop de mon 
intention, qui n'est que de parler des trois 
occasions qui m'ont faict joindre avec les 
princes, gentilshommes, et autres fidèles 
serviteurs de Dieu et du Roy en la juste 
cause : de laquelle, comme j'ay monstre par 
ce que j'ay dit cy-dessus, je ne fus jamais 
disjoincte et encore moins du service de leurs 
Majestez. Et, pour ce qu'il y en a qui m'ont 
dict que je retiray mon fils en m'en venant 
de la cour^ par leur congé, sçachant que 

i. — Aucun autre historien ne mentionne ces 
faits. 

2. — La reine de Navarre quitta Paris avec son 
fils après le 4 janvier 1567, car nous avons une 
lettre d'elle, datée de ce jour et de Paris. Le 1" février 
suivant, elle était arrivée à Pau. Ces indications 
nous sont données par la correspondance inédite 
que nous nous disposons à publier. 



— 46 - 

les troubles se debvoyent recommencer ^ 
j'en toucheray icy un mot : c'est qu'encores 
que, comme Tobscurité de l'épaisse nuée 
nous menace de l'orage, les trames, allées 
et venues du cardinal de L'Orraine, de nos 
politiques et taciturnes Espaignolisez, les 
massacres, injustices, violemens de l'Edict 
et deffaveurs de ceux de la Religion, de 
quelque estât que ce fust, nous montrast 
assez ce que nous avons veu sortir de ceste 
nue crevée, si est-ce qu'icy je coniesseray 
que je n'avoy pénétré si avant en ce fait ne 
préveu la reprinse des armes. Bien voyoy-je 
tous les jours quel soin Monsieur le Prince, 
mon beau-frère. Messieurs de Chastillon', 
et autres seigneurs et gentilshommes de la 
Religion réformée travailloyent à contenir 
beaucoup de personnes, mesme des villes 
et peuples, qui, pour les ordinaires massacres 
que l'on faisoit d'eux, et le peu d'espérance 
de justice que l'on leur donnoit, estoyent 
souvent esmeuz à commencer le jeu pour 
rachapter leur vie ou la perdre plus hono- 
rablement en la deffence de leurs consciences, 

1. — Allusion à la reprise de la guerre civile, 
dite de la Saint Michel, 29 septembre 1567. 

2. — Les trois frères de Chastillon : Gaspard de 
Coligny, amiral de France; François de Coligny, 
s. d'Andelot; Odet de Chastillon, cardinal. 



— 47 — 

où ceux qui eschappoyent la main des meur- 
triers et assassineurs estoyent à toutes 
heures géennez *. Mais la |)rudence des 
Seigneurs susdicts, le bon ordre qu'ils y 
mettoyent appaisoit cela, les paissans comme 
on les paissoit de continuelles promesses de 
leurs Majestés, qui juroyent et prot estoyent 
ne désirer rien plus que Tentretenement de 
TEdict de pacification^; pour lequel faire 
observer envoyoyent tant de patentes que Ton 
envouloit, et néanmoins desmenties par leurs 
lettres secrettes du cachet, que de vray nous 
sçavions, qui nous faisoit doubter que Tin- 
tention de leurs Majestez estoit de le rompre. 
Mais la révérence que nous avons toujours 
portée à nostre Roy, et sa parole, et pro- 
messes ratifiées par sermens solennels ne 
nous permettoit croire ce que nous voyons. 
Le cardinal de L'Orraine ne luy a pas esté 
si respectueux, quand, jouant à la pelote^ 
de sa foy et son honneur, luy a faict par 
»son dernier Edict se desmentir soy-mesme, 
et s'avouer roy perfide, feint et dissimulé ; 
se rendant là odieux et mesprisé des autres 
roys et princes estrangers. Et puis s'esba- 

1. — Géhennez, tourmentés. 

2. — Edit de pacification du 19 mars 1563, dit 
d'Amboise. 

3. — Jouer à la pelotlCy jouer à la balle. 



L 



— 48 — 

hit-on si tous ses tant fidèles subjets et 
serviteurs s'en ressentent d'un cœur tout 
sanglant de douleur, voyant ceste honte au 
haut de la tiare de nostre Roy, par la 
trahison, félonnie et exécrable meschanceté 
de ce perdu et damnable Cardinal, abusant 
de la douceur et bonté de Sa Majesté, que 
nous ne croyons nullement avoir dans le 
cœur ce que cest impudent pelé luy a faict 
advouer en cest Edict, lequel chacun sçait 
qu'il a forgé et envoyé il y a plus de quatre 
moys à Romme pour le communiquer au 
Pape *. Hélas! si, comme j'ay dict, le cœur 
seigne à tant de fidèles subjects de cest acte 
vilain du Cardinal, pour la honte qui en 
tombe, et j'oseroy dire à tort, sur nostre Roy, 
que doy-je sentir, moy, qui, outre ces deux 
titres de fidèle subjecte et très obéissante 
servante, suis honnorée de celuy de 
tante ^? Je le dy en vérité que je n'ay jamais 
veu, leu ne ouy qui m'ait tant faschée, et qui 



1. — Il s'agit ici de l'ordonnance du 25 septem- 
bre 1568, qui défendait expressément de professer 
publiquement d'autre religion que la religion catholi- 
que, et qui proscrivait les ministres dans le délai 
de 15 jours. Cette ordonnance^ que le parlement 
enregistra le 28 septembre, est imprimée par Fonta- 
non, t. IV, p. 292 et 294. 

2. — Jeanne d'Albret était fille de Marguerite 
d'Angoulême, laquelle était sœur de^ François I, 
grand-père de Charles IX. Elle était, par conséquent, 
tante du roi à la mode de Bretagne. 



— io- 
nisait tant animée contre le dict Cardinal ; et 
si de bon cœur je suis venue * pour ceste 
cause avec mon fils, de meilleur cœur y con- 
tinueray-je. C'est donc bien loing d'estre 
prisonnière ou attirée par imbécillité, conune 
on a dict. Cela seul eust esté suffisant, si je 
fusse demeurée jusques icy pour me faire 
partir de chez moy. 

Revenant à mon propos ^, je ne fu guères 
en mes pays qu'un rumeur et bruict de 
remuement d'armes ne troublast toute la 
Guyenne ; dont la cause est assez desclarée 
par ceux qui ont escript de la signature du 
concile ^, du conseil tenu à M archaiz * 



1. — Allusion à Talrivée de Jeanne d'Albret à 
la Rochelle (28 sept. 1568) qu'elle rappelle comme 
un fait tout récent. Ce passade fournit une nouvelle 

Î)reuve de la date de la rédaction de ce mémoire 
fin 1568). 

2. — Retour en arrière. Jeanne d'Albret ramène 
son récit à Tépoque de sa rentrée en Béarn (fin 
janvier 1567). 

3. — Le concile de Trente avait été ouvert le 
13 décembre 1545. La vingt-cinquième session qui 
fut la dernière, fut close le 4 décembre 1563. 

4. — Marchais (Aisne) était une seigneurie 
importante qui appartenait au cardinal de Lorraine. 
Il est certain que, lorsque le ieune duc de Guise 
retourna de la Hongrie, où il s'était couvert de 
gloire dans la guerre contre les Turcs, les Guises 
réunis à Joinville (Haute-Marne) auprès de la vieille 
duchesse, Antoinette de Bourbon, et peut-être aussi 
à Marchais, tinrent divers conseils. Dans un de ces 
conseils fut arrêté le mariage du jeune duc de Guise 
et de la duchesse de Porcian (Lettres d'Alava citées 
par M. de Bouille, Hist. des ducs de Guise, t. ii, 

4. 



delon la promesse faicte à Bayonne : et de 
cela je n'en feray grande mention. Car 
estant retirée chez nous et ne pensant qu'à 
mes affaires, je n'entendoy de ce qui se 
passoit qu'autant que la renommée en 
despartoit par toutes provinces. Et aussi la 
rébellion non accoustumée en Béarn et 
despuis en Navarre * de quelques particuliers 
de mes subjects poussés du costé de France, 
comme il est apparent par les lettres que 
leurs Majestez leur escrivirent. Les menées 



p. 384). Jeanne insinue ici que la surprise des chefs 
au parti réformé, tentée (?) plus tard à Noyers, y fut 
résolue. Voyez plus loin. 

1. — A la suite des états de Béarn de 1567, au 
mois de septembre, les catholiques de \s^ Basse- 
Navarre^ conduits par le s. de Luxe, de Domesaing, 
et autres seigneurs se soulevèrent, assiégèrent et 
firent prisonnier le capitaine Lalanne, gouverneur pour 
la reine de Navarre, à Garris, et restèrent un 
moment maîtres d'Oloron. La reine fut obligée 
d'envoyer son fils, le prince de Béarn, et quelques 
compagnies contre les rebelles. La campagne est 
racontée par Bordenave {Hist. de Béarn et Navarre , 
p. 140 et suiv.) Bordenave, Olhagaray, tous les histo- 
riens du Béarn racontent ces troubles en quelques 
mots, comme une émotion pasisagère de peu de jours, 
et en donnent ainsi une très fausse idée. Les rebelles 
prirent les armes au mois de septembre et guerro- 
yèrent, sans grande activité, il ost vrai, pendant tout 
l'hiver. Voyez la Pièce justificative n*» 1 et les notes 
ajoutées. Ils ne déposèrent les armes qu'au mois de 
juin 1L68. Le 26 juin la reine de Navarre écrit au s. des^ 
Bories, lieutenant de la compagnie de son fils, et lui 
annonce, comme une nouvelle récente, la soumis- 
sion des révoltés. On trouvera ce dernier document 
dans la correspondance inédite que nous nous dispo- 
sons à publier. 



^ 81 — 

entré éux^-medmes, que leurs propres 
querelles ont assez descouvertes, me fai- 
soyeiit bien juger quelque mauvais succès 
des affaires de la France; mais que j'en fusse 
certaine, non! Dieu m'en est tesmoin. Et de 
cela faict foy le voyage que j'avoy entreprins 
pour la visite de mes terres, m'en allant 
commencer en comté de Foix. Car, estant 
arrivée ' à Saint-Gaudens * , ville de Com- 
minges, arriva un gentilhomme'^ de la part 
de Monsieur le Prince, mon beau-frère, et 
Monsieur l'Admirai, qui m'advertit de la 
prinse des armes, et des occasions qui sont 
assez desclarées par ce qui en a esté escrit, 
pour n'en faire redicte icy, et qui en ma 
conscience me semblèrent si justes, que je ne 
pouvoy moins que d'y offrir pour mon Dieu 
et mon Roy le tout, sans rien réserver. Si 
j'eusse eu lors deux cordes à mon arc, je 
n'eusse si librement conseillé à Monsieur de 
Gramont^ de prendre les armes, et se joindre 



i. — Saint-Gaudens (Haute-Garonne) était une 
ville du Nebouzan et non du comté de Gornminges. 

2. — Ce gentilhomme, dont aucun historien ne 
donne le nom, rejoignit la reine de Navarre à Saint- 
Gaudens, deux ou trois jours, dit Bordenave, avant 
la prise d'armes de la Saint-Michel (28 et 29 septem- 
bre 1568), quil était chargé de lui annoncer (Borde- 
nave, Hist, de Béarn et Navarre^ p. 139). 

3. — Diaprés Bordenave, Gramont aurait joué 
un rôle sans franchise dans la sédition de la Basse- 



— 82 — 

à la cause comme je fey, et que j'ay continué 
luy prescher. 

Je m'en retournay avec mon fils chez moy 
en Béarn * pour regarder à conduire les 
subjects que Dieu m'a donnez, et, aidée de 
sa grâce, empescher de tout mon pouvoir 
que c'est orage que je voyoy environner mon 
dict pays n'y entrast, en intention tous jours 
de servir à mon Dieu et à mon Roy. Je 
despeschay un de mes gens vers leurs 
Majestés pour savoir comme tout passoit, et 
pour les supplier très humblement que l'on 
jectast de l'eau sur ce feu avant qu'il creust 
d'avantage. Et me souvient qu'en la lettre 
de la Royne ces propres mots ou semblables 
estoyent : que je la supplioy très humble- 
ment recongnoistre ceux qui avoyent esté à 
jamais affectionnez au service de la cou- 
ronne, et que de ce nombre-là elle me 
trouveroit tousjours saris jamais m'en despar- 



Navarre. Voyez la note de la page 50. Il avait poussé 
les catholiques à résister à leur souveraine « pour 
« emljrouiller la roine, » afin probablement de se 
rendre indispensable et d'obtenir pour son fils la 
main de la riche héritière d'Andoins, la célèbre 
Corisande {HisL de Béarn et Navarre, p. 145, 148 
et 149). 

1. — Jeanne, rétrogradant sur ses pas, arriva à 
Taibes le 3 octobre 1567 et écrivit à Biaise de Mon- 
luc une lettre que celui-ci livra au roi d'Espagne. 
Nous avons publié cette lettre dans les pièces justi- 
ficatives des Commentaires de Monluc, t. v, p. 348. 



- 53 — 

tîr, luy offrant le fidèle service que je lui devoy . 
Sur cela je luy diray que je m'esbahi d'où est 
venu ce faux bruit que Ton a faict courir que 
j'avoy envoyé des blans signez à. leurs 
Majestés, et pouvoir de vendre le bien de 
mon fils pour faire la guerre aux rebelles du 
Roy. Vrayement j'advoue que mes biens et 
ma vie, qui est d'avantage, ne sera jamais 
espargnée contre ceux-là; comme encores 
.maintenant j'y ay apporté le tout. Mais ne 
sont-ce pas les vrais rebelles ceux qui violent 
les ordonnances du Roy, et ceux qui veulent 
renverser les édicts, massacrent son peuple, 
ont intelligence et tirent pension de Tes- 
tranger, et, pour exécuter plus librement 
leurs meschancetez, veulent exterminer les 
princes du sang et fidèles officiers de la 
couronne? Est-ce à votre advis pour la 
conserver entière à nostre Roy? Non, non, 
c'est pour la despartir entre eux, et en jecter 
quelque lopin à la gueule des chiens, qui, 
envieux d'icelle, leur pourroyent abboyer. 
C'est donc contre ces rebelles-là que je suis, 
et pour lesquels chastier je ne me contente 
pas d'offrir, mais j'y mets, comme j'ay desjà 
dict, la vie et les biens. Et ce qui m'a 
empeschée en ces pénultièmes troubles de 
m'y advancer plus avant, a esté les séditions 
dont j'ay desjà parlé, qui m'avoyent été 



- 8i - 

suscitées en mes pays pour là m^arrester. Et 
le sieur de la Motte Fénelon*, lorsqu'il a 
pieu à leurs Majestés me l'envoyer pour 
négocier la réconciliation d'entre moy et 
mes dicts subjects^, sçait si je luy ay 
dissimulé ce que j'avoy dans le cœur de tout 
ce qui s'estoit passé, luy rabattant tous jours 
ces mots de rebelles et séditieux, qu'il avoit 



\. — La vie de Bertrand de Salignac, s, de 
Mothe Fénelon, a été écrite par Jean Tarde, cha- 
noine de Sariat, avec une exactitude qu'on ne 
trouve pas ailleurs. En 1552, il assista au siège de 
Metz et en écrivit la relation, qui a été réimprimée 
dans toute les grandes collections de mémoires sur 
l'Histoire de France. En 1557, il fut fait prisonnier à 
la bataille de Saint-Quentin et envoyé en Flandre. 
En 1560, il fut député aux états généraux d'Orléans. 
En 1562. il assista à la bataille de Dreux, et, en 1567, 
à celle de Saint-Denis. En 1566, 1567 et 1568, U rem- 
plit plusieurs missions en Espagne. De 1568 à 1575 il 
fut ambassadeur en Angleterre. En 1580, il fut fait 
chevalier de l'ordre du Saint-Esprit. En 1581, il fut 
envoyé en ambassade en Ecosse. Il mourut le 12 août 
1599, à Bordeaux {Chronique de Jean Tarde, 1887, 

fi. 330). Sa correspondance pendant son ambassade à 
jondres a été publiée pour le Bannatyne Club 
d'Edimbourg en 1838 en trois volumes in 4® et en 
7 vol. in 8°, par M. Teulet, avec une notice biogra- 
phique, que les indications de Jean Tarde confirment 
ou rectifient. 

2. — Au commencement de février 1568 le s. de 
la Mothe Fénelon fut envoyé par le roi en Navarre, 
sous le prétexte de servir de médiateur entre la 
reine et ses sujets rebelles (Bordenave, p. 150). On 
verra plus loin qu'il avait une autre mission. La date 
de l'envoi de la Mothe Fénelon nous est donnée par 
deux lettres du roi, l'une à la reine de Navarre 
(lettre de créance), l'autre au s. de Noailles, toutes 
deux publiées par M. Communay dans Les Huque^ 
nots aans Le Déarn et la Navarre, p. 19 et 20. 



— K8 — 

assez fréquents en la bouche, en parlant de 
ceux qui avoyent les armes en main pour le 
service de Dieu et du Roy^ Je ne me suis 
jamais masquée à luy que je ne luy aye 
asseuré que, de cœur et de bouche, j'estoy 
joincte à ceste juste cause, la justice de 
laquelle souvent ayant desbattue avec luy, \V 
m'a niée par si frivoles argumens qu'il y 
apparoissoit plus d'opiniastreté malicieuse, 
que d'ignorance de la vérité ; et mesme 
jusques à luy asseurer que, si mon fils eust 
esté pour porter les armes, qu'il eust esté 
avec la trouppe de fidèles serviteurs de 
Dieu et de leurs Majestés. 

Durant ce temps turbulent, j'ay envoyé et 
renvoyé tant devers leurs dictes Majestez 
que vers Monsieur le. Prince, mon beau-frère, 
et ceux qui estoyent avec luy, pour crier 
paix! paix! Chascun sçait comment je l'ay 
désirée, et que, lorsqu'une umbre s'en est 
apparue à rious, qu'elle joye j'en ay eue. Ce 



1. — Il est curieux de relever ces allégations 
qui nous font pénétrer dans les secrets de la politi- 
que du parti réformé. Les protestants en effet, en 
prenant les armes, avaient la prétention de venir au 
secours du roi et de se montrer plus fidèles sujets 
que les catholiques. Déjà en 1562, le prince de 
Gondé proclamait en tout lieu gu'il ne faisait la 
guerre que pour délivrer le roi prisonnier du trium- 
virat. Voyez Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret 
i. IV, p. 182. 



— 56 — 

fut au second voyage de la Motte Fénelon*, j 

qui sçait que je luy en dy, et la craincte que 
j'avoy que nous retombissiôns où nous 
sommes par la malice venimeuse du car- 
dinal de L'Orraine. Et discourant avec luy, 
j'en descouvri une fort cauteleuse, qui estoit 
qu'ils me vouloyent attirer à la cour et mon 
fils aussi sous umbre de me vouloir honorer 
et me rendre médiatrice entre le Roy et ses 
subjects de la Religion réformée ; m'alléguant 
que jamais la paix ne seroit bien asseurée, 
par ce que le Roy et la Royne ne pouvoyent, 
comme il disoit, s'asseurer de la bonne 
vQlonté de ceux de la dicte Religion réformée, 
et par conséquent s y fier, comme il estoit 
nécessaire, ny les dicts subjects en pareil 
cas de leur Roy et Royne, et que moy seule 
avoy les parties requises pour ceste négo- 
ciation. Car, pour le regard de leurs 
Majestés, j'avoy c'est honneur de leur 
appartenir de si près, joinct qu'ils avoyent 
tant cogneu en moy d'affection à leurs 
services et repos de ce royaume, que ce qui 
leur seroit proposé de ma part pour ceux de 
la religion, leur seroit hors de tout soubçon. 



1. — La seconde mission de La Mothe Fénelon 
auprès de la reine de Navarre eut lieu au mois de 
septembre i568, pendant qu'elle était en route pour 
la Rochelle. Voyez plus lom. 



— 87 — 

De Tautre part que j'estoy en si bonne 
opinion entre ceux de ma Religion, qu'ils se 
fieroyent bien en moy ; et que par ce moyen 
estant près de leurs Majestés, et ayant la 
commodité d'aller visiter Monsieur le Prince, 
mon beau-frère, et Monsieur T Admirai, il 
me seroit facile, desmeslant leurs mesfiances 
d'un costé et d'autre, de rejoindre et appro- 
cher ces seigneurs de valeur de la personne 
du Roy. 

Voilà de quelle gluz estoyent frotées les 
belles paroles dont le dict la Motte me 
vouloit prendre à la pipée. Je trouvay ces 
propos fort estranges, et plus les louanges 
qu'il me donnoit de mes sens et prudence. 
Car les deffaveurs et mespris que j'avoy 
soufferts m'avoyent assez faict congnoistre 
que ces bonnes opinions ne leur en estoyent 
jamais entrées en l'esprit. Quant à la fidélité 
et affection à leur service, encores qu'ils ne 
l'ayent peu ignorer, si en ont-ils toujours 
assez faict les mescogneuz pour monstrer 
qu'ils n'y ont jamais eu fiance. Ma response 
fut brève à une si belle et longue harangue : 
que je ne pouvoy croire que l'on me voulust 
employer à choses de si grande importance, 
et où les meilleurs esprits avoyent bien à 
faire. Et par ce qu'il vouloit que ce fust moy 
mesme qui m'ingérasse, et que je lui résistay 



- 58 - 

fort là-dessus, luy remonstrant que cela me 
seroit plus tost attribué à témérité qu'à zèle 
de leur service si, sans estre appelée, je 
m'offroy, il s'esclatta plus avant, et me dist 
qu'il avoit charge de m'en parler. Il se fit 
presser pour me dire par qui. Enfin il me 
nomma la Roy ne, qui néantmoins ne vouloit 
point estre alléguée, me disant d'avantage 
que l'on avoit nommé Madame de Savoye, de 
Ferrare * et moy, et qu'elle désiroit que ce 
fust moy, m'ayant choisie entre les trois; 
chose inventée pour me persuader de l'en- 
treprendre et par ce moyen m'attirer à la 
cour. Je ne luy respliquay autre chose, sinon 
que, quand Dieu m'auroit donné assez de 
grâce pour scavoir aussi bien conduire cest 
affaire, comme j'y porteroy de fidélité, que 
jamais je ne négocieroy chose à la cour tant 
que le cardinal de L'Orraine y seroit. Il me 
respondit que c'estoit le moyen pour l'en 
chasser lorsque j'y seroy. 

Durant ce temps-là le dict la Motte alla 
et vint en Basque pour l'accord de moy et 



1. — Madame de Savoye est Marguerite de 
France, sœur de Henri II, duchesse de Savoie, 
princesse catholique mais renommée pour sa sagesse 
et sa modération. — Madame de Ferrare est Renée 
de France, duchesse de Ferrare douairière, la pro- 
tectrice de Marot. Renée de France habitait Montar- 
gis depuis son veuvage et y pratiquait la réforme, 
O^ais avec moins d'exaltation (jue Jeanne d^Albret, 



- 89 - 

de mes subjects, qui m'avoyent offensée en 
mon royaume, ce qu'il fit, les favorisans 
entièrement contre toute raison*. Toutes 
fois, parce que j'avoy juré et promis au Roy 
l'en croire, en tant qu'il touchoit mon intérest 
particulier, je tin ma foy promise à mon dam*. 
Il vouloit bien toucher à la religion, mais 
en cela il n'emporta rien. Je reviendray donc 
à son dernier retour de toutes ses allées et 
venues. Quand il fut prest de monter à 
cheval pour s'en aller à la cour, il me recom- 
mença ce premier propos, me suppliant avec 
grande instance d'escrire à la Royne que, 
pour conserver ceste paix, je désireroy y 
employer ce que le devoir me commandoit ; 
qui estoit au temps qu'elle fut publiée en 



1 . — Outre son rôle d'arbitre, La Mothe Fénelon 
avait une double mission : la première d'attirer la 
reine de Navarre et son fils à la cour; la seconde, plus 
importante et secrète, de se créer, en vue de Tave- 
nir, dans les rangs des catholiques du Béarn et de 
la Basse -Navarre, des intelligences capables de por- 
ter un sérieux obstacle à Ta politique de Jeanne 
d*Albret. Il y réussit parfaitement, et lorsque, au 
mois de septembre 1568 et surtout l'année suivante, 
le roi de France voulut conquérir le Béarn, ses 
capitaines trouvèrent du secours parmi les seigneurs 
amnistiés par la reine Jeanne en 1568. Voyez Olha- 
garay, p. 574 et 578, et Bordenave p. 150 et suiv. 

2. — Jeanne d'Albret avait promis au roi de par- 
donner aux Béarnais rebelles et elle tint parole, 
quoiqu'elle prévit ce que dans l'avenir il lui en pour- 
rait coûter. Voilà ce qu'elle veut dire par ces mots ; 
Je lins ma foy promise à mon dam. Voyez les notes 
§V|i vantes et celles de la première Pièce jus tificï^tive^ 



-- 60 - 

aucuns endroits, comme à Paris ^ et aussi 
refusée à Toulouse et ailleurs^. Jl me 
sembla que c'est offre n'estoit trop hardi- 
ment entreprins. Et pour c'est effect je 
despeschay Voupillières ^, l'un de mes gen- 
tilshommes, que j'envoyay à la cour vers 
leurs Majestés*, et bien instruits de plu- 
sieurs particularitez qui concernoyent le laict 
des massacres et violement de TEdict, et 
mesmes des menées du cardinal de L'Orraine 
à Toulouse et Bordeaux ^, et aussi pour les 
supplier très-humblement qu'en cas qu'ils 
eussent aggréable de se servir de moy en 

1. — Traité de paix, dit 'de Longjumeau, signé à 
Longjumeau le 23 mars 1868, enregistré le 28 au 
parlement de Paris. 

2. — Le traité de paix de Longjumeau, enregis- 
tré sans opposition à Paris, ne fut pas accepté par 
le parlement de Toulouse. Un agent du pnnee de 
Condé, Philibert Rapin, fut décapité à Toulouse 
malgré l'amnistie. Ce ne fut que, après quatre lettres 
de jussion, le 5 juin, que la cour se résigna à enre- 
gistrer le nouvel édit de pacification. Encore y mit- 
elle des restrictions qui faisaient perdre aux réfor- 
més le bénéfice de l'édit. Voyez Vllistoire du 
Languedoc, t. v, p. 285 et 286. La reprise de la 
guerre civile, à la fin d'août 1568, fit oublier l'opposi- 
tion du parlement de Toulouse. 

3. — Antoine Martel, s. de la Vaupilière. 

4. — On trouvera plus loin, aux Pièces justifi- 
catives, sous la date du 31 juillet 1568, l'instruction 
confiée par la reine de Navarre au s. de la Vaupilière. 

5. — Allusion aux arrêts rendus contre la reine 
de Navarre par les parlements de Toulouse et de 
Bordeaux. Voyez les notes suivantes. 



— 61 — 

quelque chose, le dict Cardinal ny fust 
présent; ne pouvant compatir ma fidélité 
avec son infidélité, et mesme ayant sçeu, 
comme il n'est oublié en mes lettres escrites 
à la Royne, sa délibération, lorsque sa 
Majesté fut si malade à Meulan *, de faire 
des vespres Sicilienes ^ de Monsieur le Car- 
dinal, mon beau-frère^, et ceux qu'il pensoit 
pouvoir nuire au desseing qu'il avoit de 
remettre les troubles en France, brisant et 
abolissant l'édit de pacification, si Dieu eust 
faict sa volonté de sa dicte Majesté*. Ce 
coup-là rompu, il en a tant cherché d'autres 
qu'à la fin il nous a mis là où nous sommes. 
Je leur escrivoy aussi la craincte que j'avoy 
que tout cela nous feist retomber en quelque 



i. — L^indisposion du roi est mentionnée dans 
une lettre d*Alava du 24 juillet 1568 (arch. nat. K. 
1510, no 10). Catherine de Médicis, dans une 
lettre du 26 août 1568, donne à l'ambassadeur de 
France en Espagne « advis de la guérison du roy, 

« ayant du tout perdu la fiebvre » Lettres àe 

Catherine de Médicis, t. m, p. 173). 

2. — Faire des vêpres siciliennes, rappel 
du massacre des Français commis le 30 mars 
1282 en Sicile. 

3. — Charles de Bourbon, dit le cardinal de 
Bourbon, frère du feu roi de Navarre. Cette accusa- 
tion contre le cardinal de Lorraine est une fable 
inventée par le parti réformé. 

4. — C'est-à-dire : Si Dieu eut rappelé à lui Sa 
dicte Majesté. 



- 68 - 

malhcurté, leur remonstrant en toute humi-^ 
lité, comme leur très humble servante, et 
zélée par tous debvoirs au bien et repos de 
ce royaume. 

Et m'estant advisée d'un moyen qu'il me 
sembloit, je ne diray pas seulement bon, 
mais nécessaire pour la plaincte que leurs 
Majestés mesmes faisoyent de ne pouvoir 
estre obéys en l'observation de leurs édicts, 
je leur proposoy : c'estoit que, voyant mon 
fils assez avancé d'ans pour commencer à 
faire service à leurs Majestés au gouverne- 
ment de la Guyenne, et afin que, venant en 
aage d'homme, il y fust mieux instruict, je 
supplioy très humblement leurs Majestés 
qu'ils permissent que mon dict fils se pour- 
menast par les principales villes de son dict 
gouvernement pour faire observer l'Edict de 
pacification, duquel bien peu jouysâoit la 
dicte Guyenne. Et pour aller au devant de 
ce que ceux qui, désirans plus la ruine de 
noslre maison que de la voir fleurir, eussent 
peu dire pour nous empescher c'est honneur 
et faveur, alléguans sans aucun fondement 
de raison que mon fils, pour estre de la 
Religion reformée, s'il commandoit, fouleroit 
un parti pour soulager l'autre, je supplioy 
leurs Majestés très humblement durant ce 
temps-là luy bailler auprès de luy MM. de 



- 63 - 

Candale*, marquis de Villars^, de Cau- 
mont^, de Lausun^, de Byron*^, et de 
Jarnac^ pour estre avec luy, et luy servir 
de conseil, les ayant nommés exprès, par ce 
que la plus grand part d'iceux estbyent 
catholiques romains. 

Je pensoy ma requeste si juste et si 
exempte de passion et partialité qu'elle 
mesme pôrtoit la response : fiat'^ . Et de 
tant plus hardiment faysoy-je ceste harangue 
que la grandeur et auctorité de mon fils estoit 
joinct au service de leurs Majestés, et que la 
Motte Fénelon m'avoit, en tous les langages, 
tant voulu persuader la faveur que je devoy 
espérer, qu'il ne mettoit nullement en doute 
que je ne vinse à bout de tout ce que j'entre- 
prendroy pour mes affaires, qu'il advouoit 



1. — Henri de Foix, s. de Candale, gendre du 
connétable de Montmorency, seigneur catholique. 

2. — Honorât de Savoie, marquis de Villars , 
seigneur catholique. 

3. — François Nompar de Caumont, s. de la 
Force, déjà nommé. 

4. — François Nompar de Caumont, s. de Lauzun, 
seigneur catholique, cité par Biaise de Monluc pour 
son autorité en Guyenne {Commentaires^ t. iv, p. 116). 

5. — Armand 9e Gontaut, baron de Biron, plus 
tard maréchal de France, le plus grand seigneur du 
Périgord, appartenait au parti catholique. 

6. — Guy Chabot, s. de Jarnac, connu par son 
due! avec la Ohasteigneraye, lieutenant de roi en 
Saintonge, seigneur catholique. 

7. — Fiatj qu'il en soit fait ainsi. 



- 64 - 

(parce qu'il ne pouvoit nier) avoir esté et 
à son grand regret trop desfavorisées ; mais 
qu'à ceste heure que je seroy employée en 
telles choses, Ton s'efforceroit de me gratifier 
en tout. Voilà doncques qui fut cause qu'avec 
ceste remontrance et doléance que je faisoy 
à leurs Majestés, et Toffre si je pouvoy servir 
à la construction d'une bonne paix, j'adjoustay 
ce moyen de mon fils pour la Guyenne. Mais 
les advis et changemens de la cour chan- 
gèrent aussi la response que j'en devoy 
avoir et qu'on me promettoit si bonne. Car, 
comme j'ay allégué au commencement, ceste 
entreprinse de la Motte et faveurs promises 
n'estoyent que pour m'attirer, mon fils et 
moy, à la cour. 

Mais cependant que le dict de la Motte 
négocioit cela avec moy, le cardinal de 
L'Orraine trouva un moyen plus brief, lequel 
je touche en mes lettres : qui estoit d'envoyer 
le sieur de Losses * vers moy avec double 

1. — Jean de Baulieu, s. de Losses, maréchal 
de camp, seigneur catholique, avait été nommé gou- 
verneur du prince de Béarn en 1562 après le départ 
de Jeanne d Albret de la cour, en place du s. de la 
Gaulcherie (Lettre de Chantonay à Philippe II du 23 
février 1562; orig. espagnol; Arch. nat., K. 1.497, 
n* 11). Après la mort du roi de Navarre, Jeanne 
d'Albret avait retiré son fils des mains du s. de Los- 
ses, et l'avait rendu à la Gaulcherie (Bordenave, 
Hist, de Béarn et Navarre, p. 115). Il ne pouvait y 
avoir que d*amères rancunes entre Jeanne d'Albret 
et le s. de Losses. 



- 6(5 — > 

arge, la voye de douceur et de rigueur ; 
de douceur, di-je, en paroles et non de faict; 
car il me debvoit remplir les oreilles de belles 
promesses pour tirer mon fils à la cour, me 
présentant laveur, honneur et profit. Et parce 
qu'ils se craignoyent que je perceroy jusques 
au fond de leur malice, et que, descouvrant ce 
sucre, j'y appercevroy Tamer qu'il couvroit, 
et que, congnoissant cela, j'useroy de pareille 
ruse leur rendant de belles paroles et asseu- 
rance d'envoyer mon fils, dilayant cependant ; 
la seconde charge de rigueur dudict sieur de 
Losses estoit d'enlever mon fils d'entre mes 
bras, ou par cautelle allant à la chasse, ou par 
force*, s'aidant de moyens de Monluc^, 
et d'aucuns de mes subjects naturels, dont 
je fu advertie de divers endroicts, dès l'heure 
que le dict sieur de Losses se mit en chemin; 
lequel fut arresté par la main de Dieu d'un 



i. — Bordenave confirme et copie même en partie 
(Histoire de Béarn et Navarre, p. 152) les mémoires de 
Jeanne d'Albret. La reine de Navarre croyait ferme- 
ment à la mission secrète du s. de Losses et s'en 
plaignit à la reine dans une lettre datée du 16 sep- 
tembre 1568, qu'on trouvera cy-après. L'enlèvement 
du jeune prince de Béarn était sans nul doute lié au 
projet d'enlèvement de tous les chefs de la réforme 
à Noyers. Voyez plus loin. 

2. — D'après l'historien Palma Cayet, ancien sous- 
précepteur de Henri de Navarre, (Chronologie nove- 
naire p. 179, édit. du Panthéon) c'était Biaise de 
Monluc qui avait charge de s'emparer de la reine de 
Navarre et de son fils et de les amener à la cour. 

5. 



- 66 - 

flux du ventre, qui fut cause que j'eu loisir 
de penser à me garder * . Ce qui les divertit 
de mener ce faict par moyens doux, sans se 
haster par la rigueur, estoit qu'ils ne pou- 
voyent attendre, veu que l'heure et le temps 
d'attraper tout ensemble les pressoit^ : car 
c'estoit Torsque d'un costé le sieur de Ta- 
vanes^ avoit la charge d'enclorre Mon- 
sieur le prince de Condé, mon beau-frère*, 
à Noyers^, et Monsieur l'Admirai à Tan- 



4. — Le s. de Losses fut récompensé de sa mis- 
sion en Guyenne. Nommé membre du conseil privé 
du roi, il y fut reçu le 23 mars 1569 (Valois, Le con- 
seil du roi, p. 192, note 2). 

2. — D'après la lettre de l'agent du cardinal de 
Créqui, que nous publions aux Pièces justificatives, 
le dessein de surprendre les chefs du parti réformé 

Ï)ar une arrestation préventive aurait été arrêté avant 
a date du 9 août 1568. 

3. — Gaspard de Saulx-Tavannes, gouverneur 
de Bourgogne, maréchal de France en 1569, catholi- 
que ardent, un des auteurs de la Saint-Barthélémy. 

4. — Condé, qui était à Valéry, château qu'il 
tenait de la maréchale Saint- André, s'était retiré, au 
mois de juin, à Noyers en Bourgogne, ville forte 
qu'il possédait du chef de sa femme (Duc d'Aumale, 
Ùist, des princes de Condé, t. ii, p. 367). 

5. — Le projet de la cour de cerner les chefs du 
parti réformé à Noyers et de les faire prisonniers est 
un de ces secrets historiques sur lesquels abondent 
le pour et le contre. Cependant il est certain que la 
résolution fut discutée dans les conseils secrets de 
la reine mère et que, si elle ne fut pas arrêtée, il ne s'en 
fallut de guères. M. le comte de la Ferrière a publié 
dans la Revue des questions historiques (juillet 1887) 
une dissertation qui conclut à l'affirmative. Tavannes 
n'avait pas encore reçu les ordres du roi le 20 août 
1568, car, dans une lettre au roi, datée de ce jour, il 



— 67 — 

lay *, et le sîeur de Martigues* Monsieur d'Ali- 
delot en Bretaigne •^. 

Durant ce temps Voupillières arriva à la 
cour sur leurs délibérations, et fut retenu 
quelque temps là, parce qu'ils cuidoyent 
qu'avant qu'il fut de retour devers moy, tout 
seroit faict. Et de vray, il me rapporta une 



n'y fait aucune allusion (orig., f. fr., vol. 15.547^ f. 3li). 
Il les reçut peut-être le lendemain, car le prince de 
Condé, dans une lettre datée du 21, annonce à ses 
coreligionnaires la tentative dont il est menacé de la 

Fart du s. de Tavannes (orig., coll. Dupuy, vol. 569, 
42). S^il faut en croire les Mémoires de Tavannes 
publiées par son fils, ce guet à pens ne lui convenait 
pas et il prit des mesures pour que le prince de Condé 
et Coligny pussent lui échapper (Mémoires chap. xi). 
Ils lui ecnappèrent en effet, mais il prit et pilla le 
château de Noyers. Sa femme, d'après Brantôme, se 
para à la cour des robes volées à la princesse de 
Condé (Brantôme, t. v, p. 117). 

1. — L^amiral de Coligny, après la paix de Long- 
jumeau, s'était retiré à Cnastillon. A la fin de juin 
ou au commencement de juillet 1568, il se rendit à 
Tanlay (Yonne) dans le voisinage de Noyers (Jean de 
Serres, Mémoires de la troisième guerre civile et 
des derniers troubles de France, Genève, 1571, sans 
nom d'auteur, petit in-S*», p. 27). Il y était installé le 
6 juillet (Lettre de cette date; f. fr., vol. 3.155, f. 39). 

2. — Sébastien de Luxembourg, vicomte de 
Martigues, colonel général de l'infanterie, capitaine 
catholique, un des plus renommés officiers des 
armées royales. 

3. — François de Coligny, s. d'Andolot, frère de 
Tamiral, était à Laval en Bretagne, ville qui apparte- 
nait à sa femme, Claude de Rieux. Deux lettres de 
Martigues, en date du 28 août 1568, Tune au roi, 
l'autre au duc d'Anjou, mentionnent la présence de 
d'Andelot à Laval et les levées de troupes qu'il y 
faisait au nom du parti réformé à cette date (f. fr., 
vol. 15.547, f. 359 et 360). 



- 68- 

bîen estrange response * et du tout eslon- 
gnée de Tespérance qu'avoit essayé la Motte 
Fénelon de m'en donner. Les propos et 
rudesses de quoy Ton luy usa seroyent trop 
longues à escrire. Je diray seulement en un 
mot que à la juste requeste quejefaisoy pour 
mon fils, comme j'ay dit cy-dessus, Ton me 
respondit que mon fils est oit trop jeune pour 
se meller des affaires, et qu'il lalloit qu'il 
allast à la cour pour accompaigner le Roy en 
ses honnestes passe-temps, et ne failloit qu'il 
s'amusast qu'à se jouer. Et quant au cardinal 
de L'Orraine que je ne devoy prier le Roy de 
l'oster de son conseil privé ^, et que cela ne 
se debvoit ne pouvoit faire. Et davantages 
que l'on ne me faisoit autre responce aux ins- 
tructions bien amples qu'avoit porté le dict 
Voupillières par ce qu'il avoit passé par 
Noyers. Et disoyent que mon seing avoit 
esté falcifié et mes instructions dressées au 



i. — On trouvera cette réponse aux Pièces justifi- 
catives à la suite de l'instruction de Jeanne d'Albret 
au s. de la Vaupilière. 

2. — Les reproches que Jeanne d'Albret fait au 
cardinal de Lorraine sur son omnipotence et sa par- 
tialité au conseil privé du roi n'ont aucun fondement, 
puisque, ainsi que l'a prouvé M. Valois, le cardinal 
n'assistait presque jamais aux séances. On ne le 
trouve en effet, du 23 octobre 1563 au 24 septembre 
1567, sur les procès verbaux de 205 séances, présent 
que 24 fois (Valois, Le conseil du roi, in-S», 1888, 
p. 189). 



— 69 - 

dict Noyers, où je luy avoy donné charge de 
visiter et remercier Monsieur le Prince, mon 
beau-frère, des honnestes offres qu'il m'avoit 
faictes au temps que mes subjects de la basse 
Navarre s'estoyent eslevez contre moy et 
aussy pour luy communiquer sa charge, 
en tant qu'il touchoit à mes affaires. 

C'estoit une chose, ce me semble, trop 
rigoureuse et estrange de trouver mauvais 
que j'eusse amitié et confédération à un mien 
beau-frère, oncle de mon fils et luy tenant 
lieu de père, comme en mesme égualité j'en 
ay tous jours usé vers Monsieur le Cardinal, 
mon beau-frère. C'estoit, dis-je, trop des- 
couvert ce qu'on avoit dans le cœur contre 
luy; car c'estoit après la paix faicte et au 
temps que leurs Majestez luy envoyoient de 
plus belles paroles de fiance. Mais l'on ne 
craignoit plus d'en parler haut et clair, pour 
l'asseurance qu'on avoit que la prinse de tous 
costez estoit dans le filet : tesmoin la joye 
qu'en alla faire le cardinal de L'Orraine au 
premier président de Tou *, et pour luy per- 
suader de bailler quelque argent , la luy asseura 
véritable avec son clignement de main accous- 



1. — Christophe de Thou, premier président du 
parlement de Paris en 1562, père du grand historien 
de ce nom, un des chefs du parti catholique, mort le 
1" novembre 1582. 



^ 70 - 

tumé en ses joyes, qui se pouvoyent dire 
courtes, comme il a apparu. 

Bref, pour ne m'esloigner trop de mon 
argument, Voupillières me trouva à Nérac, 
où, comme j'ay dict, j'estoy venue S ayant 
sceu que le sieur de Losses me venoit faire 
ce bon tour, m'asseurant que, s'il vouloit 
user de la force, j'auroy là meilleur moyen 
de Tempescher. Et fumes lors visitez de nos 
parens, voisins et subjects, comme de Mon- 
sieur le marquis de Villars, du sieur de 
Caumont et autres, auxquels je fei la plaincte 
de la charge que je scavoy qu'avoit le dict 
sieur de Losses, et despeschée par Tadvis et, 
pour mieux parler à la vérité, ordonnance 
du cardinal de L'Orraine. Il n'y a guères de 
personnes de qualité qui ne congnoissent le 
Roy pour prince si doux et si humain qu'un 



1. — La reine de Navarre arriva de Pau à 
Nérac avec son fils après le 8 août 1568 (Lettre de 
cette date écrite par Jeanne d'Albret au s. des 
Bories; Arch. de M. le M»» de Saint-Astier) et avant 
le 21 août (Lettre do cette date écrite par Henri de 
Béarn au parlement de Bordeaux; f. fr., vol. 22373, 
f. 584). Les Commentaires de Monluc nous per- 
mettent de préciser les dates. « J'euz advis, dit-il, 
« que le jeudy elle estait partie en grand haste et 
« prenait le chemin de Nérac, comme si (ainsi) feust 
« vray, car elle y arriva le dimanche matin (t. m, 
édit. de la Soc. de l'Hist. de France, p. 172). Le 
ieudi après le 8 août en 1568 ne peut être que le 
12 août et le dimanche avant le 21 est le 15. Ce fut 
donc le 15 août que la reine de Navarre arriva à 
Nérac. 



— 71 — 

si cruel effect ne peut venir de luy, de faire 
enlever un fils unique d'entre les bras de sa 
mère par violence, ou son seul commande- 
ment a plus de pouvoir, si je Tose dire, que 
ses forces. Et pour y obéir m'estoy-je ache- 
minée jusqu'au dict Nérac. Mais les armes 
branlans de tous costés m'avoyent arrestée 
là pour ne me mesler parmy. Car ceux de 
la religion réformée, voyans les catholiques 
s'armer et d'avantage n'avoir autre mot en 
la bouche, sinon que dans un mois il n'y 
auroit plus de Huguenots en France, s'ar- 
moyent aussi pour défendre leur vie. 

Je demeuray donc au dict Nérac et non 
sans peine. Et Monluc * scait combien de 
fois j'ay empesché que les nostres ne s'as- 
semblassent les premiers. J'en ay renvoyé 
plusieurs qui, effrayez tant des nouvelles de 
l'entreprinse du ravissement de mon fils par 
le dict sieur de Losses que de menaces des 
papistes, me venoyent trouver. A la fin, 
voyant tous ces sinistes présages de guerre, 
et mesme considérant les responses que 



1 



i. — Biaise de Monluc, dans ses Commentaires 
t. III, p. 172) raconte que, loin de rien tenter contre 
e repos de la reine de Navarre^ il fut trompé par 
ses protestations pacifiques. A la nouvelle de son 
arrivée à Nérac, il lui envoya son neveu, Antoine 
de Gelas, -s. de Léberon, pour la saluer. Il allait lui 
envoyer sa femme quand il apprit la fuite de la 
princesse, 



— 72 — 

m*avoit apportées Voupillières, forgées en 
la boutique du Cardinal, je cogneu et à mon 
grand regret que les affaires de ce royaume 
panchoyent du costé de la ruine, puis qu'en 
lieu de lès estançonner * par bons et prompts 
remèdes, scelon Tadvis qu'en avoyent tous 
les jours leurs Majestés par leurs plus fidèles 
subjects et serviteurs, Ton mettoit la sappe 
au pied par une connivence des crimes et 
violences faictes, mesme au Roy en ses édicts, 
et qui s'augmentoyent avec un tel desborde- 
ment, que je fu plus que contraincte délaisser 
à penser à mes affaires particulières pour 
discourir à part moy, et puis avec mes amis 
et serviteurs, de l'événement de tous ces 
orages, et quelle fin ils pouvoyent tirer après 
eux, ramenans les troubles passez; et par 
quelle violence et contraincte ceux de la 
Religion réformée avoyent^ esté plus que 
forcez de s'armer et défendre, et que, pour 
une des occasions qui les contraignoit à cela, 
il y en avoit dix en ce temps icy. 

Je fey ma conclusion ainsy : qu'il falloit de 
deux choses l'une, à sçavoir ; que leurs 
Majestez pour retrancher le cours à ce fleuve 
impétueux de misères, donnans lieu aux 
conseils et ad vis de ceux qui, avec pitié et 

1. — Estançonner, étayer, arrêter; estanchon* 
poteau. 



- 73 - 

zèle à leurs services, les advertissaris tous 
les jours du mal, luy en disoyent quant et 
quant le remède, il leur pleust les croire et 
approcher de leurs Majestez ; où que, s'ils 
s'endurcissoyent au mal, quictans le timon 
de ce pauvre royaume et Tabandonnans aux 
vents et flots de l'adversité par la malice des 
faux et traitres pilotes d'iceluy, ausquels ils 
se fient trop, qu'il estoit nécessaire par 
nécessité forcée que les princes du sang,, 
comme estans astrains à un plus particulier 
devoir, et après eux la Noblesse et le peuple, 
missent la main vertueusement à l'œuvre, 
s'opposans par tous moyens, comme fidèles 
subjects et serviteurs, à telle ruine dudict 
royaume. Et que ceste opposition seroit 
cause que le cardinal de L'Orraine, pour 
pescher en eau trouble, n'entreprendroit 
rien moins pour s'oster cest empeschement 
de nous faire tous mourir, comme la lettre de 
l'agent du cardinal de Créquy^ de laquelle, 
pour estre ci-dessous imprimée, je ne parle 
d'avantage, luy enlève le masque ; et qu'il 
n'a faict faire une si grande despence au 
Roy, retenant tant de forces françoises et 
estrangères, superflues et inutiles en temps 

i. — Antoine de Créqui^ évêque de Nantes et 

rus tard d'Amiens, cardinal en 1565, mort le 
juin 1574. 



- 74 - 

de paix, que pour cest effect, comme j'en 
toucheray cy-après, venant à parler de ce 
qui s'en est ensuivy. 

Ayant donc en mes discours préveu que 
les choses ne pouvoyent demeurer en c'est 
estât sans prendre une fin par retenir la 
paix qui s'escouloit de nous, comme j'ay 
dict, ou, la paix faillant, venir à la guerre, 
je me préparay à l'un et à l'autre. Mais 
voulant essayer la paix la première, je my 
toute la peine qu'il m'estoit possible d'em- 
pescher que les armes ne se levassent ea 
Guyenne, ne d'un costé ne d'autre, parce que 
je voyoy nos ennemis estrangement animez 
et desbordez enfaicts et dicts, estant encores 
la Guyenne entre les autres provinces et 
gouvernemens celle qui s'estoit le moins 
sentie du bénéfice de la paix ; de quoy tous 
ceux de la Religion estoyent presque au 
désespoir, tant grands que petits, vagabons 
par les champs sans pouvoir rentrer en leurs 
maisons ; qui estoit cause qu'on ne les 
pouvoit plus contenir. 

Durant ce temps doncques, qui fut de 
quinze ou vingt jours*, que je demeuray à 
Nérac, j'employay toutes mes forces à pacifier 
tout, comme les messages, allées et venues 

i. — Cette indication coïncide exactement avec 
les dates que nous avons données p. 70, note. 



— 78 - 

envers Monluc * m'en sont tesmoîgnage . 
J'avoy un peu auparavant envoyé visiter 
•Monsieur le Prince, mon beau-frère, pour 
(comme Tobligation de Thonneur que j'ay 
receu du feu Roy, son frère, me commandoit) 
entretenir Tamitié entre nous avec le double 
devoir de mesme religion; lequel, aussi marri 
que moy de voir la maladie de la France 
empirer, nos ennemis s'armer et eslever de 
tous costez, les gentilshommes massacrez 
en leurs maisons, les citoyens en leurs 
villes, et si peu de justice de tout cela, me 
manda qu'en ayant faict ses plainctes et 
advertissemens ^, comme moy de mon costé. 



1. — Le 14 avril 1568, Catherine avait adressé une 
lettre très pressante à Biaise de Monluc : a affin, 
« dit-elle, que vous ayez à vous garder de faire 
« chose à ma sœur, la royne de Navarre, dont elle 
n puisse esprover domaige, d'autant que cela la 
« pourroit aigrir, de façon que nous ne viendrions 
« peult-estre jamais à bout de fairfe avecques elle 
« ce que nous avons délibéré pour remettre toutes 

« choses en son pays en repos » {Lettres de 

Catherine de Médicis^ t. m, p. 136). 

2. — Peu de temps après la paix de Longjumeau, 
au commencement de mai 1567, Tamiral de Colign^ 
avait adressé Une première remontrance au roi, 
lac^uelle est imprimée par J. de Serres dans les 
Mémoires de la troisième guerre civile , p. 7. Cette 
remontrance fut suivie de plusieurs autres que le 
comte Delabordo a reproduites ou mentionnées dans 
les chapitres I et II du tome III de Gaspard de 
Coligny. Le duc d'Aumale [Histoire des Condé^ 
t. II, p. 3491 a publié les plaintes de Condé au roi 
touchant l'inexécution de l'édit de Longjumeau (21 
avril 1568, 11 et 20 juin, 22 juillet, 22 août). 



« 76 - 

il avoit toujours eu response de leurs 
Majestez qu'ils estoyent marris de tous ces 
maux, et en promettoyent justice, et mesme*' 
par le sieur de Téligny*; que cela estoit 
cause qu'ils en attendoyent les effects en 
pacience, me priant instamment d'empescher 
que les armes ne commençassent à s'eslever 
en la Guyenne par ceux de la Religion. C'est 
bien pour desmentir ceux qui ont dict et 
escrivent tous les jours que nous avons levé 
les armes les premiers. Je di donc qu'il est 
bien vrai que nous les avons levées, mais c'a 
esté pour les mettre entre celles de nos 
ennemis et nostre vie, pour après employer 
ceste vie et armes au service de Dieu et de 
nostre Roy. 

Voilà donc comme estant en ceste peine-là 
et attente de ce qui debvoit advenir de ces 
-belles promesses, je renvoyay encores vers 
les dicts seigneurs Prince et Admirai, parce 
que j'avoy desjà ouy quelque^ vent que l'on 
les vouloit attraper. Mais mon homme les 



1. — Charles de Téligny, plus tard gendre de 
Tamiral Coligny, assassiné à la Saint Barthélémy. 
L'objet de la mission de Téligny à la cour était de 
remettre au roi, de la part de Coligny, une remon- 
trance que Jean de Serres nous a conservée. 
(Mémoires de la troisième guerre civile, p. 36 et 
suiv.). La date de la mission est ûxée par une 
lettre de Coligny au connétable de Montmorency du 
6 juillet 1568 (f. fr., vol. 3.155, £.^500). 



— 77 — 

trouva partans de Noyers et Tanlay * . Ils 
ont assez desclaré la façon et comment ils 
partirent pour n'en faire reditte^. Mais je 
diray bien que, quand mon homme me fit le 
récit de la façon du départ et du marcher 
par les champs, je ne vous scauray exprimer 
la joye et la douleur ensemble que je senti, 
la joye de voir la miraculeuse délivrance, 
que Dieu, par sa bonté infinie, avoit faicte 
d'eux, et la douleur de voir les princes du 
sang et si proches de mon fils ainsi vaga- 
bonds par la France^, fuyans la honteuse 



1. — Le 23 août 1568. 

2. — La fuite du prince de Condé et de ramiral, 
de la dame d*Andelot et de leur famille a donné lieu 
à de dramatiques récits de la part des historiens 
anciens et modernes. Le plus autorisé de ces récits, 
parce qu'il fut écrit par l'un des fugitifs ou au moins 
en son nom, celui auquel Jeanne d'Albret fait ici 
allusion, est contenu dans une pièce du temps 
Lettres et remontrances au Roy par Louis de 
Bourbon, prince de Condé.., avec la protestation 
dud. s. prince, petit in-S® fort rare. On en trouve un 
exemplaire à la Bibliothèque nationale (L, b, 33, 
no 238). La pièce a été réimprimée sous un titre un peu 
différent dans Y Histoire de nostre temps , 1570, 
p. 88. 

3. — Aucun historien n'a pu préciser la date 
de Tarrivée du prince de Condé et de Coligny à la 
Rochelle. Arcere la fixe au 19 septembre 1568 {Hist. 
de la Rochelle, t. i, p. 368), la Popelinière au 18 sep- 
tembre (Hist. de France, livre xiv, p. 18), le duc 
d'Aumale avant le 14 (Hist. des Condé, t. ii, p. 369), 
369). La vérité est que Condé était à la Rochelle le 
8 septembre (Lettre de Blandin à la reine, de cette 
date ; V« de Colbert, vol. 24, f. 183) et le 9 septembre, 
car il signa, ce jour-là, le règlement de discipline de 



- 78 - 

prison et mort ignominieuse; ce qui s'en 
fust ensuivie par les trames, assez déclarées 
par leurs escrits, de ceste hydre*, à 
laquelle, pour une teste de meschanceté que 
Ton luy couppe, il en renaist sept. Mais il 
trouvera enfin ce grand Dieu juste juge, son 
Hercule puisqu'il ne le croit Dieu. Sa barbare 
cruauté n'a espargné aage ne sexe. Car de 
quoy estoit fournie l'armée avec laquelle ils 
ont dict que mon dict beau-frère s'estoit mis 
aux champs ? de chariots, coches, et litières. 
Et quoy pleines d'armes ? non, mais de 
femmes grosses et petits enfans, berceaux et 
nourrices. Et le cry innocent de ces petites 

rarmée réformée (Pièce aux imprimés de la Bibl. 
nat., L, b, 33, n« 238, et Hist. de nostre temps, p. 
264). Il n'y était plus le H, car il est fait mention de 
son absence dans VHist. de la Rochelle de Barbot, 
t. II, p. 309, 1889. Il y était revenu le 15 (Lettre de ce* 

S rince à la reine d Angleterre de cette date ; coll. 
[oreau, vol. 718, f. 10^2). 

1. — L'année 1568 fut marquée par une recru- 
descence de la haine du parti réformé contre le 
cardinal de Lorraine. Rien ne prouve cependant que, 
à cette époque, le cardinal ait montré plus d'ardeur 
contre les calvinistes. Mais le roi, aussitôt après la 
mort du connétable de Montmorency, avait délégué 
le duc d'Anjou à la lieutenance générale du royaume. 
Le prince avait bientôt pris une importance qui 
balançait l'autorité royale et le cardinal gouvernait 
souverainement sous son nom. Au mois de juin 1568 
le prince de Condé avait obstinément refusé de se 
reconcilier avec ce prélat qu'il considérait comme 
l'ennemi capital de son parti (Doc. publiés par le duc 
d'Aumale, Hist, des Condé, t. ii^ p. 359, 360 et 364). 



- 79 — 

créatures estoit leur trompette pour sonner 
boute-selle. Les fleurs de liz dont leur sang 
est semé, tant s'eij faut qu'elles ayent peu 
avec quelque révérence retenir la furie de 
ce Cardinal enragé, qu'elles ont redoublé sa 
manie. Et comme je le touche aux lettres du 
Roy*, c'est vouloir arracher les branches, 
pour après en déraciner le tronc, qui est 
nostre Roy ; il n'est plus temps de l'ignorer. 
J'ay assez parlé de leur voyage. Il faut que 
je parle du mien. Voyant donc la nuée dont 
j'ay parlé, crevée ej avoir esclatté un si 
horrible tonnerre, l'efTect de la susdicte 
lettre de l'agent du cardinal de Créquy 
en tant qu'à eux avoit été possible ; m'estant, 
comme j'ay dict cy-devant, préparée, si je 
ne pouvoy voir une paix asseurée, au moins 
à une licite guerre ; les armes se re|)renans 
pour si légitimes occasions que pour la gloire 
de Dieu, que nous voyons tous les jours 
foulée aux pieds, et le sang des siens res- 
pandu ; et quant au service de Sa Majesté, 
estant son auctorité tellement méprisée et 
desdaignée qu'entre ces mutins infracteurs 
de ses Edicts et rebelles à ses commande- 
mens, il ne tenoit plus rang de Roy ; les 
princes de son sang chassez par les estran- 

1. — Ces lettres sont imprimées aux Pièces jus- 
tific&tives. 



— 80 — 

gers usurpateurs du lieu qu^ils debvoyent 
posséder ; je voudroy sçavoir si la pacience 
de voir et ouyr toutes ces choses peut 
longuement demeurer avec la fidélité à son 
Dieu et à son Roy dans le cœur d'un subject. 
Quant à moy, je ne tien celuy, soit par 
stupidité ou pusillanimité qui connive à ces 
exécrations-là, moins coulpable que celuy 
qui les faict ; car s'il est en nos moyens de 
tirer un homme de Teau et nous le laissons 
noyer, ne sommes nous pas meurtriers ? Par 
plus forte raison, si nous voyons l'évident 
péril de ce royaume par la persécution de la 
religion, la couronne de nostre Roy estre à 
demy sur la teste de son ennemy, ne luy 
donnerions-nous pas une secousse pour 
achever de la renverser quand nous tiendrions 
les moyens que Dieu nous a donnez inutiles 
sans les déployer à venger tels actes ? A bon 
droict si nous l'avions faict, aurions-nous 
mérité les titres que le Cardinal et ses 
adhérans, vrais possesseurs d'iceux, nous 
donnent de traistres, rebelles et séditieux? 

Je résolu donc de m'acheminer vers mon 
beau-frère avec mes enfans, et me joindre, 
de vie, biens et moyens, avec eux comme je 
l'avoy esté toujours de volonté, ne voulant 
tomber en la peine où nous avions esté aux 
pénultièmes troubles, ayans esté amusez et 



— 81 — 

rendus inutiles par la malice d'aucuns de nos 
subjects, comme j'ay dict, et mesme mon 
fils, qu'il me faisoit grand mal de voir en 
cest aage parmy les femmes. Je le menoy 
donc de bon cœur à ce voyage, car le plus 
grand désir que j'aye jamais eu, c'a esté 
qu'il sacrifiast ses prémices d'armes pour la 
gloire de son Dieu, le service de son Roy, 
et le soutien de sa patrie, et le devoir au 
sang, qui sont, comme j'ay plus amplement 
discouru, les trois occasions qui m'ont faict 
laisser mes dicts pays. Ne pensez donc pas 
que j'aye entrepris ce voyage légèrement. 
Croyez que ce n'a esté sans combattre et 
auctruy et moy. Car Sathan s'opposant 
tousjours au bien, dont Dieu par sa pure 
grâce Vend les siens instruments, n'a pas 
dormi lorsque le sainct zèle de sa gloire 
m'aiguillonnoit. Et s'est aydé, cest ennemy, 
des promesses et flatteries des grands, mais 
en vain, estant assez accoustumée à telles 
piperies pour résister à choses si viles et si 
indignes d'un cœur généreux que l'ambition 
et l'avarice. 

Voyant donc, mon ennemy, qu'il perdoit 
temps de ce costé-là, m'a suscité quelques 
serviteurs (serviteurs, di-je, de différentes 
humeurs), les uns malins effrontez, les autres 
sages mondains, aucuns du tout ignorans, 

6. 



[ 



- 82 - 

tels qui avoycnt un zèle inconsidéré ; et les 
timides n y ont esté oubliez. Brief il n'a rien 
laissé en arrière de ce qu'il a pensé luy 
servir à me dissuader de ma chrestienne 
entreprinse. Les plus effrontez et téméraires 
m'ont voulu faire douter de la droiture de la 
cause, alléguans leurs raisons assez com- 
munes et entendues d'un chascun pour n'en 
faire redicte. Mais de quoy m'a servi de les 
escouter, sinon comme à une jeune personne 
de vingt ans les lunettes d'un vieillard 
sexagénaire? Car au lieu de me faire juger 
leurs dictes raisons plus apparentes et 
lisibles, il me les ont faict voir si petites et 
si confuses que je n'y ay rien moins congneu 
que ce qu'ils ont prétendu m'y montrer. 
Ceux-là, me cuidans perdre, se sont perdus 
eux-mesmes, et sont tombez, si Dieu ne les 
en relève, en la fosse qu'ils avoyent cavée* 
pour moy. A mon grant regret puis-je dire 
qu'ils en ont renversé maints avec eux. Et 
mon opinion en est restée plus ierme : pre- 
mièrement par le sentiment de ma conscience 
enseignée par la parole de Dieu. Mais de 
vray qui est l'ignorant, s'il ne le veut estre 
ou à son escient ou malicieusement, que tant 

i. — Gavée, creusée. Cette acception est rare, 
car le mot cauer dans la langue du xvi« siècle a un 
tout autre sens. Cependant Brantôme emploie le 
substantif cavement dans un sens analogue. 



j 



- 83 -^ 

d'escrits par lesquels les plus doctes Je 
nostre temps ont paint si au vit la dicte 
justice de nostre cause et légitime prinse des 
armes, qui puisse résister à si forts argumens. 
J'en sçay qui en demeurent vaincus en leurs 
consciences secrettement, et qui Tavoue- 
royent haut et clair comme nous, si Tam- 
bition, la faveur ou Tavarice ne se fussent 
emparées premièrement de leurs cœurs. 

O pauvres misérables qui embrassez toutes 
ces grandeurs et promesses, et vous enflez 
d'une vaine espérance, serrez bien estroit ce 
contentement que recevez, cependant que le 
somme d'ignorance vous tient endormis ; car, 
lorsque la vérité vous recueillera, tout ce 
bien vous eschappera et s'évanouira comme 
le songe. Il ne sera plus lors temps de vous 
repentir; vostre deuil vous demeurera plus 
long que le bien qu'attendiez ; regret mar- 
chera devant vous; honte tallonnera vos pas. 
Par le juste jugement de Dieu vostre 
conscience vous sera perpétuel bourreau. 
D'une et d'autre religion serez-vous mes- 
prisez. Voilà le langage que j'ay tenu à telle 
manière de gens pour leur rendre le bien 
pour le mal, et leur conseiller leur salut lors 
qu'ils me vouloyent quasi comme arracher le 
mien. L'assaut de ces téméraires, il a esté 
fally? Voici venir sur les rangs ceux qui 



— 84 - 

n^estiment rien que leur prudence, par 
laquelle ils cuident percer jusques au plus 
profond des secrettes choses du monde , qui 
m'ont allégué combien c'est une chose 
requise, voire nécessaire aux Princes, de 
concerver leurs estais en paix, mesmes à un 
moindre entre les plus grands en trouble ; 
me suadans tendre une main d'un costé, 
l'autre de l'autre. G'estoit proprement nager 
entre la conscience et le monde, favorisant la 
cause, retenant néantmoins de quoy me 
conserver parmy les adversaires. Et quant à 
ces pauvres fols (je les appelle ainsy selon le 
monde parce que je ne puis faillir de parler 
après l'approuvé aucteur, qui dit que la 
sagesse du monde est folie devant Dieu), ils 
ont battu l'eau en vain, et n'ont cueilli autre 
fruict de leurs paroles, sinon que se faire 
cognoistre abuseurs ; qui, se trompans les 
premiers, veulent réduire chacun à leur 
humeur. Geste prudence pleine d'ergo n'a 
pas vaincu mon ignorance, car celuy qui a 
dict qu'il confondroit les choses qui sont par 
celles qui ne sont point, a fortifié en moy 
le vaisseau fragile. Je me suis aydée du 
glaive à deux trenchans de la parole de 
Dieu pour convaincre ces arrogans, qui 
cuidoyent enclorre tout le scavoir du monde 
en leur jugement ; et ne leur ay allégué que 



- 85 - 

le mesme passage que j'ay mis pour me 
défendre de Tinjure qu'ils pourroyent pré- 
tendre que je leur auroy faicte de les appeler 
fols : c'est que la sagesse du monde est 
estimée folie devant Dieu, mesmes quand 
nous la voulons mettre en rang avec ses 
commandemens, lesquels nous tâchons attirer 
à nostre sens, et ne pouvons captiver nos 
entendemens à ceste humble obéissance qu'il 
requiert de nous et qui ne se peut nullement 
accorder avec ceste sagesse mondaine. Car 
il est escrit que, qui met la main à la charrue 
et regarde derrière soy, il est indigne du 
royaume des cieux. Ce n'est pas un Edict 
qui nous banisse du Royaume de France, 
qui n'est nostre habitation que pour un 
temps si court qu'est nostre vie. Car celuy- 
ci est l'Edict irrévocable qui nous chasse à 
perpétuité de la demeure éternelle du ciel, 
et que nous devons craindre. 

Ceux qui avec plus d'ignorance que de 
malice se laissoyent emporter à leurs frivoles 
imaginations, m'opposoyent le travail, où je 
m'alloy jetter, au repos de mes maisons, 
lequel, avec la conscience et la religion, je 
pouvoy à leur avis sainctement garder. J'ay 
supporté volontiers leur ignorance, et leur 
ay plus doucement respondu qu'aux autres, 
et mesme que le travail pour le debvoir ne se 



- 86 — 

doibt nommer peine, mais plustost le repos 
trop cherché en Tayse de la commodité. Je 
leur disoy davantage que, quand la personne 
est appelée par légitime vocation à servir à 
la gloire de nostre Dieu, tous pays doibvent 
estre sa propre maison. Pour vous dire vray, 
j'ay assez fortement repoussé les effrontez, 
les sages mondains et les ignorans. Mais 
venons à ces remplis d'un zèle inconsidéré, 
et en partie quelques-uns liez à Tamour de 
leur patrie, lesquels me remonstroyent que 
laisser mes pays, desquels j'estoy tenue 
rendre compte devant Dieu, n'estoit bien 
laict, et les. abandonner quasi en proye à 
^estranger^ dont ils estoyent menassez^ 
et mesme davantage en mon absence ^ ; que 
la charité commençoit par les siens, et que 
ce tort ne touchoit pas seulement à moy et 
mes enfans, mais à mes subjects, dont le 
nombre estoit si grand. Ils avançoyent leur 



i. — Uestranger ici désigne Philippe II, dont la 
■puissance était très redoutée et qui passait pour 
convoiter les états du Béarn. 

2. — Jeanne d'Albret courait plus de dangers 
qu'elle ne croyait. A la nouvelle de sa fuite, le roi 
d'Espagne chargea son ambassadeur de proposer au 
roi ae France « aide et secours du costé de Béarn et 
« Navarre, puisque ceux de ce costé avoient prins 
« les armes... » Catherine sq hâta de remercier le 
roi d'Espagne et de repousser la proposition (Lettre 
à l'ambassadeur de France à Madrid du 30 septembre 
1568 ; Lettres de Catherine de Médicis^ t. ni, p. 188). 



— 87 — 

conséquence jusques à la généralité de la 
cause, parce qu'ils me voyent là attachée, 
disant que mes enfans et moy estions per- 
sonnes publiques, et qu'il ne nous failloit 
ainsi hazarder ; et d'un costé me peignoyent 
si au vif Taifliction d'un peuple affligé loin de 
secours de sa dame souveraine, de l'autre la 
conscience , que (il faut ici que je confesse 
mon infirmité), ceux-là m'ont faict entrer la 
pitié au cœur, esmeue par cest amour * 
naturelle que je doy à mes subjects. 

Lors me sentant branler en ceste opinion, 
je my peine de me fortifier ; me proposant 
la sage providence de mon Dieu, sans 
laquelle un cheveu de nostre teste ne peut 
tomber, et que, laissant mes dicts pays en 
sa garde, m'aydant néantmoins des moyens 
qu'il m'a donnez d'y commettre en mon 
absence gens de bien S je ne debvoy désister 
de mon entreprinse; et, de ce qui me servist 
à combattre mon doubte, je m'ayday aussi à 
repousser la tentation de ces inconsidérément 
zélez. Je n'estoy pas quasi rassurée du rude 
choc qu'ils m'avoyent donné, que voicy les 
timides qui, avec des raisons selon le monde 

1. — Avant de Quitter Nérac, le 30 août 1568, 
Jeanne d'Âlbret désigna le s. d'Arros comme son 
lieutenant général en Béarn. Les lettres de la reine 
sont conservées en copie du temps dans la coll. 
Dupuy, vol. 153, f. 179. 



- 88 - 

fort apparentes, m'alléguoyent les dangers 
des chemins, les forces toutes prestes de nos 
ennemis, et les nostres escartées de çà et de 
là ; la cruauté des meschans et leur barbarie, 
qui ne met point de différence entre les 
grans et les petits, qui n'espargne estât, 
aage ne sexe. Si ces inconsidérément zélez 
m'esmeurent à pitié par une douceur, ceste 
rigueur des timides me fit bien sentir autre 
passion. Car la crainte d'une honteuse fuite 
me fit pallir ; le danger d'une cruelle prison 
me fit frémir; les larmes me vindrent aux 
yeux de Tappréhension de la séparation 
qu'on pourroit faire de mes enfans et de moy. 
Et me persuadoyent ces timides qu'en rom- 
pant mon voyage et me retirant chez moy, 
j'évitoy tout ce mal. 

Que fey-je me sentant quasi vaincue? et 
néantmoins sentant bien que je ne la debvoy 
pas estre? Je prins loisir d'entrer jusques 
au plus profond cabinet de ma conscience, et, 
cuidant penser au repos qui m'avoit esté 
présenté, me vindrent au devant les ennuis 
et fascheries que j'avoy eues durant le 
pénultime trouble. Car quel bon somme 
pouvoy-je faire, m'arrivant à mon coucher la 
nouvelle des massacres de mes frères? Je 
sçay qu'icy les frères d'iniquité se moque- 
ront, comme est leur coutume, de ce mot de 



- 89 — 

frère, mais Dieu sera leur juge et le mien. Je 
revîendray donc au réveil de ce triste somme. 
Toutes les commoditez et beautez de mes 
maisons, de quoy me servoyent-elles que de 
représenter Tincommodité de tant de pauvres 
bannis des leurs, qui, vagabonds par cy par 
là, estoyent à mandier ce dont ils souloyent 
despartir aux autres. J'avoy le cœur transi 
mille fois le jour, sçachant les nostres aux 
dangers infinis que apporte une cruelle 
guerre, et mesme ayant des parents si 
proches et des amis si chers. Et par ce que 
ceste affliction de toute TEglise a desgoutté 
sur moy, comme membre d'icelle, par un 
eschantillon de guerre civile en mes pays 
souverains, il m'a semblé, venant à la consi- 
dérer, que Dieu me monstroit par là que 
ceux qui se cuideroyent exempter par quel- 
ques prudens moyens de sa main, qu'elle 
est si longue que tout homme peut dire avec 
le Psalmiste : ce Ou iray-je hors de devant 
c( ta face ? au ciel, en terre, aux abysmes ? 
ce Tu y es. La nuict de ma prudence ne me 
ce couvrira point. » Je jugeoy donc par là 
que c'estoit chose incompatible que la 
pacience de ces choses-là chez moy avec la 
charité, qui nous appelle à tout secours, 
mesmes vers les domestiques de la foy. Et 
me sembloit bien que les plaindre par une 



- 90 - 

pitié seulement n'estoit assez, et qu'il falloit 
mettre la main à la paste. 

Ce qui incitoit plus ma conscience estoit 
mon fils, le voyant desjà grand, et, sinon 
pour porter les armes, au moins pour devoir 
estre à Tescole militaire. Je vous diray que 
ce scrupule ne m'a jamais laissée en repos 
que je ne Taye rendu où il est par la grâce 
de Dieu. Durant ces discours en mon esprit, 
je n'eu pas seulement à combatre les ennemis 
est rangers, j'en la guerre en mes entrailles. 
Ma volonté propre se bandoit contre moy- 
mesme. La chair m'assailloit et l'esprit me 
défendoit. Si une heure j'avoy du meilleur, 
à l'autre j'avoy du pire. Brief, parce que ce 
sont passions mal aysées à décrire et qui ne 
se peuvent juger qu'au sentiment, je prieray 
ceux qui ont passé par là et de qui le cœur 
a esté esprouvé comme l'or en la fournaise, 
s'amuser plus tôt à imaginer mon tourment 
qu'à le lire, et croire que Sathan, ennemy 
ancien, qui a, par sa vieille expérience, apris 
les ars plus parfaictement que nul homme, 
n'oublia la grave rhétorique, la persuasive 
éloquence, la douce flatterie ne la fardée 
menterie pour venir à bout de ses desseins. 
Et avoit bien sceu choisir les instrumens 
propres pour les exécuter. Et mesme les 
sentant faiblç3 ' contre moy, estoit entré 



i 



- 91 — 

jusques aux tentations de Tâme, et avoit 
gaigné la moitié de mes volontez pour vaincre 
l'autre. Toutes fois je suis demeurée enfin 
victorieuse par la grâce de mon Dieu. 

Je m'amuse trop ici et me semble vous 
avoir assez faict entendre quels combats j'ay 
soustenu pour demeurer ferme en ma première 
entreprînse de faire le voyage que j'ay faict. 
Ce que j'ay bien voulu desclarer par le menu 
pour aller au devant, et fermer la bouche à 
ceux qui m'accuseroyent de m'estre préci- 
pitée en ceste cause à yeux fermez, comme 
il y a eu quelque mal-avisé escrivain, lequel 
a faict un fâcheux petit discours intitulé : 
Réponse à un certain escrit publié par V Admirai 
et ses adhérans ^ ] là où Taucteur, mal informé 
de mes humeurs et de celles de mon fils, 
dict en vu articles que le dict Admirai, par 



1. — Resvonce à un certain esicript publié par 
l'Admirai et ses adhérnns, Paris, Fremy, 1568, in-S®. 
Ce pamphlet est d*Antoine Fleury. Il fut publié dans 
le courant d'octobre ou de novembre 1568. v L'auteur, 
dit le P. Lelong (t. ii, n® 18.042) exalte les droits, les pri- 
vilèges, les sentiments de la Noblesse en général. Il 
exhorte celle du parti du roi à faire un effort pour 
la cause commune de l'état et l'extirpation de l'hé- 
résie. Il invite la noblesse du parti opposant à se 
réunir à l'autre, qui est beaucoup plus forte, et à 
abandonner des gens qui, par toute leur conduite, 
font assez connaître qu'ils veulent principalement 
abattre le clergé et la noblesse. * Ce pamphlet fut 
traduit en latin et publié sous ce titre : Ad perduel- 
lionis admiralii causas reitponsio. Parisiis, Fremy, 
1568, in-Sf, 



-« 92 - 

artifice surprenant rimbécilité d une femme 
et d'un jeune prince, qui a c^est honneur 
d'estre le premier du sang, après le Roy et 
Messieurs, les a attirez à sa cordele*, et 
leur a faict, légèrement et contre l'advis et 
volonté de leurs principaux parens, et amys, 
et serviteurs, et du plus grand nombre de 
leurs vassaux et subjects, lever les armes, 
et les aiguiser et convertir contre leurs 
propres entrailles, et mettre en évident péril 
ce qui leur reste d'estat, pour, avec le pris 
de leur ruine, procurer et rechercher celle 
du Roy, du peuple, et de tous les princes, 
seigneurs et gentilshommes de ce Royaume^. 

\. — Cordele, fraction, parti. Clément Marot a 
employé cette expression dans ce sens. 

2. — Voici l'extrait de la Responce à un certain 
escript publié par Vadmiral et ses adhérans... dont 
parle la reine de Navarre : a Que si le Roy, les 
princes et seigneurs et tout le bon peuple français a 
quelque occasion de regretter que led. prince de 
Condé se soit tellement lasché aux alleschemens et 
vaines espérances de grandeur proposées par led. 
admirai, ae combien il sera maintenant plus dolent 
de veoir que, par mesmes artifices surprenant rim- 
bécilité d'une femme et d'un jeune prince, qui a cest 
honneur d'estre le premier du sang après le Roy et 
Messeigneurs, il les ait attirés à sa cordelle, leur 
face, legièrement et contre l'advis et volonté de leurs 
principaux parents, amis et .serviteurs et du plus 
grand nombre de leurs vassaux et subjects, lever les 
armes, les aiguiser et convertir contre leurs propres 
entrailles et mettre en évident péril ce qui leur reste 
d 'estât, pour, avec le prix de leur ruine, procurer et 
rechercher celle du Roy, du peuple et de tous les 
princes , seigneurs et gentils hommes de ce 
royaulme. » 



' — 93 — 

J'ay bien voulu mettre icy de mot à mot 
le dict article qui touche à mon fils et à moy, 
comme il est escrit au dict traicté pour y 
respondre. Car, encores que la honte des 
impudentes menteries qui y sont dictes de 
nous les ayt aucunement retenus de ne nous 
oser ouvertement nommer, si est-ce qu'usant 
d'une périphrase, ils ont bien voulu que 
chacun entende de qui ils parlent. Respon- 
dant donc au premier mot de l'imbécilité 
d'une femme et d'un enfant, surpris par cet 
artifice de l'Admirai, puisqu'ils avoyent envie 
de calomnier l'un et mépriser les autres, ils 
devoyent rechercher quelque acte plus 
industrieux, que de dire que nous ayons 
esté attirés à une cause dont noiis avons 
monstre il y a longtemps, par tous effects, y 
estre assez volontaires pour n'avoir besoin 
de force ne d'artifice pour nous en augmenter 
l'affection. Et ce que j'en ay escript cy-des- 
sus sera suffisante preuve de ceste menterie 
sottement inventée. Je ne m'amuseray à ce 
dédaigneux épithète d'imbécilité de femme, 
car si je vouloy icy entreprendre la défense 
de mon sexe, j'ay assez de raison et exemples 
contre ce charitable, qui en parle quasi 
comme par pitié, pour luy monstrer qu'il a 
abusé du terme en c'est endroit-là. Et vien- 
dray à l'enfant, qui m'est aussi si proche que. 



— 94 -- 

encores que la vérité me fist parler, je seroy 
tousjours accusée par les malins d'estre 
transportée d'affection. Ce mot suffira que, 
comme les esprits sont plus avancez en ce 
temps, si, en Taage de quinze ans, il estoit 
encores imbécile, ce seroit une mauvaise 
espérance de luy à l'avenir; ce que. Dieu 
merci, personne n'a de luy. En cecy accusent- 
ils grandement la nourriture ^ qu'il a prinse 
aux pieds de son Roy en son conseil privé^, 
escole pour rendre les plus grossiers civils 
et accorts. Son imbécilité donc ne l'a point 
laissé surprendre en ceste cause. Le zèle 
qu'il a pieu à Dieu luy mettre dans le cœur 
de sa gloire, et le service de son Roy, auquel 
il n'est "pas si enfant qu'il ne sçache quel 
devoir il doibt, et l'amitié des siens si proches, 
sont les trois cordes qui l'y ont tiré. Et 
quand il vient à l'honorer de ce rang de 
premier prince du sang, après le Roy et 
Messieurs, jugez parce qui s'ensuit la malice. 
Car, pour faire trouver plus aigres les mes- 
chancetez qu'il en dict après, il y met ce 
fond blanc pour mieux relever son noir. Il 
commence par nous rendre à son advis 

1. — Nourrilure, éducation. Ce mot est générale- 
ment employé dans ce sens au xvi« siècle. 

2. — Le prince de Navarre faisait nominalement 
partie du conseil du roi en vertu d'un règlement du 
23 octobre 1563 (f. fr., vol, 5 905, f. 79 vo). 



— 98 — 

inexcusables, que nous y sommes venus 
légèrement. Les difficultez que j'ay desmes- 
lées, conlme devant je le récite, respondent 
assez à ce mot, et y adjouste contre Tavis 
et volonté de leurs principaux parens, 
amys et serviteurs, subjects et vassaux. Je 
m'esbahy de ces aveugles, qui veulent juger 
des couleurs et se persuader des choses qui 
ne sont point; ou si elles sont, ce n'est de 
façon qu'ils s'en puissent prévaloir, comme 
cestuy-cy faict. Car notez que tous nos parens, 
amys, serviteurs et subjects, sont despartis en 
trois parts : Tune de l'Eglise réformée, l'autre 
catholique Rommaine ; d'autres qui sont du 
tiers ordre, qui ont le feu et l'eau en la 
bouche, et de qui le conseil ne peut estre 
stable. Je les laisse donc là, et croy que l'on 
pense bien que mes parents, joincts à la 
mesme cause, sont joincts aussi en mesme 
avis. Quant aux autres, ils sont nos parties 
en cela, et par conséquent non croyables. Et 
je puis dire qu'ils ne nous ont donné grande 
peine à leur y respondre ; car ils ne s'y sont 
guières avancez, et pense que celuy qui a 
faict le dict petit livre eust bien voulu que 
nous eussions creu les sieurs de Guyse 
comme proches de mon fils et principale- 
ment le Cardinal. Mais quelle brute ignorance? 
Cuide-l'on que nous soyons si imbéciles, 



- 96 - 

mon fils et moy, que la mémoire des pre- 
mières ruines qu'ils ont pourchassées au feu 
Roy, mon mary, et despuis continuées en 
nostre maison, ne nous ayt assez affinez pour 
nous garder d'eux; comme se rendans 
ennemis de nos honneurs, vies et biens. 
Vrayement j 'ad voue que si nous avions creu 
ces conseils-là, que nous aurions à bon droict 
acquis le titre d'imbécilité. 

Quant à mes serviteurs, combien que j'en 
aye eu de mauvais, comme j'en ay touché 
quelque chose cy-dessus, si est-ce que le 
nombre s'est trouvé encores assez grand, 
Dieu mercy, des fidèles et bons, pour avoir 
fortifié ma pure affection par leurs avis et 
conseils. Quoyqu'ils ayent tasché par 
coliers*, estats, grandeurs, et bien-faicts à 
m'en destituer, ils n'y ont attrapé que 
ceux que je vouloy bien perdre^. Quant à 



1. — A la suite du soulèvement de la Basse- 
Navarre et de la soumission des révoltés à Jeanne 
d'Albret, le s. de Luxe, chef des rebelles, avait reçu 
du roi le collier de Tordre de Saint-Michel de la 
main même de la Mothe Fénelon. Cette récompense 
avait paru singulière, appliquée à un seigneur qui 
avait à peine mérité le pardon de la reine de Navarre 
(Bordenave, p. 150). 

2. — La reine de Navarre désigne évidemment ici 
non pas les seigneurs rebelles de la Basse-Navarre, 
qui n'étaient pas plus insubordonnés que les sei- 
gneurs de France, mais Jacques de Saint-Astier, 
s. des Bories, lieutenant de la compagnie du prince 
de Béarn. Des Bories s'était toujours montré le 



— 97 - 

mes vassaux, la plus grand part de ceux de 
la Guyenne, où nous avons presque tous nos 
biens, sont-ce pas eux qui nous y ont 
conduits? Les subjects, qui sont les Navar- 
rois et Béarnez, (horsmis ceux que par lettres 
et belles promesses ceux mesme qui en 
parlent nous ont subornez et retranchez du 
nombre des fidèles subjects), les uns sont, et en 
plus grand nombre que Ton ne pense et des 
deux religions, portant les armes avec mon 
fils, les autres sont demeurez au pays 
fermes à nos services, s'opposans fidèlement 
aux entreprinses que mes ennemis y veulent 
faire. Voilà comme cest ignorant a parlé 
selon ce qu'il veut qu'il soit, et non selon ce 
qui est. Et mesme en ce qu'il en dict que 
nous avons fait contre la volonté de nos 
parens, amys, serviteurs, vassaux, et subjects, 
il ne nous accuse pas là d'un petit pecca- 
dilb^, car il dict que nous avons levé les 
armes aiguisées et converties contre nos 
propres entrailles. Et, comme j'ay dict en la 



fidèle serviteur de la reine de Navarre. Au mois 
d'août, de concert avec son fils, elle lui adressait les 
lettres les plus cordiales (Voir la correspondance 
inédite que nous allons publier). Au mois d'octobre 
des Bories est passé au parti du roi avec la compa- 
gnie du prince de Béarn et Catherine de Médicis le 
félicite de son évolution (Lettres de Catherine de 
Médicis, t. m, p. 191). 

1. — PeccadigliOf peccadille. 



- 98 - 

lettre de la Royne d'Angleterre *, que nous 
avons dressé la poincte de nos armes contre 
le ciel et contre le Roy, jà à Dieu ne plaise 
que telle impiété et infidélité ait jamais 
seulement halené* les cœurs de ceux de 
Bourbon et Navarre. Aussi appert-il bien du 
contraire par le mesme effect dont il nous 
accusent : asçavoir les armes prinses pour 
le service de Dieu, du Roy, et de la patrie, 
comme il est tant dict, tant escrit, et tant 
creu de gens de bien, princes et estrangers, 
que la reditte en seroit superflue. Il adjouste 
que nous mettons ce qu'il nous reste d'estat 
en évident péril. Puisqu'il parle d'un reste 
d'estat, c'est à dire qu'il a esté autrefois 
entier^, et chascun le sçait , et que la dis- 
sipation en a esté pour le service de la 
couronne, pour laquelle nous ne plaignons 
d'y bazarder ce reste; mais non pas, comme 
il dict, au pris de nostre ruine, pourcbas- 
sant celle du Roy, du peuple, des Princes, 
et des gentilshommes de ce Royaume . 



1. — Lettre adressée à la reine d'Angleterre 
publiée plus loin. 

2. -— Haleiner, sentir l'haleine, au figuré appro- 
cher j mot employé par Charron et par Pasquier. 

3. — Le royaume de Béarn et Navarre, tel que 
l'avait possédé la maison d'Albret avant 1512, conte- 
nait la Navarre espagnole. 



— 99 -^ 

Qu'ils se prennent hardiment eux-mesmes 
par le nez. Pour mon esgard, de tant 
d'exemples qui les en convainquent, parce 
qu'elles sont escrites en plusieurs lieux, et 
que mon propre subject me fournist assez 
d'argumens sans grossir mon livre d'autres, 
je me contenteray de prendre quelcun de 
chacune accusation. Quant au Roy, je les 
renvoyé au livre qui a esté faict en la faveur 
de ceux de Guise, pour s'attribuer la cou- 
ronne de France * ; quant au peuple, au 

i. — Il s*agit ici du Discours pour la majorité du 
roy très chrestien contre les escrits des rebelles 
signé par Jean du Tillet, évêque de Saint-Brieuc, 
mais écrit par le frère de i'évêque, Jean du Tillet, 
grefiSer du parlement de Paris, ainsi que Ta démon- 
tré Secousse dans les Mémoires de Condé, t. i, 
p. 433. Le Discours de du Tillet parut en 1560, in-4«, 
et a été réimprimé dans le Traité de la majorité des 
rois de Dupuy, p. 317, avec d'autres pièces. L'auteur 
prétend prouver que les Guises des^cendent de 
Charlemagne. C'est ce qui a lait dire à leurs ennemis 
qu'ils revendiquaient la couronne de France. Mais 
tel n^était pas l'objet du Discours, Il avait été écrit 
pour répondre aux pamphlets huguenots de 1559 et 
de 1560, qui, arguant de la minorité réelle de Fran- 
çois II, demandaient la régence pour le roi de 
Navarre. Ces pamphlets huguenots ont été presque 
tous réimprimés dans les Mémoires de Condé^ t. i 
et t. II, et sont catalogués par le P. Lelong, t. ii, 
p. 234. L'un d'eux, Les estais de France opprimés 
par la maison de Guise, avait été reproduit dans 
les Commentaires de Vestat de la religion et répu- 
blique du président Pierre de la Place, ouvrage 
protestant (édit. du Panthéon littéraire, p. 28 et 
suiv.). 



- 100 - 

massacre de Vassy*, Meaux- et trop d'autres; 
quant aux Princes, aux monopoles^ faicts 
contre le feu Roy, mon mary ; la prison de 
Monsieur le Prince, son frère, à Orléans*; 
sa dernière poursuitte de fresehe mémoire^; 



1. — Le dimanche, !•' mars 1562, le duc de Guise 
passant avec son escorte à Vassy à l'heure du prêche, 
ses gens se prirent de querelle avec les réformés et 
égorgèrent la plupart des fidèles. Le retentissement 
de cette échaufourée fortuite fut immense et déter- 
mina la première guerre civile. Le parti huguenot a 
été fort injuste vis à vis du duc de Guise en trans- 
formant le massacre de Vassy en un guet à pens 
prémédité et froidement exécuté ; le parti catholique 
non moins injuste en le traitant de collision sans 
importance, qui ne méritait ni répression ni mesme 
de hlâme. Nous avons raconté, d'après des documents 
nouveaux, ce triste incident de nos guerres civiles 
dans Antoine de Bourbon et Jeanne aAlbret, t. iv, 
p. 108. 

2. — Jeanne d'Albret a voulu probablement dési- 
gner ici les massacres de Sens qui suivirent de près 
ceux de Vassy. A Meaux il n'y eut que des troubles. 
A la suite de quelques pillages d'église, le parlement 
de Paris rendit, le 30 juin et le 13 juillet 4562, un 
arrêt contre les réformés de Meaux. Joachim de 
Monluc de Lioux, frère de l'auteur des Commentaires, 
se rendit à Meaux le 25 juillet, rétablit l'exercice do 
la religion catholique, et, le i\ août, désarma les 
Huguenots. Ceux qui ne voulurent déposer leurs 
armes sortirent de la ville au nombre de 400 pour 
aller rejoindre le prince de Condé. Mais ils furent 
défaits dans la campagne par les paysans soulevés 
et périrent presque tous. Tel est le récit de Thou 
(liv. XXXI, édit. de 1740, t. m, p. 207). 

3. — Monopoles, intrigues. Ce mot est employé 
dans ce sens par Pasquier et par Brantôme. 

4. — Arrestation du prince de Condé à Orléans le 
30 octobre 1560. Voyez plus haut. 

5. — Ordres d'arrestation du prince de Condé, qui 
motivèrent la fuite de Noyers. 



— 101 - 

quant aux gentils hommes, à avoir par tous 
moyens essayé d'exterminer tant de noblesse 
et grands capitaines, qui maintenant, estant 
ensemble en armes, se peuvent mieux 
nombrer qu'espars, pour, en affoiblissant 
d'autant les forces du Roy et faire plus 
aisément tresbucher son Estât, qu'ils ont 
desjà tant esbranlé, et dont il y a longtemps 
qu'ils fussent venus à bout, sans la fidèle 
opposition des bons et loyaux subjects et 
serviteurs de Sa Majesté, Princes, gentils- 
hommes et peuple : auquel nombre si grand 
si, mon fils et moy, ne nous fussions joincts 
par mesme dévotion, nous n'oserions main- 
tenant lever les yeux au ciel. 

Que le cardinal de Lorraine donc et ses 
adhérans, avec leurs inventions de semer par 
escrit leurs puantes et absurdes menteries, 
pour cuider suffoquer nos véritez, aillent 
vendre leurs coquilles * ailleurs. Si son effron- 
tée meschanceté ne chassoit toute honte de son 
cœur, il devroit maintenant bien rougir de 
congnoistre sa principale intention en cela 



1. — Vendre ses coquilleSy terme de mépris, au 
figuré colporter ses mensonges. Antoine de Bourbon, 
roi de Navarre, emploie cette expression dans le 
même sens. Repoussant tout accord avec la reine 
d'Angleterre il écrit au roi que ce « n'estoit point à 
« luy à qui elle se devoit aaresser pour venare ses 
« coquilles. » (Négociations sous François II, 
p. 368) 



- 102 - 

renversée, qui estoit de nous rendre et nos 
actions, odieuses tant parmy les estrangers 
qu'envers nostre propre nation. Et toutes 
fois, par ceste grande bonté et providence de 
nostre Dieu, voyant les monopoles, conseils, 
et entreprinses bouleversées, les estrangers 
de tous costez offrir aide à la cause, poussez 
d'un zèle de la gloire de Dieu, et aucuns, 
comme anciens amys de la couronne, y venir 
apporter aide et faveur, les François accourir 
de toutes provinces et s'assembler comme 
formillières, et se joindre, maugré leurs 
empeschements et miraculeusement, pour 
chascun sceller de leurs vies et biens ceste 
fidélité jurée et promise à leur Roy sous les 
premiers Princes du sang; je désire que sans 
passion Ton veuille de près esplucher de 
quelle miraculeuse façon ceste armée chres- 
tienne et fidèle à son Dieu et à son Roy, 
s'est assemblée des quatre coins du Royaume, 
veu que les gouverneurs des provinces 
avoyent tous tant promis à leurs Majestez 
qu'il ne s'assembleroit point quatre Hugue- 
nots en armes, qu'ils ne fussent taillez en 
pièces. 

Et parce que d'autres ont escript les 
dangers qu'a eschappé Monsieur le Prince 
mon beau-frère, et Monsieur l'Admirai en 
leur voyage, les passages des guez inco- 



— 103 — 



gneuz^ la faveur de ce père céleste qu'à 
sentie en pareil cas Monsieur d'Andelot au 
passage de la rivière Loyre 2, qui, à Texemple 
de la mer Rouge, a donné chemin aux enfans 
dé Dieu^, comme la honte, qui accompagna 



i, — A la nouvelle de la fuite de Noyers, le roi 
commanda au s. de Ferrais de l'informer de la marche 
des troupes de Condé afin de couper les passages 
sur la route de la Rochelle (Lettres du 20 sept. 1568 
minute ; f. fr., vol 15.548, f. 6i). Tous les capitaines 
des villes des bords de la Loire s'efforcèrent aarrêter 
le prince. « Les i)onts et ports, dit le récit officiel 
« publié par le prince, estoient saisis expressément 
« à ceste fin par des garnisons telles qu'il eust esté 
« impossible aud. s. Prince lors forcer. Dieu toutes- 
« fois favorisa tant ce petit troupeau, qui s'estoit du 
« tout commis à sa seule bonté, qu'il leur monstra, au 
« droict lieu où led. s. Prince s'estoit rendu, un 
« guay incognu auparavant et jugé inaccessible par 
« les habitants mesme des lieux. Et iceluy estant 
« essayé premièrement par un gentilhomme de la 
« troupe, tant lesd. sieurs Prince et Admirai, que 
« tous les hommes de cheval qui estoyent à leur 
« suitte, passèrent surs et saufs soubs la conduite 
a du bon Dieu. » (Histoire de nostre temps, p. 94). 

2. — François d'Andelot complétait ses armements 
à Laval, surtout en Bretagne, et avait réuni 1500 
cavaliers et vingt enseignes de gens de pied 
(Lettre de Montpensier au roi du 14 septembre 1568 ; 
r. fr., nouv. acquis., vol. 6010, f. 25). Le 14 septembre 
d'Andelot était à Beau fort et le 16 il traversa la 
Loire (Mémoires de la Noue, chap. xix). 

3. — Tous les historiens protestants racontent que 
les réformés traversèrent la Loire en chantant la 
traduction du psaume In exitu Israël : 

Quand Israël hors d'Egypte sortit 
Et la maison de Jacob se partit 
D'entre le peuple estrange, 
Juda fut fait la grand' gloire de Dieu 



1 



— 104 - 

la fin (le reiitreprinse du sieur de Martigues *, 
leur en est un tesmoing non suspect, si 
ceux-là, non pour vanter leur gloire mais 
pour recongnoistre ce bien de ce grand Dieu 
des armées, font retentir les bois et les 
plaines de psalmes et actions de grâces, 
nous tairons-nous, mon fils et moy, pour 
lesquels nous avons vcu les mains de Tad- 

Et Dieu se fit prince du peuple Hébrieu, 
Prince de grand-louange. 

(Trad. du psaume 114 par Marot ; Œuvres^ 1731, t« 
IV, p. 323). 

i. — Jeanne d'Albret se trompe ou prend ses 
désirs pour des réalités. Il y eut de fortes escar- 
mouches entre Martigues et d'Ahdelot, mais ce fut 
le premier qui en eut l'honneur. Voici la vérité. 
Martigues ne visait pas à arrêter d'Andelot, mais il 
s'efforçait de rejoindre le duc de Montpensier à 
Saumur, quand il rencontra, le 15 septembre 1568, 
Tarmée de d'Andelot sur le bord de la Loire. Bien 
qu'il n'eut que 300 cavaliers et 500 piétons^ il surprit 
si habilement les compagnies protestantes, éparses 
dans les villages, qu'il leur passa sur le corps 
sans faire de grandes pertes, et qu'il gagna 
triomphalement le quartier général d'Angers. On 
appela cette rencontre le combat de la Levée. 
Martigues en rendit compte au roi dans une relation 
datée du IT septembre 1568, qui a été publiée dans 
les Archives fiist, de la Saintonae et de VAunis, 
1877. D'Aubigné présente le combat do la Levée 
comme une victoire de d'Andelot (Histoire univ. 
édit. de la Société de l'hist^ de France, t. m, p. 14). 
Mais François de la Noue, qui commandait rarrièrc 
garde de l'armée réformée, en fait honneur à Mar- 
tigues (Mémoires, chap. xix). Arrivé à Angers 
Martigues put dire au duc de Montpensier qu'il avait 
défait l'armée de d'Andelot et que, avec des renforts, 
il serait possible de Tempécher de se reformer et de 
passer la Loire (Lettre du duc de Montpensier au 
roi du 15 septembre 15G8; f. fr., vol. 15.548, f. 48). 



— 105 ~ 

versaire liées et son courage troublé, 
tellement que nous pouvons dire : 

On a pillé comme endormis 

Les cœurs tant braves et hautains; 

Les preux et vaillants ennemis 

N'ont jamais sceu trouver leurs mains^ 

Car Monluc, trois ou quatre jours avant 
mon partement de Nérac, sçachant que 
quelques gens s'assembloyent au port de 
Tonnins pour, garder le passage à ceux de 
la Guyenne, qu'il failloit qu'ils passassent la 
plus grand' part, avoit-il pas mandé que, 
s'ils ne se despartoycnt, il les iroit hacher en 
pièces"; pareillement que, si ceux de la 

1. — Ces vers sont empruntés à la traduction du 
psaume lxxvi qui, dans la version protestante, porte 
pour épigraphe ce commentaire de Théodore de 
Bèze : « C'est une action de grâces de ce que Dieu 
« a défendu et sauvé son Eglise, et surtout de ce 
« qu'il a déployé sa puissance admirable contre des 
« ennemis si robustes et si bien équippés. » (Les 
psaumes mis erù rime française par Cl. Marot et 
Théodore de Bèze, Lyon, 1563). 

2. — Biaise de Monluc avait chargé son fils, le 
chevalier de Monluc, de faire sa jonction avec Louis 

•de Madaillan pour empêcher le passage delà Garonne. 
« Son partement (celui de la reine de Navarre) feust 
« si brief, dit-il dans ses Commentaires, qu'il s'en 
« failleust quatre heures que le chevalier, mon fils, 
« ne se peult joindre avec Monsieur de Madaillan, à 
« cause du passage de la rivière d'Aiguillon, où il n'y 
« avoit que deux petitz bateaux. Et comme noz gens 
« arrivarent à Eymet, il n'y avoit que trois ou quatre 
« heures qu'elle estoit partie en haste droit à Ber- 
« gerac. » {Commentaires j t. m, p. 175). 



- 106 - 

conté d'Armaignac s'assembloyent, et autres 
de la duché d'Albert, ils n'en eschapperoit 
pas un. Et de vray, selon ce qu'on pouvoit 
juger de l'œil de la chair, il estoit aisé à 
doubter de ce que nous avons veu : car, 
comme j'ay dict, le dît Monluc avoit donné 
un tel ordre en la Guyenne, mesme du costé 
d'Agen, Lectore et Gondom, qu'il n'y avoit 
passage de rivière, ne pont, qui ne fust saisi 
et gardé par luy ^ Au reste, il avoit environ 
seize compagnies d'hommes d'armes toutes 
averties et prestes à marcher à un sifflet ; 
son infanterie de mesme, ayant dressé trente 
commissions nouvelles outre les villes ; et 
tout cela à dix lieues à la ronde près de luy-. 
Qui eust donc peu juger que les pauvres 
fidèles se fussent peu ramasser ? car, en ces 
quartiers-là, ils sont si entrelardez de 

1. — Les instructions du roi à Biaise de Monluc 
portant commission de lever gens de guerre, ras- 
sembler les gentilshommes et les compagnies, etc., 
datées du 4 septembre 1568, sont conservées en 
copie du temps aux Archives nationales K. 1527, 
no 10 et 1!, dans la correspondance de Tambassadeur 
d'Espagne, ce qui prouve qu'elles avaient été com- 
muniquées à Philippe IL 

2. — Monluc, ni dans ses Commentaires ni dans 
ses lettres, ne parle de ses armements. Les détails 
donnés par la reine de Navarre n'en sont pas moins 
vraisemolables, car, même après la paix de Long- 
jumeau^ il n'avait cessé de croire à la prochaine reprise 
de la guerre civile et de s'y préparer (Com,mentaires, 
t. m, p. 161, 167, 16J et suiv. ; Lettres, t. v, p. 112, 
116, 120, 121, 123, etc.). 



— 107 — 

• 

Papistes que Fun ne scauroît partir de chez 
luy que l'autre ne le sçache. Et qui eust 
encores moins creu que mon fils et moy 
nous fussions sauvez au petit pas et desmelez 
du milieu de toutes ces forces si présentes ? 
Confessons tous, autant les uns que les autres, 
que ces moyens estoyent incogneuz aux 
hommes. 

Toutesfois cela n'empescha mon dict fils 
et moy de partir*, nous asseurans que ce bon 
Dieu, sous la conduicte duquel nous nous 
mettions, scavoit bien comment il nous 
debvoit mener et par laquelle voye pour sa 
gloire. Levendredy, troisiesme de septembre 
1568, j'en nouvelles^ que Monsieur le Prince 
mon-beau frère, comme je Tay plus ample- 
ment escrit, estoit parti de chez luy en mat 
ras desempenné ^, et de la route qu'il tenoit 
et du peu de forces qu'il avoit ; lesquelles 
encore s'estoyent ramassées avec luy en 



1. — Monluc dit dans les Commentaires (t. m, 
p. 171) que ses espions Tavertirent que la reine de 
Navarre était partie de Pau pour aller présider les 
Ktats du comté de Foix, mais qu'elle s'arrêta à Vie 
Bigorre et que de là elle se rendit à Ncrac. 

2 — Cette nouvelle fut apportée à Jeanne d'Albret 
par le s. de Briquemault, d'après une lettre do 
Jeanne d'Albret au s. de la Force, en date du 5 sep- 
tembre 1568. 

3. — Mat ras désempenné, mat de vaisseau sans 
voile, au figuré sans préparatifs^ sans bagage et sans 
armes. 



- 108 - 

passant chemin. Lors j^envoyay un de mes 
gens vers Monluc le samedy ensuivant, et 
l'averti de la venue de mon dict beau-frère, 
et du tort qui luy avoit esté faict, luy en 
mandant l'histoire tout au long comme 
elle estoit*. Le dimanche, cinquième du moys, 
nous célébrâmes la Sainte Cène au dict Nérac, 
implorans Taide de ce bon Dieu par prières 
publiques et particulières 2. Le lundy, nous 
partismes du dict Nérac seulement avec 
cinquante gentilshommes de nos serviteurs, 
domestiques et subjects, qui estoyent avec 
nous, et allasmes coucher à Gastelgeloux^, 
Tune de mes villes et principales maisons. J'en 
adverty Monluc^, lequel me manda qu'il 



1. — Monluc, dans ses Commentaires j parle de 
deux messages de la reine de Navarre, l'un à lui 
adressé après l'arrivée de la princesse à Nérac, l'autre 
au moment de son départ (t. m, p. 172 et 174). 

2. — Monluc dit que la reine de Navarre çartit de 
Nérac le dimanche, 5 septembre 1568^ mais il se 
trompe (Commentaires^ t. m, p. 174). 

3. — Une pièce conservée aux Archives d'Agen 
(BB.l) donne à penser que la fuite de Jeanne d'Albret 
avait été préméditée. Cette pièce est la délibération 
de la jurade de Casteljaloux du 17 août 1568, qui 
conbtate que le capitaine Bacoue, agissant au nom 
de la reine de Navarre, a enlevé aux consuls de la 
ville les clefs des portes et du château, que ceux-ci 
devaient garder en leurs mains de par un mande- 
ment de Biaise de Monluc. 

4. -— Monluc allait fair^ partir sa femme, François 
de Tilladet, s. de Saint Orens, et « ses enfans, pour 
« courir la bague et donner passe-temps à Mon- 
« sieur le Prince, » quand il reçut la visite d'un 



— 109 — 

alloit à Villeneuve d'Agen assembler les 
capitaines pour adviser aux affaires de la 
Guyenne. 

Voilà comme je suis partie à sa veue * et 
et à son sceu de trois lieues de luy. Je 
séjournay le septième jour^ au dict Castel- 
geloux, parce que ma nièce, Mademoi- 
selle de Nevers ^, se trouvoit lasse, n'estant 
encores bien fortifiée de la petite vérole 
qu'elle avoit eue à Nérac. Et luy reprint là 
la fièvre ; qui fut cause que je là renvoyay à 
Néracavec une partie de mes filles et femmes^. 

contrôleur de la reine de Navarre, chargé de lui 
annoncer le départ de la princesse pour Casteljaloux 
(Commentaires, t. m, p. 174). 

1. — La reine de Navarre, dit Olhagaray, passa la 
Garonne « à trois doits du nés de Monluc » (Olha- 
garay, p. 575). 

2. — Le septième jour, c'est à dire le 7 septembre. 

3. — Marie de Clèves, troisième fille de François 
de Clèves, duc du Nevers et de Marguerite de 
Bourbon, propre sœur d'Antoine de Bourbon, roi de 
Navarre, était née en 1555. Après avoir perdu sa 
mère en 1559 (et non en 1589, comme le dit le Père 
Anselme) Marie de Clèves avait été confiée aux 
soins de Jeanne d'Albret. Depuis cette date elle 
était élevée à la cour de Pau (Documents publiés par 
M. Louis Paris dans le Cabinet historicpxe, 1873, p. 1 
et suiv.). Elle épousa plus tard Henri de Bourbon, 
prince de Condé. 

4. — Marie de Clèves fut prise par Monluc et 
conduite à Lectoure auprès de la dame de Monluc. 
« Elle pleura au commencement, écrit Monluc au 
« roi, mais à présent elle s'est asseurée et se porte 
« bien. » (Lettre du 31 oct. 1568 : Lettres, t. v, 
p. 134). Le roi et la reine mère commandèrent à 
Monluc, le 23 janvier 1569, de la remettre aux mains 



— no — 

Et parti le lendemain mercredy huictiesme, 
et m'en allay coucher à Tonnins; où je 
séjournay le jeudy et vendredy*, que le 
sieur de la Motte Penelon arriva de par 
leurs Majestez vers moy ; qui m'apporta de 
leurs lettres, où ils me mandoyent que mon 
beau-frère estoit prisonnier, et que Mon- 
sieur TAdmiral le retenoit, se plaignans 
qu'ils avoyent levé les armes contre leurs 
dictes Majestez, et me recommandant leur 
service^. Par là je cogneu qu'ils estoyent 



du s. des Marels. gentilhomme de Ludovic de 
Gonzague» duc de Nevers, son beau-frère, chargé de 
la conduire à la cour (f. fr., vol. 3239, f. 117 et 118). 
Plus tard, vers le temps de la paix de Saint Germain 
(8 août 1570), Marie de Clèves fut rendue à la reine 
de Navarre. Le prince de Condé la vit à la Rochelle 
et en devint très épris (Lettres de Jehanne d*Albret, 
édit. Rochambeau, p. 337). Il l'épousa à Blandy, en 
Picardie, le 10 août 1572. Elle mourut en couches le 
30 oct. 1574. Elle avait été la maîtresse du duc 
d'Anjou. 

1. — La station de Jeanne d'Albret à Tonneins 
pendant deux jours entiers, à cinq lieues de Ville- 

. neuve d'Agen, où Biaise de Monluc complétait ses 
armements, semble une imprudence. On verra plus 
loin que cet arrêt était un arrêt forcé. 

2. — Les lettres du roi et de la reine mère à la 
reine de Navarre sont perdues, mais celle du roi au 
prince de Navarre a été publiée par M. Gommunay 
dans Les Huguenots dans le Bèarn et la Navarre, 
p. 21. Elle est datée du 31 août 1568 et du château 
de la Roquette, près Paris. Le roi, après avoir donné 
de ses nouvelles au prince, y mentionne négligem- 
ment la prise des armes des réformés et dit qu'il 
espère bien que le prince de Béarn y restera 
étranger. 



— 111 — 

imbuz des menteries du cardinal de L'Orraine 
et de ses adhérans. Le dict "^sieur de la 
Motte me voyant si avancée en chemin, 
chose qui Festonna fort, ne me dict pas à 
mon avis tout ce qu'il avoit à me dire. Car, 
ou pour la peur qu'il avoit ou convaincu en 
sa conscience, il ne me pouvoit respondre 
aux raisons que je luy proposoy qui 
m'avoyent amenée, tellement que, comme je 
Tay dict en ma lettre à la Royne, ilm'advoua 
que mon intention estoit bonne, et ne m'osoit 
par conséquent blasmer celle de Monsieur le 
Prince mon beau-frère, ne des Seigneurs 
qui estoyent avec luy. Mais il eust bien 
voulu me persuader qu'ils eussent esté les 
bien venus à la cour et que, en laissant les 
armes, ils eussent obtenu tout ce qu'ils 
eussent voulu demander. Mais telles pro- 
messes si souvent faictes et autant de fois 
faussées me servoyent à rejecter ces amuse- 
ments. Je luy promy bien d'entendre à 
négocier une bonne paix, mais les choses 
estoyent si aigries d'un costé et d'autre, et 
une partie, qui estoit le cardinal de Lor- 
raine, si invétérée en sa malice et mes- 

I 

chanceté, que ceste bonne volonté m'est 
encores demeurée preste toujours à l'employer 
pour mon debvoir quand Dieu par sa bonté 
en présentera quelque moyen. Le dict la 



— 112 — 

Motte, ce croy-je, n'a pas celé à leurs 
Majestez les discours que nous eusmes, par 
lesquels je m'esforcay de luy faire entendre 
la sincérité de nos affections à leurs services, 
nos doléances, la ruine qu'apportoyent ces 
troubles en la France, les occasions qui les 
y avoyent faict naistre et qui les nourris- 
soyent, et les moyens pour les arracher et 
faire cesser. Il me respondoit toujours qu il 
trouvoit tous mes propos bons et véritables, 
m'asseurant les faire entendre au Roy et à 
la Royne; ce que je pense qu'il a faict ^ 

Voyez donc comme ceux qui ont circon- 
venu leurs Majestez ont usé d'une mal- 
propre ruse , quand ils leur ont faict despescher 
une patente à la cour de parlement de 
Toulouse pour saisir nos biens de la 
Guyenne ^ ; et une commission au baron de 

i. — La Mothe Fénelon avait pour mission de 
presser la reino de Navarre de se rendre à la cour 
et surtout de rempêchor de se joindre à Tarméc du 
prince de Condé. Bordenave confirme le récit de 
Jeanne d'Albret (p. 155). 

2. — Le roi, par lettres du 14 octobre 1568 et du 
19 novembre suivant, confisqua tous les biens de la 
reine de Navarre. Nanti de cette commission, le 

f parlement de Toulouse dépêcha un de ses conseil- 
ers, Pierre Ferrandicr, pour se saisir du comté de 
Rodez et du Rou orgue (Hist, du Languedoc y 
t. v, p. 290), et un autre conseiller, Chris- 
tophe Richard, avec une mission analogue en 
Guyenne. Olhagaray discute sérieusement la légalité 
juridique de ces deux saisies (Hist. de Foix et 
Navarre y p. 580). Le procès verbal dressé par Pierre 



— il3- 

Luxe * pour mes pays souverains 2, soubs 
couverture de charité, et de nous vouloir 
conserver les dicts biens, parce, disent-ils, 
que nous sommes, mon fils et moy, pri- 
sonniers ^. Le dict la Motte a peu assez 

Ferrandier, en date du 16 décembre 1568, est 
conservé dans la coll. Doat, vol. 238, f. 102. Le 16 
octobre 1568, le roi adressa les mêmes ordres au 
parlement de Bordeaux. Une copie de ses lettres 
patentes est conservée aux Archives nationales 
(K. 1511) dans la correspondance de l'ambassadeur 
d'Espagne. Cette copie avait été communiquée à 
Philippe II par un de ses nombreux agents. Dans le 
ressort du parlement de Bordeaux les biens de la 
reine de Navarre furent saisis, mais ne furent pas 
vendus (Registres secrets du parlement de Bordeaux^ 
23 décembre 1568). 

1 . — Charles de Luxe, comte souverain de Luxe 
en Basse Navarre, lieutenant pour le roi en la 
vicomte de Soûle et gouverneur du château de 
Mauléon, issu des anciens princes de Navarre, 
catholique zélé. 

2. — Le 18 octobre 1568, le roi adressa au s. de 
Luxe des lettres de commission pour « saisir et 
« emparer non seulement les biens qu'elle (la reine 
« de Navarre] tient en notre dition, mais encore les 
« autres qu'elle tient en souveraineté. » Cette pièce 
est imprimée par Olhagaray, Histoire de Foix et 
Navarre, p. 578. La commission fut plus tard révo- 
quée par le duc d^Anjou et confiée, le 4 mars 1569, à 
Antoine de Lomagne, s. de Terride (ibid., p. 587). 

3. — La commission du roi au s. de Luxe porte ces 
propres mots : « Nous avons esté puis naguières 
« advertis que nos très chers et très amés tante et 
« le prince de Navarre, son fils, nostre très cher et 
« très amé frère, sont à présent avec ceux de nos 
« subjects qui se sont eslevés et assemblés en armes 
« contre nous et nostre authorité. Mais, comme les 
« biens et honneurs qu'ils ont receu de ceste cou- 
« ronne sont en nombre infiny, aussy ne pouvons- 
« nous croire qu'ils y soient allés de bonne volonté. » 
(Olhagaray, p. 578) 

8; 



— 114 — 

tesmoigncr le contraire s'il a voulu, et 
mesme s'il s'est souvenu de la response que 
luy fit mon fils à la première harangue qu'il 
luy dist à son arrivée, quand il luy demanda 
pourquoy il estoit party de chez nous et 
s'alloit mesler en ces troubles ? Mon dict fils 
luy respondit, avec la promptitude de l'aage 
et du pays, que c'estoit pour espargner le 
drap du deuil : parce que, si l'on faisoit 
mourir les princes du sang l'un après l'autre, 
le dernier porteroit le deuil du premier ; que, 
mourans tous ensemble, ils n'en auroyent 
point de besoin*, et que c'estoit la raison 
pour quoy il alloit trouver Monsieur son 
oncle pour vivre et mourir avec luy. 

Je croy que le dict la Motte luy fist ceste 
harangue à l'improviste pour le cuider si sot 
et si jeune qu'il fust là sans sca voir pourquoy. 
Il luy donna bien à congnoistre le lendemain 
qu'il n'ignoroit point qui estoit le tison et le 
flambeau qui embrasoit et allumoit la France. 
Car, oyant plaindre le dict la Motte de ce 
feu, il luy dist qu'il entreprendroit de l'es- 



1. — Pour apprécier l'esprit de la réponse du 
prince de Béarn il faut savoir qu'il était d'usage à la 
cour, lorsque le roi perdait un de ses proches, qu'il 
fournit de ses deniers les vêtements de deuil à tous 
ses officiers, princes, seigneurs, courtisans, etc. 
Voyez le Mariage de Jeanne d'Albret^ p. 224 et suîv, 
et les notes. 



— 115 — 

teindre avec un seau d'eau. La Motte, ne 
Tentendant point, luy demanda comment. Il 
respondit : « En le faissant boire au cardinal 
ce de Lorraine jusques à crever. » Je n'ay 
escrit icy deux contes de mon fils pour le 
vanter, ni me rendre historiographe de ses 
actes , mais pour faire congnoistrè à un 
chascun qu'il n'est venu à ceste cause comme 
enfant mené par une mère; mais que sa 
volonté particulière et naturelle a esté 
joincte à la mienne par la congnoissance qu'il 
a eue du mérite de la dicte cause, à scavoir 
le service de Dieu, du Roy, et l'amitié des 
siens. 

J'avoy faict séjour au dict Tonnîns le ven- 
dredy pour y attendre mon séneschal 
d'Armaignac, Fonterailles * , conduisant la 
plus grand part dé la noblesse à cheval, et 
son frère, le sieur de Mont-Amat^, qui menoit 
l'infanterie. G 'estoit donner tout le loisir du 
monde à Monluc de me venir empescher ; ce 

i. — Michel d'Astarac, baron de Fontarailles, 
commandait une cornette de cavalerie (Bordenave, 
p. 155). Après la Saint Barthélémy, il fit la guerre, 
au nom du parti réformé, en Armagnac et en Bigorre. 
Il mourut en 1604. 

2. — Bernard d'Astarac, baron de Montamat, frère 
du précédent, conduisait un régiment de gens de 
pied (ibid.). Pendant la campagne de Mongonmery,. 
en 1569 et pondant les années suivantes, il ravagea 
le Béarn et fit la guerre en soudard féroce. 11 fut 
assassiné à la Saint Barthélémy. 



— U6 — 

qu'il taschoit bien faire, se haslant d'assem- 
bler ses forces, qu^il eut prestes à Villeneuve 
d'A^enois le dimanche douziesme. Je party 
dudict Tonnins le sabmedy devant*, où 
j'avoy eu nouvelles de Monsieur le Prince, 
mon beau-frère, qui estoit, et Monsieur l'Ad- 
mirai, à Sainctes. Et m'en allay coucher à la 
Sauvetat^, le lendemain à Bergerac ; où je 
trouvay la plus part de la noblesse du Péri- 
gort en bonne volonté d'exposer vie et biens 
pour la cause généralle ; de quoy, parce 
qu'il y en avoit des principaux, le dict la 
Motte se monstra fort estonné. Mais, entre 
la Sauvetat et Bergerac, ceux qui estoyent 
dans le chasteau d'Aymet^, tirans quelques 
harquebousades à nos gens de pied et en 
ayans tué quelques uns, comme ils passoyent 
devant le dict chasteau, les contraignirent 
de les assaillir. Et furent prins d'assaut en 
la présence du dict la Motte ^; qui, par un 



1. — Samedi, H septembre 1568. 

2. — La Sauvetat (Dordogne). 

3. — Eymet (Dordogne). 

4. — Fonterailles accompagna Jeanne d'AIbret 
jusqu'à Bergerac. Là Armand de Clermont, s. de 
Piles, prit le commandement du cortège de la reine 
et le conduisit jusqu'à Mucidan (Chronique de 
Jean Tarde, 1887, ç. 243). C'est donc Fonterailles 
qui prit d'assaut la ville d'Eymet. La prise d'Eymet^ 

?[ui est le début de la troisième guerre civile, est un 
ait nouveau. 



- H7 — 

eschantillon de nos forces, congneut bien que 
ce n'estoyent gens ramassez, comme on 
disoit tous les jours à leurs Majestez, mais 
hommes résoluz et vaillans. 

Je retins encores le dict sieur de la Motte 
au dict Bergerac le lundy, le mardy, et 
mercredy, que je fey sa despesche^; lequel 
alla passer par Monsieur le Prince, mon 
beau-frère. Et escrivy par luy à leurs Majes- 
tez, à Monsieur, frère du Roy, et à Mon- 
sieur le Cardinal, mon beau-frère, les lettres^ 
que chacun a peu voir imprimées, et qui, pour 
me sembler trop succintes pour bien faire 
entendre à chacun mon intention, m'ont faict 
faire ce traité icy plus estendu. Le jeudy, 
sezième, je m'en allay à Mucidan^, où en 
chemin je trouvay le sieur de Bricquemault ^ , 
que Monsieur le Prince, mon beau-frère, 



i. — Aussitôt après avoir rempli sa mission à Ber- 
gerac, la Mothe Fénelon fut envoyé en ambassade à 
Londres pour décider la reine Elisabeth à ne prêter 
aucun secours aux réformés {Lettres de Catherine 
de Médicis, t. m, p. 190). La lettre de Catherine ne 
porte pas de date, mais elle ne peut être que du 
18 octobre 1568, ainsi que le prouve une lettre de la 
même princesse au comte de Leicester (Jbid., p. 194). 

2. — On trouvera plus loin ces lettres. 

3. — Mucidan (Dordogne). 

4. — François de Bricquemault, un des conseillers 
habituels de la reine de Navarre, seigneur protes- 
tant, supplicié après le massacre de la Saint Barthé- 
lémy, le 24 octobre 1572, comme complice de la 
prétendue conjuration de Coligny. 



— 118 - 

m'envoyoit pour commander sous mon dict 
fils aux troupes que nous menions. Je m'es- 
bahi que cevaillant capitaine d^Ëscars^nenous 
vint voir de plus près ; veu qu'il avoit escrit 
àleurs Majestez, comme m'avoit dict la Motte, 
qu'il avoit quatre mil gentilshommes à son 
commandement en Limousin et Périgort pour 
empescher qu'un seul Huguenot ne bougeast 
jamais. Mais il vouloit dire, à mon avis, 
quatre mille pourceaux, que Ton appelle en 
son village gentilshommes, par ce qu'ils sont 
vestus de soye^. Nous passâmes les passages 
qu'il avoit entreprins de garder; et en lieu de 
venir au devant il nous fuyoit^. Si est-ce 
que, par une lettre que luy escrit Monluc, il 
essayoit bien à luy donner hardiesse. Mais 
c'estoit chose qu'il n'avoit jamais receue en 
son cœur ; et ne se délibéroit encores de la 
recevoir. 



1. — François d*Escars, déjà nommé. Jeanne 
d'Albret parle de ce capitaine avec d'autant plus 
d'aigreur qu'il était lo promoteur de la conver- 
sion du roi de Navarre vers le parti catholique. 

2. — Cette plaisanterie est encore répétée en 
Béarn. 

3 . — François d'Escars était au contraire convaincu 
qu'il avait rendu, dans cette occasion, de grands 
services au roi. Il envoya un messager à la cour 
pour exposer ses titres de gloire. La reine lui 
répondit le 28 septembre 1568 et le félicita « de 
« rompre les malheureux desseins de ceulx qui ont 
« prins les armes contre le rov... » (Lettres de 
Catherine de Médicis, t. m, p. 188). 



— 119 — 

Nous allasmes, après avoir séjourné un 
jour à Mucidan, coucher le samedy et 
dimanche* à Aubeterre^; le lundy, le mardy, 
et le mercredy à Barbezieux^; le jeudy à 
Archiac*, où je sceu que Monsieur le Prince, 
mon beau-frère, venoit au devant de nous. 
Il s'arresta à Goignac parce que les habitants 
firent un peu les longs à ouvrir les portes. 
Nous Tallasmes trouver, mon fils et moy, en 
la campaigne ; où je ne sçauroy dire qui 
receut plus grande joye, luy de nous voir ou 
nous de l'avoir trouvé. De ma part il me 
sembla estre au bout de mon œuvre, laquelle 
Dieu avoit si bien conduicte par sa saincte 
grâce que j'en estois venue à fin. Je livray 
là mon fils entre les mains de Monsieur son 
oncle, afin que, sous sa conduicte et à 
Tescole de sa prudence et vaillance, il apprist 
le mestier auquel Dieu l'a appelé; pour après, 
quand l'aage etles moyens luy seront donnez, 
les employer avec sa vie au service de Dieu, 
de son Roy, et de son sang. C'est donc pour 
ces trois occasions que je l'ay rendu entre 
les mains de Monsieur son oncle et envoyé 
en l'armée chrestienne. Ceux qui ne me 

1. — 18 et 19 septembre 1568. 

2. — Aubeterre sur Dronne (Charente). 

3. — Barbezieux (Charente). 

4. — Archiac (Charente Inférieure). 



— 120 - 

congnoissans que mère et par conséquent 
femme, ne mon fils que pour enfant, nourri 
délicatement et doucement avec moy, juge- 
ront qu'à ce départ de luy et moy il y ayt eu, 
scelon la proximité, le sexe et Taage, beau- 
coup de larmes. Mais, afin de faire paroistre à 
un chascun de quelle affection je Tay consacré 
à une si excellente œuvre, et de quelle alai- 
gresse il y est allé, je diray que la joye, qui 
d'un costé et d'autre rioit en nos yeux, 
estoit ouverte en nos visages, de telk façon 
que le contentement de s'abandonner l'un 
l'autre pour telle occasion surmontoit toutes 
les diflîcultez que le sexe et l'aage et le sang 
y eussent apporté ; le recommandant à ce 
grand Dieu et pour second moyen à Mon- 
sieur le Prince, mon beau-frère. Il partit et 
je suis demeurée à la Rochelle * privée du 
plaisir de mes maisons, mais encore trop 
heureuse et contente de pâtir pour mon 
Dieu. 

Cependant je prieray ceux qui liront cecy 
excuser le style d'une femme, qui a estimé 
le subject de son livre si excellent qu'il n'y a 
eu besoin de belles paroles pour le farder ; 



i . — La reine de Navarre arriva à la Rochelle le 
28 septembre 1568. Barbota dans son Histoire de la 
Rochelle (t. ir^ p. 316), raconte la réception solennelle 
de la princesse aux portes de la ville. 



- 121 — 



seulement de la vérité, laquelle elle y a si 
fidèlement observée, qu'au moins, si elle est 
dicte ignorante et imbécille, elle sera dicte 
véritable. 



\ 



POÉSIES 



DE 



JEANNE D'ALBRET 



On est tellement accoutumé à admirer' Jeanne 
d'Albret comme une femme énergique, d'un grand 
cœur, aux sentiments virils, que Von oublie les dons 
poétiques qu'elle tenait de sa mère, Marguerite 
d'Angoulême, l'auteur des Marguerites de la 
Marguerite des princesses. Jeanne d'Albret 
faisait aussi des vers. La plupart de ses poésies 
sont perdues. Celles qui nous restent accusent un 
esprit un peu recherché, mais une imagination 
riche, un sentiment plein de grâce, auquel n'a 
manqué peut-être que la paix religieuse pour prendre 
tout son développement. Elevée dans un des châteaux 
de la cour de France par Nicolas Bourbon, poète, 
grammairien et écrivain, Jeanne d'A Ibret avait été 
initiée, comme toutes les princesses de la cour des 
Valois, aux connaissances les plus diverses. Elleavait 
étudié le grec, le latin, l'espagnol, les belles-lettres 
et les sciences multiples qu£ la pédagogie du 
xvi® siècle classait sous le nom de philosophie. De 



— lie " 

cette éducation sortit une femme d'élite dont les 
vertus ont fait oublier le mérite littéraire. Malheu- 
reusement les mœurs encore barbares du xvi* siècle, 
le spectacle de la guerre civile, le goût de la violence 
que les fils de la Renaissance avaient reçu de leurs 
pères du moyen- âge, aigrirent cette âme si bien 
douée pour la poésie; et, lorsque le fanatisme calvi- 
niste s'empara d'elle, la mère de Henri IV se trans- 
forma en sectaire, comme ces fleurs dont parle 
Chateaubriand, qui, merveilleusement embaumées 
sur les rivages de l'Amérique, prennent une odeur 
acre sou>s des climats plus durs. Les poésies qui 
nous restent de la reine de Navarre n'en sont que 
plus intéressantes à étudier. Elles révèlent ce 
qu'aurait pu devenir la princesse si la paix et le 
bonheur eussent toujours accompagné sa vie. 

La plupart des vers de Jeanne d'A Ibret ont. été 
publiés dans le recueil de Joachim du Bellay 
(Œuvres françoises de Joachim du Bellay, 
gentilhomme angevin, Paris, Fédéric Morel, 
1573, in-S^, f. 156, v® et suiv.). Les premiers en 
date sont des réponses à des épitres louangeuses que 
Joachim du Bellay lui avait adressées pendant un 
séjour à la conr. Elles appartiennent au règne de 
Henri II, à cette époque heureuse, antérieure aux 
guerres civiles, où Jeanne d'Albret, qui, dit Bran- 
tome, c aimoit bien autant une dance qu'un sermon, » 
ornait par sa grâce et sa beauté la cour du plus 
magnifique monarque de la Benaissance, pendant 



— 127 — 

que son man, Antoine de Bourbon^ se couvrait de 
gloire à la guerre. C'était ïâge d'or de la dynastie 
des Valois. Les beaux arts, la poésie s'unissent 
pour illustrer les divinités de cette cour et Jeanne 
d'Albret figure au premier rang de V Olympe. 

Le talent poétique de Jeanne d'Albret a été loué 
par les nombreux critiques qui se sont occupés de 
notre ancienne littérature. Pierre Matthieu, histo- 
rien, philosophe et poète lui-même, juge ainsi 

la reine de Navarre : ^t princesse de 

« grand esprit, ingénieuse aux belles inventions, 
« aymoit la poésie, faisoit de bons vers, de grande 
« mémoire, récitoit tous les psaumes à livre fermé 
« et comptoit certainement le nombre des versets. » 
(Histoire de France, in- fol., t. I, p. 339.) 
Dreux du Radier (Récréations historiques, 1. 1, 
p. 283), le baron de Villenfagne (Mélanges de 
littérature et d'histoire, Liège, 1688, in-8^, 
p. 4), Ijicroix du Maine (Bibliothèque française, 
1772, t. IV, p. 531) ont étudié ses poésies avec 
plus ou moins de critique, mais sans douter de leur 
origine. Joachim du Bellay étant mort en 1560 et 
les vers n'ayant vu le jour qus en 1573, ils n'ont 
même pas subi la retouche du poète. D'ailleurs leurs 
qualités, le tour heureux, la délicatesse (voyez 
notamment le quatrième sonnet), et leurs défauts, 
Vaffectation, la subtilité du style portent avec eux 
leur empreinte. Nous avons remarqué dam la pré- 
face drs Mémoires la puissance de la pensée et 



- 128 - 

r énergie de l'expression, malheureusement gâtées par 
trop de recherche. Les vers de la reine de Navarre 
méritent les mêmes critiques. Encore les méritent- 
Us à un degré supérieur parce qu'ils ont été ciselés 
avec plus de soin que sa prose. 



RESPONSE DE LA ROYNE 

AUX LOUANGES DE DU BELLAY 



I 



Que mériter on ne puisse Tlionneur 
Qu'avez escript, je n'en suis ignorante : 
Et si ne suis pour cela moins contente, 
Que ce n'est moy à qui appartient l'heur. 

Je cognois bien le pris et la valeur 
De ma louange, et cela ne me tente 
D'en croire plus que ce qui se présente, 
Et n'en sera de gloire enflé mon cœur. 

Mais qu'un Bellay ait daigné de l'escrire. 
Honte je n'ay à vous et chacun dire 
Que je me tiens plus contente du tiers, 

Plus satisfaite, et encor glorieuse, 
Sans mériter me trouver si heureuse. 
Qu'on puisse trouver mon nom en voz papiers 



9. 



— 130 — 



II 



De leurs grands faicts les rares anciens 
Sont maintenant contents et glorieux, 
Ayant trouvé poètes curieux 
Les faire vivre, et pour tels je les tiens. 

Mais j'ose dire, et cela je maintiens, 
Qu'encor'ils ont un regret ennuieux. 
Dont ils seront sur moy-mesme envieux, 
En gémissant aux Champs Elyséens : 

C'est qu'ils voudroient, pour certain je le sçay, 

Revivre ici et avoir un Bellay, 

Ou qu'un Bellay de leur temps eust été. 

Car ce qui n'est sçavez si dextrement 
Feindre et parer, que trop plus aisément 
Le bien du bien seroit par vous chanté. 



- 131 — 



III 



Le papier gros, et Tencre trop espesse, 
La plume lourde, et la main bien pesante, 
Stile qui point l'oreille ne contente. 
Faible argument, et mots pleins de rudesse, 

Monstrent assez mon ignorance expresse. 
Et si n'en suis moins hardie et ardente 
Mes vers semer, si subjet se présente. 
Et qui pis est, en cela je m'adresse 

A vous, qui pour plus aigres les gouster, 
En les mestant avecques des meilleurs, 
Faistes les miens et vostres escouter. 

Telle se voit différence aux couleurs : 

Le blanc au gris sçait bien son lustre oster. 

C'est l'heur de vous, et ce sont mes malheurs. 



— 13i — 



IV 



Le temps, les ans, d'armes me serviront 
Pour pouvoir vaincre une jeune ignorance, 
Et dessues moy à moy-mesme puissance 
A Tadvenir peult-être donneront. 

Mais quand cent ans sur mon chef doubleront, 
Si le hault ciel un tel aage m'advance, 
Gloire j'auray d'heureuse récompense, 
Si puis attaindre à celles qui seront 

Par leur chef-d'œuvre en los toujours vivantes. 
Mais tel cuyder seroit trop plein d'audace ; 
Bien suffira si, près leurs excellentes 

Vertus, je puis trouver petite place : 
Encor je sens mes forces languissantes 
Pour espérer du ciel tel heur et grâce. 



— 133 — 



Le recueil de poésies de Joachim du Bellay nous 
a aussi conservé une chanson de la reine de 
Navarre en quatre couplets, qui se rapporte aux 
anwurs du prince de Condé et d'Isabelle de Limeuil. 
La chanson (élégie serait plus juste) a' dû être 
composée au milieu de Vété de 1564, pendant la 
tournée du roi en France, vers le temps oii la belle 
Limeuil accoucha en pleine cour à Dijon d'un fils 
du prince de Condé. Jeanne venait d'arriver auprès 
du roi à Mâcon^. La mésaventure de Mademoiselle 
de Limeuil datait à peine de la veille^. L'insuffi- 
sance des logis n'avait permis aux dames de cacher 
aucun mystère et le rang de la jeune fille, qui 
appartenait à la maison de Turenne et qui avait 
des liens de parenté avec la reine-mère, donnait plus 
d'éclat à « l'accident. » Catherine de Médicis, 
blessée dans son amour-propre, obligée de baisser la 
tête devant les accusations des puritains de la 
Réforme, se para d'austérité. Isabelle fut empri- 
sonnée sous bonne garde dans un couvent d'Auxonne, 



1. —Voyez les Mémoires ^ p. 31, note 2. 

2. — Le roi avait fait son entrée à Dijon le 22 mai 
1564. Isabelle de Limeuil accoucha très peu de jours 
après et Jeanne d'Albret arriva à la cour le !«»• juin. 



— 134 — 

interrogée en accusée, traitée en criminelle d'état. 
Le zèle des officiers du roi surenchérit. Comme U 
fallait un prétexte à l'instruction judiciaire, ils 
eurent la sottise de greffer un procès de haute tra- 
hison sur cette aventure galante. Isabelle se plaignait 
souvent en termes amers et se moquait surtout du 
prince de la Roche-sur- Yon, galant suranné, gout- 
teux et sourd, dont la femme était chargée de la 
surveillance des demoiselles d'honneur. On abvM 
de ses paroles et, sur la foi d'un jeune étourdi de la 
cour, Charles de la Mark, comte de Maulevrier, 
ancien adorateur évincé, la belle amoureuse fut 
accusée d'avoir voulu empoisonner un prince du 
sang. Jean de Morviliers, évêque d' Orléans , et 
Sébastien de VAubespine, évêque de Limoges, le 
premier ancien chancelier, le second ancien ambas- 
sadeur en Espagne, furent chargés de poursuivre 
les interrogatoires. L'enquête dura pendant trois 
mois d'Auxonne à Mâcon, de Mâcon à Lyon, de 
Lyon à Vienne et n'aboutit à rien. Mais la rumeur 
publique eut le temps de s'enfler. Le bruit se répandit 
que la jeune fille, de complicité avec le prince de 
Condé et avec Florimond Robertet de Fresne, secré- 
taire d'état, avait comploté l'empoisonnement du 
prince de la Roche-sur- Yon et du connétable de 
Montmorency pour mettre l'épée de connétable entre 
les mains de son amante 

, 1. — Le duc d'Aumale a raconté ces faits d'après 



— 135 — 

Le prince de Condé fut très empressé pour sa 
victime pendant celte longue instruction. Billets 
galants et messages amouretuc se succédèrent ^. Au 
dehors il annonçait Vintention de la délivrer par la 
force et traduisait ses sentiments par de telles fan- 
faronnades que les officiers de justice, chargés de 
conduire l'accusée de ville en ville, tremblaient 
devant lui. -Mais, dit un pamphlet du temps, Vété 
chasse le printemps. La jeune Limeuil fut remplacée 
dans le cœur de Condé par Marguerite de Lustrac, 
, veuve du maréchal Saint- André, dame très galante 
mais un peu mûre. La maréchale fit don au prince 
du château de Vakry. Il n'en fallait pas davan- 
tage pour effacer le souvenir de la tendre Isabelle. 
Quand elle fut remise en liberté, le prince se souvint 
fort à propos ou feignit de se souvenir de l'assi- 
duité de Florimond Robertet de Fresne auprès de sa 
maîtresse. Il se sépara d'elle et scella la séparation 
en lui réclamant les bijoux qu'il lui avait donnés. 
ce Elle luy renvoya le tout du plus beau et du plus 
« exquis, dit Brantôme, oii estoit un beau mirouer 
« avec la peinture dud. prince. Mais avant, pour 



les procès verbaux de Tinstruction conservés aux 
archives du château de Villebon (Hist des princes 
de Condé, t. i, p. 273 et suiv.). Ces procès verbaux 
eux-mêmes et le dossier tout entier ont été plus tard 
publiés par le même hisiorien (Information contre 
Isabelle de Limeuil, petit in-4o sans date). 

d. — Le duc d'Aumale a publié plusieurs de ces 
billets, ibid., p. 542. 



— 136 — 

«r le mieux décorer, elle prit une plume et de l'ancre, 
«r et luy ficha dedans de grandes cornes au beau 
« mitant du front ^ . » 

C'est au plus fort de la rivalité de Vingénue et 
de la grande coquette que Jeanne d'Albret écrivit les 
vers qu'on va lire. En femme généreuse, aguerrie 
contre les plus criantes injustices, elle réserve le 
beau rôle à Isabelle de Limeuil. Malheureusement 
la pièce est écrite avec tant de raffinement que le 
sens échappe quelquefois. Nous essaierons de l'expli- 
quer dans les notes. Le lecteur se rappellera que, à 
la date des couches d'Isabelle, la princesse de Condé, 
Eléonore de Roye, était malade (elle mourut le 
23 juillet 1564); d'oU viennent de fréquentes allu- 
sUms au futur second mariage de ce prince. 

i. — Brantôme, édit. de la Soc. de Thist. de France, 
t. IX, p. 510. Cependant leprince de Condé la fit enle- 
ver 1 année suivante à Tournon et vécut quelque 
temps avec elle. 



-- 137 — 



CHANSON SUR LES AMOURS DE GONDE 
ET DE MADEMOISELLE DE LIMEUIL^ 



Amour contre amour querelle^. 
Si par double effort contraire 
Le mien Ton veut me soustraire, 
A l'honneur d'honneur j'appelle^. 

Sotte amour et ignorance 
Aveuglent une cervelle 
Et font qu'un songe on révèle 
Au lieu de vraie apparence^. 

Celle qui fait toute sa gloire 
D'aimer aussi et d'estre aimée, 



1. — Ces vers se trouvent dans Les œuvres fran- 
çaises de Joachim du Bellay, 1573, f. 156^ v®. 
M. Leroux de Lincy (Recueil de chants historiques 
français, t. ii, p. 177 et 207) les publie à nouveau et 
y ajoute des conjectures exactes sur la date. 

2. — Mademoiselle de Limeuil est censée parler. 

3. — Il faut traduire ce phébus : « Mon amour est 
en rivalité avec celui de la maréchale. Si, par double 
efort, on veut eflFacer mon amour du cœur du prince, 
j'en appelle à son honneur au nom de mon honneur.» 

4. — Traduction : « La sottise et l'ignorance de la 
maréchale l'aveuglent à ce point qu'elle prend pour 
des réalités ce qui n'est qu'un rêve (probablement 
l'espérance de devenir princesse de Condé). » 



-- 138 - 

Feroit feu après fumée 
S'elle* me le faisait croire^. 

Mais le saint où elle voue 
A mon offrande reçue 
Et ma fermeté connue, 
Qui fait qu'ailleurs ne se loue^. 



1. — S'eZ/e, si elle. 

2. — L*explication de cette strophe est plus com- 
pliquée çiu'il ne paraît d'abord. Dreux du Rabier 
(Récréations historiques, t. i, p. 283) croit qu'il 
s'agit ici de la maréchale Saint André et lui applique 
les deux premiers vers du couplet, les plus simples 
peut être et les plus jolis de toute la pièce. Quant à 
nous, nous estimons que le poôte a voulu désigner 
Isabelle, et voici la traduction que nous proposons : 
« Moi qui fais consister toute ma gloire à aimer et à 
être aimée, je ferais feu après fumée (c. à. d. j'attein- 
drais un résultat définitif^ je deviendrais princesse de 
Condé) si la maréchale avait raison de croire qu'elle 
put devenir princesse. » 

3. — Traduction : « Le saint où elle adresse ses 
vœux (le prince de Condé) a reçu mon offrande et 
connu ma valeur, ce qui fait qu'il n'acceptera pas 
d'autres vœux. » 



139 — 



Le 21 mai 1566 y Jeanne d'Albret visita ï im- 
primerie de Henri Estienne. Le grand artiste reçut 
comme elle le méritait sa noble visiteuse et, pendant 
qu'elle considérait curieusement le fonctionnement 
des presses, lui. proposa de composer sous ses yeux 
une pièce à son choix. Aussitôt la reine de Navarre 
improvisa le quatrain suivant : 

Art singulier, d'icy aux derniers ans 
Représentez aux enfans de ma race 
Que j'ay suivy des craignans-Dieu la trace, 
Affin qu'ilz soient les mesmes pas suivans. 



— 140 — 



Pendant que les ouvriers alignaient les, lettres et 
les mots, Henri Estienne écrivait le sonnet suivant 
que Von composa à la suite du quatrain : 

Princesse que le ciel de grâce favorise, 

A qui les craignans-Dieu souhaitent tout 

[bonheur, 
A qui les grands esprits ont donné tout 

[honneur, 
Pour avoir doctement la science comprise. 

S'il est vrai que du temps la plus brave entre- 

[prise 
Au devant des vertus abaisse sa grandeur, 
S'il est vrai que les ans n'offusquent la 

[splendeur 
Qui fait luire partout les enfans de l'église. 

Le ciel, les craignans-Dieu et les hommes 

[scavans 
Me feront raconter aux peuples survivans 
Vos grâces et votre heur et louange notoire. 

Et puisque vos vertus ne peuvent prendre fin, 
Par vous je demeurray vivante, à ceste fin 
Qu'aux peuples à venir j'en porte la mémoire. 



- 141 — 

Les deux petits poèmes, qui furent le réstUtat de 
cette joute littéraire, furent imprimés en placards 
et probablement distribués aux seigneurs de la suite 
de la princesse. Ces placards sont fort rares. Nous 
nen avons vu qu'un exemplaire, actuellement con- 
servé dans un recueil factice de la collection Dupuy 
(vol. 843, f. 143). Le Laboureur les a reproduits, 
sans en indiqmr la provenance^ dans les Mémoires 
de Castelnau, 1731, t.i,p. 858. 



i. — De nos jours un savant critique, M. Tamizey 
de Larroque, a posé la question de l'authenticité de 
ces vers {Revue de Gascogne^ avril 1871, p. 190). 
Nous lui signalons le placard de Henri Ëstienne 
comm6 un certificat d'authenticité indiscutable. 



1 



— 1« — 



La pièce suivante appartient à la même époque. 
Les discussions théologiques étaient de mode à la 
cour. Le duc de Montpensier avait réuni à Vhôiel 
de Nevers quatre docteurs c des plus huppés », 
detAx SorbonnisteSy Simon Vigor, depuis archevêque 
de Narbonne, Claude de Sainctes, plus tard évéque 
d'Evreux, deux ministres, Jean de Lespine et 
Hugues Sureau du Rosier, et les avait mis aux 
prises pour convertir son gendre et sa fille, le duc 
et la duchesse de Bouillon. Après avoir échangé les 
plus amères invectives de la scolastique^ les docteurs 
des deux partis se séparèrent, et le duc et la duchesse 
de Bouillon restèrent calvinistes ^ Jeanne d'Albret 
présida aussi une conférence entre Charles de Pey- 
russe d'Escars, évéque de Poitiers, prélat dévoué 
à la maison de Bourbon ^, et Jean de Salignac, 
docteur en théologie, autrefois catholique et repré- 
sentant de la Sorbonne au colloque de Poissy, puis 
enfin calviniste. 



1 . — On imprima peu après les procès-verbaux de 
cette conférence Actes de la dispute et conférence 
tenue 4 Pam* en 1566, Paris, in-S*, 1568. 

2. — La reine de Navarre était alors en relation 
d'affaires avec ce prélat et venait de lui vendre, le 
3 juin 1566, la seigneurie de Pressac (Vienne) et 
quelques autres terres pour la somme de 50 mille livres 
(acte du 3 juin 1566; coll. Doat, vol. 238, f. 80). Il est 
probable que cette vente n'avait pas été arrêtée sans 
de nombreuses entrevues. 



- 143 - 

Le débat n*eut d'autre avantage que de donner 
à la reine de Navarre l'occasion d'écrire une 
piquante épigramine, que nous avons trouvée à la 
Bibliothèque nationale dans le recueil de Rasse des 
Nœuds (f. fr., vol. 22560, f. 227, v'). Le 
copiste a daté la pièce (1566, septembre) et ajout 
ces initiales qui récèlent le nom de Vauteur J. 
D'AL.R.D.N. (Jeanne d'Albret reine de Navarre). 



- 144 — 

d'une dispute touchant la messe 

faitte en la ghamrre de la royne de navarre, 

a paris, entre mess. ch. d^esgars, 

évesque de poittiers, 

et de salignag, théologien 



Un bien docte docteur Tautre jour disputoit 
Contre un prélat enflé de sa vaine science ; 
L'évesque soutenant de toute sa puissance 
La messe, et le docteur ces coups-là rabaissoit. 
L'un et Tautre son fait vivement débattoit ; 
Mais l'évesque à la fin, parolle et contenance, 
Perdit tout à la foys. Dont d'une impatience 
Un de ses serviteurs, voyant que presque estoit*, 
Cuydant bien soustenir de son maistre Thon- 

[neur. 
Honte à sa honte joint en disant : Monseigneur, 
Il lui fauldroit bailler un scavant homme en 

[teste. 
Mais que ne disoit-il : Mon maistre, le scavoir 
De ce sage docteur vous fait ignorant veoir ; 
Ou, sans tant langager, vous estes une beste. 

1566, septembre J. D'AL. R. D. N. 



1. — Une traduction est souvent nécessaire dans 
les œuvres poétiques de la reine de Navarrç. Voici 
comment nous interprétons cette phrase : « Un des 
serviteurs de l'évêque voyant son maître battu et 
réduit au silence, était presque impatienté par sa 
défaite, et, croyant le bien soutenir, ajoute à la honte 
de sa défaite en lui disant... » 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 



10. 



I 



Le manifeste des gentilshommes de la Basse Navarre, 
que nous publions cy-dessous pour la première fois, est 
un document très important pour Vhistoire de la guerre 
religieuse en Béarn. Jeanne d'Albret expose elle-même 
dans quelles conditions commença la révolte de la Basse 
Navarre (voyez cy-dessus^ p. 50). Poussés par V exem- 
ple et les excitations du dehors, aigris par rétablisse- 
ment de la Réforme dans leurs villages^ les Basques 
catholiques avaient pris les armes à la fin de 1567. 
Le mouvement fut rapidement apaisé par le jeune 
prince de Béarn. Il aurait duré moiiis encore si le roi 
de France, dans l'espoir d*y trouver un jour une 
diversion utile à ses desseins., n'avait pas fomenté et 
encouragé la sédition. 

Au commencement de 1568, la reine de Navarre 
réunit les Etats du Béarn à Saint-Palais et édicta. le 
28 février., une ordonnance d'amnistie., dont les chefs 
de la révolte., qui n'avaient point fait leur soumission^ 
furent exceptés. Ceux-ci protestèrent et lancèrent un 
manifeste menaçant. C'est ce manifeste qu'on va lire. 
Il reproduit en les amplifiant les griefs du parti catho- 
lique contre la reine de Navarre. On verra à quoi se 
réduisent ces griefs ; combien peu nombreux., peu 



V 



— 148 — 

importante et peu fondés. AtMsi le considérons-nous 
comme un témoignage en faveur de Jeanne d'Albret, 
l'un des plus capables de dissiper le renom d'intolérance 
excessive qui pèse sur sa mémoire. 

Cette intéressante pièce est inédite et conservée en 
original à la Bibliothèque de l'Institut, coll. Godefroy^ 
vol. 96, f. 53. 



Manifeste dés Gentilhommes de la Basse Navarre 

et du peuple, qui ont prins les armes 

pour la défense de la reugion catholique 

et de leurs privilèges, 

CONTRE l'eSTABLISSEMENT DE LA RELLIGION PRÉTENDUE 
RÉFORMÉE FAICT PAR LA REINE DE NaVARRE : 

Le s. de Gramont son ueutenant général. 



24 mars 1568 



Etablissement de la Réforme à Saint-Palais par le s. 
de Gramont. — Protestation du pays. — Ajournement 
des Etats de Béarn. — Tentative d'un baptême à la 
mode calvinisjie à Saint-Palais. — De Luxe et de 
Domesaing empêchent ce baptême. — La reine de 
Navarre renouvelle l'édit en faveur de la liberté de 
conscience. — Les pays de Mixe et d'Ostabaret 
députent à la reine les s. d'Âmorotz et d'Oreguer. 
— La reine les fait mettre en prison. — Elle envoie 
le capitaine La Lanne avec des troupes à Saint- 
Palais. — Mission secrète du capitaine La Lanne. — 
Tentative d'empoisonnement du s. de Luxe. — 
Tentative d'assassinat du s. de Domesaing. — Injus- 
tice de la reine de Navarre vis à vis du s. d'Armen- 
daritz. . — Emprisonnement de ce seigneur. — 
Violences commises par les ordres de la reine 
contre les catholiques de la Basse Navarre. — Leur 



- 150 — 

révolte est excusable. — Egards qu'ils montrent 
au prince de Béarn après Tentreprise de Garris. — 
Illégalité des Etats de Tannée précédente (1567). — 
La reine de Navarre saisit les commanderies d'Iris- 
sarry et d'Aphat et presque tous les biens ecclé- 
siastiques. — Elle fonde le collège d'Orthez pour 
anéantir la religion catholique. 



Les gentilzhommes de la Basse Navarre, avec la 
commune du pays, qui ont prins les armes pour le 
soustenement de la religion catholique et priviliéges 
du pays, ont faict mectre et coucher par escript la 
cause et occasion de leur mouvement, affin que chas- 
cun congnoisse que force et le zelle qu'ilz ont à la 
religion les a contrainctz d'en venir là et non autre 
particuUière passion, ainsi que leurs ennemys se sont 
essayez de le faire. acroire par tout. 

Et premièrement on scayt et est notoire à ung 
chascun que ladicte dame ou en son absence, Mon- 
sieur de GramontS son lieutenant général, introduit 
avec bien peu de raison Texercisse de la prétendue 
religion dans le pays de la ba3se Navarre et estably 
lieulx pour prescher ; et entre autres Tesglise de Saint- 
Palay ^, sans qu'il y en eust que ung seul de ladicte 
ville qui le requist ne qui feust de ladicte religion 

1. — Antoine de Gramont, lieutenant général de 
la reine de Navarre. 

2. — Saint- Palais, arrondissement de Mauléon 
(Basses-Pyrénées). — La reine de Navarre y avait 
envoyé deux ministres, Jean de la Rive et Tardetz. 

Une. lettre de Charles de Luxe à Catherine de 
Médicis, en date du 31 décembre 1564, nous apprend 

Sue les prêches protestants avaient commencé à 
„ aint-Palais à cette date (Revue hist, du Béarn et dç 
la. Navarre, juillet 1882, p. 37). 



— 181 — 

prétendue. Les habitans de laquelle, pour les résis- 
tances qu'ilz Youloient faire à la réception et consen- 
'^ temenC d'une chose si escandaluze, ont esté par 
plusieurs fois menacez dudict s. de Gramont d'estre 
en diverses sortes mal traitez. Et en auroit faict 
emprisonner plusieurs. De sorte que, par telles inthi- 
midations, ilz ont estéfoi-cez de souffrir devant leurs 
yeulx ladicte religion prétendue, espérant tousjours 
que^ au retour de ladicte dame, qui estoit lors en 
France, ilz seroyent repparez en ce griefz. 

Et estant ladicte dame venue de France, lesdictz 
habitans, joinct avecques eulx tout le pays, avoient 
délibéré de luy aller remonstrer ledict grief et la 
suplier de repparation. Mais, d'aultant que le bruict 
estoit qu'elle vouloit venir en personne audict Saint- 
Palay pour tenir les Estatz du pays^ ilz advisèrent 
d'actendre ceste assamblée; en laquelle ilz préten- 
doyentavoir meilleure repparation que allant trouver 
ladicte dame, particullièrement en Béarn. 

Du despuis ilz ont esté tousjours actendans, quant 
le plaisir de ladicte dame seroit de faire assambler 
lesdictz Estatz; ausquelz ilz délibéroyent, entre autres 
choses, de proposer ledict grief le premier comme 
le plus important. Mais, pour quelques occasions 
secrètes audict pays, lesdictz Estatz ont esté différez 
de jour à autre, au grand regred et préjudice des 
habitans d'icelluy, qui en actendant estoyent cons- 
trainctz de souffrir avec escrupule de conscience 
l'exercisse de ladicte religion prétendue. . 

En cest intervalle, pour certaines considérations, 
que ledict pays ne peult juger que bonnes, ladicte 
dame auroit depputé aucuns gentilzhommes et offi- 
ciers de sa maison ^ pour venir en cedict pays et faire 

i. — Jeanne d'Albret y envoya Jean d'Etcbard, pro- 



— 1K2 - 

entendre au peuple que son intencion n'estoyt de 
leur donner autre religion que celle qu'ilz avoient 
eue du temps de ses prédécesseurs, et en oultre 
qu'elle les vouloit maintenir en leurs previlleges, 
libertez et coustumes ; qui donna tel contantement 
audict pays que chascun demeuroit satisfaict et en 
meilleure volonté que jamais de vivre et mourir 
soubz l'obéissance de ladicte dame. 

Et pensant ledict pays qu'il deust jouyr de telle 
asseurance et ne se veoir plus en la peine qu'il avoit 
eue despuis ladicte introduction, touteffoys, quelque 
peu de temps après, on auroit veu venir audict Saint- 
Palay aucuns de ladicte religion prétendue pour faire 
baptiser en leur secte une créateure, sans avoir'esgard 
à ladicte asseurance. Ce de quoy les habitans dudict 
Saint-Palay se seroient trouvez estonnez, voyant que, 
sans monstrer de commandement contraire à la pre- 
mière déclaracion, on leur vouloit remectre ce que 
leur avoit esté une ioys ousté, si bien que, avec bonne 
et juste cause, ilz empeschèrent ledict baptesme. 

Et d'aultant que le faicl touchoit en général à tout 
le pays et que il estoit bruict que aucuns de ladicte 
religion s'estoient laissez dire qu'ilz feroient célébrer 
ledict baptesme tnaugré ledict pays, et ne pouvant 
panser que ce feust du consentement de ladicte 
dame, veu ce qu'elle en avoit ordonné auparavant, 
Messieurs de Luxe et de Domesaing, avec plusieurs 
de la noblesse, allèrent audict Saint-Palay pour seul- 
lement empescher ledict baptesme, comme estant de 
conséquance, et entendre soubz quel tiltre ilz vou- 



cureur général de Béarn, Jean de Secondât, s. de 
Roques, et Pierre de Bergara, ses maîtres d'hôtel 
(Bordenave, p. 141 etsuiv.). 



— 183 — 

loient innover en cela. Mais ilz ne virent personne 
et s'en retournèrent en leurs maisons. 

Les choses ayant demeuré quelques jours en cest 
estât, ledict pays auroii esté adverty que aucuns 
particulliers, qui ne demandent que confusion pour 
se faire valoir, persuadèrent ladicte dame de révoc- 
quer ce qu'elle avoit, avec bonne raison, ordonné sur 
le.banissement de ladicte religion. Luy donnant à 
entendre, que avec cent harquebouziers, ilz la feroient 
obéyr en cela, et luy meneroient troussez et lyez tous 
ceulx qui y vouldroient contredire sans exeception 
de personne. 

Et de faict on a veu que, incontinent ces beaulx 
et advantageulx conseilz, ladicte dame auroit ren- 
voyé les mesmes depputez audict pays pour faire 
entendre au peuple que, en leur première charge, 
ilz n'avoient entendu abolir du tout ladicte religion, 
mais seuliement asseurer ledict peuple que ladicte 
dame entendoit de laisser vivre chascun en liberté 
de conscience, comme s'ilz n'avoient parlé assez clai- 
rement en leur première légation et que ledict pays 
n'eust jouy de ladicte asseurance durant quelque 
temps; où il n'y a que dix seuliement qui soyent de 
ladicte religion et ung seul en ladicte ville de Saint- 
Palay. 

Et pour ce que, entre autres choses, il estoit porté 
par les instructions desdictz deliéguez que ledict 
pays envoyast devers ladicte dame deux personnages 
de chesque province, avec la responce de ce que 
leur seroit proposé par lesdictz depputez de par 
ladicte dame , les pays de Mixe et d'Ostabarez ^ 

\. — Mixe, hameau près de Bidache; Ostabaret 
canton d'Iholdy, arrondissement de Mauléon (Basses- 
Pyrénées). 



- 154 - 

' aoroîent depputé deui genlilzhommegy qufsoiit les 
s. d'AïQorotz t et d'Oreguer^ et leur auroyent baillé 
lenr charge par escript Et encores qu'ilz n'eussent 
rien porté en icelle que tottte obéissance^ et, quelques 
remonstrances que lesdrctz pays fiaisoyeot à ladicie 
dame, néanmoings, au lieu de prendtM». en boana 
part telle inclinacion et obéissance, elle auroit releitii 
lesdictz gentilzhommes prisonniers contre toute rai- 
son; d'aultant que tous messagiei*s doibvent estre 
libres; mesmes quant ilz ne portent en leurs charges 
que choses licites et permises, comme ilz n'ont faict. 
Et auroit en oultre envoyé le capitaine La Lane^ 
avec certain nombre d'hommes de guerre Biarnoys 
dans le pays contre les previllèges d'icelluy. 

Or, d'aultant que l'entrée de telles gens en armes 
dans le pays r.e se faisoyt que pour favoriser Texer- 
cisse de ladicte religion prétendue et pour extermi- 
ner ceulx qui estoient pour l'empescher, quelque 
manteau ou prétexte que l'on a volu prendre, qu'ilz 
y estoient envoyez pour la main-forte de la justice, 
ainsi qu'il se pourra juger par les entreprises qui 
ont esté brassées contre les gentilzhommes catho- 
liques, qui seront cy après récitées, ledict pays, tant 
pour la conservation de la religion que pour ne 
debvoir souffrir gens de guerre estrangiers dans le 



i. — Jean d*Amorotz, seigneur basque catholique. 
La seigneurie d'Amorotz est voisine de Saint-Palais. 
Bordenave cite ce gentilhomme et le nomme Amaro. 
(if is^ de Béarn et Navarre ^ p. 145). 

2. — Oregue ou Oreguer est un village près de 
Saint-Palais. 

3. — Jean de la Lanne, seigneur de la Lanne dis- 
pourre, mestre de camp de l'infanterie de Navarre 
et de Béarn (Jaurgain, Les châtelains de Mauléon 
dans la Revue de Béarn, 1884, p. 266). 



— 158 — 

pays sans cause^ a esté plus que contraÎDCt d'avoir 
recours aux armes, puisqu'il n'a sceu estre receu en 
ses honnestes remonstrances et qu'il a veu que par 
force on luy vouloit faire prendre une loy qui est 
par toute la Cristienté tenue suspecte, et de courir sus 
audict de La Lane etses gens, ausquelz ilz ont faict 
meilleur traictement qui ne méritoyent^; et ce affin 
que tout le monde cognent que l'intencion dudict 
pays n'estoit autre que d*estre ouy et maintenu en 
son droit. 

Et pour respondre à ce que on dict que ledict La 
Lane estoyt venu pour favoriser la justice, il n*est 
pas vraysemblable que ung cappitaine^qui a com- 
mandé par cy devant et qui porte tiltre de mestre de 
camp en ce pays^ se soyt volu tant abaisser qu'il ayt 
volu faire office de sergent, si, en sa commission, il 
n*y eust eu quelque autre chose de caché. Et puis sa 
venue pour cest eflfect n'estoyt nécessaire, veu que la 
justice a esté tousjours bien obéye et que, en cas de 
besoing, la main-forte luy a esté prestée de tout 
temps par coustume par les chastelains de Saint- 
Jehan ^ et baille de Mixe. Qui donnera à panser à 
tous ceulx qui vouldront faire jugement sans passion, 



1. — Le traitement réservé au capitaine La Lanne 
ne fut pas aussi doux que le disent les seigneurs de 
la Basse Navarre. Aussitôt après son arrivée à Garris, 
La Lanne fut assiégé dans un vieux château ruiné où 
il s'était réfugié, fait prisonnier et enfermé au châ- 
teau de Tardetz (arrondissement de Mauléon), qui 
appartenait au s. de Luxe. Il fut plus tard échangé 
avec le s. d'Amorotz, dont* nous avons parlé plus 
haut, lequel était retenu, par ordre de la reine, dans 
les prisons de Pau (Bordenave, p. 144 et suiv.). 

2. — Saint- Jean-Pied-de- Port possédait un château 
fort. Le châtelain était Jean d'Armendarits, nommé 
plus loin. 



n 



— 166 ~ 

que i'intencion de sa venue en tel esquipaige n'estoit 
pas si bonne et sàincte que l'on la veult faire. 

Et qu'il ne soyt ainsi, n'est il pas vulgaire à tout 
le monde comme on a yolu puis naguières faire 
empoisonner Mons' de Luxe par ung soldat de Navar- 
reinchsS qui feust envoyé expressément en la Basse 
Navarre pour cest effect, lequel feust surprins par les 
gens dudict sieur, ainsi qu'il mectoyt ung morceau 
de fromaige dans le pot, oii le potaige dudict sieur 
se faisoyt. Et duquel Texpérience feust faicte à Ten- 
droit d*un chieu qui, après en avoir mangé, mourut 
soubdainoment. 

Et quant Dieu ne volut permectre que ceste entre- 
prise feust effectuée, et ne voulant laisser les choses 
en si beau chemyn, sans tanter quelque autre moyen 
pour le faire mourir, n'a-il pas descouvert comme 
on luy avoit faict prendre la mesure des murrailles 
de la maison de Laxague 3, oii il s'estoit retiré avec 
sa famille pour sa seurté, et l'endroit par oii on deb- 
voit entrer dedans, et venir à mesme temps ledict 
de La Lane avec ses gens dans le pays. Que peult- 
on moings juger par là, sinon qu'il vouloit exécuter 
autres actes que de justice, non seullement contre 
luy, mais contre tous les autres gentilzhommes catho- 
liques, qui ont toujours résisté à ladicte religion 
prétendue. 

Car il ne se peult ingnorer que Mons' de Dôme- 



1. — Navarreins était la place forte défensive la 
plus marquée du Béarn. — La tentative d'empoi- 
sonnement du s. de Luxe, ici rapportée, ne présente 
aucune vraisemblance. 

2. — Le château de Laxague, fief de la vicomte de 
Soûle, vassal du royaume de Navarre. 



— 157 — 

saîng^ ne l'aye faillie aussi belle, pour ce que, en ung 
veoiage qu'il fist devers Mons' de Honluc^, il feust, 
au retour^ guecté sur le chemyn par deux ou trois 
cens hommes, conduictz par ung nommé Jehan de 
Mesmes^; lequel ne pouvoit faillir à estre atrappé 
sans l'advertissement que ses amys luy donnèrent de 
la prinse des passages; qui feust cause de luy faire 
prendre ung autre chemin pour s'en retourner. Car 
sans cela, il est certain qu'il eust esté masacré. Et 
desjà^ devant son arrivée au pays, le bruict avoit 
couru par tout qu'il estoyt mort ; mais Dieu le con- 
serva pour ceste foys-là. Du despuis il estoit assez 
menacé. Et fault croire que celluy qui feust envoyé 
pour donner ledict poison avoit charge aussi bien 
contre luy que contre ledict s. de Luxe, d'aultant 
qu'il alla le premier en sa maison de Beyrie ^ et ne 
rayant trouvé là, s'en alla à Ostabat^, où ledict s. de 
Luxe demeuroit. Cest entrepreneur estoit un italien 



1. — Valentin de Domesain, seigneur basque catho- 
lique, un des principaux compagnons d'armes du s. 
de Luxe, reprit les armes en 1569 et prit une part 
importante à la guerre du Béarn sous les ordres de 
Terride. 

2. — Bordenave parle de ce voyage de Domesain 
vers Monluc. Il avait pour objet, dit-il^ de consulter 
Fauteur des Commentaires sur l'appui éventuel que 
la Basse Navarre pourrait trouver parmi les capi- 
taines catholiques de Gascogne dans sa révolte contre 
Jeanne d'Albret (p. 142). 

3. — Jehan de Mesmes, capitaine protestant, peu 
après condamné à mort à l'instigation de Biaise de 
Monluc. Voyez une note de la Pièce justificative n® 2. 

4. — Beyrie (canton de Lescar)§était un fief qui 
relevait de la vicomte de Béarn. 

5. — Ostabat (canton d'iholdy) seigneurie très 
ancienne. 



— 188 — 

« 

qui a demeuré cy-devant avec le feu s. de Moneing ^ 
et qui avoit entrée en la maison dudict s. de 
Domesaing. 

Le s. d'Armendaritz ' a esté employé au service da 
feu roy Henry de Navarre ^ comme aussi despuis sa 
mort en celluy du feu roy Anthoyne, et combien que 
lors, ny despuis, il n'ayl jamais faict chose qui le 
deust faire eslongner de la bonne grâce de la Royne, 
ne mectre sur luy aucune mauvaise volunté, toutef- 
foys, sans aucune cause, ladicte dame Tauroit faict 
emprisonner, et, contre les previllèges du pays, faict 
conduire hors icelluy au chasteau de Pau, ou il a 
esté détenu environ de deux ans, avec une insupor- 
table despence qui l'a faict ruyner et mectre en tel 
estât qu'il est impossible qu'il se puisse rellever 
jamais en ses biens. Auquel, pour donner quelque 
couleur à son emprisonnement, on auroit mis sus 
une infinité de frivolles. Et encores que le procès luy 
feust faict par ses ^nnemys cappitaulx et qu'ilz n'eus- 
sent rien oblyé en leur procédure de ce qu'ilz pen- 
soyent estre contre luy, si est-ce que Dieu l'a tant 
favorisé en sa justice et ingnocrence qu'il a esté 



1. — Tristan de Monein, lieutenant général du roi 
de France en Guyenne, avait été assassiné à Bordeaux 
dans une sédition soulevée à l'occasion de la Gabelle 
en 1548. Sa sœur, Catherine de Monein, avait épousé 
Valentin de Domesain (Bordenave, p. 140, notes); ce 
qui explique plus facilement que les serviteurs de 
1 ancien lieutenant général en Guyenne eussent 
entrée dans la majson de Domesain. 

2. — Jean d'Armendaritz, seigneur d'Armendaritz, 
ancienne baronme vassale du roi de Navarre, était 
un seigneur catftlique qui prit une part importante 
à la guerre civile de 1569 en Béarn. 

3. — Henri d'Albret, roi de Navarre, père de Jeanne 
d'Albret, mort en 1555. 



- 159 — 

déelairé ingnocent de tout ce que luy avoit esté mis 
à l'ayant. Mais ehtre-deux il a souffert et paty en sa 
personne et bien plus que son eage ny moyens ne le 
pou voient permectre. Et si encores de nouveau, pour 
ne le laisser en reppoz que le moings qu'il sera pos- 
sible^ s'estant luy rendu prisonnier entre les mains 
des juratz de Saint-Jehan pour ung crime ordinaire 
advenu en leur juridiction et dont la congnoissance 
leur en appartient, et despuis que le procès luy a 
esté par eulx instruict et mis en estât de juger, on le 
luy auroit évoqué en Béarn contre les previllèges du 
pays et commis l'instruction de ce qui reste à cinq 
juges de la religion prétendue, qu'il tient pour par- 
tyes formelles; d*aultant que tout le mal que l'on luy 
veult ne procède que de ce que, du commencement 
que aucuns proposèrent aux Estatz qu'il failloit avoir 
ministres de ladicte religion prétendue dans le pays, 
il respondit qu'il ne les failloit pas appeler ministres 
de Dieu puisqu'ilz sortoyent des limites de la foy, et 
qu'il n'estoit besoing que l'on permit aucunement 
telle introduction. Et voilà d'où toute la haine que 
l'on luy porte a prins l'origine. 

Et n'est merveilles si on est entré dans le pays avec 
une si grande feurye contre eulx et ceutx qui ont 
tousjours contredict à ladicte religion et procédé si 
extraordinairement, comme ilz ont faict contre toute 
équité et raison, sans les avoir ouyz ni sommez d'al- 
léguer leurs raisons; car que eust-l'on faict pis au 
Turcq que de l'abandonner à la feurye du peuple, 
deffendre par tout le pays de ne leur bailler ny admi- 
nistrer aucune chose, et ordonné que, partout où ilz 
seroyent veuz, on les poursuyvit à rejrtc de campane * 

i. — A repic de campane, à son de cloche. 



i 



r 
I 



— 160 — 

et tailler tous en pièces, prias et saisy leurs maisons 
et biens. Hais on ne le doibt trouver estrange d'eulx<» 
veu qu'ilz ont, longtemps y a, désiré leurs vyes et que, 
quant ilz seroient mortz, on pourroit faire estendre 
ladicte religion tant et si avant qu'ilz voudroient; car 
leurs depportementz, quant ilz se sont veus maistres 
au pays, le démonstrent assez. D'aultant qu'ilz ont 
faict contre la religion catholique tout le pis qu'ilz 
ont peu; ayant brusié et tiré à l'arquebouze le corps 
de Nostre Seigneur, rompu croix et images, desrobbé 
et faict estable des esglises, baptu et rançonné les 
presbtres, forcé filles et femmes et saccaigé tout le 
pays; par où on peult congnoistre aisément que leur 
persécution n'estoyt poinct contre les rebelles, sinon 
contre la religion et ceulx qui la veullent maintenir. 
Et fault noter que^ si les armes eussent esté prinses 
du costé des catholiques pour autre chose que pour 
le soustenement de la religion, que, sans porter le 
respect qu'ilz ont monstre à Mons' le Prince, ilz 
estoient en l'entreprise de Garris ^ en plus grand 
nombre sans comparaison que la force que ledict s. 
prince avoyt pour faire passer en ladicte Basse 
Navarre 3, et que aisément on l'eust empesché d'en- 
trer en pays, encores qu'il eust ayecques luy tous les 



1. — Garris, canton de Saint-Palais, arrondis- 
sement de Mauléon. — L'entreprise de Garris est 
le siège de la ville et remprisonnement du capitaine 
La Lane par les révoltés de la Basse Navarre. Voyez 
cy-dessus la note i, p. 155. 

2. — Aussitôt après l'arrestation du capitaine La 
Lane, Jeanne d'Albret envoya son fils avec des trou- 
pes en Basse Navarre. Les révoltés se réfugièrent 
dans les montagnes et peu à peu se dispersèrent. 
Voyez le récit de Bordenave, p. 145. L'expédi- 
tion du jeune prince alarma tellement' l'ambassadeur 



,0 . 

-- 161 — 

rebelles du Roy retirez en Béarn et tous ceulx de leur 
religion subjectz de Sa Majesté qu'ilz avoient peu 
amasser. Mais ilz voulurent monstrer acte d'obéis- 
sance au Prince en se retirant, comme ilz firent pen- 
sant qu'il vint en intencion de vouloir entendre la 
cause dudict mouvement et faire droict à chascun là 
dessus. Touteffoys tant s'en fault qu'il l'ayt faict que 
an contraire il a tasché de faire le pis qu'il a peu 
contre eulx. Il est vray que lesdictz catholiques ne 
luy en donnent pas le blasme à cause de son eage, 
mais bien à ceulx qui ont procédé en ceste façon 
soubz son nom^ dont les principaulx d'eulx ont esté 
les solliciteurs ausdictz catholiques de prendre les 
armes, atfin que entre-deux ilz eussent moyen de faire 
leurs affaires comme ilz ont faict. 

Et n'estans poinct contans d'avoir procédé par 
telles voyes indues en tout ce que dessus, ilz ont 
tenu les Estatz, absentz les principaulx gentilzhom- 
mes du pays. Et y ayant appeliez ceulx qui n'ont 
oncques eu voix ny place en iceulx, ont arresté et 
conclud tout ce qu'ilz ont volu contre toute forme 
d'Estatz, qui ont accoustumé d'estre permis libres, 
pour proposer griefz et poursuivre la repparation 
d'iceulx et non les armes à la main, comme on a 
faict. Surquoy lesdictz catholiques absentz auroient 
protesté de nullité et envoyé leur protestation à la 
Royne. Touteffoys sans avoir aucun esgard à tout 
cella auroit faict passer oultre. 

Ce que lesdictz catholiques ne trouvent poinct 
estrange, d'aultant que, quant ilz seroient fundez du 

"d'Espagne en France, don Francis de Alava, qu'il 
informa Philippe II de Timminence d'une invasion en 
Aragon. Ce smgulier avis est conservé aux Archives 
nationales, K. 1511, n^ 30, orig. sans date. 

11. 



— 162 - 

meilleur droict du monde, ladicte dame n'aproveroit 
jamais leu» raisons, pour estre tout son conseil 
composé de gens faisans profession de ladicte relli- 
ligion prétendue et par conséquant partyes formelles, 
par l'advis et conseil desquelz, ou que ce soyt qu'ilz 
n'ayent en rien volu contredire ladicte dame, elle 
auroit prins et saisy les commanderyes d'irissary * et 
d'Appât^, qui sont de l'ordre et disposition de Malte, 
et en auroit despossédé les titullaires pourveuz par le 
grand Maistre dudict Halte, et icelles données à deux 
de ses serviteurs domestiques, au grand mespris et 
escandalle de toute la Crestienté et mesmes dudict 
pays; qui ne peult moings espérer à Tadvenir que de 
veoir les bénéfices d'icelluy conférez à gens de ladicte 
religion prétendue; veu que en Béarn elle en a faict 
de mesmes. 

Car, à son dernier retour de France, elle auroit 
baillé commission pour entièrement en toutes villes 
et lieuK dudict Béarn exterminer l'usage et exercisse 
de la religion catholique, saisi plusieurs bénéfices 
vaccans et estably trésorier exprès pour faire recepte 
des rentes et revenuz d'iceulx, inhibé et deffendu à 
tous évesques et prélatz de conférer aucun bénéfice, 
ordonné que nulles bulles du Pappe eussent lieu en 
ses terres^ s'apropriant à elle toutes collations et 
présentations desdictz bénéfices, sauf des patrons 
lais; lesquelz pourtant estoyent constrainctz, suy- 
vant ses ordonnances 3, de présenter lesdictz béné- 



i. — Irrissarry, commanderie de Malte, canton 
d*Iholdy (Basses- Pyrénées). 

2. — Aphat-Ospital, commanderie de Malte, com- 
mune de Saint-Jean-le- Vieux (Basses-Pyrénées). 

3. — Ordonnances de Jeanne d*Albret, juillet 1566. 
Ces ordonnances ont été publiées par M. Lafforgue, 



- 163 - 

fices à personnes de ladicte religion prétendue ^. 

Davantaige, comme il est clair à ung chascun, elle 
auroit faict abaptre les images par les esglises des 
principalles villes dudict Béarn; assavoir, à Pau, 
Lescar, Oleron, Orthez, Saubaterre, Salies et Beau- 
locq^ et en une infinité de villages, et faict interdire 
Texercisse de la religion catholique où il y a plus de 
vingt mil âmes qui vivent sans aucune religion 3. Et 
encores que, aux derniers Estatz dudict Béarn, les 
catholiques eussent poursuivy la repparation et réin- 
tégration de Texercice de ladicte religion catholique, 
touteffoys ilz ne sceurent tant faire que ladicte dame 
leur octroyast leur tant juste demande; si bien que, 
sans entendre en autres affaires ny prendre aucune 
conclusion d'Estatz, iesdictz.catholiques se retirèrent 
avec beaucoup de menasses que ladicte dame leur 
fit de les mal traicter. 

Et d'aultant que toutes ses actions ne tendent que 
à l'abolition de ladicte religion catholique, et voyant 
que, par les moyens qu'elle a faict user, elle ne peult 
réduire le peuple en si grand nombre qu'elle voul- 
droit à ladicte religion prétendue, elle se seroit 
advisée de faire dresser ung coUiège à Orthez ^, et 

{Hist, d'Auchy t. i, p. 385) et plus correctement par 
M. Soulice dans le Bulletin de la Soc. de VhisU du 
ProL français, 4891, p. 292; 

1. — Toutes ces affirmations sont mensongères ou 
exagérées jusqu'à Tin vraisemblance. 

2. — Sauveterre, Salies, Belloc. 

3. — Sans aucune religion, c'est-à-dire sans 
aucune pratique de la religion réformée. 

4. — L'ordonnance de Jeanne d'Albret portant règle- 
ment et organisation de Tacadémie protestante dX)r- 
thez porte la date du i^^ avril 1568. Elle a été publiée 
plusieurs fois, notamment par M. Felice : Les lois 
collégiales de Vacadémie du Béarn, 1889^ in-8<». 



- 161 — 

rois des rëgens faisans professions d'icelle, commandé 
à tous pères d'envoyer leurs entans audict colliège, 
et deffendu de n'entretenir aucuns particuUiers 
pedaguogues en leurs maisons. Et ce affin que les 
enfans soyent instruiclz en ladicte religion et que à 
l'advenir^ la catholique n'ayt lieu audict pays. 

Voila doncques en partye lés occasions qui les ont 
contrainctz de prendre les armes, dont, pour n'estre 
prolixe, ilz laissent une infinité d'autres sans les 
rédiger par escript; estimant que, en ce qui est 
comprins aux prësens articles^ il se trouvera assez 
de matière suffisante pour faire congnoistre que, 
non sans cause légitime, ilz se sont desclairez en cela. 
Faict à Eyheralarre * le XXIIII® mars 1568. 

Charles de Lusse. 

Domesaing. 

A. de Chaux. 

Gabriel du Hart. 

Armandaris. 

Jan d'Esparça. 

Artyeda*. 

1. — Eyheralarre est le nom basque de Saint Michel 
au pays de Cize, en basse Navarre, canton de Saint- 
Jean-Pied-de-Port (Basses-Pyrénées.) (Note comm. par 
M. Labrouche, archiv. des Hautes-Pyrénées). 

2*. — Charles de Luxe, nommé dans les Mémoires, 
(p. 113). — Valentin de Domesain, nommé cy-dessus 
(p. 157). — Antonin, vicomte d'Etchaux (ou de Chaux, 
suivant sa signature), seigneur catholique capitaine 
de gens de pied dans l'armée que Terride conduisit en 
Béarn. — Gabriel d'Uhart, baron d'Uhart, lieutenant 
de Domesain pendant la guerre de 1569. — Jean 
d^Armendaritz, nommé cy-dessus (p. 158). — Jean 
d'Esparça. — Jean de Beaumont- Navarre, seigneur 
d'Artieda par son mariage avec Leonor de Esparça y 
Artieda (Jaurgain, Revue de Béarn^ 1884, p. 292). 



II 



Les Articles en voiez au Roy parla Royne de Navarre 
présentent la jmtification de la princesse vis à vis de 
ses sujets révoltés et le tableau des plaintes du parti 
réformé. Jeanne parle de ces Articles dans ses Mémoires 
(p. 60). La reine mère crut y reconnaître l'dpre 
langage des conseillers du prince de Condé. Il est cer- 
tain que le porteur^ la VaupilièrCy était passé par 
Noyers et il serait possible que le post-scriptum ait été 
ajouté à Noyers. 

Voici les circonstances qui donnèrent naissance à 
ces Articles. 

A la suite de la déclaration de guerre des gentils- 
hommes de la Basse Navarre^ Jeanne d'Albret ordonna 
le siège du chdteau de Garris, du haut duquel Luxe 
et ses complices avaient Vaudace de braver leur souve- 
raine^ quand Bertrand de Salignac de la Mothe Féne- 
Ion, au nom du roi de France^ offrit sa médiation. Il 
obtint facilement le pardon des rebelles et les réintégra 
dans leurs biens et dans leurs dignités. En retour , la 
reine de Navarre^ par les présents Articles, adressa 
requête au roi contre les injustices et les violences du 
parti catholique en Guyenne. 



— 166 - 

Nous sommes heureux de pouvoir y joindre la 
la réponse du roi, qui reconnait à la fois le bien fondé 
de la plupart des plaintes de la reine de Navarre et 
son impuissance à lui rendre justice. 

Ces deux documents sont inédits et sont conservés 
en copie du temps dans les V^ de Colbert, vol. 24, 
f. 167 et 179. 



Articles envoiez par la royne Jeanne de Navarre 

AU ROY TANT SUR l'oBSERVATION DE l'ÉDIT 
DE PAGIFIGATION QUE POUR LE GOUVERNEMENT 

DE Guyenne; 

GeSD. ARTICLES PORTES PAR LE S. DE YaUPIUÈRE 



7 et 31 juillet 1568 



Lettre de créance en faveur du s. de Vaupilière. — 
La reine de Navarre a pardonné à ses sujets 
rebelles suivant les désirs du roi. — La paix géné- 
rale dépend de Tobservation de Tédit de pacification. 
— Plaintes contre les arrêts du parlement de Tou- 
louse et les meurtres commis par Biaise de Monluc 
en Guyenne au mépris de l'amnistie. — La reine 
de Navarre proteste contre la prétention de Monluc 
de mettre garnisons en certaines villes qui lui 
appartiennent. — Elle proteste contre la mission 
du président de La Perrière en Soûle. — Elle pro- 
teste contre un arrêt du parlement de Bordeaux. — 
Elle proteste contre l'ingérance du s. de Bellegarde 
dans le comté de Foix — Elle invite le roi à 
envoyer un prévôt des maréchaux dans led. comté 
pour réprimer les séditieux. — Elle demande au 
roi de donner au prince de Navarre, lieutenant 
général en Guyenne, mission et pouvoir de par- 
courir son gouvernement. — Prière de révoquer le 




— 188 — 

B. deMontaut, investi par Monluc du gouvernement 
des Landes. — Prière de délivrer de leurs garni- 
sons certaines villes de Vendomois, de Picardie et 
de Guyenne qui appartiennent à la reine de Navarre. 

— Nouveaux griefs de la princesse contre Monluc. 

— Excès de pouvoir de Bellegarde dans le comté 
de Foix. — La faveur que la reine de Navarre 
demande pour son fils a été accordée au duc de 
Guise en Champagne. — Plaintes contre le s. du 
Lude, qui a cessé de mentionner le nom du prince 
de Béarn en tête de ses actes. — Excès des com- 
pagnies royales en Picardie, Limousin et Poitou. 

— Garnison de la compagnie du prince de Béarn. 

— Plaintes contre les violences de certains capi- 
taines dans le comté de Foix. 



Le sieur de Vaupillière *, envoyé au Roy de la part 
de la Royne de Navarre, remerciera très humblement 
Sa Majesté de la faveur et honneur qu il luy a pieu 
faire à lad. dame de luy confirmer par Monsieur de 
la Molhe Fenellon^, chevalier de son ordre, Tamiclyé 
qu'il luy a tousjours portée, la suppliant très hum- 
blement de luy vouloir continuer, comme à celle 
qui est honnorée de luy estre si proche et qui pei*sé- 
verera toute sa vie au debvoir de la fidélité et sub- 
jection qu'elle luy doibt. 

Fera pareillement entendre à Sad. Majesté comme 
ayant lad. dame receu l'advis et conseil qu'il luy a 
pieu luy donner pour mectre fin aux troubles de son 

\. — Antoine Martel, s. de la Vaupilière. Voyez les 
Mémoires j p. 60. 

2. — Sur la mission de la Mothe Fénelon. Voyez 
les Mémoires^ p. 54. 



— 169 — 

royaulme deçà les Ports*, combien qu'il luy semblast 
qu'elle ne feust pas par là si bien satisfaicte de ses 
subjectz sur les choses passées que le cas le requéroit. 
Néantmoings, pour le respect qu'elle a voulu porter 
et portera tousjours à ce qui luy viendra de la volonté 
de Sad. Majesté, elle a, promptement et sans retar- 
dement ne difficulté quelconque, encline aud. advis 
et conseil, et l'a observé de poinct en poinct; ainsi, 
que le pourra bien tesmoigner led. s. de la Mothe; 
lequel s'est bien et dextrement employé à ceste négo- 
ciation pour amener au vray chemin d'obéissance 
lesd. subjectz, qui, trop inconsidérément, se vou- 
loyent rendre difficiles à se départir de leurs pré- 
tentions et entreprinses, qui ne peuvent entetidre ne 
consentir à la paix et repos du monde. Toutesfoiz 
les choses ont si généreusement succédé qu'ayant, 
lesd. subjects, recongneu lad. dame et s'estant humi- 
liés à elle selon leur debvoir, elle les a bien bénv* 
et receuz en sa bonne grâce, en laquelle elle les 
veut maintenir comme ses bons et loyaulx subjectz 
et serviteurs, et, pour ne souvenir jamais du passé, 
si-eulx mesmes ne le font revivre; ce qu'elle estime 
qu'ilz ne vouldront pas faire, maiz plustost qu'ilz luy 



i. — Ports, portus. On désigne soua ce nom sur la 
frontière d'Espagne les vallées qui traversent les 
Pyrénées. 

2. — Ce mot tranche une question qui était restée 
incertaine. Lorsque La Mothe Fénelon eut obtenu la 
grâce des seigneurs révoltés, il fut décidé qu'ils 
iraient en personne à Pau pour implorer leur pardon. 
D'après Olhagaray, Jeanne leur adressa d'amers 
reproches et leur reprocha leur déloyauté (p. [>73). 
D'après Bordenave, au contraire, elle les « caressa 
bénignement » et les combla de présents (p. 150). Le 
passage cy-dessus tranche la question en faveur de 
Bordenave. 



- 170 - 

donneront occasion par leurs bons offices de leur 
continuer la bonne affection qu'elle leur porte et de 
les grattifier en tout ce qu'il lay fera plaisir; à quoy 
lad. dame sera tousjours bien disposée et de très 
bonne volunté. 

Remonstrera aussi, led. s. de Vaupilliëre, qu'ayant 
pieu i Dieu faire à Sad. Majesté la grâce de remectre 
son royaulme en paix et trausquillité, lad. dame, 
Royne de Navarre, a de quoy se resjouir de ce grand 
bénéfice aultant et plus que nul aultre de ses sub- 
jectz, voyant par là Sad. Majesté en repos et prévo- 
yant aussi que, de la continuation des troubles, ne se 
pouvoit actandre que l'entière ruyne et dislocation 
de sond. royaulme et subjectz; toutesfois qu'il 
semble, par les actions et desportemens dont on use 
en la pluspart des endroictz dud. royaulme, ne vou- 
lant en aulcune manière recevoir ne entretenir 
l'édict de paciffication, qu'on ait délibéré de recom- 
mencer ceste piteuse tragédie; à quoy pourtant tous 
les gens de bien dud. royaulme ne pourront donner 
consentement. Supplye très humblement lad. dame, 
royne de Navarre, Sad. Majesté de vouloir, par son 
auctorité et de l'advis de ses plus fidèles subjectz et 
serviteurs, pourvsoir là dessus tellement que, faisant 
cesser les meurtres et massacres, pilleries et tous 
aultres excès et cruaultés, qui se commettent contre 
sesd. subjectz qui font profession de la religion 
réformée, ostant aussi tout ce qui peult engendrer 
subçon, comme font les armées que les gouverneurs 
des provinces tiennent encores levées, les gens des 
garnisons qui vivent à discrétion sur le peuple, et 
faisant par Sad. Majesté indifféramment congnoistre 
à sesd. subjectz quelle s'asseure d'eulx sans aulcune 
deffiance de leurs bonnes intentions, on puisse jouyr 



- 171 - 

• 

du repos auquel il a pieu à Dieu remectre led. 
royaulme par le moyen d'ieelluy édict; de l'obser- 
vation et entretenement duquel il est certain que 
dépend la paix et tranquillité dud. royaulme. 
Comme au contraire la rupture nous ramènera tous- 
jours aux troubles plus dangereux qu'on ne les a 
jamais apperceuz ny sentiz. Et si y a grande appa- 
rence qu'en plusieurs endroicts d'ieelluy royaulme 
les subjectz de Sad. Majesté^ si laz et travaillez du 
passé que maintenant ilz ne désirent qu'ung peu 
de relasche et de reprise d'aleyne par le bénéfice 
dudict édict, la pluspart des catholicques, scachant 
bien que l'intention de Sadicte Majesté est que son 
édict soit entretenu et s'asseurant que ladicte rump- 
ture ne pourroit procéder que de quelques particul- 
liers séditieux, ennemys de paix et de concorde, de 
mesme de la couronne de France, bazarderont fran- 
chement leurs vies avec les autres bons subjectz de 
Sadicte Majesté qui se voudront s'opposer à la viol- 
lance qu'on vouldroit entreprendre de faire contre 
et au préjudice d'ieelluy édict au desceu et contre la 
volunté de Sadicte Majesté; à laquelle ladicte dame, 
reyne de Navarre, supplye très humblement de 
prendre de bonne part ceste remonstrance, qui luy 
est faicte d'une pure et très bonne intention par celle 
qui désire de toute son affection l'accroissement de 
son estât avec bonheur et toute prospérité. 

Et pour toucher à quelques particularités de ce 
qui s'est passé en la Guyenne et en Languedoc, par 
oii l'on a peu prendre advis qu'il reste encores beau- 
coup de mauvaise volunté en aulcuns espritz turbu- 
lents^ qui ne cesseront jamais qu'ilz n'ayent, si leur 
est possible, remys la France en la calamité des 
troubles qu'encores elle lamenta, ladicte dame 



1 



— 172 — 

envoyé l'arrest de la cour de Parlement de Tholose 
sur la publication dudict édicté et les coppyes de 
deux lettres missives, l'une de Mons. de Honluc 
escripte à Mons. de Gondrin ^, et l'aultre de deux 
cappitoulz dudict Thoiose, envoyez en court, qu*ilz 
ont aussi escriptes à leurs compaignons; par oii il se 
pourra juger s'il y a occasion de doubler de l'entre- 
tenement dudict édict. Joinct aussi à tout cela les 
meurdres^ massacres et penderies qu'on a faictes de 
ceulx de ladicte religion réformée audict pays de 
Guyenne et de Languedoc, et nominément ledict 
sieur de Monluc, qui, entre les autres qu*il a faictz 
mourir depuis ledict édict, a faict pendre et estrangler 
sans formalité de justice ung nommé le cappitaine 
Mesmes^, homme de bien et bon soldat, nepveu du 
s. de Rouessy. 

Le semblable a esté faict d'ung garde des parcqs 
de ladicte dame, reyne de Navarre, dont elle se 
treuve grandement offensée; davantage, infinies 



1. — Arrêt de la cour de Toulouse qui repoussait 
redit de pacification rendu après la paix de Long- 
jumeau. Voyez les Mémoires^ p. 60. 

2. — Bertrand de Pardaillan, baron de la Mothe 
Gondrin, capitaine catholigue, fils de Biaise de Par- 
daillan de la Mothe Gondrin, tué à Valence en 1562. 
Bertrand était sénéchal des Landes en 1573, gentil- 
homme de la chambre du roi en 1580, et vivait 
encore en 1603. 

3. — Jehan de Mesmes, capitaine protestant, ori- 
ginaire de Mont-de-Marsan, avait pris part à la guerre 
civile de 1562. Voyez les Commentaires de Monluc, 
édit. de la Soc. de Thist. de France, t. m, p. 15, note. 
Il fut fait prisonnier en pleine paix au commence- 
ment de 1565, conduit à Condom et condamné peu 
après. sur les instances de Monluc. Voyez les lettres 
de l'atueur des Commentaires du 2 et du 4 mars 1565 
(t. V, p. 10 et 12). 



r 



— 173 — 

pilleries, excès et insolences se sont commises depuis 
ledict édict et se continuent encores. Au moyen de 
quoy et voyant d'autre part les ligues que ledict 
sieur de Monluc a faictes en Guyenne, les garnisons 
qu'il tient aux villes et qu*il praticque d'y maintenir 
et augmenter comme s'il n'estoit rien de la paix, et 
que les officiers de la justice, tant de Sa Majesté que 
ceux de ladicte dame du ressort de Tholose et de 
Bourdeaulx, ne sont encore rentrez en l'exercice de 
leurs charges ny une infinité de gens de ladicte reli- 
gion réformée en leurs maisons; mesmes audict 
Tholose, retiennent encores prisonniers ung grand 
nombre de gens de ladicte religion, qu'ilz ne veuillent 
mectre en liberté selon la teneur d'icelluy édict; 
cella faict qu'une infinité de personnes sont comme 
en désespoir et pensent de si près à leurs affaires 
qu'il en pourroit sortir quelque grand inconvénient, 
et s'il n'y est bien promptement et dextrement 
remédié; combien que ladicte dame ne cesse jamais 
d'asseurer et les ungs et les autres de Tintention de 
Sadicte Majesté, qui est que icelluy édict soit invio- 
lablement gardé et observé et que chacun vive en 
paix et transquillité soubz l'obéissance d'icelluy édict. 
Aussi désire bien lad. dame que Sad. Majesté soit 
informée que led. s. de Monluc, pour faire tousjours 
choses nouvelles et principallement qui puissent 
desplayre ou préjudicier à icelle dame, a mys en 
délibération de mectre garnison à Saint-Sever, Gre- 
nade, CazereSj Ayre, Barsalone, Naugarro, Riscle, 
Mauburguet, Marsiac, Tarbes * et autres lieus, joi- 

1. — Saint-Sever (Landes). — Grenade (Landes). 
— Gazeres (Landes). — Aire (Landes). — Barcelonne 

{Gers). — Nogaro (Gers). — Riscle (Gers). — Mau- 
)0urguet (Hautes -Pyrénées). — Marciac.(Gers). 



- 174 — 

gnans et contigus du pays de Béarn, mesmes jMsqaes 
à parler d'en mectre à Nérac, à Ghastelgeloux et le 
Mas d'Agenoys S qui sont les principajles maisons 
de lad. dame en son duché d'Albrét, où elle a bonne 
partye de ses meubles et papiers; ausquelz lieux il 
n'en fut jamays ordonné ny logé pour estre la plus- 
part d'ieeulx anx comtés de Bigorre et d'Armagnac, 
appartenaos à lad. dame et de tout temps exemps 
de telles charges. Au moyen de quoy luy seroit faict 
trop grand tort et préjudice de la priver de ceste 
longue possession, droict et auctorité qu'elle y a; et 
encores plus de faire par ceste occasion si évidente 
démonstration que Sad. Majesté fust entrée en quel- 
que deffiance de sa loyauté. 

A ceste cause supplye très humblement d'ordonner 
et commander que lesd. garnisons ne seront point 
mises ausd. lieux, ne aultres proches dud. pays sou- 
verain de Béarn, ou qui soyent appartenans à lad. 
dame et en possession de n'en avoir poinct. Car 
malaisément pourroit elle souffiir chose quelconque 
dud. s. de Honluc^ qui offensast sa grandeur et 
réputation, ou qui la mist en subson de deffiance 
envers Sadicte Majesté; de laquelle elle scaura et 
vouldra tousjours bien prendre ce qui luy viendra 
de sa propre volunté et y obéyra sans aucun regrect 
ne contradiction. Se fiant aussi, tant de l'amictyé 
que Sad. Majesté luy a tousjours portée et qu'il luy 
plaist encores luy continuer, qu'il ne sera jamais par 
son advis et consentement faict à lad. dame traicte- 
menl indigne de l'honneur qu'elle a de luy appar- 
tenir et de la fidellité et loyaulté qu'elle et ses 



\. — Nérac, (Jasteljaloux, le Mas d'Agenais (Lot- 
et-Garonne). 



r 



— 176 - 

prédécesseurs onl tousjours gardée au service de sa 
couronne, pour la conservation de laquelle il n'y a 
subject de Sa Majesté qui ait plus d'affection ny de 
moyen que lad. dame et led. s. prince son filz; les- 
quelz, pour ces considérations et de l'honneur qu'ilz 
ont d*en deppendre et en estre si proches, ne deman- 
dant pour toutes choses que la bonne grâce de leur 
Roy, doibvent estre plus respectez que celluy qui 
ne va que comme le gain, l'ambition ou la vindicte 
le poulsent, et duquel ladicte dame ne peult et ne 
veult rien plus souffrir en ce qu'il entreprendra de 
son particulier et au pardessus ce qui estetdeppend 
de sa charge. Et sçaura lad. dame bien congnoistre 
ce qui appartiendra à son estât, concernant le ser- 
vice de Sadicte Majesté pour y satisfaire, comme au 
contraire, en ce qui n'en deppeudra et n'en sera 
poinct, elle s'asseurera de bien pourveoir à l'arrester 
et faire contenir en ses limites sans passer plus 
ouitre. Estimant que Sadicte Majesté ne vouldra pas 
aprouver que quiconques que ce fust abusast de son 
nom et aultrement et s'en fortifiast pour l'exécution 
de ses mauvaises intentions, spéciallement à Ten- 
droit de lad. dame reyne de Navarre ; laquelle est 
assez advertye que icelluy s. de Monluc, par ses 
promptes et légères despesches et pour faire à l'acous- 
tumé valloir sa marchandise, a donné beaucoup 
d'advis à Sad. Majesté, mesme depuis^que Mons. de 
la Mpthe Fénelon est premièrement venu en ses 
quartiers. Lesquels advis se trouveront tousjours 
catumpnieulx ; s'en remettant lad. dame aud. s. de 
la Mothe, vray tesmoing de ses actions et desporte- 
mens, despuis le commencement de la négociation 
des affaires pour lesquelz Sad. Majesté l'avoit despes- 
ché par deçà. 



— 176 — 

Ladicte dame royne de Navarre a par cy devant 
supplyé très humblement Sad. Majesté de luy faire 
justice de ceulx du pays de Soulle^, qui sout entrez 
armez en assemblée et congrégation illicite en ses 
royaulme et pays souverains^ ou ilz ont exécuté plu- 
sieurs actes d'hostilité, voilé et pillé ses naturelz 
subjetz et aulcuns aussi de Sad. Majesté^ qui s'y 
estoient retirez pour la seureté de leurs biens et vies, 
desquelz ilz en ont meurdry aucuns qu'ilz ont par 
viollence transportez dud. pays souverain aud. 
Soulle, pour là exécuter sur eulx leur rage; à quoy 
Sad. Majcbté avoit pourveu, escripvaiit à Mons. de 
la Perrière^, président en la court de Parlement de 
Bourdeaulx, qu'il eust à s'en aller aud. Soulle pour 
en informer et en faire justice et à Messieurs de lad. 
court d'y tenir la main, et à ceste fin permettre aud. 
s. président de faire led. voyage. Là dessus lad. 
court a expédié commissaire aud. s. de la Perrière 
pour procéder jusques au jugement de tortures; 
lequel estant aud. Soulle, principalement pour faire 
publier l'édict de paciffication, a trouvé aud. pays 
fort peu de respect, comme il se pourra tousjours 
bien aysément veoir. Néantmoings après si longue 
contestation et avoir faict par lesd.habi tans plusieurs 
protestations, lad. publication d'édict a esté faicte; 
et passant oultre par led. s. de la Perrière, sans auc- 

s 

1. — Soulèvement de la Basse Navarre. Voyez les 
Mémoires, p. 50, et la pièce justificative n® 1, 

2. — Louis Goyet de la Perrière, avocat général 
au parlement de Bordeaux, puis quatrième président 
à ladite cour, fut investi le 18 juin 1570 de la charge 
de premier président en place de Jacques-Benoist 
de Lagebaston, et y fut reçu le 18 août (Registres 
secrets du parlement de Bordeaux, copie conservée 
à la Bibliothèque de Toulouse, B. 161, f. 51 et suiv.). 



— 177 — 

torîté ny pouvoir qa'il en eust et au grand préjudice 
dudîct édict, a tenu en suspens aucuns officiers de 
Sad. Majesté de l'exercice de leurs estatz, et commis 
autres leurs délateurs en leurs places; qui a faict 
penser à lad. dame royne de Navarre, voyant ceste 
manière de procéder et pour autres considérations 
aussi, qu'elle ne pouvoit espérer de cest endroict la 
justice qu'elle demande des cas et excès susditz 
commis en sesd. terres souveraines. Et par ce a dif- 
féré de faire vacquer à lad. information jusques 
après en avoir faict à Sad. Majesté remonstrance 
avecq très humble requeste de luy ordonner autres 
commissaires, desquelz lad. dame n'ait suspeçon 
aulcun ; ce qu'elle luy supplye luy voulloir accorder *. 
Pareillement, sur la déclaration qu*il a pieu à Sa 
Majesté faire expédier touchant larrest de la court 
de Parlement de Bourdeaulx donné à la défaveur de 
ladite dame royne de Navarre, Sa Majesté sera sup- 
plyée d'ordonner que lad. dame soict pour ce regard 
mieulx satisfaicte, et que led. arrest soict biffé ou 
rayé des registres de lad. court comme donné sans 
fondement ne occasion quelconque, partye non oye 
et par juges incompétans, qui n'ont nulle puissance 
ny auctorité du faict des armes ^; ainsi que led. s. 
de Vaupillière remonstrera plus amplement. 



1. — Le récit de la mission du f)résident de La 
Ferrière en Soûle est exposé dans une analyse 
publiée par M. de Jaurgain (Revue de Béarn, 1884, 
p. 293). La mission de La Ferrière fut courte. Parti 
de Bordeaux le 18 mai il rentra à Bordeaux le 
13 juin. 

2. — Il s'agit ici dès arrêts du parlement de Bor- 
deaux en vertu desquels le président de La Ferrière 
fut envoyé dans la Basse Navarre pour publier Tédit 
de Longjumeau. Toutes les copies des registres 

12. 



— 178 - 

Entre les autres auctoritez et libériez dont lad. 
dame est en possession immémorialle en son comté 
de Foix., les habitans sont exemptz de garnison de 
gens de guerre et de tous subsides et impositions de 
deniers, et d'avantage n'y a eu jamais lieutenant de 
Roy, en quelque province que ce soit du royaulme, 
qui ayt entrepris de commander aud. pays de Foix, 
mais en a tousjours demouré l'auctorité au Comte 
qui, soubz Tobéissance et par le service de Sa Majesté, 
y a absolument commandé. Et combien que le s. de 
Bellegarde S qui se dict avoir charge en certains 
eudroictz sous led. s. de Honluc, ne puysse ignorer 
telles auctoritez, néantmoings, il a, ces jours passez, 
mandé aux habitans de certaines villes dud. comté 
qu'ilz n'eussent à faillir de recevoir les garnisons 
qu'il avoit délibéré d'y envoyer. De quoy estant lad. 
dame advertye, elle a mandé à ses subjectz, soubz la 
souverineté de Sa Majesté, de ne luy obéyr poinct^ 
actendant qu'elle en auroit donné advertissement à 
Sad. Majesté, pour en avoir desclaration expresse^ 
laquelle elle supplye très humblement luy vouloir 
accorder et faire expédier, à ce que suivant lesd. 
auctoritez, libertez et possession^ lad. comté demeure 
exempte desd. garnisons et de tous subsides et impo- 
sitions de deniers, sans qu'il soict permys à aucun 
d'entreprendre au contraire en façon ne manière 



secrets du parlement de Bordeaux, celle de Bordeaux 
celle des Bibliothèques de Paris et de Toulouse conte- 
nant une lacune d'août 1566 au 14 novembre 1570, 
ces arrêts n'existent plus. 

1. — Roger de Saint-Lary de Bellegarde, père du 
maréchal Roger de Bellegarde, lieutenant du roi en 
Comminges sous le règne de Charles IX, tué à la 
bataille d'Arnay-le-Duc en 1570. Secousse a écrit 
sa vie. 



f 



- 179 - 

quelconque. Et par ce que lad. dame se confie tant 
en Sad. Majesté qu'elle luy vouldra conserver ce que 
ses majeurs et aucteurs luy ont acquis par la fidélité 
qu'ilz ont tousjours porté et les services remarquables 
qu'ilz ont faictz à sa couronne, à laquelle elle n'a 
pas moins d'afiection, elle n'en fera pour ceste cause 
icy plus ample remonstrance ; seullement persistera 
à sa très humble requeste de la maintenir en ses 
droictz, auctoritez et possession susdites. 

Et d*aultant que le pays de Foix et plusieurs 
autres terres et seigneuries, que lad. dame tient 
soubz l'obéissance de Sa Majesté, sont, à son très 
grand regret, par trop fornys de gens insollens et de 
mauvaise vie qui, pour la confiance et seureté qu'ilz 
ont en plusieurs lieus inacessibles aux monts Pyren- 
nées^ proches et contiguz desd. pays, se sont telle- 
ment licentiez à mal faire et accreuz en nombre 
qu'ilz ne laissent maléfices qu'ilz ne commectent en 
tous lieulx et envers toutes sortes de gens, pour les- 
quels réprimer et punir plus promptement et faci- 
lement, sans entrer en longueur de procès ordinaires, 
il seroit expédient et nécessaire d'y faire procéder 
par ung prévost des mareschaulx, lad. dame reyne 
de Navarre supplye qu'il soit le bon plaisir de Sa 
Majesté de faire expédier sur ce commission adressée 
au premier sénéchal ou prévost des mareschaulx sur 
ce requis, qui jugera ses procédures à ung siège pré- 
sidial plus commode comme il advisera, interdisant 
à toutes courts de Parlement et autres la congnois- 
sance des causes dont led. prévost sera saisi et des 
deppendances d'icelles. 

Lad. dame royne de Navarre, ayant maintenant 
paciffié ce qui estoit troublé en ses pays souverains^ 
s'est résolue d'aller visiter ses terres et seigneuries 



— 180 — 

qu*elle tient soubz Tobéissance de Sa Majesté pour y 
recevoir ses hommages et faire le meilleur mesoage 
qu'il luy sera possible sur les grandes usurpations 
qui luy ont esté faictes, af&n que, par l'augmentation 
de son revenu, elle ait tant plus de moyen de conti- 
nuer à Sad. Majesté le secours qu'elle luy doibt et 
veult rendre tout le temps de sa vye. Et par ce que 
la pluspart desd. terres et seigneuries, comme sont 
le duché d'AIbret, les comtez d'Ârmagnac, de 
Roddez et de Périgort, la vicomte de Limoges et 
autres sont soubz le gouvernement de Guyenne, 
duquel led. s. prince de Navarre a esté honoré d'estre 
pourveu, et que lad. dame, en ce voyage et Visitation 
de terres, veult estre accompagnée dud. s. prince, 
son filz, lequel, pour estre le premier prince du sang, 
sembleroit estre par trop desiavorisé si, estant en 
sond. gouvernement^, il n'y exerçoit sa charge. 

A ceste cause lad. dame supplye très humblement 
Sad. Majesté, de permettre et commander aud. s. 
prince qu'il s'employe et face son estât, assisté toutes- 
foys de deux ou troys des seigneurs cy-après nommez, 
s'il plaise à Sad. Majesté le trouver bon ainsi. Qui 
sont : Messieurs de Candalle^ le marquis de Yillars, 
4e Biron, de Lauzun, de Caumont et de Jarnac^ par 
l'advis et conseil desquelz ou de ceulx d'entre eulx 
qu'il plaira à Sad. Majesté nommer et eslire, toutes 
choses passeront et seront traictées, et non autrement. 

Et s'il plaist à Sad. Majesté aussi elle prohibera à 



1. — Henri de Béarn avait été désigné comme gou- 
verneur et amiral de Guyenne peu après la mort de 
son père, par lettres du roi sans date, qui ne furent 
enregistrées au parlement de Paris qu après la paix 
d'Amboise, le 31 juillet 1563 (coll. du parlement, vol. 
556, f. 143.) 



— 181 - 

ung nommé Montault ^ d'exercer la charge qui luy 
a esté baillée par led. s. de Monluc du gouver- 
nement des haultes Lanues, comme il se verra par 
la coppie de l'expédition qui luy en a faicte, n'estant 
d'aucun besoing de pourveoir en ce quartier-là de 
ce nouvel estât, et quand, pour le service de Sa 
Majesté, il seroit nécessaire, led. s. prince de Navarre 
désireroit bien qu'il fust commis, pour commander 
en son absence, quelque gentilhomme expérimenté 
aux armes, qui sont partyes requises à une telle 
Xîharg.e, desquelles néantmoings ne s'en trouvera pas 
une seule aud. Montault. 

Quant au fait des garnisons, de Yendosme, Ham, 
la Fère, Lectoure, Rocquefort de Marsan 2 et autres 
villes appartenans à lad. dame, led. s. de Vaupillère 
est instruit de ce qu'il a à remonstrer et à poursuivre 
là-dessus, pour obtenir qu'il plaise à Sa Majesté 
remettre lesd. villes et autres, qui appartiennent à 
lad. dame, en pareille liberté qu'i^lles estoient aupa- 
ravant les troubles, sans gouverneurs ny garnisons 
aucunes, affin que les auctoritez de lad. dame estant 
conservées, ses subjectz soubz Tobéissance de Sa 
Majesté soyent aussi supportez et soulagez. 
Du YII« de juillet 1568. 

Jehanne. 

Outre le contenu en la présente instruction, led. 



1. — Jean de Puységur, s. de Montaut Brassac, 
seigneur catholique, originaire de Chalosse, parent 
de Biaise do Monluc, prit part à l'invasion de la 
Navarre en 1569. Il est souvent cité dans les 
Commentaires. 

2. — Vendôme (Loir-et-Cher), Ham (Somme), La 
Fère (Aisne), provenaient de la succession d^Antoine 
de Bourbon. Lectoure (Gers), Roquefort (Landes), 
appartenaient à la maison d'Albret. 



— 182 - 

s. de Yaupillère a eu charge et commandement de 
la royne de Navarre de dire et remonstrer de bouche 
à leurs Majestez, assavoir : sur le troysième article^ 
auquel lad. dame faict remonstrance de ce qui est 
nécessaire pour le repos et transquillité de ce 
royaulme, qu'il plaise à leursd. Majestez user de 
mesme conseil et advis qu'il leur a pieu donner à 
lad. dame. 

Sur les autres articles qui concernent Monsieur de 
Honluc, led. s. de Yaupillière a à remonstrer les 
actes et déportemens dud. s. de Monluc, qui sont : 
d*avoir mis les garnisons de sa propre auctorité, à 
Montignac le Comte et à Exideuil^, oii sont tous les 
papiers de lad. dame, mesmes ceulx qui concernent 
ses comté de Périgord et vicomte de Ly mosin ; d'avoir 
faict don à qui bon luy a semblé des biens des sub- 
jectz de leursd. Majestez et de lad. dame, et mesmes 
dud. s. de Yaupillière; iceulxd'ung auctorilé royalle 
confisquez et de ce donné lettres patentes; outre- 
passant trop advantageusement les bournes et limites 
de sa charge, comme de ce apert par le double des 
despesches qu'il en a faictes; d'avoir saisi au s. de 
Rocques^, maistre d'hostel de lad. dame, la somme 
de six mil livres tournois qu'il ne peult ravoir ne 
retirer; oultre les deniers qu'il a pris et exigez es 
duckez d'Albret et terres de Montpaon et Sensac^, 
et une infinité d'autres excès, qui se trouveront si 
on en veult faire recherche. 

Sur le septiesme, led. s. de Yaupillière a à raporter 



1. — Montignac, Exideuil (Charente). 

2. — Jean de Secondât, s. de Roques. Voyez les 
Mémoires, p. 28. 

3. — Montpaon (Aveyron). — Sansac (Cantal). 



— 183 - 

les lettres patentes qu'il a pieu au Roy décerner sur 
l'arrest de lad. court de Parlement de Bourdeaulx, 
affin de les faire réformer suyvant les mémoyres qui 
luy en ont esté baillez. 

Sur le huictiesme, led. s. de Vaupillière, touchant 
les immunitez du comté de Foix, a charge de remon- 
trer que le s. de Bellegarde y entreprend sans le 
consentement de lad. dame, taict plusieurs levées 
de deniers, et entre autres une de troys mil livres, 
pour le payement du cappilaine la Yougie et de sa 
compagnie^ et est après pour faire le semblable pour 
plusieurs autres compagnyes. Kemonstrera aussi le 
semblable pour le regard des comtez de Bigorre, 
vicomte de Marsan, Tursan, Gavardan et Nebousan, 
estans tenuz à mesmes privilèges que lad. comté de 
Foix et en déppendant. 

Sur le dixiesme article, pour le regard du gouver- 
nement auquel Monseigneur le prince de Navarre, 
en Taage de quinze ans, désire, soubz le bon plaisir 
et auctorité du Roy, de commander, led. s. de Yau- 
piliière a charge de supplier très humblement Sa 
Majesté de ne faire en cela moindre faveur que à 
Monsieur de Guyse^, qui a eu pareille auctorité et 
permission pour le gouvernement de Champaigne, 
et demander à Mons. le comte de Lude ^, lequel 
desdaigne de se nommer gouverneur en l'absence de 
Mond. s. le Prince au pays de Poictou, qu'il ait 
doresnavant à respecter led. s. Prince, tant en ses 
tiltres que au faict de sa charge, recongnoissant led 



1. — Henri de Lorraine, duc de Guise, alors âgé 
de dix sept ans. 

2. — Guy de Daillon, deuxième comte du Lude, 
lieutenant ae roi en Poitou sous le gouvernement du 
prince de Béarn, sénéchal d'Anjou, mort en 1585. 



- 184 — 

pays de Poictou estre compris aud. gonTernemeiit 
de Guyenne. 

Quant au dernier article, pour le regard des 
exemptions des .garnisons, qui sont es terres et mat- 
sons de lad. dame et dç lions, le Prince son filz^ led. 
s. de Yaupillière a à remonstrer que Lectoure, Roc- 
quefort de Marsan et villes qui sont en Périgort et 
Lymosin, ne sont places de frontières. Quant à 
Yendosme, qui est la principale maison de Mond. 
s. le Prince et en laquelle y a cinquante argouletz, 
qui ont faict infinyz mauix, dégastz et démolitions, 
jusques à enlever le plomb des gouttières et couver- 
tures, et lesquelz, oultre ce qu'ilz sont soudoyez et 
nourryz par ceulx du pays, qui en sont taillez ^ pour 
cest effect, tant s'en fault qu'ilz en resentent aucune 
commodité et que ceulx du plat pays en soyent con- 
servez, que au contraire ilz sont ordinairement pillez 
et rançonnez. Quant à la Fère, Ham et aultres lieulx 
de Picardye, ilz en sont sy excessivement chargez 
que impossible leur est de les pouvoir supporter; et 
d'autant plus que lesd. garnisons, despuis qu'elles 
sont ausd. lieulx, n'ont receus aucuns deniers. Qui 
faict que les pauvres habitans sont contrainetz 
d'abandonner leurs maisons, sinon qu'ilz leur admi- 
nistrent vivres et leur baillent argent pour les 
achepter, comme de ce appert par les certiffica tiens 
des cappitaines, qui sont es mains d'aucuns leurs 
depputez, qui sont en ceste court, il y a troys moys, 
sans pouvoir avoir expédition. 

Oultre le contenu cy-dessus, led. s. de Yaupillière 
a à supplier leurs Majestez commander que la com- 
pagnye de Monseigneur le Prince soit despartye es 

1* — Taillez, soumis à la taille. 



— 185 — 

yiltks de Condon^ Mezin ^ Naugarro et aultres lieulx 
circon voisins, comme elle estoit de ses prédécesseurs. 
Et pour le regard des cappitaines Tilladet', Mau- 
yesin ^ et Castelnau^, qui ont faict plusieurs massacres 
volleries^ viol^emens de femmes et de filles et aultres 
exécrables excès, faictz et commis^ troys ou quatre 
moys auparavant les derniers troubles, aux lieulx 
des Cabannes^ au comté de Foix et Cassaignacvere^ 
au vicomte de Nebousan, quand lesd. cappitaines et 
leurs soldats furent envoyez en Comminges pour la 
querelle des s. de Soulan^ et de Rocquemorel ^; lad. 



i. — Mezin (Lot-et-Garonne). 

2. — Antoine de Cassagnet, s. de Tilladet, avait 
accompagné Biaise de Monluc dans le comté de 
Foix. Plus tard il devint gouverneur de Bordeaux 
et mourut en 1569. 

3. — Michel de Castillon, s. de Mauvesin en Con- 
domois, cité par Monluc comme un de ses lieutenants 
(Commentaires, t. iv, p. 315). 

4. — Castelnau de Durban, chef de bandes catho- 
liques. C*est lui qui força les Cabanes (voyez plus 
loin) et qui remit, le 26 mai 1567, les réformés qui 
s*y étaient réfugiés au capitaine Tilladet. 

5. — Cabannes (Âriège), dans les montagnes, était 
le lieu de refuge des réformés de Pamiers. 

6. — Cassaignabère (Haute-Garonne). 

7. — Le s. de Solan, gentilhomme huguenot du 
comté de Foix, beau-frère de Michel d'Astarac, s. de 
Fonterailles, avait armé une troupe de bandouliers 
et faisait la guerre aux Roquemaurel « pour un oyseau, 
« dit Biaise de Monluc, que ledit Fonterailles et 
« Solan leur avoientprins d'audace. » {Commentaires, 
t. v, p. 78). 

8. — Les Roquemaurel, dit Biaise de Monluc (Com- 
mentaires, t. V, p. 78), étaient deux frères. L'aîné 
avait été maréchal des logis du roi de Navarre. Le 
second fut surpris en sa maison par Solan et Fonte- 
railles et assassiné avec sa femme et ses enfants {ibid). 



- 186 - 

dame supplie très humblement Sa Majesté, suytant 
les plainctes et la requeste qui luy en fust faicte l'an 
passé, commander justice en estre faicte et ordonner 
commissaires pour oest effect telz qu'il plaira à Sad. 
Majesté, pourveu qu'ilz ne soyent de la court de Par- 
lement de Tholose. 



La responge que le Rot a ordonné estre faigtb 
AUX Mémoires et Instructions 

QUI ONT esté présentées A Sa MaJESTÉ 
DE LA PART DE LA ROYNE DE NaVARRE PAR LE S. 

DE LA YaUPIUÈRE 



Le roi approuve la reine de Navarre d^avoir pardonné 
à ses sujets rebelles. — Vif désir du roi de faire 
entretenir l'édit de pacification. — Le roi excuse 
le supplice de de Mesmes. — Les garnisons mises 
par Biaise de Monluc étaient nécessaires. — Il a 
été également mis des troupes dans certaines villes 
appartenant à la mère du roi, à ses frères et aux 
autres princes. — Le roi commande au parlement 
de Bordeaux d'envoyer deux conseillers en Soûle 
en place du président la Perrière. — Les mesures 
prises dans le comté de Foix ont été arrêtées au 
conseil. — La demande du prince de Navarre tou- 
chant son voyage en Guyenne sera soumise au 

. chancelier. — La reine doit subir les lieutenants 
de roi dans les provinces du gouvernement de son 
flls. — Le duc de Guise est à la cour et non en Cham- 
pagne. — Le roi désirerait que le prince de Béarn 
se rendît aussi à la cour. — Il donnera des ordres 
pour payer régulièrement les gens de guerre. 



- 188 - 

Sur le premier article, 

Le Ro) veult tousjours aymer la royne de Navarre, 
tant pour luy estre sy proche, que pour Tasseurance 
qu'il a de sa bonne vollonté qu'elle porte au bien de 
ses affaires; en quoy Sa Majesté désire qu'elle conti- 
nue, comme elle a tousjours faictà son contentement. 

Sur le deuxiesme. 

Le dict seigneur Roy a entendu avccques grand 
plaisir que lad. dame royne de Navarre ayt mis fin 
aux troubles, qui estoient en son royaume^ ayant 
faict acte de vertueuse et saige priucesss et qui 
ayme le bien de ses subgects, et la conservation de 
son auctorité; oultre ce qu'elle a faict congnoistre à 
Sa Majesté qu'elle a vollontiers suivy son conseil et 
advis, lequel aussy luy a esté donné par Sa dicte 
Majesté comme à celle qu'elle ayme et de laquelle 
elle désire veoir la prospérité et embrasser !a protec- 
tion de ce qui luy touche ; s'asseurant aussy, le d. sei- 
gneur Roy, que la d. dame eust esté bien marrye de 
ne pouvoir tenir la promesse qu'elle a tousjours 
faicte à Sa Majesté, assavoir : de ne faire, donner ny 
souffrir qu*il feust faict et donné aucun trouble ou 
empeschement à ses subgects catholiques en leur 
religion, privillèges^ ains de les laisser vivre suyvant 
leurs coustumes anciennes. En quoy Sa Majesté prie 
la d. dame de les voulloir maintenir et conserver^ 
et recepvoir d'eulx Tobéissance qui luy est deue 
comme de ses bons et fidellcs subgects et serviteurs. 

Sur le troysiesme. 
Sa Majesté a tant d'envye et sy boime vollunté 
de maintenir la paix de son royaume par le moien 
de l'édict.de pacyftication, que tout ce qu'elle a 
pensé pouvoir servir pour l'observation du d. édict, 
despuis qu'il a esté publié, elle l'a faict et exécuté. 



i — 189 — 

I 



Ayant mandé assez de foys à tous les gouverneurs de 
provinces et lieutenans généraux et à ses cours de 
Parlements, de faire ciiacun son debvoir en sa 
charge pour Tentretenement du d. édict, et pour 
chastier et punir ceulx qui y contreviendroient, affin 
de maintenir tout son royaume en transquillité et 
faire jouir ses subgects du fruict que Sa Majesté a 
tousjours espéré du d. édit, et congnoissant assez 
le mal que apporteroys ung autre commencement 
de troubles. Et pour ceste occasion a vouUu se tenir 
aussy armé, comme elle a faict, et tous ses d. gou- 
verneurs et lieutenans généraulx, pour avoir tant 
plus de moien de establir son édict de pacyffication 
et chastier les contrevenans à icelluy, tant d'un costé 
que d'autres; non pour avoir voullu engendrer 
aucun soubçon à ses subgects, desquels Sa Majesté 
peult avoir asseurance, pourveu qu'ils facent con- 
gnoistre n'avoir aucune deffiance de la bonne vol- 
lunté qu'elle a de leur entretenir ce quelle leur a 
promis. Estant très marry, Sa Majesté, de tant de 
meurtres, insolences qui se font en plusieurs endroicls 
de son royaume, tant par les ungs et les autres; les- 
quels elle veult faire très bien punir et chastier, 
ayant mandé par toutes ses courts de Parlements d*en 
faire la justice et leur debvoir; combien qu'il soit à 
craindre, après une si grande désobéissance que celle 
qui a esté en ce royaume durant les troubles derniers 
pour son malaise^, que ung chacung ne se remette 
sy tost à faire ce qui est de son debvoir, comme Sa 
Majesté déseroit,et comme ceux de la Rochelle*, qui 

1. — Allusion à la maladie du roi en 1568. Voyez 
les Mémoires, p. 61. 

2. — La ville de la Rochelle avait pris les armes 
pendant la dernière guerre et n'avait reçu Tédit de 



— 190 — 

n'ont aucunement satisfaict à son édict de paciffica- 
tion. Lequel led. seigneur Roy a délibéré d'entretenir 
et faire bien garder par tous ses subjects, sans croire 
le conseil de ces perturbateurs du lepos publicq, 
dont lad. dame le prye de se garder; ayant agréable 
l'advertissement qu'elle luy en donne, comme vray 
tesmoignage de la bonne vollunté et intention qu'elle 
porte au bien de ses affaires et de ce royaume. 

Sur le quatriesme, 
Encores qu*il y ayt des particuliers qui escrîpvent 
chose qui ne soye conforme à l'intention de Sa Majesté 
sur Tentretencment dud. édict, il ne fault pourtant 
entrer en desfiance de la bonne vollunté que a Sa 
Majesté à l'observation d'icelluy pour le r^ard de 
ces meurdres, il a esté pourveu, ainsy qu'il est dict 
au précédent article. Mais quant à celluy que le sieur 
de Monluc ar faict exécuter, nommé le cappitaine 
Mesmes, Sa Majesté a entendu que le procès en a esté 
faict et jugé comme de l'ung des plus séditieux et 
rebelles du pais. Et quant aux gens du Poitou, elle 
n'en avoit encores esté advertie. Et sera escript audit 
s. de Monluc qu'il mande comme ce faict est 
passé. Touchant les garnisons que le sieur de Monluc 
a mises en aucunes villes de la Guyenne, c'est par le 
commandement de Sa Majesté, pour les occasions 
susdictes; ne doublant pas, Sa Majsté, que durant 
ces troubles derniers, il ne ayt esté commys de 
faict beaucoup de choses à son très grand regret, 
de ce que led. sieur de la Yaupillière a remonstré 



paciâcâtion de Longjumeau que comme une trêve. La 
ville n'avait pas déposé les armes, avait continué ses 
fortifications et avait refusé de recevoir une garnison 
du roi. Voyez Arcère, Hist, de la Rochelle, t. i, 
p. 355 et suiv. 



— 191 -^ 

à Sadicte Majesté sur led. article, que le malleur 
du temps a permis d'estre falotes et ledit de pacif- 
fication de les oublier et de ne s'en souvenir. Priant, 
le Roy, lad. dame de ne se lasser d^asseurer tous ses 
subgects, tant de Tung que de l'autre religion, de sa 
bonne et pure intention à l'entretenement dud/édict, 
affin que ung chacun vive en paix et amitié soubz 
son obéissance. 

Sur le cinquiesme, 
Le Roy a telle asseurance de la bonne vollunté 
que la royne de Navarre porte au bien de son service 
et à la conservation de son auctorité, qu'elle ne trou- 
vera jamais mauvais que led. seigneur Roy mette ou 
face mettre garnisons et forces es lieux qui luy 
appartiendront, èsquels il sera nécessaire pour main- 
tenir uu chacun en obéissance d'y mettre bon frein, 
comme Sad. Majesté a mis par toutes les villes et 
lieux qui appartiennent à la Royne, sa mèie, et à 
Messcigneurs les ducs d'Anjou et d'Allençon, ses 
frères, et aultres princes et seigneurs de son royaume, 
où il a esté conseillé de ce faire pour contenir ung 
chacun en leur debvoir. Aussi Sad. Majesté ne veult 
qu'il en soit mis es lieux où il se trouvera n'en estre 
de besoing. A ceste cause sera escript au s. de Monluc 
qu'il ayt à descharger de garnison ceulx desd. lieux 
nommés au présent article^ où il verra n'estre besoing 
d'y en tenir pour le service de Sa Majesté; ce qu'il 
pourra trop mieulx juger que nul aultre, estant sur 
les lieux. Et luy en escript, Sa Majesté, une bonne 
lettre, affin qu'il ne face aucune faulte de satisfaire, 
suyvant la bonne vollunté et l'affection que Sa Majesté 
porte à lad. dame, royne de Navarra 

Sur le sixiesme, 
Quant Sa Majesté ordonna que le président Lafer- 



— i»2 — 

rière iroit en la vicomte de Soulle, c'estoii en intention 
qu'il pourvoieroit à ce qae seroit de justice sur toutes 
les plaintes qui luy seroient faictes. Et puis que ainsy 
est que lad. dame royne n'a esté satisSaicte, le R6y 
veult qu il soit escript à ceulx de la court du Parle- 
ment de Bordeaulx, d*y anvoyer deux conseillers 
d'icelle pour y donner l'ordre nécessaire pour le ser- 
vice de Sa Majesté, de distribuer justice à ung chacun 
en toute égallité et sincérité. 

Sur le septiesme, 

Lad. déclaration a esté faicte par le conseil du 
Roy, après avoir meurement considéré ce qui s'y pou- 
voit faire. De quoy il semble que lad. dame royne 
de Navarre se doibt contenter, avecques asseurance 
de la bonne amytié et grande affection que Sa 
Majesté luy porte. 

Sur le huictiesme, 

Tout ainsy que le Roy n'a pas moindre voUunté 
et affection à lad. dame royne de Navarre, qu'il a 
tousjours eue, aussy veult Sadite Majesté la conserver 
et maintenir en tous ses droits et privillèges acous- 
tumés. La requérant, Sad. Majesté, seullement de 
considérer que le malheur du temps et des calamités 
passées sont Cause qu'il se faict beaucoup de choses 
par duré nécessité, pour empescher que le, trouble 
ne revienne; lesquelles il fault que lad. dame, royne 
de Navarre, qui ayme le bien de ce royaume, excuse. 
Toutefois il sera mandé au s. de Bellegarde qu'il 
advertisse le Roy sur quelle occasion il veult mettre 
garnison èsd. villes du comté de Foix, pour après 
satisfaire à lad. dame royne sur ce qu'elle demande 
par le présent article. 

Sur le neuviesme, 

Led. article sera communicqué à Monsieur e 



— 193 — 

chancellier pour avoir son advis sur icelluy. 

Sur le dixiesme. 
Le Roy a pour agréable que lad. dame royne de 
Navarre pourveoie à ses affaires ainsy qu'elle voudra. 
Youllant que partout oii elle passera et ira en son 
royaume et terres, qui sont soubs son obéissance, 
elle soyt respectée^ honorée et receue ainsy que le 
mérite le lieu qu'elle tient, et le s. prince de Navarre 
son fils; lequel Sad. Majesté prie de vouUoir que 
ceulx qui ont commandé jusques à présent en son 
absence en ce qui est de son gouvernement, le facent 
encores pour quelque temps, tant pour ce que les 
choses ne y sont sy bien pacyffiées et en sy bon estât 
que Sa Majesté vouldroit, et aussy pour la relever de 
tant de peine de soing; et de croire que le s. duc de 
Guise, qui a esté mis en avant par le s. de la Yau* 
pillère, est icy près du Roy, ne se meslant d'aucune 
chose, et laisse du tout faire auK lieutenants géné- 
raulx, qui sont en son gouvernement. Et désireroit, 
Sad. Majesté, que led. s. et prince de Navarre feust 
près de sa personne pour luy tenir compagnie, ainsi 
que Sa Majesté luy a mandé par plusieurs foys. Youl- 
lant au reste que tous ceulx qui sont commandant 
au gouvernement dud. s. prince de Navarre luy ren- 
dent tout l'honneur qui luy appartient et qui luy est 
deu ; mesme du comte de Ludde, auquel il sera escript 
ne prendre aucunes grandes villes qu'il n'en soit. 

Sur le onziesme, 
Sa Majesté a faict entendre aud. s. de Yaupillère 
comme il estoit nécessaire que Sa Majesté tint des 
forces es lieux nommés au présent article. Lesquelles 
elle ordonnera estre paiées pour satisfaire à ce que 
les habitans des villes ont preste et advencé pour 
l'entretenement d'icelles. 

13. 



m 



La lettre suivante^ dont le parti réformé fit grand 
bruit, est adressée au cardinal de Créquipar un de ces 
agents que les grands seigneurs entretenaient à la cour 
pour le soin de leurs affaires personnelles. Elle révèle 
le projet de surprendre à Noyers et à Tanlay les chefs 
de la Réforme, La lettre avait été surprise par les 
intéressés et ne fut pis le moindre des motifs qui les 
décidèrent,, à la fin d'août 1568, à reprendre les armes. 

La lettre est-elle authentique? A cette question nous 
ne pouvons rien répondre,, si ce n*est qu'elle a les appa- 
rences de l'authenticité. Elle s'accorde en tout point 
avec ce que nous savons des tendances du roi et de la 
reine mère à la date d'août 1568. Cependant elle 
arriva si à propos pour la justification des réformés; 
elle complète si bien les plaintes qu'ils adressèrent au 
roi et aux souverains étrangers qu'il nous reste quelque 
doute. 

Les réformés la publièrent pour convaincre les chefs 
catholiques de trahison et pour légitimer leur prise 
d'armes. Elle parut d'abord en feuille volante et fut 
répandue à profusion, imprimée ou manuscrite,, dans 
les rangs de l'armée réformée à la fin de 1568. Plus 
tard^ au milieu de 1570, après la paix de Saint-Ger- 



— 196 - 

iiuzin, elle fut réimprimée avec lei Mémoires de 
Jeanne d'Albret dans /'Histoire de nostre temps et 
dans THistoire de la troisième guerre civile de Jean 
de Serres. 



Lettre escripte par l'agent du cardinal 

DE CrEQUY *, ESTANT EN COUR, A SON MAISTRE 



9 août 1568 



Monseigneur^ suivant ce que je vous ay faict enten- 
dre le premier de ce mois, j'espère avoir exécuté la 
charge qu'il vous a pieu me donner par deçà et avoir 
expédié le principal poinct de vos affaires dedans la 
sopmaine prochaine, pour le plus tard, et vous en 
porter bonnes nouvelles et la despesche que vous 
demandez. N'ayant peu, sitost comme vous m*avez 
commandé, y satisfaire, pour avoir esté cinq jours 
entiers à la suitte de la cour sans avoir peu trouver 
la Royne à propos pour luy parler et faire entendre 
le contenu en mon instruction, dont la maladie du 
Roy ^ en partie a esté cause. Et, d'autre part la cour 



- 1. — Antoine de Créquy et de Canaples, évêque de 
Nantes puis d*Amiens, cardinal en 1565, mort le 
5 juin 1574. Œétait un prélat assez modéré, étranger 
aux intrigues de cour et résidant habituellement dans 
son diocèse. 

2. — Sur la maladie du roi, voyez les Mémoires 
de Jeanne d'Albret, p. 61. 



— 198 — 

est 81 malaisée en ce lieu et si empeschée d^affaires 
et des continuels advertissemens qui viennent de 
toutes parts que les particuliers sont tenus en une 
merveilleuse longueur, premier que d'avoir expé- 
dition. Et ne doy vous celer, Monseigneur^ que, sans 
la faveur et auctorilé de celuy à qui vous escrivez 
six lignes de vostre main ^, je n'eusse eu encore si 
bonne ne si prompte response. Lequel, Monseigneur, 
il vous plaira remercier de la bonne façon^ comme 
par la précédente je vous avoy escrit. Hier estant 
allé à l'heure de son disner pour trouver le moyen 
et l'occasion de luy parler de vos affaires (aussi qu'il 
estoit près de se mettre à table) il m'appela et print 
la peine de me dire le contenu de ladespesche qui a 
esté faicte à monsieur le mareschal de Cossé ^ pour 
vous la faire scavoir; par laquelle leurs Majestés luy 
mandent de faire entendre aux principaux de la 
noblesse de Picardie, qui tiennent la nouvelle religion, 
et entre autres à aucuns qu'il me nomma, qui ne sont 
pas amys de vostre maison et que vous cognoissez, 
que le Roy les veut bien traicter, les maintenir en 
l'exercice de leur religion et leur faire paroistre qu'il 
les tient pour bons et loyaux subjects et serviteurs, 
et que seulement ce qu'il faict maintenant est pour 
asseuier son estât contre plusieurs rebelles et sédi- 
tieux et insolents habitans des villes, pour par après 
remettre toutes choses en un repos et estât paisible 

\. — L'agent désigne probablement ici le cardinal 
de Lorraine. Du moins le parti réformé crut recon- 
naître le redouté cardinal et ce fut l'occasion de lui 
attribuer la conception primitive de la surprise de 
Noyers. 

2. — Artus de Cossé Brissac , s. de Gonnor, frère 
cadet du maréchal de Brissac, gouverneur de la 
Picardie. 



— 199 — 

et favoriser la noblesse tant de l'une que de l'autre 
religion, qui est la principale force, la taisant vivre 
en union sous Tauctorité de ses édicts. Et pour cest 
effect doivent estre envoyées lettres missives pour 
bailler particulièrement à aucuns dont vous trou- 
verez la liste cv-enclose. 

Et, par ce qu'il se pourroit trouver aucuns bons sub- 
jects de Sa Majesté bien catholiques, lesquels n'esta ns 
avertis de la façon dont les choses se passent et 
entendans le contenu et créance desdictes lettres, 
pourroyent estre refroidis après avoir cogneu tant 
de diversité de langage et une telle longueur, 
ensemble le peu qu'ils avancent à faire service à 
leurs Majestez et avoir employé vie et biens pour 
leurs dicts services contre leurs ennemis et rebelles, 
il me chargea expressément de vous donner advis 
du fond de la dicte despesche et instruction de l'inten- 
tion de leurs dictes Majestez pour le faire entendre 
à ceux que verrez estre besoin et qui le méritent et 
sont discrets : qui est que l'on donne bon ordre par- 
tout que la force demeure au Roy pour attrapper 
tous les principaux * et leur ester le moyen de 
s'assembler, affm que, les ayans rendus à ce poinct, 
comme par le règlement qui y est jà donné il sera 
aisé, on puisse exterminer entièrement une telle ver- 
mine ennemie de Dieu, du Roy et de l'Estat et n'en 
laisser un seul en ce royaume, qui en soit entaché; 
parce que ce seroit une semence pour renouveler ce 
mal si Ton ne suivoit ceste voye, dont nos voisins 
nous montrent de si beaux exemples. Et cependant 



\ 1. — Si la lettre est authentique, ce témoignage 

ne laisse aucun doute sur les intentions de la cour 
de surprendre les réformés à Noyers. 



— 200 — 

et attendant ce temps, qui ne peut estre plus long 
que de tout ce moys pour le plus^, l'on a avisé par 
toutes les provinces de faire parler aux principaux 
et. moins passionnez de la noblesse de ladicte religion 
pour seulement les contenir, amuser, endormir 
autant que faire ce pourra, comme desjà il s'en 
trouve qui y ont preste l'oreille. Et se commencent à 
asseurer et mesmes aucuns se viennent icy brusler à 
la chandele. Et encores on a eu autre bonne espé- 
rance qu'il y en a d'autres qui feront de mesmes^ 
lesquels sont desjà esbranlez; ce qui fera indubita- 
blement emporter bien tost, avec l'aide de Dieu, 
gain de cause et nous donner pleine victoire sans 
grande peine et résistance contre les ennemis de 
nostre foy ; qui sont à peu près les mesmes termes. 
Monseigneur, dont ledict sieur m'a usé et que j*ay 
essayé de retenir pour le vous escrire à ce que vous 
soyez bien informé et à Isr vérité de Testât auquel 
les choses se retrouvent. 

Despuis, à l'après dinée, estant ledict sieur monté 
en sa chambre^ il me fit appeler par son secrétaire 
pour me dire que le plus grand mal qu'il voyoit icy 
est qu'il y en avoit encores à la cour qui ne servoyent 
que de retarder tous les jours et empescher sous 
main les bonnes et secrettes entrepWnses que l'on 
avait, longtemps a, résolu; y faisant trouver de la 
difficulté, quelque moyen et commodité que l'on ait. 
Desquels il se plaignoit fort et se résuloit ^ d'en 
parler plus librement à leurs Majestez qu'il n'avoit 
jamais faict, par ce que, sans leurs menées et dissi- 



1. — .Lalettre précise même la date de la surprise et 
donne raison à toutes les plaintes des réformes. 

2. — Se résuloit y se résolvait, - 



— 201 — 

mulationsj il y a plus d'uQ moys que Dieu seroit 
desjà servi par tout ce royaume, et le Roy obéy et 
bors de la peine Où il est. Mais il m'asseura qu'ils 
s'en alloyent fort descouverts et cogneuz d'un chas^ 
cun, qu'on prenoit garde à leurs actions de plus près 
tjue jamais et qu'ils n'avoyent pas aujourdhuy le mo- 
yen ; et m'a dict qu'il pensoit qu'ils s'appercevroyent 
bien tost. Et cogneuz bien qu'il estoit fort piqué d'un 
propos que, le jour précédent, le Roy avoit tenu à la 
Royne, qui avoit esté aporté, par lequel il prioit 
ladicte dame, presques à joinctes mains, de regarder 
tous les moyens de ne le point faire retourner à la 
guerre et d'entretenir la paix et l'édict, car autre- 
ment il verroit tout son royaume perdu et son peuple 
ruiné. Et sur ce que la Royne allégua la rébellion 
de ceux de la Rochelle, il respondit que, scelon qu'il 
avoit desjà esté bien instruict, ceux de la Rochelle 
ne demandoyent que d'estre conservez en leurs pri- 
vilèges anciens et que ce qu'ils requéroyent n'estoit 
pas trop hors de raison et que pour le moins plus- 
tost il le leur falloit accorder pour ceste heure pour le 
bien de ce royaume que de r'entrer en guerre civile. 
Et quant à la noblesse il s'assuroit qu'elle vivroit en 
paix si on vouloit bien entretenir son édict, la priant 
finalement, de grande affection, de regarder à bien 
pacifier toutes choses. Ladicte dame dist que, avec 
tant d'autres gens de bien, elle n'a d'autre désir et 
intention que de réunir ce royaume oii elle l'a veu 
du temps des roys François et Henry, ses pères et 
mary. Elle cognent bien que c'estoit une partie 
dressée et depuis a si bien descouvert d'où cela estoit 
venu qu'elle n'en sçait guères de gré aux aucteurs 
et a d'auctant plus grande volonté, avec les gens de 
bien et bons catholiques, de bientost faire cognoistre 



— 202 — 

au Roy et un chacun, que ce qui se conduit en ce 
faict n'est que pour le retirer hors de servitude, le 
rendre Roy absolu et nettoyer entièrement son 
royaume de la peste et de tous pestiférez; dont il est 
si infecté que, s'il n'y est à ce coup remédié, il ne se 
trouvera un tel moyen de le préserver du danger où 
il est, qui autrement est inévitable, et de le remettre 
en son premier estât et splendeur. Qui est en somme 
ce que ledict sieur me dist pour le vous faire enten- 
dre de sa part, afin d'en avertir ceuK que trouverez 
en estre capables. Je ne veux faillir, Monseigneur, 
à vous dire que ce matin j'ay trouvé monsieur de 
Chaulnes^ qui m'a chargé de vous présenter ses très- 
humbles recommandations à vostre bonne grâce. Je 
ne faudray, comme vous m'avez commandé^ de vous 
tenir adverti de ce qui raërilera vous estre escrit 
durant le séjour que je feray ici. 



i. — Louis d'Ongnies» s. de Chaulnes, capitaine 
catholique, originaire de la Picardie , plusieurs fois 
cité par d'Aubigné. 



IV 



Les cinq lettres de Jeanne d*Albret qui suivent, au 
roiy à la reine mère^ au duc d'Anjou^ au cardinal de 
Bourbon et à la reine d'Angleterre, sont, avec la lettre 
de ragent du cardinal de Créqui, les pièces justifica- 
tives ajoutées dans /'Histoire de nostre temps aux 
Mémoires de la reine de Navarre. Elles reprodmsent 
les principales assertions des Mémoires, accusent le 
cardinal de Lorraine de tous les crimes et décernent 
aux réformés, partis en guerre^ le brevet des plus 
fidèles, des seuls fidèles sujets du roi. On se demande 
si la princesse croyait à ce paradoxe, qu'elle soutenait 
avec autant de conviction apparente que d'éloquence. 

La lettre au roi est un manifeste, une sorte de décla- 
ration belliqueuse. La lettre à la reine mère rappelle 
des souvenirs qui devaient tenir au cœur de Catherine , 
et présenterait une grande valeur historique, si les 
révélations qu'elle contient ne figuraient pas avec plus 
de développement dans les Mémoires. La lettre au duc 
d'Anjou est un réquisitoire contre le cardinal de Lor- 
raine, que l'on supposait être le conseiller le plus 
écouté du prince. La lettre au cardinal de Bourbon est 
une amplification oratoire semée d'apositrophes plUf^ 
énergiques qu'équitables. 



- 204 - 

La lettre à la reine d'Angleterre^ postérieure d'un 
mois aux quatre autres lettres^ est un nouvel acte 
d'accitsation contre le cardinal de Lorraine. Elle a 
pour but d'apitoyer la reine Elisabeth sur le sort des 
fidèles sujets du roi forcés de prendre les armes contre 
lui. L'original existe encore et est conservé à moitié 
brûlé au Bristish Muséum (Caligula^ E. VI) (Note de 
Brecquigny dans la coll. Moreau^ vol. 718^ f. 121.) 

Ces cinq lettres ont été imprimées à part et répan- 
dues à profusion peu après la prise d'armes du 
25 août 1568 pour la justification des réformés. 
Jeanne d'Albret rappelle cette publication dans un pas- 
sage des Mémoires (p. 1 et ailleurs). Le père Lelongne 
lamentionnepas^ mais le département des imprimés de 
la Bibliothèque nationale en conserve un exemplaire 
sous la cote L b 33j n° 240. La singulière ortho- 
graphe adoptée pour le nom de la princesse, Jane au 
lieu de Jehanne ou de Jeanne, de même que la forme 
des caractères, nous permet de supposer que l'exem- 
plaire provient des presses anglaises. Peut-être l'im- 
pression fut -elle ordonnée par Chaste lier Portaut., 
commandant de la flotte que la reine de Navarre, au 
mois d'octobre 1568, envoya en Angleterre. (Voyez 
la lettre adressée à la reine Elisabeth p. 219). 



Lettres de la royne de Navarre au Roy^ 
A LA Royne, sa mère, a Monsieur, 

FRÈRE DU Ror^ A MONSIEUR LE CARDINAL DE BOURRON, 
SON BEAU-FRÈRE, ET A LA ROYNE d'AnGLETERRE. 



Au ROY 



Monseigneur, lorsque j'ay receu vostre lettre par 
le s. de la Motte ^, j'estois desjà bien avant en che- 
min ^, ayant esté surprinse d'une telle mutation^ 
toutesfois laquelle nous menaçoit despuis quelque 
temps que nous avons veu l'animosilé de nos enne- 
mis si desbordée que leur rage et passion a estouffé 
ceste espérance de repos par vostre édict de pacifi- 
cation 3; lequel, Monseigneur, ayant esté non seule- 



1. — La lettre du roi à Jeanne d'Albret est perdue 
mais celle du roi au prince Henri de Béarn a été 
publiée par M. Communay, Les Huguenots en 
béarn et Navarre, p. 21. Isous avons analysé cette 
lettre dans les notes des Mémoires, p. 110. 

2. — Jeanne d'Albret était déjà arrivée à Tonneins 
quand elle fut rejointe par le s. de la Mothe Fénelon 
avec les lettres du roi. Voyez les Mémoires, p. 110. 

3. — Paix de Longjumeau, 23 mars 1568. L'édit de 
pacification est imprimé par Fontanon, t. iv, p. 289. 



— 206 — 

ment mal observé^ mais du tout renversé par les 
inventions du cardinal de Lorraine; lequel, outre 
les promesses qu'il vous a toujours pieu donner à 
tous vos pouvres subjects de la religion réformée, 
par lettres aux Parlemens et d'autres particulières 
qu'il a escrites, comme j'en suis bon tesmoing pour 
la Guyenne, a toujours rendu les effets dudict édict 
vains et sans exécution^ et^ tenant les choses en sus- 
pens a tant faict faire de massacres, que se cuidant, 
par la patience que nous avons eu de ses estranges 
façons, hors de toute bride, a voulu passer outre, 
s'attacliant aux Princes de vostre sang; comme 
l'exemple en est à la poursuite qu'il a faite de Mon- 
sieur le Prince, mon frère, lequel il a contrainct 
venir chercher secours parmy ses parens*. Et luy 
estant mon fils si proche et sy allié, nous n'avons 
peu moins, Monseigneur, que luy venir offrir ce que 
le sang et l'amitié nous commande. Nous sçavons 
assez vostre volonté; vous nous en avez trop asseurez 
de bouche et par escript, qui est que vous désirez 
tirer le service de nous, qu'avec toute fidélité, obéis- 
sance et révérence nous vous devons, et auquel ne 
voulons faillir pour la vie. Et sçavons davantage, 
Monseigneur, que vostre bonté et affection naturelle 
que nous portez, nous veut conserver et non pas 
ruiner. Doncques, si nous voyons tels efforts excécutez 
contre nous, qui sera celuy qui, sçachant bien que 
vous estes Roy très véritable et que vous nous avez 
promis le contraire, ne jugera que cela est faict sans 
vostre sçeu, et par l'accoustumée et de si longtemps 
expérimentée malice du cardinal de Lorraine. Je dy 

1. — Allusion à la fuite de Noyers qui aurait été 
déterminée par les poursuites du cardmal de Lor- 
raine contre le prince de Condé. 



— 207 - 

encore que nous ne le sceusions comme au vray 
nou3 faisons. 

Je vous supplie donc très humblement, Monsei- 
gneur, trouver bon et prendre en bonne part que je 
sois partie de chez moy avec mon fils, en intention 
de servir à mon Dieu, à vous qui estes mon Roy 
souverain et à mon sang. Nous opposans, tant que 
nous aurons vie et biens, aux entreprinsesde ceux qui, 
ouvertement et d'une effrontée malice, y veulent 
faire violence; et croire. Monseigneur, que les armes 
ne sont entre nos mains que pour ces trois choses- 
là empescher : qu'on ne nous rase de dessus la terre, 
comme il a esté comploté, et vous servir, et conser- 
ver les Princes de vostre sang. Pour mon particulier, 
Monseigneur, ledict cardinal a eu grand tort de vou- 
loir changer vostre puissance et auctorité en violence, 
lorsqu'il m'a voulu faire ravir mon fils d'entre mes 
mains, pour le vous mener*, comme si vostre simple 
commendement n'avoit assez de pouvoir sur luy et 
moy : que je vous supplie très humblement, Mon- 
seigneur, croire vous estre si très humbles et très 
obéissans serviteur et servante qu'égalant nostre fidé- 
lité à l'infidélité dudict cardinal et ses complices, je 
vous asseureray que, lorsqu'il vous plaira en faire 
l'essay et de l'un et de l'autre, vous trouverez plus 
de vérité en mes effets qu'en ses paroles, comme un 
gentilhomme que j'envoye vers Vos Majestez le vous 
dira, et Monsieur de la Motte, que je m'asseure s'en 
va satisfaict de mon intention; qui ne sera jamais 
autre, Monseigneur, que de mettre vie et biens pour 
la conservation de vostre grandeur et règne, que je 

1. — Allusion à la prétendue tentative d'enlève- 
ment du prince de Béarn par le s. de Losses. Voyez 
les Mémoires^ p. 65. 



— 208 — 

supplie à Dieu remplir de sa bénédiction et tous 
donner, Monseigneur, très longue vie. 
* De Bergerac, le XYI de septembre 1868. 

Votre très humble et très obéissante subjecte et 
tante. 

Jane. 



— 209 — 



A LA ROYNE MÈRE 



Madame, je commenceray ma lettre par une protes- 
tatioD devant Dieu et les hommes qu'il n'y a rien de 
plus entier que la dévotion que j'ay eue, ay et auiay, 
au service de mon Dieu, mon Roy, ma patrie et mon 
sang. Toutes lesquelles choses out faict ensemble 
une telle force en moy, que Monsieur de la Motte 
m'a desjà trouvée partie de mes maisons pour y venir 
offrir la vie, les biens et tous moyens; vous suppliant 
très humblement^ Madame, si je suis trop longue en 
ma lettre, l'attribuer à la nécessité du temps, qui 
m*a tant donné de recharge sur charge, que je ne 
puis rien moins que vous esclaircir, et le plus briè- 
vement qu'il me sera possible, mon intention, vous 
ouvrant mon cœur, pour vous y faire lire le contraire 
de ce que je m'asseure que les ennemis de Dieu, du 
Roy, et par conséquent de ses fidèles subjects et 
serviteurs, tascheront de vous déguiser. 

Je vous supplie encore très humblement. Madame, 
m'excuser si, pour venir atteindre où j'en suis 
réduicte, je commence au temps que ceux de la 
maison de Guyse se déclarèrent par leurs actes 
ennemis du repos public de ce Royaume, qui fut 
lors qu'ils pratiquèrent le feu Roy, mon mary, sous 
l'espérance de luy faire ravoir nostre Royaume *. 



1. — Il s'agit ici des revendications de la Navarre 
espagnole, qui furent le rêve d'Antoine de Bourbon 

14. 






— 210 — 

Vous scavez assez. Madame, quelles gens lors le 
roenoyent, à mon grand regret, et j'oserois dire au 
vostre, comme j'avois en ce temps-là cest honneur 
de le sçavoir de vostre propre bouche. Je vous sup- 
plie très humblement vous remémorer quelle fidélité 
vous trouvastes en moy, qui, quanJ il fut question 
à bon escient de la conservation de ce Royaume, 
publiay Tamitié du mary, et hazarday mes enfants. 
Car, quant aux biens, puisque le reste y alloit, je 
ne les veux mettre en comte. Je vous supplie encore 
très humblement. Madame, vous souvenir, au partir 
de Fontainebleau S des propos qu'il vous pleut me 
tenir et l'asseurancc que vous prinstes de moy, qui 
n'est changée de mon costé ne diminuée pour temps 
qui ait couru. S'il vous plait, Madame^ il vous sou- 
viendra aussi que, estant arrivée en Yendomois, je 
receu de vos lettres et commandemens, auquels 
fidèlement j'obéy. Je suyvray à ce que je fei en la 
Guyenne à mon arrivée et tout selon que j*avois 
cogneu vous estre aggréable, comme il vous pleut 
m'en asseurer par mon maître d'hôtel Roques. Sur 
cela, Madame, je perdy le feu roy, mon mary*, qui 
m'a faict depuis communiquer aux afflictions de 
Testât des vesves. Jà à Dieu ne plaise, Madame, 
puisque nous sommes maintenant à regarder le 
général, que je vous veuille ramentevoir les indi- 
gnitez que particulièrement j'ay receues. Car je fais 
ceste seconde protestation, que le service de mon 



et le chemin par lequel la politique astucieuse des 
Guises le ramena au parti catholique. Voyez les 
Mémoires, p. 5. 

1. — Au partir de Fontainebleau, fin mars 1562. 
Voyez les Mémoires^ p. 18. 

2. — Mort d'Antoine de Bourbon, 17 novembre 1562. 



r 



— 2U -^ 

Dieu, de mon Roy, Tamour de ma pairie et de mon 
sangy me remplit tellement le cœur, qu'il n'y a rien 
de vide pour recevoir quelque particulière passion 
qui me touche. 

DoncqueSy Madame, je viendray aux derniers 
troubles S recommencez lors que le cardinal de 
Lorraine, avec ses adhérans, nous rendit en l'extré- 
mité que vous, Madame, et un chascun sçait. Durant 
ce temps j'ay demeuré en mes pays inutile au ser- 
vice de vos Majestez pour ne pouvoir ce que je vouloy, 
ayant esté empêchée par la malice de ceux, lesquels, 
s'ils eussent peu, m'en eussent autant faict faire 
ceste fois. Madame, le sieur de la Hotte, durant ce 
terapà-là qu'il a fait deux voyages par vostre com- 
mandement devers moy, vous aura si bien rendu 
compte de mes actions que je n'en feray redite. Je 
viendray donc. Madame, au poinct où j'en suis, qui 
est que, voyant les édicts de mon Roy non seulement 
enfreincts par quelques occasions subjectes à excuses, 
mais totalement renversez, son auctorité desdaignée, 
ses promesses royales rompues, et le tout par l'astuce 
et cautelle damnable du cardinal de Lorraine : 
lequel, je ne vous puis mieux dépeindre que je scay 
(et puis dire que vrayement je le scay) que yous- 
mesmes le cognoissez. Ayant veu cela. Madame, par 
tant de tristes effets, comme les massacres, dont les 
plaintes ordinaires remplissent vos oreilles; par voir 
ceux qui, par l'édict de Pacification espéroyent le repos 
de leurs maisons, vagabonds par la France, sevrez de 
leur naturelle nourrice, les garnisons manger leur 
substance et, qui pis est, enflés de la patience qu'on a 



i. — Seconde guerre civile, dite de la Saint-Michel^ 
29 septembre 1567. 



— 212 — 

de leurs cruauler barbares, attentent aux Princes du 
sang, branches de ce trône, lequel ils veulent déraci- 
ner, lorsqu'ils l'auront dépouillé de ses dictes bran- 
ches^ Ce n'est pas zelle de Religion, comme ils disent; 
car. Dieu vous doint bonne vie, Madame, lors que 
vous fustes dernièrement si malade', vous scavez 
que Monsieur le cardinal, mon frère 3, n'estoit 
exempt de leur conspiration ^; toutesfois il est 
catholique. C'est donc ce sang de France qui leur 
fait si grand mal au cœur; comme ils ont continué 
ver Monsieur le Prince, mon frère, et tous ses petis 
enfans, au secours duquel le sang appelle mon fils 
et moy; et n'y voulons nullement faillir. Je ne veui 
oublier la charge de Monsieur de Losses contre mon 
fils, le tout par le tyrannique conseil dudict cardinal 
et ses complices. 
Je scay bien, Madame^ que ceux qui oyront lire 



i. — Il y a ici une réminiscence des pamphlets 
publiés pendant le règne de François IL Les Guises 
se prétendaient ou laissaient dire autour d'eux qu'ils 
étaient issus de Charlemagne et étaient accusés 
d'aspirer au trône de France au détriment des Valois 
et des Bourbons. 

2. — Au mois d'avril 1568, Catherine de Médicis 
fut atteinte d'une fièvre catarrhale, dont elle faillit 
mourir. Francis de Alava parle de cette maladie 
dans deux lettres, l'une du 30 avril, Tautre du 
11 mai 1568 (Arch. nat., K. 1509, n» 66 et 86). 

3. — Le cardinal Charles de Bourbon n'était pas le 
frère de Jeanne d'Albret, mais son beau-frère. 

4. — Jeanne insinue ici que, si la reine mère était 
morte, le cardinal de Lorraine aurait fait égorger le 
roi, tous les princes, tous les Bourbons, y compris 
le cardinal de Bourbon. C'est là une des nombreuses 
assertions du parti réformé contre le cardinal de 
Lorraine qui ne comportent pas la moindre discussion. 
Voyez les Mémoires, p. 6i . 



- 213 - 

ma lettre, diront que j'en ay prins le formulaire sur 
celles que de tous costez vous recevez, que cela ne 
vient de moy. Je vous supplie très humblement, 
Madame, craire que, du seul subjectqui nous mène, 
nous de la religion réformée, ne peut sortir qu'une 
mesme façon de plaincte, et, d'une race si illustre 
que celle de Bourbon, tige de la fleur de lis, rien 
n'en peut venir que fidélité. Voilà, Madame, les trois 
poincts qui m'ont amenée : le service de mon Dieu; 
pour voir que ledict cardinal et ses complices, 
comme la chose est trop claire, veut raser de la terre 
tous ceux qui font profession de sa vraye religion. 
Le second, pour le service de mon Roy ; pour emplo- 
yer vie et biens à ce que l'édict de pacification 
puisse estre observé selon sa volonté, et nostre patrie, 
ceste France, mère et nourrice de lant de gens de 
bien, ne puisse estre tarie pour laisser mourir ses 
enfans. Et le sang qui, comme je vous ay dict. 
Madame, nous appelle à aller offrir tous secours et 
aide à Monsieur le Prince, mon frère*, que nous 
voyons évidemment chassé et poursuivy contre la 
volonté du Roy, qui luy en a tant promis d'asseu- 
rance, par la malignité de ceux qui ont desjà trop 
possédé la place qui ne leur appartient auprès de 
nostre Roy et vous, et qui ferment vos yeux à ne 
voir leur meschanceté et bouchent vos oreilles à 
n'ouyr nos plainctes. Que Dieu, Madame, par sa 
saincte grâce ouvrant l'un et desbouchant l'autre^ 
vous puisse taire voir et ouyr de quelle dévotion et 
de quel zèle chascun de nous marche.en la conser- 
vation des grandeurs de vos Majestez; ayant bien 
cogneu, Madame, par la lettre qu'il vous a pieu 

1 . — Mon frère^ c'est-à-dire mon beau- frère. 



— 214 - 

m'escrire par le sieur de la Motte, comme on vous a 
animée contre nous. 

Madame, j'envoye un gentilhomme avec ledict 
sieur de la Moite pour vous asseurer de tout ce que 
je vous escri, luy en ayant aussy bien au long com- 
muniqué et auquel particulièrement j'ay prié vous 
dire combien, outre les autres considérations, il est 
nécessaire pour la conservation de vostre auctorité 
de vous desjoindre de ceux qui vous y veulent nuire 
et pour cela veulent ruiner ceux qui désirent vous 
la garder. Cognoissez-nous bien tous et mettez diffé- 
rence entre les bons et les mauvais, et croyez de 
moy particulièrement. Madame, que je désire infi- 
niment une bonne paix et si bien assurée que le 
dict cardinal de Lorraine et ses adhérans ne la 
puisse plus esbranler. A laquelle, si Dieu m'avoit 
faict ceste grâce que d'y pouvoir servir^ je m esti- 
meroye aussi heureuse que, de bonne volonté, j'y 
mettroy la vie et tout le reste. 

Priant Dieu, Madame, etc. 
De Bergerac, ce xvi de septembre 1568. 

Vostre très humble et très obéissante subjecte et 
sœur, 

Jane. 



- 215 — 



A MoNSWUa FRÈRE DU RoT. 



Monsieur, je scay qu'après le Roy vous avez tel 
pouvoir*, qu'ajuste raison tous vos très humbles ser- 
viteurs, fidèles subjccls de sa Majesté, ont l'œil tourné 
vers vous, afin qu'il vous plaise et à bon escient 
mettre la main à cest orage que nous voyons desjà 
trop souvent tomber sur ceste pauvre France par la 
malignité d'aucuns, qui ont toujours aspiré à l'acca- 
bler, désirans bastir leur grandeur et auctorité des 
pierres de la ruine de ceux qui, comme fermes 
piliers, la soustiennent. Je crain merveilleusement, 
Monsieur, que je n'auray tant d'heur que mes paro- 
les puissent avoir lieu envers vous, estant détour- 
né par le cardinal de Lorraine, que je sçay, tant 
qu*il pourra, empeschera que le Roy, la Royne et 
vous ne soyez fidèlement advertis des misères et 
calamitez qui troublent la France et tout par ses 
inventions, comme ses lettres semées en tant d'en- 
droicts en font foy, qui ne tendent à autre chose 
qu'à faire rompre les édicts de Sa Majesté et massa- 
crer tous ceux qui en désirent l'observation. Et sur 
tout en veut aux Princes de voslre sang, comme le 
dernier acte l'a monstre, qu'il a brassé pour attrap- 
per Monsieur le Prince, mon frère, qui, pour n'estre 
le premier à rompre ceste paix, a mieux aimé se 

1. -- Aussitôt après la mort du connétable de 
Montmorency, le 12 novembre 1567, le duc d'Anjou 
avait été nommé lieutenant général du royaume. . 



— 218 — 

retirer avec sa femme et petis enfans; avec cette 
cruauté d*un costé et pitié de l'autre, que je m'as- 
seure, Monsieur, que, si la vérité vous pouvoit estre 
dépeinte cooime elle est, vous en sentiriez en vostre 
cœur quelque chose d'avantage pour l'honneur qu'ils 
ont d'estre de votre sang. Qui a esté cause que, mon 
fils et moy, nous sommes mis en chemin pour, avec 
iesmoy<3nsque Dieu nous a baillez, leur donner l'aide 
et faveur, à quoy la proximité nous couvie; vous 
suppliant très humblement. Monsieur, croire qu'en 
quelque lieu que mon dict fils et moy nous soyons, 
nous y serons pour le service de Dieu et du Roy, 
auquel nous rendrons toute nostre vie le très hum- 
ble service que nous luy devons, et à vous, Monsieur, 
auquel je présente mes très humbles recommenda- 
tions. Et parce que le sieur de la Motte vous dira 
plus amplement touies choses, je finiray ma lettre, 
suppliant Dieu qu'il vous doint^ Monsieur, très heu- 
reuse et longue vie. 

De Bergerac, le XYI de septembre 1868. 
Votre très humble et très obéissante tante, 

Jane. 



— 217 - 



A Monsieur le Cardinal de Bourbon 



Monsieur mon frère, le sieur de la Motte et un 
gentilhomme, que j*envoye avec luy, diront à leurs 
Majestés, comme aussi vous le pouvez voir par les 
lettres que jeteur escri, les occasions si justes qui 
m'ont amenée où le dict sieur de la Motte m'a trou- 
vée, en espérance de poursuivre mon voyage pour 
le service de leur Majestés; ausquelles il est temps. 
Monsieur mon frère, que, plus hardiment que vous 
n'avez faict, vous leur remonstrez vivement l'extré- 
mité des malheurs de nostre France. Si tous les 
subjects du Roy y sont obligez, que devez-vous faire 
à qui l'honneur du sang est conjoint? Monsieur le 
cardinal de Lorraine vous tiendra-t-ii toujours 
comme suffragans? Vous fera-t-il honte et outrage 
en la personne de vostre propre frère, sœurs et 
neveux, que vous ne vous en ressentiez? Si ce n'est 
au moins de nom, vos proches parens, et que vous 
ne vueillez prendre la querelle à l'occasion de la 
Religion, dont il se couvre faucement du zèle, sou- 
viene-vous des Yespres sicilienes, qu'il vouloit et 
ses complices faire lorsque la Royne fut dernière- 
ment si malade. Vous en fustes esmeu pour une 
uuict et en perdites le dormir, et tout cela est allé 
en fumée. Il vous a emmiellé de belles paroUes. Si 
vous estes séparé de religion d'avec nous, le sang 
se peut-il séparer pour cela? L'amitié et devoir de 
nature cessera-t-il pour ceste occasion? Non, Mon- 



— 2!8 — 

sieur mon frère, je vous supplie, ressentez-vous de 
la poursuite faicte à uostre frère pour monstrer que 
mon fils s'en tient offensé et moy, pour recognoistre 
l'honneur de la maison ou j'ay esté mariée et celle 
que je veui tenir pour mienne propre. Nous luy 
allons offrir le devoir, observans très fidèlement, en 
tout et par tout, le service, obéissance et fidélité que 
nous devons à nostre Roy. Et par ce, Monsieur mon 
frère, que le mestier des femmes et de ceux qui ne 
manient point les armes, comme vous, est de pour- 
chasser la paix, faictes de vostre costé que nous 
l'ayons bien assurée. Du mien, j'y employerai tout. 
Et croyez que trois choses nous mènent icy, mon 
fils et moy : Dieu, le Roy et nostre sang, ausquelles 
choses nous désirons servir. Le sieur de la Motte 
vous dira comme tout passe et je prieray Dieu, 
Monsieur mon frère, qu'il vous doint sa saincte 
grâce, etc. 

De Bergerac, ce XYI septembre 1568. 

Vostre obéissante et obligée sçeur, 

Jane. 



- 219 - 



À LA RoYNE d'Angleterre. 



Madame^ outre le dësir que j'ay eu toute ma vie 
de me continuer en vostre bonne grâce, il se pré- 
sente aujourd'huy un subject qui me accuserait gran- 
dement, si, par mes lettres, je ne vous faisoye 
entendre l'occasion qui m'a menée icy, avec les 
deux enfans qu'il a pieu à Dieu me prester. Et de 
tant plus seroit ma faute grande, qu'il a mis par sa 
gi*ande bontë tant de grâces en vous et un toi zèle à 
l'avancement de sa gloire, que, pour vous avoir 
eslue l'une des Roynes nourrissières de son Eglise. 
C'est donc à juste raison. Madame, que tous ceux 
qui, liez en ceste cause, accompagnent vostre sainct 
désir, vous advertissent de ce qui se passe en ce faict. 

Et de ma part, Madame, pour mon particulier, 
m'asseurant que du général vous en savez assez, je 
vous supplieray très humblement croire que trois 
choses, la moindre desquelles estoit assez suffisante, 
m'ont fait partir de mes Royaume et pays souve- 
rains. La première, la cause de la Religion, qui 
estoit en nostre France si opprimée et affligée par 
l'invétérée et plus que barbare tyrannie du cardinal 
de Lorraine, assisté par des gens de mesme honneur, 
que j'eusse eu honte que mon nom eust jamais esté 
nommé entre les fidèles, si, pour m'oppôser à telle 
erreur et horreur, je n'eusse apporté tous les moyens 
que Dieu m'a donnez à ceste cause, et, mon fils et 
moy, nous joindre à une si saincte et grande com- 



— 220 - 

paignie de princes et seigneurs, qui^ tous comme 
moy, et moy comme eux, avons résolu, sous la 
faveur de ce grand Dieu des armées^ de n*espargner 
sang, vie, ni biens pour cest effect. La seconde chose, 
Madame, que la première tire après soy^ est le ser- 
vice de nostre Roy, voyant que la ruine de TEsglise 
est la siene et de ce Royaume, duquel nous sommes 
si estroictement obligez de conserver l'estat et gran- 
deur. Et d'autant que, mon fils et moy, avons cest 
honneur d'en estre des plus proches, voylà, Madame, 
ce qui nous a faict haster de nous venir opposer à 
ceux qui, abusans de la grande bonté de nostre Roy, 
le font estre luy-mesme aucteur de sa perte, le 
rendant, encore qu'il soit le plus véritable prince du 
monde, laulseur de ses promesses par les inventions 
qu'ils ont trouvées de faire rompre l'édict de Pacifi- 
cation; lequel, comme demeurant en son entier, 
entretenoit la paix entre le Roy et ses subjects fidèles; 
et, rompu, convie la mesmc fidélité desdicts sub- 
jects à une guerre trop pitoyable et tant forcée^ 
qu'il n'y a nul de nous qui n'y ait esté tiré par 
violence. 

La tierce chose, Madame, nous est particulière à 
mon fils et à moy : qui a esté que, voyant les enne- 
mis de Dieu et anciens de nostre maison, avec une 
ellrontée et tant pernicieuse malice, avoir délibéré, 
joignant la lîaine qu'ils portent à la cause générale 
avec celle dont ils ont tant monstre d'efforts contre 
nous, ruiner entièrement nostre race ; voyant arriver 
monsieur le Prince de Condé, mon frère, qui, pour 
éviter l'entreprinse qu'on avoit faicte contre luy, 
fut contrainct, plustost que reprendre les armes, 
venir cercher lieu de seureté ; je di. Madame, avec 
telle pitié qui accompagnoit la tendre jeunesse de 



— 221 — 

ses petits princes et de leur mère grosse, que je ne 
sache bon cœur à qui ceste piteuse histoire ne face 
grand mal. De Taustre costé, j'estoi advertie que 
l'on avoit despesché pour me venir ravir mon fils 
d'entre les mains. Avec tels subjects nous n'avons 
peu moins que nous assembler, pour vivre ou mou- 
rir unis, comme le sang, qui nous a attirez jusquicy, 
nous y oblige. 

Voylà, Madame, les trois occasions qui m'ont faict 
faire ce que j'ay faict et prendre les armes. Ce n'est 
point contre le ciel. Madame, comme disent ces 
bons Catholiques, que la poincte en est dressée et 
moins contre nostre Roy. Nous ne sommes, par la 
grâce de Dieu, criminels de lèse-Majesté divine ni 
humaine. Nous sommes fidèles à nostre Dieu et à 
nostre Roy; ce que je vous supplie très humblement 
croire et nous vouloir toujours assister de vostre 
faveur; laquelle ce grand Dieu vous vueilie reco- 
gnoistre, vous augmentant ses saioctes grâces avec 
conservation de vos estats, et qu'il vous plaise. 
Madame, recevoir icy les très humbles recommanda- 
tions de la mère et des enfans, qui désireroyent 
infiniement avoir le moyen de vous faire service. 
Et parce, Madame, que le sieur du Chastelier *, lieu- 



1. — Chastelier Portaut, seigneur de la Tour, 
capitaine ihuguenot, connu par l'assassinat de Charry, 
fut envoyé au mois d'octobre 1568 en Angleterre, 
avec une flotte de neuf vaisseaux pour demander du 
secours et des munitions (Aubigné, Histoire univer- 
selle, t. III, p. 62, édit. de la société de Thist. de 
France). Le comte de la Ferrière a publié une lettre 
de ce capitaine à Throckmorton, en date du 3 sept. 
1568, qui peut être considérée comme le prélude de 
sa mission. (Le xvi« siècle et les Valois, p. 215). 
Chastelier Portaut fut tué à la bataille de Jarnac. 



— 222 — 

tenant général en l'armée des mers, s'en allant là^ 
aura toujours affaire de vostre faveur, l'ayant prié 
de présenter mes lettres, je prendray la hardiesse de 
le vous recommander. 

De la Rochelle, ce XV jour d'Oct. 1568. 

De par vostre très humble et obéissante sœur, 

Jane. 



TABLES 



I 



TABLE ANALYTIQUE 



Admirai (Monsieur 1'), 
voyez Coligny. 

Agen, surveillé de près 
par Monluc, p. 106. 

Albret (Maison d'). Sa 
fidélité traditionnelle au 
roi de France, 98. 

Albret (Duché d*), sur- 
veillé de près par Mon- 
luc, 106. 

Allemagne ( Querelle 
d'), vieux dicton, 8. 

Amboise, résidence des 
enfants de France, 24. 

Amorotz (Jean d'), dé- 

Juté du pays de Mixe à 
eanne d'Albret, 154. 

Andelot (François de 
Chastillon, s. d'), menacé 
par Martigues à Laval, 
67. — Passe la Loire mal- 
gré Martigues, 103. 

Anjou (Monsieur d'), 
voyez Henri de Valois. 

Aphat Ospital , com- 
manderie de Malte, mise 
sous séquestre par Jeanne 
d'Albret, 162. 

Antoine de Bourbon, 
roi de Navarre, mari de 
Jeanne d'Albret, quitte la 
Réforme, 3. — Trompé 
par les Guises au sujet 
de la restitution de la Na- 



varre, 5. — Menacé de 
mort par les Guises, 7. — 
Comment il esquive les 
menaces du roi, 9. — Ses 
paroles au s. de Ranty et 
son courage en marchant 
au guet-apens qui lui est 
tendu dans le cabinet du 
roi, 10. — Reproche au 
cardinal de Lorraine de 
chercher à le tromper, 
14. — Sentiments reli- 
gieux de ce prince à sa 
mort, 14. — Réconcilié 
avec les Guises par la 
duchesse de Guise, 15. 

— Espionné secrètement 

Bar la reine mère, 17. — 
'éfend à sa femme de 
passer à Orléans, 22. — 
Promet au cardinal de 
Lorraine de faire empri- 
sonner Jeanne d'Albret, 
25. — Commande à Jeanne 
d'Albret de s'arrêter à 
Vendôme, 25. — Envoie 
le secrétaire Bologne à 
Pau, 29. — Sa mort, 30. 

— Passe au parti des 
Guises, 209. — Rappel de 
sa mort, 210. 

Armaignac (comté d'), 
surveillé de près par 
Monluc, 106, 

Armendaritz (Jean d')^ 
seigneur catholique, 158. 

15. 



- 2i6 — 



— Fait prisonnier par 
ordre de Jeanne d'Albret, 

158. — Poursuivi et ac- 

auitté, 159. — Ennemi 
es ministres réformés, 

159. — Signe la protesta- 
tion des gentilshommes 
catholiques de la Basse 
Navarre, 16i. 

Artieda (Jean de Beau- 
mont Navarre, s. d') signe 
la protestation des sei- 
gneurs catholiques de la 
Basse Navarre, 164. 



Basse Navarre (Les 
Gentilshommes de la) 
publient un manifeste 
contre la reine de Na- 
varre, 150. 

Baybnne, choisi par la 
reine mère pour son en- 
trevue avec le roi d'Es- 
pagne, 36. — Négociations 
secrètes des rois de 
France et d'Espagne, 37. 

Béarn . Rébellion des 
catholiques contre Jeanne 
d'Albret, 50. 

Béarn (Etats de) tenus 
au mépris des droits des 
gentilshommes catholi- 
ques de la Basse Navarre, 
161. 

Beauvais (Louis de Gou- 
lard, s. de), maître de la 
garde- robe du prince de 
Béarn , choisi comme 
intermédiaire entre ce 

grince et Jeanne d'Al- 
ret, 22. 

Belesbat (Michel de 
Hurault. s. de Fay et de), 



maître des requêtes du 
roi, envoyé par Catherine 
à Jeanne d'Albret, 20. 

Bellegarde (Roger de 
Saint-Lary, s. de), met, 
de son autorité privée, 
des garnisons dans les 
villes principales du 
comté de Foix, 178, 183. 

Bellac en Béarn. Des- 
truction des images ca- 
tholiques, 163. 

Bergerac. Lieu de pas- 
sage de Jeanne d'Albret, 
116. 

Beyrie , près Lescar , 
fief appartenant au s. de 
Luxe, 157. 

Bèze (Théodore de), 
envoyé par Condé et par 
Coligny à Jeanne d'Albret 
à Olivet, 23. 

Bigorre (comté de), dé- 
pouillé de ses immunités 
par Bellegarde, 183. 

Biron (Armand de Gon- 
taut, s. de), proposé par 
Jeanne d'Albret pour ac- 
compagner le prince de 
Béarn en Guyenne, 63. 

Bladre, voyez Brodeau. 

Boloigne (Jean Lescri- 
vain, dit), envové par 
Antoine de Bouroon en 
Béarn, 29. — Emprisonné 

Ear ordre de Jeanne d'Al- 
ret, 30. 

Bouchavannes (Antoine 
de Bayancourt, s. de), in- 
termédiaire entre la reine 
mère et le prince de Con- 
dé, 20. 

Bourbon (Maison de). 
Sa fidélité au roi, 98. 



— 227 - 



Bourbon (Charles de), 
cardinal^ menacé de mort 
par le cardinal de Lor- 
raine, 61 et 212. — Trompé 
et subjugué par le cardi- 
nal de Lorraine, 217. — 
Terrifié par les menaces 
du cardinal de Lorraine 
contre sa vie, 217. 

Bourdaisière (Jean Ba- 
bou de la), gouverneur 
des enfants de France, 
24. 

Brandon , voyez Dro- 
deau. 

Bricguemault (François 
de) rejoint Jeanne d'Al- 
bret à Mucidan^ 117. 

Brodeau (Victor), s. de 
la Chassetiere, envoyé 
par Jeanne d'Albret au 
prince de Condé à la pri- 
ère de la reine mère, 21. 
— Devient maître d'hôtel 
du duc de Longueville, 
21. — Choisi comme in- 
termédiaire entre la rei- 
ne mère et Jeanne, 22. — 
Renvoyé par Jeanne d'Al- 
bret à la reine mère, 25. 

Burie (Charles de Cou- 
cy, s. de), négocie avec 
Jeanne d'Albret, 26. — So 
sépare de Monluc, 27. 



Cabannes(Ariège), lieu 
de refuge des réformés, 
forcé par les capitaines 
catholiques, 185. 

Cars (des), voyez Es- 
cars. 

Castelnau de Durban, 
capitaine catholique, 



commet de graves excès 
dans le comté de Foix, 
185. 

Caudale (Henri de Foix, 
s. de) , proposé par Jeanne 
d'Albret pour accompa- 
gner le prince de Béarn 
en Guyenne, 63. 

Catherine de Médicis 
fait avertir Antoine de 
Bourbon d'une tentative 
dirigée contre sa vie, 9. 

— Ses confidences à Jean- 
no d'Albret en 1562, 15. -^ 
Se rend à Paris pour obli- 
ger le parlement à enre- 
gistrer l'édit de janvier, 
16. — Favorable à la ré- 
forme, 17. — Fait faire 
des ouvertures sur les 
cabinets d'Antoine de 
Bourbon et sur la cham- 
bre du cardinal de Tour- 
non, 17. — Ses tergiver- 
sations à Fontainebleau, 
18. — Encouragée par 
Jeanne d'Albret, 19. — 
Apprend l'organisation du 
triumvirat, 20. — Fait sa- 
voir à Jeanne d'Albret 
que le roi et elle ne sont 
pas libres, 21. — Com- 
mande à Jeanne d'Albret 
de prier le prince de Con- 
dé de déposer les armes, 
23. — Autorise secrète- 
ment Jeanne d'Albret à 
faire enlever François de 
Valois et la princesse 
Marguerite à Amboise, 24. 

— Se plaint à Jeanne 
d'Albret d'Antoine de 
Bourbon, 28. — Sa dis- 
cussion avec le roi au su- 
jet de la reprise de la 
guerre civile, 201. — Sa 



-228 — 



faveur pour Jeanne d'Aï- 
bret en 1562, 210. — Rap- 
pel de son départ de Fon- 
tainebleau, 210. — Rap- 
pel de sa maladie, 212. 

C au m ont (François 
Nomparde) cité par Jean- 
ne d'Albret en témoi- 
gnage de ses intentions 
pacifiques en 1562, 27. — 
Proposé par Jeanne d'Al- 
bret pour accompagner 
le prince de Béarn en 
Guyenne, 63. — Visite 
Jeanne d'Albret à Nérac, 
70. 

Cassaignabère (Haute- 
Garonne) , théâtre des 
excès des capitaines ca- 
tholiques, 485. 

Gaver, creuser, 82. 

Charles IX^ roi de Fran- 
ce, prisonnier du Trium- 
virat, 21. — Ramené de 
force de Fontainebleau à 
Paris, 21. — Tombe ma- 
lade à Meulan, 61. — Or- 
donne au parlement de 
Toulouse de saisir les 
biens de Jeanne d^Albret, 
112. — Envoie le prési- 
dent la Perrière en Soûle, 
176. — Approuve Jeanne 
d'Albret d'avoir pardonné 
aux rebelles de la Basse 
Navarre, 188. — Proteste 
de son désir de maintenir 
la paix, 189. — Sa mala- 
die, 189. — Excuse le sup- 
plice du capitaine Mes- 
mes, 190. — Maintient son 
droit de mettre garnison 
dans toutes les villes du 
royaume, 191. — Expli- 
que la mission du prési- 
dent la Perrière en Soûle, 



192. — Demandera comp- 
te à Bellegarde de ses 
faits et gestes en Ariè^e, 
192. — Veut que la reine 
de Navarre et son fils 
soient obéis par tout le 
royaume, 193. — Supplie 
la reine mère d'empêcner 
le retour de la guerre ci- 
vile, 201. 

Chastelier Portant, ca- 
pitaine protestant, envo- 
yé en Angleterre, 221. 

Chastillon (les trois 
frères). Leurs efforts pour 
empêcher la reprise de 
la guerre civile en 1567, 
46. 

Chaulnes (Louis d'On- 
gnies, s. de) présente ses 
nommages au cardinal de 
Créquy, 202. 

Chaux (Antonin de) si- 
gne la protestation des 
seigneurs catholiques de 
la Basse Navarre, 164. 

Clèves (Marie de), vo- 
yez Nevers. 

Cognac ferme ses por- 
tes au prince de Condé, 
119. 

Coligny (Gaspard de 
Chastillon, s. de), amiral 
de France, menacé par 
Tavannes à Tanlay, 67. — 
Ses remontrances au roi, 
75. — Il envoie Teligny 
à la cour, 76. — S'enfuit 
de Tanlay, 77. — Accusé 
par le roi de retenir pri- 
sonnier le princp de Con- 
dé, 110. — Arrive à Sain- 
tes, 116. 

Comminges, comté 
troublé par les violences 



- 229 ~ 



des capitaines catholi- 
ques, 185. 

Condé (Louis de Bour- 
bon, prince de), prison- 
nier à Orléans, 7. — Ses 
efforts pour empêcher la 
reprise de la guerre ci- 
vile en 1567, 46. — Envoie 
un Gentilhomme à Jeanne 
d'Albret pour l'informer 
de la prise d'armes de la 
Saint-Michel^ 25 septem- 
tembre 1567, 51. — Me- 
nacé par Tavannes à No- 
yers, 66. — Ses remon- 
trances au roi , 75 . — 
S'enfuit de Noyers, 77. — 
Rappel de son emprison- 
nement à Orléans, 100. — 
Rappel de sa fuite à No- 
yers, 100. — Récit de la 
fuite de Noyers, 102. — 
Arrive à Saintes, 116. — 
Envoie Bricquemault à 
Jeanne d'Albret, 117. — 
Rejoint Jeanne d'Albret 
près d'Archiac, 119. — 
Aime Mademoiselle de 
Limeuil, 137. — Rappel 
de sa fuite de Noyers, 206. 
— Menacé dans sa vie par 
le cardinal de Lorraine, 
212. 

Condom (Gers), sur- 
veillé de près pdr Monluc, 
106. — liieu de garnison 
de la compagnie du prin- 
ce de Béarn, 185. 

Connétable, voyez 
Montmorency (Anne de). 

Coquilles {vendre ses), 
colporter des mensonges, 
101. 

Cessé Brissac (Artus 
de), maréchal de France. 



Instruction du roi à lui 
adressée relativement à 
la noblesse de Picardie, 
198. 

Créquy (Antoine de), 
cardinal, est informé du 
coup de Noyers, 73. — 
Lettre à lui écrite par un 
de ses agents à la cour, 
197. 



Domesain (Valentin de) 
s'oppose à la célébration 
d'un baptême réformé à 
Saint-Palais, 152. — Son 
voyage auprès de Biaise 
de Monluc, 157. — Tenta- 
tive d'assassinat dirigée 
contre lui, 157. — Signe 
la protestation des sei- 
gneurs catholiques de la 
Basse Navarre, 164. 

Du Bellay (Joachim) 
loue Jeanne d'Albret dans 
ses vers, 129. — Est loué 
par elle, 129, et suiv. 

Duc (Monsieur le), vo- 
yez François de Valois. 

Duras (Symphorien de 
Durfort, s. de), chef du 
parti réformé en Guyen- 
ne, 27. 



Elisabeth, reine d'An- 
gleterre , appelée par 
Jeanne d'Albret au se- 
cours du parti réformé, 
219. 

Ergo, ergotage, 84. 

Escars (François d') fa- 
vori d'Antoine de Bour- 



- 230 ^ 



bon, vendu aux Guises, 
24. — Laisse passer Jean- 
ne d'Albret sans essayer 
de l'arrêter au passage, 
118. — Sa lâcheté malgré 
les conseils de Monluc, 
118. 

Ëscars (Charles d'), 
évêque de Poitiers, dis- 
pute avec le théologien 
Salignac; 144. 

Esparça (Jean d') signe 
la protestation des sei- 
gneurs catholiques de la 
Basse Navarre, 164. 

Estanconner, étayer. 

Estienne fHenri) reçoit 
Jeanne d^Albret dans son 
imprimerie, 139. — Lui 
dédie un sonnet, 140. 

Estranger (L') désigne 
Philippe II, roi d^Espa- 
gne, 86. 

Etchard (Jean d') et au- 
tres officiers envoyés par 
Jeanne d'Albret en Basse 
Navarre, 151. 

Etchaux (Antoine d'), 
vovez Chaux (Antonin 
de), 

Exideuil ( Charente ) , 
occupé par les gaj*nisons 
de Monluc, 182. 

Eyheralarre au pays de 
Cize, en Basse Navarre, 
lieu de réunion des sei- 
gneurs catholiques, 164. 

Eymet (Dordogne), pri- 
se d'assaut par le cortège 
de Jeanne d'Albret, 116. 



voyez Renée de France. 

Foix, comté de l'apa- 
nage de Jeanne d'Albret, 
désolé par le parlement 
de Toulouse, 38. — Est 
exempté, de temps immé- 
naorial, de toute garnison, 
178. — Victime des exac- 
tions de Bellegarde, 183. 

Fonterailles f Michel 
d'Astarac, s. de) rejoint 
Jeanne d'Albret à Ton- 
neins, 115. 

Fort l'Evêque, prison 
de Paris, 44. 

François II, roi de Fran- 
ce, résolu d'assassiner 
Antoine de Bourbon. 8. 

François de Valois , 
dernier fils de Catherine 
de MédiciS) élevé à Am- 
boise, 24. 



Ferrare (duchesse de), 



Garris, près Saint-Pa- 
lais, assiégé et pris par 
les seigneurs catholiques 
de la Basse Navarre, 160. 

Gavardan (vicomte de) 
dépouillé de ses immuni- 
tés par les officiers du 
roi, 183. 

Gentilshommes y sur- 
nom donné aux pour- 
ceaux parce qu'ils sont 
vêtus de soie, 118. 

Gondrin (Bertrand de 
Pardaillan, s. d^ la Mo- 
the), un des complices de 
Biaise de Monluc, 172. 

Gramont (Antoine 
d'Aster, s. de) reçoit de 
Jeanne d'Albret le conseil 



- 231 — 



de prendre les armes, 51. 

Gramont (Antoine de), 
lieutenant général de, 
Jeanne d'Albret, introduit 
la réforme en Basse Na- 
varre, 150. 

Guise (Maison de) vise 
à la couronne de France, 
99. 

Guise (François de 
Lorraine, duc de) aide 
son frère, le cardinal de 
Lorraine, à séduire et à 
tromper Antoine de Bour- 
bon, 6. — Projette de l'as- 
sassiner, 7. — Blâme la 
pusillanimité du roi, 11. 

Guise (Anne d'Esté, 
duchesse de) réconcilie 
Antoine de Bourbon avec 
le duc de Guise, 15. — 
Accompagne la cour au 
voyage de Lyon, 35. — 
Mariée au duc de Ne- 
mours malgré les protes- 
tations de Françoise de 
Rohan, 41. 

Guise (Henri de Lor- 
raine, duc de) jouit d'une 
autorité illimitée en 
Champagne, 183. — Sé- 
journe auprès du roi à la 
cour, 193. 



Henri de Valois, duc 
d'Anjou, plus iard Henri 
ni, séduit et trompé par 
le cardinal de Lorraine, 
215. — Lettre de Jeanne 
d'Albret à lui adressée, 
215. 

Henri de Béarn, fils de 
Jeanne d'Albret, reste fi- 
dèle à la réforme, 4. — 
Traité d'imbécile par un 
pamphlet catholique, 94. 
— Réputé prisonnier des 
réformés, 113. — Sa ré- 
ponse piquante à la Mo- 
the Fénelon, 114. — Ac- 
cuse le cardinal de Lor- 
raine d'être l'artisan de 
la guerre civile, 115. — 
Commence sespremières 
armes sous le comman- 
dement de son oncle le 
prince de Condé; 119. — 
Vient en Basse Navarre 
avec des troupes, 160. — 
Doit accompagner Jeanne 
d'Albret dans son voyage 
en Guyenne, 180, 183. — 
Convoqué à la cour par 
le roi, 193.  Pourquoi il 
rejoint le prince de Condé 
à la Rochelle, 206. — Rap- 
pel de la tentative d'enlè- 
vement de ce prince par 
Losses, 207. 



Haleiner, au figuré ap- 
procher. 

Ham (Somme), occupé 
par les garnisons du roi, 
181. 

Hart (Gabriel du), vo- 
yez Uhart {Gabriel d'). 

Henri II, d'Albret, roi 
de Navarre, cité, 158. 



Irrissarry, commande- 
rie de Malte, mise sous 
séquestre par Jeanne 
d'Albret, 162. 



Janvier (édit de) 1562, 



— 232 — 



promulgué à Paris par le 
parlement, 16. 

Jarnac (Guy de Chabot, 
s. de], proposé par Jean- 
ne d Albret pour accom- 
pagner le prince de Bé- 
arn ^n Guyenne, 63. 

Jeanne d'Albret écrit 
au roi, au duc d'Anjou, à 
Catherine de Médicis, au 
cardinal de Bourbon, à la 
reine d'Angleterre^, 1. — 
Pourquoi elle écrit ses 
Mémoires, 2. — Embrasse 
la réforme, 2. —Regrette 
l'abjuration de son mari, 
3. — Chassée de la cour 
par les Guises, 13. — Re- 
çoit les confidences de 
Catherine de Médicis à 
Saint -Germain, 15. — 
Encourage la reine mère 
à quitter la cour et à se 
rendre à Orléans, 19. — 
Tombe malade, à la cour, 

20. — Chassée de la cour 
par Antoine de Bourbon, 

21. — Fait ses adieux au 
roi et à tous les princes à 
Fontainebleau^ 22. — Pas- 
se à Olivet (Loiret), 23. — 
Arrive à Vendôme, 23. — 
Renvoie Brodeau à la rei- 
ne mère, 23. — Autorisée 
par Antoine de Bourbon 
a se retirer en Béarn, 25. 

— Passe à Châtelleraut 
et à Caumont, 25. — Tom- 
be malade à Caumont, 26. 

— Négocie la paix avec 
Burie et Monluc, 26. — 
Se retire à Nérac, puis 
en Béarn, 29. — Fait em- 
prisonner le secrétaire 
Boloigne, 30. — Invitée 
par la reine mère à re-. 



joindre la cour à Lyon, 
30. — 8e plaint de Biaise 
de Monluc, 31. — Rejoint 
la cour à Roussillon (ou 
à Mâcon), 31. — Aventure 
de la lettre surprise par 
la chienne de Jeanne d Al- 
bret, 32. — Jeanne rap- 
porte cette lettre à la 
reine mère, 34. — Part 
pour Vendôme, 36. — 
Rejoint la cour à Moulins, 
38. — Suit la cour à Pa- 
ris, 38. — Proteste vaine- 
ment contre l'immixtion 
du parlement de Toulou- 
se dans les troubles du 
comté de Foix, 38. — Ac- 
cusée d'avoir voulu faire 
assassiner la reine mère, 
42. — Accusée d'avoir 
voulu faire enlever Henri 
de Valois, 42. — Retire 
son fils de la cour, 45. — 
Ignorait alors la prochai- 
ne reprise de la guerre 
civile, 46. — Pourquoi 
elle est venue à la Ro- 
chelle, 49. — Visite son 
comté de Foix, 51. — Re- 
tourne en Béarn^ 52. — 
Ecrit à la reine mère dans 
un sens pacifique, 52. — 
Ne cesse, pendant le 
cours de la seconde guer- 
re civile, de prêcher la 
paix, 55. — Refuse d'aller 
a la cour, 56. — Choisie 
par la reine mère pour 
arbitre entre les hugue- 
nots et les catholiques, 
58. — Pardonne à ses su- 
jets révoltés, 59. — Pro- 
pose au roi d'envoyer le 
prince de. Béarn en tour- 
née en Guyenne, 63. — 
Dépiste l'entreprise du 



— 233 — 



s. de Losses, 66. — Son 
dévouement à son beau- 
frère, le prince de Condé, 

69. — Retourne à Nérac, 

70. — Se plaint de la ten- 
tative de de Losses, 70. 

— Ses incertitudes sur le 
parti à prendre, 72. — 
Passe quinze ou vingt 
jours à Nérac, 74. — En- 
voie consulter Condé et 
Coligny, 77. — Se résout 
à rejoindre les réformés 
à la Rochelle, 79, 80. — 
Se plaint des serviteurs 
qui l'ont trahie, 81. — 
Confie ses états au s. 
d'Arros, 87. — Ses déli- 
bérations avec sa cons- 
cience, 88. — Inquiète du 
sort de son fils, 90. — 
Répond à un pamphlet 
publié contre elle, 91. — 
Repousse l'accusation 
dlmbécillité, 92. — Se 
loue des bons serviteurs 
que le parti catholique 
n'a pu débaucher, 96. — 
Est avertie de la fuite de 
Noyers, 107. — Envoie 
visiter Monluc par un de 
ses gens, 108. — Part de 
Nérac pour la Rochelle, 
108. — Couche à Castel- 
jaloux, 108. — Couche à 
Tonneins, 110. — Répu- 
tée prisonnière des réfor- 
més, 113. — Séjourne à 
Tonneins, 115. — Passe à 
la Sauvetat et à Bergerac, 
116. — Prend Eymet, 116. 

— Ecrit au roi, à la reine, 
à Monsieur, etc., 117. — 
Passe à Mucidan, 117,119. 

— Passe à Aubeterre, à 
Barbezieux, à Archiac, 
119. — Se rencontre avec 



le prince de Condé, 119. 
— Remet son fils entre 
les mains de son oncle, 

119. - Sa joie aux pre- 
mières armes de son fils, 

120. — Reste seule à la 
Rochelle, 120. — Proteste 
de §a vérédicité, 120. — 
Répond en vers à Joachim 
du Bellay, 129 et suiv. — 
Ecrit une chanson sur les 
amours du prince de Con- 
dé et Mademoiselle de 
Limeuil, 137. - Visite à 
l'imprimerie de Henri 
Etienne, 1 39. — Improvise 
un quatrain, 139. — Ecrit 
un sonnet sur la dispute 
de Charles d'Escars et de 
Salignac, 144. — Ajourne 
indéfiniment les états de 
Béarn, 151. — Envoie 
quelques ofïîciers en Bas- 
se Navarre, 151. — Impo- 
se de force Texercice de 
la réforme à la ville de 
Saint-Palais, 153. - Y 
envoie le capitaine La 
Lanire, 154. — Saisit deux 
commanderies de Malte 
en Basse Navarre, 162. — 
Veut détruire le catholi- 
cisme en Béarn, 163. — 
Fonde un collège hugue- 
not à Orthez, 163. - En- 
voie au roi en mémoire 
sur l'observation de l'édit 
de pacification et sur le 
gouvernement de Guyen- 
ne, 167. — Pardonne avec 
empressement aux révol- 
tés de la Basse Navarre, 
169. — Supplie le roi de 
faire exécuter réellement 
les édits de pacification 
en Guyenne et en Lan- 
guedoc, 171. — Se plaint 



— 234 - 



des empiétements de 
Biaise de Monluc. 173. - 
Proteste contre les pré- 
tentions de ce capitaine, 
175 — Demande au roi 
justice des révoltés du 
pays de Soûle, 176. — Pro- 
teste contre Tarrêt du 
parlement de Bordeaux 
dirigé contre elle, 177. — 
Défend à ses sujets, du 
comté de Foix, d'obéir 
aux ordres du capitaine 
Bellegarde, 178. — 
Prie le roi d'envoyer des 
prévôts de justice dans 
le comté de Foix pour y 
rétablir la paix publique, 
179. — Désire faire la 
tournée de ses états et 
apanages en compagnie 
de son 111s, 180. — Deman- 
de à être escortée par 
certains seigneurs, 180. 
— Proteste contre la no- 
mination du s. de Montant 
Brassac, gouverneurdans 
les Landes, 181. •— Pro- 
teste contre les garnisons 
imposées aux villes de 
Vendôme, Ham, La Fère, 
Lectoure, Roquefort de 
Marsan et autres, 181. — 
Sa lettre au roi, 205. — 
Pourquoi elle est venue à 
la Rochelle, 207. - Sa 
lettre à la reine mère, 
209. — Passe en Vendo- 
mois et se rend en Gu- 
yenne, 210. — Dénonce le 
cardinal de Lorraine à la 
reine, 211. — Envoie un 
gentilhomme avec la Mo- 
the Fénelon à la reine, 
214. — Sa lettre au duc 
d'Anjou, 215. - Elle lui 
signale le cardinal de 



Lorraine comme ïe plus 
perûde de ses conseil- 
lers, 215. — Proteste de 
son dévouement, 216. — 
Sa lettre au cardinal de 
Bourbon, 217. - Elle lui 
conseille de faire tous 
ses efforts en faveur de 
la paix, 218. — Sa lettre 
à la reine d'Angleterre, 
219. — Elle explique son 
départ du Béarn, 219. — 
Elle excuse la reprise do 
la guerre civile, 220. 



La Fère (Aisne) occupé 
par les garnisons du roi, 
181. 

La Perrière (Louis Go- 
yct de) est envoyé par le 
roi en Soûle, 17ô. — Pu- 
blie l'édit de pacification, 
176. — Récit de sa mis- 
sion en Soûle, 177. 

La Lanne (Jean de), 
capitaine , envoyé par 
Jeanne d'Albret en Basse 
Navarre, 154. — Mieux 
reçu qu'il ne méritait, 155. 

La Mothe Fénelon (Ber- 
trand de Salignac, s. de) 
est envoyé par la reine 
en Béarn pour négocier 
la réconciliation de Jean- 
ne d'Albret avec ses su- 
jets révoltés, 54. — Sa 
seconde mission en Bé- 
arn, 56. — Tâche d'attirer 
Jeanne d'Albret à la cour, 
56. — Certifie à Jeanne 
d'Albret la faveur du roi, 
63. — Revient auprès de 
Jeanne d'Albret, 110. — 
Accuse Coligny de rçte- 



— 238 - 



nir prisonnier le prince 
de Condé, HO. — Presse 
Jeanne d'Albret do se 
rendre à la cour, 111. — 
Accompagne Jeanne d'Al- 
bret à Tonneins, à Ber- 
gerac, à Eymet, etc., 116. 
— Rappel de sa mission 
dans la protestation de 
Jeanne d'Albret, 168. — 
Rappel de sa seconde 
mission en Béarn, 205. 

La Rochelle (ville de) 
se met en révolte, 189. — 
Demande le maintien de 
ses privilèges, 201. 

L'Aubespine (Claude 
de), secrétaire d'état, 
chargé des affaires d'Es- 
pagne, 34. 

La Vougie , capitaine 
catholique, un des offi- 
ciers de Bellegarde dans 
le comté de Foix, 183. 

Lauzun (François Nom- 
par de Caumont, s. de) 

g reposé par Jeanne d'Al- 
ret pour accompagner le 
prince de Béarn en Gu- 
yenne, 63. 

Laxague , château en 
Soûle, appartenant au s. 
de Luxe, 156. 

Lectoure (Gers), sur- 
veillé de près par Monluc, 
106. — Occupé par les 
garnisons du roi, 181. 

Lescar (Basses-Pyré- 
nées), destruction des 
images catholiques, 163. 

Limeuil (Isabelle de) 
aimée du prince de Con- 
dé, 137. 

Longjumeau (traité de). 



accepté à Paris, repoussé 
à Toulouse, 60. 

Longueville, voyez Ne- 
vers {Marie de Bourbon 
d'Estoutevilley d-uchesse 
de). 

Lorraine (cardinal 
Charles de) aide son frère, 
le duc de Guise, à trom- 
per le roi de Navarre, 5. 

— Blâme la pusillanimi- 
té de François II, 11. — 
Promet à Antoine de 
Bourbon de ne point pour- 
chasser le mariage de 
son frère, le grand Prieur, 
avec la duchesse de Ne- 
vers, 13. — Qualifié de 
sanguinaire, 15. — Se 
rend au Concile de Tren- 
te, 29. — Marie la duches- 
se de Guise au duc de 
Nemours, 41. — Instiga- 
teur de l'édit du 25 sep- 
tembre 1568, 47. - Le 
mauvais génie du roi, 48. 

— Sa malice venimeuse, 
56. -- Traître au roi, 58. 

— Ses menées à Toulouse 
et à Bordeaux, 60. — Veut 
faire assassiner le cardi- 
nal de Bourbon, 61. — 
Tâche de faire enlever le 
prince de Béarn, 64. — 
Maintenu par le roi en son 
conseil privé, 68. — Se 
félicite de l'arrestation 
des chefs de la réforme, 
69. — Projette, l'assassi- 
nat de tous les princes du 
sang, 73. — Surnommé 
l'hydre de la France, 78. 

— Colporteur de menson- 
ges, 101, 111. — Favorise 
les affaires du cardinal de 
Créqui, 198, — l^ui révèJo 



- 236 — 



les secrets de la politique 
du roi, 199. - Véritable 
promoteur de la reprise 
de la guerre civile, 206. 

— Rappel de sa conspi- 
ration contre la vie de 
tous les princes du sang, 
212. 

Lorraine (François de), 
grand prieur de France, 
aspiçe à la main de la 
duchesse de Nevers, 13. 

Losses (Jean de Beau- 
lieu, s. de) est envoyé en 
Béarn pour tricher d'en- 
lever le prince Henri, 64. 

— Rappel de sa tentative 
d'enlèvement du prince 
de Béarn, 212. 

Lude (Guy de Daillon, 
s. du) méprise l'autorité 
du prince de Béarn en 
Poitou, 183. — Reçoit du 
roi l'ordre d'obéir à ce 
prince, 193. 

Luxe (Charles de) char- 
gé par le roi de mettre 
sous séquestre le royau- 
me de Béarn, 113. — S'op- 
Eose à la célébration d'un 
aptême réformé à Saint- 
Palais, 152. — Tentative 
d'empoisonnement diri- 
gée contre lui, 156. — 
Demeure à Ostabat^ 157. 

— Signataire de la prêtes-' 
tation des seigneurs ca- 
tholiques de la Basse Na- 
varre, 164. 



Marchais (Aisne), thé- 
âtre d'une réunion des 
princes de Guise, 49. 



Marguerite de France, 
duchesse de Savoie, re- 
joint la cour à Rossillon, 
34. — Proposée par la 
reine mère comme arbi- 
tre entre les huguenots 
et les catholiques, 58. 

Marguerite de Valois, 
fille de Henri II et de Ca- 
therine de Médicis, élevée 
à Amboise, 24. 

Marsan (vicomte de) 
dépouillé de ses immu- 
nités par Bellegarde, 183. 

Martigues ( Sébastien 
de Luxembourg, s. de) 
chargé d'enlever d'Aude- 
lot à Laval 67. 

Mat ras desempenné , 
au figuré sans bagage, 1 07 . 

Mauvosin (Michel de 
Castillon, s. de), capitaine 
catholique, commet de 
graves excès dans le 
comté de Foix, 185. 

Meaux (Massacres de), 
100. 

Mesmes (Jehan de), ca- 
pitaine protestant, cou- 
pable de tentative d'assas- 
sinat contre le s. de Do- 
mesain, 157. — Supplicié 
par ordre de Biaise de 
Monluc au mépris de l'é- 
dit de pacification, 172. 
— Son supplice justifié 
par le roi, 190. 

Mezin (Lot-et-Garonne), 
lieu de garnison de la 
compagnie du prince de 
Béarn, 185. 

Mixe, hameau près Bi- 
dache, députe un gentil- 



237 — 



homme à Jeanne d* Albret, 
153. 

Monceaux en Beauce, 
résidence de la cour, 43. 

Monein (Tristan de), 
lieutenant général en Gu- 
yenne, cité, 158. 

Monluc (Biaise de) né- 
gocie avec Jeanne d'Al- 
bret, 26. — Se sépare de 
Burie, 27. — Reçoit l'or- 
dre d'arrêter Jeanne d'Al- 
bret, 28. — Chargé d'ai- 
der le s. de Losses à en- 
lever le prince de Béarn, 
65. — Invoqué en témoi- 
gnage des dispositions 
Eacifiques de Jeanne d'Al- 
ret, 71, 75. — Ses me- 
naces contre Jeanne d*Al- 
bret, 105. — Tient tous 
les passages de la Garon- 
ne, 105. — Se rend à Vil- 
leneuve d'Agen, 108. — 
N'ose entraver le départ 
de Jeanne d'Albret, 115. 
— Sa lettre à Gondrin, 

172. — Empiète sur les 
biens et maltraite les su- 
jets de Jeanne d'Albret, 

173. — Se prépare à met- 
tre garnison dans ses 
villes, 173. — Ses exac- 
tions dans le duché d'Al- 
bret, 182. 

Monopoles, intrigues, 
100. 

Montamat (Bernard 
d'Astarac, s. de) rejoint 
Jeanne d'Albret à Ton- 
neins, 115. 

Montant Brassac (Jean 
de Puységur, s. de), nom- 
mé gouverneur des Lan- 



des par Biaise de Monluc, 
181. 

Montignac le Comte 
(Charente), occupé par 
les garnisons de Monluc, 
182. 

Montmorency (Anne 
de), connétable de Fran- 
ce, sauve la vie à Antoine 
de Bourbon, 8. 

Montpaon (Aveyron), 
ietre frappée d'exactions 
par Biaise de Monluc, 182. 

Montpensier (Jacque- 
line de Longwy, duches- 
se de) chargée par la rei- 
ne mère d'avertir Antoine 
de Bourbon d'une tenta- 
tive dirigée contre sa 
vie, 9. 



Navarre. Rébellion des 
catholiques contre Jean- 
ne d'Albret, 50. 

Navarreins, ville forte 
en Navarre, 156. 

Nebousan (vicomte dej, 
dépouillé de ses immuni- 
tés par les officiers du 
roi, 183. 

Nemours (Jacques de 
Savoie^ duc de) marié à 
la duchesse de Guise mal- 
gré les protestations de 
Françoise de Rohan, 41. 

Nevers (Marie de Bour- 
bon d'Estouteville^ du- 
chesse de), devient du- 
chesse de Longue ville, 1 3. 

Nevers (Marie de Clè- 
ves, demoiselle de), tom- 
be malade à Casteljaloux^ 



— 238 — 



409. — Est renvoy^'e par 
Jeanne d'Albret à Nérac, 
109. 

Nogaro (Gers), lieu de. 
garnison de la compagnie 
du prince de Béarn, 185. 

Nourriturey éducation, 
94. 



Oléron ( Basses-Pyré- 
nées). Destruction des 
images catholiques, 163. 

Oreguer (s. d') député 
du pays d'Ostabaret à 
Jeanne d'Albret, 154. 

Orthez (Basses - Pyré- 
nées). Destruction des 
images catholiques, 163. 
— Fondation d'un collège 
huguenot, 163. 

Ostabaret, près Iholdy, 
village, députe un gentil- 
homme à Jeanne d'Albret, 
153. 

Ostabat, près Iholdy, 
seigneurie appartenant 
au s. de Luxe, 157. 



Pamiers, ville de l'apa- 
nage de Jeanne d'Albret, 
ruinée par le parlement 
de Toulouse, 38. 

Pau (parlement de) re- 
çoit, d'Antoine de Bour- 
bon, l'ordre de chasser 
les réformés, 30. 

Pau (Basses-Pyrénées), 
Destruction des images 
catholique^, 163. 

Pelote (jouer à la), trai- 
ter avec mépris, 47. 



Picardie (Noblesse dej, 
favorisée par le roi contre 
les habitants des villes, 
198. 

Poitou compris au gou- 
vernement de Guyenne, 
184. 

' Ports, vallées de pas- 
sage de France en Espa- 
gne, 169. 



Ranty (Jacques de), 
lieutenant de la compa- 
gnie du roi de Navarre, 
escorte son capitaine à la 
porte du cabinet du roi, 
10. 

Renée de France, du- 
chesse de Ferrare, pro- 
posée par la reine mère 
comme arbitre entre les 
huguenots et les catho- 
liques, 58. 

Responce à un certain 
escript publié par V Ad- 
mirai et ses adhérans, 
pamphlet catholique con- 
tre les réformés, 91. — 
Traite d'imbéciles Jean- 
ne d'Albret et son fils, 92. 

Rohan (Françoise de), 
cousine germaine de Jean- 
ne d'Albret, sacrifiée par 
le conseil du roi au duc 
de Nemours, 39. — Pro- 
teste contre le mariage 
du duc de Nemours et de 
la duchesse de Guise, 41. 

Roissy (s. de), oncle de 
Jehan de Mesmes, 172. 

Roquefort de Marsan 
(Landes), occupé par les 
garnisons du roi, 181. 



— 239 



. Roquemaurel (s. de), 
gentilnomme de l'Ariège, 
en querelle avec le s. de 
Solan, 185. 

Roques (Jean de Secon- 
det, s. de), maître d'hôtel 
de Jeanne d'Albret, est 
envoyé par cette princes- 
se à Catherine de Médi- 
cis, 28. — Dépouillé d'une 
partie de ses biens par 
Biaise de Monluc, 182. — 
Messager de Catherine à 
Jeanne d'Albret, 210. 



Saint- André (Jacques 
d'Albon, s. de), maréchal 
de France, assiste le roi 
François II dans une ten- 
tative contre la vie d'An- 
toine de Bourbon^ 8. — 
Conduit Antoine de Bour- 
bon à Paris pour obliger 
la reine mère à retirer 
l'édit de janvier, 16. 

Saint-Gaudens (Haute- 
Garonne), station de 
Jeanne d'Albret dans son 
voyage à Foix, 51. 

Saint - Jean - Pied - de - 
Port, châtellenie de la 
Basse Navarre, 155. 

Saint -Michel-en-Cize , 
en Basse-Navarre, autre- 
fois Eyheralarre, 164. 

Saint-Palais, première 
église réformée en la Bas- 
se-Navarre, 150. — Bap- 
tême réformé célébré à 
Saint-Palais malgré les 
protestations générales, 
152. 

Salies-en-Béarn. Des- 



truction des images ca- 
tholiques, 163.. 

Salignac (Jean de), doc- 
teur réformé , dispute 
avec Charles d'Escars, 
évéque de Poitiers, 144. 

Sanguinolent, mot pris 
dans ie sens de Sangui- 
naire, 15. 

San sac (Cantal), terre 
frappée d'exactions par 
Biaise de Monluc, 182. 

Sardaigne (royaume 
de) promis par les Guises 
à Antoine de Bourbon, 5. 

Sauvetat (La), lieu de 

Eassage de Jeanne d'Al- 
ret, 116. 

Savigny, bâtard d'An- 
toine de Bourbon, est as- 
sassiné, 44. 

Savoie (Marguerite de 
France, duchesse de). 
Voyez Marguerite, 

Solan (s. de), gentil- 
homme huguenot de l'A- 
riège, en querelle avec le 
s. de Roquemaurel, 185. 

Soûle ( Basse - Pyré - 
nées), partie de la Navar- 
re, en révolte contre 
Jeanne d'Albret, 176. 



Tanlay (Yonne), rési- 
dence de l'amiral Coli- 
gny, 67. 

Tavannes (Gaspard de 
Saulx) chargé d'enlever 
le prince de Condé à No- 
yers, 66. — Chargé d'enle- 
ver Coligny à Tanlay, 66. 

Teligny (Charles de) 



- 240 — 



est envoyé par Coligny à 
la cour, 76. 

Thou (Christophe de) 
reçoit les confidences du 
cardinal de Lorraine au 
sujet de Tarrestation des 
chefs de la réforme, 69. 

Tilladet (Antoine de 
Cassagnet, s. de), capi- 
taine catholique, commet 
de graves excès dans le 
comté de Foix, 185. 

Tonneins, lieu de pas- 
sage de Jeanne d'Albret, 
110,115. 

Toulouse (parlement 
de) chargé de saisir les 
biens de Jeanne d'Albret, 
112. — Envoie deux capi- 
touls à la cour, 172. — 
Son arrêt touchant l'édit 
de pacification qui a suivi 
la paix de Longjumeau, 
172. — Empiète sur les 
droits et sujets de Jeanne 
d'Albret, 173. 

Tournon (François de) 
cardinal, escorte Antoine 
de Bourbon à Paris pour 
obliger la reine mère à 
retirer l'édit de janvier, 
16. — Espionné secrète- 
ment par la reine mère, 17. 

Trente (concile de). Sa 
fin, 49. 

Tursan (vicomte de) 
dépouillé de ses immuni- 
tés par les officiers du 
roi, 183. 



Uhart (Gabriel d') signe 
la protestation des sei- 
gneurs catholiques de 



la Basse Navarre, 164. 



Vassy (Massacre de), 
100. 

Vaupilière (Antoine 
Martel, s. de), dépêché 
par Jeanne d'Albret à la 
cour, 60. — Arrive à la 
cour, 67. — Mal reçu par 
le roi, 68. — Débouté de 
toutes ses instances, 68. 
— Retourne auprès de 
Jeanne d'Albret à Nérac, 
70. — Chargé d'apporter 
au roi la protestation de 
Jeanne d'Albret, 168. — 
Supplément d'instruction 
à lui donné par Jeanne 
d'Albret, 181. — Chargé 
de protester contre les 
faits et gestes de Biaise 
de Monluc, 182. — Dé- 
pouillé de ses biens par 
Biaise de Monluc, 182. 

Vendôme (Loir-et- 
Cher) occupé par les gar- 
nisons du roi, 181. 

Vêpres Siciliennes (fai- 
re des), 61. — Rappelées 
par Jeanne d'Albret au 
cardinal de Bourbon, 217. 
Versigny (Guillaume 
de Marie, s. de), prévôt 
des marchands de Pans, 
remplit une mission au- 
près du roi deNavarre, 18. 

Villars (Honorât de Sa- 
voie, marquis de) proposé 
par Jeanne d'Albret pour 
accompagner le prince de 
de Béarn en Guyenne, 63. 
— Visite Jeanne d'Albret 
à Nérac, 70. 



TABLE DES MATIERES 



MÉMOIRES DE Jeanne d*Albret 1 

Poésies de Jeanne d*Albret 125 

Sonnets de la reine de Navarre à du Bellay. 129 
Chanson sur les amours de Condé et d'Isa- 
belle de Limeuil 137 

Visite de Jeanne d'Albret à Henri Estienne. 139 

D'une dispute touchant la messe 142 

Pièces Justificatives 147 

Manifeste des gentilshommes de la Basse 

Navarre, 24 mars \ 568 147 

Articles envoyés au roi par Jeanne d'Albret, 

7 juillet 1568 165 

Réponse du roi aux précédents articles 187 

Lettre écrite par l'agent du cardinal de Cré- 

quy à son maître, 9 août 1568 195 

Lettres de Jeanne d^Albret 

au roi, 16 septembre 1568 203 

à la reine mère, id 209 

au duc d'Anjou, id T. 215 

au cardinal de Bourbon, id 217 

à la reine d^Angleterre, 15 oct. 1568. 219 

Table analytique 225 



Evreux. — Imp. de l'Eure, L. Odieuvre, 4 bis, rue du Meilet. 



V 




OUVRAGES DU MÊME AUTEUR : 

COHMENTAIBES ET LETTRES DE BlAISE DE MoNLUG, MARE* 

GHAL DE Frange, 1864-1872, 5 vol. in-8'', édition 
publiée pour la Société de F Histoire de France. 

Mémoires LNÉDiTS de Mighel de la Huguerye, 1877- 
1880, 3 vol. in-8*, publiés pour la Société de l'His- 
toire de France. 

Histoire universelle, par Agrippa d'Aubigné, 1886- 
1893, 6 vol. in-8'*, édition publiée pour la Société 
de l'Histoire de France. Le tome VU est sous 
presse. 

Notice des principaux Livres manuscrits et imprimés 

QUI ONT fait partie DE l'ExPOSITION DE L'aRT ANCIEN 

AU Trogadéro, 1879, in-8**, Techener. 

Le duc de Nemours et mademoiselle de Rohan, (1531- 
1592), Paris, 1883, petit in.8^ Labitte. 

Le traité de Cateau Cambresis, 1889, in-8'^, Labitte. 

La première jeunesse de Marie Stuart^ 1891, petit 
in-8o, Paul, Huart et Guillemin. 

Le Mariage de Jeanne d'Albret, 1877, in-8^ Labitte. 

Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, suite de 
Le Mariage de Jeanne d^Alhret^ 4 vol. in-8", 1881- 
1886, Labitte. 

Ces deux ouvrages ont été honorés par l'Académie 
des Inscriptions et belles lettres, en 1887^ du grand 
prix Gobert. 

Sous presse: 

Jeanne d'Albret et la Réforme, suite de Antoine de 
Bourbon et Jeanne d'Albret. 



;,r-_-^.i-rfa«flW< 



BOUND 

O^' 13 1936 

UNIV. Or ;yilCH. 
LIBRARY 



I 



UNIVERSITY OF MICHIGAN 




3 9015 05055 7878