(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Thomas More : the King's good servant"

Google 



This is a digital copy of a book lhal w;ls preserved for general ions on library shelves before il was carefully scanned by Google as pari of a project 

to make the world's books discoverable online. 

Il has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one thai was never subject 

to copy right or whose legal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 

are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often dillicull lo discover. 

Marks, notations and other marginalia present in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journey from the 

publisher lo a library and linally lo you. 

Usage guidelines 

Google is proud lo partner with libraries lo digili/e public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order lo keep providing this resource, we have taken steps to 
prevent abuse by commercial panics, including placing Icchnical restrictions on automated querying. 
We also ask that you: 

+ Make n on -commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request thai you use these files for 
personal, non -commercial purposes. 

+ Refrain from automated querying Do not send automated queries of any sort lo Google's system: If you are conducting research on machine 
translation, optical character recognition or other areas where access to a large amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for these purposes and may be able to help. 

+ Maintain attribution The Google "watermark" you see on each lile is essential for informing people about this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it legal Whatever your use. remember that you are responsible for ensuring that what you are doing is legal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 

countries. Whether a book is slill in copyright varies from country lo country, and we can'l offer guidance on whether any specific use of 
any specific book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
anywhere in the world. Copyright infringement liability can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps readers 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through I lie lull lexl of 1 1 us book on I lie web 
al |_-.:. :.-.-:: / / books . qooqle . com/| 



INOUVELLE COLLECTION 

MEMOIRES 
A LHISTOIRE DE FRANCE, 

DEPUIS I.E Mil' S1FCI.K JIJSOr'A LA KIN I HI XVIII'; 

»E NOTICES POUR CAEACTRRISEP, CHAQUE AUTBtlR ItES MEMOIRES ET SON HPOQUR ; 
Suiri. lie I'analfM den document) bi.toriqun qui t'y rapportenli 

p.. MM. MICHAUD de L' lC iDi«ii francuh ET POUJOt IL AT. 
PREMIERE PARTIE DU TOME PREMIER. 

RF.GISTRE- JOURNAL DF HENRI III . 

rim.ir. d'apie* lk mamsiiht aitographe m: lpktoilk. pek»qi 'bktierkment inkiht . 



* MM. CHAMPOLI.ION-FKiKU: ft Aibf. C.IIAMI'OI.LIO.N hi... 




A PARKS, 

CHEZ L'EDITEUR T>U COMMENTAIRE ANA LYT1Q1IE till CODE CIVIL, 



NOTICE 



SUR LES MANUSCRITS DE PIERRE DE LESTOILE, 



BT 



SUR CETTE NOUVELLE EDITION (!). 



»+«a 



Pierre de Lestoile, conseiller da Roi et grand 
aadiencier en la chancellerie de France, etait issu 
«Fune famille parlementaire. Sa position sociale 
lui permettait de bien coniiaitre les hommes et les 
chosesde son temps; il parattqu'il se donna, pour 
principale occupation de sa vie, lesoin de recueil- 
lir Ires attentivement et de consigner dans des 
registres ou des tablettes les evenements mar- 
quants qui se passaient autour de lui ; il y mela 
quelqucfois ses affaires domestiques. Le rang qu'il 
occupail dans le monde le mettaiten rapport avec 
tous les partis : ad mis dans la familiarity de tout 
ce qu'il y avail de plus distingue dans le parle- 
menl de Paris, il tenait par des liens de parenl6 a 
Tune de ses plus illustres families, a celle des Moie, 
don I Lestoile 6 tail cousin-germain. II nous fait 
savoir aussi qu'il vivait habit uellement avec les sei- 
gneurs ses contemporains. II neperdait jamais de 
vue 1'objet qu'il s'etait propose de bonne heure et 
il le remplit entierement : car apres avoir recueilli 
avec une rare perseverance unc masse conside- 
rable de fails et de pieces concernant les ev£- 
nements de son temps, il eut encore la patience 
de les reviser , de les classer et de les transcrire, 
presque (oujours desa main, sur des registres, de- 
venus ainsi des Memoires ou Journaux di vises soit 
par regne soit par epoque; ils contiennent, dans 
leur ensemble, le regne de Henri III , celui de 
Henri IV, et le commencement du regne de 
Louis XIII. 

L'authenticite des Journaux des regnes de 
Henri III et de Henri IV, est un fait acquis a la 
critique KtteVaire, et aussi aver£ aujourd'hui que 
Test le nom meme de leur auteur Pierre de Les- 
toile, sujet de tant de contestations des long- 
temps eteintes. Nous n'aurons done a nous occu- 
per ici que des documents qui ont servi a cette 
nouvelle Edition. 

Parmi ces documents, les uns sont entierement 
nouveaax, d'une authenticity irrecusable , et fu- 
rent inconnusaux precedents edileurs. Les autres 
out deja servi a ces memes edileurs; mais un exa- 
men insuffisant leur a fait negliger un grand 
nombre de faits historiques ou litteraires impor- 

(1) La Notice sur la vie et le caraclere des ouvrages 
de Lestoile sera publlee avec la deuxie me llvralson de 
wieciits. 



tanls a constater, soit pour les epoques aux- 
quelles ces Journaux se rapportent, soit pour 
Fhistoire de leur auteur, sa maniere d'ecrire et 
la valeur historique de ses Memoires et Journaox. 

Les mauuscrits de Pierre de Lestoile sont au 
nombre de douze; deux seulement sont des copies 
ou des extraits des dix autres volumes : ceux-cisont 
lous autographes ; le tout peut se diviBer ainsi : 

1° Recceils de particularites curieuses et uota- 
bles tant anciennes que modernes, du grave et 
du facetieux, d'epitaphes, etc. ; 3 volumes. — Re- 
cueil de droleries sur la Ligue , 1 volume. 

2° Registres-jouriucx otl memoires historiques; 
3 volumes. 

3° Tablettes ou memoriaux , con tenant des no- 
tes de toutes sortes ; 3 volumes. 

4° Copies des journaux de Lestoile; 2 volu- 
mes. 

5° Enfin, a ces deux derniers, nous ajouterons 
un volume in-4° imprime en 1621 , qui contient, 
sur les marges et sur des feuillets r£unis a Tim- 
prime, un grand nombre d'additions, qui ont ete 
reproduites ensuite par les anciens edileurs/ 

Nous donnerons a chacun de ces volumes un 
nume>o d'ordre,sous lequel nouscontinueronsde 
le designer dans noire Notice et dans le cours de 
noire edition; nous justifierons egalement la dis- 
tinction que nous venons de faire des manuscrils 
de Pierre de Lestoile en Recueils , Registres Jour- 
naux, Tablettes ou memoriaux, Copies, etc. 

$ I. BECUBILS. 

N° i. Receuil de mimoires, lellres, harangues, dis- 
cours el autres particular ids curieuses et nota- 
bles tant anciennes que modernes. 

Ce volume de format in-folio, contient un grand 
nombre de lellres de personnages illustres, con- 
temporains de Pierre de Lestoile, tels que les 
Dupuy, les Siguier, les Michel de L'Hospital, les 
Scaliger, lesDu Be) lay etlesPybrac. Ony trouve 
aussi des pieces historiques relatives aux regnes de 
Henri III et de Henri IV, et d'autres documents 
plus anciens, tels que le Journal d'un Bourgeois 
cfe Pari*, de 1409 d 1449. 

La premiere piece du volume est un mdmoire 
de quelques princes el seigneurs hommageables d la 
couronne de France, qui ont tti condamne's pour 



II 



NOTICE SUA LES MAMISCRITS 



crime de leze Majestc. Lestoile faisail 6crire ses 
Rccueils par des copistes dont il nous a conserve 
3esnoms dansscs TabieUes; lui-meine y inscrivait 
aussi quelquefois des particularity notables, el 
c'est par cc raoyen que Ton peul reconnatlre lous 
les volumes qui ont ete composes par lui, surtout 
lorsqu'on les compare avec les indications qu'il 
en a laissfos dans les Irois volumes dc ses TabieUes. 
Etienne Guichard est lc copistc du manuscrit Re- 
cucil, n° 1 , comme l'inuique le passage suivant , 
que Ton trouve dans lc tome premier des TabieUes 
de Lestoile, sous la date du 13 juillet 1607, et que 
le dernier 6di leu r n'a pas inse>6 dans son Edition. 

« J'ay mis, ce jour, enlre les mains de maistre 
» Estienne Guischard, le viel journal de ce 
» prestre, que M. Dupuy m'a presto, pour le 
» transcrire en un grand livre de papier reli6 en 
» carton in-folio , que je lui ai bailie , oil jc desire 
» faire continuer et escrire par le dit Guischard 
j» (§i Dieu lc per met) beaucoup de belles choses 
» et curieuses qu'on m'a presl&, aiant bonne as- 
» seurance de la fidelity, sufllsance et preudomie 
» decesthomme (pauvreala v6rit£), ma is crain- 
» gnant Dieu , qui est ce que j'eslime et honore 
» par dessus tout* » (1) 

Pierre de Lestoile a en effet continue de faire 
transcrire sur son grand livre de papier beaucoup 
d'aulres belles choses, puisqu'elles y occupent 541 
pages. Le Journal de ce prcslre est celui que Ton 
trouve aux feuillets 23 et suivanls du volume, mc- 
inoire plus connu sous lc titre de Journal dun 
Bourgeois de Paris, de 1409 a 1449 (2). Nous don- 
nerions le catalogue des pieces qui forment ce 
Recueil, si elles ne se trouvaient presque toutes ci- 
tees dans les TabieUes dc Lestoile, soil a l'epoque 
ok elles lui ont ele donn6es, soil a l'epoque ou 
il les a fait transcrire (3). Lestoile designe en- 
core notre volume dans le tome premier de ses 
TubletUs, en ces termes : 

« J'ay presl£ ce jour ( 6 Janvier 1609) a M. Jus- 
it tel , on mien registre relie en quarton , in-folio, 
» dans lequel, enlre autres ramas curieus, y a 
» force lettres latines el franchises de M. Scaliger, 
» et autres traict^s notables (4) » 

Ce volume a pass£ comme plusieurs ant res dans 
la bibliotheque de l'abbaye de Saint-Acheul d'A- 
raiens apres la mort de Lestoile , et ceci est indi- 
qu6 par la note « ex libris sancti Acheoli Ambia- 
nensis, » qui est sur le premier feu il lei da volu- 
me. C'est aussi dans cette abbaye que la reliure 
primitive a 6techangee et remplacee par celle qui 
existe aujourd'hui , et que servent a caracteriser 
l°lechiffre & A. imprim6 en or comme ornement 
sur le dos du volume j 2* la let Ire P suivie du nu- 
mero 30, qui iudiquant sa place dans le catalogue 

{I) Mfthtiscrtl n° Tin. t. l w des 7Vi&fef>e$,feuillet'75, 
verso. 

(B) II a deja para dans la Collection de MM. Mtehaud 
et Poujoulat, premiere sdrie, tomes, it ft in. 

(3) On en trouve un eicmpfo aa fcutltot 66 verso du 
manuscrit n° vm, toroe l«des TablMtm, sous le litre 
dc : « Escrils que M. Du Pui lc jeuae m'a preslls cc 



et les rayons dc cctle bibliotheque. Enfln, lc litre 
dorG consistc dans ces mots : Memoires dc M. dc 
Lestoile. 

N° II. Receuils divers de ce temps, latins el [ran- 
Cots, principalemenl de tombeaux, turieusemenl 
recherche' s et ramasses , avec autres vers satiri- 
ques, trailvs el discours funebres sur la miserc du 
sidcle. 

Le litre que Lestoile a donn6 a ce volume indi- 
que suffisamment son conlenu; c'£lait un des rc- 
cueils auquel il tenait le plus; il l'a 6galcment 
authcn(iqu6 en y 6crivant un grand nombre Par- 
ticles dc sa main , et la description qu'il en donne 
dans ses TabieUes, est toul-a-fail conformc a no- 
tre volume. On y lit sous la date du 14 juil- 
let 1607 (5): 

« J'ay presl6 ce jour a M. Dupuy un mien ma- 
» nuscrit reli£ en quarton, in-folio, dans lequel y 
» a un recueil de plusieurs tombeaux et discours 
)> taut latins que francois, desqucls la pluspart 
» ne.sont communs, mais raresel singuliers, el 
» est ung des plus beans de mes curiosiles. » 

On lit encore sur lc premier feuillct du volume 
dont nous nous occupons, 6crit de la main dc 
Lestoile : 

Sunt bona, sunt qucedam mediocria, sunt mala 
plura. Qua legis hie, aliter non sit avite liber. 

Spernere mundum , spernere nullum , spernere 
sese sperni, faciunl hcec sola bealum. 

Fallit sua quemque voluptas. 

Enfin cette citation dc S£neque s'y trouve 
aussi : 

ASqual omnes cinis; impares nascimur, pares 
morimur. Condilor ille generis humani 'non nala- 
libus nee nominum claritale dislinxit , nisi dutn 
sumus. 

Comme le prec&lcnl volume , celui-ci a passe 
apres la mort de Lestoile dans l'abbaye de Saint- 
Acheul, ou il a §16 reli6 de la raeme manicre quo 
le premier, avec le meme titre, ct inscrit dans 
la bibliotheque sous le numeroP. 31. Malheurcu- 
sement en rognant le volume le relieur a empor(6 
quelquefois des parties de notes 6crites par Les- 
toile sur les marges, ainsi que 1'inscription ex li- 
bris sancli Acheoli, dont on n'apercoil que les pre- 
mieres lettres. 

Les deux volumes dont nous venons de nous 
occuper 6taient encore a Saint-Acheul a l'lpoque 
de la suppression des ordres religieux, et il pa- 
ratt qu'ils furent alors emport6s par un des ha- 
bitants de cette abbaye. La Bibliotheque royalc en 
a fait l'acquisition vers Tann6c 1824. 

Le dernier Gditeur des ecrits de Lestoile, feu 
M. PelifM, les a eus a sa disposition, et Ton tic 
s*cxpliquepaspourquoi ilne s'en est passcrvi (6). 

samed! dernier join 1607. » Nous Indlqaerons 1m piertF 
que Lestoile a fait transcrire, cl la page de set rccueils 
ou on les trouve. 

(i) Fragment intfdil, manuscrit n° vm, feuillct 293. 

(5) Fragment ine^dit, manuscrit u° vm, tome l rr des 
TabieUes, feuillct 76 recto. 

(6} Pctitot ne paralt m£mc pas s'etrc doutd dc ce que 



DK P1EHHB D£ LESTOILK. 



til 



Un examen meme superficicl lui aurait fait rc- 
marquer Ires vraisemblablcment que c*6taient 
ces deux manuscrits, etprincipalcment le second, 
qui avaicnl fourni les fragments imprimis en tete 
du Journal de Henri III, sous le titrede Memoi- 
res pour servir & r histoire de France depuis 1515 
jusqu'en 1574. II aurait remarque aussi, qu'en 
omettant, on ne sail pourquoi, certains paragra- 
phes, les e'ditcurs anteneurs se sont exposes sou- 
vent a fuller le commencement d'un reeil relatif 
a un personnage, avec la fin d'une histoire qui se 
rapporte a un autre personnagc tout different : 
Pet i lot aurait pu encore, par le moyen de ces 
deux volumes, completer cette espece d'iulro- 
duction au regne de Henri III , et reproduire des 
remeignements « lesquels ne sont communs , mais 
» rarettl singutiers, » et employer utilement ce 
manuserit, qui est « ung des plus beau* des curio- 
it site's » rasseroblees par Lestoile. Gest ce que 
nous nous sommes efforc6s de faire dans notre 
nouvelle Edition; aussi ce fragment est-il presque 
cntieremenl nouveau. Nous avons cru devoir ega- 
lement changer le litre de Mtmoires pour servir & 
l' histoire de France , trop prltentieux, ce nous 
semble, pour un homme comme Lestoile, qui ne 
recneillait des particularise notables que pour 
son propre plaisir , et devoir aussi r£tablir le ve- 
ritable, qui est : Me 1 moires de quelques princes 
hommageables & la couronne de France, qui out 
He condamnez pour crime de less Majeste*, et autres 
particularitis curieuses el notables, lanl anciennes 
que modernes. 

Ces deux manuscrits nous ont encore permis 
iTatlribuer a leurs v6ritables auteurs les nom- 
hreuses erreurs de dates et de fails que Ton re- 
marque dans ce Me'moire pour servir a r histoire 
de France, e'est-a-dire aux anciens kditeuks et 
non pas a Lestoile; car les articles imprimes ou 
Ton remarque le plus d'erreurs, sont precisement 
tons supposed et n'ont jamais existe dans les vo- 
lumes au log raphes de Lestoile. 

N* III. Recueils divers big arris du grave el du 
faetticux, du bone I du mauvais, selon le temps (1). 

Ce recueil in-4^ se rapporte plus specialement 
au regne de Henri IV. Les bons mots de ce prince, 
ceux de Chicot son bouffon, et quelques pam- 
phlets en vers contre les mattresses du Roi, com- 
posent ce volume. Nous en avons insert une par- 
tie dans notre Edition du Journal de Henri IV. 
Ce volume n'a jamais appartenu a la bibliotheque 
de Saint-Acheul. Un membre de la famille de 
Pierre de Lestoile paratt se I'felre reserve, ainsi 
qu'an autre dont nous parlerons plus tard, et 

contenatcnt ces Recueils, puisqii'il dit, en parlant du 
Memoir e pour servir a V histoire de France, depuis 
1515 jusqu'en 1571, ( qui se trouve dans les editions 
anterieures a la sienne) ce qui suit : 

« II n'y a, H est vrai, que tres-peu de details sur les 
» regnes de Francois I«\ de Henri II. de Francois II et 
» dc Charles IX, et Lestoile aura^pu les puiser dans 
» quelque manuserit du temps. » 11 aurait sum* a 
H. Petitot de feuilleter le second volume dc ces Recueils 



toU9 deux ont 6te sauves dc la destruction par 
un savant magistral du dernier siecle, le presi- 
dent Bouhier, qui en enrichit sa belle collection 
de manuscrils, ensuitc transports a la Bibliothe- 
que du Roi a Paris ; ces deux volumes de Lestoile 
y sont entres avec elle. 

N° IV Les belles figures el drolleries de la Ligue, 
avec les peinlures, placars et affiches injurieuses et 
diffamatoires contre la me'moire et honneur du feu 
Roy, que les oisons de la Ligue apeloienl Henri 
de Valois; imprimies, crieesj preschecs et vendues 
publiquemenl a Paris, par tous les endroils et 
quarrefours de la ville , ran 1589 , des (fuel les la 
garde, qui autrement n'est bonne que pour le feu, 
tesmoingnera d la postMti la meschanceli, va- 
niU, folic et imposture de teste Ligue infemale, et 
decombien nous sommes oblige 1 s a nostre bon Roy 
qui nous a de'livrc's . de la servitude et tirannie de 
ce tnonstre. 

Collection Ires pr6cieuse pour 1'epoque k la- 
qtielle elle se rapporte, et que des notes manus- 
criles de Lestoile, tracees sur les marges des 
feuillcts auxquels sont colles les placards et drol- 
leries de la Ligue el du rigne de Henri IV, rendent 
encore beaucoup plus curieuse. Les noted de Les- 
toile indiquent ordinairement la source du pam- 
phlet, le nora de son auteur, ou du graveur si 
e'est une estarope , et des reflexions etendnes les 
accompagnent presque toujours. 

C'est un volume grand in-folio, con tenant 46 
feuillels de papier, sur lesquels sont colles un Wen 
plus grand norabre de placards et drolleries. Ce 
volume a ete relie a Saint-Acheul, comme Pindl- 
que son ancienne couverture sur Iaquelje on volt 
encore les lettres S. A. II portait pour litre : in- 
verses pi tees, et il ne paratt pas qu'il ait6t6 connu 
du pere Lelong, qui, dans sa Bibliotheque histo- 
rians, ne cite que les Journaux. II en estde meme 
de nos trois precedents manuscrits. 

Du reste Lestoile accrcdile ce Recueil dans son 
journal de Henri III,ou il le deaigne ainsi : «Des~ 
» quels (libel les diffamatoires contre Sa Majeste, 
» farcis de toutes les plus atroces injures) j'ai 
» este curieux jusques lad'en ramasser jusquesa 
» plus de trois cens, tous divers, tous imprimes 
» a Paris et cri6s publiquemenl par les rues, con- 
» tenans quatre gros tomes que j'ai fait relier 
» en parchemin et elhiquete' de ma main, sansun 
» grand in-folio plain de figures elplaccards diffa* 
» matoires de toutes sortes , que j'eusse bailie's en 
» garde au feu, comme Us en sont dignes , n'esloit 
» qu'ils servent plus que quelque chose de bon, d 
» monstrer et descouvrir les abus , impostures, va- 

pour se con vain ere que les observations qui les compo- 
sent, oot 616 reel le men t reclige> s par Lestoile. 

(U Lestoile paratt designer cc volume, ou au rooins 
un autre recueil analogue, dans le tome 1" de ses Ta- 
blettes : « M. Du Puy le jeune ma presto un sien ma- 
nuserit et moy je lui at preste* un de me* manuscrits 

in-4", relie en parchemin, intitule* : Bigarrures foias- 
» tret, n 



IV 



NOTICE SI R LES MAIS'ISCRITS 



» wiles etf tire *:rs de ce grand monstre de Ligue. (1) » 
Les nouabreuses notes qui accompagnent les 
drolleries de la Ligue, et qui sont toutes de la 
main de Lestoile, n'avaient jamais 616 recueillies : 
nous avons pens6 qu'elles formeraient un tres 
curieux complement des journaux des regnes de 
Henri III el de Henri IV. Nous les avoii9 done 
toutes r6unics, et elles composent lc n° 1 des Pieces 
diverges, qui se trouvent a la fin de noire Edition 
du Journal de Henri HI. 

$ II. RBGISTBBS-JOURNAUX. 

N° V. Regislre journal dun curieux, deplusicurs 
choses nUmorablet advenues, et publics librement 
a la franchise, pendant et durant le regne de 
Henri III, roy de France et de Polongne, lequel 
commence le dimanche XXX may, jour de Penle- 
coste, 1574, *ur les trois heures apris-midi, etfinist 
le mercredi 2 aoust 1589, a deux heures apris 
minuict. 

Le pkis important et en meme temps le plus 
curieux de Ioub les Journaux de Pierre de Les- 
loile, e'est sans con t red i I celui du regne de 
Henri HI; e'est aussi la seule 6poque que notre 
historien ait pu voir d'une maniere complete, et 
il nous la transmet sous la forme dun journal ou 
il eerit librement et avectoute la finesse et la ma- 
lignite de son esprit, scs observations, ses re- 
flexions, et son opinion sur les evenements de 
Unite nature au milieu desquels il vivait. 

Ce volume a iti inconnu a tous les 6diteurs pre- 
cedents, et e'est un heureux hasard qui l'a mis 
enmes mains; il est de format grand in -folio, 
de 454 feuillets, dont quelques-uns ont 6t6 arra- 
ches (2). II avail appartentf aussi a 1'abbaye de 
Saint-Acheul d' Amiens, comme l'indique l'in- 
scription : a Ex libris sancti Acheoli; » et les 
lettres S. A. grav6esen or sur la couverture, prou- 
vent que ce fut dans cette abbaye qu'on le fit de 
nouveau relier. II y 6tait inscrit sous la cotte P, 
n° 25, de la bibliotheque de cette inaison. 

On remarque, a linlerieur de la couverture, 
en regard du litre, un portrait de Henri III, 
grave par Gourdelle et Jacobus Grantbomme, 
en 1588, et au bas duquel on lit les vers suivants 
impriraes avec k} portrait : 

PeJntre, afin que ton art Imfle la nature, 
Au tableau de ce Roy dont 1'honneur toucbe aux cieux , 
Peias sur son chef Pallas, sur ses levres Mercure . 
Mars dessus son visage et t'amour dans ses yeux. 

A la fin du manuscrit, on a aussi col!6 sur la cou- 
verture le portrait de Henri IV, accompagne" des 
vers suivants : 

Bnfln les ans pourront cflacer lc visage 

De ce prince honore* des homraes et des dleux ; 

fl) Fragment iaedit du Journal de Henri ill, p. 292, 
premiere colonne , de notre nouvelle edition. 

(2) Les feuillets qui ont dlsparu, ont c* te" arraches fbrt 
anclennement, et Ton peut presumer que e'est Lestoile 
lal-meine qui, pour des motifs sans dqute fort graves, sc 
decida a les supprimer. L'on remarque aussi, dans la 



Mais des siecles enticrs lc fer audaciculx 
Sur I'honneur dc ce roy n'aura point ^'advantage. 
Peins icy, pour tirer d'un pinceau vif et prompt 
L'ombrc du plus grand Roy que le ciel ait fait naistrc. 
Les myrtes sous ses pieds, les lauricrs sur son front . 
Les astres pour couronne et la foudre en sa dextre. 

Le feu i I lei 454 el dernier con tenait unc estampe 
reprlscntant le tableau de la Ligue , estampe ac- 
compagnce d'une longue 16gende en vers, et que 
l'on ne remarque pas dans le recueil it iv ; mais 
ce feuillet a 616 colle avec lc suivant, et le portrait 
de la Ligue se trouve par la avoir entierement dis- 
paru. Au verso de ces deux feuillets rlunis en un, 
se lit une oraisbn pour le Roy (Henri IV) , que 
Lestoile y avail aussi collee. 

Long-temps avant que ce volume nous fut com- 
munique , son existence 6 tail d6ja connue , et il 
avail etc l'objet des recherches de plusieurs per- 
sonnes. Lestoile lui-meme le signale aiusi dans 
ses Tablet les, sous la dale du 14 decembrc 1606. 

« J 'ay preste, ce jour, et consign6 entre les 
» mains de M. Despinelle, mon gros Regislre- 
» Journal in-folio, tout escril de ma main, contc- 
» nant les choses plus m6morables avenues sous 
» le regne de Henri HI, ou le bon el le mauvais, 
» le veritable et le mesdisant,sonlpcslc-meslesen- 
» semble, et dont j'ay fait un livrc a part du meil- 
» leur, qui est pour moi seul, et non pour autre (3). » 

Des lors I'existence dun gros journal dc Hen- 
ri III 6tait incontestable; mais ni Godefroy, ni 
Lengletdu Fresnois, quiontenrichi leur Edition de 
Lestoile de quelques fragments inedils des Jour- 
naux, n'avaient vu ce precieux manuscrit ; et Pe- 
titot, le dernier 6diteur, 1'avail cherch6 sans suc- 
ces. 

Gependant, a plusieurs 6poques, et a des in- 
lervalles plus ou moins 61oign6s, ce manuscrit 
avait 616 indique a Fattention publiquc. 

Le premier personnage qui le remarqua dans 
la bibliotheque de Saint-Acheul , fut M. Jardel 
deBraine, qui, en 1777, Findiquaa Fonlctle, nou- 
vel 6dileur du Pere Lelong , ainsi que les qualre 
autres volumes dont nous parlcrons dans la sui- 
te (4). Fonlelte inscrivit dans sa Bibliotheque de 
la France (5) le litre du Journal de Henri HI, (el 
qu'on le lit sur le premier feuillet de noire manu- 
scrit* 11 apprit aussi du m6me M. Jardel , que ces 
volumes autographes de Lestoile avaient 6(6 don- 
n6s au monastere de Saint-Acheul d'Amiens, par 
un de ses abb6s, petit-fils de l'auteur, Pierre de 
Poussemothe de Lestoile, qui exerca ces fonctions 
dc 1667 a 1718, et il est Ires vraisemblable que 
tous les autres manuscrits de Lestoile, registres, 
journaux, tablettes, recueils, etc. , furent por- 
t6s en meme temps dans la bibliotheque dc cette 
maison, ou ils reslerent tous jusqu'au moment ou, 

pagination de notre manuscrit, quelques erreurs de 
chiflres. 

(3) Manuscrit n° vm, tome i n des Tablettes, feuillet 
2i recto. 

(f) Les manuscrits n°* vi, vm. ix et x. 

(5) Tome V, p. 16. ddition de 1778. 



DE PIERBE DE LESTOILE. 



suppression des orilres religieux, ces vo- 
farent dissemines c( passerenl en difle- 
nains. 

taminanlavec quelqu'attentiou reprecieux 
rit, il est facile de reconnatlre que ce ne fut 
ne reunion dc ces cahiers de papier sur 
iLestoilc jetaitlous les jours ses reflexions 
les ou litt6raires, el ou il inscrivait en me- 
ps le Dombre des pulsations de son pouls, 
intes de goutte dont il 6tait menac6, ou la 
j que Iui occasion na it la necessity de fairc 
iter sa bibliotheque : des registres porta nt 
le Tableltes claient destines a cet usage. Le 
de Henri 111, au conlraire, est le rlsultat 
ouillemenls dc toutcs les TableUes de Les- 
!*oo il a soigneusement exlrait les rela- 
* evencmcnts politiqucs d'un int6rfcl reel, 
i des accidents notables survenus pendant 
5 du dernier des Valois, afin d'en compo- 
>nnais un Journal suivi et complet, depuis 
squ'en 1589. Le petit nombre de correc- 
ui existent dans ce manuscrit, montrent 
u'il est reellcment une mise au net dc l'au- 
>mroe les mots, pour reformer ou pour brus- 
t Ton remarquc dans rinlcrieur dc la cou- 
, et qui pcuvent nous reveler une ing6- 
precaulion, prouvent que l'auteur n'avait 
lilli dans son journal a 1'intention qu'il 
claree dans le litre dc son livre, qu'il di- 
lute librement a la francoisc. »Gettc maxi- 
t tenement dans son caractcrc, qu'il ajoutc 
ntence, un peu native pour son siccle : 
aussi peu en la puissance de toute la fa- 
terrienne d'enyarder la liberie francoise 
rler, comme ifenfouir le soleil en lerre ou 
rmer dans un (rou. » Nous pouvons assu- 
Lestoile a (enu sa parole, et que sa fid£- 
islorien est aussi ftrandc que sa liberie' de 

Sgoe de Henri de Valois ctait deja bien 
, lorsque Lestoilc enlreprit de rcdiger le 
des actes les plus marquants dc son gou- 
ent, traverse; de tanl de cruellcs menses, 
tres-probablemcnl l'ouvrage dc plusicurs 
La date de 1580 , que Ton trouve au bas 
lier feuillet, nous pa rail etre eelle que Ton 
pter pour l'cpoque du commencement de 
lion du Regislrc-journal du rcgne de Hen- 
et le passage suivant indique qu'il ecri- 
g-temps apres 1582, les fails relatifs a cette 
nnee ; puisqu'il y parlc, sous la date du 
d'un monument que le chancelier de Bi- 
avoit jd pieca fail iriger a sq feu femine, 
'il s'y void encores aujhourdui ; » et comme 
entablement en 1582 que Birague erigea 
ument a Valentine Balbianne , morte le 
nbre de cette meme annee, lejd pieca doit 
Ire de l'inlcrvalle de temps qui se I rou vail 

uvelle edition, p. Ii8, premiere eolonne ; ma- 

ulographc, feuillet 192 R\ 

inuscrit, feuillet 168 verso, et page 129dc noire 

edition. 



entrc le moment ou Lestoile ecrivail , et la date 
du monument tel qu'il le voyait au moment ou il 
parlait. Voici le passage ou ces fails son! mcu- 
tionnes : 

« En ce temps la roine de Navarre , arrived a 
» Paris , trouvant 1'hostel d'Aujou vendu par le 
» president Pybraq a la dame de Longueville , 
» acheta le logis du chancelier deBiragues; et se 
» retira led it chancelier au prieurG sainle Rathe- 
» rine, proche de son logis, en Tune des chapel les 
» de Teglise duquel prior6 il avail jd pieca fail 
» iriger a sa feu femme un monument eslev6 de 
» marbre, dc sumptueuse et magnifique structure, 
» lei qu'il s'y void encores aujhourdui (1). » 

Lestoile travail lait encore a son Begistre en 
1585, comme il l'indiquc evidemment par ces li- 
gnes : « En cesl an 1580, ccux de la maison de 
» Lorraine rechercherent fort cl fcrme ceux de 
» la religion , et les soliciterent pour entrer en 
)> leur liguc, et en parla le due de Maienne entre 
» autrcs au baron de Salignac. qui depuis a es- 
» pousi la fille de la chanceli&re de L Hospital (2). » 

On trouve ces lignes sous la date dc 1580, et 
Lestoile n'aurait pu, a cette epoquc, parler d'un 
fail accompli en 1585 (date du manage de Mar- 
guerite Hurault de L'Hospital), si ce n'6tail a 
une dale posterieurc qu'il ecrivait cette partie dc 
son Regis Ire journal. Lestoile en continuait en- 
core la redaction apres 1589, annee de la mortdu 
Boi, comme le prouve eel autre passage de son 
journal : 

« Le 21 Janvier, le Boi, apres avoir fait ses Pas- 
» qucs, s'en revinst au Louvre ; ou arrivG , il fist 
» (uer a coups d'harqucbuze les lions , ours , etc., 
» qu'il souloil nourrir pour combattre contre les 
» dogues, et cc, a I'occasion d'un songe qui lui 
» cstoit advenu , par lequel lui sembla que les 
» lions, etc., le mangeoicnt et devoroicnt, songe 
» qui sembloil pre sag er ce que depuis on a veu ad- 
» venir, lorsque ces besles furieuses de la Ligue se 
» kuans sur cb pauvrb PRINCE, Vont dtchiri el man- 
» gi avec son peuple (3). » Si Lestoile avail redige 
cette partie de son journal avant 1589, il n'aurait 
pu fairp allusion a 1'assassinat de Henri III, arrived 
au mois d'aoul de cette meme annee 1589. Le mil- 
led me de 1593, que Ton remarqne sur le feuillet 26 
verso, nous avail fait penser tout d'abord que la 
fin de la redaction du journal de Henri HI etait en- 
core postlrieure a cette date, et le passage suivant 
du manuscrit, relatif a un de ses recueils, nouspa- 
rall servir a confirmer cette opinion : « Desquels 
» pasquils, libelles difiamatoires contre Sa Majes- 
» 16, j'ai cste curicux jusques la , d'en ramasser ' 
» jusques a plus de trois cens, contenans quatre 
» gros tomes, sans tin grand in-foliopleinde figu- 
» rw, etc. (4). » Or, ce grand in- folio renferme 
des figures et drdleries de la Ligue et d'autres 
relatives au commencement du regne de Henri IV : 

(3) Manuscrit, feuillet 201, r; et page 156, deuiieme 
eolonne de notre nouvelle edition. 

(4) Manuscrit. feuillet 420 verso; nouvelle edition , 
page 292, premiere eolonne. 



VI 



NOTICE Stfl LE* M.iiNLSCaiTS 



il en requite douc quo Lestoile n'aurail achevc cc | 
gros iu-folio que pendant le regue dc cc dcruier 
Roi, el, pour la meme raison, que la fin du Rcgis- 
tre-journal de Henri III aurait ete* r&ligec vers cc 
meme temps. On doit remarquer aussi que sur le 
fouillet 425 dudit registrc, et sous la date de 1589 , 
Lestoile designe Ilenri III conime uu roi qui 
o'existe plus , et Henri IV comme le souverain 
alors r6gnant; mais plus tard, s'6tant apercu de 
son erreur, il la redressa a la marge. 

Mais a un terme plus avanc6 de sa vie, lorsque 
Vige eut aflaibli la vivacity de ses pensees,et coropri- 
meTelan de la liberie aveclaquelle il lesexprimait, 
Lestoile qui, du reste , ne se separait presque ja- 
mais de son grand registre in-folio, se mit de 
nouveau a le parcourir , et se laissant aller a de 
trop vives impressions de terreur, a propos de 
qnelques phrases qui lui etaient echappees con- 
Ire la personne du roi Henri III, ou contre le roi 
dc Navarre, lors roi de France , il les coudamna 
sans reserve, et toutes furenl effacees. II est facile 
de reconnattre, a leur ecriture incertaine, que ces 
§ uppressious furent faites vers les derniers temps 
de la vie de Lestoile. 

Avant d'avoir fait ce dernier travail sur son Re- 
gistre-journal, Lestoile paratt s'£tre occupe de re- 
digcr un exlrait de ce grand volume in-folio, 
« pour en [aire un litre a pari du meilleur, pour 
i tux seul, el non pour autre (1). » Ce fut ce meme 
extrait qu'il preia a Dupuy , ct il nous l'apprend 
dans ses Tableltes, sous la date du 20oclobre 1607: 
« J'ay prcste cejouraM.Dupuy, mon journal du 
» regne du feu Roy, qui n'esloit jamais sorti de 
» mon cstude (2). » En meme temps qu'il etait 
occupe' a faire tin livre a pari pour lui seul el non 
pour autre, notre historien designaitsur son grand 
volume in-folio tous les pamphlets et recueils de 
vers satiriques que Ton y remarque sous le litre 
general de Ramos de Pasquils, etc. , comme de- 
vant elre supprimes de son journal de Henri HI, 
et Ton ne pent expliquer cette iutention que par 
le projet que Lestoile avail forme de faire , pour 
le regne de Henri de Valois , un recueil special 
de cc genre d'ecrits, comme il en a forme un sem- 
blable sur la Ligue. Celui-ci est arrive jusqu'a 
nous , mais on ignore si le recueil sur Henri HI 
a jamais 6te execute ; notre Registrc-journal ao 
quiert done un prix de plus , par le grand nom- 
bre de pieces satiriques qu'il renfermc, contre 
les diCf(§rents partis, qui coururent alors et qu'il 
serait impossible de reucoutrer ailleurs. Aussi 
cette partie du journal de Henri III n'est-elle pas 
U moins curieuse de notre nouvellc Edition. 

Lestoile trouva done, entre l^poque ou il r£di- 
geoit son journal de Henri HI et celle ou les cve- 
Yenements dont il parlait dans ce meme journal 
&'6taient accomplis, un interval le assez long pour 
donner a ses passions trop vives contre lei parti, 
ou contre tel personnage , le temps de s'aflaiblir , 
aflnde ne laisser de place qua lexpression dune 

(1) Registre, n° vui, torn 1* des Tableltes, feuiijel 21. 

(2) Manuscrii n° vm, feuillel 107 recto. 



veritable et juste indignation contre les alrocitls 
de tous genres et reellenient inouies qui s'exer- 
caienl journellement en France , tanlot sous lc 
nora et la protection du Roi, tauuM sous celle de 
la Ligue , ou enfin au profit des Huguenots , la 
chose publique et le pauvre peuple des villes et 
des campagues faisant presque toujours les frais 
de ces nobles discordes. On peut done regarder 
comme mal fonde le reproche adressG a Lestoile 
par Petitot (3), « de s'attacher plutdl a outrer qua 
» adoucirlespcinturesdes vices et des ridiculesde 
» son siecle. » Lestoile ressentit une juste horrcur 
et lanca des traits bien aceres contre les immorali- 
ty, contre les brigandages de tout rang et de 
toute origine. Un assassinat est toujours pour lui 
un assassinat, qu'il soil d'origine royale, ou catho- 
lique ou protestante. 11 demeura fidele a la cou- 
ronne de France, a I'autorite legitime, quand il y 
avail quclque mente el de grands p6ri Is a cette fi- 
d&ite; ets'il nous montre Henri HI avee tous les 
vices et tous les prejuges de son siecle, plus forts 
que ses bonnes inclinations naturelles , il nous 
montre aussi le roi de France abaissanl la ma- 
jesty de son rang devant les faclieux qui inecoii- 
naissent son autorit6 , et qui assassincnt le mo- 
narque afin d'usurper la couronne. 

Bien des considerations nous portent aussi a 
croire que ce journal de Henri HI est le seul tra- 
vail reellement historique qui ait did r6dige par 
Lestoile ; il est , sans comparaison , lc plus inte- 
ressant a lire pour qui aime eludier l'histoirc a 
fond, et connaitre les differentes phases dc l'eiat 
des partis qui, pendant seize anuees cousGcutives, 
accablcrent la France d'aflreuses calami les. L'age 
auquel Lestoile 6 la it arriv^ , lorsqu'il comuienca 
a consigner sur des tableltes les notes qui plus 
tard devaient former son journal, etait en effet 
1'epoque de sa vie ou il 6taitdans toule sa vigueur 
morale et physique; alors il pouvait satisfaire 
son dine, Irop porlie, disait-il, a une vaine curio- 
tilt el liberie'. Les nombreuses person nes , soil de 
families parlemenlaires , soil des autres classes 
privilegiees qu'il frequenlait , fournissaicut de 
precieux aliments a cette curiosity ; ct lorsqu'un 
eveneraent de quelqu' importance arrivait, il pou- 
vait l'cxplorer et aller en apprendre les d6 tails 
sur le lieu m&me ou le fait s'etail passe. Lestoile 
n'elail pas alors menace^ dans sa liberie par le parti 
dominant; il pouvait frequenter, en toute sureteet 
sans courir aucun risque, les maisons et les per- 
sonnages d'opinions souveut diverscs , qu'il vou- 
lait interroger , et recueillir par cc moyen une 
foule de renseignements qui durent lui mauquer 
pour la redaction des journaux de la Ligue; 
nous ne disous pas pour les journaux du regne de 
Henri IV, qui ne sont que des tableltes, el non un 
veritable journal, comme Test celui du regne de 
Henri III. Aussi le Registrc -journal de 1574 a 
1589, est-il enlieremeut a l'abri du reproche que 
fait un critique franca is (i) au travail dc Lestoile 

(3) Pelitot, uolice sur Lestoile, page 18. 
(I ) Petitot, notice sur Lestoile, page 16. 



DR PIERRE DE LESTOILE. 



VII 



relattf an regno do Heuri IV , celui de trailer 
d'affaires d'etat qui sont coufondue* avec des af- 
ftaires de famille, et aveo let d6penses domestiques 
de lear auteur. Le registre-journal a £te , dans 
■"intention de l'auleur , ane composition histori- 
qve, et cette intention n'a paa eie trorapee. 

Quant a dea reniarques sur des expressions que 
ce meaie critique appelle quelquefois grossieres, 
on ne doit Jamais perdre de vue I'epoque a la- 
quelle Lestoile ecrivait, et qu'une fbule de mots, 
laisses aujourd'hui a 1'usage particulier de la po- 
pulace ou de ceux qui parleht corame elle , se 
Irouvaient alors dans la boucbe elegante de la no- 
blesse , et meme da clerge prechant la parole de 
Dieu dans le sanctuaire. C'est done au temps ou 
Lestoile vivait, et non plus a I'ecrivain meme 
qo'il laut renvoyer ce reproche. Ajoytoos , a ce 
sujet , que quelques-uns des anciens 6diteurs de 
Lestoile ne sont pas non plus a l'abri dune juste 
disapprobation , pour avoir inse>6 de leur chef, 
dans le texle, des remarques quelquefois grossie- 
rtt qui n'ont jamais appartenu a Lestoile. La 
page 102, premiere eolonne de notre Edition , en 
ofire un example; enfin, ccsmemes6diteursnese 
sont-ils pas oublies jusqu'a abuser outrageuse- 
luent du nora de Lestoile , en publiant sous son 
nom, et accreditant ainsi des faits bisloriques 
dont il n'a jamais parte dans ses ecrits, et dont la 
vararite a ete depuis plus ou moins contests? 
Nous u'en citerons que les deux exemples sui- 
vants, qui sont les plus marquants. 

Premier exemple : a Selon ses bona amis les 
» Huguenots, le cardinal do Lorraine eut un vi- 
» lain commerce avec la reine-mere , corame il 
• paraissoit dans leur dialogue de la paix en 
» 1574, et en leurs autres satires. Mais un de 
a mes amis , non huguenot , m'a cont6 qu'etant 
» couche avec un valet-de-chambre du cardinal 
» dans une cfaambre qui entroit en celle de la 
» reine-mere, il vit sur le minuit ledit cardinal, 
a avec une robe de nuit sculement sur ses 6pau- 
» les, qui passoit pour aller voir la Heine, et 
a que son ami lui dit que, s'il lui avenoit jamais 
» de parler de ce qu'il avoit vu, il en perdroit la 
» vie. » Ce fut sans doute a cause de cette recom- 
mandation qu'il se serait empress^ den informer 
Lestoile. 

Deuxieme exemple : il paratt que les details de 
rassassinat du due de Guise n'avaieut pas sembl6 
asses atroces aux ancieus editeurs , car Ton voit 
quils prennent la peine d'y ajouter les lignes sui- 
vantes, qui n'existent pas plus dans le manuscrit 
de Lestoile, que les details qu'ou vient de lire sur 
la reine-mere. 

« Lequel (leRoi) etant en son cabinet, leur 
a ayani demande s'ils avoient fait, en sortit, et 
i donna un coup de pied sur le visage a ce pau- 

(1) Fragment incdit; manuscrit aulographe n° v, 
fcuillet 414. recto, et page 290, premiere eolonne. de 
noire nouvellc edition. 

(2) legklre-Jouroal de Henri III, mannserit ir> v, 



b vre mort, tout ainsi quo le duo de Guise en 
» avoit donne au feu amiral; chose veritable et 
» remarquable avec une, que le Roy I'ayaut un 
b peu contemple, dit tout haut: « Mon Dieu, 
d qu'il est grand ! II paroit encore plus grand, 
v mort que vivant. » 

Par ces suppositions inexcusables , par ces ve- 
ritables fraudes historiques , il est prouve que les 
ignobles vengeances de Henri HI sur le cadavre 
de Guise, et les intimites supposees entre la Rei- 
ne-mere et le cardinal de Lorraine, nous ont ete 
faussement transmises sous I'autorite du temoi- 
gnage de Lestoile ; il n'aurait manque de les con- 
signer dans son journal si elles etaient parvenues 
a sa connaissance; mais il est constant qu'il n'en 
parle pas dans ses memoircs. 

L'on voit par le journal de Henri HI eombien 
Lestoile halssait la Ligue, et il fallut que cette 
haine fut bien grande chezlui, pour porter un 
homme aussi r6serv6 et aussi meticuleusement 
circonspect, a Facte de courage qu'il nous rev eie 
en ces lignes: 

« Sur la fin de ce mois (mars 1589) se firent 
» voir a Paris des sonnets contre la Ligue, faits et 
b adresses au Roy par le lieutenant Rappin, des- 
* quels la premiere copie sortist de la Bastille 
» (encores qu'il y fist bien chaud pour tels ecrits) ; 
» et estans tronves bien faits, ne laisserent de 
» courir nonobstant la fureur et malice du temps. 
b Jeles copiai moi-mesme le soir, dans mon estude, 
» le jour de l' Annunciation 25 mare, el Us fit 
» lumber plus hardiment que prudemmenl, en beau- 
b coup de bonnes mains (1). b 

II est vrai que e'etait une petite vengeance de 
Lestoile contre cette Ligue, qui a commenca la 
b guerre par les bourses, envoiant fouiller les 
» maisons des Roiaux et Politique^ par les Seize, 
)> comme fust la mienne , la premiere du quar- 
b tier, fouilleo par maistre Pierre Senault et 
b La Rue, le mercredi 28 de ce mois ( decern- 
» bre 1588 ) (2). » 

Notre historien donne de fr6quentes marques 
de son affection pour Henri IV, pendant la duree 
du regne de ce Roi, et on les trouve consignees 
dans ses Tablettes ; mais bien avant I'avenement 
du Roi de Navarre au trdne de France, il en 
avail donne une non irloins significative, en retii- 
geant lui-meme, pource prince, une opposition 
a la bulle d' excommuniation lancee par le papc 
Sixte V. Lestoile s'en declare I'auteur en ces ter- 
ines : 

« Au susdit escrit fail par Vaucteur des prisens 
b memoires, on a fait faire du palais de Paris un 
b voiage a Rome, ou on l'a mis, signifie et afll- 
b che,etra-t-on insere aux recueilsde ce temps, 
b imprimes a La Rochelle, tant la vanity et curio- 
b site des bommes de ce temps estoit grande (3).» 

fcuillct 388 verso, et page 269, deuxieme eolonne, de 
notre nouvelle Edition. 

(3) Fragment Inddit, manuscrit aulographe n° v, 
feuillet 297, r° t et page 190, deuxieme eolonne, de notre 
nouvelle edition. 



VIII 



NOTICE 9UR LES MANUSCJUTS 



Get acte doit done encore &tre mis au nombre des 
actions de courage qui honorent la vie de Les- 
toile. 

II reslerait k ajouter a cette Notice de notre vo- 
lume, quielait rest6 entierement inconnuaux 6di<- 
teurs precedents, quelques indications sur les par- 
ties inedites qu'il renfermeetsur l'impor lance des 
fails qu'il nous revile ; mais nous devons en faire 
juge Tindulgent lecteur, et le prier do remar- 
quer que le journal de Henri III , que nous re- 
produisons aujourd'hui, entierement d'apres les 
manuscrits au tog raphes de Lestoile, contient 
plus du double de texle que n'en donnent les edi- 
tions anterieures a la ndtre, et que l'imporlance 
des evenements historiques inedits que Lestoile 
nous raconte avec un esprit et une vivacit6 qui 
charment, 1'emporle assez frequemmenl sur les 
lextes deja connus. On se, le persuadera faeile- 
ment, en pensant que cette par tie non publiee 
se rapporte principalement a des fails que Ton 
ne pouvait pas librement reveler a l'epoque ou 
fut donnee la premiere edition. Du reste, ce 
volume manuscrit de Lestoile est le seul sur le- 
quel on ne trouve pas la devise mihi non aliis qui 
se lit sur tous les autres (1) ; e'est aussi la seule 
epoque decrite d'une maniere complete par notre 
fidele historien, et avec tout ce qu'il y a decaus- 
ticite , de vigueur et de hardiesse dans sa nar- 
ration; circonstances qui purent le decider plus 
lard alasupprimer, et a eumani fester son intention 
par ces mots ecrits desa main sur l'interieurde la 
couverture : d reformer ou a brusler. On ne voit 
pas du reste d'autre motif a la condamnation de 
ce travail, puisqu'il n*a du fctre achev6 qu'a une 
epoque oil il n'y avail plus aucun danger a pos- 
sederun pareil ecrit, la paix et la tranquillity 
ayant succedeaux discordesciviles, par l'6tablis- 
seraent du Bearnais sur le trdne des Valois. 

N° VI. Mimoires de P. D.depuis le 2 aousl 1589 
jour de la morl du Roy, jusques au 22 man 1594 
jour de la reduction de Paris. 

N°VII. MijnKoires-journaux depuis la reduction 
de Paris ju$que$ a la fin de Van 1597. 

Ces deux volumes ont ete connus du dernier 
editeur. Le premier, le n° vi, est de format in- folio 
parvo , contenant 689 pages , a conserve la re- 
liure primitive que Lestoile lui avail donnee. 
L'inscription Ex libris Sancli-Acheoli lui assigne 
une origine pareille a celle du volume precedent, 
comme la cotte P, n° 26, nous apprend que, dans 
la bibliotheque de Saint-Acheul, il etaitplacea 
cdte du registre-journal de Henri HI. Le second 
de ces volumes, le n° vn,est au contraire de for- 
mat in-8% semblable au recueil n°in ; il n'a jamais 
fait partie de la bibliotheque de la maison d'A- 
miens , et e'est de la bibl Mieque du president 
Bouhier qu'il a passe dans celle du Roi a Paris, 
avec les autres manuscrits de ce savant magistral. 
I.c volume in-4°, n° vi, fut acquis par cette meme 

(1) Manuscrit n<> vin, 1. 1" des Tabletles, fcuillet 121 
f^cio. 



bibliotheque en 1824, comme Font et6 les Recueils 
n°* 1 et II dont nous avons deja parle. 

Les morceaux inedits que les deux manuscrits 
(VI et VII) ont fournis a notre edition , sont fort 
peu nombreux; mais il existait dans les Recueils 
I, II et III des fragments negliges par r editeur 
precedent, qui se rapportaient aux 6poques que 
nous retracent ces deux Registres-journaux.Nous 
avons done cru devoir comprendre ces fragments 
dans notre edition, en les inserant aux dates aux- 
quelles ils se rapportaient, parce que ces pieces 
n'ont et6 connues de Lestoile , comme l'indiquent 
ses Tabletles , qu'apres qu'il eut redige ses deux 
Registres-journaux. Nous avons done par la rero- 
pli en quelque sorte une lacune laissee, a regret 
sans doute, par notre historien. 

Quoique d'une importance moindreet d'une lec- 
ture moins attrayante, ces deux volumes meri- 
tent neanmoins leur litre de Memoires-journaux. 
S'ils sont moins complets sur les epoques qu'ils 
touchent, que le journal de Henri III, e'est a la 
difficulty de se procurer des renseignements pour 
ces temps d'emeute qu'il faut sans doute attribuer 
ces lacunes. On doit se ressouvenir aussi qu'a 
cette meme epoque Lestoile elait en butte a 
des tracasseries continuelles de la part de la fac- 
tion dominante, puisqu'il appartenait au parti des 
Royaux, que son nom figurait sur des listes de 
proscription, et qu'il fut meme incarcere pendant 
quelque temps. Les Tabletles de Lestoile servent 
egalement a authentiquer le manuscrit n° VI , 
ainsi qu'a le caractenser parfaitement. A la date 
du 10 novembre 1607, on y lit lc passage sui- 
vant : a J'ay presto a M. Dupuy mon Registre- 
» journal de ce qui s'est passe de plus memora- 
» ble depuis la mort du feu Roy jusques a la re- 
ft duction de Paris, e'est-a-dire de ce que j'y ay 
» veu et remarque curieusement estre avenu a 
» Paris pendant ce temps de plus notable, comme 
» aiant lousjours est6 dans la ville, mesme pen- 
it dant le siege : mon naturel avec le loisir me 
» portant a telles recherches que je me suis plcu 
» a rediger par escrit, la plus partvaines mais 
» veri tables, et que j'avois desire de ne jamais 
» communiquer a personne, comme escrites par- 
it ticulierement pourmoy. Dansce registre ou il y 
» a mille fadezes etsornettes, principalement des 
» beaux sermons de Paris con t re le Roy, la plus- 
it part desquels j'ay extraits de la bouche propre 
» des predicateurs, quej'allois oulr fortsoingneu- 
» sement; j'y ai mis la famine de Paris durant le 
» siege, qui est notable et veritable; les conjura- 
» tions des Seize oontre l'estat et tous les gens de 
» bieu et serviteurs du Roy (el quorum pars ma- 
in gna /ui); leurs penderies depresidens et autres, 
» el final ement la leur, par un juste jugement de 
» Dieu, qui se peult remarquer en tout leprogres 
» de ces m6moires, dont j'ay fait un gros livre petit 
» in- folio, en aiant asses d'aulres pour en faire 
» un second encores plus gros, si le loisir me 
» le permecloit ; el Fay consign^, ce jour, entre 
» les mains du dit sieur Dupuy, a la charge qu'il. 



Dfi PIBBBB DB LSST01LB. 



IX 



• i'y aura que lui tesmoin de cesle vanit6 et 

• cariosit6. U est relie en parchemin, tout escrit 

• de ma main et fort griffone, et ou il y a des 
v renvois qo'il est mal ais£ d'entendre sans raoy. » 

Enfin on voit par ces m£mes Tablelles que Les- 
toile avail fait d'autres recaeils sar la Ligue (1). 

Jill. INTBBKUPTIOIK BNTBB LBS BEGISTBBS-JOCBNAUX 

BT LBS TABLBTTES. 

Leg nouveaux manuserils connus jusqu'a ce jour 
oe competent cependant pas le regne de Henri IV. 
11 rcste toujours nne lacune de pre* de huit ans, 
cesl-a-dire pendant 1598, 1599, 1600, 1601, 1602, 
1603, 1604, 1605, jusqa'au mois de juillet 1606. 
Lestoile parle dans ses Tablelles de plusieurs de 
ses recueils sur la Ligue, mais nulle part il nefait 
allusion a nn travail sur les premieres annces du 
XVII* gidcle. Notre infatigable annotateur n'6tait 
poartant pas homme a se passer de Tablelles pen- 
dant un espace de temps si long. On doit done re- 
garder les volumes qui se rapportent a ces temps 
comme ignores jusqu'a ce jour, a moius que ceux 
dont il est question dans les Tablelles ne se rap- 
portent a ce m£me intervalle de temps; nous re- 
prendrons ce sujet dans le paragraphe relatif 
aux manuserils perdu* ou ignore" s jusqu 'a eejour. 
Cependant, pour eviter de laisser dans notre 
Edition one lacune dans le tableau general des 
principaux evenements des regnes si agites de 
Jlenri HI et Henri IV, nous avonssuivi l'exemple 
du dernier edileur, et comme lui nous avons 
adopts <\e%SuppUmenls tires des editions de 1719, 
1732 el 1736, en avertissant qu'ils manqucnt en- 
li6rementd'au(henticite ct que (out porte a croire 
qu'ils furent I'ouvrage des 6diteurs de ces difle- 
rentes Ipoques, On pourra done J ire ces fragments 
comme contenant des particularity quelquefois 
curieuses, mais a la redaction desquelles Lestoile 
a 616 presque entierement Stranger, et nous di- 
soos presque, parce que nous avons tire des Re- 
coeils m£mes de Lestoile les pieces de quelque 
inter£t qui pouvaient etre ins^rees a leur date 
panrni ces supplements. Par ces additions toutes 
nouvelles, ces supplements se rapprocheront done 
davantagedu vrai travail de l'auteur, que rien 
nc peut reellement remplacer. 

$ IV. TABLETTES. 

N- VIII et IX. Premiires et seeondes Tablelles 
de met cwriositis, de juillet 1606 a may 1610. 

N° X. Troisiime Table lie. Continuation de mes 
nimoiret-journauxet curiositis, tant publiques que 
partieuliires ; commen^ans au regne de noslre petit 
nouveau roy Loys XIII ( que Dieu benie), aagi de 
Met ans sept mois, dix-huict jours ; depuis le 15 
mat IGlQjusques a (ou il plaira a Dieu).— II my 
s conduicl jusques a I' autre XV' du mois de may 
1611, qui fail Van juslement. 

Ces trois volumes de format in-folio, connus 

•I) Voyci % vi . manuscrits de Lesloile pcrdus ou iii- 
roomis jufqu'a ce jour. 



sous le litre de Registres-journaux du rigne de 
Henri IV et de Louis XIII, ne nous paraiseent 
pas m£riter ce litre. Les affaires personnelles de 
l'auteur y occupent en effet plus de place que les 
6v6nements publics. II faut done regarder ces re- 
cueils comme contenant des notes destinies a ai- 
der la memoire labile de l'auteur, plutdt qu'a rap- 
peler les circonstances diverges qui occu parent 
Inattention publique pendant les amines 1606 a 
1611. C'esl ce qui nous a determines a ne consi- 
d6rer ces trois manuserils que comme des Tablel- 
les sur lesquelles Lestoile inscrivait indiflferem- 
ment soil T6tat de sa sante , et les dlpenses qu'il 
faisait pour des livrcs, faire copier des pamphlets, 
ou £pousseter sa bibliolheque , soil aussi les evene- 
ments dont la renommee arrivait jusqu'a lui. Al'e- 
poque ou il les ecrivait,sasant6 avail d£ja recu de 
graves atteintes; les infirmitesl'assiegeaientde tou- 
tes parts ; sa fortune, compromise par un proc&s in- 
terminable, lui donuait de s6rieuses inquietudes. 
Lestoile n'6tait plus le m6me homme pendant ces 
derniers temps de sa vie, etses facultls affaiblies 
ne lui permettaicnt plus autant de rechercher et 
de recueillir avec les ro6iucs soins les fails dont 
son imperieuse curiosite l'obligeait de s'enque- 
rir. 

Toulefois, si Ton ne trouve pas dans ces Ta- 
blelles des r6cits d'un intent aussi soutcnu que 
dans le Regislre journal de Henri III, elles sont 
loin de nicnter un dedain complel. Elles nous 
out conserve un grand nombre de reuseigne- 
ments historiques qui, sous la plume de Les- 
toile, acquierent encore du charme et de I'inte- 
r&t. Les details bibliographiques qu'elles nous 
transmettenl, en formenl peut-6tre la partie la 
plus curieuse, et, nous devons le dire, celle qui 
a ete la plus negligee par le dernier editeur a qui 
les manuserils des Tablet les on I ete communiques. 

Le tome premier de ces Tablelles (le n° VIII) 
contient, sur son premier feuillet, une note de 
Lestoile relative aux Registres-journaux ; on la 
trouve en tete de notre edition. Elle avail ete en 
grande partie omise par les derniers editeurs. 
Les premiers feuilletsdu manuscritont eu a souf- 
frir de I'humidite; quelques uns memesontete 
arraches, mais il ne pa rah pas qu'ils aient occa- 
sion^ delacunes, el Ton peut pr6sumerquc e'e- 
laient des pages laissees en blanc par Lestoile, 
pour le cas ou il aurait de nouveaux fails a in- 
serer dans ces Tablelles. 

Le tome second (n° IX) des Tablelles, commen- 
cantes du dernier febvrier 1609 , est un volume 
de 339 feuillets, Ires bien conserve, et qui finit 
avec la vie de mon Roy (Henri IV). II avail sou- 
vent ete interrompu « par les veiliees des tristes 
» et fascheuses nuits fue j'ay soufferles, mesme- 
» men I cesle derniere pour la mort de mon Roy.» 
C'est ainsi que l'auteur s'exprime sur le dernier 
feuillet de son manuscril. 

Le tome troisieme (n° X), se rapporte enliere- 
ment a la premiere auueedu regne de LouisXIll, 
et il se termine quelques mois avant la mort de 



NOTICE SUR LES MANUSCRITS 



Lesloile. On reniarque au verso du deuxieme 
feuillet, la note suivante ecritc do la main de 
Pierre de Pousseruothe (1), abb6 de Saint-Acheul 
d'Amiens, et petit-fils de Lestoile, qur authenti- 
que entierement les journaux de son areul. 

a Monsieur de L'Estoile, autheur de ce journal 
et des precedens, est inort au raois d'octobre 1611, 
et a el6 euterre le 8, dans Fcgliso de Saint-An- 
drk-des-Arls. II fut ruarie deux fois; sa premiere 
feinnie etoil Anne de Bail Ion , fille de Jean Bail- 
Ion, baron de Bruyeres-Chastel, (resorier de FEs- 
pargne. La seconde, qu'il epousa le 28 Janvier 1582, 
fut Colombe Marteau, fille de Marteau, sieurde 
Gland. » 

Enfin, pour conGrmer cette authenticity des 
Tablettes de Lestoile, s'ilexistail quelqucs doutes 
encore, nous avons sous nos yeux une signature 
au tog raphe de Pierre de Lestoile, apposee au bas 
d'uue quittance, en date de Tan 1596,el qui existe 
dans la collection des litres originaux manuscrits 
de la Bibliotheque du Koi. 

Ges trois volumes de Tableltes faisaient aussi 
partie de l'ancienue bibliotheque de Saint-Acheul, 
ou lis etaient inscrits, P,n<»27,28 et29, et ilssont 
du norabre de ceux qui furent acquis par la Bi- 
bliotheque du Roi en 1824. 

Petitot s'en est servi pour son Edition. Les 
fragments qui sont tires de ces manuscrits, por- 
tent dans FimpriimS le litre A ex trails des regislres- 
journaux de Pierre de Lestoile sous le regne de 
Ilenri IV et de Louis XI /I, ma is il en a neglige 
un (res grand nombre d'arlicles d'uue impor- 
tance reelle sous le rapport bibliograpbique ou 
lilleraire. II nous a dono 6l6 possible de donner 
une Edition nouvelle de ces Tablettes, avec des 
additions assez nombreuses et assez importances; 
cnfin nous avons compl£l6 cette epoque en in— 
scraul a leurs dates plusieurs pieces qui faisaient 
partie des Reeueils de Lestoile. 

Les renseignements nouveauxque fournit cette 
partie denotre 6dition, sont relatifs a la personne 
de Fauteur, ct surlout a de nombreuses singula- 
rity bibliographiques. 11 est curieux de connai- 
tre par lui l'origine do certains pamphlets et les 
instructions secretes de tel prince ou de tel parti 
pour les faire supprimer, ou les repaudre en 
grand nombre, selon leurs interets divers. 

On pourra aussi y trouver maliexe a un supple- 
ment au dictiounaire des anonymes et pseudony- 
nies, en profitant des indications que Lesloile nous 
a transmises. 

Nous avons appris de plus, par divers passages 
inedits de ces Tableltes , que Lestoile avoit forme 
de nombreux reeueils a difftrentee 6poques de sa 
vie : on le verra , dans le paragraphe relatif aux 
manuscrits perdus ou ignoris jusqu dee jour. Nous 
y avons aussi remarqu6 des partieularites rela- 
tives a sa personne, ignorees de ses biographes , 



(1) Fontettc, t. V, p. 16, edition dc 1778. 

(2) Fragments inldits , mamiserM n°x,t. Hides 
TabklUs, feuillet 20. 



et de ce nombre est son emprisonnement, qu'il 

indique ainsi : 

« Boucherard , auditeur des comptes , que ri- 
ft gnorance des mGdccins fist mourir; ce bon hom- 
» me, regretlS de tous les gens de bien et de moi 
» parliculierement, qui avois M son compagnon 
» de prison a la Conciergerie, lorsque le feu roy 
» Ilenri HI fust assassine par le moiue (2).» 

En y suivant aussi les difft rentes phases de sa 
sant£, on pent y voir les influences qui agircnt 
sur ses recherches ; ct, a mesure qu'cllc dexrott, on 
voit aussi Finterel de ses Tablettes s'affaiblir. II 
nous a conserv6 les noms des pcrsonnes qu'il fre- 
quentait habituellemcnt , celles avec lesquelles il 
n'entretenait que des relations eioignees, et enfin 
les noms des hommes qu'il ne voyait que pour 
apprendre d'eux certaines particulars qui Pin- 
teressaient. Ces details ne nous ont pas paru de- 
voir 6tre negliges, puisqu'ilsfoufnissaient des su- 
jets d'observations de quelque interftt a faire sur 
la personne de Lestoile et sur le degr6 d'au then li- 
cit6 que Ton devait allacher aux renseignements 
rasscmbl6s dans ses Reeueils, ses Registresjour- 
naxix ou ses Table ties. Tous ces fails, utiles a con- 
nattre, sont reunis dans notre edition. 

Mais les details bibliographiques nouveaux qui 
s'y trouvenl en grand nombre, nous ont paru non 
moins precieux. lis nous apprennent en effet le 
litre des pamphlets que le nonce faisait secrete- 
menl imprimcr et repandre a Paris; de ceux qui 
s'y publiaieut contre le roi d'Angleterre ; le soin 
de Fambassadeur a les recueillir et a les acheter 
a lout prix pour les envoyer au roi son maltre, 
qui les livrait tous aux flammes ; les ecrits qui 
avaicnt excite des plaintes officiellcs de la part de 
Fambassadeur anglais , pour avoir 6t6 imprimis 
avec privilege du roi de France ; ceux de ces im- 
primis que Lestoile a connus ou poss6de"s , ct le 
jugement qu'il en porle ; le nom de la personne 
qui avail ordre du roi d'Angleterre dc repon- 
dre a des pamphlets lances contre lui par le nonce 
ou par les jesuites, etle zele de Fambassadeur 
d'outre-mer a faire distribuer ces responses ; enfin 
ceux de ces li belles contre tout autre prince, que 
Fonneseprocurait que diffici lenient. Lcdifferend 
survenu entre le papc et les Veni liens souleva 
des haincs profondes, el mil en jeu la presse pour 
et contre les deux partis : Fra Paolo courut meme 
risque de perdre la vie. Lestoile dit a ce sujet : 

« On m'a donn6, le 10 (juin 1608 (des epi- 
» grammes latins contre le pape Paul V, im- 
» prim6es en une feuille, qu'on avoit envoyees 
» d'Allemagne a M. Bongars, fails en faveur de 
» Fra Paolo de Yenise^ que le pape Paul vouloit 
» faire assassiner (3). » 

Lestoile nous a conserve^ soigneusemenl le litre 

de tous les pamphlets qui furent semes a ce sujet. 

Si Fon veut connattre plus specialement les 

(3) Fragment inodil, manuscrit n° vm , t. 1 des Ta- 
blettes, feuillet 195. 



1>K r IKK Jib DE LESJOILK. 



XI 



9 , sortis <Jc la presse francaise, rclatifs a 
Ares qui touchent plus directeroent aux 
de notre hisloire , on trouve dans les Ta- 
ts details dun certain interet. G'est ainsi 
nousapprennenl que lc roi Henri IV avail 
ft . de Birenghen de lui rassembler tout ce 
prime rait pour etcontre les j6sui(es. 
de Birenguau en devoit faire voir un 
) au Roy , aiiant eu comruandement , de- 
•eu , de Sa Majest6 , de lui rccouvrir tout 
se feroit de nouveau a Paris , bon et mau- 
>t que rien ne lui eschappast s'il pouYoit , 
\palement pourle regard desjdsuisles, qu'il 
Ai de voir tout ce qui s*en feroit et pour et 
j [I).* 

oe la vie de Henri IV par Sully fut im- 
Lestoile escrivit a ce sujet : 
eudi 19 ( mars 1609) , M. B. m'a donue, au 
, Tinscription de M. de Sully, iulitulee : 
f de la Vie de Henri IV Auguste , etc. , qui 
le de Matthieu, hormis qu'en aiant voulu 
iger tout plain de choses, on disoit qu'il 
outgast6 (2).» 

ile ne met pas moins d'eiupressement a 
ir que « depuis la censure faite a Romme de 
tire de M. le pr6sident de Thou, on l'a af- 
ll'histoire) alouteslesporlcsdes boutiques 
brakes de Venize , comiiic si , par la , on 
oulu braver et conlrepeler la censure de 
5 S. P. le Pape (3).» Ces renseignements 
feg d'une a lettre de Fra Paolo , esc rite 
Venize a un mien ami, qu'il m'a fait voir 
rnier de ce mois (4).» 

i les livres deja devenus rares de son 
Lestoile compte les Annates d'Anjou, in- 
iprimees a Angers , Tan 1529 (5) , un livre 
: Peregrinalio sancli Bernardi de Brciden- 
aprime a Mayence Tan I486 (6) , el surtout 
mus, de fide catholica, in-fol., dont il n'a- 
tire" que vingt-ciuq exemplaires de ce for- 
qui fut r£impriin6 in -8° par Mettayer, 
ee qu'il ne s'en trouvoitplus des long -temps 
.9 Celte particularity parait avoir Gl6 igno- 
Bibliograpbes, et la Bibliotheque du Roi 
aujourd'hui un des vingt-cinq exemplaires 
*estoile a menie inscrit dans ses Tabic lies 
iealions qui ont 6chapp6 a des recberches 
ocales, comme le soot les bibliographies 
rince ou de deparlemenl. C'esl ainsi que 
nnolateur nous donue le nom dun au- 
luphinois qui n ! a pas 6t6 recueilli par Al- 
ls sa Bibliotheque du DauphinL L'on re- 
encore beaucoup d'autres renseignements 
mysteres imprimis de sou temps, sur des 

igments in&lits, manuscrit n° ix, I. II des 
t, fcuillet 101 verso. 

igments inldits, manuscrit n° ix, tome II des 
t, fcuillet 9. 

igments in <Mi is, manuscrit n° ix, tome II des 
f, fcuillet 275. 

igmcntt in<kiils, manuscrit n° ix, t. 11 des Ta- 
rn i lie l 275. 



livres qui ue se vendaient pas, sur le nom de cer- 
tains auteurs qu'on lui a dit, a condition qu'il n'en 
parlerait pas ; sur ceux qui , apres avoir fait des 
pamphlets, les ont desavouds, quoique reelleinent 
ils en fussent les auteurs, et sur ceux a qui on les 
avail faussement attribu6s. II nous parlc aussi de 
livres trad u its de l'italien, dont le traducteur s'6- 
tait altribu6 la composition; ainsi que des ruses 
employees par des auteurs pour obtenir plus 
facilement le privilege derepression , etc. 

Parmi les manuscrits rares qui lui out appar- 
tenu ou dont il obtint communication , on remar- 
que deux manuscrits precieux par leur ancienne- 
16 : Tun est un ouvrage grec de Gregorius Pal a- 
mus, archeveque de Thessalonique; et la Biblio- 
theque du Roi ne possede qu'un manuscrit tres 
moderne du trait6dece Gregorius Palamus contre 
le pape ; l'autre est un manuscrit latin contenant 
des vers sur la mort , par Elvandus , moine de 
Beaufremont, qui florissait en 1180, et cet ou- 
ouvrage n'existe pas a Paris. 

Enfin nous y avous remarqu6 des renseignements 
parfois curieux, qui avaient echappe* merne a 
des historiens speciaux, attentifs et conscicncicux : 
tel est le passage des Tablelles relatif a la Fierle 
de Rouen , dont M. Floquet a receninient ccrit 
l'histoire d'une maniere a la fois si exactc et si 
attrayante. Nous avons aussi suppled a quelques 
omissions du dernier 6diteur, qui a souvcut rap- 
porle les reflexions de Lestoile sur un ouvrage 
dont il supprimail le litre dans son Edition, et 
Lestoile n'avait garde de l'omettre. 

Si notre historian n'a pas cach6, dans son Re- 
gis Ire-journal de Henri III, sa haine profonde 
pour la Ligue, il ne cache pas davantage dans ses 
Tablelles, celle dont il est anime contre les J6sui- 
tes. Plusieurs passages uouveaux fcront encore 
ressortir davantage ce sentiment. Du resle, il de- 
meure fldele jusqu'a la (in de ses jours a sa chcrc 
devise : « II est aussi difficile d'engarder la li- 
» bert6 franchise de parler, etc.; » et il ex prime 
encore, quelques mois.avant sa mort, son admi- 
ration pour a Duhaillan , mort fort ag6 , celebre 
» historiographe et docte, mais grand langager, 
» loulefois libre el hardi a Icrtre, qui est ee que 
» j'aime (7). » 

Quoique Lestoile n'ait jamais condanme ses Ta- 
bletles & elre reformers ou bruslies , il dcsirail ce- 
peudaut qu'elles fussent d6truites apres sa mort; 
il s'en explique ainsi: a La garde de ce memorial 
» rempli d'une infinite de fadczes, escrites libre- 
» ment selon mon humeur, doit eslre, apres moi, 
» donn6 .au feu > comme ne pouvant servir qu'a 

(5) Fragments inldils, manuscrit n° rx, 1. 11 des Ta- 
blettes , feuillet 101. — Cet ouvrage a M imprling par 
Erhardum Reuwich, cum figuris. 

(6) Fragments inedits, manuscrit n° vm, fcuillet 85. 

(7) Fragment inedit, n< x f t. HI des Tablelles, fcuil- 
et lit. 



XII 



NOTICE SDR LES MANUSCRITS 



» moi el a ma memoire , pour mes parlicul ieres 
» occupations ct curiosites (i). » 
Heureusemenl son intention u'a pas 6t6 remplie. 

§ V. EXTRA1TS ANCIBNS DES REGISTRES-JOURNAtJX 

DE LESTOILE. 

N° XI. Exlraict dun journal pendant tout le ri- 
gne de Henri III , roi de France el de Pologne. 

Un passage ties Tablettes, deja rapport6, an- 
nonce que Pierre de Lestoile avail « preste a Du- 
» puy son journal du regne du feu Roi , qui n'es- 
» toil jamais sorli de son estude. » Nous avons vu 
ega lenient que ce volume, qui n't toil jamais sorli 
de I'elude de Lestoile, n'6tait qu'un ex trait de son 
grand journal in-folio tout escril de sa main, II 
paratt que Dupuy obtint l'autorisation d'en faire 
un extrait , el on rctrouve aujourd'hui ret extrait- 
dans le volume de la prccieuse collection de pie- 
ces recueillies par les freres Dupuy, et conscrvee 
a la Bibliotheque du Roi. On sait aussi qu'environ 
dix ans apres la mort de Lestoile (en 1621), il 
parut une premiere Edition dun a Journal des cho- 
» ses memorable* advenues duranl le regne de 
» Henri ///, roy de France el de Pologne ; » que 
cette Edition fut publiee contre le gredelafamille 
Lestoile, et qu'elle fut attribute a Dupuy : le fait 
qui suit nous paratt conGrmer cette opinion. 

L 'extrait manuscrit du Journal con lient plus de 
lexte que l*6dition de 1621 ; mais une note,6crite 
par Dupuy m6me sur sa copie manuscrite , nous 
apprendque toutce« qui est raye(dans le manus- 
crit) a 616 relranch6 al'impression.» Or, les arti- 
cles qui sont en moins dans l'6dition de 1621 in -4° 
et in-8°, sont pr6cis6ment ceux qui ont 616 rayes 
dans la copie de Dupuy. II en resulte done, que 
lorsque Dupuy voulut faire imprimer cette pre- 
miere edition d'apres l'extrait quit avail fait du 
journal aulographe de Lestoile, on lui imposa de 
nombreuses suppressions, et qu'il les a indiqu6es 
dans la copie manuscrite qui fait partic de sa col- 
lection. 

On ne sait si un exemplaire in -4° de cede pre- 
miere edition , qui appartient a la Bibliotheque 
Sainte-Genevieve ( L., n° 532), n'offre pas l'exem- 
ple (Tune petite vengeance contre la censure de 
1621 . On y remarque en effet que tous les arti- 
cles du manuscrit dont la censure exigea la sup- 
pression, se trouvent r6lablis tantdt sur la marge 
du volume imprim6 , tantdt sur des feuillets de 
papier inseres; el Ton peul assurer que ces addi- 
tions manuscrites sont de l'6poque merae ou le 
volume fut publie. 

II est a pr6sumer , du reste , que l'extrait que 
Lestoile avoit fail de son gros journal in-folio, 
pour lui el non pour autre, a 616 a la disposition 
de ceux de ses anciens editeurs qui onl donn6 le 
texte le plus approchanl du manuscrit original , 
ce volume d'extraits n'clanl pas pass6 avec les 
autres dans la Bibliotheque de Saint- Acheul. 

(1) Fragments ineTlits, manuscrit n° vw, tome pre- 
mier des Tablettes, feuillet 315. 



N° XII. Memoires pour servir a I'hisloire de 
France, depuis i562jusqu'en 1611, contenus dans 
lesjournaux el mtmoires de M. de Lestoile. 

( Manuscrit copie' sur les memoires de M. de 
Lestoile. M. de Lestoile est ne sous Francois l tr , 
el mort sous Louis XIII.) 

Ce volume in-folio n'est qu'un extrait des ma- 
nuscrits aulographes de Lestoile , ayant d'abord 
appartcnu a la maison de Saint- Acheul d'Amiens, 
et etant pass6 , en 1753 , dans la Bibliotheque 
Sainte-Genevieve dc Paris, par les soins du pore 
La Barre. Ce volume d'extraits tirail de sou origine 
•un certain inl6r6t, el Ton pouvail pr6sumer qu'il 
avail 6t6 fait sur les volumes aulographes. Le 
dernier 6diteur de Lestoile indique ce volume 
dans sa notice, mais il n'y a pas recueilli les pas- 
sages alors incdils, et il n'en a pas enrichi son 
Edition. II en aurait 616 autrement , sans doute , 
si M. Petitot avail remarque la conformity de 16- 
criturc de cette copie avec l'ecriture de la note 
inscree sur le verso du feuillet 2 du tome in des 
Tablettes , et que Fontette indique , d'apres Jar- 
del, comme 6laut de la main de Pierre de Pousse- 
mothe , pelit-fils de Lestoile el abb 6 de Saiut- 
Acheul. Ce rapprochement , qui authentique suffi- 
sammenl le volume de la Bibliotheque dc Sainte- 
Genevieve, aurait sans doute change la resolution 
de M. Petitot, qui s'esl priv6 ainsi de ce qu'il y 
avail de nouveau dans ce manuscrit. 

§ VI. MANUSCRITS DE LESTOILE PERDUS OU INCON- 

NUS JUSQU'A CE JOIR. 

Nous avons fait remarquer que Ton peut tirer, 
des trois volumes des Tablettes de Lestoile, des 
indications propres a reconnatlre les registrcs- 
journaux ou les recueils qu'il s'occupait a rediger, 
ou qu'il possedait lorsque la mort est venue le 
sur prendre. 

On reconnatt en effct, par les notes autogra- 
phes , qu'en outre des recueils que nous venons 
de d6crire, il eh possedait d'autres qu'il d6signc 
ainsi : a J'ay presl6, le 2 juillet, a M. Dupuy, un 
» de mes manuscrits, relie enparchemin, in-fol., 
» dans lequel il y a trente-scpt traict6s divers, 
» entre les autres, le proces -verbal du duel de 
» Jamac et la Chastaingneraie, qui est beau a 
» voir, et que j'avois promis audit Dupuy le luy 
o prester (2) ; » el Ton ne trouve dans aucun des vo- 
lumes connus, le proccs-vcrbal du duel de Jarnac 
et la Chaslaigneraye. 

Lestoile avail aussi r6serv6 un volume pour les, 
harangues et remontrances des plus beaux esprits 
de son siecle, comme on I'apprcnd par le passage 
suivanl : 

« Ce mesme jour 16 (Janvier 1609), j'ay prcste 
» aM. Justel, un mien registre in-folio, dans le- 
» quel il ya plusieurs harangues, remonstrances, 
» plaidoiers, et autres traicles rares des plus 

(2) Fragment iut'riit , manuscrit n° viii, tome I« des 
Tablettes, feuillet 71. 



DE PIERRE DE LESTOILE. 



XIII 



, . » beaux esprils et doctes hommes de nostre sickle, 
» eomme de M. le premier president Dupres, Se- 
■ guier, Brisson, Marion et plusieursautres (i).» 

I Ce yolome est encore perdu poor nous : de 
I'homeur dont on connatt notre historien , des 
notes marginales devoient inevi tablemen t s'y trou- 
ver. Si done ce volume existe encore, il sera fa- 
cile de le reconnaltre, ainsi que le precedent , et 
de les sortir de lapoussiere ou ils gissent incon- 
nas jusqu'ici. 

Plasieurs passages des Tablettes paraissent con- 
firmer encore l'opinion que nous avons 6mise au 
sojet lies Rtgistres-Journaux de la Ligue et de 
Henri IV; nous ne les possesions qu'en partie 
pour la premiere epoque , et ceux de la seconde 
sont absolument inconnus. Ces memes passages 
annonceot anssi que Lestoile completait , par 
d'aulres volumes dont il faisait recueil, ses jour- 
naux de la Ligue, et qu'il commencaitas'occuper 
de la redaction des jour naux du rcgne de Hen- 
ri 1Y. Voici le texte tir6 des Table I les : 

Poum la LiGtTs : « J'ay donn6 a M. Dupuy ung 
» petit livret re Hi en parchemin tn-8°, en forme 
» de musique, inscript : Drolleries de la Ligue, dans 
» lequel il y a force pasquils et folies que j'ay 
» toutes receuillies ailleurs (2). 

> Le vendredi 16 (Janvier 1609), j'ai preste a 
» M. Dupuy, en continuant Irois de me* tomes de 
» la Ligue, relies en parchemin , in-8° , dans les- 
» quels y a LXXIII Iraictes divers, avec le livre 
» de Boucher De justa Henrici III abdication 

» Le mercredi21 (Janvier 1609), j'ay preste a 

» M. D. P. de mes Me'moires de la Ligue , les 

* sermons de Boucher, ceux de Panigarole, avec 
» les disconrs d*un nomm6 Bossu de Bretagne , 
» insigue ligueur, et le livre d'un Escossois qui , 

* en matiere de boucherie ligueuse, n'en doit rien 
» a Boucher, intitule : De justa Reip. Christ, in 
» reges impios et hotreticos auetorilate , reli6 en 
» parchemin (4). 

» J'ay preste ce jour (31 Janvier 1609) a M. D. P. 

** et Chr. un pacquet de mes Me'moires de la 

» Ligue ,oo il y a huit volumes in-8° relics en 

** parchemin, qui sont les escrits injurieus do 

*» I'avocat Dorleans contre le Roy, avec les res- 

** ponses qu'on y a faites , entre lesqucls est son 

* banquet d*arret (5). » 

Poca lb RK6NB de HEviRi iv. « Le 8 (avril 1608), 
*> Qiaosson (6) aiant eu nouvelles de la mort de 

* son pere , reprist le chemin de sa ville de Ge- 

(1) Fragment Ingdit, mmuscrit n° vm, tome l w des 
Tablettes, feulllet 301. 

(2) Fragment Inedit , manuscrit n* vm , 1. 1 des To- 
6fcUes,feQillet74. 

(3) - Idem, fcuillet 900. 
(i) -Idem, feulllet 303. 
p) - Idem, feulllet 318. 

(•) L'un des coplstes de Lestoile. 
(7) Fragment Inedit, manuscrit r° vm, t. I des Ta- 
IktUs, feuiUet 112. 
■.* -Idem, feulllet 121. 



» neve, me remectant fidelement entre les mains 
» tous les papiers et escri lures qu'il avoit amoy, 
» clmelaissantd achever mes Recuerciies curibu- 
» ses de ce temps , que je desirois qu'il achevast , 
» n'y aiiant homme en qui je m'en eussc voalu 
» fier que de lui, lequel j'ay congnu tres hom^ 
» me de bien, fidele el vigilant (7). 

» Le mardi 6 (novembrel607), M. Dupuy m'a 
» donn6 des lettres de relief d'appel comme <f a- 
» bus , obtenues par M. Leschassier , contre 
» M« Anthoine Rose, evesque de Senlis...-. J'en 
» ay les factum el procedures... receuillies en un 
» de mes manuscrits 111-/0/., qui sont de Tan 1605 
t et 1606 (8). » 

Tel les sont les indications que Ton peut tirer 
des Tablettes sur les manuscrits et recueils de 
Lestoile qui ne nous sont pas parvenus; ces indi- 
cations pourront peut-etre servir a les faire re- 
connattre un jour. Nousn'avous pas compris dans 
ces notes les passages qui se rapportent au re- 
cueil de livres et de pamphlets imprimes, et que 
Lestoile designail sous le nora de « Livres et Re- 
cueils de ce temps, imprim6s, »ou « raesPaquets 
de drolleries josuitiques, » et meme encore « mes 
Fadezes superstitieuses , » et les Livres de recet- 
tes (9), etc. Mais les notes de Lestoile sur ces re- 
cueils sont fidelement reproduites dans notre 
texte. 

$ VII. DES EDITIONS DES JOURNACX DB LESTOILE. 

Journal de Henri ///>— 1° La premiere edition 
contenantdes fragments des journauxde Lestoile, 
date de 1621, comme nous l'avons deja dit 
en meme temps que nous avons fait remar- 
quer qu'on pouvait avec probability J'attribuer 
a Dupuy : son format est in-8° etin-4°(10), sansnom 
d'iniprimeur,etils'arr£te a la mort de Henri III. 
Apres celle edition , nous avons les suivantes : 

2' Recueil dediverses pieces servant a l'histoire 
de Henri HI, roy de France et de Pologne.A Co- 
logne, chezPicrrc du Marteau,M.DC.LXVI(ll). 
in-12. 

3° Autre Edition avec le meme litre , mais pu- 
blic en M. DC. LXXXXIII, et chez le meme 
libraire. In-12. 

4° Autre Edition du m£me libraire, avec la date 
de M. DC. LXXXXIX. In-12. 

5° M£moires pour servir a 1'histoire de France 
depuis 1515 jusqu'en 1611 , avec des portraits. 
Cologne, chez les he>itiers de Herman Demen, 
MDCCXIX. In-8°. (Edition de Godefroy (12). 

(9) «Lemercredi 13 septembre, M. de Gland , mon 
» beau-frere, rae donna la rccepte de I'eau du Gaudi*- 
» seur, que M. de Rozoy lui avoit dojmee , qu'on ticnt 
» estre excellente pour les plaies , et qu'on trouvera 
» escrite dans mon Livre de receptes.v 

(10) Supra, page xii. colonne premiere. 

(11) Fontette (Bibliothique historique de la France) 
en cite aussi unc sous la date de 1062 et 1706. 

(12) Cost le premier qui ait donne* le me*moire qui 
commence au regne de Francois I v : son edition con- 
tient bcaucoup plus de texte que les pre^ce'dentes. 



XIV 



NOTICE SLR LES MAMSCRHS 



G° Journal deschosesm6inorablcs advenues du- 
rant lo regno de Henri III , Hoy dc France et dc 
Pologne. M. DCCXX. Chez le m6me libraire que 
redition procedente. ( Edition de Jacob Lc Duchal, 
4 volumes (1). 

7° Journal de Flciiri III , Roy de France et de 
Pologne, ou M6moircs pour servir a I'histoirc de 
France, par M. Pierre de Lestoile, avec des re- 
inarques historiques el des pieces man user i les les 
plus ^urieuses de ce regne. A La Ilayo et Paris , 
chez la veuve de Pierre Gandouin, quay des Au- 
gustine, a la belle Image. M DCC XLIV. (Edition 
de l'abbe Lenglet du Fresnoy) ; 5 volumes grand 
in-12. 

Journal de Henri IV. — I. La premiere Edi- 
tion n'est pas antericure a 1719 , et elle parut 
pour la premiere fois avec l'6dition du Journal 
de Henri III, donn6e par Godefroy ; elle fut suivie 
dune autre , imprimee en 1732 (2) ; 2 volumes 
in -8°. Les supplements a ces editions, publics 
par le president Bouhier ., d'apres le manuscrit 
que lui avail donne un descendanl de Lestoile 
( manuscrit n° VII ) , parul a la m6me 6poque. 
Quatre ansapres, 1736, on en eut egalernent une 
autre en deux volumes in-8" , et c'est a tort que 
Fori telle, dans sa Bibliolheque historique de la 
France, l'allribue au pere Bouges (3) , comnie 
nous l'etablirons tout a l'heure a propos de l'6di- 
tion suivante. 

Enfln, en 1741, parul une autre edition avec ce 

litre: 

Journal du regne de Henri IV, roi de France 
el de Navarre, par M. Pierre de Lestoile, grand 
audiencier a la chancellerie de Paris, avec des 
rcmarqucs historiques el politiques du chevalier 
C. B. A. Jet plusieurs pieces hisioriques du meme 
temps, A La Haye , chez les freres VaillanU 
M DCCXLI. 4 volumes in-8°. 

X,cs bibliographes se sont assez longuement 
■ cxerc6s pour savoir quel 6lait lc nom de l'editeur 
donl on ne trouvait que les initiates; et comnie 
Tabb 5 * Lenglel Dufresnoy publia, trois ans apres, 
une Edition du Journal de Henri III de meme 
formal, et aussi avec un grand nombre de notes, 
ils n'hesiterent pas a lui atlribuer 6galemeut celle 
du Journal de Henri IV. U suflit cependant de 
lire le litre donn6 a ces deux editions des diff6- 
rents Jour naux, pour reconnatlrc des Pabord qu'el- 
les ne sonl pas l'ouvrage de la meme personne. 
II eut 616 tres singulier. , en effet , de voir cetle 
difference dans les litres des editions qui paru- 
rent a des intervalles si rapproch6s ; et il nel'au- 
rait pas moins 616 que les initiales G. B. A. , qui 
se trouvent dans ledition de Henri IV, nc fussent 

(1) C'est lc premier editcur qui ait cipliqu6 les ini- 
tiales A. G. D. P. D. P. par le nom de Servin, atiocat- 
gineral au parlemenl de Paris. Cettc erreur a etc 
reconnue plus tard, quoiqu'elle ait ele repltee par 
Lacaille Dufourny. 

(2; 11 en existc aussi une sans nom de ville ni 
d imprimeur, dc formal in-12, attribute a KabW d'O- 
livet. 



plus dans ledition du Journal dc Henri III. IS u lie 
part, danssa preface, Lenglet Dufresnoy ne parle 
de son 6dition du Journal de Henri IV, et , bien 
au contraire, il justifie le systeme de notes qu'il 
a adopl6 pour le Journal de Henri III, chose qu'il 
aurait deja faile si l'6dition du Journal de Hen- 
ri IV avail 616 de lui. Lc nom du libraire n'est 
pas non plus le mftme. Enfln Pet Hot (i) fait re- 
marquer que l'6diteur du Journal d Henri IV, 
qu'il croit 6lrc aussi Lenglet Dufrcsnois, ne parle 
pas de l'6dition de ce meme journal donn6e en 
1719, qu'il connaissait (res bien, puisqu'il I'avait 
citeo long-temps auparavant dans sa Methodt 
pour cludier Vhistoire. Toules ces contradictions 
manifestos n'ont pas amen6 nos critiques a exa- 
miner quelle en pouvait etro la source , et tous , 
contre I'avis du Dictionnaire des anonymes el des 
pseudonymes, ont atlribu6 cede edition de 1741 a 
Lenglet Dufresnois ; rien de plus erron6 cepen- 
dant. 11 est constant, au contraire, quelle appar- 
tient au pere Bouges, Auguslin, et c'est un fail 
incontestable. Voici les raisons qui nous parais- 
sent 6tablir ce fait d'une maniere positive. 

II existe a la Bibliolheque duBoi deux volumes 
ayant pour litre : 

Remarques hisioriques et politiques surle Journal 
duregned'HcnrilV, par lesicur P. C. B. D. A.*" 

L'un est une premiere redaction de ces remar- 
ques historiques; l'autre est la misc au net de ce 
meme volume , mais dans un ordre r6gulier el 
par une main differente, bien etducment aulhen- 
tiqu6s, du resle , par des corrections ou des ad- 
ditions par la personne qui avail r6dig6 lo pre- 
mier de ces deux manuscrits. Or , les notes 
historiques que Ton y trouve sont pr6cis6ment 
toules celles qui existent dans l'6dition de 1741 ; 
et com me ces volumes nous sont arrives catalo* 
gu6s dans la bibliolheque de l'ancicn monaster* 
des Grands- August ins, sous le nom du pere Bou- 
ges, et que, de plus, quelques notes du premier 
volume sont .ec riles sur des debris de lettres oft 
Ton Irouve encore I'adressc au r6v6rend pere 
Bouges, il est 6vident que les initiales C. B. A. 
designent le pere C. Bouges, Augustin, et que 
I'edition du Henri IV appartient au pere Bouges, 
commc cello du Henri III a Lenglet Dufresnois. 

§ VIII. RESUME. 

11 resulle dc l'analyse que nous venons dedon- 
ner des douze manuscrits de Lestoile : 

1° Que nous avons eu a notre disposition cinq 
volumes autographes enticrement nouveaux pour 

(3) Cettc erreur est aussi solgncuscment refute par 
Pctitot, dans sa Notice sur Lestoile, p. 25. 

(4) Petilot, dans sa Notice sur Lestoile, avail paru d*a- 
bord hesiter a atlribuer cetle edition a Lenglet Dufres- 
noy, mais avant la tin de cctte meme Notice , il (k 1 - 
clarfc bien mal a propos que quoique les initiales c. a. a. 
nedi ; slgncnt pas Lenglet Dufresnois. II a dt^ rcroiinu 
que cetail lui qui avail doune ledillon et fait les notes 
et remarques. 



DE PIKIUU: DE LESTOILE. 



\V 



faire notre Edition ; 2"' que, dc ces cinq volumes, 
celui qui coutient le Regislre-Journal du rigne de 
Henri HI, produit bieu au-dela du double de texle 
nouveau, dun int6r^t plus grand que les levies 
deja publics , et d'une importance liistorique loul 
autre que celle des TableUes relatives au regne 
de Henri IV ; 3° que ce volume parait dire le 
seul travail hislorique et complet qui ait 616 r6- 
dig6 par Lestoile ; 4" qu'il fut une inise au net de 
ce travail, 6crite long-temps apres l'epoque a la- 
quelle il se rapporle ; consequerament hors de 
rinfluence de passions passagcres, et qu'il n'oflre 
plus que dans leur veritable physionomie les 
fails du regne de Henri III; 5° en fin que ce Re- 
gislre-Journal nous a conserve^ avee une foule 
d'inl6ressants souvenirs, des pieces imporlanles, 
historiques ou litl6raires, et parmi ces dernieres 
on ne manquera pas de remarqucr vingt-qualre 
sonnets in6dits dun poele transcendant du temps, 
Amadis Jamin, qui les prlsenta au Roi en 1578 (1); 
6* que, des quatre autres volumes qui soul des 
Recueils se rapportant aux deux regnes, il a 616 
possible de tirer des pieces int6ressantes pour ' 
differentes 6poqucs , et de les completer par les 
narrations des Registres - Journaux , ces pieces 
6tanf parfois venues a la connaissance de l'au- 
teur apres la r6daction de ces registres-journaux ; 
7° enfin que , pour les trois volumes de TableUes, 
le dernier 6diteur avait n6glig6 un grand norabre 
de fragments int6ressants, qui enrichissent au- 
jourcThui cefte nouvelle Edition. 

A l'6gard des notes historiques et biographi- 
qnes, Petitot s'6tail con ten 16 d'abr6ger celles qui 
existaient dans l*6dition de Lenglet Dufresnois , 
en y conservant les erreurs assez nombreuses qui. 
les d6naturaient. Nous avons soigneuscment revu 
ces notes , corrig6es et abr6g6es partout ou cela 
doos a paru uecessaire; quelques-unes ont 616 
supprimees, 6tant rendues inutilcs par les narra- 
tions de Lestoile, ou comrae relevant des erreurs 
qui n'existaient pas dans les manuscritsautogra- 
pbes. Enfin Ton pourra remarqucr dans les notes 
nouvelles quelques pieces historiques qui nous 
ont semb!6 dignes d'etre tir6es de 1'oubli. 

Les additions que Ton trouve a la fin du Jour- 
nal de Henri III , renfermenl deux paragraphes 
du Journal de Lestoile , qu'un remaniemenl dans 
one feuille avait fait oublier. Ces additions con- 
(iennent aussi plusieurs documents historiques, 
dont Tun est la Lettre autographe de Charles IX 
i son frere le due d'Alencon, pour le prier de 
faire donner le collier de son ordre a 1'assassin 
du commandeur de Mouy, huguenot. Les pieces 
qui aceompagnent cette lettre originate, nous of- 
frent aussi un exemple de la litterature republi- 
caine en usage au commencement du nv siecle. 

Les pieces diverges contiennent, 1° le litre des 
Merits qui composent les Droleries de la Liguc, et 
Urates les notes autographes de Lestoile, qui les 
aceompagnent et qui ont 616 negligees par les 

(1) Page 107 dc ce volume. 



6diteurs pr6c6dents; * le cerlificat de plusieurs 
seigneurs de la cour qui assistercnt le roi Henri HI 
depuis Vinstanl de sa blcssure jusqu'a son deces, 
publie pour la premiere fois d'apres Facte origi- 
nal ; 3° le procfo-verbal du nomme Nicolas Pou- 
lain, lieutenant de la Prevoste'dc V Isle-de France , 
qui conlienl Vhistoire de la Liguc, depuis le 2 Jan- 
vier \5S5 , jusques au jour des barricades*escheues 
le 12 may 1588; 4° et la relation de la mort de 
MM. le due et cardinal de Guise, par le ticur 
Miron , me'decin du Roy Henri HI. 

Ces deux dcrnidres pieces et la deuxieme se 
trouvenl ordinairement a la suite des journaux 
de Lestoile sur le regne de Henri III ; clles ne 
soul qu'une simple r6i repression. Les autres, au 
contraire, nous paraissent iuedites; le n° V est 
une leltre du ducde Ma ye tine au cardinal Alanus, 
relative a la mort de ses freres; le n° VI con- 
lient un temoignagc des vexations auxquelles 
6taient en butte les catholiques prisume's hugue- 
nots; enfin les deux lettres de Henri IV, n" VII 
et VIII, se rapportent , Tune a la mort de Henri 
de Valois, son pr6d6cesseur, l'autre au projet dc 
campagne qu'Henri IV allait metlre a cx6cution. 
Si Ton nous demandait les raisons qui nous ont 
d6termin6s a nous 6Ioigner de la maniere d or- 
tographier le nom de lestoile, 6crit plus g6n6rale- 
ment LEstoile, nous ferionjs remarquer que celle 
que nous avons adopt6c se rapproche davantagc 
de rortogrdphe primitive, et quelle est confor- 
me a celle quia 6t6 adopl6e par d'Hozier dans ses 
cartons gcn6alogiqucs. Nous ferons observer en 
meme temps que la v6ritable orthographe serait 
peut-6lre Delestoille : e'est ainsi , du moins , que 
Tauteur a signe une quittance dont il a deja 6t6 
question, et qu'il ecrit le nom de son Ills dans ses 
TableUes. L'acte d'une donation faite par Hen- 
ri II au perc de notre hislorien , porte de les- 
toile (maniere adopl6e par les g6n6alogistes). L'on 
pourrait aussi indiquer , par diffcrentes quittan- 
ces des membres de cette famille, donn6es a des 
6poques plus ou moins 61oigri6es., 1'histoire dc 
I'orlhographe de ce nom. Cost ainsi, comrae nous 
ravons dit, que l'auteur des Registres-journaux 
signe Delestoille. Son fils, au contraire, s6pare de 
sa signature le de , et 6cpit de Lestoille. Enfin , 
pour trouver la maniere plus g6n6ralement adop- 
I6e, il faul descendre aux arriercs-petits-uis de 
l'historien, aux Poussemothe, qui signent Pouse- 
mothe de VEsloile. Nous nous sommes ainsi con- 
formesaun usage justified par quelques exemples, 
et a l'autorit6 des genealogisles , assez bonne en 
semblable matiere. 

Nous pouvons done esp6rer que cette 6dition 
d'unlivre Iresconnu, sera reellement nouvelle, et 
que le public indulgent encouragera par ses suf- 
frages les efforts que nous ne cessons de faire 
pour rendre a la lumicre des memoires histori- 
ques ighor6s ou incomplets, el ajouter des docu- 
ments nouveaux aux annates dc la France. 



Juin 1837. 



AC. 



4. 



memoires et journal 



%K 



PIERRE DE LESTOILE. 



►•« 



[DES REGISTRES-JOURNAUS. 

Les registres-journaus sont d'usage ancien , 
et servent souvent k nous oster de peine et k 
soulager nostre memoire labile , principalement 
quand nous venons sur l'aage comme moy. 

M. deMontagne, en ses Essais, dit que feu son 
pere en avoit ung ou il faisoit inserer toutes les 
survenances de quelque remarque, et jour par 
jour les mlraoires de l'histoire de sa maison. Le 
mien ne sera si exact, car il ne s'estend gueres 
pour le particulier au-del& des curiosites de mon 
estude et cabinet , mais pour le publicq , plus 
loing. Et me trouve ung sot de l'avoir fait , 
comme Montagne, au contraire, s'appelle et se 
trouve tel pour avoir failli k la continuation de 
celui de son pere. (Li v. I , chap. 34.) 

Registre premier. — En ces registres que j'a- 
pelle le magazin de mes curiosites, on m'y 
verra, comme dit le sieur de Montagne , en ses 
Essais , parlant de soy, tout nud, et tel que je 
suis, roon naturel au jour,] mon ame libre et 
toute mienne, accoustumee a se conduire k sa 
mode, non toutefois meschante, ne maligne, 
mais trap portee a une vaine curiosite et li- 
berie (dont je suis marri). Et laquelle toutefois 
qui me voudroit retrancher, feroit tort k ma 
sante* et k ma vie, parce qu'ou je suis contraint, 
je ne vans rien , estant extremement libre et 
par nature et par art. [Je prie seulement mes 
amis et ceux qui me connoissent , d'excuser et 
supporter en moy ces vaines et chetives occu- 
pations et plaisirs, ou ma maladie et mon aage 
me pousse, auquel (pour 6viter un plus grand 
mal) je fournis de jouets et d'arausoires comme 
k I'-enfance , en laquelle je me sens retumber 
petit k petit; et tout ce k quoi je m'efforce au- 
jhourdui (mais je n'en puis venir k bout), c'est 
de rendre aprouvee devant Dieu, qui m'a tant 
fait de biens, la conversation (sic) de ma vie obs- 
cure et cachee , sans grandement me soucier du 
jugement des hommes de ce monde, qui ne ju- 
gent que par 1'apparance, car aussi qui n'est 
u. c. d. *., T. I. 



homme de bien que par la monstre , ne vault 
gueres.] Et en suis \k loge* avec le seingneur de 
Montagne (mon vade mecum), que sauf la sant£ 
et la vie , [j'ajouste I'honneur de Dieu et sa 
crainte,] il n'est chose pourquoi il veuille ron- 
ger mes ongles, et que je veuille acheter au pris 
du tourment de Fesprit et de la contrainte. 

Je prens done pour ma devise le dire de Pa- 
postre sainct Pol : 

Gloria nostra testimonium conscientice 
nostras. 

Registre second de mes curiosites. — Les 
particulieres sont tablettes pour ma memoire; 
les publiques, finfreluches volantes et despouil- 
les du vent ; mais je ne demande qa'k passer, et 
en passant tromper, si je puis, les ennuis cui- 
sans qui talonnent la fin de mon aage et de ma 
vie, pendant laquelle on trouvera, k parler hu- 
mainement, que je n'ay fait ni grand bien ni 
grand mal. Le premier, toutesfois, si peu qu'il y 
en a eu, alegrement et de bon coeur ; le dernier, 
k I'envi et k regret. Au reste, il n'est si homme 
de bien (comme dit Montagne en ses Essais) , 
qu'on mette k l'examen des loix toutes ses ac- 
tions et pens£es, qui ne se trouve pendable dix 
fois en sa vie , voire tel qu'il seroit tres-grand 
dommage et tres-injuste de punir et de perdre. , 

Je scai que la plus part de ces discours sont 
plains d'inanite et de fadaize , mais de m'en 
desfaire je ne puis (non plus que Montagne des 
siens), sans me desfaire moi-mesmes. Nous en 
sommes tous plains tant les uns que les autres. 

[ Sic legendo et scribendo vitam procedo , 
sic melancolice obviatn eo, et hujus implaca- 
bilis bestice virus pestilens, tetros vapores, du 
versa phantasmatum genera et imaginationes 
elude. 

Mihi vivere cogitate est. 

Qu en la tristesse il y avoit quelque alliage 
de plaisir, de moi duquel la complexion en ftdt 
son aliment (k mon grand regret et malheur, et 
qui en puis parler), n'y en ai jamais trouv6 ni n'en 

1 



•> 



MKM0IRES ET JOURNAL DE PIERRE DE LESTOILE. 



trouve. Et pour m'en desprendre, n'y a ricn 
que je ne fisse et ne face encores tous les jours, 
mais tout en vain , pour ce que fata obstant. 
Aussi que c'est la croix de ma vie que Dieu veult 
que je porte jusques a la fin : et ma consolation 
neantmoins, en ce que la portant patiemment , 
(comme je le prie de m'en faire la grAce), je 
m'asseure qu'il opere en moy mon salut , pour 
apr&s les larmes et les pleurs me donner une 
parfaite joie et contentement en la contempla- 
tion de sa face, sans laquelle asseurance que 
Dieu m'a escrite bien avant daus le coeur , et dont 
il m'a soustenu et me soustient puissamment 
jusques k aujhourdui , « sous un tel faix (comme 
dit le psalmiste), pieca, je fusse mort. » ] 

ooo 

MEMOIRES 

[De quelques princes et seigneurs hommagea- 
bles a la couronne de France, qui ont este 
condamnez pour crime de leze-majeste , et 
autres particulates curieuses et notables , 
tant anciennes que modernes. 

I/an 619, le trente-unieme an du r&gne de 
Glothaire II, dixieme roy de France, Brune- 
hault, Espagnolle, fille d'Athanagille, roy Goth, 
femme de Sigebert , roy de Bourgongne et 
d'Austrasie, fils de Clotaire T r , pour avoir sus- 
cite les Allemans , Austrasiens et Bourgui- 
gnons contre ledict Glothaire; 2° pour avoir faict 
mourir plusieurs princes et grands seigneurs, et 
pour mille autres meschancetez, fut condamnee 
par les juges qui lui furent deJeguez, prins des 
principaux du royaume de France, Bourgongne, 
et Austrasie, k estre tir^e k la queue d'un che- 
val indomte; ce qui fut execute, comme ayant 
estel la plus farouche de la terre. 

L'an 620, et le vingt-deuxi&me an du regne 
du dit Glothaire II,Alethee, grand seigneur de 
Bourgongne, envoya en cour Pendemont, esves- 
que de Sion, lequel donna k entendre k la royne 
Bertrude (femme dudit Glothaire), qu'il s^avoit 
par la revolution des astres et raport des plus 
scavans math&naticiens qui avoient fait 1'ho- 
roscope du roy, qu'il mourroit ceste annee, pour 
ce, qu'elle pensast k ses affaires; qu'Alethee 
estoit le seigneur le mieux aparent de Bour- 
gongne; qu'eux deux emporteroient aisement 
la couronne, si elle le voulloit espouser; a 
quoy si elle voulloit entendre, qu'elle fist d'heure 
partir ses thr&ors en la ville de Sion. La royne 
se retirant soudain en colore, l'esvesque conneust 
qu'il avoit failly son entreprise ; pour ce, il se 
sauva k Luson, vers I'abb6 d'Austrasie, qui en- 
fln le r&oncilia avec le roy, qui fist appeler 



Alethle en jugement devant les seigneurs du 
conseil du royaume ; lesquels le condamnerent 
k perdre la teste : ce qui fut execute. 

L'an 786 et le dix-huitiesme du regne de 
Charlemaigne, vingt-quatriesme roy de France , 
qui fut depuis empereur, Hardrade, eonte (je 
ne trouve d'ou ) , en ayant atire plusieurs a sa 
ligue , conspira contre le roy et la royne Fas- 
tarde, Franconienne , pour ce qu'il obeissoit k la 
cruaute et insolence de son espouse et contre elle , 
d'autant que sans regarder a qui elle se jouoit , 
elle mettoit la pluspart de la noblesse en danger 
de se retirer du service du roy ; mais leur con- 
juration fut descouverte, et le roy en estant ad- 
\erty, les conspirateurs furent prins et leur pro- 
cfcz faict, aucuns furent exilez, les autres eurent 
les yeux crcvtfz ; puuition lors ordinere de ceux 
qui conjuroient contre leur prince. 

L'an 788, le vingt-deuxiesme dudit regne de 
Charlemaigne , Tassiblon , due de Baviere, fut 
mand£ au parlement general qui fut tenu a In- 
gelhain, pour son seul respect, d*autant que 
les principaux et nobles de son pays advertirent 
sourdement le roy qu'il s'aprestoit pour se re- 
volter et luy faire la guerre, et qu'il estoit k ce 
prouvoque par Eitorpicgue sa femme, fille de 
Didier, dernier roy des Lombards, que luy, Char- 
lemaigne, ruina; elle se fachant que son mary 
fist hommage de son duche a son ennemy, ne con - 
siderant pas que Odilon, perc de son mary, 
n'estoitque beneficiaire de Pepin, son cousin- 
germain, du duche de Baviere, lequel le luy 
donna a la charge d'en reconnoistre ( luy et Its 
siens) les roys de France pour souverains , et de 
les servir quand il en seroit requis. Or la no- 
blesse de Bavi&re connoissoit en ceste femme 
l'apelit de vengeance , et une ambition de se 
voir royne, qui luy \ouIoit faire hasarder le 
salut des Baivariens , lesquels avoient ja bien 
est6 establis des Francois pour ce mesfect. Car 
e'estoit pour la troisiesme fois que Tassiblon 
s'eslevoit, lequel ne pensant pas que son entre- 
prise eust este esventee, fut bien cstonn£ de se 
voir convaincu de rebellion par tant de preu- 
ves, qu'il ne scavoit que respondre. Ce fut pour- 
quoy , selon la loy salicque, luy, sa femme et 
son fils furent d&larez criminels de leze-ma- 
jest^, et condamnez a perdre la teste; leurs 
biens confisquez au roy, contre lequel iis 
avoient commis felonnie; neantmoins par prieres 
ilz finirent leurs jours en des monasteres s^- 
par^z. 

L'an 792, et le vingt-quatriesme du regne du 
dit Charlemaigne, Pepin son bastard, l'aisn£ de 
tous ses enfans, conceust telle haine contre ladite 
royne Fastarde, a cause qu'elle poss^doit entie- 



MP.MOIRKS ET JOURNAL DE PIKRRE DE LESTOILE. 



3 



rement le roy, qu'il prist sur ce occasion de 
conspirer contre luy acest effect. II faignist estre 
malade, tellement qui I occasionna plusieurs 
gentilshommes de le visiter, ausquels il descou- 
vrit son maltalent. Ilz resolurent ensemble de 
tuer le roy, qui avoit congee son armee ; et son 
conseil a limitation da regne des Merovin- 
ges qui n'excluoit les bastars de la royaute, 
faire le bastard Pepin roy. Mais comme une 
nuit , faignant de prier Dieu dans une eglise, 
pour ia sante dudit bastard , ils advisoient a ceste 
affaire, un prestre , apelle Fradulphe, ouyt 
qu'ils complotoient de tuer, le jour en suivant, 
le roy, lequel en estant adverty par ledit pres- 
tre, les fist encoffrer sans qu'ils s'en doutassent, 
puis il commist juges pour faire leur proces; 
aucuns d'iceux furent decapitez, les autres pen- 
dus. Un d'iceux pensant desja que le bastard fut 
roy, s'estoit vante qu'il feroit bastir son pallais 
6ur le plus haut coustau de France , et le roy 
le fist pendre sur la plus haute montagne qu'on 
sceut trouver en toute la contree. Le bastard 
fat condamne* a finir ses jours dans un monas- 
ter pres de Trefves, et ledit Fradulphe fut abbe 
de Saint-Denis. 

L'an 812, le quarante-quatriesme an du regne 
dudit Charlemaigne , et le douxiesme de son 
empire, Alphonce, Espagnol, roy de L£on , Do- 
mede des Astures et de Gal lice, surnomme le 
Chaste, n'ayant point d'enfans, fit tacitement 
ledit empreur heritier de ses royaumes, a la 
eharge qu'il guerroyeroit les Sarrasins ou Mores, 
qui tenoient lors I'Espagne, pensant qu'il n'y 
avoit d'autre moyen d'en chasser les infidelles. 
Mais sa noblesse le contraignit de r£vocquer le 
don. Neantmoins 1'Empereur, qui estoit ja pres 
la Navarre avec son arni£e, se pensa mocqu6, 
pour ce il passa outre pour leur faire la guerre , 
qui fut cruelle : car les Agarenes ou Mores se 
joignirent aux Espagnols, ou Ganelon, cheva- 
lier, conte de Poitiers, seigneur de Hautefeuille, 
de Corbeil et de Gannes , conduisoit une partie 
de Farmee et avoit grand credit aupres de TEm- 
pereur; lequel, Fenvoyant souvent vers les en- 
nemis pour traiter de quelque accord, fut telle- 
ment enfin par eux praticque, qu'il leur promit 
de rendre Farmee a certain lieu qu'ils advise- 
rent ensemble, et leur livrer 1'Empereur, auquel 
il persuada aisement que la paix estoit faite se- 
loo son desir, et que le plus commode pour re- 
passer les monts Pyrenees estoit de prendre la 
routte de Ronceaux , ou estant toute l'arriere- 
garde fut tail lee en pieces ; Holland y raourut et 
plusieurs seigneurs de nom. Ledit Ganelon se 
pensoit faire roy de France apres la mort dudit 
Empereur qu'il avoit vendu ; mais ne I'ayant peu 



livrer, et ayant cause la deconfiture de l'arm£e 
qu'il pensoit conserver, son proces lui fust fait 
par les seigneurs du grand conseil de l'Empe- 
reur, qui le condamnerent a estre tire a quatre 
chevaux, comme il fut. 

L'an de grace 818 , et quatriesme du regne 
de Loys-le-Debonnaire, premier du nom, vingt- 
cinquiesme roy de France , son neveu , Ber- 
nard, roy de Lombardie , s'estant par mauvais 
conseil esleve contre luy et luy ayant empesch6 
Tentree d'ltalie, fut enfin contraint de se ve- 
nir rendre a sa mercy a Chaalons-sur-Saonne, 
voyant son pays conquis et ses principaux cap- 
pitaines estre a la devotion de son oncle, qui le 
mena a Aix-la-Chapelle en Allemaigne,ou as- 
semblant le conseil general des prelats, princes 
et seigneurs de ce royaume , il luy fit faire son 
proces, par lequel il fust condamne a perdre la 
teste, et ses biens confisquez suivant 1'ancienne 
loy de France , establie contre ceux qui com- 
mettent felonie et conspirent contre leur prince. 
II est vrai que 1'Empereur luy donna la vie , 
mais non si courtoisement qu'il ne luy fist cre- 
ver les yeux , luy confisqua ses biens et le fit 
moine, dont apres il mourut. 

L'an 829 , et le quinziesme du regne dudit 
Loys, Ebbou, archevesque de Rains ; Hugobert, 
archevesque de Lion; Bernard, archevesque de 
Vienne; Josse, esvesque d'Amiens; Helie,es- 
vesque de Troyes ; Soldain, abbe* de Saint-De- 
nis, et Wale, abbe de Corbie, comme princi- 
paux eclesiasticques , et Hubert Mainfroy et 
Lambert Godefroy, son fils; Richard et Berga- 
reth, des plus grands seigneurs de France, se 
liguerent pour ruiner le roy ; les eclesiasticques 
pour ce qu'il les reformoit de leurs vices et bora- 
bances; les autres, pour ce qu'ils avoient este 
justement desappointez de leurs charges. Or ils 
armerent Pepin, roy d'Aquitaine, et Lothaire, 
roy d'ltalie , contre leur pere, ledit roy Loys, 
sous pretexte de vouloir corriger de sa cour les 
Estats qui furent enfin leur ruyne : car le roy fit 
tant, or que ja ils le tinsent comme prisonnier, 
que les Estats furent tenus en Allemaigne, ou 
s'assemblerent les deputez de France, d'ltalie et 
d'Allemaigne, qui r£eoncilierent le pere avec ses 
enfans; lesquels furent jugez de ceux qui aupara- 
vant estoient leur suspost, les susnommlz, qu'ils 
condamnerent a avoir la teste trenchee ; mais le 
roy qu'ils vouloient faire moine, comme ne vou- 
lant desroger a son nom, se contenta de faire 
escarter les escle^iasticques en certains monas- 
ters et faire tondre les lays, dont mal apres luy 
print. 

L'an 832, et le dix-huitiesme du regne dudit 
Loys, les Estats furent tenus a Orleans, ou le- 

!.' 



MBMOIJIES ET JOURNAL DE PIERRE DE LESTOILE. 



dit roy Pepin fat adjourn^ pour y rendre rai- 
son de sa tacite retraite de la cour. 11 y vint, or 
qu'ennuy en fut & Jonzac, pallais ancien et de- 
meure de roys d'Aquitaine. En ces Estats, bien 
qu'il n'y eust aucune cause de soupfon contre 
Bernard Gotc , conte de Cathelogne , grand- 
maistre de France , qui avoit autresfois possed£ 
le roy, auquel il avoit fait de grands services , 
neantmoins pour ce qu'estant un des principaux 
officiers de la maison royalle , il s'en estoit alle 
avec ledit Pepin sans commandement du roy 
son maistre , son proces luy fut fait , et par 
iceluy il fut declare criminel de Ieze-majest6, et 
par ce d&appointe de toutes ses charges, banny 
de la cour et deffences luy furent faites de sui- 
vre de la en avant messieurs ses enffans. 

L'an 851 , et le dixiesme du regne de Charles* 
le-Chauve , deuxiesme du nom et vingt-sixiesme 
roy de France, ses neveus Charles et Pepin, 
roys d'Aquitaine , se r£volt&rent contre luy pour 
ce qu'ils pretendoient souverainete , et n'avoir 
est£ bien partag&. Mais il les vainquist et fist 
prisonniers , s'emparant de leurs terres ; puis il 
assembla les evesques et princes de France, 
desquels l'ancien parlement estoit principale- 
ment compost, pour faire leurs proems; lesquels 
./ordonn&rent que ces deux princes seroient faits 
moynes , comme ilz furent Fun a &oissons, Fau- 
tre & Corbie. 

L'an 874 , le vingt-troisiesme du regne du- 
dit Charles , le conseil des Evesques et princes 
du royaume fut assemble pour faire le proc&s a 
son quatriesme ills Carloman , qu'ils avoient 
voulu faire d'eglise , et de faict il Ait religieux 
depuis son enfance jusques aprfcs avoir este initio 
es ordres et faict diacre, Mais comme un autre 
Julien l'apostat , £changeant son froc en une sa- 
lade, il fit beaucoup de maux a F6glise galli- 
cane : deux fols il fut recondite avec son p&re, 
enfin retournant tousjours a son vomissement et 
allant de mal en pis , le susdit conseil le d&lara 
digne de mort, pour avoir rlcidivl en ses ftlon- 
nies; neantmoins le roy se contenta de luy faire 
crever les yeux et de le reserrer en une pri- 
son pour y faire penitence le reste de ses jours. 

L'an 882 , et le troisiesme du rfcgne d'Eude, 
trentiesme roy de France , le comte de Gautier 
se revolta contre luy, se saisissant de Lyon, qui 
peu aprfcs s'estant rendu au roy, luy livra aussy 
son rebelle, auquel le procez fut fait; et sui- 
vant Fordonnance du conseil , il eust la teste 
trench£e, principallement, oultre la susdicte rai- 
son , pour ce qu'en guerre ouverte il avoit des- 
gaigng son espee contre son roy. 

L'an 942, et le sixiesine du rfcgne de Loys IV% 
dit Debonnaire, tf ente-uniesme roy de France , 



ledit roy fit mourir par justice et jugement des 
princes et seigneurs de France, Hebert , comte 
de Vermandois, pour ce que, Fan 924 , il avoit 
arrest^ le roy Charles III* 5 du nom , dit le Sim- 
ple , prisonnier a Peronne , ou il mourut. 

L'an 1201 , et le vingt-uniesme an du regne 
de Philippe II , surnomm6 Auguste , quarante- 
deuxiesme roy de France , Jean , roy d'Angle- 
terre , dit Sans-Terre , ayant pris prisonnier en 
guerre Artus, due de Bretaigne , son neveu, il 
le fit mourir secretement a Bouen , comme il 
fit aussy a Eleonor, seur dudit Artur. Ledit roy 
Philippes, ftche au possible de la mort de son 
gendre , assembla soudain le conseil des pairs et 
seigneurs du royaume , par Fordonnance duquel 
les Bretons et Angevinsfaisans instante poursuitte 
contre le meurtrier , ledit roy fut adjourne & 
comparoir pardevant lesdicts pairs du royaume , 
pour rendre raison ou se purger des crimes a 
luy imposes , et ce d'autant que ledit roy Jean 
estoit homme ligne dudit roy Philippes son sou- 
verain , a cause du duche de Guyennc et conte 
de Poitou ; mais ledit Jean Sans-Terre ne vou- 
lant comparoir, quoique sou vent admoneste de 
ce faire, il fut condamne (comme felon et re- 
belle). 

Ce jugement est le premier que je trouve avoir 
este donne par les pairs de France , d'autant que 
cy-devant il est simplement parle du conseil et 
des estats. 

1236. Epitaphe d'Hispurge, femme de Phi- 
lippes- Auguste, roy de France, laquelle mourust 
Fan 1236, et fust entente a Saint-Jean-de-FlsIe, 
priore par elle fond£ a Corbeil , ou ledit epita- 
phe est grave sur ung tombeau d'airain : 

Hiejacet Hisputgis, regum generosa propago, 
Regia quod regis fuit uxor, tignat imago , 
Flore nitens morum vixit patre rege Dacorum 

inclita Francorum regis adepta thorum. 
Nobilis hujus erat quod in ortis sanguine claro 

Inveniens raro, mens pia casta toro 
Annus millenus aderat, deciesque vicenus 

Ter duo, ierque decern, cum tulit ilia necem. 

L'an 1307, et le vingt-uniesme du regne de 
Philippes , dit le Bel , quarante-sixiesme roy de 
France, les Templiersde Fordre de Citeaux , 
tous gentilshommes ordonnes pour aiser le pas- 
sage de la Terre-Sainte , estans accusez d'avoir 
conspire contre ledit roy, et d'avoir secouru ses 
ennemis de leurs propres deniers, et aussy con- 
vaiuqus d'idolatrie , h£resie , sorcellerie et sodo- 
mie , ilz furent du consentement du Pape Cle- 
ment V e , par arrest de la cour de parlement , 
brusles vifs. 

L'an 1313 , et le vingt-septiesme du regne du- 
dit roy Philippes, Robert, conte de Flandrcs, 
Ait somml de venir faire hommage de ses terres 



MEMOIRES KT JOIBNAL DE PlERfiE DE LESTOILE. 



5 



audit roy , ce qu'il refusa : et mesme comme le 
Pape susdit eut envoy e un legat en Flandres 
avec deux d£putez au roy, pour accorder leurs 
differens , ledit conte ne leur respondit rien ; 
dont le roy justement indigne , ordonna que les 
pairs de France en conneussent, lesquels ordon- 
nerent que ledit conte Robert viendroit en per- 
sonne pour comparoistre devant le roy, ce qu'il 
refusa, bien envoya-il des agens avec ample 
puissance, que le roy ne voulut voir, ains a leur 
presence fut prononce l'arrest contre leur prince, 
par lequel il estoit declare criminel de leze-ma- 
jeste et touts ses biens confisques a la couronne 
sans nul espoir de grace. 

L'an 1314 , le vingt-huitiesme du regne dudit 
Philippes, Gautier et Philippes d'Aunoy freres , 
gentilshoromes domestiques de Loys, roy de Na- 
varre, et Charles, conte de la Marche , freres , 
flls dudit roy, abusent des femmes de leurs raais- 
tres, Marguerite, fille de Robert due de Bour- 
gongne , et Blanche , fille d'Othelin conte de 
Bourgongne , et ce en l'abbaye de Maubuisson. 
Le forfait descouvert, les dames furent prises, et 
leurs escuyers de couche qui furent escorchez 
tous vifs , leurs membres honteux couppes en 
signe de l'offence punie au mcmbre qui avoit 
peche , puis ils eurent la teste trenchee ; leurs 
cors furent pendus par sous les aisselles et mis 
sur des poteaux pour servir de parade aux pas- 
sans ; les dames furent emmurees au chateau 
d'Andely. 

L'an 1315, et le premier du regne de Loys X e , 
dit Hutin , quarante-septiesme roy de France , 
Enguerrant de Marigny, Charles conte de Lon- 
gueville , super-intendant de ses finances , qui 
manioit le roy Philippes-le-Bel a sa volonte , et 
disposoit des affaires plus que tous les princes 
du sang et seigneurs du royaume , fut apelte 
devant ledit roy Loys incontinent apres la mort 
de son raaistre, pour rendre compte des finan- 
ces ; mais il s'oublia a Tendroit du conte de 
Vallois, prince du sang , oncle du roy, qu'il de- 
mentit apres luy avoir diet qu'il avoit touche 
des deniers royaux. Ce qui fit accele>er son pro- 
ces, qui luy fut fait par les pairs et seigneurs 
de France , qui le condamnerent a estre pendu 
et estrange au gibet de Paris, ce qui fut execute. 

L'an 1323, le cinquiesme du regne de Char- 
les IV, dit le Bel, quarante-neufviesme roy de 
France, Jourdain de 1'lsle, neveu du pape 
Jean XXII, gentilhomme d'ancienne maison, 
estant apelte en justice pour plusieurs vols , 
meurtres, assassins, rapts, rebellions,viollemens, 
il east grace du roy de dix-huict fautes com- 
mises, mai& recidivant et abusant de la faveur 
du roy et de son oncle, il fust de rechef apelle 



en justice, et messieurs de parlement le con- 
damnerent a estre d£membre par quatre che- 
vaux, comme il fut faict. Ce qui luy nuisit le 
plus fut qu'il avoit tu£ un huissier royal ex- 
ploictant, de sa masse propre, laquelle estoit 
garnie des armes de France , car lesofficiers en 
portoient de telles, allant faire leurs charges, au 
lieu de l'escusson qu'ils portent. Pour ce faict il 
fut attaint du crime de leze-majeste. 

L'an 1333, le cinquiesme du regne de Phi- 
lippes VI e , dit de Vallois, cinquantiesme roy de 
France, Robert, conte de Beaumont, prince du 
sang, pair de France, qui avoit espouse la seur 
du roy, fust banny de France et ses biens con- 
fisques par arrest des pairs et seigneurs de 
France, entrompete par les carfours de Paris, 
pour avoir falcifie des lettres par le ministere 
d'une damoiselle qui y avoit apos6 le seel 
royal, laquelle fut brulee ; en faveur de ses let- 
tres il se voulut dire conte d'Arthois ; et pour 
s'estre montre desobeissant aux mandemens 
royaux. 

L'an 1342, et le quinziesme du regne dudit 
Philippes, y ayant tresves entre les roys de 
France et d'Angleterre, il fut publte un tour- 
noy a Paris, ou assisterent la plus part des sei- 
gneurs de Frauce ; entre autres y vindrent de 
Bretaigne les sieurs Olivier de Clisson, le baron 
d'Avogour, Geoffroy et Jean de Malestion, fre- 
res, Jean de Montauban, Thibaut de Morillon, 
Blain de Quedelac, et trois freres de Bryeux, 
lesquels apres le toarnoy, furent mis au Chate- 
let de Paris, puis on leur fit leur proces, et eu- 
rent les testes trenchees pour avoir conspire 
contre le roy et la royne pour le service des 
Anglois. 

L'an 1350, et le premier du regne du roy 
Jean, cinquante et uniesme roy de France, 
Raoul de Nesle , connestable de France , fust 
condamne par le prive conseil du roy, y pr6si« 
dans seullement les principaux seigneurs, a estre 
decapite, comme il fut, pour plusieurs conspira- 
tions et felonnies dont il fut convaincu contre le 
roy et le royaume. 

L'an 1378, et le dixiesme du regne de Char- 
les V, dit le Sage, cinquante-deuxietme roy de 
France, Guy, comte de Saint-Paui, estant pri- 
sonnier en Angleterre, moyenna sa d£livrance 
espousant la seur du roy d'Angleterre, ce qui 
le rendit suspect audit roy Charles, qui pour ce 
luy fit saisir ses terres, le contraignant de re- 
tdurner en Angleterre, comme il fist. 

Le mesme an, le roy fit faire le proces au 
due de Bretaigne, sur plusieurs felonnies par luy 
commises, telles que de s'estre ligue avec 1' An- 
glois et d'avoir couru les terres du roy son sour 



MEM01Kfct> ET JOUfiNAL DE P1EKRE 1)£ LESTOILE. 



verain, auqucl il renvoya son homraage, des- 
niant de le recognoistre desormais pour son 
seigneur. A eeste cause , par ordonnance du 
conseil, il fut dit que Jean de Mont fort, due de 
Bretaigne, seroit adjourne a comparoir person- 
nellement en la cour de parlement pour respon- 
dre devaut les gens du roy ; sur les conclusions 
proposees en la cour de parlement de Paris par 
le procureur-general a ladite cour, il luy fut 
assigne* jour au quatriesme decembre de Tan 
mil in c lxxviii. Mais le due, or que deuement 
semonce, scachant qu'il n'y faisoit pas bon, ne 
fit comme son pere, lequel venant a Paris, y 
fut coffre et mourut prisonnier au Louvre, 
ains se tint en Angleterre. Iceluy due ne com- 
paroissant, ne personne pour luy, il fut si bien 
proc&le par coustume, que le neuviesme du- 
dit decembre, le roy, sceant en son liet de jus- 
tice, assiste d'aucuns princes de France, de 
plusieurs esvesques , grans seigneurs du royau- 
me et conseillers de sa cour, il fut donne arrest 
contre le due breton, par lequel il estoit declare 
criminel de lese-majeste , et par ainsy prive de 
tous ses droits, bonneurs, noblesse et dignitez, 
tant de Paris que d'autres, et de tous ses biens 
estans au royaume de France, tant au duche de 
Bretaigne que ailleurs, le tout estant confisque 
et acquis au roy. 

L'an 1 392, et le deuxiesme du regne de Char- 
les VI e , cinquante-troisiesme roy de France, la 
r£gence du royaume estant baillee aux oncles 
dudit roy, or qu'il voulsit qu'elle fust donnee 
(pendant sa maladie) au due d'Orleans son frere, 
les dues de Berry et de Bourgongne, ils voulu- 
rent rechercher le connestable Glosson (auquel 
ils vouloient mal d'ailleurs), pour ce qu'il avoit 
fait un testament de 170,000 livres; mais luy, 
en ayant le bruit , s'enfuit en Bretaigne. 
Ils le firent adjourner a comparoistre en per- 
sonne a la cour de parlement a Paris, pour 
respondre aux charges qu'on luy metoit sus, 
mais il n'en fit rien, et pour ce en fut par arrest 
prononce en la chambre de I'audienee, y seans 
plusieurs princes et seigneurs, Olivier de Clos- 
son fut desmis de son estat de connestable, 
condamne^ (pour ses extortions) a dix mille marcs 
d'argent en vers le roy, etbanny du royaume de 
France. 

L'an 1409, et le vingt-quatriesme du regne 
dudit Charles VP, le susdict due de Bourgongne, 
en haine du due d'Orleans, prince dauphin 
(tous les serviteurs duquel il hayssoit), jetta le 
chat aux jambes, comme il se diet, au seigneur 
de Montaigu, grand-maistre de France etsuper- 
intendant des finances, se souvenant qu'il avoit 
conduit ledit sieur a Melun vers la roine, lac- 



cusant de s'estre trop enrichy aux finances. II 
le fit emprisonner et le mit es mains de mes- 
sieurs Pierre des Essars, lors provost de Paris, 
si bien que ce pauvre seigneur estant charge de 
concussion, eust la teste tranchee nonobstant les 
prieres des princes du sang. 

L'an 1416, et le trente-sixiesme du regne du- 
dit Charles, le due de Bourgongne fit ligue avec 
l'Anglois , comme conte de Flandres et d'Ar- 
thois, et eust tresves depuis laSaint-Jean-Bap- 
tiste jusques a la Saint-Remy de Tan 1417, de 
quoy le roy et son conseil s'offencerent qu'un su- 
jet osast contracter, au prejudice de son souve- 
rain , avec Fennemy public du roy. Ce ne fut 
pas tout, car plusieurs seigneurs de sa maison et 
de ses suites, tels qu'estoient Jean de Pony, 
Ferry de Mailly, Maurice et Gorran de Saint- 
L6ger, Jean d'Aubigny, Jean Delafosse, Hector 
et Philippes de Savensie, L6on de Jacqueville, 
Lambers de Savoye, ils se ruerent avec quel- 
ques troupes pillardes sur les pays de Verman- 
dois, Amiens, Cambresy, Laonnois, Beauvoisy 
et le conte d'Eu, saccageans tout et affiigeans 
miserablement la contree, brulant Oysy, INesle 
et plusieurs chasteaux; mais surtout des sei- 
gneurs qui estoient de I'aliance de Orleanois. 
Le proces fust fait a tous ces seigneurs, en la 
cour de parlement, ou ils furent declares cri- 
minels de l^se - majesty , pour ce bannis du 
royaume et leurs biens confisqu^s. 

L'an 1434, au mois de Janvier, fut Seine si 
grande qu'elle entouroit la croix de Greve, et y 
eut tant de vin ladicte annle, que jamais en 
France on n'en veid tant, et I'annee d'apres 
n'y en eut point. 

L'an 1441, et le dis-neuviesme du regne de 
Charles VII , cinquante-quatriesme roy de France, 
Alexandre, bastard de Jean, premier du nom , 
due de Bourbon , ayant est£ destine au service 
de Dieu , par son p£re , et de faict estant cha- 
noine de Beaunieu , pour avoir este desobeissant 
audict sieur roy, et trop insolent en parolles 
contre Sa Majesty , 11 fut saisy a Bar-sur-Seine, 
ou son proc6s luy estant faict , il fut condamne a 
mourir et estre jctt6 dans un sac en l'eau , comme 
il Ait. 

L'an 1455, du r&gne de Charles VII , le sei- 
gneur de TEsparre , qui avoit ja este banny de 
Bordelois , pour avoir introduit les Anglois a 
Bordeaux , convaincu d avoir intelligence avec 
l'Anglois, fut prins en Xaintonge et conduit a 
Poitiers , oil son proces luy estant faict , il eust 
la teste tranchee , et d'autant que a Guyenne il 
n'y a point de confiscation , ses heritiers rentrent 
en ses terres, sauf a payer les amendes esquelles 
il estoit condamne. 



MEMOIRES KT JOURNAL l)K PIEBBE DB LESTOILE. 



1449. EPITAFHE DE LA BELLE AGNfcS. 

Cy gist Damoiselle Agnds Seurettc, en son vivant 
dame deBeautl, d'Yssoudun et deVernon-sur-Seine, 
piteuse aux paurres, la quelle trespassa le ix fd- 
Trier m.cccc.xlix (1). 

Ledit 6pitaphese lit en I'abbayedesE verves, 
fondee par le roy Clovis, Tan 646. Elle est neant- 
raoins enterree k Loches en une superbe sepul- 
ture de bronze. 

L'an 1468 , et le septiesme du regne de 
Loys XI , cinquante-uniesme roy de France , 
Charles de Melun , seigneur de Normandie, ba- 
ron de Landes, bailly de Sens etd'Evreux, qui 
avoit este grand maistre de France , gouverneur 
de Paris et Isle de France, issu de fancien sang 
des contes de Tanquerville , fut mis prisonnier 
en la forteresse de Chateau-Gaillard , sous la 
garde de Dompmartin , et luy fut fait son 
proces par le grand prevost Tristan l'Hermite , 
le propre jour de son emprisonnement , lequel 
luy fittrancher la teste au march£ d'Andely. On 
luy fit accroire qu'il estoit criminel de l&ze-ma- 
jeste , pour avoir eu intelligence avec l'Anglois. 
Mais c'estoit qu'il estoit mal voulu du roy, au- 
pr& duquel il faisoit dangereux. 

L'an 1473 , le douziesme du rfcgne dudit roy 
Loys , Jean , Il c du nom, due d'Allencon , 
issu du §png des Tallois , fut prins prisonnier 
par ledit grand prevost , et conduit au chateau 
de Loches , pour ce qu'il conspiroit contre Sa 
Majesty , voulant sortir de France , pour se re- 
tirer vers le due de Bourgongne , auquel il vou- 
loit vendre ses terres , afin qu'il tint le roy en 
bride ; et qu'ayant un pied en Normandie , il se 
peut plus ais&nent joindre au due de Bretaigne. 
Or de Loches , il fut conduit au Louvre k Paris, 
ou le roy vint expr& Fan suivant , en juillet ; il 
n'y sejourna qu'une nuit pour enjoindre au chan- 
celier d'Orcole et a messieurs de la cour, de faire 
et parfaire son proces. Le 18 dudit mois, les 
chambres du parlement assemblies , le chance- 
lier s^ant et presidant, fut prononce l'arrest con- 
tre ledit due , par lequel il fut d£clar£ criminel 
de leze-majestl , et comme tel , condamne k 
estre decapite , et tons ses biens conflsques. 

L'an 1475, et le quatorziesme dudit roy 
Loys XI , messire du Luxembourg , comte de 
Saint-Paul , de Ligny et de Marie , connestable 
de France , allie des plus puissans princes de la 
chrestient£, pour s'estre voulu maintenir , avec 
les rois de France , d'Angleterre , et le due de 
Bourgongne , ennemis , sans se soucier de trahir 
son maistre , il se les fit ennemis , et ceux des- 
queb il se fioit le plus le trahirent (et justeraent) ; 

(1) Vieui style. 



car il les avoit trompes ; ce fut le roy d'Angle- 
terre , son neveu , qui descouvrit audit roy Loys 
sa felonnie, et le due de Bourgongne (au traictl 
de Vervins) promit que, au cas que ledict con- 
nestable se refugiast en ses terres , il le livreroit 
audit roy Loys , comme il fit apr&, qu'il fut 
amen6 de Peronne k la Bastille de Paris , ou la 
cour de parlement luy fit son proces , sur faicts 
et sa confession. Mesmes en la chambre crimi- 
nelle dupallais, le chancel lier lui demanda son 
collier de I'ordre de Saint-Michel, qu'il rendist, 
puis son esp£e de connestable qu'il n'avoit. Apres, 
le premier president Suy prononca son arrest , 
qui estoit d'estre decapite pour crime de leze- 
majest6, comme il fut. 

L'an 1476 , et le quinsiesme du r&gne dudit 
roy Loys , ieeluy scachant que Jacques d'Armi- 
gnac , due de Nemours , allie de la maison d'An- 
jou , estoit k Carlac avec quelques troupes , il 
despecha le sieur Beauieu , son gendre et frere 
du due de Bourbon, pour Taller prendre. Ce 
prince estoit sou peon ne d'avoir conspire pour la 
deuxiesme fois contre le roy ; ayant ja jur6 de, 
ne rien attenter contre la couronne de France. 
Ainsy il fut fait prisonnier, et men6 k Vienne y 
de la k Lion, et depuis en la Bastille de Paris. 
Le roy, qui vouloit voir sa fin (qu'il l'avoit k 
cceur), escrivit a messieurs du parlement, le 
commandant k tous en general , de se transpor- 
ter k Noyon , pour la , avec les princes du sang, 
conseillers et maistres des requestes de son hos- 
tel , faire et parfaire le proems dudit due de Ne* 
mours. Cecy fut l'an 1477, en may, et ils tra- 
vaillerenta ce proc&z , depuis le deuxiesme juin 
jusques k la fin de juillet , et le quatriesme aoust 
(dudit an) , le premier president , suivy de plu- 
sieurs seigneurs , fut k la Bastille prononcer l'ar- 
rest audit due, lequel portoit que ledit jour il 
auroit la teste tranche^ aux halles de Paris 
(comme il eust) , et que ses biens seroient con- 
fisquez. 

L'an 1484, le cinquiesme aoust, arriva le car- 
dinal Ballue k Paris, comme llgat en France, 
mais il ne fut rec^u par la cour de parlement 
et ne jouyst de sa legation. 

Le 24 juillet 1488, fust la jounce Sainct- 
Aulbin en Bretaigne, gaignle par les Francois, 
et y fut pris le due d'Orleans, qui fust bien 
trois ans prisonnier a Bourges et k Lusignen. 

1496. 

L'an des vlrolles, que I'argcnt (it plri, 
Que les larrons ont le bois encherl. 
Que Naples fut des ennemis repris, 
Que les grands eaux eurent Paris com pris, 
Le jour devant que Messlas fut ne% 
Claude Ghauvreui de faulsete* surpris , 
Par arrest fust au pillory tourn*. 



8 



MEMOIBBS ET JOURNAL DE P1EBBB DB LESTOILE. 



Le samedi, veille de Noel 1496, fust pro- 
nonce l'arrest a maistre Claude Ghauvreux , 
conseiller en parlement, accuse d'avoir faict en 
un proces une faulse procuration. 

1501. Le vingt - septieme jour de fevrier 
recommenca & Paris la mutinerie des jacobins 
et cordeliers, Tan 1501. 

1502. Le dernier juillet 1502, fust chantee 
messe a Saint-Germain de l'Auxerrois par ung 

Grec , et dura bien ladicte messe une bonne 
heure, et fallut allumer par trois fois la torche, 
et en levant le corps de Nostre Seigneur, au 
calice, se retourna vers les gens. 

Le lundy, l er aoust, audict an, mourust mais- 
tre Philippes Simon , conseiller en la cour de 
parlement de Paris, fort pleure et regrets pour 
estre grand et excellent personnage. Maistre 
Jean Simon, son frere, evesque de Paris, mou- 
rut aussi audict an, le 23 decembre. 

1502. Le merer edi, dixiesme octobre 1502, 
nasquit le grand roy Francois, pere et restaura- 
teur des bonnes lettres. 

1505. Lemardy, vingtiesme jour de Janvier 
' 1505, fust ordonne par la cour qu on ne plaide- 
roit plus en icelle, de relev^e , en la grande 
chamhre jusques apres Pasques, a huis ouvert. 

M, Vertus fut rece\i conseiller gratis audict 
an , le vingt-septiesme Janvier. 

Audict an, le 3 fevrier, furent receus gratis 
en office de conseiller MM. Cantet et Ghencier, 
advocats en la cour, et M. Prud'homme, advo- 
cat en Cbastelet , pour le bon rapport. 

Audict an, fut tue le due d'Albanie, aux jous- 
tes, en la rue Saincte-Antoine, a Paris. 

150ft. Le vingt-uuiesme jour dejuin 1506, 
fiirent publiees deux lettres patentes du roy , 
par Tune desquelles fut defendu de ne pren- 
dre les escus soleil que pour trente-six soU trois 
deniers tournois , sur peine de confiscation de 
corps et de biens; I'autre portant permission de 
prendre argent sur le sel pour refaire le pont 
Nostre-Dame. 

1507. Le seiziesme jour d'aoust 1507, un 
nomml Jacquet, et I'autre Robin Serre , hour- 
reaux de Paris, furent declares, par arrest de la 
cour, inbabiles et deposes de leurs offices pour 
avoir failli a decapiter aucuns condamnes , et 
ftist par ladicte cour ordonne recevoir audict 
office un nomme Maistre Florent, qui estoit 
bourreau de Meaux. 



(1) Cette partle des Mdmolres, relative a Francois I", 
n'existe pas daos les manuscrits autographes de Les- 
toile; elleest probablement roeuvredesanciensMlteurs, 
et e'est a eux qu'il faut attribuer les erreurs qu'elle 
contient. On trouve toutefois dans les Rccueils de Les- 
lolle plusieurs epIUphes des temps de Louis XII et de 



1508. Le premier jour de fevrier 1508, fut 
faicte une ordonnance de ne permuter un bene- 
fice de valleur, a rencontre d'un autre de non- 
valeur. 

Le dix-neuviesme jour de decembre, audict 
an, fust donne un arrest par lequel on ne peut 
emprisonner un clerc non-marie, pose qu'il soit 
oblige par corps. 

1509. Le samedi , 5 may, Verdelet fut 
pendu et estrangle a Montfaulcon. 

1510. Le mardi, 11 fevrier 1510, un nom- 
me Le Moine , drappier de la place Maubert , 
environ quatre beures du matin, tua dans son 
lit une jeune femme qu'il n'y avoit que quinze 
jours qu'il avoit espoused, et une petite fille de 
son premier mary qui estoit boucher, et le len- 
demain fut ledict Le Moine trouve mort et noye 
en Seine. 

1511. Le cinquiesme jour d'octobre 1511, 
maistre Jacques Olivier, tiers president du par- 
lement de Paris, sortit de ladicte ville pour 
s'en aller a Milan exercer I'estat de cbancelier. 

Le vendredy, 24 octobre , audict an 1511 , 
on alia tenir le plaidoyer a la salle Saint-Denys, 
et fut arrest^ de l'y continuer jusques a ce que 
le ciel de la chambre doree ou on travailloit 
fust paracheve. 

1514. De messire Pierre de Bentie, au Tem- 
ple de Saint-Germain. 

Herouet dit de la Maison-Neufve, abbe de 
Gerqueneaux, en 1'honneur et pour l'amour qu'il 
portoit a messire Pierre de Rentie, chevalier , 
sieur dudit lieu, et de Gheverni, gentilhom- 
me ordinaire de la chambre du roy, et lieute- 
nant de sa venerie, capitaine et gouverneur de 
Soule, capitaine du chasteau de Baionne et de 
Saint-Germain-en-Laye , cy-dessoubs gisant, a 
fait ce huittain souscrit , le dixiesme jour de 
septembre, 1'an m d xliii. 

Le cerf en paix, les ennemis en guerre, 
Onques veneur ne sceut mieui pourchasser 
Que toi, Rentie, et nul dessus la terre 
Sceut mieux vertu suivre et vice cbasser. 

Le Roy t'aimoit, et si faut penser, 
Si la saute* s'entretientd'exercice, 
Qu'il doit tes os et cendres ernbrasser, 
Gar sa vie est tenue a ton service.] 

* 1515. Le grand roy Francois (1), pere et 
restaurateur des bonnes lettres, succeda au bon 
roy Louys, pere du peuple , au commencement 

Francois I" ; mals elles ne figorent pas dans les textes 
publics jusqu'ici. 

Nous continuerons d'indiquer par une ast^risque , 
corame nous 1'avons fait pour eclui-ci , les paragraphs 
qui nesonl pas tire^s des manuscrits deLcstoilc qui soot 
sous nos yeux. 



MBM01BKS ET JOUANAI, DE PIERRE DE LF.STOILE. 



9 



de Janvier 1515. 11 fut sacr£ en ce mois, a 
Rheims, par 1'archevesque Lenoncour (1), et fit 
son entree a Paris a la fin de febvrier. Le chan- 
celier Du Prat (2) et autres luy firent faire de 
grandes fautes, dont la France se ressentira 
tonsjours. 

* En ceste annee, au mois d'octobre , il fut 
assailly par les Suisses a Marignan (3) , pres 
Milan. II les vainquit et en tua grand nombre ; 
plusieurs seigneurs et gentilshommes francois 
furent tuez en ce combat. 

* Apres une telle prouesse, le roy se laissa ga- 
gner par le pape Leon X. II I'alla trouver au 
mois de ctecemhre a Bulogne, et par le conseil 
de son cfcancelier, il consentit au concordat, qui 
donne aux papes et aux roys de France ce qui 
ne leur appartient pas (4) ; et il ceda a 1'impor- 
tunite de Leon pour abolir la pragmatique (5). 

* 1516, Le roy, qui s'estoit oblig6 faire ra- 
tiffier le concordat par I'eglise gallicane et pu- 
biier en la cour de parlement, commanda qu'on 
le publiast et ratifflast ; mais les prelate, cha- 
noines et suposts de rUniversite, pareillement 
les presidens et conseillers , s'assemblerent a 
part pour d£liberer ce qui etoit a faire ; puis 
pour les gens d'eglise, le cardinal de Boissy (6) , 
dit au roy que la matiere touchoit l'etat de l'u- 
niverselle eglise gallicane, et que sans icelle as- 
semble, ne pourroient ratiffier les concordats : 
auquel le roy en grand deplaisir fit reponse 
qu'il leur feroit bien faire, ou les envoyeroit a 
Rome pour disputer avec le Pape lesdits con- 
cordats. Le president Baillet (7) dit, pour les 
presidens et conseillers , qu'ils se conduiroient 
en sorte que Dieu et le roy devroient estre con- 
tens. Lots le chancelier dit au roy que ceux de 
sa cour l'entendoient bien ; qui repoadit telles 
parolles : « A ceux-la, je leur feray bien faire. » 

* 1517. Enfin , apres. grandes menasses et 
jussions de la part du roy, et apres beaucoup 

(1) II sacra le rol le 25 Janvier. La maison de L6non- 
court, dont it est issu . porta dans le commencement le 
suroom de Nancy, et c'est Tone des quatre plus ancien- 
oes maisoDS de cbevalerie de la pro?! nee de Lorraine. 

(2) Antoine du Prat, seigneur de Nantouillet, chan- 
celier en 1514, cardinal en 1517, mort en 1525, en sa 
soixante-douiieme anne>. Les grands e>4nements de 
son miniature ont donne* lieu au pro?erbe : 11 a autant 
da faire* que le ISgat. 

Lenglet du Fresnoy nous apprend dans une note, que 
si le chancelier du Prat fit faire de grandes fames a 
Francois I**, il le dgtourna au moins de la plus fatale. 
Lorsque ce jeune prince alia sur la frontiere, de la part 
du roi. recevoir Marie d'Angleterre, que Louis XII de- 
rait Ipouser (1514), Francois eHalt jeune et ne haissait 
pat le sexe ; la princesse 6tait fort belle, et le feu allait 
prendre, lorsque du Pi at fit connaitre a son jeune 
maltre la faule qu'il voulait commettre; aussi Fran- 
cois I* arrive* au tr6ne ne pouvait pas faire moins que 



d'excuses et de remonstrances de la part de la 
cour de parlement, ladite cour fut contrainte 
d'accorder la lecture et publication desdits con- 
cordats, ayant auparavant fait declaration et 
protestation de n'avoir pour agreables ces con- 
cordats , et de ne faire aucuns jugemens sur 
iceux, la lecture et publication ne se faisant de 
son vouloir et consentement, mais du comman- 
nement du roy; ainsy declare et proteste en 
parlement, les 19 et 24 de mars 1517, avant 
Pasques, par-devant les greffiers et notaires du 
parlement : outre ce , appellation ad Papam 
melius consultum et concilium generate, en 
presence de messire Michel Boudet, 6v£que, 
due de Langres ; maistre Andr6 Veijus, Nicole 
Lemaistre, Francis de Loyne, Nicole Dorigriy, 
Jean de La Haye, conseillers et commis pour 
ce, firent bien leurs devoirs. 

M. le chancelier dressa un proces-verbal de 
tout ce qui s'estoit pass6 sur l'envoy du concor- 
dat a la cour de parlement de Paris , et quand 
M . le chancelier presenta ceste piece au roy, Sa 
Majeste luidit ces mots : "Monsieur le chance- 
» lier, j'ay grand peur que ces lettres nous en- 
» voient tous deux , et vous et moy, en enfer. » 

*1524. Le 9 d'aoust 1524, Jacques deBeaul- 
ne, seigneur de Samblancay (8), vicomte de 
Tours , conseiller cbambellan du roy, bailly et 
gouverneur de Touraine , ayant este atteint et 
convaincu de larcins, faussetez, abus et mal- 
versations , fut condamne a £tre pendu et Stran- 
gle a Montfaucon; et le lundi 12, la sentence 
executee , maistre Jean Maillard , lieutenant 
criminel a ce faire commis , et le sieur de Go- 
nais , confesseur, Chantereau , docteur prieur 
des Augustins, firent attachez au gibet ces 
deux vers : 

Viseosas quicumque tnanus ad furta paratis , 
Hujus vos memores convenit esse loci. 

de re*compenser par les sceaux un conseil aussi salutaire. 

(3) La bataille de Marignan fut livre*e le 13 et le 14 
septembre , et non pas dans le mois d'octobre. Ce me- 
morable fait d'armes de Francois I" ?alut a la France 
la conqugte du Milanais. 

(4) C'est-4-dire pour le roi . le droit de presenter au 
pape , qui nomme , le pre*lat cholsi pour remplir la va- 
cance de I'Eglise. Par ce mime droit, le pape se reserve, 
pour l'exp^dition des bulles, une anne*e du revenu du 

be*ne*fice. 

(5) La pragmatique donnait aux chapitres et aux 
moines le droit d'e'Hre leur pre* la t. 

(6) Adrien Gouffier, grand aum6nier de France, e>6- 
que d'Alby, cardinal en 1515, mnrt en 1523. (A. E.) 

(7) Le president Baillet mourut en 1525. (A. E.) 

(8) Samblancay* surintendant des Gnances sous Char- 
les VIII, Louis XII et Francois I", fut arrele en 1522, 

\ accuse* de pe*culat , et condamne* le 9 aout 1527 a 4lre 
i pendu. (A. E.) 



10 



MHMOIBES ET JOUBKAL DE P1EBBE DB LESTOIDE. 



* Aux m£mes tresoriers furent adressez les 
vers suivans : 

O tresoriers ! amasseurs de deniers, 

Vous et vos clers, si n'dtes gros asniers, 

Bien retenir devds ce quolibet : 

Que pareil bruit avez que les meusniers , 

Car pour larcin, un de ces deux jours dernievs, 

Voslre guidon fut pendu au gibet. 

* Ce guidon des voleurs avoit fait faire son 
tombeau , sur lequel Beze composa ces vers : 

Hunc sibi Belnensis tumulum quern cernis inanem (1), 

Struxerat, invidit cui laqueus titulum. 
Debuerat certe sort, omnibus ut foret aqua, 

Tardius hie fieri, vel prius ille mori. 

En 1527, Charles de Bourbon (2), comme il 
entroit victorieux par la porte dans la ville de 
Romme,fustblessea mort d'un coup de faucon- 
neau,la ville ayant este forcee et prise d'assault 
par ses gens ; duquel coup estant tumb£, il diet 
ces mots : « Compagnon, je suismort! Jette vis- 
» tement ton manteau sur moy, et ra'en couvre, 
» de peur qu'on ne me recognoisse , et que ma 
» mort soit cause de faire perdre le coeur au 
soldat. » [Rare exemple de magnanimite. ] 

Unum Borbonio votum fuit artna ferenti : 
Vincere vel morier ; donat utrumque Deus. 

*En 1528, Odet de Foix de Lautrec (3) et 
Pierre de Navarre moururent en Italic Ferdi- 
nand Consalve , par une generosite chrestienne 
ou guerrtere, leur fist dresser des tombeaux a 
Naples , avec ces Ipitaphes : 

FOUR ODET DE FOIX. 

Fuxio Odetto Lautreccho 

Consalvus Ferdinandus Ludovici fUius Corduba. 

Magni Consalvi nepos, 

Quum ejus ossa quamvis hostis 

Quatnvis hostis in avito , sacello ut belli 

For tuna tulerat, sine honor ejacere comperuisset, 

Humanarum miseriarum memor 

Gallo dud hispanus princeps P. 

POUR PIERRE DE NAVARRE. 

Ossibus et memories P. IVavarri Cantabri 

Solerti in expugnandis urbibus arte elarissimi. 

Consalvus Ferdinandus Ludovici filius , 

Magni Consalvi nepos, Suessa princeps. 

Ducem Gallorum partes sequentem, 

Pio sepultures munere honestavit. 

[Cum in hoc seprodat 

Praclara virtus ut vel in hoste 

Sit admirabilis, 
Colentes orbem limete Deum.) 

[ L'an 1629, la tour du temple Sainctc-Eliza- 

(1) Samblancay arait fail faire son mausole'e long-temps 
avanl sa mort. (A. E.) 

(2) Le constable Charles de Bourbon entra dans 
Rome le 6 mai. 



beth de la ville de Breslau , que les Latins apel- 
lent Uvratislania , est tomb£e sans endommager 
aucune personne, ains seulement un chat et un 
chien , qui estoient en la place vis-a-vis dudit 
clocher; pour souvenance on engrava au pied 
de la tour, en une pierre ou on les lit encore 
aujourd'hui , les vers suivants : 

Mirabilis in altis Dotninus. 
Collapsa est turis Siloe madefacta cruore, 

Pyramide hac nostra nemo cadente perit : 
Namjussu Domini exceptam, cui gloria soli, 

Angelica moles, deposuere molem. 

1533. Le mariage de Henry, due d'Orleans , 
second fils du grand roy Francois r r , avec Ca- 
therine de Media's , Florentine , niepce du pape 
Clement VII, fut consomme Pau 1533 a Mar- 
seille , ou le pape et le roy s'entrevirent. Les 
entremetteurs principaux dudict mariage, du 
cost£ de Francois, fureut lescardinaux de Tour- 
non et Grandmont. 

Basile , Florcntin , mathematicien tres-re- 
nomme, a faict la revolution de la nativite de 
Catherine de Mldicis , qui s'est trouvee trop ve- 
ritable, en ce qu'il predit qu'elle seroit cause de 
la mine du lieu ou elle seroit marifa. 

Lucas Gauricus , celle du roy Henry, son 
mary , qui s'est trouvee veritable , disant que 
son regne commenceroit par un duel et finiroit 
par un duel , comme il est advenu. 

1540. AUX AUGUSTIN9 DE LAGXI. 

Cy gist honneste personne Girard de Grippenald, 
en son vivant, marcbant boucher, et malstre de 
1' hostel du Mooton-d'Or, du bout du pont de Lagni. 
el prince des sots , qui trespassa le jour qu'il mou- 
rust, Tan 1540, ie jour saincte Ratherine par 
nult. Prils pour son amc, si vous ne dormls. Cy gist 
aussi honorable femme Gilette Sapcze , en son vi- 
vant femme du dit prince, qui trespassa je ne seals 
quand. 

L'an 1542 , et le vingt-septiesme du rfcgne de 
Francois T r , cinquante-huitiesme roy de France, 
le chancelier Poyet ayant refuse de sceller quel- 
ques lettres en faveur du sieur de la Benaudie 
(qu'il n'ayraoit) , si quelques clauses n'estoient 
rayees , le roy a la plainte de la royne de Na- 
varre luy osta les seaux. Depuis, ceste princessc 
(pour quelques parol Its qu'il luy avoit dites) , le 
fit mettre prisonnier en la tour de Bourges; il 
demanda pour se justiiier, et le roy luy nomma 
des juges ; mais tant s'en faut qu'il peut averer 
son innocence, qu'il acreust son infamie : car il 
fut accuse d'infinies concussions, pour lesquelles 

(3) De Lautrec , marfchal de France et licutenont- 
gc'nc'ral pour le roi en Italic, mort le 15 aout, en repu- 
tation d'un des plus vaillanls hommes de son siecle. 



MHM01RES ST JOUBNAL D£ P1EBBE DE LBSTOILB. 



II 



fit amende honorable , et fut condamne a pri- 
m perpetuelle. 

1543. Le samedi 1 9 Janvier, entre quatre et 
oq heures du soir, nasquit le daulphin Fran- 
ks a Fontainebleau ; les parrains : le pape 
mil III et le roy Francois P r , avec la seigneu- 
e de Venise; pour marraine, madame Mar- 
lerite , sa tante. 

En ceste mesme annee mourut Philippe Cha- 
rt, Fun des favoris du roy Francois T r , et sur 
i mort furent divulges plusieurs torabeaux, en- 
quire le suivant : 

EME&SIRE PBILIPPES CHABOT, ADMIRAL DE FUAXCE. 

Cy gist celui que Fortune monta 

Haul! en honneur, par faveur de son mnistre. 

Cy gist celui que Fortune domta. 

Pour se vouloir par orgueil inesionnoistrc. 

Cj gist celui qu'on vist tant heurcux estre, 

Qu'apres avoir d'honneur este" demis, 

Maugre' Fortune, east le support tant deitre, 

Qu'il triompba de tous scs ennemis. 

Ce seingneur portoit une devise fort propre 
tour lui , a scavoir une balle a jouer, plaine de 
rent, avec ces mots : Concuasus surgo. Et de 
ait, il fut desfavorize de son prince et desferre 
lu tout , puis remis et restabli en plus grand 
lonneur et d ignite qu'auparavant. 

Les lettres de son retablissement , qui sont 
?n dacte du 13 mars 1541, portent ces mots : 

« Le roy, par ses lettres patentes, a nomine 

• le sieur de Brion, son cher et ame cousiu 

• Philippes Chabot, amiral de France, chan- 

- celier de son ordre, et lui a octroie quatre 

• choses : la premiere, qu'il Ta remis et remect 
" en tous ses biens , honneurs , bonne fame et 

- renommee et bienfaits. La seconde , il l'a re- 

• mis et remect en tous ses biens, meubles et im- 
» meubles , soient qu'ils fussent joints a la 

- couronne. La troisiesmc , il lui a donne et 
» donne , a quitte et quitte toutes les amendes 

- et reparations a quoi il estoit condamne en- 
» vers ledit sieur, montans a la somme de 
» quinze cens cinquante mil livres tournois. Et 

- pour la quatriesme, il lui a oste et oste le 

• conlinement perp&uel, et Pa remis et remect 

- en sa liberie , nonobstant que par l'arrest 
» soient portes ces mots : Sans esperance de 
«• jamais retourner. A quoi ledit seingneur a de- 

• roge et deroge , imposant silence perpetuel a 
■ son procureur gtagral. » Lesdites patentes es- 
toient en forme de chartre, signees de la propre 

(1) Rene* Gentil ou Gentils , conseilfer au parlement 
4e Paris, le 13 novembre 1531 , et depuls president aux 
enqoe'tcs. II avail Ite* principal commis de Samblancay. 

(2) Francois de Bourbon, due d'Enghien, fils de 



main du roy et sellees en las de sole et cire 
verte. 

Par ainsi ce seingneur, non-seulement des fa - 
vorise de son maistre , mais flestri a jamais, 
avec sa posterite, d'honneur et de reputation 
et a deux doigts pres de sa teste , se releva tel- 
lement qu'il mourust un des principaux favoris 
de Sa Majeste,] avec le capitaine Bayard , tous 
deux vaillans et hommes de cceur, mais princi- 
palement Bayard , qui estoit si renomme entre 
les Hespagnols , que , faisans allusion sur son 
nom , ils souioient dire qu'en France y avoit 
beaucoup de Grisons , mais peu de Bayards. » 

En 1543 , le president Gentil (1) fust pendu , 
un mardi 25 septembre, a Montfaucon, auquel 
lieu a pareil jour et heure il avoit fait pendre 
le pauvre Poncher, innocent. 

[DU PRESIDENT GENTIL. 

Je fus, vivanl. justicier corrompu 
D'ambition. avarice et vengeance; 
A ceste cause ay-je le col rompu 
Par la rigueur du roial droit de France. 
Je feis mourir par injuste ordonnance 
Le bon Poncher, au gibet estendu; 
Congneu son droit, a mon tort par sentence, 
Juste je suis au mesme lieu pendu. 

1545. Le vendredi 2 avril , au lien de Fon- 
tainebleau, entre onze ou douze heures du 
soir, nasquit Elizabeth ( fille de Henri II ). Les 
parrains, Henry VI11, roy d'Angleterre; les 
marraines , la royne Eleonor et la princesse de 
Navarre , fille de Henry d'Albret , roy de Na- 
varre. 

Ceste fille espousa en troisiesmes nopces le 
roy Philippes, fils de Tempereur Charles V, que 
les Espagnols appelloient la royne de Paix, la- 
quelle mourut en 1571, dont on soupconnoit le 
roy d'Espagne, son mary.] 

En 1 546 , Francois de Bourbon (2) , due d'En- 
guien , jeune prince, fut en folastrant et jouant 
a La Bocheguion , ou la cour estoit , tue d'un 
bahu qui luy fut jetted d'une fenestre par le 
seigneur Corneille Bentivoglio , i tali en , [ le 
18 febvrier, un jour de mardy, qu'on remarqua 
fatal h ce jeune seigneur, pleur£ et regrette' pour 
sa valeur de toute la noblesse de France, qui 
l'aimoit et respectoit beaucoup. Et furent divul- 
gues plusieurs vers en son honneur, entr'autres 
ceux qui avoient pour titre : Francisci Borbonii 
comitis Anguiani iliuslriss. et strenuiss.^ etc. > 
auclore Slephano Doleto. ] 

Charles de Bourbon, due de Vendome, mort le 25 mars- 
1537. Francois dc Bourbon dont fl est ici parle*, 6tait 
frere d'Antoine de Bourbon, rol de Navarre. (A. E.) 



12 



MBKOI&ES ET JOUBMAL DE P1EBBE J)B LESTOILE. 



COMPABAISON DB LOUIS XII ET DB FBAN£OIS r*. 

JEger in extremis regnans Ludovieus in annis 
Servavitfaelix seque regnumque suum : 

Integer, etprimis regnans Frandscus in annis, 
Perdidit infaslix seque regnumque suum. 

Desine mirari; facti justissima causa est : 
Consiliojuvenum rexit is, iUe senum. 

[On void dans la grande eglise de Vittemberg 
plusieurs beaux tableaux, entre autres lespour- 
traicts naifs en bronze, en raarbre et en peinture 
des deux derniers dues de Saxe, vis-a-vis de Pau- 
tel, avec leurs epitaphes en vers et en prose. 

On y void semblablement Luther et Melan- 
thon , peints au vif et enterr£s vis-a-vis Tun de 
J'autre. 11 y a ces mots ici sur le tombeau de 
Luther : 

Martini Lutheri S. Theologies D. Corpus B. L. 
S. E., qui anno Christi 1546. Cat. Mart. Eislebii 
inpatrid S. M. O. C. V. anno LXlll M. il. D. X. 

Sur celui de Mllanthon : 

Natus est D. PhUippus Melanthon a. eh. 1497, 
M. Feb. D. 0. post 6. h. vespert. in oppido PalaH- 
natus Bretta. Mortuus est a. ch. 1560, M. April. 
Die 19. Vitteberga post 6. horam vespert. 

On void en ce mesme temple , dessus de la 
toile , un homme couche de son long de la vraye 
longueur, comme ils disent de Nostre-Seigneur, 
que I'empereur Frederic apporta lorsqu'il vint 
de Jerusalem. 

On y void semblablement d'estranges costs 
d'un g£ant , et le sepulchre d'un V vesembeche , 
docteur en droit. 

Durant que Luther estoit professeur en ceste 
acad&nie de Vittemberg , il demeuroit dans un 
monastere, qui est proche d'une des portes de 
la ville , qu'on nomme la porte Elestrime , tout 
joignant le logis de Melanthon. On void en ce 
cloisjtre le poisle que Luther avoit tousjours eu , 
et au-dessus d'icelui contre le plancher, I'encre 
qu'on dit qu'il jetta & la teste du diable avec son 
cornet, quand il s'apparut a luy lorsqu'il com- 

(1) R6n6 ii, due de Lorraine, he*iitier du nom d' Anjou 
cl du chimlrique royaume de Sidle, par Iolande d'An- 
jou, sa mere. Ce fut lui qui llvra, en 1477, a Charles-le- 
Tlmlralre, due de Bourgogne, cetle fameuse bataille 
ou son terrible rival perdit la Tie. Le tombeau de ce 
prince se volt encore dans la cbapelle des dues de Lor- 
raine, a Nancy, mais on a a regretter une moderne res- 
tauration, si Ton peut donner ce nom a un sale badl- 
geonnage dont on a recouvert les anciens et admirablcs 
tombeauz des dues de Lorraine. On y a aussi nouvelle- 
ment replace' Tlnscription qui se lisait au-dessus de la 
statue de ce prince ; en voici la premiere strophe : 

O vous, homes, considlrez comment 
Cy gist Rlnl, de Hierusalem roy, 
Qui de Cecile estoit semblablement 
Vrai Writier par coustume et par loy. 



posoit sen catlchisme , et n'a on depuis jamais 
sceu effacer ceste encre avec aucune liqueur. 
En ceste chambre et en toutes les autres , on 
void son pourtraict et celui de Melanthon tous- 
jours ensemble. 

En une chambre haute, qui est le lieu ou il 
avoit accoustume d'estudier et de dormir, on 
void dessous un pulpitre ces mots , qu'il a es- 
crit avec de la croie blanche : 

Anno 1600 Turd sunt futuri dotnini Italia 
et Germanics, si ultimus dies mundi non ob- 
stiterit. 

On void au mesme cloistre une grande sale, 
ou ceux qui passent docteurs font ordinairement 
leurs banquets, dans laquelle sont les pour- 
traits au vif des cinq derniers dues de Saxe, 
et aussi de Luther et Melanthon , avec un cru- 
cifix entr'eux deux. 

1547. DE BEVERENDISSIMB MERE EN DIBO , 

MADAME PHILIPPE DE GOELDRE8 , JADIS ROIHE DB 

SICILE ET DOCHESSB DB L0BBA1NE. 

Le corps enclos sous ceste sepulture 

Fut d'une roine , en la quelle nature 

Ne s'oublia. Philippe estoit son nom, 

Du sang gueldrois portant arme et surnom ; 

La quelle fut en vertus tant civile 

Qu'elle espousa Re'ne', roy de Sicile, (1) 

Du quel elle eut cinq magnanlmes princes, (2) 

Vrais heritors de roiales provinces. 

Puis, le roi mort , cherchant la vie heureuse, 

Se fell ici vestir religieuse (3) 

De sainte Claire, ou Tan vingt-septiesme 

Qu'elle eust Ihabit, par maladie extreme 

Mort la surprint a quatre-vingts-cinq ans. 

Son esprit soit e*s hauts cieux triumphant.] 

En 1547, Henry II commenca de r£gner; au 
commencement de son regne il accorda le duel 
entre Jarnac (4) et La Chasteigneraye (5) : ce 
que beaucoup d&s lors interpret^rent k sinistra 
presage , comme il advinst ; car le r^gne de ce 
roy ayant commence par un duel, finist aussi 
par un duel : ce qu'on trouve long-temps devant 
avoir est6 pr^dit en ces mesmes temps par Lu- 
cas Gauricus, insigne math&naticien (6). 

(2) De ce nombre Ctait Jean , cardinal de Lorraine , 
dont le frere , Claude , due de Guise , fut la tige des 
princes de Lorraine gtablis en France. 

(3) Dans le couvent de Pont-a-Mousson. La Biblio- 
theque du Roi a acquis dcrnierement le magnifique 
livre de prieres qu'elle Wgua a ce monastere a condition 
que Ton dirait a perp^tulte' une messe pour le repos de 
son ame et de celle du roi son mari. 

(4) Guy Chabot, baron de Jarnac. Le duel eut lieu le 
10 juillet en presence du roi et de toute la cour. La vic- 
toire resta a Jarnac. 

(5) Francois de Vivonne , sieur d'Ardelay et de la 
Chasteigneraye. (A. E.) 

(6) L'auteur se trompe, aussi bien que de Thou (liv. 
22 de son Histoire), en croyant que Luc Gauric avail 
preViit le genre de mort de Henri h. Voici la propWtie 



HEMOIHKS ET JOURNAL DB PIEBBE DE LESTOILE. 



13 



[Ledit an, k Fontainebleau, entre sept et huit 
heures du matin, nasquit Claude (filsde Henri II), 
le saraedy 1 2 novembre. Les parrains furent les 
Suisses ; les marraines , la royne de Navarre , 
sceur du roy Francois I", et la douairiere de 
Guyse, Antoinette de Bourbon. 

Ceste-cy est madame de Lorraine raorte. 

L'an 1548 le dimanche 3 febvrier, a Saint- 
Germain-en-Laye , entre trois et quatre heures 
du matin, nasquit Louys, due d'Orleans; les 
parrains furent le roy de Portugal et le due de 
Ferrare; la marraine, la douairiere d'Escosse , 
Marie de Lorraine. 

Cestui mourut a Nantes , le quatriesme octo- 
bre 1550. 

L'an 1550, le saraedy 27 juin, audict lieu, a 
cinq heures un quart du matin , nasquit Charles- 
Maximilian, due d'Angoulesme. Les parrains 
furent Charles-Maximilian , archiduc d'Austri- 
che , regent en Espagne , et le roy de Navarre , 
Henry d'Albret ; la marraine , madame Renee , 
duchesse de France , fille du roy Louis XII. 

Cest le roy Charles neufviesme, qui succeda 
au petit roy Francois , son frere , et mourut au 
boisde Vincennes, Tan 1574, le 30 may, jour 
et feste de Pentecoste, sans enfans masles. 

L'an 1551, lesamedy 20 septembre, a Fon- 
tainebleau , k trois quarts d'heure apr&s minuit , 
nasquit Alexandre-Edouard, due d'Angoulesme. 
Les parrains furent Edouard VI , roy d'Angle- 
terre , et Antoine de Bourbon , due de Vando- 
mois ; la marraine , madame la princesse de 
Navarre , sa femme. 

Cest Henry III, roy de France et dePolon- 
gne , lequel estant a Saint-Cloud pres Paris , fut 
blesse traistreusement d'un coup de cousteau 
par frdre Jacques Clement, jacobin, le T r jour 
d'aoust 1589, duquel coup il mourut le lende- 
main deuxiesme jour dudit mois au matin. 

L'an 1551 , le lundy troisiesme jour d'aoust, 
fut prononc£ Fairest de M. le marshal Odouart 
du Bye , chevalier de 1'ordre, lieutenant-general 
au pays de Boulenois , et capitaine de cent hom- 
ines d'armes, sur le faict de la prise de Boulon- 
gne , par lequel ledit du Bie fut declare a taint 
et convaincu du crime de l£se-majest£, plculat et 
autres plusieurs crimes mentionnez au procez, 
declare inhabille a jamais tenir Estats et hon- 
neurs , condamne en cent mil livres parisy d'a- 

telle que la rapporte Gassendi : Constat ex ipso Gaurico 
Henricum n victumm feticissimi annos lxx, deductis 
ivobus mensibus , si nutu divino superaverit annos 
insalubres lxiii, lxiv, et semper vivet in terris pien- 
tissimus. (A. E.) 

(1) La bataille de Saint-JLaurcnt ou de Saint-Quentin 
fat livrte \c 10 aout , jour de la fele de saint Laurent. 
(A. E.) 



mende en vers le roy, tous ses biens conflsquez , 
et pour reparation des cas , condamne a avoir la 
teste tranche sur un eschafaut en Gr£ve, et illec 
sa teste afichee a un poteau , et son cors pendu 
au Montfaucon ; et ce fait , le heraut de 1'ordre 
luy signifia l'exauthoration contre luy ordonnee 
par messieurs de 1'ordre , et les deffenses a luy 
faites de n'en jamais porter le collier , lequel fut 
rendu par ledit du Bye audit heraut. Ce fait , 
furent leues les lettres du roy, par lesquelles il 
vouloit l'ex£cution de mort et torture extraordi- 
naire , contre luy adjugee, surseoir jusques ace 
que par ledit sieur en fut autrement ordonnl , et 
cependant mene au chateau de Loches. Ce fut 
fait en la chambre de la roine par les commis- 
saires y deputez : president Baymond Saint- 
jQuento , Fumee , Cautel , Dormy, et autres con- 
seillers et commissaires de ladite chambre. 

L'an 1553 le dimanche 24 may,a Saint-Ger- 
main-en-Laye, a quatre heures et un quart du 
soir, nasquit Marguerite. Le par rain, le prince de 
Ferrare; la marraine, Marguerite sa tante, 
fille du roy Francois I er . 

Ceste-cy espousa Henry de Bourbon , roy de 
Navarre , et sont ses nopces assez remarquees 
par le massacre Saint-Barthelemy 1572, jour- 
nee de sang , la ruine du Francois et^ l'advance- 
ment de l'estranger. 

L'an 1554, le lundi 18 mars, a Fontainebleau, 
a neuf heures trois quarts du matin, nasquit 
Hercules , due d'Anjou ; les parrains : le cardi- 
nal de Lorraine, le vieil Anne de Montmo- 
rency, connestable de France ; la marraine , 
Anne d'Est , duchesse de Ferrare. 

Cest M. le due qui mourut a Chasteau- 
Thierry, l'an 4584 le 10 juin, laquelle mort, 
par I'affoiblissement de la couronne , ouvrit la 
porte a la guerre des Lorrains , surnommle la 
Ligue. ] 

En 1557, en la journee Saint- Laurens (1) 
le 10 aoust, fut tu£ Jean de Bourbon (2), et 
monstra qu'il estoit vrayement des Bourbons et 
de cceur et de race : car il ne voulut jamais 
ou'ir parler de- se rendre , ains respondant k 
coups d'espee a ceux qui luy en parloient, mou- 
rut en combattant , disant ces mots : * Ja Dieu 
» ne plaise qu'on die jamais de moy que je me 
» sois rendu a des canailles ! » 

Ce fut en 1559 que le roy Henry II, courant 

(2) Jean de Bourbon, due d'Enghien etd'Estoutevllle, 
comte de Soissons, se distingua a la deTense de Metz en 
1552, et au stege de Wulpran, en 1555. 

Le dernier 6diteur , qui a copi^ cette note dans l'^di- 
tion de Lenglet du Fresnois, en fait mal a propos le frerc 
d' Antoine. roi de Navarre et de Louis, premier du nom, 
prince de Conde\ li est fils naturcl de Charles , cardi- 
nal de Bourbon, Trcrc de ces deui princes. 



H 



MKMOIRES £T JOURNAL DE PIERBE DE LESTOILE. 



en lice dans la grand rue Sainct-Antoine, a 
Paris, vis-a-vis des Tournelles' et de la Bastille, 
ftit frappe en Toeil et rudement atteint d'un coup 
de lance par le capitaine Lorges (1), capitaine 
de ses gardes. Ce seigneur fust comme force 
par le roy de courir et tirer contre luy, non- 
obstant ses deffences et excuses, avec une lance 
que luy-mesme luy choisit et fit bailler, disant 
tout haut qu'il ne courroit plus que cette fois-la 
(comme il advint mais autremeut qu'il ne pen- 
soit), et que e'estoit un coup de faveur ; duquel 
coup le roy estant tombe il fut porte aux Tour- 
nelles , ou il deceda onze jours apres , a sea voir 
le 10 juillet ; et fut la salle du festin faite une 
salle de dueil pour le corps mort, et le triomphe 
de ce pauvre roy un cercueil. II fut blesse mor- 
tellement vis-a-vis de la Bastille , oil estoient 
detenus prisonniers quelques conseillers , et en- 
tre autres Anne Du Bourg , que le dit roy avoit 
jure qu'il verroit brusler de ses deux yeux, et les 
quels le capitaine Lorges, par le commandement 
de Sa Majeste , avoit saisy. 

Ludicra dum tractas impensius, en tibi vita 
Stringitur, et misera mortis imago ruit. 

Seria regni memor egisses ut decuit te, 
O Rex, vita magis, morsque beata foret. 

[Entre autre epitaphe et sonnet sur sa mort, 
les lutheriens, qu on appeloit, 11 rent le suivant , 
intitule : 

LES SEPT PLANETTES. 

Divin soleil. si souz (on influence 
J'eusse dresse* et compassl mes faitz, 
J'eusse esclaire* , comme la haul tu fais. 
El mes sujelz seroyenl en asseurance. 
Mais te laissant des sept souz la puissance 
De Mars meurdrier je rengeai mes souhaitz, 
Aimant trop plus la guerre que la paix, 
De Jupiter jay suivy ('alliance. 
Saturnien jusqu'au bout ; dc Mercure 
Je ne tiens rien, mais sur tout je prinsurc 
D'aimcr Diane et dc Ve'nus les moeurs. 
O triste office ! 6 dure recompense ! 
Ve'nus, son jour m'aveugla dune lance, 
Et ton lundy, o Diane! je meurs. 

Le roy fut blesse* un jour de vendredy, der- 
nier juin, et mourut un lundy dixiesrae juillet, 
jour consacre & Diane.] 

Le5 decembre 1560 mourut a Orleans [d'un 
mal d'oreille], le roy Francois II , ayant regne 
dix-sept mois, dix -sept jours, dix-sept heures, 

(1) Gabriel, comle de Montgommery. capitaine dc la 
garde ecossaise. 11 a eu la t£tc tranche^ en 1574. (A. E.) 

(2) Le commencement de cet alinla n'eiiste pas dans 
les manuscrits de Lestoilc. 

(3) Ce passage, rclatif au vidame de Cliartres, n'existe 
pas dans les manuscrits el journauz de Lestoile. II est a 
remarquer que lauteur de ces additions nest pas heu- 
reux pour la chronologie des fails; car Francois dc Ven- 
dome, vidame de Chnrtrcs, prince deChabanais, colonel 



a l'age de dix-sept ans. Comme le coup d'oeil 
de son pere avoit ouvert les yeux a beaucoup 
dc gens, ainsi le coup d'oreille de cestui -cy 
fit baisser les oreilles h beaucoup , et les crestes 
aux plus grands , causant par toute la France 
un notable changement en l'estat et en la reli- 
gion. 

MANES FBANCISCI II BEG 1 9 AD GALLIAM. (2) 

Mors mea vita tibi, pacem qui queerer e regno 
Vivus non potui, funere dono tneo. 

Sic visum super is unius morle redempta 
Vita sit ut reliquis , et mihi porta quies. 

[J'avais le doz trop foible pour porter 
Un si grand fail que le regne de France ; 
Voila pourquoy Dieu m'a voulu oster 
De peine avant qu'en avoir ronnoissance.] 

*Au mesme mois de decembre mou rust at rente 
huit ans le vidame de Cbartres (3), seigneur fort 
magniflque. II fust tire* de la Bastille, ou il avoit 
este* mis parce qu'il estoit trop attache aux prin- 
ces de la maison de Bourbon et la maison dc 
Montmorency. 

DE LA BIBLIOTHEQUE DE l'eMPEREUR. 

La bibliotheque de I'empereur se void a 
Vienne, en une grande sale de l'eglise de 
Sainte-Croix. Entre plusieurs livres de toutes 
sortes, magnifiquement relies, qui sont encore 
aujourd'huy en nombre de sept mille sept cens 
soixante-cinq, il y en a pour quatre-vingts mil 
florins d'Allemagne. II s'y void un Dioscoride 
manuscript de 1 ,300 ans, et un fort vieil Nou- 
veau-Testament, qui commence par Fevangile 
de saint Jean. 

II y a grande quantite de manuscripts taut 
grecs que latins , arabes et hebreux , que An- 
ger Busbeq apporta de Constantinople , Tan 
1560 , lorsqu'il y estoit ambassadeur pour I'em- 
pereur Ferdinand. 

La plus part des livres in-foliode ceste biblio- 
theque sont couverts de veloux et de satin, 
avec attaches d'argent , et ont presque tous ap- 
partenu au roy Matthias Corvinus , celui qui di- 
soit que par le moien des gens de lettres de 
son royaume de Hongrie, qui estoit dc plomb, 
il en avoit f aict un royaume d'or. 

DE L\ BIBLIOTHEQUE d'aUSBOIRG. 

La bibliotheque de la ville d'Ausbourg est au 

d'infanteric francaise , ne mourut que deux ans apres, 
le 7 de*cenibre 1662. (Anselme, Histoire gene'alogique.) 
Catherine de Mldicis fut soupconne^e d'avoir avance* ses 
jours. 

On troure le Tombeau du vidasme de Chartres. 
fait par la noblesse de France, mis au dessoubs de 
son tableau en fan 1560, dans les Curiosite's de Les- 
toile, volume n. 11, p. 116. 



MEMOIRES ET JOURNAL DE PIERRE DE LESTOILE. 



15 



college de Sainte-Aone, qu'ou estime estre une 
des premieres de 1' Europe, pour le grand nom- 
bre de livres rares, principalement grecs, qui s'y 
trouvent. On y void deux grandes salles qui en 
sont toutes pleines. En la premiere sont tous 
manuscripts tres-anciens ; en la haute salle sont 
les livres im primes de toutes sortes. Et void-on 
tout le corps du droit civil escrit a la main avec 
les gloses , et ce en six grands tomes , qui estun 
des plus riches ouvrages qui se trouvent au- 
jourd'hui. 

DE LA BIBLIOTHEQUE DE HEIDELBERG. 

II y a dans la ville de Heidelberg une des ex- 
cellentes et magnifiques bibliotheques de l'Eu- 
rope, de laquelle P. Melissus est gardien, et est 
dans la grande £glise de la ville , qui est au mi- 
lieu du marche. Ceste bibliotheque est tellement 
remplie de livres imprimes de toutes sortes et 
dune si grande quantite de manuscripts grecs et 
latins qu'un des Foucres donna au feu due Ka- 
zirair, que e'est main tenant une des mieux gar- 
nies de livres rares qui se puisse voir. On void 
en ceste eglise le monument du Foucres qui a 
donne ceste bibliotheque.] 

En 1561 , Henry de Bourbon, marquis de 
Beaupreau (1), prince de grande esperance, fust 
dans Orleans tue d'uu cheval , dans un tour- 
noy. 

Cur donant qua max repetant, lugendaque terris 
Ostentant raptim gaudia falsa dii ? 

An quia vel vidisse sat est, mediocribus uti 
Nos sinit, atque sibi maxima numen habet f 

Luxisti to ties, jam per flee, Gallia, talem 
Materiem lacrimis non dabit ulla dies (2). 

1562. Le roi de Navarre (3), excusant le fait 
de M. Vassi a Theodore de Besze , qui lui en 
falsoit une remonstrance comme depute pour 
ce faire par les 6glises, et le dit roi de Na- 
varre soustenant encores que ce que le due de 
Guise avoit fait , il l'avoit peu justeraent faire , 
et que s'ils avoient este maltraitlz , leur inso- 
lence en avoit este cause , lui declarant au sur- 
plus que qui toucheroit au bout du doigt au due 
de Guise, qu'il apeloit son frere , le toucheroit 

(1) Henri de Bourbon, marquis de Beaupreau. Gls de 
Charles de Bourbon, prince de la Rocbe-sur-Yon , due 
de Beaupreau, etde Philippe de Montespgdon, qui avail 
M dame d'honneur de Catherine de Mldicis. 

La note sur ce personnage, que le dernier Iditeur a 
egalemeni empruntee a Lenglet du Fresnoy, contient 
aussl one erreur. Henri de Bourbon n'est pas fits de 
Louis de Bourbon et de Louise de Bourbon , comtesse 
de Montpensier, mais bien de Charles de Bourbon , 
prince de La Roche-sor-Yon. 

Henri de Bourbon, marquis de Beaupreau, tomba de 
cheval en eourant on llevre, le 10 de'eembre 1560 (An- 
selme, Histoire ginealogique), se frnissa tout le corps et 



au corps; ledit de Besze lui dit fort hardiment 
ces mots : « Sire, e'est a la verite a Feglise de Dieu, 
» au nom de laquelle je parle , d'endurer les 
» coups et non pas d'en donner; mais aussi vous 
» plaira-il vous souvenir que e'est une en- 
» clume qui a use beaucoup de marteaux. »> 

[Messire Anthoine de Bourbon, roy de Na- 
varre , fust tu6 devant la ville de Bouen , en no- 
vembre 1562, contre lequel les huguenotz, 
pour avoir abandonne leur party et religion , 
aiguiserent leurs plumes , diffamans la memoire 
de ce bon prince par leurs escrits injurieux , 
comme il appert par les epitaphes et tombeaux 
qui furentdivulgu^s,entre autresle suivant (4) : 

Cy gist le corps aui vers en proye 
Du roy qui mourut pour la roye, 
Cy gist qui quitta Je*sus-Christ, 
Pour un royuume par e script, 
Et sa fetnme tres vertueuse, 
Pour une puante raorveuse ; 
El pourchassant frere el amys 
Pour complaire a ses ennemis. 
Cy gist qui fust roy des coquards 
Par un ivesque et par des cars.] 

La royne mere estant avertie de la fin pro- 
che de ce pauvre prince , le vinst voir et lui 
dit ces mots : « Mon frere , a quoi passes-vous le 
» temps? vous deussies-vous faire lire. — Ma- 
» dame, lui respondit-il , la pluspart de ceux 
» qui sont alentour de moi sont huguenots. — 
» lis n'en sont pas moins, dist-elle, vos servi- 
» teurs. » Et de fait, s'en estant allee, il se fit 
mettre dans un petit lit has pres la cheminee ; 
et commandant a un norame Mezieres prendre 
la Bible , se fist lire Phistoire de Job, qu'il ouist 
patiemment , aiant tousjours les mains jointes 
et les yeux au ciel ; puis dit a ceux qui lui assis- 
toient : « Je scai bien que vous dires par tout : 
» Le roi de Navarre s'est recongnu , et est mort 
» huguenot ; ne vous soucies point qui je suis , 
» mais contentes-vous que je veux mourir en ta 
» confession d'Ausbourg , et que si je puis res- 
» chapper je feray prescher encore l'Evangile 
» en France. » Quand il fut pret de mourir, il 
fist venir Raphael son medecin, et lui fist faire 
les prieres ausquelles se mirent a genoux la 

mourut lelendemain 11, a 1'agede quatorzeou quinzeans. 

(2) Ces vers sont d'Etienne de La Boe*tie, conseiller au 
parlement de Bordeaux. (A. E.) 

(3) Anloine de Bourbon, roi de Navarre, pere dc 
Henri IV. (A. E.) 

(4) Le dernier gditcur, en omettant ce passage , fait 
rapporter la visite et les paroles de la reine mere a 
Henri de Bourbon, dont Particle precede celui-ci, tan- 
dis que ce fut rCellement aupres d'Antoine de Bourbon 
que se rendit la reine mere. 

On trouve encore dans les Recueils de Lestoile des 
epitaphes, au nombre de neuf, contre le meme Antoine 
de Bourbon, pero dc Henri IV. 



16 



MEMOIBKS ET JOUBNAL DB PIEBBE DE LESTOILE. 



plus part de ceux qui estoient dans le basteau, 
mesmesM. leprincedeLaRocbe-sur-Yon (l). Ses 
derniers propos furent , en prenant un sien valet 
de chambre italien par la "barbe : « Serves bien 
» mon fils, et qu'il serve bien le roy. » Et ainsi 
rendit 1'esprit a Dieu, le 17 novembre 1562, sur 
Seine, vis-a-vis le grand Andely. Peu auparavant 
sa mort on avoit escrit sur le mur en sa garde- 
robe ces vers : 

Ha ha ha, pauvre caillette, 
Tu scauras bien mesouan 
Que valent prunes de Rouan , 
Pour avoir tourne - ta jaquelte. 

[On dit qu'un Francois , Phebus , comte de 
Foix et roy de Navarre, predecesseur de cestuy- 
cy, dit ces dernieres parolles en agonizant : 
« Regnum meum non est de hoc mondo, ideo 
» relinquo mundum et vado adpatrem. » Ce 
bon roy en pouvoit a juste titre direautant, non- 
obstant les belles promesses qu'on luy avoit 
faites. 

Sur la mort de trois rois advcnue en France , 
en moins de trois ans, furent publies entre beau- 
coup d'autres les vers qui s'ensuivent (2).] 

Par I'oeil, 1'espaule et 1'oreille. 
Dieu a fait en France menreille ; 
Par 1'oreille, 1'espaule et 1'oeN, 
Dieu a mis trois rois au cerceuil ; 
Par I'oeil, 1'oreille el 1'espaule. 
Dieu a tue* trois rois en Gaule, 
Antoine, Francois et Henry, 
Qui de lui point n'ont eu soucy. 

[Dieu par son Christ voulant rlgner en Gaule , 
Pour Tempescher trois rois se sont haussls ; 
Mais tost par lui ont cste* repoussls 
En leur frappant I'oeil, 1'oreille et 1'espaule.] 

Messire Jacques Dalbon , mareschal de 
France (3), fust pris et laschement tue, en la 
journee de Dreux , le 19 decerabre 1562. II es- 
toit plus vaillant que pieux , et fust dechire par 
les vers des huguenots. 

Messire Gabriel de Montmorancy, seigneur 
de Mombrun, ft Iz du connestable, aage de vingt 
ans ou environ , d'une valeur heroique et rare, 
fut tue en la bataille de Dreux, en laquelle roou- 



(1) Charles de Bourbon, prince de La Rochc-sur-Yon, 
mort le 10 octobre 1565. II 6tait frere de Louis, deuiieme 
du nom, due de Montpensier, et pere de Henri de Bour- 
bon, marquis deBeauprcau, dontil vient d'etre question. 

Les anciens eViiteurs ont fixe" mal a propos la mort de 
ce personnage au 6 octobre 1565. 

(2) Les Recueils de Lestoile conliennent plusieurs au- 
tres pieces en vers contre ce personnage. 

(3) J. d'Albon, marechal de Saint-Andre* en 1517. « II 
avait le courage grand el I'esprlt de meme, aimait extra- 
ordinairement le jeu et les plaisirs, ayant vecu sous le 
roi Henri II, dans le luxe et la magniGcence, aux deepens 
de FEtat et des particuliers. » (Histoire de De Thou.) 



rut un grand nombre de noblesse francoise ca- 
tholique , et n'en eschappa quasi de signaled 
qu'ilz ne fussent morts ou pris , que le due de 
Guise, auquel le champ de bataille demoura, 
apres avoir rallie ses gens et use* d'un strata- 
geme de grand capitaine, tel qu'il estoit. 

M. de Nevers (4) y fut tu6 par un gentilhomme 
nomme des Bordes, son grand raignon et confi- 
dent , duquel le pistole , sans y penser , se des- 
banda en ladite bataille de Dreux , et en blessa 
ce pauvre seigneur, lequel, a la solicitation et 
persuasion de ce des Bordes, avoit abjure la re- 
ligion et retourne* a la roesse. 

Comme on portoit ce seigneur blesse a Dreux, 
M. d'Andelot (5) , passant avec ses trouppes, de- 
roanda qui e'estoit ; et aiant entendu que e'estoit 
M. de Nevers, ne le voulut arrester ni faire ar- 
rester, ains lui manda seulement par un des 
siens qu'il pensast a ses fautes , et qu'il estoit 
temps. 

La Legende du cardinal de Lorraine (6) et de 
ses freres , imprimge a Rheims , hoc est a Paris, 
porte que ledit cardinal de Lorraine, aiant re- 
ceu les nouvelles de ceste journee et comme tout 
s'y estoit pass6 , dit au porteur ces mots : « Tout 
» va bien , puisque mon frere est sauve. Parle- 
» t-on plus & Paris de nous faire rendre comte? » 
Puis se tournant vers un de ses familiers : « A 
» ce que je voi , dist-il , monsieur mon frere et 
» moi nous oirons nos comptestous seuls. M. le 
» connestable est prisonnier d'un cost^, et M. le 
» prince de 1'autre : voila ou je les demandois. » 

M. le chancelier de 1' Hospital (7) , qui avoit 
les fleurs de lys dans le coeur , ayant receu les 
nouvelles de ceste journee de sang , eust des 
sentimens bien con tr aires : il deplora la misere 
de la France ; et n'y pouvantdonner autrement 
ordre , dtahargea sa douleur en faisant, en pleu- 
rant, les vers latins suivans, pour servir de tom- 
beau & la France : 

Pro patria pugnent, pugna quibus utilis atas : 
Hanc fero nutanti quam queo gratus opem. 

Sin fttHis accensa suit, minus ilia docentem 
Audiat, et praeeps in tua fata ruat ; 



(4) M. de Nevers Ctait Francois de Cleves, deuiieme 
du nom . due de Nevers et de Rhetelois. 11 mourul de sa 
blessure. le 10 Janvier. 

(5) II e*tait fils de Gaspard de Coligny, marechal de 
France, frere de ramiral de Coligny et du cardinal de 
ChAtillon. II futcolonel-geneYal de l'infanterie firancaise, 
et mourut a Saintes, le 27 mai 1560. (A. E.) 

(6) Cette satire est une des plus iogenieuses de ce 
temps. (A. E.) 

(7) Le chancelier Michel de l'Hdpital fut 41ev6 a cette 
dignity le 30juin 1560; on lui 6ta lessceaux en 1568. 
11 mourut le 13 mars 1573, Age* de soixante-dix ans. 
(A. E.) 



MEUOIKES ET JOUHKAL D E PIEBBE 



fil rim, quod nolum, pallia tociiiqua uiperiiei, 
tnirribam stratii sanguine eorporibut : 

Btcjattt, a ntdlu potuit qua Frantia vinei. 
Ipta mi vittrix, ipta tin tumulus. 

[A I'entrevue qui seflt aux premiers troubles 
de I'an 156S , pres Boyiancy, de la rotne mere 
et du prince de Cond6 , ladlte dame se voyant 
entoureede tant de eazaques blanches, demandn 
en riant audit prince , • que c'est qu'il vouloit 
faire de tons ces meuniers-la — C'est pour char- 
ger vos asnes, madame,- luy repartist sur-Ie- 
champ M. le prince de Condi:-. ] 

Messlre Francois de Lorraine, ducdeGuise{l), 
fust tue" devant Orleans, le 18 fevrier 1563, par 
Poltrot, [que lescatholiquesfraucoisappelloyent 
Poltron, et les hugnenotz, au contraire, le See- 
vole Francois de Mere] : Jean de Poltrot estoii 
un gentilhomme angouraois , petit et pauvre , 
mais d'un esprit vif et accord ; lequet , des son 
jeune aage, aiant esU en Espagne, en avoit tel- 
lement appris le langage , qu'avec la tail le et la 
contour dont il estoit , on I'eust pris pour un Es- 
pagnol uaturel : dont il acquis! le surnom d'Es- 
pagnolet. [ J'en ay un craion , tire au vif , dans 
mon cabinet, qui represente ce que dessus, el 
porte au front la resolution d'un bomrae de- 
termine a faire quelque grand et dangereus 
coup. ] 

Ce grand due de Guise estoit autant oime des 
cathollques, qui le reveroieut (et principal ement 
les Parisiens) corame tour Dleu tutelaire , que 
mal voulu et hay des huguenots , qui le te- 
noy ent pour un tyran et le craignoyent corame le 
diable. 

( Et furent divulgues grand nombre d'epita- 
phea , torn beaux et autres vers sur la memoir c 
el I'ouvrage de I'an et 1'autre, et dont void le 
titre des principaux : VEpitaphe du ca>ur du 
due de Guise, par les cntholiques; Quatrain 
d'un huguenot, pour graver sur son tombeau; 
In Locum vutgo dictum les Valins, vbt a 
Poltrotio vulneratusfuit, P. Mondorei liodelii 
carmen; Ducis Gvisii epilaphium, auctore 
Octaviano Magio Venelo; Deptoratio in ccedem 
Vrancisci Lotharingi, ducis Guisii ; De Pol- 
trotio Memo Guisicida; Mer&o liberatori pa- 
triae; Merao proditori palrim; De Poltrot el 
des quatre ckevauxpar lesquelz il Jut tire a 
Paris, en mars 1563; Sur le corps desmembre 
de Poltrot; Sur un des quartiers du corps- 
Dudit Poltrot, et du consenlcment de la royne 
a son execution; Louange de la main de 
Poltrot; Chant victorieux en Vkonneur de 

(1) Francois de Guise cult ne it Bar-le-Duc. le 17 Te- 
rrier 1518; il *uii pore de Charles de Lorraine, rhef de 
la llgue. 

ir. c. D. M., T. I. 



lestoili. , 7 

Poltrot; Adriani Turnabi Poltrotus Mermu 
( Adrmnus Turmcbus, vlr litterarum laude ex- 
cellens.poema in laudem Poltraii Mcerel Gul- 
slciade composuerat et aiuico euidam dederat 
flde accepta, ne se vivo in ruanus hominum per- 
venire sineret : illo mortuo, excusura fuit Ba- 
sileaj 50 tantum exemplaribus , qua) cam iam- 
dudum deficerent,necpotisessetrecoperare ex 
exemplar! transcriptum esse curavt, ne periret ) 
Carmen triumpkale de hujus principis cade, 
ewlgatuin ab Hugonotis, Aurelia; In super- 
bum ejus principis tumulum; Segina matri 
monitum, etc. 

Incontinent apres la mort du due de Guise 
furent divulgucs des vers devant la vllle d'Or*' 
leans, aux portes de laquelle les Huguenots di- 
soient que In mort lavoit attache comme indfgne 
d'entrer vif dans I'enclos des murailles d'une 
7ille que luy et ses freres avoient destine* pour 
a sepulture des princes du sang, laquelle vllle 
d'Orleans il pensoit ja tenir en ses mains,] et 
quand on hii en remonstroit la dlflleulte de- 
mandoit en blasphemant si le solcil n'y entroit 
pas ; et que puisqu'il y entroit , qu'il s'asseuroit 
A ' v entrer aussi bien corame lui. 

156*. Li BAIE DO fiKAKD HYT11. 

L'an mil cinq cent sofianie-Qualre 
La vcille dc la Samel-Thomas, 
Le grand byrer nous vlnt comnaire, 
Tuam les vleui nolora i la* ; 
Cent ans a qu'on ce veld lei cas. 
II dura irois mols sans lascher. 
Un mois oulre salncl Mathlas, 
Qui tit beaucoup dc gens fascher. j 

Le samedy 11 aoust 1564, Vimont, vieontede 
Morvllliers, et de la garde ordinaire de M. le 
rnareschal de Monmorancy, arriva a Rouen avec 
deux pistoles sans roues, ou il demeura, pour 
.ses affaires, jusques au mardy 14 en sufvant 
<iue Villebon , bailly de Rouen et lieutenant-ge- 
neral pour le roy en Normandie en 1'absence du 
due dc Bouillon, envoya en son logls prendre 
les deux pistoles, pendant que Vimont estoit au 
palais ; dout il fut mande de la part de Ville- 
bon, qui luy demanda s'il avouoit les deux pis- 
toles siens. Les ayant avoues , il fut constitue 
■risonnier , et quant et quant renvoy£ querir 
|iar le lieutenant dudit Villebon , qui le con- 
lamna a estre descapltd 1'apres-dinee ; dont II 
appella a la cour de parlement , ou il fust mene 
sur I'heure. Depuis , le seigneur de Villebon se 
resouvenant que s'il I'cust condamne en qualite 
tie lieutenant du roy, il n'y avoit point d'appel, 
part incontinent npres-disner , et wmonstra a 
Messieurs qu'il entendoit 1 'avoir fait condamner 
comrae lieutenant du roy et non comme baillif. 



IS 



MEMOIRES ET J0UENAL DR PIERRE DE LESTOILE. 



Sur quoi la cour, lul afant respondu quelle en 
estoit saisie , attendit a lui donner arrest jusques 
ail jeudi ensuivant , a cause que le mercredi 
estoit jour defeste. Cependant Vimont est reeom- 
mande en faveur d'un grand seingneur et con- 
damneen troiscens livresd'amande vers le roy. 
Villebon fascbe d'avoir este frustr6 de son at- 
tente, et aussi que M.Ie mareschal de la Vieille- 
ville (1) , qui faisoit son propre fait de Vimont , 
lui avoit donne* un coup d'espee sur le bras, pour 
un dementi couvert qu'il disoit que ledit Ville- 
bon lui avoit donne en parlant a lui, tumbc ma- 
lade le vendredy 17 dudit mois d'aoust, et mou- 
rust le lendemain, qui estoit le samedi 18 dudit 
mois. 

[ Et a ce sujet fut divulgue un epitaphe avec ce 
titre : 

De messire Jehan de Touteville, seigneur de ViHe- 
bon, chevallier dc 1'Ordre, capitaine de cinquante 
hommes d'armes. 

En ce mesme temps, on list les vers suivants 
sur un nomme Colin, bourgeois de Paris, retour- 
nant en ce temps-la a la messe , pour ce que la 
pluspart y alloient : 

Pour suivre le monde a la messe 
Colin pense eslre homme de bien ; 
Pour aller souvenl a confesse, 
Colin eulde estrc homme de bien. 
Le pauvre homme s'abuse bien, 
Car tant plus de monde il ira 
C'est signe que tout n'en vault rien, 
Car la plus grand pari pe*rira. 

1565. Le jeudi de 1' Ascent ion, neuviesme du 
mois de juing de Fan present 1565, ung advo- 
cat du parlement de Paris, ills d'un notable 
marchand de jPoictiers nomme Audebert de la 
Guillonniere, fut sur les quatre heures du matin 
surpris de fureur, durant laquelle ung mo- 
ment s'estant jete bors du lit en chemise , il alia 

(1) FrAncnis dc Scipcaui, seigneur de Vieilleville el 
de Duretal, fail mare'chal de France en 1562. Pendanl 
les guerres de religion , II scrvit au sidge du Havre-de- 
Grdcc et a cclul de Saini-Jean-d'Angely. II mourut em- 
poisonnC dans son chateau, le 30 novembre 1571. 

(2) La chasse de Saintc-Geucvieve ne sortail que dans 
les grandes occasions. On conserve a la Bibliothequc du 
Roi un registrc sur lequel. Itaient insci its la date et le 
motif pour lequel cctte prfcicusc relique e'tait promenlc. 

(3) La nh'olte des Pays-Bas commeuca cctte annee. 
Les seigneurs de ces provinces Ctant venus en corps 
fairc des rcmontrances a la ducbesse de Parme , gou- 
vcrnanle des Pays-Bas. elle demanda a Saint-Alde- 
gonde, Tun dc ses miuistres . ce que c' e'tait que eel at- 
troupement ; 11 re* pond it : « lie* ! madamc , ce sont des 
gueux, » nom que Ton donnait aux protcstants dans ces 
provinces. Les me'eontents profitercnt de cette expression 
injurieuse potr rallier a eux les gens du peuple; ct 
dans les mgdailles qu'ils flrent Trapper, ils piirent pour 
attribut unc besace et une Ccuelle de bois. (A. E.) 

Le cardinal de Retz sut met t re a profit eel exemplc 



tuer sien petit serviteur aag6 de quatorze ans, lui 

ayant donne quatre coups de dague dedans son 

lit , puis se bailla lui -mesme quinze coups de 

ladite dague dedans l'estomae ; mais il n'y en 

avoit que trois ou quatre desdits coups de mor- 

tels. Les deux corps f urent trouves morts dedaus 

la cbambre sur les dix heures du matin, et estoient 

les portes et fenestres tres-bien fermees. Ce qui 

list croire a chacun que (Inconvenient ne pou- 

voit estre arrive d'autre facon , joint que cest 

advocat estoit fort tourmente d'une bumeur me- 

lancolique pour la poursuite de certain estat , 

estant fort avare et ambitieux. 

Carolus Borbonius princeps Rupis-Surionice^ 

post gravem ct diuturnum morbum tandem 

sexto idus octoBreis, hora sexta matutina^ anno 

Domini \b§5,postremum diem clausit^ et ex 

hac vita migravit. ] 

L'an mil cinq cens quarante-six, 
Bien con Ids avec deux fols dix, 
Les Millonets furent pcrdus, 
Le Tudcsquc cut les os rompus , 
Cbastillon I'cschappa fort belle, 
A Paris fut mainte querelle, 
Les thrdsoricrs eurenl la cbasse. 
On descendit la belle cbasse (2) 
Pour faire le temps pluvicux. 
Arm£s s'esleverent les Gueux (3) 
Puis en aprcs les thr&oriers 
Vouloient cbenir par grands deniers. 
Le bled fut chcr, l'orgc et l'avoine, 
Le seigle aussi et a grand peme 
En avoit-on pour de l'argent. 
Septembre fut cbaud el fervent, 
Et pour fin de mauvaisc annee 
On cueillit fort bonne vinde, 
A la priere des crocheteurs, 
Et aussi dc tous bons beuveurs. 

[ La cherle dudict an 1566. 

L'an mil cinq cent soixantc-sii, 
De grains fut tres-grande cherte. 
Gar dans les halles de Paris 
Le 6 de juillct acheptc' 



I des seigneurs des Pays-Bas, en ayant soin de donner 
cours, le plus qu'il lui fut possible , au mot de fronde. 
qui scrvit a qualifier, dans le siecle suivant. le parti a la 
UMc duquel il e'tait , en mcttant a la mode les cordons 
de chapeau qui avoient quelque forme de fronde. Un 
passage ine*dit deses Mlmoires, et que Ton trouve dans 
noire Edition (page 161, tome l"de la HP se>ie de la Col- 
lection de MM. Micbaudet Poujoulal), nous rapporlc ce 
fail en ces termes : 

« Le president de Bcllie vrc m'ayant dtt que le premier 
president prenoit advantage contre nous de ce quolibet 
(la fronde), jc lui fis vcoir un manuscrit de Saint-Aldc- 
gonde. un des premiers fondateurs de la rlpublique de 
Ilollande, ou il estoit remarque" que Bridcrodc se fascbant 
dc ce que , dans les premiers commencemens de la re- 
voke des Pays-Bas, Ton les appeloit les gueux, le prince 
d'Orange, qui estoit Tame de la faction, lui escrivit qu'il 
n'entendoit pas son veritable intCret; qu'il en debvoit 
eslre tres-aisc, et qu'il ne manquast pas mesme de faire 

imetlre sur leurs manteaux de petits bissacs en bro- 
derie, en forme d'ordre. » 



MEMUIRES ET JOIHNAL I>E PIKBBE I 



Fut le fbunnent vingt-dcui lines, 
Avecques vlngl-quatre blanc*, 
Le wlgle ralul Ireiie francs. 
Dome llvrei se vend It forge. 
ElCMnme est fieri t dans lea livres. 
1. '.iniinc dli livres Tflllut, 
Dont je voua jure par Saint-Georges 
Qn'onquei si maumis lumps ne fut. 
Le mesrhant via estoit biro cher, 
Assei a ban con:ple la chair. 

En cest an 1S66 , messire Phllbert de Mar- 
silly, sieurde Cipierre, mourn t mix bains, et 
les Huguenots divulguerent con t re lui lea vers 
suivants, dcsquels ce seigneur tres-cat hoi ique 
(ce qu'il monstrolt principalemeut a bienjurer, 
a quoy Bussy 11 Instruisoit le roy son mnistre) , 
estoit etinemi jure et forruel , au reste vaillant 
homme et brave capitaine : 

Passant, veui-tu scirolr dc qui est ce lombeau . 

Quels os y sont tlrUt, el quel corps y repose? 

Cest d'un qui n'cust dtfslr, (juand ylyolt. d'autre chose. 

Que d'eslre del enfans de Dleu cruel bourreau. 

Eo sa vie ne Gsl rlen de bon nl de beau. 

Que t&iulre en un bourg une grand' ville close. 

Comble d'ambitlon . el si encor dire ote, 

A lout mil addon n(! mesme* del le berceau ; 

V raj est que [ires do roy avoll authorlle, 

Et lousjours i'empesc boil d'eotendrc yf rite ; 

Mais Dleu ne pouvanl plus scuffrlr sa fierc mine, 

L'a blen sceu atlrapper, quand en cherchaut recoun 

Aui bains pour sasante, II accourcUt le cours 

De fea ans milhcureui. Ceil tout, passant, chemloe. 

En cestemesmeanD.ee on divulguaund/jt-oxra- 
d'un juaement de Dieu tombe sur deux pa u- 
vres/emmes, extraict d'une lettre de M. Claude 
Du Moulin , ministre de Fontenui , a madarae de 
Soubtse , la consolant de la mort de son mart , 
arrivee audit an I5fi6. 

Je eognoisnne histoirerapportanteitcelledes 
deux pauvresfemmes mentionnees ci-dessus, 
qui est dans un lirre de consolations spiri- 
turtles, escrlt u la main, qui n'n jamais este im> 
primc, dont un mien ami m'n fait present, 
comme de chose rare et singuliere , et elle est 
au feuillet 139, chapitre 20 dudit livre. Ayant 
este autreffois.mls en eprcuves et testations (ee 
que j'ay bien voulu mettrc ley pour donnei' gloire 
a Dieu ) , lequel en une maludie grande que j'eus 
en 156U, faisant office de pere covers moy, en- 
core que j'en fusse indigne, me retirn par un tel 
ehastiment et espouvnute de conscience (insu- 
portable sans sn grace), de beaueoupde vices 
et folies ou j'estois subject. J'ay hasty une priere 
que j'ay fait pnrtieulierement pour moy, et de 
laquelle j'use en telles affections , desquellcs 
Dieu me presse et bat quelques fois,pour me 
faire penser et retourner a luy. 



D'un different! meu a Sloulins, en 1566 , entre 
le cardinal de Lorraine et to ehancelier de 
f Hospital, sur ('interpretation de l'ediet de 
pacification.] 

Je vous advise que du jour d'hier, le conseil 
eslant assemble it Moulins , le cardinal de Lor- 
raine presenta une requeste adressante audit 
conseil de la part de messieurs du pa element de 
Dijon , par laquelle ils requierent que certain 
edict envoye de la part du roy ces jours passez, 
pour estre emologue, portant qu'il estoit permis 
par tout le royaurae, a ceux de la religion refor- 
mee (ce sont les motsde l'ediet), ausquels I'exer- 
cice de ladicte religion n'estoit permis anx Miles, 
appellee toutes etquantes 1'ois que bon leur sem- 
bleroit, les ministres de ladicte religion pour 
estre par eux consoles en ladicte religion, et 
endoctrinez, et pareillement endoetriner et ins- 
truire leurs enfans, fust easse et annul I e, comme 
pern ici eux et contrevenant it l'ediet de pacifi- 
cation : car par icelui ce seroit taeitement per- 
mettre les presches secretes, et a ce que j'en 
ay peu entendre, il estoit fait plus pour ceux de 
ladicte religion, qui sont a Paris, que pour an- 
tres: et laquelle requeste deux conseillersde la- 
dicte cour de Dijon, qui sont a present en ceste 
ville, avoient presente a tous les maistresdes re- 
questes qui sont en ceste cour, tous lesquels n'en 
avoient voulu faire ledict rapport , craignans 
fascber M. le ehancelier. Quoy voyant lesdicts 
conseillers s'adresserent it mondit sieur le car- 
dinal, qui leur promit rapporter ladicte requeste; 
lequel, des qu'il fut audict conseil prive, et es- 
tans messieurs les eardiuaux de Bourbon et de 
Guyse, M. de Nevers, MM. les mureschaux de 
Montmorency , Bourdillon et de Vieilleville , 
messieurs les barons de Lagarde et de L ansae , 
messieurs de Morvillies, de Limoges, de Lau- 
bespine de Valence , de la Coze-Dice , president 
de Laubespine et autres, s'adresse a M. le 
ehancelier et it tous les maistres des requestes, 
teur remonstrant qu'il s'esbakissoit fort de ceque 
les eatholiimes n'avoient aucun moieu, en ceste 
cour et conseil, d'estre ouis en leur doleance, et 
qu'il ne scavoit pas pour quelle ruison aucun 
dcsdicls maistres des requestes n'avoient voulu 
rapporter ladicte requeste ; laquelle leue, mes- 
dicls sieurs les cardinaux de Bourbon, et de 
Guyse, et les autres dudiet conseil, direntqu'iU 
ne scavoient que e'estoit dudiet edict, et qu'iis 
n'en avoient ouy parler. Ce que voiant mondict 
sieur le cardinal de Bourbon se mlt en grande 
colere, et dit que ce n'estoit bien fait au ehan- 
celier de faire telz edicts, qu'iis n'avoient wtc 



20 



MEMOIRES ET JOURNAL DE PIERRE DE LESTOILE. 



passez au conseil, et puisque Ton faisoit telles 
choses, il ne faloit plus de conseil, et que de luy 
il n y assisteroit jamais. Lors ledict chancelier 
dit a M. le cardinal de Lorraine ces mots : 
« Monsieur , vous estes desja venu pour nous 
» troubler. » Auquel ledict sieur cardinal res- 
ponds : « Je ne suis venu pour troubler , mais 
•> pour empescher que ne troubliez -comme avez 
» faict par le passe, belistre que vous estes. » 
Lors respondist le cbancelier : « Voudriez-vous 
» empescher que ces pauvres gens ausquelz le 
» roy a permis de vivre en liberie de leurs 
» consciences et en leur religion , ne fussent 
» aucunement consotez? — Ouy, je le veu em- 
» pescher, dit ledict sieur cardinal, car Ton 
» sf ait bien que souffrant telles choses , c'est 
» tacitement souffrir les presches secretes, et 
» 1'empescheray tant que je pourray pour ne 
» donner occasion que telles tyrannies accrois- 
» sent. Et vous qui estes ce que estes a present 
» de par moy , osez bien me dire que viens pour 
» vous troubler? Je vous garderay bien de faire 
» ce que avez fait par ci-devant. » Et pareille- 
roent mondit sieur le cardinal de Bourbon se 
courroucant fort audict chancelier, luy demanda 
s'il luy appartenoit de passer quelque 6dict sans 
ledict conseil, et de fait, en cholcre, se leverent 
tous dudict conseil, et entrerent en la chambre 
de la royne , laquelle estoit encores malade , et 
les appaisa le mieux qu'elle peut. Et le roy leur 
comraanda de retourncr au conseil pour veoir 
les parties, et auquel conseil monseigneur d'An- 
jou (1), son frere, vint et assista tout le reste du 
temps que se tint ledict conseil. Toutesfois fut 
arreste par le roy et la royne que ledict edict (2) 
sera rompu et casse , et que au lieu d'icelui de- 
fences seroicnt faites a tous ceux de ladicte re- 
ligion de frequenter, fcs villes esquelles n'y a 
aucun exercice de ladicte religion, et defendu 
& ceux de ladicte religion de ne faire endoctri- 
ner leurs enfans par pedaguogues de celle reli- 
gion, ne en retenir aucune, et outre dtfendu au- 
dict chancelier de seeler aucunes choses concer- 
nant tant I'eccl&iastique, que la religion, sans 
le consentement du conseil. 

Et estant ledict conseil flni, de bonne fortune, 
arriva I'ambassadeur d'Espaigne, charge d'un 
gros pacquet adressant & la royne de la part du 
roy d'Espagne, mande a la royne , qu'il voit 
bien que les promesses qu'elle lui a faictes, par 
ci-devant, sont fri voles, et qu'elle luy avoit 

(1) II a depots M roi sous le nom de Henri III. 

(A. E.) 

(2) C'est I'&Jit du mois de mars 1563. (A. E.) 

(3) Jeao de Montluc : il se distingua dans les ambas- 
sades dont il fat charge* en different* pays, et par la r6- 



mande que au conseil et assemblec qu'elle a 
faicte ces jours passez, elle dtaideroit entiere- 
ment du faict de la religion, faisant entretenir 
la vieille et cathoKque, adnulant enti&rement la 
nouvelle. Mais que tant s'en faut, qu'elle a faict 
les plus grandes indignitez a la maison de Lor- 
raine, qu'il n'est possible de plus : et laquelle 
maison de Lorraine a soutenu seule ladicte 
religion catholique, de manure qu'il est deli- 
bere de luy monstrer par effect qu'il veut qu'elle 
luy tienne promesse. Desquelles lettres ladicte 
royne fort estonnee, dit a mondict sieur le car- 
dinal qu'il falloit bien qu'il en eust resent au 
roy d'Espagne, et qu'elle s'estonnoit pourquoy 
il luy en avoit escrit, luy demandant : « Que 
» vous ay-je faict, mon cousin ? » A laquelle 
mondit sieur le cardinal respondit qu'il ne luy 
en avoit escrit : ce que ledict ambassadeur 
certifia , et dit que luy-mesme , pour le service 
et devoir qu'il devoit a son maistre, I'avoit ad- 
verti de tout ce qui estoit pass£ en ceste cour. 
Et lors parlement&rent longtemps ensemble la- 
dicte royne et ledict cardinal, auquel estant sortt 
de la, ledict ambassadeur presenta lettres du roy 
d'Espagne, par lesquelles il lui mande qu'il s'es- 
bahit comme il a comporte les indignites qu'il a 
comportees, auquel ambassadeur mondict sieur 
le cardinal dit que les indignitez qu'il a souf- 
fertes il les a endurees par le commandement 
du roy et de la royne, ausquelz pour mourir il 
ne voudroit en rien desobeyr ; mais que c'a est6 
toutesfois sous promesse de maintenir la reli- 
gion catholique et abolir la nouvelle : et la- 
quelle chose ne se faisant, il criera si haut que 
tous les princes de la terre en oiront parler. De- 
puis, la royne envoya hier au soir l"£vesque de 
Valence (3) vers madame de Guyse, qui se 
trouva particulierement un peu malade, Ton ne 
s^ait pour quelle cause , mais Ton presuppose 
que e'estoit pour trouver moyen d'appaiser le- 
dict sieur de Lorraine. 

1567. Le prince de Portian (4), jeune sei- 
gneur martial et grand guerrier, mourut a Paris, 
le5 may, d'une fiebvre chaude, causee d'une cho- 
16re meslee d'exces ; qui fut qu'ayant joue a la 
paume tout le long du jour, ayant este mande sur 
le soir aux Tuilleries, ou le roi Charles IX , qui le 
tint deux heures descouvert dans le jardin des- 
dites Tuilleries a la lune et au serain, apr£s luy 
avoir tenu quelques rudes propos, jusques a le 
menacer de la perte de sa teste, pour Linchamp, 

forme qu'il e^tablit dans son diocese. Get eveque de 
Taience raourut a Toulouse le 12 avril 1579, laissant 
un fils naturel, qui fut plus tard marechal de France. 
(4) Antoine de Croy, prince de Porcian. (A. E.) 



MEMOIBES BT JOUBNAL DB P1EBBE DE LESTOILE. 



21 



place front&re, qu'on avoit donne a entendre a 
Sa Majesty qu'il faisoit fortifier, estant re- 
venu en sa raaison, outre de despit et de cho- 
lera, oomme il avoit le coeur merveilleusement 
grand, envoya querir du vin, et estant en cha- 
ieur et altere beut trois cartes de Yin et man- 
gea trois plateI6es d'amandes toutes vertes, 
ets'en va coucher la-dessus; qui est le poison 
qu'on a escrit et dit qu'on luy avoit bailie. 

[ Vers ce temps on divulgua a Paris les vers de 
M. Lulier, sieur de Cbalandau, conseiller en la 
tour de parlement, faits devant la bataille Saint- 
Denis, ainsi que le tombeau de |f. le prince de 
Portion, et plusieurs epitaphes d'Anne de Mon- 
morancy, connestable de France, entr'autres un 
fait par un protenotaire du cardinal de Lor- 
raine, etun tourne du latin de d'Aurat pard'Au- 
rat lui-raesme. ] 

Sur la mort du connestable a la journee de 
SainctDenys (1), le 10 novembre 1567 : 

Vulnere qui adverso cadit, aversoque, fugit-ne f 
Non. Verum in mediis hostibus We cadit. 

[1568. Le 23 e juillet 1 568, mourustdom Char- 
les d'Autriche, fils unique du roy d'Espagne, a 
laage de 23 ans. Les inquisiteurs que ce jeune 
prince haysoit et abhorroit, comme aussy il ai- 
moit ceux des Pais-Bas , et les favorisoit contre 
les cruautez et tyrannies du due d'Albe, furent 
cause de sa mort, a laquelle le roy d'Espagne, 
son p£re , consentit comme a regret, et neant- 
raoins pour les contenter passa outre , souillant 
ses mains et sa conscience du sang de son pro- 
pre filz innocent. ] 

1569. Louis de Bourbon, prince de Conde, 
gen&eux et magnanime s'il en fut oncques , se 
trouvant si avant engag£ en ceste rencontre de 
Jarnac, qui se fist le 13 mars 1569, qu'il faloit 
de necessite s'enfair ou combattre, encores qu'il 
leut fait par 1'advis de son conseil, et deM. l'ad- 
miral entr'autres , hazarda avec peu de forces 
une bonne partie de sa noblesse, et joua par 
mesme moyen a trois dez toute la cause ( qui 
sont de grandes fautes en un cbef de guerre , 
et qu'on ne peut faire qu une fois ). Mais son 
grand coeur en ftit cause, aimant mieux y lais- 

(1) Le constable Anne de Montmorency rem porta 
It Tktolre a la journee de Sainct Denys ; mais il rccut 
plusieurs blessures donl il mourut* 11 e'tait Age* de 
soiiante-quinze ans. (A.-E.) 

(2) Francois dc Montesquiou , capitaine de la garde 
Suisse du due d'Anjou, mort en dtcembre 1569. 

(3) Lestoile nous a conserve' les diffe'rentes prieres qui 
se faisaient a cette 6poque a I'intention des personnes 
ou pour la rlussite des projets forme's par les difTCrcnts 
partis. On trouve dans 1c rcgistre n. 1 (p. 101) la 
prHrt qui se faisoit tous Us jours en la chambre de 



ser la vie, comme il fit, que de reculer, usant 
de ces propres mots quand on luy en parla : « Ja 
» Dieu ne plaise qu'on die jamais que Bourbon 
» ait fuy devant ses ennemis ! » II fut pris pri- 
sonnier par Dargence , gentilhomme qui estoit 
tenu a ce prince de sa vie , et qui fit aussy ce 
qu'il peut pour luy rendre ; mais il ne luy fust 
possible, pour avoir este descouvert par les com- 
pagnies de Monsieur frere du Roy, son ennemi , 
lesquelles ce pauvre prince advisant venir de 
loing, et ayant entendu que e'estoyent celles de 
Monsieur: « Je suis mort ! dit-il ; Argence, tu ne 
» me sauveras jamais. » Comme aussy inconti- 
nent apr&s arriva Montesquiou (2) , qui le tua 
de sang froid, par le commandement, a ce 
qu'on dit, de son maistre; ce prince s'estant 
couvert la face de son manteau , comme on dit 
que fist le grand Jules Cesar quand il fust tue. 

Vivit adhuc, vivetque dxu, qui vindice dextrd 
Annixus patrict, ne cadat ilia, cadit. 

Furent adresses les vers suivans au cardinal 
de Bourbon , seul reste de cinq freres : 

Quaritis in nostrum quid fati conscia possint 
Astra caput : nonprisca loquar, vulgata docebit 
Borbonia fortuna domus tot fratribus orbaf. 
Ausonii terror Franciscus et horror lberi, 
[nvictus hello ludum dum ludit inermem, 
Occidit, injectd mediis cervicibus area, 
Quintini ad fanum drcumveniente Philippo, 
Vinclorum impatiens, et nescia vertere terga 
Theutonicis, Jani virtus est obruta telis; 
Trajectis humeris tormenti Antonius ictu 
Mania dum populipremit obsidione rebellis, 
Communem banc lucem et dotalia sceptra reliquit : 
Dum velerum ritus convellit, el otia turbat 
Tertia beUa gerens patria funesta, sibique, 
Viffudit vitam fractis Lodoicus in armis. 
Dimidium justi vixerunt quattuor avi, 
Adversis rapti fatis florente juventd ; 
Quum quintus fratrum e numero nunc, Charole, restes. 
Si tibi fata velint detraclos fratribus annos 
Adjicere, explebis Pylii tria secula regis. 

La veille de la bataille de Dreux, ce prince 
estant coucbe , dit k Besze, [qui avoit fait la 
priere (3) en sa chambre : « II faut que je vous 
» die ce que j'ay songe la nuit passee, encores que 
« je sacbe qu'il ne se faut point arrester aux 
» songes ] : il me sembloit que j'avois donne 

M. le prince, lorsque ledit prince tenail la ville de Paris 
assilgle et qu'il e'tait maladc ) en dlccmbre 1652. La 
priere des medecins de M. le prince, malade (p. 105) ; 
Prieres ordinaires des soldats del'armee conduitepar 
Jlf. le prince de Conde; Priere du matin au corps d* 
garde (p. 95) ; Priere du soir en Vassiette de la garde 
(p. 97) ; Priire de M. Francois Perruet, pendant Us 
troubles de I'annee 1562 (p. 99) ; Prieres pour la paix 
de Veglise (p. 222), qui se faisait tous les Jours dans le 
camp des huguenots en Tan 1569. 



2* 



MEMOlfiES KT JOURNAL DE P1EBBB BE LESTOILE. 



» trois batailles Tune apres l'autre [que j'avois 
» gaingnees] ; et y avois veu nos trois enne- 
• rais morts, raais que j'y avois aussi est£ 
blesse a mort ; tellement toutefois que les 
aiant tous trois fait mettre morts les uns sur 
- les autres , on m'y avoit mis aussi par dessus , 
» et que de ceste facon j'avois rendu mon es- 
» prit a Dieu ; » laquelle vision il semble que 
1'effect a verifiee, car ses trois ennemis furent 
entasses l'un sur l'autre, et lui sur eux, a 
la journee de Bassac. Comme ce prince pas- 
soit un ruisseau pres le chasteau de Maintenon, 
line pauvre femme le prenant par la botte , lui 
dit ces mots : « Prince , va , tu souffriras ; raais 
» Dieu est avec toy. » * Mauvaise prophetesse ! 
Le con nestable , le marechal de Saint-Andre et 
Francois de Guise, ses trois ennemis, furent 
tues l'un apres l'autre avant luy. 

Sebastien de Luxembourg, ennemy mortel 
des huguenots , se mocquant d'eux et des hym- 
nes et pseaumes qu'ils chantoient , leur deman- 
doit ou estoit leur Dieu le fort ; et qu'il estoit 
a ceste heure leur Dieu le foible : tenant les- 
quels propos, selon l'observation des huguenots, 
fut a 1'instant dans la tranchee frappe d'un coup 
de mousquet qui le coucha mort sur la place. 
C'estoit au stege de Saint-Jean-d'Angely. 

[ Et furent divulguees en ce mesme temps 
plusieurs pieces de vers parmi lesquelles on re- 
marquoit : celle En Vhonneurde Monsieur frere 
du roy, dont on tenoit pour aucteur Jean D'Au- 
rat, poete du roy, qui taschoit a attraper quel- 
que chose , fust en mentant ou disant vray, es- 
tant fort necessiteux et ayant grand affaire de 
ses pieces , et furent fort bien recueillis : un 
Poeme elegiaque , sur la mort du prince de 
Conde, compose par quelque catholique lor- 
rain , ennemy dudit prince et de sa raaison et 
nom de Bourbon : et deux autres soubs noras et 
auteurs incertains ; ainsi que autres faits pour 
lui, par FL Chrestien. ] 

La Prophetie d'un homme de la religion es- 
tant au lict de la mort , peu avant la conclusion 
de la paix faite Tann6e 1570, en ces termes: 
« La paix sera faite inopincment et assez a nos- 
» tre advantage. Nouvelles alliances, divers 
» traictez et voyages : durant ces menses, elle (1 ) 
» viendra a Paris et y mourra ; la noblesse de 
»» l'un et de l'autre party s'y assemblera (2) ; les 



(1) La relne de Navarre, Jeanne d'Albret. (A. E.) 

(2) Pour les noces de Henri roi de Navarre, avec 
Marguerite de France. (A. £.) 

(3) Journee de la Saint-Barthllemy, en 1572. (A. £.) 

(4) Timoleon de Cossd, comto de Brissac , colonel 
^cu^ralde l'infanterie francaise, fils do Charles de CoswS 
ln.ir^chal de Brissac, mort a I'agc de vingt-slx ans. II 



I » choses encommencees se paracheveront. 
» quelle soudaine mutation et changement! 
» quelles trahisons et cruaut^z! (3)» [Ceux qui 
craindront Dieu ne trouveront pas ou asseoir la 
plante de leurs pieds. Elle cherra ! elle cherra 
dont Dieu sera. 

Si je n'en eusse veu la susdite prophetie plus 
d'un an avant la Saint-Barthelemy, je ne l'eusse 
inser^e icy, car il est ais6 d'en faire, les choses 
advenues. ] 

Aumoisd'avril [1569], lecomtede Brissac (4), 
jeune seigneur de rare esperance , fut tu6 d'un 
coup de mousquet tire de la petite vi I lette de Mu- 
cidam en Poictou, en recognoissant ceste bico- 
que que tenoyent les huguenots, ausquels ce 
jeune seigneur servoit de resveille matin , pour 
la generosity qui estoit en luy. [ Digne d'estre 
pleur6 comme il fut de tous bons Francois et 
capitaine.] 

Le 1 1 de juing, le due des Deux-Ponts (5) passa 
de ce siecle en l'autre, au pais de Limosin. Ce 
seigneur allemand, prince du Saint-Empire, 
apr&s avoir amene, au tres-grand besoing de ceux 
de la religion de France , un brave et puissant 
secours,depuislesbornesduRhinjusqu'auxder- 
nieres limites de Limosin, non sans un extresme 
danger, et conjoinct son armee a celle des protes- 
tans de France, maugr6 les forces de ceux de 
Guise et du Pape, ayant este saisy d'une fiebvre 
chaude, causae de trop boire , et d'avoir trop fait 
karroux avec les Francois , pour Taise qui I 
avoit de les avoir joints et estre venu a bout de 
son entreprise, de laquelle fievre il mourut; 
dont fut fait sur sa mort le distiche suivant 
rencontre sur son nom assez a propos : 

DUCIS BIPOIfTII TUMULUS. 

Pont superavit aquas, superarunt pocula Pontcm, 
Febre tremens periit, qui tremor orbis erat. 

De Vieux-Pont , gentilhomme ag£ dc vingt- 
cinq ans, fut tu£ d'une arquebusade a la cuisse, 
a 1'assault de Sancerre. Le lit d'honneur auquel 
mourut ce seigneur, selon les maximes de la 
noblesse francoise , couvrit tous les vices qui 
r£gnoient en ce jeune homme , telles et si gran- 
des que son bon homme de pere ne Ten vouloit 
I ny voir ny rencontrer, aussy Dieu ne luy pro- 
' longeast-il pas ses jours : ainsi (selon la parole 
de I'Ecclesiaste, VIII) fuircnt comme l'orabre , 

sYtait signal au siege de Paris , a la bataille de Saint- 
Denis et au combat de Jarnac. 

D'apres le pere Anselme ( Hist, ycnealog. ), e'est au 
moisde mai el non au mois ci'avrii qu'il faut rapporter 
la mort du comte de Brissac. 

(5) Wolfang de Bavicrc . palatin. II sVlait distingue 
dans les guerrcs d'Allemagno. (A. £.) 



MEM0IBES ET JOURNAL DE PIEBBE DE LESTOILB. 



23 



pource quil ne craignoit point la face de Dieu. 
Elizabeth, filie de France, femme de Phi- 
lippe II , roy d'Espaigne, mourut au mois d'oc- 
tobre. Le bruit ful qu'elle avoit este empoison- 
nee ; mais ce bruict coramun de la cour fut plus 
artificiel que vray, et ne servist de peu pour le 
dessein de la guerre de Flandres, qui s'executa 
contre l'adrairal et les autres huguenots, qu'on 
vouloit principalement prendre par ce piege, 
comme on fit fmabiement. 

Entre les choses meraorables advenues en 
cest an 1569, Marie Stuard, veuve de nostre 
deffunt roy (1), et royne d'Escosse, (it mourir 
raiserableraent et cruel lement le comte de Le- 
nos , son mari , dans ia maison ou il estoit ; la- 
quelle ayant fait miner et renverser e'en dessus 
dessoubz, accabla, tua et brusla raiserableraent 
le comte son mary et tous ceux qui se trou- 
verent avec luy dans ladicte maison. Sur quoy 
messire Michel de l'Hospital , estant en sa mai- 
son de Vigny, composa des vers [qu'un de mes 
amis auquel il les donna en sa maison de Vigni 
me presta pour les transcrire. 

« La paillarde est comme une fosse profonde, 
dit le sage , et I'estrangere est comme un puis 
estroit ; elle se tient en embusche comme les 
brigans et assemble k soy les hommes raeschans.» 
V6rifi6 en ceste royne , meurtriere cruelle du 
roy d'Escosse, son mary, duquel Tepitaphe fut 
alors divulgue. 

Ce mesme an , Jodelle presenta au roy les. 
desseins pour la croix de Gastine^ de Inven- 
tion dudit Est. Jodelle, qui n'eurent point d'ef- 
fect; d'autant que par la paix faite Tan d'a- 
pres 1570,. il fut dit que ladite croix scroit 
ostee : et y en eut article expres dans l'edict de 
pacification. 

En cest an fust brusle tout vif k Moulins en 
Bourbonnois, ung notaire demeurant a Mau- 
lusson , a sept lieus dudit Moulins , attaint et 
convaincu d'avoir eu affaire a une jeune jument 
quil avoit : laquelle fust aussi bruslee avec 
lui.] 

1570. L'edict de la paix fust publie a Paris, 
le vendredi 1 1 d'aoust, et dedans La Rochelle , 
le samedi 26 dudict mois, environ les neuf hcu- 
res du matin , en la place du Chasteau , devant 
le logis ou estoit la royne de Navarre aux fe- 
nestres , estant avec elle madame la princesse 
de Navarre, sa fllle, et leurs damoiselles. Aussy 
y estoit M. le comte de La Rochefoucaut, 
M. des Roches, premier escuyers du roy [M. de 
la Noue, M. de Vigean], et plusieurs autres 

(1) Le rol Francois II. (A. E.) 

(2) Charlotte de Roye, comtesse de Roucy, soeur put- 



grands seigneurs et gentilshommes. Les deux 
trompettes du roy sonnerent leurs trompettes 
par trois fois, puis le roy d'armes Dauphine, 
accorapagn6 du roy d'armes d'Anjou et Bour- 
gongne, avec leurs cottes d'armes, leut et publia 
l'edict. Ce faict, la royne de Navarre fist faire les 
prieres a M. Du Nort, ministre de l'eglise de La 
Rochelle, et a la fin des prieres, et i eel les para- 
chevees toutes les artilleries de La Rochelle 
tirerent. 

En cest an mourust la comtesse de La Roche- 
foucaud (2), femme de celui qui fusttue k Pa- 
ris le jour de Saint-Barthelemi 1572, dame 
sage et vertueuse. Elle mourust d'ung mal de. 
gorge, qui lui serra tellement les conduits, 
que la viande n'y pouvoit passer , dbnt ceste 
pauvre dame en mourant disoit : que e'estoit 
grande pitie d'avoir soixante mil livres de 
rente, et faloir toutefois mourir de faim. 

[En cest an, on publia les Responses faites 
par les ministres de La Rochelle k la royne de 
Navarre et a son conseil , sur les articles du 
pourparler de paix k eux envoye et communi- 
que par ladicte dame, en ce qui concerne l'exer~ 
cice de la religion.. 

1572. Le premier jour du mois de may 
mourut k Rome le pape Pie V e , d'une difficulty 
d'urine incurable a cause des ul ceres quil avoit 
dedans les reins, ou on lui trouva trois pierres 
chacune grosse comme un oeuf de pigeon ou peu 
moins. Ce neantmoins se pouvoit-il encore en- 
tretenir et durer quelques mois, s'il se fut Iaiss6 
penser aux medecins et chirurgiens, mais il vou- 
loit lui-raesme se penser ; dont il estoit si mau- 
vais ouvrier qu'il se blessa, de sorte qu'A la fin 
il y succomba plustost qif on ne pensoit.] 

Une paisanne de Chastillon , sujettes du feu 
admiral , comme il fust prest de monter & coe- 
val pour s'en venir k Paris aux nopecs du 
roy de Navarre , s'en vint k luy, et se jettant 
a ses pieds et luy erabrassant les genoux, par 
grand'affection : « Ah ! Monsieur , Monsieur , 
» notre bon maistre, ou vous allez-vous perdre? 
» disoit-elle en pleurant et criant ; je ne vous 
» verray jamais si vous allez une fois k Paris , 
» car vous y mourrez, vous et tous ceux qui 
» iront avec vous. Au moins, (ce luy disoit ceste 
» bonne femme), si vous n'avez pitie de vous, 
» Monsieur, ayez le de Madame , de vos enfans et 
» de tant de gens de bien qui y periront a vostre 
» occasion. » Et comme I admiral la rebuttoit 
luy disant qu'elle s'en allast et qu'elle n'estoit 
pas bien snge, ceste pauvre femme s'alla jetter 

condc femme de Francois . trofsiemc du nom, comte 
de La Rochefoiicault et t\c Rouey. Elle *loit mortc It 



vfe d'Eleonore de Roye, princess* de Conde\ et se- ■ 15 novembre 1572. 



24 



MEMOIRES ET JOURNAL DB PIERBE DE LESTOILE. 



aux genoux de madame l'admirale, pour la 
prier de vouloir engarder sod mary d'y aller, 
pource qu'elle estoit bien asseuree que s'il alloit 
unefois k Paris, il n'en reviendroit jamais, et 
si seroit cause de ia raort de plus de dix raille 
hommes apres luy. (Entendu de la bouched'un, 
qui Fa veu et ouy.) 

Le jour que la roine de Navarre arriva k 
Blois, le Roy et la Roine sa mere, qui la fit 
empoisonner depuis k Paris par messire Rene (1 ), 
son parfumeur, luy firent tant de caresses, mais 
principalement le Roy, qui l'appelloit sa grande 
tante, son tout, sa mieux aimee, qu'il ne bougea 
jamais d'aupres d'elle k l'entretenir, avec tant 
d'honneur et reverence que chascun en estoit 
estonnl. Le soir en se retirant, il dit k la Roine 
sa mere en riant : « Et puis , Madame , que 
» vous en semble ? joue^je pas bien mon rollet? 
» — Ouy, luy respondit-elle, fort bien; mais ce 
» n'est rien qui ne continue. — Laissez-moy 
» (aire seulement, dit le Roy, et vous verrez que 
» je les mettray tous au filet. » 

Au mesme temps le Roy envoya par tout son 
royaume des lettres patentes de confirmation 
de son edict de paix, et accordoit aux huguenotz 
plus qu'ilz ne luy en demandoient , seulement 
pour les apprlvoiser; car en derriereil disoit,se 
riant, qu'il faisoit comme son faulconnier, qui 
veiltoit se&oiseaux. 



(1) Nous croyons devoir citer ici divers auteurs con- 
temporains, sur la mort de la reine de Navarre. D'Au- 
bigne* ( tome 2, liv. 1, chap, 2) dit :« La reine de Na- 
» varre travaillant a Paris aux prtparalifs des noces, se 
» troova prise d'une fie*vre a laquelle elle ne rtsista que 
» quatre jours. Sa mort, causee sans dissimuler par une 
» poison que des gants de senteur communiquerent au 
» cerveau, facon d*un messer Rene*, Florentin, execra- 
» ble depuis, mesmes aux ennemis de cette princesse , 

» qui, proche de sa fin, dicta son testament Ainsl 

» mourut cette Roine, n'ayant de femme que le sexe ; 
» Tame entiere aux choses viriles, I'esprit puissant aux 
» grandes affaires, le cceur invincible aux adversitez. 

On lit dans le Recueil de* chose* memordbles, de 
Jean de Serres : « Au commencement de may, le Roy 
» pria la roine de Navarre (Taller a Paris, a fin de pour- 
» voir a ce qui seroit necessaire pour les noces ( de son 
» fils le prince de Navarre). Elle y arriva le quinzilme 
» avril, et le quatre de juin tomba malade au lict d'une 
» fidvre continue, causae, disoit-on, d'un mal dc poul- 
» mon, ou de long-temps s'&oient formes quelques apos- 
» tcmes, lesqucls Imeus et Irritto par les grandes cha- 
» leurs d'alors, et d'un travail extraordinaire qu'elle 
» print, lui enflammercnt cette fierre, riont elle mourut 
» cinq jours apres, au grand dcuil de tous scs serviteurs. 
» Trois jours apres s'e'tre allicte'e, elle fit, d'esprit fort 

»rassls. un testament vrayment chrestien Elle 

» 6toit ftgee de quarante-quatre ans, et mourut le 9 de 
» juin. Aucuns ont assure^ qu'elle Tut empoisonnta par 
» 1'odeur de quelques gants parfumls ; mais afin d'ostcr 
» toutc opinion de ccla, elle Tut ouverlc avec toute dili- 
» gence et curiosite* par plusieurs doc tes medecios et 



La royne de Navarre estant a Paris, luy par- 
lant un jour de la dispense du Pape pour le ma- 
nage de son filz avec Madame soeur du Roy, et 
qu'elle en craignoit la longueur, et que le Pape , 
k cause de sa religion , se feroit tenir ; « ]\on , 
» non, dit-il, ma tante ; je vous honnore plus que 
» le Pape, et aime plus ma soeur que je ne le 
» c rains. Je ne suis pas huguenot , mais je ne 
» suis pas sot aussy. Si M. le Pape fait trop la 
* beste, jc prendray moy-mesme Margot par 
» la main, et la meneray espouscr en plain 
» presche. » 

Parlant un jour k l'admiral de la conduitte de 
l'entreprise de Flandres, et sachant bien que la 
Roine mere luy estoit suspecte, encores que le- 
dit admiral ne luy en parlast aucunement,il luy 
dit en ces terraes : « Mon pere , il y a encores 
» une chose en ceci a quoy il nous faut bien 
» prendre garde : e'est que la Roine ma mere, 
» qui veut mettre le nez par tout, comme vous 
» scavez , ne sache rien de ceste entreprise , au 
» moins quant au fondz, que nous la tenions si 
» secrette qu'elle n'y voye goutte, car elle nous 
» gasteroit tout. — Ce qu'il vous plaira, Sire, 
» repliqua l'admiral ; mais je la tiens pour si 
» bonne mere et si affectionnee au bien de vos- 
» tre estat, et grandement de Vostre Majeste, 
» que quant elle scaura, elle ne gastera rien : 
» au contraire elle vous y pourra beau coup 

9 chirurgiens experts, qui lui trouverent toutes les par- 
» ties nobles fort belles etenticres, bormls les poulmons, 
» interessez du c6le* droit, ou s'e'toit engendre* une du- 
» rete" extraordinaire et apostcme assez gros : mal qu'ils 
» jugerent tous avoir 6(6 ( quant aux hommes ) la cause 
» dc sa mort. On ne leur commanda point d'ouvrir le 
» ccrveau, ou le grand mal Ctoil ; au moyen de quoi lis 
» ne purent donner avis que sur ce qui leur apparois- 
» soit. » 

Pierre Mathieu, dans son Bistoire de France, torn. 1, 
liv. 6, s'ex prime ainsi : « La reine de Navarre, dit-il, 
9 vint a Paris pour donner ordre a I'appareil des noces 
» de son fils; mais elle y devint malade au commence- 
» ment du mois de juin, et mourut le neuvilme jour de 
» sa maladic (1e9 juin, cntre huit et neuf hcurcsdu maUn). 
» Le Roy te*moigna bcaucoup de doulcur de cette mort; 
» il en porta le deuil. et commanda que le corps fust ou- 
» vert, pour scavoir la cause de sa mort. On trouva que, 
» de longue main, les poulmons Ctoient ulce're's ; que le 
» travail et les grandes chalcurs avoient allume' une fie*- 
» vrc continue ; mais plusieurs ont era que le mal e"toit 
» au cerveau, et qu'elle avoit M empoisonne'e en une 
» paire de gants parfume's. » 

De Thou ( liv. 51 ) laissc la chose en doule ; mais 
Claude Regin, Cvdque d'Oleron, dans son Journal iimi- 
nuscrit, loin d'en parler, ne donne m^mc aucun lieu de 
former le moindre soupcon. II dit seulement que cette 
reine mourut le 9 dc juin 1572, d'une pleure*sie qu'elle 
avoit gagnle le 3 du mime mois, pendant les prlparatifs 
des noces de son fils Henri avec Marguerite dc Valois. 
(A. E.) 



MBMOIRBS BT JOURNAL DE MEUBB DB LBSTOILE. 



» aider et servir , ce me semble ; jolnct qu'A 
» luy cller j'y trouve de la difficult^ et de 
» rinconvenient. — Vous vous trompez , mon 
» pere, luy dit le Roy; laissez-moy faire seu- 
» lement. Je voy bien que vous ne cognois- 
» sez pas ma m6re : c'est la plus grande brouil- 
» tonne de la terre. » Cependant c'estoit elle qui 
faisoit tout , et le Roy ne tournoit pas un oeuf 
qu'elle n'en fust advertie ; mais voyant qu'elle 
avoit ja acquis la reputation de Clement son 
oncle (l) 9 que promettant quelque chose, mesme 
en intention de le tenir, on ne la croyoit plus, 
elle faisoit jouer ce personnage au Roy, qu'elle 
habilloit et faisoit parler comme elle vouloit : 
d'autant qu'en telle jeunesse ses paroles es- 
toient moins mescience de feintise et dissimu- 
lation. 

Une autrefois le Roy parlant & Teligny (2) 
fort priv&nent , comme il faisoit & tous les hu- 
guenots, pour les entretenir, et discourant avec 
luy de l'entreprise de Flandres , il luy dit : 

• Veux-tu que je te die librement, Teligny ? Je 
» me deffie de tous ces gens-cy : l'ambition de 
» Tavannes m'est suspecte ; Vieilleville n'aime 

* que le bon vin ; Cosse est trop ayare; celuy de 

* Montmorency ne se soucie que de la chasse et 

• de la volerie ; le corote de Ret/ est Espagnol ; 
» les autres seigneurs de ma court et ceux de mon 
» conseil ne sont que des bestes ; mes secretaires 
» d'Estat, pour ne te rien celer de ce que j'en 
» pense, ne me sont point fideles : si bien que je 

* ne scay , & vray dire, par quel bout com- 

• mencer. • 

Le mercredy de devant la blesseure de lad- 

(1) Le pipe Clement VII. (A. £.) 

(2) Charles, seigneur de Teligny, qui fut tu6 a la 
Saint-Bartke'lemy. II avail epousl Louise de Coligoy, 
fille dc PamiraJ, laquelle se remaria en 1583 aver Gull- 
laume de Nassau* prince d'Orange, fondateur de la repu- 
blique de Hollande. 

(3) Apres ce propos da Rol sur la Saint-Barthelemy, 
les lettres suivantcs du due de Maycnne et du cardinal 
de Lorraine compleleront ces renselgnemens. Les let- 
ires que nous donnons, d'apres les originaux autographes 
conserved a U Bibliotheque du Rol (coll. Dupuy, vol. 
211), serriront aussi a rlsoudre la question que se font 
encore certains auteurs, savoir : quelle part Charles IX 
prit reellement a l'eieculion de la Salnt-Barthllemy, et 
U ces massacres ont M falls a 1'insu de ce Rol. 

Au Roy. 

• Monseigneur, je remersie Ires humblement Yostre 
ttajeste de 1'onneur qu'il lui a plu dc me faire, de m'es- 
rrire les occasions qui ont mu Yostre Majesty de faire 
xcire l'amibal et ses aderans et me samble que de- 
rex bien louer Dien de ce qu'il a preserve si bien Vos- 
Te Majesty et espere qu'a ce coup Yostre Majesle sera 
'n repos, cc que je suplic a Dieu el pris aussi Yostre 
Majestl que la chose de ce monde que je rilsire le plus 
:et desires si heurcus de pouvoir faire quelque bon ser- 



miral, comme ledit seigneur admiral voulut en- 
tretenir Sa Majesty d'aucunes affaires concer- 
nantes le fait de la religion, il luy dit : « Mon 
» p&re , je tous prie me donner encore quat- 
» tre ou cinq jours seulement pour m'esbattre ; 
» cela fait, je vous prometz, foy de roy, que je 
» vous rendray content, vous et tous ceux de 
» vostre religion. » Le contentement qu'il leur 
donna fut que le dimancbe suy vant il les fit tous 
tuer et massacrer. 

Ce jour, le capitaine Blosset, Bourguignon et 
huguenot assez remarqufe par le si&ge de la ville 
de Yezelay, qu'il deffendit vaillamment contre 
Feffort de Tarm^e catholique , prit cong£ de 
l'admiral pour se retirer en sa maison ; auquel 
l'admiral demanda pourquoy c'est qu'il s'en vou- 
loit aller ? « Pour ce , dit-il , monsieur , qu'on ne 
» nous veut point de bien icy. — Comment, 
» dit l'admiral , l'entendez - vous ? croyez que 
» nous avons un bon Roy. — II nous est trop 
» bon , dit-il ; c'est pourquoy j'ay envie de 
» m'en aller: et si vous en faisiez comme moy, 
» monsieur , dit-il & l'admiral, vous feriezbeao- 
» coup pour vous et pour nous. » Et ne fut ja- 
mais possible de l'arrester : dont il se trouva 
tres-bien. 

Apr&s que le roy Charles eust faitla Saint-Bar- 
thelemy, il disoit en riant et jurant Dieu & sa 
maniere accoustumee : « Teh ! que c'est un gen- 

» til que celuy de ma grosse Margot! Par 

» le sang Dieu, je ne pense pas qu'il y en ait 
» encores un au monde de mesme, il a pris tous 
» mes rebel les de huguenotz a la pippee (3). » 

Sur le soir de la journee de Saint-Bartbelemy, 

vice a Yostre Majesty comme eel le crealcur auquel Je 
lui suplle qu'il dolnt a Yostre Majesle*, monseigneur, 
tres-heureuse el tres-Ionguc vie. 

» De Nancey, ce 5 de septembre. 

» Yostre tres-humble et tres-ob6issant frere et serri- 
teur, » Charles de Lorraine. » 

Au Roy, souverain seigneur. 

« Sire, est ant arrive* le sieur de Beauvllle avecqnes 
lettres dc Yostre Majesty qui confirrooyent les nou- 

VelleS DE8 TRES-CRESTIEIVIVES ET HEROICQUES DEUBE- 

ration s et exbquutions falctes non-seulement a Pa- 
ris, mais aussi partout vox princlpalles villesje m'as- 
seure qu'il vous plaira bien me tant honorer que con> 
noissant assez mes vens et d&irs, que de vous asseurer 
que entre tous voz tres-bumbles subjects, je ne suis le 
dernier a an louer Dieu et a me resjouir. Et viritabU^ 
ment, Sire, c'est tout le myeus que feusse osi jamais 
desirer ni esperer. Je me tienx asseuri que dSs e* 
commencement les actions de Vostre Majest4 accrois- 
tront chacung jour a la gloire de Dieu et a Pimmor* 
taliti de vostre nom, faisant accroistre vostre empire 
et redoubtcr voz puissances que le Seigneur Dien main* 
tiendra tellement qu'il tous fera en peu de temps pa- 
roislre ses grandes graces et favours. Sire, les genous en 
terre, je baize tres-humblement les mains de Yostre Ma- 



20 



11BM0IAES ET JOURNAL DE PIERRE 1)E LESTOILE. 



la roine-roere, pour se rafraischir un peu et se 
donner plaisir, sortit du Louvre avecses dames 
et damoiselles pour veoir les corps mortz des 
huguenotz qu'on avoit tuez : et entre les autres 
voulut veoir le corps nud de Pens, dit Soubise, 
pour veoir a quoy il pouvoit tenir, estant si beau 
et puissaut gentilhomme, qu'il fust impuissant 
d'habiter avec les femmes. 

Le lendemain de Saint-Barthelemy, environ 
midy, on vid un aubespin fleury au cimetiere 
Saint-Innocent. Si-tost que le bruit en fut es- 
pandu par la ville, le peuple de Paris y accou- 
rust de toutes partz en si grande foule, qu'il 
fall ait y poser des gardes a I'entour : on com- 
menca aussy a crier miracle, et a carillonner et 
sonner les cloches de joye. Le peuple mutine, 
pensant que Dieu par ce signe approuvast leurs 
massacres, recommencerent de plus belle sur 
les huguenotz ; et s'en allant au logis de Fad- 
mi ra I, apres avoir coupp£ le nez, les aureilles et 
parties honteuses a ce pauvre corps, le traine- 
rent furieusement a la voirie ; et parce quil y 
avoit tout plein de catholiques qui interpre- 
toyent le reverdissement de I'aubespin pour le 
reverdissementdel'estat de France, et enbrouil- 
loyent le papier, un mcschant huguenot cache, 
qui se fust volontiers aide s'il eust peu d'autre 
chose que de la plume , composa les epigram- 
mes suyvantz, qui nonobstant le temps couru- 
rent incontinent partout Paris et ailleurs. 

Mterni Christus soboles aterna parentis, 

In cruce pro nobis spinea serta tulit. 
Qua cum Parrhysia casorum nuper in urbe 

Christiadum rursus sanguine sparsa forent, 
Emisere suos alieno tempore flores. 

Hinc, qudm facundus sit cruor iste, nota ! 
Qui, reliquis herbis rabido morientibus astu, 

Germinal, et calo semina digna movet. 

Florescunt spina : eaveant sibi lilia ; rarb 
Lilia sub spinis surgere lata solent. 

En ce temps , en derision de I'admiral et des 
huguenotz massacrez avec luy, fust divulgue 
par quelquez catholiquez a gros grain I'es- 
crit intitull Passio Gasparis Colligny, secun- 
dum Bartholomeum , 1572. A la fin de ce bel 
ecrit estoient ces mots : Qui crediderit, et hu- 
gonotus non fuerit, salvus erit; qui verb non 
crediderity condemnabitur ; opera illorum se- 
quuntur illos. Autres pieces d'hugenots : 

jeste\laquelle, apres Dieu el plus que jamais, je servire* 
fidellement, obeire* el revlrere* toule ma vie, sans jamais 
y faire faulte, osant taut de la borne* et pillc* de Vostre 
Majesle* que de rechef luy recommander la justisse de 
la cause de 1'abbayie de Clairvaus, etc. 

» Je rands comte a la Roync de plusicurs voz affaires, 
mesmes de la dispense du mariage de madame vostre 
sour, dont jc ne feray rcdittc a Vostre Majcsll, sinon 



On disoil dangereux comme feste d'apostres 
Ce que les huguenots eslimoyenl un abus; 
Mais Saint-Barthelemy pour luy et pour les autres 
Fit le proverbe yray : done qu'on n'en doute plus. 

Gallia mactatrix, lanius rex, dira macellum 
Lutecia ; 6 nostri temporis opprobrium ! 

Un coquin nomm£ Thomas, vulgairement ap- 
pelle le Tireur d'or, tua en sa raaison un 
nomme Rouillard, conseiller en la cour de par- 
lement, et chanoine de Nostre-Dame, encore 
qu'il fust bon catholique, tesmoing son testa- 
ment trouv£ apres sa mort; et apres Tavoir 
garde trois jours , luy couppa la gorge, et le 
jetta en l'eau par une trappe qu'il avoit en sa 
maison. Ce bourreau , authorise du Roy et des 
plus grandz , chose horrible a veoir , se vantoit 
publiquement des grands meurtres qu'il faisoit 
journellement des huguenots, et d'en avoir tue 
de sa main pour un jour jusques a quatre-vingtz ; 
mangeoit ordinairement avec les mains et bras 
tout sanglans, disant que ce lui estoit hon- 
neur, pource que ce sang estoit sang d'hereti- 
que. [Ce qui seroit mal aise a croire si on ne 
Tavoit veu et entendu de sa propre bouche.] 

La Royne mere, pour repaistre ses yeux, fust 
veoir le corps mort de I'admiral pendu au gi- 
bet de Montfaucon , et y mena ses filz , sa fllle 
et son gendre. 

Messire Rene, Ttalien, estoit un des bourreaux 
de la Saint-Barthelemy, homme conflt en toute 
sorte de cruaute et meschancete, qui alloit 
aux prisons poignarder les huguenotz, et ne vi- 
voit que de meurtres, brigandages et empoison- 
nemens , ayant empoisonne entr'autres peu 
avant la Saint-Barthelemv la rovnede \avarre; 
et le lendemain du massacre, sous couleur d'a- 
mitie, ayant fait entrer un pauvre joual Her hu- 
guenot en sa maison, qu'il cognoissoit et fei- 
gnoit vouloir sauver, apres luy avoir vole tou- 
tes sa marchandise , faisant semblant de la- 
cheter, luy couppa la gorge et le jetta en Teau. 
Aussy la fin de cest homme fut espouventable, 
et toute sa maison un vray miroir de la justice 
de Dieu : car il mourut peu apres sur un fumier, 
consume de \ ermine. Deux de ses filz mouru- 
rent sur une roue, et sa femme au bourdeau. 

Le jour du massacre, on ecrivit au soir sur la 

porte de i'admiral : 

Qui ter Mavortem sumptis patefecerat armi$ > 
Tertiapax nudum per fidiosa necat. 

que pour Gn de ma Icttre, je luy baisere* derechef ires- 
humblement les mains et priray Dieu qu'il doint a Vos- 
tre Majestc* tres-heureus et Ires-glorious regno avec tres- 
longue vie, comme ses tres-chestiexnes et tres- 

GLORIEUSES ACTIONS LE MERITENT. 

» De Rome, ce 10 septembre. 
« Vostre tres-humble et trcs-oWissant subject el scr~ 
viteur. C. Cardinal de Lorraime. n 



HBIIOiaBS BT J0U1NAL 1)E PIEBBE I 



iatholiques et huguenots flrcDt a I'envy 
ssur 1' admiral, qui ne sont pour la plus- 
e des redites et allusions fades. 



UK 1/ADMlBAI.. 

j gl*t (mnls c'esl mill entendo , 
e mot pour lul est Irop taonarate) : 
7 Pad mini I est |icik!u 

■t lea pledj, a fnuic dc twlo. 

9 le massacre, les huguenots flrent faire 
traits de 1'admiral, lesquels on distribua 
•rs lieux et pays aux amis du deffunt, en 
ur de sa memoir e. Entr'autres princes 
ts on en fit present a I'Electeur palatin, 
uontrunt a Monsieur quant il fut le voir 
, pour alter en son royaume de Pologne, 
land a s'il ne connoissoit point l'homme a 
rtrait. • Ouy, dit le Hoy, e'est le feu 
al. — C'est luy-meme, repondit le pala- 
e plus homme de bien, le plus sage, et 
os grand eapitaine de I'Europe, duquel 
xtire les enfans avee mny, dc peur que 
hiens de France ne les dechirassent , 
k ils ont fait leur pere. »Au basdu por- 
oit en distique : 



nas de divers escrits, tant en prose qu'en 
publiez et semez pour et centre la jour- 
la Saint-Bar thelemy, aucteurs et com- 
1'icelle, sous les differens tillres qui sni- 
> Sainct des Huguenots ; le Docteur des 
notz; La Ratten des Huguenots; d'une 
telle huguenotte allant a la messe, 
appelloit la contrninte; Sur le dire du 
n'il n'avoit Hen fait s'il ne tenoit les 
fllz Aimon , entendant les quatrc frercs 
itmorency); De messtre Rene, Ilalien, 
leur, demourant sur le pont Saint-Michel ; 
■oeessions sprit le massacre; Paradoxe 
yuenots apres le massacre; De la Vertu 
ffUenots (sonnet); ('.antique sur le was- 
te la Saint- Barthele my, fait par Maison 
gentilhomme francois et huguenot; 
latin, en detestation dc ceste journee 
f, compose par messire Michel de Lhos- 
oancclicr de France, le Caton francois de 
■age, divulgue seulement apres sa mort, 
I'an d' apres le massacre \AdVidum Fan- 
rum ornatissimum, publie par les hu- 
: contre M. dc Pibrac, ayant escrit unc 

is res Aril* rtinlMI dam Irs Rri'iicilf de l.i's- 



epistre intitulee: Ornatissimi cttjusdam viri 
epistola, et icelle mise en lumiere pour In de- 
fense de la journee Saint-Bart h el emi ; Sonnet 
d'un docte gentithomtne francois, auquel , 
apres Dieu, Je sauvay la vie; Sonnet sur la 
Rupture dc Cedict de paix ; Dialogisme sur 
I'ef/igie de la paix entre le Polonais et la paix 
Valoise;RithmeparlantdesroinesFredegonde, 
Brunehault, de Jezabel et de Catherine de 
Medic is, la monstrant estre la pire de toutes; 
Sympathie de la vie de Catherine et de 
Jesabel, avec I'antipatuie de leur mort; Vers 
cxtraits de la Franciade de Ronsard, des- 
quels les huguenots se sont servis dcxtrement, 
comme sf 1'autheur (qui n'y pensa jamais} 
les eut composes expres contre le roy et les 
conseillers du massacre Saint-Bartheiemy, les- 
quelz ilz out itiserez a la fin de la premiere 
partie de leur Resveil - matin, avec petites 
notes et gloses qui vailent mieux que tout. Et 
quand ilz aurayent este faitz expres, ne pour- 
royeut mieux servir aux huguenots pour le sub- 
jet qu'ilz traitent en leurs deux dialogues. Vers 
latins Sur I'estoile nouvellc, qui se vnyoit sur 
Paris et partont, au mois de novembre, avec 
graude admiration de tout le monde; Passio 
Gasparis Colligni; Extrait d'un Discours mu- 
tin (comme tout passoit en ce temps soubs ce 
nom i attribue a un huguenot sur des nouvelles 
qu'il disoit avoir entendues passant pals et reve- 
nant en France; Discours bisarre d'un gentil- 
homme huguenot (homme d'esprit, mais malin, 
vindicatif et seditieux) ; Arrest scandaleux, 
minutes contre le Roy, sa mere, son frere, ses 
conseillers, etc., fauteurs de la journee Saint- 
Barthelemy; De ccede Chtistianorum et/raude 
Caroli IX. Gall. B.; In Catkarinam Medi- 
ceam; Monumentum piiss. mentor, clariss. 
kcerois Gaspari Collignii; In Carolum Nonum 
satyra; Epitaphe mi -party de 1'admiral; 
Louange des Parisiens sur la mort del 'admiral; 
In mortem Gasparis Colligni ; Bobbas cardina- 
lis epigramma; In eumdem Beg. Clutini ab- 
batis Flaviniaci Carmen ; Gaspari ColHgnio 
et nobilitati cum itlo ceesce; Le Tombeau de 
Colligny, admiral de France, par les hugue- 
nots (i), etc.] 

En ce temps, la bonne dame Catherine, en 
faveur de son mignonde Ret 7. qui vouloit avoir la 
terre de Versailles, fait estrangler aux prisons Lo- 
raenie, secretaire du Roy, auquel ladlte terre ap- 
partenoit(2),et fit aussy mourfrquelquesantres 
pour recompenser ses serviteurs de confiscations. 



28 



MEM01RES ET JOURNAL DE PIERRE DE LEST01LE. 



La veille de la Toussaints, le roy de Navarre 
jouoit avec le due de Guise k la paulme, ou le 
peu de compte qu'on faisoit de ce petit prison- 
nier de roitelet, qu'on galloppoit a tous propos 
de paroles etbrocards, comme on etit faitun sim- 
ple page ou laquais de cour, faisoit bien raal au 
coeur k beaucoup d'honnestes hommes, qui les 
regardoient jouer. 

Au mois de novembre, une nouvelle estoille se 
voyoit sur Paris et partout, avec grande admi- 
ration de tout le monde. Exorta est hcec stella 
in concavo Mercurii, tnense nov. 1572; lutni- 
nosa valde erat : annum et dimidium fulsit, 
contra tnorem steilarum et cometarutn qua 
tanto tempore videri non solent. 

* Beze et autres poetes huguenots comparoient 
cette gtoille k celle qui apparut aux Mages, et 
le roy Charles a Herode. 

Caboche, secretaire de M. le prince deConde, 
homme facetieux, parlant de la journee de Saint- 
Barthelemy, ou il avoit eschappe belle, disoit 
qu'il avoit jou6 et veu jouer en sa vie k beau- 
coup de sorte de jeux ; mais qu'il n'en avoit veu 
jouer un si vilain, si meschant, si detestable ni 
si traistre jeu que celuy de Saint-Barthelemy. 
« Au surplus, dit-il, qu'on m'appelle vilain, lar- 
» ron, meschant, voieur, traistre, parricide, 
» ath&ste, bougre et tout ce qu'on voudra, mais 
»» qu'on ne m'apelle point huguenot. » Ce bon com- 
pagnon estant prisonnier disoit : « Qu'il siffloit les 
» psalmes, pourcequil ne les osoit plus chanter. » 

AD GALLIAM. 

Rexpuer est, proceres scelerati, regia fallax, 
Fadifragi civet, urbs laniena tua est. 

Crudelis, nee jura timens, ac fadera rumpens. 
Est bene de regno, Gallia stulta, tuo. 

Qua neeat innocuos violato fader e natos, 
Gallia, non mater, fed truculenta lupa est. 

ALLUSIOX DES CATHOLIQUBS SCR LE NOM ET LA MOBT 

DE COLIGNY. 

Infausto quod sim CoUigny nomine dictus, 
Hoc equidem dictum calitus esseputo; 

Seu collum ligno, seu corpus junxeris igni, 
Conveniet recti nominis hoc IrvfjLoy. 

Nam mihi supplicium juste* debetur utrumque : 
Utpradoni crux, ignis ut Karetico. 

AUTRE. 

Sic fatis placuit, nomen et omen ut esset 
tgneus in vita, ligneus interitu. 

(pasquier.) 

* II courut apres le massacre des vers mal faits 
sous le nom d'Edmond Auger, jesuite, qu'on dit 
avoir ete basteleur de son premier metier ; et y 



en a encor plusieurs vivans qui assurent l'avoir 
vA mener Tours par les rues. 

COMPARAISOK DE CATHERINE ET DE JEZABEL. 

L'on demande la convenance 

De Catherine et Jezabel , 

L'une, ruine d'lsrael ; 

L'autre, ruinc de la France. 

L'une estoit de malice eitresme, 

Et l'autre est la malice mesme. 

Enfin le jugement fut tel : 

Par une vengeance divine, 

Les cuiens mangercnt Jezabel ; 

La charongne de Catherine 

Sera difl^rcnte en ce point , 

Car les chiens mesmes n'en voudront point. 

1573. Extrait d'une lettre interceptee en sep- 
tembre, escrite de Paris par un courtisan. « J 'ay 
» veu les trois rois, qu'on appelle le Tyran , le 
» roy de Polongne, et le tiers le roy de Navarre, 
» qui pour rendre graces k Dieu pour la paix et 
» leur delivrance, ne cessoyent de le despiter 
» et le provoquer k vie par leurs lascives puan- 
» teurs et autres tels sardanapalisraes. Je sceu 
» comme ces trois beaux sires s'estoient fait 
» servir en un banquet solemnel qu'ilz firent 
» par des p... toutes nues, ausquelles apres le 
» banquet, et apres en avoir abuse et pris le plai- 
» sir, ilz bruslerent avec des torches alluraees 
« le poil de leurs parties honteuses. » 

Apres je sceu comme, estant en peine a 
quoy ils employeroient le rcste de ia nuict] 
ils avoient mande k Nantouillet (l), prevost de 
Paris, de leur apprester la eolation, et qu'ilz la 
vouloient aller prendre chez luy, comme defait 
ils y furent, quelques excuses que Nantouillet 
sceust alteguer pour ses deffenses. Apr^s la col- 
lation, la vaisselle d'argent de Nantouillet et ses 
coffres furent fouillez et pill^z par les rovs et 
leurs satellites; et disoit-on dedans Paris, qu'on 
luy avoit pris et vole plus de cinquante mil 
francs, et qu'il eust mieux fait le bonhomrae de 
prendre a femme la Chasteau-Neuf, fille de joye 
du roy de Pologne, que de l'avoir refus£e; qu'il 
eut mieux fait aussi d'avoir vendu sa terre au 
due de Guise, que de se faire ains piller k de 
grandz et si puissans voleurs. En somme, je seu 
que le lendemain le premier president fust trou- 
ver le Roy, et luy dire que tout Paris estoit es- 
mu pour le vol de la nuict passee, et que quel- 
ques-uns vouloyent dire qu'il I'avoit fait faire 
pour rire, et que SaMajeste y estoit en per- 
sonne. A quoy leRoy respondit: que par le sang- 
Dieu il n'en estoit rien, et que ceux qui le 
disoyent avoient menti ; dont le president tr&- 



(1) Antoine Da Prat, quatrieme du nom, seigneur de prlvAt de Paris a la place de son pcre, le 19 fe*vrier 1553. 
Nantouillet et de Precy, petlt-fils d'Antoine dti Prat , Nantouillet mourut en 1589. 
rhanccller de France sous Francois I". II avail M refu 



MEM01EES ET JOURNAL DB PIEfiBE DE LESTOILE. 



29 



content luy respondit : « J'en feray informer, 

* Sire, ct en feray faire justice. » — Non, non 
» respondit le Roy, ne vous en mettez point en 
» peine; faites seuleraent entendre a Nantouillet 
» qu'il aura trop forte partie s'il en veut deman- 

* der la raison. » [Voila ce que j'ai seu au vrai 
quant a ce fait.] 

En tous ces beaux jeux le prince de Gonde (1) 
seul ne s'y voyoit point mesle , soit qu'il eust 
trop mat a sa teste de sa ferame, de laquelle 
Monsieur, qu'on nomine aujourd'huy le roy de 
Pologne, pourtoit le portraict pendu a son col ; 
soit qu'il fust trop empesche a ses devotions pour 
faire croire qu'il est bon catholique, se signant 
a tous propos du signe de la croix, qu'il dit un 
jour a la royne-mere que sa femrae luy avoit 
appris a faire, tant la contraincte en matiere de 
conscience peut bien faire des hypocrites, mais 
non pas des catholiques ; de quoy le Roy se dou- 
tant bien, a dit ces jours passez : « Par la raort 
« Dieu 1 la roesse ne le sauvera non plus que les 
» autres! » On s'esbahyt fort en ceste court comme 
cejeune prince est revenu sain et sauf de devant 
La Rochelle, veu qu'on ne luy avoit envoye que 
pour s'en despecher. Et ay sceu pour certain 
qu'un gentilhomme qu'il aime, luy dit avant 
que partir le dessein du Roy et de ses ennemis 
qui le menoyent la; mais que ce jeune prince, 
fort resoluement et eourageuseraent, luy avoit 
respondu qu'il en estoitbien adverty, mais qu'il 
ne s'en donnoit peine aucune, et qu'il aimoit 
mieux une mort soudaine qu'une langueur per- 
severante ; usant de ces mots : « Mes ennemis 
» n'auront que faire de m'envoyer a la bresche 
v et aux coups, ilz n'auront, dis-je, cet honneur 
« de m'y envoyer, car j'iray devant eux et 
» m'yhazarderay a toutes restes. » [Ce qu'il a fait 
par le tesmoignage propre de ses ennemis, de 
quoy on ne peut dire autre chose, sinon que 
Dieu i'a garde et le garde pour une meilleure 
affaire possible que nous ne pensons. 

J 'ay appris da vantage en ceste cour, que le 
roy avoit mande par deux fois au roy de Polo- 
logne, son frere, estant dans son camp devant La 
Rochelle, qu'il eut a faire estrangler La Mole , 
gentilhommeprovencaI,favoryduducd'Alencon. 
De Taction, on nem'en a peu rien dire au vray, 
sinon que j'ay sceu certainement que le roy, du 
depuis, contre son frere, avoit fait dessein iuy- 
mesme de 1'estrangler dedans sa cour, ou La Mole 
estoit retourne apres le carapde la Rochelle; et 
pour ce faire, sachant que La Mole estoit en la 
chambredemadaraedeNevers, dans le Louvre, 



(1) Henri de Bourbon , premier da nom , prince de 
Conde\ ne* en 1552, mort en 1588. 



ilpritavec luy leducdeGuise, et certains gentils- 
hommes , jusqu'a six, ausquels il commanda sur 
la vie d'estrangler celuy qu'il leur diroit, avec 
des cordes qu'il leur distribua. En cest equip- 
page, le roy luy-mesme, portant une bougie al- 
lumee, disposa ses compagnons bourreaux sur les 
brisees que La Mole souloit prendre pour aller 
a la chambre du due d'Alencon, son maistre; 
mais bien servit au poure jeune homme de ce 
qu'au lieu d'aller a son maistre, il descendit 
trouver sa maistresse, sans rien scavoir toutes- 
foisde ceste partie. 

Le proverbe qui dit : telle vie, telle fin, fut v£- 
rifie dans Estienne Jodelle, poete parisien(2), qui 
mourut ceste annee, a Paris, comme il avoit ves- 
cu, [duquel la vie ayant este sans Dieu, la fin 
fut aussy sans luy, e'est-a-dire tres-miserable et 
espouvantable, car il mourut sans donner aucun 
signe de recognoistre Dieu], eten sa maladie, 
comme il fut pressed de grandes douleurs, estant 
exhorted'avoir recours a Dieu, il respondoit [que 
e'estoit un chaux Dieu], et qu'il n'avoit garde de 
le prier ni recognoistre jamais tant qu'il luy fe- 
roit tant de mal , et mourust de ceste facon des- 
pitant et maugreant son crlateur avec blasphe- 
mes et hurlemens espouvantables. A la Saint- 
Barthelemy, il fut corrompu par argent pour es- 
crire contre le feu admiral et ceux de la reli- 
gion : en quoy il se comporta en homme qui 
n'en avoit point, deschirant la meraoire de ces 
poures raorts de toutes sortes d'injures et men- 
teries. Finablement, il fut employe par le feu 
roy Charles, comme le poete le plus vilain et 
lascif de tous, a escrire l'arriere hilme que le feu 
Roy appeloit la Sodomie de son provost de Nan- 
touiliet], et mourut sur ce beau fait qu'il a laisse 
imparfait. Pour le regard de ses oeuvres, Ron- 
sard a dit souvent qu'il eut desire, pour la me- 
.moire de Jodelle, qu'elles eussent estedonnees 
au feu au lieu d'estre mises sur la presse, n'ayant 
rien de si bien fait en sa vie que ce qu'il a voulu 
supprimer, estant d'un esprit prompt et inventif, 
mais paillard, yvrongne et sans aucune crainte 
de Dieu, auquel il ne croyoit que par benefice 
dlnventaire. 

[En cest an 1573, on divulgua des vers du 
poete Ronsard sur Charles IX.] 

1574. En cest an fut faite a Paris une signa- 
led justice de deux signales seigneurs et gen- 
tilzhommes, a scavoir de Boniface de La Mole, 
gentilhomme provencal, et du comte de Cocon- 
nas, gentilhomme piedmontais, tous deux execu- 
ted en la place de Saint-Jean-en-Greve, a Paris, 



(2) II fut charge* de faire des pamphlets contre Goligny 
etles huguenots. (A. E.) 



30 



MEUOIBES ET JOURNAL DE PIERRE DE LESTOILE. 



ou ils eurent les testes tranchees, Ic dernier 
avr i 1 , a cause d'une pretendue conspiration contre 
Festat(l),et d'avoir voulu emraenerM. le due en 
Flandres, pour faire la guerre a FEspagnol et y 
brouiller son estat. Le premier qui fut execute 
fut La Mole (2), qu'on appelloit le Baladin de 
la cour, fort aime des dames et de M. le due 
son maistre, qui luy portoit une amitie et fa- 
veur extraordinaires ; au contraire estoit hay 
et mal voulu du roy, pour quelques particula- 
rity fondees plus sur l'amour que sur la guerre, 
estant ce gentilhomme meilleur champion de 
Venus que de Mars : au reste grand supersti- 
tieux, grand messier et grand putier (comme 
disoyent les huguenots), comme a la verite il 
ne se contentoit d'une messe tous les jours, 
ainsy en oyoit trois ou quatre, et quelques 
ibis cinq et six , mesme au milieu des ar- 
mees, chose rare a ceux de sa profession : et 
luy a - 1 - on ouli dire, que s'il y eut failly un 
jour , il eust pens6 estre darane. Le reste du 
jour et de la nuit le plus souvent il l'employoit 
a Famour, ayant ceste persuasion que la messe 
ou'ie denotement expioit tous les pechez et pail- 
lardises qu'on eust sceu commettre; de quoy 
le feu roy, bien adverty, a dit souvent en riant 
que qui vouloit tenir registres des debauches de 
La Mole, il ne falloit que conter ses messes. 
Ses dernieres paroles sur 1'eschaffaut furent : 
« Dieu ait merci de mon dme, et la benoiste 
»» Vierge ! Recommandez-moy bien aux bonnes 
» graces de la roine de Navarre et des dames ! » 
Portant cependant ausupplice un visageeffraye, 
jusques a ne luy pouvoir faire tenir ni baiser la 
croix , tant il trembloit fort. On luy trouva, 
quand il fut ex£cut6, une chemise de Nostre- 
Dame de Chartres, qu'il portoit ordinairement 
sur lui. • 

* Mollis vita fuit, moUior interims. 

Incontinent apres lui, fut execute le comte 
de Coconnas, gentilhomme piedmontais, et de 
grande maison, miroir de la justice de Dieu pour 
la cruaute qu'il commist a Fendroit de ceux de la 
religion, a la Saint-Barthelemy. Cet homme,tout 

(1) Voyez les details du proces dans Castclnau. 

(2) On trouve dans le volume 590 de la Collection 
Dupuy de la Bibliolhgquc du Roy, la Commission pour 
instruire le proces criminel de La Molle et Coconas et 
complices. Cc m£me volume conticnt la lettrc auto- 
g raphe suivautc , cxrite par ordrc de la reine - mere 
au procureur- general du parlement de Paris, ct re- 
lative a la mime affaire. « Monsieur, la royne-merc du 
Roy m*a commanded vous mander que vous donnils s'il 
vous plaist bon ordre quo personne quel qu'il soit ne 
parlc aulx prisonniers mesmement a La Mollc, si cc ne 
sont les juges ordonnes pour faire leur proces, et 
qu'ayanl entendu que Ic dit La Mollc porte au col 



au contraire deLa Mole, estant fortsuperstitieux 
comme n'ayant point de religion , se montra as- 
sure au supplice, comme un meurtrier qu'il 
estoit, disant tout haut qu'il failloit que les 
grandz capitaines, (capables) de grandes entre- 
prises, mourussent de ceste facon pour le service 
des grandz , lesquelz scauroyent bien, avec le 
temps, en avoir la raison. Le roy, ayant entendu 
sa mort , rendit tout haut a sa memoire , en 
presence de plusieurs seigneurs et gentilshom* 
mes, un tesmoignage signale, qui sert pour 
raonstrer que les rois , encore que souvent ils 
fassent faire le mal , toutesfois ilz le haysent , 
et que Dieu se sert ordinairement d'eux-mes- 
mes pour en punir les exeeuteurs. II dit done 
ces motz : « Coconnas estoit gentilhomme, vail- 
» lant homme et brave capitaine, mais mes- 
« chant , voire un des plus meschants que je 
» croy qui fust dans mon royaume. 11 me sou- 
» vient luy avoir ouy dire entr'autres choses, 
» se vantant de la Saint-Barthelemy , qu'il 
» avoit rachete des mains du peuple jusques a 
v trante huguenotz pour le moins, pour avoir 
v le contentement de les faire mourir a son 
» plaisir, qui estoit de leur faire renier leur 
» religion , sous sa foy et promesse de leur 
» sauver la vie :ce qu'ayant fait, il iespoignar- 
* doit, et faisoit lauguir et mourir a petitz 
» coups tres-cruellement. Du depuis, disoit le 
» roy, je n'ay jamais aime Coconnas , et encore 
» que je n'aimasse gueres les huguenots, je l'ay 
» tousjours tenu pour un meschant homme et 
» digne de la fin qu'il a eue. » 

Le vendredy, dont le roy Charles mourut le 
dimanche ensuyvant sur les deux heures apres 
midy , ayant fait appeller Mazille, son premier 
raedecin, et s'estant plaind a luy des grandes dou- 
leurs qu'il souffroit, luy demanda s'il estoit 
point possible que luy et tant d'autres grandz 
medecins qu'il y avoit en son royaume, luy 
peussent donner quelque allegement en son 
mal : « Car je suis, dit-il, horriblement et cruel- 
« lement tourmente. » A quoy ledit Mazille res- 
ponds fort sagement et vertueusement , que 
tout ce qui dpendoit de leur art ilz Favoyent 

quelques chifTres ou carracteres , ct au doibt des an- 
neaulx , que vous les luy fassils hosier . voir que e'est 
et les garder aussi. II avoit sur luy cinq ou six cens 
escuz et des bagucs , qui sont moyeos pour tenter et 
corromprc Ics gardes, par quoy il lui fault aussi hos- 
ier et faire bien garder tout comme vous scave*s qu'il 
fault faire , qui est tout ce que je vous diray ; si- 
non me recommande tres aflectucuzement a voslre 
bonne grace. Au bois de Vincennes , ceste vigille dc 
Pasqucs au soir. 

» Vostrc obe'issant parfaict amy a vous faire 
service, Lanssac. » 



MEMOIRES ET JOIRMAL I)E PIERBE DE LESTOILE. 



31 



fait et ny a>oyentrien oublie, etque mesmes le 
jour de devant, tous ceux de leur faculte s'es- 
toyent assemblez pour y donner remede , ce 
qu'ilz esperoient de la bonte de Dieu ; mais 
que pour en parler & la verite , Dieu estoit le 
grand et souverain medecin en telles maladies, 
auquel on devoit reeourir, et que c'estoitsa main 
estendue qu'il falloit recognoistre pour s'hurai- 
lier soubz icelle et en attendre la grace et la 
guerison qu'il oetroye ordinaireraent &ceux qui 
le prient et invoquent de bon cceur. « Je cioy, 
» dit le roy , que ce que vous dites est vray , 
* et n'y sfavez autre chose. Tirez-moy ma cus- 
» tode, que j essaye de reposer. » Et k l'instant 
Mazille estant sorty, et ayant fait sortir tous 
ceulx qui estoyent dans la chambre, bormis 
trois, assavoir : La Tour, Saint- Pr is et sa 
nourrice , que Sa Majeste airaoit fort , en- 
core qu'elle fust de la religion. Comme elle se 
fust mise sur un coffre et commencast a som- 
meiller , ayant entendu le roy se plaindre, pleu- 
rer et souspirer, s'approche tout doucement 
du lit ; et tirant sa custode , le roy commence a 
luy dire, jettant un grand souspir, et larmoyant 
si fort, que les sanglots luy interrompoyent la 
parole : « Ah ! ma nourrice , ma mie , ma nour- 
» rice, que de sang et que de meurtres ! Ah ! que 
» j ay eu un meschant conseil ! mon Dieu , 



»> pardonne-les-moy et me fay misericorde s'il 
» te plaist ! Je ne scais oil je suis , tant ilz me 
« rendent perplex et agite. Que deviendra tout 
a cecy ? que devindrai-je moy a qui Dieu le re- 
»» commande? que feray-je? Je suis perdu , je le 
» sens bien. >» Alois sa nourrice luy dit : « Sire, 
« les meurtres et le sang soyent sur la teste de 
» ceux qui vous les ont fait faire et sur votre 
« meschant conseil ! Mais de vous, Sire, vous 
» n'en pouvez mais , et puisque vous n'y prestez 
» point de consentement et que vous y avez re- 
« gret, comme venez le protester tout pre- 
>» sentement , croycz que Dieu ne vous les im- 
» putera jamais , et qu'en luy demandant par- 
» don de bon co3ur, comme vous le faites, il vous 
» le donnera et les couvrira du manteau de la 
» justice de son filz , auquel seul faut qu'ayez 
» vostre retours. Mais pour Thonneur de Dieu , 
» que Vostre Majesty cesse de larmoyer! et se 
» fascher de peur que cela ne rengrave vostre 
» mal, qui est le plus grand malheur qui scauroit 
» advenir a vostre peuple et a nous tous. » Et 
sur cela luy ayant este querir un mouchoir, pour 
ce que le sien estoit tout mouille et tremp^ de 
larmes ; apres que Sa Majeste l'eut pris de sa 
main , luy fist signe qu'elle s'en allast, et le lais- 
sast en reposer. 



FIN DES MEMOIBES ET CURI0S1TES, 

depuis l'an 649 jusqu'a l'annee 1574. 



REGISTRE-JOURNAL 



D'UN CURTEUX 

l)E PLUSIEURS CHOSES MEMORABLES ADVENUES ET PUBLIEES L1BREMENT A LA FRANCOISE, 

PENDANT ET DURANT LE REGNE DE 

HENRI HI. 

BOY DB FRANCE ET DB POLONGNR; 

Lequel commcnga le dimanchc xxx e may, jour de Pentecoste, 1574, sur les trois kcures 
apres Midi, et finist le mercredi 2 aoust 1589, a deux heures apres minuit. 



11 est auMi pea en la puissance de toute la faculty 
terrienne d'engarder la liberie francoise de parler, 
corome d'enfouir le soldi en tcrre, ou I'cnferoierdans 
nn troo. 



Mihi non aliis In otio negotium. 



POUR REFORMER OU POUR RRUSLER. 



II. C. D. M., T. I. 



REGISTRE- JOURNAL 



DE 



HENRI III, 



HOY DE FBAKCE ET DE POLONGNE. 



1574 A 1589. 



MAY 1574. 

Le dimanche 30 ,ne may, jour de Pente- 
«te 1574, sur les trois heures apres midi, 
harles IX% roi (1) de France, att^nue d'une 
ague et violente maladie de flux de sang, a 
ison de laquelle on avoit preveu son dec&s 
us de trois raois auparavant, mourust au 
tastel dc V incennes-les-Paris , aag£ de 23 ans 
ire mois et quatre ou cinq jours; apr&s avoir 
gne [treize ans] (2) six mois ou environ , en 
lerres et urgens affaires continuels. Et laissa 
le seule fiUe de Madame Ysabel d'Austriche (3) 
hi espouse, nominee Mar ie-Ysabel de France (4), 
tgee de dix-neuf mois ou environ, et le 
oiaume de France trouble de guerres civiles, 
oos les pretextes de religion et bien publiq 
[oasi par toutes les provinces d'icelui ; [ spe- 
Jalement espays de Languedoc, Provence et 
huphine , Poictou , Xaintonge , Angoumois et 
farmandie, ou les huguenos et leurs catholi- 
|ues associes, mal contens, avoient occupe plu- 
ieurs villes et places fortes et tenoient les 
tamps en grandes trouppes. ] 

Le lundi dernier jour dudit mois de may, au 

(1) On pourra remarquerdans cette Edition one grande 
arie^te* dans l'orthographe des mimes mots ; il nous suf- 
n, poor justiGer cette singularity, de prtvenlr le lecteur 
Be, Doos conformant a Tosage des Mlteurs qnl ontdonne* 
oar U premiere fois on auteurancien d'aprtesle manus- 
rtt antograpbe, nous nous sommes attache's a reprodaire 
\ textetel qu'il a 4t6ecrit par Lestoile. Cette m&hode a 
16 aussi suivie dans l' Edition da Journal de Henri IV, 
ft Petitot, qaf , le premier, a pu consulter les manus- 
rttsautographes do regne dece rol, rtfdigls par Lestoile. 

(2) Les anciens Iditeurs en fmprimant onze ans, 
H fait commettre une erreur a Lestoile ; elle n'existe 
ii dans sod manoscrtt autograpbe. 

(3) Elle elait fiile de Maximlllen II. 

(4) Marie Elisabeth de France naqnlt a Paris, le 27 oc- 
ore!572. 

(5) La relation de ce qui $e pasta au parlement, au 



matin , la cour de parlement s'assembla au pa- 
lais (5) , combien qu'il fust feste, et deputa cer- 
tains presidens et conseillers d'icelle, pour aller 
au chastel de Vincennes supplier Madame Ca- 
therine de M&Licis, mfcre du feu roi, d'accepter 
la r^gence et entreprendre le gouvernement du 
roiaume en l'absence et en attendant la venue 
du roi Henri, son fils, estant en Polongne. 

A mesme effait, ledit jour, l'apr&s disneje, les 
prevost des marchans et eschevins de Paris (6), 
suivis de plusieurs conseillers et notables bour- 
geois de ladicte ville, allerent audict chastel de 
Vincennes faire semblables prieres et requestes 
a ladicte roine, m&re du feu roy, qui volontiers 
accepta ladite r£gencc et charge, suivant l'in- 
tention du feu roi, son fils, qui, peu d'heures 
avant son dec&s, I'avoit ainsi declare et ordonne\ 

Ceste mesme apres disn£e, le corps du feu 
Roy, qui par l'espace de vingt-quatre heures 
avoit demeur£ mort en son lict , le visage des- 
couvert, ou chacun le pouvoit voir, fat, par les 
m&lecinset chirurgiens, ouvert et embausm£ et 
mis dedans un plomb. 

* Le mesme jour la royne despescha en Po- 
logne un seigneur (7) de la cour, pour appren- 

svjet de la rigence de la royne Catherine de Me\Hcu, 
apres la mort du roy Charles IX, le roy Henri Hi «*- 
tant en Polongne, exlste dans le volume 144 de la col- 
lection Brienne de la Bibliotheque du Roi. 

Cette meme collection, meme volume, contient aussi 
Yacte par lequel la Royne mire du Roy accepte la ri- 
gence du royaume. 

(6) Les prtvost des marchands et eschevins de Paris , 
Itaient le president Charron, continue* prlvost des mar- 
chands: il ayait 6t6 61u pour la premiere fois en 1572; 
Claude Daubray, secretaire du Roy, et le sieur Guillaumc 
Parfait, eschevins: ils avaient succeVte aux sieurs dc 
Bragelonne et Danes. (A. £.) 

(7) Le marquis de Barbetiere, sieur de La Roche 
Chemerault ; deux jours apres, Magdelon de La Fajolo 
sieur de Neuvy, fut expgdie* avec les mimes ordres . 
aGn de prlvenir tous les accidents qui pourraient rclar- 

3. 



36 



REGlSTfiE-JOIJRNAL DE HENRI III, 



die au roy dc Pologne la mort du roy de 
France , son frere , et le presser de tout quitter 
pour repasser en France. 

J u in. Le mardi premier jour de juing au 
soir, la roine-mere et tout le surplus de la cour 
vinst coucher au chastel du Louvre, a Paris , 
laissant le corps du roi mort audit lieu de Vin- 
cennes,accompagnedes seingneursde Lanssacet 
de Rostain, et de religieux faisans les prieres 
jour et nuict a la maniere accoustumee. 

Le mercredi 2 e , la roine regente fist mu- 
rer toutes les portes et entrees du chastel du 
Louvre, et n'y laissa autre entree que celle de 
la grande porte, qui est entre les jeux de paume, 
regardant vers l'hostel de Bourbon , de laquelle 
encores ne laissa-t-on que le guischet ouvert avec 
grande garde d'archers par le dedans et un corps 
de garde de Suisses par le dehors, mesme fait 
clorrede murs les deux bouts de la rue du Louvre, 
[y laissant portes de chaque coste pareillement 
gardees des Suisses.] Et estoit bruit que ce fai- 
soit-elle pour doute des entreprises et conspira- 
tions secrettes ja des Pasques precedentes des- 
couvertes , et pour raison desquelles des la fin 
du mois d'avril precedent, Tourtet (t), secre- 
taire de Grandchamp ; Gonconnas, gentilhomme 
piemontois , et La Molle, gentilhomme proven- 
^al, avoient este decapites et mis en quatre quar- 
ters en la place de Greve;et les seingneurs raa- 
reschaux de Monmorancy et Gossey, des le 
quatriesme jour de may, mis prisonniers en la 
Bastille et arrestes soubs seure garde (2). 

Le jeudi 3 juing, les lettres de la regence de 
la roine furent publiees en la cour en plaine au- 
diance, oy et ce requerant le procureur-general 
duroy,entherinees et homologuees et puis im- 
primees. 

Le vendrcdi 4 furent depesches de la part de 
la roine , de Monsieur le due d'Alencon et du 
roy de Navarre , trois signales gentilshommes , 
a scavoir : le seingneur de Rambouillet (3), pour 
la roine , le jeune seingneur d'Estres (4) pour 
M. le due, et le sieur de Miossans (5) pour le roi 
de Navarre, pour aller en Polongne annoncer au 



der le voyage dc Chemerault. (A. E.)— La collection Du- 
puy de la Bibliotheque du roi renfermc la Icttre qui Tut 
adresscc par la reine-rtgenlc Catherine de M&licis, a son 
fils le roi de Pologne ; volume 500. 

(1) Ce Tourtet est nomine* Tourtay ou, La Tourtaye 
dans les MCmoires deCastelnau. (A. £.) 

(2) Bis le premier juin, la rcine avait inform^ les 
lieufenants-glnlraui du royaume quelle avait accepts la 
regence. On trouve cette piece dans la collection 
Brienne, vol. Ill, manuscrit de la Bibliotheque du roi. 

(3) Nicolas d'Angennes, seigneur de Rambouillet, 
eapitaine des gardes des rois Charles IX et Henri 111. 
(A. E.) 



roi la mort du feu roi, son frere, lui congratulcr 
l'adeption de la couronne de France et le prier 
d'accelerer sa venue en son roiaume [pour y esta- 
blir son estat, et obvier aux grands maux et in- 
con veniens qui pouvoient advenir par sa plus 
longue demeure.] 

Le samedi 5, commission fut decemee aux 
seingneurs Vialard, president de Rouen , et Poisle, 
conseiller de la grande chambre au parlement 
de Paris, pour aller faire le proces au comte de 
Mongommeri (6), chef des huguenos soubsleves 
au pays de Normandie, lequel apres s'estre em- 
pare des villesde Saint-Lo, Querentan et autres 
places de la Basse- Normandie , s'estant retire a 
Damfront en Pissaie, le jeudy 27 e jour de may, 
avoit este par les seingneurs de Matignon , Fer- 
vaques et autres capitaines catholiques, pris pri- 
sonnier au dit chasteau de Damfront et depuis 
mene au chasteau de Gaen , et la detenu soubs 
bonne et seure garde. 

Le diraanche 6, le comte de Rais (7), mares- 
chal de France , arriva a Paris retournant de 
Pologne , ou ii estoit des le mois de decembre 
precedent alle accompagner le roi de Polon- 
gne a sa reception et couronnement, et rapporte 
[promesse de plusieurs seingneurs d'Alemagne 
de secourir le roi d'hommes a son besoto, 
moiennant certaines sommes de deniers stipu- 
les] et seurete de passage par 1' Alemagne poor 
le roi de Polongne, revenant en France. 

En ces jours se descouvrirent plusieurs gens 
de guerre tant de cheval que de pied, tenans les 
champs vers Trappes, Versailles [Vesines], Vi- 
rofley et villages circonvoisins, et vivans a dis- 
cretion, desquels on ne peust onques scavoir les 
noms ne l'entreprise. 

Le 12 juing mourust a Paris rambassadear 
de Mantoue, duquel on fist saisir tous les meo- 
bles et mettre en la main du roy. 

[Ge jour s'esleva un faux bruit a Paris de 
M. de La Noue, qu'on disoit avoir quitte le parti 
et religion des huguenos, pour se soubmettre 
au bon plaisir du nouveau roy, et de la roine 
regente, sa mere. 



(4) Antoine d'Estrees, maftre de 1'arUUerie de France, 
pere de Gabrielle. duchesse de Beaufort. (A. E.) 

(5) Henri d'Albret, baron dc Miossans. 

(6) Le m£me personnage qui, en 1559, blessa Henri II 
dans le tournois donne* dans la rue Saint- Antoine , a 
r occasion du manage dc la fille de ce roi, et donl il a 
<He question page 14. 

(7) Albert de Gondy , due de Rais, marechal de France. 
Cette maniere d'orthographier le nom de Retx fat 
adopte'e par le cardinal de ce nom vers les dernitas 
annees de sa vie , gpoque a laquelle il ecrivii ses Ml- 
molfes et rc^Jigea sa ggnlalogic. 



BOY DE FHAMCE ET DB POLONGNB. [1574} 



S7 



En ce temps U eourut secrettement a Paris, 
ling tombeau satyrique da feu roi Charles IX , 
basti de la main d'un huguenot (comme on pr6- 
supposoit), qui ne pouvoit oublier la journee de 
Saint-Barthelemi (encores que beaucoup l'attri- 
buent a ung advocat du parlement de Paris, tres- 
catholique ). Icelui passant de main en main , 
tumba entre les miennes, ce samedi 1 2 juing, et 
est td: 

TUMBBAU (1) DB CHARLES IE, BOY DB FRANCE. 

1574. 

Flos cruel que Nlron , plus ruse* que Tibere, 
lUy de ses subjets, moque' de I'estranger, 
Brave dans une cbambre a couvert du danger ; 
Mcsdisant de sa seur. dcspit con t re 8a mere ; 
Envieux des hauls-fails du roi Henri son frere ; 
Du plus Jetme enneroi fort prompt a se changer ; 
Sans parole et mm foi, horemis a sc vanger ; 
Execrable jureur et publiq adultere ; 
Des egllses premier le domaine il vendist , 
Et son Men et l'autrui follement despendist ; 
De vilains II peupla I'ordre des chevaliers. 
La France <f ignorans prclats et conseillers : 
Tout son regno ne fut qu'un horrible carnage, 
Et mourut enferme* comme un chien qui enrage.] 

E. P. 

Le dimanche 13 juing arriverent les nou- 
vellesaParisde la ville de Sainct-Lo, prise d'as- 
sault (J) par les catholiques, auquel moururent 
des aasaillans beaucoup de braves soldats, et 
furent blesses audit assault le seingneur de La- 
verdins et le capitaine Solles, gascon, avec 
quelques autres gentilshommes signales du parti 
du roy. Mais enfln, estans forces, apr&s avoir 
soustenu plus de trois grosses heures, le capi- 
taine Colombieres qui y comraandoit dedans 
pour les huguenos aiant este tu6 sur la bresche 
et ung sien fib aupres de lui, tout fust mis au 
(il de f'espee, jusques aux femmes mesmes qu'on 
disoit avoir durant ledit si£ge et audit assault 
fait raerveilles de bien secourir leurs hommes 
de tout ce que femmes peuvent servir en telles 
affaires. Le jour precedent I'assaut, qui fust le 
jeudi 10 de ce mois , on y avoit men£ le comte 
de Montgommeri, prisonnier, pour le monstrer 
au seingneur Colombieres afin de l'induire a 
se rendre; ce qu'aussi Mongommeri, par re- 
duction de ceux qui le tenoient, tascha le plus 
qu'il peust de lui persuader; mais I'autre, sans 
s^estonner autrement , lui fist une response d'un 
capitaine resolu et determine tel qu'il estoit : 
- Non , non, lui dist-il, mon capitaine, je nay 
» point lecceur si poltron que de me rendre, pour 

(i) Tombeau tret-scandaleux public et seme" a Pans. 
'Lestoile.) 

(9) La ville de Siint-L6 fut prise le 10 juin. 

(3) Gentalogie des comtes de Rets et de I'amicnne et 
bonne fortune de lui et de scs frercs. (Lestoile.) 



» estre men6 a Paris servir a ce sot peuple de 
» passetemps et de spectacle en une place de 
» Greve, comme je m'asseure qu'on vous y verra 
» bientost. \oi\k le lieu (monstrant la bresche) 
♦ ou je me resouls de mourir, et ou je mourrai 
w possible d&s demain , et mon ills aupres de 
» moi : » ce qui advinst. 

Le mardi 15 juing, mourust a Paris messlre 
Charles de Gondi, seingneur de La Tour, frfcre 
du comte de Rais, mareschai de France, et de 
l'evesque de Paris, de despit et melancolie, 
comme en fut le bruit tout commun, de ce qu'es- 
tant maistre de la garde-robbe du Roy nagueres 
deffunct, il avoit estl priv6 des meubles et ac- 
coustremens dudit defunct Roi, et autres droits 
a lui appartenans audit tiltre, par sondit ftere 
aisne le comte de Rais, qui avoit voulu avoir la 
despouille et droits dessusdicts, comme aiant 
bailie ou fait bailler audict La Tour, son frere, 
ledit estat de maistre de la garde-robbe, et es- 
tant cause de tout son bien et avancement. 

Ce comte de Rais (3) estoit ills aisne d'un ban- 
quier florentin de Lion , nomme Gondi , sein- 
gneur du Peron, duquel la femme italienne avoit 
trouv£ moien d'entrer au service de la roine Ka- 
therine de Media's, et avoit heu charge de la 
nourriture des enfans du roi Henri et d'elle , 
en leur maillot et enfance; mesme disoit-on 
qu'elle avoit aide a la Roine, qui avoit demoure 
dix ans mariee sans avoir lignee, a faire lesdits 
enfans; qui fut cause de la faire tellement aimer 
par ladite Rofne-mere , qu'aprte la mort du roi 
Henri son marl, estant par venue au maniement 
et gouvernement des affaires, pour le bas aage de 
Charles IX , son fils, en moins de quinze ans 
elle avoit si bien avance les enfans de ladite dame 
Du Peron, qui au jour du deces du roi Henri n'a- 
voient pas tous ensemble deux mil livres de re- 
venu et de patrimoine , leurs debtes paiees , 
cent sols vaillant, que ledit comte de Rais, lors 
du deces dudit roi Charles IX , estoit premier 
gentilhomme de la chambre du Roy, et mares- 
chai de France; outre autres plusieurs estats 
qu'il tenoit, poss&loit cent mil livres de rente 
pour le moins, et avoit en argent content et en 
meubles la valeur de quinze ou dix-huict cent 
mil livres ; et son frere maistre Pierre Gondi , 
outre l'evesche de Paris , tenoit encores pour 
trente ou quarante mil livres d'autres benefi- 
ces (4), et avoit d'argent comptant et de meubles 
la valeur de plus de deux cents mil escus , et 

(4) II e'tait grand-aumonier ct cnancelie r des rcines 
de MMicls ct Elisabeth d'Autriche. chef du ronseil du 
Roi, abbe de Cbassagne, de Sainl-Jean-des-Vlgnes , de 
Salnt-Crespin de Soissons, de Saint-Aubin d* Angers, 
de Saint-Martin de Pontoise, de Champagne ct de L'Es- 
pau. 



38 



REGISTBE-JOURIVAL DE HENRI III 



ledit seingneur de La Tour, qui estoit le dernier 
frere, quant il mourust, estoit capitaine de cin- 
quante hommes d'armes, chevalier de I'ordre, 
et maistre de la garde-robbe du Roy ; et tous 
trois du conseil prive dudit seingneur Roy : [ qui 
est un des miracles ou des jouets de fortune 
de nostre temps, digne d'estre adjouste au cha- 
pitre de Valere : De Us qui ex humili loco ad 
summas fortunas evaserunt] 

Le mercredy 16 , Gabriel comte de Montgora- 
meri fust mis en la tour quarrle de la concier- 
gerie du Palais k Paris, apr&s avoir estl veu et 
out sur certains points par la Roine regente, par 
le chancelier, et par certains presidens de la 
cour, et fut amen£ de [Caen k Rouen et de 
Rouen a Paris, par quatre compagnies d'hommes 
d'armes et deux compagnies de gens de pied ] , 
sous la conduitte du seingneur de Vass£. 

* Albert de Gondy, comte de Retz , affec- 
tant la principaut£ d'Orange , on fit cette pas- 
quinade : 

* Nature a fait on cas Strange 
En la personne de Gondy : 

II ne lay faut plus qu'une orange 
Pour faire wx bon salmigondy. 

La veille de la saint Jean, le feu fust mis en 
Gr&ve par le provost des marchans , sans au- 
cune solennitl [ni demonstration d'allegresse , 
mesme sans oulr son de tabourin , ne trait de 
harquebouse ou artillerie] , k cause de la raort du 
roi encores toute fraische. Et audit lieu fut pendu 
un qu'on disoit s'apeler le capitaine de La Ro- 
che, et avoir est6 moine, cordelier ou jacobin, 
et depuis diacre ou ministre de la religion, at- 
teint et convaincu (k ce qu'on disoit) de quelque 
conspiration. 

Le samedi 26 juing , le comte de Mongom- 
meri , par arrest de la cour de parlement de 
Paris, fust tir£ de la conciergerie du Palais, 
mis en untumbereau, les mains ltees derriere 
le dos, aveq un prestre et le bourreau, et de l& 
men£ en la place de Gr&ve, ou il fust d£capit£, 
et son corps mis en quatre quartiers. Par ledit 
arrest, il fust condamne, comme attaint et con- 
vaincu du crime de l&ze-majeste, k souffrir en 
son corps les peines susdittes, ainsi que I'ex&u- 
tion en suivist, et encores k avoir la question 
extraordinaire qu'il eust, d£clar£ degrade de 
noblesse, ses enfans qu'il laissa onze en nom- 
bre, neuf fils et deux filles, vilains, intestables, 
ncapables d 'offices, ses biens acquis et confis- 

(1) Le comte ne voulut jamais nommer ce person- 
nage, mime torsqu'il Tut applique* a la question ; mais 
il le d&ignait assez en disant qu'on le tenait pour la se- 
ronde personne de France. C'6tait le due d'Alencon, 
qui avail traite avec les protest ants. Le roi de Navarre 



ques au Roy, et autres ausquels la confiscation 
en pourroit appartenir. Quand son arrest lui fut 
prononce, et en le menant au supplice, il disoit 
k haute voix qu'il mouroit pour sa religion, 
qu'il n'avoit onques fait trahison ne autre faute 
k son prince; combien que la verite fust 
qu'aiant sa vie, ses moiens et sa religion as- 
seuree en Angleterre , ou il estoit bien venu , 
mesme pres de la Roine , il avoit passe la mer 
expr&s pour venir troubler son pays et 1'Estat de 
son maistre : dont il s'excusoit sur le comman- 
dement que lui en avoit fait un grand (1), sans 
l'avoir voulu jamais nommer, mesmes k la ques- 
tion, sinon qu'on le tenoit pour la seconde per- 
sonne de France. 

II dit aussi qu'il n'avoit fait mal ou offense a 
personne ; qu'il estoit prisonnier de guerre , et 
qu'on ne lui gardoit pas les promesses qu'on 
lui avoit faites k Damfront quand il s'y rendist 
prisonnier, entre les mains du seingneur de 
Vasse , k charge expresse qu'il auroit vie et ba- 
gues sauves. 

II ne voulust point se confesser k nostre mais- 
tre Vigor (2), archevesque de Narbonne, qui 
s'alla presenter k lui en la chapelle pour l'ad- 
monester, ne prendre ou baiser la croix qu'on a 
coustume de presenter k tous ceux qu'on mene 
au dernier supplice, ni aucunement escouter ou 
regarder le prebstre qu'on avoit mis au tombe- 
reau pr&s de lui, mesme k ung cordelier, qui, le 
pensant divertir de son erreur, lui commenca a 
parler et dire qu'il avoit est£ abuse : le regar- 
dant fermement , lui respondit : « Comment 
» abuse ! si je 1'ay este, ca este par ceux de vos- 
« tre ordre ; car le premier qui me bail la jamais 
» une Rible en francois et qui me la fist lire, ce 
» fust ung cordelier comme vous, et \k dedans 
» j'ay appris la religion que je tiens, qui seule 
» est la vraie, et en laquelle aiant depuis vescu, 
•> je veux , par la grace de Dieu, y mourir au- 
» jhourdui. » 

Estant venu sur l'eschaffaut , il pria le peu- 
ple de prier Dieu pour lui , r6cita tout haut le 
symbole, en la confession duquel il protesta de 
mourir , puis aiant fait sa priere k Dieu k la 
mode de ceux de la religion , eust la teste 
trenchle, laquelle, le lundi ensuivant 28 juing, 
ftist mise sur un posteau en la place de Gr&ve , 
et la nuit en fust ostee par le commandement de 
la Roine-mere, qui assista k l'execution, et fust 
k la fin vengee, comme des long-temps elle de- 

et le prince de Conde* e'taient entre*s dans cette ligue. 
(A. E.) 

(2) Simon Vigor, un des douze docteurs de Sorbonne 
que Charles IX avait envoyls au concile de Trente. 

(A. E.) 



BOI DE FRANCE ET DE POLONGNE. [1574] 



39 



siroit, de la mort du feu roi Henri son mart, en- 
core qu'il n'en peust mais , par Ie moien du 
seingneur de Vasse, qui, usant de la foi du 
temps, lui mist entre les mains ce pauvre gen- 
tilhomme , auquel la justice n'eust sceu faire 
plaisir quant elle eust voulu. 

[Le 38 jour de juin], la ville de Querantan 
fust rendue a M. de Mattignon, [qui l'estoit al!6 
assieger et battre, aprfcs la prise de Saint-Lo, et 
fat la composition telle, que des huguenos qui 
estoient dedans, ceux qui voudroient venir ser- 
vir le roy auroient les vies et bagues sauves ; 
et ceux qui se voudroient retirer en leurs mai- 
sons, emporteroient pour toutes armes l'esp£e et 
ladague, horsmis] le seingneur de Guiteri, qui y 
commandoit , lequel seroit amene a la roine r6- 
gente pour estre fait de lui ce que bon lui sem- 
bleroit : laquelle trompant de ce coste-la beau- 
coup de gens, apres lui avoir parte, le renvoia 

libre en sa maison. 
Jutllet. Le mardy 6 juillet , fbrent en la 

cour de parlement de Paris pubises et regis- 
tries des lettres patentes du roy Henri HI , 
portans confirmation , ratification et amplia- 
tion du pouvoir de la Roine sa m&re, touchant 
la regence et administration des affaires de 
France durant son absence, donnees a Cracovie 
en Polongne, le 15 c jour de juing et depuis im- 
primees. 

Le jeudi 8 juillet, le coeur du feu roi Charles 
fast porte aux Cllestins de Paris par M . le due 
son frfere, et illeq inhum£, [avec les. solennites 
et ceremonies en tel cas accoustnmees.] Et le 
dimanche ensuivant, fut le corps de Saint-An- 
toine-des-Champs apporte a Nostre-Dame de Pa- 
ris , et le iendemain porte de Nostre-Dame a 
Saint-Denis en France, ou le mardi il fut en- 
ter^, avec toutes les magnificences d*obseques 
et cerimoniales solennites qu'on a accoustuml 
d'observer aux enterrements des rois de France. 

En ces obseques (l), et en 1'ordre de marcher 
et tenir reng, se meurent quelques difterends 
et propos d'altercation entre messieurs de la 
cour de parlement de Paris et messire Jaques 
Amiot , Ivesque d'Auxerre , grand ausmosnier 
de France ; messire Pierre de Gondi , 6vesque 
de Paris ; messire Albert de Gondi , comte de 
Rets, mareschal de France; le seingneur de 



(1) On en trouve une relation dan* le volume 321 de 
It collection Dupuy, maouscrits de la Bibliotheque du 
Roi. 

(2) A cetle mime date, la reine rlgeate fit publier 
des lettres par lesquelU»s eHe aaturait ceux de la reli- 
gion qu'll ne lear terait fait aucun tort. Cette piece se 
irouve dans la collection de Brieane, vol. 207. 

(3) Geoflro? Tallee est l'auteur d'un outrage extr*- 



Fontaines, et autres gentilshommes de la cham- 
bre du feu Roy, qui revindrent enfin a quel- 
ques insolences, qui furent faites par ledit sieur 
de Fontaines, et a haultes paroles, qui furent 
dites de part et d'autre : toutefois enfin la cour 
de parlement le gaingna, et tinst, a I'accous- 
tum£, les environs et les plus prochains lieus de 
l'eflfigie du feu Roy, pour raison desquels lieux 
estoit survenue ladite contention. 

[Le samedi 17 juillet, fut crie a Paris et en- 
joint a tous gens de guerre et hommes d'ordon- 
nance , de se rendre a Troies, le 25, pour sui- 
vre leurs chefs allans au devant du roy. 

Le dimanche 18, mourust a Paris le vicomte 
d'Auchie, capitaine des gardes. 

Le mercredi 21 juillet (2),] un gentilhomme 
du pays de Brie, nomm£ de Haqueville, fut d£- 
capite aux Hal les pour avoir tu£sa femme et un 
gentilhomme nomine de la Morli&re , sur une 
opinion qu'il avoit prise que ledit de la Morli&re 
abusoit de sa femme. 

Le mercredi 28 juillet, messire Albert da 
Gondi, comte de Rais , mareschal de France, et 
seul de tous les mareschaux en credit , partist 
de Paris pour aller aux confins de Champagne 
et de Lorraine, recevoir six mil Reistres etsix 
mil Suisses, qui y devoient arriver pour le roy, 
[eootre les rebelles : et disoit-on que la roine re- 
gente , all ant a Lion , passoit expressement u 
Troies, et autres villes de Bourgongne,pour y 
voir et bien-veigner leurs chefs et capitaines , et 
festoier les plus apparens d'iceux. 

En cemois de juillet, un miserable atheiste et 
fol (comme Tun n'est jamais sans l'autre), nomine 
Geoffroi Vallee (3), fust pendu et estrangle a 
Paris, et son corps mis en cendres, pour avoir 
fait imprimer audit Paris , et courrir partout : 
ung sien petit libelle, intitule : 

La Beatitude des Chrestiens, ou le Ftco d* 
la foy ; par Geoffroi Vallee , natif d'Orleans, 
filsde feu Geoffroi Vallee, et de Girarde le 
Berruier , [ ausquels noms des peres et mere 
assambtes, il s'y trouve, lebbe, oebu, vbey. 

FLEO D. 

La foy bigarre>. 

Et au nom du GIs, 

Va, flco , regie Toy ; 

Autrement 
Guerre la fole foy : 



mement rare, dont il existe un exeroptoire manuscrlt a 
la Bibliotheque du Roi. II paralt. d'apres I'arreV rendu 
contre Geoffroy Valine, qu'il <Mait au-de ssous de l'age 
de majority puisqu'il avail un curateur. Le meme arret 
portant que Valine serait interroge: en presence des m£- 
decins. II sembleratt que sa famille aural t chercM ate 
falre declarer fou. (A. E.) 



BBGISTBE-JOUBIfAL DK HENRI III 



Ueureux qui scalt 
Au scavoir repos. 
(Sods nom de lieu ni d'imprimeur.) 

Par arrest de la cour, les copies de ce beau 
livred'une feuille, duquel rintitulation seule 
suffist pour prouver la sagesse de son aucteur, 
furent brulees au pied de la potence, et leur 
maistre execute a mort , contre I'advis de plu- 
sieurs de la compagnie , qui estoient d'opinion 
de le confiner en ung monastere comme ung vrai 
fol et insens6 qu'il estoit : dont il rendist un 
bon tesmoingnage lorsqu'on le mena au sup- 
plice, criant tout haut, que ceux de Paris fai- 
soient mourir leur Dieu en terre , mais qu'ils 
s'en repentiroient , et qu'ils gardassent hardi- 
ment leurs vignes ceste ann£e. 

Son tombeau fust fait par ung des bommes de 
mesamis, et est tel : 

tmpius esse deos cum credere Valla negaret, 

Bellaque natures indiceret atque deo 9 
Triste onus i (urea collito gutture pendens, 

Evomuit fctdam fadior iUe animam. 
Post ubi mors oculos supremaque lumina clausit, 

Membra ferunt rapidis diripienda focis. 
Sic petiit gemitu, tenebrisque horrentia regno, 

Supremi fugiens regia tecta Dei. 
Quamque Deum ut vivus potuisset credere, functus 

Tarn nullum veUet credere posse Deum. 

CI. M. A.] 

Aoust. Le dimancbe 8 aoust, la roine r£- 
gente partist de Paris pour aller au devant du 
roy jusques & Lion ; et emmena avec elle Mon- 
sieur, fr6re du roy, et le roi de Navarre, son 
gendre; [ausquels, suivant certaines lettres que 
le roy lui avoit escrites a ceste fin , elle lascha 
la bride] et les remist comme en liberty, [apres 
avoir pris le serment d'eux , qu'ils n'attente- 
roient ou innoveroient aucune cbose au preju- 
dice de la Majesty du roy et de l'estat de son 
roiaume.] Et quand aux deux marescbaux (l) 

[prisonniers], avant que de partir, leur fist ren- 

• 

(1) Francois de Montmorency, pair, marshal et 
grand-maltre de France, et Artus de Cosse\ comte de 
Becondiny et de Gomor, marechal depuis 1567. Tons 
deux furent soupconnls d'avoir Intelligence secrete arec 
ceux qui formaient le tiers-parti; lis furent arrets le 
4 mat et enterals a la Bastille cf ou lis ne sortirent qu'au 
mois d'avril 1575 ; et quclques jours apres le parlemcnt 
enllrina des lettres patentes portant annulation de 
leur prison et declaration de leur innocence. 

Aussltot que ces deux marechaux furent arrltls, 
le Roi ecrivlt a l'avocat et au procureur-glne'ral de 
ton parlement, qu'il distrait : « Qu'il soit procidi en 
ce faict avec toute la meUleure forme qu'il sera possi- 
ble et de la facon que Ton a accoustume* cy-devant 
a" observer en Vendroit de personnages de title qua- 
lit*. » 

Cette lettre autographe est conserved parml les ma- 
nuscrits de Dupuy, vol. 500, a la Bibtiotheque du Roi. 

(i) On tnjbrraa offlclellement le se"aat de Pologne de 



forcer leurs gardes [et donna ordre a ce qu'ils 
fussent soingneusement gardes toutes les nuits 
par deux ou trois dixaines de Paris.] 

Gependant le roy, qui, environ le seiziesme 
jour de juin (2), s'estoit secrettement [et au des- 
ceu du senat et seingneurs polonnois] retirS avec 
buict ou neuf cbevaux seulement [du pays et 
roiaume de Polongne, pour revenir en France 
prendre possession du roiaume fran$ois, k lui 
escheu par le d&fcs du feu roy Charles IX, son 
fr&re, d£c&16 sans hoirs masles procrees de sa 
chair, fust suivi par le palatin Laski, auquel le 
roi, du commencement, fist grise mine, pensant 
qu'il le suivist pour Tarrester; mais aprts avoir 
raisonn6 ensemble , ils departirent amis. Et 
donna le roi audit Laski un diamant qu'il avoit 
au doigt, et Laski au roy un brasselet d'or qu'il 
portoit en son bras, prenans conge Tun de l'au- 
tre sur les confins du pays d'Austriche, oft le 
roy arriva le 25 dudit mois de juing] ; et fut a 
Vienne fort bien et magnifiquement receu par 
1'empereur [qui envoia ses deux fils au-devant 
de lui pour 1'accueillir ; et aprfes y avoir s6- 
journ£ quatre ou cinq jours, fut accompagnl 
par toutes les terres de l'Empereur ou il passa , 
par lesdits seingneurs. Puis traversant en toute 
diligence par le duchl de Bavieres et comte de 
Tirol , vint en Friul, pays des V&iitiens, ou 
arrive, fut receu par les ambassadeurs et sein- 
gneurs deputes de la seingneurie de Venize, les- 
quels deffraterent lui et tout son train tant qu'il 
demeura sur leurs terres. Entra & Venize (S) le 
dix-huitiesme juillet, en la plus grande magnifi- 
cence et aveq le plus haut, brave et somptueux 
appareil de reception qui onques fut veu ni 
oui en ladite ville : ou l'accompagn&rent tous- 
jours les dues de Ferrare et de Nevers. Et le 
mardi 20 1'y vint trouver le due de Savoie, 
comme aussi firent le due de Mantoue et le grand 
prieur de France (4), le vendredl ensuivant.] Et 

la fulte du roi de son cboix, par un discours latin » pro- 
nonce* dans sa stance du 22 juin 1574, par Charles de 
Danlzicg. Cette piece est conserved dans la bibliotheque 
Cottonnienne de Londres, Titus, B. VII; on en troure 
Igalement une copie dans la collection Brequtgny, vol. 
95 ; manuscrits de la Bibliotheque du Roi. 

II exlste aussi un discours des raisons qui ont meu 
le Roy de partir de Pologne de la fafon qu'il en est 
parti, le 18 juin 1574. Cette piece du temps fait partie 
des manuscrits de Colbert de la Bibliotheque du Roi, 
coll. desVC. roi. 29. 

(3) La relation du passage du roi Henri III dans les 
tats venltiens est consignee dans une lettre qui fait 
partie de la collection Dupuy, vol. 844 ; manuscrits de 
la Bibliotheque du Roi. 

(4) Henri d'AngouMme, gouverneur de Provence, fils 
naturel de Henri II, qui fut assasslne* a Alx le 2 loin 
1586, par le baron de^asteUanea. 



B01 DB FBAflCB ET Ih POLONGNE. [l*74] 



41 



rtirent tous ensemble, [le mardi vingt- 
me, prenans le cherain de Padoue , et de 
ns k Fcrrare et Mantoue, oil 11 fut par 
cs desdits liens grandement et magnifi- 
nt re^eu et traitt£. D'ou partant , se mist 
tail pour venir k Casal et a Turin , ou il 

l'onziesme d'aoust , et y fust k grande 
magnificence receu par le due et par la 
oe de Savoic, sa tante.] 
win, le vinst trouver le seingneur Dam- 
mareschal de France , lequel la roine re- 
i [comme soubsonn£ de la conjuration 
dite, et charg6de ne s'estre, aveq la dili- 
et fictelite requise , oppose aux entreprlses 
belles au pays de Languedoc , duquel il 
gpuverneur,] s'estoit efiforc6e, d£s environ 
isques prec&lentes, faire arrester prison- 
Narbonne. Desquelles charges aprfcs s'estre 
i le mieux qu'il peust en vers le Roy, [fust 
& par Sa Majeste de retourner en son gou- 
nent de Languedoc, au cas qu'il se sen- 
t des crimes k lui imposes , desquels toute- 

vouloit communiquer avec la roine sa 
Ouie laquelle response, ] ledit seingneur 
dial craingnaut que pis ne lui advinst, ne 
a de la ville de Turin [aupres du due de 

* son parent, soubs les aisles duquel il se 
quelque temps et sagement, ainsi qu'on 

> 

le malheur des quatre mareschaux de 
e , dont deux estoient prisonniers , I'autre 
aide peine et le quatriesme qu'on disoit 
docu , fust divulgue le quatrin suivant : 

a'lli loot malbeoreux les quatre roareschaux : 
ax foot enfermls en estroiste prison, 

• est accuse* de grande tralson, 

uart par Lafin (1) est puni de ses maux. 

ce mesme temps, contre le gouvernement 
•oine et des Italiens jouissans par son moien 
pemiers estats et charges du roiaume , fu- 
ttvulguls k Paris et par tout les vers latins 
fits: 

US fBMBS A PARIS COltTBB LBS ITAUBNS 
DE LA R012VE-MERB. 

nut Gondusque locanl vectigal et augent, 

\aurit nostras nine Diacetus opes. 

tragus, bellum Strosxus, Gonzagua Peronus 

agitur latiis artibus atque viris . 

fmum Ausoniis prodit Medieaa Cynadu. 

i neget occulHs ista peracta dolis f 

do sumtnis et contra jura potita, 

cibus incaptis, capit habere fidem; 

meU inter sevit certamina amicos, 

rtadam magnum, NereXdumque ducem 

rtatuit dupliei pugnantes agmine GaUos, 

>#une Bcauvais Le Node. (Lestoilc.) 



Jussit et alterutris partibus arma capi, 
Ac licet his armis voluit tutata videri. 

Fraus fuit, et veri vicit ; utrosque tamen 
Ambitione motos Cochleato torque subegit, 

PaUicitis alios, muneribusque datis 
Sordibus invictos, et fortia robora bello, 

Per repetita neci sapius arma dedit; 
Criminibus falsis alios, aliosque veneno, 

Atque alios positis sustulit insidiis. 
Vexavit trepidum mentito vulgus ab hoste, 

Mungeret ut nummos usque premente metu 
Chesnaum, Pexoumque ampla mercede redemit. 

Clam fore qui trepidum vulgus ad arma ciant, 
Tecta notat spoliis (1) et cadi nomina dicta t ; 

Sic tegit instructa seditione scelus, 
Edetplura brevi fraudum stratagemata et artes t 

Fonditus ut nostrum diruat imperium. 
Aut ignavi igitur Thuscis servile Cynadis, 

GaUi, et pathicum discite ferrejugum, 
Aut loco veteres Galli migrate coloni , 

Aut contra Thuscos arma parate dolos. 

La suivante allusion, piquante et cruelle jus- 
ques au bout , faite sur le surnom de M&licis de 
ladite dame , de laquelle on tenoit pour aucteur 
ung des premiers et plus doctes poetes de nostre 
sifcele , courust en ce mesme temps k Paris et 
partout , et me fust bailee au palais ce samedi 
veuille de la mi-aoust de Tan present 1574 , et 
portoit cette inscription : 

OB QUADAM MAtiA. 

Esse quid hoc dicam. Quondam Medieaa virago, 

Usa fuit Medicis, ut bene fata foret; 
Sicque virum Medice numerosa prole beavit , 

Sicque fuit natis ilia beata novem ; 
Banc tamen effatam Medice quas edidit ante 

E medio Medice toUere fama refert. 
Utitur et tantum Thusco medicamine sacro, 

Ut Madea flat, qua Medieaa fuit. 

G. fl. 

Du mesme jour sur ces deux grands partizans, 
Sardin et Adjacet, fust publte le distique sui- 
vant, rencontrant proprement sur leurs noms : 

Qui modb Sordini, jam nunc sunt grandia cats, 
Sic alit Italicos Gallia pisciculos. 

Et le lendemain en fust fait ce quatrin : 

Quand ces bougres poltrons en France sont renus , 
lis estoient Hands , maigres comme sardaines ; 
Mais par leurs gras Imposts , lis sont tous devenus 
Enflds et bien refaits, aussl gros que balaines.J 

Le lundi 16 d'aoust, le Roy estant a Thu- 
rin , arresta au sieur de Villequier 1'estat de 
premier gentilhomme de sa chambre , non obs- 
tant les pri&res de la roine sa mfcre , qui Favoit 
instamment prte, par lettres et messages, dudit 
estat conserver et continuer au comte de Rais , 
mareschal de France : k laquelle il fist response 
que ledit comte de Rais estoit asses et plus que 

(2) La SaintpBarthllemy. (Lestolle.) 



42 



BEGISTBE-JOURNAL DE HENRI HI 



recompense des services [qu'il pouvoit avoir 
faits au feu Roi son frere, des estats de mares- 
chal de France et gouverneur de Provence , et 
qu'il avoit plus de biens et d'honneur qu'il n'a- 
voit m6rit6.] 

La aussi fut le seingneur de Bellegarde (1) , 
nepveu du defunct mareschal de Termes, fait cin- 
quiesme mareschal de France , et Ruse (2) , frere 
de I'evesque d' Angers , qui avoit tousjours suivi 
et servi le Boy, duquel il estoit secretaire en 
Polongne, fut aussi fait cinquiesme secretaire 
d'estat. 

September. Le lundi 6 septembre , le Roy, 
[apr&s avoir pass£ le mont Cenis et sejourn6 un 
jour k Chamb6ri, en Savoie , accompagn£ des 
dues de Savoie et d'Arescot] , arriva en sa ville 
de Lion [ou il fut veu et receu k grande joie des 
habitans de la ville, et de plusieurs seingneurs 
et gentilshommes, qui s'estoient la acchemines 
pour le saluer et bienveigner, tons bien joieux 
de le voir sain et sauf retourn£ de Polongne en 
son roiaume de France.] Le ducd'Alencon, son 
fr&re, et le Roi de Navarre, son beau-fr&re , 
allerent au-devant de lui jusques au Pont-de- 
Beau voisin , et la roine sa mere jusques au chas- 
teau de Bourgouin, [ou elle )e vid et s'embrass&- 
rent affectueusement, le dimanche 5 du present 
mois de septembre. ] 

Le vendredi 10, le Roy donna audiance 
aux ambassadeurs du comte Palatin (3) et au- 
tres seingneurs d'Alemagne, qui estoient venus 
lui faire remonstrances de la part du prince 
de Cond£ (4) [qui des Pasques s'estoit retire en 
Alemagne] , et autres huguenos fran$ois de tou- 
tes qualit£s, k ce qu'il pleust k Sa Majeste leur 
permettre Pexercice de la religion qu'ils ap&lent 
r&brmee , et au surplus les remettre en leurs 
biens et honneurs. Ausquels le Roy fit res- 
ponse (5) : [que les rois de France , ses pr£- 
decesseurs , avoient tousjours eu et maintenu le 
nom et l'effait de tres-chrestiens ; qu'fc leur 
exeraple il vouloit icelui avoir et maintenir de 
sa part , et comme eux vivre et mourir en la re- 
ligion catholique , apostolique et rommaine, la- 
quelle il entendoit aussi estre gard£e et receue 



(1) Roger de Saint-Lary, seigneur de Bellegarde ; le 
mar&hal dc Termes (Halt sod grand oncle. (A. E.) 

(2) Martin Ruz6s de Beaulieu. Le rof le fit secre- 
taire des finances ; il a ^ secretaire d'etat quelques 
annexes plus lard. (A. E.) 

(3) Le discours prononcl par l'arobassadeur do comte 
Palatin a l'audience qu'il eut du roi lors de son passage 
a Lyon, nous a M conserve* dans la collection Colbert , 
volume 20, des VC. 

(4) Lorsque le due d'Alencon et le roi de Navarre fu- 
rent arrttls, le prince de Cond* se trouvatt, heureuse- 



par tous ses subjets ; ausquels , nommement aux 
huguenos] , il estoit content de remettre et par- 
donner les anciennes offenses , pourveu que lais- 
sans les armes et lui remettans en son obeis- 
sance les villes, lieus et places par eux occup& 
[et tenus de force en plusieurs endroits de soi 
roiaume , contre le debvoir de bon subjets], ill 
vesquissent doresnavant catholiquement et seloi 
les loix anciennes du roiaume : autrement, qulli 
vidassent son dit roiaume et en eraportassen 
leurs biens, [ce qui leur permettroit volontier 
et leurenferoitdespescher fccest effait lettrese 
toutes provisions qu'ils jugeroient ntaessaire 
pour leur seuret£. 

Ainsi Sa Majesty cherchant tous moiens hon 
nestes de pacifier son roiaume , se resserra aim 
d'autre cost6 au maniement des affaires d 
son estat , se rendist plus severe et moins com 
municatif que les Rois ses pred£cesseurs, ce qu 
la noblesse, n'estant accousturole k telles facom 
trouva fort estrange ; aussi ne permettoit parle 
en mangeant , ne s'approcher de lui toutes per 
sonnes. N6antmoins donnoit k certaines heure 
du jour audiance a tout le monde ; mais ne res 
pondoit requeste de ceux qui demandoient ou s 
plaingnoient de tors faits, s'ils n'estoient pr£sen 
et deduisoient leurs raisons par leur boucbe.] 

Cependant le prince de Conde, qui avoit fai 
faire quelque levee en Alemagne, de Reistre 
et Lansquenets, n'est suivi ne servi d'iceux 
faute d'argent, [est abandonn£ de la pluspart de 
siens], et tellement r&luit au petit pied, qu'il « 
bien empescbe de vivre [tant s'en fault qu'H ai 
moien de secourir ceux de la religion et le 
6glises desquelles il se dit protecteur.], Nonobe 
tant lesquelles traverses , ii ne diminue en rie 
de son grand coeur [se promettant tousjoui 
bonne yssue de ses affaires.] Ses cousins d 
Thore (6) , de Mem (7) se rendent k Geneve, o 
le seingneur de Thore se declare et fait profa 
sion de la religion , et la est arrests et retenu 
et son frere de Mem, mis hors ladite ville pot 
ne vouloir faire semblable profession. 

Le samedi 1 1 septembre , fust roue en la pla< 
de Gr&ve, k Paris, un jeune garson nomir 



ment pour hii, dans son gouvernement et put se retlr* 
en Allemagne. (A. E.) 

(5) A la m6me date du 10 septembre, le roi fit pubK 
une declaration par laquelle il exhortait tous ses si 
jets a se reuair sous son obeissance. (Collection Brienn 
vol. 407.) 

(6) Guillaume de Montmorency, colenei-glnlral i 
cavalerie llgere, frire du mareschal de Damville. 

(7) Charles de Montmorency. 11 prit au commend 
ment le titre de la seigneurle de M£ru et porta ceiui < 
Damville apres la mort de son frere aine* Francois di 
de Montmorency, arrivee en 1579. 



I r»K FRANCE ET DE POLONGBE. [J5?4] 



43 



Pierre Le 'Rouge , ft raisou de I'assassinat et 
meurtre inhumain d'OHvier de Vitel, seiugneur 
de Maoci et de Vaux, duquel il estoit ser- 
viteur domestique. Lequel, le dimanche S3 may, 
avoit estc de nuict , dormant en son lit , assom- 
me et esgorge par ledit Le Rouge , son valet , 
en sa maison du Plessis , pres de Troies en 
Champagne. 

Lemardi I4septembre,[la eour de parlement 
de Paris , la chambre des comptes, la cour des 
generaux , le corps de la ville de Paris et toutes 
lea autres compagnies vindrent a Nostre-Dame 
faire chanter une messe solennelle], et le Te 
Deum en signe d'allegresse et resjouissance , et 
poor rendre graces a Dieu du retour du Roi sain 
etsauf ensonrolaume. [Etapresle disner], fust 
fait le feu de joie devant l'Hostel-de-Ville [avec 
grand nombre de canonnades, sonde trompettes, 
clairons, haultsbols, Inscriptions magnifiques], 
et autres tela signes d'allegresse en semblables 
ehoses acconstumes. [Sonna tout le jour la clo- 
che de I'orloge du Palais en carillon, et le soir en 
furent fails fenx de joie par toute la ville. ] 
Le samedi 1 8 septembre, madame Marguerite 
. de France (l), duchesse de Savoie, meurt a 
' Turin, an grand regret du due son niari et de 
tons les gens de Men, a cause des grandes 
graces et rares vertus dont ladite dame estoit 
douee. Entre scs autres perfections, elle estoit 
tellement craingnant Dien et revestue d'une si 
roiale et herolque charite, que s'estans rencon- 
tres quelquefois par occasion des gentilshommes 
frnneois passans par ses terres, qui estans en 
necessite, la faisoient prier de leur von loir 
prestcr de l'argent, non-seu lenient leur en don- 
noit liberalement, voire plus qu'ils nc lui de- 
mandoient; mals aussi leur doonant courage, 
les consololt, et apres leur avoir fait bonne 
chere et les avoir raccommodes de tout ce qui 
leurfaloit : [>Mes amis, leur disoit-elle, re- 

> com mandes-vous ton sjours bien a ce bon Dieu ; 

• alez la crainte de son saint nom devant vos 

■ yeux ; il vous conduira et ne vous delairra 
v point, molennant que mcttics vostre cspe- 

■ ranee en loi. Ce n'est pas moi que vous deves 

■ reroercier; e'est lul qui s'est voulu servir de 

• moi pour vous aider.] Je vous donne de boo 

■ coeur ce que m'aves demande a prester ; car je 

• suis fille de rois si grands et llberaux, qu'ils 

> m'ont apprls non a prester, mals a llberalement 

• donner a qulconque implore mon aide au be- 

■ soin. » [Bref e'estoit une vraie chrestienne, 



(1) Marguerite de France, fille de Francois I" et 
fcmine d'Emmaiinel-Fhllibm, due de Sivole. — Nous 
(ergot murqner que, eoniradtetolremenl a Lettotle, le 



telle que Salnt-Hierome desirolt sa Fabiole, qui 
avoit presque donne tout son patrimoine aux 
pauvres. 

Entre plusieurs epitaphes et tombeaux fails a 
I'honneur et a la memoire de ceste grande et 
vertueuse princesse, le suivant m'a samble digne 
d'estre recueilli comme ne pouvant sa vertu 
estre asses louee : 



D. 



T. 



Et aD. Marguerite de France, tres-haute, 
tres-illustre, tres-sage, tres-Iiberale et auguste 
princesse, fille, seur et taote de roy, duchesse 
de Savoie et de Berrl, dame de Romorantin, la 
plus chaste etmagnanime femme qui fut onques 
ne qui pourroit estre jamais, a sa nourrissoone 
son coeur, son sang et ses os, a sa tres-pieuse, 
tres-chere et tres-aimee fille, a la chair de sa 
chair, la glolre de sa gloire, sa tres-desiree et 
regrettee enfant, a I'ame de son ame et vie de 
sa vie, sa tres-dotente, tres-affligee et tres-es- 
ploree mere, sa tres-loiale, tres-fldele et tres- 
pieuse parente, la France avec souspirs inflnlset 
larmes innombrables a pose, dedle et consacre 
ce memorable, precieux ettres-lugubre epitaphe 
pour rendre temoingnage eternel et faire enten- 
dre a Jamais a la posterite, i'inestimable perte 
qu'elle a faite, et combien grand a eshS son deull 
d'avoir perdu une grandeur si haute, une bonte 
si bumble, une Constance si ferme, une douceur 
si misericordieuse, une ame si sainte, un esprit 
si divin, uo si puissant appul, la vigilance, sa- 
gesse et confort, prouesse, prudence, liberalite, 
magnanlmite et excellence d'une si haute, si 
heureuse et si celeste roiaute, d'une dame si 
noble, si vertueuse, si accomplie, rare et aimee, 
que tous les pleurs, toutes les larmes, tons les 
regrets, tristesse et plaintes des hommes, tous les 
tombeaux, trhenodies, pompes funebres, elegies, 
nenies, chants et odes lugubres, toutes les se- 
pultures, conques, caves, plramides, sepulchres, 
tombes, mausolees et obelisques de I'Orient et de 
l'Egipte, voire du monde, ne sufllroicnt a pleo- 
rer, plaindre, honorer, regretter, vanter, louer, 
renommer et eternizer la vertu d'une si alme, 
si sainte, si bonne, sacree et divine princesse, 
de laquelle le regret inflni surpasse toutes les 
pities, douleurs et plaintes desquelles on pleu- 
ra jamais tout ce qui fut onques de plus saint, 
de plus desire, pieux et regrettable parmi les 



44 



BEGISTBB-JOURNAL DB HENRI HI, 



plus honorables princes et princesses de tout cet 
univers et de la terre veufe aujhourd'ui d'un si 
grand coeur, d'une bonte si inimitable et des 
raions d'un soleil si beau et si gracieux. Elle 
est fille de ce grand Francois de Valois, pre- 
mier du nom, roy de France et de toute roiaute, 
p&re des arts et sciences, prince tres-paisible et 
opulent, et qui de la despouille de la Grfcce et 
des Latins, apportant la Thrace et l'ltalie en 
France, planta les bonnes lettres, et de D. Claude 
de France, Tune des plus humaines, adorables 
et aimees roines que le soleil veid onques, de la 
vertu et valeur desquelles vraie heritiere, elle 
fust institute d£s ses jeunes ans es langues grce- 
que et latine, et aux disciplines mit sciences li- 
berates. Mais ce en quo! elle surpasse ( et sans 
contredit de personne) de beaucoup toutes cedes 
de son aage, 9a este en pi&e et douceur de 
moeurs, en une lib£ralit£ admirable, faculte et 
bonte miraculeuse, je dirai nullement croiable, 
si ce n'est de ceux qui 1'ont veu, aiant plus ceste 
benediction sur sa teste, d'avoir est£ aimee 
mesme de ceux qui sans I'avoir veu ne la cong- 
noissent que de renom. Et bien qu'en secret, 
comme l'empereur Justinian faisoit en son La- 
raire, esmeue de la peur de troubler monsein- 
gneur le due son mari, et priast Dieu selon 
qu'il veult estre prie, aiant une fois a Cr6mieux 
declare combien elle avoit I'idoldtrie en hor- 
reur, si est-ce que manifestement elle a tousjours 
favoris£ les exiles et bannis pour le service de 
Dieu et sa parole , et tousjours vescu en telle 
crainte et r6v6rence de Dieu, que les ausmones 
journalises desquelles elle entretenoit les ser- 
viteurs de la maison de I'Eternel, rendoient as- 
ses ample tesmoingnage de sa foy et conscience. 
Enfin lassie de vivre d'une vie mortelle aux fers 
de Babilone et au cep de l'orgueilleuse et insu- 
portable tirannie, desesp£r6e de voir aucun 
amandement et la France (sa maison) appaisee, 
toute sage, toute chaste, toute saint e, toute pru- 
dente, toute Minerve, bonne, heureuse, plaine 
de sens, d'aage, de biens et de jugement, desi- 
rante de mourir en J6sus-Christ, et ne pouvant 
plus souffrir 1'estat d'une vie profanee et souillee 
de tant de vices, cruautls, perfidies, meschan- 
cetes, massacres, indignites, abominations et 
malbeurs; apres avoir fait de grandes et mani- 
fested declarations de la justice de Dieu et de 
la reformation de i'Eglise qu'elle desiroit voir 
en ce grand corps de la chrestiente, sans avoir 
t*st£ long-temps malade, pressee de sa douleur 



(1) Louis de Bourbon, due de Montpensier, l'attaqua 
pendant que Ton parlcmentait, et s'en rendit raaltre. 
(A. E.) 

(2) Le due de Montpensier le fit pendre, dit-on f pour 



aspre qui la travailloit et tuoit toute plaine de 
majesty, d'asseurance aux promesses de ce 
grand Dieu, par son ills aage decinquante-deux 
ans ou environ , au dam et grande perte , pleur, 
g£missement et regret de tous les gens de bien; 
elle trlpassa a Thurin, en septembre 1574 ; mou- 
rant avec elle la douceur, la ptete, l'integrit£, la 
debonnairete et liberality, justice 'et vertu de 
tout le Piemont, puis-je pas dire de lltalie et 
de la France, voire de tout le monde , n'aiant 
rien laiss£ de semblable ains un regret et ennui 
perpetuel de ne pouvoir plus voir la majeste 
d'une face si auguste, 1'oracle d'une bouche si 
sacree et faconde , la liberality d'une main si 
riche et abondante, un esprit si saint, une Cons- 
tance si pure et une ame si celeste et divine. 
Elle a laisse d'Emmanuel-Philibert de Saxe, 
son tres-cher et trto-aime mari, due de Savoie; 
Charles, prince de Piemont, son fils, enfant 
combie, pour son aage, de rares perfections et 
dons de Dieu, qui porte au front les marques et 
les asseurances de pouvoir estre 1'un des plus 
braves et dignes princes qui furent onques , jet- 
ton vraiement et surgeon d'une telle et si riche 
plante, et qui par ses creances, moeurs et ac- 
tions , promet en atteignant la magnanimity , 
valeur et vigilance de son pere, respondre aux 
douceurs et pistes d'une si coeleste et admirable, 
si regrettable et de tous r£veree, sage, illustre, 
vertueuse, bonne mere et parente : 

Elle est avec Dieu. 

SCR SON NOM MARGUBBITB. 

Cellui qui des mortels pcut avoir entrepris 
D'aller en Orient querir des marguerites, 
S'arreste a celle-ci d' Inestimable prls : 
Toutes ccllcs-la sont au prls d'elle petites. 

On cberche comrounlment des marguerites a 
la couleur plus clairc et celeste . e'est-a-dire moins 
participante de la terre ; encores y a-il tousjours a 
redlre. Mais celle-cy n'avolt rien de jaunastre , rien 
de verdure , rien de sensuel . rien de mondain , rien 
a vrai dire qui ne senUst sa grande et oicellente 
princesse.] 

Le lundi 20 septembre, la ville de Fonte- 
nay (1) en Poictou, tenue par les huguenos, fust 
surprise en parlementant, ou le meurtrc, le sac 
et le forcement de plusieurs filles et femmes 
rendist ceste pauvre ville miserable et desolee. 
Du Moulin, roinistre de la ville, homme doctc 
[et qui avoit congnoissance de trois langues, la- 
tine , graeque et hebralque], y fust pendu et es- 
trangle (2). 



venger la mort du p6re Badclot. son confesseur, que le 
protestants avaicnt fait mourir dans la guerre pr6c6 
dente. (A. E.) 



ROI DE FRANCE ET UK POLONGNE. [1574] 



45 



En ce temps, la Vie de la roine-mere, impri- 

raee, qu'on a depuis vulgairement apelee la Vie 

de Sainte-Katherine, court partout. [Les caves 

de Lion en sont plaines] et la roine elle-mesrae 

se la fait lire, riant a gorge desploiee et disant 

que s'ilslui en eussent communique devant, elle 

leur en eust bien apris d'autres qu'ils nefjsca- 

voient pas, [qu'ils y avoient oubliles, et qui 

eussent bien fait grossir leur livre] : dissirau- 

lant, a la Florentine, le mal talent qu'elle en 

avoit et couvoit contre les huguenots, [ausquels 

il estoit permis de crier et de se plaindre, puis 

qu'ils ne pouvoient autre chose. La v£rit6 est 

toutefois que ce livre fust aussi bien receuilli 

des catholiques que des huguenos (tant le nom 

de ceste femme estoit odieux au peuple) , et ai 

oul dire a des catholiques, ennemis jur£s des 

huguenos, qu'il n'y avoit rien dans le livre qui 

ne fust vrai; mais qu'il n'y en avoit pas la moic- 

tie de ce qu'elle avoit fait, et que c'estoit dom- 

mage qu'on n'y avoit tout mis.jLe cardinal de 

Lorraine l'aiant leu , dit a un sien famillier, 

nomme La Montagne, qui lui en r&rloit, et di- 

soit qu'il croioit que la pluspart de ce qui estoit 

la dedans n'estoit que fausset£ et mensonge : 

[« Je crois, dist-il, qu'il y a voirement de i'arti- 

■ fice et du deguisement en beaucoup de choses; 

- mais aussi il y a de la verity beaucoup. Je 

» n'ose dire comme 1'autre, qu'il n'est que trop 

» vrai] : croi-moi , Montagne , que les Memoi- 

» res des huguenos ne sont pas tousjours bien 

* certains ; mais de ce cost^-la ils ont rencontrG. 

» J'en s^ai quelque chose. » 

Octobbe. Au commencement d'octobre le 
mareschal d'Ampville sortist de Thurin et se 
retira a Montpellier, et peu aprfcs leva les armes 
et fist r&iiger par escrit les causes et moiens 
de sa rebellion, qu'il fist publier partout. 

Le 8 octobre, le due de Montpensier aiant 
assiege Lusignan pour le roy, le commence a 
battre. Le baron de Fontenay, de la maison de 
Rohan, y commandant dedans pour les hugue- 
nos, le defend vaillamment assist^ d'un bon 
nombre de capitaines, de gentilshommes et bra- 
ves soldats de sa religion, si bien qu'on pouvoit 
dire : Bien assailli, bien defendu. 

Le 10 dudit mois d'octobre, le mareschal de 
Coss6, a cause de sa maladie, fust tire de la 
Bastille et transports en sa maison proche de la, 
devant les Tournelles, oil il estoit detenu soubs 
bonne et seure garde. Quand on Vy mena , il 
dist que e'estoient ses services de la journee de 
Moncontour; qu'il avoit tousjours est6 et estoit 

(1) Marie de Cleves, marquise de lisle, fille de Fran- 
cois, premier du nom, due deNevers, et de Marguerite 



bon serviteur du roy, et qu'on ne lui eust sceu 
faire son proces sur le crime de leze-majeste ; et 
qu'il s'asscuroit qu'il n'estoit en la puissance 
d'homme vivant de Ten fascher. Pour le regard 
des finances dont il s'estoit mesl£, qu'il n'avoit 
fait pis que les autres, et que si on vouloit le 
rechercher Ia-dessus, qu'il n'endisoitmot; mais 
qu'il s'y estoit gouverne mieux que beaucoup 
qui n'estoient de sa qualite, et n'avoient fait les 
services a la eouronne qu'il avoit faits ; aus- 
quels toutefois on ne demandoit rien et estoient 
en plaine liberty, jouissans de leurs biens et 
honneurs comme de coustume, ot ne scavoit 
pourquoi il estoit de pire conduite qu'eux.] 

Le samedi 30 dudit mois d'octobre, dame 
Marie de Cteves, marquise d'Isle (i), femme de 
messire Henri de Bourbon, prince de Cond6, 
douee d'une singuliere bonte et beaute, araison 
de laquelle le roy l'aimoit esperdtiment et si fort 
qu'il falust que le cardinal de Bourbon, son on- 
cle, pour festoier le roy, la fist oster de son 
abbaie de Saint-Germain-des-Pres : disant Sa 
Majesty qu'il n'estoit possible qu'elle y entrast 
tant que son corps y seroit, mourust a Paris [en 
sa premiere couche] et en la fleur de son aage, 
et laissa une fille son heritiere. Elle dist en mou- 
rant qu'elle avoit espouse le prince de France le 
plus genereux, mais le plus jaloux de la terre, 
et auquel toutefois elle pensoit en avoir donne 
e moins d'occasion. Son raati estoit en Ale- 
magne, et en aiant receu la nouvelle, en fist 
grande demonstration de deuil, et dit : Dieu 
sauve le demourant et ma fille de la main de 
mes ennemis ; car elle lui estoit de grande con- 
sequence pour les biens ; qui fut cause qu'il en 
escrivit a la roine-mere, et la lui recommanda 
affectueusement. 

En ce mois d'octobre, en la maison des je- 
suites de Colongne, [survint ung accident prodi- 
gieux et funeste, qui est remarque par Surius 
en son histoire], d'ung pauvre insense et luna- 
tique qui estoit garde la dedans, lequel retourne 
en son bon sens par I'espace de cinq ou six 
jours, et par ainsi mis en liberte, tua de sa 
main trois des premiers et principaux jesuites 
dudit college. 

[En ce temps furent divulgues lesMemoires 
de l'estat et religion soubs Charles IX, divises 
en trois tomes et imprimes in-8°, qui est une 
rapsodie et ramas confus, et trop precipitam- 
ment mis sur la presse pour y trouver la verite 
de plusieurs et divers advis, discours, lettres, 
negotiations et memoires d'estat contre l'hon- 

de Bourbon. Elle avail dpouse\ en 1572, Henri de Bour- 
bon, premier du nom, prince de Contle*. (A. E.) 



4G 



RKG1STBE-J0UI&NAL DE HENRI III 



neur du feu roy , princes et seingneurs de son con- 
seil , a cause de la journ£e de Saint-Barthelemi, 
raesme du roy a present regnant et de la roiue 
sa mere, de laquelle la llgende y est transcripte 
du long. II y a toutefois en ces livres beaucoup 
de choses curieusement recherchees, qui m6ri- 
tent bien d'estre receuillies, et quelques traicts 
singuliers qu'on ne peult nier pouvoir servir gran- 
dement au corps de l'histoire de nostre temps, 
qui a este aussi 1'intention de I'escrivain, comme 
il proteste. Mais il y en a un bon nombre aussi 
infectes de la maladie du siecle, qui est la pas- 
sion et la mesdisance, principaleraent quand il 
vient a descrire les massacres particuliers faits 
de ceux de la religion par les villes, qu'il sem- 
ble avoir basti sur le bruit des nouvelles du 
Palais, qui font souvent morts ceux qui vivent 
et se portent bien, et les injures et sornettes 
transcriptes du Resveille-matin des huguenots, 
qui sont du tout a rejetter. 

En ce mesme temps, Francois de Belleforest 
fist imprimer k Paris son Histoire des neuf Char- 
les, lesquels il exalte jusques au tiers ciel, 
comme les plus vertueux et magnanimes princes 
qui furent onques, et les plus sages. De quoi se 
moquant plaisamment , un docte homme de nostre 
temps composa repigramme suivant qui vault 
mieux que tout le livre de Belleforest : 

131 NOVEM CAROLOS BELLBFORBSTiEI. 

Nostrorum evolvas annosa volumina regum, 

Et qua tint ittis dicta vel acta legos. 
Regibut i Carlis dabitur cui tertia tedes, 

in vivii fatuu$ vel furiosus agit. 
A magno incipias, est tertius ordine simplex , 

Tertius hunc sequitur quern furor exagitat. 
A sexto numeres, est Karolus ordine nonus , 

In ee*des hujus mens maU tana ruit. 

C. M.] 

Novembre. Le lundi l er de novembre, jour 
et feste de Toussaints, le Roy, le roi de Navarre 
et le due d'Alan$on firent a Lion leurs Pas- 
ques(l) et receurent ensemble leur Cr£ateur. A 
ladite communion , le due d'Alancon et le roi 
de Navarre prostern£s a genoux, protest&rent 
devant le Roy de leur fldelite, le supplians de 
mettre en oubli tout le passe , et lui jurans sur 
la part qu'ils pretendoient en paradis, et par 
le Dieu qu'ils alloient recevoir , estre fideles 
& lui et a son Estat , comme ils avoient tous- 



(1) Le roi, a son arrivee a Lyon, avail rendu la liberty 
• cei deux princes. Henri les comblait meme de ca- 
resses, et il les avail loujours a ses cdt& lorsque les d6- 
pute's de ses provinces el des villes le venalent haran- 
guer, afin que lout le royaume fut tlmoin de la bonne 
intelligence qui e*talt entrc lui et les deux princes. 
(A. E.) 

(2) Les lettres patentes du Roi et cellcs dc la Reine r£- 



jours este, jusques a la derniere goutte de leur 
sang , et lui rendre service et obeissance invio- 
lable, comme ils recongnoissoient lui devoir. 

Le 4 dudit mois de novembre (2), furent extra- 
ordinairement, en temps de vacations , publiees 
en la cour de parlement de Paris, les lettres pa- 
tentee du roy en forme d'edict, pour la vente et 
alienation de deux cens mil livres de rente du 
temporel du clerge de France. 

Le 5 dudit mois, arriva a Paris le seingneur 
Dongnon-Fontaines , maistre d'hostel du roy, 
et envoie par lui expres pour dire au mareschal 
de Monmoranci, prisonnier en la Bastille, sous 
la garde du capitaine Magnane, qu'il eust a es- 
crire au mareschal Darapville , son frere, et a 
ses deux autres freres les sieurs de Meru et de 
Thore, de poser les armes (3), que puis nagueres 
ils avoient levies contre Sa Majesty. Auquel le- 
dit seingneur mareschal fist response que le 
Roy en fist minuter et dresser les lettres, 
comme il lui plairoit, et qu'il les signeroit. 

[On print en ce temps a Paris quelque doute 
et opinion mauvaise de quelque entreprise aux 
environs de la ville, pour surprendre Pontoise , 
Beaumont, Meulan, Mante, Poissi et autres 
ports et passages de la riviere de Seine, Marne, 
Oyse et Yonne, pour d'autant faciliter les des- 
seins des rebel les, mesme les advenues des Ale- 
mans, Reistres et Lansquenets, que Ton bruioit 
devoir estre de bref emmenes en France par le 
prince de Conde et autres seingneurs et gentils- 
hommes fran^ois, refugies en Alemagne depuis 
la journle Saint-Barthelemi 1572. Et a ceste 
cause, pour y obvier, furent, par Tordonnance 
des intendans et gouverneurs de la ville de Pa- 
ris, ostls et retires des ports et passages des- 
dites rivieres les baqs et basteaux y servans. 
Mais enfin on trouva que e'estoient nouvelles 
par advance et des bruits de Paris, e'est-a-dire 
menteries, et que le prince de Condi avec tons 
les siens n'avoient moien pour l'heure de mettre 
aux champs une compagnie d'hommes d'armes 
bien complette.] 

Le roardi 16 de novembre, le Roy partist de 
Lion pour aller en Avignon, ou estoit par avant 
alle monsieur le cardinal de Bourbon, legat 
d y Avignon,poury faire aprester leslogisau Roy. 
Plusieurs personnes ne trouvoient pas bon que 



gente, toutes deux en date du premier aout, ft relatives a 
ce m^me impot, alnsi que le compte dc repartition fait 
par le chanccllcr, font partie de la collection Dupuy, 
volume 543. 

(3) Des le mois d'aout precedent, ceux de la religion 
pretendue reforme'e, assembles a Millaud . avaient re^- 
dige* et pre*sente* au due de Damville les articles qu'il 
dcvalt accepter pour ttrc admis dans leur parti. 



B01 BB FBANCB BT DE POLONGNB. [1574] 



47 



Roy fist ce voiage. Aussi n'alla-il pas si tost 
lit en Avignon : ains s'arresta a Tournon, 
nt eu advis que de \k en Avignon les passages 
stoient asseures. Continua toutefois tost apres 
i voiage et arriva en Avignon le 23 dudit 

lis. 

En y allant, le train des roy et roine de Na- 
rre, suivant en basteau sur le Rhosne, fist 
of rage au Pont-Saint-Esprit, ou se perdirent 
aacoup de bons meubles ; et de trente-cinq k 
arante* personnes qui estoient dans le bas- 
in , s'en noierent et perdirent les vingt ou 
igt-cinq, entre autres messire Alpbons de 
>ndi, maistre d'hostel de ladite roine. 
En ce voiage aussi i'argent se trouva si court, 
le la pluspart des pages du Roy se trouverent 
ns manteaux, estans contraints de les laisser 
i gage pour vivre par ou ils passoient : et sans 
ig tresorier nomme Le Comte, qui acommoda 

roine-mere de cinq mil francs, il ne lui fust 
»mour£ ni dame d'honneur, ni damoiselle au- 
me pour la servir, comme estant reduitte en 
Ltresme n£cessite. On ne parloit lors k la cour 
ne de ce diable d'argent, qu'on disoit estre 
iort et trespass^, [duquel ung certain courtizan 
esbastist a faire l'6pitaphe, qui fust incontinent 
ivulgue partout et fort bien acceuilli. 

( Sous le titre suivant, Lestoile rapporte dans 
>n Journal une ptece de soixante-quatorze vers 
nez mediocre, et dont nous ne clterons que 
s deux premiers et les deux derniers vers) : 

£PITAPHB DU 6BAMD DIABLE D'ARGBNT , 
B2I AVHHIOlf, 1574. 

Jadls vous aves veu que le diable d'argent. 
Qaoique tlrer a lui Chacon Tut diligent 

Laisse donques ce diable en terre tel qu'il est : 
Meilleur tresor kV-haut tu trouveras ton prest. 

En ce mois de novembre et pendant le siege 
le Lusignan, les buguenos de La Rocbelle 
xroroient le pays de Poictou en habits croises 
ft desguises, passoient, alloient et venoientordi- 
lairement sans estre recongneus, et s'ils trou- 
roient quelques-uns dont ils peussent tirer bonne 
anson, les prenoient prisonniers et les erame- 
K>ient k La Rochelle. Comme ils firent d'un 
financier de Poictou , apete Garrault, commis 
le l'extraordinaire des guerres, qu'ils prirent 
sn ce temps sur les aisles du camp de Monsieur 
ie Montpensier, et I'emmenerent prisonnier k 
La Rocbelle. ] 



(1) Henri-Robert de La Marck avait 6pouse\ en 1558, 
FriDcoUe de Bourbon-Montpensier ; et sa fllle Ipousa 
si 1501 Henri de La Tour, vlcomte de Turenne.(A. E.) 

(9) II Itait le troisieme fils de Fr&teric, due de Man- 
taoe, et s'attacba au service de France. (A. E.) — Ce 
tenounage est mort en 1505, avec la reputation dun 



En ce mesme mois, le Roy escrivist aux Ro- 
cbelois, que, s'ils vouloient poser les armes et les 
faire poser par mesme moien k ceux de leur re- 
ligion et faction , qu'il les remectroit tous en 
leurs privileges, dignites, biens, bonneurs et es- 
tat, [ leur en donneroit de si bonnes asseurances 
qu'ils n'auroient occasion de se desfier, mesme 
leur accorderoit la liberte de conscience , mais 
sans exercice de religion, jusques a certain 
temps, pendant lequel il les prioit bien fort de 
le vouloir surseoir : ces lettres furent si mal re- 
ceues a La Rochelle qu'il fust mis en delibera- 
tion de ne les point lire publiquement, et ren- 
voier le courrier du Roy sans response. Mais 
enfin fust advis£ et conclu au contraire], et lui 
fust faite response, qui offensa plus Sa Majesty 
[qu'elle ne le contenta. ] 

[En ce mesme temps, La Haie, lieutenant de 
Poictou, se disant chef des Politiques et Mal- 
contents, se retire de La Rochelle, ceux de de- 
dans ne se pouvans asseurer de lui. On le tenoit 
pour homme de cervelle et de grande menee ; 
mais on le soubconnoit de double intelligence 
en l'entreprise qu'il brassoit, par l'entremise de 
la roine-mere, qu'il difama a la fin comme 
beaucoup d'autres.] 

Decembbe. Le 2 decembre 1574, le due 
de Bouillon (1) mourust en sa ville de Sedan, 
aiant este empoisonne' , selon le bruit commun. 
Par sa mort fut bailie le gouvernement de Nor- 
mandie a messire Lois de Gonzague , due de 
Nivernois (2). 

En ce temps, le Roy estant en Avignon, va k 
la procession des Battus (3), et se fait confrere 
de leur confrairie. La Roine mere, comme 
bonne pcenitente, en voulust estre aussi, et son 
gendre le roi de Navarre, que le Roy disoit en 
riant n'estre gueres propre k oela. II y en avoit 
de trois sortes audit Avignon : de blancs, qui 
estoient ceux du Roy; de noirs, qui estoient 
ceux de la Roine-mere ; et de bleus , qui es- 
toient ceux du cardinal d'Armagnac. 

[Cependant le mareschal Damp ville, auquel 
les huguenos avoient donne un conseil et li- 
mit^ sa puissance, prend la ville de Saint-Gilles 
en Languedoq et court jusques aux portes d'A- 
vignou, ou la court y estant ftist troublee. 

Le seingneur d'Assier , comte d'Uzes , flit 
envoie par le Roy aveq quelques compagnies 
d'hommes d'armes pour lui faire teste. Et la se 



des plus savants hlbralsants de son siecle : il accorda en 
toutes occasions sa protection aux sciences ct aux let- 
tres. 
(3) Les Battus, confrerie des penitents ou flagellants. 

(A. E.) 



48 



HEG1STBB-J0URNAL DB HBNBt lit 



v id une estrange metamorphose, c'est-a-scavoir : 
dudit mareschal Dampville , qui , aux derniers 
troubles, formel catholique portant les armes 
pour le Roy contre les huguenos , estoit pour 
lors Tun de leurs principaux chefs; et au con- 
traire le seingneur d'Assier, formel huguenot 
auxdits derniers troubles, estoit a ceste heure-la 
formel catholique, partizan pour ce parti et por- 
tant les armes pour le Roy, contre les huguenos 
et leurs adherans. 

En ce temps, Liveron, forte place de Dau- 
phine , sise a trois lieues de Valence, fust asste- 
gee par le mareschal de Bellegarde et battue 
de dix-huict canons a toute outrance ; ou ceux 
qui estoient dedans, monstrerent bien qu'ils es- 
toient vrais huguenos, qui scavoient mieux le 
mestier de se deffendre que d'assaillir. 

Le dimanche 19 dedecembre, Pinard, se- 
cretaire d'estat, arriva a Paris, ou il fut bruit 
qu'il avoit sonde secrettement le prevost des 
marchans et eschevins, pour tenter de lever 
sur les habitans de ladite ville autres six cens 
mil francs, ainsi que leves avoient este), par le 
defunct roy Charles, en Teste precedent ; dont 
il eust froide response, pour ce que les premiers 
six cens mil francs, leves par forme d'emprunt, 
n'avoient este rendus ainsi qu'il avoit promis , 
et aussi qu'on commencoit de retirer aveq peine 
et difficult^ les arerrages des rentes de I'Hostel- 
de-Ville, desquelles on commencoit d'avoir 
doute, a cause des affaires du Roy et du peu de 
moien qu'il avoit pour y subvenir. 

De fait, il avoit par la permission du Pane, 
leve pour 1'annee 1574 un milion de livres sur 
le clerg£ de France, et pour 1'annee 1575 s'en 
levoit' encore un autre milion, pour la quotiza- 
tion duquel les diocoeses et benefices estoient 
charges de quotes deux ou trois fois plus grosses 
que n'avoient este celles de 1'impost du premier 
million.] 

En ce mois, un capitaine dauphinois nomm6 
Le Gas [favori du roi], lequel il avoit suivi en 
Polongne et auquel SaMajeste, pour recom- 
pense de ses services, avoit donne a son retour 
les evesches de Grenoble et d' Amiens, vacans 
par la mort du cardinal de Crequi , vendit a 
une garse de la cour I'evesche d'Amiens, qui 
des long-temps avoit le bouquet sur l'aureille, la 
somme de trente mil francs, aiant vendu aupa- 
ravant I'evesche de Grenoble quarante mil francs 
au Ills du feu seingneur d'Avanson (1). 

(t) Francois d'Avancon a die* nomine* cheque dc Gre- 
noble en 1502, et est mort en 1574. Francois Flchart, 
abbe* de Ruricourt, lui a succ&le* en 1575. Ainsi il y a 
erreur dans res M^moires. (A. E.) 

(2) Charles cardinal de Lorraine , tflail no" le 17 fe"- 



Le vendredi 34 , veille de Noele , le due de 
Montpensier fist donner ung furieux assault a 
Lusignan, auquel le seingneur de Luc6, du parti 
du Roy ( brave gentilhomme et signal^ ) , fut 
blessl a mort et les Vacheries prises aveq grand 
meurtre de part et d'autre. 

Le dimanche 26 decembre, a cinq heures da 
matin, Charles cardinal de Lorraine, aage de 
cinquante ans, mourust en Avignon (J) d'une 
fiebvre symptome* d'un extreme mal de teste 
provenu du serein d'Avignon, qui est fort dan- 
gereux, qui lui avoit offense le cerveau a la 
procession des Battus, ou il s'estoit trouve en 
grande devotion, avec le crucefix a la main, les 
pieds a moictie; nuds , et la teste peu couverte, 
qui est le poison qu'on a depuis voulu faire ac- 
croire qu'on lui avoit donne\ 

Le jour de sa mort et la nuit ensuivante, s'es- 
leva en Avignon, a Paris, et quasi par toute la 
France, un vent si grand et si imp&ueus, que 
de m&noire d'homme il n'avoit este oul ung tel 
fouldre et tempeste. Dont les catholiques lor- 
rains disoient que la vehemence de cest orage 
portoitindice du courroux de Dieu sur la France, 
qui la privoit d'un si bon , si grand et si sage 
prllat. Les huguenots , au contraire , disoient 
que e'estoit le sabbath des diables, qui s'assem- 
bloient pour le venir querir; qu'il faisoit bon 
mourir ce jour-la, pour ce qu'ils estoient bien 
empesches. Ses partizans maintenoient qu'il 
avoit fait une tant belle et chrestienne fin que 
rien plus. Les huguenos soutenoient, au con- 
traire, que quand on lui pensoit parler de Dieu, 
durant sa maiadie, il n'avoit en la bouche pour 
toute response que des vilanies, et mesme ce 
vilain mot de f. . . . . ; dont Monsieur de Reims, son 
nepveu , l'estant alle voir, et le volant tenir tel 
langage , auroit dit en se riant , qu'il ne voit 
rien en son oncle pour en desesperer ; et qu'il 
avoit encores toutes ses paroles et actions natu- 
relles. Or la verite est que sa maiadie estoit an 
cerveau lequel il avoit tellemeni trouble qu'il 
ne scavoit qu'il disoit ne qu'il faisoit, en quo! il 
continua jusques a la fin ; mourant en grand 
troubleetinqui&ude d'esprit, invoquant mesnies, 
et apelant horribleraent les diables sur ses der- 
niers soupirs : chose espouvantable , et too- 
tefois tesmoignee de tous ceux qui lui assis- 
toient! 

En quoi s'est monstree apertement 1'impn- 
dence d'un certain jesuite nomme Auger, qui 



vrier 15-11. II avail et^ cre^ cardinal le 20 mai 1517. - 
Le dernier Idltcur a inexactement copl* eette note da* 
I'gditlon de Lenglet Dufresnols, et a mal a propos in* 
primt 4 ne in 1529. 



ROI DE FRANCE ET DE POLONGNE. [l574] 



49 



fist imprimer en ce temps un discours que j'ai 
veu , sur la mort et derniers propos de ee pre- 
lat, lequel il fait parler corame on ange, lui dis- 
je, qui estoit priv6 de tout sens et jugement : 
discours, a la verite, digne de la boutique du 
racstier dont on dit qu'a este premierement ce 
jesuite. 

Pour en parler sans passion, c'estoit ung 
prelat que le cardinal de Lorraine , qui avoit 
d'aussi grandes parties &s graces de Dieu que 
la France en ait jamais eu. Mais s'il en a bien 
use ou abus6 , le jugement en est a celui de- 
vant le throsne duquel il est comparu, comme 
nous comparoistrons tous. Le bon arbre, dit 
nostre Seingneur , se congnoist par le fruit. Ce 
fruit estoit (par les tesmoingnages mesrae de ses 
gens) que pour n'estre jamais trompe, il faloit 
croire tousjours tout le contraire de ce qu'il vous 
disoit. 

Ce jour, la Roine-mere se mettant a table dit 
ces mots : « Nous aurons a ceste heure la paix , 
puisque M. le cardinal de Lorraine est mort, qui 
estoit celui (ce dist-on) qui I'empeschoit. Ce que 
je ne puis croire; car c'estoit un grand et sage 
prelat, et bomme de bien, et auquel la France 
et nous tous perdons beaucoup. Et en derriere 
disoit que ce jour-la estoit mort le plus mescbant 
homrae des hommes. Puis s'estant mise a disner, 
aiant demande a boire, comme on lui eust bailie 
son verre , elle coromenca tellement a trembler 
qu'il lui cuida tumber des mains , et s'escria , 
J£sus ! voila M. le cardinal de Lorraine que je 
voy. Enfin s'estant un peu rassise et rasseuree , 
elle dit tout baut : C'est grand cas de I'appre- 
bension ! je suis Wen tromp^e si je n'ay veu ce 
bonhomme passer devant moi pour s'en aller en 
paradis, et me sembloit que je l'y voiois mon- 
ter. Les nuits aussi elle en avoit des apprehen- 
sions (au dire de ses femmes de cbambre), et se 
plaingnoit de ce que elle le voioit souvent , et 
ne le pouvoit oster et cbasser de sa fantaisie , 
encores que des qu'il fust mort on ne parla non 
plus du cardinal de Lorraine que s'il n'eust ja- 
mais est£ ; et en fist-on moins de bruit a la cour 
(ce qui est digne de remarque) qu'on eust fait 

un simple protenotaire ou cure de village. II 
y en eust settlement quelques-uns de la religion 
qui s'en souvinrent pour le mal possible qu'il 
leur avoit procure de son vivant. 

[Et entre autres ung, qui en fist les vers latins 
suivants, qu'on trouva bien faits, sur la ren- 



(1) Cette piece se Irouve aussi dans le Rccueil n. 11 de 

Lestoile, page 375, avec une note moderne ainsi concue : 

Le Journal de Henri III fait mention de cet horrible 

outrage; mais on n'y trouvepas cette piece-cy , non 

I. C. D. M.\ T, n. 



contre de sa mort avec ces grands et impetueux 
tourbillons de vents qui y survindrent : 

DE MAXIMO VENTORIJJI IMPETU , IN OBITUM 
CARDINAL1S LOTARENGI SUPERVENIENTIUM 1571 (1). 

Concilio indicto, accirijubet jEolus omnet 

Que'it regere imperio ventos concessa potestas. 

Qua patuire fores excedunt protinus; exin 

Vndique conveniunt, suspensisque auribus as tant, 

Intentique tenent compressis flat ib us ora ; 

Turn sic $ summo fari incipit Molus antro : 

Carnalem nostris sanctorum sanguine tinctum, 

Qui regni titulo et regumjuvenilibus annis, 

Gallicajustorum f op davit sceptra cruore, 

Qui proceres populumque armavit, fcedere rupto, • 

In commune nefas, sumptis civilibus armis, 

Ausus pratextu sacra* pietatis iniquo 

Scindere, pacatum bella in contraria regnum, 

Miscere et ccrtutn terra. Mors opprimit ilium 

Tandem, sera licet nimium.Abripite, abripite, inquam, 

Quern prorsus renuunt ceslum 9 mare,terra t profundum. 

Abripiunt dicto citius, magnoque fragore, 

Una Auster Boreasque ruunt, et murmur e magno 

Prosiliunt omnes, terras et turbine verrunt, 

Per mare, per sylvas volvunt, per tecta, per ignes. 

TTMBEAU DU CARDINAL DE LORRAINE. 

I. 

Le paradis, 1'enfer, aussi le purgatoire, 
Furent ces jours passes en altercation : 
Youlans du cardinal pour une insignc gloire, 
Le remuant esprit remetlre en sa maison. 
Le purgatoire a dit : J'ay ma possession 
Maintenue sous lui par eau, feu, corde et fer ; 
J'ay une infinite dames. — Ca, dit 1'enfer, 
Venues ici-bas de sa part place prendre. 
Le paradis allegue : 11 ne pourroit descendre, 
Car tant qu'il a vcseu sans jamais s'abaisser, 
11 a, lui ct les siens, par sus tous fait bausscr : 
Auquel done par raison se doit-il aller rendre ? 

II. 

Le cardinal, lequel durant sa vie, 

Troubla le del et la mer et la terre, 

Sert main tenant aux enfers do-furie, 

Et aux darones, comme a nous, (tit la guerre. 

III. 

Pourquoi vfent-on jetter sur ce tombeau 
Tant d'eau be*nite et plus que de coustume? 
E slant y-gist de guerre le flambeau ; 
Et on a peiir qu'encor U ne s'allume. ] 

IV. 

Purpureo fuerat quondam qui tectus amictu, 
Omniaque imbuerat sanguine purpureo : 

Purpurea* vita fertur non dispare fato , 
Abstulit huic animam purpura purpuream. 

V. 

Lapis hie sepultam continet belli facem, 
Qualetn cruenta non gerunt Erynnies; 
Novam dolosus ne excite t flammam ignis, 
Sparge, 6 viator, sparge lustrales aquas ! 



plus que le distique grec qui suit, de La Roche-Chau- 
dien. Lestoile la aussi inserle dans son Journal sous la 
date du 1" mal f675, eti\ annonce que I'auteur est M. de 
La Roche-Chaudien. Voyei cl-apres. 

A 



50 



RF.GISTRV-JOUnNAL OR HENRI III 



* Selon ses lions amis Ics huguenots, le cardi- 
nal de Lorraine eut un vilain commerce avec la 
Reine mere ( I) , comme il paroist dans leur Dia- 
logue de la paix en 1572 , et en leurs autres sa- 
tires. Dieu scait ce qui en est ! Mais un de raes 
amis , non huguenot , m'a conte qu'etant couche 
avec un valet de chambredu cardinal, dans une 
chambre qui entroit en celle de la Reine mere , 
il vit sur le minuit ledit cardinal avec une robe 
de nuit seulement sur ses epaules , qui passoit 
pour aller voir la Reine ; et que son ami lui dit 
que s'il lui avenoit jamais de parler de ce qu'il 
avoit vu , il en perdroit la vie. 

[Ce jeudi 30 decembre on me list voir le son- 
net suivant , fait sur l'estat de France, qui cou- 
roit a Paris , il y avoit sept ou huit jours : 

SOUNET. 

Si la France est un corps dont le Roy soil la teste, 

La justice les yeux, la noblesse les reins, 

Le peuple en so it les pieds, les jambes et 4es mains , 

Pourroit-on jamais voir plus monstrueuse beste ? 

Le corps dessus le chef veult eslevcr la creste, 

Le chef avec les yeux font des actes vilains, 

Les reins sont sans vigueur, imbCcilles et vains ; 

Et les pieds sont recreus, tant chacun les moleste. 

Las verrons-nous jamais ce monstre estre un vrai corps? 

Et par douce harmonic et gracieux accords, 

Les membres et le chef tenir bien leur partic ? 

Si fcrons si Dieu veult ; roais pour bien commencer, 

II faudroit voir le chef les membres devancer, 

Et chacun le suivroit au bien de sa patrie. 

Ceste annee t574 fust si sterile en sel et en 
vin, en la Guienne, qui est toutle trafit et ri- 
chesse du pays, que la cherte y fust extresme, 
qui fust un grand desavantage pour les affaires 
des huguenos et de leurs assosies , lesquels pen- 
soient faire un grand fonds de deniers de la vente 
du sel, dont ils.ne firent quasi rien, a raison des 
pluies continuelle* et contraires dispositions de 
Tannee. Ainsi leurs affaires , comnje celles de 
beaucoup d'autres , demeurerent ceste annee 
faute d'argent , auquel chacun visoit et avoit 
bien du raal a se sauver des mains des poursui- 
vans. Sur quoi furent faits et divulgues, en ce 
temps , les vers qui me furent donnes, le ven- 
dredi dernier de Tan 1574 , avec ce titre : 

(1) Ce passage paralt avoir M fabrique* par les 4di- 
teurs modernes ; il n'existe pas dans les Mt ; moires au- 
tographes de Lestoile. 

(2) Cctte complainte existe dans le Journal de Les- 
toile; quoiqu'elle ne solt pas des plus mauvaises, nous 
n'avons pas cru devoir l'inse*rer dans notre Edition. 

(3) Le feuillet 27, qui contenait ce sonnet, a <5te* de'ehire' 
et de*trult. Du rcste. il a deja e'te* question de ce m6me 
Jodejfe dans les Me*moires de Lestoile, qui precedent le 
Journal de Henri III ; ci-dessus p. 29. 

(i) A cctte mdmc date, les catholiques assembles a 
Nlmes rddigercnt, sous l'auloriie* du marshal de Dam- 
viJle, Us articles de leur union. (Coll. Brienne, 1. 7.) 



Complainte dc Vargeul (2) ; 

ainsi qu'un sonnet fait sur la mort d'Estienne 
Jodele , poete parisien , par les huguenos , les- 
quels ledit Jodel apeloit rebelles , hoeretiques ; 
qui me fust donne par uug mien ami en cest an 
1574 , avec ung petit memoire et apostile de la 
vie , religion et mort dudit Jodele , qui advinst 
en juillet 1573 (3). ] 

1575. 

Janvier. Le 10 (4) de Janvier 1575, le roy 
partist d'Avignon et vinst par le Dauphine a 
Romans, list donner 1'assault a Liveron (5), ou il 
vist Topiniastre resolution des huguenots a se 
bien defendre, jusques aux femmes, qui non 
moins courageusement et vaillamment que les 
hommes, combattoient a labresche, ce qui leur 
fait lever le siege, [estant adverti d'ailleurs que 
le mai'eschal Dampville avoit repris Pierrelatte, 
et la ville et fort d'Aiguesmortes. 

En ce temps quelques cornettes des reistres, 
qui estoient en Champagne et Picardie, sous la 
conduitte du seiugneur de la Mauvissiere, apres 
avoir ravage et vole le plat pays, et proteste de 
ne vouloir cambattre contre les huguenos pour 
ce qu'ils tenoient la mesme religion qu'eux, fu- 
rent paies par le Roy, par le mandement duquel 
ils estoient descendus en France, et s'en retour- 
nerent en Alemagne, sur la fin du present mois 
de Janvier.] 

Le mardi 25 Janvier, la ville et chasteau de 
Lusignan furent rendus [par les huguenos] a 
monsieur de Montpensier, [chef de Tarraee du 
Roy en Poictou , soubs condition de vies et 
bagues sauves, et d'estre conduits seurement a 
La Rochelle, de quoi furent bailies ostages pour 
seurete de ladite capitulation, encores que la foy. 
de monsieur de Montpensier ne peust ni ne 
deust estre suspecte aux huguenos], lesquels 
furent assieges trois mois et vingt et un jours, 
durant lesquels furent tires de sept a huict mil 
coups de canon. La place rendue, non seulement 
fust desmantelee, mais aussi tous les forts rases 
et la tour de Melusine (6), dont I'execution fut 

(5) 11 y dvatt quelques jours que le marechal de Belle- 
garde assilgeoil Liveron. Le roi , qui passait aupres de 
cettc ville, s'Clant arrete" dans le camp, les assieges firent 
une de*charge ge'nc'rale de leur artillerie, en criant : 
« Hau, massacreurs. vous ne nous poignarderez pas de- 
» dans nos lits, comme vousavez (ait Tamlral. Amenez- 
» nous un peu vos mignons pas&sfilonls , god Tonne's et 
» parfumc"s ; qu'ils viennent voir nos femmes : ils ver- 
» ront si e'est prole aisle a emporter. » Henri ordonna 
Tassaut, cl fut repousse* avec vigueur. (A. £.) 

(6) La tour de Mellusine, qui fut ruinlc, dtait « la plus 
» noble decoration et la plus vieille de toute la France, 
» el balic , s'il vous plait, par une dame des plus nobles 



ROY DE FBANCE ET DE POLOXGNE. [l57o] 



51 



lounee a Chemeraud (1), gentilhomme du pays. 

(Fevbier.) Le vendredi 11 febvrier, le Roy 
irriva aRbeims, ouil fust sacre le dimanchc 1 3(2) 
ludit mois, l'an revolu de sod sacre en Polongiie, 
rai fust a mesme jour et heure. 

Quant on vinst a lui raettre la couronne sur 
a teste, il dit asses haut qu'elle le blessoit ; et lui 
srnla par deux fois, comme si elle eust voulu 
amber : ce qui fust remarqu£, et interprets a 
nauvais presage. 

Le lundi 14 dudit mois de febvrier, qui estoit 
lelendemain de son sacre, le Roy fiai^a daraoi- 
selle Loise de Lorraine (3), auparavant appelee 
madamoiselle de Vaudemont, fllle de messire 
Nicolas de Lorraine, corate de Vauderaont et de 
defuncte dame Katerine de Lalain, seur du 
comte d'Egraont, sa premiere femme : et le 
mardi 15 dudit mois, l'espousa en ladite ville 
et eglise de Rheims. 

Plusieursseingneurs, [mesme des plus grands 
du roiaume de France] et autres estrangers, 
trouv^rentee mariage fortinegal, etneantmoins 
precipite [et avance et quasi plustost consomm£ 
que pourparle. Mais on disoit que le Roy, Tan 
precedent, allant en Polongne, l'avoit veue pas- 
sant par la Lorraine, et la trouvant belle et de 
bonne grilce, mesme adverti qu'elle avoit este 
fort bien nourrie et estoit bien sage, en avoit 
pris des lors quelque opinion, laquelle lui conti- 
nuant depuis son retour et advenement a la 
couronne], avoit este confortee par la Roine sa 
m&rc, qui trouva ce mariage fort bon, et Tavanca 
d'autant qu'elle espera que de si belle et bien 
formee princesse, le Roy pourroit tost avoir belle 
[et abondaute] lign6e ; [qui estoit la chose (selon 
le common bruit) que ladite Roine-mere desi- 
roit le plus,] (ou le moins selon les autres). 

Quoique c*en soit, il est bien certain que ce 
qui en fist plus d'envie a la Roine, ce fut I'esprit 
paisible et devot de ceste princesse ; laquelle 
elle jugea devoir plustot s'adonner a prier Dieu 



• en lignee, en vcrtu , en esprit, en magnificence et en 
b tout qui fast de son temps . voire d'autre. C'<Hoit un 
» vrai soldi de son temps , que dame Melusine , de la 
» quelle il y a tant de fables, et si ne peut on dire autre- 
» ment que tout beau et bon d'elle. L'empereur Charles- 
» Quint eXant venu en France , fut voir Lusigni et y 
» cbassa des daims, et admira la beauty et la grandeur et 
» le chef-d'oeuvre de cette maison , faite par upe telle 
» dame, de la quelle il en fit faire les contes fabulcux , 

• comme fist aussi la reine Catherine de Mldicis , lors- 
» qu'elle y passa. » (Brantdme, Eloge de Montpensier.) Le 
doc de Montpensier fut alors tres-blAme* d'avoir d&ruit 
cet anclen monument. (A. E.) 

(1) L'execution fut donnee a Chemeraud : On attribua 
la demolition do chateau et de la tour de Lusignan au 
chagrin qu'avalt le due de Montpensier de sa longue re- 
lisUnce, et a l'avarice de Chemeraud, qui voulait se n 



qu'a se mesler de l'estat des affaires du monde 
(comme il est advenu), [et qu'elle prieroit Dieu 
pour elle pendant qu'elle ni pouvoit entendre.] 

Le jeudy 1 7 dudit mois de febvrier, le Roy 
aiant advise messire Francois de Luxem- 
bourg (4), de la maison de Brienne, venu a son 
sacre et mariage, et sachant qu'il avoit fait l'a- 
mour a la Roine sa femme, pretendant Tespou- 
ser, lui dit ces mots : « Mon cousin, j'ay espouse 
» vostre maistresse ; mais je veux en contres- 
« change que vous espousies la mienne, » (cnten- 
dant la Chasteauneuf (»5), [damoiselle bretonne 
de la suitte de la Roine-ra^re] qui avoit este sa 
favorite avant qu'il fust Roy et marie. ) A quoi 
ledit de Luxembourg lui respondist qu'il estoit 
fort joieux de ce que sa maistresse avoit ren- 
contre tant d'heur et de grandeur, et tant gain- 
gne au change ; mais qu'il lui pleust l'excuser 
d'espouser Chasteauneuf pour encores , et qu'il 
lui donnast temps pour y penser. A quoi le 
Roy lui respondist qu'il vouloit et desiroit que 
tout a l'heure il l'espousast. Sur quoi se sentant 
ledit de Luxembourg si fort presse, supplia tr6s- 
humblement le Roy de lui donner la patience 
de huict jours ; laquelle estant moderee par le 
Roy a trois jours seulement, il monta a cheval, 
et se retira de la cour en diligence. 

[Le vendredi 18, le Roy eust advis d'un re- 
muement de Marseille, advenu au commeuce- 
ment de ce mois, par quarante ou ciuquante 
hommes armes et masques, qui de nuict estoient 
alles a la doane, avoientrompu les portes, poix 
et mesures, et jette tout en la mer, en propos 
de couper la gorge a tous ceux qui des lors en 
avant s'entremettroient de vouloir lever la dace 
d'icelle doane. L'occosion de ceste esmeute fust 
que ladite doane avoit est£ accordee par ceux 
de Marseille au Roy, pour certain temps lors 
expire, combien que le Roi depuis ledit temps 
expir£ continuast de la faire lever. A quoi les 
Marseillois voulans obvier, seroient venus par 



approprier les debris, pour embellir une maison qu'il 
faisait batir a Marigny, a deux lieucs de la. (A. E.) 

(2) Sulvant De Thou ct Mdzeray, le roi fut sacre" le 15. 
(A. E.) 

(3) Louise de Lorraine , fille de Nicolas de Lorraine , 
due de Mercoeur, comte de Vaudemont , et de Margue- 
rite d'Egmont , sa premiere femme , qui est ici mal a 
propos nommee Catherine de Lalain. (A. E.) 

(4) Francois de Luxembourg e*tait flls pulni* d' Antoinc 
de Luxembourg, deuxieme du nom, comte de Brienne. 
(A. E.) 

(5) Re'ne'e de Rieux-Chateauneuf, e'levCe fille d'hon- 
neur de Catherine de MCdicis, dite la belle Chdteau- 
neuf. Apres le mariage du roi , elle Ipousa un I la lien 
nomme Antinotti, qu'elle dgorgea de sa propre main en 
1577 ; puis enfin se remaria au baron de Castellane 



4. 



52 



REGISTllE-JOUnNAL "DE HENRI III, 



devers le Roy et son conseil faire leurs remons- 
trances, lesquelles ouies, on leur auroit accorde 
que ladite doane , des lors en avant , ne seroit 
plus levee en paiant par eux la somrae detrente 
ou quarante rail livres, a quoiils auroient satis- 
fait. Nonobstant laquelle satisfaction, on conti- 
nuoit de lever et exiger tousjours ladite doane, 
ce qui fust cause de ceste esmotion, qui n'es- 
toit sans fondement, ce que recongneust aussi 
le Roy, disant qu'il s'estonnoit qu'il n'estoit pas 
advenu, mais qu'il y donneroit ordre.] 

Le lundi 2 1 febvrier, le Roy partist de Reims 
et passa a Saint-Marcoul (1), ou il fist faire sa 
neufvaine par son grand ausmonnier : puis vinst 
a Paris, ou estant arrive, le dimanche 27 de ce 
mois, alia descendre de son coche au Louvre, 
ou aiant salue la Roine Blanche (2), vinst loger 
au logis neuf de Du Mortier, pres les Filles- 
Repenties, [aveq la Roine sa mere et la Roine sa 
femme. 

Le lundi 28 arriverent les nouvelles a Paris • 
de la mort de madame Claude de France, du- 
chesse de Lorraine, d6c£dee a Nanci, le ven- 
dredi 25 de ce mois, estant en couche de deux 
enfans. 

mars. Le jeudi 3 mars, vinrent les nouvelles de 
la mort deSelim, empereur des Turqs , auquel 
succeda Amurath, son fils ; lequel se doutant de 
ses deux freres puisnes, les avoit fait estran- 

gler. 

Autres nouvelles vinrent ledit jour a Paris 
d'une grande armee de reistres et lansquenets 
huguenos , qui commencoient a marcher , et si 
n'estoit pas encores levee. Bruit faux seme* ex- 
pres pour tirer argent.] 

Le Roy sejournant k Paris le long du Qua- 
resme de cest an 1575, ya tous les jours par les 
paroices et autres eglises de Paris, Tune apres 
1'autre, ouir le sermon et la messe, et faire ses 
devotions (3). Et cependant exquiert tous 
moicns de faire argent en toutes sortes que ses 
ingenieux peuvent pourpenser. [Defait il leva 
sur toutes les bonnes villes de son roiaume trois 
millions de livres (outre le million qu'il leve sur 
le clerge de France), dont la ville de Paris fust 
chargee d'un million pour sa part, par capita- 
tion sur les plus aises. II erigea quatre conseillers 
nouveaux aux requestes du palais pour le prix 
de quinze mil livres chacuu; fist publier un 

(1) Les rois, apres leur sacre, allaient ou envoyalent a 
Saint-Marcou, et y faisatent faire une neuvalne par 1'un 
de leurs aumdniers, pour obtenir par 1'intercession de 
ce saint le don de gulrir les Icrouelles. (A £.) 

(2) Cest la reinc Isabelle d'Autriche, veuve de Char- 
les IX. Elle est ici appelle reine Blanche, parceque les 
reines veuves portalent toute la vie le deuil du roi leur 



edict pour couper et vendre deux arbres en 
chaque arpent de toutes les forests de France ; 
bailla a ferme les parties casuelles de son 
roiaume, a la charge de fournir par les fermiers 
a son espargne quatre-vingts mil livres d'avance 
chaque premier jour de tous les mois de Tan. 
De quoi les officiers roiaux se trouvent fort 
scandalizes, disans que c'est un moien de re- 
chercher et exquerir leur mort, afra d'avoir of- 
fice a vendre. Bref , le bruit de la cour de ce 
temps n'estoit autre, sinon que le Roy n'avoit 
pas de quoi avoir a disner, et que moien qu'il 
avoit de vivre n'est que par emprunts. De fait, 
le 18 e jour de mars, le Roy envoia au premier 
president de la cour et au lieutenant civil de 
Ghastelet mandement pour scavoir des conseil- 
lers, advocats et procureurs desdits sieges, corn- 
bien chacun d'eux lui vouloit gracieusement 
prester de deniers comptans, pour subvenir k ses 
affaires. Et furent a cest effect raandes les plus 
riches et aises, dont on prist des ungs douze 
cens francs ; des autres, six cens et cinq cens 
livres; des autres moins, selon leurs facultes. 
Et furent lesdits deniers emploies par le Roy a 
faire un present au capitaine Gas, de la valeur 
de cinquante mil livres et plus. 

Lesprieres et services pour les ames des de- 
functes duchesses de Savoie et de Lorraine fu- 
rent faites en la grande eglise de Nostre-Dame, 
a Paris, les mardi 22 e et mercredi 23" jours de 
mars, aveq les ceremonies et magnificences ac- 
coustumees. 

Durant ces services, arriverent nouvelles au 
Roy de nouveaux factionnaires esleves es pays 
de Bretagne et Normandie.] 

Le 22 mars , les deputes de monsieur 
le prince de Conde , mareschal Damville et 
autres associes tant de Tune que de 1'autre reli- 
gion, selon la permission qu'ils avoient euedu 
Roy, [d'envoier vers lui tels personnages qu'ils 
aviseroient pour l'avancement et conclusion 
d'une paix generate et asseuree a tout son 
roiaume, aians par un coraraun advis articule 
leurs conditions, eticelles dressees en forme de 
requeste, partirent de Basle ledit 22 mars, pour 
venir trouver Sa Majesty a Paris, ou ils arrive- 
rent le mardi 5 avril. Et le lundi ensuivant, 
1 1 dudit mois, estans mandes par le Roy,] fu- 
rent ouis en son conseil priv^, [Sa M^jest^ v 

6poux, mais avec des vdtcmenU blancs. (A. E.) 

(3) Les uns crurent que c'e'tait pour cacher les des- 
seins qu'il avait forme's d'abaisser tous les chefs des di- 
verges factions; d'autres qu'il ne paraissait s'occuper de 
toutes ces devotions que pour endormir les peuples; et 
d'autres que cet ext^rieur de ptet4 ne servait qu'a cot- 
vrir son penchant pour la ctebauche. (A. E.) 



BOY DB FRANCE ST DE POLONGKfi. [1675] 



53 



:] portant la parole maistre Jehan Dau- 
gneur d'Eresnes, jadis conseiller du 
t de Paris. [Lequel aiant fini sa ha- 
pii fat ass& longue, le Boy aiant pris 
ie leurs caiers,] leur oommanda de se 
son antichambre, d'ou one heure aprfcs 
rapeler, et leur dit, [en presence de la 
mikre : Qu'il s'estoit fait lire leurs ar- 
ils qu'il les trouvoit si estranges, des- 
iles,] qu'il s'estonnoit comme ilsavoient 
diesse de se presenter devant lui pour 
le telles requestes. [Sur quoi leditd'E- 
pliqua, qu'il supplioit tr&s-humblement 
te de les vouloir excuser, et ne s'aigrir 
e oontre eux pour le contenu desdits 
ittendu qu'ils n'en estoient que simples 
A quoi Sa Majeste auroit respondu, 
oit le contraire, et qu'ils n'avoient est6 
sans eux , « mesme sans vous (dist-il 
snes), que je s^ai estre de leur conseil 
plus avant Vous demandes la paix ; 
ne voy point que vous l'affectionnies, 
vous dites ; et quant a 1'affection que 
otestes avoir a mon service, il ne m'en 
St non plus , ains tout le contraire. 
nand vous et ceux qui vous ont en- 
* rendront I'obeissance qui nYest deue, 
i monstreront par effect ce qu'ils veu- 
5 je croie d'eux, a ceste heure la, je 
nnerai la paix et les traicterai comme 
is sublets, les asseurant en foi de Roy 
t ce que je leur promettrai sera entre- 
;que pour le faire entretenir j'y expo- 
s'il est besoin) jusques a ma propre 
Dont d'Eresnes le remercia tr&s-hum- 
et k I'instant s'adressant k la Roine- 
dit : « Madame, monsieur le prince de 
tant pour lui que pour ses associ£s, 
rg6 de supplier tr&s-humblement Vos- 
este d'emploier vostre pouvoir et auc- 
une si sainte entreprise, et ajouster 
ceste obligation aux autres dont la 
vous est redevable. — Je le ferai vo- 
(dit la Roine), tant pour leur particu- 
» pour le bien general et repos de ce 
roiaume : toutefois je m'engarderai 
conseiller a mon ills de leur accorder 
i demandent, car leurs requestes sont 
. bien hautes et trop deraisonnables, 
tendantes a donner la loy a leur mais- 



secrttalre d'dtat, assembla tousces dlputls, 
hit on £crit portant que le roi accorderait a 
religion halt villes en Languedoc , six en 
leux en Dauphinl, dans lesqaelles seraft 
ore exerclce dc leur religion , a condiUon de 



» trc, duquel lis sont tenus de la recevoir. Je 
» s^ais bien que ce sont des chats que vos hu- 
» guenos , qui se retrouvent tousjours sur leurs 
» pieds; mais quand lis auroient cinquante mil 
» hommes en campagne, avec 1'amiral vivant et 
» tous leurs chefs debout, ils ne s^auroient par- 
v ler plus haut qu'ils font. Et neantmoins, je 
» ferai pour eux, comme j'ai tousjours fait, tout 
» ce qui me sera possible, moiennant qu'ils me 
» croient et se mettent a la raison. » 

Le lendemain, le Roy ordonna] trois de son 
priv£ conseil pour, [avec les d£put£s et devant 
soi,] examiner [chacun point de leurs articles : 
ou ils commencerent de besongner tost apr£s,] 
et continu&rent jusques au commencement de 
may, que le Roy leur permist deretourner [vers 
ceux qui les avoient envoils, leur porter ses 
responses k chacun point, avec injonction de 
retourner au plus tost pour r&oudre du tout (l).] 
Par leurs articles, entre autres choses, ils deman- 
doient l'edit de Janvier; [cequi sembloit comme 
prodigieus et estrange , veu la journee et plaie 
Saint-Barthelemi , encores sanglante et toute 
fraische.] 

Avbil. Le mardi 19 avril, les vignes furent 
gelees en plusieurs endroits aux environs de 
Paris , qui fut cause de faire rencherir le vin 
et le vendre trois et quatre sols la pinte, [joint 
la grande abondance] des hannetons, qui flrent 
aussi grand dommage aux vignes et a toutes 
sortes d'arbres fruittiers. 

[Le samedi 23, le Roy escrivit de sa main k 
M. de La Noue pour la paix, et a cest effait de 
le venir trouver; dont il disoit qu'il ne devoit 
faire difficulty, veu qu'il s^avoit qu'il lui avoit 
sauv6 la vie. II apeloit ledit La Noue son bon 
huguenot, et le prince de Conde (par moquerie), 
le Hector des huguenos, dont l'un d'entre eux , 
offens£ et mal instruit en sa religion, qui recom- 
mande I'honneur et ob&ssance k son prince, 
composa l'6pigramme suivant contre le Roy 
pour le prince de Condi, lequel fust divulgue 
en ce temps k Paris et partout. 

Epigramme d'un s&litieus huguenot, fait au 
nom de monsieur le prince de Conde, contre 
la majesty du Roy, duquel il n'eust est£ avoue 
dudit seingneur prince ni des autres huguenos, 
qui se reconnoissent vrais subjets du Roy, et 
comme tels lui portent, selon le commandement 
de Dieu, honneur et reverence. 



rendre et de remettre au roi toutes les autres villes et 
places qu'ils tenaient. Mais le secretaire d'etat leur 
ayant refuse* cople de cet £crit, le traite" en demeura la . 

(A.E) 



54 



BEGISTRE-JOLRNAL DE HENBI HI , 



H. BORBONU 

AD HENRICUM III, 

GALLORUM ET POLON. REGBM, 

QUI PER LUDIBRIUM «EUM HECTORA APELLABAT , 

EP1GRAMMA. 

Hector a me diets, decet acta hoc fortia nomen ; 

Nee falsum est, si quid laudis ab hoste venit. 
Nempe in me Francum genus eminet. Eminet Me 

Sanguis, ab Hectore'is usque petitus avis. 
Tu contra, magnum generosi nomen Achillis 

A/fectas, belli militiaque rudis. 
Sed quamquam gemini fueris Chironis alumnus, 

Cujus ab egregia foetus es arte duplex, 
Tu potius formosus antes did Paris, olim 

Dictus Alexander, cui sit arnica Venus. 
Namque tuas exosa manus est Pelias hasta, 

Nee Peleus pater est, nee tibi diva parens. 
Sin Paridis nomen teneas, dicaris Achilles, 

Dum te longcBVum non sinat esse Paris. 

(Incerti.) 
1575. 
Pridie col. Maias. 

Mai. En cest an 1575, le premier jour du 
mois de may, un de mes amis me donna les vers 
latins suivants que monsieur de La Rochechau- 
dieu avoit faits (1) sur les grands vents horribles 
et impetueus qui advinrent lors de la mort du 
cardinal de Lorraine , qui fust , comme nous 
avons remarque , le lendemain de Noel de Tan 
1574. 

Le mardy 10 e jour (2) de may], la nuit, fat de- 
robb6e la vraie croix estant en la Sainte-Cha- 
pelle du Palais a Paris ; de quoi le peuple et 
toute la ville furent fort esmeus et troubles , et 
s'esleva incontinent un bruit qu'elle avoit este 
enlevee par les menses et secrettes pratiques 
des plus grands du roiaume, mesmes de la Roine- 
m&re , que le peuple avoit tellement en horreur 
et mauvaise opinion , que tout ce qui advenoit 
de malencontre lui estoit impute ; et disoit-on 
qu'elle ne faisoit jamais bien que quand elle pen- 
soit faire mal. La commune opinion estoit qu'on 
Pavoit envoiee en Italie pour gage d'une grande 
somme de deniers, du consentement tacit du 
Roy et de la Roine sa mere. 

Le mercredi 25 may, fust pendu [au bout du 
pont Saint-Michel] , un soldat , qui d'un coup 
de pistol le [quatre ou cinq jours auparavant] , 
avoit Ju6 messire Dinteville (3) , abb6 de 
Saint-Michel de Tonnerre , pour trente-deux es- 
cus que lui avoit donne [pour ce faire, ung en- 
nemi dudit Dinteville], et qui estoit en con- 
tention avec lui a raison de ladite abbaie. 

(1) Ges vers se trouvent rapports ci-dessus, page 49. 

(2) Lea anciens Iditeurs ont mal a propos imprime* : 
Le 20 may. 

(3) Marin, fils naturcl de Louis de Dinteville, cheva- 
lier de Rhodes. II avait 6te* tut* lannde prtce<lente, 1574, 
selon le pere Ansel me. 



[Ce jour vinrent nouvelles d'Amorat , empe- 
reurdes Turqs, lequel faisant dessein de venir, 
avec cinq cens vaisseaux et cent mil combattans, 
prendre et subjuguer I'isle de Malte , avoit este 
empesche par une peste qui s'estoit mise en son 
camp, de laquelle Dieu avoit frappe et fait mou- 
rir la plus grande partie de son armee.] 

Le jeudi 26 may, messire Henri de Bourbon, 
roy de Navarre , estant dans la chambre de 
madame la princesse de Conde (4) , sa tante, ou 
il prenoit plaisir a voir toucher le luth a un 
gentilhomme nomine de Nouailles, qui avoit le 
bruit [d'aimer] et estre aime de madame la prin- 
cesse , sa tante , comme il accordast melodieu- 
sement sa voix a l'instrument , chantant dessus 
ceste chanson : 

Je ne vois rlen qui me contente 
Absent de ta divinity. 

Et repetant un peu trop souvent et passionne- 
ment ce mot de divinite [avec Toeil tousjours 
fiche sur madame la princesse] , le Roy de Na- 
varre [se prenant k rire de fort bonne grace , et 
regardant sa tante d'un cost6 et Nouailles de 
Tautre] : 

« N'appclls pas ainsi ma tante (dist-Jl), 
» Elle aime trop r human ite\ » 

Le Roy I'aiant entendu d&s le jour mesrae , y 
prist fort grand plaisir , et dit : « Voil& une ren- 
» contre digne de mon frere : je vouldroisquelui 
» et les autres ne s'amusassent qu*a cela , nous 
» aurions bientost la paix. » 

[En ce temps courut h la cour ung vilain 
sonnet et satyrique, contenant ung petit dialogue 
Dujeune de La Bordezierc et de sa $eur 7 lequel 
hors le dernier vers , qui touche Phonneur du 
Roy, fust trouv£ bien fait et fort receuilli , selon 
Thumeur corrompue des hommes de ce si&cle. 

Pour parler a la verite , ce dont se plaind le 
prophete Jeremie, chapitre in c , des Filles de 
Sion , qui estoient eslancees , cheminant le col 
estendu et lesyeuxaffettes, seguindantet brans- 
lant , et faisant resonner leurs pas , se pouvoit 
a aussi bon tiltre et meilleur dire en ce temps des 
fern mes de Paris et HI les de la cour. Dont ne se 
faut esbahir, si le Seingneur, selon la menace 
qu'il en fait au lieu mesme par son prophete , 
descheveloit leurs testes et leurs parties hon- 
teuses, par ces folastres faiseurs de pasquils, 
dont la ville de Paris et la cour estoient reraplies. 
Brief, le desbordement, sans parler de pis, estoit 

(4) Sa tante la princesse de Conde" Itait Franchise d'Or- 
leans , fille de Francois d'Orleans , marquis de Rotelin ; 
marine lc 5 novembre 1565 avec Louis de Bourbon, pre- 
mier du nom, prince de Conde* , septierae fils de Charles 
de Bourbon- Venddme et frere d'Antoine de Bourbon > 
rol de Navarre, pere de Henri IV. (A. £.) 



BOY DE FRANCE ET D£ POLOKGNE. [1575] 



55 



tel que la caballe du cocuage estoit un des plus 
clairs revenus de ce temps ; dont furent divul- 
gues le quatrain et sonnet suivans , dont le qua- 
train estoit des hugenos, asses grossierement 
fait, et le sonnet dun catholique des plus doc- 
tes et gentils esprits de ce siecle.] (Ces sonnets 
et quatrains ne nous ont pas paru devoir gtre 
inseres ici , a cause de leur peu d'importance.) 
En ce mois le roi de Navarre donna conge a 
M. de Mesme (1), seingneur de Roissi et de Ma- 
lassise , son chancelier, et lui osta ses seaux , a 
raison [de tout plain de iarcins, concussions] et 
malversations pretendues faites par lui audit es- 
tat. [II estoit homme d'esprit et de sea voir; mais 
des plus hautains et orgueilleu* , ausquels Dieu 
resist e tousjours.] Et fust par les deux rois et 
Roine-mere chasse ignominieusement de la cour: 
dont fut fait le quolibet suivant : 

II a derobe* la vache (2), 

Mais II a este* surpris ; 

Et des seaux plusje ne sache 

Si De sont ceui de son puis, 

II est torabe* de sa selle. 

Car il estoit mat as sis, 

Et des seaux point de nouvelles, 

S'il ne prend ceux de son puis. 

En ce mesme mois, M. Du Faur, seingneur 
de Pybrac, vendist son estat une bonne somme de 
deniers a maistre Barnabe Brisson [lequel par 
ce moien] de simple advocat du palais [qu'il es- 
toit, fust fait advocat du Roy.] Sur ceste ven- 
dition et la disgrace de Roissi, avenue en mesme 
temps, [fust fait Vejrigramme qui s'ensuR , qui 
courust au palais et partout : 

Memmius amisit vano quasita labore 

Munera f jamque domi mast us et ager agit. 

Founts ut hac audit, juss it numerarier aurum, 
Venditio cart muneris ista fuit. 

Auri sacra fames fecit teperdere, ftlemmi, 
Et te, Faure, locum vendere, Faure, sapis. 

Join. Le mercredi 8 juing , arriverent nou- 
velles au Roi (mais fausses) de la mort du mares- 
cbal Dampville [decide a Nismc d'une lie v re 
procedante de poison] , qui fut cause de faire 
resserrer, [lc dimanche en suivant 12 juing , ] le 
mareschal de Monmoranci ; et lui osta-1'on (par 
commandement [de Birague] et de la Roine- 
mere, contre 1'advis du Roy , qui ne tenoit ceste 

(1) Henri de Mesmes, fils de Jean-Jacques de Mesmcs. 
II fut le protecteur des savants de son siecle. (A. E.) 

(2) II y avait une vache dans l'6cusson des armes de 
Beam , principautc' qui faisait partic du domaine des 
rois de Navarre. 

(3) Rttae* de Birague , Italien. II fut fail chancelier le 
17 mars 1573, et nomine* cardinal le 12 fevrier 1578. 

(4) Elle etait de la religion protestante , et sYlait re- 
tiree a Montargis, oil olio donna asile a com qui puronl 
se jeler duns ccttc viilc. Le due de Guise envoya Sour- 



nouvelle bien certaine) ses principal! x serviteurs 
et officiers. [Desquels ce pauvre seingneur se 
voiant destitue et aiant advis de ce qui se pas- 
soit ct disoit, jugeant sa fin procbe], dit a un 
de ses gens : « Dittos a la Roinequc je suis bien 
« adverti de ce qu'elle veult faire de moi ; il n'y 
» faut point tant de facons ; qu'elle m'envoie seu- 
» lement l'apoticaire de M. le chancelier (3), jo 
» prendrai ce qu'il me baillera. » Toutefois, le 
jeudi ensuivant, 16 du mois, estans venues nou- 
velles contraires, on lui rendist ses gens, et 
fust la Roine-mere faschee de la precipitation 
dont elle avoit use [et dit a Birague , son chan- 
celier , qu'ellene se hasteroit pas tant une autre 
fois , et ne le croiroit plus. « Mais les fausses 
» nouvelles, dist-il , Madame , et non pas moi , 
» car sur ce que vous m'asseuries estre vrai, je 
» vous en ai donne le conseil , que vous trou- 
» vastes fort bon , et me dites que e'estoit le 
» vostre et que vous en avies plu& d'envie que 
» moi. — II est vrai , dist-elle , et ne fus jamais 
» tant trompec de nouvelle que de celle-la; car 
» je la tenois pour toute certaine.] Si j'eusse creu 
» le Roy, mop fils , cela ne fust pas advenu. » 

Le dimanche 12 juing, madame Renee de 
France (4) , duchesse de Ferrare , fille du roi 
Louis XH, [pere du peuple,] mourust en son 
chasteau de Montargis, aagee [de pres de qua- 
tre-vingts ans , selon I'opinion commune, qui es- 
toit trcs-fausse, car laditedame n'aveit encores 
attaint] la soixante-einquiesme. Et en firent le 
Roy [la Roine et les seingncurs de la cour] , 
le samedi 18 dudit mois, quelques formes 
d'obseques et funerailles, en la chapel le de 
Bourbon, encores que ladite dame fust de la re- 
ligion, et sa ville de Montargis , Xazyle et re- 
traicte desdits de la religion, [ou elle a tousjours 
fait faire et continuer Texercicc d'icelle publi- 
quement , jusques a la fin desa vie] 

Ce mesme jour mourust Henri de Rouhan , 
prince de Leon en Bretagne , en sa maison de 
Belin, [apres avoir este longuement travaille des 
gouttes;] sa lille aagee d'onze a douze ans mou- 
rust peu de jours apres. II fust par ce moien 
avanceet conclud le mariage du vicomte de Rou- 
han (5), son frcre, avec l'heritiere unique de la 
maison de Soubize, Catherine de Partheuay, 

ches de MaHtorne, qui , apres I'avoir sommle de livrer 
les reTugils , la menaca de faire avancer de I'artlllcrie. 
« Avisez bien a ce que vous fercz, repondil-elie ; scachez 
» que personnc n'a droit de me commander que le Roy 
» meme ; et que si vous en vcnez-la, je me mettrai la 
» premiere 6ur la nreche , ou j'essaycrai si vous aurex 
» l'audace de tuer une fille de roy, dont le ciel et la 
» tcrrc seroienl otilig^.s do ^ onger la mort sur vous ct 
» voire ligne>, jusqu'.nu eiifanls du berroau. » (A. E.) 
to) R*no\ \icomtc de Rohan, deuxieme du nom. 



56 



REG ISTBE-JOU ANAL DE HENB1 III , 



veufve du seingneur de Pont, qui fust tue le jour 
Saint-Barth6Iemi , a Paris, 1572. [Dame aussi 
vertueuse et douee d'autant de graces d'esprit et 
de corps , qu'autre que la France ait produit en 
ce siecle.] 

Le dimanche 19 juing , arriverent a Paris 
M. le due de Lorraine (1) et M. de Vaudemont, 
p&re de la Roine , pour achever le mariage du 
marquis de Nomenie , ills aisn£ dudit sein- 
gneur de Vaudemont, aveq la damoiselle de Mar- 
tigues (2). [En congratulation et resjouissance 
des venues de ces princes, se firent & la cour 
plusieurs jeux , tournois et festins magnifiques,] 
en Fun desquels la Roine-raere mangea tant, 
qu'elle cuidacrever[et fust maladeau double de 
son desvoiement. On disoit que e'estoit d'avoir 
trop mang£ de culs d'artichaux et de crestes et 
rongnons de coq, dontelle estoit fort friande. Sur 
quo! furent divulgues & Paris des 6pigrammes. 
(On les trouve dans le journal de Lestoile , elles 
sont toutes en latin et peu remarquables.) 

Un plaisant epitaphe de la belle huissiere , 
qui mourust a Paris l'onziesme jour de ce mois 
de juing, fustdi\ulgu6 en ce mesrae temps, et 
me fust bailie au palais , ou il courut ce lundi 
23 juing, veille de la Saint-Jean : 

£PITAPIIE DE LA BELLE UUISSIBEE. 
1575. 

Ce Ait le plus grand Jour (Teste* 
Que trespass* la belle Huissiere, 
Ayant que malade eust este\ 
Dont le mari ne pleure guere. 
He* las ! elle aima tant les vlfs, 
Quand elle estoit pleine de Tie; 
Mais a son contoi Je ne Tts 
Que son marl pour compagnie. 
Monsieur l'buissier jamais n'avoit 
SI souvent en main la baguette, 
Que sa femme, pour son jouet, 
Le fournlment d'une bralette ; 
Elle en eut plus execute* 
Au corps en une matinee, 
Que son marl n'en eust cite* 
Pour le moins en une journle. 
Or donques, Messieurs qui avei 
VWans, caresse* ceste dame, 
Dlttes a Dieu ce que scavei, 
Pour le salut de sa pauvre ame. 

Sur la fin de ce mois , le baron de Langoi- 
rant , huguenot , surprist la ville de Perigueus , 
y aiant fait, en un jour de marchl, entrer bon 
nombre de soldats en habits de pagans et au- 
tres pauvres artizans ; lesquels sous les bonnes 
intelligences qu'ils avoient d& long-temps dans 
la ville , s'eStans saisis de Tune des portes , don- 
nerent entree a ceux qui les suivoient de pres. 

(1) PhiHppe-Emmanuel de Lorraine, depuis due de 
Mercorar. 

(2) Lt demolitUe de Martlguct «tait Marie, fille uni- 



Estans dedans, ils pillerent et rarisonn&rent a la 
mode accoutumee, et firent grand butin sur les 
ecciesiastiques et eglises dudit lieu. Peu de jours 
auparavant, La Noue avoit failli une entreprise 
sur Niort, qui fust decouverte par les faux 
freres. 

De ces entreprises , surprises et stratagemes 
des huguenos , en divers lieus et contr6es de la 
France , le Roy en recevoit tons les jours nou- 
veaux et divers ad vis , avec beaucoup de desplai- 
sir et mescontentement de ceux qui lui estoient 
en souboon plus proches; ce qui faisoit qu'il 
les regardoit de mauvais oeil , sachant que les 
huguenos sans eux, avec tous leurs associes, 
pouvoient si peu , qu'ils n'estoient capables de 
remuer une bicoque ou prendre un village. Et 
ne se pouvoit tenir (tout retenu et dissimute 
qu'il estoit) d'en donner des attacches souvent 
a Monsieur et au roi de Navarre, son beau- 
frere. 

Aussl les huguenos en estoient si glorieux, 
qu'au lieu de rechercher la paix (comme leur de- 
voir et la profession qu'ils faisoient le reque- 
roit) , ils ne cornoient que la guerre , se fon- 
<Jans sur les mauvaises paix qu'on leur avoit 
tousjours donnees , et sur la Saint-Barthelemi 
principalement, qu'ils ne pouvoient oublier. Sur 
quoi fust fait le sonnet qu'on apela le Para- 
doxe des Huguenots , qui fust divulgue sur la 
fin de ce mois. 

Juillet. Le dimanche 3 juillet, le Roy et 
la Roine sa mere all&rent au bois de Vincennes, et 
parl&rent a un secretaire du prince de Cond6, et 
a un capitaine nomm^ La Bausse, qui y estoient 
prisonniers, et aians descouvert par leurs Dou- 
ches quelque entreprise qui se faisoit & Paris, 
firent prendre la nuit ensuivant cinq ou six pre- 
tendus capitaines , qu'on disoit estre consorts et 
complices de ladite entreprise , et les constituer 
prisonniers. Toute la nuit les dixaines de Paris 
furent en armes sur le pav£, par les commande- 
mens du provost des marchans et eschevins de la 
dite ville, faisans la ronde par tous les quartiers, 
et y eust grand tumulte. On fist bruit qu'en la 
maison d'un tapissier de la rue Saint- Antoine , 
avoient este trouvees armes pour armer cinq 
cens hommes. Ceste entreprise (disoit-on) se fai- 
soit sous ombre d'une querellc lors attaquec en- 
tre les escoliers et Italiens , a cause de quelques 
meurtres commis de part et d'autre par occa- 
sion.] 

Le mardy 5 dudit mois , fust pendu a Paris , 
et puis mis en quatre quartiers , un capitaine 

que de Slbastien de Luxembourg, due de PenthieTre 
et ylcomte de Martlgues. 



HOY DE FBANCE ET DE TOLONGM.. [1575] 



57 



! la Vergerie , condamng k mort par 
», chancelier, et quelques maistres des 
es nomraes par la Roine-mere , qui lui 
on proces bien court dedans l'Hostel-de- 
3 Paris. Toute sa charge estoit que,s'estant 
en quelque compagnie , ou on parloit de 
die des escoliers et des Italiens , il avoit 
1 faloit se ranger du cost£ des escoliers , 
ager et couper la gorge k tous ces b.... 
ns, qui estoient cause de la mine de la 
t : sans avoir autre chose fait et attente 
iceux. Le Roi le \id executer, encore 
lire d'un chacun il n'aprouvast pas cest 
fugement, lequel fust trouve estrange de 
op d'honnestes homraes [et scandalizafort 
lie ; comme si on eust voulu establir en 
: une domination estrangere pour I'asser- 
irannizer au prejudice des lois du roiaume, 
sntqueselon la liberty ordinaire et tegfc- 
i Francois , on deschira par toutes sortes 
sts et de libelles (ne pouvant faire pis) les 
es italiens, et la Roine leur bonne pa- 
ct maistraisse, k laquelleon iraputoit tous 
ax et desordres qu'on voioit au gouverne- 
le cest estat Entre une millasse , j'ai re- 
les suivants, qui sont tumbes entre mes 
; scavoir : un grand nombre de Stances 
les Italiens; Sonnets (sur ce subject) con- 
dits Italiens et Katherine de 3f edicts, 
nere;et aultres poesies franchises et latines 
ladite dame et ses partizans, et plusieurs 
tmmes sur son nom.] 
mesme temps [cou rut k Paris ung sonnet 
jr le nom des majestes, qui estoit le Roy 
apeloit ainsi] , et n'estoit tenu pour cour- 
«Iui qui disoit le roy . Ains faloit dire leurs 
6s (1), k la mode de la cour, [ou ce langage 
tout vulgaire] , dont quelcun se voulant 
r, composa le suivant , qui me fust donn£ 
lis, ce lundi 7 juillet, sonnet bien fait , 
i qui peult toucher a l'honneur du Roy : 

[SONNET DES MAJESTES. 

nos rols les plus grands, an Louis, un Francois , 
entolent du nom ou de Roy ou de Sire, 
nee florissant soubs leur croissant empire, 
t les noms 6gaux, ou moindres que les rols. 
spuis qu'on a veu corrompre toutes loli, 
;nce de ceux qui font un roi de cire, 
» eshonte's de son plaisir ou Ire, 
dssans au roy que le nom et la voiz, 
ace dlcroissant pour toute recompense, 
i sur rHespagnol l'idolatre ventance, 

e roi Henri HI, quelque temps apres son retour 
gne en France, ftablit un nouvcau ceremonial, 
l rtglcment pour ceux qui devaicnt eutrer dans 
ibre, dans son cabinet, eta quelles beures : il pres- 
n ordre pour le service de sa bouchc et pour les 



Qui egalle de nom rhomme a la d£lte\ 
Et or que son estat ruineux shipocrise, 
De double majesty qui est ce qui n' advise 
Leurs Majestes au train d'estre sans majesty ! 

Le vendredi 8 juillet 1575, arrivfcrent nou- 
velles au Roy de la prise du seingneur de Mom- 
brun , pres de la ville de Die en Dauphine, que 
les huguepos tenoient assieg^e. II estoit chef de 
part pour ceux de la religion , et des meilleurs 
qu'ils eussent et qui mesme au sortir d'Avignon 
avoit donn£ sur la queue de la suitte du Roy , et 
pill£ la pluspart de son bagage. II fust men£ k 
Grenoble, ou quelques jours apres, par comman- 
dement du Roy, il eust la teste tranchee, et son 
corps mis en quatre quartiers. Le chancelier Bi- 
rague dit au Roy que les huguenos avoient per- 
du une de leurs plumes , et que pour avoir fort 
bien cogaeu ledit Mombrun , il osoit asseurer 
qu'en ioute la France il ne se trouveroit possi- 
ble encores un capitaine plus resoluet determine^ 
qu'il estoit. A quoi le roy respondit qu'il eust 
voulu que de tous ces gens-l& , le dernier eust este 
en peinture dans sa chambre. 

Le mardi 12 juillet, furent maries au Louvre, 
k Paris , le marquis de Nomenie , Ills aisn£ du 
comte de Vaudemont , et frere de la Roine , et 
mademoiselle de Martigues. A ces nopces se 
trouverent le due de Lorraine et MM. de Guise, 
avec la pluspart des princes et seingneurs , qui 
lors estoient k la cour , et y dansa le Roy tout du 
long du jour en grande allegresse. 

Le samedi 16, Vaumesnil , excellent joueur 
de luth , qui estoit a Monsieur avec ung autre 
nomm£ Jannin, furent constitues prisonniers 
au dongeon du bo is de Vincennes, pour charge 
(ainsi qu'on disoit) de conjuration ou autre 
mauvaise entreprise. lis furent neantmoins fort 
recommandes au Roy et & la Roine-mere par 
Monsieur et les plus grands de la cour , qui 
maintenoient qu'on leur faisoit tort , et que ca- 
lomnieusement on les avoit accuses, estans bons 
serviteurs de Leurs Majestes. Car ceux qui en- 
treprenoient en ce temps, estoient tous serviteurs 
du Roy (mais e'estoit pour le despouiller). 

Ce jour arriverent nouvelles de Poiqtiers et 
quelques autres villes faillies par les Malcon- 
tents du Poictou et publicains, qu'on 'apeloit, 
pour ce qu'ils s'aidoient du pretexte du bien pu- 
bliq ; desquels estoit chef roaistre Jean de La 
Haie , lieutenant-general de Poictou.] 

En ce temps , un nomme Besme , Alemand , 

fonctlons de ses officiers. A ces reglemens il ajouta les 
termes dont il voulait qu'on se servit lorsqu'on parlait 
de sa personne ; et pour lui faire la cour, il ne faHait point 
dire le roy, mais leurs majettes. (A. E.) 



58 



REG1STAE-J0UHNAL DE UENA1 111, 



escuier d'escurie da due de Guise, ungdesmeur- 
triers du feu admiral, le jour Saint-Rarth6- 
lemi, k Paris 1572, fust pris par aucuns de la 
garnison de Bouteville [distant de sept lieus 
d'Angoulesrae] , eommc il retournoit d'Hespa- 
gne. [Se voiant recongneu et en grand danger 
de sa vie, il promist grosse rancon , et mesme de 
faire rendre Montbrun , qu'on tenoit prisonnier 
k Grenoble. A quoi on presta fort Toreille pour 
Thonneur et amitie que les huguenos portoient a 
Montbrun ; mais tost apr&s aians eu advis de sa 
mort et execution] , Bertoville , gouverneur de 
la place de Bouteville , l'aiant fait serrer en at- 
tendant la resolution des Rochelois, qui le vou- 
loient acheter pour en faire faire justice exem- 
plaire, il trouva moien, [par un soldat gaingne 
de la garnison,] de sesauver. [Mais non si tost] 
que poursuivi par Bertoville , qui en fust adverti 
k temps, il ne fust rattrappe , ou se voulant raet- 
tre en defense , il fust tu£ [par ledit Bertoville et 
ceux de la garnison, qui l'estendirent mort sur 
la place. Son corps fust envoye au baron de Ruf- 
fec , k son instante priere et requeste, qui le fist 
honnorablement enterrer k Angoulesme, qui fust 
trop d'honneur a ce goujat] et assassin, qui avoit 
este laquais du cardinal de Lorraine , duquel on 
disoit quil estoit bastard. 

[Ence mesme temps, nouvelles vinrent au Roy 
qu'un Italien nomm6 Lebastardin, lieutenant 
de la compagnie du seingeur du Lude , aiant este 
pris pour estre de Fentreprise de Poictiers, avoit 
este decapite et mis en quatre quartiers dans la- 
dite ville de Poictiers , et maistre Jean de La 
Haie , lieutenant-general de Poictou , Tun des 

(1) Jean de La Haye, ne* gentilhomme, mats sans 
biens. II Ipousa une riche veuve qui 1'avait charge* de 
suivre ses proces au parlemcnt de Paris. Avec la dot de 
cettc fcmme, il achetu la lieutcnance ggnlrale de Poi- 
tiers ; servlt dune maniere distinguee au si^ge que sou- 
tint cetle ville, et y acquil beaucoup dc gloire. Ge ser- 
vice 1'ayant rendu plus hardi, il demanda a la Reine une 
charge de mailrc des requites, qu'on lui refusa. Quel- 
que temps apres, la charge dc president de Poitiers 
ayant vaque\ il la sollicita, et fut encore refuse. II rlsolut 
alors de profiler des troubles qui agitaicnt le pays, pour 
faire voir qu'on avait tort de le mgpriser. Sa mort Tut 
avouee par Henri III, comme on lc volt dans les lettres- 
patentes de ce prince, qui sont au volume 87 des ma- 
nuscrits de Dupuy. (A. E.) 

(2) La lettre suivante de la reine Catherine paraltrait 
indiquer que lc motif du chatiment d' Abraham, secre- 
taire du prince dc Condc*, dtait fond6 sur des projets 
contre la pcrsonnc du Roi, et non pas seulcmcnt sur lc 
projet de depart pour l'Angleterre de ce domestiqne du 
prince. Elle Tut adresse*e au prince de Condi avec deui 
autres lettres. Tune du roi et 1'autre du cardinal de Bour- 
bon, surle mime sujet. Le Roi invitait son cousin a faire 
la paix avec lui pournc pas achever de ruiner le royaumc; 
et le cardinal de Bourbon, par sa lettre en date du 21 aout, 
reprlsentait au prince \e piteux succes qu'ilpouvoit at- 



aucteurs et chefs de ladite conspiration , pendu 
en effigie dans ladite ville de Poictiers , en la 
place de Nostre-Dame-la-Grande. 

Le lundi 18 arrivent k Paris les deputes de La 
Rochelle, qui sont serviteurs du Roy comme les 
autres, en leur accordant ce qu'ils demandent. 

Le samedi 30, le Roy receust advis de la mort 
du lieutenant La Haie (1) , tue] en sa maison de 
la R6gaudiere , k une lieue pres de Poictiers , 
par Saint-Souline et ses gens. Son corps encores 
tout chaud fut raene a Poictiers [ou la teste lui 
fut s£paree du corps en la place ou estoit ja son 
tableau,] et icelle mise sur le portail Saint-Cy- 
prian [et ses autres membres disperses cs au- 
tres quartiers bors la ville.] II estoit homme [de 
bon esprit et] de grande menee, et avoit [en 
Poictou] gaingne [par sa dexterite] jusques a 
quatre cens gentilshommes prests a prendre les 
armes potfr secouer lc joug de la tirannie qu'ils 
apeloient, c'est-&-dire de leur Roy et prince na- 
ture! [contre tout droit divin et humain]. Pour 
son particulier de lui , on tenoit quil avoit sod 
dessein a part lequel il avoit basti sur le secret 
de la roine-m&re , et que pour l'avoir mal mes- 
nage , il lui en avoit coust£ la vie. Dont fut di- 
vulgue l'epitaphe qui courust a Paris, a la cour 
et partout, ains tiltre : 

De Hayo Pictonum archiprafecto, quern occi- 
dit Sansolenceus. 

Aout. Le samedi 13 aoust,fust pendu et 
puis mis en quatre quartiers, en la place de 
Greve a Paris, un nomme Abraham (2), secre- 
taire du prince de Gonde, qui [un mois aupara- 



tendre d'une si peu louable enlreprise : il I'cngageait 
aussi & entendre aux raisonnables conditions qui lui 
4taient proposers. Voici le texte des deux premieres lettres: 

A mon cousin le prince de Conde, gouverneur et 
Ueulenant-general du Roy monsieur mon fUz, en 
son pays de Picardie. 

« Mon cousin, sen allanl vers vous vostre secretaire 
present porteur, je l'ay voulu charger dc ceste lettre, 
pour vous respondre sur celle que vous m'avez dernie- 
rement escrite touchant Abraham, quelle me fust ren- 
due lorsquc le jugement de mort avoit ja este" donne* 
contre luy par les gens de la court du parlement, pour des 
causes tres-jusles ct raisonnables, cnlrelesquel les ilacon- 
fesse* et a est^ prouve*, soubz son seing, quil a voulu em- 
ployer six mil escuz pour faire tuer lc Roy monsieur 
mon Glz Si bien que j'cstinie tant dc vostre bon naturel, 
que, quand aprez la paix. bien faile et conelute, vous 
I'eussicz cogneu coulpable de si grande meschancctez 
que celle dont il a este* convaincu, vous cussiez vous- 
mesme lc premier consenty et ponrchasse* sa puniUon 
telle qu'clle s'esl ensuivie. Au torplus, mon cousin, jay 
diet franchement a vostre porteur que, quand vous voul- 
driez croire le conscil que jc vous ay lousjours donne* 
et donne encores, qui est de ne presler point i'aureille a 
beaucoup de gens qui sont a I'enlour de vous, ains de 



yant] avoit este pris [sur la coste de Normandie] 
voulant passer en Angleterre, charge de paquets 
et ra^moires [concernans l'estat du Roi et de 
son roiaume, et disoit-on qu'enquis et gehennc, 
il avoit declare des secrets et entreprises de 
grande importance. 

Lejeudi 18 dudit mois, la Roine, veufve 
da feu roi Charles IX, partist de Paris pour 
alter k Blois voir sa fille, et l'accompagnerent 
et convoierent le Roy, Monsieur, le roi de Na- 
varre, le due de Lorraine, et autres princes et 
seingneurs en grand nombre jusqu'au Bourg- 
la-Roine. 

Ledit jour, le Roy sellt accorder, par le corps 
de la cour de parlement, quatre-vingts mil 
francs, et par le corps de la chambre des comp- 
tes, cinquante mil francs de prest pour le besoin 
de la guerre ouverte, et pour obvier a la des- 
cente d'un grand nombre de Reistres et Lans- 
quenets, prests k marcher et venir en France. 

Le vendredi 19 dudit mois, un capitaine 
normand nomme Moissonniere, qui avoit est£ 
pris avec le secretaire Abraham, et auquel le 
Roi avoit fait gr^ce et Tavoit envoie absous de 
sa charge et accusation, le soir s'en retournant 
en son logis, fust attaque d'une querelle d'Ale- 
mant par le seingneur d'O et les siens, ettu£ sur 
le champ ; dont ne fust fait autre enqueste ne 
poursuitte (soit que le Roy en fust consentant 
ou autrement), sinon qu'on disoit publiquement 
a la cour que e'estoit un huguenot, et qu'il eust 
est^ k desirer que tous les autres lui eussent 
tenu compagnie. Sur quoi un qui en estoit et 



prendre le vray chemio pour rendre au Roy mondil sei- 
gneur et filz le debvoir d'ob&ssance auquel vous lui 
estes naturellement oblige*, je croy que tous vtveriez 
beaucoup plus content que vous ne pouvez fa ire a ceste 
heure. Ce que je vous prie considerer et vous remeltre 
souvent devant les yeux el embrasscr ce qui est digne du 
seln dont vous estes yssu et de la proximity de sang dont 
vous luy atouchez. Priant Dieu, mon cousin, qu'il vous 
ayt en sa sainte et digne garde. 
» Escript a Paris, le xix jour d'aoust 1575. 
» "Vostre bonne cousinc, 

» Catherine. » 

Lettre du Roi au prince de Conde. 

« Mon cousin, m'ayant faict entendre vostre secre- 
taire present porteur, qu'il desiroit vous alier retrouver, 
je vous ay vouliu par luy escrire ce petit mot, et vous 
dire que, desirant la cessation des maux dont ce royaume 
est afllige' par la continuation des troubles, jay eu jus- 
ques icy regret que les choses n'ont este* plus avancttes 
en la negotiation de la paix pour I'arrivle plus prompte 
de vox depputez et de ceux du Languedoc, que j'atlendz 
de jour a autre, affin de pouvofr mectre tant plustost 
une bonne fin en ceste affaire au comroun bien de tous 
mes subjectz, selon que je le desire infiniment, souhai- 
tant que de vostre coste* vous y aydiez d'aultant plus vo- 
lontiers, que vous y estes oblige* davantagc que ung au- 



ROY DE FRANCE ET DE POLONGNE. [1575] 59 

qui ne se pouvoit contenter de ceste solution, 
composa un Sonnet contre les Massacreurs qui 
se discnt catholiques, qui fut trouv£ bien fait, 
et courrust incontinent partout. ] 

Le samedi 27 de ce mois, le Roy, accompa- 
gne de monsieur le due d'Alaucon, son frfcre, et 
du roy de Navarre, son beau-fr&re, vint au Pa- 
lais tenir son lit de justice tout expres pour 
gratifier le due de Lorraine, son beau-fr&re, de 
quelques points concernant la souverainet£ de 
Bar(l). Ceste gratification n'agreoit pas beau- 
coup a ceste compagnie non plus qu'a ces deux 
princes, [qui y assisterent comme par force et a 
regret, n'estans pas en fort bon mesnage avec 
ceux de Lorraine. 

De ces divisions, le peuple en portoit toute la 
folenchere, selon le proverbe qui dit : Que les 
grands font la folie et le peuple la boit. Et de- 
puis le roy Lois XII n'avoit gu&res veu autre 
temps : dont fust fait en ces jours le huittain qui 
s'ensuit, qui les meet tous en xmjidelium : 



Lois douxieme fust le pere 
De ce peuple Francois, mineur ; 
Francois premier s'en fist seingneur ; 
Quittant la charge tutllaire, 
Henri second et son compere, 
La roine-mere et ses en fans, 
Et les Guisars, sont les marchans 
Qui lont mis en leur gibessiere. 

En ce temps le Roy eust advis d'une Amotion 
populaire survenue a Bordeaux, a cause d'une 
nouvelle dace de quinze sols par tonneau de 
vin qu'on vouloit exiger, dont fust fait ainsi 
grand bruit et rumeur a Paris, par ceux qui 

tre, estant prince de mon sang, qui debvez aymer la con- 
servation, grandeur et accroissement de mon royaume, 
et regretcr de le veolr amoindri et deschire*, tous les 
jours en dangier de tumber enfin en une ruyne irrepa- 
rable, par la longue durde des maux dont il est tenaille*. 
Ce que me prometant de vous et den veoyr bientost de 
bons effect z par le retour de vozdils dlpulds, que Ton 
ma dit debvoir estre icy bientost , je ne vous en diray 
rien davantage ; mais vous parleray seulcment de ce 
qui touche Abraham, lequel a este* execute* par arrest 
de ma court de parlement pour de si grandes causes et 
crimes, cas que, les saichant, vous ne pourriez vous- 
mesme que l'estimer du chastiement qu'il a receu ; et 
quant a La Moissonniere, il a este* mis en liberte*. Sur 
ce, je prie Dieu, mon cousin, qu'il vous ayt en sasaincte 
et digne garde. 

» Escript a Paris, le xix jour d'aoust 1575. 

» Henry. 
» Et plus bas : Brulart. » 

La lettre e*tait ainsi adresse'e : A mon cousin le 
prince de Condi, gouverneur et mon lieutenant-gini- 
ral en Picardye. 

(D'apres les originaux conserve's parmi les manu- 
scrits de Colbert a la Bibliotheque du Roi.) 

(1) Bar n'e*tait pas une souveraincte*, mais un dache* 
mouvant de la couronne, et dont les dues de Lorraine 
rendaient hommage au Roy. (A. E.) 



00 



REGISTBE-JOURNAL DB HENRI III, 



estoient bien aises de rerauer le peuple soubs le 
pretexte du bien publiq , duquel ils se sous- 
soient aussi peu que de leurs vieilles bottes.] 

Septembre. Le jeudi l5 e jour de septerabre, 
Francois de France, due d'Alenc^on, frere uni- 
que du Roy, lequel, depuis dix-huict mois, avoit 
tousjours este exactement observe et garde et 
tenu comme prisonnier [prattique' sous mains 
par les huguenos et raal contents], sortist [sur 
les six heures du soir] de Paris [en coche et en 
cachette, passa par Meudon, oil il trouva Gui- 
teri, l'attendant avec quarante ou cinquante 
chevaux, alia souper a Saint-Leger, pres Mont* 
fort-Lamraauri , puis] tira a Dreux , ville de 
son apannage, ou il sejourna huict jours, pen- 
dant lesquels vinrent a lui plusieurs gentils- 
hommes et autres gens de guerre de son parti 
et intelligence (1). [De quoi, le Roy, toute la 
cour et la ville de Paris furent mervueilleuse- 
ment troubles. 

Le samedi 17 septembre, Monsieur publia 
sa declaration, fondee, (comme elles sont tou- 
tes), sur la conservation et restablissement des 
loix et statuts du roiaume. En effect e'estoit la 
querelle du bien publiq resuscit^e, laquelle ne 
se pouvoit appaiser que par ung plus grand et 
riche apannage. Le Roy l'aiant receue ce jour 
mesme, la monstra en presence de la Roine sa 
mere, du roi de Navarre son beau-frere, lequel 
leur dit : « Je sc_ai asses que valent toutes ces 
declarations la , on m'en a asses fait faire de 
telles pendant que j'estois avecle feu admiral et 
les autres huguenots ; avant qu'il soit peu de 
temps, Monsieur m'en dira des nouvelles et de 
ces gens qui le mettent en besongne. II sera du 
commencement leur maistre, mais peu a peu ils 
en feront leur valet : je scay qu'en vault I'aune ;» 
dissimulant dextrement Intelligence qu'il avoit 
en ceste ent reprise.] 

Le dimanche 18, le president Seguier (2) fut 
pris en sa maisou de Soret, par un des freres du 
baron de Saint-Remi, lors prisonnier a Paris et 
mene a Dreus , fust mis a ransson; [mais tost 
apres fut relasche et renvoie* libre en sa 
maison. 

Le mardi 20, on leva a Paris, en diligence, 
deux mil harquebusiers paies par les bourgeois, 
qui a cest effaict furent quotiz£s et charges 
chacun pour leur part de la solde des soldats 

(1) Deux jours apres, le due d'Alencon publia tine 
protestation, contenant les causes qui l'avaient indult 
a se joindrc auz rebellcs. II adressa aussi une lettre au 
parlement sur le mime sujet. 

(2) Pierre Siguier. U avail M avocat-g£n£ral a la 
cour des aides en 1550. puis ayocat-gcnlral au parle- 
ment de Paris, et ensuite second president de la meme 



leves, qu'on envoia au pays Chartrain, ou les 
seingneurs de Nevers et de Matignon estoient 
alles assembler des forces pour essaier a retenir 
et arrester ledit seingneur due en ladite ville de 
Dreux. Mais en pourparlant les moiens et seu- 
retes de I'aboucher avec la Roine sa mere, la- 
quelle, lemercredi 21 de ce mois, estoit sortie 
de Paris pour cest effect, accompagnee du car- 
dinal de Bourbon et de I'evesque de Mende. 
Monsieur le due, adverti de la surprise que Ton 
s'efforcoit lui faire, le vendredi 23* du mois, 
sur le midi, partist avec ses trouppes de ladite 
ville de Dreus , et passant par le Perche , se 
rendist sur la fin du mois aux environs de Blois, 
ou la Roine sa mere l'attendoit, cherchant tons 
moiens de l'aboucher et parler a lui.] 

Le mercredi 20 septembre , veuille Saint- 
Michel, sur les neuf a dix heures du soir, sur la 
ville de Paris et aux environs, sont veus certains 
feus en Fair faisans grande lumiere et ftimee, 
et repr&entans lances et horames armes : [dont 
toute la cour du Roy et la ville de Paris fut es- 
tonnee, tirant chacun de la quelque presage 
sinistre du mal qu'auroit a souffrir Paris.] 

Ce jour, la Roine parla a Monsieur le due son 
ills a Chambourg, qui lui dist qu'il n'entreroit 
plus avant en propos avec elle, [sur le fait de la 
capitulation et accord dont elle lui parloit,] que 
les mareschaux de Monmorenci et Cosse ne 
fussent remis en liberte. [Suivant laquelle reso- 
lution elle depescha incontinent a Paris, pour 
supplier le Roy son flls de les faire eslargir.] 
Ce qui fust fait le dimanche 2 octobre, et fu- 
rent tous deux delivres de prison et mis en 
liberte (3). 

Octobre. Le samedi premier jour d'octo- 
bre, Monsieur le due partist de Blois & minuict, 
adverti que la Roine sa mere, qui I'y avoit fait 
venir sous ombre de pourparler la paix ou la 
treufve, [I'y vouloit surprendre], et s'en alia a 
Rommorantin aveq ses trouppes, ou il entra par 
force, et fit mourir aucuns des habitans qui lui 
avoient voulu empescher l'entr^e. [Passa plus 
oultre par Vatan et Argenton, jusques a Chas- 
tclleraud, ou Monsieur le due de Montpensier 
I'alla trouver pour lui persuader quelque bon 
accord et appointement.] 

Le dimanche 9 octobre, feste de saint Denis, 
le Roy fist faire procession g£ne>ale et solen- 

cour. II mourut le 21 octobre 1580. Lorsqu'N n'eHait 
que simple avocat, II e'tait repute* comme un des mieux 
disant. 

(3) Le Roi ne se contenta pas d'accorder la liberte* au 
due de Montmorency, il lui remit en meme temps une 
declaration <? innocence tres-eiplicite. 



HOY DE FRANCE KT DE POLONGNE. [1575] 



61 



oelle & Paris, en laquelle il fist porter les saintes 
reliques de la Sain te-Chapelle ; et y assista tout 
da long,disant son chapelet en grande devotion. 
Le corps de la cour avec celui de la ville, et 
Urates les autres compagnies, s'y trouverent; 
aussi firent par le commandement de Sa Ma- 
jesty tons les princes, selngneurs, officiers et 
gentilshommes de sa maison, hormis les dames, 
que le Roy ne voulust qu'elles s'y trouvassent, 
disant qn'il n'y avoit point de devotion la ou 
elles estoient. 

[Le mardi 1 1 octobre, le seingpeur de Fer- 
vaques arriva h Paris, et apporta nouvelles an 
Roy] de deux raille que Reistres [que Francois] 
conduits par monsieur de Thore (l), [desfaits 
par le due de Guise,] pres Fismes, [en passant 
la riviere de Marne au-dessus] de Dormans. 
Dont le Roy fait chanter le Te Deum solennel. 
[Geste desfaite estoit avenue] lejour de de- 
vant 10 octobre, entre Damerl et Dormans, 
dont le bruit fust plus grand que I'effait ; car il 
n'y mourast point cinquante hommes de part et 
d'autre, et apr£s que deux ou trois cornettes de 
Reistres, prattiqueespar argent, eurent fait sem- 
blant de se rendre a la mere! du due de Guise , 
le seingneur de Thor6 passa sain et sauf a No- 
gent-sur-Seine avec mil ou douze cens chevaux, 
et s'alla rendre a Monsieur le due a Vatan. 

Le due de Guise, en ceste rencontre, par un 
simple soldat [a pied qu'il attaqua], fut grieve- 
ment blesse d'une harquebuzade qui lui era porta 
une grande partie de la joue et de l'aureille 
gauche ; [tellement qu'on disoit a Paris et a la 
cour que le Roy et la France recevoient beau- 
coup plus de demmage du coup de ce jeune 
prince, que de gain de toute la pr&endue def- 
faitte susditte. 

Le vendredi 14 octobre, les mareschaux de 
Monmoranci et de Cossey, par le commande- 
ment du Roy, sortirent de Paris pour aller a 
Blois trouver la Roine sa m&re et le due de 
Montpensier, et avec eux capituler quelque 
traict£ d'accord, de treufve ou paix avec Mon- 
sieur le due son fr&re, qui s'y devoit trouver le 
seiziesme dudit mois. 

(1) Thore" Montmorency amenait d'AUemagne deox 
mill* reistres, que le prince de Conde* envoyait au due 
(fAlencon. II fut attaque* pres de Chateau-Thierry par 
le due de Guise, qui, dans ce combat, recut une bles- 
sure tu visage, d'ou lui vint le surnom de Balafre*. 
(A. E.) 

(2) Les progres que firent les huguenots effrayerent le 
Roi et la cour, et des le 22 octobre , on publia une or- 
donnance du Roy pour la levee dune puusante armie 
eontre les rebeUes. Gette meme ordonnance fixait les 
taxes impos&s au clerge" pour subvenlr aux frals nlces- 
saires a requipemeot des troupes. 



Ce jour vinrent a Paris nouvelles au Roy de 
la prise de la ville d'Yssoire en Auvergne par 
les huguenots (2).] 

Le lundi, dernier octobre, veille de la Tons- 
saints, sur les dix heures du soir, le capitaine 
Gast (3), [gentilhomme dauphinois,] favori du 
Roy, [lequel il avoit suivi en Polongne,] fust 
tue dans sa maison a Paris, rue Saint-Honor^, 
et avec lui son valet de chambre et un sien 
laquais, par certains hommes armes et masques, 
[quil'assassinereutacoups d'esp6es etde d agues, 
sans estre congneus ne retenus.] II dit, mourant, 
que e'estoit le baron de Viteaux (4), qui estoit 
a Monsieur, qui Pavoit tu£ : toutefois cela ne 
fust point av£r6, encores que la presumption en 
fust grande [et que ce coup avoit est£ fait soubs 
bon adveu et par commandement], d'autant que 
ce mignon superbe [et audacieux, enfle de la 
faveur de son maistre], avoit brave Monsieur 
jusques a estre passe un jour devant lui eu la 
rue Saint-Antoine, sans le saluer ni faire sem- 
blant de le connoistre, [et avoir dit par plusieurs 
fois qu'il ne reconnoissoit que le Roy, et que 
quand il lui auroit command^ de tuer son pro- 
pre frfere qu'il le feroit] Autres disoient qu'un 
grand l'avoit fait tuer par jalousie de sa femme. 
Quoique e'en soit, il n'en fust fait autre instance 
ni poursuitte,sinon que le Roy [lui fist faire ung 
beau service aprfcs sa mort] et enterrer solen- 
nellement a coste du grand autel de Saint- 
Germain de l'Auxerrois, se chargeant de paier 
ses debtes, [qu'on disoit se monter a cent mil 
francs et plus.] Ce capitaine avoit respandu beau- 
coup de sang innocent a la Saint-Rarthelemi, 
[dont ne se faut estonner si, suivant la parole 
de Dieu, le sien fust aussi respandu ; et comme 
il en avoit pris quelques-uns dans le lit (dont 
il se vantoit), aussi y fust-il pris lui-mesme et 
tu£. Qui sont tous effets de ceste divine Provi-. 
dence admirable et adorable.] 

Novembre. Au commencement de novem- 
bre, le Roy fait reraettre sus par les eglises de 
Paris, les oratoires, autrement dits les paradis, 
et y va tous les jours faire ses ausmonnes et 
prieres en grande devotion, laisse ses chemises 

(3) Louis Berenger Du Gast. Les tins ont pre*tendu 
qu'il avait etc* tue* par ordre de la Reine-mere et du due 
d'Alencon, les autres par ordre de la reine Marguerite. 
(A. E.) 

(4) GuiUaume du Pract, baron de Viteaux, en 1571, 
avait deja tu^ Antoine d*AUegre f baron de Millau. II 
Tut arret 6* apr£s ce second assassinat et envoye* derant 
le parlement de Paris pour y dire juge* ; mais des amis 
puissants agirent en sa faveur; et quoique le Roi voulut 
venger la mort de Du Guast. il ne fut condamne* qu'a 
des dommages et inte*r£ts et a une amende. (A. E.) — II 
fut tue* lul-meme en duel en 1583. 



62 



REGISTBE-JOURNAL DE HENAI III, 



a grands goldrons, dont il estoit auparavant si 
curieux, et en prend a colet renverse, u l'ita- 
lienne. Va en coche, avec la Roine son espouse, 
par les rues et maisons de Paris, prendre, les 
petits chiens damerets, [qui a lui et a elle vien- 
nent a plaisir ; va semblablement par tous les 
monasteres de femmes estans aux environs de 
Paris , faire pareille queste de petits chiens, au 
grand regret et desplaisir des dames ausquelles 
les chiens appartenoicnt.] Se faisoit lire la gram- 
maire,et apprend a decliner (1). Sur lequel mot 
[qui sembloit presager la declinaison de son estat, 
veu lesgrandes affaires qu'il avoit sur les bras,] 
furent faits et semes [par des mesdisans] les 
vers qui s'ensuivent : 

Gallia dum passim civilibus occubat armis , 

Et cinere obruitur semisepulta suo ; 
Grammaticam exercet media Bex noster in aula. 

Dicer e jamque potest (vir generosus) Atno. 
Declinare cupit, vere declinat et ille (2), 

Bis rex qui fuerat, fit modb grammaticus. 

Discere te lingua fama est elementa latina, 

Atque Atno, per quinosjam variare modos. 
Quid facis , & fia,7t\ev$ ? nimium scis istud amare , 

Plus satis ista tibi mollia verba placent. 
Quin potius, si te externa capit amula lingua 

Gloria, per gracas fortior ibis opes : 
lUic invenies geherosum et nobile tutts/v , 

Hostibus horrendum, conveniensque tibi. 
Non alio poteris pacem tibi quarere verbo , 

Cum dices rvTrrcm , dicet et hostis, Amo. 

Grammatics studet Henricus, declinat et ille, 
Extera regna habuit, vix sua regna tenet. 

Quoniam imperare non potest Polonia, 

Henricus, e/fuso rediit in GaUiam 
Cursu. Sed illam legibus nequit temperare 

Suis, animum non habens oneriparem. 
Edicit artes, litteras, sophismata, 

Vt doceat et faciat fidem proverbio : 

Begnum regere qui nescit, scholam regit 

Dionysius Corinthi. 

Cl. M. 

Le seingneur de Biron, en ce temps, va et vient 
et fait plusieurs voiages pour la capitulation 
d'une treufve ou d'une paix (3), et cependant 
les compagnies des gens de guerre leves par le 
commandement du Roy, espars par toute la 
France, vaguent sans aucune discipline militaire, 

(1) « Par Doron , qu'il fit dcpuis conseiller au grand 

CODSCll. » 

Getle lignc, qui n'est pas dans le manuscrit de Les- 
toilc, avail &e* mise dans le lexte par les anciens £di- 
tcurs : nous avons cru devoir la conserver, raais dans 
les notes. 

(2) Pasquier ( livre 19 de ses Lettres, t. 2, page 483 ) 
avoue qu'il fit cette Ipigramme, afin que, torn bant entre 
les mains du Roi, elle lui fut une lecon, non pas de 
grammaire latine, mais de ce qu'il devait falre. (A. E.) 

(3) Les articles d'une treve furent en eflet conclus et 
arrets entre la reine-mere et M. le due frere du Roi, 



pillent, volent et saecagent le pauvre peuple a 
toute outrance pis qu'ennemis declares : dont Sa 
Majesty recoit de grandes plain tes.] Et mesme, 
le vendredi 1 1 de ce raois, jour de Saint-Martin, 
on lui donna ad vis d'un capitaine de Provence 
qui s'estoit esleve et faisoit comme un parti a 
part; ce que le Roy aiant entendu, comme il 
alloit a la messe, dit asses haut ces mots : « VoiI& 
» que e'est des guerres civiles; un connestable, 
» prince du sang, jadis ne sceut faire parti en 
» France, maintenant les valets y en font. » 

Decembre. Le lundi 5 decembre , la Roine 
veufve, madame Ysabel d'Austriche, partist de 
Paris [pour s'en retourner a Vienne, ches son 
pere et sa mere :] et lui bailla le Roy] messieurs 
de Luxembourg, comte de Rais, et L'evesque de 
Paris pour l'accompagner, qui la rendirent en- 
tre les mains des deputes par l'Empereur [son 
pere, pour la recevoir & Nanci en Lorraine.] 
Elle fut fort aimee et honoree par les Francois 
[tant qu'elle demeura en France, nommement 
par le peuple de Paris, lequel plorant et gemis- 
santason depart, disoit qu'elle emportoit avec 
elle le bonheur de la France (4). 

Le lundi 12 decembre, est faite, par com- 
mandement du Roy, assembled de bourgeois en 
la grand salle de FHostel-de- Ville de Paris, en 
laquelle, par le prevost des marchans Gharron, 
fut aux assistansproposee lademande que le Roy 
faisoit qu'on lui fist aide et secours, par forme 
d'impost ou emprunt a faire par capitation sur 
les bourgeois de la ville el autres lieus de la pre- 
voste de Paris, pour la soulde de trois mil 
Suisses, faisant moitie des six mil que le Roy 
faisoit venir pour la garde et defense du roiau- 
me, nommement de ladite ville de Paris, contre 
les rebelles, a la raison de cinquante mil francs 
pour chacun des quatre mois prochains a venir : 
ou il fut resolu qu'on remonstreroit au Roy la 
necessite de la paix et la pauvrete de son peu- 
ple. De fait, furent lesdites remonstrances redi- 
gees par escrit et portees au Roy par ledit pre- 
vost des marchans, accompagne de plusieurs 
notables bourgeois, lequel en aiant oui la lec- 
ture, feit remonstrance de sa part de la peine 



sous le bon plaisir de Sa Majeste", dans le courant de 
ce mois de novembre. 

(4) Le paragraphe suivant existe dans le manuscrit au- 
tographe de Lestoile, mais il a M eflace* : 

« Ce jour s'esleva un bruit a Paris, que nonobstant la 
treufve accordee a Champigni le 22 du mois passe* . si- 
gnee Katheiine et Francois, les reistres levels par M. le 
prince de Condd, conduits par le due Casimir et autres 
seingneurs alemans, passoicnt le Rhin pour s'acheminer 
en France. De quoi aussi Sa Majeste* a advis; laquelle 
sur icciui, depesche le seingneur de Biron, grand maistre 
de Partillerie, par devers le dit seingneur prince. » 



BOY DE FRANCE ET DE POLONGNB. [1575] 



63 



}u'il avoit tousjours prise et prenoit journelle- 
nent a pacifier les troubles, et des bautes et 
ndignes demandes que faisoient ses ennemis, et 
le la necessite qu'il avoit de s'opposer a leurs 
iesseins avecq les amies et la force, et cons£- 
luemment d'estre secouru de deniers, en si ur- 
gent besoin, par ses bons et loiaux subjects. 

Ce qu'estant rapporte en autre assamblee, 
faite audit Hostel-de-Ville, le 23 de ce mois, 
Fut conclud qu'on ottroieroit auRoy sa deraaiule, 
st que la ville de Paris fourniroit les deux tiers 
le la somme par lui requise pour lesdits quatre 
mois, revenans lesdits deux tiers a trente et 
trois mille quatre cens livres par mois, et que 
le surplus seroit departi sur les villes circon- 
voisines enclavees en la generalite dudit lieu.] 

En ce temps, et sur la fin de ceste annee, le 
baron de Rochepot (1) fust depesche de la part 
de Monsieur vers les Rochelois, [avec ample 
ereance, laquelle il leur pronnonca et puis bailla 
par escrit] en une solennelle assemblee publi- 
que, faite a l'eschevinage, le 20 du present 
mois de decembre, [contenant en somme une 
protestation de s'emploier de toute sa puissance 
pour eux,] et embrasser de bon coeur la que- 
relle deseglises reformees de France, [pour leur 
procurer par une bonne paix ou victoire memo- 
rable , le libre exercice de leur religion , et 
particulierement de faire pour eux et en faveur 
de leurs privileges tout ce qui lui seroit possible, 
jusques au hazard de sa vie ; mais qu'il estoit 
reduit en necessite d'argent, pour le grand prest 
et avance de deniers qu'il avoit convenu et con- 
venoit faire encores pour l'execution d'une si 
belle et haute entreprise, qui estoit la glose 
comrae on dit), du commitiimus et le principal 
point de la depesche. A quoi les Rochelois du 
commencement se monstrerent froids] ; mais en - 
fin resolurent d'envoier leurs deputes vers Son 
Excellence [avec offres et soubmissionstres-am- 
ples et tres-hurobles,] et la somme de dtx mil 
francs [que la ville presentoit a Son Excellence,] 
la priant d'excuser la pauvrete d'icelle [pour 
les grandes affaires et frais qu'il lui avoit con- 
venu soustenir durant ces guerres et miseres (2). ] 

En ce mesme temps, le baron de Ruffec, gou- 
verneur d'Angoulesme, refusa totalement Ten- 
tree de la ville au due de Montpensier, qui, au 
nom de Monsieur (auquel par la treufve elle 

(1) Ce La Rochepot e*tait Antoinc de Silly, comtc de 
La Rochepot, gouverneur de l'Anjou. (A. E.) 

(2) Les Ugnes qui suivent ont6t£ eflacees par I'ameur 
dans son manuscrit autographe : 

« Le prince de Cond6, d'autre coste*, leur escrivit aussi 
a mesme fin et par le consell deTh.de Besze, entre au- 
tres, leur dissuadant la treufve et en traversoit Kcxecution 



avoit este accordee), y estoit alte pour en pren- 
dre possession. Ses raisons estoient , que pour 
avoir toute sa vie este serviteur du Roy, il avoit 
acquis beaucoup d'ennemis et des plus grands, 
[qui avoient conjure de lui faire perdre la vie, en 
quelque sorte que ce fust ; que pour s'en garder, 
il n'eust seen trouver lieu de seurete en tout le 
roiaume, et que si on avoit bien eu l'audace de 
tuer dans la ville de Paris, siege principal de la 
justice, et devant les yeux de Sa Majeste, le 
capitaine Gast, non pour autre raison, sinon 
qu'il estoit bon serviteur du Roy et aime de lui 
pour ceste occasion, qu'il estoit vraisemblable 
qu'il ne seroit non plus espargne, voire se re- 
tirast-il dans la chambre et cabinet de Sa Ma- 
jeste\ Lesquelles paroles offenserent fort Mon- 
sieur,] auquel Ruffec rescrivist fort humblement 
[et s'excusa des paroles et du refus,] en telle sorte 
toutefois qu'il ne lui livra rien, nonobstant les 
prieres, commandemens et r&terees jussions du 
Roy et de la Roine sa mere, desquelles les gou- 
verneurs faisoient fort peu d'estat en ce temps 
de guerre , estans Rois eux-mesmes. 

[A La Rochelle aussi, en mesme temps, il y 
eust quelques divisions sur les opinions diverses 
de l'intention de Monsieur, et sembloit que La 
Rochelle fut divisee en deux ligues : les uns 
magniflans jusques au ciel l'entreprise et dessein 
de Monsieur; les autres en parlant plus froide- 
ment, en discouroient comme d'un artifice des 
nopces du roi de Navarre, ou tant de gens de 
bien demeurerent enterres ; les autres condam- 
noient ouvertement son entreprise, qu'ils ape- 
loient surprise. Et y avoit deux ministres de 
ladite ville differ ens d'opinions pour ce regard, 
et preschans tout le contraire I'un de l'autre, qui 
y cuiderent raettre le feu k bon escient. L'un 
estoit Odet de Nort, le premier et plus docte de 
la ville, qui soustenoit l'entreprise de Monsieur, 
et preschoit publiqueraent la droite et sincere 
intention d'icellui. L'autre, qui preschoit le 
contraire, estoit Noel Magnen, lequel pour s'y 
monstrer ung peu trop passionne, et aussi que 
l'opinion du Nort estoit mieux receue et plus 
plausible de ce peuple, eust commandement de 
s'abstenir de prescher. Ce qu'il fist, et se retira 
peu apres en Angleterre, et de la vers le prince 
d'Orange. 

Le 20 de ce mois, un conseiller de Ghastelet 

tant qu'il pouvoit, comme aussi faisoient en ce temps les 
gouverneurs des villes et places tant roiaui qu'autres , 
qui ne demandoient que plaie et bosse , comme les bar- 
biers : si bien qu'enfin elle fut rendue, com re le gre* et 
Yolonte* de la reine-raere , qui avoit autre dessetn . a ce 
que tout le mondc disoit. » 



64 



REGISTEE-JOURNAL DE HENRI III. 



avec le commissaire du quartier furent par les 
maisons des bourgeois de Paris, leur faire cora- 
raandement de par lc Roy, qu'ils eussent a four- 
nir leurs maistres de bled, vin et lard pour un 
an; et de hoiaux, hottes et peiies pour trancher 
et remparer au besoiu. 

Les festes de Noel, on commence a fortifier 
la ville de Saint-Denis en France, et relever les 
tranchees et boulevars, oil travaillent trois mil 
pionniers paies des deniers des fortifications, 
qu'on contraint les bourgeois de Paris bailler 
par avance, et fut fait commandement aux vil- 
lages circonvoisins dudit Saint-Denis d'y porter 
cent muis de bled de munition, chacun suivant 
sa quotte. 

Sur la fin de ceste ann6e furent sem£s et 
divulguds, a Paris, de nombreux sonnets faits 
sur l'estat et gouvernement de ce temps (l). 

Sur la fin de cest an 1575, sur les chesnes et 
colliers de fer que portoient les dames et da- 
moiselles,qui sembloient symbolizer aumalheur 
du Steele oil nous estions, fust divulgue fepi- 
grarame suivant, intitule : 

DE MUlfDO MDLIEBRI. 1575. 

Quod nunc ex ferro mollis fert famiua ferrum, 

JErumnas nostri temporis hocce notat. 
Ornatum ex auro quondam aureaprotulit /Etas, 

Nunc meritb ferrum, ferrea secla ferunt. 
Ornatur ferro mulier, splendcscit et auro, 

Ast ferro ac auro, Gallia tota perit. 
Et ferrum ac aurum in sua viscera Gallia vertit, 

Atque suis discors viribus ipsa perit 

(Incerti.) 

Autre sur les Francois, se disaris Francois 
serviteurs d'un Dieu et d'un Boy, et toutefois 
s'entretuans et ouvrans par ce moien la porte a 
I'estranger. 

IP GALLOS MUTCIS ARMIS PEREUKTES. 1575. 

Vndique fraternis dum Gallia fluctuat armis, 

Mixtaque cum flammis sanguinis unda fluit, 
Res est mira quidem, concors discordia sur git, 

Atque pares animos utraque turba gerit. 
Vtraque divino tangi se numine jactat, . 

Regis et imperio subdere colla sui, 
Vtraque Gallorum vicos expugnat et urbes, 

Et populi gazas utraque turba rapit. 
Et modb barbaricas odes in piroHia ducit, 

Imperet ut.Gallis incola, Rhene, tuus. 
Sic qua non potuit vicino milite vinci, 

Comparibus votis Gallia pressa ruit. 

(Incerti.) 

Sur le portail de 1'Hostel-de-Ville, a Paris, 
estoient sur une toile peints une navire repr6» 



(1) Lesloile en a recueilll une douxaine dans son Jour- 
nal <ie Henri III, et les mots : Prenis les bans, laissis 
les mauvais, qui sont inscrits en t£te de ees sonnets , 



sentant la ville de Paris, etunpeu plus haut, a 
coste droit, une couronne reprlsentant le Roy, 
tous deux comme embrazes en feu, et' comrae 
dans le ciel entres les estoiles. Les vers suivans 
estoient escrits au dessoubs : 

Nostra sacris flagrare juvat sic pectora flammis, 
Regis amore sui, ut rex ardet amore suorurn^ 
Vivet uterque ignis medio inter sidera cado. 

Suivant la belle ardeur d'une Juste puissance. 
Nous bruslons de desir de rendre obeissance. 

Au dessus des dits navire et couronne estoit 
escrit en lettres d'or : 

VIVET UTERQUE IGNIS. 

Au dessoubs on afficha les vers suivants,dont 
plusieurs eurent copie avant qu'ils peussent estre 
ostes : 

Le preYost des marchans et les quatre eschevins 

De Paris la grand ville, ont fait une justice' 

En la place de Greve ou se vendent les vlns, 

Gruelle outre mesure et contre la police, 

lis ont brute le monde apres I'avoir pendu , 

Et chacun arboutant qui quelque appui lui donne, 

Etant ce nouvel feu si avant respandu 

Qu'il a tout embraze* la ville et la couronne ; 

Mais je ne scais pas bien comme ils viendront a bout 

De ce flagrant desir quen pur or ils escrivent, 

S'ils ne brulent la hottc et bretelles et tout : 

Car ils veulent encor que tout ces deui feus vivent, 

Faire d'une form! un escumant verrat, 

Et de petis compagnons mooter a la grand Gorre : 

Ce n'est rien de nouveau, aujhourdul passe rat 

La ou par ci-devant on souioit chats enclorre. 

I. P. A. 

On divulga aussi en cest an une epigramme 
en fran^ois, en latin et en grec D'un ojfficier 
du Roy, fils d'un apoticaire , faisant r amour 
a Paris, qu'on attribuoit a La Roche Chande- 
nier.] 

1576. 

Janvier. Le dimanche premier de Tan 1576, 
vieiment nouvelles a Paris, que M. le due, le 
seingneur de Thore et Gimier, le 26 d£cembre, 
avoient beu du vin empoisonn£ en la collation 
d'apr&s-souper, lequel vin avoit est6 apport^ par 
un valet dechambre dudit seingneur duc,nomme 
Blondel ou Blondeau, qui avoit autrefois servi 
le chancelier Birague : ce qui rendoit le fait 
encores beaucoup plus suspect. De fait, M. le 
due, d^s le 27 d&embre, avoit depesch£ exprcs 
le seingneur de Marivaux devers le Roy, pour 
Ten advertir et le prier de lui en faire justice; 
et un autre gentilhomme par devers la Roiue sa 
m&re, qui estoit demeuree malade a Chastelle- 



Indlquent probablement que la beauts du sonnet n 
vait pas toujours M pour lui le motif du cholx qu'il 
avait Tait, pour les insurer dans son Journal. 



BOY DE FRANCE ET DB POLONGAR. [1576] 



6$ 



raud d'on cathairre : laquelle en fust fort mar- 
rie, et prist toute peine d'en purger elle et le 
Roy son fits. Cependant le proces fait audit 
Blondeau , aiant este mis par plusieurs fois k la 
question , n'aiant reoongnu aucun empoi- 
sonnement par lui ou autre fait ou procure, 
et ne s'estant contre lui trouvee aucune autre 
charge, joint que par contrepoisons ceux qui en 
avoient beu avoient este incontinent garantis, 
fut ledit Blondeau relasche, et neantmoins chasse 
apr&s qu'on lui eust fait faire amande honno- 
rable, pour n'avoir pas fait l'essai avant que 
presenter le vin a mondit seingneur, comme on 
a coustumede faire aux princes de son qualibre. 

En ce temps le Roy, pour tous les affaires 
de la guerre et de la rebellion qu'il a sur les 
bras, ne laisse d'aller souvent aux environs de 
Paris, de coste et d'autre, se prouraener avec 
la Roine son espouse, visiter les monast&res des 
Nonnains et autres lieus de plaisir,et en reve- 
nir la nuit, souvent par les fanges et mauvais 
temps ; et mesme, le samedi 7 de ce mois de 
janvier, son coche estant rompu, fist bien une 
lieue k pied par ungdespiteus temps qu'il faisoit, 
et arri va au Louvre qu'il estoit plus de minuict. 

Le jeudi 19 Janvier, le capitaine Richelieu, 

[dePoittou],dit lemoineRichelieu(l),qui avoit 

charge de vingt enseingnes de gens de pied , 

homme mal fame et renorame pour ses larcins, 

voleries et blasphemes, [estant au reste grand 

rufflen et gruier de tous les bordeaux] , fut tue k 

Paris, en la rue des Lavandieres, par des rufQens 

[comme* lui, estans avecq des garses en une mai- 

son prochaine dudit Richelieu, lesquels, sur les 

dix on onze heures du soir, il estoit alie incre- 

per] et chasser dudit lieu, [comme lui desplai- 

sant de ce qui Is entreprenoient ruftianer et 

l)ordeIer si pr& de son logis, a sa veue et k sa 

bar be.] 

Le mercredi 25 janvier, la Roine-mfcre reve- 
nant de Poittou, entra k Paris avec le cardinal 
de Bourbon (2), [l'6vesque de Limoges et les 



(1) Antoine Du Plessis de Richelieu, capitaine dune 
eompagnte d'arquebusiers d£ la garde du Rol. commu- 
ntmeiit appele* Rlchelieu-lc-Moine, parce qu'il ayait ef- 
feetlvement ele* molne. II avail renonce* a ses vorax pour 
yIttc phis llbrement. Du Plessis e*tait grand oncle du 
cardinal de Richelieu. On a prgtendu que le cardinal 
ayait fait condamner a mort le fils de Thistorien De 
Thou, parce que ce dernier avail maltraite Antoine de 
Richelieu dans son histoire. (A. E.) 

(2) Charles dc Bourbon, le mtme que le due do 
Mayenne fit reconnaltre par la ligue roi de France, 
apres la mort de Henri III. II (Halt fils de Charles de 
Bourbon, doc de Vendome et frerc d* Antoine de Na- 
yaire. (A. E.) 

(3) Par la derniere treve, IcRoi Malt oblige a donner 

if. c. D. M., T. I. 



seingneurs de Lanssac et de Villequier.] Les 
Roys, les princes et les autres seingneurs estans 
a Paris, furent au-devant (Telle jusques a Es- 
tampes. [Et fut bruit qu'elle revenoit fort mal 
contente des seingneurs qui estoient pres du 
Roy, comme aians empesche l'ex^cution de la 
treufve qu'elle avoit eu tant de peine k faire, et 
qu'ils traversoient , en tout ce qu'ils pouvoient , 
la negotiation de la paix qu'ils faisoient trouver 
mauvaise au Roy son fils.] 

Le vendredi 27 e dudit mois, le seingneur de 
Biron fust renvoie vers Monsieur, afin de lui 
offrir des trois villes de Tours, Amboise et Blois, 
les deux qu'il lui plairoit prendre, au lieu de 
celle de Rourges (3), que les habitans avoient 
tout k plat refuse rendre aux seingneurs de 
Rambouillet et de Cheverni (4) vers eux expr£s 
envoies pour cest effait. 

[Aveq lui furent envoies un h&aud et un 
huissier du conseil prive pour sommer les habi- 
tans de Rourges de remettre leur ville es mains 
et a la devotion du Roy, et a leur refus, leur 
signifier l'arrest contre eux donne par le Roy et 
son conseil, par lequel ils estoient declares cri- 
minels de l&ze-majeste , et eux, leurs biens, 
femmes et enfans abandonnes et donnas en proie 
au premier qui s'en pourra saisir. 

Le lundi 30, vinrentnouvelles k Paris] d'ung 
petit deluge advenu au pays du Maine et d'An- 
jou, qui y avoit fait terreur et dommage nota- 
ble, et (fun grand tremblement de terre advenu 
a Bolongne-sur-Mer, la nuit du vendredi 27 
dc ce mois, avec esclairs et tonnerres espou- 
vantables [qui avoient mis en fraieurBoulongne 
et tout le pays de Boulennois.] On contast entre 
autres particularites d'un certain homme, le- 
quel appuie, durant ceste tempeste, sur le mas 
de son navire, avoit este frappe du tonnerre et 
jette dans l'eau, si bien qu'il avoit este brusle 
et naie. Sur lequel subject ung docte homme de 
Paris composa Kepitaphe suivant, qui fust di- 
vulgue partout : 



au due d' Alencon, pour sa surete* et par forme de d6p6t, 
les villes d'Angouleme, Niort, Saumur, Bourges et La 
Charitc* ; mats le gouyerneur de Bourges, Francois de 
Montlgny de La Grange, et Ruflec, gouyerneur d'An- 
gouleme, ayant refuse de remettre ces deux places au 
due d' Alencon, ce prince refusa de son cote* de faire pu- 
blier la treve. Le Roi lui fit offrir d'autres villes a la 
place de ces deux-la. (A. E.) 

(4) Philippe Hurault, comte de Chiverny, dont les Me*- 
moires font partie de cette collection. 

11 fut garde des sceaux en 1578, ebancelier de France 
en 1583, apres la mort doBirague; pendant la ligue, les 
sceaux lui furent 6t6s ; mals le Roi a son arrived les lui 
rendit en 1509. 11 les conserya jusqu'au mois de juillet 
dc la memo annec, qui fut I'lpoque de sa mort. 

5 



06 



BEGISTRE-JOUBWAL DE HENB1 HI, 



KPITAPIIIUM COJUSDAM, QUI MALO NAVIS U*ERBlfS, 
FULMINE ICTUS INTERIM, 1576. 

Hcerebam malo attonitus, cum fulminis ictu 

in medias raptor pracipilalus aquas. 
Sic ambustus aquis madidus, sic haurior igni\ 

Inque meam certant ignis et unda necem. 

O casum horribilem I mediis me in fluctibus arsit 
Ignis, et in mediis ignibus hausit aqua. 

N. Sud. 

Fe vbier. Le mercredi premier febvrier, le Roy 
receust nouvelles comme les Reistres, conduis 
par le prince de Conde, qui estoient aux environs 
de Dijon, avoient branquete la villede deux cent 
mil francs, et sauve la Chartreuse pour douze 
mil, et comme ils avoient rase Lespeilly,maison 
belle et magnifique appartenant au seingneur 
de Tavannes (1). [Et le mesme jour, lui vinrent 
autres nouvelles de Nuis, ville de Rourgongne, 
sise asses pr&s de Dijon, prise d assault et sac- 
cagee par les Alemans et Francis de la suitte 
dudit prince de Conde, qui se pretendoit injurie 
et outrage d'eux ppur avoir tu£ un sien gentil- 
homme qu'il leur avoit en voie. Desquels outrages 
et exces il eust sa raison tout du long, car ceste 
pauvre ville fut raise a feu et a sang, beaucoup 
de pauvres femraes et fllles viotees, et Les autres 
mises toutes nues hors la ville. C'estoit la teneur 
de la ctepesche qu'en receust ce jour le Roi a 
Paris, fust-elle desguisee ou autrement.] 

Le vendredi 3- febvrier, messire Henri de 
Rourbon, roi de Navarre, qui tousjours avoit 
fait semblant, depuis Invasion de Monsieur, 
d'estre en mauvais mesnage avec lui (2), et n'af- 
fecter aucunement le parti des huguenos, [aiant 
gaingne ce point par sa dexterite et bonne mine, 
que les plus grans catholiques, ennemis jures 
des huguenots, voire jusques aux tueurs de la 
Saint -Barthelemi, ne juroient plus que par la 
foy que lui devoient,] sortist de Paris, sous cou- 
leur d'aller a la chasse en la forest de Senlis, 
ou il courutun cerf le samedi, et renvoia un gen- 
tilhomme nomine Saint-Martin, que le Roy lui 
avoit donn£, lui porter une lettre en poste ; et 



(1) GuiUaume de Sanlx, deuxieme da nom. bailll et 
gouverneur de Dijon, Iieutenant-g6ne>al en Bourgogoe. 
II 6tait fils du marechal de Tavannes et a laisse* des Mf- 
moires sur les annees 1560 a 1586. Tavannes refusa de 
prendre parti pour la ligue et fut tres-utile a Henri IV. 
II monrut apres 1633. 

(2) Le Roi et la Reine-mere avaient inte>6t a brouiller 

le due d'Alencon et le roi de Navarre. Ils se servirent 
<le madame de Sauve, Tune des plus belles femroes de la 
cour , dont les deux princes e* talent amoureux. Cette 
dame Inspira aux deux princes une si grande jalousie et 
les anima si fort Tun contre l'autre , qu'ils failllrent en 
venlr aux dernleres extrtmites. La reine de Navarre dis- 
sipa cette jalousie. Les deux princes, rtunis sans qu'on 



partaut de Senlis sur le soir, accompagne des 
seingneurs de Laverdin (3), de Fervaques (4) et 
du jeune La Vallette (5), [auparavant affection- 
nes partizans du Roy] , prist le chemin de Van- 
dosme, puis alia k Alancon, [ou il abjura la reli- 
gion catholique en plain presche,] et de Ik se re- 
tira au pays du Maine et d'Anjou, ou il commen- 
9a k prendre le parti de Monsieur et du prince 
de Conde son cousin, reprenant la religion qu'il 
avoit este contraint par force d'abjurer k Paris, 
et recommencant l'ouverte profession d'icelle 
par un acte solennel de baptesme, tenant la 
fille d'un medecin au presche. 

Rruit fut k Paris, que ledit roy de Navarre 
(ce qui m'a depuis est6 confirm^ par un gentil- 
homme des siens , homme de bien et veritable), 
depuis son partement de Senlis jusques ace qu'il 
eust passe la rivtere de Loire, ne dist mot; mais 
aussitost qu'il le I'eust pass6 , jettant un grand 
souspir et levant les yeux au del , dit ces mots: 
« Loue soit Dieu, qui m'a delivre. On a fait 
» mourir la roine, ma mere, k Paris ; on y a tut 
» M. l'admiral ettous mes meilleursserviteurs; 
« on n'avoit pas envie de me mieux faire , si 
» Dieu ne m'eust gard£ ; je n'y retourne plus si 
» on ne m'y tratne.» Puis gossant k sa mani&re 
accoustumee , disoit qu'il n'avoit regret k Paris 
que pour deux choses qu'il y avoit Jaissles : qui 
estoient la messe et sa femrne. Toutefois, quant 
k la premiere , qu'il essaieroit de 6'en passer ; 
mais de l'autre, qu'il ne pouvoit, et qu'il la vou- 
loit ravoir. 

Le jour qu'il sortist de Paris, qui estoit le pre- 
mier jour de la foire de Saint-Germain , il y alia 
tout botte avec M. de Guise , auquel il fist des 
caresses extraordinaires et le voulust emmener 
Ala chasse avec lui, [le tenant embrassl plus d'un 
grand demi-quart d'heure devant tout ce peu- 
ple , qui ne jugeant que de la longueur de son 
n& , tiroit de la un bon presage , comme s'ils 
eussent est6 bons amis et bien reconcilies ensem- 
ble.] Mais leduc de Guise, [qui ne tenoit rien du 
manant et du Parisien] , n'y voulust jamais aller 



le sut t rlsolurent de quitter la cour, ou lis Itaient assi£- 
g& d'espions , et ou lcurs amis etaient maltraitea. Le 
due d'Alencon partit le premier, et le roi de Navarre 
parut indifferent sur les affaires de ce prince : ce qui 
confinna le Roi et la Reine mere dans l'opinion qu'il 7 
avail toujour* entr'eux de la froideur, (A. £.) 

(3) Jean de Beaumanoir de Lavardln, troisiemc do 
nom, mareehal de France en 1505, mort en 1614. 

(4) Gulllaume de Hautemer, seigneur de Farraqnes. 
comte de Grancey, depuis marechal de France. (A. E.) 

(5) Jean-Louis de Nogaret de La Valette et de Foil , 
ducd'Epernon en 1581, servlt contre les ligueurs, el 
mourat en Janvier 1612, 



BOY D£ FRANCS ET DE POLONGNB. [1576] 67 

ce que pas un d'eux et de leur maison n'y es- 
•toit, encores qu'on dit qu'ils meritassent d'y 
estre aussi bien ou mieux qu'aucun de ceux 
qu'on y avoit mis. Maistre Jean Charron, maislre 
des requestes et provost des marchans (mal 
fame et renomme en son estat et fort hay du 
peuple), s'en remua fort, et aiant sceu que d'At- 
tichi, secretaire du roy, en avoit ung, comme il 
estoit fort common k Paris (ou de deffendre 
telles mesdisances c'est les publier da vantage), 
le fust prendre prisonnier en son logis. Sur la- 
quelle prise, et le perroquet de d'Attichi, qui 
l'avoit apele larron, furent divulgues k Paris 
les vers suivants : 



Ique priere et instance que lui en fist 
Navarre , soit qu'il se defiast de quel- 
3 ou autrement. 

ours avant son evasion, il avoit couru un 
cour et par Paris, qu'il s'en estoit fui : et 
Roy et la Roine, sa m&re, en eurent opi- 
n'a voir couche a Paris et ne s^avoir qu'il 
enu, jusques a ce quele lendemain raa- 
tard , lorsqu'ils ne l'attendoient plus, il 
improviste trouver tout bott6 Leurs Ma- 
l Sainte-Chapelle, et leur dist [en riant 
tere accoustumee], qu'il avoit remraen£ 
lis cherchoient et pour lequel ils es- 
lt en peine; [qu'il lui estoit bien aise de 
'il en eust eu envie ; mais que jamais il 
toit tumbe au cceur, ce qu'il leur avoit 
hi faire paroistre , afin que doresnavant 
ent plus de telles opinions, et qu'ils s'as- 
it qu'il n'eslongneroit jamais Leurs Ma 
e par leur commandement, ains mour- 
•es d'eux et a leurs pieds pour leur ser- 
ai traict de Bearnois , qui venoit de son 
'estant resolu de s'en aller le lendemain, 
|oue] ce jeu tout k propos, afin que le 
Roine ne se peussent desfier si tost de 
qui en estoit faite. 

tardi 7 febvrier, le seingneur de Biron 
St Paris de devers Monsieur, ou le Roi 
9ivoi6, et rapporta promesse de Son 
ice de se contenter des villes de Moulins 
e. au lieu de celle de Bourges, qu'on 
it bailler : ce qui contenta fort le Roy. 
dant on a nouvelles que le prince de 
t ses trouppes alemandes et francoises 
iss6 la riviere de Loire k Roanne , al- 
isser celle d'Ailler k Vischi, en Au- 
: et que cTautrecoste, le seingneur de la 
, aeeompagn£ de quelques gens de pied 
eval , saccageoit et pilloit les maisons 
Ares des habitansde Bourges, aux en- 
6 la ville, et tuoit les resistans. 
iwtant toutes ces mis&res, on ne laisse 
pier k Paris, d'y rire et danser k bon 
st y faire des pasquils, et entre autres un 
ndaleus et diffamatoire, contre la plus 
grandes maisons et families de la ville, 
ist sem6 et divulgul partout ence mois 
er 1576(1). 

t pasquil fust fait grand bruit et mur- 
Paris, et y en eust recherche; et farent 
a& les Du Tillets de l'avoir fait, pour 

lasquil est en eflet trop scandaleux poor <tre 
i le trouvc a la page 59 du manuscrit autogra- 
personnagea qui y sont dlsignes et dont Lea- 
it les noma en regard du couplet ou Ils e*taient 
ont lea suivants : Hennequln, La GrosseUere , 



Quand Le Charron fist capture 
De D' Atticchi dernttrement, 

Comm'il est de sa nature * 
Presumptueus, sans jugement, 
Crioit en la court hautement : 
Cest raoi qui suls monsieur Charron. 
Le perroquet soudainement 
Commence a I'appeler : Larron ; 

Et tous scs archers de ville 
Disolent que c'estolt evangile. 

Le lundi 27 e febvrier, le Roy, la roine sa 
femme, la roine sa m&re et le cardinal de Bour- 
bon s'en allerent a Gaillon, et de \k k Bresle-les- 
Beauvais, que le roy estoit en opinion d'acheter 
pour le donner a la roine sa femme, et ne fai- 
soit Sa Majeste quasi autre chose que se prou- 
mener aux environs de Paris pour y voir les 
plus belles maisons, et en acheter une qui fust 
en gr£ de lui et de la roine sa femme. 

mabs. Le dimanche 4 mars, le roy receust de 
divers endroits grandes plaintes des vols et exac- 
tions quefaisoit sa gendarmerie, par faute de paie- 
ment, et lettres de M. du Maine, abandonn6 de 
toutes ses trouppes, tant de pied que de cheval, 
qui s'estoient retirees les unes vers Monsieur et 
les autres vers le roi de Navarre. Ce qu'aiant 
entenduSa Majesty estant au Louvre, a Paris, 
comme il s'alloit mettre k table, dit ces mots : 
« J'ay si grand horreur d'entendre les choses 
» qu'on me mande, et si grande pittede l'afflic- 
» tion et oppression de mon pauvre peuple , que 
» pour y pourvoir, je me dllib&re d'avoir la 
» paix et de la faire, voire a quelque pris que ce 
» soit, et me deussai-je despouiller de la moitte 
» de mon roiaume. Et veux que jusques a ce que 
» Dieu nous Fait donn^e, que tousles jours 
» extraordinairement, soit c£16br& en ma court 
» une messe du Saint-Esprit, et que tout le 

Guiot, Dolu, les c. . . de la chambre des comptes, Brit- 
sonnet, De Mesme, Siguier, Du Voir, Camus/ Huand, 
Bragclonnc, Nevilli, Courtin, Teudart, De Refuge, 
Maillard, Brulard, les Juifs de Paris, les trlsoriers, Us 
asnet de la cour et les ladres de Paris. 

5. 



flEGisruE-Jovn.^AL i>i hbubi hi, 



■ monde y assiste afln d'implorer son aide, et 

■ que la paix puisse estre a I'honneur de Dieu 
> et au repos et soulagement de mon people , 
• dont je le prie de tout mon cceur. • 

Le raardi 13 mars, le Roy mena la roine sa 
femme a Nanuxil-le-Handouin pour le Yoir et 
ncheter du dac de Guise, auquel il en fist offrir 
quatre cens cinquante mil francs.] 

Le dit jour, Beauvais La Nocle, chef des de- 
putes des huguenos et catholiques assocles [et 
qui portolttoute la creance], arrivaa Paris, [et 
le lendemaln commence rent lesdlts deputes a ou- 
vrtr leurs articles (l)etfaire leurs propositions au 
conseil du Roy, oil, par lecommandementdeSa 
Majeste,ilstravaillerent tousles jours et conti- 
nuerent jusquesau 20 mars, auquel jour ceuxdu 
conseil entrerent en si grande contention et 
hautes paroles, avec les deputes, pour les haul- 
tes et exorbitantes demandes qu'ils falsoient , 
qu'ils se leverent et s'en allerent de part et d'au- 
tre comme si tout eust este rompu. Mais M. de 
Montpensier, arrivant a Paris le S3 , venant 
d'avec Monsieur, freredu roy, appaisaces gran- 
des coleres."] Et fut cause que le 34, les sefn- 
gneurs de Laffin et dc Micheri, avec le seiB- 
gneur de Beaufort , de la part du roy , alle- 
rent retrouver Monsieur a Moulins, pour lul 
cominumquer ce qui avoit este accorde par le 
roy, [et adviser par lui sur la conclusion et arrest 
du traictede la pacification, et sur ce qui restoit 
endebat. 

On envoia en ce temps , aux bourgeois de 
Paris, les billets de leurs quottes pour les deux 
cens mil llvres accordes au roy pour les quatre 
mois de la solde des deux mi lie Suisses, dont y 
eust grand murmure, pour ce que la taxe sem- 
bloit excessive et non conforroe acelle faite par 
les quartiers et dixalnes, et auss! que plusleurs 
personoes estolent comprises aux dites quottes 
oultre leurs facultes etbors deraison. 

Le vendredi 30* mars, le roy estant alle se 
proumener avec les mines a Nantoell et a Ver- 
meil -les-Creil, revlnst tout court a Paris, oiant 



(t) Le due d'Alencon demandalt qn'on lui donult one 
augmentation d'apanage ; que le prince de Conde" fat 
mil en possession du gouveroement de Picardle, dont II 
n'lvoll que le litre ; que la cour j Jolgntt Boulogne el 
ses depend (nets, el qn'on accordit au marquis de Conll, 
son frire, une nouvelle compagnie de cent hommes d'ar- 
met. Le roi de Navarre demandalt que )• pan slant 
falie , II lul tat perm Is de se rellrer avec sa femme dans 
tea terres de Beam; que le Bui ratlflsl le tratte d'al- 
llance hilt par son blsaleul Jean d* Albrel avec le rot 
Louis XII, et lui preuU secours pour reccovrer ton 
rojaume de Navarre; qu'on lul pajat les deux cent 
millc llvres reaianl dc la dot de sa femme , et les Inte- 
rn* ; qu'on lul accordit le droit de regale, et le pouvolr 



eu a'dvis quequelqucs trouppes d'Alemans Reis- 
tresjusquesaunombre de trois mll,ai&nt passe 
la riviere vers Cosne, tcnoient la roattedu grand 
chemln de Paris.] 

Avhil. An commencement d'avrll , les hu- 
guenos [firent coDtenance d'assieger la ville de 
Nevers],ct la braoqaetterenUletrente mil francs, 
comme ils avoient auparavant branquete ceui 
de la LImagne, d'Auvergne, de cent cinquante 
mil livres , et cenx de Berri de quarante 
mil livres (2). [D'autre coste, les gens de pied 
et decheval, partisans du roy,espandus par tons 
les endroits du roiaume, vi vans sans conduittc 
ou discipline militalre a discretion, soubs ombre 
qu'ils n'estoient pas pales, pilloient, brigan- 
dolent, ravageoient, saccageoient , tuoient, 
brusloient, violoient et ransonnolent villages et 
leurs villageois , bourgs et bourgeois. Par ainsl 
le pauvre estoit pille - et mine, et le people 
mange de tons les deux partis : car si en 1'ungil 
y avoit bien des larrons, II n'y avoit pas fautede 
brigands de I'autre. 

Le Inndi o avril], le due de Nemours (3) es- 
tant au conseil au Louvre, entra en hautes pa- 
roles avec Beiiuvais-la-Nocle, Jusques a lul dire 
que s'il eust este en la place du Roy, tl 1'eust en- 
vole en lieu on il eust parle plus bas. A quoi 
ledit Beauvais repllqua, qu'il estoit bien en 
la puissance du roy de le fairc quand 11 lul plai- 
roit ; mais que eeux qui lul serotent serviteurs 
ne lul donneroient pas ce conseil, ven les ga- 
rants qu'il avoit, [et aussi qu'il ne s'estolt en 
rien oublie du devoir et respect que, comme son 
humble subject, il avoit tousjours rendu et ren- 
droit a jamais a Sa Majeste.] Jc ne seal, dit M.de 
Nemours, quels subjects sont que les huguenots; 
mais si j'en avols, et qu'ils me pari assent de 11 
facon que vous faltes au roy, 11 n'y auroit ga- 
rantle oi adveu qui tinst que je ne les envoUsse 
tout bottes sur un eschaffaut. Lots Beauvais 
voulant repllquer, leRoy lui dit qu'il se tenst, et 
a I'instant, s'adressant a M. de Nemours, lul 
tlnct ces propos : • Mon cousin, s'il y a qnelqu'un 



de nommer lei jugei et ol&elers sur aes terres. II voalaK 
en outre le goavernement de Guyenne. (A. E.) 

(2) Les assemblies qui se Talsalent poor la neve ne 
suspeudtrenl pas lea hoaUlilli de la part des proiesUnls. 
Non contents d'avolr lire de la ville de Dijon deui cents 
mllle livres en couirlbuUons, doure mille livres pour 
la Chartreuse, cent cinquante mllle livres poor la LIma- 
gne d'Auvergne, quarante mllle de ceui du Berry, el 
trenle mllle pour la ville de Severs, lis surprlrent phi- 
si eurs furls, (A. E.) 

(3) Jacques de Savuie, due de Nemours, elaH flls de 
Philippe. II eponsa Anne d'Esl, corotrsse de Glacra, 
veuve de Francois de Lorraine, doe de Guise. 



ROY J>K FRANCE £T DK POLONGNB. [lo76] 



6» 



» d'o£fens6 en ceste procedure, c'est moi ; ct 
» toutefois vous voies comme je patiente : mon 

• silence vous devroit avoir apris k vous taire. 

• — Sire, ce dist-il, Vostre Majeste m'excusera 

• s'il lui plaist ; s'il eust este question en ceci de 
» mon particulier,je l'eussefait tr&s-volontiers, 
» mais y ailant du bien de vostre service, je ne 
» me puis taire. — i'ai oui dire autrefois, dit ie 
» Roy, qu'il n'y avoit que ceux-l& de mal servis, 
» qui avoient Ie plus de vallets. » Et la-dessus 
se leva, [et commanda k Beauvais de le venir 
trouver le lendemain k son lever. 

Le samedi 14, Beauvais-la-Nocle partistde 
Paris pour alter trouver Monsieur etles princes 
et seingneurs de son parti, avec ample charge du 
Roy pour traicter et accorder de tout.] 

Le 15* avril, jour de Pasques fleuries, le roy 
fist publier aux prosnes de toutes les paroisscs 
de Paris , qu'il avoit fait faire de nouvel une 
croix (l), semblable k celle qui souloit estre en 
sa Sainte-Chapelle k Paris, et qui derobee avoit 
este l'annee precedente; et qu'en icelle il avoit 
fait enchasser unepartie d'une grand piece de la 
vraie croix de nostre Seingneur Jesus-Christ, 
des pieca gardee en une autre grand croix dou- 
ble, an tresor de sadite Sainte-Chapelle ; et que 
cbacun rallast,la semaine sainte etautres jours 
de devotion, baiser et adorer comme de cous- 
tume. Dequoi lepeuple de Paris, qui est fort 
devot, et de legere croiance en tclles matieres, 
fut fort joieux et content. 

[Le 16 e et 17 e jours d'avril, sur le^bruit que 
les avant-coureurs de 1'armee du prince de 
Conde et du due Jean Cazimir couroient jus- 
ques k Milli en Gastinois, et que le prince dc 
Conde estoit en sa maison de Valeri, les paysans 
de tous les villages estansde ce coste, emmene- 
rent et apporterent en diligence tous leursbiens 
et bestail & Paris, avec grand fraieur et turoulte, 
qui fUt cause que la ville soudain ordonna gar- 
des et sentinelles de jour et de nuit par les rues 
et cantons de Paris, et reveue des soldats des 
dixaines. 

Le jour du vendredi saint, 20 avril, revinst 
dans Paris Beauvais-la-Nocle avec les deputes 
qui l'avoient accompagne, lesquels rentrans en 
conference avec le Roi et son conseil, donne- 
rent certaine asseurance d'un bon et brief ac- 
cord. 

Cependant, et pour eviter k surprise, le roy 

(f) Ola ne couste gueres a faire a an roy et scrt bien 
sourent de beaacoup : car il faut amuser un peuple de 
rela, qa'il en veull cnerir. (Le&toile.) 

(2) Les lignes airframes existent dans le manascrit 
autographe , mais elles sont effacees : 

• Le mercredl 95 avril , la rotne-mere du roy part de 



depescha les dues de Guise et du Maine freres, 
le samedi 2 1 , veille de Pasques, lesquels allerent 
Tun k Melun et l'autre k Estampes rassembler 
les forces du Roy et dresser quelque forme de 
camp pour faire teste au prince de Conde, lors 
estant a Orsonville en Beausse, k trois lieues 
d'Estampes, s'il faisoit contenancc de s'avancer 
vers Paris. Mais il n'y eust de part ne d'autre 
autres coups rues (combien que lesdits seingneurs 
dues fussent en bonne volonte de mener les 
mains et en cherchnssent toute occasion], pour 
ce que le jour de Pasques la paix fust conclue et 
arrestee dans le Louvre k Paris (2). 

[Le lundi 30 e et dernier avril], le roy alia au 
Palais et demanda k messires de la cour de par- 
lement, que chacun d'eux, selon leurs moiens et 
facultes, eust k lui faire prcst de quelques sommes 
de deniers promteraent , afin de faire sortir tant 
de gens de guerre estrangers de son roiaume, 
[lesquels, comme ils s^avoient, le mangeoient , 
pilloient et ruinoient k toute ou trance, et aus- 
quels il avoit promis beaucoupd'argent en traic- 
tant la paix, leur promettant leur rendre ou 
bien assigner rentes.] A quoi chacun list offre 
de le secourir de tout ce qui lui seroit possible. 
De fait il les fist venir et ceux des comptes et 
autres ses officiersau Louvre, [les jours. enssui- 
vans, et en personne, (pour estonner les uns et 
donner courage aux autres de mieux faire)], et 
exigea de chacun d'eux ce qu'il en peust tirer. 
Le premier president (3) bailla cinq mil francs, 
[les autres presidens qui quatre, qui trois, qui 
deux mille. Les conseillers : les uns mille, les 
autres huict, six, quatre, trois, deux cens li- 
tres, et les autres officiers k rdquipollent, s'ef- 
for^ant chacun par ses remonstrances k paier le 
moins que possible lui estoit. Et pour ce que le 
Roy entroit parfois en colere contre ceux qui 
contestoient ct offroient moins que son gre, on 
le retira de \k. Et furent commis k faire les 
taxes MM. de Thou et Seguier, premier et 
tiers president de la grand chambre du parle- 
ment ; Nicolai et Bailly, premier et tiers presi- 
dent descoraptes; de Nully , premierpresident des 
generaus , et de Thou, premier advocat du Roy 
au parlement ; lesquels y gaingnerent la faveur 
du Roy et la haine du peuple, lequel au mois de 
may enssuivanst mistenplusieurs endroits de la 
ville de Paris des placcars et libelles diffama- 
toires contre eux , portans menaces de les roassa- 

Parls pour aller a Tabbaie de Cercauscaux trouver Mon- 
sieur, son fils, ct les princes dc son parti, et leur faire 
signer les articles du traicte* de pacification Ja signed pat 
le roy et elle. » 

(3) Christophe de Thou. (A. E.) 



70 



1EGISTBB-JOUBNAL DB HENBI III, 



crer et saccager, dont ils eutrerent en fraieur et 
estonnement. 

Entre les autres, ,le suivant fust afflche et pla- 
que le 30 may, par les quarrefours de Paris , 
et au c#in de la maison du president Siguier, 
qui estoit tel : 

Placart contre lespresidens de ThouetSeguier. 

« Suffisenous presidents de Thou et Siguier, 
» antiques pestes de la justice, d'a voir introduit 
» par verification pacte a pris fait avec les enne- 
» mis deDieu etdu Roy la pretendue religion au 
v roiaume de France et mis I'eglise deDieu en con- 
» fusion. Cesses de ruiner le pauvre peuple par vos 
» beaux eraprunts et par le mauvais conseil que 
» vousdonnesde la rupture de THostel-de- Ville 
» et abolition des rentes et biens des veufves et 
» pupilles, et de vendre les biens de l'Eglise, 
» et vous engardes d'en verifier les 6dits et d*y 
» adherer. Et si vous prenes meilleur conseil, 
» opposes-vous-y, ou vous moures. Gar il n'est 
» pas raisonnable que vous jouissies&vostreaise 
» de si long-temps du bien qui vousaccroist par 
» mine d'autrui. »> 

En ce mesme temps, sur une attache que le roy 
avoit donne k trois de ses maistres des reques- 
tes, qui avoient asses mauvais bruit k Paris, 
aiant dit en se gossant, et les designant cepen- 
dant par leurs noms, qu'il se faloit garder de trois 
de son conseil , qui estoient deYair , Camelot, 
Vestus , on publia la rithme suivante : 

Gardls-vous bien de ceux qui au conseil sont 

Du Ver, Camelot, Vestus, 
Ge sont trois scelerats hommesct grands larrons, 

Du Ver, Amelot et Vestus.] 

May. Au commencement du mois demay, l'e- 
ditde la pacification (l) estant resolu et dresse k 
Valeri, par les gens du conseil de Monsieur, frere 
du roy , du prince de Conde et du due Kazimir, 
assistesdu seingneur de Pybrac et autres du con- 
seil du roy; les Beistres [tant amis qu'ennemis], 
v se retirerent vers la frontiere de Lorraine, at- 
tendans qu'on fournist au due Kazimir le pre- 
mier paiement , [montant k trois cens yingt-cinq 
mil livresj, des trois millions six cens mil livres 
k lui promises et accordees [pour la soulte des Al- 
lemans,et Suisses venus en France et y amenta 
par lui et le prince de Conde], pour la seuret6 
de laquelle somme (et pour avoir si bien mine 
la France), on lui bailla une grande partie des 
plus precieuses bagues du cabinet du roy et trois 



(1) Une premiere declaration de to volenti du Roy 
tur la pacification det troubles de $on royaume, Tut 
publiee le 7 mat ; et enfln le 14 du mois de Tanned 1676, 
fut Igalement rendu l*4dH de pacification contenant le 



ou quatre grands seingneurs pour ostages [Jus- 
ques k la fin de paiement, sans les quarante mil 
livres de pension annuelle assignees sur le du- 
che d'Estampes , et sur le comte de Chasteau- 
thierri, qui lui furent accordes pour le retenir 
ami du roy et conf&lere de la couronne de 
France, k laquelle il avoit fait un si bon et si- 
gnal^ service , qu'il y avoit peu de bons Fran- 
cois qui ne s'en mescontentassent.] 

Le lundy 7 may, furent, en la cour du parle- 
ment, en publique audiance publiees et enteri- 
ng les lettres patentes du roy contenans l'an- 
nullation de I'emprisonnement du mareschal de 
Monmoranci et la declaration de son innocence. 
Ledit jour, les advocats et procureurs de par- 
leroent furent , par le premier president , appe- 
les et assembles au Palais en la salle Saint-Louis, 
afin'de se quotizer et prester au roy la somme 
de cent mil livres , qu'il s'estoit promts de tirer 
de leurs deux comrauneautes. De fait, chacun 
fit quelques offres, lesquelles toutefois ne furent 
suivies, ains augmented par lesdits taxeurs, 
lesquels envoierent tost apres, k chacun des 
plus apparents et aises advocats et procureurs, 
un billet de leur taxe , signe Potier (2), qui es- 
toit secretaire des finances et k ce commis par 
le Roy ; dont y eust grande plainte et murmure. 
Et toutefpis il ne falut laisser de paier, et porta 
chacun la somme de sa taxe aux coffres du 
Louvre, et en rapporta quittance pour luiser- 
vir en temps et lieu. Semblables taxes furent 
faites sur les autres officiers,pratticiens et nota- 
bles bourgeois dc Paris, desquels le roy tira en 
moinsd'un mois une bonne somme d'argent, 
[ principalement de ses offlciers, qui crioient le 
le plus hadft, et toutefois Sa Majesty n'eust seen 
eriger si petit office qu'on ne s'entrebattist 
incontinent k qui l'auroit, et n'estoit importance 
d'autre chose que de survivances, n'y aiant si 
chetif officier qui ne you lust asseurer son estat, 
et qui ne trouvast argent prompt pour acheter 
une survivance, et cependant blasmoit son roy 
et rejettoit sur lui Tabus de la plurality et vena- 
lite des ofices dont il estoit la premiere et prin- 
cipale cause. 

Le roardi 8 dudit mois, la paix fust publiee 
par les rues et quarrefours de Paris, comme 
elle avoit este, le dimanche sixiesme, k Sens 
et au camps de Monsieur, frere du Roy et des 
princes.] 

Le lundi 14 may, le Roy [vinst au Palais, 



reglement que Sa Majesti veutetentendeUre 
pour Ventretenement d'iceUe. 

(2) Louis Potier, seigneur de Gesvres. (A. E.) 



BOY Dfi FIANCE BT DB POLONGNE. [1576] 



71 



accompagn6 des princes du sang et officiers de 
la couroane, et en sa presence, par la cour as- 
samblee en robbes rouges, fist emologuer et pu- 
blier I'edit de pacification, 1'entretenement du- 
quel II jura et fist jurer par les assistans.] Apres 
la publication, le Roy sortant du Palais, voulut 
venir en la grande eglise [Nostre-Darae] faire 
chanter le Te Deum, et puis faire feus d f a!6- 
gresse par la ville ; mais le clerg6 et le peuple 
ne voukist entendre ni k Tun ni k l'autre, fasches 
etdesplaisansdeplusieurs articles accordes aux 
huguenos par cest 6dit de p^ix. Toutefois le 
lenderaain fast ledit Te Deum solennel chdnte 
par les chantres du Roy, en ladite eglise de 
Paris, sur les cinq heures du soir, et ce en l'ab- 
sence des cbanoines, cbapelains et chantres de 
I'egljse de Paris, lesquels ne s'y voulurent trou- 
ver : [dont le Roy fut fort marri et indigne. Sa 
Majesty avec sa cour de parlement et les pre- 
vost et eschevins de sa bonne ville, assista au- 
dit Te Deum], et puis fust fait le feu d'alegresse 
devant I'Hostel-de-Ville, avec peu d'assistance 
et joie du peuple (1), [qui estoit tout mal con- 
tent de ceste paix ; laquelle le jour mesme fut 
par six trompettes et herauds du Roy publiee 
sur la table de marbre en la salle, et sur la 
pierre de marbre en la cour du Palais, avec fort 
peu d'altegresse des assistans et escoutans. 

Le vendredi 18 may, le roareschal de Mont- 
moranci, revenant d'avec Monsieur, frere du 
Roy, avec lequel il avoit demeure, par le com- 
manderaent de Sa Majesty, environ six mois, 
arriva k Paris, oil il fust bien veu et receu du 
Roy, comraeaussifost-il, le lundi ensuivant, en 
la cour de parlement, qu'il alia voir et saluer, 
pt y tenir son reng en l'audiance.] 

Le jeudi 34 may, le Roy alia k la cour, et en 
la presence fist publier ses lettres patentes con- 
Lenantes 1'augmentation de Tapannage de mon- 
sieur le due d'Alancon (2), son unique frere, 
des duches de Berri et d'Anjou, et des comtes 
de Tourraine et du Maine [avec tout plain d'au- 
tres membres du domaine de la couronne de 
France; laquelle augmentation avoit este accor- 
d6c en tralctant ladite pacification, et estoit une 
des princlpales pieces d'icelle. J 

Sur la fin du present mois de may, on des- 
couvrist que le Roy avoit pris et arrests quel- 
ques deniers destines au paiement des rentes 

(1) Le people, loin de tlmolgner quelque joie de cctte 
paii, voyait avec plaisir les placards satiriques que Ton 
afichalt dans Paris centre ceui qui 1'avaienl conseillee. 
Mais en critiqiiant oette paix, on ne voulait pas donner 
d'argent poor faire la guerre. (A. £.) 

(!) Ge prince fut le seul a qui la cour tint parole. Non- 
ttulemcnt on augmenU son apanage, mais encore on lui 



assignees sur rHostel-de- Ville, pour les quar- 
ters de Pasques et Saint- Jean. De quoi le peu- 
ple de Paris, trouble, murmura fort, [mesmes de 
ce que le Roy prenant emprunts sur empruuts 
et daces sur daces, lui empeschoit encores et 
retenoit les rentes de la ville], qui estoit le seul 
moien qui lui restoit pour vivre. De fait, pour 
y aviser et pourveoir, furent, les 36, 27 et 
28 may, convoques et assambles en I'Hostel de 
la Ville plusieurs notables bourgeois, [entre les- 
quels se trouverent quelques presidens et con- 
seillers, et autres personnages de robbe longue, 
et entre autres] leconseiller Abot,qui librement 
et franchement declama contre le mauvais con- 
seil par lequel estoit conduit ie Roy, et fut re- 
solu qu'on lui feroit remonstrances, qui de fait 
furent dressles et proposees k Sa Majeste, par 
Charron, prevost des marchans , [le premier 
juing : ausquelles le ftoy, tout duit et instruit 
a cela des long-temps, fist response qu'il les 
avoit bien entendues et bien prises, qu'il en 
coramuniqueroit aux princes de son sang et au- 
tres seingneurs de son conseil, et au surplus fe- 
roit en sorte que chacun resteroit content. Qui 
estoit-d-dire : pendes-les au croq et qu'on n'en 
parle plus. 

Le mardi 29 may, la princesse de Navarre 
sortist de Paris pour s'accheminer en Beam, par 
le commandement du roi de Navarre, son frere, 
qui y avoit envoie Fervaques expres k ceste 
fin.] 

juin. Le mardi cinquiesroe de juing, messire 
Rene Baillet(3), seingneur de Seaux et deTresme, 
conseiller du Qoi en son prive conseil, et second 
president en sa cour de parlement de Paris, fa 
laquelle on disoit qu'il ne faisoit pas beaucoup 
d'honneur par le peu de scavoir et esprit qui 
estoit en lui, estant au reste bon justicier en ce 
qui le pouvoit estre], et pechant plus par igno- 
rance que par malice, mourust en sa maison de 
ceste ville de Paris. Et fust pourveu de Fes- 
tat de president, vacant par sa mort, messire 
Pomponne de Beltevre (4), auparavant conseiller 
au conseil priv6 et ambassadeur du Roy en 
Suisse. 

Le jeudi 7 de ce mois, le Roy, [accompagne 
des princes, seingneurs et gens de son conseil], 
vinst au Palais [seoir en son parlement, et en sa 
presence] fist publier I'edit de l'erection de la 

donna une pension considerable et la nomination aui 
beulQces. (A. E.) 

(3) On appeloit ie president Baillct. comrauneuient le 
roulet et 1'asne de la cour. (Lcstoile.) 

(4) Pomponne de Beliievre. II Cuit Gls de Claude de 
Bellierre, premier president au parlement de Greno- 
ble, et s'llait distingue* dans les ambassades. (A. E.) 



7S 



BEGISTBE-JOUBNAL DE HBNBJ III, 



nouvelle chambre, apel6c mi-partie, establle 
par l'6dict de pacification. Laquelle estoit si 
odieuse k la cour, que si le Roy n'y fust venu 
lutanesme, elle n'y eust jamais est6 publiee. 

En ce temps, plusieurs gentilshommes se jet- 
tent dans la ville de Peronne, en deliberation de 
la garder et de n'y laisser entrer le prince de 
Cond6; et court un bruit qu'il y a secrette intel- 
ligence et ligue sourde entre le roy d'Hespagne, 
le Pape et quelques seingneurs franc^is contre 
les buguenos et les catholiques unis avec eux. 

dependant ceux de la religion voians qu'on 
s'opiniastre en plusieurs villes pour ne point 
recevoir leur religion ni l'exercice d'icelle, et 
que contre la teneur de l'&lict on ferme les 
portes k ceux qui suivant icelui y doivent en- 
trer pour y commander, aians advis d'ailleurs 
que ceux de Peronne sont ligues avec ceux d'A- 
miens, Abbeville, Saint-Quentin, Beauvais, Cor- 
bie et autres villes de Picardie et Pays-Bas, pour 
empescher l'execution de l'&lit de pacification, 
se saisissent, par Intelligence du bailli de Berri, 
de la ville de la Charity, ce qui met encores da- 
vantage le feu et l'allarme par tout.] 

Le vendredl 1 5 juin, on cessa de faire la garde 
des portes de la ville de Paris ; toutefois k eause 
que le soir un escuier du due de Nemours, pres 
le college Mignon (1), avoit est£ tu6 d'un coup 
de pistole, on fist encores le lendemainquelque 
garde et forme de recherche. 

[Le dimanche 17 juing, le president Relievre 
partist de Paris pour allcr porter a Gazimir et 
ses reistres huguenots trois cens mil livres, sur 
et tant moins des deniers qu^ accordes leur 
avoient est6 par la pacification. 

En ce temps courust k Paris et k la cour un 
sonnet d'estat cenigmatique, apres lequel cha- 
cun travailloit pour le deschiffrer. II me fust 
bailie ce jour par un mien ami , qui le lande- 
main, au Palais, m'en donna un autre, qu'on 
disoit avoir couru long-temps sous le nom de 
Passerat. 

Le vendredl 22 juin, le Roy avec la Roine, 
son espouse, s'en alia k Gaillon, et de \k k 
Rouen, Dieppe et Havre-de-Grace, par forme 
de pourmenade et passetemps, et pour se donner 
du plaisir.] 

Ce jour, messire Pierre de Gondi, 6vesque de 
Paris, partist de Paris pour alter k Romme (2), 
afln de faire accorder au Pape, avecques bulle 

(1) Jean Mignon, arcbkliacre de Blols, conseiller du 
Rol, et Robert Mignon, conseiller a la chambre des 
camples, avaient fonde* en 1539 ce college, qui a porte* 
leur nom jusqu'en juin 1605. (A. £.) 

(2) La mission de ce preJat a Rome augmenta les 
soupcons des protectant?. Ges soapcons se dteslpercnt 



de Sa Sainted, lalienation des deux cens mil 
livres de rente accordees au Roy par le clerge 
de France. 

Ce jour mesme, le baron de Viteaux estant 
sous couleur d'amitie alle voir le prevost de 
Paris, son frere, nouvellement marie [a la fille 
de Cani], estant en son chasteaux de Nantouillet, 
apres y avoir fait bonne chere le soir, s'estant 
rendu le lendemain matin le plus fort audit 
chasteau, fust trouver son frere en sa chambre 
et le forca de lui fournir quatre mil escus tant 
en argent monnqte qu'en joiaux et bagues, pour 
le pr&endu supplement de ses partages, et s'en 
partist bien monte des chevaux de sondit frere, 
[dont il prinst les meilleurs en ses escuries, et 
bien bagu6 et garni d'argent aux despens de lui 
et de sa femme. 

Ce mesme jour , Maurevert , jeune gentil- 
homme Rriois, cest insigne et tant renomme 
assassin, qui en Fan 1569 avoit, k Niort, tue 
proditoirement d'un coup de pistole le seingneur 
de Moui, son maistre, et en Tan 1592, tire le 
coup de harquebouze a ramiral de Chastillon, 
pour recompense desquels services il estoit 
pourveu de deux bonnes abbaies, voiant la pa- 
cification accordee et publiee, demanda argent 
k la Roine mere, pour se retirer bors de France; 
laquelle craingnant le desespoir de cest homme, 
et redoutantsa trahison (de laquelle, pour l'avoir 
mis en besongne, elle n'avoit fait que trop de 
preuve), lui fist promtement d&ivrer mil escus, 
pensant qu'il s'en deust en aller bien loing. 
Mais cest assassin aiant touchl l'argent, se re- 
tira en sa maison, ou il se tinst clos et couvert, 
soubs l'asseurance que lui donnerent ceux de la 
maison de Guise de le conserver et dtfendre 
contre tous ses ennemis.] 

juillet. Le 14 juillet, le Roy et la Roine sa 
femme arriverent a Paris , revenans du pays 
de Normandie, d'ou ils rapporterent grande 
quantity de guenons, perroquets et petitschiens 
achetes k Dieppe. 

Le lundi 16 , le Roy fust au Palais , et 
fist au parlement en sa presence publfer l'ldit 
d'alienation de deux cens mil livres de rente 
accordees par le clerg6 de France; et voulant 
faire recevoir maistre Guillaume Dauvet, sein- 
gneur d'Eresnes, president en la chambre mi- 
partie, ledit Dauvet, voiant les difficulty epi' 
lui faisoit k cause de sa religion , supplia 1 



lorsqu'on sut que cette alienation 6talt demanded 
payer ce qui restait du aux Reistres. (A. E )— On pem 
consulter au sujet de cette mission les Instructions 
D<5es par le Roi a Gondy, lors dc son depart poor Rome**- 
qui font panic des collections manuscrites dc la BJWio— 
theque du Rol. 



BOY DE FRANCE £T DE POLONGNE. [1576] 



73 



Roy de ne passer outre, lui disant qu'il almoit 
mieux ne l'estre point que d'estre receu par 
eontrainte et extraordinairement. 

Le mercredi matin, 18 de ce mois, [arrive- 
rent les nouvelies au Roy de] I'entree de Mon- 
sieur, son frere, dans la ville de Bourges, [le 
dimanche 15 de ce mois], et comme il y avoit 
este bien et magnifiquement receu. Monsieur le 
prince de Conde, [qui l'avoit tousjours accompa- 
gnej, n'y voulust point entrer, quelque pri&re 
et instante requeste que Monsieur lui en fist, 
[soit qu'on lui en eust donne advis, (ce que 
beaucoup asseurent), soit que cela vinst de lui- 
mesme, se desfiant de quelque chose ou autre- 
roent. Quoique e'en soit, il est bien certain que 
se volant fort presse de Monsieur d'y entrer], il 
ui dit : « Qu'il congnoissoit le peuple de Bourges 
si mal affectionne k ceux de sa religion, qu'il 
avoit peur d'y troubler la feste s'il y entroit, 
pource qu'entre tant de peuple, il se trouve- 
roit possible quelque coquin, qui, faisant 
saroblant de viser ailleurs, lui donneroit k la 
teste, [dont il ne doute point que Son Excel- 
lence ne fust fort marrie]; roais cependant le 
prince de Conde seroit mort et le coquin se- 
roit pendu possible, avec deux ou trois au- 
tres. Je vous prie, dist-il, Monsieur, que je 
ne face point pendre des-coquins pour l'amour 
de moi. » [Et l&rdessus baisant humblement 
es mains k Son Excellence, prist conge et se 
retira avec le roi de Navarre vers La Rochelle.] 
Ledit jour de mercredi 18 de ce mois, un 
docteur &s droit tholozain, nomme Gustos, hom- 
me de grande literature et prud'hommie et fort 
estim£ de ceux de la religion, de laquelle il 
faisoit entire et oaverte profession, se tua lui- 
mesme au village de Lardi, par forme de deses- 
poir, [estant (comme on dit) partroubie de son 
esprit.] 

En ce mesme temps, monsieur [Scoreol], jadis 
conseiller du parlement de Paris, et des mieux 
fames et renomm^s en son estat, tant pour la 
Justice et probity que pour le bel esprit et rare 
doctrine qui estoient en lui, fust tue d'une pis- 
tolade a la teste proditoirement et par forme 
d'assassinat, k Vilbourgeon en Solongne, com- 
me il se proumenoit avec madamoiselle de Ba- 
gneus, sa seur, par un nomme Duchesne, en- 
tremetteur des affaires de monsieur de Juran- 
ville, [qu'il recongneust, et toutefois se sentant 
blesse k mort, ne dist autre chose sinon que ce 
n'estoit point la main de l'homme, mais la main 
de Dieu qui l'avoit touche, et que e'estoit Du- 
chesne qui l'avoit tue.] 11 vescust deux ou trois 
jours, pendant lcsquels il ne fist autre chose que 
d'implorer Faide et misericorde de Dieu, [avec 



une grande repentance, confession et contrition 
de ses pecch£s, disan) tousjours que l'Emmanuel 
l'avoit frappe selon sa justice ; mais qu'en sa 
misericorde il le voioit lui tendre les bras pour 
aller k lui, cachant ses pecch& en son sang, et 
ne lui imputant point la faute pour laquelle il 
m6ritoit bien d'estre k jamais rejette de sa 
grace. 

Telle fat la fin de ce personnage, en laquelle 
Dieu voulut proposer sa justice et misericorde 
tout ensemble.] Sa justice, en ce que cesthomme 
aiant dailaisse Dieu jusques-l& (ainsi qu'on di- 
soit), que d'abuser de la fille de safemme, [(sage 
damoiselle et vertueuse, et laquelle s'en estant 
aperceu, en estoit morte en partie de regret), 
fust tue et assassin^ malheureusement, pour sa- 
laire de son pecche, qui estoit tr&s-grand et plus 
en lui qu'en un autre, k cause de la connois- 
sance que Dieu lui avoit donne, et les gramdes 
graces qu'il avoit mises en lui. Et la miseri- 
corde, en ce que lui faisant sentir k bon escient 
son pecche, en le chastiant il lc sauve; et en le 
tuant le vivifie par le sang de son fils, auquel il 
le fait esperer; qui est l'unique purgation de 
tout pecche et le salut de nos ames. 

De ceste mort n'en fust faite autre instance 
ni poursuite], la fille estant marriee k un gentil- 
homme nomme Jutranville, huguenot, [qui fist 
faire le coup a Duchesne, qui estoit k lui,] pour 
avoir surpris des lettres qu'elle escrivoit de sa 
main audit Scoreol, par lesquelles elle le conju- 
roit de la tirer de la peine ou elie estoit par 
poison ou autrement, tellement que si Dieu n'y 
eust remedie k Fheure, il y eust eu grand dan- 
ger qu'on eust conjoint ung meurtre k ce mise- 
rable inceste. [Lepere de ce Scoreol, ici, estant 
aage de prfcs de quatre-vingts ans, avoit este 
repris et en peine, pour avoir voulu violer une 
fille, ce qui est remarquable.] 

Lelundi23 de juillet, le cardinal de Bourbon, 
qui estoit archevesque de Rouen, accoropagne 
de plusieurs dignites et chanoines de la grande 
eglise dudit Rouen, et estant precede de sa 
croix archiepiscopale , alia au lieu ou les hu- 
guenos faisoient leur presche en ladite ville, 
suivant la permission de l'edit du Roy, pour leur 
faire quelques salutaires remonstrances ; mais le 
ministre et les auditeurs esmeus de crainte de 
pis , en estans advertis , s'escoulerent les uns 
apr^s les autres, et gaingnerent le haut. Le len- 
demain on en fist le conte au Roy , et comme 
M. lc cardinal, avec le baston de la croix, avoit 
chasse tous les huguenots de Rouan : « Je voul- 
» drois,dit le Roy, que les autres fussent aussi 
» aises k chasser, k la charge qu'on y deust por- 
» ter le benoisticr et tout. » 



74 



BEGISTftE-JOUBNAL DE HENfil HI, 



En ce temps , le Roy acheta la terre d'Olin- 
ville, sise pr&s Cbastres , soubs Montleheri, 
soixante-mil francs, deBenoistMilon, tr&orier 
et intendant de ses finances , puis la donna a la 
Roine sa ferame, et y mist pour cent mil francs 
de nouveaux meubles. [ Geste terre estoit k feu 
Jeban de Bail Ion, tresorier de I'espargne, le 
plus horame de bien de contable de la France ; 
et I'avoit eue son ills aisne maistre Guillaume 
de Baillon, maistre des comptes, en son par- 
tage, pourdix-huict mil francs. En estant las, la 
vendist k son beau-fr&re, monsieur Du Gast, 
maistre des requestes, et le <ftt Du Gast a Mi- 
Ion, trente mil francs; qui la revendist au Roi 
son maistre soixante mil livres. ] Et pour ce 
que le dit Milon [estoit venu comme les cham- 
pignons en une nuict, et de pauvre garson qu'il 
estoit], ills d'un serrurierdeBlois, [k de grandes 
rieh&ses et biens], pour avoir, au lieu des huiset 
serruresque crochetoit son pere, crochet^ dextre- 
ment et finement [(comme il n'avoit faute d'es- 
prit ct d'adresse ) les deniers et finances du Roy, 
on publia contre lui les vers suivants, bastis sur 
le subject de sa m&lson d'Olinville , qu'il avoit 
vendue au Roy.] 

I lie Milo emunctor regum, cui nomen in olim 

Versum, qui fiscos diruit are graves, 
Regales aquans luxus in divite villa, 

Dum timet in /U cum ne male* porta eadant f 
Mutavit vitlam tanto auripondere, quanto 

Postmodo si lubeat, regiapossit emi. 
Volcano genitore satum certissima fama est, 

Fortune potuit qui faber esse sua*. 
Jure placet Regi ista domus, nam gaudet habere 

Mulciberi factam Juppiter arte domum. 

* Et pour mettre au-dessus de la porte : 

Ut variet for tuna vices, hine ditce, viator ; 
Regia nunc, olim villa MilonU eram. 

Le nom de mignons commen^a en ce temps k 
trotter par la bouche du peuple, auquel ils es- 
toient fort odieux, tant pour leurs fa^ons de 
faire qui estoicnt badines et hautaines, que pour 
leurs fards et accoustremens effemin^s et impu- 
diques , mais surtout pour les dons iramenses et 
literalites que leur faisoit le Roy, [que le peuple 
avoit opinion estre la cause de leur ruine , en- 
cores que la v6rit6 fttst.que telles liberality ne 
pouvans subsister en leur espargne un seul mo- 
ment , estoient aussitost transmises au peuple , 
qu'est I'eau par un conduict. ] 

Ces beaux mignons portoient leurs cheveux 
onguets , frises et refrises par artifices , remon- 
tans par dessus leurs petis bonnets de velours , 
comme font les p , et leurs fraises de che- 
mises dc toiles d'atour empezees et Tongues de 
demi-pied, dc fa^on qu'& voir leur teste dessus 



leur fraize , il sembloit que ce fust le chef saint 
Jean dans un plat. [ Le reste de leurs habille- 
mens faits de mesme : leurs exercices estoient 
de jouer, blasphemer, sauter, danser, volter, 
quereller et paillarder , et suivre le Roy partout 
et en toutes compagnies , ne faire, ne dire riea 
que pour lui plaire ; peu soucieux en effect de 
Dieu et de la vertu, se contentans d'estre en la 
bonne grace de leur maistre, qu'ils craingnoient 
et honnoroient plus que Dieu. Ce qui donna 
subjet au po&me suivant , qui fust sem6 en ce 
temps k Paris et divulgue partout soubs ce 
tiltre : 

LBS VEBTUS ET PROPRIETES DES MIGNONS. 

25 Juillet 1576 (1). 

Nostre Roy doit cent millions, 
Et fault pour aquitter ses debtes 
Que messieurs les mignons ont fa lies, 
Rechercher les inventions 
D'un nouveau tiran de Florence, 
Et les prattiquer en la France. 
Avant que I'argent en solt prest. 
Monsieur le mlgnon le consomme. 
Et fait un parti de la somme 
A cent pour cent pour 1' interest. 

Leur parler et leur vestement 
Se void lei, qu'une honneste femmc 
Auroit peur d'en recevoir blasme, 
En usant si lascivement ; 
Leur celliie se tourne a son aise 
Dedans le repli de leur fraise ; 
Desja le fourmenl nest plus bon 
Pour fempois blanc de leur chemise, 
Et fault pour facon plus exquise, 
Faire de ris leur amidon. 

Leur poll est tondu par compas, 
Et non dune facon pareille : 
Gar en avant depuis I'oreilie, 
II est long, et derriere bas. 
Se tiennent droits par artifice, 
Et une gomme les hlrisse 
Ou re lord leurs pits refrises ; 
Et dessus leur teste le*gere 
Un petit bonnet par derriere, 
Les rend encor' plus desgulse's. 

Je n'ose dire que le fard 
Leur est plus commun qu'a la femme ; 
J'aurols .peur d'en recevoir blasme, 
Et qu'entre eux ils prattiqoent Tart 
De rimpudique Ganimede. 
Quant a leur habit, il excAde 
Tout leur bien et tout leur trlsor : 
Car le mignon, qui tout consomme, 
Ne se vest plus en genti luomme, 
Mais comme un prince, de drap d'or. 

Pensls-vous que nos beaux Francois, 
Qui, par leurs armes valeureuses. 
En tant de % uerres dangereuses, 
Ont fait retenlir maintc fois, 
Le frulct espandu de leur gloire, 

(1) Nous ne donnons que des eitraits de ce poem; 
compost en tout de qulnxe strophes. 



BOY DB FRANCE BT DE 



Arec le nom de lew vlctotre. 
En Unt de plrilleus hazards, 
Eussent la chemise empesee, 
Eossent la perruque frisee, 
Eussent le talot blanchi de fards? 

Et pour pouvolr mleux con tenter 
Leur Jen, lear pompe, lear bobance 
Et lear trop prodigue despense, 
II faut tous les jours Inventer 
Nouveaux Imposts, nouvelles tallies, 
Qn'il faut du profond des entrailles 
Des paurres subjects arracher, 
Qui tralnent leurs chllires Ties 
Sous la griffe de ces harpies, 
Qui avalent tout sans mascher. 

Le lundi 30 juillet, messire Ren6 de Birague, 
hancelier , accompagne' des seingneurs de Li- 
noges, de Morviiliers , de Cheverni, de Roissi , 
;t autres du priv6 conseil , vinst an palais en 
larlement , et fist recevoir Daunet , seingneur 
[)eraines, president de la chambre mi-partie. 
Le quel fut receu avec mauvais visage de Urate 
a cour, qui du commencement refnsa lui bailler 
tcte de sa reception, disant qu'il avoit este" receu 
>ar le chancelier et non par elle ; mais enfin fut 
;ontrainte par rtitfrees jussions du Roy et de la 
Koine sa mere, entremeslees de quelques me- 
naces de lui d&ivrer Facte de sa dite reception. 

AOUST.Lejeudi 2aoust,LeursMajest6s,adver- 
ties d'une secrette ligue et confederation qui se 
prattiquoit sourdement entre plusieurs sein- 
gneurs et villes de ce roiaume, afin d'empescher 
par tous moiens l'execution de F&lit de pacifica- 
tion , et mesme de s'y opposer k main armee , 
font aux due de Guise , due de Maienne 
son frere , due de Nemours leur beau-pere , ju- 
rer et signer robservation entiere de l'edit et 
rentreteneraent d'icelui , aians eu advis que 
ces trois seingneurs esioient soubconnes d'estre 
chefe de ceste ligue, qui n'estoit autre chose qu'un 
commencement de conjuration contre 1'estat. 

En ce temps courust un bruit k Paris, que 
le Roi de Navarre vouloit donner sa seur en 
mariage au prince de Cond6, son cousin, qui 
estoit a Perigueus avec lui, vivans amiableroent 
comme bons cousins, de mesme humeur et reli- 
gion , et faisans fortifier la ville ensemblement 
pour leur seuretl. ] 

Le lundi 6 aoust, messire Charles de Lorraine, 



(1) Elle se nommait Henriette de Savole , et non 
pas Marie. Elle e*Uit filie unique d'Honorat de Sa- 
vole, deuiieme du nom, marquis de Villars, mar6- 
cbal et amlral de France, et veuve dc Melchior Des 
Prez, seigneur de Montpezat. (A. E.) — Le pere An- 
lelme fixe la date de son mariage au 23 juillet de la 
mime annee. 

(2) L'aflaJre des Reistres fut en effet conclue pendant 
la seconde moiUe* du mois d*aout de celte annee, par 
(influence de If . de Belllerre. La premiere lettre de ce 



polongne. [1576] 75 

due de Maienne la Juches, fust marie* k Meudon 
avecques dame Marie de Savoie (1), fille unique 
du comte de Villars, admiral de France, et 
veufve du seingneur de Montpuezat, du quel elle 
avoit six enfans vivans. Ce jeune, beau et gail- 
lard seingneur fut attrait k ce mariage par ie 
moiende cent mil li vres de deniers clairs et comp- 
tans qu'elle lui donna, etde trente mil livres de 
rente qu'elle donna aussi par mesme moien au 
premier maslequi naistroit dudit mariage. Bruit 
fut que ie due du Maine avait presto au Roy les 
cent mil livres de son mariage , et qu'il avoit eu 
assignation de trois cens mille sur les deniers 
provenans de la vente des biens du clerg4 de 
France. 

Le lundi 13 du^it mois, l'evesque de Paris 
[ arriva de Rome] et rapporta au Roy une bulle 
du Pape portant permission de vendre du bien 
de l'Eglise jusques k la concurence de cinquante 
mil escus de rente, dont tout le clerge* de France 
lui sceut fort mauvais gre [ et en parlerent les 
preclicateurs en leurs . chaires. 

En ce temps, le seingneur de Carrouge, 
le president Believre et Charles de Harlay , 
agens du Roy envoies vers Cazimir et ses Reis- 
tres (2), pour leur porter quelque peu d'argent 
et les adoucir , avec remonstrances pour surat- 
tendre le surplus de ce qui leur estoit deu, eom- 
bien qu'ils eussent jk les principales bagues du 
cabinet du Roy , et la parole du due de Lor- 
raine pour asseurance de leur deu, furent par 
eux retenus et mennes a Strasbourg. Et un 
mois apres, furent rendus et remis en liberty 
par le moien du sieur Despesse, maistre des 
requestes, que le Roy y envoia pour cest effaict.] 

En ce temps , le Roy alloit k pied par les rues 
de Paris gaingner le pardon du jubite (3), envoie* 
en France par le pape Grlgoire XIII, accompagn6 
dedeux ou trois personnesseulement, et tenant en 
sa main de grosses patenostres, les alloit disant et 
marmonnant par les rues : on disoit que ce faisoit- 
il par le conseil de sa mere, afin de faire croire 
au peuple de Paris qu'il estoit fort devotieusjea- 
tholique, apostolique et rommain, [et lui donner 
courage de fouiller plus librement & la bour- 
se. ] Mais le peuple de Paris ( encores qu'il 
soit fort ais6 de lui imposer principalement ea 

dernier personnage au due Caslnflr, et au sujet de celte 
affaire, porte la date du 11 aout; elle fut suivie des re- 
monlrances adressces par Belllevre, le 17 du mime 
mois. Des lettres patentes du Roi suivlrent bicnt6tapre's. 
Elles ordonnalent rex&ution de Facte conclu pour la 
satisfaction des Reistres. 

(3) Les devotions des rols sont trouvees bonnes quand 
elles se font a bonne fin, mais autrement on s'en mo- 
que. (Lestoile.) 



76 



E£OISTRK-JOUBNAL DB HENBI III, 



telles matieres oil il y va de la religion) , n'en 
fist point de cas autrement , et furent les vers 
suivants, en forme de pasquil ct quolibet , afli- 
ches et semes par les rues. 

Le Roy pour avoir de l'argent, 
A Tail le pauvre et 1'indigent 

Et l'hipocrite. 
Le grand pardon il a gangnl; 
Au pain et a I'eau il a Jusne* 

Comme un hermitte. 
Mais Paris qui le congnoist bien, 
Ne lui vouldra plus prester rien , 

A sa requeste : 
Gar il en a ja tant preste\ 
Qu'il a de lui dire arreste* : 

A11& en queste ! 

[Le diraanche 19 de ce mote, fust afflchle par 
les quarrefours et semle par les rues de Paris , 
la fadeze suivante (l) imprimle en gros canon. 

« Peuple de Paris qui vous lev& matin pour 
» gaingner les pardons et le jubite, ne sentes- 
» vous point puant : car il y a tant de capitaines 
» punais, capitaines bauquerouttiers et d'autres 
» capitaines saifroniers qui mangent les pauvre? 
* gens!» 

Le mardi 28 aoust, arriverent les nouvelles 
k Paris de Pentree de Monsieur , frere du Roy, 
comme comte de Touraine, en la ville de Tours ; 
et comme il y avoit este* bien et magnifiquement 
feceu , le samedi pr6c6dent 25 de ce mois , jour 
et feste de saint Louis. 

Septembbe. Les lundi , mardi , mercredi 
et jeudi, troisiesme, quatrfesme, cinquiesme, 
sixiesme jour de septembre, ] fust aftichl, public 
et seme* au Louvre, et en divers lieux et endroits 
de la ville de Paris , le suivant placcard deffa- 
matoire, fait contre ceux de la justice, ausquels 
on en vouloit fort, et qu'on disoit par leur con- 
nivence ouvrir la porte peu-a-peu k ceux qui ne 
demandoient qu'a la violenter. [ Et combien que 
tout passast soubs le nom des huguenots, pour 
faire avaller la pilule plus douceraent, si est-ce 
que tous ces pasquils et mesdisances venoient 
bien d'ailleurs, et de gens qui abusans de la sim- 
plicity du peuple , eussent volontiers permis a 
tout le monde d'estre huguenot, pourveu qu'on 
leur eust permis de regner, et a la justice de d£- 
robber librement , et k la charge d'auctorizer 
leur ligue et conjuration contre cest estat. 

L'feVANGILB DBS LONGS VESTUS. 

« Sire, et vous, 6 peuple de France , s'il est 
» ainsi comme le succes des choses du monde 
» et la suitte des siecles vous ont, par une infal- 

(1) Plaisanlc raillcrie. (Lesloile.) 



» 

» 

M 

9 
U 
W 
9 

9 

s 
9 
9 
1) 

9 
9 
» 
» 

u 

9 
9 
9 
» 
9 
9 
9 
9 
9 
9 
9 
9 
9 
9 
9 
9 
9 
9 
9 
9 
9 
9 
9 
9 
9 
9 
9 
9 
9 
V 
B 
9 
» 
u 
u 



lible experience, fait congnoistre que la conti- 
nuation et duration successive de Unite roiauti 
et monarchie despend de la garde et exercica 
de deux choses : de la foy et de la justice, 
desquelles comme Tune est le fondement de 
l'autre ; I'autre l'establissement et conservation 
de tous les ordres, desquels l'union indivisible 
du monde est contenue ; aussi est-il tres-cer- 
tain que de l'absence de Tung etde I'autre et 
le raepris de tous les deux, est la perturbation 
des choses, la division de toute soci&6 hu- 
raaine et i'entiere ruine et desmembrement de 
tout estat bien constitue et ordonne. Ceste 
chose, Sire, s'estant dernierement proposee a 
discuter k Basle, sur les exquises recherches 
que les unset les autres faisoient sur les cau- 
ses et motifs des troubles et miseres, qui, de- 
puisquinze ansen fa, avoient mis£rablement 
aftlige' vos peuples et pays de France, entre 
plusieurs et divers propos qui ca et la furent 
traictes et plusieurs belles raisons alleguees, 
il y eust deux fort honnestes gentilshommes 
qui, en la continuation du mesme subjet, men- 
rent un discours de divers moiens que la for- 
tune avoit administres a tant de presidens et 
conseillers de vostre parlement de Paris, pour 
parvenir aux magistrats et charges publiques, 
oil presque tous ils y estoient, ou pour le vice 
de leur corrompue nature, ou pour TinsufQ- 
sance et incapacity de leurs personnes, ou 
par les honteus et infAmes moiens par les- 
quels y estoient parvenus et indignement. 
Et entre ceux de la premiere ligne, ils accou- 
ploient deux grands brigands et faussaires 
juges, un PoisJe et un Molevault avec plu- 
sieurs autres, tant presidens que conseillers 
de ce mesme poil, vie et aage, sans un au- 
tre nombre indicible de petis larronneaux, 
qui tous suivoient au grand galop la trace des 
plus vieux loups de ceste grande forest de par- 
lement. A la seconde liste, ils donnoient en 
partage les trois parts de toute la forest aux 
asnes, desquels ils en nommoient par droit de 
prerogative quelques-uns comme un Mole- 
vault k survivance, un Pelletier, un Four- 
driac, un Florette, un Brissonnet, un Mi- 
dor ge, un et deux Hennequins, un Brandon, 
un de Mesmes , ung Rubental , ung Tendart , 
un Amor rant, un Texier, un la Place, avec 
quatre ou cinq hongres, qui tenoient entre les 
asnes reng honnorable de mulets; ung Michon, 
ung Here , ung Fleuri, ung Congneus, avec 
un gros veau qui paissist avec les asnes et 
mullets. En la troisiesme liste, ils accoloicnt un 
Gilot et un Dupoix , lcsquels ils disoient avoir 
este portes a une presque mesme fortune par 



ROY DE FBAKCE ET I 

Miens et diverges avantures. L'un par 
isme de sa mere, I'autre par le maque- 
le ses seurs; l'un par les abbes et les 
es, I'autre par les cabarets et bordeaux. 
; a fait l'un conseiller , I'autre est con- 
'Eglise. Et toutefois une mesme chose 
divers et diverges prattiques a l'un et 
ledeux cases etouvroirsd'artizanses- 
noovel an periode de fortune et grade 
ur, auquel chacun les void aujhour- 
Ignement et vilainement constitues. 
Sire, les trois especes de monstres dont 
■"ranee est servie; voila, France, les 
i de tea maux ; voila ceux qui en tea 
sa ont mis le feu et les flammes; 
raple, les loups qui voua dechfrent, 
^ues qui tous succent, les serpens qui 
ifectent, qui de vos mines nalssent , 
os mines croissent, qui de vos rulnes 
01 combien est dangerenB le passage 
forest oil tant de bestes dtversement 
es pasturent et sejournent] Puissent 
i pour ceux de la premiere liste, en 
transformer les arbresen potences, et 
mux bien tissus les branchages. Pour 
la seconde , puissent les feuilles de- 
lardons ; et pour la tierce, que comme 
lis solent de la forest bannis ; que la 
»t abbatue et que Dieu veuille a tres- 
t, tres-auguste et tres-fnvincible roy, 
les Majestes de vous et de vostre tres- 
mere a rebastir un nouveau siege de 
le remplir de nouveaux hommes afln 
ranee Von pulsse voir revivre la foy 
(*, lesquels la corruptele de tant de 
», de Juges, seule a bannis. A quol, 
I vons ne pourvoiez , puisque pour y 
r la glaive et la force sont en vos mains, 
li donne les roiaumes, qui eslevera 
pies contre vous , vous remplira I'air 
re de maledictions et ruinera entiere- 
stre estat. In nomine sancke et indi- 
Yinitatti, itajtat. 

e a Basle, ce 13 aoust, Ian 4 de la 
de la trahison. » 



B de manant, qu'on Ml parler comme lie* 

•tollc.) 

« dtColai. II avati eponae la Bile de Nlco- 

emont, cadet de Lorraine. (A. E.) 

*r de mi chezeux. II *e plaisal t a arranger 

e la Relnc et a frlaer luhmemc sea cbeveui. 

mr da palait. TJne de scs occupations etoll 
Ki bijoui, de les chnofirr et de leur falre 
forme no u volte. (A. E.) 
•n dei quatre mtndiam. II vlslUtt wuvenl 
de cc» rcliglem. (A. E.) 



K P0L0HCKE. [ISTG] 77 

nSS TBOIS ESPECE8 DB LABRONfl. 

Larron en rithme , comme Breton , Gascon ; 

Larron par raison, comme un Musmer ; 

Larron sans rithme ni raison, comme prcesi- 
dens, conseillers,advocas,procureurs et toute 
telle autre v ermine.] 

En ce mesme temps coururent a Paris', soubs 
le nom du peuple , [qui est un sot animal, ingrat 
et testa] et plus volage et inconstant que les gl- 
rouettesde lews clochers, les tiltres suivanU 
[ donnes par ce sot peuple a son Roy , pour re- 
compense de tant de biens qu'il lui avoit faits et 
continuolt a lui foire , s'esiant fait comme leur 
concitoien et bourgeois de leur ville , pour de 
tant plus l'enricbir et augmenter. j 

LBS TILTBKB DONNES PAH LB PEUPLE DE PABIS 
All ROY HENBt IIl(l). 

- Henri par la grace de sa mere, incert Hoi 
» de France et de Polongne fmaginaire , con- 
» cierge du Louvre , raargulllier de Saint-Ger- 

■ main-de-Lauxerrols et de toutes les eglises de 
- Paris, gendre de Colas (a) , gauderonneur des 
» eoleudesafemmeetlrizeurdesescheveux{8), 
» mercier du palais (4), vislteurdes estuves, gar- 
» dien des Quatre-Mendians (5) , pere conscript 
• des Blancs-Battrjs(e), et protecteor des ca- 

■ puttiers. • 

[ Le lundi 17 septembre, le due de Guise , 
ses freres et tous leurs parens et allies partirent 
de Paris pour aller a Jainville] , falre les nonces 
du sefngneur d'Aumale (7) aveq la damoiselle 
d'Elbceuf, sa cousine germalne, et de monsieur 
de Luxembourg (s), frere du feu due de Brlenne 
(jadls evesque de Laon), avee mademoiselle 
d'Aumale, seur dudlt scingnenr due d'Aumale.] 

Le jendi 20 septembre, le sefngneur de Duras 
vinst a Paris , envoie expres par le rol de Na- 
varre pour venirquerir laroinede Navarre, sa 
femme, et la lui mener en Beam; dont il s'en 
retouma eacondoit, soubs couleur de certaines af- 
faires qu'elle avoit a Paris. 

Le samedi 33 , vinrent les nouvelles a Paris, 
de la messe chantee dans La Bochelle, [le di- 

(fl) Pin conieript dti blanci baltui. II flail prleur 
de la conlrerle dea p* nltenla blanca. (A. E.) 

(7) Charie* de Lorraine, due d'Aumale, epouta Marie 
de Lorraine, fille de Rene', marquis d'Elbouf. (A. E.) 
Le* uoces u'oureut lieu que le 10 novembre. 

(S) Francois de Luxembourg, due de Plney-Luiem- 
bourg. Diane de Lorraine, fills de Claude, due d'Au- 
male. et de Louise de Rr£z6 , a Hi sa premiere femme. 
II epousa en tecondea notes Marguerite de Lorraine , 
fille de Nicolas, eomte de Vaudemcnt, el belle-somr du 
rol Henri III. Ellc etalt alors veuve du due de Jojeuac. 
(A. E.) 



78 



BEG ISTRE- JOURNAL DE HEN HI III, 



manche precedent 16 de ce mois], dans un 
petit temple ou Ton fondoit l'artillerie. EUe 
n'y avoit este chantee depuis Ies matines de 
Paris. 

Le vendredi 28 de ce mois , en la place de 
Greve , k Paris , furent en effigie les seingneurs 
de Richebourg pere et ills decapites , et deux 
de leurs valets roues k faute de les avoir 
peu apprlhender au corps, a cause du meurtre 
et assassinat par eux commis en la personne 
de maistre Jaques Vialard, president du grand 
conseil, le jeudi absolu precedent, en sa 
terrc d' Arses , pres Montfort-rAmmaurri , d'un 
coup de pistole\ Les maisons d'Arses et de Ri- 
chebourg estoient voisines, et k ceste occasion 
avoit le seingneur de Richebourg tousjours eu 
quelque querelle contre le dit Vialard, homme 
hautain et hargneus de sa nature , [ qui par le 
moien de ce que toute sa vie il avoit este con- 
stitute en dignites et grands estats, aiant este 
lieutenant civil de la prevoste de Paris , maistre 
des requestes de 1'hostel du roy, president en 
la grande chambre du parlement de Rouan, et 
president du grand conseil, et autrement homme 
d'esprit et de sfavoir , scavoit bien defendre ses 
droits, et de fait avoit este ledit seingneur de 
Richebourg condamn£ en quelques grandes 
sonimes de deniers envers lui et execute en ses 
biens k faute d'icelles paier. En haine de quo! 
le fist ledit Richebourg et ses enfans jeunes, 
suivans les armes, aussi meurdrir et assassiner 
de guet-&-pens, l'aiant fait espier seul avec un 
laquais , en un chemin , et lui donner par un 
coquin un coup de pistole* , tant estoit l'impu- 
nite et I'insolence grande en ce temps, et effrl- 
n6e la licence des armes k cause des troubles et 
guerres civiles.] 

Les dimanches 28 et 80 de septembre, aux 
huguenos de Paris, revenans en trouppe du 
presche qu'ils avoient commence k faire k Noisi- 
le-Seq, suivant l*6dit, furent faites tout plein de 
bravades et insolences par la populasse, les al- 
lant par curiosite voir k leur retour; et furent 
rites de part et d'autres quelques coups de pierre 
et d'esp£e : dont advinst tumulte , et y en eust 
de tues et blesses; et en fust fait plainte au Roy, 
lequel cependant couroit la bague, vestu en 
amazone, et faisoit tous les jours bails et fes- 
tins nouveaux, comme si son estat eust este le 
plus paisible du monde. 

[ Octobbe (1). Lelundi 8 octobre, le Roy, la 
Royne son espouse, laRoyne sa ntere, sortent de 

(1) Ce paragraphe existe dans le manuscrit de Les- 
toile , mats il a M efface. D'autres exemples de pas- 
sages effaces se rencontrcnt pareillement dans les ma- 



Paris et s'en vont k Olinville, ou le Roy danse 
et se donne du bon temps avec ses mignons. 

Le vendredi 12, le Roy estant k Olinville, lui 
vinst advis que les gentilshommes et le peuple 
de Champagne, lasses des insolences que fai- 
soient les huict cornettes de Reistres du sein- 
gneur de Schomberg, que le Roy y retenoit de- 
puis Pasques, menassoient de leur courir sus, si 
on ne les paioit et envoioit hors du pays. II se 
trouva, par le calcul des capitaines, qn'a la 
Toussaints il leur estoit deu dequatorze k quinze 
cens mil escus. 

Le dimanche 14, M. de LaNoue vinst k Paris 
et y demeura jusques au 25 ;] auquel jour il sor- 
tist de Paris sans response ni conge dn Roy et 
de la Roine, aiant descouvert une partie faite 
pour le tuer; estant hay doublement, tant pour 
la demande qu'il faisoit k Leurs Majestes de lui 
donner permission de mener des gens en Flan- 
dres au secours des Estats, contre le roi d'Hes- 
pagne, que pour la profession ouverte qu'il fai- 
soit de la religion. 

[En ce mois, maistre Francois de Vigni-le- 
Jeune, receveur de la ville de Paris, vendist 
son estat k un nomine* Petremol, qui estoit de la 
raaison et famille du bastard du feu roi Henri, 
lors grand prieur de France, et en furent d'ac- 
cord k cinquante mil francs, que ledit de Vigni 
en devoit toucher. Mais les prevost des mar- 
chans et eschevins, ne mesme les bons bourgeois 
de la ville, ni encores le Roy, ne eeux de son 
conseil ne trouverent bon que 1 office qui donne 
avoit este au pere et au fils, et duquel ils s*es- 
toient tous deux pr£valus et grandement ac- 
creus, fust par ledit de Vigni fils vendu it un au- 
tre, sans le sceu et consentement de ceux de 
ladite ville; ausquels appartenoit d'y pourvoir. 
De fait, ledit, Petremol n'estant agitable aux 
uns ni aux autres, pource qu'outre ce qu'il estoit 
en mauvais nom et en soubcon de beaucoup 
devoir, chacun pensa incontinent qu'il ne l'avoit 
si cherement achete que pour en tirer quelque 
grand proufit au dommage et prejudice du pau- 
vre peuple, ne peust (quelque brigue et despense 
qu'il eust faite) estre receu k faire Fexercice du- 
dit estat. Tellement qu'y aiant perdu ce qu'il y 
avoit mis et avance, y fust ledit de Vigni arreste 
et continue, apres que le president Nicolai et le 
president Saint-Mesmin, lors prevost des mar- 
chans (tous deux presidens des comptes et de 
bien pres allies), furent en plaine assemble de 
ville entrls en grande contention et hautes pa- 



nuscrils origlnaux , sans qu'on puisse toujour* 
prendre la cause reelle. * 



BOY DE PBANCB ET DB POLONGNE. [1576] 



roles d'Argus, soustenant Tan d'eux le parti de 
Pun, et I'autre le parti de I'autre.] 

Sur la fin de ce mois, commencerent k cour- 
rir les Memoires de deffunct maistre Jean 
David (1), advocat, trouves eutre ses papiers 
apres son deces, k Romme, ou il estoit alle pour 
1'effect de la ligae sainte, fondee sur le pretexte 
de la religion en apparence, roais en effect sur 
les pretentions de ceux de la maison de Lor- 
raine, quisedisoient de la racede Charlemagne, 
et en ceste qualite, comme bien fondes, preten- 
doient : 

Antiquum exscindere regnutn 
Et magnc gentim deduetam rege Capeto. 

Novbmbbe. Le lundi 5 novembre, le Roy et 
la Roine sa femme, de Paris vinrent coucher a 
Olinville, ou le mere red i [7, a deux heures apres 
raidi] , monsieur le due vinst en poste, peu ac- 
compagne , trouver le Roy son frere, et se (lrent 
a rarrivee fort grandes caresses (2). 

Le vendredi 9 , ledit seingneur due vinst k 
Paris aussi en poste, et alia descendre aux Au- 
gustins, ou il tinst sur fonds de baptesme le flls 
de M. de Nevers, en grande magnificence, puis 
alia soupper et coucher au Louvre, ou son logis 
estoit appreste. Et le dimanche 11, s'en re- 
tourna aveq la roine de Navarre, sa seur bien- 
aimee, retrouver le Roy a Olinville, dont ils 
partireut ensemble le mardi 13, et le jeudi 15 
arriverent a Orleans, ou le Roy fist son entree. 
De Ik passerent a Blois tenir les Estats, qui y 
avoient este convoques au 25 de novembre (S). 

De ceste entrcvue du Roy et de Monsieur, 
son frere, {et de leur tant soudaine et inesperee 
reconciliation, partout fut grand l'esbabisse- 
ment] , principalement entre les huguenos et 
cutholiques leurs associes, [ausquels, depuis la 
Saint-Barthelemi, II ne faioit pas grand chose 
pour les mettre en alarme et en desflance. De 
fait, ils commencerent k penser k leurs affaires, 
et ne fut bruit que de guerre et d'arraes entre 
eux, aossitost qu'ils en eurent receu les nouvel- 
les. j Et ce qui plus leur augmenta le soubcon, 

(1) Jean David, avocat gascon, turbulent et fougaeux. 
C'eutt an broallkm. ruine* de credit et de reputation 
pour let maavatses mceurs. Sea Hlmolres tendent a 
prouver que la couronne de France n'appartient pas 
aax descendants de Hugues Capet, mais a la maison de 
Lorraine, qu'll pretend elre issue de Charlemagne. II 
les porta a Rome en 1576. et roourut a Lyon a son re- 
tour. Ces M4molres tomberent entre les mains des pro- 
tesiants qui les flrent imprimer. (A. E.) 

(2) Si Ton en croit le due cfAlencon. jamais accueil 
ne fut plus frold que celui que Henri III lui fit a ce 
voyage d'Ollnville. (A. £.) 

(3) Par le dernier tfdit de pacification, le Rol avail 
accord* I'assembl6e des Etats-gen&aux. (A. E.) - Des 
le 2 septembre precedent, le Rol avait adresse* au pre>6t 



79 

fust Tad vis qu'ils eurent qu'en raesme temps 
domp Jean d'Austria, avec quatre cbevaux de 
poste, etsous lepasseportd'unPortuguois, estoit 
passe par Paris, ou avec I'ambassadeur d'Hes- 
pagne il avoit sejourne et demeur6 cache deux 
jours, et que de la il tiroit k Luxembourg, ou il 
devoit voir et parler au due de Guise. 

Le samedi 10 novembre, arriverent k Paris 
les tristes npuvelles du sac de la ville d'Anvers; 
et comme, le dimanche 4 de ce mois, sur le 
midi, les Espagnols estoient sortis en furie de la 
citadelle, et avoient charge les pauvres habitans 
d' An vers, et desfaist trois mil Alemans qu'ils y 
avoient fait entrer, nonobstant le secours des 
gens du pays que le comte d'Egmont y avoit 
envoies ; et comme les Espagnols estans demeu- 
res les maistres de ceste belle ville, avoient 
brusle la maison des Ostrelins, leur Hostel-de- 
Yille, et bien huict cens maisons de bourgeois, 
tue, massacre, et saccage et brusle pour trois ou 
quatre millions de marcbandises qu'ils n'avoient 
peu emporter : dura le saq et le massacre envi- 
ron quinze jours, durant lesquels on faisoit oonte 
de sept a huict mil personnes de morts, de tons 
aages, sexes et qualites; car l'Espagnol victo- 
rieux est ordinairement insolent, et si cruel et 
peu respectueux, qu'il n'espargne rien pour 
se venger de son ennemi. Grande etpitoiablefut 
la desolation de ceste ville d'Anvers, qui estoit 
auparavant (comme chacun scait) Tune des plus 
belles, riches et magnifiques villes du monde. 

En ce mois, M. de Thorl vendist son bail- 
liage du palais dix-huict mil francs a maistre 
Rene Baillet, seingneur de Tresme, fils de def- 
funct president Baillet ; et le seingneur de Meru, 
la capitainerie de la Bastille de Paris, a Testu (4), 
chevalier du guet, plus propre, ainsi qu'on di- 
soit, pour le gouvernement d'une bouteilleque 
d'une telle place. 

Decembbe. Le jeudi 13 de decembre, le Roy 
estant a Blois, ou vrist les Estats, et y fist la pre- 
miere seance en laquelle Sa Majesty harangua 
disertement (5) et bien k propos. Au contrairc le 

des marchands de Paris une lettre pour la convocation 
de ces Etats. 

L'on conserve encore aujoard'hui le Journal du due 
de Nevers sur les Etats de Blois; 11 comprend les mois 
de decembre 1576, Janvier, ftfvrier et mars 1577 ( col- 
lection Dupuy), ainsi que le mtfmoirc dresse* par ceux 
de la religion, pour empecher la tenue desditsEtats. 

(4) Laurent Testu la rendu lachement au due de 
Guise, apres les barricades. (A. E.) 

(5) A I'ouverture des Itats de Blois, le Roi prononca 
une harangue qu'on disait composee par Jean de Mor- 
villiers ; cette harangue fut approuvle ; II n'en fut pas 
ainsi de telle du chevalier de Blrague, qui parla mal- 
adroitement et prouva qu'il avalt peu dc connaissance 
des affaires du royaumc.(A. E.) 



80 



EEGISTnE-JOUUNAL DE HEN III III, 



chancelier de Biragucs, apres lui, harangua lon- 
guement, lourdement et mal a propos, dont fust 
fait et sem6 le suivant quatrain : 

Tels soot les falls des hommes que les dlts : 
LtrRoy dit bien, car il est dlbonnaire ; 
Son chancelier fait bien tout au contralre : 
Gar 11 dit mal et fait encore pis. 

Lc jeudi 20 decembre, le ills atone* da sein- 
gneur de Saint-Sulpice fust tu6 en la bassecourt 
du chasteau de Blois, par le vicomte de Tours ( 1 ) , 
frerede madamede Sauves, femmedeFizes(2), 
secretaire d'estat, pour querelle particuliere, oc- 
casionn6e de ce que ledit Saint-Sulpice avoit 
reproche audit vicomte qu'il n'estoit pas gentil- 
homme. [Le mort fust regrette], et en fist le Roi 
demonstration de grand malcontentement, par- 
ce que le seingneur de Saint-Sulpice, pere du 
mort, avoit este gouverneur de monsieur le due 
d*Alencon, frere du Roy, [estant des anciens 
chevaliers de l'ordre et conseillers du conseil 
priv6, et respecte* et aime du Roy et de la Roine 
sa mere, comme ancien courtizan.] 

Ce jour, vinrent nouvelles a Paris, comme le 
capitaine de Luines (3), [maistre de camp du 
mareschal dc Dampville], et es mains et garde 
duquel ledit mareschal avoit, [des Tan 1575], 
mis la ville du Pont-Saint-Esprit, [en Dauphin^, 
pour la garder a la d6vocion de lui et des hugue- 
nos et catholiques leurs associes] , Favoit r en- 
due et remise en l'ob&ssance du Roy [et mis 
dehors ceux du parti contraire], aiant failli a se 
saisir de la personne du seingneur de Thor6, 
lors y estant, lequel se sauva de vistesse. 

Sur ceste prise du Saiut-Esprit par les catho- 
'liques, et de la Charity par les huguenos, [qui 
estoient aussi peu touches du Saint-Esprit que 
les autres de la Charlte,] furent faits et divul- 
ges les vers suivants : 

Pour mleux recommencer une fureur tragique, 
Le soldat huguenot a pris La Charity, 
Vers nous peu charitable , et le fin catholique 
Dedans le Saint-Esprit brusquement s'est jettl. 
Que prtrons-nous a Dieu pour vivre en seurele\ 
Que puisse au huguenot le Saint-Esprit se rendre, 
Et que La Charlie' au Roy se laisse prendre. 

[Sur la fin de ce mois, le Roy aiant entendu 

(1) Jean de Beaune, vicomte de Tours, cbambellan 
du due d'AIencon, fils de Jacques de Beaune. (A. E.) 

(2) Simon Fizes, baron de Sauyes. Sa femme Ctait vi- 
eomtesse de Tours. 

(3) Honore* d' Albert, seigneur de Luynes, pere de 
Charles d'Albcrt, due de Luynes, qui devint consta- 
ble de France sous le regne de Louis XIII. Le capi- 
taine de Luynes mourul en 1592. Cette entreprise Tut 
regardee par les huguenots comme une declaration de 
guerre ; Us prirent les armes et se saisirent de plusieurs 
places de guerre. 

Lc dernier Iditcur a egalemcnt reproduit ici I'crreur 



sous mains que les Estats se resolvoient tous 
trois dun accord de demander rabolition de 
l'exercice de la nouvelle religion, pourveu que 
cela se fist avec toute douceur et sans rentrer, 
s'il estoit possible, en guerre, envoia de Blois le 
secretaire Viart avec Masparrot, maistre des 
requestes, vers le roi de Navarre et mareschal 
Dampville, pour traicter avec eux et leur faire 
relascher beaucoup de choses a eux accordees 
par l'edit de pacification ; entre autres les cham- 
bres mi -parties, sans toutefois leur oster totaJe- 
ment l'exercice de leur religion, que Sa Majeste 
estoit contente de leur laisser en certains lieus, 
et la liberte de conscience partout. A quoi du 
commencement ils presterent fort l'oreille, et en 
estoient comme d'accord ; mais la nouvelle de la 
prise du Pont-Saint-Esprit et de La Rochelle et 
Aiguesmorte, faillies en mesme temps, remist 
tout en trouble, et aussi la longueur dont on 
usa : car qui ne prend teiles gens au mot, comme 
lesfemmes, il y a apres jour d'advis.] 

En ce mois mourust le seingneur de Nancey (4), 
capitaine des gardes, et fut sondit estat donne 
par le Roy a monsieur de Clermont d'An- 
tragues. 

1577. 

Le mardi premier de Tan 1577, le Roy dd- 
clara aux deputes des Estats assambles a Blois, 
que suivant leuradvis et requeste,iln'entendoit 
et ne voulolt qu'en tout son roiausme il y eust 
exercice de religion autre que de la catholique, 
apostolique et rommaine ; et qu'il r^voquoit ce 
qu'au contraire il auroit accorde* par le dernier 
6dit de pacification, comme par force et con- 
trainte. De quoi advertis, le roi de Navarre, 
le prince de Condi et le mareschal Dampville, 
chefs des huguenos et catholiques associes, et 
aussi que le Roy avoit jure et signe la Sainte 
Ligue, des le 12 de decembre dernier, [font 
leurs preparatifs de munitions et d'horomespour 
la guerre qu'iis disent ouverte , fortifient la ville 
de la Charitl, montenta cheval, battent la cam- 
pagne et prennent villes et chasteaux de toutes 
parts], et font tous actes d'hostilite comme en 
guerre ouverte (5) : dont le Roy, la Roine et les 

commise par Lenglet du Fresnoy, sur le nom de fi- 
mille des seigneurs de Luynes. II auralt do imprimfr 
Albert et non pas Albret, qui est une tout autre famille. 

(4) Gaspard de La Chastre, seigneur de Name*?. 
aleul d'Edtne, marquis de La Chastre, qui a laisse' des 
Mlmoires. Nancay e^alt capitaine des gardes depots 
1568. II s'ltait signal aux ba tallies de Dreux. Saictr 
Denls, Jarnac, Monlcontour, etc. II mourut le SA no- 
vcmbre 1576, d'une blessure recue a la baUIHe de 
Dreux. et qui se rouvrlt 

(5) Henri III s'ltant declare* chef de la liguc. le roi 
de Navarre, le prince de Condi* et le marechal de Dam- 



BOY DE FRANCE KT DE POLONGNE. [1577] 



81 



trois Estats demeurent tout estonn&. Lu-des- • 
sus la noblesse (comme c'est l'ordinaire), fait 
ferme pour son Boy, sans avoir esgard a autre 
chose qu'a la manutention de I'estat de la cou- 
ronne ; le clerge, interest en la cause de la re- 
ligion, ftrvorise ce changement et secrettement 
affectionne le parti de ceux de Lorraine, qui 
est la ligue,. voire contre le Roy raesme et son 
estat, au cas qu'il y aille du leur. Le peuple, 
qui de soi-mesme n'a mouvement que celui que 
le vent des grands lui fait prendre , s'esmeust 
ou le premier vent le pousse, et ordinairement 
contre son utilite manifeste. 

Le mercredi 9 Janvier, les obseques et fune- 
raiijes de deffunct Maximilian d'Austriche, 
empereur, beau-pfcre du feu roy Charles IX , 
furent faites en I'eglise de Paris , avec grande 
magnificence et ceremonies en tels cas accous- 
mees. Fr&re Henri Godefroi, Parisien, religieus 
de Saint-Denis , docteur en theologie , fist et 
pronon^a I'oraison funebre, telle qu'elle est im- 
primee. 

[Le samedi 12 Janvier, on recommenca a Pa- 
ris la garde des portes par commandement du 

Roy.] 

Le dimanche 1 3 Janvier, [le bruit de la guerre, 
la debordee licence des armees et le peu ou point 
de militaires discipline et de justice que lors y 
avoit en France, donnerent la hardiesse a] un 
soldat de tuer, sur les degres du ehasteau de Blois, 
le Royy estant, un brave capitaine gascon nom- 
ine La Braigne, nepveu du capitaine Puigaillard, 
et encores le moien de se sauver et Evader sans 
punition. 

Le jeudi 17 Janvier fut faite a Blois la seconde 
seance des Estats, etomt le Roy les propositions 
et harangues, c'est & scavoir de messire Louis 
Depinac, archevesque de Lion, depute du clerge 
de France, du baron de Senesce (l), depute de 
la noblesse, et de maistre Pierre Versoris (2), 
advocat au parlement de Paris, depute du tiers- 
estat. Les deux premiers dirent bien et au con- 
tentement de chacun. Versoris fut long et en- 
nuieus, [et pour le dire en un mot, ne dit rien 
qui vaille et mescontenta grands et petits, com- 
bien qu'il fust exerce A bien dire, estant un des 
premiers et mieux nommes avocas plaidans or- 
dinairement au barreau du parlement de Paris.] 
Tous conclurent & ce qu'il pleust au Roy ne per- 
mettre en son roiaume autre exercice de reli- 

ville, commencerent la guerre. lis flrcnt entr'eui tine 
conlre-Ugue dont le prince de Condi dtait lieutenant- 
general, Mas rautorUe* du roi de Navarre. (A. E.) 

(1) Claude de Beauffremont, seigneur et baron de Se- 
netay. (A. E.} 

(2) Versoris harangua si mal que Ton lit sur lui 
II. c. i>. M., T. I. 






gion que celle de la catholique, apostolique et 
rommaine. Le clerge et la noblesse, avec toute 
douceur et moderation, supplierent tres-humb J e- 
ment Sa Majesty qu'il traittast si gracieusement 
ceux de la nouvelle opinion, qu'ils n'eussent 
point d'occasion de recommencer la guerre. Et 
ueantmoins au cas qu'il y falustrentrer, le clerge 
offrist soudoier a ses despens cinq mille Jiom- 
mes de pied et douze cens chevaux. La noblesse 
offrit ses forces et son service en armes. Ver- 
soris, pour le tiers-estat, avec son compagnon 
le president L'Huillier, offrirent le corps et les 
biens, trippes et boiaux jusqu'a la derniere 
goutte du sang et jusqu'a la derniere maille du 
bien, principalcment Versoris, lequel comme 
pensionnaire, principal conseil et factionnaire 
de la maison de Guise, corna la guerre contre 
les huguenos [plus haut et plus ouvertement et 
scandaleusement qu'aucun des deputes des au- 
tres Estats, dont il fust desavoue et blasme, 
principalcment des huguenos, lesquels a leur 
maniere accoustumee, sans respect de prince ni 
seingneur , deschirerent par leurs escrits tous 
ceux qu'ils tenoient pour autheurs et conseillers 
de la guerre, et par consequent de leur malheur, 
aiguisans en ce temps leurs plumes, qui cou- 
poient aussi bien que leurs espies, mais ne fai- 
soient pas du tout de mal. Entre une quantite 
qui furent semes en ce moffi, les suivans sont 
tombes entre mes mains : 

SONNETS GRUELS ET MESDISANTS. 

I. 

Cependant qu'aux Estats L'Huillier et Versoris 

Deviscnt a loisir des malheurs de ta France 

En leur zele ignorant, el que chacun deux pense 

Le reste des Francois aussi gras que Paris, 

Et que nos saints prdlats ne Bonnent a hauls cris. 

Pour bien se reformer que feu, fureur et lances ; 

Que lc prodigue d'O gabelle les finances, 

Et que les bons Francois sont tenus en mespris. 

Nous yoions cesl estat lumber en precipice. 

Sans ordre, sans moien, sans foy, loy, ne justice : 

Nous faisons par nos mains el par ces beaux ministrcs, 

Ce que n'ont peu Anglois, ni Hespagnols ne reistres, 

Ou le Roy sans subjets ou les subjels sans Roy. 

II. 

Le serviteur monte en I'estat du mattrc, 

Le villain prend du noble I'arroganre, 

Lc noble, bas de race et de puissance, 

Tasche au haut reng du grand seingneur se metire ; 

Le grand seingneur autant se veult promettre, 

Comme lc Roy, cherchant Toblissance, 

les quatre vers suivans, qui coururent dans les Elats : 

On dil que Versoris 

Plaldebien a Paris; 

Mais quand il parle en cour, 

II demcure tout court. (A. E.) 

G 



82 



BEGISTBE-JOUBNAL DE HENRI III 



Egale a lui, et le Roy l'excellence, 
Ause des Dleai souverains se promettre ; 
Le serf commande et la femme consellle, 
Le Tlllain chassc et le noble est dore\ 
Le grand seingneur au hault roy s'appareille, 
Le hault roy est des Estats adore*. 
Puisqu'alnsi est, temps est que Dleu s'esveille 
Et tienne ses Estats pour se voir honors. 

III. 

Miserable est la France et sa condition, 
Mlserables sont ceux que son giron enserre 
Par l'aspect furleux d'une cruelle guerre, 
Sans y voir nul espoir de composition. 
Pour y voir un conseil d'estrange nation, 
Qui fait courir fortune en commune desserre, 
Lequel aime trop mieux voir le reste par terre. 
Que pour le blen publiq faire aucune action. 
Le pis est que j'y voy beaucoup de gens de bien 
Qui connoissent ce mal, mats ils n'y peuvent rlen, 
Et ne lalssent pourtant d'estre communs en perte. 
Si le peuple francols avoit un. peu de cceur, 
De luy destourneroit par armes ce malheur. 
Gar leur grand tirannie est toute dlcouverte. 

Le lundi 21 Janvier, monsieur de Montpen- 
sier partist de la coor, par commandement du 
Roy, pour aller trouver le roi de Navarre et le 
prince de Cond6, qui estant fraischement sorti 
de La Rochelle, de laquelle ils s'estoient fait 
bourgeois, courroient lepaysde Poictou, et y fai- 
soient la guerre a bon escient. Le jour de devant, 
qui estoit le dimanche 20, Miranbeau, gentil- 
homme huguenot, ie retira de la cour et laissa 
son adieu par escrit, crainte de pis. Bruit estoit 
& la cour que monsieur de Montpensier alloit 
en partie vers le roi de Navarre, pour lui parler 
(c'est-a-dire l'endormlr slonpouvoit) du manage 
de sa seur avec monsieur le due, frere du 

Boy. 

Le mardi 22 Janvier, fust attacche* & Paris, 
eontre les portes de i'Hostel-de-Ville , 1'escrit 
suivant imprime en fort petites lettres : 

Plaxcabd db Pabis. 

« Messieurs, e'est chose certaine, que le pau- 
» vre peuple aime mieux un jour de paix que 
» dix ans de guerre. Si la guerre s'allume da- 
» vantage, la justice et la police seront renver- 
» sees, le commerce et le labourage cesseront ; 
» raais il y a des gens qui ne peuvent et ne sca- 
» vent vivre qu'en trouble et division. La Royne 
» a tant travaille pour nous accorder ; elle a tant 
» fait d'allees et de venues, s'il lui plaist il fera 
» valoir son action : nous Ten prions tous, si 

• mieux n'aimons que les estrangers nous accor- 
» dent a nos despens. 

» La paix affermit un estat, la guerre estran- 

• gere l'esbranle, la civile le mine du tout; e'est 
» trop fait des fous. Bienheureuxcelui, cedit-on, 
> qui devient sage aux despens d'autrui. Nous 



» le devrions estre aux nostres. Nous avons le 
» navire par derive; si la guerre se renouvelle, 
» nous sommes plus pres du naufrage qu'il ne 
» semble. 

» A Blois, le Tiers-Estats'est excusldes fraisde 
» la guerre sur son impuissance et sur l'impog- 
» sibilite. II a supplie le Roy de le maintenir en 
» paix, sans laquelle telle assemblee seroit in- 
» fructueuse, comme le Roi mesme l*a reconneu 
» par sa harangue et proposition. Ne faisons id 
» une action contraire qui soit pour attirer sur 
» nous un juste desdain et haine universelle. Ne 
» nous desmentons point, mais pensons a bon es» 
» cient quel gouffre e'est que la guerre. Que 
» quand on tirera d'ici les trois cent mil francs 
» et d'ailleurs deux millions, ce qui ne se pourra 
» faire sans danger de sousleveraent, a peine has- 
» teront-ils, ainsi que les finances sont aujhour- 
» dui mesnagees, pour battre une place ou deux. 
» Je ne veuxmettreen compte ce qu'on doit aux 
» estrangers, mais bien dirai-je qu'il n'est exp^- 
» dient d'accroistre telles obligations, qui mon- 
» tent desja si haut. Et ne scai si les estrangers, 
» par le renouvellement de nos troubles, voians< 
» le peu de moiens qu'on auroit de leur satis- 
» faire, se saisiroient point d'une des parties du 
» roiaume, comme Caesar dit qu'il en advinst aux 
» Sequanois. 

» Au reste, ce n'est aujhourdui de Paris ce 
» qu'on crie ; les bourses y sont espuisles, on ne 
» recoit rien des champs, les gages des officiers 
» sont arrestees, les rentes de cfons mal paiees, 
» en danger de ne 1'estre plus si la guerre conti- 
» nue. Ghacun s'endebte, et mesme y aplusieurs 
» si avant enfondres des debtes des ann&s pas- 
» s^es, que je ne scai si jamais ils s'en pour* 
» ront tirer. Toutes choses encherissent et sont 
» desja si cheres, qu'a peine pouvons-nous nour- 
» rir nos femmes et nos enfans. Pour dix qui 
» vivent grassement ici, il y en a dix roil qui 
» ont disette, et moi le premier; et toutefoison 
» nous dit : Donnes ou prestes (car e'est tout un) 
» trois cens mil francs. Quelle somme en ce 
» temps ! C est chose impossible. G'est bien loin k 
» de nous rendre ce qu'avons preste et nous 
» paier ce qu'on doibt, dont nous avons si grand 
» besoin. Mais quoi ! on nous paiera de la res- 
» ponseordiuaire, euhaussantlesespaules: C'est 
» la guerre, laquelle ne commendroit pas mal a 
» ceux qui Tout demandee et qui la demandent; 
» mais aux autres il me semble que telle res- 
» ponse est de volleurs et pippeurs. 

» Que si le Roy a tant donne par le pass6 qu'il 
» faut aujhourdui qu'on lui en donne, qu'il s'a- 

* dresse a>ceux qui ont son argent et qui ont si 

• bien mousche ses finances; qu'il repete eequi 



BOY OB FRANCE ET DE POLONGNE. [1577J 



8$ 



ir importunity on raal ou trop donne. 
Bra chose nouvelle, car il s'est fait au- 
m moindre n^cessite, et ceste proposi- 
bien digne des Estats, car elle reussit 
et soulageraent de tout le peuple, et 
mesme y a un notable interest, 
ne, Messieurs? mesurons les moiens de 
de nos concitoiens, aions esgard au 
et si nous airaons le salut de nostre 
la conservation de nostre bonne ville, 
affectons la paix et le repos, qui est 
ien de nostre vie, gardons-nous de ral- 
3 feu qui nous bruslera soubs quelque 
£texte que ce soit, comme de la reli- 
ii nous est aise de maintenir sans ren- 
ame on nous veult faire accroire) k la 
unissons-nous seulement comme bons 
>is et concitoiens catholiques, assem- 
yus et nous raettons en devoir d'es- 
et estouffer toute semence de division 
Edition. » 

fin de ce mois de Janvier, on fist re- 
es osuriers k Paris, suivant les edits 
ssions du Roy, qui d£16gua certain 
e pr&idens et conseillers de la cour, 

5 et parfaire leur proems; et furent 
ndes et confiscations donn£es aux sein- 
Gnise et de Lanssac, lesquels en firent 
ente et continuelle poursuite. Un nom- 
enivais, jadis commfssaire de Ghastelet 
effier des g&ieraux de la justice des 
ons de la cour de parlement et du bail* 
feaux, fust le premier recherche et em- 
)our ce fait. La cause de lui faire faire 

6 fat qu'il estoit venu de bas lieu, te- 
tmoins pour cinquante mil francs d'of- 
tfoit estime riche de deux ou trois cens 
i, avoit fait peu ou point d'amis et 
Jours este fort super be.] 

me temps, Aimar, president de Bor- 
Bodin, advocat de Laon, deputes pour 
Sstat de leurs villes et provinces , aux 
s particulieres du Tiers-Estat, parle- 
iment et pertinemment pour Tentreto 
la paix, contre Versoris etses adherens, 
a. Le vendredi premier febvrier, les 
rs et dixeniers de la ville de Paris al- 

ophe De Thou, alors premier president, avait 
wd de signer la formule de I'union, mats 
prit que le Rol l'avait signed lul-meme, el 
l de La Bniyerc, lieutenant particulier, dtait 
I lui presenter de sa part, il prit une plume, 
imp. avec sa presence d'esprit ordinaire , il 
[0*11 trouvait a reprendre dans cette nouvelle 
et les conditions auxquelles il y en trait- 

m tfHaroieres, lieutenant-glnlral en Picar- 



loient par les maisons des bourgeois porter la 
ligue et faire signer les articles d'icelle. Mon- 
sieur le premier president de Thou (1) la signa 
avec restriction et modification, comme aussi 
firent qiielques autres pr&idens et conseillers. 
Les autres la rejett&rent tout k plat [et la refti- 
serent, la pluspart du peuple aussi, et la meil* 
leure ne la voulust signer,] non plus qu'es villes 
de Picardie et de Champagne, [ou ils ne la vou- 
lurent recevoir, congnoissans bien que tout cela 
ne tendoit qu'& tyrannizer et espuiser 1'argent 
des bourses, et que la cause pour laquelle le 

Roy, qui n'ignoroit le fonds de la menee, y i 

pensant en tirer de 1'argent et se fondant sur le 
peu de moien qu'avoit lors la maison de Lor- 
raine de remuer et lui aussi, asses mal k propos 
toutefois comme il a para du depuis, un roy ne 
devant jamais endurer autre parti que le sien 
en son roiaume, pource que e'est le plus beau 
parti du monde que d'estre roy. 

Le lundi 4 C febvrier, arriverent les nouvelles 
k Paris de la ville de Lou dun, prise et pillee 
par les trouppes du prince de Cond6, et de plu- 
sieurs autres places surprises par les huguenos 
en Lionnois, Auvergne et Poietou.] 

Le vendredi 15 febvrier, te seingneur deHu* 
mitres (2), accompagne de deux ou trois cens 
chevaux et d'un bon nombre de^entilshommes 
picards, partizans de. la ligue, entr&rent en la 
ville d' Amiens, en intention de forcer les habi- 
tans k condescendre k signer la ligue. Mais 
voians le peuple mutine et arm6 pour repousser 
la force par la force, ils se retir&rent aveq leur 
courte honte sans rien faire. Et depuis, les de- 
putes d' Amiens envoies vers le Roy k Blois, 
[ouls en leurs remonstrances], rapporterent 
exemption de jurer et signer la Sainte-Liguc 
raoiennant la somme de six mil livres, qu'ils 
promirent paier au Roy, [lequel en ce faisant 
leur accorda ce qu'ils voulurent], car Sa Ma- 
jest^ ne demandoit que tels et semblables refus 
pour avoir de 1'argent* 

En ce mois la compagnie des comediens ita- 
liens surnomrnes / Gelosi, que le Roy avoit fait 
venir de Venise expr£s pour se donner du passe- 
temps, et desquels il avoit paie la ransson, aians 
este pris et dualizes par les huguenos environ 

die, gouveraenr de Plronne* de Montdldier et de Royc. 
L'envie d'etre le chef d'un parti rarait determine* a se- 
conder tous les desseins du due de Guise. Le rtlabllsse- 
ment du prince de Conde* dans le gourernement de Pi- 
cardie, et le don que la cour lui arait fait de la ville de 
Pfronne pour sa surety particullere et pour sa demeure, 
le confirmerent dans cette resolution, ne voyant pas 
d'autres moyens pour se conserver dans Plronne que 
de prendre parti contre leRoi. (A. E.) 



0. 



81 



M GISTflE-JOURNAL DE HENRI lit, 



lcs festes de Noel precedent, commencercnt a 
jouer leurs comoedies dans la salle dcs Estats a 
Blois, et leur permist leRoy de prendre deraites- 
ton de tous eeux qui les voudroient voir jouer. 
[Sur lequel subject, et le lieu oil le Roy les 
faisoit jouer, furent divulgues a la cour les vers 
suivants : 

DE COMITIIS BLESAMS. 

Henricus populum Blesiis Rex convocat. We 

Ex oris mimos evocat Italicis, 
Mensibus alter nis, two tamen Me theatro, 

Orat mox populus, post modo mimus agit, 
Si non exorat populus quid dicitur. Acta est 
Gallica nunc Blesis fabula ab italicis.] 

Le vendredi 22 febvrier,rartilleriepartistde 
Paris pour aller au si£ge de La Charite (l), oil 
monsieur le due devoit marcher en personne 
pour la battre et prendre : de quoi advertis, les 
huguenos [se resolvent d'y tenir bon et se bien 
deffendre;] et faisans, comme Ton dit, bonne 
mine en raauvais jeu , se moquoient de ceux qui 
les alloient assieger [tellement qu'ils publierent 
les vers suivauts , rencontrans sur ce nom de 
Charite : 

Oil alieVvous , hllas ! picoreux insensls, 
Gherchans de Charite* la proie et la ruine. 
Qui soubs umbre de foy abbattre la pensto : 
Eir ne reposa oncq dedans rostre poictrine : 
En vain vous eimSlotes le blocus et la mine, 
Le canon ne peult rien contrc la ve>ite\ 
Pluslot vous destruira la peste et la famine , 
Car jamais sans la foy n'aurls la Charite*. 

Le dimanche 24 febvrier, jour saint Matthias, 
le Roy receut advis que les huguenos avoient 
fait une contre-ligue en laquclle estoient entres 
le roy de Suede et deDannemark, les Alemans, 
[les Suisses protestants] et la roine d'Angleterre, 
ce qui refroidistbeaucoup de gens d'entrer en la- 
dite ligue et de la signer. Gependaut le Roy fai- 
soit tournois, jouxtes et ballets et force mas- 
quarades, oil il se trouvoit erdinairement habille 
en femme, ouvroit son pourpoint et descouvroit 
sa gorge, y portant un collier de peries et trois 
collets de toile, deux k fraize etunren verse, ainsi 
que lorsportoient les dames deia cour ; et estoit 
bruit que , sans le deces de messire Nicolas de 
Lorraine , comte de Vaudemont, son beau-p&re, 
peu auparavant advenu , il eust despendu au 
carneval , en jeux et mascarades , cent ou deux 
cens mil francs, [tant estoit le luxe enracin^ au 
eoeur de ce prince. ] 

(1) Le siege de la Charite* avail Hi propose* ct rtsolu 
aux Etatsde Blois. (A. E.) 

(2) L'Huiller. seigneur de Saint-Mesmin, e*lu pre>6t 
des marchands de Paris en 1570. L'autcur appelle l'avo- 



Sur la fin de ce mois , les deputes des Estate 
furent licenties par le Roy, qui retinst leurs ca- 
hiers pour y respondre par escrit, par 1'advisde 
son conseil. II eschappa lors au president 
Saint-Mesmin , (2), compagnon de Versoris, de 
dire tout hault en plaine salle des Estats : « Qu'ils 
» seroient bien fesses fcleur retour k Paris. - 
A quoi ungmeschant Norman t qui estoit la res- 
pondit tout hault : « Qu'ils n'en auroient gue- 
» res , car ils feroient beau cul. » [ Le dit Saint- 
Mesmin et Versoris avoient pour adjoint avec 
euxungnorrime Prevost, des quatre notairesde 
la cour , honneste homme et docte , mais de 
mesme taille et corpulance qu'eux : dont par 
quolibet ils furent surnommes les trois bedons. 

En ce temps furent trouves en la porte de la 
salle du conseil des vers adressans au Rov, 
assez grossiers mais veritables (3) . 

Mars. Le vendredi premier jour de mars, 
le Roy, estant a Blois, assembla jusques au 
nombre de 23 hommes de son prive conseil, avec 
la Roine samere, pour leurfaire entendre ceque 
monsieur le due de Montpensier avoit rapporte 
revenant de Guienne , e'est k sfavoir que les 
pauvres gens des champs a centaines se venoient 
par les chemins prosterner et jetter k genow 
devant lui, le supplians tr^s humblement , si le 
Roy vouloit continues la guerre, qu'il loi 
pleust leur faire couper la gorge, sans tant la 
faire languir , et fut par les dix-neuf conclod a 
Tentretenement ou renouvellement d'un edit de 
pacification retranche. A quoi le Roy prestafort 
Toreille, et la Roine fist lors semblant d> 
vouloir entendre. L'ambassadeur do doc Kan- 
mir y estoit, qui demandoit trois millions, qui 
estoient deus a son maistre, ce qui y frappa nj 
grand coup, et fut cause que monsieur de Bira 
fust depesch£ deLeursMajestespardeverslem 
de Navarre et les autres, pour parler d'accord. 

Au commencement de ce mois, on ne parioit 
quasi plus a Paris de signer la ligue , chacun a 
estant desgouste, les uns en mesdisans ooverte- 
raent, et les autres s'en moquans : ceque voiatt 
le Roy et la Roine, tournerent leur phantaisie i 
tirer argent du peuple par autre moien. Sur quoi 
fut fait le huittain suivant, qui courut partout, 
duquel on faisoit aucteur N. Rappin. 

Un compagnon qui devoit de l'argeni 
Fut adjourne* pour acquitter sa debte : 
Je snis ligue*, ce dist-il au sergent; 
De rien paier de la ligue est le teite. 



cat Versoris son compagnon, parte qu'ili ^talcat 
les deux creatures de la maison de Guise. 

(3) On les trouvc dans le RegUtre-JournaJ de 
tolle au nombre de quatro-vingt-deui, qui ne 
pas paru assez remarquables pour Hn publics. 



BOY DE FRANCE ET DB rOLO.\G>E. [to77] 



85 



It one bonne recepte 
re Roy, respondit I'officler : 
;lUnt de la ligue ainsi faitte, 
[uitle aussi sans rien payer. 



N. R. 



it aussi, en cc temps, un gentil dis- 
nle : Readvis, el abjuration d'un gen- 
qui a signe la ligue , et se fist voir 
» escrit a la main , puis fust imprime, 
en estoit bien digne, car il descouvroit 
t I'artifice, imposture et vanite de ia 

■di 12 mars, se fist assamblee en l'Hos- 
le a Paris, pour adviser quelle response 
au Roy , demandant trois cens mil 
Paris , en don gratuit. 
mois , le Roy fist par ses lettres pa- 
our ce decern&s, injonction et mande- 
; villes de son roiaume de lui fournir la 
e douze cens mil livres, pour faire les 
a guerre k laquelle avoit este eonclud 
Mats; et neantmoins fist, le vendrcdi 
, publier k son de trompe , a Paris, qu'il 
response aux cahiers et articles des 
ts, jusques k ce que les troubles fussent 
i et les guerres appaisees, qui estoient 
ttes Unites contraires. 
* Le lundi premier d'avril , le mares- 
looey arriva k Paris , et le 3 e y arriva 
mere pour tirer quelque argent des 
j, et le samedi 7, en partist eroportant 
; cent mil livres, qu'elle prinst k interest 
steGondi et autres partizans italiens. 
>% 16% I7 e et 18* jours d'avril , on s'a*- 
sn THostel-de-Ville de Paris , pour re- 
;e don gratuit de trois cens mil livres re- 
ie Boy et la Roine sa mfcre ; ou apres les 
ranees de pkisieurs braves conseillers de 
et autres bon^ bourgeois assistans, qui 
it d*avis d'accorder aucune sorame de 
au Hoy , attendu la calamite du temps et 
e moien que le peuple de Paris, apauvri 
guerres et par les emprunts et imposts 
ats, avoit d'y pouvoir fournir, par les 
du prevost des marchans et eschevins 
n disoit avoir part k la questc), fust con- 
la compagnie n'avoit pas este legitimfe- 
isemblee , et qu'on la rassembleroit de 
Comme de fait , on fist nouvelles as- 
s les 26' et 27 e jours d'avril, et encores 
; 3" jour de may, ou fut resolu a la plu- 
» voix qu'on aideroit le Roy de cent mil 
qui seroient levees sur les bourgeois a 
(au double, triple, quadruple ou scx- 
le ce que chacun d'eux avoit accoustume 
1 tousles ans pour la nouvellc fortifica- 



tion, dont le Roy se con tenia , et peu apres de- 
cerna ses lettres patentes pour faire la levee des 
dits cent mir livres de ceste fa^on. 

Le samedi 20 avril , Monsieur , fr&re du Roy, 
partit de Gian-sur-Loire pour aller a Poilly, et 
faire les approches de la ville de La Charite, oc- 
cuple par les huguenos , qu'il avoit resolu d'as- 
sieger. Ausquelles approches, d'un coup de mos- 
quet fut tue le comte de Martinengo , ancien ca- 
pitaine Bessan , le plus scelerat homme qui fut 
onques. Brichanteau, son lieutenant, qui no 
valoit pas mieux que son capitaine, mourust 
incontinent apr&s; et depuis, le capitaine Quar- 
tier, aussi homme de bien que les deux autres , 
fust tu£ passant la riviere de Loire. Ainsi en uni; 
mesme temps la France fust deschargee de trois 
meschans garnemens. 

Le raardi 23 avril , a trois heures apr&s midi, 
mourust Danfcs, evesque de Lavaurs, lecteur du 
Roy , en reputation d'un bon , sage et docte pre- 
lat, et en fust fait a Paris, ou il mourust, fort 
grand deuil; car Dieu lui fist la grace, que 
comroe il avoit bien vescu , de bien mourir en 
lui , et fist une fort belle et chrestienne fin , et 
Ton divulga des 6pitaphes a sa m£moire. 

Lejeudi 25 avril, Monsieur aiant fait som- 
mer la ville de La Gharite, commenfa a la battro 
et fist tirer quelques coups de canon contre es 
clochers de la ville ; puis apres avoir force le ra- 
velin, qui estoit au bout du pont, et rompu quei- 
ques arches d'icelui, les 27, 28 et 29 dudit 
mois, continua de battre ladite viile avec douze 
canons; et apr&s avoir fait bresche grande et rai- 
sonnable], le dcuxiesme may, lui fut rendue (I) 
par composition, telle que portent les articles. 
Nonobstant laquelle fut la ville pour la pluspart 
pillee et plusieurs des habitans tu^s, ne pouvant 
Monsieur , ni les autres seingneurs estans avec 
lui , retenir les soldats animus au sang et au bu- 
tin. Et fut Monsieur contraint de laisser cent 
harquebuziers pour la garde et defense de la 
maison et famille du seingneur des Landes , qui 
y commandoit [pendant le siege : lequel y Jais- 
sant sa femme se retira en sa maison du sauvage , 
avec lesgentilshommes desa compagnie etfaction. 

May. Au commencement de ce mois de 
may, Bussy d'Amboise (auquel Monsieur avoit 
bailie la ville d'Angers en garde) pilla les pays 
d'Anjou et du Maine , mesme les fauxlxmrgs du 
Mans , et avec quatre mil arquebuziers qui se f\- 
rent tous riches de butin, saccagea plus de viugt- 
cinq lieus de pays. Ge qu'aiant entendu le Rov , 
envoia par devers lui a Angers k*s seingneurs 

(1) Fut rendue. Cette ville ne se rcndll qu'apres nne 
\igoureuse defense. (A. E.) 



86 



BEG ISTRE-JOIJ ANAL DE HENfil III 



evesque de Mendes et de Yiileroy , avec les- 
quels 11 vinst effront6ment trouver Sa Majesty k 
Tours, et se s^ait si bien excuser deceste hosti- 
lity publique et tlrannlque executee sur ses sub- 
jets , tesmoingnee et averee par uue infinite de 
personnes, qu'il est retenu de Sa Majeste comme 
Tun de ses plus fid&les serviteurs, et continue en 
ses charges et pensions, dont tout le peuple 
raurmura fort. ] 

Le mercredi 15 may , le Roy , au Plessis-1&- 
Tours, fist un festin k M. le Due son frere et 
aux seingneurs et capitaines qui I'avoient ac- 
compagne au siege et prise de La Charite, au- 
quel les dames vestues de verd en habits d'hom- 
mes , firent le service et y furent tous les assis- 
tans vestus de verd , et k cest effaitffut leve a 
Paris et ailleurs pour soixantemil francs de draps 
de soie verte. La Roine m&re (1st apres son ban- 
quet k Chenonceau, qui lui revenoit (k ce qu'on 
disolt) k pres de cent mil francs, qu'on leva 
comme par forme d'eroprunt sur les plus ais& 
serviteurs du Roy, et mesme de quelques Ita- 
liens, qui s'en seurent bien rembourser au dou- 
ble. En ce beau banquet, les dames les plus belles 
et honnestes de la cour , estant a moictte nues et 
aiant leurs cheveux espars comme espouses, 
furent emploi&s&foire le service. (1) * Les fiiles 
de Reims estoient vdtues de damas de deux cou- 
leurs; madame la marquise de Guercbeville en 
etoit une et s'appeloit lajeune. Ce festin se fit k 
J'entrta de la porte du jardin , au commence- 
ment de la grande allee , au bord d'une fon- 
taine qui sortoit d'un rocher par clivers tuyaux. 
Madame la marechale de Retz 6toit grande mai- 
tresse; madame de Sauve, qui depuis Ait la 
marquise de Nermou slier, &oit Tune des mat- 
tresses d'hotel , et tout y &oit en bel ordre. 

Le dimanche 19 may, les comoedians italiens, 
surnommes / Gelosi, oommencerent k jouer 
leurs comoedies italiennes en la salle de I'hostel 
de Bourbon , k Paris. lis prenoient de salaire 
quatre sols par teste de tous les Francois qui les 
vouloient aller voir jouer, ou il y avoit tel con- 
cours et affluence de peuple , que les quatre 
meilleurs predicateurs de Paris n'en avoient pas 
trestous ensemble autant quand ils preschoient. 

[ En ce temps , ijressire Henri de Monmoran- 
cy, mareschal de France, seingneur d'Amville, 
tourna sa robbe, et se joingnant pour le service 
du Roy avec monsieur de Joieuse, donna le 
gast au pays die Languedoc , aux environs des 

(1) La fin de eel alinea n'existe pas dans le manuscrit 
autographe de Lestoile. 
* (2) Hubert, autrement Jacques de Clermont d'Am- 
Voise, frere de Bussy <T Amboise. le cardinal 6. d'Au- 



villes rebel les , en la faveur du Roy; dent les 
communes du pays tout estonn&s se mutine- 
rent : Monsieur de M6rus, son frere , se sauva 
a La Rochelle avec le prince de Conde , et le 
seingneur de Thore avec monsieur de Chastil- 
lon , son cousin , k Montpellier. 

En ce mesme temps, le comte de Genevois, 
pretendu ills du due de Nemours et de madaraoi- 
selle de Rohan , fust pris prisonnier avec le 
seingneur de Badouville , flls de la comtesse des 
Vertus, et quelques autres gentilshommes hu- 
guenos , par le due du Maine , qui les envoia 
prisonniers en la ville d*Angoulesme, ou ils coo- 
rurent grande fortune de leur vie , nommement 
le comte de Genevois, pour par sa mort&aindre 
la vieille querelle de 1'aisnesse des enfans do 
due de Nemours; mais le Roy l'engarda,et 
depescha en diligence pour cest effaict homme 
expres par devers le due du Maine. 

En ce mesme temps , Marie et ses corapa- 
gnons voleurs se retir&rent d'Ambert , petite 
ville distant de six lieus dTssoire, k Maruesoub, 
et cependant laisserent dans Ambert une bonne 
trouppe de soldats resolus , qui firent une hoote 
a Saint- Vidal, et quelques trouppes Lionnoises, 
qui , de la part du Roy , asstfgerent et attaque* 
rent ceste bicoque. ] 

Le mardi 28 may, Monsieur aiant assieg* la 
ville dTssoire, commen<ja k la battre ftirieuse- 
ment ; laquelle en parlementantfut prise comme 
d'assault , le mercredi 1 2 juing. Les soldats de 
1'armee de Monsieur [ se souvenans de la com- 
position de La Charit6 faite k leur d^sa vantage, 
et de tant de gentilshommes et braves capitai- 
nes tues aux approches et assaults de ces deux 
villes,]ne purent estre retenusni empeschesqulb 
ne pillassent et bruslassent la ville, Toire et 
tuassent inhumainement tout ce qui se troova 
devant eux sans discretion. [Et fut Monsieur et 
les seingneurs de sa compagnie ass& empescM 
Asauver 1'honneur des femmes et des fiiles.] Le 
seingneur de Russy le jeune (2), avec le lieute- 
nant du capitaine Saint-Luc et plusieurs autics 
gentilshommes furent tues aux assaults et appro- 
ches , et le seingneur d'Allegre (3), qui en avoft 
este quitte pour une harquebuzade en la cuisse, 
tost apres fust tu£ de nuit en son chasteau <FAh 
Idgre k l'occasion d'une damedu pays, A laquelle 
il faisoit 1'amour. 

Le Roy aiant heu k Chenonceau les nouveUei 
de la prise dTssoire [ et de quelques antra 

busson lui sobstitua ses Mens, amies et blasoa aprbtf 
mort, arrivee en- 1550. (A. E.) 

(3) Yves, baron d'Alegre. II ne buy** le coafeaA 
avec son neveu, qui se nommoit Igaleftfent d'^tfefre,* 
qui tqa Guillaume Du Prat, baron de Vtteaux. (A. EJ 



I 



BOY DB FRANCE BT DB POLONGNE. [1577] 



87 



villes, la reduction k son parti du mareschal 
d'Ampville et toutes bonnes nouvelles,] I'ap- 
pelle le chasteau dc Bonnes Nouvelles. Au con- 
traire, [le Roy de Navarre , prince de Condi et 
leurs partizans , trouvans bien dur et estrange 
le traictement qu'on faisoit a ceux de leur reli- 
gion , et le peu de fidelite qu'on leur gardoit , 
et aussi que leurs affaires alloient tflpt a rebours], 
apelent cest an, l'annee des mauvaises nou- 
velles. 

En ce temps le Roy partist deChenonceau, et 
passant par Tours , par Bourgueil et par Cham- 
pigni , arriva a Chastelleraud sur la fin de juin, 
et de \k passa k Poictiers, ou il fit sejour. 

Juin. Le samedi 15 juing, les monnoies fu- 
rent describes par lettres patentes du Roy, mo- 
difiers et corrigees par quelques arrests et or- 
donnances de la cour de parlement , sur ce par 
di verses fois assemblee. Ce descri apporta 
grande incommodite au pauvre peuple de France, 
parceque par toutes les villes du roiaume ne se 
poavoient voir ne recouvrer ne douzains ne ca- 
rohis ny autre raenue monnoie, qui toute avoit 
estl transporter hors du roiaume pour Teschan- 
ger a Tor, estant k haut pris en France, comme 
l'escu soleil k trois livres douze sols six deniers ; 
le double ducats deux testes, a dix livres; les 
ducas doubles de Portugal, dits S. Estienne au 
millerais, k neuf livres cinq sols; le noble 
rose, aonze livres ; I'imp&iale de Flandres d'or 
double, k six livres ' f les reales d'Espagne dar- 
gent simples, k six et sept sols ; les philippus 
d'argent, k trois livres ; le teston de France , k 
vingt et vingt-deux sols ; les ducas dis de Po- 
longne, dont couroit lors un nombre effrene par 
tout le roiaume de France , et que mesme on 
disoft estre forges en France, a quatre livres 
quinze sols, qui n'estoient toutesfois que d'or 
d'escu et ne pesoient que deux grains plus que 
1'escu soleil. Et neantmoins n'y donnoient ne le 
Roy, ne la cour, ne les geueraux des monnoies, 
ni tous les autres officiers du Roy aucun ordre 
ni remede, ains vivoit le peuple a sa discretion 
poor ee regard. Aussi ne furent les dites ordon- 
nances observers ne gardees, et se metfeoient 
publiquement au premier jour d'aoust 1'escu 
soleil, k la boucherie et partout ailleurs, en 
marchandise k trois livres quinze sols piece et 
les autres especes k l'equipolent. 

[ En ce temps le clergl de France, pour les 

(1) Leslolle a rapports ce mime gvlnement sous la 
date dnhmdiZtjuiUet, dans son recueil de curlosltls, 
d. II. page 382, et en ces termes: «Ce president dec6da 
en m maison de Paris, le IwuH 21 juillet 1577, a la m£- 
moire duqfljjl fust basti le tombeau sus escrit (il occnpe 
let feuilfcU 970 a 381, et on le trouve ogaleroent dans le 



dioceses affliges , demanda "delay de deux ans 
pour paier les arre>ages deus a l'hostel de la 
ville de Paris pour le paiement des rentes cons- 
titutes , ce qui lui fust tout a plat desnie. ] * 

Le mercredi 26 juing , la cour assemblee en 
mercuriale fist faire defense aux Gelosi comoe- 
dians Italiens de plus jouer leurs comoedies, 
[pour ce qu'en ladite assemblee, aucun^conseil- 
lers de ladite cour, mesme des plus jeunes,] re* 
monstrerent que toutes ces comoedies n'ensein- 
guoient que paillardises [et adulteres, et ne ser- 
voient que escole de desbauche a la jeunesse 
de tout sexe de la ville de Paris. Et a la verit6, 
le desbord y estoit asses grand sans tels pr6cep» 
teurs , principalement entre les dames et da* 
moiselles, lesquelles sembloient avoir appris la 
maniere des soldats de ce temps, qui font parade 
de monstrer leurs poictrinals dores et reluisans 
quand ils vont faire leurs monstres , car tout 
de mesme, el les faisoient monstres de leurs seins, 
et poictrines ouvertes et autres parties pectora* 
les, qui ont un perpetuel mouvement, que ces 
bonnes dames faisoient aller par compas ou me- 
sure comme un orloge , ou pour mieux dire , 
comme les soufflets des mareschaux, lesquels 
allument le feu poor servir a leur forge. 

Juillet. Le jeudi 4 juillet, le Roy, par un 
edict public ce jour et enregistre en la cour de 
parlement, erigea tous les hostellers et cabare- 
tiers de son roiaume en estat et offices forme's , 
esperant de ceste Erection toucher une grande 
somme de deniers. 

Le mardi 9 juillet, vinrent nouvelles a Paris 
du jeune seingneur de Palaiseau surpris par 
les hugenos de Saint-Jean-d*Angeli en un vil- 
lage pres de la, et tu£ avec la plus part de sa dite 
compagnie, qui fut un grand dommage pour ce 
que c'estoit un jeune seingneur de grande esp^- 
rance. Et peu apres , le Roy eut advis qu'en ces 
mesmes quartiers, les Huguenos avoient pris 
deux dc ses mignons, La Guische et Quailus, le- 
quel en fust fort desplaisant et 1'eust este* davan- 
tage, n'eust este lanouvelle qu'il receust inconti- 
nent apres, de la desfaite, pres Pezenas, de tout 
plain de Huguenos, oar le mareschal d'Ampville.] 

Le lundi 22* jour de juillet, messire Pierre 
Hennequin , quart president de la grand chanv 
bre au parlement, dec&la (1) [en sa maison de 
ceste ville, attenu£ d'une longue maladie, en un 
grand trouble et inquietude d'esnrit, comme il 



Reglstre-Journal de Henri III) par les huguenos 
bons amis, n*estant gueres plus at me* des bons catboll- 
ques, pour estre nomine turbulent et des pernlcieux 
fauteurs et faclionBaires de la ligue, con (re leRoy et soa 
estat. 



sfl 



BEGISTHE lOUltNiL DK HINBI lit, 



ndvientottlmalremeataceux qui comme cestui* 
ci jouisscnt enpaix des grands biens el honnems. 
de ce monde, et a'y cooflent , ausquels la mort 
ordinairement (scion le dire du sage) est tres- 
nmere. Ce president fut homme d'esprit et de 
menee, grandement riche, mais avaricieux et 
ambitieus outre mesurc, accort, dcsguise et un 
tin renard (comme on dlt eomraunemcnt), du- 
quel il portoit la vrate trongne; au reste, grand 
catholkjue, mais turbulent et factieus], crea- 
ture de messieurs de Guise et ung des prlncipaux 
pilliers et conducteurs de leur ligue, [estant par- 
venu a cest estat par leur moien et par de 1'ar- 
gent], alant preste a cest effect au roy Char- 
les IX, l'an 1568, soixante mil francs, [dont il 
trouva moien depuis de se faire rembourser, 
n'aiant aucune doctrine mi vertu en lui, qui le 
pust rendre recommandable] et digue d'une telle 
charge. Qui fust cause qu'au mois de Jan- 
vier 1568, lorsqu'll fast fait sixiesme president 
de la cour, le suivant pasquil fust seme a Paris, 
aflichc par les quarref ours, et divulgue partout: 

Puero regnante (i),fremina imperante (3), 
Marcelto suadente (3), archypirata Senonensi 
suffragante (4), rcpublica collabente, civili dis- 
sentione exardescente, papistica faction? Pa- 
risiis prwpotente, cardinali Sorbonio ad om- 
nia annuente, Lansacco in sacco ponente (5), 
nuri sacra fame cogente (6), sole eclypsim pa- 
ticnte (7), Asinus Quintus (8), prases sextua 
ereatus est. 

[Or comme les huguenos, ses bous amis, 1'eus- 
smt pasquille plaisamment, durant sa vie et 
principalement a sa oouvelle erection et crea- 
tion, ils ne le voulurent non plus oublier a sa 
mort ; et dcsirans le cononizer a leur mode, pu- 
blierent des epitaphes, et entre autres un pour 
estre consacre a sa memoire, lequel ils inscrip- 
rent de ceste facon : 



(t) Pnero regnante : c'eialt le roi Charles IX, qui 
avail a peine dli-neuf ans. (A. E.) 

(2) Famina imperante : Catherine de Midieii, qui 
avail le pouvolr comme rlgente. (V E.) 

(3) Marcelto suadente .- Cbarlei Marcel, qui ful en- 
lulte prfvoi lie* marcbands de la rillc de Pari*. II avail 
conselllea Hecmequln de porter au Bol la somme de 
aolianle milk lines. (A. E.) 

(I) Archypirata Senoncnii txiffragante I Jerome 
Hannequlo, evequs de Solasons. Alnal II faut metire 
Sueitionenti au Den de Senonenri. (A. E.) 

(o) Ltmtacto in lacco ponente :Urba\a tie St.-Ge\aif- 
1. ansae, Ola nature! de Salnl-Gelalj de Laoaac, ardent 
llgueur, ful eveqne dc Commlngrs ; on suppose que ce 
ful lul qui recul celte somme et qui la porta au Roi dans 
untac. (A.E.) 

(fi) Auri intra fame eugenic : La misere du royauiw 



Chevalier, conselllcr du Bol en ton conseil prIM 

Et quart president en aa cour de parlemenl 

A Paris, 

Artua Desire, 1577. 

Lea entre-parleura, le passant et lei etprlla, etc. (9).] 

Par la mort de ce president, fut pourveu de 
son estat messire Guf Du Four, seingneur de 
Pybrac, conseil ler du conseil prive, anquel le 
Roy le donrjffpour recompense de ses services. 

Le samedi 27 juillet les Getosi, comcedians 
d'ltalie (10) , apres avoir present^ a la cour de 
parlemeut les lettres patentes par eux obtenues 
du Boy, aflu qu'il leur fust permis de Jouer leurs 
comcedies, nonobstant les defenses de la cour, 
fureut renvoi es par fin de non-recevoir, et de- 
fenses a eux faites de plus n'obtenlr et presenter 
a ladite cour telles lettres , sur peine de dix mil 
livres parlsis d 'amende , applicable a la boittc 
des pauvres, nonobstant lesquelles defenses au 
commencement deseptembre ensuivant, ils re- 
commencerentajouer leurs comcedies en 1'hostel 
de Bourbon, comme auparavant, par la permis- 
sion et jusslon expresse du Roy, la corruption 
de ce temps estant telle que les farceurs, bouf- 
fons, p . et mlgnons avofent tout le credit. 

En ce mols maistre Michel de La Croix, pa- 
rlsien, abbe de 1'abbaie d'Orhais, pres Chas- 
teauthierri , allant en son abbaie fut epic sur les 
chemins par deux flls d'un feu seingneur Dd 
Brail , son prochaiu voisin , [ et un nommr 
Malherbes, leur beau frere, accompagnes de 
t rente chevaux et quelques soldats de pieds, ] et 
tue [de guet-a-pens et de machinations precogi- 
tee], en one maison d'un village de Verdon, 
[oil fuiant leur fureur, apres les avoir descou- 
verts], il s'estoit retire, [rue, dis-je, et saccage 
en forme d'hostilltc publique , apres ajoir 
rompu et brusle les pontes de la maison ou il 
estoit. II est vrai que les assassins userent en- 
vers lui d'honuestete, telle qu'apres lui avoir 
doune cent coups de dague et de pistole apris 
sa mort, ils Imilierent le corps mort en garde i 

flail alors si grande qu'on falsait argent de loot. (A. E ) 
(i) Sole eclyplim patienle : lea reformer regardaleDt 

Charles IX comme cnpilf, el disaicul des lor* que le to- 

lell de la France clalt ecllpae. {A. E.) 
(81 Atinui QuintuM : Hanne-Qulnt. Sextta prrm 

eat creatut : epoque de la creatlou d'Hennequin a H 

slilcme charge dc president du parlemenl de Park. 

(A. E.) 

(9) Ce dialogue ou tombcau {comme le dealgue Lrs- 
toile) en vera, qui est rapport* dans notre Journal, k 
compose de soitanie«t-douie vera, el II est suivl de deal 
autres dialogues en vers qui se pasaenl entre Jlenneqw* 
it Charon et entre Hennequin, Satan *t Lucifer. Lear 
merlte poellque ne nous a pas pani daajotr le Talre roo- 
prendrc dans telle pubUeatlon. 

(10) Farceurs auiorlie* au-deuui d'une taff du park- 
mem. (Leslollr.) 



HOY DE FBAKCB ET 

I'lioate, avec toutes sea hardes, chevaux et bn- 
gage, sans offepser ses serviteurs, qui ne leur 
lircnt point de resistance. ] L'occasion de cest 
assassinat fut le meurtre du feu seingneur Du 
Brceil, environ dix ans auparavant, commis par 
(edit abbe d'Orbais et ses geus, en sadite abbaie 
d'Orbais, duquel i) avoit este absous par arrest 
du grand conseil, mais hod de celui de Dieu 
[qui prononce. au contraire, que tout homme 
qui espand le sang iTautrnt, il faut que le sien 
soil respandu. Gen., 9'.} '■ * 

Sur la fin de ce mois de jufllet, le fort du 
nwnt Saint-Michel fut surpris des huguenos par 
Intelligence et monopole de trois moines de 
labbaiu, et vingt-quatre heures apres repris par 
la diKgOice et dexterite des eatholiques, qui 
jetterent les trois traistres de moines dans la 
mer. 

Aout. Le samedi 10 aoust vinrent nouvelies 
a Paris de la ville de Namur, surprise par dom 
Jean d'Austriche (1), soubs umbre d'y recevoir 
et festoier la roinede Navarre allantaux bains. 

[En ce temps, Benoist Milou, sieur de Vide- 
vilte, intendant des finances, sortist de Paris 
pour alter aux balngg en Flandres, chercher al- 
legeance d'un mal de calcul et de gravelle qui 
le tourmentolt. Et pour ce qu'eny allant, on 
vouiust guairir sa bourse de i'ung et de i'autre, 
on publia a Parts des vers inscripts de cette 
facou : 

De Milone ad Thermal pani caplo 1577. 

Le mardi So aonst. le fort de Brouage fut 
rendu par composition nu due de Malennc, qui 
I'avoit tenn pres de cinq mois assiege. Le pour- 
parte de la pacification lors fort avance, mais 
prindpalement nne bonne somme de deniers, 
dont le Boy fist present aux principalis cnpitni- 
nes qui y tenoieut fort pour les huguenos, fu- 
rcnt cause de ceste reddition, laquclle lui im- 
portoit de beaucoup pour la ville de I,;i Bo- 
chelle. ] 

Septehbkb. Au commencement dc ce mois de 
septembre, leseingneurde Villequier (s), cheva- 
lier de 1'ordi'o du Boy et capitaine de cinquantc 
hommes d'armes, dedans le chasteau de Poic- 
tiers, ou lors estoit le Boy et ou ledit de Ville- 
quier comrap favori de Sa Majeste estoit aussi 
loge, tua sa femme sortant de son lit et la poin- 



de roLONftftE. [1677] h:\ 

gnarda avec uie de ses damolselles, qui lui te- 
noit le mirouer, ct lui aidott a se pinplocher ; et 
ce, sur le subject d'un pacquet que ledit Ville- 
quier surprist, duquel il priut asseurance de sa 
paillardise, que despieca toutefois II estoit bleu 
advert! qu'elle exercoit avec plusieurspersonnes. 

Ce pacquet estoit par eile adresse au sein- 
gneur de Barbizi , qui estoit un beau Jeune hom- 
me parisien, qui avoit espouse la veufve de def- 
funct Villemain, maistre des requestes, et avec 
laquelle il pai liar doit du vivant de feu son mari, 
et lui mandoit qu'elle estoit grossc de son fait, 
combien que son mari plus de dix mois froparn- 
vant n'eust coucbe avec die. Et encores disoit t 
Ton, que ledit Villequier avoit descouvert one 
cntreprise que sa femme avoit fait de I'empoi- 
sonner, comioe ja ledit Barbizi avoit empot- 
sonne la sieAne, aftln de se marier ensemble, 
apres la mort de 1'un et de I'autre ; et qu'il avoit 
trouve dans ies coffres de sn femme la mixtion 
ou paste dont il devoft estre empoisonne, 

Ce meurtre fust trouve cruel , comme commis 
en une femme grosse de deux enfnns; et estrange, 
comme fait au logis du Roy, Sa Majeste y es- 
tant et encores en la cour ou la paillardise est 
publiquement et notoirement pratiquee entre 
les dames, qui ifrHiennentpour verm. Mais I'ys- 
sue et la facilite de In grace et remission qu'en 
obtitist Villequier, sans aucune difflculte, Itrent 
croire qu'il y avoit en ce fait un secret comroun- 
dement et tacite consentement du Roy, qui 
hayoit ceste dame, [pour un rapport qu'on lui 
avoit fait (3), qu'elle avoit mesdit de Sa Majeste 
en plaine compagnie. 

Sur ceste mort tragique et estrange accident 
furent faits et divulgues plusicurs et diverses 
sortes detombeaux etepitaphes] : entre lesquels 
j'ai recueilli les suivantsquisont tumbesenmes 
mains (4). 

Arresle lei, passant, el dessus ce lombeau 

IHscours rn Ion esprit sur cest acle noureau. 

Celle qui gist Icl, fut I'lmpudtque femme 

D'un cocu courlizan, titrable cl infame, 

Qui de sa proprc main la daguant. I'ealouOanl. 

Occlsl c rue Heme lit el la ni6re et I'cnfanl. 

Noil I'ire, non I'honneur, non quelque hiimcur Jaleuse, 

L'ont fait ensaDglanter au eang de son tpousc. 

D'houneur en eusi-ll one? Eusi-ll esui jalotia 

D'une qu'il sfavolt bleu eslrc commune a lousT 

El que iiiE'siiic II avoit nourric en Ioub del Ices, 



fl) Ben Jean d'Auliiche, file nature! de Charles- 
Qulnt, gouTCineur des Pays- Has pour 1c roi Philippe II. 
(A. E.) 

(2) Rene' de Villequier dlt le jeune et le groi. II fill 
depuls ((uuverneui de I'ariset de 1 Isle de France el cbe- 
*al»r du Saiut-Esprit. (A. E,J 

13) Let anciens cditcun avaient sulislilui! a relic 



phrase , qui ciisie recllemeol dans le maauwrit de 
Lesloile, celle-ci que Ion n' j iroove pas : pour un re fut 

II) II eilsle dans le journal douie cpilaplies ou lom- 
beaut . el on rn Irony? egalemeul d'milrcs dam let Rr- 
glstreidea furiosiles de Leslolte sur re raemc e'venc- 



90 



REGISTRE-JOURNAL DE HENRI III 



Adhe>4 consent! mlllq Kris a sea vices, 
El qui n'aimoit pas molts a le faire cocu, 
Qu'il aime et qu'il chlrist dun bard.... le c...? 
Va, passant, elle a eu justement son salaire, 
Que mdrite a bon droit une femme adultere, 
Et lui soit pour jamais dit l'infame bourreau 
De celle dont il fut autrefois macquereau ! 

En ce mois, le seingneur de Pybrac, pourveu 
de l'estat da feu president Hennequin, presenta 
ses Iettres a la cour pour estre receu et mis en 
possession dudist estat : lnquelle fit response 
que ledit estat estoit supernvm^raire et de nou- 
vel cr66, et devoit estre supprim6 par l'avis 
mesme*dudit sieur de Pybrac, qui estant advo- 
cat du Roy, en avoit requis la suppression, et 
fist la cour sur cc remonstrance au Roy ; lequel, 
sans avoir esgard a leurs remonstrances, leur 
envoie iettres de jussion tres-expresses , et un 
6dit de restablissement dudit estat, lequel fut 
par ladite cour verifie le lundi 23 septembre, et 
peu de temps apr&s ledit sieur de Pybrac receu 
et instalJe audit estat. 

En ce mois de septembre les escus sols, non- 
obstant les ordonnances du Roy, se mettoient a 
Paris pour quatre livres cinq sols ; [le teston 
pour vingt deux sols]; a Orleans et autres villes 
du roiaume , I'escu se mettoit j>our cinq et six 
livres, et le teston pour trenW et trente-cinq 
sols, et ce , a cause du peu d'argent et d'or 
qu'on disoit qu'il y avoit en France, mais princi- 
palement a cause de la disette de la monnoie , 
dont on ne pouvoit recou vrer en facon que ce fut. 

La damoiselle de Chasteauneuf, Tune des mi- 
gnonnes du roy Henri III, avant qu'il allast en 
Polongne, s'estant mariee par amourette a un 
Florentin nomme Antinoti, qui estoit comte 
de galeres a Marseille, et l'aiant trouv6 paillar- 
dant avec une autre damoiselle, le tua brave- 
ment et virilement de sa propre main , en ce 
mesme mois. 

[Le mariage de maistre Estienne de Bray, 
impuissant, frerede la dame de Grandru (ceste 
grande hipocrite et bigotte de Paris, qui, avec 
son long chappelet a chapped la bourse de tant 
de gens), peu auparavant fait et consomm6 avec 
la fille unique de la damoiselle de Corbie, estoit 
tenu sur les rencs a Paris ; et n'y parloit-on en 
ce temps quasi d'autre chose, estant le subject 
des compagnies pour rire, et argument aux 
bons compagnons et gaillards esprits de mettre 
la main a la plume et escrire force pasquils, sor- 
nettes et sonnets. Et entre lesquels j'ai recueilli 
!e suivant poeme vilain et lascif et mal sonnant 
aux aureilles chrestiennes, intitule : Jan qui ne 
peult, fut divulgue en ce temps a Paris et par- 
tout, dont on tenoit pour aucteur Remi Belleau, 
un des doctes et gentils poetes de nostrc temps ; 



mais qui en ce Steele corrompu n'eust est6 tenu 
pour bon poete et parfait, si, a ltaerople de ses 
compagnons, il n'eust souille sa muse de telles 
et semblables vilanies (1). 

Octobre. Au commencement du mois d'octo- 
bre, les taverniers et hostellers de la ville et 
fauxbourgs de Paris, furent appel6s et Ms venir 
au palais, en la chambre du tresor, pour prendre 
Iettres du Roy, suivant l'edit sur ce auparavant 
fait et omologu£ en laufiour, et paier la finance k 
iaquelle le premier president de Thou, le presi- 
dent Nicolai et autres a ce commis par le Roy, 
avoienttax£ et cottiz6 chacun d'eux. Dont its 
murmurerent bien fort, faisans refus tout-&-plat 
d'y entendre et obeir ; toutcfois aians cratatfe des 
menasses qu'on leur faisoit de prendre pfison- 
niers les refractaires et rebelles, peu a peu bais- 
serent la teste, prendrent leurs fettres et paie- 
rent leurs taxes, montans a cent escus pour les 
uns, pour les autres plus ou moins, selon ce qu'on 
avoit peu apprendre de leurs moiens et facultees. 
Et revinst ce nouvel impost pour la ville de Pa- 
ris, a cent mil escus, et par tout le roiaume de 
France, a plus de cinq cens mil escus qui fu- 
rent avances par des Italiens, inventeurs de tels 
nouveaux subsides, et plustost donnes, dtssi- 
p^s et manges que leves, tant estoit bon le mes- 
nage des deniers et finances du Roy.] 

Le samedi 5 d'octobre, I'exlit de la pacifica- 
tion, accorded entre le Roy et les catholiques 
d'une part, [et les roi de Navarre, prince de 
Coude et leurs partizans huguenos], et catholi- 
ques surnomme^s MaUcontents d'autre part, fut 
public par les quarrefours de Paris, a son de 
trompe. Et le roardi 8 e , fut verifie en la cour de 
parlement [et derechef publie a son de trompe 
par la ville : le matin, et I'apres disnee en fut fait 
en la place de Gr&ve, devant l'Hostel-de-Ville, 
un feu d'allegresse avec force cannonades en la 
maniere accoustumee, dont le peuple fist fort 
peu de compte et moins de signe de joie.] 

De cest.exlit, frere Maurice Poncet, docteur 
fort renomme, cure de Saint-Pierre des Arsis et 
ung des bons et renommes predicateurs de Pa- 
ris, preschant dans Feglise Saint-Supplice a 
Paris, ou j'estois, dit ces mots : [« J'oy tousjours 
» crier par ces rues l'edit du Roy fait avec ceux 
» de la nouvelle opinion pour la pacification des 
» troubles et leurs fiebvres quartaines. Devant 
» que jamais il fust fait on m'en demanda 
» mon advis ; monsieur nostre maistre (me dit 
» Ton) : Que vous en semble? — II me sernble, 



(1) Les termes par lesquels Lestoile d^slgne ce poems, 
sufflsent aussi pour en justifier la non insertion dans 
eette Edition du Journal. 



BOY DE FBANCE ET DE POLONGNE. [1577] 



91 



» leur dy-je lors tout hautement et franche- 
» raent (oomme je ferai tousjours en telles ma- 
• tieres, y allast-il de ma teste et de ma vie) , 
» que Fedit et ceux qui 1'ont fait et les conseil- 
» lers d'icelui, que tout n'en vault rien. — 
» Tais^s-vous ! taises-vous ! monsieur nostre 
» maistre ( me respondirent-ils ) ; ce n'est que 
» pour les attrapper. Its ferout leurs flevres 
» quartaines , s'ils les attrappent. De ma part, je 
» vous declare, si j'esWs huguenot, que je ne 
» m'y flerois pas. lis out autant d'ame trestous 
» comme des mulets. » Voil& de mot pour mot 
le plaisant dialogue qu'en fist nostre maistre 
Poncet en sa chaire, et le peu de contentement 
que messieurs de l'eglise , aussi mal conseilles 
quele peuple estoit sot, avoient de ceste paix et 
la bonne opinion que ce bon docteur avoit de 
la prudhoounie et conscience de ceux qui con- 
seilloient le Roy. 

Le lundi 7 octobre, le Roy partist de Poic- 
tiers, passa k Ghenonceau et k Araboise, ou la 
roine sa femme demeura malade de fascherie 
(comme on disoit) qu'elle ne peut faire d'enfans, 
et qu'elle avoit oul quelque bruit, qu'u ceste 
cause le Roi estoit en termes de la repudier. Ce 
qui estoit faux. 

Le mardi 9 octobre, Monsieur, frere du Roy, 
arriva k Paris et logea au cloistre Nostre-Damte, 
en la maison canoniale de messire Renaud de 
fieaane, evesque de Mendes, son chancelier, 
d'ou il partit le samedi 12, pour aller k La Fere 
en Picardie, veoir la roine de Navarre, sa 
seur. 

Le dimancbe 20 octobre, le Roy arriva k 
Olinville en poste avec la trouppe de ses jeunes 
mignons , fraises et frizes aveq les crestes le- 
vees, les ratepennades en leurs testes, un main- 
tien ferd£ avec ('ostentation de mesme, pignls, 
diapres et pulverizes de pouldres violettes, de 
senteurs odoriftrantes , qui aromatizoient les 
rues, places et maisons ou ils frequentoient. lis 
furent tous enfiles en un sonnet vilain, mons- 
trant la corruption du sieele et de la cour, qui 
en fust fait en ce temps, sem£ et divulgue par- 
tout, et intitule : 

LES MIGNONS DE L*Alf 1577. 

Salnct-Luc, petit qu'il est, commande bravement 
A la trouppe Haultefort, que sa bourse a conquise, 
Mais Quelus. desdaingnant si pauvre marchandise, 
Ne trouve qu'en son cul tout son advancement. 
DO, cest archilarron, hardi, ne seal comment, 
Aime le jeu de main, craint aussi peu la prise; 
L' A reliant <Tun beau semblant veult cacber sa sotUse ; 
Sagonne est un peu bougre et noble nullement ; 
Montlgnl fait le begue et voudroit bien sembler 
Estre bonneste bomme up peu : mais il n'y peult aller. 
Hiberac est un sot, Tournon one elgalle, 



Saint-Mesgria, t?ns subject toravache audacieux. 
Je parleroys plus haul saw la crainte des dicux 
De ceux qui tiennent renc en la belle caballe. 

Le jeudi 24 octobre, M. de Morvilliers , jadis 
evesque d'Orleans , et le plus ancien homme de 
robbe longue, du conseil prive du Roy, et des 
plus sages et entendus aux affaires d'estat , mou- 
rut k Tours au retours de Poictiers, fort plaint et 
regrette de tous les gens de bien. 

Le jeudi dernier du dit mois d'octobre, veille 
de la Toussaints, le Roy et toute sa cour arriva 
u Paris , oil peu apres arriverent des deputes 
des Estats de Flandres, pour supplier Monsieur 
de les vouloir prendre en sa protection : dont le 
ditseingneur s'excusa.] 

Noyembbe. Le jeudi 7 novembre , commence 
Aparoistre une comette vers le midi, dont la 
queue fort longue tiroit vers FOrient estivaL 
Elle levoit avecques la lune , peu apres le so- 
leii couche* , et s'abaissoit sous I'orizon sur les 
neuf ou dix heures du soir, et fut veue quarante 
jours. Ges fols d'astrologues disoient qu'elle 
presageoit la raort d'une roine ou de quelque 
grande dame, avec quelque remarquable et in- 
signe malheur. Ce que aiant entendu, la roine 
mere entra ^continent en fraieur et apprehen- 
sion que ce fust elle : de quol se moquant un 
docte courtizan , comme ne pouvant advenir un 
plus grand bien k la France, composa P6pl- 
gramme qui s'ensuit , qui fust sem£ et divulgu6 
partout : 

DE COMETA AlfNI 1577. AD HEGIWAM MATREM. 

Spargeret audaces cum tristis in aethers crines, 

Venturique daret tigna cometa malt , 
Ecce sua Hegina timens male conscia vita, 

Credidit invisum potcere fata caput. 
Quid,Rcgina, times? namque hoc mala si qua minatur, 

Longa timenda tua est, non tibi vita brevis. 

Le lundi I8 e novembre, [fust public I'edit des 
monnoies , tant en la cour de parlement que par 
les quarrefours de Paris , ou il y eust un^$eu 
de murmure du pauvre peuple] pour ce que Tes- 
cu sol fust rabaiss£ k soixante-six sols, le teston 
a seize sols six deniers [ quasi toutes les mon- 
noies estrangeres describes, et eel les qui furent 
retenues, fort bas r aval lees ], et n'y avoit point 
de menue monnoie blanche dont le peuple se 
peust aider. Qui fut cause que le roy fist mettre 
entre les mains des dixainiers et commissaires 
certaine quantity de douxains , pour soulager le 
bas peuple et leur changer leurs pieces[au prix 
de I'ordonnance , pour eviter k plus grand tu- 
multe. ] Ceste ordonnance fust trouvee tres-bbnne 
et raisonnable et eust-on bien desire que le Roy, 
pour le bien de son roiaume, en eust fait autant 



92 



BEGISTRK-JOtlBNAL I)E HENRI III, 



des hommes comrae il avoit fait det escus ct qu'il 
les eut remis k leur pris , dont fut fait le sonnet 
suivant qui courust partout : 

Si par un bel M\t le Roy voulolt reroectre, 
Comme il fait les escus, les hommes a leur pris ; 
Tel veult estre a la cour entre les grands com pris, 
Qui autour de son col auroit un beau chevestre : 
[La vertu floriroit, etverroit-on renaistre 
En cest aage dernier infinis bons esprits. 
On verroit les meschans de leurs vices reprls, 
Etles hommes d'honneur pres du Roy nostre malstre. 
L'estranger n'auroit plus de renc en nos combats, 
Et seroit aussi peu admis aux beam estats, 
Desquels de si long-temps la France est enrichie. 
Si ce bel ordre estolt entre nous establi, 
Tout murmure civil seroit mis en oubli, 
Et ne vid-on jamais plus belle monarchic 

Le mercrredi 20 novembre , les marchans de 
soie de la ville de Paris , par la voix de mais- 
tre Guillaume Aubert, advocaten parlement, 
(irent leur requeste au Roi et aux seingneurs de 
son conseil prive, k ce qu'il leur pleust d'un quart 
moderer la somme de dix huict cens mil livres , 
la quelle au terme de Noel, lors prochain, ils 
devoient aux Italiens , pour vente et delivrance 
de marchandises de draps de soie, attendu qu'ils 
les avoient achetees a plus baut pris a cause du 
haut cours des especes d'or ; et nfeantmoins le 
Roy, par sa derniere ordonnance, en avoit moin- 
dri le prix et le cours d'un quart pour le moins. 
Auquel ramoder£ pris des dites especes , s'ils 
estoient contraincts paier, I'ltalien proufiteroit 
de plus de cent mil escus de gain extraordi- 
naire, et eux souffriroient autant d'extraordi- 
naire perte, et plusieurs d'entre eux en pati- 
roient prompte ruine. De laquelle leur requeste 
neantmoins ils furent sur le champs deboutes , 
au moien de la faveur qu'avoient lors les Ita- 
liens, ct qu'ils avoient gaingn£e et achetec 
(selon le bruit commun) du chancelier de Bira- 
gue, et autres principaux conseillers du conseil 
du Roy.] 

Sur la tin de novembre, le Roy renforcea sa 
garde [ordinaire de suisses , assis k la porte.du 
Louvre, d'une compagnie de soldats francois, 
pris du regiment de Beauvais Nangi, qui pour 
cest effect vinst loger aux fauxbourgs Saint-Mar- 
ceau, et k la grande opression des pauvres habi- 
tans du fauxbourg.] Et fut ce renfort de garde 
occasionne de ce qu'Antoine de Prat , prevost dc 
Paris , avoit fait entendre k Sa Majeste qu'il y 
avoit entreprise contre cite, faite par le baron de 
. Viteaux son frere et autres ses complices , et of- 
froit fournir tesmoins pour preuvc de ladite con- 

(1) Sur le rapport dc Du Prat, pr«W6t de Paris, qui 
avait, dlsaU-il, dicouvert une conspiration contre le Roy, 



juration. A raison de quoi , le Roy estoir entre 
en quelque jalousie contre monsieur le due son 
frere et en grande desfiance de plusieurs de sa 
suitte (1). f De fait , Bussy et Fervaques , favor is 
dudit seingneur due , se retirerent secrettement 
et soubs autre pretexte de la cour et de Paris 
pour quelques jours.] 

Le samedi 30 et dernier de novembre , Troi- 
lus Ursin, gentilhomme rommain signal^ de la 
case Ursine , au soir a neQf heures , revenant de 
la ville, k cheval, fust attaint par le ventre d'une 
balle de pistolle, qui lui fust tiree par un 
bomme incongneu, dont il mourust trois jours 
apres. Pendant sa maladie , il ne voulust jamais 
declarer qui 1'avoit tue ou fait tuer , combien 
qu'il fist contenance de le bien scavoir : ains 
dit seulement qu'il pardonnoit sa mort a celui 
qui Tavoit fait ainsi meurdrir. [Cei*x qui plus 
familierement congnoissoient lui et ses affaires, 
disoient que e'estoit une vindicte de quelque 
grand seingneur dltalie , lequel avoit este quel- 
ques ans auparavant offens£ par Jedit Troilus 
en son honneur. ] II fut solennellement enterre 
en la chapelle des Ursins ses parens, en la grande 
eglise de Paris. 

Decehbbe. Le mardy 10 de d£cembre, Claude 
Marcel, naguere orf&vre du Pont-au-Cbange , 
lots conseiller du Roy, et Tun des sur-intendans 
des finances, mariarune de ses filles au seingneur 
de Vicourt. La nopce fut faite en I'hostel do 
Guise i oil disnerent le Roy et les trois Roines , 
M. le due et messieurs de Guise. Aprts souper , 
le Roy y fust lui trentiesme masque* en bomme, 
avec trente que princesses, que dames de court, 
masquees en femmes , tous et toutes vetues de 
drap et toile d'argent, et autre soies blanches , 
enrichies de perles et pierreries, en grand nombre 
et de grand prix. Ces masquarades y apporte- 
rent telle confusion pour la grande suicte qu'elles 
avoient, que la plus part de ceux de la nopce fu- 
rent contraints de sortir , et les plus sages dames 
et damoiselles se retirerent, et firent sagement ; 
car la confusion y apporta tel desordre et vila- 
nie , que si les tapisseries et les murailles eussent 
peu parler , elles eussent dit beaucoup de belles 

choses. 

[Au mesme temps, au Louvre, se firent deux 
plaisantes masquarades ethonnestes, Tune de 
gens de village et Tautre de foullons. Ceux de 
village presenterent au dos de leurs targes l'e- 
crit qui s'en suit. ( Cest une piece de dix vers 
bien digne de la licence des mascarades.) 

Les foullons presenterent a leurs mailresses 

on flt mettrc a la Bastille Buss), La Chatre et quelques 
autres serviteurs du due d'Anjou. (A. £.) 



ROY DE FRANCE ET DB POLONGNE. [1578] 



93 



les vers suivans. ( La pi&ce do quarante huit 
>ers qui suit, ne peut pas plus 6tre inscree que 
la preccdente. ) 

Sur la fin de ce mois de decembre , en la ville 
de Bordeaux , par arrest de la cour de parle- 
ment du dit lieu , fut au peuple gascon et autres 
y trafftquant , permis exposer et recevoir I'escu 
soleil pour quatre livres losolsjusquesa la Saint 
Jean ensuivant , et autres pieces a l'equipoleut, 
pour ce que plusieurs marchans estrangers y 
estans venuspour le trafiq des vinset autres mar- 
ehandises , avoient Ja fait voile pour s'en retour- 
ner sans rien faire , a cause qu'on ne vouloit 
prendre leurs esp^ces au prix aiant cours entre 
marchans avant rordonnanee,etauqucl pris les 
dits marchans estrangers les avoient receus, qui 
leur revenoita grande perte. Duquel arresttoute- 
foisle roy fust fort peu content, a cause de Infrac- 
tion de son editqu'il vouloit estre exactement gar- 
de, comme aussi il estoit tres necessaire et utile.] 

1578. 

Janvier. Le lundi 6 Janvier 1578, jour des 
Rois, la damoiselle de Pons de Bretagne, roine 
de la febve , par le Roy desesp£rement brave, 
frize et goldronne , fut menee du chasteau du 
Louvre a la messe en la chapel I e de Bourbon , 
estant le Roy suivi de ses jeunes mignons au- 
tant ou plus braves que lui. Bussy d'Amboise(l), 
le mignon de Monsieur, frfcre du Roy, s'y trouva 
a la suitte de monsieur le due sonmaistre, ha- 
bille tout simplement et modestement, mais 
suivt de six pages vestus de drap d'or, frize , 
disant tout haut que la saison estoit venue que 
les plus belistres seroient les plus braves. De 
quoi suivirent les secrettes haines et les mal- 
contentemens et querelles qui parurent bientost 
aprte. 

[Ce jour, le Roy eust advis de Tentreprise 
faite par Bourdeilles, sur la ville de Perigueus 
que les huguenoa tenoient , de la quelle le Roy 
list contenance (Testre fort desplaisant et en- 
cores plus (comme on presupposoit) de ce que 
la dite entreprise n'avoit reussi. Toutefois, afln 
de ne mettre en alarrae les huguenos , comme 
si par la il eust tendu a faire rompre sous mains 
leur edit de pacification , il depescha en dili- 
gence vers le Roi de Navarre et les autres, pour 
les asseurer qu'il vouloit eutretenir son 6dit, 
et qu'il feroit telle justice de ceux qui se- 
roient trouves coutpables de rentreprise de P6ri- 



(1) Louis de Clermont, dit Bossy d'Amboise. II se fai- 
sait on plaisir dans toules les occasions de braver les mi- 
gnons du Roy, qui manquaient souvent de respect au 
ducd'Anjou. (A. E.) 



gueus, qu'ils auroient occasion des'en contenter.] 
Le vendredi 10 Janvier, Bussi , qui le soir du 
jeudi precedent , au bail , qui tous les soirs en 
la grande saile du Louvre , en grande pompe et 
magnificence se faisoit et continuoit depuis les 
Rois , avoit pris querelle avec le seingneur de 
Grammont soubs la faveur de monsieur le due 
son maistre et de ceux qui suivoient son parti et 
sa maison , envoia a la porte Saint-Antoine jus- 
ques a trois cens gentilshommes bien armls et 
montes, et le seingneur de Grammont autant des 
favoris et partizans du Roy son maistre , pour 
le combattre et y demesler leur querelle a toute 
outrance. [L'occasion de la quelle avoit pris 
source de quelque legere bravade ou superche- 
rie qu'au bail Tun d'eux disoit avoir souffert de 
Pautre ; mats ces animosites sourdoient de plus 
loin.] Or furent-ils ce matin empesches de com- 
battre par le commandement du Roy : non ob- 
stant lequel ? Grammont , [qui se disoit et sen- 
toit outrage,] l'apres disnee bien accompagn£ 
alia rechercher Bussi en son logis, qui estoit en 
la rue des Prouvelles , auquel il s'effor^a d'en- 
trer par force, et y fust par quelque espace de 
temps combattu entre ceux de dedans et ceux 
de dehors, [insollence criminelle et capitate 
dans une ville de Paris, Sa Majeste mesme y 
estant.] De quoi aiant este advertie, y envoia 
le seingneur mareschal de Gosse , et le capitaine 
Strosze(2), colonnel derinfanteriefran^oise, avec 
ses gardes , qui emmen&rent Bussi au Louvre, 
oil tost apr&s y fut amene aussi , par comman- 
dement du Roy, le seingneur de Grammont, [et 
furent la retenus chacun en une chambre a part, 
aveq deffenses de se mesfaire ou mesdire sur 
peine de la vie], et jusques a ce que, le lende- 
main matin, ils furent mis d'accord (3) et recon- 
cilies ensemble par l'advis des mareschaux de 
Monmoranci et de Cosse [ausquels ie Roy avoit 
donne charge de faire leur accord , au lieu du 
proems qu'il leur convenoit faire , s'il y eust eu 
une bonne justice en France et a la cour./ 

Ce mesme jour, le Roy estant en sa cham- 
bre , et autour de lui grand nombre de princes , 
seingneurs et gentilshommes, leur fist de sa 
bouche une belle et grave remonstrance tou- 
chant les querelles qui, journellement, se pre- 
noient entre eux , mesme en son chasteau et pres 
de sa personne (chose capitale par les loix du 
roiaume), et encores pour des occasions leg&res 
et de neant , ce qui lui desplaisoit grandement : 



(2) Philippe Stwzzi (Halt flls de Pierre Strozzl, mare- 
chal de France. Apres la mort de D'Andelot, il fat colo- 
nel de I'infanterie. (A. E.) 

(3)Le Roi, fatigue' des querelles incessammentsuscUees 



04 



REGISTRE-JOURNAL DB HENRI III 



et pour y obvier par l'advis des princes et sein- 
gneurs'de son conseil , il avoit arreste certaines 
ordonnances contre tels qucreleurs , et pour la 
punition et justice exemplaire d'iceux,qu'il en- 
teudoit faire publier et estroictement garder. Et 
de fait, elles fureot peu de jours apres publiees, 
et imprimees, et neantmoins tres-raal gardees, 
oomme sont ordinairement en France toutes les 
ordonnances.] 

Fevrikb. Lesamedi premier febvrier, lc jeune 
seingneur de Quelus (1) accorapagne* desjeunes 
seingneurs de Saint-Luc (2), [d'0],d*Arques(3) 
et Saint-Mesgrin (4) [tous jeunes mignons che- 
rts et favor izes du Roi], pres la porte Saint-Hon* 
nore , hors la ville , tira l'espee et chargea Bussy 
d'Amboise , le grand mignon de Monsieur, qui , 
monte sur une jument bragarde de l'escurie 
du Roy, revenoit de donner carriere a quelque 
cheval au coridor des Tuilleries; et fut la for- 
tune tantpropice aux uns et aux autres, que de 
plusieurs coups d'esp^e tires , pas un ne porta, 
fors sur un gentilhommequi accompagnoit Bus- 
sy, lequel fust fort blesse et en danger de mort. 
1 [ De ces tant legeres et frequentes querelles , 
le peuple ne s'en esmouvoit plus , ains servoicnt 
seuleroent de subject de risee et gausserie aux 
bons compagnons , qui en firent lesuivant qua- 
train , qui courust incontinent partout : 

Quelus n'entend pas la manure 
De prendre les gens par devant; 
S'il eut pris Bussy par derri£re, 
II lui eust foure* bien avant. 

Geste charge cependant faite par Quelus et 
ses compagnons sur Bussy, qui n'estoit accom- 
pagneque d'un gentilhomme (enquoi il montra 
du coeur et de la resolution beaucoup a se def- 
fendre), sembla a Monsieur, frere du Roy, faite 

dans sa cour entre les mignons, rendit enfln le 12 du 
mime mois de Janvier 1578, et probablement a cause de 
cette derniere querellc, une ord on nance sur le fait des 
querelles qui a venir en son logispourroicnt, qui porlait 
regie men i des peines dont seratent punis les transgres- 
aeurs. 

(1) Jacques de Levis, comte de Quelus. II ne fut pas 
si heureui quelques mois plus tard (avril), gpoque a la- 
quelle II fut lue* dans un combat semblable. La haine 
populaire, qui poursuivait les mignons du Roi, surtout 
dans Paris , e*tait si forte , que dix ans apres , a la nou- 
velle de la mort du due de Guise, lc peuple de Paris crut 
venger la mort de son prince bien aime 1 en outrageant la 
mfmoire de l'ancien mignon du Roi : la populace se prg- 
eipita sur le mausole* clcve" a Qu&us par le Roi, et le de*- 
truislt. 

(2) Francois dEspinay de Saint-Luc, depuis maitre 
de rartillerie de France (1596) et chewier de lordre du 
Saint-Esprit ; pere de Timoteon d'Espinay de Saint- 
Lac, marechal de France. (A. E.) — II n'lgnorait pas la 
haine qui le poursuivait, et il ne crut pouvoir mieui 



par extraordinaire supercherie , et comme de 
gaite de coeur, venantde plus hault, soubs um- 
bre que tous les mignons scavoient bien que le 
Roi n'aimoit pas Bussy, et que sans la grande 
faveur qu'ouvertement Monsieur lui portoit, 
il eust despieca este* en raauvais parti, et aussi 
pour ce que Bussy, qui estoit brave soldat et 
haut a la main , se moquoit ordinairement de 
ces mignons de couchette , et en faisoit fort peu 
de compte. Ge qui fut cause de la querelle, sans 
autre occasion au moins qui ait este apparante 
et descouverte. 

Or, pour ce que l'ordonnance, sur le fait des 
querelles, avoit est£peu auparavant publie'e, les 
uns et les autres doutans les premieres fureurs, 
se retirerent promtement hors la ville : Bussy 
et ses partizans a Gharenton ; Quelus et les siens 
a Saint-Gloud. Sur quoi aiant ete delibere], 
les 3* et 4 e jour de ce mois, au conseil prive 
du Roy, Sa Majeste* presente , fut arreste que 
Quelus aggresseur [torcionnier] seroit constitue 
prisonnier et sonproces fait (5). Donttoutefoisne 
fust rien mis a execution, le Roy Fay ant soubs 
main couvert et defendu comme son mignon : de 
quoi Monsieur offense* et indign£, et des que- 
relles d'aleman qu'il sembloit qu'on lui dres- 
soit journellement en la personne de Bussy, son 
favori, [lequel se sentant innocent de ce qui 
avoit este entrepris en ceste querelle , estoit re- 
venu se proumener a Paris,] delibtrade sortir de 
la ville et la cour du Roy son frere, pour tenir la 
sienne ailleurs. De quoi la Roine , sa mere , ad- 
vertie, rompist le coup et fist si bien qu'elle l'y 
arresta encores pour quelque terns. 

Lejeudi grasG febvrier, leRoy, Monsieur, son 
frere, les princes et seingneurs de leur suitte, les 
trois Roines et leurs dames , disnerent en FHos- 
tel-de-la-Ville de Paris, ou le provost des mar- 

s'en garantir qu'en achetant Fannie suivante (1579) le 
gouverncment de la Saintonge et du Brouage. Saint- 
Luc fut tiie" au sie'ge d' Amiens en 1807. 

(3) Anne, depuis due de Joyeuse. pair et amiral de 
France, tue* de sang-froid apres le combat de Coutras, 
en 1587. 

(4) Paul Estuaft, comte de Saint-Maigrin. (A. E.) 

(5) Ce mime jour Bussy d'Amboise avalt adresse* one 
lettre au Roi pour obtenir de lui la permission de com- 
battre contre Quelus. Elle e*(ait ainsi concue : 

« Sire, je crois que Vostre Majesty sera fldellement 
advertie de la facon que je fus I'autre jour assailly, qui 
roe gardera vous en Importuner comme de chose dont la 
redite ne peult contenter l'aureilled'une ame glntreuse, 
seulement me metz-je a vos piedz. Sire, pour vous sup- 
plier tres-humblement, comme vostre tres-humble et 
tr&s-fidele subjet et serviteur, il vous plaise me faire 
justice. Vous me la devez comme chose que Je Tout* 
Puissant a mis en Vos mains avec le sceptre pour la d£- 
partira eeui qui la vousdemandent, comme presente* 



BOY DE FRANCE ET DB POLONGNE. [1578] 



95 



ins et eschevins (l) , leur flrent le festin avec 
inde sumptuosite et magnificence. 
Le dimanche gras 9 febvrier, Monsieur, frere 
Roy, accompagne de la Roine, sa mere, et 
la Roine de Navarre, sa seur, sen alia des 
matin proumener au bois de Vincennes et k 
int - Maur - des - Fosses , tout expres , afiu de 
sSfster aux nopces qui ce jour furent faites au 
uvre, en grande pompe, de Saint-Luc, et de la 
moiselle €e Brissac (2), par la volonte et ex- 
s coraAandement du Roy, [qui s'y trouva 
y dansa en grande allegresse.] La mariee 
oit laide, bossue et contrefaite, et encores pis, 
on le bruit de la cour, quelque artifice qu'elle 
iploiastpour sembler et paroistre autre, [et si 
voit resprit gueres plus beau (k ce qu'on di- 
t ) que le corps , dont fust seme k la cour le 
vant quatrain : ] 

Brissac aime lant l'arllfice 

Et da dedans et du dehors , 

Qu'ostls lui le faux et le vice, 

Vous lul ostez Tame el le corps. •# 

Le lenderaain de la nopce , qui estoit le lundi 
is , fust fait en l'hostel neuf de Monmoranci, 
allerent le Roy et la Roine , sa femme et 
dL de Guise, M. le due et les deux autres 
ines , revindrent le soir et souperent au Lou- 
i avec le due de Lorraine , qui ce jour arriva 
'aris.] 

>r estoit M. le due resolu de partir, le Jende- 
in jour du mardi gras, pour se retirer k An- 
s , et avoit command^ k ses gens de tenir 
train et cartage tout prest pour deloger. De 
>i le Roi et la Roine, sa mere, advertis, en- 
•ent en quelques soubcons et desfiances, de 
de que la nuit sortans du bail , ils l'allerent 
r en sa chambre, ou montes en hauts propos, 
seurerent de la personue du dit seingneur 
: , lui laissans garde en sa chambre , et le ma- 
flrent saisir laGhastre, Cimier de la Rochepot 



it je fats et en toute humility n'allegant ni vos def- 
es viollees, ni la forme dont je fuz attaque* pour roe 
►faire ; mais qu'U vous plaise , Sire , pardonnant au 
rde Cailus I'inlerestde son offense, permettre soubz 
eurance d'un cavallier d'honneur tel que monsein- 
ir voire frere nommera, s'il lui plaisl, comme je Ten 
res humblement requis, je me puis con tenter avecq 
it Caylus par la voye que les hommes d honneur 
nent en leur vengeance, encor que l'acle dont je me 
is ne m'oblige a telle raison. Mais je le vous demande 
dom, a mains joinctes et plus que lr6s-humblement, 
, proteslant dcvanl Voz Majestez, ou je m'incline en 
a humility, que trois jours apres rassignalion seu- 
*nt recognue, je m'y trouveray en la mesme facdn 
Honseingneur vostre frere ordonnera , et sans lou- 
es ce're'raonies que recherchent ceuli qui ne veulent 
r aux mains. 



et autres des plus pr&s approchans la personne 
du dit seingneur due , qu'ils flrent mettre & la 
Bastille sous bonne et seure garde. Et ten- 
doient les affaires & grand trouble, quand sur le 
midi, par I'lutervention de Monsieur de Lor- 
raine^ le Roy et Monsieur, son frere, furent 
r£concilies , s'embrass^rent avec larmes et pro- 
mirent de demeurer bons freres et bons amis , 
et furent les prisonniers ddivres ; jur^rent pa- 
reillemfBt Bussi et les autres favoris de M. le 
due, comme aussi flrent Qu^lus, Saint-Luc et les 
autres mignons du Roy, de vivre, d&s lors en 
s'aimant, fraternellement, sans haine et sans 
querelle, s'entr'embrasserent plusieurs fois en 
signe de reconciliation , faisans & la courtizane 
la meilleure pippee du monde. 

[Le jeudi ip febvrier, second jour dequa- 
resme , le seingneur de Combaud , maistre 
d'hostel du Roy et Tun de ses favoris , donna k 
disner aux mignons, lesquels il traita magnifi- 
quement , et beurent les uns aux autres et s'en- 
trecaress&rent courtizannement. Et pria Bussi 
la compagnie k disner au samedi en suivant , 
tellement qu'il n'y avoit plus d'apparance ni 
esp^rance d'autre chose que de toute bonne re- 
conciliation et amitie. 

Monsieur, de sa part, faisoit pareille mine et 
contenauce avec le Roi , son frere , la Roine , sa 
m&re, et autres princes et seingneurs courtizans, 
et neantmoins tout k coup et a Timproviste, des 
le lendemain], qui estoit le vendredi 14 de ce 
mois, sur les sept heures du soir, s'en estant 
alle u 1'abbaie Saiute-Geuevieve et faisant sem* 
blant de venir faire collation avec I'abbe' (3) , 
s*en va en certain endroit de la dite abbaie k ce 
destine et ordonng , et pardessus les murailles 
de la ville se fait descendre avec une corde 
dans le foss£, comme semblablement flrent La 
Ghastre, Bussi, [Cimier], Chamvallon (4) , [le che- 
valier Breton, la Rochepot], Hergni et autres 
de ses favoris, et sur chevaux prests et expres 

» Sire , je supplie le crtaleur vous donner tres-heu- 
reuse, tres-longue et bonne vie. 

» De Turesne, ce 3 febvrier 1578. » 

(1) Jean Le Comle et R6ne Baudarl. (A. £.) 

(2) Jeanne de Cossc* , fille de Charles de Cossl, comte 
de Brissac, marshal de France. (A. E.) 

(3) Joseph Foulon , alors abbe* de Salnte-Genevieve, 
laissa passer quelques heures afin que le due d'Anjou 
eut le lemps de gagner de l'avance ; puis il alia au Lou- 
vre avcrlir le Roi que le due d'Anjou s'&ait sauve* par 
son abbaye, mais qu il navait pu donner plus (61 avis 
parce qu'on lavait lie' pendant que le prince s'e"vadait. 
(A. E.) 

(4) Chanvallon. Jacques de Harlay, seigneur de Chan- 
vallon, grand e'euyer du due d'Alencon. II fit la charge 
de grand-mailre de rartillerie pendant la Ligue, et 
mouruten 1630. 



9G 



BEGISTBE-JOUBNAL DE HENRI HI, 



apostes, se retirerent a Angers en diligence (1). 

[De ceste telle et comme laronesse departie 
furent le Roy, la Roine sa mere, toute la cour 
et le peuple de Paris merveilleusement esbahis 
et scandalizes], et partist la Roinfe d& le lende- 
main 15 du raois, pour aller trouver son fits et 
tascher de le raraener ou appaiser, et laisserent 
le Roy et elle librement departir de Paris et le 
suivre tous les gentilshommes et offlciers de sa 
maison, ensemble tous ses mulets, cofltes et ba- 
gages , ne le voulans en rien irriter ; [ains re- 
cherchans tous moiens de le contenter, ensorte 
qu'il ne peust prendre juste ou apparante occa- 
sion de rien remuer. 

Lcjeudi20 febvrier, fut en la courduparle- 
ment public 1'edit du Roy, par lequel tous les 
clercs des greffes de France furent eriges offl- 
ciers du Roy, moiennant bon paiement, selon 
les taxes d'un cbascun faites par les commis- 
saires a ce deputes.] 

Sur la fin de ce mois, le seingneur de Roche- 
pot (2) vinst trouver le Roy a Paris de la partde 
Monsieur , qui lui escrivist une lettre fort hon- 
neste et gracieuse, par laquelle il l'asseuroit que 
sa retraicte ne tendoit a aucune autre entreprise 
contre lui et son estat, [ains seulement au re- 
pos de Tun et de l'autre, et qu'il lui demeuroit 
tousjours devot et bon fr&re, fidele suject et ser- 

'viteur.] 

Mars. Le samedi premier jour de mars, le 
nonce du Pape vinst trouver le Roy et lui fist 
scavoir que le Pape son maistre avoit fait trois 

•cardinaux fran<jois ; c'est a scavoir M. Charles, 
ills du due de Lorraine, apele le cardinal de 
Lorraine; messire Lois, archevesque de Rheims, 
frere du due de Guise, apele le cardinal de 
Guise ; et messire Rene de Biragues, chancelier 
de France, apele le cardinal de Biragues. 

[Le raercredi 12 mars] la Rome-mere arriva 
a Paris, [retournant d'Angers, de voir monsieur 
le due son fits, d'ou elle rapporta ass& froide 
response, et en revinst fort mal contente, com- 
bicn que Monsieur I'eust bien asseuree de ne 
vouloir s'en remuer.] Son mescontentement estoit 
de ce que Bussy vinst trois lieues au-devant 
d'elle hors la ville d'Angers, et apres lui, la 
Chastre une lieue , et leur demandant ou estoit 
son flls, lui firent response qu'il se trouvoitmal; 
et quand elle repliqua s'ils le tenoient point 
prisonnier, puisqu'il ne venoit point au de- 

(l)Ausstt6t apres son arrlvee a Angers, Monsieur 
assembla tous ses servitcurs pour leur demander leur avis 
par dcrit des meillcurs moyens qu'il avail a employer 
pour la conservation de sa personne et de ses tftats. Quel- 
quet uns de ces advis nous sont parvenus , enlr'autres 
eclui que rtdigea le sieur de La Chastre. 



vant d'elle, dirent en riant que non, mais qu'il 
ne se pouvoit soutenir. 

Arrived a Angers, elle ne voulust aller droit 
au chasteau, ou la Chastre et Bussi la vouloient 
mener , leur disant qu'ils Vy pourroient retenir 
prisohniere comme son fils , et alia loger ailleurs 
en la ville. 

Et un jour apres, voiant que Monsieur ne 
faisoit compte de venir vers elle, die alia an 
chasteau le trouver, ou on la fist entrer par un 
guischet : ce qu'elle trouva fort mau^ais, et dit 
que e'estoit la premiere fois qu'on lui avoif fait 
passer le guischet, et monsieur le due se fist des- 
cendre du chasteau dans une chaire a bras, 
faisant semblant de s'estre demis une jambe et 
ne pouvoir cheminer, et se fist porter de ceste 
facon au devant d'elle, jusqu'a la porte dn 
chasteau. 

[Le samedi 22 e mars, le seingneur de LaLoue 
fust, par le commandement du Roi,mene soubs 
seure garde a Saint-Germain, ou on lui fist es- 
pouser Halherbe, damoiselle de la Roine, qu'il 
avoit engrossee, et au retour les envoia tous 
deux prisonniers au bois de Vincennes, menas- 
sant La Loue de lui faire trancher la teste a 
cause de l'outrage et exc&s par lui fait en la 
maison de la Roine son espouse, aiant este si 
pr&omptueux que d'engrosser une de ses fllles.] 

Le Roy, pendant le karesme, alloit deux on 
trois fois la semaine faire collation aux bonnes 
maisons de Paris, et y dansoit jusques a minuit 
avec ses mignons fraizes et frizes, et aveq les 
dames de la court etde la ville: entre lesautres, 
sur la pr&idente de Boullancour, ou il passoit 
le temps souvent avec la damoiselle d'Assi, sa 
belle fille. 

[Le samedi 29 mars (3)] veille de Pasques, 
mourust a Paris le cardinal de Guise, qui estoit 
demeure le dernier de six freres de la maison 
de Guize : neantmoins mourust jeune comme en 
Paage de quarante-huict ans. Son corps ftit porte, 
de lhostel de Sens, ou il estoit decede, en une 
chapelle de Tabbaie de Saint-Victor-les-Paris, 
de laquelle il avoit este abb£ vingt-cinq ans, et 
depuis fut la inhume. On apeloit ce bon pre- 
lat, le cardinal des bouteilles, pource qu'il les 
aimoit fort, et ne se mesloit gufcres d'autres 
affaires que de celles de la cuisine, [ou il * 
connoissoit fort bien, et lesentendoit mieux qw 
celles de la religion et de I'estat. 

(2) La Rochenot e'taU fils de Louis de Silly, we&ew 
de La Rocheguyon. et d' Anne de Laval, dame d' Agufcoj 
et de La Rochepot dont 11 porta le nom. (A. E.) 

(3) Les anclens tdileurs ont mal a propos Imprime fc 
samedi 31 mars. 



i 

I 



EOI D* FBANCE*ET DI POLONGNE. [157^ 



07 



Le mercredl 2 avril, Souvral et'la Vaktte, 
pour demesler une querelle qu'ils avoient prise 
pour l'amour* des dames, assemblerent grandes 
trouppes de jeunas gentilshommes de fart et 
d'autre. Souvrai estoit soutenu par ceux de la 
maison de Guise; la Valette r par les mignons 
da Roy ; la majesty duquel, au lieu fte les faire 
punir exemplairement, comme ils meritoient, 
appapa leurs querelles sans coup ferir.] 

Ce jour mourust en l'hostel d'Anjou, a Paris, 
madam* Marie- Ysabel de France, fille unique 
et legitime du feu roy Charles IX , aagee de 
cinq k six ans, [qui fust pleuree et regrettee k 
cause de son gentil esprit et de sa bonte et dou- 
ceur, qu'elle retenoit de madame Ysabel d'Aus- 
triche, fille de l'empereur Maximilian d'Austri- 
che, sa mere. 

Le mercredi 9 d'ayril, son corps, de l'hostel 
d'Anjou, auquel elle estoit decedee, fust port6 
en 1'eglise de Paris avec magnificence et appareil 
fort honnorable ; et le lendemain fut faiUplennel 
service en la dite 6glise ; puis le lendemain son 
corps, mis dans un coche, fust men£ a Saint- 
Denis, en France, et la enterre sans autre so- 
lennite.] 

Le samedi 12 avril, madame la princesse de 
La Roche-sur-Yon (1) mourust en son hostel aux 
fauxbourgs Saint-Germain-des-Pres [heureuse- 
ment et en Dieu, detestant le monde et sa va- 
nity, et avec une belle confession et recongnois- 
sance de ses pecches, passa de ceste vie en l'autre 
meilleure,] avec une grande resolution et as- 
seurance aux promesses de Dieu. Deux jours 
devant qu'elle mourust, la roine de Navarre, 
(jui I'aimoit fort, la fust voir, a laquelle elle dit 
Des mots : « Madame, vous voyes ici un bel 

• exemple en moi, que Dieu vous propose. 11 faut 

• mourir, Madame, et laisser ce monde ici, son- 

• g&~y- [U passe et nous fait passer a ce grand 
juge, devant le throsne judicial duquel il faut 

• tons comparoistre et grands et petits, Rois et 
» Roines.] Retires-vous, Madame, je vous prie, 

• car il me faut prier et songer a mon Dieu, et 

• vous ne me faites que ramentevoir le monde 

• qoafid je vous regarde. » Cela disoit-elle 
pource que la roine de Navarre estoit, comme 
ie coustume, diapree et fardee, [ce qu'on ap- 
yellek la cour bien accoustree k son avantage]. 

Le lundi 14 de ce mois, La Chicodaie, ac- 
xraipagne' du capitaine Boisvert et des sein- 

(1) Madame de La Roche-sur-Yon ftait veuve de 
Iharles de Bourbon, prince de La Roche-sur-Yon, 
narqnls de Beanpreau. Elle avail Ipouse* en premieres 
loces Renl, seigneur de Mootfean, marechal de France. 
Hie entail I'amie de la reine Marguerite, qu'elle accom- ' 
agoa dans son yoyage aui eaux de Spa. (A. E.) 
II. C. D. u., t. 1. 



gneurs de Gu£briant, La Julianaie, Ma! venue 
et Carney, tous gentilshommes bretons, sur ie 
minuit, [revenans du coucher du due de Mer- 
coeur, frere de la Roine,] chargerent a coups de 
pistol* Salcede, accompagne des seingneurs 
de Vey et de Danville ; lesquels ils tiajrent tous 
deux, encores qu'ils n'eussent aucune querelle en- 
semble a demesler; et demeura Salcede (2), leur 
ennemi, auquel ils en vouloient, sain et sauf, 
[pource que les coups de pistole qu'ils lui tire- 
rent ne porterent pas ; ce que voiant, Salcede 
mist l'espee au poing avec aucuns de sa suitte et 
chargea si furieusement les assaillans que Bois- 
vert et ung autre y demeurerent et les autres se 
sauverent par les tenebres de la nuit a Noisi, 
ches le mareschal de Rets, et de la en leur pays 
de Bretagne, sans qu'il en fust faite autre jus- 
tice : tout estant permis en ce temps, fors bien 
dire et bien faire.] 

Tous les estate de France se vendoient aussi au 
plus offrant et dernier encherisseur, mais prin- 
cipalement ceux de la justice, contre tout droit 
et raison. Qui estoit la cause qu'on revendoit 
en detail ce qu'on avoit achete en gros, et qu'on 
epicoit si bien les sentences aux pauvres parties, 
qu'elles n'avoient garde de pourrir ; mais ce qui 
estoit le plus abominable estoit la cabale des 
matieres beneficiales, la pluspart des benefices 
ecelesiastiques estans tenus et possedes par fem- 
mes et gentilshommes maries, ausquels ils es- 
toient conferes et donnes pour recompense de 
leurs services, jusques aux enfans ausquels Jes- 
dits benefices se trouvoient le plus souvent af- 
fects, estans encores en la matrice de leurs 
meres, fteilement que quand ils venoient au 
monde, ils portoient la crosse et mittre en leur 
teste, comme ce poisson de mer mittre' de ron- 
delet. Brief, il n'estoit possible de voir une es- 
crevioe plus tortue*t contrefaitte que l'ordre de 
gouvernement de cest estat : sur la difformite 
duquel furent publics, en ce temps, plusieurs 
libel les et escrits scandaleus, entre lesquels les 
trois Sonnets qui s'ensuivent, bien que piquans, 
furent fort receuillis et trouv^s bien faits.] 

I. 

Ne peinde's ung levrier par les lievres chassl, 
Ni les poissons en lair, ni les oiseaux sur 1'onde, 
Vous qui dans un tableau youle's peindre le monde 
Tel qu'il est aujourd'hui e'en dessoubs re n verse* ; 
Mais peinde's moi sans plus un pays police*, 

(2) Nicolas Salcede . genlilbomme cspagnol , allic* a 
Philippe-Emmanuel de Lorraine, due de Mcrcceur, eHait 
fils de Pierre Salcede, qui 6tant gouverneur de Vic et de 
Marsal, au pays Messin. II avail excite^ dix-sept ans au 
paravant, la guerre cardinale. (A. E.) 



<Jft 



BEGISTEE-JOUBBUL Dlf flEIfBI III, 



Non par les mains d'un roy mais d'one vagabonds ; 
Peindta y les erreurs dont nostre France abonde, 
Avecque les abus dont son chef est presse* ; 
Peindls Ic gentilbomme avec un blnlflce ; 
Arcoustrfs moi un asne en homme de justice; 
Peindls l'bomme scavant qui mendie son pain* 
Qu'un famiin par argent acbete la noblesse, 
Que rhomme vertueui soil amaigride faim, 
Et qu'a ses seuls mignons le Roy fasse largesse. ^ 

II. 

[Poorquoi dors-tu, mon Roy, si long-temps enchanted 
Dans les termes lascifs cf unc jeunesse folle, 
Qui n'a pour tout son mieux que yaine la parolle, 
Douteus le jugement et l'esprit esvantl. 
Qui ic rid de te voir languir accravantl, 
Dessoubs le pesant fail cTun sceptre de la Gaulle; 
Qui tient en tes palais de paillardise escole? 
Qui dedans ton estat a le trouble enfante*, 
Resveille-toi, mon Roy, cbasse-mol les sorciers. 
Retire pres de toi tes princes, tes guerriers, 
Tes capitaincs vieux et ta sainte justice : 
Ceux la le feront rlgner, non pas ces glorleux 
Qui pensent que le del n'esclaire que pour eux, 
. Et que digne tu Q'es de leur (aire service. 

III. 

Gammedes effrontls, impodique canaille , 
Cenreaux ambltieux d'ignorance combos. 
C'eit I' Injure du temps, et les gens mal z£le*s. 
Qui vous font prospe>cr sous un Roi fait de paille. 
Ce n'est ni par assault, ni par grande bataille 
Qu'avls eu la faveur, mais pour estre aide's 
D'un corrompu esprit Tun a I'autre enfills, 
Guides de Yostre chef, qui les honneurs vous bailie. 
Qui vos teints damolseaux , vos perruques troussees, 
Airae autant comme escus, et lances et espies, 
Puisque les grands Estals qui vous rendent infames, 
Sont de vice loiers aux jeunes Impqdens. 
Gardens lea a tousjours, car les homines vailkuis, 
N'en veuteQl apris vous. qui estes moins que femmes. 

(1 n'y a phis de verite, il n'y a plus de raise> 
vicorde,et la science deDieu n'est plus en la terre. 
Mal parler, mentir, tuer, derobber et paillar- 
der, ees chores lu abondent,£t un sang a touche 
I'autre sang, qui est le vray type de ce temps. 

Le jeudi 17 avril,leRoyretourqa*d'01inville, 
et la roine-mire de Mousseaux expres,] pour as- 
ftUter (tu festin, que le dimanche ensuivant le 
cardinal de Birague leur devoit faire pour le 
proficiat de son cardinal at. 

[Le samedi 26 avril, au prive conseil ou le 
Roi estott present, fut revoque et casse certain 
edit de la suspension de tous les offices des fi- 

(1) Charles de Bafeae d'Enlragoea, baron de Dunes et 
comte de Graville. ttoutenant-e6n4ral du gouvernement 
d'Orleans. (A. E.) 

(2) Louis de Maugiron, fits de Laurent do Maugiron, ba- 
ron d'AropuU, lieutenant-general dans le Dauphine* . 
(A.B.( 

(3) Livarrot ne mourut pas de ses blessures, mais. queV- 
que temps aprcs (1581). II fut tue* en duel par le mar- 
quis de Mcignelay. (A. E.) 



nances, infrodults et 6rig6, depuis Tan 1514, 
apres que le Roy eust oui les remonstrances do 
tr&orier Beauclerc, faites sur I'iniquit6 d'icdui, 
ou le Roy porta cest bonneur audit Beauclerc, de 
dire tout haut « qu'il n'avoit jamais oui mieux 
» dire ni si bien entendu le fond de ce negate 
» que par la bouche'dudit Beauclerc. »] 

Le dimanche 37 avril, pour demesier une 
qnerellenee pour fort legfere occasion, l&jour 
precedent, en la cour du Louvre, entre le aei- 
gneur de Qu6lus, Tun des grans miggon* du 
Roy, et le jeune Antragues (1), qu'on ape- 
loit Antraguet , favori de la maison de Guiso, 
ledit Qu61us avec Maugiron (2) et Livarrot (S), 
et Antraguet avec Riberac (4) et le Jeune 
Chomberg, se trouverent, des cinq heures du 
matin , au Marche - aux - Ghevaux (ancienne- 
ment les Tournelles, pres la Bastille SainbAn- 
thoine), et lu combattirent si furieusement que 
le beau Maugiron et le jeune Chomberg demeu* 
rerentayorts sur la place, Riberac, des coups 
qu'il y receut, mourust le lendemain a midi ; 
Livarrot, d'un grand coup qu'il eust sur la teste, 
fut six sepmaines malade et enfin reschappa; 
Antraguet s'en alia sain et sauf aveq un petit 
coup, qui n'estoit qu'une esgratigneure au bras; 
Quelus, aucteur et agresseur de la noise, de dix- 
neuf coups qu'il y receust, languist (5) trente- 
trois Jours, et mourust le jeudi vingt-neuvterae 
may, en 1'hoste.l de Boisi, ou il fut ported du 
champ du combat comme lieu plus ami et plus 
voisin. Et ne lui prouflta la grande faveur du 
Roy, qui 1'alloit tous les jours voir, et ne bou- 
geoit du chevet de son lit, et qui avoit promts 
aux chirurgiens qui le pansoient cent mil 
francs au cas qu'il revinst en convalescence, et 
k ce beau mignon, cent mil escus pour lui ftdre 
avoir bon courage de guerir. Nonobstant les- 
quelles promesses, il passa de ce monde en Tan- 
tre, aiant tousjours en la bouche ces mots, 
mesmes entre ses derniers souspirs qu'il Jettoit 
avec grande force et grand regret : Ah! mon 
roy, mon roy ! sans parler* autreroent de IHea 
ne de sa mere. A la verite le Boy portoit k Man* 
giron et u lui une merveilleuse amitic, card 
les balsa tous deux morts, fist tondre leurs testa 
et eraporter et serrer leurs blonds cheveux, osti 
k Quelus les pendans de ses aureilles, que tat- 

(4) Francois d'Aydie, vicomte de Riberac . 01s <te Gay 
et de Marie de Foil dc Candale. (A. E.) 

(5) Duranl la maladie de Caylus , le Roy alia Is 
voir tous les jours ; il fit tendrc des cbaroes dans li 
grande rue Saint - Antolne , de peur qui! ne IH 
Importune du bruit des charrettes et lies cbevaa. 
II aidait a le panser et le servait de ses propres maJa*. 
(A. E.) 



BOY DB rBANCB BT DB POLOPiOnB. [1578] 



nneauparavant lul avoit donnes et attaches 
utpropre main (I). 

rdles et semblables facons de falre, mdigiies 
i verlte d'un grand roi et magnanime comme 
■toft, cause rent pe» a pen le mespris de ee 
nee, et le mal qu'on vouloit a sea mignons 
le possedoient, donna an grand avantage 
ens de Lorraine, poor corrompre le neuple 
lans le Tiers-Estat creer et former pen a pen 
ieremeat lenr parti, qni estoit la Ligue, de 
■die Its avoteut jett.e les fondemens des I'au 
rcedentiS77. 

Grand norabre d'epitaphes, tombeaux, vau- 
riHet et de tontes sortes de poesies latines et 
ncoises (a), pour et contre ees mignons, selon 
linear des esprits, furent semes et divulgues 
•oris et a la eour, taut sur lenr bean combat 
b snr lenr mort, entre lesquelles j'ay receuilll 
les qui s'ensuivent : 



Anlraguet de osjur vaillant , 
A cftubathi bravement, 
Et ftit traverser pir terra 
Les n-Jgnous da rot, qui guerre 
Afoleut envle lul meoer 
Et son lionoeur ruioer. 
Hill malntenanl blen les empewft 
Fruit de Cornell, belle depVsebe.] 
L' Anlraguet et set dhnpigaoiu, 
Out bias eelrllle le* mlgDoas , 
Cbacundlt que c'eit grind dommage 
Qn'll a'j en est mort davantage. 



[iyantres vers semes, incontinent api'es ec 
an combat, qn'on Ultra du nom de courtizans, 
st-a-dire pen honnestes, sales et vllains, a In 



1) Un puMge a pen pre* semblable se trouvc dans 
aegbtre dea curiotlies de Lestolle, n. It, page 398 | 
u le raprodulsons textuellemenl. 
i II mounut leWll2Bmal 1578, cnt'hostel dc B , ... 
II fat port* da champ du combat, bless*" de dli-neuf 
ips. doot II Ungutt entre les malm du medeclus rl 
rnrgieus trente-troil Jours, pendant ksquel le roy 
WiTisiterilsolRiiensement, qu'il no bougeoit gueres 
cheret de vm lit, prometlant a sei chlrurglens cent 
le francs, au CU qu'lls le peussent gualrir, cl a lul 
1 mllle eacuipour lui donner ban courage. Pionobs- 
t lesquelles promessei, la volonledtiRo]>des rojl ea- 
t an cDDtrairet,!) Tut forcS de passer a son grand re- 
t, et entre ks dernlera soupirs jettoi t ces mois avee 



■de force: a.4h r 






e plalilr d'oulr parler de Dieu, ni de sa mere. 
Le roy, poor te'molguer la grandc amltle qni lui pur- 
, le balsa mart, comme It avolt fait Maugeron, fist 
Jre lean testes, etemporta el sens, leurs blonds chr- 
t. Oita a Quelns lei pendant de tea aureillcs que 
nesme lul avolLanparavant donnfs el attaches de s.i 
ire main, tant ft aroit lamour de ccs beam Bis en- 



3!l 

mode de la cour, tnesmes en ce qu'ils touchent 
I'honneur du Boy, duquel il n'y a que les tons 
et les meschans qui en mesdisent. 

Signes Cl. D. L.P. Liotjeub A. 1578. 
D'autres tiltres du beau Maugeron : 
Ce beau mignon mounist sur le champ du 
combat et expirn en regniant Dieu, car sa der- 
niere parole (que nostre msistre Poncet apeloit 
son testament}, fust : Je regnie Dieu; de quol les 
predieateurs de Paris, grandement offenses, et 
non sans oatne, crioient tout haut publiquement, 
en leurs chaires, qu'il le faloit deterrer et trainer, 
lui et sea compagnons, a la voiric : nonobstant 
lesquelles remonstrances le Roy 1'honnora, lul et 
les autres, de superbes convois, services et se- 
pultures de princes (3), et voulust que les plus 
grands de sa cOur assistassent a leur enterre- 
ment et service. Ce que la pluspart flrent par 
contrainte et a regret (4). 

On en publia anssi un inscrit : Tumulus Mau- 
gemtiif; et Epitapkium ejusdem ; Epitaphium 
Queskei, et d'autres vers adressant au Roy sur 
la mort de son mignon Quelns. 

Leurs corps a tons reposent a Saint-Pol, serail 
des mignons.] 

Le lundi 38 avril, messire Charles de Lor- 
raine, due de Malenne, fut par le premier presi- 
dent Installs au siege de la table de marbre, en 
signe de prinse de possession de rami mute de 
France, que le Boy lui avoit donnee a la survi- 
vance du comte de Villars, son beau-pere (5). 

[Sur la fin de ce mois, Monsieur list lever par 
toutes les terres de son apannage compagnies de 
gens de pied et gens de cheval, pour aller en 
Flandres an secours des Estats ; ce que le Roy 
fait semblant de trouver fort mauvals, a cause 
de rambassadeur d'Uespagne qu'il avoit pres de 

* (9) On en fit les deux vers sulvanu : 



(3) Le Roi ordonna que leurs corps seraleni eipotfs 
sur un 111 de parade comme ceui des princes, cl que 
luute la cour astlsieralt a leurs nineratlles. II garda la 
cbambre quelques Jours sansselalsscrvolr. (A. E.) 

(!) Ce memo article que Ton vlenl de tire te trouve 
dans le Regtstredeicuriosltcsde Lestolle, n. ii.p. 395. 
avec plusleurs II gin* qui ne sont pat dans le Beglslre- 
Journal. Nous atons reunftes deui articles en on seul. 

Les derniers etllleurs en oat aussl donne quelques II- 
gnes. 

(5) llonofri de Savole , marquis de Villars, comte de 
Tende, elc Bis de Rene' legitime' de Savole el de dame 
Linearis, fut ires esilmt sous les qoatre derniers regnes 
de la maison de Valois. II se dlstlngua a la bataille de 
Honconlour. oil II sauva deuifolsledard'AnJou. Apres 
la moil de Collgny , II ful fall marathal et amlral de 
France. (A. E.) 

7. 



too 



UKGISTRE-JOURXAL DE HENRI tit, 



lui, lequel le menassoit d'une guerre a son 
maistre, s'il n'empescboit ce dessein, tellement 
qu'il fit faire defenses a tous ses subjets de sortir 
des terres de son obeissance en armes, sans son 
expres conge et commandement, sur peine de 
saisie ct confiscation, de tous leurs biens ; et ce- 
pendant, soubs main, aide Monsieur de deniers 
et fait ce qu'il peut pour lui en faire trouver. 

Mai. Le samedi 3 may, le Roy envoia le 
seingneur de Beauvais Nangis a Saint-Denis, 
avec quatre compagnies de gens defied pour 
asseurer ladite ville, qui avoit este si fort trou- 
blee par l'insolence de quelques compagnies se 
disans aller en Flandres pour^fousieur, que les 
religieux dudit Saint-Denis en avoient apporte 
tout k la baste leur tresor a Paris. Qui fut un 
mauvais commencement et de sinistre presage 
pour la prosperite d'une telle entreprise, qui 
commencoit par un brigandage, pour finir 
(comme elle fist) par l'espee et le cousteau de 
la justice de Dieu, sur les autheurs et con- 
ducteurs de tels voleurs et brigands. 

Le samedi 10 may, les dues de Lorraine, de 
Guise, deMaienneet d'Aumale, avec le marquis 
d'EIboeuf et le nouveau cardinal de Guise, par- 
ti rent ensemble de la ville de Paris et se reti- 
rerent en leurs maiaons mal contents et indignes 
contre les mignons du Roy (ou pour le moins 
faisans semblant de l'estre, car telles faveurs 
avancoient plus leurs desseins qu'elles ne les 
reculoient).] Quoique e'en soit, le due de Guise, 
sur le bruit qui couroit k la cour, qu on ne me- 
na^oit Antraguet de rien moins que de la mort, 
s'il avenoit faute de Qu61us, dist tout haut que 
Antraguet (1) n'avoit fait acte que de gentil- 
homme et d'bomme de bien ; que si pour cela 
on le ¥Ouloit fascher, qu'il avoit une bonne es- 
pee et qui coupoit bien, qui lui en feroit la 
raison. Manda aussi audit Antraguet qu'il estoit 
de ses amis, et qu'il s'en asseurast au besoin. 

[Le mardi £0 may, Gastelnau et La Yalette, 
tous deux gascons, jeunes d'aage, voulurentde- 
partir une legere querelle aveq leurs armes ; mais 
ils en furent empesches par le sieur de Puigail- 
lard et les gardes du Roy.] 

En ce mois de may, Lavardin, a Lucey en 
Vandomois , tua de sang-froid et de guet-apens 
le jeune Randan, [soubs ombre de ce que ledit 
Randan [ s'ingeroit de fdfre l'amour k la jeune 
dame de Lucey (2) , riche veufve que Lavardin 

(1) II 6tait frere pulnd dc Francois de Balzac d'Entra- 
gues, ce qui le fit appeler Antraguet dans sa premiere 
jeunesse. (A. £.) 

(2) Jeanne de Coesmes , dame de Lucey, veuve de 
Louis de Mootafig. Elle Ipousa en seconder noces, en 1582, 
Francois de Bourbon, prince de Conti. (A. E.) 



aimoit pour l'espouser. Ge meurtre fust trouve 
fort cruel et estrangement barbare , et envoia le 
Roy un prevost des mareschaux avec forces pour 
prendre au corps Lavardin ; lequeri se retira eo 
Gascongne vers le roy d# Navarre, son maistre, 
[ou il fust le bien venu. Ghose grandement de- 
plorable en ce malheureux siecle , de voir les 
flaaisons des rois et des princes servir d'azyle et 
retraicte aux meurtriers et assassins.] 

En ce mesme mois de may, k la faveur det 
eaux qui lors commence rent , et jusqu'A la Saint- 
Martin continuerent d'estre fort basses, fut com- 
mence le Pont-Neuf de pierre de taille, qui con- 
duit de Neslea l'escole Saint-Germain, soubs Tor* 
donnance du jeune du Gerceau (3), arcbitecte du 
Roy, et la surintendance de messire Ghristophle N 
de Tbou, premier president, maistre Pierre Se- 
guier, lieutenant civil, maistre Jean de La 
Guesle, procureur- general , et maistre Glaude 
Marcel (4), surintendant des finances, et furent. 
en ce mesme an les quatre piles du canal de 
la riviere de Seine, fluant entre le quai des 
Augustins et l'isle du Palrits, levee* environ 
uue toise chacune par dessus de res-de-cbaus- 
see. Les deniers furent pris sur le peuple, par 
je ne scais quelle creue ou dace extraordinaire, 
et disoit-on,£ue la toise de 1'ouvrage coustoit 
quatre-vingts-cinq livres. 

Juin. Le mardi 3 jufhg, le Roy et les Roi- 
nes, apres avoir soupp6 ch£s Adjacet, all^rent 
coucher a Escouan, de la k Chantilli, ou le ma- 
reschal de Monmoranci les traitta par trois jours 
magnifl|uement. Puis pass^rent [k Trie, k Char- 
leval , a Gail Ion], k Rouen et k Dieppe, [ou le 
Roy, par le conseil de ses medecins, s'alla bain* 
gner en la mer , pour guairir certaines gailes 
dont il estoit travaille.] 

Gependant les habitans de Rouen , quand le 
Roy y passa , qui estoit la premiere fois apres 
son couronnement , furent contraints de acheter 
l'entr6e qu'ils lui debvoient, de la«ommede vingt 
mil escus , que le Roy prinst pour donner a ses 
mignons. Ge qui fust trouve fort estrange. 

Le mardi 24 juing , jour et feste de Saint- 
Jehan , le chancelier de Biragues , accompagne 
de plus de deux cents cbevaux, tant italiens que 
fran^ois , vinst en habit de cardinal en la grande 
eglise de Paris , prendre de la main du Nonce 
du Pape le chapeau rouge que Sa Saintete lui 
avoit envois, [lequel lui fut bailie apr&s la messe 



(3) Jacques Androuet du Cerceau , fameui archltecle 
de ce temps la. II fut employe* par Henri III; et comme 
il <Hait prolestant, les ligueurs en firent un crime a ce 
prince. (A. E.) 

(4) Claude Marcel, orfevre, puis *fonselller, et eufio 
surintendant des finances. (A. E.) 



4 



B01 DE FBA.ICE ET DE PO LONOKE. [1578] 



101 



solennellement dite avec grandes magnificences 
et ceremonies, ausquelles assisterent plusieurs 
presidens et conseillers de la cour de parlement, 
roaistres des requestes et la pluspart des secre- 
taires de la naison et couronne de France] ; le 
toot avec grand apparat et sumptuosite sans la- 
quelle les cardinalats seroient fortpeude chose. 

[Juillet. Le jeudi 3 juillet% le Roi arriva a 
Paris de son voiage de Normandie , ou en pas- 
sant il laissa garnisons de gens de pied a 61- 
sors , Vernon , Mante, Meulan, Poissi , Pontoise, 
et autres places sises sur les rivieres de Seine et 
d'Oise , pour empescher le passage aux gens de 
guerre leves par Monsieur, es terres de de^a 
l'eau , pour aUer en Flandres au secours des 
estate.] 

Lelundi 7 juillet , M. le due partist de la ville 
de Vernoeil k minuict , accompagne de Bussi, 
[Cimier] , La Rocheguion, [La Chastre , Cham- 
vallon,] et autres gentilshommes de sa suitte 
jusquesau nombre de dix chevaux seulement, 
vinst passer la Seine k la Rocheguion , et avec 
chevaux de relais avan^a chemin, de facon qu'il 
se rencNst en deUx jours k Bapaume [et k Arras], 
et de la k Mous en Hainaut , ou il fut le bien 
veu et bien receu. 

Peu de jours apres, messire Regnauld de 
Beaulne (l), son chancellor, vinst k Paris pour 
recouvrement de deniers. Au recouvrement des- 
quels le Roy iui fit toutes faveurs possibles, 
mesme fit d6fendf£ k tous les notaires de Paris de 
recevoir aucuns contracts de constitution de rente, 
sur peine de nullite d'iceux, et enjoignit tous 
ceux qui auroient deniers a bailler a rente, 
iceux porter au receveur general de la ville de 
Paris, on au receveur de la ville, qui leur en 
feront rente au denier douze. Meuoit ordinaire- 
ment avec lui dans son coche proumener ledit 
seingneur de Mandes, [ung des principaux con- 
seillers de l'entreprise de Monsieur,] ce qui s'ac- 
cordoit mal avec les garnisons que Sa Majeste 
avoit mises sur les avenues de la riviere, pour 
empescher le passage des gens de Monsieur ; ce 
qui faisoit croire k beaucoup, et mesme k l'Hes- 



(1) De Beaulne Itait fils de Guillaumede Beaulne, sci- 
gneurdeSamblaneay. II 6taitalorsc>6quedeMende, avail 
€U conseiller et president au parlement, et fut depuis 
arcbeY<qnt-,de Bourges et de Sens, grand aum6nicr de 
France et commandeur de I'ordre du St-Esprit. (A. E.) 

(3) Henri III, solllcitl par la reinc-mere, lui pro mi t a 
la verity de Taider dans cette entreprise. mais les eflets 
ne repondlrent pas aux promesscs. (A. E.) 

(3) Dans le Registre des curiositls, n. 11, page 397, on 
Ht cequl suit IcrMela main de Lcsloile, apres la trans- 
cription des tombeaux de Saint-Megrin. On n'y irouvc 
du reste aucune variante importanle avec le mantiscrit 
do Journal de Henri 111 : 



pagnol, qu'il y avoit secrette intelligence en ce 
dessein entre Monsieur, son frere et lui (2). 

En ce mois, Cimier, gentilhomme favori de 
Monsieur, fist luer et assassiner en son chasteau 
de Cimier, le chevalier de Malte son frere, beau 
jeune gentilhomme, poured qu'il avoit este ad- 
verti que pendant les quatorze mois qui estoient 
passes, depuis qu'il n'avoit veu sa femme, fiile du 
sieur Dangeau, pr&s Loudun, ledit chevalier son 
frere, en la garde duquel il 1'avoit laiss£e, n'avoit 
cesse de paillarder avec elle, et de fait estoit 
grosse de lui. lis tuerent ledit chevalier a l'entree 
de la porte du chasteau, que lui-mesme leur estoit 
venu ouvrir, et combien qu'ils eussent charge di 
tuer quand et lui la damoiselle, ils s'en obstin- 
dreut toutefois ft cause de sa grossesse qu'elle 
leur asseura. [Ainsi voions-nous que Dieu enfin 
juge tousjours les adult&res.] 

Le lundy 21 juillet, Saint-Mesgrin , jeunc 
gentilhomme bourdelois, beau, riche et de holme 
part, luii des mignons fraises et frizes du Roy, 
sortant a onze heures du soir du chasteau du 
Louvre, ou le Roy estoit, en la mesme rue du 
Louvre, vers la rue Saint-Honnore, est charge 
de coups de pistole, d'espee et de coustelas par 
vingt ou trente hommes incongneus, qui le lais- 
serent pour mort sur le pave, comme aussi rriou- 
rust-il lejour ensuivant, et fut mer veil les en- 
cores comme il peust tant vivre, estant attaint 
de trente-quatre ou trente-cinq coups mortels. 
Le Roy fist porter son corps mort au logis de 
Boisi, pres la Bastille Saint-Antoine, ou estoit 
mortQu&us, son compagnon, etenterrer k Saint- 
Pol, avec semblable pompe et solemnite qu'a- 
voient este auparavant inhumes, en ladite eglise, 
Quelus et Maugiron ses compagnons. 

De ce meurtre et assassinat n'en fut faite au- 
tre instance et poursuitte, tout mignon et favori 
du Roy qu'il estoit : sa Majeste estant bien ad- 
vertie que le due de Guise 1'avoit fait faire, pour 
le bruit qu'avoit ce miguon d'entretenir sa fen» 
me, et que celui qui avoit fait le coup portoit 
la barbe et la coiitenance du due de Malenno 
son fr&re (3). 



«Cc beau mignon fut tuc ; 1c lundi 21 juillet 1578, ati 
sortir du chateau du Louvre, a Paris, oil le roy estoit, a 
onze heures du soir, aiant este* attaint dclientc-quatrc 
coups mortels, desquels toutefois il ne mourut que le 
lendemain. On dtsoit qu'il avoit este* acconimode* de 
cesle facon par 1c due de Maicnne, frere du due dc 
Guise, duquel ce mignon avoit le bruit de gouverncr la 
femme. Son oprps mort fut porte*, par le conuiiaiidcmcnt 
du Roy, au logis dc Doisi, pres la Bastille, ou estoit mort 
Qu61us, et fust cuterre* avec pareillc pompe et magnifi- 
cence que les gut res dans I'^giise do Saint-Pol, slrall de* 
mignons. » 



102 



BEGISTBB-JOUBNAL DB EBNBI III, 



Les nouvelles venues en Gascongne an roi de 
Navarre, on dit qu'il dit ces mots : « Je s^ai bon 
»» gre au due de Guise, mon cousin, de n'avoir 
» peu souffrir qu'un mignon de couchette comme 
» Saint-Mesgrin le fist coqu. G'est ainsi qu'il 
» foudroit accoustrer tous ces autres petits gal- 
- lansde la cour, qui se meslent d'approcher les 
» princesses pour les mugueter et leur faire l'a- 
• mour, » * On dit de Saint-Mesgrin qu'en mou- 
rant il donna son kme k Dieu, son corps k la 
terre, et son ... a tous les diables. 

$pr la mort de.Pol de Cassade, seingneur de 
Saint-Mesgrin, furent divulgues quelgues 6pi- 
yipheSy [entre lesquels j'ai receuilli ceux qui sont 
Ultras : Graft animi (l) monumental] 

Le vendredi 25 juillet, devant l'eglise de 
Saint-Pol, pendant qu'on y faisoit les obseques 
de Saint-Mesgrin, le seingneur de Grammont tua 
un jeune gentilhomme, parent de M. de Cha- 
vigni, et lieutenant de sa compagnie, et vinst 
leur quereile pour une baguette ostle k un page. 

[Le samedi 26 juillet, le Roy alia k Olinville 
your* y recevoir la roine de Navarre, sa seur, 
et luidire les adieux, pour ce qu'elle s'achemi- 
noit en Gascongne, vers le roi de Navarre, son 
mari, qui d&s long-temps la demandoit.] 

Sur la fin de ce mois, le Roy demanda au 
clerg£de France une decime et demie d'extraor- 
dinaire, [oultre les moiennes decimes ordinaires, 
soubs pr&exte des frais qu'il convenoit faire 
pour renvoier la roine de Navarre, sa seur, au 
toi de Navarre, son mari,] dont tout le clergg 
guirmura fort ; et lui fit de bouche et par escrit 
phisieurs belles remonstrances tendans k fin d'en 
egfcre excuses et descharges. Gependant Sa Ma- 
jeste va toutes les festes ouir la messe en diver- 
ges paroisses de Paris , pour faire paroistre aux 
prebstres et theologiens, qui le blasmoient de 
n'aimer gueres l'eglise, qu'il estoit fort bon ca- 
tholique, et que le clerge ne pouvoit ni ne lui 
(Jevoit rien refuser de ce qu'il demandoit. 

[Aout. Le samedi 2 aoust , la Roine de Na- 
varre parti t du ohasteau d'Olinville pour pren- 
dre Ic chemin de Gascongne, vers le Roy son 
mari (2), et I'accompagnent la Roine sa mere, 
le cardinal de Bourbon, le due de Montpensier 
et messire Guidu Faur> sieur de Pybrac, pre- 
sident de la cour. 

Le mercredi 20 aoust, par arrest de la cour, 
au parvis Nostre-Dame de Paris, apr&s avoir fait 
amande honnorable, furent pendus et puis brus- 
les deux bommes de Gbelles Saiut-IJaudoiir, qui 



(1) Al. Auni. (Lesloile.) 

(2) Lestoilc avait ajouUHa ligne suivanl'c, qu'U a post*- 
rieurement efface* : 



avoienfe*st6 soldas et gardes des bote, et lean 
peres brusl6s avec eux, a cause de plusieurs 
6normes et execrables blasf&mes par eux dits et 
prononces contre l'honneur de Dieu et de la be- 
noiste Vierge sa mere. „ 

En ce mois d'aoust, les compagnies de gen- 
darmes, tant de pied que de cbeval, levies par le 
mandement de Monsieur , pour aller en Flan- 
dres, esparses pap la Picardie et la Cbampagne, 
saccagent, pillent, volent, violent femmes et 
filles, tuent, mettent le feu aux maisons et an* 
granges par ou ils passent. De quoi le Roy ad- 
verti, apr&s en avoir oul plaintes infinies , avec 
recit des enormes et execrables meschancetes 
qu'ilscommettoient, fust contrai&t de les aban- 
donner au peuple , comme aussi le due de Guise 
en son gouvernement de Cbampagne fist faire 
carnage de ces soldats , voleurs ravageans et 
opprimans le pauvre peuple cbampenois. ] 

Septembbb. Le mercredi 3 septembre, en la 
place Maubert, a Paris, par arrest de la cour de 
parlement, un jeune enfant, laquais, aagg de 
treize ans seulement, fut pendu et estrange, 
pour avoir donn£ quelques coups de dagne k un 
marcbant de Paris, son maistre, dormant la nuict 
en son lict, au pont Antoni, et s'estre efforc£ de 
le tuer. Et fut ceste execution trouvee estrange, 
tant k cause du bas aage de l'enfant qu'eu es- 
gard k ce que le marcbant estoit guairi des coups 
qtfil lui avoit donnes. *> 

Le jeudi 4 de septembre* le Roi partit de 
Paris pour aller k Fontainebleau se rafraischir, 
et s'en allant, laissa k sa cour de parlement vingt- 
deux edits nouveaux et boursaux, pour les voir 
et homologuer : laquelle, le mardi 9 de ce mois, 
par son arrest notable, declara qu'elle ne pouvdlt 
proceder a la verification d'iceux, pour estre la 
creation des offices et estats y mentionnes, une 
taille et charge sur le peuple de ce roiaume, qui 
ne se peult porter, et non neeessaire ni valable, 
ains inutile, pernicieuse et dommageable au pu- 
blic, et qui pourroit engendrer une emotion et 
sedition, qui seroit la mine de Paris et de l'estat 
Et fut l'avocat du Roy, Rrisson, envoie par la 
cour k Fontainebleau porter au Roy ledit arrest;, 
lequel, des vingt-deux edits, n'en v&ifioit que^ 
deux et renvoioit les vingt autres. De quoi le 
Roi, mal content, envoia le seingneur de Chavi- 
gni et le president de Relievre, le mardi 23 de 
ce mois, en ladite cour, pour les faire publier et 
verifier, ce que la cour refusa fort vertueuse- 
ment : respondant, qu'elle ne pouvoit ni ne de* 



« A son grand regret et corps defendant, selon le bntf* 
tout commun, » 



1 



ROl. Dfc VkkHCt it Dtt PolOnOnk. [UH] 



toa 



te )e Roy aiant entenda* dit : * Je vols 
ladame md COUr me veult donner la 
liter moi-mesme. J'irai, mais je leur 
v ib ne seront possible gu&res contents 
• » De quoi la cour advertie, trouva 
appaiser le Roy, d'en verifier encores 
osdes moins meschans. 
dl 16 septembre, Prevost, cure de 
in, revinst de Fontainebleau, et ap- 
sssieurs du clerge une exemption du 
charge de la decime et demie extraor- 
te Sa Majesty leur avoit demanded.] 
•or de lundi 15 septembre, Scnom- 
ui dix ans auparavdnt estoitun simple 
Band) prist .possession de la terre et 
'anteille-le-Haudouin,qu'il avoitache- 
de Guise trois cens quatre-vingt mil 
que Ton disoit avoir este vendue par 
uise, pour acquitter une partie de ses 
1 ne montoient gueres moins qu'& un 

sredi 23 septembre, furent mis et af- 

les quarrefours de Paris et aux portes 

des placcards en rythmes eontre les 

sqpels j'en recouvris un dont la copie 

PA4CCABDS DE PARIS. 

A mes$ire Poltron, Scorpion, 

Hni, Serredeniers et ses complices ^ 

ret d'ltalie, des enters toute U lie, salut : ' 

, Inventears de subsides, 
•I fots que tous les parricides, 
ivarfce et desir insense* 
A la France en mainour renverse\ 
? a pas les bourredus de la France, 
aire vous haut ne cricnt vengeance. 
poUrons, rilains aussi bannis , 
if estfe*s ttquins en vos pays, 
qu'ainsl^ar un malhcur fatal, 
I bongrins nous causent tant de mat. 
s taeant ainsi que la sangsue , 
li chacun en France d'aban sue : 
it Tescu que dilte au roi prester, 
I par yous cent mil autre attrapper, 
riroent de tout le pauvre peuple, 
' vous a vendu jusques au menble. 
Js-vous, publicalns tant inf&mes, 
BS terras de terribles allarmes 
rsur vous et sur vostrc scquelle , 
is ostez jusqu'a notre cscarcelle, 
a plutost il mourra cent mil hommes, 
e tardiea, que Ton ne vous assomme, 
malbeur de vos inventions, 
►nopoles et impositions, 
doncquc, qui que tu sols, 

rd de Scbomberg, comte de Nanteuil, issu 
le et noble famine des Scbomberg , dans la 
tie de la Haute -Saxe , vint s'ltablir en 
e signala dans ies guerres civiles. II porta 
armes pour les prolcstants; mais lorsque 
Tent attire 4 dans le parti cathollquc, il tenrlt 



Qui t'earicbls am despens du Francois, 
Dont tu fais tant du muguet parfuml, 
Un jour vieudra que seras enfuml ; 
Car la France est de toi si tres-fort lasse, 
QaVH fauit poor vraJ que la teste on te casse. 

Conireplaccard italien y mats modeste et accort, 
seme par Paris et ajfiche en divers endroitx 
et quarrefours de la ville, inscript : 

LA NATION ITALIENNB A LA FBAgCB. 



« Les gfo&ales injures, plaintes et menaces 
eontre la nation italiennesortent njustost d*une 
baine desbordee d'aucuns particuliers fran$oif , 
offenses par opinion ou effect, que (Tune rai- 
sonnable volontl qui me contraignent de dire, 
non pour excuser ceux qui donnent subject de 
parler, appliquer placcards et exfcuter eon- 
tre eux les menaces y contenue*, mais pour 
Justifler tant de seingneura, gentilsbomnies et 
gens d*honneur italiens r r&idans en ee roiau- 
me, pour bons et louables aeddens. Les uns 
tone s'y sont retires apr&s avoir perdu lews 
biens en leur patrie, pour le service de la cou- 
ronne. Autres, pour recouvrir ce qu'ils y ont 
preste et despendu pour ies urgens affaires du 
feu Roy et de cestui vfvant. Autres, ont eu cest 
bonneur d'avoir este nourris d&s leur enfanee 
au service de Leurs Majestes et des prhiees et 
grands seingneurs. Autres, yontprisallianceet 
lien de mariage. Autres, ont emploie leurs vies 
au fait des guerres. Autres, par commandement 
de leurs princes, ont traitte et nlgotte vers 
Leurs Majestls, traittent et n^gotient encores 
aujhourdui & leurs propres cousts et despens. 
Autres, sont ici pour la n&essaire traAque qui 
se fait de pays k pays, et de nation a nation, 
la pluspart d'eux vivans en honneur et bonne 
refutation, qui ne peuvent nl ne doivent estre 
diffames et obscurcis par les remarques de quel- 
ques entremetteurs de nouvelles impositions, 
inventees et minutt^es par esprit et moiens 
franfois, et executes par Tentremise d'aucuns 
ltaliens, mais peu. Car if est asses notoire qui I 
y a en France plus de Frelucs, Jules, Andras, 
Cbastillons, Spiffimejs, Vascbers, Escaloppiers, 
Huraults, Clercs, Gourgues, Marteaux, Gran* 
drus, De Brais, Hennequtns, que de Sardfni, 
Diacette, Delbene, Martelli, Gondi et Ruscel- 
lai, lesquels, peale-mesle, ont moienn£, fournl 
et avance deniers pour tirer a fin les partis des 



» 

» 
» 
» 

u 
» 

» 
» 

» 

H 
W 
V 

» 
II 
» 

M 
W 
l> 
» 
» 
» 

» 
» 

V 

» 
» 

V 
W 
U 



Ivec zele contra tea co-religtonnaJres. II avaH um tres- 
grande eip^rience dans la guerre , beaucoup d'habilet6 
dans lea negociations , et son Eloquence elalt anAle et 
persuasive. II mourut en 1509. Henri de Scbomberg, son 
fife etCbarles, due d' Hall win, son patlt-fil), ont M ma- 
rccbaui de France. (A. E.) 



V 



104 



KEOISTBE-JOURN 



» dites impositions , desquellts la France se 
» plaind. Partant ooulpables et punissables en 
» sont les inventeurs, moyenneors etentremet- 
» teurs ; excusables et lquables ceux qui ne se 
» meslent que de faire service a Sa Majeste et 
» a leurs princes et seingneurs, corame aussi ceux 
» qui vaquent a leurs petites affaires et com- 
» merces, sans offenser personne, s'offrans a 
» mettre les mains les premiers contre ceux de 
» leur nation, qui sont cause de la mauvaise opi- 
» nion qu'on ade la generality de Indite nation. 

» Afficch6 jpar la pluspart des quarrefoors de 
» Paris, aux portes du Palais hautes et basses, 
» vers le Louvre et ailleurs. »» 
, Le lundi 29 septembre, jour et feste saint 
Michel, le cardinal de Birague, chancelier de 
France, remist entre les mains du Roy les 
seaus de France, lesquels furent bailies a mes- 
sire Philippes Huraud, seingneur de Gheverai, 
pour en avoir le tiltre.de garde tant seulement. 
Car le tiltre, gages et pensions de chancelier en 
demeurerent audit Birague, avec promesse 4u 
Roi qu'il le retiendra pour chef de son conseil, 
et lui donnera dedans un an pour trente ou qua- 
rante mil livres de b£n£fices. 

On disoit qu'on avoit change son cheval bor- 
gne en un aveugle; dont furent semes & Paris 
ces vers mesdisans, qu'on attribuoit a un chi- 
rurgien , qui se connoissoit bien aux maux , 
mais n'avoit gueres accoustume' de les flatter. 

DES SEAUX OSTES A BIRAGUE, POITB LES BAILLEB 
A HUDAULT, DIT DE CIIKVERNI. 

Vrayment, en ce temps miserable , 
Dieu nous est doux et favorable » 
Alant Birague retire*, 
Qui estoit si fort alte>e\ 
Qu'il succoit tout le sang de France. 
Mais France aura plus de souflrance, 
Quand aura les seaux ce Hurault, 
Hault larron, ignorant badeault. 
Impudent, vilaln et sans ame, 
Digne de reproche el tout blasrae, 
Caulelcux, meschant et si fin, 
Qu'il meltra sa maison a fin , 
Retournant en son premier estre. 
Dun qui d'Hurehault estoit maislre. 
Car des siens le premier m&Uer, 
Estoit desire vallet chattier. 

Un fameus advocat du Palais, et courtizan, 
fist des vers asalouange, qu'il lui dedia, et cou- 
rurent incontinent partout, et ilsestoient tiltres : 

Ad amplissimum virum Philippum Huraldum 
Cheverntum y Gallics procancellarium.] * 

Ledit jour saint Michel, maistre Francois de 
Saignes, seingneur de La Garde, conseiller en 
grand'ehambre du parlement de Paris, benefice, 
natif de Thoulouze en Languedoc, aage de cin- 



I 



AL OB Hfcffm tttf 

qtrante-cinq ans, homme ignorant mats violent, 
se leva du lit au matin ay&nt jour ou il estoit 
detenu, afflige d'une fiebvre et d'une retention 
d'urine, et se sentant vex6 de grandes et Conti- 
nuelles douleurs, et pres la fin de sa vie, monta 
sur son mulet , defendit a ses gens de le sui- 
vre, et approcchant des Bonshommes du oost& 
du Pro* aux Glercs, ou estoit son domicile, apres 
estre descendu de son mulet, se precipita en la 
riviere de Seifte et se noia. Et neantmoins fust 
solennellement enterre au cceur des Cordeliers, 
aveq Tassistance du premier president de Thou, 
et bon nombre de president, maistres des reques- 
tes et conseillers 8e la cour; soubs couleur de 
ce qu'on fist courir le bruit qu^* estoit en flevre 
ardente et phrenetique, et aussilju'il avoit donn£ 
son estat et ses benefices a Jacques de Thou, 
ills dudit premier president, lequel il avoit nam- 
ing et fait seul executeur de son testament. [Qui 
fut cause qu'on ne lui fist le service pareil a ceux 
qui, se desfaisans eux-mesmes, monstrent qu'ils 
n'ont jamais este chrestiens de fait, mais de 
nom seulement. 

Sur ceste mort furent divulgues les vers latins 
qui sont tiltres : In Francisci de Saignes-Gardii 
jtiolentumfatum monodia ; et d'autres : Defato 
Gardii senatoris; Gardius viahh.] 

Octobre. Au commencement d'octobre, le 
Jtoi, au lieu de la d6cime et demie qu'il avoit 
remise aux ecclesiastiques, peu de jours aupara- 
vant, envoia aux abbes, prieurs et beneficiers— 
aises lettres signees de sa main, par lesquell 
il les prioit, chacun d'eux particulieremeit, d 
lui prester certaine somme de deniers, comme 
chapitre de Paris, in globo, douze cens escuft; 
Mariau, chanoine et fort riche ben^ficie, cin 
cents escus ; a un autre trois cfptsescus; et 
des autres : dont sourdit grand murmure et 
contentement entre lesditi* ecclesiastiques, qu 
faisoient la sourde aureille, [refqsant tout a^>la 
Sa Majeste, laquelleilsdisoient asses haul 
trer bien par ses deportemens qu'il n'ataoi 
gueres lTilglise. 

En ce temps arriverent les nouvelles a Pari 
de la mort de dom Joan d'Austriche, decide 
Namur d'un flux dyssenterique, nouvelle autan 

agr^able aux Estats du Pays-Bas et a leurs pat 

tizans, qu'elle estoit fascheuse et desagr^abl^ 
aux Espagnols et leurs adherans. 

Sur ceste mort furent faits et divulgues phm- 
sieurs epitaphes, les uns pour et les autres 
contre.] 

En ce temps, messire Ludovic Adjaceto [t) f 

(1) Ludovic Adjacet » marchand de Florence , vint * 
Paris, ou, par la protection de la reine-mere, il s'enrteh/i 
dans les fermes. Les richesses lui firent naltre lldee de 



feOI Dfc FfcANCB ** DI POLOWGWE. [1578] 



105 



i, acheta le coffiW de Chasteau-Vilain 
snt mil francs, qu'il avoit espargnes de 
[de la doane, et autres daces et imposi- 
II avoit auparavant teoues k ferme] du 
ee pour espouser la damoiselle d'Atrl, 
[sentant son coeur et I'ancienne gnm- 
t estoit remarquee] la maison d'Atri au 
de Naples, dont elle estoit descendue, 
t poor mari ce messere doannier et fer- 
! n'estoit due on comtfe 
idi 16 octobre, le Roy va & Olinville, 
186 et passe son temps, efcl& refoit nou- 
4a Roine sa mere, du bon et gracieux 
; magnifique reception (1) que le roi de 
avoit faite k Nerac, k elle et a la roine 
Te, sa fille, et comme elle s'en alloit en 
jc, poor tascber k y composer les af- 
I'estat, et les troubles recoramencans 
ix de la religion et les catholiques. 
s nouvelles Ig Roy eust pour fort 

cte entrevue du Roy et des Roines] , 
le cardinal de Bourbon tinst quelques 
i roi de Navarre, son nepveu, pour se 
ia religion catholique, dont ledit roi de 
e gossant et descouvrant par sa bouche 
e de la Ligue, qui des ce temps com- c 
i prattiquer le bonhomme, lui dist tout 
iant : « Mon oncle, on dit en ce pays 
ly en a qui vous veulent faire roy (2) ; 
9sr qu'ils vous fassent pape : ce sera 
ni vous sera plus propre, et si seres 
and qu'eux ni tons les rois ensem- 
k conte aiant este fait au Roy a Olin- 
ist lire bien fort. 

di 20 octobre, Cimier, Fun des princi- 
nons etjavoris de Monsieur, vinst de 
ft Paris trouver le Roy, afin d'estre par 
\& de tout moten au Roi possible pour 
i veu et receu par la roine d' Angle- 
's laquelle il estoit envois par ledit 
due son maistre, pour le pourparler 
je d'eutre lui et elle, dont les propos 
avoient este ouverts, et duquel cha- 
de discourir, encores qu'il n'en- 
Les contouers et ouvroirs des bou- 



uelque grande maison. U rechercba Anne 
dite d'Arragon, fllle de Jean-Francois due 
royaume de Naples. Ayant appris que cette 
le voulait pour mari qu'un ducou ua comte, 
eu le comte* de Chateau-Vilain. (A. E.) 
Ine de M£dicis. sous pr&cite de conduire 
de Yalois au roi de Navarre son mari , par- 
>rovinces et Ucha de d&ouvrir les desseins 
\ religionnaires et des politiques. Elle voulut 
le lear propre bouche le veritable sujet de 



tiques de Paris seryans, pour la Jrtuspart, k en 
conter et deviser des affaires d'estat. 

Sur la fin du present raofs d'octobre, Moasieur 
renvois, soubs la conduitte du seigneur de La 
Ghastre, quatre mil harquebousiers de Parmee 
qu'il avoit menee en Flandres, a la faveur des 
Estats, lesquels revenans par le pays de Piear- 
die, furent contraints marcher en trouppe et en 
bataille, ponrce que de tous soldats revenans de 
Flandres, les pitaus picards, champenois et nor- 
raans; faisoientun cruel massacre, quand ils les 
pouvoient trouver & leur avantage, se vengeans 
du vilain et indignetraictement qu'ils en avoient 
receu k leur passage. 

Novembre. Au commencement du roois de 
novembre, y eust remuement d'armes entre les 
seingneurs de Garses et de Suse, k raison du 
gouvernement de Provence, que le mareschal 
de Rais avoit vendu quarante mil escus audit 
seingneur de Suse. De quoi indigng, de Garses, 
auparavant lieutenant du mareschal de Gondi 
audit gouvernement, prist les armes et remua 
tout le pays pour se ressentir du tort pretendu 
k lui fait par le mareschal de Rais. 

D'autre coste, les nobles, et le peuple de Bre- 
tagne, Nbrmandie, Bourgongne et Auvergne se 
liguent et se resolvent de ne plus paler d'im- 
posts, aides, subsides, emprunts,d£cimes, tallies, 
creues et charges, autres que celles qui estoient 
du vivant du roi Louis XII et la roine Anne de 
Bretagne, son espouse, crient tous contrele Roy, 
les surchargeant journellement de nouveaux sub- 
sides et nouveaux offices, et n'acquittant aucune 
de ses debtes des grands deniers, qui en pro- 
viennent, ains en faisant des prodigues, somp- 
tuosites et des dons immenses k sept ou huict 
mignons frizes qui 1'environnent et possedent. 
De quoi Sa Majeste aiant eu advis k Fontaine- 
bleau, et du langage qu'ils tenoient, dit ces 
mots : « Ge sont des fruits de la Ligue, qui com- 
» mence k operer, mais j'en empescherai, si je 
» puis, Top^ration. Ge sont de grands arfizans k 
» conduire, peuples, que ces gens cy; mais je 
» leur monstrerai que j y suis encores plus grand 
» maistre qu'eux. » Et de fait, pour traverser 
leurs desseins, il commenca des lors k favorizer 



lear m&ontentement. De Bordeaux elle se rendit a Ne^- 
rac ; le roi de Navarre alia au-devant d'elle a la tdte de 
cinq cents gentilshommes. Ce fut dans ce voyage que se 
fit le traite' de Nlrac, qui expllquatt et InterpreHalt l'61H 
de pacification du mois de septembre 1577. Le traite* et 
l'ddll Itaient (avorables aux huguenots. (A. E.) 

(2) Le roi de Navarre n'ignoralt pas que le cardinal de 
Bourbon son oncle eHait entierement ddvoue" aux princes 
lorrains, qui lui faisaient espe>er la couronne, apres ia 
mort de Henri III. (A. E.) 



106 



fcE&IST&EWOUBNAL Dfc HfiNfct tit 5 



Monsieur d'cnt cost*, et le rot de Navarre de 
l'autre, pour mettre comme une barre au bien 
publiq et k la religion dont ils se targoient ; 
donne, soubs main, au roi de Navarre une pen* 
sion de cent mil francs tous les ans, pour leur 
fiure teste, et Pavoir tout prest k remuer quand 
il lui commanderoit ; se rid des exercices que le 
roi de Navarre donne, en ce temps, k la Roine 
sa m&re, en Languedoc, et de la peine qu'elle 
prend de courir tout le jour apr£s lui pour Fat- 
trapper et tromper, le tout venant du Roi, qui 
avoit des desseins tout contfaires k ceux de sa 
mere. 

Le lundi 13 de novembre,un se faisant nom- 
mer La Vallette et soi disant grand proevost de 
Monsieur, frere du Roy, fat pris prisonnier, k 
minuict, au Gloistre-de-Paris, ou ii estoit loge, 
et par le lieutenant du prevost de l'hostel, mis 
& prison du Fort-PEvesque, par le commande- 
ment du Roy, contre la personne et estat duquel 
on le disoit avoir fait entreprise.] 

Le samedi 15 novembre, le Roy estant k 

Fontainebleau, manda k maistre Jean Perier, 

advocat et capitaine ancien de la rue Saint-An- 

thoine, grand massacreur et ennemi des hugue- 

nos, et par consequent bon catholique^elon les 

maximes populaires de ce temps, qu'il eust k 

le venir trouver : auquel mandement ob&ssant, 

il se mist en chemin jusques k Corbeil, ou le 

lieutenant du prevost de l'hostel, venu au devant 

de lui, le fist monter dans un coche et le mena 

au cbasteau de Loches, prisonnier, par le com- 

mandement du Roy, lequel on disoit avoir este 

adverti de quelque intelligence et prattique que 

ledit Perier avoit avec THespagnol et ceux de 

Guise, pour brouillerson estat soubs pretexte de 

la religion. [Recompense qui lui estoit bien deue 

pour ses services de la Saint-Barthelemi. Dieu 

vengeant sur lui et les autres le sang innocent 

qui y avoit este respandu, et leur en donnant 

journellement a boire, selon sa parole. 

Le mercredi 26 novembre, le Roy, avec la 
Roine sa femme, revient de Fontainebleau et 
Olinville k Paris; ou estant arrive, fait k son 
de trompe faire defense a toutes personnes de 
porter pistoles dans la ville de Paris, et k tous 
vagabonds d'en sortir dansvingt-quatreheures, 
sur peine de la hart.] 

Decembre. Le mardi 9 de decembre, les let- 
ires de provision de l'estat de garde des seaux 
de France, par la demission de messire Rene 
Birague, chancelier, faite par le Roy k maistre 



(1) Jean de Laval, seigneur de Loue\ marquis dc Nesle, 
comte de Joigny. (A. R.) 
(8) Louis deSaint-Gelais, seigneur de Lanssac, Tun des 



Philippes Burauld, seingneur de Chevemi, fa- 
rent homologies en la cour de parlement de 
Paris, avec un grand et raagnifiqne 6loge d*hon- 
neur (mais peu veritable au dire de beaiicottp), 
d&Luit par maistre Barnabg Brisson, advocat du 
Roy audit parlement. 

Sur la fin decestan 1578, le seingneur.de 
Lou6 (1), gendre du chancelier Birague, acheta 
du sieur de Lanssac (2) l'estat de capitaine des 
cent gentilshomnBes de la maison du Roy vingt- 
mil esfcus ; Beauvais Nangi, le regiment de Saint- 
Luc vingt mitescus ; ^Saint-Luc, le gouvesne- 
ment deBrouage, du jeune Lanssac, vingt mil 
escus ; et un nomm£ Le Roy, petit financier, res- 
tat de tresorier de Tespargne [de Garrault, trente- 
trois mil escus, et ainsi de plusieurs autres.] 

Voilu comment on distribuoit en ce temps les 
loiers aux gens de bien, selon le roerite d'un 
chacun et par proportion harmonique, en bail- 
lant la charge des finances aux plus desloiaux, 
la conduitte des armes aux plus couards, g les 
gouvernemens aux plus ibis. < 

Environ ce temps, mourust k Paris Jehan 
Mazille, premier m6decin du Roy, duquel les 
mignons firent Tinventaire avant qu'il fast 
mort. Car aians est6 advertis qui! avoit vingt 
%iil escus d'argent eomptant, il«n'avoit encores 
le bee ferm6, qu'ils firent d^puter par le Roy 
M. Camus (3), maistre des requestes, pour fouil- 
ler sa maison en leur presence. Ce qui fust fait; 
mais on n'y trouva rien, au moins si peu, que 
le Roy l'aiant entendu, dist tout haut ces mots : 
« Je suis bien aise qu'on soit esclairci, {ft moi 
confirme en la bonne opinion que j'ai tousjours 
eue de Mazille, lequel j'ay aim£] et tenu pwr 
homme de bien, encores qu'il fust un peu hugue- 
not, [et toutefois plus fidele k mon service que 
beaucoup que je voi en ceste cour, qui roesdi- 
sent de lui, contrefaisaas Jes bons vallets ct let 
grands catholiques. f 

Sur sa mort fust divulgue Tepitaphe suivaat, 
asses a propos pour ce qui s'estoit passe : 

10. MAZILLI, REGIS AfKt&Tfov. 

EP1TAPHICM. 

Mazillum archiatrum delator ut attlicus audit 
Pertctsum nostri Plutonia regna petisse, 
En cursor veluti ad Seneca pradivitis cedes 
Involat, atque manu injectd sibi mndicat ctris 
Ingentes auri falsa sub imagine folles. 
Res tenuis, tenui et numeroso hatred* minuia*, 
Atque- impar dedmm, corvum spe lusit hianiemy 
Aulice, do veniam,justo quern errore fefeUit, 

plus habiles politiques de son Steele. (A. E.) 

(3) Francois Camus. II lialt secretaire du roi et Tvm 
des quatretiotaires de la cour de parlement. (A. B.) 



£01 DB FRANCS BT DB POLORONB. [1578] 



107 



*> 



I et meritum, et CarU profusio regit : 
at eerti regalis elaviger ilU 
itf tibi speratos contingere census, 
viro virtuSffuncto, tarn curta supeUex, 
lotori moaSnon, prcsdaque parata, 
Bternam Maiilli ad sidera famam, 
nostrorum minuit, pulsatque pndorem.) 

* TRADUCTION. 

i6 conrtizan, sing-sue de la France. 
des motens de la juste Innocence, 
i qoe Maajl, nourrisson d'Apollon, 
servir nos rois, allolt suivrepiuton, 
roe m maison d'escus fust toute plaine, 
devoroit; mais d'esplrance vaine; 
xrarrier hastif, qui pour vingt mil escus • 
jura pas la dixme, en revinst tout Camus. 
Dent, courtizan, tu avols bfen raison, 
•erqu'un tresor deust estre en la maison 
il qui. portant la clef d'un roy de France, 
r en on moment, redoubler sa finance; 
i ce que tu as au milieu de son deuil, 
peu dg chose, avecque son cerceuil. 
ril la a fait d'autant le los s'accroistre, 
lal de nos rois tu auras fait decroistre. 

temps, rang Hespagnol k Paris, friand de 
rallets venans d'esclore, et n'aiant quasi 
ice d'attendre qu'ils loAissent, pour les 
r, donna subjet aux vers suivants, qui 
livolgues partout et trouves bien faits a 
e la guerre du Francois a l'Hespagnol, 
bruioit a Paris : 

umdum calido pullus cumexclusus ab ovo est, 
ic avido implumem protirius ore voras, 
ne, haud mirum est,puUum vis edere ; nam si 
writ, is subito GaUus et hostis erit. 

st an, Amadis Jamin, poetetranscendant, 
& en I'honneur et a la m&noire de feu 
Maugeron et Saint-Mesgrin, trois mi- 
Lu Roy (et pat son commanderaent a ce 
1Mbit), les vingt -quatre sonnets sui- 
% ressefhblanta ceuxque dit le sage, qui 



toutefois ftirent mieux receuillis (selon 
du monde) que ne sont ceux que 4'on 
l'honneur des plus sages : 

SONNETS COURTIZANS 

A la memoire des triis mignons. 

PAR AMADIS JAMIN. 



re de la guerre , invincible Alexandre , 

o'un Ephestioir, nostre prince en eust trois, * 

i vingt-quatre sonnets sont entierement inldits, 
incite" acquise par Amadis Jamyn dans ce genre 
ttftiUon nous a determines a les publler ipi. Us 
it avoir lie 1 ignores des 6di leurs de ce poet*, 
n ne les trouve ni dans reaction de 11170, ni dans 
1562 et 1581. C'est done a P. de Lestoile que 
t la conservation de ees poesies, et le soid qu'il 



Dont le moindre valoit la Perse et les Indois, 
Voire tout I'Orient qui soubs lul se vinst rendre. 
Lea-lanqes de leur maistre ont partout fait respandre 
Le bruit de leurs tombeaux honoris des Francois j 
Puis des muses les pleurs, la lomplalnte et la yoIx. 
Ont fait apres leur mort ve"ne"rable leur cendre; 
Le Groeq falsoit razer les cbeveux des soldats, 
Les sommets des 1 cites, lescreneaux des remparts, 
En spn camp se vestoit d'une tristesse noire, 
Par ou le corps passoit regrets d'un cbacun : 
Henri pleurant des trois dolt faire leur memoire 
Plus cllebre, d'autant que trois yalent mieux qu'un (2). 

n. 

Quand Ja parqae trencba la jeunesse agreable 
De ces trois qui luisoient comme un astre esclarci, 
Et leur fermant les yeux d'uu sommeil endurci, 
Les envoi* victime au prince inexorable , 
luppiter abaissant son chef tant venerable, 
Gontempla leur malntlen d'un visage adoulci, 
Les croiant Irois Ajax, et les volant ainsi, 
Admtra.nes mortels le destfn variable. 
Le ciel n'a qu'un soleil, les morts en auront irois, 
AII6*> dist-il, reluire aux umbras et aux bois. 
Que LClfce" va baingner de sa riviere blesme. 
Eux voulans voir du tout leur souvenir desfait , 
Boivans de l'eau d'oubli, sentirent autre eflalt. 
Us remplirent l'oubli de leur souvenir mesme. 

III. 

II ne fault vous douloir soubs vos tombeaux couverts 

De mlrte et de laurier, que vostre ame est allee 

Des esprit s blenbeureux babiter la valine; 

Perdant trop tost la fleur de vos printemps si verts. 

Vole's pour compagnons un Narcisse a l'envers, 

Qui pleure dedans l'eau sa jeunesse Icoulee ; 

Vole's le grand Hector et le fils de P61ee, 

Qui ont ainst que vous mesmes destins souflerts ; 

Mburirde maladie est one couarfse, 

Et plus encor* mourir en une baroe grlse. 

Le sang est le signal d'un cceur vie tori eux. 

La paresse du lict appartlent au vulgaire , 

Des homines martiaux, le sang est 1'ordinalre : 

Hereule tout sanglant s' assist entre les dieux. 

IT. 

Les dunes de ce temps, suivant les anciennes, 



pierre en la fonde, donnant gloire k des D ev rc*nt telles beautes en leurs cceurs engraver, 



Et le sang de ces trois, de leurs larmes laver. 

Ainsi qu' Adonis mort les dames Phariennes. 

Honnorer, leurs tombeaux de joustes Piseennes, 

Ou les jeunes Franco* se voudroient esprouver, 

Et si Hafult les bonneurs de ces trois eslever, 

Que le renom en vlnt aux rives Stigiennes. 

Aage ingrat et malin, si, aux siecles passes, 

Si vaillans et si beaux lis fussent trespasses, 

Cbacun anroit son temple, et le peuple a la ronde 

Encenseroit leurs os d'lnvlolable loy ; 

Mais la seule faveur que leur porte le Roy, 

Vault mieux que tout le peuple et les honneurs du monde. 

m 

a eu de les recueillir dans son journal est un nouveau ser- 
vice rendu a noire literature. II n'existe, aux mauuscril» 
de la Bibliotheque du Rol, qu'un petit nombre de pieces- 
de po&ie d' Amadis Jamyn, et elles ontM pubiiees. 

(2) Sonnet vraiement poetiquc, c'cst-a-dlre peu chres- 
tien. (Lesfoile.') 



108 



BEGISTBE-JOUBNAL DB HBIIBI II! 



V. 



Quand le sang glnlreus des trots qui trespassirent,. 

Fut versl sur la place en goultes respandu . 

La tcrre ne le beut et ne fut pas perdu, 

Les muses en leur sein pleurantes Pamasslrent? 

Pais neuf fois a 1' en tour, en le charmant, danserent. 

Si que leur sein en fleurs lout soudain fut rendu, 

Fleurs qui ont tels printemps sur leur tombe espandu, 

Que Podeur de ces corps au ciel elles poussereut. 

Courage, compagnons, les marbres anciens 

Ne faisoienl tant d'honneur aux rois Igiptiens, 

Que fait l'immortel bruit qui vos noms accompagne : 

Une trls-grande viJle est l'urne de vos os, 

Un grand temple vous couvre, un grand flcuve yous baingne 

Scaurils-Tous souhaitler un plus heurettx reposf 

VI. 

Les fables ont chanll qu'aui rochers de Sicile, 
Niobe* pleure encor en son cerceuil vivant, 
Et ces trois demi-dieux, cesle roine ensuivant, 
Vivent en leur tombeau, qui de larmes dislille , 
Ces larmes se font encre, et d'une main habile, 
Apollon va parlout leurs bonueurs escri?ant ; 
Puis, plustost qu'un tonnerre emportl par le vent 1 / 
Leur renom vagabond s'espand de ville en villi. 
Mercure, messager d'en hault et de la-bas, 
Qui resvcilles nos yeux et les clos au trespas, 
As-tu jamais conduit trois Ames si parfaittes? 
Plulon, en les voiant, perdit sa cruaulll, 
8a femme s'esblouist dcs rais de leur beaultl, 
Et Cerbere, entail, tint ses boucbes muettes. 

VII. 

Arislote a dit vrai, que tousjours la nature 
Chercbe nouvelle forme et ne sen peut saouler : 
Les lllmens en peine enlroient pour eux mesler 
En ces corps, quand la null a ravi leur lumiere : 
Toutes choses sen vont, ainsi qu'une riviere. 
Le destin violent, sans plus nous rappeler, * 4 

Nous entralne par fortr., et nous fault tous alter 
Ou nous fusmes jugls des nostre beure premiere, 
lis esplroient, un jour, dleeus de leurs raisons, 
Faire grande leur gloire et grandes leurs maisons, 
Et de voir toute France en leurs mains gouvernle. 
La mort les as tramped O Dieux trop inconstans ! 
Qu'aislment vous ostls en une matinee, 
Les biens que les mortels s'acqullrent en long-temps! 

YIU. * • 

Le Ciel et le Destin, PEsprit et la Nature, 
Avoient, en composant leurs difKrents accords, 
De beauts' , de prouesse , accompagne* ces corps. 
Par un brave artifice et non a Pa*nture , 
La parque avoit fill leur brave couverture. 
Pour estre trls-parlaits et dedans et dehors. 
Ores, Caron les passe au rolaume des morts, 
Habitans du cerceuil la muette closture. 
La Nature, le Ciel, PEsprit et PUnivers 
Ont repris de ces trois les lllmens divers, 
Affin que nuds de tout, 6 parque, tu les prlnses, 
Mais non de la faveur, de l'bonneur, du credit 
Que leur porte leur Roy. C'est done a tort qu'on dit 
Qu'il ne se fault ficr en I' ami til des princes. 

IX. 

Quand Maugeron sfgna de son sang Pamitil 
Qu'il portolt a Qullus, son autre ame seconde. 
Le sang qui jaillissolt de sa plaie profonda , 
Regrettoit de mourir sans venger sa moictil. 
O Mars, tu as monstrc que peut Pininiitil ; 



'r 



Tu as meurdrl la grftce et la beaull dM monde, 
Et de pouldre couvert cesle jeunesse blonde , 
Qui ont fait les rochers soupirer de pitil. 
Quelle pi til de voir cest explrant image, 
Donner en trespassant a sa moictM courage.* 
« II suffist aifun de vous boitnore ce trespas , 
Les slides a venir chanteroht nos t re histolre; 
Ta vie peult servir, la mort m'est untgloire, 
Viclime pour tous deux je men Irai la-bas. » 

X. 

Quajgs, qui cfetendoit la dernilre palble 
Deson ami mouraat, aiant le fer en main, 
Souffrist qu'on le navrast, affin que plus soudain 
L'esprit accompagnast Pautre esprit qui s'envolle. 
Combattant, il disoit : « Mon malbeur me console: 
Si je meurs, pour le raoinsje mourrai sur son sein, 
Mort je I'embrasserai. » Mais des dieux le dessain 
Ne le felt pour ce jour un citoien du pole. 
Depuis, toutes les nulls, en son lit endoraui, 
Par songes il roioit Maugeron son ami. 
Qui disoit « : Je jouis de la lumilre vraie ; 
En tlnebres tu vis, privl d'un second t«i; 
Suis-moi,*cber compagnon, el chasse comme nibi, 
L'ambtlion, le monde et Phonneur par la plaie. » 

XI. 

Qullus se retournant, voiant Maugeron mort, 
De larmes tout corfrert, sur lui se desconforte : 
« Chlre ame, chlre teste, hllas! tu es dofrc morte, m . 
Qui fut seulle mon lout, ma vie et mon coo fori ; 
As-tu peu me laisser au milieu de Peflbrt. 
Quand plus j'avois besoin de ta dextre si forte ? * 
Que ne m'attendols-lu, j'eusse servi d'escorte 
A ton ame, et tous deux eussions passl le bord. 
Hllas ! cher compagnon, comme nous soulions fairc, 
Nous n'irons plus ensemble en un lieu solitaire, 
Discourir, deviser el parlcr de Pamour 
(Passion de Pamour a tels ans necessalre). 
Aprls ton jour fini, de quo! me sert mon jour, 
Le noeud que Pamour fait, la mort ne peult deflaire. • 

XII. 

Quelle pitil c'eslott , quand la nouvelle aurore 
Regardoit au matin, contre terre eslendu, 
Maugeron, qui avoit desja le sang perdu , 

> Et Qullus, sarj ami, qui combaltoit encore ! 

' Le vif disoit an mort : « Compagnon que j'honore, 
Puisque tu as ton sang pour le mien respandu, 
Et fue t'ai trop long-temps pour te sulvre attends, 
Que la terre se fonde et qu'elle me dlvore. » 
Quelle pitil c'esloit ale le vtlr em porter 
A chevent lout sanglants, et voir descon/orter 
Ses plus lolaux amis tfansis de Pavanture ; 
Le voir tout fyoid, tout nud, tout sanglant et desfaii. 
El les peinlrcs aupres dlrobber son pourtrait, 
Pour conirefalre Amour sur sa belle peinture! 

XIII. 

te coup qu' avoit Qullus ne le Mcssoitpas tant 
Que de voir, en songcanl, de son ami Pi mage. 
Qui de pouldre et de sang se couvroit le visage, 
S*alloit toutes les nulls a lui reprlsentant. 
« Las! je suis mort pour toi, que n'en fais-tu auttfl* 
Que«e meurs-tu pour moi, ct d'un brave couragf. 
Aiant pris de Henri not fols pour tesmoingnage. 
Que ne vichs-tu c'a bault, pour y vivre content V 
Ainsi disoit Pimage . et Qullus, qui Pcmbrasse, 
Se pendoit a son col ct lui baisoit la face. * 



BOY DB FBAN.CB BT DE POL02IGNB. [1678] 



109 



o, cber eompagnon, en ton lieu te rassoir. 
le nous fila pareille destinee, 
ml ton vespre accompli ta journtfe , 
accompllr mon jour avant mon solr. » 

XIV. 

slant btessl, son roy le visitoll , 

que sa veue altegerolt sa peine ; 
ie>eus desir su laie estoit si plaine , 

de son seingneur bien peu life) proufitoit. 
Dt , yen son maislre, aiosi se lamentolt : 
ainte que le temps, 1'oubli ne vous amajhe; 
tombeaui, couverts de siletice et d'areine, 
lye's de I'bonneur qu'un lei roy nous portoit. » 
t paHe ciel, hil respondit son maistre, 
i deux eslongnls jamais ne pouve's estre 
non souvenir. J'en jure par les eaux 
qui de passer a son bord vous cowrie, 
fours, vostre sang, vos noms et tos tatnbeaux 
it Imprimis au coeur toule ma vie. » 

XV. 

t le "premier de I'esciat du tonnerre, 
pant i'estomach et fendant les boiaux 
5 antique mere, avecques des hoiaux, 
ller le fer, ministre de la guerre. 
i tint regrette# que le sepulchre enserre, 
ix a regarder que perles fii joiaux , 
tfje patron des amis plus loiaux, 
nt'mainlenant les hostes de la terre. 
at, au prlnlemps se refait lout nouveau , 
ns les buissons laisse* sa vieille peau; 
sjslre au ccrcucil jamais ne renouvelle. 
es mortels, privls de sentiment, 
vient assls tost, voire trop vistement, 
haster le pas avec une qnerelle. 

XVI. 

want Amour dune mortelle envie, 

e Tint cacher au corps de Saint-Mesgrin. 

fisgrin, qui de nuit Iraversoit un cbemin , 

iserver Amour perdit sa propre vie. 

qui n*a la main de meurlrir assouvie, 

ifcoups mortels lui hasta son destin. 

ce guerrier la fortune et la fin , 

eonesse estoit de la valeur suivie. 

uleureux* verlueux et courtols , 

d temps de paii et au temps du harnois. 

des Francois une nouvelle estoille; 

, armes, combats, furenl son meilleur blen ; 

tes nos jrerlus ne servent plus i rlen, 

i parque une fois a trenchl noslve toile. 

xvn. 

iche disoit, toule plaine de larmes , 
r re tournant de la guerre vataqueur : 
*ur te tuera, la junesse et ton coeur 

bienlosl ta vie aupris de tes gens d'armei. 
oiot t6me>aire. II faut, par les alarmes, 
r la colere avecques la froideur. » 
iang bouillant, la j unease et I'ardeur , 
i Saint-Mesgrin sentir reflet des armes. " 
dt cdmpagnon de beaucoup d'Empereurs, 

le fer comme eux ; mais souvent tels honneurs 
le grand proufit. He vaut-il pas mieux astre, 
j-moi, Saint-Mesgrin, et vivre encore id, 
durer la-bas de Minos le souci , 
re roi des morts et ne voir plus ion ma 1st re? 



*vm. 



Blen querela ciel malin le sort avantureux , 
Corrompe nostre ciel infecte* de querelles,. 
De etviles fureurs, de passions nouvelles , 
On te dira ponrtant un slide blen heureux , 
D*avoir en lul veu naistre un roi si ge*ne*reux. 
Qui dressant vers Te ciel le beau Vol de ses aisles, 
Aime ses serviteurs d'amilils immortelles , 
En astres transfonnant les tombeaui tlnlbreus. 
Ne craingnls plus, Francois, de mourir a la guerre, 
De renverser cite* et murailles par terre ; 
Vostre mort dlsormais sera vostre bonheur. 
Est-ce pas la raison qu'honnorant vostre glolre , 
Vous galngnlls a eellui triumpbes et victoire , 
Qui apres vostre mort yous donne tant cThbnneur ? 

XIX. 

Trois images tallies par la main de Phidte, 

Semblables de visage au prince Idalien , 

Ne furent si parfaits au marbre parien , 

Que cat trois corps estoienl, quand ils furent en vie. 

Tbute^roportlon, mesure et simmltrie, 

LesjH membres honnoroilent ; et Touvrage ancien 

QtrApelles ausa tracer sur le corps cyprien , 

Porteroit a ces trois une jalouse .envie. 

lis ont autant vescu, mourant en leur prin temps. 

Que s'ils avoient attaint le terme de cent ans , 

lis eurent biens, honneurs et faveurs de leur maistre. 

Les dieux font leurs amis en j on esse plrir. 

Four bien beureux les rendre. Ou Tbomme ne dolt naislre, 

Ou aprts sa nalssance il doit bientost mourir. 



Soit que je coure en lice, ou que faille a la chasse , 
Que je gaingne la bague, ou pique les cbevaux, 
Soit escoutant mon peuplc, ou portant les travaux 
Que Mars donne aus grands rois sqants soubs la cuirasse, 
Tousjours dedans l'esprit vostre mort me repasse, 
Vos pjajes, vostre sang, vos noms et vos tombeaui, 
Qui font renaislre en moi mille regrets nouveaux, 
Voire mille pensers, que le tempf point n'eflace ; 
Je YOi toutes les nulls vos estomaens ouverts, 
Et vos cheveux de meurtre et de pouldre couverts, 
Entremeslls de sang et comme; trois idoles, 
Se prlsentent a moi , mon oeflfvous va suivant ; 
Mais quand je Yeux parler, ou vous toucher, le vent 
Vous fait esYanouir avecques mes parolles. 

XXI. 

Des liens les plus beaux que scent ourdir nature, 
Leurs corps sont eschappgs, et legers et dispos , 
Son! vole's dans le ciel; le lieu de leur repos, 
f)ul9nectar des dieux leur sert de nourrlture. 
LtSoIell, courrouce* de leur triste avahture, 
Eust le cbef d'une nue un mois presques enclos, 
Ne voulant voir porter en la terre les os 
De cetfts)rois qui ont eu mon coeur en sepulture ; 
Le Printemps de despit amortist sa couleur ; 
II nly eust arbre aux champs, herbe, feullle, ni fleur 
Qui n'en portast le deuil ; et la mort toute blesme , 
Apres avoir destruit un oeuvre si parfait, 
Se repentant du coup que son dard avoit fait, 
Voulut pour les venger se tuer elle-mesme. 

XXII. 

Esprlts qui sous yos pleds voiez passer les nues, 
Qui ffgardls den haul les hommes d'lci-bas, 
Comme saints et parfaits, vous trois n'ignorts pas 
Les peine* qui, pour vous, en mon corps sont venues. 



I 



no 



BEG1STBE-JODBNAL DB HEHBI HI 



Rien ne vous est cache* ; yous ?6Ms continues 

Les lermes que j'espans dessus voslre trespas. 

Les soucis, les regrets, me servent de repas, 

Et desja dun cbacun mes plainles sont congnues. . 

Regard4s-moi du ciei , votes voslre Henri , 

Trisle, penslf, songeanl, solitaire et marrl; 

Qui son amc et sa vie en larmoiant dlstille, 

Et ne cesse d* Argus tous les yeui d&irer, 

Car les siens ne sont plus bastants a vous pleurer ; 

Pour vous pleurer tous trois, il en faudroit cent mllle. 

XXIII. 

Je vouldroy transformer mes deux yeux en Fontaines, 
Et mes souspirs en vent, pour tousjours esvanter 
Leurs os de mes souspirs , et plorant, augmenter 
Des ruisseaux a 1'enlour pour y noier mes peines. 
Que ne suis-jc rocher sans muscles et sans veines , 
Pour ne sentir plus rien, et de mol m'absenter ; 
' Ou que ne suis-je Yoix, pour tousjours rechanter 
Mes douleurs aux forests , aux herbes et aux plaines ! 
Que ne puis-je muer en langues tout mon corps, 
Pour dire les vertus de ces trois qui sont morts { - 3 
Ou que ne suis-je esprit, deslie" de ma masse, * m 
Pour m'envoler vers eux, et couronnant mon tronf^ 
De raisons, et marchant dans le ciei comme ils font, 
Jouir de leur presence et Yoir tousjours leur face ! 



XXIV 



Esprits, en qui je pense et repense a toute neure, 
Qu'en songes je contemple et vol toutes lesnuits. 
Qui de voslre lumlere 6clair£s mes ennuits, 
Abandonnantpour rooi vostre belle demeure, 
Vole's en quel estat vous faites que je meure ; 
Car tellement en vous incorporate sals* 
Que vivre absent de vous je ne veui ni ne pais, 
Et mon seul reconfort est lorsqfe je vous pleure. 
Mon ami ne fait rien, sinon penser a von* , 
Ma langue pour subject vous nomme tons les coups, 
Mon anrellle ne peult que vos trois horns entendre. 
Je congnoi maintenant que tout ce monde id 
N'est qu'un songe trompeur. Dieu vous face mercl , 
Et yos pecchts passes n'irapute a vostre cendre. 

A. J am i if, qui en fist un present an Roy, 

le 10 aoust 1578, qui en fist cas et le serra 

lui-mesme en son cabinet.] 

1579. 

Janyieb. Le jeudiquiestoit le premier de Fan 
1579 (1), le Roy establist et solenniza sonnouvel 
ordre des chevaliers du Saint- Esprit (a) en K- 
glise des Augustins de Paris, en grande pompe et 



(1) Henri III sembla vouloir, au commencement de 
celte annee, meltre quelque ordre dans le royaume. U 
envoya des commissaires danf toutes les provinces du 
royaume, afin de reinldier aux malversations qui s'y 
eHiient commises pendant les troubles. Leurs instruc- 
tions se trouvent dans les Meuioires du due de Nevers. 
Mais le Roi , enlierement livre* a ses plaisirs, ne donna 
aucune suite a ses projets de reTorme. (A. E.) 

(2) Cet ordre eHait nouveaa en France, mais il 6tait 
connudes Tan 1353. Louis d'Anjou, roi de Jerusalem, 
de Naples et de Sicile, fils de Philippe, prince de Ta- 
rente, quatrieme fils de Charles II dit le Boiteffx, qui 
descendait de Charles de France, frere de saint Louis, 
l'avait institue* a Naples sous le titre de Saint-Esprit au 
droit d&ir. II ne seralt reste* aucune trace de cet ordre, 
si I'origina) des statuts que Louis d'Anjou avait reclige's 
n'ltait tombe* au pouvoir de la rtpublique de Venise, 
qui en fit present a Henri III a son retour de Pologne, 
comme d'une piece rare et d'un monument precieux 
pour la maison de France. On en trouve une coptet la 
Bibliotbeque du Roi ; on ignore ce qu'esl devenu Pori- 
ginal. (Notede Petitot.)— Ce precieux manuscrit original 
est conserve* a la Bibliotbeque du Roi depuis la fin du 
siecle dernier, 6poque a laquelle il fut acquis a la Yente 
de la ce'lebre collection du due de La Valliere. Lades-* 
tine'e de ce volume, condamne* a Stre brule* par ordre de 
Henri III, est assez singuliere et paralt avoir Cte* ignores 
en partic par le dernier Iditeur. Nous completerons done 
Tbisloire de cet admirable monument du XlVvsiecIe, 
apres avoir deja rectified la dale de la creation def ordre, 
qui est 1352. II porte le tilre suivant : 

« Ces sont les cbapitrcs faites et trovces pour le tres- 
excellent prince monseignour ie roy Loys, pour la grace 
dc Dieu, roy de Jerusalem el de Secille, allc honneur 
du Saint-Esperit, trouveur et fondeur de la tres-noble 
compaignie du Saint-Esperit au droit de*sir, enenmen- 
c6e le jour de la Penlhecouste Tan de grace m. ccc Lij. 
In-fo. . » 

II est enrichl de divers ornements pelnts en or et cou- 
leurs, et de tres-belles miniatures qui represented les 
c6rtmonies, les actes et les exercices prescrits aux che- 
valiers do Saint-Esprit an droit de*sir ou du noeud. 



Ce manuscrit original des statuts de cet ordre a Hi 
decrit fort au long et imprime* en entier dan une bro- 
chure qui a paru en 1764, et qui se trouve en papier df 
Hollande a la fin de ces statuts. L'auteur est le sieur Le 
Febvre, pretre de la doctrine chrttlenne. La beauts de 
ce manuscrit et le nom de son auteur, issu dS sang 11- 
lustre des rois de France, porterent Henri a lot dormer 
place dans les archives de la couronne ; et ayant, quatre 
ans apres, concu le dessefn de former, pour la haute no- 
blesse de ses e*tats, un ordre nouveau, et qui pot servlr 
de recompense au me'rite superieur et a la valeur e'proo- 
vee, il prit pour modeie les statuts que ce manuscrit 
comprenait. 

Apres avoir extrait de ces anciens statuts ce qui 6taU 
plus conforme aux usages de son temps et a ses vues par- 
ticulieres. Henri, par une (ausst dllicatesse, avait or- 
doone* a M. de Chiverni, son chancelier, de les brukr 
pour qu'on ne sut jamais qu'il y eut puis**; mais dtiri- 
nislre n ayant pas cru devoir obeJr a un tel ordre, qai 
devait priver la France d'un monument authentlquf et 
d'une si grande magnificence, le conserve flecrette- 
ment. II appartint ensuite a son fils Philippe Hurault, 
eveque de Chartres ; et apres ce prtlat, il passa dans II 
bibliotheque de M . de Rene 1 Longueil. marquis de Mai- 
sons, president amortier, morten 1677; puis dans celle 
de M. de Nicolflt, premier president de la chambre des 
comptes de Paris. Ce magistral c*tant morten 1688, 
notre prlcieux manuscrit disparut tellement, que ceux qui 
par tradition savatent les ejpoques de son ancienne exis- 
tence, n'en ont plus fait mention que comme <Tuae 
perte rtfelle. M. Gaignat eut le bonheur de le recouvret 
et d'en faire I'acquisition, et le due de La Valliere Pa- 
cbeta a la vente des llvres de cet amateur, a un prix 
tres-modique, si on fait attention a rimportajice d'un 
pareil manuscrit. De <*tte derniere collection, il est 
passe" dans celle du Roi, en 1783, et 11 est Inscrit au- 
jourd'bui sous le n. 36 bis du fonds La Valliere. 

On vient de dlcrire le manuscrit qui servit de modeie 
a Henri III , pour 1'institution de son ordre, des la pre- 
miere creation de chevaliers par ce roi ; on s'empreasa 
aussi en France de recueillir, dans un volume d'une exe- 
cution fort mediocre, 11 est vral, les armolries des per- 



BOY DB FBANCB BT DK POLONGNB. [1570] 



ice, et les deux jours ensuivans traitta 
udit lieu ses nouveaux chevaliers, et 
n£e tiiist conseil avec eux. lis estoient 
me barrette de velous noir, chausses 
nt de toile d'argent, souliers et four- 
ee de velous blanc, le grand manteau 
noir, borde k l'entour de fleurs de lis, 
e d'or, et langues de feu entremeslees 
broderie et des chiffres du Roi de fil 
tout double de satin orenge, et un au- 
et de drap d'or, en lieu de chapperon, 
ledit grind manteau, lequel mantelet 
illement enrichi de fleurs de lis, langues 
biffres, comme le grand manteau. Leur 
er fac4*m£ dun entrelas des chiffres 
eurs de lis et langues de feu (I), au- 
une croix d'or industrieusement la- 
6maill£e, au milieu de laquelle pend 
he colombe, denotant le Saint-Esprit. 
ent chevaliers commandeurs (2) du 
•it, et journellement sur leurs cappe 
nx ils portent une grande croix de 
enge, bordee d'un passement d'ar- 
it quatre fleurs de lis d'argent aux 
as du croison, et le petit ordre pendu 
aveq un ruban bleu, 
it que le Roy avoit de nouvel institut 
pour adjoitodre k soi, d'un nouvel et 
t lien, ceux qu'il y vouloit nommer, k 
l'effren6 nombre des chevaliers de 
int-Michel, qui estoit tellement avlli, 

unmet par le roi. Ce volume porte le litre 

nnorlal des escriptz et blazons des armes et 
, commandeurs dc I'ordre et millice da 
It, institute par la sacrte Majeste* du tres- 
pnlssant, tres-excellent, tres-magnanime et 
»le prince Henry troisiesme de ce nom, par la 
leu roy de France et de Pollongne, trea- 
son souYerain seigneur, aucleur et souveraln 
9, en I'lglise des Augustins a Paris, apres 
M, le dernier jour de ddcembre mil cinq cens 
.-huict, par Martin Courtigier, sieur de La 
erault d'armes de Sadicte Majeste*, tres-sa- 
b et tillre de Provence. 

» Signe* Go yon be SabdiBrb.d 

menu qui dlcorent ce volume ne se distin- 
pr leur bon gout, mais on y rcmarque un 
Roi, selon toutes les probability fort res- 
» manuscrlt est inscril sous le n. 1942 du 
francais. A partir de cette e*poque, Ton fit. 
iiecuter, a cbaque creation nouvelle de chc- 
itres recueils con tenant Igalement les armoi- 
ionnages dlcorls de I'ordre ; ils sont presque 
V hui a la Dibliothequedu Roi, et notamment 
intient les creations dc Louis XIII ; recueil 
ent execute* et dlposl a la Bibliothequc pcn- 
ntere revolution. On possede aussi aujour- 
Mnptes de dlpenscs de I'ordre du Saint-Es- 
I'ils Itaient arrets tous les ans par le chapi- 



111 

qu'on n'en faisoit non plus de compte que de 
simples aubereaus ou gentillastres, et appeloit- 
on despieca le grand collier de cest ordre, le 
collier k toutes bestes. Et pour se les rendre plus 
loiaux et affectionnes servitfcurs, il les obligeoit 
k certains sermens contenffl aux articles de l'in- 
stitution de I'ordre, et mesme estoit son dessein 
deleur donner k chacun huict cens escus de pen- 
sion, en forme de commanderie, sur certains 
benefices de son roiaume ; et pour ce, les flst-il 
apeler commandeurs. 

Et ce faisoit-il, k ce qu'on disoit, pource que 
beaucoup de ses subjets, agitSs du vent de la 
Ligue, qui secrettement et par soubs main our- 
dissoit tousjours son fuseau, tendoient comme k 
rebellion, s'y laissans ailment transporter par 
lesnouvelles charges qu'on leur mettoit jour- 
nellement k sus. A quoi Sa Majesty d&irant 
po«fvoir, s'estoit advisee de se fortifier desdits 
nouveaux chevaliers, qu'elle croioit, avec ses mi- 
gnons et un regiment des gardes qui journelle- 
ment I'assistoient, ftii estre promts et fideles ad- 
juteurs et deTenseurs, avenant quelque Amotion. 

On disoit aussi que ceste Erection de nouvel 
ordre avoit est6 confortee de ce que le Roy es- 
toit ni le jour de la Pentecoste (S), cr& roi de 
Polongne et fait roi de France en semblable 
jour, lequel sembloit lui estre fatal pour tout 
bonheur et prosperity, comme avoit est£ le jour 
saint Matthias a l'empereur Gharles-le-Quint. 

[Les huguenots, tousjours soubconneus et 



tre de cet ordre, lequel chapitre se composait de tous lea 
princes du sang. Ccs registres originaux sont done fort 
precleux , non-seulement comme collection d'autographes 
de tous les princes du sang de France , mats encore 
comme contenant certains details fort curieux pour 
I'histoire de cet ordre, ttabli en' France par Henri III. 

(1) Ce collier devint le sujet de la critique des mecon- 
tents. Les uns dlsaient que ces chiffres 6taient des en- 
seignes qui couvraient plutdt des mysteres d'amourettes 
que de religion; d'autres prgtendaient que les dfflgrentes 
couleurs d&ignalent la maltresse et les mignons du 
Roi ; que les chiffres repr&entatent son nom, etc. ; en- 
fin on n'approuvait pas ces monogrammes Equivoques 
sur un collier d'un ordre inslitue* en l'bonneurdu Saint- 
Esprit. En 1614, ce coUier fut reTorml, et Ton y mil des 
trophees d'armes, ornements plus convenables a un or- 
dre mlllUlre. (A.E.) 

(2) Le projet dtt Roi eHait de donner a tous les che- 
valiers une pension annuelle, sous le nom de comman- 
derie. II esperalt obtenlr du Pape la permission d'im- 
poser la somme de six vingt mille ecus sur tous les b4- 
nlfices sans charge d'ames et sur tous les riches mo- 
nasteres de son royaume. L'abbc* de Citcaux fut envoye* 
a Rome pour nCgocier cette affaire ; mais le Pape s'y 
opposa aussi bien que le clerge* de France. Le Roi fut 
done oblige' de prendre ces pensions sur l'lpargne. 
(A. E.) 

(3) Henri III n'elait pas n<* le jour de la Pentecote, 
mats le 19 septembre de l'annee 15M. 



112 



BEGISTBE-JOUBNAL DE HENBI III, 



plains de desflance, principalement depuis la 
Saint-Barthelemi, craingnoient que ce fustquel- 
que stratagesme nouveau pour les attrapper. Les 
autres, plus malins, calomnians les actions de 
leur prince, le referoient a la volupte, et disoient 
que toute ceste eerii#mie n'estoit que le masque 
des amours du Roy et de ses mignons. Qui es- 
toit le langage des chefs de la Ligue, lesquels 
a desseins faisoient courrir ce bruit entre le peu- 
ple, jusques 1& qu'un conseiller de la grande 
chambre du parlement de Paris s'oublia tant 
(soit qu'il en creust quelque chose ou autrement) 
d'en composer des vers en dialogue, lesquels en- 
cores qu'il tinst bien secrets, ne laisserent d'estre 
divulgues et recongneus pour siens, portans ceste 
inscription : De Spirituali ordine Parisiis ce- 
lebrate kalendis januar. An. 1579, sermo dia- 
logus. Hospes-incola (l).] 

Le jour de ceste nouvelle solennite on afflcha 
aux portes de l'eglise des Augustins, ou le Roy, 
ses princes et ses chevaliers estoient assembles 
pour la cerimonie, des vets [graves et foul- 
droians, bien convenables a l'hipocrisie de ce 
siecle], que quelcun avoit pris plaisir de traduire 
du premier chapitre d'Esale, [et les avoit mis 
en veue comme un notable advertissement au 
Roy, & ses princes, a ses chevaliers, voire a 
toute sa cour, qui estoit desbordta (pour ne point 
flatter) en toute espece de vilanies et meschan- 
cetes. Au-dessus du placcard y avoit : 



DIEU PARLE. 

Et incontinent apr&s ce jour, en furent divul- 
gu& k Paris d'aultres tiltres : Au Roy sur son 
qouvel ordre du Saint- Esprit ; et De ordine 
Sancti-Spiritus ; ainsi que deux sonnets, Tun 
A Vhonneur des chevaliers, et l'autre : Sur le 
beau soleil qui fist ce jour.] 

Les noms des vingt-six chevaliers que le Roy 
fist le premier jour de Van 1579 (2), aux Au- 
gustins a Paris. 

LE BOY. 

1. Ludovic deGonzague, due de Nivernois, 
prince de Mantoue, pair de France; 

2. Philippes Emmanuel de Lorraine, due de 
Mercoeur et de Penthievre , pair de France , 
prince du Saint-Empire ; 

3. Honnorat de Savoie, marquis de Villars, 
amiral de France; 



(1) Ces yen latins se trouvent dans le Registre-Jour- 
nal de Lestoile, feuillet 190. 

(2) Le Roy ne remplit pas dans cette premiere pro- 
motion la mottle* des cent places de l'ordre, pour laisser | 



4. Francois Gouffier, seingneur de Creve- 
coeur, conseiller du Roy en son conseil priv£ ; 

5. Jaques de Grusol, due d'Uzes, pair de 
France, comte de Grusol, baron de Louis, sein- 
gneur d'Assier; 

6. Charles de Lorraine, due d'Omale, pair et 
grand veneur de France ; 

7. Arthus de Coss6, seingneur de Gonnor, 
comte de Secondigni, premier pannetier et ma- 
reschal de France ; 

8. Charles de Halwin, sieur de Piennes, mar- 
quis de Maingneley, conseU|pr au prive con&eil 
du Roy; 

9. Charles de La Rochefoucaut, sieur de 
Barbesieux, conseiller du Ityy en son prive* 
conseil ; 

10. Christophle des Ursins, sieur de La Cha- 
pelle, conseiller du Roi en son prive conseil ; 

11. Scipion Fiesque, comte de la Vague, 
chevalier d'honneur de la Roine ; 

12. Jaques de Humieres, seingneur dudit 
lieu, marquis d'Ancre, conseiller au conseil 
prive ; 

13. Jean de Samoches, seingneur de Mali- 
corne, conseiller au conseil prive ; 

14. Ren€ de Villequier, baron d'Aubigni, 
premier gentilhomme de la chambre ; 

15. Claude Villequier, vicomte de la Guiers- 
che, conseiller au conseil priv£ ; 

16. Charles, comte de La Mark et de Mau- 
ievrier ; 

17. Philebert de la Guische, sieur dudit lien, 
grand raaistre et capitaine general de FaiUI- 
ierie ; 

18. Jacques des Cars, prince de Caranci, 
seingneur de la Vauguion, conseiller d'estat et 
du conseil priv6 du Roy ; 

19. Francois Le Roy, comte de Clinchans, 
seingneur de Savigni, conseiller an "conseil 
prive ; 

20. Antoine sire de Pons , comte de Ma- 
ropnes, conseiller du Roy en son conseil ; 

21. Jean d'Aumont, comte de Chasteaurooz, 
conseiller au priv£ conseil ; 

22. Albert de Gondi, comte, doien, baron 
de Rets, marquis de Belle-Isle, gentilhomme de 
la chambre du Roy, mareschal de France ; 

23. Jean de Blosset, seingneur de Torsi, lieu- 
tenant-general au gouvernement de Paris et 
Isle de France ; 

24. Antoine d'Estr£es, premier baron et s&» 



Tespdrance a plusieurs seigneurs de participer a cet 
. honneur, et pour attirer a lui, par cet appat, let princi- 
paux gentilshommes du royaurae. (A. E.) 



ROT DB FRANCS ET DB POLONGNE. [1579] 



113 



e Boullenois, capitaine de cinquante 
i'armes ; 

incois de Balsac, seiogneur d'Antra- 
seiller d'estat et conseiller du prive" 

lippes Stroszi, conseiller d'estat, colon- 
il de 1'infanterie franchise, 
rdi 20 Janvier, le Roy fist le sein- 
Villequier absolument premier gentil- 
e sa chambre, et priva le mareschal 
3 la part et droit alternatif qu'il y pre- 

dredi 23 Janvier, le Roy alia k OJin- 
lingner et purger. Le semblable fit la 
femme, qu'il laissa a Paris, puis alia 
ste de Chandeleur en Peglise de Char- 
28 voeus et prieres a la belle dame; et 
ix chemises de Nostre-Darae de Char- 
pour lui et Pautre pour la Roine sa 
le qu'aiant fait il revinst a Paris, cou- 
; elle, en esperance de lui faire un en- 
a grace de Dieu et de ces chemises (1), 
gtoit incapable par la v£role qui le man- 
es lascivites qui Tenervoient. 
manche 25 Janvier, monsieur le due, 
meurer plus longuement en Flandres, 
eu y faire, parti t de Gond6 en petite 
passa par Crevecoeur, Beau vais, Mantes 
, et se retira a Alan^on. 
rdi 27 Janvier, k Poictiers, Bordeaux, 
Bourges, Tours, Blois, Orleans et au- 
8 sur la riviere de Loire, advinst cer- 
blement de terre, qui espouvanta gran- 
es habitans des dites villes, et sur ce 
nent coururent k Paris des sonnets.] 
mois de Janvier, le Roy faisant dresser 
an estat de sa maison et revoiant l'an- 
casser plusieurs de ses offlciers, mesmes 
Nteeil prive; entre les autres, le maistre 
*tes Riant (2), qui se faisoit apeler de 
t plusieurs autres. Et pour ce qu'il avoit 
ine sienne mestairie deux mil escus 
>it bailie pour estre du conseil prive, 
este" casse, on en fit une risee , et le 
quatrin, qui rencontre sur son nom 



estre du conseil prive* 
eodu sa mestairie ; 
tenant qu'il en est prive*. 
b pis raison qu'on en iiet 

mois, une bande d'ltaliens, advertis 

lignes qui suivent n'existent pas dans le ma- 
itographe de Lestoile, elles paraissent devoir 
r a rendition de Lenglet-Dufresnoy. 
it eHalt Francois de Riant, seigneur de Hou- 

;. D. M., T. I. 



par ceux de Paris, que le Roy avoit dresse en 
son chasteau du Louvre un reduit de jeu de 
cartes et de d£s, vient k la cour et gaingna au 
Roi, dans le Louvre, trentc mil escus, tant k 
la prime qu'aux des, [qui est un jeu lequel, en 
un roiaume bien police, devroit estre tres-es- 
troictement defendu : car, comme dit saint Ba- 
zile, en son homilie viii, le diable est tous- 
jours la qui allume la fureur de tels joueurs, par 
ces petits os marques k certains points.] 

Ence mois de Janvier, le jeudi 29 dudit mois, 
fust donn£ k Paris ung arrest notable en la grande 
chambre du plaidoie pour le fait des notaires, 
par lequel il fust ordonne* qu'& peine de nullite 
etde faux, suivant l'ordonnance de Moulins 1 564, 
qui n'estoit observee par lesdits notaires de Pa- 
ris, les notaires seroient tenus de faire signer les 
parties contractantes, et ou elles ne pourroient ou 
ne sc«uroient signer, qu'il en seroit fait men- 
tion par les contracts comment ils n'escrivent ni 
ne signent. Lequel arrest, le mesme jour, fust 
signified au syndiq des notaires et publie a son de 
trompe par la ville. 

Fevbieb (3), Le mercredi 4 febvrier, le Roy 
revenant de Ghartres alia descendre k la foire 
Saint-Germain, qu'il fit le samedi 7 pubiier et 
continuer pour autres huict jours, et ledit jour 
fistconstituer prisonniersquelques escoliers, qui 
se proumenoient dans la foire, portansde longues 
fraises de chemises de papier blanc, en derision 
(comme le Roi presuraa et comme on pense que 
e'estoit la verite) de Sa Majeste et de ses mi- 
gnons, courtizans si bien fraizes et goldronnes ; et 
comme ils sont d'insolente nature, crioient en 
plaine foire : A lafrdize on congnoistle veau? 

Le mardi 24 febvrier, a Alencon, ou estoit 
M. le due, Bussy et Angeau, sur une querelle de 
neant, se battirent en chemise, avec 1'espee et 
le poingnard, contre La Ferte et Hallot, qui y 
furent cruel lement battus et blesses, principale? 






ment La Ferte-Imbaud, qui y fut si mal ac- 
coustrl qu'on le tinst pour mort un fort long 
temps. 

Mabs. Le dimanche 15 mars, k Paris, trois 
maisons k la Pierre au Laict tomb&rentenruines, 
en plain midi, plaines de plusieurs hommes, 
femmes et petits enfans ; et combien que la ruine 
fut grande, comme de deux ou trois estages de 
hault; neantmoins, par une singuliere grAce de 
Dieu, n'y mourust personne, et n'y en eust que 
deux ou trois de blesses. 

(3) La Reine continuait dans ce meme mojsftes. con- 
ferences a Ne^rac avec le Roi de Navarre et lesTOputes 
des religionnaires. Des articles furent r^digCset'adqp- 
tls entr'eui, et confirmed par lettrea-patentes duRoTen 
date du 14 mars 1579. 

8 



4 14 



fi£GISTAE-JOUBNAL OE HENRI \{\ 



Le lundi 16 mars, messieurs de Guise arrivent 
a Paris, suivant lc mandement que le Roy leur 
avoit envoie de l'y venir trouver, et y viennent 
accompagnes de six a sept cens chevaux, dou- 
tans (a ce qu'on disoit) l'indignation du Roy, k 
cause de la mort du raignon de Saint-Mes- 
grin(l). 

Ledit jour, Monsieur arriva en poste, en fort 
petite compagnie, au Lou\re a Paris, et coucha 
la nuit avec le Roy son frere ; dont la cour, le 
lendemain matin, alia en corps, k la Sainte Cha- 
pel le,faire chanter le Te Deum de sabien venue. 

[Le vendredi 20 roars, le Roy accompagne 
monsieur le due son frere, s'en retournant a 
Alencon, jusques a Noisi, ou ils vont coucher, 
et le lendemain k Saint-Germain, ou ils recoi- 
vent les nouvelles, comme, le vendredi passe 
13 marsj, lejeune Duras dit Rassan avec l'aisne 
de Duras, son frere, s'estoient attaqu£s de que- 
relle contre le vicomte de Thurenne et le baron 
de Salignac, s'estans combattus deux a deux 
sur la greve d'Agen (2). Auquel combat, le vi- 
comte de Thurenne estoit demeure blesse de dix- 
sept coups d'espee, en danger de mort. 

[En ce temps, le procureur general La Guesle 
fust par le Roy envote en Rourgongne et le ma- 
reschal de Montmoranci a Rouen aux Estats qui 
se devoient tost apres tenir en Normandie et en 
Rourgongne, affin d'essaier k appaiser et com- 
poser le peuple tumultuant pour les nouvelles 
daces et nouveaux officiers.] 

En ce mesme temps, k Moulins, un gentil- 
homme bourguignon nomine* de Cintrey, aiant 
este par le commandement du Roy emprisonne' 
*pour avoir librement parle" aux Estats de Rour- 
gongne, fut tire par force des prisons par quel- 
ques gentilshommes entres secrettement pour 
cest effect dans la ville.Dont ne fustfaite autre 
justice, au grand mespris du magistrat et de la 
majeste du Roy. 

Le vendredi 27 mars, lejeune seingneur de 
Rentigni estant en la maison du seingneur de La 
Chapel le aux Ursins a Paris (en laquelle estoit 
aussi le jeune seingneur de Palaiseau, et tous 
deux faisoient Tamour k la fille dudit sein- 
gneur de la Chapelle pour l'espouser), fist chan- 
ter une chanson par un chantre qu'il avoit 
mene expres, par laquelle il blasmoit l'incons- 
tance de sa maistresse. Dont ledit sieur de Pa- 
' taiseau s'offensa, et entrerent, lui et le sieur de 
Rentigni, en paroles; sur lesqueltes.s'approcha 



r (1) Ob croyail que Saint-Bfesgrin avalt M lue* par or- 
• dre du due de Mayeftne. (A. E.) 
i (2) Voyez, sur celte affaire, les Mcmoires du due de 
Bouillon, (A. E.) lis font-partie de 4a collection. 



M. de La Chapelle, et remonstra doucement a 
Rentigni qu'il ne devoit venir en sa maison pour 
quereller. A quoi Rentigni lui respondist qu'il 
estoit aussi gentilhomme et homme de bien que 
lui : lors lui dit le seingneur de La Chapelle qu'il 
s'en faloit la preuve. [A quoi repliqua Rentigni 
qu'il estoit plus homme de bien que lui. « Vous 
» en av£s roenti, lui dit La Chapelle; et sans 
» le respect de ce que vous estes en ma maison, 
» jevous jetterois tout k ceste heuqe par les fe- 
» nestres.» Sur quoi s'esmeust grosse et forte que- 
relle, qui prit trait, et dont les princes s'empes- 
cherent pour ce que les jours sufvans ils mar- 
choient par la ville, Tun et I'autre, fort accom- 
pagnes de gens de cheval et de pied > et y 
avoit danger de quelque aspre combat Mais 
le roy commist certains princes et seingneurs 
pour les appointer, comme de fait ils furent 
appointed au mois de may ensuivant, et fut le 
seingneur de Palaiseau tost apres marie' k la 
damoiselle des Ursins , aux nopces de laquelle 
le Roy, la Roine et les princes souppereht.] 

Le mardi dernier mars, le seingneur de Chas- 
teauneuf (3), jeune homme de vingt-cinq ans, 
tua le seingneur de Chesnay-Lallier, Angevin, 
son oncle, aag6 de pres de soixante ans, aiant 
pris querelle avec lui k raison d'un proces qu*ils 
avoient pour la tutelle dudit Cbasteauneuf, de 
laquelle ledit seingneur de Chesnai avoit este 
charg^. [Ainsi se demesloient, en ce temps, les 
proces et differends sans autre formalite de jus- 
tice, par la connivence du Roy et du magistrat.] 

A Pasques de cet an 1579, le Roy fit faireet 
asseoir en la Sainte-Chapelle du Palais k Paris, 
la closturede marbre et cfairain brave et magni- 
fique, comme on la voit a present, autour da 
grand autel d'icelle, et au mesme temps, furent 
refaittes de neuf les orgues de ladite Sainte- 
Chapelle, aussi belles et excellentes qui s'en 
puisse point voir. 

Avbil. La nuit du mercredi l er d'avril, la 
riviere de Saint-Marceau, au moien des pluies 
des jours pr^cedens, creust a la hauteur de qua- 
torze ou quinze pieds, abbatist plusieurs murail- 
les, moulins et maisons, noia plusieurs person- 
nes de tous sexes et aages, surprises dans leors 
maisons et dans leurs lits, ravagea grand quan- 
tity de bestail et fist du mal infini. Le peuple de 
Paris, k milliers, le lendemain et jours ensuivans, 
courust voir ce desastre avec grand fraieur et 
espouvantement. L'eau fust si haute qu'elle se 



(3) Michel de Rieui, seigneur de Chateauneuf, Mxt 
de R^nee de Chateauneuf , une des mattresses du ro* 
Henri III, avant son roariage. (A E.) 



ROY DE FRA!\CE ET DE POLONGItE. [lo79] 



115 



respandist par l'eglise et jusques au grand autel 
des Cordeliers-Saint-Marceau , ravageant par 
forme de torrent en grande furie, laqaelle neant- 
rooins ne dura que trente heures ou un peu 
plus. 

La cour de parlement, en corps, lesamedien- 
suivant , vinst k la grande eglise Nostre-Dame, 
ou fut dite une messe solennelle, avec prieres k 
Dieu qu'il lui pleust appaiser son ire, et a mesme 
fin fut, le lundi ensuivant, faite procession ge- 
nerate & Paris. 

Le vendredi 10 avril, le mareschal de Mon- 
morancy revinst de Rouan et fust loge dedans 
le Louvre, ou, l'onziesme dudit mois, it fut sur- 
pris d'une apoplexie, qui lui osta la parole, Fes- 
pace de vingt-quatre heures; puis deux jours 
apres, se revinst et commenca k se mieux porter ; 
et quand il peust endurer le coche, se fist me- 
ner k Escouan, ou il mourust, le mercredi 6 e 
Jour du mois de may ensuivant, au grand re- 
gret de tous les gens de bien [et de la plus 
saine partie de la noblesse de France. 

Le dimanche 26 avril, M. le due arriva k Pa- 
ris en grande compagnie et roagnifique appa- 
reil, et alia le Roi au devant de lui une lieue 
hors la ville, et le mena loger au Louvre, ou 
ils demeuroient et venoient ensemble en grande 
Concorde et amitie' fraternelle. 

En ce mois, 6s pays de Dauphine et d'Auver- 
gne, se commenca k remuer la ligue dite de 
requite , qui n'estoit autre chose, a bien parler, 
qu'une praguerie ou £levement d'une s6ditieuse 
commune contre le Roy et sa noblesse.] 

Mai. Le vendredi premier jour du mois de 
may, Maurevert (1), rencontre aux champs par 
un sien cousin et voisin, contre lequel il avoit 
querelle, fut charge et tire d'un poitrinal, du- 
quel la bale lui rompist les os du bras gauche, 
depuis le coulde jusqu'a l'espaule, dont il fust 
tellement offense* que quatre jours apres, il lui 
falust couper le bras. [Chose estrange que cest 
assassin , charge jk par deux fois par ses enue- 
mis , n'a peu estre tue, et y a apparance que Dieu 

(1) Louvlers de Morevet, gcntilhomme de Brie, avail 
He" tlere* page dans la maison des princes terrains. Le 
gouverneur des pages l'ayant un jour fait chatter, il le 
Uta, et passa a l'ennemi un peu avant le combat de 
Etenti. Apres la paii faite avec l'Espagne . il trouva 
moyen de s'insinuer de nouveau chez les Guises. De* 
pie le parlement eut mis a prix la tele de i'amiral de 
2oligny, 11 s'oflrit pour cette execution, et ayant recu de 
'argent d'avance, il passa dans le parti des princes, se 
nontra tres-zlle* pour leur religion, qui. lui paraissait, 
llsaiHI, plus pure que 1'autre. Pour s'assurer encore 
lavantage leur confiance, 11 inventa cent mensonges, et 
»sura que les Guises lui ardent fait des injustices 
troces. Apres avoir lent* plusieurs fois, mais toujours 
n rain, <f eilculer ce qu'rl ayoit promts, considlrant 



le garde ( comme il le me>ite ) a une punition 
et justice exemplaire.] 

Le mardi 26 may, le seingneur de La Robe- 
tiere, gentilhorome poitevin, huguenot, par ar- 
rest de la chambre de Fedit, fust decapite en la 
place de Greve k Paris, pour ce que de guet-a- 
pens, il avoit tue un gentilhomme sien voisin, 
qu'il avoit mande pour disner avec lui en sa 
maison de La Bobetiere, et apres disner, l'aiant 
mene* pourraener en un bois derriere sa maison, 
avoit assassine ledit gentilhorome et sa femme 
avec lui, pour I'advertissement certain qu'on 
lui avoit donne, et le bruit commun de tout le 
pays, que ladite damoiselle sa femme, n'avoit 
*»esse de paillarder avec ce gentilhomme, pen- 
dant son absence et son sejour dans la ville de 
Lusignan, oil il estoit enferrae avec les autres 
huguenos. Quand on lui prononca son arrest, 
il dist tout haut que tous ses juges estoient co- 
cus, [et qu'on regardast hardiment la liste, qu'on 
trouveroit qu'il n'y en avoit pas un d'eux qui 
ne le fust ] ; et qu'ils ne le faisoient mourir que 
pour ce qu'il ne vouloit souffrir d'estre cocu 
comme eux. Estant venu au lieu du supplice, 
il ne voulust estre bande, prist I'espee du bour- 
reau, et, 1'essaiant sur son doigt, pour voir si 
elle coupoit bien, dit au bourrcau : « Mon ami, 
» depesche-moi vistement, il ne tiendra qu'& toi : 
» car ton espee est bonne. » [Et mourust de ceste 
fa^on, en vrai capitaine determine, aiant fait 
devant sa priere a Dieu tout haut, k la mode de 
ceux de sa religion.] 

En ce mois, le chapitre g£n6ral des Cordeliers 
s'assambla aux Cordeliers de Paris, ou se trou- 
verent environ douze cens freres de l'ordre de 
saint Francois de toutes les nations du monde , 
et firent leur general messire Scipion de Gon- 
zague, cordelier de la caze mantoane (2). Le 
Roy, pour leurs alimens, pendant leur sejour a 
Paris, leur donna dix raille francs ; M. le due 
son frere, quattre mil francs, et les colleges, 
chapitres, communaultes, abbes, prieurs et pre- 
lats de Paris, leur firent tous particulieres aus- 

d'un cote* le pe*ril imminent auquel il s'eiposait, et ne 
voyant d'ailleurs aucune apparence de re*ussir, pour ne 
pas sen retourner sans avoir rien fait, il lia une ami tie* 
tres-e*troile avec Mouy ; il voulut profiler de l'occasion, 
et il exe'euu contre Mouy, qui tenait le premier, rang 
apres Goligny dans Tarmee de& confe'de're's, ce qu'il n'a- 
vait os* entreprendre contre Coligny me" me, et il le tua 
dans un jardin, et se sauva sur un cheval dont Mouy 
lui avait fait present. Ayant obtenu sa grace, il reparut 
a Paris, ou un de ses cousins, avec lequel il e*tait en 
contestation, lui tira un coup de pistolet. (A. E.) 

(2) G'e*tait un religieui d'un grand mlrite. Apres 
avoir reftise* les 6v6cb4s de Cifalu et de Pavic, le Pape le 
forca a accepter celui de Mantoue et le nomma cardi- 
nal. II mourut en 1020. (A. E.) 

8. 



EEGISTHF.-JOUKML DE HENRI III, 



mosues, ramrae firent les habitans de Paris | a 
nucuns d'eux a ce deputes, allant en queste de 
porte en porte.] 

Le veudredl 29 may, a six heures du soir, 
uu gentilhomme de Bern, nomme Beaupie (qui 
se disoit avoir este oultrage par le seingneur 
d'Aumont, son voisin, allant a la chasse, accom- 
pogne de cinq autres, tous bien monies sur 
eourslers et chevaux d'Espagne), vlnst charger 
ledit seingneur d'Aumont, estant en uu carro- 
che, pres la porte Bussy a Paris, aveq le sein- 
gneur de Bouchemont et les dames marescbale 
de Rnis et de La Bourdateiere, a grands coups 
de pistoles, et fust ledit seingneur d'Aumont 
blesse d'nn coop de pistole au bras droit, dont 
les balles lui froisserent les os depute le coulde 
jusques a I'espaule, [et fut en grand danger de 
sa vie, estant par longue espace demeure entre 
les mains des chirurgiens, qui si bien le panse- 
rent, que le bras ne lui fust point coupe et a la 
fin fut gueri.] Le seingneur de Bouchemont, qui 
n'estolt point de la qnerelle, faisant contenance 
de vouloirsortir du carroche, fust attaint de trois 
coups de pistole en la teste et au corps, et 
mourutsur-le-champ. [La trompettedu seingneur 
d'Aumont, le suivant a cbeval, donna un coup 
d'espee au trovers du corps d'un des assail lans, 
qui avoit arreste et blesse lecocher, lequel fuiant 
avec les autres, a quatre lieues de Paris, ne 
pouvaut plus se soustenir, fut acheve* par Beau- 
preset desflgure par le visage a coups de dague, 
nfin qu'il ne fut reeongneu ; et le lendemain fut 
son corps rapporle a Paris.] On disoit que Beau- 
prc, [pour ce qu'il avoit affaire au seingneur 
d'Aumont, grand seingneur, chevalier des deux 
ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit ,]es- 
toil venu de sa maison it Paris en habit de cor- 
delier, poor ce qu'en ce mois s'y assemblolt le 
chapitre general, de erainte d'estre descouvert. 

Le seingneur d'Aumont leur fist faire leur 
prom par le prevost de I'hostel, et furent, en 
juillct ensulvant, decapites en figure au bout du 
pont Saint-Michel a Paris, et entre autres Beau- 
pre, com me chef et conducteur de I'assassinat, 
sur 1'cxecution de la figure duquel furent faits 
et semes a Paris les vers latins suivants : 
Btrpratu s jaett Me, prineepiqut caputqut latronum : 

PFonjaett, immo alia de cruet ptndtt ndhur. 
Svpporila est quondam Graiii pro virgint ctrva : 

t'anum pro prate nunc quoqnt supposition est. 
In ertice com nihil pott cere eolla timer it. 

Pro lUta, at nutuit nuiw cruet miUe crtwit. 

Jlim. Le a r jour de juing, qui esloit un 
lundi, les seigneurs d'Angeau et de La Bette, 
gentilshommes de la maison de M. le due, pour 
demetlerunequerelle eutreeux (commela saison 



en estoit fort fertile), se battirent avec l'espee 
et la dague a Bourguell, dont pour lors le sein- 
gneur de Bussi estoit abbe; et fut La Hette 
blesse de dix-sept coups d'espee, neantmoins 
tout blesse qu'il estoit, de furie s'eslanca de cut 
et de teste sur d'Angeau, son ennemi saiu et 
gaillard, et qui n'eo faisolt non plus de compte 
que s'il eust este mart, et lui donnant de l'es- 
pee au travers du corps, tua tout roide sur la 
place ledit d'Angeau ; et La Hette mourust quel- 
ques jours apres des coups qu'il avoit receus. 
[Ainsi sont secrets, les jugemens de Dieu, qui 
s'executoieut journellement sur ceste pauvre 
noblesse de France, qui se desfaisoit ainsi d'elle- 
mesme par ses propres mains. | 

Le vendredi 96 juing, les generaus de la jus- 
tice des aydes sont suspendus pour n'avoir 
voulu pubtier ledit de la suppression des privi- 
leges de tous les exempts du huictiesme, ving- 
tiesme et autres semblables daces, apres plu- 
sieurs expresses et comminatoires jussions da 
Roy, et pour ce, au lieu de generaux sont ap- 
peles geuereux. I.esquels enfln, apres que le Roy 
leur eust declare-qu'il ne s'en vouloit point ai- 
der, et que sa volonte estoit seulement qu'ils le 
Assent publier et homologuer pour estre restitues, 
le firent simplement registrar en leur greffe, et 
rien autre chose. Dont Sa Majesty, iudignee, 
dit ces mots : -Qu'il n'avoit eu fascherie il y avoit 
long-temps qui lui eust plus touche au occur que 
la bravade de ces petits gallans de generaux de 
sajustice, mais qu'il la leur feroit scntir. Cepen- 
dant pour ce qu'il y agissoit'en ce fait du bien 
publiq, lis en furent fort tones, et ceux de la 
cour de par lenient blasmes par les deux vers 
suivants, qui en furent faits et semes au Palais 
et par tout : 



[Sur la fin de ce mois, les deputes du clerge 
de France s'assamblerent a Melun par la per- 
mission du Roy, pour deliverer sur ce qucSa 
Majeste leur demandoit qulnze cens mil francs, 
pour le paiement des orerrages des rentes de Is 
ville, dont il estoit deu une anuee, et alienation 
de cinquante mil escus de rente de leur tempo- 
re). Et pour ce que, selon le bruit commun, le 
Pape et le Roy s'entendolent bien I'un 1'autre 
en ceci, au prejudice du clerge, furent semes et 
publics, en forme de pasquil, les suivants : 

Concilium eleri fle. 

Quia quod hate; sera riffle. 

Rex natter ttpappa 

Sunt ambo tub una cappa. 

Qui dicunt do ut dtt, 

Caiphas, f 1 Herodet 



BOY DB FRANCE ET D£ POLO* ONE. [1579] 



117 



Juillbt. Le lundi 3 juillet, M. le due, dans • 
le coche de M. de Mande, au logis duquel il 
avoit couche, au cloistre de l'eglise de Paris, 
partist en fort petite compagnie, et s'en alia k 
Boulongnc-sur-la-Mer, ou apr£s avoir sejoume 
trois semaines, il passa en Angleterre, sous le 
sauf-conduit de la Roine, de laquelle il fust joieu- 
sement et magnifiquement receu en un sien 
ehasteau , proche de deux lieues de la ville de 
Londres , ou ils demourerent huict jours en- 
semble , en leur entrevue et pourparler de leur 
mariage. 

Le pauvre train et equippage que ledit sein- 
gneur due y mena, donnerent subject a un son- 
net qui fut publie a Paris et sem£ partout.] 

Aout. Le raercredi 5 aoust, Francois de La 
Primaudaie dit La Barree, fust par arrest de la 
cour decapite aux Hales de Paris, pour repara- 
tion du meurtre de guet-&-pens, peu auparavant 
par lui comrais en la personne de Jean de Re- 
fuge, seingneur de Galardon, k Paris, aupres 
de Saint-Andre-des-Ars, et sa teste mise sur un 
posteau au coin de l'eglise des Augustins sur le 
quay. II s'estoit fte, faisant ce meurtre, en la 
faveur de M. le due, qu'il suivoit et qui l'ai- 
moit. Et de fait, aussitost que ledit seingneur 
due eust entendu sa condamnation, il fust trou- 
ver le Roy son fr£re, pour lui demander sa 
grace. Mais le Roy en estant adverti, aussitost 
qu'il Pavisa entrant dans sa chambre, pour lui 
en fermer la bouche, lui dit ces mots : « Mon 
» frere, vous scav& bien que La Primaudaie est 
» juge, et qu'il doit mourir aujhourdui. J'ai fait 
w un serment de ce coste-l& que je tiendrai : 
» e'est que je ne donnerai sa grace pour homme 
» vivant qui m'en prie, fust-ce pour vous, qui 
*> estes mon propre fr&re ; car outre ce que Facte 
» est raeschant et i remissible, je veux bien qu'on 
» sache que j'aimois Du Refuge, et s'il n'eust 
» point est£si sot que d'estre buguenot, je l'eusse 
» fait grand. » [Ce que voiant, Monsieur se re- 
tira sans oser en parler plus avant, et sortant de 
la chambre du Roy, dit a ceux qui lui en par- 
loient : « Qu'il n'y pouvoit plus rien, et que le 
» Roi vouloit qu'il raourust. » 

Le vendredi I4 e aoust, le Roy manda au 
Louvre les prevosts des marchans et eschevins 
de la ville de Paris , et leur enjoingnit de faire 
assemblee en leur Hostel-de-Ville de Paris, pour 
cinquante mil escus de don gratuit qu'il deman- 

(1) Le due d'Anjou, pour divertir le Roy son frere, 
lui montra une lctlre de Bussy dans laquelle 11 lui man- 
dalt qu'il avail tendu des rOts a la biche du grand ve- 
neur, et qu'il la tenait dans ses filets. Cette bichc, c'4- 
tait la fern me de Charles de Chambre, comte de Mont- 
soreau, a qui le due d'Anjou, a la solltcitalion de Bussy* 



doit paiables par capitation , par les habitans 
de Paris. 

Lemardi 18 aoust, le Roy s'en alia u Saint- 
Germain en Laye, et envoia le grand prevost de 
France, bien accompagne de gens de pied et de 
cheval , pour se saisir de la personne de sein- 
gneur de La Rocbeguion, et autres ses parti - 
zans gentilsbommes de Normandie , pour ce 
qu'aus derniers Estats tenus a Rouan par les 
Normans , ils avoient hautement parle pour le 
peuple contre le Roy , jusques u se faire comme 
chefs de part des mutins qui ne vouloient plus 
paier aucunes tail les ni subsides. On trouvaque 
le dit La Rocbeguion avec ses compagnons es- 
toieht refuis en la basse Normandie, ou,avecques 
les Bretons leurs voisins , ils traictoient et mo- 
nopoloient, a ce qu'on disoit, pour secouer le 
joug de la tirannie qu'ils appeloient, c^est-d- 
dire en francois de Jeur roy, prince naturel et 
souverain seingneur.] 

Le mercredi 1 9 d'aoust , Bussy d'Amboise, 
premier gentilhomme de M. le due, gouver- 
neur d'Anjou , abbe de Bourgoeil, qui faisoit 
tant le grand et le bautain , a cause de la faveur 
de son maistre, et qui tant avoit fait de maux 
et de pilleries es pays d'Anjou et du Maine, 
fust tue parle seingneur de Montsoreau, ensem- 
ble avec lui le lieutenant criminel de Saumur , 
en une maison du dit seingneur Montsoreau, ou 
la nuit le dit lieutenant, qui estoit son messager 
d 'amour, l'avoit conduit, pour coucher ceste 
nuict la avec la femme du dit Montsoreau (1) , 
& laquelle Bussi des long-temps faisoit 1'amour, 
et auquel la dite dame avait donne ex p res ceste 
fausse assignation pour l'y faire surprendre par 
Montsoreau son mari : a laquelle comparoissant 
sur le minuit, fut aussitost investi et assaillipar 
dix ou douze, qui accompagnoient le seingneur 
de Montsoreau , lesquels de furie se ruerent sur 
lui pour le massacrer. Ce gentilhomme se voiant 
si pauvrement trahi, et qu'il estoit seul (comme 
on ne s'accompagnc gueres volontiers pour telles 
executions ) , ne laissa pas de se defendre jusques 
au bout, monstrant que la peur jamais n'avoit 
trouve place dans son coeur : car il combattist 
tousjours, comme il disoit sou vent , tant qu'il 
lui demeura un morceau d'espee dans la main 
et jusques a la poingnee , et apres s'aida des 
tables , bancs, chaises et escabelles , avec les- 
quels il en blessa et offensa trois ou quatre de 

avail donne* la charge de grand veneur. Le Roi garda 
cette lettre, et comme 11 y avait dlja long-temps qu'il en 
voulait a Bussy, 11 la lut au comte de Montsoreau, qui 
obligea sa femme a donner un rendez-vous dans un 
de ses chateaux a Bussy, et l'y fit assassiner. (A. E.) 



118 



REGISTHE-JOURNAL DB HENRI III, 



ses ennemis, jusques a ce qu'estant vaincu par 
la multitude ct desnue de toutes armes ct in- 
struments pour se deffendre, fust assomm6 pres 
une fenestre, par laquelle il se vouloit jetter 
pour se cuider sauver. 

Telle fut la fin du capitaine Bussy (l), qui 
estoit d'un courage invincible , liault a la main, 
fier et audacieux , aussi vaillant que son espee, 
et pour l'aage qu'il avoit, qui n'estoit que de 
trente ans , aussi digne de commander une ar- 
mee que capitaine qui fust en France , mais vi- 
cieux et peu craingnant Dieu ; ce qui lui causa 
son malheur, n'estant parvenu a la moictte de ses 
jours, comme il advient ordinairement aux hom- 
ines de sang comme lui. 

11 possedoit tellement M. le due son maistre , 
qu'il se vantoit tout haut d'en faire tout ce qu'il 
vouloit, voire et avoir la clef de ses coffreset 
de son argent, et en prendre quand bon lui sem- 
bloit ; de laquelle vanterie on disoit qu'il se fust 
aislmcnt passe. II aimoit les lettres, combien 
qu'il les prattiquast asses mal , et se plaisoit a 
lire les bistoires, et entre autres les Vies de Plu- 
tarque; et quand il y lisoit quelque acte signale* 
et gene>eux fait par un de ces vieux capitaines 
rommains : « II n'y a rien en tout cela, disoit-il, 
que je n'executasse aussi bravement qu'eux a la 
n&essite* ; » aiant accoutum6 de dire qu'il n'es- 
toit n£que gentilhomme, mais qu'il portoitdans 
1'estomacb un cceur d'Empereur ; si bien qu'enfin 
pour sa glolre, Monsieur le prinst a desdain, 
et de tant qu'il 1'avoit aime du commencement, 
sur la fin il le haist, aiant consenti, selon le 
bruit commun, a la partie qu'on lui dressa pour 
s'en defaire. En quoi se verifie un mescbant 
proverbe ancien parlant des princes, qui dit : 
Tres-heureux est qui ne les congnoit , malheu- 
reux qui les sert , et pire qui les offense. 

[Sur ceste mort de Bussy furent faits et divul- 
gues divers tombeauxet epitaphes, entre les- 
quels j'ai receuilli le suivant, qui est digne de 
l'esprit de monsieur de Pybrac; il est intitule : 

OMBBE DE BUSSY; 

Dialogue entre Flore et Lysis. 

On divulga Igalement d'autres sonnets sur 
l'ombre de Bussy , et une epitapbe attribute a 
Maschefer], ainsi que le tombeau suivant : 

BUSH TUMULUS. 

Formosa Veneris, furiosi Martis alumnus , 

Pfobdium terror, Bussius hie situs est. 
Nam Monssorei quoniam temeravit hymanen, 

Li) Brant6me a fait son eloge. (Capitalnes illustres 
francs) (A. E.) 



Incautus crebris ictibus oceubuit. 
Insidiis cecidit furlivo Marte peremptus, 

Non potuit solum solus habere parem 
Usus erat semper Veneris Martisque favore, 

Ast Mars nunc tandem prodidit atque Venus. 
Ilinc castos maculare thoros dediscite, meschi : 

Sanguine purgari debet adulter ium. 

[IMITATION DU SU8DIT frlGBAMME. 

Le raignon de V£nus, le favori de Mars, 
L'effroi des nations, le craint de toutes parts, 
Bussi le beau, le fort, le fondant, le terrible, 
Cy-gist assassine* par un juste courroui 
De ce que ne doit faire la femme a son Ipoui. 
Mars et Ye*nus l'aiant d'une faveur 6gale 
Tousjours accompagne', 1'ont a l'heure faule 
Tous deux pousse*, livre* et couche* an tombeau : 
Telle fin meritoit un tel brusque cerreau.] 

Le samedi 22 e jour d'aoust , plusieurs logis 
de ceux de la religion, a Paris- , furent marques 
de croix de craye : qui donna l'alarme a plu- 
sieurs, a cause de la Saint-Barthelemi proebaine. 
Et pourceque ce jour furent apportees k Paris 
les nouvelles de la mort de Bussi, et qu'il n'y 
avoit apparence dans la ville d'aucun remue- 
ment, on disoit que les Huguenos avoient eu 
*peur de l'ombre de Bussi , qui les avoit si mal 
traictes & la Saint-Barthelemi, commealaveriU 
il leur avoit fait tout plain de maux ce jour, et 
tu6 de sang froid Bussi Saint-Georges, son cou- 
sin , dont il avoit justement receu son paiement 
en semblable monnoie. 

[Septembbe. Le mercredi, second jour de 
septembre, le Roy se trouva mal d'un mal d'ao- 
reille, qui lui fist peur, pour ce que le Roy 
Francois second, son frere aisng, en estoit mort 
Ce qu'il rgpeta ce jour par deux ou trois fois. 

Le samedi 5 septembre , nouvelles vindrent 
a Paris, que les seingneurs de Mauleon, Duras 
et Grandmont, gentilsbommes gascons , suivans 
ordinairement le Roy de Navarre, estoient par 
surprise entres en la ville de Fontarabie , et 
qu'ils la tenoient pour le roi de Navarre. Et en- 
cores que la nouvelle en fust fausse , toutefois 
sur le bruit qui en estoit grand par la ville, 
l'ambassadeur d'Hespagne fust trouver le Roy 
et lui en fist sa plainte avec paroles asses hautes. 
Auquel le Roy fist response, qu'il n'en croioit 
rien, et qu'il n'en avoit point eu d'advis; mais 
quand ainsi seroit, qu'il n'y avoit rien en cela de 
son fait , et que si le roi de Navarre avouoit les 
dits surpreneurs , que e'estoit k lui a en res* 
pondre au roi d'Hespagne son maistre; car en- 
cores que le Roy de France eust tousjours traitfe* 
le dit roi de Navarre en bon frere , neant- 
moins il lui retenoit plusieurs de ses villes et 
places qu'il ne pouvoit retirer de ses mains, 
tant s'enfaloit qu'il peust ou voulust respondre 



BO! D£ FRANCE ET 

iu rol d'Hespagne , de sa ville de Fontarabie. 
Le jeudi 10 septerabre, le Roy alia au cha- 
eau de Madriq, en coche, contre Tavis de ses 
nedecins, dont il revinst tost apres extreme- 
nent vex6 de son mald'aureille, et en fut la nuict 
msuivante si travaille, que par tons les monas- 
:eres de Paris on envoia faire prieres pour sa 
jante; fust aussi a la roine mere envois en dili- 
gence un courrier, pour Fadvertir de l'aigreur 
ie ceste maladie , dont on doutoit l'yssue : car 
tous les medecins en desespererent vingt-quatre 
heures durant , except^ Le Grand , le medecin , 
et attribuoient la cause de son mal aux veilles 
de la nuit et aux exces des jours gras, durant 
lesquels , non obstant les affaires qu'il avoit sur 
les bras, il avoit passe les nuits entieres & mom- 
mer et masquer, et a autres exercices peu con- 
venables & sa sante. 

Diverses poesies et escrits satyriques furent 
publics contre le Roy et ses mignons , en ces 
trois annees 1577, 1578 et 1579 ; lesquels pour 
estre la plus part d'eux impies et vilains , tout 
oultre , tant que le papier en rougist, n'estoient 
dignes avec leurs autbeurs que du feu , en un 
autre siecle que cestui-ci, qui semble estre le 
dernier et l'esgout de tous les precedens. Et 
sonttitres: 

La Catzrie des tresoriers et des mignons , 
par M..„ fol et ligueur ; le sonnet vilain a Sainct- 
Luc ; Un Pasquil courtizan, c'est-a-dire or- 
durier, vilain et lascif, qui couroit & la cour, en 
best an 1579 et y estoit tout commun ; Des vers 
vilains, qui furent escrits sur la porte de Tab- 
bay e de Poissi, un jour que le Roy y entroit (1). 

1580. 

Jaftvibb. Le vendredi premier de Tan 1580, 
le Roy tinst son ordre des commandeurs che- 
\alliers du Saint-Espriten Feglise des Augustins 
a Paris, en grande solennite ; et fist nouveaux 
chevaliers du dit ordre, le marquis de Conti , 
frere du prince de Conde, le prince daufin, fils 
du due de Montpensier , le due de Guise ,* le 
sieur de Lanssac, et autres de robbe courte. 11 
en fist aussi plusieurg de robbe longue, scavoir : 
les cardinaux de Bourbon , de Guise et de Bi- 
ragues ; messire Pierre de Gondi, evesque de 
Paris; Amiot, Evesque d'Auxerre, son grand 
ausmonier; messire Philippes de Lenoncourt, 

(1) llama* de po&f e diyerses, que nous n'avons pas cru 
devoir tort insure* dans l'6dttion de ce Journal ; elles occu- 
pent les feuillets 149 a 159 du manuscrit in-fol.de Lestoile. 

(2) L'ordonnance de Blois est une des plus belles que 
nous ayons ; il est mdme Itonnant que dans un temps 
d*agitation, tel que fut celui de ces premiers Etats , on 
a:t pu travailler aussi utilement. (A. £.) 

(3) Robert de Combaud, seigneur d'Arcy-sur- 



DE POLOXGKE, [i580] 119 

abW de Rebais , prieur de la Charite-, an- 
cien conseiller du conseil prive, jadis evesque 
d'Auxerre , et tout plain d'autres. 

Le lundi 4 Janvier, le seingneur.de Ville- 
quier vinst en la cour de parlement , et \k fut 
receu gou verneur de Paris et de l'isle de France 
au lieu du feu mareschal de Montmoranci ; et 
le jeudi ensuivant 7 e de ce mois, fut receu et 
fit le serment en rHostel-de-la-Ville de Paris, 
d'ou il partist le lendemain pour se faire rece- 
voir pareillement aux autres villes estans du 
destroit et gouvernement de l'isle de France.] 

Le lundi 25 Janvier , fust publie en la cour de 
parlement de Paris, Tedit [fait et arrest^ apres 
longue deliberation de la cour, ] sur les cahiers 
des Estats tenus a Blois, en Tan 1577; auquel y 
a beaucoup de belles et bonnes ordonnances (2), 
lesquelles, [s'il plaisoit u Dieu et au Roi qu'el- 
les fussent bien observees, tous les Estats et 
peuple de France en seroient grandement sou- 
lages et satisfaits. ] M ais est a craindre quon 
n'en die comme de Fedit des Estats d'Orleans et 
de toutes autres bonnes ordonnances faites en 
France : « Apres trois jours non vallables. » 

Le roardi 26 Janvier, le cardinal de Bir agues, 
au retour du baptesme du fils d'un de ses nep- 
veus qu'il tinst sur les fonds a Sainte-Katherine 
du Val-des-Escoliers, donna la collation au Roy, 
aux roines et aux seingneurs et dames de la 
cour, dans la grande gallerie de son logis, ma- 
gnifiqueroent tapissee et paree. En laquelle y 
eust deux longues tables couvertes d'onze a 
douze cens pieces de vaisselle de faenze, plai- 
nes de confitures seches et dragees de toutes 
sortes, accommodees en chasteaux , piramides, 
plate-formes et autres facons magnifiques. La 
plupart de laquelle vaisselle fut rompue et mise 
en pieces par les pages et laquais de la cour, 
comme ils sont d'insolente nature ; qui fust une 
grande perte : car toute la vaisselle estoit excel- 
lemment belle. 

En ce mois de Janvier, Combaud (3) vendist 
a Adjacet, comte de Chasteau vilain , son estat 
de premier maistre d'hostel du Roy, vingt mille 
escus. 

Avec ce, Combaud, rooiennant 1'evescbe de 
Cornouaille (4), en fist le mariage de La Rouet(5), 
une des plus bonnestes filles de la cour. Sur quoi 

Aute, premier mattre d'h6tel du Roi. (A. E. ) 

(4) Francois -de La Tour e*tait alors Iveque de Cor- 
noailles ou Qulmper-Corentin. II ayait die* sacre* des le 
20 d&embre 1574. II est mort en 1593, et Charles de 
l'Escouet lui a succeed en 1505. Ainsi cet 6veche* n'ltait 
pas vacant en 1580. (A. E.) 

(5) Louise de La Renaudidre de TIslc Rouet, mere de 
Charles, fils naturel d'Antoine, roi de Navarre, Tut ma- 



I 'JO 



BEGISTRE-JOUBNAL DB HENRI III 



fut divulgul le sixain suivant , plaisant et k 
propos : 

Poor espouse r Roaet avoir an e>esche\ 
N'est-ce pas a Combaud sacrilege pecche\ 
Dont ie peuple murmure et 1'lglise souspire? 
Mais quand de Cornouaille on oit dire le nom, 
Digne du mariage on estimc le don ; 
Et aii lien den pleurer, chacun n'en fait que rire. 

Fevrieb. Le mercredi 3 e jour de febvrier, le 
Boy disna en I'abbaie Saint-Germain-des-Pres , 
ch£s le cardinal de Bourbon ; le lendemain en 
l'hostel Saint-Denis, ches le cardinal de Guise; 
le jour ensuivant en l'hostel de Nelle, ches le 
due de Nevers, puis ches le cardinal de Bira- 
gues , puis ch£s le seingneur de Lenoncourt, en 
Thostel de Ghaalons , et ainsi de jour k autre 
consecutivement ches autres seingneurs, tant 
que la foire de Saint-Germain dura. 

[Pendant ces jours (comme il se fait tousjours 
quelques bons tours en matiere de fbire ), ad- 
vinst qu'un mari aiant long-temps perdu sa 
femme et la trouvant en la foire Saint-Germain 
a Paris, la fist prendre par le guet. Cellui qui en 
jouissoit, pensant l'avoir perdue par faveur, 
elle lui fust rendue par Testu, chevalier du 
guet, et le mari la reperdist. Sur quoi fust di- 
vulgue un sonnet fait au nom du chevalier du 
guet, et adress6 par lui a une damoiselle.] 

En ce temps, le seingneur de Saint-Luc, Tun 
des mignons du Boy, est disgracie, et est Lan- 
cosrne, nepveu du seingneur de Lanssac, en- 
vote en diligence en Brouage, ou il avoit quel- 
ques compagnies sous sa charge, affin de la gar- 
der pour le Boy [et empescher Saint-Luc, qui 
en estoit gouverneur, d'y entrer. Lancosme y 
arriva sept heures avant Saint-Luc, qui le sui- 
voit de pr6s.] Le lieutenant de Saint-Luc lui re- 
fuse 1'entree. La-dessus Saint-Luc arrive et en- 
tre en Brouage, en chasse les cinq compagnies 
de soldats* y estans sous la charge de Lan- 
cosme. Dequoi le Boi, adverti, envoia gardes 
en la maison de la dame de Saint-Luc, estant 
a Paris, fist sai&ir tous ses coffres et papiers, et 
la fit garder comme prisonniere. 



rie'e a Robert de Combaud dont on vient de parler. Elle 
lui porta pour dot le revenu de Nvdche' de Quimper- 
Corentin ou de Cornoaille, lorsqu'il viendrait a yaquer. 
(A. E.) — Robert de Combaud avail eu de La Rouet 
une fille legitime avant la naissance de Charles. 

(1) On prftendatt que le Roi avait disgracie* Saint- 
Luc , parce qu'il avait d&ouvert a sa femme une in- 
trigue d' amour que le Roy youlait cacher. Nous ajoute- 
rons icl ce que d'Aubigne* dit avoir su de Saint-Luc 
lui-mdme. Ce seigneur, voyant la vie voluptueuse que 
menait Henri III, fut sollicite' par sa femme Anne de 
Cosse* de Brissac , de tachcr de retlrer le Roi de cette 
hontcuse prostitution. Saint-Luc fit faire une sarbacane 



[On fondolt ceste disgrace (l) sur ce qu'on di- 
soit que Saint-Luc avoit r^vele a sa femme 
quelques secrets du cabinet du Boy ; que lui 
et le seingneur d'O estoient en mauvais mes- 
nage ; que le mariage de Saint-Luc avec la da- 
moiselle de Brissac estoit cause du remuement 
advenu en ce roiaume, par le moien du sein- 
gneur de La Bocheguion ; et qu'il avoit parle* 
trop haut au Boy, sur ce que le Boy avoit dit en 
sa presence que le mareschal de Cosse n'estoit 
pas ass£s gentilhomme pour estre receu en la 
compagnie des commandeurs chevaliers du 
Saint-Esprit Mesme, disoit-on, qu'il avoit escrit 
une lettre a Monsieur, fr&re du Boi, par laquelle 
il lui mandoit qu'il gardoit le Brouage pour lui 
et qu'il lui estoit bien serviteur ; que Monsieur 
envoia au Boi son fr&re, pour lui faire entendre 
corobien ses mignons, ausquels il faisoit tant 
d'honneur et de bien, lui estoient bons serviteurs. 
Toutefois, nonobstant toutes ces belles rai- 
sons,] Saint-Luc, quelque temps apr&s, fist une 
entreprise sur La Bochelle, [qui fut descou- 
verte] et ne sortist a effait : ce qui fist croire jue 
ceste disgrace estoit feinte [et avoit este expres 
machine, et ces faux bruits et paroles sem&s 
pour cuider mettre a fin ladite entreprise. 

En ce mesme temps, en haine des cruautfc 
et pilleries que Marie et ses partizans avoient 
execute a Mandes, les catholiques s'eslevfcrent 
en armes a Thoulouze et aux environs, et cou- 
rurent sus aux huguenos. La chambre mi-par- 
tie du parlement de Thoulouze, establie suivant 
l'6dit a Tlsle en Albigeois , se retira de nuit et 
de vistesse , avertie que les huguenos en con- 
tres-change avoient r£solu de la saccager.] Et 
le roi de Navarre estant a la chasse, adverti par 
la Boine sa femme, d'une embuscade qui Fes- 
pioit pour le prendre ou tuer aux environs 
de Mazieres, passa la Garonne k gu6 et se re- 
tira a Neyrac. 

Le jeudi 11 febvrier, messire Ludovic Ad- 
ja^et, comte de Chasteauvilain, nagu&res grand 
douannier de France, fust marie avec la da- 
moiselle d'Atri. Le festin de la nopce fust fait 



de cuivre qui fut introdulte dans le cabinet de Sa Ma- 
jeste\ et avec laquelle on lui disaita l'oreille. pendant la 
nuit, qu'il avait a craindre la vengeance de Dieu, s'il ne 
quittait sa mauvaise vie. Le meme jour, Saint-Luc fet- 
gnit d' avoir eu quelque songe aflTreuisur le meme sujet; 
il le raconta au Roi. D'Arques, qui e*tait du secret, 
voyant le Roi effraye* par cette prltendue reflation, 
decouvrit le secret de la sarbacane, ce qui fut la cause 
de la disgrace de Saint-Luc. (A. £.)— La partie incite 
du manuscrit de Lestoile, qui a rapport a la disgrAce 
de Saint-Luc, nous paralt expliquer la disgrAce de 
Saint-Luc d'une maniere tout au moins aussi plausible 
que celle des anciens Iditeurs. 



HOY DB FRANCE ET DE POLONGNE. [1580] 



121 



en l'hostel de Clissou, a present dit l'hostel de 
Buise, en grande somptuosit6 et magnificen- 
ce, auquel assisterent le Roy, les roines et 
toute la court, et y fist le Roi de fort braves et 
cnagnifiques mascarades. La Roine-mere avoit 
tant preste a la main et tant fait de faveur a 
ce Florentin , qui , venant en France , n'avoit 
pas vaillant mil escus, qu'il peust avantager sa 
femme de trois ou quatre cens mil escus qu'il 
lui donna en contemplation de ce mariage. 

Le lundi 14 febvrier, le Roy aiant en son con- 
seil d'estat mis en deliberation, encores qu'il 
sceust ce qu'il en vouloit faire, si on recommen- 
ceroit la guerre contre les huguenots, a cause 
de l'infraction de l'edit par eux faite en la prise 
de Maudes et autres places , fust resolu enfln 
qu'on entretiendroit l'£dit, a quoi le Roy opina 
le premier, comme le jugeant necessaire pour la 
conservation de son estat et du roiaume. Et 
pour cest effect fust depesch^ par devers le roi 
de Navarre, le seingneur de Stroszi, colonel- 
general de l'infanterie franchise.] 

Le mardi 22 febvrier, en la grande salle de 
1 evesche' de Paris, richement tapissee et ac- 
commod£e pour cest effait , messire Ghristophe 
De Thou, premier president, assiste* de messieurs 
Viole (1), Anjorrant (2), Longueil (3) et Char- 
tier (4), conseillers de la cour de parlement, a 
ce deputes, commencerent a proc&ler a la refor- 
mation et reduction de la coustume de Paris. 

[Le vendredi 25 febvrier, le seingneur d'O, 
Fun des mignons du Roy, revint de Normandie, 
dont le Roy lui avoit donne* partie du gouver- 
nement en la faveur du seingneur de Villequier, 
duquel 11 estoit designe gendre, et vint trouver 
Sa Majeste a Saint-Germain-en-Laie , a la quelle 
il fit recit du bon recueil qu'on lui avoit fait es 
villes et lieus de son gouvernement ; et pour lui 
donner nouveau passe-temps, amena de Rouan 
une compagnie de farceurs.] 

Mabs. La nuit du jeudi 10 roars, de 1'ordon- 
nancc de l'evesque de Paris, assiste d'un secret 
consentement de la cour, fust oste et enleve du 
lieu ou il estoit, le crucifix surnomme maquereau, 
et par les gens du guet porte* en l'evesche, et ce, 
a cause du scandaleus surnom que le peuple 
lui avoit donne , a raison de ce que c'estoit un 
crucifix de bois peint et dor6, de la grandeur 
de ceux qu'on void ordinairement aux paroices, 



(1) Guiilaume Viole, troUieme fib de Nicolas Viole, 
tietir Do Chemin, maltre des comptes. (A. £.) 

(2) Claude Anjorran, seigneur de Latengys. (A. E.) 

(3) Jean de Longueil, seigneur de Maisons, conseiller 
do Roi et doyen de la chambre des comptes. (A. £.) 

(4) Malhieu Chartier, fils de Matlhieu Chartier, ce*- 
lebre avocat au parlement de Paris. (A. E.) 



plaque* contre la muraille d'ime maison sise 
au bout de la vieille rue du Temple, vers et 
proche des esgousts, en laquelle maison et aux 
environs se tenoit un bordeau, [qui donna occa- 
sion de donner a ce crucifix le surnom de ma- 
quereau, pour ce qu'il servoit de marque et 
d'enseingne a ceux qui alloient chercher ces] 
bordeliers repaires. 

Environ la mi-mars, messire Regnault de 
Reaulne (5), evesque de Mandes, cbancelier de 
Monsieur, frere du Roy, l'allant trouver en 
Touraine , ou lors il estoit, fust prevenu par un 
gentilhomme envois expres de la part dudit 
seingneur due, pour lui commander de remettre 
les seaux entre ses mains. Ce qu'il fist sans 
grande difficulte , apres avoir entendu la 
creance du gentilbomme, et sans autrement 
poursuivre son voiage, se retira en sa maison de 
Chasteaubrun en Rerri, redoutant la colere de 
ce jeune prince ; lequel il avoit tellement des- 
robbe, ce qu'on apelle a la cour faire ses affai- 
res, que Grimbert, son valet de chambre et bar- 
bier, estoit estime richede deux cent mil francs, 
[allant par les champs menoit dix chevaux, 
et ne faisoit difficulte d'emploier mil escus au 
seul parement d'un lit ou sa femme faisoit sa 
couche ; et Malingre, son secretaire, osoit bien 
se vanter de compter cinquante mil escus tout 
contans sur une table, a qui lui voudroit bailler 
femme, qui en eust autant vaillant. 

En ce temps, y a commencement de peste a 
Paris. [De fait sont par arrest de la cour de 
Paris faites defenses a toutes personnes de ven- 
dre meubles aux places publiques, ni aux mai- 
sons privees ; courent force rougeoles et petites 
veroles, mesme aux grandes personnes, jusques 
aux vieillards qui s'en trouvent attaints. ] Ad* 
viennent aussi plusieurs morts subites. 

[Le mardi 29 mars, dans la grande eglise de 
Paris, se firent les obseques et funerailles de 
nagueres defuncts rois de Portugal , Sebastien, 
neveu, et Henri, cardinal de Rorome, oncle, 
avec toutes les solennites requises et accoustu- 
mees.] 

Avbil. Lemercredi 6 avril, fut, par jugement 
du grand-prevost de France, pendu et estrangli 
devant l'hostel de Bourbon, un Tolozain nomine* 
La Valette, docteur regent a Thoulouze, qui 
avoit espouse la petite-fille de Daphis (6), pre- 



(5) Regnault de Beaune e*tait fils de Guillaume de 
Beaune, sieur de Semblancay, vicomte de Tours. 
(A. E.) 

(6) Jacques Daffis, dont parle le Journal, n'llait pas 
premier president du parlement de Toulouse, mais avcK 
cat-ge*ne*ral. (A. E.) 



122 



fiEGISTRE-JOURNAL DC HENBI lit , 



niler president de la cour dudit lieu, pour avoir 
fait paccion avec un des serviteurs d'une sienne 
partie adverse contre laquelle il plaidoit un pe- 
yt office, et lui avoir fourni de certains poi- 
sons pour rempoisonner, et ne fut possible de 
le sauver, combien que beaucoup d'hommes si- 
gnaled, tant de longue que de courte robbe et 
des plus emitiens du conseil prive du Roy, se fus- 
sent mis en toute peine de lui faire commuer la 
peine de mort, tant fut le cas trouve enorme en 
personne de sa qualite. Aussi fust-il pendu aveq 
pa robbe longue, pour faire paroistre qu'il es- 
toit homme de droit. [Encores lui avancerent 
bien sa mort ses interrogatoires, par lesquels on 
descouvrit qu'il avoit commis plusieurs autres 
meschansactes, mesme d'empoisonnemens, dont 
il faisoit mestier et marchandise. De fait, fut 
trouve saisi de plusieurs bouteilles et vaisseaux 
plains de maints et divers poisons.] 

Ce mesme jour de merer edi 6 avril, advinst 
tremblement de terre espouvantable & Paris, 
Chasteau-Thierri, Calais, Boulongne et plusieurs 
autres villes de France , petit toutefois a Paris 
aupres des autres villes. 

(1) Avant de reprendre les armes et de se mettre a la 
tele des huguenots, Henri de Navarre publia une espece 
de manlfeste sous la forme de Lettre au Roi, en date 
du 20 avril 1580; il avait <*te* prtclde* d'une autre 
Lettre a la noblesse de France, sous la date du!5 avril 
de la meme annee. 

En meme temps, le roi de Navarre avait voulu s'as- 
surer des secours extraordinaires de la part de l'Angle- 
terre, il les sollicitait par la lettre suivante : 

Lettre de Henry, roy de Navarre, au comte de 

Sussex. 

a Mon cousin, il y a quelque temps que J'escripvis a 
la Reine de l'estat de mes aflaires, et a vous particulie- 
rement, duquel je connay le zele et reflection envers les 
pauvres Iglises de France, qui, en leurs afflictions, 
n'ont pas receu peu de soulagement par vostre moyen. 
Lors nous estions en grande difficult^ de nous rlsoudre ; 
car, d'une part, nous cralgnions d'estre subjects a di- 
verges calomnies, prenant les armes pour nous deTen- 
dre, et de l'autre nous voyons les pre* para tifs de nos 
ennemis tout Ividents pour nostre extresme ruine. Mais 
certes, a peu de jours de la, ils nous ont bien oste* de 
ceste perplex ite" : car, non contens de plusieurs entre- 
prises, dont toutesfois ils ont failly la plupart, en execu- 
tant settlement quelques-unes de petite importance, ils 
ont mis, tant en Dauphine* qu'en Languedoc, arrace et 
artillerie encampagne, assiege* etbattu places, couru sus 
aux pauvres gens de la religion qui estoicnt dedans 
les villes, dont nous avons este* contraints de recourir 
a nos armes pour rompre, au raieux que nous pourrions, 
le cours de ces malheureux desseins. En cest estat, 
comme au support ordinaire de la religion, nous avons 
recours a Sa Majeste*, tant pour lui faire entendre nos 
justes douleursquc pour la supplier tres-humblement 
d'y vouloir par sa bonte* apporter quelque secours et 
remede, et pour cest effect ay despesche* vers elle le 
sieur Duplessis, mon conseiller et chambellan ordinaire, 
lequel, jc vous prie, parce que le tout seroit trop long 



[Environ la mi-avril, le prince deConde* prie 
ses amis et partizans de le venir trouver & La 
Fere, ce qu'ils font : et de fait s'assemblerent 
en peu de jours grandes trouppes aux environs, 
qui couroient et ravageoient le pays & dix lieues 
a la ronde. Be quoi le Roi adverti mesme qu'en 
Poictou les huguenos se remuoient et avoieot 
surpris Talmont et Montagu, et le roi de Na- 
varre quelques villes et chasteaux en la Gas- 
congne, envoia devers ledit seingneur prince 
pour entendre la cause de ceste esmotion, le- 
quel fit response qu'il ne chercheroit que la paix 
et a vivre suivant les edits du Roy, mais qu'il 
se tenoit sur ses gardes, doubtant les secrettes 
entreprises de ses ennemis, qu'il scavoit estre 
en armes en plusieurs endroits de la Picardie, 
et lui macbiner quelque escorn6, dont il se vou- 
loit bien garder.J 

Mai. Le mercredi 4 may, le Roy aiant doute 
que Monsieur le due, son frere, sceut quelque 
cbose des causes de ce remuement d'armes que 
faisoit le roi de Navarre (1) en Gascongne, et le 
prince de Gonde en Picardie, lui envoia le sein- 
gneur de Villeroi, secretaire d'estat, lui porter 

a vous discourrir, c roi re de tout ce qu'ils vous dirt et 
d&larera de ma part, comme si e'estoit moy-mesme, Ce 
que je vous puis adjouster ley, mon cousin, e'est que 
je vous prie de toute mon affection d'employer vostre 
auclorite* et prudence pour nous faire bientost seotir 
les effects de la bonte" et benignity de Sa Majesty, veil 
laquelle nos pauvres 6glises jettent perp6lucllement les 
yeux. Et en ce, outre l'obligation qu'en genera! elles 
vous auront, vous m'aurez de plus en plus oblige* a re- 
connoistre ce bon office en toutes occasions ou me voo- 
drez employer. A tant, mon cousin, je feray fin, saloaot 
bien affectueusement vos bonnes graces, et prieray Difo 
vous donner en saute* heureuse et longue vie. 

» De Leyctoure, le 13 avril 1580. 

» Vostre plus affectionne' Cousin et parfalct amy. 

» Signe* Hbnbt. t 

Cette lettre a £tl copies sur l'original en papier, au 
dos duquel est cette souscription : A mon Cousin M. ?e 
comte de Sussex, chevalier de Vordre et grand cham- 
bellan dTAnyleterre. Elle fait partie des collections de 
la bibliotbeque Cottonienne : Titus B. TIL 

Cette lettre futenvoye'e avec une autre du prince dc 
Conde" qui demandait aussi des secours. 

Lettre du prince de Condi au sieur de Burgley, 
grand tresorier d'Angleterre. 

« Monsieur de Burgley, l'obligation que les pannes 
e'gliscs de ce royaume vous ont en general, et moy pir- 
ticulierement, est si grande pour tant de faveurs des- 
quelles vous avez ci-devant assists le bien de nostre cause. 
toutes ct quantes fois en avez este* requis et vos moyeos 
Tout peu permettre, qu'apres vous en avoir dejalatt 
ung voire plusieurs affectionnls remerciemens, noossom- 
mes contraints toutesfois d'en confesser encore la debts 
non moindrc ; mais puisqu'il n'y a eu aucun dlfaut de 
dlsir et bonne volonte* a nous en revancber, je veulx en- 
core nous promettre la votre toute semblable au besoiog 
qui s'offrc maintcnant dc la rechcrcher et semoadre 
l»our le secours de nos affaires, sur la disposition des- 



BOY DS FHANCE ET Dfi POLONGNE. [l680] 



113 



es de lieutenant-g£nlral de Sa Majesty, 
pieca il d&iroit et demandoit (1), jalous 
rtoritt! que les mignons usurpoient dans 
ime. Desquelles lettres toutefois, ledit 
it due ne fist pas autremeut grand 
pour ce qu'on y avoit obmis la clause 
ministration des finances; [ toutefois 
iu Roy qu'il l'asseuroit de la part du roi 
irre et prince de Condi, de l'entret&ne- 
i £dits, pouveu qu'il les entretinst et fist 
Jr de sa part. Ce que le Roy s^avoit 
Tie lui ; mais estoit content que son fr&re 
•ut point la vraie cause, qui estoit que 
j estoit trop forte en Picardie a son gr6, 
d'Aumale et les autres y levoient les 
•op hault.] 

mdredi 6 may, Gourreau, prevost des 
iaux d'Angers, par arrest du grand con- 
it pendu et estrangle a Paris devant 
de Bourbon, a la poursuitte de maistre 
Errand, lieutenant criminel dudit An- 
ur raison de plusieurs assassinats, vole- 
concussions, faits par ledit Gourreau en 
«de son estat ; mesme de ce qu'il avoit 
id£ avec quelques assassins, de tuer a 
lit Erraud, lequel fut sauv6 de cest as- 
par le moien d'un des complices, qui 
: r6v£ler le lieu, l'heure et la fa£on de la- 
reprise.] 

ardi 10 may, a chacun des procureurs 
ambre des comptes a Paris, qui estoient 
t en nombre, le Roi fait demander cinq 
icus afin d'estre eriges officiers du Roi 
les autres; mais eux, par acte qu'ils en- 
t au Roi, declar&rent tous qu'ils renon- 
k leurs estats. Le Roy avoit donnl ces 
ill escus, revenans de la vente desdits 
i estats, a La Yalette (2), Tun de ses 

despesche prlsentement le sleur Bouchart, raon 
*, vers la Royne, vostre souveralne dame, aveq 
humble supplication de son assistance, 1'ayant 
i expresslment charge* vous veoir de ma part, 
le tesmoignage de ma parfaite amytie* en vostre 
reus esclairclr bien partlculierement et de toates 
rences de deca et des causes de son voyage, 
te reraectz dessus lui, aprts luy en avoir donni 
pour vous prier d'avoir en telle , et si splciale 
ndation, ce dont il vous requerra en mon nom, 
nir par vostre moyen. non-seulement une fa- 
ndience de Sa Majesty mais aussi son exp^di- 

que nosdites affaires en recoivent le fruit qui 
lecessatre ; et si vous congnoissez que pour le 
nent de vous ou des vostres. je puf sse vous falre 
;rtable, le sacbant, je m'y disposeray d*une 

tranche qu'ellc servira tousjours d'augmenta- 
rostre, dont la certitude me gardera vous faire 
ie lettre, si ce n*est pour prier Dlcu, apres 
ifltectionnecs recommandations a vostre bonne 
if vous donne, 



mignons; lequel aiant sceu ce qu'ils avoient 
fait, remist son don entre les mains du Roi, et 
aiant ladite chambre chom6 quelque temps, par 
faute de procureurs, & la fin on fust contraint de 
les rapeler, et leur remist le Roy le paiement 
de leur finance. 

Le mercredi 11 may, messire Raptiste de 
Gondi (3), procbe parent du mareschal de Rets 
et de l'6vesque de Paris, se disant gentilhomme 
florentin, combien qu*a son habit et fa£on on 
Teust plustost pris pour un bon marchant de 
pourceaux que pour un gentilhomme, mourust 
en sa maison sise aux fauxbourg Saint -Ger- 
main-des-Pr£s & Paris, aage de quatre-vingts 
ans et plus, et fust enterrg aux Augustins, en la 
chapelle des Florentins, en grande magnifi- 
cence, ou lui a este 6rige un superbe monument 
de marbre, tel qu'on le void aujhourdui. Cest 
bomme tenant des fermes de b6n6fices et au- 
tres, faisant profiter ses deniers & la florentine , 
n'aiant presque rien quand il vinst en France, 
mourust riche, selon le bruit commun, de quatre 
cent mil escus, lesquels on remuoit ch6s lui a 
la pellee. 

[Le samedi 14 may, vinrent les nouvelles k 
Paris de la prise de M. de La Noue , desfait en 
passant la rivi&re de I'Escaud , pr&t de Cour- 
tricb, par le comte d*Espinoi , grand gouver- 
neur du pays d'Arthois, et par le vicomte de 
Gand, et qu'il estoit prisonnier entre les mains 
de I'Espagnol, au chasteau de Rossu. 

Le vendredi 20 de may, le prince de Conde 
aiant eu advis certain qu'on le devoit en bref 
assteger dans La Fere, le dimanche 22" jour de 
Pentecoste, partit de nuict, lui quatriesme, sans 
plus, et prit le chemin d'AUemagne, laissant & 
La F&re les seingneurs de Moui et la personne 
pour la garder et y commander, qui continufe- 

Monsleur de Burgley, en toute prosp£rite\ bonne et 
longue vie. Escript a La Fere, le 12* jour d*avril 1580. 
» Vostre tres-affectlonne* et meilleur amy. 

» Signe* Henry db Bourbon. » 

(1) Le Roi, qui crafgnait les prfparatifs que Ton tol- 
sait de tous c6tls , ne se content* pas de faire les d-- 
marches que Lestoile rapporte icl ; 11 fit encore publier 
des lettres-patcntes en date du 3 mai, pour Ventre ten- 
nement et observation de Vidit de pacification et dee 
articles de la conference de Nerac, avec injonction de 
punir et chattier let contrevenant. 

(2) La Yalette, ayant su que les procureurs de la 
chambre des comptes aimaient mleux quitter leurs 
charges que de payer cette taxe, remit ce don entre les 
mains du Roi. (A. E.) 

(3) Jean-Baptiste de Gondy, ma!tre-d'h6tel de la 
Heine Catherine de Mddicis, avec laquelle il vint en 
France. II 6tait laine* de la famille. (A. E.)— Gondy fut 
enterre* aux grands Augustins , ou son tombeau et son 
busle en marbre ont long-temps ciiste*. 



124 



UEGISTBE-JOURNAL DE HENBI IH , 



rent la fortification ja commencee, et y flrent 
mener toutes sortes de vivres et munitions 
qu'i Is peurent ravir partout aux environs, comme 
se reso Ivans et preparans au siege. 

Le dimanche 22* jour de Pentecoste, le Roy 
celebra en l'eglise des Augustins a Paris, la 
solennite de son ordre du Saint-Esprit, ou il ne 
fut assiste et accompagne que de treize cheva- 
liers ou commandeurs tant seulement.] 

Le dimanche 29 e jour de may, partie par sur- 
prise, partie par intelligence, les huguenos de 
Gascongne, partizans du roi de Navarre, gain- 
gnerent Tune des portes de la ville de Cahors , 
et y eust aspre combat, auquel le seingneur de 
Vezins, seneschal et gouverneur de Querci, fut 
blesse avec plusieurs des siens; et enfin, apres 
avoir vertueusement combattu et soustenu l'as- 
saut deux jours et deux nuits, n'estant le plus 
fort, se retira a Gourdon. Le roi de Navarre 
y vinst en personne dix heures apres la pre- 
miere entree des siens, [usant d'un traict et 
diligence de Bearnois, s'estant leve de son lict 
d'aupres de sa femme, avec laquelle il vouiust 
coucher expres, afm qu'elle ne se desfiast de 
rien. Sur quoi aussi elle oza bien asseurer Leurs 
Majest6s que son mari n'y estoit pas, encores 
qu'il ] y combattist en personne , y aiant perdu 
tout plain de bons soldats de sa garde, et leur 
capitaine nomme Saint-Martin, estant demeure 
toutefois a la fin maistre de la ville. La friandise 
du grand nombre de reliques et autres meubles 
et joiaux precieus estans dedans Cahors , fust 
la principale occasion de I'entreprise. 

En ce mois , une grande querelle et de conse- 
quence s'esmeust entre les seingneurs dues de 
Montpensier (l) et de Nevers (2) , a cause d'un 
rapport fait audit due de Nevers , que monsieur 
de Montpensier avoit dit a Monsieur, frere du 
Roy, qu'en Tan 1575, lorsque S. E. se retira 
secretement de Paris et alia a Dreus, le due de 
Nevers s'estoit vant6 que suivant 1'expres com- 
mandement qu'il en avoit du Roy, il I'eust ra- 
raene vif ou mort si le due de Montpensier I'eust 
voulu seconder, et joindre les forces qu'il avoit 
avec eel les du dit due de Nevers ; desquelles pa- 
roles [qu'iLmaintenoit fausses de la facon qu'elles 
avoient est£ dites] , le dit seingneur de Nevers 
pe sentant injurie et offense, lui envoia ung 
dementi par un gentilhomme de sa suitte nomme 
Launay. 

[Jum. Le lundi 6 juin , le roi adverti que 
Je comte de Laval estoit passe en Alemagne , 



(1) Francois de Bourbon, due de Montpensier. On peut 
voir, dans les Memoires du due de Nevers, ce qui donna 
|ieu a leur querelle. (A. E.) 



pour tascher a avoir des Reistres et y demeurer 
ostage , fist publier ses lettres patentes, afQn de 
saisir les biens de tous les huguenos abseiis por- 
tans les armes contre Sa Majesty.] 

Depuis le 2 e jour de ce mois de juing jusques 
au 8, tombent malades a Paris dix mille person- 
nes , d'une maladie aiant forme de reume ou de 
cathairre qu'on apela la coqucluche , mesme le 
Roy, le due de Mercoeur, son beau frere , leduc 
de Guise et le seingneur d'O , en furent travail- 
les. Ceste maladie prenoit par mal de teste, 
d'estomach , de reins et courbature par tout le 
corps, et persecuta quasi tout le roiaume de 
France tant que l'annee dura , n'en eschappant 
quasi personne d'une ville , village ou raaison , 
puisqu'une fois elle y estoit entree estant com- 
me avant coureuse de la peste, qui fust grande 
a Paris et aux environs tout cest an. Le meilleur 
remede qu'y trouverent les medecins fust de faire 
abstenir de vin les malades , [et combien qu'a 
aucuns ils ordonnassent la saingnee et la rheo- 
barbe, et aux autres la casse, si est-ce qu'enfin 
le meilleur qu'ils y trouverent] fust de faire te- 
nir les malades au lit et les faire boire et man- 
ger peu, sans autre recepte ni m&lecine. On 
disoit a Paris que de ceste coqueJuche estoient 
morts a Romme , en moins de trois mois , plus 
de dix mille personnes. 

Le dimanche 12 juin, le due de Nevers adverti 
que le due de Montpensier [estoit aux environs 
d'Orleans avec douze ou quinze cens chevaux, 
et ] vouloit venir a Paris pour y demesler leur 
querelle, s'en alia ou fist semblant daller am 
baings a Plombieres , sa retirant sagement et 
a point, selon lamaxime qui dit : Vir/ugiens 
denud pugnabit 

En ce temps, le seingneur de La Noue aiant 
este transports de Mons en Hainaut au chas- 
teau de Namur, obtinst du Roi Philippes [sauf 
conduit pour sa femme , pour l'y venir trouver], 
et declaration [du roy JJenri], comme il n'avoit 
entendu le cotnprendre en Fedit de la saisie et 
confiscation du bien' des huguenos rebelles [por- 
tans les armes contre Sa Majeste, publie en 
parlement le 6 e jour du mois de juing.] Auquel 
temps passerent par Paris quelques courriers 
hespaguols, lesquels parlerent au Roy; et a eox 
aussi parla le seingneur Stroszi, leur disant et 
declarant que si le roi d'Hespagne ou les siew 
faisoient au seingneur de La Noue mal ou trait- 
tement autre que ne merite un gentilhomme 
guerrier, brave capitaine et vrai prisonnier de 



(-2) Ludovic de Gonzagues, due de Nevers et de ReU* 
lois. (A. E.) 



guerre quel il estoit, il escorcheroit autant d'Hes- 
paguois que lui en pourroit tumber entre les 

mains. 

Le raercredi 15 juing, le Roy aiant declare 
tout haut en son conseil que sa resolution estoit 
d'assieger promptement La Fere, et qu'il enten- 
doit que tous ses bons serviteurs y marchassent 
en diligence [et monstrassent par effect 1'envie 
qu'ils avoient tousjours protestee avoir a son 
service], les mignons commencans a dresser leur 
equippage pour y aller, [on publia le sonnet sui- 
vant contreeux,qui courust a Paris et partout : 

DBS MIGNONS ALLANS AC SI&GE DE LA FEBE. 

Sonnet. 

Ces corselets grave's et morions celestes 
De la trouppe eHourdie, et ces testes Colettes, 
Se sont achemines poor ruiner La Fere. 
Qu'en dls-tu, Sibillot? lis auront Tort a fairc, 
Ces fralie* musquins, agens et patients, 
Iront-ils a l'assault ? Sera-ce a bon escient ? 
La prendront-ils bientost ? Quelle en sera la fin ; 
C'est qu'ils seront batlus. s'ils n'ont pis a la On, 
Pais la peste qui raffle et le gros et menu, 
Fera que ce rolaume demourera tout nu, 
Et qu'un tiers surrenant, qui n'y avoit pens£, 
Yoiant de toutes parts Dieu par trop offensl, 
De nos impiltls abhorrant nostrc vie, 
T plantera bientost nouvelle colonic. 

En ce mois, Ghristophle de Thou, seingneur 
du Plessis, fils unique de maistre Augustin de 
Thou, advocat du Boy au parlement, fust pris 
aux champs passant son chemin par cinquante 
chevaux huguenos battans l'estrade, et par eux 
mene prisonnier a La Fere, soubs esperance de 
dix mil escus de ranson. Mais a la requeste de 
madame de La None, belle-mere du seingneur 
de Moui, ilfust renvoi^ avec tous ses gens, har- 
des et chevaux, sans paier ranson, et ramen6 
jusques a Paris par un des gens dudit seingneur 
dc Moui. 

Juillet. Au commencement de juillet, sur le 
pourparler de la pacification qui depuis s'ensui- 
vist, Monsieur, frere du Roy, moienneur de la- 
dite pacification, demanda au Roi cessation d'ar- 
mes pour deux mois, que le Roi lui refusa, di- 
sant qu'il ne vouloit entendre ni a treufve ni a 
paix, jusques k ce que les huguenos lui eussent 
rendu Mandes, Cahors, La Fere, et remis toutes 
choses en 1'estat qu'elles estoient auparavant] 

La peste en ce temps rengrege a Paris, et 
pour y rem£dier, messieurs les provosts de Pa- 
ris et des marchans, avec quelques conseillers 
de la oour, deputes par icelle, s'assemblent sou- 
vent en la salle de la chancel lerie, bien empes- 
ch& k y donner quelque bon ordre et provision. 
Enfin lis creent un offlcier qu'ils apellent le 
prevost de la sant£, qui ya rechercher les ma- 



BOY DE FRANCE ET DE POLONGNE. [lo80] 12o 

lades de la peste par tous les quartiers de la 
viile, et par certains satellites qu'il a en sa 
charge, les fait porter a l'Hostel-Dieu au cas 
qu'ils ne veuilleut et n'aient le moien de de- 
meurer en leurs maisons. Malmedi, liseur du 
Roi aux mathematiques, philosophe et scavant 
medecin, entreprend la visitation et cure gen£- 
rale des pesti feres, et en fait bien son devoir et 
son proufit. Tentes et loges sont drcssees vers 
Monfaucon,les fauxbourgs Monmartre et Saint- 
Marcel, ou se retirent plusieurs pestiferes. qui 
y sont passablement nourris et penses. 

On commence a bastir a Grenelle, lieu cham- 
pestre, a I'endroit des Minimes, de l'autre coste* 
de la riviere de Seine, vers Vaugirard, que 
l'Hostel-Dieu achete de I'abbe Sainte-Genevieve 
et autres particuliers ausquels ladite ferme ap- 
partenoit, et pour les frais necessaires pour les 
bastimens, afin d y loger les malades de peste, 
et les y panser et traitter contribuent tous les ha- 
bitansde Paris, les uns de gre par forme d'aus- 
mosne, et les autres par quote imposee sur eux. 
La contagion et mal furent grands et plus ef- 
froiables toutefois que dangereux : car il ne 
roourust point a Paris et aux fauxbourgs, en tout 
ledit an 1580, plus de trente mil personnes, et 
fut neantmoins l'effroi tel et si grand, que la 
pluspart des habitans de Paris aians quelque 
moien, vida hors la ville, et les forains n'y 
vinrent environ six mois durans, de facon que 
pauvres artizans et manoeuvres crioient a la 
faim et jouoient aux quilles sur le pout Nostre- 
Dame et en plusieurs autres rues de Paris, mesme 
dans la grande salle du Palais. Ceste peste par 
la contagion venant de Paris, s'espandist par 
maints villages, bourgs et bourgades et petites 
villes d'alentour, ou il mourust grand peuple de 
ceste maladie, et y fust plus cruelle et dangereuse 
qu'a Paris. 

[Le mardi 1 2 juillet, un jeune homme de Blois, 
nomme Maschefer, Tun des clers de maistre 
Guischard Faure, commis au rachat et paie- 
ment des rentes de la ville assignees sur les 
greniers a set, par arrest des generaux de la jus- 
tice fust pendu et estrangle en la place de Greve, 
a Paris, pour avoir falsify pour quinze ou dix- 
huit mil escus d'acquis, escrivant pour un onze, 
pour quatre quatorze, en rendant a son maistre 
le compte de son entremise. Et fut descouvert 
en lui faisant son proems, que la plus grand part 
des escus par lui derobbes avoient este em- 
ploies en robbes, bagues et collations, qu'il 
avoit donnees a une jeune orfeburesse, avec la* 
quelle il paillardoit.] 

Le lundi 18 juillet, La Fere estant assilgee 
par le mareschal de Mattignon, lesassi6ge« font 



12G 



HEGISTRE-JOUBNAL DE HENRI III 



des saillies ; en Tune desquelles est bless6 La 
Valette, mignon du Roy, aveq d'Arques, qui 
eust sept dents et une partie des machoires em- 
portees d'une arquebuzade. [De May, J aussi gen- 
tilhomme signale, y fut tue. 

[Le mardi 26 juillet, le Roy vint en sa cour 
de parlement seoir en audience, et fait en sa 
presence publier huict edits bursaux, qui ja au- 
paravant avoient este refuses par la cour, comme 
iniques et ne tendans qu'a la foule et oppression 
du peuple, desquels toutefois les gens du Roi, 
soient qu'ils fussent estonnes de sa presence ou 
autrement, en requirent ia publication. Le chan- 
celier de Biragues s'y trouva, qui list a ia cour 
ies remonstrances ordinaires, mal dittes et di- 
gerees, et encores plus mal recues de ceste cora- 
pagnie. Cheverni, par une maladie qu'il fein- 
gnist, s'excusa et se sauva de ce coup.] 

En ce mois le Roi demanda au clergg de 
France deux decimes extraordinaires, [contre 
les promesses audit clerg6 par lui faites au der- 
nier accord, de ne plus rien lui demander, si- 
non ce que de bonne volonte il avoit ja promis 
et accorde. De fait ledit clerg6 en murmura 
fort ;] mais le Roy, pour donner couleur a ceste 
nouvelle exaction dedeux decimes, leur fist dire 
que la necessity le forcoit de ce faire, a son 
grand regret, a cause de sept camps qu'il lui 
falloit lever et entretenir en divers endroits de 
son roiaume, pour renger les huguenots a la 
raison, encores que s'il y en eust eu ung seu- 
lement bien paie et entretenu, il leur eust fait 
belle peur. 

En ce mois mourust en ceste ville de Paris 
madamoiselle de Bisseaux, femme de M. de 
Bisseaux, conseiller en la grande chambre, da- 
moiselle sage ct vertueuse. Six escus que son 
mari donna a Dampmartin, cur6 de Saint-An- 
dre -des- A rs, la firent mourir cathoiique, encores 
quelle fut de la religion. 

Aout. Au commencement du mois d'aoust le 
seingneur de Grandmont (l), gentilhomme gas- 
con, jeune seingneur de grande espe>ance et 
valeur, eust le bras emport6 d'une mousquetade 
devant La Fere, dont le Roy fust fort desplai- 
sant. On disoit a la cour que e'estoit une mau- 
vaise beste que ceste Fere la, de d£vorer ainsi 
tant de mignons, sur quoi furent publies les 
vers latins suivans : 



(1) Philibert, corate de Grammont. II mourut de cette 
blessure a l'age de 28 ans. II avait Ipouse* Diane d'An- 
douins, yicomtesse de Louvigny, dite la belle Corisande, 
qui fut plus tard une des mattresses de Henri IV. 
(A. E.) 

(2) C'est la premiere Ibis que les offices de parquet 
ont M vendus a prix d'argent. (A. E.) > 



IN CATAMITHOS OBSIDE6 CAMS FBBJB. 

Qub ruitis juvenes, quibus haud est ultima vitam 

Servare incolumen curaf Cavete Feram, 
Solvit, et errantes passim Fera pessima sistit, 

Multiplici adversos quos ferit ere, neeat : 
Acrior in juvenes, quibus est et forma cutisque 

Pulchrior, ha*c rabida grata jit esca Fera. 
Est elegans testis jam d'Arquius, esseque Mortis 

Non eadem et veneris saucius arma doeet ; 
Cui pila imberbes trans fig ens, dentibus ore 

Excussis septem fotdat utrinque genas. 
Bombarda valido Icesus Grammontius ictu, 

Secedit moriens urbeque, et orbe simul. 
[May us hostili plumbo sub frontis inermU 

Percussus medium, spe studiisque eadit. 
Regis amore potens, oculo Valletus in imo 

Obsessa sensit noxia tela Fera ; 
Qui <fO nomen Iiabet, capiendi strennuut auetor, 

Vulnera ne capiat, longius urbe lateL 
Uinc procul, hinc juvenes, sua nam qui terga tueri 

Non potuit, vix vix, anteriora potest. 

Ence mois d'aoust, Philibert-Emmanuel, due 
de Savoie, mourust d'une liebvre lente et longue, 
et laissa un seul fils son heritier, aage de 18 ans 
ou environ.] 

En ce mesme mois, maistre Barnab£ Brisson 
fust fait president de la grande chambre du par- 
lement de Paris, par la cession de messire Pom- 
ponne de Believre; et maistre Jaques Faie, 
advocat du Roy audit parlement, par la cession 
dudit Brisson; et maistre Pierre du Raucber 
fust fait maistre des requestes ordinaire de 1'hos- 
tel du Roy, par la cession dudit Faie. On disoit 
que Brisson avoit pate a Believre, pour 1'estat 
de president, soixante mil livres (2) ; Faie a 
Brisson quarante mil livres pour 1'estat d'advo- 
cat du Roy, du Raucher & Faie, pour 1'estat de 
maistre des requestes , vingt-cinq mil livres. Je 
laisse a penser comme le peuple de France pou- 
voit attendre bonne justice d'officiers pourveus 
d'estats .par eux si cherement achetes. 

Septembbe. [Le dimanche 4 septembre (3) 
1580, entre midi et une heure, mourust beu- 
reusement en Nostre Seingneur, en 1'aagede 
trente ans, au logis du control leur de Bourges, 
& Lagni, sage et vertueuse damoiselle Anne de 
Baillon ; son corps repose a Pomponne. 

SONNETS SUR SON TBBtPAS. 

Dans ce triste ccrceuil gist d'une sage dame 
Le corps muct sans plus : car ce qu'elle eut de beau, 
Vit par cest univcrs non subject au torabeau, 
Qui en receut le vain, quand le ciel prlt son ame. 



(3) Ce passage, relatlf a la mort de la premiere 
de Lestoile, ne se trouve pas dans le Journal historiq* 
du regne de Henri III ; mais II existe dans son Eecneil, 
n* II. Nous I'avons inslre* dans cette edition, pour (tire 
connaltre aussi le merite po&ique des compositions de 
Lestoile et la raaniere dont II rendait compte de *s 
malheurs domestlques. 



BOY Pfc FfiANCE ET Dfi POLORGNE. [1580] 



127 



que peut nature a orncr une femme, 
iessus son front coucbe* de son pinceau, 
)Q8 enyoiant ce chef-d'oeuvre nouveau, 
jc beau corps d'une plus belle flamme. 
it done vos yeux, vous qui par mille pleurs 
la perdant, tesmoignls vos douleurs : 
nt de la baut, elle y est retournle, 
ne pouvant en terre demeurer. 
. ce corps mortel, est alle*e ordonner 
\ qui tous est dans le ciel destinee. 

j, la beaute\ la vertu et 1'honneur, 

tet jours mortels, m'ont tenu compagnie; 

»s que le sort a retranche* ma vie, 

i Icl moo corps sans force et sans vigueur. 

es Tains soupirs, vostre juste douleur 

. plus rapeler mon Ame au ciel ravie. 

beureui repos me laissant, je tous prie, 

envieui, amis, de mon bonbeur. 

me plaingnls point, car je suis bienheureuse ! 

tous, je ne crains l'avanture douteuse 

Is Iternels qui talonnent vos pas ; 

Weu, je tous laisse, en tous allant attendre, 

ic4re en vos coeurs, sous le tumbeau ma cendrc, 

mmence a vivrc a l'heure du trespas. 

il d'un cell piteux soupirls pour ma mort, 
Dl mon tombeau, ne regretted ma Tie, 
sruel destin a sitost obscurcie, 
1 sur mes ans l' irrevocable sort. 
B aoln n'a peu me garder de 1'effort 
miler arrest, qui mon Ame a saisie , 
inmides pleurs la fontaine inflnie, 
anger mon destin, tous respandls a tort. 
car e'est en Tain que vostre ennui tous tue. 
I«e vostre pleur se perde dans la nue 
mdatnement que s'enfuit mon esprit ; 
i Ilea de pleurer, be'nissie's la fortune, 
n*a laisse* voir la misere commune , 
is tyrannlxant, jusqu'a la mort tous suit (1).] 

undi 12 septembre, la ville de La Fere 
idoe (2) et remise entre les raaii^s de mon- 
5 mareschal de Mattignon, lieutenant du 
t 1'armee du siege, [aux conditions portees 
capitulation sur ce faite entre les assie- 
* assises, qui depuis a este imprimge et 
e tout le monde. 

ce mois de septeinbre, la Roine, sur ce 
tee par ses medecins et ceux du Roy, alia 
bon se baingner aux baings qui y sont, 
France et comme asseurance , de la part 
medecins, d'avoir bientost apres des en- 
n observant au surplus exactement par 
regime par eux ordonne k cest effaict. 

i vient de voir un des essais poeHiques de Les- 
iropos de la mort de sa femme; ce ne nirent pas les 
rs qu'il composa pendant sa Tie. On trouve en- 
tete de son Registre-Journal de Henri III, sous 
rime de 1580, les vers suivants, qui sont aussi, 
xnent, de sa composition. 

LB SOUFFLBT DE LA TIB BUMAINE. 

' est une forge ou forgent a deui mains 

la chair, le monde, un monde d*entreprtses ; 

ne et les marteaux sont les mojens bumains ; 



Mais rien ne servit, ne raesme les peterinages, 
qu'on tient estre de si grande vertu, dont le 
Roi, son mari, et elle s'acquittoient fort bien, 
mesme envers la belle dame de Chartres, le vou- 
loir de celui y estant contraire , Qui habitare 
facit sterilem in domo, matrem filiorum Ice- 
tantem.] 

Octobre. Le lundi 24 octobre, maistre Pierre 
Seguier, second president de la grand chambre 
du parlement de Paris, aage* de soixante-seize 
ans ou environ, mourust en sa inaison de ceste 
ville de Paris. II laissa cinq enfans masles : 
Maistre Pierre Seguier, president en son lieu; 
maistre Louis Seguier, chanoine et doien de 
I'eglise de Paris et conseiller en la cour ; mais- 
tre Anthoine Seguier, lieutenant civil au lieu du 
president son frere; maistre Seguier, maistre 
des requestes au lieu du lieutenant civil son 
frere ; et maistre Hie>osme Siguier, Tun des 
audienciers de la cbancellerie de France, [du- 
quel estat il en poursuivist l'erection et provi- 
sion pour son fils, encores qu'il fust notoire- 
ment k la foule et oppression du peuple. De 
quoi il s'excusoit sur l'amour qu'il portoit k ses 
enfans, et l'envie qu'il avoit de les avancer, 
usant de ce terme : Torqueor amove liberorum, 
qui est ais£ de tourner en francois k ceux qui 
sont quelque peu bons latins.] Au reste, il avoit 
este vingt-cinq ou trente ans advocat des par- 
ties au Palais, avec nom et reputation d'entre 
les premiers mieux disans et mieux prenans ; 
du depuis, advocat du Roi, Tan 1550, et Enable- 
ment president. II a marie quatre fllles avec 
beaucoup d'bonneur et fort avantageusement 
pour les biens, [n'aiant eu gueres d'esgard a 
autre chose en les mariant.] Oultre les estats 
dessus dits laisses k ses enfans, il est mort riche 
de deux cens mil escus en fonds d'heritages, 
rentes constitutes et meubles, chose esmerveil- 
lable en un homme qui n'avoit onques fait ne 
sceu faire que le tric-trac du Palais, et qui avoit 
renoncg k succession de pere et de mere : neant- 
moins sage , mondain et grand courtizan s'il en 
fust jamais, bon justicier, fort misencordieus 
et point severe, servant aux grands et au temps 
jusques a faire sonner et retentir d'un bout de 

Les cbarbons alumls, nos folles convoitises ; 
La matiere est un rien qui recoit toutes guises ; 
Richesse, bonneurs, estats, sous la trempe du bien ; 
Mais la mort, par deiriere usant de ses surprises, 
Vient crcver le soufflet, et ne s'acbeve rien. 

1580. 

(2) Le sie*ge dura pres de deux mois et deml. La ville 
fat mieux deTendue qu'elle ne tat attaquee. On pretend 
que le marecbal de Matignon aurait pu en venlr a bout 
plus tot, mais qu'il voulait se faire valolr et manager alnsl 
les mlgnons de la cour. (A. E.) 



128 



BEGISTHE-JOUBNAL D£ HENBI III 



sa paroisse & l'autre son : Ego Petrus'peccator. 
[Jl ne fust rien imprime sur sa mort , ] si non 
que les drolles et medisans du palais, [ qui ne 
laissent en repos non plus les morts que les vi- 
vants,] et qui lui avoient donne le nom de mes- 
sire Pierre deFinibus, (l) [firent courir un £pi- 
taphe en francois, qui tumba entre mes mains 
avec deux autres epitaphes latins faits u sa 
louange et a l'honneur de sa maison , la quelle 
peult estre remarquee k la posterite pour une des 
plus florissantes et heureuses maisons de Paris, 
selon le monde. Et ces epitaphes sont tiltres 
ainsi : 

I. Petri Seguierii in supremo Parisiorum se- 
nate prcesidis summi cubicularii, tumulus. 
(P. Ambos. fecit.) 

II. Nicolaus Perrotus Paris , senator eidem 

Seguierio prcesidi suo.] 

Novembre. Le samedi 19 C jour de novem- 
bre, a neuf heures du soir , un feu de meschef 
se prinst au jube de Peglise des cordeliers de 
Paris , lequel embrasa de telle furie tout le com- 
ble de la dite Sglise, qui n'estoit lambrisse que 
debois, qu'il fut ars et consome en moins de 
trois heures , entierement , et la plus part des 
chapelles d'alentour du coeur gastecs et bruslees ; 
mesrae fut le feu si aspre, que les sepulcres de 
marbre et de pierre eriges dans le coeur, et quel- 
ques chapelles de la dite eglise, furent redig£es 
en pouldre, et celles de bronze fondues et perdues 
[ et la pluspart despiliers de pierre soutenans le 
dit coinble ars et gastes a demi du coste que le 
feu y avoit touche.J Les cordeliers firent courir 
le bruit que le feu y avoit este mis par artifice, et 
en voulust-on charger les Huguenots; mais enfin 
fust trouve qu'il estoit advenu par le mausoing 
et inadvertence d'un novice , qui laissa la nuit 
un cierge de cire ajlume pres du bois du dit 
jube" (2), au pulpitre. 

[Le dimanche 20 novembre , la cour et la 
ville vindrent en Peglise de Paris, pour assister 
a la procession et a la messe solennelle qui y fut 
celebree a I'intention du Roi et de la Roine pour 
prier Dieu , la vierge Marie , tous les saints et 
saintes de paradis , de vouloir , au retour des 
baings , donner lignee a la Roine et au Roy, qui 



(1) Pierre Siguier recut le surnom de Pierre de Finibus, 
pour faire entendre que, par son travail et par son indus- 
tries (Halt parvenu a ses fins. (A. E.) 

(2) Les jacobins reproch&rent aux cordeliers da voir 
eux-mlmes mis le feu a leur gglise, aOn de faire mcilleur 
feu en leur cuisine et avoir de quoi en batir une plus 
belle. (Mathieu. hist, de France.) 

(3) La Mure, dlpartement de PI sere. 

(4) Les articles 27, 28 et 30 des statuts de Tordre de 



lui peust succeder & la couronne de France. A 
la fin de-la messe fust chante un Te Deum solen- 
nel pour la reduction de la ville de Mures (3) 
en Dauphine, prise par le due du Maine , sur lei 
Huguenos, qui I'apeloient le prince de la Foy, 
et furent pendues, le dit jour, en la nef de la 
dite eglise de Paris, sept enscingnes des re- 
belles assieges. 

Sur la fin de ce mois de novembre , Monsieur 
frere du Roi , suivant le pouvoir & lui donne 
par le Roy son frere , arresta le traicte de paci- 
fication commence avec les Huguenos et les 
Catholiques mal contents , leurs assbcies , dont 
les articles furent signes de part et d'autre , et 
depuis publies a la cour de parlement et par la 
ville a son de trompe , et communiques au peo- 
ple par 1'impression qui en a este* faite , hormis 
quelques secrets articles qui demeurerent par 
devers les princes et ne furent publies. 

Ceste petite guerre fust un petit feu de paille 
allume et estaint aussi soudain, la meilleure et 
plus forte partie de ceux de la religion n'aiant 
bouge de leurs maisons, et y aians este conser- 
ves doucement soubs l'auctoritedu Roy. Le reste 
qui ne remua qu'A regret et par force (et par Tar- 
tiflce , comrtie on disoit , de la roine-mere, qui 
vouloit ung peu cxercer son gendre, qui I'avoit 
trop proumenee a son gre), fust incontinent 
appaise et aussi tost que le Roy voulust , le quel 
aiant en cest endroit une intention couverte, 
contraire a celle de sa mere , les faisoit crier 
et taire comme il lui plaisoit. ] 

Decembre. Au commencement du mois de 
decembre, Desle Alemand, chevalier de l'ordre, 
qui avoit en secondes nopces espouse la treso- 
riere Allegre , fust pendu et estrangle b Blois, 
par jugement des chevaliers de l'ordre (4), qui 
lui firent son proces , par lequel il fust convaincu 
et attaint d'avoir, Teste pr^ceMent, pris argent 
du Roy , pour aller en Allemagne lever quel- 
ques cornettes de Reistres pour le service de Sa 
Majeste. Neantmoins, y estant alle k cest effait, 
fust trouve qu'il les avoit levees et arrestees des 
deniersdu Roy, pour venir au secours du prince 
de Conde et de ses partizans , tenant La Fere, 
et autres places contre le Roy. 

[ Le mercredi 28 du present mois de decern* 



Saint-Michel porUient :S'il vient a la connaissance di 
sou vera In de l'ordre qu'aucun des fibres et chevaBen 
d'icelui ait commis cas oo crime, pourquoi II doit &ra 
prive", selon les statuts, du present ordre.... LesdiU m- 
verains et f re res de l'ordre en appointeront les peiaef , 
ainsi quils verront 6tre a faire par raison selon le cat. 
A quoi devra obe*ir ledit chevalier, et les correcliooi 
et les peines sur lui miscs sera tenu d'endurer , porter 
et accomplir. 



ROY DE FfiANCE ET DE POLONGNE. [1680] 



129 



lurust k Paris , Pevesque de Cisteron, 
rtraict d'Epicure et ung des plus vilains 
du trouppeau , du quel la mort fust 
le k la vie, et fust honnore du suivant 
u, le quel , entreses autres vertus dont 
6core en sa vie, contient ses derniers 
nemorables et dignes d'un tel evesque 

EPISCOFI BISTBB0NEII8I8 TUMULUS. 

Bacchi cultor Venerisque sateUes, 

Epicurei gloria lausque gregis, 

1 cynicw metuendus cuspide lingua, 

» perjuro strenuus ore Jovem, 

ispius antistes, qui largus egenis, 

to culpasy eluit are graves, 

m minimis quot erant commissa, redemit 

,, novis semper latus adulteriis, 

ict sacris quorum incesto arsit amore, 

mqudm proprias, ille negavit opes. 

vita ratio, fuit exitus idem, 

wit modulo vitaque morsque pari, 

tUuminvisens affectum morte propinqua, 

est summis famina digna Prods, 

urn, antistes, prestb offlciosapetenti, 

edum, quidqudm num tibi dutce meum est f 

rd moriens verbis non tristibus inquit i 

mum, de te , nil nisi vulva placet 

•urn est vivis carum morientibus esse. 

Ids tanti verba suprema notam. 

d on apporta a ce v£n6rable Evesque le 
Domini , apres I'avoir receu, il demanda 
Ire son Domino qu'il avoit en sa 
Mjuel I'autre lui aiant bailie, ne sachant 
vouloit faire, s'en affubla et commen9a 
rat haut : Beati qui in Domino mo- 

DEUX DISTIQUES 

n ceil an 1560, en septembre, sur la prise de 
la ville de La Fere en Picardie. 



a Matte gravis tot Adonidas intulit oreo, 
\ta est armis, sed mage decipulis. 

II. 

iomuisse ferunt fera monstraper orbem, 
ms Henrici, perdomuisse Feram. 

st an 1580 , sur ce que le Roi non- 
la peste et la guerre, qui travail - 
>n pauvre peuple de tous les costes, ne 

1 de Gontaud, baron de Salignae , fat cbam- 
roi de Navarre ; il se convertit en 1506 par 
e de sa femme, et fut charge* de plusleurs am- 
en Angieterre, etc. II raourut ambassadeur du 
istanUnople. 

-guerite Huraut de L'Hopital, fille de Robert 
lelgnear de Belesbat, etc., chancelier de Mar- 
5 France, duchesse de Savoie. Elle controver- , 
nt avec le ministre Des Moulins, et ce fut en 
a ces discussions que la dame de Majencour se 

:. D. M., T. I. 



laissoit d'aller voir les Nonnains, et ne bou- 
geoit de leurs couvents et abbayes , k leur faire 
l'amour, on publia a Paris le sonnet suivant , 
qu'on adressoit a Sa Majeste , comme si sa mau- 
vaise vie eust est£ cause de tout le mal qu'en- 
duroit le peuple. 

Est-ce exemple de roi, que de faire l'amour 
Es lienx sacrea, on font les Nonnains demeurancet 
Kejettant ta moitie*, miroir de patience, 
Et quitter tes palais pour 7 faire sejoorf 
Le conseil des tirans qne ta as en ta court, 
Qui pippent a ton sceu les paavres et la France ; 
Ces empestls 6dits qu'as mis en Evidence, 
Ne sont-ce les tesmoins de la peste qui court? 
Je seal que to es roy, mais n'est roiaulte* 
D'estre ribaud, tiran, d'user de cruautl, 
Et par mescbant conseil faire tout a sa teste ; 
Dieu me defTend aussi de dire mal de loi, 
Quand tu serois mescbant, parce que tu es roi. 
Dieu te garde de mal et ton people de peste. 

Aultre, en forme de complainte, sur la confu- 
sion inenassant la France de mine, en cest 
an 1580 : 

Las ! a ce coop, e'est fait de nostre France ; 

Chacun le void, le scait et le congnoist. 

Remede aucun, cependant il ne naist; 

Mais au malheur plustost sa cheute advance ; 

Les estrangers emportent sa substance, 

Pour les bonne urs et faveurs qu'on leur fait ; 

Les domestiques ont par un cas infaict 

Rempii la court de vice et d'ignorance, 

D'oa descoulans comme par deux canaux, 

Ont infecte* du reste les cerveaux ; 

Sf que pour perdre autrui il s'extermine ; 

Le prosbstre est cbef, le mercadant combat, 

Le soldat juge et juge est le soldat, 

Mais pleure au moins, 6 France, ta mine. 

HENRICO HI, GALLIARUM REGI. 

Rex rege regnando, rebus regimenque repone, 
Reginas reges re rationeque reges.] 

En cest an 1580 , ceux de la maison de Lo- 
raine rechercb&rent fort et ferme ceux de la reli- 
gion, et les solicit&rent pour entrer en leur Hgue, 
et en parla le due du Maine, entre autres au baron 
de Salignae (1) , qui depuis a espousl la fille de 
la cnanceli&re de I'Hospital (2), lui promettant 
et a tous oeux de sa religion le libre cxercice 
d'icelle, mesme dans le milieu du camp, [et des 
armies, et leur donner de si bonnes asseurances 

Les derniers 6diteurs ont confondu Madeleine de 
L'Hopital, mere de la baronne de Salignae et dont il est 
ici question sous le titre de la chanceliire de L'Hopi- 
tal, avec Marie Maurin, femme du celebre cbancelier 
Micbel de L'Hopital. Par disposition testamentaire de 
Micbel de L'Hopital, il sabstitua a sa fille et aux en- 
fants de sa fille sonnomde L'H6pital ; et on d&igne Icl 
Madeleine de L*H6pital sous le tltre de la chanceliirt 
de L'H&pital, parce que son marl Robert Harault eHait, 
comme nous l'avons dlt, chancelier de Marguerite, du- 
cheese de Savoie. 





130 



BEGISTHE-JOITBXAL D£ HENRI HI , 



qu'ils n'auroient rien a craindrede cecost£-la.J 
A quoi le baron de Salignac fist response qu'il 
ne pouvoit ni ne vouloit estre jamais d'autre 
ligue quedecelle du Roy. [Ge qu'il fist enten- 
dre a la roine-mere , et lui dist la response qu'il 
avoit faite a monsieur du Maine, dont elle le 
remerciafort et monstra lui en s^avoir bon gr6, 
l'asseurant d'y pourvoir et d'y donner bon or- 
dre : dont toutefois on n'a veu aucun effet. 

Voila le zele de la maison de Guise a la con- 
servation de la religion catholique , apostolique 
et rommaine , et les premiers projets de la ligue 
pour Fextermination de l'hSresie. 

Encest an 1580 , mourust a Paris, en sa mai- 
son sur le Quay-des- Augustins , madamoiselle 
d£ Bisseaux , femme sage et vertueuse , et en la 
religion, de la quelle elle avoit tousjours fait pro- 
fession , encores que par le cure de Saint- Andre- 
des-Ars , sa paroisse , nomme Dapmartin , fust 
publie tout le contraire , disant partout qu'il lui 
avoit administre tous les sacremens, a cause de 
six escus que monsieur de Bisseaux, son mari, 
craingnant les temps, et pour 6viter a scandal e, 
avoit donne au dit cur6 pour ainsi le dire et 
declarer par tout comme il fist. 

1581. 

Janvier. Au commencement de Janvier 1581, 
le Roi de Blois revinst a Paris et laissa les mi- 
nes a Cbenonceau , et le conseil priv£ et d'estat 
a Blois , et apr&s s'estre donne d'un bon temps 
en nopceset festins, le 18" du mois, s'en alia 
au chasteau de Saint-Germain-en-Laie com- 
mencer une diette qu'il tint et continua jusqu'au 
commencement du mois de mars ensuivant. 

Fevrieb. En febvrier , trente enseingnes de 
gens de pied rodent par la Picardie et la Cham- 
pagne, soubs la charge du Seingneur de La Ro- 
chepot et autres capitaines, et font tous les 
maux'du monde partout ou lis passent , mesme 
n'espargnent les maisons des gentilshommes et 
seingneurs en leurs pilleries et voleries. On les 
disoit leves et acchemines a l'adveu de Monsieur, 
frere du Roi, desseingnant les mener en Flan- 
dres a la prime-v&re. 

Mars. Le dimancbe 5 e jour du mois de 
mars , le Roy releve d'une longue diette par lui 
faite a Saint-Germain-en-Laie , d'oti deux jours 
auparavant il estoit sain et allegre reveuu a 
Paris , alia au bois de Vincennes disner , et re- 
vinst soupper dies messire Ludovic Adjacet , 
comte de Chasteau villain , et apr&s soupper alia 
ch& maistre Marc Miron , son premier m6decin, 
log£ en une maison qu'il lui avoit donnee, sise 
en la Cousture Sainte-Katherine , s'abhiller en 
masque avecques d'O , d'Arques et La Valette , 



ses mignons, et quelqucs damoiselles de prhee 
congnoissance, qui ainsi masques roderent par 
toute la ville de Paris , et par les maisons ou ils 
s^avoient y avoir bonne compagnie, tout aussi 
qu'en un jour de caresme-prenant, pour ce que 
c'estoit le dimanche de la mi-earesme. 

Le mercredi 8 de ce mois , le prince Dau- 
phin , le seingneur mareschal de Cosse , de Car- 
rouges , La Motte-F6nelon , de Lanssac , Pinart, 
secretaire d'estat , le president Brisson et plu- 
sieurs autres seingneurs et gentilshommes les 
accompagnans , passent en Angleterre en am- 
bassade vers la Roine , pour resoudre avec elle 
et son conseil les articles du manage d£s pieca 
pourparte entre elle et monseingneur le due 
frere du Roi , ou ils furent bien et grandement 
receus et traict& de son excellence. 

Ce jour, fut, par arrest de la cour, pendu 
a Paris en la place Maubert, ung notairede 
Chastelet nomm£ Herbin , demeurant pr&s l'e- 
glise Saint-S6verin , a cause de plusieurs con- 
trats par lui receus antidates ou autrement fal- 
sifies. L'on disoit qu'il avoit eu grande faute 
d'amis et de support, ou bien une forte partie, 
pour ce que lors on ne souloit faire ( a cause de 
la malice du Steele ) que peu de semblables jus- 
tices. ] 

Le jeudi 9 mars, le seingneur de Salnt-Leger 
pres Montfort-Lamaurri fut mene prisonnier en 
la conciergerie du palais [a Paris. Le decret de 
prise de corps contre lui decern^ par la cour de 
parlement , estoit fond£ sur des charges portees 
par les informations contre lui faictes , ] a la re* 
queste et poursuittede M. Coingnet, sieurde 
Ponchartrain , son voisin , se complaingnant de 
ce qu'il disoit avoir este par lui en plaine halle 
du dit Montfort, en un jour de marche, attacche 
au posteau, et battu d'estrivifcres indignementet 
cruellement, [apres avoir est6 tir£ par force 
par les gens et ministres du dit Saint-Leger, de 
son lit et des bras de sa femme , et mene en la 
dite halle,] en haine de ce qu'il n'avoit espouse 1 
la fille du dit Saint-L6ger, [apres I'avoir de- 
mands a sonpere, et s'estoit maril & une autre 
a son desceu , de quoi le dit Saint-L^ger se 
pretendoit outrage. La court en prist congnois- 
sance en premiere instance , pretendant telsex- 
c&s entrepris contre la Majesty du Roi , et estre 
crime de leze majeste, heu esgard au lieu k la 
forme et autres qualites du delict ] II demean 
en prison environ trois ou quatre mois , et poor 
ce qu'il nia le fait, et ne s'en trouva preuvesof- 
fisante et aussi qu'il fist accord pour de I'argent 
avec sa partie, les prisons luiftirent ouvertes, 
[ et n'en eust autre peine que I'ennui de la pri- 
son. A quoi lui servist grandement la faveur de 



ROY DK FflANC* FT BE POLOKGNE. [1581] 



131 



air fare du Roi , de la maison duquel 
t gentilhomme advoue, et le support de 
irs dc messieurs de la cour de parlement, 
Is il se trouva ou parent ou allie ; ] ce qui 
ise que Coingnet se fist paier de ses estri- 
[en telles monnoies indignes d'un homme 
iret de qualite.] 

nardi 21 mars, le roy vinst en sa cour de 
ent a Paris, et en sa presence fist publier 
le rirection d'un nouveau president en 
s bureau des dix sept g£ne>alites de ce 
ie, et un nouveau thresorier general en 
i d'iceux ; [nonobstant les remonstrances 
a lui faites par les cours de parlement, 
m&raux des aydes et des comptes, qui 
ffroient grande diminution en l'auctorit6 
tique de leurs sieges, k cause de la juris- 

que bailloit le roy auxdits presidens et 
ux par le dit edit; lequel fut depuis pu- 

enregistre en la cour des aydes, et le 
di-saint extraordinairement en la cham- 
s comptes, au grand regret desjugesdes- 
ms, qui aians le roi sur les bras dedans 
i du palais en attendant la publication et 
ssant instamment de ce faire, furent con- 
passer outre]. Et 1'apres-disnee, le roy 
la k Olinville aveq d'Arcques et La Va- 
cs mignons, ausquels on disoit qu'il avoit 
la meilleure part des quatre cents mil es- 
enans de la ventc des dites offices. 
16* jour de mars, jour de Pasques, [sur 
t heures du matin], se leva a Paris un 
it vent grand et impetueus qui continua 
i k midi, [lequel mesle de tonnerre, gresle, 
et nege, estonna fort le peuple, estant 
en un tel jour,] et aiant fait des maux 
tup, tant en ladite ville qu'es champs, 
et villages d'alentour, car il abbattist che- 
, tuiles, ardoises ; rompist verrieres des 
s et eglises ; arracha les gros arbres,et en 
rs autres villes et villages ruina les do- 
es Iglises et autres edifices , de la mine 
Isflirent plusieurs personnes de tous aages 
i, les unes tuees sur-le-champ, les autres 
ment blessees [et mutilecs de leurs mem- 
e sorte que chacun fut meu de croire 
stoitun fteau de divine vengeance, menas- 
s testes des Francois desbordes en tout 
le luxe, bombances, superfluity et vices 
i l'ordre de Dieu contr'eux. 



itolnc de Harwin, marquis de Maignelay, Ine* a 
rea de la riviere, a 1'age dc 21 aus, le 4 
i. (C'est d'apres le P. Anselme que nous Axons 
Maignelay a vingl-quatre ans.) 

iciena eXiteurs, ct Peiitot lul-mesme, ont con- 



Avbil. Le samedi 8 e avril, le Boy ennuie des 
plaintes que tous les jours on lui faisoit des vols, 
exces et outrages que commettoient en Picardie 
et en Champagne les trouppes de Monsieur, 
conduittes par les seingneurs de La Rochepot et 
Fervaques, se retira a Blois, comme s'il eust 
dout6 quelque entreprise, a cause de sept ou 
huict mil hommes de pied, qui depuis cinq a 
six mois y faisoient sejour, se disans leves par 
Monsieur pour aller au ravitaillement de Cam- 
brai, qui fut cause que le Roi leur depescha le 
seingneur de Losses, avec commandement de se 
retirer incontinent et laisser le pays libre, mar- 
chans en diligence ou on leur avoit commande 
d'aller. A quoi La Rochepot et Fervaques firent 
contenance pour lors de vouloir obeir, sans 
quede long-tempsapres il en sortist aucun effect. J 

Mai. Le lundi [premier] jour du mois de 
may, au chasteau de Blois, ou le Roy estoit, Ly- 
verdot, au bail apres sou per, prist querelle avec 
le marquis de Migneley (1), fils aisne du sieur 
de Piennes (2), fort honneste gentilhomme, 
adroit et vaillant, ets'estans, le lendemain ma- 
tin, assignes le combat sur la greve au bord de 
la riviere de Loire, tous seuls avecq chacun un 
laquais sans armes; Lyverdot, des le soir, en- 
voia un grand laquais qu'il avoit, cacher une es- 
pee dans le sable, k I'endroit du lieu ou ils de- 
voient combattre, et s'estans, le lendemain ma- 
tin, \k trouves, avec chacun leur laquais [sans 
armes, aiant mis les espees au poing,], le sort vou- 
lust que Migneley tua Lyverdot, duquel le grand 
laquais [voiant son maistre mort], prist I'espec 
[que le soir de devant proditoirement il avoit] 
cachee dans le sable, et au pauvre Migneley n'y 
prenant garde, [ains s'asseurant de son ennemi 
mort, en donna par derriere au travers du corps, 
tellement] qu'il tumba aussi mort aupres de Ly- 
verdot [Et combien que Lyverdot flit mort le 
premier et son laquais tost apres pendu et es- 
trange, toutefois le pauvre pere dudit Piennes 
n'en pouvoit estre appaisl ni console, oultrg de 
regret d'avoir perdu un fils d'une si grande va- 
leur et esperance, et en la fleur de son aage, 
qui estoit de vingt-deux k vingt-trois ans. Sur 
le combat et mort de ces deux furent divulgues 
& la cour divers sonnets.] 

En ce mois, ung nomm£ Jean Le Voix, con- 
seiller en la cour de parlement k Paris, comme 
il entretinst publiquement lafemmed'un nommc 

rondo le marquis de Maignelay avec son frere le sieur 
de Pienne. 

(2)Lesieurdc.Pienne 6tait Charles de Hal win, en 
faveur dc qui le Roi e»gea la ducb4-palrie de Pienne 
en 1561, pour recompense de ses 'services. II vivalt eri- 
core en 1587. 

9. 



132 



REG1STRE-J0URRAL DE HENRI HI, 



Boa I anger, procareur en Chastelet, paillardant 
librement avec elle au veu et sceu de tout le 
monde, advinst que ceste femme, touchee dun 
remors de conscience et aiant regret k sa vie 
passee, declara au Voix l'envie qu'elle avoit de 
vivre de la en avant en femme de bien, [le 
priant de ne l'importuner davantage, pource 
que si elle avoit failli par le passe en offensant 
Dieu et son mari, elle en avoit demande pardon 
& Tun et k l'autre, et s'estoit resolue d'en faire 
penitence et ne retourner plus jamais a son pec- 
che. Le Voix, entendant ces propos, commeuca 
k se moquer, et voulant faire d'elle comme de 
coustume, l'autre ne le voulant endurer et y re- 
sistant vertueusement, Le Voix entrant en co- 
lore et fasche de ce qu'il ne pouvoit accomplir 
son desir, ou k mieux dire sa vilanie,] estant 
con t rain t de s'en aller, lui dit mille injures, et 

au sortir l'apelant p et rusee, la menaca 

de I'accoustrer en femme de son mestier. De 
fait, quelque temps apres, [cest homme, qui 
n'avoit aucune crainte de Dieu,] aiant este ad- 
verti que son mari la menoit jouer aux champs 
une veuille de Pentecoste, monte k cheval et 
prend avec lui quelques ruffisques de Tanchau, 
qui \k chevalans de loin, I'attrapent en un che- 
min estroit ou, en presence de son mari, la 
flrent descendre du cheval, et lui demandant le 
nes pour le couper; n'en pouvans venir k bout 
[pour 4a resistance qu'elle leur faisoit et I'em- 
peschement de ses mains], lui dechiqueterent et 
tailladerent toutes les joues avec un getton qui 
coupoit comme un rasoir, instrument dont on 
dit que les ruffiens de Paris se servent ordinai- 
rement pour telles executions. Aians fait ce beau 
coup, s'en reviennent k Paris avec M. le con- 
seiller, contre lequel la cour aiant veu et receu 
les informations, decerna prise de corps, au 
moien de laquelle ledit Le Voix fut contraint de 
s'absenter, et par amis principalement de la 
bourse, [qui estoient les meilleurs qu'il eust], 
fist 6voquer la cause au parlement de Rouen, 
ou il ftit plainement absous, et en sortist par la 
porte doree, aiant compose avec sa partie a deux 
mil escus, et lui en aiant couste deux mil au- 
tres a corrompre la justice [et acheter la voix et 
opinion de ses juges]. Et encores qu'un tel acte, 
[fond6 sur ung adult&re, m£ritast la corde eu 
esgard au crime et k sa quality, la verity est 
toutefbis, que si des le commencement il eust] 
confesse le fait a maistre Augustin de Thou, ad- 
vocat du Roi, qui le fust trouver jusques en sa 
maison pour lui parler, [aiant envie dc lui 
faire plaisir ] , il Ten eust fait sortir pour moins 
de deux cens escus [ et eust tellement estourdi 
ceste affaire, qu'il n'en eust jamais este parte, tant 



ceux de la justice de ce temps avoient en affec- 
tion l'observation des loix et commandemem 
de Dieu.] La mere dudit Le Voix, [damoiselie 
d'honneur et de merite], apres son arrest justifi- 
catif obtenu au parlement de Rouen et son res- 
tablissement k la cour , [contre l'avis des plus 
gens de bien d'icelle], fust trouver le Roy et la 
Roine pour les remercier ; a laquelle le Roi fist 
response qu'elle ne le remerciast point, mais la 
mauvaise justice qui estoit en son roiaume, car 
si elle eust est£ bonne, son fils ne lui eust ja- 
mais fait peine. 

[Le mercredi 17 may, la Roine mere reve- 
nant d'Alencon sans avoir rien fait avec M. le 
due son fils, (qui revenant de Gascongne, ou il 
avoit s£journ6 six ou sept mois avec le roi de 
Navarre, s'estoit r&olu au voiage de Flandres, 
que sa m&re empeschoit de ce qu'elle pouvoit), 
arriva a Paris, ou elle toucha soixante et dix 
mil escus que lui baillerent les prevosts des ma- 
reschaux de ce roiaume, pour certaine compo- 
sition pour eux avec elle faite, pour estre con- 
serves et entretenus en leurs estats, charges et 
jurisdiction, qu'elle faisoit semblant de leur 
vouloir oster ou retrancher, pour tirer argent 
de leur bourse. Ce qu'elle fist finablement, k la 
charge de les maintenir de la en avant en leurs 
privileges de voler et piller le peuple comme de 
coustume.] 

Ce dit jour 17 may, le Roy aiant receu nou- 
velles du roy d'Hespagne par lesquelles il lui 
mandoit que si son frere alloit en Flandres au 
secours de ses rebel les, il scavoit et avoit en 
main prompt moien de s'accorder avec eux, 
pour incontinent apr&s mettre ses forces en la 
campagne et aller venger sur la France le tort 
que lui et son frere lui auroient fait, fist publier 
[k son de trompe et cri publiq] k Paris ses let- 
tres patentes par lesquelles il estoit mandl k 
tous gouverneurs de villes et provinces de se 
saisir des personnes de tous chefs et conduc- 
teurs de guerre, qui leveroient ou meneroient 
gens de guerre quelque part que ce fust, sans 
son expresse commission [sign£e de sa main ou 
de l'un de ses secretaires d'estat et scellee de son 
grand seel, mesmes apprehender les soldats et 
en faire brieufve et justice exemplaire, etencas 
de resistance assembler la noblesse, les garri- 
sons du pays, mesmes les communes k son de 
toquesain, pour leur courir sus et les tailler en 
pieces.] Mais de tous ces mandemens n'en fat 
veue aucune execution, [le Roi se contentant de 
les avoir fait publier comme ont accoustume les 
princes en telles affaires.] 

Juin. Le jeudi premier juing, le Roi aiant 
este adverti qu'en un village distant de Blois de 



BOY DE FfiANCE ET DB P0L03G3E. [l58l] 



133 



six ou sept lieues, repaissoit une compagnie 
rhommes d'armes (1) vivans k discretion, et 
favouans de Monsieur, son frere, envois leur 
lire qu'ils d&ogeassent ; dont ils ne firent pas 
jrand compte. De quoi Sa Majeste irritee en- 
roia le seingneur de Beauvais-Nangi, [l'un des 
rapitaines de ses gardes, avec bonne trouppe] 
l'archers et soldats, qui en tuerent cinq ou six 
le ceux qui se mirent en defense et prirent les 
tutres prisonniers qu'ils amenerent au Roi a 
Mois, ausquels, a la prtere de quelques siens 
avoris, il donna la vie et les renvoia [per- 
onnes et bagues sauves.] L'advertissementqu'en 
!08t le Roi vinst de la part du raareschal de Mat- 
ignon, auquel Monsieur en sceut si mauvais 
pr6 , que quelques jours apr&s la Roine-mere 
Kissant a Mantes, pour y voir M. le due son 
lis, et y aiant mene avec elle le mareschal de 
lattignon, Monsieur l'aiant advise lui tinst de 
lautes et rudes paroles, jusques a le menasser 
le lui faire donner les estrivieres en sa cuisine, 
oire et de le faire pendre sans le respect de sa 
Here [avec laquelle il estoit venu]. 

Et pour le regard de Beauvais-Nangi [en- 
ores que ce qu'il en avoit fait, fut de Fexpres 
ommandemeot du Roy, ce neantmoins], Sa Ma- 
»te, pour contenter son frere, le renvoia en sa 
laison, et le deschargea de la capitainerie des 
ardes qu'il donna a Grillon (2), [auparavant 
apitaine et gouverneur de Saint-Valeri. 

Le lundi 29 juing, le Boy estant a Saint- 
laur, ou il s'estoit retire a cause de la peste 
ui contlnuoit tousjours a Paris, donna au- 
iance aux ambassadeurs nouvellement retour- 
§s d'Angleterre, pour le fait du manage de 
[. le due son frere, qu'on tenoit a la cour et a 
aris pour tout resolu et arreste,selon le bruit a 
essein qu'en faisoient courir Leurs Majest&.] 

Juillet. Le raardi 4 juillet, le Boi estant 
enu a Paris expr&s, alia au Palais tenir son 
tde justice, et en sa presence fist publier neuf 
lits bureaux de la creation denouveaus officiers 

de nouvelles charges et impositions sur le 
rople; dont l'avocat du Boi de Thou consen- 
it la publication et registration, et le chance- 
sr de Biragueen prononca l^rrest. A ladite pu- 
ication assisterent le cardinal de Bourbon, le 
arquisde Conti son neveu, le prince Dophin, 

due de Guise, le seingneur de Vlllequier, 
name gouverneur de Paris et Isle de France, 
; le cardinal de Guise assis en haut, et les 
lignoas d'O, d'Arques, La Vallette et La Guis- 
be (3>, assis en bas. 

(1) Elle nit maltraitee par commandement du Roi, 
roobfUnt lequel les executeurs recoiyent de la peine 
raucovp et du desplaislr. (Lestoile.) 



La pluspart des presidens et conseillers assis" 
tans& ladite publication, dirent au chancelier de 
Birague, qui recueilloit les opinions, qu'ils n'a- 
voient autre opinion idireque celle qu'ils avoient 
ditte le jour precedent en l'assamblee de toutes 
les chambres, oii il avoit este r&olu d'une com- 
mune voix que lesdits 6dits ne pouvoient et ne 
devoient passer. De quoi le Boi adverti sur 
l'heure par le chancelier, lui commanda que non- 
obstant tout cela il passast outre a la publication. 
Lors le premier president dit tout haut, que se- 
lon la loydu Boi, qui est son absolue puissance, 
les edits pouvoient passer, mais que selon la 
loy du roiaume, qui estoit la raison et l'equit£, 
ils ne debvoient ni ne pouvoient estre publies. 
Nonobstant lesquelles raisons et remonstrances 
le chancelier Birague , qui n'estoit pas chance- 
lier de France, mais chancelier du roi de France, 
par le comraandement de Sa Majeste, les fist 
publier incontinent. 

[En ce temps l'ambassadeur de Ferrare, qui 
estoit venu en court, au nom de dom Alphons 
d'Est, apparent hlritier du due de Ferrare, 
raarte a sa troisiesme femme, sans espe>auce 
d'enfans pour demander Marguerite de Lor- 
raine, damoiselle de Vaudemont, seur de la 
Boine, & femme au ills dudit seingneur Alphons, 
fut renvoi^ sans responses. Et fust la dite da- 
moiselle des lors promise et arrestee pour femme 
au sieur d'Arques, le plus che>i des trois mi- 
gnons du Roi, avec promesse de quatre cens 
mil escus en mariage. Le seingneur d'O estoit ju 
auparavant accord^ aveq la filie unique du sein- 
gneur de Villequier ; et le seingneur de La Val- 
lette avec la filie du seingneur de Moui La Mail- 
leraie de Normandie, qu'il avoit arree de la 
somme de soixante mil escus qu'il avoit bailies 
audit seingneur de Moui, pere de la filie, qui 
estoit encores bien jeune, et qui lui devoient de- 
meurer en cas de desdit.] 

Le mercredi 12 juillet, M. le due part de 
Mante pour s'accheminer vers Chasteau-Thierri, 
ou estoit le rendezvous de son armee, laquelle 
pareillemeut commence a marcher, [et passant 
par Estampes, Saint-Maturin, Montereau, Fau- 
tionne, Prouvins et autres lieus et places], laissa 
partout des vestiges d'une armee [fort mal con- 
duitte et discipline, voire] pire qu'ennemie et 
barbare, [volant, pillant, for^ant, ranconnant 
et commettant une infinite d'extorsions, cruau- 
tes et vilainies.] 

Le jeune Thevales, lui amenant du pays 
Messin douze compagnies de gens de pied, passa 

(2) Louis de Berton, seigneur de Crillon. (A. E.) 

(3) Philibert, seigneur de La Guiche et de Chaumont, 
un des mlgnons du roi Henri III. (A. E.) 



134 



REGISTUE-JOI UNAL J)E HENRI Ilf, 



k Broes pres Sezanne, ou ies habitans ne le 
voulurent laisser entrer, et [pour ce que le 
bourg estoit clos de murailles] prinrent les ar- 
mes pour empescher qu'on ne les forceast], ou 
il fut combattu de part et d'autre de telle animo- 
site, que ledit jeune seingneur de Thevales y 
fut tue\ De quoi les capitaines et soldats aigris 
s'obstinerent et enfin y entrerent par force, et 
tuerent tout ce qu'ils rencontrerent, jusques aux 
femmes et petits enfans, forcercnt le chasteau 
de Broes et y tuerent dedans le seingneur, sa 
femme et sa famille ; puis pour dire adieu, sac- 
cagerent le bourg et y mirent le feu aux quatre 
coins. [Dont chacun fut fort esmeu, mais bien 
davantage quand on entendist I'histoire prodi- 
gieuse qui s'ensuit autant veritable qu'espou- 
vantable.] 

Ung capitaine, qui suivoit les trouppes de 
Monsieur, estant loge* ches un bon homme de 
village , qui le traictoit a tirelarigot, comme Ton 
dit, fut assailli par ce garnement de lui donner 
une sienne fille en manage, [laquelle estoit de 
singuliere beaute. Le bon homme, qui estoit 
contraint de lui faire un visage riant en man- 
geant son bien et en le volant, lui dit gracicuse- 
ment] qu'il lui faloit une damoiselle et non pas 
sa fille, parce qu'elle n'estoit pas de sa quality. 
[La dessus ce malheureux, prenant une que- 
relle d'Aleman, commence k prendre les plats, 
assiettes et escuelles qui estoient sur la table, 
et les jette a la teste de ce bon homme, qui 
n'eust Hen de plus expedient que de se sauver 
de vistesse en un lieu secret de son logis, ou il 
ne fut sitost cache que ce monstre, avec au- 
cuns de ses soldats, ne se jetassent sur ceste 
pauvre fille, laquelle il viola visiblement devant 
eux, qui lui tenoient forc&nent les jambes, bras 
et teste, en facon qu'elle ne peut resister a leur 
violence. Viotee qu'elle fust, ce tigre la fist 
venir a table, lui jettant infinis broccards, ords 
et vilains, jusqu'a lui demander comme se por- 
toient ses parties basses et si elies ne lui cui- 
soient point. Lors ceste pauvre fille, regardant 
la contenance de ce crocodil,] comme elle vid 
qu'un soldat s'approcchoit pour lui parler a I'au- 
reille, [et qu'il estoit ententif a ce que l'autre 
lui disoit], prist un grand cousteau qui estoit sur 
la table, et lui planta dans l'estomac, de telle 
roideur, qu'a ('instant mon capitaine tumba 
mort sur la place. Ce que ses soldats voiants, 
prinrent ladite fille, et i'aiant attacchee a un 
arbre, I'harquebuzerent sur-Ie-champ. De quoi 
les seingneurs et gentilshommes voisins esmus, 
assemblerent les communes ; et estans entr& 
dans le village [ou le fait avoit este commis, 
trouvant ces voleurs] de soldats qui troussoient 



bagage, les hacherent et taiilerent en pieces. 

[Voila ce que les trouppes de Monsieur fai- 
soient allantes en Flandres, et les jugemens de 
Dieu menassant les testes des Francois d'une 
prochaine vengeance (comme elle advinst tost 
a pres), pour tant de meschantes et barbares 
cruaultes qu'ils commettoient de toutes parts. 

En ce mois de juillet, les catholiques de la 
ville de Perigoeux se remirent en la libre posses- 
sion de leur ville et en chasserent les soldas 
huguenos, qui despieca y estoient en garnison. 
Ceux de la religion n'en flrent pas grand cla- 
meur, et eust-on opinion que ce qui en avoit 
este fait estoit par intelligence du roi de Na- 
varre et des habitans, qu'on disoit avoir bailie 
cent mil francs pour estre descharges de ceste 
garnison , qui lui faisoit mille maux. Quoique 
e'en soit, il n'y en eust point de coups rues,et 
se passa doucement ceste entreprise ]. 

Aout. Le mardi premier jour d'aoust, fat 
plaidee au prive conseil, a Saint-Maur, le Roi 
present, la cause d'entre le due de Nivernois et 
les habitans dudit pays contre Buscellai Bom- 
main, fermier des imposts du sel, sur l'execu- 
tion de l'edit nagueres par lui obtenu du Roi, 
par lequel chaque habitant des vilies et villages 
de France devoit estre contraint k prendre par 
chacun an, aux magazins par le Boi establis, 
telle quantite de sel qu'il seroit, par les commis- 
saires a ce deputes, advise lui estre necessaire. 
Fut Marion (1), advocat au parlementde Paris, 
plaidant pour lesdits due et pays Nivernois, 
blasme d'avoir trop hautement et libremeot 
parle contre les nouvelles daces et imposts, en 
presence du Boi et au Boi mesme, de facon 
que Sa Majesty trouvant ses propos fort piquans 
et mauvais, le chassa en colere de devant sa 
face, et mesme le voulust envoier a la Bas- 
tille, sans quelques seingneurs da conseil qui 
lui remonstrerent quelle estoit la liberte des 
advocats plaidans au barreau da parlement 
de Paris, ausquels on permettoit dire soavent 
des propos qui hors de la eussent semble trop 
hardis, voire punissables, mais qu'on avoit ac- 
coustume de tolerer, pource qu'ils servoienta 
sDustenir et esclaircir le droit de la cause qu'ils 
plaideient. Dont toutefois le Boi ne se pouvoit 
contenter, disant que le lieu de son conseil ou il 
estoit assis n'estoit le barreau des advocats du 
Palais, et qu'on le devoit autrement respecter. 
Et ne le peust-on jamais tant adoucir qu'il nesos- 
pendist ledit Marion de toute postulation pour 
un an. Mais ceste suspension animeuse par 



(i) Simon Marion, d'abord ayocat au parlement, pais 
president aux eoqu&es M ensuite avocat-g^n^ril. 



ROY D£ FBAiNCE ET 1>E POLO.NGINE. [loBlJ 



13* 



e moien du due de Nevers et de la Roine-mere, 
jni en prierent le Roy, fut le lendemain levee, 
lemeurant Ruscellai rudement baffoue et injuria 
>ar ledit Marion, qui en presence du Roi et de 
tonconseil, I'avoit accoustre de toutesses facons. 

En ce temps, les generaux de la justice zeles 
le componccions, de justice et raison], differe- 
•ent longuement de publier en leur auditoire l'e- 
iit de nouvel fait par le Roy, des dix sols de 
Teue et nouvel impost sur chaque muit de vin en- 
rant et sortant de toutes les villes de ce roiaume 
& leurs fauxbourgs, outre les dix sols d'entree t« 
fssae qu'on souloit auparavant paier, [et les 
dant le Roy ou'is en leurs remonstrances, apres 
ear avoir tres-expressement enjoint de passer 
jutre k la publication, nonobstant toutes leurs 
remonstrances, pource qu'ils tiroient encores en 
longueur, leur escrivist une lettre de sa propre 
nain, qui leur fist peur, pource qu'elle estoit 
>laine de rigueur et de menasses, tellement que 
e 9 e du present mois d'aoust, l'edit fut publie 
m la chambre des generaux, a leur grand re- 
gret et de tous les gens de bien. 

Le lundi 7* d'aoust, Monsieur, frere du Roy, 
fni au commencement de ce mois estoit parti de 
Chasteau-Thierri, s'accbeminant vers Fere en 
Tartenois, avec son armee, qui faisoit, par ou 
slle passoit, tous les maux du monde, arriva a 
(juise, ou estoit le rendes-vous du surplus de 
M>n armee, et tost apres avec toutes ses trouppes, 
lira vers la ville de Cambrai], ou il entra sans 
coup ferir le vendredi 18 e jour d'aoust atrois 
beures apres midi, et y fut magnifiquement re- 
ceu [par ceux de la ville et mene] par les es- 
chevins soubs un poisle de satin blanc, convert 
fle fleurs de lis [etautresbroderiesd'or, jusques 
m la grande eglise, ou fut chante le Te Deum 
en grande foule et alegresse de tout le peuple. 
Puis il fist le serment solennel d'entretenir les 
promesses paravant faites en son nom, par son 
special procureur, lesquelles furent encores par 
lui reiterees en THostel de la Ville, ou il fut 
mene. Et incontinent furent de toutes parts 
amenes vivres et munitions de toutes sortes en 
ladite ville en grande abon dance, tellement que 
lout y estoit, pen de jours apres, a meilleur 
marche qu'en aucune autre ville circonvoisine. 
Brand honneur eust a la verite Monsieur audit 
ravitaillement de Cambrai , ainsi bravement 
execute, sans donner coup d'espee. Mais ainsi 
que les choses humaines ne sont jamais en tout 
et partout heu reuses, le malbeur voulut qu'il 
prist opinion] deux ou trois jours devant que 
Monsieur entrast dans Cambrai, au vicomte de 
Turenne, jeune seingneur [volontaire, d'aller 
avec quelques trouppes voir ce qu'on faisoit a 



Cambrai. Ce que Monsieur, par importunity, lui 
per mist, craingnant ce qu'il en adviust :] car 
ledit vicomte, avec sa trouppe, entra a la ve>ite 
sain etsauf et sans rencontre dans Cambrai, [ou 
il fust fort bien veu et bien receu par M. de 
Balagni;] mais a son retour ne peust eviter les 
embuscbes des Espagnols, [comme aussi M. de 
Balagni I'avoit adverti de s'en donner garde], 
ains fust charge et investi par eux et mene pri- 
sonnier a Valanciennes avec le seingneur de 
Pompadour et les seingneurs de Salignac et de 
Surgeron, qui furent pris avec lui. [ Le baron 
de Viteaux et Beaupre, combattans, percerent 
la presse et de vistesse se sauverent a Cambrai. 
Monsieur fut fort fasche de ce desastre : toutefois, 
apres avoir ravitaille Cambrai et brusle quelques 
forts que les Hespagnols avoient faits durant le 
siege, passa la riviere avec son armee, et battant 
la strade jusques aux fauxbourgs de Douai et de 
Valenciennes, voulut voir la contenance de son 
ennemi ; lequel se tinst cios et serre sans bouger, 
tellement qu'il fust fort aise a Monsieur de s'em- 
parer], comme il fist, de la ville de i'Escluse et 
du chasteau de Harlen, fortes places sises entre 
Cambrai et Valenciennes. 

[Etsur la fin d'aoust, adverti que la garnison 
hespagnole estant en la ville de Chasteau en 
Cambresis, sise eptre Cambrai et Saint-Quen- 
tin, empeschoit le libre commerce de ceux de 
Cambrai, avec ceux des villes voisines, il l'alla 
assieger et faire battre de quelques pieces de 
canon. Durant le siege, les seingneurs de Bala- 
gni, de La Rochepot et de La Vergne y furent 
blesses], et de Beaune, vicomte de Tours, tue. 
[De La Barre, capitaine de la porte de Monsieur, 
y fust blesse d'une mousquetade qui lui emporta 
une jambe. Les assieges enfin ne pouvans plus 
tenir,] le dernier jour d'aoust rendirent la ville 
a Monsieur [a composition , qui tost que les sol- 
dats de la garnison sortirent la harquebuze sur 
Tespaule, sans mesches, les enseingnes ploiees.] 

Cela fait, Monsieur prist le tiltre de protecteur 
de la ville de Cambrai et du pays de Cambresis, 
et laissa dedans la citadelle de Cambrai cinq 
cens soldas fran^ois sous la charge et conduitte 
de M. de Balagni, et emmena avec lui le sein- 
gneur d'Emeri (1), auparavant commandant 
pour le roi d'Hespagne a ladite citadelle, aveq 
promesse de lui donner [en France] dix mil 
livres de rente. 

[Le samedi 26** d'aoust, sur les neuf heuresdu 
soir, apparust au ciel, sur la ville de Paris, (ou 

(1) Emery ou Aymcrics est le m£me que le baron 
d'lnchy ou d'Ainchi. dont la reine Marguerite parle 
dans 5C8 Mlmoires. (A. E.) 



186 



REG1ST11K-J0URNAL DB HERRI III, 



lapeste continuoit tousjours, une grande inflam- 
mation s'estendant d'orient en Occident, qui fist 
une grande lumtere environ deux bonnes heures 
durant.] 

Le jeudi dernier d'aoust, maistre Jean 
Poisle (l), conseiller de ia grand'ehambre du 
parlement de Paris, fust envoie prisonnier en la 
maison du premier huissier de la cour, nomme 
Borron. II estoit charg^ de concussions et exac- 
tions et de fausset£s d'arrests en grand nombre 
par lui faites en l'exercice de son estat. Son 
premier et principal accusateur fut maistre 
Pierre Le Rouillier (2), conseiller en la cour, 
abb6 de Hgrivaux et de Lagni-sur-Marne, qui 
print quelques jours auparavaat querelle avec 
lui k l'occasion de quelque proces meu en- 
tre eux, [laquelle querelle monta en animosity et 
baine si grande], que ledit Rouillier, [conseiller 
de la troisiesme es enquestes,] se rendist d6non- 
ciateur formel contre lui [et comme partie] , au- 
quel adbirerent aussi autresconseillers de ladite 
cour, comme dlnonciateurset accusateurs : tel- 
lement que pour instruire son proems lui furent 
ordonnes commissaires messieurs Chartier (3) 
et DuVal (4), contre lesquels il n'avoit peu con- 
trouver aucune valable cause de recusation, 
combien qu'il eust auparavant recuse la pluspart 
des presidens et conseillers de la cour, nomm£- 
ment les plus gefts debien [qu'il ne vouloit avoir 
pour juges. Car e'estoitunhomme turbulent, de 
mauvaise conscience, juge corruptible si onques 
en fut, diffame et mal nomme entre plusieurs 
gens de bien, et quasi envers tout le peuple, 
cault, superbe et malicieux, aiant pendant les 
troubles tousjours fait protestation de souverain 
catholique et d'enneini formel de tous hugue- 
nos; lesquels tombans en ses mains, se pou- 
voient asseurer de perdre la vie et les biens, 
quelque bonne cause qu'ils peussent avoir], 
Aussi se volant d£f£re et attaint de plusieurs 
crimes, s'en prevaloit, oriant et fesant crier a 
sa femme, qui alloit solliciter partout pour lui, 
qu'il estoit fort bomme de bien, qu'il n'avoit 
jamais fait faute ; que s'il avoit quelque peu de 
bien, il 1'avoit acquis avec grand peine; et que 
toute la charge qu'on lui mettoit sus, venoit 
des huguenos, ses mortels ennemis, qui le 
halolent a mort pource qu'il les avoit tousjours 
pers&utto. Nonobstant lesquels propos,specieux 
en apparance, mais tres-faux, les commissaires 

(1) Jean Poiile fut recu conseiller en 1551, le 20 no- 
vembre. Sa devise e*tait : Nil metuo nisi turpem fa- 
mam, qui se volt encore sur quelques livres de sa bi- 
bliotbeque qui eHait considerable. (A. E.) 

(2) Le Roullie* s'appelait Rene* Le Roullil, et non 
pas Pierre; son frere nomme* Pierre avait M aussi 



a ce deputes passerent outre k lui faire son pro- 
ces ; et advenans les vacations, pource que le 
premier huissier se plaingnoit de ses harnesses 
et supercheries, il fut mis sous la garde du pre- 
mier huissier du tresor et amen£ prisonnier en 
la chambre dudit tresor, qui est au-dessus dela 
premi&re porte du Palais. 

Cest homme estoit tant hay et mal youIo, 
[qu'il ne fust plustost prisonnier], que chacun, 
pour l'envie qu'il en avoit, se promettoit qu'il 
seroit incontinent pendu ; [mesme ceux de sa 
compagnie, avant qu'on eust mis le n& en son 
proems, le jugeoient coupable et plus que con- 
vaincu des crimes dont on le chargeoit.) Et y 
eust un conseiller, qui sur le subjet 4'une croix 
d'or qu'il portoit ordinairement au col, composa 
les vers suivants, qui furent divulgue* an Palais 
et partout : 

[IN J AHUM POISLjEUM SENATOBBM, INTER BIOS 

DELATUM.] 

Aurea cruc$ illi e collo pendere solebat, 
Quern cruets atque auri torsit avara fames. 

Hoc fore pradixit Jovis incunctdbile falum , 
In cruce penderet, quern cruris ar sit amor, 

Quamque habuit vita sociam, tie mortis habere. 
Par est, ut vixit sic moriatur, ait. 

[Gillot.J 

[En ce mois, Ruscellai, indigne' des fascheos 
et injurieus propos contre lui tenus par maistre 
Simon Marion , en plaidant le premier aoust ao 
conseil priv6 du Roi, pour le due et pays de Ni- 
vernois, sur I'imposition du sel, quitta volontai- 
rement la ferme qu'il en avoit prise, encores que 
son temps ne fut expire, laquelle rat prise a 
nouvelle surcharge de deux cents mil livres, 
par Aubri, Parent, La Bistrade et la dame de 
Grandru, qu'on disoit y estre venus k tard et 
n'avoir pas le moien d'en faire si bien leur pron- 
fit, comme avoit fait Ruscellai leur pr£d6cesseur.] 

Septembre. Le jeudi 7 e jour de septem- 
bre, jour des arrests en robbes rouges, le 
seingneur d'Arques, premier mignon du Roy, 
vinst en parlement en personne, et assisted des 
dues de Guise , d'Omale , Villequier et autre* 
seingueurs, fist en sa presence publier les lettres 
de I'6rection du vicomtS de Joieuse en duch6 et 
pairie , et icelles entheriner et registrer , oul et 
ce consentant et requ&rant le procureur general 
du Roi, par l'organe de maistre Augustin de 

Thou, son advocat, avec la clause qu'il ptM- 

• 

abbe* d'H6rivaux et Itait mort en 1578. ( A. E. ) 

(3) Matbieu Chartier, fils de Mathieu Chartier, eels- 
i>re avocat au parlement de Paris. (A. E.) 

(4) Hierosme Duval, fils de Jean Duval, recereur * 
payeur des gages du parlement. (A. E.) 



I10Y DE FBANCB ET DE POLONG.NE. [lS8l] 



137 



deroit tous autres pairs, fors les princes yssusdu 
sang roial ou de maisons souveraines, comme 
Savoie, Lorraine, Cleves et semblables, et tout 
ce en faveur du mariage d'entre lui et madamoi- 
selle Marguerite de Lorraine, fille de Vaude- 
mont, sear de la Roine. lis furent fiances au 
Louvre le lundi dix-huictieme septembre, en la 
c&ambre de la Roine, et le dimanche ensuivant, 
yingt-quatrteme dudit mois, furent maries k 
Saint-Germain-de-l'Auxerrois , a trois heures 
ipres midi. Le Roi mena la marine au mous- 
tier suivie de la Roine, princesses et dames de 
la cour, tant richement et porapeusement ves- 
tues, qu'il n'est memoire d'avoir veu en France 
chose si somptueuse. Les habillemens du Roi et 
3u mari£ estoient semblables, tant couvers de 
t>roderie, perles et pierreries, qu'il estoit im- 
wssible de les estimer; car tel accoustrement 
f avoit qui coustoit dix mil escus de facon ; et 
outefois aux dix-sept festinsqui de renc dejour 
i autre par l'ordonnance du Roi depuis les no- 
ses, furent faits par les princes et seingneurs, 
parens de la mariee, et autres des plus grands et 
ipparens de la court, tous les seingneurs et les 
lames changerent d'accoustremens, dont la plus- 
«rt estoient de toile et drap d'or et d'argent, en- 
ichis de passemens, guimpeures, recaneures et 
►roderies d'or et d'argent, et de pierres et 
cries en grand nombre et de grand pris. La 
espense y fat faite si grande, y compris les 
naaquarades, combats a pied et k cheval, joustes, 
rarnois, musiques, danses d'homraes et femmes, 
t chevaux presens et livrees, que le bruit estoit 
ue le Roi n'en seroit point quitte pour douze 
ens mil escus. [De fait, la toile d'or et d'argent, 
n toutes cboses, jusques aux masques et cha- 
iots, et autres feintes et aux accoustremens 
es pages et laquais, le velous et la broderie 
'or et d'argent, n'y furent non plus espargnls 
ue si on les eust donnes pour l'amour de Dieu. 
It estoit tout le monde esbahi d'un si grand 
lxe, ettant enorme et superflue despensequi se 
ilaoit par le Roi et par les autres de sa cour 
e son ordonnance et expres commandement en 
ng temps mesmement qui n'estoit des meiileurs 
o monde, ains fascheus et dur pour le peuple, 
iang£ et rongS jusques aux os en la campagne 
ar les gens de guerre, et aux villes par nou- 
eaux offices, imposts et subsides.] 
* M. de Retz (l) voyant sa faveur diminuer 
rfes de Henri III, par I'avancement de M. de 
oyeuse, et connoissant qu'il envioit la charge 
e premier gentilhomme de la chambre du Roy, 

(1) L'allnla qui stilt n'eilste pas dans lemanuscrit au- 
fraplie. 



un Jour etant en son cabinet avec M. de Joyeuse, 
defendit & l'huissier de laisser entrer aucun : et 
dit l'huissier : « Et M. de Retz? Moins que pas un ,» 
dit M. de Joyeuse. M. de Retz arrive^ l'huis- 
sier lui dit qu'il lui etoit d&endu de le laisser 
entrer; luiestonne, et se doutantdece qui estoit, 
le pria de le laisser entrer , lui promit deux mil 
escus s'il le faisoit et qu'il avoit assez de pouvoir 
de legarantir ducouroux du Roy. II entre ; de 
quoi le Roy s'etonne bien fortet M. de Joyeuse. 
M. de Retz dit au Roy : « Sire , je vous viens 
prier de me faire une faveur : vous n'avez en- 
core rien donn£ k M. de Joyeuse, gentilhomme 
le plus accompli qui soit en votre cour ; permet- 
tez-moi que je lui fasse un present de ma charge 
de gentilhomme de la chambre : je sui Ag£.» Le 
Roy semble register ; il le prie de rechef. Le 
Roy I'accepte, et le dit sieur de Joyeuse, qui ne 
sceut par quel t£raoignage recompenser et ac- 
cepter le don , si non avec mille protestations 
d'amitie* et de faveur. 

Le Roi donna k Ronsard et k Baif (2), 
poetes pour les vers qu'ils firent pour les masca- 
rades, combats, tournois et autres magnificences 
des nopces, et pour la belle musique par eux 
ordonnee et chantee avec les instrumens , k cha- 
cun deux mil escus , et donna en son nom et de 
sa bourse les livrees des draps de soie k chacun, 
mesmes donna et promist paier au mari£ dans 
deux ans prochains , la somme de quatre cent 
mil escus pour le dot de la mariee. Et pource 
que tout le bien d'elle qui lui pouvoit estre 
escheu des successions de ses defuncts pere et 
mere , ne pouvoit valoir plus de vingt mil escus 
au plus , le Roi fist au contract de mariage in- 
tervene le due de Mercoeur , aisn£ de la mai- 
son de Yaudemont , et faire valoir le bien de la 
mariee sa seur cent mil escus, qu'il en promist 
paier au due de Joieuse, en lui quittant ses 
droits successifs, dont le Roi s'obligea envers 
le due de Mercoeur pour sa descharge et pour 
Ten aquitter : et disoit-on que quand on remons- 
troit au Roi la grande despense qu'il faisoit , il 
respondoit qu'il seroit sage et bon mesnager apres 
qu'il auroit marie ses .trois enfans, par lesquels 
il entendoit d'Arques, La Valette, et d'O , ses 
trois mignons. 

[Un sage et docte courtizan composa des vers 
latins en forme d'avis k ce nouveau Due et nou- 
veau marie, qui coururent en ce temps a la 
cour et par tout , et estoient inscripts : 

Ad Annam JoVotia ducem admonitio. 

H. M. F. a. d. J 

(2) On a le ballet ordonnd pour ces noces, sous le ti- 
tre de : Ballet comique de la Roioe. (A. E.) 



138 



llEGISTRE-JOUANAL D£ HENRI III, 



Le dimanche 24 septerabre , messire Ludovic 
Adjaceto, [comte de Chasteauvilain, qui avoit 
espouse une des filles du prince d'Atri , neapo- 
litaine, enorgucilli de la grandeur de sa fortune,] 
qui de simple petit marchant et banquier de Flo- 
rence l'avoit esleve' , par la faveur de la Roine- 
mere, [a I'estat de fermier de la grande doane 
de France, oil il s'estoit tellement enrichi qu'il 
avoit pres les Blancs-Manteaux, Vieiile-rue-du- 
Temple, ] basti une maison superbe [de cent 
ou six vingt mil livres] , achete le comte de 
Chasteauvilain cinq cens mil livres, [pour ce 
que sa femme autrement ne le vouloit espouser, 
disant que ce n'estoit qu'un viiain ] , aiant aussi 
acquis sur I'Hostel-de-Ville de Paris trente ou 
quarante mil livres de rente, sans plusieurs 
precieux meubles , deniers comptans et autres 
biens qu'il avoit. 

[ S'estant attaque de querelle avec Bertrand 
Pulveret, jadis marchant de Lion, et depuis 
les troubles, capitainedu chasteau de Porte-An- 
cise au dit Lion, pource qu'en la premiere 
rencontre de leur querelle, qui fust en la rue pres 
Sainte-Catherine du Val des Escoliers, le dit Ad- 
jacet, en combattant, estoit tombe* et I'avoit 
icelui Pulveret apele poltron , et neantmoins 
donne g&iereusement la vie que lors il lui pou- 
voit oster s'il eust voulu, le renvoiant sans au- 
trement l'outrager. Icelui Adjacet relevS, en re- 
compense de ce plaisir, auroit fait du depuis 
tousjours espier le dit Pulveret pour le prendre a 
son advantage. Et de fait, un jour l'aiant attrappe 
pr& des Billettes , estant seul avec son valet , 
le dit Adjacet accompagne* de dix ou douze Ita- 
lians, armes jusques a la gorge, et mesmes de 
bastons a feu dont ils tirerent plusieurs coups 
qui ne porterent point, se rua sur Pulveret, et 
aid6 de ses compagnons I'atterra , et lui don- 
nant du fust de sa pistole plusieurs coups sur 
la teste ,1'offensa apresde son espee en plusieurs 
lieus et endroits de son corps , et nommement 
d'un grand coup sur le mollet de la jambe, dont 
il lui coupa une grande piece , le laissant sur le 
pave pour mort.] Sur quoi fust fait lors le suivant 
distiqueparravocatServin,un demes amis : 

Infmilix, par tit tibi qui Adjacitejacenti, 
Enjacet in medio pulvere, Pulvereus. 

Or esp£roit Adjacet , quand il auroit tue Pul- 



(1) Anne d'Aquaviva. (A. E.) 

(2) C'est la seigneurie de Limours pres Montlhlry, 
qui avalt 6te" confisqule sur Jean Porcher, trlsorler des 
guerres, par arr^t du 18 septembre 1535, et que Fran- 
cois 1" donna a Anne de Pisseleu, ducbesse d'Etampes. 
Le cbancelier de Ghiverny acquit depuis cette terre et 
la tit Mger en comte ; aprfcs lui die a passe* a Louis Hu- 



veret , .en avoir incontinent du Roi sa gr£ce , 
pour ce que Sa Majeste alloit souvent ches lui 
[disner , soupper , collationner et privement se 
resjouir avec les dames; mais il trouva lors un 
petit de disgrace ] pour ce que le Roi se sou- 
vinst, que quelque temps auparavant, lui aiant 
dit deux ou trois fois qu'il paiast quatre mil 
escus a un marchant pour des perles qu'il avoit 
achetees, Adjacet faisant le sourd [n'en fist rien, 
combien que le Roi l'asseurast qu'il Ten feroit 
paier incontinent. Ce que le Roi trouva fort mau- 
vais et fut cause que Sa Majeste , lorsqu'on lui 
en parla pour le dit Adjacet, n'en fist autrement 
conte], et dist qu'il vouloit qu'on en laissast faire 
a sa justice. [De quoi Adjacet adverti, s'ab- 
senta jusques environ la Toussaints, qu'aiant 
sceu que son ennemi estoit hors de danger, 
et qu'il se portoit bien, s'en revinst a la cour,] 
ou son proces lui fut fait , par le prevost de 
Thostel ou son lieutenant , par le jugement du- 
quel il fut condamne en deux mil escus de re- 
paration contre ledit Pulveret , et en cinq cens 
escus envers les pauvres, et aux despens du pro- 
ces. Et combien que ce crime [fust tin vrai as- 
sassinat et guet a pens] digne de mort , [ par 
toutes les lois de ce roiaume ,] toutefois , il en 
eust ce doux jugement par la faveur de sa 
ferome(l), qui long-terns avant qu'il Tespou- 
sast , avoit este nourrie en la cour du Roy , et 
estoit des favorites de la roine-mere. 

[Peu auparavant ce jugement, et apres la coo- 
damnation de Saint-Leger, comme on ne parla 
d'autre chose a Paris que de cela, et du proces 
du Voix et de Poisle, qui estoit sur le bureau, 
et qui estoicnt les discours ordinaires des bancs 
du palais , on y sema le sixain suivant , taxant 
la corruption de la justice , et toutefois predi- 
sant asses a propos ce qui en avint. 

Chasteauvilain, Poisle et Le Voii 
Seront jugls tous d'une voix. 
Par un arrest aussi llger. 
Qui fut celui de Saint-L6ger. 
Car le malbcur est tel en France 
Que tout se juge par finance.] 

En ce temps , le Roy acheta la terre de Ii- 
moux (2) pour le seingneur d'Arques, due de 
Joieuse , son beau-frere , de madame de Bouil- 
lon (3), la somme de huict vingts mil livres ou 
environ. Ceste terre, depuis qu'elle ftit en l'an 

rault, son flls, comte de Limours, qui la rendu an car- 
dinal de Richelieu en 1623. (A. E.) 

(3) Madame de Bouillon e*tait Franchise de Br&& 
fille de Louis de Br6z6, comte de Maulevrter, et de 
Diane de Poitiers, duchesse de Valcntinois, maliresst 
de Henri II. (A. E.) 



536 tiree des mains du tresorier Poncher , qui 
'avoit bastie , et qui avoit este principale occa- 
ionde lefaire peudre a Montfaucon, avoit passe 
tar les pattesde madame d'Estampes, du terns 
lu Roi Francois l er , puis par celles de la du- 
shesse de Valentinois , du terns du Roi Henri II, 
;t du terns du Roi Henri III , venue es poings 
lu dit due de Joieuse, teilement qu'eile pou- 
roit sembler avoir este fatalement bastie par ce 
nalheureux et chetif tresorier, pour venir en 
M-oie successivement k toutes les mignones et 
nignons de nos Rois. 



[ Sur la fin de ce mois de septemfrre , M. de 
tellievre est envois de la part du Roi et de la 
■cine sa mfcre vers Monsieur , fr&re du Roy , 
»ur essaier a l'appaiser du mescontentement 
|u*il avoit de la grande despense que faisoit le 
floi pour son mignon d'Arques , se plaingnant 
ju'un voiage qu'il avoit entrepris et execute en 
Flandres, le roi son fr^re ne lui avoit voulu ai- 
ier ne d'hommes ne de deniers qui eussent tou- 
tefois este mieux emploies a une telle affaire , 
|ue non pas a des nopces d'un tel mignon que 
d'Arques. 

Octobre. Au commencement du mois d'octo- 
bre,] mourust a Paris M. de Longueil, conseil- 
ler de la grand'ehambre , bomme de bien et bon 
juge, [noncorrompu ni avare,] et qui faisoit 
plus de provisions de livresque d'escus. Du quel 
['opinion toutefois estoit tenue au palais pour 
meilleure le matin que 1'apres disne , k cause 
du vin , au quel il estoit subjet : [ de quoi il fut 
note par une epitaphe qu'on fist courir au pa- 
lais, selon Tbumeur des bommes corrompus du 
siecle, qui voient le festu dans 1'ceil dc leur 
prochain, n'appercoivent la poultre qui leur 
offusque les yeux ; ils sont ainsi tiltres : 

Sur la mort de Longueil, conseiller en la 
grand chambre (1). 

Le mercredi 4 e octobre , le comte de Laudu- 
nois, qu'on apeloit au paravant le due de Ge- 
nevois , fils de M. de Nemoux et de la damoi- 
selle de Roban, dame de la Garnache , fust cons- 
titu6 prisonnier au grand Gbastelet par le prevost 
de Thostel , pour avoir retenu en son logis un 
orfevre, qui lui avoit accoustrequelques bagues, 
icelui outrage et battu et envoie aux champs 
en lieu incongneu. De quoi sa feinme et ses voi- 
sins firent plainte au Roi et au lieutenant cri- 
minel , le quel par le commandement de Sa 
Majeste , le fist \k mener , par le prevost de 

(J) On trouye l'lpttaphe de Longueil a la page 185 du 
roanuscrit autograpbe. Nous n'avon* pas cm devoir 
1' insurer ici. 



BOY DE FBANCE ET DE POLO^G^E. [l£8l] 139 

l'hostel etses archers, pource qu'il n'avoit voulu 
obeir & justice, et avoit tenu bon en son logis un 
jour et une nuit, se defendant k force d'armes]. 

Le jeudi 5 octobre, le Roi qui despieca 
portoit au seingneur d'O (2) une dent de lait, 
a cause qu'il n'avoit jamais aprouve les mana- 
ges que le Roi faisoit de d'Arques et de La Va- 
lette , avec les deux seurs de la roine sa femme, 
ne les grands biens et avantages [qu'en con- 
templation des dits mariages journeliement] il 
leur faisoit , et ne s'estoit peu tenir de s'en des- 
couvrir et d'en babiller ,[mesmes a un qui lerap- 
porta k Sa Majeste, icelle manifesta ce jour au 
dit d'O le mescontentement que despieca elle en 
avoit conceu , ] et lui donna son conge et licence 
de se retirer de la cour , ce qu'il fist et s'en alia 
k Gaen en Normandie, dont il estoit lieutenant 
du gouverneur. [Declara neantmoins le Roi qu'il 
ne le licentioit pour mal ne mesfait qu'il eust 
commis, ains qu'il le tenoit pour homme de 
bien et pour Tun de ses bons et fideles serviteurs. 
Sur ceste disgrace du seingneur d'O, fust pu- 
blic a la cour le sixain suivant asses mal a pro- 
pos , principalement k la fin oil il dist que d'O 
par ce conge estoit devenu seingneur d'un o en 
chiffre , car tant s'en faloit qu'il le fust d'un o 
en chiffre, ] qu'il s'en alloit avec soixante mil 
livres de rente, et deux cens mil escus de de- 
niers clairs qu'il avoit proufite en sept ans au ser- 
vice de son maistre, le quel encores lui faisoit 
toucher quarante mil escus pour quitter l'estat 
de maistre de sa garderobe. 

[Le dit sixain estoit tel (mal rencontre^ : 



Veui-tu scavoir comment paryinst le seingneur d'O ? 

Nostre Roi le (1st grand par ce mot latin do ; 

Puis en le corrompant de do, 11 Gst un dor : 

Gar d'O fut d'or un temps, robbant, pillant, mats or 

Rdduit au petit pied, ainsi qu'on le deschiffre,. 

On le dit seingneur d'O, mais e'est d'un O en chiffre.] 

Le mardi 10 e jour d'octobre , le cardinal de 
Bourbon fist son festin lies nopces du due de 
Joieuse en l'hostel de son abbaie de Saint-Ger- 
main des Pres , et fist faire k grans frais sur la 
riviere de Seine un grand et superbe appareil 
d'un grand baq , accommode en forme de char 
triumphant, auquel le Roi, princes et princes- 
ses , et les maries devoient passer du Louvre 
au Pre aux Glercs en pompe moult solennelle > 
car ce baq ou char triumphant devoit estre tir6 
par dessus i'eau par autres batteaux deguises en 
chevaux marins, tritons, balenes, serenes, 
saumons, dauphins , tortues et autres monstres 



(2) Francois d'O, seigneur dc Fresnes, qui fut depuis 
surintendant des finances et gouverneur dc Paris. II 
avait tpousv Charlotte -Catherine de YiJIcqtrier. (A. E.) 



140 



BEGISTBE-JOUBNAL Dfi HBHBI HI 



J 



marins , jusques au nombre de vingt-quatre, en 
aucuns desquels estoient portes, a couvert an 
ventre des dits monstres les trompettes, clai- 
rons , violons, haultbois, cornets et autres mu- 
siciens d'excellence , mesmes quelques tireurs 
de feus artificiels, qui pendant le trajet devoient 
donner maints passetemps et plaisirs tant au Roi 
et a sa compagnie qu'a cinquante mil personnes 
du peuple de Paris, de tout genre, sexe et aage, 
espandues sur les deux rivages en grande ex- 
pectation de yoir quelque beau et rare dess$in. 
Mais le mist&re ne fut pas bien jou6 , et ne peust- 
on faire marcher les animaux ainsi qu'on avoit 
projett£ , de facon que le roi aiant aux Tuille- 
ries attendu depuis quatre heures du soir jus- 
qu'& sept le mouvement et accheminement de ces 
animaux aquatiques sans en apercevoir aucun 
effect , despite et marri , dit qu'il voioit bien 
que c'estoient des bestes qui commandoient a 
d'autres bestes , et estant mont£ en coche avec 
les roines et tout le train de sa cour, alia au fes- 
tin qui fust juge le plus pompeus et plus magni- 
fique de tous , nommement en ce que le dit 
seingneur cardinal fit repr&enter un jardin ar- 
tificiel garni de fleurs et de fruits, comme si 
c'eust est£ en may , ou en juillet et aoust. 

Le dimanche 15, la roine fist son festin au 
Louvre, lequel elle finist par un ballet de Circ6 
et de ses nimphes, le plus beau , le mieux or- 
donne et le plus dextrement execute, [au conten- 
tement de chacun qui eust moien de le voir 
qu'aucun autre de tous ceux auparavant par le 
roi et autres princes et seingneurs mis en jeu.] 

Le lundi 16, en la belle et grande lisse a grans 
frais et peines et en pompeuse magnificence , 
dressee et bastie au jardin du Louvre , ex6cuta 
le roi son combat de quatorze blancs contre qua- 
torze jaunes, a huict heures du soir, aux torches 
et flambeaux. Et le mardi 17, un autre combat 
a la pique, a I'estocq, au tronson de la lance, a 
pied et a cheval ; et le jeudi 19 , pour la fin des 
carrousels et ballets, fut fait le ballet des che- 
vaux , auquel les chevaux d'Espagne, coursiers 
et autres du combat, en combattants'avancoient, 
se retiroient et se contournoient au son et a la 
cadenee des trompettes et clairons sonnans, y 
aians este aduits et instruits cinq ou six mois 
auparavant. 

Tout cela fut beau et plaisant ; mais la plus 
grande excellence de tout ce qui s'y vid les dits 
jours de mardi et jeudi , fut la musique de voix 
et d'instrumens la plus harmonieuse et d£iiee 
qu'homme y assistant eust onques ouie ni enten- 
due; furent aussi les feus artificiels qui scopete- 
rent et brill&rent aveq incroiable espouvante- 
ment et oontentement de toutes personnes qui 



les virent, sans toutefoisqu'aucuneftist offensee. 
Vrai est que le feu prist en une grange, ou Too 
resseroit les chariots et autres harnois de galore* 
et animaux acomodls aux dits combats, mais 
n'en adviust autre dommage que de la ditc 
grange et de tout ce qui estoit dedans , qui fast 
brusl6 enti&rement. 

[A quoi prendre fin les bombances et extraor- 
dinaires et foles despenses qu'il pleust au l\oi 
faire aux noces du seingneur d'Arques , son mi- 
gnon d'avance, et beau-fr&re de cons6quenee, et 
des quelles il se disoit ja tant las ( comme il en 
avoit grande raison), que s'il eust est£ a com- 
mencer, il eust beaucoup espargneet desd6niers, 
que pour y fournir il avoit leves sur le pauvre 
peuple , et de sa reputation envers les siens et 
les estrangers. Mais c'est I'ordinaire des princes 
de s'adviser sur le tard de leurs fautes. 

En ce mois , les voleurs par les champs en 
trouppe alloient voler la nuict les maisons des 
gentilshommes et des laboureurs, et eraportoient 
tout jusques aux lits et aux pigeons des colom- 
biers , tant estoit grande la licence des soldats, 
et mal gardee la justice et discipline militaire.] 

En ce mesme mois , le seingneur Philippes 
Stroszi quitta son estat de colonel de 1'infante- 
rie francoise , lequel le roi bailla a La V alette, 
son mignon , et pour recompense donna au dit 
Stroszi cinquante mil escus et vingt mil livres de 
pension annuelle. De la quelle recompense ledit 
Stroszi s'accommoda fort bien et en acheta la 
belle terre de Bressuire, sise au pays de Poic- 
tou. 

Novembbe. Le mercredi 8 novembre, deux 
ambassadeurs du Grand-Turq (1) arri virent a 
Paris, ou ils furent magnifiquement receus et 
bien traictes. L'un d'eux, par commission parti- 
culiere, venoit prier le Roi d'assister k la cir- 
concision du fils aisne du Grand Seingneur, qui 
se devoit solennellement celebrer en la ville de 
Constantinople, au mois de may ensuivant ; et 
l'autre, par autre particulier mandement, venoit 
pour la confirmation des anciennes confaed&a- 
tions d'entre les otthomans empereurs des Turqs 
et les rois de France. Ils ftirent log& au faux- 
bourg Saint-Germain, en la rue de Seine, et par- 
tirent de Paris pour s'en retourner chis eux^ 
le 10 decembre, charges de beaux pr^sens. 

[Le I9 r de novembre, mourust a Paris M. de 
Morel, homme de singuli6re probity et erudi- 
tion, proecepteur du petit chevalier d'Agoulesme, 
bastard du feu roi Henri II, du depuis grand 

• 

(1) Les ligueurs tir&rent parti de cette ambassade coo- 
Ire le Roi, qu'lls appettrent ie roi tore. Ils pr&endlren* 
qu'il ^tait parrain da fils du grand-seigneur. (A. E.) 



BOY DE FRANCE ET DE POLOHGNE. [1581] 



Ml 



rieur de France, lequel, apres qu'il eust laiss6 
assant de ses mains k la cour, d'un petit ange 
u'il estoit, on disoit et non sans cause qu'il es- 
Mt devenu an diable, tant a de vertu la bonne 
ourriture et education d'un homme sage et 
raingnant Dieu, tei qu'estoit ce bon vieillard, 
ui une heure avant que mourir discouroit de 
i resurrection en latin, de la foi que nous y 
evons avoir, avec un conseiller de la cour, son 
arent. II mourust en l'aage de soixante et qua- 
>rze ans, laissant pour heritiere de son s^avoir 
t de ses vertus, madamoiselle Gamille Morel, 
a fille, une des perles de nostre aage. 

Le dimanche 26 de novembre, la seur (1) 
lu mignon La Valette fut fiancee], et le 28 e 
lariee k petit bruit au comte Du Bouchage, 
rere puine du due de Joieuse. 

[Le lundi 27 novembre, le mignon La Va- 
;tte, accompagn£ des dues de Guise, d'Omale 
t de JoieuseJ, et plusieurs autres seingneurs 
ourtizans, vinst en la cour de parlement, et 
jrent en sa presence enterinees les lettres de 
erection de la chastellenie d'Espernon (que le 
lot pen auparavant avoit achetee pour lui du 
oi de Navarre, son beau-fr&re,) en duche et 
airrie. Portoient lesdites lettres qu'en conside- 
ation de ce qu'icelui La Valette estoit ou de- 
oit estre beau-fr&re du Roi, [espousant Y autre 
eur de la Roine sa femme], il pr6cederoit tous 
utres dues et pairs, apres les princes et le due 
le Joieuse. [Et fist ledit due d'Espernon le ser- 
aent solennel de pair de France, en tel cas 
equis et accoustume. 

Decembre. Le mercredi G de decembre, 
efalon, greffier criminel de la cour de parle- 
nent, que les grands biens de ce monde honno- 
oient, alia de vie & trespas. II fist du bien k 
log petit mignon et balladio, nomm£ de Rives, 
it laissa une fille unique son biritifcre, laide de 
:orps et d'esprit]. 

Le dimanche 17 de decembre, le marquis de 
Conti (2), frere puin6 du prince de Conde, fust 
narte avec la comtesse de Montafier, au Louvre 
i Paris. A son mariage, [non plus qu'& celui 
la comte Du Bouchage], ne fust faite aucune 
lomptuose parade [ni extraordinaire magnifi- 
*nce, comme si I'excessive bravade des noces 
lu doc de Joieuse eust absorb^ tout ce qui se 
KHivoit faire ou desirer de magnifique appareil, 

(1) Catherine de La Valette. (A. E.) 

(2) Francois de Bourbon, prince de Conti. II 6pousa 
n premftres noces Jeanne de Coesmes, dame de Bon- 
tstabJe, Teuye de Louis, comte de Montana en Pin- 
ion t, et fille unique de Louis de Coesmes et d' Anne de 
ifselea, et en secondes noces Louise-Marguerite de 
orraine, fille de Henri I* due de Guise. (A. E.) 



en toutes les autres qui seroient puis apres 
faites.] 

Le lundi 18 de decembre, le Roi et les Roines 
partirent de Paris pour aller a Annet, tenir sur 
les fonds le ills du due d'Omale (3), [qui leur 
fist grande et somptueuse reception. 

En ce mois, soubs couleur de certaine pr&en- 
due querelle d'entre le seingneur d'Aubeterre 
et un autre gentilhomme de Xainctonge, se fait 
grand amas et assamblee de gentilshommes.en 
armes a cheval et des harquebusiers a pied, qui 
s'acheminerent vers la ville de Saint- Jean-d'An- 
geli, rodans aux environs sous la conduitte du 
jeune seingneur de Lanssac. De quoi le prince 
de Gond6 averti, mesme qu'on avoit descouvert 
quelques chariots et charrettes charges d'armes, 
et qu'il y avoit entreprisc sur lui et ladite ville 
de Saint-Jean, par intelligence qu'avoit ledit 
Lanssac avec quelques habitants catholiques de 
ladite ville, qui lui debvoient livrer une des 
portes, il se tinst sur ses gardes, se renforcea 
d'hommes et mist tous les catholiques hors la 
ville pour un temps, de facon que l'entreprise, 
comme descouverte, reussit a neant, et ne ser- 
vit au prince de Gonde que pour penser a soi 
de plus pr^s et faire bonne garde et exacte. Ge 
qu'il fist, et en fist plainte au Roi, lequel desa- 
vooa I'attentat si aucun avoit este, car de le 
verifier il estoit fort malais£, voire du tout im- 
possible. 

Sur la fin de cest an 1581, fust serag k la 
cour un pasquil courtizao, aussi mal basti et 
rithme qu'il estoit vilain, scandaleus et mes- 
chant, car encores que le vice et le debordement 
y fust raonte jusqu'au comble, si n'y a-t-il cor- 
ruption si grande soit-elle qui puisse dispenser 
un chrestien de mesdire de son prince et de 
ses superieurs encore si vilainement et impu- 
detntnent que fait le vilain et sot rithmart, 
aucteur de ces pasquil 3 (4). 

Dialogue surnomm6 la Frigarelle, aussi vilain 
que les autres, traictant des amours d'une grande 
dame avec une fille, divulgu6 en mesme temps 
k la cour ou il estoit commun, et n'en faisoit-on 
que rire, non plus que des susdits pasquils, et 
sans recherche, a la grande honte et confusion 
de nos princes et magistrats de France, comme 
s'ils eussent advoue tacitement lesdits pasquils 
descrivans une cour de Soddme, et les affec- 



ts) Le due d'Aumale Itait Charles de Lorraine. II 
avait Ipouse* Marie de Lorraine, fille de Rene', marquis 
d'Elboeuf. (A. E.) 

(4) La maniere dont Lestoile dlsigne cette piece indi- 
quesuffisamment la raison pour laquelle nous ne Tavons 
pas Inserle dans notre Edition du Journal de Henri III. 
Elle est au moins dc cinq cents vers de huit syllabes. 



142 



REfiTSTRR-JOlJtllNAL DE HE XIV I HI , 



tions vilaines et contre nature de nos courtizans 
et courtizannes telles que nous les lisons en 
Saint-Pol aux Roma ins, premier chapitre. Ge 
dialogue est tiltre : 

Marie et Jeanne entreparleurs (1). 

1582. 

Janvier. Le lundi premier jour de Tan 1 582, le 
Roi fist la cerimonie de son ordre du Saint-Es- 
prit, aux Augustins, a Paris, avec Taccoustumee 
magnificence, et apres avoir fait sept nouveaux 
chevaliers ou commandeurs, leur donna a cha- 
cun mil escus dans une bourse pour estreines. 
Dont aussi chacun d'eux, par l'exhortement de 
Sa Majeste, donna cinquante escus au couvent 
des cordeliers de Paris, pour aider a rebastir et 
racommoder leur Iglise bruslee et gastec. 

Le lundi 15 Janvier, arriverent u Paris les 
[treise] ambassadeurs des treise cantons de 
Suisse, venans supplier le Roy de leur faire 
faire paiement de cinq ou six cens mil escus qui 
leur estoient deus des arrerages de leurs pen- 
sions, et parmi ces prieres mesloient quelque 
forme de menasses de quitter l'alliance et confe- 
deration de France et se renger a celle de PEs- 
pagnol, qui les recherchoit avec grandes prieres 
et offres. On les appaisa de belles promesses, 
[mesmes de leur faire tenir dans les Pasques 
prochaines une bonne partie de leur somme]. 
Et pour les rendre plus traictables, fust donne a 
chacun d'eux une chesne d'or de deux cens 
escus, et une bourse de trois cens pour les frais 
de leur voiage. 

Le mercredi 17 Janvier, messire Henri de 
Mesmes, seingneur de Roissi, venu en la male 
grace du Roy, fut [rudement baffoue par Sa Ma- 
jeste] , et desappointe des estats de chancelier 
de la Roine et de garde des chartres, [avec 
telle contumelie et animosite, que des le jour 
mesme ou le lendemain on lui osta les seaux 



(1) La meme raison qui nous a empech^ d'inserer la 
pi£ce dc vers precldente exisle pour celle-ci. 

(2) Le voyage du frere du Roi , en Angteterre, avail 
plusieurs motifs. Depuis environ deux ans une negotia- 
tion de mariagc pour lui avec la reine d'Angletcrre Itait 
conduite par l'ambassadeur Castelnau. On conserve en- 
core a Londres (bibliotheque harlelennc) de nombreuses 
lettres du roi llcnri III, du due frere du Roi, et de 
l'ambassadeur de France a ce sujet, et toutes font men- 
tion de Inflection du due d'Anjou pour la reine d' An- 
gle terre. Nous ne rapporterons que les deux suivantes 
d'apres les originaux : 

Lettre de Castelnau au comte de Sussex, grand-cham- 
bellan de la reine d'Angleterre, au sujet du manage 
projeti entre le due d'Anjou et la Reine. 

« Monsieur, je vous escrivis hier au soir ct vous en- 



de la Roine et les clefs du bureau des chartres. 
Et lui donna le Roi un coup de pied en le chas- 
sant (tant sa colere fut grande), l'apelant larron 
et le menassant de le faire pendre s'il lui adve- 
noit jamais de se trouver devant lui. Qui lui 
fust un grand coup de baston et dont toutefois il 
fut fort peu plain, disant chacun que cela et pis 
encore lui estoit bien deu], pour ce qu'encores 
qu'il fust tenu et repute pour habil homme et 
des plus doctes et dignes de sa robbe; neant- 
moins il estoit congneu pour ung des plus su- 
perbes et insolens qui fust en la cour, [au de- 
mourant exacteur pi Hard et pail lard dissolu et 
d'une tres-mauvaise conscience.] 

Le vendredi 26 Janvier, le Roi et la Roine sa 
femme, chacun a part soi et chacun aceompa- 
gne de bonne trouppe, [lui de princes et sein- 
gneurs, elle de princesses et dames] allerent a 
pied de Paris a Chartres, en voiage vers Nostre- 
Dame-de-dessous-terre, estant en la basse eglise 
de Nostre-Dame de Chartres : ou fut faite one 
neufvaine, a la derniere messe de laquelle?le 
Roy et la Roine assisterent et offrirent une 
Nostre-Dame d'argent dore, qui pesoit cent 
marcs, [avec grande devotion et aveq humble 
et cordiale affection, qu'il pleust a Dieu et a la 
bonne Dame interclder vers Jesus-Christ, son 
fils, de leur donner lignee qui peust succeder a 
la couronne de France. Et a ceste mesme fin firent 
constinuer, par toutes les eglises de ce roiaome, 
les quotidiaines et solennelles prieres despieca 
commences a y estre faites pour cest effait.] 

En ce raois de Janvier, le mareschal de 
Coss6, auquel on disoit que la Bastille et le boo 
vin avoient advance les jours, alia de vie a 
trepas, et fut son estat de mareschal de France 
donn£ au pere du nouveau due de Joieuse, beau- 
frere du Roy. 

Fevbier. Le jeudi 8 febvrier, Monsieur, frere 
du Roy, apres avoir demeure k Londres (2) trois 
mois pres la roine d'Angleterre, de laquellepen- 



voyC la copie des lettres que monscigneur frere du Roy, 
mon mestre, m'escrivoU. ensemble celles de M. de Si- 
mye, par le capitaine Bourg, qui a cejourtT buy estk 
deuli heures avec la Reyne vostre belle et bonne ■■* 
tresse et luy a pre^sente* les lettres de Son Altesse, qu'ette 
a receus en Tort bonne part et avec beaucoup de plaisir 
et de contcntement, comme m'a certifie* ledit capUatar 
Bourg a son retour, et que Sa Majeste* estoit em ARt 
bonne humeur et disposition de parachever les cbosei 
commences. Ce bruit court par la court et la vine; 
mais entre les eflets et les paroles, il se trouve grande 
difference. Les grandes villes et forteresses ne se prea- 
nent pas en peu de jours, aussi ne sont pas les bonaes 
graces des dames ny mesme celles de la premiere da 
monde qu'il faut gaigner par affections et bona services . 
comme elle ne trouvera jamais autre chose en toote a 
France, en quelque forme qu'ellc puisae estre retlnlif ; 



BOY DE tBANCE KT DK POLONGNE. [1582] 



143 



dani ledit temps il avoit receu tous les courtoi- 
sies et honneurs [qu'un grand prince de sa qua- 
lite pouvoit attendre d'une grande roine], s'em- 
barqua pour alter en An vers, ou le prince d'O- 
renge et les deputes des Estate de Flandres des- 
pieca Tattendoient. Pour faire ce voiage, la 
Roine continuant ses faveurs et courtoisies, lui 
pre sta trois navires de guerre equippes & Tavan- 
tage, et le fist accorapagner par les milhors 
comte de Hovard Lester et de Housedon, et de 
plusieurs autres seingneurs et gentiishommesan- 
glois. II arriva en Anvers le samedi 17 febvrier, 
et le lundi 19 lui fust faite une reception et en- 
tree autant somptueuse et raagnifique qu'onques 
y avoit est£ faite a Pempereur Charles V et Phi- 
lippes son fils, roi des Hespagnes. A leurs bien- 
venues grans festins lui furent faits, feus de joie, 
quatre jours continuels, raonnoie dor et d'ar- 
gent forgee a son nom et a ses armes, jettee et 
esparsee au peuple par forme de largesse et 
d'allegresse, et lui fut donne tiltre et habit de 
due de Brabant et marquis du Sainct-Empire. 

Le mardi 13 febvrier, Faisne La Valette, frere 
du due d'Esparnon, et pour son respect favorise 
du Roi du gouvernement du marquisat de Sal- 
lusses, fust mari6 au Louvre, a Paris, avec la 
damoiselle Du Bouchage, a petit bruit tout sim- 
ulate aidez-nous, Monsieur, en suivant nostre bonne vo- 
lonte* et grand labeur, a obtenir ce que nous dlsirons 
pour le bien de vostre royaume comme au nostre. Et 
quand yoqs aurez veu nostre belle maison, retournez 
prendre vostre entier travail pres de la Reyne, vostre 
bonne mestresse , et aydez a la faire rlsouldre afin de 
ne perdre plus de temps, car nous ne demandons aultre 
chose. J'esUme que le capital ne Bourg ne partira d'icy 
que le courier ne se retourne, que a dernierement en- 
voy 6 Sa Majestl, et qu'il ne sauroit porter si peu de 
nouvelles agreables qu'il ne les rcporte meilleures, qui 
est ce que je vous diray pour ne laisser perdre l'occa- 
sJon par yostre secretaire de me ramentevoir en vostre 
bonne grace, en priant Dieu qu'il vous ait, etc. 

» Londre, le mars 1580. » 

Lettre de Castelnau au comte de Sussex sur V affection 
du roide France et V amour du due dTAnjou pour 
la reine SAngleterre. 

« Monsieur, ce solr est arrive* le capitaine Bourg a 
non logis de la part de Son Alteze, qui a apporte* Urates 
les plus fideles et constantes affections que ung prince 
bleu amoureux pourroit jamais avoir envers sa mai- 
txesse, qui est voire reine et la sienne, laquelle voirra 
de ces lettres snfflsantes pour e'mouvoir un rocher 
glace*, ce que je juge par les miennes esc rites de la main 
de Son Altesse que j'ay monstrees a M. de Staflbrt, qui 
tous vouloit luy-mesme envoyer un homme , mais avec 
les bonnes nouvelles de France vous en aurez de ma- 
dame la comtesse vostre femme, et pour vous dire, en 
ua mot, ce qui est pour le regard du Roy et de monsel- 
gneur envers voire reine, leur bonne sceur, je nay ja- 
mais veu plus d'affection ni tant de sincerity que Leurs 
Majestls par dela et Son Altesse luy en portent ; les ef- 
fete en seront les tesmoings. Monseigneur vous ccrit et 



plement, sans aucune somptuosite ou pompe 
apparante, et ce du coramandement exprfes du 
Roi, qui vouloit qu'on se restraingnist en publi- 
ques parades, pource qu'il avoit est6 rapporte a 
Sa Majeste que les ambassadeurs Suisses venus 
a Paris demander de Fargent qu'on leur devoit, 
quand on leur respondist que le Roi n 'avoit point 
d'argent, et qu'il faloit avoir patience, dirent 
tout haut qu'il n'estoit pas croiable que le Roi 
n'eust ses coffres plains d'escus, puisque depuis 
quatre ou cinq mois, aux nopces du due de 
Joieuse, simple gentilhomme avant qu'il l'eust 
honnore du tiltre de mignon de Sa Majeste, il 
avoit en mommeries, habillemens, danses, mu- 
sique, mascarades, tournois,etsemblables folies 
et superfluity, despendu la sorame de douze 
cens mil escus et plus. Et que s'il n'avoit craind 
de despendre une si notable et grosse somme 
en choses de neant , qu'il estoit bien croiable 
que pour subvenir aux affaires d'importance 
de son roiaume il en avoit encores bien d'au- 
tres qu'il n'y plaindroit pas, ou autrement qu'il 
seroit prince malavise et mal conseille, ce qui 
n'estoit pas. 

En ce mois de febvrier, le Roi maria Cathe- 
rine de Fontenai (1), fille du seingneur de Mes- 
nil- aux -Escus, maistre des comptes, que Sa 

aurez la lettre par ce porteur. II ecrit a quelques autres 
des seigneurs de cettc cour , comme vous saurez. Je 
vous envoie la copie de la lettre de son Altesse et celle 
deM.de Limye, copfde de la main de mes paiges, et 
ceste-cy a haste de la main vostre vray et aflectionne* 
a vous obe*ir et fere service, et qui desire part a vostre 
bonne grace, s'il vous plaist. Monsieur , en suppliant 
Dieu qu'il vous donae la sienne. Votre serviteur, 

» Signi M. de Castelnau. 

n Londres, le.... 1580. » 

Le contrat fut dresse* et signe* ; mais des le commen- 
cement de Tannee suivante les dispositions de la reine 
d'Angleterre parurent changer entiercment. Elle char- 
gea dabord ses agents et ambassadeurs de faire con- 
naltre son e*loignement pour ce mariagc (juillet 15S1) ; 
bientot apres elle ecrivit elle-jnlme au roi Henri 111 
les motifs de son refus positif, fonde* sur les relations 
que 1'ambassadeur de France conservait avec 1' in fort u- 
nee Marie Stuart. Eufin le due d'Anjou signa un acte 
par lcquel il reconnaissait que la reine d'Angleterre en 
signant son contrat de mariage avec lui, n'avait pas en- 
tendu etre astreinte a l'accomplir. 

Ce fut sans doute en de'domraagement de ce refus et 
pour le faire oublier, que, vers la fin de 1'anne'e 1581, la 
reine d'Angleterre prtta cent mllle e*cus au due d'Anjou 
pour son cxpe'diiion dans les Pays-Bas, comme l'indl- 
quent les obligations autographes de ce prince, des 13 et 
23 octobre 1581. Toutes ces pieces originalcs et autben- 
tiqucs font partie de la bibliotheque harle'Tenne a Lon- 
dres. 

(1) Catherine de Fontenay se nommait Catherine Du- 
val et e'tait soeur de Francois Duval, seigneur de Fonte- 
tenay et de Mareuil. Francois d'Orle'ans Rothelin, son 
mari, e'tait Tils naturel de Francois d'OrMans, marquis 
de Rothelin. (A. E.) 



144 



REGISTRE-JOURNAL Dfi HENRI III, 



Majeste souloit appeler sa cathau, au bastard 
de Longueville, soi surnommant marquis de 
Rothelin, et lui donna vingt mil escus et une 
abbaie. [Elle avoit este fort gentille en sa pre- 
miere adolescence, bien chantant, biendansant, 
bien jouant du luth, et en mariant le son avec 
la voix, a l'italienne et a l'espagnolle, avec 
grande grace et douceur. 

Sur la fin de ce mois, le mareschal de Rets 
ceda a l'aisne La Valette son estat de premier 
gentilhomme de la chambre, pour la somme de 
yingt-cinq mil escus, et par le marchefist eriger 
la comte de Rets en duche et pairie ; et d'icelle 
erection furent les lettres patentes du Roy veri- 
fies et emologuees en parlement, le 20 e jour du 
mois de mars ensuivant. 

Mars. Au commencement du mois de mars, 
le Roi, pour fournir a ses menus plaisirs et aux 
despenses et bombances de ses mignons, fit des 
emprunts particuliers sur les bourgeois de Paris, 
ct leur fit dire qu'il y avoit parti ouvert en 
rHostel-de- Ville, (duquel tous les jours il pre- 
noit les deniers affectes a leurs rentes), et se 
moque de ceste facon des manans, qui ne sont 
pas si sots qu'ils ne le voient et ne le sentent 
bien, et mesme en devisent et en murmurent, 
mais ne peuvent faire autre chose, dont sont 
contraints de ploier soubs une plus forte puis- 
sance. 

Le lundi 8 mars, sur les neuf heures du soir, 
se vid sur la ville de Paris une grande lumi6re 
et splendeur du feu du ciel qui apporta eston- 
nement et soubfon de presage de quelque grand 
mal. 

Cejourarriva en couc la roine de Navarre, 
venant de Gascongne, au devant de laquelle 
fust le cardinal de Bourbon et la vuefve prin- 
cesse de Conde.] 

Le dimanche 18 mars, [fust a Paris fait] un 
jubile pour prier Dieu de donner lignee au 
Hoy. 

Le mardi 20 mars, le nonce du Pape disci- 
plina a Saint-Germain-des-Pres quelques corde- 
liers du couvent de Paris, pource qu'ils avoient 
esleu un p£re gardien de leur couvent contre la 
volont£ du Pape et du general de l'ordre, qui 
estoit Mantuan, de la maison de Genzagues (l), 
qui en vouloit mettre un a sa porte et de sa privee 
auctorite, contre les ordonnances et statuts dudit 
ordre. Le procureur g£n£ral du Roy s'estant 
porte pour appelant de l'ex&ution de la bulle 
du Pape, en vertu de laquelle ledit nonce s'es- 
toit inger£ de faire ladite discipline, par arrest 
de la cour prononc£ en publique audience, le 

(1) II se nominal t Scipion de Gonzague. (A. E.) 



jeudy 29 dudit mois, fust declare bien rece- 
vable appelant, et ordonne que ledit nonce se- 
roit appel£ en ladite cour pour venir d&endre 
audit appel <Jorome d'abus, et cependant defen- 
ses a lui faites d'aucune chose attenter ou inno- 
ver contre les saints decrets, auctorite du Roi 
et privileges de l'Eglisegallicane. Sur ce,sourdist 
une grande contention au couvent des corde- 
liers, qui faccieusement divise en deux parts, en 
vinrent aux mains par diverses fois [avec grand 
scandale et murmure dans la ville de Paris]; 
mais enfin par les menees de messire Lois de 
Gonzagues, due de Nivernois, cousin dudit gene- 
ral, et auctorite de la Roine-mere, le favorisant 
a cause du pays, ceste contention fut appaiste an 
desir desdits nonce et g£n£ral, admonest& too- 
tefois de ne plus faire telles entreprises. 

Sur ces pauvres fibres ainsi disciplines, [et 
fouettes par le nonce du Pape], furent semes k 
Paris les vers suivants : 

Stigmata qua passis manibus, Francises, gerebas 

Natorum flagris corpora secta tegunt. 
Lancea mutavit swvis insignia loris, 

Nuncius immiti missus ab Ausonia, . 
Vt meritopost hac, mutato nomine prisco, 

Cordigerot dicat Gallia longer os. 
[Atpostquam fuso natorum sanguine gaudet, 

Pontificem dicat Gallia carnificem. 
Immb dicemus titulo pietatis abunde, 

Morigeros natos munificumque patrem, 
Auro qui plumbum, qui verbis verbera mutat, 

Tortor erit populo, qui deus esse cupit. 

FBATfCISCOPYROMACHIA. 

Franciscanorum nuper vastaverat ignis 

lmpius humana condita templa manu; 
Non satis hoc, nisi templa Dei viventia flamma 

Ureret internis percita dissidiis, 
An prius ut densd fulgur de nube coruscat . 

Ante oculos, aures quam tonitru feriat, 
Sic franciscano in populo intestina coorta 

Seditio, rapidas jecerat ante faces, 
Exarsere ignes animo. Subit ira furorque. 

Flammaque posterior, causa prioris era*. 

En ce temps, le Roy prinst des coffres de 
maistre Francois de Vigni, receveur de I'Hostei- 
de-la- Ville de Paris, cent mille escus pour les 
bailler aux dues de Joieuse et d'Espernon, poor 
les frais de leur voiage en Lorraine, ou ils al- 
loient voir les parens de leurs femmes. De quo! 
le peuple de Paris se scandaliza et murmura 
fort, voiant les paiemens des arr&ages de lean 
rentes retarded d'autant, et mesme que le Roi 
les avoit comme extorques par force du rece- 
veur de Vigni, qui tascha, le plus qu'il peuat, 
de ne les point bailler, s'excusant sur rimporta- 
nite et menasse du peuple, le pressant de lear 
paier les quartiers de leurs dites rentes des- 
pie^a escheus]. 



BOY DE FRANCE ET DE POLO.NGxNE. [1582] 



145 



Le dimanche 25 mars (1), Busbecq ecrit, par 
i lettres, qu'il presenta au Roy, lettres de la 
rt de Fempereur Rodolphe son maitre, lui 
ant dit peu de choses auparavant , c'est a 
ivoir que Sa Majeste imperiale auroit este 
ertie de bonne part que le roi s'etoit accorde 
ec son frere touchant la guerre des Pays-Bas 
quoi Sa Majeste imperiale n'ajoutoit point 
urtant foi) ; que si toutefois il en etoit quel- 
e chose, ni lui empereur , ni les electeurs 
l'Empire a qui cela touchoit grandement, ne 
pourroient souffrir : chose qu'il pourroit ap- 
endre plus amplement par les lettres de sa 
te majeste. 

A quoi le Roi repondit qu'il n'avoit rien de 
mmun avec son frere touchant les affaires des 
lys-Bas ; et pour preuve de cela, c'est que si 
a frere etit ete secouru de lui , il auroit long- 
nps ja apporte plus de dommage aux Pays- 
is qu'il n'avoit fait ; qu'il ne se servoit pas beau- 
up de ses conseils et mesme pour le present 
'il faisoit beaucoup plus de bruit que d'effet , 
ire que le plus grand dommage tomboit sur 
i et sur ses sujets , qui deja par plusieurs mois 
oient este travailles et molestes par les gens 
guerre de son frere , sans qu'en rien du 
>nde ceux des Pays-Bas ayent ete inquietes ; 
'il verroit les lettres de l'empereur, et y feroit 
sponse. L'interet de la reine ( c'etoit la reine 
isabeth d'Autriche , veuve du roy Charles IX) 
a empeche d'agir plus longtemps , ni plus har- 
nent,pournemerendreouennuyeuxouodieux. 
Le dimanche 25 mars, vinrenta Paris nou- 
les que le dimanche 18 de ce mois, auquel 
ir on celebroit le jubile a Paris et autres 
les de France, le prince d'Orange a l'yssue 
son disner en son logis a Anvers , comme il 
roit de sa salle en sa chambre , avoit este 
d coup de pistolet attaint & la joue au des- 
bs de l'aureille par un Biscain, serviteur d'un 
agnol hanquier , demeurant a Anvers, parti 
»lques jours auparavant de la dite ville , et 
ir£ a Tournai , devers le due de Parme. Ce- 
qui fist le coup avoit nom Jauregui , aage 
vingt-cinq ans, lequel pour ce que le coup 
grand , traversant les deux joues de part en 
t , sans avoir toutefois offense ne les dents 
la langue, ne le palais., fut sur le champ da- 
b et tue par un bastard du dit prince et autres 
itilshommes et archers de ses gardes. Grand 

I) On croit queTarticle relatif a Busbecq nest pas 
'anteur da Journal ; inais comme il se trouvait dans 
additions .a ce Journal (Edition de 1720), on a cru 
oir le conterver. (A. £.) — Cet arUcle , en effet, 
title pas dans le mamucrit autographc. 
2} II se nommait Antonio Timmermann ou Cb ar- 
il. C. D. M., T. I. 



tumulte s'esmeust incontinent par la ville, et 
prirent les bourgeois tout aussitost les armes 
par tous les quartiers et dixaines , ne sachant 
quel estoit le fond de ceste entreprise , ne d'ou 
elle pouvoit estre procedee ; mais Jauregui mort 
estant fouille , fut trouve charge de papiers et 
memoriaux par lesquels fut descouvert le des- 
sein de l'entreprise , mesme aiant este le corps 
mort du dit Jauregui expose en lieu publiq sur 
un eschaffaud a la veue d'unchacun , fut recongnu 
de plusieurs pour domestique serviteur dudit 
marchant espagnol banquier, fui d'Anvers cinq 
ou six jours auparavant le coup, qui fut cause 
de faire prendre au corps un autre serviteur dudit 
marchant, noraroe Antonio Venero, et un Jaco- 
bin (2) desguise, lesquels interroges, furent trou- 
ves complices de la conjuration et machination 
par ledit banquier nomme Annastro , faite de la 
mort du dit prince d'Orange, a la suscitution de 
Philippes, roi d'Hespagne, qui avoit promisau 
dit Annastro lui donner quatre vingts ou cent 
mil escus , incontinent apres l'execution d'icelle, 
et estoit en propos le dit Annastro de faire de 
sa main le coup, sans Jauregui , qui de franche 
volonte se chargea du dit meurtre , persuade par 
un jesuiste que si tost qu'il auroit fait ce beau 
coup , soudain tout brandif , il seroit porte en 
paradis par les anges , qui lui avoient ja retenu 
sa place pres de Jesus-Christ, au dessoubs de la 
vierge Marie. Les dits Jauregui , tout mort , et 
Venero, et Taimerman Jacobin, tout vifs, apres 
que leur proces leur eust este fait par le magis- 
trat d'Anvers, furent publiquement executes, 
et le prince d'Orange si bien panse , qu'au bout 
de trois mois il fust guairi de toutes ses plates. 

Lelundi 26 mars, les gariles du Roy force- 
rent la conciergerie du palais par commande- 
ment de Sa Majeste , pour en tirer un gentil- 
homme sien favori , parent et capitaine advou6 
du seingneur de La Valette mignon du Roi. Ce 
gentilhomme estoit appelant de la mort, attaint 
et convaincu d'avoir assassine [ et inhumaine- 
ment meurtri ] un gentilhomme poictevin en sa 
maison, entrc les bras de sa mere et de sa 
femme. 

Lejeudi 29* jour de mars, par lettres pa- 
tentesdu Roy , verifiees en lacour deparlement, 
le marquisat d'Elboeuf fut erige en duche et 
pairie (3) [a la requeste et instance de ceux de 
la maison de Guise , desplaisans de voir les dues 

pentier. II est compte* an nombre des martyrs de l'ordre 
de Saint-Dominique, dans le Mvre Intitule' : Saneti BH- 
gii ordinis pradicatorutn, compost par le pere Hja- 
cinthe Chocquet, religieux de cet ordre, et imprime' a 
Douay en 1628. (A. E.) 
(3) II fut 6rig6 en duch^-pairle en favenr de Char- 

10 



Iff? 



RftGISTfifi-JOVRXAL D« HKXRI Iff, 



de Llais, de Joieuse et d'Esparnon , pr6c6der 
en honneur, grade et quality, le marquis d'El- 
bceuf , prince de la maison de Lorraine leur 
cousin. 

Avhil. Le dimanche premier jour d'avril , he 
prince Dopbin venant d'Anvers , d'avec Mon- 
sieur, fr&re du Roy, arriva a Paris, et huict 
Jours aprfes aiant communique avec le Roy de 
l'estat et d£portement de M. le due son fr&re , 
s'en retourna k Anvers par devers le dit sein- 
gneur due. En ce temps coururent les quatre 
vers latins , repr&entans l'estat de la France , 
lesquels pour estre bien faits et ingenieusement 
rapport&, furent fort prists et receuillis. 

STATUS RBGNI FRAXICLB ANNO CURRBNTE 1582. 

NobtHtas Princeps Bui Rex Reglna Senalus 

dlra offensus atroi Mollis avara levis 

Plaebem Tindictam regnum era tributa favores 

Veiat. agit. qunrit. disslpat. auget. emit.] 

Mai. Le vendredi ll e de may, k laporte de 
Paris Ait d£capit£ un gentilhomme beausseron, 
nomme Berqueville, pour avoir este huit ou dix 
jours auparavant present et assistant, l'esple 
au poing, k la rescousse d'un autre gentilhomme 
que des sergens menoient prisonnier en Chaste- 
let, en laquelle rescousse y eust conflict , et en 
ce conflict un sergent tue et autres blesses. 
Bonne et prompte fust ceste justice pour le 
temps et la saison. 

Iceluy Berqueville estant sur l'eschaffaut, prest 
a mourir, remonstra k l'instance qu'& tort il 
avoit este condamn£ k mourir pour le meurtre 
du sergent qu'il n'avoit jamais fait ne consent!, 
toutefois qu'il recognoistroit que Dieu estoit 
juste juge , lequel il croioit fermement l'avoir 
conduit k ce point de mort ignominieuse, pour 
reparation d'un malheureux meurtre jadis par 
lui commis en la personne d'un gentilhomme 
qu'il nomma, dont on n'avoit onques peu des- 
eouvrir l'aucteur. 

Le samedi 19 may, k maistre Jean Poisle, 
eonseiller de la grand' chambre , au proc&s cri- 
minel duquel la cour depuis neuf mois estoit 
erapeschee, fut prononc£ son arrest donnl au 
rapport de M. Cbartier, [eonseiller en la dite 
grand'ehambre , ] juge droit, entier et incor- 
ruptible, par lequel fust le dit Poisle condamn^ 
k faire amande honorable k genoux , teste nue, 
k hqis clos, toutes les chambres assemblies au 
pare de l'audience, et illeq dire et declarer que 
mal , t&n&rairernent et indiscrettement il avoit 
eommis lescas et crimes mentionn^s en son pro- 



Ititde Lorraine, marquis, puis dued'Elbccuf, grand-ye- 
s*ur «le France, mort tn 1003. II a? ait Ipouse* Margue- 
ilttCbalMt. (A. E.) 



c&s : dont il se repentoit, et en demandoit par- 
don k Dieu, au Roi et k justice. Fut priv6 de sod 
estat de eonseiller, et d£dar6 indigne et incapable 
de tenir office roial de judicature, banni de la 
ville , prevoste et vicomt6 de Paris, pour cinq 
ans; et outre condamnl en la somme de cinq 
cents escus d'amande envers le Roi, applica- 
ble k la refection du palais; et en deux cents 
escus envers les pauvres de la ville de Paris, et 
6s d£pens du proc&s envers M* Ren£ le RouilW, 
aussi eonseiller de la dite cour, son accusateur. 
II fust amene en la grand'ehambre par Dorron, 
premier huissier, accompagnldeMalingre, au- 
tre huissier de la dite cour , avec lequel fl fit 
refus de marcher. Mais enfln voiant qu'icelui 
premier huissier s'accheminoit pour aller faire 
entendre k la cour sa rebellion, il alia effronte- 
ment et la teste haute, et arrive avec sa robe du 
palais et son chaperon au bouriet (que le peo- 
ple en passant crioit qu'il lui faloit oster), [n'es- 
tant envers lui en autre reputation que d'un 
brigand et d'un faussaire,] voulust parler, mais 
il fut interrompu par le president de Morsan , 
qui lui dit : « Maistre Jean Poisle , mett£s-vous 
» k genoux , et escout& la lecture de vostre ar- 
» rest. » Alors il mist un genouil en terre, auqud 
le president de Morsan dit : « Maistre Jean 
» Poisle , mette* les deux genouils en terre , et 
•.. d£pesch6s. » De quoi il se voulut excuser sur sa 
pr&endue vieillesse et indisposition ; mais enfln 
estant contraint d'ob&r, lui fust faite la lecture de 
son arrest , et lui dicta le greffler les mots quit 
avoit k dire, qu'il prouoncea hautement et super- 
bement : puis dit tout haut qu'il remerdoitDien 
et la cour ; qu'il avoit M jug6 par ses ennemis, 
mais que, qui confidit in Domino , non turbabi- 
tur cor ejus. Puis requist la cour, poisqull estoit 
aussi banni pour cinq ans, qu'il lui pleust lui don- 
ner quelque delay ad colligendas sarcinuias : a 
quoi lui fut respondu par la cour que bien fad 
viendroit de presenter sa requeste k ceste fin. Ce 
fait , il Ait ramene en la chambre du tr&or , sur 
la seconde porte du palais , ou il avoit tons-jours 
est6 prisonnier ; et y retourna en la mesme fa- 
con qu'il estoit venu, e'est-i-dire avec sembla- 
ble hautesse et impudence , et asseurance aussi 
grande comme s'il fast alle aux nopses. Dfes ledft 
jour, il fist couper sa barbe, qu'il avoit touqjours 
nourrielongue depuis qu'il estoit prisonnier; paia 
les sept cents escus pour les deux amende*, et 
le lendemain s'en alia droit* FontaineUetn, 04 
la cour estoit, pour tascher k obtenir son rappd ds 
ban ; mais il n'y trouva point d'amis, et lui fW 
tout k plat d£ni£. Le peuple de Paris, quart il 
sceut cest arrest, murmura fort, disant [qu'oa 
ne lui avoit pas fait justice , pour ce que sll 



HOY DB nU.t1Cl BT Dl POLONONE. [1482] 



estoit innocent des cas a lul imposes, 11 en de- 
Toit estre absous tout-a-fait ; mais aussi s'il en 
avoit esrte adroit charge et convaincu] comme 
son arrest le portoit , on le devoit sans miseri- 
oorde ou dissimulation euvoier droit au gibet , 
[afin qu'il servist d'exemple a taut d'autres 
meschans juges , dont estoit plain tout ce roiau- 
me. Et que ses juges, sauf leur reverence, 
avoient fort mal prattique en son endroit ces 
paroles des enfans de Jacob : Fraler noster est, 
non occidamus cum , a cause qu'il ne retenoit 
rien de la simple et naifve innocence de Jo- 
seph.] * Son compagnon (l),quipensoitquildut 
etre.pendu , 1'ayant ete voir apres sa condam- 
nation, 11 lul dlt en le aaluant : « Monsieur, 

> beati quorum remissa sunt iniquitates... — 

> Et quorum tecta sunt peccala , lui va incon- 
■ tinent repartir Poisle. » Et ce fort a propos ; 
car qui les eut voulu ramentevoir, il n'en eut 
nas eu meilleur marche que Poisle. 

Les predicateurs de Paris mesmeen parlerent 
en lenrscnaires, [taxans si ouvertement les juges 
de cest arrest que tout le monde l'entcndoit.] 
Entre les autres freres Maurice Poncet, [docteor 
en theologie ,] cure de Saint- Pierre-des-Arcis , 
en fafsoit ses sermons , et un jour entre autres 
fist en sa chaire une plaisante comparaison, [com- 
bien qu'impertinente, pour ung homme de sa 
profession et plus convenante a on bouffon 
qu'a on predlcateur, ] de la diligence de Mes- 
sieurs a celle de sa chambrlere , equivoquant 
bravement snr la poisle et le cbaudron qui es- 
toft le eonseiller Molevanlt, qu'il nomma et 
dont on fist le hulttain sulvant, qui courust in- 
continent par tout Paris. 

Soliante bMNDM out (kit en neuf mota tout enilem, 
Dtaoll le boa Poncet, ce que ma chambrlere 
Pourroit en an quart d'heure ellc aeule mteux Dure : 
Car lit oat emplol* H an lea trols quartien 
Poor carer ane poisle. Et comblen penie-1'on 
Qu'il bodra bleu du temp* a fourblr lecbaudront 
Tow dlra j-Je ion nam 1 Je le dlray tout hint. 
Hon fan! : tods rlriea. — Pourquol ? — Le nut it vault. 

[ An mesme temps, contre ce Molevault, ] 
que chacnn disoit ne valoir pas mieux que 
PoWe, [furent divulgues des verssatyriques, 
qui deachiffroient cruellement Ini et tons ceux 
do sa maison. lis sont ainst escrlts : 

(1) Lei hult Uguei qnt advent ne wnt pu dens le 
■WMserlt atttoanphe de Lettolle. 

pr> LeMotle nam let a conserve* dam ton ReglHre- 
Joonul. 

(3) Charlotte de Bourbon etalt fllle de Louis de Bour- 
bon. aenxSerae da nora, doe de Montpensler, el de Jeo- 
oae n pa de Longwlc, comtcMe de Bar-tor-Setne. Elle 
avail reaooee a «on abbare et a te» vctui en 1672. et 
eptaue Gulllaome de Na>uu, priace d'Orange, we a 



fa Molevautium itnatorem. qutm 
Thuamu senatvt prittcepi malwolum 
Sote(apt0aT«(2). 

Le Inndi 2s" jour du mois de may , au logis 
deBeq, en la rue Saint-Jaques a Paris, fust 
tue la nuit en son lit 1'argentfer de 1'abbe 
du Beq , frere du due d'Oraalc , par un jeune 
garcon aage de dix-huit a vingt ans, son ser- 
viteur domestique, couchant ensa chambre,qui 
I'avoit ja auparavant derobbe : dont son dit 
maistre I'avoit repris et chastie de prison aveq 
menasse de pis ; et neantrnotns le laissolt cou- 
cher en sa chambre. Apres avoir aussl inhumai- 
nement massacre son maistre , il prist tout ('ar- 
gent qu'il avoit revenanta deux mil escus , et 
sortant de la maison et de la ville s'enfuit en 
Berrt , d'oti 11 estoit , ou il tut sulvl et prls et fut 
amene a Parts, oil son proces lui aiant este fait 
et parfait, fust roue en la place Maubert, le 16* 
jour du mois de Juillet ensulvant. ] 

En ce mois de may , mourust a Anvers , 
[ d'une fierce continue jolnte a une dyssente- 
rye], dame Charlotte de Bourbon, prlncesse 
d'Orange (3), celle des lilies du due de Mont- 
pensler qui avoit este abesse de Jouarre, [dame 
fort regrettee pour ses vertus, et entre autres 
ponrlacharltemlsericordleusequ'elle cxercolta 
l'endroit de Unites sortes de personnes affligces 
et oppressees.] 

En ce mesme mois , [maistre Jean] Bailly, 
president des comptes a Paris, mourust en son 
abbaie de Bourgueil en Anjou, que pea aupa- 
ravant 11 avoit acbetee du seingneur de Cfmier 
1 8 mil escus. On eust grande opinion qu'il avoit 
este empolsonne affin de fafre vacquer la dlte 
abaye , qui apres son deces , [ lequel ne fust 
pleure que de ceux qui lui ressembloient , estant 
homme mal fame et renomme,] fut donnee a 
Fervaques , gentilhomme Normand , qui tenolt 
'le premier lieu entre les favoris de Monsieur et 
ja avoit I'evesche de Lisieus: 

(4) Du 30 mal , on tient que la relne d'Angle- 
terre a fait fournlr une grande somme d'argent 
au due d'Alencon, e'est a scavolr trols cent mille 
ecus. 

Et quant a ceux du pals se sonmettant a la 
puissance dudlt due , on tlent qu'ils contribue. 

Delft cd 1581. (A. E.) - Les ancient edlteur* anient 
ineiactement rapportf la dale de celte renooelatlon ; on 
a recUfle leur erreur. La prlncetae Charlotte de Bourbon 
n'epouaa le prince Guillaume qu'apre* avoir adopte Is 
religion refonnee. 

(4) Lea ancieunei edition* donnent le* Iroli alines* 
nilvanU, qui n'exlitent pal dam le manuteril autogra- 
ph* de Lettolle. 

16. 



*48 



BEGISTBE-JOURXAL DE HENBI Ilf 



rout pour lcs frais de la guerre la cioquieme 
partie de leurs biens. 

Le prince de Parme assiege Audenarde ; raais 
les assieges out fait avertir le due d'Alencon 
qu'il ne craigne rlen a leur sujet de deux mois. 
II se montre au reste tres-grand protecteur des 
catholiques , et prend soin de faire retablir en 
plusieurs endroits leurs eglises ; dont quelques- 
uns estiment que sa domination ne sera pas de 
longue durie en cc pals-la. 

Juin. Au commencement de ce mois de juin, 
Monsieur frere du roy assembla ses forces en 
Flandres, entre autres quinze cens Reistres, qui 
passerent au long de la ville de Reims par le 
Rethelois , ou ils firent mille maux ; et arrives 
aux Pays-Bas, coururent, saccagerent et brusle- 
rent PArtois, le Hesdinois et pays voisins. Les 
tiltres que le dit seingneur due frere du Roy 
prenoit lors estoient : Francois, fils de France, 
frdrc unique du Roy , par la grace de Dieu due 
de Lauthier, de Brabant, de Luxembourg, de 
Gueldres, d'Alancon, dAnjou, de Touraine, 
de Berri, d'Evreux et de Chasteau-Thierri , 
comte de Flandres , de Zelande, de Holande, 
de Zutphen, du Maine y du Pcrche, de Mante, 
Mculens et Beaufort; marquis du Saint Em- 
pire, seingneur de Frise et de Malincs , defen- 
seur de la liberie belgiquc. 

Le mardi 19 juing, le due de Joieuse fust en 
la grand chambre de parlement de Paris , receu 
a faire le serment d'admiral de France, lequel 
estat lui avoit este peu auparavant vendu par le 
due de Maienne, a la requeste du Roy, six vingt 
mil escus , que le Roi paia pour le dit due de 
Joieuse son beau-frere et son mignon. 

En ce temps la roine de Navarre arriveea Pa- 
ris, trouvant l'hostel d'Anjou, [qui fut de Ville- 
roi, pres du Louvre,] vendu par le president Py- 
braq a la dame de Longueville , et par ce moien 
deslogee , acheta le logis du chancelier de Bira- 
gues, sis a la Gousture Sainte-Catherine, vingt- 
huit mil escus, et se retira le dit chancelier au 
prieuriSainte-Katherine,prochedeson dit logis, 
qu'il tenoit entiltre longtemps auparavant soubs 
le nom d'un sienneveu, et en Tune des chapelles 
de l'eglise duquel priore il avoit ja pieca fait eri- 
ger a sa feue femme(l) un monument esleve de 
marbre, de somptueuse et magnifique structure, 
tel qu'il s'y void encores aujhourdui. 

[En ce mesme temps, ie due de Joieuse acheta 
du comte deMaulevrierle logis basti par B Ion del, 
tresorier ; lequel fut depuis a la duchesse de Valen- 
tinois , sis pres Tancien couvent des Repenties, 
pour lasommedequinze mil escus que le Roi paia.] 

(1) EUese nommait Valentine Balbianc. (A. E.) 



Le lundi 25 juing, le Roy et la Royne flrent 
un voiage k Nostre-Dame de Chartres, [et apres 
y avoir fait leurs prieres et oblations afin d'a- 
voir enfant], ils y donnerent une lampe d'ar- 
gent pesant quarante marcs , et cinq cens Hvres 
de rente, pour y fournir d'huille et autres choscs 
necessaires a la faire ardoir nuit et jour. An re- 
tour duquel voiage [ne faisant que passer par 
Paris] , s'en alia k Fontainebleau , ou il assem- 
bla le eonseil des princes et autres de son cod- 
seil d'estat, pour prendre avis de la response 
qu'il avoit k faire au Pape et au roi d'Hespa- 
gne , le sollicitans par leurs nonces et ambassa- 
deurs de faire publier et recevoir en France le 
concile de Trente [et y establir] 1'inquisition. 

[Juillet. Au commencement du mois dejuil- 
let , M. Ribier, seingneur de Villebrosse , de- 
raeurant k Paris, pres Saint-Pol, fust tue par son 
valet, estant seul en la maison avec lui (ear sa 
femme et ses enfans , et le surplus de sa famille 
estoient tous a Villebrosse, d'ou il estoit revenu 
le soir) ,et fust tue sur les neuf heures do matin, 
comme II revenoitdu prive pour semettre au lit. 
Et partist ledit valet le matin , aiant pris quel- 
que argent monnoie et quelque peu de vaiselle 
d'argent, le tout montant a peu, et monte sur le 
malier de son feu maistre, dist aquelques voi- 
sins qui le virent sortir, qu'il s'en alloit a Ville- 
brosse ; mais il se retira a Cormeilles en Pari- 
sis , d'ou il estoit , ou il fut pris quelque temps 
apres et men6 a Paris, apres avoir eonfesse 
le fait , fust le premier septembre ensuivant 
tenaill^ et n\is sur la roue en la place de 
Greve a Paris. Quelque desastre regnoit cestc 
annee sur les valets , comme devoues et achar- 
nes a tuer et voler leurs maistres : car au mob 
de juin precedent avoit pareillement est ^ au boot 
du pont Saint-Michel, a Paris, rompu et missor 
la roue un autre jeune garcon , lequel avoit sen- 
blablement vole et tue son maistre aupres de 
Paris , tellement que e'estoient trois en moto 
de six semaines tues a Paris par lenrs valets. 
Chose rare et notable.] 

Le lundi 18 juillet , le Roy [estant a Fontai- 
nebleau], par renhortement , comme on pris* 
moit , de M. de Saint-Germain , docteor theolo- 
gien de Sorbonne, chanoine theologal de T^gtirt 
de Paris , qu'il avoit puis nagueres retire pris de 
lui , pour lui servir de eonseil et de direction 
sur le fait de sa conscience, fist declaration qsll 
ne vouloit dte-lors en avant plus vendre les of- 
fices de judicature, ains en pourvoir gratis ga» 
capables, [savants, experts et de bonne vie.] D* 
fait il en fist a son parlement de Paris, le *S jutt- 
let , publier ses lettres-patentes [contenanfl k 
declaration de sa dite sainte voiont^ et bonBe 



ROY UK FUA.NCK KT DE POLONGISL. [1182] 



149 



intention]. Maispeu apres a I'appetit de ses mi- 
gnons et autres harpies [et sangsues de cour de 
son conseil] , ii se laissa aller et fist publier en 
ladite cour , uu edit de la creation de deux nou- 
veaux conseil lers en chaque siege prevostal [de 
la France, et enjoingnant a ladite cour d'exami- 
ner et recevoir ceux qui estoient pourveus des 
offices des vingt nouveaux conseillers qu'il y 
avoit de nouvel eriges, ce quelle fust contrainte 
de faire enfin , mais ass£s froidement et lente 
ment et aveq rigoureux exaroen.] 

Aout. Au commencement du mois d'aoust , & 
Bruges en Flandres (ou lors M. d'AIen^on estoit), 
furent descouvers environ trente Espagnols, qui 
souslaconduitted'unBaIduin,Flamantitalianize, 
aiant charge du prince de Parme , avoient cons- 
pire de faire mourir ledit seingneur due d'AIan- 
$on , dont les uns furent tues , les autres pen- 
dus, rou£s, brusleset exemplairement par forme 
de justice punis. Balduin se voiant descouvert, 
et mesme saisi au corps et arreste prisonnier , 
craingnant plus cruel supplice, s'il attendoit 1'ys- 
sue du proems criminel qu'on lui vouloit faire , 
de sa dague se donna quelques coups en l'esto- 
mach , dont il mourust tost apres , n£antmoins 
fut son corps morl exemplairement et publique- 
ment rou& Salc&de le jeune , ne en France , fils 
de ee vieil Espagnol Salcede , qui tant avoit fait 
la guerre au feu cardinal de Lorraine, et qui fut, 
par ceux de Guise, tu£ a Paris Tan 1572 , le 
jour Saint Barthelemi , estant trouve complice 
de ceste malheureuse entreprise , fut arreste pri- 
sonnier, et lui fust commence a faire son proems 
criminel en Flandres : par lequel se sentant 
perdu , on dit qu'il s'advisa (corame il estoit 
extr&mement rus6 et meschant) de charger de 
ceste conjuration ceux de Lorraine et de Guise, 
et quelques autres grands seingneurs estans en 
la cour du Roi, afin d'estre amene en France 
pour leur estre confront^ , esperant par les che- 
mins estre rescous par le moien du due de 
Panne. De fait il fut envois en France : mais 
le seingneur de Beli&vre, a cest effait expres en- 
vote en Flandres , le fist si dextrement et seure- 
ment eonduire jusques a Paris, qu'il ne peut 
estre rescous , et lui fut son proces fait et par- 
fait par la cour de parlement : par lequel 
attaint et eonvaincu de la conspiration de mort 
eontre ledit seingneur due , et mesme contre le 
Roy, et de plusieurs autres Inormes crimes et 
eapttaux , ja auparavant des pie^a par lui com- 
mis, fust condamne par arrest de ladite cour 
d'estre tir6 & quatre chevaux. Ge qui fust execute 

(1) II y avail a la suite de cet alinea un paragraphe 

qui devalt preclder eelai du 11 aoftt, comme 1'indique 

e renvoi fait par Lestolle au feulllet 1W de son manuscrlt; 



en la place de Greve a Paris, le vingt-sixierae 
octobre de Tan present 1 582 , ou par Intercession 
de la Dame de Martigues duchesse de Mercoeur, 
qui lui estoit parente ou alliee , il ne souffrist 
qu'une ou deux tirades , puis fut estrangte : sa 
teste coupee fut envotee h Anvers, et les quatre 
quartiers de son corps pendus pres des quatre 
principals portes de la vilie de Paris. Le Roy et 
les Roines assisterent a l'execution en une cham- 
bre de i'Hostel -de-la- Ville , expres accoustr£e 
et paree pour eux , et y firent venir le president 
Brisson et les conseillers Chartier, Per rot, Mi- 
ction , et Angenoust rapporteur du proc&s, pour 
en conferer avec eux. Et quand Tanchou , lieu- 
tenant de robbe courte , present a l'exlcution 
avec ses archers, vinst dire au Roy que sur le 
bas eschaffaut sur lequel estoit son corps quand 
il fust tire, il s'estoit fait deslier les deux mains 
pour signer sa derniere confession , qui estoit 
qu'il n'estoit rien de toutes les charges qu'il avoit 
mises sus aux plus grands de ce roiaume, le Roi 
s'escria : le meschant homme ; voire le plus 
meschant dont j'aye onques ouiparler! Cedisoit 
le Roi, pource qu'a la derniere question qui lui 
avoit este bailee , ou le Roi avoit assiste cache 
derriere une tapisserie , il lui avoit oui jurer et 
affirmer au milieu des tortures , que tout ce qu'il 
avoit dit contre eux estoit vrai, comme beau- 
coup aussi Font creu et le croient encores au* 
jhourdui, veu les tragedies qui se sont Joules 
en France par les accuses. Bruit fut qu'il estoit 
pareillement attaint et eonvaincu d 'entreprise de 
faire rendre Calais et Dunquerque entre les mains 
du due de Parme , et par mesme moien & l'Hes- 
pagnol, sous les bonnes intelligences qu'il y 
avoit. 

On conte ceste mine pour la premiere de la 
Ligue qui ne peust jouer (i). 

L'ambassadeur (2) d'Espagneirrit6dece qu'on 
envoyoit la t£te de Salc&de a Anvers, pour £tre 
mise en lieu eminent comme par le commande- 
ment du Roy, il affirma devant leRoy qu'il n'a- 
voit qu'a commander a Anvers , a quoy, comme 
a une chose impourvue , le Roy n'eut qu'a re- 
pondre, sinon qu'il avoit envoye cette t&e & 
son frere pour en faire ce qu'il voudroit. Bus- 
becq , epitre 9 , use de ces termes , « qu'il en 
» fist des petits p^tes s'il vouloit. » 

[Le lundi 1 1 aoust , le Roi partist en poste de 
l'abbaie de Saint-Victor les Paris, ou il avoit 
disne avec les dues de Joieuse et d'Espernon , 
ses mignons, et alia a Borbonnensi trouver la 
Roine, sa femme y estant aux baings , et de \k 

mais ce feulllet et lesuivant onllte* arrachls et ddlruits. 
(2) Les deui paragraphes qui sulvent ne sont pas 
dans les Reglstres-Journaux de Lestolle. 



160 



REGISTBE-JOUHRAL DB RXMU til, 



fist an volage k Nostre-Dame du Pui , en Auver- 
gnc , et de \k k Lion , et laissa la Roine sa mere 
k Paris, poor y gouverneren son absence.] 

En ce temps, vinrent a Paris les premieres 
nouveiles de la desfaite du seingneur Philippes 
Stroszi et sa compagnie, qui d&s le mois de may 
estoient partis de Brouage avec un bon nombre 
de vaisseaux bien frettes , arrays et equipp& 
de toutes choses pour la guerre, mesme gar- 
nis deforce bons soldats et de plusieurs gentils- 
hommes volontaires braves et accorts pour faire 
quelque grand exploit de guerre et pour faire 
teste au roi Philippes, en la faveur de dom An- 
toine, estant auxEssores en 1'isle Saint-Michel, 
[et y tenant fort pour les garder contre le roi 
d'Hespagne, qui s'estoit jk par force impatronisl 
de Lisbonne et du surplus du roiaume de Por- 
tugal], auquel ledit dom Antoine, seul rest£ de 
la race des predecesseurs rois de Portugal, pr£- 
tendoit droit comme aussi faisoit la Roine-mfere, 
qui y avoit envois ledit secours. [Ce bruit pre- 
mier balanca tonguement entre si et non, comme 
par mer, et de si loin est malais£ d'avoir tost 
asseure rapport Jusques k ce que] le comte de 
Brissac, avec un capitaine normand norame Lai- 
neville, arriverent k la cour le 21 de ce mois 
d'aoust, [mais ils ne peurent encores donner as- 
seurance de la desfaite], pource qu'ils s'estoient 
sauv& des premiers incontinent qu'ils virent la 
flote d'Hespagne au combat avec la franchise. 
[Toutefoi* il y avoit bien apparance que quand 
ils partirent les Francois avoient }k du pire 
comme les plus foibles, puisqu'eux s'en estoient 
fuis d'heuresansen attendre la fin. Dont ils ne 
se purent excuser avec raisons, que la Roine-m&re 
sceust prendre en paiement], nomm&nent dudit 
capitaine Laineville, auquel la Roine fut en pro- 
pos de faire un mauvais parti s'il ne se fust sauve 
de vistesse. Enfin on eust nouveiles certaines 
comme ledit seingneur Stroszi aiant bravement 
et r&olument attaqul 1'escarmouche avec trois 
ou quatre vaisseaux seulement, avoit est£ incon- 
tinent invest! par un grand nombre de vaisseaus 
espagnols, [et que vaillamment combattant avec 
tous les gentilshommes et hommes de guerre 
estans en son vaisseau, enfin avoit estl tu£] et 
son vaisseau mis en fond par les Hespagnols, et 
que tout le surplus de I'armle franchise s'estoit 
retiree sans combattre, [par couardise ou par 
trahison, qui fut cause de la mine et perte des 
Francois : car s'il eust est6 aussi courageuse- 
ment suivi comme bravement il avoit assail li], 
l'Espagnoi sans doute estoit desconflt. [Grand 
deuil en Ait fait en la court, comme aussi fut la 
perte grande d'un tel seingneur et brave capi- 
taine, procbe parent de la Roine-m&re, qui fut 



regrettl de tous, fors des bastards fran^ois he*> 
pagnolizls de la Llgue, qui des ruines de la 
France commen^oient k bastir peu k peu leor 
grandeur et leur estat futur, fonde sur Icon 
pretensions imaginaires de leurs droits k ceste 
couronne. 

Sur ceste desfaite coururent k Paris des vers 
avec quelques epitaphes et tumbeaux en IThhi- 
neur du feu seingneur de Stroszi, ainsi que deox 
autres inscrits : Eguille de vers sur la mort 
du seingneur de Stroszi; et Aux Hespagnols 
Marrannes.] 

Le mardi 16 aoust, le premier president des 
generaux, maistre Jean de Nulli, fut fait pro- 
vost des marchans de la vflle de Paris par com- 
mandement du Roy [et adveu de la Roine sa 
mere,] croians qu'il estoit bomme de service. 
[Quelques jours auparavant on avoit sem^ par les 
paroisses de Paris des placars contre lul, comme 
entacbe de vices d&estables, mais v&itables. 
Entre autres celui qui s'ensuit, assfe grossfier et 
rithmi de mesme : 

Ce laron, ce meurdrier, estaffier president 

De Nully, hipocrite, athliste, non scayant, 

Ce furieux, d'6dits Inyenteur et aucteur, 

Veult estre provost des marchans. O quel malheur I] 

En ce mois d'aoust, vinst k Paris un Italieo 
de Boulongne qui se disoit avoir eat£ esdave 
des Turqs par l'espace de huit ans, et y avoir 
appris plusieurs gentillesses et dexteritfe rares 
et remarquables. II se fist voir premfcrement an 
Roy, apr&s k la cour, estant k Fontaiaebleaii, 
puis vinst k Paris, ous'estant fait voir en quel- 
ques endroits particuliers, et sentant qu'oa pre- 
noit goust k son battelage, il ouvrist boutique 
en une carri&re au long des mors de la villeti- 
rant de la porte de Bussi k la ports de Nesle, et 
y aiant fait dresser une forme de lices avec des 
paulx et des cordes, y recent tous venans k cinq 
sols par teste. Ce qu'il scavoit faire estoit que 
sur son cheval, courant a toute carrifcne, il de- 
mouroit debout sur les deux pieds, tenant une 
tagaye en la main, qu'il dardoit asste dextremest 
au bout de la carri&re, et se renfourchoit « 
selle; en mesme forme et estat il tenoit use 
masse d'armes en main, qu'il jettoit en Fair et 
reprenoit en main par plusieurs fois durant la 
carriere. En une autre carrtere, ainsi defcoot iff 
la selle, le eheval courant, il contournoit ladite 
taguaye, qu'il tenoit en main, au tour desatott 
et de ses espauies fort agilement et subtilement 
En une autre carriere, ainsi en selle, le eheval 
tousjours courant , sans arrest , mettoit l*im 
des pieds en terre et ressautoit en selle cinq on 
six fois durant la carriers. En une autre et an* 



ROY DE FRANCE ST DE POLORGNB. [16$2] 



161 



autre carriere, debout sur la selle, d'une lance 
qu'il tenoit sous le bras comme en arrest, il em- 
portoit un gand pendu au milieu de la carriere, 
et tiroit un cimeterre pendu a son coste* hors du 
fourreau, et lui remettoit cinq ou six fois durant 
iadite carriere. Assis en selle, durant une autre 
carriere, d'ung arc turq qu'il tenoit en main, le 
eheval tousjours courant a toute bride, il tiroit 
Reaches en avant et en arriere, a la mode des 
Tartares, et pour dernier mets de son service, 
le eheval ainsi courant a toute carriere, il se 
tenoit des mains a Parson de devant, et aiant la 
teste baset Kes pieds en haut, fournissoit en ce 
point la carriere, au bout de laquelle il se renfour- 
choit en la selle fort dextrement. La dexte>ite 
rt soupiesse du oompagnon, qui autreraent es- 
toit petit, rare et maigre, et mieux semblant a 
un vrai Turq qu'a un Italien turquize, a la vfrite* 
estoit rare et grande, car encores voltigeoit-il sur 
son eheval fort dextrement et agilement de tou- 
tes sortes et en toutes facons, mais l'homme et le 
eheval se connoissans de longue main et rompus 
k telle* souplesses, faisoient paroistre les mer- 
veilles plus grandes qu'elles n'estoient. II gaingna 
pour quelques mois beaucoup d'argent, puis se 
retira quand il sentist qu'on commencoit a se 
lasser de lui. 

[Sur l'adresse et soupiesse de ce nouvel es- 
mier fast divulgue a Paris I'epigramme suivant, 
intitule : 

HIFPOTOXOTA, sr?B BQCBSTBR SAGITTARIUS.] 

Stupids cethereo current** orbe pianetas, 

Motibus adversis ire rapique retro : 
An mirum audire est ccslestes talia divos, 

Quaiia mortaies assimilare queantf • 
En novus Mc Lapitha, out agilis Centaurus habenas 

Sustinet, admissi starts agitator equi, 
Carceribus se efundit equus, dttm rector in ambos 

Erigitur, dextra gesticulante, pedes, 
Comiptdis rapida vehitur levitate per auras, 

snfUctit corpus qualibet inde suum. 

[Septembbe. Le lundi 8' septembre, les Es- 
pagnols estans a Bapaume, firent entreprise sur 
la ville de Corbie en Picardie, et y vinrent la 
nnit en compagnie de quinze cens ou deux mil 
homines de guerre pour la surprendre par le 
moien d'une intelligence qu'ils avoient dedans; 
mais I'entreprise fust descouverte, et les traistres 
pris farent chasties et executes a mort. 

En ee temps, le Roi envoia par toutes les 
provinces de son roiaume des conseillers du 
eonseil prive et d'estat, des maistres des re- 
questes et des maistres des comptes par bandes 
et compagnies diverses, pour entendre les plain- 
(es de son peuplc, qui estoient grandes, pour, 
[eelles ouies, leur donner (ce disoit-il) soulage- 



ment. Mais au bout de tout cela (soil que cela 
vinst de lui-mesme, ou par I'induction de son 
mauvais eonseil, qui est plus croiable), on exigea 
quinze cens mil escus pour I'annee 1583, sur les 
vitres closes de son roiaume, et doubla Ton les 
tallies de moitie* pour six ans. Dont y eust grand 
cri et murmure, jusques a souhaitter 1'armee de 
Monsieur en France, tournee contre le Roi son 
frere, pour remettre sus la qoerelle du bien 
publiq. 

Sur quo! fust divulgue un sonnet adress* a 
Monsieur.] 

Le mercredi 28 6 septembre, un Jeune horn- 
me nomme Claude Tonart (1), enfant de l'hos- 
tellerie de l'Escu de France d'Estampes, aiant 
este condamne* par sentence du provost de Pa- 
ris, ou son lieutenant criminel, confirmee par 
arrest de la cour de parlement, a estre pendu et 
estrangle en la place de Greve, a Paris, fut 
mene* au lieu du supplice, ou il fut rescous par 
publique force des mains des ministres de la jus- 
tice, au moien de quelques jeunes gens de sa 
connoissance et amitie, qui de propos deliblre 
se trouverent la garnis d'espees, dagues et pis- 
toles, et commencerent la noise, puis se mist la 
pluspart du peuple avec eux, et en grand tu- 
multe chargerent sur les sergens du Chastelet, 
archers de Tanchon et autres gens du guet illeq 
assistans pour tenir main forte a la justice : dont 
y eust deux sergens tues et plusieurs autres bles- 
ses, et fut enfin le pauvre Tonart sauve. Le 
peuple, pendant sa cause d'appel, tumultuoit 
par toute la ville, de ce que pour avoir fait un 
enfant a la fille dun president des comptes, 
nomine* Bailly, homme de mauvais nom et repu- 
tation, sous couleur de manage, on l'avoit con- 
damne a mourir, et que Poisle, conseiller de la 
cour, charge et convaincu de plusieurs crimes 
sans comparaison plus enormes et plus punissa- 
bles, avoit este seulement condamne a une petite 
amende : et ores que ledit Tonard, lors du delict 
par lui commis, fust clerc, et cons£quemment ser- 
viteur domestique dudit president Bailly, toute- 
fois la fille par lui engrossed avoit tousjours main* 
tenu qu'elle l'avoit solicite a ce faire et non lui 
elle, que e'estoit un vrai et legitime mariage 
contracte entre eux, mesmes avant la copulation 
charnelle, [a laquelle elle avoit mesrae este in- 
duitte par I'exemple du pare, lequel abusoit 
d'une garse de chambriere qu'il avoit, qu*il fair 
soit coucher avec elle, et qui la nuit se levoit du 
coste de ceste fille pour alter coucher avec son 
pere.] Aussi avoit la cour condamne a mort ledit 

(1) HUtoire Iragkjue de cclul qui fit nn enfant a la. 
fille du president BailU. (LestolfeO 



162 



BEGISTBE-J0UH3AL DE HENfif Iff ^ 



Tonart, a la poursuitte des parens et allies de la 
filie, pour expier la honte faite a leur famille, 
et aussi pour l'exemple de la consequence. Et 
telle estoit la voix de tout le people, ce qui le 
poussa a la sedition et a la rescousse du criminel, 
laquelle encores qu'elle ne valust rien et qull ne 
faille ^'arrester au dire d'une populasseignorante 
et tegfcrc, la v£rite est toutefoisque ce jugeraent 
estoit inique et trouvl tel de tous hommes de 
discours et d'esprit, car premierement Tun et 
l'autre maintenoientqu'ils estoient mari& ensem- 
ble par mutuel consentement. Apres, le gar^on 
estoit beau et agreeable, et capable de faire quel- 
que chose de bon, pour a quoi 1'accheminer ses 
parens offroient lui fournir jusques a dix ou 
douze mil francs pour lui acheter quelque hon- 
neste estat. Quant a la pretendue illegality, on ne 
pouvoit ni ne devoit-on y avoir esgard, car outre 
ce que 1'offre que faisoient les parens la cou- 
vroit (si aucune y en avoit), on s^aitque lam&re 
de la ftlle estoit fille d'un bien mediocre mar- 
chant, et son p&re ills d'un petit commissaire 
de Chastelet, qu'on a veu raandier sa vie et 
ses repas a Paris, et que la fille n'avoit pas plus 
de bien que le jeune horame offroit emploier en 
un estat, joint la bonne affection qu'ils s'estoient 
tousjours port£c et la grossesse et enfantement 
advenus du vivant du pere qui l'avoit bien seen 
et n'en avoit jamais fait plainte, ains leur avoit 
pardonn6 la faute, comme ils disoient : tenement 
qu'en consommant ce mariage en face d'6glise 
et en publique assemblee (comme il debvoit), le 
Jeune homme en demeuroit beaucoup plus inte> 
ressS que la fille. Vrai est que la forme de la 
rescousse estoit pernicieuse, scandaleuze et granr 
dement punissable a cause de la publique d£s- 
ob&ssanceet violente resistance faite aux magis- 
trate ; aussi la trouva le Roi fort mauvaise et la 
cour de parlement s'en formaliza fort, voiant 
ses jugemens ainsi rendus vains et illusoires. 
Be fait elle fist tout ce qu'elle peust pour des- 
couvrir et apprehender les aucteurs de la se- 
dition, et enfin en fust attrapp£ un (qu'on disoit 
n'en pouvoir mais}, mais qui toutefois avoit bien 
m£rit£ la mort d'ailleurs, estant un matois dif- 
fam6 partout et archer- voleur de Tancbon, le- 
quel fust execute a mort au lieu mesme, le sei- 
zieme octobre ensuivant. Et ainsi fust v6rifl6 en 
lui cequi est dit par le poete : 

Utkum pro muliu dabitur caput. 

[Sur ce fait ainsi advenu, qui servoit de sub- 



(1) Louis de Bourbon fat le premier due de Mont- 
pensier. Sa vie a ete* eciite par Coutureau et Du Bou- 
chet. In-8. Paris, 1613. (A. E.) 

(2) Isabeau de Tuleu 6tait fille de Jean de Tuleu, set* 



ject de risee aux compagnies de Paris, fnrent faits 
et divulgu& tout plain de poesies amoureuses et 
epigrammes gaillards, entre lesquels estoit on 
fait par un mien ami, qui avoit pour titre : 

De Amasio Areihusa BaiUia.) 

En ce mois de septembre , messire Loys de 
Bourbon, due de Montpensier (t), mourusten 
sa maison de Ghampigni , [ au grand regret de 
tous les gens de bien et de toute la noblesse 
de France ; car ] e'estoit un bon prince tres-ge- 
n£reux , amateur du repos de la France et tres- 
fidele serviteur de son roy. 

[Octobbb. Le dimanche 30 octobre, surges 
cinq heures du soir, apparust au ciel , devers 
le midi, une grande et espouvantable lumiere, 
brillanteet si esclatante comme esclair detai- 
ner re, et dura deux bonnes heures, ce qu'on 
interpreta a mauvais presage. ] 

Novembbe. Le mardi l er jour denovembre, 
messire Gristophle de Thou , premier president 
de la cour de parlement, deceda en son hostel 
de Paris [d'un de/voiement par haut et par has, 
qui l'avoit saisi avec une fiebvre continue, le 
lundi precedent.] 

On attribuoit l'occasion de sa maladie et de 
sa mort a une colere dont il s'aigrist oontre le 
Roy , qui lui fist faire beaucoup de choses outre 
son gre en la condamnation de Salcede : car il 
estoit serviteur de la maison de Guise, et east 
d£sir£, comme leur oblige et fait de leur main, 
d'accorder leur service avec cehii da Roi sod 
maislre, duquel il estoit tr&s-fid&le serviteur; 
mais n'en pouvant venir a bout, et le Roi lui 
en aiant tenu quelques rudes propos, ee boo 
vieillard les aiant pris a cceur , la fascherieavec 
les ans le rairent au tombeau. II mourust en 
l'an de son aage soixante et quinziesme, apres 
avoir demeure marie avec damoiselle Ysabeau 
de Tuleu (2) , sa femme, quarante neuf ans et 
sept ou huict mois, plain dTionneur, plain de 
biens et plain d'ans avec autant de subject de 
contentement qu'homme qui fust de son temps. 
II fust enten-6 le lundi 14* du present mois de 
novembre, en la chapelle que feu son p6re avoit 
fait bastir et d^corer en l'eglise Saint-Andre* 
des-Ars, sa paroisse, en notable pompe ftan&bre. 

M. l'6vesque de Meaux (3) tr&orier de la Sainte 
Chapelle de Paris , faisoit t'office et y fit mar* 
cher sa Sainte-Chapelle en corps, qui chanta les 
sept psaumes p^nitentiaux en faux bourdon tout 



gneur de Cely, et de Jeanne Chevalier. (A. £.) 

(3) L'lveque de Meaux 6lait Louis de Biexe. abMde 
Saint-Faron de Meaux et (Tlgny, trlsorier de la Satate- 
GhapeUe a Paris. (A. E.) 



BOY DE FHAINCE tT DE POLOAGtNE. [l&82] 



153 



to long duchemin, qui fust bien long, car apr&s 
pie la pompe eut passe par devant les Corde- 
iers et Saint-Cosme au long de la rue de la 
larpe, le Roi et les Roines estans au logis du 
Hr&vost de Paris , et la voulans voir , la flrent 
►asser sur le quay des Augustins , et reprendre 
>ar devant Thostel Saint-Denis, la rue de Saint- 
Indre-des-Ars. L'Universite y estoit en corps ; 
a cour n'y marcha pas en corps , raais tous les 
ir&idens et conseillers lors estans k Paris, y 
issisterent en robbes noires, precedes de douze 
w quinze maistres des requestes. Les presidents 
Provost et Rrisson, et messieurs Anjorant et 
^harder, les deux plus anciens conseillers de la 
grand' chambre, spretis magistris requestartim, 
x>rt£rent les quatre coins du poisle, poisle, in- 
fuam, de veloux noir croise de satin blanc aveq 
lips armoiries de broderies, fait expres pour lui. 
Les princes de Nevers , de Guise , de Maienne, 
TOmale , de Genevois , Nemoux , les dues de 
foieuse, d'Espernon, [le seingneur de Yillequier, 
gouverneur de Paris et de I'isle de France,] et 
riusieurs autres seingneurs et gentilshommes en 
Touppe marchoient avant le doeil incontinent 
ipres le corps. Les generaux de la justice des ay- 
les et la chambre des comptes , et les provost des 
narchands et eschevins aussi n'y estoient point : 
Men y envoierent ceux de l'hostel de la ville 
leux douzaines de torches garnies de leu rs armoi- 
ries. Le provost de Paris y assista avec ses douze 
sergens fleffez; cinq evesques en leurs rochets 
menoient les cinq doeils , [ k sf avoir l'6vesque 
ie Lusson , I'lvesque d'Auxerre , l'6vesque de 
Dine , l'6vesque de Tolon et l'£vesque de Reiies. 
La nef et le chceur de l'eglise Saint- Andre-des- 
Ars estoient tenans d'une haute ceinture d'un 
Its de drap noir , couvert par le milieu d'un 16s 
de veloux noir arraoirie. Au milieu du choeur 
one chapelle ardente ceinte de mesmes, comrae 
aussi estoit le haut pulpitre d'entre le choeur et 
la nef. ] Nostre maistre Provost docteur theolo- 
gien cure de Saint-Sevrin, fit le sermon funebre 
tel qu'il a este imprim£. II laissa deux ills et 
deux gendres qui estoient messire Philippes Hu- 
raud , seingneur de Ghiverni, garde des seeaux 
de France, et messire Achilles de Harlai, [sein- 
gneur de Reaumont, ] tiers president de la grand 
chambre. [Auquel lors absent , aux grands jours 
de Clermont en Auvergne, le Roi donna l'estat 
de premier president, et l'estat de president qu'il 
avoit auparavant fut donn£ k maistre Jean de La 
Guesle, procureur general du Roy , par la pro- 
motion duquel son Ills aisn£, ja deux ou trois ans 
auparavant receu au dit estat k survivance et 
aag6 de vingt cinq aus seulement, entra en 
Texerdce du dit estat de procureur general, 



par la faveur de la roine mere et du seingneui 
de Serlan,son ancien serviteur et maistre d'hos- 
tel, beau frere du dit de La Guesle. ] II laissa 
aussi deux freres , messire Nicolas de Thou , 
6vesque de Chartres , et messire Augustin de 
Thou, advocat du Roi au dit parlement, [lequel 
a ce changement murmuroit de ce qu'estant le 
plus ancien offlcier du parlement, on ne I'avoit pas 
respect^ et honnor£ d'un estat de president plus- 
tost que le dit procureur general. De quo! Leurs 
Majestes adverties, lui flrent present de quelques 
sommes qu'il toucha et par ce moien s'appaisa.] 

Ledit premier president mourust regrett6 de 
tous [comrae bon justicier et tr&s-digne de la 
charge et renc qu'il tenoit en la r£publique, plus 
diligent que roide , estant de facile et libre acc&s 
k tous ceux qui avoient affaire de lui, ] et fea- 
sant volontiers plaisir ou il en estoit requis. II 
estoit prompt et expeditif aux publiques au- 
diances,qui est ce que demandent les procureurs 
qui le regrettent encore tous les jours, comme le 
premier et le dernier de leur palais. [ Et quel- 
ques uns toutefois , comme il est bien malais6 
de contenter tout le monde en telles charges, 
taxans la mlmoire du deffunct d'ambition et le- 
gfcret£ qui lui estoit naturelle,] d'avarice et mal- 
versation en son estat, era 'on tient &pure calom- 
nie , sem&rent un epitaphe de lui au palais et 
par tout, compose par quelque envieux de son 
nora , neantmoins homme de lettres et de s$a- 
voir, qU'on fist mesmes voir k M. d'Emeri son 
fils, et estoit inscrit : 

Thuani primi prwsidis tumuhu. 

Le saraedi 5 de ce raois de novembre , il tonna 
bien fort k Paris, ce qu'on interpr&a k mauvais 
presage. ] 

A la Saint Martin, k 1'ouverture du parlement 
furent faites defenses aux procureurs de passer au- 
cuns appointemens en droit, ne de plaider ou fairc 
poursuitte d'aucune cause, sur peine de cent li- 
vres parisis et de prison, avant qu'ils eussent pai6 
la dace des proces, remise sus par I'&lit du Roi, 
public en la dite cour en sa presence par le chan- 
celier Riragues, le 26 e jour de juillet l'an 1580 > 
l'ex£cution duquel avoit tousjours est6 surcise > 
par le moien du deffunct premier president ; 
[ faisant en cela acte de bon juge et d'hommo 
de bien , et s'aheurtant au devoir de son estat] > 
dont le Roy lui avoit sceu fort mauvais gr6, et 
y en a qui tiennent que ce que lui en dit le Roi, 
et le langage aigre dont il lui usa, furent cause 
en partie d'abbrlger les jours k ce bon homme. 

[ Le saraedi 12 de novembre , le Roy revinst 
k Paris d'un voyage qu'il avoit vou6 et rendu ik 
Nostre-Dame de Liesse. ] 



164 



REG1STHE-J0UBNAL DB HBMBI III, 



En ce temps, le Roi apres avoir mari£ le due 
de Joieuse avec la sear de la Roine sa femme, et 
le selngneur Da Bouchage son frere, k la seur 
da dac d'Espernon, voulant estendre ses faveurs 
pour toute sa race , il fist le tiers frere grand 
prieur de Languedoc, le quart archevesque de 
Narbonne, et le cinquiesme marl de la fille du 
selngneur de Moui, Bellencombre [de Norman- 
die, auparavant accorded au due d'Espernon, 
et qu'il quitta pour espouser une autre petite 
seur de la roine suivant la volonte du Roy.] 

En ce mesme temps , le Roi envoia k la cour 
quatre ou cinq Idits nouveaux direction d'of- 
ficiers tout neufs , pour en tirer argent et le 
donner a ses deux mignons [ou en aggrandir 
leurs parens qu'il vouloit marier et faire grands, 
a quelque pris que ce fust, tant ii estoit aveugte 
de l'amour de ces deux petits muguets], lesquels 
tenoient plus grand train et faisoient plus de des- 
penses qu'onques n'avoient fait les enfans des feus 
rois Francois T r et Henri II , de leurs vivans. 

[Pour y fournir, le Roi fit porter en son ca- 
binet tous les deniers qu'il peut amasser de 
tous costes , qui ne passoient par les mains du 
tr&orier de 1'espargne, ou d'aucun autre fi- 
nancier, ains lui-mesrae par ses mains les dis- 
sippoit, distribuoit ainsi que bon lui sembloit ou 
par les mains de quelques valets apostls , les- 
quels sans en rendre compte , s'en pr£valoient 
avec les mignons , au grand mescontentement 
des princes, seingneurs et offlciers de sa cou- 
ronne, et a la foule et oppression notoire du pau- 
vre peuple , qui murmuroit ass& de ce pitoia- 
ble gouvernement , mais en vain, pour ce que 
tfestoit une beste k qui on avoit arrach£ les 
dents et les ongles.] 

Le lundi 28 novembre , arriv&rent a Paris 
les deputes des cantons de Suisse , venans jurer 
la Ligue par eux accorded avec le Roi, nonobs- 
tantles brigues et menees du roi d'Hespagne, le- 
quel, depuis quatre ou cinq ans, estoit apres a les 
gaingner, faisant tbutes prattiques a lui possibles 
pour les liguer avec soi jusques a offrir de leur 
paler comptant les buict cens mil livres que le 
Roi leur devoit des arrlrages de leurs pensions 
et les leur doubler a l'avenir, et charger encores 
de se departir par eux de son alliance si bon leur 
sembloit d&s le premier terme qu'il faudroit a 
les paier. Le Roy, contre la coutume, fist aller le 
provost des marchans et eschevins de sa ville 
de Paris , avec leurs robbes mi-parties de rouge 
et tanne , et leurs archers et offlciers au devant 
d'eux hors la porte Saint-Antoine , et les accom- 
pagner par la ville jusqu'en 1'hostel de ladite 
ville, d'ou leur furent envoies tous les jours qu'ils 
demeurerent k Paris, par lesdits prevost des 



marchans et eschevins, treize pastes dejam- 
bons de Maience, trente quartes d'hippocras 
blanc et clairet , et quarante flambeaux de circ, 
et ce par commandement et enhortement do 
Roi , qui pour d'autant soulager la ville de la 
depense du festin qu'elle leur fist , donna a la- 
dite ville quarante mil escus. 

[En ce raois de novembre , la riviere de Seine 
fut furieusement desbord£e 9 a cause des longues 
pluies prec6dentes, et les eaux furent partout si 
grandes qu'on pensoit estre revenu k un second 
deluge. 

En ce mois , maistre Marl Miron , premier 
m&lecin du Roy, maria sa fille a un conseiller 
de la cour , fils du feu general Lefebvre , k la- 
quelle il donna douze mil escus , dont le Roi en 
donna dix mille de present de nopces. Principi- 
bus viris placuisse (dit le poete) nan ultima 
laus est 

Le diraanche 14 de novembre, mourust i 
Paris un bon vieil homme nomm£ Jacquet Me- 
reau, qui gaingnoit sa vie k enseingner des terres 
et faire louer des maisons, aag6 de cent huit ans, 
et estoit tenu pour le plus vieil homme de 
Paris. 

Decembre. Le jeudi premier de dteembre, le 
Roi fist faire a Paris une procession g6n£rale, o« 
furent portees la chasse Sainte-Genevieve et les 
reliques de la Sainte-Ghapelle , et y assista le 
Roi avec les Roines sa mere, sa femme et sa 
seur de Navarre, la cour de parlement y marcha 
en corps et en robbes rouges, et la ville en corps. 
L'on disoit qu'il l'avoit fait faire comme pour 
une solennelle conclusion des assiduelles prices 
que tout le long de ceste annee, 1582, il avoit 
faites et command^ de faire par toutes les 6gli- 
ses , norameraent par les paroisses de Paris, am 
paradis qui par son commandement y avoient 
este construits et pares, a ce qu'il pleust k Dien 
donner a la Roine sa femme lignee qui peust 
succ^der a la couronne de France, dont 11 avoit 
singulier desir.J 

En ce temps , le Roi affaml d'argent , fist 
une nouvelle et insolite exaction, car sur tou& 
les marchans de Paris , achetans et vendansda 
vin en gros, il fist faire taxe en son conseil se* 
cret, sur 1'un de mille escus, sur I'autre de 
huit cents , sur I'autre de six cents , et ainsi qui 
plus qui moins , selon le rapport qu'on lui faisoit 
de leurs moiens et facultes , et leur envoia i 
chacun un mandement de paier sa quotte dans 
vingt-quatre heures , sur peine de prison , sans 
deport et sans oulr aucunes remonstrances. Pa- 
reilles taxes avoient est^ peu devant faites sur 
tous ceux de ce roiaume, qui s'estoient mes- 
les du traflq du sel, et mesme sur les offlciers 



BOY DB FBANCB IT DB POLONGNB. [1583] 



155 



desgrenien a gel, encores qu'ilg n'eussent en 
rien forfait : [dont y east grand murmure.] 

En ce mois de decembre 1582, fut confirmee 
par 6dit , ordonnance et declaration du Boy, la 
reformation du kalandrier faite par le Pape , 
poor le retrancbement de dix jours , tellement 
que le 10 decembre on compta 20 , sans toute- 
fois que poor ['abbreviation de dix jours les de- 
biteurs peussent estre contraints par leurs crlan- 
ders, sinon qu'autant de jours apres le terrae es- 
cbeu , qu'il y en auroit eu de perdus et dailais- 
ses, et sans aussi que ladite abbreviation de jours 
et d'ann& peust prejudicier aux actions de re- 
trait lignagers, qui devoient avoir cours sans 
aucune abbreviation de jour ne de temps (I). 

Le dimanche 4 du mois de decembre, les de- 
putes suisses vinrent tous, et le Roi aussi , ouir 
la messe en la grande eglise de Paris ; apres la- 
quelle furent les articles de ladite Ligue et con- 
federation leus mot apres autre, et iceux solen- 
nellement Jures sur les Saints Evangiles de part 
et d'autre. Ce fait , le Roy les traitta a disner 
magnifiquement au logis de I'evesque de Paris, 
et 1'apres-disnee fut chante le Te Deutn a Saint- 
Jean en Greve, lesdits prevost et eschevins pr6- 
sens ; lesquels aussi en firent les feux de joie, et 
furent tires plusieurs coups d'artillerie [en signe 
d'allegresse.] Les princes aussi , et les grands 
seingneurs qui se trouverent lors a Paris, firent 
de renc les uns apres les autres braves festins et 
reception ausdits Suisses , lesquels , la veille de 
Saint-Thomas et autres jours suivans, reprirent 
le chemin de leur pays , allegres bien contens 
de la bonne reception qu'on leur avoit faite, et 
des beaux presens qu'on leur avoit donnes ; car 
outre une bonne somme de deniers qu'ils tou- 
cherent, sur les tant de mois des arrerages de 
leurs pensions , le Roi leur donna a cbacun une 
chesne d'or pesante la plus haute sept cents es- 
cus, et la moindre deux cents , au bout de la- 
quelle estoit pendue une medaille d'or a son 
pourtrait , pesante environ douze escus. 

Epitre II (2), de Busbecq, du 18 decembre 
1582. Je ne s^ai s'il est necessaire de vous rap- 
porter ce qui arriva dernierement a Anvers. 
Saint-Luc etoit a la chambre de M. le due d'A- 
lencon , lequel estant disgracie du Roy, s'est 
iette du parti dudit seigneqr due , comme je 
rom ai ecrit, en la presence duquel quelquq gen- 
ilhomme des siens dit quelque chose que ledit 
dear de Saint-Luc ne vouloit pas etre dit pour 
le pas tourner a blame. Pour raison de quoi ledit 

(1) Les feuillets 199 et 200 da manuscrit, qui conte- 
laient plusieurs passages relaUfs a l'ann£e 1582, comme 
'tecHqneot let renvois fait* par l'autear, ont M arrachgs. 



sieur de Saint-Luc bailla un soufflet a ce gen- 
tilhomme, en la presence dudit due d'Alencon , 
et le voyant , ce que le prince d'Orange qui etoit 
present supporta impatiemment, et ne put telle- 
ment se retenir qu'il ne dit au due qu'il ne de- 
voitpas laisser impuni un arte si mechant et si 
hardi , et que l'empereur Charles vivant ne l'eut 
pas endure , mais en eut tire vengeance contre 
l'auteur , de quelque dignite et eminence eftt-il 
ete , et que les chambres des princes devoient 
etre sacrees, sainctes et inviolables pour ne don- 
ner lieu a aucunes injures ; a quoi Saint-Luc r6- 
pondit : « A quel propos me parlez-vous de Char- 
» les ? — Que s'il vivoit vous n'auriez ni vie ni 
» bien. »Quoi dit, il se retira laissant toute l'as- 
sembiee en admiration d'une aussi lache audace. 

1583. 

Jan visa. Le premier jour de Tan 1583, le 
Roy fist la solennelle celebration et cerimonie 
de l'ordre du Saint-Esprit aux Augustins a Pa- 
ris, en la maniere accoastumee; et le lendemain 
apres le service des morts, fast solennellement 
enterre le manteau de l'ordre du feu messire 
Philippes Stroszy (confrere du dit ordre) , mort 
au conflict naval, [prfcs la Terzeres. Furent faits 
nouveaux chevaliers du dit ordre , les dues de 
Maienne, de Joieuse et d'Espernon ; et donna 
le Roy a tous les chevaliers et commandeurs du 
dit ordre qui assisterent a la solennite, a cbacun 
mille escus soleil dans une bourse, comme il 
avoit fait l'an precedent. 

Le 7 e jour de Janvier, messire Achilles de 
Harlay entra en la possession et exercice de son 
estat de premier president, maistre Jean de La 
Guesle en celle de l'estat de president de la 
grand' chambre que tenoit auparavant le dit de 
Harlay, et maistre Charles de La Guesle son 
fils aisne en l'exercice de l'estat de procureur- 
general du Roi, que son pere tenoit aupara- 
vant et auquel il avoit este en la dite cour re- 
ceu a survivance. 

Le dit jour, la roine partist de Paris pour al- 
ter en pelerinage a Nostre-Dame de Liesse, a ce 
qu'il pleust a la belle Dame interceder pour elle 
pour avoir lignee et devenir enceinte d'un fils.] 

En ce mois de Janvier la riviere de Seine, [par 
les grandes et continuelles pluies qu'il fist, de* 
borda quasi haute qu'elle avoit este en novembre 
precedent], ce qui Ait cause que le bled four- 
ment valust onze francs; l'avoine, huict francs, 
et le foin quinze francs le cent. 

(2) Ce qui suit, jusqu'a la fin de ranmSe 1588, n'existe 
pas dans le manuscrit autographe de Lestolle. 



156 



REG1STRE-J0URNAL D£ UEiXRl HI , 



En ce temps le Roi leva sur les villes de son 
roiaume quinze cens mil escus de subven- 
tion (1), [dont celles de 1'isle de France vinrent 
en taxe de quatre cens mil francs,] et fust la 
quote de la ville de Paris de 200 mil livres que 
le Roi [sans en attendre des habitans autre 
accord ou deliberation], commanda au prevost 
des marchans et eschevins imposer et taxer par 
forme de capitation, sur ses bons bourgeois de 
Paris , nonobstant iequel commanderaent se 
fist une assembled publique en l'Hostel-de-Ville, 
ou se trouverent M. le cardinal de Bourbon et 
le seingneur deVillequier, gouverneur de Paris 
et de lisle de France, de la part du Roy, ou il 
Ait resolu qu'on feroit au Roi [en la plus grande 
compagnie de bourgeois qu'on pourroit mener], 
certaines remonstrances sur sa demande. Et de 
fait, le 15 du mois ensuivant, furentpar le pre- 
sident de Nolly, provost des marchans, bien 
accompagnl, faites au Roi de vive voix et lais- 
s6es par escrit. 

[ Qui fit response qu'il les verroit et commu- 
niqueroit k son conseil, et feroit paroistre k ses 
bons bourgeois de Paris combien il les aimoit 
et respectoit, tant pour la conservation de leurs 
privileges et franchises, que par tous autres 
avantages et supports qu'ils pourroient de lui 
requSrir]. Et pen apr&s, leur aiant donne ceste 
benigne et gracieuse response de sa bouche, 
leur en fist une autre par escrit [ qui contenoit 
en somrae qui Assent telles assemblies que bon 
leur sembleroit , mais que nonobstant icelles et 
leurs remonstrances par lui veues et pieure- 
ment considered , resoluement] il vouloit avoir 
les deux cens mil livres par lui demand£es, [et 
ce sans moderation ni diminution, et qu'on ne 
lui en parlast plus.] Sur laquelle response la ville 
s'estant assemble, fat resolu par la compagnie 
qu'on lui diroit que sa ville de Paris ne lui pou- 
voit fournir la dite somme. Dequoi sa Majeste 
irrit^e se la fist bailler par de Vigni, receveur 
de la ville (2) [et d'autant furent retardes les 
paiemens des arrerages des rentes de la dicte 
ville, qui estoient prests d'estre pates par le diet 
de Vigni.] 

Le 20 Janvier, Dame Anthoinette de Bour- 
bon (3), douairiere de Guise, mourust a Jainville, 
aagee ( k ce qu'on disoit ) de 88 ans et en repu- 
tation d'une des bonnes, sages et devotes prin- 
cesses de ce temps. 

(1) Les rois en matiere d* argent sont inexorables. 
(Lestoile.) 

(2) Coup de pied donnl aux rentes de la ville. (Les- 
toile.) 

(3) Antoinette de Bourbon Ctait nee a Ham, le 2i>d<*- 
cembreiWi; ainsi elleltait ageedeplus de quatre*. 



Le 21 Janvier , le Roi , apres avoir fait ses 
Pasques et ses pri&res et devotions bien d&o- 
tement au couvent des Bons - Hommes k M* 
geon, ausquels il donna cent escus, s'en revtast 
au Louvre, ou arrive il fist tuer k coups d'ar- 
quebuze les lions , ours , taureaux et autres 
semblables bestes qu'il souloit nourrir pour 
combattre contre les dogues; et ce, k l'oceasion 
d'un songe (4) qui lui estoit advenu , par Iequel 
lui sembla que les lions, ours et dogues le man- 
geoient et devoroient : songe qui sembloit pre- 
sager [ce que depuis on a veu advenir] , lorsque 
ces bestes furieuses de la Ligue se ruans sur ee 
pauvre prince l'ont dechire et mange avec son 
peuple, * quelques-uns de ses serviteurs (5) lui 
dirent sur ce sujet que ce n'&oient pas ces Lions 
ou ces animaux-la qui lui en vouloient , mais 
les grands seigneurs du temps , qui estoient 
contre son Etat et contre son service. 

Le 28 Janvier , vinrent k Paris les nouvelles 
[du grand et seditieus tumulte] avenu en la 
ville d'Anvers le 17 e de ce mois , feste Sainct- 
Anthoine [entre les Francois et les habitant 
de la dite ville, a l'oceasion de ce que les 
Francois y estans k la suitte et soubs l'aveu de 
M. le due d'Alancon ( declare due de Brabant 
par les Estats du Pays-Bas, et retenu par eux 
pour leur protecteur et deTenseur a rencontre 
du roi d'Hespagne , leur prince naturel, qui 
leur faisoit la guerre k toute outrance sous la 
conduitte du due de Par me ) s'estoient mis en 
effort de se saisir, emparer] et rendre raaistres 
de la dicte ville d'Anvers , et icelle saccager et 
butiner, ainsi qu'avoient fait les Hespagnols 
six ou sept ans auparavant. [De fait ils y com- 
mencerentsur le midi une chaude escarmou- 
che , en la quelle , du commencement , ib 
tuerent k une porte de la dite ville plosieurs 
des habitans d'icelle, estans k la garde de la 
dite porte et ne se doutans de telle entrtprise. 
Mais estant soudain I'alarme sonn6e , les habi- 
tans et autres de leur part se trouverent es rues 
et lieux de conflict en si grand nombre , sibieo 
armes et tant courageusement combatans, 
(comme ceux qui combattoient pour sauverleurs 
personnes , leurs femmes , leurs enfans , leurs 
biens et leur liberte), qu'enfin les Francois en- 
rent du pire] et y en fust tu£ de quinze k setae 
cens, entre lesquels se trouverent de trois k qua- 
tre cens gentilshommes Francois. [ Les autres 

vlngt-huit ans. Elle e*tait fille de Francois de Bowboa 

corate de Vend6me. (A. E.) 

(4) Songe de Roy, remarquable pour ce qu'il est ad- 
venu depuis. (Lestoile.) 

(5) La fin de cet altaea n'cxiste pas dans le roanuJ- 
crit autographe. 



ROY BE FBANCE ET DE POLONGNE. [ld83] 



trouves en la ville sans armes et hors du con- 
flict, furentarrest&prisonnierset peu apres mis 
dehors, par honneste composition. Monsieur, 
frere du Roy , qui sortant d'Anvers par Indite 
porte k la quelle commenca l'escarmouche, 
avoit donn£ le signal d'icelle , se retira en son 
camp estant loing de la dite ville, environ 
demi lieue, accompagne des seingneurs due de 
Montpensier, comte de La Val, mareschal de 
Biron et autres seingneurs et gentilshommes 
Francois , qui ne se trouverent en la mesl£e 
dont bien ieur en prist , puis se retira k Deure- 
monde et autres lieux circonvoisins , avec le 
peu qui lui restoit de son camp et suitte , ou 
ii fust long-temps mal a son aise sans vivres ni 
secours et ne sachant de quel bois faire flesche, 
delaissl de chacun et mesprisl pour avoir fait 
une si folle et t4m£raire entreprise qu'on ne 
pouvoit bastir d'autre nom que de trahison 
( encores que si elle eust bien reussi on ne lui 
eust donne ce tiltre ), retumb£ justement sur la 
teste de lui et des siens. Et k la verite, k ceste 
journle le nom francois receust une grande plaie 
et fist une grande perte envers toutes les es- 
trangeres nations , et Monsieur frere du roi une 
escorne de son honneur et reputation, le quel 
volant les choses tourn6es autrement qu'il n'a- 
voit projette, s'envoulut descharger sur le sein- 
gneur deLa Rochepot, gentilhomme Picard, et 
sur Fervaques, gentilhomme Normand , un de 
ses favorits , qui estoient pres de lui , roamans 
ses affaires et des plus avant en la meslee , ou 
ils demeurerent par hazard seulement prison- 
niers , lesquels ni&rent le fait ( comme tous vi- 
lains cas sont reniables) ni d'avoir jamais donn£ 
conseil d'une si malheureuse entreprise et s'en 
excus&rent sur la volonte et commandement de 
leur maistre. Le quel on remarqua fort triste 
et ennute du mauvais succes de son entreprise, 
roais peu soucie (a la facon de beaucoup de 
princes) de ceux qu'il y avoit perdus et de 
tant de brave noblesse morte pour son service 
font il fist si peu de compte) qu'& deux jours de 
k comme on lui discouroit la facon de la mort 
lu comte Saint -Agnan qu'on tenoit pour un 
le ses grands favorits et comme il s'estoit note: 
J'en suis bien marri , dist-il, » et soudain se 
>renant k rire] « Je crois, dist-il, que qui eust 
>eu prendre le ioisir de contempler a ceste heure- 
k Safnct-Agnan (1), qu'on lui eust veu faire 
ine plaisante grimasse. »Gela, disoit-il, parce 
[u'il avoit accoustume d'en faire quelque fois. 



(f) Claude dc Beauvillters , comte de Saint-Aignan , 
ouverneur d'Anjou, surintendant de la maison de 
foosicur. (A. E.) — II 6tait chambellan do doc de- 



157 

[Et voila le regret qu'il tesmoingna avoir de la 
mort de ce brave gentilhomme , un de ses plus 
fideles et affectionn^s serviteurs, et auquel il 
avoit tousjours fait demonstration d'une particu- 
liere amitie et bien veuil lance. 

La Roine mere aiant receu les nouvelles du 
desastre de ceste journ^e et de la grande quan- 
tity de noblesse qui y estoit morte (encores 
qu'elle lui touchast bien moins au coeur qu'* son 
fils) , si s'escria-t-elle k la florentine, « le 
» grand malheur pour la France de tant de 
» brave noblesse qui s'y est perdue ! Je ne scai 
» si en toutes les batailles donnees en France 
» depuis vingt-cinq ans on pourroit compter 
» tant de gentilshommes morts , comme il y en 
» a eu en ceste seule malheureuse journee. » 

Mesrae dessein que celui d'Anvers avoit 
Monsieur, sur les villes de Bruges, Nieuport, 
Alost et Deuremonde, qui se devoit executer 
tout en un mesme jour ; et mesme huict jours au- 
paravant les Francis s'estoient faits maistres de 
Dunquerque. Mais les providences des hommes 
sont incertaines et Dieu se rid ordinairement 
de \k haut des entreprises des plus grands, les- 
quelles il dissippe souvent en sa fureur, prin- 
cipalement quand elles sont comme celle-ci 
contre le droit des gets et la raison. 

Sur ce stratagesme d'Anvers et les Francois 
pris par icelui en voulant prendre les autres, 
furent divulgues entre beaucoup de vers ceux 
qui s'ensuivent taxans les Francis de fplie et 
legerete, et leur chef de trahison et infid6lit£.] 



Gallia ventosa est, ventosus et incola, vento 
Nulla fides ; ergo, per fide GaUe, vale. 

II. 

Gallia fastidit pacem, fastidit et arma; 
G alius nee pacem ferre, nee arma potest. 

III. 

Flammans ne soils estonnes 
Si a Francois voids deui ne* (2), 
Car par droit, raison et usage. 
Fault deux Ms a double visage. 

IV. 

Le franc archer de Bagnollet 
Se joue en la ville d'Anvers ; 
Du pris preneur est fait vallet, 
Tous nos beaux faits vont a 1'envers. 

V. 

[ II est certain que toute mtdedne 
Prendre se dofbt en son temps et salson 



puis 1566 , et s'6tait retire* de la cour avec lui, en 1575 
(2) La petite ve>ole avait extreme merit maltralte* le vi- 
sage de ce prince, qui paralssait avoir deux nex. (A. £.) 



158 



REG I STRB- JOURNAL OS HENRI HI , 



Selon le mal. Une grand' m&lecine 
Des Mtficis est plalne de poison. 
Ton mal Flammant est une garnison , 
Forte prison, prompte pour te deffalre; 
Mais force en tot sera ta guairison, 
Le noble uni a? ec le populaire. 

VI. 

Pourquoi fieVvous a Francois de Valois, 

Pauvre peuple flammant sachant bien que les deux 

Sont perfldes tirans, cruels et ficleux, 

Et qu'ils ont pervert! Unites les saintes loix. 

Ainsi que des vers tiltres : 

Des Cuisiniers de Paradis (1). 

Le 29 Janvier, au conseiller Nicolal fits aisne 
demaistre Aymar Nicolal, premier president 
de la chambre des comptes a Paris, fust tire 
un coup de pistole" par un homme de cheval 
bien mont£, lequel se retira [au galop jusques 
hors de la ville par la porte Saint-Martin] sans 
estre congneu, suivi, ni appr^hende. [Grande fat 
la hardiesse et l'asseurance de ce tireur de pistol6 
des'adresser a unhommede tel credit etauctoriteV) 
pour le tuer , revenant sur sa mule, du Palais, 
entre dix et onze heures du matin au beau mi- 
lieu d'une ville de Paris, pr& Saint-Jaques de 
la Boucherie, [et en Tune des plus grandes et 
marchandes rues d'icelles. Mais telle estoit la 
calamite du temps, que les meschans se lissen- 
tioient d'exercer franchement et sans crainte 
toutes enormes meschancetls, pource qu'ils 
voioient de toutes parts, toutes choses deres- 
gl&s et debordees, et la justice comme morte 
et abbatue sans son droit exercice. Vrai est que 
le coup ne porta pas, ou par la faute de la pis- 
tole ou par la precipitation du pistolier, dont 
tr&s-bien print au pauvre jeune conseiller, qui 
en Ait quitte pour la peur.] 

Fevribr. Ledimanche ISfebvrier en I'hos- 
tel de Guise, fust fait le festin du mariage du 
seingneur de Tournon (2) avec la damoiselle de 
La Rochefoucaud, auquel le due de Guise n'assis- 
ta, pource que le matin il estoit parti de Paris, 
pour aller aux nopces du due d'Elboeuf son cou- 
sin, quiespousoit la fille aisn& de Ghabot, comte 
de Cherni grand escuier ; [et de la s'en alloit 
aux obs&ques de ladouairi&re de Guise sa grand 
mere. 



(1) Cette piece, ecrlte pourvenger let forfaitt qu'on 
a commit en France, fait allusion alaSaint-Bartnllemi, 
24 septembre 1572; et a d'autres eXnemens arrives 
le Jour de Saint-Antoine, 17 Janvier 1583; et le jour 
Saint-Laurens, 10 aout 1558. 

(3) Juste-Louis, seigneur de Tournon, comte de Rous- 
Slllon. (A. E.) 

(3) Charles de Luxembourg, comte de Brienne et de 



Le mercredi 15 febvrier, le baron de Yi- 
teaux, revenant sur le soir du Louvre, Ait char- 
ge en la rue Saint-Germain prte le Fort FEves- 
que, par dix ou douze homines de cheval Men 
montes et arrays a l'avantage. Et mist le dit 
V iteaux brusquement la main a l'espfe, et vail- 
lamment se defendant, se retira enfin sain et 
sauf. L'abbe de Saint-Nicolas de Senlfe, fils de 
la g&i&ale d'Elbene, estant lore de fortune en 
la compagnie du dit Viteaux, y fut bless* a It 
teste, et un capitaine italien nomm6 Sepoix, 
qui le suivoit, y fut blesse a mort. On euat 
opinion que ceste charge avoit est£ faicte par 
le jeune Millaud, desirant venger la mort de 
son pere.] 

Le dimanche 20 de ce mois, fut fait au Lou- 
vre le festin du mariage du comte de Brienne (3), 
de la maison de Luxembourg [aag£ de seize a 
dix-huit ans] avec la petite seur de La Valette, 
due d'Espernon (4) aagee de onze a douze ans. 
Ce mariage fut fait par l'expr&s commandemeat 
du Roi, voulant gratifier son archimignon. 

Le jour de quaresme-prenant, le Roi avec ses 
mignons farent en masque par les rues de Paris, 
ou ils firent mille insolences, et la nuit ailerent 
roder de maison en maison voir les compagnies, 
jusques a six heures du matin du premier jour 
de quaresme, auquel jour la pluspart des pro- 
cheurs de Paris en leurs sermons le blasme* 
rent ouvertement des dites veilles et insolences: 
ce que le Roi trouva fort mauvais, mesme de 
la bouche de Rose, docteur en thfologie, Fun 
de ses pr&Licateurs ordinaires, lequel il mandi 
venir parler a lui, dequoi ledit Rose fist quel- 
que difficult*, craingnant qu'on le voulust mal- 
traitter comme il en avoit senti quelque propos: 
mais enfin s'estant repr&ente au Roy, il eust de 
lui une leg£re reprimende , mais qui estoit fort 
a propos et fort convenable audit Rose : car il 
lui dist qu'il lui avoit bien endur* de courir 
dix ans les rues jour et nuit, sans jamais lui cb 
avoir fait ne dit aucune chose, et que pour ki 
avoir courues seulement une unit, encores a un 
jour de quaresme-prenant, il l'avoit prescM en 
plalne chaire, qu'il n'y retournast plus, et qu'il 
estoit temps qu'il Ait sage, dequoi ledit Rose (4) 
demanda pardon a Sa Majesty, laquelle usant de 
sa bont£ et douceur accoustumfcs, non seulement 

Llgny, comte de Roussl . crie* due de Brienne en Jiff; 

mais le parlementrefusa d'enregistrer les Irttrci palfi 
tes du Roi a ce sujet. 

(4) Anne de Nogaret-La Valette, sorar de Jean-La* 
due d'Epernon, pair et colonel-general d'lnfanterte. 

(5) Gulllaume Rose . grand-maitre du college de Wa- 
?arre. Le roi Henri III le nomma a revfch* de Sends; 
11 devint Tun des plus furieui ligueurs de Paris. (A. E.) 



BOY DE FRANCE KT OE POLOXGNE. 



lui pardonna, mais quelques jours apres l'aiant 
envois querir, lui donna une assignation de 
quatre cens escus, « poor acheter (lui dist le Roy) 
du sucre et du miel pour aider k passer vostre 
quaresme, et adoucir vos trop aspres et aigres 
paroles. » 

Mabs. Le lundy 7 mars, le Roy alia au Palais 
accompagne de ses deux mignons [et peu d'autres 
seingneurs et gentilshommes] afin de falre en sa 
presence publier au Parlement de Paris plu- 
sieurs Edits [estans despfeca en la cour ] , 
et qu'elle avoit tousjours refuse de publier, 
pource que c'estoient edits boursaux [tendans 
manifestement k la charge] et oppression du 
pau vre peupIe.Remonstra le Roi par sa harangue, 
qui fast belle et bien faite, la grande charge d'af- 
faires qie les Rois ses predecesseurs lui avoient 
laissee sur les bras, pour ausquelles subve- 
nir il estoit contraint de faire beaucoup d'Edits, 
k la ve>ite* durs et fascheus, et k son tres-grand 
regret ; mais qu'il ne trouvoit encores et n'avoit 
trouve* aucun autre plus aise et prompt moien 
pour y satisfaire ni de plus doux et moins 
onereus k son peuple : partant prioit sa Cour 
vouloir oonsentir la verification desdits Edits, 
suivant ce que plus amplement leur en remons- 
treroit Messire Ren6 de Birague son chance- 
lier l&-present, lequel aussi se levant entra bien 
avant en discours, aussi long et inepte que celui 
du Roi avoit este* court et k propos. Remons- 
tra la necessity des affaires de Sa Majeste, sans 
toutefois en specifier aucune, fors la crainte et 
apparance d'une guerre defensive de pres immi- 
nente. Messire Acchilles de Harlay premier 
President remonstra briefvement, mais ver- 
tueusement la charge qu'apportoit au peuple 
Francois le grand nombre d'Edits que le Roi 
faisoit de jour k autre, et conclud a ce qu'il 
pleust k Sa Mqjeste* de ne prendre l'avis de 
sadite Cour, sur des Edits qui ne lui avoient 
este communiques. Messire Augustin de Thou 
au contraire Avocat du Roy, magnifia la pre- 
sence de Sa Mqjeste, et 1'honneur qu'il faisoit k 
la Cour de la venir voir et seoir en son lit de 
Justice, concluant k la lecture, publication, et 
registration des Edits, lesquels furent publies 
in nombre d'onze de l'expres commandement 
In Roi (lui present) oui et consentant son Pro- 
rareur General, comblen que tous revinssent k 
la manifeste oppression du peuple, et que les de- 
liers revenans de la ferme d'iceux (prise par les 
(taliens) tournassent au proufit des mignons, et 
sncoresplusdeceuxdeGuisequilespoursuivoient 
xix-mesmes, et toutefois soubs main animoient 
e peuple et Ten faisoient crier et tumultuer 
*>ntre le Roy et ses mignons : la Ligue com- 



(15831 l5 , 

men^ant des lore k ourdir k bon escient le mys- 
tere d'iniquite. [Aussi en ces jours furent se- 
mes quelques libelles et pasquils diffamatoires 
qu'on disoit venir de ceste part et entre autres 
un sonnet fait contre la majesty du Roy.] 

L'an present 1 583 , en ce mois de mars, le Roy 
institua et erigea une nouvelle confrairie qu'il 
fist nommer des Penitents, de laquelle lui et ses 
deux mignons se firent confreres, et y fist entrer 
plusieurs seingneurs gentilshommes et autres de 
sa cour, y conviant les plus apparans de son par- 
lement de Paris, chambre des Comptes, et au- 
tres Gourset jurisdictions, avec un bon nombre 
des plus notables bourgeois de la Viile : mais 
peu se trouverent qui se voulussent assujettir 
k la reigle, statuts et ordonnances de iadite 
confrairie qu'il fist imprimer en un Livre, le 
tiltrant : De la Congregation des Poenitents de 
l'Annonciation Nostre-Dame, pource qu'il di- 
soit avoir tousjours eu singuliere devotion en- 
vers la Vierge Marie mere de Dieu : de fait 11 
en fit les premiers services et cerimonies le 
jour de la Feste de Iadite Annunciation, qui es- 
toit le Vendredi vingt-cinquieme mars de l'an 
present 1583, auquel jour fut faite la solennelle 
procession desdits Confreres Penitents, qui vin- 
drent sur les quatre heures aprls midi au Cou- 
vent des Augustins en la grande Eglise Nostre- 
Dame, deux k deux, vestus de leurs accoustre- 
mens tels que des Rattus de Rome, Avignon, 
Thoulouze, et semblables, k sea voir de blan- 
che toile de Hollande, de la forme et facon qu'ils 
sont dessaingnes par le Livre des Confrairies. 
En ceste procession, le Roy marcha sans garde 
ni difference aucune des autres Confreres, soit 
dliabit, de place ou d'ordre : le Cardinal de 
Guise portoit la Croix, le Due de Maienne son 
frere estoit Maistre des cerimonies, et frere 
Emont Auger Jesuiste ( Rasteleur de son pre- . 
mier mestier, dont il avoit encores tous les traits 
et facons ) avec un nomme Du Peirat Lionnois, 
chas£ et fagitif de Lion pour crime [d'atheisme et 
sodomie], conduisoient le demeurant ; les Chan - 
tres du Roy et autres marchoient en rang vestus 
demesme habit en trois distinctes corapagnies* 
chantans melodieusement la Litanie en faux- 
bourdon. Arrives en l'Eglise Nostre-Dame chan* 
terent tous k genoux le Salve Regina en tres* 
harmonieuse musique, et ne les empeseha la 
grosse pluie, qui dura tout du long de ce jour, 
de faire etacheveravee leurs sacs tous perces et 
mouillls, leurs misteres et cerimonies encom- 
mencees. Sur quoi ung homme de quality, qui 
regardoit passer la dite procession,] fist sur le 
sac mouille* du Roi, le suivant quatrain, lequel 
alant est^ fait sur le champ et rencontre^ fort&pro- 



i GO 



UEGISTBE-JOLRNAL 1>£ HENRI HI 



propos fut incontinent seme et di vulgul par tout.] 

Apres avoir pille* la France, 
Et toot son people despouille* , 
Est-ce pas belle penitence j 
De se couvrir dun sac raoullte T 

Le dimanche 27 dudit raois de mars, le 
Roy fist eraprisonner le Moine Poncet, qui pres- 
choit le quaresme & Nostre-Dame, pource que 
trop librement il avoit presche le Samedi pre- 
cedent contre ceste nouvelle Confrairie : 1'ap- 
pelant la Confrairie des hipocrites et atheistes et 
« qu'il ne soit vrai (dist-il en ces propres mots) 
« j'ay este adverti de bon lieu qu'hier au soir, 
» ( qui estoit le Vendredi de leur procession ) , 
» la broche tournoitpour le soupper de ces bons 
» penitens , et qu'apr£s avoir mange le gras 
» chappon, ils eurent pour leur collation de nuit 
>' le petit tendron qu'on leur tenoit tout prest. Ah ! 
» malheureux hipocrites, vous vous mocques 
» done de Dieu sous le masque , et port£s pour 
» contenance un fouet a vostre ceinture? ce 
» n'est pas la , de par Dieu , ou il vous le fau- 
» droit porter : e'est sur vostre dos et sur vos 
» espaules, et vous en estriller t res bien, il n'y a 
» pas unde vous qui ne l'ait bien gaingne. » Pour 
lesquelles paroles le Roy sans vouloir autrement 
parlcr a lui , disant que e'estoit un vieil fol , le 
list conduire dans son coche par le Chevalier du 
Guet en son Abbaie de saint P&re a Melun, 
sans lui faire autre mal que la peur qu'il eust 
y allant , qu'on le jettast en la riviere. Avant 
que de partir le due d'Espernon le voulust voir, 
et en riant lui dist , « Monsieur nostre Maistre, 
» on m'a dit que vous faites rire les gens a vostre 
» sermon ; cela n'est gueres beau : un Predica- 
» teur comme vous , doit prescher pour edifier 
» et non pas pour faire rire. — Monsieur, respon- 
» dit Poncet, sans s'estonner autrement, je veux 
» bien que vous scachies que je ne prcsche que 
» la parole de Dieu , et qu'il ne vicnt point de 
» gens a mon sermon pour rire, s'ils ne sont 
» meschans et atheistes : et aussi n'en ay-je 
» jamais tant fait rire en ma vie comme vous 
» en aves fait pleurer (l). » Response hardie 
pour un Moine a un Seingneur de la qualite 
d'Espernon, et qui pour le temps fust trouvee 
fort k propos. 

[ Le 29 c mars , la riviere de Seine se des- 
borda tellement qu'elle estoit plus haute et en- 
Ale qu'elle n'avoit este en Novembre et Janvier 
prlcedens.] 



(1) Brantome , dans I'eloge de Charles VIII , attribue 
cette aventure au due de Joyeuse. (A. E.) 

(2) Madame de Dampicrre e*tait Jeanne de Vivonne, 



Ledit jour , le Roy fist fouetter a Paris an 
Louvre, jusquesa six vingts, que pages, que 
laquais, qui en la salle basse du Louvre avoient 
contrefait la procession des Pcenitents, aians 
mis leurs mouschoirs devant leurs visages avec 
des trous a I'endroit des yeux, [ faisans la ce- 
rimonie telle qu'ils avoient veu faire aux peni- 
tens de la confrerie du Roy. La mascarade de 
ces gens de bien de pages , nouveaux penitents, 
estoit a ce que disoient ceux qui la virent , asses 
bien dressee et plaisante , hormis qu'elle faisoit 
peur aux petits en fans. Car il sembloit propre- 
ment les voir marcher , allans comme & tastons 
et pas mesures, qu'ils s'accheminassent pour aller 
prendre le Daru]. 

Avbil. Le mercredi 6 avril , madame de 
d'Ampierre (2), m&re de la mareschale duchesse 
de Rais , [sa fille et unique heritiere ] , mourust 
a Paris , aagee de soixante-douze ans. On disoit 
que par son deces sa dite fille avoit amande 
d'elle de trente mil livres de rente, et de deux 
cents mil escus tant en argent que bagueset au- 
tres meubles precieux. 

Le Jeudi Saint, 7 Avril, sur les neuf heures 
dusoir, la procession des Penitents, ou le Roy 
estoit avec tous ses mignons , alia toute la nuit 
par les rues ct aux eglises , en grande magnifi- 
cence de luminaire et musique excel lente, faux- 
bourdonnee. Et y en eust quelques uns, mesme 
des mignons a ce qu'on disoit, qui se fouetterent 
en ceste procession, ausquels on voioit lepauvre 
dos tout rouge des coups qu'ils se donnoient. 
[Sur quoi on fist courir plusieurs quatrains et 
pasquils , sornettes et vilanies semblables, qoi 
furent faites et semees sur ceste fouetterie et pe- 
nitence nouvelle du Roi et de ses mignons, et 
encores qu'elles meritassent pour la plus part 
le feu avec leurs aucteurs, estoient neantmoim 
communes a la cour et a Paris ; signes certains 
d'un grand orage prest a tumber sur un estat] 
En la chapelle des Rattus aux Augustinsi 
Paris, on escrivit ce jour avec du charbon cod- 
tre la muraille le quatrain suivant : 

Les os des pauvreg trespasses 
Qu'on tc pelrat en croix bourguignoone. 
Monstrent que tes hcurs sont passes, 
Et que tu perdras ta couronne. 

| On publia encore a Paris en ce mois dV 
vril 1583 , les quatrains faits par Jan Sibilotk; 
le pasquil de maistre Laurent Testu, penitent, 
et C...., chevalier du guet et capitaine de U 
Bastille a Paris ; un autre sonnet d'un pen* 

veuve de Claude de Clermont , seigneur de Dampterre. 
(A. E.)— Apres la mort de son mari, elle fut ckolsie par 
le roi pour etre dame-d'honuearde U relne Louise. 



ROY DE FRANCE ET DB POLO.NGNE. [1583] 



101 



tnt, en forme de prtere; an aultre de la Vraie 
vnitence ; un aultre jEnigmatique, et un aultre 
rte meschant contre le Roy ]. 

L'onziesme jour d'avril , qui estoit le lende- 
nain de Pasques , le Roi avec la Roine son es- 
ouse partirent de Paris a pied et allerent a Char- 
res et de Ghartres a Gleri , [ faire leurs prieres 
t offrandes k la belle dame reveree solemnelle- 
aent es eglises des dits lieus, a ce que par son in- 
eroession il pleust a Dieu leur donner] la masle 
ignee [que tant ils desiroient]. D'ou ils furent 
le retour a Paris le 24" dudit mois, tous deux 
rfen las [et aians les plantes des pieds bien 
impouHes cTavoir fait tant de chemin a 
)ied ]. 

Le jeudi 14 avril, sur les deux heures apres 
nidi, le seingneur de Moui (l), qui despieca 
echerchoit tous moiens & lui possibles de 
rouver le sieur de Maurevert a son a vantage, 
our , par la mort du dit Maurevert , venger 
a mort du seigneur de Moui son pere , lequel 
nalheureusemeut et traistreusement il avoit tue* 
>res Niort Fan mil cinq cens soixante-neuf , le 
rouvapres la Croix des petits champs vers Sainct 
lenor£ , et le chargeant I'espee au poing , apres 
lie Maurevert eust tire sa pistole inutilement, 
! recula tousjours vers la barriere des Sergens 
evant l'eglise Sainct Honore, et pource qu'il 
rtoit manchot il ne peust tirer son espee pour 
en aider, tellement qu'en reculant estant roi- 
ement poursuivi par ledit seingneur de Moui, il 
»ceust deux ou trois grans coups d'espee, et un 
itre autres dont il fut perc£ par le bas du ven- 
•e jusques a la mammelle gauche, et lui donna 
dit seingneur de Moui ce coup, pource qu'il le 
ensoit arm6 d'un corps de cuirasse, (comraeor- 
ioairement il estoit ) , eombien que lors H ne le 
ist point : et doutant qu'il n'eust a mourir des 
oops qu'il lui avoit donnes , pource qu'il estoit 
xisjours sur ses pieds, reculant et parant aux 
oups incessamment, il le pousuivist jusques au 
uisseau de la grande rue Sainct Honore, ou il 
3 joingnist de si pres qu'il avoit son esp£e sous 
a gorge pour la lui couper, quand l'un des sol- 
iats de Maurevert (car a ce conflict ils se trou- 
erent neuf ou dix de chaque part) mirant de 
art pr£s le dit seingneur de Moui d'un petrinal, 
ui tira le coup de la mort : car la bale ramee 
ntrant par la bouche lui rompist la machoire 
nferieure et la langue, et traversant le cerveau 
ortist par le derriere de la teste et tumba mort 
ans le ruisseau. Le jeune seingneur de San court 
ombattant pour le seingneur de Moui son pa-- 



(1) Claude-Louis de Vaodray , seigneur de Mouy. 
i. E.) 



If. C. D. 



T. I. 



rent et bon ami, y fut blessl d'un coup de petri- 
nal a la cuisse, qui lui rompit l'os et la veine avec 
la bale ramee , et mourust tost apres. Maurevert 
mourust la nuit ensuivant , [regrette de nul, hay 
de tous, mesme les princes , qui vivant l'avoient 
favorise et soustenu de moiens, furent bien aises 
qu'un tel assassin fut hors du monde , pour ce 
que sa mort les delivra de crainte et de charge. 
Le jeune seingneur de Moui, (ores qu'il fust hu- 
guenot) , fust plaint et regrette de chacun a 
cause de sa vertu et valeur, accompagnee d'une 
grande debonnairete , faisant marque du bon 
lieu duquel il estoit yssu. 

En ce mois , Tomponnet , qui avoit fait son 
entree a Paris avec des guestres , estant un pau- 
vre garson de village, que lereceveur de Vigni 
avoit pris pour le servir , apres avoir este long- 
temps son clerc , acheta l'estat de receveur des 
espices de la cour, treize mil escus, qtfondisoit 
estre de grand emolument. Car les ditsreceveurs 
prenoient, par leur institution, trois sols pour 
escu]. 

En ce temps messire Pierre de Gondi, eves- 
que de Paris , eombien qu'il ne fust ne maladif 
[ni goutteux] , ne charge d'aage , demanda au 
Roy tres instalment grdce et permission de 
prendre un coadjuteur en son e\eseh£, [pour 
satisfaice aux charges ecclesiastiques , comme 
de prescher, faire les ordres, oonferer les benefi- 
ces et administrer autres episcopales fonccionsj 
en son dlfaut et absence; et ce, principalement 
pource qu'estant conseiller de Sa Majesty en 
son conseil prive, [il estoit sou vent distrait des 
dites fonctions episcopales pour vaquer aux af- 
faires d'estat, dont elle le chargeoit. ] Et pour 
son coadjuteur nomma le theologien de Sainct : 
Germain , lors chanoine theologal de 1'^glisc 
de Paris et pensionnaire du Roy , pour le fait 
de sa conscience, lequel lui fut accorde par Sa 
Majeste, [et envoia-t-on a Romme pour en avoir 
bulles, qui lui furent baillees] par le Pape, 
bien adverti que le dit Saint- Germain estoit 
homme de grans lettres et de bonne vie et 
doctrines. On disoit que l'6vesque de Paris lui 
donnoit deux mille escus de pension [sur les 
fruits de son evesch£, et que le Roy lui donnoit 
cinq mille lfvres d'autre pension, pour le ser- 
vice de conseil tbeologal , ainsi que dit est ,] et 
que Monsieur de Paris avoit prattiqu6 ceste coad- 
jutorie pour sauver son dit evesche a l'un des 
enfans du roareschal de Rais , son frere, aiant 
opinion que l'un des mignons du Roy le lui vou- 
loit voler et soubstraire. Le dit de Saint-Ger- 
main resigna sa prebende theologale a maistre 
Jean Provost aussi theologien , cure de Saint- 
1 Sevrin , qui laprinst, retenta cum Domini &?- 

1! 



162 



REGISTRE-JOUBNAL DE HENBI III 



vcrini, [ qui estoit de plus grand proufit que la 
prebende]. 

En ce temps , maistre Francois de Rosi&res 
archidiacre de Thoul , subject du due de Lor- 
raine, (1) aiant est6 envoie prisonnier en la 
bastille, par coramandement du Roi, pour avoir 
emploie, en un livre par lui compose sous I'in- 
titulation : Stemmatum Lotharingice ac Barri 
ducum, tomi septem, plusieurs choses r£pu- 
gnantes & la verity de 1'histoire, tant contre 
Thonneur et reputation des rois de France , pre- 
decesseurs de Sa Majeste, que mesrae contre 
Thonneur et la dignity d'icelle , fust ce 26 avril, 
par le chevalier du guet , capitaine de la Bas- 
tille, amen6 pardevant le Roy, assist^ d'un 
grand nombre de princes, chevaliers et autres 
seiugneurs de son conseil prive, ou estant il se 
mist incontinent k deux genous implorant la 
grace et la bont£ de Sa M^'este (2) sur la grande 
offense par lui commise; laquelle encores qu'elle 
ne peust estre reparee que parpunitionde la vie, 
comme lui remonstra en peu de paroles le steur 
de Cheverni, garde des seaux de France, 
neantmoins le Roy a la requeste de la Roine sa 
mere , qui le supplia de lui vouloir pour I'amour 
d'elle et de monseingneur de Lorraine [par- 
donner et user de grace et misericorde en son 
endroit] , lui donna la vie, et lui commandant 
de se lever, lui enjoingnist de demeurer pres mon 
dit seingneur de Lorraine, jusques a ce qu'il eust 
satisfait k ce qui lui seroit declare touchant le 
susdit livre par le president de Guesle, et ses 
avocats et procureur general. Ce beau livre fust 
in-folio imprime a Paris , [par Guillaume Chau- 
dtere ] , Tan 1580 , avec privilege du Roy signe 
Nicolas , contre la Majesty duquel toutefois il 
y avoit des traits injurieus et scandaleus, prin- 
cipalement au feuillet 369 , tome V , ou il parle 

ainsi : 

Et abhinc Henricus apud suos male ali- 
quaniulum audiit. Mox enim Rhemis inunctus 
a Ludovico Gutsy o Cardinale (qudd Ludovicus 
nepos loci Archiepiscopua > cui jus inungendi 
Re gem competit > sacris nondum initiatw 
esset ) Lutetiamque profectus y jam a publico 
rerum statu ut videbatur alienior, domes- 
tical, privataque cum indulgere ccepil, nutare, 
certoque duci persuasu, quae singula gene- 

(1) 11 Itait ne* sujet du Roi. II demanda pardon en pre- 
sence de plusieurs princes et seigneurs, entre lesquels 
6taient le cardinal de Vaudctnont , les dues de Guise et 
de Mayenne. (A. E.) 

(2) {.'Instruction de cette affaire avail commence* des 
les premiers jours de l'annee 1583 ; elle Itait dtrigee par 
deui conseillers en la cour, qui, le 20 Janvier, flrent su- 
bir a Francois de Roziers un interrogatoire dont on lui 



rosum Regem emolliunt et dejiciunt. Au reste, 
le plus inepte et impertinent livre, et le plus 
mauvais advocat de la maison de Lorraine et 
de la Ligue qui ait est£ de ce temps , [faisant 
plus contre eux que pour, et auquel ils devoient 
plustost bailler de 1'argent pour se taire que 
pour parler. ] 

Mai. Le 5 e jour de may, par un orage et 
tonnerre , mesl6 de fouldre , gresle et trem- 
blement de terre espouvantable, le comble de 
la grande gglise de Saint-Julian du Mans fut 
bnile et consomme d'une conflagration mer- 
veilleuse. 

En ce temps, le Roi, comme poenitent rtfor- 
me, (3) remit au clerg£ de France les deux ex- 
traordinaires d&imes qu'il avoit r&olu de lui 
exiger; declara qu'il ne vouloit plus qu'on tinst 
aucuns benefices en garde pour autrui, ne 
qu'on en levast les fruits par oeconomat sans 
aultre tiltre, ainsi qu'ils fussent par le Pape con- 
fers a personnes capables , mesmes qu'il avoit 
d£liber6 de reformer sa maison en tons les estats 
de son roiaume; fit, le 20 du present mois de 
may , crier par tous les carrefours de Paris, a 
quatre trompettes , que tous ses bons et loiaux 
subjets n'eussent a adherer aux rebelles et sMi- 
tieux , lesquels s'ef for^oient rerauer et troobler 
1'estat de son roiaume , soubs ombre des noo- 
veaux subsides et imposts de nouvel mis par lui 
sur son peuple, a son tr& grand regret, [et poor 
subvenir a ses urgens affaires. ] Lesquels il es- 
toit resolu d'abolir et du tout les oster [pour le 
soulagement de son peuple , lequel il vouloit 
descharger, comme il esp&oit le monstrer, en 
brief, par effect. ] 

Le mercredi 25 may , le Roy alia aux Ad- 
gustins , au service de la penitence [en la ma- 
nure accoustumee J , et \k prist conge' de ses 
confreres p&iitens pour quinze jours ou trots 
semaines, et partit de Paris, le vendredi *7 n»y> 
avec ses deux mignons, [alia disner aux bons 
hommes de Migeon , de \k a Saint-Germain-en- 
Laye , et de la fast trouver la Roine sa mere 
a Monseaux, et de Monseaux se rendit a He- 
zieres, ] ou il se fit porter de I'eau pour boirede 
la fontaine de Spas. 

En ce mois , le Roy se despita contre le ma- 
reschal de Montmoranci , gouverneur ou poor 

donna lecture le 1" Wvrler, et il le signa. ( Cette piece 
fait partie de la collection de Brlenne , manuscrits de li 
Bibliotheque du Roi.) Enfln Ton reVfigea on proces-ver- 
bal de ce qui se passa au conseil du Roi le 26 avril , jo» 
ou Francois de Rollers fit amende honorable. (CoW- 
Brienne , t. 232). 

(3) Reformation afTectee et propose par le Roy, mf 
a en voir les effels. (Lestoile.) 



BOY DE FRANCE ET DE POLOiNGNE. [1583] 



1H3 



mieux direroy da Languedocq(i),pour ce qu'fc 
son mandement il ne vouloit ceder son gouver- 
nement au mareschal de Joieuse , pere de sod 
beaa frere ie due de Joieuse, et au lieu d'icelui, 
prendre le gouvernement de lisle de France , 
[que sa Majeste lui offroit] et le menassa de le 
traicter comme desob&ssant [ et refractaire k sa 
volonte ; mais le due de Monmoranci sans s'en 
donner autrement peine remue a bon escient, 
mesnage et se rend si fort , de places de support 
et d'intelligenoes avec les principaux de la no- 
blesse de ces quartiers, ] qu'on ne peult bonne- 
roent lui faire la guerre crainte de pis. 

Cependant le Roi bail la au due d'Espernon 
son archimignon, le gouvernement de Metz, 
Tool et Verdun, avec toute libre administration, 
et fit entendre qu'il les lui avoit engagees pour 
la somme de trois cent mil escus. 

Juin. Au commencement de juing, le due de 
Joieuse partit de Paris par le commandement 
et aux despens du Roy , [ pour faire le voiage de 
Nostre-Dame de Lorette, tant pour lui qui y 
avoit (hit ung voeu pour sa femme malade, que 
pour le Roi et la Roine, qui lui baill&rent aussi 
present pour faire k la belle dame en leur nom, 
et de \k] passer jusques k Romme(2) vers le Pape, 
[qui estoit la principale occasion du voiage] 
pour lui faire quatre demandes , [ dont le Roy 
avoit secrettement charge ledit due de Joieuse, ] 
sen beau-fr&re. Ontenoit que le voiage dudit de 
Joieuse, qui y alloit k trente chevaux de poste, 
reviendroit au Roi k plus de cent mil escus. 

[ En ce mois, la Roine m&re accompagn£e du 
mareschal de Rais et du seingneur de Relievre, 
vient trouver Monsieur k Ghaune , ou elle con* 
fere avec lui , et le reconforte de ses pertes le 
mieux qu'elle peut. Ledit Seingneur aiant tous- 
jours est£, depuis sa d&route d' An vers, en fort 
mauvais estat , et ses affaires bien descousues. 

Juillet. Au mois de juillet , Dunkerque , 
que Monsieur tenoit tousjours , fust assi6ge in- 
continent apres son depart, par le prince de 
Panne , et quinze jours ou trois semaines apres 
rendu. Et eust-on opinion que la reddition en 
Ait faite par intelligence secrette de Monsieur, 
avec le roi d'Hespagne, duquel il toucha de Tar- 
gent , qui kii vinst fort k propos pour la peine 
ou il en estoit. ] 

Aout. Au commencement d'aoust , un ber- 
nardin nomm6 de La Barre (3), [Tolozain], abbe 
d'une abbaye de bernardins sise k cinq ou six 

(1) Ce mar&hal de Montmorency fut d'abord mar6- 
cbal de Damville. Par la mort de son frire Francois de 
Montmorency, il herita da duchl en 1579; il fut conne- 
Uble de France, et raourat en 1614, fort age". 

(2) On rendu a Rome beaucoup d'honneur au due do 



lieues de Toulouze, appeles Foeillens, vinst a 
Paris, oil il prescha devant le Roy, les roines 
et les princes et seingneurs de la court, et en 
quelques autres eglises, ou il futsuivi et admire 
de tous ceux qui ouirent ses predications et en- 
tendirent l'austerit£ de sa vie. Gar il ne mangeoit 
que du pain et des herbes, alloit par les champs 
pieds nuds et teste nue, ne beuvoit que de Teau, 
couchoit ordinairement sur la dure; avoit en 
son abbaye septante ou quatre-vingts religieux, 
f qu'il y avoit introduits], vivans de mesme 
facon , recevoit honnestement et traittoit bien 
ceux qui l'alloient visiter en son abbaye. Apres 
le service fait en sou eglise, travail loit etfaisoit 
travailler tous ses religieus , qui d'un art , qui 
d'un autre, envoioit a Thoulouze vendre ce qui 
pouvoit rester de leurs ouvrages. Et apres en 
avoir pris et retenu ce qui leur faisoit de besoin, 
emploioit les deniers et le surplus du revejiu 
de l'abbaye en bienfaits et ausmosnes, ne rete- 
nant du tout pour lui et ses religieus que ce 
qu'il leur faloit pour leur vivre et accoustre- 
mens necessaires. On disoit que son pere, riche 
marchant, avoit achet£ ceste abbaye pour lui 
estant encores jeune escolier, estudiantA Thou- 
louze , et que parvenu en aage de maturity et 
connoissance, apres le deces de son pere, de 
lais qu'il estoit auparavant il s'estoit fait reli- 
gieus, et alle a Romme a pied, ou s'estant 
prosterne aux pieds du Pape, apr&s lui avoir fait 
entendre la simonie commise par son feu p&re 
[en l'achat de ceste abbaye] , lui auroit remise 
en ses mains, le suppliant tres-humblement d'en 
pourvoir quelque autre personne capable, et que 
le Pape voiant son bon z&le, et averti de sa bonne 
vie et sainte intention , lui en avoit bailie nou- 
velle provision , lui enjoingnant , sur peine [d'i- 
nobedience , de ('accepter et en faire son devoir. 
A quoi il fut contraint d'obeir, et depujs revinst 
en sa dite abbaye , y reformant la vie et mceurs 
de lui et ses religieus , y en introduisaut pour 
dix qu'auparavant ils estoient, le nombre de 
soixante-dix en la forme ci-dessus declaree, 
[ preschant a Thoulouze et aux environs , et ex- 
bortant tous chrestiens k penitence par ses pre- 
dications bonnes et saintes , plaines toutefois de 
bon z&le plus que de doctrine et Erudition. ] Le 
Roy I'aiant fait venir k Paris pour le voir et 
ouir, le voulut retenir pies de lui ; mais le bon 
abbe s'en excusa disant que puisqu'il avoit pleu 
k Dieu et au Saint P&re de le commettre k la 

Joyeuae , qui Itait beau-fr4re du Roi, mais oo ne lui ac- 
cords pas ce qu'il demandait au nom de son maltre. 
A.E. 

(3) Jean de la Barricre , et non pas de La Barrc. 
(A. E.) 



s 



11. 



1til 



BFGTSTHE-JOl'RNAL DE HERRI III, 



garde de sa bergerie de Foeillans, qu'il ne pou- 
voit en saine conscience faire moins , que s'y en 
retournant faire la veille sur son trouppeau. 

Le diraanche 7 aoust, le baron de Viteaux et 

. te jeune Millaud, sur les 8 heures du matin, 

[suivant I'assignation qu'ils s'estoient donnee le 

jour precedent], se trouverent au champ der- 
riere les Ghartreux, [pour demesler la \ieille 
querelle qu'ils avoient], sur ce que MiUaud di- 
soit et maintenoit que ledit Viteaux, proditoi- 
rement et malheureusement avoit tu^le feu sein- 
gneur Mil laud son per e, devant I'hostel de Nesle, 
en Tan 1573. lis combattirent nuds en chemise, 
[sans pourpoint, avec I'espee et la dague], et fust 
tue* Viteaux sur le champ [de bonne guerre, 
sans fraude, voire et justement, comme chacun 
tenoit, pour avoir est6 le meurtrier du pere de 
son ennemi, en presence de plusieurs gentils- 
hommes qui s'y trouverent et les assisterent.] 

Le lundi 8 e jour du present mois d'aoust, la 
roine de Navarre , apr&s avoir demeure* en la 
cour du Roi son frere, 1'espace de dix-huit mois, 
partist de Paris, pour s'accheminer en Gascongnc 
retrouver le roi de Navarre son mari, par com- 
mandement du Roi reiter£ par plusieurs fois, 
hii disant que mieux et plus honnestement elle 
seroit pres son mari qu'en la cour de France, 
oil elle ne servoit de rien. De fait, partant 
ledit jour de Paris, s'eu alia coucher a Pa- 
laiseau, ou le Roi la fist suivre par soixante 
archers de sa garde, sous la conduitte de Lar- 
chant, Tun des capitalizes d'iceux, qui la vinst 
rechercher jusques dans son lit, et prendre pri- 
sonmates la dame de Duras et la damoiselle de 
Bethune, qu'on accusoit d'incontinence et d'a- 
vortemens procures. Furent aussi, par mesme 
moien arrestees le seingneur de Lodon, gentil- 
homme de sa roaison, son escuier, son secre- 
taire, son medecin et autres qu'hommes que 
femmes, jusques au nombre de dix, et tous 
menes a Montargis, ou le Roy lui-mesrae les 
interrogea et examina, sur les deportemens de 
ladite roine de Navarre sa seur, mesme sur 
l'enfant qu'il estoit bruit qu'elle avoit fait de- 
puis sa venue en cour : de la facon duquel estoit 
aoubconne le jeune Ghamvalon , qui de fait, & 
eeste occasion , s'en estoit alle et absent^ de la 
cour. Enfin le Roi n'aiant rien pou desconvrir 
par la bouche desdils prisonniers et prisonnieres, 
les remeist tous et toutes en liberie, et licentia la 
roine de Navarre, sa seur, pour continuer son 
chemin vers Gascon gne; et ne laissa pourtant 
d'escrire de sa main au roi de Navarre, son 
beau-frere, comme toutes choses s'estoient pas- 
sees. Du depuis , le Roi aiant songe & la con- 
sequence d'une telle affaire, [et a ce que le roi 



de Navarre se resouldroit la dessus ( comme il 
ad vinst), de ne la plus reprendre, qui seroit un 
scandale et escorne mdigne de son nom et 
de ses armes, joint que la renomroee en estoit 
ja bien avant espandue jusques avx nations es- 
trangeres,] il fist nouvelles lettres et depesches 
au roi de Navarre, par lesqueiles il le prioit de 
ne laisser pour ce qu'il lui avoit mande de re- 
prendre la roine sa seur, car il avoit apris du 
depuis que tout ce qu'on lui en avoit fait enten- 
dre de ce cost£ la, et ce qu'il lui en avoit escrit, 
estoit faux, [et qu'on avoit par faux rapports 
innocemment charge I'honneur de ladite roine 
de Navarre sa seur ]. A quoi le roi de Navarre 
ne fit autrement response, et s'arrestant aux 
premiers ad vis que le Roi lui avoit donnes, 
qu'il scavoit ccrtainement contenir Yerite, s'ex- 
cusa fort honnestement a Sa Majeste, et cepen- 
dant se resolut de ne la point reprendre. De quoi 
le Roi irrit£, envoia par devers lui monsieur de 
Rellievre, avec mandement expres et lettres es- 
crites et signees de sa main, par lesqueiles, avec 
paroles aigres et piquantes, il lui enjoingnoit de 
ne faiilir de mcttre promptement a execution sa 
volonte. Entre les autres traits qui estoient dans 
lesdites lettres du Roy, cestui-ci en estoit : «Un 
» qu'il scavoit comme les rois estoient subjets 
» a estre trorapes par faux rapports, et que lei 
» princesses les plus vertueuses n'estoient bien 
x> souvent exemptes de la calomnie, mesmes pour 
» le regard de la feue roine sa mere, qu'il scavoit 
» ce qu'on en avoit dit et combien on en avoit 
» tousjours mal parle. » Le roi de Navarre, 
aiant veu ces lettres, se prend a rire, et en pre- 
sence detoute la noblesse qui estoit la, dit a mon- 
sieur de Believre tout haut : « Le Roy me foit 
» beaucoupd'honneur par toutes ses lettres ; par 
» les premieres il m'apelle cocu , et par ses 
» dernieres fils de p Je Ten remereie, • 

[Le mercredi I7 e aoust, un vieil esehevin et 
un conseiller de \111e, allerent trouver la roine 
mere a La Fere, ou elle estoit allee voir mon- 
sieur le due son fils, pour confirmer on iniirmer 
l'election des deux nouveaux eschevins de Paris, 
qui estoient Hector Gedouin, nagueres reeeveur 
des fortifications, et de La Fa, procureur des 
comptes, que le Roy avoit remis a elle, comme 
aiant le gouvernement de Paris et de l'lsle de 
Franoe. Laquelle eleotiou elle approuva.] 

[Le samedi] 27 aoust, l'evesque de Rimini, 
nonce du pape pres Sa Majeste, mourast a Paris 
en l'hostel de Sens ; et tut le diraanche ensoi- 
vant enterr£ au choeur de I'eglise de Nostre- 
Dame de Paris, de nuit, sans aucune c&imo- 
nie, ainsi qu'il avoit ordonne expres par son tes- 
tament. Toutefois, le jeudi ensuivant, par le 



BOY DB FRANCS ET Dfi POLONGSE. [1583] 



10 



nnmandemeut du Roy, on lui fit obseques so- 
•mnelles en ladite eglise de Pari*, ou il estoit 
ihume, k chapelle ardente, choeur tendu de 
rap noir haut et bas, aveq une liste de veloux 
ar le haut sans armoiries. Au service assiste- 
*nt messieurs de la eour du parleraent, des 
&neraux, des aydes, de la chambre des comptes, 
revost des marchans et eschevins de la ville, 
s dues de Guise et du Maine et piusieurs au- 
es seingneurs, quatrevingts pauvres habilles 
e deuil porterent quatrevingts torches ; la ville 
envoia deux douzaines de torches ; les cardi- 
nal de Guise, de Biragues et de Vaudemont, 
lacun une douzaine de torches blanches, ar- 
toiriees de leurs armoiries, lesquels toutefois 
y assisterent ; le theologien de Saint-Germain 
t le sermon funebre, [par lequel il le louangea 
b grandes et rares vert us, dignes d'un prelat 
b sa qualite.] 

Ea ce mois, le Roy, au retour des bains de 
>rbonensis, fist bastir dedans le bois de Bou- 
ogne une chapelle pour oratoire a certains 
>nneaux religieus qu'il uomma Hicronimites, 
squels il vestit de drap bure. 
En ce mesme mois, Sa Majeste rapella Pon- 
t de son abbaye de Melun, et le remit eo sa 
re de Paris, lui enjoingnant d'estre sage k I'a- 
«ir et ne plus prescher seditieusement, et dit 
Roy ces paroles : « J'ay tousjours recongneu 
en ce bon docteur ung zele de Dieu ; mais non 
selon science, dont toutefois je I'excuse bien 
pour ce que I'artifice de ceux qui le mettent 
en besongne, [entendant de ceux de la Ligue] 
passe la portee de I'esprit du bon homrae, qui 
a du scavoir asses, mais de jugement peu. » 
Septembbe. Le 10 septerabre, vindrent a 
iris, en forme de procession, huict ou neuf 
ns qu'hommes, que femmes, que garsons, que 
les, vestus de toile blanche, aveq mantelets 
ssi de toile sur leurs espaules, portans cha* 
aux ou de feutre gris chamarres de bandes de 
le, ou tous couvers de toile sur leurs testes, 
en leurs mains les uns des cierges et chan- 
lles de cire ardens, les autres des croix de bois, 
njarehoient deux a deux, chantans en la for- 
* des poenitens ou pelerins allans en peleri- 
ge. lis estoient habitans des villages [de Saint 
mi] des deux Gemeaux et d'Ussy, en Brie, 
hs la Ferte-Gaucher. Et estoient conduis par 
deus gentilshomraes des deux villages sus- 
s, vestus de mesme parure, qui les suivoicnt 
'.heval, et leurs damoiselles aussi vestues de 
sines, dedans ung coche. [Le peuple de Paris 
xmrut a grand foule pour les voir venans] 
re leurs prieres et offrandes en la grande 
lise de Paris, [esmeu de pitie et commisera- 



tion leur volant faire tels penitenciaux et devo- 
cieux voiages pieds nuds et en longueur et ri- 
gueur des chemins.] lis disoient avoir este meus 
k faire ces penitences et pelerinages pour quel- 
ques feus apparans en Fair et autres signes, 
comme prodiges veus au ciel et en la terre, 
mesme vers les quartiers des Ardennes, d'ou 
estoient venus les premiers tels pelerins et peni- 
tens, jusqu'au nombre de dix ou douze mille, k 
Nostre-Dame de Reims et de Liesse, pour mes- 
me occasion. 

Les 19 et 20 dudit mois de septembre, cinq 
autres compagniesdesemblablespenitens et pe- 
lerins vestus et accommodes, chantans et mar- 
chans de mesme facon que les precedens et 
pour mesme occasion, [habitans des villages et 
bourgs de Creci, Vil lemarceil Saint-Gere, Jouarre 
et autres lieux de la Brie et de Roissi en France,] 
et firent leurs prieres et offrandes k la Sainte- 
Ghapelle, a Nostre-Dame et k Sainte Genevieve; 
{en piusieurs autres endroits de Brie > Champa- 
gne, Valois et Soissonnois, se firent de piusieurs 
villages pareilles peregrinaeions et processions 
de lieu & autre, en grande devotion, pour mesme 
occasion, et encores k ee qu'il pleust a Dieu et k 
Nostre Seingneur, par Tintercession de la glo- 
rieuse vierge Marie, sa mere, que ces bonnes 
gens alloient prians et invoquans par leurs can- 
tiques et oraisons, appaiser son ire et preserver 
le pauvre peuple] de la contagion de la peste, 
qui fust aspre et grande par tout ce roiaume, 
noromement k Paris et aux environs, tout au 
long de Tautomnc. 

Octobbb. Le 5 octobre, le Roy aiant passe k 
Cleri et * Chartres, ou il fist ses prieres [et of- 
frandes a la belle dame], arriva k Paris, et le 
lendemain s'en alia a Limoux, voir le due de 
Joieuse son beau-frere, qui y estoit malade, et 
apprendre de lui quelle response il avoit euc du 
Pape, sur les quatre chefs de sa demande; qui 
lui dit, que pour le regard du premier chef, le 
Pape lui avoit respondu qu'il ne pouvoit accor- 
der aucune alienation du temporel de TEglise, 
pour ce que le Roy ne faisoit ne guerre n'autres 
frais pour l'Eglise ; et que tout ce qu'il en avoit 
dernierement vendu, a son grand regret et dout 
il se repentoit de la permission qu'il lui en avoit 
donnee, avoit este inutilement despendu et em- 
ploie en presens que le Roi en avoit faits k deux 
ou trois de ses favoris, pour les avancer en biens 
et estats. Quant au second point, qu'il ne pou- 
voit ne devoit excommunier le due de Monmo- 
ranci, mareschal de France, comme rebelle k 
son prince, pour ce que l'Eglise n'a pas acoous- 
tume de s'empescher de la rebellion que font 
les sujets k leurs princes^ 9'jl ny va du fait de 



166 



BKG1STBE-J0UBNAL DE HKMll III 



la religion. Que le due de Monmoranci estoit 
His d'un pere et d'une mere notoireraent bons 
catholiques , apostoliques et rommains , et lui- 
mesme aussi bon et entier catholique. Au troi- 
siesme : qu'il ne pouvoit bailler auRoy la ville 
d'Avignon, et le comtat de Venisse pourle mar- 
quisat de Salusses, qu'il lui offroit en contr'es- 
change, pour plusieurs raisons a proposer en 
temps et lieu. Au quatriesme : qu'il aviseroit de 
bailler un chapeau de Cardinal a Parchevesque 
de Narbonne son frere, par I'avis des cardinaux 
ses freres, a la premiere opportunity en la fa- 
veur du Roi et de lui, qui Ten avoit prie. 

Environ la mi-octobre, un gentilhomme gas- 
con [du quartier d'Agennois],nomm£ LeMesnil, 
qiii estoit a Monsieur, frere du Roi, accompagn6 
de trois soldats ses serviteurs, coupa la gorge, 
pres Monluel, a un courrier allant en Italie, et 
au postilion, qui le conduisoit, et portoit ledit 
courrier la valeur de trente mil escus en perles 
et argent comptent, qui lui furent ostes et empor- 
tes par ledit Du Mesnil et ses gens, qui furent 
par le prevost des mareschaux de Lion, [adver- 
tis de ce vol], chevalles jusques a Paris, ou lis 
se vinrent rendre , charges de vingt mil escus 
pistolets, qu'ils avoient ostes audit courrier, aveq 
iesdites perles, et estans apprebendes, [ leur fut 
fait leur proces par les prevots des mareschaux 
de Paris et de Lion, qui en avoient ensemble 
fait la prise, assistes de certain nombre de presi- 
diaus de Ghastelet, sui vant l'ordonnance ] , les- 
quels, le samedi 2D octobre, les condamnerent 
tous trois a estre roues en Greve ; mais 1'execu- 
tion en fust, pour ce jour surcise, par le com- 
mandementdu Roy, auquel ledit Du Mesnil di- 
soit vouloir parler a part [ et en secret pour lui 
dire des choses qui touchoient sa vie et son estat. 
lis avoient confesse le vol et les meurtres, et 
s'estoit ledit Du Mesnil efforce d'excuser sur ce 
qu'il disoit que, le Roy avoit donne a M. le Due 
son frere, la confiscation des deniers qui seroient 
trouves transported hors du roiaume, contre ses 
ordonnances, que Monsieur, lui avoit bailte la 
commission de decouvrir et arrester ceux qui en 
transporteroient. De fait qu'il y avoit long-temps 
qu'il sejournoit a Lion a cest effait, et qu'il en 
avoit bien descouvert d'autres, lesquels toute- 
foisil n'avoit peu arrester ne prendre, et qu'en 
fin il avoit fait si bon guet sur ce dernier cour- 
rier, qu'il l'avoit surpris avec lesdits deniers. 
Et a ce qu'on lui repliquoit, que sa commission 
ne portoit pas permission de tuer, respondoit 
qu'il avoit este 1 necessite de tuer lesdits courrier 
et postilion, pour sauver sa vie, d'autant qu'il 
estoit bien asseure que s'il les eustlaisses retour- 
ner a Lion, ceux qui avoient bailie lesdits de- 



niers, les eussent fait suivre en toute diligence 
et tuer sans remission, ou les aiant tues il fai- 
soit son compte que lesLionnois ne pouvans estre 
sitost avertis, leur donneroient loisir de pouvoir 
venir trouver Monsieur, lit part ou il seroit 
comme estoit leur dessein, et se sauver entre ses 
bras en lui portant lesdits deniers. J Le Roy , 
apres avoir oui et parte audit Du Mesnil , fist 
commuer la peine des deux serviteurs soldats, 
qui estoient condamnes & estre roues, & estre 
pendus et estrangles , [ et furent pendus aux 
hales, le 5 hovembre]; et Du Mesnil, le plus 
coupable de tous, fut envoie en la bastille avec 
charge au capitaine de lui f aire bon traictement, 
et ordonne que les deniers seroient mis entre 
les mains du tresorier de l'espargne, en atten- 
dant que quelcun les vinst advouer et rede- 
mander. 

Le dimancbe 30 octobre,le theologien de Saint- 
Germain , coadjuteur de I'evesque de Paris , 
fut solennellement sacre evesque de Cesaree. 

Novembbk. Le mardi l er novembre , jour 
et festede Toussaints, [sur ce que I'evesque de 
Paris avoit pris un coadjuteur en sa charge, et 
s'en estoit desmis sur le theologien de Saint-Ger- 
main,] on afllcha aux portes de la grande eglise 
de Paris, [et en plusieurs autres endroits dela 
ville,] ce qui s'ensuit, [imprimeen gros canon J: 

Vejaneus, armis 

Her cults ad postern ftxis t latet abditus agro. 

Ge qui fust trouve aussi inepte et mal a pro- 
pos comme avoit este trouve bon ce qu'avoit dit 
nostre maistre Poncet , preschant le quaresme 
dernier dans Nostre-Dame , [ ou estant tumbe 
sur le propos des ^vesques qui se demettoient de 
leurs charges sur d'autres, ] dist en ces termes: 
« Penses-vous, Messieurs, qu'aux eglises cathl- 
» drales comme celle-ci , on baillast la chaire i 
» des moines pour y prescher ? Non , non , e'es- 
» toit I'evesque lui-mesme qui en faisoit l'offiee 
• et qui y preschoit, autrement on eust tres 
» bien depos£ monsieur I'evesque comme indi- 
>• gne de sa charge et insufflsant; maisailesleor 
» dire et remonstrer aujhourdui , je croi qolb 
» vous renvoirront bien ; ils sont bienempescbes 
» ailleurs ; il faut songner de la maison non de 
» celle de Dieu , comme faisoient ces bons eves- 
» ques du temps passe, mais de la nostre. [D 
» faut faire des provisions , le bois est cher. ] » 

[ Le dimanche 13 ] novembre , le prevost de 
I'hostel et ses archers , prirent k Paris prison- 
nieres cinquante ou soixanteque damoiseiles(l), 

(4) Damoisellos dc Paris , emprtsonn&s pour lean 
acquets et babiolci . (Lestoile.) 



BOY Di FHANCE £T DE POLO.NGNE. [lo83] 



167 



que bourgeoises, oontrevenans en habits et ba- 
gues a I'edit de la reformation des habits, sept 
ou huit mois auparavant publie ; et les consti- 
tuerent prisonnieres au fort 1'Evesque et autres 
prisons ferm&s , ou elles coucherent , quelque 
remonstrance et offre de les cautionner et paier 
les amandes encourues que peussent faire les 
parens et maris, qui fut une rigoeur extraordi- 
naire et excessive, veuque par l'6dit il n'ygissoit 
qu'une amandep£cuniaire. Mais il y avoit en ce 
fait un tacit commandement et consentement 
da Roy, qui ferma la bouche aux plaintes qu'on 
en vouloit faire. Les jours ensuivans , les com- 
missaires de Paris donnerent assignation a plu- 
sieurs personnes contrevenans k cest £dit, et ce 
pardevant le lieutenant civil , qui en condamna 
plusieurs en amandes [ plus grandes ou moin- 
dres], selon la quality des personnes et de la 
contravention. 

Le jeudi 24 novembre,mourust messire Ren£ 
de Riragues , cardinal du saint-siege apostoli- 
que, chancelier de France, aage de soixante- 
seize ans , en la maison priorale du couvent de 
Sainte-Catherine du Val-des-Escoliers a Paris. 
Mort , il fut mis sur un lit de parement, vestu 
en cardinal premi&rement , puis en 6vesque , 
aiant sa coule et son chapeau de cardinal k 
ses pieds , d'un cost£, et de I'autre son habille- 
raent de poenitent aveq la corde, la discipline et 
le chapelet, ou il demeura [huit] jours, visits 
k grand foulle de tout le peuple de Paris. 

Ce chancelier estoit Italien de nation et de 
religion , bien entendu aux affaires d'estat , fort 
pen en la justice; de s£avoir,n'en avoit point a 
revendre, mais seulement pour sa provision, en- 
cores bienpetitement; au reste, liberal , volup- 
tueus , homme du temps , serviteur absolu des 
volontes du Roy , aiant dit souvent qu'il n'es- 
toit pas chancelier de France , mais chancelier 
du roi de France, ce que son successeur asceu 
eooores mieux prattiquer que lui ; car il mourust 
pauvre pour un homme qui avoit longtemps 
servi les rois de France, n'estant aucunement 
ambitieux et meilleur pour ses amis et servi- 
tears qae pour soi-mesrae. II disoit , peu aupa- 
ravant son d&&, qu'il moufoit cardinal sans 
tittre,prebstre sans benefice et chancelier sans 



Le vendredi 25 de ce mois, adviust au disner 
da Roy que monsieur Du Perron (1), grand dis- 
coureur [ et philosophe ], et que le Roy oioit vo- 
kmtiers , [ comme faisant cas de son esprit et de 

(1) Jacques Davy du Perron, depute 6 vtque d'Evreui, 
arcbeveque de Sens , cardinal et grand aumonier de 
France , ne* a Saint-Ld en Normandie , le 25 novembre 
1556 , mort a Paris le 5 septembre 1018. (A. E.) 



sa m&noire,] fist un brave discours contre les 
atheistes et comme il y avoit un Dieu, et le 
prouva par des raisons si claires , evidentes et a 
propos , qu'il sembloit bien n'y avoir lieu aucun 
d'y contredire; a quoi le Roy monstra qu'il 
avoit pris plaisir et Ten loua. Mais Du Perron 
s'oubliant, [comme font ceux de son humeur 
que le plus souvent la presumption et vaine 
gloire transported et esblouissent , ] va dire au 
Roy : « Sire , j*ai prouve aujhourdui , par rai- 
» sons trfcs bonnes et Evidentes, qu'il y avoit un 
» Dieu ; demain, Sire, s'il plaista Vostre Majesty 
» me donner encores audience , je vous monstre- 
» rai et prouverai par raisons aussi bonnes et 
» evidentes qu'il n'y a point du tout de Dieu (2). » 
Sur quoi le Roy entrant en colore , chassa le dit 
Du Perron, et l'apela meschant, lui defendant 
de se plus trouver devant lui , ni comparoir en 
sa presence. [ Geste juste colere et indignation 
du Roy agrea merveilleusement aux gens de 
bien , et a-t-on remarque ce trait pour un des 
meilieurs et des plus chrestiens que le Roy ait 
faits en sa vie. ] 

Le lundi 28 novembre, ce Du Mesnil , qui na- 
gueres avoit este resserr6 en la bastille par 
commandement du Roy , [ deplaisant de tenir 
si longue et estroicte prison, ] brula la<ouit , 
avec lapaille de son lit et ce qui peust recouvrer 
de bois , la porte de son cachot , duquel sorti 
print la corde du puis estant a la court , [monta 
dessus la terrasse de la Bastille, au plus haut, at- 
tachale boutdeceste corde a une roue d'artille- 
rie , ] et l'alongea d'une autre forme de corde 
faite de ses draps, de sa coitte, de sa paillasse, et 
de sa couverture de son lit, etse d6vallant dans le 
foss£, la corde se trouvant courte se laissa tum- 
ber en bas, et demeura accroch^ par I'espaule a la 
pointe d'un barreau du treillis d'une fenestre , 
d'ou criant,fut secouru et remis en la prison, ou 
il futdepuis plussoingneusement gard^. [11 disoit 
vouloir alien parler au Roy, lors estant a Saint- 
Germain-en-Laye, et qu'il s'asseuroit que le Roi, 
1'aiant oui, lui donneroit sa remission, ou abo- 
lition, et le remettroit en sa liberte.] 

Dkcembbe. Le mardi 6 de decembre , mes- 
sire Ren^ de Biragues , cardinal et chancelier 
de France , fut magniflquement enterri en sa 
chapelle du couvent de Sainte-Katherine. Les 
princes de- la maison de Bourbon et de Guise 
menoient le deuil , suivis des cours de parle- 
ment , des aydes , de la chambre des comptes , 
des 61eus et autres, des provost des marchans, 

(2) Le Roy, offense* du tort fait a l'honneur de Dieu 
(ce qui est fort rare en des princes) , chasse du Perron , 
et fait en cela Toffice de roy tres-chrestien. (Les- 
(oile. ) 



108 



RRG1STBE-J0URNAL DB HENRI HI, 



eschevtns, et conseillers de ville et de PUniver- 
site de Paris. Ce fut le premier de la roiale con- 
frairiedes Penitens qui mourust, fust enterr6 et 
porte par eux. De fait, ils assisterent a son con- 
voi et enterreraent en ieurs habis et en bon or- 
dre; le Roy raesme, costoie du ducd'Espernon, 
son archi-mignon, y assista en son habit de poe- 
nitent et en grande devotion ; messire Renaud 
de Reaune , archevesque de Rourges , nagufcres 
evesque de Mendes et chancelier de Monsieur , 
fr&re du Roy, fist et prouoncea Toraison fun^bre, 
par le commandement de Sa Majeste , dont il 
s'aquitta au contentement d'icelle et de beau- 
coup de ceux de 1'assi stance. 

[ Le 1 3 de dtaembre advinst a Paris un grand 
et impetueux tourbillon de vent , qui dura avec 
effroi bien deux bonnes heures, tant il estoit ve- 
hement. Sur lequel, trois ou quatre jours apres, 
oourust & Paris la suivante prediction , soubs le 
nora des buguenos. Soit qu'elle fust desguisee et 
qu'on la fist parler leur langage, pour de plus en 
plus les rendre odieux au Roy (ce qu'ils ont 
tousjours maintenur) ; soit qu'elle procedast de 
leur part, estans la pluspart d'iceux bons 
coustumiers de s'aider k tromper en telles af- 
faires : de quelque cost6 qu'elle vinst, elle es- 
toit aussi sotte et ridicule, que maligne et s&li- 
tieuse. 

« Prediction (amuse-badaus) surle tourbillon 
de vent advenu a Paris, en cest an 1583, le 
Id de decembre. 

» Leseglisesde France seront dissippees par- 
tout ou la puissance du Roy s'estendra; et Dieu, 
suivant sa parole, frappera les pasteurs, et le 
trouppeau sera espars, a cause du mcspris de sa 
parole. 

» Le fondement de cest estat sera presque 
esbranl6,&S9avoirla loy salique, mais les piliers 
ja disjoints, comme dit le prophete, seront enfin 
de Dieu rejoints. 

» Herodes et Pilate s'accorderont pour persecu- 
ter Christ, et se faire grands; mais il leur mons- 
trera (comme dit le prophete) que ce n'est d'o- 
rient ni de septentrion que vient l'exaltation, ni 
la grandeur d'homme vivant; ains qu'il hausse 
et baisse chacun selon son degre. 

» L'Alemagne branlera et viendra marcher sur 
les grasses campagnes des fleurs de lis, pour an- 
noncer aux gens de bien, voire aux plus petits, 
leur delivrance du joug insupportable fait aux 

(1) Charles, cardinal de Bourbon, archeveqtiedeRouen, 
abbe* de Saint-Denis , de Saint-Germain-des-Prta , de 
SainlrOuenetdeSainte-Catherine de Rouen, d'Oscamp, 
quatrieme Gls de Louis I prince de Condi. (A. E.) 



consciences. Et lors malheur et malheur au* 
prebstres et a Ieurs messes. 

» Dieu done, abaissant la come des meschans, 
qui ne parleront plus si gros qu'ils faisoient , 
fera qu'ils seront mis en routte , et ne pourront 
les inhumains pour combattre trouver leura 
mains. Et puis vendangeant les espies des rois, 
fera cesser la guerre en cassant tous Ieurs appa- 
reils,*escus et harnois, et monstrant ses falts plus 
terribles que les meschans ne sont horribles. 

» La paix se fera par un interim, etpreschera- 
t-on la parole de Dieu plus que jamais en Fran- 
ce. Et bref, ce qui est pr&Lit 6s psalmes 75 et 76, 
adviendra : car Dieu viendra trousser le reste 
des fureurs, et fera boire k tous les furieux jus- 
ques a la lie de son vin tout rougissant d'ire. Et 
lors malheur et de rechef malheur aux aucteurs 
de la guerre, et a celul dans le nom duquel se lit 
vilain herodes ( Henri de Valois); car ses oeu- 
vres detestables^ a l'endroit des Innocens , re- 
tumberont enfin et tout-&-eoup sur lvi : au lieu 
duquel Dieu suscitera des rois protecteurs et 
p^res nourriciers de son Eglise. 

»Ungconcile libre se tiendra a Lion, ou autre 
cite assise sur deux fleuves, environ le mois de 
may, oil le clerge sera reform^, et le pape chasse 
hors de Romme, suivant ce que jadte en pr&lit 
Michel Nostra-Dame en ces vers : 

Rommain pontile , garde-toi d'approcher 
Pres la cite" que deux fleuves arrose : 
Ton sang yiendras aupres de la cracher 
Toi et les tiens, quand fleurira la rose. » 

La veille de Noel, Monsieur fist prendre et 
constituer prisonnier k Chasteau-Thlerri, ung 
soldat qu'on disoit avoir estetrouve au chasteao, 
garni d'une pistole char gee, en intention d'ou- 
trager ledit seingneur due; mais enfin fut trofite 
que e'estoit une feinte entreprise apostet par 
deux rustres matois de Paris, en intention d'en 
retirer de la bourse de mon dit seingneur quel- 
ques escus, comme ils firent : car ils en avoient 
bon besoin; mais charges de la fourbe par le 
soldat prisonnier, furent pris et leur procfes fait 
L'un estoit nomme Dentart et l'autre Sauvage, 
et furent par arrest de la cour tous deux pendus 
en Greve, le samedi I2 e may 1584.] 

En ce mois, lepape feit dix-sept cardinanx, 
deux de chaque nation estrangere ; dont les deux 
Francois furent monsieur de Rouan (1), fr&re da 
prince de Conde, et l'archevesque de Ntf- 
bonne (2), frere du due de Joieuse. II fist aussi 
cardinal Couterel, dataire de Sa Saintete , An* 



L'archev6que de Narbonne eHalt Francois de 
Joyeuse, fils de Guillaume , marlchal de France. II est 
rnort doyen des cardinaui. (A. E.) 



BOY. DB FBAHCB BT DB POLONGNE. [l584] 



169 



naissance, consequemment Francois de 
lais qui estoit demeurant dans Romme 
ente ou quarante ans, et par ainsi ita- 
wt-a-fait, et qui sont les pires. 
i fin de ce mois ie seingneur d'YoIet , 
ome servant du roi de Navarre, vinst a 
aver ie Roy pour supplier Sa Majesty, de 
■ son maistre, de vouloir faire lever de la 
azaset autres iieux voisins, les garnisons 
areschal de Mattignon y avoit raises, 
ine-mere lui parla et se piaingnist fort 
ais traittement que recevoit sa fille du 
e Navarre , enjoingnant au dit d'Yolet 
re le roescontentement qu'elle en avoit 
; plain de paroles aigres et fascheuses, 
lees de menasses au cas qu'il ne la re- 
quoi ledit d'Yolet fist response asses 
nt : « Qu'il les feroit entendre a son 
3, mais qu'il le connoissoit pour prince 
se manioit pas a coups de baston. » 

1584. 

sb. Le premier jour de Tan 1 584, le Roy 
tmelle ceremonie deson ordredu Saint- 
o convent des Augustins a Paris, en la 
iccoustumee, et fit dix-neuf nouveaux 
•s. Le lendemain, leur donna a chacun 
is pour leurs estrennes], et le jeudi en- 
it alter ses hieronimites au bois de 
s, s'installer au couvent qui souloit 
nt estre des minimes, dedans l'enclos 
s. 

l] Janvier, le Roy aveq les conseillers 
tnseil d'estat et autres, mandes par lui 
etourna a Saint-Germain-en-Laye con- 
reformation (1) qu'il disoit vouloir faire 
es estats, commenceant a ses officiers 
>bbe longue que de robbe courte, dont 
ha un grand nombre, au mescontente- 
plusieurs, qui avoient achete leurs es- 
stans casses] n'en estoient point rem- 
it en vouloit singulierement a ses tr£- 
gens de finances, qu'il tenoit pour lar- 
ires, en quoi il y a apparance qu'il ne 
>it pas. De fait, tost apres il leur fist 
proems, Irigeant une chambre expresse 
ffait, que l'on apela chambre roiale, 
le Ghastillon, comme devant, fust pro- 
iRoy. 

ce qti'on appelle ('assembled de Saint-Ger- 
fit de grands projetsqui ne furent point ei£- 
S.) 

harangue fait partie du Recueil des curiosi- 
>ile, n° 1, ou ce morceau est rapporte* textuel- 

B100. 

nt une longue negotiation a ce sujet avec le 



[En ce mois, M. de Pibrac fut envois vers 
le Roy et lui fit une harangue (2) de ia part du 
roy de Navarre, sur 1'affront (3) fait a la dite 
roine, par le roi Henri HI, son frere, au sortir 
de Paris. 

Fbvbieb. Le 7 febvrier, le Roy aprfcs avoir 
veu la foire Saint-Germain s'en retourna a Saint- 
Germain-en-Laye pour continuer la reformation 
des estas de son roiaume, et y revinst le sa- 
medi ensuivant pour faire le carneval, ou il 
fist bresche a la penitence des penitents et hiero- 
nimites, dont il estoit confrere.] 

Le ll e febvrier, Monsieur arriva de Cha- 
teau-Thierri en poste a Paris, [ouil se donna du 
bon temps avec le Roi, son frere, ces trois jours 
de carneval.] La Roine, sa mere, le fist loger 
avec eile en son logis des Filles Repenties, ou 
se bien veingnerent le Roi et lui, aveq bel et 
moult gracieux acceuil, [et toute demonstration 
de bienveuil lance depart etd'autre; pleurerent, 
s'entrebrassant, comme aussi fist la Roine leur 
mere, qui les fist s'entrebrasser par trois fois.] 

Le jour de quaresme-prenant venu, lis alle- 
rent de compagnie suivis de leurs mignons et 
favoris, par les rues de Paris, a chevai et en 
masque, desguizes en marchans, prestres, avo- 
caseten toute autre sorte d'estat, courans a 
bride avallee, renversans les uns, battans les 
autres a coups de bastons et de perches, singu- 
lierement ceux qu'ils rencontroient masques 
comme eux, pource que le Roi vouloit seul avoir 
ce jour privilege d'aller par les rues en masque. 
Puis passerent a la foire Saint-Germain, pro- 
rogue jusqu'a ce jour, ou ils firent infinies inso- 
lences, et toute la nuit jusqu'au lendemain dix 
heures, coururent par toutes les bonnes com- 
pagnies et assemblees qu'ils sceurent estre a 
Paris. 

Le premier vendredi de caresme, le Roy fist 
aller les confreres penitens des Augustins aux 
Minimes deNigeon, en procession, deux a deux, 
en leurs habits de penitens, chantans bien de- 
votement et quelquefois bien piteusement pour 
le mauvais temps qu'il faisoit. 

Le 20 febvrier, l'ereccion de la chambre 
roiale et lettres d'icelle pour faire les proces 
des tr&oriers, furent publiees et homolognees 
en la cour de parlement de Paris ; et commen- 
cerent les commissaires a faire les proces des 
tresoriers Habert et Jaupitre. 

Rof ; et les personnages charges par le roi de Navarre de 
nlgocier au sujet de lafTront fait a la relne sa ferame, en- 
trctinrent une correspondance sulvte avec lui. Tous les 
details de cette affaire nous ont e*t^ conserve's dans les 
pieces manuscrltes de la Bibliolbetjuedu Roi, Collection 
BrittinG, 



BEGISTHE-JOUHNAL DB ) 



[Le 3 1 febvrier, Monsieur, frere da Roy, s'eu 
retourna a Chasteau-Thierri. On disoit qu'a 
ceste entreveue le Roi 1'avolt gratifle d'un pre- 
sent de cent mil escus, qui Ini feroient plus 
grand bien que les collations de Paris et de 
madame de Sauve, qui I'avoient trop eschauf- 

Mabs. Le 2* jour de mars, second vendredl 
de quaresme, les pcnitens, precedes des mini- 
mes et capussins, allerent processionnellement 
aux sept eglises ordonnees par la nule du pape, 
obtenue a la priere de la Reine-mere [ du Roy 
pour les stations et indulgences dont les deux 
esurient les Minimes et Nostre-Dame de Bou- 
longne,] parti rent des Augustins a hnit heures 
du matin, et y revinrent a six heures du sotr. 
Le Roy y estoit en personne, [arec ses confreres 
penitens, six desquels marcnolent pieds nuds 
devant la crolx, en grande apparence de devo- 
tion. ] 

Le 6" jour de mars, le Roy estant au consell 
en son chasteau du Louvre, entra en grande 
colere centre le chevalier de Seure, grand prieur 
de Champaigne, jusques a lul donner des coups 
de poing et de pied, pource que, comme il est 
haut a la main et furieux en sa colere, il avoit 
dit a Milon, seingneur de Videville, premier 
intendant des finances, qu'il estoit un larron et 
assassin du peuple de France, d'aillcurs par trop 
afflige, I'aiant charge de huit millions d'escus, 
sous couleur de paier les debtes du Roy, qu'il 
disoit monter a ladite somme, combien qu'elles 
ne mont assent qu'a cinq millions, [et par ce 
moien surcbargeoit furtivement le pauvre peu- 
ple de trois millions] ; et au Roi, survenant sur 
ees propos, osa encores dire : ■ Sire, vous saves 
» bien ce qui en est ; - et lul aiant respondu le 
Roy qu'il ne s'en souvenolt point, [fust d'abon- 
dant si temeraire que de repliquer hautement 
et supcrbement] : ■ SI vous voules mettreia main 
» sur la conscience, Sire, vous saves ce qui en 
■ est. ■ Ce que le Roy [ne prenant pas d'ail- 
lcurs plalalra ouir de tels propos] print pour 
line forme de dementi, et par une prompte co- 
lere mist la main sur ledit chevalier, 1'excedant 
ainsi que dtt est, et plus avant eut passe son 
courrous (t) et ma! talent sans le due d'Esper- 
non, ami audit chevalier, qui remonstia au Roy 
qu'il n'estoit scant a un grand prince comme 
lui , d'user de main mfse a 1'endroit d'uti sien 
subjet ; duquel il pnuvoit chastier les temerf 
tes et forfaftures par la vole de la justice qui 
estoit en sa main. 

(l)Onadllquelc Roi wait tire Vipie pour liter ce 
chevalier, et qu'il en ful cmpecM par levequc de Paris 

(A- EO 



Le vendredl 9 mars , le Roy partist de Paris 
ponralleren volage a Nostre-Dame deChartres 
et & Nostre-Dame de Clerl ; lesquels voiages II 
list a pied , accompagne de quarante sept frerea 
pcenitens des plus jennes et dlspos poor bien 
oiler a pled , et tout du long de leur volage 
porterent tousjours par les champs leurs habits 
de pen! tens. 

[ Environ ce temps , la Roine mere du Roy 
list marche avee Hierome de Gondi , de la mai- 
son nonvellement par lui bastie aux fouxbourgs 
Saint-Germain-des-Pres, pour la somme de 
deux cens mil livres, et I'aehetoft pour M. le due 
sonflls;"desseingnant i'agrandlr et accomoder 
de la matson contlgue de Corbie, qui fut a 
I'italien Baptlste Tireloy ; mais le marche ne 
sortist a son effait , a cause de la moil dudit 
seingneur due peu apres survenue. ] De fait , le 
14 mars, elle partist de Paris en diligence pour 
aller a Chasteau-Thierri, voir ledit seingneur 
due son ills , grievement malade d'un flux de 
sang, coulant par la boucheet le nes. 

[Le lundi 32 mars, le Roy revient desoo 
pelerinage de Nostre-Dame de Cleri et dt 
Chartres, et disna aux Chartrens, bien lasde li 
longue traitte qu'il avoit faite le mercredi pre- 
cedent, estant venu a beau pied de Touri disntr 
a Estampes et coucher a Longumeau.] 

Anjorrant, doien de la cour , aage de quant 
vingtsans et plus, mourust le samedi de Pasqw 
florles 34 de ce mois , sur le soir d'une mart 
subite, [bien conveuante a son aage, aiant 
este le matin et I'apres disnee dudit jour au 
Palais.] On disoit que son clerc, sa male et lui 
(qui en M avoient tous trois autant I'un que 1'autre) 
eussent bien fouroi deux cens ans. 

En ce mesme mois de mars Le Sueur, Du Pi* 
et Vignolles, tous trois conseillers de la cour. 
mourn rent. Le Sueuren la ville de Troiea, on •' 
estoit demeure malade aux grands jours, Du Pw 
et Vignolles en leurs maisons de Paris , a vingt- 
quatre heures 1'unde I'autre. Le palaistenottU 
Sueur pour une beste, Du Puis pour athee etVi- 
gnoles pour un yvrongne. 

Lejeodi saint, 39 mars, le Roi sur le soir 
fit sa procession des Poenttens a la mode aceoofr 
tumee, visitant les eglises de Paris toute lanait; 
une autre bande de Pcenitens vestus de toile 
bleue, calendree en la forme des autres, *n 
nombre de septante ou quatre vingts, la plus 
part nuds pi eds , fit aussi sa procession a part Is 
mesme nuict, en pareille ce>lmonia que «a 
blancs e* avert fort bonne et harmonleuse mn- 
sique. ] 
Le iendemain , jour du Vendredl Saint, p»' 



BOY DE FRAiNC£ £T 1>E POLO NO WE. [1584] 171 

a coustuine de faire aux grans seigneurs. ] 

Le 18 avril, lesjeunessQingneurs.de Gerzey, 
en Anjou , et de Mouchi en Picardie , s'entre- 
tuerent an Pre aux Geres, [demeslans une 
legere querelle. ] 

Leditjour, au Roussey pres Estampes, le 
medecin Malmedy, y estant, se couppa la gorge, 
se precipita et tua ; outre' de desplaisir et deses- 
poir a cause des grans debtes dont il estoit acea- 
bl6, au moien des fermes qu'il avoit prinses 
du Roy et des grandes responses et plaigeries 
qu'indiscrettement avoit faites pour plusieurs 
personnes. Genre de mort indigne [d'un bomme 
ehr^tien fort docte ] et grand medecin et philo- 
sophe. 

[Mai. Au mois de may 1584, y eust deux 
Eclipses qui furent suivies de la mort et Eclipse 
de deux grands personnages , a scavoir : de mon- 
sieur de Foix , archevesque de Thoulouze , am- 
bassadeur pour le roy a Romme , et de monsieur 
de Pybraq , president en la cour de parlement, 
chancelier de Monsieur, frere du roy, qui mou- 
rurent tons deux en ce mesme mois de may, et 
a trois jours ( a ce qu'on disci t ) pres Tun de Tau- 
tre. Sur la rencontre desquelles deux eclipses 
en leur mort , monsieur Marteau , mon beau- 
frere , composa des vers qu'il me donna, encores 
qu'il sceust tres-bien que les eclipses n'avoient 
non plus caus£ leur mort que leur mort les 
Eclipses (3). 

Le 7 e jour de may, deux soldas resolus char- 
ges de vol et assassinat , commis en la personne 
d'un cour riernommeMu let, pres laville deLion, 
et de lui avoir oste les deniers et les pacquets 
qu'il portoit par commandement du roy au due 
de Joieuse estant a Romme, aians este descou- 
vers dans la rue des Graveliers a Paris , ou ils 
s'estoientloges en chambre garnie, tindrent bon 
cinq ou six heures, et tuerent que blesserentplu- 
sieursdeceux qui s'efforcerentde les appr^hen- 
der, et enfin voians qu'ils ne pouvoient £viter la 
capture , et au bout une mort cruel le et ignomi- 
nieuse, se tuerent Tun I'autre : furent leurs corps 
morts par les ministres de la justice portes en 
Chastelet , et l'onziesme dudit mois trainees sur 
une claie et pendus par les pieds a la voirie de 
Montfaucon.] 

Le 16 e jour de may, le due d'Esparnon partist 
de Paris [par manderaent et commission du roy], 
pour alter en Gascongne trouver le roi de Na- 
varre , lui porter lettres et cr£ance de la part 
de Sa Majeste , par lesquelles il I'ammonestoit 



ion de l'abbe de Sainte-Genevieve (1) 
; de Paris, en une maison a lui apparte- 
ntigue del'abbaye sise devant le college 
agu , furent pris prisonniers et menesen 
ergerie du Palais, un ministre nomm£ 
lin, un pedagogue et ses escoliers, et 
i autres huguenots, qui s'estoient Id as- 
pour faire la cene ou quelque autre exer- 
eur religion , jusqu'au nombre de vingt 
t-cinq au plus : dont le Roi adverti et 
en aiant commande 1'emprisonnement, 
t faire leur proces , tellement que par 
le la Cour, du 14 avril ensuivant, le 
i et le pedagogue furent bannis a per- 
3e la prevoste et vicoratS de Paris et du 
t de France pour 9 ans. Deux Alemans 
ues estrangers et escoliers qui y estoient, 
annis seulement a temps de la prevoste de 
et furent traittes ainsi doucement par 
tdementduRoy. 

iil. Le lundi 9 avril , le Roy , de Paris 
[onseaux trouver la Roine sa mere , et 
ne jour commanda a la Cour , toutes 
iessantes , vaquer a la verification d'un 
tenant I'ampliation du pouvoir du ducde 
, touchant son amiraute et gouverne- 
\ Normandie , en cent articles et plus, 
ne furent, leditjour, faites les accoustu- 
rimonies du lendemain de Quasimodo , 
ingues et de la lecture des ordonnances, 
iqua la Cour a autre chose qu'a la publi- 
it examen des dites lettres patentes. ] 
\ avril, mourut a Paris [d'une pleuresie ] 
peur de Saint-Didier (2), frere du due 
use [et du cardinal de Narbonne], aage 
f 7 ans et marie ce neanmoins , par la 
le ses freres , a la fille du seingneur 
ti Bellencombre , normand. [II estoit 
es La Goupiliere chantre de la Sainte- 
e du Palais a Paris, aveq son frere le 
I. Estant mort, il fut mis en une sale 
denoir, sur un lit de parade, couvert 
imizole de satin cramoisi, a la veue dun 
i, ou il demeura le mardi tout au long 
. Et le mercredi fut couvert d'un drap 
iredeveloux noir, croisede drap d'or, 
de flambeaux ardans, les quatre men- 
es uns apres les autres, faisans prieres a 
oix, nuict et jour autour du corps ; et 
redi 27, en pompe et solennelle magni- 
, fut porte au couvent des Augustins , 
urent faits les honneurs fun&aus qu'on 



bMdeSainte-Gencvi^ve e^tait fr£re Joseph Fou- 
ourut en 1607. (A. E.) - 

arge de Joyeusc , vicomte de Saint-Didier. II 



mourut d'apoplexic avant I'accomplissement de ton ma- 
riag«. (A. E.) 

(3) Ce paragraphe fait partie du Rcgistre des curiosi- 
ld% de Lestoile, n° II, page ¥X7. 



172 



BEGISTRE-JOUBNAL DE HEMU III, 



enhortoit et priolt pour ce que la vie du due 
d'Alen^on, son fr&re, estolt d£p!or£e [et n'eu at- 
tendoit-on de jour k autre que nouvelles de 
la mort], dfi venir k la cour pr&s d'elle et d'al- 
ler k la raesse, parce qu'il le vouloit faire recon- 
gnoistre son vrai heritier et successeur de sa cou- 
ronne, [lui donner grade et dignite pr&s de sa 
personne, tels que meritoient les qualitls de 
beau-fre>e et legitime successeur de ladite cou; 
ronne de France , et recevoir de lui tous les hon- 
neurs, a vantages et bons traitemens que telles 
qualites et la bonne amitie qu'il lui portoit pou- 
voient requerir. Bruit fut qu'il estoit envois avec 
200 rail escus que le roi lui avoit donnas pour 
son voiage, faire la prattique de quelque grand 
manage pour lui ; mais enfin fut trouv£ que 
son voiage n'avoit autre fin que la dessus dite. 
II s'en alia accompague de plus de cent gen- 
tilshommes , k la pluspart desquels le roi donna 
cent ou deux cens , ou trois cens escus pour lui 
faire bonne et fidele compagnie et se mettre en 
bon equippage.] II souppa avec le royau logis 
de Gondi , aux faux bourgs Saint-Germain, d'ou 
11 partist apr&s souper, aprfcs avoir perdu deux 
mil cinq cens escus au passedix , contre ledit 
Gondi , son hoste. Et le roi alia faire penitence 
A Vincennes avec ses confreres hieronimites, ou 
II passa les festes de Pentecoste. 

[ Au mois de may, le 27, duditan 1584 , 
raourust le sieur dePybracq, ung des plus rares 
et delies esprits de ce Steele et des plus doctes , 
auquel l'arabition couppa la gorge corarae elle 
fait ordinaireroent aux hommes de trop grand 
discours et esprit : juste loier de la vanitS de 
telles gens , ausquels le suivant axiome bien 
que paien , est pour article de foy : Ubi non sis 
quifueris y non est cur velis vivere.] 

Sur la*fln de ce mois , la roine-mere s'en alia 
[k Monsseaux,et de\k]k Chasteau-Thierri [voir 
M. le due, son fils, grievement malade]. Eileen 
revinst le premier juing , et fist apporter par eau 
les plus precieux meubles de son dit ills , aban- 
donne des m£decins et de tout humain secours. 

[Le mercredi 30 may, l'hoste de l'abergerie 
de Petit-Pont fut brusle tout vif a la place Mau- 
bert , attaint et convaincu d'avoir engrossed deux 
de ses niaipces.] 

Juin. Le samedi 9 juing , monsieur de Che- 
verni, chancelier de France, vinst au palais ou- 
vrir la chambre roiale pour faire les proces aux 
tresoriers, suivant les lettres patentes duroy pu- 
bliees a cest effait. Elle Itoit compose* du pre- 
mier president de Harlay, du president de Mor- 

(i) Lc president de M orsan sc nommait Bernard Pro- 
vost. (A. E.) 



san (1) , du president Brisson , du premier pres : . 
dent des comptes Nicolai,de deux raaistres des 
comptes et de quatorze conseiliers de la cour de 
parlement esleus , faisans le nombre de vingt 
juges. 

[ Ce jour, le roi fit demander aux bourgeois 
de Paris soixante mil escus de don gratuit. Sur 
quoi furent faites assemblies en l'Hostel-de- 
Ville , qui y fit response aussi froide, comrae aux 
deux cens mil francs par lui demandes 1'annee 
prScedeute. ] 

Le dimancbe 10 juing, environ midi, Mon- 
sieur, frere du roy , mourust au chasteaude Chas- 
teau-Thierri d'un grand flux de sang , accompa- 
gne d'une fievre lente, qui Tavoit petit & petit at- 
tenu^ et rendu tout seq et ftbique. II disoit que 
depuis qu'il avoit este k Paris voir le roi son 
frere, qui fut a Quaresme-prenant, qu'il n'avoit 
point port£ de sant^ , et que ceste veue et la 
bonne chere qu*on lui avoit faite & Paris , lui 
coustoient bien cher. Ce qui fistentrer beaucoup 
de gens en nouveaux discours et apprehensions. 

Le 21 juing , son corps fut amen£ & Paris et 
mis k Saint -Magloire, aux fauxbourgs Saint- 
Jaques. Le 24 , jour de la Saint-Jean , le roy 
vestu d'un grand manteau de dix-huit aulnesde 
sarge de Florence violette, aiant la coeue plus 
large que longue, portee par huit gentilshommes, 
partist du Louvre I'apres disnec, pour alter doo- 
ner de l'eau benite sur le corps dudit defunct son 
fr^re, gisant audjt lieu de Saint-Magloire, aux 
faubours Saint-Jaques. II estoit precede d'un 
grand nombre de gentilshommes , seingneurs 
et princes , evesques et cardinaux , tous vestas 
en doeil ; c'est-il-scavoir : les gentilshommes et 
seingneurs , montes sur chevaux blancs et ves* 
tus de robbes de deuil , le chaperon sur Fes- 
paule ; les evesques, de roquets , avec le scapo- 
laire et mantelet de sarge de Florence noire, et 
les cardinaux , de violet k leur mode. Devant 
lui marchoient ses Suisses , le tabourin (convert 
de crespe) sonnant , et ses archers de la garde 
escossoise , autour de sa personne ; et les autres 
archers de la garde, devant et apres lui , tons 
vestus de leurs hoquetons de li vree ordinaire , 
mais de pour points, chausses, bonnets et cha- 
peaux noirs , et leurs halebardes crespess de 
noir. II estoit suivi de la roine sa ferame, scant 
seule en un carroche couvert de tanned , et elle 
aussi vestue de tanne ; apr^s laquelie suivoieot 
huict coches plains de dames vestues en noir a 
leur ordinaire. 

Le lundi 25 juing, le corps fut apporte a 
Nostre-Dame de Paris. 

[ Le 26, y fut fait son service. Et le 27, fust en- 
terre en grande pompc et roiale magniliceoce, 



ROY DS FBANCB ET OB POLONCNE. [J584] 



173 



veq toute cire blanche armoiriee de I'escu d'A- 
incon seulement, qui sont les armoiries de 
Vance , fyri ont un orlet de gueules tout a I'en- 
Dur.] 

Le Lundi 25 , que le corps fat apporte en 
eglise de Paris, le Roy vestu de violet, de- 
leura en une fenestre d'une maison faisant le 
oin du parvis, devant l'Hostel-Dieu , h visage 
escouvert, quatre ou cinq heures a voir passer 
i porope funebre , [ se laissant voir h tout le 
londe , ] et estoit aecompagne du due de 
uise (qu'on remarqua fort triste et melanco- 
que, plus de discours comme on croioit, dont 

entretenoit ses pensees que d'autre chose); 
es seingneurs de Liancour, son premier escuier, 
; de Villeroy , son secretaire d'estat. 

Le mardisuivant 26, il vid encores passer la 
>mpe funebre en une maison de la rue Saint- 
enis. Et pour ce que , le jour precedent , il 
wit trouve indecent que I'effigie de son frere 
ist accompagnee des seingneurs de La Roche- 
rt, de La Fcrte-Imbaud et d'Aurilli, simples 
mtilhommes , sans le collier de l'ordre , n'y 
ant que La Chastre, qui faisoit le quatriesme, 
li en eust un , comme estant ancien che- 
ilier, le soir du lundi, le Roy les envoia 
lerir tous trois et leur donna a chacun ung 
►lier dudit ordre, qu'ils porterent le lendemain 
tr tears robbes de deuil accostans la dite 
tlgie. 

Messire Renauld de Beaulne,archevesque de 
surges , fist l'oraison funebre , [ou il ne dist 
en a propos ] et ne fist en sa vie si mal. Et 
mr ce qu'en pronnonceant la dite harangue, il 
ettoit souvent sa main a sa barbe, [ la tirant 

peingnant de ses doigts , comme un homme 
li ne scait quelle contenance tenir et qui n'est 
en asseure de son baston, ] on seraa le dis- 
que suivant de lui. 

nod timet, etpatuio promissam pectore barbam 
Demulcet Biturix, hoc Ciceroni* habet. 

Frere Jaques Berson (l), cordelier (2) pr£- 
cateur de son Excellence , composa un regret 
inebre, [contenant ses actions et derniers 
•opos qu'il fist imprimer ches P. L'Huillier, ] 
li est un vrai discours de moine. [Sa conclusion 
>t , qu'il lui donne fleurs pour ses delits*; et 
Hir son corps en cendre, les regrets de la Flan- 
re; et qu'il demeurera tres devot orateur a tous 
s siens , ] pour l'honneur qu'il a receu en sa 
laison , les priant de prendre patience , s'ils 
ont non.plus que lui de recompense. 

(1) Jacques Berson est le mime personnage qui avail 
i a son service une fille deguisee en garcon , qui fut 
ouvee aui Cordeliers. Elle fut punle du fouet, quelle 



Ce prince, qui n'estoit aag£ que de trente-un 
ans, quand il est mort, fut genereux et guerrier; 
Fran?ois de nom et d'effect; ennemi de Testran- 
ger [ principalement de THespagnol, qui lo 
croingnoit. N'aimoit point ceux de la maison de 
Lorraine, ausquels ceste mort grossist le coeur, 
estant venue fort & propos pour eux , facili- 
tant et avanceant les desseins de leur ligue, 
qui par lu comraen^a a croistre et la France k 
decliner. 

Sur la mort de ce grand due ne fust rieu im- 
prime a Paris ni publte; bien furent divulguees 
particuii^rement quelques epitaphes de lui , et 
autres mesdisanccs (selon la coustume de la cour), 
sur le genre de sa maladie, entre lesquelles j'ai 
retenu par coeur un sonnet fait a sa louange, et 
deux autres meschans distiques contre lui, 
taxans sa memoire de cruaute. 

Le mignon et premier favori de ce prince 
estoit un nomm6 Auriili , ills d*un sergent 
d'Orleans , excellent joueur de luth , lequel , 
tant pour cela que pour ce qu'il estoit fort beau, 
honneste et adroit, estoit tellement aime^ de son 
maistre qu'il ne lui refusoit rien de ce qu'il lui 
demandoit , au contraire estoit en peine bien 
souvent de deviner ce qu'il eust bien voulu ; 
des seingnant de lefaire grand, si Dieu lui eust 
donne plus longue vie; laquelle aiant este si 
tost terminee au grand malheur de ce beau ills, 
ung docte courtizan composa le sonnet qui s'en 
suit sur le pourtrait dudit Auriili, que Monsieur 
avoit pendu en son cabinet , lequel fust aus- 
sitost divulgue et bien receuilli , et encores 
mieux la responce qu'on y fist pour et au nom 
d'Aurilli. 

SUB LB POUBTBAICT D'AURILLI. 

Sonnet. 

Auril est peint ici , qui perdit sa verdure, 

Non pas au mois d'auril , mais quand son due mourust, 

Jeunesse ni beautc* Auril ne secourust, 

Qu'au plus verd de ses mois, ne sentisl la froidure. 

Qui n^ de basse race et vulgaire et obscure , 

Se feit un promt esc lair, qui soudain disparust. 

Qui trois ans en faveur par la France courust, 

Toute extreme faveur bien longuement ne dure. 

Lui, qui des grans seingneurs se faisoit honnorer , 

Et presque comme un Dleu des peuples adorer, 

Mangeant cent mil escus lous les ans en bobance , 

Comme en pompe suivi, a ses talons trainant 

Gentilshommes, soldats el pages, maintenant 

Nc lui reste rien qu'un lutb pour recompense. 

besponsb. 

Si Dieu maiant fait beau, j'eu la dexte*rite* 
De manicr le lutb, pour doucement repalstrc 

recut dans le pre*au de la Conciergerie. ( Voyex ci-apres. 
(A. E.) 
(2) Cordelier aux belles mains. (Lestoile.) 



174 



REGISTRE-JOUBNAL DE HENRI III 



Les oreilles (fun grand, qui m'a este* bon maistre, 

El m'a fait plus de bien que je nay mlrite' ; 

Ay-je deu refuser sa liblralitl, 

Yen la basse maison donl Dieu m'avoit fait naistre? 

Sa grandeur m'a fail grand, tel que Ton m'a veu estre : 

On ne rend point ralson de sa felicitl. 

Mon lutb fort biendore* est l'honneur de ma vie, 

SI quelcun en mesdil, ce n'est que par envie , 

Tel peult-estre autrefois brigua mon amitie\ 

Mais fay des biens assls, puisque je me contente , 

Etqui scait si j'ay point tine meilleure attente? 

Au fort, l'envie encor' vault mieux que la pitie\ 

Le mercredi 27 juing, le Roy alia disner & 
Madril et coucher a Saint-Germain-en-Laye, 
oil estant , tous les officiers et serviteurs de feu 
sonfr&re s'estans pr^sentes a Sa Majeste, furent 
renvoies par lui a la Roine sa mfcre , disant le 
Roy qu'il n'estoit possible qu'il les peust voir de 
bon ceil. La Roine-m6re les voiant, pleura ame- 
rement et leur promist de paroles toute faveur et 
bon traittement. ] 

En ce mois , le Roy averti de la mort du sein- 
gneur de Bauquemare , premier president du 
parlement de Rouen, y envoia le president 
Faucon , seingneur de Ris , pour y exereer la 
premiere presidence par commission pour deux 
ans ; comme auparavant il avoit envois a 
Bordeaus le president Cotton , pour y exereer 
l'estat de premier president, vaccant par la 
mort de Largebaston , par pareille commission 
de deux ans. Tous deux eurent peine a se faire 
recevoir : car Normans et Gascons ne sont pas 
ais£s a ranger & choses nouvelles [et non accous- 
tumees en leurs villes et gouvernemens. 

En ce mesme mois, le president Seguier et les 
conseillers envoi6s par commission du Roy 
pour tenir la chambre de justice en Guienne , 
revinrent a Paris , apres avoir sejournl en ces 
quartiers-la deux ans et demi , excrceans leur 
commission premierement a Bordeaux , secon- 
dement a Agen, puis a Perigceux, et flnaleroent 
a Xaintes.] 

Par la mort de Monsieur, fr&re du Roy, furent 
remis a la couronne tous les duches et comtes , 
et autres seingneuries (1) , qui en grand nombre 
lui avoient este bailies en apannage : dont le re- 
venu et emolument annuel pouvoit monter & 
quatre cens mil escus. 

Juillet. Le ll e jour de juillet, h Paris, de- 
vant Tbostel de Bourbon, furent pendus un nom- 
me Larondelle et un autre sien complice et 
compagnon , cbacun d'eux aage de soixante ans 
et plus , attains et convaincus d'avoir Tun grav£ 

(1) Les lettres de son apanage , du 8 ftvrier 1560 . lui 
donnaient les duchls d'Alencon et de Chateau-Thierry 
avec les terres de Chatillon-sur-Marne et Epernay , et 
les comtes du Perche, Gisors, Mantes et Meulan, et lasei 



les seaux de la cbancellerie du Roy, et lautre 
selte plusieurs lettres d'importance, avec lesdits 
faux et contrefaits seaux , desquels its usoient 
avec telle dexterite , que mesme le chancelier 
et les secretaires d'estat et autres, desquels ils 
contrefaisoient les seings et seaux , y estoient 
abuses, [de mode que voians lesdits seaux et 
seings contrefais , ils osoient asseurer que e'es- 
toient leurs seings et seaux propres.] 

Le 21 juillet, vindrent nouvelles & Paris que, 
le 1 1 dudit mois, a Delfen, village de Hollande, 
le prince d'Orange avoit est6 tu6 d'un coup de 
pistolet, par un Bourguignon de Dole, nomml 
Baltbazard Gerard , a ce faire aposte sous 
couleur dune lettre qu'il lui avoit baillee et 
pendant qu'il estoit fort attentif a la lire. 
[C'estoit un bomme que le prince connoissoit , 
et duquel il ne se desfioit aucunement , joint 
qu'il lui avoit este amen£ par un sien valet de 
chambre. J II estoit vestu d'un long reistre,et lui 
tira du pistolet par dessous le manteau , de si 
pres, qu'il le toucha en endroit mortel , et de 
fait tumba mort. Son proces lui fut fait ; et 
interroge, confessa qu'en la ville de Romme, 
un jesuiste lui en avoit donne les premieres im- 
pressions et enhortcmens , mesmes de tuer le fen 
due d'Alencon , frere du roy, comme estaus les 
deux ennemis de la religion catholique , aposto- 
lique et rommaine, [lui disant que si Dieu loi 
faisoit la grace de pou voir oster du monde ces 
deux grands ennemis de I'lglise], il commettroit 
acte tr£s-genereus , tres-m£ritoire et de perpe- 
tuelle memoire. Et ores qu'au partir de la, il ne 
peust eviter la mort , si mourroit-i! tres-heu- 
reux : car il seroit enlcv6 et port 6 par les anges, 
qui l'attendroient , droit en paradts, ou il seroit 
au plus pres de Jesus-Christ et de la sacree 
Vierge sa mere (2). Que revenu de Romme, re- 
solu a ceste entreprise , au mois de mars prece- 
dent , il estoit venu & Chasteau-Thierri avec les 
deputes des Estats de Flandres [pour extorter 
son dessein contre monsieur le due d'Alancon] ; 
mais n'en aiant peu trouver la commodity, estoit 
passe jusques a Paris , ou il avoit parte A l'am- 
bassadeur d'Hespagne , qui l'avoit conforte en 
ceste opinion [lui promettant de la part de son 
maistre grandes recompenses au cas qu'il en 
peust venir a bout.] Retourn6 en Flandres 
[aiant perdu toute esp&ance d'ex£cuter son des- 
sein sur la personne de Monsieur] , y auroit veu 
et parte au due de Parme , qui l'avoit contort* 
en prorate execution des dits assassinats , avec 

gneurlede Vernon. En 1576, le roi Henri Illy avaltajo* 
te* les duche's d'Anjou, de Touraine et de Berry. (A. t.) 

(9) Charlatanerle des j&ultes. (Lestoile.) 



BOY DE FEANCE ET DE POLONGNE. [1584] 



175 



andes promesses des biens de ce monde , 
ireilles a belles du paradis du jesuiste. [Et que 

dessus il se seroit acchemine a Delfen , ou 
ant trouv£ la commodity, il avoit execute 
mtre le prince d'Orange son pourpense meur- 
e en la maniere dessusditte.] 

Apres que son proc&s lui eust est6 fait et par- 
it , lui fut brusle le bras droit , duquel il avoit 
lit le coup , jusqu'aupr&s du coulde ; puis apres 
roir este ten ail 16 par tous les membres de son 
>rps , fust cruellement (comme il le meritoit) 
cfcute a mort, sans qu'aucuns anges apparus- 
snt pour son escorte , ni que les agnus Dei et 
archemin vierge , dont les jesuistes l'avoient 
avelopp6,produisissent aucune vertu, ne de- 
leurant a ce miserable qu'une caution de moine 
our alter droit en paradis , par le chemin d'ung 
ssassinat. 

[Le valet de chambre , qui l'avoitamen6 par- 
ur au prince (encores qu'il n'en fust k l'avanture 
q rien coupable) , fust pendu et estrangle. 

Telle fust la fin de la vie de ce prince , non 
loins craint que hay de l'Hespagnol et de ceux 
e la raaison de Lorraine , qui pour amuser le 
euple , couvroient leur haine du pretexte de la 
eligion , encores que la sienne et la leur ne fust 
[ue 1'ambition , tendans tous les deux , par di- 
erses voles, k raesme but, qui estoit de de- 
otter, s'il estoit possible , leurs maistres , Tun 
oubs ce beau et specieux nomde liberty, l'autre 
008 celui de Sainte-Union, unissant les biens du 
trince et de ses subjets avec les leurs. Et croi 
[ue le vrai fondement des deux Ligues estoit 
;elui-l&.] 

En mesme terns, ung nomine Guillaurae Parri, 
rentilhomme de Londres et docteur 6s loix , fut 
;xecut£ k mort en ladite ville de Londres, pour 
ivoir voulu, k l'instigation du Pape et des je- 
niistes , attenter a la vie de la Roine , [et par 
mesme moien esmouvoir sedition pour ehanger 
I'estat et la religion en Angleterre. Et combien 
i|u'il eust eu le chastiment qu'il meritoit, et que 
meritent justement tous assassins de princes, si 
est-ce que messieurs les jesuistes persuadoient au 
peuple tant qu'ils pouvoient, que c'estoient 
martirs , et qu'ils souffroient pour la religion , 
et que les ossemens et quartiers de tels misera- 
bles qu'on voioit sur la tour et sur les portes de 
Londres , estoient reliques , encores que ce fus- 
fent marques de rebellion, d'attentat, d'assassi- 
nat et de trahisou , crimes detested entre les plus 
barbares , et que nature a condamnes suffisam- 
ment au coeur de tous les hommes , quand entre 
eux il n'y auroit ni loy ni escriture.] 

Le 25 juillet, le Roy, [apres avoit fait quel- 
que sejour k Vincennes, pour y establir ses hi£- 



ronimites , retourna a Fontainebleau] , et de la 
prist le chemin de Lion; ou estant -arrive, osta 
le gouvernement de la ville au seingneur de 
Mandelot (1), et le bailla au seingneur Du Bou- 
chage, frere du due de Joieuse : [osta aussi la 
capitainerie de la citadelle au capitaine La 
Mantej , et la bailla k Montcassin , cousin du 
due d'Esparnon , [lequel due d'Esparnon, envi- 
ron ce temps , revinst de son voiage de Gascon - 
gne et vinst a Moulins trouver le Roy , oil il fut 
bien re^eu , et lui compta des nouvelles de la 
grdcieuse reception et bon traittement que le Roi 
de Navarre lui avoit fait.] 

Le lundi 30 de ce mois , entre cinq et six 
heures du soir, maistre Jacques Viole, seingneur 
d'Aigremont, conseiller en la grand chambre, 
ainsi qu'il descendoit de sa mule , revenant du 
palais, pour entrer en sa maison, sise [ rue Pierre 
Sarrazin], pres les Cordeliers, tomba malade 
d'une apoplexie dont il mourut incontinent apres, 
et fust regrette, [ comme homme de bien qu'il 
estoit, bon justicier ], et tres-digne d'une telle 
charge. [ II avoit un clerc nomm£ maistre Fran- 
cois Dauphin, qui l'avoit servi trente ans, qui 
peu auparavant lui estoit mort, dont on disoit 
que son maistre qui l'aimoit fort s 'estoit] saisi. 
Aout. Le jeudi 2 aoust, [ trois jours apres le- 
dit d'Aigremont], maistre Germain Du-Val, con- 
seiller en la grand chambre, homme de bien et 
bon juge, mourut en sa maison de ceste ville de 
Paris. 

Le 22 e jour d'aoust, Pontaut, gentilhomme 
de Beausse, [insigne voleur], apres avoir impu- 
nement vole ving-cinq ans, soubs umbre qu'il 
faisoit profession de la religion prttendue re'for- 
m^e, combien que sa vraie profession fut IV 
theisme [et le brigandage ], apres avoir de- 
meur^ trois ans prisonnier en la conciergerie du 
Palais, [par permission de Dieu], eust finable- 
men t la teste trenched en Gre've, [au grand 
soulagement du peuple et contenteraent de tous 
les gens de bien. ] 

En ce mois d'aoust, les conseilleries de la cour 
de parlement de Paris, se vendoient sept mil 
escus ; celles de chastelet, quatre mil escus. Les 
maistrises des requestes et celles des comptes 
neuf et dix mil escus. 

[Septemdre. Au commencement du mois de 
septembre, le Roy prist ch£s de Vigni deux 
cens mil francs pour entretenir, [k ce qu'on 
disoit, ) ses mignons et ses moines.] 

Au mesme temps, le Roy s'alla esbattre a 
Gaillon, ou estant, il parla au cardinal de Bour- 
bon, [ et l'aiant fait venir en la gal led e dudit 



(1) Mandelot avail M faUgourerncurdc Lyon en 1509. 



176 



REGISTBE-JOURNAL DE HENBI III, 



Gaillon ], lui demanda s'il hit diroit pas la verite 
de ce qu'il lui demanderoit. A quoi le bon 
homme aiant respondu qu'oui, moiennant qu'il 
la sceust, Sa Majeste alors lui dit en ees termes : 
ct Mon cousin, vous voies que Dieu ne m'a point 
» donne de lignee jusques a ceste heure, et qu'il 
» y a grande apparance que je n'en aurai point : 
» si Dieu disposoit de moi aujhourdui, comme 
» toutes les choses de ce monde sont incertaines, 
» la couronne tumbe de droite ligne en vostre 
» maison : cela advenant, (encores que je sache 
» que ne le desires point), est-il pas vrai que 
» vous voudries prec&ler le roi de Navarre, 
» vostre neveu, et l'emporter par dessus lui, 
» comme le roiaume vous appartenant, et non 
» pas a lui. — Sire , ( respondit lors ce bon 
» homme ) , je croi que les dents ne me feront 
» plus de mat quand cela adviendra : aussi je 
» prie Dieu de bon coeur me vouloir apeler de- 
» vant que je voie un si grand malheur. Et est 
» chose a quoi je n'ai jamais pense, pour estre 
» du tout hors d'apparance et contre I'ordre de 
» nature. — Oui, mais, dit le Roy, vous voyfe 
» comme il est tous les jours interverti, et que 
» Dieu le change comme il lui plaist. Si cela 
» done adveuoit, comme il se pen It faire, je de- 
» sire sea voir de vous, et vous prie me le dire 
» librement, si vous ne le voudries pas disputer 
» avec vostre nepveu. » Alors monsieur le car- 
dinal, se sentant fort presse et important du Roy 
de respondre : « Sire, (lui va-il dire), puisque 
» vous le voulls et me le commandes , encores 
» que cest accident ne soit jamais tumbe en ma 
» pensee, pour me serabler estongne du discours 
» de la raison, toutefois, si le malheur nous en 
» vouloit tant que cela advinst, je ne vous men- 
» tirai point, Sire, que je pense qu'il m'appar- 
» tiendroit et non pas a mon nepveu , et serois 
u fort r&olu de ne lui pas quitter. » Lors le Roy 
se prenant a soubsrire, et lui frappant sur l'es- 
paule; <* Mon bon ami, dist-il, le Ghastelet vous 
» le donneroit, mais la cour vous l'osteroit, » et 
a I'instant s'en alia, se moquant de lui (1). 

[ Or s^avoit fort bien le Roy les trames de ceux 
de la Ligue de ce coste-la, principalement depuis 
la mort de son frere, qui fust cause qu'il voulust 
gouverner et arraisonner de ceste facon le bon 
homme, pour lui en tirer les vers du nes. ] 

Le 25 septembre, seur Thiennette Petit, fille 
blanche de l'Hostel-Dieu de Paris, la nuit bail la 
a une autre fille, sa compagne, quelques coups 
de cousteau, en intention de la tuer, et a une 
vieille religieuse, nommeeseur Jeanne la noire, 

(1) Response du Roy facltieuse et fort a propos. (Les- 
toile.) 



coupa la gorge du mesme cousteau ; puis se re* 
tirant et doulant d'estre apprlhendee et punie 
se precipita d'une haulte fenestre dans la ri- 
vifcre, sans toutefois s'offenser ; d'ou retiree et 
prise, fut menee aux prisons du chapitre de Pa- 
ris, ou son proces lui fust tost fait, et fust par le 
bailli dudit chapitre, condamnle a estre pendue 
en une potence, qui fut plantee devant ledit 
Hostel -Dieu : [ et ja y avoit infini peuple assem- 
ble pour en voir l'exlcution, laquelle fut empes- 
ch6e par un apel interjette de la sentence, la- 
quelle n£antmoins fut confirmee par arrest de la 
cour], fors que ladite cour Tenvoia pendre a 
Monfaucon, en une potence ou ellefut attachee 
aveq Thomicide cousteau, [ et ce fist la cour, a 
fin de fuir a plus grand scandal e. Estrange fut 
trouve le cas, en ce qu'une jeune fille de viugt- 
cinq ans, nourrie dix ans audit Hostel-Dieu, en 
habit et exercice de religieuse, eust la hardiesse 
et Tasseurance de vouloir tuer de sang froid et 
par machination prlcogitee, deux de ses seurs 
religieuses, pour venger une leg^re offense qu on 
disoit qu'elles lui avoient faite trois mois aupa- 
ravant. ] 

En ce temps, le Roy fit entendre a Benoist 
Milon, [sieur de Videville], premier et principal 
intendant de ses finances, qu'il ne se vouloit 
plus servir de lui en cest estat, et qu'il se reti- 
rast a Paris, en sa maison , pour y exercer son 
estat de president des comptes. De quoi advert!, 
ledit Milon, estant revenu a Paris le soir, partit 
le lendemain de grand matin et prist le chemin 
d'Alemagne ; ou on a eu opinion qu'il manioit 
quelques affaires pour le Roy, soubs main, pour 
ce qu'on ne saisist rien en sa maison, ni ne fist- 
on aucun semblant de lui vouloir faire son pro- 
ces, comme aux autres tresoriers. [Cependant, 
sur le bruit qui courust incontinent par la ville 
que Milon s'en estoit fui], et que mesmes il 
avoit chang£ de nom, se faisant appeler Ren- 
court, [les bons compagnons, sur la rencontre de 
ces deux noms convenables a tresoriers, qui ai- 
ment bien a compter les mil et ne rien rendre], 
divulguerent le sonnet suivant, qui courust in- 
continent par tout. 

SUR LA FUITTE DC TBBSORIBB MILON , QUI SB FAIT 
NOMMEB RENCOUBT. 

Sonnets (2). 

Milon n'a plus cc nom , il s'apelle Rencourt, 
El en changeanl de nom il a changd d'office, 
Cc premier qu'il avoit propre a son avarice , 
II a laisse* pour un , qui I'a rendu tout sourd. 
Ce premier iuiportun, le tenoil trop de court , 



(2) Ce sonnet a Hi public si Inexactement, qu'on pent 
le regarder comme enticement nouveao. 



ROY DE FRANCE ET DR POLONGKE. [ 1 58 J ] 



177 



Hi fait prendre an champestre eiercice , 
iorrer tout superbc Edifice 
?aris et qu'H a volt en court. 
$ mal , qui ne peult rien entendre 
i lui chante , et lui parle de rendre ; 
ne fist one, l'a tout nouveau rendu. 
e du jour, connoissant son mlrite , 
e plus loing, 11 a pris la gualrite , 
le nom, de peur d*estre pendu. 

>isde septembre les Huguenos s'as- 
k Montauban , et les ligueus en Lor- 
ies deux pour aviser k l'estat de 
es , se promettans Tun et lautre de 
re et les advancer fort , au moien de 
Monsieur; les huguenos, aianspour 
tmier prince de France , et preten- 
d'accroistre et establir leur religion 
lurae ; les ligueus , au contraire , par 
lion de ladicte religion, et ruine du 
faisoit profession , se faciliter la voie 
ion de l'estat et de la couronne. A 
ent fort lesecclesiastiques d'un coste 
fares de l'autre, divises de religion , 
['ambition , s'accordans fort bien en 
me d'estat , qui concernoit leur spi- 
verainete , pour le regard de la per- 
t>i de Navarre . qu'ils maintenoient 
itre ne pouvoir ni ne devoir estre 
ju k faire autre profession de reli- 
slle qu'il faisoit. Sur quoi fut divul- 
i mois, ung plaisant concordat, tel 
, qui estoit commun k Paris et k la 

at plaisant cFaucuns points entre les 
docteurs theologiens de Paris et les 
!* de la religion pretendue reformee y 
zpres la mort de Monsieur frere du 

en6rables cur& et docteurs en la fa- 
th&logie de la Sorbonne de Paris , 
rs n£s du conseil d'estat et priv£ de 
hLigue,d'une part, et les respectables 
i de la religion reform^e , aussi con- 
La conseil prive et d'estat de la cause, 
«rt : 

eoleres, crieries, injures, execrations 
Nations (sans toutefois autre conte- 
itre eux que par l'entremise de leur 
mroun) , pour leurs honneurset prou- 
culiers , se sont enfin declares et d£- 
ar effect estre d'accord ensemble (au 
uant a present et par provision ) des 
(jui ensuivent, sous les protestations 
-espectivement faites, et chacun aux 
on intention : 
ierement, sont demeures d'accord 

D. M., T. I. 



» qu'&euxrespectivement appartientde se mes- 
» ler non seulement des choses spirituelles , 
» mais aussi des temporelles , et notamment des 
» affaires d'estat , comme de la justice s£culi£re 
» et temporelle, des finances et de la guerre ; 
» aussi de controller toutes les actions des prin- 
» ces et magistrats quels qu'ils soient ou puis- 
» sent estre , les rendre odieux ou contemptibles 
» au peuple , lequel aussi ils peuvent exciter a 
» rebellion et desobeissance, voire a seditions , 
>* pilleries et meurtres, quand bon leur sem- 
» blera, mesme user de monitions , censures et 
» excommunications k discretion, brief condam- 
» ner tout ce qui se fait contre leur gre et vo- 
» lonte. 

» Aussi se trouvent d'accord en ce point, 
» qu'il est permis aux subjets de s'eslever et 
» rebel ler contre leur prince , quelque naturel 
» et legitime qu'il puisse estre, pour cause ou 
« pr&exte de sa religion , nonobstant un cer- 
« tain traitt£ ci-devant compose par F. Thomas 
» Beauxamis , carme , docteur de la faculty , et 
» par icelle approuve pour le temps : lequel a 

• ceste fin sera d&avoue , condamne et revo- 
» que, suivant les maxiroes auparavant tenues 
» par les dits ministres. 

■ Et sur ce que les dits docteurs passans 
u oultre, ont soustenu qu'il est permis (sous 
» mesme cause et pretexte de sa religion ) non 
» seulement d^grader et bannir son prince na- 
» turel et legitime, le despouiller de son estat 

• et absoudre ses subjets de leur devoir envers 
» lui , mais encore les contraindre par excom- 
» munications, refus d'absolution , prises de 
» leurs personnes et biens , menasses et execu- 
- tion de mort; brief, par toutes autres voies 
» quelconques, sans aucune distinction, pour- 
» veu que ce soit k 1'intention de lui faire la 
» guerre k outrance , et y emploier corps et 
» biens, sans y rien espargner , et outre se d£- 
» trapper de leur dit prince par force , par ar- 
» gent , par assassinement , par prison ou au- 
» trement , en quelque maniere que ce puisse 
» estre , fust tel prince sacre , ou oingt ou non 
» oingt , et que ceux qui meurent en si saintes 
» intentions, entreprises ou executions d'icelles, 
» doivent estre tenus et v6n£r& pour saints, et 
» ceux qui les ont induit k ce faire , pour vrais 
» catholiques z£l£s. Les dits ministres faisans 
» plusieurs difflcultes sur ce point , et disans 
» n'en avoir ainsi encores veu user de leur part 
» ni de ceux de leur parti, en cas plus dangereux 
» pour eux : toutefois pour laisser les choses 
» libres et a volonte pour ce regard , s'en sont 
v les dites parties remises a la determination de 
» douze , s^avoir est : de deux Anglois et deux 

12 



{ 



178 



REGISTRE-JOURNAL DB HENRI If! , 



» Escossoisrefugies, pourveu qu'ils soient des 
» seminaires de qk la mer, et deux jesulstes 
» sans distinction de nation , convenus par les 
» dits docteurs , et de deux AHemans , denx 
» Suisses et deux Polonnois convenus. par les 
» dits rainistres , lesquels douze, en cas de de- 
» bat , pourront prendre un Greq, un Hespa- 
» gnol (des vieux chrestiens de l'Estrille, si 
»> aucuns'en trouve ), un Turq de chacune des 
» deux principales sectes , un Moscovite et un 
» cannibaie , ou trois d'iceux a leur choix. 

* Et cependant les dits seingneurs , docteurs 
» et rainistres , demeureront d'accord ( chacun 
» aux (ins de ses intentions , corame dit est ) , 
» que Henri de Bourbon, roi de Navarre, ne 
» peultet ne doibtse rendre catholique, ni y es- 
» tre receu. Et ou il le voudroit faire , qu'il doit 
» estre tenu pour relaps d'une part et d'autre, 
» et pourtant indigne de commander. 

» Et pour ce que les dits seingneurs, docteurs et 
» ministres, s'appercoivent ass6s que les moins 
» sots et simples de tous estats en tres grand 

• nombre, tant cardinaux, archevesques , eves- 

• ques, abbes, prieurs , doiens, prelats et au- 
» tres ecclesiastiques, que princes, dues, pairs, 
» comtes, marquis, barons, seingneurs, gen- 
» tilsbommes, nobles, magistrats, gens de jus- 
» tiee, gens de finance, marchands et autres, 
» tant d'une que d'autre religion , et mesme (k 
» leur trfes-grand regret et deshonneur ) au- 
» cuus de leur corps des plus anciens (aus- 
» quels les vieux ans et la longue obeissance du 
» pass6 , ne permettent de bien gouster la sub- 
» tilite de la doctrine de celle grande conjonc- 
» tion et union ) font quelques difficult^ en 
» leurs coeurs' de tenir et recevoir les articles 
» cy-dessus pour point de foy etdesalut, a 
» este advise et accorde, que tant les dits doc- 
» teurs que les dits ministres , chacun en leur 
» esgard et selon la modede leur religion, feront 
» faire force nouvelles devotions et extraordi- 
» naires a leurs brebis , et par tous leurs ser- 
» mons et presches (qu'ils feront plus frequens 

• que de coustume ) crieront a toute outrance 
» contre tels r£fractaires, comme her£tiques, po- 

• litiques, atheistes, quoique soit, exeommuni& ; 
» et mesme publieront contre eux monitions de 
» leur auctorite , exciteront le menu peuple k 
» les avoir en horreur ; demeurant «e point bien 
» r&olu entre les dits docteurs et ministres, 
» que la spirituelle souverainete (t]ue tels pott- 
le tiques apellent tirannie ) est le seul moien de 
» leur grandeur et proufit qu'ils. entendent de 

(1) Chenoncean Italt une belle roalson royale sur le 
Ch^r. batie par la reioe Catherine de MMIcis. (A E.) 



» maintenir et augmenter de plus en plus aux 
» despens de qui il appartiendra. 

• Signe Boucher, Pigenat, Marmet, de 
» Noht , I. E. B. E. Y. A. D. L. • 

Octobre. Le premier d'octobre, M. Bou- 
chard , conseiller en la cour , bon homme, mais 
duquel au reste la compagnie faisoit fort pen 
d'estat , mourust a Paris en sa raaison. ] 

Le 6 du dit mois, mourust M. de La Van, 
conseiller de la grand' chambre , regrette de 
toute la compagnie pour sa grande probite, 
vertu et doctrine. 

Environ la mi-octobre , il plut du sang an 
pont de Sey en Anjou, [ dont la pluspart du peu- 
ple ignorant, faisoit un miracle, encores qu'il 
soitnaturel.] 

Le 19 octobre, le Roi, de Blois, et les mines, 
de Chenonceau (t), parti rent en grand 9 haste, 
pour ce que deux ou trois damoiselles de la 
Roine se trouverent frapp&s de peste ; dont 
l'une, nommee Monmorin , en raourut Et se 
trouvant Ruscellai k Fontainebleau , au disoer 
du Roy, [ et s'estant meu propos de ceste peste, 
et de la peur que le Roy et les Roines en avoient] 
et avoient encores, il osa dire au Roy, que Sa 
Majesty ne devoit point craindre ceste maladie, 
pour ccque la cour estoit une plus forte peste 
sur laquelle 1'autre ne pouvoit mordre. Ce que 
le Roy prist de mauvaise part, et aiant regarde 
ledit Ruscellai de travers, dit qu'il parloft roaJ, 
mesmes en sa presence : et se retira aussitost 
Ruscellai, craingnant la colere du Roy, [bien 
marri que telle parole lui estoit eschappee.] 

[Le 30 octobre, le Roy s'en alia au boisdc 
Vincennes passer les festes de Toussaints, avee 
ses confreres Hieronimites, et la Rome-mere en 
son logis des Repenties. La Roine regnante de 
meura k Saint-Leger, attendant que le Roy se 
resolut de Saint-Germain , ou autre lieu, poor 
resider jusques a ce que le danger de la peste 
fust passe. Cependant les filles de la Roine fo- 
rent envoi&s k Meudon passer quelques Jours. 

Ce jour, le comte La Val et monsieur Da Pies- 
sis-Mornai arriverent k Paris pour faire enten- 
dre au Roy la resolution de Montauban, avec la 
declaration du roi de Navarre (qui ne conteata 
gueres le Roy ), qui estoit qu'il n 'estoit delibere 
de changer de religion pour toutes les monar- 
chies du monde. Ce qu'aiant entendu, Sa Majeste 
dit qu'il se fust bien passe d'en tant dire, et que 
telle protestation estoit contre lui-mesme, mais 
qu'il ne 1'entendoit pas, et qu'il craingnoit, quand 
il le vouldroit entendre, qu'il neftisttroptard(2).j 

(2) Cette rlponse da roi se trouve eflfccfe dans le ■*• 
nuscrit autographe, et elle 6tait probabtaneat rempU- 



BOY DB FRANCE ET DB POLONGNB. [ 1 584 J 



17» 



Novembbb. Le 20 novembre, en la cour de 
parlement, furent verifies et publies deux edits 
ou lettres patentes : Tun de la suppression de 
soixante-six edits paravant publies en la cour ; 
I'autre, pour informer de quelques ligues et con- 
federations soubs mains faites et prattiquees par 
quelques seingneurs , directement ou indirecte- 
ment, contre le roy et son estat, et en faire telle 
punition que le cas requeroit. [Tous deux fu- 
rent imprimes. ] 

En ce raois de novembre, un gentilhomme du 
pays Chartrain , nomm^ Pierre Desgais , sein- 
gneur de Belleville (i), huguenot, aag£ de 
soixante-dix ans , fut , par commandement du 
Roy, envoie prisonnier en la Bastille k Paris , 
pour ce qu'il avoit este trouve saisi de quel- 
ques pasquils et vers diffamans Sa Majeste , et 
qu'il avoit, sur ce interrog£, recongneu les avoir 
fait*. Le Roy lui-mesme le voulust ouir , et lui 
demanda si la religion dont il faisoit profession, 
le dispensoit de mesdire de son Roi et de son 
prince ; et si lui ou autre de ceux de sa religion 
pouvoient prendre juste occasion de ce faire , 
poor quelque injure ou autre mauvais traicte- 
ment qu'il* eussent receu de lui. A quoi le dit 
gentilhomme respondit que non. « Pourquoi 
» done, dit le Roy, et sur quel subject aves-vous 
» escrit ce que vous aves escrit , en mesdisant 
» de moi , de moy, dis-je , qui , outre ce que je 
» suis vostre Roy, ne vous en ai jamais donn£ 
» d 'occasion? » Alors le gentilhomme se sentant 
presse, au lieu de recongnoistre sa faute et en de- 
mander pardon k Sa Majeste, s'oublia tant qu'il 
lui va respondre « qu'il s'estoit dispense de ce 
• faire sur le bruit tout commun, et que c'estoit 
» la voix detout le peuple. » De quoi le Roy in- 
dign£ dit : « Je scai quelle est la voix de mon 
» peuple; c'estqu'on ne fait point de justice, 
» principalement de telles gens que vous ; raais 
» on vous la fera. » Et le renvoiant k sa cour de 
parlement , lui enjoingnist de lui faire et par- 
faire son proces ; par I'arrest de laquelle, le pre- 
mier jour de decembre ensuivant , il fut raene 
dans un tombereau en Greve, et \k pendu k une 
potence et estrangll, puis son corps avec ses li- 
bdles-diffamatoires brules. 

[ On disoit que la terre de Belleville estoit 
proche d'Espernon, et de bienseance audit due 
d'Espernon , qui en avoit eu paroles avec lui 
pour 1'acheter, et pour ce qu'il en tenoit le prix 

cee par une autre plus explicite, corame parattl'indtquer 
on renvoi de l'auteur au feuillet 234 de son manuscrit. 
Mais ce feaillet a 6tl an-ache* et d^ trait : e'est ce qui nous 
a engages a corner rer la premiere redaction adoptee par 
Lestoile, tout en prlvenant le lecteur de cette double 
redaction. 



trop hault k son gre* , un valet gascon dudit 
de Belleville declara au due d'Espernon le se- 
cret des dits libeiles, et ies lui mist entre mains, 
pour moien de lui faire faire son proces ( comrae 
il fist) , et lui faire avoir la terre de Belleville 
par confiscation , sans bourse delier. Mais en 
quelque facon que ce peust estre, il est bien cer- 
tain que le gentilhomme avoit merite la mort ; 
et que s'il eust este sage , il eust sauve son hon- 
neur , sa terre et sa vie , nonobstant toute la 
grandeur et credit du due d'Esparnon. 

En ce mois , le mareschal de Monmoranci 
prinst par force la ville de Clermont de Lodeve, 
qu'il avoit des pieca assiegee, et y fist mourir 
tous ceux qu'il y trouva en armes et en resis- 
tence; fist pendre les capitaines et consuls , et 
autres chefs de la rebellion, soustenus par le ma- 
reschal de Joieuse : et de l& alia assieger la ville 
de Lodeve , lui faisant pareille resistance et re- 
bellion. De quoi le Roy adverti, envoia en Lan- 
guedoc le seingneur d'Espoingni»Rambouillet , 
pour faire cesser tous ces guerroiemens et ports 
d'armes, et donner advis au mareschal de 
Joieuse que ('intention du Roi n'estoit point, 
qu'a cause de l'emulation d'entre eux deux ma- 
reschaux , ses villes de Languedoc fussent pil- 
lees et ruinees, et ses subjets travailles, et qu'il 
laissast au mareschal de Monmoranci faire sa 
charge de gouverneur de Languedpq , sans plus 
lui faire ou procurer aucun destourbier ou em- 
peschement pour ce regard , et envoia au due 
de Montmoranci confirmation et ampliation dc 
son pouvoir. VoiI& que peut valoir par occasion 
commode de faire quelque fois le mauvais , et 
monstrer les dens & ceux qui enyvres d'appa- 
rentes faveurs, entreprennent sur 1'estat et auc- 
torit£ d'autrui. ] 

Le dernier jour de ce mois, le Roy, prenant 
plaisir k faire voltiger et sauter ung fort beau 
cheval sur lequel il estoit monte , aiant advise* 
ung gentilhomme [champenois], qui estoit au 
due de Guise, l'apelant par son nom, lui dit : 
« Mon cousin de Guise a-t-il veu en Champagne 
» des moines comme moi, qui Assent ainsi bon- 
» dir et sauter leurs chevaux ? » Cela disoit le 
Roy, pour ce qu'il lui avoit este rapporte que 
monsieur de Guise, estant en Champagne, avoit 
dit, [parlant des devotions du Roy,] qu'il fai- 
soit la vie d'un moine (2) et non pas d'un 
Roy ; comme k la verity ce bon prince eust, par 

(1) Justice rare telle a Paris au sieur de Bellerille , 
pour avoir mesdit du Roy. (Lestoile.) 

(2) Siite V disait en parlant de Henri III : «II n*y a 
rien que ce prince ne fasse pour ttre molne ; il n'y a 
rien que je n'aie fait pour nef&re pas .» (4. E.) 

11. 



140 



REGISTRE-JOURNAL DE HENRI III, 



avanture, mieux fait en ce temps de monter plus 
souvent a cheval et dire moins ses Heures. 

Decembre. Le 5 decembre, par la plus grand' 
part des regions de ce roiaume , nomraement 
aux environs de la riviere de Loire, se leverent 
des vents si grands, si violens et si imp£tueux, 
que les clochers des eglises furent abbattus, che- 
minees rompues , raaisons ruinees , et les gros 
chesnes de cent ans et plus desracin^s aux flo- 
rets, arraches et emportes. On les a apeles de- 
puis les soufflets de la Ligue. 

[ Le 18 e de decembre , le Roy vint de Saint- 
Gerraain-en-Laye k Paris, et se retira k Vincen- 
nes, ou il passa ies festes de Noel aveq ses con- 
freres hieronimites. 

Le 22 de decembre , le Roy fit publier en son 
parlement, qu'& la faveur de la Roine, sa mere, 
il avoit pris la viile de Gambrai et tout le pays 
de Cambresis en sa protection et sauve-garde. 

En ce mois de decembre, Doineau, seingneur 
de Sainte-Saline, par commandement du Roy et 
de la Roine sa mere, fust amene de Poictiers k 
Paris , prisonnier , charge de trahison et intelli- 
gence avec l'Hespagnol, k la journee du combat 
naval d'entre le sieur Pbilippes Stroszi et les 
Hespagnols , k la Terzere. ] 

* En ce temps, le due de Guise fut voir mes- 
sieurs de la Sorbonne, et leur demanda s'ils es- 
toient assez forts avec la plume , sinon qu'il le 
falloit estreavec Pep£e (1). 

1585. 

[Janvier. Le Roy fit lacerlmonie de l'ordre 
du Saint- Esprit, en l'egiise des Augustins k Pa- 
ris, la veille, le jour et le lendemain de la feste 
de la Girconcision , en la maniere accoustumee, 
et donna les estrennes de mil escus k chascun 
des chevaliers et commandeurs qui y assista. ] 

Au commencement de cest an 1585 , le Roy 
fit un nouveau reglement en sa maison, mesmes 
pour T les habis] de ceux. qui estoient journelle- 
ment pres de sa personne pour son service ordi- 
naire ; lesquels il vestit de veloux noir, leur fit 
quitter les chappeaux qu'ils souloient porter , 
et les astraingnit a porter barrettes ou bonnets 
de velous noir, et une chaisne dor au col, pen- 
dant qu'ils sont en quartier; et a ceux du con- 
seil d'estat et priv6 , entrans audit conseil , fit 
prendre de grands robbes de veloux violet, qu'il 
fit faire expr&s k ceste fin ; et estant entre en 

(1) Ce paragraphe n'existe pas dans les manuscrits de 
Lestoile ; on le trouve dans les anciennes Editions. 

(2) Henri de Savoie, fils de Jacques de Savoie . due de 
Nemours, et de Francoise de Rohan , dame dc la Gama- 
chc. II n'ttatt pas legitime, quoiqu'ilsefltappelerduc de 
Gene vols. Cependant il y avait mariage entre le due dc 



quelque desliance [ d'entreprise faite sur sa per- 
sonne et son estat par ceux de la maison de 
Guise et de Lorraine , qui ja auparavant mal 
contents s'estoient absents de la cour , ] ren- 
for^a ses gardes [ et tint certain nombre de 
gentilshoromes appointes, arm£s k l'entour de sa 
personne jour et nuit. ] 

Le 15 Janvier, le Roy tira des prisons du 
Ghastelet le fils de la dame de Gamache, le- 
quel auparavant se faisoit appeler le due de Ge- 
nevois (2), comme soi pretendant fils aisn£ du 
due de Nemoux; les debtes duquel il paia ou 
s'obligea de paler, ne pouvant autrement sortir 
de la ou il estoit. 

Le 22 Janvier, le due d'Espernon, accorapa- 
gn6 des marquis de Gonti, comte de Soissons, 
due de Montpensier, due de Nevers, d'Omale, 
de Joieuse , de Rais , et de grand nombre de 
seingneurs et gentilshommes vinst en parlement, 
et fist le serment de colonnel general de I'infan- 
terie francoise , tant deca que delu les monts , 
en ceste quality officier de la couronne (3). Apres 
le serment fait , on le feit monter en haut et 
seoir sur les fleurs de lis au reng des princes, 
aveq restriccion toutefois , [ telle que portent 
ces mots expr&s : j « Due d'Esparnon , montes 
ici , comme pair de France et non comme co- 
lonnel general; car en ceste deratere qualite 
vous n'av& point ici de seance. » 

Fbvrieb. Au commencement du mois de feb- 
vrier, arriv&rent en la ville de Senlis les deputes 
des estats de Flandres, venans pour mettre les 
Pays-Ras en la protection et sauvegarde du 
Roy, et lui demander secours contre les oppres- 
sions et tirannies du roi d'Hespagne et du doc 
de Parme , son lieutenant &s dits pays. Le Boy 
envoia au devant d'eux et les fist honnorable 
ment recevoir, bien loger et bien traitter. De- 
puis vindrent k Paris se presenter et parleran 
Roy, [qui leur fist mettre leurs demandes par 
escrit , sur lesquelles aiant d£lib£re avec sod 
conseil pen apr&s,] il les renvoia esconduis de 
leurs demandes , [disant avoir sur les bras trop 
de ses affaires propres a d&nesler, sans s*em- 
pescher de celles d'autrui.] 

Le 23 febvrier, arriverent k Paris les arobas- 
sadeurs d'Angleterre , desquels le comte de 
Warviq estoit chef, suivis de deux cens che- 
vaux bien acconches , que le Roy fist bien rece- 
voir, et bien traitter k ses despens, et disoit-on 

Nemours et Francoise de Rohan , et il Fallot une proce- 
dure en forme pourcasser ce mariage. (A. E.) 

(3) II n'y avait auparavant qu'un colonel de rinfante- 
rie francaise ; lc roi cr£a la charge de cotonel-glnfral e» 
faveur du due d'Epernon. (A. E.) 



BOY l>K FBANCK ET D£ POLOffGftE. [J585J 



181 



que leurs despenses revenoient k prfcs de cinq 
cens escos par jour. Les chefs furent loges en 
Thostel d'Anjou (jadis de Villeroy), prfes le Lou- 
vre , et la suitte au logis des bourgeois, par 
fourrier. Us apportoient au Roy le collier de 
Fordre de la Jarretiere que la roine d'Angle- 
terre envoioit au Roy, comrae k son beau frfcre , 
garni de perles et pierreries, estime a cent mil 
escus et mieux.' Et soubs ceste couverture , ve- 
noient pour exciter Sa Majeste a prendre les 
Flammans en sa protection, offrans, au nom de 
leur roine, contribuer au tiers des frais qu'il 
conviendroit faire en ceste guerre. 

Le jeudi dernier febvrier, le Roy, en grand 
pompe et magnificence , vestu d'un habit tel 
que portent les chevaliers de Fordre anglois, re- 
ceustapres vespres, dansl'eglise des Augustins 
k Paris, le colier de la main du comte de War- 
viq, et fit, entre ses mains, le sermentde Fordre 
de la Jartiere, et le soir mesme, au dit comte 
et ambassadeurs fist un festin magnifique (1). 

[Ce jour arriva a Paris un gentihomme de la 
part du Roi de Navarre , envoie de lui expres , 
pour faire plainte au Roy et k la Roine, sa m&re, 
d'un secretaire dudit Roi de Navarre , nomml 
Ferrand , que sa femme lui avoit donne* , qui 
s'estoft mis en effort dc Fempoisonner, le fai- 
sant (comme il disoit et soustenoit) par le con- 
seil et commandement de sa maistresse, laquelle 
on disoit estre fort mal contente de son mari , 
qui la negligeoit , n'aiant couche avec elle de- 
puis les nouvelles de Faffront que le Roy, son 
fr&re, lui avoit fait recevoir en aoust 1583 (2).] 

Mars. Le 3 mars , jour du dimanche gras , 
le Roy, en faveur des ambassadeurs anglois , 
leur fist un festin magnifique en la grande sale 
haute de Feveschl de Paris, auquel il convia un 
bon nombrc des plus belles et braves dames de 
tons les quartiers de Paris; et y fut, apres le 
repas, fait un ballet auquel bailment et danserent 
six vingts personnes des deux sexes, masquees, 
et si somptueusement habill6es et diaprees, 
ipi'on le disoit couster plus de vingt mil escus. 

[Le 5 e jour de mars, jour de quaresme-pre- 
oant, le Roy alia par la ville accompagnl d'en- 
viron cent chevaux et d'autant d'hommes , ves- 
tas comme lui en pantaleons de diverses cou- 
teurs, tons bien months a Fa vantage, et au 



(1) Ccttc c6r6mon!e de lordre de la Jarretiere donna 
ieu aoi ligueurs de d&lamer contre Henri HI. lis 
wblttrent que ce prince aglssait de concert avec £li- 
•abetb, en faveur des protestans, contre la religion ca- 
boliqoe. (A. E.) 

(2) Lestoile avalt ajoute* la phrase suivante, qu'il a ef- 
acee plus tard : 

« Et , bien que pour contenter le Roy, le dit Roy de 



surplus fort mal en ordre pour princes accom- 
pagnans le prince, lesquels courans par les rues 
k toute bride, arracherent les chapeaux aux 
hommes, les chaperons aux femmes , et les jet- 
terent dans les boues ; offenserent chacun , ne 
donnerent plaisir k personne , battirent et ou- 
tragerent tous ceux qu'ils trouverent en leur 
chemin , pource que le dimanche precedent le 
Roi avoit fait faire defenses a toutes personnes 
d'alfer par les rues de Paris en masque , durant 
ces trois jours de carnaval.] 

Le premier dimanche de karesme, qui estoit 
le 10 mars 1585, le Roy fist encores la nuit, dans 
la salle de F6vesch6, un magnifique ballet [de 
vingt-quatre personnes masquees et sumptueu- 
sement habillees, auquel aussi furent appelees tes 
plus belles et braves dames et damoiselles dc 
Paris, et les moins homiest es], pour donneraux 
milords anglois [plaisir de leurs beautls et gen- 
tils devis.] Et dura ledict balet depuis les dix 
heures du soir jusques aux trois heures du ma- 
tin ensuivant. 

Au commencement de ce quaresme, M. Du 
Gast mon beau-frere, conseiller du Roy en son 
conseil d'estat et priv6 , mourust a Paris en sa 
maison, d'unemort inopinee et si soudaine, que 
le medecin La Gorde , qui le faisoit saingner, 
eust a peine le loisir de faire boucher la plaie 
qu'il estoit pass6 en Fautre