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University of Ottawa 



http://www.archive.org/details/mmoiresling07soci 



MEMOIRES 



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SOCIÉTÉ DE LINGUISTIQUE 



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MÉMOIRES 



SOCIÉTÉ DE LINGUISTIQUE 



DE PARIS 



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TOME SEPTIEME 




PARIS 
EMILE BOUILLON, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

67, RUE RICHELIEU, 67 
1892 



LISTE DES MEMBRES 

DE 

LA SOCIÉTÉ DE LINGUISTIQUE DE PARIS 

AU 20 JANVIER 1892 
LISTE DES MEMBRES PERPÉTUELS. 



M. ASCOLI, MEMBRE DONATEUR. 



MM. Baudouin de Courtenay. 

Berger (Philippe). 

BiBESCO (le prince). 

Bonnardot. 

Bréal (Michel). 
Le British Muséum. 
MM. Cousin. 

Delaire. 

Dere.nbourg (IlarUvig). 

Duran'd-Gréville. 

Ernault. 

Fleury. 

GONNET. 
GUIMET. 

IIaverfield. 
IIavet (Louis). 
IIÉRiOT (l'abbé). 
Jackson. 
Joret. 

KiRSTE. 

Laborde (le marquis de). 
Laray. 



MM. Léger. 
Melon. 

Menagios (de). 
Meyer (Paul). 
Oltramare. 
Paris (Gaston). 
Parmentier (le général). 
Penafiel. 
Ploix. 
Rhys. 

Rolland. , 
rosapelly. 
Sayce. 

Schlumberger. 
sébillot. 
Storm. 

SUDRE. 

Tegner. 

Vogué (le marquis de). 

Wharton. 

WiLBOIS. 

Wimmer. 



LISTE GENERALE. 



MM. 



Abbadie (Antoine-r/iom^on d'), membre de l'Inslilul (Académie des sciences, 
section de géographie et navigation), 120, rue du Bac, Paris. — Membre 
de la Société depuis l'origine et son premier président. 

Abeille (L'abbé Lucien), Iglesia San Nicolas de Bari. calle Artes, Buenos- 
Aires (République Argentine).— Élu membre de la Société le 23 mai 1891. 

Adam (Lucien), président de Chambre à la Cour d'appel. Rennes (Ille-et- 
Vilaine). — Elu membre de la Société le 7 février 1885. 

A.NiART (Jules), professeur de rhétorique au lycée, Saint-Pierre (Martinique). 
— Élu membre de la Société le 7 mars 1885. 

Arbois de Jubainville (3far)e-IIenry d'), membre de l'Inslitut (Académie des 



VI LISTE DES MEMBRES 

inscriptions et belles-lettres), professeur de langues et littératures celti- 
ques au Collège de France, directeur de la Revue celtique, 84, boulevard 
Montparnasse, Paris. — Membre de la Société en 1867 ; vice-président en 
1881 et 1882; président en 1883. 
AscOLi (Graziadio /.), correspondant de l'Institut de France (Académie des 
inscriptions et belles-lettres), professeur à l'Institut royal, Milan (Italie). 

— Élu membre de la Société le 22 juillet 1876 ; membre perpétuel. 
AuDOUiN, maître de conférences à la Faculté des lettres, Aix (Bouches-du- 

Rhône). — Élu membre de la Société le 23 février 1889. 
Aymomer (Le commandant ÈVi&nne-François), directeur de l'École Colo- 
niale, 38, rue du Général Foy, Paris. — Elu membre de la Société 
le 4 février 1882; vice-président en 1892. 

Badareû (Le Prof. Alexandre), ancien élève de l'Ecole des hautes études, 36, 
strada Pecurarï, Jassy (Roumanie). — Élu membre de la Société le 
26 avril 1884. 
10 Bailly (Anatole), correspondant de l'Institut (Académie des inscriptions et 
belles-lettres), professeur honoraire de l'Université, Orléans (Loiret). — 
Admis dans la Société en 1868. 

Baize (Louis), professeur au lycée Gharlemagne, 20, rue des Écoles, Paris. — 
Élu membre de la Société le 22 janvier 1881 ; bibliothécaire de 1882 à 1888. 

Barbier de Meynard, membre de l'Institut (Académie des inscriptions et 
belles-lettres), professeur au Collège de France et à l'Ecole spéciale des 
langues orientales vivantes, 18, boulevard de Magenta, Paris. — Membre 
de la Société depuis le 2 février 1884. 

Baron (Charles), maître de conférences à la Faculté des lettres, Clermont- 
Ferrand (Puy-de-Dôme). — Élu membre de la Société le 22 janvier 1887. 

Barth (Auguste), 6, rue du Vieux-Colombier, Paris. — Elu membre de la 
Société le 10 mars 1873. 

Barthélémy (Adrien), drogman-chancelier du Consulat général de France, 
Alep (Syrie). — Élu membre de la Société le 16 février 1884. 

Basset (René), professeur de langue et de littérature arabes à l'École su- 
périeure des Lettres, Agha 49, rue Michelet, Alger-Mustapha (Algérie). 

— Élu membre de la Société le 2 juin 1888. 

Baudat (Emile), professeur à l'Université, Lausanne (Suisse). — Élu membre 
de la Société le 5 janvier 1878 ; bibliothécaire en 1879. 

Baudouin de Courtenay (J.), professeur de grammaire comparée des 
langues slaves à l'Université, Dorpat (Russie). — Élu membre de la So- 
ciété le 3 décembre 1881 ; membre perpétuel. 

Bauer (Alfred), 17, rue Tournefort, Paris. — Élu membre de la Société le 
9 ja nvier 187.5. 
20. Baunack (Docteur Jean), 32, Hospitalstrasse, Leipzig (Saxe). — Élu 
membre de la Société le 26 juin 1880. 

Beuame (Alexandre), maître de conférences de langue et littérature an- 
glaises à la Faculté des lettres, 29, rue de Condé, Paris. — Membre de 
la Société en 1867. 

Benloew (Louis), 48, rue Copernic, Paris. — Admis dans la Société en 1868. 

Berger (Philippe), sous-bibliothécaire de l'Institut, chargé du cours d'hé- 
breu à la Faculté de théologie protestante, 1, rue de Seine, Paris. — 
Élu membre de la Société le l"'' juin 1872 ; trésorier depuis le 11 avril 
1874 juscpi'au 31 décembre 1891; vice-président en 1890 et 1891; prési- 
dent en 1802; membre perpétuel. 



DE LA SOCIÉTÉ DE LINGUISTIQUE VII 

Baissac (Maurice), professeur au collège, Port-Louis (île Maurice). — Élu 

membre de la Société le 20 juin 1891. 
Bezsonov (Pierre), professeur à l'Université, Kharkov (Russie). — Élu 

membre de la Société le 23 novembre 1878. 
BiANU (.Jean), bibliothécaire de l'Académie roumaine, Bucarest (Roumanie). 

— Élu membre de la Société le 3 mars 1883. 

BiBEsco (Le prince Alexandre), 69, rue de Courcelles, Paris. — Élu membre 
de la Société le 6 juin 1874 ; membre perpétuel. 

Bibliothèque de l'École française d'Archéologie de Rome. Palais Far- 
nèse, à Rome. — Admise comme membre de la Société le 25 mai 188!^. 

Bibliothèque universitaire de Clermont-Ferrand. — Admise comme membre 
de la Société le 11 juin 1887. 
30. Bibliothèque universitaire de Toulouse. — Admise comme membre de la 
Société le 2 mai 1885. 

Bijvanck (W. g. G.), docteur es lettres, 37" Laardervveg, Hilversum, prés 
Amsterdam (Pays-Bas). — Élu membre de la Société le 28 décembre 1889. 

Blanc (Alphonse), professeur au collège, Narbonne (Aude). — Élu membre 
de la Société le 20 février 1875. 

Boissier {Marie-Loîiis-Antoine-GdiSlon), membre de l'Académie française et 
de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, professeur de littérature 
latine au Collège de France, directeur d'études à l'École pratique des 
hautes études, maître de conférences à l'École normale supérieure, 8, 
rue de Tournon, Paris. — Membre de la Société depuis le 8 mai 1869. 

Bonnardot (François), archiviste paléographe, sous-inspecteur du service 
des travaux historiques de la ville de Paris, 3, impasse Camus (72, 
rue des Plantes), Paris. — Admis dans la Société en 1868; vice-président 
de 1887 à 1889 ; président en 1890; membre perpétuel. 

Borel (Frédéric), 22, rue de l'Arcade, Paris. — Élu membre de la Société 
le 3 mars 1883. 

BossERT (A.), inspecteur d'Académie, 51, rue d'Assas, Paris. — Élu membre 
de la Société le 2 décembre 1882. 

Boucherie (Adhémar), chef de bataillon en retraite, Angouléme (Charente). 

— Élu membre de la Société le 12 mai 1883. 

Bovier-Lapierre, ancien professeur de l'Université, 8, rue Garancière, 
Paris. — Présenté pour être membre de la Société le 9 juin 1871 ; bibliothé- 
caire du 25 mai 1878 au l" janvier 1879. 

Boyer (Paul), professeur de langue russe à l'École spéciale des langues 
orientales vivantes, 86, rue de l'Université, Paris. — Élu membre de la 
Société le 8 décembre 1888; trésorier en 1892. 
40. Bréal (Auguste), élève de l'École spéciale des langues orientales et de 
l'École pratique des hautes éludes, 15, rue Soufflot, Paris. — Élu 
membre de la Société le 5 décembre 1891. 

Bréal (Michel-Jules-Alfred), membre de l'Institut (Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres), inspecteur général de l'enseignement supé" 
rieur, professeur de grammaire comparée au Collège de France, direc- 
teur d'études à l'Élcole pratique des hautes études, 15, rue Soufflot, 
Paris. — Membre de la Société en 1867 ; secrétaire depuis 1868 ; 
membre perpétuel. 

Brieussel, professeur au lycée, Talence (Gironde). — Élu membre de la 
Société le 28 février 1886. 

British Muséum. — Admis comme membre de la Société le 22 novembre 



VIII LISTE DES MEMBRES 

1890; membre perpétuel. Adresser à M. Borrani, 9, rue des Saints-Pères, 
Paris. 
BuGGE (Sophus), professeur à l'Université, Christiania (Norvège). — Élu 
membre de la Société le 5 janvier 1878. 



Galoiano (Michel B. C), docteur es lettres, professeur au lycée, Craiova 
(Roumanie). — Elu membre de la Société le 8 mars 1879. 

Caunel (L'abbé), aumônier de l'Hôpital militaire, Lille (Nord). — Élu 
membre de la Société le .') décembre 1891. 

Carrière (Auguste), maître de conférences de langues hébraïque, chal- 
da'ique et syriaque à l'École pratique des hautes études, professeur de 
langue arménienne à l'École spéciale des langues orientales vivantes, 
35, rue de Lille, Paris. — Élu membre de la Société le 10 février 1873 ; 
vice-président en 1875 et 1876. 

Chabaneau (Camille), chargé du cours de langues romanes à la Faculté des 
lettres, Montpellier (Hérault).— Élu membre de la Société le 21 no- 
vembre 1868. 

Charencev (C/i«?'Zei-Fe/Jx-Hyacinthe Gouhier, comte de), membre du Con- 
seil général de l'Orne, 24, rue de la Chaise, Paris. — Membre de la 
Société depuis l'origine et son premier secrétaire; bibliothécaire de 1868 
à 1873; vice-président en 1874, 1883 et 1884 ; président en 1885. 

Chenevière (Adolphe), docteur es lettres, Campuget, par Montuel (Gard). 
— Élu membre de la Société le 20 janvier 1883. 

Comte (Charles), professeur de rhétorique au lycée, Versailles (Seine-et- 
Oise). — Elu membre de la Société le 4 février 1882. 

Cornu (Jules), professeur à l'Université, 9, Salmovskâ ulice, Prague 
(Bohême). — Élu membre de la Société le 19 juillet 1873. 

Goubronne (Louis), professeur au lycée, Nantes (Loire-Inférieure). — Élu 
membre de la Société le 25 janvier 1879. 

Cousin (Georges), maitre de conférences à la Faculté des lettres, 59, boule- 
vard Stanislas, Nancy (Meurthe-et-Moselle). — Élu membre de la Société 
le 8 février 1890. 

CuNY (Albert), 60, rue du Port, Lille (Nord). — Élu membre de la Société 
le 9 mai 1891. 

Darmesteter (James), professeur de langues et littératures de la Perse au 
Collège de France, directeur adjoint pour la langue zende cà l'Ecole pra- 
tique des hautes études, 9, rue Bara, Paris. — Élu membre de la Société le 
20 décembre 1873 ; vice-président en 1884, 1885 et 1886 ; président en 1887. 

David (René), ingénieur, 60, rue des Écoles, Paris. — Élu membre de la 
Société le 18 février 1882. 

Delaire (Alexis), 238, boulevard Saint-Germain, Paris. — Élu membre de la 
Société le 18 novembre 1876 ; membre perpétuel. 

Delaplane (A.), chef de bureau au Ministère des travaux publics, 244, boule- 
vard Saint-Germain, Paris. — Admis dans la Société en 1S68. 

Delondre (Gustave), 22, place des Palmiers, Ilyères (Var). — Membre de 
la Société en 1867. 

Dekenrourg (Ilartwig), professeur d'arabe littéral à l'Ecole spéciale des 
langues orientales vivantes, maître de conférences de langue arabe et 
directeur adjoint pour les religions de l'Arabie à l'École pratique des 
hautes études, professeur honoraire du Séminaire israélite, 56, rue de 



DE LA SOCIÉTÉ DE LINGUISTIQUE IX 

la Victoire, Paris. — Membre de la Société depuis 1866 ; secrétaire 
adjoint de 1866 à 1868 ; membre perpétuel. 

Derenbourg (Joseph), membre de l'Institut (Académie des inscriptions et 
belles-lettres), directeur pour l'hébreu rabbinique à l'École pra- 
tique des hautes études, 27, rue de Dunkerque, Paris. — Membre de la 
Société depuis le 22 juillet 1871. 

Des Michels (Abel), professeur de langue annamite à l'École spéciale des 
langues orientales vivantes, 36, rue de l'Ermitage, Versailles (Seine-et- 
Oise.) — Admis dans la Société en 1868. 

DiANO (Jean .V.), licencié es lettres, élève de l'École des hau\es études, 18, 
rue de la Sorbonne, Paris. — Élu membre de la Société le 7 février 1891. 

DiEULAFOY (AugHste-'M-drce\), 2, impasse Conti, Paris. — Élu membre de la 
Société le 28 décembre 188i. 

Donner (0.), professeur de sanscrit et grammaire comparée à l'Université, 
Helsingfors (Finlande). — Élu membre de la Société le 19 juin 1869. 

DossoN (S.), professeur à la Faculté des lettres, Clermont-Ferrand (Puy-de- 
Dôme). — Élu membre de la Société le 14 mai 1887. 

DoTTiN (Georges), maître de conférences à la Faculté des lettres, 20, boule- 
vart Carnot, Dijon (Côte-d'Or). — Élu membre de la Société le 6 décem- 
bre 1884 ; bibliothécaire de 1888 à 1891. 

Durand-Gréville {ÉmUe-Alix), 68, rue Blanche, Paris. — Élu membre de la 
Société le 1"'' avril 1882 ; membre perpétuel. 
70. DuTENS (Alfred), 50, rue François I", Paris. — Élu membre de la Société le 
19 juillet 1879. 

DuTUXEUL (Jean-Baptiste), 18, rue Servandoni, Paris. — Élu membre de la 
Société le 26 janvier 1889. 

DuvAL (Pai//-Rubens), membre de la Société asiatique et de la Société des 
études juives, 11, rue de Sontay, Paris. — Élu membre de la Société le 
18 février 1882 ; vice-président en 1885 ; président en 1886. 

DuvAU (Louis), maître de conférences de grammaire comparée à l'École 
pratique des hautes études, l'un des directeurs de la Revue de Philologie 
de Littérature et d'Histoire anciennes, 166, boulevard Montparnasse, Paris. 

— Élu membre de la Société le 6 décembre 1884; administrateur en 1892. 

Édon, professeur au lycée Henri lY, 21, rue de Vaugirard, Paris. — Élu 

membre de la Société le 29 mai 1880. 
Elliott (Richard-7\), professeur à Trinity collège, Melbourne (Australie). 

— Élu membre de la Société le 2i novembre 1888. 

Ernault (Émile-Jean-Marie) , professeur à la Faculté des lettres, 2, rue 
Saint-Maixent, Poitiers (Vienne). — Élu membre de la Société le 
18 décembre 1875 ; administrateur de 1882 au 24 mai 1884; membre per- 
pétuel. 

Estlander (Karl-G.), professeur à l'Université, Helsingfors (Finlande). — 
Membre de la Société en 1867. 

Etienne (E.), professeur au lycée, chargé de cours à la Faculté des lettres 
de Nancy, 51, faubourg Saint-Sébastien, Maxeville, par Nancy (Meurthe- 
et-Moselle). — Élu membre de la Société le 6 décembre 1890. 

FÉCAMP (Albert), bibliothécaire de la Bibliothèque universitaire, 15, rue du 
Manège, Montpellier (Hérault). — Élu membre de la Société le 13 janvier 
1877. 
80. Fi.eury (Jean), lecteur à l'Université impériale, 33, rue des Ofliciers, Saint- 



X • LISTE DES MEMBRES 

Pétersbourg (Russie).— Élu membre de la Société le 21 décembre 1878 ; 
membre perpétuel. 

Gaidoz (Henri), directeur pour les langues et littératures celtiques à 

l'École pratique des hautes études, professeur à l'École des sciences 

politiques, l'un des directeurs de la revue Mélusine, 22, rue Servandoni, 

Paris. — Membre de la Société en 1867 ; administrateur de 1870-1871 au 

27 janvier 1877 ; vice-président en 1879 et 1880; président en 1881. 
Gasc-Desfossés (Alfred), professeur au lycée, Alençon (Orne). — Élu 

membre de la Société le 9 mars 1889. 
GiLLiÉRON (Jules), maître de conférences de langues romanes à l'École 

pratique des hautes études, l'un des directeurs de la Revue des Patois 

gallo-romans, 2, place de la République, Levallois-Perret (Seine). — Élu 

membre de la Société le 28 avril 1877. 
GoDEFROY (Frédéric), 20, rue de l'Abbé-Grégoire, Paris. — Élu membre de la 

Société le 24 mai 1879. 
GoNNET (L'abbé), maison Sainte-Catherine, Pkully (Rhône). — Elu membre 

de la Société le 12 juin 1875; membre perpétuel. 
Graffin (L'abbé R.), professeur à l'Institut catholique, 47, rue d'Assas, 

Paris. — Élu membre de la Société le 8 mars 1890. 
Gra.mmo.nt (Maurice), 18, rue Basse, Montbéliard (Doubs). — Élu membre de 

la Société le 14 décembre 1889. 
Grandgext (Charles), professeur à l'Université de Harvard, Cambridge 

(Massachussets, Étals-Unis d'Amérique). — Élu membre de la Société le 

29 mai 1886. 
Granges (Ch. M. des), agrégé des lettres, professeur au Collège Stanislas, 

9, chaussée de la Muette, Paris. — Élu membre de la Société le 22 no- 
vembre 1890. 
90. Grasserie (Raoul de la), juge au Tribunal, i, rue deRourbon, Rennes (Ille- 

et-Villaine). — Élu membre de la Société le 14 mai 1887. 
Gréard (0.), membre de l'Académie française et de l'Académie des sciences 

morales et politiques, vice-recteur de l'Académie de Paris, à la Sorbonne. 

— Membre de la Société depuis le 14 décembre 1889. 
GriMET (Emile), place de [la Miséricorde, Lyon (Rhône), et au Musée' 

Guimet, avenue d'Iéni, Paris. — Élu membre de la Société le 22 janvier 

1881; membre perpétuel. 
GusTAFSSON (Docteur FridoU-Vladimir), professeur de lilléralure latine à 

l'Université, 1, Andreeg, Ilelsingfors (Finlande). — Elu membre de la 

Société le 16 mai 188-^. 

Halévy (Joseph), maître de conférences de langues éthiopienne et liiniya- 
rite et de langues touraniennes à l'École pratique des hautes éludes, 26, 
rue Aumaire, Paris. — Élu membre de la Société le 13 janvier 1872; vice- 
président en 1886 et 1887; président en 1888. 

Harlez (C. de), professeur à l'Université, Louvain (Belgique). — Élu 
membre de la Société le 18 novembre 1876. 

IIasdeû (Bogilan-Peti-iceicu), membre de l'Acailémie roumaine, de la So- 
ciété littéraire serbe, etc., professeur de philologie comparée à l'Uni- 
versité de Rucarest, directeur général des Archives royales, membre du 
Conseil supérieur de l'instruction publique, directeur de la revue Co- 
lumna lui Traïanû, rue Mihaïuvodn, Bucarest (Roumanie). — Elu 
membre de la Société le 4 février 1882. 



DE LA SOCIÉTÉ UE LINGUISTIQUE XI 

Hatzfeld (Adolphe), professeur au lycée Louis-le-Grand, ancien professeur à 

la Faculté des lettres de Grenoble, 7, rue de l'Odéon, Paris.— Élu membre 

de la Société le 1" février 1873. 
IIauvion, 40, rue des Écoles, Paris. — Élu membre de la Société le 

20 novembre 1886. 
Haverfield (F.), professeur à Lancing Collège, Shoreham (Sussex, Grande- 

Dretagne). — Elu membre de la Société le 18 novembre 1882; membre 

perpétuel. 
100. IIavet (Pierre-Antoine-Lovû^), professeur de philologie latine au Collège de 

France, professeur de philologie latine à la Faculté des lettres, o, avenue 

de l'Opéra, Paris. — Élu membre de la Société le 20 novembre 1869; 

secrétaire adjoint de 1870 à 1882; membre perpétuel. 
Henry (Victor), professeur de sanscrit et de grammaire comparée à la 

Faculté des lettres, 105, rue Notre-Dame-des-Cliamps, Paris. — Élu 

membre de la Société le 22 janvier 1881. 
Hériot (L'abbé Étienne-Ei/gène-Louïs), professeur au grand séminaire, 

Ecouchi (Orne). — Élu membre de la Société le 19 novembre 1887; 

membre perpétuel. 
IIlngre, chanoine de la cathédrale, Saint-Dié (Vosges). — Élu membre de 

la Société le 23 novembre 1878. 
HovELACQUE (Abel), professeur à l'École d'anthropologie, 38, rue de Luxem- 
bourg, Paris. — Élu membre de la Société le 4 décembre 1869. 



Imbert, receveur de l'enregistrement, Piousat (Puy-de-Dôme). — Élu membre 
de la Société le 14 décembre 1889. 



' Jackson (James), archiviste-bibliothécaire de la Société de Géographie, 
15, avenue d'Antin, Paris. — Élu membre de la Société le 22 juin 1879 ; 
membre perpétuel. 

Jedlicka (Jaromir), membre du séminaire de philologie slave à l'Univer- 
sité de Prague, 29, Tylovo namèsti, Krâlovské Vinoh; ady (Bohême). — 
Élu membre de la Société le 19 décembre 1891. 

JoB (Léon), professeur au lycée, 2, rue de la Hache, Nancy (Meurthe-et- 
Moselle). — Elu membre de la Société le 21 novembre 1885. 

JoRET (Charles), professeur à la Faculté des lettres, 5, rue Saint-Michel, 
Aix (Bouches-du-Pihône). — Élu membre de la Société le 10 janvier 1874 ; 
membre perpétuel. 

110. Kern, professeur de sanscrit à l'Université, 41, Noordeinde, Leyde (Pays- 
Bas). — Élu membre de la Société le 15 mars 1873. 

Kirste (Docteur Ferdinand-Otto-ie.&n), Vlll, Fuhrmannsgasse, 1 A, Vienne 
(Autriche). — Élu membre de la Société le 7 janvier 1872 ; membre 
perpétuel. 

Klefstad-Sii.lonvhxe, professeur à l'École des hautes études commer- 
ciales, 63, boulevard Péreire, Paris. — Élu membre de la Société le 20 dé- 
cembre 1884. 

Laborde (Le marquis Joseph de), archiviste aux Archives nationales, 8, rue 
d'Anjou, Paris. — Élu membre de la Société le 29 décembre 1873 | 
membre perpétuel. 



XII LISTE DES MEMBIŒS 

Lacouperie (Docteur Albert Terriem i>e), ancien professeur de philologie 
indo-chinoise à l'University Collège, directeur du Bnbylonien and Ofien- 
tal Record, 54, Bishop's Terrace, Walham Green, S. W., Londres. — Élu 
membre de la Société le 9 février 1889. 

Lambert (Charles), professeur au Lycée, 70, rue Chaussade, Le Puy 
(Haute-Loire). — Élu membre de la Société le 3 mai 1890. 

Laray (Henri), capitaine d'infanterie de marine, 66, avenue Péreire, 
Asnières (Seine\ — Élu membre de la Société le 31 mai 1890 ; membre 
perpétuel. 

Laurent, professeur au Collège Stanislas, 9, rue du Mont-Parnasse, Paris. 
— Élu membre de la Société le 14 avril 1883. 

Lecocq (Gustave), 7, rue du Nouveau-Siècle, Lille (Nordj. — Élu membre de 
la Société le 3 mai 1890. 

Léger {Loms-Paul), professeur de langues et littératures slaves au Collège 
de France, professeur à l'École spéciale des langues orientales vivantes, 
à l'École de guerre et à l'Kcole libre des Sciences politiques, 157, bou- 
levard Saint-Germain, Paris. — Membre de la Société depuis l'origine, 
administrateur vice-président de 1866 à 1869, en 1880 et en 1881 ; pré- 
sident en 1882; membre perpétuel. 
120. Lejay (L'abbé Paul), 74, rue de Vaugirard, Paris. — Élu membre de la 
Société le 17 mai 1890. 

LÉvi (Sylvain), maître de conférences de langue sanscrite à l'École pra- 
tique des hautes études, chargé de cours à la Faculté des lettres, 3, place 
Saint-Michel, Paris. — Élu membre de la Société le 10 janvier 1885 ; 
vice-président en IS^l et 1892: 

LiÉTARD (Le docteur), Plombières (Vosges). — Membre de la Société en 
1867. 

LœB (Isidore), professeur au Séminaire Israélite, professeur libre à la Fa- 
culté des lettres, 91, rue des Marais. Paris. — Élu membre de la Société 
le 19 décembre 1885. 

LoTH (Joseph), doyen de la Faculté des lettres, Rennes (Ille-et-Vilaine). — 
Élu membre de la Société le 25 mai 1878. 

LucHAiRE (A.), maitre de conférences à la Faculté des lettres, 61, rue 
Claude-Bernard, Paris. — Élu membre de la Société le 2 mars 1878. 



Malvoisin (Edouard), professeur au lycée, 14, rue de Mulhouse, Saint-Quen- 
tin (Aisne). — Membre de la Société en 1867; bibliothécaire du 
7 février 1880 à la fin de 1881. 

Maspero {Camille-C/iarles-Gas.lon), membre de l'Institut (Académie des 
inscriptions et belles-lettres), professeur de philologie et archéologie 
égyptiennes au Collège de France, directeur d'études pour la philologie 
et les antiquités égyptiennes à l'École pratique des hautes études, 24, 
avenue de l'Observatoire, Paris. — Membre de la Société en 1867; vice- 
président en 1877 et 1879 ; président en 1880. 

Massieu de Glerval, 113, boulevard de la Heine, A'ersailles (Seine-et-Oise). 
— Membre de la Société en 1867. 

Mathieu, traducteur aux établissements Schneider, au Creuzot (Saône- 
, et-Loire). — Élu membre de la Société le 8 mars 1890. 
130. Maury (Louis-Ferdinand-AUreû), membre de l'Institut (Académie des ins- 
criptions et belles-lettres), professeur d'histoire et morale au Collège de 
France, directeur d'études à l'École pratique des hautes éludes, ancien 



UE LA SOCIpyfE DE LINGUISTIQUE XI!I 

directeur des Archives nationales, 12, rue de Condè, Paris. — Membre 
de la Société en 1808. 

Meillet (A.), maître de conférences de grammaire comparée, à l'Kcole 
pratique des hautes études, 2i, boulevard Sainl-Michel, Paris. — Élu 
membre'de la Société le 23 février 1889. 

MÉLÈSE, professeur de l'Université, 30, rue de Vaugirard, Paris. — Élu 
membre de la Société le 8 mars 1889. 

Melon (Paul), 24, place Malesherbes, Paris. — Élu membre de la Société 
le 19 novembre 1870; membre perpétuel. 

Merwart (Docteur K.), professeur à l'Académie Marie-Thérèse et au collège 
du II" arrondissement, II, Taborstrasse, 28, Vienne (Autriche). — Élu 
membre de la Société le 21 juin 1884. 

Metzger (Moïse), rabbin, Belfort. — Élu membre de la Société le 9 mai 
1874. 

Mever (Alphonse), professeur au lycée, 43, rue des Facultés, Bordeaux 
(Gironde). — Élu membre de la Société le 6 février 1875. 

Mever {Marie-^o.\i\-Hyacinlhe), membre de l'Institut (Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres), professeur de langues et littératufes de l'Europe 
méridionale au Collège de France, directeur de l'École des Chartes, 26, 
rue de Boulainvilliers, Paris. — Membre de la Société en 1867; membre 
perpétuel. 

Michel, professeur au lycée, Marseille (Bouches-du-Rhône). — Élu membre 
de la Société le 16 décembre 1876. 

Michel (Charles), professeur à l'Université, 6, rue Cuinard, Gand (Bel- 
gique). — Élu membre de la Société le 16 février 1878. 
140. MicHELi (Horace), licencié es lettres. — Élu membre de la Société le 
28 décembre 1889. 

MôHL (F.-George), lecteur à l'Université, Betlémské nàm'sti, 7 (1-351), 
Prague (Bohême). — Élu membre de la Société le 21 novembre 1885 ; 
administrateur en 1890 et 1891. 

MoNSEUR, professeur à l'Université libre, Bruxelles (Belgique). — Élu 
membre de la Société le 9 janvier 1885. 

MoNTAGUE, professeur à Amherst Collège, Amherst (Massachussets, États- 
Unis d'Amérique). — Élu membre de la Société le 30 novembre 1889. 

MoRTEVEiLLE (Stanislas), 15, rue Vineuse, Paris. — Élu membre de la So- 
ciété le 11 janvier 1879. 

MowAT (Robert), chef d'escadrons d'artillerie en retraite, 10, rue des Feuil- 
lantines, Paris. — Membre de la Société depuis l'origine ; président en 
1878. 



NoEL (Charles), professeur au lycée, Besançon (Doubs). — Élu membre de 

la Société le 10 janvier 1885. 
NojiMKs (P.-//.), 68, rue Saint-André-des-Arts, Paris. — Membre de la Société 

en 1867. 



Oltramare (Paul), professeur au gymnase, 12, rue Bonivard, Genève 
(Suisse). — Élu membre de la Société le 27 mai 1876 ; membre perpétuel. 

Oppert (Jules), membre de l'Institut (Académie des inscriptions et belles- 
lettres), professeur de philologie et archéologie assyriennes au Collège 
de France, directeur d'études à l'École pratique des hautes études, 2, 



XIV LISTE DES iMEMBRES 

rue de Sfax, Paris. — Membre de la Société en 1867 ; vice-président en 

1868 et 1869. 
iSO. Paris {Ga.slon-Bruno-Paulm), membre de l'Instilut (Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres), professeur de langue et littérature françaises du 

moyen âge au Collège de France, président de la Section des sciences 

historiques et philologiques à l'École pratique des hautes études, 3, 

rue Pomereu (134, rue de Lonchamp), Paris. — Membre de la Société 

en 1867 ; vice-président en 1869, en 1870-1871 et en 1872 ; président en 

1873 ; membre perpétuel. 
Parmentier (Léon), chargé du cours de philologie grecque et grammaire 

comparée à l'Université, 308, rempart de la Byloque, Gand (Belgique). — 

Élu membre de la Société le 5 décembre 1885. 
Parmentier (Le général de division Joseph-Charles-Théodore), 5, rue du 

Cirque, Paris. — Élu membre de la Société le 17 mars 1883; membre 

perpétuel. 
Pascal (Ch.), professeur au lycée, Reims (Marne). — Admis dans la Société 

en 1886. 
Pauli (Docteur Charles), II, Elisenstrasze, ùO, Leipzig (Saxe). — Élu membre 

de la Société le 3 mars 1883. 
Paysant, professeur au lycée Henri IV, o, rue Bréa, Paris. — Admis dans la 

Société en 1868. 
Pelletan (C/(flr/e^-Camille), député, 7 et 9, rue Niepce, Paris. — Admis 

dans la Société en 1868. 
Penafiel (Docteur Antonio), professeur de médecine et de chirurgie à 

rUniversité,directeur général du bureau de Statistique, Mexico (Mexique). 

— Élu membre de la Société le 11 mai 1889. 
PiERRET, conservateur du musée égyptien, au Louvre, Paris. — Était 

membre delà Société le 1" février 1870. 
Plessis (Frédéric), professeur à la Faculté des lettres, Lyon (Rhône). — Élu 

membre de la Société le 26 avril 1884. 
160. Ploix (Charles-3/«r/i/z), ingénieur hydrographe, 1, quai Malaquais, Paris. — 

Membre de la Société en 1867 ; vice-président en 1873 et en 1888 ; 

président en 1874 et en 1889 ; membre perpétuel. 
PsiCHARi (Jean), maître de conférences de langue néo-grecque à l'École 

pratique des hautes études, 26, rue Gay-Lussac, Paris. — Élu membre 

de la Société le 15 février 1884; administrateur de 1885 à 1889. 

Reinach (Salomon), 31, rue de Berlin, Paris. — Elu membre de la Société le 21 

février 1880. 
Renan (Joseph-Ernesi), membre de l'Académie française et de l'Académie 

des inscriptions et belles-lettres, directeur du Collège de France, au 

Collège de France, Paris. — Président de la Société en 1867. 
Rhvs (Prof. John), ancien fellow de Merton Collège, 87, Banbury road, 

Oxford (Grande-Bretagne). — Élu membre de la Société le 9 janvier 1865; 

membre perpétuel. 
Roger (Maurice), professeur au lycée, 275, rue Solférino, Lille (Nord). — 

Élu membre de la Société le 20 mars 1886. 
Rolland (Eugène), l'un des directeurs de la revue Mêlusine, château de 

Grantmont, à Aunay-sous-Auneau, par Anneau (Eure-et-Loir), et à Paris, 2, 

rue des Chantiers. — Admis dans la Société en 1868 ; membre perpétuel. 
RosAPELLY (Le docteur), ancien interne des hôpitaux, 10, rue de Buci, 

Paris. — l'^lu membre de la Société le 27 mai JS76 ; membre perpétuel. 



IJE LA SOUIKTK DE LINGUISTIOLE XV 

RoussELOT (L'abbé Jean), l'un des directeurs de la Revue des l'atoU gallo 
romans, 74, rue de Vaugirard, Paris. — Élu membre de la Société le 
17 avril 1886. 

RuDY (Charles), 7, rue Royale, Paris. — Membre de la Société depuis l'origine. 

no. Sabbathier (Paul), agrégé de l'Université, Ib, rue du Cardinal-Lcmoine, 
Paris. — Élu membre de la Société le 28 décembre 1889. 

Saint-Didier (Le baron de), 1, boulevard de Latour-Maubourg, Paris. — Élu 
membre de la Société le 7 mars 1891. 

Sanchez Moguel (Antonio), membre de l'Académie royale d'histoire, pro- 
fesseur à l'Université, Madrid (Espagne).— . Élu membre de la Société le 
5 février 1887. 

Saussure (Ferdinand de), professeur à l'Université, 2, rue de la Tertasse, 
à Genève (Suisse). — Élu membre de la Société le 13 mai 187G; secré- 
taire-adjoint de 1883 à 1891. 

Sayce (Aî'clnh'ild-Uenry), professeur à l'Université, Oxford (Grande-Bre- 
tagne). — Élu membre de la Société le 5 janvier 1878; membre perpétuel. 

Sayous (Edouard), professeur à la Faculté des lettres, Besançon (Doubs). 

— Élu membre de la Société le 2 mai 1885. 

SCHILS (L'abbé G. -II.), curé de Fontenoille, par Sainte-Cécile (Belgique). 

— Élu membre de la Société le 8 juin 1889. 

Schlemmer de Bânyavôlgy (Le chevalier Charles), directeur de la Chancel- 
lerie des finances, consul de Perse, via Sant' Andréa, 573, Fiume (Hon- 
grie). — Élu membre de la Société le 30 novembre 1889. 

Schlumberger (Gustave-Le'j/î), membre de l'Institut (Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres), 140, rue du Faubourg-Saint-Honoré , Paris. — 
Membre de la Société depuis le 3 décembre 1881 ; membre perpétuel. 

ScHRMNEN (Joseph), doclcur en philosophie, 1, Commelinslraat, Amsterdam 
(Hollande). — Élu membre de la Société le 5 décembre 1891. 
• 80. ScHWOB (Marcel), 2, rue de l'Université, Paris. — Élu membre de la Société 
le 9 février 1889; bibliothécaire en 1892. 

Sébillot (Paul), directeur de la Revue des Traditions populaires, 4, rue de 
l'Odéon, Paris. — Élu membre delà Société le 28 avril 1883; membre 
perpétuel. 

Se.nart (Emile), membre de l'Institut (Académie des inscriptions et belles- 
lettres), château de la Pelisse, près la Ferté-Bernard (Sarthe), et à Paris, 
10, rue Bayard. — Admis dans la Société en 1868. 

Sénéchal (Edmond), conseiller privé du gouvernement, Guatemala. — Élu 
membre de la Société le 16 mai 1883. 

Sépet (Marius), employé au département des manuscrits de la biblio- 
thèque nationale, b, rue Gueydan, Sèvres (Seine-et-Oise). — Était 
membre de la Société le 1" février 1870. 

Speijer (Docteur J.-S.), professeur de philologie latine à l'Université, Gro- 
ningue (Pays-Bas). ■ — Élu membre de la Société le 2 février 1878. 

Spiro (Jean-//e«?"î), professeur à l'Université de Lausanne, Vufflens-la-Ville, 
près Lausanne (Suisse). — Élu membre de la Société le 18 février 1882. 

Stokes (Whitley), associé étranger de l'Institut de France (Académie des 
inscriptions et belles-lettres), ancien membre du Governor's Counoil à 
Calcutta, 15, Grenville Place, S. \V., Londres. — Élu membre de la So- 
ciété le 5 novembre 1881. 

Storm (Johan), professeur à l'Université, Christiania (Norvège). — Élu 
membre de la Société le 23 novembre 1872; membre perpétuel. 



XVI LISTE DES MEMBUES 

Sturm (P.-V.), professeur à l'Athénée, Luxembourg (grand-duché de Luxem- 
bourg). — Élu membre de la Société le 20 février 1875. 
190. SuDRE (Léopold-Maurire-Pierre-Tiniothi'e), professeur au collège Stanislas, 
42, boulevard Montparnasse, Paris. — Élu membre de la Société le 
2 avril 1887; membre perpétuel. 

SvEPELius (Charles). — Élu membre de la Société le 22 mars 1890. 

SvRLJUGA (Gabriel), professeur au Gymnase royal, Strosmajerov trg, Jur- 
danova Ivuca, Karlovac (Croatie). — Élu membre de la Société le 
17 avril 1880. 

Taver.ney (Adrien), Jongny, p-rès Vevey (Suisse). — Élu membre de la So- 
ciété le 17 mars 1883. 

Tegnér, professeur à l'Université, Lund (Suède). — Élu membre de la So- 
ciété le 17 avril 187.j; membre perpétuel. 

Thomas (W.), professeur au lycée, Dijon (Cote-d'Or). — Élu membre de la 
Société le 8 mars 1890. 

Thomsen (Wilh.), professeur à l'Université, loO, Garnie Kongevei Copen- 
hague (Danemark). — ■ Élu membre de la Société le 21 mai 1870. 

TouRi.N (Edouard), archiviste, Salins (Jura). — Élu membre de la Société 
le 5 mars 1887. 

TouRNiER (Edouard), directeur adjoint pour la philologie grecque à l'École 
pratique des hautes études, maitre de conférences à l'École normale su- 
périeure, 10, rue de Tournon, Paris. — Membre de la Société depuis 
l'origine; vice-président en 1872. 

TouRTOL'L0:'i (Le baron Charles de), A'illa Alelii, Cannes (Alpes-Maritimes). — 
Élu membre de la Société le 2.j avril 1809. 

200. Vandaele (Ililairc), professeur au collège, Dunkerque (Nord). — Élu membre 
de la Société le 14 mai 1887. 
VoGiJÉ (Le marquis Charles-Jean-yielchlor de), membre de l'Institut (Aca- 
démie de.5 inscriptions et belles-lettres), ancien ambassadeur de France 
à Vienne, 2, rue Fabert, Paris. — Membre de la Société depuis le 27 mars 
1870 ; membre perpétuel. 

Wackernagel (Jacques), professeur à l'Université, Bàle (Suisse). — Élu 
membre de la Société le 20 novembre 18SG. 

^YATEL, proTesseur au lycée Condorcet, IOj, rue de Miromesnil, Paris. — 
Élu membre de la Société le 13 janvier 1872. 

\Vehster (M"*- Hélène), 37, Nahont Slreet, Lynn (Massachussets, États- 
Unis d'Amérique). — Élue membre de la Société le 28 décembre 1889. 

\Vharto.\ (Edward-Ross), Merton Lea, Oxford (Grande-Bretagne). — Élu 
membre de la Société le 7 février 1891. 

WiLBOis, colonel de gendarmerie, 5, rue Stanislas, Paris. — Élu membre 
de la Société le 15 avril 1876 ; membre perpétuel. 

WiMMER (Louis-F-yl.), professeur àl'Universilé, 9, Norrebrogade, Copenhague 
(Danemark). — Élu membre de la Société le 29 mars 1873; membre per- 
pétuel. 

Wi.NKLER (Docteur Henri), Gartcnhaus 3i, Neudorfstrasze, Breslau (Silésie 
Prussienne). — Élu membre de la Société le 30 novembre 1889. 

WoTKE (Docteur Charles), VII, Kirchberggasse, 35, Vienne (Autriche). — 
Élu membre de la Société le 25 juin 1^87. 



DE L.v socii'yrÉ uk linguistique 



XVII 



210. ZuBATY, professeur de sanscrit el grammaire comparée à l'Université de 
Prague, 13, Svarcen bergova trida, Smichov (Bohême). — Élu membre 
de la Société le 19 décembre 1891. 
ZvETAiEV (Jean), professeur à l'Université, Moscou (Russie).— Élu membre 
de la Société le 16 mai 1885. 



LISTE DES PRESIDENTS 

DE LA SOCIÉTÉ DE LINGUISTIQUE DE PARIS 

DEPUIS 18G6. 



MM. 



MM. 



1866. 


f EGGER. 


1880. 


MASPERO. 


1867. 


RENAN. 


1881. 


GAIDOZ. • 


1868. 


f BRUNET DE PRESLE. 


1882. 


LEGER. 


1869. 


f BAUDRY. 


1883. 


DARBtJlS DE JUBAINVILLE, 


1870-71. 


f EGGER. 


188i. 


t GUYARD. 


1872. 


fTHUROT. 


1885. 


DE CIIARENCEY. 


1873. 


Gaston PARIS. 


1886. 


RuBENS DUVAL. 


1874. 


PLOIX. 


1887. 


James DARMESTETER. 


1875. 


f VAl'SSE. 


1888. 


IIALÉVY. 


1876. 


f EGGER. 


1889. 


PLOIX. 


1877. 


fBENOIST. 


1890. 


RONNARDOT. 


1878. 


MOWAT. 


1891. 


f DE ROCIIEMONTEIX. 


1879. 


f BERGAIGNE. 


1892. 


Philu'pe RERGER 



XVIII MEMBRES 



MEMBRES 



ENLEVES PAR LA MORT A LA SOCIETE 



Baudry (Frédéric), membre de l'Institut (Académie des inscriptions et 
belles-lettres); administrateur de la bibliollièque Mazarine. — Membre 
de la Société en 18(37 ; vice-président en 1868; président en 1869. Dé- 
cédé le 2 janvier r88o. 

Benoist (Louis-Eugene), membre de l'Institut (Académie des inscriptions 
et belles-lettres), professeur de poésie latine à la Faculté des lettres de 
Paris. — Membre delà Société depuis le 7 mai 1870; président en 1877. 
Décédé le 22 mai 1887. 

Bergaigne {\he\-Hemn-Joseph), membre de l'Institut (Académie des 
inscriptions et belles-lettres), directeur d'études à l'École pratique des 
hautes éludes, professeur de sanscrit et de grammaire comparée à la 
Faculté des lettres de Paris. — Membre de la Société en 1864; secré- 
taire adjoint en 1868 et 1869; vice-président de 1873 à 1878; président 
en 1879. Décédé le 6 août 1888. 

Boucherie (A.), chargé du cours de langues romanes à la Faculté des 
lettres de Montpellier (Hérault). — Élu membre de la Société le 21 no- 
vembre 1868. Décès notifié à la Société le 14 avril 1883. 

Bru.net de Presle, membre de l'Institut (Académie des inscriptions et 
belles-lettres), professeur de grec moderne à l'École spéciale des lan- 
gues orientales vivantes. — Membre de la Société en 1867 ; président 
en 1868. Décédé le 12 septembre 1875. 

Chasi.es (Philarètc), professeur au Collège de France. — Elu membre 
de la Société le 15 février 1873. Décès notifié à la Société le 19 juillet 
1873. 

Chassaxg (A.), inspecteur de l'Université. — Elu membre de la Société 
le 12 novembre 1870. Décédé le 8 mars 1888. 

Chodzko (Alexandre), ancien chargé de cours au Collège de France et à 
l'École spéciale des langues orientales vivantes. — Membre de la So- 
ciété depuis l'origine. Décès notifié à la Société le 16 janvier 1892. 

Darmesteter (Arsène)', professeur de langue et littérature françaises du 
moyen âge à la Faculté des lettres île Paris, professeur à l'Ecole nor- 



KNLEVÉS PAR LA MORT A LA SUCILTIÎ XIX 

maie déjeunes filles de Sèvres. — Membre de la .Société en 1870. 
Décédé le 16 novembre 1888. 

De la Rerge. — Élu membre de la Société le 3 décembre 1870. Décédé 
le 13 mars 1878. 

Devic (Marcel), chargé du cours de langue et de littérature arabes à la Fa- 
culté des lettres de Montpellier (Hérault). — Élu membre de la Société 
le 19 février 1876; vice-président en 1878. Décédé en mai 1888. 

Deville (Gustave), ancien membre de l'École française d'Athènes. — 
Membre de la Société en 1867. Décédé en 1868. 

DiDiON (Charles), inspecteur général des ponts et chaussées en retraite, 
délégué général de la Compagnie d'Orléans. — Élu membre de la Société 
le 26 avril 1873. Décédé le 26 janvier 1882. 

DiDOT (Ambroise-Firmin). — Admis dans la Société en 1868. Décédé en 
1876. 

Egger (Emile), membre de l'Institut (Académie des inscriptions et 
belles-lettres), professeur d'éloquence grecque à la Faculté des lettres 
de Paris. — Président de la Société en 1866, en 1870-71, en 1876. Décédé 
le 31 août 1885. 

EiCHTHAL (Gustave d'). — Membre de la Société depuis 1867. Décédé en 
1886. 

Florent-Lefèvre. — Élu membre de la Société le 29 mars 1873. Décédé 
en 1887. 

FouRNiER (Eugène), docteur en médecine et es sciences naturelles. — 
Membre de la Société depuis l'origine. Décédé le 10 juin 188o. 

Georgian (Professeur D' C.-D.) — Élu membre de la Société le 21 mars 
1875. Décédé en 1888. 

GoLDSCHMiDT (Siegfried), professeur de sanscrit à l'Université de Stras- 
bourg. — Elu membre de la Société le 8 mai 1869. Décédé le 31 janvier 
1884. 

GouLLET. — Élu membre de la Société le 7 juin 1873. Décédé en 1887. 

Grandgagnage (Charles), sénateur du royaume de Belgique. — Élu 
membre de la Société le 24 avril 1869. 

Graux (Charles-//e?»'i), maitre de conférences de philologie grecque à 
l'École pratique des hautes études, maître de conférences d'histoire 
grecque à la Faculté des lettres de Paris, bibliothécaire à la bibliothèque 
de l'Université. — Élu membre de la Société le 9 mai 1874. Décédé le 
13 janvier 1882. 

Grimblot (Paul), ancien consul de France à Ceylan. — Membre de la So- 
ciété en 1867. Décès notifié à la Société le 4 juin 1870. 

Guieysse {Georges-Eugène). — Élu membre de la Société le 11 février 
1888. Décédé le 17 mai 1889. 

Guyard (Stanislas), professeur de langue arabe au Collège de France, 
maître de conférences de langues arabe et persane à l'École pratique 
des hautes études. — Elu membre de la Société le 13 avril 1878, vice- 
président en 1882 et 1883 ; président en 1884. Décédé le 7 septembre 

■ 1884. 

Halléguen (Le docteur). — Élu membre de la Société le 9 juin 1877. Dé- 
cès notifié à la Société le 5 avril 1879. 

IIanusz (Jean), professeur agrégé a. l'Université de Vienne (Autriche). 
— Élu membre de la Société le 25 juin 1887. Décédé en juillet de la 
même année. 
Hauveïte-Resnault, directeur d'études honoraire à l'Ecole pratique des 



XX MEMBRES 

hautes études, conservateur adjoint de la bibliothèque de l'Université. 

— Membre de la Société depuis 1870. Décédé le 28 juin 1888. 
Heinrich (G. -A.), doyen de la Faculté des lettres de Lyon (Rhône). — 

Membre de la Société depuis 1867. Décédé en 1887. 

Hervé (Camille). — Membre de la Société en 1867. Décédé le 30 août 1878. 

Jaubert (Le comte), membre de l'Institut. — Membre de la Société de- 
puis 1868. Décédé le 1" janvier 1875. 

JozoN, député. — Présenté pour être membre de la Société dans la 
séance du 2 décembre 1879. Décès notifié à la Société le 9 juillet 1881. 

Judas (Le docteur A. -G.), ancien médecin principal de première classe. 

— Membre de la Société depuis l'origine. Décédé le 17 janvier 1873. 
Lachaise (L'abbé Romain Gzerkas). — Membre de la Société en 1867. Dé- 
cès notifié à la Société le 26 avril 1873. 

Lambrior, professeur à l'Université de Jassy (Roumanie). — Élu membre 
de la Société le 26 mai 1877. Décès notifié à la Société le 17 novembre 
1883. 
Lexormant (Charles-Frdincoh), membre de l'Institut (Académie des ins- 
criptions et belles-lettres), professeur d'archéologie près laBibliothèque 
nationale. — Membre de la Société en 1867. Décédé le 9 décembre 1883. 
Le Saint (François), ancien officier. — Décédé en 1867. 
Lévy (B.), inspecteur général de l'instruction publique. — Élu membre 

de la Société le 24 janvier 1874. Décédé le 24 décembre 1884. 
LiTTRÉ {Maxi7ni/ien-Paul-Émi\e), membre de^l'Académie française et de 
l'Académie des inscriptions et belles-lettres. — Membre de la Société 
depuis 1868. Décédé en 1881. 
Lottner (Le docteur Karl). — Membre de la Société en 1867. Décédé le 

5 avril 1S73. 
Merlette (^K^M.y^e-Nicolas). — Élu membre de la Société le 20 novem- 
bre 1886. Décédé le 13 mai 1889. 
Meunier (Louis-Francis), docteur es lettres. — Membre de la Société en 

1867 ; trésorier de 1872 à sa mort. Décédé le 11 mars 1874. 
Mever (Maurice), ancien professeur à la Faculté des lettres de Poitiers 
(Vienne), inspecteur de l'enseignement primaire. — Admis dans la 
Société en 1868. Décédé en 1870. 
MoiSY (Henry). — Élu membre de la Société le 12 juin 1875. Décès notifié 

à la Société le 18 décembre 1886. 
MuiR (John), correspondant de l'Institut de France (Académie des inscrip- 
tions et belles-letlr.es).— Élu membre delà Société le21 novembre 1868. 
Décédé le 15 mars 1882. 
NiGOLES (0.), professeur au lycée Janson de Sailly. — Élu membre de 
la Société le 13 juillet 1878. Décès notifié à la Société 'le 22 décembre 
1888. 
Pannier (Léopold), attaché à la Bibliothèque nationale. — Était membre 
de la Société le 1" février 1870. Décès notifié à la Société le 20 novembre 
1875. 
Paplonski (J.), directeur de l'Institut des sourds et muets, à A'arsovie 
(Pologne russe). — Élu membre de la Société le 27 février 1869. 
Décédé le 28 novembre 1885. 
Pedro II (S. M. dom), membre de l'Institut de France. — Membre de la 

Société depuis le 12 mai 1877. Décédé le 5 décembre 1891. 
Peulat, doyen de la Faculté de droit. — Était membre de la Société le 
1" février 1870. Décès notifié à la Société le 18 novembre 1871. 



ENLEVÉS l'AR LA MORT A LA SOCIÉTÉ XXI 

PiERRON (Alexis), professeur au lycée Louis-le-Grand. — Admis dans la 
Société en 1868. Décès notifié à la Société le 7 décembre 1878. 

Ponton d'Amécourt (Le vicomte Gustave de). — Membre de la Société en 
1867. Décès notifié à la Société le 28 janvier 1888. 

Queux de Saint-IIilaire (Le marquis de). — Élu membre de la Société le 
4 novembre 1882. Décédé en novembre 1889. 

Renier (C/iarles-Alphonse-Léon), membre de l'Institut (Académie des 
inscriptions et belles-lettres), professeur d'épigraphie et antiquités 
romaines au Collège de France, président de la section des sciences 
historiques et philologiques à l'École pratique des hautes études, 
conservateur de la Bibliothèque de l'Université. — Admis dans la 
Société le 24 avril 1869. Décédé le 11 juin 1885. 

Riant {Vaul- Edouard Didier, comte), membre de l'Institut (Académie des 
inscriptions et belles-lettres). — Membre de la Société en 1867. Décédé 
en décembre 1888. 

RiEMANN (Othon), maître de conférences à l'École normale supérieure et 
à l'École pratique des hautes études, l'un des directeurs de la Revue 
de philologie, de Uttévature et d'histoire anciennes. — Élu membre de la 
Société le 3 décembre 1881. Décédé le'16 août 1891. 

RiEUTORD. — Élu membre de la Société le 15 mars 1873. Décédé le 
14 janvier 188i. 

RoNEL (Charles), chef d'escadron de cavalerie en retraite. — Élu membre 
de la Société le 8 janvier 1881. Décès notifié à la Société le 26 juin 
1886. 

RociiEMO.'^TEix (Frédéric-Josep/i-Maxence-René de Chalvet, marquis de), 
professeur libre à la Faculté des lettres, 11, rue des Beaux-Arts, Paris. 
— Élu membre de la Société le 7 juin 1873; vice-président en 1889 et 
1890 ; président en 1891. Décès notifié à la Société le 2 janvier 1892. 

RouGÉ (Le vicomte Emmanuel de), membre de l'Institut (Académie des 
inscriptions et belles-lettres), professeur au Collège de France. — Membre 
de la Société en 1867. Décès notifié à la Société le 4 janvier 1873. 

ScHOEBEL (Ch.). — Membre de la Société depuis l'origine. Décès notifié 
à la Société le 8 décembre 1888. 

Seillière (Aimé). •— Élu membre de la Société le 13 février 1869. Décès 
notifié à la Société le 19 novembre 1870. 

Thukot (Fra«co(s-Charles), membre de l'Institut (Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres), maitre de conférences à l'Ecole normale supé- 
rieure, l'un des directeurs de la Revue de philologie, de littérature et 
d'histoire anciennes. — Admis dans la Société en 1868 ; vice-président 
en 1870-71; président en 1872. Décédé le 17 janvier 1882. 

ToDD (J. Hentliorn), senior fellow of Trinity Collège, professeur d'hébreu 
à Trinity Collège (Dublin), et conservateur de la bibliothèque. — 
Admis dans la Société en 1868. Décédé le 28 juin 1869. 

Vaïsse (Léon), directeur honoraire de l'École des sourds et muets. — 
Membre de la Société en 1867; président en 1875. Décédé le 10 juin 1884. 

Vallentin (Ludovic-LuLien-Mathieti-Floiian), substitut du procureur de la 
République à Montélimar (Drôme), directeur du Bulletin épigraphique 
de la Gaule. — Elu membre de la Société le 21 janvier 1882. Décès 
notifié à la Société le 9 juin 1883. 



eu AUTRES. m P. DUllA.ND, HUE F U L D E H T, 



MÉLANGES CELirQUES. 



* i 

DE QUELQUES COMPOSES GKOfiRAPHIQUES CiMLOIS. 

Les composes de deux termes dont le second est gaulois et 
dont le premier est soit gaulois, soit latin ne sont j)as rares dans 
la nomenclature des noms de lieux de la France. On les recon- 
naît facilement dans les documents qui remontent à Tempire 
romain; mais ils deviennent plus ou moins méconnaissables au 
moyen âge, quand les modifications progi'essivement subies par 
le langage les ont déformés. Nous citerons comme exemples les 
mots dont le second terjne est -dunum, -durum, -magus, -hriga, 
-ritum. 

De ces cin(f termes, le premier, -dinnim, a sur les autres cet 
avantage qu'il est frappé de faccent; mais sa dentale tombe au 
XI* siècle; et si fou ne possédait pas d'une façon certaine les 
formes successives, il serait impossible de reconnaître sous le 
Lyon et le Laon de nos jours le Lugiiduinim des temps qui ont 
immédiatement suivi Jules César et la conquête romaine. 

Les seconds termes -durum, -magm, -briga, -ritum ont été de 
très bonne heure beaucoup plus maltraités que -dunum, parce 
qu'ils sont atones. Ainsi -durum, qui devait, comme -dunum, 
perdre sa dentale, au xi'' siècle, dans une grande partie de la 
France, a perdu bien antérieurement la voyelle qui suit cette 
dentale. La voyelle m de dunum persiste encore aujourd'hui dans 
Lyon, de Lugudunum; mah Yîi de -durum était déjà fort altéré 
dès l'époque mérovingienne, puisque les légendes monétaires de 
cette époque le représentent pare en écrivant Autiziodero, Autixio- 
dero au lieu de Autissiodurum le nom d'Auxerre (Yonne), Iserno- 
dero au lieu à'isernodurum le nom d'Izernore (Ain). Ternodero au 
lieu de Turnodurum le nom de Tonnerre (Yonne) ^ Ce qui montre 
combien cette vovelle était indistincte, c'est que, pour le nom 
à'Imodurum, Issoire, Yseures, Iseure, les légendes monétaires 
nous offrent les deux variantes Hicciodpro et Iciodiro, l'une avec e 



• A. de Bartliéiomv, dans la Bibliothèque de l't!colf fies chartes, t. XXVi, 
p. /i5i, /i.T-, 663. 

MKM.LIM.. Vil. 1 



H. DARBOIS DE JUBAINVILLE. 



= M, comme dans les piécédenls, et l'autre avec i=nK En re- 
gard de ces notations modernes de ïû atone, on peut mettre celle 
de Lugdimu, Lugduno, Leudunu pour le nom de Lyon, avec per- 
sistance de ïû tonique primitif. L'e = ii atone de -durum parait 
être tombe' dans le courant du ix" siècle. Ainsi -durum, second 
terme du nom de Tabbaye de Jouarre, est noté -der- dans le 
dérive' Joderensis que nous conserve un diplôme de l'année 839-, 
et il est réduit à -drutn sans aucune trace de Vu dans la notation 
Jodrum que nous trouvons dans la partie des Atiîiales de Saint- 
Bertin, rédigée par Hincmar environ quarante ans plus tard^. 
De cette orthographe on peut rapprocher celle que nous offre, 
pour le nom d'Auxerre, Audessiodumm , le célèbre manuscrit de 
la cathédrale d'Armagh écrit probablement vers le milieu du 
ix*" siècle, où le nom d'Auxerre est noté avec une orthographe 
moitié savante et moitié phonétique : Ohiodra pour Ausiodra. 

Magus perdit d'abord, semble-t-il, sa gutturale. De là chez 
Grégoire de Tours, au vi" siècle, les deux orthographes Moutalo- 
magensem vicum'^ et Mantolomaus (sans ^) ^, l'une historique et 
l'autre phonétique, pour le nom de Manthelan (Indre-et-Loire). 
L'a de magus tomba ensuite. De là dans les monnaies mérovin- 
giennes les légendes Rotomo civitati pour Hotomago cmlati, Rouen; 
iSoviomo ci pour Noviomago civitati, Noyon; Mosomo castra ])our 
Mosomago caslro, Mouzon*^. 

Dans tout l'exposé qui précède, nous nous sommes bornés à 
reproduire, peut-être avec un peu plus de précision qu'il n'a été 
lait jusqu'ici, une doctrine depuis longtemps reçue. C'est une 
sorte d'introduction qui servira de justification à deux hypothèses 
que nous allons proposer. Voici la première : 

Il existe en France un cerlain nombre de noms de lieux qui 
se terminent en -euvre que l'on écrit souvent -œuvre. Il nous pa- 
rait vraisemblable que c'est la prononciation moderne d'une an- 
cienne désinence -obriga. Dans cette désinence, il laudrait dis- 
tinguer deux éléments : le premier élément serait la voyelle 
fijiale du premier terme d'un composé; le second élément -briga 
serait le second terme de ce composé. Ainsi les cin([ Vandeuvre, 
Vandœuvre, Vendeuvre, Vendœuvre de France (Aube, Calvados, 
Indre, Meurlhe-et-Mosclle, Vienne) seraient autant de Vindo- 



' A. de Barthélémy, dans la Bibliothèque de l'Ecole des chartes, t. XXVI, 
p. 'loë. 

■^ Tardif, Monuments historiques, p. 91, (o\. 1. 

-^ Annales Bertiniani, sub anno 879, Doin Bouquet, t. VIFI, p. 33 i. 

* llistoria Francoriim, 1. VII, c. ti'];éilU. Ariuit, p. 333, I. 27-28. 
' Historia Francorum, 1. X, c. 3 i ; édif. Ariidl, p. /i/i(), 1. 5-6. 

* A. de Barthélémy, dans la Bibliothèque de l'Ecole des chartes, I. XXVI, 
p. A59-AH0. 



MÉLANGES CELTIQUES. |{ 

Irriga rf forteresse de Vindosii. Un exemple inte'ressant de la lutte 
entre la bonne orthographe et l'orthographe prétendue savante 
due à la pédanterie du moyen âge nous est donné par la collec- 
tion des formes anciennes du nom de Vendeuvre (Vienne), telle 
qu'elle a été formée par M. Rédet dans son Dictionnaire (opogra- 
phiqtie du département de la Vienne, p. /i3 i. En 9 38, quelques pré- 
tentieux savants écrivaient in villa Vindopere; mais, en 978 ou 
97/4, le bon sens reprenait le dessus et le nom de Vendeuvre 
s'écrivait au génitif Vendobriœ; vers l'an tooo, on l'écrivait au 
nominatif Vindobria et lendobria; en 1966, Vendovrium avec un 
changement de genre maladroit; au xiv* siècle, en français, Ven- 
dovre, Vendoivre, Vendeuvre. Une charte de l'année 81 5, repro- 
duite, au \if siècle, dans la Chronique de Bèze, nous donne le dé- 
rivé Vendobrensis d'un ancien Vindobriga, qui aurait été situé dans 
le département de la Côte-d'Or sur le territoire de Bèze ^ ; c'est 
un autre exemple de la notation traditionnelle du mot Vindo- 
briga h ï époque carlovingienne; Vendobriensis serait peut-être une 
orthographe plus exacte et représenterait mieux la prononciation 
réelle. 

Un autre exemple du second terme briga nous est olfert par 
Deneuvre (Meurthe-et-Moselle). Des textes du xii* siècle appellent 
ce village au génitif Donobrii, à l'ablatif Donobrio sans autre irré- 
gularité qu'un changement de genre; mais au même siècle inter- 
vient un savant latiniste, auteur d'une vie de saint, qui corrige 
cette leçon en Danorum opus^^. 

Ceux qui, dans le diocèse de Poitiers, ont traduit Vendeuvre 
par Vindopera, ceux qui, dans le diocèse de Toul, ont trans- 
formé Deneuvre en Danorum opus, ont attesté en latin des con- 
naissances que nous ne pouvons qu'admirer. Mais à Tours on 
était beaucoup plus instruit : on savait le grec. L'abbaye de Saint- 
Martin de cette ville avait des propriétés dans un village aujour- 
d'hui situé au département de Loir-et-Cher et dont on écrit le 
nom Suèvre. Du viii^ au x* siècle, l'orthographe traditionnelle 
du nom de cette localité était Sodobria^. Au commencement du 
x^ siècle, on prononçait probablement Seudeuvre. Les hellénistes 
de Tours imaginèrent d'y trouver un composé grec * •\izv^6<popoç 



1 Garnier, Nomenclature liislorique. . . des communes... du déparlement de 
la Côte-d'Or, p. il, 11° 175. 

- Lepage, Dict. top. du dép. de la Meurtlie, p. tii. 11 y avait en Auvergne, au 
x' siècle, une localité qui portait le même nom, d'où l'adjectif dérivé Donobrm- 
sis. Voyez Brupl, Recueil des charte.i de Cluny, t. 1, p. 786, 826; t. II, p. a86. 

' Mabille, La pancarte noire de Saint-Martin de Totir.i , p. 235. Le plus ancien 
des diplômes auxquels renvoie le savant auteur est de Cliarlemagne et remonte 
à l'année 775. H a été publié par Dom Bouquet, t. V, p. 7,37, avec un a pour 
un à la première syllabe, Sadnbria pour Sodohria. 



a H. D'ARBOIS DR JUBAINVILLE. 

dont le p initial serait tombe' comme dans sautier pour psautier, 
et dont Tavant-dernier o serait tomlié, ce qui donnei-ait Seu- 
dophre; vraiment il faudrait être bien ditFicile pour ne pas ad- 
mettre l'identité' des deux expressions. Voici le texte : Pseudotorus 
etiam quae et Sodobria dicitur. Telle est la formule que nous 
rencontrons dans deux diplômes accorde's par Chartes le Simple 
à Tabbaye de Saint-Martin de Tours en 908 et 919 \ 

La science des latinistes de Poitiers et de Toul, celle des hellé- 
nistes de Tours ne nous empêchera pas de penser que le gaulois 
-briga cr forteresse n est le second terme des compose's dont nous 
venons de parler. 

Nous arrivons aux composés dont rilum est le second terme. 

On sait que ritum Kguév est identique au \alin porlus , à Tallemand 

fuhrt et au zend peretii. Les monuments de l'époque romaine nous 

l'offrent dans Augustoritum «gué d'Auguste r qui est aujourd'hui 

Limoges, et dans Andentum, localité située près de Mende (fjozère). 

M. Dottin propose d'admettre que -ritum, second terme de com- 
posé, était atone. Il résulte de là qu'on devrait reconnaître les 
débris d'un second terme riium dans les deux dernières lettres du 
nom de lieu Cambort qui désigne une villo du pagus Aurelianensis 
dans un diplôme donné par Charles le Chauve en 860 ou en 
861 ^. Le même nom latinisé désigne deux autres localités dans 
d'autres documents carlovingiens. L'une de ces localités est au- 
jourd'hui Chambourg (Indre-et-Loire) : Cambortus villa in pago 
turonico ad fluvium Agnerem, en 861 dans un diplôme de Charles 
le Chauve poîir l'abbaye de Cormery^. L'autre, appelée Chambort 
au siècle dernier et qui parait aujourd'hui détruite, est mentionnée 
au ix^ siècle dans le Polyptique de Saint-Germam-des-Prés et était, 
suivant M. Longnon, sur le territoire de Jouars-Pontchartrain 
(Seine-et-Oise) ''. 11 paraît vraisemblable que ces localités sont 
d'anciens Cambo-ritmh et il y aurait intérêt à rechercher si l'on 
ne Irouverdit pas un certain nombre de formations analogues. 
Cambo-ritum signifierait tfgué de la courbe 15. 

II 

NOMS DR LIEUX DERlVÉS DE OENTILICES EN -ENUS, -EJViV/t/S. 

Les noms de lieux de la France (jui datent du temps de la do- 
mination romaine peuvent se diviser en trois classes. La première 



Dom Bouquet, l. IX, p. liç)'j a, 5/i3 a. 

Doni Bou([uet, t. IX, p. 56/i c. 

Dom Bouquet, t. IX, p. 566 6. 

Longnon, /'o/iyp/(Vy«e r/e l'abbaye de Sawl-Germnin-des-Prés , p. 3^8. 



MELANGES CELTIQUES. 5 

classe comprend les composés : Auffuslo-dunum , ùcsaro-magua , etc. 
La seconde classe comprend les noms de lieu identiques à des 
noms; ces noms de lieu sont identi(]ues, les uns à des noms pro- 
pres : Anicius, AlVanius, Pomponius, Turnus, Tullus; les autres 
à des noms communs : Très Tabeniœ, Très Arbores. La troisième 
classe comprend les dérive's. 

Les dérivés viennent les uns de noms communs, les autres de 
noms propres. La plupart des noms de lieu dérivés de noms com- 
muns que nous font connaître les documents du haut moyen âge 
sont formés à Taide du sufïixe -etum, comme Piohoretum, ou du 
sulïixe -arius, comme ^smam,- une grande partie de ces noms peut 
remonter à Tempire romain. Ce qui y remonte certainement, ce 
sont les dérivés tirés de gentilices à l'aide du suffixe -acus, comme 
Marciacus, ou à Taide du suffixe -o, -onis, comme Alhucio, Aubus- 
son. La plupart des gentilices qui ont fourni des noms de lieu 
dérivés en -acus se terminaient en -ius. Je les ai étudiés dans 
une série d'articles déjà publiés. Je vais parler ici de noms de 
lieu tirés de gentilices en -enus à 1 aide du sullixe -acus et de 
gentilices en -eiiitis ou -ennius au moyen du suffixe -o. 

La langue latine avait la faculté de remplacer par le suffixe 
-enus le sufïixe -ius, qui fournit la désinence ordinaire des genti- 
lices. A côté à'Albms ou de sa variante Alfius : 

Hsec ubi locutus fœnerator Alfius ', 

on trouve Alfenus : 

Alfene immemor atque unanimis false sodalibus '. 

Ces deux gentilices, connus par des documents littéraires, se 
retrouvent dans les inscriptions qui permettraient de dresser une 
longue liste de formations semblables; exemple : 

Arrius Arrenus ^ 

Aufidius Aufidenus" 

Aulius^ Aulenus*^ 

Avius'' Avenus*^, Avena-' (masculin) 

Babidius Babldenus "^ 



' Horace , Epodes , u , 6 7 . 

^ Calullc, 3o. 

^ C. I. L., lit, 3919, ()2!>o; V, 9073, GgBA. 

" hid., IX, .5099. ■ 

^ Ibid., IX, /i5, 46, 8;^. 

" Ibid., IX, ^991, 9800. 

' Ibid., I, 571; XII, 345.3, 36i9. 

* Ibid., IX, 3379. 

» 76jW., V, 3382. 

'« Ibid., IX, 5o/i8. 



H. D'ARBOIS DE JUBAINVILLE. 



Babrius 

Bisius - 

Cœsius 

Calidius ^ 

Calius ^ 

Calvius 

Canius 

Fadius 

Lancidius^- 

Mœcius 

Marcius 

Messius 

INuniisius 

Pomponius 

Salins 

Salvidius '^^ 

Sarius^'-^ 

Satrius 

Septimius 

Trebellius 

Umbrius 



Babrenus ^ 
Bisena^ 
Csesenus ^ 
Caiidenus'' 
Calenus '* 
Calvenus '' 
Canenus^^ 
Fadenus^' 
Lancidena ^^ 
Maecena^* 
Marcena ^^ 
Messenus'*^ 
Numisenus ^"^ 
Pomponenus ^^ 
Salenus ^^ 
Salvidenus-^ 
Sarenus -^ 
Satrenus ^* 
Seplimenus-^ 
Trebellenus '^'^ 
Umbrenus'-^ 



1 C. I. 


L., 1\-, oâgi. 


^ Ibid., 


V, 370a. 


^ Ibid., 


V, i363. 


" Ibid., 


IX, 2368, 3377, 2777 bi» 


* Ibid. 


IX, 9645, 2680. 


« Ibid., 


IX, 5o53. 


■' Ibid. 


V, 977, 8660. 


« Ibid. 


IX, /1/.57. 


« Ibid. 


IX, 3538. 


" Ibid. 


IX, /1359. 


'■ Ibid. 


I, 7.'i8; IX, /108. 


^•' Ibid., 


V, iq3i. 


'" Ibid. 


V, iqSl. 


-» Ibid. 


, V, /i>r. 


■' Ibid. 


XIV, 6377. 


'* 76iV/. 


XIV, \Uh, 3359. 


'' MiW. 


IX, 3620- 


'* M»W. 


V, 2669." 


" Ibul. 


, IX, 5843. 


■'0 Ibid. 


VIII, 7703. 


^' /61^. 


, X, 3/108. 


'- Ibid. 


, V, 811 5, 108. 


'- Ibid. 


V, 30i3. 


'' Ibùl. 


IX, 4972. 


=* Ibid. 


IX, 4335; X,8377. 


-» /ètV/. 


V, 1 878. 


" Ibid. 


IX, 4171. 



MELANdKS CKLTIQUES. 7 

Varius Varenus ' 

Vesius- Vesciiiis^ 

Votlius Ycttcnus* 

Vicrius ^ Vicrcna '' 

Volussius Voliissena^, etc. 

Nous allons voir ([iie, lorsque le suHixc primaire -enus est dé- 
veloppé à l'aide d'un sullixe secondaire, il double souvent son h; 
par exception, ce doublement a lieu sans addition d'un suffixe 
secondaire dans Vibenna^ correspondant à Vibius, dans Artenna'^ 
correspondant à Ardus. 

Les jjentilices en -enus se développent et donnent naissance à 
des gentilices nouveaux par l'addition du suflixe -ius. Les inscrip- 
tions nous oflrent les dérivés : 

Allenius^*^ d'AUenus 

Arrenia'^ d'Arrennus 

Avenia ^'- d'Avenus 

Calenius ^^ de Calenus 

Messenius '^ de Messenus 

Satrenius ^^ de Satrenus 

Yarenius^*^ de Varenus 

Veftenius^^ de Vettenus 

Volussenius ^'^ de Volussenus. 

Le suffixe -ênius par e long et simple m peut se transformer en 
-ennius par e bref et double n. Nous avons déjà donné deux exemples 
du doublement de \n dans le suffixe -enus : Artenna, Vibe7ma. Ce 
doublement est beaucoup plus fréquent lorsque ce suffixe se dé- 



' C.I.L., V, iZi3i); IX,/i33;S,i()7o; X. i333, Soi8, /|6 ; XII. ij3; XIV, 
3687, 368. 

■ Ibid., IX. 3838. 

' 76îri., IX, /i6o?i. 

" Ibid., IX, ^157; X, 3cK)/i. 

'■' Ibid., IX, liSç^ij. 

" Ibid., IX, 5257. 

' Ibid., Vill, ^39, i38(i. 

* Ibid., XIV, 3-ji3. 

» 76jW.,IX,9838. 

'» Ibid., X, 3334, 5, 7, 8. 

" Ibid., V, /1390; VIII, 8'iGo. 

'2 Ibid., V, 3389. 

" /èîW., III, 1769. 

'4 Ibid., X, iAo3a, 1, 23,94; f, 3, 16. 

'' Ibid., m, 95i3; IX, 338, 1, 7. 

'« Ibid., III, J198, i489, i5i3, )5i4; X, 3337; ^^L =^7*^'^' ^^^'' ■-»^^- 

" 76fV/., X, 3095. 

•» /èiW., VIII, .^)7o, 8i3, --SG.). 



8 11. D'ARCOIS DE JUBAINVILLE. 

voloppe à l'aide crun suffixe secondaire. C'est ainsi qu'à côte 
à'Avenius, une inscription nous fournit Avennius^; de même on 
a lire : 

de Caesenus Caesennius^; 
de Vesenus Vesennius^. 

Attius a du avoir un parallèle perdu Auetms, d'où les gentilices 
AUenius'^ et Attennius^ atteste's par les inscriptions. 

Caetennius^ et Caetia supposent un intermédiaire *Caetemis; 
Gavennius'^ et Govius, un intermédiaire *Gaveiius; 
Nasennius^ et Nasiiis'\ un intermédiaire *Nasenus; 
Pontennius ^^ et Ponlius, un intermédiaire *Pontcnus; 
Tcttennius^^ et Tettius, un intermédiaire '^Tetteniis, etc. 

Ces principes posés, je passe aux noms de lieux de la France, 
qui sont des dérivés de gentilices en -eniis et en -ennius. 

L'addition d'un suffixe au gentilice -enus produit nalm'ellement 
eu Gaule l'abrègement de la voyelle e et le doublement de Xn 
du suffixe -ênus. Nous observons ce pliénomène dans le nom 
d^Avennacus, aujourd'hui Avenaij, tel que l'écrivent, au ix^ siècle, 
les Annales de Saint-Bertin^- et Frodoard^^. 

Le doublement de 1'?^ ne se produit pas dans une charte donnée 
en 996 à l'abbaye de Cluny, 011 il est question d'une curtis Ave- 
nacus située dans le pagus eqaestr'icus , c'est-à-dire dans l'ancien 
territoire de la cité dont Nyon en Suisse était la capitale i''. Mais 
les inscriptions romaines nous donnent, pour le suffixe -onius ou 
-ennius dans les gentilices, la même alternance d'n simple ou de 
double n. 

Avennacus ou Avenacus sont deux dérivés dugentilice Avenus ou 
Avena constaté par les deux inscriptions italiennes, où on lit les 
noms de C. Avenus Fa. . . et de M. Avena Macer (C. L L., IX, 
2879; V, 3389. 



' C. J. L, VI, )a8o7. 

-• Ibid., V, 53i5; VI, i393()-i3()57; Vil, indox; X, 7:22; XIV, indox. 

' Ibid., IX, 5/439. 

' Ibid., il, .^37." 

■' Jhid., Il, 9 1 5.5, 5o38. 

' Ibid., XIV, 266. 

' Ibtd., IX, 3353. 

« Ibid., IX, /176/4. 

» Ibid., IX, 3191. 

'» Ibid., VIII, 2f)i8è, a/i. 

" Ibid., III, 2o5/i. 

'2 Dom Bouquet, VIII, 26 d. 

'* Dom Bouquet, VIII, ibS c, 167 «, 168 a, njàn, j 90 r. 

'^ Briipl, RecHPil des chartes de l'abbaife de Cbm;/, t. 1, p. n'17, fl/i8, 9/19. 



MKLANOES CELTIQLES. » 

Le doublement de In, comnni dans Avennacus, se remarque aussi 
dans le nom de lieu Mnrcennacus , forme ancienne du nom i° des 
quatre communes de Marsannay-la-Côte, de Marsannay-le-Bois 
et de Marcenay (Côte-d'Oi-) \ de Marcenat (Cantal)^ et 9° de Mar- 
cenel, e'cart de la commune de Saint-Maurice-sur-Loire (Loire) ^, 
comme on peut le voir par la Chronique de Bèze, par le Cartii- 
laire de Conques et par le Recueil des chartes de V abbaye de Cluny. 
Marcemiacus est un de'rivé de Marccnus, dont la forme fe'minine 
nous est donne'e par l'e'pitaphe de Marcena ClementiUa trouvée 
près de Terracine^. 

Lucennacîis est le nom ancien de Lucenay-le-Duc (Côte-d'Or), 
de Luzinay (Isère) et de Lucenay (Rhône). Cest établi pour les 
deux premiers par des chartes du ix" siècle ^, pour le second par 
une charte du x"^. Lucennacus suppose un gentilice Lucemis, dont 
nous n'avons pas d'exemple; mais Lucenus n'est pas nécessaire 
seulement pour expliquer Lucennacus. C'est de lui que dérive le 
gentilice Lucenius, attesté par deux inscriptions''. L'une est ita- 
lienne. Mais l'autre, tout particulièrement intéressante pour nous, 
a été trouvée près de Nimes; c'est l'épitaphe de Lucenia Duritata. 

Le nom de la vicaria Catenacensis en Anjou apparaît dans une 
charte de l'année 8 1 8 analysée par Mabille [Pancarte noire de Saint- 
Martin de Tours, p. Sa). Le nom de cette vicairie est dérivé de 
celui d'une vicaria Catenacus, dérivé d'un gentilice *Catenus, dont 
on n'a pas d'exemple, mais qui a certainement existé, puisqu'il 
à donné le genlilice dérivé Catenius attesté par deux inscriptions 
(C. /. L., III, 2277; X, /i3û5). *Catenus était parallèle à Catius, 
qui est fréquent. 

Ces exemples étant donnés, nous croyons pouvoir sans témé- 
rité faire remonter à des gentilices en -enus les noms de lieux 
suivants . 

Albucennacm villa in agroforensi^, mentionné dans une charte 
de 960 environ. Les inscriptions n'ont pas fourni d'exemple 



' Garnier, Nomencluture historique des communes, etc. de la Cote-d'Or, p 1 i, 
n"38; 36, 11° i58; i3i, 11° 589. 11 faut corriger en Marcennacum le Marcen- 
niacum de la Chronique de Bèze. 

^ G. Desjardins, Cartulaire de Conques, p. 78, n" 83. Cl. p. ^79. 

■^ Auguste Bernard, Cartulaire de Savipiy, p. 82 et aSa; 13ruel, Recueil des 
chartes de l'abbaye de Cluny, l. II, p. 296; t. III, p. 278. 

4 C. ]. L, XIV, 6877. 

=> Pour Lucenay-le-Duc, un diplôme de Tannée 883, Dom IJouquet, IX, 
/i3o c; pour Luzinay (Isère), un diplôme de 853 environ, Dom Houquet, IX, 
389 c, et uti autre de 88.5, Cartulaire de Saint-Hugues de Grenoble, p. 1 1. 

" Aug. Bernard, Cartulaire de Savigny, p. i36. 

' C. I. L., V, 7890; XII, lio63. 

* Cartulaire de Savigny. p. 987. 



10 H. DURBOIS DE JUBAINVILLE, 

d''*Albucenus; mais Albuciiis est connu, et, au moyen du suffixe -o, 
-onis, a donne' Aubusson. 

Antennacus , au diocèse de Reims , aujourd'hui Anthenay ( Marne) 
est mentionne' plusieurs fois, au ix" siècle, par les Annales de Saint- 
Bertin^. H de'rive du gentilice *^yi<mî/s dont on n'a pas d'exemple, 
mais qui e'tait parallèle au gentiiice bien connu Antius. 

Bessenacemis ager et Bessenacus villa, dont il est question plu- 
sieurs fois, au ix" et au x" siècle, dans les chartes de l'abbaye de 
Savigny-, suppose un gentiiice *Bessenus qui n'a point été signalé 
jusqu'ici, mais qui était parallèle à Bessius, gentiiice connu et 
proijablement dérivé du nom de peuple Bessus. 

Cavemiacus est le nom d'une villa au ix'' siècle dans une charte 
de l'abbaye de Savigny. C'est aujourd'hui Chevinay ( Rhône )^. 
Cavemiacus dérive de *Cavemis dont on n'a pas d'exemple, mais 
qui est parallèle au gentiiice connu Cavius. 

Cortennacus pour Curtennaciis, aujourd'hui Courtenay (Isère), 
est nommé dans deux chartes du ix'' siècle [Carlulaire de Saint- 
Hugues de Grenoble, p. ii, -y 3). Il suppose un gentiiice *Curtonus 
parallèle au gentiiice bien connu Curtius. 

Près d'Avenay (Marne), Avennacus, se trouve Epernay dans le 
même département. C'est un ancien Aspernacus avec métathèse 
de l'r pour Asprenacus dérivé d'Asprenus. Asprenus est le gentiiice 
corrélatif d'Asprius'^; je n'en connais d'exemple qu'avec valeur de 
cognomen^. Les savants de Reims au ix° siècle ont cru bien faire 
de supprimer la voyelle initiale de ce mot comme on la suppri- 
mait quand d'espérer on lemontait au latin sperare, d'esprit à spi- 
ritus. Ils ont donc écrit Spernacus, Sparnaciis. La bonne ortho- 
graphe est conservée par le Cartulaire de Saint-Hugues de Grenoble , 
p. 172, qui nous montre un homme moins instruit écrivant, 
dans une charte du comniencemenl du xiT siècle, Aspernaico h. 
l'ablatif le nom d'un village de la Savoie. Il n'y a pas à s'occuper 
ici de l'orthographe -aico, oii Vi représente la prononciation réelle 
de la gutturale dans le suffixe -acus à partir de l'an 700 environ 
et où le c a une valeur historique : Aspernaicus =- Aspernacus = As- 
prenacus ''\ 

Je terminerai en ralla<-hant au imnliWw Aveitnius le nom d'Avi- 



' Doin Houqiiel, Vil, \û-2iL i-jIMj. 

' Cartulaire (le Savigiiij, p. 3i, i/r8. 12 T) 6. 

•' Aug. Bernard , Car tiUaire de Savigny, \}. liUH, iiiô. 

' md., Xll, 363.3. 

•'" lbid.,1. a8i8. 

* Un |joiiillc coDli'inporaiii de lii rliarle el public clans le même recueil, p. i S7, 
nous ollrc la notation vuijjaire Aspcmai. 



MÉLANGES CELTIQUES. 11 

gnon porte par le cher-lieu du département de Vaucluse et qu'on 
trouve encore ailleurs en France. Une inscription de Vérone ^ 
nous fait connaître le gentilice féminin Avenia , écrit avec un seul ti; 
mais on trouve le double n dans une inscription fun(;raire de 
Rome, où ce nom est écrit deux fois au masculin nominatif j4t)C7i- 
niu8, datif Avennio [C. I. L. , VI, 12807). Le nom dUAvennio, Avi- 
gnon, en est un dérivé, comme Aubusson à^Alhuàus, Luçon de 
Lucius. 

Ainsi, c'est par la langue latine et non par le gaulois que 
s'expliquent un grand nombre de noms de lieux dans lesquels 
on prétendait trouver des témoignages historiques antérieurs à la 
conquête et qui attestent, au contraire, combien fut puissante 
sur notre sol faction de la domination romaine. On admire la 
solidité de certains vieux édifices construits par les Romains et 
qui ont résisté depuis tant de siècles aux injures du temps et des 
hommes. Les noms de lieu romains sont bien plus nombreux 
que les édifices de la même époque; et voilà quatorze siècles 
qu ils survivent à la civilisation puissante dont ils sont d'infail- 
libles témoins. 

H. û'ArBOIS de JUBAINVILLE. 

' c. I. L, V. 338-i. 



DEUX PRÉTENDUS CAS DVVNALOGIE. 



1. LA PREMIÈRE PERSONNE DU PLURIEL EN FRANÇAIS. 

Dans les excursions que j'ai laites, durant une série d'anne'es, 
à travers nos Facuite's, excursions qui me permettaient d'assister 
aux leçons les plus variées, j'ai eu plus d'une occasion de m'in- 
struire. J'ai eu le plaisir d'observer en particulier les rapides dé- 
veloppements pris par la philologie romane. Des maîtres formés 
aux méthodes les plus nouvelles donnent sur les origines de notre 
langue et de notre littérature des leçons aussi solides qu'intéres- 
santes. Cependant, parmi les faits neufs et curieux que je recueil- 
lais en courant, il en est parfois qui laissaient chez moi quelque 
incertitude. C'est sur un fait de ce genre que je viens aujourd'hui 
exprimer mes doutes et que je demande à mes confrères de la So- 
ciété un supplément d'information. 

Il s'agit de la conjugaison fiançaise. .J'avais toujours pensé que 
la désinence française ons, que présente la première personne du 
pluriel — nous aimons, nous louons — continuait directement la 
désinence latine amus — amamus, laudamus. L'o du français me 
paraissait être un obscurcissement de l'a suivi d'une nasale; je 
ne m'étais d'ailleurs pas spécialement arrêlé à la dilliculté que 
peut offrir cet o. La parenté des deux formes me semblait si évi- 
dente que la phonétique devait s'appuyer sur ce fait pour établir 
une de ses règles, plutôt que de le contester au nom d'une pré- 
tendue impossibilité. C'est, en effet, par les désinences que la 
phonétique est arrivée à établir ses identifications les plus cer- 
taines. De la première conjugaison, je supposais que cette dési- 
nence s'était ensuite étendue à toutes les autres, en sorte qu'à 
l'imitation de nous aimons on a dit nous tenons, nous finissons, 
nous recevons, nous rendons. C'est un fait bien connu que la pre- 
mière conjugaison, la plus nombreuse et la plus vivante, n'a pas 
cessé d'influencer les autres et les a constamment approvisionnées 
de ses formes. Cet emprunt commence dès le plus ancien temps 
de la langue latine et n'a pas cessé depuis lors. Sans entrer dans 
une longue énumération, il suffit de citer ici la seconde personne 
du pluriel, vom tenez, vous fnissez , vous recevez, vous rendez, qui 



DEUX PRÉTENDUS CVS D'ANALOGIE. 13 

doit sa désinence unirornie ez aux verbes de la première conju- 
gaison. 

Telle e'iait la conviction où je me laissais aller quand celle-ci 
reçut une brusque secousse au cours d'une de mes dernières in- 
spections. Un e'iève de Faculté, ayant à rendre compte de je ne 
sais quel mot de la Cbanson de Roland, vint à parler de cette 
désinence ons et lut invité par le professeur à en montrer l'ori- 
gine : comme une chose connue de tout le monde, l'étudiant ré- 
pondit que la désinence ons venait du latin siimiis. Il laut croire 
que je témoignai quelque surprise. Alors le professeur, avec ce 
sourire indulgent qu'on a j)our les théoi'ies vieillies, expliqua que 
l'ancienne opinion, selon laquelle ons serait dérivé de amus, était 
inadmissible, que la phonétique y mettait un obstacle infranchis- 
sable et qu'aujourd'hui l'explication qui venait d'être présentée 
ne faisait doule pour personne. 

Devant un renseignement ainsi donné, il n'y avait qu'à faire 
une retraite dans le meilleur ordre : il eut été certainement peu 
séant et probablement inutile d'engager une discussion devant 
des élèves. Je promis de m'éclairer auprès des maîtres de la 
science : justement je devais aller bientôt en trouvei- un dans une 
de nos Facultés du Midi. 

Celui-ci me confirma que cette explication était aujourd'hui la 
seule reçue; mais il le fit d'un tel ton que je vis bien (|u'il n'était 
qu'à moitié convaincu et qu'il ne demandait pas mieux que de 
retourner à son ancienne erreur. Revenu à Paris et informations 
prises, je fus renvoyé à un mémoire de M. Thurneysen, où je 
trouverais exposée en détail la part que le verhe èlre a prise à la 
la formation de la conjugaison française^. Grâce à la libéralité de 
l'auteur, qui est un ancien élève de notre Ecole des hautes études, 
je me vis bientôt en possession de ce savant travail. Mais je dois 
avouer qu'après avoir lu les rapprochements qui y sont proposés 
et à l'intérêt desquels je me plais à rendre hommage, je persiste 
dans mon opinion. 

Assurément la part de l'analogie en grammaire est considé- 
rable; nous ne songeons pas à en diminuer l'importance; nous 
croyons même avoir augmenté le nombre des observations qu'on 
peut faire sur ce chapitre '-. Mais l'analogie se fait sentir selon 
certaines lois qu'il est bon de ne pas perdre de vue : on n'a pas 
le droit de l'invoquer sans avoir quelque règle et quelque guide. 
Je suis tout prêt à ci'oire que septentrional a fait méridional. J'ai 



' Rudoli Tliurneysen , Das Verbum être und diefranzosische Conjugalion , Halle , 
1883. 

^ De l'anahgie. Dans les Mélanges publiés en 1878 par l'Ecole des hautes 
études , 35° l'ascicnle. 



14 M. BRÉAL. 

nionti'é ici mémo comment en latin mortuus doit son u à vivus, 
comment voctn doit son u a diti et 'tirloLfxat son ï à 'tarlafiat. Mais, 
dans ces mots, Tinflnence analogique ne s'est pas exercée an 
hasard : on voit sans peine pourquoi Tun des deux a subi l'action 
de Tautre. Ils étaient associés dans la mémoire de telle sorte que 
Tesprit s'est laissé aller à les apparier. L'association d'idées peut 
se l'aire de bien des manières. Tantôt, comme dans les exemples 
que je viens de citer, ce sont les mots opposés qui marchent ac- 
couplés. Tantôt l'habitude d'avoir une flexion distincte pour re- 
présenter une certaine particularité grammaticale l'ait créer la 
flexion là oii elle n'existait pas à l'origine : de là le féminin de nos 
participes présents, une histoire plaisante, une nouvelle effrayante. 
Quelquefois c'est une formation aisée et bien tangible, telle (|ue 
celle des verbes en <^w, qui se généralise et donne des dérivés 
comme /3a7r7/^iw, hjpi^w. La mémoire, familiarisée avec une série 
de formes verbales, les emploie par la force de l'babitude quand 
il s'agit de créer un verbe nouveau. Il suflit parfois d'une locution 
pour en modifier ou en déformer une autre. Oblivisci se construit 
en latin avec le génitif, parce que memiui prend le génitif: on 
dit fautivement en français se rappeler de à cause de la locution 
se souvenir de, qui est due elle-même à il me souvient de [mihi sub- 
venit de aliqua re). Nous n'avons pas l'intention d'énumérer ici 
toutes les variétés de l'analogie, ni d'indi([uer toutes les formes 
qu'elle peut prendre. Mais ce qu'il est important de rappeler, 
c'est que l'analogie n'est pas une force par elle -même : c'est un 
nom (|ui ne signifie rien, si l'on ne nous fait voir par derrière 
l'acte intellectuel dont le pbénomène grammatical est le produit. 
Dire que le changement d'un mot a pour cause l'analogie avec 
tel ou tel autre, est une explication à repousser, si vous ne mon- 
trez en même temps le lien particulier (jui a pu exister dans l'in- 
telligence entre les deux termes. 

Revenons maintenant à la première personne en ons. Est-il 
vraisemblable que la première personne plurielle du verbe être, 
nous sons, ait entraîné à sa suite toutes les autres? Je ne le pense 
pas. 

En premier lieu, le verbe être, qui est irrégulier dans toutes 
les langues, subit l'analogie des verbes réguliers bien plus qu'il 
ne les influence. En grec, le participe «t^, ovtos vient directement 
de Xvcov, XvovTOç : il s'est conservé quelque chose de la vraie 
forme dans le lATTAl = oiia-tj de l'inscription de (iortyne. En 
latin, l'imparfait eram, crus, eral emprunte ses désinences à la 
première conjugaison. On chercherait vainement, au contraire, 
en grec et en latin, des traces d'influence exercée par le verbe 
substantif sur les autres verbes : quoique fiéquemment employé, 
il est d'allure trop capricieuse pour (|u'on songe à le j)rendre 



DEUX PRÉTENDUS f!AS D'ANALOGIE. 15 

j)Oiir moclèl«\ Il on est de mémo dans les langues modernes : la 
contrepartie de la thèse de M. Thunieysen, cest-à-dire les modi- 
fications subies par le verbe être sous faction de la conjugaison 
régulière, l'ournirait la matière d'une étude moins paradoxale, 
mais beaucou[) plus nourrie et plus inattaquable. 

En second lieu, je ne crois pas quau cas où une inflaence 
aurait été exercée, elle se serait bornée à la première personne 
du pluriel. Selon une remarque fort juste de M. Schuchardt\ les 
formes de la déclinaison et de la conjugaison composent dans 
notre cerveau un groupe cohérent et compact : si l'analogie vient 
à modifier une de ces formes, il est peu vraisemblable que les 
autres restent indemnes. Remarquons qu'il n'existait aucune 
raison particulière pour appeler sur la première personne cette 
action extérieure : il n'y avait ni équivoque à éviter ni désinence 
trop courte à allonger. On ne voit pas pourquoi nous chantons se 
serait modelé sur nous sons, tandis (jue vous chantez, ils chantent, 
restés purs de toute contamination, n'ont rien emprunté à vous 
êtes, ils sont. 

En troisième lieu, le français, parmi toutes les langues ro- 
manes, serait seul ou presque seul- à faire cet emprunt. L'italien, 
pour ses premières personnes en iamo, comme cantiamo, vendiamo, 
ne doit certes rien à sumus. Il en est de même pour l'espagnol 
qui fait cantamos, pour le roumain qui fait ctintem, pour le pro- 
vençal qui fait chantam. Cet isolement suffirait pour éveiller des 
doutes; car les langues néolatines, comme le faisait déjà observer 
Littré, sont en général d'accord dans les traits essentiels de leur 
grammaire; je rappellerai seulement la formation du futur, du 
conditionnel, celle des temps composés du passé. 

Ajoutons une dernière observation, plutôt psychologique que 
grammaticale, qui paraîtra subtile à quelques-uns de mes lec- 
teurs, mais que je crois fondée en raison. Si un auxiliaire était 
destiné à influencer nos verbes réguliers, ce n'est point être, mais 
avoir. On ne s'expliquerait pas comment des verbes exprimant 
une action auraient été associés dans l'esprit au verbe être. Il ne 
faudrait pas objecter les parfaits comme je suis venu, je suis tombé, 
qui marquent un état et non un acte. On ne saurait non plus 
invoquer des exemples comme le passé indéfini persan : dans 
harda am trj'ai faitii, karda est un participe passé actif; le sens 
est : trje suis ayant fait" ^. Mais, entre 7ious sommes et nous chantons, 
le rapport, visible sans doute pour le logicien, est trop abstrait 
pour avoir pu déterminer une création populaire. 

' Slavo -deulsch , p. 8. 

^ Nous faisons colle reslriction à cause dos dialccfes de l'Ilalie seplentrionalo 
dont il sera parlé plus loin. 

■* Voir Jamos Darnieslotcr, Eludes iranieiuios , p. ;t3o. 



Ifi M. lîRÉAL. 

Outre la première personne du pluriel, M. Thurneysen cile 
encore plusioui-s aulres formes de la conjugaison ré{|ulière qui 
auraient subi Factiou du verhe être. Mais aucun des lails men- 
tionnes par lui ne m'a paru probant. On a expli(jué jusqu'à pre'- 
sent rimparl'ait du subjonctif que f aimasse par le plus-que-parfait 
amassem. M. Thurneysen, à cause de ia variante que famoisse, 
suppose une forme *amassiam. ([ui renfermerait le bas-latin siam 
ffque je sois^i. Mais ici encore nous objecterons (jue, si cette con- 
fusion s'était produite, elle se serait étendue sans doute à toutes 
les personnes, et nous aurions, par conséquent, à la troisième du 
singulier, qu'il omaisse et non qui! amast. Une autre trace d'in- 
fluence, selon le même auteur, se verrait dans les parfaits comme 
j eus , je plus , je sus , qui auraient été fait-i à l'imitation de je fus. 
Mais il n'est pas nécessaire de chercher si loin. Les secondes 
personnes du singulier Imbuisti, placuisii, sapui'sti, les secondes 
personnes du pluriel habuistis, placuistis, sapuistis nous laissent 
voir d'où Vu s'est introduit au parfait de ces vei'bes : il vient de 
la diphtongue »ii contractée en u. Ajoutons que, si l'on admettait 
l'explication qui nous est proposée, on devrait séparer absolument 
Vu du parfait et celui des participes comme eu, plu, su. 

Que faut-il donc penser de l'origine des formes en -07is? Nous 
continuons à croire (jue l'o est une pure modification phonétique 
de l'a nasalisé. Il s'est conservé quelque chose de cette incerti- 
tude de la prononciation jusqu'au wi'' siècle, où l'on disait en- 
core chalan ou chalon (du bas-latin calannus) , goudran ou goudron 
(de l'arabe al-kalhrân) '. Ce qui nous confirme encore dans cette 
opinion, c'est le fait constaté par notre éminent confrère M. As- 
coli, lequel a trouvé la désinence oni ou on dans un certain 
nombre de dialectes de l'Italie septentrionale, coexistant à côté 
de la désinence cm : on a, par exemple, pensem rr nous pensons 75 à 
peu de distance d'un lieu oii Ton dit parlon rmous parlons''^. Qiji 
croira qu'il v ait là autre chose qu'une simple nuance du son? 

Jacob Grimm disait de la plionétique moderne qu'elle avait 
dompté le vagabond génie de l'étymologie. Prenons garde de voir 
ce capricieux esprit reprendre sa liberté sous le couvert de l'ana- 
logie ! A quoi aurait-il servi de devenir rigoureux sur les voyelles 
et sur les consonnes, si un nouveau mot de ])asse autorisait toutes 
les hypothèses? Nous allons, pour faire suite à la conjecture de 
M. Thurneysen, citer une autre conjecture, proposée par le chef 
de l'école moderne, qui nous montre une des plus grandes ques- 
tions de la linguistique résolue au moyen de ce passe-partout. 



' Tliurot, Prononciation française , 1, iGo; II, hhC). 

- Archivio glottologico ilaliano, I, 5^9. Index : Ri>gione deW -on [-ùm) di prima 
plurale. 



DEUX PRETENDUS CAS D'ANALOG[E, 



1. LM)RIGI\E DU FEMININ DANS LES LANGUES INDO-EUROPEEJINES. 

En un récent travail sur l'origine du genre dans les langues 
indo-europëennes, M. Brugmann a e'mis une hypothèse qui, par 
sa hardiesse comme par les vues systématiques qu'elle re'vèle, 
mérite de fixer un instant l'atlenlion. 

Le genre grammatical avait toujours été considéré comme un 
fait ancien, et on le rapportait à cette sorte d'anthropomorphisme 
qui pousse l'homme à se retrouver dans les ohjels de la nature. 
Ayant distingué le sexe dans les êtres vivants, il a été conduit à 
attribuer pareillement un sexe à des objets inanimés, tels que le 
soleil, la lune, le ciel, la terre, le feu, l'eau, le jour, la nuit, etc. 
Il n'est pas impossible d'entrevoir les raisons qui ont fait attri- 
buer quelques-uns de ces objets à un genre plutôt qu'à un autre : 
raisons d'imagination, bien entendu, comme celles qui guident 
le poète. Une lois l'habitude prise, elle s'est étendue à d'autres 
noms, tels que le pied, la main, les yeux, la voix, le champ, la 
maison, etc. A côté des noms qui ont été plus ou moins assimilés 
à des êtres animés, les langues indo-européennes ont le genre 
neutre pour les objets qu'elles considèrent comme étrangers à la 
nature vivante. 

Que cette division n'offre pas la rigueur d'une classification 
scientifique, qui peut s'en étonner? C'est ici surtout qu'il faut 
faire une place au tour d'esprit des époques primitives, non moins 
qu'à faction d'une longue et lente évolution. Un de nos confrères, 
M. L. Adam, a composé un intéressant travail précisément sur la 
notion du Genre dans les diverses langues ^ Il montre que certains 
idiomes, par exemple falgonquin, font la distinction d'un genre 
animé ou inanimé : parmi les êtres animés, ils placent, outre 
les animaux, les arbres, les pierres, le soleil, la lune, les étoiles, 
le tonnerre, la neige, la glace, le blé, le pain, le tabac, le traî- 
neau, le briquet, etc. rr Cette distinction générique est absolue 
et fondamentale, car elle régit le pluriel des noms, f expression 
de la possession, les pronoms démonstratifs, les verbes et les ad- 
jectifs.» 

Dans les langues indo-européennes également la distinction 
est fondamentale, car elle s'étend à tous les cas de la déclinai- 
son; elle existe au pluriel et au duel comme au singulier, et elle 
se retrouve dans les adjectifs et dans les pronoms comme dans 
les substantifs. 

C'est pourtant cette distinction fondamentale que M. Brugmann 

■ Paris, Maisonnoiive, i883. 

MKM. LINO. vu. 9 



M. BRKAL. 



prétend expliquer par un simple l'ait cKanaloffie, ou, pour parler 
plus exactement, par une erreur du langage. Il y avait dans notre 
famille de langues quelques noms, tels que mâmâ t^mere-n, gnà 
rrfemmeT, qui étaient formés à Taide d'un suffixe à, suffixe absolu- 
ment indifférent par lui-même à la notion du genre. A partir 
d'une certaine époque, l'idée féminine impliquée dans ces noms 
a paru exprimée par le suffixe â, qui, dès lors, a fait l'impression 
comme s'il avait été intentionnellement choisi pour marquer le 
genre. De cette manière, la catégorie du sexe grammatical a 
trouvé son exposant dans nos langues. 

Il est vrai que tous les noms féminins ne sont pas en â. \\ y 
en a, par exemple, en iê, comme faciès , matmes; mais (poursuit 
M. Brugmann) là aussi il y a pu avoir quelque malentendu; par 
exemple, le mot slri ce femmes a pu servir de point de départ à 
cette formation. Quant aux noms sans aucun suffixe, comme hmm 
i-fla lerrei', vàc ffla voixn, ils ont peut-être passé au féminin 
parce qu'ils avaient des synonymes déjà devenus féminins, tels 
que tci-ra tria terrer), civSri ftla voixn. 

Après avoir donné le genre aux substantifs, le langage l'a attri- 
bué aussi aux adjectifs. Il y aurait eu, en effet, manque de con- 
gruence et d'accord, si les noms seuls avaient participé à cette 
catégorie grammaticale. 

Nous ne nous arrêterons pas à montrer par le menu ce qu'il y 
a d'invraisemblable dans ces déductions. M. Brugmann évidem- 
ment a moins entendu donner une explication en forme que ])ré- 
senfer une vue nouvelle et ouvrir une perspective aux hypothèses. 
Nous ne voulons pas nier que le phénomène qu'il place à l'ori- 
gine de son raisonnement ne soit un fait dont il existe réellement 
des exemples dans nos langues. Il ariive effectivement qu'un suf- 
fixe, par sa présence dans certains mots d'un sens bien caracté- 
risé, contracte à la longue quelque chose de ce sens : et comme 
les erreurs en linguistique sont souvent fécondes, quand c'est le 
peuple qui les commet, le suflixe ainsi influencé devient un moyen 
formatif d'une valeur particulière. Nous citons plus loin un ou 
deux exemples du phénomène en question ^ Mais c'est là, quelque 
prouvé qu'il soit, un fait d'importance secondaire, qui na jamais 
eu que des conséquences bornées. Comment l'erreur causée par 
quelques mots aurait-elle pu produire une déclinaison féminine? 
(Comment cette erreur se serait-elle poursuivie aux différents cas 
et aux différents nombres? Pourquoi surtout veut-on que Fidée 
du genre soit, dans les langues indo-europi-eunes, l'effet d'un 
accident de phonétique, quand la même idée se retrouve, large- 
ment et nettement représentée, dans la plupart des idiomes du 

' Voir ci-ilossoiis notre article sut Vlridiliulioit graminalicale. 



DEUX PRÉTENDUS OAS D'ANALOGIE. 19 

globe? M. Brugmann ne dit rien du neutre, qui, quoique moins 
développé que les deux autres genres, montre que les ancêtres 
de la race avaient conçu, à côté de la division sexuelle, une 
autre division reposant sur le principe de la nature animée ou 
inanimée. 

Il est à peine nécessaire d'ajouter que les moyens dont dispose 
M. Brugmann pour étayer sa théorie sont d'une singulière insuffi- 
sance. Ses exemples, par leur petit nombre et par leur caractère 
moderne, contrastent visiblement avec l'antiquité et l'importance 
du principe qu'il veut expliquer. Des mots comme gnà et stn, 
qui sont des mots sanscrits, sont d'une faible autorité pour dé- 
montrer la formation d'un mécanisme antérieur de beaucoup de 
siècles à la période indo-européenne. Il y a une espèce d'ana- 
chronisme à vouloir raisonner sur les âges primordiaux à l'aide 
des ressources restreintes et récentes que fournit le vocabulaire 
de nos langues. 

Je finis par une dernière réflexion que je me contente d'indi- 
quer. Etait-ce bien la peine de jeter le discrédit sur les spécu- 
lations tfglottogoniquesT7 des pères de la grammaire comparée 
pour imaginer des explications de cette sorte, qui nous replacent 
dans les mêmes temps, en présence des mêmes problèmes, et 
qui ont la prétention de surprendre, non pas la manière de voir 
et de penser des Proto-Ariens — ce qu'il est possible jusqu'à un 
certain point despérer entrevoir, car les lois de l'esprit sont chose 
stable — mais l'illusion fugitive causée par la répétition d'un son? 

Michel Bréal. 



NOTES GRECQUES ET LATINES, 



DE L'IRRADIATIOIN GRAMMATICALE. 

Nous avons promis plus haut ^ de donner quelques exemples 
d'un fait qui se produit dans toutes les langues et qui, sans avoir 
une importance de premier ordre , sert pourtant à rendre compte 
d'un certain nombre de formations. 

Un suffixe de signification générale et vague a Tair de prendre 
une acception spéciale et caractérisée, grâce au sens du mot au- 
quel il est joint. Si le fait se répète, le suffixe adopte effective- 
ment cette acception spéciale et enrichit la langue d'un moyen 
d'expression nouveau. C'est ce qu'on a appelé ï irradiation gram- 
maticale : le terme est un peu prétentieux; mais nous n'en con- 
naissons pas de meilleur pour nommer le phénomène eu question. 

Ajoutons tout de suite que l'irradiation n'empêche pas le suf- 
fixe de rester usité dans son sens général. 

Comme exemple typique on peut citer les verbes grecs en ia.w. 
Ces verbes servent à exprimer une maladie du corps ou de l'âme : 

oSovTKxct) rr avoir mal aux dents 11, de bSovs frdentw; 
Xapvyyidioi) savoir mal à la gorges, de Idpvy^ tf gorge w; 
(TTiXtiviatu) ff avoir mal h la raleri, de (tttXïjv rrrate»; 
y&ipia.(io fr avoir les mains gercées n, de )(eip ffmainw^. 

Certains verbes en idw sont tirés d'un nom qui désigne, non 
pas l'organe malade, mais un symptôme ou un produit de la ma- 
ladie : 

IxoXv^Siâoj ff avoir le teint plombé ti, de (xoXuSSos rr plomb w; 
^ovSptdw ttêtre grumeleux n, de yàv^po? ffgrumeauw; 
à(ppid.û ffécumern, de â(ppo5 t écume ii; 
XiBidw (ravoir la pierre w, de Xî6os cr pierre t:. 



» Voir p. 18. 

'^ Nous nous sommes servi, pour le choix des exemples, de l'excellent travail 
de M. H. von dpr PfordlPn; Zur Ge.tchichte dei' (p-iPckischen Denomiiialmi , Leip- 
zig, 1886. 



NOTES GRECQUES ET LATINES. 21 

Quelquefois une ellipse plus ou moins forte est contenue dans 
le verbe : 

éXXeSopidoû K avoir besoin d'ellëbore » ; 

cpvXXidci) crne produire que des feuiliesw; 

al paTtry idci) rr aspirer aux fonctions de stratège ri. 

Le point de départ et l'origine de ce suffixe idw doivent être 
cherchés dans un certain nombre de substantifs en /a, dont quel- 
ques-uns exprimaient une idée d'affection physique ou morale : 

àvta cr chagrin 1^; 
l3ovXifxia. trfaim canine ii; 
o(pOaX(Mta ffophthalmiei^; 
yLskay/oXia « mélancolie -n ; 
vavTta ff mal de mer ri ; 
SvcTSVTspia rr dysenterie -n ; 
{xavi'a rf folie 15. 

De là est parti le mouvement : vavTia trmal de merw a fait ré- 
gulièrement vavridù) qui signifie ravoir le mal de merw. Mais il 
est venu un moment oii, sautant par-dessus Tintermédiaire, le 
sentiment populaire a rapporté directement vavTtdco à vavrtjs 
ff matelots. On a pu créer dès lors des verbes comme oSovrido), 
quoiqu'il n'y eût pas de substantif bSovria. 

Il s'en faut d'ailleurs que tous les substantifs en la. se rap- 
portent à l'idée de maladie ou de passion. On a, par exemple : 

£\|//a trjeu77, d'où éil/tdofxai w s'amuser»; 

(Txtd nombre», d'où crKido) r ombrager w; 

eo-7/a tf foyer T), d'où éc/lidw tf donner l'hospitalité w; 

£vS{a rr accalmies, d'où evSidw ffêtre tranquille w; 

[xsa-tjfxSpia cf midi 17, d'où fxs(7tjfx€ptdfi) rr faire la sieste i'. 

Ces substantifs à signification nullement péjorative ont, comme 
on voit, donné naissance à des dérivés également inoffensifs; 
mais il a suffi qu'il y eût un certain nombre de verbes neutres 
en idct) exprimant l'idée de souffrance pour qu'il se formât un 
groupe spécial qu'on peut appeler le groupe nosologique. Le fait 
grammatical que nous constatons ici est au fond de même sorte 
que l'allusion en littérature. Le suffixe idoj est parfaitement in- 
différent en lui-même; mais, par les mots qu'il rappelle, il en 
est venu à éveiller dans l'esprit une idée de maladie ou de dé- 
rangement. 

La connaissance de cet ordre de faits peut être d'une véritable 
utilité en étymologie. On a révoqué en doute l'origine du verbe 



22 M. BRÉAL. 

èvOovaiaiw^ dont la Ibrmation, à pi-emière vue, peut sembler 
assez insolite. Cependant, quand on considère les verbes en «a^d», 
on en trouve un certain nombre qui expriment une action reli- 
gieuse : 

/3axx,<at(y f sacrifier à BacchusTî; 

evictl,w K crier Evoéw; 

^■va-Kxl,^ ff sacrifient; 

(PpaTpia^M tf appartenir à une phratrie :i; 

B-aAictlcj ttcéle'brer une fêtew; 

avfjLTTOcricclo) retenir un l'estimi; 

B-scrixoÇiopid^co cfce'le'brer la fête des Thesmophories-'î; 

d(7xœ'kia(ù) rrce'lébrer la fête des Ascoliesn; 

opyidlct) ff céle'brer des orgies -n ; 

dyid^ci) ff sanctifiera; 

la-Oixid^o) ft célébrer la fête des Isthmies n ; 

[xvarlripid^ct) tt initier aux mystères ti. 

On est amené dès lors h penser que ev6ov5, forme contractée 
de êvôeos ff inspiré n, a donné évôova-id^ci), comme asXtjvt] tflune'5 
a fait crelwid^M frêtre lunatiques. La formation est moderne et 
peut prêter aux objections; mais, replacée dans la série dont elle 
fait partie, elle n'a rien d'invraisemblable. L'origine de ces verbes 
en d^o doit probablement être cherchée dans les noms féminins 
comme ^(XKyjidç fr Bacchante w, opyids (génitif a'^os). 

Ces sortes de groupes à signification spéciale se forment d'au- 
tant plus facilement que la langue dispose d'une plus grande va- 
riété de suffixes : ayant un plus grand nombre de serviteurs, elle 
peut plus aisément assigner à chacun des fonctions distinctes. 
C'est d'après ce principe que nous avons expliqué le sens parti- 
culier qu'ont pris certaines formations latines ^ Les verbes en 
esco, comme maturesco, marcesco, doivent leur signification inchoa- 
tive à senesco, adolesco. Comme on ne vieillit, comme on ne 
grandit pas en un instant, l'idée d'une action lente et graduelle 
s'est attachée au suffixe sco. Esurio doit son acception désitléra- 
tive a sitio : par lui-même, esurio ne pouvait signifier autre chose 
que ffmangerr) ou ffêtre sur le point de manger n. Pendeo tfêtre 
suspendue doit son sens intransitif aux verbes comme lepeo, areo, 
qui supposent eux-mêmes des substantifs abstraits de la cinquième 
déclinaison : par eux les verbes en eo sont devenus des verbes 
exprimant une qualité ou un état. Il va sans dire que le suffixe, 
une fois qu'il est imprégné d'une certaine acception, a d'autant 
plus de chances de se répandre : c'est ainsi que s'explique la 

' Voii- ces Mémoires, VF. p. 3 A a. 



NOTES GRECQUES ET LATINES. 23 

grande quantité de verbes neutres en eo, comme madeo , Jngeo , 
candeo, etc. 

Il appartiendra à la science grammaticale de délimiter et de 
dénommer ces formations. Souvent un seul et même suffixe a 
donné lieu à plusieurs groupes différents : ainsi le suffixe secon- 
daire no a donné en latin des mots marquant la situation {intér- 
ims, externus, inj'ernus, superniis), la résidence [Romanus, insula- 
nus, vicinus), le temps (diurnus, vespernus, vernus), le nombre 
[bmi, quini, duceni, centeni), ce qui n'empêche pas le suffixe no 
de garder aussi sa signification générale, qui est celle de Tad- 
jectif pur et simple (paternus, anguinus). 



ETYMOLOGIES GRECQUES. 

A(XapTo[vCt). Afl€X(XKl(7K0t}. 

La similitude du sens, l'identité de l'emploi, non moins qu un 
lointain air de famille, qui se révèle surtout à l'aoriste, nous in- 
vitent à rechercher s'il n'existe pas une parenté entre les deux 
verbes grecs dfxapTdvco et diÀ^XaxiaHœ. L'un et l'autre signifient 
fr manquer, pécher n. L'un et l'autre, construits avec le génitif, 
prennent le sens de frêtre privé den. On peut comparer, par 
exemple, cette phrase [d'Eschvle : Ilâ)? Anrovavs yévojfxai ^vfx- 
[lay^^iaç dixaproSv; ((Que deviendrai-je, sans flotte et privé de 
secours? et cette autre d'Euripide : âpialris àitXaxoiyv dX6)(OV 
tf privé de la meilleure des femmes w^. Les grammairiens et les 
lexicographes anciens expliquent constamment l'un des deux 
mots par l'autre. On trouve, par exemple, dans Hésychius : 

d(x€Xa.}iti(xa • d^o-pir^yLa. 
dix€Xaxe7v • dyLapteiv. 
dfj.7rXaHiïi<7iv • d(xaprïj(x.(taiv. 
dfjLTiXaKCiSv ' d7T0TV)(j'j^v, dixapTavciOv. 

Cette identité de sens et d'emploi trouverait son explication 
la plus naturelle dans une identité d'origine. Voyons si elle est 
possible. 

En dégageant les deux verbes de leurs éléments adventices, 
on a dytapT et dçiêXotx. L'esprit rude de la première forme n'est 
nullement constant : il manque, par exemple, à l'aoriste. Le t. 



' Escliyle, Ag., aiU; Eurip., Aie, 2^41. Uti peu plus loin (v. 3Ai), le même 
poêle, dans une ptirase toiile pareille, emploie afxapTotroi. Âpa (loi aTévetv laipci 
■foiàcrê^ à^apTavoint av^vyov aédev. 



24 M. BRÉAL. 

comiue Curlius ia déjà reconnu pour ce veihe^ est une consonne 
l'ormative servant à la conjugaison ; il en est de même du x de 
son collègue. Comme Ya est prosthe'lique, les deux racines qui 
restent en pre'sence sont (xap et [xla. Le jÔ qui a été introduit 
dans â(xQ.ax. est de même nature que dans âfx^poTos. Au lieu 
du /3, nous avons un -cr dans les formations les plus modernes; 
mais la différence est purement orthographique. 

Quand on examine les diverses acceptions de ces deux verbes, 
on est amené à penser que le sens primitif est celui de ff man- 
quer [le but]n. C'est celui que nous trouvons dans Homère : 
rj(jL^pores, ovS' stu^ss. Et ailleurs : eyyeai [àsv yàp rj(J^€poTOv d\- 
XtfXcov-. On comprend sans peine comment ce sens a conduit, 
d'une part, à celui de manquement moral ou de faute, d'autre 
part, à celui de privation. 

Il resterait à éclaircir la question d'origine. Dans ces époques 
primitives, oii le fer était encore rare et la Irempe inconnue, le 
tranchant du glaive ou la pointe de la flèche étaient exposés à 
s'aplatir sur l'objet visé au lieu de le couper ou de le percer; 
aussi serions-nous disposé h chercher les parents de à^ÇXaxlaKù) 
parmi la famille de dfxêXvs. Ajoutons qu'on retrouve le x dans 
l'adjectif (xixXa.x6s qui appartient au même groupe d'idées. 



YlpOVCOTTtfs. 

Parmi les exemples de fausse adhérence causée par l'analogie, 
je ne sais si l'on a déjà cilë l'adjectif grec 'apovcoTrtjs , qui doit 
son V, selon toute apparence, à èvùiizrfs et àvojitris. Le mot est 
relativement récent : il ne se trouve ni dans Homère ni dans Pin- 
dare. On le rencontre chez Eschyle et surfout chez Euripide : 
il paraît avoir pris naissance dans la langue de l'architecture ou 
dans celle du théâtro. Il signifie ce qui fait face au spectateur. 
En parlant d'Alceste, Euripide dit : ^Tely^^i •zspovoôizïjs SHnso-ova-a 
SefjLviMv. Le même poète, parlant de Penthée [Bacch., 689) : 
?2s -apovamC ai!nly(^ rj^ei. Le vers d'Alceste (liû) : nSri tspovco- 
•nrjs êcrli xai •^/v^^pppa.yeX ^ signifie : ffElle est tout proche [de la 
mort] et rend le souffle. w On distinguait au théâtre, selon Pol- 
lux, là eWTTta, Ta àvjûTzia et xà TSpovœTiia. 

Si hardie que soit cette dernière formation, elle n'égale pas 
encore en audace le mot français créé récemment par les orga- 
nisateurs des fêtes de Nice. On sait que ces impresarii , outre les 
cavalcades, annoncent au public des analcades. 



' Dos Vcrbum, 1, a38; II, lo. 
» //. V, 387; XVI, 336. 



NOTES GRECQUES ET LATINES. 25 

UNE INSCRIPTION VOTIVE OSQUE. 

Les Noiizie degli scavi (i 887, p. 56o) ont donné deux nouvelles 
inscriptions osques qui ne sont pas sans intérêt pour la linguis- 
tique. Voici d'abord la représentation de la première, d'après le 
modèle publié par M. Fiorelli : 



-^^ 


<K 


A 




^ 






-^ 


es 






^ 


ce 






-^ 


<> 






\ 


^ 1 


7 


A 


î.^ 



Aux diflicultés ordinaires de l'épigraphie osque vient ici se 
joindre cette circonstance que le lecteur ne sait au juste par oii 
commencer. Cependant un examen un peu attentif montre que 
le premier mot doit être Ekkelle. 

Mais le mot dehad ne donne aucun sens : nous sommes porté 
à supposer qu'au lieu d'un B ou ^ il faut voir ici un d barré, le 
même qu'on a sur les inscriptions péligniennes et gauloises, et 
qui a cette forme B- H faudra alors lire dedad, ce qui nous donne 
un sens fort clair. 

EKKELLE DEBAD PVP VFRIA. 

Ekkelle est un accusatif pluriel neutre. Il correspond au latin 
eccilla, avec addition de l'enclitique ei, que nous avons aussi 
en lalin au pluriel neutre quœ (pour qua-\-ei) et hœc (pour 
ha -f- ei -\- c). 

Dedad est le présent du verbe redonnent, avec redoublement 
comme dans le grec SlSojai. Le d final remplace un i, comme 
dans prufatted, dadicatted, deded. 

Pup[a) est un nom propre de même sorte que Pupius, Pupienus, 
Poppœa. 

Ufria correspond au latin Vafer. 

dette inscription était donc destinée à accompagner les of- 
frandes de Pupa Ufria. 

Un dérivé osque de dies. — Postrei ioklei nie lendemain n. 

L'autre inscription osque contient une locution trop curieuse 
pour que nous n'en fassions point part dès à présent à nos con- 



26 M. BRÉAL. 

irères. C'est la locution (deux t'ois répe'te'e sur l'inscription ) postrei 
ioklei, qui signifie ffle lendemain ^i. Nous avons ici une variante 
intéressante du zicolom de la table de Ban lia. En ce qui concerne 
la consonne initiale, le rapport des deux mots est celui du grec 
TdSvs au latin lovis. Vu la distance qui sépare Capoue de Bantia, 
il n'est pas surprenant que nous trouvions deux variétés diffé- 
l'entcs du même terme. Il semble d'ailleurs que zicolom représente 
*dieculum et ioklei uno l'orme ^diiiculum. 

Strenœ. 

L'usage existait à Borne de s'envoyer des présents au commen- 
cement de l'année : ces présents s'appelaient strenœ, et c'est de 
là que sont venues nos éirennes. 

Quelle est l'origine du mot strenœ? On a pensé au grec alprjvos 
ff ébat, joie, allégresscn. Mais pour un usage aussi essentielle- 
ment romain — on en l'ait remonter la fondation jusqu'au roi 
Ta tins — un terme grec est peu vraisemblable. Nous allons pro- 
poser une autre explication en partant de cette observation que, 
dans l'ancien calendrier romain, le commencement de l'année 
coïncidait avec la fête des Saturnales. Celle-ci avait lieu, en effet, 
au solstice d'hiver et portait aussi le nom de brumalia. 

Quand on examine les lettres qui composent le nom de Sa- 
turne, il est impossible de n'être pas frappé de leur identité avec 
celles qui forment le mot strena. Nous avons sans doute ici un 
de ces raccourcissements énergiques comme la prononciation 
populaire, dans toutes les langues et en tous les temps, en fait 
subir aux mots très usités. Un ad'\ecli( Satiirnuœ , avec lequel il faut 
sous-entendre un substantif féminin comme feriœ, a pu donner 
strenœ, par une contraction qui ne dépasse pas en hardiesse celles 
qu'on observe en français dans carême ou carnaval. 

Quant au rapport de strenœ avec strenuus, il tient probable- 
ment à (juclque croyance dont le souvenir ne nous a pas été con- 
servé. 

DiiUurnus. 

Le suffixe -ternus, qui se trouve dans hes-ternus, sempi-lernus , 
œ{vi)-temus, est formé, comme on sait, de la finale adverbiale 
-ter [leviter, suaviter)^ à laquelle est venue se souder la syllabe nus. 

Nous avons un exemple curieux d'influence vocalique dans 
diu-tumus, où Ve s'est changé en u, par assimilation avec I'm de 
la syllabe précédente. Il est vrai que diurnus et nocturmis ont pu 
favoriser ce changement. 

On connaissait déjà, comme exemples d'influence d'un u : 
lucuna (pour lacuna), tugurium (pour tegurium), rutundus (pour 



NOTES GRECQUES ET LATINES. 27 

rotundus), butumen (pour bitumen), turiinda {pour terunda), uruca 
([jour eruca), iipupa (pour epiipa), purpura [pour porjmra). On 
voit que i 'influence s'exerce tantôt en avant et tantôt en arrière. 

Tergorare cf cuirasser w. 

Pline (VIII, 52), parlant des sangliers, dit : 

ffSues ferae semel anno gignunt. Maribus in coitu plurima as- 
peritas. Tune inter se dimicant, indurantes attritu arborum costas, 
lutoque se tergoranles.T) 

Ce que Littré traduit très bien : crLes laies mettent bas une 
fois par an. C'est au temps du rut que les mâles sont le plus 
farouches; alors ils se battent entre eux, ils s'endurcissent en se 
frottant les flancs contre les arbres, et en se faisant une cuirasse 
de boue.v 

L'expression tergorare est intéressante, parce quelle fournit le 
pendant exact de armare. Voir ces Mémoires, IV, 82. 

Cœlum. 

Si la langue des arts et me'tiers cre'e souvent d'inge'nieuses et 
vivantes métaphores, elle a, d'autre part, le don de conserver 
les anciens mots en leur sens propre et primitif. C'est ce qui est 
arrivé pour le mot cœlum, qui a commencé par être un terme 
d'architecture. Vitruve, parlant de la manière de faire les plan- 
chers en voûte (VII, 3), se sert de l'expression cœlum camerœ. 
Par une assimilation facile à comprendre, on a dit ensuite cœlum 
capitis pour désigner la voûte du crdne. Pline le Naturahste, par- 
lant du cerveau, dit (XI, ig) : rr Hoc est viscerum excelsissimum , 
proximum caelo capitis. n 

Cœlum est formé du verbe cœdere comme pilum àa pinsere, vélum 
(dans le sens de voile de vaisseau) de vehere, prelum de premere. 
Il y a un autre substantif CAp/wm signifiant cf ciseau?? ou ce burin", 
qui vient du même verbe. Dans les exemples que nous venons 
de citer, nous voyons le suffixe lo former des noms d'instrument; 
mais il sert aussi à indiquer le résultat de l'action, comme dans 
exemplum, qui vient de eximere. 

Par un de ces caprices apparents du langage dont il existe de 
si nombreux exemples en toutes les langues, les vieilles dénomi- 
nations célestes ont cédé la place à ce nouveau-venu, et le ciel 
s'est appelé en latin la voûte. Cependant l'on a continué de dire 
sub dio vitam agere; on sait que les locutions toutes faites restent 
étrangères aux changements survenus en dehors d'elles et ne 
s'ouvrent pas volontiers à des intrus. 



28 M. BRÉAL. 

A une époque plus récente , Jinnamentum est devenu un syno- 
nyme de cœlurn : Tirnage est la même. 

On suppose, non sans vraisemblance, que le lieaven anglais, 
le himmel allemand sont e'galement des mots signifiant rr voûter, 
et il en est probablement de même pour le zend aanan t pierre, 
ciel'^. La science, il y a vingt ou trente ans, tirait de la simili- 
tude de nom entre le ciel et la pierre toute sorte de conclusions 
mythiques. La réalite' est probablement plus prosaïque et plus 
simple : une fois la voûte architecturale connue, quoi de plus 
naturel que de la transporter dans les cieux? 

J'ajoute ici une note sur l'hébreu, que je dois à l'obligeance 
de notre confrère, M. Philippe Berger : 

La langue hébraïque nous fournit l'exemple d'une association d'idées 
analogue à celle qui a donné naissance au latin cœlum. k côté du mot sa- 
maïm, mot dont fétymologie nous est inconnue et qui désigne les cieux en 
général, la Genèse, dans le récit de la création, et les Psaumes, à plu- 
sieurs reprises (voir Gesenius, Thés., s. v.), emploient le mot raqia' 
pour désigner la voûle céleste. Ce mot vient de la racine raqa' rr battre, 
repousser au marteau n; il est étroitement apparenté au mot phénicien 
merouqa' (cf. C. I. .S., n° go; inscr. de Baaimelek, Acad. des inscr. ,C.R., 
1887, p. 2o3-2io), qui paraît avoir désigné ces vasques en métal que 
l'on consacrait souvent dans les temples. La raqia' était donc bien pour 
eux une voûle solide, une sorte de calotte hémisphérique qui recouvrait 
la terre. Seulement ils en ont emprunté le nom aux idées qui leur étaient 
le plus familières; au lieu de le tirer, comme les Romains, du langage 
de l'architectiu-e , ils font tiré du travail des métaux, qui était une des 
branches principales de leur industrie. Il convient d'ajouter que, dans la 
langue latine, le mot cœlum est resté seul pour désigner le ciel dans ses 
diverses acceptions; les Hébreux, au contraire, ont établi une distinction 
entre la raqia', le fffirmamentum», et les cieux, samaïm, qui étaient 
placés au-dessus'. 

Rabies. 

Rabies «la ragew est avec rabëre dans le même rapport que 
faciès, [pro)genies, séries, awiic facère , gignëre, serère. L'origine de 
ce verbe rabere a été cherchée dans une racine rabh fr saisir 7>, à 
laquelle on rattache aussi Xafx^âvco. Mais le sens de éprendre, 
saisir 71 nous paraît beaucoup trop vague et trop faible. 

Il existe un symptôme de la rage constaté par tous les méde- 
cins : les animaux atteints de celte maladie, sous l'empire d'une 
inquiétude extrême, courent et errent au hasard. C'est précisé- 
ment le sens du verbe grec péfxSoj, qui veut dire rr errer, tour- 

' Peul-èlre pourrait-on reconnaître une Irace de celle double conception dans 
l'emploi simultané des deux formes ccelum el tœ/i, orum. (N. de M. Berger.) 



NOTES GRECQUES ET LATINES. 29 

noyer, tourner tî. Les anciens h commentent par to âvanicàs -zsXa- 
vàcrOai. Pé(x€rj s'emploie pour désigner une course vagabonde. 
Vaôjecûf pe(x€œSv5 se dit au figuré d'un esprit inquiet et agité'. 

De psfxè à rab il y a quelque dislance. Mais il existe des va- 
riantes. La forme pottSés et paiSostSrfs, <ju'on trouve à côté de 
pé(x€os et peçiÊoSSijs , permet de suivre le changement de la voyelle. 
On a pa&orj) pour patSéco et pa(pxcr(7ei' 'aXa.va.ra.i. 

Une glose intéressante i|ue donne encore Hésychius est : pat- 
^las' dltjfxtos Sfjixos. Nous disons en français une foule enragée. 

Nous considérons donc rahere comme un mot venu du grec par 
transmission demi-savante. II en est de même pour beaucoup de 
termes médicaux : sans sortir de cet ordre d'idées, on peut citer 
alucinari, qui est la reproduction à demi latinisée du grec dXvŒ- 
ao(jiai «être agité, être fou^i. 

Ayant soumis, comme de juste, les conjectures qui précèdent 
à fhomme qui connaît le mieux la rage et ses symptômes, à 
M. Pasteur, j'ai reçu de lui la réponse suivante : 

rr Nombreux et très divers sont les caractères de la rage, mais 
sans nul doute le plus constant est celui qu'exprime le sens que 
vous donnez au verbe piyL^eiv. r> 

Ceci me conduit à ajouter un mot. 

Il est curieux de constater qu'en ancien français un verbe ap- 
parenté à rahere soit retourné au sens de r courir au hasard , errer n. 
Nous voulons parier du verbe rêver, qui, au moyen âge, signifie 
te vagabondent. Ducange (s. v. reventare) mentionne la locution 
resver de nuit, qu'il traduit par vagari noctu per urhem, et il cite à 
l'appui divers passages tels que ceux-ci : crPonsart, qui estait un 
homme de mauvaise vie et gouvernement, putieu, rêveur de nuit, 
brigueur, etc.w — rr Larrons, murdriers, robeurs, resveurs de 
nuye, et autres malfaicteurs.n — et Comme Fouquet Hodierne 
fust alez avec trois compaignons charretiers, servans en la ville 
d'Yvri, esbatre et resver de nuit. . . v 

Ainsi que l'a reconnu Diez, Ys inséré dans resver est purement 
épenthétique, comme dans esve = aqua. Le même savant montre 
que rêve est une variété dialectale de rage : on voit pareillement 
alterner dans la vieille langue les formes cage et caive (du latin 
cavea). La filière est : rabia (pour rabies), raive, rêve. 

Plus tard rêver s'est restreint au sens de vagabonder en esprit, 
délirer, avoir des visions à l'étal de veille ou de sommeil. L'an- 
glais to rave, qui vient du français, a gardé le sens cf délirera. 

Remarquons, en finissant, que Henri Estienne, s'il a eu le tort 
de sauter quelques intermédiaires, n'en a pas moins été bien 
guidé par son instinct, quand il a rattaché rêver à péfiSeiv. îl dit 

' On sait qu'en grec péfiSa) a encore donné po(iëos "le sahot, la lonpio». 



30 M. BRÉAL. 

dans son Diclionnaire : crNon dubium est quin ab isto verbo 
pén^ea-Oat metaphoricam banc significationem habente sit iios- 
truin Resver, a quo Resverie. v 

Salluslus. 

Qu'il y ait eu en ancien latin un substantif neutre *salvos rsa- 
lutw (gén. *salvëris), c'est ce qu'on peut inférer du nom propre 
Sallustus, Sallustius. Sallus-tus, formé comme onus-tus, venus-tus, 
présente Iv assimilé en U, ainsi que dans^o//m, sàllus. 

On comprend sans peine que ce substantif ait disparu , l'idée 
de salut étant déjà exprimée par le féminin salûs [gén. salûtis) , 
qui est de la même famille, mais qui appartient à une autre for- 
mation ^ 

Tellus. 

Aucune étymologie plausible n'a pu être donnée de ce mot. 
Peut-être est-il d'origine étrangère. Saint Augustin {Civ. D., VII, 
9 3) rapporte d'après Varron qu'à côté de la déesse féminine Tellus 
les Romains adoraient un principe mâle qu'ils appelaient Tellumo. 
Si peu que nous sachions de la langue étrusque, nous connais- 
sons un nom masculin formé de la même manière : Lucumo. De 
cette similitude il est peut-être permis d'inférer que Tellus, avec 
son culte si archaïque, est une importation de l'Etrurie. 

Munus. 

Le mot munus u quebjuefois en latin le sens de rr fondation, 
Tnstitut, œuvreii, comme nous disons la fondation Montyon, l'in- 
stitut d'Egypte, l'œuvre de Saint-Vincent-de-Paul. Un des plus 
anciens emplois se rencontre chez Horace, parlant de la Bi- 
bliothèque publique du Palatin [Èpîlres, II, i, 217). Le poète 
s'adresse à Auguste : 

Si nitmus Apolline dijifniim 
Vis complere litjris. 

Cf. Vellei. H, i3o : Pompeii munero nbsumpta igni. 

Par cet emploi de munus, on voit comment le mot se rejoint à 
mœnia et à munia. L'idée primitive paraît être celle de fonder, 
établir. 

Le sens matériel a seul survécu dans mnirus. murus. 

Sludeo. 
Le latin studeo a été justement rapproche' du grec cnrev^oo. Mais 

' Voir ros Mémoires, V, p. \-?.'A. 



\OTKS GRECQUES ET LATINES. 81 

on peut se demander s'il y a parenU^ d'origine ou emprunt. Je 
crois qu'rl faut reconnaître l'emprunt. 

En premier lieu, studeo n'a pas de composes, ce qui doit donner 
à penser qu'il est d'introduction récente. En second lieu, il n'y a 
rien en latin qui rappelle le sens primitif trse hâtera. Studeo ne 
figure qu'avec le sens dérive' rr avoir du goût pourw ou cr étudient. 

Il semble que ce soit un mot sorti des écoles de grammaire, 
de rhétorique et de philosophie, comme schola, scribere, Huerfn, 
meditari. Le substantif studium a le sens du grec (rnovSn, que 
Suidas définit de la façon suivante : v xrrep* toc xaXà avvTovos 
dyoovta. Studeo a les acceptions de aTrovSa^ao. L'adverbe studiose 
répond tout à fait à airovSatù)?. 

Quant à st = a"K, nous avons la permutation inverse dans 
spatium = alotSiov. 

Forda, horda. — Gourd, dégourdir. 

On rapproche ordinairement l'adjectif /orrfa, qui signifie une 
vache pleine, de Jh^o : c'est l'étymologie donnée par Curlius. 
Mais nous voyons bien que /ero, appliqué à l'idée de fécondité, 
s'emploie en parlant de la terre [ferax] : nous ne voyons pas qu'il 
s'emploie avec cette acception en parlant des animaux. La forme 
horda, donnée par Varron, est une autre raison de douter, car 
elle fait plutôt supposer comme consonne primitive un ancien 
ghong. 

Je crois que horda est de la même famille que gravis et qu'il 
forme doublet avec gravida. Avi s'est d'abord contracta en au, 
comme dans auspex, faulor, audeo; puis la diphtongue au s'est 
contractée en o, comme dans suffoeo, explodo, lotus, plostrum. La 
métathèse de Vr n'a pas besoin d'être expliquée. 

Forda, horda est un mot de la langue populaire et rustique. 

Un frère jumeau de hordus est l'adjectif gurdus ff lourd 55, que 
Quintilien supposait venu d'Espagne, mais qui appartenait pro- 
bablement à un dialecte italique. De ce gurdus sont dérivés en 
français gourd, dégourdir. 

Au sujet des formes multiples revêtues par la consonne ini- 
tiale, rapprocher ^î/vMs , hehus , jlavus. 

Suescere. 

Le verbe inchoatif latin suescere, à côté duquel nous trouvons 
aussi un verbe suëre (2* conjugaison), a été justement expliqué 
comme dérivé du pronom possessif suus. Mais on a négligé de 
pousser cette recherche plus loin et de se demander dans quel 
ordre d'idées cf devenir sieu^i avait conduit à l'acception rc s'habi- 
tuer ■>?. 



32 M. lîRKAL. 

Il est intéressant de reconnaître comment le langage est arrivé 
à nommer ce phénomène de nature assez compliquée, qui a tant 
occupé les philosophes. 

La langue latine y est parvenue par la route la plus simple et 
en prenant le point de départ le phis humble. Suescere a été créé 
à l'occasion des animaux domestiques. Un animal qui s'habitue à 
son maître devient sien : suet ou suescit. César, pariant de Turochs, 
dit qu'il ne s'habitue jamais à l'homme, même quand il est pris 
petit : Uri assueseere ad homines, ne parvuU quidetn excepti, possunt 
{B. G., V, 28). De ce commencement si modeste, suescere s'est 
élevé peu à peu à des significations plus hautes. Il s'est dit de 
l'habitude de l'homme et de la femme : Insinuare se in consuetu- 
dinem alicujus. Consuetudo est plus tard devenu un synonyme de 
mos et de ritus. 

Le sens original perce encore dans les composés mamuetm, 
mansuescere. 

On demandera peut-être pourquoi meus et tuus n'ont pas pa- 
reillement donné naissance à des verbes. Mais nous observons ici 
l'emploi de la troisième personne que nous avons déjà remarqué 
à propos de fanglais self {imjself) \ et qu'on trouve aussi dans 
éavTOv et tSios, La troisième personne a servi par abus pour la 
première et la seconde. Une forme suesco, suescimus n'a rien de 
plus extraordinaire que quand on dit en ancien slave cita se 
ffje suis honoré 75 ou en français : ffUn tel acte serait notre sui- 
cide, v — rrVous serez soi-disant la servante, n 

C'est aussi le pronom réfléchi de la troisième personne a-Fs, 
Fé, que nous trouvons à la base de e-ôos. Mais je ne voudrais pas 
affirmer qu'ici la succession des sens ait été la même. Il se peut, 
en effet, que e-dos, formé à faide du suffixe abstrait 60s que nous 
avons dans [jiéys-Oos, tslij-dos, signifie tf sa manière d'être, sa par- 
ticularitéfl. 

La linguistique, se tenant à une constatation générale de pa- 
renté, n'a pas assez distingué jusqu'à présent les différences ni 
marqué les nuances. Entre suesco et eôos il y a ce lien que tous 
deux renferment le pronom réfléchi; mais je ne crois pas que 
l'identité s'étende plus loin. 

On en peut dire autant du féminin sanscrit svadliâ, qui a tout 
l'air d'être un composé, et qui, à cause de cela, doit être séparé 
de s6os. L'idée qui paraît dominer dans svadhâ est celle de volonté 
personnelle, d'indépendance. 

Michel Bréal. 

' Voir CM Méuioiirs, V, p. 1*^7. 



ETUDE 



SUR 



L'ARGOT FRANÇAIS. 



M. Francisque Michel, dans ses Etudes philologiques sur l'argot, 
avoue avoir cédé, en choisissant ce sujet de travail, à un attrait 
mystérieux que nous suhissons tous plus ou moins pour les mons- 
truosités. Il ne semble pas qu'il y ait lieu de s'excuser en dirigeant 
ses travaux vers l'argot. La science du philologue ressemble beau- 
coup à celle du naturaliste. Les savants qui s'occupent de térato- 
logie n'ont nul besoin de mettre en tête de leurs ouvrages une 
préface apologétique. Les mots sont des phénomènes et appar- 
tiennent tous, quels qu'ils soient, au domaine de la linguistique. 

Mais, outre l'intérêt général de toute étude linguistique, un 
intérêt particulier résulte pour la langue française des travaux 
entrepris sur l'argot. Nous aurons occasion, dans la suite de cet 
article, de signaler un grand nombre de mots que la langue géné- 
rale a recueilli dans ces bas-fonds. Et il ne s'agit pas ici des 
argots de métier, langages techniques qui exercent une influence 
nécessaire par les noms d'outils ou de procédés mécaniques; 
l'argot que nous étudions est la langue spéciale des classes dan- 
gereuses de la société. Une nécessité impérieuse pousse ce langage 
à produire. Les mots de notre langue ne sont ni chassés ni tra- 
qués. Ceux de la langue verte vivent à peu près avec les repré- 
sentants de la justice sociale comme les mineurs dans l'Arizona 
avec les Peaux Rouges Arapahoes. Or ces mineurs forment une 
nation jeune, vivace, qui émigré et colonise continuellement. 
L'argot est aussi comme une nation de mineurs qui débarquerait 
chez nous des cargaisons d'émigrés. Il est facile de voir que les 
ports d'arrivée sont tout en bas et tout en haut. Tout en bas, ce 
sont les ouvriers qui ramassent les mots et qui les ramènent vers 
le centre du langage. Les termes ainsi introduits portent souvent 
dans les dictionnaires la désignation populaire. Tout en haut, il 
y a une fécondation spéciale. Sprengel a découvert le premier que 
les fleurs maies dans certaines plantes fécondaient les fleurs fe- 



3A SCHWOB ET GUIEYSSE. 

nielles par l'intermédiaire des insectes qui transportent le pollen 
des unes sur les autres. Ce sont les filles qui servent entre l'argot 
et la langue classique de papillons et d'abeilles. Eraigrées des 
quartiers populaires vers les centres mondains, elles introduisent 
les termes d'argot dans le langage du sport. Ils y coudoient dans 
un cosmopolitisme tolérant les mots anglais, américains et espa- 
gnols. 

On peut dire que les travaux entrepris jusqu'à présent pour 
étudier l'argot ont été menés sans méthode. Le procédé d'inter- 
prétation n'a guère consisté qu'à voir partout des métaphores. 
Victor Hugo avait admiré le mot lancequiner (pleuvoir) dans la 
forme pittoresque duquel il retrouvait les hallebardes des lans- 
quenets. F, Michel l'a suivi sur ce terrain dangereux. D'après lui, 
dans dorancher (dorer) on a modifié la terminaison par allusion 
à la couleur de l'orange. Bougie est une canne cf parce que ce n'est 
qu'au moyen d'une canne que les aveugles peuvent s'éclairer w. 
Mouchique, mauvais, laid, est une injure datant de 181 5, sou- 
venir des paysans russes, mujiks. 

Ce procédé nous paraît avoir méconnu le véritable sens des 
métaphores et de l'argot. Les métaphores sont des images des- 
tinées à donner à la pensée une représentation concrète. Ce sont 
des formations spontanées, écloses le plus souvent chez des popu- 
lations primitives, très rapprochées de l'observation de la nature. 
— L'argot est justement le contraire d'une formation spontanée. 
C'est une langue artificielle, destinée à n'être pas comprise par 
une certaine classe de gens. On peut donc supposer a priori que 
les procédés de cette langue sont artificiels. 

L'étude linguistique pourra précéder l'étude historique. Cette 
dernière sera toujours conduite dans le sens rétrograde, et en 
manière de contrôle. Ici, comme dans les sciences expérimentales, 
la méthode doit commencer par être inductive. Nous observe- 
rons donc d'al)ord des faits, autour de nous, dans le langage 
parlé. Nous essayerons d'induire des lois de nos observations; 
puis nous vérifierons, par la recherche de textes et de documents, 
les déductions particulières faites de ces lois. Nous pourrons 
arriver ainsi à des résultats scientifiques, sans nous borner à des 
intcrpiétations fantaisistes ou à des conjectures. 



I 

Une des déformations du langage ({ui fra])pent le plus vivement 
celui qui étudie l'argot, c'est le procédé artificiel connu sous le 
npm de j-loucherbème (boucher)^. Il porte le nom de boucher parce 

' Nous l'orons précéder les mois recuoillis oialeniont par nous d'uiio croix (i) 



ÉTUDE SUR L'ARGOT FRANÇAIS. 35 

qu'il est employé par la corporation des g-arçons bouchers con- 
curremment avec les classes dangereuses. Ce procédé consiste à 
remplacer la première lettre d'un mot par Z, à la rejeter à la fin 
du mot, et à la l'aire suivre d'un suffixe. Ici ce suffixe est ème; 
ailleurs il sera différent; et cette mobilité de suffixes est une 
première et précieuse indication. 

Nous trouvons, en effet, les formations : 

■\- Lonsieiirmique (monsieur), j-loirepoque (poire), ■\- lemmefuche 
(femme), j-latronpatte (patron). Elles doivent être ainsi décom- 
posées : 

■\-l ichetonm {que (miclieton). 

13 3 

(i) représente la première moitié de l'élément de déformation. 
(a) est le mot disloqué. (3) représente la seconde moitié de 
l'élément de déformation. — Cette seconde moitié est le suffixe 
ique, oque, uche, atte ou ème. Elle n'est parfois que la voyelle e 
accentuée. Ainsi dans j-lingtvé (vingt) ^. L'ignorance de ce pro- 
cédé a causé dans les travaux philologiques sur l'argot de graves 
erreurs. On lit à l'article Linspré dans l'ouvrage de F. Michel : 

ttLinspré, s. m. Prince. — Il y avait autrefois, dans la cathé- 
drale de Paris, un enfant de chœur, le plus ancien de ses cama- 
rades, que l'on appelait vulgairement Yinspé ou le spé, non en 
raison de \ espérance qu'il avait de devenir petit chanoine, mais 
du mot inspector ou inspecteur, parce que ce spé ou inspé avait en 
effet une manière d'inspection sur Iç reste des enfants de chœur. 
Voir Explication . . . des cérémonies de Végiise , par dom Claude de 
Vert. A Paris, chez Florentin Deiaulne, m.dcgix. — XIII, in-S", 
t. II, remarques sur le chap. ii, p. 3o5. Dictionnaire... de 
plain-chant et de musique d'église, par M. J. d'Ortigue. Paris, Migne, 
i853, in-^", col. 1 389-1 390, art. Spe; et le Moniteur universel, 
n° du 8 janvier i85â, p..3o, col. Zi et 5 du feuilleton. ii 

Ce mot, F. Michel aurait dû l'écrire lincepré et y reconnaître 
la déformation artificielle de prince-. Cette erreur est un exemple 
du danger qu'il y aurait à appliquer à l'argot une méthode unique. 

et les formes hypothétiques auxquelles nous serons amenés d'un astérisque (*). 
Les mots marqués d'une croix pourront être rencontrés ailleurs, mais nous les 
avons toujours entendus. 

1 L'orthographe adoptée généralement est linvé. Il s'agit ici de mettre en lu- 
mière des procédés artificiels : aussi garderons-nous la l'orme du radical disloqué 
et donnerons-nous toujours aux suffixes un aspect orthographique uniforme. 

^ M. Ascoli {Sliidj critici, art. Gerghi) avait déjà signalé l'erreur de F. Michel. 
Mais il interprète linspré faussement lorsqu'il dit «in cui si pronuncia invertita- 
mente le ns-pre a vece di le pre-nsn. L'article le n'a rien à voir dans cette for- 
mation artificielle. C'est pour l'avoir méconnue que F. Michel a écrit lorgne-b 
(borgne) au lieu de lorgnebé (cf. lorcefé) et M. Ascoli l'a suivi dans celte erreur 



36 SCHWOB ET GUIEYSSE. 

Ici c'est la mélhodc historique qui seule a été employée. Ailleurs 
ce sera la méthode d'interprétation par métaphores, dont le point 
de départ est vicieux. De la méthode historique nul ne peut se 
passer; mais il faul quelle soit doublée d'une méthode d'inter- 
prétation linguistique. 

Le procédé du loucherbème , considéré historiquement, ne paraît 
pas récent. La formation lorcefé pour la Force, prison de Paris, 
se trouve dans le Jargon de Vargot réformé d'Ol. Chéreau. Elle ne 
date sans doute pas de la première édition de cet opuscule : mais 
on n'aura de notions précises sur la chronologie de l'argot que 
lorsqu'on aura suivi et collai ionné les diverses éditions successives 
du Jargon de ïargot réformé. Ci'est en effet à cet opuscule qu'il 
faut rattacher toutes les publications sur l'argot depuis le début 
du xvii^ siècle jusqu'aux Voleurs de Vidocq. Il a eu une très grande 
popularité; dès son apparition il a servi au colportage. Le petit 
livre de Pechon de Ruby présente aussi l'aspect spécial des livres 
populaires. Le tr docteur Fourettew raconte ses tours comme un 
crieur de thériaque; pendant la guerre de Trente ans le Simpli- 
cissinius de Grimmelshausen exposera, lui aussi, l'organisation 
des Merode-Bruder ; le tout au grand bénéfice des foires de Franc- 
fort et ailleurs, ainsi que des merciers porteballes et colporteurs. 
Peut-être est-ce dans le colportage qu'il faut voir la véritable 
cause de l'alliance qu'établissent ces petits livres entre le langage 
des merciers et l'argot : ce ne serait qu'un boniment destiné à faire 
vendre la plaquette. Les uîaisons de Troyes, centre du colportage, 
se sont emparées du Jargon de Targot et de la Vie des Marcelots. 
Ces livres ont été refondus plusieurs fois. Cest à ces modifica- 
tions en vue du colportage qu'il faut rapporter des contradictions 
du genre suivant. Nous avons sous les yeux une édition du Jargon 
(Bibl, Mazarine, /iGo-yi, citée au catal, Nodier, iSkk, p, 33, 
n° 197). Elle a été imprimée à Troyes par Jacques Oudot. Le 
texte du petit ouviage commence par mentionner le nom d'Anne 
de Montmorency, gouverneur du Languedoc (trois fois gouverneur 
de 1625 à 1559), et se termine par un poème argotique en 
l'honneur de la prise de la Rochelle (28 octobre 1628). La der- 
nière partie a donc été écrite vers 1629. Mais Jacques Oudot, 
succédant à une dynastie de six autres Oudot dans la ville de 
Troyes, a imprimé de 1686 à 1711, 11 faut donc reporter la re- 
composition du livre vers 1629 et son impression entre 1686 et 
1711. H avait été imprimé en 1660 à Troyes [)ar Yves Girardin; 
plus tard, en 1728, il y sera republié, Baudot l'édite, toujours 
à Troyes; Jean Oudot le reprend en 1760 (Troyes, in- 18). La 
maison Pellerin, d'Epinal, le réédite en i836. Enfin vers 1860 
la maison de colportage Le Bailly le l'ait refondre par Halbert, 
d Angers. Il est aujourd'hui dans le commerce du colportage. 



ÉTUDE SUR L'ARGOT FRANÇAIS. 37 

C'est à des e'ditions successives sans date (règle de colportage) 
qu'il faut attribuer les e'carts que nous avons signale's. 

L'influence de cet opuscule a été si grande que tous les vocabu- 
laires d'argot en dérivent. Nous ne savons où M. Vitu a vu que crie 
dictionnaire donné par Granval en lyaS à la suite de son poème 
de Cartouche s'éloigne notablement de Vargoi d'Ollivier Chereau^. 
Nous avons sous les yeux l'édition de 1726 et celle de 1760. La 
légende qui attribuait à Cartouche lui-même ce vocabulaire, soi- 
disant dicté dans sa prison, doit désormais disparaître^. 11 est 
emprunté à une édition du Jargon : il ne contient, en dehors des 
mots du. Jargon, que deux ou trois termes qui font partie de l'his- 
toire de Cartouche, comme dardant (l'amour). 

Icicaille est le tliéàtre 
Du petit Dardant. 

On trouve dans le vocabulaire de Granval la fausse distinction 
établie entre paqueUn (enfer) et pasquelin (pays). C'est la preuve 
de l'emprunt fait à une édition du Jargon. Un éditeur, colla- 
lionnant son vocabulaire sur le texte, a trouvé parmi les phrases 
argotiques : crLe glier t'entrolle en son pacquelin, c'est le diable 
t'emporte en enfer. i^ La traduction littérale est «dans son paysr>. 
L'éditeur a suppléé d'abord son (édit. Jacques Oudot) et a traduit 
tf l'emporte en son enfem. Puis il a donné dans le vocabulaiie 
paquelm (enfer) ei pasquelin (pays). Les erreurs de ce genre tra- 
hissent les emprunts. Vidocq en imprimant bilou a reproduit la 
faute d'impression d'une édition du Jargon. Dans l'édition de 
Jacques Oudot on lit hijou : le sens est celui des Bijoux indiscrets 
de Diderot^. La confusion s'explique par biiou (cf. plus loin «es lis 
et ses iis). On trouve aussi dans les Voleurs tf ficher : bâillem. Le 
Jargon contient effectivement tf ficher : bailler v, mais avec le sens 
de donner. L'auteur des Voleurs de Vidocq trahit, là encore, la 
source à laquelle il puise et dont il a d'ailleurs fort honnêtement 
donné le titre. 

De ces quelques observations résulte l'intérêt considérable qu'il 
y aurait à faire une histoire du Jargon de l'argot réformé. Revenons 
maintenant aux exemples du langage artificiel recueillis dans cet 
opuscule. 

Un des points importants dans l'étude du loucherbème , c'est la 

' Cartouche ne fut visité dans sa prison que par les comédiens Le Grand et 
de Moligny; ce qui causa une information contre le Lieutenant Criminel. La 
seule mention d'argot que contiennent les dépositions relatives à cette aflaire est 
dans celle de Moligny. Le Grand et Moligny k virent Cartouche eslendu sur un 
matelas, attaché aux pieds, aux mains et au milieu du corps; Le Grand luy dit 
quelques mots d'argot et redescendirent». (Arch. nat. , Parlement. Criminel. 
X-^" i352.) 

' L'argot contemporain emploie encore 'f bijou. 



38 SCHWOB ET GUIEYSSE. 

fixation des formes artificielles. Fou donne loufoque, puis louje et 
reste fixe' sous cette dernière forme. Linvé perd Yé accentué et 
devient ■\-li7ive. ■\- Larantequé (quarante) laisse tomber la finale que 
et se change en j^larante. Un larante, c'est une pièce de 2 francs. 
Munis de cette indication, nous trouverons un plus grand nombre 
de formations de ce genre dans Targot ancien. Lorgne pour borgne 
suppose une forme artificielle ^lorgnebé. Lanterne (fenêtre. /. de 
r argot réf.) pour vanterne suppose *lanternevé. Lousse (gendarme. 
J. de V argot réf.) doit s'interpréter par j90?/sse, de même significa- 
tion , que Ton trouve dans le même vocabulaire et suppose *loiissepé. 
Largue (femme) s'explique par marque (Villon. J. de ïarg.). On 
a eu *larqnemé; puis la finale mé est tombée. Le vocabulaire de 
Haibert d'Angers donne rlarque ou larguen. 

Ces explications sont un premier exemple de la méthode que 
nous avons adoptée. Nous avons constaté des faits expérimentaux : 
l'existence d'un procédé artificiel, le loucherbème , et la chute des 
finales en é, que, etc. Après avoir établi ces observations, nous 
remarquons l'existence, dans l'argot ancien, du même procédé 
[lorcefé, lincepré); nous trouvons côte à côte dans les vocabulaires 
lorgne et borgne, lanterne et vanterne, lousse et pousse; l'explication 
de ces doublets artificiels résulte de la loi phonique que nous 
avons constatée expérimentalement. 

En définitive, ce procédé artificiel, séparé de l'adjonction du 
suffixe et si l'on ne considère que le mot disloqué, n'est qu'un 
anagramme d'une nature spéciale. Des méthodes analogues ont 
existé dès l'origine apparente de l'argot. Dans la Vie généreuse des 
mattois, gueux et boemiens de Pechon de Ruby on trouve au voca- 
bulaire : chambrière, limogere; valet, miloger. Il est difficile, ac- 
tuellement du moins, de dire quel est de ces deux mots celui 
qui n'a pas subi de défiguration. Dans tous les cas il y a eu per- 
mutation entre m et U. Olivier Chéreau, dans le Jargon de Vargot 
réformé, signale limogere comme ayant été remplacé, à la suite de 
la publication de la plarjuctte de Pechon de Ruby, par cflmftroî/se. 
Il donne ensuite deux mots qui ont remplacé l'expression volant 
(manteau) divulguée par Pechon de Ruby. Ces mots sont tabar 
et labarin. Or il est facile de voir que tabar est l'anagramme com- 



' M. Ascoli signale avec raison [Studj critici) celte méthode «per inverlîmenti 
di sillabe di lettera^' employée aussi dans la germariia ou langue fourbesquc 
d'Espagne. Voir Pott (Zijfp.uiier, II, 18), Clemoncin (édit. de Don Quichotte, 
Madrid). Limogere et miloger, zerver et verser sont des formations correspondant 
exactement à toha et bola, lepar et peîar, iaplo et plato, chepo et pecho. M. Ascoli 
compare judicieusement ndemias per lo spagnolo médias [calzei)-n. L'argot espa- 
gnol contenant heaucoup de bohémien (V. Borrow, Tlie Zincali) , peut-cire peut- 
on voir, dans ce procédé anagrammaticpie, une influence bohémienne. Les Thugs 
{Juurn. iifial., octobre iS'S'j) l'employaient égalcnienl. 



ÉTUDE SUR L'ARGOT FRANÇAIS. 39 

plet du mot rabat, qui s'employait également pour fr manteau n 
au xv" siècle. L'indication d'Ol. Chéreau sur ce point n est pas 
absolument exacte. Tabar n'est pas un mot nouveau; c'est un 
doublet artificiel qui existait dès le temps de Villon : 

Item au Loup et à Ghollet 

Je laisse à la foys un canart , 

Prins sous les murs, comme ou souloil. 

Envers les fossez, sur le lard; 

El à chascun un grand tabart ' 

De cordelier, jusquesaux pieds, 

Busche, charbon et poys au lart. 

Et mes housaulx sans avant piedz. 

(Pet. Testament, XXIV.) 

Tabar, tabavin est formé sur le modèle navar, navarin. cfNavan^ 
a donné fanagramme varan qu'on reconnaîtra dans huistres de 
Varannes, barbillons de Varanncs. L'édition de Jacques Oudot 
(Troyes) du Jargon de l'argot donne l'orthograpbe Varane, beau- 
coup plus proche de l'anagramme. 

Zerver, server (pleurer, crier. — Pechon de Ruby) est la dé- 
formation artitlcielle sur le modèle de miloger du mot verser, em- 
ployé dans le même sens (/. de l'argot réf. , voc. argot fr. ). tf Pleurer ^ 
se dit aussi ff verser des larmes n; verser, employé d'une manière 
absolue, a été changé en zerver. Nous verrons fréquemment le 
sens des mots défigurés se généraliser ainsi. 

Si nous remontons encore plus haut dans les textes argotiques, 
nous trouverons toujours cette méthode de défiguration. 

Qu'Ostac n'embroue vostre arrerie 
Où accoliez sont vos aisnez. 

(Jarson de Villon, Ba//., V.) 

Il faut identifier cet Ostac avec le lieutenant de police de Costa , 
dont il est question dans le Grand Testament. 

Que de Costa et ses gendarmes 
Ne lui riblent sa caige-vert. 

(Grand Testament, €X.) 

Nous avons suivi ainsi un procédé de défiguration jusqu'aux 
origines écrites de l'argot. Mais , dans les expressions du langage 
actuellement parlé et que nous avons citées, ce procédé est uni 
à un second qui consiste à faire suivre les mots disloqués de 



' Le dérivé tabarin fixe l'orthographe dans un autre sens. La variante 
tabert prouve une différence de prononciation entre a et e fréquente dans les 
finales aux xv' et xvi' siècles. 



àO SGUWOB ET GUIEYSSE. 

suffixes divers. Parmi ceux-là, nous avons particulièrement re- 
marqué : 

ique, oque, uche, atte, ème. 

Ces suffixes n'appartiennent pas en propre aux mots dont ils 
forment la désinence; ils sont très mobiles. On dira fort bien 
■\-latronpuche pour latronpatte, j^lemmefoqiie poui* lemmefuche, etc. 
Cette mobilité des suffixes est un fait remarquable; et la consta- 
tation de ce fait aura sur-le-champ son utilité. Étant donné un 
mot ordinaire à déformer, l'argot y voit : i° ime partie immobile 
(disloquée ou non); 2° une partie mobile. Plus cette partie mo- 
bile ressemblera à un élément argotique, plus sa substitution 
s'opérera aisément. Ainsi et boutique t^ donnera boutoqueeiboutanche. 
L'argot connaissait déjà un suffixe très mobile ique dont il se ser- 
vait dans les formations artificielles; de là le déplacement qui 
s'est produit dans Khouioquen. Mais vhoutanchev est l'équivalent 
de ffhoutoqiiev; n'y a-t-il pas lieu de voir dans anche un suffixe 
qui s'est également substitué à ique? Une comparaison avec d'autres 
mots pourra nous l'apprendre. La ^préjectance pour la préfecture 
présente le même groupe , moins le chuintement. Calancher (mourir. 
— Richepin, Césarine) rapproché de caler qui a la même signifi- 
cation, offre encore ce suffixe. Dès lors nous devons rapprocher 
de ces mots brodancher pour a brodem et dorancher pour fc dorer 5^ '. 
L'explication métaphorique donnée par F. Michel se réduit à une 
formation artificielle. Si nous remontons plus haut dans les 
annales de l'argot, nous retrouverons le suffixe anche. Le Jargon 
de V argot réformé donne trimancher et trimer (cheminer, marcher), 
pictancher et picter (boire). Relevant au passage dans le même 
vocabulaire la \ av'mnte pitancher Çhoive) , nous pouvons soupçonner 
l'origine argotique du mot ff pitance 17 qui a gardé le suffixe sans 
la chuintante. Et enfin peut-être faut-il rapprocher le mot crbom- 
hancev de l'expression d'argot militaire «partir en bombew. Cette 
locution n'aurait plus dès lors un sens métaphorique, emprunté 
à l'artillerie : bombe serait l'original du doublet artificiel bombance. 
L'incertitude du langage au sujet du mot tronche (tête) entré dans 
les dictionnaires classicjues sous la forme tranche avec la désigna- 
tion ff populaire^ doit nous amener à y voir le suffixe anche. On 
avait voulu expliquer jusqu'à présent le mot tronche par le latin 
trunca^. L'idée qui était au fond de celte interprétation avait son' 
origine dans le souvenir de cette alliance de mots si fréquente 
dans les textes, obtruncare caput. La tronche était ce qu'on tranche 



' M. Ascoli a rapproché ces formos. (V. Slndj critici.) 

^ Voir Loredan Larchey, Dict. de l'argot parisien. crLa tronche montre la lèle. 
tombant sons ie couteau de la guillotine.» 



ÉTUDE SUR L'ARGOT FRANÇAIS. à\ 

du corps. Victor Hugo admirait Targot qui séparait ainsi par deux 
mots distincts la tète morte [tronche) et la tête vivante (sorbonne). 
Mais, en réalité, Targot n'a jamais lait celte distinction; elle est 
l'œuvre du grand poète. On voit, dans le livre de Pechon de 
Ruby, les sujets du grand Coësre s'approcher de leur souverain 
le bonnet à la main, tronche nue. Pourquoi une métaphore de 
cette nature à une époque où la décapitation n'était pas la puni- 
tion des malfaiteurs? Si les gueux, contemporains de Pechon de 
Ruby, ont exprimé un supplice par des images de langage, c'est 
bien certainement la pendaison. Le suffixe anche détaché du mot 
tronche, il reste un radical élémentaire tr. Nous verrons, par la 
suite, que les suffixes en argot ont fréquemment réduit les mots 
à deux lettres, et même à une. C'est un des résultats de l'exagé- 
ration de leur importance, dans le but de dénaturer le langage. 
Sans doute il faut voir dans tronche le doublet artificiel de trogne ^. 
Le groupe ogne a paru mobile parce qu'il appartient lui-même 
aux suffixes argotiques. 

L'explication de tronche était, on le voit, malgré sa rigueur 
étymologique apparente, une interprétation par métaphore. La 
substitution d'anche à ogne a donné au mot une physionomie qui 
excuse jusqu'à un certain point le sens qu'on lui prêtait. C'est à 
des faits de ce genre qu'il faut rapporter la tendance à expliquer 
les mots d'argot par des métaphores. Les suffixes rapportés font 
naître des images, ((hancequinerv, que nous avons cité, doit son 
pittoresque au suffixe qidn. Nous voyons employer autour de nous 
cette formation artificielle : dans j- rouquin pour «rouxr) elle n'est 
pas méconnaissable, te Lancequinerw même n'est que le verbe formé 
sur le substantif j-lancequhie (eau). Jusqu'à présent, en effet, quin 
paraît avoir été affecté plus spécialement à la défiguration des 
substantifs; anche, au contraire, servirait plutôt à déformer les 
verbes. Le radical lance trouvé, il ne faudrait pas y voir une nou- 
velle métaphore. Le vocabulaire de Pechon de Çuby donne ance 
(eau); sans doute lance présente le même phénomène de phoné- 
tique syntactique que lierre (hedera). L'article s'est joint indissolu- 
blement au mot. Frusquin (habit. Jargon de Varg. réf.) a donné 
défru^quiner (déshabiller); il faut supposer *frusquiner grâce aux 
analogies suivantes. Frusquin est aujourd'hui ^frusque qui donne 
j-frusquer et défrusquer. Ce suffixe quin s'est ainsi affaibli. Si nous 
le séparons àe frusquin, il reste frus : le suffixe us sur lequel quin 
s'était greffé est évidemment défiguré; mais il était mobile, car 
on a les doublets artificiels j-fringue, *froque, * fripe. \ Fringue a 



' Le groupe Ir a donné avec ie siiff. anche le verbe f trancher, dont le sens 
se rapproche de la signification spéciale de truquer auquel sans doute il faut le 
rattacher. Traquer était dans le jargon de Pechon de Ruby trurher. 



/l2 SCHWOB ET GUIEYSSE. 

donné -l-frhiguer^. *Froque résulte de dé/roquer et de défroque. 
* Fripe est démontré par/npVr e[ friper. Pour prouver que le sens 
de friper se rapporte bien h fripe, il suffira de dire que la relation 
est la même entre chiffonner et chiffon. Ainsi le radical élémentaire 
fr a revêtu grâce à ces suffixes us-quin-, ingue, oque, ipe, les ap- 
pareùces les plus variées. 

Le suffixe ipe, obtenu par cette comparaison, nous donnera une 
autre série oii l'insertion des éléments artificiels est plus curieuse. 
Nous trouvons le groupe ipe dans le mot chiper (dér. chipeur). 
Dès lors il faut rapprocher choper (dér. chopeur, chopin). L'original 
de ces doublets artificiels nous est sans doute donné dans ce vers 
du jargon de Villon : 

Incontinent mantlieaulx chappez. . . 

(Jargon. Bail., IV.) 

Le mot chapper (prendre) est probablement le latin capere. 
Ce (|u'il y a de particulier, c'est que ce mot a été traité de deux 
manières différentes par fargot. Le radical entier étant donné 
comme immobile, on a ajouté la finale ard [chapard). Le verbe 
chap-ard-er et l'adjectif chapardeur conservent le corps du mot 
intact. Mais la finale ape paraissait également mobile (taper et 
toper)-, l'argot y a substitué ope et ipe (chaper, choper, chiper). Là 
encore le radical est ramené à un son élémentaire : t ou ch. 

Le doublet artificiel de tr choquer n chiquer présente le même 
phénomène. Nous y reviendrons dans la seconde partie de notre 
étude. 

Les observations que nous avons faites nous permettent de re- 
venir maintenant au mot mouchique (vilain, laid) rattaché par 
F. Michel au russe mujik. Tout d'abord mouchique a en argot un 
synonyme que F. Michel n'a pas noté : c'est j;- moche ou j;- mouche^. 

1 Fringuer, qui signifie aujourd'luii habiller, avait au xvi' siècle tous les sens 
du mot chiffonner, c<iïnme friper (v. inj'ra). — «Mêliez la dame au coin du licf, 
fringuez la toureloura la la.« (Rabelais, Pantagruel, t. II, c. 12.) Le Duchat 
donne en note le dér. fringo ter. On peut rapprocheryhng'anf, dans le sens de 
galant; peut-être /j*!/;on. 

Cf. mannequin sur lequel nous n'insisterons pas dans ce travail. Il faut y re- 
connaître le mot mann dont l'argot se sert en composition : \ grinche-mann ( voleur) , 
\fauche-mann [k court d'argent). Le mot manequin {Dvx ÇaAïi^q , Arca penaria 
quœ manu gestatur) est formé sur mane (panier d'osier). Rabelais l'emploie dans 
les deux sens : «petits manequins et animaux iiicu assortis et dorés avecq les 
goutieresn (I, c. 53). L'étude de cette question nous entraînerait à examiner 
l'introduction des mots étrangers et particulièrement allemands, ce qui nous ferait 
sortir du modeste cadre de notre article. M. Ascoli {Studj crilici) a constaté 
l'affaiblissement du sens de mann. Cf. brigmann de briquet (sabre) et en roth- 
wâlsch ; dichnami (œui) , feldmann (charrue), etc. Une femme peut dire : tffje 
suis Jauchemann -n . 

il est essentiel de séparer ces mots d'une autre série ([ui se rattache à re- 
tnoucher (regarder, épier). *Mouchei' a donné mouche, mouchard, moucharder, etc. 



ÉTUDE SUR L'ABGOT FRANÇAIS. A3 

Il est facile dès lors de reconnaître dans mouchique un doublet 
artificiel de mouche, formé au moyen du suffixe mobile ique. Le 
verbe ■\-moucher (faire mal) nous fera comprendre mouche ou moche. 
C'est le mot mal transforme'; le suffixe oche est une des termi- 
naisons les plus francbement argotiques. Au point de vue se'man- 
tique, moche de la signification mal est arrivé au sens de vilain, 
laid. C'est une sorte de généralisation que nous trouverons fré- 
quemment dans les mots transformés. La défiguration sert d'élar- 
gissement au sens : l'argot est une langue pauvre au point de 
vue des choses signifiées, extrêmement riche en synonymes. C'est 
ce qu'on verra dans la suite. 

Quant au greffage du suffixe ique sur la finale oche, déjà suf- 
fixe elle-même, c'est un phénomène que nous avons rencontré déjà 
plus haut dans fmsquin. L'argot est capricieux : tantôt la défigu- 
ration s'opère par substitution de suflixes, tantôt elle en entasse 
jusqu'à quatre. Chape^', chaparder, choper, nous ont donné un 
exemple du traitement capricieux que peut subir un mot. Nous 
avons vu se former presque sous nos yeux d'extraordinaires tr cris- 
tallisations de suflixes 15. Chique (chic) a donné (^*chi(\uoquev 
(*chicoque), ff*chiquoquawc?T), fcchiquoquandar^T> (chicocan- 
dard). Rupin a donné K*ru^iquer>, tf*rupiquanÉ?n. faupiquan- 
ôardv, etc. 

Est-ce à ces monosyllabes moche, hoche, qu'il faut rapporter 
les formes insolites comme j^rigolboche pour rigolo? Le suf- 
fixe semble bien être oche; le b ne peut venir que d'une for- 
mation par analogie. On trouve déjà ces syllabes fermées au 
xviii" siècle. Cartouche demande à son geôlier s'il a trouvé bon 
un gigotmuche. Les formations de trloucherbème^î ont pu exercer 
aussi une influence d'analogie. Des mots comme lemmefuche, loire- 
poque, suggèrent à coup sûr les syllabes /wcAe et poque comme 
moyens de défiguration. Boche a servi à d'autres formations arti- 
ficielles : -^-Alkboche (Allemand), ■\-fantaboche (fantassin), etc. Le 
mot boche, considéré en lui-même, non plus comme suffixe, pré- 
sente un curieux exemple du groupement de sens différents sous 
une forme artificielle. Si le mot n'était pas trop didactique, nous 
pourrions appeler des termes de ce genre schèmes artificiels, parce 
que leur sens de généralité n'est qu'apparent. Ce sont des groupes 
de lettres qui n'acquièrent une signification précise que par ie 
contexte de la phrase. Ainsi boche dans cf -^je ne suis pourtant pas 
une bocher) doit être rattaché à bêle; dans tête de boche (Bruant. 
Dans la rue) l'expression tête de bois nous conduit à interpréter 
boche par bois. 

Devrons-nous expliquer la formation même de moche, boche^, 

' De même ikiqite pour cou. Couper le kiqtie, c'est couper le cou. H est im- 



à h SCHWOB ET GUIKYSSE. 

par la loi de Tanalogie? Il semble que non, et voici pourquoi ; 
Dans la naissance des termes argotiques, il y a bien un e'ie'ment 
spontané' dont il est nécessaire de tenir compte. Sans aucun 
doute les procéde's artificiels ge'ne'raux ont été imposés à des 
bandes organisées par une élite intellectuelle de malfaiteurs. 
Mais dans les classes dangereuses il y a, même en dehors de 
cette élite, des gens plus intelligents que la tourbe inconsciem- 
ment entraînée au crime. Ceux-là ont saisi les avantages que 
leur offraient ces procédés imposés; ils se sont fait des règles 
artificielles une sorte d'habitude; c'est dans leur bouche que les 
suffixes argotiques se substituent aux désinences de la langue 
courante qui paraissent mobiles. Toper, chiper, choper, boutanche, 
houtoqîie, sont des produits spontanés gouvernés par la loi des 
formations artificielles. Ainsi naîtra le doublet artiliciel de mar- 
mite, j;- marmotte. Dans ce domaine, l'analogie exerce son empire. 

Mais ce n'est pas elle qui fait tomber les désinences de bête, 
mal. Les finales de ces mots-là n'ont pas une apparence mobile. 
Il y a eu effort dans la défiguration qui en a fait boche, moche. 
Dans ces produits profondément artificiels on reconnaît la trace 
des mains mystérieuses qui ont toujours dirigé l'argot. De cette 
élite intellectuelle sont partis le mot d'ordre de l'anagramme, et 
la transformation de fanagramme, procédé littéraire, pour en 
faire un procédé populaire, et l'invention de suffixes ou leur 
généralisation, et enfin la juxtaposition dans le langage artificiel 
le plus moderne de l'anagramme transformé et du suffixe. Ce 
sont là des modifications que n'ont pu apporter ni les malheureux 
inconscients qui reçoivent les mots tout faits ni la moyenne dont 
fintelligence se borne à changer en habitude un système ima- 
giné. Ainsi c'est l'analogie qui, en argot, représente la part de 
spontanéité ^ 

Nous avons déterminé l'existence des suffixes mobiles oque, 
ate, uche, eme, par l'observation de mots artificiels de frloucher- 
bèmew. Par la comparaison de doublets ou de mots tirés à quatre 
ou cinq exemplaires comnxQ frusquin , nous avons découvert d'au- 
tres suffixes dont femploi a été courant en argot. On aurait pu 
établir cette recherche d'une autre manière, toujours en partant 
de données expérimentales. Nous voyons se former sous nos yeux 
des doublets artificiels dont le radical n'est pas méconnais- 
sable. 



possible de donner ici une liste complète; dans des travaux ultérieurs nous 
espérons pouvoir classer une riche collection de mots. Cf. encore M"' Muche pour 
M'" Mars. 

' Celte formule n'est générale qu'en ce qui concerne les translormalions arti- 
ficielles. Le polit nombre de métaphores créées par l'argot est sans doute une 
production spontanée. 



ÉTUDE SUR L'ARGOT FRANÇ\1S. A5 

Vert'e , par exemple , ia'ilverrasse ' ; vm donne vinasse; bon , bonasse. 
Il y a là un sufïixe asse auquel les dictionnaires donnent un sens 
péjoratif. En eft'et, il est possible que ces doublets artificiels 
prennent en passant par le langage populaire une acception en 
mauvaise part, dernier souvenir de leur basse origine. Mais en 
argot, le sens du suffixe asse est nul. On le reconnaîtra facilement 
par le mot Umace^^ (chemise. Bruant. Dans la rue), doublet du 
mot lime, employé au xvi^ siècle dans le même sens (Pechon de 
Ruby, Rabelais). La forme de ce mot pourrait faire croire encore 
à une métaphore : elle n'est devenue pittoresque que par l'ad- 
jonction mécanique d'un suffixe. Birbe (vieux) a donné j^-birbasse 
(dér. birbassony. Il sera facile de reconnaître le suffixe asse dans 
caillasse (caillou), paillasse (paille), mélasse {m.\e\). Si quelques- 
uns de ces mots ont pris un sens spécial ou péjoratif en passant 
par le langage populaire, on peut affirmer après un examen des 
formes semblal)les qui se constituent sous nos yeux, qu'il y a eu 
à l'origine équivalence complète entre les doublets. Trogne, qui 
a donné -{trognon (tête), a dû donner *trognasse (figure). Il est 
resté en effet le mot j^gnasse dont le sens est équivalent à *tro- 
gnasse. La chute d'une partie du radical s'est produite de même 
dans ■];■ troquet pour mastroquet'^. 

Un autre élément de défiguration, dont l'argot se sert volon- 
tiers encore aujourd'hui , est le suffixe go ou got. Exemple : Parisien 
et j;- Parigot ; sergent et j-sergot; mendiant et j-memligot; Saint-Lazare 
et ■\- Saint-Lago ; Sainte-Pélagie et j;- Sainte- Pélago. Le procédé gé- 
néral consiste à couper le mot et à ajouter go. Parfois cependant 
on ajoute purement et simplement go : ici et j-icigo; là, là-bas et 
j-lago, \labasgo; gi (oui) et ^gigo. 

De ces observations résultent plusieurs étymologies. Le mot 
mégot, d'abord, grâce à un doublet recueilli j^-mèchego, a une ex- 
plication simple. Mèche ^ en argot signifie demi. On a dit d'un 
cigare à moitié fumé un demi, un mèche, un mèche go , comme on 
dit un demi en parlant d'un demi-setier*'. Le mot magot (singe, 
figurine) doit être distingué du mot magot (^magauldy bourse, 
somme) dont l'origine est un terme bas-latin. Sans doute nous 
avons là mannego comme mannequin; la même chute s'est produite 



' Cf. RabeL, II, c. i3, ix Irois verrassées de caillebottesn. 

- On trouve déjà limace dans Grandval. (Le Vice puni, 1795.) 

^ Cf. canaçon (clieval), qui suppose *cagnasse de cagne. (Voir l'étym. de 
Delvau.) 

^ Cf. et voir plus bas Marguerite-Margol-gnton (suff. got). 

^ C'est l'ilalien mezzo. De plus, mèche correspond exactement au latin médius 
qui a donné moyen. Cf. 1° deux plombes et mèche, deux heures et demie; a" ii 
n'y a pas mèche, il n'y a pas moyen. 

^ Cf. cfun demi de vieux r. — Bruant , Dans la rue. 



h& SGilWOB ET GMIEYSSE. 

que dans mégot, doublet de mèchego. M. F. Bonnardot nous a 
suggéré le rapprochement du nom propre Ménégaud. La finale 
aurait pris une autre forme orthographique comme dans nigaud 
(ni-got) pour nyais (cf. Villon) mol employé au xv" et au xvi^ siècle 
dans le sens de nigaud. A la simple inspection du verbe ligotter, 
nous avons supposé *ligot i^our lien. Ce mot, hypothétique a pn'on, 
existe dans le vocabulaire de Pechon de Ruby avec le sens spé- 
cial de jarretières; lien a donné à la même époque un autre dou- 
blet argotique: c'est hjettes (les aiguillettes). Gogo (rire, boire à 
gogo) s'interprète ])av gosier \ Enfin on peut hasarder une expli- 
cation du mot tf argot» fondée sur la même méthode. Elle a sur 
les explications les plus récentes l'avantage d'être appuyée sur 
une méthode. Comme l'a reconnu M. Vitu [Jargon au .iv" siècle), 
le terme argot s'est appliqué à la confrérie des gueux avant de 
désigner leur langage, r? Qu'aucun mion ne soit passé du serment 
qu'au préalable il n'ait esté reconnu affectionner l'argot ni estre 
froUeux» [Jargon de Targot réformé). Or la cour des Miracles était 
divisée en quatre sections : Egypte, Boëme, Argot, Galilée. Le rap- 
prochement de ces noms de pays orientaux suggère Texplicalion 
d'Argot par Arabie. Le mot n'est pas autrement fait que Saint-Lago 
pour Saint-Lazare^ ou jltalgo pour Italien. De l'adjectif arabe 
arby nos zouaves ont fait Arbico. 

La considération des suffixes argotiques nous a amenés à une 
correction dans le texte de Villon. Aujourd'hui on dit chimique 
(moi), ^loitrique ou jloitrèm.e (toi), etc. Vidocq (1837) donne 
mèzigue, sézigue, mézigo, etc. Cartouche dit : Vouziergiœ trouvaille 
bonorgue ce gigotmuche (Vous trouvez bon ce gigot). De ces faits 
se dégage l'observation que le pronom personnel en argot a été 
revêtu d'un suffixe. Dans l'édition de la fin du xviii^ siècle du 
Jargon de V argot réformé, réimprimée par Techener, on trouve : 
mezière (moi), nozière (nous), seizière, sezingand (lui), tezière, 
tezingand (toi), vouzailles, vozières (vous). L'édition Jacques Oudot 
(Troves. composée vers 1629) donne les mêmes forjues. Le voca- 
bulaire de Pechon de Ruby (iBgG) contient les formations : luy- 
mesmes ses lis (pour ses iis), moy-mesmes (meziis), toy-mesmes 
[lezis), nous {nozis). 

Parmi les modifications signalées par 01. Chéreau se trouve 

• Cf. boire a •plein guogo (Ruliei. Paiilagriiel) et les doublets gogaille et go- 
guette. Dans une étude sur le mot go on pourra montrer la relation sémanlicjiie 
qui existe entre gogo (gosier) et gogo (jobard). 

^ On voit qu'avec certains suiïixes, go par exemple, le mot est tronqué. Il 
n'est pas nécessaire de supposer toujours que celte déGguration est un résultat 
de rinfluencc du sullixe. L'argot défigure souvent les mots par l'abiévialion. 
Kx. : rtc/iar( acharnement), awtor (autorité), 6ene/( bénéfice), comme (commerce), 
daiijfe (dauphin), es (escroc), fdiam (diamant), f magne (manière), i'pardesse 
(pardessus), fcondice (condition), foccase (occasion), etc. 



ÉTUDE SUR L'ARGOT FRANÇAIS. A7 

celle-ci : ff premièrement on disait toi tonnant; à présent c'est 
tezière ou tczingand-n. Dans la dernière phrase du petit livre de 

Pechon de Ruby on lit : r à sonen et tesis et mesis, eic-n. 

Examinons maintenant les vers de Villon : 

«Et babignez toujours aux ys 

Des sires pour les desbouser 

Et nue vos emps n'en aient du pis 

{Bail., I.) 

Men ys vous chante que gardez 

Que n'y laissez et corps et pei 

[Bail, II.) 

Voz ans n'en soient rouppieux 

Et autour do vos ys lurie. 

(Bail., V.) 

Voz eus soient assez hardis. 

{Bail., VI.) 

Du mot jneziis (Pech. de Ruby) naît imme'diatement la correc- 
tion mezys au lieu de menys. La confusion de z et d'n est fort 
probable en pale'ogiaphie et en impression du xv* siècle. On devra 
lire vozis comme le nazis de Pech. de Ruby. La se'paration du 
suffixe ys dans rraux ys des sires w n'a rien de plus surprenant 
que les formes modernes la lampngne du can (campagne. Riche- 
pin. Ch. des Gueux), ■{■ lanette du ca (canette), ■\-latron du pa 
(patron), etc. L'accord au pluriel dans ^ Voz ans nen soient 
rouppieux n est suivi par Pech. de Ruby : «Le grand Coesre me 
monstre comme ensuit : Vosis attriment au tripeligourt? Je res- 
pons : Gis, eic.v. 

Il ne faut donc pas chercher à expliquer ys comme MM. Vitu 
et Schone, Tun par huis (porte) ou issa (corde), l'autre ^sn'whistle 
(sifflet, voix). C'est un simple suffixe argotique. Tout au plus 
peut-on dire qu'on se trouve peut-être en présence d'un suffixe 
qui a gardé une trace de conscience, comme la finale ment des 
adverbes. Nous sommes heureux d'être, pour cette correction, 
d'accord avec M. Rijvanck, auteur d'une savante édition du Petit 
Testament de Villon. Par une méthode toute différente, et en 
considérant l'usage d'ipse, es, is dans les textes du xv" siècle ainsi 
que quelques locutions des farces [menimes, menigues, etc.), 
M. Rijvanck est arrivé au même résultat. Peut-être faut-il recon- 
naître ys dans la première ballade du ms. de Stockholm : 

Plantez vos histz jusques elles rappasse. 

(Lecture de M. Vitu.) 

M. Rijvanck a collationné le ms. de Stockholm et lit ^hisez-n. 
Ces ballades ayant été dictées, on peut corriger: 

Plantez vozys jusques elles rappasse. 



48 SCHWOB ET (il IKYSSB. 

et traduire : '^ Cachez- vous, t> etc. Le mol planter est devenu 
j planquer. (Voir plus io'in paquelln et patelin.) 

Ou pourrait e'tudier l'argot en classant les mots par suffixes, 
c'est-à-dii-e d'une manière rétrograde. C'est un point de vue utile 
pour faire connaître la richesse d'une langue. Dans l'e'tude du 
langage spontané', ce n'est pas un classement artificiel : les suf- 
fixes ont une valeur pour le sens; ils indiquent telle nuance de 
la pense'e, telle fonction du vocahle. Ici le suffixe n'a point de 
valeur pour le sens; c'est un e'iément de de'formation. Un mot 
ordinaire se compose de deux éléments : racine et suffixe; c'est un 
mot spontané [dor-er). Un mot argotique se compose de trois par- 
ties : racine, élément ou éléments de défiguration, siijîxe (dor-anch-er). 
Ce que nous avons appelé sufiîxe est proprement un élément de 
déformation sans valeur sémantique. Un problème des plus inté- 
ressants serait de rechercher l'origine de tous ces suffixes argo- 
tiques. On en trouverait peu, sans doute, d'inventés de toutes 
pièces ; ils sont presque tous empruntés. Mais , avant d'être ainsi 
employés, ils avaient un sens : et ce serait un beau chapitre pour 
l'histoire de l'analogie dans les langues d'étudier l'invasion crois- 
sante de ces éléments de la parole dont la conscience s'est re- 
tirée. 

Le classement par suffixes serait donc artificiel : mais la mé- 
thode ne serait pas fausse, car elle s'applique à une langue 
artificielle. Néanmoins le point de vue sémantique nous a para 
beaucoup plus fécond pour seconder les recherches. On verra 
d'ailleurs que les deux méthodes se rencontrent et se pénètrent 
sur bien des points. 

Dans la recherche des lois de formation artificielle, nous 
sommes partis des faits observés et nous nous sommes élevés aux 
principes généraux par un procédé inductif. Dans l'étude des 
transformations sémantiques de l'argot, nous ferons appel à un 
autre principe des sciences expérimentales, au raisonnement- par 
analogie. Nous verrons ainsi que même l'étude des produits de la 
raison humaine, en tant qu'ils contiennent de la raison, peut être 
abordée autrement que par la méthode déductive. 

H 

Lorsqu'on entend parler l'argot, on s'aperçoit rapidement que 
le nombre de termes défigurés n'est guère plus grand que celui 
des mots de la langue courante. Cependant on ne comprend pas 
plus ces derniers que les premiers. Ils paraissent être employés 
tout à fait en dehors de leur signification habituelle. Des mots 
comme chiquer (battre ou tromper), taupe (femme), linge (joueur 
de bonneteau) semblent ou des métaphores immédiates, ou le 



ÉTDDE SUn L'ARGOT FRANÇAIS. /i9 

résultat de conventions e'tabiies : deux points de vue qui seraient 
aussi faux Tun que l'autre. Le lan{»ag-e de l'argot est évidemment 
borné à un certain nombre d'objets concrets et à une quanlité 
restreinte de notions abstraites. D'autre part, une nécessité fort 
impérieuse le contraint à modiQer conlinuellement ses termes, 
afin qu'on ne puisse les comprendre. Des métaphores immédiates 
sont, comme nous l'avons dit, des images du langage destinées 
à le rendre intelligible; il n'en est pas de même des métaphores 
dérivées. Un mot, une fois formé, représente une idée par l'as- 
semblage même des sons et les associations qui s'y rattachent. 
La plupart du temps, c'est à des formations artificielles qu'il fout 
rattacher les métaphores. D'autre part, on ne saurait s'expliquer 
la transmission d'un mot d'ordre, appliqué à chaque mot, une 
série de circulaires fixant de nouvelles conventions dans le lan- 
gage des classes dangereuses. Mais la nécessité des modifications 
et leur limitation sémantique à peu d'objets ou de notions a dé- 
terminé une direction donnée dans les dérivations argotiques. 
La langue de l'argot est pauvre d'idées, riche de synonymes. Les 
files de mots sont, pour ainsi dire, parallèles et procèdent d'une 
dénvation synonymique. La méthode de recherches en argot, au 
point de vue sémantique, sera donc lufliation synonymique. 

Ces directions parallèles suivant lesquelles les noms naissent 
des noms sans s'y rattacher par aucun intermédiaire de verbe ou 
d'adjectif, nous aurions pu les déterminera priori, puisque nous 
connaissons presque toutes les conditions de la vie de l'argot. 
Mais ce n'est pas ainsi que nous sommes arrivés aux idées géné- 
rales. Chaque mot produit un mot : c'est d'abord un doublet 
artificiel. Ce doublet produit une métaphore; celle-ci, un syno- 
nyme. La métaphore fait jaillir |)arfois autour d'elle une pluie 
de synonymes, comme les champignons qui éclatent en projetant 
une nuée de spores destinés à perpétuer leur espèce. C'est en 
rassemblant ces graines éparses, en les comparant et en recon- 
naissant, suivant la loi de l'analogie, leur commune origine que 
nous avons pu déterminer le procédé de dérivation de l'argot. 

Les métaphores élémentaires ne manquent pas d'ailleurs au 
vocabulaire argotique. Comme toutes les langues primitives, cette 
langue qui se forme a recours à l'élément verbal. Mais est-ce 
bien une métaphore que de représenter l'objet par sa qualité la 
plus apparente? Endormi (juge), empavé (carrefour), ligottante 
(corde), palpitant (cœur), moussante (bière), etc., présentent 
l'élément verbal dans la constitution des substantifs. On peut re- 
connaître là encore une part de spontanéité dans la création de 
la langue secrète. En rapprochant B-aXacra-a de Totpda-uct) (troubler) , 
on montre que la mer dans les temps préhistoriques était la 
troublée, comme elle est aujourd'hui /a- salée. On reconnaîtra de 



50 SCllVVOB ET GUIEYSSE. 

même dans la série des mois qui signilient tête des métaphores 
très simples qui se rapportent à la formel Calebasse {Jargon de 
F argot réf.), coloquinte [ibid.), j-poire [loirepoque) , -\- couatche [a\\. 
quetsche), j-ciboulot et cibouloUe [ciboule), j-citronnade [citron), 
j pomme, j- balle, -^^ boule, ■]■ bobine, j;- fiole, j;- cafetière. [Trognon 
appartient, comme gnasse, aux dérivés de trogne). Y a-t-il là des 
métaphores différentes de celle qui a donné au mot testa le sens 
de tète? La métaphore joue ainsi un rôle dans l'argot; mais elle 
ne paraît pas y avoir un rôle plus grand que dans les autres 
langues, rapportées à leur origine. 

Revenons aux séries parallèles dont il était question plus haut. 
L'argot connaît deux procédés : la défiguration artificielle et le 
synonyme. De là deux filiations, chacune se rapportant à un des 
doublets artificiels. Le mot marmite'^ (femme) défiguré au point 
de vue morphologique donne j;- marmotte. Le sutBxe ite a cédé la 
place à ote. Le nouveau sens obtenu n'a certainement pas été dé- 
favorable à cette transformation. Marmotte représentant une nou- 
velle idée donne par dérivation syuonymique ■\-taupe. Dans la 
série parallèle, marmite, considéré au point de vue métaphorique, 
donne par dérivation syuonymique j-poélon et j- casserole^. Bonne- 
teau ne donne qu'une série. Par défiguration artificielle (abré- 
viation, V. page 66, note 2) on a j- bonnet. L'idée de bonnet fait 
naître -f-èonnetoie; puis, par dérivation syuonymique j^ lingerie. 
Enfin, des joueurs de bonneteau sont des j-linges. Les yeux ont 
donné naissance à une métaphore élémentaire (voir plus haut, 
tète); c'est le mot j-hilles; par déi'ivation syuonymique on a 
j^calots. Toqué (fou) donne une abréviation redoublée, allusion 
au sens propre du mot (^oir plus loin chiquer), c'est j- toc-toc '^ ; 
une dérivation synonymique par onomatopée donne \pan-pan. 
r Saint-Esprit, protégez-nous! 15 devient (^ j- Sainte-Essence , protégez- 
nous ! 1' 

Ce procédé de l'argot laisse persister des équivoques pendant 
plusieurs siècles. M. Vitu, dans le Jargon au jv" siècle, a établi 



' M. Loi'édan Liiir.licy a dil à cr sujet des cjioscs fort judicieuses [Dicl. de 
l'urg. piiris.). 

- Jl est fort probable ([iic ce mot n'est nullement une métaphore. 11 faut sans 
doute y voir le sulFixe initc et rapporter le radical à la série mar-lou mar-paut 
(Laspbrise), mar-quise (Pccli. de Ruby), mar-qiie (Villon), etc. 

^ Casserole avec le sens de dénoncialrice fait partie d'une autre série. La dériva- 
lion syuonymique amène forcément de ces rencontres. Au point de vue sémantique, 
le mot présente le même phénomène de fausse {généralisation que boche, par 
exemple, ou mouche [mal ei mouchard). — La défiguration par suflixes et la 
déiivalion synonymique donnent naissance à des schèmes artificiels. 

* Voir chiqiter. Toqué est synonyme Ae fèlè ( toquer, frapper); • — ce n'est pas 
coijfé d'une toque. 



ÉTODE SUR L'ARGOT FRANÇAIS, 51 

j»our polir, nettoyer, fourbir, brunir, sorniller io doublo sens de 
voler. 

Pour mieux polir ot desbouspi- miisars 

Là ot unjj giieii\ son endosse /;^j/ii/e '. 



SorniUez-mo\ ces georgetz si fni'ciz. 



(Villon, Bail., XI.) 
(Villon, Bail., NU.) 



Et c'est un passe-temps 

De leur voir m-tloyer un monceau de pistoles. 

(La Fontaine, Fables, VIII, 7.) 

tfOn reconnaît ici, dit M. Vitu, la perséve'rantc logique des 
cre'ateurs du Jargon. ■>■> L'œuvre n'appartient pas aux créateurs; 
elle est de ceux qui les ont suivis. Tout au plus la me'thode de 
dérivation synonymique pourrait-elle avoir été inventée par eux. 
Mais celte dérivation résulte si nécessairement du peu de choses 
signifiées par l'argot et de la modification continuelle que lui 
impose la conservation de son existence, qu'on peut voir plutôt 
là une loi propre à la langue secrète, une adaptation de ses or- 
ganes au milieu. Nous allons retrouver le même phénomène dans 
le* mot -\-chiqtcer et nous pourrons rattacher à ce mot vme série 
rétrograde. Chiquer, noté par F. Michel, avec le sens de battre a 
aussi le sens de -\-1romper. Au premier sens nous avons rattaché 
chiqiie-naude dont l'origine était inconnue. Le suffixe naude se re- 
trouve dans baguenaude, dont l'origine est également inconnue. 
La voyelle i se nasalise au xvf siècle (Rabelais) devant la gutturale 
et donne chinquer'^. Nous avons affaire ici à une défîguration arti- 
ficielle de choquer. Oque, suffixe mobile, a été remplacé par iqiie. 
Du chiqué (sens tromper), cesl au faux, du simulé. Fait de chique, 
expression propre aux peintres, c'est fait àe faux (ce qui n'est 
pas d'après nature). Suivons maintenant l'idée de tabac qui do- 
mine dans la formé artificielle chiquer; elle donnera naissance à 
deux séries d'expressions parallèles dans les sens battre et tromper. 
Dans le sens battre on a \ passer au tabac, ■\-fder la pipe. Dans le 
sens tromper, série parallèle : ^ tirer une carotte, puis ■\-raconter une 
blague, enfin (argot militaire) raconter un tabac. La preuve que 
l'idée tabac domine dans chiquer, c'est une phrase facétieuse qu'on 
adresse à quelqu'un qui simule : -}-/m chiques sans tabac. Le mot 
chic, beau, peut se rattacher à chiquer. On dit d'une belle chose : 
■f- c'est tapé, j^cest touché (voir plus loin toquer), on a pu dire 

' G(. polliceur (Villon), poliçon (Jargon de l'Arg. réf.), etc. Le mot j^o/ice s'est 
appuyé sur ce sens en argot, car il a été traduit par râclelte (G. Macé, Un joli 
monde). 

- Chinquenimldes (Rabel. , I, c. /io, et II, c. 39). Le suffixe natide existe aussi 
dans gringuenaiides ( Rabel. , II , c. 1 3 ). 

h. 



52 SCriWOB ET GUIEYSSE. 

aussi *c%'st chiqué (la chute dV s'est produite dans linvé=-\-Unve). 
Modifie' de nouveau, à cause de la mobilité du suffixe ique, 
chique est revenu à son origine avec le mot ■\-choque (beau) qui a 
donné le de'rivé ■\-de la ehoqunttc (du beau, du bon). Dans les 
Petits mystères de Paiis (Paris, Desloges, i8^4), on trouve au 
tome II : ff C'est un tireur chiqué, c'est un zic de talent," etc. 
Le Nouveau catéchisme poissard (Noblet, s. d.) contient l'cf Aimable 
conversation de mam'selle Gotot la Mal-Chiquéen. On a donc dit 
ffêtre bien ou mal chique'i^ comme on dit tfêtre bien ou mal 
lorchéri. Torcher signifie «battrez. Il s*est conserve' avec ce sens 
dans l'expression ffse donner un coup de torchonv. Rabelais (II, 
c. 99) écrit : tren frappant torche lorgne dessus le Géant t^. Calé, 
synonyme de chique, a la même origine sémantique. Becaler est 
l'équivalent de retaper. Caler, dans le jeu de billes, signifie frapper. 
Le langage du jeu de billes a conservé de même toquer (v. infrà) 
avec le même sens : nDern h débute, toquer le preuv. Le calot (bille) 
est ce qui sert à caler. On reconnaîtra caler dans calotte (soufflet) 
et dans taloche. Ce dernier mot présente le même passage du c 
au t que cocanges (coquilles de noix. J. de Varg. réf.) devenu 
tocanges dans les Voleurs de Vidoc(j. La désinence oche trahit l'ori- 
jfine argotique. Bat doit être rattaché à la même série. Battant 
signifie neuf [J. de Targ. réf.). L'expression fftout battant neuf-n a 
collé ensemble le terme d'argot et sa traduction comme dans 
v: vieux hirhen. J5fl/i/" présente bat avec le suffixe iffe {j-galijfe, pour 
gale, etc.); il ne faut pas y voir, comme le veut M. Ascoli, le 
verbe bâtir. Battant neuf correspond exactement à flambant neuf, 
où Jlambant signifie beau, superbe, tf Battante a donc signifié neuf 
el joli. Bat, formé par apocope, n'a gardé que le second sens. 
(Cf. comme, autor, diani , etc.) 

Battre et tromper alternent eux-mêmes. j-Du battu, c'est du faux, 
j- Battre comtois, j- battre le job (jobard), c'est tromper. (Voir 
F. Michel.) 

-j- Taper signifie aussi tromper, dans le sens spécial d'enjôler 
pour avoir de l'argent. Le radical de taper a pu se nasaliser (cf. 
laper et lamper). rrSe donner un coup de tampotiv est une locution 
équivalente à «coup de torchon ■^. Nous l'avons recueillie abrégée 
sous la forme ffcoup de tan-n. 

jEstamper signifie à la fois ff battre w et cf trompera. Le second 
sens seul est argotique; le premier appartient à la vieille langue. 

L'expression du toque pour du faux doit sans doute être ratta- 
chée à une série semblable. Le mot *toquer, inusité, doublet de 
toucher signifiait^ro/jpr, battre. La filiation synonymique nous en 
donne la preuve dans j-retoquer, synonyme de -^-retaper. *Toquer 
ayant eu le double sens de battre et tromper a laissé toquante 
(montre qui bat) et du toque (du faux). 



ÉTUDE SUR L'AKGOT FRANÇAIS. 53 

Craque, mensonge; craquelin, monteur (/. de Varg. réf.) se 
rattachent au verbe craquer qui sans doute a perdu le sens actif 
ff frappeiTi comme croulera, perdu le sens ff abaltrew (Rabel,, I, 26. 
Croullans tous les fruits des arbres). En anglais on dit crack the 
head, frapper la tête. La nomenclature des jeux dans Rabelais 
contient celui de crocque-teste. L'explication de Le Duchat (avaler 
sa tête) est ridicule. Enfin, au jeu de croquet, on croque une boule 
comme on cale une bille. De craquer à croquer le passage est le 
même que de taper a toper, tf Cro^?«'gnolle v est l'équivalent de 
chiquenaude. 

Aquiger (Pech. deRuby), frapper, battre, devenu aujourd'hui 
attiger^ avec le sens plus spécial de tr blessera, signifiait aussi 
?f trompent. Aquigchabin est celui qui trompe les chiens. 

Le mot tricher, comparé à trique (bâton) suggère un verbe 
*triquer dont le sens aurait été battî-e et tromper. Nous le trouvons 
dans trinquer, qui dans le sens spécial de choquer les verres a gardé 
la nasalisation, comme chinquer (voir chiquer). Cette explication 
paraît préférable à celle qui rapporte trinquet- a l'allemand trinken-. 
Eustache Deschamps (i38o env.; Bail, dccccxii), écrit trocher 
(troquer) pour trinquer. Cf. choquer et chinquer. Les patois du 
Midi ont conservé trinca, trinqua, rompre, briser et boire en 
choquant le verre. Trincaire, briseur, casseur. (Boucoiran, Dict. 
des idiomes méridionaux de Nice à Bayonne). M. Ascoli [Studj 
crit.) a constaté les relations d'échange des langues méridionales 
avec l'argot. Trima, trotter, travailler, est Targ. trimer [tri- 
mard). S'escagana, sescagassa de rire, grimacer, se pâmer de 
rire, sont des formes voisines de l'arg. sesganacer. Les patois 
locaux conservent longtemps les mots qui leur arrivent. Trinqua- 
melle (Rabel., Il, c. 3o) doit être rapproché de *triquer. C'est le 
toulousain trinc' amellos, briseur d'amandes. Chinquer (chiquer) 
s'employait au xvi° siècle dans le sens de trinquer (*triquer) (Mém. 
de Sully. V. Littré). Cette synonymie est une preuve absolue de 
l'origine de cr trinquera. — La série se trouve d'ailleurs vérifiée 
d'une autre façon, puisque les mots qui la composent se sont 
remplacés successivement dans le sens spécial de mander (choquer 
des dents). Chiquer veut dire manger : chicot est une dent (frag- 
ment de racine, cf. chiqueter et déchiqueter). Croquer a le même 
sens. Enfin l'édition de i836 du Jargon de l'Argot (Pellerin, 
Épinal) donne triques avec la signification de dents, — ce qui 

' Le changement de gr en t s'est produit dans f patelin (pays) de paquelin 
(Pech. de Riiby); il se fait de nos jours : \ lourritehème (bourrique), flaqbé 
(bat), etc. 

'^ Ce groupe s'affaiblit en ingue. Rabelais donne Lans, tvitigne ! [Lamhmann, 
trinke!) — Chelinguer est l'allemand slinkcu. 



54l SCHWOB ET GUIEYSSE. 

montre qu'on a eu en argot choquer = chiquer = croquer = *tri- 
quer. 

Nous sommes remonte's ainsi jusqu'au xvi" siècle. Au moyeu 
de ia première méthode inductive, nous avons de'terminé l'origine 
de chiquer, né d'une substitution de sulïixes. La loi de filiation 
synonymique, établie par l'analogie, nous a permis de suivre 
une e'quivoque pendant trois cents ans et de de'couvrir des expli- 
cations nouvelles. Les deux méthodes se pénètrent donc et sont 
fécondes. 

La dérivation synonymique remonte jusqu'au xv* siècle. Dans 
georget (pourpoint, Pech. de Kuby) que; nous avons vu plus haut, 

Sorniiïez-moi ces georgetz si farciz. 

(Jargon de Vilion , Bail., VII.) 

on reconnaîtra la traduction argotique du mot de la langue 
courante jacque qui nous a laissé jaquette. Pom-à-Billon est pour 
Pont-au-Change dans les passages suivants : 

Les hoirs du deffunct Patlieliii 
Qui sçavez jargon jobelin 
Capitaine du Pont-à-Biilon. 

(Repeûes franches. — Attr. à Villon.) 

J'en ay cogneu, qui souvent largement 
Donnoyent à tous repeues outre mesure 
Qui depuis ont continuellement 
Servy le Pont-à-Billon par droicture. 

( Ballade de l'acteur. — Ibid. ) 

Ces deux transformations ne diffèrent nullement de celle que 
nous avons recueillie oralement : Sainte - Essence pour Saint- 
Esprit. 

Nous avons atteint les origines écrites de l'argot français. La 
filiation synonymique est valable jusque-là. Nous croyons avoir 
assez établi la solidité des méthodes que nous avons employées; 
qu'on nous p(;rmette de jeter maintenant sur les résultats un 
coup d'oeil général. 

III 

Au point de vue de l'histoire de la langue française, ce travail 
paraît apporter des éclaircissements. Les mots chiquenaude^, mé- 



' Voir chiquer. 



ÉTUDE SUn L'ARGOT FRANÇAIS. 55 

lasse ^, peluche-, coqueluche^, haluchnn'^, etc., sonl expli(|ués d'unu 
manière satisfaisante par Targ'ot. Si la liste de ces mots n'est pas 
infiniment plus longue, c'est qu'un contrôle historique soigneux 
est indispensable et que ce contrôle demande bien du temps. 

Au point de vue social, nous avons reconnu dans l'argot l'in- 
tervention d'une élite intellectuelle. La filiation synonymique 
nous permet de démasquer ces mysiérieux personnages. On sait 
qu'au XVI® siècle les modifications du langage e'taient confiées aux 
a rchi- suppôts. Voici comment les définit Olivier Chéreau : rrEn un 
mot, ce sont les plus sçavants, les plus habiles marpauts de 
toutime l'Argot, qui sont des escoliers desbauchez et quelques 
ratichons, de ces coureurs qui enseignent le jargon à rouscailler 
bigorne, qui ostent, retranchent et reforment l'argot ainsi qu'ils 
veulent, et ont ainsi puissance de tiucher sur le toutime sans 
ficher floutièrc" Une dérivation synonymique rencontrée dans 
le même opuscule du Jargon de l'argot réformé donne archi-boutant. 
Dès lors les archi-suppôts sont les arcs-houlants de l'argot. Le 
Jargon de Vargot réformé est l'œuvre d'un ^pilier de boutanche qui 
maquille en molanche dans la vergue de Toursr> (cojumis de bou- 
tique qui travaille dans la laine à Tours) ^. Pilier, c'est encore le 
suppôt, le boutant. Et ceux qui parmi les malfaiteurs sont appelés 
■f/es poteaux ont reçu la longue tradition du maniement du lan- 
gage. Dès lors le mot souteneur est l'équivalent de poteau et ne 
s'applique pas seulement au ménage privé, mais à l'association 
tout entière. Ce sont \(is poteaux qui reprennent les mots oubliés 
pour les lancer de nouveau dans la circulation; ils sont encore 
les grands maîtres dans l'université de l'argot. 

Au point de vue de la méthode appliquée à la linguistique, 
nous pensons avoir prouvé que celle qui convient à l'argot est la 
méthode expérimentale. Celte langue a été décomj)osée et re- 
composée comme une substance chimique; mais elle n'est pas 

^ Voir le siiITixe mse. 

^ Doublet artificiei de peau (pel). Nous avons recueilli : f C'est comme de la 
peluche, doublet de l'expression ironique : tfC'est comme de la peau.« 

■* Doublet artificiel de coq. rçEtre la coqiiebtche du pays'i, c'est «être le coq du 
villages. En passant dans le langage populaire, la terminaison a fait croire à un 
féminin. L'argot dit un dabuche (roi. — Pech. de Ruby). L'adjonction de luche 
comme boche dans rigolboche se retrouve dans \campluche (campagne); l'expli- 
cation de Ménage, d'après laquelle cucuïlulus (encapuchonné) aurait donné à la 
fois coqueluche el goguelu n'est pas sérieuse. Le nom de la maladie (coqueluche) 
confirme notre explication. La loux du malade ressemble au chant du coq. 

* On doit supposer * baluche et remonter ,i la balle des merciers. Embaluchonner 
signifie empaqueter. (Vocabulaire de VHist. de Cartouche. — Bernardin-Béchet.) 

^ Ce titre présente un double sens : t:\\n archi-suppôt qui est tire-laine à 
Tours». Pilier s'employait d'une manière absolue, comme, poteau de nos jours. 
Voir Jargon de Vargot reforme' : cHa, Pillier, (|ue gilrcs [j'ilre] esté affuré gour- 
dement!" 



56 SCHWOB ET GIJIEYSSE. 

inanimée comme des sels ou des me'taux. Elle est contrainte de 
vivre sous des lois spe'ciales, et les phe'nomènes que nous consta- 
tons en elle sont le re'sultat de cette contrainte. Les animaux des 
grands fonds sous-marins recueillis dans les expe'ditions du Ti'a- 
vailleiir et du Talisman sont dépourvus d'yeux; mais sur leur corps 
se sont développées des taches pigmentaires et phosphorescentes. 
De niême l'argot, dans les bas-fonds où il se meut, a perdu cer- 
taines facultés du langage, en a développé d'autres qui lui en 
tiennent lieu; privé de la lumière du jour, il a produit sous l'in- 
fluence du milieu qui l'opprime, une phosphorescence à la lueur 
de laquelle il vit et se reproduit : la dérivation synonymique. 

Marcel Schwob et Georges Guieysse. 



Canaba. 



Canaha tr baraque, hutte, échoppe, a donné l'italien cànova 
rrcelliern : la pénultième y est donc brève ^. Comme l'a supposé 
Visconti^, il est probable que canaba vient de xàXvSrj. Cela indi- 
querait un à aussi dans la première syllabe : canaba. 

KàXvÊrj sans doute a fait d'abord *caluba. Mais la consonne l 
possède la propriété d'harmoniser les voyelles qui l'entourent : 
uolumus et non *uolimus, alacer et non *alecer ou *alicer, calamitas 
en regard (Vincolumis, etc.^. De^caluba on a donc passé à *calaba, 
d'oià est sorti canaba. 

La variante cannaba est due sans doute à l'étymologie populaire 
[canna, cannabis). Peut-être y a-t-il eu aussi une action réciproque 
de cannaba sur capanna , à moins que le second mot ne soit une 
métathèse du premier. 

Curculio, gurgulio. 

Curculio est un insecte dont la laive dévore le blé dans les gre- 
niers, le charançon , la calandre. Gurgulio est le gosier. Parfois, par 
confusion , les copistes écrivent gurgulio pour le nom de l'insecte. 

Gurgulio évidemment contient un redoublement, avec dissimi- 
lation des liquides comme dans caeruleus ou Parilia; la forme 
primitive est *gulgulio, de gtda. Ni le sens ni le suffixe ne com- 
portent une parenté avec gurges rr masse d'eau profonde 75. 

Curculio de même est pour *culculio, de la racine de xv\tco, H 
est donc parent de son synonyme français calandre , qui vient de 
xvkivSpos. Dans les deux langues l'insecte est nommé tf le rouleau -n , 
sans doute à cause de la forme de sa larve, le véritable ennemi 
du paysan, qui vit cachée dans le grain de blé comme un poulet 
dans l'œuf. Louis Havet. 

' Diez, à la vérité, indique une tonne sarde canâva. — ^ Voir Forccliini- 
De Vit. — ^ Méin. Soc. ling., VI, p. a 6. 



LES GROUPES INDO-EUROPEENS 
UK, UG, UGH. 



On a pu déterminer avec pre'cision l'opposition des deux guttu- 
rales vélaire et palatale dans les cas où elles sont pre'ce'de'es 
des voyelles a, e, o, i. Au contraire, on n'a pas encore réussi à 
déterminer la nature du k dans i. e. uk, ug, ugh. L'arménien 
présente ici une particularité curieuse et dont il est peut-être 
possible de tirer parti pour l'histoire de ces groupes. 

On sait que à i. e. k^ initial ou précédé de a, e, i, o corres- 
pond arm. s (»); à g^ arm. c (a); à g^h initial arm. j (à); à gyh 
intérieur z [i^) et peut-être parfois z {</-). Exemples : sin («/■'i») 
ff vider, gr. xevés; acem (^lu^-h^tf) crje conduisr», gr. ayw, jeni 
[AL-iLii^ tfmainiî, gr. x^^'p'-' ^^^^m [i [,qnLJ') «je lèches:, gr. Xei^w; 
iz [pj) tfserpent'i, zd. azis, gr. e^is. Or, en face de i. e, uk, on 
trouve toujours arm. us; en face de ug, arm. uc, et peut-être en 
face de ugh, arm. uz, c'est-à-dire qu'après u on ne trouve dans 
les mots arméniens de l'ancienne couche que les représentants 
ordinaires de la palatale indo-européenne et jamais ceux de la 
vélaire qui sont respectivement pour i. e. Kig^-, gJ^, arm. kh [^), 

Voici les exemples connus. (Toutes les étymologies citées sont, 
sauf indication contraire, empruntées aux Armenische Studien de 
M. Hûbschmann) : 

1° ug : hic (i^i-^) ff joug 17, gén. Icoy, scr, yugam; boic (pi/^) 
nourriture 71, gén. buci, scr. hhoga-; bucanem rrje nourris t); orcam 
(^npi-wif^ ffje vomis w, v. slav. rygaja. 

M. Hûbschmann a fait remarquer Tétrangeté de ces corres- 
pondances [Arm. Stud., p. 66). Peut-être peut-on ajouter un 
quatrième exemple : loic {i"j^) fffluide, iâchei', gr. Ivyôù), lit. 
lùgnas cf flexible 15; — lucanem tfje dissous w. 

Dans boic et loic, arm. oi représente i. e. eu en syllabe finale; 
dans bucanem et lucanem, arm. u représente ce même eu en syl- 
labe non finale. Le mot oixam est pour un plus ancien *orucam 
(forme de la racine sans e : rug-. Il est à remarquei' que le grec 



58 A. Meillet. 

présente une forme moyenne). La chiile de Vu est régulière : 
cf. lue, gén. Icoy. 

9° uk : dusir (i^."i-""'fi) cr fille n, lil. duhte; lois [isfj") tr lumière 15, 
gon. lusoji, rac. scr. nie, riiç; 

3° ugh : pas d'exemple certain. Peut-être : druzan (^ipm^J^uAi'j 
rtrompeum, zd. draoya; — drlel k tromper tî. Mais ce mot est 
suspect d'avoir e'te' emprunté au perse, et c'est ainsi que le consi- 
dère M. Hùbschmann. On pourrait défendre le caractère pro- 
prement arménien du mot en ]*emarquant que druzan doit repré- 
senter un ancien *É?m2aw (rac. i. e. *dhreugh-) et drzel un ancien 
*druzel (rac. i. e. ^dhrugh-). 

Quoi qu'il en soit, il est bien établi qu'on trouve en arménien 
après u les représentants ordinaires de k^, g^ (§"1^0' ^l"^ ^^^^^ *' 
c, [z). Ajoutons qu'on ne trouve pas après u d'autre représentant 
arménien d'une gutturale indo-européenne. En effet, tous les 
exemples contraires sont sans valeur. 

D'abord, i. e. k.^ étant rendu en arménien par kh (^), comme 
le prouve la correspondance elikh (^l/'-^) = gr. eknze, on doit 
écarter toutes les étymologies où i. e. k.^ serait rendu par arm. 
k.[k) ou g [q-). Le mot arm. sug («"«-'?-) tfcbagrimi n'est donc 
pas le correspondant de scr. çoka-; il est emprunté au perse (cf. 
persan sog). De même le mot hazuk {F""L"'-k) tfbrasii est sans 
doute emprunté au peblvi, où la finale k était très fréquente; c'est 
par ce mot et les autres mots en très grand nombre que l'ar- 
ménien a empruntés au pelilvi que la finale k s'est répandue 
aussi en arménien, où nous la trouvons ajoutée après u dans 
awiukn {u,pj'nL.i[u"^ k\q coude i', cf. lat. armus; anjuk i^fîtiAuLli^ 
ffétioitw qu'il faut comparer au scr. amhus plutôt qu'au v. si. 
azûkû, (iljukn («î"'-^'^) rrpoissom^ qui correspond au gr. i)(9vs et 
non pas au pruss. (ace. plur.) zukans. Quant au mot mukn {^t/ht^l^^ 
ffla souris it, il représente sans doute un plus ancien *musk (cf. 
lat. mus) et n'a rien à faire ici. Il n'y a rien à tirer de phukii 
{'t"'--a) tfsouHleT» et thukh [P'"-^) recrachât'' : on ne voit pas ([ue 
leur kh corresponde à rien en indo-européen. Enfin les antécé- 
dents phonétiques de c (a*) étant inconnus, on ne peut raisonner 
sur krcel (^^i'^'^l) ff grincer des dents i^. Cf. gr. (Spvyfxos. 

C'est donc un fait établi que i. e. uk est toujours rendu par 
arm. us, alors que s est d'ailleurs le représentant ordinaire de 
i. e. kj. 

Or les langues occidentales (c'est-à-dire celles où k.^ est repré- 
senté par kw et k^ par k) présentent une particularité correspon- 
dante : après u on n'y trouve que le représentant ordinaire de k^, 
c'est-à-dire k par ex. gr. ^ovxô'Xos en face de ainokos (i. e. *-k.jolos); 
d'une manière générale, on ne trouve en grec, en face de i. e. 



LES GROUPES INDO-EUROPEENS UK , UG , UGU. 59 

iik, ug, iigh, que vk, vy, y;^ et non L'7r(T), v€{S), v(p[6). Le l'ait 
que les quatre langues occidentales sont ici (Faccord entre elles 
nous enseigne que, dès Fëpoque de leur se'paration, le groupe 
nkw = i. e. uk.2 leur était inconnu et qu'elles ne renfermaient que 
uk. En effet, s'il est naturel qu'un groupe kivu- se réduise partout 
à ku-, il serait fort e'tonnant, au contraire, que ukiv- se fût réduit 
à uk- d'une manière iudépendante dans nos quatre langues. L'in- 
térêt que présente ici la correspondance arménienne, c'est que, 
l'arménien appartenant au groupe oriental, le phénomène se 
trouve reporté au delà même de l'époque de la séparation des 
langues occidentales et jusqu'à la période proprement indo-euro- 
péenne ^ 

Cette conclusion rencontre uue objection. Dans quelques cas, 
i. e. n devant consonne est rendu en arménien par m (l); cf. arm. 
giut (if^L/i,) cf la trouvaille 11, scr, -vinda-. Le phénomène est pure- 
ment arménien et irrégulier même en arménien. Or cet u secon- 
daire semble avoir eu sur la gutturale la même action que u pri- 
mitif : auj (oJ) r: serpent T), lat. anguis, lit. angis; — aiicanem 
(^o&ujijh iPy JQ parfumeur, scr. afij-, lat. unguo. Dans l'un des cas 
oij n a subsisté, on trouve le même phénomène et dans deux 
autres le phénomène contraire ; d'un côté : thanjr [piihiAp) cr épais n , 
lit. tankùs; — mais de l'autre : hing {^{•'nit) ff cinq 11, gr. •creWs; 
ankiun [u/ùt(PL.%) rr coin 11, lat. angidus. 

Ainsi l'on ne peut pas considérer comme rigoureusement dé- 
montré que le phénomène arménien et le phénomène occidental 
remontent à un même état indo-européen. Mais le fait que n a 
eu la même action dans thanjr que u = n dans auj et aucanem 
rend très probable qu'il faut séparer ce cas de celui de lue, 
boic, etc. 

Les langues occidentales et l'arménien ne semblent donc pas 
avoir connu m^.,-; et, par suite, les langues occidentales n'ont 
jamais connu */e«fc(ros ou *yugwom en face de *wekwos (gr. fsTTOs) 
ou de *nigwm (gr. yép-viQa). On doit donc séparer nettement de 
la loi générale les faits purement grecs, tels que : 1° \vxos^ scr. 
vrkas, où / a été rendu en grec par Xv sous l'influence du kiv 
suivant; 2° vvç, vvktos, lit. naktïs; kvkXoç, scr. cakras; opTL»ç, 
opTvyos, scr. vartakas; olvoÇiXv^ (s^^- -Ç'Xvyos), cf. (pX£\|/, gén. 
(pXs€6s; ovv^, lat. unguis (= ^onguis), où nous sommes en pré- 
sence d'un phénomène purement grec :. Vo de nox est resté inal- 
téré en latin. La loi peut sans doute se formuler ainsi : gr. e/o 
devant kw -[- consonne devient u et le «y disparaît. C'est ce que 
tendent à prouver : 

' 11 est, à remarquer que, devant u, l'arménien distinjjue les deux sortes de 
gutturales. CI", arm. ku (tfumierii et scr. gïitha- , arm. skesttr «belle-mère» et 
scr. çvar-ura-. 



60 A. SIEILLET. 

1° Le génitif analogique de oprv^, op-rvyos (cl', scr. vartakas); 

2" Le dou])lct -(plv^, (pivyos; ^Xeif/, (^Xe^és. 

Peut-être avons-nous un exemple de conservation dialectale de 
devant gutturale munie de iv -\- consonne dans >o(pf/s, Xo(pvîa, 
\o(pviSiov; cf. Xv)(vi?, Xv)(via, Xv^^vlSiov qu'il faudrait alors rap- 
porter à une racine *legwh-, tout à fait différente de *leuhy-^. 

3° L'explication que M. Brugmann {K.Z., XXV, p. Sok et 
suiv.) propose pour [è)zi'i:ov n'est pas atteinte. En effet, l'appen- 
dice labial du h dans l'ante'ce'dent supposé de {ê)s77TOv, *[e)weukwom, 
a pu èlre maintenu par analogie des autres formes de la racine 
wekw- (Ittos, elc). Alors nous avons un exemple de ce que donne 
-ukw- sur sol grec : on voit que ce n'est pas -vk-, mais -itt-. 

Dans les langues irano-indiennes et letlo-slaves, nous trouvons 
un état tout différent des précédents : nous y voyons, en effet, 
après u tantôt k, g, gh purs qui correspondent d'ordinaire à i. e. 
/t.,, ^2, gji : scr. yugam rde jougi^; — tantôt les spirantes qui 
correspondent à i. e. k^^g^, g^h : scr. kruç- tr crier 75; — tantôt en 
fin une alternance de la gutturale pure et de la spirante : scr. ruc- 
et ruç-. 

On a pu remarquer que, dans la plupart des cas, c'est la gut- 
turale pure du sanscrit et du lituanien [k, g, [gh]) qui corres- 
pond à la gutturale pure des langues occidentales et à la spirante 
de l'arménien. 

De quelque manière (jue doive s'expliquer cette coiTespon- 
dance, il semble que les deux conclusions suivantes s'imposent : 

1° Le fait qu'après u on ne trouve pas de gutturale labialisée 
dans les langues occidentales remonte à l'époque indo-euro- 
péenne. 

9° L'arménien présente, au point de vue de la gutturale, 
après u un état tout différent de l'état iranien : il en résulte que, 
dès une époque très ancienne, l'arménien n'était pas confondu 
avec les langues iraniennes. C'est une confirmation de la théorie 
de M. Hûbschmann sur la place de l'arménien parmi les langues 
indo-européennes. 

A. MeiLLET. 



' I^a plupart des faits (jiie l'on pourrait opposor à wlle loi s'expliquent facite- 
nient par analogie. Ainsi zseiiloi vient sans tloiile Ac l'analogie du vieux verbe 
*'cre7rw, dont Texistence est rendue probable par le fait que nous trouvons tseitèv 
et parla comparaison avec scr. pacàmi, si. peka , lai. coquo. 



PROTHÈSE VOCALIQUE. 



On n'a pas encore explujué d'une manière définitive le mot, 
ovofia : c'est ce que constate M, Henry dans son Précis de gram- 
maire comparée. G. Meyer dans sa Grammaire grecque (p. 112) le 
rapproche des formes celtique (vieil irl, aimn m-), arme'nienne 
(^anwan-) et slaves (vieux prus. emmna-, vieux bulg. ime) et les 
ramène à une l'orme primitive *enmn. Mais on se demande com- 
ment un e- aurait pu devenir a en vieil irl. et armén., en grec. 
De plus, on comprend difficilement quel rapport pouriait exister 
entre une l'orme *enm,n et les formes *nomen que supposent le 
gothique namo et le scr. nâma et nômen qu'offre le latin, d'accord 
en cela avec le moyen haut allemand [be)miomen (Kluge, Diction. 
étymoL). 

Brugmann [Grundriss, I, p. 189) ramène les formes slaves à 
*nmen et on peut admettre la même origine pour la forme arme'- 
nienne, mais non pour le vieil irl. ainm n- ni pour le grec ovofia. 
On peut ramener ces dernièies à *nmn, en supposant que l'o- grec 
ainsi que l'a irlandais est une voyelle prothétique. 

Il est vrai que G. Meyer (p. 11 3) n'admet de voyelle prothé- 
tique que devant r, /, m, v. Mais il est un autre mot grec que 
G. Meyer compare lui-même à ovofxa. (p. 3-79) et dont le rapport 
avec la forme correspondante des autres langues indo-europe'ennes 
ne s'explique bien, à ce qu'il nous semble, que par l'hypothèse 
d'une voyelle prothétique devant nasale : c'est le nom de nombre 
neuf. 

G. Meyer admet en grec deux formes primitives : 1° *enon 
*èvFa (d'oij èwa.- par exemple dans èvvdi-Ki?) qu'il rapproche 
de l'arménien inn, de *invan, primitivement *envan; -2° *eneon 
*£vefa (d'oiJ, sous Tinfluence de évva-, èvvéa.). 

Les autres langues indo-européennes attestent une forme pri- 
mitive *»em (scr. nava, latin novem, got. nimi). Cette forme 
primitive, Brugmann [Ibid., I, p. 900) la reirouve dans êv-véa, 
qui, selon lui, signifie neuf m tout. Mais il n'explique point le 
rapport qui existe entre *vsFa et *évfa {Ibid., I, p. 199). On 
peut supposer qu'il y avait primitivement deux formes *nevn et 
*»m, offrant entre elles le rapport vocalique si fréquent e, zéro; 
que *nem était la forme accentuée, *nvn la forme atone; que cette 



62 E. AUDOUIN. 

dernière était employée à l'origine dans les nombres dérivés comme 
é-vvaxis, é-vvïjxovTa, le snffîxe d(^ dérivation attirant snr lui 
Taccent, et que la forme accentuée *nevn était employée dans 
le nombre simple. Le grec paraît avoir conservé assez fidèlement 
la répartition de ces deux formes; mais elles ont subi faction 
d'une tendance à l'uniformité et fanalogie a amené la création 
de formes comme évvéa d'une part, êvsvïjKOvza de l'autre. Dans 
les autres langues indo-européennes, fune des deux foruies a 
éliminé faulre : c'est celle du nombre simple qui fa emporté en 
scr. , lat. , got.; c'est celle des nombres dérivés en arménien. 
Dans cette dernière, la nasale suivie de la consonne v se serait 
donc fait précéder en arménien comme en grec d'un e protliétique. 

Si nous revenons au mot ovoyia^ nous sommes amenés à sup- 
poser qu'il y avait à l'origine une forme de la racine avec nasale 
initiale suivie de voyelle [no-mn, nO-mii)^ forme employée aux cas 
forts où la racine portait faccent, et une aulre avec nasale non 
suivie de voyelle {%-mn), employée aux cas faibles où la dési- 
nence portait faccent : d'où avec voyelle protbétique *o-nmn- en 
grec, a-mnn en celtique. De même que *veFa et ^svFol ont agi 
fun sur f autre, ^'vo[xa et *ov[X!x ont abouti à la flexion uniforme 
ovofia. 

Ainsi le second o de ovofxa serait primitif, et non une voyelle 
intercalaire comme f admet G. Meyer (p. 113). On ne s'expli(|ue 
guère le développement d'une pareille voyelle entre deux nasales. 
L'affaiblissement de cet en v dans certains dialectes et dans les 
composés du grec commun [dvcovvixos) peut être dû au défaut 
d'accent (l'accent ayant été reporté sur Yo initial), comme G. Meyer 
l'admet (p. 72) pour les cas obliques de vv^: vuktÔs, de *n6ks : 
*7ioktôs, devenu d'abord *vof , vu;ctos. 

Un troisième exemple de voyelle protbétique devant une n 
suivie de consonne paraît nous être offert par le mot ovv^ et le 
latin unguis^, en regard des formes scr. germ. et slaves corres- 
pondantes (Brugmann, I, 608) got. [gn)-nagl-{ja)i) , lit. n/tgas, 
v. bulg. nogûlt, venant d'une racine *noqli-\ scr. nakha de *noqh- 
ou *ncqh-. Le rapport entre ^'noqli [ou *neqh) et *nqh est le même 
qu'entre *nevn et *nvH, entre *nonin et nmn. 

Tandis qu'en scr., germ. et slave, la forme des cas forts l'a 
emporté, en latin c'est la forme des cas faibles *M«yA précédée d'une 
voyelle protbétique, qui était primitivement 0. Le grec a, comme 
pour ovofxa, mélangé les formes forte et faible, en ajoutant à la 
forme forte *vo^ la voyelle protbétique de la forme faible. De là, 
par affaiblissement du deuxième en y (])our la même raison 
que ovufxot, vv^ vvktqç) ovvç, ovvyoi. 

' IjO v. irl. î/(/j-« 110 pcul s'expliquer que par une nasale sonaiile initiale. 



PROTHÈSE VOCALIQUE. 63 

On peut supposer aussi une j)i'olhèse indo-europconno dans 
àfx(pi\ lai. amh-, âyiC^w^ lai. amho, 6fx(pa.l65, lat. umbo. 

Brugmann [Grundr. I, p. 91) voyait dans l'a de dfx(pi, omh-, 
gaulois amhi, gallois am, un a indo-europden. Dans l'enala, il 
se range à l'avis de Thurneysen qui, comparant le v. irl. imb, ra- 
mène toutes les lormes celtiques de cette particule à *mbhi. Le 
V. haut-ail. mnbi indique aussi une nasale sonante initiale, ainsi 
que le scr. abhi. A moins de se'parer complètement les lormes 
latine et grecque amb-, d(xÇit des lormes sanscrite, celtique et 
germanique, on ne peut, à ce qu'il semble, expliquer le rapport 
qui existe entre elles qu'en voyant dans l'a des premières une 
voyelle prothétique. 

AfjL(p(i}^ nmbo, sont e'videmment parents de dfx(pi\ amb^, 
comme le montre le sens de ces derniers dans les composés 
comme àyL<pi^ios^ anceps (cf. v. irl. imchenda, Zeuss, p. 876). 

Les formes sanscrites, germaniques et lettes qui correspondent 
à 0(x(paX6s, umbo (cf. Brugmann, I, 269) remontent à une racine 
*nobh; l'irlandais immlind, à %bh, par assimilation ^'mbh (avec 
nasale sonante, imb-). C'est celte dernière forme de la racine, 
^mbh, que l'on peut retrouver dans byL(pcik6$^ umbo; mais la na- 
sa-le initiale, au lieu d'être sonante, s'est fait pre'ce'der d'une 
voyelle prothe'tique. 

L'existence de formes à nasale préce'de'e de voyelle protbëtique 
à côté de formes à nasale sonante peut s'expliquer par "un dou- 
blet syniaclique. Après un mot terminé par une consonne, la 
nasale initiale suivie de consonne, devait être sonante; après un 
mot terminé par une voyelle, elle devait jouer le rôle de con-^ 
sonne. Dans cette seconde forme, la nasale iniliale aura déve- 
loppé plus tard un son vocalique pour s'y appuyer, lorsqu'au lieu 
de prononcer le mot comme ne faisant qu'un avec le précédent, 
on les aura séparés par un léger intervalle. Des deux formes, c'est 
tantôt l'une, tantôt l'autre qui a prévalu. 

Bestent à chercher les règles du vocalisme de la prothèse. Selon 
G. Meyer [Gr., Gr. , p. 1 13), le timbre de la voyelle prothétique 
en grec est souvent déterminé par celui de la voyelle suivante. 
Cette influence, évidente dans certains cas, paraît n'avoir pas agi 
dans d'autres. On remarque que devant fx la voyelle prothétique 
n'est jamais s, qu'elle est a partout où la voyelle suivante est a, 
e, u; qu'elle est tantôt a, tantôt quand la voyelle suivante est 
ou t. Au contraire devant p elle est s, non seulement partout 
oij la voyelle suivante est e, mais encore dans ëpafJLai, èpâco, 

' 11 faut au contraire séparer le sanscrU ubhau de abki-, ubhmi confient peut- 
être la racine pronominale u (cf. scr. particule u, lat. u-ler), tandis que d^Çi, 
a(x<pci) seraient formés avec la racine pronominale m (cf. scr. ami de *nn, amu 
de *»!m). 



64 E. AUDOUIN. 

êpvyydi'w, ipvOpos. No doit-on pas en conclure qu'ouire la voyelle 
suivante, la consonne primitivement initiale; conlribiie à déter- 
miner le timbre de la voyelle prothétique? 

Appliquons cette remarque à d[jL(pi\ amb-, âfxÇico, amho, àfj.(pa- 
165, nmho. Comment expliquei- ïo initial dos deux dernières formes 
(Vu latin étant pouro, cf. Brugmann. I, p. ^3) à côté de Va des 
autres? L'a paraissant dû à l'influence de l'm, l'o doit être dû à 
celle de la voyelle suivante. Cette hypothèse est confirmée par ïô 
du latin umbo. Ouant à bfx(pa.Xé5, il est étonnant que la voyelle 
prothétique soit 0, alors que la voyelle suivante est a. Mais on 
peut supposer qu'il avait existé en grec une forme correspondant 
au latin iimbô et que l'o initial (YÔixÇaXôs a été emprunté à cette 
forme. On peut remarquer que de même en latin à côté de umbo 
il existe un dérivé umbiliciis, qui vient d'un thème différent de 
celui du mot simple. 

Il semble que le mot ait été formé de trois manières, au moyen 
de trois suffixes différents : 1° -i- : scr. nàbhis, nàblnlam; lat. 
umbi-l-lcus ; 2" a- : grec o(À(poi-X6$^ v. haut-ail. naba, nabolo; 
3° thème en -n- : latin iimbô, -ônis. La voyelle prothétique aurait 
dû être a dans ce thème *mbhi- d'où vient mnbilicus, comme dans 
amb-. Vu aurait donc été emprunté à umbo. 

Quant aux voyelles prothétiques de 6vo(xa, ovv^, èvva.^ il est à 
remarquer qu'il y a concordance entre ovvB, et unguis (pour *oh- 
guis), entre èvva- et armén. inn (de *envan)\ qu'au contraire v. irl. 
ainm offre un n en regaid de l'o d'oyojMa. On doit supposer que 
primitivement la voyelle était voisine de a et qu'en grec elle n'est 
devenue que sous l'influence de l'o qui suit. 

Reste à expliquer pourquoi la voyelle prothétique est a (0) 
dans le premier groupe de formes, dans le second, e dans le 
troisième. Comme la seule différence entre *nmn et *nvn consiste 
dans la consonne qui suit la nasale initiale, il semble que là ré- 
side la cause de la différence de voyelle prothétique. Quant à 
ovv^., unguis, la voyelle prothétique, étant née aux cas faibles et 
particulièrement au génitif *n///ios, l'a a pu subir l'influence de 
Vo de la désinence. Mais peut-être faut-il attribuer aussi à la nasale 
gutturale une influence particulière sur la voyelle prothétique. 

E. AuDOUIN. 



LES INSCRIPTIONS HÉBRAÏQUES 



DE 



LA SYNAGOGUE DE PALMYRE, 



En i883, MM. Euting et Huber découvrirent à Palmyre, au 
début de leur voyage en Arabie, une inscription juive, gravée sur 
le linteau d'une porte, et qui ne mesurait pas moins de 2'",ùo 
de longueur. Cette inscription, écrite en hébreu carré, se com- 
pose du Sema Israël, c'est-à-dire du passage du Deutéronome, 
chap. VI, ^-9^, que les Israélites sont tenus de réciter matin 
et soir. Elle a été publiée par M. Landauer dans les Comptes rendus 
de V Académie de Berlin, séance du 3i juillet i88û, n° XXXIX, 
p. gSS-gS/j. Cette découverte, tenue secrète au début, puis 
éclipsée par la publication de la sièle de Teima et la mort 
d'Huber, avait passé presque inaperçue, lorsqu'il y a quelques 
mois, un voyageur français, M. Ernest Gautier, de Lyon, au re- 
tour d'un long voyage en Orient, apporta à M, Renan pour le 
Corpus Inscriptio7ium Semiticariim toute une caisse ' d'estampages 
d'inscriptions qu'il avait relevés, non sans avoir à vaincre de 
grandes difficultés, sur les ruines de Palmyre. La collection de 
M. Gautier ne comprend pas moins de cinquante estampages 
d'inscriptions palmyréniennes, tous pris avec le plus grand soin. 
Ces inscriptions étaient déjà presque toutes connues, mais beau- 
coup d'entre elles par des copies seulement. Les estampages de 
M. Gautier seront d'un grand secours pour la publication des 
inscriptions de Palmyre dans le Corpus Inscriptionum Semiticarum. 
On y trouvera, en outre, quelques textes nouveaux et un excellent 
estampage du tarit" de l'octroi de Palmyre, récemment découvert 
par le prince Abamelek Lazarev. 

En dépouillant cette belle collection, quelle n'a pas été ma 
surprise d'y trouver, non seulement la grande inscription du lin- 
teau publiée par M. Landauer, mais une autre inscription de cinq 

' Le Semd comprend, en outre, ie passage Deut. , xi, i3-2i, qui ne figure 
pas sur l'inscription de Palmyre. 



66 PH. BERGER. 

lignes, qui était gravée sur la face interne d'un des montants 
de la porte. Cette nouvelle inscription, beaucoup plus courte que 
la première, contient un autre morceau du Deutéronome(vii, i5), 
sans aucun rapport avec le Smiâ et qui renferme des malédic- 
tions contre les ennemis dlsraël. 

Voici le texte et la traduction des deux inscriptions : 



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LES INSCRIPTIONS HEBRAÏQUES DE L,\ SYNAGOGUE DE PALMYRE. 67 

Notes. — La première ligne est placée en vedette et en caractères beaucoup 
plus gros que le reste de rinscription ; elle a beaucoup souffert. Après Israël, 
nous avons restitué ^jllN, Adonaï, d'après la fin de la ligne i et la ligne 2. — 
Le mot 1jin7N qui suit est d'une lecturo plus douteuse; la lettre que nous pre- 
nons pour uu lod descend beaucoup plus bas que no tait en général le iod sur 
notre inscription, et le hé qui précède est bien large; d'autre part, il est impos- 
sible de lire 'j'ri/N; on pourrait être aussi tenté de lire Ij^m'jKî en admet- 
tant que le iod a disparu dans la cassure qui intéresse le baut des lettres; mais 
les traces du hé qui sont encore visibles l'interdisent; on remarque encore la 
cambrure de la seconde barre verticale de la lettre. Force est donc d'admettre 
un iod d'une l'orme différente de celle qu'il a dans le reste de l'inscription ; à sa 
partie inférieure, on remarque un petit crocbét qui le ferait ressembler à certains 
iod du plus ancien hébreu carré. — Même difficulté pour le mot 'JUX; le iW 
a l'air de se recourber par en haut, de façon à présenter l'aspect du hé de l'inscrip- 
tion d'Araq el-Emir; mais le he est fait différemment sur notre inscription; d'ail- 
leurs, TnNn piN serait une modification au texte reju trop importante pour 
être admise sans une preuve absolue. Nous lisons donc ^J'nx, en admettant ici 
encore un iod d'une forme particulière. 



INSCRIPTION DU MONTANT. 

[•|oa »3nx l'Dm] ^ 
ma Vai '>''^^^n [Va] 
a»;7in onyo 

1'>K2V VdS [djJdJI 

Et le Seigneur éloignera de toi toute plaie; et toutes ces mauvaises 
maladies d'Egypte que tu connais il ne f en frappera pas; mais il les 
infligera à tous ceux qui te haïssent. 

Ce n'est pas la première citation de la Bible que l'on trouve 
sur une inscription hébraïque. L'usage d'inscrire des passages 
bibliques sur les portes des synagogues paraît avoir été assez ré- 
pandu; il a persisté jusqu'à nos jours. Les anciennes synagogues 
de Palestine nous en offrent plus d'un exemple. M. Renan a pu- 
blié, dans sa Mission de Phénicie'^, la célèbre inscription de la 
grande synagogue de Kefr-Bereim, déjà connue des pèlerins juifs 

^ La première ligne et le premier mot de la seconde sont effacés; mais on 
peut les restituer avec une entière certitude. 
- Mission de Phénicie, p. 769-773. 



68 PH. BERGER. 

du moyen âge, et qui se termine par une citation par à peu près 
du proplîète Aggée (ii, 9). L'inscription de la synagogue d'Alma, 
non loin de Kefr-Bereim, relevée par M. Gue'rin et publiée 
également par M. Renan au Journal asiatique ^, reproduit presque 
textuellement la même citation. Mais c'est la première fois, en 
dehors des inscriptions samaritaines, que nous trouvons sur une 
inscription un morceau de la Bible aussi étendu. Grâce à la dé- 
couverte de M. Gautier, ce n'est même pas un passage, mais deux 
pris à deux endroits différents du même livre de la Bible, que 
nous possédons. 

Le motif qui a fait inscrire sur le linteau de la synagogue de 
Palmyre le premier de ces passages saute aux yeux. Quelle est la 
signification de la seconde inscription et la raison qui a pu dé- 
terminer à la graver sur une place aussi peu apparente? M. J. De- 
renbourg estime que c'était une formule destinée à éloigner les 
mauvais esprits et à les empêcher de franchir le seuil. Cette se- 
conde inscription, bien que plus courte, offre plus d'intérêt peut- 
être encore que la première. La première, en effet, contient une 
formule devenue tellement banale, qu'elle ne peut guère nous 
servir à elle seule d'indice pour l'état du texte. La seconde, au 
contraire, renferme un passage beaucoup moins célèbre; mais, 
par cette raison même, elle a pour nous la même valeur qu'un 
manuscrit datant de la même époque. Or les indications qu'on 
peut en tirer concordent avec celles que fournit le Sema Israël, 
et que M. Landauer n'a peut-être pas suffisamment relevées. 

La principale différence que présentent ces inscriptions avec 
le texte biblique est l'emploi du mot à'adonaï, '^inx, au lieu du 
nom de Jébovah, mn\ On sait que, dès une époque très reculée, 
les Juifs ont cessé de prononcer le nom divin, mais ils conti- 
nuaient à l'écrire, par respect pour le texte sacré, en substituant 
dans la lecture le mot adonaï cde seigneurTi, Pour indiquer cette 
lecture, les savants juifs des premiers siècles de notre ère, qui 
ont fixé la prononciation du texte biblique, ont placé sous le 
tétragramme sacré les voyelles du mot adonaï. C'est ainsi qu'est 
né, à l'époque de la Renaissance, par suite d'un malentendu, le 
nom de Jébovah, qui est formé des consonnes du nom divin et 
des voyelles du mot adonaï, nom hybride qui, par un hasard sin- 
gulier, ne s'écarte peut-être pas plus de la prononciation véri- 
table que ce nom de Jalivé, restitué d'une façon toute théorique 
par les savants allemands et hollandais, et qui jure avec les habi- 
tudes de la phonétique hébraïque. Dans notre inscription, pour 
la première fois, nous trouvons le mot adonaï substitué dans le 
texte au nom de Jébovah. 

' Journal nsiat. , août-sepl. 1876, p. ^7.3-275. «^^ 



LES INSCRIPTIONS HEBRAÏQUES DE LA SYNAGOGUE DE PALMYRE. 69 

A celle diirérence s'en joignent d'autres, qui portent sur les 
lettres quiescentes, c'est-à-dire sur les consonnes qui rempla- 
çaient, dans certains cas, les voyelles avant la création des points- 
voyelles. Ces consonnes, qui ne sont que des auxiliaires de la 
prononciation, sont distribue'cs d'une façon plus large, dans ces 
deux inscriptions, que dans le texte reçu. C'est ainsi qu adonaï csi 
écrit ""JTlN, avec un vav qu'il n'a jamais dans le texle Libli(|ue. 
De même nous avons, dans l'inscription du linteau, 1. i, nriDnx 
rftu aimeras w avec un hé final, au lieu de nsriN; 1. 3, "jn3"'2? au 
lieu de IDS^, et, dans l'inscription du montant, '•^in au lieu de 
■•bn et D'^D'iC?'' au lieu de DD''îy\ Ce dernier exemple est impor- 
tant, parce qu'il suppose une différence de prononciation; en 
effet, le texte reçu vocalise le mot iesîmam, tandis que la leçon 
de notre inscription D"'D"'^'' suppose une prononciation iesimêm, 
ce qui d'ailleurs ne change rien au sens. On ne peut donc pas 
dire des inscriptions de la synagogue de Palmyre, comme de 
celles de Kel'r-Bereim ', que l'orthographe en est conforme, jus- 
qu'à la dernière minutie, à celle des bibles dont nous nous ser- 
vons de nos jours; car il est impossible de considérer avec 
M, Landauer ces variantes comme de simples lapsus. L'inscrip- 
tion de M. Gaulier nous prouve que nous sommes en présence 
d'un système bien arrêté, quelle qu'en soit l'époque, qui faisait 
un usage plus large des lettres quiescentes que le texte massoré- 
tique. 

A quelle époque peut-on faij-e remonter les deux inscriptions 
de la synagogue de Palmyre? La question n'est pas aisée à ré- 
soudre. L'alphabet hébreu carré a très peu varié depuis l'époque 
de l'ère chrétienne jusqu'au xf ou au xif siècle environ, c'est-à- 
dire jusqu'à l'époque de nos anciens manuscrits bibliques. En 
outre, il a conservé des formes relativement archaïques jusqu'à 
une date très récente, chez les Juifs orientaux, notamment chez 
les caraïtes et chez les Juifs d'Arabie. Les plus graves erreurs sont 
possibles quand on veut se guider d'après la paléographie seule; 
on pourrait en citer plus d'un exemple. En tout cas, les inscrip- 
tions de la synagogue de Palmyre n'appartiennent pas au plus 
ancien type de l'hébreu carré, tel que nous le trouvons sur l'in- 
scription du tombeau des Benei-Hezir et sur celle du sarcophage 
de la reine Sadda. 

L'hébreu carré archaïque se reconnaît à deux ou trois lettres 
qui peuvent servir de critérium, comme le mem, le schin et le 
samech servent de critérium pour l'écriture phénicienne; ces lettres 
sont le hé, le heth et le tav. Dans l'ancien hébreu carré, les deux 
barres verticales du heth dépassent encore la barre horizontale , 

' Mission de Phénicie, p. 771. 



70 PH. BERGER. 

rappelant ainsi Tancieune forme du heth dans l'écriture araméennc. 
Même remarque pour la barre de droite du hé; en outre, la barre 
de gauche, au lieu d'être flottante, est ratlaclie'e à la barre supé- 
rieure. Enfin, le tav conserve encore quelque chose du sentiment 
de sa forme primitive, et la hampe verticale, qui n'est plus qu'un 
appendice accessoire en hébreu moderne, dépasse la barre hori- 
zontale. 

Ces traits distinctifs ne se retrouvent pas, ou ne se retrouvent 
qu'accidentellement et fort atténués dans les inscriptions de la 
synagogue de Palmyre. La première ligne, écrite en si gros ca- 
ractères, nous étonne aussi sur une inscription relativement an- 
cienne. Il faut reconnaître, d'autre part, que l'aspect général de 
l'écriture n'est pas mauvais ; le çade est bon ; le qqf a une forme 
assez antique; le schin forme encore un angle très aigu et les 
deux premiers traits sont parallèles et viennent se souder au 
troisième qui a une direction à peu près verticale. Le hé est 
tantôt fermé par en haut, tantôt ouvert; la hampe du tav dé- 
passe encore parfois légèrement la barre horizontale qui for- 
mait, dans le tav ancien, le bras de la croix. Le iod est en gé- 
néral assez petit; pourtant il hésite encore entre la forme très 
courte qu'il revêtira dans l'hébreu moderne et la forme plus al- 
longée qui faisait dire à saint Jérôme qu'il était presque impos- 
sible de le distinguer du vav. Il faut aussi noter une tendance 
marquée, dans les lettres formées par la réunion de deux traits 
qui se rencontrent à angle droit, claleth, resch, /cr^/" final, à pro- 
longer ces deux traits au delà du sommet de l'angle, de façon à 
faire un petit angle opposé au grand par le sommet. Ualeph aurait 
une forme assez archaïque; mais son jambage gauche est arrêté en 
bas par un trait qui n'est pas de haute époque. Certaines lettres, 
enfin, Yaïn, le phé, le teth, ont une couleur absolument syriaque; 
on croit sentir l'influence du palmyrénien; peut-être faut-il ex- 
pliquer par la même influence le trait que nous signalions dans 
Valeph, et qu'on rencontre sur un ou deux des plus anciens plats de 
Babylone. En somme, ces deux inscriptions appartiennent à l'écri- 
ture intermédiaire, qui va du m" siècle de l'ère chrétienne jus- 
qu'au x'^ à peu près. Elles présentent surtout une ressemblance 
frappante avec les inscriptions des synagogues de Kefr-Bereim 
et d'Alma, que M. Renan ne craint pas de rapporter au m' ou au 
iv*" siècle de notre ère. 

Si j'étais obligé d'assigner une date à ces inscriptions, d'après 
la forme des lettres, c'est vers le v** ou le vi" siècle que j'incline- 
rais à les placer. Mais il faut faire appel à d'autres considéra- 
tions, tirées de l'histoire. L'examen, sans être décisif, est plutôt 
favorable à une date plus reculée. 

La période brillante de la civilisation de Palmyre n'a guère 



LES INSCRIPTIONS HEBRAÏQUES DE LA SYNAGOGUE DE PALMYRE. 71 

duré que cent ans, depuis l'an i5o environ jusqu'à la de'i'aile de 
Ze'nobie en 979 ; tous les nionumenls de Palmyre et les inscriptions 
(|u'on trouve dans ses ruines datent de cette époque; on est donc 
naturellement porté à assigner la même date à nos deux inscrip- 
tions hébraïques. Palmyre, en effet, était une ville à moitié juive; 
les inscriptions palmyréniennes ^ nous fournissent plusieurs exem- 
ples de familles juives considérables établies à Palmyre; Zénobie 
elle-même, si elle n'était pas juive, entretenait avec les Juifs des 
relations assez étroites pour qu'on ait pu croire qu'elle était de 
leur race. Ce n'est guère qu'à cette époque que Palmyre a pu avoir 
une synagogue aussi triomphante, avec un portique monumental. 
Après la défaite de Zénobie, Palmyre fut détruite. Elle ne se re- 
leva que sous Justinien, au vi" siècle; mais cette restauration ne 
fut que momentanée et n'eut rien de l'éclat de l'ancienne civili- 
sation palmyrénienne. Le seul édifice datant de cette époque est 
le fort qui s'élève sur une hauteur à quelque distance de Palmyre 
et qui est d'une construction très négligée. Pendant toute la pé- 
riode byzantine, Palmyre ne fut guère qu'un poste avancé de 
l'empire romain, (ppovpiov ^vpias, suivant l'expression d'Etienne 
de Byzance; d'ailleurs, on était au moment du triomphe du 
christianisme comme religion d'État; les Juifs étaient mal vus et se 
cachaient; ils n'auraient pas affiché aussi ouvertement leur culte. 

Si l'on ne veut pas rapporter ces inscriptions au temps de Zé- 
nobie, il faut donc descendre beaucoup plus bas, jusqu'à l'époque 
de Khosroès, qui enleva Palmyre à la domination des empereurs, 
ou bien même jusqu'au commencement de la période musulmane. 
La domination musulmane, en effet, n'a pas tué l'élément juif 
à Palmyre. Au \if siècle. Benjamin deTudèle-, qui a décrit avec 
tant de soin tout ce qui a trait aux communautés juives de l'Asie, 
raconte qu'il y avait à Palmyre environ 9,000 Juifs batailleurs, 
qui guerroyaient contre les Musulmans et étaient les alliés des 
Ismaéliens; il cite même les noms d'un ou deux hommes connus 
de son temps. Si le récit de Benjamin de Tudèle est exact, il est 
certain que, dans les siècles qui ont précédé, la population juive 
de Palmyre n'a pas dû être moins considérable. 

Il convient pourtant de remarquer que, ni dans les temps 
si troublés qui ont suivi la chute de la domination byzantine à 
Palmyre, ni, à plus forte raison, à l'époque arabe, dans un en- 
droit de deux à trois mille âmes, perdu au milieu du désert, on 
ne construisait avec des blocs de pierre de 9°',5o de long. Il serait 
d'ailleurs étrange que, s'il y avait eu à Palmyre une synagogue 
de cette importance, avec une inscription aussi apparente, Ben- 

' Vogué, Syrie centrale, inscr. palni., 11°' la, i3, 66 et surtout 05. 
' Benj. de Tudèle, Itinéraire, cli. vu. 



72 PH. BERGER. 

jamin de Tudèle, qui cite toutes celles qu'il renconlre sur son 
chemin, n'en eût pas parlé. 

On peut donc à la rigueur faire descendre les inscriptions de 
là synagogue de Palniyre jusqu'au vif ou au vni'' siècle; mais il 
est plus probable qu elles datent de l'e'poque de Zénobie ; les cir- 
constances extérieures militent en faveur de cette date. Il faut 
ajouter qu'à Te'poque talmudique, une fois le texte fixé dans ses 
moindres détails, il serait plus difficile d'admettre les variantes 
d'orthographe que nous avons signalées dans ces inscriptions. 

Si nos inscriptions n'ont pas été connues de Benjamin de Tu- 
dèle, elles ont été vues, avant MM. Euting et Huber, par des 
voyageurs modernes. Irby et Mangles ^ ont vu la grande in- 
scription en 1860; ils rapportent même qu'elle avait été décou- 
verte auparavant par Bankes. Voici ce qu'on lit dans leur rela- 
tion de voyage : ff Quand on traverse la grande allée de colonnes, 
on aperçoit, sur la droite, un portique et, entre le portique et 
les colonnes, les restes de la construction à laquelle il appar- 
tenait. Sur l'architrave est une inscription hébraïque intéres- 
sante à trois égards : 1° à cause de la tradition qui rapporte la 
fondation de Palmyre à Salomon; 9° parce que, au dire de 
quelques-uns, Zénobie appartenait à la religion juive; 3° parce 
que l'évêque Riddle dit que, de son temps encore, 2,000 Juifs 
habitaient Palmyre.» Il n'y a pas de doute que l'inscription 
vue par Irby et Mangles ne soit la nôtre; leurs indications 
topographiques coïncident textuellement avec celles que m'a 
communiquées M. Gautier et avec le croquis des lieux, qu'il a eu 
soin de prendre sur place. Seulement l'inscription ne confirme 
en rien la fondation de Palmyre par Salomon. La vérité est 
beaucoup plus simple; mais elle est aussi plus instructive : cette 
double inscription nous a conservé le texte d'un passage de la 
Bible qui, même en prenant la date la plus récente, est an- 
térieur à nos plus anciens manuscrits hébraïques. Or, si l'in- 
scription présente certaines variantes dans les lettres quiescentes, 
c'est-à-dire dans la notation des voyelles, elle ne présente pas 
de variantes de texte. L'intérêt de ces inscriptions serait plus 
considérable encore, si la synagogue de Palmyre datait en réa- 
lité de l'époque de Zénobie; elles nous fourniraient le texte 
écrit le plus ancien que l'on connaisse, sans en excepter les 
fragments du Pentateuque samaritain, d'un passage de la Bible. 

Pbi lippe Berger. 

' A Journal of Travels in Syria, chap. v, p. 83 , col, 2. 



VARIA. 



LES FORMES DU NOM DE NOMBRE frSIXi7 EN INDO-EUROPEEN- 

La gutturale qui forme le premier e'ie'ment du zend ysvas est 
regardée par M. Ch. Bartholomae, dans son Handbiich der altira- 
nischen Dialekte, § 270, comme une sorte d'excroissance récente, 
dépourvue de valeur étymologique : le primitif aurait commencé 
tout simplement par s {*swak^s, appuyé de la mention ffgrec 
Fé^y^). 11 est certain que dans quelques cas exceptionnels ^ de- 
vant s se présente comme un son parasite^; mais pourquoi sus- 
pecterait-on le ^ du mot yhvas? Si c'est au nom des formes d'Eu- 
rope, comme on le donne à entendre, l'argument est malheureux, 
car il faudrait préalablement avoir expliqué ces formes, et pour 
les expliquer je ne vois de ressources et de salut que dans le 
•^ zend qu'on s'efforce de bannir. 

Par lui, nous obtenons un groupe à triple consonne, groupe 
oij on sait que la suppression d'un élément n'est plus anomalie, 
mais fait normal, surtout quand les trois consonnes étant ini- 
tiales n'ont pas la liberté de se répartir sur deux syllabes. Aux 
différentes langues qui auront reçu le prototype *k/wek^s on ne 
peut légitimement demander compte que de deux consonnes sur 
les trois qui s'y succédaient. Or la simplification pouvait s'accom- 
plir de trois manières : 

k s w e k s 

i'^ solution : ^ s w e k s 

2* solution : k s 3,^ e k s 

3^ solution : k -!f w e k s 

Cette combinaison qui rétablit l'ordre et l'accord entre toutes 
les formes du nom de nombre six, revient essentiellement à 
soutenir qu'il n'existe nulle part un type Kseksv. Ce type imagi- 

' Encore faut-il noter qu'on trouve bien ^i- pour une sifflante destinée de 
toute façon à rester sifflante en zend, par exemple ;^s- équivalent de «- dans 
Xsyaodna- concurremment à èijaoOna- (scr. cyaiikia-), ou ^s- équivalent de 
s- dans x^ilâ- concurremment à s(« (scr. sthû-)\ — mais non, semble-t-il, 
pour dès s qui donneraient h à l'état réfjulicr. 



là p. DE SAUSSURE. 

nuire crée seul toutes les difficultés en faisant naître ces deux 
rapports également incompréhensibles : seks : sweks en Europe, 
et d'autre part seks : ^svas. 

De fait, les formes européennes sont au plus haut point con- 
traires à l'hypothèse d'un type sans k ni w ^(seksn. 

Quand il y a, dans un idiome, absence flagrante de la guttu- 
rale — c'est le cas du grec e^ — on constate aussitôt que le w 
ne fait pas défaut {"^Fé^ et non é'^, d'après Homère, et les inscrip- 
tions bien connues). Le gallois chwech en est un second exemple*. 

Est-ce au contraire l'absence du iv qui est assurée, on se 
trouve régulièrement dans l'impossibilité de prouver celle du ^; 
et il se confirme ainsi que c'est bien l'élément soupçonné en deçà 
de Ys qui, par le jeu de bascule indiqué plus haut, se trouve être 
le régulateur invisible des mouvements du w : 

1. Slavon sestï sans w'-. Par compensation, sestî ne repousse 
pas un prototype *ksesti- [k.^sesti-). Mieux que cela, selon toute 
apparence il l'exige, donnant ainsi confirmation directe de la 
gutturale iranienne. Car sestï de *chestï de *k.^sesti- a pour lui 
le parallélisme de -k.^s- intérieur dans les aoristes (3* pi.) comme 
rèse de rèche de*rêk.2snt, tandis que se- initial pour un simple sé- 
parait complètement inadmissible. 

Moins catégorique est le témoignage du lituanien /îe^i qui, par 
assimilation des sifflantes, pourrait être pour ^sejSP. Mais rien 
n'empêche non plus de le ramener à *k^e[iï, le groupe initial ks- 
(ou hl^- pour ks-) ne se conservant pas en lituanien. 

2. Germanique seys sans w. Il n'est pas démontrable que Vs- 
ne représente pas ^(s- (ou ks- , si l'on place la chute de la 
gutturale avant l'époque de la Lauverschiebung). Malheureuse- 
ment on manque d'exemples pour établir le traitement ordinaire 
de ks- initial en germanique. 



' A moins qu'on ne préfère admettre que {;all. chw- (= sw-) peut venir do 
ksw-, ce qui sérail la restitution pure et simple de notre prototype. 

* L'existence du w y est du moins très peu probable. Ou a bien seslra (soror) 
en regard de svekry; mais nul n'admettra facilement se- comme troisième pro- 
duit possible de sve-, 

^ Il existe, d'autre part, en baltique, une forme des plus étranges : uk^s, que 
nous ne pouvons considérer que comme une déformation proethniquk du nom 
de nombre six, comparable à la déformation qui s'est produite dans vingt, sans 
d, en regard de deux. On la constate : i° dans le prussien uschts trsixième»; 
2° dans le lit. uBès (synonyme de BeBios) wles six semaines de coucben. Ce 
dernier mot prouve qu'il n'y a pas d'importance à attacher à la seconde forme 
prussienne wuschls par w, — qui autrement indiquerait *wajitas (*wok^s- et 
non nk^H-). L'u long de ùpininkbv femme en couche» parait être tout secondaire, 
comme dans dûkrà, etc. 



VARIA. 75 

3. Latin sex sans iv. Peut également se ramener à *xex. 

On a pris l'habitude de poser : sex = *svex, sous prétexte 
qu'il doit être identique à Fé^^. 

C'est une opinion que nous n'avons aucun inte'rêt à réfuter, 
])uisqu'elle rangerait lat. sex sous un des types légitimement 
issus de *ksweks; mais la vérité est que la phonétique latine ne 
permet point de restituer un v dans sex. 

La chute du v dans le groupe initial sv- s'observe uniquement 
devant o (cet o pouvant d'ailleurs être primitif ou secondaire). 
Un groupe svè- peut donc être attendu : i° sous la forme sô-, 
pour *svô- pour *svc-; 2° sous la forme svë-, si, pour une cause 
ou pour une autre, l'e ne s'était pas changé en ô; mais en aucun 
cas sous la forme se-. 

Pour la chute du v devant voyelle autre que 0, on allègue le 
pronom se : mais a-t-on jamais conclu du got. sik que le gcnna- 
nique connût s- pour sw-? Dès lors, il ne faut pas non plus citer 
le vieux latin sis (de l'adjectif possessif), dépourvu de v comme 
le got. seina-^. L'osque svai en regard de la conjonction si nous 
émeut aussi peu que le laconien j3at-xa. qui n'empêche pas l'ho- 
mérique si de se montrer vierge de digamma. 

On constate la présence régulière du v dans svêtus, svâdeo, 
svâvis^, svâsum «le noir de fumée 75 (v. haut-ail. swarz). Seul, 
nous le répétons , le groupe svo- perd son v : s(y)omnus , s(v)ôpiô , 
s{v)oidô d'où sûdô (Mém. vi, 618), probablement s(v)onus, peut- 
être s(v)ôdes , s(v)ôrex , s{v)ordes , s{v)olea. 

Mais dans le sort du groupe svô- se trouve enveloppé celui du 
groupe svë-, par suite du changement préalable et régulier de 
svè- en svô-* : s(v)ôcer, s(v)ôcrus, s(v)ôror, s(v)ôbnniis. Donc *svex 
donnerait ^sôxv, — autrement «svexv, — en aucun cas sex. 

L'absence du v étant établie dans sex, notre attention se porte 
sur la possibilité d'y supposer x pour groupe initial, ce qui ne 
souffre aucune difficulté. M. Osthoff, rapprochant s-uper de (e)^- 
VTTsp [M. U. IV, i56, cf. Ziir G. des Perf., 612) ne trouve à citer 
pour la réduction de x- latin initial à s- qu'une étymologie plus que 
douteuse de sïno, comparé par M. Frohde au scr. ksaijati cril cul- 



^ Voir par ex. Briigmann , Grundriss , I , p. 162. 

- Sur la suppression du w dans les pronoms swe- twe-, voir Baunack, dans 
ces Mémoires V, 2. 

^ M. V. Henry, dans ces Mémoires VI, 208, parlant de l'idée opposée, consi- 
dère sâvium comme plus régulier que svâvium. Nous ne pouvons nous empêcher 
de croire que sâvium est le produit d'une dissimilalion postérieure semblable à 
celle qui devait donner cinqve pour qvinqve, cf. vocâre pour *voqvâre. 

* M. Brugmann, dans son Gruiidriss , admet une réduction directe de svè- à 
sô- à laquelle nous ne croyons pas plus qu'à la prétendue rédaction de svë- à 
se-. — D'un autre côté, la loi de M. Havet (Mémoires V, A3), en vertu de laquelle 



7G F. DE SAUSSURE. 

tive, administre, possède, règne i5, gr. kiII,w. Sans parler de sex , 
il y avait à mentionner d'abord sipàre, dont la parenté avec scr. 
ksipati fcil jette 17 a e'té vue dès le premier jour, et ensuite systé- 
matiquement ignorée, on ne sait pourquoi (caria forme supâre 
s'explique par la phonétique des composés comme dissupâre). En 
second lieu, sïno, dêsïno, dont on ne voit guère (malgré ji^ôno) le 
lien avec xti^co, se rapproche 1res effectivement de (pOivw (scr. 
ksinôti «il fait passer, périrai), surtout si Ton met en ligne de 
compte la formation en -n- du présent; et, dans tous les cas, 
sttus ffla destruction lente, la vétusté, la rouille, la moisissures 
répond parfaitement à Tidée de (pôt'uis et du scr. ksi-. Le vieux 
latin siti tfles morts t) serait exactement le grec (pOnol, si ce mot 
cité par Aulu-Gelle (XX, 2) ne paraissait inventé exprès pour 
expliquer siticines. 

Il reste à considérer la forme indienne. M. Johannes Schmidt 
s'en est occupé incidemment {K. Z., XXV, 121) dans le travail 
où il a enseigné le fait aujourd'hui universellement reconnu de 
la différence iranienne et slavo-lette entre k^s et k.^s • ; il a si- 
gnalé les formes des dialectes populaires de l'Inde (prâcr. pâli 
chaU=^ha-), où s'affirme positivement la présence de la gutturale. 
Nous pouvons poser *k.^sek^s, soit *ksaks, comme point de départ 
des formes indiennes. Le premier ks-, qui se continue en prà- 
crit, semble en sanscrit s'être réduit à s- par un effet de dissimi- 
lation. Résultat: *saks. D'un autre côté, une forme comme 
*k^sekiStos 'f sixièmes aboutissait régulièrement à *ksasthas (cf. tas- 
tas de taks-, etc.); de même *ksa:-dara rr seize '\ La forme histo- 
rique sas, base de sat, est, croyons-nous, un compromis entre 

vd- non final de syllabe se convertit en vë- (veinoni pour voinom), demande à 
être mise d'accord avec ces phénomènes, ce qui s'obtient très facilement par la 
succession chronologique supposée dans le tableau suivant : 



PÉRIODE. 


a° PEUIODË. 


Ô PERIODE. 


li PERIODE. 


vëco- 


vëco- 


vëco- 


vëco- 


vôco- 


vôco- 


vaco- 


vôco- 


svëco- ) 
svôco- \ 


SVÔCO' 


sôco- 


sôco- 


vëcto- 
vôcto- 


vëcto- 
vôcto- 


vëcto- ) 
vôcto- ) 


vëcto- 


svècto- ) 
svocto- \ 


svôcto- 


sôclo- 


sôclo- 


{svêco- 


svëco- 


svêco- 


svéco- 



' M. J. Schmidt a eu seulement le tort de compter si. sestï comme un 
exemple typique et lumineux des traitements divergents de k^s et de fc,s en 
slave. Car 1° le -st- de sestï pourrait, en lui-même, reposer sur -k,^st- tout 
aussi bien que sur -k^st- (ex. ti" plur. aor. reste de Vêfe^ste); 2° le s initial du 
nnéme mot, bien que finalement favorable à kj- , ne l'est après tout que par 
une série de phénomènes assez complexe et assez discutable (v. plus haut). 



TARI A. 77 

les deux groupes synonymes sah et ksas~. Dans tous les cas, le 
meilleur moyen de ne rien comprendre aux formes indiennes 
sera de poser *svaks avec M. Bartlioloma;. 

Notons enfin que le groupe initial ks- persiste peut-être en 
grec dans ^£(TTp<^- >) indien ixps xpiOri rcTorge à six range'es de 
grains 17 [Hésychius). On aurait feo-- pour ^s^- devant consonne. 
La nature du second élément du composé est douteuse. 

OpUXTO?. 

Opvyoj, qui signifie griller, rôtir el dessécher, n'explique point 
(pptiKTos fffeux d'alarme, signal convenu donné au moyen de 
l'euxTi; que nous croyons en effet complètement indépendant de 
ce verbe, et proche parent du germanique *ber)(ta- (clarus), 
got. hmrhls, v. haut ail. ber(a)ht. ISv grec suppose que la guttu- 
rale était vélaire, ce qui est confirmé par le védique hhargas 
ff éclat, splendeuni, Bhrgavas rfles Bhrigu inventeurs du feu w '. 
On peut poser *(ppoh.^'t6ç ou *(prk,^^6?; dans les deux cas nous 
admettons pour Yv la quantité brève, contrairement à celle qui 
est connue dans (ppvycio. 

Aiyvs. 

Kiyvs ff sonore 77 ne se dit jamais que d'un son très clair et très 
pur, et à cette signification s'ajoute incontestablement (ou se 
substitue même complètement) dans certains cas l'idée de rr mélo- 
dieux, doux, exquis à entendre i? [Mova-a. Xiysta <w 6a, Xiyvs 
TlvXiojv dyoprjTïfs A 9^8, outre les exemples moins probants 
(pôpixiyya \iyeia.v, "Sieipfivss Xiyvprj S-éXyovcriv doiSfi, etc.). Cette 
nuance du sens autorise à comparer le vieil indien valgû- 
fr agréable, jolii^ qui s'emploie particulièrement en parlant de ce 
qui charme l'oreille. Déjà dans le Véda c'est en compagnie du 
verbe vadati cr parler 17 qu'apparaît le mot valgû, et une expres- 



• Il faut distinguer celte racine bherg^- de la racine bhleg^- {<pXéyci), fulgeo , 
moy. haut ali. blecken «fulgurare?^ = *blakjan, scr. bhrâgati, avec g-,, comme 
l'enseigne véd. bhrât), racine dont la forme vraie est d'ailleurs probablement 
è/ie^g-j-, vu le -là- de Jlâ(g)men indiquant / long et Va de Jlagro , Jlamma (qui 
toutefois est bref) : ainsi s'explique scr. bhrâg—, valant «bharig-r> , comme drâ- 
gh{ïyân) vaut ts.darigh--n , gr. èv-ès'ksyji/^s. 

Outre blierg,^- et bliel^g^- , il exisie une troisième racine : bhreh- dans le 
gotique brnhw «coup d'œilw, moy. haut ail. brehen «luire» (ali. mod. der Tag 
bricht an), lit. brékfita crie jour point?), ce derniei- avec le même é letto-slave 
que dans sèd- crsedere" en regard de xëd- primitif. 



78 F. DE SAUSSURE. 

sion très commune en sanscrit classique est vnlgu-vâdin- fcau 
suave discours -0. Les oiseaux sont dits valgu-vacasas rrau mélo- 
dieux ramage '1 Ràmây. Schleg. II, 96, 11, comme on a dans 
Théocrile XiyyCpcovos dtjSoiv ou opvis Xiyvptj dans Homère^. 

Sans me'connailre la valeur de l'objeclion qu'on peut tirer de 
i'apparenle affinité' de Xiyvs avec Xi-y^e (Bios «la corde de Tare 
résonnai (A 120), STri'kilovTas oïo-lovs ffles flèches sifflantes-"^ 
(Nicandre), nous croyons donc pouvoir ramener Xiyvs à *flyvs, 
ne différant de Tindien valgû- (= *wo]gJi-) que par l'état voca- 
lique de la racine. La forme Xtyvs repose sur cette règle que 
r î devant gutturale vélaire se développent régulièrement en pv Xv 
au lieu de pa. Xa (voir plus haut (pputcros) : mais "Xvyvs, à cause 
de l'y de la seconde syllabe, subit secondairement dissimilation 
en Xiyvs (par analogie: Xiyeiot, Xiya, etc.. comme inversement 
yXvKvs sur yXv}cs7a, evpvs sur evpeïay eùdvç sur evOeîct, concur- 
remment à \Bvs). 

P. S. — Nous n'attachons pas d'importance à cette interpré- 
tation du développement de *Flyvs, car il se produit en grec 
entre une gutturale vélaire et la voyelle précédente tant de phé- 
nomènes encore inexplorés qu'il serait téméraire de vouloir re- 
tracer exactement le chemin suivi par une forme comme Xtyvs. 
Voici un très fugitif aperçu des problèmes qui se présentent : 

1 . -ukj- ne donne jamais -vn-, mais peut donner en revanche : 

a. -vx- : Xsvxôs, ^vyév, etc. (cf. un article sur (SovxoXos 
contre aiTroXos, Mémoires VI, 161). 

jS. -ITT- : Fsmeïv et tirvés selon l'explication de M. Brugmann 
K. Z. , XXV, 807; ainus ])our*nuk^us selon M. Thurneysen, K. Z. 
XXX, 3oo. 

y. -iK- : car il est difficile (malgré lit. ligà ff maladie t?) de sé- 
parer Xoiyos de XsvyaXéos et du scr. rôgas. 

2. -ofc.,j-, avec ^^ iniplosif, peut donner -on- (otttos) ou -vx- 
[vvxtÔs). 

3. -e/i;2|-, avec k.j implosif, peut donner -stt- (e4/0|ua<, -stett- 
Tos), ou bien : 

' Ici pourrait aussi se placer vlûga, le nom slavon du loriot, cet oiseau qui, 
ordinairement invisible sous la feuillée, ne trahit sa présence que par un des 
plus vigoureux sifflets qu'on entende sous nos bois. L'étymologie vaudrait, en 
tout cas, celle qui rattache ce nom à la famille de vloga «humidité^' (parce 
que le chant du loriot est censé annoncer In pluie). 

^ Qui toutefois peuvent de leur côlé se rapprocher de XiySvv «en frôlantn, 
ce qui nous transporte bien loin de Mouo-a Xiyeta. 



VARIA. 79 

a. -vx- : icvxXos = scr. cakram, gorm. ywe)(wla- (évolution 
normale : tstiXo-; le k initial n'est qu'une conséquence de l'u 
pour e). De même xvxvos pour *k^ehjiios (scr. çakunas). 

jS. -tTT- ; c'est le cas de i'TTTros dont le prototype *ck^\wos est 
assimilable pour le grec à *ek^\k^os. Entre ïnitos et xvjiXos règne 
la même différence ou la même corrélation qu'entre Fenxeîv et 
XsvkÔs. La forme dialectale î'xxo? rappelle Xoiyos. 

k. -«^2!"' ^^^^ ^2 iinp'osif, donne -«tt- ou -aux-. On a les 
deux produits dans 3d<pvn, dialectalement (thess.) Savyya (et 
Smjy^iÀv svxavalov ^vXov S<x(pvris lies. ^). Cf. av)(ïfv à côté 

5. '^ky- donne -vx-; comme dans oi^i^x." {^^ ^^^^ ovaÇ)-). 

6, -Ikcf, -rk.y-, à supposer qu'ils ne se développent pas en 
-apTT-, «Xtt-, donnent ou bien -Xcnr-, -pcai- {daTpctntj' véd. 
srka-), ou bien -Aux- -pvx- : fXvxos, (Ppvxrés. 

■ Dans *Flyvs la question se complique 1° de la présence d'un ti 
i ares le g.2; 2" de la tendance de r l à donner (directement) pi 

Xà la moindre condition favorable, comme dans FpiXa pour 
F*rSjà =^ V. haut ail. wurzi- (sous la protection du jod qui suit). 

Vieux prussien siran ffle cœurw. 

Dans le proche voisinage du lituanien pirdis et du lette sirds 
(d'accord eux-mêmes avec slavon srûdïce), on n'est pas médiocre- 
ment surpris de trouver, en prussien, une forme d'où le d est com- 
plètement disparu. Siran, syran, siras, siru, sirans et l'adverbe 
sirisku crde cœurn : telles sont les formes relevées par le glossaire 
de Nesselmann. On ne semble pas toutefois avoir pris garde que 
siran était séparé de fiirdts par une différence plus essentielle 
que celle des consonnes, et qui nous donne le mot de l'énigme. 

Pour qui connaît le système de notation du catéchisme, beau- 
coup plus exact et plus conséquent qu'on ne veut bien le dire, la 
circonstance qu'un groupe sira- puisse être six fois répété sans 
jamais s'écrire sirra-, signifie à n'en pas douter que Vi était long. 
Mais nous n'en sommes pas réduits à cette preuve indirecte, 
puisque l'un des six exemples est marqué par y (valant très 
régulièrement ï), et que trois autres, comme il est facile de le 
vérifier, portent dans le texte un circonflexe non reproduit dans le 

' Serail-il vrai, comme l'admet M. J. Schmidt (K. Z. XXV, 117), que le 
rhodien XoÇivU «flambeam? lût pour Aoo;^i;/s par une transformation inverse? 



80 F. DE SAUSSURE. 

glossaire (pas davantage dans le Thésaurus) : sîran 61, sîru 89, 
sîrisku 26. 

Le groupe -e|r- ne pouvant d'aucune façon se ramener à tr=r, 
il ne reste plus qu'à poser sîra- = *sêra-. On obtient ainsi la pro- 
portion : 

pr. sîr{a)- : Yii. jiiniis = Krjp : xapSia. 

La proportion est vraie pour les consonnes comme pour les 
voyelles. L'indo-e\iropéen *k^^(;rd crcœunj, qu'on ne connaissait 
jusqu'ici que par le grec xrjp^, a toujours été' regardé comme une 
forme de womma/î/'-flccMsafi/' exclusivement, et l'absence du ^ dans 
xiipos, xïjpi comme un contre-coup de sa chute régulière dans 
*xï]pS. Or le d final étant traité en baltique comme en grec, tout 
ce qui s'applique à xrjp, xrjpos s'appliquera à *sîr, sîra-. 

Il n'y a pas grand intérêt à examiner à cette place si le pri- 
mitif */i:jêr(</) n'aurait pas perdu son d dès la période indo-euro- 
péenne, ce qui résoudrait le conflit oi^i est xrip avec une loi connue 
de la phonétique grecque^. 



Traitement de l'a en vieux prussien. 

Le prussien — je parle spécialement de la langue du caté- 
chisme de i56i — montre dans la règle, changement de Yû 
long en ou, écrit quelquetois au, mais restant, même dans ce 
cas, distinct de l'ancienne diphtongue au grâce à la position 
caracléritisque du circonflexe sur la deuxième lettre. Il est à 
peine besoin de rappeler soîms, soûnan [saûnan), lit. sûnùs; hoût, 
homns {haûuns), lit. hûû; toûlan, lit. tûlas; les pronoms loû (tau), 
si. ty; ioûs [iaûs), ioûmans, lit. jus; noûmans [tiaûmans), noûson, 
lit. mûsû. 

Cette loi qui paraît parfaitement établie, est cependant tra- 
versée par un nombre considérable d'exceptions oij l'ancien û 
persiste, sans chercher plus loin que le nom prussien lui-même 
dans Priisiskan, Prusiskai. De telles inconséquences sont sans 
doute explicables en partie par la date récente du phénomène, 
qu'il faudrait considérer comme n'ayant pas encore atteint son 



' Accessoirement par le scr. hârd- dans sn-hnrd-, dur-hârd-. Ces formes 
ne nous inspirent toutefois qu'une confiance limitée, parce que nous croyons 
qu'il existe un allongement indo-européen dans le second membre de certains 
COMPOSÉS. Cf. entre autres, véd. prlhu-gâghanâ de gaghana-m, got. fidur-dôgs 
de dags. 

- 'KrjpS aurait dû faire *Kép{ê). M. Brugmanii admet, en conséquence, que 
la chute des dentales finales grecques est antérieure à la loi en question [Grund- 
rist, 11, tiho). 



VARIA, 81 

plein épanouissement; et c'est un point de vue qu'il est difficile 
de repousser pour des cas comme nûmans, nâmas, iûmans (figu- 
rant chacun une fois) en regard de l'habituel mûma{n)s, ioûmans. 
Mais nous croyons que dans la plupart des formes le maintien 
de l'w tient à une influence très pre'cise : 

Vil long devant un i de la syllabe suivante ne se change pas en 

011. 

Exemples : Tûsimtons tmiilleii. (Le mot pour mille ne se ren- 
contre qu'une fois.) 

Schlûsitwei rrservin^, schlûsingisku et autres formes offrant 
toutes un i à la seconde syllabe, se lisent 16 fois, invariablement 
avec û^. 

Tûlninai fftu multiplies» et tûlninaiti, chacun une fois, parti- 
culièrement significatifs par leur opposition avec toûls et toûlan 
qui se lisent k fois (mais 1 fois : tûlan). 

Prûsiskai et Pnisiskan, 3 fois. (Par contre, le nom du peuple 
prussien, à cette e'poque, a dû être dans sa bouche : *Proûsai.) 

■Salûbiskan trie mariage «. On remarque dans cette famille de 
mots une vive oscillation entre û et au (valant où) : par exemple, 
d'une part, sakmban, salaûbai-gannan , salaûbai-boûsennien , de 
l'autre lûbnigs, salûbin, lûbi-, sallûbi-gennâmans , sa{l)lubiska-. Les 
exemples, comme on voit, sont dans leur ensemble favorables à 
notre règle; mais plusieurs aussi la combattent; ainsi l'on trouve 
1 fois sallaûbiskan (contre h exemples du re'gulier sa{l)lûbiska-) 
et d'un autre côté salûban, sallâbai-wîrins , salûbsna. Il paraît évi- 
dent qu'une fluctuation s'était établie dans la langue elle-même 
à la suite de la divergence phonétique des groupes laûba- et lûbi-, 
étroitement unis par le sens. 

lûrin «la mer» (connu par 2 passages) est également dans 
les conditions indiquées. Le cas a ceci de particulier que \i du 
thème iùri- = Yii. juré-, est le produit secondaire d'un è. 

Reste supuni en regard du lit. ziûpôné. Mais on remarquera que 
c'est la seule forme où nous ayons affaire, de façon à peu près 
certaine, à un û atone. Rien ne prouve que le changement eu ou 
ne fût pas spécifiquement le fait des û toniques. Cette même 
considération va permettre d'expliquer tu, forme du pronom au 
moins aussi fréquente que toû. 

Tu pourrait être compris premièrement comme signifiant tû, 
et par conséquent comme une forme complètement distincte de 
toiL Mais l'hypothèse est impi'obable : elle ne trouve aucun ap- 

' L'origine étrangère de schlûsitwei ne fait rien à TafTaire. 

MÉH. LING. VII. fi 



82 F. DE SAUSSURE. 

pui dans le lit. tù, qui sort régulièrement de *tû = si. ty, pruss. 
toû. On est donc amené à lire tû par û long : dès lors la non- 
diphtongaison doit être motivée par l'emploi proclitique (par- 
tiellement aussi enclitique) du pronom, et le contexte, si Ton 
examine l'ensemble des passages, n'est généralement pas défa- 
vorable à cette vue ^ 

Les féminins en -û du vieux prussien. 

Dans son livre sur la déclinaison en slavo-lette, M. Leskien 
s'arrête assez longuement (p. 6 et suiv.) aux formes en -û (pour 
â) de certains féminins prussiens : ainsi ividdewii ffla veuve i^, mer- 
gûmans frpuellisw en regard du type ordinaire mensâ tria chair w, 
gennâmans «mulieribus^. M. Leskien conclut, et nous abondons 
dans son sens, qu'il n'y a point à chercher là autre chose qu'une 
différence phonétique; mais il est assez singulier que tout l'effort 
de sa démonstration tende à rétablir un w dans merg[w)à- et les 
formes semblables, sous prétexte que le vieil à, en prussien, ne 
saurait subir d'altération que de la part d'un w. Ou je m'abuse 
étrangement, ou la langue du grand catéchisme montre après 
toutes les labiales et toutes les gutturales exactement le même trai- 
tement de i'â qu'après w. 

On a non seulement : urs trâgéw (lire ûrs) = *wûras, lituanien 
voras; deiwuts [deiwûtei) rr bienheureux» qui serait en lituanien dé- 
votas; 

Mais également: mûti, lit. môle; mukini, lit. mokinti; smuni, lit. 
zmôncs; supuni, lit. zùpôné; buwinanti rr habitez» s'il est à rappro- 
cher du lit bôvytis «demeurer, passer le temps»; pô-glabû tr j'em- 
brassais», lit. globôti; pûdaims trayant porté» qui n'est point une 
faute pour pîdauns, mais le participe d'un verbe qui serait en 
lituanien *podôii (^pûd- : pîd- = ht. sod- : séd-); pogûnans, lit. 
pagénas; en-laihmai, lit. laîkome; et semblablement teickut, en-tei- 
kûion, dwibugût en regard de biâtwei, signât , po-maitât. Nulle part 
un â après p b m k g. 

Pour expliquer les nominatifs mer^w, [pecku?], labbisku, seilisku, 
micktimmisku, peronisku et le datif pluriel wier^MmaHS, il n'est donc 
certainement pas nécessaire d'invoquer autre chose que la guttu- 
rale. 

Ceci ne doit pas empêcher de reconnaître qu'en fait, soit pour 
mergû- soit pour les mots en -iskû-, il ne manque pas d'argu- 
ments en faveur du tv, que M. Leskien a fait valoir; car mergû, 



' Nous devons constater en terminant, dans le catéchisme même, deux ex- 
ceptions (lifTicilement réductibles : drûcklan toujours par û (lit. drûtas et drûk- 
tas), et daûiin concurremment à diishi ttanimam^i, th^^me dûsè. 



VARIA. 83 

dans I et II, a pour accusatif mergwan (dans TEnchiridion mêrgan 
sans w) et les mots en -iskû- offrent des formes comme alki- 
nisquai (dat.). Mais ici pre'cisément se présente la question de 
savoir si ce n'est pas sur une méprise occasionnée par io nomi- 
natif que ces formes ont été créées. Le nominatif ^a//u cfla tête 77 
{Vive gala), sorti de *galwïi pour *galwà (lituanien galvô-), avait 
régulièrement pour accusatif galwan^, et c'est ce qui pouvait 
fort bien induire la langue à tirer de mergu (pour *mergà, lit. 
mergô-) nn accusiilii mergwan , en concurrence de la forme pri- 
mitive inergan également attestée. Si l'on considère la rareté 
des groupes kv gv en letto-slave (conséquence de la rareté des 
groupes k.)iv g.^tv en indo-européen), jointe au témoignage du li- 
tuanien qui ne connaît rien de semblable à mergvô- ou au suffixe 
-iskva-, on sera tenté de regarder cette hypothèse comme la plus 
probable. 

L'action des gutturales et labiales sur la voyelle suivante s'étend 
en vieux prussien beaucoup au delà de ce qui concerne l'a. Nous 
n'avons pas l'intention d'entrer dans cette étude, et nous nou& 
bornons à remarquer que les nombreux exemples de u pour ce 
qui est en lituanien a (cas particulier oi pour ai) se rencontrent 
exclusivement après labiale et gutturale : kurwan , guntwei , asmus, 
quoi, pirmoi, etc. 

Gotique par/, paûrban « avoir besoin». 

L'/ de par/ et du v. haut-ail. dur/an ne laissant aucun doute 
sur la forme terp-, et non terbli-, de la racine, il faut renoncer à 
rapprocher le slavon trèba «negotium^. M. Kluge [German. Con- 
jugaîion, p. 76) pense retrouver la racine terp- en question dans 
un verbe zend terefijàt, connu par un seul passage, et paraissant 
signifier rr enlever» [wegnehmen). C'est ce qu'on a obtenu jusqu'à 
présent de plus satisfaisant sur l'étymologie de par/, et c'est 
dire que le cas peut passer presque pour désespéré. 

A-t-on songé toutefois à examiner l'hypothèse oii par/ se rap- 
porterait, non à quelque obscure et lointaine racine terp-, mais 
à celle que tout le monde connaît dans lép-noyLOii , scr. trpnômi? 
Les significations en apparence diamétralement contraires de par/ 



^ Les formes comme galwan (qui par hasard ne nous est pas parvenu), ou 
mergwan, posent une nouvelle question phonétique, en ce que Yâ n'y est pas 
changé en û. 1\ faut admettre que devant une nasale de la même syllabe, le 
timbre clair persiste (cf. toutefois maiggun et autres exemples). C'est ainsi qu'en 
lituanien l'obscurcissement spontané de â en ô ne se produit pas dans ce même 
cas : mergomis mais merga. Le génitif galwâs dans galwasdellikei lerait croire 
qu'il en était de même en prussien pour un « suivi d'une consonne quelconque 
dans la même syllabe. 

6. 



84 F. DE SAUSSURE. 

ffj'ai besoins ou même «je manque 17, et de trpiémi ffje me ras- 
sasie 17, se conciiienl au fond par une transition 1res naturelle et 
dont toutes les étapes peuvent historiquement se suivre. En in- 
dien et en grec, la racine terp- contient, intimement mêlées, les 
deux idées de se délecter et de se rassasier (jamais celle de satiété 
au sens de dégoût). C'est la seconde qui domine en sanscrit pen- 
dant que le grec favorise la première : de telle façon que l'ex- 
pression hindoue tàni paçyan na trpijali «il ne se rassasie point 
de la voir, de la regarderai aurait, littéralement transcrite en 
grec [Trjv bpôJv où T£p7r£Tat), une signification tout opposée. Ce 
qui n'empêche pas le causatif sanscrit tarpayâmi d'avoir prin- 
cipalement le sens de délecter, et réciproquement l'aoriste grec 
lap-rcri [levai de signifier se rassasier, se repaître ^. 

Dans une troisième langue, qui est le vieux prussien, la ra- 
cine terp- reparaît, avec le sens nouveau d'ff utilité 11. Ka. . . en- 
terpo stai Crixtistiai? trà quoi sert le baptême, quelle est l'utilité 
du baptême? n Ka tennèimons cnterpon ast (was jhncn nulzlich ist) 
tfce qui leur est utile '\ Cette évolution peut avoir eu son point 
de départ soit dans l'idée grecque de TepTrofxa*, Tspnvos (cf. alors 
jiivâre ff aider, se rendre utild à côté dcjuvat rf il est réjouissant ii), 
soit plus probablement dans l'idée indienne (tfce qui donne sa- 
tisfaction n). Quoi qu'il en soit, nous voici arrivés, si je ne me 
trompe, au seuil même du germanique païf et de sa famille. 

Entre être utile et être nécessaire , entre trouver utile et avoir besoin , 
il n'y a jamais eu qu'une frontière des plus incertaines. Je n'en 
veux pour preuve que l'allemand brauchen, qui, signifiant d'abord 
notoirement utiliser, user de, à telles enseignes qu'il est le \a[. frui 
rjomvri, se retrouve dans la langue moderne avec le second sens 
d'avoir besoin. Dans la négation et l'interrogation, cette frontière 
devient même souvent impossible à observer. Ce qui est sans uti- 
lité est aussi sans nécessité, et le prussien ny an-terpinsquan t:sans 
utilitéii (dans le commandement : tu ne prononceras point le 
nom de Dieu en vain) pourrait lolérablcment encore aujourd'hui 
se rendre en germanique par ohne bedûrjhiss «sans besoin 15'^. 

' Pour ce qui esl du sens transitif de TepTrw frcliarmer, délectern, il ne 
doit pas être imputé à la racine. L;i langue {jrecque s'est créé après coup une 
série de causatifs en apparence très auticpies par ie simple moyen de la flexion 
active substituée à la flexion moyenne. Ainsi, de TseiOo^iai {=^jldô, gol. heida 
«j'attends, c'est-à-dire je me confici), le grec a inventé de tirer 'cre/ôo) trj'inspiro 
confiance, je persuade?»; mais ou aurait tort de conclure que la racine bheidh- 
ait jamais en elle-même renfermé un sens pareil. Nous nous réservons de revenir 
dans une aulre occasion sur ce curieux procédé du grec. 

- Le rôle des propositions négatives et interrogatives dans la transformation 
du sens des prélérito-présents, ces verbes à signification très générale, continue 
de s'aflirmer par la suite. La distance conslalée entre le prussien "être utile» et 
le germanique savoir besoin'? est peu de cbose en comparaison du chemin par- 



VARIA. 85 

Nous n'aurions pas osé cependant émettre la conjecture 
qu'on vient de lire, si certains emplois du germanique J>arf — 
au moins dans les dérivés nominaux — ne paraissaient confir- 
mer positivement l'origine soupçonnée. 

On lit dans Ulfilas [Luc, 9, 26) : hwô allis paûrftê gatmijip 
sis manna gageigands p6 manasêd alla, ip sis silbin fmkwisljands , 
71 yàp d)(pekeîia.i âvdpcoTVOS xspSrfo'oi.s lov xôa-fxov 'ôXov, éauiov Se 
œjtokéfras; Dans ce passage, on en conviendra, le mot paûrfts 
est sensiblement plus éloigné par le sens de son proche parent 
^ar/ qu'il ne l'est, soit du prussien *terpiniskû crrutilitén (con- 
tenu dans anterpinsqiian) , soit du grec T£p\|/<s, soit plus particu- 
lièrement du sanscrit trptis cela satisfaction, le contentement 75 
(identique aussi par la forme ^ puisque paûrfts vaut germ. *purf- 
ti-z = *trpti-s). Le même mot, en vieux norrois, est susceptible 
du même sens : pâ vœri hann vitr, ef hann hefâi ydur- râd ok hygdi 
hann um sina pyrft k il serait avisé s'il suivait votre conseil et 
songeait à (ou consultait) son intérêt, son avantage^ (Vôlsunga- 
saga, XIX). En anglo-saxon, je trouve pearf (== got. *parba) 
continuellement employé dans une acception semblable. Cura 
Past., ùoi, i5 -.dis ic cwedefor eowerre dearfe (Sweet : tins I speak 
for îjour benejît). De même 933, 8; 289, 3; 3o5, 3. Dans le 
fragment de la Vie des saints d'jElfric, publié par M. Sweet dans 
i' Anglo-saxon Reader, on lit his folce ta dearfe rrpour le plus grand 
bien de son peupleii. Mentionnons enfin l'adjectif gotique paûrfts, 
valant habituellement àvayxaXos, mais dans le passage II Tim. 
3,16 [bokos) paûrftos du laiseinai [ypa(pï}) d)(péXiixos zspos Si- 
SaaxctXlav. 

Le verbe parf ^^]Q trouve satisfaction dansw et de là ffj'ai be- 
soin àQ-n ne soulève donc en définitive aucune difficulté. La véri- 
table objection viendra des acolytes comme v. haut-ail. darbén 
cf être privé, dénué'' ou got. ga-paûrbs rr abstinent 17, qui nous ont 
longtemps fait hésiter. Il y a cependant même ici des accommo- 
dements : l'idée d'abstinence au moins peut reposer sur celle de 
contentement, cf. avr-dpKt]5 fcqui se suffit à lui-même w. 

Quant au moyen haut-ail. ver-dé'rben «périr ou dégénérera, 
nous croyons que l'idée péjorative y réside uniquement dans le 
préfixe ^r-, ver-, et que derben, en lui-même, devait signifier tout 
au contraire de ce qu'indiquent les lexiques, prospérer, se bien 
nourrir, et non pas péricliter^. C'est, en d'autres ternies, un verbe 

couru en pleine période historique par durfan qui en est venu à signifier «avoir 
le droit ou rautorisalionw. Or cette nouvelle modification du sens peut tenir en 
grande partie à l'équivoque des phrases négatives, du darfst nicht sprechen «tu 
n'as pas besoin de parler" étant compris comme «tu n'as pas droit à parler», et 
conséquemment daifsl isolé de la phrase, comme signifiant «tu as le droit». 
' Cf. lit. tarpslù «je prospère» en parlant de la santé d'un végétal ou d'un 



86 F. DE SAUSSURE. 

comparable h fir-wësan cr pourrir 7:1 de wësan cf existera, ou à got. 
fra-wardjan cr pervertira de wav-pan cfdevenin?. 



Axscov. 

AxeW ff gardant le silence r; ne pourrait-il s'expliquer comme 
participe pre'sent à'àK-rjxoF-ot.'^. Le vieux norrois Mjôâr wqui prête 
l'oreille n (de la racine fc^^/ew- , xXvsiv) signifie en même temps silen- 
cieux, et cela dans l'acception la plus large, c'est-à-dire même 
dans des passages oii le mutisme d'une personne est un signe de 
mauvaise humeur ou d'affliction, et n'a plus rien à voir avec 
l'idée d'écouter. De même le substantif hljôit veut dire ouïe et 
silence, et l'équivalent gotique (autrefois mal lu) in hliupa, 
I Tim. 9,11, traduit le grec év f\av)^l(x. Cf. Hêliand Bgio : was 
hlmt mikil, thagoda thegan manag. On retrouve la même transi- 
tion dans le lette kluss tr tranquille ^7, parent de klausû tfécouterT^. 

M. Bréal me rend attentif encore à l'allemand moderne auf- 
horen, étymologiquement adresser l'oreille, s'arrêter pour écou- 
tera; de là ff cessent. 

La difficulté vient de dxtjv, car *àKFrjv conduirait à dxntfv 
(cf. 'zssXexxov) ou même à dTmrjv (cf. mnos). 

TsTiïjfxai. 

La dernière étymologie est celle de M. Brugmann, qui, com- 
parant cïira pour coisa, pose une racine k^eis- (avoir du souci). 

Contre cette hypothèse j'oserai conjecturer que -Titj- reflète le 
latin qviê- dans qviè-sco , qviè-tus,el que l'idée première de TSTir]- 
[lévos est assez exactement celle de l'allemand eingeschiichtert 
ff rendu silencieux par intimidation^, en ajoutant toutefois pour 
le grec : ff (par intimidation) ou par un déplaisir, un froissement 
quelconque w. 

On dira que l'idée de bien-être qui éclate partout dans qviê-sco 
est éminemment contraire à notre supposition. C'est là certaine- 
ment l'objection principale. Il n'en est pas moins vrai que qviëtus 
a donné coi que nous n'employons qu'en parlant d'un silence im- 
pliquant quelque situation désagréable. 

TsTitjfjiai serait donc à l'origine ffje me lais, je me tiens coi 
(par chagrin, par humiliation, par appréhension) 15, d'où le sens 
historique ffj'ai le cœur serré; je suis abattu ^i. Il est à remarquer 



animal, rantiBcation non encore mentionnée fie la racine qui nous occupe. Le 
lit. tarpà r prospérité, bonne santé 55 est identique avec i'anglo-s. pearf dont 
il a été question plus haut. 



VARIA. 87 

que les personnages dits dans Homère TêTivfJiévoi vrop (t£t<j7ot< 
3-u/^îD) manilestenl leurs senliments principalenienl par le silence : 

I 3o : ^vv §' âvs(f} YfcroLV TsrirjÔTSS vïss Ap^ajwv. 

dàli : aî S' oïat Aiàs à(x(^ls, kOrivalri ts xai Hpj; 

rjaOTijv, oùhé t/ [xiv tspoas(^(i}veov, oOS' èpéovto. 
«VTàp ô éyvw rjcriv èvi ippsai , ÇwvTijaév te • 
ri<pd' ovtw TsriïfaOov, kdtjvairf ts xai Uptj; 

Dans ce dernier passage, on est presque tenté de traduire tout 
directement par tr pourquoi si taciturnes'^.. . . ly 

Parmi beaucoup d'exemples nouveaux à citer à Tappui de 
la loi grecque des trois brèves (voir Mémoires Graux, p. 787 seq.), 
se trouve ênntiSss, depuis longtemps expliqué par sir) rdSe [ad 
hoc). Hésychius donne la forme significative rJTiiTixSés ' sTint]- 
Sss, où, la première voyelle subissant allongement, on voit par 
compensation la troisième demeurer intacte. 



n^ 



VTTSpi. 



Le même principe des trois brèves permet de supposer «ep/ 
comme continuation légitime d'*v7repi. 

Non à la vérité s'il s'agissait d'un trisyllabe ordinaire, car 
brève finale vaut longue. Mais une préposition, mol proclitique, 
peut être considérée comme ne faisant qu'un avec le mot qui 
suit, ce qui assimile la troisième brève à une troisième brève in- 
térieure et donne comme solutions également régulières du pri- 
mitif *Mjoeri-^flwteîi : 1° 'tssp) zfdvTcov; 9° virèp 'zsdvTwv^. 

Ilep/, dans l'emploi archaïque bien connu : 

AAA' 68' ivifp èdé'ksi -Tsspi vsâvtwv éfxfxevaj àXAwr 
serait donc un mot distinct de 'TSepi autour = scr. pari. 

^ "i-nép peut donc s'expliquer comme modification grecque de l'ancien *uperi, 
iequei sumt en tous cas dans le type viteip à'Aa (= viiepj à'Aa, comme l'a montré 
M. Wackernagel). D'autre part, le sanscrit iipar. concurremment à upari, rend 
cette explication inutile en établissant l'existence d'une double forme indo-euro- 
péenne *upei'i et *uper. L'instabilité proethnique de Yi étant un Irait de la 
finale du locatif (indien râgani ot râgan, grec a«/^e((T)fct aiFés) donne à penser 
que upar{i) avait la qualité de locatif d'un nom quelconque, et, de fait, en san- 
scrit classique upur ainsi qu'antar sont couramment composés avec un nom, 
comme étant noms eux-mêmes, ce qui n'arrive, autant que j'ai pu l'observer, 
pour aucune autre préposition : sôpànôpar «au-dessus de l'escalier»; on ne 
pourrait pas dire sôpànâmi, sôpânàbhi, etc. 



F, DE SAUSSURE, 



C'est le même (t;)7rep/ qui règne dans les composés comme 
isspiliïfxïis = vTTspfxïfxï]? -, et qui reparaît plus tard en des traces 
isole'es, comme rsspiopàiv = ù-nspopôiv (non synonymes, mais 
assurément fort voisins de signification). 

Il n y a toutefois jamais rien de définitif à espérer sur ce ter- 
rain mouvant du sens des prépositions. Jlepi-ixrJKriç ^ qui semble 
favoriser grandement notre hypothèse, n'en oifre pas moins une 
analogie frappante avec le lituanien per-saldùs trtrop doux^i et le 
latin per-tnagnus; or il est certain pour la forme latine, probable 
pour la forme lituanienne^, qu'elles n'ont rien de commun avec 
*uper[i). 

Hv l'a. 

Le mot nez avait en indo-européen pour forme forte nos- 
(lat. nâsus, lit. nôsis, scr. nos- et nàsà-), conséquemment ïïs- pour 
forme faible. La continuation régulière d'un n initial est une ques- 
tion sur laquelle on peut hésiter presque dans chaque langue, 
mais qui ne laisse cependant guère de choix, en grec, qu'entre 
m et cèra-, sporadiquement peut-être dv-. 

Un primitif *m-io-m rr chose qui tient au nezw donnerait donc 
en grec *âv(7io- ou dvàa-io-; mais ce dernier, en vertu de la 
loi des trois brèves, se réduirait lui-même à dvcrio-. Le pro- 
duit régulier de avaio- sera en ionien tjvio- et en dorien âvio- 
(cf. *s(pav(7ot, ê(ptivoi, eÇiâva). Ainsi rà nvia (dorien avîa) peut 
passer pour être la bride passée au museau du cheval. ' 

Nous tenons à constater, pour éviter le reproche d'une étymo- 
iogie artificielle, que nous n'avions pas connaissance, en suppo- 
sant cette origine, du scr. nâsyam (et nasijam) signifiant frla bride 
servant à mener le bétail?:-, et que nous ne connaissons même 
ce mot que pour l'avoir cherché dans le dictionnaire de Péters- 
bourg sur le soupçon tiré de rjvla. 

Le lituanien apy-nasris rf bride sans mors 55 est moins remar- 
quable en ce que nasraî a pris dans cette langue le sens de 
ff gueule, bouche 75. 



Ô;. 



pvo 



eis. 



Il reste malgré tout assez probable que l'indo-européen orien- 
tal scr. açru-, lit. afiarà, est le même mot que l'occidental Stxnpv, 

' Je dis simplement probable, car Kurschat pour le lit. per, Bielenstein pour 
le lette par, font, chacun de son côté, cotte remarque identique que la préposi- 
tion ne signifie pas à travers, comme on est enclin à le croire, mais; en pas- 
sant par dessus, ce qui rappelle vwép. 

- Peut-être une bride attachée à un anneau traversant le cartilage nasal de 
l'animal , comme on fait encore aujouitl'liui pour les taureaux dangereux. 



VARIA. 89 

lacrima, got. tagr. Dans le cas où on aurait une première raison 
sérieuse de douter de cette identité, nous proposerions de rat- 
tacher l'homérique oxpvSeï? à l'indien açru-. L'emploi de ce mot 
(autrefois confondu avec oxpiSeis) ne correspond à aucun de 
ceux de xpvésis ou de xpvepSs, et coïncide en revanche avec ceux 
de Saxpvoeis : 'zsS'Xsfios bxpvésis et ^aôXefjLOs Saxpvoeis, jamais 
'csSXsfxos xpvôsi? ou xpvepos. Le [passage qui fait diificulté en 
apparence est celui où Hélène dit, en parlant d'elle-même : 
ê(xov xvvbs. . . bxpvoéa-ari?. Mais ici même, le mot xpvoéa-o-rjs 
détonne si on le substitue, et l'on préférerait certainement quel- 
que synonyme de Saxpvoéacn]? — non pas au sens de tf perdue 
dans les larmes '•>. malgré xXaiovcrix rsTrjxa, T, 176, — mais au 
sens d'objet lamentable. Le souvenir du sens premier était en tous 
cas effacé dès les temps homériques; mais la façon d'employer le 
mot peut remonter très loin en arrière. 

Décomposé en vy -\- irfs, le mot donne un suffixe de forme 
énigmatique, joint à une racine qui n'est pas beaucoup plus 
claire. On conviendra qu'il n'y a rien de particulièrement frap- 
pant dans le rapprochement traditionnel à'vyirfs avec véd. ugrâ- 
dont le sens exact est : doué d'une puissance redoutable (presque le 
grec SsivSs). 

En adoptant l'analyse v -f- yttis, on aurait dans le second élé- 
ment un congénère de /S /os tt vie » , avec y au lieu de /S , à causé 
de Vu qui pj-écède, comme dans (2ov-x6Xos contre cti-iiokos [Mém. 
Soc. Ling., VI, i6i). 

Le premier élément peut être compris de trois façons : 

1° Comme étant le sanscrit su-. Type *su-gçj.wes- trayant vie 
bonne 71 ^ La formule de salut usitée en prenant congé de quel- 
qu'un, vyiaivs tf portez-vous bien 7? serait le pendant de l'allemand 
lebe wohl, leben Sic wohl, proprement tt vivez bien^. 

2" Comme équivalent du zend yavaê- dans yavaê-gi- tt éter- 
nellement vivant w. Yavaê peut se rapporter, soit à la racine du 
scr. yuvan- tt jeune w, soit à celle de mjus- trâge, éternités, deux 
racines qui d'ailleurs n'en font probablement qu'une. Le composé 
yavaê-gi- rappelle d'une part ù-yirfs et de l'autre (xi-^r}Oi te les 



* Ce qui peut s'entendre en deux sens différents. Ou bien trpiein de vie, ayant 
toute sa vitalité». Ou bien «menant bonne vie, observant l'hygièneri {ev-Sianos). 
La seconde interprétation se recommanderait peut-être par le seul passage d'Ho- 
mère où ie mot se rencontre : fitjdos Ù7ir)s.(0 5a^) rravis sain et sage, parole 
exprimant le parti le plus sage à prendre". 



90 , F. DE SAUSSURE. 

jeunes hommes w, dont le second membre se retrouve dans jLt^vu- 
^rjov oXtyoSiov (Hésychius) '. 

3° Comme réduplication de g^^vv-. Type *g.^jîi-gjw-es- bientôt 
re'duit par dissimilation à *jîig.Jwes- -. 

Le \ai\n fous jûgis k source toujours viver), sur lequel nous nous 
réservons de revenir ailleurs, n'exclut que la première de ces 
trois explications. Il est, selon toute probabilité, proche parent 
d'vyirfs. 

. P. S. On a supposé dans ce qui précède --ytecr- = ytf-sa--. 
Il serait également réductible à -yij-ecr- de la racine plus courte 
et synonyme g^^i-. Nous y gagnerions de pouvoir invoquer les 
sens lituaniens de g.^ei- : gyjù {gijaù, gyti) : i° tr vivre w [gyti ar 
niirti question de vie ou de mort); a" revenir à la vie, se guérirTj, 
ifi-gijîisi ronà ff plaie guérie, cicatrisées, gaj-ù-s tr salutaire ti, cf. 
s\a\e go[j)iti a guérira (causatif du même verbe, gardant, en serbe, 
à ce que m'apprend M. Môhl, le sens plus primitif de /«iVe vivre 
[une plante). La dernière de nos trois hypothèses CgJûgJ^es-) 
n'aurait plus alors qu'à être rayée, la présence d'un m dans le 
redoublement n'étant naturellement admissible que s'il en existe 
un dans la racine. 

X, ^, pour ks, ps. 

Le grec n'offre nulle part f xf/ devant consonne, et comme ce- 
pendant il existait à l'origine des groupes tels que -ksri-, -ksi-, 
-psn-, -psi-, on est amené à se demander par quoi ils sont rem- 
placés actuellement. Plusieurs formes semblent indiquer que c'est 
kh ph {y^ cp) qui succède régulièrement à ks ps en pareille posi- 
tion : 

1° Devant nasale ou liquide. — Le mot léyyr] ne peut vrai- 
semblablement se rapporter qu'à la racine teks- tr construire avec 



' C'est peut-être aussi dans cette direction qu'il faut chercher la clef du 
cypriote ilFotn K^v «à perpétuité''. 

- Nous regrettons de ne pouvoir ici justifier par le détail chacune des formes 
que nous faisons prendre à la racine <fg^wn. Il faudrait montrer comme quoi le 
groupe fondamental est g^tvà- ((3/J^wvai), comme quoi ce groupe a régulière- 
ment pour forme faible gjû-, comment enfin ce gjû- fait irès secondairement 
g.,îw- devant voyelle. Bornons-nous à constater l'existence historique de g'^w dans 
le désidératif indien gu-gyû-sa-ti tfil veut vivre», qui se lit soit dans le Çala- 
patha-brâhmana , soit dans VAitarêya-brâhmam. 

Maintenant, comme Vu et Vu primitifs restent deux phonèmes complètement 
distincts, malgré toutes les tentatives de MM. Osthoff et Brugmann pour les 
confondre, il est certain que Vv bref d't5j «rfs est une circonstance assez défavo- 
rable à la restitution {g.^jû-gjw-es-. 



VARIA. 91 

art 11 [texô, réxT-cov, pour *teks-6n, elc). Il serait donc pour 
*T£^vâ.. Le mot Xv^vos ramené à *Xv^vos trouve, en ce qui con- 
cerne les consonnes, un appui dans le zend raoysna- ff lumineux ii 
(le nom de Roxane) qui passe à bon di'oit pour identique avec 
lat. lûna, losna. H y a quelque chance pour que 6y)(yri «le poi- 
rieni (quoique apparaissant sans digamma Odys. ri, 120) soit 
le même mot que lit. vïnkfina rcrérablew. On s'expliquerait de 
même les cas tels que •CTXop^^f/o?, qui reposerait, non sur 'usXok- 
[J.6-S, mais sur *'ur\ox-c7fjt.6-s^. 

2° Devant t. — Exemple très certain : é<p66s valant ^eil'TOff 

On remarque ce fait curieux que (pr venant de ■^t donne un 
autre produit que le <pT ordinaire qui se re'duit à iâsI [ypccTilés) : 
opposition qui repose peut-être sur une simple différence chrono- 
logique, mais plus probablement sur une différence de traitement, 
en ce sens que -pst- n'aurait jamais engendré (fr {pht), mais 'zsO 
(pth), d'où résultait nécessairement en grec (pO. 

Comme on le voit, la forme sxtos ccsixièmeii n'a jamais été 
pour ffs'lrosw qui aurait fait ^é^dosn (ou ^^èyBàs-n). Elle répond 
au v. haut-ail. sehto, sans s. La question est autre pour éKxai- 
Sexa, de composition toute récente. 

Attique -pv- pour -pâ-. 

Notre confrère, M. Meillet, signalait l'autre jour l'irrégularité 
de l'attiquc xprfvr] (dor. xpdvâ.), avec rj en dépit du p qui pré- 
cède. Comme cette anomalie se répète pour siptjvtj (dor. dpdvâ.) 
et Kvprjvtj qui s'appelait Kvpdvâ d'après les inscriptions locales, 
on est conduit à poser que att. -pâ- ne reste -pâ- qu'à conditmi 
quil ny ait pas à la syllabe suivante un second â prêt à se changer 
en tj. Dans ce cas très particulier, l'attraction du second â-ij 
triomphe de la résistance de l'r, et entraîne le premier. Rien de 

* En regard de >o^ds et luxâre , on a ;^ dans lé/^pios (et hxpiÇis peut avoir 
X pour X P^r dissimilation); mais nous hésitons à rétablir un groupe aussi 
insolite que -ksr-. Le groupe -ksi-, beaucoup moins rare, se cache peut-être 
dans Ki^Xrt ou /;^Xrj rela griven auquel Hésychius connaît une troisième forme 
iax^n , qui serait simplement une autre solution donnée au primitif *(«)j«a-Aâ 
(cf. la finale -slâ des noms d'oiseau allemands amsel, drossel?). Nous ne tente- 
rons pas de rapprocher ai<pvû} de al'^a, vu la forme dÇvci) qui paraît garantir une 
parenté avec è^aitivris. 

^ Peut-être aussi StÇ>6épa pour *Se>lnépa de Sé^co (f tanner, etc.n. Le présent 
Sé<Pù} , qu'on trouve concurremment à êé-^u , a pu sortir analogiquement de formes 
perdues comme SeÇidàs pour *§£-^t6s. 

È)(dp6s pourrait passer pour représenter ^ê^-rpàs (exlerus) «l'étranger», 
si l'on n'avait àT{é-/do(iai , é)(dos, etc. 



92 p. DE SAUSSURE. 

lel dans xpàryipi parce qu'ici 1'»; de la seconde syllabe est un rj 
originaire. 

Tlsipâ.Tt]s pour iffeipâTas est postérieur à la période attique. 

-vçjivo- pour -Of/î'O-? 

Le groupe -ofxv- en grec semble subir changement en -v(xv-. 
Ce phénomène n'est peut-être attesté par aucun exemple absolu- 
ment probant; mais on doit remarquer au moins le fait négatif 
que -o(xv- ne se trouve nulle part, si ce n'est dans 6[Àvv[jii, où la 
répugnance ordinaire de la langue pour deux v consécutifs ne 
pouvait manquer de préserver l'o. Ilpo-(ji.vt](Tl7voi, en sa qualité 
de mot composé, ne saurait constituer une exception bien sé- 
rieuse. 

Les exemples présentant -vfxv- pour -ofzv- ont malheureuse- 
ment tous, nous venons de le dire, un côté discutable. 

1. Tlpvfxvos en regard de -nrpofjtos^ L'exemple sera tout à fait 
valable pour qui admet que zspôyios se compose de -nrpo -|- /mo. 
Il ne l'est pas au même degré pour qui pense plutôt que 'Spo- 
(xos sort directement du mot indo-européen *prmmos , got. fmma ^, 
avec la même anomalie du vocalisme que dans e€So(xos ■=■ *sepùn^ 
mos. L'y de 'zspvfivos n'apparaît alors que comme une voyelle 
hystérogène développée sur m et qui n'a jamais eu besoin de 
passer par o. L'action du groupe -(iv- ne consiste plus à changer 
en y, mais à déterminer le son v chez une voyelle en train de 
naître, et qui, laissée à elle-même, eût donné soit o, soit a^. 

9. "Nùjwixvos en regard d'orofxa. Alors même qu'on n'aurait 
pas voivvfxos, Su(7covvfxo5 , etc., nous sommes ici encore devant 
une voyelle de timbre indécis , le second o de ovofxa valant * indo- 
européen. 

^ L'alternance des suffixes est comparable à celle qui se produit dans SîSvfios, 
Siêv^ivos, ou à-aâloL^ivos en regard de waAa'jxr?. Je dois dire à ce propos que -(j-v-, 
soit ici soit dans d'autres formes, me paraît être le représentant grec de -(ij- 
( contrairement à la doctrine de M. Ostlioff, selon laquelle -fij- donne -vj-) : de 
sorte que tsp^fivos, pour *':3p6[ivos (ou 'ap^vos), remonte plus anciennement 
encore à *'Bp6fxjos (ou 'mpmjos). Le phénomène est tout à fait semblable à celui 
qui fait que le tchèque mhto (c'est-à-dire mjesto) se prononce aujourd'hui mnjesto 
(plus exactement mnesto). Telle est du moins la prononciation constante aux en- 
virons de Kolin. Cf. d'ailleurs ■o? pour -or; dans -roVuw, etc. 

^ Ou *prmos (valant *prinmos) d'après anglo-sax. /orma et lit. pirmas (auquel 
cas le -po- de 'apàfioe serait celui de ^poTOS= scr. mrtâs, -fifiëpoiov = vfnxpjov : 
dans les trois cas après labiale). Mais l'existence de *prmos est douteuse, car 
pirmas suppose exactement *pfmos (cf. scr. pûrvas), ce qui n'est plus la même 
forme, et l'anglo-s. /orma peut venir d'une mélathèse defruma. 

* C'est ainsi que le k vélaire de *ivlh^os a déterminé l'évolution de 1'/ vers 
-Au- au lieu de -Aa : (F)Wxos. 



VARIA. 93 

3. Tv(xv6s semble, par une interversion quelconque, proventr 
de *nog.^nos (scr. nagnas; ïô, dans *nogviclos, nûdus) ou de *'mog,^- 
nos (zend mayna-), mais soulève toute espèce de questions par- 
ticulières qui donnent au problème une forme compliquée. 

h. AicrvfJLvrjTtjs et ala-vfJLvvTvp '• d'étymologie incertaine, mais 
paraissant cependant reposer sur a.ia-o-[xvï]-^. Contre cette origine 
de Vv, on peut alle'guer la variante aicrvmrjpi^ O 8^7, d'ailleurs 
e'nigma tique en tout état de cause. 

Lituanien kùnistè rtle poings. 

Dans le slavon pestï fr poings, -st- ne peut pas reposer sur 
-&2^-qui donnerait -st-. Mais il peut venir : t° de -st-; 2° de -k^t-; 
3° de -k^st-, et k° de -k^^st-. 

Les formes germaniques (v. baut-all. fûst, tbème fùsti-) ne 
laissent de choix qu entre la troisième et la quatrième hypothèse : 
car *piistis donnait ^(funstn, et *pnktis donnait (^fïihtv; seul *pnkstis 
engendre régulièrement *funystiz., *fiihst, et enfin fîtst (comme 
mist «le fumier 75 de *mihst == got. maihstus). Le germanique en- 
seigne que le e slave est ici pour n, non pour -en-; il n'établit 
rien quant à la qualité palatale ou vélaire de la gutturale. 

La parenté probable avec *pcnk.^e tfcinqi^- engage toutefois à 
écarter l'hypothèse de -k^st- et à poser exactement : *pnk^stis 
comme la forme slavo-germanique du mot poing. 

Ce ^2 ^tait nécessaire pour expliquer le lituanien kùmstè, de 
*kiimpstiâ-, sorti lui-même de *pimkstiâ-, par la même interversion 
que dans kepù=- si. peka frje cuis^n 

On a -un- pour -m- (n), comme plusieurs fois devant guttu- 
rale, notamment dans ugnîs «feu 75 (pour *ungnis), indo-eur. 
*ngnis. 

F. DE Saussure. 

^ -firrjTT/'p peut régiiiièremenl représenter -v(ivTi^p (cf. kya(iév(iav, Mém. , IV, 
p. A32 ), et vfxrjTrfp serait la régulière formation en -Trfp à tirer de la racine 
dissyllabique vpfie-, si l'on adopte ce que j'ai cru pouvoir établir ailleurs {Sys- 
tème des voyelles, p, 269 et suiv.). On obtient de la sorte une bonne étymologio 
d'aiffWfjivrjTifp qui lui confère le sens d'a(o-o-i»e/x^T«p. Il n'y a qu'une difficulté, 
c'est que Vv ne vaut pas rj, mais â d'après les inscriptions, comme celle de Mé- 
gare, Cauer, n° 10g. Or, selon le principe rappelé tout à l'heure, une racine 
dissyllabique grecque comme veyic- ne peut avoir que ff^r;- pour forme faible,, 
tandis que vfxâ- nécessiterait rsftâ- dans la forme forte. Quelques racines ont 
toutefois un vocalisme flottant : Té^ts-vos, -réit-à-^os, ce qui permet d'attendre 
soit T(irj- soit Tfxâ- dans la forme foible (en fait, on a T/xâ-). Si ve(x.£- doit être 
rangé parmi ces dernières, le groupe -l'ftâ- peut passer, malgré son a, pour l'état 
réduit de ladite racine. 

^ Cf. scr. panklis «la rangée des cinq doigtsn, d'où généralement «une 
rangée w, valant indo-europ. *penk^t,is ou *penk^^tis. 



GLOSSAIRE MOYEN-BRETON. 

(suite.) 



Cabell touccecq (chapeau de crapaud), champig[non Nom. 85, 
pi. quebell touçceguet 70, 100; pi. qebell-touçzecq , van. qabeleii- 
touçzec, Gr. 

Cabitenn, capitaine, Cm*. 

[Cachet), cahet, C v. teil. 

Cajf, cave, Cms. 

(Cajfout), quejfet, vous trouvez, B 576. 

Caillaraff, souiller de boue, Cb y. fane. 

Caledenn, 1. callus, cor, Cms, Gr. , -dm. Nom. 227, de calet, 
dur; cf. fr. durillon, 

Calquen eugen, nerf de bœuf, Nom. i36, cf. moy. br. cakh, 
veretrum; voir Rev. celt., VII, i56; VIII, 36. De là calqennet, 
frappe' de nerf de bœuf, Trajedi Moyses, Morlaix, t85o (à la suite 
de Trajedi Jacob) , p. 200, 201. 

Cambr, chambre , f. : teir — Cb v. ty. 

Cammaff, courber, boiter, Cm*. 

Campy, inte'rét de Targent, usure, Gr., cf. s. v. prêter; voar 
campy (bailler) à usure, Nom. 206, voar camby (argent pris) à 
intérêt, 202; kampi, m. Gon., du gaulois latinise' cambium (cf. 
fr. change); cf. irl. liicht gaimbin, usuriers. Sur le changement de 
b en p après une consonne, cf. Rev. celt., VII, i45 et suiv. Un 
doublet phonétique de campy est le moy. bret. quem; kemm, m. 
change, troc, Gon.; ober quem oc h quem, troquer, Maun. ; vann. 
quemb-oh-quemp, mesure pour mesure, quemb, m., choix, TA., 
quem oh quem rr troc, trocn, Chai, ms., quemb, différence, Officeu, 
86, 176. Il y a en breton d'autres doublets du genre de campy 
— quem(b) = *cambion : tels son! (comps e) cusidi, chuchoter aux 



GLOSSAIRE MOYEN-BRETON. 95 

oreilles, Maun., nioy. bret, cusul, conseil, auj. kuzul, du lat. con- 
silium; moy. br. materi, matière, auj. mater, du latin materia, etc. 
Cf. moy. hr.Jizy,Jizi (en une syllabe) cl fîz, fie-toi, il se fie, Bev. 
celt.,lX, 38 1; vann. discléri, Off. i3o, disclœri, t&k, il de'clare; 
moy. br. dtjscler, impératif f?«sc/aer; vann. heli, il suit, moy. br. 
heul; vann. e hum boéni, il s'efforce, Off. 1 18 , en tre'corois e poagn , 
par gn doux; moy. br. na pariuri et na paiur, ne te parjure pas. 
Voir outraig. 

Can 2, gouttière, C, pi. -you, Nom. 1^2, ilik-, can, vallon 
281, pi. -you, Gr. ; can, ganol, canal, Gr., canol. Nom. 289 id. , 
qiienaide, pi. eu, chenal, TA., Suppl. (du lat. canâlis). 

Cannât a meuly tf parole ou annonciation de louange w, Cb v. 
quimyngadez ; cannadur, 1. legatio, Cb v. laes; id., pi. ou, you, 
ambassade, commission, Gr. 

Canoenn, chant, Cms., entre cannât et canon. 

Canon, g. id. , 1. tormentum, Cms., du fr. 

(Cantuet), cauet, centième, Cms, avec un signe dabre'viation 
sur r«. 

Gap, cap ou tête, pointe, en v. bret., Ann. de Bret., II, 2/16, 
mot resté dans la locution trécoroise war gab i rer qui se dit, 
par exemple, d'un chien assis, et qui est analogue à war benn i 
c'hlin, à genoux, litt. trsur la pointe de son genou, r. Du lat. capiit. 

Carboucl, escarboucle, Cb v. glouenn, du v. fr. carboucle. 

Carch, charge, Cms. — Cardinal, g. id. , cardinalez, cardina- 
lité, Cms.; entre ces deux mots il y a un article qui semble être 
cardinner (ou cardinier?) , 1. hic cardinurbi. — Carguerez, farcie- 
ment, 1. farcimen, Ce x.farsajf. 

Carnou rouncèet, les sabots des chevaux, Nom. 182 , sing. carn, 
Cartulaire de Landévennec 38, qam, Gr. , gall. carn, pi. au, gaui. 
*camu (= lat. cornu), d'où xapvv-^, trompette. 

[Carr, charrette), carer, 1. rotarim, Cms, entre carre et carres; 
qarrer, charron, Gr. 

Carrac, g. carraque, c'est une grande nef, Cms; gall. corwg, 
irl. curach = curuca. Voir Stokes, Remarks on the celtic additions to 
Curtius' Greek Etymology . . . , Calcutta, 1876, p. 8, et Devic, 
Dictionnaire étymologique des mots d'origine orientale (réimprimé à 
la suite du Supplément de Littré), s. v. caraque. 

Carreg, rocher, écueil, pi. kerrec, Pel. , auj. id., f. ; v. gall. 
carrecc, v. irl. carric; cf. v. irl. cloch, f. pierre, grec xpoxtj, lat. 
calx, bret. moy. eroguenn, écaille, etc. (Windisch). 



96 É. ERNAULT. 

Un ancien c primitivement entre voyelles devient dans les 
langues bretonnes c, g, et dans les idiomes gaéliques ch; un an- 
cien ce donne, au contraire, en breton ch, et en gaélique ce, e. 
Il n y a donc identité entre carrée et Tirl. carne qu'autant que l'un 
de ces mots serait emprunté à l'autre. Mais cette explication, 
donnée par M. Thurneysen, Keltoromanisehes , 96, n'est nulle- 
ment probable, parce que le celtique avait à la fois les deux suf- 
fixes -ieos et -iecos, qu'il employait concurremment, après les 
mêmes racines : Litavicos et Litaviccos. De même pour les autres 
suffixes, comme Lihieios et Liluccios, et pour les racines; cf. Z'^, 
171, 179. Carrée est dans le même cas que blonee, saindoux, cf. 
irl. blonae : il a un suffixe par un seul c, tandis que son corres- 
pondant gaélique en a deux. Mais, dans l'intérieur même des 
langues bretonnes , on trouve de ces sortes de doublets : 

Moy. br. groaeli, vieille femme = *v[i)racc-; et groee, pi. groa- 
guez, femme = *v[iyaei-. Le v. irl. /mec répond à groaeli pour 
ïa forme , et à groee pour le sens ; 

Bret. du xiii* siècle Kenec, éminence, Rev. celt., VII, 58, en 

i3i6 Quenec {-Ysae), Rosenzweig, Dictionnaire topographique. . . 

du Morbihan, p. 3o8, gall. cnwc, cwnwc=*eunue-; et v. br. enoch, 

' br. moy. quenech, hnech, léon. kreae'h = *cunoee-, v. irl. cnoec. 

Cf. gallois tywyll-wg et tijwyll-wch , obscurité ; 

Bret. du xiii*" siècle -odec, -ozec [-ozauc, -020c), homme marié, 
chef de maison, Rev. eelt., Vil, 2o5, irl. aithech = *\^^oticos., cf. 
grec (^£o-)7roTixos ; et -ozeeh [-ozouch), ibid., auj. ozeeli, ozach 
= *[pjoticcos, plur. ezec'h = *[p]oticei (pour le z, voir gouzavi):, 

Moy. br. calloueh, auj. kaUoe'h, (cheval) entier = *ealluccos; et 
bret. mod. qelleeq, qeïlocq id. Gr. , v. irl. caullach = *ealluàcos; bas 
léon. gaidoch Gr. , gaoloch Gon. , qui a de grandes jambes = 
*gabluceos, et cornouaillais gaolek, irl. gablach = *gablâcos, Rev. 
celt., VIII, 36. D. Le Pelletier donne, au mot bâr, un proverbe 
où gleborach, lisez gleboroeli, mouillé, rime à barroch, comblé; 
il voit à tort dans ces mots des comparatifs : ce sont des variantes 
degleborek, Rev. celt., III, 68 == gall. gwlyborog, et de barrek, 
ibid., 66. A gleboroch comparez la terminaison de guidoroc'h, der- 
nier né. 

Le moy. br. houch, porc = *succos, le moy. br. bu^h, vache 
:^*boucea; cf. lat. suculus, bueula, de *sucos, *buea; voir Brug- 
mann, Grundriss, II, 2^8, 25o, 261. Voir aussi clogoren, hubot. 

Carres, g. chavreau, Cms, entre carer et cart, qui est suivi de 
carv, cerf. C'est probablement un doublet de quarreau, carreau, 
C, mais formé du pluriel fr. carreaux (voir bahu, flambes, aïneset). 



GLOSSAIRE MOÏEN-BUKTON. 97 

Do là le nouveau sin^'ulicr (proprement singulatif) on qiiarrcsm, 
un carreau, Nom. i38, pi. carresennou, ibid. 

Carzaff, curer (les dents), Nom. 176, carzer, cureur (de la- 
trines), 826; carzdént, cure-dent Gr. , trec. karzafi, curer, «jali. 
carthu; voir argarzi et scarza. 

Castaing, Cnis , entre cassoni et castell; châtaigne? 

CAStR-egen, castren, nerf de bœuf; ff quelques-uns. . . disent 
aussi [casir) d'un nerf de taureau t' Pel.; castregenn, pi. ed, et 
castrenn, pi. ed, ou, nerf de bœuf, Gr. ; castret mat tf (un homme) 
entier, tout frais w, Nom. 272, hastret «qui a les reins forts», en 
cornouaillais (ïroude); digast7'et [\)orc) châtré, Nom. 33;gall. 
castr tchorse's organ of génération n. Je pense que ces mots viennent 
du lat. caslrarc : la difféience des sens entre castratus et castret 
serait semblable (mais inverse) à celle qui sépare plumatns de 
plumé. On trouve au xiv" siècle le nom breton Castreuc, Ahn. de 
Bret., II, 529 ; cf. an Calloiich,en Calloch, 628, et le nom actuel, 
Quellec. 

Cawe/, berceau, Cms,\. handenn. 

Cauernn, caverne; cauet, cage, 1. cauea, Cms; caoûed, f. Gr. , 
caoûet, Nom. 35, du latin cavitas? 

-ce. Le Cms écrit ainsi les mots suivants qui, par ailleurs, 
finissent ordinairement en -ce : ahstinance, abundance, accordance, 
arrogance, assurance, audiance, auarice (v. chetiff), balance, bece 
{yece, s. v. charronce), heniuolance, Boece, boiibance, cace, cence, 
cheuance, Clémence, coce, concupiscance , consciance, constarace, de- 
pandance, dice, disacordance , disciplinanre , discordance, dispance, 
doetance, douce, edefice, espérance, essence, experiance , face , fallacc , 
finance, Galice, grâce , Grèce , grâce , hace. 

Cedulennic, (petite) cédule, Cb \. protecoL 

Cejfn, moutarde; en marge : cezo, Cms; sezu. Nom. 92, seiiu, 



Chai 



ms. , V. seneuc. 



Certen, certain, certes; 1'''' syll. rime en art B 897 (cf. J 68, 
V. 7); c'est le méuie mot que le tréc. zaltin, avare, regardant 
(proprement sans doute ff exact, minutieux n, comme. piz); cf. Rev. 
celt., IV, 170. 

Chamois, g. id. — Champaingiie -agne, Cms. — Champart, 
Cms, entre chamois et champ; champard, campars, champart, droit 
seigneurial, Gr. — Chanc -e. — Chandelor -eure. — Chapell -e. 
— Charnel (péché) charnel, Cb. — Chtirrcicr -ici'. — CJiarronce, 

MÉM. LING. VII. • . 7 



98 É. KRNAULT. 

vesce. — Chastelen, g. id., uns. — Chauffant , g. chaufFaux, I. ma- 
china, Cms (ëchalaud), chajfot. Cb v. sig, chaffot. Nom. 128, 182. 
— Chommidiguaez, station, Ç,c,rguet, Cb , v. arrelaff. 

(liiuFERE, hydromel, tréc. {Hei\ celt., IV, i5o), de cuféré, em- 
ployé en iVaiiçais par Brizeux, et qui semble venir de kiifr [Barz. 
Br., /i6) comme le van. coustelé, gageure, de *coustl, gall. cytvi/stL 
Kuj'r est une métathèse pour kurf= corniq. coref, coriif, gall. 
cwnjf, V. irl. cîiirm, gaul. xovpçxi (lisez cûrmi), grécisé en xopfjioi, 
et latinisé en curmen, Du Gange. 

Cierg, cierge, Cb v. quentaff , du fr. — Chnant -ent, Cms. 

-cion. Le Cms donne cette terminaison aux mots suivants, qui 
ailleurs finissent en -tion :allegacion, appari-, appclla-, assigna-, 
colla-, confirma-, constella-, constitu-, contempla-, decep-, délecta-, dé- 
libéra-, descrip-, diffini-, discre-, dispensa-, disputa-, dissen-, dissi- 
mula', distribu-, diuina-, epyloga-, estor-, excusa-. 

Cinellenn, g. ciuelle, Cms. 

Claffhat fr débiliter ou être nialaden, Cb v. semhldet, klanvaat, 
tomber malade, Trd.; cliyffjien, les malades, Cathell, 3i, gall. 
cleifion; clandy lazaret, Nom. 128; m. maladrerie, xvii" s., Bull, 
de la Soc. pohjmathique du Morbihan , 1871, 1 , 1 ^1 9 ; = gall. cla/dij, 
hôpital. 

Claffier, clavier; Am. v. stoc; du t'r. 

Cleauet, entendre, Cms. 

Cleffiff, boiter, Cms. 

Cleihat, g. gauchart, 1. mantinus, Cms. 

Cleret : guin — rrpimautn, Cb, du fr. vin clairet. 

Cleusenn, (vieil) arbre creux, doit être s('p;tré de cleiiz, fossé, 
et venir du franc, cretuc (= b. lat. crosus), pnis<pfon dit en tréc. 
klenzen, (vieille) femme décrépite, kleuz, creux (^cleus , van. id. 
Gr.), mais kleû, fossé. Voir hlaouah et cleuz. 

Cleuz, fossé, gall. clawdd = *clàd-; un autre dérivé de la même 
racine, sous la forme *clàd-, est claz, l'endroit. . . où Ton cesse 
de bêcher, ce qui fait une fosse ou crevasse; data, couper la 
terre, faire une tranchée, Pel., van. claouoin, claouatt, creuser, 
l'A., é zivongnèn clahuét, ses joues creuses. Voyage misterius de inis 
er Vertu, Vannes chez J. M. Galles, p. i4i ; <fall. cladd, clnddu. 
Pour le changement dez en ou élu demi-consonnes, cf le verbe 
\an. spaoïiein l'A., spaouein (et, spahein), Gr. ==léon. spaza, tréc. 
spaafi, spahafi, gall. yshaddu, du lai. spado ; liuein atteindre, (Jial. 
tns, = léon. tizoul; voir bez. 



GLOSSAIRE MOYEN-BRETON. 99 

Clezeti, cleze, ckau, glaive, Nom. i83, cleu, iSh, pi. clezeyer, 
309. 

Ùimichat, pleurnichei-, dm, de dem, se plaindre, avec la ter- 
minaison française -icher. 

Clocucc, sourd; le Cms a douce, avant dodi. 

Gloet, g. claye, 1. liée cleda; clodeat (herser), dus. 

Clogoren ff bouteille ou bouillon 11 (sur l'eau), 1. buUa, Nom. 
3 2 1, dogor, yeux du fromage ,61, dogorennaff' (<: vessierw (la peau) , 
276; auj. khgoren ampoule, bulle, gall. clogoren, bulle, dogor, 
ampoule. Même racine que bret. hlocli, cloche. Pas de difficulté 
pour le sens : une ampoule s'appelle familièrement cfune clochen, 
et en gallois doch y dwf'r, litt. rda cloche de Teau^, veut dire 
ff bulle sur Teau^n 

Quant à la forme, dog-or[-en) est de'rivé (cf. eoloren, giiido- 
roc'h) de doc-, h. lat. doca, variante de docc- (bas lat. docca, 
moy. bret. doch, fr. cloche); comj)arez bouguenn, joue = *huc- à 
côté de boch = 1. hucca, fr. bouche; cachet = xaxxaoo, et cagal, 
crotte = *cacul-, cf. KOLKaw, lat. caco; bach, croc = gaul. becco 
(fr. bêche), et heguec, pointu = *bec(icos (M. ïhurneysen pense 
que le bret. hec vient du français); nach, nier, cacher = *)mcc-, et 
nacat, cacher, refuser, de *nag-ha pour *nac-ha, cf. gall. nagu, 
nier. Nous avons parlé, au mot carrée, de divergences entre le 
breton et l'irlandais, provenues de ces doublets. En voici d'autres 
exemples : 

Moy. br. luchedenn, éclair, de *litcc- pour */î<6'- = v. irl, loche 
(lat. lucens), cf. luguernijf, brïWer = *luc-ern- , v. irl. Ucharnn, 
lat. liicenia; 

Cornouailla^is loch, étang, marais, Pel., de *locc-, pour *lociis 
= V. irl. loch, lat. laciis, cf. moy. br. laguenn, lac, fosse = *lac(^u)- 
inna ; 

Moy. br. iechaff, je fuis (gall. techaf), de *teccam pour *lecami 
= V. irl. techim. La variante régulière *teg- ne se trouve plus dans 
les idiomes bretons. Inversement, le v. br. bue, mou, auj. boug 
= *bucos, et rirl. bocc = *baccos. Voir carrée, hubot. 

Closaff, dossaff, enclore, enfermer, closser, g. endosseur, 1. 
inclusarius, Cb v. quenderchdl; clotur, clôture, v. qiiae. Du fr. 

C/owar, tiède , et souvent tfdoux, miséricordieux 11 ; cf. van. ur 
sel char, un regard miséricordieux, Canenneu aveit er mis Mari, 
p. 22; er huérhiès doar, la douce Vierge, Boqiiet-lis, 16, 18. 

Cloutegelofle , 1. gariojilus , Cms. , du fr. clou degirojle; cf. tach 

7- 



100 É. EUNÀULT. 

girojl, Maun.; gcnojlenv , laich genojl, Gr. ; giroujie , gilou/Jc , l'A. {ji- 
rofle; giraujic , m. violJor ou girollicr, gilonfléc, I'. uirofloc TA.; 
gennjflen, pi. -ojjl, œillet, iMauii.; gcnojlcn, pi. -ojl , giroflier, œil- 
let, -qjlès, {{irollée. Gr. ; Borel donne gcnouj'rierc rrun œillet de 
gyrofle'e75, forme qu'il a dû empruntera (]uel([ne patois français. 
Cf. en Hainaut ^mo//t%, girofle'e, wallon /a/o/i-t'ne, œillet (Littié); 
V. fr. et rouclii genqfe, genofre, girolle (Scheler). Nous avons vu 
s. V. hez des exemples bretons du changement de r en n. Ici il a 
pu se faire un me'lange des foimes venant de girofle, giroflée, 
avec celles venant de genièvre, genévrier; cf. genojlecg , œilletterie, 
lieu plante' de diffe'rents œillets; genévreg, gcne'vrier, Gr. ; givézen 
jinqfr, çtsabine, espèce de genevrien:, Du Rusquec. Le Nomen- 
clator donne : tuigou genojl, clous de girofle, ']^. genojl, œillets, 
80, cfgirolfle iaune, l. viola lutea, Plin.15, 96, etge«eMra wgeneure 
ou genieure, 1. iuniperusn, io5. 

Coabi^en, couabren, 2 syl., ciel, peut ne pas venir de coujfa- 
hrenn pour *com-oahl-, mais bien d'une variante *co-abl-. Autres 
contractions analogues, où le son 0, m; se maintient : nioy. bret. 
coezjfuijf, s'enfler, Xeon, koeiivi , 2 syll. ; concoez, étranguillon, conto, 
proflt [Dict. élijm., p. io3); tréc. koafize (être sur son) séant, 
2,sy]\. = cousez, coase, van. coansc, Gr. , de *co-nssed (nioy. br. 
asez, siège, repos). Voir coëvenn, convoc, coustelé. Sur la relation 
de *com-oabl et *co-oabl, voir couff. 

[Coaill), coiall, caille, Cnis. Le bret. a garde' l'iw ancien (ital. 
quaglia), comme dans coacha, cacher, van. -chein.Gv., pet. tre'g. 
koach (ital. quatto, pressé) et dans le van. couailliein, cailler, Gr. ; 
waillein l'A. (ital. quagUarc). — Coanticq, joli, Am., v. niislv. 

(Coat, bois), quoat, G v. azr; coadyc, petit bois, coadus, plein 
de bois, C/j V. /o/rsf. 

CoAZA, van. coahein, consumer, diminuer. . . Ji force de bouil- 
lir, Gr. ; côaza, diminuer, déchoir', périr, dépérir, Pel.; tréc. 
Icoahan, diminuer, s'affaisser; gall. coelhi, raflincr, de coetk, pu- 
rifié, raffiné, du lat. cactus. 

Cocic, petit curculion, (>A v. prejf. 

[CoazreU), cozrell frcarn^l de solieis^i, Ciiis, hoazrellaff, se- 
inell(!r, 1. solero, Cb, Ce v. sol. 

Coc'iiEN, balle (d'avoine), peau, pellicule (de fruits, etc.), laie 
(sur l'œil), petite crème qui se forme sur le lait doux chaufl'é, 
Pel., AW/te/i f. écorce extérieure, cj'oùte légère; au (ig., extérieur, 
aj)parence, Gon.; probableiuejit du lat. coucha, comme le franc. 
coque, cocon; cf. gall. civclt , cijchedd , concavité, cijchu, couvrir. 
\oir couch. 



GLOSSAIRE MOYEN-BRETON. 101 

CoËVENN, crème, Gr. ; coaivemn, f. et m. TA.; tréc. koavon, f. , 
2 syll., (le *co- et d'un correspondant du {jall. hufen, crème? Lo 
moy. bret. couiiezajf, taire la lessive, tréc. koue, lessive, 2 syll., 
cf. gall. cyweddu , arranger, semble prouver que le son ou ou 
de cette pre'positon peut subsister en breton, même quand il 
n'y a pas contraclion ; ce qui appuie le rapprochemcMit fait par 
M. Thurneysen entre le ])reton kocliu, halle, moy. bret. cocimy, 
tfcochnei'» (haut bret. cohue, halle) et le gall. ay-e^w/^-, agitation. 
Voir conhren. Le gall. huf-en'-= *saim- re'pond à l'allemand seiin, 
mucilage, crème, vieux haut allem. seim, saim, miel vierge, 
comme l'a montré M. Rhys, Lrcturrs on welsk philoln^ij, 2" éd., 
p. ()9; cf. aussi le grec aljua (Fick, et Brugmann, Grundriss, II, 
3/i8). 

[Coezajf)^ cozaQ a vhel e penn da quentajf, choir de haut, la tête 
devant, Cb v. trabuchajf. 

[Coezff, enflure), coezafen bouzellou, Cms: 

Coffat, ventrée, portée. Ce v. guenell, auj. id. m. 

• Coffinonou lien, g. chaussement de lin. Ce, cajfmnnou, Cb; pi. 
de cophinon, chausson, Cb, Ce v. archenat, cojignon, Gr. ; dans la 
Suisse romande cafignon, souliers de lisières, v. franc, escnjignon, 
escarpin, God. 

Cogitation, g. id., pensée, Cb V. pridyii. — Col, colle, colaff, 
coller, Cb v. gludaff. Du fr. — Colery (se) mettre en colère, 
Cathell, 17, colerel, irrité, 2/1, auj. id., du fr. 

CoUater, g. collateur, 1. collectarius. — CoUnteraU -al , Cms. 

ColoJ'enn, paille; — giuman, ruche, Cms; colo, paille, Cb \. gui- 
nijenn. 

CoLOREN, noix de terre (bunium), Pel., pi. kéler, Gon., pet. 
Trég. kcrl, gall. cylor, irl. cidaràn, Rev. cclt., IX, 228, cf. H. de 
Villemarqué, Les bardes bretons, 1 o5 , 18^, 1 85. De *carid-an-, cf. 
grec Kapvov, noix, etc.? D. Le Pelletier donne aus>i crann, qui 
peut venir de *car-ann-, et qu'il explique ainsi : tr espèce de noix 
de terre, ou racine noueuse et entrelacée, que l'on dit être bonne 
pour guérir les panaris. . . On dit crann douar, noix de terre, 
crann lann, noix de lande. . . Crann. . . signifie aussi la racine 
de la fougère, restée en terre après que la tige est coupée. ^^ 

Comander, v. i. gourchemcn, Cms, commandement, g. id. , Ce 
V. gourcliemenn. — Combat, combat, Cathell i3, combaty oute, 
combattre contre eux, ik, auj. id., du fr. — Commanant pe gue- 
maes (louage). — Commin , coumin , cinnin. — Cnmpaingnon -agnon , 
f. -aingunes, Cms: cajjbut compalngnunez guerches. corrumpre pu- 



102 É. ERNAULT. 

celle , Cb V. luxur. — Comparageajf, comparer, comparation , g. id. , 
1. -tio, Cms. — Compos, (cousin) germain, Cb v. gcrmen, auj. id. 

Comps, drouc — médire; drouc compser, me'disant, Cb v. tennajf; 
compset, parie', Cms; compsabl, (parole) raisonnable, Cb v. lo- 
gician; compserez, 1. verbositas, v. guer; compsus, disant de 
boucbe, V. guenon. 

Conciergery -rie Cb v. mestr. — Concubinabl -naire, 1. -na- 
lis; -iner -naire, t". -ineres, dim. -ineresic Cb v. serch. — Confor- 
mité, g. id., Cb \. furm. — Conioent ff conjointureT^, -et frcon- 
jointii, conioentus tt coninnliffii , 1. compagineus Cb \. joentajf. 
Du fr. 

Connerj, c'est propre nom, 1. hic gonerus, ri, Cms. 

^onnijjfl el comcl, lapin C , coiinijjl , Cms.; comiijfl et conniql , Gr.; 
auj. kotiijl, Trd. (pet. trég. konnif) et konikl, Trd. Le i-apport de 
conicl à konnif se retrouve entre le v. bret. cornigl ff corneille 17, 
du latin cornic(u)la, et le trécorois ar chornif, Ricou, Fabloii, 
1828, p. 16, 75, 123; ar gornif, ik (2 lois), 76 {ar chorneil, 
ik, 75, vient du français; cl', cornaillcn ff cornille '•> , Maun.). Ce 
nfe sont pas là des doublets phonétiques, car konnif ne peut venir 
du lat. cunic(ti)lus , ni kornif de cornicula. Mais il y a eu échange 
entre deux suffixes latins d'emploi analoj|ue, -i-cl- et -i-bH-; 
connijffl, konnif ^=*cunib{ii)lus; kornif =*cornib[u)la. 

L'échange inverse se montre dans le v, br. guinuclou frépieuxi^, 
qui vient du bas lat. venamlum pour venabulum. On trouve en bas 
lat. acetabulum et acctacidum crvinaigrienv, dnciculus et diicibulus^, 
fausset = bret. moy. doucil, v. fr. douzil, gall. dwsel. Serait-ce un 
commencement d'explication pour certains doublets embarras- 
sants dans les langues romanes, par exemple vieux français ami- 
rade et amirafle tféniirw, franc, racler et rafler, renâcler et renifler 
(en Berry renicler, Littré; van. renaflein, renifler. Chai, ms.)? 

Le mot écornijler, comparé à la variante cscornichcr =^*excorni- 
ciare{l), n'indique-t-il pas *e.Tcornib(u)lare pour *cxcornic[u)lare , 
comme ro)j/to% comparé au v. franc, ronchier = rhoncare , indique 
*ronblare pour *ronclarc? Notons, à ce propos, que le breton 
rufa, rapproché par M. Scheler du français ronjler, se rattache 
bien plutôt, tant pour le sens que pour le vocalisme, au mot re- 
nifler. Le breton n'ayant pas de mot qui commence par m, aura 
adouci la prononciation famdièi'e rnifler en *njla,(\'o\\ régulière- 
ment rnjla {rufla, renifler, respirer fortement; rujjl,a frhumerfl, 

' nDacibnlo. . . iilti Ingendiim Duciculn^-: , \)u Gange. On voit que code cor- 
rection n'est pas nécessaire. 



GLOSSAIRE MOYEN-BRETON. 103 

P. Grëg.). Le mot breton qui veut dire ffroiiden: csirnclwl, em- 
prunt direct au latin rhoncare K 

Cf. aussi crucibulum, v. fr. croissel, bret. moy. creuseul. Voii- 
founill et paluhat. 

Considération, g. id. Ce x.ententajf; comiderij', conside'rer, C/» 
V. sellet, Nom. 2 si. 

Constantin nohl, Cms. — Consulter, consul, C6. — Contel, cou- 
teau, Cms. , coutell, countell, Nom. 18/1, pi. countellou, 167, et 
cmitill, D. i59 (rime i7/), van. couteêlleu et quenntéle TA., gall. 
cyllyU = lat. cuUelli. — Contemply, contempler, (jathell 5. — 
Contrainy, contraindre i3, contraignez, tu contrains li, -gne, 
contraindrait 19, du IV. — Contrefort, g. id., Cms, du fr. 

Contrepoent. Ober — contrechanter, 1. occino, Cb ; du fr. 
contre-pointe. 

Contreslec, 1. h(e)c matrix, Cms, entre contre et contrefort (Ts 
est donc peut-être pour/). 

Contronec, plein de vers, Cm«. 

Conuinquet, convaincu, Cathell, i3, du fr. 

CoNvoG ar vilin, piquer le moulin; convoc ar nielin w battre le 
moulina, Maun.; convoc, conhoc, piquer avec le marteau une 
pierre dure, aiin de lui donner la forme requise; et aussi une 
meule de moulin, Pel.; convocq ar vilin, part, convocqel, lever 
la meule pour la piquer, Gr. , s. v. moulin; ^^a\\. cyfhogi, aigui- 
ser. Le bret. a aussi les formes contractées : couga tr battre le 
moulin 15, Maun.; couga ar vilin, part, couguet, Gr. , conk, Pel., 
qui peuvent se rapporter à une variante ancienne commençant 
par 00- et non par com-; voir coabren. 

Coq, g. id., ou jau, ou jal, ou gai, Cms, auj. id., cf. b. lat. 
coccus. 

Corden, corde, Cms, v. chap; pi. querdeynn, Cb; quordennou et 
querdinn, Nom. 21 3. 

Cornandonn, g. id. , ou nain, Cms, après cornet; cornandoun, 
Nom. îî6'] ; corrandon, Ca, coranandon, Cb, Cc,-=cfnain de ruis- 
seau v, (^cor-handon, cor-nandon), et ft nain du ruisseaux (cor-an- 
andon, cor-n-andon)1 Le trécorois handon, m., source, vient de 
%antu-n-, cf. gaul. nanto gl, valle, Nantu-àtes, etc. (voir bret. 
moy. ant, raie, au Dict. étym.). Le gall. cornant, ruisseau, ravin 

^ Le wallon r'nonjler (frenillcrn parait un mélange de ronjler et ilc renijlcr, 
comme le français joujjlu, de joue et de ^ifjle (cf. genevois (jijlard «joiiniii«). 



104 É. ERNAULT. 

nvr osé = coi-îumt , ji^tito vallcîc (cf. cor-lijn, petit otang, etc.) et 
est com[)osé comme cor-nand[-onn) , corr-and{-on). CI". Le Men, 
Rev. celt., I, 297; Loth, Annales de Bretagne, III, 1 hk. 

Cornhart (cornardj; cornadis, cornardise, I. imbellia, Cms, v. 
colon. 

Cornouec [auel — ), afs auel mor, Cnis , avel govnaucq, cornaiicq, 
coimaouëcq, van. cornocq-isél , ouest, vent d'occident, Gr. 

Corssef, corset, Cms. 

Coriien, Cms (tourbillon). 

Coruoadur, profit, Cb v. profit. 

Cosgo)\ famille, Cms. 

CoÙARU, coarh, chanvre, van., Gr. ; couarli, m. l'A.; v. br. 
coarcholion, gl. canabina; comique kûer; gall. cijwarch, cf. Ann. de 
Z?/eL, II, 533. 

[Coubl). Vnan à ve soupl a coublou rr joueur de souplesse, faiseur 
de soubresauts T>, Nom. 32 2; coupl-cam, chevronneau, soliveau, 
pi. conploii cani, 1. capreoli, i43 ; couboul, coin de bois qu'on fait 
entrer de force dans le centre d'une nieule de moulin, Pel., gall. 
civpl, chevron, cf. Rev. cell., VII, 3ij,. 

Couc'h ff couverture de ruche, soit peau, écorce, planche ou 
paille, etc. '1, en Le'on, Pel.; kouch, m., cr consiste ordinairement 
en un toit en paille non tressée, dispose en cônew, Goii.,gall. 
civch givenyn alveare, civch, bateau, du lat. concha; yo'ir eochen. 

Coiijf, mémoire; gall. et corni(]. cof, = *co-me[n)-; cf. v. br. com- 
min, gl. annalibus, pluriel d'un nom formé comme le lat. com- 
min- iscor. Le raj)port de commin à couf est donc le même que 
celui de quemaes à queuacs ffconuenant ou champs, Catholicon 
= *com-mag- Gl*co-mag-; \o\r coabren. 

L'n du bref, moderne /îOMn, souvenir, plus rarement koun selon 
Troude , konn et koufi , Gon. , coun , Gr. , n'a pas la même origine que 
ïn de commin : c'est un son qui était d'abord tout nasal et (jui 
s'est dégagé de // inoy. bret. = v. br. m. D. Le Pelletier nous dit 
(|ue coûn cf sonne Coûnh, c'est-à-dinî, Coûm^ dont m n'a point le 
son plein, mais comme n suspendue par une aspiration presque 
insensible à l'oreille. Nous en avons des exemples en françois, 
où nous disons Don j)()ur Dom , Dain pour Daim, Essain pour Es- 
saim, etc.!'. Voici d'autres e\enq)les An plus ou moins purs, de 
[)rovenance semblable : 

Vann. han-azé dans ar c hanazé «à demi couché ou assis au 
Vitv, et pour le féminin ar lii han-azé, l'A. s. v. séant. L'/i initiale, 



GLOSSAIRE MOYEN-BRETON. 105 

mutation régulière de k dans la seconde seulement de ces expres- 
sions, s'est généralise'e, comme le montre la première, cf. lioa- 
reis = quadragesima et hinvis == camisia. 11 en est de même de han- 
buhé, viager, VA., qui est exact dans ém han buhé, pendant ma vie; 
eid hi han buhé, pour sa vie (à elle), s. v. douaire, et dans eid er 
hanvuhé, pendant la vie, s. v. installation, installer, ér han buhé, 
id., s. v. usufruit, usujructuaire (cf. é gan vulié, pendant sa vie à 
lui, au Suppl. , s. V. morte-paije) , mais non dans énn é han buhé, 
pendant sa vie à lui, s. v. usufruitier. Cf. eun antulér, le chande- 
lier TA., à Sarzeau enn afitidir; van. deu antidérr, Rev. celt., VII, 
326, uioy. bret. cantoe lier, \o'ir coazrell-, 

Caniblenn, nuage, pi. canible, TA., à Saint- Mayeux konaben; 
counouabr, Pel. = *com-oabr, cf. ar c'houfiabr, Gr. ; moy. bret. coujfa- 
blen, etc. [Rev. celt., Vil, 3i3); 

Kencp, Pel., qeneb, Gr. (jument) pleine, d{i*com-eq-; cf. gall. 
cilfab, cijfebr, cijfehol, et bret. kejlue, kcule, Pel., qeujle, qeule, Gr. , 
queujlè, Nom. 33 (vache) pleine, gall. cyjlo. D. Le Pelletier re- 
marque que kenep rrseroit mieux écrit ketnep ou kevep, ou enfin 
kénhep, qui est plus du bon usage ii. Les deux premières formes 
qu'il propose sont purement étymologiques, mais la dernière re- 
présente une prononciation réelle, analogue à celle de coûnh, dont 
nous avons vu plus haut la description; 

Kenwalen, ragoût, Pel., de *com-hoalen pour *com-haloen; 

Léon, karann, j'aime, ounn, je suis, etc. Gon. (tréc. karan, on) 
= br. moy. caraff, oujf, de "caram, ^oem; petit Tréguier, d'eign, 
à moi = moy. br. dijf; dibeign, manger, van. débrein, Gr. , dai- 
brein TA. = moy. br. dibrij', v. br. diprim, qIc. 

On trouve rarement, en moyen breton, «//'rimant avec ati : 
bezajf — en siat man NI 72 , traman — guellafu H 1 1 , aman — guell- 
hafu 2. 

Le développement de plusieurs de ces n provenant àe Jf a été 
sans doute favorisé par diverses analogies : ainsi ken- est une 
forme du préfixe com-,con-, phonétiquement justifiée devant une 
dentale, et karann, ounn peut avoir subi l'iniluence de l'impartait 
karenn, oann. A côté de an-cnjf-hat, oublier, il y avait en moy. br. , 
comme on l'a vu, un mot ac-cojjh-echat, de *an-co-nin-, qui se 
rattache à une forme plus complète que cou/f, et qui prouve 
l'ancienneté du h^ouais an-koun-achat. 11 est bien possible que ce 
composé ait influé sur le simple, koun pour koun. Un lit œujfahat, 
se rappeler, Cb, v. mémorial; 

Coujfabrenn, nue, est pour "qev-oabi-, à peu près comme qeuJJe 
(vache) pleine, Gr. , pour "kev-leue; cf. kejlue, Pel. D. Le Pel. 
nous a conservé la forme la plus complète counouabr; \o\rcouJJ. 



106 É. EBNAULT. 

Il est difficile de croire que le moy. bret. n'ait pas eu des formes 
analogues à *couffbabr-, puisqu'on trouve en v. bret. : camadas, 
gl, kabUis, de com-adas, v. irl. comadas; et en bret. inod. : 

Kavazez, m. Trd. , Gon., cavasez, Pel. (qui attribue cette l'orme 
au vannetais), mwwcz, cavase Gr. rr(étre sur son) séante; cf. he- 
vasez, kefasez, Pel., de *C(Mn-assed; 

Kavaillen, tout mets mal apprêté, Trd.; qavalemi et qevnlenn , 
soupe, Gr. ; le'on. kevalen, mauvaise soupe, Pel., queualm , sowpe , 
quevalen, brouet, — mat, bonne chère, Maun., quefallen, du jus, 
Nom. 55; de *com- hal{o)en (vann. halenn, sel, cf. Rev. celt., VIII, 
509); 

Quiuilin, coude, -at, coude'e, Maun.; qeffelin, -ad, Gr.; gall. 
cijfelin , de *com-elm ; 

, Qivyoul, plaintif, mot de Le'on, Gr.; kivioul, brusque, bourru, 
fâcheux, farouche, incommode, Pel.; proprement rr volontaire 75, 
de *com-ioul; cf. v. br. aiul gl, ultro. Le Gonidec ne connaissait pas 
ce mot par l'usage; cependant l'auteur du Supplément aux dict. 
6rei., Lauderneau, 1879, donne Hw'om/, incommode, p. 89; 

Na grujlusk ket, ne bouge pas, Gwerz. Br. Iz.,l, 102 ; moy. br. 
queulusquiff, mouvoir, de *com-lusc-. Voir qevatal. 

Le fait a lieu, du reste, avec une autre forme du celtique co-, 
com-, con-, dans le moy. br. quinizyen, offrir, quennigaf, j'offre; 
gall. cijnnygaf, de *con-d-uc-am ; moy. br. conc/on== pi. koiindou- 
niou, profondeurs, Trd. {an mesou coundoun, jachère. Nom. 286, 
douar coundoun, id. Gr.), de doun, profond; cunucha,gém\r, Pel., 
cf. gall. uch, soupir, bret. huanad. Peut-être le mot cunuda, se 
plaindre à la manière des poules, Pel., est-il compose' de même 
avec bret. moy. et mod. yudal, crier, hurler, van. tidein, gall. 
udo (cf. bas le'on. cutiugenn, injure, Gr.). 

De même dans des mots venus du latin icundui, conduire, 
Gr. y oir couyornn , qivigea. 

Couffaut et jointur, tout vng, Cms = comique chefals, mem- 
bre, gall. cyfalllt, v. br. Comalt-car; cf. gall. cyfallëu, joindre? Ceci 
paraît plus probable que de supposer dans couffaut quelque erreur 
T^our coumbant , nœud (des plantes). Nom. 76, coumband , t^Ï. coum- 
banchou rnieu de tuïau de ble', de roseau, de cannes^, Gr. 

Coufforcher, couvre-chef, Cms; cf. couffuerrhez et couricher. 

Couhadic, petite pluie, Cb, v. glau. 

Couijornn, dans senyff e cornn couyornn omet, var. couviorn, 
P. 270, vers qui veut dire, je crois, «sonner de sa belle (et) 



GLOSSAIRE MOYEN-BRETON', 107 

magnifique trompellew, ou bien rrde sa trompette magnifiquement 
arnéen, est identique à radj.coî</OMm,par lequel le P.Gre'g. traduit 
les mots tr propre T), rc ( personne. . . i3ieu) ajustées, r? alerte^ et 
«dispos 15; Troude donne encore comme cornouaillais koujourn, 
propret, dispos, bien portant. Cette forme moderne indique que 
dans com/ornn Vy se prononçait y, cf. conijiir, conjure, dans le 
même poème [Bnhez mahden), sir. aAi. La première syllabe de 
coiiyornn, koujourn, est la préposition co-; le second e'iément 
-yornn, -journ, paraît se retrouver dans jourdoul, sain, mot du 
haut Léon selon le P. Grégoire. Jourdoul serait pour *diurnatulm , 
diminutif de *diiirnatus, dérivé du lat. diurnus; et couyornn, kou- 
journ viendrait de *co- diurn{et). Cette association d'idées rappelle 
la locution familière ffbeau comme le jourw. 

Quant à Tapocope supposée qui, d'un participe *codiurnet, au- 
rait fait tirer l'adjectif couyornn, koujourn, c'est un procédé assez 
fréquent, dont voici des exemples : moy. bret. achiu et achiuet, 
achevé, aujourd'hui achu, achuet; a lum (lisez alum) et alumet, al- 
lumé, auj. id.; arriu et arriuet, arrivé, auj. arru, arruet ; fournis et 
/ôî/,my5sci, accompli (fourni), auj. id . ; digor el digoret , ouvert, auj. 
id. Le choix entre ces doubles formes est loin d'être toujours in- 
différent, cf. Hingant, Grammaire , p. 85, 86. Pour exprimer un 
état plus ou moins durable, on se sert de l'adjectif : tf il faut 
qu'une porte soit ouverte ou fermées se dit, en petit Tréguier, 
red e d'eun or beau dyor pe zeret. Par conséquent l'emploi o\\ s'est 
fixé koujourn justifie sa forme adjective. 

iNous avons vu que couyornn peut être un adverbe dans le vers 
qui nous l'a conservé. Le iwoi fournis se trouve employé ainsi, en 
moyen-breton; comparez, en petit Tréguier, trémen rrplus den : 
trémen ugen la, plus de vingt Aus = ugeri 'la tremenet, vingt ans 
passés. Voir ac'Imbi. 

[Couloux, couls aussi bien que), colous. — Count, compte, -ryf, 
compter. — Courrater (entremetteur) Cms; courranter H, ii, 
doit être pour courranter (coiurtier de chevaux, Nom. 3 16). — 
Courtoisy -ie, Cms. 

[Court) pi. touser an courzou, tondeur. Nom. 819 (cf. Ancien 
théâtre françois , t. X, Paris, 1887, p. 353; Ann. de Bret., i6/i, 
i65). Du lat. cadurdum. 

CousTELÉ, f. gageure, l'A.; van. coustele, coustlc, léon. claustle, 
claustre Gr. , klaoustré, f. Gon., cf. gall. cywysll, de co- et goestl, 
gage. Pour la contraction, voir coabren. 

Dans les fornies non vannetaises, la préposition co- est deve- 
nue cla-, par suite probablement de la fusion de doublets coustle 
et *clouste. Cf. krujlusk, bouge! pour keflusk; voir coujfabrenn. 



108 É. ERNAULT. 

En vannetais, le même phénomène est arrivé au second élé- 
ment de cornue, qui est gloé'str, vœu, Gr. , glœstre rA.=br. moy. 
goestl, resté dans les autres dialectes; cf. fr, esclandre = v. fr. es- 
candle, lat. scandalum. On peut ajouter les exemples suivants : 

Cornouaillais/Mst/ etjlustr, fléau pour battre le blé; — prenestr, 
fenêtre, Gr. , de penestr et prenest [ht. fenestra); — baltramm, 
fronde, Gr. , haltam, batahn, Gon., baltalm, Nom. 186, betahn, 
Gr. . de baz, bâton, et talm, fronde, comparez la formation du 
gaW. ffon dajl; 

Alfo, délire, rêverie d'un homme qui a le transport; dre- 
brusquement, sans considération, trop chaudement, Pel. ; cornou. 
fl//b, e^o, délire, rêverie d'un malade, Gr., alfô, m., cornou., 
Gon.; alfoi, tomber en délire, en fièvre chaude, rêver, Pel., 
Gon.; alfoï, elfoï, beza alfoé't ou elfoët, Gr. , a[l]fôet, Pel. Alfa peut 
avoir subi l'influence du motyb, ardeur; mais je crois qu'il a la 
même oi'igine que le vannelais arjleu, fureur, l'A., colère, rage, 
Buhéers., 88,- arjléhuein, être en iureur, arfléiieiti doh , s'acharner 
sur, l'A., arjhuas, il irrita (une lionne). Bu. e. s., 109; arjleuet 
(taureau) furieux, 782, (mer) irritée, Guerzenneu, 16k, mêmes 
eau arjleïet crje lui ai donné la poussée ti. Chai. ms. Celte origine 
commune de al/o et arjleu me sen^ble être le français affres. 

Pour la métathèse de deux consonnes consécutives, dans alfo 
pour ^a/ro (cf. espagnol olvido, oubli), comparez : mytra [et 
meurta) , myrte, Gr.; moy. bret. ogrou, orgues; voir chiifere. Le 
rapport de alfo à arjleu ^offres rappelle celui du moy. br. et 
léon. ogiou au vann. orglezeii = orgues, mais il est possible que 
Yl de orglezeu vienne du second r d'une forme *orgres =lal. *orga- 
nos (cf. ordre = or dinem). Il y a mêla thèse aussi dans en em acourti , 
s'accoutrer, D 110, pet. Trég. kourtaj, accoutrement, à moins 
que l'origine de ces mots ne so'il ^acculiurare, comme le suppose 
M. Scheler; alors acourti pourrait être pour *aconltri. 

En dehors des cas où agit la métathèse, il ne manque pas 
d'exemples bretons dV ajoutés sous l'influence d'un autre r ou 
d'un /: m/ï/rm, jardin, Nom. 286, tréc. jardr in, sardrinen, sar- 
dine (haut hv. jardrin, sardrine, cf. i'vanç. perdrix); arbricos, abri- 
cot, Nom. 08, couldrij, colombier, i33, moy. br. coulmty, léon. 
gueltle, gueltrc, grands ciseaux, de guellejf, Bev. celt., VII, 3 10, 
01 1 ; van. mirbiliag, puérilité, Chai, ms; dial. de Batz bardrach, 
hardras, f. battoir (en patois du pays cun bardra-n; cf. poitevin 
badras, m.) = baitaras , massue, Nom. i85, baUaras, id. Gr. , 
balaraz, 1". id., Gon., du franc, matras (Thurneysen). Cf. miljler 
de milfer millefeuille, Gr., pour *milfel (d'où gall. et comique 
minfel), et Elude sur le dial. de Batz, [). 17. 

Couetis, convoitise, -tus, couvoiteux. — Couuj, repas, Cms. 



OLOSSAJUK MOVEN-ISUETON. 10*J 

Coznj, vieillesse, Cms. 

Craff <(. (manque); rmitell crafferes, 1. castapok, lis, Cms, 
criffyat, gratter, Cb, \. roinipienn; cl", crofat, Gr. , gali. craJJ'u, 
gratter, graver. Crajf aA. ideiiti(|uc à cmf, e'gratignure, Pel., et à 
crof-nados , point craiguiilc, pliir. cnfen-nados , Pel. Ce pluriel est 
iiiiiU' do ceux des anciens llièmes neutres on met)-, cf. liev. celt., 
VIII, 59 5. La racine paraît être germanicpie, comme dans le 
nioy. Lret. crapaff, ancrer; cf. crabmi, grille, cminssa, ogratignor, 
mont voar e cmboççou, aller à quatre pattes, Pol.; crapin, cram- 
pmell, 1". grappin, Gr. , crampinell, croc pour accrocher navires, 
[.mmms, Nom. i53, au figure rratti'ails^i, Gr. , kmpineUa, har- 
ponner, Trd. 

Crai, trop fermente, aigri ; (pain) l'ait de ble échaulfé dans le 
grenier, Pel.; van. crè (pain) qui n'est pas assez levé', Gr; gall. 
crm recens, infermenlalus, rudis; cmï, croyw, cri, azymus, Davios ; 
comique kriv cru, cf. v. h. ail. hrâo, auj. rok, angl. raw, etc. 

Crang, crachat, cranchet, cracher, Cms , entre cvampoezerin et 
crapat. 

Cr'Âo nados, chas, trou d'aiguille, Pel. {cmoûen an nadoez'fVœW 
de l'aiguillew. Nom. 170; kraoucn-nadoz , f. Gon., etc.), gall. crau 
nodivydd, irl. crô snàthuide, gae'l. cro snàthaid, niannois croae snai- 
dcjj. Go mot subit parfois en breton rinfluence de clou, ferrement 
(voii' Dict. élijm. s. v. clou). Je doute qu'il ait rien à l'aire avec 
l'italien cnma d'ago. 

Créateur, créateur, Cathell 2 1 . 

Cref, fort, (adj.), Cms; creou, rempart (litt. frdes fortsi^). Nom. 
989. 

Creis, craie, Cb. 

Crenul, crenia, crainia ffse l'ouler à terre à la manière de 
certaines bêtes, et se dit aussi dos hommes w, Pel., krégna Gon., 
gall. crain jacere, volutare si;, Davies, auj. cremio ; dygreinio, 
ramper, digram, action d'erior çà et là. De *c[o)r-an-ya-, mêm(! 
racine que moy. bret. crrnit , rond, v. irl. cruind; cf. grec xvXivSn), 
xvXiiv. Voir diascren. 

Cresq (croissance, Gr.), dre — 1. multiplicitor, Cb. — Creus- 
seul, croissel, Cms. 

Cretz, avaricieux, creznj, avarice, Cms. Pep dez creny . . .so r 
(eyg, P 263, lis. (rezny (la V-" syll. rime Ixdez). 

Criai, huchor, Cms. — Cnc/tfiH, chro'tien, Cb, v. neuc: , van, 
crichen , Gr. 



110 É. SRNAULT. 

Gridyenn, frisson, Gr. , cridien. Nom. 267; v. br. crit, même 
rac. que crenaff, trembler. 

Cris, g. crise, recours, Cms, entre rrisquiff et eeisajf; crissaff 
(recourser, rider, retrousser), C/>, v. tronczajf. 

Cristoff, Chrislophe, Cms. 

[Crochemi, peau), pi. crochennou, Nom. 3i 2 , crechin, 10^, i68> 
3 1 1 , crechinner, 119. 

Croguen sant Jacques, coquille de saint Jacques, Nom. Zi6, pi. 
creguin, creguing, creguinn, Zt3. 

Crouadur, créature, Cms; enfant, m. : dou croeadur, Ce, don 
crnadur, Cb, v. gnenelL 

Croum, courbé bas devant, Cms; crornaff, recourber, Ch, \.pant; 
croummell, anse, f. Nom. iBg. 

CuDEN, écheveau, Gr. , Pel.; cuchenn, toulfe (de cbeveux), 
poupée (de lin), Gr. ; gall. ciidyti, boucle de cheveux, v. gall. 
pi. cutinniou, gl. condylos. 

CuDENNÊc, sombre, sournois; hurennèc, id., et renfrogné; hu- 
rémiec, morne; hurennein, renfrogner; hurenn, nuage; cudennereah 
et hurennereah, taciturnité, TA.; vann. cudennecq (un homme) 
sombre, Imrennecq (un esprit) sombre, (le temps est) sombre, Gr., 
hiirunéq (silence) farouche, Voij. mist. , 67. 

En vannetais un k initial peut alterner quelquefois avec un h; cf. 
candaiein et Artnf/fliem , persécuter, l'A., voir coujf. Mais ici il semble 
y avoir une différence réelle entre les deux formes. Hurenn, 
nuage, rappelle le bret. haillen, brume, brouillard, Pel. (d'ori- 
gine germanique, cf. l'angi. haze? on dit en haut breton hérée 
dans le même sens), et le gall. hudd, ombre; quant Ji cudennéc, 
il serait composé de *co- hud-, comme le gall. cyhudd, ombie. Le 
d et Vr alternant entre voyelles peuvent, en vannetais, tenir lieu 
soit d'un d celtique = th doux breton [hidiû, hiriû, aujourd'hui 
= hizio), soit, plus rarement, d'un t celtique == d breton [hidu 
et luru, cendres). Voir coabren. 

Cudurun, tonnerre, Ce, v. taul. Nom. 229; mmi cunm, men 
eudurun, pierre de tonnerre, 262; cudurunaff, foudroyer, Cb, 
V. foultr. 

Cuerfe, couvre-feu, 1. ignilegium, Cb v. tan; cuërfe, qeiilfe 
couvre-feu, léon. sini qeulfe, senni- qiiërfe, sonner l'an{;élus du 
soir, Gr, , du fr. Le Ca a couurefeu. 

Cuezaff, se KqxMitir, Cb, v. nichiff', p. quezet, v. azrec; cuezeudic, 



GLOSSAinE MOYE\-BRETOX. 111 

repentant, Ce, v. pimgajf, cuezudic, triste, Ce, cuezudicat, être 
triste, CI), v. ancquen, cuezus, repentant, C/>, v. piniga/f. 

Cnffaehz, douceur, dms, v. hegaratet. 

Cui/tat, quitter, Cms, cuyttat, Cb, v. pardonnaff. 

Cunimjll, cueillir, Cjn.5. 

Curabl -able, C/>, v. oignamant. — Curatll, g. ici., Cms (cou- 
raille?). — Curntorag -âge. — Gurieus rrg. curial, de court»; ez 
curius, I. curialiter, Ch, v. les (du fr. cour). — Cuninaff, cou- 
ronner, Cb, V. patin. — Custot, gardien, Gathell 28, v. \n\cos~ 
lad-, du lat. custos. — Custum, coutume, Cms; péage, 1. vectigal, 
Cb, V. passaig; enem cusUimaJjf a bresel, s'aguerrir, v. marhec. — 
Cusider, un conseiller, Cb, v. sécréter. 



D 

Da 1, à, adoucit l'initiale suivante : dnuihanaff, au moins, C. 
Dit.ix toi, N 55, dyt, NI. 56o, Gw. v. baz; d' oc h à vous, Jer. v. 
cousr, dihuij, B ùf)5, N i55o, J 7, 56, 117 (var. dichuy). 118 /» 
(1™ syll. rime à gueneoch); dezy à elle, Catliell 6, i3, dezi, 9, 
28, f?ûy/, i3 [deze, 6, lis. f/c'Zî). — Da, particule verbale, avec le 
subj., Dict. étym., p. 4o3; Doe daz [dza, Cms.) sahto, Dieu te 
salue, C, v, irl. do. 

Da 2 : da ebahyssajf, (tu devrais) t'étonner, Cathell 5. Ce serait 
là un gallicisme, mais il est bien probable qu'il faut lire da [hem] 
ebahxjssajf, comme da hem maniaillafi' a grez et da hem maruaill, 
ibid., cf. S 29. 

Da, joie, plaisir, Pel.; Damarhoc, \if siècle = bon cbevalier, 
Loth, Ann. de Bret., Il, 878; comique et gall. da, bon; gaul. 
Dago-vassos = fr. tr Bon-valletin 

Daël, dispute, Gr. ; de *dazl, v. br. dadl, réunion, v. irl. dâl, f. , 
= grec *3-e-TX)7, cf. gaul. Con-da-te, confluent? Voir ren. 

[Da/far, matériaux), dafarou ustensiles, Suppl. aux dict. br. 
i07;vann. dafar, matériaux, Cbal. ms., daffar (provisions), s. v. 
nourrir, et dans les phrases cr (s'embarquer sans) biscuitv; fr(avez- 
vous) de quoi 11, ibid.; comique daffar, occasion, de daz~ et lai. 
parare; cf. Bev. celt., VII, i55. 

[Dal, tiens), derchel, tenir, Cms, v. cheliff', fut. dilchiff, J 63 b, 
impér. dilchyt, i58; dalchadur, I. tenacitas, Cb. 

Dalaes. Endalaes, B 1^8* ne veut pas dire frià liaut^i; la rime 



112 É. ERNAILT. 

en es montre que i expression est dilïérente de dialahez. C'est une 
faute pour en palaes trdans le ciei'^, cf. B 679. 

Daleydiguez , oisiveté', Cb , v. lent, action de tarder, v. diuezal; 
daleus, tardif, v. chom. 

Dalleda, dalecla, étendre des bardes, du blé, etc., au soleil, 
pour les faire sécher, Pel.; dni ednjf fmclloyevi , dans un vieux 
dictionnaire, selon Pel., qui pense qu'il faut entendre refaire sé- 
cher ce qui a été lavé, nettoyé w. De d-az- et ledaff, étendre. 

Dam, dem, un peu, presque, dans dam-gas « presque bai ne w, 
dam-welet, entrevoir, Pel.; dem-chlas, verdâlre, demzu, noirâtre, 
demfauta, fêler, Gr. , etc., v. br. demguescim, gl. conflictuin; gall. 
dam-, di/m-, autour, mutuollenient, de do- ou I0-, ambi-. 

Damant, souci, Maun. ; plaindre quelqu'un, haute Cornouailles, 
selon Grég. ; \aïi.demantein, damantein, id.; damantl, van. deman- 
tein, se plaindre, Gr. ; démonte, id., C e. s. , loû; du v. fr. se dé- 
menter; b. lat. demenlare. C'est probablement la pensée de ce mot 
qui a fait écrire jneun namanthe, B 996, je le payerais, au lieu 
de amanthc, voir Dict. cttjm., s. v. amantaf [Au fr. amender). La 
même confusion paraît se trouver aussi dans le vers M'tamanlo hi 
chorfdliifechet, afin que son corps expie son péché, Givorz. Br. 
Izel ,1,110. 

Dameuii, le trrenuoyi du rayon, du soleil ou du vent; réfrac- 
tion; — en ehaul, — en aùel, rélléchissement ou réflexion du so- 
leil, du vent;. . . a orna un — doh ni en deulagat (les rayons du 
soleil (jui tombent sur cette fontaine) tf reiaillissenlw contre mes 
yeux; ober — es en duemder, el lagadeii elund, répercuter la chaleur 
ou la lumière; — ac er son, retenlissement, resson; — er son, 
un son réfléchi; — réverbéi-ation; ober dameiih, et peut-être da- 
meuliein, réverbérer; ober dameuh, peut-être dirait- on dameuhein, 
réfléchir, quand un corps frappant contre un autie est repoussé, 
Cbal. ms. On y lit encore dameuh ff répercussion (h', lumière, dcî 
vent, ou de chaleurw, et l'auteur ajout»; : tf Je n'ai encor veu per- 
sonne qui connoisse ce mot. Je ne sai |)ar ou il m'est venu.r, Il 
semble correspondre à un «jallois ^danuvlh, de *do-am-giVth; cf. 
ymwthio, se pousser. On peut comparer aussi le vann. damoucltein, 
chiflbnner, Gr. , = gall. *damivlkio? 

Dançal, danser, Am. \. fringa; danee, danse; danczadur cf tre- 
pissementn, 1. slrepilus, Cb, v. tripal. 

Daoust dd pelé [lisQi pc te) a sacrijio . . . pe a anduro, (clioisis) : 
ou tu sacriliejas. . . , ou tu soullViias (des lournienls), (-alliell :>3; 
daoust did pe gouitad da lezenn . pe mn'. er mor. choisis : ou de re- 



GLOSSAIRE MOYEN-BRETON. 118 

noncer à ta foi, ou d'aller dans la mer, G. B. I., I, 123, cf. t8; 
daoust iV aclipe. . . pe, choisissez. : ou de. .., ou de, /i. G, cf. 
Traj. Moyses, 269, 3oG ; proprement fr [c'est] à savoir à toi, à 
vous'i. Le verbe être est même exprimé dans daoust ez eo dech-c'hui 
pe gïk-gad, pe gik-glujar, litte'raiement te à savoir c'est à vous ou 
chair de lièvre, ou chair de perdrix 1^, i. e. choisissez, ou du lièvre 
ou de la perdrix, G. B. I., I, 19. D. Le Pelletier a dâoûst, dâust 
(9 sylL) tf c'est ce que nos Bretons disent, en donnant la liberté 
de choisirai; et divis d' oc'h, deûs d' oc'h frvous avez le choix n, s. v. 
diwis. 

Les mots ka toi, à vousw peuvent aussi se sous-entendre, et 
l'alternative être reniplacée par une interrogation de caractère 
plus général : daoust péhini a gémérot, voyez lequel vous prendrez; 
daoust pélra a réot, voyez ce que vous ferez, Gon. 

Quelquefois aussi il n'y a pas d'interrogation réelle, et 
daoust, etc., veut dire simplement cr n'importe w , devant une ex- 
pression semblable, pour la forme, à celles que nous venons de 
citer : daoust pe en articl an marou, pe en nécessite arall, soit à l'ar- 
ticle de la mort, soit dans une autre nécessité, Gathell 3o; diust 
pe ozech pe gruec, soit homme, soit femme; dyust pe dre occasion 
bennae. ve, par quelque occasion que ce soit(casuiste breton, Pel. 
V. diust); diust pe quer bras, na pe quer caè'zr benac vé, quelque 
grand et quelque beau qu'il soit, D 23 ; daoust petra reot, quoi que 
VOUS fassiez, Troude; daoustan pegen krén e 'nn avel, quelque fort 
que soit le vent, petit Tréguier; deusto pèh quer bourrabl, quelque 
agréable que, Voy. mist., a 5. 

De là encore deux autres sortes d'expressions. L'une exprime 
le doute, comme daoust hag-hén ou daoustan, daousan 'g-héfi 'vou 
bravo an armer? Savoir si le temps sera beau? Je ne sais, ou qui 
sait, si le temps sera beau? (pet. Trég.). L'autre est dius dezaff, 
malgré lui, B 38i ; deiist, divis, daoust ou dioust d' an avel rr nonob- 
stant le ventw, Gr. , van. deiist d'en aiiel, Gr. ; deu^s, deustou cf quoy- 
quei7, l'A. Deustou = tréc. daoustan, proprement ce malgré celaw; 
deustou ma, deusto {ma)\ quoique, = fr malgré cela quew; pour le 
sens neutre du pronom suffixe, cf. eno, là [enn-han, dans lui); 
achano, de là (anezan, de lui). On lit deust de guemenl-ce, malgré 
cela , Voy. mist. , 2 8 , et deusto de guement-ce ,69; daouest ma ont calet , 
quoique tu sois fort, quelque fort que tu sois, Traj. Moyses, 2 45. 

Le vieil irlandais duûs, dûs correspond au breton dius, etc.; 
il s'emploie dans les interrogations indirectes, devant in, est-ce 
que, et devant un mot interrogatif : iarjigid dm cia port, s'infor- 
mer four savoir quel endroit, etc., Z- 7^7, 76.8. Dûs, duûs = do 
fhius, *do vissîc (de *do vid-tû); le breton dius, deiiss, deivis vient 
de même de *do-viss-. Le t de daoust, deust est une addition inor- 
ganique. Voir eust. 

MÉM. UNO. vu. 8 



l\à É. ERNAULT. 

Darem, d'airain, 1. ereuS; Cb, du f'r. d'airain; cf. dauantaig , 
dauaniur, doliff. 

Darnic, petit morceau, Cathell 33. Darnou, B 676, ne si^^mifie 
pas tf lambeaux 7? mais a fatigué, brisé w, adj. apocope; cf. dartiou, 
las; damaouet, lassé, ennuyé, Maun. (comme hréou, fatigué, qui 
n'en peut plus, Gr. , de breoiiet, brisé). Voir ac'hubi, couyornn. 

Dars ffgueon, 1. vide in miimisn, Ca, Cb. Le Men a supposé 
([ue tfgueonn était pour cfguerdonw, à cause sans doute du mot 
latin munus; mais le synonyme latin de dars et de gueon manque 
ici, et munus doit être un équivalent plus ou moins exact en bre- 
ton, puisque le Gatholicon est un dictionnaire breton-français- 
latin. Le vrai sens de dars est dard, poisson de rivière, darz, 
pi. ed, Gr. , Gon. , Trd. , pet. Trég. id. , du fr. dards (voir bnliu); cela 
concorde avec munus, qui veut dire en breton crfrai, alevina? , Gr. 

Dastum, joindre (les mains, de joie), C^,- destum, prendre 
(dans des filets, au figuré), Catbcll 10; dastumer da fieux, 
cueilleur de figues, Cb; assembleur, fém. -es, Cb, v. destriz. On 
dit en petit Tréguier kerzet war destum, marcher les pieds en de- 
dans, cf. Rev. celt., IV, 169; le changement d'à en e, sous l'in- 
fluence d'un M à la syllabe suivante {achu, échu, achevé; arru, 
erru, arrivé; alum, elum, allumé) a été signalé plus haut, voir 
ac'hubi, auv. Cf. versugyQv?>, du côté de, Sinar groaz, Landerneau, 
1869, p. 126, 174, à^var-zug, voir entresea. On peut comparer 
un effet analogue de Vi dans le tréc. mein, ils sont= léon. emaint; 
groei, grei, il fera = léon. grai, etc. 

Dauantaig (et) de plus, Cathell 18, du fr. davantage. — 
Dauantur, 1. intestinus, a, um, g. dedans ou dauenture, b. abarz 
pe dauantur, Cb, v. ebarz; il faut sans doute entendre tr [mal] d'a- 
venture w. Du fr. ; cf. darem. 

Dazcor, rendre, van. dacorein, Gr. , dacorein, dacore l'A., cor- 
nique dascor, de do-, to-, et cf. gall. adgori; bret. moy. et mod. 
digor, ouvert; v. br. ercor, coup, etc. Dazcor est identique au v. irl. 
taidchur, retour, cf. Stokes, The old-irish glosses at Wûrzbourg and 
Carlsruhe, Londres, 1887, t. I, p. 11, 2^3; voir tarauat. 

Dazcrenaff, Ce, dazg- Cb, v. terzyenn (trembler de fièvre); de 
daz- et crenaff. 

[Dazrou), dahrou, larmes; darhouxjff, pleurer, Cms, entre ^a- 
remprediff et darnn; dazlaoueux trplourablew Cb , v. goelaff. 

Dazsonaff ccresonerw Cb; cf. van. dassonnus, retentissant, Voy. 
mist., k^. 



GLOSSAIRE MOYEN-BRETON. 115 

Deandet, décanal. — Deaoïfalf, dînuur, Cjns. — Debatus, con- 
tentieux, Cb, V. striflaff". 

Decbloazyat , dix ans, Cms. 

Déclaration, g. id. , Cb, du IV. — Decepuer, trompeur, Cms. 
— Dedalus, De'dale, Cb, v. Uj. — Deffault, de' faut, Cms. 

Degrez, degré, f. : pecler — , CalhelJ 2; pi. ion, ibid.; van. der- 
gué'ye, pi. derguëijëu; dergay, pi. eu, degré, escalier, van., Gr. , 
dregueije, escalier; derguéye, pi. -éyeu, degré, TA.; léon. derez, 
delez, m. Gon. ; derez, pi. you, degré. Nom. 1Z17. Pour la méla- 
ihèse, voir coustelé. Le singulier vannetais derguéye doit son y 
final à Tinfluence du pluriel derguëyëu==degrezyou; cf. léon. diri, 
escalier, m. Gon., mot qui a franchement la forme du pluriel et 
le sens d'un collectif, et le vrai singulier vannetais dregué, degré 
ou montée , Chai. ms. 

Voici d'autres exemples de l'influence du pluriel sur le voca- 
lisme du singulier : 

Van. ouein, agneau (pi. oiieinnétt), l'A.; oin, Gr. ; la forme ré- 
gulière est ouéne, l'A., oën, Gr. , plur. em, Gr. , l'A. (moy. brel. 
ofl/t, oen; plur. léon. ein); — vann. terv, taureau, pi. teurûy, Gr. 
(moy. br. taru; léon. tarv, pi. tirvy, Gr.); — vann. gùiss, vassal, 
guis, redevancier, plur. gùïzion, gùision, l'A.; le véritable singulier 
est goass, que donne le même auteur, avec un pluriel nouveau 
goazétt (moy. br. goas, pi. guisien, guysion; gouaset, garçons, 
hommes, INom. i3o, goaset, ikk; le P. Grég. donne goas, pi. 
guïsyen, et en vann. goas, pi. guïsyon, guïsyan; le ms. de Chalons 
goas, pi. goesion, goazeî, redevancier, gouizmi, vassaux, goazet, 
valets; — vann. heih, cher, chéri, adjectif avec des noms singu- 
liers^ et pluriels (le sing. est régulièrement quéah, l'A.; (leah, 
Gr.); léon. keaz, pi. heiz; moy. br. quaez, captif, malheureux; en 
petit Tréguier l'adjectif est toujours kés, invariable, par une gé- 
néralisation inverse de celle ^iu vannetais; — petit Trég. min, 
pierre, plur. mein; léon. meaii, pi. mein; mîn a dû être à l'origine 
une variante du pluriel; — vann. treidy, étourneau, pi. treidyed; 
léon. dred, pi. dridy, Gr, ; moy. bret. tret, sing. Le Dict. de l'A. 
conserve à treidi son sens propre de pluriel; il donne pour singu- 
lier un dérivé de celui-ci, treidieenn; et cite aussi un autre pluriel, 
treidiétt. L'histoire du nouveau singulier (proprement singulatif) 
treidieenn (cf. silienn, une anguille, du plur. sili) est exactement 
celle du mot du petit Trég. brinienn, f. corbeau (du plur. brini; 
autre singulier, ancien, bran). 

Ajoutons que le pluriel bugale, enfants, s'emploie pour le sin- 

' Par exemple Doué ha mem hro, 10; Timolhé , Vannes, 1876, p. hho. 

S. 



116 É. ERNAULT. 

gulier dans les locutions poan vugale, (être en) peine, en travail 
d'enfant, Gr. , van. a vugale, dès Tenfance, Gr. ; un passage des 
Amours du vieillard, Pel. s. v. rambre et taw, a tout Tair d'avoir va 
bugale ffmon enfant w. 

Pour l'influence du pluriel sur la consonne finale du singulier, 
voir haut; cf. pet. Trég. abavanch, un abat-vent, du pi. abavancho. 

Delè tfle bois traversant le mât^, 1. antenna, Nom. lôa, 
dele, delez, f. vergue, pi. ou, you, Gr., pi. delezou, deléoii, Pel.; 
V. br. deleiou, gl. antemnarum; cornicjue dele, irl. detl, del; rac. 
dher, dhel, tenir (parce que les vergues retiennent les voiles); 
voir dleizen. 

Dellezaff, me'riter, Cwis. 

Dellyouaff refleurir, 1. vernon, Qb, v. neuez. 

Dell, humide, cf. irl. dealt, rose'e, f. 0' Reilly? 

Démérite, mériter, Cathell 33, du fr. 

Demes, daine, Cms. — Demorant boet, reste de viande, Cb, v. 
terriff; pi. demorantou , pièces (de drap), Nom. 119. 

Den, an toull maza an hues a den, pertuys de corps par ou ist 
la sueur, 1. porus, Gb; denielez, humanité, Cms, par métathèse 
de *deneliez, gall. dynoliaeûi. 

Denessat, approcher, Cb, v. anmeseuc, Ce, cf. Cathell 3^i. 

Denis, Denis, Cms. 

[Descuez, montrer); discuezher, on montrera, 9" syll. rime en 
eux, B 720; descuezer, montreur, Cms. 

Desfnil, défaillant, contumace, Cms. — Desheritajf, déshériter, 
Cb. — Despoil, despoillement. - — Desserz, le désert. — [Destrizer, 
qui contraint), di-, Cms. — Determin : dre determin trdetermine- 
mentiî, Cb, v, achejf. 

[Deuaff) duet, tu viens, Gw., v. baz, est pour duez (r. ez). 

[Deuruout) ne deuzeur quel, elle ne veut pas, B 23 1"^, pour ne 
deuruez? nem demie quel, je ne voulais pas, 287*, est propre- 
ment un conditionnel, cf. noz deurye, ils ne voudraient pas, Ca- 
thell 3. Map Doué. . . n'en deurvoué quel caout, le fils de Dieu ne 
voulut pas avoir, D 27. Nem deur, comique ny'm dêr, gall. nym- 
tawr, peu m'importe; cf. v. irl. nîmthà, non meum est. Le pronom 
de la 2^ pers. pi. de c'huy teur, vous voulez, s'étant assimilé à 
la voyelle suivante, c'hui euteur, eurteur, a été méconnu; on a dit 
c'Iiui a euteur, et pris euteur pour une 3^ pers. sing. à l'imperson- 
nel; de là enteurvout, daigner, part, euteurvëet; xo'ir Rev. celt., IX, 
266. Cette agglutination rappelle celle du fr. je dans le verbe 



GLOSSAIRE MOYEN-BRETON. 117 

jordonner. (Cf. Darmesleter, De la création des mots nouveaux dans 
lu langue française). Voir ren. 

Dez quent dech, avant-hier, Cms. A deyz en deyz, de jour en 
jour, C^, diz v. eur; dizul, dimanche, Ce, dizsul, Cb, v. autrou; 
dizyou , jeudi , v, coan. 

Dezreuell, raconter, C, de *dazriveU, = *do-ate-rîni-; cf. ezreuell 
id. = gall. adrifo, edrifo, recompter; comique daryvas, deryvas, 
derevas, de'clarer, faire savoir, publier, gall. dyrifo, énumérer, 
= v. irl. f/onmîf, j'énumère, mo turim, g\. [major] quara potest lio- 
miiiem (sic) narrare, cf. lia tuirem ocus aisnés rrovermuch. . . to 
recount and déclare» (Stokes), voir Windisch, Irische Texte, I, 
5oo, 869; V. irl. rim, nombre, gall. rhif. L'évolution des sens 
est la même que dans le français conter, de compter. Peut-être 
danével, réciter, raconter, Pel., vient-il de dezreuell, avec chan- 
gement dV en n, facilité par la présence d'une autre liquide, l; 
voir bez. 

Dezrou mat, étrennes, pi. dezrouou mat; dezrouff, commencer, 
Cms. (ap. dezrouet). 

Dezuyff, pondre, £,ms; vn guis ez deffè dozuet è perchil trune 
coche qui a cochonné», Nom. 69. 

Diabel, de loin, Cms, a diapell, Cb, v. reij. 

DiADAVi, manquer d'haleine et de respiration; étouffer, dé- 
laillir, Roussel, chez Pel. ; cf. v. br. dieteguetic, gl. (populus a prin- 
cipe) distitutus. Pour le rapport des sens de dieteguetic (peuple) 
privé (de chef) et diadavi reperdre haleine», comparez les mots 
bretons qui viennent du lat. dejicere : dijiet ff (archevêché) vacant», 
Sainte-Nonne, 17/12; vann. dihuiguét f^ îaligué , épuisé»; gaW.dif- 
fygiol; tréc. divian fr s'épuiser, se tarir», etc. 

Diaeren, v. i. paeajf, Ca; diaeren, dieren, délier, 1. solvo, Cb, 
\. paeaff, dilloenter; part, diereet; diereer, délieur, 1. solutor, Cb, 
de di- et aeren. Cf. Dict. étym.^ s. v. disaeren [axant disaczun). 

Diaesdet, malaise, Cms; dyeas rtmesayse», Cb, v. ânes. 

Diaguent : contrel a diaguent rr subcontraire, 1. succontrarius» 
Cb; diaguent, auparavant, Gr. , de di, a, quent. 

Dyamant, diamant, Cms. — Dianteg, non entaché de mal, de- 
vait se prononcer diantej; le P. Grég. écrit dientaich et diantecq, 
sans tache. Ce dernier peut venir d'une variante plus ancienne. 

Diaparz : fermadur a diaparz ff inlerclusion, Cb, v. seiraff, cf. 
fermaff a barz tf entreclore», ibid., léon. a ziaharz, en dedans. — 
Diarauc tf precession , dauancement», Cb, avant, v. ober, diaraoc, 



118 É. ERNALLT. 

Ce, V. leenn, a diaraoc, Cb, v. lestr, d'avance, v. diumajf, a diarauc 
(marcher) devant, Cb, a diaraouc, v. quemeret; diaraoguen, tablier, 
devantier. Nom. ii/i. 

DiASCREN, demeurer renversé sur le dos, sans pouvoir se re- 
lever, ni se retourner, Pel. , de di-, az-, et crenial. 

Diasezeur, imposileur, Cb, de diasez, fondement ^*di-assid-, 
et d'où, par apocope, en diai, en bas, Maun., an diaz, le bas, 
l'enbas (d'une maison), van. en dias, id. , en dias, d'endilias, d'en 
guias, en bas, Gr. , d'enn-guiass en bas, dre zenguiass par en bas 
l'A., Suppl., V. cul-de-lampe; diazen vallon, Chai. ms. C'est ainsi 
que le moy. br. ace, beaucoup, vient de acecc = franc, assez. 

Diautren te contrepeter, contredire i^, Cb, v. bram; de autren 
= octroyer. 

Diaznauout ff decognoistreii Ce, diaznaout, méconnaître, Gr. 

Diblas, r. «e, J 1 1 , lis. digraç? 

Dihleu, sans poil, Cb \. tingnoùs ; dibleuajf (t ^eier n (épiler), 
dibleuer, peleur, Cb v. compilaff. 

Diboel, fureur; -aff, forsenner, Cms. 

Dibryat bras grand mangeur, Cms. 

Dibunaff, dévider, Cb, Ce, v.pellenn me semble à présent insé- 
parable du provençal debanar, italien dipanare, dont l'origine est 
le latin pânus, fil de tisserand. Dans ce mot breton très usité (au 
fig. dibuna geier, débiter des mensonges, Suppl. aux dict. bret. , 8o , 
etc.) il y a partout un u (van. dibunein, petit Trég. dubunnn), pour 
lequel on attendait e ou a en Vannes, et ailleurs eu ou o. Mais 
c'est là une généralisation exceptionnelle d'une variante de pro- 
nonciation facile à constater dans des cas comme les suivants : 

Seul, (tréc.) sid, d'autant (plus), Gr., gall., sawl; peuri, (cor- 
nouaill.) puri, paître, Barz. Br. 178 et 5, io5, 602, gall. pori, 
de pawr; breugi, (bas vaun.) brugein, braire, voir plus haut s. v. 
brcuguedenn; tréc. keu et Mn, regret, gall. cawdd; feunteun et 
feuntun, fontaine, etc. 

Voici des exemples de la même alternance en moyen-breton : 
bluzuec, plein de fleurs (voir bleuzjf); trous- et truspluffec, tra- 
versin ; esteuzijf et estuzijf, éteindre ; meur et mur ( P 28^, rime ur) , 
grand; leun et lun, plein; cuezeudic et ceuzudic, triste, cuezeudicat et 
cuezudical, être chagrin. En vieux breton, on trouve aussi la termi- 
naison -î<e = -eue, de -àcos, cf. d'Arbois de Jubainville, Etudes 
grammaticales sur les langues celtiques , 1 , 2 3*, 2 U*. 

En dehors des cas où il y avait primitivement â, l'alternative 



GLOSSAIRE MOYEN-BRETON. 119 

d'eu et u est fréquente: moy. br. dimeultis et dimuîet, illaudalus; 
lieu et liu, couleur; testcuni, témoignage, testuniaf, témoigner; 
peur et pur. très ; azeuliffel azuly, adorer ; yeun et yun, jeune (van. 
yeun, ailleurs yun); meuy et mu, muid; deuy et duy , il viendra; 
vrz eleurz, ordre (van. eiirh, ailleurs urz); heur, heure, rime en 
ur, N 1819. Le mot feur, qui rime toujours en eur, et qui est auj. 
feûr, m., prix, taux, proportion, vient du v. ïv.feur, auj. fur. 

La même incertitude a donné lieu en français aux tr rimes de 
ChartresTi, auxquelles M. Tabbé Bellanger a consacré un intéres- 
sant chapitre de ses Etudes historiques et philologiques sur la rime 
française, Angers, 1876, p. 966-273. ^'ous disons encore bleuet 
et Muet. 

Dicolouaff, C^, digolouaff frespailler, 1. pallow, G6 v. dougaJJ 
(ôter la paille, cola). 

Didalchus, 1. incontinens. Ce. 

Didetireul (rejeter), Cms. 

Didotrin, celui qui ne peut rien apprendre, Cb v. quelenn. 

Dydreu an mor cf au travers de la mem, Jér. v. corr, ireu didreu, 
de part en part, Pel.; cf. vu mœn à tremen ireu di-dreii an mur 
tf pierre passarit les deux parts du niurw. Nom. 189, gall. traw, 
au delà. 

DiENN, crème Pel., Gr., m., Gon.; dyen, Nom, 65, van. dihenn, 
Gr. , comique dehen, m. 

Diescusabl, inexcusable, B 790. 

Dieuc, oiseux; dieucyc, petit oiseux; dieucat, être oiseux, Cb, 
v. vaen. 

Diffossyat tr defouyr terre, 1. defodioi?, Cb, àefos, fosse. 

DiFRONCQA, souffler du nez , difrouncqa, sangloter, Gr. , difronka, 
Gon., van. difroncqal, difroncqein, Gr. , difroncale, TA. id., ei di- 
fronquein, ébrouer; a ziffronXie marh ko. étripe de cheval «, ib. 
Suppl. , de di- et du v. îr. fronequier, fronchier, frouchier, renifler, 
ronfler. 

Dfurm, difforme, Cms; difform, Cathell 28. 

Digalloud, impuissant, Cb, dygalloet, Jér. v. galla, dichalloud, 
Gr. 

Diglocet (fève) écossée, C6, v. boeden, part, de digloçza, Gr. 

Digoestlaff, terrijf goijunez rr briser vœu ou oster deuotion aux 
saints 11, Cb, divoëstla, dégager, Gr. 

Digotdmajf, dénouer, Cms. 



1^0 É. ERNALLT. 

Digouuiziec, ignorant, Cb, -zyec, v. nconii, tréc. ditviek. 

Digouzaffus tf souffrable ; insouffrableté 17 , Cb (lisez cfinsouf- 
frable^', = dic^houzanvuz, intolérable, Gon.). 

Diguegaf, épeler, I. sillabo; dredigueg, 1. siliabatini; digueger, 
1. sillabificus ,Cb,v. sillabijiajf; diguech , e'peler, assembler les lettres , 
Mann. ; diguech , part, digueget ff e'peler, nommer ses lettres l'une 
après Taulre pour en composer des syllabes; diguech ar bâter, be'nir 
un malade ou une bête incommodée; guérir par des oraisons, en 
vertu d'un pacte, Gr. ; diglieis, dighich, épeler, Pel. Le sens propre 
est cr séparer, distinguer», et Tétymologie la même que celle du 
vannetais digiieigein, démêler, l'A.; digaiget, séparé, Chai. nis. 
(s. V. inséparable)] cl", digueinge, pur, sans mélange, TA.; de di-, et 
van. caigein, qiieigein, ceigein, mélanger, confondre, TA., etc.= 
queigea et quigeoul. (oiiz), rencontrer, Maun., moy. br. quisoul 
(ouz); cf. gall. cydio, unir. 

Dyguys, difforme, Am. v. cuz,'dighis (puni) cruellement, Gw. 
V. ghis; enem diguisaff, se déguiser, C6, v. gueen. 

[Dihinchaff, égarer), dich-, Cms. 

Dihouarnaff, déferrer, Cms. entre dihuezajjf e\ dihunaff. 

Dihuesaff, desuer, 1, exudo, vel est sudorem emitlo, Cww. 

Pibuezaff, v. i. huezajf, Cms. 

Dihun, insomnie, Cb, v. cousquet; en dijhiin, dans la veille, 
Jér., auj. id. 

Diioent, non conjoint. — Diligant, g. -ence, 1. -encia. — Di- 
lingnez, qui dégénère; -aff, forligner. — Diliuraff, délivrer, Cms. 

Dilloenter, délier, p. dilloeet, Cms. 

Dduiijajf, démêler, Cms. 

Dimanchet crémanchié», Cb, \.milguin, diuaing (habit) sans 
manche, Nom. 111, 1 1 3 , du fr. 

Dimeulus, non louable, dimulet, non loué, 1. illaudatus, Cb, 
diveulus rrdéshonorablew, Gr. ; e disveuli la blâmer, Intr. d'ar v. d., 
169. 

Dimeur, non mûr, Cb, diveiir, Gr. 

[Dimiziff, mariei); demezabl, nubile; -zer, épouseur, Cms. 

Dimoder, dimoderancc, desattrempance, 1. intempéries; tra 
dimoder; dimoderet, non attrampé, 1. intemperatus, Cb, v. tem- 
peraff; dimoder aff tr desaHreimper, 1. immoderonv, Cb. 

Pineric , petit denier, dinerus, plein de denieis, Cb, v. mouneiz. 



GLOSSAIRE MOYEN-BRETON. 121 

Dyners, laible, Gw. v. gloas, auj. dinerz; dinerzaff, énerver, 
Cb, V, spazajf, dinerzus, énervé, v. sembldet. 

Dineruennaff, trancher, les nerfs, Cb. 

Dineuezaff, 1. innovo, Cb. 

Dinigal, envoler, Cb {dinigeal, venir en volant, Gr.). 

Diniuerabl, innombrable, Cb, dinivérapl, Gr. 

Dinous, versable, 1. versilis, 06. v. treiff". 

Dioardreff : a — , (entrée) par derrière, Cb, v. guichet. 

Diopinius 'f inopinable w , Cb. 

(Dioueret, être privé de). C'est probablement le sens âe diouu- 
ret, Cnis., entre diouguelroez et dipennaff; pet. Trég. diouret. 

Diouguel, sécurité, 1. confugium, Cb. v. techet; dioguel, sûr, G 
v. sur. 

Dipacient, impatient, dipaciantet, impatience, Cb , dibatiantœt , 
id., Voy. mist., 78. 

Dipedenn : tra — non priablc, 1. inexorabilis, Ce, dipeden- 
nus, non apaisable, Cb. 

Dipintaff rrdespaindre, effacera, Cb. 

Dipouruoe, v. i. diboiirue (dépourvu), Cms. 

Dipunis, non puni; sans punition, 1. impunitas, Cb. 

Diqueinaff, rompre, couper le dos ou lechine, Cb. 

Diquemerabl , irrépréhensible, Cb. 

Diqueulusq, sans mouvement, 1. immotus, Cb, digueffliisq, 
paisible, Gr. 

DiRENN goar, van. direen coér, direnn mèl, rayon de miel, Gr., 
gall. dil mél. 

Direuerand «non révérend, irreverens^, Cb. 

Dirhaes, atteindre, Cms. 

•Dirigaez, g. estre en sault, Cms, entre dirhaes Qi dirobaff. 

Disaczun, dégoûtant, cruel == pet. Trég. dizasun (terre) sans 
engrais, syn. de didemps; van. disaçun (chose) hors de saison, sa- 
fMW saveur, saçun mat ragoût, Chai. ms. — Disaour, amer, cruel 
= van. diseur, passionnément; dizeure, exorbitant, extraordinaire, 
-ment, à merveille, à ravir (se dit mieux en mauvaise part), TA. 

Discoueniant finconuenient , non competantr, Cb. 



122 É. ERNAULT. 

Discuyz, non las, Cms, 

Dyscurlu P 2^8, prob. rf fétide, en de'composilion»; discurlu, 
tf infect», mot suranné, Gr. Peut-être de dis-, et grullu blé noirci 
intérieurement, rbled foudre», en basse Cornouaille, Pel. 

Disfaczaff, effacer, p. -acet. — Disjkaff, se défier, Cms. 

Disglau fressauue de maison, 1. cindula», Cb, v. planqiienn. 

Disgruyzaff, arracher, Cms. 

Disguely g'wen , bâiller. Ce, v. bazaillat, dislévi-gûen , dislévi-yen , 
Gr. , dislevighen, dislevihen, Pel.; gall. dylyfu gên. 

Disheaul, ombrage; disheaulyaff tcvmbrer, 1. vmbro», Cb, v. 
squeut, diseaulyaff s ahr'ûer du soleil. Nom. ii5. 

Dishonest (et non -est) C, disonnest, Cms, dishoneur, déshon- 
neur, Cb, Y. pechet. — Disych, il manque, fait défaut, Ni. 35o, 
lisez prob, difych, comme diffigo, P i8/i, cf. dijjiet; voir Rev. celt., 
IX, 872 et 878. 

DiSMEGANçz , pi. OU, Gr. , -atiç , Pel. , affront, -ansus déshonorant, 
Emgonn Kergidu, 11, 286, dismegus, id., Intr. d'ar v. d., 186; 
dismeg (cœur bas et) lâche, 810; comique dismigo, se défier, 
soupçonner, gall. f/iVmî/^M mépriser, myghonoré, m^/gr majestueux , 
glorieux, cf. grec ixdxap, fxaxpôsl 

Disolo, découvert, Cb, v. trabuchaff; découvrir, v. noaz. 

Disouc'henne (cette pièce d'or m')aiguiserait, (me) donnerait 
de l'activité, Am., v. souch; de souch, émoussé, obtus, Pel., Gon.; 
en petit Tréguier dizoachel, fringant, cf. Bev. celt,, IV, i5i. 

Disparty, séparation, ez disparti rfséparamment», Cb. 

Dlspenn, déchirer. Je l'ai tiré à tort de dis- et de penn ce tête», 
ayant donné trop d'importance au sens secondaire de :f détruire, 
perdre». Les Annales de Bretagne contiennent, t. I, p. 829, une 
autre étymologie : dispenn serait pour * dis-ben ff déchiqueter, mettre 
en pièces», de la même racine que le v. br. du-beneticion tr coupés» 
et que le grec s--7i£-(pvov. Celte explication donne lieu à deux dif- 
ficultés phonétiques. La particule r&- devient di- devant un b, et 
ce b lui-même s'adoucit en v: berajf, auj. bera ff couler» fait dide- 
raff, auj. divera rf dégoutter», et non * dispera{Jf) ; de plus, l'n de 
la racine de benaff k couder r> n'est jamais redoublé, tandis que 
celui de dispenn l'est ordinairement. La vraie origine du breton 
dispenn me semble être le v. fr. despenner, despaner cf déchirer, dé- 
pouiller, mettre en pièces», dont nous avons gardé le dérivé dé- 
pcnaillé (tr panaches. . . tout brisés, tout dépenaillés de coups», 
xvi* siècle, Liltré); cf. dépeniller le fumier, tr l'écarter dans les 



I 



GLOSSAIRE MOYEN-BRETON. 123 

champs w (Jaubert, Glossaire du centre de la France). Despenner, 
despaner et le breton dispenn repre'senteraient un bas latin *dispan- 
nare; on trouve, dans le même sens, depanare, depannare [drappis 
et calciamentis depannatis, ann. 869, Du Gange). La lacine est le 
\ai\n pannus ff morceau d'étoffe w. 

Dispingnens , qui dépense, Oms; dispmg, écrit auj. dtspign, dé- 
pense, vient du lat. dispendium, à peu près comme le fr. Compiegne 
de Compendium et Bourgogne de Burgundia. Le br. moy. dispingnus 
ffqui dépense 5-» répond exactement au lat. dispendiosus. Le repré- 
sentant bret. du lat. dispendere w despendre 11 serait ^ dispenn^ \ cf. 
astenn de extendere « estendre r) ; diskenn de descendere tf descendre 5^. 

Nous constatons ici que le son gn doux est produit en breton 
moy. et mod. par l'influence d'un i ou d'un y sur un n précédent. 

Le même procédé est visible dans les pluriels tels que arpasi- 
gner cries degrés ii (^Introduction d'or vuez dévot, Quimper [1710], 
p. 8); écrit paseigner par le P. Grégoire, du sing. pasenn (dérivé 
du français jtjas); barrii'ier, Gon., barreigner, Grég. tfdes barres:^, 
[an barrinner criointure, 1. commissura nauisii, Nom. i5a), 
sing. barrenn ; gwalirier«\ erges, fléaux, aunes n et aussi ff anneaux r, 
Goh.; goaleigner, Grég. [gwalinier, bagues, G. B. L, I, ^26), du 
sing. gwalenn, moy. bret. goalenn, qui a tous ces sens (cf. \r\. fail 
te anneau 77 ); guëzreigiier, g\aces (de miroir), pi. de guëzrenn, Gr.-, 
cette terminaison de pluriel est en breton -ier [-yer] : moy. bret. 
tf bâton n. plur. bizier, bizyer (deux syll.), aujourd'hui id. 

Quelquefois c'est le changement de en en ign qui indique la 
vraie nature du suffixe ajouté. Ainsi lignât frécorcherw (e guignât 
tr l'écorchen^ , Introd. d'ar v. d., 286), participe moy. bret. quin- 
gnet, est pour *fcen-i/af, de lien f? peau n, qu'on trouve dans les 
composés comme moy. bret. caruguenn tfpeau de cerfii; buguenn, 
Gr. , van. buhqueenn, pi. eu, f. frpeau de vache w, l'A.; tréc. maous- 
ken «peau de moulon^i, etc. De même le moy. hret pignat , pin- 
gnut [écrit aussi p'nwaf) tfmonteni, auj. id., vient de *penn-yat, 
du lat. pendere; cf. tréc. en pign t-en suspens»; vann. é spign,Livr 
bugalé Mari, 5o; enpign, in pign[doh), Chai. ms.\. pendant, filet; 
moy. bret. squingnqf, dissiper; squigna, étendre, stigna, tendre, 
Maun.; voar squign (le foin est) étendu, Maun.; stigna, stegna 
tf tendre , roidir r> ; stegn , roide , Gon. ; moy. bret. stinn [ rime en ign) 
tf extension (d'une famille)T», de *stenn-ya, ou *stenn= lat. exten- 
dere, d'oij aussi le br. moy. astenii (pour le rapport de st et sk, 
\oir y oust). Voir bresquign, grynol, quimingadez, touign, guinhen. 



' D. Le Pelletier donne le sens de tcdépenser'i, à dispen, mais il est assoz pro- 
bable que ce sens dérive de celui de ctperdre, détruire 51; nous avons vu que ce 
mot veut dire proprement rrmeître en lambeaux, décliirer» {=*dis-i)nnnare). 



124 É. ERNAULT. 

Disprisaff, desprizajf [et non -sajf), mépriser; despriser (et non 
dis-) (fdesprisablc (i. e. me'prisant) , Cb. 

Disquennadur, de'clivité, Cb, v. dépendance. 

Disquientaff rf forsennem , Ce, v. diboell, disquientus , celui 
qui ne peut rien apprendre, Cb, v. quelenn. 

Dyssafar, sans bruit, Gw. v. sa far. 

Dissimulancc , feinte, trahison, Cb, v, ober. 

Dissiuout rccuydance, 1. secta^^, disiuout tf opiner, avoir cui- 
dancer, Cb, v. opinion. Le P. Gre'goire donne comme suranné le 
mot diçzivoud, pi. ou, hérésie; diçzivoud, pi. aou, secte, multitude 
attachée à une opinion (et -ouder, novateur). C'est sans doute le 
même que moy. br. deseuout penser, deseu pensée, auj. léon. dezo, 
résolution, comique É^ese/" désirer, gall. deistjf, deiseb, demande. 
J'ai tiré ces mots bretons du lat. de -]-sapere, mais je crois quon 
ne peut les séparer de Tirl. tesbiiith, manquer, teseba, qu'il manque, 
cf. eseba, id., de ta ou do (voir tarauat), ex et bu (être); voir 
czeuêtt. Le b du gall. deiseb est dû à l'analogie de mots comme 
ateb, réponse. L'association des sens de rf manquer, désirer, de- 
mander, pensera, est naturelle; cf. bret. moy. mennat, ff souhai- 
ter, demander, penser.» 

Dissolut (luxure) dissolue, Cb. 

DisTAOUEL, indolent, mou, à l'île de Batz, Troude, se rattache 
à une forme léonaise analogue au van. disstaouein, apaiser; voir 
le mot suivant. Cf. gall. tawel, calme, tranquille, et v. br. tagtiel- 
ffuiliat, gl. silicernium. 

Distavaff, calmer = van. disstaouein frappaisem; disstau, ra- 
paiser, l'A. (c'est ainsi qu'il faut lire, Rev. celt., VII, 607); dis- 
taoïiein, apaiser, Gr. On dit en petit Trég. tawed è' glâ, la pluie 
a cessé; cf. na dawaz a oela (jamais) elle ne cessa de pleurer, G. B. I. 
I, 5o2. Voir distaoîiel, gouzavi. Le van. distannein, apaiser, distan- 
nezWjl'A. distonein, id. Pel,, pet. Trég. distann, amortir, adoucir 
une sensation vive, léon. distana, Gon. , a pu subir l'influence de 
an, feu, mais à l'origine il y avait là un doublet phonétique comme 
dans van. ineû et inean, âme = eneff; neaihue et nean, nage, l'A., 
de neuff^= * {s)nà-me. 

Distingaff, destendre, 1. distendere. Item, c'est moult tendre, 
Cms; de distendo -]- ya-, cf. dysten; voir dispingneus. — Distrugus, 
destructif, Cb, v. techet. 

Distuch, sans plume, Cb. 

Disuyncall, récalcitrer, frapper du pied comme fait le cheval, 
Cb, v. squeiff. 



r.LOSSAinE MOYEN-BnETOX. 125 

Ditaluezhat, nou valoir, Ce, did-, C^, v. taluout, diuûffezhal , 
rendre malheureux, diialffez, malheureux, v. gcnnuidic; dldaluou- 
dec, de nulle valeur, v, iieantat; ditaluoutdeguez , 1. improbitas, 
V. fais. 

Ditennaff, atlraire, 1, atraho, Ch, v. lennajf. 

Diteudaff, ôter la langue, Cb. 

Ditreusouyaff, nieltre hors le seuil, I. dimio, Ch.; ôter le 
seuil, Ce. 

Ditruez trnon pitié', déloyauté'^, Cb. 

Dluanne, gouttière, dim. -yc, Cb, v. can; dibannech, de'- 
goutteuient ou gouttière, v. banne. 

Diuer rrcequi chiet de gouttière^, Cb, v. can; dégouttement. 
Ce, V. banne. 

Diuerclaff, de'rouiller, Cms. 

Diuezet, éhonté, Cb. 

Diuis ffditiew, 1. dictamen, diuisaf, I. dicto, diuiseur « diteum, 
1. dictator, Cb, v. lauarez. 

Dizomag, sans dommage, Cms. 
Dizonnidigaez , sevrage, Cnis. 
Dizornnet, sans mains, Cms. 

Dizour, 1. fluctuatio, Cb, v.jluajf, gouttière, v. can; an toul di- 
zour, tcrossecii, 1. sentina, Nom. i5i; dizouraff, 1. defluo, Cb, 
\. jluaff; dizourer, v. i. rigol, Cms (rigole), dizourus, 1. detluus, 
Cb, x.jluajf, didourus (miel) fluant, Cb; le'on. dkoura, couler, petit 
Trég. didouran, cf. Rev. celt., V, 126. 

Dizuaff rr desnoircini , Cb, pet. Tre'g. diduaii. 

Dleizen, pêne de serrure, verrou que la clef pousse et retire, 
Pel., loquet, Maun., dleyzenn , cleyzenn , ar chleyzenn,Gr., dleizen, 
kleizen , ï. Gon., Trd., pênQ, de dleiz-=v. comique delehid, g\. 
sera, gall. dylaith, sorte de verrou; de *del-actâ, racine dher, 
tenir, cf. grec B-éXv(jivov, base; voir delè. Pour la gutturale de 
cleyzenn, cf. tre'c. gle pour die, dette. 

Doanger, danger, Cms.; cf. danger et dongerus. 

DocHAL grogner (comme une truie) Nom. 216, dochal Gr. , 
gall. f/î/c/i grognement (onomatope'e). 

Doctement, doctement, Cathell 6, docteur, docteur, Cb, v. scol, 
dotrinabl cf doctrinablew, 1. doctrinalis, Cb. 
Doelez , délié , Cms. 
Doeliis, douteux, Cms. 



126 É. KRNAULT. 

Dojfajf, g. dùtcur (lis. dompter), Cms, I. domo; doetiaff, dompler 
ou priver, G/>, après doetits. 

■Doliff : eol — Ch, du fr. d'olive, voir darem. Le Nomenclator 
donne eaul oliff, eol oUues, p. 65. — Domiua (lisez -na), domi- 
ner, Calhell 23, du fr. 

Donaesonner, donneur, Cms, -ssoner, 1". ez, Ch, v. reiff [ï. es, Ce) ; 
donaessonabl , donnable, 1. daliuus, Cb , donesoniff, ("aire des pré- 
sents, Kl 5ii, donaesomj, donner (prébende), donnaeson, don, Cb. 

Donguenn, anse de seau, Cms,- dourguenn, id., Gr.; doiirguen 
ou crammailler, tccremilier, lat. ciimacten^ Nom. t63; dornn, 
main, Cms. 

Doutroadec, à deux pieds, adj.. Ce, dam troadec, Cb; dougli- 
nus ffa genoilh^, 1. genicidaris; douzecuet, douzième, Cb. 

DouAREN, pi. ed, peiit-fils, f. es, Gr. ; doarein, doaran, f. -nnéss, 
TA., prob. de do- et cf. gall. ivijr; -an doit être le suff. de dimi- 
nutif. 

Doubl. Comps — , doublement parler; a cant donbl, centuple, cris- 
quijf (i cant doubl, centupler, C/»,- doublaj'e petiar, quadrupler. Ce; 
duoblajfe p.,Cb; doublet e p. te double en quatre^!, 1. quadruplex; 
doublaff e seiz redoubler en sept^i, 1. sepluplo; doubledenn, syno- 
nyme de sourcot, Cb; cl", doiiblœlte, m. pi. -teu ce subgronde ou se- 
verondeiî, TA. 

Doucesic, trdoulceten, \. gliscenum,Cms; douceur, (il est mon) 
bonheur, Gathell, i8. 

Dougueur, porteur, Cb, v. pot, douguer, f. es [da dour, da coat, 
d'eau, de bois), Cb. 

Doum, dom. — Doummag, dommage, Cms, dommaigeux, g. 
id. Cb, -ageux, v. dampnaff'. 

Doun, profond, Cms, dounhat, tcprofondeni, 1. profundo, Cb. 

Dourec, abondant en eau, Cb; «fluvieuxw, y.jluajf; dour-mel 
tf breuvage d'eau et de mieh'. Nom., 65; dour deru, du gui, loo 
[dour-dero, xan.dëur-derv, Gr.); dourguy et qui dour, loutre, Nom., 
46; dour-ijar, poule d'eau, 3g. 

Drajfl, dralfle ou huysset, Cms. 

Drogoun, -on, Cms. 

Dram, g. javelle, Cms; dramm, pi. ou, Gr. , cf. gr. Spdyixa.; 
Bev. celt. viii, 52 5. 

Drapent'; Item h(e)c xeropellina, ne, vel xerapellina, xe- 

rapellinc, et veteres pelles vel vetercs vestes, b. de esfijoun (?), 
Cms. 



r.LOSSAinE MOYEN-BBETON. 127 

Dreyiinec, I. spinclum, Cjm«, drcyn, épines; drenic, drenijc, pe- 
tite épine, Cb;drenec tfbar, lubiipi, poisson. Nom. AG. 

Drouccomps, médire; clrouccuslum , mauvaise couUime; drouc- 
hanf, mauvais renom, Cms , droiic obérer, mallaileur, Cb, v. milli- 
guet; drouc comser ff maldisantii, drouc lauarer e hentez trmes- 
disent daulti'uyw, Cb, v, echarnajf, drouc songer cfcontumelieux, 
homme mal pensentn, x.jniur; drouchat, pervertir, Cb. 

Driiill. On dit en pet. Trég. et en (Joello (à Trévérec et à Trov 
méven) moud d'un driiill, aller au triple galop. A an druill dracc, 
comparez : drouiïl-drast (débiter) à la hâte (un discours), Mculi- 
diguez qequin. . . , par Le Bail, 180 'y, p. i U. 

DuAU (^doh), habitué à l'A. s. v. rompu et SuppL, v. amazone, 
emmariné; duahein ffstilerr), TA., s'étourdir (un peu sur les mal- 
heurs), SuppL; part. -héU, me zuaha [doh), je m'aguerris, l'A.; 
cf. giûl.doeth, sage; du lat. doctiis. Pour le sens, on peut com- 
parer le vers de Molière : 

Et je suis, pour le ciel, appris à tout souffrir. 

(Tartufe, act. V,sc. vu.) 

Duat, g. noir, 1. hoc atramentum, Cms; duhat, ennoircir, Cb, 
V. teffalhat. 

Duché, duché, Cms. 

E. Ernault. 

[A suivie.) 



Vinno- et ses dérivés. 

L'adjectif uinnulus se trouve chez Plaute [Asin., I, m, 70) : 
béne sahUandô consuescunt, cônpeïlando blànditer, ésculando, orâtione 
uinnula, uenûstula. Les manuscrits l'écrivent tous avec deux n, et 
de même tous les glossaires anciens. Si, au xii* siècle, Osbern 
écrit uinulus, c'est parce qu'il le fait venir de uimim et le traduit 
par uino imbutus. Vinnulus se trouve dans différents glossaires \ 
qui l'expliquent par tr mollis, blandusi^, et dans l'abrégé de Paul 
Diacre : uinnulus dicitur molliter se gerens et minime quid uiriliter 
faciens'^. Dans le glossaire de Philoxène, on lit : uinnicus voo-^sXnis. 
Un passage d'Isidore de Séville [Orig., III, xix. 3) est particu- 
lièremen-t instructif: uinnolata uox est lenis et mollis atque Jlexibilis : 
et'uinnolata dicta a uimio^, hoc est cincinno molliter Jlexo. On peut en 

^ Tous les textes ont été rassemblés par Gotz et Lowe dans ia prétace de leur 
édition de YAsinaria. 

^ 11 semble que Festus voie dans uinnulus une sorte de diminutif de iiir. 
^ Probablement de uinnmn, neutre pris substantivement d'un adjectif uinnus. 



128 L. DUVAL. 

l'approcher une glose cite'e par Lowe [Prodrom. corp. glossar. ht., 
p. io2) : uiendis, id est Jlectmdis , hoc est modulandis carmhiibus. 

Les significations altribue'es au thème uinno- et à ses de'rivés 
sont tout à fait comparables à celles de lentus^, proprement 
ff flexible-^, puis, au sens moral frmou [v(,}-)(/krjs)n. L'enchaîne- 
ment de ces sens divers amène tout naturellen^nt à rattacher 
uinno- à la même l'acine que uiere, uimen; nn est pour *»m comme 
dans anniis pour *amnus-: uinno- {*uim[e)no-) serait ainsi un an- 
cien participe passif de uiere. 

La t. crîtdus. 

La plupart des substantifs à thème sigmatique sont accompagne's 
en latin d'adjectifs en -ïdus : frigus , frigidus ; timor, timidus, etc. 
Le mot qui est en sanscrit kravis (neutre) ?f chair crue-i, en grec 
xpéas, gén. xpédos pour *xpsFaa--os, a de même donné en latin 
un adjectif *rreMï^o- a cru-o, qui est régulièrement devenu *crouido- 
(cf. vsFos, nouus), puis *croudo- (cf. au{ï)spex, gau[i)deo) et enfin 
crîido- (cf. l'archaïque abdoucit), nomin. crîidus. 

V. irl. cûach. 

Le vieil irlandais cûach ff coupe w, thème masculin eu -o-, peut 
représenter un plus ancien *kôko-. Or, en irlandais, l'aspiration 
des occlusives intervôcaliques est antérieure à la réduction du 
groupe voij. brève -j- ?t devant consonne sourde à voy. longue (cf. 
éc-ath ff hameçons, sscr. ahk-às). Cûach ne peut donc venir de 
*kônko : il faut, ou que ce mot n'ait jamais contenu de nasale, 
ou que l'aspirée gutturale y ait existé de tout temps. On sait que 
les aspirées sonores primitives ont perdu leur aspiration en cel- 
tique : si, comme je le suppose, la forme* ^onMo- ainsi restituée 
est ré(juivalent du sanscrit çahkhà-s rr coquille «, grec xôyyo^s., 
nous aurions la preuve que les rares aspirées sourdes primitives 
ont, au contraire, gardé leur aspiration. Le passage du sens de 
ft coquilles à celui de f vase est tout naturel, et se retrouve en 
grec et en latin. 

Je ne crois pas que le mot irlandais soit emprunté au latin, à 
cause de la forme du thème qui coïncide avec le sanscrit et s'é- 
loigne du latin concha. S'il en était pourtant ainsi, cûach n'aurait, 
il est vrai, aucune importance pour le kh indo-européen : par 
contre, la loi de chute de la nasale devant une sourde se trou- 
verait approximativement datée. 

L. DuvAU. 



' Bréal et Bailly, Dict. éliiinol. latin, s. v. lenlus. 
' Ibid. , s. V. annm. 



SUR LES RAPPORTS 

DE L'ALPHABET ÉTRUSQUE 
AVEC L'ALPHABET LATIN. 



Je me propose de réunir ici les faits qui peuvent nous porter à 
penser que l'alphabet e'trusque a été, pendant un certain temps, 
Talphabet dominant en Italie, et que les idiomes d'origine 
indo-européenne, comme le latin, l'ombrien, l'osque, se sont 
d'abord écrits au moyen de cet alphabet. Diverses particularités 
de l'écriture latine, osque ou ombrienne recevront de cette dé- 
monstration leur explication naturelle. On devra, du même coup, 
renoncer à quelques hypothèses qui ont pris indûment place 
dans la science. 

On sait qu'un cei^tain nombre de monuments anciens pré- 
sentent, à titre d'ornement, des alphabets tracés tout au long et 
en ordre. L'un des monuments qui nous représentent le plus 
fidèlement l'alphabet étrusque est le vase connu sous le nom 
de vase de Bomarzo (Fabretti 9/1 36). On y trouve tracé l'alphabet 
suivant : 

c'est-à-dire 

a c e V z hB il m rif s r si u (p xl^' 

Une première circonstance qui frappe les yeux, c'est l'absence 
des lettres douces h, g, d.Ce fait demande un mot d'explication. 

Il y a des langues qui ne sont jamais arrivées à distinguer 
nettement les articulations fortes p, k, t des articulations douces 
correspondantes. Il serait incorrect de dire que les consonnes 
douces leur aient manqué; il ne serait pas moins faux de pré- 

^ Le vase de Bomarzo ne paraît pas appartenir à une très haute antiquité : 
il contient à la fin ies lettres grecques Çi et x, qui ne faisaient point partie du 
fonds primitif, l'ancien alphabet grec s'arrèlant, comme on sait, à Vu. Des 
alphabets semblables ont été trouvés à Chiusi (Fabretti, Sup. 1 63- 166). Deux 
autres sont tracés sur des vases de Nola (Fab., 2766-9767). 

MÉM. U\0. VII. 



130 M. BRÉAL. 

tendre qu'elles n ont pas eu les consonnes fortes. Mais la pronon- 
ciation, produisant un son interme'diaire entre la douce et la forte, 
ne s'est jamais de'cide'e nettement pour l'une des deux. Souvent 
même, pour achever la confusion, ce son intermédiaire pou- 
vait prendre le caractère d'une aspirée. 

L'étrusque semble avoir été dans ce cas. Aussi, ayant été 
mis en possession d'un alphabet où il y avait excès de richesse, 
puisqu'il contenait un B, un II, un O; d'autre part un A. 
un T, un 0; enfin un F, un K, un X, a-t-il procédé à des élimi- 
nations, et a-t-il retranché ce qui n'était d'aucun usajje pour 
lui-même. 

Mais cette élimination ne s'est pas faite pour les trois ordres 
de consonnes d'une façon absolument logique et symétrique. 
L'étrusque supprime d'une part la dentale douce, le A, en sorte 
qu'au lieu à'AXé^avSpov il écrit Alixenirom. A été retranchée pa- 
reillement la labiale douce, de manière qu'on a écrit Vipns, Vipes, 
Vipis', en regard du latin Vibius. Mais pour les gutturales, la sim- 
plification ne s'est point faite partout de la même manière; si 
certains alphabels étrusques ont éliminé la douce, c'est-à-dire le 
gamma, d'autres, ainsi qu'on le voit par le vase de Bomarzo, ont 
renoncé à la forte, c'est-à-dire au K; le F a donc été chargé de 
cumuler les deux fonctions : Mcliacr^MsXéaypo?, Caies= Gains. 

C'étaient là des sacrifices qui ne portaient aucun préjudice à 
l'étrusque; ils avaient au contraire pour effet de modeler plus 
exactement l'écriture sur la prononciation. 

Mais il n'en devait pas être de même si cet alphabet, ainsi 
réduit et diminué, passait à des populations de langue indo- 
européenne. Des idiomes qui séparent clairement la douce et ta 
forte, ou, comme on dit en linguisticjue, la moyenne et la ténue, 
devaient se trouver embarrassés devant cette pauvreté et cette 
incertitude de la représentation graphique. Il en devait résulter 
des graphies inexactes, des tâtonnements et des variations d'ortho- 
graphe. Il en pouvait résulter aussi , au jour oià l'on voudrait porter 
remède à ces inconvénients, des corrections plus ou moins heu- 
reuses, des retouches plus ou moins bien dissimulées, comme il 
arrive, par exemple, sur un autre domaine, quand un copiste veut 
rétablir un texte incomplet et défectueux. Or nous trouvons tout 
cela en latin, en osque, en ombrien. 

Commençons par le latin. La première observation qui se pré- 
sente, c'est que la troisième lettre de l'a h c romain n'est point celle 
que nous attendions d'après le modèle de l'alphabet grec. Pour- 
quoi avons-nous une ténue où nous aurions dû trouver une 
moyenne? Le fait est bien connu, mais on a beaucoup hésité sur 
la cause. 

Cette cause doit être cherchée dans l'alphabet étrusque. Il y 



RAPPORTS DE L'ALPHABET ÉTRUSQUE AVEC L'ALPHABET LATIN. 131 

eut un temps dans la langue latine où, à rimitalion de Tctrusque, 
le C 1 remplissait tour à tour le rôle d'une douce et d'une forte. 
On e'crivait CAIVS, CNAEVS {Gains, Gnœus) et, d'autre part, 
CAPITO, CATO. Mais une pareille confusion ne pouvait durer. 
On sait comment il y fut porté remède : une lettre nouvelle, le G, 
fut introduite dans l'alphabet et inse'rée à la place occupée jusque-là 
par le zêta grec : le C resta dès lors réservé exclusivement au 
rôle de la forte. Les seuls témoins de l'état antérieur qui sur- 
vécurent sont les sigles C. et CN., ([ui restèrent usités pour si- 
gnifier Gains et Gnœus. 

Ainsi fut pansé ce point malade; mais la suture, il faut l'avouer, 
n'était pas des mieux roussies, car on venait de rompre l'har- 
monie entre l'alphabet grec et l'alphabet latin, en consolidant 
et consacrant dans le rôle de la forte une ancienne consonne 
douce-. Du même coup, la véritable gutturale forte, le K, se 
trouvait sans emploi, et devait à l'avenir mener une existence 
incertaine et précaire. 

Pour revenir à la cause première du mal, le coupable, à n'en 
pas douter, c'est l'alphabet étrusque. On ne l'a pas assez dit 
jusqu'à présent. Corssen suppose que la faute doit être attribuée 
à la langue latine, qui aurait, pendant un temps, perdu le sen- 
timent de la différence entre la moyenne et la ténue; la même 
idée, quoique avec certaines restrictions, est émise par Seelmann^. 
Mais quand de tels vices existent dans la prononciation, ils sont 
inguérissables, et l'on ne comprendrait pas que, confondus dans 
la bouche du peuple romain au iv' ou v* siècle avant Jésus-Christ, 
le 6' et le^ se fussent séparés de nouveau au iii^ et fussent correc- 
tement rentrés chacun dans ses limites respectives. 

Nous passons maintenant aux labiales. 

Voici une inscription falisque où le B est régulièrement repré- 
senté par un P (Garrucci, Sylloge, n° 802) : 

flKHBfOJ: fi3M3hq3* : fliqiV 

INIJ30,qflOfl : nHRM 

flqV3 :3B : SYRm 



• MACISTREI, MACISTRATVS, CNATVS sont des exemples de cette 
confusion. Voir d'autres exemples dans l'Index de Garrucci {Sjjllogn) et dans 
celui du Corpus (t. I). Festus s'y est trompé quand il a écrit (p. 27): ttAcetare 
dicehani quod nunc dicimus agitare.n La loi des Douze Tables était écrite de cette 
façon, à en ju/jer par des exemples comme : NI CVM EO PACIT [pacit pour 
"pangit). 

* Observons, à ce propos, que l'alphabet phénicien réunit et met l'une au bout 
de l'autre les trois consonnes douces S, y. S, ce qui ne laisse pas que de dénoter 
déjà des visées phonétiques. On en peut dire autant pour les liquides A, (i, v. 

^ Aussprache des Lateiu, p. dàli. 



132 M. BRÉAL. 

11 faut lire : Vipia ( Vibia) Zertcnea lojcrta (liberta) Marci Acnr- 
celini mate (^mater) he [hec) cupa [cubât). 

Cupat pour cubât se trouve encore sur trois autres inscriptions 
(Garrucci, Sxjlloge, n"' 800, 801, 8o3). 

La table qui e'tait conservée dans la corporation des frères 
Arvales et qui a fourni le modèle du célèbre chant était sans 
doute écrite selon le même système. Ainsi s'explique la leçon 
ADVOCAPIT trois fois répétée. On y peut joindre aussi le PROPON 
qu'on lit sur une monnaie de Bénévent et qui, comme l'explique 
Garrucci (n° G/i), équivaut au probvm, probom des monnaies 
de Suessa. 

Nous passons aux dentales. 

Comme il est arrivé en latin pour les gutturales, il vint en 
osque, pour les dentales, un moment oij l'on éprouva le besoin 
de distinguer la ténue de la moyenne. Mais il se présentait une 
difficulté inattendue. Le A ou 0, qu'il eût été naturel d'em- 
prunter à l'alphabet grec, ne se serait pas distingué de l'r, lequel 
en osque avait pris la forme d'un (1. C'est alors qu'on eut l'idée 
de représenter le d parle signe R. Nous n'avons pas à rechercher 
en ce moment ce qui a pu déterminer ce cboix. La singularité 
du signe, qui est en désaccord avec toute tradition épigraphique, 
dénote suffisamment ce que nous voulons démontrer : à savoir 
que nous avons ici une sorte de placage. Si la lettre d avait fait 
de tout temps partie de l'alphabet osque, nul doule qu'elle serait 
représentée par un signe analogue au A grec. Du sud de l'Italie, 
le caractère en question s'est répandu au loin : nous croyons, en 
effet, que le R ombrien n'est pas autre chose que le S osque 
privé de sa haste. 

Ajoutons que i'osque et l'ombrien ont hérité de la lettre que 
nous avons vue plus haut dans l'alphabet de Bomarzo:le 8 ou/. 
C'est là une preuve directe et irréfragable, car personne ne sup- 
posera que renqjrunt soit du côté de l'Étrurie. Il est permis de 
croire que le même 8 a existé anciennement dans l'écriture la- 
tine, où il a été remplacé plus tard par un F. Encore une sub- 
stitution peu heureuse, venant probablement de grammairiens 
hellénisants à qui il répugnait de laisser dans l'écriture latine 
un signe sui generis. On lui préféra le F ou digamma éolique, 
qui avait au moins pour lui de figurer dans les vieilles inscrip- 
tions de la Grèce. Mais ce fut là un véritable contresens, qui 
a longtemps égaré et ne cesse pas d'('garer quantité de lecteurs. 
Le F avait en grec la prononciation du vav phénicien; c'était 
un V, ou plus exactement un w anglais. Il aurait fallu le con- 
server dans ce rôle, ce qui eût épargné à l'V de remplir tour 
à tour l'office d'une voyelle et celui d'une consonne. L'empereur 



RAPPORTS DE L'ALPHABET ÉTRUSQUE AVEC L'ALPHABET LATIN. 133 

Claude était dans le vrai quand il voulut rendie à la lettre F sa 
vraie destination; seulement, pour e'viter les confusions, il pro- 
posait de la renverser. On sait que nous avons quelques inscrip- 
tions datant du règne de cet empereur, où Ton trouve la lettre 
en question : ampliahit TERMiNAdiT. Les grammairiens an- 
ciens qui ont eu l'idée de détourner la lettre F de sa vraie signi- 
fication pour lui attribuer le rôle du 8 étrusque ont, contraire- 
ment à leur intention, troublé le parallélisme entre Talphabet 
grec et Talphabet italique. 

Nous n'avons encore rien dit d'une lettre qui existe en étrusque, 
mais qui manque en latin, le tbèta ou 0. Celte lettre n'a pas 
complètement disparu des alpliabets italiques : elle existe, 
quoique à l'état sporaclique, en ombrien, et nous la retrouvons, 
sous la forme B <^n pélignien, où elle se distingue nettement 
du D dans les mots comme vie ad, AF9ED. Du nord de l'Italie, 
cette lettre a pénétré jusqu'en Gaulée II n'est pas étonnant qu'elle 
ait été peu à peu éliminée de l'alphabet latin et de l'alphabet 
osque, le son qu'elle représente étant lui-même absent de ces 
langues. 

Il- existe encore une autre preuve que l'osque n'a pas puisé 
directement à la source grecque, mais qu'il a adopté l'alphabet 
étrusque en le perfectionnant de son mieux. C'est ce qui s'est 
passé pour le son o. 

On sait que l'étrusque ne possède pas la voyelle o^ : cela vient 
sans doute, non d'un manque absolu, qu'on aurait peine à con- 
cevoir, mais de ce que la pj-ononciation l'trusque ne séparait pas 
nettement le son o du son ii. Mais en osque, où les deux sons 
existent sans se confondre, on voulut avoir deux caractères pour 
les distinguer l'un de l'autre : les deux caractères qu'on choisit 
sont V et V- tl ^^st clair que la seconde lettre a été tirée de la 
première au moyen d'un point diacritique, artifice qu'on n'au- 
rait pas eu besoin d'imaginer, si le peuple osque avait- à cette 
époque connu l'alphabet grec, avec son assortiment complet de 
voyelles. 

De cet ensemble de preuves nous croyons pouvoir conclure 
que l'alphabet étrusque a régné pendant un temps sur toute la 
péninsule; il appartient aux historiens de tirer la conclusion de 
ce fait. Mais était-il bien nécessaire de multiplier les inductions 
et les rapprochements, quand une démonstration matérielle de 
notre thèse est entre nos mains? Elle est fournie par les cinq 
premières tables d'Jguviuui. Là nous voyons l'alphabet étrusque, 

^ Voir les Beilroge de Kuhn et Schleiclicr, t. lit, p. 907. Cf. d'Arbois de Ju- 
bainville, Etudes grammaticales sur les langues celtiques, p. 3i. 

^ Priscien, p. 553 : wO aliquot Italise civitales, teste I*linio. non lial)i'bnnt, 
sed loco ejus ponebant V, et maxime Umbri et Tusci.» 



\Zà M. BRÉAL. 

malgré ses lacunes, employé à représenter les sons d'une langue 
indo-européenne. Si nous avions des inscriptions latines des 
premiers siècles de Rome , nous verrions sans doute qu'il en a été 
de même chez les Romains, et que ce ne sont pas les Grecs, mais 
leurs voisins de Ciusium ou de Vulci qui leur ont appris à écrire. 
Si l'alphabet latin s'est ensuite écarté de ce modèle, s'il est de 
tous les alphabets italiotes le moins étrusque et le plus moderne, 
cela ne doit pas nous étonner: à Rome affluaient, à mesure que 
la ville grandissait en puissance, les étrangers lettrés, particu- 
lièrement les étrangers grecs, philosophes, rhéteurs, grammai- 
riens, maîtres d'école. Ceux-là apportaient les dernières modes 
du monde littéraire; l'alphabet dont ils se servaient, qu'ils en- 
seignaient à leurs hôtes, était l'alphabet grec modifié selon les 
pert'ectionnements les plus récents. Les choses n'allèrent pas 
toutes seules; il fallut un travail d'adaptation et d'appropriation : 
comme on l'a dit, les tâtonnements des arrangeurs permettent 
d'entrevoir l'état qui avait précédé. Ainsi s'établit la différence 
qui sépare l'écriture latine des autres écritures italiotes. La science 
ne fait d'ailleurs que confirmer sur ce point ce que savaient les 
anciens et ce qu'ils nous ont dit expressément. Selon la tradition, 
Démarate le Corinthien apporta les lettres grecques aux Etrusques. 
Or Démarate est donné comme étant le père de Tarquin l'Ancien, 
avec qui la civilisation tyrrhénienne fait son entrée à Rome^ 
Entre l'Hellène qui donne et le Latin qui reçoit, la légende place 
l'émigré de Tarquinii, l'industrieux époux de Tanaquil. 

Michel Bréal. 
Tacite, Ann., XI, xiv; Pline, XXXV, xliii. 



PREMIÈRES INFLUENCES DE ROME 
SUR LE MONDE GERMANIQUE'. 



L'influence de Rome sur le monde germanique est une ques- 
tion vaste et intéressante qui peut être abordée par les côtés les 
plus divers. Je vais proposer (juelques rapprochements se rappor- 
tant plus spécialement à la langue : mon intention est de prouver 
que, dès l'époque gothique, et plus anciennement encore, des 
mots latins avaient cours parmi les populations germaniques. 
Chacun de ces mots contient un renseignement historique, pour 
peu qu'on sache l'interpréter d'une façon convenable. Est-il né- 
cessaire de prendre des précautions et d'assurer que j'ai en vue 
un intérêt purement philologique? C'est un soin que j'aime à 
croire superflu. Que les Cermains aient fait plus ou moins d'em- 
prunts à la langue latine, il importe peu pour la gloire des Cer- 
mains et des Latins. A dire vrai, il serait surprenant qu'une 
race ouverte aux nouveautés, prompte à l'imitation, pressée d'en- 
trer dans l'héritage de la civilisation romaine, comme l'histoire 
nous dépeint les compagnons de Théodoric, se fût tenue fermée 
à l'idiome qui lui apportait cette profusion de connaissances et 
d'idées nouvelles -. 

On peut seulement s'étonner de trouver dans la langue d'Ll- 
filas des mots latins plutôt que des mots grecs. Mais rappelons- 
nous d'abord que la célèbre ^traduction a été faite en Mésie, 
c'est-à-dire en un pays oij l'on parlait latin, comme l'attestent 
les inscriptions, et oii une langue dérivée du latin s'est main- 
tenue jusqu'aujourd'hui; remarquons en outre qu'Ulfilas, qui, 
selon les renseignements à nous parvenus, maniait avec une 
égale facilité le gothique, le latin et le grec, s'adressait à une 
popidation de soldats, ayant puisé son instruction dans les 

' Sur le désir exprimé par quelques confrères, nous reproduisons ici, avec 
des additioiis el corrections, la seconde partie d'un article publié sous ce titre 
au Journal des Savants, octobre-novembre 1889. 

'^ La même question vient d'être tiaitée par M. Fr'. Kluge, sous le titre Vor- 
oeschichle der altgermanischen Dialekle , dans le Grundriss der germanischen Plii- 
tologie, publié par Hermann Paul, t. I. Strasbourg, 1889. 



136 M. BBÉAL. 

camps, où la langue courante était le latin; souvenons-nous enfin 
que nous n avons probablement pas le texte authentique d'Ulfî- 
las, mais, comme on Ta conjecture' avec vraisemblance, un re- 
maniement d'une e'poque poste'rieure fait dans Tempire d'Occi- 
dent K 

Pour procéder avec la méthode convenable, il y a lieu de 
distinguer deux catégories de mots. La première comprendra les 
vocables latins qui, ayant passé déjà dans le texte grec des Évan- 
giles, peuvent, à la rigueur, être considérés comme nétant pas 
tirés de la langue latine. Ce sont : 



LATIN. 


GREC. 


GOTHIQUE. 


Cœsar 

legio 

prœiorium 

speculator 

membrana 


Kataap 

Aeyecor 
■arpatTwp/of 
(JTreKovXiTCôp 
fxsfxêpàva 


Kaisar 

laigaton 

praitoriaùn, praitoria 

spaîkulatur 

maîmbrana 


assarius 


daaàptov 


assarjus 



Ces mots, comme nous venons de lé dire, faisant partie de la 
rédaction grecque des Évangiles, peuvent, si l'on veut, être 
écartés. xMais il n'en est pas de même quand le texte gothique 
emploie un terme d'origine latine sans y être aucunement invité 
par le modèle grec. C'est ce qu'on observe pour les mots suivants : 



GREC. 


LATIN. 


GOTHIQDE. 


A/rpa 
a<Ppayis 

XlSuTÔS 


pondus 

sigillum 

arca 


pund 
sigljo 
arka 


h£(Tp.60TïjpiOV 

Ôios 


carcer 
acetum 


karkara 
akeit 


^akniov 
Xv^vos 


catillus 
lucerna 


katils 
lukarn 


^étjlrjs 


urceus 


aûrkeis 


xsipla 
ao\)hàpiov 


fascia 
orale 


faskja 
aùrali^ 


hilpcc^pov 
xXiata 


siclus 
cubitus 


sikls 
kubitus 


oïvos 


vinnm 


vein 



' Par cette dernière raison s'explique sans doute un fait d'orthographe qui a 
déjà été remarqué : au lieu de gg ou gk, la traduction gothique écrit quelque- 
fois ng ou nk à la manière latine : fank, hringif. 

* Ici le grec a un mot tiré du latin (swlarium); mais le traducteur goth a 
préféré le mot populaire orale. Voir Ducange , s. i'. 



PREMIÈRES INFLUENCES DE ROME SUR LE MO>DE GERMANIQUE. 137 



GREC. 


LATIN. 


GOTHIQUE. 


xsopÇivpoxis 


purpuralus 


paùrpurofs 


ôipâvlov 


annona 


anno 


Ôvos 


asinus 


asilus ' 


éXaiov 


oliva 


alev 


àvcLKSÏtjOai 


accumbere 


anakumbjan 


TSpixy p.ar siisadai 

GlpaTsiisadai 

Hsipsiv 


cauponari 
militare 
capillare ^ 


kaupon 
militon 
kapillon ^ 



A cette liste nous voulons tout de suite ajouter un mot qui a 
échappé jusqu'à pre'sent à l'œil des exe'gètes. C'est le gothic|ue 
rapjo ff compte, nombre -«i, qui est le latin ratio. Il est employé' 
cinq fois : 

Rom., XIV, 12. Apa ovv sxa.a1o5 j^f/wv tsso] éavTOv Xoyov Soj- 
aei TÔj 3-sfp. pannu me hvarjiziih unsarajram sis ra[)jon usgibip gufa. 
(En latin : Itaque unusquisque nostrum pro se rationem reddit 
deo.) 

Phil., IV, i5. ...OvSeiiia (xoi êKxXrjcria éxoivôSvnasv sis Xoyov 
Soasoos xai Xriyi-^ert)? . . . Ni ainohun mkkïesjono mis gamninida in 
ra]3Joii gibos jah andanemis. (En latin : Nulla mihi ecclesia com- 
municavit in ratione dati et accepti.) 

Luc, XVI, 9. AttoSos rbv Xoyov tyjs oixovo[xias aov. Usgifra.])- 
jon faûragaggjis peints. (En latin : Redde rationem villicationis 
tuse.) 

Rom., IX, 2 -y. Eàv r) b àpiôpios tcov vlôijv la-potïfX œs -n oifxixos 
Trjs 3-(xXd(j(jï}s. Jabai vesi ra]3Jo simive Israelis svasve malma ma- 
reins. (En latin : Si fuerit numerus filiorum Israhel tanquam arena 
maris. ) 

Joh., VI, 10. AvéTTScTOv ovv oi âvSpes tov dpi6[xbv wcrû -srei'- 
iama-)(^lXioi. paruh anakumbidedun vairos rabjon svasoe fimf pusund- 
jos. (En latin : Discubuerunt ergo viri numéro quasi (juinque 
millia.) 

On voit que trois fois rapjo traduit ratio et Xôyos, deux fois 
numerus et àpiOptos. On comprend sans peine le passage du sens 



' Pour le changement de n en l, cf. latin curninum, organum devenus en alle- 
mand kiimmel, orgel. 11 n'est donc pas nécessaire de penser au latin asellus. 

^ Cf. Ducange : Capillare. . . capillos auferre. 

* Aux mots gothiques d'origine latine il faut joindre uiiJqa = latin uiicta, 
qui se trouve sur le Papyrus d'Arezzo. 



138 M. BRÉAL. 

de te compte 51 à celui de cf nombres. Ce passade s\'sL-il l'ait oji 
gothique ou bien avait-il eu lieu pour ratio en latin? L'un el 
Tautre est également possible. Plante {Truc, 1, i, 69), poui* 
dire : «11 v en a trop (de courtisanes) :i, dit déjà : Ea nimia est 
ratio. 

Le substantif gothique a donne' un de'rive' rapjan cr compter-^, 
lequel se conjugue sur le modèle des verbes forts : parlait rop , 
ropum; exemple à joindre au vieux haut-allemand skrîhan, au 
moyen haut-allemand prîsen (alleaiand moderne preisen cr appré- 
cier 75), pour montrer qu'un verlje peut suivre la conjugaison l'orle 
quoique n étant pas originairement de souche germanique ^. 

Ce substantif rapjo = latin ratio vient se placer tout naturelle- 
ment à côté de kavtsjo = latin caiitio, qui se trouve sur le Papy- 
rus de Naples, et de laiktjo = latin Icctio, qui est ajouté en marge 
d'un manuscrit d'Ulfilas pour indiquer la division en chapitres. 

Je reviens maintenant à la liste précédente. Quand on exa- 
mine ces mots un à un, on entrevoit assez bien la raison pour 
laquelle ils ont passé en gothique. Les uns désignent des objets 
que le commerce apportait au milieu des Barbares, les autres 
sont des expressions consacrées, la plupart appartenant à la vie 
militaire. 

En présence de ces mots latins, on s'attendrait a trouver un 
nombre encore plus considérable de mots grecs. On en trouve 
effectivement une assez grande quantité; mais c'est ici qu'il faut 
prendre garde : les mots d'origine grecque que l'on rencontre 
chez Ulfdas sont les mêmes (|ui se trouvent dans la traduction 
latine. Ils avaient donc passé dans la langue de l'Eglise. Nous 
allons en donner la liste, en mettant dans la seconde colonne 
le mot dont se sert la traduction latine des Livres saints : 



' Le latin ratio n'a pas seulement pénélré en {yolliique : on te retrouve dans 
l'ancien saxon rethia, dans le vieux liaut-allemand indja et redina. Graff les li-a- 
duit par «ratio, raliocinlunin , et il rend Fadjectii' redihajti par ttralionabilisrî. 
Il V a loin sans doute de là au sens de «parlerai cju'a pris ralleniaiid reden^ au 
sens de flire?? qu'a aujourd'hui l'anglais read (anciennement ^t parlerai). Mais il 
perce encore quelque chose de la signilication primitive dans l'adjectif allemand 
redlick trexact, juste?) (littéralement rrconforme au com|)ten) et dans la locution 
Jemanden zu Eede stellen frdemander compte à quelqu'un». Si nous rapprociiions 
de leurs origines les verhes français j9a»7er ou conter, nous verrions qu'ils n'ont 
pas lait moins de chemin. On comprend que le ferme qui intervenait dans toute 
espèce de règlement ou de marrlié dut être emprunté un des premiers. 

Il est possible d'ailleurs que plusieurs mots germaniques, plus ou moins sem- 
blables pour le son, se soient mêlés et confondus avec les mots de provenance 
latine. 



PREMIÈRES INFLUENCES DE ROME SUR LE MONDE GERMANIQUE. 139 



GREC. 


LATIN. 


GOTHIQUE. 


èTlîdKOTtOS 

evctyyéXiov 

à-nàtrloXos 

hiâSoXos 


episcopus 
evangeUum 
apostolus 
diaholus 


aipiskaûptis ' 
awaggeli 

apaùstaulus , apaûstulus 
diabaùlus , diabuins 


'zspeaëvTépiov 

ipâXp.fx. 
èKHkrjait 


presbyterium 
propheta 
psalma 
ecclesia 


pratzbytaùei , praîzhytairi 
praûj'etus 
psalma , psalmo 
atkklesjo 


ev)(jxpialia. 

àvàdsp-a 

aïpsais 


eucharistia 

anathema 

hœresis 


aivxaristia 
ami'paima 
haîraùis 


ffvvayooyrj 

âyyeXos 

hiaKOvos 


synagoge 

angélus 

diaconus 


synagoge 

aggilus 

diakaûmis 


(THOpTcioS 

f-KitrloX-)] 


scorpio 
epistola 


skaùrpjo 
aîpistaùle 


'SJicrliKÔs 

tsa.patjKsvrj 
yaioÇivkàHiov 


azymus 
pisticus 
parasceve 
gazophylacium 
alabaslrum " 


azymus 

pistikeins 

paraskaive 

gazaiifylakiaùn 

alahalstraùn 



Les deux seuls mots qui aient l'aii' d'être tire's directement du 
grec sont les suivants : 



LATIW. 



GOTHIQUE. 



sùloyla 

anvpis 



benedictio 
sporta 



aivlaûgia 
spyreida 



Mais eyAoy /a appartient à la langue religieuse et est souvent 
employé par TEglise comme synonyme de benedictio. Quant à 
cnivpîs et sporta, ce sont deux mots de même origine, et c'est 
probablement parce que tous les deux étaient usite's que le tra- 
ducteur a pre'fe're' la forme la plus savante ^. 

On peut donc dire que la source où le traducteur gotli, que 
ce soit Ulfilas ou un autre, puisait ses mots est le latin et non 



' Nous ne nous arrêterons pas aux différences de détail. Le texte gothique a 
seulement aipiscaûpei , lequel sijjnifie «la dignité d'évéquen. 
. ^ Latin du moyen âge alahaustriini. 

' Pour ne rien omettre , disons ici qu'on a quelquefois propcwé de reconnaître 
le grec KoKa.(piitiv «souflleter» ou Ho-nletv rfrapperj^ dans le golliique kaupatjan. 
Outre que le rapprochement est douteux, il ne prouverait pas beaucoup pour la 
question d'origine, la traduction latine colaphis ccedere reproduisant l'expression 
grecque. 



lAO M. BRÉAL, 

le grec. Si inattendu que puisse paraître ce re'sullat, il ressort 
avec e'vidence des e'nume'rations qui pre'cèdent. 

Je vais maintenant présenter un rapprochement dont je ne me 
dissimule pas la hardiesse et qui va certainement rencontrer 
d'abord Tincre'dulite', quoique je le croie le'gitinie et fonde'. Non 
seulement on constate en gothique des substantifs et des verbes 
latins, mais on y trouve des radicaux gothiques suivis de suffixes 
latins. L'emprunt d'un suffixe est un fait qu'on a lieu d'observer 
en beaucoup de langues et qui ne doit pas e'tonner, bien qu'il 
faille prendre garde de se tromper sur la manière dont s'opère 
l'acclimalalion. Ce n'est pas le suffixe à Te'tat abstrait et isolé 
qu'un idiome va chercher dans un autre; mais, si une langue a 
emprunté un certain nombre de mots où la présence du suffixe 
se fasse sentir clairement, elle s'y habitue peu à peu et elle ap- 
prend à le manier pour son propre compte. On peut même re- 
marquer que les suffixes étrangers sont quelquefois favorisç's aux 
dépens des suffixes indigènes. Ce sont là des faits dont il serait 
aisé de produire des exemples empruntés à toute espèce d'idiomes. 

Le suffixe gothique dont nous voulons parler est le suffixe 
-dupî-, qui sert à former des noms abstraits. Nous le trouvons 
dans quatre substantifs : 

mnnng-dups rr multitude jî [Cor., II, vm, 2); 
mikil-dups rrinagnitiidoTi (^Paraphr. de .saint Jean, iv, 2, 

deux fois); 
gamatn-dups a communauté' ii [Cor., I, x, 16, deux fois; 

II, VI, i4; 11, IX, i3; PliiL, II, 1; m, 10); 
ajuk-dups rréterniléT) (Lnc, i, 33; Jean, vi, 5i et 58). 

Ces quatre mots sont les seuls de la traduction qui présentent 
le suffixe -dufi-. Ajoutons tout de suite ici que ce suffixe n'a pas 
survécu et qu'il ne se rencontre dans aucun autre idiome germa- 
nique. 

Il est difficile de ne pas reconnaître dans ce suffixe le latin 
-tudo, si fréquemment employé dans les écrits chrétiens du 11" 
et du iir siècle^; il n'y a pas seulement corres{)ondance pour la 
forme du suflixe, mais, sur les (juatre mots gothiques précités, 
il en est deux qui représentent exactement, pour la signification, 
des mots latins en -tudo : 

nunag-dup.'i : mn\li-iudo; 
miki]-dups : magnl-tudo. 

Il est vrai qu'aux deux derniers ne correspondent pas des mots 

' {'A. Ronsch , Itala und Vulgala. — Gœizer, La latinité de saint Jérôme. 



PREMIÈRES INFLUENCES DE ROME SUR LE MONDE GERMAMQUE. 1 /l 1 

en -tudo, mais des mots en tas : cotnmuni-tas , œlerni-tas. Mais ia 
parente' d'emploi et de signification des suffixes -tas et -tmlo est 
un fait connu'. De même qu'on a casti-tas ei casii-ludo , crebri-tas 
et crehri-tudo , etc., de même le traducteur goth a eu devant l'es- 
prit quelque mot comme *communi-(udo , *œterni-tudo. 

Léo Meyer, qui rapproche comme nous -du fi- du latin -tudon- , 
en fait remonter l'existence à une c'poque proethnique ^; les mots 
gothiques ne seraient pas faits sur le modèle des mots latins, 
mais en seraient les conge'nères et les frères jumeaux. C'est là 
un effet de ce penchant qui a longtemps régne', et qui règne en- 
core aujourd'hui en linguistique, de repoi'ter dans la pe'riode 
indo-europe'enne des ftiits beaucoup plus récents et quelquefois 
des faits tout modernes^. 

Si l'on veut réfléchir que le grec, (|ui est bien autrement voisin 
du latin, n'a rien de semblable à -lïidon-; si, en outre, on fait 
attention à la nature compliquée de ce suflixe, lequel a tout l'air 
d'être une acquisition tardive de la langue latine, l'hypothèse 
d'une parenté primordiale entre le latin et le gothique paraîtra 
très peu vraisemblable. Au contraire, le besoin de créer des noms 
abstraits a dû tout naturellement pousser à des imitations et à 
des copies, que facilitait d'ailleurs la présence en gothique d'élé- 
ments semblables. On a, par exemple, des noms abstraits en-;pi-, 
comme gahaûr-fs (rnaLissance-o. gaqum-f s rr réunion i^, etc., qui 
préparaient en quelque sorte les voies au suffixe -dufi-. 

A côté de la traduction des Livres saints, il a dû exister en 
gothique une littérature pieuse — homélies, sermons, commen- 
taires théologiques — dont les originaux étaient en latin : aussi 
suis-je loin de croire que les quatre mots précités aient été les 
seuls de ce genre. 
. Nous venons de mentionner le suffixe -tas. Il est possible (mais 
je ne voudrais rien affirmer de positif, l'exemple étant unique 
et peu clair) qu'il faille reconnaître ce suffixe latin dans l'énig- 
matique as-tafs tr vérité n [Luc, i, h) : \va è-ïïiyvSiç ^csep) wv ko.- 
Tï))(^iij9t]5 Xoyoûv Tîjv àa-(p<xksich> . Ei gakunnais fize hi foel gahisips 
is vaûrde astaf. (En latin : :rUt cognoscas eorum verborum de 
quibus eruditus es veritatem.i?) Malheureusement, la partie an- 
térieure du mot est obscure; le suffixe -ta fi- ne se rencontre 
nulle part ailleurs dans les fragments que nous avons conservés. 

Mais il est un autre suffixe latin dont nous trouvons en go- 
thique des traces nombreuses : c'est le suffixe -ârius, qui a donné 
les mots latins comme notarius, orge ii tarins. Ces mots, à partir 

' Le fait avait déjà frappé Aulu-Gelle (xni, 3). 
- Die gothische Sprache, S i36. 

* C'est ainsi que, pour le latin virtiiH, Léo Meyer forge im proethnique *ci- 
ratvâli. 



l/i2 M. BRÉAL. 

d'une certaine époque, se sont fort multipliés pour marquer une 
fonction ou un état. Tels sont : 



arcanus 


auranus 


annamentnrhis 


lorarms 


capsanus 
cmcellarhis 


fitriamts 
retiarius 


cuhicularluH 


manicarius 


scriniarins 


victimariiis 


porcarins 
operarius 


wiguentarins 
bestiarius, etc. 



Sur ce modèle ont été formés en gothique : 

Do mota rr péage» : motareis rrpéager»; 

^liup rt chant» : liupareis rr chanteur»; 
laiseins rr enseignement» : laisareis ff maître»; 

boka ff livre» : hokareis ff scribe»; 

vulla ff laine» : vuUareis ff foulon»; 

*daimon^ ff démon» : daimonareis rr possédé»; 

sokjan ff chercher» : sokareis ff chercheur». 

En regard des substantifs neutres en -arium, comme œrariumf 
armarium, pulvinarium, le gothique a formé : 

De *vagga ffjoue» : vaggari ff oreiller». 

Le gothique motareis ctpéager^i rappelle aussitôt, pour le 
sens, le substantif latin telonarius- trpéager, publicain»; hokareis 
ffscri])en est avec boka dans le même rapport que librariiis avec 
liber; vuUareis ff foulon n est tiré de vnlla comme lanariiis de lana. 
On pourrait objecter que le latin ne présente pas, en regard de 
daimonareis, un substantif *dœmonarius^. Mais il suffisait que la 
désinence fût familière au traducteur goth pour qu'il se sentît 
autorisé à créer un mot de cette sorte (on a en lalin dœmoniacus) . 

Mais pourquoi, dira-t-on, ne pas admettre une terminaison 
germanique? Pourquoi ne pas supposer une parenté d'origine? 
Parce qu'ici encore nous avons affaire à un suffixe compli((ué; il 
ne se trouve pas en grec, car les noms comme èpyaalrlpiov^ (3ov- 
XsvTïjpiov, ont une tout autre formation". 

* Nous marquons (riin aslérisque ies primitifs qui ne se sont pas conservés 
en gotliique. 

- C'est ce dernier mol qui existe en allemand sous la forme Zollner. 

^ Le texte lalin des Évangiles se sert de la circonloculion dcemonid hahens. 

* Ces mots sont formés des noms d'agent en -rrjp et onl pour similaires en 
lalin les noms en -turium, comme prœtorium , auditorium. 



PRESIIÈRES INFLUENCES DE ROME SUR LE MONDE GERMANIQUE. l/l3 

Que Vu latin ait étd rendu par un a jjothiquc, au lieu de l'être 
par un o, eoninic dans paûrpurofs, ce ne saurait, je pense, être 
une objection : nous avons pareillement le son a dainn maùnbrana , 
aûrali, spmkulatur. 

Tl est vrai que Textreme difl'usion et l'usage quotidien de ce 
suffixe nous ont habitues à le regarder comme autlienti({nement 
germani(|ue. Dans les dialectes modernes, il sert à former des 
milliers de substantifs; de réduction en réduction, il a passe' de 
la forme -ari^, -eri, -ère à la forme -er, que nous avons dans 
lehr-er, mull-er, sàng-cr, mord-cr. Ainsi que lofait remar<]uer avec 
raison M. Osthoff, il a commencé par être suffixe secondaire, 
c'est-à-dire qu'il se joignait à des sui)stantifs [lehre, mûlile, sang, 
mord) : mais à la longue il est devenu suffixe primaire et a pu 
se joindre à des verbes; on a donc formé schneid-er à côté de 
schnitt-er, rcit-cr à côté de ritt-er, schliess-er a côté de schhss-er, et 
Ton a fait des noms comme geber, léser, denkcr, trinker'-. 

On retrouve encore le même suffixe -arius en irlandais, où 
techt tf voyageai a fait iechl-aire fcenvoyéi^, ech rr cheval-" a fait ech- 
aire ff palefrenieni. Il a passé pareillement en ancien slave, oij 
l'on a wai(-an tfportien^, g-n^Z-an fc jardinier 15, zlat-arï 'fOvVewQ.-'i. 

Cette propagation est comparable à celle du suffixe -ista, qui 
a fait dans les langues modernes une si grande fortune. 

De toutes les désinences, celles qui servent à marquer une 
profession ou une dignité sont les plus sujettes à imitation et à 
emprunt. Faut-il cependant admettre que le suffixe latin ait ren- 
contré dans ces langues une terminaison de même sorte avec la- 
quelle il s'est mêlé et confondu? On peut le supposer; mais les 
coïncidences que nous avons constatées, jointes à la voyelle d'ap- 
pui a, qui se retrouve partout, ne nous laissent pas de doute sui' 
la réalité d'un élément d'importation romaine. 

Si, laissant de côté les suffixes, nous voulions examiner ce que 
le vieux haut-allemand doit au latin, en fait de mots tout formés, 
nous nous trouverions en pré,ience d'un tel nombre que l'énumé- 
ration seule dépasserait les bornes d'un article^. Depuis les ali- 
ments les plus ordinaires jusqu'aux ustensiles les plus indispen- 
sables, depuis le commencement des arts jusqu'aux éléments de 
la vie religieuse et civile, le linguiste constate, à côté de termes 

' V. Ii;uit-;ill. vokal-ari tt oiseleur jî , betal-ari «rncndiantn, etc. Cf. Grimm, 
Grnnvnaire allemande, ii, p. 125 et seq. 

^ Oslliofî, Forschungen im Gebicte der indo-germanischen nommalen Stamm- 
bilduitg , II, p. 106. 

^ Celte éimmcration a fourni récemment la matière d'une llièsc à l'un de nos 
jeunes professeurs de faculté : De vocabulis lalinia quœ gtrmanica Ungua assuvtii- 
sit thesiin FacuU. liUer. Paris, proponebal A. l'^brliard. Grenoble, )888. 



\Mx 



M. BRE.VL. 



purement germaniques, la présence de nombreux vocables la- 
tins. Personne ne croira sans doute que beaucoup de ces objets 
n'eussent pas déjà, dans les langues germaniques, un nom qui 
leur appartînt en propre. Mais, pour qu'il y ait introduction 
d'un mot nouveau — l'expérience de tous les jours le prouve — 
il n'est ])as nécessaire qu'il y ait acquisition d'une chose nouvelle. 
Un simple perfectionnement, une variété d'une qualité supérieure, 
une forme spéciale donnée à quelque ancien produit, ou tout 
uniment le prestige attaché à la dénomination exotique, c'en est 
assez pour amener la substitution. 

C'est là un fait qu'il faut avoir présent à l'esprit quand on par- 
court ces longues listes de mots, où tous les aspects de la vie 
sont représentés. Nous nous contenterons de quelques échan- 
tillons ^ : 



VIEDX HAUT-ALLEMAND. ALLEMAND MODERNE. 



friictKS 


fruk 


frucht 


planta 


pflanza 


pflanze 


caulis 


chôH 


kohl 


radix 


retih 


rettich 


caseus 


châsi 


hase 


butyrum 


butera 


butter 


coquina 


chuhhina 


kûclie 


discus 


tisc 


tisch 


scrinium 


scrîni 


schrevi 


scutella 


scuzila 


schûssel 


pluma 


pflùma 


flaum 


puleus 


pfuzzi 


ffûtze 


mercatus 


marcat 


markl 


molinarius 


mnlinari 


mûller 


rnacellarius 


mezilari 


metzger 


magister 


meistar 


meister 


schola 


scuola 


schule 


milia (passuum) 


mtla 


meile 


strata 


strâza 


slrasse 


murus 


mura 


maiier 


palus 


pfâl 


pfahl 


pilum 


Pf'l 


pfeil 


paravcredus 


pfervrit 


pjerd 


archialer 


arzat 


arzt 


census 


zins 


zins' 


teloniiim 


zol 


zoll 


monda 


muni: a 


mûnze 



' Comme il sera aisé dfi ie voir, celte énumération est disposée d'après le sens 
des mats, et non d'aprè' des caractères spécialement linguistiques. 



PREMIÈRKS INFLUENCES DE ROME SUR l,E MONDE (;ERMAMQUE. l 'l 5 



VIEUX IIAlJT-AM,EMA\n. ALLEMAND MODEKNE. 



calena 


chctiita 


ketle 


feria 


ftra 


fêter 


presbyler 


priestar 


priester 


stgniim 
offerre 
prcedicare 
damnare 


scgan 
opfarôn 
prëdigôn 
jir-damnôii 


segeii 
opfern 
predigcn 
ver-dammen 


scriùere 


scrîhan 


schreiben 


dictare 


thihlôu 


die ht en 



On remarquera sans doute que cette liste contient surtout des 
substantifs; c'est Tespèce de mots qui s'emprunte le plus facile- 
ment. Quelques verbes, principalement des verbes appartenant 
à la langue de TEglise ou à celle de Técole, s'y trouvent aussi. 
Mais les adjectifs ont l'air de faire de'faut. On ne cite guère que 
l'adjectif latin securus, lequel a passé en vieux haut-allemand sous 
la forme sihhur (allemand moderne siclier). 

Nous proposons d'ajouter à cette liste deux adjectifs qui ne 
manquent pas d'importance, puisqu'ils appartiennent au monde 
des idées morales ifalsch «fauxi^ et wahr crvrair). 

Kluge, dans son Dictionnaire étijmologique de la langue allemande, 
considère l'adjectif /rtfoc/i, en dépit de sa ressemblance de forme 
et de sens avec le \at\nfalsus, comme un mot originairement 
germanique; la parenté avec le latin, qu'il ne nie pas d'ailleurs, 
remonterait à la période primitive. Tel n'est pas l'avis de Grimm, 
qui l'appelle ein undeutsches wort, dessen aiicli keine spur bei Llfdas. 

Si l'on songe que le latin /rt//ere, dont falsus est le participe 
passé, n'est arrivé au sens de crtrompem que par métaphore \ 
l'opinion de (îrimm paraîtra de beaucoup la plus vraisemblable. 
Une rencontre aussi complète ne saurait être l'effet du hasard et 
elle ne peut pas davantage s'expliquer par une lointaine commu- 
nauté d'origine. En gothique, l'idée de fausseté est toujours rendue 
par liugan. 

Mais, du moment que l'adjectif /a/scA est emprunté, on peut 
se demander s'il n'en est pas de même pour son contraire wahr. 
Cet adjectif également manque en gothique, où l'idée de rrvraiw 
est exprimée par sunjis. 

Les deux adjectifs sont probablement des termes d'école, Jacob 
Grimm, après avoir admis l'origine latine, paraît plus tard y 
avoir renoncé-. Au sujet du changement de l'ê en à, je rappelle 



' Le grec crÇdXÀo) flaire lombern sijjniHi' an (îgiir»' finnlIiT dans TeiTeiir, 
duper». 

- Deutsche Grummatik , l-, 36i. Cf. I\ ô^M. 



146 M. BRÉAL. 

les mots comme gelehrt, gelahrt. Une rencontre fortuite avec le 
latin serait surprenante, surtout si l'on songe que vêrus ne se re- 
trouve ni en grec ni en sanscrit. Du reste, la traduction, de la 
part des emprunteurs, est si littérale qu'elle s'est e'tendue à la 
conjonction verum; en efFet, la locution latine non solum non. . . 
verum etiam est rendue en vieux haut-allemand par nalles einiii 
ni,., tiuar keutiisso^. 

Je sais qu'on a cru reconnaître une trace du mot wahr dans le 
'verbe gothique hiz-verjan r douter^. Mais le *verjan contenu dans 
ce composé me paraît être de la même famille que l'allemand 
tvàhrschaft, nachivàhr, geiràhr leisten. Un verbe signifiant f garan- 
tira, précédé d'un préfixe privatif, donne tout naturellement 
naissance à un composé signifiant omettre en douter. Au con- 
traire, un verbe signifiant r regarder comme vrai 71, précédé d'un 
préfixe privatif, formerait un composé signifiant ff regarder comme 
non vrai, nierai. Encore moins peut-on rattacher à nuihr le go- 
thique im-verjan crne pas supporter, être hostile^, qui appartient 
à un autre ordre d'idées et à une autre racine-. 

La présence d'un mot germanique wâra signifiant rrfœdus, 
pactumr a du faciliter d'ailleurs l'emprunt. 

Ce rapprochement me conduit à une autre couple d'adjectifs 
exprimant, non une idée morale, mais une idée d'étendue clans 
l'espace et dans le temps. Je veux parler des adjectifs signifiant 
'r court ^7 et ^rlongn (^kurz undlang). 

Le vieux haut-allemand churz a tout l'air d'être la copie du 
latin curtus : l'absence d'un mot semblable en gothique et en 
YÎeux norrois est plutôt favorable à l'hypothèse d'une origine 
étrangère. En vieux frison, en danois, nous avons cort, hort. Ce 
qui peut faire hésiter quelque peu, c'est l'existence en vieux haut- 
allemand et en anglo-saxon d'un adjectif scwrz, sccort, d'où l'an- 
glais short. Il est probable (c'est l'hypothèse à laquelle s'arrête 
Hildebrand) qu'il y a eu mélange de deux mots. 

Quant à son contraire, l'adjectif lang, je le crois non tiré 
du latin, mais influencé par le latin. La ressemblance entre les 
deux mots est si complète qu'il est difficile de ne pas admettre 
quelque influence de ce genre. Moriz Heyne, après avoir énu- 
méré différentes hypothèses, est amené à exprimer un soupçon 
semblable, en allant même plus loin que nous^. 

' Le cvmrique gwir, irlanclHis^fr r'vrai'i, nie paraît également un emprunt 
au latin. 

- Je ci'ois qu'il en faut dire autant pour le slave vëra "cro\ance, foi». 

^ trUnmoglich ersclieint niclit einmal die annahme, dass das adjectiv ein sehr 
friihes lelmwort aus dem lateinisclien sei, nie sich deren ja schon im gothischen 
cine anzahl finden.15 (Dictionnaire de Grimm, s. v.) 



PREMIÈKES INFLUENCES DE ROME SUR LE MONDE GERMANIQUE. làl 

On répugnera peut-être à croire que, poui- des idées aussi 
familières, une lanjjue ait pu recourir à des termes e'trangers. 
Mais quand nous voyons rallemand et l'anglais exprimer la no- 
tion de la rotondité par V slÔ jcctï( rund, round, qui est français; 
quand nous voyons l'idée de la clarté exprimée par kJar^ clear, 
nous sommes bien forcés de reconnaître la possibilité de l'em- 
prunt pour ces sortes de mois comme pour les autres. Ce n'est 
pas, nous le répétons, que ces langues n'aient eu déjà des ad- 
jectifs indigènes ayant même signification; mais l'usage, qui a 
souvent des préférences difficilement explicables, s'est prononcé 
peu à peu pour le synonyme étranger. 

Je finirai par deux mots qui nous transportent dans une pé- 
riode plus reculée, pour laquelle les renseignements historiques 
sont rares, de manière qu'on ne saurait dire à quelle époque ni 
en quelle contrée s'est fait l'emprunt. Il n'est même pas possible 
de déterminer à quelle famille de langues appartenaient d'abord 
les termes importés. Sont-ils d'origine latine? d'origine grecque? 
Ne viennent-ils pas d'une civilisation antérieure à la civilisation 
aryenne? L'état actuel de la science ne permet pas de se pro- 
noncer sur ces questions. Mais il n'en est que plus important de 
noter ces mots, qui passent d'idiome en idiome depuis tant de 
siècles. 

Le premier est un terme militaire, désignant un endroit for- 
tifié, le gothique baûrgs, en vieux haut-allemand pure, allemand 
moderne burg, anglo-saxon hjrig, anglais borough. Il est difficile 
de ne pas reconnaître ici le grec 'z^rvpyos. Qu'il ait pénétré dans 
les idiomes germaniques dès avant Tacite, c'est ce que prouvent 
les noms' propres comme Asci-burgium, Teuto-btirgiensis saltus. 
Les germanistes proposent comme étymologie le verbe hergen 
«mettre en sûreté :i (gothique bairgan). Mais on peut dire tout 
au plus qu'il y a eu adoption et que les Germains ont cru sentir 
dans le mot burg l'idée de protection et de sûreté. Ces sortes 
d'adoption après coup ne sont pas rares. Le même mot se re- 
trouve aussi dans les langues celtiques sous la {ovmobrigi : Bri- 
giani cfmonticolœi^, Arebrigium ff in monte situmii ^ 

Un second mot se rapporte à la vie maritime : c'est le gothique 
et norrois skip, anglais ship, allemand schiff. Il y faut voir proba- 
blement un terme de même origine que le grec (TKd(po$. Ici en- 
core, soit en grec, soit en allemand, on a cherché des racines 
signifiant te construire r) ou cr creuseras mais les commencements 
de la navigation sont, selon toute apparence, plus vieux que nos 

' Cf. Hésycijius : (povpKop • o^vpœiia. Uapproclicz aussi l'arménien burgn 
«tour». 



148 M. BRÉAL. 

racines indo-européennes, et le mot désignant l'esquif, une fois 
trouvé, à voyagé au loin en même temps que l'objet qu'il servait 
à nommer. 

Nous avons déjà dépassé le cadre de notre étude, puisque nous 
voulions nous borner à relever quelques exemples de l'action 
exercée sur les langues germaniques par la seule langue latine. 
Arrêtons-nous donc ici et terminons par une dernière réflexion. 

En toutes les langues, anciennes ou modernes, les mots em- 
pruntés sont plus nombreux qu'on ne le suppose généralement. 
Quand nous parlons de langues restées pures, nous ne songeons 
pas assez que leur prétendue pureté tient surtout à notre igno- 
rance. Si nous avions pour l'antiquité la môme abondance de do- 
cuments que pour les temps modernes, nous constaterions que 
le grec, que le latin, ont largement puisé dans les idiomes d'a- 
lentour, tantôt par nécessité, tantôt par simple esprit d'imitation. 

Dans les langues germaniques, qui se rapportent aune époque 
plus récente, les emprunts sont plus faciles à reconnaître : com- 
ment ces emprunts n'auraient-ils pas été fréquents, quand des 
populations encore neuves et peu cultivées furent amenées, par 
le cours des événements, à nommer tant d'objets nouveaux, à 
exprimer tant d'idées nouvelles? Et, pour revenir, en finissant, 
au travail de M. Bugge, comment les imaginations barbares, 
déjà pleines de contes merveilleux sur les dieux et les liéros, 
seraient-elles restées fermées aux récits de la mythologie classique , 
aux légendes du christianisme? La pureté, en pareille matière, ne 
serait pas à l'honneur de l'intelligence d'un peuple, mais passe- 
rait à juste titre pour une preuve d'insensibilité et d'indifférence. 

Mi<"hel Bréal. 



DE LA PRONONCIATION DU C LATIN. 



1. LE GROUPE CI -j- VOYELLE. 

Une opinion généralement admise parmi les linguistes, c'est 
que le C latin a conserve', pendant toute la durée de la langue 
latine, et en toutes les positions, la valeur d'un K. C'est l'opinion 
soutenue par Corssen : c'est aussi celle qu'a plus re'cemment 
émise M. Seelmann. Nous croyons qu'il y faut apporter d'assez 
se'rieuses restrictions. Pour commencer, nous examinerons d'abord 
le cas où C se trouve devant un i, suivi lui-même d'une voyelle. 

Voici comment s'exprime à ce sujet M. Seelmann ^ : 

ff Ebenso ist lat. ci immer nur als eiuc besser durch Kl zu trans- 
scribiérende lautgruppe zu denken. Der ganz iiusserliche, bucli- 
stablicb gleicbe zusammenfall von -ti -[- vocal und -ci -}- vocal in 
-zi -{- vocal in deutscher aussprache des latein bat mit dem eclit 
iateinischen lautwandei nichls zu schaffen! Das C vor I und E ist 
erst spàter in der lat.-roman. ûbcrgangsperiode spontan zu einem 
gingivalen ziscblaut verscboben : die lat. grammatiker wissenvon 
einem ûbertritte des C : z nocbnicbis, wennderselbe auchschon 
im gleicbzeitigen vulgar-idiom sporadisch bervorgetreten sein 
mag.77 

Ainsi le C dans les mots comme Lucius , patrickis , aurait garde 
sa valeur de K jusqu'à l'e'closion des langues romanes, saut' peut- 
être par accident dans la langue vulgaire. Au contraire, pour le T 
devant uni lui-même suivi d'une voyelle, par exemple dans les 
mots comme ofîwm , Tathis, justitia, M. Seelmann et tous les lin- 
guistes admettent l'assibilation. Celte assibilation est, en effet, 
de'crite dans les termes les plus clairs par les grammairiens ro- 
mains Servius, Pompeius, Isidore et les autres, au lieu qu'ils se 
taisent absolument sur le C. . 

Le silence des grammairiens est un fait surprenant, mais non 
un fait décisif, car, éfant donné leur penchant à se copier les uns 
les autres, il suffisait que l'observation eût été omise par leur 
chef de file. Ce (|ui a autant d'importance à nos yeux que l'attes- 
tation des grammairiens, c'est le témoignage involontaire des in- 

' Die Aussprache des Latein, p. Sai. 



150 



M. BREAL. 



scriptions. Or ce témoignage est (rune parfaite clarté. Il nous 
suffit, à cet égard, de prendre les exemples recueillis par M. Seel- 
mann lui-même. 

Comme spécimens de Ci écrit à tort Tl , il cite : 

HOMVNTIO (nom propre), Gruter, p. 762. 
SOLATIVM, Gruter, p. 759. 
TRIBVNITIAE, Oreili, 967 (222 ap..J.-C.). 

Comme spécimens de Tl écrit à tort CI, il donne : 
MVNDiciEi, Oreili, 5. 

DISPOSICIONEM (/. R. N., 109). 
RENVNCIATIONEM, Oreili, A 670 (2tl ap. J.-C). 
TERMINAC(îO»^s),DEFENICIONES (Afrique, 2 2 2-235 ap.J.-C.).' 

OCIO, Gruter, p. k^a (889 ap.J.-C). 
PERICIAE, Brambacli, ClKhen. 1070. 
PRVDENCIVS, idem, io/l8. 
'Opsxéiu, Marini, Pap, dipl., 122, 81. 
TERCivs, Gruter, p. ^09. 
depoSlKio {C.I.L. YIII, 1889). 
COLPACiONi, Le Blant. 
CONSTANCIVS, idem. 
MILICIE, idem. 
NEGVCIATORIS, idem. 
RECORD ACIONIS, idem. 
ORACIONEM, idem. 
STACIO, idem, etc. 

Or, pour que des erreurs de ce genre puissent se commettre, 
pour que Tl puisse' s'écrire CI, et réciproquement, ne faut-il pas 
que des .deux côtés la prononciation soit la même ou à peu près? 
En vain dira-t-on que les fautes précitées sont le fait d'un graveur 
ignorant, et qu'elles ne prouvent rien pour la langue des hautes 
classes. Nous ne voyons pas ])ourquoi l'argument qu'on invoque 
quand il s'agit de Ti cesserait d'être valable dès qu'il est ques- 
tion de CI. N'était le silence des grammairiens, on n'aurait jamais 
songé à faire cette différence. 

11 est vrai qu'aucun de ces exemples n'est très ancien. Le plus 
reculé en date est MVNDICIEI, qui est de Tan i36 après Jésus- 
Christ. Les autres sont du nf au vu'" siècle. Nous dirons donc, si 
l'on veut, que CI n'a commencé à être semblable à Tl qu'à partir 
du if siècle de l'ère chrétienne. Mais cela signifie-t-il que jusque- 
là le C, dans le groupe d -\- voyelle, ait eu la prononciation 



DE LA PKONO.NCIATION DU C LATIN. 151 

in tacte de la gutturale vdlaire, c'est-à-dire d'un k. Le raisonnement 
serait deïectueux, car il reviendrait à ne tenir aucun compte des 
degriîs intermédiaires d'altération : ce serait mctire en quelque 
sorte le point d'arrive'e à la même heure que le point de de'part. 
Pour que des confusions comme celles qu'on vient de voir de- 
vinssent possibles, il fallait trois choses : 

1° Que le C se lut modifie'; 

2° Que le T se fût modifié; 

3" (}ue les deux modifications en fussent arrive'es à être assez 
près l'une de fautre pour se ressembler et se confondre. 

Or tout le monde comprendra que c'est là une double se'rie 
de changements qui a demande' du temps : en français, la con- 
sonne initiale de cinq et celle de sept se prononcent aujourd'hui 
de même, si bien qu'on pourrait écrire (comme le proposent les 
néographes) sinq. Mais combien a-t-il fallu de degrés intermé- 
diaires pour que le latin quinque en arrivât làl II en a fallu aussi 
pour qu'on écrivît induciœ, solaliuni, au lieu de induliœ^ solacium, 
et c'est évidemment se tromper que de placer forigine du mal au 
moment où il produit ses dernières conséquences. 

Nous avons d'ailleurs, pour appuyer notre opinion, l'analogie 
des langues congénères : c'est là un témoignage qui , pour n'être 
point direct, n'en a pas moins son importance. 

Nous constatons d'abord qu'en grec le fait de l'assibilation est 
aussi ancien que les plus vieux monuments de la langue, puisque 
nous avons âvocao-a, (pvXdaaco^ r/o-acov, ocrcrs pour avanja, Htipv- 
KJo^ rJTijwv^ oxjs. Quelle était au juste la prononciation de ces 
deux a-1 Mous n'en. savons rien, et il serait bien à propos que 
quelque linguiste commençât des recherches à ce sujet. Mais ce 
qui est certain, c'est que le k avait été entamé et transformé pai- 
la palatale dont il était suivi. Tous les dialectes grecs sont d'accord 
à cet égard : il en est qui |)résentent tt (©par^a, r^T^wv, (^pMoS), 
mais celte variante dialectale, probablement postérieure au acr, 
ne change rien à la question qui nous occupe. 

De langue plus rapprochée du latin que le grec, nous n'en 
avons pas, sinon les langues italiques, l'osque et l'ombrien, qu'il 
faut maintenant interroger. 

En ombrien, la chose est si ordinaire qu'il a été créé un ca- 
ractère exprès dans l'alphabet pour marquer le son sifflant du c. 
Nous voulons parler du d, lecjuel est représeiité dans les tables en 
écriture laline par un S. Etait-ce le c italien de cielo, ou un 
Iz allemand, ou quelque chose comme ^(jl. Il sera sans doute assez 
difficile de l'établir. Quoi qu'il en soit, on écrit en ombrien flidfl 8 
faria (= \a.ùn facial) , 3 1 fl Id I H V1 puniriate (= latin punicialis ou pu- 



152 M. BRKAL. 

niccalis ctteiuls en pourpre n). Ainsi, à l'époque des tables Engu- 
bines, c'est-à-dire à peu près au temps de Sylla, Tassibilation 
du C était en ombrien un fait tellement accompli qu'il y avait 
un signe spécial dans l'alpliabet pour la représenter. 

Ce besoin d'un caractère spécial paraît s'être fait sentir encore 
ailleurs. En volsque, on trouve FAOlAfaçia : soit qu'on voie dans 
la troisième lettre le d ombrien, soit qu'on y voie un C retourné^. 
Si les Romains, au lieu de se tenir étroitement à l'alpbabet grec, 
en avaient usé aussi librement avec lui qu'ont fait leurs voisins, 
nous aurions peut-être un caractère spécial pour (jcrire FACIAT , 
DICIO, de sorte que la question qui nous occupe n'existerait 
même pas. 

Il me reste un mot à ajouter. On a vu, par la liste de tout à 
l'iieure, que les confusions commencent au n'' siècle après Jésus- 
Gbrlst. Mais cette liste n'est pas complète. Sur une inscription 
trouvée à Herculanum, et dont, par conséquent, la date est cer- 
taine, on a (Or. 3ii5, s. f.) condilio au lieu de comlicio'^. Ainsi 
déjà avant Tan 79, CIO et TIO peuvent se remplacer. Notez que 
c'est un texte officiel. Joignez-y les incertitudes et les hésitations 
sur l'orthographe de certains noms propres: Muàus, Minucius, 
Abucius, Marcius, Volcaciiis, à côté de Mutins, Minutius, Abutius, 
Mariius, Volcntms, en sorte qu'on ne sait pas, pour plusieurs de 
ces noms, quelle est la véritable graphie ^. Cette incertitude s'étend 
aux noms qui s'écrivent par deux c, comme on le voit par ylcaW, 
qui est souvent confondu avec Attitis, et par d'autres confusions 
du même genre: Statius , Stattiiis et Staccius, SÛaccius et Sthttia, 
Teltius, Tetiiis et Teccius, etc. ^ Toutes ces circonstances me pa- 
raissent de nature à prouver la première partie de notre thèse, 
à savoir l'altération du c devant i-\- voyelle. ' 

2. LA PR0>0NC1ATI0N DE C DEVANT E OU I. 

Non seulement nous croyons que le C avait pris un son sifflant 
devant îo, iu, ia, etc., mais nous sommes porté à penser que 
devant un c ou un i sinq)le il a pris de bonne heure une pronon- 
ciation plus ou moins palatale. Le fait, qui est bien connu par 
les langues romanes, et qui se retrouve dans quantité d'autres 
langues^, a une cause toute physiologique: le /.; est produit au 

^ Mommsen, Unterilalische Dialekie , pi. XIV. 

^ Il est vrai quoceUe inscription, qui se trouveaii lomo X du Corjms (n° l'ioi), 
ne nous est point parvenue en orifjinal, mais seulement par une copie. 
M. Mommsen, dans sa restitution, corrige la copie et écrit CONDICIO. 

^ Corssen. Aussprache, I, p. 53; Seelmann, op. cit., p. Sai. 

^ Cucchia , dans la Ririnta di filologia ed istruzionc clussica, XIII, p. 1 55. 

° Voir Schuchardf , Vulgrirlalein , 1 , 1 5 i . 



DE LA l'ROlNONClAïlON DU C LATIN. 153 

l'ond du palais; comme c'est aussi au fond du palais que se pro- 
duisent Ta, ïo et Vu, il n'y a aucune dilTicultd à joindre les deux 
phonèmes, et à prononcer eu, co, ca. Mais ïi et l'e élant émis 
dans la partie antérieure de la bouche, la jonction avec le h ne 
se lait pas aussi aisément : pour peu que la prononciation se 
relâche, un y parasite vient s'intercaler entre la gutturale; et la 
voyelle. Ce A;%, /rJi représente le commencement de la modification 
subie par la gutturale, laquelle est dès lors en voie de devenir 
une palatale, soit (|u'elle aboutisse à un hj, un ich ou un tz. 

Nous ne croyons pas que le son palatal, pour se former, ait 
attendu l'époque où ont commencé les langues romanes : nous le 
regardons comme antérieur. Il est vrai que là encore les gram- 
mairiens se taisent; mais ils se taisent aussi sur la double valeur 
du qu, bien qu'il soit certain que cette consonne ne se prononçait 
pas de même dans qiialis, quercus, Quirinus, où le qu est resté, et 
dans quur, quom, lesquels ont abouti à cur, cum. Les grammairiens 
anciens n'avaient pas, poui" les variétés et les accidents de pro- 
nonciation, la même attention ni le même intérêt que les plioné- 
tistes modernes; ils négligent sans scrupule certaines difl'ércnces , 
surtout quand elles ne se traduisent pas dans l'écriture par des faits 
d'orthographe ^ 

On objecte toujoui-s la transcription grecque par k. Les Grecs 
écrivaient ILiKépoov, Kïjvaoop. On oublie de dire comment ils au- 
raient pu transcrire, étant données les ressources de leur alphabet; 
ils avaient d'ailleurs sous les yeux le mot tracé en caractères latins. 
Enfin le ;£ grec est-il lui-même resté pur de toute altération pala- 
tale devant i v.w e? Il est permis d'en douter. L'argument tiré du 
grec prouve trop, car on rencontre au^si, écrits par un x, AeKios^ 
tffûiTpiKios ^ AovKioXovfx^ Povcri iKSioiva, crriëaKidpia. 

Une autre objection s'appuie sur les transcriptions gothiques : 
Ulfilas orthographie oke'U = latin acetum, aûrkcis = latin itrceus, 
Kaisar= latin Cœsar. Mais on trouve aussi en gothi([ue laikijo= latin 
leclio, sans que personne songe à en tirer un argumc^nt contre 
l'assibilation du i. Les traducteurs opéraient d'a})rès le modèle 
écrit, dontils reproduisaient consciencieusement toutes les lettres. 
11 suffît de considérer des transcriptions comme aivxaristia == cu- 
charisûa, gazaûfjjhkiaûn = frazophylaciam, pour s'assurer ([u'elles 
ne sont pas faites d'après la parole vivante. 

Les mots germaniques empruntés par l'oreille ont généralement 
donné au c devant c ou i la valeur d'une silllante. 



1 Nous dciiiaiidcrons à ce propos cuinincnl, étaiil, tloiiiié un nom LVCIVS. 
se prononçait le géiiilil' LVCI. Si, conl'ormémonl à ce que nous venons de mon- 
trer, on admet Je son palalal à Ions les autres cas, il sera diflicile de ne pas 
l'admettre aussi pour le génitif. 



u 


51, BRÉAL. 




1 

Tels sont : 






LATIN. 


VIEUX HAUT-ALLEVIAND. 


ALLEMAND HODI 


census 


zins 


zins 


macellar'ms 


mezilari 


metzger 


criicem 


chruzi 


kreuz 


cœpulla 


zwibollo 


zwiebel 


circulus 


zirhil 


zirkel 


cilhara 


z itéra 


zither 


cinamoinum 


sinainiii 


zimmet 



H est vrai que ces mots appartiennent au vieux haut-allemand 
et non au gothique. On se retranche derrière cette différence de 
date : c'est pendant i'e'poque qui sépare UlGlas de la période du 
vieux haut-allemand que se serait accomplie en latin la modiii- 
cation de la gutturale. Je ne crois pas, pour les raisons qu on a 
vues et pour d'autres (|ue nous allons donner, à cet argument 
chronologique, La différence de traitement du C tient, selon nous, 
à la nature de femprunt : à toutes les époques, il s'est fait des 
emprunts par audition, et d'autres sur le papier. Ainsi histe, 
qui représente le latin cista, fait son apparition en moyen haut- 
allemand. Les mots qu'on cite toujours, comme kaiser, keller, 
kei'ker, kirsche, ontfait leur entrée dans la langue par voie savante; 
leur k, d'ahord placé devant les yeux, puis prononcé, est resté 
dans la suite des temps, parce qu'un mot, une fois perçu d'une 
certaine façon, subsiste de cette façon, alors même que la pro- 
nonciation première en était faulive. En effet, pour le peuple, l\ 
parler rigoureusement, il n'y a pas de mots étrangers, ou du 
moins ils cessent bientôt d'être des mots étrangers. S'il les a im- 
primés dans sa nK'moire sous une certaine forme, il les garde 
sous cette forme, sans se soucier s'il y a eu erreur au moment de 
l'adoption. Ne voyons-nous pas la môme chose tous les jours? Que 
sont devenus en français les mots anglais tumiel, twf, wagon': Ces 
mots ayant été prononcés d'après le modèle écrit, la pronon- 
ciation est toujours restée conforme au modèle écrit ; même ceux 
qui la savent fautive n'oseraient plus la changer. Pour piendre 
un exemple plus classique, croit-on que les Romains aient formé 
leurs mots comœdin, tragœdia autrement (|ue par imitation ortho- 
graphique? 11 serait certainement faux de dire (|ue l'iota de xco- 
[xct)S6s, TpaycpSos, s'entendait encore au temps où Rome a emprunté 
ces termes. Ce qui n'empêche pas ({u'aujourd'hui encore nous 
faisons entendre un é dans comédie, tragédi<;. 

Plutôt que de chercher des renseignements sur la valeur du 
C latin chez les Germains du iv*^ siècle de Tèie chrétienne, il vaut 
mieux encore cette fois s'adresser aux proches parents du latin 



DE LA PRO.\0\CIATION DU C LATIN. 155 

ancien et au latin iui-mémc. Que voyons-nous en ombrien? C'est 
que devant un e ou un i le k prend la valeur d'une sifflante. Un 
mot décisif à cet égard est le substantif qui désijjne la corneille : 
curnax. A Taccusatif il fait cumaco, Yo jouant ici le rôle de l'a 
grec dans 'EXXrjv-a, xopax-ot. Mais à l'ablatif, où la désinence est 
e, nous avons CVRNA"SE, c'est-à-dire que nous retrouvons la même 
sifflante dont il a déjà été question. Le verbe correspondant au 
latin prosecare fait à Vïmj)éraiiï priisekatu; mais au participe passé 
qui a un suflixe e/«m, nous avons PR0SE"SET0. Au latin cena rr repas t^ 
correspond "EESNA, au latin decem « dixi^ DeSen ^ On trouve même 
ce B devant un / dans certains diminutifs, comme STRV"SLA «stru- 
eculaw, arBlata rrarculata^i (sorte de gâteau arrondi), à cause 
de Ve que dans la prononciation on intercalait, comme une sorte 
de schewa, entre les deux consonnes. 

Il n'y aucune raison de supposer que le latin soit, par une ex- 
ception unique, resté indemne, quand on voit son frère jumeau 
suivre la règle commune. Mais le latin lui-même va nous fournir 
un témoignage d'autant plus précieux qu'il est involontaire. 

Parmi les mots de la quatrième déclinaison qui ont conservé 
leur ancien datif-ablatif pluriel en nbus, les grammariens latins 
placent arcus rr arc v , acus rr aiguille " , lacus k lac v , quercus rr chêne -n , 
spcciis rr caverne T) , peai tf troupeau ii , tous mots ayant un c devant 
la voyelle finale du thème. Je laisse de côté arcus, pour lequel 
on pourrait alléguer le danger d'une confusion avec le datif-ablatif 
pluriel clarx. Les autres mots me paraissent fournir la preuve que 
déjà à l'époque classique le c ne se prononçait pas de la même 
manière devant un n que devant un i. C'est le désir de conserver 
à la consonne sa prononciation gutturale (Â;), qui a fait maintenir 
la forme archaïque en 7tbu.s. L'adoption d'une forme *pecibus, 
*acihus, * Inabus, etc. aurait rendu la physionomie du mot mécon- 
naissable-. 

Nous croyons pouvoir conclure qu'on a trop simplifié les faits 
et qu'on a supposé sans raison pour le latin une exception invrai- 
semblable, en affirmant que le C a partout la valeur d'une guttu- 
rale vélaire. Il est, au contraire, conforme à tout ce que nous 
savons en phonétique, de supposer que le C se modifiait selon la 
nature de la voyelle dont il était suivi. Je me hâte d'ajouter (|u'on 
irait trop loin et qu'on dépasserait ce que les faits nous apprennent , 
si l'on attribuait au c palatal la prononciation du c italien [tch). 
Il y a plus d'une manière de se représenter l'altération des guttu- 

^ Le graveur a même été jusqu'à écrire par erreur DESEN. 

- C'est, comme on sait, et comme les grammairiens anciens l'expliquent am- 
plement, le désir d'éviter la confusion avec pars, ars , qui a lait conserver les 
éaXik-Ahldiiih parluhm , arluhus , \&nd.ni àd partus , arlus. Mais il n'y a aucune 
raison du même genre pour lacus, pecu, etc. 



156 M. BRÉAL. 

raies : d'ailleurs celte alte'ralion a dû aller eu progressant dans le 
cours des siècles. Un J,j me paraît devoir être place au début : 
ainsi s'expliquent le mieux les graphies DEKEM[BRES]et keri 
invoquées comme argument par Corssen ^. Je termine en consta- 
tant avec plaisir que M. Hugo Schuchardt, sans examiner la 
question en détail, exprime sur le c latin une opinion analogue-. 
Cet accord me donne à penser que nous sommes dans le vrai et 
que nous finirons par avoir raison d'une affirmation trop long- 
temps et trop docilement acceptée. 

Michel Bréal. 



^ Ausspracbe-, I, ttli. 
- Vulffàrlatein , I, i6i. 



Bas-latin *cœmenterium rr cimetière n. 

Le glossaire de Du Gange contient, au mot cœmHêrium^ ^ un 
nombre considérable de variantes, depuis cymiterium jusqu'à 
cœmetrium et cimisterium. Il conviendrait d'y ajouter encore la 
forme *cœmentermm, précieuse autant comme exemple curieux 
d'étymologie populaire que comme prototype de l'espagnol cemen- 
ierio. Du Gange se borne à citer une forme dialectale française, 
chimcnlure, dans un texte de 12 39 : ft Adechertes li homes manans 
dedens le chimmticre- . . . -n. On peut affirmer néanmoins que la 
forme *cœmentenum a existé, en dehors de la langue exclusivement 
populaire, dans la littérature ecclésiastique du bas-latin : car 
c'est cette forme que nous retrouvons dans le polonais cmentarz, 
synonyme de grobowisko rccimctière?^ et, en Pologne tout au 
moins, il ne saurait être question de latin populaire. 

Il y a donc lieu d'inscrire au lexique du bas-latin le mot 
"cœmenterium et de rayer eu revanche le polonais cinentarz des 
listes où il a toujours figuré jusqu'ici comme exemple de nasali- 
sation anomale. 

F. Geo. MoHL. 



^ Le roumain liiitii-i'in , avec son t au lieu de c, semble dénoncer une influence 
slave, d'aulant plus inattendue ici qu'il n'existe, si je ne me trompe, d'autre 
trace connue du grec «offxrjTrfpjor, chez les Slaves orientaux, que quelques essais 
de traduction d'ailleurs assez maladroits, par exemple le russe luajôiiu^e. 

- Celle forme existe encore aujourd'hui en Picardie. Je l'entends en ce mo- 
ment même autour de moi , à Saint- Valery-sur-Somme. 



ÉTYMOLOGIES CELTIQUES. 



I 

Cmch, cmicus; civch, myyos. 

M. Duvau, supposant que Tirlandais cûadi rr coupcTî était iden- 
tique au sanscrit ffl/J.7(a-s, fjrec xôyyp?^ et, d'autre part, faisant 
la remarque qu'en irlandais l'aspiration des occlusives intcrvoca- 
liques est antérieure à la réduction du groupe voyelle brève -\-n, 
devant consonne sourde, à voyelle longue, arrivait à ce résultat 
aussi inattendu d'ailleurs qu'intéressant: que les aspii'ées sourdes 
primitives ont gardé, en celtique, leur aspiration ^ Que si, ajou- 
tait M. Duvau, le mot irlandais était, contre toute vraisemblance, 
emprunté au latin concha, cûach perdrait toute importance pour 
le kh indo-européen; par contre, la loi de la chute de la nasale 
devant une sourde se trouverait approximativement datée. 

Malheureusement l'irlandais cûach n'a rien de commun ni 
avec le sanscrit çankhas, ni même avec le latin concha, et ne sau- 
rait, à aucun titre, prétendre à l'importance que lui attribue 
M. Duvau. C'est tout simplement un emprunt à la basse latinité : 
cûach, gallois caivg, représente exactement le bas-latin cauciis, 
comme l'a fait depuis longtemps remarquer M. Whitley Stokes 
[Kiihns Beitràge, Vlïl; Stokes, On the celtic additions io Curtiits 
greek etymology, addenda, n^^g). K6'y)(p5 est représenté dans les 
langues bretonnes : c'est en gallois cwch cf bateau, tout vase rondw, 
breton-armoricain couch rr couverture de ruche, toit eu paille 
disposé en coner>. M. Whitley Stokes a identifié ce mot avec le 
sanscrit rankhas et le grec xéy)(^os. Il semble peu probable que le 
mot soit emprunté à une forme de la basse latinité. Cependant 
l'identification avec Koyyos suppose résolue une grosse question 
de phonétique bretonne, à savoir que ne deviendrait en brolon 
ce et, suivant la loi qui veut que les explosibles sourdes redou- 
blées deviennent des spirantes sourdes, ch. Les exemples de 
ne conservés sont clairs et sûrs : armoricain yawank rjounav^ 
gallois 2eMflMc = *mmAo-s. D'un autre côté, quoi qu'on en ait dit, 



' M. Duvau aiirnit dû faire remarquer que ck irlandais n'est pas le moins du 
monde ano. aspirép; r'est une spirante sourde (forijpne et de nature toutes dif- 
férentes. 



158 J. LOTH. 

il semble bien qu ne donne ce ; gallois trwch cf mutile', incisiom^, 
armoricain trouch r coupe r> = iruccos = truncos. Si le mot est em- 
prunté au latin, on arrive au même re'sultat; car il n'existe pas, à 
ma connaissance, de mot has-latin truccus. Quelle est la loi qui 
a préside' à ce traitement si différent d'nc en breton? Est-ce 
l'elFet d'une différence ancienne d'accentuation ou de la quantité 
et qualité de la voyelle précédant ne? Pour le même mot, on 
constate d'ailleurs, dans les différentes langues bretonnes, des 
divergences de traitement : gallois trochi r plonger, baigner n, 
armoricain moyen gou-zronquet w baigner n, irlandais J'o-thnicat. 
La forme de gou-zron(jiiet, en armoricain du x'' siècle, eût été 
*ivo-truncet. Même divergence dans le traitement de ne, ni, np, 
lorsque le pronom possessif, gallois /y/» , vannetais men (léonard 
va =^ van , ven) , jouant le rôle de proclitique, fait corps avec le 
substantif suivant : i^aWois fynglialon ranon cœurTi pour /?/m -m/on , 
vannetais me liahn, léonard va e'hahun. L'n final, ou traité comme 
tel, de mm a disparu, en armoricain, au profit du c initial qu'il 
a redoublé et, du même coup, transformé en spirante sourde. 
Les loispbonéliques qui régissent les consonnes initiales précédées 
d'une proclitique étant les mêmes que celles auxquelles obéissent 
les consonnes dans le corps du mot, l'exemple que je viens de 
citer suffirait à montrer qu'en breton armoricain ne peut de- 
venir ce. Le gallois trochi nous a fourni, d'autre part, un exemple 
autbontique du même pbénomène. H semble donc aussi inutile 
qu'invraisemblable de voir dans eivch un emprunt bas-latin et non 
un indo-européen *l'onkho-s. 



II 

Buaid, hud, heute. 

L'irlandais hiiaid, gallois moderne hiidd, a ordinairement le 
sens de «victoire, gain, profitai. C'est un terme important dans 
les langues celtiques; on le retrouve dans bon nombre de noms 
propres : Bodiocasses, Teutobodiaci , Boudicca, etc.; dans le nom 
vieux breton Budic, etc. On ne l'a, à ma connaissance, rattaché 
à aucune racine indo-européenne, ni idenliné avec aucun autre 
mot dans les langues congénères. Au point de vue du sens et de 
la {)honétique, il me paraît pouvoir être rapproché de l'allemand 
beute, moyen haut-allemand biute r butin de guerre iî (le mot vient 
d'un dialecte bas-allemand), vieux norrois hijli. Comme la den- 
tale eût été f en gothique, suivant la remarque de Kluge [Etymo- 
logisehes Worterbueh) , on est amené à une racine pré-germanique 
bhûd, bheud. L'irlandais buaid, gallois bndd, remontent Ji un thème 
neutre vieux-celtique *boudi, *beudi . qui s'accommode parfaite- 



ÉTYMOLOGIES CELTIQUES. 159 

nienl d'une racine indo-europe'enne bheud. Kiuge, à propos do ce 
mot, s'est demandé si l'on pouvait rapprocher beute de bieten et a 
répondu par la négative, bieten, gothique ana-biudan , supposant 
une racine indo-européenne bheudh, bhûdh (grec 'ZSsv6o(xat). Je 
me suis posé la mêtne question pour le celtique; je me suis de- 
mandé si buaid, bud pouvait être rapproché du grec 'SfsvOoixoti, 
du slavon bûdèti cfveilleni, sanscrit bôdh-â-mi trje suis vigilant; 
je remarque 17, et je crois pouvoir répondre par l'aflirmative. J'ai 
été amené à cette supposition par le sens de buaid, bud dans cer- 
tains textes irlandais et gallois. Ce qui a jusqu'ici empêché tout 
rapprochement pour ce mot, c'est qu'on s'est huté à l'idée 
qu'il n'avait pas d'autre sens que celui de tf victoire, profit t^. 
Le sens primitif me parait beaucoup plus étendu. Certains exem- 
ples, cités par M. Windisch dans le premier volume de ses Irische 
Texte, et dans lesquels il attribue invariablement à buaid le sens 
de ff victoire T), me semblent déjà assez significatifs. Dans l'un, il 
est question des six buada de la reine Emer, entre autres buaid 
a'otha, buaid gotha. On ne peut songer à traduire six victoires : la 
victoire de la forme, la victoire de la voix. Il est évident quici 
buaid a le sens de w qualité supérieure, talentn. Je trouve un 
exemple très clair de buaid avec le sens de ff talent, qualité^ 
dans le fragment épique publié par M. Hennessy dans la collec- 
tion de la Rotjal Irish Acadeiny, connue sous le nom de Todd 
Lectures-Séries, vol. I, part. I, Dublin, 1889, p. i/i, sous le titre 
de Mesca Ulad et Intoxication of the Ultoniansii : batar teora buada 
araidechta forsin n-araid inn uair sin. M. Hennessy Iraduit : crThe 
charioteer possessed the three virtues of charioteering in that 
hourr)(mot à mot: frétaient trois qualités maîtresses, les trois 
talents propres au cocher sur le cocher cette heure-là n). Buada, 
pluriel de buaid, ne peut évidemment pas avoir ici le sens de 
r victoire 75. 

Le dérivé gallois buddugaivl, vieux gallois budicaul, présente un 
sens analogue dans un passage des Mabinogion (e'dilion Rhys- 
Evans, p. 126, 127)- Le héros Kei a pénétré dans un château 
fort où l'on n'admet que les gens qui apportent un art; lui, il s'est 
donné comme polisseur d'épées. Pour le succès de son entreprise, 
il veut y faire admettre son compagnon Bedwyr; il y réussit en 
disant ; budugawl yw Bedwyr, cyn ny ivypo y gerd honn tr c'est un 
r habile homme que Bedwyr, quoiqu'il ne connaisse pas cet art-ci 
ff (l'art de polir les épées).!' On ne peut songer à traduire ici 
budugawl par ff victorieux 71. Dans ma traduction des Mabinogion, 
je lui ai donné le sens, plausible d'ailleurs, de ff précieux, utiles', 
bud signifiant ffgaim^ aussi bien que ff victoires. Aujourd'hui je 
n'hésite pas à lui donner le sens plus naturel et plus simple en 
cet endroit d'ff habile, fertile en ressources n. De ce sens à celui 



160 J. LOTH. ÉTYMOLOGIES CELTIQUES. 

que présente ia même racine en sanscrit, en slavon, celui d'rfêtre 
en éveil 11, dV avoir l'esprit en éveilla, de rt remarquera, il n'y a 
qu'un pas. Il est donc fort probable que hiiaid = vieux celtique 
^boudi, beudi a pour base une racine indo-européenne bheudh. 
Que faire, en ce cas, de beuie, qui semble cependant bien 
identique à buaid? Je laisse aux germanistes le soin de décider si 
tout rapprochement entre beuie et bietcn est absolument impos- 
sible, si l'on ne pourrait y voir uue racine semblable avec des suf- 
fixes différents. Une autre hypothèse serait possible tout en sou- 
levant aussi des difficultés : c'est cjue le byti norrois et le mot 
bas-allemand qui a donné beute seraient empruntés au celtique. 
Si beute et bleten sont séparés par un abîme infranchissable, ou 
il faut rapprocher buaid de beute et le séparer de bieten , 'ussvdoyLCti , 
ou séparer buaid de beute en le rapprochant des dérivés de la 
racine bheudh. 

J. Loto. 



Bulgare por/iVî rr après i\ 

M. Miklosich [Etym. Worterb. der si. Spr., s. v.) réunit clans 
une même étymologic la préposition bulgare ^>of//n rc après i7 et le 
substantif ^W/m te robe longue, soutane i5, lequel reproduit sim- 
plement le grec 'ZSoStfpr]?. Je crois que la préposition n'a rien de 
commun avec le substanlif. 

Le vieux mot slêdû ff empreinte, trace, piste w n'existe plus 
guère en bulgare que comme locution prépositionnelle, sous la 
forme atone sledû rfà la suite dev, à peu près comme en russe 
vslêdii za. Partout ailleurs, on remplace aujourd'hui slêdû par dmï, 
dirjâ., qui signifiait proprement rrtrou, excavation ?5, d'où a em- 
preinte du pied 17. De là le verbe dhjâ rr suivre à la trace, recher- 
cberw, au lieu du slave slêdnvati; de là aussi la préposition 
po-dîrï, à côté de son synonyme ])anslave pà-slê pour *po-slêdu, 
mot à mot tfsur la trace de, à la suilc; de, après ii. 

Un passage de Panaiote Hitov (cf. Jan Wagner, Mluvnice jazijka 
bulharského, Prague., i88ù, p. 107-108) présente, dans l'espace 
de quelques lignes et avec une signification identique, les trois 
locutions sledû, pôslê et podirî : ctC^eAi. h*ko.iko Acua... noc^i; 
ropLuasauno-TO npoiiciiiecTiiiie. . . ITo^Hpb ^na 4eua... Iloc.i'fc 4'bjrii 

paSMIICJCHHfl ... 7^. 

F. Geo. MoiiL. 



NOTES DE PHONÉTIQUE. 



1. LES OCCLUSIVES SOURDES EN ARMENIEN ^ 

Le traitement arme'nieii des occlusives sonores indo-euro- 
péennes, aspire'es etnonaspire'es, est clair : (6), cl, g-,, g.^ donnent 
[p ["/]), ï (-), c(à), fc {{) ; bh, dh,gji,g.ji donnent b (p), d (^), 
j (à), g (^tf.). Au contraire, si tout le monde est d'accord pour 
voir dans s («) l'aboutissement normal de i. e. k^ en arménien, 
on admet pour p, t,h^ les traitements les plus divergents. La loi 
reste à de'gager. En effet, un grand nombre de faits particuliers 
Tobscurcissent. 

1° p, t, k.^ subsistent après s primitive («stX, mukn) ou issue 
de palatale [dustr). 

2° Après liquide ou nasale, les mêmes lettres deviennent (6), 
d,g : dr-and{cL lat. antae) ; erg (= scr. arkâ-) ; liing (== gr. zTevre). 

3° Dans les groupes j;, t, k, plus liquide à Tinitiale, l'occlu- 
sive tombe. (Voir les exemples dans Bugge, Beitràge zur etym. 
Erlâiit. der Arm. Spv., n°' 1-12). 

k° L'e'tude des groupes ks,ps, py, etc. soulève dans presque 
toutes les langues des questions particulières : nous ne l'abor- 
derons pas ici. 

h" fc, devant i ou y donne c {i_). (Voir Hûbschmann, Arm. St. , 
n° 20.) < en syllabe finale tombe devant i : khsan {^nuTu) cr vingt 'i, 
cf. rUa.ii\ [sun, par exemple dans eresun [ù^piruniJ^'\ rf trente», 
ne peut s'expliquer que ipar*-kyOnti, analogique de *wik-inti) ; beirn 
[p.L-pirh) cfils portent 11, cf. *-onti; beré {pirpk) ril porteii, cf. *-eti; 
hun {^nJu) trpontr) ^*pontis; hair {^u^jp) ctpère», arme'n. pri- 
mitif *patir = *petè[r); ard {wpq-) tf maintenant w = âpri, fait ex- 
ception, ou bien il faut admettre un traitement particulier de -ti 
après r et après s (cf. ïolovurd, note 1, p. i63). 

' L'auteur de cet article suppose connus les résultats consignés dans les Ar- 
menische Studien de M. de Lagarde et les Armenisclie StuJien de M. Hiibscli- 
mann. 

MKM. LijiG. — vu. 1 1 



1 02 A. MEILLKT. 

Ceci posé, peut-être sera-t-il possible de de'gager la loi : 

l. p, t, kj,k rinitiale : 

p donne h (^) dans un g^rand nombre d'exemples connus : liair, 
het, etc.; et p/i (if ) dans phetur, phosi, phut [,[,ni^u.) cf pourri n, cf. 
lat. piitidiis, scr. puti-. — t donne th [p-) dans thanjr et tharamim. 
— Â-.^ donne h dans him (4^*^) ff pourquoi ?:: (Pour le traitement 
de *k2i- dans ce cas particulier, cf. plus bas.) Dans trois cas, on 
peut trouver arm. M (•^) = k2, mais tous trois sont douteux : 
1° khai-, dans kliarasKU (^«/«.u/./nL'ii) rf quarante?-', cf. lat. quartus : 
a côté de ^k^etivei'-, il existait en indo-européen une forme *k4wr-, 
dont la triple consonne s'est simplifiée d'une manière particulière 
dans chacpie langue. De même que des trois consonnes de *k^siveh^s 
l'arménien n'a gardé que la troisième, des trois consonnes de 
*k.2tœr- il n'a gardé qu'une, mais la première. Cet exemple n'est 
pas assez clair pour être décisif. 2° khan Çg">'i') se rattache sans 
doute au féminin *k.^à- de l'interrogatif ^k.^Or. 3° khên (^4^); cf. 
gr. Tffoivrj, zd. kaenà peut être un emprunt iranien. — En résumé, 
deux traitements différents : ph, th, kh (?) et h (seulement = p 
et k^), le second étant tiré du premier, nous ne pouvons dire 
suivant quelle loi. Il n'y en a pas d'autre. En effet : 

i" Dans un certain nombre de cas, la consonne initiale parait 
avoir disparu : p dans otti (cf. -sroJ?), aUkh (cf. -nroXto?); — k dans o 
fquiîn (cf. scr. kâs), i^ rrquoi?" (cf. scr. kim); peut-être elanim 
ftje deviens^, rac. i. e. k^el-; cf. eu grec le développement de sens 
de TséXoyLcti. Cette disparition tient à ce que p, A-., étaient d'abord 
représentés ici par une h qui a ensuite disparu. La prononciation 
de h était très faible en arménien (cf. latin, anglais, etc.) : dans 
certains mots, cette lettre est indifféremment écrite ou omise : 
hogi on ogi, etc.; elle manque où l'étymologie la fait attendre 
[evthn, cf. lat. septem, etc.; citons un cas intéressant : le u-, qui 
a servi de point de départ à la formation usir sur dustr, vient de 
l'i. e. *sïi-, qu'on retrouve dans scr. sûnûs, gr. vius) et se trouve 
oij rien ne justifie sa présence (hum, cf. cbfxôs; hot, cf. lat. odor; 
hav :• oiseau 11, cf. lat. auis, gr. oicovô?; hav ff grand-père w, cf. lat. 
auus; halcel ffdemandeni, cf. aie et scr. ichâti). Ce cas rentre donc 
dans le précédent. Deux faits l'indiquent : {a) nous ne voyons 
jamais disparaître i. e. t; or précisément t ne donne jamais h; 
(b) nous trouvons et en face de het, i en face de him, comme ogi 
en face de hogi. M. Bugge a cru pouvoir dire que p est représenté 
par A devant syllabe accentuée, et disparait devant syllabe atone; 

1 Devant i on attend la chuintante c. Le k a été restitué comme dans scr. kim, 
puis a subi le traitement régulier. Ainsi inc (/'^^) ftquelfjue chose» est rigoii- 
rousoment comparable à scr. kimcit. 



NOTES DE PHONETIQUE. 163 

hair, en face de scr. pitâ, het, en lace de scr. padàm, ro'fufent assez 
cette liypotlièse, d'ailleurs inutile. 

2° Le pronom i. e. *tu est en arme'nien du {q-m-); à scr. là- 
correspond le de'monstratif enclitique -cl {->t)- On a propose' deux 
explications : influence de liquide ou nasale pre'ce'dente (cf. plus 
haut) et traitement particulier re'sultant do la place par rapport 
à l'accent. Ce sont de pures hypothèses. Mais nous ne devons pas 
oublier qu'il est souvent difficile de ramener aux règles ge'nerales 
des mots atones et très employe's comme ceux-ci. 

3" t aurait subsisté : d'après M. Hûbschmann, dans tevel et tar, 
mais le sens appuie peu les e'tymologies qu'il propose; d'après 
M. Bugge, dans tairak (gr. T£Tpa^), tarm (lat. sturmis ou ttirina), 
tartam (lat. tardus) : il faut sans doute rapprocher tatrok de rsTpa^, 
mais la phone'tique interdit absolument de voir dans tatrak la 
continuation d'un mot indo-europe'en qui aurait d'autre part donne' 
Terpa^; -tr- donne -ur- après voyelle; de plus, à gr. s correspond 
arm. -e-. Quant à tarm et tartam, M. Bugge lui-même n'en pro- 
pose l'e'tymologie qu'avec des points d'interrogation. Pour aucun 
cas, la persistance d'une ancienne occlusive sourde n'est donc 
de'montre'e. 

II. p, t, ^2 à l'inte'rieur des mots : 

^2 donne kh (^) : elikh (^l/'-^) tfil laissa w = gr. eXiTrs. Dans 
okh {".f) tf quelqu'un 11, kh est l'initial d'un enclitique, comparable 
à lat. que ou quam, qui sert à donner à l'interrogatif le sens in- 
défini. — t donne th [p) : arcath (u/^5-«/^) f? argent '7 = lat. ar- 
genium; evthn (fri./?^) crseptsi, cf. lat. septem; uth [m-p-) te huit ti, 
cf. lat. octô; suffixe -thiun, cf. lat. -tiô, -tiônis ; v. irl. -tiu et peut- 
être got. -pJQ ^. *-ir-donne -ur- dans haur = carpes, comme l'a 
montré M. Hûbschmann; la série des sons successifs est : -tr-, 
-thr-, fr-, -fr-, -J)r-, -ur-; cf. lat. -hro- = i. e. *-dliro-. Enfin î sub- 
siste, sans doute par déaspiration, dans plietur etphut. — p donne 
V («-), par exemple dans ev (fr*-), cf. scr. âpi; evthn, etc. Succession 
des sons : ph,f, % Remarquer que hh intérieur donne aussi v: 
-vor = -Çiopos, tandis que g^h donne g : mêg = scr. meghà-; et 
dh , d : ed = scr. âdhât. 

Ainsi i. e. p, t, k^ donnent à l'intérieur des mots ancien ar- 
ménien : ph, th, kh. Un seul exemple de valeur contredit cette 

' Il est surprenant que cette étymologie, depuis longtemps donnée, ne soit 
pas généralement adoptée. La déclinaison est la même que dans jiun, jean 
«neige" = ^ici)v, ^lovos, et sitin, sean = xicôv, xlovos. -iun = accus. *-iônm ; 
-ean = génit, ^-ion^jos. Le suffixe indo-européen *-iion- alterne avec *-ti- , dont 
il dérive dans phaxmt «fuite» , zolovurd «réunion» (suffixe *-?«-) ; génitif, phax- 
stean, zolovrdean (suffixe *-tion-). 



16^ A. MEILLET. 

ioi : c'est akn, cf. si. oko, dont le k peut s'expliquer par l'analogie 
de ^mkn, mnkn, jiikn, armukn. — empel [utruiLiJj tf boire -o repre'- 
sente sans doute Un i, e. *pimbô; cl". *pibô (scr. pibâmi, irl. ibim). 
La nasale qu'indique Tarménien rend compte du b e'nigmatique 
de *pibô; cf. got. raupjan en face de la t. rumpo. Mais l'existence 
du mot ump fraction de boire 75 , bien qu'il puisse être de formation 
secondaire, rend précaire toute explication de empel. 

En re'unissant le cas de l'inte'rieur et le cas de l'initiale, nous 
obtenons la loi suivante : i, e. p, t, fc.^ donnent en arménien ^/i, 
th, kh, sauf modifications ultérieures et sauf les cas particuliers 
ci-dessus mentionnés. 

Cette loi complète la symétrie de la Lautverschiebung armé- 
nienne avec la Lautverschiebung germanique. 



2. ARMÉNIEN ES, ASEM. 

On sait que europ. g^- = ind. g^h- est rendu en arménien 
par c (5) comme tout autre ^j. C'est ainsi qu'on a mec [ift-s-) en 
face de gr. (JLsyas, scr. mahànt-; cnaut [yijotn) en face de gr. yévvs, 
scr. hànu-. Si, en face de gr. êyc6, scr. ahâm, l'arménien a es (^"), 
c'est en vertu d'une loi particulière : arm. c (s-) devant consonne 
devient s (»). Cf. kic {{t>^) r brûlure^ et kskic; on trouve de même 
geresces trtu prendras r> {^= * gerecces) en face de gerecic crje pren- 
drais. Ainsi es est la forme prise par *ec devant consonne ^ 

Cette remarque nous donne le moyen de conserver le rap- 
prochement de asem tfje dis-n et scr. âha. Le g du lai. adagium 
indique en etVet plutôt eur. g^ que gji. Le lat. aio (ou plutôt aiio) 
est pour *agyô, comme tnaior pour %iagyos [aulres exemples moins 
clairs dans Wliarton, On latin consonant laws, p. 2). La forme 
comparable à scr. âha serait arm. *ac, et devant consonne *as : 
asem a pu être refait sur *as comme ï](x.i sur j). Il est à remarquer 
que l'aoriste asaci présente la même irrégularité que gitaci, aoriste 
de gitem, (autre présent tiré de parfait), et que asem a le sens 
d'un aoriste dans les anciens textes. 



3. ÉTYMOLOGIES AUMENIENNES. 

L Les prépositions end {à'"t) fdans, sous, avecr», et est [n/"") 
cf après, selon n peuvent phonétiquement être des formes procli- 
tiques de plus anciens *jW/ et*ust. Cî. iverust ^((Ven hautr»; yerhnust 
ffdu cieln, etc., qui indiquent à la fois l'ancienne forme *ust et 

' En partant de *eg^h, on obtiendrait *ez, qui subsisterait. Cf. inj ^k moi», 
met «à nous» et scr. mdhyam, lat. mihi (i. e. *megjii). 



NOTES DE PHONÉTIQUE. 165 

ie sens primitif cfen partant dev. Ces formes *ind et *ust se tirent 
facilement de i. e. *entos (gr. èviôs) et *uftos {*ud- plus suffixe *-ios). 

II. La pre'position ai- indique la proximité'. Plus anciennement 
on peut croire, d'après a'raj {^lua-ut^J , qu'elie voulait dire ce devante. 
Alors on doit la rapprocher de la famille du grec -zsrpo, etc. -ar- 
repre'sente sans doute /•. Le p initial n'a pas laisse' de trace. 

III. meij (^iTtpl^ tfprès den. Cf. gr. {Jié)(^pi. 

IV. c- (5) f jusqu'à, à, versi?; cf. scr. acha. La voyelle initiale 
est tombe'é comme dans c-, forme proclitique de la ne'gation oc 
{"^). ç correspond à scr. -ch-, comme dans aie frrecheiThe», 
cf. scr. ichâ. Voir de Lagarde, 4^m- Stnd., n° 2 2. 5 7. 

V. M. Bugge [Beitr. zuretym. Erlmit. derArm. Spr., p. 28 et 2 4) 
critique l'étymologie de iver (/'^t') cf au-dessus de 15, que propose 
M. Hubschmann (scr. vàrsman, lit. virszùs, etc.). D'après M. Bugge, 
). e. -rs- donnerait arm. -f-. Mais dans les deux exemples cite's 
à l'appui de cette loi, tha'ramin et moranam, r au lieu de r est dû 
à la .nasale qui suit; cf. meranim. L'exactitude du rapprochement 
de lit. wirszùs, etc., est rendue probable par le doublet ^er {t^c) 
rau-dessusT^ : on sait que i. e. w initial donne arménien^, tandis 
que w entre deux voyelles donne v. 

VI. cur (s^j/L/r-) rr courbe 17, cf. gr. yvpSs. 

VIL erevim [tfih^ulnr) t:je paraisn. CL gr. ■rspé'neiv rse distin- 
guer, être semblable à, avoir l'air dei7. 



l\. TRAITEMENT DES ASPIREES PRECEDEES DE NASALE EN GREC. 

Les aspirées précédées de nasale ont subi en grec deu\ traite- 
ments différents; nous voulons montrer que cette différence re- 
connaît pour cause l'accentuation. 

I. L'aspirée persiste, quand elle suit la syllabe accentuée : ctyy^i^ 
àv9o5, âixÇco. etc. 

IL Elle devient sonore quand la syllabe dont elle fait partie 
porte l'accent. Les exemples sont : èyyvs en face de ayx'-, <^7X'^'-' 
B-iyydvci}, cf, TsTp^os, scr. deh-; Xayydlco, cL got. loggs; alpayyôs 
(génitif de alpdy^), cL v. haut-ail. strang; âvSpd)(Xv, cf. dvOpa.^; 
Xaixëoivo), cL eïXii(pa, scr. labli-. 

Un septième exemple est important; c'est xv[j.ëo5 = scv. kumbhàs, 
contraire à la règle avec l'accent grec, conforme avec l'accent san- 



166 A. MEILLET. 

scrit : il semble que nous ayons ici la trace d'un déplacement 
d'accent en grec. Le zd. khumba- nous enseigne que le mot com- 
mençait par une aspire'e : il y a donc eu déaspiration. Or, comme 
la loi de déaspiration grecque a agi à une époque où les anciennes 
aspirées sonores étaient devenues sourdes, xvixSos représente un 
ancien *HU[ji(p6s et nous donne la preuve que les y, S, (3 en ques- 
tion sont tirés des sourdes ;;^, S-, (^ et sont sans rapport direct 
avec i. e. gh, dh, bh. Le 3- de B-iyydvco est restitué d'après S-^^w, 

-^■lKTOS. 

III. Quand l'accent est une more après l'aspirée, celle-ci per- 
siste. Exemples : 011(^0X65^ 'zsevOepos^ p^ayp^aÀa^, tsaixÇiavdcfi), o(x(pr} 
[rf = ee), (xevôijpv, àyL(pi (mot toujours atone, le plus souvent 
proclitique), etc. 

Les cas où la sonore simple est dcijà indo-européenne, tels que 
isvv^a.^^ a1é[x€ôo, 6(x€pos (cf. scr. âmbu-) n'ont rien à faire ici ^. 

Les principales exceptions à ces règles s'expliquent par l'ana- 
logie. Les formes à finales brèves des noms en -ivdos ont subi 
l'influence des formes à finales longues : ùâ.KivBos est d'après 
vaHivOov. De même, si l'on rapproche [xd-y/avov de [Xïj)(jxvn\ il 
faut admettre une influence du génitif /^ta/yai^oy, etc. Tvy^dvco^ 
\aLy)(a.vœ,eiQ.. sont d'après èi\)'y^a.vov^hvyov\ è\cLy)(CLvov^'é\(f/ov^ 
comme eKaL\i&a.vov ^ 'éXct^ov\ êdiyyavov, ediyov, d'après XoLfxSdcvœ, 
B-iyydvcû. L'adjeclif ^av96s a subi l'influence du nom propre très 
répandu 3dvdos (noter que ^avôtf, ^av6ot\ ^avôoo, etc. sont 
aussi réguliers), etc. Les diflicultés les plus considérables viennent 
de : B-dfxëos, cf. haÇ>ov, Tsûtina; S-éçxëpos, cf. Tp£(pw; peut-être 
aussi ^péfxSos K fœtus V , cité par Hésychius(cf. (3péÇ>os). Mais, dans 
ces trois cas comme dans x6pv[j.€os (cf. KopvÇiïf), qui, du reste, 
ne contredit pas les règles posées, l'origine de la nasale est 
obscure, et il est possible que nous soyons en présence d'un phé- 
nomène tout particulier comparable à celui que présente 'zsvvSa^. 
La présence de 3- dans B-dfi^os et B-éfx^pos semble indiquer que 
le grec n'a pas connu de (p dans ces mots ; mais le -sr de zfvvSixç 
nous engage à ne pas attacher trop d'importance à cet argument. 

Si l'on accepte la loi proposée, peut-être obtiendra-t-on en 
même temps l'explication dé dvQpcoTtos. La glose d'Hésychius 
Spoô-^' dvBpojiros ne permet pas de voir dans dvBpco-noç (rcsp. 
dvTpMTTOs) autre chose qu'un ancien ^nrok^os : il s'est développé 
une sourde après syllabe accentuée dans dvdpojTros (cf. ay;^<), 
et dans les conditions de la loi III dans dvôpcûTrov, etc., comme 
il s'est développé une sonore après syllabe atone dans dvSpos 
(cf. êyyvs). La trace d'un fuit analogue se trouve peut-être dans 

' Brugmann, Grumlrixx , l. $ li6g, 8, p. 3^8. 



NOTES DE PHONÉTIQUE. 1G7 

à/uêAax/crxa), d[xÊXaxs7v (Hes.); cf. rjfjLTr'Xa.xov. Les exemples con- 
traires sont à notre connaissance : alvSpwv 'srovrjpôjv (He's.); 
cf. (jtvofxai : mais les adjectifs en -po- sont accentues sur le suffixe, 

— âfjiSporos (cf. (Spoiés, régulier), — fxéfiSXojxa. (cf. (SXojcthci)), 

— {jié(xSXsTai (présent redoublé correspondant à (xéloixai). Le 
dernier exemple est difficile à e'carter : pour sauver la loi, on doit 
recourir à Tanalogie de [xe[xSXé[Ji£6a , (xefxSXSçjisvos , qui ne sont pas 
atteste's. 

5. H, m E\ LATIN. 

M. W. Meyer (K. Z., xxx, p. 3/i3 et suiv.) attribue la différence 
de i dans lat. qulnque (franc, cinq) et latin lïngua (franc, langue) 
à ce que l'un remonte l\.*kwenkwe, l'autre k*lnghwâ (resp. *dnghwà). 
Si l'on accepte cette explication, qui est vraisemblable, lat. en = *n 
se trouve traité autrement que lat. en ■■= *en, et il faut admettre 
que n a subsisté jusqu'à une époque assez récente dans les langues 
italiques. Deux faits confirment celte bypothèse : 

Les analogies indiquent qu'un primitif *-en, *-em en syllabe 
finale donnerait, si fou en avait des exemples, lat. -in, -im. En 
effet : i° *-om final a donné lat. -um; 2" -im en syllabe finale 
subsiste : partim; or e et i se confondent dans cette position et 
donnent, s'ils sont suivis de consonne, i : patris = *patres comme 
ignis == *)jgnis; s'ils terminent le mot, e : ante = *anti comme 
eque = *ekwe. En opposition avec ce traitement de *-en *-em, *n 
*m donnent en syllabe finale -en -em; exemples : nOmen, patrem. 
La présence de e y est donc postérieure à la loi d'affaiblissement 
des finales. 

Le traitement particulier de n dans viginti ne peut être dû qu'à 
l'influence des i voisins; de même le traitement de -»/ dans : 
similis ;==: *simlis = *smlis (cf. irl. samail, cosmil). Ceci posé, le 
même traitement de *n, ^m dans simplex, simplicis (cf. semper) et 
limpidus (cf. Xafx-TTco) reconnaîtra la même cause : or dans ces 
deux cas i est la réduction d'une autre voyelle. De même dans 
undecim en face de decem, i doit avoir été amené par le timbre in- 
décis de Ve non initial précédent. Le développement de e dans 
*n, *ni est donc postérieur à f affaiblissement provoqué dans les 
syllabes non initiales pai' l'accent d'intensité qui frappait finiliale. 

A. Meillet. 



LE JARGON DES GOQUILLARS 

EN U55\ 



Jusqu'à présent, ies sources du jargon au xv' siècle pouvaient 
se classer de la manière suivante : 

I. Les mots rapporte's par les chroniqueurs. Ils sont rares; 
ne'anmoins, au chapitre 96 de la Geste des Nobles figure le terme 
marié, qu'on a mal interpre'te' et qui &'] gniûe pendu^^. et Je douhtoye 
plus que vous deussiez conclurre que je feusse marié n , etc. Le mot 
est de i4o8^. 

IL Les expressions qui se trouvent dans les actes de rémission. 
Le mot duppe est à noter à cause de sa date (1/126)^. 

III. Les mystères de la fin du xv" siècle et du début du xvf siècle ^^ 
cil les bourreaux, les brigands et les larrons parlent souvent jargon, 

IV. Les farces du xv" et du xvf siècle. Il est indispensable de 
consulter le vaste répertoire publié par Viollet-Leduc : quoique 
la plupart des pièces aient été imprimées au xvf siècle, un assez 
grand nombre de ces farces et moralités avaient dû être compo- 
sées à la fin du xv"' siècle et imprimées une première fois. Les ira^ 
pressions du xvi" siècle sont sans doute des réimpressions. 

V. Les expressions qu'on peut récolter çà et là dans les" chan- 
sons et ballades des recueils d'ancienne poésie française au xv' et 
au xvi^ siècle, en particulier chez Eustache Deschamps et même 
chez Charles d'Orléans, 

' Ce travail est la suite de YÈlude sur l'argot français, qui a paru dans les 
Mémoires de la Société (t. VII, fasc. i) et qui avait été écrite en collaboration 
avec mon malheureux ami Georges Guieysse. 

- Communiqué par M. Bijvanck. 

2 Voir marine au {glossaire. 

* Trésor des chartes, reg. 173, cli. /i56. 

^ Mistere du Viel Testament; Actes des Apôtres; le Mtstere de la Passion Jesu- 
Crist de Jean Michel; la vie de saint Christophe. — Voir Francisque Michel, 
Etudes de philologie comparée sur l'argot ( i856); Lucien Schone, Le jai-gon et 
jobelin de François Villon , suivi du jargon au théâtre (Lemerre, 1888). 



LE JABGON DES GOQUILLARS EN 1^55. 160 

VI, Les humoristes didactiques, préde'cessenrs de Rabelais; 
p. e. Molinet [Roman de la Rose moralisé). 

VII. Trois sources spéciales : 

1 ° Les manuscrits copie's avant 1/126 par Raoul Tainguy, auquel 
M. Siméon Luce a consacré une note lumineuse dans le volume II 
des œuvres d'Euslache Deschamps, éditées par notre regretté con- 
frère M. Queux de Saint-Hilaire ^ : 

(a) Manuscrit des poésies d'Eustache Deschamps ■^; 

(b) Copie de la traduction française du Livre des échecs moralisé 
de Jacques de Cessoles ^ ; 

(c) Valère Maxime, trad. Simon de Hesdin*; 

(d) Copie des trois premiers livres des Chroniques de Froissart^; 

(e) Histoire de Tite-Live, trad. Pierre Berceure**; 

(/) Copie du premier livre des Chroniques de Froissart ''. 

rcNui copiste, dit M. Siméon Luce, ne s'est permis d'interpoler 
avec plus d'audace le texte des ouvrages dont la transcription lui 
était confiée. . . Toutes les fois que Froissart fait mention de gens 
du commun, Tainguy les accable comme à plaisir d'épithètes in- 
jurieuses qu'il intercale sans scrupule dans le texte du chroni- 
queur. Quelques-unes de ces épithètes sont tellement étranges 
qu'on se demande dans quel argot notre copiste a pu les ramas- 
ser ^ ri 

9° Six ballades en jargon connues sous le nom de Jargon ou 
Jobelin de maistre François \illon. 

3° Cinq ballades en jargon ({ui figurent dans un manuscrit de 
la bibliothèque de Stockholm '\ 

Ces sources, sauf les ballades qui constituent des textes souvent 
inintelligibles, ne donnent qae des termes isolés et permettent 



^ Voir aussi Siméon Luce, La France pendant la guerre de Cent ans, Paris, 
1890. 

^ Bit>iiotlièque nationale, fonds français, n° 8/10. 

3 Ibid., n" 21/18. 

4 Ibid., n"' /i.T et 46. 

5 76îV/., n"' 6/17/1 et 6/175. 

" Ibid., n"' 26/1, 265, 266. 

' Bibliothèque de l'université de Leyde, fonds Vossius, n" 9. 

* Cl. tujfe, ifuielicr, uila sermenline , moulle du chaperon, etc. 

^ Bibliothèque royale de Stockholm. n° lui. Sigualé par M. Longnon. Ces 
ballades ont été publiées par M. Auguste Vitu [Le jargon au xv' siècle); mais il 
semble qu'il y ait des erreurs de lecture (voir au glossaire). 



170 MARCEL SCHWOB. 

seulement des inductions sur le de'veloppement du jargon au 
xv" siècle. 

Vliï. Grâce à un procès criminel conserve' aux archives dépar- 
tementales de la Côte-d'Or ^, je puis publier une source inde'pen- 
dante, la plus importante de toutes celles du xv" siècle (les bal- 
lades exceptées), et par le nombre des termes et par les détails 
donnés au cours de la procédure. 

Ces documents ont été découverts par M. Joseph Garnier, 
archiviste de la Côte-d'Or, qui en a publié un court résumé en 
i8/i2 ^. Une des brochures, sur quarante, fut transniise à M. Fran- 
cisque Michel, qui n'en fit pas usage. M. Léon Cahuu, bibliothé- 
caire à la bibliothè(]ue Mazarine, me signala complaisamment 
le résumé de M. Garnier, cité dans le Morimont de Dijon de Clé- 
ment-Janin •'. M. Joseph Garnier me transmit, en même temps 
que sa brochure, des indications sur le manuscrit, que j'allai 
aussitôt consulter à Dijon. 

Je présente ici mes sincères remerciements à M. Joseph Garnier, 
qui, non content de renouveler un privilège déjà accordé par lui 
en 187^ à M. ïuetey*, en m'accueillant à toute heure du jour, 
a bien voulu me seconder dans ma copie et ma collation. Les 
lectures du jargon contenu aux pièces du procès sont donc à la 
fois celles de M. Joseph Garnier et les miennes. 

Voici la description des manuscrits dont j'ai donné la cote au 
bas de la page : 

1° Instruction contre les Coquillars, dépositions des témoins; 
et interrogatoire de Dimenche Le Loup. Cahier de papier de 
seize rôles ou feuilles simples, dont trois pages et demie sont 
restées blanches. Ce cahier est dépourvu de couverture et com- 
mence au folio 1 recto par ces mots : Le cas est tel depuis. . . etc. 
Le folio 16 verso porte les noms de quelques criminels; le long 
du feuillet, la mention Coquillars, destinée au classement; enfin, 
à côté de cette mention, un dessin grossier figurant le crochet 
des malfaiteurs, croquis pris par le greffier sur une des pièces à 
conviction ^. 



' Archives départementales de la Côte-d'Or. Fonds de la justice municipale 
de Dijon. Procès criminels, série B, 36o, vi : 1° procès des Coquillars; 2° inter- 
rogatoire de Pliilippot de Marigny, dit Mugneref. 

^ Les compagnons de la Coquille, chronique dijonnalse du jv'' siècle, j)ar .1. Gar- 
nier. Dijon, typogr. Duvollet-Brngnon, 18/12, br. in-8° ss. couv. ss. f. titre, 
10 pages, tirée à ko exemplaires; rar. 

^ Le Morimont de Dijon rr Bourreaux et Suppiiciésn , par Ciément-Janin. Dijon , 
Darantière, impr. , 188g. 

* A. Tueley, Les Ecorcheurs sous Charles Vil , prclace. 

^ Observation de M. Joseph Garnier. 



LE JARGON DES COQUILLARS K.\ lA55. 171 

On peut leconnaitre trois encres et trois mains distinctes : 

(rt) La main et Tencre du corps du manuscrit. L'encre est pâle; 
la main est celle d'un premier greffier. Celte main a fait des anno- 
tations marginales destinées à repérer les charges pour les inter- 
rogatoires. 

(/>) La main et Tencre de certaines annotations faites au courant 
d'une liste de Coquillars dénoncés par Perrenet le Fournier et 
probablement aussi par Dimenche Le Loup. L'encre est foncée ; 
la main doit être celle de Jehan Rabust(;l, procureur-syndic et 
clerc du tribunal de la vicomté-mairie de Dijon. La même main 
a fait des annotations complémentaires et des additions succinctes 
aux pièces d'instruction. 

(c) La main qui a pris le greffe (second greffier) au folio i3 
recto, le 2 décembre lUbb (le premier grefïier avait commencé 
son travail le 3 octobre i/i5&). Certaines corrections sont de la 
main de ce second greffier. L'encre est un peu plus noire que 
celle de (a). 

2° Interrogatoire de Philippot de Marigny, dit Mugneret^. 
Cahier de papier de six rôles. L'interrogatoire occupe les feuillets 
jusqu'au folio 4 recto. Le folio li verso est occupé par des brouillons 
de lettres relatives aux affaires administratives de la mairie de 
Dijon. Daté du -j novembre iZi55. Encre foncée, mais différente 
des trois premières. 

3° Interrogatoire de Regnault Daubourg^. Cahier de papier de 
cinq rôles. Cet interrogatoire, daté du i^"" octobre i/i55, est an- 
térieur au corps de l'instruction; interrompu, il est repris le 
k novembre lUbb. Même encre et même main que l'interrogatoire 
de Philippot de Marigny. En marge figurent des notes latines d'une 
autre main, sans doute celle d'un magistrat de la fin du xv^ siècle 
qui a examiné le procès et fait la critique des interrogatoires^. 

Les manuscrits de Dijon contiennent l'instruction de l'affaire 
des Coquillars, bande de malfaiteurs qui désola la ville et ses en- 
virons depuis iUb'd. L'instruction, datée du 3 octobre i/i55, 
débute en effet par ces mots : rrLe cas est tel : Depuis deux ans 
ença ont repairic et repairent eu ceste ville de Dijon pluseurs 
compaignons oizeux et vaccabundes-n, etc. La bande était étran- 
gère à la ville même de- Dijon. Le lieu de réunion des criminels 

^ Même cote que le précédent. 

^ Ibid., série lî, n" 709. Inlerrogaloiie de Rejfnaiitt Daiiboiirg. 

' Inlcrrogeiur ileriim de noinine compalris et ejus mausinne. . . et debttit if>ler- 
rogari liic barbitonsor. . . luitetur verbmn à i'cstevo etc. Hic est nodns materùr : 
scilicet debtiit interrogari vbi fncta fuit liœc convenlicvla et cum commoda inde 
secula siDit et de qvo vivebavt , etc. 



172 MARCEL SCHUOB. 

était ia maison commune des fillettes ^ Le tenancier de cette 
maison, Jaquot de ia Mer, sergent de la mairie, recevait, héber- 
geait et promenait les compagnons'-. Les malfaiteurs fréquen- 
taient aussi la boutique d'un barbier, Perrenet le Fournier, qui 
fut un de leurs principaux dénonciateurs, mais parait avoir joué 
dans toute l'affairé un rôle assez mystérieux. Il épiait en effet 
leur jargon, mais leur fournissait en même temps des dés pipés; 
peut-être aussi était- il receleur-'. 

Informé de ces détails, le procurour-syndic Jehan Rabustel fit 
mander, dit M. J. Garnier, deux barbiers et une fillette conmiune 
et les congédia après avoir reçu leurs dépositions; puis, ayant 
été avisé de la présence des jnalfaiteurs à la maison publique, il 
les arrêta la nuit, au nombre de douze, rr dans les arches'^ (coffres) 
qui garnissaient les chambres où ils furent saisis n; ils s'étaient 
cachés dans ces arches cf ainsi que cela leur était arrivé plusieurs 
foisr. Malgré des recherches minutieuses, M. Garnier et moi nous 
n'avons pas réussi à retrouver les documents relatifs à cette arres- 
tation. M. Garnier se souvient avoir mêlé au récit quelques faits 
habituels à la manière de procéder de Jehan Rabustel, extraits 
de documents différents. J'incline à supposer, toutefois, que Tar- 
reslation ne s'est pas opérée de cette façon habituelle. D'après les 
pièces, l'information aurait commencé le 3 octobre i655^. Or le 
premier interrogatoire de Regnault Daubourg est du i"'' octobre '^. 
Regnault aurait donc été arrêté avant l'instruction '? Ou nous ne 
possédons de linslruction qu'une copie faite sur les minutes ori- 
ginales, ce qui pourrait expliquer quelques singuliers détails 
qu'on verra plus loin". D'autre part, Philippot de Marigny fut 
arrêté seul avec Rar-sur-Aulbe; ils étaient couchés dans leur lit 

' Celte maison, acquise en ih'66 par ia commune pour en faire la résidence 
des filleltes communes, existe encore à Dijon au bout de la rue des Godrans. 
A cette époque, elle était isolée et placée à l'angle de la rue des Grands-Champs 
et de celle des Petits-Champs, qui allait du côté du Château. Sous la Ligue, 
on aCTocta cette maison pour le logement du bourreau, qui y demeura jusqu'en 
1792, qu'elle fut vendue par la ville. [Aote de M. Joseph Garnier.] 

- Dépositions de Perrenet le Fournier, Holin, Colette, etc. passim. 

^ Interrogatoire de I^egnault Daubourg. Note marginale au nom de I*. le Four- 
nier : consciits malejiciorum et receptator malefactorum. 

* Voir acques au glossaire. 

' cfI^F0RMACI0.^• commencée a faire le iii' jour du mois d'octobre mil cccc. cin- 
quante et cinq sur ledit cas par moy Jeban Rabustel", etc. (fol. 3 v°). 

° ffL'an mil iiii" lv le premier jour du mois d'octobre f's prisons de Dijon 
esquelles est détenu prisonnier Regnault Daubourgn, etc. (fol. 1 r"). 

' La copie porterait sa date réelle (.3 octobre), et l'information qui y figure 
sous forme narrative serait la conséquence d'arrestations antérieures, quoique 
Jehan Rabustel prétende avoir instruit ralfuire des Coquiliars sur les bruits qui 
couraient à Dijon. Si les documents dijonnais représentaient la liasse de minutes 
originales, on devrait y trouver un premier interrogatoire de Dimenche Le Loup, 
qui n'y figure pas. D'autre part, certaines corrections et additions faites par 



LE JAUGO.N DES COQUILLARS EN l/lS"). 173 

à riiôtel du Veau, au faubourg Saiiit-lNicolas '. Comme c étaient les 
chefs de la bande dijonnaise, ils auraient dû être compris parmi 
ces douze individus arrel(;s dans les arches. Quoi (ju'il en soit, Tar- 
restation de Regnault Daubourg, de Ph. de Marigny et de Bar-sur- 
Aulbe semble contredire les délaiis cités plus haut. 

L'instruction, commença par Tinterrogatoire de Perrenet le 
Fournier, barbier à Dijon. Celui-ci donna de nombreux ren- 
seignements sur la bande et dicta rc les noms tant de ceulx qu'il 
a veuz et les congnoit comme de ceuk qu'il ne veit onques et luy 
ont este nommez 11, etc. Suit une liste de soixante-dix-sept noms 
(y compris les noms qui figurent sur la couverture). Quelques-uns 
ont été ajoutés de la main de Jehan Rabustel, probablement après 
l'interrogatoire de Bai'-sur-Aulbe (Dimenche Le Loup). Voici les 
plus intéressants : 

Dimenche Le Loup, dit Bap-sur-Auli)e. 
[morî] Godeaul qui n'a qu'une oreille. 

[banny et depuis ) 
bouly comme faulx \ Chrislolle Turgiz. 
monnayer^ ) 

le grand Mugnerac (c'est Philibert de Marigny, 
dit Mugneret). 
\houhj^ Denisol le clerc, orfèvre et emailleur. 

Geffyame. 
[pe/^/w] Jaquot de la Mer. 

[pcndu\ Bar-su r-Aulbe. 

\mort et pendu] Régnier de Monligny \ 

ung nomme Tartas qui aultrement a nom Nicolas 

le besgue ou le Roy. 
Jehan d'Escosse. 
Tassin le verdois. 
Andrey le Prouvensal. 
dit le Borgne qui eul l'oreille coppee à Auxonne. 

Jehan Rabustel sur celle copie du procès ne peuvent venir que d'autres minutes 
d'interrogatoires qui n'ont pas été transportés sur la copie. 

' Interrogatoire de Ph. de Marigny. 

^ Le nom de Régnier de Montigny figure une seconde fois avec la mention 
pendu [anie) au baiit du fol. .5 v"; mais il est rayé comme ayant été enregistré 
plus haut. (]e Régnier de Montigny est, à n'eu pas douter, le compagnon de 
François Villon. Les limites de cet article ne permettent pas d'insister surl'inlérèt 
qu'il y a pour l'histoire de François Villon à trouver le nom de Régnier de ^lon- 
tigny dans la liste dijonnaise. (]hrisfo(le Turgis pourrait être parent de Robin 
Turgis, le patron de la Pomme de Pin, qui ligure dans le Grand Testament. 
Il est fait mention de Ghristofle Turgis quinze ans plus tard (en 1/170); il 
avait été emprisonné avec Régnier de Montigny. rGanay pour le procureur 
du royn allègue de Turgis et de Montigny qui estoient clercs non mariez qui 
furent requis par l'Kvesque in judicio contradictoris , mais il en fut débouté. 
— Bataille dit que rrTurgis et Monligny avoient esté plusieurs fois prisonniers, 
ce que n'a esté le prisonnier dont est question" [Arch, nat., \'", 83ii, 
fol. a 66 v° ap. Longnon). 



[là MARCEL SCHWOB. 

Hugueniii gascon crOstuii. ' 

Petil Jehan maistre de l'eppee. 

dit [le petit'] l'Espaignot [esteveur"]. 

Pierret Cliquet mercier. 

le mugiiier de Carpentras. 

le RousspIoI de Savoye. 

Oudet Durax dit Gascon de Bordeaux*. 

Perrenet le Fournier dicta aussi le jargon qu'on lira plus loin. 
L'interrogatoire du second barbier, Jehanin de Barly, apprend 
que Regnault Daubourg et trois autres avaient été' pris à Toul 
(Noël ikbh) pour escroquerie de lo florins d'or. Les archives de 
Toul sont malheureusement muettes à ce sujet; elles ne con- 
tiennent que trois liasses de procédures du xif au xviii" siècle^ 
et rien sur l'affaire de Noël lUbU. Mais nous apprenons ainsi que 
les Coquillars battaient la Lorraine. Il est question aussi d'un 
cheval tremblcyTi à Salins et revendu à Dijon, ce qui établit le 
métier de maquignon parmi les Coquillars. 

L'analyse des dépositions suivantes entraînerait trop loin dans 
l'histoire de la Coquille. Celle de Jehan Vote, dit l'Auvergnac, 
qu'on trouvera plus bas presque en entier, est curieuse par le 
mélange de jargon dans les explications. L'homme avait l'intention 
évidente de faire montre de ses connaissances. Nous n'avons pas 
le premier interrogatoire de Bar-sur-Aulbe. Le second eut lieu 
le 2 décembre. On y promit à Dimenche Le Loup son élar- 
gissement pour prix des aveux. Il donna alors quelques détails; 
mais, s'il faut en croire la note marginale de J. Rabustel, il 
n'en fut pas moins pendu. Le document s'arrête sur une com- 
mission rofjatoire venue de Sens, où est prisonnier Christofle 
Turgiz, pour une enquête sur de faux écus forgés avec un gobelet 
d'argent. 

M. Joseph Garnier a fixé au 18 décembre i455 la date de 
l'exécution des Coquillars à Dijon ; mais il ne peut se rappeler où 
il en a trouvé mention. Les comptes de la ville ne contiennent 
rien de relatif à la Coquille. Nous avons vainement examiné le 
papier rouge ou livre des bourreaux, où il y a une interruption 
pour les années i/i55, i/i56 et 1^57. Mais il est certain que 
J. Rabustel a suivi jusqu'en 1/167 Régnier de Montigny, qui ne 
put être exécuté qu'à cette époque^. Tassin «le Verdoisw ou un 
autre, le «petit Tassim^, fut pris en janvier 1456. Le registre du 

' Miiin do Raljustel, ainsi que tes autres notes marginales. 
- Main de Rabuslel. 
3 Foi. 16 v°. 

* Communication de M. rarchiviste municipal de Tonl. 
5 Voii' Longnon, l<Jtude biographique sttr François Villon; Villon, Jargon, 
bail. II. 



LE JARGON DES COQUILLAHS EN l^OD. 175 

secret de la mairie de Dijon contient, à la date du 2 G janvier 1 /i55 
(v. style), la mention suivante : Mauvais joueur de dez : rrLc aG {jan- 
vier) on enverra a THospital ïaxin prisonnier joueur de faux dez 
et qui est de la compaignie de pluseurs aultres qui courent la 
campagne en trousant gens, ^i — Ainsi Fexe'cution eût-elle eu lieu 
en de'cembre, la bande existait toujours dans les environs de 
Dijon en janvier i^56 (n. st.). Elle n'avait pas été' de'lruite par 
la procédure dijonnaise d'octobre-de'cembre i/(55. Oudet Durax, 
sous le nom d'André' de Durax, figure au registre du secret de la 
mairie de Dijon le 20 juillet 1 ûô-y, où il est condamné à être bouilli 
pour faux monnayage. Il fut livré au bailli, qui le réclama, et pendu 
le 27 juillet 1^57 ^ Le registre du secret de la mairie de Dijon 
contient encore, sous la date du vendredi 21 juillet ii58, une 
délibération qui paraît relative aux débris de la bande. Jeban 
Rabustel rapporte au maire qu'il y a cren ceste ville de Dijon 
pluseurs compaignons incogneuz qui sont oyseulx, lesquelz ne 
font que a 1er et venir parmy ceste dite ville par nuyt et par 
jour et ne savent les aucuns que de jouer les ungs aux des les 
aultres à la paume et a pluseurs aultres jeulx et les autres que 
de reffianaige. Lesquelz sont la plupart du temps en la maison 
des fillectes communes es jours qui deussent ouvrer de leur 
mestier et fait a doubte qui n'en y ait de ceulx qui soient lairons 
creucbeteurs -n , etc. -. 

Les ballades du jargon de François Villon, où les Coquillars 
sont nommés à plusieurs reprises^, montrent que la bande s'éten- 
dait à divers points du territoire français. La ballade II du jargon, 
qui mentionne les supplices de Régnier de Montigny et de Colin 
de Cayeulx, désigné sous le nom de Colin de l'Escaille, c'est-à- 
dire de la Coquille, est adressée en particulier aux Coquillars. 
Les documents recueillis et publiés par M. Longnon nous font 
voir Colin de Cayeulx encore vivant en i/iGo. D'autre part, la 
Belle leçon aux eiifans perdus dans le Grand Testament fait part à 
ces cf beaux enfans» de la mort de Colin : 

Se vous allez a Montpippeau 

Ou à Ruei, j^^ardez la peau : 

Car, pour s'esbatre en ces deux lieux, 

Cuydant que vaulsist le rappeau, 

La perdit Colin de Cayeulx. 

Le Grand Testament est de liGi. Colin de Cayeulx était donc 

' Délibérations de la Chambre de Ville, rho'], 20 juillet, fol. 8 v". Archives 
de la ville de Dijon, lî, 161. [Communiqué par M. J. Garnier.] 

^ Déliliéralions de la Chambre de Ville, i458, 31 juillet, fol. 5o. [Commu- 
niqué par M. J. Garnier.] 

' Voir Coquillars an {^lossaire. 



176 MARCEL SGHVVOB. 

pendu avant cette date pour des crimes commis à Rueil par la 
compagnie de la Coquille ^ 

Ainsi cette bande des Coquillars existait encore entre 1^60 et 
i/i6i dans les environs de Rueil. Il est fort probable que des 
recherches ultérieures fourniront de nouvelles indications sur les 
crimes des Coquillars. M. J. Quicherat, au début de la préface 
de son beau travail Rodrigue de \ illandrando , a écrit que, dans 
Tétat actuel des connaissances historiques, il fallait renoncer à 
l'espoir de faire des recherches complètes. J'espère que je pourrai 
recueillir encore d'autres traces du passage des Coquillars, et 
l'avis de M. J. Quicherat me servira d'excuse si je n'ai pu dé- 
couvrir que les documents que je publie. En ik6h, un homme 
de Montbéliard fut banni de Dijon pour avoir joué à la queulie 
de chien-, un des jeux des Coquillars. Mais ce n'est pas là une 
raison suffisante pour mener l'histoire de la Coquille jusqu'à cette 
année. Les jeux des Coquillars étaient sans doute antérieurs à la 
formation de leur bande, et quelques-unes de leurs escroqueries 
leur ont longtemps survécu. 

On trouvera à la suite des textes relatifs au jargon, qui figurent 
dans le procès de Dijon, une étude des mots expliqués par Per- 
renet le Fournier. Cette exposition aura rarement la prétention 
d'être étymologique; l'état des études du langage populaire au 
xv^ siècle ne permettrait pas d'aborder sans danger cette partie 
de la tache. Mais j'essayerai d'expliquer, grâce au nouvel appoint 
apporté par le procès de Dijon, quehpies passages des ballades 
en jargon de Villon. Un secours bienveillant qui m'a été prêté 
par M. Bijvanck me permettra de placer sous les yeux des lecteurs 
beaucoup de rapprochements entre le jargon de la Coquille et 
des textes inédits, manuscrits ou imprimés du xv" siècle : il me 
suffira pour cela de puiser dans le large fonds que l'érudition 
inépuisable de M. Bijvanck met à ma disposition. Enfin je tâcherai 
de monirer clairement comment la méthode exposée dans VEtude 
sur r argot français reste valable et utile, si on l'applique aux pre- 
mières manifestations des langues secrètes en France': 



Rail. II du Jargon 



Coquillars, narvans à Ruel, 
Mezys vous chante mieux que caille, 
Que n'y laisses et corps et pel 
Comme fit Colin de l'Eseaille. 

ENVOI. 

Prince, erriere de Ruel 



Voir queukH de chien au glos^^aire. 



LE JARGON DES COQUILLARS EN l455. 177 



EXTRAITS DU PROCES DES C0QU1LL\.RS. 

Et est vray que lesdits comp;ii{jnons ont enlrculx certain Iniigaig-e de 
jar}n»n el aultres signt'S a qiioy ilz s eatx-econyaoisseiit; et s a{)|)('llcnt 
iceulx }>alaiis les coquillars qui est a entendre les compaignons de la Co- 
quille Icsquelz comme leii dit ont ung Koy qui se nomme le Roy de la 
Coquille. 

Et est vray comme l'en dit ((ue les aulcuns desdits coquillars sont cro- 
cheleurs d'usseries arches et coffres; les aultres sont tresgeteurs et des- 
robent les g-ens en changeant or a moiinoye ou monnoye a or, ou en 
ache ant aulcunes maichandises-, les aultres font, portent el vendent ftudx 
lingoz et l\iulses chainnes en façon d'or; les aultres portent el vendent ou 
engaigent faulses piereries en lieu de dyamanz rubiz el aultres pierres 
précieuses; les aultres se couchent en quelque hostelerie avec aulcun mar- 
chant et se dcsrobenl eulx meismes et ledit marchant et ont homme propre 
auquel ilz baillent le larrecin el puis se complaingncnl avec le marchant 
desrobey; les aultres jouent de faulz dez d'advanlaige et chargiez et y 
gaignent tout l'argent de ceulx a qui ilz jouent; les aultres sçaivent sub- 
tililez (elles au jeu de quartes et de marelles que len ne pourroil guaigner 
contre eulx. Et cpii pis est les pluseurs sont espieurs et aggresseurs de bois 
et de chemins, larrons et muldriers; el est a présumer que ainsi soit la 
ou ilz maiiment telle vie dissolue; et quand ilz ont tout despendu leur 
argent ilz s'en vont sans denier ne maille et laissent aulcunes l'ois de leurs 
habillemens en gaige et assez brief retournent monteiz habilliez et [)lains 
d-or et d'argent comme dit est. 

(Fol. 1 i" et v". ) 

Item chacune tromperie dont ilz usent a son nom en leur jargon et ne 
les sçauroit aulcun entendre s'il n'est de leur sorte et seremenl ou se aulcun 
d'eulx ne le revoie a aullre. 

(Foi. 2r°.) 

Perrenet le Fournier barbier demorant a Dijon et agie de xxxiiij ans 
ou environ comme dit tesmning requiz interrogue et examine par moy 
ledit procureur sur ledit cas dit par son serement donne sur les sains 

Euvaogillesvle Dieu luy en scavoir ce qui s'ensuit etc Il s'est bien 

voulu acoinlier d'eulx (des coquillars) pour en veoir aulcuns seci'etz afin 
de soy garder d'eslre deceu s'il se trouvoit en ])lace la ou fust semée mal- 
vaise semence. Et tant que la ou il a aulcunesfois congneu que l'ung deulx 
estoit plus cler mains malicieux et plus libéral que l'aultre, il s'est acoinlie 
de luy, lui a aulcunesfois donne a disner ou a soupper pour sçavoir de 
luy aulcune chose, et s'est découvert à luy faingnant qu'il sçavoit beaul- 
coup de sciences et liabiletez et qu'il estoit aussi fin que quelconque des 
aultres et soubz umbre de ce et aussi que luy qui parle a aultrefois oy 
aulcuns motz de jargon ancien etc 

(Déposition de Perrenet le Fournier. fol. 2 v", .3 r".) 

Et est vray commil dit que lesdiz coquillars ont entreulx un langaige 
exquis, que aultres gens ne scevent entendre, sïlz ne l'ont reveley et 

MIÎM. I.ING. VII. 13 



178 MARCEL SCHWOB. 

aprins par lequel langaige ilz congnoissenl ceulx qui sonl de ladite Coquille 
et nomment proprement oudit langaige tous les faiz de leur secte; et a 
chacun desditz faiz son nom oudit langaige; lequel (A/?/') a este révèle 
a luy qui parle par pluseurs d'eulx qui ne se meffyoient point de luy 
depuis qu'il s'est faingt estre fin comme aulx etc. 

(w., foi. av.) 

Et d'illec s'en alerent en Lorrainne pour cuidier faire ung bon coup 
de tresgeter qu'ilz appellent en leur jargon estever etc. 

(W., fol. 3 v°.) 

Dit après qu'il a oy dire audit Jehanin Cornet que lesdils v avoient 
entreprins de faire une bonne csteve oudit pais de Lorrainne ou devei"s 
Langres mais ilz faillirent etc. 

(W.,fol. 3v' et /ir".) 

Dit aussi que ledit Regnauld est le père conduiseur desdils coquillai*» 
es foires marchiez et aultres lieux en Bourgoigiie etc. 

(Id., fol. U r\) 

Et dit en oultre que les dits de la Coquille sont espanchiez par le monde 
ou nomlire de mil et plus qui vont faisant et exercent telles et semblables 
tromperies que contenu est oudit cas. 

(/(/., fol. 4 Y".) 

Et luy a confesse Anthoine de Bonneval commil dit que il, le petit 
Tassin et le Roussolet ont baille .i. plant a ung religieux de Masieres, 
dont ledit Tassin inst fourbe ledit Autlioine viaistve et ledit Roisselet con- 
sentant etc. 

(Id., en margo, fol. k v°.) 

Les dessus nommez et aultres qui sonl de la compaignie des coquillars 
ont en leur langaige divers noms et ne scevent pas tous toutes les sciences 
ou tromperies dont oudit cas est faite mcncion. Mais sont les ungs hab- 
biles a faire une chose et les aultres a faire une aultre chose; et quand 
ilz se debatent l'uiig contre l'aultre, chacun reprouche a son compaignon 
ce de quoy il scel servir en la science et se appellent : 

Crocketetirs Bazisseurs sC 

Vendeiigeurs Desbocltilleurs 

Bejfleurs Blancz coulons 

Envoyetirs Baladeurs 

Desrocheurs Pipeurs 

Planteurs Gascatres 

Fourbes Bretons 

Dessarqueurs Esteveurs. 

Ung' crocheteur, c'est celluy qui scet crocheter serrures. 
Ung vendengeur, c'est ung coppeur de bourses. 

' Rayé. 
- Foi. 6 r\ 



LE JAKGON DES COQUILLARS EN t/lSf). 179 

Hn^- beffleur c'est ung larron qui allrait l<^s simples [compai[]fnons'] 
a jouer. 

Ung envoyeur c'est ung mulflrier. 

Ung desrocheur c'est ceiluy qui ne laisse rien a celluy qu'il desrobe. 

Ung plnnleur c'est celluy qui baille les faulx lingos, les î'aulses chainnes 
et les faulses pierres. 

\}xi^ fourbe c'est celluy qui porte les faulx lingos ou aultres faulses 
marchandises et faint estre ung ponre serviteur marchant ou aultre; ou 
c'est celluy qui prent et reçoipt le larrecin que luy baille l'uiig desilits 
coquillars couchie avec quelque marchant, homme d'église ou aultre. 

Ung bâtisseur c'est aussi ung muldrier. 

Ung desbochilleur c'est celluy (pii gaigne aux dez, aux quartes, ou aux 
marelles, tout ce que a .i, sinqile homme sans luy riens laissier. 

Ung blanc coulon c'est celluy qui se couche avec le marchant ou aultre etc. 
[et luy desrobe son argent, ses robes et tout ce qu'il a et les getle par 
une fenestre a son compaignon qui l'attent hors de la chambre'.] 

Ung baladeur c'est celluy cpii va devant parler a quelque homme 
d'église ou aultre a qui ilz vueilent bailler quelque faulx lingot chainne 
ou pierre contrefaite. 

Ung pipeur c'est .i. joueur de dez et d'aultres jeux ou il y a advantaige 
[et decepcion^.] 

{]ng gascatre c'est un aprentiz qui n'est pas encoir bien subtil en la 
science de la Coquille. 

Ung breton c'est mig larron. 

Ung long c'est ung homme qui est bien subtil en toutes les sciences ou 
aulcunes d'icelles. 

Ung dessarqueur c'est cellui qui vient le premier ou l'en veult mettre 
.1. plant et enquiert s'il est nouvelles etc. 

Ung viaisire c'est celluy qui contrefait l'omme de bien etc. 

f^e confermeur de la balade c'est celuy qui vient après le baladeur e(c. 

Fustiller c'est changi[er les dez \] 

llz^ appellent la justice de quelque lieu que ce soit la marine ou la 
(rohe'') ronlie. 

Hz appellent les sergens les gajfres. 

Hz appellent .i. prebstre ou aultre homme d'église .i. liejfre ou ung ras. 

Ung homme simple qui ne se cougnoit en leurs sciences c'est ung sire 
ou une duppe ou ung blanc. 

Dez a jouer ilz les appellent les acques ; les marelles saint-marrij ; les 
(piarles la taqninade. 

En dez a divers noms, c'est assavoir madame , la vallée, le gourt, le 
muiche , le bouton et le riche. 

Quand ilz sont prins et interroguez par justice et ilz eschappent ilz 
dient l'ung a Taultre qu'ilz ont blanchy la marine ou la rouhe. 

' Addition d'une autre main sur la ligne. 

^ Addilion d'une encre plus foncée. 

' Addition d'une encre plus foncée. 

'' Repassé à l'encre foncée pour rendre lisible. Peut-êtri- faul-il corri^ei' char 
gier. 

■■■ Fol. 6 v°. 

'^ Rave. 



180 MARCEL SCnWOB. 

Lfng godiz c'est nng homme qui a argent et est riclie. 

Une bourse cVsl uue feiil loti ze. 

Hz appellent argent aubevl cairc ou imille [ou une hairgue pour .i. grant 
blanc ^]. 

Le roy David c'est ouvrir une serrure ujig huiz ou .1. colFre et le re- 
fermer. 

Le roy Davyot c'est .1. simple chochct" à ouvrir serrures. 

Bazir ung homme c'est tuer. 

La soye Roland c'est ouvrir (|uelque chose a force. 

Une robe c'est une jarte, 

.1. signet d'or ou d'argent c'est .1. cercle. 

Saint-joyeux ce sont marreles comme sainl marry. 

Ung cornier .1. sire et une duppe c'est tout ung. 

(.1. godin c'est ung riche liomme^.) 

.1. cheval c'est ung galier. 

Mouschier a la marine c'est encuser i'ung l'aultre a la justice. 

Le jour c'est la torture". 

Ung lingot faulx c'est .1. plant. 

Une chainne faulse c'est une trainne ou une tirasse. 

Arton c'est pain. 

/?«y?e c'est le feii Saint-Antoine. 

La main c'est la serre. 

[Une ance c'est une oreille \] 

Les jambes ce sont les quilles. 

Quand I'ung d'eulx dit : Estojfe! c'est a dire qu'il demande son butin 
de quelque gaing qui est fait en quelque manière par la science [de la 
doquille"]. 

Quand il dit : Estojfe, ou je faugeray ! c'est a dire que qui ne luy 
baillera sa part il encuzera le fait. 

Quand ilz dient qu'ilz ont regarde quelque chose ilz dient qu'ilz le 
ont becfpiey. 

Quand ilz parlent de lahesse, c'est de desrober. 

Aulcuns d'eulx s'entremettent d'aulciui mectier ou marchandise, fain- 
gnanl (ju'ilz en viuent qui leur vouldroit aulcime chose demander et ap- 
pellent cela leur cole. 

Aulcune l'oiz quand ilz parlent de la soye Roland c'est a dire qu'ilz ont 
batu la justice ou la batroyent qui les vouldroit prendre. 

Quand ilz dient que I'ung d'eulx eal ferme a la louche^ c'est a dire qu'il 
se deffendroit contre justice et aultres qui le vouldroit prendre. 

Quand ilz sentent qu'ilz sont poursuyz de justice ou qu'ilz se douhtent 
que l'en v[oize] " après culx et ilz tiennent ung chemin et se pensent que 



' Addition en encre foncén et d'une autre main. 

- Sic pour crochet. 

^ lîayé. 

" ViA. 7 r". 

•' Airililioii d'une encre plus roucée. 

° Addition d'une encre plus loncée et d'une autre main. 

' Il faul lire bouche probablement, suivant la lecture de M. .(. Garnier. 

" Coi'ieclion d'une enci-e plus foncée. 



LE JARGON DES COOUILLARS EN l/l55. 181 

Icn les a veu cheminer par illoc, ilz s»; deslourneiit a coup et prondeiil 
ung aiillrc clicniin. Cela s'ap[)ello bailler la canlonade. 

Ung beaul soijanl c'est ung' heaul |)nrleur, \)wn cnlangaiji^ie, ([ui scct 
(lecepvoir justice ou aullies gens par belles bourdes. 

Ferme en la iiiaukc ' c'est celluy qui se garde bien de coufesser rieus 
a justice etc. [lorsqu'il est prins et interrogue^]. 

(Déposition de Pcrrciiet le Fournier, fol. 5 v" à fol. 7 r". ) 

... Et si leur a pluseurs fois oy appeler l'un i'aultre larrons, mul- 
driers, pipeurs, crocheleurs, \j}lanteurs''] et lelz langaiges. 

(Déposition de JeLaii d(' la Ghaulx, fol. 11 r". ) 

Jehan Vote * dit l'Auvergnac perrier demoraul a Dijon et agie de 
xxxvj ans ou environ corniiiil dit, compère de Hegnauld Dambour, tes- 
moiiJg requiz interrègne et examine |)ar jnoy ledit procureur sur ledit 
cas dit par son serenient donne sur les sains Euvangilles de Dieu qu'il 
congnoil pluseurs des compaignons nommez oudit cas. . . El scet bien 
que les aulcuns scevent jouer du roij David, de ïesteve, du plant, et de 
toutes les sciences ou tromperies déclarées oudit cas. 

Comment il le scet, sur ce interrègne, dit que a la congnoissance et 
occasion dudit Regnauld il a repairie pluseurs et diverses fois avec eulx 
et tant que il scet et entend tout leur langaige et jargon; et scet comment 
ilz se conduisent en leurs paroles, et que, quand ilz parlent en leur dit 
jai'gon , et ung d'eulx parle un peu trop la ou il semble qu'il ait gens qui 
leur peussenl nuyre ou (jui les peussent encuser, le premier d'eulx qui 
s'en donne garde commence a crachier a la manière d'ung homme enrumey 
qui ne peut avoir sa salive; et tantost cela oy, chacun des compaignons 
de la Coquille se tait et changent propos en ])arlant d'aultre chose. Les a 
aussi commil dit oy pluseurs fois reprouchier l'ung a I'aultre leurs ^ larre- 
cins, leurs esteves, leurs crochetures, \e\M'?, plantz , leurs desbocliilbtres et 
telz langaiges de leur science; et a este si fol il qui parle qu'il leur a 
aulcunefois dit qu'il sçauroit bien faire quelque chose de leur science, et 
le disoit hardiment pour ce qu'il avoit acointance audit Regnauld et soubz 
umbre de luy repairoit avec eulx; mais les aultres luy disoient qu'il 
n'estoit senon un gaschatre qui est a entendre oudit langaige ung coquart 
ou apprenfiz de ladite science; et quoyqu'il soit, commil dit, les dessusdiz 
font de merveilleux dommaiges la ou ilz repairent; et que en regart du 
petit Tassin l'en ne luy fera riens dire senon par graut force, car il est 
moult instruit en la science, et ont entre eulx une manière que jamais 
ne confessent riens senon a grant force du jour. . . etc. 

(Déposition de Jehan Vole, fol. la r° à la v". ) 

Par. . . nioy led. procureur luy ont este faites les interrogatoires qui 
s'ensuyvenl : 

' Peut-être manhe. M. Joseph Garnier avait lu manche. 
^ Addition d'une autre main el d'uue encre plus foncée. 
' Addition sur la li^jne. 
" Fol. 1 2 r". 
'' Fol. 1 a v". 



182 MARCEL SCllWOB. 

Et premièrement s'il est point de la conipaignie des enfaits de la Co- 
quille. Dit que depuis ung an ou ung au et demi en ça il en a veu pluseurs 
en ceste ville 

(Déposition de Dimenche Le Loup, dit Dar-sur-Aulbe, 
fol. i3 r°.) 

Item luy a este demande quelles gens ce sont. 

Respond qu'il y a de très malvais garnements, larrons, esteveurs, cro- 
cheteurs, envoyeurs, planleurs , et a parler au vray sont tres-malvaiz et 
périlleux . . . etc. 

(M, Mil.) 

Interrogue s'il scet riens d'ung plant qui a este fait a Beszes et ung 
aultre a Creraolois, dit qu'il en a bien oy parler. . . 

Et dit sur ce interrogue que ledit Tarlas est planteur, mais il ne scet 
s'il a fait les deux plantt ou 1 ung dont cy-dessus est faile mencion 

Interrogue s'il eust oncques aulcun butin es plantz esteves et aultres 
malvaisetez que lesdits coquillai's feissent, dit que non. . . 

(Ici., M. i3 v°.) 

Et scet bien coramil dit que ledit Johannes estevoil de l'argent aux 
bouchiers a chacun escu qu'il changeoit. 

{Id., ibid.) 

Interrogue de quelle science il qui parle sert et qu'il scet faire en la 
science de ladite Coquille dit qu'il jouhe aulcunes fois aux dez, a saïut- 
marrij, a la taqiànade , a la queulie de chien, et telles menues choses en 
quoy il est assez expert; mais du surplus ne scet riens ne il nen usa 
oncques commil dit. Bien est vray que' ledit Johannes, Regnauld Hay- 
monnet et Jehan Cornet eussent aulcune chose proffite ou voyaige de 
Lorraine la ou il qui parle, ledit Regnauld et ledit Raymonnet furent 
prins au lieu de Thoul, il en devoit avoir son estoffe comme les aultres, 
mais il n'a point sceu qu'ils gaingnassent riens, si non a riens eu. Et 
aultre chose ne a volu dire a la charge de luy ne d'aultre desdits co- 
quillars. 

(/,/., fol. 1 4 r\) 

(// qui parle) avoit emporte des dez de forte cire dont il avoit acheté 
une partie a Perrenet Fonrnier, le barbier et autres dez avantagiez et 
Jehannin Cornet portoit un jeu de cpiartes 

(Interrofjatoire de Rcffiiault Daubonrg, pt-rripi- à Dijon; 
i" octobre 1 /i55. — Archives de la Cote-d'Or, série B; 
archives judiciaires, commune do Dijon; procès cri- 
minels, n° 709.) 

Ils jouèrent une fois a Neufchasiel, une aultre fois dans im village 
l'un contre l'aidtre et de plain cliquet simpli^ment mais personne ne vint 
pour se joindre a eux Ils furent a Thoul: mais ils n"y jouarent 

' Il faut suppléer ici sel .s/]. 



LE JARGON DES COQUILLARS EN l/l55. 183 

point; car, a peine inslalles Johannes et les aullres partirent en disant 
(ju'ils alloient a t'estevc ' . . . 

Il déclare que les florins et escus furent enlevez. . . 

( Id. , ihid. ) 

Inlerrogue si ou voyaige de Lorraine il fust point entreprins de faire 
un cop de roy et que se bien en fust venu Jehaniii Cornet eust este tue 
pour ce que l'en doubtoyt que n'encusast les aultres repond cpiil ne scet 
pas ce que c'est qu'un cap de roij el qu'il ne fust rien dans rcntre[)rinse 
connue de battre ou de tuer ledit Jehanin Cornet. 

(Iiitcrrojfii Loire de Kegnaull Daubourg, intTi'cJi U novembre 
1 455, ibid.) 

Marcel Schwob. 
[A suivre.) 

' En iiiarjo, d'une écriliirc diirérenlc : itutelur verbtim à l'estevc. 



Bul'faro dori frjus(|u'à ce que a. 

Les conditions pbonétiques dans lesquelles f, ou plutôt î" 
(=.</i), est susceptible de devenir r sont encore obscures. Il n'en 
existe pas moins des exemples incontestables d'un tel trailenu'ut, 
aussi bien en français, par ex. mire (medicus), grammaire (gram- 
matica), que dans les dialectes slaves. Ainsi, dans la langue des 
pjesme serbes, il n'est pas rare de rencontrer more au lieu de 
moze rf il peut^i; de même, dans quelques localite's de la Moravie, 
j'ai eu l'occasion d'entendre neboràk pour nebozâk «un malheu- 
reux i^, et c'est aussi, je crois, une forme fréquente en russe 
blanc. 

Le serbe jcr tren efl'eti^ a e'galement été interprété parye-i(e), 
mot à mot earli y s. 'oti ... ; on a toutefois émis des doutes sur cette 
étymologie, sous prétexte que la forme jer est absolument géne'- 
rale dans tout le domaine serbo-croate et que l'on ne surprend 
plus guère le primitif *je-ze; et de fait, il est certain que si l'on 
avait pu découvrir kjer une origine turque, comme on l'a fait par 
exemple pour har{em) ^•du moins w, la prudence eût été de l'accep- 
ter. Voici cependant un mot destiné, ce me semble, à confirmer 
l'étymologie courante : c'est le bulgare dori, dor[e), ou ^/»rt d'après 
la prononciation, lequel ne saurait représenter autre chose que 
*do-ze et correspond en conséquence assez exactement à notre 
w jusqu'à [ce] quer. 

11 faut conclure de tout ceci, à ce qu'il semble, que, dans le 
jugoslave, la conjonction ze est devenue -re en composition, sous 
l'influence de ces variations toniques auxquelles l(!s particules 
sont sujettes en la plupart de nos langues et dont les lois restent 
presque partout à trouver. F. Geo. Môiil. 



VARIA. 



1. Tvxi- 

Les armes qu'on envoie au loin, telles que le javelot ou la flèche, 
n'ont jamais la sûreté et la précision des armes qui se manient à 
la main, comme la massue ou Tépée : (juand elles frappent le but, 
le mérite n'en revient pas uniquement à la videur ou à l'adresse 
du combattant : il y faut encore du bonheur. Aussi trouvons-nous 
fréquemment dans Homère cette réflexion, (|ue le trait n'a pas été 
lancé en vain : où)(^ akiov (3éXos ^hsv . . . ovy^ èiXiov (3éXo5 ê}i(pv'ye 
^sip6s, et voyons -nous les héros adresser une prière aux dieux 
pour qu'ils dirigent leur coup. 

Nous avons ici un de ces faits simples et d'expérience quoti- 
dienne comme ceux dont sont tirées les métaphores du langage. 
En beaucoup de langues, l'idée d'une réussite qui ne dépend pas 
entièrement de nous a été exprimée au moyen de mots signifiant 
ff toucher le but, frapper juste w. 

En grec, la métapbore est encore très visible. Le verbe ixjyydvoy 
a été d'abord un terme appartenant à la langue de la guerre et 
des combats : il signifie trtoucherTî. 

Après que Pandaros a lancé son javelot sur Diomède, celui-ci 
lui dit : ffTu as manqué ton coup; tu ne m'as pas touché. t7 

HfxêpoTss, oûS' érup^es^ 

^rjy/jivw doit être pris ici, non au sens dérivé de cf réussir 77, 
mais au sens propre et primitif. 

Deux cents vers plus haut, il est question d'un premier combat 
de Pandaros contre Diomède, où il l'atteint à l'épaule droite : 

èTtTa/i'STO xafxirûAa T(ifa, 

Dans le même chant (vers 682), une pierre est lancée par 

' Iliade, V, 287. — Sur l'origine et le sens propre de v(t.€po7es, voir Mé- 
moires (h la Société (le linguistique. Vit, p. 28. 
' IL, V, 98. 



VARIA. 185 

Antilochos contre Mydon et atteint celui-ci au milieu de Tavanl- 
bras : 

A.VTiXo)(p5 hè Mxjhiûva. jSdtA' rivio)(ov Q-spiTvovra , 

Xsp(ia,hi(f} àjKWva rvywv [xéaov. 

Plus loin encore (vers 858), un trait lancé par Diomède va 
frapper Ares au bas-ventre : 

Dans les jeux en Thonneur de Palrocle, un prix est proposé 
pour celui qui atteindra la colombe et un autre pour celui qui 
touchera le cordon par oii elle est attachée : 

Os Si Ks ixrjpivdoio TV'/rf ' . . . 

Ces exemples, quil serait aisé de multiplier, suffisent pour 
montrer que ivyy^dvw signifie r: atteindre, touchera, au sens 
propre et matériel. Le complément est tantôt à l'accusatif, tantôt 
au génitif. 

A ivyyicLv(x) se rattache immédiatement le substantif tÔ'/t]. Ce 
nom si important, qui désigne la fortune, et qui a fini par être 
divinisé, a dû signifier d'abord un coup heureux, ou d'une façon 
générale un coup. C'est ainsi que dans nos langues modernes nous 
parlons encore d'un coup de bonheur ou des coups de la Fortune. 

Il n'existe plus de trace du sens matériel en grec, à moins 
qu'on ne veuille le reconnaître dans des locutions comme l'ôynij^ 
œno TV)(ri$, xarà ivyjnv. Les commentateurs de l'épopée grecque 
ont souvent fait la remarque que le mot zû-^ri.wQ se trouve pas 
une seule fois dans Homère : l'idée du hasard répugnait sans 
doute au caractère religieux de la poésie épique, qui y substitue 
l'idée de la (xoîpa. Mais ce qui peut faire penser que le. mot, dans 
le sens primitif comme dans le sens dérivé, a dû exister très 
anciennement, c'est la présence dans Homère du verbe ivyéw^ 
qui a même emploi que nvyyâvw^ auquel il a prêté son parfait 
TSTvyr]xa. et son aoriste éTuyïiaa : 

ÀAX' Ôys Qsalopihjv kXKpaova. Sowpi rv^rjcras^ . . 
iTnTÔpac^oi' ^âXs hoDpi, narà Çw(T7r)pa Tvp^î/aas '^ . . . 

L'indicatif Tnva-Kopiai a quelquefois ce même sens de « toucher, 
atteindre 75. 

H pa xai âpLirsTraXcov 'zspotsi hoXi)(^à(TKiov éyyps, 
Kai (SàAsv, oùS' à(^â(xaprs, TnvaHÔfxsvos v.s(pa.'ki)<piv. 

{IL, Xi, 35o. 

1 //., XXIII, «57. 
• ' //., XII, 3()/i. 
//., XII, i8y. 



186 m. BRÉ.VL. 

Hks 8' oïalbv 
AvTï tnvaHàtievos . . . 

{Od., XXI, /l20.) 

Il reslerait à montrer les congénères de -xvyy^dvw. Mais ici les 
routes se croisent et se mêlent tellement, qu'il est difficile de re- 
connaître la vraie voie. Il faut aller jusqu'aux langues romanes 
pour retrouver à ciel ouvert le courant qui se montre d'abord 
dans Homère. Ce qui nous paraît se rapprocher le plus du verbe 
grec, c'est l'italien toccnre, espagnol- portugais -provençal locar, 
français toucher. Il est à supposer que ces verbes se raltaclient, 
par quelque ancêtre latin resté inconnu, à Tvy)(^dvoo et à 7vx,v- 



2. Icoxr] pour SiUXïf. 

En grec, au commencement d'un mot, le groupe dj ou cU suivi 
d'une voyelle peut subir quatre traitements dilTe'rents : 

1" 11 peut donner St : Sid, Aios; 

2" Il se change en ^ : Zevs, ^arpeÇ/rfs; 

3° Il devient <J: Ayfv; 

li° Le S tombe : icoHrj pour Sicoxrf, îco-^iiôs pour ^io)j}).hs. 

Ce dernier cas, qui n'est mentionne ni par Curtius, ni [)ar 
Gustave Meyer, ni par Brugmann,est important, en ce qu'il nous 
montre clairement que la semi-voyelle y n'avait pas disparu de 
la prononciation grecque. Le changement est le même qu'en la- 
tin dans Jupiter. 

La forme ico^ ou icoxrj existe dans Homère : 

eiaopocov 'zsôvov aiTrvv îwko. Te SaKpvôetJcrav. 

(//.,XI, (5oi.) 

oî/T£ /3/as Tp'Jcov înrsSeiSiaav, ovis iojKâs. 

(IL, V, T)-.!!.) 

xpu6scra-a looxrf. 

(V, 7/10.) 

Dans les deux derniers vers, elle est précédée d'une voyelle, 
ce qui a décidé Fick à écrire Fiooxr{. Mais le digamma est im[)os- 
sible dans le premier exemple. D'autre part, on a iooxP'-^^ i>\cc 
l'i long en deux vers : 

vXÛov àv' Ico^fxov, S-paavv rivloyov (popéûvrei. . . 

avTis dv' iojyjihv ... 

(//., VIII, ,S() cl 108.) 



VARIA. 187 

Il faut donc supposer <[uc Yi, devenu initial, s'est développe 
en îj, ce (|ui a donné quel([uel()is uu i long. 

3. ACpaupos. 

Dans le mot français état, Ye a été produit, comme tout la 
monde sait, par la double consonnance initiale du latin status : 
ce qui n"a pas empêché plus tard Ys de lom])er, en sorte que la 
prosljjèse de Ye a Tair de n'avoir pas de raison d'être. 

En grec également, la prosthèse a souvent l'air de n'avoir point 
de raison d'être : mais parfois un examen plus attentif nous montre 
le groupe consonantique qui l'a provoquée. 

Gomme exemple, on peut citer l'adjectif âjuaAo? rf mou, tendre r?, 
qui est pour un ancien *à(jiSX6s, ^dixXos, et ([ui appartient évi- 
demment à la famille d'dixSXvs. L'a initial devenait inutile du 
moment qu'entre le /m et le À une voyelle était venue s'insérer; 
mais, une fois habituée à la prosthèse, la prononciation n'y a plus 
renoncé. 

Un autre exemple est l'attique aXo^ « sillons pour /"Xof (du 
verbe féXxco k tirent). La forme ordinaire aSXa^ doit se décom- 
poser en â-FXa.^. 

Un exemple tout pareil est èXayyç^ que j'ai déjà rapproché 
dans ces Mémoires de bXiyos, et qui correspond au sanscrit laghti. 
Dans ce mot, le jeu des voyelles est destiné à aider la pronon- 
ciation du groupe Igh. 

Ces faits, qui sont bien connus, vont nous servir à expliquer 
l'adjectif d(pa.vp6s tfchétif, faible^, plusieurs fois employé dans 
Homère, Le mot (pXavpos rr petit, chélif, mauvaisT) a donné nais- 
sance à une forme *dÇiXavp6s, laquelle, sans doute à cause du 
voisinage des deux liquides, a laissé tomber le X. Il n'est pas 
inutile de remarquer que l'adjectif (pXavpos, ÇaOAos, si employé 
plus tard, ne se rencontre pas dans Homère. 

à. MâXXov ff mais 17. 

Sur une tabula devotionis trouvée par le P, Dclattre en Tunisie 
et contenant contre des cochers de cirque des incantations venant 
probablement des cochers de la faction adverse, on lit : 

Ka.TaSyjcrov coiTOÎç icts yetpai, a.<peXt avTCJV rrjv vsixriv, rrjv 
d7i6€a(7iv xa.1 iyjjv opacriv, 'iva [xrj Svvaadwaiv (^Xstïsiv tovs loiovs 
dvTmdXovs Tnviojovvies Slfxa, [xdXXov a.p-na.<JOv aùioxis èx. rôjv 
iSicov dpfxaTCov xaï alpé^ov è-n\ irjv yrjv, 'iva 'ustuéiwcra.v fxovoi, 
£f/ -wa^Ti TOTTCf) Tov i7r7ToSp6(ÀOv <Tvp6fX£voi ^ [/.aXiala aè èv toïs 
X(X[xn1ï]paiv f/erà ^XdSt]5 toû <7(V(iaT0$ avv TOis 'iintois ovs éXav- 
vovcriv. 



188 M. BRÉAL. 

Nous avons dans cette, ])lirase fxàXXov employé exactement 
dans le sens de la conjonction française mais (magis). Le fait ne 
manque pas d'intérêt pour la sémantique. Le passage de l'idée 
compai-ative à l'idée adversative se fait naturellement, et il est 
surtout aisé après une négation : rrpas ceci, plutôt celaw == pas 
ceci, mais cela 75. 

5. Qpivaxîrj. 

Quoique dans Homère on trouve déjà la forme Spivocxiri et 
quoique notre savant confrère, M. d'Arbois de Jubainville, traite 
de naïveté l'élymologie de Slrabon, qui regarde ce nom comme 
une altération deTp<vaxp/a\ je crois qu'on peut persister à l'in- 
terpréter tfrilc aux trois pointesîi. 

Le cbangenient en aspirée d'une muette devant un p est fort 
ancien, puisque nous le trouvons dans (ppovSos, (ppoi'ixiov, 
(Ppovpd, léOpniTtQv^ dans le suffixe -Bpov pour -Tpov, dans âvOp- 
607ro5 pour a.vSp-o)-KOç. Le p du second mot est tombé, pour éviter 
le trop procbe voisinage avec le p du commencement. C'est ainsi 
qu'en cypriote on a fprfTo. pour FpriipoL. 

Il reste à expliquer le v. Mais ce n'est pas ici un composé : 
c'est un juxtaposé comme ceux qu'a expliqués Francis Meunier-. 
On faisait voile, eh rp7v5 aKpivs^ ce qui a donné Tpivaxpia. La 
désinence de l'accusatif est restée embaumée au milieu du mot 
comme celle du génitif dans 01 ïleXoTrovvrfcrioi. 

La suppression ou plutôt l'assimilation du cr dans le groupe va- 
est exactement la même que dans les aoristes èarj'ixrjva., sKisiva^ 
SKpiva. 

Je ne puis donc partager fopinion de notre confrère quand il 
dit : tcTlirinakie parait avoir été le nom (|ue la Sicile a reçu au 
temps où elle avait pour seuls maîtres les habitants des cavernes.." 

G. Les Adverbes Latins en ê. 

On s'est souvent étonné du changement de voyelle qui, à un 
adjectif comme vertus, rectus, associe un adverbe certe, recte. Ces 
adverbes sont, à n'en ])as douter, d'anciens ablatifs : le d du latin 
facilumed, de fosijue amprufid, ne permet à ce sujet aucune liési- 
talion. Mais d'oii vient la voyelle laline e, la voyelle osque i? Si 
elle vient de la déclinaison, comment s'est oj)iiré ce métaplasine? 

.Je crois qu'il faut faire entrer ici en ligne de compte une habi- 



' Les prptnii'rx Itubiltmls de l'Etn-upe, a' édiliou, p. 3o. 
^ Études de gramtnuire comparée. Les composés synlacliques. Paris, Durand, 
873. 



VAKIA. 189 

tude reniarqiial)le de la langue latine. Elle aime à changer ses 
adjectifs de déclinaison , quand ils s'allongent d'un préfixe : in- 
ermis, impunis, imberbis , infamis, prnriivis, oxanimis, uminimis, 
enormis, ejfrenis, elumbls , bijugis sont des exemples de ce change- 
ment. Ces adjectifs ont facilité la transition. On peut supposer 
<[ue dans une période plus ancienne, où la langue n'était pas 
encore fixée, on avait le choix entre 



*injirmis 


et 


iiijh'mus , 


*iniquis 


et 


iniquus , 


*insams 


et 


insanus , 


*immun(lis 


et 


immuiulus , 


*assidms 


et 


aasiduus. 


*supervacuis 


let 


supervacuiis , 


*prœclans 


et 


prœclarus , 


*ititegTis 


et 


integer, 


*impigris 


et 


impiger. 



Dès lors des adverbes comme infirme, inique, insane, prœclare 
devenaient possibles : du même coup, la voie était ouverte aux 
adverbes simples y/rwc, œque, sane, clare. L'exemple des adverbes 
en tim ou en ofs montre avec quelle facilité cette espèce de mots 
se propage, une fois quelle a trouvé un moyen d'expression. Le 
spécimen osque ampruful concerne précisément un composé. 

Mais ce n'est pas assez de retrouver le sentier suivi par le lan- 
gage : il faut encore reconnaître l'intention qui lui a tait choisir 
cette roule. Ici l'intention n'est pas difficile à deviner. On donnait 
la préférence à la formation adverbiale qui s'écartait le plus de 
la déclinaison : c'est pour cela que les adjectifs en us, a, um ont 
donné surtout des adverbes en e, au lieu que les adjectifs en is, 
e, ont donné surtout des adverbes en ter. 

7. Invideo. 

Gicéron, traitant dans ses Tusculanes du sentiment de l'envie, 
cite (III, 9) un vers d'Attius <[ue les manuscrits donnent de deux 
façons différentes : 

Quisnam llorem invidit meum? 
ou 

Quisnam raortalis florem liberum invidit meum? 

Le philosophe romain qu'étonnait un peu la construction de 
invidere avec l'accusatif, fait à ce sujet la remarque suivante : 
ttiMale latine videtur; sed prœclarc Attius; ut enim videre, sic in- 
videre llorem rectius (|uam fiori diiitur. INos consuetudine [)rohi- 
bemur : poeta jus suum lenuit et dixit audacius. i' 



190 M. BRÉAL. 

Mais il n'y a pas ià, je crois, d'auHace pocUiquo. La loculion 
inv'uhre Jlorem était régulière dans Tancienne langue; elle est 
bonne à constater, parce qu'elle nous atteste l'existence chez les 
vieux Romains d'une superstition encore vivante aujourd'hui : 
celle du mauvais œil ou de \sl jettalura. 

On sait que, parmi les prescriptions de la Loi des Xll Tables, 
il y en avait une : Qui fniges excantassit. . . Neve alicnam. segetem 
pellexeris. . . 

Invideo est un vei"bc transitif comme incanio ou excanto. 

8. Uber. 

Je ne sais si Ton s'est déjà demandé de quelle nature est exac- 
tement le rapport entre le substantif neutre ûher rr mamelles et 
l'adjectif ûber rf fécondai. Je crois que le substantif a précédé : le 
témoignage du grecoO^ap, du sanscrit tidhar, du vieux haut-alle- 
mand îitar (allemand euler)^ ne permet point le doute à cet égard. 
On pourrait supposer que, par un simple trope, la mamelle est 
devenue adjectif, comme quand, en style familier, les enfants 
disent d'une chose qui leur procure du plaisir qu'elle est beurre. 
Mais je crois que le passage s'est fait autrement. Il a dû s'opérer 
par le moyen d'une formation comme ubcrtas, laquelle désignait 
chez une femme ce que Sganarelle appelle la tr nourricerici\ Ici uber 
est substantif, comme l'est rùn's dans civitas , tempus âans tempestas. 
Mais il est venu un moment oii iibertns a fait l'impression comme 
s'il contenait en tête un adjectif, à la manière de libertas, pauper- 
tas : dès lors l'adjectif uber ("tait créé. 

9. Cervix. 

Varion (L. L. VII, i; IX, 4) et Quintilien (VIII, 3) enseignent 
que le pluriel cervices est plus usité que le singulier cervix. Nous 
trouvons, en effet, le pluriel employé de préférence par les prosa- 
teurs de la bonne époque. Cic, Verr., VII, k^ : Ciim islius nvaritiœ 
pœnnm collo et cervicibus suis sustinerent. — Id., Rose. Amer, ii : 
Optet , ntrum malit cervices Roscio dare , an iusutus in ctdeum . . . vilam 
amittere. — Abscindere caput cervicibus. 

L'emploi du pluriel n'est pas ici, comme on le disait autrefois, 
une figure poétique, mais un souvenir de la signification primi- 
tive. On entendait par cervices les muscles qui attachent la tête aux 
épaules. Il est permis de supposer ([ue ces muscles, au nombre 
de vingt de chaque côté de la colonne vertébrale, ont dû être re- 
manjués de bonne heure, l'art de couper les têtes étant un des 
premiers qu'ait connus l'humanité : l'habitude des sacrifices con- 
tribuait, de son côté, aux progrès de l'anafomie. 



VARIA. 191 

H faul probal)l('ment voir dans cer-vi.v un de cos anciens com- 
posés qui, par l'usage, ont pris l'aspect de mots simples. La 
première partie, qui se retrouve dans cer-nuus, est identique au 
grec KOipa ou xap cftêtew. Quant à ia seconde partie, c'est le veibe 
vincio employé sous sa l'orme la plus courte : c'est ainsi qu'on a 
mi-spex, sacer-dos. 

Le féminin comme dans vertebrœ, costœ. 

Celte étymologie a été déjà donnée pai- Bopp dans son dlossaire. 
Vanicek, qui la rapporte, ajoute : Eine iveitere Deutung ivurde nir- 
gemls gefumlen. Celle-ci, en effet, ayant touché juste du premier 
coup, dispense de toutes les autres. 

10. Allemand Zelter. 

Kluge, dans i^on Dictionnaire étymologique de la langue allemande , 
donne sur le mot zelter, qui désigne une espèce particulière de 
cheval, une haquene'e, des explications peu satisfaisantes. Après 
avoir cité le moyen haut-allemand zëltAri, il ajoute : 'rZu mhd. 
zëlt passgang, sanfter schritt (ndl. telganger); dazu wohl angis. 
tealtrian wanken. v 

Le moyen haut-allemand ze/fan donne, au contraire, à penser 
que le mot est d'origine latine. L'étymologie est si proche qu'elle 
a prohablement déjà été donnée, quoique les moyens me man- 
quent en ce moment de m'en assurer. C'est le latin tolutarius. 

11. VnKyçMS Convoiter. 

Nous avons signalé en latin un certain nombre de rr fausses 
formations 57, comme nobilito, dehilito, qui ont l'air d'être des fré- 
quentatifs, mais qui sont des verbes tirés de nobililas, débilitas \ 
A ces fausses formations il faut ajouter, je crois, un verbe cupidito, 
dérivé de cupiditas. C'est ce cupidito qui est l'origine du vieux fran- 
çais covoiter, coveiter, en français moderne convoiter. 

12. Lk Mécaniswk guams'atical peut-il s'kmpruntkr? 

M. Hugo Schuchai'dt, dans son travail sur les langues mixtes, 
si fécond en aperçus'^, dit qu'on suppose à tort qu'une langue ne 
peut emprunter de flexion grammaticale à une autre; comme 
exemple d'un emprunt de cette sorte il cite Is dos pluriels alle- 
mands albums, leutnatits, ronleaus , stelldicheins ,vei'gissmeinnicbts , etc. 
Cet s vient du français : il est vrai, ajoute M. Schuchardt, qu'un s 
bas-allemand lui a facilité l'entrée. Il a fallu, en outre, (|u'un 
certain nombre de substantifs empruntés au français servissent 
de modèle. 

' Voir ces Mémoires, V, Vio. 

- Slavo-D(;utscl)Pii und iSIavo-Ilnlieuiiirhrx, Civi)/., iS8(S. 



192 M. BRÉAL. VARIA. 

'A plus forte raison, un suffixe peut-il passer cFune langue à 
une autre. J'ai raconté ailleurs Thistoire de la désinence française 
-esse, qui est née en grec, qui a donné quel<jues formations en 
latin , mais qui n'a jauiais été si employée que do nos jours : abbesse, 
diaconesse, princesse, duchesse, comtesse, déesse, maîtresse, tigresse, 
ânesse', diablesse, drolesse , négresse, mulâtresse, sauvagesse, défen- 
deresse, pauvresse , traîtresse , chasseresse , enchanteresse, vengeresse, etc. 

Les choses ne se sont point passées difTéremment pour notre 
suffixe diminutif -et que nous avons dans pauvret, livret. 11 a dû 
naître dans quelque coin inconnu du domaine linguistique de 
l'Europe. On a été jusqu'à conjecturer une origine étrusque : le 
premier prototype aurait été fourni par les noms comme Julitta, 
Livitta, qui se rencontrent dons les inscriptions latines du temps 
de l'Empire et qui ont été suivis de l'innombrable descendance 
des Juliette, Hemiette, Antoinette, etc. 

La syllabe ard, dont nous usons et abusons aujourd'hui, pour 
faire des noms comme hataïïlard, havard, braillard, communard, 
est d'origine germanique : on peut même dire que ce suffixe est 
de haute extraction, car il ne nous représente rien moins que le 
gothique hairio rr cœur» (allemand herz, anglais heart). Ce sont les 
noms comme Léonard, Bernard, Everard (cœur de lion, d'ours, de 
sanglier) qui nous l'ont apporté. Il s'est attaché ensuite à des 
noms de baptême [Jacquard, Guijard, Pérard). puis il a pénétré 
dans la langue commune. 

C'est ainsi que des prépositions, qui, à première vue, ne 
semblent guère plus transportables, ont pu être implantées 
dans des langues étrangères. Le bas-latin a pris du grec la pré- 
position xaTa, qu'il a trouvée dans des locutions comme }<a6' inyié- 
pav, xarà [liiva., xotô' é'xacrlov, Ka6' é'vot. Dans le Voyage de Silvia 
aux Lieux saints, récemment publié par M. Fr. Gamurrini, et 
qui nous représente le latin parlé en Gaule au iv*" ou v*" siècle, 
nous trouvons : Cata singulos hijmnos fit oratio, et ailleurs : Cata 
Pascha. On sait que cette préposition a passé du latin dans les 
langues romanes (esp. cada imo, ital. caduno, anc. franc, chaûn, 
cheiin). Un autre exemple, pris dans les temps modernes, nous 
est fourni par l'allemand. L'allemand commercial se sert couram- 
ment de la préposition française//,- on peut lire tous les jours dans 
les annonces et prospectus : Cigarren à sechs pfennige, der band à 
1 mark. Cette préposition a été extraite (assez maladroitement, 
du reste) des locutions comme à wi franc, à prix fixe. 

Michel Bbéal. 



\ 



DE L'ETYMOLOGIE 
DU NOM DU DIEU VULCANUS. 



Vulcaniis e'Iant le dieu du feu, on s'est efforce' de reirouver 
dans sa racine l'ide'e de flamme, de lunîière, et, en feuillelant le 
dictionnaire sanscrit, on y a de'couvert les mots varcas tr lumière n 
et ulJcâ tfphe'nomène lumineux^i, dont on a cru pouvoir le rappro- 
cher. Je voudrais rechercher s'il ne serait pas pre'fe'rable de le de'- 
river d'une racine var, dont le sens serait complètement dilîe'rent. 

La le'gende latine du dieu nous présente certaines particularités 
difficilement explicables si Vulcanus signifie le lumineux. On lui 
reconnaît deux fds qui se nomment Cacus et Caeculus. Le sens de 
ces noms ne permet pas de les considérer comme des personni- 
fications lumineuses. On a tenté, il est vrai, de les rattacher à 
la racine du grec xaio) t^Urùlew. Mais Cœculus est certainement 
le diminutif de cœcus rfaveuglew et personnifie incontestablement 
l'obscurité. Cacus, oii Va est long, est l'équivalent de Cœcus; les 
deux fils du dieu sont très probablement un seul et même per- 
sonnage, représenté peut-être par deux frères mythiques comme 
Remus et Romulus. Je n'insislerai pas d'ailleurs sur le mot Cacus; 
M. Bréal Ta autrefois discuté, lui a attribué une forme antérieure 
Cœckis et y a reconnu l'idée d'obscurité. 

Cacus et Cœculus appartiennent donc à la catégorie des êtres 
qui sont les ennemis des devas. Les anciens les considéraient 
comme faisant partie du monde souterrain et infernal. A finstar 
de Typhon, de la Chimère, de tous les monstres qui tombent 
sous les coups du héros, ils exhalent du feu et de la fumée. 
Comme ces monstres, Cacus dévaste les pays voisins de sa de- 
meure et en enlève les troupeaux. C'est le plus illustre des héros 
de la lumière. Hercule, que le mythe met en lutte avec lui. 

Aucune erreur n'est possible sur le sens du feu que ce fils de 
Vulcain vomit par sa bouche. Le feu n'intervient ici (jue parce 
qu'il est le producteur naturel de la fumée, et nullement comme 
un producteur de lumière. Si l'on en veut la preuve, il suffit de 
lire dans Virgile {/En., viii, 190 sqq.), toujours si précis dans 
les matières du mythe, le récit de la lutte d'Hercule et de Cacus. 

MÉM. MNG. VU. l3 



19-4 eu. PLoix. 

Il n'est question que d'obscurité; la demeure de Cacus est in- 
accessible aux rayons du soleil, solis inaccesswn racliis; c'est une 
caverne sombre, saxum opaaim, umbrosa caverna. On s'y croirait 
dans les régions inferoales, infenins sedes, régna pallida : 

Cacus 
Faucibus ingentem fiimum, mirabile dictu , 
Evomit, involvitque domiim caligine cœca, 
Prospectum éripiens oculis, glomoratque sub anlro 
Fumi ferara noctem, commixtis igné tonebris. 



Nebulaque ingens specus aRstnal atra. 



Tout est plongé dans la nuit, et lorsque la victoire est rem- 
portée par Hercule, les ombres se dissipent, la lumière reparaît 
et les bœufs du héros cœlo ostendunttir. Cacus d'ailleurs est un 
monstre, monstrum, moitié homme, moitié bête, seini homo, semi 
férus. Les crânes des mortel qu'il a dévorés sont suspendus comme 
des trophées à l'entrée de son antre. 

Cacus et Caeculus représentent donc la nuit; comment un dieu 
peut-il être le père de pareils personnages? Dans le mythe, le 
lumineux est quelquefois le fils de la nuit, je ne connais pas 
d'exemple où il soit considéré comme en étant le père. Le mot 
Vulcanus a dû être l'épithète ou le nom d'une personnification 
des ténèbres. Reste à expliquer comment il a pu s'appliquer à un 
dieu; cette explication ne me paraît pas impossible. 

Et en effet Vulcain n'est pas un dieu comme les autres. Ceux- 
ci personnifient la lumière, c'est-à-dire la lumière céleste; Vulcain 
personnifie le feu ou la lumière terrestre. Les anciens, et avec 
raison, n'ont jamais confondu ces deux lumières. J'ai expliqué 
dans mon ouvrage sur la Nature des dieux (p. ^09), à propos 
d'Hephaistos, comment le feu terrestre avait toujours été re- 
gardé comme un feu impur, tandis que la lumière céleste est 
toujours pure. C'est que le feu terrestre est toujours accompagné 
de fumée et que la fumée s'identifie aisément avec les nuages et 
l'obscurité. 

Vulcain participe donc à la fois de la nature des devas et de 
la nature de leurs adversaires. L'idée de nuage ou de nuit peut 
donc se trouver renfermée dans son nom. Je crois en effet que le 
mot Vulcanus signifie le nuageux ou le fumeux, et fut à l'origine 
une épithète accolée au nom ordinaire du dieu pour le distinguer 
des autres. On appela le feu terrestre deus Vulcanus (à l'époque 
où deus gardait encore son sens concret originaire), le dieu qui 
produit de la fumée et, à la longue, ainsi qu'on constate tant 
d'exemples analogues dans l'histoire du langage, l'épithète resta 
seule pour le désigner. Il en résulta qu'un deva porta désormais 
un nom qui était le ([ualificatif de ses ennemis. De même le feu 



DE L'KTYMOLOfilE DU NOM DU DIEU VULCANUS, 195 

terrestre peut se nommer deus Cacus ou deus Cœcubis. Dans la 
légende virgilienne, Cacus est le monstre de ia nuit, mais le 
mythe italique nous a transmis la connaissance d'un dieu Cœculus, 
qui passait à Pre'neste pour le dieu du foyer et qui devait, comme 
Vulcain, personnifier le feu terrestre. 

Cette interprétation du nom de Vulcaiu se trouve confirmée 
par le nom identique du volcan; on trouve à la fois pour le dieu 
les formes Vukanus et Volcanus. La natur(; physique du dieu étant 
connue, on s'est empressé de donner la même explication au 
volcan. On fa rattaché à la même racine var ff éclairerTi, et Vol- 
canus (on disait peut-être à l'origine mons Volcanus) a passé pour 
la montagne qui éclaire, qui lance des flammes. Avec plus de 
réflexion, on se serait aperçu que telle n'est pas l'apparence or- 
dinaire des volcans. Ils vomissent le plus souvent et en plus grande 
aboudance des torrents de fumée et des cendres qui obscurcissent 
l'atmosphère. Le cratère révèle la nature volcanique par le nuage 
de fumée qui se développe au-dessus de lui. Pour le distinguer 
des autres montagnes, le volcan n'a pu se nommer autrement 
que la montagne qui fume. D'ailleurs le rôle qu'il joue dans le 
mytlie prouve d'une manière e'vidente que les anciens n'en con- 
cevaient pas une autre idée. Les Grecs en faisaient la demeure 
des ennemis des devas et, pour n'en citer qu'un exemple, je rap- 
pellerai que Typhon, l'un des plus fameux, passait pour habiter 
l'intérieur de l'Etna que Zeus lui avait assigné comme prison ^. 

Pour démontrer le sens étymologique que j'attribue à Vulcanus, 
il faut maintenant rechercher si nous pouvons rattacher ce mot 
à quelque racine qui rentrerait dans le même ordre d'idées. 

Puisqu'on a rapproché Vulcanus du sanscrit varcas, nous sommes 
autorisés à le dériver d'une racine var. La transformation de var 
en val, vol, vul, est d'ailleurs admise par les linguistes. Corssen 
rattache les mots latins valliis, vallum, valum, volva, valvu, vultus, 
vuhius, soit à une racine var qui signifie cf couvrir 11, soit à une 
racine var qui signifie cf déchirer». Dans une communication faite 
il y a plusieurs années à la Société [Mém., t. IV, p. ^16), je 
me suis eff'orcé de montrer qu'il avait du exister en sanscrit une 
racine var comportant le sens d'ffeau^^ et de rcnuagew et que la 
racine var rr couvrir était la même dont le sens avait été modifié. 
Cette racine m'a servi à interpre'ter le nom grec du ciel, ovpotvés ; 
j'en ferai dériver également le mot Vulcanus ou Volcanus, que 
ce soit l'appellation du dieu latin du feu ou de la montagne vol- 
canique. 

Pour confirmer cette explication, il serait sans doute intéressant 
de retrouver dans les langues indo-européennes d'autres dérivés 

' Cf. Ovid. , Met., XIV, 1 : rdiigaiileis iiiiccUim rauriltiis .Kliifii.n 

13. 



196 CH. PLOIX. 

de la même racine, dans lesquels on reconnaîtrait un sens iden- 
tique. Je me bornerai à citer les suivants, que je crois susceptibles 
d'être rangés dans cette catégorie : en allemand, ivolke rr le nuage ii, 
welle tfla vague w; en anglais, wcll, d'abord une « source t», ensuite 
un tf puits 11; en slave, la rivière Volga, rivière mythique dont le 
rôle, dans la légende, est bien connu; en latin, le fleuve de l'Ita- 
lie méridionale, Volturnus ou Vulturnus. Les Italiens lui portaient 
une grande vénération et lui offraient des sacrifices. Une racine 
qui comporte l'idée d'cf eau ti peut être très naturellement utilisée 
pour dénommer une rivière. 

Ch. Ploix. 



Le Mécanisme grammatical peut-il s'emprunter? 

Dans un article publié ci-dessus (p. 191), M. Bréal se demande 
si le me'canisme grammatical peut s'emprunter. Je voudrais, à 
mon tour, contribuer dans la mesure de mes forces à la solution 
de cette importante question, en proposant ici un exemple de 
flexion empruntée. Il s'agit des vocatifs serbo-bulgares en -le, tels 
que Bôzele, pour B6ze cfô Dieuîii; sinule, sinkole tfô mon filsl^'; 
brâle rfô mon frère!", si usités dans les chants populaires des 
dialectes du Sud (cf. Leop. Geitler, Poet. trad. Thrâk.lv a Bulli.) : 

Bôaîeje, bhuihh Focno^n !. . . 
Câayjie, cnuy CroHHy ! . . . 
Téaeje Ta moh CBéupeje ! . . . 
Fopoje, ropo sejéHa!. . . 

M. Miklosich a identifié depuis longtemps certains collectifs 
bulgares, tels que zénurja tries femmes t), avec les pluriels rou- 
mains en -wï, par e\em])\e frigurï {\at. frigora). De même, je ne 
puis m'empécher de rapporter ces vocatifs en -le aux vocatifs 
roumains employés, suivant un usage presque constant, avec 
l'article : omule ff homme! n, Dnmnule ff Monsieur! w, etc. 

Cette désinence -le a du reste subi les effets de la prédilection 
marquée du bulgare pour les vocatifs en -0, -jo : de là bezûmljo 
ff imbéciles; krâdljo tfvoleun% etc. Quelquefois les syllabes -le, 
-Ijo sont redoublées, par exemple mâle ou mâlele rr maman»; 
biiljoljo rr fiancée v. 

La flexion -lele a même fini par s'employer isolément, à la 
façon d'une apostrophe indépendante : du moins, je ne vois pas 
d'autre explication possible à rinterjection lele, leljo, leljo le, si 
fréquente parmi les Serbes et les Bulgares. 

F. Geo. MôHL. 



GLOSSAIRE MOYEN-BRETON. 

(suite.) I 



E 

Eal, poulain, pi. ed, aou, à Saiiil-Biieuc, Gr. ; auj. en tréc. 
éal, 2 syll., pi. eaijcn; eala, ala, van. alein, agneler, vêler, Gr. ; à 
Saint-Brieuc, éalan, ah, Gr. ; auj. en tréc. halan, se dit princi- 
palement des vaches, et enyein, des juments seulement; cf. corniq. 
ehal tfpecus, jumentuniT»; gall. alu, produire, v. irl. âl tr proies 15, 
de *[p]esal-, en v. haut-allem./ase/ tf fœtus 17; Rev. celt., Il, ^109; 
VI,' 485. De là le gall. ehelaeth, helaeth, ample, étendu, abon- 
dant =v. irl. alachta r praegnansi?; le moy.-bret. di-a-lahez, là- 
haut, est différent, et a th doux. 

Eaosl, août, Crus; eaiist, Cb; eaustet, cueilli, v. tretmt; emistiff 
fouen, tourner le foin avec les fourches, Nom. 8/i; fes eausticq, 
figues hâtives, 70. 

Eaugui, éaugui, van, augueiû, rouir, s'altérer en demeurant 
dans Teau; eauguet, eaiig, roui; eaiiguei eo ar c'hicq-ma, hlas an 
eaug a so gand ar chicq ma cr cette viande est rouie pour avoir été 
longtemps dans Tcauw, Gr. ; eoghi, mûrir, eog, mûr, amolli, at- 
tendri, /roîtc/: eog, fruit mûr, bon à manger, Pel. ; eauguein rouir, 
FA.; en petit Tréguier dour og, eau oii Ton a roui le lin, og gand 
ar gousket, accablé de sommeil. De^ehaiic- = *ex-âcos cfqui a per- 
du sa saveur âcre^^; gaul. exacon, petite centaurée (Pline, XXV, 
3i) dont on faisait macérer les tiges dans l'eau, cf. Bulletin de la 
Faculté des lettres de Poitiers, VII, 22 et suiv. Comparez dieuc, v. 
gall. diauc , paresseux = *(/«-rtc- (lat. âcer, grec wkvs). Le rapport 
de eaug à dieuc est le même que celui de echon à dianc, cî. Bev. 
celt., VII, i/i6. Le gallois ehegr, rapide, paraît venir de *ex-àcr- 
avec ex- intensif; cf. v. br. ocerou, g\. hirsutis; ar-ocrion, gl. 
atrocia, a-ar-ecer, gl. cianti. Voir azeul, convoc, heug. 

Ebahyssaff, (s')ébahir, Cathell, 5, part, ebakijsset 6, ebahisset 7; 
abaisset G , etc. , du fr. 

Ebarz, abarz, dedans, Cb, cf. Rev. celt. , IV, 162; XI, 363. 



198 É, ERISAULT. 

Eben, l'autre, f., Ch, v. mur. Voir e guyle, en i, 

Ebeul, poulain, Cms, entre eiiarigelist et ciiel; indice de la 
prononciation actuelle, eubeul. Le P. Grég. ne donne que heubeul, 
van. hebéL Cf. Rev. ceît., IV, i53; XI, 362. 

Ebreisi, he'bre'iste. — Ecclesiastuj , -ique, Cms. — r- Eceuaff, ex- 
cepter, G6, ebeptajf. Ce. ; excepteur, exceptif, 1. exceptorius, Cb. 

Ec'aoN (bas-Léon), ample, spacieux, étendu, Gr.; gall. eliang, 
de ex- négatif (cf. moy.-br. ehanjfn) et de encq,Çi{. Rev. celt., VII, 
iZi6. 

Edejiaff, bâtir, Ce, edi-; edifius, édifiant, Cb; edefiç, édifice, 
Cathell, 5, pi. edejiczou, Cb, v. Troe. 

Eff, ciel, Cms, Cb. (neJfB, etc.) 

Egabl , éguables , 1. equabilis ; egalder, égalité , Cb ( équipollence , 
V. equipoUaJf); egalhat, faire égal ou égalitez (esgaler, 1. penso, v. 
pridxjri); esgalite, égalité, Cb. 

Eghin crgerme de blé semé, comm'ençant à sortir de terre; 
bourgeon d'arbre ti, Pel.; héguin, germe, Gr. •,hégin, m., Gon., 
Trd.; eghiîia, germer, Pel., higuida (lisez Mgtiina), Gr. , hégina, 
Gon., Trd., gall. egin, germes, egino, germer. D. Le Pelletier 
donne aussi kina, germer cr dans les vieux livres queinaffv. 

Egit, Egypte, Cms; Egiptien, g. id.. Ce, 

Egrecc : venus a aualou egrecc, verjus de pommes sauvages; 1. 
agresta, e, Cb,égraich, Gr. , égras, m. Gon., Troude. 

Eguei, voir entresea et Rev. celt., XI, 196. 

Eguelou = van. ergiicteu , er gucteu t. tantôt, avec le passer; , Chai. 
ms.; cf. Loth, Rev. celt., X, /tSa; XI, 35o. Le ms. de Chalons 
donne comme synonyme inteu, inteii, qui doit avoir ime origine 
différente , cf. tréc. enn-deo , déjà , selon Troude. 

E guyle, l'autre, m.; a Icch de guyle, d'un lieu à Fautre, Cb, 
V. accusajf, tremen; amieil tu heguile, un côté et l'autre, Cms. On 
lit a vn quejfrnnn heguiUe r a une pai't et a l'autre» , Cb , v. anneil he- 
guile, quoique qiiejrami fut du féminin. Les Vannetais emploient 
(le même éguilé, au lieu de eben, qu'ils ne connaissent pas : tair 
pluen en eile goudé éguilé, [û prit) trois plumes l'une après l'autre, 
B. er. s. h, cf. Voy. mist. 86; ils disent aussi, par exemple, iinan 
arlerh en aral, l'une après l'autre, Timothé, 298. Voir ab, hentez. 

Ehanaff, s'arrêter = *ej?-s«w-; cf. irl. cumsanad, repos, etc., 
Z'^ 872, «ev. celt., VI, 1 39 (et grec dvûù), âvvfxt, sanscrit sanoW.'*). 



GLOSSAIRE MOYEN-BRETON. 199 

Ehonzyel, repose à midi, I. mcridiatus, a, «m, Ce. Ce mot, 
comme le gall. echwijdd, traïKjuillile', leon. cclioaz, repos du l)étail 
au milieu du jour, van. hidotiai, m. id., TA., à Sarzeau afioué, 
me'ridienae [Rev. celt., III, 239), lepre'sente un {gaulois *ex-sêd-, 
cl", iat. de-sideo, de-sidia, sédare, sèdes. L'ë celtique avait une va- 
riante l, cf. Rev. celt., ÏX, i93; de là le v. irl. sld, paix =*«lc?os 
(d'où Sldonitis) , Iat. scdes. Le gallois hedd , paix , vient, au contraire , 
de *sëdos =^ gvec é'Sos, de même que le moy.-bret. hezajf que le 
Catholicon explique par poiiez (cessare), cf. gall. heddu, tran- 
quilliser. 

{Eyen, sources N. t'j^lx)., euyenenn, souvce ; etiyenemmjf, \. sca- 
ïeo,*euyenennus ff sourdement deauen (lisez rc plein de sources i^), 
Cb , V. penu boylL 

Eyntaff, veuf, f. -es, Cms, eintaues; einlajfdel, veuvage, Cb. 

Elas, gésier, l'oie, cœur = irl. ce/as, estomac, jabot; cf. Stokes, 
The old-irish glosses at Wûrzburg and Carlsruhe, 1887, I, 35i. 

Elguezec, qui a un grand menton, Ce. 

Eloquencç, éloquence, Cathell, 7, locanrz, Gr.; loquançz , Suez 
sanlez Genovefa . . . en triaci, Lannion, i86i, p. 18, cf. loquant , 
éloquent, 17, du fr. 

Eluen tan, étincelle, Cms; eluennaff, 1. scintillo; eluennec, 
scintillosus; eluennic, petite étincelle, Cb. Voiv fiden. 

Em. Emrentet, 1. deditus (qui s'est rendu), Cb; en em torret, in- 
terrompu, dre enem fe/r^frentreposémentw, 1. interpolatim (i. e. 
en s'interrompant), v. souillajf, enem clasq, enquérir (litt. «s'en- 
quérii'fl), v. encerg , gouïenn ; lech denemp tenaff [lieu pour se re- 
tirer), V. anclinajf; em empliget ouff, je me suis employé, dévoué, 
J 57; me so ma em roet, je me suis donnée, Cathell, 18; ma em 
humiliajf, m'humilier, 7; da hem repenty, te repentir, 29; da hem 
maruaUlaff a grez, tu t'émerveilles, da hem maniailll 5 (voir da, 
2); e nem meuly, se glorifier, 7; de nem colery, à s'irriter, 17; pan 
oaen nem auiset, quand il se fut remis, 6; etiel maz eo bezet enem 
(lisez nem) ofret, comme il s'est offert, 26; e nem maruaille,i\ 
s'émerveillait, 6; e nem taidas, il se jeta, 20; nadoa quet hem dis- 
cleryet, elle ne s'était pas déclarée, 26; eguk hem lazcajf, pour se 
lacer elle-même, Cb, v. clezejf; ez sem gouarnissas , elle se munit, 
Cathell, k; he sem recomandas, elle se recommanda, i3; hoz em 
goamiset, munissez-vous, 17. Cf. Rev. celt., VJII, 3G et suiv. 

Emahmt, ils sont, Cathell, 5; voir dastum. 

Emban, ban, C, cmbanneur, l. preco. Ce. 



200 É. ERNAULT. 

Emhregner, 2"^ syll. rime en et : pasout cousqvet da emhreguer, 
p. 6 de Sainle-Nonne {Rev. cell., VIII, 23G) rf pendant que tu es 
endormi près d'ici i^, iitte'raiement rftout joignant, à toucher t?; 
emhreguer, façonner (la pâte), IntrocL, 822, cf. 3oi; van. imber- 
gœre'm, remuer, imberguérein, amhreguérein , manier, TA.; cf. am- 
hrougher, emhi'oiigher, guide, Pel.; van. ambrégour, interprète, Gon. 
(dict. franç.-bret.); moy.-hret. , /ir/m^roMc, conduire? Le breton n'a 
d'autres infinitifs en er que ceux où il y a me'tathèse, comme melver^ 
mourir, de mervel, teider, jeter, de teurel, etc. (voir p(duhat). 

Emdiiiadet (hôpital pour nourrir) des orphelins, Cb; sing. em- 
ziuat, Cms (à la fin des em-), Cb, Ce (même place). 

Emeler an or, Cms entre emellajfct emerdlon. Il est probable 
que ou or veut dire rrl'or'n, cî.forg an or rrla forge don-», Cms; 
eme/[/]<?r doit signifier ffqui mêle, qui combine. 

Emezjj Mary, Marie dit, P ai, litt. rt dit-elle, Marie». Cf. Etudes 
bretonnes, VII, 'y 3 (Rev. celt., XI). 

Emgann : gueruel enemgann, provoquer au combat. Ce, v.ape/- 
laff; emgann, van. himgann, Gr., de cm, cannajf. 

Emholch, chasser, Cms, emoich, la chasse. Nom. 17^; emel- 
chyat, veneur, 1. venator, Cb. 

Emyegues, sage-femme. Ce [amiegnes N). 

Eminant, (combat) imminent, Cathell, i3, du fr. 

Empalazres, impe'ratrice, Cms, Cb, empalazrcres , Cb, v. gour- 
chemenn; emparazr, empereur, Cms, v. curun, impalazr, Cathell, 3, 
impalarz, 5,lo,i2,i/|,i6, 22, 28, 26, 32; empa^.azrdet, 
empire, Cb, impalardet (2 fois), Cathell, 35. 

Empenn, cerveau, cervelle, Pel., Gr. , gall. ememjdd, ymenydd^ 
comique empinion, impinion, irl. inchinn, inchinne, de *in-penn-io-y 
(et *eni-qenn-?), formation celtique analogue au grec èyKé(poikov. 
Le vannetais he impinion, sa peuse'e, Barzaz Breiz, 36^, est pro- 
bablement une variante de ompinion, van. opinion, opinion, Gr. 
(moy.-hret. opinion el ompinion). 

-en. Le Cms donne cette terminaison aux mots suivants, qui 
par ailleurs finissent ordinairement en -enn : aguilleten, aman-, 
ascoU-, ausill-, bech- , bescpi-, bleyn , broenn-, caregu-, cedid-, cencl-, 
columpn- , cord- (\. c/iapj, corre-, cors-, cornent-, couh-, couloiird- , 
crib-, crogu-, décrétai-, deru-, diizle-, elestr-, embond- , enes-, gar- 
gad-, glastann-, guez- (v. bleynen): phjf- ( v. boedm); prun- (v. 
cneau). On lit asten, étendre, Cb, v. tennajf. 

1. En. Guisqnet in burell. vêtu de bure, Cms; in prison, (être) 



GLOSSAIRE MOYEN-BRETON. 201 

en prison, Cb; hep faut, emguinjonez, sans laute, cerlainemcnt, 
Ch, cf. B 3()6; eztry manier ff IriplemenU (en trois manières), Cb, 
ez guichen, à côte', Catliell, 20, par conl'usion orthographique, car 
ez n'est pas synonyme de cm en ce sens. Voir en G. 

9. En, que, est explétif devant pronom complément ou devant 
ein, adverhe de sens re'fléchi (pronominal); mais, dans l'expres- 
sion e)i eni, en est quelquefois aussi le pronom personnel tf le, lui ri 
(m 3); Bev. celt. , VIII, lih-hG , 82 , 83 ; Loth, Chrestom. bret. , 676. 
Le dictionnaire manuscrit de Chalons porte, au mot que : ff Quand 
on se sert d'E. pouj* ce que entre deux verbi's, si le mol qui suit 
commence par une voyelle, on met En, ou Em. On dit que vous 
avez raison, larein arer en houes raison. Comptez-vous que vous 
l'aurez, ha hid a gonf en hou pou ean, . . .en hou pou y. Je compte 
que je l'aurai, . . .em bou ean. Je crois qu'il me voit, . . .emgûel, 
. . .qu'il m'aime, . . .em c'har; . . .qu'il te voit, . . .en hé cuel; 
. . .qu'il t'aime, . . .enhecar.v L'auteur confond ici en rc que i^ avec 
em tf me:7. Il ne faudrait pas ci'oire non plus, d'après ses exemples, 
que en ne se mette pas devant le pronom re'gime de la première 
personne du singulier; cf. inoa. . . en em havehet, [c'est] là que 
vous me trouverez, B. er s. 269, etc. 

h. En meijn, les pierres, dms, v. benajf; enlrase, cela; enre, ceux, 
Cathell, 5. 

6. En, signe d'adverbe, diffère de en i = v. hr. in, et est le 
même mot que ent, ei ez 2, v. hr. int = *anti; adoucit l'initiale 
suivante : en fat, bien, Catliell, 16, 23; infat, i3, de*envat 
pour en mat (Cathell, 17), er vat, Nom. 220, le'on. ervad, tre'c. 
erfat, van. erhat, cf. comique yn fis; la première syllabe de en 
mat rime en ent, NI 272; cf. ez mat, J Ubb, et Rev. celt., III, 
235. Sur en griz, P 26() == gall. yn gri, voir griz. La mutation 
se trouve encore nole'e dans ez vco, N 28G = en bcu, M 7, v°, cf. 
ê verr, tantôt, Gr. En spécial, spécialement, M'à = ez spécial, Cb, 
ez specyal, ez spicyal, ispicyal, Gr. , é spécial, Voy. mist., 3o, tréc. 
ispisial. Voir enl. 

Encerg, exercitement, 1. exercilium; encerche ou indagation 
Cb, exercice, Ce. — Encliardajf, chai'pir laine. Ce,- encarder 
frœuureur en layne^i, I. lanifex, Cb, v. glan; pet. Trég. inkardein, 
carder, et aussi s'agiter, gigottcr. 

Enciasq, enquête, Cb, inclasç, rechercher, s'informer, Cathell, 
28, en clasc, 3; en clasquet, examiné, B /ii/i; voir cm. 

Enclinet, enclin, Cb, v. mennat. 

Encq, étroit, Gr., cinq, l'A., hencq, Nom. i58, 228, gall. yng; 
eiigroes, ingroes, ingros, foule = gall. *yngrwydd; même racine 



202 É. ERNAULT. 

que le lai. ango, anguslus.La forme ifigroë que j'ai citée (Rev.celt., 
VII, 3 1 5) , d'après la seconde édition du Dictionnaire du P. Grégoire 
(Guingamp, i83/i), est dans celle-ci une faute d'impression pour 
ifigroës. 

Endan, sous, Cb [didan); enn-édan, le dessous, TA. 

Endiferant, indifférent, Cms. — Endurez, tu endures, Cathell, 
2 1, enduras, il souffrit, NI 268. — Eneas, Enée, Ce, v. Julius. 

[Enep). A henep, contre, Cathell, lù, 17, 35, Ae henep, contre 
elle, 3o, 

Enesenn mor, île; — dour, île en eau douce, Cb. 

Eîiestimabl , ïneïïahle , Cathell, 20. 

Enet, carnaval, jours gras, Pel., ened, ezned, Gr., comique 
enez, gall. ynyd, irl. et gaél. inid, mannois itinid, du lat. initiuin 
(commencement du carême). 

Englenaff, voir glawren. 

Enguehentadur, ensemblement d'homme et de femme, 1. coi- 
tus; engendreure, 1. genitura; enguehenteur, engendreur, C6. 

Eno, là, M 58 v; voir entre, et Rev. celt., XI, 196. 

Enoe, ennui. Ce, enoeus, ennuyeux, Cb; enoiejf {\h. -eiff), 
chagriner, Ce, v. nichiff, enoeaff, ennuyer, Cb, v. doamjaff, avoir 
ennui, v. ourgouill. — Enorabl, honorable, Cb, enorablement , 
honorablement, Cathell, 3i; enorijf, honorer; enorou, honneurs; 
enorus, vénérable, Cb, puissant, v. maiesie. — Enorm,-c, Cb. — 
Enrage, enrager, être furieux, Cathell, 17. — Ensain, ensei- 
gner, Cb, V. mestr; ansaignein, Voy. mist. hk. — Ensemble, en- 
semble, Cathell, 29, ensembli, assembler, i2.Dufr, 

Ent effn, droitemcnt, justement, l. recte, Cb, an traman enl effn 
cfcil mesmesn, v. hcman (=ez ejfn , \ . custum) , endeun, tout franc, 
franchement, Pel.; tréc. brema deon, il n'y a qu'un instant, G. B. 
I., I, 118. Le Gonidec écrit endéeun et enn-déeun , ejin-déon (moi)- 
même,etc.; décomposition fausse, mais qui a dû se faire instinc- 
tivement bien des fois depuis que ent a été supplanté par en. Il 
est probable que cette étymologie populaire a donné lieu à des 
variantes de eeun qui ont un d préfixé : van. deannein hoûah, 
eannem, selon quelques-uns eunnein cf redresser n. Chai. ww. Cf. 
Rev. cell., II, 210; III, 239; IX, 382. 

Entendement, g. id. , intelligibilité; entent, apercevoir ou en- 
tendre; -ntaff, entendre, l. intendo; ententidiguez , intellection; 
ententionus, inteutionnable. — Entcrrainenl, emeiit, g. id. Cms; 
enterreur, g. id. — Enterroguet, interrogé, Cb. — Enteruallaff, 



GLOSSAIRE MOYEN-BRETON. 203 

1. interuallo, faire ou dire par intervalles, Cb; in-, iiilervaller, 
Ce. — Entièrement, entièrement, Gathell, 20, du fr. 

Entre uase, Cms; entreeno, Cb, entre là; intre, entre, Cb, v. 
abra7it, diuidaff; intreze, entre elles, Calhell, 2 5, entreze, 34. Voir 
le suivant. 

Entre ma, tant que, H ^2, diffère do entre, en(ro = lat. inter, 
et vient de en=lat. ineltre, dre = \at. trans. Ce mot subsiste en 
Lret. mod. : être ma vin, tant que je serai, Traj. Moyses, 2 56, 
entre viot, tant que vous serez, Traj. Jacob, ii/i, é-tré ma hcètiét, 
pendant que vous pouvez, Voy. mist., i43, é-tré eéllét, là. i38, 
é-tré-dai, pendant qu'il est, 72, être oai, pendant qu'il était, 
i3i, é-tré oair bet, pendant qu'on fut, 26. Celte locution entre 
est employée comme préposition dans le petit trécorois entr ann 
dé, tout le jour, Rev. celt., IV, 102. 

Le simple dre a le même sens : drez vizimp, tant que nous se- 
rons, N 676 , drez great, pendant qu'on faisait, NI 558 , drez guillif 
pat, tant que je pourrai durer, J 33, dre ma cuntunnot, tant que 
vous continuerez, Traj. Jacob, Zio. On trouve aussi tre ; tre ma pa- 
dou, tant qu'il durera, Le Jou])ioux, Doué ha mem bro. Vannes, 
i8/i4, p. 18, 20. C'est le correspondant du gall. tra: tra yrydxjw 
M yn ddydd, pendant qu'il fait jour, trafum, tant que je fus, tra 
fwyf, tant que je serai, etc. 

Le breton présente de même un a dans la variante suivante 
de entre : en dra allan, autant que je puis, Gr., endra edo, pen- 
dant qu'il était, Instruction var. . . ar Rosera, par Le Bris, p. 262 , 
27/1, 276, cîidra ho pezo, tant que vous aurez, 3 3 9 , e?w/m w'ymn , 
tant que je vivrai, endra badinn, tant que je durerai, Le Goni- 
dec. Grammaire, 1807, p. 17, endra dans la nouvelle édition, 
andra et etidra dans le Dictionnaire du même auteur, endra, Hin- 
gant, Gramm., 33, endra, endra ma, Troude; andra, tandis que, 
pendant que, Pel., hendra, Am., id. s. v. e7idra. Cf. 'tra hado, 
tant qu'il durera, Barz.Rr., 5 12. 

Le rapport de entre et eiiâra à dre est le même que celui de en 
qeit a ma vevas , tant qu'il vécut, Traj. Jacob, 28, cf. 60, Traj. 
Moyses , 2 1 3 , en qeit ha ma chommit , tant que vous restez , 2 5 1 , ew- 
qeit m'am bo, tant que j'aurai, 199, à qeit ha m'horbo, tant que 
nous aurons, 2^3, qeit ha ma vin, tant que je serai, Traj. Jacob, 
kl, qeit ma vin, 39 , qeit ha ma è abret, tandis qu'il en est temps, 
Traj.Mo^jses, 266; qeit, qeit ha, aussi lonjf temps que (breL moy. 
quehit), répond exactement au gall. cyhydag, cyd ag, cyd. 

Les deux mots dre et quehit, que nous venons de voir en com- 
position avec en, se combinent aussi entre eux dans le vannetais 
tré-quehent ma vein, tant que je serai, Voy. mist. 107 (ce dialecte 
a gardé le dissyllabisme primitif de ^ejf : quehed-cen, si longtemps 



20^ É. ERNAULT. 

que cela, Histoer a vuhe Jesus-Chrouist, Lorient, 1818, p. 8 
= tréc. Keit-se; cf. pegnehent, combien de temps, Voy. mist., 28, 
pegiiehent-amzér, id, ()). 

Un autre synonyme forme' du même éle'menl initial que entre, 
endra, enqeit, est enpad, epad : enpad ma vo, tant qu'il sera, Traj. 
Jacob, 5i, enpad ma ve, tant qu'il serait, 75, epad ma omp, tant 
que nous sommes, 18, epad ma vin, tant que je serai, 86, epad 
vin, id. 107, epad 71 ho qûclàn (jet, tant que je ne vous vois pas, 
Zi6, de pat, pad, durer, dure'e. En même temps que conjonction, 
ce mot est préposition : enpad hon oll hue, pendant toute notre 
vie, ioG= epad hon oll vue, 16, enpad oc h holl bue, pendant toute 
votre vie, 1 i/i =oU epad ho pue, i5; enpad eurpcmzccde, pendant 
quinze jours, 82; en tre'c. epad an noz, 'pad an noz, pendant 
toute la nuit; cf. vann. abad enn nos (de a et pad). 

Nous avons vu plus haut des exemples du verbe pad conjugué 
après endra; en voici après entre : entre bathe (variante j9«//ie) ma 
passion, tant que durerait ma passion, J 89 ; être pado 'r guernez, 
tant que durera la famine, Traj. Jacob, 76. Il s'est fait en van- 
netais un mélange de entre, endra et enpad, abad, dans en drebad 
ma oé, pendant qu'il était, Offireu, \k\, i(^h;én drebad-men, pen- 
dant ce temps-ci, i83, en drebad-men, lô/i, en drebad-hont, en ce 
temps-là, i63, l '^ i , in-drebad-ze , id. , Histoer... J.-C, 161. M. de 
la Villemarqué a donné endra-badsé et tra-bad-sé dans le Diction- 
naire bret.-IV. de Le Gonidec. 

Mais, en dehors du \annelais, c'est une voyelle nouvelle^ 0, 
qui apparaît à la seconde syllabe de ces locutions où pad ne se 
conjugue pas: clro pad va fttfc, pendant toute ma vie, Traj . Motjses , 
180, enlro pad e vue (sa vie), 171, elro pad hor bue (notre vie), 
295, cf. 238, 261; etro pad ho pue (votre vie), 270; cL Traj. 
Jacob, k, ik; etro pad ur seiz vloaz, pendant sept ans, G. B. I., 
I, 198. Ce vocalisme n'est pas une raison suffisante pour séparer 
ici -tro de -tre, -dra, car on le retrouve avec certitude dans les 
deux expressions suivantes : 

1° \. hvei. pou-tro-coct = rjiagus trans silvam^ et pou-tre-coet , 
cf. Lotli, Ann. de Bret., II, 38i, /i23, ^2^; 

2° Bret. moy. tronnos, tronos a après demain n, C, auj. tronoz, 
antronoz, demain; gall. tranoeth= trans noctem. On voit que anlro- 
noz est formé de in-\- trans, comme entre ma, endra, entro pad;\QS 
Vannetais disent en trenoz, le lendemain, Voij. mist., 91, ^9. 

Il y a en vannetais une locution (jui renchéiit sur entro pad : 
trojiti pad er suhun, pendant toute la durée de la semaine (chan- 
son contre le café, dans les papiers de Dufdhol, dont je dois 
communication à M. Gaidoz), cf. français tfdès iefin matin w, etc.; 
(fEuryale. . . arrive au but le^w premier a, Scarron, Le Virgile 



GLOSSAIRE MOYEN-BRETON. 205 

travesti, livre V, etc.; pet. tre'c. ken a vinvoeltre, ken a vindaonc (il 
courait) à perdre haleine, ou (il Taisait un bruit) à tout casser, 
de fm et foeltr, foudre, daoni, damner, etc. La rédaction tréco- 
roise de Chanson ar cha/e (chez Ledan) porte, p. 2, l'expression 
intensive e'quivalente tout eiro pad ar siiin. 

11 est difficile de ne pas voir cette même forme tro-=trans dans 
atro en dé, pendant le jour, Boquet-lis, 1 9 , e tro 'n amser n'er grau, 
jamais je ne le fais, Gr., bas-vannetais Iro mare e sarre enn de, 
comme (litt. pendant le moment que) le jour se couchait, Barzaz 
Breiz, 34 1 ; cf. pet. tre'c. entrann de. 

Je crois qu'on peut ajouter trotant, pendant ce temps, Nyg/i, 
que j\ai à tort identifie' avec le fr. entre-temps. En effet temps eût 
donné en breton taris,cï. tréc. pflsp?a?ls = passe-temps; le second 
élément dans trotatit est le même que dans le v. fr, entretant, ce- 
pendant, God. = m(pr tantum. 

Il y a en vannetais un adverbe intertan, cependant, pendant ce 
temips, H istoer...J.-C. , 8, 11, ^61, é-tr étant, en attendant, Voy. 
mist. ,38, é tretant, i56, nenn-dé nameid atretantt (litt, fcqui n'est 
qu'en attendant^^) , L'A, v. préparatoire; ce mot devient conjonction 
dans é-tretatit ma, en attendant que, jusqu'à ce que, Voij. mist., 
1 18, c tretant ma, OJficeu, 9/1, 108, 1/19, en tretan er sciiille , en 
attendant qu'il le versât, Buhé er sœnt (1889), p. 2 , et même 
préposition dans é tretant en espérance eurus (vivons saintement..,) 
en attendant l'espérance heureuse (== expectantes heatam spem), Off. 
iSy. On trouve aussi l'adv, etre-tant, cependant, hors du vanne- 
tais, par ex. Mis maë, Brest 185/1, p. 177, 11 serait téméraire 
d'affirmer que le franc, entreteint, ^= in ter tantum, n'est pour rien 
dans ces expressions, surtout dans les premières; mais l'influence 
du breton entre, efidra= in-trans apparaît clairement aussi, quand 
on réfléchit que le tro-, du moyen-breton trotant, (|ui s'y rattaclie 
de si près, ne peut pas venir de inter. 

Cf, V, fr. entresqua, tresqiia, tresqa'en, jusqu h., jasqn en = (in)- 
trans-quam; fresque vint, jusqu'à ce que vint. Chanson de Boland, 
vers 162, Voir entresea, her, tre. 

Entrebazet 'f entrechieles, ou interposez w, 1. intercaïaris , re, 
Cb, v. squmd (de baz, bâton, échelon). 

Entrelesell ff entrelessiern, 1. intermilto, Cb, v. leseU. 

Entreny, lisez entreteny, entretenir, traiter (comme une ser- 
vante), Cathell, 23, auj. aûlreteni, du fr. 

Entresea hac occident, vers l'occident, Cathell, 5, entreseajf ha 
nejf, vers le ciel, 3o; èntreze , êtreze, treze, èntreze ha, \erfi.,efitreze 
hacennan, èntreze- g ènnâ, vers lui , Gr, , entrezec an dezert, vers le 
désert, Traj. Moyses, 'i 9. C), entrezec ha Balaac , 3o3, entrezec hac an 



206 É. ERNAULT. 

ce, vers le ciel, 3io, entrezec hac eno, vers là, Traj. Jacob, 118. 
Je pense qu'il faut de'composer ainsi : en-tres-ec. 

En est la pre'position ; très répond an latin trans, et doit peut- 
être son s au v. IV, 1res (voir entre ma). 

Quant à e, ec, on peut comparer : moy.-bret. bêle, bedec, jus- 
qu'à, cf. bet, id., V. gali. bet, behet, byhet, de *co-et (cf. Rhys, 
Bev. celt., VI, 67, 58); moy.-br. g'OMÉ^, après, v. gall. gnetig , gûo- 
tlg =*vo-etic (cf. gaul. clic, et, inscription d'Alise?); a-dalecq de- 
puis, Gr.,vann. a-dall, Gr., bret. moy. adal (de tal, front); tréc. 
adrec, derrière, Traj. Moys., 261, a-dreg, B. s. Genov., 10; léon. 
adre,adren; moy.-bret. adreff; cï.eguel, que après un comparatif? 

De même que bet a donné lieu en moy.-bret. à bedec et bet hac 
(van. bet-hac, Voy. mist., 82, 55, bet ha, ha, bedac Histoer J.-C, 
7, 8, 12), *en-tres est devenu entrezec, et en petit Trég. teus ah 
(et même'^fî, Bev. celt., V, 127). Puis ces deux formes se sont 
mêlées dans entreze hac, etc. La préposition ha, hak, qui est pro- 
bablement apparentée à-e, -ec, répond au gall. a, ag, avec. Cf. 
gall. tua, tua g, vers, de tu, côté, bret. varzu an ee,vers le ciel, 
Traj. Jacob, 120; varzu hac ènnoch, vers vous, Gr. (avec une 
autre préposition, comme dans entreze hac ennoch); voir dastum. 
Le bret. ebarz en, ebarz, 'barz, dans, est analogue au gall. parth a, 
parth ag at, vers. 

Le vannetais présente, au lieu de entresec, la forme curieuse 
tremafi , tremâ , tremâ ha , vers , Gr. , tréma , Voy. mist. , 10, 26, etc. , 
qui se montre aussi parfois en cornouaillais : tra-m-an tréac'h, vers 
le haut, tra-m-an traon, vers le bas, Almanach de Léon et de 
Cornouaille, 1877, p. 82. Elle provient sans doute de ce que, 
décomposant instinctivement en-tres-e ep en-tre-se, on a vu dans 
se le même suffixe que dans an den-se, cet homme-là, et donné 
à cette expression un pendant, *en tre-ma, d'après an den-ma, cet 
homme-ci. 

On dit, du côté de Carnac, dremad, vers; cf. dremehad, id. , 
Histoer. . . J.-C, 7, 9, 160, 170, 171, dremehad en naûveteure, 
vers la neuvième heure, 36 1, de drema -[- al = gaW. at, cf. parth 
ag at (et les formes bretonnes avec et, comme bet, citées plus 
haut?). D'autres traces de cette préposition at, en vannetais, 
sont : tretneinein ebiatt, passer par auprès, l'A., trememe cbiatt, 
passer par-devant, s. friser, de ebiou-\~at; a costiad de, à côté de. 
Voy. mist., 108, i3o, a costiad-teign , à côté de moi, 71, « costiad 
demb, à côté de nous, 128, a costiad tcmb, 68, de a coste-\-at? 
Voir grez. 

Enfin le P. Grég. donne comme synonyme de entreze hanter- 
giienveur rrvers la mi-janvieni, la locution c-tro hanter-guenveur, 
où la ressemblance avec le mot tro rctoun-» peut bien être trom- 
peuse, ^in-\-trui = trë donnant régulièrement entro; voir entre ma. 



GLOSSAIRE MOYEN-PRETON. 207 

Entrestouaff tf entreclin err?, 1. {nterclino, Cb, v. ancUnnff. 

Envez, enwez, prononcé nin-vez, anneau que l'on fait entrer 
de force sur le manche crun outil, d'un couteau, etc. Pel.,eMWz, 
m. et f. , pi. envésioii, G ou., Dicl. fr.-br., cuvez, m., Dict. hr.-fr., 
virole, eiivez, m. Trd. = v. hr. inues gl. amenlu, pi. innbisiou g\. 
ammenta, ammentis, Bev. celt., XI, 90; de m, dans, et bes, bis, 
doij>t, explication que m'a sugjj('re'e M. \Vh. Stokes, compansz en 
jjrec SanTvXios, bague et cercle autour d'une pièce de bois. Le gall. 
cnft/s (et eiifijsg)^ r. , arc-en-ciel, pourrait êlre le même mot. 

Enuironaff, environner, Cb, v. Ireiff, part. Cathell, ih; enuronet 
Ce, V. treijf; (muirounet Nom. 197, du Ir. — Enuius, envieux, Cb, 
V. duaff. 

Eonaff, écumer, eonus, e'cumcux, Cb, v. spoum; conenimjf, 
écumer rrdans nos vieux livres 17, Pel. 

EouU, e — de sa volonté; eoullec, volontaire, Cb; am eoiil, Cms. 

Epaf, épave, Cms, du fr. — Epilogaff, -guer, Cb; -gwtjf, Ce, 
p. -guet. — Equiuocation, g. id., Cb. . 

.Erchaff, neiger, Cb. 

Ere, licol; ereadur, liemenl, lien; ereer, lieur; — da coat, 
ouvrier... qui lie fagots, f. es; eren, lier (p. ereet), Cb, erenn, v. 
agiiilletenn ; ereiff, id. , Nom. i36. 

J'ai cité, Dict. étym., v. ère, cinq exemples de ère et un de ery, 
dansle sens de (pendre) par (le cou) , (traîner) par (les cheveux) , 
en moy.-bret. Cette préposition existe encore. On dit en petit 
Tréguier skïaïnan, chaïnan heri fi grèv, heli fi grèv, hei dl grev, 
traîner par les cheveux; cf. heli he vrech (tiré) par le bras, Mezel- 
lour an ineo, Saint-Brieuc, i83i, p. 187; heli he zroad (traînée) 
par le pied, i38; en ping nerri e dreid (ils l'ont attaché) suspendu 
par les pieds, Fallagries ar gonmmn, par J.-M. en Nent (de 
Kerien), chez J. Haslé, p. 3. Cette expression pourrait bien se 
trouver à l'origine des locutions suivantes, que des étymologies 
populaires ont diversement déformées : 

t° A heli-ketan, à l'envi les uns des autres (van.) Bev. celt., 
VII, 321; halégatik, à qui mieux mieux, à l'cuvi, mot ajouté par 
M. H. de la Villemarqué dans les deux dictionnaires de Le (ioni- 
dec; aligatik, à l'envi (cornouaillais), Troude; ali genta! à qui 
arrivera le premier! (ci'i aux jeux d'enfants) Luzel, chez Ad. Grain, 
Glossaire patois d' lUe-et-Vilaine , Paris, 1886, p. xi. M. Luzel a vu 
ici le mot ali, conseil ; les Vanuetais croient sentir dans a heli-ketan 
leur mot heli, suivre; je penserais plutôt à une combinaison dea, 
heli = e ry (en s'attachant) et queti-quetan , à l'envi (van.) VA., keti 
ketan, Livr ellab. 92, etc., de kenta, premier; 



208 ■ É. ernjvult. 

2° Pet. Trég. moud helibini, aller à qui mieux mieux; helebini, 
liplbini, e'mulation; cf. Bev. celt., IV, i56; de heU = e ry, et peb-ini, 
chacun : «en s'attaclianl (à se suivre) les uns les autresii? 

Le léonais elbic, émulation, à qui mieux mieux, que donne 
D. Le Pel. , d'après Roussel, avec l'exemple elbic a ra, il conteste, 
il veut l'emporter par émulation, semble différent : cf. v. franc. 
alebiqueux, pointilleux, querelleur, Godefroy [eil-bika, riposter, 
Suppl. aux dict. bref., Landerneau, 1879, p. 101, litt. «piquer à 
son toun', pourrait être un arrangement nouveau de l'expression 
elbic ara). 

Erllecguez, 1. hoc mutuum, uns. 

Ermitag, -âge. — Erratic, -ique, l. -icus, Cb. 

Erv, sillon, Cms. 

Esanccaff, encenser; esancer, encenseur, Cb; ensensier, g. id. , 
1. ignibuluin. Ce, v. tan: esancier; essance, encens, Cms. — Es- 
cren, escrin, 1. antipyrgium, Cms, après eclips; serin, crin, an- 
ciennement sgrin, isgrin, pi. ou, écrin, cassette, Gr. , serin Nom. 
i68;dufr. 

Escumunugaff, lire ainsi cet article du Dict. étym. : Escumunugaff , 
excommunier, C, vs-, p. -guet. Cb. ex-, C, iscumunugaff, Cb, v. 
millizyzenn, ys-, v. malédiction: escumunuguenn , ex-, vs-, C, es-, 
us-, Gr., excommunication, du 1. excommm\icare ; excommuniet , 
-ié, J iQUb, du fr. — Escus, excuse, Cb; excus, excuser, v. vi- 
tuperajf. 

Esenn, ânes, G, v. mirer, Cb, v. goelaff, auj. ézen, du lat. asini. 

Espernabl, espernables, 1. parcus. — Espicc, épice;espicerie, 
(g. id.). — Espurget, expurgé, Cb. — Essay, g. id., Cb, v. taff- 
hajf, eshajf, essayer, Cb, v. blam. — Essenciel, g. id., Cb. 

Essou. Mar bez essou, s'il y a place (si lu payes la redevance?), 
dans la chanson du voyer de Quimperlé, Bulletin de la Soc. archéol. 
du Finistère, XV, 362 {yo'w gour); cf. ober ichnu, faire place, à 
Douarnenez, Bev. celt., IV, 62. Ce mot rappelle esou (fille) ef- 
frontée? B. 357, et le v. br. eusouion, gi. gestatorum, Academy, 
1890, p. 46. M. Stokes, qui a découvert cette dernière forme, 
m'en a communiqué une étymologie par ex- et ag- (:=grec 
é^ctyco, faire sortir, emporter). 

Esteuziff, éteindre, Cb, estuziff, Cms. 

Estimation, g. id., Cb, estoe, penser, Cathell, 22. — Estoar, 
Cms, estoar pe hystor, histoire, pi. hysloryou, -iou, meur a hystor, 
Cb; rstor. Ce, histoar, Cathel, 32. — Estranger, f. -es, forain. 



I 



GLOSSAIRE MOYEN-BUETO.N. 209 

(Uranger, Cb. — Etabl, bon, de bonne qualité. J'ai rapproc-.lié à 
tort ce mot du fr. équitable; il vient du v. fr. estable, qui a un sens 
analogue dans le passage cité par M. Godefioy, ffspirit establen 
= ftspiritum rectums, l^s. L, v. ii. Pour la chute de ïs, v,ï. 
moy. br. detin = fr. destin; detal, detry, prob. de d' estai, d'estri; 
entocq (coups d')estoc, Nom, igS, impiot épieu (de chasse) 176 
impyod pi. ou Gr. , du v. fr. espiciit (pour la nasale, cf. entoj, 
étoffe, Gr. ; pour rassimilation de Vi, cf. bret. niod. impiloc, épi- 
logue). 

Et, blé, Gms, Cb, v.forch, doniaff"; ccl , Cb,\'. talvoudeguez. 

Ethimolog, étypiologie, Cb. — Euffryc, petite œuvre, C/>. 

Etigenn, eg-. Ce; egen, eug- , Cins, bœuf. 

Eur, heure, pi. -you, -ion, Cb, heuriou, \. hnrolog. 

Eureugou, noces, Cb; cnn an neureuiou, Cms. 

Etireux, heureux, Cb, Cathell, i5. 

Eust, malgré, B 399', n'est pas =deust, dius, \oir daoust; 
c'est une faute de la seconde édition de Sainte-Barbe, pour euit 
(cf. Dict. étym., s. v. eguit, 1. 6, 7). 

EuvER (goût) fade, à TnMiiéven (en Goello); paresseux, négli- 
gent (mot très méprisant) à Trévérec, Tressigneaux, Plouha (en 
Tréguicr); eiiverel eurcltalei, ([uel calice amer, Devocion d^ar galon 
sacr a Jésus, Saint-Bricuc, i85i (réim|)ression d'un ouvrage de 
i835), p. 98; voir ^ort^. C'est le môme mot que le van. voére, 
iadc ; voire , insipide; voaire, douceâtre, l'A., (vin) liquoreux (au 
Suppl.); voire brass, bien l'ai (s. v. voir); cf. Suppl. s. v. begnina; 
à\\n. Jouéric, blet, blette, Sup.; = gall. ofer, vain; cf. lat. ainarus. 
C'est l'origine du bret. moy. et mod. diouprel, manquer, être privé 
de. Voir bet nary, et Bcv. celt., VII, 3i3. Le double sens de cet 
adjectif breton ne permet guère de le séparer du gall. of, cru, 
V. iri. om, grec ojfiôs. M. Ascoli rapproche le gall. ofer du v. irl. 
ôbar, uabar, vanité, iiaibrech, vain, Glossarium palaeo-hibernicum , 
dans VArchivio glottologico , vol. VI, p. cxxxi. 

Eiiz, horreur; dre euz, horriblement, Cb. 
Euelhent, ainsi, Cms, 

Eueres, buveuse; euerez, buverie, l. potatio, Cb; ejfaff, boire, 
Cms, V. dinou, Cathell, ai, effa, 19. 

Euidancc, évidence, Cb. 

Euitse, pour tant, Cb; euit se, pourtant, Cathell, 7, euilce, 
euit ce , 5 , yuitce , 7 . 

UÉM. LI>'G. VII. 1 fl 



210 É. ERNAULT. 

Eiilechen , cest vng arbre, \. vlmus, vlmi, Cms; edechen, ulochen , 
pi. evlech, nloch, orme, Gr,, guezen eiijlach, id., Nom. 107, 
peut-être pour *ulv-lech, lieu des ormes, du lai. tilmiis, ou plu- 
tôt pour *ulm-acc-, par me'tathèse, cf. gall. aJaU-ach, verger, 
pommeraie. Voir ezlen. 

EuJen, cest vng arbre, l.coluis, Ca, Cb: evlenn, evor,hourdame, 
Gr. , evor, envor, ej'or, evo, id., Pel. Le Nomenclatw donne : ojjlen, 
effl, peuplier, 1. populus nlha; efflen du, peuplier, tremble, \. popu- 
lus nigra, p. to<î; heuor, aune, 1. alnus, liettor du, aune noir, 1. 
alnusnigra, loi; an enor guen, Ion guys ffviraire, veratre, ellé- 
bore blanc 11,1. veratrum album, elleborus albus, 9/1; an ejffloiit, mort 
aux cbiens, 1. colchicum, QJpciinis) Jm^modactijlns , bulbus agrestis, 
82, Gr. Cf. irl. ibhar, iubhar, if, iubhar-taïamh , gene'vrier, iubhar- 
sleibhi, armoise (voir Rev. celt., IX, aS/i); il semble y avoir eu en 
breton confusion entre wor=gaul. eburo-? ei ejjl = *ebl, cf. lat. 
ebulum. 

Eitor, mémoire : drenneuor, alias didanneuor, par cœur, Cb, dre 
neuor, Cms, didan ejfor, Cb, v. coujfhat, didaneum^, v. guer; voir ab, 

Examin, examine! Gathell, îi3. — Exaucet, exaucé, 3o, du 
fr. — Executy, exécuter, 2^. — Exerce inging , exercer engin ou 
engigner, Cb, exerce, il exerçait, Gathell, 35, exercita scol , exer- 
cice d'école, Cb, Ce, du fr. — Exhibaff, exhiber, Cms. 

Exiget, -gé. — Exonyaff, l. exonio; exonyer, f, es, i. exoniator, 
Cb. (de essony). — Explettiff, -élif. Cm*. • — Exposition, g. id. — 
Expressaff, e.x^resser, 1. exjmmo, Cb. — Exquis, étrange, hor- 
rible; cf. V. br. inardotas escis, g\. Jlagitmm; in serait l'article, et 
-ardotas = ^a\\.*arddodas, substantif de arddodi, imposer. Pour le 
sens de escis, exquis, auj. iskiz, cf. ionrmanchou exquis, Gathell, 
2 3=lat. exquisita supplicia. Escis peut venir du latin; il serait 
une apocope de *escisetic (cf. moy.-br. dojf, apprivoisé, v. br. 
dometic). 

EzEUÊTT, m. disette; ézeuœtt, regret de n'avoir plus une chose; 
ézehuœtt, manque, besoin, disette, rA.;== gall. eisiwed, manque, 
indigence (Rev. celt., iX, 73), dérivé de eisiw; cl", irl. easbadh, 
défaut, de ex, hu; voir dissiuout et Rev. celt., XI. 

Ezlen, tremble, Cmv; corniq. aidlen, sapin; cf. irl. aidle, thème 
aidlenn-, planche, tablette; aidle gualand, la partie de l'épaule 
qui se rattache au cou (Zimmer, Zeitschrift de Kuhn, 1888, 
p. 1 1 ti) = plancqenn ar scoaz, omoplate (litt. la planche du cou), 
Gr. ; planquenn-sqoai , TA.; tréc. planken ar skoa. Elf, bardeau, 
planche de bois, ais, ais que l'eau pousse pour faire tourner la roue 
d'un nu)ulin à eau, pi. elfennou, Pel.; elveenn, alveenn, f.\)\.-vatt. 



GLOSSAIRE MOYEN-BRETON. 211 

jantille, aileron d'une roue de moulin, l'A. semble le même mot: 
cf. lirzin et livrin, joyeux. Le P. Grégoire donne ezlen, efflen, 
tremble, pi. ezl, ejjl, eh; Pel. elf, elv, elw, le'on. el, ezl; Maun. 
elo. Voir eulechenet eulen, mots qui ont peut-être influe' sur ezlen. 

Eznetaerez, oisellerie, 1. aucipiiim; eznic, petit oiseau, Cb, 
ezenngooz, oison, Ce, v. gars,pcp ezen goez, geline sauvage ou 
toute volaille, v. tiigal; heznes, poulette. Nom. 89, ez nés AJfriqua, 
ge'Iine d'Afrique, 38. 

Ezommec, indigent; -at, êlre indigent, Cms; yzom, besoin, -ee 
(besoigneux). Ce, v. quaez. 

Ezreuel, raconter, C»w; -ell, Cb, ezr euel, NI 87, voir dezreuell. 



Fable, g. id, Cms, fablus (fabuleux), fabulaire, 1. -laris, -re 
Cb. — Face, m. {dou), dim. faccyc, Cb. — Faczon, Cb, enfaiczon 
aral, d'autre façon, Cms, façon, Cb, v. lies, musur. 

Faeczen, fesse, Cms , faezcenn , Cb {entra faculté et faessant) , 
\an. fèsseenn , f. id,/am^/mp«mrtf( cheval) bien croupe, TA. Sup.; 
xoir fesquenn. — Faessent, faisan, Cms, î. fessantes, Cb, \.yar. 

Faez, vaincu, Cb,faiz, Cms,\.emrenlaff;fezuff, vaincre, Cb,\. 
confitaff, convaincre, v. confort; faezeres (victorieuse) , 1. viclrix, 
Cb. ' ' 

Faff'en, fève, Cms,fanenn, Cb,\-. boedenn; d'un, faffuennyc, C6; 
favaçz, Jer, , Pel. traduit trpàte ou p^in fait de fèves n, mais 
c'est plutôt cr tiges de fèves r); cL favas, la lige des fèves, Gr., 
normand /fflms, id. ^fauaçc, co/o /a/' rr fauas ^ , 1. fabœ scapus, faba- 
lis stipula. Nom. 76, ']Q. \oir pesaçz. 

Falern (le mont) Falerne, Cb, v. guin. 

Falsaff, fausser, falsidiguez, falsification, Cb;faussonier,\\ 5o, 
est un nom d'agent, dans une énumération qui en contient 
d'autres [losquer, piller, sufocquer), mêle's à des infinitifs; /Jim^o- 
nier, faux e'crivain, Ce, plur. y ann. faussonnerion en 1698, An- 
nales de Bretagne, III, lit^^faussiff, fausser (une couleur) Nom. 
19 2. — Familiarament , familièrement, N /19. — Fanccaff, 
embouer. Ce, ^. fanquet, Cb; fanquec, boueux, Cc,fancquec, Cms. 
fancus, plein de limon, Cb, fancqus, \. lient; vr fancquigtiel , vr 
place den emfancquaf, fondrière ou bourbier. Nom. i33. — Fa- 
noill, fenouil, Cms. — Fantastic, -tique, Cww. 

Faoïil (fente), Cms, entre fantastic el fardel ; fant , Cb, Ce, à la 

i4. 



212 



E. ERNAULT. 



même place, Visez fa{o)nt; feutiff, rfl'aindre^, 1. findo, v. x.fraiU 
laff, dus {fauta, feudre, rfon prononce presque /«oMto t) , van./rà- 
tein, Gr.). En pet. Tvég. Jôtan vent dire verser, répandre sans le 
vouloir, comme du ble' d'un sac fendu, ou du cidre d'un verre 
trop plein. Je doute maintenant que ce mot soit identique Ix foe- 
tan, dissiper (son bien), cf. Rev. celt, IV, i53, qui doit venir du 
(r. fouetter. Peut-être /ofa/l est-il un doublet de vaoutaû, tendre. 
L'association des deux idées est assez naturelle, comme le montre 
cette petite chansonnette populaire : 

Gen-e-gen-e-gen , Mari Vrochen, 
Toull e' zac'h , fâted ë In'enn ! 

r Genegeîiegen , Marie Broche, le sac est percé, le son répandu !« 

Farce, bourde, farceur, iangleur, i.b, v. treill, farccr ftruf- 
leurr», Ce, v. gou; 1*. farceres pe harzcs, Cb. v. janoler; farserez, 
farciement ou réplétion, Cb, v. farsajf; farci farceu , gûiréen drase 
cfraillerie à part, cela est vrai?-». Chai. ms. — Fardel, -deau, (Ims, 

Ffl/fl'^ défaillir, être ébahi ou troublé, C, fata, Mxn.fateiû Gr. , 
répond au \)AaLfotuar{, rrdesipei'en. Le van. vattein, vâtein, TA., 
paraît tenir au moins son v de vapidus, car en ce dialecte 1/ ini- 
tial ne devient point v. Cf. Romania, XVII, 28 ■j, 988. 

Fait, coat — forest de fous, Cb,fauen, hêtre, Cms. — Fauo- 
rabl -ble, fauorus e drouc, fauteur en mal, Cb. — • Fellaiii, félo- 
nie, Cb, -7ij , Cms. — Femel, -elle. Ce , den femenin fr homme fé- 
minin ?•>, Cb, V. spaz. 

Fenicc (île qui s'appelle) Fenice, Cb, v. riiz. — Fcrial, ober — 
pe ober gouel, ferier, festiner, Cb. 

Fei-mm, ferme, M 57 v. ; fermaff tr fermer a, 1. firmo, Cb,ferm^ 
il ferme (le sépulcre), v. bez; fermadur, clôture, v. serraff; 
fermder rc fermeté ?i, 1. soliditas, C^. — Ferranwnl, ferrement, 
Cb. — Fesqe^, fesqad, van. gerbe Gr.,feschen, Er Vret. 29, etc., 
cf. gall.^^^, faisceau; du la t. /asm. 

Fesquenn, fesse, Cb, \. faezcenn, fcsqenn, f. van. id. Gr, , pi, 
fesquennou. Nom. 22, du fr. Je doute qu'il y ait composition avec 
*quenn, peau, d'où caruguenn, peau de cerf, C. Cf. pet. Trég. 
husken, salope, de Imis, sale. Voir besque. 

1. Fest fête, festabl, festiuel, 1. -ualis, -le; festaer, fesliuant, 
joyeux; festaff, festoyer, I. festiuo, Cb. — 2. Fest (je suis) forte- 
ment (désireux), Jér. , cf. comique /és< ?yn hwen, très joyeuse- 
ment, très volontiers. Le P. Grégoire donne comme surannés 
fest,festet, fixe, déterminé, arrêté; cf. gall.^sf, rapide; origine 



GLOSSAIRE MOYEN-BRETO.>. 213 

germanique : cf. anj>l./«st, Terme, stable, et rapide, rapidement; 
allem.yési, solide; goth.fastan, fixer, maintenir, etc. 

Feuntenyou, fontaines, Ch. — Feutraff, feultrer 1. filtro, Cms, 
p. feltret, Cb. — Feuzr ff forreure ou pane, 1. foderamentum ^ , 
Cvis. 

Fichell, Cms, espieu, Ce. — Fiesen (figue), Cnis, -nn, Ce, 
fi/esenn. Cb, v. bras; ficax, fijiucs; guezenu Jicux , figuier, pi. guez 
J'ieux; afteiix, de figuier; fieusec, le lieu où sont figuiers, et 1. 
ficosus g. j)lain de figuez (ou de fiz, a Jicus pro morbo), Cb. Je 
pense que cette dernière explication ne se rapporte qu'au lat.^ro- 
sus. Le P. Gre'g. donim Jyesen, figue, pi. fy^'s, \ix\\. Jinnezeen, pi. 
Jigitei;fyezcnn,yan.Jiguei€ën, ûguier; f y ezecg, figuerie, lieu planté 
de figuiers; eificq.Jich, droucq Sanl Jiacr (fistule à Tanus), s. v. 
ulcère. 

Fifilus : dou lagai scaff, fifdus , tfyeux ligiei's mouuansn, Cb, v. 
loacr ; fj'da ^ bouger, changer de place, Pel. ; ur Jijil hac ur sourci 
bras, beaucoup d'agitation et de souci, Introd. d'ar. v. dev., 36i. 

.Figuratiff, g. id , Cb. — Filer, filière, 1. lictimar, aris, Cms; 
du fr. 

Filip et Phelippe, l. Filippus, Cms. On désigne ainsi le moineau, 
sans doute par imitation de son cri; D. Le Pelletier donne chi- 
lip, philip, pklip, slip, passereau, moineau, et Troudc fdipal, crier 
comme les moineaux. Il en est de même en anglais; cf. Shakes- 
peare, King John, L i : ((Philippe! me prend-il pour un moi- 
neau?n — Filosophic, philosophique; stiidiaJJ" ithilosoph., philo- 
sopher, étudier philosophie, Ce , philosophiaff, philosopher. Ce. 

Finch, figinent, 1. figmentum, dre — 1. ficte; finchabl, fine- 
table, 1. fictilis; fincher, feigneur 1. fictor; finchus, plein de fein- 
tise, Ce. — Finesaff, finesse, Cathell lo, finessnjf. Nom. 9o6, 
]>\. Jinesseou i88, auj.Jinesa,fmese, du fr., cf. Rev. celt., XI, 363. 
— Fistulus, 1. fistulatus, -losus, Cb. — Fizyabl, loyal, I. fideus; 
confiant, 1. confîdens, Cb, -ziaff, se fier, Cms, J'y-, v. espérance; 
fizyance, confiance, Cms, -ziauczajf, Cb , Jîzanczajf, Cms , Jianczaff, 
Ce (après y/s/»/), ûsincer ; Jîzyanchajf, fiancer ou allier, Gh. 

Flaig , Jlachajf, bouger, peut être le îv. flageoler, sans suffixe de 
diminutif; cf. moy.-bret. (//s/;enn=dépen(aill)er, cringnat= ^i\- 
gn(ot)er. 

Flambes , peuar — so alumet, B 573 ; lisez probablement y7am6ertu 
et enaouet; voir Pref., ih; flamboues, Nom. lOG; flamichenn, 
flammèche. Ce ;^amwja^, flamboyer, CA,-y!fawesm, flanet, Chw. 

Flanc, flanc, Cb , v. bouzellou, Pel., du fr. — Flatcr trfrau- 



214 É. ERNAULT. 

deux, homme qui porte faveur à deux diverses Tpavlïesv; Jlaterez 
tfdoubleté^, Cb, v, doubi — [Flaut] : jleiit , flûte, Nom. 212; cf. 
pet. Trë.ij, vlutenn, f. pi. 0, bec, goulot (d'un pot); \an.Jlaouitein, 
sonder (du heuvve) /futéale , sonder pour savoir, pressentir quel- 
qu'un, TA., p'ean jlaouitérr , artison, artuson, l'A., Sup. Pour la 
chute d'un /dans yiuteal, d.fourdiUis, lis. Nom. 86, 88 =Jloiir- 
delis C. 

Flear, puanteur, Cb, v. hujfaf, Jlaer, ordure, v, smillaff; jle- 
riaff, puer, C6,/flmîw, puant, Ce, fleryancc, punaisie 1. pu[ti]- 
ditas, Cb. — Fleum, 1. flegma; fleiimaff, habunder en fleume, 
I. flegmatizo, Cb. — Flotic, petite flotte, Cb. Fhms, fluant, 1. 
fluuidus, Cb. De *Jloi-ya- est \en\xjloja,jlogea rr flotter, être flot- 
tant, être tremblant comme certaines terres dans les lieux maré- 
cageux 77, Pel., cf. hep Jloig ezloigent. ils iojjeaient constamment? 
NI 659. On dit en petit Tréguiery?0(/j^m/ m 'u dour, l'eau clapote 
(par exemple dans un e'iang agité, ou dans une chaussure per- 
cée); doqignarra me zreid 'n em boto, mes pieds sont trop au large 
dans ma chaussure, de 'yiot-enn-yal (voir dispingneus). 

Foarymi, foires, Cb. — {FoiUez, feuillée, C), fmiUez, Ce, 
g. feilJes, Cms, fouliez, g. foi liée, Cb, foillezd, plein de feuilles, 
Cms , fouillezet pe dehjet , id. ; foillezer, effeuilleur, 1. Irondator, Cb. 
Cî.Jotnlleza, effeuiller, éparpiller, s'éparpiller, J. Moal, Supplément 
au dict. du colonel A. Troiide, Landerneau, 1890. Ce mot signifie 
aussi dissiper (son bien), voir Rcv. celt., XI, 197. 

Follaff, folloyer \. stullizo, foUentez, forsennerie; foUyc, petit 
fou, Cb. — Fonce, fons pour baptiser, Cms , fond , font , 1. bap- 
tisterium, Cb ; foundœsoun , fondement d'un édifice. Nom. i/ii. — 
Fondaff, fonder (i. e. fronder), Ce, fontaff, Cb, v. talm; du v. fr. 

Fonnuff, augmenter, Cb, après fulenn; funnaf, v. i. crisquijf^ 
Cms, après fulort (J'oumvj, que tu augmentes N),^ auj. founna, 
abonder; fonnein, avanger l'A., du k. faonner; v. ïv . faonanl , 
feonant, fedunant (femelle) pleine. Le v. îv. faonable, feonable, 
founable crqui produit des faons 77, au fig. r fécond 77, God. , haut- 
hrei. fonable (plat) très nourrissant, God. = yan. fonable, qui 
avange l'A., /wtrtW, abondant, Officeu, w U , j'onaphh , i^\\\s vite, 
ErVretonèd hager gouvemcmant, Vannes, 1871, p. 89; d. fonnus, 
dru et épais, iMaun.,-MZ, vite, Gwerz Br. Iz., I, i36. Ne fonnm. 
quet deign ou hmsidérein ol, je ne pouvais, je n'avais pas le temps 
de les regarder tous, Voij. mist., 1 18. 

Forchyc, fourchette, 1. furcella, Cb; — da ober tan, four- 
chete a feu, 1. vertibulum, Cc;forchic, Cb, v. pahiesenn , forchicq 
pe fourchettes, Nom. i6^;feychyeur, fourches, Ce, fei-chyer. Nom. 
8U;forchennou, fourches levées pour tendre des filets, 176. 



f^^^ r*! Ur.OSS.UUE iMOYKN-BRETO. 215 

Forestag, ibiesUiigc; J'oresler, Ibrestier, Ch. — Fornaen, Cb, 
\. cfformiff, fournaise; fomesyc, petite Journaise, Ch,Joiun, four, 
Cb, Cms , J'oiiiier, f. es fouiiiiei', Cb, forunier, Cms, fournie, petit 
four, Cb. Le Ce afornu au aour, for{|e d'or, en[re forestag elj'or- 

Fornicateur, (jui fait fornication, Cb, -cncion, -lion, Cms. — 
Fortunct , J'ortunct mat, heureux, Cb. 

Forz : a — (enlever) de foice, Cb, v. qnemcrct; Ira. . . great a 
— , forfait, délit, v. committaff; forzadur, eirorcement, 1. cona- 
men, v. queusif; forzajf, ellorcier, 1. molior, Cb, v. enclasq; ne douff 
forzus, je ne fais pas de résistance (?), Jér. , v. scnde. 

Fos, fossé, Jér. , v. sacnn; Jhssijou, fosses, fosseur, faiseur de 
fosses, Cb , Josetir, fosseieur, Ce; fosijat, fouir, Cms, y), fossijet, 
Cb. Cf. \an.Jlossquen; f. , pi. -érieu, ïossé , Jlosquev dizeurétt tf tran- 
chée 15, TA,, àim. jlossqiiic TA., s. v. ravin, de y'osd- = fossicula , 
comme clasq, chercher, gail. clasgu, casglu, = *quœsiculare, 

Fouace, foiiacc, fouacer, qui failles galeaux, Cb, v. goaslell, 
du fr. 

Fouyn, Cms, g. fouin, 1. hinulus, C. — Fouler da mezer, fou- 
ion des draps, Cb,Joideur da m., Ce; foulijf, fouler. Nom. 17'J, 
i ^S , foulerez , maison de foulons, 128. — [Foidtr, foudre), le 
Cb afollr, et non foldr. 

FouNiLL, entonnoir, Maun., Gr. , m., par l mouillée, selon 
Troude , /oMMiZ Pel. == gascon hounilh, m. (d'oià le basque unU; cf. 
espagnol /b««7, id.), de b.-lat. *fundiculum ipourfundibulnm; cf. v. 
fr. fondel, fronde et fondifle, fondejle, instrument pour lancer 
d'énormes pierres. M. Skeni , Etijmological dietionai^y ,Ox\'ord , 1882, 
était disposé à tirer Tanglais/Mïme/, entonnoir, du gnW.J'ynel, id., 
auquel il cherchait une étymologie celtique, par la raison que trie 
latin infundibuliim est bien loinw. Mais ce mot a été remplacé his- 
toriquement par /««it/î^H/wm (gl. )(/-^vï] , gloss. Philox.); et sur la 
vraisemblance d'une variante *fundiculum, voir connijjl. Aussi l'au- 
teur a-l-il eu raison de renoncer à celle explication dans son 
Supplément. Le hrei. fiionill , founil , est aussi devenu par méta- 
ihèse fouUn , Gr. ; voir paluhat. — (^Fourcel, (orcïer), forcel, Cms, 
dans les four-, forcer, -rr, m., tiroir, chétron, écrin, l'A. — Four- 
mante, Ce, Cms, dans \es four- ; form- , Cb, dans les/our- (formante, 
-lee, Ca). — Fourondec, fromage, Cms, dans [es four- ; fouloudec , 
Cb s. y.fourmag, et aipres fournissaff; il y a ^uss'i fotdoudec byhan. 
petit fourmaige, ibid. ; fouloudec , 2 fois, aux mêmes places, Ce; 
cnrer forondec goac, Cms. — Fouzaff, g. foutre, Ce, g. foutraff, 1. 



^16 É. ERNAULT. 

liituo, Cb (Cf. ehaiaff, gai. ebatraff, Cc)\ fouzaff^ h. foutre, Cms; 
fouz-lœch, lupanar, Nom. 129. 

[Fraeill, ûéau) Jreill , (fiist) freil, Cms;fmllan légat, i^h, après 
fricnjf, friell an lagat , Cms , même place ;/m//i al logad, le coin de 
Tœil, Gr. 

Fraës, l'anus, le fondement, mot du bas-Le'on , Gr., fraez, m. 
mot inconnu hors de Le'on, Gon.,d« }al. fractus , comme h. fesse 
âefissa. Fractus est aussi l'origine du v. i\\fmite, brèche, fente; 
membre frait, rompu, d'où van. frœdétt, perclus, maléfîcié; 
gùéndre-frœdic , m. scialique, l'A. 

Fraez, 1. facundus, Cms, /rmz a curieux en parlera, Cb, v. 
courtes, redoux en parlera, v. comps;frcz (cbercher) soigneuse- 
ment, Am. V. quezour. 

Fragan, n. pr. Fracan, Gw. v. giveza\ cf. Chrestom. 98, i3o. 

Fragil, fragile, faible (femme), Gathell, 9, du fr. 

Fraillaff, fendre G, frailder an douar, fendence de terre, G6, 
V. iaol. Du V. (r. /railler, briser, lui-même du h.-\at.fr agi lare. 

Franc, franc, Vihéva] ; franchys , liberté, franchise, Cb; fran- 
chat, affranchir, Ce, j). franqueat; mab, merch francqiieat , 1. liber- 
tinus, -na, filz de francby, fdle de franchye, ou franchye nou- 
uellement , goas , goases Jrancqiieat , affranchi , -ie , G/'. — Francces , 
françois, v. i. gall, Cb, France, g. id., Cms, francezaff, 1. fran- 
ciso, franciser, soi avoir eu manière de François, Cb. 

Fraternel, g. id. , Cb , v. breuzr, du fr. 

Frau, chouette, C, frao, chouette, corneille, Maun.; corneille 
picotée de blanc, anciennement fraff, pi. -ed, Gr. ;frao, chouette 
ou choucas. Nom. /ai, graille, 38 ; gall. J^tw, corneille, choucas; 
peut-être même origine que le h\ freux , /rayonne? 

Fregajf, 1. dimagito, lis. clunagito; fregerez ozecli , fregerez gra- 
guez, Cb (subagitatio). GeLte l'orme /rega-ez me fait penser que 
/regajf se prononqail /rejaff; car en moy.-bret. le §• peut être dur 
ou doux devant a, mais il est toujours doux devant e non suivi 
de u. Je comparerais donc le mot du pet. Tré^. vrcjan, jeter en 
répandant, disperser (par exemple des graines), d'oii a-vréj , en 
répandant, en éclaboussant; alo douar vrénj, pommes de terre 
éparpillées. De */rcl-ya-; cf. moy.-bret. yrd eiïv./réliller? 

Fretnail, g. id., Cms, -aill, Gc. — Frenaesi, frénésie, Cms, 
-nesi; -ajjf, Ce, -naisiajf, mettre hors du sens, frenaisius, fréné- 
tique, hors du sens, Cb, -nesius. Gr, frenatiq, id., Cb; /rensy 
f rêverie, radolement^, Nom. 9&6; pet. Trég.fernezial, rêvasser. 



GLOSSAIRE MOYF.N-BRETON. 217 

Frequentaff, frequoiltCT, frequentatiff, g. id., Cb , v. liaslijf. 

Fry, nez, Cms, frieuc bras, qui a {{rand nci;Jneuc hyr, qui a 
long nez, Ce; vnfn/ec plnl, caunis, Nom. 970. 

Priant: boet — , viande délicieuse, Ce; friandis (manger) des 
friandises, Cb, v. lichezr; cire J'riandi/s , délicieusement, frlantaff, 
frdelicier^, 1. oblectare, Cb. 

Fringal, gambader, Am., }3et. Tre'g. vringal, du ï'v. fringiior, 
d'où fringant. 

FringinnajU', Cms,-ina, casseï', Gr. — Friiioll, irivole, Cms. — 
Froezaff, IVuclifier, Cb , froiz (plein de) fruit, v. enguehenlajf; 
fréhein , j'réhiguein , fe'conder, TA., Suppl. 

Froiset, broyé', Cms = iv. froissé, ie crois que le bret. mod. 
freuz, tumulte, dont le z reste en trécorois, re'pond à ce mot, et 
non au gnW. Jfrawdd, Hev. celt., XI, 99. — Froter "grateux^i, 
Cb, V. dibrijf. 

Frovguva^, friguein, uriner, Chai. ms;Jrouguein FA., etc. Cf. 
gaW.ffnvg, violence. 

Fructifiaff, -ier. Ce, du fr. 

Fuhuen, moucheron, Cms, -un, g. papillon, Cc;fubû, saute- 
relle, 1. locusta,Nom. /4S. 

Fulen tan, e'tincelle. Cm*. Le ïr.Jule que donne le Ca doit être 
un bretonnisme. M. Stokesa tiré/«/e;î/ulu lat./ay«7/a,- je penserais 
plutôt à une niétathèse de *iivlenn, "ujlcnn = ga\i. î</c/y/H, étincelle, 
cf. irl. àibell, dibell (^liev. celt., IX, 2 33, 2 il); cf. moy.-br. eîuen? 
Le P. Grégoire donne élvenn, ehjenenn, uhjenenn, fulenn, bluette, 
D. Le Pelletier, fulen, fidien, étincelle, \A.fulat. M. de la Ville- 
marqué m'a appris (ju'en Cornouailles on appelle y«/eu d'un vil- 
lage la plus jolie fille de l'endroit. 

Peut-être le rapport de fulen à '^ulven se retrouve-'-il entre 

felu-mor, goémon, Gr. , algue. Nom. 79, et le lat. ulca. Le v. i'r. 

feulu de mer, m., algue, God., serait d'origine bretonne, de même 

que goémon. CL f lit fr sorte de goémon, ou algue longue comme 

une corde, et fort grasse^, Pel.; m.,Trd. 

Fulort, g. maisonnete, 1. gurgulium, gurgucium; buron ha — , 
tout vng. — Fumujen, corde, Cms. — Fur, ez — , sagement, 
couip, ez furoch, sup. ezfuraff', Cb. — Furm, forme, f. [diou, pe- 
der); dre — , conformi'meut, — botes, forme de souliers, — lieus; 
furmeur, formeur, furmidiguez, faicture, 1. plasmatio, Cb. — 
Fusil, g. id., Cms. — Fust, bâton, Cr. 



218 É. ERNAUIiT. 



G 



Gaffryc, petite chèvre, Cb. 



Gafl, gawl, gàul, la se'paration des cuisses, ou des branches, 
Pel.; gaul, lourchon (d'un arbre), Gr.^ pet. Tre'g. gaol ar bis, f,, 
ia peau entre les doigts; gaiili, fourcher, se lourcher, pariant 
d'un arbre, Gr. ; v, bret. morgablou, gl. aestuaria, Loth, Rev.eelt., 
XI, 210, 211; gall. gajl, V. irl. gabul, cf. v. lat, gabalus, gibet, 
croix; voir can-ec. Le van. gavelodd tf fourche à deux brocs et à 
long manche^, gavelott rr harpon pour darder la baleine^), l'A,, 
vient du v. fr. gavelot; cf. Thurneysen, Keltoroman., 63, 6i. 

Gag, Cms, sans explication, entre gaitidl et gale; gàk, gog, 
bègue, Gon,; gagoiU, g. baigue, Cb, gagouil, \. courtes, gogoidll. 
Ce crmal ])arlaut'7, gagouilli, Gr., pet. Iréc. gragomjat, grasseyer, 
\an. gague, gaguillautt , bègue, gaguillaudein, grasseyer, l'A., ga- 
deUaudc'm , lanternein , (il ne fait que) ravauder. Chai. ms. 

Gaitell, Cms, sans expl., entre gajfr et gag; cf. bret. mod. 
Gaït, iMarguerite? 

Galenj, galerie, Cb, v. aie. 

Gall, (un) français, Cb, auj. id. 

Ga//oMÉ?, puissance, puissant; -ont, pouvoir, -oudus, puissant, 
-ussec [sic.], plus puissant, sup. -iissnjf. Cb; galoudec, puissant. 
Ce, v. bras; an pez a galler da lauaret, ce qu'on peut dire, Cb, v. 
comps; gualle, il pouvait, Cathell, 6, guellsomp, nous pûmes, 7. 

{Gant, avec, par), gnatH, Cathell, 5, ganteuij, avec Devy, 
N 835; gavt (prier) pour. Nom. 199, cf. Rev. celt., IX, 385. 

Garan, grue, oiseau, pi. ed, Gr., f., Gon.; gran, grue, ma- 
chine, Pol., gall. garan, f. grue, oiseau, gaul. tri-g ar anus , grec 
yspavos f. Ce mot peut être identique à garan n instrument à 
caver bois 17, C, garan, pi. ou, jabloire, garen, pi. oh, jable, rai- 
nure, Gr., f. Gon., cf. garaner, jabloir, Gon., ^«ro/merr, id., ^oa- 
rennein, jabler, l'A. 

Garllantes , guirlande , -et (enguirlande') , Cms ; garlantesic , petite 
guirlande, Cb. 

Garmet, crier ou pleurer comme enfants; — ouch goelaf, en 
pleurant crier, cri en pleur, I, eiulalus; garmeur, crieur. Ce. 

Gamn : bede — , P 267. lis. bede garnn (être utile) jusqu'à son 



GLOSSAIRK MOYÏN-BRETOJi. 219 

charnier (i. e. , jusqu'à sa moil)? Garnn serait pour *carnn, de 
carnel, *carner, ossuaire. Voir autel, goaz, manier. 

Garredonaff, guerredoiiner, Cb. 

Garv, dur, Cms, garuder, rudesse (du fil, de la toile), Cb, v. 
neudenn. 

Garzaf, accroître buissons,!, fructifîcor; garzus, plein de buis- 
sons ou épines, Cb. 

Garzou, aiguillon, van, ^«»7<éM, Gr. , -eu l'A., gall. et comique 
garthou, vieux corn, gerthi. Ce mot parait d'origine germanique : 
vieux haut-ailem. gartja, gerta, auj. gerte, baguette; gothique 
gazds. La sifflante se montre peut-être dans kast, aiguillon 
d'abeille, kastan, piquer, mots usite's en petit Tréguier. 

Gat, gad, lièvre; dim. gadic, Cb. 

Gaunac'h, vache qui ne porte plus de veaux, pi. gaunéycn, 
Gr. ; gâunec'h, gaunac'h, gounech gauncclien trbéte fe'melle qui 
est un an sans porter de fruit. . ., on le dit même d'une iemme'', 
Pel.; de * g{li)au-n-accâ , cl", grec ^auva^, vain, orgueilleux, men- 
teur, dérive' de ^aCvos, vain, frivole, vide, venant lui-même de 
X°^f^ racine à laquelle M. Stokes rapporte le bret.-moy. g'ou,^aou, 
mensonge. Le pluriel gaunéijen viendrait mieux d'une variante 
*gaiinec, \' oir carrée. 

Gausan, mite, Pel., comique goudhan, v. gall. pi. goudonou. 

Gauet, iauel, joue, Nom. 19, gauedat, iauedat, soufflet, 26, 
pet. ÏTéc.jave, gorge, poitrine, du liii. gabaia, cf. moy.-br. chol, 
joue (et le i'r. jabotl). 

Generaltet, généralité, Cb , génération, génération, génitif, 
génitif, V. engiiehentajf; genticq, gentillette, Am., v. mistr; den 
gentill, gentilhomme, Cms. 

Genouefe, Geneviève, Cms. Ue français mi-muet devient assez 
souvent é en breton : rube-ruhene, de but en blanc, (aller) de 
bonne foi (se dit en raillant), Gr..,rubé-riibené (sent un peu le jar- 
gon), Gon., du fr. populaire ribon-ribaine , bon gré mal gré, Dicl. 
de l'Académie de 169/1 (cf. l'onguent miton-mitaine); chanlre, mor- 
bleu, ïrd, du fr. diantre, ober fougue (l'aire parade), Nom. 119, 
du h\ fougue, etc.; cf. Rev. celt.,Yi[l, .520; IX, 879. Je ne crois 
pas que gogea, railler, suppose un fr. *gogaijer, '*gogoijer, Keltorom. 
101 : ce verbe dérive de goge, raillerie = v. fr. gogue, comme 
fougea defouge, chaseal de chase, chasse, etc.; cf. pavea, paver, de 
pave = ïr. pavé, (ïr. , hunvréal, de hunvré, rêve, etc. 



220 É. ERN\ULT. 

Geoffret, Geoffroy, i. Godefridus, Cb. — Geometrien, g. id. , 
Ce. — Génies, Gcrvais, Ci. — Getoer, «j. getloii, 1. iiiimmus, Cb. 

Gever, gendre, en tréc. , selon Le (ion. et Trd.; de ^gemer, cl*. 
yafxëpos, lat. gêner, d'Arbois de Jubainville, Et. grammat. ii3*, 
33, 5o. 

Gigant, géant, Cb, v. enquekzr, pi. et, Cb; gigant, pi. ed, Gr. 
— Gingambr, Cb, Ce, g. gingibr, Cb; gingebr, g. gingebre, Cwis. 

Glan, laine, Cb (après gin, lis. gUn); glanée, non tondu, v. 
toussaff; glanennec, qui a laine, Cb; cf. tre'c. ^'/a»n(|jour glnan). 

Glann, rive. G, claign, Pel.; de là diglaignn, de'border, et dans 
trie nouveau dictionnaire 15 dichlagna, Inoiuiev, dichlagn, inonda- 
tion, Pel.; dillan, regorgement, diUanieln, pegorger, linfat deur 
dilan, rrregas d'eau ii. Chai. ms. Il est probable que le cornouaillais 
dishillan, dishillon rie dernier flot de la mer montante 77, Pei. 
= *dizichhn, rffin du de'bordementr), d'^ *diziclilania, litt. tf dé- 
bordera. Cf. Rev. ceît., XI, 352. 

Glasardic, petit lézard, Cb; glaser, verdeur, Cms. Le Nome»- 
clator donne : glasard, ran tjlas rroroisset, verder-^, 1. rana vmdis , 
^1 (cl. ^'■/^<^«rf/er/, grenouilles, Boinb. Kerne, ho); et lesard, lézard, 
5i. Ce dernier vient du français; glasard peut être aussi le mot 
lézard, mais accommodé au breton glas, vert, et gris; glazard, 
verdàtre, et brun, cf. Rev. celt., IV, i54. D. Le Pelletier nous 
apprend que glasard, lézard vert ou lézard gris, était aussi de 
son temps un nom appliqué à la jjrenouille. Le vannetais gurlass, 
lézard, TA., gurlaz, Gr. Pel., s'éloigne encore plus du français; 
c'est proprement un synonyme de l'adjectif ^/azarf/, verdàtre, etc. 
=-gall. gorlas, très bleu (cf. pet. Trég. archlaz, un peu vert, etc., 
Rev. celt. , IV, 1^7). Il faut sans doute joindre à ces noms d'animaux 
glasard crverdon, l. ciirrucav Nom. 3(), glosard, pi. ed frfauvel^i, f. 
glausardes, fauvetle, Cv., glôzard, mâle de la fauvette, f. ez, Gon., 
malgré le changement de voyelle (cf. Rev. celt., III, 5o). 

Une autre altin-ation plus étrange se montre dans le vannelais 
blass-hoarhein tcrire du bout des dents, soui'ireTi; blass-oarh, un 
sourire, Xk.=glaschwerzm tr souris, ris forcé et feint 17, mot à 
mol ft ris vert, ou \yÀ\o.-r'',^ç\.,gix\\.glaschwerthm tf subridere-^, ffto 
simpeni; cf. c hoarzin-glaz , Barz. Rr., 2 3 9. Voir baizic, glui- 
zyffiat. 

Glauaff, pleuvoir, Cb , ghuuajf, C^c ; glauec, pluvieux, glauic, 
petite pluie, Cb, glaoicq bihan Nom. 221. \o\v glech. 

Gl\wkt, sing. glaiveden fc bouse de vache (jue les pauvres gens 
de la campagne préparent et fout sécher au soleil pour faire du 



GLOSSAIRE MOVEN-BIIKTON. 221 

feu, dans les cantons où lo bois est rare^, Pcl., glauoëd, bouse 
pour brûler, Gr., glaoed, nlaoued, m. (ion., gall. giniad, sinfj-. 
glaiaden, id., Davies, auj. glclad, 1'., glciaden, comique gloas, id.; 
irl. ^/aiï, tourbe? O'Donov.; cf. Lotli, Vocab. v.-br., s. v. gletu. 

Glavvren, ^/rtOi/?r«, bave, pituite, salive, Ve\., gîaourenn, gla- 
oiir, bave, glaire, Gr. , glawri, baver, Vq\., glaoiirn, glaoûri, Gr. , 
gall. (jhj'oer, glyjoer, bave. Je doute que ce mot vienne de *vo 
~\-Ub-, lat. libare; la forme galloise devrait èlrc, en ce cas, *givlij- 
foer. Il semble que le type gaulois ait été *glib- (pour gUbh-, cf. 
allem. klcbcr, gluten, gomme, etc., Llehm, coller, être glna?il, v. 
b.-all. f/i/fim?) , ou *glm- (cf. v. b.-a. cideimcii , enduire , gvecyAixfxdet} , 
être cbassieux?). En tout cas, la racine serait la même que dans 
le grec yXoios, le iat. glus, gluten, Tallem. klei;'c.[. moy.-br. en- 
glenajf, s'attacher? 

Glazron, Grallon, Gw., v. moez, par métalhèse de *Grazlon; 
voir pnluhat. 

Gleb, mouillé, Cb, après ghid; glebder, moiteur, v. Jluaff; 
glebour, moisteté, Cb; gluebor; glui/blaJJ', mouiller, Cms , gliblajf, 
glyb>ja£', mouiller, G/>, gUbyadur, moiteur, v. deltajf, gluypiadur, 
Cms; glybyus,g. embuz, 1. imbutus, Cb; yoh' glec'li. 

Glec'u : lac(]7Mt pis ê glec'h, ou ê gleach, détremper des pois, 
glechi ou gléachi pis, id., Gr. , pet. Trég. glcian pis, lahal pis de 
chleian; gall. gwlych, humidité, givlychu, mouiller. ])e*vl-icc-,cL 
gliz, rosée, gall. gtvlith = %l-ic-t-; le rapport de glech à gliz rap- 
pelle celui de moy.-bret. hech, petite vérole, gall. biych, f. brech, 
tacheté, de diverses couleurs, v. irl. brec, à moy.-bi". briz, gall. 
brith; v. irl. mrecht, id, La racine de glec'h et gliz se trouve en- 
core : 1° dans gleb, gloeb , v. gall. guHp, v. '\r\. Jliuch, hun)ide 
^*vl-iq-iis, d'où lat. liquere (pour ''vliquere, cf. suadere, de ^sua- 
dus, suavis)\ pour le suffixe, comparez lat. antiquos, bret.-moy. 
heuelep, ie,\ = *sanmliqos , de hamd, heuel, semblable ; 2° dans gtau, 
pluie, gaW. gwlaw="vl-av-. Cette racine vl- est le degré réduit 
de vel, variante de ver, d'où grec ovpov, sanscrit wm, etc. (Slokes). 
Je doute (jue l'irl. ^esc soit identique à glec'h, gwlych, du moins 
pour le suffixe. 

Gleur, lueur; cf. illur, brillant, gall. eglur; v. br. Gluv, Drich- 
glur ffà l'aspect brillant n. 

Gleurc'h, pi. 0, gal6ttoire,en Trég., Gr. , auj. id.; de *glnerch 
= * gou-lerch, cf. gall. gohvrch, golyrchaid, boîte? Voir gou- 
lazenn. 

Gl^w, gleo, en cornouaillais manche de charrue, Pel., gall. 
llawlyw, id., de llaiv, main, et ,o7y/ii>, dirigeant. 



222 É. ERNAULT. 

Glin. Oar e daoïiUn (quelqu'un) à genoux, Ch, v. querzet; dan 
nou (et non non) ^/?/wom (plusieurs) à genoux, P i09. 

Gliz^ rosée (après glud, gleb), Ch,gliz pegluiz, Cm« ; gluizus , 
plein de rose'e, Cb. \o\r glec h. 

Gloasadur, collision, enem gloasaff f^enlrehlecer ri , Cb, \. pris- 

Gloèau, glonaihue, gleaii, gloàu. rare, van., Bev. celt., VII, 
3i4, gloahue, B. er s. 9 18, glouaihuë, Voy. mist., 3i, gloaihuë, 
U^, dim. glouaihuiq, assez rare, 127 = v. gall. ghiu, limpide, 
V. irl. glè, brillant, v. bret. -gloeu; gloiatou, g\. nilentia, gaul. 
Glevum, auj. Glow-cester; grec yXavHOS^ etc. On peut ajouter le 
bret. ar gloétwnn (m.), ar vloevenn (f.), pi. ou, van. gloûéûénn, 
ampoule, Gr. , gloaiuènn, pi. eu TA., gloûeuen, pi. gloûeuat, pus- 
tule, Ghal. ms. 

Gloir, gloire, Cms. L'expression française ttà la garde de Dieu» 
est devenue en breton tf à lu gloii-e de Dieu 11 : da chloar Doue, (tu 
vas) à la garde de Dieu , Troj. Moijses, 162, 178, en gloar ar guir 
Doue, (parlons) à la garde du vrai Dieu, 228; e gloar Doue, 
(laisse-moi) à la garde de Dieu, E. Rolland, Becueil de chansons 
populaires, iv, 25, str. i5. (Le P. Gre'goire donne bézii en goard 
Doue, Dieu vous garde.) 

Glosaff, gloser, gloseur, g. id, glosic, petite glose, C6. 

Glouher (Le), n. pr. = tf charbonnierTi , xv^ s., Chrest. bret., 
906. Le'on. ruz-glaou, rouge comme du cliarbon; van. gouaitt-gleu , 
ensanglanté, VA., goaid-gleu. Voy. mist, io3, goaidét-gleu , 109. 

Gloutonj, gourmandise, Cms; gloutoniaff, 1. crapulor, Cb. 

Glud, g. gluz; dre — conjointement, 1. glutinanter, Cb. 

Gluesquer, grenouille, Cms, entre gloir et glorifaff {i\ devait y 
avoir d'abord gloer, gloesquer); \ oir guescle. 

Gluizyffiat, Cms; gluzi/yat (et non -iat) ffannuelier», s. v. 
bloaz. 

Gneuiff, apparoir. G, gneniff, Cb, gueuiff, Cms. 

Goa, g. desconfortement, 1. ve interiectio, Cb. 

Goabienn (petite anguille), Cms, gab-, 1. hec gabio, gabio- 
nis, Cb, gobien, Ce. 

Goacat, être mou; amollir; goacyc rt un petit mol 55 (un peu 
mou), Cb. 

(Goachat); gouachat, crier comme les petits enfants. Nom. 216. 



GLOSSAIRE MOYEN-DRETON. 223 

Goadyia, P. 'îGo, ne peut répondre au moderne gaodisa, se 
moquer (du ïi: gaudir), surtout à cause de son z, cf. Bev. celt., 
XI, 350. Je pense qu'il laut lire ce vers : Den crez,goa deza dyouz 
a rez, litt. tr homme avare, malheui* déjà à cause de ce que tu 
fais-o, avec une première rime intérieure de crez avec dez{a). Voir 
Dkt. étijm., V. de'ui. 

Goagronenn, g. polocier, C/hs, entre goagrenn et goalchajf; 
tréc. grègofinen, prune sauvage, Gr., pet. Trég. grocgonen, td., 
ïrl.fraechdn , ai relies, /?'apc4, bruyère, de ^^vvoicâ = grec é{f)psixr}. 
La forme goagronenn a subi une métathèse. Cf. Rev. celt.,\[\, 
3i5, 3i6. 

Goalamn, auel — , Cms, miel galern , vent de galerne, 1. sep- 
tentrio. Ce, auel gualemn, Cb; goaïorn , goalern , nord-ouest, Gr. 
(guaiern, Ca) , gwallani , vent de nord-ouest, Pel.; le même auteur 
donne aussi Gwalez rtle vent du nord, ou en ge'ne'ral tout mau- 
vais vent^'', qui paraît répondre au gall. gogledd, nord (de gtio- 
et cledd, bret. cleiz, gauche). 

Goalchadur, souleté, 1. saturitas, goalchtet, soulele', 1. satie- 
tas, goalchus, soulabie, i. satiabilis, Cb. 

Goalchet, lavé, 1. lotus; goalchadur, laueure, 1. lavatio; goal- 
cheres, lavandière, Cb, golfez, battoir, Cb, Ce, goulclddigaez , 
ablution, Cms [guelchijf. laver). Voir gninhen. 

Goalen, veige, Cb, v. guini/enn; pi. goalennier, verges, v. lestr, 
goualinner. Nom. 9G, voir dispingiiens ; goalennec, 1. vibicosus, 
plein de verges; goalennic, petite verge, Cb; goùalennat, aune, 
Nom. 3 11. 

Goallecat rrdesprisem, 1. negligo, Cb. Van. a pe lioalle, quand 
(cela) manque (et non tr manquait ^"i). 

GoxM., gouam, (sans article), la femme, parlant d'une femme 
mariée, en terme de mépris ou de raillerie, Gr. ; femme en gé- 
néral, dans l'argot (breton), Gr. ; gwamm, Gon., Trd.; gouam 
neuez eurenget, la nouvelle mariée. Nom. 12, gouam, paillarde 
327; gwam, pi. gwammoH, gwammet, courtisane, femme débau- 
chée, àim. givammig,ip\. gwammouigou, Dict. de Coëtanlem; = go[[i. 
vamba, utérus, cf. moyen li.-allem. wempel, v. gall. gumbelaiic, Rev. 
celt., II, lui; dans Targot trécorois de La Roche givammel, femme 
mariée, etc., Rev. celt., VII, hU; de là le haut-brelon couamelle, 
bavarde, Rev. celt., IK, 3^0, 371; vendéen goimelle, femme dégin- 
gandée, Mém. de la Soc. des antiquaires de l'Ouest, XXXII, 11, i5i. 

GoAN, faible, Gr., gwân, menu, délié, grêle, (tige de blé) 



ti^/l É. ERNAULT. 

Irop fnibie; vatin. id., Pel.; cornnuaillais g-«;r(«efi, mou, souple, 
pliant, Pel.; gall. i>rcan, faible, délie'. 

Gonnoff el poignant , lout vng, Ca, poignat, Cms; rauteur pen- 
sait à fêlre poignant ti, ou à une variante de poingnajf, \. pungere. 
C'est sans doute le sens originaire de goanajf, châtier, tour- 
menter, ^«ja»/?, presser, affliger, châtier, Pel.; au lieu du gall. 
^wan, faible, j'aurais du comparer le gall. gwanu, piquer, percer. 

Goap, goah, moquerie, dérision; goapadur, provocation, Cb: 
goapaer, moqueur, v. richinaff; goapaus , mot|ueur, goapet, mo- 
qué, Cb,goapnet, Ce. 

Goarant, me en — , je Taffirme, je l'assure, B 5 69. 

(Gortrec), gouavec, an euf, gouarec an glao, arc-en-ciel, iNom. 
219. 

Goarniset, garni, Cb. v. ianl, goarnison, garnissance, l. mu- 
nitio; garnison, g. id., 1. munitorium, goarnissadur, garnisse- 
ment, Cb. 

Goas, ï.goases, serve ; goasic , petit serf \ goaso)iiez , servitude, 
Cb (gall. gwasanaeth). Par suite de l'inlluencc du pluriel double 
de goas, moy.-bret. guysion, van. gùïzion, de guys- = gau\. vassi 
-\-- -ion ^ -iones (cf. gall. mab, fils, pi. meib, et meibion, bret. mi- 
bien), gùiss est devenu un singulier en vannetais; voir degrez. 
A cette forme se rattache gùisiguiah, servitude, vassalité, gùizi- 
guiah , f. pi. eu, vasselage, hommage, TA. (cf. bugaleach, en- 
fance, plus usité que bugeliach; le second pluriel bugaleou, Çr., 
Trd., faisant parfois traiter /)M^a/e, enfants, comme un singulier). 

Goascajf. goascluiff, goschaff, étreindi'e, Cb, goastajf, g. des- 
trains, 1. destrictus, Cms, goaschadur, étreinte, Cb, gouascadur 
teu, jus épais. Nom. 978, cf. goasqedenn, coulis, Gr. Gwaska 
veut dire tousser, dans quelques cantons des Côtes-du-Nord. C'est, 
je crois, à cette racine qu'il faut rapporter le hrel. goasqadenn 
var an héaid, var al loar, f. éclipse de soleil, de lune, Gr. (cf. 
j«?rasc«f/e/i, défaillance, angoisse, Ve\., goasqadenn, entorse, Gr.), 
plutôt qu'à goasquet, abri, proprement ombrage, qui donnerait 
une interprétation plus scientifique que populaire. Deux des sy- 
nonymes donnés par le P. Gi'égoire se rattachent au même ordre 
d'idées : mougadenn en héaul, litt. rrétouffement dans le soleil^; 
f'allaihin hi héaul (indisposition, défaillance). Quant à tevalder var 
an héaul = lénhhres , obscurité sur le soleil, c'est une description 
et non une explication du phénomène. Notons qu'en breton l'idée 
d'obscurité ne se montre jamais dans le mot goasquet, etc.; le v.- 
br. guascotou veut dire r ombrages frais -n, il giosefrigora dans le 
passage de Virgile mmbras et frigora captantT». 



GLOSSAIRE MOYEN-BRETON. 225 

{Goasquet, abri); v. hr. guascotou et non goa-; \o\r goascaff; 
vann. goûasqedenn, abri, Gr. , goasquedennein , abriter, ombra^jer, 
Voy. mist., 80, cf. 53. 

Goastaff Kàegaster follement t), Cb, \. prodic; goastadur, des- 
truction, degastement, i. consumptio, goaster, gasleur, 1. de- 
populatoi-, CI), go asteur, gasteur, dissipeur. Ce. — Goasteller, ({iii 
fait les gâteaux, Cb. 

Goat, sang; nep a car goadaf, celui qui aime effusion de sang, 
Cb; goadeguen, boudin, v. laez. Pet. Trog. goadafi ra i dent, en 
français du pays «ses dents saignent 77 = l'eau lui vient à la 
bouche, il en a grande envie. 

Goaz pe gonzoch, pire, plus mauvais; an goazajf, très mauvais, 
Cb; goazhet bell, quel cruel desastre, P 265, dans cette strophe : 

1. Drc an dra nian hanvel[,] {roazhet bell[!] 

Myl conscyancc so en braiicel ; 

Goal soyngaff mervd ez fellont [;] 

Eynn guenn ho oni hastenii quenlral, 
5. Hac a clal quen scaff han afTnat, 

Quen coz hac ho tat ne palhont. 

J''ai ajoute' trois signes de ponctuation; je suppose, de plus, 
qu'au vers 4, Eijnn doit se lire Y enn. Je traduirais en consé- 
quence : 

1. Par celle chose que j'ai nommée (l'avarice), (]uel cruel désastre! 

Des milliers d'âmes sont agitées; 

Faute de penser à la mort, elles prchent; 

Eux (les avares) dans [des draps] blancs s'étendent bientôt 
5. Et tombent malades, aussi faibles que la brebis; 

Ils ne vivront pas si vieux que leur(s) pcre(s). 

La cupidité est en effet désignée deux fois à la strophe 203 : 
dans Pep dez cremj, lisez crezny ff avarice 15, dont la première syl- 
labe fournit ici une de ces rimes intérieures surabondantes que 
recherche l'auteur; et plus loin, dans dre splcl convelys te par l'effet 
de la convoitises. Pour cet emploi de hanvcl, nommé, cf. Sainte- 
Barbe, str. 6, v. 1. Il paraît y avoir dans celte strophe <|ue nous 
étudions une réminiscence de saint Luc, c. xii, v. 90. 

La synérèse Y enn en une seule syllabe est conforme aux ha- 
bitudes de la versification du moyen-breton, et eu particulier du 
poème dont il s'agit [Buhez mabdcn); cf. duy an, str. aSo, v. 2 ; 
pa ez, 2 3 1, V. 6 ; so a, 2 33, v. 3, en unesyllabe; a azwa^e, 3 syll., 
935, V. k, etc. 

Goazhet (( combien mauvais n, est identique au gall. gwaethed, 
id., et cf aussi mauvais s; il se rattache au comparatif irrégulier 
goaz crpires, comme guelhel «combien bon^ à gmll « meilleur ^v 

MÉM, LING. vil. 1 •'î 



226 É. ERNAULT. 

Le breton moyen ne présente ce suffixe exclamatif -et que dans 
un troisième mot, cazret, caezret, caezrhel, combien beau. Un 
autre indice du peu de vitalité qu'avait ce suffixe dans les dia- 
lectes du breton moyen qui nous ont laissé des documents en 
texte suivi, c'est que ces adjectifs viennent toujours immédiate- 
ment avant leur nom, qui est toujours monosyllabique, et qui 
toujours termine un vers; leur suffixe -et fournit donc la rime 
intérieure. C'est visiblement la cause qui faisait avoir recours à 
une forme tombant en désuétude. 

Le contraste est frappant entre ces faits et ceux qui se passent 
en vannetais moderne. Ici le suffixe -et est parfaitement vivant; 
il s'ajoute à n'importe quel adjectif, et se prête à des formules 
variées. Ainsi voici des exemples du correspondant de crtzret : caèrret 
ur mélodi, quelle belle mélodie, Guerzenneu eid ol er blai, Vannes, 
i8Gi, p. loi; Mrt caërret un nehuétet, ô quelle belle nouvelle, 
106; cairéd unn dra, quelle belle cbose, Dictionnaire de VA., s. v. 
que; na caërret ur santimant, oh! quel beau sentiment, Buhé'er 
sœnt, Vannes, 1889, p. 21; cf. ia6, etc. Voici d'autres exemples 
de ce suffixe, pris d'abord aux premières pages du même ouvrage: 
nac amiaplet, na caërret-é er vertu.. .1 Oh! que la vertu est 
aimable , qu'elle est belle ! 9 ; eurusset ur stad, quel état heureux , 
182; na brasset léhuiné en dès, quelle grande joie il a, io5; nac 
agréaplet e vehé de Zoué ur satisfaction èl-cé, oh ! qu'une pareille satis- 
faction serait agréable à Dieu, 96; na doucet-é merhuel en ilis, 
oh! qu'il est doux de mourir à l'église, 1 3/i; aoantajitsset, neces- 
sœrret, 3/i, amiaplet, combien aimable, 20; decriettet, combien 
décrié, 82; calettet, combien dur, 60; hihannet, couibien petit, 
182, et adverbialement : hihannet e comprenamh-ni , que nous com- 
prenons peu, 108, etc.; lourtœt é homb-ni hum drompét, que nous 
nous sommes lourdement trompés, Voy. mist. 118; quirrœt é 
coustét teign, qu'il m'a coûté cher, i25; caërrœt, combien beau, 7, 
8, 106; peurrœt, combien pauvre, 8; na hrassœt urfoUeah, quelle 
grande folie, 72; malheurussœt tud, quelles malheureuses gens, 
85 ; marveillussœt , combien merveilleux, 83 ; doucœt, combien doux , 
1 1; cummunœt, combien commun, 8; scannœt è er y nu a the lezèn, 
que le joug de ta loi est doux, 7^; miseraplœt ur guœr, oh! 
quelle ville misérable, 127; terriplœt ur hombat, quel combat ter- 
rible, 71; horriplœt, 66; tristced ur circonstance, 22; hùéquœt, 
combien doux, agréable, 80; truhequœt, combien misérable, /12; 
bihanniquœt è, qu'il est petit (le nombre ), 81, du dimi- 
nutif bihannic; caeret é, qu'il est beau, soted é, qu'il est sot. Chai. 
ms., V. que, sodet é v. sot, terriblet é ur jotad rr c'est là un vilain souf- 
fletai, V. soiifflet ; falléd ul livre liani, le mauvais livre que celui. . . 
l'A., s. V. casuiste; na bràhuet ha coant é-ous crque tu es belle et 
que tu es agréable ii, Celtic hexapla, VII, 6; etc. 



GLOSSAIRE MOYEN-BBETON. 227 

On ne peut cependant pas affirmer que l'emploi du suffixe 
exclamatif -et en moyen-breton soit nécessairement un archaïsme 
ou une imitation du vannetais. Car le dialecte de Tréguier s'en 
sert quelquefois : on lit euveret eur c'halei, quel calice amer, De- 
vocion (Tar galon sacr a Jésus, p. 98; voir euver, bet nary. Le Bri- 
gant, qui ne savait que le trécorois, cite cette terminaison -ed, 
dans ses Elémens de la langue des Celtes, 1779, p. 25, et eti donne 
pour exemple néapled (de néabl, qu'on peut filer). 

Une des façons de rendre ces exclamations consiste à mettre 
l'adjectif au superlatif (en a); aussi s'est-il produit en tre'corois, 
du me'lange des deux terminaisons -a et -et, une forme intermé- 
diaire -at, -ad, qui n'a que cet emploi : ho carat eur mirac, oh! 
quel heau miracle, ms. du mystère de saint Devy; cf. Bev. celt., 
IV, 1^5. Une chansonnette populaire bien connue à Pléhédel et 
commençant par Pasepïe karo (passe-pied carre') contient ce vers : 
kaerant e më (Un, que mon homme est beau! On prononce aussi 
kaeret e. 

Je suppose que c'est par suite d'une analyse instinctive de -ad 
en -a -[-.f/' = da , préposition , que se sont produites des expressions 
exclamatives comme kaera da ur mirakî, copie du ms. cité plus 
haut, faite par M. Luzel, vers 1706 (0 kaera ur mirakl, v. 16 3^), 
orrupla da un den, quel liomme horrible, v. i253; cf. en dehors 
du superlatif, meur da galon a gra diez, que de cœurs elle met 
en peine! G. B. I., I, k^6;pebeuz da estlam, quel effroi! 60, 66. 
On dit en petit Tréguier gwasad h tom et gwaset h tom, il fait ter- 
riblement chaud! Gwaset est exactement notre goazhet. 

L'e de la terminaison exclamative -et reste intact à Sarzeau, 
au lieu d'y devenir *iet, Rev. celt., III, 235; je n'ai pas trouvé 
d'exemple de ce suffixe dans le dialecte de Batz, où il serait 
peut-être *eit. 

La terminaison -et est traitée en vannetais comme les autres 
suffixes de comparaison -oh, -an, et comme la terminaison ver- 
bale -at, c'est-à-dire qu elle fait ordinairement doubler la con- 
sonne finale, si c'est l, n, r, s, t, changer -bl en -pi, etc. ; bihan, 
petit; bihannoh, plus petit; bihannan, le plus petit; bihannet, com- 
bien petit; bihannat, devenir ou rendre petit, ou plus petit, etc. 
C'est l'effet d'un h qui s'est développé avant ces suffixes, et qui 
provient sans doute de l'accent dont ils ont été anciennement frap- 
pés ^ Cet h est souvent écrit en moyen-breton. En gallois, les 
consonnes finales se changent de faible en forte, devant la ter- 
minaison -ed = moy.-bret. -{h)et, vann. -et. Cette circonstance 



i CVsl l'explication de M. Rhys; d'après une conjecture de M. Thurneysen, 
les superlatifs comme vieux comique hinham , hrel. moy. henajf, le plus vieux, 
viendraient, non de *{sen)-amos , mais de *(senyismms, 

i5. 



328 É. ERNAULT. 

permet de reconnaître noire suffixe {h)ct dans la forme trc'coroisc 
hennaket rr quelconques (G. B. I., I, 53o, 565, etc.) de hennak, 
pennac, id.; (oute combinaison avec un suffixe -el eût donné *ben- 
naget, cf. eguet. 

Th. Aufrecbt a, en i856, identifie' le suffixe gallois -et, -ecl, 
qui marque soit IV'galite', soit Texclamaliou, avec la terminaison 
sanscrite -val, qui exprime l'idée de similitude ou de ressem- 
blance (communication à la Philological Societij de Londres, citée 
par le Rev. Th. Rowland, A grammar of the iveish langnage, 
3" édit., Bala, i865, p. 62). Mais on attendrait phi tut, en ce 
cas, *-guet, *-wed. 

Ch. de Gaulle a signalé, en 1867, l'identilé du suffixe gallois 
-ed et suffixe vannetais -et [Société d'émulation des Côtes-du-Nord. 
Congrès celtigiie international tenu à Saint-Brieuc en octobre 186 j. 
Séances. — Mémoires. Saint-Brieuc, 1868, p. 2 56). 

M. Rbys a proposé de voir dans cette terminaison galloise 
-(h)ed le correspondant du comparatif d'égalité irlandais -ither 
ocus, -ither f ri, où -ther n'est autre que le suffixe celtique *-ô-teros 
= grec -6-TSpos : ainsi le gallois leced ff aussi beaun viendrait de 
*teg-hédr, comme hrawd tr frère w de *brawdr [Lectures on welsh phi- 
lology, 2* édit., Londres, 1879, p. 281, 232). 

M. Lotli a traité du suffixe vannetais et gallois -et dans les Mé- 
moires de la Société de linguistique de Paris, f. V, 1882, p. 20, cf. 
Reo. celt., XI, 906, 207; il l'identifie avec celui du vieux gallois 
pimphet, cinquième, etc.; caërret ff combien beaun serait propi'e- 
meut un superlatif. 

L'étymologie de M. Rbys, qui a été appuyée par M. Stokes, 
The neo-celtic vcrb subslantive , p. 27, me paraît plus satisfaisante 
au point de vue de Fliistoirc des sens. De l'idée du comparatifde 
supériorité on peut aisément passer à celui d'égalité, et de là à 
des formules exclamatives. Ainsi nous disons en français : ff Pierre 
est plus grand que Paul r) = fr Paul n'est pas sî'^rrtwr/ que Pierre w; 
cf. ff Pierre est si grand Iv tr Pierre est grand comme PauN; cf. 
ff Comme Pierre est grand ! i^ 

De même, en breton, ken peut, avec l'adjectif au positif, 
exprimer aussi bien le comparatif d'égalité que le superlatif 
d'exclamation. En allemand, tvie rend à la fois ces deux idées, 
et de plus il s'emploie, dans le style familier, après un coiiipara- 
tif de supériorité, etc. 

Mais au point de vue phonétique, il y a (juelque difficulté à 
tirer le gallois /ercr/fc aussi grand ^5 de *teg-hédr. (îar, si cette chute 
de l'r peut se justifier par les mots gallois braxvd ff frère ti , amf/ 
tf charrue 15, elle ne se comprend pas si facilement en breton, où 
l'on a hreuzr, auj. brciir, vann. brer, vX arazr, auj. arar, uler; on 



GLOSSAIRE MOYEN-BRETON. 229 

allcndrait donc en celle dernière langue *cazrhezr, *cacrrer ff com- 
bien bcauT), de * cadrai' ros, et non pas cazret, caezrhet, caërrei. 

Je crois que cazret, caezrhet, vienl de *cadrhéter, par suppres- 
sion de la dernière syllabe -er, comme le bret. nioy, el inod. proJJ, 
offrande, offrir, vient de ''profer, lai. profero. Voir autel, Kirin, 
manier. 

D'un autre côté, la première voyelle de l'irlandais -ither, seule 
restée dans le gallois -ed et le breton -het, s'e\plique-l-elle suHi- 
samment par un ô? Cela est douteux. Il semblerait plus naturel 
de partir de*-iteros, dont Yi pouvait s'appuyer : i° sur des tbèmes 
eu i, cf. V. irl. méit, grandeur = *manti, mêlilher, plus grand = 
*mantiteros; 2° sur l'autre suffixe du comparalil", v. irl. -in, plus 
tard -i; le rapport des synonymes irlandais lériu et lérilliir, plus 
zéie', de léir, rappellerait celui des mots grecs comme à^slvwv et 
àyiSivôispos , etc. 

Le sens premier de goazhet =*vact-étei- a donc e'ie ffpire^i 
= brel.-moy. et mod. goaz tr pire 15. 

Puis on a d'û^quen goazhet, littéralement cr aussi pirew, au 
lieu de-(pien drouc r aussi mauvais ^i, en réunissant l'expression 
des deux comparatifs, d'égalité et de supériorité; *quen goazhet est 
absolument analogue au breton modGvnc ken goaz t aussi mau- 
vais57 et trsi mauvais, tellement mau^ais^, littéralement rfsi 
pirew : qengoas gouli rc plaie si terrible (([ue. . . ) 11, Kicou, Fables, 
p. 117; comparez encore brel. mod. herhent, aussitôt, litl. tr aussi 
plus tôtw , et kelliez, aussi nombreux, litl. tf aussi. [»! us nombreux 55; 
V. gall. morliaus, gl. quam multos! litl. ce beaucoup plus nom- 
breux w. 

Enfin goazhet a pris, à lui seul, le sens de *qiien goazhet ffsi 
mauvais I combien mauvais !ti Le même pbéuomène se montre 
clairement dans le bret. nioy. coids, couloux, auj. louis «aussi 
bien, aussi bomi, qui vient du synonyme kerkouls^. En français 
familier on dit également cfgros que car» pour cr aussi gros que 
celais. 

Goazennic, petite veine, goazennus, plein de veines, Cb; 
goazredenn, ruisseau, 1. riuulus, Cb, gouzredenn, petite eau, 1. 
undula, v. dour; goazz tr ruisseau», Cms; goacdour, i. scalebra, 
scatiirigo, entre goacol el goadaff, lis. goaczdoiir? Goazenn an deiz, 
aube du jour, Cb, Ce, v. niintin, goazenn an-héaul, rayon de so- 
leil, (ir. «A Sarzeau, on dit goareden, goareten 11 (ruisseau), (^bal. 
ms.; van. goah, pi. goahégui, f. marécage, l'A. Voir Chrestoin. bret., 
206. 

' Ce mot signifie litléralement ficquali cursiDi; d'autres composes de ce 
genre, avec un nom, sont keit ctaussl longuenicnlTî et «aussi long*', nioy.-href. 
(luchit, gall. cijhyd ; kcmput «aussi grandement, aulant'i et «aussi grand •?, nioy.- 
Ijr. qniineiU, gall. cyintnaint. 



230 É. ERNAULT. 

Godell, panetière, Cb, v. bara; godel, pochette, Nom. 119, 
auj. poche, f. ; gôd, cod, le sein, i'inte'rieur des habits sur la poi- 
trine, Pel., gall. cod f. sac; cf. angl. cod. 

Goel, fête; cf. gouliat, ébat, Maun., gouliat, gweliat, gwiliat 
tr danse sur une nouvelle aire^^, Pel.; vann. gouiliadeenn , feu de 
joie, l'A., pi. gouiliadœnneu (feux d'artifice), s. v. artificier; v. cor- 
niq. guilat, joyeux. 

Goeladur bngale frpleurement d'enfants i:, Cb, v. garm; goe- 
lann, g. canias, 1. idula, Cms; goelus, plorable, plein de deuil, 
\. plorabilis , luctiiosiis, Cb;goelnan, gokian, pleurs. Ce; goeluanus, 
pleurable, plein de lamentation, Cb. 

Goestl, gaiges, ostaiges, 1. obses, Cb,goesta, Cms; goesthijer, 1. 
stipendarius , Cb. 

Goez guimjenn, vigne sauvage , C^,- gouez (olivier) sauvage, Ce. 

Goezren, maladie des yeux, Cms. 

Goezuaff, matir, flétrir, Ce. 

Gojf, go bihan, petit feuure, Cb, pi. gneuing rr mareschaux n , 
Nom. 229, giiefin , à la table , gaW.gofaiut ; gouelic , petite forge , Cb. 

Goyunez, vœu, pour *gwo-ixinez; cf. gall. eidduned, vœu, v. br. 
edeiunetic gl. desideratrix, Ediuvet n. pr.; Adiune. . ., inscr. de 
Gr.-Bret. , etc., Rev. celt., XI, 359, 353. 

Golchedenn march, g. panne!. Ce; golchet poent (courte-pointe), 
Cms, Crt (et non golchet poente). 

Golo, couvrir, couverture (délit), Cb; — apep lu, de toute part 
couvert, v. treijf, goloet couvert, v. toenn; goloadiir, couvrement, 
1. operimentum , Cb [gueleijf, couvrir). 

Golou, lumière. Dez mat— bien le bonjour, B, N; cf. bemdcz- 
choulou, tous les jours que Dieu fait (luire), Kanaouennou santel, 
18^2, p. 195. Prejf geuleuyat , ver luissml, Cj.b, gue-, Ce; gueleuij, 
briller, Crt , v. glou. 

Goluann, passereau, Ca, golvan, dim. goluannic, Cb; -van, 
-ven, id. , pi. giielvin, Gr. , pi. pet. Trég. goîveni; v. br. golbinoc, 
gl. rostratam; v. gall. gilbin, gl. acumine; corniq. gueluin, iri. gui- 
ban, gulpan, bec. 

Gonn, truie, BSqS. Le Dictionnaire du vieux langage français , 
de Lacombe, Paris, 1766, porte r^Gone ou Gore, truycw; cf. 
rGo7ie, s. f. Gonée, adj. f , femme mal vêtue, méprisabh;; per- 
sonne mise sans goût^, en patois du Jura, Mémoires de la Société 
royale des Antiquaires de France, t. VI, Paris, 182/1, p. 1 58; gogno, 



GLOSSAIKE MOYEN-BRETO>. 231 

truie, dans la Creuse, iribourgeois goûna, E. Holland, Faune 
pop., V, atG; gonelle, c'est une injure, goition elgoignon, cochon, 
Borel, 5oG; vau. gonne, charogne, l'A., cf", gown, Shakespeare, 
Henri V, acte III, se. m. 

Gopra, goprajf, louer, souldoyer, I. stipendio; gopraer, soul- 
doyer, 1. stipendarius , Ch, -neur, Ce; gopryc, petit loyer; goprou, 
loycis, Cb. 

[Gor, furoncle), gorus, plein de clous, Cb; yar goreres, peltiny 
a, ve è gorr, poule qui couve, Nom. 89. Voir giiyridic. 

Goret. La phrase citée par D. Le Pelletier est ainsi chez le 
P. Maunoir, Dict.fr.-bret., s. v. mais : ne hallân goret andrase, je 
n'en puis mais. 

Gorgaff dour dom, gourt deaue profonde, 1. gurges, tis, Cb du 
fr. gorge; y oiv finesaff. 

(^Gortos) , gourtos , attendre, Cb, dans les ^or-; gourtosediguez , 
ff attente désirées, Cb. 

(Gou), gouyadyc, petit menteur, Cb. 

Gouaffhat, hiverner, I. hiberna; gouaffyc, petit hiver; gou- 
àffus, g. moyson dyuer, I. hoc hibertium, ni, Cb (ce mot ue peut 
pourtant être qu'un adjectif, voir guerchus); gouauajf, hiverner, 
Nom. 190; gouaffiiec (fruits) d'hiver, 66. 

Goudese, après ce, Cb. 

Goudoer, petit lit, Cms, après gobr. Cf. mod. goudor, abri, et 
gall. y nghodo, à couvert. 

Gouel lestr, voile de navire, G. 

GouEN, race (de chiens, etc.). Nom. 3o, goûen, 3-2 1; race, 
a oûen mat, de bonne race. Chai, ms, a-chouen eo deza, il tient de 
race, Perrot, Manuel, livre de l'élève, p. 7^, etc., v. bret. coguenou, 
gl. indegena, iri.Jine, auquel on a compare' le v. h.-allem. wini, 
ami. Cf. Rev. celt., VIII, 5o^; XI, 353. 

Gouher, riuulus, Cb, v. riuyer; goiier, tir hoûer, pi. gouerieu, 
goereu, ruisseau. Chai, ms, etc., gall. gofer, de*vo-ber- = VTtotpé- 
pofiai, cf. Rev. celt., VII, 3 12. 

Gouhez, bru, femme de frère, 1. glos, Ce. 

Gouhinaff, engayner, 1. vagino; gouhiner, gaynier, 1. vagina- 
rius, Cb. 

GouLAR, fade, insipide, et en le'on. amer, Pei., auj. id.; peut- 
être un doublet de clouar, tiède, pour *glouar == grec yXiapôsy ou 



232 É. ERNAULT. 

Lien un correspondant du gall. *golar tfun peu doux;^, de gwo- 
et llar. 

Goidazenn, iatte, C; van. goulahcnn, l'A., glounhenn, Gr. , de 
*vo-slaU-; cf. van. ghestr , ur gloestr, un vase, Chai, ms, s. v. 
cloistre, = glustr, Boquet- lis Vannes, iSSa, p. 3, pi. ghtstreu^ 
B. er s. 90; gloiiistr guiguen, batterie de cuisine^ Chai, ms, de 
*goidestr, et v. br. gufor, petit four, etc. Voir gleurc'h. 

Goulcnn (recherche), Ch, v. encerg; gouîlenn, demander, v. an- 
clinaff; goulenner, demandeur, reque'reur, v. mennat , pidiff; gou- 
lennic, petite demande; goulennidiguez , indagation. Ci. 

Goulfenn, 1. Gohinus, Cms, Ca, Ch; Goulchen (ap. goidenn), g. 
Gouin, 1. Golidnus, propriimi nomen, Ce; voir Ghrest. br., 2to. 

Goidi, plaie, Cms, goidiaff, -hjaff, blesser. Ce, goulier (qui 
blesse), goulyic, petite plaie, goulius, plein de plaies, Cb. 

Goullo, vide, Cb (dans les gol-), vague, v. treiff; -et, vidé, inf. 
gouUonder, Cb, golloenter, Cms; gouUous, épuisable, vidable, Cb,. 
v. puncaff. Pet. Trég. eur chamet goidou, un pas dans le vide, un 
faux-pas, et fig. une be'vue; eur veach choidou, un voyage inutile. 
Pour la formation de goullo, cf. Irëc. ddlo, actif, diligent, Trd., 
Moal, proprement tf expeditusw, moy.-hr. dUloeet, ddloùt, délié, 
inf. (Ulloenter (gall. gollwng et dijllivng, lâcher). Ces mois armori- 
cains ont // venant de Id, si, comme en grec â-XXnn-TOS. 

Goultrcmi (fanon de taureau), Chjî. La variante goidtenn est 
sans doute plus ancienne; pour raddition de IV, cf. léon. bcnl- 
trin = fr. bidletin (E. Rolland, Beciied de chansons populaires, IV, 
35 , str. 1 3), etc. Il faut séparer ce mot du vannclais Colette, fanon 
(de bœuf) l'A., qui vient du fr. collel; peut-être gouîlenn a-(-iI 
signifié d'abord « touiïe de poils», et vient-il de *guolt„ chevelure, 
gall. givallt, ir\.folt, d'où v. br. guoliat, gl. comata. 

Gmimon, goémon, Ca, Cb, Ce; c'est une manière d'herbe qui 
tient aux rochers à la mer. Ce; v. u\.fiamuin. 

Goun, gond, ii\)vès goum , Cms, Ce; gon, même place, Ca, Cb. 

Gounj, fils de neveu ou de nièce, 1. pwnepos, Cms, entre goun 
et gounidigaez; goarntj; an trcde — \o tiers neveu, 1. ab)iepos,Jilius 
pronepos, Cb; gourmj, Ca (et non gourmi/ ; méuie place). L'auteur 
primitif [)ensait à un mot gou-ni = petit- neveu, qui a été rem- 
placé par gour-ni, proprement tr grand nevemi (cf. l'angl.) : 
gourniz, Pel. id., van. goumij, Gr, 

Gounit, gagner, gain; -idée, lucratif, gagnant, 1. hcrosus; gai- 
gneux, — en douar, cultiveur de teri-e, Cb; -eue dan douar; gouni- 
deguez, cultiveure faite en teiTe Ce, — an douar, Cb. Van. me ounias 



GLOSSAIRE MOYEN-BRETON. 233 

ar nchi d'em gortoz, j^a lui persuadai de m'atlendre, j'obtins d'elle 
qu'elle m'attendît, Voy.mist., 5 -y. 

GouPENER, oreiller, sait goiipener, souille d'oreiller, Chai, ms. 
(c'est ainsi qu'il faut lire, Rev. ce//., VI, 38y), de *goiibennez, 
^aW. gobennijdd; v. corniq. gubeiinid = *vo-jjen)i-io-. 

Gour, cordon, dans un aveu de i5o'? e'tudic' par l\î. de la Vil- 
lemarque', Bulletin archéologique de V association bretonne, 18^8, 
p. 21 5 (voir pssom); gor, ni., cordon, même corde (|ui sert à en 
faire une plus grosse; corde de paille dont on fait les ruches, et 
certaines corbeilles, Pel. 

Goiirchcmen, gourchemennajf, commander, gourchemennabl , 
commandable, gourcheménner, commandeur, f. -ez, commandc- 
resse, 1. imperalrix; gourchemennidiguez , indition, annuncia- 
tion, }. inditio, iussio; gourchemennus, commendatif, 1. comnien- 
dalicius; gourchcmcnt , commandement, Cms, v. empalazr, Cb, v. 
dec; e ckourchemen, (recevez) ses compliments, Traj. Jacob, 88. 

Gourd, roide. Ce. 

Gourdrous, menace, pi. ou Cb , goudroiisou , Ce. 

GouREM, ourlet, bordure, Pel., Gali. gwnjm. 

Gouren, lutte, Ch. 

Gowrfaulerccat , ahoaàer=gour-\-*pauter i^our*paut-der, multitude , 
nom tire'dcradj.jOfflOMiet== \éon. paoder, paodder, m. Gon. ; -\—ecat, 
cf. moy. br. bresel-ecat, guerroyer, heiielebecal, ressembler, teste- 
niecat, tcnnoigner, comjmignunecal , accompagner, dereadecat, con- 
venir, autroniecat, dominer, de *auironi = gall. athroni, philoso- 
phie, d'où aihroniaeth, id., f. , moy. br. autroniez, seigneurie (voir 
autrov). Le sullîxe -ecal s'est formé de la soudure des deux termi- 
naisons -ec (d'adj.) et -at (de verbe); cf. triigar et Irugarec, misé- 
ricordieux, trugarecal, avoir pitié. 

Gowfenn, une fin, Cms. 

Gourfoidlet, cahoté, meurtri, Bk-]lx; van. gourfoulein, chidbn- 
ner, Gr. , gucrfoulein, Gr. , -ein l'A., groufoulein, id., Couler, Chai. 
ms., du V. fr. gourfouler, goutfoler, frapper, battre; cf. Du Cange, 
s. V. ajfolare 9. Le mot existe encore en haut breton : M. A. Le- 
roux explique gourfoulé par tf meurtri, ou plutôt durci par un 
frottement prolongée. 

Gourhedaff, étendre les bras, Cb, Ce. 

Gourheet, Cms, 1. hmiosus, Cb (ladre), participe dagourhea, 
devenir ladre, Gr. 



23^ É. ERNAULT. 

Gourhiziadur, hennissement, Cb, -zyat, hennir, Cms. 

Gouris, ceinture, ceignement, Cb, pi. ou Nom. 3 12. 

Gourlaii, mousse de eau, 1. mmcus, Cms, après gourm; gour- 
leû, Cb. 

Gourmandis , gourmandise, Cb, v. gloutony. 

Gourre, au-dessus, 1. hec superficies; pinaculum, sommet; an 
— a vn heom, 1. cinu^s, ni, la souimette du heaume; oar — Cb; 
gourreun, lever, Cms,gouren, ^.gourroet, Cb. M. Stokes a lu un g 
au-dessus du lat. extollit, The breton glosses al Orléans, 2"^ éd., 
p. 62 ; c'est peul-èLre Tiniliale de ce mot, cf. gurre (et non gorre) , 
gi. fulciuntur. Oar gourre, dessus, par-dessus, Cb, v, lacat, oar 
ourre, v. bezaf, Ce, v. treijf; gourenni, lever (ma tête), Traj. 
Moyscs, 236, goureomp, élevons (nos voix), 237. 

GouRRENN, f. sourcil Trd., gouren Gr. , pi. ou, de gour- et 
*grenn, anc. gall. grann, cil, paupière, v. irl. grend, barbe, 
moustache, v. Ir. grenon, etc. [keltoromanisches , 6^). 

Goursez , tard , Ce. 

GouRVENN, envie, haine, rancune; regard fier; gourvemius, en- 
vieux; gourventus, dédaigneux, Pel. , gall. gorfyn , gorj'ynt m. envie 
'\v\. formad m., id. , composé analogue au grec v-nepiievtjs , inso- 
lent. 

Gouruez, gésir; gouruez, couché. Ce, 1. cubitus, a, uni, Cb (adj. 
tiré par apocope du part, gouruezel, voir ackubi, coiiyornn); gour- 
uezus, gisant, Cb; van. gonruéein et, par une double métalhèse, 
him gouiurein erse vautrera, Chai. ms. 

Gousifyat, épieu, C, dans les gous-; mieux écrit avec un z, 
gouzifyad par le P. Grég. (plur. -ou et gouzifidy, ib.); dérivé de 
*gouz[f, gall. moy. gudif, auj. gwyddif, serpe, tréc. gwif, 1". pi. 0, 
fourche à deux doigts, à pied long, Eev. celt.. Vil, 3ii, 3i2. 
Malgré Vm du v. bret. gwY/om, gl. bidubio,ei du v. corn, uiidimm, 
gl. lignismus, il est impossible de séparer ces mots de ï'n'l. fidba, 
lll.falcastrum, et celui-ci du bas latin vidobium, Sixe[A]Xa, Gloss. 
abb. Floriacensis, chez Vulcanius, Thésaurus ulriusque linguœ, 
col. 270. Un texte que cite Ducange porte : trillud... ferra- 
mentum vocant rustici bidubium, quod a quibusdam Jalcastrum vo- 
catur, quod in falcis simditudine curvum a'd-n. M. Thurneysen a 
reconnu dans vldu-bi-{on) un composé gaulois signifiant ffce qui 
coupe le bois 77. De là le fr. vouge, etc.; W. Meyer, Gram. des L 
romanes, p. kb de la Trad. 

Goustilleur, g. id., Cb. — Gouuarnn, Ce, v. bmyaJJ', gouarnn, 



GLOSSAIRE MOYEN-BRETON. 235 

gouverner, Cnts, Ce, -arn, Cb, -aff. avoir gouvernement, j)re'si- 
dence, i. presideo, Cb, p. goimarnnet, Cms, -arnet, Oc; gouuer- 
nadur an lestr ce gouvernance de nelNi, gouernal, gouvernail, Cb, 
gouuernal, Ce, -nemmt, g. id., gouuerneur, g. id., Cb, frounerncur 
an lestr, gouverneur de nef, Ce, v. reujyat, gouerner, Cb, gouuar- 
ner, C, v. rector. 

Gouzaff, dre — 1. passibiliter, -Jfuet, souffert, gouzaffus, patient, 
l. passibilis , paisibles, soufîrables, -zyjfijat, patient, souffrant, Cb, 
-i/yat , Cms. 

GouzAVi, -aui, avertir, admonester, Mann.; gouzaiv, gouzawi, 
gozàoi, avertir, donner avis, signifier, susciter, gouzaver, avertis- 
seur, Pel.; goiizaoui, avertir, mot expliqué dans la Prélace des 
Kanaouemiou santel, Saint-Brieuc, 18/12 , p. iv, et employé p. 107, 
dans la guerz de Kalhel gollet : . . .gouzaouet d'ober (Marie-Made- 
leine m'a) avertie de faire (une bonne confession). Cf. v. hr. guo- 
teguis, g[. conpiscuit. L'idée d'tr admonesterai a dû venir de celle 
de tf répriment (cf. franc, réprimande); voir distavajf. Il y a deux 
façons d'expliquer le z de gouzawi, qui devrait être *goudawi : 

1° Un t priuiitif entre voyelles aboutit parfois à z doux, en 
breton moderne et même en breton moyen {Rev. celt., V, 126); 
non seulement dans les mots latins comme eoMzom^, coings, du 
lat. cotoneus, mezer, di'ap, du lat. materia (cf. polonais materya, 
étoffe), mais aussi dans des mots celtiques : ^Mmume, bienheu- 
reux == *vindo- bitu- icos (voir guenn) ; 

9° Il peut y avoir eu une confusion entre les deux préfixes 
gou- et gour-, dont le second aspire quelquefois l'initiale sui- 
vante; alors gouzawi serait pour * gour-thaw-i , cf. gall. gorthaw, 
taciturnité, patience, comme en bret. moy. goufen tf une finw vient 
de gourfen; y oir gounj, gourdrous. En petit Tréguier, on pi'onouce 
gourlosk et goulosk (// goiirlosket), blé cliarbonné, cf. goiir-lesqi, 
participe goiir-losqet , charbonner, brûler un peu, Gr.; gall. gor- 
losgi et golosgi. 

Gouziblaff , 1. grundo, grundas; gouziblenn, gouttière de mai- 
son, 1. hoc bricium, cii. Idem hec grunda, de, Cms (entre gouzajf cl 
gouzouc). Peut-être le z vient-il d'une erreur graphique pour 
r : cf. gourib, bord du toit qui dépasse le mur, Dict. mis. de 
M. de Coëtanlem, gourip, f. , alaise ou alèze, planche ajoutée, 
Dict. de du Rusquec, de gno- et ribl, rebord d'une muraille, Gr.? 

Gouzoguec (Le), n. pr. = trqui a un grand cou 11, xv* s., CItrest. 
br., 207 ; gouzouguec, goitreux, qui a un grand gosier, Nom. 271. 

Gouzoïit, sî{\ oiv, gouzuizyec , gouui-, savant, Cb, gouizyec, \.fur, 
gouuiziec, v. nobl; gouuizyegiie: , gouizyeguez , science, Cb, gouui- 



236 É. ERNAULT. 

zeguez Cathell, 7. Tra na gQuJfet da lauaret, co (jiroii ne peut dire, 
C6, V. ezreiiell, cf. s. v. coulm; tra na goujet chenchaff, non muable, 
Ci. 

Gouzroucquet , baigner, gouzrôcqueder, Ijaigneur, Cms, gouzron- 
quederes, baigneressc , C/», gouzroaiquadur, bain, 1. bahieum, Ce, 
gouzrou lech, id. , Cb, 

Goz, taupe, V. br. guod, Rev. celt., XI, 90; van. go, nr hiiàn, 
pi. goet; G bal. ms. 

Gozrojf, ti'aire. Ce, v. qucJorn. 

Grâce, nep a goar — an mat so great dezaJJ', celui qui sait gré du 
bien qu'on lui lait, Cb, v. greabl; pi. -acou, Cms, -azcou, Cc;dre 
gracieustet, gracieusement, Cb. — GraJJ'az rodelke, brouette, ^r<i/^ 
fraztreus, civière, Cms, grauaz, Ce, Cb, v. doen; cf. Rev. eelt., VII, 
809. A 'ïy('s('vqc gramajck, à hixwiùon gravazellch , (niarcbei') en 
écartant les jambes. 

Graguillat (1. garrire) Cb, v. jatigler. 

Gramelian, grammairien, Cms. — Grapou des grappes, Cb, 
V. diegrajf; du français. 

Grat, a — mat, de bon gré, Cb. — Grandi, grauiel, gravclle, 
maladie. . ., Cms, graueleux, g. id., 1. arenosus, Cb. — Grazal, 
g. grec, un livre à chanter, 1. gradale, graduaïe, Cb. — Gre, Iiaraz 
de grosses bestes, Cms. — Gref, nebeiU — vng pou grief; — a son 
grief sonnent, \. grauissonus; grcuaff, être grief, Cb, grcffaff,Cc; 
greuentez, grièveté, \. gravitas; gref uidiguez , l.gravedo, pesan- 
teur ou grief; traezou grenus (celui qui dit) grièvcs choses, Cb. 

Grenaden, c: pommier de grenades, Cb, guezenn grenat, id.. 
Ce,- aual grenudenn, grenade, pomme grenade, Cb, Ce, ruz euel 
aual grenaden, ronge comme une grenade, Cb, beuurag a aualou 
grenades, wbeuvrage de pommes grenades i^, \. sislr. 

Gret, J 1 1 7 /> et NI 1 19 semble avoir signifié proprement fc cha- 
leur, ardeur n, comme grues, grès, mais avoir une toftt autre 
origiue : cf. van. gr(;tt, m. ardeur, vivacité, l'A. [erétt, v. courage, 
ardemment; S up. \ . J'ervemment ; crett, v. courageusement), gred, zèle, 
B. e. s., XIV, 1, etc., gredus, zélé, 27; irl. gràd, amour; même 
racine que l'angl. greedy, [)assionné? 

Greun, grains, Cb, bernn geran, Cms; greunnenic, petit grain, 
Cb, greunyer, grannyer, i. granarium, Cms; grynol, Gvv. , Pel., 
V. eus, grynol, Gw., v. grignnl; grignoï, grenier, van. grannyel, 
(jy., grignol, grignel, colfre à mettre le blé, Pel.; petit Trég. grc- 
gnel, gionier; grinnol, gnngnel. Nom. 129, pi. ar grignelou, Traj. 



(!LOSS\IRE MOTEM-BRETON. 237 

Jacoh, 7. Grcun ost sans doule celtique; greunyer est français, 
au moins do tcj-niinaison; frrijnol est français, sauf (juc la finale 
-0/ pont être latine. 

Greun, i. grunilus; curchat pc greunaff ff gi'unirw, Cb, greunna, 
gro{}ner, parlant des pourceaux, Gr., du iat. gruimire. Cf. groûin 
vu oncli,, groin de porc, Nojn. 98, grouing, menton, 19, pet. Trég. 
gronch, menton, dans l'argot trécorois de La Roche ^'nm. 

Grez, lemps, J 129, voir Dict. étym., s. v. serz; cf. van. é-gré 
Moisc, du temps de Moïse l'A., é gré cr Bayannélt, du lemps des 
païens, v. oh/mpiade; é gré er roué Herod, Aviel rêvé S' Maheu 
troeh. . . dré CkristoU Tmien, Londres, 1807 (chap. 11, vers, i); 
e oûé grocit en dra se en amser, é grat er feu Roué cfcela se faisoil 
sous le Roi delï'untii, Ghal. ms., v. sous. D'après ce que nous avons 
vu au mot entresea, il est possible que é grat vienne de *en grez at. 

Grijfoun, griffon, uns. 

GrigoHczat an dent, grincer des dents, C, grigomiçc ffcrisement'', 
l. stridor. Nom. 21/1 (mal e'crit cugounrc an dent, grincement de 
dénis, ùi^); grigounçc, cartilage, tendrillon, i l\ ; grigonrz , cav- 
tilage, Gr. , grigonç, pomme sauvage, petite pomme acre, Pel. 
chrigonch va esqern, h grignoter mes os, Traj. Moi/ses, 212. .le 
crois que ces mots viennent du fr. gringottcr, fredonner, peut-être 
avec intluence du sens de grignoter. Pour la terminaison de gri- 
gonczat =* grlngoi-yat , on })cut comparer pi^wxa/, van. pigorzat, 
Gr. == i'r. jncoter. Sur la métathèse de la nasale, voir ansavct; le 
P. Gre'goire donne grigonczat et grignoczat, grincer. Enfin le rap- 
port des idées ce fredonner ■" et tr mâchonner» est assez naturel; 
cf. Brizeux, Histoires poétiques, l. IV [Un vieux ménétrier) : 

Toujours comme une fleur qu'on roule entre les dénis 
Il av;iit à la houclio un air dos anciens temps. 

Grissill, grêle, Cms, grisillaff, grèlei', grisillus, plein do grêle, 
Cb. 

Gril : mar tremenen griz e lizer, P 969. Voici, je crois, le sens 
du passage*: ffL'honmie doit examiner soigneusement le fardeau 
du péché (i. e. ses péchés graves), bien et sans relard; [il doit 
examiner] s'il suit rigoureusement sa religion (litléralement : 
s'il passe sévèrement sa lettre)»; voir lyzer. L'expression inqn'opre 
tremen a été amenée par la rocherche d'une seconde rime inté- 
rieure, avec en griz; cf. Préf., 11. Griz rimant ici en iz, ne peut 
être le mot^m, gris, Gr. En griz est plutol l'adverbe de l'adj. 
crit, cru, cruel; cf. gall. yn gri , crûment, rudement, de cri. Voir 
en 6. 



^38 É. ERNAULT. 

Groachell, amas (de bois), Cms, C/>, grachell (et non -e/), Ce,- 
grachell pe bernfoiien, tas de foin, Nom. 8k. 

[Groaet, fait), griiet, Cms, v. bezaff; grouet, v. âiuinaff; groat, 
Cb, Y. encerg, diuinajf; great, Cb, v. quaez, turgenn; maz grear, où 
Ton fait, v. venim; groer, v. bleiit; pa gra auel, quand il fait du 
veni, V. son; groabl, faisable, Cb. 

Groh, grotte, antre, van. m., Or., f. l'A., B. er 5. 93; pi. -eu, 
-ieu, dim. -ig, l'A., grohigueu, petites grottes, Voy. misL, G6; de 
*groth, du b.-iat. grupta. 

Grouanec, pierreux, Cb, V. men; grouanmn, petite pierre, v. 
pry, pi. bern)) groan, Cb, grouan. Ce; grouan, du sablon, Nom. 
i/io; grouanenic, -yc, petite arène, Cb; grouuanus, sablonneux, 
Cms. 

Grtiec, femme, grciic, Cb, v. morzet; ozech gruec, Cms, Ce; bron 
grée, Cms, dim. grueguic, Cb, tréc. grwegik. 

Grues, sein, poitrine, prob. identique hgroé's, f. cbaleur, Gr., 
van. groéss. ardeur du feu, TA.; gall. gwres, même racine que 
gor. Voir gret. Je rapporterais encore à cette rac. le van. gress\ 
prompt, diligent. Chai, ms., à Pontivy vite, activement, différent 
de groéss, àprc, ardent, l'A.; cf. gail. grès, chaud, irl. gresaim, 
exciter (Stokes, Bemarks, ko). 

Grullu, blé noirci intérieurement, en basse Cornouaille, Pel., 
voir dyseuilu; cf. argot français, grelu, m. blé, F. Michel, Etiules 
sur l'argot, iShO, grenu, blé, grenue, farine, grenuche, avoine. 
Le jargon de Targot, nouv. édit. , Epinai, p. i5 et L. Rigaud, 
Diet. d'argot mod., i88i. 

Gruyabl, griiiabl, cousable; gruiat, coudre, Cb. 

Gruyzajf, Cms; -ziaff, Cb, enraciner; -zyenn, racine, Cms, 
-zienn. Ce, grizyenn, Cb, v. quejjf, magadurez; gruizyennus, plein 
de racines, Cb.; gruizennus, Ce. 

Gueabl, bon à testre, 1. textilis; guiat, ouvrage de tisserand, 
guiader, tisserand, Cb, guiadeur. Ce, v. caruan; guiaderez, tes- 
sure, 1. textura, Cb. 

Gueder, épieur, guetteur; guedou, aguets, 1. insidiœ; guedus, 
insidieux ;g'mV, v. i. guedajf', Cb. 

Guejfret, auel — vent de midi, I. aiister, Cms, Cb, auel guejret, 
Ce; guevret, guevred, sud-est, Gr. 

Guel, regard, 1. visiis, Cb; guellel, voir, v. queulnsq; vu ([ue, 
puisque, Cathell 9; gueUoch, Vis. guelsoch , vous vîtes, B /i52*. 



r.LOSSAlRE MOYEN-BRETON. 239 

Gueldas, Guidas, 1. Gildasius, Cms; GneUns, Ce; Goe- (dans les 
Giie-), Guydas, Ch. 

Gueliuoui, couche, jjesine, Cb; grec e gmliuout a bugale, 1, puer- 
pera, \ . map ; givilloudi , accoucher une feuinie, Traj . Moijses , iGo. 

GuELL, bai, Gr. , gheU, Pel., gall. gcU, brun, v. irl. gel, bhinc, 
cf. AndagelU (gén.), inscr. de Gr.-Brclagne; voir Lotii, Chrcstom. 
hret., ^9, 98, iBa; Stokes, Remnrks on the cclt. add., p. 18. 

Guell ve guoiej] j'aimerais n)ieux, Ce; gupUvcgwncff\ Cb; guel, 
meilleur. Ce, gwel eu di/mp. il vaut mieux pour nous, Je'r. , v. di- 
benni; guelhnt, ("aire meilleur, Cb, v. mat. 

Giielouuenn, sangsue, Cms. 

Guen, faux visage, 1. lama, Cms, entre guelouiienn et guen, 
joue»; gueen pe diguiset, faulx visaige, Cb; gueê pe diguiset. Ce 
(même place). 

Guen, joue; guenoueam (bouche torte); guenouec, goiiliart, Cw*; 
-ouecc, coillart, Ce; guenouet, goillart, 1. buccalus; guenouyc, 
petite bouche, Cb, guenoujf, bouche, v. Iiuerz, cf. pet. Trég. génnfi. 

Guenanennic, petite abeille, Cb. 

Guenell, enfanter; deliuuret a poan — de'livrée d'enfantement, 
Cb; gueueli, Cms (dans les guen-), ez ganet, il fut enfanté, NI a5; 
guynidiguez , naissance, Cb, guinidigiiez, v. magadurez; (déesse 
de 1') enfantement, V. loar; guininaclcz, [d.,Cb {U fois), Cc(9 fois); 
guiniualez , Cms. 

GuENEu ff manque de ce à quoi on étoit habitueT^ (van.) l'A., 
avec un proverbe contenant ce mot; cf. v. irl. garni, garni, rare, 
chétif, (|ui est en petite quantité (et v. gall. gennec, gouffre?). 
Pour le suffixe, cf. guéleu m., entrevue pour conclure un ma- 
riage, l'A. 

Guenhaenn, verrue, Cb, guenhoemi, Cms; guenhaennus , plein 
de verrues, 1. verrucosus, Cb. 

Guenn, per unicam sillabam [i, e. gen par g dur, et non giien avec 
diphtongue], cognet pour fendre bois, Cb. 

Guenn en lagat, le blanc de l'œil; guennvy, blanc d'œuf. Ce, 
guenn vy, Cb; guender, blancheur, Cms, Cb; guenngolo, septembre, 
Cb, Ce; guennuedic, bienheureux, Ce; guenuidigaez , félicité, Cms, 
Cb; vguent guennec, vingt sous, Cb , v. franc, guenneuc Ce, 
guennec, Nom. 208; guennerez an mogueryou ff blancliissure de 
parois 75, 187. 

Le mot guennuedic, guenniddic, guinuidic, semble être pour 



2/iO É. ERIVAULT. 

*guenvededic^(fa\\. gwynfydedig [gwynuydedic , Ystoria Charles ^ éd. 
Rhys, p. 5), béni (cf. moy.-br. hmidiguez, bénédiction, pour 
^bendigidigez, voir hinizien). Dans la locution guennvet ...an mam, 
heureuse la mère, J 17^ (différente de gimin bet. . . an heny, 
heureux celui, M 58), guennvet est un adjectif apocope du parti- 
cipe régulier *guenvedet ==ga\\. gwynfydedig; cl', tréc. dan, daiivct, 
apprivoisé, =v. gall. dometic; voir acliubi, couyornn. Les expres- 
sions comme giœnn e bet, heureux est son sort, J 936, se re- 
trouvent en comique et en gallois; cf. les noms celtiques de 
Grande-Bretagne, Dagobitns [Bitudajja à Bordeaux) et \endesetU, 
Vennisetli, où sont employés comme équivalents les mots bitiis, 
monde (=bret. bet) et sêtlon, âge, vie (bret. Iwazl); vindos, blanc 
(bret. gitenn) et dagos, bon (bret. da). 

Le bret. moy. guenngohjf, giienngolo, septembre, ^*vmdocala- 
inos, ff paille l)lanchei5, est devenu en vannetais guënhole, Gr.., 
gûen golo, gûen olo, septembre. Chai, ms, et guenol, septembre, 
gunol, automne: er gunol ma, ffcesC automne^, ibid., v. automne, 
proposer. Cette chute bien constatée de la voyelle finale en vanne- 
tais peut servir à confirmer Texplication de énéh, certes, par le 
coriiique benytha, venytha (voir bet nary). 

Une autre variante du même mot se montre, je crois, dans le 
nom du prétendu prophète Gwinglajf, Gwinglàf, Pel. v. orzail, 
gnou, bagat ; ^^guin-galajf, en comique gwengala, gwyngala (Me- 
riasek). Cf. le nom de Kaïanhedre, Cartul. de Redon, 2 = tf ca- 
lendes d'octobre?:) (Lotli). h\v doit être ici une innovation ortho- 
graphique de D. Le Pelletier, on employait bien plutôt u au 
xv" siècle, époque du ms. et de l'auteur même (Pei., y. gnou). 
Le P. Grégoire écrit Guinclan, Guïnclan, et en bret. Guïncqlan, 
Diet., p. XV, ^81, ce qui représente la prononciation du xviii* siècle 
(le personnage était encore rf très fameux. . . parmi les Bretons^, 
p. xv). Après avoir attribué à ce poète la date 9/10 après J,-C. , 
dans son Dict., le P. Grégoire déclare, Qram., p. xvi, que c'est 
une erreur «très-grossière en matière de Chronologie» et qu'il 
faut lire ^5o; mais il y a là probablement une faute d'impression 
pour ii5o, chiffre donné pour le ms. par D. Taillandier, dans la 
Préface du dict. de Pelletier. 

Le vannetais ^'m'n-/)oar/?, m. sourire, Voy. mist., 69, gùen hoarh, 
Burhndeu en Intron-l aria é Lourdes, Cannes,, 1878, p. 6, 9, 19, 
16, contient peut-être, au lieu du mot guenn, blanc, un corres- 
pondant du gall. gwon, sourire, cf. Chrestom. i4o. 

Guetineli, hirondelle, Cms, Cd), Ce, guennily, guimmily, Nom. ^10. 

Guentajf an net, éventer le blé, Cms, guentaff, purger blé, Ci, 
v. croezr; guenlat p. -tet; guentabl pe santus, odorable, Cb. 

Guentl, la goutte, C;giic, Cms. v. banhe. La première syllabe 



GLOSSAIRK MOYEN-BRKTON. 2fi\ 

du pluriel de ce mot rime en ec dans, gfuec oar guentlou, P 180; 
cf. tréc. ivar oenklo, G. B. I., I, 889, '^H^\ 388, W(ir-nonklo,'îrâ; 
pet. Tre'g. war winklo. Guentl, douleur de renfanlement, N S^h 
(et non quentl, faute d'impression, Rev. celt., VIII, /jo8). 

Gtienuer, janvier, Ch. 

duer, mot, dim. guérie, Ch. 

Guerhl, caple, \.glans,Cb (bubon). Le P. Maunoir donne en 
français verbre [Dict. françois et breton armorique, p. 1 93), qu'il 
traduit en breton par goagren. Cest probablement un mot ,»allo 
emprunté au bret. de Le'on vn verbL INoni. 203; \ o\r mi/nhniguenn. 

Guerchus, I. virginosus , a, iim, lieu plein de vierges, Ch; ca- 
fout guerchtet merch, corrumpre pucelle, Ce, v. luxur. 

Guereloiiann, l'e'toile du matin, Ch, Ce (gueleloiienn); an vere- 
laonen, l'aube du jour, 1. aurora, Nom. 997. 

Gnernn, aune. Ce, — lestr, mât, Cms, Ce; guemee, aunaie, (le,- 
guemnenn, aune, Cms, 

Guérs da ober cousquet nn bugale, cbanson qu'on chante aux en- 
fans pour leur faire dormir; guers great oar an maru; guersou haer, 
des chansons vilaines, guersou, des vers, Cb, v. qnaez; guersyc, 
petit vers, Cb. 

Le mot guers se trouve aussi dans givers-gwentl , ur vers-ventl, 
colique subite et violente, tranche'<;s aiguës, mais de peu de du- 
rée, Pel.; ar verz man, van. er ûerh-man, de longtemps, Gr. v. 
long, er-huérh-nm, id., l'A., er e'huers ma, il y a quelque temps, 
Chai., ms, \. renouei^; er huers man, d'ici à longtemps, chetu aûeit 
guers amser, aûeit er huers man, en voilà pour longtemps, v. temps; 
guer so, il y a longtemps, v. trotter, nendes quet gûerso, il n'y a 
pas longtemps, v. temps; a ùereo, depuis longtemps, Voy. mist., 
98, 109, etc.; a huerro vras, depuis bien longtemps, Guerzenneu, 
i86/i, p. 9/1; à Saint-Mayeux eur verz amzer zou; gall. gwers, f., 
espace de temps, cf. Rev. cek\,VI, 090. 

Le mot so, il est, il y a, étant très souvent ajouté à guers, a 
fini par faire corps avec lui; et, perdant conscience de la com- 
position de guerso, on y a ajouté encore une fois le même verbe 
so : quer gûerso «0, depuis si longtemps. Chai, ms, v. temps, gûerso 
so, depuis longtemps, v. servir, guerso so, v. trolk, guersosou, v. 
recherche, gùerro zou, Voy. mist., 99, guerço zou, l'A. 

On peut comparer cette répétition à celle de la préposition eu 
dans le vannetais en ingorto, dans l'espoir, en attendant, loy.mist. 
19, cf. ingorto, id., 95, =en gortoz; et dans le trécorois en em, 
'n em, dans mon, w es, '» es, dans ton ('n es kalon, dans ton 
cœur, G. B. L, I, /i39) =léon. et moy.-bret. em, ez [e-m, e-z), 

MÉM. LING. VII. 16 



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E. EKNAULT. 



cf. Ecv. cet., m, 939; eu espagnol cou tigo, avec loi, =*cutn 
tecum, etc. 

Autres exemples de formations ple'onastiques usitées en petit 
Tréguier : egile-all, l'autre , m. , = egile; ibén-all , l'autre , f. , ^ ihén ; 
ar reo, ceux, ar re-mno, ceux-ci, ar reo-ze, ar re-zea, ar re-zao, 
ar re-uezao, ceux-là, =ar re, ar re-ma, ar re-ze, ar ré-nes; khiin- 
tervrs, cousine, = le'on. hniterv, moy.-bret. quiniteru. En geiiera- 
lamanl (tous) sans exception, Moys. aSa, est un mélange des 
deux expressions françaises «en général 'i et tf généralement ?:>. 

Gueruell, appeler; ^a/u (action d'appeler) , Cb;galuer, on nomme, 
V. ruz. 

Guerz ha pers , vert et bleu, Jér. ; liouguerz, pe euel ouz an guezr 
tr couleur de verre, ou semi)lable à verrei^, Nom. 128 {guezr C). 

Guerzabl, vendable, Ch , guerzeur, vendeur, Cb, v. Iinlen, ï. guer- 
zercs, V. perenn; guezr, il vend, v. coidourdenn. 

Guerzider, fuseiller; guerzidic, petit fuseau; oèprg-Mera^iî^, faire 
fuseaux, Cb; gué'rzidy, van. guërhedij, (ir. 

Guesde, v. i. gluesque, Ce. 

Guespet, guêpes, Cms,- guespetaër, guêpier, oiseau, Nom. ho. 

Gueusic, petite lèvre, Cb; gueusiec, (|ui a de gro.sses lèvres, 
Cm*. 

Guentajf, herber, Cb, v. lotisouenn. 

Gueuell, tenailles, Cms. 

Giiez, a — e — , fois à fois, I. vicissim, Cb; a neil — , tour à tour; 
guezaraU, autrefois, Cms, guez arall, Cb; nebeut a — , guère, 1. 
raro, Cb, v, tanau; pi. â vuyou, tantôt, parfois, Nom. 9i/i, avi- 
ziou , D lia. 

GuEzia : bugalé gnezel, enfants nouveau-nés ou tout jeunes, 
D 100; gwezell, en Cornouailles enfant abandonné, qui ne peut 
s'aider en riim, buguell givezell , enfant tout petit, lendre et faible, 
et en Léon gwezell, enfant tout nouveau-né, Pel., d'où diwczeUa 
ou divcieUa, prendre soin d'un tel enfant et l'allaiter pendant (|ue 
sa mère est en couclies, Pel. De "^gou-ezcl, cf. gall. eiddil, mince, 
tendre, faible? M. Fick a comparé eiddil au lat. pelilus, ce qui 
souffre diliiculté, à cause du dd. Peut-ètie la racine est-elle la 
même que dans le lat. edo, edulis (avec le sens de e.vesus, cf. 
gall. ysianl, consomption). 

Guezennic, petit arbre; lech guezus, lien où ci'oissenl arbres. 
Cb. 



GLO.SSAIUK '\K) Y EN-BRETON. 2''i3 

Gueznn, lorl à ium[ji(;, dus. 

GuYC, bourg, en léon. rr loujours joint au nom de la paroisse^, 
(jT. , du lat, viens; v. br. gtiic, Chrcstom. br., i36, cf. 210. 

Guichaf, esquiver; item vito, . . .eiiito, Cft, entre guimelet (qui de- 
vait être *gîùbelet, cl", guibelèttc f". , ioret, TA.) ai guichet [guincliaff, 
Cms, Ce). CI". V. l"r. guanehir. 

Guïc'hat, piailler comme les jioussins, Gr. , lez da voie h, cesse 
ta plainte, se dit aux petits enfants, Dicl. de Coëtanlem; gall. 
gwiehio, crier, gwîch, I". cri. 

Guichet, guichet, Ciiis, Cb; grnch an guichedou, sage-femme, 
Nom. i3, grac'h an guichedou, (burlesquemcnt), Gr. , v. l'r. la 
femme aux guicliets. 

Gnydal (piailler), n'est pas le même que guichat (et non 
quïchat), voir ce mot; c'est plutôt Tancienne forme de gueida, 
gueiza, gazouiller, parlant des oiseaux, Gr. , geiza, geida Gon. 
(gall. gythu, nmrmurer?) 

Guidoroch, le dernier cochon, C,b; guidornch, id., ar giiidor, 
le culot, Gr. 

Guilhclmm, Guillaume, Guillemmet, Cms. 

GuÏM, regain, van. Gr., guim^ Chai, ms.; er blein ag er guini, 
le haut des herbes. Apparition 12; ur iiimèn, une prairie, un 
herbage, Voy. niist. 89; = ital. guai'me, v. fr. gain (d'où regain); 
origine germanique (Diez, Etym. Wôrterb., h^ édit., 176). 

Guyn, guin, vin; guinic, petit vin; vn guin bihan quemesguet, 
un petit vin mêlé, Cb; gmjnou, vins, Je'r. v. foi, guin ardant 
cr eau-de-vie, eau ardente ^i. Nom. 03; guinienn, vigne, Cms; lech 
a goez guiny, lieu à vignes sauvages, 1. vitiligo, ginis; an guiny 
(lier) les vignes, Cb, guini, \. plantajf, guyni, v, squegiajf; guinus, 
plein de vins, Cb, guynus, Ce; um uineitt (tonneau) enviné, aviné', 
l'A,, Sup. ^ 

Guingnal a nou /rt^af, guigner des yeux, Cms, — an noidagat; 
guingnaff guant an penn, guingner de la teste, l. conquiniseo; guin- 
gnadur, signe fait de l'œil , Cb. 

Giiinhen al's guelhyen, v. i. breinder, Cb; guelyenn, 1. hec tonsa, 
se, Cms, entre Gueldas et guelouuenn; guëllyen, guèllyen-moch,\an. 
goulion, lavure, Cv.^guelyen, Nom. 34 ; gall. golchion (cf. guolchiff, 
laver). Guinhen est donc dilTérent de giiignen, aubier, Gr. C'est 
probablement une variante de guelhyen , d'où guelyenn , à^on gweillenn 
(par / mouille', prononciation du petit Tre'guier), puis *guegnenn 
(parg7« moniiW' ) , guignen [guinhen). 



2A4 É. ERNAULT. 

Guinhezr, veneur, C, guinaër, guinezr Nom. 817, du iat, ve- 
nator, voir Chrest. hr., 210. C'est une corruption de ce mot que 
D. Le Pelletier donne ainsi : ff Gounhers, chasseur. Je ne l'ai trouvé 
que dans un seul dictionnaire assez ancien, n 

Gmjpat, petit-lait, Cms. 

Giiir. Fur en — , savant en droit, Cb. 

Guyridic, sensible, qui sent, J. 1 1 1, auj. id., même rac, que 
gûiri, gori, couver, Gr. , guirijf, mûrir (en pari, d'un abcès) 
Nom. 275, voir gor. 

Guisquadeur, vêtement, Cms; guiscamant , Cb, v, lost, guisqua- 
ment, v. beth. 

Guiuflier, écureuil, Cb; guifher, Ce; gidcher, Cms, après guyai; 

guicher. Nom. 3i; gwiber, quelques-uns prononcent g^'îVAer, Pel. 

Gurionnez, vérité, Cms, dans les gui-, 

GwEc, gweg, vesce, Coëtanlem, v. benç, id, en trécorois; gali. 
gwyg, du 1. vicium. 

E. Ernault. 
[A suivre.) 



LA PRONONCIATION MODERNE 

DU COPTE 

DANS LA HAUTE EGYPTE. 



Les Coptes de la haute Egypte ont conservé de la pronon- 
ciation de leur langue sacrée une tradition différente du système 
adopté par les savants européens. Ils la cultivent avec soin. Si bien 
peu parmi eux sont en mesure de comprendre les textes saints 
sans le secours de la traduction arabe placée en regard, ils sem- 
blent attacher une réelle importance àTexaclitude de la psalmodie. 
Maintes fois j'ai entendu, aux offices d'Abydos ou d'Edfou , relever 
les fautes du lecteur par ceux qui l'entouraient. 

Il ma paru qu'il y avait là quelques notes utiles à prendre 
pour la connaissance de la prononciation antique. Devéria avait 
eu, m'a-t-ondit,lamême vue; il s'était fait prononcer, notamment 
à Abydos , les noms des lettres de l'alphabet. Depuis , M. L. Stern a 
voulu prendre aussi quelques leçons des Coptes modernes^, et a 
transcrit en tête de sa belle grammaire les dénominations alpha- 
bétiques telles qu'il les avait entendues à Thèbes. 

Je me propose d'exposer ici la tradition saïdienne et d'exa- 
miner dans un autre travail les questions suggérées par cette 
étude. Les transcriptions ci-après, qui me serviront de point de 
départ, ont été recueillies en 187G-1877 dans les principales 
copteries du haut pays; elles comprennent, outre des alphabets, 
divers passages de la Bible assez étendus pour permettre une dis- 



1 L. Stern, Koplische Grammatik, S i, i/i et suiv. Voir aussi : Kircher, Lin- 
gua œgijptiaca resUtuta. p. i ; Tulii, Rudimenta Imguœ coptœ seu wgyptmcœj 
p. 1 et sqq. ; Th. Pelreeus, Londres, typ. T. Roycrofl cioioclix. 

MÉM. LJNG. vil. 17 



246 M. DE ROCHEMONTF.IX. 

cussioii. J'en ai assuré l'exactitude avec toute mon attention : après 
avoir écrit en caractères latins quelque extrait du livre saint, 
sous la dictée du maître et sans voir le texte copte, je relisais 
ma copie dans une autre séance et soumettais ma diction au con- 
trôle empressé des assistants qui m'écoutaient les yeux fixés sur 
l'original. 

CONVENTION. 

Dans la convention graphique adoptée pour ces transcriptions, 
toutes les lettres sans indice se prononcent comme en français, 
sauf M qui équivaut à ou. 

Une lettre consonne affectée de l'indice ' est, soit un arrêt faible, 
soit une spirante correspondant à l'explosive française qu'elle figure 
ou à une explosive formée dans une région voisine. 

k, g, sont des arrêts faibles congénères du n espagnol, 
s est la chuintante ^Ji, ch. 

d se frappe du bout de la langue entre les dents et le voile du 
palais; cette articulation appartient à l'alphabet bishari et à celui 
des langues de même famille. Je l'ai notée dans les transcrip- 
tions de Mik'ail d'Harabat-el-Madfouneh, mais elle me semble 
provenir d'une prononciation tout individuelle. 

e est notre e muet, ou notre e dans la deuxième syllabe de be- 
Ictle; é est l'c' fermé de beauté. Les deux voyelles o et o diffèrent 
entre elles, comme les sons des mots français porte et beau; à 
est intermédiaire entre a et o. 

La quantité des voyelles est indiquée par les signes — ". 

L'accent TONIQUE est noté â, e, i, o , o, û. 

" est l'esprit doux (ex. : '«); il marque dans h corps d'un mot 
une disjonction, un silence très court entre la voyelle qui le porte 
et la lettre précédente. 

* est le hamza arabe (ex. : *«, nt.). 

Le vwv\ (|u(; j'ai mis au-dessus de diveises syllabes rappelle une 



LK PRONONCFATION MODERNE DU COPTE DANS LA HADTE EGYPTE. 247 

vocalise. Bien qu'à ma prière les dictées me fussent faites sur le 
ton ordinaire, afin de mieux assurer mes transcriptions, cependant 
les lecteurs n'ont pu renoncer à vocaliser sur une ou deux syl- 
labes accentuées ou non de certains mots. Il me semble que ces 
réminiscences psalmodiques s'appliquaient surtout aux noms véné- 
rables et aux fins de verset. 

On remarquera que, dans un même morceau, quehjues mots 
sont transcrits et accentués de plusieurs manières. Je soumets, 
en effet, sans corrections, ce que j'ai entendu; la plupart de ces 
variantes, sur lesquelles j'ai attiré l'attention de mes maîtres, ont 
d'ailleurs été déclarées indifféremment correctes. 



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250 M. DE ROCHEMONTEIX. 



2« TEXTES. 



^. JdEU "TSpJ^K HE 1ÎC^::^S TTE O'îf O^ T1SCZ>^S N2.q^K 

Si.. J^&nrEK cj)^ o'ïo^ NE o'ïuo'*^ he nsc^isi. cJ^m 

r^. ÈtrXsqj^H scs^Eît ^H Jd^tek ^\>^. ^a.v£iNs£iEît ^'*- 

Z. ITX JiEît [c{)HÈT:^qaîa\TTs]. NE iraiVtJ^ TTE ÈTEKjDHTq 

Ë. O'^o^ TTay^l:) uE[c{)0'*a\sr(s]uuspavjw-s tte. o'ïo^ 

Ç-. TTS^^>Ks] S^'T^^Joq. a-qcyams us^e o'îfpaTJULS 

È^.'ÏO'^OpTTq È£»0?v^S^EÎV c{)^ È.TTEqpZ^U [tTE Sa^Z>.U- 

f^. Smc]. çJj^^X B>qS E'^W-ETJWEÇpE [<^SÎÏ^ hT:EqEpJW-E- 



f 

Par BouQDouR de Seik'-Morzùq (proche Abydos). 

1 Kan darsi na epsa'gé ha ouo bisa'gi nafka k'adàn ebnodi ouo na 

a-3 o'unodi ha bisa'gi. Bai anafka isgan ha k'adàn ebnodi. Hêb-nib'an^ 

h au-m'hi ab'ol-idodf ouo adisnôf mba-éhli subi kan []. Na bonk' ba 

5 ada-enk' atj ouo bonlzna[^^enniro'mi ha. Ouoh biouéini afaruuôini k'an 

6 bika'ki [ ] esdaoj. A/subi enga o'uro'mi aauwurhuf ab'olhidân ebnodi 

7 ahajrûn [ ]. Bai aféi aumâdmatra [ ] k'a biouéini hine enda-ouonnib'an 



' Les fcuilies arrachées à des manuscrils hors d'usage, que Bouqdour avait ap- 
portées pour sa leçon de leclure, élaienl en fort mauvais clat. De là, les lacunes 
qu'on remarquera dans les Iranscriplions I et II. Je donne ici le texte vuljjaire, 
en mettant entre crochets les mots qui n'ont pu être transcrits. 

^ Les groupes réunis par un trait pour concorder avec le texte ci- dessus sont 
séparés dans In Jerlurc de Bouqdour. * 



LA l'HONONOlATlON MODEIINK DU COl'ÏE DANS LA HALTE K(;yI>TL. liai 

ï\. FAoA^STOTq. UE H^oq z>u ne TTSO'<aU«\ l>?y'Xl> 

i. ç^ss^2> înEqF.pjtt-EB^pE J)^ nso'<a\un. [uz^qçyoTT] 

îi^i^E Tiso'^anm hnr^ç|^.utHS [c{)HF.TEpo'ïan«s ÈpaiJW-\ 

5. îtsfiEu] EBUHO'ï F.nsKocA5-oc. H^qj^H Jdeh ttskoc- 

«-0C TIE 0'*0^ TlSKOC«-OC 2^qaja\TT\ F.&0?v^\^0"TC^ 
ll>. D'îlot iWLnETTSK0C«L0c[C0'^a\«q]. 2>qs ^?> UE^E- 
ÏK. WO'^q [O'ÏO^ HETTEnO'ïq] 'J^nO'^iOJOTîq F.pWO'<. IW 

[:^e] F.T^.'ïcyonq Èpa^o'*^ ^^^^Pïï^ïï^ «a\0'« ÈEp 

vF. ojHps kno-^^ [smEenz^^^] F.nEqp2>u. [hke^eI 

ÈfioAj^EN CMoq ^u i\E [o'*:^E ÈêoAJdeu] c^o*<aiaj 

kcz>p^ [?>■« s^E O'^i^E F.fioAj^En] c^o"«cucy hpa\Ji5i 

\^. ^>ît NE i>7\7\h.,ï'^B.^tJt3-i>GO^ È£ioAIdes^ cJ>^. 0'«0^ 

TTSC&.':^S 2^<^Ep O'fC^p^ 0'«0^ ^qOJCUTTS îifcpHS 
H|:^H^ESt [o*^^*^] ^î^î^^'< F.TlEqcXIO'* J^-c{)pH^ 

[jy^Tiaio'*- hoxcyHps] À3^^^^i>'^<l\ [hTonrq] -»j^tte- 

JÊ. qRUT^ EqJW-E^ H^-W-0"T KEAf- jwe^AIHS. [ruX-KHHC 
qEp-W-E^pE] ES£iHiq O'^^O^ q^"^ ÈÊiOA Eq^xav^J^- 
JW-OC !:^E cfz^S ITE [c|)H]F."T«>.i2!Ç0q :^E f c|)KEBUHO'*] 
JW-EUEÎVCaiS ^qEpOJopTT F.pOS [^KE HE O'^CXjOpTT ÈpO\| 

Sf. pa\ TTE. "^E kl\0\\ "THpEM 2>"6s F.ÊoAJdEÎÏ TTEqJtf-O^ 



8 nahdi ab'ol-idodf. Na cntqf an ha biouoini alla hina endafarmatra k'a 

g- 10 biouéini; [] enga biouoini cndaebmai [ J atnao abihosmos. Nafka h' an 

bikosmos ba ouo bikosmos af§\îbi ab'ol-idodf oiio embabikosmos [\. 

11-12 ^Jei ha nei'adanof^ embusobf arô. Na [] adausobf arô afdéi érsisi 

i3 e^npii aar siri ennôdi [] abafràn. [] ab'ol-Uan esnof an na ]^\JouÔs 

I U ensarax [ ^fouosenro'mian na alla adaumaso ab'ol-k'an ebnodi. Ouo bi- 

sa'ffi afaroiisarax oiio afsu'bi enek'raienkadân [ ] annào abaj^ô emebrâde 

1 5 [ ] emmauadf [ ] cmhajyot afmoh cnéhmOt nam ma'tmai. [ ] atb'adf ouo 

jos ab'ôl ajjôammôs ga bai ba [ ] ada'igôf ^« [ ] manànsôi afarsorb 

-, (') aroi [ I ro hn. Ga annn dôrân anse'i abnWau hafmoh nam ouehmot 

' Sic. 



252 



M. DE ROCHEMONTEIX. 



sf„. UEA». o'5f^-w-o"T n^rojEBiKU ko'ï^jw-ot. 5<e nsno- 
2^E KE^ ^-w-EHA^-Hs ^>.'<cyav^s [è£xoA^s^eîv shc 

KHC [îWO-ï^ c{.HET:2CH ?:^EÎl] KEUq >JLTTEqsarT 
i^. îmoq [nE^rJ^^qC^S^S. OlfO^ CM "TE ^JW-ETJW-ESpE 

[h^Esav^^înmc] ^o^e [ÈTx.-^fo'^t.upTT] ^2>poq 

^2.nî\E'ïX"lHC ^SUZs ÙTO-^C^Enq 5^E hsOK NSWl. 

II. 

3 Èpoq JdEK îm E"t6c)CS. C-WO'* Èpoq «Eq2>-r"r^E?\0C 

û-5 ^HpO'* (ï^). CJW.O'< Èpoq «Eq:^'<"HZ^«-SC "TKpO'*. 

6 C-WO'Ï ÈpOq. TTSpH HEW. TTSSO^ (z>-A). C^-O'^ ÈpOq HS- 

7 CSC* "THp D'if ÎIEJW. ■n50'îfa\Sin. CJ^S-Ot Èpoq nSc^HO'ÏS 

8 HTE nSc^HO'^ï C^). NEJU- KSKE JW-t,UOV E^C2>.TTaja\S 



1 7 entisab'i'6 enouehmod. Ga bino'mos audaif [ ] biehmot da nam dimat- 
i8 mai ausu'bi []. Ebnodi emba-ehli nau erôf anah bimânoganls [] kanf 
1 9 embafyôt entof [ ] ajsàgi. Ouo tai da dmatmatra [ ] hôda [ ] ha'rof 
[] enhanuâb nam hanila'uidas hina cvdousnnj ga entok mm. 



i-a 



II 



esmo absos ab'ol-k'an neifaiii allolia^. esmou arôfk'an néi" adsosi, 
3-A Esmo arôf naf-aggalos daro alleloa. Esmou arôf naj-déinamls daro 
5-6 Eesmou arôf. béira nam bcioa alleloa. Esmou arôf néisio dâro nam 
7-8 béiouàini. Esmou arôf néifa'in canda néifa'ui alleloa. Nam néïka mô 



Sic. 



LA PRONONCIATION MODERNE DU COPTE DANS L\ HAUTE EGYPTE, 253 

9 NnXç{)HO'*X. Al-Z^pO'TîCW.O'* ^MpCf F.c{)p;5>.\V «^TT6^ 
10-11 (2.A). !^E K^Oq Z^q-iSOC OlfO^^ Z^-icgWTTS. 'H^Oq 

ÈpZ>"TO'* OJZs ÈNE^ KEJU^ aj£- ÈS^e^ H"TE TTSÈS\E^. 

m. 

G'ï&.r'r'EXson Ki>n:^ -o-x>^^EOi^. 

KEcJ). K. 
Z. IhC :^E F."T^'5fJW.2>Cq JdBU BiHbAeEJW- k'TE'^SO'sf- 

^Ek ÎDEii nsÈ ^00'^ ù^E Hpa\:^HC no'sfpo ^httttesc 

K. jÙ^A^OC îiSE Z>qça\K 4)HÈ"Ti>'<JW-2vCq TTOlfpO 
^. i-îù !^E KTFUO'*a\ajnr jù^JW-oq. È"T2>qccu"TEJW- :^e 

N-XE TTO'^pO HpUH:^KC 2>qcyÇ0p"TEp S\E-W. i?\H-W- 
^. "THpC nEJW-^.q. O'ïO^ ÈT^^qça\0'*^ îUU?>.pj^HÈpE'3f C 



g-10 adsaehSoi annifa'ui. Ma'ro-esnio dâro a'ebran emebsous alleloa. ga 

1 1 eantof afgoes u6 aJSo'hi. Eantof afhonhan ha g'ar ^ ausôïnd alleloa. 

1 2 Afdahou arado sa ana nam Sa anah enda bi'ana. 

III 

Par Magar curé de Louqsor. 

1 iâsus daad'aumesf h' an b'etlaam eitclâd'iiocla'a k'anni''aho[w]ô 
end'a ''erodas boro hibbâis hân-magos aué aôl sabaiobd a'^eiiôrosalim 

2 aogo'emmos. ga âjton biadàomesf bôro enda iinôdai ànau g'ar abafsio 

3 saba'iod ané ga endànoueU emmof. adafsôdâm da enga bôro irédas 
h afestôrdar nam ierosalim dars nàtnaf. otto adaftôdi enne- arsi iaros dam 

nam nisak' enda bi'laos nafslni endédo ga mmamas bak'restos enton. 
' Varianlc (If Bouqdour. 



25â M. DE ROCHEMONTEIX. 

T. r'&.p E^rcJ^HOIfT: È.6iO?v^^A"10"Tq >JLnsnpoc{)H"lHC. 

o**Ko'*:^s ZsH J:)EU su«-E'~s^Hr"EJMLa\u hnrE iot'^i> 

BqÈX F'^p F.^OÎ\ H|dH^ nS^E 0'îf^'<r-'0**«-EnOC 
^. <:{)HE©îVZ>.k-W.onS -W-TÎ2.A^0C nSCÂ. TOT^E Hpa\:^HC 

z>q:w-o'*^ È\n-O2.r^oc u^^wtt 2^q}D0"Tj)E"T hnro- 

K T0'< UC^TTSCHO'ïf HTE TTSCSO'* F."Ti>-qO'<aUÏ^. 0'<^0^ 
Z.qO'ï^OpïTO'* ÈÊxHBÏ^EEJW- Eq^iSaujLJUtOC !^E JW-^OJE- 

îRu^EU ojsns ^.KpsÊiçuc EeÊE nskAo'< Ècya\Ti 2i.E 

wt:e"teîï s^EJM-q jw-2>^&ju-0ï ^\i\i> h"T^s ^a\ ht^^- 

ë. o^aïaj^T ^j^JMLoq. stBaio'^ s^e Ènr^.'ïcaiTEJw \\Gi> 

no'ïpo x~')fajEna\o'< o'sfo^ ^HnnE se ttscso'* 

c|)HF."T^'*K2>'tf Èpoq C^TTeSE£i"T U^qJUiOCgX h)?>~ 

-^v^xo^ ty^s^Eqi h^Eqo^s Èp^>.Tq C^iTcyau 

T. jWLHï^^ Ènz>.pE TTsàî\0'* ^H JW^JW-Oq. È.T^'XÎÏX^'^ i^E 



5 ento d'à bagou naf ga k'an b'étlaam cndâiKiodaa bairâdi g'ar àdes- 

G li'aud ab'ol'héidotf embîebréfidas. ga nam entohoi b'étlaam ebkaé cniàda" ^ 

entok oko'gi an k'an nlmad-égamon'^ enda ioda^a af^a^i g'ar ab'ol 

7 enk'àd'i enga ohé'gumânos hiaina'^amdni cmbàlaos bisrael. dûda é' rôdas 
afmodi animagos ocnkob afk'oîk'ad endô'du ensa bisiio enda bisiio âdaf- 

8 'owune. \mo af-ouorbu ab'etla^am afgoemmos ga màsànodan sini akri- 
b'os atb'a bCalu asob da cndadangenif màdûmûi héna enda'^iu endau- 

9 [wJMsï-^ emmof. enid da adausôdam ensâbûru aumnu ouuâh habha[y]is 
bisiiu biadaunau arSf sàbaiod nafmôSi k'âgô sa da/*i endafoM aredf 

1 sabsoi embima ânâra biâlo ka emmof. adaunau da abisiià auraSi k'an 



Var. enioda. 

V.nr. eg'aiiinn. 

[w] ps( mis iri jiour ii somi-ronsomiG: les doux antres u sont voyelles. 



LA PRONONCIATION MODERNK DU COPTE DANS LA HAUTK EGYPTE. 255 

\^. 0'*0^ ÈTZ^-îfS F.TT\HS Z>1fU^'* F.TTsk?\0'< i\z*s. J^^>.ps^^ 

^Eqjw.a>*<" 0'*o^ F.T:z>.'*^inro'* F,}DpH\ 2>.Y0'«a\a^'T 
-»j^*j^oq o'*o^^ F."Tz>.'<o'*aîu rn^o'<à-Sia\p i>.^ïiM K2.q 

5^ Ot^l>?\. 0'*0^ F.^2>.'*"T2>.*J^a\0'* J:)EU 0'*pZ>CO'*S 
F.OJ^EJW-KOTO'^f ^^ Hpai:^HC F.JBiOX^SnfESt KEJW-a\î^ 

yn. 2>.'^ajEnaiOT F.'TO'<^a\px.. F."T?>.')fajE«c]uo'* 2i.E 

^HITHE XC 0'*2sr^r'EÎ\0C K^E TT(5^ 2>.<:^0'*0U^q 

Èsa\cHç{) Ideîv o'ïp^co'ïs Eq'^aiJWLJW-oc 'm^z "Ta\nK 

KW^ r'z.p Hti^E Hpa\:^HC uc2> nxàXo'* F.T^^Koq. 
I^. îi^oq :^E 2Kq^a\s\q ^>^6i Jts-wik'^o^ hejw ^Eq^^** 

si. K^^atp^ DtO^ ^.qOJESï^q F/^HJUS. 0'<0<^ IVS-q^H 

j^jw-'^-^^ TTE oj^ "tJ:)Z^f. HHpa^:^HC^su^>■ hnrEq*^aTK 

È£iO?\ îi-i^E c{)HF.Tr2>.n(fC !^0q È&oA^nOTq »S.1\\- 

TTpOcJmHC "i^E 2.SW-0'<^ F.TT^^OJHpS ÈÊdAÎDEU 

Sr". ^HJW-S. "TOTE Hpa\2^HC ETZ^qU^'* 5^E ^'^Ct-Ufiï 



1 1 onesdi enràsi âmâsà. o'uoh adaiii abiai aunau abialo nam maria dafmau 
ouuoh adauhéid'o aek'rai auu[w\est emmoj iiuo adauouôn ennuahor aii- 

12 ''ini naf enhândôron énêh nam ottb'anos nam oe'sâl. ouuo adaudâmo 
h' an érasoui asdomkddo ha îrôdas ab'ôlhe'idan kâmoid ausànô ad'ôk'ûra ' . 

i3 adausànuda habba [tj]is o'aggalus-^ cnda ebsos aj'uonhj à iosab^ h an 
ouraso^e afguemmos ga denk ûllinui embialà nam dajmau ouuofod 
akâmi ouuoh Sâ'bi emmau Sa-digos nak efnako'di g'ar enga c rodas 

1 ^ ensabfalo àdàkof. entof da afdenf afsi embialo nam dafmau engorhh 

1 5 ouunh afsanaf âkâmi. ouuo nafka emmau ba sa etk'a''a enë rodas hé na 
endafgo'k ab'ol enga biada-ehsos gof ab'ol-hédodf embibrojîdas ga 

1 6 aimôdi abàsin ab'olk'an kàmi. d'tid'a e rodas adafnau ga aosob b i 

1 Var. kôra. 
- Var. aiitjfdos. 
^ Vai'. iiiosaf. 



256 M. DE ROCHEMOMEIX. 

jù^jw-oq h-^E nso-z.r^oc z^qjw^fion F.JW-î.cyw 0'ïo> 

i.qO'ïCUpTl 2>q|D^^T^EK kkAc* îUÊiEU E^J:>ESV 
ÊiHÇAeE^ HEW- JdEK KEC(5sh T^HpO'< SC':^En pOJW-TTÏ 
E^ UE-W- CZ>-TTECHT^ K^^Z. ITSCHO'ï W^qJ^ET- 

S^.- jDWrq NTO^O'^f NNSJl5LZ>.ir'0C. "TO TE ^q:X(LL\K ȣiO?y 
îfi^E c^)HET:iq:^Oq ÈfiOA^iTOTq iÙÈpEJULS^C 

SH. ITmpo4^H"XHC Eq'i^aujLJW-OC. "^E OTCJW-H îs'îfCO- 

B-o-EC Îdek p^o-^ o'^psjw.s KEJt» oifnE^in Èn^o^wq 
SB. nE È^no-w-^ n^c !^E CE^OTT ^n. W^^qjt» o'<^ 

i^E N-^E Hpai:^HC ^HTTTTE SC O^^T^T^lXoC K"TE TÎ(?C 
2>.qO'*OU^q ÈStUCH4> |dEîV 0'*p2>-C0'<S ÎdeîV J^HJUlS 

K. Eq'i^ai^j.-o^oc. î^E "TOunK 6s ^jL-nskAo-* hejw- ^Eq- 

JW-^-^f o'ïo^ j»j^>.cyEn;^K ÈnK2>^^^s jÙ^ttîc î.'^fJULO'ï 

r^2>p h:i<:E HHE"TKa\^ kc^> ^^^{/'^^H j^nsk?\0')f. 

K2-. NÇOq :^E È"TZ>qT^ÇHîiq 2.q6s >J^"ns^.î^vO'* S^EJW- "TEq- 

KÊ. «-2>.'5f O'^O^ i-qi ÈJdO'^U ÈtTK^^S j^5^TTSCÎ\. ÈT^qCO.^- 

^E-W- 2!^E :XE Z^P^hA^OC E"T0X Ho'^pO È^SO'iC^Ek 

KTOjEfiscxi uHpa\:^HC nEqsai^T z>-e^Ep^o^ ÈcyE 

È-O-5-'^^ ETT&.'-f'TX^JW-Oq :^E J^EH O'^fp^CO'^i ZsqOJEK^q 

emmofenga nîmagos afem'on àmàso oiiuo afôuerb afk'ôdah en "âlo ni'b'an 

adh'an héilaam nam h' an nassfi daro [y^isgan rombi esnmi di nam 

1 7 sabàsad haada bisiio âdafk' a dk' otf endôdo ennmaios. doda afgok aboi 

A/VW\ AAA/NA VSAW 

i8 enga biiâdafgof ab'ol-héidodf en^aramias bihrofidas afgoummos. ga 

ouuisme aiisôtmas k'an rama orlmi nam onahbi ànàsof ràk'al asrimî 
19 anassiri ouuê nasu[ww]6s am ba adlmimdi nas ga saSob "an. adafmo 

d'à enga e rodas habba is o'ua'ggâlos enda ebsos afohnf aiosab k'an 
90 ou'rasêui k'an kami afgoummos. ga dûnk si e'mbi ah nam dafmau 

ouuo masanak a^ebkaé cmbisrael aomo g'ar enga naàdkodi e)isâdpslka 
9 1 e'ndnalo. enioj da adafdonf afii e mbi alo nam dafmau ouuoh afé àk'on 
2 9 abkaé embosrail. ad'afsudam da ga ark'i'Uaos adoé enôro àdiiiida a 

enetsab'io enhérodas bafiod af^arhàdi âsà aman adaudâmofda k'an orâ- 



LA PRONONCIATION MODERNE DU COPTE DANS LA HAUTE EGYPTE. 257 

O'îfÊz.Ks E'tfJWO'if^ F.poc ::^E î\z>f,>pEÇ ^onrx\c 

NUEqTTpOcjHTHC '^Z ï.'XÏas.O^^ ÈpO^ "KE nspEA5-- 



o3 soiA aJSanaf anisa enda digàlila a. ouo afi ajsohi h' an ob'aki aumo'di 
aros ga nazarat hobos endafgok aboi enga biadafgof ab'ol-hedôdo 
enna/ebro'fidas ga auamodi arof ga biramna'zarat. 

Il y a, comme on a pu le voir, quelques divergences entre les 
valeurs attribue'es aux lettres par leurs de'nominations, et celles 
que conserve la lecture courante. Elles sont relevées dans les 
observations qui suivent : 

ACCENT. 

L'accent tonique est un accent d'intonation, non d'intensité. Je 
ne puis garantir l'exactitude de mes notations. On sait combien 
il est souvent difficile à discerner, même dans les langues très 
musicales, au milieu d'autres accents secondaires ou accidentels. 
On peut dire, d'une manière générale, qu'il se place le plus près 

possible du commencement du mot: ITS-Al.O'îfCEp bimusar,et 
TTS-k?\0 bt-alô, TTOlfpO ^'VmetNC^TTO'ïpO msaèiirw. Il peut 
même être sur la quatrième syllabe d'un groupe comme Jf^TTS^^^O 
e'mbiah. Les mots grecs n'échappent pas à cette tendance, et 
leur accent primitif a disparu : '!ffpo(pï}Tïi5 se prononce ebréfdas; 
lipwSris, erodâs; (xadrjTrjs, màtidas. 

CONSONNES. 

K. — La prononciation de cette lettre ne me paraît pas avoir 
été exactement analysée. Elle présente un caractère assez uniforme 
dans la bouche des Coptes que j'ai entendus. Leur£i ne sonne ni 
comme un v ni comme un w , mais plutôt comme le b de certaines 
provinces d'Espagne; c'est l'arrêt mou correspondant au b français; 
pour l'articuler, les lèvres prennent la même position que pour 



258 M. DE BOCHEMONTEIX. 

former notre explosive, mais sans brusquerie contact. Je le trans- 
cris b' afin de rappeler son originel 

Le B. est de nature une consonne assez peu solide. Avec une 
prononciation rapide et forte, il semble osciller, sous l'influence 
des lettres qui Tavoisinent ou d'habitudes individuelles, entre les 
diverses spirantes labiales, sourdes et sonores, dont une oreille 
attentive peut ne'anmoins le distinguer. Chez ceux qui articulent 
mollement, il s'affaiblit jusqu'à n'être qu'un esprit doux. Ex.: 
eBiO*\ = aol (III), ^KqiWLÊiOi^ afemon (III, 16). A la fin des 
mots, au contraire, soit qu'il ferme la syllabe ou qu'il soit suivi 
d'une autre consonne, il devient un 6^. Ex, 

^wa hôb{l, 3); 

^Z.ÎiO'^Hfi hanuab (I, 19); 

ITS^SHÊi biliiab (Mik'aïl); 

S.qÎD W-^"T^B£i a/k'odab ( III , 1 6 ) ^ ; 

C^-TTESEÊT sabaiobd (III, 1), sabaiod (III, 9). 

Ce renforcement est l'effet d'une tendance ge'ne'rale, suivant la- 
quelle les Coptes du Saïd traitent la consonne terminale d'un mot, 
tendance qui leur est commune avec les peuplades voisines do 
l'Egypte : après avoir fait le contact nécessaire à la production 
d'une consonne, le français laisse ensuite passer le souffle pour 
appuyer cette consonne, en sorte que le mot finit par une 
le'gère aspiration. Ainsi nous prononçons bec, cap, nabab, lors- 
qu'ils sont isolés, comme s'il y avait bek-'', cap-'', nabab-ë''. De 
même, nous n'arrêtons pas court rémission d'une voyelle. L'as- 
piration est plus sensible à mesure <]uo nous accentuons davan- 
tage la prononciation, 

1 La langue bishari possède le h'. M. A. Aimkvisll'a, i! est vrai, identifié au w 
{anglais) { Die Bishari-Sprachc, I, Ijpsal 1881 ); les Hadendoa, don! je liens mes 
renseignements sur cette langue, rarticulaienl assez nettement pour que je Taie 
immédiatement noté par un signe spécial, et non par w. De ou et hu dans les 
mots oMî'et huile, le second hu, se rapproilic plus du b' (l'arrêt de b' est plus 
ferme). 

- TDKi, op. laud, p. 9 : cLitlera £1 aliquando profertur fiiSI^^, si ante 
vocalera ponatur . . . Eodem modo pronuntialur, si sit in medio vocalis, ut 
2>.CE£iHC- ■ • Proferlur autem fiSi^X^sicut B latinum, si post vocalem, ut 
N\E£i unguos, . . . cl'-'d (]noque FHiln, cum est vocalis penultima, ut TTSECiT 
oriens . . .v 

^ La coloration de E en provient du voisinage du fit, coloration conservée 
après la chute de la consontie. 



LA PRONONCIATION MODERNE DU COPTE DANS LA HAUTE KCYPTE. 250 

Les peuples du Nil, au contraire, restent sur Iç contact'. 
11 en résulte que les arrêts mous deviennent des arrêts fermes. 
C'est pre'cise'ment le cas pour £i = b' , lequel devient b. Pour la 
même raison c|) devient aussi //^; !^ == d' , l'explosive f? {"^l^- 
fi\!^ d'auld)^ etc.^. 

^ De là une réelle dilTiculté à dislinguer certaines consonnes finales de leurs 
mots entendus isolément. Lorsqu'on dresse un vocabulaire chez les Nubiens 
d'Assouan ou chez les gens de l'Etbaye, l'oreille reconnaît si mal les muettes et 
les nasales, qu'on n'a guère d'autres guides que les mouvements do la bouche 
de celui qui dicte. 

Le scribe qui a transcrit le Vocabulaire français du xtii' siècle, récemment 
publié par M. Maspero dans la Revue des langues romanes, 1888, p. 681 et 
suiv., a remarqué, sans doute par contraste avec ses propres habitudes, notre 
esprit final après tme voyelle ou une explosive. Il l'a fréquemment noté pour 
les mots français terminés par un son voyelle. Ex. : 

nSp?.^ trvrain (/. l. p. 5oo); aU^ rf oui j^ (p. 699); >v2sç{)î\S0'^> , 

?^5k4^AOES> «la pluie» (p. 5o3, 5ii, note 5); ASf^2s«Saï> «les 
anneaux n (p. 5o6). 

Si cette voyelle est l'e muet, le scribe l'interprète, suivant l'influence de la 
pénultième, par 2>-, S, E, 0*<", et dans ce cas, l'adjonction de ^ est presque 
constante après £ et O'*' : ?ki>^EVtE S- tr TAneTî (p. 5o2); 'Xh-'BZ^^^ 
«la toile» (p. boli); JtSl>7\l>.^ZS> ffmaladen (p. 5o6); TT2>.ÇE?vE^ 

«battez-le» (p. 507); AaïOfç x^AmojEpE^^ pour (Acyaî^ 

i-A0pECgE>) «ie sud et l'Ourse» (p. 5ti), etc.; îlO'^^pO'*^ 
CSNSO'^P «Notre Soigneur» (p. 690); 2>0')fn0*^> «un, une» 
(p. /199); O'ïUf^O'*^ « onze » (p. /193); î\SÊi2>p"TO'*pO'*^ «la 
verdure » (p. 5o3), etc. Le scribe semble même parfois hésiter s'il doit transcrire 
une aspiration ou un e muet; il enregistre ASTCys£iEAE « ie cheval» 

(p. 502), et au contraire, AeTTAx^-G «la place» (p. 5oo); ^ECTTSC 
a d'espices» (p. ^95). 

Après une consonne, le ^ ne paraît pas, parce que l'auteur du vocabulaire 
n'emploie que '>(^, Ç (T aussi après une spirante), I^, £1, qui renferment 

une aspiration. Il va cependant jusqu'à écrire un ^ avec le A : AîJU'-O'^A^ 
ffle mul» (le mulet, p. 602). 

Ces habitudes physiologiques sont utiles à relever; elles exercent en effet 
une influence persistante sur l'ensemble de la phonétique d'une langue. 

^ Le français au contraire, étant donnée son habitude, devra tendre à changer 
la consonne finale en spirante sourde, s'il ne l'a déjà laissée tomber pour terminer 
le mot sur une voyelle. C'est ainsi qu'il a l'ail chés (nom.) et chef de cap[nt); 
neuf, de nov{tim). 

' Tuki {op. laiid.), aynnl conslaté (pic F^ a deux prononciations, g- dur et dj , 



260 M. DE ROCHEMONTEIX. 

A la fin d'une syllabe, le même renforcement se produit, mais 
avec moins de régularité. 

TT, bi, béi', correspond uniformément à notre b. Du p grec on 
ne trouve d'autre trace que dans le nom du K kappa de l'alpha- 
bet recueilli à Siout,oùla tradition européenne est presque aussi 
connue que celle du Saïd. 

T dau, de même que TT, est exclusivement une sonore, notre 
cl. Par préciosité, le curé de Louqsor le prononce quelquefois 
comme :^ = d' (i), qui n'est pas égyptien. 

K nei = n. Il a une tendance à nasaliser la voyelle qui le 
précède. Ainsi T^iEH, se prononce non pas k'a-\-n, mais k'an-^n, 
le son de an étant assez voisin de la voyelle nasalisée que le fran- 
çais écrit par le même groupe, h^am (111,7) sonne oëkkob. La 
consonne n disparaît même presque entièrement dans certains 
mots : 

TT E<^C O ST bafsô { Mik'aïl ) ; 
2.q£Kq afrf {Mik'aïl). 

Si la prononciation de 7i a eu, dans l'antiquité, aussi peu de 
solidité, ces exemples expliquent la cbute du*~«*dans nombre de 
mots hiéroglyphiques, surtout dans ceux oij n était la première de 
deux consonnes finales. 

Exemple : ^ Ù) ' ' ek'nen-se (Héracléopolis) est devenu EA'nas 

p est Vr dental du centre de la France, le ^ arabe. 
K ?\, -W-, C, sont exactement k, l, m, s (sourd). 

B, ^^l", 3^ n'appartiennent pas à l'alphabet du dialecte thé- 
bain. Mais les livres memphitiques étant les seuls usités, les 
lecteurs modernes de la ïhébaïde ont dû leur donner une pronon- 
ciation. 

Dans leur bouche, ^ {tlda, titta) est régulièrement un T^ 

ajoute, p. 3 : trPorro fiai F^^^-W-A^X» {g dur), cum habet punctum hoc 

modo T^pHr^OpSOC Orogorius ^J«^^^^; ctsic si sequaturqualiscumque 

alla lillora vocalis, ut X-T^SU^ puritas s^^-b, clc.n 

' L'évèquc de Naggadeli asii{j{jéré la prononciation e» l' comme plus correcte. 
V. infra la note sous a., folalive aux inlradentales. 



LA PRONONCIATION MODERNE DU COPTE DANS LA HAUTE EGYPTE. 261 

explosive qui n'est repre'sentëe par aucun autre signe de l'al- 
phabet. 

Au contraire, çp ^t 'n^ n'apportent aucun élément phonétique 

nouveau. Ce ne sont que des signes orthographiques. ç|) fait double 

emploi tantôt avec c^ : 

cJ)OTaTÇg /oMos (I, i3); 

mcJ^HCifl ne'ifa'ui (II, t, 7, 8); 

TmTpOc|>mKC bi ebro'fdas (pass.); 

ÈTi-qç|0St^q adaffunôhf{Mih'ail); 

^çJ'^CXC difisis {Magar)\ 

ïaiCHcJ) iôsaj{\\\, i3 var.), ^'OV; çJ)a\T/ofî (III, i3); 

tantôt avec TT h: 

Ç^HEBS^2>kjW-0îiï hiatna "amoni (III, 7); 
c{)HÈ"TZs'XK^'5f bi "adaunau (III, 9); 
çf HESUZ-dlAX beatnaoU (Mik'aïl); 
Èt^c^E ECC^EÎ^ edba osu'an (Mik'aïl) ; 
ç|)2»X bai (I, 2, i5). 

A la fin d'une syllabe, ç{) = 6 est de règle (V. supra) : 

ç^^ ebnùdi (I, passim); 

NTX'-c^JUlKX enda ebmai (I, 9); 

jè5.<:|5 p H"^ emebradi ( 1 , 1 û ) ; 

ÈcJjpEU aebran (II, 9); 

Sa\CHc|) iôsab (III, 1 3, 19; on dit aussi iôsaf). 

En dehors de ce dernier cas, quand c^ doit-il être prononcé b 
ou/? Les renseignements que j'ai recueillis sont assez contradic- 
toires : l'éducation toute de routine des Coptes les rend indifférents 
aux règles et inhabiles à les formuler. Il semble que b soit préféré 
dans les mots les plus usités où les Thébains avaient accoutumé 
de prononcer un Tl (b); et/, devant les sons voyelles 0, W.ï> 
Zs'ï, t , où, en memphitique, le TT devenait <\ par position; 
d'une manière générale, dans les mots où la lecture mem- 
phitique accentuait l'aspiration du c^. Pour les termes étrangers, 
la prononciation est, autant que possible, réglée par une tra- 



.UKM. MNG. 



262 m. DE ROr.HEMONTElX. 

ditioii : dans RUCHc^ r]pi"> = {ôsafel iôsab, les lecteurs ont hésité 
entre cette tradition et la règle phonétique des consonnes finales. 

^, nommé Atî et h'i, est prononcé k, k' (^) ou s (u^i), c'est-à- 
dire comme K, ^I!) ou cy. 

^ = A- est préféré, pour les mots égyptiens, en souvenir du K 
hébain : 

Tl.\^2vKS bi-ka'ki (I, 5), T. (K2>.KE), de 3!"*^; 
hj^aiTT oeiikob (III, 7), T. (Kam), ^^ fj C-i\ 



J^HMS kâmi (III, i3, \h, 19), T. (KH»?^E) de 
^H ka{\, 1; m, 9, i5), T. (KH). 



MZl 



© 



Dans les mots grecs, il y a hésitation. On peut soupçonner ici, 
comme pour le F^, que les Coptes ont voulu noter des nuances 
de prononciation dues à l'intensité de l'aspiration de ^ variable 

suivant la place qu'il occupe. ^ = k apparaît dans les syllabes 
ouvertes, au voisinage de la syllabe tonique. 

cJj-^jl^H psiki ou psika (III, 9 0; Waceb). y^^X.\pZ> kôra (III, 
1 2 var. ) 

Si '^ doit être articulé avec plus d'énergie, au commencement 
des mots ou des syllabes accentuées, après une syllabe fermée, 
l'aspiration est plus sensible. Dans ce cas, ^ a oscillé entre deux 
fricatives égyptiennes, ^I^ et cy, rendues aujourd'hui respecti- 
vement par l'uvo-palatale arabe ^ k', et par l'antéro-palatale ^Ji 
s, et s'est fixé tantôt sur l'une, tantôt sur l'autre. Aussi nos 
transcriptions nous fournissent: 

nj^C bak'restos (III, Zi), ;^p«t7oç; 
J^a.\p2v k'tira (III, 12), X^P'^'i 
2>p^H?\X^0C ark'i'llaos {lïl, 92), kp-)(é\aos\ 
^l>y,\\Krak'al {\\\, 18), Pax)/X, '^riT; 
-l^.p3CK (hrsi (I, 1), àpxn\ 
^.pJ^HF.pE'^C arsifiarns (III, /i), dp^ispe^s. 

Je n'ai pu obtenir de mes maîtres, ni retrouver la règle qui 



LA PRONONCIATION MODERNE DU COPTE DANS LA UAUTE EGYPTE. 263 

détermine cette* re'partition. C'est, je le crois, la tradition avec 
ses faiblesses qui guide le lecteur pour chaque mot ^ 

T"^, ^, ^, employés par le copte à titre exceptionnel, intro- 
duisent dans l'alphabet des articulations soigneusement notées, 
mais qui, dans la lecture courante, tendent à se confondre avec 
des articulations indigènes. 

r' d'après son nom, gamma, est le c. arabe. Mais dans la pra- 
tique, il est plus souvent prononcé comme la palatale égyptienne 
^ g (v. infra), et parfois comme g. 

ï~'2>.p g'ar (ÏII, 2,5,6,i3,2o); 
2>r^Z>-Ç0C ag'àtos (Mik'ail); 
>Hï~'EJW-t.UN eg'amon (lII, 6 var.). 

-W-OKOr^EnHC mônogams (I, 18); 
• ZkI 'i 'X«?iOC aggalos, avgalos [pass.)-, 
'^r^^As^EX»- (ligâlilaea {pass.)\ 
-WX^r^OC magos et maios (^\[\ , 1, -y, 16; 16); 
>'5fr'0'^J»^EnOC hegumânos (ÏII, 6); 
>Hr^EJW-am egamon (III, 6). 

JW-ONOF'EKHC monogenas (Osiout). 



' Tuki {op. laud.), p. 3, 4, formule les règles suivantes, qu'il applique aux 
mots égyptiens aussi bien qu'aux mots grecs : 

«Prœterea littera '^ chi dicilur ci^, cum conjungitur vocalibus lilteris : 
E : H : S : '^ : ul ^EDE salve ^'^^. . . Pronunciatur ^S , si sit in medio 
vocalis, ut 4'^-)(ri : H^'^'X^ • * • Pt'ofertur autem cha instar ^ Arabicae linguœ 
cum litteris vocalibus : Z»., O, CLT : ut (lova^os : W-OH^^OC. • • Similiter 

si super eamdem litteram roperiatur punctiilum, seu accenlus : "N^ OOnOC- • • 
Eadem quoque pronunciatione, si sequaliir vocalem litteram, ut e)(^(j.ctX6ûata, 

E'N^JW-Z^AÇ.UCS2^ Profertur deniquc 'N^ clii, si vocabulum derivatur a 

dialecto Thebanense, ut in Theb. cum K dicitur 2>CîKt.U; cum 'TS dimisil, 

posuit Jjj" *^j : HSKAO-WL corona ^)S\ n — La plupart des exemples 

qu'il donne sont des mots grecs. Je crois bien que les règles précises de l'auteur 
copte lui appartiennent plus qu'à la tradition, cl qu'il a parl'ois subi l'induence 
de son éducation latine. Voir nolammenl injra, p. 26^, note 1, la règle du F^. 

18. 



26A M. DE ROCHEMONTEIX. 

On voit que la règle, fournie par les grammairiens indigènes \ 
âe T" = ^ (g) devant l>, O, a\, et r' = ^{g) devant E, H, 
l, t, si elle a e'te' exacte, n'est plus applique'e. De même qu'à la 
sourde ^, les Coptes des premiers temps donnaient-ils déjà au F^ 
suivant sa position, deux valeurs plus ou moins voisines de farti- 
culation grecque? Probablement. Mais ces valeurs ont divergé 
et sont identifiées actuellement, la première au ^ arabe, la seconde 
à 2S ou ^ du Saïd, et ce dernier empiète sur l'étranger ^-. 

^ (d'ald'a, (hlil'a) est aujourd'hui l'intradentale faible de 
l'arabe i d' . Les Saïdiens articulent avec soin le nom d'ald'a de 
cette lettre étrangère au copte. Ils affectent même parfois de sub- 
stituer le son d' à celui de T = </, donnant par là à leur lecture 
une apparence d'érudition ^. En fait, c'est au contraire ^ qui 
tend à se confondre avec T : 

:^0?vOC do'los (Mik'ail); 
S0p2i.2>î\HC iordanls {Mik'aU); 
i{^l>.\\:^^\pOli enhàndàron {Ul, ii); 
S^E da (I, 17; m, pass.), etc., 

à côté de 

h^E'i^'XO'ïi^Ek end'âd'iiôd'as^a (III, 1); 
^E d'à (III, 5, 19), etc. 

Si le ^ grec n'était pas exactement le i, nous pouvons afErmFT 
cependant qu'il différait peu de l'articulation arabe; cela nous est 
confirmé ici par le fait que les Egyptiens en ont conservé une no- 
tation, malgré leur peu de goût pour les intradentales : l'arabe, 
en effet, en possédait trois; en adoptant cette langue, ils les ont 
toutes rejetées. 

1 Tuki /. /., p. 3 : tfLiltera vero F"* fit T^ l>X9-Jt3-Z>- cum vocalibus 2», 0, 
CX.1 • . . Pronuncialiir tamen gemma cum quatuor vocalibus, quae sunt E : K ; 

X : ^ T> Tuki transcrit F^ gamma el non gamma. 

' Le f , en effet, n'a point droit de cité dans toute l'Egypte, malgré sa 
fréquence en arabe. A mesure qu'on remonte vers le sud , il est plus rarement 
entendu. De môme que l'explosive sourde correspondante, qnf (i, avec laquelle 
il s'échange même dans l'orthographe usuelle, il est remplacé par un g distinct 
du^=g'. 

^ Voir notamment la transcription n° 3 el les alphabets. 



LA PRONOXCUTION MODERNE DU COPTE DANS L\ HAUTE EGYPTE, 265 

ci> t' en arabe d'Egypte est devenu <::> t ou ^jm s ; 
^d', — — — :> d ou '^ z; 

^ d', — — — d ou z. 

^, d'après son nomalphabe'tiquo, est z ou dz. Les transcrip- 
tions l'assimilent uniformément au z ()) comme S^ =d' k notre d. 

^ et •vl/" = ks, bs. 

Des sept lettres égyptiennes cy, (^, ^, ^, "K, 6', "^j deux 
font aujourd'hui double emploi, cy sV«' et o sima. L'une et l'autre 
sont rendues invariablement par la chuintante jiis : 2>-<^5î <^«/si 
(III, lU); NEC(5sH ?Jflssî*i(III, 16); (5pOW-nî srombi (Mik'ail), 
etc. Toutefois Bou(jdour d'El-Harabah a conservé au signe D, 
dans son alphabet, une prononciation spéciale, celle de la spirante 
sourde formée comme notre k, c'est-à-dire du ch de la finale 
alleniande ich. 

^fai est notre/. 

^ K'ai, qui n'appartient qu'au dialecte du Nord, est aujour- 
d'hui rendu, dans le Saïd, par le ^ arabe. 

i> hori est le * h arabe articulé avec une énergie très va- 
riable. Parfois il semble n'avoir d'autre valeur que notre h muette. 

^a\ M (III, 8); 

ÈfiOA^XTOTq ab'ol-idodf{l, 3); 
TTKZ>^S ebkaé (III, 6, 20, 21); 
O'îfO^^ uô (II, 10) ouo, (in, A), etc. 

D'autre part, il est fortement articulé, par exemple, dans 
Uvï^cyp^ engorhh (IV, 1 A), sansjamais s'assimiler au ^ h' arabe. 

Comme cette aspirée cependant, il appelle un son a ou couvert 
qui lui sert d'appui et subsiste quand lui-même n'est pas entendu : 

F.T2^C^cf0U^q adajfunohf {Mik'ail) ; 
nSXO^ béPoah (II, 5); 
jÙ^TTSF.>00'* embioau^o {Mik'ail). 

•iS ganga = g est un semi-contact formé dans la même région 
que le g dur français; la prononciation du groupe gui devant a . 



2GG M. DE KOOHEMONTF.IX. 

o,u en donne une idée assez exacte. Celte articulation se retrouve 
dans presque toutes les langues des peuplades avoisinant l'Egypte; 
elle s'est impose'e pour la prononciation du ^ arabe, dans le 
parler des i'ellahs, qui n'emploient jamais comme les Syriens ou 
les gens de la Barbarie, j ou r//\ et re'servent de préférence le g 
dur pour rendre le (^, voire le ^. 

Quant au"^ = di, de.i, ce nest actuellement qu'un signe ortho- 
graphique, comme "^ , ^ des grecs, remplaçant "T -{- S. 

Reste à mentionner une dernière consonne qui n'est représentée 
dans les alphabets coptes par aucune lettre, savoir, le hamza (*) 
de l'arabe. Dans la prononciation, presque tous les dialectes arabes 
modernes laissent tomber le hamza , et Téciiture courante néglige 
de le noter. Les paysans égyptiens l'emploient capricieusement; 
mais, par contre, les citadins et ceux qui ont étudié le substituent 
régulièrement à l'uvo-palatale classique ço/(ij). Tandis que la pro- 
nonciation cairote de JL*-> flotte, suivant les individus, de iési^al 
à iesâl, elle fait entendre fortement et régulièrement le hamza 

dans yJ»^\ el-s^amar ffla luneii, ^^^^î es-sîi" n\c marché i^, S^U*© 
çapi^arah ff Saqqarah n , ce dernier avec le hamza redoublé. Les tri- 
bus de TEtbaye possèdent aussi le hamza et l'emploient très régu- 
lièrement. Les lecteurs coptes modernes l'articulent avec non 
moins de précision. C'est un coup de glotte bien connu des chan- 
teurs : donné avant une voyelle, il permet de l'attaquer nettement 
et l'isole de celle qui précède; donné après, il arrête brusquement 
l'émission du son. Il est rappelé dans l'écriture au moyen de 
l'accent placé au-dessus de la voyelle qu'il affecte^. 

nE<^ai O ubaj's.00 ( 1 , 1 /i ) ; 
EqÈi fl/*a*i (III, 6); 
aj2."lE(^S sadafs^i (III, 9); 
jÙ-TTxkAoïf embi^alô (IIÏ, t3); 
^RUCHc^ (MÔsah, etc. 

* Je dois signaler la prononcialion i^ =_; français dans deux exemples : afjô- 

ammox (I, i5) SC^E isja {Mik'dil), 

- C'est un emploi de pins pour l'accent mempbilique. Cf. Peyron, Gr. copt. 
p. 7; Stern, /. /. p. 18; Réviilout, Mél. (Tarch. ég. et ass., III, p. 18, note. Il 
est évident d'ailleurs que l'emploi du hamza est actuellement des plus capricieux. 
Cette articulation a dû appartenir à une liste déterminée de mots , qui n'est pas 
restée dans la mémoire des lecteurs modernes. En fait, on peut dire que 
l'accent ^ annonce principalement, avant ou après la lettre qu'il alTecte, un 



LA PRONO^CIATION MODERINE DU COPTE DANS LA HAUTE EGYPTE. 267 

Enfin, pour en terminer avec les consonnes, je signalerai une 
dernière particularité' commune à la prononciation copte moderne 
et à la phonétique arabe : lorsque deux consonnes se suivent au 
commencement d'un mot, sans voyelle interpose'e, les lecteurs 
saïdiens font pre'ce'der la première de la voyelle neutre c, qui 
correspond à Valef prothétique des Arabes : 

TTSTTpOc{>H"^HC U ebro'fdas, passim; 
0'*^-«.0"T oiiehmot (I, 16); 
ÈcJpZ-ÎV a'ebran (II, 9); 
ÈtTKZ-^S rtp ebkaé (III, 20), etc. 

Les arabisants d'Egypte appliquent rigoureusement, eu parlant, 
la règle arabe qui, dans les autres contre'es, n'est plus qu'un usage 
orthographique. Aussi je crois que les Coptes contemporains 
n'obe'issent pas ici à une influence arabe, mais bien plutôt que 
les habitudes phone'tiques des anciens Egyptiens se sont rencon- 
trées avec celles des Arabes. J'ai rattaché ailleurs ^ cette règle à une 
habitude physiologique, l'attaque vive des mois, qui entraîne 
comme conséquence le déplacement de leur centre de gravité 
vers les premières syllabes. 

VOYELLES. 

2>- et E se lisent a, sans qu'aucune différence d'intonation ou 
de quantité les distingue. Le son e, que nous attribuons à e 
en grec et qui subsiste dans le nom de E, éi, éiè, a cependant 
appartenu à la langue sacrée des chrétiens du Nil. D'après Magar, 
curé de Louqsor, il rend la vraie prononciation de E. C'est la 
théorie. En pratique il reparaît sous des signes d'emprunt : à la 
fin des mots, S est souvent pronancé é. **, comme son nom hé 

mouvement de la glotte, esprit doux, voyelle neutre ou liamza, avec, le plus 
souvent, un silence. Par exemple, dans la finale O'ifî, il fixe, je le crois, la 
lecture ti-i diphtongue (non «A), par opposition avec la lecture oivi, wi; de 
même, il détermine indirectement le caractère vocalique de î, en l'isolant de la 
voyelle voisine, lorsque S ne doit pas être prononcé y, ou encore il semlile 
marquer une crase à éviter, un liialus entre deux voyelles de même nature ou peu 
dissemblables. Mais la tendance do quelques lecteurs csl de mellrc le bamza 
dans tous les cas. Une seule conclusion doit donc èiro tirée des Iriinscriptions ici 
présentées, c'est rexisicncc du bamza eu copie. 

' Jouvnal (lainlifiHp , 1887. p. f);"). — Siipva. p. 0,57. 



268 M. DE ROCHEMONTEIX. 

Tindique, peut aussi être entendu è : O'^^'^F'O'ïW-EîiOC 
ohégumânos (IIF, 6). Enfin, e est un des e'iements de la di- 
phtongue ei transcrite par S, assez fre'quenle et eniploye'e par 
exemple dans les noms de certaines lettres (voir notamment 
l'alphabet de Bouqdour). E a donc rendu très probablement, chez 
les Saïdiens et chez les Égyptiens du Delta, les sons du groupe e 
et paraît avoir noté principalement, tantôt la voyelle neutre, 
tantôt un son plus ouvert que é et comparable à Te du mot 
français crbellei^; les Coptes modernes en ont lait un a régulier, 
comme les puristes arabes, lorsqu'ils affectent de prononcer 
correctement les e du dialecte courant que recouvre, dans l'écri- 
ture, un fatha ^ . 

H }ie\a, hada [hicla) se prononce tantôt comme l> et E, tantôt 
i bref ou long; l'instituteur de Siout a formulé une règle de répar- 
tition assez inexactement appliquée : selon lui, 

H = a dans les syllabes fermées, 

H = i dans les syllabes ouvertes : 

EBÊH^q ath'adf{\, i5); 

0'*h£i uàh{\, 19); 

11511900^)^1^0 biebro'Jtdas {pass.)\ 

JU,2>.ÇH"THC mâtidas {Mik'ail); 

S^SJW-Kp himar {Mik'ail). 

^HpC, ^HpO"^ dnr-s, dar-u {pass.), etc.; 

ç^H bi, bei [pass.); 

T^^pJ^H darsi (I, i); 

cgHpS sîn(I, 12; III, i5, 18); 

2>pj^H?\2^0C ark'i'laos (III, 22), etc. 

Ou rencontre, d'ailleurs, aussi : 

SOp^^^SUlC [ij]ordanis [Mik'ail); 
y^aka (I, 12, 10; III, 9, t5); 
^K ha (I, 2); 
ÎIH wrt (I, 12; III, 20); 
-W-^tpH'^pm ebrâde (I, i/i; III, 5); 
TlipH béira (il, 5); 



k 



LA PRONONCIATION MODEKNE DU COPTE DANS LA HAUTE EGYPTE. 269 

J^H«^Ï kâmi{[n, i3, i5); 
îifcn'^ enk'âdi (I, /i , i/i; III, 6); 
■^C-W-K di esma, isme [Mik'ail; III, i8). 

Dans la plupart des cas. H suivi do S-, Ot se prononce de 
preTéreuce a : 

î^nf2>.ç|).ULH5 mdaehmai[\, g); 
Al-Eîî-W-Hi ma (mai (l, iU, 17); 
nJSpHS etiek'rai (^^p^S) (I, ik; lll, 1 1); 
X.'if "TH5 q audaif ( 1 , 17); 
EBHHO'Ï" atnao (I, 10); 
IUtJ)HO'*\ neifa'ui {II, 2, 7); 
ETcJdHO'^T at/es^'rtMf/ (III, 5); 
ETTSHS abi'ai{\ll, 11); 

nSCHO^ hisiio (III, 7, 16), etc. 

L'H de plusieurs mots étrangers est rendu par e. 

fiHB?\EE-W- b'étlaam, b'itlaam (III, pass.); 
HptW^^HC érô'das, irudas (III, joass.,- divers); 
^HF^EJW-am e'gàmon (III, 6). 

En somme H, même dans les mots où il repre'sentait à l'ori- 
gine, non pas un a ou un ^ primitif, mais un son spécial, s'est 
désagrégé et parlagé entre les deux voyelles a et i dont il formait 
sans doute un intermédiaire, comme le^ primitif entre k' et s. 
Ce partage s'est fait d'après des conventions obscures même pour 
ceux qui les appliquent, puisque nos transcriptions nous donnent 
les doubles lectures : 

'^'ï^H psiU et psika ; 
-WOKOr^EV^HC monoganis, monoganas; 
^^HTTTTE hibba et habba, etc. 

\ iôda n'est pas seulement noire voyelle i; de même (|uc le 



270 M. DE ROGIIEMO.MEIV. 

iod semiliquo, il joue aussi le rôle d'une consonne y, soit an 
commencement des syllabes, 

SOp:^^nHC (y)ordanis, 
IC^IW {y)isgan (III, 16), 

soit à la fin des syllabes accentuées; il est alors précédé d'une 
voyelle d'appui e ' : 

2>.q^ (ifdé{y) (I, 12); ?sî\5s (wSê{y) (I, 16); 
TTSpH béira (II, 5); 
ns ctiHC^S né{y)Jàui''- (II, i, 7); 
. S\SCSO')f né{y)sio (II, 6); 
2^qS afé{y) (I, 6, 11); ÈX aé{y); AlT?>TECi cmhadasc{y), 
[Mik'ail); 

^STO'iq hé{y)dodf{\\l, 5, 12, 17, 23); 
Z'^ f>'X ^l^ D^ adaidié{y)du {lli, 11). 

Cl", aussi les noms de lettres JW-i^ SV\, TTÎ, c^S,^'^\, = mé{y), 
né{y),bé[tj),Je{y), ké{y). 

Simple voyelle, S se lit i, ï, et é surtout à la fin des mots, 

O, tu, et 0*ï voyelle, sont de véritables sosies. Comme E, 
^►, H, la psalmodi'e, l'accent tonique les dénaturent et les con- 
fondent. On peut voir, par les transcriptions, que je les ai entendus 
indifféremment 0, d, et t7, m. Il y a plus : j'ai constaté, lorsque 
j'appelais l'attention de mes lecteurs sur la distinction à établir 
dans la prononciation des trois grapliies, que non seulement ils 
semblent les considérer comme de simples variantes orthogra- 
phiques, mais encore que leur oreille est assez indifférente à 
l'échange, dans une même syllabe, des sons 0, 6, u; de même, 
la majorité des paysans égyptiens n'enregistrent qu'une sensation 
générale pour des couleurs dont nos yeux affirment la dissem- 
blance, le bleu et le vert, le vert et le gris, le bleu foncé et le 
noir, etc. 

On peut observer cependant que O et C_U, quelle que soit leur 
quantité, oscillent autour de û, se rapprochent de u dans les syl- 

' Cette prononciation semble être de règle chez les Copies d'Abytlos. 
^ A côté do nUSC^HO'ïi ennij'a'iii , groupe dans lequel Tadjonclion l\ a 
inodilîc i'imporlance de l'article HS. 



LA PRONONCIATION MODERNK DU COPTE DANS LA HAUTE EGYPTE. 271 

labes où la voyelle est longue, au voisinage de -M , et deviennent 
0, et même e muet, dans les syllabes brèves : KOC-O-OC hesmes, 
"TaU^K, Z>qTa.Uîq ^CTîi-, afdmf{\\\, i3, ik). 

Voilà pour la lecture. Mais les noms des lettres, articule's plus 
scrupuleusement, conservent la trace d'une prononciation dis- 
tincte, pour O et {5S. 

O s'appelle ou, 6; 

pO — roû, rô, ru; 

^OpS — hori, hôri, huri (Stern). 

C'est donc à cette lettre que convient le mieux la transcription 
ô. t]L\ nommé l>^ est un o ouvert, comparable même, d'après la 
diction de Waceb, à l'a Scandinave. 

La' graphie 0'<" n'est pas seulement prononce'e comme une 
voyelle (principalement û, û), mais aussi comme la diphtongue 
-\- II, ou encore le groupe ow : 

F.Tc|)E ECO'^^EN aclha asoûàn {Mi¥aU)\ 
Tf^>0'*UO'ï dauno'u {d"); 
0"X"0> o{w)oh {pass.); 
n"TX>-0''ifUl\aj"T endau{w)est {lU , 8); 
O'ÏCJU-H o{ww)isnie {lU , i8); 

t hé est un i, dit l'instituteur de Siout : 

0'^î\'ï£i2>-ÎV0C olé'anos (III, ii); 
•^'<3^H psika ( III , 2 o ) . 

Comme son nom hé l'indique, il est aussi prononce'e : O'*^'*- 
T~'0'5fJW-EK0C ohégumanos (III, 6). Ceci pour les mots grecs; car 
dans les mots coptes, il ajoute le son u ^ aux éle'ments avec lesquels 
il se combine, ou bien joue le rôle de consonne (w) : 

i On trouve une fois C^Cy X~A = oe'sâl (III, i i ). D'après le curé de Louci- 
sor oe' est même la prononciation correcte de 0*^ ■ 



272 M. DE UOCIIEMONTEIX. 

^T , E*< = a -f- " et parfois o : 

l>rf\ mi-é {Mik'ail); 

ÈTEJW-t5-2>.'* Î\E c|)U2>.'^ adaemmau n' ebnau (d°)\ 
ÈTZx'^O'^ain adau o{w)on (III, 1 1); 
E'ïF.<5.0'*^ au-am6di{Mik'ail); 
>2.-NAE'*X"TKC hanlau-idas (I, 19); 
&p^HF.pE'*C aruaros {l\\, h). 

H**, HO'* = a + M, J -t- u (v. swpra). 
WD'îf = -j- M, se réduit le plus souvent à 0, ii : 
ET2sqça\ 'i ^ adafiàdi ( III , /i ) ; 

J^z-'î^u^îO'îf ^'0^0(111,9); 

Zs'^fCyEnOLTO'* ausànu (III, 9, 12, i3); 
TlE'i^t^LTO'if nz^q ia^oM nfl/(III, 5). 

2>S, ES, HS (v. supra), OS, CXU, sont les groupes»-}" ^5 -|- » 
diphtongues ou non, jamais é, i. 

Enfin je relève dans la transcription II les exemples suivants 
qui notent une diphtongaison analogue à celle que le français a 
fait subir aux voyelles accentuées a, 0, devenues ai, oi :' 

N^O^ eatitof [II, io, 11); 
2>.q^0C qfgoes (II, 10); 
2^**Ca.U\"T aiisoînd (II, 11). 

Tel est le bilan actuel du vocalisme copte. A ne considérer que 
récriture, ce vocalisme paraît riche et précis; à entendre les lec- 
teurs modernes, il est pauvre et indécis. Toutes lesvoyelles sont 
ramenées vers les trois types principaux A, I, U; mais certains re- 
pères qui subsistent suffisent à montrer que l'appareil graphique de 
la langue sacrée avait été adapté à des formes réelles de la vocali- 
sation. Sous ce rapport, le copte, vocalisant avec la nellelé que 
recherchent les langues européennes, se distingue essentiellement 
des dialectes modernes de Tarabe, et se classe au contraire, avec 
des procédés identiques, à côté des langues diles couchites et des 
langues nubiennes. Non point que l'arabe d'Kgypleen soit réduit 
aux Irois voyelles figurées par l'écriture (^, ^, t, et qu'un Egyptien 
moderne doive se plier à une éducation pénible pour prononcer 
les voyelles è, é, 0, 0; ce dialecte les possède sans les enregistrer 



LA PROINONCIATIO^ MODERNE DU COPTE DANS LA HAUTE EGYPTE. 273 

et los emploie couramment. LV est très net à l'int(;rieur de cer- 
tains mots (|<v bpi'n cr petite diguew), et il est recherche' principa- 
lement par les paysans d'Abydos et de Thèbes pour rendre les 
finales (^ , » ( jLtJ totale n viens n : «xa^î^iw h'awàgé ff bourjj-eois w). oco 
T maison w, oo) fr huile i7, îa^a». cfuiun:, etc., sont prononcés par 
les uns hét, zét, h'él, par les autres hk, zk, h'èt. Avant un ^, le 
^ quiescent et, dans la bouche des puristes, la diphtongue^ s'en- 
tendent o: ^^^ roh ràmev, ^^ ro7i' tna-t-en.N, Jj.JiJl el-qôl tfla 
ff parole 15, On reconnaît o dans Ji«..iî edk'ol tf entre! w, is^ly*^ i^- 
rûri rene'cessairei5, ^jH loh' rr plancha. Ce qui caracte'rise l'arabe 
parlé, c'est l'importance qu'il donne aux consonnes, par suite, 
la légèreté des voyelles brèves, initiales et médiales,le phis sou- 
vent abandonnées en équilibre instable aux intluences des lettres 
voisines, variables suivant les individus, et toujours plus rappro- 
chées du son neutre que de leur son essentiel. Pour les voyelles 
longues, la tendance est plutôt d'en réduire que d'en augmenter 
la liste : o (^) vient à se confondre avec û; s'il s'agit de prononcer 
des mots étrangers, les voyelles, quelles qu'elles soient, sont ri- 
goureusement ramenées au son neutre ou aux sons A, I, U ^ C'est 
à l'imperiection d'un organe mal exercé par la pratique d'une vo- 
calisation spéciale, menue et flottante, qu'il faut, ce semble, 
attribuer l'altération manifeste que les Coptes saïdiens ont fait 
subir à la vocalisation du vieil idiome égyptien. 

Il me reste à extraire des observations un peu minutieuses 
qui viennent d'être exposées un tableau de l'alphabet thébnin tel 
qu'il nous est conservé. 

1° LETTRES SAÏDIENNES, 

Labiales : — B(n); M (m); B' (b); F (m). 

Dentales: — D(T,f); N(n)-, — S(c); R(p);L(x). 

Palatales : K(k)-, — — G(x),GH*(ff); S(a^); — — 

Glottales: /('); A, EM, 0, Ô, U(x,e,i,cu,o,oY); H (2)-, — — 

Il convient d'ajouter : w = oy, y 
?/ = •• 

2" LETTRES MEMPUITIQUES ET GRECQUES. 

' Do telles liabiludes donnent à ces dialectes une physionomie sèche et déco- 
lorée f|iriniposen( aussi à noire lanjfuo los Arabes qui la parlent le plus correc- 
tement. 



21 à M. DE ROCHEMONTEIX. 

En laissant de côté la deuxième catégorie, ce qui frappe tout 
d'abord, c'est la pénurie de cet alphabet, le petit nombre d'ex- 
plosives par rapport aux arrêts faibles et aux spirantes. Le plioné- 
tisme de la langue égyptienne, dont l'alphabet hiéroglyphique 
atteste la richesse, était-il donc si dégradé, si amolli, lorsqu'on 
commença d'écrire, avec des caractères grecs, le copte saïdien? 
On doit écarter cette conclusion. Il est à peine contestable que le 
hon[^) servit d'abord indifféremment pour deux articulations au 
moins, dont l'une a été figurée par les Coptes du Delta, au moyen 
du Jt). En comparant le vocabulaire copte avec le vocabulaire 
antique, on remarque d'autre part qu'à un signe copte corres- 
pondent aussi le plus souvent deux ou plusieurs lettres hiérogly- 
phiques dont les phonèmes sont parfois assez distants. Il y a plus: 
la forme actuelle de certains des caractères ajoutés à l'alphabet 
grec semble avoir été dérivée de plusieurs signes démotiques , de 
forme voisine, mais de valeur différente ^ On peut donc avancer 
avec quelque vraisemblance que plusieurs lettres coptes avaient 
au moins deux lectures. Les inventeurs saïdiens de l'écriture nou- 
velle sont allés à l'économie. Ils ont réservé aux lettres grecques 
qui symbolisaient des articulations étrangères leur prononciation 
spéciale; mais ils ont surchargé d'emplois, sans système préconçu, 
les caractères démotiques ou grecs, qui répondaient originairement 
à des phonèmes d'un usage familier. Ils n'ont pas procédé autre- 
ment que les Phéniciens lorsqu'ils empruntèrent quelques symboles 
aux Egyptiens; pas autrement que les Arabes lorsqu'ils écrivent 
leur langue avec leurs lettres dépourvues de points diacritiques et 
de voyelles. Les écritures sémitiques, celles de l'Egypte ancienne, 
sont des écritures mnémotiiques , bien ]Autot c[uanalijtiques. Chaque 
mol foruie un groupe que l'usage apprend à reconnaître. Dans 
ces longues lignes sans séparations, l'œil épèle les mots au lieu 
des lettres; il les isole comme des monogrammes dont les éléments 
peuvent, sans danger, être polyphones; c'est avant tout la combi- 
naison de ces éléments qui annonce le mot et implique pour 
chaque polyphone une prononciation déterminée. Les Nubiens, 
par exemple, qui ont adapté, par des conventions bien conçues, 
l'alphabet arabe à leur langue, n'ont redouté aucune ambiguïté 
en représentant les trois articulations^, k, n, par un seul signe, 
^^. Les Berbères du Maroc et du Sahara n'ont pas plus de scru- 
pules. Au déclin delà civilisation égyptienne, les scribes étaient 
assez sûrs de leur expérience pour se livrer, en pleine fantaisie, 
à des jeux orthographiques où l'abus des polyphones, la confusion 
des dentales et des palatales entre elles ne laissaient à l'œil du 

l^éviUonl, Mélanfres d'arcliéologie égyptienne et assijrienne , 111, p. 38, note. 
^ Rocliomonif'ix, QueUjuen contes nuhiens, p. i i. 



L\ PRONONCIATION MODERNE DU COPTE DANS LA HAUTE EGYPTE. 275 

lecteur que quelques repèies de loin en loin. Certes, les premiers 
Égyptiens qui transcrivirent en grec des formules magiques eurent 
des pre'ocupations tout opposées, et visèrent à éviter des erreurs 
de nature à compromettre l'efficacité' de ces formules. Mais il y 
aurait exagération à considérer leurs transcriptions comme minu- 
tieusement adaptées à la parole; elles n'étaient pas destinées à 
instruire l'ignorant par une simple lecture; elles devaient être 
surtout des aide-mémoire pour l'initié déjà maître de la diction 
et de l'intonation, et à qui une convention graphique mémo 
assez lâche suffirait à assurer une fc voix juste i^. Je reviendrai sur 
la polyphonie de quelques-unes des lettres de l'alphahet copie- 
grec, avec les détails que comporte la question. 

L'alphabet ci-dessus suggère une deuxième remarque : l'activité 
phonétique du copte s'est surtout développée dans la région des 
dentales supérieures et des palatales; les intra-dentales et les uvo- 
palatales, si nombreuses en arabe, sont absentes; elles tendent 
même à s'éliminer du patois arabe parlé par les descendants des 
Egyptiens du Saïd. C'est là un trait de plus à ajouter à tous ceux 
que le copte a en commun avec les autres idiomes du pays de 
Kousch. 

En résumé, la tradition copte moderne de la haute Egypte 
présente les particularités suivantes : 

Elle a laissé hors d'usage une partie des articulations primitives 
et réduit, par élection, tous les caractères du premier alphabet 
thébain à être monophones ; 

Les lettres introduites par le dialecte du Delta, sauf Ç, ne sym- 
bolisent aucune articulation; ce ne sont plus que des doublets 
orthographiques ; 

Les articulations grecques ont été conservées avec une pronon- 
ciation qui , altérée ou non , est aujourd'hui celle d'articulations 
arabes ; 

L'arabe a exercé avec plus d'intensité son influence sur la voca- 
lisation à laquelle il a communiqué ses intonations indécises, en 
laissant cependant subsister des débris suffisants pour une resti- 
tution. 

Par contre, la tradition copte a maintenu dans sa phonétique 
cet ensemble de traits que j'ai indiqués à chaque pas, et qui, en 
donnant à la vieille langue égyptienne un air de parenté avec les 
dialectes modernes du bassin du Nil, et notamment avec ceux de 
Bisharis, l'opposent à l'arabe. Des deux articulations indigènes 
sauvées de l'oubli, // et^, la seconde s'est môme imposée à la 
langue conquérante. 

Cette tradition, en réalité, n'est [)as fanivri' [)lus ou moins 



276 M. DE ROCHEMONTEIX. 

éclectique d'une école héritière des premiers Saïdiens, vivant à 
l'écart d'emprunts et de maigres souvenirs; elle marque un état 
dans l'appauvrissement du système phonétique fixé par les 
Égyptiens du Nord et répandu dans toute l'Egypte, lors de l'in- 
vasion musulmane. Depuis ces temps éloignés, l'enseignement de 
la lecture s'est tenu en dehors des influences étrangères; il a 
perdu une partie de son bien; mais, sauf pour les consonnes 
gi'ecques, il n'a fait ni échange ni compromis. Nous pouvons donc 
demander à la tradition moderne quelques documents fidèles, 
un écho sonore de la voix égyptienne. Le copte , tel qu'elle nous 
le fait entendre, nous laisse encore l'impression d'une langue 
harmonieuse, un peu molle, langue d'un peuple adouci, façonnée 
pour la prière et les psalmodies. 

M. DE ROCHEMONTEIX. 



Slave blato ff marais w. 

Le slavon blato rr marécage, bourbier '', polonais hloto, russe 
boléto, slave primitif */)o/fo, correspond phonétiquement au lithua- 
nien bâitas ffblancTi, qui conserve la signification primitive. De 
bàllas dérive en lithuanien un verbe balifiju ff avoir des reflets 
blancs n qui s'emploie particulièrement en parlant de l'eau. C'est 
cet emploi que nous retrouvons dans le nom de la mer Baltique; 
c'est aussi l'emploi primitif du slave blato, tel qu'il apparaît en- 
core, déformé par la prononciation magyare, dans le nom du lac 
Balaton [Balaton tô). Cette expression convenait entre toutes à 
ces flaques marécageuses qui, dans les grandes forêts de Pologne 
ou de Hongrie, ne se dénoncent sous l'ombre épaisse qu'aux 
reflets argentés de leurs eaux^ : de là la signification spéciale de 
ff marais 17 que le mot a prise d'assez bonne heure en slave. C'est 
en effet avec cette valeur qu'il a passé dans le grec byzantin, sous 
la forme (2d}.Trj. Le sens de fdac, étangn survit néanmoins encore 
aujourd'hui dans certaines régions de la Moravie méridionale, 
alors qu'en Bohême par exemple blâto est devenu synonyme de 
bahno cria bouen et ne désigne plus guère que la saleté des rues 
les jours de pluie. 

F. Geo. MôHL. 



' Le verbe liirco reçoit en latin des applications tout à fait analogues : témoin 
ce vers, qui appartient, si je ne me trompe, à une tragédie de Sénèque : 

Nuiif nenioris ;ilti dpiisa iiietalur loco, 
ubi Lprna muto l'^cYidn pclhwet vada. 



DECLINAISON 

DES PRONOMS PERSONNELS 

EN VIEIL-IRLANDAIS'. 



1 PRONOMS DEPOURVUS DE GENRE. 
PREMIÈRE PERSONNE DU SINGULIER. 

Nominatif : mé; vieux gallois mi; breton 7ne. Comparez latin : 
me par e long pour me; cf. s(à.£. 

Génitif : pronom possessif jhm, hîo -; en gallois mij, vij; en breton 
ma, va. Rend spirante l'explosive sourde : mo-chland rrma pos- 
térité 15; re-m-chuimrmg cr avant ma captivité 75. Ce génitif ne se 
terminait donc point par une consonne. Cf. ifxov. 

Accusatif : um, om,, mieux "m = mu ou °m = mo^ : 

1° Après les prépositions qui gouvernent l'accusatif : /n'wmm 
cr contre moin; immum vautour de moiw; triiim te à travers moii^; 
lium fcprès de moiw; cuccum frvers moiw; etrom tf entre moii:; 

2° Après les prépositions qui gouvernent l'accusatif et le datif: 
airium ccpour moi'?; foum rrsous moir; indium «dans moi 15; form 
rcsur moi 15; 

3° Après quelques prépositions qui exigent les noms au datif: 
dom = do-um ccà moi 51; issum ff au-dessous de nioiii; remiun tf de- 
vant moi'?; 

' Cet article est le texte de deux leçons faites au Collège de France en mai 
1890. H a été rédigé et remis an comité de rédaction des Mémoires de la Société 
de linguistique avant que parût la première livraison de la seconde partie du 
tome II de M. Karl Brugmann , Griitulrissder vergleicheiiden Grammalik,]).h63- 
8l\6. Quelques notes qui renvoient à ce savant volume ont été ajoutées sur 
l'épreuve. On sait quelle importance la collahoralion de M. H-Tliurneysen donne 
à la partie celtique du Grundriss de M. K. Ikugniann. 

^ Imité du génitifsingnlier de la seconde personne. suivant Brugmann, p. 82^. 

^ Imité de l'accusalil, singulier de la seconde personne, suivant Brugmann, 
p. 812. Cette doctrine peut paraître vraisemblable quand on compare les pro- 
noms suffixes aux prépositions; mais elle paraît étrange quand on Tétend aux 
pronoms infixés : ar-om-foimfea suppose un accusatif o»j (= mo). 



M KM. I.ING. 



19 



278 H. D'ARBOIS DE JUBAINVILLE. 

lx° Après le verbe : snaidsi-um ft qu'il me protèges; 

5° Dans riiilérieur d'une formule verbale : ar-om-fohnfea ail 
me recevra 75. L'explosive sourde suivante devient spirante: ni-in- 
charat-sa trils ne m'aiment pasn; ma-ni-m-chobrat rr s'ils ne 
m'aident pasn; co-for-diim-thesid-se ffafîu que vous m'aidiez^; 
ainsi, le pronom de la première personne à l'accusatif singulier 
ne se terminait pas par une consonne. 

Datif : im = mi^ : ûnim, di'im ce de moiw. 



Nominatif : )h^, sni , snisni; gallois ni, ny; breton ni. 

Génitif : arn^ devant les voyelles et les moyennes; ar devant 
les autres lettres : arn-athir tf notre pèrer; arn-dias tenons deuxii; 
ar-conair ^ notre chemim^. Gallois an; breton hon. 

Accusatif : unn, un, mieux "n = nus : 

1° Après les pre'posi lions qui gouvernent l'accusatif : torunn 
ttau delà de nous^?; immiinn «autour de nous::; tnunn ttà travers 
nousw; elrunn (rentre nousr); cucunn ff vers nous::; 

9° Après les prépositions qui gouvernent l'accusatif et le 
datif : erimn trpour nousr; {7idiunn «dans nous::; 

3° Après des prépositions qui veulent le nom au datif : remunn 
«devant nousr; dûn, dûun, dunn «à nousr; 

U° Après les verbes : ainsi-unn «qu'il nous protéger; snmdsi- 
unn, même sens. L'analogie le fait employer même avec sens de 
datif: taithi-unn «est à nousr; 

5° n dans l'intérieur de la formule verbale : ro-n-s6ir «nous a 
sauvés r; ni-n-fortéit-ni «il ne nous aide pasr; l'explosive sourde 
ne devient pas spirante. 

Datif : inn, in = ni : ûainn, ûain, diinn , diin «de nousr. 



DEUXIEME PERSONNE DU SINGULIER. 

Nominatif : tû; gallois //; breton te''. 



' Ce dalil' est primilivonient un locatif. (Briigmaun, p. Sao.) 
' Pour nés, primitivement accusatif. (Briigmann, p. 8o3, 8i3.) 
^ Vour ns-ro-n , Brugmann, p. 829; suivant les lois do la plionétique celtique, 
Hsron donne ansron, puis arn directement sans l'intermédiaire d'êsron (pie 
M. Brugmann suppose. Comparez raccusniif pluriel rigâs = ngans. 

' L'iiypolhèso que l'irlandais /m tiendrait lieu d'un plus ancien <m, — dont Vu 



DÉCLINAISON DES PRONOMS PERSONNELS EN VIEIL-IRLANDAIS 279 

Génitif : i° f/o\ proclitique, rendant spirante l'explosive sourde : 
do-chétmic tfde ton fils aîne'w; do-thaige rr de ta maison w; i-t-choim- 
thechtr^ dans ta compagnie ti; 

2° th devant une voyelle accentuée : th-oenur rr toi seul 57; litté- 
ralement : fton unitér). 

Gallois dij; breton r/a; cf. grec a-ov. 

Accusatif : ut, mieux "l == te'^ : 

1° Après les prépositions qui gouvernent l'accusatif : friut 
«contre toiw; cenut-su tfsaus toi 75; torut-su cf au delà de toi»; 
cucut «vers toi^^; 

2° Après les prépositions qui gouvernent l'accusatif et le datif: 
erut-su «pour toin; innut «dans toi ri-, fort «pour toi^i; 

3° Après des prépositions qui veulent le nom au datif : ocut 
«près de toi"; nut «devant toiw; 

h° t dans l'intérieur de la formule verbale : imme-t-chomairc 
«il t'interroge w;ro-f-c/i6'c/i/rtf/rtr «il t'entendrais. L'explosive sourde 
suivante devient spirante; ainsi cet accusatif ne se terminait 
point par une consonne. Il est employé même avec sens de 
datif: tathut «est à io'\ri. 

Datif : it = ti : ûait, diit «de toi '7; duit «à toi»^. 



Nominatif : sib = sw* (ordinairement sissi == sib-si) \ gallois 
chwi; breton choui = svi. 

Génitif :/oni,/rtrn^, devant les voyelles et les moyennes ;/br,/ar 
devant les autres lettres : forn-airchinnech «votre prince^i; yârn- 
i7itliiicht «votre inleWigeaceii ; far-clûu «votre gloire w. 

Souvent barn et bar après une préposition : di-barn-icc «do 
votre salut»; mais di-far-foirbthetu «de votre perfectiomi; i-bar- 
tolaib «dans vos passions»; mais i-far-selbiid-si «dans votre pos- 
session». Il y a confusion : originairement, on a dû dire /ar?j, 
far, après les consonnes; barn, bar après les voyelles. 

Accusatif : uib, ib^ : 

se serait allongé sous rinflaonrc de l'accent (Briiginann,p.8o9), — est inadmis- 
sible : iû primitif irlandais aurait pour écjuivalent ou «Tnllois Vu ou iw et non ti. 
[Gramtnutica Celtica, a' édition, p. ()i.) 

' Pour lovo, suivant Brugniann, p. 835. 

- On trouve la même doctrine chez Brugniann, p. 812. 

^ Ce datil'est primitivement nu locatif. (Brngmann, p. 890.) 

'' Pom' s-iii's; comparez le gothique iz-vis. (Brngmann, p. 806, 8i3.) 

^ Probablement pour s-nes-ro-71.. (Brugniann, p. 829.) 

^ Le même cas que le nominatif. 

10. 



280 U. D'ARBOIS DE JUBAINVILLE. 

1° Devant les pre'positions qui goiiverneni raccusatif : etr-xdh 
«entre vousr»; cen-iiib-si tfsans vousr; cuc-uib-si revers \ousr,-fnb 
r: contre vous^; lib tfcliez vousw; 

9° Devant les pre'positions qui gouvernent Taccusatif on le 
datif: airi-uib-si, air-ib frpour vousti; 

3° -b-, clans Finle'rieur de la formule verbale : no-b-cara rfil 
vous ainiew; do-b-tromma wil vous charger». L'explosive sourde 
qui suit ne devient pas spirante, ce qui prouve que l'accusatif de 
ce pronom se terminait par une consonne. 

Datif : ib : uaib ffde voust^. 



9° PRONOMS QUI ONT TROIS GENRES. 
TROISIÈME PERSONNE. 

Thème ei (forme pleine de la racine réduite i). 

Nominatif singulier masculin : é. = ei-s^; latin is, plus tard 
is; cf. skr. ayam. La diphtongue ei devient régulièrement ê en 
cellique; î en latin. 

Accusatif masculin : ën = ein qui devient selon les circonstances 
I ou an : 

1° Suffixe externe ou encliti([ue i : cucci ^= cucc-ên rvers lui^i; 
imbi = ambi-ên tf autour de luiw; 

2° Interne ou proclitique an : r-an-anacht a'û le protégea ii; 
ra\n]-cloi-som tfil le subjuguai. 

Accusatif singulier neutre : i enclitique = ê[d] = eid : airi = are 
êd frpour celais. 

Locatif singulier i dans inti « celui-ci i? == sin-tos-êi. 

Nominatif masculin pluriel : é tf ilsr» des trois genres = ë-ès = 
ei-es. 

Thème eio-, êo- (développement de la racine pleine cî)"-^. 

Génitif masculin : a proclitique = êi; rend spirante Texplosive 
sourde suivante : a-chumgai trscs angoisses ii; tri-a-thir rrpar sa 
terre 11. A cson, ses 15 est quelquefois éciit avec un apex : â-arilHud 
ffson méritei? à-hîc tfson salutiî, ce qui prouve que la voyelle 
primitive était longue. De a = e dans les proclitiques, on a des 

' Brafjniann, p. 77^. 77^' donne comnio possible la docirine qni consi- 
dère *fiis comme" le nominalif sinjjulier du llièmc ei. Il propose aussi de con- 
sidérer *eis comme le résultat d'un compromis enire ci el i-a. 

- Sur ce llièmo, voir Brugmann, p. 770. 



DIÎCLINAISON DES PRONOMS PERSO^^KLS EN VIEIL-IRLANDAIS. 281 

exemples dans les pre'posilions a, as vàa-n pour *<?j:,- la ffchez, 
parr) pour *lel. 

Par analogie, cet a est reste quand, par exception, le mot nest 
pas proclitique : an-ài crie sien = son êi-n ^ 

Ge'nitif fe'minin : a proclitique = ëàs; ne rend pas spirante 
l'explosive sourde suivante : for-a-c'mnn cr devant sa têter). 

Thème i (forme re'duite de la racine pleine ei)"^. 

De ce thème non de'cliné voici un exemple : 

Dans ed fc celaw = ito\d\ , il faut distinguer deux éléments pro- 
nominaux i et tod, dont le second seul est décliné. Comparez le 
latin is-tud, dont Ys emprunté au nominatif singulier masculin 
persiste à tous les cas par analogie. 

A Taccusatif masculin i, suffixe ou enclitique = in : foir rcsur 
lui ri = u[p^er-in. 

Accusatif singulier neutre infixe i{d] : amal as-in-chobra =*ex- 
son-i[d]-cobrât cr ainsi qu'elle le désire??. L'infixé in contient deux 
éléments : le pronom relatif an = son, et le pronom de la troi- 
sième personne neutre id, qui a perdu sa dentale dès la période 
de l'unité celtique, de là son action sur la sourde suivante, qu'il 
rend spirante. 

Datif masculin singulier i = iiê : uad-i rfde luin; ac-i rfchez 
lui??. 

Datif féminin singulier i = Mê : essi (f (ï elle t = ex-i = iiê ; indi 
ff enellew = ande-iiê; remi «devant eller,=prëm-?ïê;MrtJnf d'elle??; 
di (fà elle». 

Datif pluriel des deux genres : ib = ibis : essib cr d'eux??; uadib 
rr d'eux??; indib «en eux??; remib «devant eux-'i;/oib «sous eux??; 
forib «sur eux??; doib «à eux??. 

Thème -io-^. 

A l'accusatif singulier neutre, e suffixe (enclitique) = io[d] : 
cène «sans cela??. 

Thème -ia, féminin. 

Accusatif singulier suffixe (enclitique): e = ian : lec «près 

' Suivant Brugmann, p. 77S, ài = èsio, sanscrit asya, gothique is, on aurait 
là un exemple unique en celtique de celle formation supplantée, en celtique 
comme en iatin, par le localif indo-européen. Ai est employé an génitif pluriel 
comme au génitif singulier. 

- Sur ce tlièinc, voir Brugmann , p. 770. 

■^ Sur ce thème et le suivant, voir Brugmann, p. 770-771. 



282 H. D\^RBOIS DE JUBAINVILLE. 

d'elle w == let-ian; cuiccc cfvers elle^ = cucc-ian; Iree crpar ellen 
== tre-îan. 



Thèin 



e 0- 



Est le premier terme du pronom compose' 6n = o-no\d] rf ceci 55, 
qui doit rallongement de sa voyelle à un accent oratoire. 

0-11, accusatif singulier masculin devient fin infixe(proclitique) : 
ar-an-gairet = [p]are-07i-gât'onti frils le prohibent 15; n-aii-glanad 
ff qu'il le purifie '7; r-a-cloi-sum kï\ le subjugua ^i. 

On est aussi le premier terme de l'adverbe composé and fflà^: 
= on-ton. 

0[d], nominatif-accusatif singulierneiitre, devient l'infixé (pro- 
clitique) a : ra cliualatar ^ pro-o[d]-cuculantor ^t \\s l'ont entendu t»; 
r-a-chloithe rfvous l'auriez entendu ti; d-a-hir ft mets-le». 

(suffixe ou enclitique) datif 'singulier masculin : dàu, dé rr à 
lui 71. 

Aib = obis (suffixe ou enclitique) datif pluriel : cen-aih crsans 
eux-n;for-aib ersur eux»; du-aib frà eux^; occ-aib trcliez eux^i. 

U=ns (suffixe ou enclitique) accusatif pluriel : leu wcbez eux 15 
== let-ïis; friu cr contre euxw = vrt-ûs; seccu «au delà d'eux w = 
sec-ûs; cuccu «vers eux^i == coc-ûs; treu «à travers eux 15 =tre-ûs. 

Thème si. 

Accusatif singuliei' masculin suffixe : is = sin : leiss :rchez luiw 
= let-sin; tarais tfau delà de luir). On le trouve déjà avec valeur 
d'accusatif singulier dans le pronom composé so-sin de l'inscrip- 
tion gauloise deVaison. 

Ce cas forme le premier terme de l'article: int = *sin-tos,j)\us 
tard *sindos. Sin est ici un accusatif immobilisé'-^. Comparez le 
pronom latin is-te = is-to-s , dont le premier terme garde à tous les 
cas l's du nominatif singulier masculin et féminin. 

Le thème si- est le premier teime des composés side rr celui-ci ^ 
= si-tio-s, et 8171 même sens = si-no-. 

Thème sio^. 

Nominatif singulier masculin: se = sic s dans me-se frmoi- 
même''. 



' Sur ce ttième, voir Rriigmann, p. 768. 

' Voir, sur l'article irlandais, le savant arlide publié par M. E. Windiscli, 
Bévue celliqtie, V, i6i--'iG6. 
^ Brugmann. p. 768. 



DÉCLINAISON DES PRONOMS PERSONNELS EN VIEIL-IRLANDAIS, 283 

Accusalif singulier, iiculre : la-se «quand 17 = let-sio[d]; co-so 
frjusque-l;n7 = co-sio[(l\-, nr-se = frà cause de celais == are-si()[d\. 

Datif singulier re-siu a avant qucn = [pjrên-siu; issiu rfdans 
cocin = in-siu. 

Thème sia (fe'miuin). 

Nominatif singulier : si Ke\\er>=si; comparez Brigit == Brigand 
pour Brigantia. 

Accusatif singulier : e suffixe (enclitique) = sian : inte ^nn eamn 
= ande-sian; inipe a autour d'elles = ambi-sian. 

Thème so^. 

Ce thème est le premier terme du pronom compose' so-sin dans 
rinscription gauloise de Vaison", et des pronoms compose's irlan- 
dais sodin, sodain cfceci-o = so-ii-no[dJ , suide r. celui-ci -n = so-tio-s , 
son rr ceci V ^ sono[d]. Il est aussi employé comme suffixe. 

Norninatif-accusatif singulier neutre : so[d] employé comme in- 
fixe avec sens d'accusatif singulier masculin ni-s-gaibcd frne le 
prenait pas^^. 

Accusatif pluriel masculin: u suffixe (enclitique) = sus : niriu 
tf pour euxw = are-sus; etarru cr entre eux-ii = anter-sùs ; forrii tfsur 
eux 7) = u\jp\er-sîis ; impu cf a utour d'eux ^i == ambi-shs ; intiu fc en eux , 
en elles -n = atule-sûs. 

L'accusatif singulier masculin so7i devient san, an, su, n, pro- 
nom relatif indéclinable (proclitique), /rà-srtn-r/p«far tr pourquoi 
est faitn \jor-san-érbralh «de laquelle ou a ditw = u\^'p\er-son-\^i)\are- 
hrton; an-as-olc rrce qui est mauvaise; di-an-airchissi rrà qui par- 
donne; la-sm-bi cfchez qui est-n; armad = ar-san-bed = [p]are- 
son-buieto tf pourquoi serait 17; huan-aithgnintar te de quoi est connu 
= ôd-son-ate-gnnantor r> . Il tombe devant les sourdes : hiia-tinscanat 
trpar oij commencent w. 

Par l'analogie de la déclinaison nominale des thèmes en 0- 
l'accusatif singulier masculin son est devenu san, an, nominatif- 
accusatif neutre de l'article. 

L'accusatif masculin singulier son a encore donné : 

Le premier terme de l'adverbe sund Kicin == son-tu; 

sn, pronom infixé féminin singulier: to-sn-argaib trelle s'é- 
leva n; ni-sn-airmim ttje ne la compte pasw; 

sn, pronom infixe pluriel : do-sn-aidiibca tril les visiterai. Quel- 

' Rri]{jmarin , p. 7^7. 



284 e. DURBOIS DE JUBAINVILLE. 

quefois avec trace de la voyelle du thème : con-[im]m-os- ralat 
ff qu'ils s'en aillent w, co-iia-[lm\m-usn- agat rf qu'ils ne se poussent 
pas autour 75. Ce pronom infixé est quelquefois devenu suffixe et 
s'est placé après le verbe : gUnusi-its pour glinnsi-os « iWes a e'clair- 
cisi5 = glennâsi[tyson. 

Thème ti-. 

Est le second terme du pronom composé sodain t ceci a = so- 
ti-no[d]. 

A l'accusatif singulier masculin : it = ùn, suffixe (enclitique) : 
iriit crpar lui». 

Ti\d\^ nominatif-accusatif neutre s'emploie comme pronom 
infixe avec deux valeurs : 

1° Accusatif singulier neutre : arind-fess'ul = \/ii\are-son-t\\S\- 
vissele tr afin que vous le sachiez r> ; amail assind-beir = ex-son-ti[dy 
bere[t] tf ainsi qu'il le dit»; ar-in-d-epur = are-son-ti[d]-ateberu 
ttà cause de quoi je le dis»; dind-apir = de-son-ti[d]-ateberes rrde 
quoi tu le dis»; 

2° Accusatif singulier masculin : amail immind-raitset = ambi- 
son-ù[d]-râtisonti a de même qu'ils pensèrent à lui». 

Thème tio-^. 

Est le second lerme des pronoms composés : suide r celui-ci» 
== so-tio'S; side, même sens, = si-tio-s. 

Thème io-'^. 

11 a fourni le second terme de l'article masculin et féminin; 
au nominatif singulier masculin : i7it = sin-do-s dont le second 
terme do- tient lieu d'un phis ancien lo-. Le t est devenu d parce 
qu'il est proclitique; comparez le pronom possessif do fcton» 
pour to. Inutile de donner ici la déclinaison de ce thème, qui est 
celle de l'article^, si ce n'est que le nominatif-accusatif singulier 
neutre de l'article est enqirunté au thème so-. Mais on trouve 
ailleurs le nominalil-accusalil singulier neulre du Ihème lo-, le 



' Brugniann, p. 768. 

^ Brugmami, p. 7(37, 78a, 789, 790, 791, 79--Î, 79-3. 

■'' La déclinaison de l'arliclc est celle des llièmes masculins et neutres en 0- et 
des thèmes féminins en a, sauf deux différences : 1" le génitif féminin singulier 
inna — sin-tâs exclut par conséquent la désinence ordinaire e = es; 3° le génitif plu- 
riel féminin innn — sin-lân = sin-tâson , avec ime désinence an = nsôn, au lieu de 
la désinence on des génitifs pluriels nominaux. On sait que le génitif pluriel fé- 
minin de l'article a supplanté celui des deux autres genres. L'accusatif pluriel 



DÉCLINAISON DES PRONOMS PERSONNELS EN VIEIL-IRLANDAIS. 285 

second terme de *i-lo[d]; c'est en vieil- irlandais ed, pronom 
neutre de la troisième personne. 

To[d\ re'duit à une seule lellre d = to proclitique s'emploie : 
1° Comme pronom infixé accusatif masculin; ce qui prouve qu'il 
n'a jamais eu d'n final, c'est qu'il rend spirante la sourde sui- 
vante : no-d- moladar K ce\u\ qui se loue iii'i-mèmev ^i^o-d-chiirsach 
tril le blàmaT7. Le t persiste devant s : cu-l-sccar te il le consacra w; 

2° Pour l'accusatif singulier fe'minin d = to[d] : dian-d-eroimtis 
ff s'ils la recevaient w; 

3° Pour l'accusatif singulier neutre : d = to[d] : no-d-chornal- 
naihar 'fil le remplit»; ro-d-chhimethar rril l'a entendu n. 

Par exception, on trouve da = to\d\\ à l'accusatif singulier 
féminin : no-da-berat tfils la portent»; à l'accusatif singulier 
neutre : to-da-scrib «il l'e'crivit». 

Ton, accusatif singulier masculin du thème to- devient dan 
infixe : air-dan-immart ftcar il le retint»; ru-dan-ordan k\\ l'or- 
donna». 11 s'emploie aussi, par analogie de la déclinaison nomi- 
nale, comme pronom ueuire : dan, infixe : for-ta-comai-som n\[ le 
conserve, il le protège» = ii[p]cr-ton-com-avc[t\ri. 11 est le second 
terme du pronom compose' and rrlà» = on-ton; il tient aussi lieu 
de l'accusatif féminin : frita-laibrct = îirt-ton-dobero)il ffils l'oppo- 
sent (elle)». 

Datif singulier neutre tu dans sund «ici» = son-tn, uad «de 
lui» = ô[f/]-<M, ocut «là» = onc-tu. 

Thème no-^. 

Est le dernier terme des pronoms composés s6n «ceci» = so- 
no[d], on «cela» = o-»o[é?], qui doivent à un accent oratoire 
l'allongement de la voyelle. Ce sont deux accusatifs singuliers 
neutres '-. 

H. d'ArBOIS de JuBAINVlLLE. 



féminin a eu le même succès. M. Tliurneysen, chez I?ru,omann, p. 79a, noie, 
propose d'expliquer par tom la finale inna du génitif pluriel masculin. Il ou- 
blie que Yui [~ n) (ijial celtique abrège la voyelle précédente , qui tombe par con- 
séquent. 11 suppose aussi que l'accusatif pluriel masculin inna, na — dâs — lôs, 
mais lôs =^ tons, serait devenu tu, puis du, enfin nu. 

' Brugmanii, p. 769, eno-. 

* Je n'ai avec intention rien dit du pronom sue qui, en irlandais, n'oflrc pas 
trace de déclinaison et qu'on croit reconnaître dans les deux premières lettres 
des pronoms composés féid , J'ailnn «même". (Brugmann, p. 807.) 



DK QUELQUES TERMES 

DU DllOiT PUBLIC 

ET 

DU DROIT PRIVÉ 

QUI SONT COMMUNS AU CELTIQUE ET AU GERMANIQUE ^ 



Il a existé clans le midi de l'Europe, antérieiiiement aux con- 
quêtes romaines, une civilisation que l'on peut qualifier d'ilalo- 
grecque. Quoique la langue étrusque et la langue grecque n'aient 
aucune analogie, l'art étrusque est un rameau de l'art grec. Les 
alphabets italiques dérivent de l'alphabet grec. Nous n'avons au- 
cune raison poui- rejeter la tradition suivant laquelle la rédaction 
de la loi des Douze-Tables aurait élé précédée par l'envoi en 
Grèce d'une ambassade chargée de rapporter une copie des cé- 
lèbres lois de Solon et d'étudier les institutions, les coutumes et 
le droit des autres cités de la Grèce''. On a souvent fait l'obser- 
vation que le mot/;œM«, dans la loi des Douze-Tables, a été l'orjné 
contrairement au génie de la langue latine et qu'il est d'origine 
grecque. La rédaction de la loi des Douze-Tables fut terminée 
l'an û5o avant notre ère ^. 

Vers la même époque, la civilisation italo-grecque avait dans 
le Nord une sorte de parallèle, la civilisation celto-germanique. 
Celle-ci est attestée notamment par un certain nombre de mots 
communs aux deux langues, l'une celtique, l'autre germanique, 
et qui sont étrangers aux autres langues indo-européennes, ou 
qui n'y apparaissent qu'avec un sens différent. Ces mots ne con- 
cernent pas la relij'ion; les noms des dieux et les noms des prêtres 
dans la langue celtique et dans la langue germanique n'ont au- 
cune ressemblance. Les deux peuples, l'un dominant, les Celtes, 

' Ces pages, insérées dans la Nouvelle Revue hislorir/ue du dvoil français et 
élrangei' {se]iL-ocL 1890), nous ont paru <lo nature à intéresser les linjfuisles. 
{Note de la Rédaction.) 

^ Titc-Live, I. 111, cliap. x.wi, S 8. 

■^ Bréal el Haillv, Dictionnaire êl\jinologHjiic Jatvi , au mol Pccna. 



DE QUELQUES TERMES DU DROIT PUIJLIC ET DU DROIT l'RIVÉ. 287 

l'autre dominé, les Germains, avaient les mêmes cliels et com- 
battaient dans les mêmes arnn'cs, mais étaient séparés par la re- 
ligion, et cette contradiction a été probablement la cause qui, 
après avoir empêché l'assimilation de la race sujette à la race 
dominante, a finalement amené la révolte de la première et son 
indépendance. 

On peut partager en groupes les mots communs au vocabulaire 
celtique et au vocabulaire germanique. Les deux groupes princi- 
paux concernent : l'un , les institutions politiques et le droit, l'autre 
la guerre. C'est du premier de ces groupes qu'il va être question 
ici. Je commencerai par prier les lecteurs de la Nouvelle Revue his- 
torique de droit de me pardonner l'emploi d'un grand nombre 
d'expressions techniques empruntées à la langue dont les lin- 
guistes se servent. Il m'est impossible de l'éviter dans un sujet 
aussi spécial et qui touche certainement à la linguistique tout 
autant qu'au droit. 

Suivant toute vraisemblance, les termes de droit communs au 
celtique et au germanique sont tous d'origine celtique. Ils ont été 
empruntés à la langue de la race dominante par la race vaincue. 
Cependant parmi ces mots on peut distinguer deux catégories. 
L'une comprend les mots pour lesquels l'origine celtique est 
phonétiquement certaine,, pour lesquels cette origine est admise 
par les linguistes les moins suspects de tendances celtiques. 
L'autre comprend les mots pour lesquels il peut y avoir doute, 
quand on se contente des preuves empruntées à la linguistique. 

La première catégorie comprend trois mots : i° le gothique 
reïks ce chef, prince w; 2° le gothique rciki, en allemand moderne 
Reich tf empire '7; 3° le vieil-allemand ambahti, aujourd'hui Amt 
tr service, fonction, bureau ^7. 

La seconde catégorie comprend les huit mots allemands mo- 
dernes : Rann k ovdven, frei ^dïhre v, Schalh f domestiquer, Eid 
ff serment 11, Geisel fr otages, loilien ff prêtera, Erbe cf héritage", 
Werth cr valeur, prix n , et les trois mots gothiques magus te esclave v , 
litigan cfépouserw, primitivement ffjurern, et dulgs "deAle-n, que 
l'allemand moderne n'a pas conservés; au total onze mots, aux- 
quels on peut ajouter l'allemand weih ffsacréw, qui a dû égale- 
ment signifier fr dettes. 

Le germanique diffère notamment du celtique primitif par le 
phénomène qu'on appelle substitution des consonnes. Les Ger- 
mains ont reçu certainement des Celtes le nom propre ethno- 
graphique Volca. Volca en celtique désignait le peuple celte limi- 
trophe des Germains, dans l'Allemagne moderne au nord du 
Mein. Par la substitution des consonnes, le c de Volca se changea 
en h, et Volca devint en germanique Wcdha, Walah; ce l'ut alors, 
dans la langue des Germains, un terme g('nériqne désignant tous 



288 II. D'ARBOIS DE JUBAINVILLE. 

les Celtes, puis, par extension, les Romains d'abord, les popu- 
lations romanes ensuite. 

Des Celles, outre le nom propre ethnographique Voica , trois 
noms communs sont certainement venus aux Germains, anté- 
rieurement à la première substitution des consonnes; ce sont : le 
gothique reih-s et chef, princes ; le gothique reiki, en allemand mo- 
derne Reich CT empirer)-, le vieil allemand ambahti, aujourd'hui 
Amt. Dans ces mots, la sonore ou moyenne g est remplacée par la 
sourde ou te'nue correspondante k, et la sourde Je parla spirante h. 

Du changement du g celtique en k germanique nous avons 
dans ces mots deux exemples Iburnis par les thèmes gothiques : 
i" reik- au nominatif singulier re<A-s «chef, princes, qui traduit 
le grec àpx'^^ du Nouveau Testament; 2" reikja-, nominatif mh' 
«royauté', domination, puissance -n, (|ui rend le grec dp^V- Le 
premier n'existe plus en allemand. Le second, après avoir subi 
en haut-allemand la deuxième substitution et être devenu richi ou 
rllihi au moyen à<;e, se prononce en allemand modernes Rcich et 
veut dire w empire t>. «Empire allemande se dit Deutsches Reich. 
Or les deux mots gothiques reik-s et reiki, dont le second de'rive 
du premier, viennent du celtique. Une loi ge'ne'rale veut que ïê 
long indo-européen se conserve en latin, se change en l en cel- 
tique, en à en sanscrit et en allemand. Cette loi explique le latin 
réx, prononcé rlx en celtique, et son correspondant sanscrit 
ràdj, râdja. Le celtique rlx, rig-os, au nominatif pluriel rlg-es et 
à l'accusatif H^-«5, a un thème rig- terminé par une consonne. 
Le thème du nominatif pluriel gothi(]ue reik-s ^ se termine aussi 
par une consonne. Ce nominatif pluriel reik-s est l'équivalent ri- 
goureux du gaulois rlg-es dans Rilû-riges «Bourges 11, et Catû-riges 
«Chorges, Hautes-Alpes >i. A d'autres cas, les Goths ont changé 
la déclinaison de ce mot et ils l'ont fait passer de la troisième 
dans la seconde. Les Francs ont procédé de même; de là, dans 
les documents mérovingiens, Tliende-ricus « Thierry w; mais c'est là 
une irrégulai'ité sans importance. Quant au mot allemand mo- 
derne /ieîc/t «empirer, en gothique reiki, son thème est rlkia-; 
il est emprunté au celtique rigio-, (]ui est le second terme du 
nom de lieu Ico-rigium ou Ego-rigium de la Table de Peutinger et 
de Vhinéraire d'Anlonin'-; ce nom de lieu désigne une localité 
située sur la route de Cologne à Trêves. Le thème celti(|ue rigio- 
est un des éléments du nom des vicani Segorigienses dans une in- 
scription trouvée près de Cologne ^. Enhn rigio- est le thème du 



^ Ulpliilas, on mieux Vnlfita, Évangile de saint Jean, vu, 26; Epîhe de saint 
Paul aux RomaiiiH, xiii, 3. 

- E. Dcsjardins, Oe'ographie de la Gaule d'apris !<( Table de Peutinger, p. 111. 
^ Frnnit)acli , n" 3 06. 



T)E QUELQUES TERMES DU DROIT PUBLIC ET DU DROIT PRIVÉ. 289 

mol écril ri^rr (|iii persiste avec sons do rr royaume^ eu vieil-ir- 
iaiulais. 

La notion (Fun {)rand h]taL inanqnait antielois à la race jjonna- 
niqne. Les Germains ont dû omprnnter à une Lingue étrangère 
le mol qui exprime celle idée. Il leur a élé fourni parie celtique, 
qui possédait celte notion vers l'an 600 avant Jésns-Clirist, 
à l'époque où régnait le grand roi Anibigatos, dont le souvenir a 
élé conservé par une tradition (|ue Tite-Livc a recueillie', et Ani- 
bigatos, le Charlomagne ou l'Alexandre des Celtes, est peut-être 
le seul nom qui survive de toute une dynastie. 

Quant à l'idée d'un grand souverain, elle manquait à la tradi- 
tion allemande comme celle d'un grand Etat. Dans la formule 
der deutsche Kaiser, les deux premiers mots sont allemands; le 
troisième est latin et n'a pénétré chez les Germains qu'après la 
première substitution dos consonnes. Il ne l'a pas subie. Il date 
de l'empire romain et porte encore aujourd'hui, sur le trône im- 
périal d'Allemagne, l'empreinte de la terreur respectueuse inspirée 
niome aux vainqueurs de Varus par le monarque puissant qui 
régnait à Rome. Quant à l'expression dns deutsche Reich, elle con- 
serve encore dans l'Allemagne d'aujourd'hui un monument de 
l'époque primitive où les Celtes y régnaient il y a deux mille trois 
cents ans. 

Mais revenons au thème celtique ng- rfroi?? et à son corres- 
pondant germanique, qui a subi la première substitution, rik-. 
On trouve aussi la première substitution dans un autre nom com- 
mun germanique dont l'origine celtique est certaine : c'esl le vieux 
haut-allemand nmbahl, qui serait umhuhi par u initial, si en ger- 
mani(|ue il remontait directement à une origine indo-européenne. 
Le celtique possédait un mot ambaclos, qui veut dire rr serviteur, 
satellite:^. Il est composé de deux éléments. Le premier est le 
préfixe ambi- ff autour dew, en sanscrit abhi = mbi, dont la letli'e 
initiale est une m voyelle; m voyelle devient en germanique iim 
dans les mots qui remontent directement à la source indo-euro- 
péenne. Le second terme à'aihbactos est ados, participe passé d'une 
racine ag qui est idonti<|ue à la racine du latin agere. Dans am- 
baclos, le groupe et a été traité par la ])luparl des Germains con- 
formément à la loi ([ui veut que de deux explosives sourdes sub- 
séquentes, la première seule soit atteinte par la substitution et 
que et devienne ht. Ambactus est devenu en vieux haut-allemand 

' trCettariim — qiiœ par's Galliœ lertia esl — pênes Biliifi|fe3 siimma iin- 
pei'ii fuit, ti regem Collico daliaat Ambigatiis is fuit. 5) (Tite-Live, I. V, cti. xxxiv.) 

Les mots quœ pars Gallice tei^lia esl sont une glose erronée de Tile-j.ivc à nn 
auteur grec que l'érrivain latin copie sans le nommer. La Celtique des géographes 
grecs du iv° cl du m" siècle avant J.-C. était fonte ditTérente de la (lellique de 
César. Elle comprenait la plus grande partie tie l'fcspagne, de la France, des 
empires d'Allemaoïic lA d'Aulriche. 



290 H. D'ARBOIS DE JUBAINVILLE. 

anibaht, qui veut dii'e à la fois tf domestique t7 et cf administrateur w, 
parce que les administrateurs sont en quelque sorte les domes- 
tiques du roi. D'ambaht on a tire' le dérivé ambahti «service, l'onc- 
tion^, aujourd'hui Amt «emploi, bureau, administration a. L'ad- 
ministration allemande, comme l'empire allemand, a emprunté 
son nom au celtique. Dans le monde néo-celtique, le mot ambac- 
tos n'a pas atteint une si haute fortune. Strabon rapporte que les 
Celtes du continent, forcés par les Romains conquérants de re- 
noncer à leurs habitudes guerrières, s'adonnèrent à la culture 
des champs ^ Il écrivait cela au commencement du f siècle de 
notre ère. A la fin du même siècle, la partie la plus considérable 
de la Grande-Bretagne était conquise, les Romains imposèrent 
à leurs sujets insulaires le même changement d'habitudes qu'à 
leurs sujets continentaux, et les amhacti, compagnons de guerre 
de leur chef, devinrent ses valets de charrue. Ambactos s'écrit au- 
jourd'hui en gallois amaeth et veut dire rf laboureur w. Il n'est pas 
dans notre sujet de parler de la destinée de ce mot dans les 
langues romanes, où, grâce à la considération dont les missions 
diplomatiques sont entourées, les mots dérivés rr ambassadei^ et 
tf ambassadeuni désignent une des plus hautes fonctions aux- 
quelles puisse s'élever le citoyen d'une république ou le sujet 
d'un souverain. 

A côté de ces expressions germaniques signifiant : i° ffroi^i, 
2" «empire '7, 3° «fonction publiques, trois mots dont l'origine 
celtique est phonétiquement démontrée, il en est un grand nondsre 
d'autres pour lesquels celte origine offre une probabilité histo- 
rique égale à la certitude quand on n'apporte pas dans l'étude 
de ces questions des convictions préalables; cependant la phoné- 
tique ne jette aucune lumière sur la question de savoir si ces mots 
sont de provenance germanique ou celtique. _ 

Le thème gothique rc^'A; «roiii et les mots allemands lieicli « em- 
pire ^5, Amt «fonction publique ^5 appartiennent à la langue du 
droit public. Appartient aussi à la langue du droit public le mot 
germanique bann «ordre sous peine d'amende, défense ^i. Bann, 
écrit souvent, par abus, ban, avec un seul n, est un terme com- 
mun à la plupart des dialectes germaniques dès l'époque la plus 
ancienne; on le trouve en vieux saxon, en vieux Scandinave. Or 
on le reconnaît dans le second terme des accusatifs pluriels irlan- 
dais for-banda'^ et for-bandi^ conservés par les gloses du célèbre 

' Slrabon, I. IV, chap. i, S a; cdilion Didot, |). 1/17, 1. 01, îi-2. 

^ Forbanda-rechU), fol. 7 e, glose 19, éd. Wliillcy Stokes, p. /io, ou Jor- 
bandn-rechla , loi. 18 c, gl. 9, éd. Wliilley Stolies, p. 109, et loi. 21 f, ^\. 1, 
éd. VVliilloy Slokes, p. laS, signifie «|iréceptes de la loiw. 

' Fcn-bandi, fol. 01 b, .ol. îiï) , éd. Wliilley Slokes. p. 18a, {jlose le latin man- 
da tis. 



DE QUELQUES TERMES DU DROIT PUBLIC ET DU DROIT PRIVE. 291 

manuscrit de Wiirzbourg, qui contient les e'pîtrcs de saint Paul; 
ce manuscrit est du ix** siècle. — Forbanda , forhandi est employé 
dans les gloses de Wiirzbourg avec le sens de prescription éma- 
nant de Tautorité légale. Le second élément de Taccusatif pluriel 
for-banda , for-bandi se trouve dans le verbe irlandais ad-bonnim 
ou ad-bondim, qui veut dire ff je notifie, je défends m La troisième 
personne du singulier du présent de l'indicatif passif nd-bonnar 
veut dire wil est notificT? dans un texte légal irlandais^; dans 
d'autres, la troisième personne du singulier du présent de l'indi- 
catif actif at-boind veut dire wil notifie, il défend ti^-. Il y a donc 
en vieil irlandais une racine band ou bond qui signifie ff ordonnera 
et qui se retrouve avec le même sens dans les langues germa- 
niques; elle paraît un développement de la racine indo-euro- 
péenne BHÂ, BHA qui se retrouve dans le grec (pï][jLi ])ouv bhâmi et 
qui a perdu son aspiration en celtique comme en germanique. 
Le mot français ban ff défenses est d'origine germanique; mais, 
avant d'être apporté par les Francs, il a dû exister sur notre sol 
dans la langue des Gaulois jusqu'à la date à laquelle la conquête 
romaine l'en a expulsé, ou, comme on peut le dire en se servant 
d'un de ses dérivés, l'en a tf banni 11. 

C'est par le band ou ban que, dans les deux langues, celtique 
et germanique, le roi, dans ces deux langues rîx, fait connaître 
sa volonté au peuple qui lui est soumis, et chez ce peuple, 
comme dans tout le monde antique, on distingue deux princi- 
pales classes d'bommes : les libres et les esclaves. Libre se dit 
en allemand/rcï, en anglais /ree, d'un vieux germanique ])rimitif 
yrija-s, tenant lieu d'un indo-européen primitif */;mo-s. '\Pryo-s 
est devenu en sanscrit priya-s qui veut dire fr aimé 57. Ce mot a 
pris en germanique un sens fort différent; or ce sens se trouve 
également en celtique. L'indo-européen ^priio-s persiste en gal- 
lois où, après la chute du p, après la substitution régulière du 
dd au j et après l'apocope des deux lettres finales, il est devenu 
rhydd qui, comme l'anglais /*re, comme l'allemand /m, signifie 
rr libre w. 

Un des mots (pii veulent dire ff esclave, serviteurs dans les 
langues germaniques est skalk-, en gothique sk(dk-s, en vieux 
Scandinave skalk-r, en allemand moderne schalk. Ce mot paraît 
étranger à la langue indo-européenne primitive; il est probable- 
ment le nom d'un peuple vaincu et réduit en esclavage; il dérive 
d'un thème plus court skâl, dont le sens primitif en irlandais est 
rr serviteuni; ban-scâla ce femme servant, servante^' est l'expression 
dont se sert dans le manuscrit de Wûrzbourg, au ix'^ siècle, le 

' Livre d'Aicill, dans Ancœnl lairs of Irelaiid, l. 111, p. agS, i. G. 
- O'Doiiovnn, siipplômeat à O'Roilly, p. 563, col. i. 



292 11. D'ARBOIS DE JUBAINVILLE. 

glossalour dos é|)itres de saint Paul, pour désigner les femmes qui 
servaient saint Paul'. Plus lard, on distingue en irlandais seul de 
scoloc, qui en est de'rivé. Scoloc conserve à peu près le sens primitif 
de scâl : vers la fin du xi" siècle, dans la chronique de Marianus 
Scolus, scoloca sont les colons d'un monastère, c'est-à-dire des 
hommes attachés à la servitude de la g\hhe~ ; sgologa , dans la tra- 
duction irlandaise moderne de la Bible, sont les fermiers aux- 
quels un père de famille loue sa vigne ^. Mais scâl en moyen-ir- 
landais prend le sens d'rf homme, guerrier, héros 15. Ce mot a eu 
le soi't du terme germanique primitif qui, sous la forme Knecht, 
signifie « domestique ■>■' en allemand moderne, mais qui, sous la 
forme knight, veut dire p- chevalier ^ en anglais. 

Un autre nom pour esclave est en gothique magus'^ pour *mo- 
ghiis; magus a aussi le sens de w garçon, enfant mâle 75^. Magus 
est identique au vieil-irlandais mug=*mogu-s rcesclaven, duquel 
dérive le breton mével=*mogiiiUo-s cf serviteur, domestiquer. 

Dans le monde antique, l'exécution des contrats était souvent 
garantie par le serment; la langue celtique et la germanique ont, 
pour désigner le serment, deux expressions communes qui sont 
étrangères aux autres langues indo-européennes. Le vieil-irlan- 
dais oeth rr serments s'explique par un primitif *oîto-s qui est de- 
venu en gothique âitli-s, en allemand Eid, en anglais oath. L'an- 
tiquité de ce mot en iilandais résulte de ce qu'on le trouve dans 
le traité des devoirs des rois qui a été inséré dans la composition 
épique intitulée Serglige Conculaind^. Ce traité des devoirs des 
rois est païen et parait avoir inspiré, par un sentiment de contra- 
diction bien naturel, le petit traité des devoirs chrétiens des 
rois attribué à saint Patrice et inséré, au vm" siècle, dans la col- 
lection canonique irlandaise^. 

Une seronde expression celtique pour ff serments est en vieil- 
irlandais lugœ = *lnglo-n^^ on gallois llw, en breton U d'une ra- 
cine LEiiGu, LDGH. Cette racine se retrouve en gothique, où elle 
a pris un sens moins général; elle ne s'applique qu'à un seul 
contrat, celui du mariage : liugan, ga-Uugan en gothique veut 
dire cf épouserai et liiiga wmariageTi. 

Une autre garantie des contrats, c'est l'otage. Il a dû exister 



' V° 10 c, glose 22, Wliiliey Slolces, OU irisli niasses, p. .58. 

- Zimmer, Glossœ hihernicœ, p. 27/1. 

3 S. Mathieu, c. xxi , v. 3.3, 3/i, 3.5. 

'' S. Luc , c. XV, V. 26. 

* S. Luc, c. 11, V. /i3; c. IX, V. /|2. 

° Windiscli, Jrisclie Tvxlc, t. 1, p. 2 1 3. 1. 27. 

' Livre XXV, cbap. iv, Wassorscliloben, Ihi' irische Kanonpnsammlun;f , 2' éd.. 

' Mniiii'cril de Mi'iin, (oi. 30 «, gloses 20, 23: éd. Ascoli, p. 11^1. 



DE QUELQUES TERMES DU DROIT PUBLIC ET DU DROIT PRIVE. 293 

un terme commun à la langue germanique et à la celtique *g'^m- 
lo-s tr otage w. Gheislos est devenu en celtique *gêslo-s, d'où le vieil- 
irlandais giall, et en germanique primitif *gïsla-s, d'où Talle- 
mand moderne Gcisel. 

Un des contrats était celui de prêt. La langue celtique cl la ger- 
manique s'accordent pour exprimer le prêt à l'aide de la racine 
verbale indo-européenne dont la l'orme pleine est leiq ou linq et 
la forme réduite liq, qui veut dire «laissent, en latin Imqno, en 
grec XeiTTco. De là en gothique le verbe Icihvan t? emprunterai \ 
en allemand leihen, qui au sens passif d'cr empruntent joint le 
sens actif de ^ prêtera, et l'anglais loan tcprêt^^ et crempruntw. Kn 
vieil-irlandais, cette racine s'emploie avec un préfixe : air-licim 
veut dire tfje prêter. 

Du prêt la conséquence est la dette. Par le serment, c'est-à- 
dire par l'invocation des dieux sous la sauvegarde desquels est 
placée la sanction du parjure, la dette prend un caractère sacré; 
elle devient une chose sainte. Or «sainte) en gothique se dit veifi-s, 
en allemand moderne iveih, d'un primitif celto-germanique *m- 
co-s, en celtique *vêco-s, en vieil-irlandais ^«c/t, qui, dans cette 
dernière langue, a pris le sens de te dette 11 -. 

Les droits ont d'autres sources que le contrat, et une de ces 
sources est l'héritage, en vieil-irlandais or-pe ou or-be , de la même 
famille que tor-be cf profit 15, formé à l'aide du préfixe for = Jo/or. 
Dans orpe il y a deux éléments dont le premier est le préfixe ar-, 
aur-, iir-,air-, er-; comparez or-lâr rt vestibule ^i et coni-arpi rrco- 
héritiersw. Le même préfixe se retrouve dans le verbe er-pim ce je 
confie, je donne un mandatai. On sait qu'une des formes les plus 
anciennes du testament est le mandat. Le droit celtique primitif, 
qui concevait la puissance paternelle comme Ta fait le droit ro- 
main le plus ancien, a dû reconnaître au père de famille le droit 
de disposer par testament. Le sens primitif de l'irlandais orpe 
doit avoir été tr hérédité testamentaires, quoique, dans les textes 
que nous possédons, ce mot ait une signification plus générale. 
Cette signification générale est celle du gotliicjue arbi et de l'al- 
lemand Erbe cr héritage 11. On rapproche ordinairement l'irlandais 
orpe, comme le gothique arbi, l'allemand Erbe, du latin orbus et 
du grec 6p<pav65; mais orbus et op(pav65 expriment l'idée de pri- 
vation, tandis qu orpe, arbi, Erbe désignent un mode d'acquisi- 
tion, c'est-à-dire l'opposé de la privation. 

Des contrats et de l'héritage résulte le droit : «j'ai droit à 
quelque choser) se dit en vieil-irlandais dligim. Ce verbe nous pré- 



' Vulfila, saint Malliioti, V, k-?.. 

'^ Un des noms du corbeau, _/«ac/i en irlandais, pomrail vouloir dire ff[ l'oiseau] 
saci'éw et seiail le mi'nie mot (\up Jincli frdclte:^. 



29/î H. DWRBOIS DE JUIUINVILLK. 

sento la l'orme réduite d'une racine diielgh que nous offre aussi 
le gothique dulg-s rr dette^î. Le sens passif pris par le mot gotlii([ue 
est celui qu'on trouve dans les correspondants bretons de l'irlan- 
dais dligm, qui sont le substantif r//t' :f dette i-» et le verbe dUoul 
c devoir», 

La valeur acquise ou due s'appelle en vieux-breton werl; c'est 
le second terme du composé enep-ivert , aujourd'luii eneb-nrz 
cfdouairen, littéralement crprix d'honneur «, plus littéralement 
rfprix du visage^i de la femme qui se marie. On trouve aussi 
celte expression en gallois. Le vieux-breton tvert est identique à 
l'allemand werlh rrprix d'achat, marchandise précieuse ^i, en go- 
thique vairlh-s. 

Il y a donc un groupe important de termes juridiques com- 
muns aux Celtes et aux Germains; quelle est la langue qui a 
fourni ces termes? Suivant toute vraisemblance, c'est la langue 
celtique, et quand les riges gaulois, entourés de leurs ambacti, 
dominaient les Germains, ils leur imposaient leur bmin; ils exi- 
geaient d'eux le serment et des otages; ils jugeaient leurs procès, 
en matière de prêt, d'héritage, de droit privé quelconque et leur 
faisaient répéter les termes de la langue juridique dominante, 
au lieu d'accepter ceux de la langue des vaincus. 

H. d'Arbois de Jubunville. 



Post-Scriptum. 



Aux rapprochements dont il vient d'être question il serait 
peut-être possible d'en ajouter un fort important; nous voulons 
parler des thèmes veni-, venio-, devenus l'un en irlandais Jîn, 
Vauirefne, signifiant, l'un remembre de la famille», l'autre cf fa- 
mille»; dans les langues germaniques vini-, vinj a- k ami , époux». 

La société indo-européenne primitive connaissait deux per- 
sonnes morales ou deux êtres collectifs créés par la coutume; 
c'étaient : i° l'état ou la cité; 2° la famille. Le mot qui, chez les 
Celto-Germains, servait à désigner l'état ou la cité était le sub- 
stantif féminin teuta, qu'on retrouve avec ce sens chez les 
Italiotes et chez les Lithuaniens. Mais, pour désigner la famille, 
ce corps juridique solidairement responsable des délits et des 
crimes commis par ses membres et qui doit à chacun de ses 
membres protection et vengeance, il y a en vieil-irlandais un terme 
tcchnique/Me = ?;emo-s,- et les individus qui composentia famille, 
ce groupe si imporlant dans la société primitive, s'appellent 



DE QUELQUES TERMES DU DROIT PUBLIC ET DU DROIT PRIVE. 295 

chacun fin = veni-s, d'où le composé fm-galach = veni-galâcos 
fc meurtrier d'un parentw, et l'accusatif pluriel fini = venis\ de là 
en gaulois le nom propre d'homme, composé, Veni-carus te cher 
à ses parents 15. Ces deux mots *venio-s et * veni-s, dans les lan- 
gues germaniques, n'appartiennent pas à la terminologie du 
droit, et n'ont pas la valeur technique qu'on leur trouve en vieil- 
irlandais; mais ils sont employés dans la langue usuelle de plu- 
sieurs races germaniques à l'époque la plus ancienne âe leur his- 
toire : ils sont chez elles un élément fréquent dans les noms 
d'homme composés. On ne les a pas signalés dans les autres 
idiomes indo-européens. 

II 

Du nom du roi celtique appelé Ambigatiis par Tite-Live et que 
j'ai écrit Ambigatos (p. 289), M. Whitley Stokes, notre savant 
confrère, a proposé, tout récemment, une explication nouvelle ^ 
Elle débute par une correction qui consiste à changer en c le ^ de 
la troisième syllabe. Aussitôt on reconnaît en ce mot un composé 
du préGxe ambi et du substantif catu-s cf combats. Ambi-catus se- 
rait identique au nom propre irlandais Im-chad^, génitif /m-c^a- 
tha^ ou Im-chatho'^ et signifierait rr celui qui combat toutautourw, 
tf le grand guerrier?^. L'explication de ce mot, par Gluck (p. 20) 
repose sur une mauvaise leçon du ms. deWûrzburg (p. 18, col. 3 , 
gl. 5)^ donnée par Zeuss dans la première édition de la Gram- 
matica Celtica (p. 19, l. 17), et qu'Ebel n'a pas reproduite dans la 
seconde édition (p. 16). 

H. d'ArBOIS de JuBAINVlLLE. 



' On the linguislic value of the Irish Annah , tirage à part de la Philological 
Society, p. 38. 

- \A'liitiey Stolces, The tripartiie Life, t. I, p. f> 10 , t. 26; t. II, p. 35i, 1. à. 

•* Whitley Stokes, ibid., t. I, p. 183, 1. 1. 

'' Wliitley Stokes, The Calendar of Oengus, p. v, i. SA. 

* Whitley Stokes, The oîd irish glosses at Wiirzburg and Carlsruhe, p. 109. 



LE JARGON DES COQUILLARS 

EN 1455. 

(suite.) 



GLOSSAIRE DU JARGON DE LA COQUILLE. 



L'abesse. rr Quand ilz parlent de labesse, c'est de desroben^. 
M. Bijvanck suggère avec une giande vraisemblance la lecture 
la beffe (v. beffletir). L'e'pel beffe se rencontre fréquemment. 

Us ne servirent pas de beffe. 

Roman du Renarl, t. II. v. loiao. 

Mais la leçon du manuscrit n'est pas douteuse. M. J. Garnier 
avait j)ublié la lecture Tabbesse. Pour admettre la bejfc, il laut 
supposer que les pièces d'instruction sont une copie des minutes 
originales, et que le second greffier a fait la confusion fréquente 
de Vf et de 1'*. D'autres indices permettent de croire que c'est 
bien ainsi que les choses se sont passées. 

D'ailleurs Vabesse présente de grandes difficultés, tandis que 
la beffe est d'explication simple. On ne saurait rapprocher du 
terme Tabbesse que : i" être en abé^, — être au guet, en embus- 
cade — ce qui n'est pas encore voler; 2° une expression employée 
par Coquillart, où il y a un jeu de mots sur abbé et abbateur. 

Grand abbatleur de primo liuelie^ 
Chanoine de longue harbutc. 

Coquillart. — La Itcqucste, éd. d'Hci'icault, II, 106. 

Dans ce passage, abatteur paraît avoir à la fois le sens erotique 
(ïabatcîir de femmes^ et de voleur. 



' Voir Frédéric Godefroy, Dictionnaire de l'ancienne langue française. Ad 
verb. 

- Communiqué par M. liijvanclc. 
■' Cent nouvelles nouvelles, pas'^. 



LE JARGON DES COQUILLARS ES lÛ55. 297 

AcQUES. tcDez à jouer, ilz les appellent les acquesn. 

La lecture n est pas douteuse. M. J. Garnier a publie la même 
leçon. Néanmoins M. Bijvanck propose de lire arques, ce qui 
mènerait à Te'lucidation d'un certain nombre de points obscurs. 
La lettre c, cjuoicjue ])lus babituellement confondue avec le t, 
peut prêter à une confusion avec Vr si les deux branches de IV 
sont lapproche'es Tune de l'autre. Ainsi M. A. Vitu a lu, dans le 
ms. LUI de la bib. de Stockholm, macquin où MM. Longnôh et 
Bijvanck lisent marquin ^ D'ailleurs la disparition de IV dans 
acqnes peut être un fait phone'tique. On aurait l'analogue exact 
dans le nom patronymique Maquet pour Marquet. 

On sait que le mot arques revient à plusieurs reprises dans 
les ballades en jargon de François Villon', aussi bien que dans 
les ballades du ms. de Stockholm. 

Se laissent. . . desbouser. . . aux arquex. 

(VUlon. Jargon, bail. III). 

Le sens de desbouser est bien clair, grâce à d'autres passages; 
il faut traduire « dépouillera^. Le jeu de dés s'employait couram- 
ment pour escroquer les niais. 

C'est pour livrer aux arques ung assaull. 

(M., ici, bail. IX). 

Il ne faut pas corriger avec M. Vitu marques. On vient de souper, 
et les gueux se mettent à jouer aux dés. Un vers plus bas, l'un 
d'eux se plaint d'avoir paulmé, c'est-à-dire perdu deux florins; un 
autre d'avoir paulmé tout le gaing de machoirre et de n'avoir plus 
vaillant une saince. On ne peut interpréter j!;aMwier dans ce passage 
par l'acception de la langue courante, voler ou empoigner, ainsi 
que le veut M. Vitu. Mais on irou\e paumer'^ en argot avec le sens 
ce perdre w et l'on ne saurait négliger cette indication. 

Saupicquetz frouans des gours arques. 

(Id., id., bail. IV). 

Froucr ou Jlouer est un de ces mots qui ont eu la triple signifi- 



' Vitu, Le Jargon an xv" siècle, p. i3i , bail. IX, v. 168. 

2 \i\\on , Jargon. Bail. Ill, IV, IX. 

^ Voir desbochiller. 

'' Recueilli oralement. — V. Fr. Micliel, art. Pommer marron. — Paumer 
n'est pas le seul mot qui se soit transmis directement du jargon du xv^ siècle à 
Targot actuel : cl. avion, quilles, moucher, atiberl, colle , Jouillousc , galier , bala- 
der, riijfle, !>(ijje. etc. 



298 MARCEL SCHVVOB. 

cation de soujjler ou siffler, de frapper, et de tromper ^ ou jouer. 
f Frouer des arques r signifie jouer et tromper aux de's^. Le vers 

Pour double de frouer aux arques. 

(Bail. IV.) 

ne doit pouvoir s'interpre'ter que par des doubles sens de frouer et 
à'arques^. On verra à l'article bejïeurs la preuve que Villon a usé 
de ces proce'dés de style; rfbeflleurw qui dans la Coquille signifie 
ff celui qui joue aux cartes 11 pre'sente de plus des phénomènes 
sémantiques analogues à ceux du moi frouer. 

Il est difficile de séparer arques du mot Arquin, employé 
comme nom propre dans la Vie de sainct Christojle : 

BAnRAQUIIV. 

OÙ est Arquin? 

BRA^DIMAS. 

Il fait ta moue 
A la lune. 

(Vie de sainct Christojle, i53o. 
Sign. E iiii verso, col. i.) 

Le mot arquin revient aussi sous la forme saint-arquin dans les 
ballades de Villon. C'est sans doute la personnification du jeu 
de dés, comme saint-marry (ou saint-joyeux) est celle du jeu de 
marelles *. 

Pliis feist-on faire à saint arquin ung sault. 

(Bail, du ms. de Stockholm. — Lectures de MM. Longnon 
et Bijvanck. ) 

M. A. Vitu a lu 5 : 

Puis feist-on faire asault avecq nng sault. 

leçon d'autant plus étrange que le mot Vassault arrive à la rime 
dans le vers suivant. On vient de rcpoluer des luansw, c'est-à-dire 
probablement de jouer aux caries; on fait maintenant rr sauter 
saint-arquin w. L'expression convient à l'action de jeter les dés. 
C'est encore saint-arquin qu'il faut lire dans la ballade du ma- 



' Voir Bejfleur. 

- II faut remarquer, à propos de l'expression \<jours arques, que le guwd est 
un jeu de dés. (Voir à gourd.) 

^ Arche signifie ffCoflVe, cassettes; a)-ce est une arche de pont [plus souvent 
arvot]. (Voir Fréd. Godefroy.) Enfin, d'après J. Garnier, les coquillars auraient 
été arrêtés dans les arches (bahuts) de la maison de Jaquot de la Mer. 

'' Voir au mot Sainl-Marry. 

^ Voir Vitu, Le jargon au xv'' siècle, bail. XI, v. 35i. 



LE JARC.ON DKS COQUILLXRS KN 1^55. 299 

nusciit i\o, Stockholm dont Ponvoi donne en acrostiche le nom d(! 

Villon : 

Vive David, Saint Arcliquiii, La Bal)oiu>, 
Jehan, mon amy, qui les liieilles desnouc. 

Sainl-Arch(juin , suivant Texceilente conjecture de M. Bijvanck, 
est une mauvaise orthographe pour saint- arquin. L'envoi semble 
être la glorification du david^ (pince-monseigneur ou crochet), 
puis de snint-arqitin , le jeu de dés, de l'expression inintelligible 
La Baboue qui désigne sans doute quelque autre procédé de vol, 
enfin de Jean, le commun voleur qui dénoue les fueilles'- (bourses) 
des passants. L'expression dénouer est bien appropriée à ces bourses 
qui se portaient attachées à la ceinture. La Bahboe est le sobri- 
quet de Climence, femme Bethaut Elies dans le procès de Jehan 
du Bois (26 déc. 1890)^, mais n'y désigne sans doute qu'un tic 
de la bouche. Bouchet, dans les Serées, donne le nom de La 
Babboue au Mannot ou croquemilaine pour cfîrayei' les enfants. 
rrEt trouvons en Théoci-ite qu'une femme nourrice menasse son 
enfant.de la Babouë ou du Marmot, w 

M. A. Vitu avait lu : 

Vive David, saint archquant la baboue. 

et interprété : tfVive David, le saint homme de l'arche, qui 
accroche au gibet Jehan, mon ami, le babouin, etc. 'i^. Il n'est 
d'ailleurs pas impossible que l'épel fautif archquin ait eu pour 
origine le rapprochement du nom de David; d'une part il y avait 
association d'idées entre le roi David de l'ancien Testament et 
l'Arche ou le Tabernacle, de l'autre entre le roi David, crochet 
de malfaiteurs, et V arche ou le coffre que ce crochet ouvrait. 

Sans hasarder d'explication étymologique du mot arque, on 
peut croire qu'il s'est au moins appuyé sur le sens d'arc/te (coffre). 
La forme cubique du dé, le fait que pour le charger (fustiller)^, 
pour en faire un dé d' advantaige , il fallait le creuser comme une 
boîte, sont de bonnes raisons en faveur du rapprochement qui a 
du s'opérer entre ces mois. 

La forme cubique du dé lui a certainement donné dans le 
langage de la germania le nom de quadro, quadrado^. 

' Voir au mot David. 

- Cf. Dont ma leuUc sera gaudie. 

(Mijsl. du viel Testament, fol. cccxxvi v°, col. i.) 
•' Registre criminel du Cliàtelel de Paris de i3S9 à 1899; Lahure, 186/1, 
t. 11, p. 7. 

'' Vilu, Le Jargon au xv' siècle, bail- X, p. i35. 

'•' Voir au mol fttsiiller. 

* Avë-Lallemant tire le nom de ribliiig tulé;i en rolliwelsch de Tiiébrcu VS"! , 



300 MAHCEL SCHWOB. 

Enfin je noie pour mémoire le mot arquahol qui apparaît en 
i/i54 et qui semble de'signer une catégorie de malfaiteurs. Il se 
ratlache peut-être à la même série que arquin. 

11 a été signalé par Du Gange (D. Carpentier) sous Arlotus, et 
M. Frédéric Godefroy le donne sous Arqiiabot avec un point d'in- 
terrogation. Il est en réalité de ii5/i et peut-être pourra-t-on 
citer des textes antérieurs; le passage donné par Du Gange, oii 
il apparaissait comme avraf, était de 1/161. Voici le second 
exemple, antérieur de sept ans, que j'ai trouvé : 

ffLedit Gaillard dist audit suppliant plusieurs parolles injurieuses et 

entre autres lui dist teles paroles ou semblables : rVa-t-en tenir b 

coqut, arcabotv, et ledit suppliant lui répondi en le appellant ribaidt, 
meschant. ■» 

(Arch. nat. , reif. JJ. 182, p. i55; Remissio 
pro Raymoudo Arnaidt, ikhh.) 

ff Jehan le Piccart avoit dit que Jehan de Deux-Vierges, escuier sup- 
pliant, estoit ruHlen et arquabot.-n 

(liCi. — Arch. nat., reg. JJ. 198, p. 92 ap. Godef.) 

L'auteur d'un vocabulaire du langage du haut Maine, a re- 
cueilli les mots arcanier rc mauvais garnement ii et arquanier, ar- 
quclier cfdébauché, libertin ti et les a rapprochés du texte cité par 
D. Garpentier. 

Ange. «Une ance c'est une oreille, w La métaphore est simple, 
semblable à celles qui ont été indiquées dans ÏEtude sur Fargot 
français. M. A. Vitu, dans le Jargon du xv' siècle, a donné les 
principaux textes relatifs à ce mot dans Villon et la Vie de saint 
Christojlc. Mais il faut y ajouter, suivant la correction de M. Bij- 
vanck, un vers de la X" ballade du Jargon (ms. de Stockholm) : 

Maint coquillart, escorné de sa sauve 
Et desbousé de son ence ou [sa] poue -. 

(Ijcctures de MM. Loiigiion et Bijvanck.) 

M. Vitu a lu cf desbousé de son ciicr ou sa pouew^. Le ms. porte 
ence; d'ailleurs on n'a pas coupé le cœur et le poing du coquillar, 
mais on lui a coupé Voreille et le poing, deux supplices coutu- 
miers des voleurs au xv'' siècle. 

rèba, roha rrquart, côté du carré?'. ( Avé-Laileinant, Dctë douischc Gaunerlhum, 
t. IV, p. 599.) 

' Vocabulaire du haut Maine , par C.-R. de M. ( Le Mans , Déballais du Temple ; 
Paris, Dumoulin, 1809.) 

^ Signalé dubitativement par M. Lucien Sclione, Le Johelin de maître F. \iUon 
et le Jargrin nu théâtre; Lemerre, 1888. 

•'' Le Jargon nu xv^ siècle, p. 1 1 4 : v Maint coquillart, écorné do sn sève et 
dépouillé do son rcpur o\ de sa main-i. 



LE JARGON DES COQUILLARS EN l655. 301 

Arton. ffArton, c'est pain.w Jusqu'à présent ce mot ne s'était 
rencontre' au xv'' siècle que dans la ballade XI du Jargon (ms. de 
Stockholm) : 

Tant qu'il n'y eust de ïarlon sur les cars. 

Aussi M. Lucien Schone l'avail-il considère comme une 
des preuves que les ballades du ms. de Stockholm dataient du 
de'l)ut du xvi'' siècle. On voit que le mot nrlon ne prouve rien 
contre ces ballades. Artona existe en bas-latin ' mais dans un texte 
([ui n'a rien de populaire, un texte eccle'siastique oiî artona 
semble une mauvaise transcription {jrecque; le lourbesque con- 
tient ffatonte, aronte, arton; panv~', la germania, harton, arùje, 
artifara; tandis que nous avons eu également artie, lartip [Jargon 
de Vargot réformé; cf. arti, arta, pain, dans l'argot des peigneurs de 
chanvre [Toubin, Mémoires de la Société d'émulation du Doubs, 
1867]). J'ai recueilli arton oralement en 1889. 

AuBERT. kIIz appellent argent aubert.77 Le mot ne se rencontre 
pas dans les textes de Villon. Mais on le trouve dans le Mistere 
de la Passion et dans d'assez nombreux textes de la fin du xv'' siècle *. 

Il n'a tyrandes ne endosse 

Aubert, temple, ne pain ne poulce. 

( Mist. de la Pass. J.-Chr. , 3' journée. 
Scène de rassemblée des tyrans.) 

M. Bijvanck s'étonne avec raison qu'on ait pu rapporter aubert 
à autre chose qu'à albus ff blanc w. On sait que l'explication de 
aubert a été généralejuent fournie par haubert parce que l'argent 
et la cotte sont formés de mailles. Mais le fourbesque contient 
albume, argume : argento^; le gergo milanais dans le dialogue de 
Tanzi a biancumm^\ enfin nous avons blanquette ce argenterie 11 et 
blanquetter"^ rrargenteni. J'ai recueilli oralement blanc, dans le 
sens argent en 1890, ainsi que le mot aubert'^. 



' Du Gange. Voir artona. 

^ Modo novo da inlendere la lingua zerga, Venetia, 1G21, à alonte et à pane. 

^ Voir Etude sur l'argot français pour la suflixalion. On est ici en présence d'un 
suflixe en ijfe qui ne paraît pas étranger non plus, comme on le voit, au jargon 
espagnol. 

'' Voir F. Michel, Lucien Scliône, à Aubert. 

•' Modo novo, etc. à albume et à argento. 

'* Alciin poésie milanesi e toscane di Carl.-Ant. Tanzi, Milano, 1760, avec un 
dialogue en milanais et en foui'besque. 

' Voir F. Michel, aux mots. 

' A. Bruant, Chanson de la place Manbert. 



302 MARCEL SCHWOB, 



B 

Baladeur. — Confermelr de la Balade. tfUng baladeur c'est 
celluy qui va devaut parler à quelque homme d'église ou aultre à 
qui ilz vuesient bailler quelque faulx lingot, etciî — tfLe con- 
termeur de la balade c'est celuy qui vient après le baladeur, etc.^ 
Ces mots n'avaient pas encore ëtë signale's au xv" siècle. Il est 
fort inte'ressant de les rencontrer dès lUbo : on peut juger d'ail- 
leurs, par la spécialisation du sens, qu'ils n'étaient pas de création 
récente. M. F. Michel rattache balader au mot haler^. Quoi qu'il 
en soit, le mot balader a perdu aujouid'hui le sens spécial ([u'il 
possédait dans la Coquille. La germania seule contient trois termes 
qu'on peut rapprocher de celte signification: balada: concierto; 
corredor : el ladron que concierta algun hiirto '^ ; correo : el ladron que 
va à dav aviso de algiina cosa. 

Bazisseur. — Bazir. tf Ungbazisseur, c'est aussi ung muldrier. •" 
— w Bazir ung homme, c'est tuer. n 

Le mot basir existe au xv" siècle, mais dans le sens neutre 
mourir^. 

Je suis demouré et lailly 

Je suis basi, se Dieu ne m'ayde. 

( Testament de Patlietin. Rnciieil de farces , 
édit. Jacob, p. 187.) 

tôlerie est basi. 

(irf. , id., p. ao8.) 

On a en italien basire ff mourir 77; le vocabulaire de la germania 
de Juan Hidalgo'* contient vasir : morir ; vasido : muerto. 

Le fourbesque présente sbasire : morire; mais, à en juger par les 
termes sbasidor di perpétua : dotior di theologia (tueur de conscience) ■' 
et sbasidor di rujb rrarme à feu, tueur à feuv, sbasire a eu dans 
le zergo le sens actif de fr tuerai. C'est avec le sens actif que 
nous avons dû le reprendre aux Italiens sous la nouvelle forme 
esbasir. 

Je n'ai pas recueilli ébasir; mais M. Macé l'a entendu sans 
doute il V a moins de dix ans'\ 



* Voir F. Micliel, à baladeuse. 

- Communiqué par M. Bijvanck. 

•' Voir F. Michel, à esbasir. 

'' Romances de Germania... compuosto por Juan Hidaljjo; Barcelone, 1609. 

* Modo novo, etc. Voir plus haut. 

" Ce sont ses prenantes (mains) qui ont ébussi (assassiné) la rembasle (ren- 
tière). G. Macé, Mon musée criminel; Cliarpenlicr, 1890. 



LE JARGON- DES COQUILLARS EN l455. 303 

F. Michel donne à ce mot comme origine tf renverser j)ar sa 
basen. La formation, qui paraît étrange, n'est pas improijable si 
le mot ne remonte pas au delà du xiv" siècle. L'expression meltre 
à jus, mettre à bas est extrêmement ûéquente à cette époque. 
M. Bijvanck rapproche avec raison la locution mettre à basac 
[bazac) ^ On trouve même mettre au boussac : 

Je le mettray toiitz au boussac. 

{Vie de saint Vincent, Bibl. nat. , ins. l'r. 12538'-.) 

Basir pourrait donc être un mot d'origine française que les 
Italiens et les Espagnols nous auraient emprunté, tandis que 
nous aurions repris sbasire au fourbesque pour en faire esbasir. 
Ce phénomène n'est pas rare dans la langue (cf. ticket et étiquette). 
Toutefois il faut remarquer, avec M. Bijvanck, que les poésies 
de Charles d'Orléans présentent pour le xv^ siècle des emprunts 
au langage burlesque italien : lime sourde [lima sorda) ., fenouches 
[finocchi), buze [bitgie). 

C'est à basir qu'on doit rattacher le dérivé basourdir qui apparaît 
dans le Jargon de Vargot réformé avec le sens tuer et mourir. Ba- 
sourdir : tuer [J. de l'argot réformé, Bibl. Mazarine, ^6071 ; com- 
posé vers 1628) : 

Tollard ^ tu seras adverty 
Qu'après que seray basourdy '' 
A la forest Mont-Trubin^ t'en iras 
Trente grains'^ tu trouveras. 

(Besponce et complainte au grand Coesrc 
sur le Jargon del'argot, etc., Paris, i63o.) 

(T Alors il licha ' de sou sabre* sur la tronche'' à une; il ï abasourdit^", 

la met dans son gueulard" et l'entrolle '^. " 

( Dialogue de deux argotiers [ à la suite du 
Jargon de l'argot réf.], Paris, i63o.) 

Bas-ourd-ir qui a également le sens d'étourdir a été formé sur 
basir comme chap-ard-er ^^ sur chaper; le suffixe intercalaire oiird 

' Recueil d'anc. poés. franc., t. XIII, ^110. 

^ Communiqué par M. Bijvanck. 

^ Bourreau. 

* Mort. 

^ Un cloaque de ville. 

•^ Escus. 

' Frapper. 

« Bâton. 

'-' Tête. 

•» Tuer. 

"^ Bissac. 

'- Emporter. 

'^ Voir l'Etude sur l'argot français. 



304 



MARCEL SCinVOB. 



étant certainement suggère' par i'anaiogie d'étourdir, ongoimUr, elc. 
A basourdir se rattache abasourdir; M. Lorédan Laichey a eu e'vi- 
demment tort de dériver basourdir du second^. Les citations du 
Jargon montrent en effet que basourdir est au moins contemporain 
de ahasourdir, mot auquel M. Littré n a pas pu donner d'historique 
et qu'il explique par sourd, assourdir. Le passage sémantique de 
basourdir (tuer) à abasourdir (étonner) est extrêmement régulier 
et conforme aux autres affaiblissements de sens quont subis les 
mots qui indiquent Tétonnement ou la stupéfaction. On dit au- 
jourd'hui : je suis mort, je suis tué, pour exprimer la surprise. 

Becquey {becqué). tf Quand ilz dient qu'ilz ont regardé quelque 
chose ils dient qu'ilz le ont becqueij.v) 

Le mot est inconnu au xv" siècle : on trouve seulement becqner 
ou bequer ])our becqueter dans les Hypomneses de Gallica lingua 
d'Estienne (p. 129). 

Rebecquer figure dans le Jargon. 

Reheajiiez-\ous de la mniitjoye 

(Bail, m.) 

Il paraît avoir là un sens de tf résistance n. Sous ce rapport le 

mot rebecquer est voisin de rebigner qui a le triple sens d'examiner, 

d'advionester et de repousser ou résister. Le Jargon donne le mot 

simple bigner. 

BIgnez la niallie sans targer. 

(Bail. V.) 

M. Toubin, qui a recueilli un vocabulaire d'argot parmi les 
peigneurs de chanvre du haut Jura, entre Morez et la plaine de 
Bresse, signale bigni : regarder. Cette langue des peigneurs de 
chanvre présente, avec des altérations phonétiques dues au patois 
local, le fonds de langage argotique du xvf siècle. Un grand 
nombre de mots qui s'y trouvent sont identiques aux mots du 
vocabulaire de Peclion de Ruby (1696). 

Jusqu'à présent on ne sait presque rien sur les peigneurs de 
chanvre au moyen âge. Les cordiers, toutefois, étaient exempts 
de redevances parce qu'ils fournissaient gratuitement la corde au 
bourreau. Peut-être que cela créait quelques relations criminelles. 
Les peigneurs de chanvre ont dû abandonner assez tôt la fré- 
quentation des malfaiteurs pour se roliroi' dans les montagnes 
du Jura. Mais au temps de Villon, ils étaient encoi-e en contact 
avec les bandes et constituaient une des catégories dangereuses. 
Ainsi s'explique le vers de Villon dans la Ballade de bonne doctrine 

' Li's cjccitlncilcs fia lungage. ■ — Ahasow(hr . 



LR JARCOX DRS COQUILLAUS E\ 1^55. 305 

où, après avoir oriunieré les ff pard onn cuirs w, les wpipeursw, les 
«(aillciirs de faiilx coings^, le poêle ajoute : 

Mais , se chanvre broyés ou tilles ' 
Où Il'IicI ton iabour (jii'as ouvrez? 
Tout aux lavorucs et aux lilles. 

11 faut donc donner à higner dans le Jargon de Villon le sens 
de regarder, que les peigneurs de chanvre ont conservé à higni. 

On peut placer dans un tableau hecqner : rebecquer; bifuer : 
rebigner. Rebigner a certainement la signification aviser, reconnue 
par M. Sclione et par M. Vitu; d'autre part rebéqiia, rencontre 
par M. Bijvanck, signifie avis. 

Car il dit que le rebequa 

D'y mettre eau , c'est trop meflaicl. 

(Sermon joyeux de bien boire. Ane. thôàtro franc, 
de ViolIut-le-Duc. — Janncl, II, ii.) 

Bec pour r? visage ii a pu conduire à becquer = voir == aviser. Bi- 
gner paraît alors le doublet de becquer; le suffixe hque, mobile 
puisqu'il a servi à faire des mots artificiels, a ce'de' au suffixe igné, 
certainement sugge'ré par l'analogie du verbe guigner'^. 

Le mot rebeccare en fourbesque se rapporte évidemment au 
sens craviser^i; il ne l'aut pas le confondre comme F. Michel avec 
ribeccar, rimbeccar ff répliquer, discourir w. Bebecca il conlrapunto : 
ascolla quel ch'io dico^ est certainement distinct de l'expression 
ribeccar di conlrapunto qui signifie rrrepartir du contrepoint (bo- 
niment) n. 

trLuez au bec^î, dans les ballades I et VII du Jargon, paraît se 
rattacher à becquer : 

Luez au bec que ne soies greflis. 

(Bail. I.) 

^ Cf. Toubin, Mémoires de la société d'émulation du Doubs, 1867. Peigner le 
chanvre : fardé lojillan (recueilli par M. Bernard Prost, 1870). 

' CI", dans V Etude sur l'argot français la série fripe , frusquin , fringue , elc. 
Pour le suffixe èfjTMe cl'. 1° mec , méquer et niéqiiard {F . Micliel); -2° altèque (beau, 
bon, excellent), non pas dérivé de actriqué connue le veut F. ^licliel mais, 
ainsi que le prouve la constructioiî /iwie d'attèqne (joli visaj^e), emprunté au 
fourbesque alto qui du sens ciel a passé, grâce à la construction de saut allô 
appliquée à diiTérents objets, au sens excellent et beau; 3° la série gripper, grin- 
clier (fourb. graucire), agricher, grecquer avec les noms respectifs grippart, 
gnnche , frère je t'agriche, grèque , etc. Il faut rapprocber la morpliologie du 
mot grèque (filou) de celle du mot grec, grecque (sévère, qui reprend rude- 
ment), recueilli dans le vocabulaire du patois du liant Plaine. Le ra])porl de cette 
seconde forme à gnncher, grincheux, gricher, gricbu (être désagréalile , acariâtre) 
est la même que celui de la première kgrincher, grinche, agricher (voler, voleur). 
Le nom de grec appliqué aux aigrefins rentre ainsi dans la série argotique, d'oV» 
il n'aurait pas dû sortir. 

* Modo noro, etc. 



306 MARCEL SCinVOB. 

Luez au bec que roastre ne passe. 

( Bail. VII , ms. de Stockbolm. ) 

Nous y allons luer au bec 
Pour le vendenger à l'effray. 

(Mistère de la Passion, 3' journée.) 

Dans ces trois exemples Texpression tout entière signifie voir, 
aviser; elle repre'senle une tmèse se'mantique assez curieuse, si 
Ton considère que luer a le sens de «voirw. Il y a quelque chose 
d'analogue dans notre manière familière de dire : revoyons voim. 

Beffleur. k Ung beffleur c'est ung larron qui attrait les simples 
[compaignons] àjouer.ii 

Ce mot, fre'quent au xv* siècle, a été employé par Villon • 

Là sont bejflerirs au plus hault bout assis '. 

(Jargon, bail. I et VII, ms. de Stockholm.) 

Le vendengeur beffleur comme une choue. 

(Jargon, bail. X , ms. de Stockbolm.) 

M. Bijvanck rattache bejffleur à une série partie de baffe (la 
bouche gonflée, sur le point de souffler). Charles d'Orléans em- 
ploie ce mot pour peindre une figure gonflée dans une ballade 
pleine de mots burlesques : 

Visaige de baffe venu 
Confit en composte de vin. 

(Ch. d'Orléans, édit. d'Héricauit, t. I, balL XVIII.) 

D'autre part le mot baffe, au milieu du xv* siècle, désignait 
un instrument de pêche, sans doute une nasse, c'est-à-dire une 
longue corbeille fortement renflée^. 

rrDeux autres compaignons avecques lui qui portoient chacun une 
baffe de jon pour pescher. -> 

(Arcb. nat. . Très, des Chartes, reg. JJ. 182 , p. 118, 
Rem. pro Guillelmo Godin, juin i454.) 

' Il ne faut pas se laisser tromper au double sens de ffau plus hault bo.it 
assis». C'était une manière de faire entendre le supplice de la potence. 

Mais qu'à mes grilTcs je le tienne 
Festoyé sera au hault bout. 

(Myst. des Actes des Apôtres. Ed. de 1587, f° â5. ) 

La locution est analogue aux expressions facétieuses qu'on rencontre dans les 
mystères de celle époque et qui expriment la pendaison : faire la moue à la lune, 
aller à sursum corda, être vendangés à l'échelle, être évèque des champs et 
«flaire la béneisson du piéî5,èlre marié aune corde, mettre sécher au soleil, etc. 

- L'interprétation do M. F. Godi}(vny, jiaq net, faisceau, ma paraît erronée. Il 
faudrait avoir^o»* an pluriel. 



LE JARGON DES COQUIELARS EN 1^55. 307 

On a vu ' que la forme heffe existe à côt(5 de bejflerie ou blofferie 

(ioiinîVAY (quand il voit prendre les liabits d'Haman par le valet). 

. . .Maistre bejjîeiir 

Vous venez à la blpjfcrie 

Et cuidez-vous par tromiJerie 

Con foncer ceste aumuce gourde? 

{Myst. du viel Testament, fol. cccxxvi.) 

Un grand nombre de mots qui indiquent la laillerie, la 
tromperie se rattachent à un terme dont le sens propre est bouche 
ou mouvement de la bouche. L'interpre'tation sémantique de ce fait, 
c'est la position des lèvres qui exprime différents sentiments. En 
même temps, une série partie du même terme continue à ex- 
primer des faits physiques, tandis que sa série parallèle exprime 
des faits moraux. Ainsi bejjler signifie soujjlcr, sijjler, /ij/er jusqu'au 
XVII* siècle au moins : 

Sans elle passez par la rue 
Chacun vous cliille, bejle, hue, 
Et vous fait bien pis quelquefois. 

(Le miracle de la Paille, 1662.) 

C'est par le même sens qu'il faut interpréter le vers de la 
bail. X du Jargon cité plus haut. Beffleur, en même temps que 
nom propre d'une catégorie de malfaiteurs, signifie siffleur, 

Le vendengenr, hc^eur ronime une choue. 

(Ms. fie Stockholm.) 

Le «vendangeurs est r huant ti comme la chouette; mais huant 
ou hejfleur signifie en même temps «voleun?. L'équivoque est 
précisément la même que dans le vers de la ballade des Dames 
du temps jadis. 

La royne Blanche comme ung lis. 

C'est un procédé de style qui est propre à Villon. 

Mais une troisième série part de la signification souffler. Elle 
se rapporte au bruit et à l'action de souiller. On désigne un coup 
par le bruit qu'il produit et l'on compare ce bruit à un souffle. 
Cf. franc, soufflet, angl. blow, ail. schelle (où la métaphore du 
souffle ne s'est pas produite, maulschelle) ., etc. A cette série il faut 
rapporter buffe qui signifie tt coups et dont le sens, dès le procès 
de Jeanne d'Arc, s'est spécialisé en coups d'estoc et de taille, 
buffes et torchons-. 

' Glossaire, à Abcsse. 

- Pièces du procès de Jeanne d'Arc , publiées par .1. Quicbeial. 



308 MARCEL SCHWOD. 

ffJe conseille qu'on donne plutôt une hxiffc à la joue de son 
valetr) (Montaigne, Essais, t. II, 3i). Cf. angl. to buffet; buffet, 
soufflet^. 

Ce mol buffcr ou bouffer a eu nettement le sens de «soufflent. 

Aussi bien meurt fils que servans, 
De ceste vie sont bouffez 
Autant en emporte iy vens. 

(Villon, Grand-Testament.) 

Baffe nous a donné en argot modiirne, dans le sens méta- 
phorique tiré du bruit, le mot bci/re, recueilli oralement, trcoupw, 
tfsouilloti'; tandis qu'il laissait en anglais au sens métaphorique 
de tromperie tiré de hr position railleuse des lèvres to baffle 
ff tromper, décevoir 17. C'est bien là le même mot que befficr, ainsi 
expliqué par Cofgrave : Beffler : to deceive, moche or gull with fair 
wonls. 

La forme biffe existait au xvf siècle dans le sens cr raillerie i-> ou 
tf tromperie^. rfJl veoit que ce n'est que biffe et piperie--' (Mon- 
taigne, Essais, t. I, p. 2 5). Mais elle est venue jusqu'à nous dans 
le mot briffer- qui signifie tf mangern et qu'il ne faut pas rattacher 
à une autre famille en se laissant tromper par Yr adventice qui 
est venu s'insérer à la suite de la labiale ■*. D'ailleurs biffer, que 
je n'ai pas recueilli, a existé puisque M. Lorédan Larchey donne 
à biffn le sens de frgouhn'*. Ce biffer n'est autre que bouffer, avec 
un vocalisme différent. Il faut rapprocher de ces mots les termes 
de rothwelsch : bafferen^ frEssenr, de èe^ «vorstehender Mundi7 
(cf. beffdixiisle Bedeler orilen); bu/en crbiberer*^, bofen'' t^drinkenr. 
Les acceptions ff soufflera et tr mangent naissent également de 
l'action de gonfler les joues. Les mots bafferen, bouffer, bffcr, 
briffer, bi'ifrer représentent donc une quatrième série qui dérive 
directement de l'idée originale. 

' Rebuffer, rebuffade, buffeler. 

^ Briffer, que j'ai recueilli en 1890, est sijrnalé par 01. Cliéreau comme ayant 
été remplacé au ilébut du xvii'' siècle par morjier. Rabelais emploie briber. J'ay 

nécessité bien urgente de repaislre si me voulez mettre en œuvre, ce sera 

basme de me veoir briber. (Pantajjr. It, 9.) Mais c'est plutôt une formation 
l'aile 9.»r bribu, analogue à l'expression d'argot moderne : crouler, croustiller, 
pour manger. 

^ (If. l'élude sur i'r adventice dans la IXomanin (1889); bhff'eurs [Jargon de 
Villon, bail. I). 

^ Les excentricités du langage au mot biffin tfgoulu de biffer : manger goulû- 
ment 71, cf. bâfrer (qui jirésente encore i'r adventice après Vf, liomologue de 1'/ 
de beffler). 

^ Vocabulaire de IJuisliurg (i'ja'i); Avé-l.allemaiil , Dus deutsclie Gaunerthum , 
I. IV, p. loG. 

" Bonaveulura Vulcanius, De litoris el lingva Gelarum. Idem, p. 8a. 

' Der Bedler arden , trafliirlion eu plnlldeutscb du Liber l'agalonim. fdein, 
p. 8.. 



LE JAIUJO>' DES COQUIM.vnS EN lA55. 309 

Bijfin, dans le sens de « fantassin ■^ ' et de rf cliifTonniei-^ parait 
devoir se rattacher au même terme. M. L. Larcliey a obsei-vi; que 
c'e'tait nne de'nomination injurieuse : de là l'explication iroulu. H 
serait étrange que ce sobriquet S(; retrouvât ('gaiement dans l'ar- 
mée, alors qu'il semble désigner d'abord un rfgàte-métierw. 
Une expression conservée dans le patois du haut Maine lournit 
la clef de ce double sens. «Biffer: marcher en se cachant. On dit 
particulièrement des maraudeurs et des braconniers qu'ils biffent 
le long des baies. Voir heffem. k Beffer : marcher en se cachant, 
en se rasant près du sol ou le long d'un abri, d'une haie, d'un 
mur -. V 

Les paysans avaient fait de befflcr, heffer, bffer le terme dési- 
gnant la démarche propre aux bejjleurs. Cette marche, rasant un 
mur ou nne haie, appartient à la fois au chilTonnier et au soldat 
qui maraude, llien d'étonnant à ce que les chiffonniers nou- 
veaux venus et les soldats maraudeurs aient été désignés sous 
le nom de biffms. 

C'est le rapport sémanîique entre les actions de la bouche 
(soulïle.i', railler, man<jer), sur le(|uel s'est grelTée une métaphore, 
qui a sans doute produit la multitude de doubles sens que l'on 
peut constater dans les mots qui j-ignifien! /rfljt?/)er et tromper^. 
Le xwoi f rouer '^ possède les mêmes sens que beffler; c'est-à-dire 
ffsoufflern ou ffsilïleri?^ (terme d'oiseleur) 'f briserai 

Que trois costes li a et cors troé. 

{Aiol. V. loâo.) 

et tf trompera ou rcjoueni (surtout sous la forme /?oî«cr). M. Bon- 
nardot signale dans le patois de Metz /roM/Z/o- (tromper en jouant). 
On trouve aussi /o?<er \tom' jlouer ou f rouer ; c est même sans doute 
la forme primitive, tandis qu'ailleurs 17 et Yr représentent des 
éléments adventices. M. Bijvanck signale j'ot/er delnfue(knc. poés. 
l'r. , VI, 207, Sermon joyeux). Bafouer présente le \Qvhe fouer avec 
l'élément prothétique bu qu'on trouve dans bagoul (bngouler), bara- 
gouin [baragouiner) '\ etc. et avec le sens cf railler w. /^roHcr a donné 
froard r? massue, maillets au sens de cf frapperai, ff brisera. Il faut 
tenir compte de ces laits de sémantique dans l'interprétation des 
vers de Villon, où l'on renconivêf rouer, mais qui n'intéressent pas 
directement ce travail. 



Le Mirliloii , 11" 1. «Au itS' bi^ins quand on éluil pagne à p.ajjne.»' 

Vocabulaire du haut Maine, par C.-ï\. de M. Paris, Dumoulin, i85(). 

Voir Méiii. de lu Soe. de lingttistique , t. Vit, fasc. I, p. iii et suiv. 

Voir Acques. 

Voir Lillré, à Frouev. 

Voir BuUelin de la Soc. de linj]uisliqtie, n" 3"i , arlirle ùre-lurip-ol. 

Mihi. M\(;. — ïii. . 9.\ 



310 MARCEL SCIIWOB. 

Blanc. — Bl\nc coiiLON. — Blanchir, tf Lng homme simple qui 
ne se congnoit en leurs sciences c'est. . . ung blanc. -^ — tfUng 
hlanc couhn c'est celluy qui se couche avec le marchant ou aultre 
et luv desi'obe son argent, elc.^ — ff Quand ilz sont prins. . . 
par justice et ilz escbappent ilz dient. . . qu'ilz ont hlanchy la 
marine ou la rouhe. ■^ 

Le terme hhnc est fre'quent dans les jargons. 

ttBlanco llammi al sano de malicia , y hueno coino el pan; y ncgro al 
que dexa en hlanco sus diligencias. -n 

(F. de Qupvedo. Historia de la vida dcl Buscon, 
]. II, chap. XIII, Barcelone, 1G27.) 

Blanc coulon paraît au contraire être pris en sens inverse : dans 
le jargon de la Coquille, c'est celui qui joue le niais. Le vocabu- 
laire de la germania de Juan Hidalgo donne : palomo : el que es 
necio, es hlanco, es ignorante. — Coulon est fréquent au milieu du 
XV* siècle avec la même acception. 

Par un coulomb qui est plaiii de simplesse. 

(Charles d'Orléans, Complainte de France. 
— Edit. d'Héricault, t. I, p. igi '.) 

Pigeon dans le sens de niais se rencontre très souvent au 
w" siècle. (Recueil d'anc. poe's. franc., t. I, p. 5, etc.) 

Blanchir figure dans le ms. de Stockholm avec le sens tromper. 

Pour mieux blanchir et desboiiser coquars. 

[Jargon, bail. XI, ms. de Stockholm.) 

Je vous suplie ne me blanchisses point 
Vostre cautelle ay veu de point en point. 

(Rpc. d'anc. poés. franr. , t. II , p. 83 ^. ) 

Le mot blanc est employé avec un double sens dans les vers 
suivants : 

Parmy le col soye pendu 

S'il nVst fc/anc comme un sac de plâtre. 

{ Maisire Pierre PalheUn . éd. Jacob . p. /»2. ) 

Qu'au mariaye ne soyez sur le bariC 
Plus qu'un sac de piastre nost blanc. 

(Villon. Jargon, bail. I.) 

Ici WrtMc signifie niais, trompé, celui (|ui s'est laissé prendre. 
Les poètes jouent sur les deux sens de blanc, et Villon luit allusion 
de plus à la pâleur du criminel qui est sur l'échalaud, au mo- 
ment de la pendaison (mariage). 

' ConuMimiqué par M. I5ij\anck. 

- M. de .Montaiylon 11011110 blanchinser. M. lîijvaiick propose de corrifjer : blan- 
chisses '•no vous jouez pas de moi -7. 



LE JARGON nus COQUILLARS EN l/455. 311 

Le langage des saltimbanques a conservé blanc et blanchir 
dans le sens de connu, éventer, trje suis blanc -n signifie je suis 
connu. rrCe truc est blanchiv signifie : ce tour est évente'. Il est 
possible qu'il y ait une relation sémantique entre ces termes et 
ceux du jargon. 

Blanquier a eu le sens de voleur au xvii" siècle : rc Car n'y avoit 
coupeur de bourse, filou, tireur de laine, blanquier m voleur dans 
Paris qui ne relevast de ce brave général. •« (Inventaire général de 
r histoire des Larrons, t. II, p. ']'].) 

Dans le procès d'Andréas Henipcd (1687) on trouvt; aussi le 
terme blanc : 

Ein Spitzbube : ein WeiszkàuJJ'er ^ (celui qui acliète les blancs. 
cf. fc acheter w au sens tromper, dans l'argot français). 

Le procès de Scbwartzmùller en 17/16 donne au vocabulaii'c : 

Wittstock (pour Wcissstock)- : einer dcr die Spitzbubensprache nicht 
lernen han . . . ein tnmmer Mensch , etc. 

Bouton. tfEn dez a divers noms, c'est assavoir. . . le bouton. -n 
Ce jeu de dés n'a pas été signalé. Il est d'ailleurs impossible de 
se livrer à des conjectures sur sa signification exacte. 

Breton, tr Ung breton c'est ung larron. :5 II est possible que les 
Bretons des Grandes Compagnies et des Compagnies des Tard- 
Venus et d'EcorcliL'urs aient eu cette réputation : ils apparaissent 
fréquemment dans les Registres criminels du Chàtelet^. Toutefois 
M. Bijvanck propose l'explication suivante. Comp. : 

Tant boit qu'il en devient breton. 

(Enst. DescLamps, t. V, p. agi.) 

Breton se dit, dans ce passage, de celui qui ne peut plus parler 
distinctement. Mais tous les termes qui possèdent cette signifi- 
cation ont en même temps le sens de tromper, et brester ne fait 
pas exception. 

Mais au fort ay-je tant lireslé 
Et parlé, qu'il m'en a preslé 
Six aulnes. . . 

( Farci' de maisirc P. l'alhcliu, cdil. Jacob, p. tij.) 

La variante du premier vers lit : 

Mais je l'ay lant dorelolé, elc. 

' Avé-Lallemant, I. IV. 

- ]d. Le dialecte de Hildaburgsliaus a laisx' de nombreuses traces dans les 
mots de ce vocabulaire. 

•* Voir Du Canire sous Brilones. — UniToMis : Satellites scu milites. Unlones 
pro grassatoribus et pr«;donilius sumunlur in cliarla auni i'àç}b ■ ■ ■ tfPer illas 
parles trunsieruut geiiles anuorum Britones et Pillardi et auioverunt ab ipso 
leste qualuôr jumenlii." (Déposition des témoins devant l'olllcial de lîouen. — 
( Arcbives de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle). — M. t'rançois de Laborde m'as- 
snr(i avoir rencontré le terme Bv.vtoni avec la mémo acception, dans des lexlos 
italiens do la lin du xv"" siècle. 



312 MARCEL SCHWOB. 



Caire, ctllz appellent argeni . . . cai.re . . . •» 
Le mot est assez connu au xv'' siècle. 

Les diippes sont privez de cairp. 

[Jargon de Villon , bail. Ilf.) 

Cliascun pour avoir du quaire 
Vent Dieu souvent et de main mise. 

[Anc.poés.fr., t. X , p. 107 '.) 

Le vocabulaire de la germunia de Juan Hidalgo donne cmjra, 
cayre, cmjro, cayron, caula trgain que fait une femme avec son 
corps r). C'est peut-être là le passage du sens de care, quaire, 
quayre (Ane. poe's. fr., XI, 3ii), qui signifie rcminew, au sens 
ff argents. Mince de caire (Coquillart, Droitz noiiveaulx, e'dit. Cous- 
telier, p. ^ 5 ) , mynce cV argent ( Vie de saint Cristojle ) , bonne chère , etc. 
sont des expressions voisines. Le caijro de la Germania, qui 
peut-être a e'té employé par les gitanos, a pu servir d'appui 
au mot thune- (pièce d'argent) à fe'poque où les Lohe'miens 
ontpre'teudu venir d'Egypte. Les noms face'tieux de duc de Tunis, 
roi d'P]gypte, etc. auraient eu pour point de de'part des plai- 
santeries sur Cayro, le Caire et Thunes, Tunis. 

Cantonade (Bailler la), ff Quand ilz sentent qu'ilz sont pour- 
suyz. . . ilz se destournent à coup et prendent ung aultre che- 
min. Cela s'appelle bailler la cantonade, v 

Cette expression n'a pas été rencontrée au xv^ siècle. On doit 
la rattacher au sens primitif de canton, qui signifiait cf coinw. La 
langue du blason présente cette signification. 

rrCes supercheries d'armes sont cent fois j)ircs que celles que Ton fait 
assassinant les personnes aux cantons des rues , ou en un coing de bois, w 

(Brantôme, Discours stir les duels, édil. du 
Pantliéon littéraire, p. 722, col. 1.) 

Les hommes poursuivis décrivent un angle, un canton, et 
prennent un chemin de traverse. Le sulTixe ade est extrêmement 
fréquent dans les langues secrètes : le mot balade d'ailleurs le 
suggérait. Le terme de théâtre à la cantonade, que Littré tire du 
langage de théâtre italien, pourrait se relier à l'expression du 

' Cominunicpié par M. liijvancl;. 

^ Dans le Jargon de l'argot réj'orvié, on trouve </u/ne avec le sens Rl'aumosneTi. 
Ce sens général iVargent, plus lard spécialisé à la pièce do cinq francs, pei-met 
de supposer (pie thune (Tunis) serait nu dérivé synoiixmique de caire (Le Caire). 



LE JARGON DES COQUILLARS EN ikbS. 313 

jargon de la Coquille. Rien ne s'oppose d'ailleuis à ce que le 
terme cantonade ait e'te commun au jargon et au zergo du xv'' siècle 
et à ce que nous l'ayons lepris aux Italiens lorsqu'il avait passé 
dans le langage de leur tlie'àtre. Les Mémoires de Mademoiselle Du- 
mesnil témoignent des relations de l'argot avec la langue spéciale 
du théâtre ^ 

Cercle, tr.i. signet d'or ou d'argent c'est .1. cercle. w 
« L'expression signet était courante dès la fin du xiv"" siècle pour 
signifier un anneau servant à sceller^. ^ 

critem en un certain jour que un nommé maistrc Hugues de Colombe 
demourant derrière Saint- Andrieu-des-Ars et eu afaire ... à lui en un 
sien jardin et qu'il ot mis à terre un signet d'or estant en son doy . . . 

(Registre criminel du Clidlelet, 20 janv. 1892 . 
Procès de Marion de la Court. ) 

Le zergo contient le terme cercle. Anello : cerchio, cerchioso. 
Cerchio, cerchioso : anello [Modo nom da intendere la lingua zerga, 
1621). 

La métaphore cercle pour anneau est extrêmement simple; mais 
le terme appartient clairement au jargon, puisqu'on le retrouve 
dans le jargon italien. 

Cire «Dez de forte cire 75. 

Il est difficile d'expliquer au juste ce que signifie ce terme: 
c'est une des manières de frauder les dés. M. Bijvanck signale un 
passage relatif au jeu de dés au xv"" siècle , et (jui doit se rapporter 
à ce procédé spécial. 

ffltem ille qui ludit cum aleis si potest iigare aléas suas cuni ligatis, 
tum non habet locum tolJendi qui ludit cum eo. 1 {Dictionarius pauperum, 

P89). 

Cliquet. « Ils jouèrent une fois . . . l'un contre l'aultre et de 
plain cliquet simplement, w 

M. Bijvanck a rencontré cette expression assez fréquemment 
au xv" siècle. Elle procéderait de clicq ou clac, indiquant que 
fc c'est fini 11; toute ruse mise de côté. 

On peut dire clac. 

(Eust. Deschamps, 1. 1, [). îSo.) 

Auoir sa teste de cliquet. 

{ Vie de saint Christojle. ) 

Quant est de cela, je dy clicq, 

( Vie de saint Vincent.) 

' Petit diclirninaire des coulisses, i835, in-i8, p. i3. 

- M. de Lal)Oi'de, Notice des rniaur, bijoux et objets dieers exposés au Musée 
du Louvre, -j'' partie, documenis et fjiossaire. 



3 l/l MARCEL SCHWOB. 

CoLE. re Aulcims d'eiik s'entremettent d'aulcun mectiei'. . . 
faingnant qu'ils en vivent. . . et appellent cela leur cole. 15 

Le mot n'a pas encore été signalé au x\^ siècle; mais il ap- 
paraît assez fréquemment au xvf et au xvii" siècle dans les opus- 
cules d'argot. 

Le Jargon de l'argot réforme, à l'article Courtaux de bontanches , 
nous apprend que ce sont des compagnons d'état qui prétendent 
toujours être d'un autre métier que ceux qui sont usités dans les 
villes qu'ils traversent. ffLes autres, disent-ils, ne maquillent (tra- 
vaillent) point en boutanches (boutiques) mais troltent (portent) 
sur leurs courbes (épaules) ^ . . . (jui sont outils dont on se sert en 
leur mestier afin que la cole en soit en leur vergue (ville) à bel- 
lander (mendier).^ Quoique le sens soit peu clair, il est facile de 
voir que le mot cole, là aussi, indique un faux métier. L'expres- 
sion ^cAer /« colle, dans le sens de tf battre, trompent , devient très 
fréquente dans les plaquettes du xvn" et du xvm" siècle : 

Alaigke 
Escoutez; surtout y/c/iez-Jui l)ien volro cole, et qu'elle soit franche. 
(Comédie des Proverbes, act. II, se. v. ) 

Anjou id'hui, dans la langue spéciale des lutteurs, la partie à 
la colle est la lutte de convention, destinée au public, où les 
lutteurs ne mènent pas sérieusement le combat, quoiqu'ils pa- 
raissent activement engagés. Colle paraît être un mot signifiant 
tt tromperie-" et spécialisé dans le jargon de la Coquille à un faux 
métier. Dès le xv* siècle, et bien avant dans la langue spéciale à 
la chevalerie, collée a le sens de coup : Haquin, tyran qui frappe 
Jésus-Christ, lui dil dans le Mistere delà Passion : 

Et puis a|)res devineras 
Se ce sont collées de nopces. 

(Bibl. Sainle-Goneviève, Recueil de mystères, 
Y'" fol.; |)iib!ié par A. Jubinat.) 

Et lui baillèrent iilusieurs cops et collées desdits basions. 

(Areli. nat., Très, des Cliartes, rog.JJ. 190, p. 8, 
Bemissio pro Merico Landean, liôg.) 

Ainsi le double sens de ccdle remonte au langage populaire du 
îv" siècle. CoUe signifie aujourd'liui t mensonger) [i-aconter une 
colle); coller quelqu'un, tendre un piège pour embarrasser. L'es- 
pagnol nous donne cola et ro/r^r tr passer pour quelque chose sans 
l'êlre-n, ce qui corre'^pond précisément au sens de cole dans l'in- 

' 11 y a sans doute une lacune. Le vocabulaire donne courlenux de boucarâ 
ffvoleurs d'oulils riiez îeurr. ninîtresn et le vocabulaire de Grandvai (Le vice puni, 
édit. de 1760) donne courleaux de boutanche avec le même sens. Les courtauds 
portent des outils pour faire croire qu'ils exercent un métier. 



LE JAK(iO\ DKS COQl ILLM'.S. 315 

sduclioii (le Dijon. M. IJijvaiick conipaïc couleur, (jiii (l(fjà diins 
(iluii'les (r()ilt'ans a le seîis de « nieiisoiige n ou trriaude''n 

Hon serviteur 

Sans couleur 

Vous a eslé vrayemenl. 

(Cil. crOrl(''aiis , ('clit. Uoricaull, l. I, p. 99.) 

Le mot couleur, que je n'ai pas recueilli, existe encore dans le 
vocabulaire d'Halbert d'Angers en 18/10. Mais je crois qu'il faut 
séparer cole et couleur. Le premier se rattache au mot coller (frap- 
per); tandis que l'origine du second est une métaphore sim|)le. 

CONFERMEUR DE LA BALADE. Y. Balackw. 

CoQuiLLARS. ffEt s'appellent iceulx galans les coquUlars (|ui est 
à entendre les compaignons de la Coquille. n 

Le mot coquillar paraît au xv* siècle ailleurs (|ue dans les bal- 
lades de Villon : 

. . . Quo(juillars ! 
Que chacun soit en ordoiuiance 
Pour faire monstres à plaisance. 

{Mist. du viel Testament, fol. ce, I. xxxj" v°, lol. a. ) 

Vous vez que ce n'est qu'ung paillarl, 
Uiig coquillarl et ung yvroing. 

(Sermon joyeux de bien boire. Ane. tli. franc, 
t. 11,1). 16.) 

CoquUlars, narvans à l\uei. 

{Jargon de Villon, bail. I.) 

Et pour ce benardz , 

CoquUlars 
Rebecquez-vous de la montjoye. 

(/rf.,ball. m.) 

Maint coquillarl pour les dessusdits veulx 
Avant ces jours piteusement trespasse. 

(Ms.de Stockholm, bail. VII.) 

Maint coquUlarl escorné de sa sauve. 

(W.,ball. X.) 

Il ne faut plus interpréter ce mot, dans les textes cités, en le 
rapprochant de coquart (niais, jeune) : 

Et ne suys qu'un jeune coquart. 

(Villon, Gr.-Test., lxu.I 

ffMais les auUres luy disoiont qu'il n'ostoit sonou un gaschalrc qui est 
il onloudrr audit huijjaigp ung cnr/uart ou apprenti/ do ladite scionce. 1 

(Propos (lo ]^ (]o(]nillp. Depos. de Jehan Vvte ) 



316 MARCEL scnnoB. 

Le coquillar des textes de Villon n'a de commun avec les co- 
quillards, faux pèlerins de Saint- Jacqueâ, qui figurent dans Te'nu- 
mc'ration des gueux du Jargon de T argot réformé que les plaisanteries 
auxquelles donnait lieu le double sens de coquille. 

C'est le procès de Dijon qui fournit la véritable explication de 
ce terme. Ainsi que l'avait pressenti M. Lucien Scliône, coquillars, 
dans le texte de Villon, de'signe une bande, et c'est une partie des 
malfaiteurs de la Coquille (jui furent pris et exécutés à Dijon. 
Grâce à ce mol, il est possible de montrer les relations de Fran- 
çois Villon avec une société dont faisaient partie ses amis Régnier 
de Montigny et Colin de Cayeulx. 

M. Bijviinck voudrait rapprocber coquille du mot coquin: 

Dessirc comme mi coquin. 

(Cb. d'Orléans, édit. Héricaall, 1. 1, p. lOi.) 

Le mot coquin, qui lui-même ne repose pas sur une base solide, 
ne me paraît pas pouvoir fournir jusqu'à présent l'explication de 
coquille. Il y a autour de coquin un nexus d'expressions qui risquent 
d'égarer le cbercheur. Mais on peut suivre le mot coquille sans en 
donner d'étymologie directe. Les locutions Compagnons de la Co- 
quille, Enfants de la Coquille, montrent qu'on a affaire à un terme 
analogue à ce qui, au xvi'^ siècle, sera la mate. Boucliet, dans ses 
Serées^, cite fréquemment les Compagnons de la Malte, les Enfants 
de la Matte et les matois (cf. coquillar). L'expression vendre coquilles 
qu'on trouve dans la Farce de Palhelin , dans les poésies de Charles 
d'Orléans et qui s'est transmise jusqu'à nous fixe le sens de co- 
quille : c'est une bourde. 

El à qui vends-tu tes coquilles? 
Scez-tu qu'il est? Ne me babilles 
Mcsluiy (le Ion I3ée, et me paye. 

{Farce de Palhelin, vers 1573.) . 

A qui rendez-vous vos coquilles ? 
Eulie vous, amans pèlerins? 

(CIj. d'Orléans, ('dil. d'Héricaull, I. II , rond. cxLvii) 

Nicot et Colgrave donnent dresser une coquille rc projeter une 
fourberie Ti et bailleur de coquilles rc charlatan, menteurs. 

Il faut sans doute fwi^r un sens analogue pour coquille dans les 
vers de la bail. VII du .Jargon (ms. de Stockholm) : 

Fourbe, joncheur, cliacun de vous se saulve 
Escliec, osciier, coquille se s'enhrou'^. 

Nous trouvons du reste à côté de coquille, i-estc; technique dans 
' Serces de Guillaume Jiouchel ; l'aris, n.iiniel lUum, i.'J85. 



LE JARGON DES COQUILLAHS. 317 

la langue des imprimeurs, le bourdon qui désigne une erreur du 
même genre cl qui fournissait aussi double sens pour plaisanter sur 
les faux pèlerins. Le compagnon delà coquille, c'est le capitaine plante- 
bourde de la Comédie des Proverbes ^ Cette expression existe déjà 
dans Charles d'Orle'ans. On la trouve dans une curieuse chanson 
qui contient plusieurs mots appartenant à un langage au moins 
burlesque : 

La vecz vous là, la lyme sourde, 
Qui pense plus qu'elle ne dil; 
Souventes ibiz s'esljal, et rit 
A planter une génie bourde. 

(Cb.d'Orh'ans, ('■dit. d'Héricault, t.I, to3.) 

Plus loin, Charles d'Orle'ans dit de cette lijtne sourde qu'elle a 
contrefait la coqueloiirde. Le mol paraît bien devoir être rapproche' 
de coquille et coquillar. De même que les blancs, les cociuillars font 
les niais pour mieux tromper. Halberl d'Angers en i8/io a re- 
cueilli dans les e'ditions du Jargon de Vargot réformé du commen- 
cement du siècle cpioquille : bête. C'est le sens primitif du mot. 
mais dans le jargon du xv" siècle, il signifie celui ([ui fait la 
bête pour abuser les autres. (Gï. palhelin , jobelin , jobard , etc.) 
Dans les ballades de Villon, coquillar est synonyme de benard. Or 
bernard , benard a. le sens de niais, sot au xv" siècle (voir F. Gode- 
froy, adverb.). Le mot benard s'est conserve' avec ce sens dans le 
patois du haut Maine-. L'expression blancs com/o»s permet d'inter- 
préter ainsi ces termes qui sont tout à fait analogues. Sire -a aussi 
le sens de «dupen et de fr malfaiteur qui fait le niaise. 

Pour les sjVcs qui sont si longs. 

(Villon. Jargon, bail. III.) 

C'est-à-dire les sires (qui jouent les niais) et qui sont si longs 
(si subtils en la science de la coquille ou de la tromperie). Cette 
explication éclaire la ballade de Villon, qui paraissait contradic- 
toire. 

Il y eut à Lyon au xvi" siècle une société joyeuse qui portait 
le nom de la Coquille. Elle était composée d'ouvriers typographes; 
mais le nom était sans doute une plaisanterie sur le sens général 
du mot. La société avait un seigneur de la Coquille et trois membres 
étaient suppôts de la Coquille (cf. archisuppôts de ïArgol). Comme 
les couards de Rouen, les suppôts de la Coquille ne se bornaient 
pas à représenter des farces, mais ils mystifiaient les gens de la 
ville, qu'ils fr allaient bourdant^i en acte. Ce sont donc les héri- 



t!ùiiiéilii' des Proverbes, Oudot, Troycs, l'^i.") (.">' édil.), p. 3o. 

Voir vdciihidairo du liaul Maine, cité plus liant : benard "soi, lii''l)é(('". 



318 MARCEL SCllWOIÎ. 

tiers de la Iradilion bien airai])lie des compagnons de la Coquille 
de 1^551. 

Enfin il n'est pas inutile de rapprocher le tenne cuque qui dé- 
signe une association de malfaiteurs au xvii" siècle et qui prouve 
la persistance de celte tradition. 

rrMais comme il eut fait de nouvelles connaissances avec les secrets de 
la Clique il rccnnnnença son Iraiu mieux que devant. 1 

( Inventaire général de l'iiistoue des Larrons t. II p. 1 07. Cf. les 
frérots de In cuqiic, Fr. Michel Inlrod. VIII.) 

Coquille. V. Coquillnr. 

CouNiER. 'fUng cornier .1. sire et une duppe c'est tout ung. ■" 
Cette forme n'a pas été rencontrée au xv" siècle jusqu'à présent. 
La brochure de M. J. Garnier donne blanccomier par un rap- 
prochement fautif. Coniier est certainement une forme voisine de 
cornard, cosnard souvent employé dans les farces comme synonyme 
de fc nigaud, niais ^. (j'est ainsi qu'il faut expliquer une plaisan- 
terie du Mijsthrc de la passion de Jean Michel : 

G.4DIFEB. 

Nous allons donner sur la corne 
A quelque duppo. 

(Mistère de la Passion Jesu-Crist, i'°journée. ) 

Crachier. 'fLà où il semble qu'il y ait gens qui leur poussent 
nuyre. . . le premier d'eulx qui s'en donne garde commence à 
crachier'à la manière d'ung homme enrumey qui ne peut avoir 
sa salive. ■" 

M. John O'Neill me communique à cet égard une note ingé- 
nieuse. Cracher (voir F. Michel, ad verb.) signifiait r parler n. Le 
coquillar, en feignant de ne pouvoir cracher, avertit ses compa- 
gnons de ne pas cracher ou de ne i)as parler, puisqu'il y a là des 
gens qui peuvent les cfencusen^. 

Crocheteur, Crocheture. Ces mots, qui n'étaient peut-être pas 
d'usage ordinaire à cette époque du xv" siècle, sont d'interpré- 
tation facile et peuvent être considérés comme des termes de la 
langue courante. 



' «Recueil laid au vray de la chevauchée do Pasne l'aide en la ville de Lyon 
on i56G"; Lyon, par Guillaume Teslel'orL — ftLos plaisans devis des supposis 
du seijfncur do la Co([uillo, récités publicpieuionl le -j 1 févrici- i58o, le 3 mai 
1081, etc. 75 ; Lyon, Le seigneur Je la Coquille, in-S". — V. Petit de Jullcville, 
Les comédiens en France au moyen âge; l'aris, (lerf, i885. — Les membres do 
la sdciélé porleni aussi le nom de Coquillarth. 



LE JAIUiON DES COOUILLARS EN 1^55. 319 



1) 

Davju. "Le l'oy David c'est ouvrir une serrure uii'} luiiz ou .1. 
coffre et le relernier. t» 

Cette expression, qui se trouvait dans les ballades du nis. de 
Stockholm, avait e'té faussement interpre'le'e par M. Aujjustc Vitu : 

Vive David, Siiiul-Arcliquin, La Haboue! 

{Jargon, hnlI.VII, ins. de StockholiD.) 

M. Vitu explique, en s'appuyant sur Oudin, ffle roi David, qui 
jouait de la harpe, patron des musiciens ambulants et par con- 
se'quent des gueux ii. M. Lucien Schone avait déjà reconnu le sens 
véritable du mot^ Le david, daviet, daviect, davier est une pince 
à crochet. Rabelais, de'taillant le contenu des poches de Panurge, 
écrit : 

ffEn l'auitre uug daviet, ung pélican, ung crochet et quelques aultres 
ferreniens dont il n'y avoit porte ni coffret qu'il ne crochetast. ^i 

(Pantagr., l. II, p. lO.) 

Déjà au xvf siècle le daviet e'tait un instrument de dentiste. 
ffUng daviet propre à rompre la dent qu'on veut quasser. 1 

( A. Paré. — Œuvres. ) 

ff Davier d'un pe'hcan : un certain instnmient pour forcer une serrure 
ou un coffre, un crochet de fer ou crampon à cet effet." 

(Cotgrave. ) 

Daviot était employé environ dans le même sens que david. 
ffLe roy Davyot c'est .1. simple crochet à ouvrir serrures, n 

(Procès de ia Coquille. Dépos. de Perrenei le Fournier.) 

Le coquin. 
Moi qui suis ung garson beiistro 
Je souhaitte ung daviot. 

(Les souhaitzdes hommes. Aiic. poés. fr., 
t. III, p. iZi5.) 

Vous qui tenez vos terres et vos fiefz 
Du gentil roy Davyot appelle. 

{Jargon, bail. VIII , ms. de Stockholm. ) 

M. John O'Neill suggère que la pince et le croq dont parle Marot 
' Lucien Sclioiie, he Joholii] de mnùrr F. Villon i glossaire, au mot David. 



320 MARCEL SCHWOB. 

dans sa préface aux œuvres de Villon ne sont autres que le davier 
et le pélican. Ce dernier instrument est semblable au davier. 

rr Pélican est un instrument de chirurgie qui sert à arracher les dents, -n 

(Didot. Manuel lexique, iiouv. éd. i555.) 

L'outil appartenait également aux professions de tonnelier et 
menuisier; les imprimeurs remploient sous le nom de sergent 
(serre-joint). Aujourd'hui encore un ferrement de bateau anglais 
en forme de crochet, porte le nom de davit. M. O'Neill me trans- 
met le dessin de ce crochet : il est exactement semblable à la 
fit>^ure tracée parle greffier au revers du manuscrit de Dijon. Nous 
avons donc sur cette pièce la reproduction authenticjue du rtroy 
David T) si célèbre dans la bande de la Coquille. 

L'origine des mots david et daviot est encore obscure. Mais le 
nom roi David, roi Davyot peut être rapproché, ainsi que Ta sug- 
géré M. Bréal à la séance du 2 avril 1890 de l'Académie des 
inscriptions et belles-lettres, du nom de la pince -monseigneur. 
Le monseigneur s'est nommé aussi dauphin et monseigneur le dau- 
phin. 11 est possible qu'il y ait dans ces mots quelque souvenir du 
roi David^. 

Davyot. V. David. 

Marcel Sgbwob. 

[A suivre.) 

' M. G. Macé a donné dans Mon musée criminel (Charpentier, 1890) une 
liste des noms de fausses clefs et de pinces. Je n'y vois rien qui rappelle le 
mot de ta Coquille. Voici cette liste : Pinces : monseigneur, rigolos, domheurs, 
jacobins, charlotles. Clés et ciseaux -.fausses-clés , rossignols, pieds-de-biche , bu- 
rins, ciseaux à froid. Crochets : tâteuses , tournantes, débridoirs, caroubles, cro- 
chettes. 



SUR LA PRONONGIATIOX DE LA LETTRE F 

DANS LES LANG[JES ITALIQUES. 



Il faut que Taspiration marquée en osque par la lellre/ait éle 
un souffle très doux, car nous voyons quelquefois un / ajoule' 
après un u final pour exprimer le simple prolongement conso- 
nantique de cette voyelle. Ainsi le mol frukUitiii ff jouissance tî 
(qui supposerait en latin un ïvéiiuenlaliî Jriictari , d'oij le sub- 
stantif *fructatio) s'écrit au nominatif /mrta^m/. Le mot mttiu 
ff usage 17 (qui correspond au latin usio) s'écrit au nominatif ûit- 
tiuf.'Le mot tnbarakkiu ff construction^, qui vient d'un verbe tri- 
barakavûm t? construire w, s'écrit Inharakkinf. 

Nous avons ici, si je ne me trompe, un phénomène de phoné- 
tique syntactique. Le léger souffle représenté par/ s'est d'abord 
produit quand le mot suivant commençait par une voyelle. On a 
dû prononcer, par exemple , frukkitiuf eitiias ff la jouissance de la 
fortune fl, pour éviter l'hiatus, à peu près comme en \alii\ pi uere 
a donné plu-v-i-a, et comme en français potêre a donné pou-v-oir. 
Puis l'oreille et la vue se sont habitués à cet/, qui a été ensuite 
écrit et prononcé même devant une consonne ^ 

Cette observation fournit peut-être la vraie explication d'un 
mot sur lequel il a été beaucoup discuté, beaucoup présenté de 
conjectures : nous voulons parler du mot esuf, qui se trouve deux 
l'ois sur la table de Bantia. On y peut voir une variante ortho- 
graphique pour esu, lequel est un nominatif masculin dont la 
désinence s est tombée. Le sens exigé pour le contexte est celui 
d'un pronom de la troisième personne, comme ille, ipse. L. 21 : 
Svaepis censtomen nei cebnust doïiid mallnd in cizeic vincter esuf. . . 
ffSi quis in censum non venerit dolo malo et in eo convincitur 
ille. . . Ti L. 19 : Pis cevs Bantins fust censamur esuf . . . rcQui civis 
Bantinus fuerit censetor ille. . . v 

Ce même esuf se trouve dans l'inscription mutilée de Pielrab- 
bondante (Zvetaieff, 17). Mais le texte est trop fruste pour que 
nous puissions rien aflirmer sur le sens. 

' D'aulros explicalioiis ont élé proposées parCorsscn (Journal de Kuhn , XIII, 
172) et p;ii- Bitjrgo ( /6/V/. XXtf, /i3i). 



322 M. r.nÉAL. SL!l LR PRONONT.l \T10N DE L.\ LETTRE F. 

Le mot esuf se rencontre aussi en ombrien (T. Eug. \\a, ko 
et IV, i5). M. Bûclielcr, qui le traduit par ipse. suppose qu'il 
est pour une forme esunt-s ^ : mais la désinence s placée après 
Tenclitique -hnnt ou -tint serait aussi oxiraordinaiic que le serait 
en latin un pronom hic-s ou idem-s. Il vaudrait encore mieux 
supposer que unt est devenu uns, comme à la troisième per- 
sonne plurielle des verbes nous avons uupsens troperati sunt^, 
deicans rdicant'^. Mais la présence du mot esuf en osque, oij ns 
se conserve, est une grave objection. 

Enfin dans Tinscriplion osque commençant par : PESPROS* 
ECVF-INCVBAT, il semble que nous ayons un exemple d'un 
pronom ecu, semblable à esu et également employé sans dési- 
nence au nominatif. 

Le rôle de lettre paragogique que joue ici ïf, nous l'aurions 
plutôt attendu d'un 3 ou v. Mais il faut croire que les deux 
caractères avaient quelquefois une valeur à peu près identique. 
C'est ce qui m'amène à une conjecture qui, si elle se vérifiait, 
simplifierait beaucoup la conjugaison osque, et la rapprocherait 
notablement de la conjugaison latine. 

Les parfaits comme oamanajj'ed, jjïnjj'ed, aîhdajed, ont quelque 
chose d'insolite et d'inexpliqué si Ton voit dans 1/ la vraie spi- 
ranle labiale. Mais ils viendront prendre leur place à côté des 
parfaits latins en i«', vl, et du parfait ombrien subocaii, sidjocaiiu, 
si Ion admet que le 8 a pris ici dans l'écriture la place d un 3. 
On comprendra mieux aussi comment, au futur antérieur, l'om- 
brien présente à la fois des formes comme andersaftist rccircum- 
dederit-^ et comme vesticos (pour vesticaust) rlibaverit^. Entre les 
deux formations il n'y a guère de différence que la contraction 
de a -y- u en o. 

Comme l'avait déjà reconnu Savelsberg -, on peut encore in- 
voquer en faveur de celte explication l'alternance des formes 
ombriennes cosiruo, kastruvu et hastruvuf : au lieu d'un/ on a un 
V dans suesuvuv, pluriel de suesu. Il v faut ajouter le nominatif 
plurief tuf rrdeux:: (I b, /ii), que j'avais considéré autrefois 
comme une faute pour tus, ou comme un accusatif indûment mis 
à la place du nominatif: en réalilé, //(/ é(|uivaul à tiiv el doit être 
regardé comme une forme in(l('clina!)le. Il en est de même pour 
le desendiif de VII «, 2. 

Je suis d'ailleurs loin de prétendre que le 8 ou/ ait eu par- 
tout la même valeur, .le crois, pai- exeiu|)le, qu'au commence- 
ment d'un mot comme Ji lin, fust, f rater, fcrtu, il avait une pro- 
nonciation assî'z forlo. Mais pas plus flans l'antiquité que de nos 

' Uiiihrica. p. i .38. 

- Journal dv kiiliti , XXI, p. 139. 



SUR L\ PRONONCIATION DK L\ LETTRE F. 323 

jours l'écriluie na eu un lel carnclèrc de pcifocliou qu'une 
même lettre dans toutes les positions eut une valeur identique. 
Ce qui montre bien que 1'/' était <juel(]uerois d'un son Irès l'aible, 
c'est qu'on le supprime : au lieu de traf, vithif, abrof, ovif, on 
e'crit Ira, vitia, abro, ovi. Il en e'iait alors de ce son comme du w 
anglais, qu'on a cessé d'entendre en certains mots, tels que 
know, sow, au lieu qu'on l'entend dans hoiv, notv, ou encore 
comme de la lettre/ en français, qui se prononce comme un v 
dans neuf heures et qui ne s'entend pas dans neuf jours. 

11 semble qu'en latin les sons / et iv soient [)lus nettement 
distingués qu'en ombrien et en osque : cependant les verbes mi- 
fugio et au-fero, qui sont formés à l'aide de la préposition af[ab)., 
montrent combien se fait aisément le passage d'une arliculalion 
à l'autre. 

« Michel Bréal. 



A propos de V inscription de Lemnos. 

En attendant que l'inscription découverte à Lemnos par 
MM. Durrbach et Cousin ait trouvé une interprétation sûre, on 
fera bien de tenir en suspens la question de savoir à quelle 
langue elle appartient. On a successivement proposé l'étrusque, 
le pelage, le thrace, etc. Peut-être vaut-il mieux désigner celte 
langue inconnue d'un nom qui ne préjuge rien et qui a l'avan- 
tage de nous être fourni par Homère. 

Dans ï Odyssée (VIll, 29^), Ares, s'adressant à Aphrodite, lui 
dit que son époux est absent et ne peut les surprendre. Il est 
parti pour Lemnos. 

Ov yàp ëd' H^aj(T7os (jLSTahjyiios, dXXà tôov ijhtj 
oïyeTai £5 ArjfÂVOv fxexà "^ivrias âypio(pdovoii5. 

Il y avait donc à Lemn&s une population, les 2tW<£ç, qui 
ne parlait point grec, mais qui se servait d'une langue différente. 
Ces mêmes ^ivriss sont aussi nommés dans ïlliade comme habi- 
tants de Lemnos (I, bg^). 

Une supposition qui se présente naturellement à l'esprit est 
de voir dans Tinscription un monument des ^îvTies à.'ypi6(pcovoi. 
Les sons des mois de cette langue, à en juger par rinscri|)tion 
précitée, ne démentent pas cette épithète. 

Michel Bréal. 



VARIA. 



1 . Sileittn. — Fluentum. — Critentns. 

Auln-Gelio (XIX, 7) cite du poète Lévius l'expression silenta 
loca, qui nous montre le pluriel neutre du participe présent 
formé sans contamination avec la de'clinaisou des thèmes en i. 
Un autre pluriel de cette sorte Qsijluenta; mais comme ce déînier 
était souvent employé substantivement, il a donné naissance à 
un s'ingiûiCY Jliientiim. Pareille chose est san^ doute arrivée pour 
radjeclif cruentus : on aura dit d'abord cadavera cruenta; puis il 
s'est produit une déclinaison complète en us, a, um. Le change- 
ment survenu dans la langue a fait que ces pluriels neutres 
archaïques sont devenus méconnaissables. Par cruenlus, nous 
atteignons un verbe *crueo rèive sanglante, qui ne s'est pas 
conservé, mais qui était tout à fait à sa place à côté de cruor et 
de crus. 

2. Umbratilis exercitatio. 

Cicéron, dans ses écrits oratoires et philosophiques, oppose 
souvent à la lumière et à la poussière du forum les exercices qui 
se font sous les ombrages des philosophes. Brut., 9. Processerat 
cnim in solein et puherein : non ut e militari tabernacuh , sed ut e 
Theophrasti doctissimi hominis umbraculis. — Leg. 111, 6. Phalereus iUe 
Demetrius mirabiliter doctrinam ex umbracidis eruditoriun, otioque, 
non modo in solem aique. pulverein, sed in ipsuni discrimen aciemque 
produxii. 

Je veux bien croire que les philosophes et les rhéteurs, pour 
doniier leurs leçons, recherchaient l'ondu-e de préférence au 
grand soleil; mais ce n'est pas là une circonstance assez notable 
par elle-même pour mériter de fournir la matière à des anti- 
thèses. Cicéron développe et paraphrase ici un adjectif latin ; 
umbratilis exercitatio, umbratilis oratio. 

Or on peut soupçonner que l'adjectif latin a induit Cicéron 
en erreur. Comme ([uautité d'autres expressions se rapportant 
auv études liltéiaircs, celle-ci, pour être comprise, a besoin 
(fèlre rapprochée du grec. Les professeurs grecs établis à Rome 
avaient probablement voulu rendre de cette façon, n'ayant pas 



VARIA. 325 

ia ressource d'un compose', leur terme technique crKiayLay^lct ^ ([ui 
veut dire proprement trconibat contre une ombrcTi, — nous 
dirions en français rdc tir au mannequin, le tir à ia poupée r. 

On sait que les métaphores militaires ont toujours trouvé 
faveur dans les écoles. Gomme nous parlons aujourd'hui de 
luttes académiques, de joutes d'éloqu(mce, d'attaques et de 
ripostes oratoires, de passe d'armes dialectique, les anciens 
avaient déjà assimilé les plaidoyers fictifs auxquels on s'appli- 
quait sous la direction d'un rhéteur aux exercices d'escrime usités 
dans la vie militaire. ^xict^a-)(éco était le verbe usité pour mar- 
quer un combat simulé : Platon l'emploie à plusieurs reprises, 
et particulièrement quand il décrit {Leg., VllI, p. 83o) les 
diverses manœuvres auxquelles on dressait les jeunes soldats. 
Comme tous les termes techniques, celui-ci a été traduit grosso 
modo et d'une façon sommaire. Les rhéteurs qui apportaient à 
Rome ia pralique des <7KictyLa)(^iai oratoires n'ont pas trouvé 
mieux, pour exprimer la même chose en latin, que mnhratiles 
exercitationes. 

Le sens donné par Cicéron aux adjectifs latins a fini, du 
reste, par prévaloir; Pétrone appelle umhraticus doctor un maître 
qui n'a jamais franchi le seuil de l'école. 

3. Serus. 

Dans une traduction de la Bible en grec de Constantinople 
du XVII® siècle, les mots tril fut soir, il fut matin w sont rendus : 
^Tov iSpaSv, xoà jfToy 'aovpvo. L'adjectif (3paSv est le terme cou- 
rant en grec moderne pour marquer la soirée. On sait qu'en grec 
ancien ^paSvs veut dire «lent, lourde. 

Ceci peut nous éclairer sur le sens originaire du mot serus. 
Je crois qu'il a dû signifier d'abord ff lourd 75. On connaît levers 
de Virgile {JEn., V, 62/1) : 

Seraque terrifici cecinerunt omina vates. 

Servius explique sera par gravia. 11 cite, en outre, un passage 
de Salluste : Sérum hélium in angiistiis futurum. Et il ajoute : i.e. 
grave. 

Si nous admettons une synonymie primitive entre serus et 
gravis, nous n'aurons plus de peine à saisir le rapport entre sertis 
et sêrius te grave, sérieux w. C'est le même rapport qu'entre lignum 
et ligneus. L'homme sérieux est celui qui a du poids. Le poète 
Afranius [ap. Non., l, iMi) rapproche les deux termes : 

Non ego te novi tristem , sérum , serium. 

On peut se demander s'il existe une parenté entre serus et le 



MKM. LING, 



32G MICHEL BRÉAL. 

vieux haut-alleuiaud sxvâri, swâr v lourd w, anglo-saxon sw«r(nièni(' 
sens), allemand moderne schwer. La chose est possible, le v s'étant 
pareillement perdu en latin à raccusatif-ablatil" du pronom de la 
'i^ personne se. Le lithuanien nous présente de sou côte' Tadjectif 
swarus rr lourde. Mais quand même ces rapprochements ne seraient 
pas fondés, la filiation des sens n'en indiquerait pas moins pour 
sertis la signification que nous venons d'indiquer, et à laquelle on 
est conduit inde'pendamment de toute comparaison linguistique. 



fi. Une trace des formes à cmgment en latin. 

Si Taugment s'est perdu en latin, il n'a pas dû succomber le 
même jour pour tous les verbes : les verbes les plus employés, 
les plus courts ont dû le garder plus longtemps que les autres. 
A ce double point de vue, le verbe dare doit figurer parmi les 
plus propres à favoriser l'archaïsme. 

Or nous avons précisément pour ce verbe le passage souvent 
cité de Virgile : 

Cralera antiqiumi qiiem dal Sidonia Dido ', 

ovj dat est ordinairement expliqué comme un présent historique 
tenant la place de dédit. Il est plus simple et plus naturel de 
l'expliquer comme correspondant au sanscrit adât, au grec sSco. 

Linconvénient d'une confusion toujours possible avec le pré- 
sent a fait tomber cet aoriste en désuétude : Virgile, amateur 
des formes rares en tous les genres, a pris plaisir à l'encadrer 
dans son poème. Mais il est à supposer que dat lui faisait l'im- 
pression d'un présent, et c'est par imitation de celte construction 
qu'il aura dit un peu plus loin (v. 36 1) : 

Cingula, Tiburli Remulo dilissimns olim 

Quœ niittil doua, liospilio cum jungeict absens, 

Cœdicus. . . 

Plus tard les grammairiens en ont fait une règle, qu'ils ont 
appuyée sur ce que tfle résultat de l'action dure encore w. 

5. Anciens infinitifs latins changés en participes. 

Les constructions latines bien connues : 

Adulescenli morem gestum oportuit (Ter. Ad. 21^); 

Utut erat, mansum tamen oportuit (Id. Heaut., 1, 9, 26); 

Nonne prius communicatum oportuit (^Andr., 289); 

' yEn., IX, 966. 



VARIA. 327 

Te conventum cupit {V\. Cure, 3o^); 

Factum volo (Id. Bacch., ^gS); 

Liberis consultum volumus propter ipsos (Cic. Fin. , 8,17,57), 

nous ont conservé, grâce à Tarchaïsme de la conversation fami- 
lière, le supin latin dans son ancien rôle d'infinitif. 

Il est intéressant de voir comment la langue a peu à peu fait 
entrer dans une autre catégorie grammaticale ces anciennes 
formes devenues peu intelligibles, et les a métamorphosées en 
participes passés. Cicéron dit déjà [Cat. 2, 19, 27) : Monitos eos 
volo. Et ailleurs [Fin. ^, 26, 66) : Patriam exstinctam cupit. 

On sait que c'est devenu ensuite une règle de la grammaire 
latine ^ Mais l'usage a subsisté, alors même qu'on entendait em- 
ployer le participe, de sous-entendre le verbe esse. Cic. Ac, II, 
/i, 10 : Totain rem LucuUo intégrant servatam oportuit'^. 

Il est possible d'ailleurs que les manuscrits aient rajeuni cer- 
tains passages. Ainsi dans ce vers de la Cistellaire (II, 3, ki) : 
At non missam oportuit, il est possible que le poète ait écrit : 
missum. De même, Térence [Heaui., 26) avait peut-être, au lieu 
de : Oratos vos omnes volo, écrit : Oratiim. 

C'est ainsi que le latin vient se placer tout à côté du sanscrit, 
grâce à son infinitif en tum, dont la langue et à plus forte raison 
les grammairiens ont fini par ne plus savoir que faire. 

Michel Bréal. 



^ «Avec les verbes volo, nolo, cupio, la proposition infinitive est élégamment 
représentée par Taccusatif du participe passé passif, avec ellipse d'esse. Unum te 
monitum volo.n Barnouf, Grammaire, 8 ^06. — Cf. Kùhner, S 127, rem. 3. — 
Dràger, % hhi. 

^ Pas toujours cependant. Voir Drager, ibid. 



DES RECHERCHES RECENTES 
DE LA LINGUISTIQUE 

RELATIVES 

AUX LANGUES DE L'EXTRÊME ORIENT, 

PRINCIPALEMENT D'APRES LES TRAVAUX 

DE M. TERRIEN DE LACOUPERIE. 



Longtemps les langues de TExtréme Orient n'ont été étudiées 
qu'au point de vue purement philologique, historique et litté- 
raire. Plusieurs motifs s'opposaient à ce qu'elles pussent entrer 
dans le cercle des études linguistiques proprement dites : i° leur 
connaissance très imparfaite et peu répandue; 2° le long temps 
qu'il fallait consacrer préalablement à la lecture de leurs écri- 
tures compliquées et à l'observation exacte de leurs tons; 3° l'igno- 
rance de l'état ancien de ces langues; li° celle de leurs dialectes 
vivants; 5" la différence de constitution de ces langues d'avec 
celle des indo-européennes, des sémitiques et des agglutinantes, 
exigeant qu'on se posât à un point de vue tout nouveau; 6° enfin, 
il faut bien et il faut surtout le dire, de nombreux préjugés, des 
idées très fausses, adoptées sans discussion et comme des axiomes, 
et qui devaient nécessairement fausser et faire dévier dès le pre- 
mier moment la direction des idées et l'observation des faits. 

Mais, dans ces derniers temps, les langues dites monosyllabiques 
et isolantes, le chinois, l'annamite et toutes les indo-chinoises, 
ont été linguistiquement et d'après les méthodes d'observation de 
la science moderne examinées à nouveau, non seulement dans 
leur état actuel, mais dans leur évolution historique, non seule- 
ment dans le langage classique, mais dans leur état naturel et 
populaire, et l'on est parvenu à des résultats qui créent, à côté 
de la linguistique indo-européenne et de la sémitique, une lin- 
guistique indo-chinoiso rigoureuse, inductive, appuyée sur des 



LANGUES DE L^EXTREMË ORIENT. 329 

faits nombreux et présentant tous les caractères d'une science 
véritable. 

Cette science en quelque sorte nouvelle doit ses découvertes 
les plus importantes à M. Terrien de Lacouperie, savant sino- 
logue, ancien professeur au collège de l'Université de Londres 
et membre de notre Société, qui s'est efforcé de la construire 
dans de très nombreux travaux, en a élaboré successivement les 
points les plus importants et en a tiré des théories d'ensemble 
que nous croyons utile de faire connaître aux lecteurs de nos Mé- 
moires. 

Les découvertes dont il s'agit comprennent principalement : 
1° le non-monosijllabisme primitif du chinois et des autres langues 
à tort appelées monosyllabi(jues; 2° Yorigine des tons; 3° ïorigine 
de récriture chinoise; k" l'action de Yhybridité dans la formation 
du chinois actuel; 5° enfin l'importance psychique de la règle de 
positioti, qui forme l'élément essentiel des langues dites isolantes. 
Nous allons les passer successivement en revue. 



1. Non-monosyllabisme primitif du chinois et des autres langues 
dites monosyllabiques. 

Un des préjugés les plus répandus en linguistique et admis 
sans vérification est le monosyllahisme , non seulement actuel, mais 
primitif du chinois. Bien plus, par un besoin excessif de généra- 
lisation qui peut conduire souvent à de graves erreurs dans l'état 
de développement encore imparfait de la connaissance des langues , 
on avait conclu de cette langue à toutes les autres, et une école a 
soutenu et soutient encore que toutes les langues ont été à l'ori- 
gine monosyllabiques. On pouvait ramener beaucoup de racines 
indo-européennes à cet état, et les fameuses racines triliteres des 
langues sémitiques faisaient bien résistance, mais semblaient se 
laisser réduire déjà à deux syllabes. D'ailleurs le chinois, langue 
primitive et stationnaire, disait-on, suffisait pour montrer l'af- 
fleurement d'un état linguistique très ancien qui avait dû exister 
partout, de même qu'il suffit en géologie de l'affleurement ici et 
là du terrain volcanique pour prouver qu'il a dû se rencontrer 
à l'origine et partout ailleurs. Tout le système reposait sur ïétat 
actuel du chinois; il aurait été vraisemblable tout au plus si l'on 
avait montré en même temps que Vétat ancien et primitif dQ cette 
langue était conforme à son état actuel ; or c'est ce qu'on supposait 
simplement. 

C'est précisément ce qui vient d'être démontré inexact; et, s'il 
en est ainsi, tout le système du monosyllabisme primitif des 
langues vient à crouler par la base; mais renfermons-nous uni- 



330 R. DE LA GRASSERIE. 

quement clans la sphère des langues de rExtrême Orient ot 
examinons cette de'monstration. 

Pour le faire, il fallait comparer au chinois littéral actuel : i° le 
chinois ancien; 2° le chinois vivant, mais populaire et dialectal. 
Il fallait observer de plus si TeVolution <jui s'est faite, en chinois, 
du polysyliabisme au monosylla])isme s'est accomplie en même 
temps dans des langues, non de même famille, mais de même 
structure que le chinois, c'est-à-dire re'pute'es aussi monosylla- 
biques et, comme lui, isolantes. Il fallait enfin tenir compte de 
rinfluence que l'e'criture si particulière de ces langues pouvait 
avoir eue sur la forme et l'étendue des mots; car, si notre écri- 
ture simple réagit souvent sur la parole parlée, combien plus 
l'écriture, tantôt idéographique, tantôt acrologique, jamais alpha- 
bétique du chinois, doit-elle agir sur la langue? 

La langue ancienne, un des éléments de cette étude, se trouve 
enveloppée dans f écriture ancienne, celle des anciens caractères 
ku-iven complexes, et c'est là que M. de Lacouperie a dû l'étudier; 
ce travail, quelque peu ingrat, a été très fécond, et c'est dans 
une étude spéciale : Tlie oldest book of the Chinese, qu'il en a fait 
ressortir toute l'importance. C'était la préparation, le point de 
départ nécessaire. Aussi, y revient-il dans une autre étude : On 
the liistory of the archaic chinese writing and texts. Ces caractères 
complexes du ku-wcn antique transcrivent les mots phonétique- 
ment, et, en lisant les différents caractères dont est composé 
chaque signe, on retrouve un mot non pas monosyllabique 
comme aujourd'hui, mais le même mot polysyllabique, c'est-à- 
dire avec toutes ses syllabes, dont quelques-unes se sont perdues 
aujourd'hui dans la langue écrite. Quant au son de chaque 
caractère, il est fourni par des dialectes chinois, et surtout par 
le sinico-annamite. 

Voici un exemple frappant, qui fera bien comprendre ce pro- 
cessus : 

Le mot rrùgre-n s'exprime dans les divers dialectes chinois, 
savoir : dans la langue commune parlée, lao-hu; à Canton, lao-fu; 
dans le dialecte de Shang-Haï, lao-hu; dans le Fou-Tchéou, lau- 
hu; en cantonnais, lo-/u; en hakka, laiv-J'u; dans la langue vul- 
gaire de Fou-Tchéou, lau-hu et la-hu. Avant l'ère chrétienne, 
dans le nord-ouest du Nganhvvi et le nord du Hupeh d'aujour- 
d'hui, le tftigrew se disait : li-fu. Dans les langues non chinoises, 
on trouve une racine analogue: en mandchou, lefu; en mongol, 
irbiss ; en mengak, lephe; dans l'Indo-Chine, le sameh donne : 
raweih; le xong, luwaij; le chmous, rêvai; le lemet, rewai. Si l'on 
tient compte uniquement de ce qui précède, la racine qui 
exprime le motr tigrc'^ est bien évidemment non un monosyllabe. 



LANGUES DE I.'FATRÈME ORIENT. 331 

mais un dissyllabe, nalurelleineiil subissant tous les variations 
dialectales : lao-hti, la-liii, U-hu, lifii et se Jt'duisant essentielle- 
ment à l-fu. 

Mais dans re'criture chinoise actuelle, le ff tigres s'exprime par 
deux caractères ^ JçE- , dont le premier se lit : lao et signifie 
fc vieux, ve'ne'rable^, et le second se lit : hu et signifie f? tigre t^. Si 
Ton fait abstraction de l'observation des dialectes que nous venons 
de faire , Tidée qui vient seule à l'esprit est celle-ci : le mot ff tigre t? 
se rend en chinois par le mot hu et l'on est on présence d'un mono- 
syllabe; seulement les Chinois ont pris l'habitude de ne pas 
énoncer le nom de tr tigre i^ sans y joindre celle d'une qualité : 
cf vénérable 17, et ils ne disent point le rrtigren tout simplement, 
mais le f vénérable tigrer), ainsi qu'Homère dit plus souvent Sios 
A^tXXsvs que Àp^iAAeu?. 

Comment concilier la conclusion tirée des dialectes, qui nous 
nmntre un polysyllabe : lao-fii, lafu dont l'ensemble seul peut 
désigner le « tigre --i, et celle qui est tirée de la langue chinoise 
écrite actuelle, qui nous montre un monosyllabe : hu, r? tigres, 
lequel est simplement précédé d'une épithète lao, cf vénérable i^? 

Tout d'abord y a-t-il bien contradiction, et les dialectes dont 
nous avons parlé, n'ont-ils pas, dans les caractères employés 
lau-hu, lo-fu, etc., donné eux aussi au mot : lau, lo, le sens de 
fr vénérable w, de sorte que le mot hu seul, signifie « tigre n? Si 
tel était le cas, nous serions ramenés au monosyllabe. 

Mais il n'en est point ainsi. Ce qui le prouve, c'est que la 
langue de Fou-Tcliéou ne dit point : lao-hu, mais la-hu; or ffvéné- 
rabïei' s'exprime dans cette langue par lau et non point la. De 
même, dans le dialecte ci-dessus signalé et parlé dans le Nganhwi 
et le Hupeh d'aujourd'hui, le tf tigrei? se disait : li-fu, ce qui, par 
les caractères employés, signifierait rc premier pèrc^ et non ff vé- 
nérable tigre 71, 

Voici la différence des caractères : 

Antique : li, ^\fa, ;^ ; 
Moderne : lao, ^\ hu, j^\ 

Enfin, les mots cités des langues non chinoises : lef, lephe, etc. 
prouvent encore que les deux syllabes appartiennent à la racine. 

La contradiction existe donc bien, et il s'agit de l'expliquer. 
Pour cela, il faut recourir à la langue ancienne; or, au sujet du 
mot : lo/u , tigre, la paléographie indique en ku-iven les variantes 
suivantes dans la composition du signe complexe : 

1" /w-m = cerf-fanion ; 
2" lu-Jei = cerf-plinne; 



332 R. DE LA r.RASSERIE, 

3° lu-fi = cerf-non; 

h° ho-vu == cerf-fîinion ; 

5° Ico-vu = hache-fanion ; 

6° Ao-pa == hache-tissu ; 

7° kao-fu = croise'-plume; 

8° kao-vu = croisé-fanion. 

C'est de la quatrième de ces combinai sa tions ho-vu, à h ut pure- 
ment phone'tique, qu'est de'rive'e par altération la combinaison 
actuelle orale : 

9° hu. 

Comment s'est fait le passage? 

Il est d'abord bien certain que les caractères ci-dessus trans- 
crits n'avaient, pour exprimer l'idée tigre, qu'une valeur purement 
phonétique, car quel rapport existe psychiquement entre hache- 
fanion, par exemple, ou cerf-plume, et celle de tigre? Pas de 
doute sur ce point : l'expression graphique était toute phonétique, 
ressenïblant par ce procédé à celui de l'écriture égyptienne, 
laquelle, la ctbouchci se disant ro, emploie la figurede la bouche 
pour exprimer toute syllabe se prononçant ro. 

Voici maintenant comment le passage s'est fait : i" le passage 
de dialecte à dialecte; le passage de lu ou lo à ho est une altéra- 
tion phonétique régulière, rencontrée ailleurs et très fréquente; 
les dialectes qui aboutissent à ko finissent par prendre le dessus; 
on retrouve cette forme dans l'annamite A:op cf tigre r». Puis le ko se 
transforme en ho, et l'on aboutit à la forme /i, à la forme ho-vu; 
9° le passage de la forme ho-vu à la forme actuelle hu; ho-vu 
devient hou par la suppression fréquente dans toutes les langues 
de la dernière voyelle, puis hao, hou et enfin hu; c'est le résultat 
d'abréviation et de contraction. 

Le mot qui exprime l'idée cf tigres est donc bien devenu dans 
la langue écrite hu. 

Mais la langue parlée, qui ne coïncide point mais est paral- 
lèle, a conservé l'ancienne forme luvu, lufu, lafu, laofu. 

Cette contradiction de la langue parlée et vulgaire et de la 
langue écrite et savante qui ont évolué chacune d'un côté diffé- 
rent, est assez gênante. Le peuple, comme toujours, a conservé 
l'ancienne forme; la lecture du caractère dans la nouvelle forme 
ne lui suffît donc plus pour exprimer le mot entier; le caractère 
dans sa lecture ne conserve du mot que des parties défigurées. 

Alors a lieu une réaction du mot parlé, du mot véritable et entier 
sur le mot écrit, le mot abrégé et atrophié. 

(^ette réaction est très curieuse. L'éciiture doit réintégrer par 



LANGUES DE L'EXTREME ORIENT. 333 

un processus nouveau le mot qu'elle a défiguré. A son caractère se 
lisant hu, elle prépose un autre signe, signifiant ide'ographique- 
nicnt ff vénérable n et phonétiquement lao, et elle obtient le carac- 
tère complexe lao-hu qui ne signifie point en réalité tr vénérable 
tigreii mais bien, i° restitution de la partie perdue du mot pri- 
mitif la-fu, la-hu; 2" conservation de la partie qui était restée 
seule dans la langue écrite précédente hu. 

L'élément lao est ici un élément purement phonétique, et 
c'est par un contre-sens qu'on fa pris pour un élément signi- 
ficatif. 

Ce caractère complexe lao-hu ne doit donc se lire tr vénérable 
tigre 11, pas plus que fancien caractère eomplexe lu-fei ne devait 
se lire «cerf plume i^; l'un comme l'autre est un caractère complexe 
suggérant, c'est-à-dire qui a pour but de donner la composition 
véritable et originaire du mot; or remarquons que cette compo- 
sition est polysyllabique. 

Remarquons aussi que le caractère hu, lequel seul, à la ri- 
gueur, signifie ff tigre ^^ aujourd'hui, est une altération de ho-vu = 
(T cerf-fanion 11, ce qui prouve bien sa lecture polysyllabique primi- 
tive. Nous avons déjà signalé plus haut une semblable dérivation 
parallèle quant à la prononciation. 

Nous avons insisté sur cet exemple, parce qu'il rend bien 
compte de l'évolution tant graphique que linguistique. 

Prenons un autre exemple: dans la langue primitive, l'idée 
fcmaîtrd s'exprime par \e moi tsifu , tchifu ; les anciens caractères 
ku-wen fexpriment phonétiquement par des signes ayant chacun 
le son de chacune de ces deux syllables, mais n'ayant aucun 
rapport idéographique avec fidée w maître w. Dans Fécriture mo- 
derne, le mot dont la prononciation entière est conservée est 
écrit par deux caractères rapportant leur valeur graphique, mais 
nullement leur idée, caractères variables, et qui, si on les prend 
séparément et abstraction faite de leur emploi phonétique, signi- 
fient : juge-instructeur, juge-occupation , maître -occupation, maître- 
instructeur , maître-colline. 

Remarquons que le signe complexe du ku-wen ancien diffère du 
signe complexe de fécriture chinoise moderne en ce qu'il forme 
un signe unique, tandis que les caractères sont juxtaposés dans 
récriture actuelle. 

Ce n'est pas le dissyllahisme seul qu'on peut ainsi retrouver, 
mais le trisyllabisme. M. de Lacouperie en donne pour exemple 
le symbole actuel y h rr douter ii, lu encore iigai et ngat dans certains 
dialectes, et qui était en ku-wen un signe complexe qui devait 
se lire togate, racine qui se reirouve dans le japonais otagai. 

Telle est la source la plus commune et aussi la plus curieuse 
du monosyllabisme hystérogène du chinois. Ce monosyllabisme lient 



33/l R. DE LA GUASSERIE. 

dans ce premier proce'dé, non seulement à l'usure des mots, 
comme le nionosyllabisme de certaines langues dérivées, du 
français, par exemple, et de l'anglais, mais aussi et surtout à 
V action de l'écriture tendant à re'duire l'expression d'un signe gra- 
phique à un seul son, ou plus exactement à l'unité' naturelle de 
phonétique la plus éle'rnentaire, à la syllabe. Il y a là un résultat 
de l'effort d'une écriture, de passer de son état figuratif , et par 
conséquent possiblement et Iréciuemnient pohisyllabique à un état 
phonétique, sijUabique par l'intermédiaire de la réduction du mol 
par tout moyen à un seul son, par conséquent à un état mono- 
syllabique. En tout cas, l'effet de l'évolution de l'écriture est venu 
concourir avec l'effet de l'évolution du langage parlé pour user 
le mot, le contracter et le réduire à une seule syllabe. 

Tant que les caractères kii-wen anciens furent conservés, le 
mot, sauf les altérations phonétiques, conserva encore ses syl- 
labes, qui étaient exprimées phonétiquement par l'écriture, on 
en était à un stade de même degré que celui de l'écriture hiéro- 
glyphique égyptienne, mais bientôt ces signes demi-phonétiques 
furent remplacés par des signes idéographiques purs, uniques et 
non complexes, elle mono-Jigurisme, si Ton peut s'exprimer ainsi, 
de récriture fit un appel à un monosyllabisme correspondant de la 
prononciation. Puis plus tard, comme nous l'avons dit, pour 
réparer l'écart qui s'était ainsi fait entre la langue populaire et 
parlée et cette langue factice, on ajouta à l'expression écrite de 
celle-ci des caractères idéographiques sans rapport psychi([ue 
réel, mais avec un rapport psychique apparent, qui n'avaient 
réellement d'autre but que de resuggérer les anciennes syllabes 
supprimées. 

C'est celte fluctuation de l'idéographie à une écriture sylla- 
bique, de celle-ci î» une idéographie nouvelle, et de cette der- 
nière à un syllabisme nouveau caché sous un développement 
d'idéographie, qui a contribué d'abord à passer du polysyllabisme 
au monosyllabisme, puis à déguiser ce passage. Quant à la cause 
du retour à l'idéographie, elle est externe et factice; elle eut 
pour but de fixer l'écriture, de manière à la rendre intelligible 
au travers de tous les dialectes. 

Ce monosyllabisme n'est donc qu'un juonosyllabisme hystéro- 
gène d'écriture. Mais le développement du monosyllabisme 
chinois a encore d'autres sources : 

Il faut observer d'abord Yacrologie; les compléments de certains 
mots finirent par ne pas être observés : ainsi ceux des mots tels 
que shu , yii , ton , f^e , etc. , da n s sang-shu ff m ûrier -n , li-yû r: cai'pe " , 
J'u-tou cf hache 11, kwo-Ize ff fruits n, qu'on supprime mêniesouvent 
dans la langue parlée. 

La troisième cause consiste dans la fusion de plusieurs mots 



LANGUES DE L'EXTREME OniËNT. 335 

en un seul; par exemple tsaownn cfle temps 77, composé lui-même 
(le isao « matin ^^ et wau trsoim, est devenu tsan. Mo-kanir ^ne pas 
oser 11 est devenu mang. Ce procédé existe daus toutes les langues. 

Enfin la dernière cause, très active aussi, et commune au 
chinois et à beaucoup d'autres langues, fait de son monosylla- 
bisme un monosyllabisme de dépéinssemcnt. Pour le prouver, M. de 
Lacouperie interroge d'autres langues devenues monosyllabiques 
et qui furent aussi polysyllabiques à l'origine, entre autres le 
thibétain. Ici, fait très curieux, la prononciation est franchement 
monosyllabique, l'écriture ne l'est pas ou ne l'est qu'à demi. 
L'idée trtêten s'exprime par un mot qui sonne et se prononce u, 
monosyllable parfait, mais ce mot s'écrit encore dbu, et ce dbu 
est resté dans les dialectes : en Sibsagar Miri tub, en Kusunda 
chipi, en Munni thobo; nous voilà en plein dissyllabisme, cette 
fois non seulement de prononciation, mais aussi d'écriture. L'évo- 
lution s'accomplit du polysyllabisme au monosyllabisme. De 
même spra, sprèu tr singe 71 est en gyarung shepri; zlava tria lunew 
se décompose en zla -\~ le suffixe va; zla seml)le monosyllable, il 
n'en est rien; on le retrouve dissyllabe dans le mongol ssara, le 
sopka sora, le gyarung t-sile, le vayu cholo. 

Les lettres muettes et préfixes sont une particularité très curieuse 
du thibétain. M. de Lacouperie démontre que quelquefois elles 
ont bien été ajoutées artificiellement et sont de véritables pré- 
fixes, mais dans quelques cas seulement, par addition aux mots 
étrangers et pour faire ressembler au sanscrit, par exemple dans 
le moi je ou she cfroiii,qui est devenu rje, par imitation du sans- 
crit raja, ou enfin pour uniformiser, mais que le plus souvent 
elles font partie de la racine et sont même le débris d'une syllabe 
de cette racine, se sont prononcées ensuite longtemps, et ne sont 
devenues muettes que beaucoup plus tard; c'est ce que démontrent 
les inscriptions bilingues en thibétain et en chinois de Lhasa qui 
datent de l'an 829; le mot spudgtjal, prononcé depuis pugyal, y 
est transcrit sut-poh-ye; khri, prononcé ti, y est transcrit kieh-li; 
hbrong = puh-lung; snyau = su-njoh, srong = su-lung; les exemples- 
abondent. La comparaison des autres langues vient encore à 
l'appui : bijad tr \)av\evn , prononcé jod , est en hirman pyaiihtsa; mgo 
te tête 75, prononcé yo, est en manipuri moko, en niishmi înkum. 
Quelquefois on trouve une partie du mot dans une langue, une 
partie dans l'autre; ainsi le mot rta signifie ttchevaLi et se pro- 
nonce ta; il peut se décomposer en r -{- ta. Or on trouve la 
première partie en sokpa,horpa, lliocha et miniek, sous la forme 
ri, rhyi, et la seconde en Ihopa, serpa, murmi, kami, lukpa, 
sous la forme ta, tuh, tah, avec le même sens de tr chevalin. 

Cette démonstration directe pour le tbibétain n'est sans doute 
qu'analogique pour le chinois, mais elle vient compléter les 



336 R. DE LA GRASSERIE. 

preuves directes ci-dessus énume're'es. Nous avons vu les mots 
hovu, huvu, venus eux-mêmes de luvu, Ittfu, devenir d'abord hov, 
huv, puis simplement hu; c'est un monosyllabisme de de'périsse- 
ment si fre'quent dans toutes les langues et si palpable dans l'an- 
glais et le français, qu'il est inutile d'insister. H suffisait de faire 
toucher, dans une langue voisine ge'ographiquement du chinois 
et demeurée monosyllabique, la genèse de ce monosyllabisme 
dont les traces ont e'te' conservées, grâce à l'écart entre l'ortho- 
graphe et la prononciation. 

Telles sont les grandes lignes de démonstration du polysylla- 
bisme primitif de la langue chinoise; c'est grâce à l'étude sur- 
tout de l'ancienne écriture ku-iven el de ses caractères complexes, 
que M. de Lacouperie a pu fournir des preuves positives et 
matérielles, preuves que précisément l'écriture avait cachées, et 
que l'écriture scientifiquement observée cette fois lui a révélées. 

On peut ajouter encore une autre preuve à celles-là. En fran- 
çais, les homophones sont nombreux, surtout si l'on envisage la 
seule prononciation; par exemple : os, aux, oh, eaux, hauts, sont 
identiques, et donnent cependant des sens irréductibles entre 
eux. Cela seul suffirait à prouver, a priori, que l'origine de ces 
mots est différente, que leur monosyllabisme est do dépérissement, 
et en effet les radicaux de tous ces mots sont dissyllabiques ; si , 
au contraire, les divers sens, quoique éloignés, pouvaient se dé- 
duire les uns des autres par l'association des idées, cette preuve 
ne démontrerait plus rien. Or une foule de mots chinois, surtout 
si l'on fait abstraction de la différence causée plus tard entre eux 
par les tons, ont des sens entre lesquels l'association des idées 
ne peut établir aucun lien; donc leur état n'a pas toujours été le 
même, leur origine est diverse, ils sont chacun la réduction de 
mots plus longs, et par conséquent du monosyllabe on peut con- 
clure au moins à un dissyllabe primitif. 

Cette réduction hystérogène de dissyllabes différents à un seul 
et même monosyllabe a dû créer dans la langue chinoise une 
grande confusion, el il suffira de citer quelques exemples : 

Man, signifie : i° remplir; 9° tromper; 3° retarder; li" ali- 
ments faits de farine; 5° truelle; 6° ornement extérieur d'un mur; 
-y" diverses plantes; 8° rideaux de portes. 

Ma, signifie : i° cheval; 2" maudire; 3° poids de la balance; 
h° pierre précieuse; 5" maman; 6° sacrifice avant la guerre; 
7° chanvre; 8° une sorte de maladie; 9° manier, toucher. 

Ky, signifie : 1" se lever, lever, produire; 2° lettre horaire; 
3° chroniques, annales; W combien?; 5° se moquer; 6" instru- 
ment pour tisser; 7° famine; 8" lente; (j" merveilleux; 10" chemin 



LANGUES DE L'EXTREME ORIENT. 337 

escarpé; 1 1° confier, Iransmeltrc; 12" monter à cheval; 1.3" air, 
haleine; ik° il, lui; 1 5" jeux; iG" insulter, mépriser; 1-7" prin- 
cipe, fondement; 18° période; 19° drapeau; 20" souvent, beau- 
coup; 21° poule; 22° rt^'eter; 2 3° projet, ruse; 2 4" pot, usten- 
sile; 25° bonheur, gain; 26° atteindre; 27° puiser; 28" prompt; 
29° demander, mendier; 3o" boue, soutien; 3i''chair; 32° disette; 
33° saison; 3/i° joindre; 35° prostituée; 36° souhaiter; 37° qui?; 
38° invoquer; 39° contrat; /io° enseigner; 4 i° examiner; Zi2° sexa- 
génaire; /i3° lance; 6 Zi° jet d'eau; /i5° frapper; ^6° donner; etc. 
Plusieurs de ces sens, au moins, sont irréductibles aux autres. 

Le bon sens suffirait à prouver que le même mot n'a pu être 
pris originairement dans tant d'acceptions diverses et même con- 
traires. 

Comment cette confusion une fois faite a-t-elle pu se dissiper? 
C'est ici que se place la seconde des découvertes de M. de Lacou- 
perie, Y origine des tons. 

2. Origine des tons du chinois. 

Il faudrait ajouter : ff . . . et des autres langues dites mono- 
syllabiquesv ; mais il suffît de faire la démonstration sur le chinois. 

Il avait déjà été observé par plusieurs sinologues, en particu- 
lier par Edkins, que les nombreux tons des langues de l'Ex- 
trême Orient n'y existaient pas d'abord, s'y sont peu à peu for- 
més, sont plus nombreux dans certaines de ces langues, moins 
dans d'autres, que ceux qui y existent à une certaine époque 
s'y dédoublent ensuite, et ce serait une très curieuse étude à 
faire que celle des tons, des causes générales de leur appari- 
tion, de leur existence en germe dans plusieurs langues de l'A- 
frique, de leur pleine floraison dans les langues indo-chinoises. 
Mais nous devons nous renfermer en ce moment dans celles-ci. 

Deux facteurs ont donné naissance aux tons. L'un, c'est Vhybri- 
dité; nous l'examinerons dans le chapitre suivant; l'autre est une 
loi découverte par M. de Lacouperie, loi très importante et en 
un sens, générale, puisque l'effet s'en fait sentir jusque dans nos 
langues. Voici en quoi elle consiste. 

Tout d'abord, quel a été l'heureux effet de l'introduction des 
tons? Il a satisfait au besoin de diacritisme. Nous venons de 
donner quelques exemples d'homopJionie, homophonie née de la 
réduction des polysyllabes en monosyllabes. Une grande confu- 
sion va en résulter dans le langage. Le contexte fera connaître 
le sens actuel d'un mot entre mille sens possibles. C'est alors 
que les monosyllabes homophones mais à sens très divers vont 
se différencier de nouveau par des intonations différentes; ils se 
composent d'une consonne plus une voyelle; la consonne restera 



338 R. DE LA GRASSERIE. 

la même; la vovelle ne variera ni quanlitativement , ni qualitative- 
ment, mais accentueUement. Ce que les langues sémitiques ont 
obtenu dans Tordre de la de'rivation et de la grammaire en 
variant qualitativement leurs voyelles, les langues indo-chinoises 
Tobticndront dans Tordre lexiologique en les variant accentwlle- 
ment. Plus les tons seront nombreux, plus la différenciation sera 
grande, plus le besoin psychique de diacritisme, de clarté, sera satis- 
fait; aussi commence-l-on par un ou deux tons, puis on les 
multiplie. 

Tel est le résultat, mais est-ce bien là linguistiquement la 
cause? jNon, c'est une cause finale, et une telle cause n'est pas une 
cause en linguistique. Elle suppose une volonté, or le langage n'a 
rien de volontaire. Donc le diacritisme qui est la cause finale, le 
résultat, n'est pas la cause originaire scientifique. 

Cette cause, il faut la voir dans la loi de compensation. Une telle 
loi nous est déjà connue en indo-européen, où elle opère tantôt 
d'une manière quantitative, tantôt d'une manière qualitative. Le 
français suffit pour nous fournir des exemples bien connus de 
compensation quantitative : même pour mesme; carême pour caresme; 
têt pour tost; en grec ■zsaTtjp est pour *'zscneps; (pépcov pour 
^(pspovTs; en latin ariès pour *anëts; examen pour exàgmen. La 
compensation qualitative se trouve dans nos mots époux de sponsus; 
couvent de conventus; en grec itôsis de '^tiÔsvts; en sanscrit 
ubhau pour *ambhau. Elle peut se formuler ainsi : lorsqu'une con- 
sonne disparaît dans une syllabe, très souvent la voyelle qui la 
précède est allongée ou renforcée, ce qui établit compensation 
syllabique. Eh bien, en indo-chinois il s'agit de compensation non 
plus quantitative, ni qualitative, mais accentuelle. 

Cette compensation accentuelle est, d'ailleurs, beaucoup plus 
puissante que celle quantitative, et que celle qualitative. Ces 
deux dernières, en effet, sont uniformes. La quantitative, par. 
exemple, aura pour unique effet d'allonger la voyelle qui précé- 
dait la consonne disparue; elle ne Tallonge pas à plusieurs 
degrés d'allongement suivant les cas, mais toujours au même 
degré. Il en est de même de la compensation qualitative, qui 
pourrait, elle, au contraire, opérer dans des sens ou à des degrés 
différents, mais qui, dans une langue donnée, opère toujours 
dans le même sens, ou dans des sens variés sans direction pré- 
cise. Cependant quelquefois la compensation s'y polarise. Avant 
de périr, la consonne suivante laisse son impression sur la 
voyelle précédente, ou, plus exactement, se fond souvent en une 
voyelle qui s'ajoute à la voyelle précédente, et se diphtongue 
avec celle-ci. C'est ainsi que Yn subséquent peut se fondre en i 
dans la langue grecque : Tidsis, *'ri6evT5; Tafïinilé de Tw et de Xi 
est bien connue; nous savons qu'en latin, Vn convertit souvent 



LANGUES DE l/EXTRBME ORIENÏ. 339 

en i lu voyelle pr(3C(^dcnte : *en devienl in. Les excm|)les abondent. 
De même Vni se fond l'acilemenL eu u, la voyelle labiale rem- 
place la consonne labiale; *amhhau, devient en sanscrit, uhimu. 
De même, en français, il existe une certaine affinité entre 17 et 
Yu, d'oii la compensation dans cheval, pi. chevaux. Mais cette 
polarisation est encore mal de'terniine'e, et n'est pas générale. La 
compensation accentuelle lésultant deTintroduction des tons dans 
les langues indo-chinoises est beaucoup mieux difîérenciée. 

D'abord les tons sont très nombreux, comme nous le verrons; 
dans certaines de ces langues, on en compte jusqu'à huit par 
dédoublements. Puis les consonnes à remplacer étaient moins 
nombreuses qu'en indo-européen; d'oii possibilité d'une com- 
pensation variée et exacte. 

Le chinois étant d'abord polysyllabique d'un polysyllabisme 
proprement dit, c'est-à-dire renfermant de suite deux syllabes 
ouvertes, réunit assez promptement comme chez nous par l'évo- 
lution naturelle du langage ces deux syllabes en une seule 
syllabe fermée, et convertit ainsi son polysyllabisme formel en 
polysyllabisme virtuel. Pour arriver au monosyllabisme, il n'y a 
plus qu'à supprimer la consonne qui ferme la syllabe. C'est ce 
que l'évolution se chargea encore de faire. 

Mais en même temps elle se chargea de réparer la perte par 
une compensation accentuelle. La voyelle qui précéda la con- 
sonne disparue devint donc accentuée, c'est-à-dire se prononça 
plus bas ou plus haut que le discours normal, ou bien en mon- 
tant ou en descendant. Cette innovation indiquait bien que la con- 
sonne finale s'était perdue, mais non quelle consonne, et si elle 
servait à distinguer le monosyllabe primitif d'un côté, de tous 
les polysyllabes anciens ayant même fin ou même commencement 
de l'autre; elle ne distinguait pas les uns des autres les divers 
polysyllabes confondus dans l'homophonie. De là l'accroissement 
et le dédoublement des tons, fun haut, l'autre bas, l'autre normal, 
l'un montant, l'autre descendant, l'autre montant et remontant; l'un 
de ces tons compensa la perie de telle consonne finale, l'autre la 
perte de telle autre consonne, l'autre la perte d'une troisième 
consonne. Chaque consonne avant de périr mit son effet, sa sur- 
vivance, sur la voyelle précédente dans un accent, dans un ton 
spécial. 

Cetle compensation, pas plus que celle quantitative qui se 
fait dans nos langues, ne fut un phénomène qui surgit spon- 
tanément après le décès de la consonne finale; un tel processus 
serait contraire à V évolution naturelle du langage; la consonne 
avant de périr traça elle-même son image sur la voyelle, puis 
cette image, le ton, lui survécut. 

De plus, la compensalion accenluollo à sa naissance fut sou- 



SàO R. DE LA GRASSERIE. 

vent accompagnée d'une compensalion qualitative qui, suivant 
les cas, se conserva ou disparut, mais son intervention déter- 
mine bien la nature de l'introduction des tons et leur caractère 
compensatoire . 

Il faut observer à la fois ces trois points pour bien suivre l'évolu- 
tion; 1° un ion différent compensant chaque consonne disparue; '2° la 
consonne et le ton quelle a produit, vivant quelque temps cote à côte; 
3° concomitance dans certains cas d'une compensation quantitative. 

Passons à la démonstration concrète. Ici il faut encore recourir 
au ihibétain, où nous voyons le procédé en germe. Au vu'' siècle, 
la divergence énorme qui existe actuellement entre le langage 
parlé et le langage écrit n'existe pas encore. Plus tard, les con- 
sonnes, ici non plus les finales, comme en chinois, mais les 
initiales, disparaissent de la prononciation, mais pas d'un seul 
coup. Dans la province d'Uanel-Tsang, les voyelles a, o, u devant 
les finales d et n deviennent à, 6, û; les diplilbongues ai, oi, ui 
devant les mêmes consonnes deviennent ê, ô, û. C'est la compen- 
sation qualitative. Voici Vaccentuelle : les sonores deviennent dans 
ce dialecte des aspirées avec le ton bas; les mots qui commencent 
avec une consonne simple prennent aussi le ton bas; les aspirées 
primitives, au contraire, et les consonnes initiales doubles deviennent 
ténues et simples, et en même temps la voyelle qui les suit prend 
le ton haut, ou, comme disent les Thibétains, se prononce avec 
la voix aiguë de femme, et rapidement. Plus tard, on ne dislingue 
plus la sonore initiale de la ténue, elles prennent la même pro- 
nonciation, et il ne reste plus que la différence de ton de la 
voyelle qui les suit. Un habitant de Lhasa, par exemple, trouve 
la distinction entre s et z, entre sh et zh, non point dans la 
consonne, mais dans le ton de la voyelle suivante, prononçant 
celle qui suit s et sh avec un ton haut et celle qui suit 2 et zh avec 
un ton bas. Nous prenons donc ici, sur le fait, la génération des 
tons. 

Nous avons ailleurs (enté de prouver que le système gramma- 
tical de l'expression des relations et des catégories grammaticales 
par la variation vocaliquo a pris naissance dans Tinfluence d'une 
voyelle ou d'une syllabe subséquente disparue depuis. ïci il s'agit 
d'un processus analogue que M. de Lacouperie a découvert avec 
une rare sagacité. 

Ce qui s'est accompli en tbibétain, là où la formation de tons 
na pas été assez complète pour faire disparaître son échafaudage préa- 
lable, a eu lieu aussi en chinois; mais il faut dans cette langue, 
on le résultat a été plus général et plus parfait, une investi- 
gation plus profonde pour l'apercevoir. Pourtant l'auteur que 
nous citons n'a pas leculé devant ces recherches, et il peut 
établir, par la comparaison du cbinois classique et du chinois 



LANGUES DE L'EXTREME OKIENT. I Vl 1 

actuel avec le chinois ancien d'une part, avec les dialecles 
vivants de Tautrc, que telle consonne finale a existé autrefois, 
quelle a été' remplacée par tel ton, ([u'à telle consonne disparue 
correspond reVulièrernent tel ton existant, de sorte que révolu- 
tion est parfaitement logique et ne présente pas de solution de 
continuité. Nous ne saurions le suivre ici dans les détails, sans 
donner à noire étude un développement qu'elle ne comporte pas. 
Nous voulions seulement signaler la très grande importance de 
la découverte et en indiquer la portée. Jusqu'ici In naissance 
hystérogènc des tons, fait d'ailleurs reconnu, était restée un l'ait 
tout à fait inexpliqué. 

3. Origme de récriture chinoise. 

Ici notre exposé devra être très succinct, car on comprend 
combien ce sujet est délicat, combien une telle théorie doit être 
appuyée par de nombreux exemples pour être iuf^ée en parfaite 
connaissance de cause, et qu'il faut réunir la science d'un assyrio- 
logue émérite à celle d'un sinologue, pour approfondir cette 
question. ^ 

Certainement M. de Lacouperie possède les deux, mais nous 
nous permettrons de faire tout d'abord à sa théorie une objection 
essentielle. Les écritures chinoises et cunéiformes qu'il compare 
et dont il veut établir la parenté, ont sans nul doute chacune une 
origine figurative, puis symbolique, puis acrologique ou sylla- 
bique, soit commune, soit différente. Or toutes écritures ayant 
une origine figurative peuvent se ressembler fortement, arriver 
à l'identité même pour certains caractères, sans que pour cela 
elles dérivent l'une de l'autre. Deux peuples peuvent arriver à 
peindre le même objet de la même façon, de même que dans 
certaines onomatopées le langage se rencontre. Sans doute, cette 
circonstance est loin de rendre impossible la parenté entre deux 
écritures, mais elle doit rendre le lecteur plus ditîicile en ce qui 
concerne les preuves et oblige à accumuler celles-ci. 

D'ailleurs l'objection peut ne pas être aussi forte qu'elle le 
parait tout d'abord, aussitôt qu'on consulte certains faits gra- 
phiques. C'est ainsi que Ad. d'Assier (Essai de grammaire générale, 
p. 16) a dressé un tableau de quelques hiéroglyphes simples, 
égyptiens, chinois et mexicains qui, pour la plupart, ne se res- 
semblent pas. D'un autre côté, M. de Lacouperie a évité de faire 
porter sa comparaison sur les signes trop simples d'objets dont 
une reproduction figurative identique aurait pu s'imposer. 

M. de Lacouperie a découvert le rap|)ort le plus frappant entre 
les caractères du chinois et les cunéiformes de l'Assyrie; mais 
disons tout de suite que dans cette comparaison il a procédé très 

MÉJi. UNO. — VII. a 3 



3/l2 n. DE LA r.RASSERIE. 

scienLiliqnemonl. Il ne compare pas les caraclères actuels du 
chinois avec les caractères cunéiformes dans leur dernier état, 
pas plus qu'on ne doit en lexiologie comparer un mot d'une 
langue dérivée d'une famille avec un mot d'une langue dérivée 
d'une autre famille, les ressemblances qu'on rencontrerait ainsi 
seraient purement fortuites, mais il compare les caractères les 
plus anciens du chinois avec les caractères, non pas les plus 
anciens, des cunéiformes, nous verrons tout à l'heure pourquoi, 
mais avec des caractères anciens de ce dernier genre. L'auteur 
de cette découverte l'expose dans uu ouvrage spécial : The ohl 
Bahylonian chamcters nnd their chinese dérivâtes. 

Avant lui, plusieurs autres, .1. Oppert, G. Paulhier, W. Bos- 
rawen, D'' Hyde Clarck, François Lenormand, avaient pressenti 
qu'il pouvait bien y avoir une parenté entre l'écriture chinoise 
et la babylonienne; mais ce n'était qu'un pressentiment qui ne 
pouvait trouver sa confirmation scientifique qu'après une connais- 
sance plus grande de l'évolution de l'écriture dans chacun de 
ces pays. 

Il fallait de plus, si l'on croyait que f écriture chinoise dérive 
de l'autre, en rabalire un peu de la fameuse et fabuleuse anti- 
(|uité attribuée à la civilisation chinoise. 

Enfin il fallait admettre cette idée que la Chine n'est ]>as uu 
foyer de civilisation originaire, mais que sa civilisation fut 
d'abord empruntée à l'Assyrie babylonienne. 

En un mot, il y avait tout un terrain à déblayer avant de 
commencer les recherches. 

En ce qui concerne les évolutions de l'écriture, l'ouvrage de 
\1M. A. Amiaud et L. Méchineau : Tableau comparé des écritures 
b(d>ifhine)ine et assijrienne archaïques et modernes avec classement des 
signes d'après la forme archaïque fournit celle des caractères cunéi- 
formes. Quant à celle des caractères chinois, elle est donnée par 
un ouvrage pi'écieux, le Luh shu fung de Min tsi-Jdh, où l'on trace 
ces caractères dans la forme successive depuis la plus haute anti- 
quité. Dès lors, la comparaison scientifique était possible. 

L'objection préalable, née de l'antiquité respective du chinois 
et du babylonien, avait aussi disparu. On avait découvert que la 
date du Sagon remontait à 38oo avant .lésus-Christ; l'antiquité 
babylonienne se trouvait ainsi reculée, et la dérivation descendant 
tlu babvlonie-n au chinois quant à l'écriture devenait possible. 

Enfin, par une série de travaux dont nous ne parlerons pas 
ici, parce qu'ils sont histori(|ues ou philologit|ues et non lin- 
guistiques, l'auteur démontre que sur beaucoup de points la 
civilisation chinoise a pris son point de départ dans la civilisa- 
lion assyro-babylonienne. C'est ce à <fuoi il a consacré un ouvrage 
spécial intitulé : Originjroni Bahjilonia and Elam of ihe early chi- 



LANGUES UK l/EXTnKMK ORIICNT. 



uz 



nese civilisalion, ouvrage dans loqiiol H compare les sciences, les 
arts, la lil.lérature, les insUlulions, les religions, les légendes et 
traditions de tous ces peuples. 

Nous devons cependant signaler quelques-unes de ces preuves 
purement historiques de l'origine de la civilisation chinoise prise 
dans la chaldéenne : i" l'art d'écrire de haut en bas et de droite 
a gauche, et pas en relief, mais en creux, l'enq^loi très e'tendu 
des sceaux; a* les points cardinaux de l'Assyro-Bahylonie avec 
une saute d'un quart d'horizon, et les symboles pour les écrire, 
beaucoup de noms d'étoiles et de constellations, ceux des vingt- 
quatre points sleliaires, les douze mois babyloniens avec un 
intercalaire; 3° le mécanisme du gouvernement impérial, les 
titres de dignité, le système des douze pasteurs, la conception 
des quatre régions, l'idée politique d'un empire du milieu; 
li° beaucoup de noms propres; 5" la notation décimale, les éta- 
lons de mesure, les douze échelles de musique; 6° l'art de bâtir 
avec des briques d'argile; 7" beaucoup de notions élémentaires 
d'arts et de sciences; 8" l'arbre symbolique de vie; 9° le culte 
d'Utuka. comme Dieu suprême, etc. 

Les aboi'ds ainsi déblayés et préparés, M. de Lacouperie 
établit sa thèse, à savoir que les caractères de l'écriture chinoise 
dérivent des cunéiformes. Voici l'ensemble de ce système : 

Les caractères d'écriture ont été empruntés par les Chinois 
aux Assyro-Babyloniens à une époque où l'écriture de ces der- 
niers avait dépassé le stade figuratif, et même le stade symbo- 
lique, et avait atteint le stade acrologique et syllabique, si bien 
que les Chinois n'ont même probablement jamais eu connais- 
sance de la forme figurative primitive. Du reste, les plus vieux 
monuments ne présentent pas même sur le terrain assyro-baby- 
lonien l'écriture figurative ou picturale, ils ne remontent pas 
aussi loin. Il est même possible que le stade ])ictural n'ait .pas 
existé en Chaldée, et qu'il soit antérieur. 

Les caractères sont devenus cunéiformes en Chaldée parce 
qu'ils étaient écrits sur brique ou sur pierre avec des instruments 
appropriés à cette matière, et qui donnaient cette forme. Ils 
sont restés ou devenus arrondis en chinois, parce que les 
peuples Bak gravaient sur une matière tout autre, des tablettes 
d'écorce de bambou, ce qui rendait les traits plus recourbés. 
Or la forme courbe est plus favorable à la conservation de l'image 
ancienne que le trait angulaire; de telle sorte que l'écriture 
chinoise, quoique n'étant pas dérivée de la chaldéeime, peut 
rappeler plus que celle-ci les caractères figuratifs primitifs. 

Les tribus Bak, qui constituent le noyau de la nation chinoise, 
sont ari'ivées en Chine environ 2800 ans avant Jésus-Christ. Elles 
n'ont pas enqjrunté les plus anciens ciiractèros chaldéens, qui 

23. 



^hà R. DE LA GRASSERIK. 

remontent à environ liooo ans, mais seulement les anciens 
cune'iformes existant en Assyrie vers répoque de leur départ et 
qu'ils arrondirent. 

La preuve que les Chinois n ont pas emprunté leur écriture 
aux caractères chaldéens à Tépoque oiî ceux-ci étaient encore 
symboliques, et que le sens de ces caractères était alors perdu, 
c'est que la direction donnée aux figures par les Chinois n'est 
plus naturelle. Par exemple, les branches ou les feuilles ne 
sont pas tournées en haut, comme elles devraient fêtre et 
comme elles fêtaient dans les symboles les plus archaïques de 
la Chaldée; mais elles sont tournées en bas, ou les unes en haut 
et les autres en bas. A faspect, les caractères chinois sont dégé- 
nérés, et leur dégénération n'est pas régulière, mais semble 
une seconde étape de dégénérescence, indiquant la dérivation 
d'un style d'écriture particulière et plus simple que celui des 
cunéiformes archaïques. 

Les caractères chinois conservent de nombreuses traces des 
angles cunéiformes, surtout dans l'écriture ancienne, traces 
perdues peu à peu, mais qui indiquent bien l'origine. 

Les légendes et traditions marquent encore cette forme pri- 
mitive de caractères. Shen-Nun, le roi de Let-sam, est réputé 
avoir fait usage de caractères en forme de langues de feu; à 
cette époque, les Chinois ne faisaient usage que de sortes de 
qiiippos. Dans une autre tradition, les caractères chinois furent 
suggérés par f observation de traces, sur le sol, des pattes des 
oiseaux et animaux. La description de l'écriture primitive dans 
les ouvrages de Ts^ai Yung, paléographe du ii* siècle de notre 
ère, dit que ces caractères ressemblaient à des gouttes de pluie 
tombant et gelant à mesure, ce qui est bien f apparence des 
cunéiformes. 

1} semble au premier abord difficile que des caractères aussi 
nombreux aient pu déi'iver de ceux relativement peu nombreux 
des cunéiformes; mais les caractères chinois se réduisaient à 
f origine à un petit nombre. Les 10,000 qui existent depuis le 
temps de la dynastie Han étaient le résultat de siècles de civili- 
sation et de littérature; c'était le développement autour d'un 
noyau primitif de 5oo environ. Ce sont ces 5oo qu'il faut com- 
parer aux cunéiformes. 

Enfin une précaution à prendre dans cette comparaison con- 
siste à observer que les caractères peuvent prendre diverses 
positions; ils apparaissent souvent, en passant dans le chinois, 
le sommet en bas ou couché sur l'un des côtés. 

Tel est le système dans son ensemble. Nous ne pouvons donner 
de nombreux cxem[)les de son application; cela nous entraîne- 



LANGUES DE L'EXTREME ORIE.NT. 3^5 

rait trop loin. Nous nous contenterons de quelques-uns des plus 
frappants. 

qJ", mak, ma rr bateau w, signe figuratif, devient en assy- 
rien t:|||, eu babylonien archaïque "^ , en vieux chinois ^TJ^. 

Le chinois ^ rf œil ^i, correspond au babylonien <^-\ "^ {mu) 
parait sur un cylindre de Dungi ^, en vieux babylonien se ren- 
verse »-ff— I, en assyrien est »^'^; c'est la figure d'une racine 
qui signifie tr gloire, années. En chinois, le symbole devient ^ 
tfanne'c, en chinois moderne ^. Quant au mot, les anciens 
Chinois disaient mu pour ff arbre a et sot pour cf année, le mot 
ffanne'e» en babylonien e'tant shettu. 

p* , A:m ff livre w , en vieux babylonien ^^^X , s'abre'gea en vieux 
chinois en 2, en moderne f^. 

<^ cfcœurw, en vieux babylonien ■<^, vieux chinois *<^^, chi- 
nois moderne >^ , assyrien ^\\]. 

^ ff porter, en vieux babylonien ►^^ï en vieux chinois JL 
et ^, en moderne ^. 

La ressemblance ept frappante. Elle l'est pour tout le monde, 
mais surtout pour ceux qui savent combien les caractères de'mo- 
tiques, par exemple, de Tégyplien paraissent au premier coup 
d'œil éloignés des hiéroglyphes. 

La magnifique fortune de l'écriture égyptienne est bien 
connue; en admettant que les caractères chinois dérivent des 
cunéiformes pris à un certain degré de leur développement, la 
fortune de l'écriture chaldéenne ne serait pas moins merveilleuse. 

U. Influence de Thjhridilé sur la formation de la langue chinoise. 

Un élément linguistique, encore fort peu étudié, c'est l'hybri- 
dité; c'est pourtant un des plus importants et dont l'observation 
amènera plus d'une surprise et résoudra plus d'une difficulté. 

Les peuples s'allient, comme les individus et dans le même 
sens, et il en résulte des produits métis qui sont très curieux. 

Ces métissages ont été étudiés seulement comme des cas 
isolés, comme des particularités ethnologiques et linguistiques. 

Suivant M. de Lacoupeiie, ils ne constitueraient pas l'excep- 
tion, mais la règle. Presque toutes les langues seraient mélan- 
gées dans une forte proportion, et le chinois plus que toutes 
les autres. 



3^6 



U. DE LA GRASSKiaE. 



Les cas d'hybridité observés par MM. Schuchhardt et Adam 
sont relatifs au\ patois nèffres, à des jargons, non à des langues 
de plein de'veloppement. Si cette bybridite' se trouve dans des 
langues telles que le chinois, son effet doit y être autrement 
puissant. 

Enfin riiybridité semblait cantonne'e de telle sorte que le 
peuple infe'rieur perdait son vocabulaire entièrement, et le 
peuple supérieur entièrement sa giammaire; il se faisait ainsi 
une distribution régulière, la grammaire ne se })artageait pas, 
le vocabulaire ne se partageait point non plus. Si l'on s'en tient 
aux jargons, aux parlers négro-aryens, par exemple, cela est par- 
faitement exact. Mais M. de Lacouperie démontre précisément 
qu'il n'en est pas de même quand Tliybridité s'applique à de 
vraies langues, c'est-à-dire quand il s'agit de nations mêlées les 
unes aux autres; alors le vocabulaire se partage; la phonétique 
se partage, de même la morphologie, et ce qui est plus important 
et paraît singulier, aussi la syntaxe et la partie purement psy- 
chique du langage. Le mélange monte très haut, puisqu'il atteint 
la pensée. 

C'est dans un ouvrage spécial, autant ethnographique que lin- 
guistique. Les langues de la Chine avant les Chinois, que M. de La- 
couperie démontre historiquement quels ont été les effets de 
l'hybridilé dans la formation de la langue chinoise. 

De même que les Aryens, entrant en conquérants dans l'Inde, 
y ont trouvé des races dravidiennes et autres qui les précédaient 
sur le sol, de même les Chinois, qui n'étaient autres que les tribus 
Bak, rencontrèrent des populations que M. de Lacouperie com- 
prend sous l'appellation générique de Pré-Chinois , et qui n'avaient 
rien de commun avec eux. 

Les Bak, à leur arrivée, avaient déjà subi l'influence de la 
civilisation babylonienne, en avaient emprunté une écriture 
dérivée, non de la cunéiforme, mais de la cursive, et se trou- 
vaient ainsi supérieurs aux indigènes. Ils se soumirent une 
partie de cette population, refoulèrent l'autre vers le sud, où elle 
forme actuellement la majorité de celle de l'Indo-Chine. 

Les langues des Pré-Chinois se corrompirent sous l'influence 
du chinois, et ces divers degrés de corruption forment : i° des 
langues mélangées; ce sont celles qui ne mêlent que leur voca- 
bulaire, conservant leur jjrauimaire intacte; 9° des langues 
hyhridisées, quand une partie de la grammaire a été atteinte; 
3" des langues hybrides, lorsque la langue est le produit d'une 
nouvelle unité composée d'éléments différents. De son côté, le 
chinois sentit la réaction de ces langues étrangères à la fois dans 
sa phonétique, dans son vocabulaire et dans sa grammaire, ce 
qui constitue son état définitif, et aussi ses différents dialectes. 



LANGUKS DK l/KXTRKME ORIENT. 3/i7 

i\l. Terrien de Lacoiipcrie reclicrclie et classilie avec soin les 
lanjjues pré-chinoises el les rallaclie aux l'amilles : 

1° Mon-Taï; 

2" Mon-Khmcr; 

3° Taï-shan, l'ornianl la branche indo-chinoise, 

et aux familles : 

i" Negrito; 

3" Indonésienne, de la branche inler-océanique. 

Puis une aulre classe de dialectes est lattachée à la l'aniille 
kuenluni(]ue de la jjiande souche tourauo-scythique. 

Nous n'avons pas à le suivre sur ce terrain, nialgn; le vil' 
intérêt qui s'attache à une telle étude; ce (|ui injj)ortc ici, c'csl 
d'étudier la réaction de toules les langues sur le chinois, el 
riiybridité de ce dernier. Nous ne nous occuperons pas non 
plus, parmi les eiïeli de cette réaction, de la formation de nom- 
breux dialectes qui en furent la conséquence, nous examinerons 
seulement l'effet produit sur la langue chinoise principale, et 
surtout sur sa grammaire. 

Nous avons dit que, contrairement à l'opinion commune, sui- 
vant laquelle l'hybridité ne s'en prend qu'au vocabulaire ou à 
la grammaire, le chinois fut atteint de tous ses côtés à la fois. 

11 fut, en effet, profondément troublé : i^dans sa phonétique; 
2° dans sa morphologie; 3" dans sa syntaxe. 

Ce qui est plus curieux, c'est le trouble phonétique, et c'est 
ici que se place une des découvertes les plus iutéressantes de 
M. de Lacouperie. Nous avons vu plus haut que l'introduction 
des tons avait eu lieu sous l'influence de deux facteurs. Un de 
ces facteurs est le phénomène de cotnpensation accentuelle, nous 
l'avons étudié plus haut; l'autre, que nous avions réservé, est 
•précisément l'hybridité, Thyhridité avec effet phonétique. 

D'abord les langues qui ont hybridisé le chiuois se sont eu 
même temps, comme nous l'avons dit, hybridisées par lui. Le 
vocabulaire taï-shan, par exemple, a plus du tiers de ses mots 
commun avec le chinois mandarin; d'autre côté, il a abandonné 
ses noms de nombres, sauf pour un et deux, pour prendre ceux 
du kuenlunique. Mais de plus, et c'est ce qui nous intéresse ici, 
cette langue a fait des perles phonétiques continuelles par suite 
de mélange continu; de là, des homophonies nombreuses, et 
pour réparer ces pertes, en vertu du principe do compensation, 
est née la compensation accentuelle, le système des Ions. Des 
deux facteurs de la formation des tons, l'un fut donc immédiat, 
le principe de compensation, l'autre médiat el antérieur, l'hybri- 
dité. 



348 R. DE LA GRASSERIE. 

Le chinois subit rinfluence, et l'effet médiat fut pour lui non 
seulement Tliybridité, mais la lutte entre les diverses lang;ues 
qui Font liybridisé. Sur ce point curieux nous laissons la parole 
à M. de Lacouperie : crLa différence entre les particularités pho- 
nétiques des deux grandes souches était aussi grande que 
l'opposition de leurs idéologies. Les méridionaux môns et indo- 
nésiens avaient des tendances à Tellipse, et par-dessus tout, 
une précision caractéristique des sons vocaliques. Les septentrio- 
naux oukuenluniques, d'autre part, avaient justement la tendance 
inverse, consistant à simplifier les variétés de sons vocaliques et 
à unifier ceux d'un mot, procédé conduisant tout droit à la con- 
traction et à la syncope. Un exemple du premier cas est fourni 
de nos jours par les rapports des savants européens sur l'extra- 
ordinaire vivacité des khmers à saisir les plus délicates nuances 
de couleurs dans les sons vocaliques. Un exemple du second est 
donné par le remarquable phénomène de l'harmonie vocalique 
qui existe dans beaucoup de langues ouraio-altaïqucs. Telles 
étaient les conditions de la lutte. Un compromis devait nécessai- 
rement se produire dans les phonologies opposées des popula- 
tions entremêlées. Incapables de trouver dans une différence de 
couleur de la voyelle la compensation nécessitée par les pertes 
subies, elles trouvèrent cette compensation physiquement néces- 
saire au moyen d'une différence dans le diapason du son vocalique, 
le ton ainsi obtenu étant simple ou composé suivant le caractère 
particulier de la perte subie. Cette formation n'appartient en 
propre à aucune des deux souches, et elle n'a atteint que celles 
des deux langues opposées qui se sont trouvées en contact social, w 
Ce qui est caractéristique, c'est que l'importance des tons 
dans les langues est en raison directe de la station qu'elles ont 
faite sous l'influence de cette lutte, et aussi de la proportion de 
mélange que révèlent leur glossaire et leur idéologie. Les dia- 
lectes chinois ont k tons, quelquefois portés par segmentation à- 
8, le shan-siainois 5, les annamites 0, les birmans 9, certaines 
tribus, les miao, 8. M. de Lacouperie démontre que le nombre 
(les tons augmente dans la mesure exacte où l'hybridité s'est 
plus prolongée et a dans le vocabulaire et les autres parties de 
la grammaire aussi de plus grands résultats, ce qui semble dé- 
cisif pour sa thèse. 

Nous ne parleions pas des eflels de fhybridité en ce qui con- 
cerne le vocabulaire chinois, cela nous entraînerait dans de trop 
longues citations, et d'ailleurs, comme le dit M. de Lacouperie 
à la fin de l'une de ses études, il faudrait étudier et exposer pour 
cela les Go à 55 dialectes ou langues. 

Cependant nous devons dire (|ue l'hybridité en lexiologie 
produisit un double eflet, d'abord celui d'introduire dans la 



LANGUES DE L*EXTRÊME ORIENT. 34l9 

lanjjiie des Icrmes élrangers à celle laiijjue qui reslèrcnt, soit 
dans la langue commune, soit, comme provincialismcs, dans 
dilTérenls dialectes. L'accumulation de vocables (jui en résulta 
vers Tan 820 avant Jc'sus-Christ inspira h Tenipereur Siùen Wang 
ride'e de fixer la langue chinoise, et cette mesure l'ut renouvelée 
deux lois. Cette fixation était d'une nature toute particulière et 
eut sur récriture elle-même une inlluence que nous avons 
décrite; elle se réalisa, en effet, par une mesure relative à récri- 
ture plus directement. 

On simplifia les signes graphiques, en donnant un rôle domi- 
nant aux signes idéographiques aphones n'exprimant que des 
idées dont on ne s'était servi jusqu'alors que pour les joindre 
aux groupes de signes phonétiques pour mieux les déterminer. 
Ces mesures diverses prouvent l'introduction de nombreux mots 
étrangers. On trouve aussi beaucoup de ces mots dans le dic- 
tionnaire YErh-ya, ouvrage de la dynastie des Tchou, dont beau- 
coup de termes ne se trouvent dans aucun des livres littéraires. 

Enfin le vocabulaire des mots régionaux compilé par Yang- 
hiung. 53 avant Jésus-Christ est encore beaucoup plus riche en 
ces mots importés de langues étrangères. 

Le second effet plus curieux qui atteignit la lexiologie est 
déjà en même temps phonétique. Des équivalents de son se pro- 
duisent sous l'influence réciproque du chinois ancien et des 
dialectes indigènes représentants de ces idiomes étrangers, d'où 
résulta une grande délornialion des racines. C'est ainsi que : 



CHINOIS. 


SINICO-ANNAMITE. 


AHIJAMITE. 


m 


dz 


m, dz 


P 


t 


t, tch 


P' 


t' 


m 


ich 


tr 


tr, hl 


l 


oh 


sh 


k 


eh, sh 


sh 


hœ 


V 


V 


h, y 


hw, ho 


V 


P 


b 


V 



On letrouve des équivalences de ce genre : 1° entre tel dia- 
lecte chinois et tel autre dialecte; a"" (3ntre le chinois et le taï; 
3" entre le chinois et le cantonnais; U" le chinois et le tcheng-tu. 

Tel est le double effet de l'hybridité sur la lexiologie chinoise. 

Les effets morphologiques sont très importants, mais il ne 
laut pas oublier (|ue la morphologie chinoise est en dernière 
analyse de la syntaxe, que prcs(|ue toutes les relations s'ex- 
priment dans cette langue par l'ordre syntactique, par la règle 



350 R. DE LA GRASSKIUE. 

de position seule. Cependant quelques-uns de ces efl'els morpho- 
logiques obtenus sans l'interme'diaire de la syntaxe sont à noter. 
Dans le cours de la formation des mots, le système usuel de posl- 
poser des particules pour spécifier les circonstances de temps 
et de lieu, d'accord en cela avec les langues ouralo-altaïques, 
a e'té interrompu en Chine, et très Iréquemment le système de 
placer des préfixes a prévalu. D'autre côté, Thabitude d'employer 
des auxiliaires numériques ou particules ségrégatives est le 
résultat d'une influence aborigène. 

Il ne nous reste, par conséquent, qu'à étudier i'elTet de l'hybri- 
dilé sur la syntaxe chinoise. Mais nous n'en traiterons que sous 
la rubrique suivante, M. de Lacouperie ayant lait sur la syntaxe 
chinoise dans son ensemble des observations qui constituent à 
elles seules une nouvelle branche de découvertes. Nous y verrons 
alors la part que l'hybridité a prise à la forme définitive de la 
règle de position. 

5. De la règle de position en chinois et de V idéologie en général. 

Nous avons nous-mème, dans une étude sur la catégorie des cas 
montré toute l'importance de la règle de position, c'est-à-dire de 
l'expression des relations par l'ordre seul des mots, non seule- 
ment dans la langue chinoise, mais dans un grand nombre 
d'autres. Nous avons dit que cette règle a été un des trois moyens, 
et le plus ancien, d'exprimer ces relations, soit la relation d\in 
mol à un mot, soit celle d'un mot à une proposition , soit celle d'une 
proposition h xme autre proposition , et nous avons défini ce processus 
le si/stème psijchologique , par opposition au mode d'expression par 
l'emploi de mots vides, que nous avons défini système morphologique, 
et au mode d'expression par variation des phonèmes, que nous avons 
appelé sifstème phonique. 

En eliet, lorsque les relations s'expriment par l'ordre des mots 
seuls, toute la relation reste, pour ainsi dire, dans la pensée, 
s'exprime avec le moins de matériel linguistique possible. 

Lorsque les procédés d'expression f)ar emploi de mot vide et 
par variation de phonèmes apparaissent, le procédé psychologique 
d'expression par ordre syntactique ne disparaît jamais complète- 
ment, et quelquefois réapparaît et très puissamment. Le regretté 
M. Bergaigne a démontré ici même que l'ordre libre du latin et 
du grec a été longtemps un ordre obligatoire, et est resté, en 
réalité, toujours un ordre habituel, malgré son apparence de 
liberté complète. D'autre part, l'ordre; oblijraloiie est redevenu 
tel, et impérieusement tel dans les langues néo-latines, et en 
particulier dans le français. 

M. de Lacouperie, frappé de rinq)orlance extrême et univer- 



LANGUES DE L'EXTREME ORIENT. 351 

selle de l'ordre syntactique, pensant, en outre, ((uc c'est dans 
cet ordre syntacticjue surtout que se ré\èle le caractère iinguis- 
tiquement psychologique de chaque peuple, a très inge'nieuse- 
ment classe' chacun des ordres syntacti(|ues admis, les a nuine'- 
rote's, de sorte qu'il suffit de citer (juatre ou cin(j chillres pour 
formuler simplement, aljjébriquement, la règle de position dans 
chaque langue, et il a donne' à cette e'tude le nom très approprié 
d^idéologie. 

Voici l'ensemble de ce système : Pour classer l'ordre respectif 
entre deux mots seulement, l'auteur emploie les chiffres arabes; 
pour classer celui entre trois mots, il emploie les chiffres romains. 
Enfin soit dans l'une, soit dans l'autre de ces catégories, il 
emploie les chiffres pairs pour l'on/re direct, l'ordre descendant, 
et les chiffres impairs \)oin' Yordre indirect, inversifou ascendant. 

De là, les tableaux suivants : 

A. Ordre entre deux mots. 

1 génitif + nom ; 9. nom + génitif; 

3 adjectif + nom; h nom 4- adjectif; 

5 olyjet + verbe; 6 verbe + objet; 

7 verbe + sujet ; 8 sujet + verbe. 

B. O/y/re entre trois mots. 

I objet + sujet + verbe ; 

II objet + verbe + sujet; 
m sujet + objet + verbe; 
IV verbe + sujet + objet; 

V verbe 4- objet + sujet; 
VI sujet + verbe + objet; 

Le caractère idéologique d'une langue peut ainsi s'exprimer 
avec 5 chiftVes, U arabes et i romain. 

S'agit-ii d'une langue qui, comme le français, ait adopté la 
tournure directe, mais où cependant l'adjectif précède et règle 
le substantif, on emploiera les chiffres 2, 3, (>, 8, VI, qui seront 
sa formule idéologique. 

Il serait peut-être utile d'ajouter un troisième tableau indi- 
quant l'ordre entre quatre mots essentiels et comprenant ainsi, 
outre le sujet, le verbe et ["objet direct, de plus ïobjel indirect, le 
complément indirect. 

Cette expression algébrique est très commode, et M. de La- 
couperie a rendu un véritable service à la science en la lormu- 
lant. 

Mais revenons au chinois. Sa formule, f indice idéologique 
ancien, était i, 3, 5, 8, III, tandis que celle des dialectes du- 



352 R. DE LA GRASSERIE. 

nois actuels (sinico-annamite, dialecle de Canton, du Fokien, 
de Shanghaï, Mandarin, Hakka, Haïnan) est i, 3, 6, 8, VI; 
rindice du vieux chinois est d'ailleurs celui du groupe auquel il 
appartient, du groupe kuenlunique. 

M. de Lacouperie a soin de donner à côté, pages i33 et sui- 
vantes de son ouvrage Les langues de la Chine avant les Chinois, 
rindice idéologique de ces autres langues. En particulier celui 
de Tannamite est a, k, 6, 8, VI, celui du khmer, le même, 
celui du birman i, Zi, 6, 8, VI, etc. 

Comment s'explique la différence de l'indice ide'ologique ancien 
du chinois i, 3, 5, 8, III, et de celui du chinois actuel i, 3, 
G, 8, VI? Ce n'est pas d'un seul coup que s'opéra cette transfor- 
mation. Dans les plus anciens dialectes, ceux de Fou-Tchéou, 
de Canton, de Tunghing, on trouve un autre indice : i, 3, 5, 
8, I; dans les classiques confucéens et taoistes on rencontre de 
nombreux restes de l'idéologie primitive. Dans des textes plus 
anciens, on trouve la formule 2, 3, 6, 7, qui implique aussi 
l'indice IV ou V. Les caractéristiques 6, 7, qui indiquent la 
postposition du sujet, apparaissent dans les textes environ 2000 
avant Jésus-Christ, précisément à l'époque où les Chinois pous- 
saient une pointe au sud-est, à l'endroit où la langue chinoise 
venait se mêler aux langues tagalo-malaises dont l'indice est tel 
et qui postposent aussi le sujet au verbe. 

La postposition du génitif au nom a lieu souvent dans les 
chants populaires du Livre des vers, sans qu'elle puisse être 
regardée comme une licence poétique; c'est une particularité 
syntactique qui a été causée par l'influence des langues mon et 
des langues laïc agissant dans le même sens. 

La préposition de l'objet au verbe, archaïsme usité dans les 
dialectes du Sud-Est, est due à la même influence. 

Quant à la divergence importante de la formule VI du chinois 
actuel d'avec la formule III de l'ancien chinois, la langue chi- 
noise l'a vue se produire sous l'influence des langues indigènes 
mon. 

Ainsi les formules idéologiques, t, 3, 5,8, III; 1, 3, 6, 7, 
IV; 1, 3, 5, 8, I; 2, 3, 6, 8, VI et 1, 3, 6, 8, VI permettent 
de suivre les lignes générales de l'évolution de la formation de 
l'ordre syntactique des mots en chinois. Chacune des déviations 
successives s'explique par l'influence du mélange d'une autre 
langue, est le résultat de nombreuses hybridations. 

Ceci constitue un phénomène bien remarquable. L'hybridité, 
après avoir mêlé les vocabulaires, altéré les sons, monosyllabisé 
les mots et avoir à l'aide du principe de compensation causé la 
formation des différents tons, après avoir modifié successivement 
les articulations mêmes et le squelette des racines, après avoir 



LANGUES DE LT-XTREMR ORIENT. 353 

modifie aussi lus proi'édc's morpliolojjicjiics, s'allaque à la partie 
psychique du lan{ja<re ([ui justjii'à prëseni avait e'té considere'c 
comme hors de sa portée; un me'lange se forme jusque dans la 
manière dont clia([uc peuple conçoit et coordonne les idées, et 
Teflet linguistique se prolonge en ellet psychologique. 

Etendant ensuite le domaine de ses observations sur ce point, 
M. de Lacouperie essaye d'établir d'une manière générale les 
règles d'après lesquelles Thybridité lait sentir son iniluence par- 
tout où elle apparaît. 

Ces règles, il croit pouvoir les formuler ainsi : 

1° L'iiybridité se fait sentir dans ses clTets, d'abord sur la 
phonétique, en dernier lieu seulement sur l'idéologie, ou ordre 
respectif des mots; 

2° Quand un langage reste parftiitemenl isolé et pur, son 
évolution est au minimum et se borne aux usures phonétiques, 
avec les compensations qu'elles rendent nécessaires; 

3° Quand une langue vient en contact avec une autre supé- 
rieure- en civilisation, c'est le vocabulaire qui est atteint le 
premier et se mélange; 

h" Si les rapports sont plus étroits, les formes morpho- 
logiques s'introduisent peu à peu, mais la phonétique n'est 
att(;inte que s'il y a mélange de sang; 

5° Tant que l'hybridité ne s'étend pas jusqu'à la syntaxe, 
jusqu'à l'idéologie, la langue n'est pas encore hybride, elle n'est 
qu'hybridisée; ce n'est qu'un mixed language; 

6° Une langue peut altérer son idéologie (ordre syntactique), 
ou par mélange avec un peuple d'idéologie diQ'érente, ou par 
superposition d'un langage religieux; 

7° Les positions originaires dans une langue sont presque 
toujours celles qui ne demandent pas d'afiîxes pour la détermina- 
tion de la relation, tandis que c'est l'inverse qui se produit pour 
les positions introduites du dehors; 

8° Le degré de résistance au changement est inégal aux divers 
points de l'idéologie. La position de l'adjectif à l'égard du sub- 
stantif est le point le plus faible; puis celle du génitif. 

9° Quand la langue parlée par les immigrants est mise en 
contact avec une autre d'idéologie dilférente parlée par le peuple 
préciklemment établi, le pouvoir d'imposer son idéologie est plus 
grand de la part du moins civilisé, qu'il soit limmigrant on 
l'autre; 

lo" Quand il y a superposition de deux langues parlées par 



35A R. DE LA GRASSERIE. 

dos peuples de civilisation inégale, la position du génitif à l'égard 
du substantif qui prévaut, est celle qui est propre à la langue la 
moins civilisée, souvent avec l'addition d'un suffixe; 

11" Aux mêmes conditions, la position du verbe quant à son 
sujet et à son objet qui a le plus de cbauce de j)révaloir est celle 
de la langue la moins civilisée, souvent avec addition de pro- 
noms réitératifs comme sujet ou comme objet; 

12" Le pliénomène d'incorporation des pronoms, exprimant 
pléonastiquement l'objet ou le sujet, a lieu quand une langue 
d'ordre syntactique, inversif ou ascendant [indirect standard) 
vient se placer sous l'influence modificatrice d'une langue d'ordre 
syntactique direct et descendant [direct standard). 

Ce dernier point est extrêmement important. Il expliquerait, 
s'il était admis, le singulier pliénomène de la conjugaison dite 
objective, par l'efTet de l'bybridité. Nous avons cependant nous- 
même donné de ce phénomène une tout autre interprétation. 
Suivant M. de Lacouperie, dans le cas de conflit entre deux idéo- 
logies, quelquefois la transaction suivante interviendrait, La 
langue conserverait sa propre idéologie dans les pronoms répétés 
pléonastiquement, elle adopterait celle de l'autre langue dans les 
pronoms ou les substantifs répétés dans l'état d'isolement. 

Telles sont les découvertes récentes faites dans le domaine de 
la linguistique chinoise et indo-chinoise. Nous nous hâtons de 
dire quelles ne sont pas nôtres, que nous nous bornons à en 
présenter la synthèse, et qu'elles appartiennent à l'éminent sino- 
logue que nous avons si souvent cité. Nous ne pouvons ici les 
discuter dans leurs preuves, ni les exposer dans leurs détails, 
mais nous croyons qu'il était utile de les faire connaître dans 
leurs grandes lignes, en raison surtout des faits suivants, à savoir : 
(pie les langues de ce groupe avaient été classifiées à tort comme 
monosyllabiques sur des données incomplètes, aujourd'hui com- 
plétées et rectifiées; que ces langues, cultivées au point de vue lit- 
téraire, philologique et historique par les savants européens, n'é- 
taient pas encore entrées dans le cercle de la science linguistique 
proprement dite, ni au point de vue de la phonétique, ni à celui 
d'un élément qui prédomine chez elles, de la syntaxe, et que d'un 
autre côté, leurs civilisations propres, en elles-mêmes et dans 
une de leurs manifestations les plus caractéristiques, l'écriture, 
depuis longtemps isolées, n'avaient pas été rattachées encore aux 
foyers de civilisation (pii, directement ou indirectement, ont été 
les nôtres. 

Kaoul DE LA Grassebie. 



NOTES SLAVES. 



1. S>\ii\ on j es lïstvo rfiiaturcn; istû cf véritables. 

Le slavon sast-ïstvn frsubslance, nature ii est forini', coinnif le 
grec ov(7ia, dont il est la traduction ordinaire, sur le participe 
présent du verbe w être 55. Un synonyme de ce mot csi jest-ktvo , 
i'ornie' également à l'aide du suifixe -ïslvo, et qui repose incontes- 
tablement sur la même racine es-, jes- tfélrc. Ce qui est beau- 
coup moins clair dans jes-t-îstvo , c'est le t (jui unit la racine au 
suffixe. Le suffixe -ïstvo est, en effet, un sjiffixe secondaire qui ne 
se joint guère qu'à des thèmes nomiuaux; il semble donc à pre- 
mière vue quo rien ne soit plus légitime (jue de chercher, comme 
on Ta fait, à la base de jesl- ïslvo un participe en -tés, soit *jeslH 
pour *s-tû, indo-européen ^s-t6s. Mais on s'aperçoit bien vite 
qu'une telle forme est simplement une monstruosité, aussi bien 
en slave qu'en indo-européen : on disait en indo-européen *bhî(- 
tôs, grec (pv-Tos {(pv-tôv), et l'on dit encore en slave b\j-iû, de la 
racine hh'u-; mais jamais un participe de ce genre n'a appartenu 
au verbe '^ésmi qui, défeclif dès l'origine, semble avoir été con- 
damné presque partout à une sorte de stérilité. Il faut repousser 
de même toute étymologie qui ferait reposer yesf-<'s/yo sur un pré- 
tendu féminin abstrait *jesiï, indo-eur. *<;s-/i!s, *s-tis, dont *hhu-Us, 
slave hy-tï, n'a jamais eu à redouter la concurrence. 

Il ne reste, à mon sens, qu'une seule explication possible pour 
le slave jest-îslvo : c'est de reconnaître dans le premiej- élément 
la troisième personne yes/^, indo-eur. *c's<i ffil est i^. Mais j'ai hâte 
d'ajouter qu'il ne faudrait pas interpréter cette formation comme 
une agglutination immédiate, rappelant bien moins l'usage indo- 
européen que la structure de certains idiomes de l'extrême Orient. 
Il est certain (lu entre jestïr<:ï\ est^i eljest-istvo rr substance w, il faut 
rétablir certains intermédiaires et que la langue, à aucune époque, 
n'a conservé au jest- de jest-ïstvo sa valeur personnelle nettement 
déterminée. Nous avons une preuve évidente de cette indétermi- 
nation fonctionnelle qu'a pu revêtir, même à l'état libre et dans 
une syntaxe toute moderne, cette troisième personne jestï : c'est 
précisément le présent du verbe rcêtrei^, lequel a été refait tout 
entier en polonais sur la troisième personne : jest-em onjn-tnjesl 
wje suisr),y<?*f-es ou ttj-s jest rlu esw, etc. ^. Au pluriel, jusqu'à 
la fin du XVI' siècle, c'était naturellement la troisième personne sa 
frils sont ri, qui servait de base aux deux autres; on disait sa-smij 

' Les paysans do Silésio disent de uinnc, l'n hidiôniion : Tif-x jn lo rekl? trCVsl 
toi qui as dit cola?- 



356 F. GEO. MOHL. 

nous sommes -0 et sa-scie rcvoiis êles» : aujom'd'hiiiypsf, continuant 
son œuvre d'émancipation, a abandonné jusqu'à l'idée du nombre, 
et le seul pluriel actuellement usité est jest-esiny, jest-escie^. Si 
l'on compare celte conjugaison à celle de moivU-cin rrlocutus sum^ 
ou umart-em ff mortuus sum^i , on remarque qucjest, dans la langue 
moderne, joue absolument le rôle d'un participe invariable^ : c'est 
ainsi qu'il faut comprendre également lejeslû qui a (orme jest-ïstvo. 
Je voudrais pouvoir démontrer que cette Ibrmation a derrière 
elle le passé le plus respectable et que, dès une époque reculée, 
des dérivés analogues avaient cours dans nos langues. Il y a, par 
exemple, en zend un adjectif *ast-van, qui signifie tr existant, 
réel, mate'rieln, par exemple dans ce passage : 

O Créateur auguste des substances réelles. ( Vend., ii, i, c.) 

Ce mot ne diffère du védique sât-van que par la signification 
(p. ex. Atharva, XI, v, i/i, />); la racine est la même : seulement 
dans sât-van, c'est le participe présent du verbe trêtre»; dans *asl- 
vdn, c'est une forme directement issue de la troisième personne 
asti qui constitue l'élément radical^. Le premier est formé comme 
le slavon 5aA-<-«5<iJ0 , le second comme jest-istvo'^. 

Il est possible d'atteindre plus clairement encore la troisième 
personne j'es^t sous la forme nominale qu'elle revêt dans jest-ïstvo. 
Le bobémien conserve un substantif jesioîrt rf l'être, la réalités ^, 

' C'est ainsi qu'en roumain non seulement sum s'est confondu avec sunt {sent 
«je suis?? et rils sont»), mais de plus le pluriel entier est refait sur la troisième 
pei'sonne : sënt-em «nous sommes», se«i-ett tt vous ètesn. 

- L'ancien polonais disait /esc = s\.jestïà côté de la forme tfparticipiale» j'est 
= si, *jeslû. Je ne crois pas qu'il faille attacher à cette différence flexionnellc trop 
d'importance au point de vue de la question qui nous occupe; elle mérite toute- 
fois d'être signalée. Cf. si.jestï et n'stn, russe estt, n'tii. 

^ M. Bréal me signale la vieille interprétation qui conservait à ^astvan son 
sens de «réel, matériel'', mais le rapprochait du sanscrit asthi trossementn. 
L'image, qui serait tout à fait naturelle dans la littérature indienne, doit pa- 
raître tout au moins sujette à caution en zend , pai'ticulièrement dans notre 
passage. 

* Tant que la question du groupe -si- en latin n'aura pas été résolue, on 
pourra soutenir à la rigueur que le mot essentia est pour *est-entia : mais il serait 
évidemment téméraire d'introduire dans le débat un mot qui ne représente peut- 
être après tout qu'une création récente du langage philosophique. Je laisse égale- 
ment décote le mystérieux astaps «réalité, certitude)' du texte d'Ulfdas {Lric, 
1, A), bien qu'un rapprochement avec le slave jestisivo et le zend *aslvan n'offre 
rien que de légitime et de vraisemblable. 

* Il existe même un adjectifyes/ot«î/ (cf. polon. islotni/); cf. Klicpera, Divotv. 
Klob. , acte II, se. xii : Str.na» : Bylo by tu dites ponvjprv, :e bych hez hudby 
vb'dval. KiuiPiiLKA (pro sebe) : Jestolnâ pravda! Hoslinslnj nâni alespoh ku:dndeiinj 
zpi'val! {Strit. Ce seiait bien aujourd'hui la première fois que je dînerais sans 
musique. Kfep. (à part). C'est bien la vérité vraie; du m!)ins t'Iiôlelier nous en 
a-t-il fait chaque jour, une musique!) 



\()TKS SLAVKS. 357 

(lôi'ivé ivjfulièroiiient (run i\{\ji'c\\\' ^'jcstû -qui existe, (|iii csL'i, 
loiincl n\!sL aulie chose (juc \o jr.sl. du [HAonaia jest-em el ne dif- 
fère guère en conséquence de la troisième personne jestî. 

Il est vrai que Tadjectif *jestû n'existe plus ni en bohémien ni 
ailleurs, ce qui peut l'aire supposer qu'il se dissimule sous une 
forme plus ou moins allc'rée par la phonétique. Pour- ma part, 
je n'hésite pas à le reconnaître dans islû, qui signifie le plus or- 
dinairement tr vrai, réel, certaine, de même que le sanscrit sat-jà, 
proprement Tce qui esti?. Malheureusement on manque d'exemples 
pour établir avec certitude dans ([uelles conditions jV- initial de- 
vient j«-, puis i-. Il faut se borner à citer raUernancc sluvonne 
jestpsi ou istesi tries reins ^ et le substantif istûba (russe izhà) 
ff tente, chambre^ \wuv ^jïstûba , *jestûha, *esfûbci, du v. h.-all.s<M6rt. 

En ce qui concerne *jestû, istû, les significations parfaitement 
nettes de ce mot doivent, ce me send)le, triompher de nos scru- 
pules phonétiques. Il faut tout d'abord repousser tout rapproche- 
ment avec le lithuanien Aiszhis ^net, manifeste-", (pi'on a du reste 
comparé d'autre part •djasïiiû [=*jèsïnû) 'f clair ^i, comme râisz- 
kus (même sens) à rèsïnû ffvraiw. L'histoire sémantique de islû 
nous transporte dans un ordre d'idées tout à fait dilïe'rent. Dans 
le vieux droit russe, on applique le nom de isto au rr capital n, par 
opposition aux ftinte'rêtsi'», (pii s'appellent rhy; ce sont propre- 
ment ff l'essentiel 11 et frles iiun-ceauxii. Ainsi, daus la Paisskaja 
Pravda, aux ordonnances de Volodimir (1282), on lit : /Irne kto 

B53A\1iTL XEd p-fesa, T5 TO B3ATH KMOVf hcto, TidKLI Ail K"3MeT». 

Tpii ptsbi, TO ncTa i€A\ovf HC B3ATI, ce qu'il faut, à ce que je 
crois, entendre de la numière suivante : rSi quelqu'un (le cre'an- 
cier) touche deux (fois) rintérôt, alors (il peut) lui reprendre 
(au débiteur) le capital; mais s'il touche trois (fois) l'intérêt, 
alors il ne lui reprendra pas le capital. ■" C'est le même sens de 
tf capital, somme principale^-» que nous trouvons encore aujour- 
d'hui dans les dérives isùuga en slovène, istina en bohémien et 
iscizna en |)olonais, alors que d'-jà en slavon isl'ma, proprement 
trie réel'i, a pris la signification tout abstraite de tt vérité n. 

En serbe, c'est l'idée d'tt identité ^^ (pii est exprimée par l'ad- 
jectif isti, lequel répond au latin ridem^i. Entre les ide'es de 
réalité, d'identité, puis d'authenticité, il existe un lien étroit 
dont d'autres langues nous donnent des exemples; c'est à peu 
près le même développement sémantique que nous trouvons dans 
le russe nastojâMij , qui signifie à la fois tt présent, actuel n (Hacxo- 
nmee BpÔMa, sens étymologique) et tt authentique, véritable '■■ (HacTo- 
fliuaa l'icTiiHa, sens dérivé). Mais c'est avant tout le bulgare séstlj 
qu'il convient de comparer au serbe isti : l'un et l'autre signifient 
ftle mêmeii, et pn-cisément la forme bulgare n'est autre chose 
que le participe présent du \erbe .sïmû "-je stiisii; il est donc clair 

MÉM. LIXG. VII. 2-i 



358 F. UEO. MOIIL. 

que isti, de sou colé, était couçu daus t'oiijj;ine couunt! une sorte 
de participe apparleuaut au mêuic verbe. Quand ]jien iiiéme le 
polonais istnosc ou jestnosc rr essence, réalité ^^ ne suffirait pas à 
de'montrerque le slavon islû est issu de *jestû, ce dernier exemple 
devrait lever toute espèce de doute concernant l'origine de ce mol. 

2. Serbe romizga. bulgare rami ff il bruine il. 

Le serbe romkga wil fait du brouillai'd, il bruiner» et le bul- 
gare rami, qui a le même sens, reposent manifestement sur un 
même prototype. Les deux formes s'expliquent l'une par l'autre, 
et la comparaison met en lumière l'étymologie. Le serbe romizfra 
montre tout d'abord que le bulgare rmm e»t \)ouv *ramizgn; l'apo- 
cope a dii êire amenée tout naturellement par l'influence de cer- 
taines formes de significations analogues, telles que rosi k\[ pleu- 
vine-", vaU r'û pleut w, sîù'gû vali tf il neige t5, gûrmi tfil tonne ii et 
antres impersonnels terminés par -/tonique ^ 

D'aulre paît, le bulgare *ramizga et le serbe romizga ne peuvent 
se concilier qu'à la condition d'admettre un primitif *onm2^rt, le- 
quel ne devient clair que si on l'interprète par *orz-miga. Le pre- 
mier élément est la préposition *orz-, devenue dans la suite roz- 
ou raz- et qui correspond pour le sens au latin dis-; le second 
élément est un verbe *miga, qui serait en slavon *migajetû rril 
bruine-^ et qui provient do la même racine que le slavon mig-la, 
prec b-{xi)(^-Xï] "brouillard, nuée^, védique miha «pluïev, etc. 
Ce qui rend la forme ^nigci fort intéressante, c'est qu'elle offre 
le vocalisme fort de la racine, lequel n'est guère représenté ail- 
leurs (jue par le sanscrit megha r nuage ^ elmehati fr arroser i?. 

Le changement de *orz-miga en *ormizga, qui est à peu près 
l'inverse du lithuanien smagenes pour ^mazgcnés tf cerveau n, s'ex- 
])lique suffisamment par les dilïicultés phonétiques que présen- 
tait un groupe tel que -rzm-. La métalhèse est d'ailleurs datée 
par le serbe, qui fait romizga et non *ramizga (cf. roh, resti, etc.), 
ce qui constitue un témoignage précieux pour l'histoire des liquides 
implosives. F- Oeo, Môhl. . 

' L'npocope est lVé(|iieiito en Inilgaro. Elle so liouvo, par exemple, dans dvaït 
])oiir dvàûli «deux foisji, dans tn:i pour triïdi ttirois l'ois 75 , ou encore dans ma, 
bra pour mâjlva rinèrcî), bmtû trfrèrer). On peut ciler é{jaiemenl le macédonien 
ka ( = kM) en regard du bulgare classique Icogâ et du slavon kûgda ttlorsque»; 
remai-quons encore la prononciation locale naislû et même naisû pour nni'siina 
crvrainicntTi, à peu près comme on dit en russe, dans le langage familier, nâdo 
au lieu de vddobno triiécessairemenl75. Parliculièrement dans les districts méri- 
dionaux de la Serbif, on surprend encor'e la forme intermédiaire entre isliim et 
ist, c/esl-à-dire istin; ainsi, dans un poème du cycle de Marko Kraljevic , re- 
cueilli par M. Mdicevic dans le district de la Toplica : 

KaA je 6no jeaepy iia cpc^u, "Lorscpi'il fut au mjlieu du lac, 

ncTHH inapa y BO,^y noTOiiy. Effectivement le rSarai plongea dans Tcau.n 



GLOSSAIRE MOYEN-BRETON. 

(suite, y 



H 

Ha, et, dev. voyelle : ajineu ha anneujfenn. Crus. Voir cntresea. 

Habasq, facilement, comp. -sqiioch, smp. an habasqu(ijf,tves\ége- 
rement; habasq da digeraff ^^ chosii ligiere a digerern; habasqdet, 
souefueté, 1. suavitas, Cb; van. abasquet é en aûel., le vent s'est 
rassis; ce mot abasquet rest bon pour signifier tout ce qui marque 
diminution T), Chai. ms. Cf. corniq. hebasca, douceur, Meriasek 
vers 8753; composé du préfixe he-, bien, et probablement de 
pasqa, paître, nourrir, donner la becquée, Gr. , gall. pesgu, du 
iat. pasco. L'assimilation de e à un a voisin est assez commune en 
breton : caffarn, caverne. Nom. 229, charratter, charretier, 1 1 1 ; 
mato/as, matelas, 167; tanaill, tenaille, 16/1, tanail, 176; Iravar- 
ser, traversin délit, 167, letanand lieutenant, diffarant différent 
Gr.; pet. ïrég. harach qjliènevotles de lin, elc.Juirech Cbal. ms. , 
du V. fr. areste; v.-br. camadas et comadas, gl. habilis, etc., voir 
couffabrenn , sanab. 

Il y a des cas oii Va étymologique, altéré en français, s'est 
conservé en breton, grâce à un autre a dans le mémo mot : aîa- 
bastr, albâtre, Nom. 128, canajfas, canevas, 108; daiianger, de- 
vantier, 119, garan, tanière, 229 (= garenne, v. fr. ^am»e), etc. 

Habïl da coc^a^'cf habile a cheoini; habitajf, liabiler, Cb, cf. NI. 
iSg; habitant, habitant. Ce; habitation, habitation, Cb; habi- 
tacion, Cms. 

Hacrat, être laid, enlaidir, Cb; ordoyer, v. hoaruout; hacrhat,' 
maculer, v. soillajf; êlre ord. Ce; hacrder fflaidure^, Ch, v. dif- 
furm; non pureté, y. puraff; hagr, laid, Cathell, 2.3. 

Had, semence; hadeur da compsou, semeur de paroles, Cb; 
hadaf, semer, Ca. 

Haezl, manche de charrue. Ce, hael, Cb; voir ]pch. 

Haffus, estival, Cb; amscr hafivus , temps d'é(é, en une autre 

ait. 



3G0 É. KRXALLT. 

saison, fioiiëz lianvecq, traits crété, Gr., au xiv' siècle Haffec, v.- 
1)1'. Hamuc, cf. Loi h, Chrestom., i35, 212. 

Halaczonnou melin, Cms entre liai et hace; hnlacton entre /tarr et 
hanaJ[f,Cms, Cb, halazcon, Ce. 

Hanafat, mesure de capacité', tlartulaire de Quimperlé (xii"- 
xiii" siècle). Chrestom., 212; de hanaff, coupe, hanap, C. 

Handox, source, Le Brigant, Elémens de là l. des Celles, 1779, 
p. 87; andon id., Histoariou 199; sillon, Luzel, Soniou Breiz-Izel , 
1890, I, 18, 112; fiant, rayon, I. sulciis, f. (^diou — ), Nom. 
235, pi. hanrhou, 289, de nantit-, voir cornandonn. yelL 

tianff, nom, Cms, entre liannjf i'I hanter ; hanu, Ch, même place; 
m.: dou hanu, Ch; hanou, Catliell, 1 ; hanoff, 25, 29, pi. hanuou, 
Cb, V. doe,vS. Bev. cell. XI, (18G; hanuer, nomnieur, f. es; hann 
us, renomme, Cb; hanuet, hauuet, nommé, Catheli, 35. 

Hanter cant, cinquante. Ce; hanter cantuet, bo^; hantereur, 
me'diateur, Cb, -erer, Ce. i". es, hanter antrenn rf soubzentren:, Cb. 

Hanvesqenn. hàv-, vache sans lait et sans veau, Gr. , hanvesk 
(vache) qui passe une année sans faire de veau, ou qui avorte, 
Pel.; irl. samaisc, génisse. 

Hap : drehap, I. arreptim, Cb; du radical du verbe happajf, hap- 
per. 

Haquene, haquenée, Cb, v. march, hanquanè, Nom. 82, auj. 
hinkane; du fr. 

Har, sur, en vannetais moyen (i55/i), d'Arbois de Jnbainville, 
Bev. celt., II, 9i3, vann. moderne ar, gall. ar, gaul. are, cl", grec 
'srspî, trrapa. Le vannetais avait aussi, au xv!*" siècle, le synonyme 
otuir, qu'il a perdu depuis, et que les autres dialectes bretons 
ont seul conservé : à côté de Har-her-pond, sur le pont, M. d'Ar- 
bois de Jubainville cite Lan-ouar-er-stancq , lande sur l'étang 
(1572). Voir arhoaz, her, tarauat, voar. 

L7* est très sensible, en pet. Trég. , dans hargas chasser, ex- 
pulser, congédier, [argas, Histoariou 202 , part, -el, 2) de *ar-caç; 
herlahne (et erlanne) Farinée passée (léon. earlene Gr. , ivarléné 
Gon.), cf. gall. erllenedd, elhjnedd. Sur «r- piéfixe diminutif, voir 
Bev. celt. IV, 1^7, cf. gall. argwsg sommeil léger. Aux composés 
de ar- qui doivent être anciens, on peut ajouter : 

Van. etcornou. enn arbenn à l'encontre, Trd, à la rencontre, 
pet. Trég., war arbenn à la rencontre, Trd, war ar benn Gon., 
van. monet ar ben a v. b. avancer, aller au-devant de qqn., Chai. 
ms.; dréenarben (a) [)ar le moyen de. Gucrzenneii eidesc. Ou. 1807, 



GLOSSAIRK MOVK\-BKliTO\. 361 

p. 6G; drê en arbèn in[a) par la laison tjue B. er s. 2a'y ; e ijé en 
arhen d'é berdégueii (ses vertus) devançaient, hâtaient l'effet de 
ses sermons, -2^i;(irh('nnein obvier TA., arbennein doh s'armer de 
constance contre (le malheur), Chai, ms., cf. diarbenn aller au- 
devant, débouter Gon., dont dlien dinrhren venir à sa rencontre, 
Histoariou 92^; {jall. erbijn conti-e, v.-irl. nr- chiunn, litt. «devant 
la têtew. 

Cornou. arboell, arbouell m. ménagement, épargne, -a ménager 
Gon., arbouell épargner Gr. ; nvbouillen ménager l'A., arboelein, 
arboûilein, -illein id. (voii- Bev. celt. XI, 36o), arboûillanç lésine 
(]hal. ms., cf. gall. arbwyll raison. 

Nom. 973 : voar an tu à renep (pieds tournés) en dehors, i. e. 
ar enep, cf. an-tu-ivar-enep le côté opposé Pel. ; gall. arwyneb sur- 
face. Garinép m. envers, l'A., paraît conserver une trace de la 
piép. war en vannetais {=* goar-mep). 

Argad\M\é&^ troupe de paysans arniés contre les loups, etc., 
argadi huer, chasser en huée, Pel., et agacer, irriter, provoquer. 
Pel., Gr. , argadenu incursion Gr. , cf. moy.-br. cadarn brave, et 
d'Arboisde Jubainville, £/. gram. 48. 

Cornou. Argoat, Argoet, Argot, Pel., Argoadm. Gon., la pleine 
terre, le pays des forets, par opposition à Arvor, le pays mari- 
time, la côte, cf. gall. argoed f. 

Arguila, l'eculer Gr., arghila Pel., van. arguUem Gr. , cf. van. 
ar gûile à reculons Chai, ms., ar guil, hors de Van. var guil Gr., 
irl. ar cul. 

Van. arhuérhein, alhuérhein offrir la juarchandise, en sonder le 
prix l'A,, gall. arwerthu vendre aux enchères. 

Arnodi commencer, essayer à bien faire quelque chose, Pel., 
cf. gall. arnodi noter. 

Arsaô, arzao, m. repos, cessation, relâche Gon., van. arsàu, 
gall. arsaf, station, cf. irl. airisem arrêt, repos. 

Aruel querelle, noise, Chai, ms.; mot employé en outre ibid., 
V. bosse, ergoter, partir, plnye; aruellonr ergoteur. Chai, ms.; cf. 
gall. rtr/ra/ destruction, r It ijj'el guerve; moy.-br. bell, bel bataille, 
violence, douleur, v. celt. Beladu-cadros, épithète de Mars; v.-irl. 
atbail il périt. Cette racine, que M. Rhys tire de gvel, anglo-saxon 
civel-, angl. ta kill [The Hibbert Lectures 1886, p. 38), a pu se 
mêler, en breton, avec le lat. bellum. 

Moy.-br. aruez il considère; air, aspect, prob. de ar et beza 
être, voir Bev. celt. XI, ;46i; cf. beza arvesct être allenlif, vigilant. 
I). 169 (l'avant-dern. syll. rime en cz). 



36Î2 É. ERNAL'LT. 

Arvoiialch assez D. 27, 111, aruoatch 12/1, ar voûalch 16, 
i3i, arvoalch Quiqucr 1690, p. 3, 37, aroualcli 83, 85 [avoaleh 
Z'i)\arhoalch (et avoalc'h), van. erhoûalh Gr. Pour i'einploi des 
prép. ar el a, cf. n-drê, van. arclran par-derrière Gr. ; peUoch à 
se d'autant plus loin, Nom. i85. van. ^ùe/Z-arze tant mieux l'A., 
gûelarzé et «2e Chai, ms., gûel a se v. bon {^arzé B. er s. Zi6, 
/112, etc.). 

Harch (ka marn, châsse, Ce; harchet, Cb; arcJi bière Chai. jm. , 
voir arch; du i"r. arche, dim. ancien archete. 

Hardizhat, encourager, i. animo, hardiztet, hardiesse, Cb, v. 
courag; van. hardéhalt, devenir ou rendre hardi, hardéhtœdd, har- 
diesse, f. l'A.; hardhnant, hardiment, Traj. Jacob, A 3, hardiamant , 
Traj. Moyses, 3o8, cf. qaziamant k syl., presque, quasiment, 
Ricou 92, gasy amant et qasimant Gi". 

Harluaff, harceler, mot suranné selon le P. Grég. ; -a, bannir, 
chasser quelqu'un d'un lieu; conduire par honnêteté ceux qui sor- 
sent d'une maison; guider; reconduire; crce mot n'estqu'en Léon, 
je doute même s'il est dans le bas Léonw, Gr. , cl", v.-br. arïu, gi. 
proibuit; gall. arlwo, arrêter, proprement encombrer, de //m, armée, 
v.-irl. slôg; gaul. Calu-slogi; Rev. cclt., VIII, 5o6. 

^arjaewr, joueur de harpe, f. harpcres, Cb. 

Harsa, arrêter. Ce; men harz, pierre bornale, Cms; en hars, 
auprès (du tabernacle), Traj. Moyses, 267. 

Hastat, se hàler, Cms, x.ampressajf, enem hastaff, id. Cb, hastet, 
agile, v. buan; hastif f det , soudaineté, hastiveté; eut hastiz, hâ- 
tivement, Cb, cï. J 1 15 ;/roez /tas/iz Hirar rrhastilT mature ti,1. pre- 
coquus, Cb, V. raesin; hastiz e comsou te qui dit souvent 17, l. fre- 
quentidicus, v. daremprediff; hastizdet, l. celeritas, v. buan. 

Haual oiich, ressemblant à, Cb, ouz, Ce; haffual, Cb, v. cas, 
/iewe//, Cathell, 5; haualajf, haualout oiich, ressembler à, Cb;haua- 
lout outajf, lui ressembler, v. tat; a hcuel ouch, qui ressemble à, v. 
lousoumn; haualder, figure ou semblance, v. figur; heuelebedi- 
gaez, ressemblance; heuelebdet, id., v. ober; e heuelep, a la sem- 
blance, l. instar, Cb; eueïep feczon , de telle i'açon que, Calhell, 
20; heuelep. . .maz, si bien, de telle sorte que, 22, heuelep ma, 
3i; heuelep. . .ez deuz, si bien qu'il vint, 6; avec négation euelep 
na 10, heuelep. . .na 16, heuelep \ii\a 34; hevelep, de telle sorte 
que, D-2^,heoelep maz 17, hevelep na 26. Le vieux-breton avait à 
!a fois hamal et hemel, semblable; d. Loth, Ann. de Bref., II, Sgi. 

Haznatat, apparoir, Cms. 

Heaol. heol . roleil. Cnthell, 5. 



r.LOSSAIRE MOYEN-I!UKTO>. SGS 

Helnou^ (iatlicll, 3/i; Iremen e hiou, passer ou Iro, Cb; Iremen. . 
dre bioti ii iîakisl passer près de chez (jakisle IHsloarinu lo; pet. 
Treg. ^biio. 

Hejflcne, celle année, Cb [hculene C). 

Hklavah, affable, Pel., elnvor, e'lo(|iient, Gr. . v.-br. Iielabnr, 
gall. hylaj'ar, irl. sidbnir; voir hesent. 

Helmoï, s'accouder; liehnoûer, accoudoir, Gr. , semble d'origine 
<>ernianiquc; cl", angl. clboiv, coude; allem. ell(en)bogen (Rev. celt., 

IX, 375). 

Hemme pe homme, celuy ou celle; homma, vide in liemma, Cms, 
homme, celle-ci, Calbell, 2; pel. Tre'g. héme, celui-ci; hennez, 
celui-là, Catbell, li, hencz 5; pc dre heny, par le(juel, iG, pe dn 
hemj, auquel, et à lui (ou à quoi, et à cela), 18, 23; pe a pala- 
mour de (lisez da) heny, à cause de cjui, 21 ; dejj'et. . .pe dre hyni, 
maladie par laquelle, Cb; e gani, le sien, Ghal. ms., v. trop; avel 
rani, comme celle, Histoer . . . J.-C, i5, de gani, à celle, 1^. 

Henhii/f, aîné; henoffalaez, droit d'aînesse, Cms, henejfaelez, Ce; 
henaour, l'ainé, Maun., Pel., pi. henaouerieti[li syl.), Traj. Moyses, 
219, gall. henaj'gwr, vieillard. 

Henlaff, hanler, Cb, v. abitaff; hentajf luxur, exercer luxure, Cb. 

Hentez. Arfroiiez . . . avez gouazzeat an eil-re diouz o-hentez anezo 
pa en em doiichont, les fruits se gàlenl au contact les uns des 
autres, Introd., 221; ur gontantamant a ro an eil-re d'o henlez anezo 
ils se donnent de la joie les uns aux autres, 55. 

Heom, beaume, Cb, v. gourre, moe, du l'r. 

Héôr, m. ancre, Gon., héaur, Gr. , eaur, caujr, Nom. i53, v.- 
br. aior, gall. heor, f. , du b.-l. *angora pour ancora (Lotb). 

Hep muyqtiet, sans plus, Cb. Hequen, H k), n'est pas pour hep 
quen : Visit an re claj'u. . . nen deux hequen bras paourentez = vi- 
site les malades: il n'y a pas de si grande misère (que la leur, 
que la maladie); cf. Dict. étym., s. v. quen 1. 

Her, car (er 2), P 266; (jw. , Pel., s.gardis, ghis, Jer. , v. ri- 
baot; cf. Rev. celt., VIII, 5o5. Her dre pat, tant qu'elle durera, 
J 120 (la rime demande her drez pat)., petit Tréguier her de 
mlicllcr, tant qu'on peut, her de Doue m lieller, id. (expression in- 
tensive), pour her dre; cf. gall. er ys gwers , depuis quelque temps. 
f/V veut dire proprement rr pendant, durantii, cf. l'emploi de l'an- 
glais yôr. On sait que her, er est un doublet de har. Voir entre, tre, 
Irotanl, et cf. en dre hado ar seis blaves edus, lajit que durei'ont les 
7 années fertiles eu blé, Ruez Jos., 11; être pad bon bulie, pen- 



36Û i. ERNAULT. 

(ianl toute noire vie, Son. Br.-Iz. Il, 3o; qen tira halle, tant 
qu'elle pouvait, Rimou, 89. 

Herbeich, herberge, C«f.s, -bech, Cb; -erchyet, -cinjot, lieborge', 
Cins. — Hericin, c'est un poisson de mer, C6. — Heritaff , -er, Cb; 
heritag, -âge, Ce. 

Hesent ne se trouve guère que dans des passages où il peut 
passer pour un explétif, ou plutôt une cheville amenée par la 
rime, et le plus souvenl il est mal e'crit : lie seul, en senl. Je sup- 
pose que son sens propre a e'té r docile, docilement^ (cf. Iiael 
trgéne'reux, doux-", et aussi rbien, certes ?i), de sentijf, obéir, et 
de la particule he, voii' habasq. 

Voici d'autres composés analogues, qui semblent ne manquer 
que par hasard dans les textes en moyen-breton : 

Hegleo, intelligible, qui s'entend aisément, et (jui entend de 
même. Pg\., Iiégléaii, écho, Gr, = gall, hyglyiv, facile à enlendi'c. 

Bedorr, facile à rompre, hegoll, facile à perdre, à Landerneau 
(^Rev. celt., iV, t56; Suppl. aux dict. brel., 60), everz, facile à 
vendre (d'où dievcri, diiïîcile à vendre), Suppl. aux dict. brel. , 60 , 
lo-y = gall. Iiiplor, hygoll, hywertli. Voïv habasq, helavar. 

Hesq, aride; mont dahesq, da hesp, tarir; haute CoYwou.hespo, 
van. hesqein, hespeih, tarir, Gr. ; pet, ïrég. hésk; gall. hysp; irl. 
seasg, de *sisqos (lai, siccus, de *sit-cos, cf. sitis, Brugmann). 

Hesqed, m. pi, -OH, hesqidy, furoncle, clou, au fig. endroit 
sensible, Gr. , esquet Ghal. 7ns; ci', irl. nescoll, niosgoid. 

Hesquemez, g. chabluz, Cms; -ment, chabuz, Cb; esqemenn, pi. 
ou et hesqemer, pi. yen, cbautier, chevalet de charpentier, Gr. 

Hesqiminat, scier, p. -nnet, Cms; hesquenner, celui qui scie, 
(Jb, es- Nom. 3io, pi. yen 196; hesquennic, petite s:ie, Cb. 

Het en sparc a, pendant l'espace de (douze jours), Calhell, 19; 
cf. lied 'pad ann de, lied pad ar :un, pendant tout le jour, toute 
la semaine, Son. Br.-h., lï, 286. Il y a en van. une forme nasa- 
lisée : heennle, hante, pi. -teu, allonge, heenntein, hatitein allonger 
l'A. (= heda V e\. ); peguehent comhlen (longtemps), Voy. mist. 9, 
98, Iré-quehent ma tant que 107, \o\v entre ma; cette forme semble 
répondre mieux à i'irl. seta, long. 

Heu, g. id., 1. heu, Cb, interj, 

Heug c aversion des viandes:^, Pel.; aversion, répugnance, 
Gr. , heûg, m. Gon., Trd.; heugui, hengal f soulever, presque vo- 
mirai, (Jr. , heuguy, liciigal, roler, .\om. 260, cf. gall. <'yfr>gi, 



GLOSSAIHE MOYEN-BRETON. 365 

vomir, lai. acer, acre, ȕLc.; voir convoc, cmig, mots composes de 
la même racine. 

Heid, p. -yel, suivre; heuli/af, essuvure; heulyus, 1, rmmitalor, 

Heusaff, ]).ct, houser: heusic, petite bottine, Cb. 

Hezaff, ccssare, (î; xoiv ehoazyet. 

Hezr, herz, hardi Nom. 18, her Gon., Hisloariou -20S. 

Hezzrejf, octobre, Cins; v.-bi'. hedre, Cliresl. 1 i3. 

Hygolen, pierre à aiguiser, dus. 

Hili, sauce, ùris. 

Hymnoii, hymnes, C^. 

Hincher, 1. vialor, Ch; hincher, henchoiir, conducteur (îr. (de 
hent)\ a drouc lient, mal à propos, B yoi. 

Hystorier, qui l'ail histoires, 1. historicus, Ch; voir esloar. 

Hizieaii, aujourd'hui, Cathell, 29, hizeou, a 7. 

Hoannenn, puce, dm, pi. v.-br. imenn , Academy , iSjanv. 1890, 
p. k^ô. 

Hoanjer gant harp, joucuv de harpe, Ce,- hoarij', jouer, Nom. 
193. 

1 . Hoazl pe fraill tr baaillemeiit ou fandancei: , hoazliff , bazaillat 
(bailler), C^. 

2. HoAZL, âge, hir-hoazl, hoaël-hirr, grand âge, hirr-oazlus, hirr- 
oaëlus, âge, Gr. [hirhoazhis, C), hoal, m, Gon. âge, oaîet âgé 
G. B. I. 1, 58; v.-br. hoedl, v. celtique de Grande-Bretagne -sctJ[on) 
= lat. sêc/«<m(Stokes); Chrestom., i38. 

Hobergon, haubergeon, Cms. 

Hogos dan calon, près du cœur; car hogos, proche parent, Cb, 
hogosder, voisinage, v. contigu; approchement, v. nessat. Voir 
hubot. 

Hoguen '2 , mais, Cathell, i3, etc., hagiien 22. Hoguen rime 
en on, P 3i, ci", fiegon, Gr. , Pel. Sur un autre mot hoguenn , voir 
yoh. 

Honorabldet, lionorabilité, Cb , v. enovaj]'. 

Hont. Monel a kanenn dan lechont t aller dccza , delà", Cb. 

HopcUant, bouppelaiifle, Cms. 



366 IC. EltXAL'LT. 

HoreUaJf, vaciller, C, car orgellus, chariot branlant, Nom. 179, 
\an. horgucUét, (la teri'c) obranlco, Voy. niist. 106. 

Hovolog, horloge, Cb, vn horolaig, vr volai g , j\oin. 1/18. — 
Horribldet, horreur, cruauté (des supplices), Cathcll, 26. — 
Hospitol, hôpital, Cb, v. coz. 

Houarnn, ler, Cms, Ce, hoiiar, Ce, v. chaden; houarnncr, ferron, 
Cms. 

Houce, housse, 1. epilngiuin, Cms; housse, m. housse de cheval, 
rA.;dufr. 

Hoiich, porc, Cb; hotte, hotic lart spazet, lioch goez, Cms; hou- 
chyc, petit pourceau, Cb. 

Eomiissaff, honnir, Cms. 

Hoz, g. chenille, Cms; cf. Pi-ejf an cavl, g. chenille, 1. eruca. 
Item., c'est une herbe dite escherolle. . . Item, vide in hoz, Cms. 

Huanadeur, 1. spirator, g. soupirer (//se^ soupireur), Ce, f° v; 
vhanat, soupir. Nom. 21 5, 260, van. huamiadal, soupirer, loy. 
mist. 72. 

HuBOT rfse trouve ainsi écrit dans mes livresii, dit Pel.; ubot, 
tihbot, ttchbot, ibot, canaille, gucnix, iibota, etc., agir et vivre en 
gueux, mots cornouaillais, Pel. ; hubol, ubol et htibota, Gon. M. Thurn- 
eysen propose [kelloromanisches , 2/1, 2 5) de tirer hubot de *hibôk 
ou *hebôk = gall. hebaiic, laucon, v.-irl. seboce. Ces mots celtiques 
seraient empruntés au germain (anglo-saxon heafoc); la forme 
bretonne aurait i)énétré dans le domaine roman et donné lieu au 
Irançais hibou. 

Cette explication a contre elle à la fois le sens, puisque httbot 
n'est point un nom d'oiseau, et la ("orme, puisqu'elle ne rend 
pas compte du l final. Je crois que hubol, ttbot vient de ibot, lui- 
même tiré [)ar aphérèse de hailhobod, coquin, polisson, malotru, 
(Jr. , du v. t'r. haUebolet^, alcboter, gi'appillcr, glaner, cl", rouchialbo- 
der ff l'aire le fainéant, travailler. . . sans avancer l'ouvrage, le 
faire mal après s'être vanté qu'on U: ferait bien-'-, albodcnx rr mar- 
chand qui n'a (jue de mauvaises marchandises et qui n'offre au- 
cune garantie lî (G.-A.-J. H***, Diet. rotiehi-J'rawjais , 2* éd., 1826). 

Les [îbénomènes d'aphérèse sont fréquents en breton, surtout 
dans le langage familier; en voici des exemples : 

Mov.-bret. bretnan, maintenant, de ait prêt man, en ce moment; 
cf. bret. mod. dumafi, de ce coté-ci, chez nous, duhont, là-bas, 
bref. moy. an tuman, deçà, an ttihont, au delà; moy.-bret. vase, 
là, vahonl, vahurtt, là-bas, de *an man se, ce lieu, etc. voir Diet. 
élym., s. v. a lech se: tiéc. ré-me, ceux-ci, >-6'-::<?, ceux-là = moy.~ 



GLOSSAIllK MOYE.\-BRETO>. 367 

Ijret. an re man, an re se; à Sarzeau ri-nei, les nôtres = hitn re- 
ni, etc.; cf. Rev. celt., IIl, 57. 

Moy.-bi'. coulx, aussi bien que, de quen couls, auj. id., voir 
goaz; tréc. sonl, (|ue, quoi, de pe-sori, ci", gall. sut, comment, 
de pa sut; muiquen, seulement, Jac. 97, Mo. iSg, de liepmuiquen, 
208; tréc. 'n ini gar ne, celui qui les aime = ami liini a gar 
aneze; boe, depuis = ahaoe; lech, au lieu de = e Iccli; petit Tré- 
guier, ze vou éztoch 'zc, ce sera d'autant plus facile, de ézetoch a ze; 
'tnaù 'du ganeign il est de mon côté, de mon avis, de a du; ba'n 
ti, dans la maison = ebarz ann ti; bamou-d è, parce qu'il est, à 
Saint-Clet a vam ma c,de abalamour, van. balamort = a et pala- 
»iOMr(du fr. par amour) ^ etc. 

Moy.-br. za de eza, donc, auj. ta, eia, van. enta; squingnajf, 
dissiper, du la t. exlendo; splet, efl"et= fr. exploit; spont = h\ épou- 
vante; rabl ={\\ érable (cf. huedez, ehiiedez, alouette?); tréc. man 
et email, il est, bi'et. mov. eman, gall. mac, y mac; tréc. vel, 
comme, vit, pour, et evel, evit; zepet excellé Hisloariou 19Û, etc., 
= exceptet, Intr. /19, du fr. ; van. dejice, édifice, FA., v. domaine, 
domanial , frontispice , plan = cndefir Cbal.ww. , e.diviçz,(sv., moy.- 
br. cdeficc. 

Van. loiil-hui cf trou d'un fossé, pour attirer l'eau -n , TA. = Imiérr, 
m., ventouse, huiére, barbacane, Imiérr, huérr, égout, Imiérr, huére, 
évier, huer, m., canal, TA., bors de Vannes eguer rrescuyer, i. 
aquariums, Nom. 960, du fr. évier: pour le changement de i^i 
en hui, cf. van. ahuitein énn ahiiél = ïr. rr éviter au vcntw, TA., 
Suppl.; ihuêrnn, enfer, TA., de ivern pour ifern; morhuitenn movxe. , 
VA., dérivé du fr., etc.; pour le traitement de la terminaison 
française -ier, voir manier. 

Van. niaginationneu , chimères, TA., du fr. imagination; léon. 
froj9îc = bydiopique, Lq Bris , Instruction var . . . ar Rosera, Quim- 
per, chez Derrien, p. 118. 

Léon, briqesen et abriqesen, abricot, Gr. ; tréc. ar chademi, fart, 
le graud genre, G. R. I., I, 5 00, du fr. académie (ie P. Grég. 
donne academya). 

Léon, gosicq, ])res(iue = hogosicq , diminutif de hngos, id., Gr. ; 
hogos, hogosicq « joignant ^i, Gr. , hogos, hegos, prescjue, Pel.;voir 
horolog. 

Yan. fehen, je pourrais, R. er s., kS, fehé, il pourrait, A8, 
etc., àe*{g)ouvehen, voir Et. bret., VII, 77; cornou. 'Trou Doue! 
Seigneur Dieu, Rarz. Rr. 87, '7Vo Doue! Son. Rr.-Iz. II, t29, 
919, de ao/ro», ôtro; cornnu. 'nau un, Rarz. Rr. 36, pet. Trég. 
'nann, (\v unan. 



368 É. ERN.ULT. 

Van. huilier)', m., ekii à cure-dent, etc., 1"A., huilliérr, aiguil- 
lier, TA., Suppt.. du fr. aiguillier; bret. moy. et iiiod. arre, de 
nouveau, probablement de adarre, id. = v.-irl. aithirriuch. 

Van. enn dedeii, le Juif-errant, TA., le'on. or boudedeo, petit 
Tréguier Boiidedt, de Buiadeus; dialecte de Batz ur client, nchan, 
chaii, cjuekjuun, on, de nr hrklient , un cbre'lien; bors de Vannes 
eoles «laséoles, 1. phaseolus, delichus^:, Nom. -y 5, du ïwfaséoles; 
sa de teus ak = entreze hac , voir enircsea; moy.-br. iuridic, iurdk, 
et die exact, du ïi\ juridique. 

Argot trécorois de la Rocbe-DeiTien leiez, crêpes, campagnard, 
du fr. galettes; granih, faim, diminutif de Tancien argot français 
pégrenue fr misère, malbeur, faini^i, cf. pêgrenné rr affame', très 
mise'rable^% Lucien Rigaud, Dictionnaire d' argot moderne , Paris, 
i88i, p. 283; Rev. re//. , VII, /i6. hZ\gistr, van. registr, registre 
Gr. ; tre'c. rusiped, s*p(^ == vélocipède. 

Trécorois zaman, viens ici = deuz aman; activement : zaman 
d'eign hara, donne-moi du pain; au pluriel, dans les deux sens, 
daman, deud aman; cf. dez aman d'in, donne-moi, Histoariou, 1 1 ; 
dama, plach iaouank, V mouchouer, donnez, jeune fille, le mou- 
choir, G. -B. /. , I, 1 58 = deut ama d'in ur mouchouer, donnez-moi 
un mouchoir, i56; dama ann ez-han, donnez-la-moi (la lettre), 
29/1; cf. deut aman ho sier, donnez vos sacs, Jac, 79; deuït amâ 
ho tournicq din tr donnez-moi votre menotte ri, dcîiït goulou aman 
fc éclairez iciii, Gr., deut . .. dign, donnez-moi, v. béni, chose; 
deud din, id.. Coll. Peng. , II, 119, 1^7; deut d'in krog en dorn, 
laissez-moi prendre la main, 6'. B. 1., I, 188. Le sens originaire 
est encore plus effacé dans deuït dign termen faites-moi crédit, 
Gr. V. crédit. Le v.-bret. doit gl. sustullerit (. . . equum aut uaccam) 
peut être identique au bret. moy. duez, deuz, il vint. 

Moy.-br. renn, f. , un quart (lat. renna , G), renn, m., à Mor- 
laix ffun quartier'p, Gon., gall. rhennaid, sorte de mesure, Davies, 
prob. de pévarenn, van. pérann, Gr. Le van. évédrann, évéderann, 
m., pi. eu, demi-quart, TA. = *(en) deuved \^i)c\rann, cf. tréc. daou- 
ved, daoued, deuxième, gall. deufed; voir yell, parej'arth. 

Mod. hâaz, obscène, H. de la Villemarqué dans le Dict. br.-fr. 
de Gon., de *ec'hazas, *ex-adas, inconvenant, cf. v.-br. comadas, 
camadas , con ven able ? 

Pet. Trég. de Die! atténuation du juron non de Die; chouéz en 
dision, une odeur horrible, du fr. malédiction, etc. 

Guëmouicij, Nouïcq, petit Goënau (nom de baptême) Gr. , etc. 
Cf. en gall. getinvr de pregethwr, etc. (Loili, Rev. cclt., VII, 
175, 176). 



GLOSSAIRK MOYKN-P.RETOiV. 369 

lliicnn i>lou, sarcloir, Qins. 

Huevu, amor, hciini, (\h, v. lonsoiu'iw. 

Huerzin rire, gall. clnverthin = *svard-1m-, cf. pour le sulïixe Tirl. 
do saichtin à chercher, ionien Sco-rtv-rt |)résent (la(. datio); *hoar- 
^ff ]Q J'is, auj. choarzan, gall. clnvanldaf, = *svard-ami; cf. Bull, 
mens, delà Fac. des Lettres de Poitiers, VIII, 120. De clioarhet, 
(conte) pour rire, Chai. ms. 

Ifuezaff, souffler, Nom. 19G; enller, douar hupzet ffenfleurede 
(erre 71, C^, v. coezf. 

Huguen, luette, Am. ,PeI. v. ughen; hugiienn, huqenn, huguès, 
van. huguedeen, Gr. ; huguœlt, huguedenn, l'A.; huqueten, hue. 
Chai. ms. ,• an hugus (et an luetten), Nom. 90; pef. Trég. hug, 
huget. De'rivé du lat. uva; = *uv-c-inn-, cf. dornguenn, dorguenn, 
anse, de *durmcinna, milguin, manche, de '*mamc-inna? 

Huytout n'être pas bien (îr. , c'houita, choukout Gon., ne chwit 
het il est passable Pel., bas van. clinitan je ne vais pas mal, Barz. 
Br. 3^n, tréc. chouitan manfjuer, gall. chwitlio être e'tonné, etc., 
de chivitk gauche. Voir Bev.celt. IV, i5o, XI, AGg, et latar. 

Humor : coeffuei dre droiic humezr rc enflé de mauuais humeurs ^, 
C/»,- pi. humeurijou, Nom. 268. 

Hureuhin. Le Nomenclator a heureuchin, gleron, rat gleron, 
I. gli.s (p. 33). 

Hustou, robes (des femmes), Cb, v. lost. 

Huzel, huzil, hudel, suie, Cmjs. 



I 



îalch , bourse, C6, v. lech, pi. yelchier (et non yplcher),v. yalch; 
yalcltou, \. ober; vn trouchef da yalchou '^coup|)ebourse'n. Non». 
327. Pet. Trég. ober ialch adré, litt. cr faire bourse par derrière 11 , 
se dit d'une femme qui fait des e'conomies en se cacbant de son 
mari. 

Yell, nielle, plante C, ysell, (]/», v. troel; hiel, Pel, pet. Tre'g. 
îel, 2 syll., tel douar; cf. bteun ial (traduit rf bleuet w), Barz. Br. /j'y3; 
du fr. nielle, comme aussi, je crois, le van. ivlenn, f. , rf nielle, 
brouillard ou espèce de rouille jaune qui endommage les bleds 
prêts à meurini, ivlénnein, nieller, TA., malgr/ sa ressemblance 
avec le gall. nhvlen , brouillard. Le mot yel , ('[)eaulre. Nom. -76, 
yell, Gr., lell m., (ion. peut être dilb-renl et \enir de '"yeu-l-, cf. 
irl. eo-rna , orge, grec Çef /")-<«, ê|)eautre. 



370 É. ERNAULT. 

Pour raphorèso de Fn, cf. moy.-br. ausaff', arranger el pé- 
naux, oomniont; fjf Gl ncff, ciel; mit, raie cl cor-namlonn , nain 
(voir ce mot); en aztroat et noaz troat, nu-pied {oi nzlroad, Gr. ); 
azr, serpent, v.-br. natr-; Ycomedi, Nicomédic, Ormant, Nor- 
mand (fTceux qui ne savent que le breton disent tous Ormandy 
[Normandie], Ormand, [pi. | Ormanded, [Ormandis, t.] Onnan- 
dès, etc.-" Gr.); fjç^" besaiguë, niod. neze, eze doloire, Rev. celi. 
VII, 3i 1, 3i2 ; à Balz, enjal, voler de neijal, odoué, aiguille, bas 
cornouaillais adour (van. adouë, Gr.), plur. en pet. Tre'g. adoueo, 
géranium, bec-de-grue, br. nioy. nadoez; à Sarzeau, eiadeu, nids 
(mannois edd, un nid, mov.-hr. nez); van. aigre, nègre, TA., v. 
marron; avœgiiein, naviguer (le'on. naviga, Gr., naidgaff, Nom. 
2 90, lavigan, Son. Br.-Iz. II, 27/1), avœgour, navigateur, l'A.; 
odein, mettre bas, cocbonner, Cbai. ms., nodein, TA.; ouet et 
noued, gouttière = franc, noue; igrommancian , chiromancien. Nom, 
3o3, ygroinancer, ne'cromancien, ygromanz nécromancie, Gr. , 
moy.-br. nycromancc; elfncrï, pi. eJfou, elvou Gr. , moy.-br. neruou; 
ouz an each en haut Intr. 58, an neacli, an necli, le haut Gr. , 
de knech; voir néau, noeancc. La principale raison de cette chute 
de n initial, est que les articles an et tm finissent par un n : 
un azr pour un nazr rappelle l'anglais an adder pour a 7iadder. 
Cf. Stokes, Bemarhs, 3i. 

Le d initial, qui était anciennement sujet à une mutation en 
n, gardée par le gallois, est parfois tombé de la même façon : 
moy.-br. dor, porte, an nor; dorlech ffhuysseirieis C, pi. orlechyou 
vn or, an meïn à so à pep tu dan or ftles jambes ou jambages d'un 
huis ou d'une porte 15, Nom. i^5; an igounnar, mort-aux-chiens. 
Nom. 86, an igounar, id. Gr. = an digonnar, corne de cerf sau- 
vage, plante, an digounnar, an igonnar tf chasse -rage ou passe- 
rage ^i Gr. , litt. (remède) contre la rage; rtw î'nammmtr bouillon, 
1. verbascum, . . . candela regia. . . n, Nom. gû, an jnammen, 
bouillon, plante, Gr. , de dinatnm, sans tache, etc., cf. Dicl. étym., 
v. ajfuat. Cette chute du d est fréquente dans le mot rdeuxi^, 
nous en avons vu un exemple (évédrann), s. v. hubot; cf. an 
aoulineÀ an ivrech, les genoux, les bras, Intr. 58, On peut ajouter 
le van. yuarh, pi. eu, yuarhen, pi. -neu tr pelit chemin entre 
deux hayes^; cf sentier, petit chemin clos de deus bayes, ou une 
charrette ne peut pas passera; en yuarh hont tfce défilé (est un 
chemin serré entre des montagnes )t'. Chai, ms., auj. iwarh, 
prob. de diu [h)arh, deux haies. Voir noeaff. 

Yender, refroidissement, Cb , v. rcrreaff'; froideur, Gr. , gall. 
ieinder. 

Iff an bel, (quand) je m en irai de ce monde, B 278; quement 
mazif. partout où j irai, N 997; maziff, que j'aille, 71 ; neti diff, 



(JLOSSAIIIK AIOYK\-imKTU>. 371 

je n'irai (|)i's), l> >U)-, nen dif, .1 !()>? h; net ililf, \\ ijat, \ar. t}t' 
(lin; y, lu iras, OoO, .1 5f2 h; il, allez, lo'i h: yl, \ 3 l 'i ; c/Zi, 
ÇjI) , et Cms, 

IJfern, enfer, rime en avn dans deux passajjes du Mirouerl de la 
Mort [Clireslom., QqS); cl", iff'aru, Ma un., Templ consacret, i56; 
comique yfarn. — YJfournaJf, enfourner, Ch, v, fornes, yjfornaj)'. 
Ce. — Ignapr, m. ff mal . . . aux pieds des chevaux . . . qui fré- 
quentent les marais 15, Gon.,Trd., ignarp, Trd. ^= igtiis asper, cf. 
bas-lat. enisacmm, erysipelas, sacer ignis. 

Igoret, dygoret, ouvert, .le'r. , v. seade. 

Ilyeouenn, lierre C; ilyo, ilyom, Nom. io5; ù Saint-Mayeux, 
Corlaix, Plussulien, dto; à Séglien, dclià; van. delynu, delynu-rid, 
ou [dclyau-] red, Gr, , deliau-riit, TA.. cndeUau, en iliaii. Chai. ms. 

Le Gonidec explique le vannetais deliô-rîd par rfleuilles qui 
courentr», et les formes deliaucnn-ritt, f. , pi. deliauênneu-rht 
tflierren, que donne le Dict. de l'A,, supposent cette de'composi- 
tion. Mais c'est là, ce me semble, un nouvel exemple d'rre'tymo- 
logie populaire r), fait assez fréquent en breton; cf. Bev. c^//. , VllI, 
3i et suiv. 

En effet, le vannetais delyau ne diffère du léonais ilyau, Gr. , 
elimv, Pel., que par faddition d'un d initial, phénomène qui 
a pu être facilité par les locutions comme cood ilyo, du lierre; 
bod ilyo, branche de lierre, Gr. , et dont il y a d'autres exemples : 

Pet. Trég. </cW/er, alouette; van. daripoennle, m. trepoint, l'A., 
daripœnntt, arrière-point, SuppL, du fr. arrière-point (^uv le trai- 
tement de la terminaison -ière, voir manier). 

A Sarzeau, daroflyaU = hirondelle, Rev. celt., ÏII, 2 36; diann , 
droit, aSg; à Mûr deun, pet. Trég. ivar-deven, tout droit, etc., 
voir enl. 

On peut comparer la prothèse du t dans le bret. moy. et 
mod. tourz, bélier, cf. moy.-br. maoïit toiirz, id., probablement 
de maont *hourz (gall. kvrdd, haut breton hourr). 

Reste à rendre compte de l'addition de la syllabe (|ui termine 
delyaurit, variante de delyau. Je soupçonne une étroite parenté 
entre le vann. delyaurit, lierre, et le léon. iliavrez, m., chèvre- 
feuille, Gon.; cf. encore gall. eiddionvg, lierre, avec un suffixe 
final différent, et ciddiar, bruyère. 

lllicii, illicite, Cb. 

Imbliff'. Se trouve dans un seul passage de Sainte-Barbe , str. 76/4 , 
v. o : 

Uogiieii ma dHiasi rc linslijf 
A nipiiDol leiii (Ire lio: imhliff. 



372 É. ERNAULT. 

J'ai (radnit, giii(l(^ si'ulement par le ronlevle : cf Mais vous voulez 
me condamner Irop vile dans voire sévérité. v C'est le tyran Dios- 
core qui parle; il relève des expressions blessantes par les(juelles 
ia Conscience vient de fle'trir le projet qu'il a de tuer sa propre 
fille. 

L'e'dition de 16^7 porte la variante imbriff. La rime inte'rieure, 
avec km, indique que imblijf [^eul être une prononciation plus re'- 
cente de *etnbliff. C'est ainsi que les premières syllabes de cridiff 
cr croire 11 et de pidiff tf prier w riment plusieurs fois en et (on trouve 
aussi e'crit credijf, pedifu, formes plus primitives). 

Or cette l'orme *emblijf peut se comparer au vieux français en 
belif tfau travers de^i, d'où, dans l'anglais de Chaucer, embelif, ad- 
verbe et adjectif, cr obliquement 15 et fr oblique 17; cf. The Academy, 
vol. XXXII (1887), p. 286, 987 et 378. Le breton aura fait de 
*emblijf un nom signifiant rrde'tour, voies détourne'es, finesses 17; 
cf. V. fr. belif, m. «situation critique ti, Godefroy. Le sens de dre 
hoz imblijf semh\e donc être trpar vos raisonnements captieux, par 
vos subtilite'sîi. La pre'position en a e'té méconnue ici à peu près 
comme dans le comique impoc, gall. impog ff baisent, du lat. in 
pace (en breton pok). 

Impérial, impe'rial, Cb , v. gourchemenn; du fr. — Infamite , 
infamie, \. jniur. — Inclination, g. id., v. andinoff. — Ingenius 
tf noble ou engenieux^, Cb; 'r homme qui moult comprend en sa 
me'moirew, v, quemeret; inginius, y. fur, mecherour. 

Ingneau est rendu en latin par Ignacius dans le Catholicon; le 
P. Gre'g. donne Ignéau, 7^;imî<, Ignace, cf. Igneo, Le Jean, Par- 
rosian, Rennes, 187^1, p. 667; Igneo {pe Enaz), 786. Le Buez 
ar sœnt, Saint-Brieuc, 18/11, a Ignaç, et le Buhé er sœnt. Vannes, 
1889, Ignace. En réalite', il y a là deux noms tout différents : 
Ingneau vient du v.-bret. Iuniav[us). Cf. Loth, Ann. de Bret., II, 
5/19, 898, et Bev. celt., XI, 358. 

Inquisition, g. id. (recherche), Cb, v. encerg , enclasq; du fr. 
— Inrenabl. Le sens propre n'est pas cr ingouvernable w, mais «dé- 
raisonnable'", cf. inraesonabl; voir renabl. 

Intajfeset, yntaveset, veuves, Gw.; intanvien, veufs, Traj. lacob, 
16; intavaich, veuvage, Inlrod. d'ar v. dévot, ii-j. 

Intendement, entendement, Cb, v. obstinaff, intention, g. id., Cr;, 
v. ententaff. 

Interdy, g. entredit (l'interdit), Cb, s. v. iiscumunuguenn, ex- 
communication. — Inuisibl, invisihle, Cb , v. C07itemp1ftj[\ du fr. 

)oh, I'., pi. eu, entassement, amas, meule, -ein, amasser, 
entasser, accumuler; nioh, abondammeni, beaucoup, l'A., etc. 



OLOSSMIM'; MOYEN-BRKTON. 'M'A 

(j(îs mois vannelais rapjxHIenl tout d'abord yr«, jouf^, \i\\. jnn- 
gere (pour le doulilo Iraili'iiKMil du g, voir Irè). Mais il y a 
hors de Vannes un mot hoguenn, l'amas, assemblage, Gr. , hogen, 
f. Gon., ïrd., (|ui, pour la finale, peut être avec yoh dans le 
même rapport que hougueiin, joue, avec bocli, voir clogoren; 
quant à la variation de l'initiale, elle parait reproduire celle du 
Iranç. jucher, norm;ind hiiclier. L'idée de tf juchent est voisine de 
celle de ffsc tasserai; cf. brcl. Lliida, jucher = v.-br. cliitam, gl. 
struo, gall. cludo, entasser. 

lou dans (ad iou, aïeul, Ciits, v. hoar; tadiou I. ahavus, «le 
père du bisaïeul ii, Nom. 333, lad ijou, trisaïeul, y^n.gourdadieû, 
aïeux; niaîiimyéû, aïeule, pi. id., (ir. ; ladieu grand-père, gour- 
(/rt£?/pw bisaïeul, ancêtres. Chai. Dict. hr.-Jr.; gour-vnmïeu , pi. ér 
ffbiz-ayenlei7, Xk.^gour-dadïeu bisaïeul, v. arbre; tad-you goz d'ar 
roue Cliarlamaign , Ihœz s. Genov. i(S(î4l p. 9 43; pet. Tre'g. honbardto 
goz, ancêtre, ascendant e'ioigne' (par plaisanterie): à Batz, brer- 
ieo, beau-frère, pi. id.; uer-ieo, belle-sœur, pi. id. et iieriozeit. 
Ce mot a dû être un adjectif comme cun, doux, débonnaire, 
d'où iad-cHù, bisaïeul, Gr. , tat mf\i\. Nom. 333; je rapporterais 
à celte origine le van. iéuein (part, ienétt, prés. 3" j)ers. î'e'wfl), 
croupir dans l'oisivelé, l'A.; yeuein, s'accagnarder, Siip.; yettèc, 
casanier, cendrillon; claque-detit; paresseux, féui. yéiiêguéss; 
yeuage, pi. eu, paresse; yéuage, crasse, ignorance, TA.; yeuec 
paresseux, yeuage paresse. Chai., Dict. br.-J'r. ^owyoust, iuin. 

Yotist, mou, C, (poires) molles, Gr.; tréc. yôst (ou iost) ff fa- 
tiguée [Bev. celt., IV, i57). Le van. pèr foest oufoësq, Gr., syno- 
nyme de peryoust, rappelle le tn'C. tvesk (ou oesic) fragile, souple^i; 
eur pot wesk cr un garçon alerte'-' (j'ai entendu ce mot à ïrévérec 
et à Taulé). Cf. encore gall. gwystyii ffHétri, desséchée; gwaisg 
ctagile, vifw; gweisgi, givisgi, id,; cnau giveisgi rrnoix mures 17. 

Le ms. de Chaions donne en vannetais le diminutif ioustric 
tr(il est) délicati5, s. v. blond; ur biren fouistr frune poire molle-n; 
el Jlistr rr (fruit) plus que /n»n-. Dans toutes ces formes, l'r est 
une addition inorganique. L'/ de Jlistr'' pour fouistr vient de 
l'analogie du moi Jlistra, jaillir (comme le jus d'une poire trop 
mûre); Jlistra == *Jistla, quasi la!, yislularc, voir coustelé, ou 
bien = *fistrla, gall. chwistrellu, cf. Ptcr. coll., VI, 890. 

Il y a deux façons d'expli(pier la double initiale dans youst, 
yosl et xxh'sh, oesl,\ dans l'iivpntlièse d'une origine commune. 

1" Ou bien il y a eu métalhèsedes élénnsnlsde la diphtongue, et 
youst vient de *ouist, '''ivist, comme en bret. moyen et moderne 
diou, diu ccdeuxi' (fém.) vient de *doui , gall. dwy, eipiou,piurf(\m-^ 
de *poin, gall. pivy. Rn ce cas, le rap|)()rt de youst à ivesl: est le 

MiÎM. i.ixd. — VU. a5 



37/i K. r.IlNAlI.T. 

même (|iit' ct^liii du hrol. eii)' ffon osti^ ;i oar\ iil. {eur^=fiu, en, 
gall. ytv 'mI ost^--j- '"'' o«'' = gall. -iri/r, do. -w;/-j-r. Voir Dici. 
kxjm. s. V. (niiPiir: cl. Stokos, 7'Af' neo-rcUir verh snhstavhre , i). /iq 

cl 5o). 

2° Ou bien le ;/ de yousl vient (riiiie gnilurale, comme celui du 
l)rel. actuel yeot rr herbe -"i ^^geoi. de '^ g\xv)eh,^^^'A\\. gweUt. I^a se'rie 
des Iransl'orniations serait * gwcsl, *yivest, yoiist. 

La premièie explication est pre'ferable, car le chanjjement de 
guemitenn rherbe'i en yeoten est récent, et il n'est |>as prouve' (juc 
la forme "gwesl ait existe' en mov.-breton. 

L/du vannetais /«fis^ /bcs«y ne |)eiit corres|)ondre directemenl 
au ^ du [fiûl. gwyslyn, givaisg, etc. Mais ces deux sons semblent 
bien être des additions analogiques à un j)rimitir *??;/«/, ^'wesl = 
Iréc. 7vesh. Il est très rare «piun mot, sous sa forme radicale, 
commence en bn^on ou en gallois par un des sons n? et v. De là 
une tendance naturelle à alte'rer ces initiales pour les assimiler 
complètement avec celles qui leur ressemblent le plus. A côté de 
voer r fade 11 et ffl'atn, tréc. euver rrfade, amei'^i et rr canaille-^ = 
gall. ofer trvain^i, le vannetais a formé le diminutil/ôwér/c crblet, 
blelten (TA., Supplémeni), poui- '^voeric; cet/peut se comparer à 
celui de foest, foësq= tréc. nipsk. Cf. aussi moy -bref, en fad. s. v. 
en 6; bret. mo(]. J'etei: , s. v. hcl nary. 

Quant au g commun à toutes les formes galloises en (|uestion, 
je crois qu'il est de même nature que celui de gwybrcn rcielr, 
variante de ivyhren = corniq. huihren, uihren, bret. oabren, moy.- 
bret. n-nabrenn, et peut-être (|ue celui de givyneh tr face ri, variante 
de wynel), cf. bret. enep (cette variation semble tenir à une diffé- 
rence de quantité de la voyelle initiale: ivy, oa = ê;e = ê, cf. cor- 
nique f'/^ron fr ciel ^1 , vann. évr). C'O g analogique n est pas inconnu 
au breton: trécorois goeturio rrdes voitures ^i, au singuliei' eur 
voetur; jiet. Trég. gnnh . des voiles, sing. eur vnal , un voile (du 
français). 

L'alternance de la dentale et de la gutturale après «, tant en 
breton [yoiist, yàst, foest et/omy, wesk) (ju'en gallois (/^'•n'//.«///w et 
gwnisg , gweisgi , givisgi'j , a son analogue en gallois dans llost et 
llosgwrn tr queue ri (bret. lost); cf. gall. gwisg, bret. givisk ff vête- 
ment r", \i\L vestis; moy.-bret. s^)<?»^o»rt|^' f dissipera, auj. skignn, 
sligna, slegna ffréj)andre, étendre"', du latin e.itendere"-^. Dans ces 
tnots la dentale est la j)lus ancienne. 



' l>os (li[)lik)ii{jiio:i oni'l ac ;i!ti'i'iii'iil soiivciil en lireloii, parl'ois dans un même 
•lialecle; ie breton moyen a poaii e\ poeii ffpeine'i; lonr ei lopr î^lnne??; char et 
clouer «clercs» (<ln Inlin rlrritit rrlerfié'^ , sert. Ho plnriol à clonrpc ^^ riPncns) 
Ole, Rev. rell., \l, ."{(i'i. 

- Le |)rel. axcnrii. os, ;jall, ^(.s'';(T'/'ji . iiiiOn rannorlail à ùaléov, clc, vient 



GLOSSAUIK !\10YK>i-BRET;)N. 375 

Il est possible (ju'il en soil de même pour ceux que nous étu- 
dions ici: yonst t' molle, hlelloT); wesk fp souple, agile w, etc., seni- 
blenl remonler à un breton primitir*ê.sL Celui-ci , à son tour, pour- 
rait provenir d'un gaulois *aistos trbriile', mûri, amollir); cl", lat. 
œstus, œstas; bret. oaz tr zèle, jalousie n; gall. «îcWffZtMe, ardeurs. 

D'un autre côté, si l'association de youst et de {f)oës'. est pure- 
ment accidentelle, les formes qui ont we, wi, viennent seules de 
*ëst; alors yoiisl, yosl s'explicjueronl par un dérivé (ancien super- 
latif?) de l'adj. Um (voir ce mot). 

Iselhai, baisser (la tête), Ci, v. soillaff; dm a kch yssl crbomme 
qui vient de petit lignage^, v. dastum. Is, en bas, vient de *{n-s-; 
cf. Rhys, Ceh. Britain, 3ii. 

Ysop, liysop.c, Ch, v. sparff. 

Ysquyt, prompt, promptement, Jér. 

Issill, exil; issillet, exilé; issiller, exileur, Cb. — Istniment, 
instrument, Cms, v. henhuec; inslruinanl, Cb, v. cloarec; pi. -on, 
Nom. 9 19. 

luzeauues, juive, Cb, v. ebre; iuzeau, juif, v. crislen, pi. -yen, 
V. ilis. 

Yuerdon, Irlande; N (le manuscrit porte ) ncrdon et Hiverdon). 
Ce mot est un emprunt savant au gallois moyen lœerdon, comme 
l'a indiqué M. Lotb, Ann. de BreL, Jll, 60. 

Le nom populaire de l'Irlande, en breton, a ('té Island : le 
P. Maunoir donue Islandv, Hibernie; vn [slandr, vu Hibernois; le 
P. Grégoire Hisiandr (et Hirlandt) Irlande, Isïantr, un Irlandais, 
fém. Islantrès.el islantraich, la langue irlandaise [Irland\ Hibernie, 
un Hibernois, Chai. ms). Dans le mystère breton de Sainte Try- 
phine, publié avec traduction par M. Luzel, en i863, on lit 
ann IsJanled, les Irlandais, p. 2, hlantez, p. 299, irlandaise (et 
non islandaise; rerreui- signalée ici par R. Kœhler, Bev. cet., I, 
99/1, se trouve seulement dans la traduction). Celle confusion 
de l'Irlande et de l'Islande se trouve aussi en vieux français; cf. 
G. Paris, Bomania, i88r),p. 6o3. Aujourd'hui, les marins tré- 
corois donnent le nom de bro 'n Islantet a l'Islande, qu'ils con- 
naissent bien mieux que l'Irlande. Voir Bev. celi., IV, 307, 3o8. 

liJiN é, il est bien fâcheux, Chai, ms, v. souper, il n'y a pas 
de plaisir, v. souffrir , jûein é guenin il m'est bien dur, bien étrange, 
V. dur; iitein , v. estrange; iûin, v. mal; viuin et souheh signihent 
proprement étrange, je suis surpris; mais ces d^.ux expressions 

(Fèlre comparé par M. Fick {Ueilràge do Bozzenberf^er, t^gr 
tnénien oçkr, os, ffrec ôa<Z:ijç linnclif, do *oi;(jhu-. 

a5. 



376 K. ERNAULT. 

se confondent souvent avec fâcheux, quoique uou pas toujours •«, 
V. fascheus; gall. iwin, furieux, fou; senihle de'rive' de ion 
(voir ce mol) avec la terminaison d'adjeclif -in, cf. moy.-br. 
hleuin, bon (ouvrier), de blyou, alerte, (ir.; mibin, agile, gall. 
mabin, juvénile, de map, fils. Il faut séparer de iûin l'expression 
ur gi^ampinell ivincc, un puissant attrait, Gr, , qui veut dire litté- 
ralement cfun grappin crochu f» [ivinecq, ivinorfj, qui a de grands 
ongles, Gr.). 

Un autre dérivé de iou est peut-être le nom maso, mjdicq , 
tempe, (ir. , iviclik, Gon. Trd.: proprement adjectif signifiant 
ff sensible T) ? Pour la terminaison, cl", rividik, frileux, de rioa, 
froid; giiiridik, kizidik, sensible. 11 y a une certaine aflînilé entre 
les sulHxes de iu-hi et de iv-idik, qui sont d'origine différenle, 
cf. d'Arbois de Jubainville, Et. gram. I, 58, 56. La forme inter- 
médiaire -mie se montre àm\?> priminic pointilleux, Introd. 178, 
199, de prim prompt, vif; je ne crois ])as que V71 provienne ici 
phonétiquement de d, z, [terridik et terrizik, fatigant, Trd.), 
comme dans le \ an. pihuinic riche, berliuinanl bouillant Chai, ms, 
= beriiidantt TA., cf. Rev. celt. V, 126, 127. On lit kizUik sensible, 
par un/, Peng. II, 19/). Les sulF. -id-cl -in- se sont associés dans 
lisqidinez action de brûler, cf. lisqidicq brûlant Gr., et guiridinez, 
m., sensibilité, de guiridic sensible, Intr. 192. On ne peut expli- 
quer -idinez par *-idic-ncz (cf. les synonymes plus fréquenis lisqi- 
digu-ez, guïridign-ez Gr.), car la gulturale resterait, comme dans 
le brel. moy. mezeg-niez médecine, mesec-miez Gr. 

YziVR, lierre terrestre, Gr., izar, izer, ijer, m. Gon., cf. gall. 
eidml. id., du lai. hcdrra? 



J 

/■ 

Jardin, jardin, Cb, v. ghis, pi. on, v. nrroiisojf; iardiner, jar- 
dinier, v. rnuiiilUig ; iardrin, dim. iardinic. Nom. 206, 37; jar- 
drin, ïoy. mist. , 53, \)\. ja:Irinieu, 36. 

Jdvel, jot, f.,joue, mâchoire Pel., jV)/«»s joulïlii Chai, ms.; voir 
ganel. Une l'orme inlermédiain; esl jaoulciin f. hure, en van., 
Trd., cf. pet. Trég. jaoutenad f. une chute, un saut; joten hure. 
De \a josquen mêichoire , Bev. celt. XI, Soo, joscon hure, lime en 
on, Son. Br.-Iz. 11, 92. Pour le suffixe -ken, cf. Imgncn et peut- 
être /és^jie/m; pour le changement de t en s devant k, cf. pet. 
Trég. maonsken l'. p(!au de mouion {maou-qcn (\\\), et Bev. celt. 
VII, 160. 

Yonf], joie, C/>, v. can, ciindjf: /oy^///.r, joyeux, x.J'est; qiiimjat 



GLOSSAIRK MOYEN-IHUiTOiN. 377 

ioeulx, cliiiiilaiis de ioye; yomistel, délice, v. pechet; yoeusat, se 
rejouir, v. graczou; ioaustcdou, réjouissances, Nom. (à la lablc), 
ioyiisoH, joyaux, Sog. — loimiaff, joindre, Cb, Ce, v. coUaleral; 
inini an csquern, jointure d'os, Cb. — Jolory, triomphe, cri de joie, 
NI 108; gm enor jolori , Jér., trriionneur l'ail j)laisirfl, selon l*el.; 
ce doit être plutôt, ff lais (ou il l'ail) honneur, par des acclama- 
tionsii. CI". Rcv. relt., XI, 862, 3G3. — Jourdoul, sain, voir 
rouyornn. — loutaff . . . gant, goaff, jouer de la lance, Cb, du l'r. 
joiiier. — lubile : bloaz an — , Tan de repos, Cb , v. can; du fr. 
jubilé. — luridic (Dieu) juste, H 8; voir huhot. 



K 



[Kacr, ville), voir NI 887; quear, Cb, v. habitajj^, pez ; vn gucr 
voar anploue, ferme, 1. villa. Nom. 235. 

Keghit ci'juë Pel., hégit t". Gon., jfall. cegid, comique kegaz, 
pi. v.-hr. cociloa^\. intiha; du 1, cicuia. Une autre forme, d'origine 
française, est àgut. Nom. 82, chagud C\\, ciguë; cf. bas-cornou. 
jagudi monter en graine, Pel. 

Kègus plantes à liges creuses, en pet. Trég. , g.ill. cecys tiges 
creuses, ciguë, cf. Wngl.kex. M. Skeat, qui regarde kex comme 
emprunté au gallois, explique ce mot par keck-s, avec 5 signe de 
pluriel, ce qui paraît contradicloiic. Cf. gall. cég gosier, ouver- 
ture; cegyr ciguë. 

Kelf pi. ou tronc d'arbre qui n'est bon qu'à brûler, souche, 
en bas-cornou., Pel.; m., Gon., gall. celff m. tronc, pilier, irl. 
colba pilier. 

Kkllaës, léon. kelléas rrle premier lait que la vache donne 
après avoir fait son veau-n, Pel. , <;all. cynllaeth. 

Kejibot, komhot, m., pi. -otoit, -ochou, étage, terrasse Gon., 
v.-br. cnmpot division territoriale, gall. avmmivd, \o\r Chrcst. 1 ly, 
110; Rev. celt. XI, /161. 

Kempenet, m., Cartul. de Landévennec, 3i (xiii'' siècle), 
prob. ff champ 1:1 ou ff plaine i^ du lat. campns, cf. v.-br. camp, 
Chrestom., 11 3. J'ai comparé à tort {Bcv. celt., \'1I, i/i5) le v.- 
br. kemenet, f. tf siège d'une division territoriale assez étendue?!, 
van. er Gcmene, lat. commendatio, Chrestom., 99, 19G. 

Keurod, cemrod, redevance, Cartul. de Quimperlé, de *com-rod, 
gall. rhodd don? Loth, Chrcst. 197. 



378 É. ER\AULT. 

KiRiN, pot de terre, Pell.; corni(j. ceroin, cuve, pi. v. gall. a'- 
roenhou, du la t. carœnaria. 

[Knech). An qnech dan tnou, d'en haut eu bas, Cms; ancrech, 
Cb, a crech, Ce, dioux on crech, d'en haut, Cathell, i5, cf. 26, 
diouch an crerh (mâchoire) supérieure, CA, Ce, v. caruan; ouz 
crœch, en haut, Nom. 270, aiiel crœch, vent d'amont, est, 220; 
cnecli Ken vannetais et dans tous mes manuscrits 11, dit Pel.; 
knechic, petite montagne, Cb, v. menez; voir carrée. 

[Rtioenn), craoûen, noix, craoiien an frouez, noyau de fruits, 
Nom. 69, gmze.n craou, noyer, 98, craou queluez, noisetier, io5. 



Laboureur en guiny, vigneron. Cf. 

Lacquat, mettre M (au titre), laquajf, id., Jér. , v. pep, lequat, 
id., Cb, V. dius, emellajf, guin, etc.. Ce, v. bonn; lequat, léguât, Cb, 
leqiia, il met, v. alumaff; lacquajf, il met, Nom. 2o4, lœcquer, on 
met, 177. Pet. Trég, lake oa d'aïet (= laked oa d'arioiit), cela 
devait arriver, i. c. rf c'était écrit :?, expression fataliste. 

[Laet). Van, caneinlel, chanter pouilles, Chai. rns. — [Lajfn), 
lanu an gui ad er, lame de tisserand, 1. pecfen. Nom. 172. 

Laezaff clunaiihare pourrait venir du lai. lactare pris dans le 
sens du composé delectare, cf. v. fr. deliher, A kd^re attirer, séduire, 
leurrer, se rattachent les mots hret. lezenner trompeur, charlatan , 
Aviel 1819, IV, khi, pédant, pindariseur, Dict. de du Rusquec, 
van. lehennour charlatan, patelin, saltimbanque, vendeur de mi- 
ihridate, lehannour triacleur. Chai, ms.; cf. lezcnni pindariser, par- 
ler ou écrire avec recherche, du Piusquec, lehennein frchariatan- 
nem Chai. ms. 

(Lagat), légat, (X'ii, Cb, \. J'rcill, van. id.; dim. pi. daoulaga- 
digou. Nom. 269. Quelquefois fém. : pel. Trég. ober lagad vihan, 
faire les yeux doux, peder lagad, quatre yeux, sobriquet de ceux 
qui portent lunettes; më div lagad div, mes deux yeux. Lagaden 
if yar, œil-de-perdrix, durillon, ibid. 

Loguenn, voir Bev. celt., XI, 367. 

Lam, il enlève, Cb, v. heritaig; lem, il tire, P 7, o3. 

Lamp, lampr, lampe. Nom. i(36, lamb, Cb, v. pistin, lampr, 
Pel. 

Lampr, glissant, C ;//j«o«/? gludonncc , douar lamp egulspecq tr limon 
glueux^i, Nom. 2.53 , cf. lamper. glisser, à iVIontbéliard (Contejean, 



f;U)SS\ll!K MUYKN-BUKrUN. i>79 

Gluan. du paloiis de M. , 1876). Le mot Inmpcl, sauter, Ibrl usité en 
ïié{{uier, cf. (J. B. 1. I, 80, i(>8, et <|m paraît flans la devise 
(le Le Briffant sur la lour de Babel, ahaim a lampas rr c'est d'ici 
([ue (le celtique) s'est (Uaucé^-», semble provenir d'un nie'lauge des 
deux mois moy.-brel. lamet, sauter, et lampnijf *lmnpajj\ glisser 
(car il n'y a guère moyen d'idenfiller phonétiquement lamel et 
lampet, Chrestom. , ^93). La confusion (|ue je suppose était faci- 
litée par le fait (jue le subst. d'oiigine celtique lain, comme 
son synonyme français r-saut^-", signiliait aussi frchuteTi, sens bien 
voisin de celui de cr glissade ^1. (If. lexenqjle du Lexique roman de 
Havnouard, Eu ot prec lain e p'c, fj'en pris giissad(> et contu- 
sion". Lamperrien, sauterelles, Mo., -iii, cf. lamerik, id. (sing. ), 
Almau. de 1877, p. /i5. 

Lauc, lance, ('laii, moyen; rimes auk et ans. Le P. Vlaun. donne 
lanc ou /fmcç ff occasion 11, ce (jui indique bien une double pronon- 
ciation. Kaout lie lank, trouver l'occasion, le moyen, rime ank, 
Peng. ,11, i63; lançaJJ', vomir, Uinmdur, vomissement. Nom. 2 Go; 
vu lanro croug (gibier de potence), 827, laner ar groucg, houé'd 
ar groucg r reste de gibet, reste de corde «, Gr. 

Une expression de même sens, gaing nu chaçr hoc an b\r\iny 
(proie des chiens et des corbeaux). Nom. 3:>8, uuî l'ait penser 
que le bret. moy. gnign, terme de mépris, gaign, caign trcha- 
l'Ogne, corps d'un animal mort et corrompu iî, (ii'. , vient du 
fr. gain, gagner, v. fr. gaaigne, gagne, gain, profil, buiin, gal- 
gnart violent, pillard, voleur,- cf. le dérivé vn. gaingnaouaër, an 
hemj a eid et tam trun patelin, qui suit les lopins, 1. parasitus, 
gnatho, assecla mensarunv». Nom. 3 a 8. 

Langager, parleur, i\b,^.comp)i;langagermat, bien emparh;, 
Cb , V. locamr; langager bras, grand parleur, v. guer, jangler; lan- 
guager bras, Ce; van. langageour, discoureur, l'A., -ger, promet- 
teur, raconteur. Chai, ms; langageal, cauHev, bavarder, Voy. misl., 
i5, discourir Chai. ms. — Langouret, languissant, C/», v. 
goej'ajf; languissus, id., Voy. mist., 9; languissamant langueur, 
Introd. 25, cf. ar gonvertissamant la conversion 3/i, v. fr. languis- 
sement , convertissement. 

Lann, voir Cliresi. 2i(), 1/16. Lan-dregiier Tréguier(la ville), 
Treguer (le diocèse) Gr. , auj. Landréger et Trégcr (le pays). I^e 
premier de ces mots est francisf' eu Lanlriquet, lisez Lantriquer 
(rime à reveller), dans la Farce du Franc Arcliier de Baignolel 
( Viollet-Leduc, Ajicien ihéâtre français , Paris i8f)/i, 11,332). 

Lai\o, lanv, lanve:, lluv, van. lan, larv, G r. ;/(*///« \(un. 22/1 , 
tanà, m. Gon., déri\é (\q Iran lânas, [)lein, cf. /;o//r/c//», haute 



380 É. ERNALLT. 

marJe, Gr. ; gall. llanw, llanwed, m. plënilude, llu\, coiniq. 
lamves, abondance, cf. Bev. celt. XI, 89. Voir marner. 

Lapideur, {5. id., 1. lapidalor, CA, v. men. 

Lapons treut, oiseau maigre, ou che'tif inseclo, t. d'injure, Mm/s. , 
180, hihoucc, oiseau, Cb, v. r'maff; -once, pi. et, dim. -ic, Aoin. 
36; laboticetaer, oiseleur, 176, -aër, 817, Iréc. Japons, ver blanc, 
en pet. Trég. insecte nuisible, en ge'néral; à Plouncrin, oiseau, 
dim. pi. lapotizidigou. G. B. 1., I. 176. Du lat. Jocusta; et', anglo- 
sax. lopust, locusta. Le bret. a encore la labiale dans Inbistren.. 
petit congre ou anguille de mer, Pel., fr pimperneau, 1. anguilla?^. 
Nom. /i3, cf. anglo-sax. lopystre, angl. lobster; il présente la gut- 
turale dans kohestr. bomard, Pel., kguestr, Gr. , corniq. legast, 
gall. JIrgest, cf. fr. langousle. En gail. Ilabirst = lapons et llabijs- 
tnjn = labistren, désignent un liomme maigre et élancé. Sur r = 
st, cf. Rev. celt., XI, 355. 

Un autre nom de Toiseau, d'origine gerujanicjue, peut se 
trouver dans le dér'w é falaonëta ffchercber les oiseaux dans les 
toits de glé, pendant rbyver^i, et aussi t: perdre son temps à des 
])agatellesn, (ir. , -éta, aller à la cbasse aux oiseaux, -étaer, oise- 
leur, Gon., cf. nngï.fowl? 

Lard, la graisse, le gias, Cb; largoûer, lardoire, 1. larda- 
rium; vn crocq-qnkrj , pe largcger frun croc, un lardoire. Nom. 
i63. — Largcat, élargir, 1. amplifico; larguentez, accroisse- 
ment, Cb, x.fonrnissaff'. 

LvTAiî, liuinidilé, Gr. , m. id., brouillard, Gon., -i, devenir 
liumide, lalarus, bumidc, Gr. , cf. v. gall. latharanc, fangeux; irl. 
laiîhirt, gl.crapula, dérivé de laith, bière, v. -bret. foi, gl. crupu- 
iam (i. e. ciapulam), corni(]. lad, liqueur, gall. llad, cf. lat. latex 
(Stokes); v.-irl. latluich, marais (gaul. Are-late?); gall. llaiili, 
bumide, bret. leiz. Un t breton peut, dans certaines conditions, 
lépondre à un lh gall., cf. hnytout, n'être pas bien, Gr. , gall. 
cJnvitho; c'Innpell, silllet, Gr. , pet. Trég. c'honislell, f^i\\\. chivi/t lie II; 
ou à un th irl., voir rettr. 

Lauarher, on dira (et non tou dirait-^), H 720 (cf. Et. brcL, 
Mi, 77)- 

Lazer, meurtrier, Gft, v. munlrajf, auj. id, 

LÉAC'H, liach, f. pieire monumentale, Gon.^ liach, liali, pi. 
ou, Pel., V. irl. lia, gt'U. liac , cf. !jr(^c Xaiy^, différent de lec'ii , 
lac'h, id. en baul Léon, Pel., gall. llech, v. irl. lecc, pieiie plate 
= 1. plama, grec -arXa^ (Slokes)? \!. d'Arbois de Jubainville a 



GLOSSAIRE JIOYKN-BHETON. 381 

expli(|ué ic {[aiil. [fundus) Liccoleucus par r blanc de pierres n, 
Bev. ceh., XI, 170. 

(Leal), lealentes rfiablete, loyauté^, Cb, Y. ftziiajf. Leal, 
loyal, Chai, ms, v. procéder; un deen neal , un homme de probité, 
neahet, probité, Chai. ms. Celte dissimilalion du premier / en n 
a lieu aussi en dehors du vannelais; cl". Rev.celt., Vil, 38; eneal, 
vraiment, P. Derrien, Knnoucn var eur bèlevad...^ dernièi'e str. ; 
neal, Bev. de Bret. et de Vendée, 1873, p. 288. Elle a lait croire à 
rcxistence d'un mot alia, certes, Pel., Gon., dans l'expression né 
alia, non certes (je n'irai j)as), (îon., Dict. fr.-hr., ne-a-lia, Pel., 
ne-alia, non certes (vous ne mourrez pas), ah. Ilenry, Gènes, 
Quimperlé, 1869, III, h, c'est-à-dire néalia, ah bien oui! (iro- 
niquement), de en leal ia. Je verrais également ce mot 7iéal dans 
710 chall, traduit « impossible! w, Barz. Br. 937 (La ceinture de 
noces). 

Une autre dissimilation se montre dans le bas-van. lèr, em- 
ployé [Bev. celt., VII, i8i) où les autres dialectes mettraient, 
comme nous l'avons vu, eleal et néal, en vérité, ma foi (en com- 
mençant une réponse); cl", ho eleel, Peng. , I, 5o; elleel, ()G. 

A neal de leal, on peut comparer moy.-hr. nignelenn, ligne- 
lenn, ligneul; van. Nomelcc en Surzur = Locinellec, en i/i53; 
namel , namein , ôter, de léinel; pet. ïrég. lémen, ôter; lézen, laisser, 
delciten, tenir, gelvcn, appeler, de Iczel, etc. (voir licel); à lèr de 
leel , leal (cl", corniq. Ici), pet. Trég. ruakelat, bercer, de luskellat, 
et peut-être van. gourhamble, gourmand, l'A., gourhambl, Gr. , 
du fr. goule ample, cf. goule, m., pi. -leu, goulier, l'A.? 

Lech, lieu, m.: diren alech deguile, Cms; a lech de guile, Cb, 
V. iechet; a lech arall, d'ailleurs, Cms; ez lech, 1. localiter, Cb; 
leach, Cb, v. calch, canaf. Lech rime avec la 1'"" syll. de ma quacc, 
J 98, V. 9 , = leach et ma ch{aç). On trouve de même la 1"' syll. 
de neclio, il chagrinera, rimant en ac'^, Am. v.givacha, = neacho; 
celle de seacho, il séchera, P 269, avec an hiech, le haut, léon. 
ann neach et ar chreach; cf. creach, en haut, peleach, où, leach, 
lieu, neach, peine, p. 3, i et 5 de Sainte-Nonne [Bev. celt., VIII, 
93o, 93/1); \éon. peleac h, leach, neach, seach, sec. 

(îe changement d'f en ea sous l'influence d'un ch suivant n'a 
pas lieu en trécorois, où l'on dit kroech, lech, nech, zéch. Seu- 
lement, dans certains mots, il y a une variante trécoroise en 
ach : pelec'h et plach, où;cliouech, six, Iriouach, dix-huit; èrtwwe et 
bannach, une goutte (moy.-hr. bannech); divrac'h, les hras, .lac. 
97, rime ach; cf. bret. moy. ozcch et ozach, houîme, mari 
[ozach, ozœch, ozeach, Gr.); mod. marc halle et murchallach, lieu 
du marché, (Jr. 

La diphtongaison de ech en each |)arait ('gaiement élrang«'re 



382 É. ER.NAULT. 

au vannetais, bien qu'on ait cru parfois l\ apercevoir (/^fo. ceU., 
1, 92, 98; V, 125; VII, 172). En effet :" 

1" L'ancien son ech devient en vannetais cli et non oah : béh, 
fardeau, déh, hier, huéh, six, téh, fuite, TA., Gr. = moy.-br. 
hech, dech, hnech, tech , le'on. heach, deach, choueach, teach. 

Quelques exceptious apparentes peuvent s'e\pli(|uer par des 
compromis analogiques, comme ofieah, mari, plur. eheah, Gr. , 
cf. sing. oheh et olinh, Gr. ; meneah, moines, Livr bugalé Mari, 
Reunes, 1881, p. 22, 6/1; cf. meneh et menah, id., Gr. 

2° Les (h vannetais venant de eih, ith, etc., moy.-br. et le'on. 
ez, iz, eiz, ne donnent pas lieu non plus à des variantes en eah : 
lék, un pis, méli, honte , gunéh , froment, bréh, tacheté', bariolé, 
néli, nid, l'A,, Gr. = le'on. tez, mez, guiniz, briz, neiz, etc. 

Le langage de Sarzeau, qui a une pie'dih^ction spe'ciale pour 
les diphtongues ya (= m) et ye, Rev. celt., III, 5o-52, n'aurait 
pas manqué de développer une tendance vannetaise à changer 
eh en eah, si elle eut existé; or on dit dans ce sous-dialecte ^u- 
néch, ketech, aussitôt = A-e/jliî, chuéc'h, fatigué =skuiz, léch, lieu, 
etc., Bev. celt., III, 233. Il y a h'ien piah ou pieh liau, combien 
de lieues, ibid. b-2; mais si piah, pieh, combien, est identique 
au le'on. pez, quel, il a pu lacilement subir l'inlluence de piet, 
forme régulière (\e pet, combien. Je doute aussi qu'on soit obligé 
d'admettre le changement de ech en each, même à Sarzeau, à 
cause des mots de ce pays aniach, celui-là, ibid., 69, 282 (cor- 
nouaillais hnnach, van. henêh, l'A., henneh, Gr.), et gueah, fois, 
ibid., /19, variante de guéch, 233; car il y a une diphtongue 
dans le vieux gallois hinnoid = aniach (cf. v. grall. henoid, celte 
nuit = van. hineah), et dans le gall. givailh, fois = gueah, le'on. 
gueach, de *guaeth, par métal hèse. 

3° C'est la métathèse de ae en m, (|ui expli(|ui' les formes 
\annetaises ayant each; cette mélathèse existe aussi en Léon, 
elle avait déjà commencé en moy.-br. 

Ainsi le haut-vannetais liah, lait [Rev. celt., VII, 17 a), leah, 
(TA., Livr bug. M.. ()o, etc.) ne vient pas du bas-vannetais lèh 
{lœh, l'A.), mais coi-respond au léon. leai, de laez, du lat. hict-; 
c'est ce qui fait (|ue ce mot est traité différemment de leh, lieu. 
Même distinction entre le van. seah, foudre = léon. séaz flèche, 
moy.-bret. saez, du lat. sagilta [ci'. saKyou, rayons du soleil, (Jr.) 
et 1(1 van. séh, sec, de siccus. La diphtongue de leach, lieu, 
seac'h, sec, est purement léonaise. 

On peut citer encore van. <]uéah, cliei', léon. Leaz, moy.-br. 
quaez, captif, chél'iï; fraheiti , vaincre, léon. feaza, moy.-hv. J'aeza/J 
<'\ jfs nomhrenx dérivés en -rrih, -yach ---■ nioy.-br(>t. -acx . -e: , 



GLOSSAIliK MOYb'N-KKKTO^. 383 

leon. -et, bien que ia variaule -eai ne semble pas s'èln; déve- 
ioppe'e dans les mots le'onais correspondants : van. madeleak, Ijonté, 
tiegueah, me'nage, hireah, vit' de'sir, regret == rnoy.-bret. Iiiraez, 
impatience, leon. hirrez, ennui, (îr. , gall. himeth; van. mnlioh, 
merveille = *meulaez, et", gall. caii-moliaelh , recommandation. 

Le van. marhndoureoh , marcbandisc, pronve que le moy.-bret. 
marchadourvz vient de * mercator-acla ; compare/, à Carpenloracte 
et à rirl. mirpleoracht , art de conduire les chars, le van. cahée- 
reah, charpenterie, 1 A., etc. Le môme suffixe se trouve dans 
rinfînitiCvannetais /^«rm/«, voler, moy.-bret. lazrez, tre'c. lucres; cf. 
\an. grateak, promctti'e, marhaicah, marchander, l'A., moy.-bret. 
marheguez, chevaucher, gall. marchogaeih , comique mnvogeth, id. 
Le rapport est le même, en moy.-bret., entre buanecat et huane- 
gaez, buaneguez, courroucer, qu'en vannetais entre brehatât, em- 
brasser, Gr. , et hrêliateah , l'A., cl', doh hum crehaleali, Voy. mist., 
i5b; voir diiigaez et taer. 

Devant une consonne autre que ch, la mëtathèse de ne en m 
se montre en moy.-bret.; elle devient fre'quente en le'onais mo- 
derne ^ mais seulement dans les cas où ae est ancien. 

Exemples, en bret. mov. : vaen, vean, ven, vain; veanhat, de- 
venir vain; Inese^in, leasenn, lesen, loi; ael, ange, (lathell, aS, etc. , 
eal, i\ (p. 6, str. 16), Cathell, i3; aer et hear, he'ritier; maes et 
mens, champ, emeas, dehors, Cathell, S'y; maezur et meazur, 
nourrir; haclec et healeuc, prêtre, cf. bialêg. à Sarzeau; Rev. celt., 
III, 56; Vin, 3t; leon. eal, meaz, etc.; nous avons parle' plus 
haut de leaz, lait = laez, gall. Uaith, etc. 

Lorsque ae est une modification relativement re'cente de az 
devant une consonne, cette diphtongue ne subit pas de me'ta- 
thèse : le'on. aer, serpent, laer, voleur, inipalaer, empereur, daerou, 
larmes, etc. = moy.-bret. azr, lazr, empalazr, dazroii; le'on. kaer, 
beau, moy.-bret. cazr, landis c[ue léon. kear, ville = moy.-bret. 
kaer. lia prononciation ae pour az devant consonne avait com- 
mencé déjà en bret. moy. , puisqu'on trouve dans Sainte-Nonne 
l'orthographe mixlcac^, dans caezraj", cae:ret, cf. caezr, aezr, laezr. 
impalaezr, dans les A^omc/ow, et moy.-bret. mozrep, moezreb, tante; 
lozîi, loezn, bête, pi. loeznet, C/>, fol. xi, v°. 

Le léon. heal, manche de charrue, Gr. = moy.-bret. haezl, 
montre que ce mot haezl n'est pas dans le même cas que caezr 
= cazr, v.-br. cadr (léon. kaer) et ne vient point de ^fiadl, mais 
de ^haedl = *sagetl-, cf. grec ê^érlr]- 

Le vannetais et les autres dialectes préfèrent, en gcMiéral, con- 
tracter les deux voyelles en ae en e, au lieu de les transposer 
comme le léonais. Ges contractions se présentent aussi en breton 



384 É. ERNAULT. 

moyen, comme nous l'avons vu; elles peuvent n avoir pas de 
variante connue, pour cette pe'riode de la langue, et alors le 
le'onais moderne nous donne de précieux indices d'une pronon- 
ciation ante'rieure à celle que représentent les documents du 
breton moyen. Ainsi le léon. dvean, draen, épine, est mieux con- 
servé que ie bi'eton moyen drcn (gall. dracn); cf. léon. mean, 
maen. pierre, moy.-Lret. mean, men, v.-bret. main. — Voir qtiea, 
nef. 

Lec'h, léon. léacli, m. rachitis, Gon., leach, maladie des reins, 
Pel., pet. Trég. droug è'I Ucli, cl", corniq. léauch, fièvre. 

Lécuiyd, leacliijd, van. léliyd, vase, limon, Veclujdecg, van. léij- 
decq, lieu plein de vase, Gr. ; Icchid, m. sédiment, vase, lie, 
Gon.; leidec, leindec, pi. leidegui, vase de la mer. Chai, tus; war 
aliwhid, sur le rivage, Peng. VI, 18 1; pet. Trég, Whi, muci- 
lage, matière gluante; gall. Uaid, m., et liai, proprement crdé- 
pôt77, même racine que /ec7i, lieu, allem. lagcr, couche, etc., et 
que le Ir. lie, d'orig. celt, [Keltoroman. , 66). Le tréc. lèet, (eau) 
trouble, Rev. celt., IV, 160, vient probablement d(^ *leiet. 

{Lejjf'j : Iciiajf, crier, Cb, v. garni. 

Lein, dîner, subst. , Cb, v. hyr; leiiiiaJJ', inf, , v. coan. Pet. Trég. 
obcr ze ne ket eul lein débet, c'est plus dilfîcihî à faire que de 
manger son dîner (plus fort que déjouer au bouchon). 

Leizyaff, mouiller, Cb , v. deltajf; leïz, humide, leizder, moi- 
leur, Nom. 2.33; voir latar. 

Lencr, glissant, C, cf. Une, Pel.; link, linkr, Gon.; lingue, (lait) 
qui file, l'A? Le Cb a rtrisclus, g. lincable, decourable, 1. labilis'i; 
ce fr. lincable lappelle le gascon lingua, glisser, Mém. des Anti- 
quaires de France, 187/1, p. 83. Sur le gall. llithrig, voir lintr. 
Lenc-r peut ètie distinct de Une, et avoir même origine que ie 
bret. moy. lencqu-er-nenn , ver intestinal, mod. stlàon, petites an- 
guilles de mer, Pel., allcm. schlange, etc., I\ev. celt., VII, 1/16. 
Lencquernenn Q?>i eou\^i\v6 au lai. lumbricus, Beitr.àe lîezzenberger, 
1890, p. 257. En pet. ïré{>. liqaùn, lisse, glissant, et lesle, dé- 
gourdi (cf. Rev. celt., IV, p. 161), vient de *li7ic-ant. 

Lenn, couverture de lit, pi. ou, Gi'. , voc. corniq. len, gl. 
sagum, gall. llén, f. voile, rideau, v.-irl. lenn, f. manteau, gaul. 
linna. 

Lenn, il lit, Cb , v. dotrenal. — Lenlilus ((|ui a des taches au 
visage), Cb, v. taig. 

Lès, f. hanche, Gr. , lez, Gon.; Vespos, Gr. , lézpoz, lézpocli, 
Gon. qui a une hanche plus haute que l'autre, pel. Trég. poz- 



GLOSSAIRE MOYEN-BKETON. 38.") 

lésl , comj)oso (\(\ poiie:, poids, cf. cornicj. pôs rc tcidscurh agasclùn^ 
friioavilv liiivc ye llii-owii your liaiinclni. V.-irl. less, ici., cl", slias- 
sil, cuisso, gall. ysllijs, côlé, liane. 

[Lcsquijf, brûlei"), loquijf, C/>, v. km. 

Lestr, I'. : vu lesir beguec, e deffe vr hcrr hir, 1. naiiis rostrata, 
ffiiaiiire begue^, Nom. iAq; m. : à iicza (à la tablo). 

Lctter, iilière, Cb, v. doen; pi. you, Nom. 39 1. 

Leunhat a greun, remplir do grains, Cb, Icunajf, id. , \. farsajf, 
part, leunet, v. scmjllaf; lui), a biihez, plein de vie, v. beuajf, lun 
Intr. 2; leun merit, plein de me'rite, Trnj. Jacob, 192; leiinidigoez , 
fournissement, 1. amplicitas, Ce, y. fournlssaff. Voir lano. 

LiBOMCQ, ])1. -igiied, emoulcur, van. Gr. , bibonig, limonig, 
emouleur, alîîleur, l'A., voir ailéhucin. Celte alternance de b et m 
parait indit|ner un v plus ancien, cf. gall. llifaid, aiguisé. C'est 
ainsi (jue le iréc. libous, liboust, viscosité == bret. mov. limoes et 
liiioes, mousse d'eau et d'arbres. Cf. br.'l. moy. giiiujlier, écureuil 
(== lat. viverra), moà. guyufher et guyber, van. guinver, Gr. ; bn- 
bou:, m., bave, Gon., divabouz, bavette, Gr., (h\*bavouz, baveux, 
du liaut-bret. bavoux, van. baoûs, Gr. , leah hàouss, lait qui file, 
l'A.; cet adjectif a supplanté le nom bajf, van. bao, bail, bave, 
Gr., comme dans mormouz, m. morve des olievaux, Gon., pet. 
Trég. mormons, de mormons, morvous, morfns, monts, van. mnrous, 
(cheval) luorveux, Gr. , du h. -bret. morvoux (morf, morv, morm, 
morve, Gr. , van. tnorouz, id., Gr.); pet. Trég. uinrhal, rêver, de 
huvreal, hunvreal; lalmeta, tâtonner = moy. -br. pal/uata; kalmiclial, 
travailler le bois, de kalviziat; a Gurunhuel dimoéchkel, ailes, de 
diveskel, etc., xo'iv moni, tamouesen. 

Licel, linceul, Cb, v. bcz; Iréc. ninsel, pi. niùseyo, draps de lit, 
cf. niscl, Hisloariou, 85, 8G, pi. niiicedlou, Chimig., 2, voir kal. 
— Licher (gourmand, débauché), Cb, \. glout; llchizry rc lécheriez, 
x.gasl; lichezraff fr déliter n (être sensuel), v. dclicius. — Lign, 
lignage; a lingn cz lingn, de lignée en lignée, Cb, v. enguhen- 
tajf; Ijnag, lignage, v. gêner. 

Lin, m. pus, Gr. , l'A., v. loiif); Un. Gon., gall. llynoryn, pus- 
tule, v.-irl. dolinim, couler, Z-, ^i3."); cï. br. .moy. b'mi, étang, 
grec Xifjivrj, etc. 

LiNTu, lisse, poli, luisant, (ir., Unir, luisant, lifilra, reluire, 
en parlant des corps polis, unis, Gon., Unira Gr. , Uîilri, Barz. 
Br. 5o, comique lerlcntri/ id., gnll. Ullhro. glisser, cL llelhr, pente, 
Uathr, poli, hiisani, llcili , Ihjtb, aplati, l]as(iue, mou, cf. lai. len- 
lus. allem. gcUnd? 



386 É. ERTNAUIiT. 

Lifoa, couleur, m. : sue a daou — , Cb, don — Cr,- Vwu, C/>, 
V. guisquadur; lieu, v. nien: lyeu^ v. rnsec. 

Liqueur, g. id., Cb, v. scuyilaff, auj. id. , du IV. 
Liiifrk (lait) doux, Cms, v. beurag. 

Lyzei\ B i5i* ne veut pas dire tr missives, mais tr Ecriture 
sainte-ii; cf. J 9o5; e lizer semble signifier ^sa religion, ses 
devoirs (religieux)'^, P 269, voir griz. — Loc, cellule, monas- 
tère, lieu consacre, dans Locmellec, i/i55, Chvestom.^ 217, v.-br. 
loc, i65, mod. lôk, lôg, loch^ ï. loge, petite hutte, petite cellule, 
Gon., du 1. locus; lôgel, f. pi. -Jlou, logette, Gon., pet. Tre'g. , 
lôfré'l, logol, petite parcelle de terre, galL llogell, 1". cabinet, 
tiroir, v. gali. locell, gl. l'erculum, corniq. logell, logol, boîte, 
coffre, du 1. locellus. 

Iiocli, étang, marais, Cartul. de Quiniper, xiv" siècle, CItrestom., 
2 17, v.-br. luh, 167, mod. loch, Pel.,gall. Ihvch, corniq. /o:voir 
clogoren. 

Locman. D. Le Pelletier dit, s. v. lomari, qu'il a iu loummau, 
pilote, dans un dictionnaire de 1682, imprime' à Morlaix. Ce 
dictionnaire doit être le Nomenclator, qui porte, en effet, loûman , 
pilote, p. 169. Cf. Rev. celt., XI, 354. 

Loezn, bêle, Ce, v. troat; pi. loeznet, Cb, v. tropell^ lozênet, Cb, 
Ce, \. lazr; loeznedus, abondant en bêtes. Ce, v. aneual {pinuizic 
n loeznet, Cb). 

Lofr (pourceau) ladre, Nom, 3/i, pi. an lofryen, les lépreux, 
128; laour, 1 syil., lèpre, Traj. Moyses, 208, laournes, 2 syll., 
id., 281, lofrnez, Nom. 268. 

Log, il loge, Cb, y. herberchyaff; logeycc, logis, v. castell, logeis 
D 178; logeïs, logement. Nom. i3o, logeris, Voy. mist., kt. 

Logotaer, synonyme de razimell (souricière), Cb. 

{Lom). Loiim, goutte (de pluie), Nom. 221. 

Lontru, llatlerie, cajolerie, Gr., Pel., en pet. Trég. id., et 
vanité, luxe; lorchan, flatter; van. iorh, épouvante, effroi, l'A., 
Gr., Pel. Ces deux sens peuvent provenir de l'idée de frapper; 
cf. lorchennou ries bras dune charrette^, Pel., comique lorch, 
bâton, irl. lorg? 

Loirncc, autruche, C, loiriiç:, pi. ed , id., stomocq lolruçzecq, 
estomac d'autruche, Gr. Le Nomeiul. donne autrulg, p. ii, sans 
agglutination de Tarticle français; cf. pi. aiitmchel , Inir. h. Autres 
exemples de ce ])bénoniène : limaich et imaich, image, Gr. ; lus- 



(;i.()ssAii!K movk\-iîiu:to\. 387 

siéir, luiissicr, TA., huclier, (îr, (ou rouc.hi Utssiery, le.slel, dévidoir. 
Nom. 1 ()(), iiioy.-l)i'. esl<iU;anloss(>nu, Tossec, l.sentina, Nom. i,')i, 
al lorzéan, ossec, siMitini;, Gr. , al loséô, m., Gon., al louséo du 
Rusquec; pot. Treg'. Inûs, ans(; (d'un seau, otc). Dans lenel, les 
(juairc-leiiips, à Ylorlaix, ailleurs enei, Pel., 17 pi'ovient, je sup- 
pose, d<' Toxpressioii ar zul euerL le mardi-jjras. Je ne sais com- 
ment expliquer lais-lusen, le premier lait que donne la vache, 
Pel., léaz'lusén, Gon., en re|>-ard do lœt vsen r|;iit caillé, lait 
preniiei'i:i, I. colostrum, lac riovum, Nom. ()5, léaz nzen du Rus- 
quec, ni losqualen, losquaL chardon, diloscalein tf eschardonner^i, 
Chai, ms, à côté de hoscalen, etc. ibid. 

[Lotiazr, auge), laouvr an ioas , {.pislrinmu, Ch; laouezr en inas, 
Ce. 

[Louenan). Laouennanicq , roitelet. Nom. Ai. 

(Loujf). Louferich, diloufericq, petit chien de demoiselle. Nom. 
3i, cf. Troude, Dict. hret.-fr.; fos da liurell ami louydiguez ff fosse 
pour mettre ordures, CJ>. 

LoiNKZ, lonnech, rOjijnon, loënenii , longe, Gr. , léhéneenn, TA., 
lonech, lounech, lonez, f. , lunach, m., rein, Gon., pi. pet. Trég. 
loeinezi; cf. corniq. lo7iath, dérivé du v.-fr. loffne =^ longe (angl. 
loin). 

Lourd, vilain, (rustre), adj., Cb, v. labourer, du i'v. lourd. 

Lousder, ordure, V,b , v.neltat, non pureté, v. purajf, immon- 
dicité, V. soillajf; lousdet, saleté, D 28 ; vu. louçc r taisons, Nom. 33. 

Luchedaff, resplendir, Ce, v. gueleuiff; luchodenn, éclair, C, 
pi. luhet, Gb, V. cnrun; Injfel, N 877; luet, liichct, Nom. 922; 
pet. Trég. lulieden, pi. luhet, Inhedeno, éclair, et aussi juron; van. 
luhédecnn, pi. luhélt, charbon dans le froment, luhédétl, (blé) 
charbonné, TA., de *lucc-; luguerni, luire, Cb, v. sclaerhat; -y, 
Ce, y.sterenn; luguernn, il brille, Cb, \.ezn; luguernus, brillant, 
V. brandon, de* lue- = lat. lucere; voir clogoren et liifr. 

Le doublet hihel — luffel, qui rappelle ail. lachen, rire=angl. 
laugh (pron. là/), existe encore aujourcriiui : léon. lucliedenn, 
éclair, à Lanrodec lûvëdënn, à Laniscat lavadenn; cf. moy.-br. pa- 
Itifiat, préparer le chanvre, léon. pahœhat, Lanr. palevat, Lanisc, 
Trévorec, Ole. palivat; moy.-br. uliel, haut, et ii/vel, .1 17^ /;, tréc. 
ueliel, Lanisc. uoel, van. ihuel, Rev. ccll., 111, 235. 

Inversenient, clt vient de /'dans aûnach à Lnnnobert, annaf h 
Trévérec, orvot, moy.-br. analf, Rev. cell., V, 218; eolch oA colo , 
paille, Nom. 67, moy.-bi-. {gii''tii>)i;'<d<]f. Les deux sons se monli'onl 
simullanémonl. /( -\- r dans Ciulekiirnn , Garlid. de Quimporh'. 



388 É. ERNAULT. 

de Vuhimius, Chrestom., 210, d'où Goulfenn, Cms et Gonlchenn, 
Ce, saint Goulven (= Goulven, Gouklien, Gnulyen, Golvin, Gr.), 
ei v-\- h dans moy.-br. guivfher, guifher, e'curcuil, d'où moy.-br. 
guicher, mod. gwic'her et van. giiinver == 1. viverra. 

L'aflinité de/ et ch se manifeste aussi par des rimes comme 
celles de lech avec la première syllabe de cleuas, B i3i, 7; kneck 
avec )ieu[ez^, 3 00, 2 ; deseiieteu a\ecclih[Hy), à vous, pour dech-uy, 
201, bref et cref avec dih(uz), lisez dihuy, 217, aujourd'hui d'ech- 
oni, cf. f/pc/i, J 126/», dcoch huy, N 782 ; les rimes de cf et eu==^ev 
sont le'<{itimes, cf. cref — teu — 7ieu(ez), B 220. Joseph rime en ecli, 
Jac. 118, Mo. 226; cojfen oc h, Ricou i3o, etc. 

M. Rhys sépare de lucere le gall. Uitched, éclairs, etc., qu'il rat- 
tache à Uucliio, lancer [The Hibbert Lectures, i88(5, p. Bg). 

Luduec, foyer, \. focus, Cb,\. tan. 

LuFR, éclat, splendeur, brillant, Gr. , m. Gon., gall. Ueiifer, 
m., V. gall. louber; composé comme 1. luci-fcr, mais avec une 
première racine leu, d'où gueleuif, briller, etc., qui ne peut être 
la même que celle de lucere; voir Juchedajf. M. Rhys a rapproché 
leu des noms mythiques, gall. Lieu, Llcw, irl. ÏMg, gaul. Lugu- 
[Hibbert I^eet. , hoS, A09, ^29). 

LusQu'. Eina ar lusqu «il est prest à partirai, Chai, ms, s. v. 
prest, point, pied; lusque, m., tendance, l'A., SuppL; tentative; 
lussque, répétition, essai, impulsion, l'A.; reit lusq d'hou caloneu 
tréma en man = sursum corda , Officeu, (i 1 , rein lusq dliur halon . . . 
Irema en Nean, élever notre cœur vers le ciel, Voy. mist. to == lus- 
quein him ineaneu tréma en nean, 8t, cf. Imitation, 3; lusquein, 
tenter, répéter, essayer, tâcher; lussquein, s'efforcer, commencer 
(à se mettre à l'œuvre); Imsquemant, m., pi. eu, effort, impul- 
sion, l'A. (cf. s. V. habitude); lusquein, commencer sans finir, lus- 
quét ouen en heent, je m'étois mis en chemin. Chai., Dict. br.-fr. 
Le pluriel du premier de ces mots vannetais est lusqueu, aspira- 
tions pieuses, oraisons jaculatoires, Pedenneu aveit santefiein en 
deuéh. Vannes, 1869, p. 106; il est identicpie au vieux-breton 
uscou, gl. oscdla. 

Lustr (luslre) : a muy lustr, plus luisant. Cb, v. nobl; du fr. 



Ernault. 



{A suivre.) 



OBSERVATIONS 



SUR 



L'HISTOIRE DES LANGUES SIBÉRIENNES. 



I 

M. Augiislc Ahlqvist, le regretté professeur d'Helsingfors , a 
publié en 1871 une importante étude sur les Knltunvoiin- dans 
les langues finnoises occidentales^. Cet ouvrage, avec celui que 
M. Villielm Tliomscn, notre savant confrère de Copenhague, 
consacrait dès 1869 aux influences germaniques sur les langues 
finnoises-, a contribué plus que tout autre à établir sur des bases 
scientifiques Thisfoire des emprunts que les populations tchoudes 
ont été amenées, dans le cours des siècles, à faire aux civilisa- 
tions voisines; depuis, les investigations des pbilologues sur un 
terrain si vaste ne se sont point ralenties, et chaque année pour 
ainsi dire a vu paraître des travaux considérables sur la forma- 
tion et le développement des dialectes ougro-finnois; récemment 
M. Vilhelm Thomsen, poursuivant ses recherches, consacrait aux 
rapports des langues finnoises avec le letto-liluanien et à leurs 
emprunts réciproques une étude qui est un véritable monument, 
non seulement par ses dimensions imposantes, mais surtout par 
la rigueur et la précision minutieuse de la méthode^. 

En même temps que les observations de M. Thomsen venaient 

' De vestfinska sprnkens hallarord, Helsingfors, 1871. — Los pTSonnes 
peu familiarisées avec la langue suéiloise pourront consulter l'édition allemande 
de 1875 (Helsingfors), qui contient du reste des additions importantes. 

- Den golisle Sprogiclasses Indjiijdehe paa den finske, Copenhague, 1869. — 
Une traduction allemande, due à M. E. Sievers, a paru à Halle, en 1870, 
sous ce titre : Ueber den Einjlusz der germanischen Sprachen auf die fiiinisch- 
lappischen. 

^ Beroringer mellem de finske og de hcdtiske (lilauisk-lelliske) Sprog , Copen- 
hague, 1890. — 11 est juste de signaler, ainsi que Ta fait l'auteur dans son 
introduction (p. 10), un article que noire confrère, j\). 0. Donner, avait déjà 
publié sur le même sujet, en 188/1, dans Ylnlenmtinnale Zeitschrift de Terhmer 
(l,p. 5>57-97i). 

MKM. r,l^o. — VII. 26 



390 F. GEO. MÔHL. 

éclairer d'un jour si lumineux les premiers échanges et les anti- 
ques relations des peuples finnois avec les Indo-Européens do la 
Baltique, M. Ahlqvist, complétant de son côté son premier tra- 
vail, nous transportait à l'extrémité opposée du domaine ougro- 
finnois. Dans un article publié en tête du huitième fîiscicule du 
Journal de la Société Finno-Ougriemie^, l'éminent philologue étu- 
die, au moyen de la linguistique, l'histoire de la civilisation 
chez les Ougriens de la région de l'Ob-. Cet article s'adresse 
avant tout à la philologie ougro-finnoise : néanmoins ces recher- 
ches m'ont paru d'une portée plus large, autant par les aperçus 
tout à l'ait nouveaux qui méritent d'en être dégagés que par les 
nombreuses observations de détail que l'article suggère, même 
chez un lecteur quelque peu profane en ces matières. C'est à ce 
titre uniquement que j'ai pris sur moi d'en entretenir la Société 
de linguistique. 

Il est toujours intéressant en effet de suivre, chez des peuples 
d'une culture peu avancée, le développement régulier et métho- 
dique d'une civilisation que les contacts étrangers perfectionnent 
peu à peu. Lorsque cette œuvre de civilisation s'accomplit à des 
époques historiquement connues et que nous en pouvons suivre 
avec quelque certitude les progrès, la philologie trouve ordinai- 
l'ement dans cette observation des enseignements précieux, tout 
un ensemble de principes qu'elle peut ensuite sans témérité trans- 
porter dans le passé le plus lointain. Non seulement cette étude 
nous montre, dans leur pleine activité, les moyens divers em- 
ployés par fesprit humain pour exprimer des idées nouvelles; elle 
nous fait voir en outre dans quelles conditions les langues peuvent 
échanger entre elles leurs mots et leurs locutions. Car les em- 
prunts ont leurs lois, moins inflexibles assurément, plus flottantes 
(|ue celles de la phonétique, mais non moins complexes; les mots 
ne s'empruntent point au hasard; les peuples primitifs n'accueil- 
lent qu'avec prudence les termes étrangers, pas plus qu'ils n'ac- 
ceptent les veux fermés les objets nouveaux que leur proposent 



' Suomalain-u^rilaisen Seiiran Aihahanshirja, VIII, |). 1-29, Helsingfors, 
i8go. Duns nos citations, nous indiquerons toujours la pa|i[e Pt, s'il y a lieu, 
le numéro correspondant aux listes contenues dans cet article. L'article es! 
daté du mois de mai i8??9; ce sont sans doute les dernières pages qui soient 
sorties de la phinie de l'auteur. Quelques mois plus lard, la mort enlevait à la 
Finlande un poète délicat, et à la science l'un des fondateurs de la philologie 
ougro-finnoise. 

^ Le nom de ce fleuve est, en russe, 06b; il faut donc transcrire Oh et non 
Ohy on Obi. Nous nous efforcerons, dans le cours de cet arliclc, de transcrire 
autant que possible les noms géographiques d'après l'orthographe officielle de ces 
noms en langue russe. Le lecteur aura seulement à tenir compte <le la conven- 
tion : M = russe 10; s = russe c et 2 = russe 3. Ainsi nous écrirons Ymimi d'a- 
près Ennccii; Zivyane d'après SnpnnuH'b, etc. 



HISTOIRE DKS LANGUES SIBERIENNES. 391 

tfles hommes du deliorsn. 11 semble que la défiance naturelle 
qu'ils manifcslent d'ai)ord à Te'gard de tout article d'importation 
ajjisse également sur les noms de ces objets; l'étymologie popu- 
laire s'exerce volontiers sur eux et les déforme; ou bien le terme 
propre ne satisfoit point la conscience vulgaire qui lui substitue 
une dénomination parfois sensiblement difï'érente; il y a enfin 
des mots (jui, proposés à telle époque par telle langue h telle 
autre, se montreront absolument réfraclaiies à un emprunt, en 
vertu de causes parfaitement déterminables. 

Pour en citer tout de suite un exemple, voici le verre que les 
Russes font connaître, sans doute par un intermédiaire finnois, 
aux peuples de TOb M ic ;r verrez, en russe, se dit steklô; les lan- 
gues ougriennes se trouvèrent fort embarrassées devant ces groupes 
de consonnes tout à fait étrangers à leur phonétique et refusèrent 
l'adoption à steklô; le ff verre 'i fut nommé rfla pierre précieuses, 
tinyn-keu; mais cette expression elle-même n'est manifestement, 
ce me semble, que la traduction littérale du russe dragoccnnyj kâ- 
menî. Dans la suite, comme les mots russes se présentaient toujours 
plus nombreux, il fallut bien se lésoudre à les prononcer tant 
bien que mal et à leur faire une place dans la langue courante. 
Mais ici encore le langage fit preuve de cette admirable logique 
qui le caractérise, et partout la phonétique ougrienne se montre 
parfaitement conséquente avec elle-même dans le traitement 
qu'elle fit subir à tous ces mots d'emprunt. Ainsi, il y eut des 
groupes de consonnes auxquels les organes ougriens finirent à la 
longue par se plier, mais il en est d'autres dont ils ne purent ja- 
mais venir à bout et pour lesquels il fallut recourir à une série 
de compromis toujours très régulièrement appliqués -. C'est à 
cette époque c[ue le russe steklô, dans son dérivé stakànû tr verre à 
boire se présenta une seconde fois aux langues de l'Ob : celte 
fois le mot fut reçu, grâce à une voyelle prothétique, et il fait 
aujourd'hui partie du vocabulaire ougrien sous la forme astakav. 
Comme, depuis plusieurs siècles, les mots russes ne cessent 
de les envahir, ces langues se trouvent aujourd'hui parfaitement 
outillées pour les bien accueillir, et, loin de les éviter comme jadis, 
elles semblent désormais les rechercher et les affectionner au 
point de préférer parfois la désignation étrangère au terme indi-. 
gène. 

' L'absence d'un ferma spécial si}][nifiant Kvprre?^ proirvc que cette mafière- 
est d'importation récente, du moins parmi les tribus oujjriennes du Noi'd; d'autre 
part, tes Tatares ne paraissent pas avoir jamais apporté du veri'e sur les mar- 
cbés de i'Oural. Nous pensons donc que' le \Qvve. leur est venu de l\ussie, par 
l'intermédiaire des Permiens, vraisemblablement au xiv* siècle. 

- C'est ainsi que les Slaves sont arrivés sans trop de difficultés à articuler le 
/ germanique ou le <p {jrec, tandis que le b et le S- n'ont jamais trouvé dans 
leur boitcbe que dos représentants assez inexacts. 

a6. 



392 F. OKO. MOIIL. 

(^est d'ailleurs la marche iuihilufdle que suivent les langues. 
Elles se familiarisent très vile avec les sons et les construclions 
d'origine étrangère, et nous les voyons souvent abandonner pour 
des mois d'em})runls jusqu'aux termes les plus usuels du voca- 
bulaire national; le dictionnaire magyare contient plus de mots 
slaves c[ue d'èle'ments ougriens, et les grands e'crivains ottomans 
semblent mettre leur recherche à proscrire de leurs e'crits tous les 
mots turcs : de là, à notre point de vue du moins, la supériorité 
du djagalay ou du turc de Kazan sur la littérature osmanlite. 

Mais n'oublions pas que les choses se passent bien dilférem- 
ment dans l'origine. Il me semble par exemple c|ue personne n'a 
mieux dépeint que Kraszewski dans Starn Poiviesc l'instinctive 
défiance avec laquelle les Slaves durent accueillir les premières 
importations germaniques, et j'imagine que les Grecs ne se com- 
portèrent pas autrement lorsque, pour la première fois, ils en- 
tendirent parler une langue sémitique. Mais qui jamais retrou- 
vera, sous les sons du grec historique, les Iraces de ces emprunts 
des âges légendaires? Que de dillîcullés d(;jà dans l'établissement 
des emprunts archaï(iues du latin aux dialectes helléniques \ et 
condjien elles sont rares, ces heureuses inspirations de la ])hilo- 
logie qui ramènent /?7ter« à SiÇiSépot. [Mém., I. VI, p. a) ou qui 
idonlifienl/rtM^î/s avec (pwvrf [Ihid., I. VI, p. aBj! 

Ce sont des considérations de ce genre que suggère, presque 
à chaque ligne, l'article de M. Ahlqvist, et peut-être faut-il re- 
gretter que l'auteur n'ait pas ciu devoir les dégager lui-mèm(! 
de l'exposé des faits. Nous allons essayer de formuler ici ces con- 
clusions; mais il nous faut avant tout réclamer l'indulgence du 
lecteur pour les détails quelque peu minutieux dans lesquels le 
sujet nous force à entrer tout d'aliord. 

L'auteur finnois, s'adressant à des spécialistes, n'a pas eu be- 
soin de présenter à ses lecteurs les populations qu'il étudiait; 
mais, pour prêter à ces éludes une portée plus générale, il est 
indispensable de donner auparavant certaines indications géo- 
graphiques et historiques sur ce rameau important de la race 
ougrienue. Les Oujjriens de l'Ob se divisent en deux peuples 
dislincls, différant pai-fois sensiblement l'un de l'autre en raison 
des territoires si divers cju'ils occupent, et parlant chacun une 
langue spéciale : au nord les Ostyaques, plus au sud les Vo- 
goules. Les premiers habilent en liurope les extrémités orien- 



' 11 en esl un peu de ces primilifs onipnints comme îles premiers lermes d'o- 
rigine savante introduits dans noire roman vul|fairo : tel noire mot siècle , d'une 
pliysionomie si élranjfe avec sa voyelle brisée et sa gutturale intacte (Bons l'ut li 
siècles al lens ancienor, Alexis, I, i , en regard par exemple de Tesp. siglii). 



HISTOIRE DES LANGUES SlBÉlUEMNES. 393 

laies (les {jouvernemeiils (rAïklianjjelsk et de Volojjda , et couvieiil 
en Asie la plus ;>raude partie de ia province de Tobolsk; les se- 
conds sont répandus le long de l'Oural asiatique, depuis les con- 
lins des «jouvernemenis de Vologda et de Penn jusque vers les 
Hnshkires et les Tatares ouralieiis. 

Ce n'est guère du reste que depuis (|uelques anne'es que ces 
peuples commencent à èlre connus d'une laçon (juelqué peu sa- 
tisfaisante. Les études de Wiedemann, d'Anderson, de Hunlalvy ', 
(rAhl([vist, de Donner, de Budenz, nous ont donné sur leurs 
langues les premières notions véritaldement scient ifK|ues, et, 
tout récemment, le D' Bernard Munkacsy, envoyé chez les Vo- 
goules par l'Académie magyare des sciences, a rapporté en Eu- 
rope une coUeclion de documents dont la richesse a dépassé 
toutes les espérances''. Le savant magyare a trouvé là-bas, pa- 
laît-il, une littérature poétique des plus considérables; c'est à 
cette littérature que se rapportent les fameux poèmes consignés 
par Béguly et que d'aucuns avaient accueillis avec un sce])licisme 
que justifiait l'impossibilité où l'on était de les traduire. IVL Mun- 
kacsy a non seulement corrigé et expliqué sur place les textes de 
Réguly, mais il a pu v joindre quantité de pièces nouvelles, 
hymnes, invocations aux divinités des eaux, chants cosmo- 
goniques, épisodes épiques, poèmes mythi(|ue3^, labiés, proverbes 
et formules magiques. On peut juger, par cette énuméralion, 
de la place importante que la poésie vogoule va désormais 
occuper parmi les littératures ougro-finnoises, et fout porte à 
croire que la philologie et la linguistique trouveront également 
leur compte dans l'étude approfondie de ces documents. Qu'il 
nous suffise de constater ici, avec une légitime satisfaclion, que 
ces recherches détruisent un |)réjugé encore assez généralement 
répandu en Europe et qui fait volontiers considérer les peuples 
du nord de la Sibérie comme des façons de sauvages qui ne mé- 

' Cl', ttunfulvy, A vrtgul Jdld es n^ , iSG/i. — four rostpquc, il iui.it iivani 
lout citer Aliicjvist , Z)/e Sprache der Nord-Osljahm , Helsinj^flbrs, 1880. On 
trouvera également des indicalions précieuses sur le vojjoiilc-oslyaque dans Budenz, 
Uehcr die VerzweipjUng der vgrkchen Spraclien (Dezttmb. Beilr. , IV, 19'J sqq. ). 
Je ne parle pas, bien entendu, des œuvres tout à l'ail capilales de Caslrén. 

- Malheureusement je n'ai pas encore entendu dii'e que la relation do M. Mun- 
Icâcsv ait paru dans Tune des langues de l'Kuropc occidenlale, ce que le monde 
savant ne peut qu'appeler de Ions ses vœux. 

■■' Une mention spéciale doit èlre accoi-dée ;iux nombreux poèmes consacrés 
à l'ours. Cet animal occupe, dans la poésie des peuples de l'extrême Nord, à 
peu près la même place que le cheval chez les primitifs Indo- Européens (cl". ïaç- 
vamedha indien, l'idée attachée à la «tète de cheval» dans les cérémonies védi- 
ques, le radical hno- dans l'onomaUdogie helléni([ue, elc). Chez les Nogoules, 
l'ours est devenu une sorte de personnalité mylliiqne; il est d'origine divine, on 
décrit sa venue du ciel sur la terre, et les poèmes qui réglemenleni son culte ou 
racontent ses exploits forment un vcrilahle njcle do I'ouvk. 



39A F. GEO. MOHL. 

ritent pas de fixer notre inte'rêt plus que les ours ou les loups, 
comme disait Voltaire à propos du moyen âge, 

Espiirons aussi que M. Munkacsy aura pu de'terminer avec exac- 
titude les rc'gions où domine actuellement la langue vogoule; car, 
comme toutes les populations allogènes (nHopoAqn) de la Russie, 
les Vogoiiles et les Oslyaques disparaissent rapidement devant la 
colonisation russe, abandonnant pou à peu de vastes contre'es où 
jadis ils étaient florissants. On sait, par exemple, qu'autrefois 
les Vogoules et les Ostyaques occupaient un territoire beaucoup 
plus conside'rable qu'aujourd'hui : depuis les Samoyèdes et lex- 
trême Nord jusqu'aux premières dépressions de l'Oural vers la 
mer Caspienne et le lac d'Aral, depuis la Petchora et la Kania 
jusqu'à Ifrlysh et jusqu'aux aflluents occidentaux du Yénisey, 
on était en pays ougrien. Aujourd'hui, sauf du côté du nord, ces 
limites ont été fort entamées, tant par l'élément slave que par 
l'élément tatare (cf. Ahlqvist, p. 8), l'immense bassin de l'Ob 
jusqu'à Tobolsk restant néanmoins le centre de ces tribus aux- 
quelles on peut, pour cette raison, conserver le nom à'Ougriens 
de VOh. 

L'importance de cette situation géographique n'échappera à 
personne. La possession des deux versants de l'OuraP principale- 
ment place ces populations dans des conditions toutes spéciales 
qu'il convient d'examiner avec une particulière attention. Si l'on 
relève sur la carte les routes naturelles qui mènent de Russie en 
Sibérie à travers l'Oural, on constate que presque toutes fran- 
chissent la chaîne dans les régions actuellement ou autrefois 
occupées par les Vogoules ou les Ostyaques : ainsi toutes les 
invasions, toutes les caravanes qui se sont rendues par l'Ou- 
ral soit d'Orient en Occident, soit d'Occident en Orient, ont 
pu laisser chez les Ougriens quelque chose de leur civilisation 
propre. 

Il y a, précisément dans cette partie du poxjas européo-asiatique 
qu'on appelle l'Oural Ostyaque, une série compliquée de massifs, 
les plus élevés et les plus épais de la chaîne : c'est la vallée du 
fleuve Shtchougor, profondément encaissée entre des sommets 
redoutables, tels que le i\e-Pouby-Our (Ïœl-Pos-Is), qui a 
1,689 iwt^lrcs d'altitude, et le Péti-Our, qui en a près de 1,000. 
Ce sont là des chiffres faits pour effrayer; néanmoins la divi- 
sion constante de la chame en un double rameau et sa disposi- 
tion en une série d'étages et de plans superposés rend l'ascension 
relativement aisée; une fois le Shtchougor franchi, la descente 
l'est plus encore, et ce sont des pentes assez douces qui, le long 

' Il est vrai que les Vojjonlcs ont aiijoiirtlMinl presque compièteniont abandoniiô 
11' versant européen. 



(le; la Zygva et de ia Zosva, afllueiits de TOb, conduisent dans 
les plaines sibe'rienncs. Aussi existe-l-il, dans toute cette ré- 
gion que la carte semble nous repre'seiiter tout d'abord comme 
(|uelque peu rébarbative, des passages nombreux et sans doute 
assez faciles; Tun d'eux, le long du Péti-Our, est assez régu- 
lièrement suivi par les caravanes, et il y a lieu de croire que 
ça (île aux époques lointaines l'une des routes ordinaires de ces 
grands mouvements de peuples dont témoigne l'ethnographie si- 
bérienne. 

Si l'on descend vers le sud, au-dessous des massifs du Koshem- 
Ls, du Tunder-Our et du Khourgaiy, on rencontre un second 
passage fréquenté qui longe le Pirs-You, sous-aiïluent de la 
Petcliora, pour aller rejoindre, sur l'autre versant, les sources 
de la Tol-Ya, dans le bassin de l'Ob, Ce passage forme à peu 
près la limite des Oslyaques dans l'Oural : au delà s'étend vers 
le sud l'Oural des Vogoules. Dès lors, à mesure qu'on s'avance 
vers le midi, les gorges et les passes deviennent plus nom- 
breuses^; du reste la chaîne, divisée en (jualre ou cinq rameaux 
parallèles, ne présente plus guère, à part le Déneshkin-Kamen 
et quelques autres sommets élevés, que des massifs de moyenne 
altitude, tandis que d'immenses plateaux, coupés de quelques ri- 
vières qui marquent la limite entre les Vogoules et les Ziryanes, 
en facilitent l'accès du côté de l'Europe. Un premier passage ser- 
j)ente le long de la Vishéra, à la hauteur de la ville de Tcherdyn, 
dans le gouvernement de Perni : il est manifeste que cette route 
a dû servir d'assez bonne heure à établir quelques relations entre 
les Vogoules-Ostyaques et les souverains de Perm et de Kazan '-. 
Plus bas, les sentiers escarpés, contournant le mont ïaganay, 
conduisent les caravanes de Zlatooust à Tobolsk, tandis qu'un 
passage fréquenté relie Yékatérinbourg aux sources de l'Iset et 
au bassin de l'Ob : c'est par ces passages que les Vogoules ont 
pu avoir leurs premiers rapports avec les Talares de la Russie 
méridionale, par exemple avec les Bashkires. 

L'histoire ne nous a malheureusement légué aucun document 
certain concernant les premi