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CRANN-CEUSAIDH CHRIOSD. 

LEIS AN URRAIHIAIN MACLABHliAINN. 



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GL0RYIN6 IN THE CROSS OF CHRIST. 



Bev. JOHN MACLAURIN. 



TEANSLATED BY DUGALD MACPHAIL. 



EDINBURGH : 

MACLACHLAN & STEWART, SOUÏH BRIDGE. 

1877. 



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MEMOIRES 

DE LA 

SOCIÉTÉ DE LINGUISTIQUE 

DE PARIS 



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MÉMOIRES 

(de la j 



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SOCIETE DE LINGUISTIQUE 



DE PARIS 



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t. p,/^/ypf^/^^7 } 



TOME NEUVIExME 




PARIS 
EMILE BOUILLON, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

G7, RUE DE rilCFIEUEU, 67 

1896 



Digitized by the Internet Archive 

in 2010 with funding from 

University of Ottawa 



http://www.archive.org/details/mmoiresling09soci 



LISTE DES MEMBRES 

DE 

LA SOCIÉTÉ DE LINGUISTIQUE DE PARIS 

AU 20 DÉCEMBRE 1896 



MM. 



MEMBRES DONATEURS 
MM. ASCOLI, PRINCE Alexandre BIBESCO, f James JACKSON'. 

LISTE DES MEMBRES PERPÉTUELS. 



AsCOLI. 

Rarbelenet. 

Baudouin de Courtenay. 

Berger. 

Bibesco (le prince). 

Bonnardot. 

Bréal. 

COLINET. 

Cousin. 

Delaire. 

Derenbourg. 

Dur.\nd-Gréville. 

Ernault. 

Gonnet. 

Guimet. 

Haverfield. 

Havet. 

Henry. 

Hériot-Bunoust (l'abbé). 

Joret. 

Kirste. 

Laborde (le marquis de). 

Laray. 

Lecocq. 

Léger. 

Meillet. 



MM. Melon. 

Meyer (Paul). 

Oltramare. 

Paris. 

Parmentier (le général). 

Passy. 

Penafiel. 

Rhys. 

Roger. 

Rolland. 

Rosapelly. 

SACLEux(le R. P.). 

Sayce. 

schlumberger. 

sébillot. 

Senart. 

Sénéchal. 

Storm. 

SUDRE. 

Tegner. 

Tholozan. 

Thomsen. 

VoGLÉ (le marquis de). 

\VlLBOIS. 
\VlMMER. 

Le Brilish Muséum. 



LISTE GENERALE. 



MM. 



ABBADiE(Antoine-T/;o»!Sor«D'), membre de l'Institut (Académie des Sciences), 

120, rue du Bac, Paris. — Membre de la Société depuis l'origine et son 

premier président. 
Abeille (D' Lucien), Casilla del Correo, 1162, Buenos-Aires (République 

Argentine). — Élu membre de la Société le 23 mai 1891. 
Adam (Lucien), président de Chambre à la Cour d'appel. Rennes (Ille-et- 

Vilaine). — Élu membre de la Sociélé le 7 février 1885, 



_ vj — 

Alexandrowski (Alexandre), licencié es lettres, 94, boulevard de Port- 
Royal, Paris. — Élu membre de la Société le 28 mai 1892. 

Aniart (Jules), agrégé de l'Université, professeur de rhétorique au lycée, 
48, rue du Petit-Versailles, Saint-Pierre (Martinique). — Élu membre de 
la Société le 7 mars 1885. 

Arbois de Jubainville (Ma?'?e-Henry d'), membre de l'Institut (Académie des 
inscriptions et belles-lettres), professeur de langues et littératures celti- 
ques au Collège de France, directeur de la Revue celtique, 84, boulevard 
Montparnasse, Paris. — Membre de la Société en 1867 ; vice-président en 

1881 et 1882; président en 1883. 

Arrô (Alessandro), professeur, 7, via Baille, Cagliari (Sardaigne). — Élu 
membre de la Société le 18 janvier 1896. 

AscoLi(Graziadio /.), associé étranger de l'Institut de France (Académie des 
inscriptions et belles-lettres), sénateur du royaume d'Italie, professeur 
à l'Institut royal. Milan (Italie). — Élu membre de la Société le 22 juillet 
1876 ; membre perpétuel. 

AuDOLiN (E.), maître de conférences à la Faculté des lettres, 14, rue Saint- 
Cybard, Poitiers (Vienne). — Élu membre de la Société le 23 février 
1889. 

AvMONiER (Le commandant VAienne-François), directeur de l'École Colo- 
niale, 46, rue du Général Foy, Paris. — Élu membre de la Société 
le 4 février 1882 ; vice-président de 1892 à 1895. 

Badareû (Le Prof. Alexandre), ancien élève de l'École pratique des hautes 

études, 36, strada Pecurarï, Jassy (Roumanie). — Élu membre de la 

Société le 26 avril 1884. 
Bailly (Anatole), correspondant de l'Institut (Académie des inscriptions et 

belles-lettres), professeur honoraire de l'Université, 91, rue Bannier, 

Orléans (Loiret). — Admis dans la Société en 1868. 
Baize (Louis), professeur au lycée Condorcet, 28, rue du Luxembourg, 

Paris. — Élu membre de la Société le 22 janvier 1881 ; bibliothécaire de 

1882 à 1888. 

Barbelenet (Daniel), agrégé de l'Université, professeur au Lycée, Laon 
(Aisne). — Élu membre de la Société le 17 décembre 1892; bibliothécaire 
en 1893; membre perpétuel. 

Barbier de Meynard, membre de l'Institut (Académie des inscriptions et 
belles-lettres), professeur au Collège de France et à l'École spéciale des 
langues orientales vivantes, 18, boulevard de Magenta, Paris. — Membre 
de la Société depuis le 2 février 1884. 

Baron (Charles), maître de conférences à la Faculté des lettres, Clermont- 
Ferrand (Puy-de-Dôme). — Élu membre de la Société le 22 janvier 1887. 

Barth (Auguste), membre de l'Institut (Académie des inscriptions et belles- 
lettres), 6, rue du A'ieux-Colombier, Paris. — Élu membre de la Société 
le 10 mars 1873. 

Barthélémy (Adrien), drogman-chancelier du Consulat général de France, 
Alep (Syrie). — Élu membre de la Société le 16 février 1884. 

Basset (René), directeur de l'École supérieure des Lettres, rAgha49, rueMi- 
chelet, Alger-Mustapha (Algérie). — Élu membre de laSociélé le 2 juin 1888. 

Baudisch (Julius), docteur en philosophie, 111,2, Radetzkystrasse, 2, Vienne 
(Autriche). — Élu membre de la Société le 3 décembre 1892. 

Baudouin de Courtenav (.1.), membre de l'Académie des Sciences, 13, rue 



— vij ~ 

Radziwill, Cracovie ^Autriche). — Élu membre de la Société le 3 décembre 
1881 ; membre perpétuel. 
Bauer (Alfred), 17, rue Tournefort, Paris. — Élu membre de la Société le 

9 janvier 1875. 
Baunack (Johannes), docteur en philosophie, 32, Hospitalstrasse, Leipzig 

(Saxe). — Élu membre de la Société le 26 juin 1880. 
Beuame (Alexandre), professeur-adjoint de langue et littérature anglaises 

à la Faculté des lettres, 29, rue de Condé, Paris. — Membre de la 

Société en 1867. 
BENLœw (Louis), ancien doyen de faculté, 48, rue Copernic, Paris. — Membre 

de la Société depuis 1868. 
Berger (Philippe), membre de l'Institut (Académie des inscriptions et 

belles-lettres), professeur au Collège de France, 3, quai Voltaire, Paris. 

— Élu membre de la Société le l'='' juin 1872 ; trésorier depuis le 

11 avril 1874 jusqu'au 31 décembre 1891 ; »vice-président en 1890 et 

en 1891; président en 1892; membre perpétuel. 
Bezso.nov (Pierre), professeur à l'Université, Kharkov (Russie). — Élu 

membre de la Société le 23 novembre 1878. 
Bianu (Le professeur Jean), bibliothécaire de l'Académie roumaine, 135, 

calea Victoriei, Bucarest (Roumanie). — Elu membre de la Société le 

3 mars 1883. 
BiBESco (Le prince Alexandre), 69, rue de Courcelles, Paris. — Élu membre 

de la Société le 6 juin 1874; vice-président en 1893, président en 1894; 

membre perpétuel. 
30. BiJVANCK (W. G. C), docteur es lettres, 37" Laarderweg, Hilversum, près 

Amsterdam (Pays-Bas). — Élu menibre de la Société le 28 décembre 1889. 
BiKÉLAS (D.), 4, rue de Babylone, Paris. — Élu membre de la Société le 5 

juillet 1884. 
Blanc (Alphonse), professeur au collège, Narbonne (Aude). — Élu membre 

de la Société le 20 février 1875. 
Blochet {Edgard-Gabriel- Joseph), élève diplômé de l'École des langues 

orientales, attaché à la Bibliothèque Nationale, 35, rue de l'Arbalète, 

Paris. — Élu membre de la Société le 30 juin 1894. 
Blonay (Godefroy de), élève de l'École pratique des hautes études, 23, rue 

Cassette, Paris. — Élu membre de la Société le 30 janvier 1892. 
BoiSACQ (Emile), chargé de cours à l'Université, 40, rue du Bourgmestre, 

Bruxelles (Belgique). — Élu membre de la Société le 13 février 1892. 
BoissiER (Ma)ne-Loui'!-Antome-GaiSton), secrétaire perpétuel de l'Académie 

française, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, pro- 
fesseur de littérature latine au Collège de France, maître de confé- 
rences à l'École normale supérieure, 23, quai Conti, Paris. — Menibre 

de la Société depuis le 8 mai 1869. 
BoNNARDOT (François), archiviste paléographe, sous-inspecteur du service 

des travaux historiques de la ville de Paris, 1, rue des Tournelles, 

Arcueil (Seine). — Admis dans la Société en 1868; vice-président de 1887 

à 1889 ; président en 1890 ; membre perpétuel. 
BossERT (A.), inspecteur général de l'Instruction publique, 51, rue d'Assas, 

Paris. — Élu membre de la Société le 2 décembre 1882. 
BouciiEHiE (Adhéniar), chef de bataillon en retraite, 16, place Saint-Pierre. 

Angoulème (Charente), — Élu membre de la Société le 12 mai 1883. 



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BouTRouE (Alexandre), 241, rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris. — Élu 
membre de la Société le 30 juin 1894 ; vice-président en 1896. 

Bovier-Lapierre, professeur honoraire de l'Université, 8, rue Garancière, 
Paris. — Trésenté pour être membre de la Société le 9 juin 1871 ; bibliothé- 
caire du 25 mai 1878 au 1" janvier 1879. 

BoYER (Paul), professeur de langue russe à l'École spéciale des langues 
orientales vivantes, 86, rue de l'Université, Paris. — Élu membre de la 
Société le 8 décembre 1888; trésorier de 1892 à 1894. 

Bréal {Wiche\-Jules-Al fred), membre de l'Institut (Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres), inspecteur général de l'enseignement supé- 
rieur, professeur de grammaire comparée au Collège de France, direc- 
teur d'études à l'École pratique des hautes études, 70, rue d'Assas, 
Paris. — Membre de la Société en 1867 ; secrétaire depuis 1868 ; 
membre perpétuel. 

Brun (Charles), agrégé de l'Université, 9, rue Blainville, Paris.— Élu membre 
de la Société le 16 décembre 1893. 

BuGGE (Sophus), professeur à l'Université, Christiania (Norvège). — Élu 
membre de la Société le 5 janvier 1878. 

Calloianu (Michel B. C), docteur es lettres, professeur au lycée, 30, maneu 
Brutaru, strada Fantanei, 14, Bucarest (Roumanie). — Élu membre de 
la Société le 8 mars 1879. 

Carnel (L'abbé), aumônier de l'Hôpital militaire, Lille (Nord). — Élu 
membre de la Société le 5 décembre 1891. 

Carrière (Auguste), directeur d'études pour les langues hébraïque, chal- 
daïque et syriaque à l'École pratique des hautes études, professeur de 
langue arménienne à l'École spéciale des langues orientales vivantes, 
35, rue de Lille, Paris. — Élu membre de la Société le 10 février 1873 ; 
vice-président en 1875 et 1876. 

Cart (Théophile), professeur au lycée Henri IV et à l'École des sciences 
politiques, 12, rue Soufflot, Paris. — Élu membre de la Société le 17 dé- 
cembre 1892 ; bibliothécaire depuis le 1" janvier 1894. 

Chabaneau (Camille), chargé du cours de langues romanes à la Faculté des 
lettres, Montpellier (Hérault). — Élu membre de la Société le 21 no- 
vembre 1868. 

Chabot (l'abbé J.-B.), 47, rue Claude-Bernard, Paris. — Élu membre de la 
Société le 23 février 1895. 

Charencey (C/iHrfe-Fe'/i'x-lIyacinthe Gouhier, comte de), membre du Con- 
seil général de l'Orne, 25, rue Barbel-de-Jouy, Paris. — Membre de la 
Société depuis l'origine et son premier secrétaire; bibliothécaire de 1868 
à 1873; vice-président en 1874, 1883 et 1884 ; président en 1885. 

Chilot (Narcisse), licencié es lettres, élève de l'École pratique des hautes 
études et de l'École des langues orientales vivantes, 24, rue de Paris, 
Villeneuve-Saint-Georges (Seine-et-Oise). — Élu membre de la Société le 
14 janvier 1893. 

CoLiNET (Ph.), professeur à l'Université, Louvain (Belgique). — Élu membre 
de la Société le 25 juin 1892; membre perpétuel. 

Comte (Charles), professeur au lycée Condercet, 83, boulevard jle la Reine, 
Versailles (Seine-et-Oise). — Élu membre de la Société le 4 février 1882. 

CoNROTTE (7o.?e/;/i-Edmond), docteur^en philosophie et lettres, professeur au 
séminaire, Bastogne (Belgique). — Élu membre de la Société le 5 déc. 1896, 



Cornu (Jules), professeur à l'Université, 9, Salmgasse, Prague (Bohême) 

— Elu membre de la Société le 19 juillet 1873. 

CoL'BRONNE (Louis), pTofcsseur au lycée, Nantes (Loire-Inférieure). — Élu 
membre de la Société le 25 janvier 1879. 

Cousin (Georges), maître de conférences à la Faculté des lettres, 59, boule- 
vard Stanislas, Nancy (Meurthe-et-Moselle). — Élu membre de la Société 
le 8 février 1890; membre perpétuel. 

CuNY (Albert), licencié es lettres, chez M""" Legrand, Sainl-Calais (Sarthe). 

— Élu membre de la Société le 9 mai 1891. 

David (René), ingénieur, 60, rue des Écoles, Paris. — Élu membre de la 
Société le 18 février 1882. 

David-Beguiantz (Sergius), élève de l'École pratique des hautes études, 51, 
rue Gay-Lussac, Paris. — Élu membre de la Société le 7 décembre 1895. 

Delaire (Alexis), 238, boulevard Saint-Germain, Paris. — Élu membre de la 
Société le 18 novembre 1876 ; membre perpétuel. 

Delaplane (A.), chef de bureau au Ministère des travaux publics, 244, boule- 
vard Saint-Germain, Paris.— Admis dans la Société en 1868. 

Delondre (Gustave), 16, rue Mouton-Duvernet, Paris. — Membre de la So- 
ciété en 1867. 

Delphin (Gaétan), directeur de la Médersa, Alger (Algérie). — Élu membre 
de la Société le 30 juin 1894. 

Derenbourg (Hartwig), professeur d'arabe littéral à l'École spéciale des 
langues orientales vivantes, directeur adjoint pour la langue arabe, 
l'islamisme et les religions de l'Arabie à l'École pratique des hautes études, 
professeur honoraire du Séminaire Israélite, 56, rue de la Victoire, Paris. 

— Membre de la Société depuis 1866; secrétaire adjoint de 1866 à 1868 ; 
membre perpétuel. 

DiANU (Jean .Y.), licencié es lettres, professeur au séminaire central, Bu- 
carest. — Élu membre de la Société le 7 février 1891. 

DiHiGO (D' Juan M.), professeur de littérature grecque à l'Université, La 
Havane (Cuba). — Élu membre de la Société le 15 décembre 1894. 

Donner (0.), professeur de sanscrit et grammaire comparée à l'Université, 
Helsingfors (Finlande). — Élu membre de la Société le 19 juin 1869. 

DoTTLN (Georges), maître de conférences à la Faculté des lettres, 6, rue de 
Belair, Rennes (lUe-et-Vilaine). — Élu membre de la Société le 6 dé- 
cembre 1884; bibliothécaire de 1888 à 1891. 

Durand-Gréville {Émi\e-Ahx),Hi, rue de Grenelle, Paris [de janvier à mars] 
et Bois-Briou, Angers (Maine-et-Loire) [d'avril à décembre]. — Élu mem- 
bre de la Société le l""' avril 1882 ; membre perpétuel. 

DuTENS (Alfred), 12, rue Clément-Marot, Paris. — Élu membre de la Société 
le 19 juillet 1879. 

DuvAL (Paul-Rubans), professeur de langue et de littérature araméennes 
au Collège de France, 11, rue de Sontay, Paris. — Élu membre de 
la Société le 18 février 1882 ; vice-président en 1885 ; président 
en 1886. 

DuvAU (Louis), maître de conférences de grammaire comparée à l'École 
pratique des hautes éludes, l'un des directeurs de la Revue de Philologie, 
de Littérature et d'Histoire anciennes, 22, quai de Béthune, Paris. — Elu 
membre de la Société le 6 décembre 1884; administrateur depuis le 
1" janvi(>r 1802, 



Kdon, professeur au lycée Henri IV, 21, rue de Vaugirard, Paris. — Élu 
membre de la Société le 29 mai 1880. 

Elliott (Richard-J.), professeur à Trinity collège, Melbourne (Australie). 
— Élu membre de la Société le 24 novembre 1888. 

Ernault (Émile-Jean-Marie), professeur à la Faculté des lettres, 2, rue 
Saint-Maixent, Poitiers (Vienne). — Élu membre de la Société le 18 dé- 
cembre 1875 ; administrateur de 1882 au 24 mai 1884 ; membre perpétuel. 

EsTLANDER (Karl-G.), professeur à l'Université, llelsingfors (Finlande). — 
Membre de la Société en 1867. 

Etienne (E.), professeur au lycée, chargé de cours à la Faculté des lettres 
de Nancy, 79, faubourg Saint-Sébastien, Maxeville, par Nancy (Meurthe- 
et-Moselle). — Élu membre de la Société le 6 décembre 1890. 

FAY(D"Ed\vin W.), professeur à Washington and Lee University, Lexington 

(Virginie, États-Unis). — Élu membre de la Société le l.ô décembre 189i. 
FÉCAMP (Albert), bibliothécaire de la Bibliothèque universitaire, 44, rue 

Pitot, Montpellier (Hérault). — Élu membre de la Société le 13 janvier 

1877. 
FiNOT (Louis), sous-bibliothécaire à la Bibliothèque nationale, maître de 

conférences de langue sanscrite à l'École pratique des hautes études, 49, 

rue Claude-Bernard, Paris. — Élu membre de la Société le 25 juin 1892; 

trésorier depuis le 1" janvier 1895. 
FoiRNiER (Albert), professeur à l'École supérieure des Lettres, 9, rue de 

Tanger, Alger. — Élu membre de la Société le 5 mai 1894. 

Gaidoz (Henri), directeur d'études pour les langues et littératures celtiques 
à l'École pratique des hautes études, professeur à l'École des sciences 
politiques, l'un des directeurs de la revue Mélusine, 22, rue Servandoni, 
Paris. — Membre de la Société en 1867 ; administrateur de 1870-1871 au 
27 janvier 1877 ; vice-président en 1879 et 1880; président en 1881. 

Gasc-Desfossés (Alfred), professeur au lycée Faidherbe, 5, square Jussieu, 
Lille (Nord). — Élu membre de la Société le 9 mars 1889. 

GiLLiÉRON (Jules), directeur adjoint pour les langues romanes à l'École 
pratique des hautes études, 2, place de la République, Levallois-Perret 
(Seine). — Élu membre de la Société le 28 avril 1877. 

GoDEFROY (Frédéric), 20, rue de l'Abbé-Grégoire, Paris. — Élu membre de la 
Société le 24 mai 1879. 

GoHiN (Ferdinand), professeur agrégé de l'Université, 8, rue de Carentan, 
Coutances (Manche). — ■ Élu membre de la Société le 30 janvier 1892. 

GoNNET (L'abbé), maison Sainte-Catherine, PÎcully (Rhône). — Élu membre 
de la Société le 12 juin 1875 ; membre perpétuel. 

Graffin (L'abbé R.), professeur à l'Institut catholique, 47, rue d'Assas, 
Paris. — Élu membre de la Société le 8 mars 1890. 

Grammont (Maurice), maître de conférences à la Faculté des lettres, Mont- 
pellier (Hérault). — Élu membre de la Société le 14 décembre 1889. 

Grandgent (Charles), professeur à l'Université de Harvard, Cambridge 
(Massachussets, États-Unis d'Amérique). — Élu membre de la Société le 
29 mai 1886. 

Granges (Ch. M. des), agrégé des lettres, professeur au Collège Stanislas, 
13, rue Le Verrier, Paris. — Élu membre de la Société le 22 novembre 
1890. 

Grasserie (Raoul DE la), juge au Tribunal, correspondant du Ministère de 



— ^J — 

l'inslruction publique, 4, rue de Bourbon, Rennes (Ille-et-Vilaine). — 

Élu membre de la Société le 14 mai 1887. 
Gréard (U.), membre de l'Académie française et de l'Académie des sciences 

morales et politiques, vice-recteur de l'Académie de Paris, à la Sorbonne. 

— Membre de la Société depuis le 14 décembre 1889. 
Grégoire (Antoine), docteur en philosophie et lettres, 40, rue des Wallons, 

Liège (Belgique). — Élu membre de la Société le 15 février 1896. 
GuiMET (Emile), place de la Miséricorde, Lyon (Rhône), et au Musée 

Guimet, avenue d'Iéna, Paris. — Élu membre de la Société le 22 janvier 

1881; membre perpétuel. 
GusTAFSsoN (Docteur Fridolf-F/rtf/im»-)) professeur de littérature latine à 

l'Université, 1, Andreeg, Ilelsingfors (Finlande). — Élu membre de la 

Société le 16 mai 1885. 

Halévv (Joseph), directeur adjoint pour les langues éthiopienne ethimya- 
rite et les langues touraniennes à l'École pratique des hautes études, 26, 
rue Aumaire, Paris. — Éki membre de la Société le 13 janvier 1872; vice- 
président en 1886 et 1887; président en 1888. 

Harlez (C. de), professeur à l'Université, Louvain (Belgique). — Élu 
membre de la Société le 18 novembre 1876. 

Hasdeïi {Bogda.n-Petriceicu), membre de l'Académie roumaine, de la So- 
ciété littéraire serbe, etc., professeur de philologie comparée à l'Uni- 
versité de Bucarest, directeur général des Archives royales, membre du 
Conseil supérieur de l'instruction publique, directeur de la revue Co- 
liimna lui Traïanû, rue Mihaïuvoda, Bucarest (Roumanie). — Élu 
membre de la Société le 4 février 1882. 

Hatzfeld (Adolphe), professeur au lycée Louis-le-Grand, ancien professeur à 
la Faculté des lettres de Grenoble, 7, rue de l'Odéon, Paris.— Élu membre 
de la Société le 1" février 1873. 

Uauvion, 40, rue des Écoles, Paris. — Élu membre de la Société le 
20 novembre 1886. 

Haverfield (F.), professeur à Christ-Church, Oxford (Grande-Bretagne). 
— Élu membre de la Société le 18 novembre 1882; membre perpétuel. 

Havet {Pierre- Antoine-Louis), membre de l'Institut (Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres), professeur de philologie latine au Collège de 
France, professeur de philologie latine à la Faculté des lettres, directeur 
d'études pour la philologie latine à l'École pratique des hautes études, 
5, avenue de l'Opéra, Paris. — Élu membre de la Société le 20 novembre 
1869; secrétaire adjoint de 1870 à 1882; membre perpétuel. 

Henry (Victor), professeur de sanscrit et de grammaire comparée à la 
Faculté des lettres, 42, rue de Paris, Orsay (Seine-et-Oise). — Élu 
membre de la Société le 22 janvier 1881 ; membre perpétuel. 

ilÉiuoT-BuNOUST (L'abbé Étienne-Engène-Louis), 27, rue d'Assas, Paris. — 
Élu membre de la Société le 19 novembre 1887; membre perpétuel. 

IIermann (Eduard), 25, Spitalgasse, Cobourg (Allemagne). — Élu membre 
de la Société le 3 décembre 1892. 
, iloi.HAN (Michel G.), vice-consul de Roumanie, 2, rue Saint-Léger, Genève 
Suisse). — Élu membre de la Société le l" décembre 189i. 

IIoi.i.eaux (Maurice), professeur à la Faculté des lettres, 9, quai de la Guil- 
lotière, Lyon (Rhône). — Élu membre de la Société le 30 avril 1892. 

Hlszar (D' Guillaume), professeur, chez M. B. Fisch, Ungvàr (Hongrie). — 
Élu membre de la Société le 2 mai 1896. 



— XIJ — 

Imbert, receveur de l'enregistrement et des domaines, Couiza(Aude). — Élu 

membre de la Société le 14 décembre 1889. 
Jedlicka (Jaromir), candid. prof., Vavrova tr., c. 25, I, Vinohrady, Prague 

(Bohême). — Élu membre de la Société le 19 décembre 1891. 
Job (Léon), docteur es lettres, professeur au lycée, 2, rue de la Hache, Nancy 

(Meurthe-et-Moselle). — Élu membre de la Société le 21 novembre 1885. 
JoRET (Charles), professeur à la Faculté des lettres, 5, rue Saint-Michel, 

Aix (Bouches-du-Rhône). — Élu membre de la Société le 10 janvier 1874 ; 

membre perpétuel. 

Kelle-r (Otto), professeur à l'Université, 2, Kreuzherrenplatz, Prague 
(Bohême). — Élu membre de la Société le 14 janvier 1893. 

Kern, professeur de sanscrit à l'Université, 41, Noordeinde, Leyde (Pays- 
Bas). — Élu membre de la Société le 15 mars 1873. 

Kirste {Ferdinand-Otto-ied.n), professeur de philologie orientale à l'Univer- 
sité, 2, Hafnerplatz, Graz (Styrie). — Élu membre de la Société le 7 
janvier 1872 ; membre perpétuel. 

KuGEiNER (M. -A.), docteur en philosophie et lettres, 5, rue des Carmes, 
Paris. — Élu membre de la Société le 19 décembre 1896. 



Laborde (Le marquis Joseph de), archiviste aux Archives nationales, 8, rue 
d'Anjou, Paris. — Élu membre de la Société le 29 décembre 1873 ; 
membre perpétuel. 

Lambert (Charles), maître de conférences à la Faculté des lettres, 7, rue 
de l'École de Droit, Dijon (Côte d'Or). — Élu membre de la Société le 
3 mai 1890. 

Lamouche (Le capitaine du génie), de l'état-major général, 18, rue Las- 
Cases, Paris. — Élu membre de la Société le 29 février 1896. 

Laray (Henri), capitaine d'infanterie de marine en retraite, 1, rue Sainte- 
Geneviève, Versailles (Seine-et-Oise). — Élu membre de la Société le 
31 mai 1890 ; membre perpétuel. 

Laurent, professeur au Collège Stanislas, 9, rue du Mont-Parnasse, Paris. 

— Élu membre de la Société le 14 avril 1883. 

Lecocq (Gustave), 7, rue du Nouveau-Siècle, Lille (Nordj. — Élu membre de 

la Société le 3 mai 1890; membre perpétuel. 
Le Foyer (Henri), 252, rue de Rivoli, Paris. — Élu membre de la Société le 

14 mai 1892. 
Léger {hom?,- Paul), professeur honoraire à l'École spéciale des langues 

orientales vivantes, professeur de langues et littératures slaves au Collège 

de France, professeur à l'École de guerre, 43, rue de Boulainvilliers, Paris. 

— Membre de la Société depuis l'origine, administrateur vice-président 
de 1866 à 1869, vice-président en 1880 et en 1881 ; président en 1882; 
membre perpétuel. 

Lejay (L'abbé Paul), professeur à l'Institut catholique, 119, rue du Cherche- 
Midi, Paris. — Élu membre de la Société le 17 mai 1890; vice président 
en 1896. 

Le Nestour (Paul), licencié es lettres, élève de l'École pratique des hautes 
études, 4, rue Flatters, Paris. — Élu membre de la Société le 18 janvier 
1896. 

Lévi (Sylvain), professeur de sanscrit au Collège de F'rance, directeur ad- 
joint pour la langue sanscrite à l'École pratique des hautes études, 9, 



— Ml] — 

rue Guy-de-Labrosse. Paris. — Élu membre de la Sociélé le 10 janvier 
188b; vice-président en 1891 et en 1892; président en 1893. 

LiÉTARD (Le docteur Alexandre), médecin inspecteur des eaux, correspon- 
dant de l'Académie de médecine, Plombières (Vosges). — Membre de la 
Société en 1867. 

LiNDSAY C\V.-M.), fellow of Jésus collège, Oxford (Grande-Bretagne). — Élu 
membre de la Société le 8 juin 1895. 

LoTH (Joseph), doyen de la Faculté des lettres, Rennes (Ille-et-Yilainej. — 
Élu membre de la Société le 25 mai 1878. 

Mallet (Dominique), agrégé de l'Université, membre de la mission fran- 
çaise, Le Caire (Egypte). — Élu membre de la Société le 1" décembre 
1894. 

Marissialx (Paul), agrégé de l'Université, professeur au lycée, Chàteauroux 
(Indre). — Élu membre de la Société le 1*' décembre 1894. 

Maspero (Camille-Charles-GaiS'lon), membre de l'Institut (Académie des 
inscriptions et belles-lettres), professeur de philologie et archéologie 
égyptiennes au Collège de France, directeur d'études pour la philologie 
et les antiquités égyptiennes à l'École pratique des hautes éludes, 24, 
avenue de l'Observatoire, Paris. — Membre de la Société en 1867; vice- 
président en 1877 et 1879 ; président en 1880. 

Massieu de Clerval, 113, boulevard de la Reine, Versailles (Seine-et-Oise). 
— Membre de la Société depuis 1867. 

Mathieu (E.), traducteur aux établissements Schneider, 126, route de 
Couches, au Creusot (Saône-et-Loire). — Élu membre de la Société le 
8 mars 1890. 

Meillet (Antoine), maître de conférences de grammaire comparée et de langue 
zende à l'École pratique des hautes études, 24, boulevard Saint-Michel, 
Paris. — Élu membre de la Société le 23 février 1889 ; membre perpétuel. 

MÉLÈSE (Albert), professeur agrégé de l'Université, 5, rue Corneille, 
Paris. — Élu membre de la Société le 8 mars 1889. 

Melon (Paul), 24, place Malesherbes, Paris. — Élu membre de la Société 
le 19 novembre 1870; membre perpétuel. 

Merwart (K.), docteur en philosophie, professeur à l'Académie Marie- 
Thérèse et au collège du II" arrondissement, II, Taborstrasse, 28, Vienne 
(Autriche). — Élu membre de la Société le 21 juin 1884. 

Meyer (Alphonse), professeur au lycée, 43, rue des Facultés, Bordeaux 
(Gironde). — Élu membre de la Société le 6 février 1875. 

Meyer {Marie-Va.\i\-Hyacinthe), membre de l'Institut (Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres), professeur de langues et littératures de l'Europe 
méridionale au Collège de France, directeur de l'École des Chartes, l'un 
des directeurs de la Romania, 16, avenue de Labourdonnais, Paris. — 
Membre de la Société en 1867; membre perpétuel. 

Michel (Charles), professeur à l'Université, 110, avenue d'Avroy, Liège 
(Belgique). — Élu membre de la Société le 16 février 1878. 

MoHL (B.-Jifi), lecteur à l'Université, professeur à la Cesko-slovanskà 
Akademie obchodni, I, konvitskà ulice, c. 24 a, Prague (Bohème). — Élu 
membre de la Société le 21 novembre 1885; administrateur en 1890 
et 1891. 

MoNSEUR, professeur à l'Université, Bruxelles (Belgique).— Élu membre de 
la Société le 9 janvier 1885. 



— XIV — 

MoNTAGUE, professeur à Amherst Collège, Amherst (Massachussets, États- 
Unis d'Amérique). — Élu membre de la Société le 30 novembre 1889. 

MoNTMiTONNET. — Élu membre de la Société le 2 décembre 1893. 

MoRTEVEiLLE (Slaulslas), 15, rue Vineuse, Paris. — Élu membre de la So- 
ciété le 11 janvier 1879. 

MowAT (Robert), chef d'escadrons d'artillerie en retraite, 10, rue des Feuil- 
lantines, Paris. — Membre de la Société depuis l'origine ; président en 1878. 

Oltramare (Paul), professeur à l'Université, 32, chemin du Nant, Servelte, 
Genève (Suisse). — Élu membre de la Société le 27 mai 1876 ; membre 
perpétuel. 

OsTHOFF (Hermann), professeur à l'Université, 25, Mônchhofstrasse, Hei- 
delberg (Grand-Duché de Bade). — Élu membre de la Société le 8 juin 1895. 

Paris {GaiSlon-Bruno-Pauhn), membre de l'Institut (Académie française et 
Académie des inscriptions et belles-lettres), professeur de langue et litté- 
rature françaises du moyen âge au Collège de France, administrateur du 
Collège de France, président honoraire et directeur d'études pour la 
philologie romane à l'École pratique des hautes études, l'un des directeurs 
de la Romania, Collège de France, Paris. — Membre de la Société en 1867 ; 
vice-président en 1869, en 1870-1871 et en 1872; président en 1873; 
membre perpétuel. 

Parmentier (Léon), professeur à l'Université, 47, rue Souverain-Pont, Liège 
(Belgique). — Élu membre de la Société le 5 décembre 1885. 

Parjientier (Le général de division Joseph-Charles-Théodore), président de 
l'Alliance française, 5, rue du Cirque, Paris ; et Malzeville (Meurthe-et- 
Moselle). — Élu membre de la Société le 17 mars 1883; membre perpétuel. 

Pascal (Ch.), professeur au lycée, Versailles (Seine-et-Oise). — Admis dans 
la Société en 1886. 

Passy (Paul), docteur es lettres, maître de conférences de phonétique géné- 
rale à l'École pratique des hautes études, 11,, rue de Fontenai, Bourg- 
la-Reine (Seine). — Élu membre de la Société le 17 décembre 1892; 
membre perpétuel. 

Pauli (Cari), docteur en philosophie, professeur au Lycée cantonal, 94, 
viale Carlo Cattaneo, Casa Monti, Lugano (Suisse). — Élu membre de la 
Société le 3 mars 1883. 

Penafiel (Docteur Antonio), professeur de médecine et de chirurgie à 
l'Université, directeur général du Bureau de statistique, Mexico (Mexique). 
— Élu membre de la Société le 11 mai 1889; membre perpétuel. 

Pernot (Hubert), licencié es lettres, répétiteur à l'École spéciale des 
langues orientales vivantes, 151 bis, rue Saint-Jacques, Paris. — Élu 
membre de la Société le 1"'' décembre 1894. 

PiERRET, conservateur du musée égyptien, au Louvre, Paris. — Était 
membre de la Société le 1"'' février 1870. 

Pognon (H.), consul de France, Alep (Syrie). — Élu membre de la Société 
le 16 février 1884. 

PoLiVKA (Jiri), professeur à l'Université, Prague (Bohême). — Élu membre 
de la Société le 25 juin 1892. 

PsiCHARi (.Jean), directeur adjoint pour la philologie byzantine à l'École 
pratique des hautes études, 77, rue Claude-Bernard, Paris. — Élu membre 
de la Société le 15 février 1884 ; administrateur de 1885 à 1889; président 
en 1896. 



Qlerry (Amédée), consul général de France en retraite, Ferry-keuï, Cons- 
tantinople (Turquie). — Élu membre de la Société le 1" décembre 1894. 

Raillard (Raoul), professeur au lycée Janson de Sailly, 37, rue de la Tour, 

Paris. — Élu membre de la Société le 22 juin 1895. 
Rambaud (le capitaine Jean-Baptiste-Jn<oi«e), professeur à l'École militaire 

de l'artillerie et du génie, 40, avenue de Saint-Cloud, Versailles (Seine- 

et-Oise). — Élu membre de la Société le 7 décembre 189.5. 
170. Reinach (Salomon), membre de l'Institut (Académie des inscriptions et 

belles-lettres), conservateur-adjoint des musées nationaux, 38, rue de 

Lisbonne, Paris. — Élu membre de la Société le 21 février 1880. 
Rhys (John), fellow de Jésus Collège, professeur de celtique à l'Université, 

87, Banbury road, Oxford (Grande-Bretagne). — Élu membre de la Société 

le 9 janvier 1875; membre perpétuel. 
Riabinin (Michel), Nadezhdinskaya, 12, Odessa (Russie). — Élu membre de 

la Société le 24 juin 1893. 
Roger (Maurice), professeur au lycée Carnot, 2, rue Barye, Paris. — Élu 

membre de la Société le 20 mars 1886; membre perpétuel. 
Rolland (Eugène), château deGranlmont, àAunay-sous-Auneau,par Auneau 

(Eure-et-Loir), et à Paris, 2, rue des Chantiers. — Admis dans la Société 

en 1868 ; membre perpétuel. 
Rosapelly (Le docteur), ancien interne des hôpitaux, 10, rue de Buci, 

Paris. — Élu membre de la Société le 27 mai 1876 ; membre perpétuel. 
Rousselot (L'abbé Pierre-Jea?i), docteur es lettres, 11, rue Littré, Paris. — 

Élu membre de la Société le 17 avril 1886; vice-président en 1894, pré- 
sident en 1895. 

Sabbathier (Paul), agrégé de l'Université, 15, rue du Cardinal-Lemoine, 
Paris. — Élu membre de la Société le 28 décembre 1889. 

Sacleux (Le R. P.), missionnaire apostolique à Zanzibar (Côte orientale 
d'Afrique, via Marseille). — Élu membre de la Société le 7 avril 1894; 
membre perpétuel. 

.Salnt-Djdier (Le baron de), 12, avenue de l'Aima, Paris. — Élu membre de 
la Société le 7 mars 1891. 
180. Sanchez Moguel (Antonio), membre de l'Académie royale d'histoire, pro- 
fesseur à l'Université, Madrid (Espagne). — Élu membre de la Société le 
5 février 1887. 

Sausslre (Ferdinand de), professeur à l'Université de Genève, Malagny- 
Versoix, près Genève (Suisse). — Élu membre de la Société le 13 mai 
1876; secrétaire-adjoint de 1883 à 1891. 

Sayce (Archibald-llenry), professeur à l'Université, Oxford (Grande-Bre- 
tagne). — Élu membre de la Société le 5 janvier 1878; membre perpétuel. 

Sayous (Edouard), professeur à la Faculté des lettres, Besançon (Doubs). 

— Élu membre de la Société le 2 mai 1885. 

ScHiLS (L'abbé G. -H.), curé de Fontenoille, par Sainte-Cécile (Belgique). 

— Élu membre de la Société le 8 juin 1889. 

Schlemmer de Banyavôlgy (Le chevalier Charles), directeur de la Chancel- 
lerie des finances, consul de Perse, via Sauf Andréa, 573, Fiume (Hon- 
grie). — Élu membre de la Société le 30 novembre 1889. 

Schlumberger (Gustave-Léo«), membre de l'Institut (Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres), 27, avenue d'Anlin, Paris.— Membre de la Société 
depuis le 3 décembre 1881; membre perpétuel. 



— XV) — 

ScHRiJNEN (Joseph), docteur en philosophie, professeur au collège, Rure- 
monde (Pays-Bas). — Élu membre de la Société le 5 décembre 1891. 

ScHWOB (Marcel), 26, rue Vaneau, Paris. — Élu membre de la Société le 9 
février 1889; bibliothécaire en 1892. 

Sébillot (Paul) , directeur de la Revue des Traditions populaires, 4, rue de 
rOdéon, Paris. — Élu membre delà Société le 28 avril 1883; membre 
perpétuel. 
190. Senart (Emile), membre de l'Institut (Académie des inscriptions et belles- 
lettres), château de la Pelice, près la Ferté-Bernard (Sarthe), et à Paris, 
18, rue François P" — Admis dans la Société en 1868; membre perpétuel. 

Sénéchal (Edmond), inspecteur des finances, 7, rue Cochin, Paris. — Élu 
membre de la Société le 16 mai 1885 ; membre perpétuel. 

SÉPET(Marius), bibliothécaire à la Bibliothèque nationale, 2, rue de l'Union, 
Clamart (Seine). — Était membre de la Société le 1" février 1870. 

Specht (Edouard), 195, rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris. — Membre 
de la Société depuis 1867. 

Speijer (J.-S.), professeur de philologie latine à l'Université, Groningue 
(Pays-Bas). — Élu membre de la Société le 2 février 1878. 

Spiegelberg, docteur en philosophie, 2, Kurze strasse, Hannover (Allemagne). 
— Élu membre de la Société le 26 mars 1892. 

Stokes (Whitley), associé étranger de l'Institut de France (Académie des 
inscriptions et belles-lettres), ancien membre du Governor's Council à 
Calcutta, 15, Grenville Place, S. W., Londres. — Élu membre de la So- 
ciété le 5 novembre 1881. 

Storm (Johan), professeur à l'Université, Christiania (Norvège). — Élu 
membre de la Société le 23 novembre 1872; membre perpétuel. 

Sturm (P.-V.), professeur à l'Athénée, Luxembourg (grand-duché de Luxem- 
bourg). — Élu membre de la Société le 20 février 1875. 

Sudre (Lèopold-Mauince-Pierre-Timothée), docteur es lettres, professeur au 
collège Stanislas, 42, boulevard Montparnasse, Paris. — Élu membre de 

^ la Société le 2 avril 1887 ; membre perpétuel, 
soo. SvRLJUGA (Ivan Kr.), Osiek (Croatie). — Élu membre de la Société le 
17 avril 1880. 



Taverney (Adrien), villa Espérance, Chauderon, Lausanne (Suisse). — Élu 
membre de la Société le 17 mars 1883. 

Tchernitzky (M"^ Antoinette de), 9, rue Le Gofî, Paris. — lîlue membre de 
la Société le 27 avril 1895. 

Tegnér, professeur à l'Université, Lund (Suède). — Élu membre de la So- 
ciété le 17 avril 1875; membre perpétuel. 

Tholozan (D'), médecin principal de l'armée française, membre correspon- 
dant de l'Académie de médecine, premier médecin de S. M. le Chah, 
Téhéran (Perse), via Vienne-Tiflis. — Élu membre de la Société le 18 
avril 1896; membre perpétuel. 

Thomsen (Wilh.), professeur à l'Université, 150, Garnie Rongevei, Copen- 
hague (Danemark). — Élu membre de la Société le 21 mai 1870; membre 
perpétuel. 

Tournier (Edouard), directeur d'études pour la philologie grecque à l'École 
pratique des hautes études, maître de conférences à l'École normale su- 
périeure, 16, rue de Tournon, Paris. — Membre de la Société depuis 
l'origine; vice-président en 1872. 



— ^vij — 

TouRTOULON (Le baron Charles de), château de Valergues, par Lansargues 
(Hérault). — Élu membre de la Société le 25 avril 1869. 

VANDERVLiET(J.),professeuràrUniversité,Utrecht(Pays-Bas). — Élu membre 

de la Société le 11 mars 1893. 
Verrier (Paul), professeur au Lycée Carnot, Paris. — Élu membre de la 
Société le 12 mars 1892. 
210. VoGiJÉ (Le marquis C/(flr/es-Je««-Melchior de), membre de l'Institut (Aca- 
démie des inscriptions et belles-lettres), ancien ambassadeur de France 
à Vienne, 2, rue Fabert, Paris. — Membre de la Société depuis le 27 mars 
1879 ; membre perpétuel. 

Wackernagel (Jakob), professeur à l'Université, Niederschônthal, près 
Bàle (Suisse). — Élu membre de la Société le 20 novembre 1886. 

Watel, professeur au lycée Condorcet, 105, rue de Miromesnil, Paris. — 
Élu membre de la Société le 13 janvier 1872. 

Webster (M'" Hélène), 37, Nahont Street, Lynn (Massachussets, États- 
Unis d'Amérique). — Élue membre de la Société le 28 décembre 1889. 

WiLBOis, colonel de gendarmerie, 5, rue Stanislas, Paris. — Élu membre 
de la Société le 15 avril 1876 ; membre perpétuel. 

Wimmer (Ludvig-F.-^.), professeur à l'Université, 9, Norrebrogade, Copen- 
hague (Danemark). — Élu membre de la Société le 29 mars 1873 ; membre 
perpétuel. 

WiNKLER (Docteur Henri), Garlenhaus 3i, Neudorfstrasse, Breslau (Silésie 
Prussienne). — Élu membre de la Société le 30 novembre 1889. 

WoTKE (Karl), docteur en philosophie, VII, Kirchberggasse, 35, Vienne 
(Autriche). — Élu membre de la Société le 25 juin 1887. 

Z.UBATY (Joseph), professeur de sanscrit et grammaire comparée à l'Uni- 
versité, Smichov, Husova trida, 539, Prague (Bohême). — Élu membre 
de la Société le 19 décembre 1891. 

ZvETAiEV (Jean), professeur à l'Université, Moscou (Russie). — Élu membre 
de la Société le 16 mai 1885. 

220. Bibliothèque de l'École française d'Archéologie, Palais Farnèse,àRome. — 

Admise dans la Société le 25 mai 1889. 
Bibliothèque universitaire, Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). — Admise 

dans la Société le 11 juin 1887. 
Bibliothèque universitaire. Palais de l'Université, Montpellier (Hérault). — 

Admise dans la Société le 24 juin 1893. 
Briti-sh Museuji. — Admis dans la Société le 22 novembre 1890; membre 

perpétuel. Adresser à M. Borrani, 9, rue des Saints-Pères, Paris. 



h. 



LISTE DES PRESIDENTS 

DE LA SOCIfiTÉ DE LINGUISTIQUE DE PARIS 

DEPUIS 1864. 



MM. 



MM. 



186'.- 


65. 


D'ABBADIE. 


1882. 


LEGER. 


1866. 




f EGGER. 


1883. 


D'ARBOIS DE JUBAINVILLE 


1867. 




1 RENAN. 


1884. 


fGUYARD. 


1868. 




f BRUNET DE PRESLE. 


1885. 


DE CHARENGEY. 


1869. 




fBAUDRY. 


1886. 


RuBENS DUVAL. 


1870- 


71. 


f EGGER. 


1887. 


t James DARMESTETER. 


1872. 




fTHUROT. 


1888. 


HALÉVY. 


1873. 




Gaston PARIS. 


1889. 


t PLOIX. 


1874. 




t PLOIX. 


1890. 


BONNARDOT. 


1875. 




t VAÏSSE. 


1891. 


fDE ROCHEMONTEIX. 


1876. 




t EGGER. 


1892. 


Philippe BERGER 


1877. 




t BENOIST. 


1893. 


Sylvain LÉVI, 


1878. 




MOWAT. 


1894. 


Prince Alexandre BIBESCO. 


1879. 




t BERGAIGNE. 


1895. 


Abbé ROUSSELOT. 


1880. 




MASPERO. 


1896. 


PSIGHARI. 


1881. 




GAIDOZ. 







MEMBRES 



ENLEVES PAR LA MORT A LA SOCIETE 



Backer (Louis de), lauréat de l'Institut de France, membre de l'Académie 
royale de Belgique. — Elu membre de la Société le 20 janvier 1894. 
Décédé en février 1896. 

Baissac (Charles), professeur de rhétorique au collège royal de Port-Louis 
(Ile Maurice). — Élu membre de la Société le 20 juin 1891. Décédé 
le 3 décembre 1892. 

Baudry (Frédéric), membre de l'Institut (Académie des inscriptions et 
belles-lettres), administrateur de la bibliothèque Mazarine. — Membre 
de la Société en 1867 ; vice-président en 1868;- président en 1869. Dé- 
cédé le 2 janvier 1885. 

Benoist (LoMM-Eugène), membre de l'Institut (Académie des inscriptions 
et belles-lettres), professeur de poésie latine à la Faculté des lettres de 
Paris. — Membre de la Société depuis le 7 mai 1870; président en 1877. 
Décédé le 22 mai 1887. 

Bergaigne (Ahe\- Henri-Joseph), membre de l'Institut (Académie des 
inscriptions et belles-lettres), directeur d'études à l'École pratique des 
hautes études, professeur de sanscrit et de grammaire comparée à la 
Faculté des lettres de Paris. — Membre de la Société en 1864; secré- 
taire adjoint en 1868 et 1869; vice-président de 1873 à 1878; président 
en 1879. Décédé le 6 août 1888. 

Boucherie (A.), chargé du cours de langues romanes à la Faculté des 
lettres de Montpellier. — Élu membre de la Société le 21 novembre 
1868. Décès notifié à la Société le 14 avril 1883. 

Bru.net de Presle, membre de l'Institut (.\^cadémie des inscriptions et 
belles-lettres), professeur de grec moderne à l'I^cole spéciale des lan- 
gues orientales vivantes. — Membre de la Société en 1867 ; président 
en 1868. Décédé le 12 septembre 1875. 

Chasles (Philarète), professeur au Collège de France. — Élu membre 
de la Société le 15 février 1873. Décès notifié à la Société le 19 juillet 
1873. 

Chassang (A.), inspecteur général de l'Université. — Élu membre de la 
Société le 12 novembre 1870. Décédé le 8 mars 1888. 

Chodzko (Alexandre), ancien chargé de cours au Collège de France et à 
l'École spéciale des langues orientales vivantes. — Membre de la So- 
ciété depuis l'origine. Décès notifié à la Société le 16 janvier 1892. 



— XX — 

Darmesteter (Arsène), professeur de langue et littérature françaises du 
moyen âge à la Faculté des lettres de Paris, professeur à l'École nor- 
male déjeunes filles de Sèvres. — Membre de la Société en 1870. 
Décédé le 16 novembre 1888. 

Darmesteter (James), professeur de langues et littératures de la Perse 
au Collège de France, directeur d'études pour la langue zende à l'École 
pratique des hautes études, l'un des directeurs de la Revue de Paris. 

— Élu membre de la Société le 20 décembre 1873; vice-président en 
1884, 1885 et 1886; président en 1887. Décédé le 19 octobre 1894. 

De la Berge, employé au cabinet des médailles de la Bibliothèque natio- 
nale. — Élu membre de la Société le 3 décembre 1870. Décédé le 
13 mars 1878. 

Derenbourg (Joseph), membre de l'Institut (Académie des inscriptions 
et belles-lettres), correcteur de la typographie orientale à l'Imprimerie 
nationale, directeur d'études pour l'hébreu talmudique et rabbinique 
à l'École pratique des hautes études. — Membre de la Société depuis 
le 22 juillet 1871. Décédé le 28 juillet 1895. 

Devic (Marcel), chargé du cours de langue et de littérature arabes à la Fa- 
culté des lettres de Montpellier. — Élu membre de la Société le 19 
février 1876; vice-président en 1878. Décédé en mai 1888. 

Deville (Gustave), ancien membre de l'École française d'Athènes. — 
Membre de la Société en 1867. Décédé en 1868. 

DiDiON (Charles), inspecteur général des ponts et chaussées en retraite, 
délégué général de la Compagnie d'Orléans. — Élu membre de la Société 
le 26 avril 1873. Décédé le 26 janvier 1882. 

DiDOT(Ambroise-Firmin). — Admis dans la Société en 1868. Décédé en 1876. 

DossoN (S.), professeur à la Faculté des lettres de Clermont-Ferrand. 

— Élu membre de la Société le 14 mai 1887. Décédé le 15 février 1893. 
Egger (Emile), membre de l'Institut (Académie des inscriptions et 

belles-lettres), professeur d'éloquence grecque à la Faculté des lettres 
de Paris. — Président de la Société en 1866, en 1870-71, en 1876. Décédé 
le 31 août 1885. 

Eichthal (Gustave d'). — Membre de la Société depuis 1867. Décédé en 
1886. 

Fleury (Jean), lecteur à l'Université impériale de Saint-Pétersbourg. — 
Élu membre de la Société le 21 décembre 1878. Décédé en juillet 1894. 

Florent-Lefèvre. — Élu membre de la Société le 29 mars 1873. Décédé 
en 1887. 

FouRNiER (Eugène), docteur en médecine et es sciences naturelles. — 
Membre de la Société depuis l'origine. Décédé le 10 juin 1885. 

Georgian (Professeur D"" C.-D.) — Élu membre de la Société le 21 mars 
1875. Décédé en 1888. 

GoLDSCHMiDT (Siegfried), professeur de sanscrit à l'Université de Stras- 
bourg.— Élu membre de la Société ie 8 mai 1869. Décédé le 31 janvier 
• 1884. 

Golllet.— Élu membre de la Société le 7 juin 1873. Décédé en 1887. 

Grandgagnage (Charles), sénateur du royaume de Belgique. — Élu 
membre de la Société le 24 avril 1869. 

Graux (Charles-//e«n), maître de conférences de philologie grecque à 
l'Ecole pratique des hautes études, maître de conférences d'histoire 
grecque à la Faculté des lettres de Paris, bibliothécaire à la bibliothèque 
de l'Université, l'un des directeurs de la Hevue de philologie^ de lilH- 



— X\J — 

rature et d'histoire anciennes. — Élu membre de la Société le 9 mai 
1874. Décédé le 13 janvier 1882. 

Grimblot (Paul), ancien consul de France à Ceylan. — Membre de la So- 
ciété en 1867. Décès notifié à la Société le 4 juin 1870. 

GuiEYSSE (Georges-E'M.ç'ène), élève de r?^cole pratique des hautes études. 

— Élu membre de la Société le 11 février 1888. Décédé le 17 mai 1889. 
GuYARD (Stanislas), professeur de langue arabe au Collège de France, 

maître de conférences de langues arabe et persane à l'École pratique 
des hautes études, correcteur de la typographie orientale à l'Impri- 
merie nationale. — Élu membre de la Société le 13 avril 1878, vice-pré- 
sident en 1882 et 1883 ; président en 1884. Décédé le 7 septembre 1884. 

Halléguen (Le docteur). — Élu membre de la Société le 9 juin 1877. Dé- 
cès notifié à la Société le 5 avril 1879. 

Hanusz (Jean), professeur agrégé à l'Université de Vienne (Autriche). — Élu 
membre de la Société le 2.5 juin 1887. Décédé le 26 juillet de la même année. 

Hauvette-Besnault, directeur d'études honoraire à l'École pratique des 
hautes études, conservateur adjoint de la bibliothèque de l'Université. 

— Membre de la Société depuis 1870. Décédé le 28 juin 1888. 
Heinrich (G. -A.), doyen de la Faculté des lettres de Lyon. — Membre 

de la Société depuis 1867. Décédé en 1887. 
Hervé (Camille). — Membre de la Société en 1867. Décédé le 30 août 1878. 
HovELACQUE (Abel), professeur à l'École d'anthropologie. — Élu membre 

de la Société le 4 décembre 1869. Décédé en février 1896. 
Jackson (James), archiviste-bibliothécaire de la Société de Géographie. 

— Élu membre de la Société le 22 juin J879; membre donateur. Décédé 
le 17 juillet 1895. 

Jaubert (Le comte), membre de l'Institut. — Membre de la Société de- 
puis 1868. Décédé le 1" janvier 1875. 

JozON, député. — Présenté pour être membre de la Société dans la 
séance du 2 décembre 1879. Décès notifié à la Société le 9 juillet 1881. 

Judas (Le docteur A. -C), ancien médecin principal de première classe. 

— Membre de la Société depuis l'origine. Décédé le 17 janvier. 1873. 
Lachaise (L'abbé Romain Czerkas). — Membre de la Société en 1867. Dé- 
cès notifié à la Société le 26 avril 1873. 

Lacouperie (Docteur Albert Terrien de), ancien professeur de philologie 
indo-chinoise à l'University Collège de Londres, directeur du Babylo- 
nian and Oriental Record. — Élu membre de la Société le 9 février 1889. 
Décédé le 11 octobre 1894. 

Lambrior, professeur à l'Université de Jassy (Roumanie). — Élu membre de 
la Société le 26 mai 1877. Décès notifié à la Société le 17 novembre 1883. 

Lenormant (CAar/es-François), membre de l'Institut (Académie des ins- 
criptions et belles-lettres), professeur d'archéologie près laBibliothèque 
nationale. — Membre de la Société en 1867. Décédé le 9 décembre 1883. 

Le Saint (François), ancien officier. — Décédé en 1867. 

Lévy (B.), inspecteur général de l'instruction publique. — Élu membre 
de la Société le 2i janvier 1874. Décédé le 24 décembre 1884. 

LiTTRÉ {Maximilieji-Paid-Kmi\e),' membre de l'Institut (Académie fran- 
çaise et Académie des inscriptions et belles-lettres). — Membre de la 
Société depuis 1868. Décédé en 1881. 

LœB (Isidore), professeur au Séminaire Israélite, professeur libre à l'École 
pratique des hautes études (section des sciences religieuses). — Élu 
membre de la Société le 19 décembre 1885. Décédé le 2 juin 1892. 



— XXI] — 

LoTTNER (Le docteur Karl). — Membre de la Société en 1867. Décédé le 
5 avril 1873. 

LuTOS&AVSKi (Stanislas), élève de l'Université de Dorpat. — Élu membre 
de la Société le 19 décembre 1885. Décès notifié à la Société le 
18 février 1892. 

Malvoisin (Edouard), agrégé de l'Université. — Membre de la Société 
depuis 1867; bibliothécaire du 7 février 1880 au 31 décembre 1881. 
Décédé le 5 janvier 1895. 

Maury {Louis-Ferdinand-AUred), membre de l'Institut (Académie des ins- 
criptions et belles-lettres), professeur d'histoire et morale au Collège de 
France, directeur d'études à l'École pratique des hautes études, ancien 
directeur des Archives nationales. — Membre de la Société en 1868. 
Décédé le 12 février 1892. 

Merlette (Auguste-Nicolas). — Élu membre de la Société le 20 novem- 
bre 1886. Décédé le 13 mai 1889. 

Meunier (toMW-Francis), docteur es lettres. — Membre de la Société en 
1867 ; trésorier de 1872 à sa mort. Décédé le 11 mars 1874. 

Meyer (Maurice), ancien suppléant au Collège de France, ancien pro- 
fesseur à la Faculté des lettres de Poitiers, inspecteur de l'ensei- 
gnement primaire. — Admis dans la Société en 1868. Décédé en 1870. 

MoiSY (Henry). — Élu membre de la Société le 12 juin 1875. Décès notifié 
à la Société le 18 décembre 1886. 

MuiR (John), correspondant de l'Institut de France (Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres). — Élu membre delà Société le 21 novembre 1868. 
Décédé le 15 mars 1882. 

Nigoles (0.), professeur au lycée Janson de Sailly. — Élu membre de 
la Société le 13 juillet 1878. Décès notifié à la Société le 22 décembre 
1888. 

Pannier (Léopold), attaché à la Bibliothèque nationale. — Était membre 
de la Société le 1"'' février 1870. Décès notifié à la Société le 20 novembre 
1875. 

Paplonski (J.), directeur de l'Institut des sourds et muets, à Varsovie 
(Pologne russe). — Élu membre de la Société le 27 février 1869. 
Décédé le 28 novembre 1885. 

Pedro II (S. M. dom), membre de l'Institut de France. — Membre de la 
Société depuis le 12 mai 1877. Décédé le 5 décembre 1891. 

Pellat, doyen de la Faculté de droit de Paris. — Était membre de la So- 
ciété le 1" février 1870. Décès notifié à la Société le 18 novembre 1871. 

PiERRON (Alexis), professeur au lycée Louis-le-Grand. — Admis dans la 
Société en 1868. Décès notifié à la Société le 7 décembre 1878. 

Ploix (Cha.rles-Marlin), ingénieur hydrographe. — Membre de la Société 
en 1867 ; vice-président en 1873 et en 1888 ; président en 1874 et en 1889. 
Décédé le 21 février 1895. 

Ponton d'Amécourt (Le vicomte Gustave de). — Membre de la Société en 
1867. Décès notifié à la Société le 28 janvier 1888. 

Queux off Saint-Hilaire (Le marquis de). — Élu membre de la Société le 
4 novembre 1882. Décédé en novembre 1889. 

Renan (Joseph-Ernesi), membre de l'Institut (Académie française et 
Académie des inscriptions et belles-lettres), administrateur du Collège 
de France. — Membre de la Société depuis l'origine; président en 
1867. Décédé le 2 octobre 1892. 

Renier {Cfiarles-Alphonse-Lèon), membre de l'Institut (Académie des 



— XXUJ - 

inscriptions et belles-lettres), professeur d'épigraphie et antiquités 
romaines au Collège de France, président de la section des sciences 
historiques et philologiques à l'École pratique des hautes études, 
conservateur de la Bibliothèque de l'Université. — Admis dans la 
Société le 24 avril 1869. Décédé le 11 juin 1885. 

Riant i^^wVÈdouard Didier, comte), membre de l'Institut (Académie des 
inscriptions et belles-lettres). — Membre de la Société en 1867. Décédé 
en décembre 1888. 

RiEMANN (Othon), maître de conférences à l'École normale supérieure et 
à l'École pratique des hautes éludes, l'un des directeurs de la Revue 
de philologie, de littérature et d'histoire anciennes. — Élu membre de la 
Société le 3 décembre 1881. Décédé le 16 août 1891. 

RiEUTORD. — Élu membre de la Société le 15 mars 1873. écédé le 
14 janvier 1884. 

RocHEMONTEix {Frédéric-Joseph-^l&^QncQ-René de Chalvet, marquis de), 
professeur libre à la Faculté des lettres de Paris. — Élu membre de la 
Société le 7 juin 1873; vice-président en 1889 et 1890 ; président en 
1891. Décédé le 30 décembre 1891. 

Ronel (Charles), chef d'escadron de cavalerie en retraite. — Élu membre 
de la Société le 8 janvier 1881. Décès notifié à la Société le 26 juin 
1886. 

RouGÉ (Le vicomte Emmanuel de), membre de l'Institut (Académie des 
inscriptions et belles-lettres), professeur au Collège de France. — Membre 
de la Société en 1867. Décès notifié à la Société le 4 janvier 1873. 

RuDY (Charles). — Membre de la Société depuis l'origine. Décès notifié à 
la Société le 10 juin 1893. 

Schccbel (Ch.). — Membre de la Société depuis l'origine. Décès notifié 
à la Société le 8 décembre 1888. 

Seillière (Aimé). — Élu membre de la Société le 13 février 1869. Décès 
notifié à la Société le 19 novembre 1870. 

Thurot (F?'a«çow-Charles), membre de l'Institut (Académie des inscrip- 
tions et belles-lettres), maître de conférences à l'École normale supé- 
rieure, l'un des directeurs de la Revue de philologie, de littérature et 
d'histoire anciennes. — Admis dans la Société en 1868 ; vice-président 
en 1870-71 ; président en 1872. Décédé le 17 janvier 1882. 

TODD (J. Henthorn), senior fellow of Trinity Collège, professeur d'hébreu 
à Trinity Collège (Dublin), et conservateur de la bibliothèque. — 
Admis dans la Société en 1868. Décédé le 28 juin 1869. 

Vaïsse (Léon), directeur honoraire de l'École des sourds et muets. — 

. Membre de la Société en 1867; président en 1875. Décédé le 10 juin 1884. 

Vallentin (Ludovic-Lucien-Mathieu-Florinn), substitut du procureur de la 
République à Monlélimar, directeur du Rulletin épigraphique de la 
Gaule. —Élu membre de la Société le 21 janvier 1882. Décès notifié 
à la Société le 9 juin 1883. 

Wharton (Edward-Ross), Fellow and Lecturer of Jésus Collège, Oxford. 
— Élu membre de la Société le 7 février 1891. Décédé le 4 juin 1896. 



'.hartres. — Imprimerie Dlrand, me Fiilber: 



LE DIALECTE GUERROUGL 



La tribu des Guerroucis, branche de la grande famille kurde, 
occupe, de temps immémorial, le district de Guerrous, entre la 
province de Hamadan et le district de Soltanié en Irak persan. 
Plusieurs hommes remarquables dans l'armée comme dans Tad- 
ministration en sont issus. De nos jours, on a connu à Paris le 
général Hassan Ali Khan qui de, 1^69 à 186/1, y a résidé en 
qualité de minisire plénipotentiaii-e de Perse, et qui, par ses 
brillantes qualités aussi bien que par rafl'abilité de ses manières, 
s'est concilié la sympathie générale; après avoir rempli avec dis- 
tinction de hauts emplois dans son pays, il est aujourd'hui gou- 
verneur de Guerrous, fonction héréditaire dans sa famille. 

Un des rameaux de la tribu des Guerroucis, celui des Khodjà- 
vends, a émigré, il y a un peu plus d'un siècle, et a été établi 
pai- Agha Mohammed Khàn , le fondateur de la dynastie actuel- 
lement régnante, sur les territoires de Koudjour et de Kilardesht, 
non loin des bords de la Caspienne, en Màzendéràn. 

Les Guerroucis, comme les Khocljàvends, parlent un dialecte 
particulier composé du pehlvi, du persan et du kurde avec l'ad- 
jonction de vocables turks et arabes plus ou moins modifiés. Cette 
peuplade prétend posséder des documents écrits dans son dialecte 
et qui remonteraient à une époque reculée. Cette assertion est fort 
douteuse; en tous cas, l'un de ceux qui l'émettent termine sa 
notice par la formule habituelle : rDien seul possède la véritable 
connaissance, n 

Il y a quelques années, mon éminent ami, M. leD"' Tholozan, 
premier médecin de S. M, Nasr ed-din Chah, a eu, à la suite de 
ce souverain , l'occasion de parcourir le Màzendéràn et de visiter 
les territoires habités pai'les Khodjàvends. Ce savant et infatigable 
médecin ne se borne pas aux travaux spéciaux à sa profession , il sait 
mettre à profit les avantages de sa haute situation pour étudier, 
sous ses divers aspects, le pays qu'il habite depuis de longues 
années; je ne parlerai ici que des notes qu'il a recueillies sur le 
dialecte gueiiouci el (joi lui ont été fournies ])ar deux person- 
nages éclairés et intelligents: le colonel Mirzà Moussa Khàn et le 
général Issa Khàn, ancien élève de Saint-Cyr, tous deux neveux 



MKM. U>G. 



2 A. QUERRY. 

du général Hassan Ali Khân et, par conséquent, membres de la 
même tribu. M. le D"" Tbolozan a bien voulu mettre ces notes à 
ma disposition et me confier le soin de les coordonner, d'en établir 
la transcription et d'en publier les résultats. 

Ces notes sont contenues dans deux cahiers, l'un: de soixante- 
seize pages; le second, de douze feuillets. Le premier se compose 
d'un petit vocabulaire et de nombreuses pbrases détachées sans 
liaison entre elles; l'autre d'un vocabulaire restreint et du para- 
digme de deux temps du verbe vétin. En parcourant ces pages, 
on s'aperçoit que l'ordre de rédaction et l'esinit d'analyse sont 
assez étrangers aux Orientaux; aussi m'a-t-il fallu m'armer de 
patience pour copier chaque phrase sur une fiche particulière, 
l'analyser pour y retrouver sous différentes formes les parties du 
discours, les cas, les temps et les conjugaisons; puis, enfin, classer 
le tout par ordre alphabétique. J'espère avoir réussi, du moins 
en partie, car il est, par exemple, tel verbe dont je n'ai trouvé 
qu'une seule personne d'un seul temps et il ne m'a pas toujours 
été possible d'en reconstituer les temps primitifs. 

Le texte occupe trois colonnes : la première contient le mot 
persan; la seconde, le mot équivalent guerrouci, et la troisième 
la tianscription en caractères latins. 

Malgré des imperfections inévitables, cette transcription m'a 
été d'une certaine utilité, car par suite d'une longue résidence 
dans les États du Schah et de mes fréquents voyages en Kurdis- 
tan, je crois pouvoir être en mesure d'apprécier la reproduction 
plus ou moins exacte des vocables de ce langage et de la corriger 
à l'occasion. On sait que, autant de transcripteurs, autant de 
transcriptions différentes, par exemple, la transcription d'une 
phrase persane faite par un Anglais est à peu près incompréhen- 
sible pour une oreille française. Or, sans la transcription dont 
je parle et mes longs rapports avec des individus des diverses 
provinces de l'Iran , il m'eût été difficile de représenter la pronon- 
ciation la plus approximative. Si, selon mon humble avis, l'alpha- 
bet arabe est impropre aux langues turke et persane, il Test encore 
davantage quant aux dialectes kurdes. Il est certaines émissions 
de voix, et elles sont nombreuses, qu'on ne saurait représenter, 
d'une manière satisfaisante, au moyen de cet alphabet; et le 
guerrouci ne s'écrivant plus, il en résulte que le même mot est 
transcrit en caractères persans avec une orthographe arbitraire et 
capricieuse. Cette difficulté se fait particulièrement sentir à Tégard 
du var qui représente lessonso,OM, â6,âou, vé,vn, etc. Comment 
transcrire par un seul et même signe des émissions de voix aussi 
différentes ? 

Je n'ai, à ma disposition, dans un pays oii n'existe aucune 
bibhothèque publique, aucun des ouvrages relatifs à la langue 



LE DIALECTE GUERRODCI. O 

kurde, tels que le Dictionnaire de Jaba, une étude sur le dialecte 
de Tcikhté Soleymân par M. Scliindler et d'autres plus importants 
et plus récents; je n'ai donc pu confronter les deux dialectes qui 
différent sensiblement. 

Ce travail m'ayant paru n'offrir quelque intérêt qu'aux orien- 
talistes et les rapprochements d'origine des mots équivalents me 
paraissant évidents, j'avais d'abord jugé inutile d'en signaler la 
confrontation; mais d'après le conseil du regretté J. Darmesteter 
dont la compétence en cette matière était si grande, je n'ai plus 
hésité et j'ai refondu mon travail en ce sens. Je m'estimerai heu- 
reux si, en quelque mesure, j'ai pu contribuer à fournir quelques 
éléments d'une langue, d'un dialecte si l'on veut, qui ont, je le 
crois, le mérite de la nouveauté et qui, ajoutés aux documents 
peu nombreux que l'on possède sur ce sujet, ne seront peut-être 
pas'sans utilité pour l'étude de la linguistique iranienne ^ 

Améde'e Querry, 

Consul générai de France eu retrailc. 



VOCABULAIRE. 

•jl, cyt , Jl>\ it , iti, iùi\ autre. — »;>a*I*j:> x=>. t^S ili (shé doyishil, 

qu'as-tu donc à dire? — y> y-« ^5^)^ ji\ itir vélâyi min tnéo, ne 

parais plus devant moi. Persan Joi . 
U) ârâ, pourquoi? oyçoL^ *XJ> ^1 M ârâ âô kad khacit , pourquoi es-lu 

si beau? P. t-^. 
^gM arâyi, pour. — »^uj ^iJ(^M aràiji evc héijâré, apporte-le, pour 

lui. P. 4^!^. 
»ujm\ aspé, cheval. P. ç-»-*«î. 
liiywl écirig, rasoir. P. xaj. 
S)âguer, feu. P. -C=w) , charbon incandescent. 
oJî élei , poivre, 
/oljj^ éldjârniiiii , pincer. P. ^j^Cio, pincemenl. 

' L^ahréviation Ar. indique l'orifjine arabe, la loltre T rorijjint' lilikc et le 
signe arch. , = archaïque, c'est-à-dire hors d'usage dans le langage actuel. 



à A. QUERHY. 

^^jJI cldiri» , fendre. -.,-* 

ylx*iJi élicidn, se lever. y*Ji élis, lève-loi. — -L*m.!I_jjL té khâà éli- 

ciam, je nie suis levé du sommeil (éveillé). 
/^iUîJî élishtin, quitter, laisser. P. ^^yXviltXST 
yoUJjiJ! élfiliknniii , presser avec les mains des fruits tels que le raisin; 

tordre du linge mouillé pour en exprimer l'eau. P. ^•yj'iks^ . 
/oU*53l élkishâiiin, soulever, élever. P. ^jJvà,-So (iib). 
/jjJJl élkirtm. — (jr>.}^^ élvirin (même signification), 
jjycî imrouj, aujourd'hui. P. j^y»! . 
-jjjjsiî éngouyir, raisin. P. ^^il. 

y 

^t évh, il, lui, celui-là. — (j^^"!^ ^ ewè Mâs , celui-là est bon. P. ^1, ^. 

^\ âô, cela. P. (jî . 

^) âô, eau. P. t_>). — -i ^\ âô dèm, salive. P. (J^:> t_>L 

^) âô, action d'ouvrir, (^^j ^i âô kiri, ouvre. P. ^L et !^ . 

yî^î fliia/i, ils, eux, ceux-là. P. (jli). 

<^î Ci//, ce, celui-ci, ceci. — iSy^ ^^ t5^ 1?^ '^^'^ ^^* '*'*''^ bikiri, il 
faut que tu fasses ce travail-ci. — f^yi ^^î éyi bovin, regarde celui- 
ci. — kiJI-sj t^î éyipiâk, cet horame-ci. — A^vî^i Pt'/Â;è. P. (^y5o ^1, 
cet autre-ci. 

(Ji.)} ish, mal, douleur. — ;J*Ji ^ ^^Lft «^ sîV/wt hàù vé is/i, ma tète 
est allée au mal (j'ai mal à la tête). 

/y/MM^I ishtin, laisser, abandonner. P. /vXilJs.^ . 

A}\ , ^j£\ tm, imin , nous, pron, pers. 

*^l, {jy?} ivè, iven, vous, id. 
(j[) hâii , toit, teri-assp. P. -U. 
»<XjU bâyidé, grand vase de métal. P. «îo^Ij. 
liJ^lj bâouk, père. — liijlj ^^'^ irtoii/c bdouk, grand-père. 
^ bidj , sauf, excepté. — i^U (^^^6 iJt, *^Vj bidjè lèmînkéci nât , ex- 
cepté moi, personne n'est venu. 
!-j èîr«, frère. P. >:>Lj. 



LE DIALECTE GLERROUCl. {) 

(ji-j bivdiit , porter. — :>^^ vird , il a porté. P. ^^.j. — ^^^i dcvi, il 
porte. — '-:^.^^ ^ ^^éyi dovéit, que portes-tu? — u^U-* >'^vmUn, 
infinitif ne'gatif, — iyy névird, il n'a pas porté. 

(iOijy hirjang, cils. P. ylSj^, sing. yj^. 

Aj-j hiriyé, sourcil. P. ^«jL 

yy èîsJH, chèvre. P. vj. 

(^ è/«, tronc d'arbre. P. ^*j. 

jijjo bènèvsh, violette. P. ^uijLo . 

»pj ièi'è, près, auprès. 

viljKjs?^ boyitshik, petit. 

j i/, coing. P. Aj. 

yl^Lo biyavân, désert, plaine inculte. P. /jULj. 

(<;_^ bouyi, odeur. — /<wo!\(<^ /»oi<j/«' zanistim, j'ai reconnu une odeur 
(j'ai flairé, soupçonné). P-^. 

Jou èîV, bêche. P. id. 

^^b pârou, pelle en bois. P. t-'^^b. 

i^Lj;j<îyt, pied. P. b. 

(Jj>^. pètèyi, nu. — ^^ <_gL> pâyipètéyt, pieds nus. 

A^ pèkhtchè, mouche. P. A-io, moustique, moucheron. 

x«j^ péjmè, étonnemeiit. 

j*o pès, mouton. 

dLifcj ptshik, chat, en persan ce mot équivaut K l'anglais ^wsst/ et an 
français /H^«e^ 

XA-»j pènitgh, coton. P. AjJo. — Tiirk ^k^Aju, 

j«.^ pM«, peau. P. c^Aw^j. 

(jJùi^ poiishiin, couvrir quelque chose. — iS^y!- P'>ii^iitéyi , il a cou- 
vert. — is^j^}^ d/ipomlii , \] couvre. P. (j>Xjyi^. 

^aSIj inhhtiho, [M'opiv. 1\ jJb. 
•■ 

^L.j /;mA-, Ijoininc. 



6 A. QUERRY. 

1^', /y, Ci» ù, touH, ton, toi, pron. P-y». 

Jb tâl, fil de coton. T. Jo. — P. ^. 

/v*wb tâshîn, tailler, raser. P. ^tXx.wiLj, 

Âjb tânè, blâme, reproche. — ^^ii Ajb «a/iè rftV/î, il frappe un blâme 

(il blâme). 
Aaj tèpè, bouse de vache sëchëe servant de combustible, argol. P. a3Lj. 
»,sfli tayitshè, sac. 

jS affixe comparatif. — -^.«oL:*» khastir, meilleur. P. -j. 
iÔyi tirik, obscur. P. Jo^b. 
j*o a'ss, vesse. P. (j^^s?-. arch. ^jio 
dlouM-j ticinek, punaise. 
/.jUj <eAa«, secouer. — icS^ bitekhn, secoue. P. «jOviLCi'. 

Jy • T» ^^ 

wjjjo ténouyir, four de terre et brasero de même matière. P. jj^-Jw. 

\y tévâ, particule nëcessilative. — ^b^ (j'^^ 1^ '^'^" ^sÂî'Wh rè WgA, 

il faut aller au jardin. 
Jjj" toûl, chien de petite taille. P. *Jy , chien d'arrêt. 
fjLS toûn, vite, promptement, vif. P. JOL». 
ookj touvéyit, mûre (fruit). P. cyyj. 
^^5oo ?/Ae!/t, pièce, morceau. P. *i3. 
Jj.aJ <«fc/, fi'ont. 
IJ^A.. djigà, séparation. — »S^yi blX^ djighâyâ tou bikè, sépare-les 1 

P. ÎJ^. 
•)j.a». djôour, injustice, violence. Archaïque y*^. 
j!y?^^ djâyirâô, bas (chaussure). P. c^î^ys^. 
^^s^ (//ï, lieu, endroit. P. U». et sU^. 
yl-A2^ djcyirân, antilope, gazelle. Turk. 
_j^^ls=.. tsharshéô, drap de lit. P. <_^^àUfc. 
t-»^ tshèp, gauche (côté). P. id. 
(j^y^ tshirhi, chanter. — t^r^ ishiri, il a chanté. — (Sf^-^ ditsliiri, 

il chante. P. ^J^y>^yjy:^, tinter, résonner? 



LE DIALECTE GLERROUCI. 7 

^ tshcnnigou, étamage (blanc?). — *5o ^C«-^ <»X*vUa Utsihè 
tshermigou bikè, étame le bol. P. r^ Jsha,Àaw La»»L1s. 

ov*i-&. tshisht , chose. P. jx:s» . 

<jXs=. (shiguin , aller, partir. — '^^^ f-^^t^} il est allé. — 45^?-^ ditshi, 
il va. — <syz^ tshovi, il était aile'. 

dl^sx^ tshhntshik, cailler. P. A.A.»^ kemshè, cuiller à pot. 



tshinèô, ainsi, de cette manière. P. ^J^.^^. . 

y^ t-'ilioK, couverture de cheval. P. J^^. 

ysa. tshoti, bâton. P. (-Jy^- 

y^ tshâou, devant. — >^^ ^"^ ishôou , au devant de ... P. J^},. 

y^ tsliéà, œil. P. j<<^==-. 

yjy^ tshounci; betterave. P. ^JOubs... 

(jpLk. , bon , bien. Ar. ^'r='^ • 

j^U^ hhâijl , œuf. P. id. (archaïque). 
^La*. khirâo, mal, mauvais. Ar. cjl-i^. 

,^^1-ài. khiravi, destruction. Id. 

kiG.:^ khèng, bouc. 

^Vw»-^ ■ /jJOi-sw khistin, khishtiii , jeter. — o-w*iw khist , il a jelé. — 

• , . . . "^ 

(^s^:>diklièyi, il jette. — Ais? i//.7(è, jelfc. P. ^JCà^ljoi. 

/yXÀài. khiftîn, dormir. P. /JùL^. 

LxU^ khèltiyâ, il a glisse', trébuché. — Lv^-^ -L p(»( khèllitjA, mon 
pied a glissé. P. (jJs-^yAi . 

A^ khoumè, jarre. Ar. *y^. 

^j^ khaô, sommeil. P. <_>La».. 

j 
\y^ khovâ, sel. 

j 
^\ys>^ khovâr, bas (partie inférieure). — ;lP^ } ^'^ khovâr, en bas. 

P. ^1^, avec le sens de vil, abject. 

^J^yy^ kliovârdîn, manger. — ^^:>^\y£^ khovùrdi , il a mangé. — (Sy^^ 

dikiiovi, il mange. P. ^ji^jj.^. 



O A. OIJKIÎRY. 

■' ■ ■ ■' ■ 1 

/j,AU*(t»isi^ lihovâslui, \ouloii'. — c>-«(|^^ khoiHtsl , il a vniiln. — ^0^=»-^ 
(Ulchâzi, il veut; auxiliaire du lulur. P. ^J/uJi^^^. 

^\\y^ hkovàrâo , éveille'. — ^j i)^y^ khovarao hîn, apparaître. 

.y / 

jjifc. khèoèr, nouvelle. — ^jm ^ys^ hhèvèr niyinm, je n'ai pas de nou- 
velles , j'ignore. Ar. j/j*. . 

/> ■^ . ■' 

\ys^ Ichôver, soleil. — toili yy^ khovèr élât, l'Est (soleil levant) 

V. yLxAMJi. — LYti^' ^^ hhover nishùi, l'Ouest (soleil couchant). 

P. ■)ys^ arch. 
j)_j5^_j.a»> khoulèffour, cendre. P. yX*woU»^ . 
f^ysfc., cyj-a>-, (<y^ ^^ U~^^' U^?^ ' (J^^J^ khovtm , khovit, khovi et 

' y» • y 

khovesh, khomân, khoyân, pron. refle'chis. P. i>ys^ et ses dérivés. 
y^jji^ kJiovhi , il a lu. - — fi^y=^ khovinèkim, j'ai lu. P. ^j<Xji_j,àw. 

di>i«.j^-:a- khovéyishik , sœur. P. ^ji^j^^, parent. 

jjLAifc. khèyili, beaucoup , très. P. id. 

:>,:>,:> de, didou, préfixe de l'indicatif absolu, équivaut au p. j^. 

y! )i> dâân, bouche. P. yli^i. 

^li dâr, arbre. P. arch. ne s'emploie aujourd'hui qu'avec le sens de po- 
tence; comme Ton dit: crucis arhor. 

/Jùili dâshtin, avoir. — ^^^i dii-i , il a. — ok*«ti dàsht , il avait. 
P.(^b. 

dJJIi ^a///i-, mère. — dUli (JJî:> dâlik dâlik, ffrand'mère. 

yii dân, donner. — î:> dâ, il a donné. — -:> dm, je donne. — s^Xj 

bidè, donne! — -ii dâm, j'ai donné. P. ^jili>. 
^!i dân, grain, semence. P. Ajîi. 
0*t:> daghîn, dispersé. Turk. 
yljli dâvâii, pan de vêtement. P. 0-*îi. 
^j^îi. dânimin, se courber. — ^}\:> dàiniii, conrbe-toi. — (^^^.^ dnnîim, 

il se courbe. 
-ii dtdiin, j'ai frappé. — »0o /y»/è, IVappo, — j, -^ii j,jL:i- Isliinoii 

dân hi, ils l'ont tellemenl lrap|)é ! Il nie semble ([ue ce verbe n'est 



LE DIALECTE GUERROUCl. 9 

autre que yî:>, donner; la deuxième phrase équivaut à celle-ci : Ils lui 

en ont tant donné que . . . 
>:> dèr, dans, et parfois le sens contraire, de même qu'en persan; ex. : 

»£ j:> {JS.^.. pakhtshèkân der kh, fais les mouches dehors (chasse les 

mouches). P. id, 
Ajl^i dérâné, porte de ville. P. «Stjni. 
yV|^à derzîn, aiguille. P. '^^:> arch. 

,j*i^i dourous, droit. — aj^ (0»0^ dourouci dikim , je fais droit (j'arrange). 

P. OCiMji. 

^^i dourou, mensonge. P. 9-^^^' 
fji^yit dtrèouch, aiène.V. fj;^^:». 

Jiji dirij, long. — ^.■'j;^ dirijia, longueur. P. 3|;i>, t^)!;^- 
^jjAjojià dijmîn, injure. P. -UUii. 

jj**i) dèss, main. P. o».A«i. 

J»^ dikir, vexation. — /^^a- Ji:> dikir tshini, il a été vexé. 

-i f?èm, bouche. P. arch. v. yMi. 

y^ -i dhn fshêô, face, visage. P. j«i et aj^ arcli. et S^g.^*-. 

^i f/oî<, lait de beurre. P. 9-^^. 

(j*,^:> douss, ami. — (j*^^ douci, amiti(!. P. c:A*w^i>, (^^Uw^i. 

^Liij:» doushdô, sirop de raisin. P. oUvyi. 

Ax|^:> douinè, bouton de vêtement. P. *-«.Si. 

J5«5:> dovvhguhl, hier. P. 3_5y.J^- 

c:*;^^ douvéyit, fille, jeune fille. P. . v-^ ^^ 

jj^i domjir, loin. P. >^:>. 

4^vji ffe/, pot de terre. P. id. 

civij:» dei/ishl, dehors. — _^s2 o\i^:|i^ wc détjishl tnédjô , ne va pas de- 
hors ! — ne sors pas ! 

(^vîoi dét/is/ti, il sou (fie. — <^y^.•?^ (•>*»' s/n»/ f//.s/(/. ma loi ii sou (Tro (j'ai 
\w\\ \\ Il l<He). Voir ^jïxjÎ . 



10 A. QUERRY. 

oo:> dit, tu as vu. — oo^à doiwtt, lu vois. — ^jjyi bovin, vois 1 — 

aâj^> douvtnim, je vois. P. u^,:», a^*-(;*. 
cyb (i^aï, courage, viriiitë. Ar. 
ovMttj rrtsi, droit, juste, P. id. 
/yv«^ n««j corde, ficelle. P. (J-t^)- 
/j-LmA rishnin, verser. P. QXà?j. 

yy râôu, face. — iSjyj^^ ^^^ ve râoti rouyimu bikè, fais face à face 

(mets-toi vis-à-vis). 
ji^;^oM/Jour.P.)^;. 
»J5; Wèj jeûne. P. S;^;. 
lM^lJ^^^ rdoushinâs, e'clairé, lumineux. P. (j^^)- 

/jj«j romjin, huile, beurre sale, graisse. P. (^«y • 

^o^j rouvéyin, s'acheminer. — ^^^y rovéïji, il s'achemina. — (S)i^ ^''" 
o?/rî, il s'achemine. — *^\ roûm, je m'achemine. — j-j i/mo, ache- 
mine-toi! — a5o jl»A x»l î^è romni fttA;è, fais celui-ci acliemind 
(mets-le en chemin). P. (^^, *j^^;- 

/jjUj roumânîn, ddmolir, détruire. P. ? jj»XxiU^ , effrayer. 

/.Lm riyân , aller à la selle. P. (j«>s?5 • 

gs n'M, gravier, H. tiLM. 

viCL?^ rishkg, barbe. P. ^i^^. 

.iLiiw?j rishtg, racine. P. -îU^j. 
'' ^ 

aja rîi/è, voie, chemin. P. iU. 

5jK zârou, enfant. 

/JCawJK zânistin , savoir. — (JjLmJU znuisti, il a su. — ^^l^à dizdni, il 

sait. — /«^b^ (^^ bouyi dizâniin , je sais une odeur (je flaire quelque 

chose, je soupçonne). P. ^^>wJi:>. 
«-ÀÎ) ^i'^j feuilles de betterave , poirée. 

y 

fj^^\ zouvân, langue. — *^^^3 *-=?• ^^ iy^ f^^^ zouvanikel quelle est 

cette langue ? P. yU^ . 
f^^\ zouyi, vite, promptement. P. :>^\. 



LE DIALECTE GlERROUCI. H 

kXJLA ztnèguéo, \ivant. P. SOsj^. 

{Jijjân, colique. 

étsi^j jaklim , blessure. P. ^^')- 

,j)jkn, femme. P. y), 

^jcijj! ejniftin, entendre. — osÂijI èjnijt, il a entendu. — (J,yj^ ^V~ 

nivi, il entend. — f'y'j^ nôSjJi*^ tshishiguèlè dijnévim , que de choses 

enlends-je ? P. ^Jj!À^Ji . 
yj^jjovéyir, haut. — \yj^j jovéï/irâ , hauteur. P. grand (arch.). 
y?jP^> sous, dessous. P. -A. 
(^jji'h selle. P. (^3. 
yj^U» mvîn, savon. Ar. ^j^jjU». 
^L# sayin, frotter, porphyriser. P. (j»XxjL«. 
[A^jift* stpirdin, confier, recommander. P. (ji-^. 

<9Uaaw sèpiyè, pou. P. (ji*^ shèpish. 

dl^yw stnH^ïA', jujube. P. tX^sUv. 

>Là^ ^ -w s/r l'è khovâr, du haut eu bas, aval. P. -j^I-aw. 

xi-w str/è, nappe. Ar. ayL*. 

/y*»( st"», prends? reçois; dans le sens de l'allemand erhalten. — owJa 
/yxtu (^t^ <esAf ^Aos ètcm, reçois (achète) un bon bol. P. ^jtXjbuw. 

La».*»» souztâ, brûlé. — '^b**»' o6lCAài.j rékhtéganit souzia, tes vêtements 
ont brûle'. 

c.1^ soi"<^, pisé (peut-être du T. ^^y»o, enduit). 

jlpM *éo«r, patience. Ar. -«-» . 

j^ séouz, vert. P. jaam. 

«xXmi séyyid, hirondelle. 

v.jLuM si/", pomme. P. <-.*>^ . 

t^Ui shâmi, pastèque, nom d'origine = stjrien. 

yUi shân, peigne. P. xiLû. 

^jUi shdn, épaule. P. AjUl. 



12 A. QUERRY. 

c:a^ sllk, lait. P. jAw. 

\Jm shèlèm, rave. P. axX-w. 
' j 

S^LZ shikè, ébranle. P. Juil. -, 

SjfcS A^u*^ shèmshèmè kouré, chauve-souris; composé de deux mots. 

P. 5^; j'ignore le sens absolu du premier. 

yjM shéo, nuit. P. <_A*i. 

Jlyi; shouâl, culottes. P. jî^Xil. 

yMy*)ià shèoséou, demain. 

4^^ shouyi, époux, mari. P. arch. 

(^ shî, fou. \ 

A>ii»jj-Mi shoyishé, flacon, fiole. P. Aii-yi. 

IfSifJi shikia, brisé. P. AA,**Xi. 

f^jjjlyjjit shorishtin , laver. — -yrty^ bishouyir, lave! P. (^a-»***!. 

\)J» firiyê , hâblerie. P. arch., signifie aussi en abondance, ^Jl'^ \)_'ifi- 

riyè zân, qui parle ou qui sait beaucoup (ironiquement). 
^ hitsh, jambe, tibia. 
&ù\» kèdè, quantité. Ar. «XJ». 
tyJ» korik, gorge, gosier. 

JùJA-wJ» korsèkoul, croltes d'âne. P. J^><->ik-j jmligutl, crottes de mou(on. 

^-ï kours, dur, ferme, compact. Peut-être ar. (j*-**, raide. 

•~«j.* kermiz, rouge. P. 

^l^-j kourvân, sacrifice. — jl^-S ^ *jL*5^»/îî/«»wrt vè kourvâni, mon 

âme à ton sacrifice (puissè-je donner ma vie pour toi !). P. (jIj*ï. 
^A3 koyhi, action de porter en bas, de descendre. — îi> (s^ koyili dû, 

il a avalé. P. ^ J pour le sens. 

ç^Ji kiri, beaucoup. Peut-être corruption du P. (Joysw. 

V 

_j,jJ9 kèriv , étranger, pauvre. Ar. c-o-c. 

(^_j..VJ kèrivi, l'état détre élrangei', de pauvreté. Ar. ^x,<y^- 

(jl-Jj kazân, casserole, marmite. T. {J>^yi, chaudron. 



LK DIALKCTE GUERROLCI. 13 

t\s.va'} licciyc, parole. — aX^/o -J^wa'i ci».À>« /«j/i kéciyè inckè, ne dis pas 

(le paroles inutiles. Ar. ^aa^S. 

5\ï A-è/a, corbeau. P. i^A^. 

^aXï kotilpèyi, cou-de-pied. P. <Xjo U. 

dix* kèiig, podex. 

j 
Jy'i kol, manche de vêtement. T. même sens et bras. 

Jx j koyil, profond. — jj^xi koyili, profondeur. P. :>yS, (^^^. 

ëyf;'» kèyivè , robe d'homme. P. Ui. 

dJ kè, affixe accusatif. — *5o (jjJ d)^U ynboukèjiu bikè, selle la rosse! 

5jjUwkio kiiiî-Ts. tshèraghèkè bikoushnevè , lue (éteins) la lampe. 

<3oU».^o kar khânh, cuisine. P. atelier. 

vo k(h, dent. P. y^.>jS7 mordre ; ^o , ciseaux, 

(_gjH«(l^ kacivi, métier, gagne-pain. Ar. cxawO; X. P. ^^j-upO. 

viULS kalik, melon, P. melon non nuxr, de mauvaise qualité. 

(JS kàn, affixe pluriel. — à^^P-S J^{j^)^^ darekàn gol k'mliyc , les 
arbres ont fleuri. Cette forme est génértilement , sinon absolument, 
employée au nominatif; l'affixe Joguèl Test plutôt à l'accusatif. Voir 
ce mot. 

J> ker, ane. r. jà». . 

jp kcrâou, baudet. 

(ji-^ kirdtn, faire. — :>S kird , il a fait. — ^i dikéyi, il fait. 

dLS^ ker ffuèri'g, ânon. — P. -i^ »tS, poulain d'àne. 

^J'^^■S konm, chemise. P. ,j*.b-S, toile de coton. 
Jxjp kéjnij , coriandre. P. ja-U;o. 
/yJLifc^ kouslitin , tuer. P. ^Jc^ . 
/jjj^ kouviii, ])iler, battre. P. (jJy>.jj^. 
^^yiLi^x^ kislaîn, tirer au propre et au figuré, comme en persan; i^^^ji 

xAjij^, il a tiré (souffert) la misère. P. (j*Nx^. 
^^^..i^ /.t's/f//, la totalilé; ivhole ai)g\.,gan: allcm. — ^j'j\jî> ^U:ci^^ 



là A. QUERRY. 

kishtiyan hâtîn, tous sont venus (la totalité d'eux); on dit aussi : 

(jaÀS kiftin, tomber. — o^À^ kift, il est tombé, — J^i dikifi, il 
tombe. — oui JU yUJ fé ban è wja/ A:«/f , ii eist tombé de la terrasse 
de la maison. P. y:>Uil . 

^!^ hilào, bonnet, chapeau. P. »i4^. 
viijJi hilih, doigt. P. le doigt auriculaire. 

aJo koullé, sauterelle. P. js^.^. 
-vyixîds kèlèshir, coq. 
_^ koulou, motte de terre. P. ^•A^. 
Lo kounâ, trou. 
dJ^US konârig, coude. P. ^\) arch. 

^Skèin, le rire. 

qxo A'è^jm, rire. P. (j^XjJol:*. . 

^ koù, OH? adv. inlerrog. — oas-^^ /.om ishil? où es-tu allé. P. id. 
y> kèoû, perdrix. dU^. 
_j^ /îèoîî, bleu. P. ij^. 
-j^ kèoûter, pigeon. P. jJj-a^. 
<^i^s /ro«f/î, courge. P. ^«X^. 
^ kour, jeune garçon (kurde). 
(Jj^S Ao?/rA-, duvet de chèvre, mohair. P. JJ^. 
jji^ kèoush, soulier. P. yjia^. 
«iUjO koumèk, aide, assistance. P. «W. 
»j5 ÂY-yè, tête. P. ^d^. 
»jjj^ koyizè,, pot de terre. P. «Sj.^. 
^>^ kèvinvi, gratter, démanger. P. yvXjjlÀ.. 

^ kèyi, quand ? interrog. — (^=!..i^^ /-è^« f///.'j//«, (juand part-il? P. id. 

»iJ^^ koyidjik, pierre. 
if^é ^««/è, paille. P. »l^. 



LE DIALECTE GUERROUCI. 15 

iS'ffâ, bœuf. P. ^157 
i^\i\S'gâfâvb , berceau. I*. 8>^[j,^57 
fJ^^^lS^gâinisk , buffle. P. yibA^^lST 
..aS'guksh , courbé, de travers. P. X. 
iJc>i>JSguirdik(hi, noix. P., pluriel de^i^ST 
ij:>JS^guir(ltn , prendre. P. /JCi-ST 
yipS^guirdiyou , action de rassembler. P. i-57arcli, 
fJLvé-S^guiristîn , pleurer. P. /jJCm.sjJST 

SS^guèrik, balai. 

yS^guezer, carotte. P. arch. 

S--.jgmézek, estomac des ruminants. 

jS^guel, affixe pluriel génëralement accusatif et (pie parfois, ainsi (jne 
(jO , on trouve au nominatif. — a5o \J-^*i^\^yi J6»*>sjo hhndhgucl iiè- 
mzishiân bike, aie soin dès serviteurs7Voir yO. 

^£yi^ goulâvi , poire. P. ji^^ST 

^^gnhlho, retour. — i>^îjÀ. _jX5-i^ /c shfer guclèo khovard , il a or- 
donné le retour du voyage (il est de retour). P. ioiir^lyo jÀa« ^ 

jLtS'giicindl , cbien de forte taille, dogue, mâtin. 

yJSgour, veau. P. onagre. 

S^I^S^gucourè , grand. 

\:ss^gouyilshè , prune noire. P. a=».^. 

fjijSguiydii , âme. P. ^jls»- • 

fj^-pguirfâii , poche. P. «-^s». . 

lA^S'guèyik , chevreau. T. dLp, cerf. 

(jÀ^S" guh'm , parvenir à, arriver à. — ^^xxS'»^^ »H/vè guiyèyi, les 

fruits sont parvenus (à maturité). — 45-^!-^ J^j <'è ?//rt7 niguiyèyi, il 

n'est pas arrivé à la maison. P. y^.*^^. 
J le, préposition; de, pour, à, dans, à cause de. — Axj (^w*.^ JU /è 

mal hcci niyè , il n'y a personne à la maison. — j*yv^ f^^) )v:«m /è 



IG V. QUKKKY. 

j/és, j'en suis satisfait. — jLtf> jÀm*.] lé .srjcr hâli, il est venu de 
voyage, — jLo^<XÎ lé dir c mal, h la porte de ia maisou. — yS aJLj 
j*p^ nâlé ton le tsliiss , quel est le sujet de les plaintes? (de quoi le 
plains-tu?) /JL Ars? hilshe lé min, excepté (de) moi. — ^j^XJ S^jI 
-eJLj^à ive lé àoyir dovmiin, je le vois de loiii. — »-jJ létrè, ici, eu ce 
lieu. — ^Ù oJ (^j)_j>^ khcvèri le t niguiyi, aucune nouvelle de toi 
n'est parvenue. — »jJ lé naô, de nouveau. 

(j-f^^ Inntshin, grande jatte de terre. P. id. , dérivé du V. <Sj cuvette 
de métal. 

dXjù létek, ensemble, avec. — -Ljy> ijsjj ^ tni Ictck tou uiyâm, je ne 
viens pas avec toi. 

aaJ lèké, ruade, coup de pied. 1'. J^S^J . 

yil lé nào, de nouveau. P._jj \! . 

cy^, c>..jjj /o?/i, lowjh , nez. P. ^^xJ arch., joue, partie inlérieure du 
visage. 

^jAijO lilihérou, intestins. P. S^^r . 

j^ /ï'tj, lèvre. P. t_J. 

- /«e, particule prohibitive de l'impératif. P. id. 

^ mi, pron. pers. première pei's. sing'. P. /Jt. 

JU mal, maison; probabl. Ar. propriété, bien. 

jU/»jL» marmilck, lézard, du P. jU, serpent; peut-être diminutif. 

IxjLo manga, vache. 

jA^ mil-, oiseau, poule. P. arch. 

(ji-^ mmlin, mourir. P. rj^y>«. 

A.>L«^^ mijmâye, plateau de mêlai. Ar. ajï^t. 

ci^-ii.^ misht, poing, poignée. P. c:A>i^\ 

kiJ..:«^jA>« méloyidjik, passereau. 

yy ^ 

jXjS mémch, mamelle. P. xtf , enfantin. 

(j.« mtn, moi, pron. pos. et mon adj. pos. P. ,»,■». 

^jioU minish, le mien, pron. pos. 



LE DIALECTE GUERROUCI. I / 

'\y^ iiiooii: , mouche, guêpe, toute espèce d'iusecles de celte famille. 

P. jj*X« . — Ju**ff \^ moxtz acel, mouche à miel. 
fj,yA mouyi, cheveu, poil. P.^. 
•jj^/o mh, urine. P. arch. 
iJ^'O inisli, rat, souris. P. jjij-«. 
ooLy« niifl, vain, inutile, gratis. I*. ovjL». 
^^ mhjooxi, vigne. P. y9. 
Aa^ miyè, brebis. P. (ji*^. 
(j ni, pre'fixe négatif; lie ... pas. — Ajo niyih, il n'est pas. 

jjij.à».li nâkhovesh, malade. P. yijÀ.U. 

Jlj iiàl, fer à cheval. Ar. Jxj. 

^Li nâo, nom. P. -b. 

^I^^li nâorâs, milieu. — (j**^^'^; ^^' nâorâs, au milieu; on dit aussi 

(J^U nâouk, noyau, nombril. P. oL>, nombril. 

AiSo^U naohalânè , rue, voie publique. 

»^itf' nokhouve, pois chiche. P. ijitf'. 

Kii^i-i nirviddii, échelle. P. yUi-i. 

<^ijy^ "y^"y' > lentille. 

(vjùio nishtîn , s'asseoir. ï* . /yiM*,,iiJ . 

cijt^ Hem/, sucre candi. P. cj^Lo. 

(jLo mijiân, poser, placer. P. y^LgJ. 

_j ir,à, vers; prépos. de tendance. P. lj . — JU ^ y^ bon vé mal, va'à 

la maison. — a^ /y« ^ vé min Islié, que m'importe! (à moi quoi?). 
1^ vil, vent. P. ilj. 

y^^j vâdjâo, urgent, obligatoire. Ar. <_.,c2^î^. 
M^i^ vârin, pleuvoir. P. yjsj^b. 
^^ vétiii, dire, parler. — c:^^ vol, il a dit. — t5w->i> doi/ishi , il dit. 

Voir ce verbe à la suite du vocabulaire. P. (jJJO . 
ç.1:^^ védjâgk, cheminée. T. (^L=>.^l . 



18 A. QUERRY. 

o^^ vcklil, temps. Ar. o^*^. 

^^ ver; avec, pi-éposition. 

liCij^ vivishg, affame, étal d'avoir faim ; l'anglais hungry. 

»iGji5 ^'j^"êi' genou. 

(jLuwj viciân, se tenir, [stare, stnnd, stehen). — AjU**'^ JL»^jJ lé dir 

c mâlvicimjh, il s'est tenu à la porte de la maison. P. y^Lc^^jl . 
uyUu^ vesttii , lier, attacher, fermer. — 4^>u»»5 vècèyi, il a attache. — 

^^^i divècèyi, il attache. P. ^^jJu*o. 

yi^^^ viskdrdin, presser, exprimer le jus, P. ^j:>-Aiij. 

jJiMi^ vishtir, chameau. P. -X-iî. 

/w£;^ vèshèn, pluie. 

-55 t'é^r, neige. P. o-j. 

(^iJ^ î)e7rt, devant, préposition. — ^^^ iS^^ y^ ^- 'jàhou véhujimin, Eh! 

viens devant moi ! 
yi^^^vékk, feuille d'arbre. P. d)y. 
Ajjj^ virhjh, au devant de. 
S e, affixe du datif et de l'accusatif = P. 1^ . 
(^Ufc hàùn, venir. — cyLc^ /tâ(, il est venu. — ^^p d'njâyi, il vient. — 

yi héô, viens 1 — bLo biyata, s'il fût venu, 
(j^yft /jer is/un, quoique, malgré. P. Jo^i.-A. 
(^ yî, aflSxe de la 3' pers. sing. 

fj\jt yân, maintenant, à présent. — (jLî lé tjân, autrefois. — y oc$ 
yi J3\ji\ fjLJi Jiimmèt é ton lé yan ziadtir hou, ton zèle autrefois (de 

maintenant) était plus (vif). 
^^Xj yèki, un. — -j ^^yhhi tir, un autre. P. ^^, -Ci ^^. 
XjÇyeme, a présent. 
yUjj^ji éyourghân, couverture de lit, courtepointe. T. M^;^. 

Verbes dont je nai qu'un exemple et phrases détachées. 
y-i^ owi^ mkht bivéshin , donne un coup de poing. 



LE DIALECTE GUERROUCI. 19 

/ w 

^^ Ax! lékkh bilèyi, donne un coup de pied, 

(^w bivori, qu'il coupe. — tSJL?^ '*^^-^ •■^>J^-*i*î?> rishiguit kliodâ bivori. 

Que Dieu te coupe la barbe ! 
Sô\j ^c*'^^ (S^'f^ sézâyi vé dèct bidè, donne-lui ce qu'il nie'rile. 
»j_jJo binourè, cherche. 
{j)y^ hikhônn , rogne tes ongles, 
i^M^y'i névici , il a écrit. P. {y^y> • 
o«JU.^i dipècènit , tu approuves. P, yJo*X-U«*j. 
aj yUiwAJ <x5x>r r?>/èAè uishdn bé , monlre-lui le chemin, 
»o.i>^^\ zourdiyè, il a reçu des coups. P. A,jj)V. 
^L:i^ U'^T^ (^ ^''^'^ kmlin kliarno^ exercer l'oppression est mal. 
f^yi^^jS^^jAu sirim guij dikhovéïji, la tète me tourne. 

LCii iJS^m:» dèsguèli shékiâ, ses bras sont casse's. 

(j-ji^j.S'iLA (ilj^o (^î èyi ktlâcèkè ziad giiéourès, ces bonnets sont Irop 

grands. 
Sjis? et »^j liK:» dirèkè binèvè et bikhèvc, ferme la porle. 
j (j^L:^ bljo i/yrtf« M«,s /»/, s'il fut venu, c'eût e'té bien. 11 eùl bien 

fait de venir. 
_j,-< Ajj riyèbilslio, passe ton chemin. 
(j:yy}'> Ly^.^ <^y^ y^ Itcr Islti doyishlii nijnhvi, quoi qu'on lui dise, il 

n'écoute pas. 
(•*"* )^y^ sovar doum, j'ai om je suis monté à cheval. P. -^X-w )^y^ ■ 
oo-^v^j 1^ _jj /OM <éua bikoushirit, il faut te tuer. 

REMARQUES SUR LE VERBE, 

De même (pie les verbes persans, les verbes guerroiicis ont j)our lettre 
finale de l'infinitif un y quiescent, avec cette différence que , dans les pre- 
miers, la pénultième est affectée d'un/fl//*/?, tandis que, dans les derniers, 
elle l'est d'un kcsra, sauf dans quelques verbes terminés en yl . — V. le 
vocabulaire. 

Les affixes pronominaux du verbe sont : pour les trois personnes du 



20 A. QUERIIY. 

singulier: ,., cy, 4^; et pour celles du pluriel: aj. ijJ. Ce dernier esl 
commun la seconde et à la troisième personne, cependant pour les de'- 
terminer on fait préce'der le verbe du pronom personnel _^l yvè, vous, 
ou de Ajl^î, avânè, eux, selon le cas. 

L'aoriste, en ge'nérai, n'est autre que le pre'térit pre'ce'dé de la lettre :> 
afTecte'e de l'une des trois voyelles e'quivalent au ^ du pre'sent absolu du 
verbe persan. 

Le ne'gatif se forme par la suppression h l'aoriste du pre'fixe i qu'on 
remplace par y : ^^^ nitshi , il up vient pas. — Au prohibitif, le i est 
remplacé par un ^ : aS^ mékè, ne fais pas. 

VeBBE ElISTEB. P. ^^yjiM*Jt> . 



A^ htm, j'existe. P. m^Xm^J^ . 

ovA^ hit, tu existes. P. ^M*Ji>. 

fjuJt» hès, il existe. P. c>a«j&. 



rçij^ hyim, nous sommes. P. fUjui^st . 
/yiû hùi , vous êtes. P. ty^j^J». 
Il ils sont. P. «XàXmJ^. 



Verbe être. P. m^' 
Prétérit ou imparfait. 



*j btm, j'e'tais. P. r»:»^. 

>jo bit, tu e'tais. P. ^5^^. 

j bi, il était. P. ijj. 



AJtyi bouyim, nous étions. P. *.j:>jj. 
(j^ bin , vous étiez. P. «X.Ji^. 
// ils étaient. P. *X3:>^. 



Impératif. 
oo_j,j,^ bon et bonyit , sois. P. (jilj. 
Ajjj bouyim, soyons. P. /ojy*«lj. 
^^ èoMM, soyez. P. J\>JiX). 
(j^yi bovôn , qu'ils soient. P. ù^jJiXi. 

Dans les phrases détachées de mou l'ecueil, je vois la seconde per- 
sonne du singulier du prétérit employée dans le sens de devenir : ex, : 
owo ^'jjyà«- khovéraô bit, P. ^^J^ î'*>H^i tu es devenu éveillé; ceci in- 
diquerait qu'à ce temps ce verbe a le sens du persan ^j*Xi . 

Dans les mêmes pages , je trouve aussi quelques exemples de laoriste 



LE DIALECTE GL'ERROLCI. 21 

du verbe devenir, dont l'infinitif (peut-être ^v^) 1"' sérail commun avec 
le verbe être. 

j.^i doiim , je deviens. P. -jJi.A/». 
i.::^^:) (làijil , lu deviens. P. fj,yi*jf^ . 
^i doit, il devient. P. ij-Ji-*^. 
<oJ^i> douyîm, nous devenons. P. ^^yji*>^. 
y^i dôun, vous devenez; ils deviennent. P. <>^yjitji^. iXj^^ioy*. 

EXEMPLE D'UN FUTUR. 

*yi f»3'>-=*- fil(Ovà:im boum, je serai ou deviendrai. P, ij,> J^lyiw . 
cAJkJ o.jV|j^ l.hovâzit houijit , lu seras. 
_jj (ojj^ lihovâti hou, il sera. 
aj ki AjVLifc. khovâtim bouyiin , nous serons. 
/wAj /o\!^^ khovât'ui hiii , vous serez. 
y»jj /jjVLàfc. khovàzoun hovouii, ils seront. 

Le conditionnel semble être forme par l'interposition ou l'adjonction 
de bU yâtâ; ex. r 

(«blj»j bouyâiâm, si j'eusse été. 

oobl?^ bouyâlâyit , si tu eusses été. 

bL?^ bouyâtâ, s'il eût été. 

Négatif. P. /<wJ . 
Aj (/('/«, je ne suis pas. j aa-» l'iyiin , nous ne sommes pas. 

OAJ lût, tu n'es pas. ' iy*.i iiii/iii, vous n'êtes pas. 

Aa) /»,(/p, il n'est pas. // ils ne sont pas. 

Prétérit et inijifir/tiit. V. -^/.jl 



-«j ///r//« , je ne fus |)as. 
cio^ «/«(V, tu ne fus pas. 
(_^yj nivi , il ne fut pas. 



Aj^ iiiiiiii , nous ne fûmes pas. 
(wj>j y//V/« , vous ne fûtes pas. 
// iU ne furent pas. 



22 A. (^iJKRny. 

Impératif, 
y nâo, ne sois pas. 
AjfcO bénévîm, ne soyons pas. 
joy wetJîH, ne soyez pas. 
(j^y névôn, qu'ils ne soient pas. 

CONJUGAISON DU VERBE qjj vêùn , dire, parler. P. ^jj^o. 

,ci*Ji> doyishim, je dis. 
oouioà doyishit, tu dis. 
^^ji*ji> doyishi, il dit. 
P«\Jiw.>à doyishyim, nous disons. 
^wikJi 8^1 /t'è doyishin, vous dites. 
/v*m.j:> Ail^î rtîîaHè doyshin, ils disent. 

Prétérit et imparfait. 
f^i^ votim, je disais ou dis. 
o\AJ^ wo<î7, lu disais ou dis. 
(^^ î;of, ii disait ou dit. 
rÇiH^ votîm, nous disions ou disons. 
/vjj »^l ro//« (?Vè), vous disiez ou dites. 
fJS^ Aiîji vot'in (nvânè) ils disaient ou disent. 

Impératif, 
iji^y boyish , dis. 
. is^y^ boyisJii, qu'il dise. 
(<s->i»j>J boyi-shim , disons, 
/y^iijfcj bnyishlu , dites. 



I,E DIALECTK fiUERROIICI. 23 

Négatif {((ovislc). 

■' . . . 

jCi->A3 noyishim, je ne dis pas. 

-' . . 

oyyioo noyishit, tu ne dis pas. 

j 

(^ji*X> noyishi , il ne dit pas. 

/rf\>i^i noyishim, nous ne disons pas. 
(w.i>-»j aip ivè noyiskin , vous ne dites pas 

jv-iioo x>!ji avdnè noyiskin , ils ne disent pas. 

Pronoms personnels. 
Sing. : i"pers. -, fv>«, jh/, ?»/«. 

a* pers, ci>,_^j, ?, /o«. 

■ o. < • - 

o pers. ^1 2ve. 

Plur. : i"pers. ^jl yi7n. 

a pers. SyA, ij^^.K y(-^e, yvoun. 

3° pers. (j'^1 , AJ^jl, e'fvt», avânè. 

Pronoms réfléchis. 

*j^ hhovim; cyj^ khovit i i^^^ , (Jt?-^*' Ichovéyi, Ihovsh; (j'-^j-i^ 
khomân , ^j^j^ khoutân; ^jtj»^ khouyân. 



ÉTYMOLOGIES. 



Er / »/ _ 

On sait combien ce mot a exerco' depuis cinquante ans la sa- 
gacité' des linguistes. La forme étrange du fe'mlnln, qui n\'i, à ce 
(ju'il semble, aucune ressemblance avec le masculin et le neutre, 
ni avec les noms de nombre des autres langues, de'route, à pre- 
mière vue, les recherches. L'explication commune'ment adoptée 
est de considérer (xia comme étant pour o-f/Za et de le rapporter 
au thème pronominal sent, le même que nous avons en latin dans 
sim-plex. Mais cette explication peut laisser quelques doutes : on 
s'attendrait à trouver dans les composés quelque souvenir de la 
double consonne a-fx. On voudrait avoir quelque chose comme 
ovSe(xixia. Oi", nous n'en avons aucune trace. D'autre part, la 
forme homérique' et lesbienne ïa n'est pas expliquée. 

Je vais proposer une autre étymologle, qui aura le mérite de 
rattacher étroitement le féminin au masculin et d'expliquer l'ori- 
gine de la forme homérique. 

.le crois que nous a\ons ici un exemple de l'influence exercée 
par la locution négative, ovSsis, fjiriSets, sur la locution positive, 
f e féminin a dû être d'abord ovSevia^ fxtjSevia. Il y a eu change- 
ment de V en fx, £e qui a donné ovSsfxia, [iriSeyiia. De là a été 
extrait le simple fz/a. 

On objectera sans doute que ovSevia., selon les habitudes de 
la langue grecque, serait devenu ovSeîva. JVIais celte habitude de 
la langue grecque n'est pas très ancienne. Si le changement de v 
en II a précédé, l'épenthèse de ïi devenait impossible. 

Le changement d'un v intervocallque en fi est un fait qui n'est 
encore constaté pour le grec dans aucun livre de phonétique. 
Il a cependant pu exister dans certaines circonstances données, 
comme nous l'avons en français poui- venimeux. Je vais montrer 
un peu plus loin par un exemple que, non seulement ce change- 
ment a pu exister, mais qu'il a existé réellement. 

Mais nous devons d'abord dire un mot du féminin *a, si fré- 
quemment employé dans Homère, et à côté duquel on trouve, 
mais seulement .une fois (//., VI, 622), le masculin iôs. Je crois 
que là aussi il faut partir de l'expression négative ; on trouve en 



KTYMOLO-';iES. 25 

lesbien ovS' ï'av^ fxti^è ïa (Alirens, I, 127). Un masculin ovSels a' 
produit, dans le parier populaire, un féminin *ovSeîa.^ doat est 
sorti, grâce à la logique instinctive du peuple, un féminin ïa. 
signifiant rfune'". Il n'y a pas lieu de s'étonner si ces mots, étant 
employés à toute heure du jour dans les nombreux dialectes de la 
Grèce, ont donné naissance à des formations diverses. 

Je viens maintenant à l'exemple que j'ai annoncé d'un v inter- 
vocalique changé en jm. Il m'est fourni par le dialecte crétois. 

Dans l'inscription de Gortyne, on lit plusieurs fois le dalif 
OTIMI : 

VI, 5i : olî S' èiriQclXkojv iir) sïrj, ras TSvXà? tô5v ahiSvToov 
oTifJii xa Xïji oTtviéOai. tfS'il n'y a pas de parent, elle pourra 
épouser parmi ceux de la tribu qui la demandent celui qu'elle 
voudra, n 

La même formule oTi^i ko. Xrji, avec la variante 6ti[xi xa w- 
varai (pour Swarai)^ revient encore en quatre autres endroits 
(VIII, 7, 12, 19, 32). 

Les explications n'ont pas manqué pour ce 6711x1. On a encore 
eu recours au pronom sanscrit sma, et l'on a dit qu'il fallait sup- 
poser des formes '6-Ti-a-[jii, puis 6-ii-yi^i. Mais il est beaucouj) 
plus simple et plus conforme au grec de penser que nous avons 
ici le pronom wjivi. La première partie est devenue indéclinable, 
comme cela est arrivé fréquemment pour les composés de cette 
sorte. On peut comparer ce qui s'est passé en latin pour altemievK 
La locution oti^li xa X^<, otiixi xa rwaTcii était devenue une 
sorte de formule toute faite, qui n'empêche pas le pronom 'ôa-lis 
de faire, dans la même inscription, au nominatif pluriel, 01- 
TINEZ-. 

Si maintenant l'on demande quelle est la cause particulière 
qui a pu amener dans ces deux exemples la mutation de y en |^t, 
je ferai remarquer que, dans l'un et l'autre, la nasale est suivie 
d'un i, et que c'est peut-être là ce qui a produit le changement. 
Mais il Y a encore une autre observation à faire relativement à 
ovôsyLia. 

Nous avons cité plus haut l'exemple français venimeux. Ce mot 
vient de venin, où la nasale finale tient le milieu entre /* et m. 
C'est précisément ce qui avait lieu en grec pour ovSév. Vn final 
('tait une articulation assez faible, qui pouvait aboutir à une 
sorte d'anousvàra. On ne s'expliquerait pas autrement la facilité 
avec laquelle un v final se laissait assimiler par la consonne 
suivante : rbp PoSiov, dbX Xéyovcri, èa (jlrjXst, êX Aup«T(Tâ5<, TÔJfx 

' Lo (lalif OTINI se trouve on dialecle légéate. V. Cauer, Delertax, n" A57, 
I. ;î8. 

^ Il esl peul-èlre à propos de rap|)elpr qiio l'alplialjel do Goityiie n'emj)l()ie 
pas respn'l iiido, coiiiino il ijfiioro aussi Vco. 



26 M. BRÉAL. 

•zsoiïjTÔjv, ovôefi tSïjfxot, èy yvvai^t, etc. M. Blass cite très à pro- 
pos ie passage suivant de Marius Victorinus, qui s'applique égale- 
ment au latin et au grec (VI, 16 Keil) : rrClari in studiis viri, 
qui aliquid de orthographia scripserunt, omnes fere aiunt inter 
m et n litteras mediam vocem, quœ non ahhorreat ah ufraque 
littera, sed neutram proprie exprimat, tam nobis déesse quam 
Graecis (il parle de l'alphahet écrit) : nam cum illi Sambyx scri- 
bant, nec m exprimere nec n.v Cette observation nest pas vraie 
seulement pour le milieu des mots, mais encore pour les nasales 
finales. Le neutre ovSsv était donc avec ovSsfxia dans un rapport 
analogue à celui de venin avec venimeux. 

Ha?, xsâo-a^ TSàiv. 

S'il est un mot d'origine pronominale, c'est bien celui-là. On 
le fait ordinairement venir d'une racine çvâ tf se gonfler» , la même 
qui a donné en grec Hvéco, en latin inciens pour incuens. Mais ni 
la forme ni le sens ne conviennent. 

Le -sr de -nra? nous indique une provenance de même sorte que 
'isov^ 'zsoi., 'gj66sv, isÔTspos, 'zséaos, 'usoîos, etc. Il suppose im cor- 
re'latif rà? qui manque, mais que, dans toutes les constructions 
où l'on a -zaras, l'esprit doit supple'er. C'est ainsi qu'en vieux fran- 
çais quant s'emploie souvent avec la même valeur que tout. Le 
corre'latif sous-entendu est tant : 

Et le roy me dit que je me teusse et il leur donrroit quant que je li 
avois demandé. 

Joinvilie. 

N'est pas or quant qe reiuist. 

Leroux de Lincy, Prov,, IF, ^179. 

La volenté de Dieu a fait quanque elle a velu. 

J. de Salis)).* 

La même suppression s'est produite en latin pourfotws, lequel 
suppose qn inusité quotas. Cette absence n'est pas fortuite : le 
langage gagne en vitesse et en agilité à ces ellipses. 

Dans TSa.v'ïci.'Kci.ai nous avons un redoublement de même espèce 
que dans quoquo modo, quotquot. 

Quant à la voyelle initiale de âWas, elle est de même nature 
que la voyelle initiale de ottoios, ottoo-os. 

Il resterait à déterminer au juste quelle était la forme primi- 
tive de ces pronoms -zrràs, *t(xs. Je suppose qu'ils représentent un 
ancien -nri-T?, tvts. 

' Voir le Dictionnaire de Godefroy, au mot quant. 



ÉTYMOLOGIES. 27 

Il est possible qu'une certaine emphase de la prononciation ait 
contribue à l'allongement de l'a. Comparez ce qui s'est passé en 
allemand pour m et etji, en français pour noire et nôtre ^. 

Apvéofxai, àvaivoixai. 

Au lieu du grec classique fxdpTvs, [xaprupos tr témoin n, l'in- 
scription de Gortyne a constamment (jlocïtvs, ^ahvpos. Le mot ne 
revient pas moins de vingt et une fois. Ce changement remet en 
mémoire une étymologie donnée autrefois par ÏEti/tnologicum ma- 
gnum, et que les linguistes avaient unanimement repoussée. 

Apvéo(i<xi signifie ffuierw et tf refuser n : 

fi S' ovT àpvsîroLi alvyspov yâfiov. 

0(1., 1,2^. 

Èkùi)v ïjfxctpTOV' OÙH âpvyjaoïxai. 

Esch. , Prom., 266. 

D'autre part, nous avons le verbe dvaivopLai, qui veut dire 
K refusera et trnierw : 

Athecrdev fièv âvtjvacrdcti , hsTfrcuv S' vtiohéydai. 

ii.,\n, 93. 

Se S' àvaiveTOLi ^Sè aà Zàpa. 

/?.,IX,679. 

E{ 8s TSpàs yévovs §ô|av dvaivsi ^op^icovct xrjhscriijv, Ôpa p.r/ ysXotov 
^ aè TaÙTa Xéyeiv. 

Démosth., p. 904, 7. 

Il est difificile de ne pas reconnaître la parenté de ces deux 
verbes : àvaivaptat contient un redoublement, comme yoLpyaipco, 
(SoLfxSoLivM , 'zsctp.Cpa.ivoô.f'aa'irlaivco. ApvéopLai, de son côté, a passé 
dans la classe des verbes contractes. Mais l'identité du sens, ainsi 
(|ue la ressemblance de certaines formes, comme àpvri(7op.ai et 
àvaivrjdopLai , comme vvtjvdfiw et rjpvrja-dfxvv, décèlent la com- 
munauté d'origine. 

Entre àvalvoyiai et dpvéopiat l'inscription de Gortyne présente 
une forme intermédiaire. On y trouve (I, ii) l'optatif àvvlono 
et (III, 6) l'aoriste du subjonctif éKa-avvea-STai. Le p a été assi- 
milé. Sous cette orthographe je suppose (|u'il se cache, à peu de 
chose près, la même prononciation que nous avons dans àvaivo- 

* Dans un tôcent mémoire intitulé Die Ausdriicke fiir den Begi-i£' der Tutali- 
tàt (Leipzig, 189/i), M. Brugmann roproduil son étymologie de -sàs, dérivé de 
xvéu). Nous regrettons de ne pouvoir partager sur ce point i'avis du savant lin- 
guiste, non plus que pour totu» et oiiniis, dont il traite dans ie même travail. 



28 M. BRÉAL. 

fÀ(xi. C'est ainsi que xtéwci), 6(p£kXct), formes e'oiiennes, n'étaient 
probablement séparés que par une légère nuance de xt£<W, 

Comment Vt s'est-ii introduit dans [xaÏTvs et dvocivoixail C'est 
probablement, ainsi que le suppose Brugmann, un i parasite qui 
s'est développé d'abord devant le p. On a dit fxaîpjvs, aipvéofjLat; 
puis il y a eu affaiblissement et extinction de Vr. Meyer-Lùbke 
cite le même fait pour l'andalous ^ et donne les exemples jaoï^Mero, 
laigo, seipenton, apaitate (^ pour porqiiero , largo, serpenton, aparlate). 

tlVSpœÏQV. 

Aux adverbes de lieu âvœ, xâiw, s^co, sotù), -zspoŒCi), bnta-ci), 
l'on peut joindre un ancien *v'7Tépci), qui s'est conservé dans le 
dérivé vTrepcfitov ff l'étage supérieur d'une maisons. 

Nous avons ici le suffixe -<o emj)loyé comme sufiixe secondaire, 
comme dans ^(Oovtoi, àéptos. Il s'est joint à l'adverbe VTrspco, 
comme il s'est joint à l'adverbe 7(^1 travée forcent pour former l'ad- 
jectif i'(p<o? tffort-o, à l'ancien locatif èfxoï pour faire ôixoiïos. 

Pott et Curtius croient devoir rapporter la deinière partie de 
vTrep'vïov à la racine vas rrhabitem. Mais, en ce cas, la seconde 
syllabe serait longue à cause du v initiai. 

iTrTTOTroTajuo?. 

On a quelquefois cité ce mot grec comme un exemple de ren- 
versement des deux termes. Mais je crois qu'il est plus simple d'y 
voir un exemple de l'effacement du j après une nasale : Imros 

À PROPOS DE LUDVERBE aVTCOS. 

Notre confrère, M. Meillet, a récemment proposé une étymo- 
logie ingénieuse de l'adverbe grec ayxw?, quand il est pris dans 
le sens du iaim frustra. Mais, pour couper ainsi le mot en deux, 
pour séparer avTcos tr frustra:? de olvtms ttita^, il faudrait quelque 
nécessité extrême, telle (|ue l'impossibilité absolue de ramener 
l'un des deux sens à l'autre. Ce n'est point, à ce qu'il semble, 
le cas. On oublie trop souvent le fidèle compagnon du langage, 
surtout aux époques primitives : je veux dire le geste. C'est le 
geste qui donnait chaque fois à avTcos sa signification spéciale. 
Remarquons, à ce sujet, que les exemples qu'on cite sont pour la 
plupart empruntés, non au récit même du poète, mais au dis- 
cours d'un personnage mis en scène. 

' Phonétique romane, $ li'^b. 



KTVMOLOGIES. 29 

(iuiiimc liaiKsilioii d'une acception à l'auUe, on peut prendre 
ce vers de Y Odyssée (Xl\, i5i) : 

àXX' èyù) OVK aireas [i.vdrjao{iai , àXXà avv 6pxai, 
es veTrat ÔSi/creûs. 

«Je n'affirmerai pas au hasard, mais avec serment, qu'Ulvsse 
reviendra, fl 

Ou cet autre [Odyssée, XVII, 3 09) : 

Il est question du chien d'Ulysse qui reconnaît son maître de'- 
guisé. Ulysse, feignant de ne pas le connaître, demande : ff Est-ce 
un chien de chasse, ou simplement un de ces chiens qu'on élève 
pour le plaisir?^ 

H airws oiïoi ts Tpcnrsiifss Hvves àvhpœv 
riyvovT . . . 

L'analogue de ce txvTcos se trouve dans certaines locutions i'ran- 
çaises familières : r Je lui ai dit ça comme car (c'est-à-dire rrau 
hasard^). rrVous le supposez comme car (c'est-à-dire rsans 
preuves). 

Une autre nuance se trouve //. , X, 00, Agamemnon parle des 
perles qu'Hector a fait subir aux Grecs, comme cela, sans secours 
des dieux ni des déesses : 

aiiTùûs, oire Q-eâs vios (pi\os ovre Q-eoto. 

Le sens est commenté par l'adjectif dans le vers de ï Iliade, 
XXI, Ix^lx: 

vrjTtiitts , TÎ vv TÔ^ov s-)(sis àvefiùjkiov aî/Tws; 

ff Insensé, pourquoi portes-tu comme cela un arc inutile'N 

Od., XX, 879, il est question d'un mendiant, sans force, sans 
savoir, mais comme cela une charge pour la terre : 

ovhé Tt êpytov 
éfjLTTCLiov ovhè ^iiis , àW a\)T005 o-y^os dpoiipyjs. 

C'est ce passage et quelques autres semblables qui ont fait at- 
tribuer à notre adverbe le sens de ploltïjv. Mais nous dirons une 
fois de plus qu'il ne faut pas toujours chercher dans les mots ce 
que la signification générale de la phrase y fait entrer : sans 
compter que fiaTvv serait singulièrement déplacé dans quelques- 
uns de ces exemples. Que signifierail-il dans se vers (//. , VI, 
A 00) : 

'srfiîh' èiri kô^-kcç éyova àza^^i^povct , vtJTriov at/TOJs. 

Ernesti Iraduit infanlem adeo, et c'est en eflet quelque adverbe 
à sens vague comme adeo qu'il faut chercher ici. 



30 M. BRÉAL. 



LA VOYELLE DU PARTICIPE PRESENT EX LATIN. 

Un point par où le lalin s'écarte visiblement du grec, c'est en 
ce qui concerne la voyelle du participe pre'sent : ferent- en latin, 
(pspovT- en grec. Les seules exceptions sont les cas indirects de 
iens et quiens, qui font euntis et queuntis. 

On a cherche' à grossir le nombres des survivants de la forme en 
ont. On cite ordinairement le substantif w/wMfrts, qu'on fait dé- 
river de volunl-i-tas. Mais il y a à cela plusieurs objections. D'abord , 
la forme volens est la seule employée, la seule connue. Ensuite, 
un participe volens ou voluns aurait fait, sans voyelle de liaison, 
vokstas ou voluslos, comme on a egestas [^our egent-tas) e[ potes-tas 
{Tpour potetit-tas). Enfin, le suffixe tas, qui se joint ordinairement 
à des substantifs {tempes-tas, civi-tas) ou à des adjectifs (liber-tas, 
nohili-tas), ne vient s'ajouter à un participe que si ce participe a 
pris la valeur d'un adjectif : c'est précisément le cas pour potens 
et e^ens^. J'ai expliqué autrefois voluntas comme dérivé du sub- 
stantif volo [génilif volônis) et je crois devoir persévérer dans cette 
explication. 

Quant à voluntarius, c'est un dérivé de voluntas, inventé pour 
faire pendant à necessarius. 

Un autre prétendu survivant serait, s'il fallait en croire quel- 
ques linguistes, l'adjectif sow5 rr coupable w. Sotis ne serait autre 
chose que le participe présent du verbe ffétre:^. Il y faudrait donc 
voir un doublet de setis, que nous avons dans ah-sens, prœ-sens, 
[DU) consentes. Le coupable serait désigné comme étant ff celui 
qui TestT). Il faut avouer que Tellipse est forte : la traduction 
exacte serait d'ailleurs r celui qui estw. Nous ne croyons pas qu'il y 
ait lieu de s'arrêter à celte fantaisie. 

Les deux derniers exemples qu'on donne sont lucuns ^ sorte de 
gâteau ^5 eijlexuntcs, l'ancien nom donné, selon Varron cité par 
Servius^, aux cavaliers romains. 

Il est difficile de rien dire dé certain sur l'origine de lucuns. 
Curtius le rapproche de luxus (grec Xo^ôs), luxare, licinus; mais 
c'est une pure hypothèse, qui ne prouverait encore rien pour 
l'existence d'un verbe. On peut aussi bien le faire venir du grec 
Xevxos, à cause de la couleur de la farine, ou mieux encore de 
yXvKvs, yXvxôets. 

Quant à Jlexuntes, il n'y a aucune raison de révoquer en 

' Avec les participes, le latin emploie ordinairement le suffixe secondaire -ia : 
beiievolentta , reverentia , negUgentia, scientia, igitorantia, tolerantia , etc. D'après 
ce modèle, volens aurait fait volenlia, et non voluntas. 

^ Servius, ad Mn., IX, 606 : ffEquiles apud veteres jl^xnntes vocabanlur, 
sicut ait Varro.« Cf. Bechstein, dans les Studien de Curtius, VIII, p. Sig. 



ÉTYMOLOGIES. 31 

doute ie témoignage de riiistorien Granius Licinianus, qui dit : 
'(Flexunles a génère pensilium corrigiarum vocabant veteres, quos 
Homeri Nestor (Bosious î^dvTots dicit. « Ce n'est donc pas le par- 
ticipe présent de quelque verbe primitif, mais le dérive' d'un 
terme d'e'quipement. Celle explication est confirmée par la glose 
d'Hésychius ; ^Xs^svtiïjs' î-mriKri id^i? Tsapà Vcofialois. Joignons- 
y aussi le témoignage de Pline (XXXIII, 9), qui dit que les ca- 
valiers à Rome s'appelaient d'abord celeres, plus tard Jtexutnines^. 

Tels sont les seuls exemples qu'on a pu réunir. Comme on le 
voit, après examen ils se réduisent à deux, eunt- et queunt-, où 
ïu a sa raison d'être dans la voyelle dont il est précédé. 

Je n'en veux pas conclure que le participe présent ne fût pas 
primitivement terminé en ont. Je crois seulement que de bonne 
heure, en latin et dans les autres langues italiques, la voyelle, 
en cette position, est devenue indistincte. C'est ainsi que ferundiis , 
repetundus sont de\enus fer endus , repetendus. C'est ainsi qu'à sunt, 
troisième personne du pluriel, correspond sent en osque. 

Nn changé en nd. 

Pendant <ju on cherche dans les dialectes italiques et dans les 
langues germaniques des exemples de nni ou nn changé en nd, 
on oublie de mentionner l'italien andar, dérivé de annar, amnar. 
La genèse des différentes formes de ce verbe, que le fréquent 
emploi a singulièrement altéré, se trouve fort bien indiquée par 
M. Paul Marchot, dans l'un des derniers numéros de la Bevuc des 
langues romanes (1898, p. i/i6). Je transcris ici ce tableau en 
supprimant les formes purement supposées : 

Ambulare 



roum. îmbla, umbla ladin amnar 

I 

ital. et provençal annar, allar 

I 

andar 

Le latin operandum est avec Tosque upsannum dans le même 
rapport que andar avec annar. 



' Dans ce dernier mot, qui ost prohabiemcnl altéré, je soiipçonno une lorniu 
analogue à Picumnus, Pilumnun. 



32 



Manifestus. 

Parmi les juxtaposés ayant pris de bonne heure en latin l'ap- 
parence d'un composé, il faut placer manifestus, qui fait si bien 
rimpression d'un ensemble inséparable qu'il a donné, dès l'épocjue 
classique, un adverbe manifesto et un verbe manifestare. 

La forme ancienne est mamifestus, lequel contient un ablatif 
manu et un participe yj-stos (du \evhe fmdo) rr saisi à la main 71. 
Fur manifeslus est le voleur pris la main sui' le fait. 

On a des juxtaposés analogues dans manufactus, manumissus, 
cl avec suppression de la voyelle, manceps, mansuetiis. C'est dans 
la langue du droit que mamifestus a manifestement pris naissance. 



i ersicolor, jluxipedus. 

Les composés latins comme versicolor, versifonnis, versipellis , ou 
comme Jlcxipes , Jlexanimus , ou encore comme Jluxipedus ont l'air 
de contenir pour premier membre un participe passé. Mais je 
crois que ces mots, qui sont évidemment d'origine savante, re- 
présentent un effort l'ait par les poètes et les écrivains pour tra- 
duire les compos(*s grecs tels que dixei>^i)(^poo5, npvi^îvooç^ (ptkn- 
cr {(xo'Xttos , éAKeaiTTSTrXos, èp£i-^hoiyo5 , âXe^/xaxo?, Xvanekris, 
(pdtcTifxëpoTOs, c'est-à-dire des composés oii le premier terme est 
un noui abstrait en ais. 

On sait que ces composés grecs ont beaucoup embarrassé les 
linguistes. Tour à tour on a voulu y voir un verbe au présent, 
un participe ou encore un nom d'agent. Mais c'est méconnaître 
l'évidence (|ue de ne pas voir dans des mots comme Tsp^i^opos, 
<p9i(Ti(x€poT05, les substantifs abstraits T£p\|/<?, (pOiais. L'explica- 
tion de ces mots doit, selon moi, être cherchée dans une dis[)o- 
sition particulière de l'esprit populaire. Le peuple aime à em- 
ployer les grands mots, les mots abstraits, car ils ont quelque 
chose qui, par son' étendue, plaît à l'imagination et amplifie 
l'idée. Un lutteur s'appellera rda Terreur de Marseille; une es- 
()èce particulière de rose ff le Triomphe de Dijomr. De même chez 
les Grecs, une statue placée dans le cirque d'Olympie s'appelait 
rapa^tTrTto? , c'est-à-dire ('Tépouvante des chevaux^. Le sauveur 
d'une ville était ctcjûctitvoXis trie Salut de la citén. 

\ ersicolor est donc une imitation littérale de à[xef^i)(^poos 
Jlexipes traduit Kaii-i^îirovç^ Jluxipedus rappelle de loin éXxeai- 

TlS.Tl'koS. 

Mais il y a cette différence qu'en grec ces sortes de composés 



ÉTYMOLOGIKS. 33 



sonl d un emploi aiitiL'ii, (juils sont toujours restes en usa;;e, 
jfràce surtout aux noms propres comme Aytja-lXaos, AXs^ntvSpos , 
\aixa.(Ti-mro5 , YlpaçneAtis , Ilsia-ialpaTOs , au lieu que les mots 
latins pre'cile's sont demeure's à Tetat d'essais isolés et mal compris. 



SUBSTANTIFS DEVENUS ADJECTIFS. Rudis. 

ffll est un ^Qu fruste de manières. — Ce style /rmic, signe 
d'une haute antiquité. 7> Ainsi parlons-nous aujourd'hui, ayant 
fait du sul)stantif /n/s.^e rrdéhrisn [lalm frustum rr morceau^) un 
adjectif. C'est des antiquaires et des numismates, prohahlemenl 
par l'Italie, que l'expression nous est arrivée^. rrDiognète, dit La 
Bruyère, sait d'une médaille le fruste, le feloux et la fleur de 
coin.» 

L'idée exprimée par notre irancais fruste est une de celles qu'on 
indique volontiers au moyen d'une métaphore. Toutes les langues 
possèdent leurs objets de comparaison pour exprimer les diff"é- 
rents défauts de l'intelligence et du caractère. Si ces objets sont 
l"rét[uemment cités, de substantifs ils deviennent adjectifs. 

Rudis a été un substantif à l'origine. Il désignait la baguette 
non dépouillée de son écorce. De là ruditas ff l'état brut du boisai, 
erudire ft dégrossirai. Du substantif est sorti l'adjectif rwJî's ffbrut, 
inculte"^. Lorsque nous disons familièrement d'un homme : f? C'est 
une bûche, c'est une souche'", nous parlons comme les Latins. 

Quand ia sémantique occupera dans nos études la place qu'elle 
mérite, on pourra faire un travail intéressant en assemblant les 
substantifs devenus adjectifs. Dans les ordres d'idées les plus di- 
vers, ces substantifs nous révèlent les objets qui ont servi de type 
pour dénommer une manière d'être ou une qualité. Nulle part 
on ne verra mieux où va puiser de préférence l'esprit populaire. 

L'ombrien arvia «les entrailles". 

En relisant, à vingt ans de distance, un texte qui vous a oc- 
cupé autrefois, plus d'un détail peut vous apparaître sous un jour 
différent. C'est ce qui m'arrive en ce moinenl pour les Tables 
Eugubines. 

Ln mot dont je demande à reviser la traduction est le mot 

' Le mol doil donc l'-lre classé parmi i(>s termes d'origine savante. Mais il y 
avait déjà en vieux français un adjectif /cas; ou froiiKl , qui signifiait ff ruiné". 
Kx. (rLne petite maison Irouste et gaste.^ — ff Moulin irosl.i — «Itéra une 
vigne. . . laquelle est à présent frouste.i De \kfroutis dans le sens de «décombres, 
ruinesn. (Voir le Dictionnaire de Godefroy, «. v.) 

HKM. LINf.. IV. .'^ 



3A M. BRÉ.VL. 

mma, mot important, car il revient quarante-quatre fois dans ce 
rituel. Voici ce que j'écrivais en 1876 : 

r Rien ne semble plus naturel que de rapprocher le lalin harn.. . 
Mais il y a un passage qui s'oppose d'une façon inmicihle à cette 
traduction. C'est II a 18, oii il est question des fournitures à 
faire pour le sacrifice annuel d'un chien ... Or les deux premiers 
objets mentionnés sont : Katlu (catulum), arvia. . .Ce passage 
(ajoulais-je) est décisif. . . -n Devant cet obstacle, j'ai cru devoir 
me tourner d'un autre côté, et proposer pour arvia une autre in- 
terprétation. 

L'obstacle a paru invincible aussi à M. Bûcheler, qui, faisant • 
de arvia un dérivé de arvum, y a vu les productions des champs, 
frumenta^. Il applique en passant l'adjectif ineptus à ceux qui 
pourraient être tentés de penser aux entrailles de la victime. 

J'en courrai le risque. Ce qui me paraissait impossible autre- 
fois, ce qui parait encore impossible à M. Biicheler, s'explique 
d'une façon très simple. 

La Table 11 énumère les objets à fournir par l'adfertor ou pro- 
curateur d,u sacrifice. Au lieu de dire qu'il a à fournir les entrailles 
d'un chien, ce qui ne laisserait pas que d'être assez bizarre, le 
texte emploie la construction parataclique. En français nous met- 
trions une parenthèse : 

«Un chien (les entrailles). ■« 

Ces sortes de constructions ne sont pas sans exemple en lalin. 
En voici un spécimen tiré de Tite-Live : fcQuod senatus juratus 
maxima pars censeat. . . -^ 

Cette difficulté une fois écartée, le sens en question est celui 
qui convient le mieux dans les quarante-quatre passages. L'abla- 
tif ^rî^es est ordinairement associé à aâepes ^ aâipihm ff la graisse?). 
Nous savons que la part offerte à la divinité dans les sacrifices 
antiques, c'est la graisse et ce sont les entrailles de la victime. 
D'autre part, la forme grammaticale ne s'explique pas moins na- 
turellement : il y faut voir le pluriel de haru ou plutôt de harve. 
'Lli est tombée comme dans arvina, arvilla, aruspox. 

Il est juste d'ajouter qu'autrefois Otfried MûUer et Hnschke 
n'avaient pas eu les mêmes scrupules et, guidés par le sens, avaient 
traduit sans hésiter par tcexta^^. Aufrecht et KircbhofT, selon leur 
méthode prudente, laissent le mot en blanc-. 

Nous venons de parler de construction paratactique. Une con- 
struction toute semblable se présente III, Sa. Nous y lisons : Vvem 
pedaem pelsanu feitu. Il n'est pas nécessaire de faire rapporter pe/- 

* Umhrica, p. 62» 
MI, p. 175. 



ÉTYMOLOGIES. 35 

sanu à uvem, ce qui obligeait à conside'rer ce dernier comme un 
masculin. C'est la même construction, c'est-à-dire le pluriel neutre 
pelsami (les parties de la victime destine'es à être cuites) en ap- 
position avec uvem pedaem. 

L'étrusque vacl. 

Sur un miroir étrusque souvent publié (Gerhard, III, 22, 
tab. XXXVII; Fabretti, 9/18^) se trouvent deux figures mytholo- 
giques accompagnées de deux noms. L'une des deux figures porte 
le nom de Pl'^OMaitl, Menrva, c'est-à-dire Minerve. L'autre lé- 
gende a été lue V>3'^fl^fl>), Lasa Vécu. 

Je crois que la dernière lettre n'est pas un V, mais un J, en 
sorte qu'il faut lire Lasa Vecl. 

Si cette lecture est la vraie, il y aura lieu de rapprocher le 
mot vacl, qui revient dix-neuf fois dans le manuscrit d'Agranr 
Ainsi le caractère religieux de ce texte recevra une importanto 
confirmation. 

Le nom de Lasa est connu par différents monuments étrusques, 
oiî il sert à désigner des êtres mythiques : Lasa Racuneta (Ger- 
hard, t. CLXXXl), Lasa Silmica [ibid., CXV), Lasa Th'unrae 
[ibid., CLXXXl). Il semble que ce soient des génies d'ordre infé- 
rieur, placés sous les ordres des grands dieux, comme les ancvli 
chez les Romains : ils portent à la main des objets de toilette, 
ou un style pour écrire, ou, comme ici, une branche fleurie. 
La plupart du temps, ils sont ailés, d'aspect tenant le milieu 
entre le jeune homme et la jeune fille. 

Le personnage appelé, selon nous, L^asa Vecl est une figure 
ailée, vêtue jusqu'à mi-jambe, ayant l'apparence d'un génie. A la 
main il tient une fleur, un épi ou une branche de feuillage qu'il 
a l'air de présenter à Minerve. 

Quand, dans le texte d'Agram, on examine les dix-neuf pas- 
sages où vacl est employé, on voit qu'il est surtout accompagné 
des mots suivants : 

6ezivacl{m, ih): 
vacl Qeznm (V, 16); 
Qezin fer vacl ( VIII , 1 G ) ; 
vacl arjlereri ( \ Itl , 10); 
Bezi vacl an (III, i5); 
vacl nunOeti Oesan (V, 19), 

Le même mot vakl a été reconnu par Deecke dans une in- 
scription funéraire. (Fabretti, 2o33 bis, 8 a, ligne 5.) 

Connue Jler, Jlereri exprinif une idée de consécration (c'est 
un des rares mots dont nous sachions le sens), Thypotlièse que 

3. 



36 M. lîUÉAL. 

vacl est un mot de la langue religieuse gagne encore en vraisem- 
blance. 

Quant à Oezan , Besan, c'est un nom de divinité' féminine connu 
depuis longtemps^ (Fabretti, 2097, 9Û77, 2oi3 6»s.) 

A < Cl) X (W > poursuivre n . 

Le rapport du verbe grec Si^ko) f poursuivre 15 et de Thomé- 
rique SU^iai (même sens) n'a pas été expliqué jusqu'à présent. 
Cependant il n'est pas douteux qu'ils soient apparentés. 

Je crois qu'il n'est pas impossible d'en établir la filiation. 
Parmi les diverses variétés du parfait grec en xa, il s'en trouve 
une, peu nombreuse, mais comprenant des verbes importants, 
(jui fait précéder la syllabe xa d'un u. Nous avons : 

à(pîtjfxi dorien â<psvxix 

dX 1(7X0 fjtai éotXcoxa 

êOi%co lesbien evéO^oxa 

TslTrloj "sréTrlcoxa 

(pBeipw chez Sophron àXtCpôspcoxei 

Or on sait que certains aoristes ou parfaits en xa ont produit, 
par une sorte de bouture, toute une conjugaison nouvelle. C'est 
ainsi qu'on a 

de sScjxa Soôxv- 

é'a-lijxa, arlrjxct) 

SéSotxa. SeSoîxct), etc. 

Ceci nous explique le rapport entre le verbe StSfxai et Sid^xa). 
L'intermédiaire a été un aoriste *êSicoxa. ou un parlait ^SsSiooxot., 
formé coinme à(pécoxa, édXwxa.. 

UN EMPLOI PARTICULIER DU COMPARATIF. 

Un effet assez extraordinaire que peut produire en grec le suf- 
fixe du comparatif, c'est de changer un substantif en adjectif. 

Ainsi le mot àypôs 'fchampi^ donne un adjectif àypÔTSpos 
T agreste, sauvagew. C'est l'épithète donnée dans Homère à di- 
vers animaux : 

àypoiépas éXd(povs, 

àypOTSpOl (TU£?, 

alyas otyporépas , 
V[xi6vcov dypoTepdcov. 

' Malgré la dilïérence de s et de 2 , nous croyons que Oesan est ie même mol 
que deznin, dezi. 
^ Cypriote êûxoie. 



KTVMULOGIES. 37 

De même , B-eos - dieu ^ a fait S-eo^repo? r divin ^^ : dans ï Odyssée 
(XIII, 1 1 1), la grotte des Nymphes, à Ithaque, est de'crite comme 
ayant deux portes. L'une est pour les hommes, l'autre est la porte 
des dieux : 

A/ (lèv 'zspos Bopéao xaTaj^araî àvOpùoTioiatv, 
Ai 8' aw irrpôs Nôtou eiVi Q-scorspai. 
ji 
Opos cf montagne 75 a donné opscriepos mionticolan. OcL, X, 

219 : AfxÇi] Se fJLiv XvKOi ^aav opsalspoi rjSè Asévres. IL, XXII, 
93 : Apdxcov bpéalepos. 

Oirkov frarmew a donne' biïXô'ztpos ren état de porter les 
armes'', et par suite rrjeund. //., III, 108 : klû S' biTAoïépoûv 
dvSp'ûJv (ppévss t]'spé6ovTat. La valeur du comparatif est encore 
sentie quelquefois : //. , IV, 82 5. A/;^fzàs S' a/;^|^iao-<Toycrr vecoTS- 
poi, o'iTrep è[J.£Îo OnXoTSpoi ysydeta-i, tssTTOidaaiv ye ^ir]<piv. Au 
sens de tfjeune-^, l'adjectif peut aussi se rapporter à une femme. 
Od., III, 665 : ^éalopos OTzXoTaTYj B-vyâTtjp. 

AïjfjiOf ff peuple-^ a fait Sriiiô-zspos "pubiicus''. Antliol. Pal., IX, 
698 : E^e/j^taTO, ovts ^ôXrjos^ Oîjts ti S^ixorépois yjprjyLaaiv, 
àkV iSloii. 

Eap rprintempsfl a donné éaprepos tf printaniem. Nicand. 
Tlier., 38o : Hpocrds (3oïjs tstI tyos éaprépou. 

Buttmann (S 69, rem. 8) ne croit pas que ce soit le suffixe du 
comparatif. Mais il n'y a aucune raison d'admettre deux suffixes 
Tspos. Le comparatif est à sa place toutes les fois qu'il y a une 
idée de comparaison ou de dualité, soit exprimée, soit simple- 
ment sous-entendue dans l'esprit. Mais aussitôt qu'il y a compa- 
raison, le substantif prend quelque chose de la nature adjective. 
Nous disons de même en français : Ce chapeau est plus campagne. 
— Ce vêtement est plus cérémonie. 

C'est d'après un principe analogue qu'ont été formés vfxérspos, 
ùixérepos, a-ÇieTepos, et en latin noster, vester; car, à prendre les 
choses dans leur rigueur, les mots signifiant r nous, vous-^ ne sont 
pas susceptibles de comparatif. 

Il s'est passé quelque chose de pareil pour le suffixe icov. 

KépSos r gain 57 a donné l'adjectif neutre xépSiov, qui signifie 
fplus ulile-^. Le superlatif^ «£p<5'<(T7o» a pris le sens de r-calli- 
dissimusTi. //. , VI, i53 : "EvOa Se ^icrvÇios éVxer, à xépSialos 
yév£T' dvSpôov. 

De même xriSos rsoin, soucia a fait xtiSialos rcher». EXey;(^os 
r opprobres a donné £kéyyj.(/io$ " le plus digne d'opprobre -1. Pour 
expliquer ces comparatifs et superlatifs, on a supposé des positifs 
sortis de Tusage. Pour explicjuer a.i(Tyjio)v. oCla-x^icrlos., Ton admet 
que l'adjectif aîa-^pôs a perdu son p. C'est faire trop peu de cas 
de la force Imaginative qui, chez tous les peuples et à tous les 



38 M. BRÉAL. 

à»cs, continue de renouveler et d'enrichir le langage. Ne lisons- 
nous pas chez Racine : 

Un exécrable Juif, l'opprobre des humains. 

L'onidistique ou langue des injures invente tous les jours des 
métaphores où le substantif devient adjectif. 

Deux mots grecs qu'il n'est guère possible de séparer sont les 
deux mots àyLCt^nôs tf route de chars i: et dTtxpTrnôs rr route de 
piéton, sentier w. Quelle que soit l'élymologie adoptée, il faut que 
l'analyse grammaticale donnée pour l'un convienne pour l'autre. 
Or, s'il est possible à la rigueur d'expliquer le premier de ces 
mots par a^a^a. 'fcbani et h6s^ participe du verbe £?f/< cr allern, 
comme le fait Brugmann, cela ne se peut pour l'autre. On doit 
donc renoncer à voir un composé dans àyLCt^nôs. 

Des deux côtés nous devons voir des dérivés. On a d'ailleurs 
dfxa^cuos ^ àfxa^iaïos, qui ont le même sens, et oii il est impos- 
sible de chercher un verbe signifiant cr aller w. 

/Egrotus. 

On s'est demandé souvent d'oii venait l'ô de l'adjeclif latin 
œgrolus : car la langue latine n'a pas de verbes en oo. Curlius a, 
comme on sait, réuni les formes qui pourraient meltre sur la 
piste d'une conjugaison de celte sorte; mais les traces qu'il a re- 
levées sont peu nombreuses et incertaines. On sera sans doute 
plus près de la vérité si on se rappelle que la langue de la méde- 
cine, chez les Romains, est pleine de termes d'origine grecque, 
soit arrivés directement à Rome, soit transmis de proche en 
proche par divers intermédiaires. Or la médecine grecque fait 
grand usage de mots oii Vœ est la voyelle figurative. Je mentionne- 
rai, à titre de spécimens : 

dyKvXôoa-is rr ankylose r» , 
ëXn'-jjais ff ulcérations, 
vé>cpo)ari5 tf mortification -n , 
KoXoËcoa-is tf mulilatiomi, 
TffrfpctXTts tf privation d'un membres, 
vdpKcoais tf torpeurs, 
■î«Tt;p(Wo-<? tf inflammation r> , 
crlpéëXcoa-is tf distorsion v , 
ruÇ>Xooa-t5 ft cécités. 

Il y faut joindre les substantifs comme al péêX^oixa tt foulures, 



ÉTYMOLOr.IES. 39 

é'Xxcj(xa r ulcère w; les adjectifs comme vapxvSijs r engourdi w , 
'srvpœSvs -, -zsvpeTooSiis tr fiévreux t^. 

C'est à rimitaliou de cette nombreuse famille qu'a été forgé, 
à ce que je crois, le latin œgrôtus. Les malades, à Rome, avaient 
donc cette consolation, dont jouissent encore nos névropathes et 
nos hydarthriques , d'être désignés d'un nom quelque peu coloré 
de grec. Peut-être y avait-il aussi, dans la langue des médecins, 
un œgroma ou une œgrotio pour désigner la maladie. 

La transmission savante ne s'est pas arrêtée là, car notre mé- 
decine moderne s'est gardée de laisser éteindre cette formation. 
Au contraire! à côté de la chlorose, de la névrose et d'autres noms 
grecs plus ou moins authentiques, elle a créé la scrofulose et la 
tuberculose. C'est l'analogie qui continue son action. 

Stràges. 

"La parenté de stringere et de strâges me paraît chose évidente. 
Strâgem dure, c'est refaire un abatis?7. Stringo est l'expression 
technique pour tailler et couper les arbres. 

Rego, apx<o. 

Sénèque, dans son traité de la Colère ^ cite un proverbe grec 
dont le sens est que nul ne sait commander s'il n'a pas appris à 
obéir : 

Nemo regere potest , nisi qui el régi. . 

La forme grecque de la même maxime est : 

OvH ëaliv £v âpysiv rov [xr} àpyOévra. 

Les deux verbes rego et apx<w se sont, dans les deux langues, 
beaucoup écartés l'un de l'autre, tant pour les significations que 
pour la forme. Mais ici le génie populaire les a employés dans le 
même sens, de sorte qu'ils se retrouvent en présence, fidèles re- 
présentants d'une même idée, comme ils sont fils d'une même 
racine-. 

Clandestinus. 

Cet adjectif est évidemment un produit de l'analogie. Mais en- 
core faut-il reconnaître sur quel modèle il a été fait. 

Corssen rapproche vcspertinus et matutinus : mais, outre que l's 
n'est pas bien expliqué, le mot en question exprime une idée de 
qualité, et non une idée de temps. 

' II, i5. 

- Voir ces Mémoires, M, i 3G. 



^lO 



M. BKliAL. 



Je crois (jue la l'oriuatiou e.-it un peu aulre. Jl a clé lait sur le 
modèle de intestinus^, dont le sens est fort proche. Des troubles in- 
testins et des mene'es clandestines, cela n'est pas loin Tun de 
Tautre. Le primitif est probablement un Ad\erhe"clam-(hiin (comme 
inter-dum) ou *clam-deiH (comme iti-dem). 

Volvendus. 

Le Tpartïci^e volvendus parait avoir conservé plus longtemps que 
les autres participes en dus une signification exempte de toute 
ide'e d'obligation : 

Glans etiani iougo cursu volvenda liquescit. 

Lucr. , VI, 179. 

Que volvenda uiicant eeterni sidéra mundi. 

IL, V, 5iG. 

Turne , quod optanti Divuin promittere nemo 
Auderet, volvenda dies en atlulit ullro. 

/En., IX, 6. 

Et même , en prose : 

Venins volvendo puivere aciem ademit. (Liv.) 

Si nous nous demandons quelle peut être la cause de cet ar- 
chaïsme (car on sait que Tide'e d'obligation est venue seulement 
plus tard), nous sommes amenés à supposer qu'il y a eu en an- 
cien latin un verbe déponent volvor. Ce sont, en effet, les verbes 
déponents qui ont gardé le plus longtemps le participe en dus 
exempt de la nuance accessoire d'obligation ou de nécessité. C'est 
ainsi qu'on a oriundus, secundus, et avec la rallonge du Wu du c, 
populalmndiis , verecundus. 

Du même coup, ceci nous explique certains emplois de volvens. 

Volcens est le participe pi'ésenl de volvor (et non de volvo), 
comme patiens, ariens sont les participes présents de patio 1% orior. 

Lucrèce dit volventia lustra ('zssptTrXofj.svcov êvia.vT'^v) et Virgile 
annus volvens. 



Certe hinc Ronianos olini, volvenlibus annis, 

Teucri. 
/En., I, 23/i. 



Hinc fore duclores l'evocalo a sanguine Teucri 



Tardaque Eleusinœ niatris volventia plaustra. 

Georg.,l, iG3. 

' Au sujet de IV de inlestiuus, qui représente Y 11 de intn.t, cl', serins et sce- 
leslus, Ifinjjits et loiiifjeslas. 



ÉTYMOLOGIES. A 1 

(îette particularité s'est étendue au fre'queutalif volutans : 

Genibusque volutans 

Hterebal. 

/En., 111 , 607. 
ANCIENS VERBES DEPONENTS LATINS. 

Gignens. 

Ceci peut nous amener à chercher ia trace d'autres déponents 
en latin. En premier lieu, gignor rrnaîtreif. 

Le participe gignens se trouve employé' dans le sens de « naître, 
devenir-9. Il est alors le pendant exact du grec yiyvofxoLt. 

Pars gigjientium, alia adulescentium, cetera occidentium vices sns- 
tinent. 

Ap. , De mundo, a 3. 

Quelquefois il est employé au sens d'un suhstantif, et il si- 
gnifie alors rrun être^. 

Ikx. . . aucta in akitudinem, quo cuncta gignentium nalurafert. 

Sali, Jug., 93, /i. 

Locn niidn gigiieutium. 

IhuL, Si. 

Animans. 

Nous pouvons tout de suite y joindre un autre mot signifiant 
r l'être •«. 

Du verbe anivw il a subsisté l'actif qui signifie rr animer, ev- 
citerw. Mais un déponent animor ff vivre, respirer r> pouvait seul 
donner animans. C'est ainsi qu'en grec, à côté de Tsvéuv, nous 
avons le participe moyen nreirvvfÀévos. 

Prœgnans. 

Ce mot n'est pas, comme on l'explique d'ordinaire, un syno- 
nyme de inciens. Son véritable sens est re imprégné •'i. Aussi le 
voyons-nous employé en parlant des gencives. Le médecin Scri- 
bonius Largus, qui vivait au temps de l'empereur Claude, dit 
dans son livre des Conipositiones medicamentorum (Ci) : 

Soient gingivee quorumdam Jliiore infestari : quas prœgtiantes vocant. 

Il n'y a pas ici métaphore, mais terme technique conservant 
le souvenir d'un archaïsme. 

ii'i prœgnans avait d'abord été employé pour désigner une femme 
enceinte ou une femelle grosse, on ne comprendrait pas la valeur 



A2 M. BRÉAL. 

deprœ. Cette particule a ici exactement le sens et le même emploi 
que dans prœditus. H faut donc supposer un verbe déponent jj^œ- 
gnor, prœgnari, signifiant cf impre'gnerw. Par une restriction dont 
le langage offre d'innombrables exemples, le mot s'est ensuite 
employé' pour désigner la femme imprégnée d'un germe. 

La parenté avec genus et gigno ne fait d'ailleurs pas de doute. 

Ingens. 

En parlant de ce mol, j'ai dit dans mon Dictionnaire : 
ffLa parenté avec gignere est proba])le. Mais le sens de m n'est 
pas clair : peut-être correspond-il ici, non à êv, ni à els, ni à la 
privatif, mais à àvx îf en haut^i. 

Laissant la question du préfixe incerlaine, je crois que nous 
avons ici le participe présent d'une très ancienne forme du verbe 
déponent correspondant à yiyvofxai. Je rappelle que la même 
racine a donné en latin une forme encore plus courte : indi-ges 
{DU indigetes). 

Evidens. 

Un dernier exemple de déponent perdu, c'est evidens, qui sup- 
pose un composé, non de video, mais de videor. 



La particule latine cutn. 

La préposition latine cum travée^ n'a pas toujours été préposi- 
tion et elle n'a pas toujours signifié ravecw. 

Elle a commencé par être postposition, ce qu'elle est restée, 
comme on sait, dans les locutions niecum, nobiscum, qiiicum et 
quelques autres. Un souvenir de la postposition s'est longtemps 
maintenu cbez les écrivains; quand il y a deux mots, ils placent 
volontiejs la préposition entre les deux ablatifs coordonnés : 
summa cum laude, maximo cum clamorc. 

En ombrien, cum est toujours postposition : verisco Treblanir .ta 
la porte Trébulanew, testruku pedi rrau pied droite. 

D'autre part, ce mot a commencé par exprimer d'une façon 
générale une idée de relation. C'est le sens qu'il a en ombrien, 
ainsi qu'on le voit par les exemples précédents. Les philologues, 
qui , à l'exemple de Hand , ont étudié l'emploi des particules la- 
tines, ont constaté ce sens de cttm chez les écrivains romains. 
Mais ils l'ont expliqué par une déviation de l'acception originaire , 
au lieu que c'est au contraire le sens primitif. Il peut donc être 
intéressant d'en assembler ici quelques exemples; ceux-ci se trou- 



ETYMOLOGIES. 43 

vent surtout, comme on pouvait s'y attendre, dans la langue de 
la conversation, ainsi que dans les locutions toutes faites. 

Que magis cogito ego cum meo animo. 

Piaut. Most., III, -2, i3. 

Alque haec ipse suc trisli cum corde volutat. 

Virg., ^n., VI, i85. 

Iliud hercle cum raalo fecit suc. 

PL, Bacch., III, ^, Zi. 

ff pour son malheur. « 

Quo factiim est ut... Miltiades . . . Athenas magna cum offeimoiie civium 
suorum rediret. 

Corn. Nep., Mih., 7. 

ff au grand scandale de ses concitoyens. » 

A thenienses cum silenlio auditi sunt. 

Liv. XXXVIIl, 10, A. 
rr furent e'coutës eu silence. •» 

Efliindit voces proprio cum pectore sanclo. 

Enn. ap. Serv., Georg., II, /la'i. 

Exiit cum nuittio Ciassus. 

César, B. GalL, V, li6. 

Il faut traduire : 'tA cette nouvelle, Crassus partit ^% et non, 
comme on le fait : ff Crassus partit avec le messagerr). 

Edifia prœtorum fuerunt ejusmodi, ut ne quis cum telo seirus e.ssel. 

Cic. , in Yen:, V, 3, 7. 
ff qu'il n'y ait pas d'esclave en armes, n 

Ni gens crudelis madida cum veste gravatum . . . 
Ferro invasisset. 

Virg. /En., VI, 359. 

ff alourdi en ses vêlements mouilles.» 

démine cum imperio aut magistratu tendente quoquam , quin devcrlcvct 
Wiodum. 

Suet., Tib., 13. 

"Pas de fonctionnaire ni de magistrat qui ne s'arrêtât à Rhodes. i 

Pessuma , 
Egon' quidquam cum istis faclis tibi respondeam? 

ïér. , Eun., I, 9 , 73. 

"Perfido! ol que voulez-vous que je vous rt^ponde, en présenci^ de 
tels procédés ?n 



lik M. BRKAL. 

C'est aussi avec une idée purement locale, et sans quil signifie 
ffavecTî, que le préfixe cum figure en tète de quantité de verbes : 
consistere, collocarc, convertere, cotnmovere , confivmare , condere, etc. 

La même signification explique le sens de contra, où Tidée de 
dualité ou d'opposition vient du suffixe. 

Seplentrionalifi ejus , nnllis contra terris, vasto nique nperlo mari piil- 
santur. 

Tac. Agric, lo. 

ff aucune terre ne se trouvant eu face, r, 

L'idée sociative est probablement entrée dans la préposition 
cum par l'influence de l'ablatif. On sait que parfois l'ablatif à lui 
seul a le sens d'un sociatif sans le secours d'aucune'préposition : 

Eçjressus omnibus copiis. 

Liv. I, 1^1. 

Decem navibus Romam rediit. 

M. XXVItl, 38. 

Tu m demum praeceps saltu sese omnibus arniis 
In fluviuni dédit, llle suc cum gurgite flavo 
Accepit venientem '. 

Virg. , Mu., IX, 8i6. 

.lup|)ilfr esse pium statuit quodcunque juvaret : 
Et fus omne facit fratre mai'ita soror. 

Ovide, Hé,:, IV, i3i. 

Sur le congénère de cum en grec, voir ces Mémoires, t. VIII, 
p. /i75. 

INSCRIPTION PÉLIGINIENNE. 

Les Notizie degU scnvi (mai 189^) nous apportent le texte 
d'une nouvelle inscription dialectale trouvée sur le territoire des 
Péligniens, à Pettorano sul Gizio. C'est une pierre grossièrement 
travaillée et portant les lignes suivantes : 

SALVTA -f MVSESA + PA 
ANACETA + CERIA 
ETJ-AISIS + SATO/ 

Le mot AISIS montre que nous avons affaire à une inscription 
votive. Dans aisis, comme dans les mots qui prt'cèdent, il faut 



Remarquez encore Temploi île cnm dans cet exemple 



ÉTYMOLOGIES, â5 

voir des dalils. Au singulier, ia désinence i est tombée; c'est ainsi 
(|u'en latin on a (C. J. L. i, n" 177) : Matre Motuta dono dedro. 

iNous avons donc une déesse Saluta, qui, comme le fait remar- 
(|ucr M. le professeur A, de Ni no, est déjà connue par d'autres 
inscriptions. Puis vient la de'esse Musesa, dont le nom paraît 
pour la première fois. Il est difficile de rien dire de certain sur 
ce nom : on pourrait penser à une finale -essa , comme dans 5/- 
nuessa. Mais l'inscription e'tant d'e'poque assez moderne, ainsi 
qu'on le verra plus loin, je préfère supposer une ïorme Musentia , 
devenue Musesa, par la même assiuiilation qui, du nom osquc 
B'inlla, a fait Borna'. Ouant à la première partie, différentes con- 
jectures se présentent à l'esprit. Mais aucune n'est assez certaine 
pour que nous nous y arrêtions. 

Du mot suivant il ne subsiste que les deux premières lettres. 
Je passe donc tout de suite à Anaceta Ceria. On a ici une appel- 
lation intéressante, en ce qu'elle rappelle les noms de divinités 
donnés par la table d'Agnone, lesquels sont généralement suivis 
de l'épithèteÀcm'rt. Il faut aussi rapprocher la Prestota Çerfia, la 
Tarsa Çerfia et le Hondus Çerfus des tables Eugubines. Cet ad- 
jectif ceria ou cerfa a l'air de jouer le même rôle que l'adjectif 
saint en français, quand on dit sainte Geneviève, saint François, 
Mais je crois que cette ressemblance est purement superficielle : 
entre les êtres appelés cerii et le dieu Cenis ou Cerfus je suis porté 
à croire qu'il y a un lien de subordination et de dépendance. Ce 
sont des êtres inférieurs, consacrés au service d'un grand dieu, 
ce que les Romains appelaient anci ou anculi. 

Dans Anaceta il faut, avec M. de Xino, reconnaître \Anceta 
Cevri déjà connue par une inscription de Corfinium. On a chez les 
Homains une déesse Angitia, dont Virgile a insère' le nom dans 
son poème (VII, 769) : 

Te nennis Angiliae, vilrea te Fucinus unda, 
Te liquidi flevere lacus. 

DifTérenles inscriptions ont conservé son nom, qu'on trouve 
aussi au pluriel. La forme osque Anaceta nous présente dans la 
seconde syllabe cet a euphonique que nous avons reconnu aussi 
dans anasahet ^ 

Il est intéressant de trouver dans celte inscription la conjonc- 
tion et : on y peut voir la preuve d'une épo({ue récente et peut- 
être une trace d'influence latine. 

Aîsis, pour Aisois, est également une forme relativement 
moderne. Quant à SATO, il faut peut-être le compléter en SATO- 



' Voir ces Mémoirex. M . |i. .') i . 



46 M. BRÉAL. 

REIS, datif pluriel d'un adjectif satorius; cf. sororius, messorius, 
tfLes divinite's des semaillesîi. 

Cette pierre paraît donc avoir e'té un au tel élevé à des dieux 
champêtres. On en peut rapprocher, quant au contenu et à la 
destination, le monument de Scoppito. 

Michel Bréal. 



Quotiens, quoties. 

Dans un ancien travail de notre regretté confrère James Dar- 
mesteter, travail composé pendant qu'il était élève à FEcole des 
hautes études, je retrouve une explication de quotiens, quoties, 
dont je crois devoir faire part à la Société. Après vingt ans, elle 
a, si je ne me trompe, tout le mérite de la nouveauté. Au lecteur 
de choisir entre cette élymologie et celle que nous avons proposée 
récemment (t. VIII, p. ^7/1). M. B. 

wLe latin forme ses sous-multiples en prenant le participe de 
dénominatifs issus des ordinaux; ex. : sextaiis wun sixièmeii, de 
scxtus. Il est naturel de chercher un procédé analogue dans les 
multiples. Pour dire k combien de fois?w on employa adverbiale- 
ment le participe neutre d'un dénominatif de quoti (cf. sanscrit 
kati, zend caiti), *quolïre, d'où quoti-ens «en faisant combien de 
fois?n Pour l'emploi adverbial du participe neutre, cf. rec-ens. 
De même ioti- donna toti-eus tfcn faisant autant de fois^:. C'est là 
un procédé synthétique, mais absolument identique, i)our le sens, 
aii procédé sanscrit et lituanien. De totiens, loties une fausse ab- 
straction tira un suffixe abusif iens, qui, transporté dans le reste 
de la numération, donna decies, sexies, etc. 

«Cette hypothèse rendrait compte du suffixe ordinal ésimus. Vice- 
simiis est forme; par le suffixe ordinal -imus de viciens, vicies 
{yiciens-imus). L'i est tombé comme \i de ior dans min-or, comme 
\i de his et de tri dans hessis, tressis. La chute était facilitée par 
l'accent de la voyelle suivante et parla présence de IV suivant. 1: 

James Darmestkter. 



UN CALEMBOUR INTERESSANT 

POUR 

L'HISTOIRE DE LA PRONONCIATION DU GREC. 

(Callimaqde, épigramme 99 ; 
XII, 63 fJans l'Anlliologie Palatine.) 



Celle ëpigranime a passe' longtemps pour inintelligible, au 
moins au dernier distique, que personne, jusqu'à 0. Schneider, 
n'avait, à ma connaissance, essaye' de corriger. 

Ce n'est pas ici le lieu de discuter le texte des quatre premiers 
vers. Je me bornerai à dire que si, eu deuv endroits, la leçon 
en est ou m'en parait douteuse, l'ensemble est certainement digne 
de Callimaque, et rappelle parfaitement son humeur, ses idées, 
sa manière. 

ff J'abhorre la poésie à l'usage de lout le monde, comme les 
chemins qu'encombre le va-et-vient de la foule. Je hais de même 
l'amour banal. Je ne bois pas aux fontaines; tout ce qui est pu- 
blic me dégoûte. 'i 

Quant au distique final, tout le monde a vu qu'il contenait, 
ou, pour mieux dire, avait contenu un calembour. H s'agit seule- 
ment de ramener à la lumière ce jeu de mots avéré, mais introu- 
vable. 

Voici la vulgate : Le commentaire de Dùbner sur l'Anthologie 
(collection Didot), pas plus que l'édition de Callimaque due à 
0. Schneider, ne signale aucune variante de manuscrit : 

A.v(TOivlr], ait Se vul^i xaXos , xaXôs* fitXAà 'Vjpiv siireîv 
ToÛTO (Tarais, ■ô'/ù) (^yjal ris • àtAAos é^^st- 

C est-à-dire : rMais toi. Lysanias, oui, tu es beau, beau; mais 
avant que j'aie nettement prononcé ces mots, un écho dit : «Un 
r autre l'a.w 

Comment, à une partie des mots av ^è valy;j, xaXb?, xaXô?, un 
écho peut-il répondre aXkoç Ip^et? C'est ce qui a déroute' jus([u'à 
ces derniers temps tous les critiques. 

En écrivant au dernier vers riy^ob <Pï](t^ ris âXXov eysiv, autre- 
ment dit, en substituant au style direct, qui exigerait la répéti- 
tion exacte des mots prononcés, le style indirect, qui en repro- 
duit seulement le sens sous une forme nécessairement modifiée, 
0. Schneider a résolu la principale difficulté de la restitution» 



a» KD. TOURNIKR. 

Je dis la principale, et non la seule. Kn eli'et, tout d'abord 
alyj. {='éyzi) xaXôs [=HaXko5) du premier vers lerait attendre 
au second x.aXkov (= xai âXXov, plutôt que âXXov) e^siv. Rien 
n'empêche d'écrire : 

ffEcho proclame ceci, qu'un autre aussi te possède.^ 

En effet, K et IC (= «o") étant presque pareils dans récriture 
onciale, un copiste a pu lire, au lieu de to hoXXov, to7s aXXov, 
et remplacer conjecturalement par ris âXXov cette leçon, qui dé- 
truisait à la fois le mètre et le sens. 

Mais le calembour est loin encore de la perfection. Car, au 
premier vers, à côté de s)(^et xaXXos, on attendrait le nom de Ly- 
sanias à l'accusatif. Je propose : 

Avaavltj, vaix^i xaXàs, eî xaXàs. 

Ce qui, si l'on fait abstraction de l'accent du pi-emier xaXos, 
équivaut, dans la prononciation des Grecs modernes, à : 

Av(ravir}v éysi xâXXos- sî xaXàs. 

La différence d'accentuation signalée peut être considérée 
comme une licence imputable aux difficultés du genre. Quant à 
l'intrusion, supposée par ma restitution, de av Se, et à la sup- 
pression de si, on peut en voir la cause dans l'allongement, à la 
césure, de la dernière syllabe de vai)(^i : licence encore, que Calli- 
maque ne paraît s'être permise que devant une liquide, sauf en 
un passage (Hymne IV à Déméter, vers 92), mais excusée ici, 
comme la précédente, par le jeu de mots. Un reviseur peu intel- 
ligent a cru devoir modifier le vers pour améliorer le mètre, sans 
s'apercevoir qu'il détruisait le sens. 

J'écris donc : 

Arjaavir/, va/p^j «aAôs, sixcuXos' àXXà 'sspïv eÎTrstv 
Tovro cra<pd>5, Hp^w (prjcri rè KaXXov éysiv. 

ParToCro, entendez : fcCette dernière phrase [eï xoiX65).ri 
Je ne vois maintenant aucune raison de contester l'authenticité 
de l'épigramme, ni d'en retrancher (avec Saumaise, Haupt,Dûb- 
ner) le dernier distique. Du calembour qu'elle renferme, je crois 
donc pouvoir conclure que, dans la première moitié du m" siècle 
avant notre ère, les Grecs d'Alexandrie prononçaient, à peu près 
ou tout à fait, cti comme e, £i comme i, deux X comme un seul. 
La quantité était facilement négligée (preuve: ot.i)(^i = s)(ei)\ 
et, d'autre part, rencontre qui peut surprendre, l'accentuation 
(preuve : xaXXos = xaXos). 

Ed. TOURNIER. 



ÉTYMOLOGIES SLAVES. 



l. — su. 

Pour rendre compte de v. si. sf<(n), préfixe verbal dans siin- 
viiati, sû-hîmti et préposition dans sû-n"-jimi, su toboja, Kretsch- 
mer a cru devoir en rapprocher gr. ^vv, crvv et séparer le préfixe 
nominal sa- : sa-logû, sa-sèdû (cf. skr. sam-sàd-), sa-dii (cf aw- 
Q-tinrj); K. Z. XXXI, p. Zi 16 et suiv. Mais on ne peut songer à rien 
de pareil pour Am(m) (cf. skr. kàm) dans hû-n-jemu, M tebe, ni 
pour vû{n) (cf i.-e. *an, supposé par v. si. atri, ombr. ander? 
Le v.pruss. an- à côté de en- ne prouve pas plus en faveur d'un 
ancien a que ganna, sammai à côté de genna, semmai) dans vun- 
iti,và-dati, vûn-atrï, m-n-jemï, vu tebé; a- se trouve dans a-sohka, 
a-dolî, a-tûkû, etc. et on- dans on-uèta (cf lat. md-uô). Le paral- 
lélisme de $û{n) : sa-, kû{n) : skr. kâm (i.-e. *A-.,om), vû{n) : 
a-, on- est évident. 

Si les formes slaves étaient seules à expliquer, on pourrait 
partir dans tous les cas d'anciens: *som (cf skr. sam-, avec a issu 
de ou e, et v.pruss. sen), *k.^om, *an. Les composés nominaux 
étaient dès le principe inséparables : de là sa-logû, on-iista avec 
le traitement de lintérieur des mots; la préposition et le préfixe 
verbal pouvaient au contraire être séparés en indo-européen du mot 
qu'ils déterminaient; aussi, alors même que la particule ne forme 
avec le substantif ou le verbe suivant qu'un seul mot phonétique , 
le traitement est-il parfois autre qu'à l'intérieur, sans pour cela 
être entièrement identique à celui des finales. Ainsi en grec le t 
final de xàr ne tombe pas, mais il subit des assimilations d'ailleurs 
sans exemple : xoltIcISs, xolzdave, xàS Se, xoLKKtjai, Kœyyovv, xan- 
TTeSiov, xdŒaXs, xappé^ai (la forme grecque de la racine est psy- 
et non Fpey-), xdXXiTre, xavvevaas, xà^ /Ltif, «ai//'a^a<?(T s'assi- 
mile à /■, puis, devant consonne, forme diphtongue avec la voyelle 
précédente). I^n slave même, la consonne finale de*jîs, vus sub- 
siste, mais avec un traitement -z devant voyelle, semblable à 
celui de -s en indo-iranien dans la même situation. Il serait donc 
permis de voir dans fu de sû{n) , ku[n) , vii[n) un traitement régu- 
lier de en syllabe finale et dans -n, qui subsiste partiellement, 
l'anomalie propre aux particules. — Cette explication a contre 

MKH. LI.NC. IX. l\ 



50 A. MEILLET. 

elie le lait que les préfixes verbaux sont inséparables en slave, à 
fie très rares exceptions près (par exemple y«znemo^a); de plus elle 
ne peut s'appliquer au lituanien. 

Les préfixes slaves, suivant qu'ils sont employés en composition 
nominale ou verbale, ont souvent un vocalisme différent : v. si. 
po-mtueli : pa-metî; po-giibiti : pa-guba; po-ziti : pa-iili (rapproché 
par étymologie populaire de pasti (^ îaive paître ^i); ])o\on. po-toczic : 
pa-toka; — v. si. pra-dëdû, pra-haba : pro-dati, etc. Or le sanskrit 
a tout ensemble sam- : sâm-kseli et sa- : sa-ksù; le grec ne possède 
que les formes sans e, d-, à[x- : a.-\o')(05, d-ita? (d'où a-vfx-Trois) , 
ol[x-aça; v. sL sa- de sa-Iogu rappelle skr. sam-; su- de su-bïrati 
répond à skr. sa-, gr. d- avec le même traitement de m, n que 
Ton trouve dans sûlo , vûtorû [cL gr. élrepos), chûtèti ; sûn- répond 
à gr. dfjL- : cf. dûmg [hénxlii na-dymati) , giinati (v. pruss. gunnimai) , 
v. russe lûnûkû (mais polon. cienki), où °m, °n sont aussi rendus 
par ûm, un. L'usage pour *sojh- et *sm- est inverse en slave de ce 
qu'il est en indo-iranien; mais on sait que l'emploi comme pré- 
fixes nominaux et verbaux ou comme prépositions et le voca- 
lisme des particules de ce genre varient d'un dialecte indo-euro- 
péen à l'autre. Parallèlement à su : sûn, les formes kti : kûn et 
va : vûn reposent sur *kjn : /r.,°m et *« : °n. — En lituanien, san- 
répond à v. si. sa- et s'emploie dans quelques composés nomi- 
naux : sd-)w^ai, sd-:mè; su (ancien *su de *s)ii) est préposition 
et préfixe verbal comme v. si. ««(») : sù-ne(3u, su-si-zinaù. La 
forme lit. i (de i.-e. *«) s'oppose à v. si. vu exactement comme 
f3iihias à stito, v. si. lïmaa \el\etumsi, v. si. grmeli (vusse gremèt', 
|)olon. grzmiec') à lit. grumènn, v. i^russ. grumins. — Le gr. ^vv, 
(tÙi; reste isolé; sans doute faut-il pensera quelque contamination 
de *k.^m el*sin; le premier devait donner xv[v)-, déjà signalé par 
Ahrens (K. Z. m, 166) dans xvvdyyjn : (Tvvdyyji, et qui se 
trouve peut-être dans xvvtjyos (avec une intei'prétation populaire); 
cf. d'autre part O/uev- chez Fick-Bechtel, Gr . pevsonennamen , p. /i63. 
L'italo-celtique *kom, *kon tf avecw rappelle skr. kâm pour la forme, 
mais pour le sens skr. sam-, cf. lat. contiô, conuentus et skr. sAmga- 
mas , si'mgatis , zd hanjamanem ; il faut mettre à part les cas où con- 
est à rapprocher de xaTa-(Bréal, dans ces Mémoires, VIII, ^75)- 
— L'arm. {h)am- dans am-owsin te époux, épouser, cf. lat. uxor, 
pgut être soit *som-, soit Vm-; dans la plupart des cas, arm. 
haîi- est un emprunt iranien. 

La particule su a un sens tout différent du précédent quand, 
employée comme préposilion, elle est suivie du génitif (ancien 
ablatif) : su nebese a le sens exact de vxctT ovpavov-n; le préfixe 
verbal su a de même très souvent la valeur de l'indo-iranien ni-, 
gr. ;^aTa-, «ax- : siirhodili r K(XTa^rjvai7>; suzekli k KOLTaxcaïa-OLi , lat. 
combùrerc-^; sudèlati v HO.xaiipdc.a.i, lat. conjicerev; sûkrijti tfxara- 



ÉTYMOLOGIES SLAVES. 51 

xpijil^aff); supasti rsauverw, cf. skr. nx-'pnti, zd ni-pâiti [s do pasii 
l'eprésonle k^^ cf. ë9ïi}ca, faciô, ou plutôt s, cf. skr. nvsati, v. si. 
shimU)\sûhljusti, cf. skr. ni-hodhati, etc. Delbrûck essaye de tirer le 
sens de ff du haut der de celui de tf avecn [Vergl. synt., I, p. 733); 
c'est un développement peu vraiseuiblable et l'analogie invoquée 
de zd haca ne prouve pas à cause de lat. secus [sequester), v. irl. 
sech, V. gall. liep. — D'aulre part, dans quelques composés nomi- 
naux, la forme du préfixe est su-; su- n'a rien que de très expli- 
cable quand il y a un verbe voisin : sûmînèmje est dû à sûmïnèti 
comme sammeti, usamînèti à samïnènîje, mais les noms suivants ne 
sont accompagnés d'aucun verbe : sû-mrûtî (cf. xaTct-S-vria-fico) , 
sù-sgdû cf (TKevos ^ ( cf. Kazct-a-Kevïf) , su-dmvu ( cf. skr. ni-dhruvis) ; sû- 
y vaut ni- et xona-; il y a donc pour séparer sj«- tr skr. sain--n de sû- 
ffgr. xaT-Ti, outre le sens, une raison phonétique. Or, phonéti- 
quement, sii répond bien à xaT: s = h; û=a. [i.-e.n, cf. v. irl. 
cét-buid, v. gail. can-fod)\ la dentale finale tombe. La forme jcai 
n'est ni moins répandue dans les dialectes ni moins ancienne dans 
la langue que Ka7a.: cf. zd mat : gr. f/eTot,- gr. âv : àvà; Tsàp : 
'srapà; â- : ây^a; -xa.5 dans àvSpaKdiç (v. en dernier lieu Bréal, 
dans ces Mémoires, VIII, p. 5i et suiv.) repose sur *-«aT?; cf. 
lal. dis- et gr. Sià; *prs (dans 'zs6pa--ct), ^spocr-co «loin ^ ^, cf. e^-co, 
eïcr-dû , av-w , Kâ-T-oû, 'uspôcra-d) rren avant^i) et -srapà, etc. — On est 
ainsi conduit à reconnaître que v. si. su-, gr. xar-, v. irl. cet-, 
got. hand- (dans hand-ugs? , cf. bi-uhis), lat. co«- s'opposent en- 
semble à indo-iranien nt- : gr. xolBsvSw, xixia^oLpBdvw , lat. co/i- 
sôpj'ô, condormiscô en face de skr. ni-svap-; gr. xaTS7re(pvov (xara- 
xTSivot}, lat. concldô) en face de skr. ni-hanti, zd ni-jalfiti; gr. xaÔt^w, 
lat. coiisldô en face de skr. nî-sldati, zd ni-èan liasti , v. pers. m/^- 
amdayam, pehlvi n{i)-sastan; dans ce dernier exemple l'anti- 
quité plus grande de n{-, qui se retrouve dans arm. ;i»sî f: sièges, 
nsimt ffje m'assiedsn, est attestée par lat. nidus, v. h. a. >?é'sf. En 
slave *ni- n'a subsisté que dans les dérivés : iiicî, cf. skr. nicdt, et 
nizû; cf. v.h.a. jnV/ar et skr. nitarâm. 

Le rapprochement de su et xàr est appuyé par la simililude 
d'emploi de ces deux prépositions avec l'accusatif. On trouve : 
1° serbe s onu stranu, russe s onu storonu, polon. z o»e strone (avec 
z devant voyelle au lieu de s par suite de la confusion phonétique 
de sii. ei*jts), cf. gr. xar êvavTtov, xar êvôûira. — 2° su tri smokvi 
rr environ trois figues 71 {SuprnsL, p. 990, 17); cf. Hérodote, VI, 
1 1 7. El» TauT»? Tïj èv MapaBvvi p-ctyr} aTiéBavov lôiv (3a.p€a.pôjv xotrà 
éçccxia^iXtovs xai tst paxoo' lovs àvSpa.s, Adïjvaiœv Se éxaTov évsvrf- 

' Pour le traitement p;mhellénique de r après lal)iale , quand la syllabe siii- 
vaiile contient nue voyelle de linihre 0, cf. ces Mémoires, Vit, p. f)!i, n. et 
VIII, p. ago. On notera de plus PpoSov, pnrsan g-w/ (de *vrda-, cf. Teniprunt 
arm. vard). 



52 A. MEILLET. 

xovTa xoà Svo. Le gr. xarà possède donc les deux sens que re- 
connaît Miklosich au slave su suivi de Taccusatif ( Vergl. gr. , IV, 
p. hU3). 

Un de sû-n-itî 'tKaTa^ijvciin ^ sù-n-èsti n )ca,TaÇ)ays7vv , elc. est 
analogique de sûn-îinati se trcrweXdeïw et s'explique aise'ment par 
l'identité' phone'tique de su- tfskr. sam-v et de su- rfgr. xaT-75 de- 
vant consonne. Du reste plusieurs verbes ont le préfixe su avec ses 
deux valeurs : sûdruzati traduit e'galement ^ avay^/iv n et rfxaxa- 
(T'/tiv 1) ; sûloiiti rr auvBeîvai r> et f xaïaêaXeîv -^ ; sûneti rr a-vXXa.€e7v ri 
et t^ KaSsksîvri ., etc. 

L'emploi cypriote de xàs comme conjonction ne semble pas 
avoir de parallèle en slave. 

IL — lue. 

A l'adverbe lituanien ^flù rfdéjàii (cf. gol. jh) répond réguliè- 
rement V. û.pi,ju<e, serbe ju-r, polon. jM-i; mais il y a un dou- 
blet : v. si. H, \i-le; les deux formes coexistent dans les mêmes 
textes; d'ailleurs il ne se produit de cbule de /- initial devant u 
dans aucun autre mot vieux-slave : cL junii, Vit. jâwias; junïcî, lat. 
iuuencus; jucha, lat. iûs; jugn; il en est tout autrement devant a; 
dans celte position j- initial panslave tombe en vieux slave, qu'il 
soit ancien, comme dans aky : jaky, ou développé phonétique- 
ment devant a- (c.-à.-d. à), issu de i.-e. â ou ô, comme dans azû : 
jazû; ave :javè, etc. ; au contraire \ej- de v. sl.ja-, issu de panslave 
e-, subsiste dans tous les cas. Une contamination dejulro, dérivé 
àeju, et de ustro [za ustra, Psalterium, édit. Geiller, p. ia4), cf. 
lit. au(3rà, gr. avptos, skr. ?/sm, rend compte en partie du phéno- 
mène pour utro : jutro. Do plus, à côté de u-bo, u-to, il n'existe 
pas de *ju-bo, *ju-to; u- a donc ici une autre origine que dans 
ju et représente la même particule indo-européenne que gr. atJ, 
lat. au-t, got. au-k, cf. skr. Û, Miklosich, Vergl.gr., IV, 9 5; u-ze, 
formé comme u-bo, a été rapproché de^M-^e dont il est devenu 
un simple doublet. 

HT. — za. 

La préposition z-, la plus usitée de toutes en arménien, est 
employée : i** Avec l'instrumental, au sens de rrautour, près^ : 
z-iwrew rr -srepi avrôw, Math., VIII, 18; sowrj z-nokhawkh «'srep) 
auTOu?T), Marc, IX, i3, et de frau delà^ : ançanen z-awandow- 
tlieamb (t 'ZSapaSaîvovanriv ^apdSocrivri .^ Math., XV, 2. -^ 2° Avec 
l'ablatif au sens de ftau sujet dei^ : z-Iovhannê rr-crep} Icodvvovn, 
Math., XI, 7; z-mê [*z-imê, cf. ar imê) ft pourquoi?». On trouve 
aussi : kaxel z-xaçê r suspendre à une croix»; kalaw z-jeranê nora 



KTVMOLOGIF.S SLAVES. 53 

Ksxpdrïfaev Trj? X^'P^^ otvTijs-^, Math., IX, 2 5. — 3° Avec l'ac- 
cusatif pour indiquer la dure'e : z-kharasown tiw " pendant /lo jours 77, 
Math., I\ , 9 4 ; et après khan et ibretv : laiv êkh khan z-bazoïvia cncAoœks 
(tzsoaXùjv alpovdtcov Sia(pspsrs v(JLSi5ri^ Math., X, 3i; ibrew z-oç- 
xars Kcôss] ^p6€ot.Ta.-n, Math., IX, 36; le sens littéral semble 
être cf comme par rapport ài; la valeur prépositionnelle de z- est 
Lien visible dans ces emplois, comme aussi dans: or z-phaphowks 
z-[jeçeal en tfoi rà juaXaxà (popovvTssn, Math., XI, 8. Au reste, 
le plus souvent, z- est un pre'fixe qui se place devant tout accu- 
satif détermine et ne manque par suite jamais devant les dé- 
monstratifs et les pronoms personnels; il nest pas probable que 
cet usage ait été panarménien, car il est tout à fait inconnu à la 
plupart des dialectes modernes, et en particulier à ceux de la 
plaine de TArarat et du Karabagh, qui ont conservé les anciennes 
formes anowm, lizoïv, au lieu des altérations de l'ancien arménien 
anown, lezoïv. Peut-être y a-t-il ici une simple imitation de l'emploi 
de z- dans les locutions composées d'un verbe et d'un substantif, 
où la préposition signifiait rau sujet de^ : caXr arnein (ortho- 
graphe des plus anciens manuscrits) z-na, Math., IX, 96; ihoyl 
ioœkh z-nosa, Math., XV, ik (cf. avec le datif : thoyl towkk mank- 
twoyd. Math., XIX, tZi); zi asxat arnêkh z-kind, Math., XXVI, 
1 o , etc. ; les locutions de ce genre sont fréquentes en arménien 
et ont pu fournir un point de départ à l'analogie, mais on n'y 
trouve pas l'explication du fait singulier que z- est préfixé seule- 
ment à un accusatif déterminé. 

L'accusatif du pronom interrogatif /- rquoi?'i (cf. skr. cit, gr. 
t/, lat. qiiid, v. si. ci-îo) est toujours précédé de z-; quand la pré- 
j)osition a sa pleine valeur, z-i signifie tr pourquoi?»; si elle est le 
simple préfixe de l'accusatif déterminé, le sens est frquoi?r). Sous 
cette forme, zi a même passé au nominatif : zi ê khez zi las 
f-qu'as-tu à pleurer?^, Rois, I, 1, 8. Quant à zi signifiant tr car 1 
et rtquen, c'est i employé comme relatif et précédé de z-; cf. le 
relatif or oii -r répond à pa (cf. liomér. os pot, et arm. ibr «comme» 
de *iti-r en face de iw, iwikh^) et oij 0- ne diffère pas de l'inter- 
rogalif 0, ov rqui?» (cf. skr. kàs, v. si. kii-to). 

Comme préfixe verbal, 2- ne modifie guère le sens du simple 
[hatanel: z-atanel " coupera) et sert surtout à tirer un verbe dérivé 
d'un nom : z-angitel t craindre -^ de an-gêt, z-eteXil ^se placer» 
de eteX; z-ovanal ftse rafraîchir» de hov (cf. zd aoW r froid», lit. 
v-èsùs), z-arthnowl r s'éveiller» de arthoœn, etc. 

Une particule qui joue dans la langue un aussi grand rôle 

' En dehors de l'impératif présent (toujours prohibitif) mi berei' « ne porte pasn , 
d'où elle a passé à la seconde personne de l'imparfait et de l'aoriste (Bufjge, 
Beitrâge, p. 6 A et suiv.), cettf particule se retrouve peut-être dans les {jénitifs : 
oyr «lie qui?»), ër, fde quoi?'», iw-r «de soi?) (de *sewe-r ou *sew()-r), etc. 



hh A. MEILLET. 

doit y être ancienne. Tous les mots commençant par z- dont l'é- 
tymologie est connue sont, il est vrai, des emprunts soit à l'ira- 
nien (zawr, zên, etc.), soit àrarame'en(2a«, zoî/^, etc.), et aucune 
consonne indo-européenne ne donne arm. z- initial; i. e. -g^h- de- 
vient -z- entre voyelles : lezoïv, mez, hazowni, dêz, maisj- à 
l'initiale : jiown (;^<<yj'), jmern, jei-n, jowkn, ji, jir trdon, faveurw 
(de *gjiên-, cf. gr. xdpisj arm. jri triât, gratis vj^jayn cfvoixn (cf. 
skr. hvâ-), joyl «fondun et jew reforme» (cf. xéfct), yoj^avoç), 
jig traction de tirer» etjgel «tirer, lancer, attirer» (got. gagei- 
gan?). Le traitement z au lieu de j s'expliquerait cependant de- 
vant certaines consonnes : cf. geresçes de*gereaç[i)çes tttu prendras»; 
même à l'intérieur du mot, j est devenu z devant n dans ozni 
ff hérisson» (cf. èyjtvos, lit. etys, v. h. a. igil)^ o\\ la voyelle o 
n'a coDservé son timbre que parce qu'elle était, dès le principe, 
en syllabe fermée. La forme z-, ainsi produite devant les con- 
sonnes, s'est étendue à tous les cas : cf. es, is, au lieu de *ec 
(eyw), *ic [êfxéys). 

Le z de arm. z- ayant toutes chances de représenter i.-e.g^^/j-, 
le rapprochement avec v. si. za s'impose. Comme arm. 2-, la pré- 
position za peut être suivie de l'accusatif, du génitif (ablatif) ou 
de l'instrumental. La locution za nje « Sià là-n est formée comme 
z-i; la phrase arm. kalaw z-jeranê nora est en v. slave jetu ja za 
raka. Avec le génitif, v. si. za indique le temps : za niva rtle ma- 
tin», et ce pour quoi une chose est faite; cf. arm. z-mê «pour- 
quoi?» (v. Miklosich, Vergl. gr., IV, p. 627 et suiv.). Sur za 
suivi de l'accusatif indiquant la durée de l'action, v. Miklosich, 
ib., p. /iio et suiv. Avec l'instrumental, za signifie tt derrière»; 
or en arménien on trouve z-hni tr derrière», qui semble formé 
avec z- comme n-kown tt abaissé, vaincu» avec ni-; cf. z-het rtsur 
la trace de, derrière» {het répond à skr. padàm tt trace»); gr. (xerà 
et 'ZfféSa, cumulent de même les sens de tt avec, près de» et tt après». 
Les emplois de v. si. za et arm. 2- sont aussi Aoisins que peuvent 
l'être ceux d'une même préposition dans deux langues connues à 
date relativement basse et déjà très altérées. 

Le got. ga-, qu'on rapproche d'ordinaire de lat. cum, bien 
qu'on n'y trouve trace ni de la nasale finale ni de h- dont g- 
serait — on ne sait pourquoi — le doublet syntactique, est à rap- 
procher de V. si. za-, arm. z-. Là où ga- a un sens propre, c'est 
celui de ttprès de» qui est au fond des emplois variés du slave et de 
l'arménien; le plus souvent, ga- n'a d'autre usage que de rendre 
perfectif un verbe imperfectif comme parfois za- en slave; de 
même en arménien, le préfixe verbal z- n'a guère qu'une valeur 
grammaticale, naturellement difl'érente, puisque l'arménien ne 
connaît pas la distinction letto-slave, germanicjue, celtique et ita- 
lique des verbes perfectifset imperfectifs. 



ÉTYMOLOGIES SLAVES. 55 

En liliianien occidental, ni doit cire tenu pour ia contamination 
de deux mots distincts : l'un *uz= v. si. vûz[û) rrsurw de *ûhz 
(resp. *wp), cf. gr. v-\i05, v. irl. uasal et v. si. vi/soku (cf. v. h.-a. 
nf, got. îup, etc.), l'autre azu, qui a subsiste en lituanien oriental 
et dont le sens re'pond à celui de v. si. za, arm. z-. Le lette distingue 
uz = V. si. vûz[â) tf sur^ et aiz tr derrière, à cause de, au delà den ^ 
qui traduit exactement v. si. za. — Le lit. azu ne saurait être 
séparé de \. si. za; mais l'a- initial fait difficulté, et la diphtongue 
ai- du lette est plus obscure encore. 

Le sanskrit et le grec ne possèdent pas de forme correspon- 
dante; en latin on pourrait citer à la rigueur l'/t- inexpliquée 
do haurire, cf. v. isl. ausa , de hâlâre, cf. v. sL achati, et de hauêre 
en face de ancre. 



A. M 



EILLET. 



LATIN vEnârT. 

La formation de cclâre, cf. v. irl. celim, v. h.-a. hëhtn, lat. oc- 
culô, a été reconnue par Rozwadowski, Idg.forsch., IV, 4i i, pour 
comparable à celle des itératifs tels que v. si. metad, lette mêlai, 
cf. V. si. mêla, lette metu. Le latin semble posséder un autre verbe 
de ce type, très rare hors du domaine letto-slave: ««ê/mritfchasson? 
est en effet à skr. vdiinie cril désire, il accepte volontiers, il 
cherche à acquérir n ce que mètati est à meta; le développement 
de sens rappelle skr. lubdhahas tr chasseum et russe ochôta cr chasser; 
l'ë se retrouve dans got. wens, weiijan. De même que cêlâre, vcnâri 
est rarement employé avec un préfixe; l'itératif destiné à sup- 
pléer au sens imperfectif qui manque naturellement à occulere est 
occullâre; cette nouvelle formation (inceptâre, èdictàre, compiilsâre, 
etc.) fournit des dérivés en nombre illimité, tandis que celle à 
voyelle longue radicale ne subsiste que là où tout lien avec le 
primitif est rompu. 

L'( des substantifs suspiciô, conulciiim ne peut reposer que sur 
un ancien ê devenu l en sijUahe inlérieure sous l'influence d'un i 
suivant, cf. suhtlUs, manille, dêllniô, consluius. La conservation de 
le des adjectifs en -élis, tels qnc Jidêlis, est due en partie à Vê du 
primitif, ici /Idês, en paitie aux cas oi!i l'ê subsistait phonétique- 
ment, ainsi Jidêlês. Ces formes rendent probable l'existence d'an- 
ciens thèmes d'itératifs ^coniiêcâ- et *snspècâ-; cf. indkàre : ind)ciiint 
et sujfrâgdri : sujfi'âgium. Le thème *sHspêcâ- aurait été remplacé par 
*suspëcâ-, suspicâ- d'après speciô sur le modèle de consternere : con- 
sternâre; cf. dicere : indîcàre; dûcere : êdûcâre; lâbi : làbàre, où la voyelle 



5() A. MEILLET. 

brève du déverbatit" en -à- en face de ta longue du piimilif fait 
songer à lu forme des verbes en -à- à racine sans e : calàre, hiâre, 
parure, cubâre et de ceux en o [uocàre, uotâre, rogàre, etc.) ou 
en ê [necâre,precnrl). — Le mot oplniô te attente, croyance ^ peut 
représenter phone'liqueinent *op-uêniô; cf. operiô de *opueriô ou 
*opiiariô^. La racine serait la même (jue dans uènâri, le sens celui 
de gol.wens, ags. wén, v. h.-a. wàn; mais il faut alors considérer 
l'î de opinor et necopïnus comme emprunté à opinio, cf. conslua 
d'après consiuia; l'étroite spécialisation de sens du simple uénân 
rend cette action aisément intelligible; *-uèniô en face de germ. 
*wêniz rappelle -tio en face de *-]>iz, par exemple : contiô : got. 
gaquuips. 

Le composé ind-âgàre [cï. amb-âgés, dérivé d'un verbe disparu) 
montre l'allongement de l'a de ago en â. Le verbe siif-frâgâri doit 
être aussi un itératif à voyelle longue radicale; mais, comme l'a 
de frangô représente i.-e. à (cf. skr. bhiksale, gr. (payeTr?), cet â 
est proprement latin, de même que l'î de v. si, naricati en face de 
V. si. rïci, tch. rku, où ï est également issu de a; cf. \at. Jlàg- dans 
Jlagrâre et lit. blizgù, v. si. blîsnati à côté de gr. (pX/yw; gr. é'kd)(^eta 
«petiteii, V. si. Jïguku (formes sanse, en ablaut avec lat. leuis, et 
qu'il convient de séparer de êXa<Pp6s cr rapide i:, v. h.-a. lungar, 
skr. raghi'is, racine lengji-). Les itératifs en -à- à voyelle longue 
radicale ont donc constitué en latin — ou du moins en italique 
commun — une classe assez importante pour provoquer des for- 
mations analogiques. — Malgré son sens causalif, ji^/âcâre en face 
de placère (rac. *plek- tf plier i^, attestée par plectô, im-plicâre, du- 
plex, ombr. tuplak) paraît être formé comme sujfrâgân; c'est ainsi 
que sêdâre et lêgàre , qui ont la forme d'itératifs, ont le sens de 
causalifs; cf. ïîqul : liquâre. — Il faut citer encore pâlâri (itératif 
de *pàle-, ancien *p"le-) en face de gr. •nka.vixw, TrXdvrjs et TrdXvrjs 
et peut-être aussi propâgâre, dont l'a est plutôt un allongement 
latin de l'a de pango que l'a ancien de la racine *pàg^-. 

L'a de contâgium, contàgiô en face de l'a de tango rappelle l'a 
de svffràgium en face de à defrango et suppose un itératif *con- 
tâgâ-. Le sens de contàgiô est nettement itératif et distinct de celui 
de contactns, qui indique le fait de toucher une fois; du reste, 
les abstraits en -ium, -io sont en principe d'origine verbale. — 
La valeur propre du suffixe des adjectifs en -âc-, tels que dicàx, 
suspicâx, est empruntée aux itératifs d'où quelques-uns sont 
tirés; on attendrait donc *tâgàx plutôt que tàgàx, qui est attesté 
chez Lucilius; cet à est dij à tango, tagam. 

Si l'on rapproche solàrl de solère, on obtient un exemple de 

' Oportêre est peut-être un ancien *op-uortê-si, cf. v. si. vnitî'ti; on aurait 
ainsi -uortère en face de uorlëre comme pendêre en face de pemlUre. 



LATIN VEWRl. 57 

rallongement de o. On peut songer aussi h praestôïârï (rac. *steî- 
r placer» ?). 

L'identité de ces formations latines et letto-slaves est parlicu- 
lièrement remarquable, parce que l'itératif supplée dans It^s 
mêmes langues à Fimperfectif manquant des verbes précédés de 
particule; ainsi assentârl, êducàre, indicâre, conspkârl, occupnre, 
*surpâre (d'où UsUrpâre par étymologie populaire), compellâre 
tiennent lieu d'imperfectifs à assentire, èdûcere , indîcere , conspicere , 
occipere, surripere, coiiipellere , bien loin que ce soient des perfectifs 
comme le prétend à tort Brugmann, Grundnss, II, p. 967; si 
même ces formes en -à- sont toutes des aoristes indo-européens, 
il ne résulte pas de là qu'elles doivent avoir en latin la valeur 
perfective qu'elles auraient on sanskrit, en arménien ou en grec; 
en revanche l'addition d'un préfixe n'entraîne pas la valeur per- 
fective en grec, comme elle le fait en slave, eu germanique et, en 
latin, au moins chez les auteurs les plus anciens. 

A. Meillf.t. 



LES NOMS 
DES MÉTAUX ET DES COULEURS 

EN BERBÈRE. 



Un des points les plus obscurs de la grammaiie berbère, c'est 
la catégorie de verbes connus sous le nom de verbes d'état (ou plus 
exactement verbes qualificatifs) dont la conjugaison, sans particule, 
diffère de celle qui est seule employée dans les autres verbes ^ 

Scliéma du verbe ordinaire Schéma du ver])e d'élat, 

conjugué sans particule conjugué sans particule 

(zouaoua). (zouaoua). 

Sing. t"pers. coni r' r' 

•2' pers. coin, th . . . . dh dh 

3" pers. masc. / 

3' pers. fém. ili th 

PInr. l'^pers. com. n , 

9° pers. masc. th .... m ï 

9^ pers. fëm. th .... mth l .... ilh 

3' pers. masc 



n 



3" pers. fém ni j 

Employé avec une particule, le verbe d'état suit la conjugaison 
générale : 

Sing. i''pers. com. ad' r' 

ù' pers. com. ats dh 

3' pers. masc. ad' i 

3' pers. fém. ats 

Plur. i"pers. com. ati 

2^ pers. masc. ats m 

û' pers. fém. ats 7nth 

3° pers. masc. ad' n 

3' pers. fém. ad' 7it 

' Pour les renseignements grammaticaux qu'il serait trop long de développer 
ici, ainsi que pour les dialoctes qid sont mentionnés, je me contenterai de 
renvoyer à mon Manuel de langue kabyle, Paris, 1887, in-ia, et àm^s Etudes 
sur les dialectes berbères, Paris, 189^, in-8°, ouvrage couronné par l'Académie 
des Inscriptions. 



LES NOMS DES MÉTAU.V ET DES COULEURS EN BERBERE. 59 

C'est l\ celle catégorie qu'appartiennent, entre autres, les serbes 
exprimant les idées de couleur. Tout d'abord, il est à remarquer 
qu'en général ce qu'on donne comme e'tat simple de ces verbes 
n'est en réalite' qu'une forme de'rivée. Ex. : berrilc dU^, être noir 
(Zouaoua), est une sixième forme (redoublement d'une lettre radi- 
cale) , d'une forme simple ebrel- <iljjî, qui s'est conservée à Bougie, 
et même en Zouaoua dans la première forme (factitive) seberek 
iJvAAw, noircir. 

D"uu autre côte' les adjectifs exprimant les couleurs se pre'- 
senlent : i°avec la terminaison an; 2" la terminaison ou; 3° sans 
aucune de ces terminaisons. En rapprochant du touareg la décli- 
naison du participe conside'ré comme invariable dans les dialectes 
kabyles du Nord, on est amené aux conclusions suivantes : 

1° Les adjectifs indiquant les couleurs sont des participes (ou 
adjectifs verbaux) de la forme simple des verbes d'état ou quali- 
ficatifs ^ ; 

9° Ils sont formés suivant la règle analogue employée pour 
les adjectifs verbaux en général - : 

a. Préfixation de «m, suflGxation de ou, ex. : \/ZOUR =\ ZGR, 
A. Khaifoun amezgarou ^JSjjo\ , ancien^. 

b. Préfixation de a, suffixation de ou V GN, Dj. Nefousa agnaou 
^U5l, noir. 

c. Préfixation de a, suffixation de ah \'RZG, Zouaoua : arzagnn 
yt^^î, amer. 

(l. Le suffixe est tombé dans ces diverses formations : Zouaoua : 
amerzagou ^y^y^ , amer; fîougie : amerzag 3)V^y<>\; Bougie : nzauin 
yljî)!, lourd; Syouah : ami <^1)!; Zouaoua : aneggarou ij^\ der- 
nier; Bougie : aneggar j^^ , dernier. 

^ Cf. Hanotoau, Essai de gi-ammnire kahyle, Atger, in-S", s. d., p. 91, note. 
Ainsi s'expliquent des anomalies apparentes, comme en Zouaoua : hcrrik Jj>..- 
èlre noir, aherkan yl5j_'l, noir. 

^ Le classement que je donne ici ne saurait passer pour absolument complet. 
Une connaissance plus approfondie des dialectes et du mécanisme {jrammnticai 
fournira l'occasion de constater de nouvelles catégories, comme on peut le voir 
iléjà par la note suivante. 

^ Des formes comme amousni (^y»\ , savant, (Zouaoua et Mzab), dérivé de 
la racine v/S^ {isin ^j,;— o et pssen ^jj^\ , savoir) semblent indiquer l'existence 
d'une catégorie où \'vu fmal est reuiplacé par i avec préfixation de awi. Cf. en 
Aliaggar fl»ie.<ioui ^lOD buveur, du verbe soit tO, boire. On peut de même 
leconnaitre dans le mot aneggarou }^\Sj\ dernier, du verbe gerou jj5, être on 
arrière v^'iiH , un exemple d'inio formation par an préfixe. 



60 RENÉ BASSET. 

e. La formation du participe actuel (préfixation de i, suffixation 
de en) déclinable en touareg, invariable dans les dialectes kabvles 
du Nord est postérieure, au moins en ce qui concerne les verbes 
d'état. 

/. Les formes dérivées des verbes d'état ont donné naissance à 
des adjectifs verbaux, dans lesquels la préformante a ou i est 
tombée fréquemment. Ex.: Zouaoua: è^rn'Awi ^^5^^, noir; mellou- 
len (jjJjXo, blanc. Taroudant : ouraren (j^'j^, jaune. 



I 

OR (jaune). 

Les mots indigènes qui désignent dans les dialectes berbères 
l'or et la couleur jaune dérivent de la racine V^RR', brûler, qui 
présente les développements suivants ^ : 

S 1. yRR : Zénaga err ^^t a. iourra ^^y. être chaud. Chellia, 
K'çour, Mzab, Zouaoua, Ouargla, Cbaouia : err ^j!, brûler, a. ier- 
ra Ijc^; Taïtoq, err :0, brûler. Bougie err ^^, brûler. A. Kbal- 
foun, Mzabi, i"" forme sirr P-j-(^i faire brûler, allumer; Taïtoq, 
serer :00; K'çour, Ouargla, Chelh'a seir 9-j-*i^\ Bougie esrer' 
i^^î; Chaouia i-vii f. serar ^j^\ Touat, i-viii f. serir ^jm* 
Bougie I VII f. serrai ^^U^. Mzab tirrit c:*^^" braise. Zouaoua : 
ihimerriouth cb^jJt^.^' pi. thimerriouin jjjy*;ijJ: incendie, brûlure; 
Bougie et Bot'ioua du Rif thirri tjj-^ chaleur, brûlure. Zénaga 
tarrath i±>Ujj et tarr'atV i>ljè^', chaleur; Bot'ioua: thiarrel u>à^[j3 
chaleur; Bougie aserri ^y>M^ incendie. 

Le R est tombé dans les mots suivants'-: Gourara : sar ^L», 
allumer; Zouaoua, B. Menacer et Mzab : sir ^f-*»*, allumer; Zoua- 
oua, i-x forme siri (J.>^. Taïtoq : ouroud FI: , brûlure, 

S 9. V R K' (p^ï* renforcement du R')^ : Zouaoua , reh' ^^, brûler 
habituellement; Mzab rak' (jj; et tarek' ^jyb". 

§ 3. v^'RG'' : Bougie, thirgith i-i^A^', braise, pi. thirgin {j'i^'-, 
Zouaoua : thirgin (j*^', charbons; Zénaga, tirgin et tirgéin {^yi^ . 

î h. \/RJ^ : Zouaoua irrij ^^i braise, pi. irrijen. ijj?.y?. 0. Rir' 
terjin {j?.jj^, braises. B. Menacer, thirjin {j?.jy^ braises, charbons. 

' Cf. Broussais, Recherches sur la transformations du berber. Bulletin de Cor' 
respondance africaine , i88^,p. ASa. 

- Cf. Etudes sur les dialectes berbères, p. '71-78. 
•'' Cf. Etudes sar les dialectes berbères, p. t\']-ti8. 
* Cf. Etudes sur les dialectes berbères, p. 4a-i3. 
^ Cf. Etudes sur les dialectes berbères, p. h-2 et 'iG, 



LES NOMS DES METAUX ET DES COULEURS EN BERBERE. 61 

Celle racine se rencontre encore en touareg; Ahaggar : arer' 
:0 f. tarer et +:0+, jaune. Taïtoq : arar :0 être jaune; ieraren 
\\0%. pi. ierarenen /l:0^ jaune. Le nom indigène du troisième 
mois de l'année, correspondant à rabi' premier, est en Ahaggar 
lallilt tarer et +:0++llll+ (ie mois jaune) ^ <|ui s'est alle're' chez 
les ïaïtoq en talUt errât +:0+ll+. 

Celte forme existait dans d'autres dialectes, car au xi^ siècle 
de noire ère, le ge'ographe El-Bekri mentionnait à Achir, près 
de risser (dans le de'parlement actuel d'Alger) deux sources, dont 
l'une se nommait Tala n tiragh, la source de la couleur jaune-. 
On peut rattacher à la même racine le mot Targhin (Tarr'in 
^yxéjb) qui désigne, suivant le même auteur^, de hautes mon- 
tagnes entre Aouderf et Tamerma, sur la route du Djebel Nefousa 
dans le Fezzàn. Tarr'in peut être considéré comme le pluriel de 
Tarr'ah, nom d'une ville située à deux journées de marche de 
Sidjilmàsa et dépeuplée lors de la construction de sa rivale^. 

Il n'est pas hors de propos de rapprocher de ce mot ieraren 
l'arabe tj^. qui désigne enlre autres choses, la jaunisse^, comme 
ou ie voit par un passage d'Ech Cherichi, dans le commentaire 
des Séances de Hariri'^. Zamakhchàri, qui cite ce mot, le rattache 
à une racine ^jjt qui aurait donné aussi (^jU ou ^^^J, bracelet 
d'or". Cependant El Djaouàliqi prétend que ce mot, dans le sens 
de bracelet, vient du persan âjL''^. 

' Hanolenu, Essai de grniiiiDaire dp la langue tatnachek'. Paris, )8(io, in-S", 
p. a 3 5. 

■^ ^lj~ïj ^^- Description de l' Afrique septentrionalp, éd. deSlane, Alger, iSSy, 
iu-S", p. 6o. 

■' Description de l'Afrique septentrionale, texte araire, p. 10. 

* *£»:•. El Rokri, Description de l'Afrique septentrionale, Icxte arabe, p. 148. 

^ On appelle nurrar' c!<^ on zoiiaoua, une maladie qui attaque les fèves 
{Hoinoleau , Poésies popjilaires de la Kabylie du Jurjura , Paris, 1867, in-S", 
p. 398, note 3). CI. ce que dit Zamakhchàri de la maladie nommée en arabe 
iarek'an, et s'atlaquant aux céréales {Asâs elbelâghah, Le Caire, 1399 hég., 
a vol. iu-8°, t. Il, p. 367). 

■^ Boulaq, i3oo hég. , 2 vol. in-ti", t. I, p. 4i y! iJI ^j-^aJI i SjjLo (^I^ JU 

' Asàs el heldghah , t. II, p. 867 (^y-J.) yLSrilI^ yU— Jl f;V"^ -^^r" V*-^' 
ij-*;L,. '-JjAj i <^>^))} **j;^ *'^^ (ii)^3 diy^'* H' 0;'i 
A l'appui de son dire, il cite ce vers du poète antéislamique El 'Acha. 

Iwoàj ^Kioi vJvJo JuiaJ; yl3^L> t»ia«« c:>,xl3 131 
' Al Mu'arrah, éd. Sachau, Leipzig, 18(37, '"-8", p. 167. ^g-;' — * 0>;W 

Ci^i-» yli^LJI x<Xc^-cl ;-^~^w*l «_''o J^jLc (^làJ (Syt'^ 



62 RENÉ BASSET. 

Cette même racine a fourni le nom du cuivre aux dialectes 
suivants : Ghat : erar :0; Kel-Oui : iarer :0^. 

L'addition d'un ou, soit au commencement, soit au milieu de 
la racine, a donne' naissance à un nouveau thème, dont les dérive's 
ont le sens de jaune et d'or. 



yOURR' : Zouaoua ourir À)^^ être jaune, iv" f. tsiourir ^.^y • 
Bougie et Zouaoua : saourar i^jy*» jaunisse. 

En ge'nëral, l'adjectif verbal a perdu sa terminaison. B. Menacer, 
A. Khalfoun, Mzab, B. Halima^B. Iznacen, Temsaman, Toual, 
Tementit, Timimoun, Haraoua, Ouargla, Bot'ioua du Rif, Zoua- 
oua, Chaouia, Bot'ioua d'Arzeu, Bougie aourar ^\^^\ jaune. Syouah : 
aourar ^|;^', vert ^. 

Taroudant ouraren (jj^î;> jaune. 

Bougie : thiourerth ^ùj^s-^yii couleur jaune. 

Peut-être faut-il rattacher à cette racine un certain nombre de 
noms propres : Aourir', fils de Bernes, père de Hoouar, ancêtre 
des Hoouàrah-; une fraction de celte dernière tribu s'appelait 
Oucrgbali [iks-^^)^. Un fleuve du Rif, sur le territoire de Nokour, 
qui avait donne' son nom au pays et formait la limite des do- 
maines de ridrisite Yahya, fils d'Idris ir\ avait le même nom, 
porte' également par une ville ^. Un fils de Mohammed ibn Ourziz, 
aïeul des B. Merin, se nommait Ourar' (^'j^)*^- De nos jours, 
une tribu du de'partement d'Oran, sur le territoire de laquelle 
est bâti ^Ammi-Mousa, porte le nom des B. Ouràgh (B. Ourar') '^. 

' De même en grec ;^Aû)pds a ie double sons de jaunâtre et de verddhe. 
Cf. Curtius, Gniii(lznge der ffriechisrhru Etymologie, Leipzig, 1879, in-8", 

p. 203. 

- Cf. Ibn Klialdoun. Kitâb el 'Iber, Bouiaq, laSi hég., 7 vol., in-8^ t. VI, 

p. 189, Cet Aourir^ d'après les généalogistes berbères, était aussi appelé Rir'. 

p 
(« — J;jl *--;-> J^. c5^l ^.^ c^iil ^J^ 3>^ ■^}9 3>'^ )y^^^ i^ (/^' «iJj '>"j 

s^!^ J-jLo i:^.*^ 9Ju»f j^r? i^ Sur la langue des Hoouàrah marocains, qui 
est encore fortement mélangée de berbère, cf. Socin et Stumme, Der arahischc 
Dialekt der Hoawara des Wad Sus in Marokko, Leipzig, 1896, grand in-8°. 

^ Ibn Khaldoun, Kitdb el 'Iber, t. VI, p. 1 4o. 

'' El Bekri, Description de l'Afrique septentrionale, texte arabe, p. 90. Dans 
sa traduction de ce dernier ouvrage (Paris, 1859, in~8"), de Slane explique 
Ouprgbah par or (p. 910, note a); cf. aussi El Bekri, p. iii-ii/i; Ibn Khal- 
domi, Kitâb el Iber, t. VI, p. i85; t. VII, p. 171, 3i^; t. VI, p. 9i3. Une 
tribu berbère du Maroc, les Ourighah (*ij^^) est citée dans l'ouvrage d'Ahmed 
ez Ziàni. Cf. Houdas, Le Maroc de i6âi à 181a, texte arabe, p. io3. 

* Ibn Khaldoun, Kitdb el'Iher, t. VII, p. 3.56. 

« Ibn Khaldoun, Kitâb el 'Iber, t. VII, p, 167. 

' Ci. mes Dictons satiriques attribué.i à Sidi Ahmed ben Yousof, Paris, 1890, 
in- 8°, p. a 6. 



LES NOMS DES METAUX ET DES COULEURS EN BERBERE. 63 

Enlin une liibu zouaoua, l'aisanl partie de la confe'de'ralioii des 
Ailli Menguellet, s'appelle Aïtli Itsourar. 

On peut rappeler en outre que le dialecte parle' par les Toua- 
reg Kel-Oui qui habitent le massif de TAïr se nomme Aouragliié 
(Aourar ie') ^; et une très puissante fraction touareg des Azger e t 
appele'e louraren (pluriel de Aourary-. 

Cette même racine a fourni le nom de for dans presque tous 
les dialectes : 

Ahaggar : ourer \0' or. Djerba ourer ^^3- Taroudant, B. Me- 
nacer, B. Ouriaren, KVour, B. Halima, Bol'ioua dWrzeu, Chelb'a, 
Temsaman, Gbdamès, Gourara, Touat. Mzab, Ouarsenis, Cba- 
ouia : owrrtr' f |;3 • Gbat, oiirav \0', . Aouelinimiden, Sergou aou- 
rar \0'\ Djerid, aourar P-^j^^; Taïtoq : ouror' :0. ^. 

Le renforcement du r eu /L' a donne' la racine OURK' : Zoua- 
oua iourak'en (^^^y^. brillant''; forme intensive : itserrik'en (j^^. 
étincelaut'^. 

Tementit, Timimoun : ourak' ^i^^ or. 

Dans plusieurs dialectes, le r est tombé '^. Aoudjila et Ouargla : 
ottra i^^ , or. Ze'naga eiivou ^j! et otiri ^^j^ ' . 

En Chelh'a, le r est tombe' dans le mot ouir ^j^, poudre d'or. 

Le son ou a e'té ajouté au milieu, et non au commencement 
du mot en Taïtoq : aroiier l'.Q jaunir, être jaune; i'^^ L serouer 

' Cf. mes }totes de lexicographie berbère, i" série, Paris, 1880, iu-S", p. 5i. 

^ Cf. krause. Proben der Spraclie von Ghat, Leipzig, i88i, iu-8', p. 71- 
83. 

' On a songé à faire dériver le latin aitrum du mot ourar', mais, outre que 
cette dérivation n'est pas justifiée au point de vue liistorique, on est généraie- 
ment d'accord pour ratlaclier le mot auritin à une racine us, comme celui d'au- 
rore. Déjà Pompéius Feslus {De signifcatione verborum, abrégé par Paul Diacre, 
p. 9 M., s. v" atirunij avait fait ce rapproctiement : f Quidam ad similitudinem 
auroraî coloris nomen traxisse existimantîi , à côté d'autres élymologies fantas- 
tiques. Les Sabins (loc. laiid.) le nommaient ausum. 

* Cf. ce vers d'une clianson populaire : 

L'dlnm njdid' iouraïC en 
"La bannière neuve est brillanfe:^. (Hanoteau, Poésies populaires de lu Kfi- 
oylie du Jiirjura , p. 367.) 

^ Cf. ce vers (Hanoteau, loc. laud.) : 

.lj</i erhah itserrili'on 
«(jens aux éperons étinceiants». 
" (if. Etudes SHC les dialectes berbèi-es , p. 'ifi. 
' C'est au Zénaga qu'est emprunté le mol diolof : louivtii va, l'or. 



6à 



RENK lUSSET. 



::00 jaunir, rendre jaune. Il est devenu un o dans le Taïtoq 
daror iOD cuivre. 

Quoique le Zouaoua ait conserve' l'adjectif aourar\ jaune, il a 
perdu ourar ^îj^, or, et Ta remplacé par d'eheh (arabe «r^-ifti). 
Cependant le mot berbère s'est conserve' dans le nom du village 
à'Agoiini hourar (plateau d'or) chez les Aith Oumalou, tribu de 
la confe'dération des Aithen Irat. On donne en Zouaoua le nom 
de d'eheh leçafeur {^x^)i\ t^JJ!, or jaune) au sulfure d'arsenic 
(orpiment) dont on se sert pour faire la pommade épilatoirc ^ 

En Gue'lâia, on emploie aussi le mot d'eheh (<^i) pour l'or. 

Le nom berbère de la sauterelle paraît devoir appartenir à la 
racine RR'. B. Menacer et Taroudant, temourri ^^yJi pi. temoiir- 
rin ij^ji^i; Mzab tmourr ^^^ (collectif); Ouargla et Dj. Nefousa 
tmourri <J;i^, bande de sauterelles. K'çour : tmourr in (j^^yJi 
(plur.). Touat : tmourr etch ^jyf pi. tmourr atin ^^\s■^yJi. 

Eu Ze'naga le r est tombé : taoumrith civ^.*jj' pi. taoumri iSy^yi. 

Les autres dialectes de l'Algérie ont emprunté le mot arabe 
:>|;^. En touareg, on trouve les noms suivants qui s'appliquent 
à des espèces différentes. Azger : tahoiialt +11 : j + ; Aouelimmiden : 
(ijoual ||:X. Pour ce dernier dialecte, Barth- donne magédar 
(OriTIl) pi. imgidaren (lOn'I'Il) et ngaraian (I^OT), petite 
sauterelle noire. 

II 

ARGENT. 

Le nom de l'argent est dérivé en berbère de deux racines dif- 
férentes, dont l'une est certainement empruntée à l'arabe. 

La première est la racine ZRF. 

Zénaga : «zrotf/'ojji;!, argent. Ghat, azrouf "KO^ . C'est celle 
forme qui a passé en haoussa : azouroufa. 

Zénaga : azerfi ij))i. 

B. Menacer, K'çour, Haraoua, Ouarsenis : azerf û>jy]. Il est à 
remarquer que le cours supérieur d'un des principaux affluents 
du Chélif, appelé Oued Fodbdha (iUiiÀJ! tgii^, rivière d'argent), 
traverse la partie orientale de l'Ouarsenis, il se trouve, du reste, 
dans cette région des gisemenis de plomb argentifère. 

Cbaouia : azerf dj^S. Suivant El Bekri^, il existait à Medjânah 
(y*XxXl ioLs2), prèsde la Meskianah, dans le département actuel 

' Hanoteau et Lelourneux, îm Kahylie et les coutumes kabyles, l. 1, p. 507. 
- Reisen und Entdeckungen in Nord-und Central-Africa , t. V, Goflia, i858, 
p. 686. 

' Description de l'Afri(jue, p. ii5. 



LES .^OMS DES MÉTAIX ET DES COI LELRS EN P.ElUiÈKK. (')5 

de Constantine, un grand nombre de raines, dont l'une appele'e 
El Ouritçi appartenait à des Loouâta et fournissait de l'argent. 

Aouelimmiden azeref llOtt . 

On doit rattacher à cette racine le mot azarif\À^.j^\ (jui signifie 
ff aiunn en zouaoua^ Azger : uzarlf ][0#; Ouargla, zarif ^J^.j^. 

Toutefois, il a le sens d'argent dans le vers suivant : 



Ass agi emuiougercr' thak'chichth 
Em tha/.soumth thacheba azarif. 

Aujourd'hui , j'ai rencontre' une jeune fille 
A la chair blanche comme de l'argent '. 

Le /est tombe' en Kel Oui : azer 0# argent. 

Le z sest adouci en z : Taitoq az^ref ][OX- Ghat, az'rouf 
]COl. 

Cette racine ZRF n'est pas sans analogie avec l'arabe ci^, et 
surtout avec ci^^ qui , d'après le Chems eVOloum, signifiait argent 
en himyarite et se trouvait mentionné dans une inscription du 
tombeau de Dzou Dounyan*. Le changement du ^j^ arabe en ^ 
dans les mots berbères est un phe'nomène très fre'quent : j'en 
citerai quelques exemples : 

Zouaoua ezdieli ^^)U tapage = arabe ^^J^*?. 
Zouaoua tlmzaUith ^^^j'^', prière = arabe &^^. 
Zouaoua ouzoum r»j3^, jeûner; Aouelimmiden et Ahaggar : 
azoum I]tt, jeûne = arabe r»^^. 

On rencontre quelquefois ce changement dans le même dia- 
lecte : 

Zouaoua ezzel J;î et ezçel J^^l étendre. 
Zouaoua ezzou ^'^^ et ezçouy>o^^ planter. 

Il existe aussi en arabe : (jV et (j-*^, cracher. Ech Clierichi, 
dans son Commentaire des Ma qmnàt de Hariri, dit que le peuple 



' Hanoteaii et Leloiirneiix, La Kahylie, t. I, p. 507. 

^ Hanoleau {Poésies populaires de In Kabylie, p. Sao-Sûi) traduit r-comme 
de l'alun-. Celte méprise s'explique, quand on considère qu'actuellement, azarif 
a perdu le sens d'argent, pour ne conserver que celui d'alun. Le Zouaoua a 
emprunté le mot arabe eljet'i'n (*jaiJI);à Bougie et au Touat, fodhdlia ; chez les 
Beiboros de AIadjouia,_/è^'/V/ v:>Iai; à Qhdamès J'oddn. On appelle en zouaoua 
chrnadjer eljet'l'a ( *ILlJ! v^U.i) le cblorliydrale d'ammoniaque dont on se 
sort comme remède. (Hanoteau et Lclourneux, La Kahylie, 1. 1, p. .^07.) 

^ Cf. yU»*s, plond), cuivre. 

' Cf. D. H. Millier, Sùd-arahiscbe Studien, Vienne, 1H77, in-^"» P- ^1- , 



66 UEIVÉ BASSET. 

prononçait ■y-j.-K.il la pâte de dattes et de beurre qu'on appelle 

Mais le rapport entre le sémitique (himyarite et arabe) o^o- 
et le berbère ZRF une fois admis, y a-t-il lieu de supposer un 
emprunt ou une communauté' d'origine? Contre la première opi- 
nion, on peut faire valoir que dans l'arabe parlé dans l'ouest, 
on ne rencontre pas le mot o^ ou (J>ji^, employé dans le sens 
d'argent, et il est difficile de supposer que les tribus berbères 
qui ont conservé azrouf (et azerf) l'aient emprunté à la langue 
écrite. Il faut en outre observer que l'emprunt n'explique pas la 
vocalisation azroiif et azerf. 

§ 2. Chez les Berbères du Maroc, au contraire, l'origine arabe 
du mot qui désigne l'argent n'est pas douteuse. A Tementit et 
dans le Gourara, nous trouvons nonk'ort cy^-ï^-j; en Guélâia : 
amouk' ord :>^'iy>\ , annouk'arth ^y'iy'A et nouk^ar^y:, chez lesB. Ou- 
riar'en annouknrd :>^sy\ \ à Taroudant nnouklcord ^yi>y^\ en Chelh'a 
nok^k'ort c:j>«->; chez les Bot'ioua d'Arzeu (dont le dialecte se rat- 
tache à ceux du Rif) et en Temsaman anoidi'orth ci>j»jjl. 

Dans la liste de mots, assez mal orthographiés que Mouette a 
mise à la suite de son livre, il traduit argent par mecora [=^a))ioii- 
k'ord ^jiyo\ des Cuélàia^). 

L'exploitation des mines d'argent au Maroc est signalée au 
moyen âge pai' les auteurs arabes. Abd ol Ouabid el Marrâkochi" 
cite, à trois étapes de Mekinès, à l'endroit' appelé la forteresse 
de Ouarkannâs, une mine d'argent et une autre à Zodjondar, 
dans le Sous. El Bakoui mentionne la ville de Rakandour, dans 
le pays des Berbères, à six journées de Maroc où l'exploitation 
d'une mine d'argent était permise à qui voulait l'entreprendre^. 

Ce mot anouk'orth esl évidemment emprunté à l'arabe «yij qui 



' T. I, p. 29 f\Çli 7->^ LU/oU iu<w.jj ti^Ji ^JJ, ^ Âii^s^. Par le mot 
U.:;/»Lc, Ecli Chericlii , qui était Espagnol, désignait probablement les Arabes de 
rOuest. C'est peut-être par l'analogie qu'on doit expliquer le changement du j«. 
en 3 dans le mot Ut^ju» devenu ijl^cjj , dans le dialecte arabe de la Tunisie et 
de la Tripolitaine, plutôt que par une action lénitive du ci final (Stumme, Tri- 
politanisch-Tunisische Beduinenlieder, Leipzig, 189^, in-8°, p. 2, note li) ou 
par une action de contact du - (Glermonl-Ganneau, dans la Revue critiquo , 189^, 
n°5t, p. /i65-466). ^ 

^ Il est bien entendu que je considère dans cjj-o le mot himyarite, et non 
l'arabe cJ>,jo qui sert à désigner dans le Maghreb la monnaie, mais jamais le 
métal. 

* Histoire des cotKjuestes de Mouleij Arcliy, Paris, i683, in-19. 

*" History ofthe Almohades , éd. Dozy, Leiden, 1847, in-8°, p. aG'i. 

•■' l\'otices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque du Roi, Paris, t. il, 
lySg^in-i", p. ItSg. 



LES NOMS DES METAUX ET DES COULEUnS EN BERBERE. 67 

dosi|jne quelquefois, mais rarement, un lingot d'or et presque 
touiours un linoot d'argent ou le métal lui-même ^ 



III 



FER. 

La racine ZL a fourni le nom du fer dans tous les dialectes. 

Dj. Nefousa : zel J;, zil Jj^ fer. B. Menacer, K'çour, Gourara, 
Ouargla, Ouarsenis, Chclli'a : ouzzaï Jj^. Sergou, Aoueiimniiden : 
ouzzel ll#. 

Ait Khalfoun, Djerid, Bougie'-, Zouaoua, Chaouia, Mzab, 
Touat, Haraoua : oiizzal J'3j. 

Chelh'a : azzal Jî)! ^. 

Ghdamès : ouazal Jî^'j. 

Dans les dialectes touaregs*, ce mot affecte la forme du fémi- 
nin : Gliat et Ah^ggiw : taznuli •!!# + ; Azger iazholi •lli# + ^. 

Kel Oui : tazali •!!#+ fer. 

Le z s'e?t adouci en e' en Taïtoq : taz'oli •llX+ fer. 

En vertu de règles phonétiques connues'', le / est devenu un r 
dans les dialectes du Rif : 

Temsaman "^5 B. Ouriaren, Guélàia et Bot'ioua : ouzzer ^'^^. 

En Zénaga, il est devenu dj^ : izzedj ^j^.. 

En Bot'ioua du Vieil Arzeu^, il s'est transformé en j : ouzzaj 
hi fer. 

' Cf. ce qu'en dit Ecli Gherichi *_ji_i_Jij t^iJI ^^ i>Sy,^\\ iLsiaJL'l sJUJI 

(^■jj^ L^J-jtiUvIj *<àjU! (W» J^jlxavwï Le! »_Llî!^ (^!s>>J! 14>L« *->Iaj y! Jo.5 

LjyjLo L« i^Ji2 i_,<jâiJl j (Commenlaire dos Séances de Hariri, L I, p. 56). 

- Au temps d"Ei Edrisi, on exploitait encore aux environs de Bougie des 
mines de fer qui donnaient à bas prix de très bon minerai (Description de 
l'Afrique et de l'I^^spai^ne, éd. Dozy et de Goeje, Leiden, i866, in-S", p. 91 
du texte). 

■* Abd et Ouùliid el Marrâlcochi mentionne entre Salé et Maroc, à une jour- 
née ou deux de l'Atlantique, mais à l'écart de la route suivie, une mine de ter 
à l'endroit appelé Isentar [History of the Almohades, éd. Dozy, Leiden, 18^17, 
in-8", p. a64). 

* Sur les gisements de fer en pays touareg, cf. Duveyrier, Les Touaregs du 
Nord, Paris. i864, in-S", p. i/ia. 

* Sur cette addition du ha ( j ), cf. Eludes sur les dialectes berbères , p. G8. 
" Cf. Eludes sur les dialectes herbèrps, p. 2^. 

' Abd el Ouàliid el Mairàkorlii cite la mine do fer qui existait chez les Teni- 
saman , dans le Rif, entre Orau et Coûta [Hisiorij oftiie Almohades, p.. î?6i). 

* Cf. Etudes sur les dialectes berbères, p. au. 

' El Bekri signale une mine de mercure et une do fer, dans la colline près 
du N'ieil Arzeu où s'élevait un cbàteau formant un ribal' (Description de l'Afrique, 
p. 70). 

5. 



68 RKNÉ BASSET. 

Ce mot était entré dans la composition de divers noms propres. 
Ainsi, entre TO. Draà et le de'sert, El Bekri place la montagne 
d'Oiidrar en Oiizzal, qui, dit-il, signifie en berbère la montagne 
de fer^. 

Les noms d'objets en fer sont emprunte's à cette racine. Ainsi, 
au Mzab et à Ouargla louzzal Ji;^ anneaux, surtout anneaux de 
jambe; en Zouaoua, ouzal J)^ pi. ouzlan ^J^)^ éperon, et aiozll 
Jy;^5 qui désigne un peigne de fer dont on se sert dans le tissage 
des étoffes de laine-; à'Taroudant, touzïan y^)y->, ciseaux. 

C'est encore à cette racine qu'il faut rattacber le nom du sul- 
fure d'antimoine dont on fabrique le kolieuJ : 

Béni Menacer : thazoult oJ^jj. 
Azger : tazolt + Il # + 3. 

Le zouaoua le désigne par i*K_>*X_a»- liadidah, emprunté à 
l'arabe JoO^aw. Il est à remarquer que le mot toutia U>jj' anti- 
moine (en arabe d'Algérie : couperose) est employé cbez les Taï- 
toqs [taotilia •:$+: + ) pour désigner le fer de mauvaise qualité. 

En Taïtoq, le fer-blanc est appelé Wechmoun DO... II. 

Le dialecte de Taroudant a seul conservé, pour désigner le 
forgeron, un mot dérivé de la racine ZL amzil J^l. En Taïtoq : 
inulh 31, pi. inadhan 131. Les dialectes du Nord se servent du 
mot arabe Jiaddad ^i*X=». . 

II est peu probable qu'on doive rapprocher ouzzal du phénicien 
bî~i3. Quant au cf vieux mot phénicien ouzzaln signalé par M. Mas- 
queray'S il ne s'est jamais, à ma connaissance, rencontré dans 
aucun texte phénicien ou punique. 

IV 

CUIVRE. 

Le cuivre n'a pas de nom spécial en berbère^. On le désigne : 
1° Par un dérivé de la racine RR' : Ghat erar 0\. Kel Oui, 

' ^.Ov:^ J-^-T»- ^yy*^ J'^>— ' ^'i'^' *:!rîT^-"-T cs<^*^ J^-^4^ J' '-6-^ (Description 
de l'Afrique septentrionale, p. ) 63-1 64). 

- Haiioteau et Letournenx, La Knhylie,t. I, p. hSo. 

^ Cf. Duveyrier, Le.i Touaregs du Nord , p. lîa. 

'' Comparaison d'un vocabulaire du dialecte des Zenaga avec les vocahulaires 
correspondants des dialectes des Chawia et des B. Mznh (Archives des Missions 
scientiji(]ues , 3' série, t. V, 1879, p. 5 11). 

^ Abd o\ Oiiâhid el Marràkoclii rapporte qu'il existait dans le Sous deux 
mines de cuivre (Jlislorij of the Almohades, p. 26^). El Edrisi (Description de 
l'Afrique el de l'Espagne, p. ■j'i) ajoute qu'elles étaient à Daï, à quatre jour- 
nées d'Aghniat, vers le N. E., au pied d'une montagne qui fait partie de la 
chaîne de Daran. «Le cuivre est très pur, de qualité supérieure et de couleur 



I.KS NOMS DES MÉTAIX ET DES COULEURS r.\ liERRlRE. 09 

iarer :0^. Touat : ourar f|;^. Aliaggar et Aouelimmiden : darouv 
:On. Azger et Taïtoq : davor «Ori; 

1" Par lin emprunt au mol arabe j-t^: 

Svouah, K'çour, nalias j-L^. Bougie et Zouaoua nelias {j^^ . 
Zénaga nh'as (j-i^. Le ^ est tombé clans d'autres dialectes : 
Taroudant et Chelh'a onas ,j*.Ui . 
Ghdamès ounas ,j«b^. 

Gourara amcnnas ,j«U— «î. En Aouelimmiden lematmas OD+ 
de'signe une tasse en cuivre. L's est devenu ch à Aoudjila : amcli 
fj^'^. L'ace'tate de cmsvQ ^ azendjar ^\^)\ (de l'arabe zendjar J^'j), 
vert de gris) et le sull'ate de cuivre {toutin ^y) sont em[)loyés 
cbez les Zouaouas dans la composition dun remède contre Toph- 
talmie^ 

V 

ÉTAIN. 

Le nom de Te'tain est emprunte' à Tarabe dans les dialectes oii 
on le rencontre : 

Svouah, Bougie, Zouaoua : W ezdir yipy»^ . Une des portes de 
Mekinès porte le nom de Bàb el Qazdir (porte de Tétain), d'après 
Ez Ziàni '^. 

VI 

PLOMB. 

Le nom berbère du plomb est dérivé de la racine LUN. Zoua- 
oua, Touat, K'çour, Ait Khalfoun, Haraoua, Ouarsenis, Zénaga : 
Aldoxtn ^J^ù>^^ . Chaouia, Djerid : boiddoun (j^^^y- 

Par assimilation du d au / on a en Azger alloun /IL Un des 
torrents descendant du plateau de Tasili porte le nom de Ouadi 
Alloun-^. C'est un des mots employés en Aouelimmiden pour 
désigner le plomb : ahelloiim • Il • . 

blanchâtre; il s';iliie faciieiiient à d'autres métaux, et on Teniploie dans la fabri- 
cation des monnaies d'argent. Lorsqu'on le bat, sa qualité s'améliore, et il n'est 
pas sujet à se fendr.» comme les autres cuivres. Plusieurs personnes su])posent 
que les mines de cuivre dont il s'agit ne dépendent pas du Sous. n Sous le 
règne de l'Almoliade El Maiisour, il y avait à Fas, dit l'auteur du lloudh el Qarias 
(trad. Beanmier, I*aris, 1880, in-S", p. .58), douze établissements où l'on Ira- 
vaillail le cuivre. 

' Hanoleau el Letoiuiieux, Lu KuIujUp, t. I, p. 36o. 

- Hondas, Le Maroc de i63i a 18 m, Paris, 1886, in-8", p. 60 du texte, (le 
nom n'est pas dotmé par Mohammed ibn el Glià/.i ErOthmàni, dans sa Monih- 
(ptiphie (le Meqninez, irad. Houdas, Paris, i885, in-8", p. 33. 

' Duveyrier, Les Toiiavpfrs du î^ord, p. l'ia. Le nom araijc du plomb enlie 



70 



RENE BASSRT. 



La plupart des autres dialectes ont emprunte' le mot arabe : 
Bougie, Chelli'a,Ghdamès, Syouali : reçaç ^Usj. Chelli'a, terçaçt 

A côté de ces noms, on trouve dans le dialecte de Syouah 
igeri ^^JC», en Chelh'a ikîri (_^j_*-Cj, dans celui des Bot'ioua du 
Vieil Arzeu : ikhfif ^.X>Sj^ et en Aouelimmiden : tesaouaten l+:0+. 

Les chevrotines de plomb sont appelées en zouaoua et dans le 
dialecte de TO. Sahel Boufaleb t-AjIîs^, du nom d'une montagne 
au sud de Sétif qui renferme des mines de plomb autrefois ex- 
ploitées par les indigènes ^ 

Au Mzab on emploie nzizao ^'\jj'^\ ^ bleu (voir plus loin)^. 



VII 

BLÂNG. 

La racine MLL existe dans tous les dialectes berbères pour 
exprimer l'idée de blanc; 

Bougie, Ail Khalfoun et Zouaoua : melhul Jj-^, être blanc, 
pi. melloulith <^^^^; i" 1". semeUel jA-«w, blanchir; i-viii" f. si- 
mellonl JjA.^^*; Chelira meloid J^^, devenir blanc. 

Un chef des Touaregs Mochcharen , qui lit aux Melli (Malinkhés) 
une guerre acharnée et en 887 hég. (i433-i/i3i) leur enleva 
Tonbouktou, se nommait Akil ag MellouP. 

Le son ou est remplacé par le son i. B. Menacer mlil J^y^, 
êtie blanc; Chelh'a melil S{Xo. Il n'existe pas à la première forme : 
B. Menacer : semlaJ j!U-.ç>*<, blanchir. On trouve cependant au 
Dj. Nefousa semlil J-aA^w. 

Lé nom de Semlil était porté par un des ancêtres des Teikala, 
tribu sanhadja'*. 

Dj. Nefousa mdiel JX«; Tementit mrihd j!^, devenir blanc. 

Dans les dialectes suivants, Vi et Vou sont remplacés par un e. 
Taitoq : cnilel II III] blanchir, être blanc; i" f. simelel \\\\3Q 
blanchir, rendre blanc. Mzab, 1" f. smell J«w, blanchir; Djerid, 
amell J^î ? devenir blanc. 



fréquemment dans la nomenclature géographique du ÏMaghreb : ainsi le Djebel 
Ressas (^LojJi J^^) près de Tunis ; l'Oued er Ressas (^j^Lo^Jl <5>>!j) qui tra- 
verse le massif de TOuarsenis. 

' Cf. Hanoleau, Poésies populaires lahyles, p. 365, note 2. 

- Mas(jueray, Comparaison d'un vocabulaire du dialecte des Zenaga, p. 5 9^1. 

'' Cf. mon Essai sur le royaume et la langue de Tonbouktou, Louvain, 1888, 
iu-8°, p. 26. 

* Ibn Klialdoun , Kildb el'lber, t. VI, p. i53. 



LES NOMS DES MÉTALX ET DES COULEURS E\ BERBERE. 71 

Noms verbaux : Ahaggar et Taïtoq, limelJi •IG+, blancheur; 
Zouaoua, themlel jX^r. Bougie, tliimkllh c^Ujf. Dj. Nel'ousa, 
tesmelclli JcUw.ï, action de blanchir. Mzab, asmelli (J-«^««i, ici. 

La vocalisation intérieure de l'adjectif verbal varie entre a, i 
et e. 

Taroudant : oumellil ^^^^ et oumlil J^y^5, blanc, fém. toumel- 
lilt o»AaX*^'. 

Un chef berbère, originaire de la tribu des Berghouata, se 
nommait Hamuiàd (ou Hammou) ben Melil; il prit Sfax en ioSq 
(/i5i he'g.) et en 1108 se retira à Gabès^. Un hameau des Aith 
Chel)la, tribu de la confe'déralion des Aïlh Sedka en Kabylie, est 
appelé Tlwumelilt (terre blanche). 

Bien que la vocalisation ou paraisse avoir disparu aujour- 
dhui, elle existait très fréquemment autrefois comme le montre 
un certain nondjre de noms de lieu. Ainsi, au Maroc, Aman 
imeUouUn ^J^|^^; u'-*^ ? les Eaux-blanches, théâtre d'uue expédi- 
lion du Khalife almohade El Mortadlia en 6^9 hég. (isôi- 
1252) contre les Benou ?>Ierin -. El Bekri cite, ('gaiement au 
Maroc, un endroit appelé Fahs Iinelellou (_j-^ O^^) "'^ plaine 
blanchei5^, sur la route d'Aghmat à Fas. De même El Edrisi fait 
mention d'un Dar MeUoul^, f^la maison blancheT^, à l'est de 
Tobna, entre celte ville et Mgaous, dans le déparlement actuel 
de Conslantine. 

Le mot (imelloitl J^-^î, pi. imellalm (^^, s'est d'ailleurs con- 
servé à Ouargla pour désigner une sorte de melon blanchâtre, 
et à Tementit. pour une pastèque. 

La forme la plus répandue est aineUnl J^S, blanc; on la 
trouve dans les dialectes suivants : Chaouia, Djerid, B. Haliina, 
Gourara, Ouargla, Kibdana, Haraoua, Ouarsenis, Dj. Nefou.-a, 
Mzab, K'çour, B. Iznacen, B. Menacer, A, khalfoun , Zouaoua, 
Svouah, Bougie, Djerba, Chelh'a. — A Syouah ; amiJlal J^î; 
Ghat et Kel Ouï ont imellal jJIID; Gbdamès mallel J^. 

Cet adjectif entre dans la formation de plusieurs noms. En 
Zouaoua : ahakoiir amelhd JSA.«! ^^j^M (fioU© précoce blanche) 
sorte de figue; thameUalt oJli^-f (la blanche), id.; asrav mneUal 
S^\ ^Ua».! (bois blanc) peuplier blanc; thaferrant thameUaU ci 
"Ammàli (il^iî oJ^^i" 00 j^", raisin blanc d'el'Ammâli; azberhoiir 
ameUal j!5L^I^^_jy, vigne vierge blanche; aberk'ouk' amellal 
S^A)\ (^jjjyjl (prune blanche), sorte de prune; fir amelhd j-^ 
JSA^i (oiseau blanc), gHvda-hcpuï {bubulcus ibis). 



' Ibn Klialdoun, Kildb et 'Iber, I. VI, p. 109. 

2 Ibn KliHldoun, Kitdh el 'Iber, t. VII, p. 176. 

' Description de l'Afrique, p. i i/i. 

* Description de l'Afrique et dr l'Eapacne, p. Ç)3 du texte. 



72 



RENE BASSET. 



C'est sans doute à cette racine qu'appartient le mot amelal 
JU>«Î, en Zouaoua, chrysanthème. Il faut cependant observer 
que cette fleur est aussi appele'e Chemlal Jl^Wî-i, d'où vient le 
nom d'un village des 'Abid près de Tizi Ouzou. 

Par analogie avec l'arabe (cf. À_Aiî_x_j, œuf, de la racine 
^ (^ Lj, être blanc), le fe'minin de ce mot a servi à de'signer 
rœuf'2." 

Béni Menacer, Haraoua, Ouarsenis, Zouaoua, Bougie^ thaniel- 
lalt oJ:^', œuf, pi. ihimellalm (^^<r; Beràber du S. E. du Ma- 
roc '', Chaouia et Djerid, tamellalt (^"^^ pi. timellalm ^15^*; 
Harakta, amellalt oJSUÎ avec la chute du th initiaP. 

On retrouve ce mot dans la composition d'un grand nombre 
de noms propres : en Kabylie : Ait Mêlai village des Imezdourai-, 
fraction de la tribu des Ait Yahya; Ad'r'ar amellal (J5i«î t^^^ i 
pierre blanche), village des louadhien, tribu de la confédération 
des Ait Sedka; Thizi-Mellal ( J5U ^^^' col de la terre blanche) 
hameau des Ait Chebla, tribu de la même confédération; Thala 
Melhd (J^-< ^■^■, source de la terre blanche) hameau du village 
d'Ir'il embil, tribu des Ait Mendes, de la confédération des 
Igouchdal; Thizi en temellalt village des Aïth Zerara, confédéra- 
tion des Iflissen el Bali'ar. Un village près de Tétouan porte aussi 
le nom de Bou Semlal (j!5Ww^). A une étape de Ouargla, sur 
la route du Mzab, on trouve Mellala , forme arabisée de thamellalt. 
Quand le Mahdi Ibn Toumert, fondateur de l'empire des Almo- 
hades, dut quitter Bougie en 5 12 (1118-1119), il se réfugia à 
Melalla(ii)5A.«), chez les B. Ouriagol, tribu Sanhadja de la vallée 
de Bougie*^. Un des bourgs du pays de Massât, dans le Soua, se 
nomme encore Iinellalen yJ^ ^. 

C'est encore à cette racine que se rattache le nom d'une frac- 
tion du Hasan ben Ali, tribu de la subdivision de Médéah, éta- 
blie entre cette dernière ville et Boghar^. Une légende populaire 

' Cf. Hanoteau, Poésies populaires kahyles, p. /|/io, noie 9; sur l'addition du 
fh à une racine, cf. Etudes sur les dialectes berhèi-es, p. 65. Cliemlal est aussi 
employé comme nom d'iiomme. 

2 Le nom berbère s'est conservé en Taitoq : tasedalt, +|inO+ œuf, pi. 
tisedalin, ||inO+; Aouelimmiden : tesadalt , +|inO+, pi- tesednleu, 
llinO+. Cf. au Touat tanzelt, c^Uj, œuf. 

^ A Bougie, ce mot a aussi le sens de testicule. 

* Quedenfeldt, Eintheilung und Verbreilung der Berberhevôlherung in Ma- 
rokko, t. VU, Berlin, 1889 , in-8", p. 189. 

^ Cf. Etudes sur les dialectes berbères, p. il . 

" Ibn Khaldoun, Kildh el 'Hier, t. VI, p. 173, 227. 

' Cf. ma traduction de la Relation de Sidi Brahiin, Paris, i883, in-8°, 
p. 39. 

8 FI. Pharaon, Notes sur les tribus de la subdivision de Médéah, les Hassan 
lien Ali, Revue africaine, t. II, i8.')7-iS.58 , p. ''47-/18. Les Oulàd Métal étaient 
frères des Oulàd Mendil , qui donnèrent des rois l)erbères à Alger. 



LES NOMS DES METAUX ET DES COLLEURS E\ BERBERE. 73 

s'est formée pour expliquer ce nom par une étymologie populaire 
arabe. «On raconte qu'Ibu Zekour, chef des Oulad Amer du 
Titeri (depuis nommés Ouiàd Melàl), s'e'tant fâche' avec son frère, 
rassembla ses lentes et se mit en roule pour le territoire des 
Hasan ben Ali où il devait s'e'tablir. Comme il passait devant la 
tente de son frère, celui-ci lui dit pour le retenir : Ben Zekour, 
maudis Satan! — Non, re'pondit-il, je suis dégoûté (oyyU jl^, 
mot à mot : je suis saturé) de vivre avec toi. Le frère aine cria 
alors : Allez vous-en, enfants du dégoûté (J^ ^^3)'^) et 1<? nom 
leur resta .-n 

Cest d'une tribu des B. Amollal qu'était originaire un des 
cheikhs vénérés par les Abadhites du Dj. Nefousa, Abou Moliam- 
med l)en El Mata en Nefousi el Ainellali^, ainsi quAbou Hassan 
khiàr el Fortàsi des B. Mellal (J5i« ^ ^) -; on peut y joindre 
Oudjedlich Abou Yousof ei Amellali^, el Abou Isma'il el Basir 
ihn Mellal el Mazali. 

L'endroit le plus célèbre qui tira son nom de la racine M L L 
est Tin-melel (JX^^aj, le puits blanc), appelé aussi Tanmalelt, 
situé dans l'Atlas, sur le territoire de la tribu de ce nom'' au 
sommet d'une montagne. Le sentier qui y donnait accès était si 
ardu que quatre hommes pouvaient suffire à le défendre, 11 de- 
vint le quartier général du Mahdi Ibu Toumert, le fondateur de 
l'empire almohade,qui s'y établit après avoir massacré les habi- 
tants^. Après la prise d'Oran ^, il fit transporter à Tinmelel les 
trésors enleve's dans cette ville. Après sa mort, à Djebel el Ka- 
ouàkib, son corps fut porté à Tinmelel et son tombeau devint un 
lieu de pèlerinage". La prospérité de cette ville disparut avec la 
dynastie almohade. Lors de l'apparition des Mérinides, le sultan 
almohade Abou Debboiis ayant été tué sur les bords de lAgh- 
fou (GG6 hég.), ses partisans se retirèrent à Tinmelel, où ila pro- 
clamèrent Ishaq, frère d'El Mortedha^ et lui prêtèrent serment 
en (ÎG9 hég. (1 a'yo-i 271). En 676 (octobre 1276), Mohammed 
ben Ali, gouverneur mérinide de Maroc, s'empara de cette l'orti;- 
resse, lit prisonnier le fantôme de Khalife qui eut la tète Iran- 

' Ech Ctiemàlclii, Kitàb es-Siar, ie Qaire, s. d. , iu-8°, p. 3oo. 

- Ecli Chemàlclii, Kitàb es-Siar, p. 543. 

^ Ecli Cliemùlclù , Kitàb es-Siar, p. 6o3. Sa biograpliie existe aussi ttans lo 
Kildb Tnhnfiàl el Mecliaihli il'Al)ou'l 'Abbàs Aiinied ed-Dei'djini. Cf. A. de (lalas- 
saiiti-Molyliiislci, Les livres de In secte abadliite, yMger, i885, iu-H", p. 3-?. 

'' Les Tinm.-lci d'tijii Klialdoiin, Kitàb el 'Iber, t. VU, p 267. 

^ Et Edrisi, Description Je l' Aj'riqne et de l'Espagne, p. 56. 

* Cf. mes Fastes chromÀogiques de la ville d'Oran, Paris et Oran, 189-?, 
in-8", p. i5. 

' El Edrisi, Description de l'Afrique et de l'Espagne, p. (îh. 

" Iltn Klialdi)iiii , Kitàb el 'Iber, I. VU, p. 1 83. 11 faut corriger dans le texte 
JL^-O en JJ^ï. 



7A RENÉ BASSET. 

chée. On ouvrit les tombeaux des souverains almohades et on 
décapita les cadavres de Yousof et de Yaqoub el Mansour^ 

En Taïtoq et en Ahaggar, c'est la forme participiale qui sert 
d'adjectif verbal : Ahaggar, imellen Mil], blanc, f. timellet +IID+; 
Taïtoq, imellen IIIU et amellan, fe'm. mellat +111], pi. mellalenin 

/iiiin. 

Le nom de la tourterelle paraît devoir se rattacher aussi à la 
même racine. Zouaoua, thamiUa ^', pi. thimiUiouin ^jjyjXï; Ouar- 
senis et Haraoua, thmalla ^ff, pi. ihimillionin ^^^j^^-'; Ouargla, 
tinaUa ^, pi. ùmallouin i^.^\ K'çour, tmallat i^':iKi, pi. timel- 
lioim {jyfM; Gourara, timalla ^, pi. ùmallouin (^^J^; Syouah, 
tamelli Juf . Le Zënaga a renforcé la lettre a du pre'iîxe : tdmeUitli 
c>xX*j. colombe"^. 

On trouve en Taïtoq les mots ilelli •INI, homme de race 
blanche, homme libre, pi. ilellan /Mil, f. tilellit +IIII + , pi. iilel- 
latin 1 + Il II + 3. Ils appartiennent, non à la racine iMLL, mais à 
la racine LL qui a donné en Zouaoua lai J^, naitre \ Taïtoq : 
ilellou :||||, liberté, condition libre; siellel Ilii^^O, mettre en li- 
berté; alloul INI, être libre. 

Le L de la racine est devenu D en Guélâia : ameddad :>l0v/»i, 
blanc. 

Le L non redoublé est devenu D.I en Zénaga : mollidj ^X^, 
êlre blanc; iv* f. tmellidj ^Xi • On trouve aussi la forme Imelli 

Chez les Bot'ioua d'Arzeu, les deux L sont devenus J, par Tin- 
lermëdiaire de D, D', DJ^ : amejjid «Xv;^!, blanc. 

Les Temsaman et les Bot'ioua expriment le mot blanc par 
achemrar j\jjfi'\. Si Ton considère qu'en rifain**, le changement 
d'L en R est constant, on sera naturellement tenté de ramener 
achemrar à aine racine y MRR = \ MLL, avec l'addition d'un ch. 
Cette addition a déjà été constatée en Zouaoua pour le mot 
achemlal J^^U^'^ , synonyme de amelal JU«I, chrysanthème. 



' Ibn Klialdoun, Kildb el 'Iber, t. VII, p. 19^. Le texte porte encore par 
erreur Jl*sP 3u li^'i de J-l^^'. 

- Cf. Etudes sur les dialectes berbères, p. 55-56. 

^ Masquerav, Dictionnaire français-touareg , dialecte des Tattoqs, fasc. 1, Paris, 
i893,iii-8°, p. 37-38. 

* Cf. en latin la formation du mot ingenmis. 

'- C'est sans doute ce dj qu'on rencontre au pluriel en Guélâia et en Temsa- 
man : ihimdjarin, ^^_^^~^i œufs, provenant d'une racine y/M DJ R = y/M D R. 
Cf. en Bot'ioua thimdirin, ^^.^jOof œuf. 

'^ Cf. Études sur les dialectes berbères, p. a'i-ao. 



LES NOMS DES METAUX ET DES COULEURS EN BERBERE. 75 

VIII 



On a vu plus haut (ch. I) que le jaune est de'signé en berbère 
par un de'rive' de la racine RR'. 

Dans le dialecte d'Aoudjiia, on trouve kamzar -^y*^ jaunir, 
être jaune, qui ne se raltacbe à aucune racine connue. 

En Cbclli a et à Syouali, le mol indigène s'est perdu et a e'té 
remplacé par l'arabe ai^Jar •À^\ . Le ^j=> est devenu ^ à Djer- 
bali : Uesfer jXuAi,. (L7 est le J de l'article arabe) : ainsi dans 
un vers d'une chanson populaire : 

Chem el kheddim dilesfer. 
Toi , ta joue est jaune '. 

IX 

ROUGE. 

La racine des mots exprimant l'ide'e de rouge se présente à 
nous sous deux formes principales : Z OU R' et Z OU R : c'est 
un des rares cas où le R' s'échange avec le R ^. 

La racine Z OU R' se trouve dans les mots suivants : Bougie, 
ezouer >j|)^, être rouge; Bougie et Zouaoua, sezouer /^V*»*, 
rendre rouge, rougir; Zouaoua, i-viu^ f. sezouir Aj.jj-*»', rendre 
tris rouge; iv-viii'" 1". isizouir ^.^, être habituellement rouge; 
Bougie, iv-vni*' f. tsezouir' ^yy; Aoudjilah, ezouar' ^l^^' 5 ^^j. verb. 
rouge; Zouaoua, thezouer f^', n. d'act., rougeur; Bougie, tha- 
zouerlk e^i^^y'". 

C'est à cette racine que l'on doit sans doute rattacher le nom 
de la grande tribu berbère des Zouagha (cf. ^^^'), cf. chez les 
Arabes le nom des Benou '1 Abniar^^i^!^^), correspondant aux 
Zauèkcs (Zay'jjxe?) des anciens^; de même celui d'Imezouer' 
(^^j.^, le terrain rouge), hameau du village de Thaourirt n Aïth 
Ali , des Imezdourar, fraction des Aïth Itsourar', confédération 
des Aïth Menguellat. 

En Zénaga, ïoii redoublé s'est contracté en />*, le r final est 

' A. fie Calassanli-Molyiinski, Chnmon berbère de Djerba, Bulletin de Corres- 
pondance africaine , t. m, i885, fasc. v-vi. 

^ Cf. Etudes sur les dialectes berbères, p. ^5. 

^ Hécalée l'r. 207 (éd. Mullor); Hérodote, 1. IV, ch. 198. 

* (1(. hludçs sur les dialectes berbères, p. 5; Broiissais, Recherches sïir les 
transformations du berbère. Bulletin de Correspondance africaine, 188 It, p. iaS- 
Itali. 



76 RKNÉ BASSET. 

tombé' et le z initiai est devenu j- : johba LjJ rouge, pi. joblum 
(jwj; (ém. jobbatk ebljj, \\. jobbanaih i±>ijLij. 

On s'attendrait à retrouver cette contraction de deux ou en b 
en Zouaoua oià eiie est re'gulière; par exception, eile a lieu en 
g^ : Zouaoua zouggouar ^Ij^), être rouge. Taroudanl : azoug- 
garen ^j-cLS^^, rouge. Touat, Bougie : azeggar ^l-^K pi. iteg- 
gar'en ^^ISj ^ B. Iznacen, Djerid, Zouaoua, Mzab, A. Kliaifoun, 
Djerba, Bot'ioua du Vieil Arzeu, azouggar ^^^'^ rouge, ron- 
geât re; Djerba, ('~oiigger\ ^'^\-, Dj. Nefousa, azeggouar f|j^^ 
Zouaoua, azouggouai il^S^y, pi. izoïiggouaren ^jJ-^^^S^-y^, . 

En Zouaoua akelkoul azouggar' 9^^')^ J^X-oî linotte; thizoug- 
garin ^j-A-it-Sj^-j (les rouges) est une espèce de raisin^; Bou- 
Zouggar ^15^)^, sorte de parasite qui attaque la vigne '^; ubou- 
^ouggar, ^Oy^^\ espèce de figue''. 11 en est de même de plusieurs 
noms propres : Tagemmoumt Zouggaren (^^ISjjj ovjtfj^i" , le petit ma- 
melon rouge), hameau du village de Tir"zert, tribu des Iferdiouen, 
conféde'ration des Aïth Aïssi; houggaren (^^^15^, les rouges), 
village des Aïth el Aziz; Iril Izouggaren (^15^ vj J^, la crête 
rouge), hameau du village des Cheurla, tribu et coul'e'déralion 
des Ma'atka. 

C'est d'une formation analogue à celle de bou-zouggar que 
sont de'rivés les féminins : thabouzeggar^th <i«il5^_j^" à Bougie, et 
ihabouzzoHggouar th <^:^^^^'^y^ en Zouaoua, désignant la rougeole. 

En Ahaggar, le z est devenu ch^ et le g s'est adouci en g' : 
acheg'g"ariy^Zi rouge, pi. kheg'g'aren l:XO. 

Chez les Azgers, on trouve une forme Ahaggar i'!':, par per- 
mutation du z et du h dans le nom d'une des tribus vassales : 
les Oui ihaggarenin /! :*!*:• (les rouges)^. 

On peut rattacher à cette racine le mot azeggàbour ^yj^'^^^ 
pi. izeggàbar j^j^jS-j^ rouge-gorge (Zouaoua et Bougie). Le ^ est 

' Cf. Etudes sur les dialectes berbères, p. A6. 
^ Cf. Etudes sur les dialectes berbères, p. 3i, 36. 
•* Cf. Etudes sur les dialectes berbères, p. 5. 

'' A Badrian (Gouraia) et ctiez lesriuélàia, azeggar' a aussi le sens do jaune. 
^ Hanoteau et Letourneux, La Kabijlie, t. I, p. tililt. 
'' Hanoteau et Letourneux, La Kabylie, t. I, p. hliï). 
~' Hanoteau et Letourneux, Ln Kabijlie, t. I, p. h'iU. 
* Cf. Etudes sur les dialectes berbères, p. 36. 

" Hanoteau, Essai de grammmre de la langue tauiachek, Paris, i86o, in-8", 
p. 17. 



LES NOMS DKS MRTAUX KT DES COULEURS EN BERBERE. 77 

devenu ?'; quant à la syllabe bour, bar, c'est sans doute la même 
que nous rencontrons dans un nom d'oiseau forme', comme celui- 
ci, d'un adjectif indiquant la couleur (voir plus loin, chap. xi, 
aberzigzaou'-). 

Le r a été remplacé par un h dans le dialecte guanche de 
Paima, autant qu'on en peut juger par la transcription : aziiqahé : 
hrun -= azoïik' allé *lij)'; le k' (ou q) représentant le g provenant 
de la contraction de deux ou. Il est devenu un g dans le Bo- 
t'ioua : azzoïiag ^^^'^^ rouge. 

De même qu'en Zénaga , il a disparu dans le dialecte de Syouah : 
azgua 5^^ rouge. 

§,.2. La racine ZGR se rencontre dans la plupart des dialectes 
dont il vient d'être question : 

Ouargla : azeggar jS^\ , rouge. 

B. Iznacen, K'çour, B. H'alima, Zouaoua, Guélâia, B. Menacer, 
Ouarsenis, Ouargla, CAxeWvdi : azouggar JS^'^^ ., rouge. 

C'est de ce mot qu'est dérivé le nom d'une plante bien connue : 
ihazouggarth ci>;l5^;j, zizypbus lotus (arabe »j«X«(), jujubier sau- 
vage (Zouaoua^, B. Menacer, Guélàia, Temsaman, Haraoua); llia- 
zouggorth \ùiSjy^ (Ouarsenis); iazouggart c:>jl5^" pi. iizouggariii. 
(^^L5^j-j (K'çour). Haraoua, Chaouia, Guélàia, Kibdana : azom^- 
gouar ^\j^^'^\\ Mzab, tazouggoiiart tiJtjî^S^". En Zouaoua, ihazoug- 
garth houlroum -^_iJ^ c^j^lS^yj', jujubier de cbameau, désigne le 
genista Iricuspi/Iata ^. 

On a déjà remarqué la ressemblance qui existe entre un des 
noms du bœuf: azger ^^ ou azgar ^^ (vZGR) dans quelques 
dialectes berbères et la racine secondaire v^ZGR; azger signifierait 
le rouge ou le roux : ce serait un qualificatif qui aurait remplacé 
le nom réel ^. Du reste, si ce nom du bœuf se rapporte à une 

' Cf. Etudes sur Ips dialfcfps herhhes, p. .55-56. 

- Cf. Etudps sur Ips dinlrrtps bprlièrps , p. 66. 

•' Les femmes zouaouas font enlror le jujiilner sauvage dans ]a coniposilion lics 
filtres et des sortilèges. Cf. dans Hanolean, Popsips populaires knbylps, p. 3io, 
une pièce de Moh'and Ou Masàoud de Tliak'erbouzt des Aith Kani. 

* Hanoleau ef Lelouineux, La Kabylip, l. I, p. 82-83. 

' Les noms du bœuf en berbère sont tirés des racines suivantes : 

1° yS : Abaggar ésou «O, bœuf, zébu, pi. ésmtan lO* ; tps 0+ et tpsont 
+0+ vacbe, pi. tisitn '+0+; Gbal , iésou •0^,!)œuf, tnsoul +0^+, 
vacbe; Aouelinimiden, tas 0+ vaclio; Cbdanics, isi ^^wo bœuf; Zouaoua, 
thistan yli^i et ihisitlia i.v-. . ». ? , vacbes; Zénaga : tichi ^^i>J , vacbe, pi. chitan 



78 RENÉ BASSET. 

racine signifiant rouge, on peut s'en tenir à la racine berbère sans 
recourir au mot arabe achk'er jX^\^ qui ne désigne jamais le 
bœuf en arabe vulgaire du Maghreb. D'ailleurs, il n'est pas im- 
possible que la racine arabe ;0>U^ ^^it à rapprocher de la racine 
berbère (forme secondaire) CHGR. 

Dans quelques dialectes touaregs, le Z est remplacé par H- : 
Ghat et Kel Oui, ahaggar O'I'j pi. ihaggaren lO'l*: , rouge. 

Comme dans la racine ZGR', le Z de la racine ZGR peut de- 
venir un CH (CHGR). C'était sans doute une des particularite's 
du dialecte berbère parlé au moyen âge aux environs de Coustan- 
tine, car El Bekri, en décrivant la rivière qui passe près de cette 
ville (le Roumel), dit qu'elle sortait d'un endroit appelé ^Oijoiui 
achek'k'ar (^^= acheggar) ^ . Il en était de même du dialecte parlé 
à Tétouan, car le même auteur nous rapporte que la montagne 
sur le flanc de laquelle est bâtie cette ville se nomme Icheggar 
(la rouge)*. 

En Zénaga, achgar ^lS^\ désigne encore un chameau roux, 
mais comme le nom signifiant rouge esl johha dans ce dialecte, il 
est probable que flc/ig'rtrjliCii! est un emprunt fait àyùil. En arabe 
y^ et à la ix^ forme vA-iî signifient être roux (en parlant des 
hommes) et alezan, pour les chevaux. Zamakhchàri^ le donne 

comme synonyme de *-^K La forme y-À-*« (pi. cyl*ji..t;«i, jLiui, 

yîjXi, t^^*^) désignait l'anémone (yLyjJî ^^.Ai.ii)'^ et aussi le 

cinabre^. 

yLx^. On remarquera qu'à l'excoption d(i Zouaoua, tous ces dialectes sont 
parlés dans io Sahara. 

3° i/FNS : Mzab, Doubdon, Bot'ioua d'Arzeu , B. îMenacer, Gueiâia, K'çour, 
B. Iznacon, B. Halima, Aoudjila, Dj. Nefousa, Djcrid, Kibdana, Tomsanian, 
Bot'ioua, B. Ouriar'on : afounas j-Lj^il pi. ifnimnsm ^j*«ljyL), bœuf; Kel Oui, 
afoiuws OUC: Syouab , founas ^y^'^^\ Djerid, Mzab, Syoïiah, tafoimaxl. 
c>AwbyL>, vache, pi. tifounaspti jj^Uyb'; Bougie, Aïth Khalioun, Zouaoua, 
fhnfowiastli , ^^kmIj^ pi. (Bougie et A. Khalfoun) tbifounnsiu ^J;^lj^. A part 
le Sergou, on doit considérer que le mot afounas est employé dans les dialectes 
berbères du Nord. 

^ Belkasscm ben Sedira, Cours de langue kabyle, Alger, 1887, in-i^? p- 87, 
note a. 

^ Cf. Etudes sur les dialectes berbères , p. 33. 

•^ Description de l'Afrique, texte arabe, p. 63 : y^-^_ji_j (^yx.'j yj^ ^^^ Z-T^' 
^Liui!. Il est vrai qu'il explique acheggar parwoj'r (p^» 8j^j*»»i.i-) , mais c'est une 
erreur qui a été relevée déjà par M. de Slane (trad. franc., p. i5i, note 1). 

'' rlLii-)! ^J-^^ Description de l'Afrique, p. io6. 

^ Asds elbeldgha, t. I, p. Saô. yJLiJl5 y^], cf. aussi Hommel, Die Naine n der 
Siiugethiere bei den sûdsemitischen Vôlkern, Leipzig, 1879, in-S", p. 83-8i. 

'^ Cf. Lôw, Araniàische Pflanzennanien , Leipzig, 1881, in-8°, p. 200 et suiv. 

' Ainsi dans ce vers : 



yJLiJ^-l>ù SfA ^^i »7— ^ ULi'j.^iJI il 



LES NOMS DES METAUX ET DES COULEURS EN BERBERE. 79 



En Ahaggar, le g s'est adouci et on a, à côté de \ CHG'R', la 
racine secondaire \/CHG'R acheg'g'ar OXO, rouge, pi. icheg'- 
g'eren IO>^3; fém. ûcheg' g' eret +0>^0+ pi. ticheg'g'ernin 

/ioxa+. 

Le mot arabe r-7-^ a du reste pe'nétre' en Zouaoua. Ainsi 
eWamra 'r^ (la louge) désigne : i° le sulfure de mercure ou 
cinabre, employé dans la fabrication des cbarmes pour les incan- 
tations^; 2" une variété de froment plus estimée ({ne les antres, 
comme on le voit dans une comparaison d'une cbanson popu- 
laire kabyle : eW attira ntiderth c1»^*Xaj Îj*^-; 3° la couleur rouge; 
ainsi dans ce vers 

Netskhikk abou errich JCamra 
Je t'en prie, (oiseau) aux plumes rouges'. 

On rencontre aussi le verbe C-^ iiammer être très rouge : 
j*.^ fjM>/j,:^y thdoujaithis thefiammer, sa joue est vermeille'. 



Les guerriers s'abreuvent mutuellement d'une coupe amère, et tes clicvanx 
vomissent te sang pareil au cinabre. 

On connaît encore l'expression *!jJLiJ! (j« (.Lil, «plus fafal que le rougeri, 
et la parole de Laqit ben Zoràrali à son cheval, le jour de la bataille de Clii'b 
Djabala, parole devenue proverbe sous celte forme: ylj j— s? ^ùJLj ^I JLi:3'S 
yjL& 7^^' «Comme le cheval alezan : quand il va en avant, il est blessé au cou, 
quand il recule, il est blessé au jarret. n 

(Meidàni, Proverbes, L II, p. 7.8, Boulaq, ia84, bég.). Il en est de même 
de la comparaison du poète Aous : 

ULii)l yUaJl JÇ-«U5 t_^jj jo.j£jv;_j a^LJs? L-i^J ^^^^^ 

«Jusqu'à ce qu'auloiu- de leurs paluiiers et de leurs moissons s'enroule une 
llamme comme le toupet d'un cheval alezan. 'j (Meidàni, Proverbes, t. II, p. 1 .3.3.) 
— On rencontre déjà ce mot chez les poètes arabes antéislamiques; ainsi dans 
Imrou'l Qaïs : 

\y-j—ii\ (j^ u^-v-^-s-" jy^i \->^ UJyi. J.i^Ji t_^-.s^ ,_^:^ vj^-'i 

«El nous buvons jusqu'à croire qu'autour de nous les palmiers sont des mou- 
tons, et à prendre un cheval noir pour un alezan. n 

(Abiwardt, Six Diivans, Londres, 1870, in-8", p. 198. — Dans l'édilion de 
Slane, p. aS, il faut corriger \yLii\ en \JLii].) 

' Hanotcau et Letourneux, La Kahjilie, t. I, p. 5o8. 

^ Hanoteau, Poésies populaires kabyles, p. ,3.'io. Cf. aussi le vers : 

5..i, ;X> !^il 

El It'aiiira ikerrez oucherh'i 

«Le bœuf de l'Est laboure le froments (Hanoteau, fWsiVs poindairea kabyles, 
p. 3A5). 

* Hanoteau, Poésies pnpulaires kabyles, p. oa'i. 

* Hanoteau, Poésies populaires kabyles, p. 357. 



80 RENÉ BASSET. 



(Uicz les Zcnaga, liimimrvli (»-a^j clési{>nc une .sorte de [joudie 
rouge qui s'emploie pour les lèvres en guise de lard. 

Le mot bek'em /^JL», qui est le nom du vermillon dans la Kabylie 
du Jurjura, est emprunté à Tarabe. 

Quant à (haroubia ^^, gai'ance {^rtibia pcregrina), c'est pro- 
bablement le mot latin rubia. 



X 

BRUN. 

Les mots signifiant trbrunw se rattachent à des racines diiïé- 
rentes, pour la plupart empruntées à l'arabe: 

1° v/RS Zouaoua : aros u-^^ pi. arasen (jj*«;i. Ainsi dans ce 
vers 

A Fat'ma emm amczour aras 
Fatima aux bandeaux bruns 
et dans celui-ci 

Aï ak'chich aras 
enfant brun '. 

En Taïtoq et en Ahaggar, haras OOl"' signifie rrgris^ en par- 
lant des animaux; 

9" \/MZI : Zouaoua : amzi (sy>^ , brunir, devenir brun; 
3° On rencontre aussi dans ce même dialecte lemmâ de l'arabe 
^, brunir, iv-viu^ f. Iselemmiâ J^i^'; 

k° En Zouaoua azerdekhani (},[s^i>y^\ pi. {zerdekhaniin ^3Lii.i>jjj; 
5° A Syouah asmar y^ de l'arabe ww. 

XI 

VIOLET. 

Il est difficile de rattacher à deux racines connues les deux 
mots employés pour désigner le violet dans les dialectes^ : 
Zouaoua ademdam -tOv»:>l ; 

B. Menacer addemb t-*t-<iî. 

' Hanoteaii, Poésies populaires kahyles, p. 887. 

- Sur celte addition du /* dans les dialectes fouaregs, cf. Etudes sur les dia- 
lectes berbères, p. 69. 

•' En arabe vulgaire d'Algérie, violet se dit itiuur ^^ et didi (^ù^..> ; ce dernier 
mot a aussi le sens d'amaranthe. 



LES NOiMS DES METAUX ET DES COULEURS E\ BERBERE. 81 

XII 

BLEU, VERT. 

Les dialectes berbères, en général, confondent le bleu et le 
vert et ne possèdent qu'une seule racine pour designer ces deux 
couleurs ^ 



\/ZGZ Zouaoua zigzou ^y^)? être bleu, vert; iv-viii^ i. tsezig- 



Zouaoua, A. Khaltouu, Bot'ioua : azigzaou ^5j^)l bleu, vert, 
r. thazigzaonth ci>^î jJCjlJî. En Zouaoua, le pluriel tliizigznouin 
^^^ijJCjvj désigne une espèce de raisin blanc '^. Ce mot entre 
aussi dans la composition du nom de plusieurs oiseaux : akelkoul 
azigzaou _5|^sC»^l Jj^^^K bruant; fir azigzaou ^Iji^^t-Ab, martin- 
pécheur. 

Par une dérivation du sens de vert, le mot azigzaou ^'jJv;' a 
Uni par signifier /ra<s,- Zouaoua : aksoum azigzaou ^^^j^^ -_j-mOÎ, 
viande fraîche. 

A Bougie, une différence a été établie entre le double sens de 
ce mot : zigzou ^'y-^-?.') signifie seulement être vert; Bougie et 

Chelb'a : azeg:aou ^^'y)^ pi. izegzaoun ^i^yy. et izegzoun ij^y'-f. 
vert. Zouaoua : thizigzouth cijj^jS', verdure; Bougie : thizegzouth 
^^^■y>^ verdure. 

Comme on Ta vu pour la racine ZGB\ la racine ZGZ peut se 
combiner avec la particule aher pour former un nom d'oiseau et 
de fruit; en Zouaoua, aherzigzaou ^'SJ^y>\ désigne la verdure^ et 
une espèce de figue*. 

y ou final est tombé dans plusieurs dialectes : Bougie, azegza 
kS^i plur. izegzoua |^^J à côté de la forme azegzaou, vert, non 
mûr. Aux environs d'Alger, une montagne porte le nom de Bou 
Zegza ])^_^ (le père du vert). 

Cette forme abrégée existe aussi en Zouaoua, dans l'expression 

' Cf. une obser\ation très juste de Pompéius Festus : «Les anciens ne con- 
naissaient qne deux couleurs naturelles, le l)lanc et le noir; entre les deux se 
plaçait pourlant celle qui ne ressemble ni à l'une nia l'autre, de telle sorte né- 
anmoins qu'elle lire sa propriété de l'une et de l'autre; ils ont donc, de préfé- 
ronce, tire sa dénomination (^(/(oVms) de l'eau («//««), dont la couleur est in- 
certaine. (De significaticinp rerhorum , f, 189,8. v" aquUus.) 

'' Hanotcau et Letourneux, La Kabylie, t. I, p. abU. 

^ Idem., ihid., p. 1 48. 

* idem., ihid., p. /i36. 

MKU. L1^G. IX. 6 



82 RENÉ BASSET. 

biâ ouzigza H^^ ^? (vente du veil), vente des ce'réaies avant la 
récolte. 

Les formes dérivées de \/ZiZ existent dans les dialectes de la 
Zeuatia : B. Iznacen, Toual, Mzab, Ouargla, Kibdana, Guélàia, 
Gourara : aziznou }\y?l)^ bleu, vert. C'est à cette racine que se rat- 
tache le mot tizizout cyij^j—?^, chou (Ouargla). 0. Rir' azizaou 
^ty, vert. 

L'oM final est tombé : B. Menacer, B. H'alima, K'çour, Haraoua , 
Ouarsenis, Ghaouia, Borioua d'Arzeu : aziza j)— J)' bleu, vert; 
pi. izizaoun b^j^^^. 

Un passage d'El Bekri nous montre que les tribus berbères qui 
habitaient les environs d'Oran parlaient un dialecte apparenté à 
ceux-ci. Entre Oran et Qasr ibn Sinàn (Ain ïemouchent), il men- 
tionne un marché du nom de Djeraouat tâzizou ^. 

§ 2. On a vu qu'en Chelh'a et dans le dialecte de Bougie, les 
dérivés de la racine ZGZ ont le sens de vert; celui de bleu a été 
emprunté à l'arabe : Chelh'a azrak' (i))^, bleu. Bougie, azerh'ak' 
i^U^y pi. izerk'ak'en (^Ujjjj; féin. tsazerk'ak'ts ooU^' pi, tsizer- 
k'ak'tsin (^xJCJjUjjj. 

On trouve quelquefois cette dernière forme en Zouaoua : 

A Cir azerk'ak' 
Inoud'an lesouak' 

oiseau bleu, 

Qui parcours les marchés ^ 

§ 3. A rOued Rir', le mot emprunté à l'arabe pour signifier 
bleu est asmaoui ^^jU^*! (céleste, de l'arabe U*). 

§ h. Bien que la racine ZGZ (ZIZ) paraisse être berbère, 
elle ne se rencontre pas dans les dialectes sahariens : 

v'DNK Aouelimmiden, tlennek «lin, bleu. 

§ 5. V^R K^el Oui, arran \\0 vert; Ghat ciar'en l:0, blcu^ 

' »VJj*-' Sjlj-?- Jl W-'-*^ {Description de l'Afrique, p. 70). On remarquera le 
e de âzizou. Si ce mot n'est pas une altération de l'arabe ^Jj*, et si El Bekri a 
noté exactement la prononciation , nous avons un exemple du renforcement de ! 
en ^ {d. Etudes sur les dialectes berbères, p. 55-56). (rLes ruines de cet endroit 
portent maintenant le nom de Medinet Aroun. Elles se voient sur la rive gauche 
du Rio Salado, à 3 kilomètres au-dessus du pont que Ton Iravei^e en se ren- 
dant d'Oran à TIemcenw. (El Bekri, Irad. de Siane, p. 168, note a.) 

^ Hanoteau, Poésies populaires kabyles, p.. i23. 

^ Peut-èlre est-ce la même racine (R R') qui a donné err' et oui-ar' gl;^t, et 
qui signifie vert. 



LES NOMS DES METAUX ET DES COULEURS EN BERBERE. 83 

§ 6. \/DHL Taroudant : odhlai <^'^^^, f. todhlait o<->5A.AiiJ- , 



noir 



\/DL AhaggaretTaîloq : idalin I II H, bleu, pi. nlaJatnin /l+liri; 
MiQ^ygar tadalit +11 A+ couleur bleue; sedel IIFIO rendre bleu; 
asdel linO action de rendre bleu. Djerid, idal Ji*X.j, vert; Mzab, 
adali i}}:>\ , vert; taddalel ovîî*Xj', sorte de datte-. 

§ 7. En Ze'naga : heïd'ek ciJjyo, vert; pi. beid^ega ISJsxj^. 

§ 8. Ze'naga : modjich ijH-ff^, bleu; a aussi le sens de brim. 

§ 9. Zénaga : barboth cUj-j, bleu. 

§ 10. Bot'ioua : asouar f |^' , bleu. 

§ 1 1. Le mot arabe i^^s. a fourni en Chelh'a le mot àoldj 
<^i^, bleu de ciel^. 

XIII 

GRIS. 

§ 1. Le Zouaoua, pour de'signer la couleur grise, a emprunté 
l'arabe chib «-^-a—»*'? achiban yL^-A-il. Ainsi, dans ce vers d'une 
chanson 

Amr'ar d'ackiban 
Isoumeth ir'ilim 

Un vieillard grisonnant 
Repose sur Ion bras \ 



§ 2. v^HOU. En taïtoq, on trouve ibahaouen jîj©, pi. iba- 
hounin /\'.\(J), fôni. tibahoiiet +'.\(D+, pi. tibahounin /\'.\(S)+. En 
Ahaggar abehaou : j0 signifie bleu et gris; tibehouit +'.\(J)+ cou- 
leur blonde. 



' C'est ainsi qu'à Syonaii, bleu est rendu par azot't'af <j>Ui:>-)\ (Caillaud, 
Voyage à Méroé, Paris, d vol., in-8", 1836, t. J, p. 4 10, donne azclnj par 
faute d'impression). 

^ C'est peut-être à cette racine qu'il faut rattaclier le mot lailoq ederi ^OD, 
f{ris pommelé. 

^ En Taïtoq, beidedjen, Hfl^® signifie gris-blanc, en parlant de la 
couleur particulière à certains chameaux. 

' Cf. un passage du Kitâb pcli chelh'a (mss. de la Bibl. Nat., fonds berbère 

n" h, fol. C'i : (jLSi ^j^llij,] j«^_«>« ^! yIjUw ^Û)! jjji j^Uiul )\y»\ ili-«j; 
; ■! ; -^ (jJUuj») ^y.L.e*' >il ^l;^l u'-"5l jT>.y^ y^^-»^^' {j"yf^ '^^ ^J<:^^^. y-y^ J-ry*^' 

^ Hanoleau, Paexipx popiilnirp.t hnbijhs , p. SSB-SBç). 

G. 



84 UEi\É BASSKT. 

2° yBNZ'R; T aïloq : ibanz'aren\OX\(D, giis (en parlant des 
animaux). 

Pour haras et ederi, voir s. v" brun et vert. 



XIV 

» 

NOIR. 

Les racines qui ont fourni les dérivés ayant le sens de noir et 
de îiègre sont les suivantes : 

i" vl^I^K. En Zouaoua, berrik viJo^j, être noir: i'" f. seberek 
iJv^Aw, noircir; i-viu® f. seberik Ajj*^-, iv* f. tsebcrriJc lAjiyKj. Dans 
l'argot des colporteurs zouaouas, l'expression itsberrik thif *il-Jv+Aj 
laxj (l'œil devient noir) signifie s'endormir. Nom d'action, the- 
berek dJ^v noirceur; Bou berrek ^yi ^, cauchemar. Bougie : ebrek 
dJ^-ji, être noir; i" f. esberrek (i)*-A— *wl, noircir; i-vii" f. sberrak 
lilî-A^; Yi' f. berrek liLj . Zouaoua, Bougie, A. Khalfoun, Chaouia, 
Gutîlàia, aberkan ^Jc>J}\ ^ noir. 

Sous celte dernière forme, la racine BRK a formé de nom- 
breux noms propres d'bommes et de familles. Ainsi à Cherche!, 
les Berkani chefs de la faction hostile à la France; sur les bords 
du Sénégal, la tribu des Braknas. Un des maîtres du célèbre 
Es Senousi, El Hasan b. Makhlouf b. Mas'oud b. Sa'ïd el Mozbili 
ei- Kàchidi, moit en 85-7 hég. , était surnommé Abou Berkâti ou 
Aberkàn'. En Kabylie, un hameau du village d'Ahora, tribu des 
Imezdourar, confédération des Aith Idjar, est appelé Aïth Bev- 
kath, et un autre chez les Aïth 'Arif, tribu de la confédération 
des inissen Oumm el Lil, se nomme Iberkanen tries noirsn. 

Cet adjectif sert aussi à désigner diverses variétés de figues et 
de raisins chez les Zouaouas. Ainsi abakour aberkan, figue précoce 
noire; aranim aberkan ^J^-f:^ ^'y-sS [roseau noir) figue noire tha- 
berkant oviLs^-A-j (la noire) id; tliadoukkarth ihaberkanl ci>^Li^*X_j; 
o»->o,-^j, caprifiguier noir-; thaferrant thaberkant o<3o-v ^^j'yÀj 
(vigne noire), sorte de raisin noir; azberbour aberkan ^^iy->'^\ 
^Ojji (verjus noir), vigne vierge noire; aberk'onk' aberkan t^j^^ 
^jo^l (prune noire), variété de prune-'. 



' Ahiiied Baba de Tonboulctou, ^L>_>o^JI i ^^ ^4, iiiytj, ~U^1 *jLi.5 (Mss. 
de la Bibliothèque - - Musée d'Alger, i56 A, fol. 3o) dit dans l'article con- 
sacré à ce personnage : yl5lj jLj L>y& j^-wi)| *j-.jj>.Jb 8Lix.«3 «Il était connu 
sous le nom d'Abou Bcrhân, mol qui en berbère signifie noirn. 

^ Ilanoteau et Letourneux, La Kabylie, I, 3i5. 

^ Idem, ibid., i36. 



LKS NOMS DES METAUX ET DES COULEURS EN BERBERE. 85 

B. Menacer, iberkan ij^y^. être noir. 

Le K est devenu ^^ : B. Menacer : aber^en (j^yj' être noir; 
i" f. sberrayen fj^yj^*^^ noircir. Ce verbe est évidemment formé 
de ladjectif verl)al abei-^an ij^y-^^ qui existe aussi en Haraoua, 
Ouarsenis, B. Iznacen et Bot'ioua. 

Le CH remplace le K^; Mzab, Kibdana, B. Halima, Bot'ioua 
d'Arzeu : aberchan ij^y^^ f. tnberchant (.::^l^yJiJ . A celte racine se 
rattache sans doute le mot mzabile : oberchi i£*^yi\ , carre' de boue, 
pi. ibercha L<i->j. K'çour berchen (j^y^ être noir. Nous avons ici 
une formation analogue à celle de abery^en chez les Béni Menacer. 

En Mzabite, le CH et leTCH permutent souvent-^; aussi nous 
trouvons les formes suivantes : i" f. fact. sbertch •^y-^ noircir: 
adj. verbal aberîchan yLs--jî, noir, f. tabertchant ooU=-w>J à côté 
de aberchan et taberchant; n. d'action de la f* forme : asebertchan 
(jU- -»-<*) î , action de noircir, provenant d'un verbe sbertchm q^»>-ui 
pour sbertch ^ -_>.-«( (cf. berchen pour berch); Ouargla, abertchan 
yUs-yî , f. tabertchant ool=!i.-Aj . 

Dans le dialecte du Gourara, l'r suivi d'une dentale est ren-- 
placé par le /i'* : abeKhan ybs>?l. noir. 

§ 9. On vient de voir que la racine BRK et ses dérivées sont 
employées dans les dialectes berbères de l'Algérie, du Maroc et 
du Sahara du Nord, à l'exclusion du touareg. A côté de celte 
racine, il en existe une autre qui, pour ne se rencontrer aujour- 
d'hui que dans le Sahara, a dû cependant être employée dans 
une région plus étendue, comme on le reconnaît par l'onomas- 
tique géographique. 

La forme la plus simple v^S D H F n'existe plus que dans le 
mot asedhif ou^ii*»)!, employé très rarement en Zouaoua. Ainsi 
dans un vers d'une chanson populaire 

R'as em el oujah enni oiisedif 
Sinon celle au visage noir ^ 

Dans plusieurs dialectes, la présence du DH a entraîné le 
changement du S en Z. 

Djerba : zedhdhof ^-Àj^o'^ être noir; i'* f. zezdhof v.-»^)), noircir; 
nom d'action : tazodhfi ^^-^j-^ noirceui', couleur noire; Dj. No- 
fousa, zodhfi <J-»;, couleur noire. 

' Cf. Etudes sur tes dialectes herhèi-es, p. .3a. 

' Ihid., p. 3t-5i. 

^ Ilnd., p, 1 ^1. 

* /ttW.,p. 57. 

' Hanofoan, AWsiVx /;o/>K/rtiVM A-rt/yy/M. p. o.m. 



86- RENÉ BASSET. 

Le DH s'est transformé en T'^ : Ahaggar aset'fafMSO^ noir 
f. taset't'efet +][30+; Djerbah : aset't'afC>^iaj^\ noir. 

Cette forme doit avoir aussi existé en Kabylie comme le montre 
le mot bouset'faf oUx^v^ désignant en Zouaoua une sorte de 
parasite qui attaque la vigne'-. On doit y rattacher aussi le nom 
tle Sétif, écrit v^ U k^w (Setlf) par les Arabes; il remonle à une 
haute antiquité, puisque nous le trouvons déjà chez les Romains 
60US la forme Sitifs, d'où vient le nom de la Maurétanie siti- 
fienne'. Elle devait aussi être en usage chez les Benou Mozab, 
dans le pays desquels vinrent s'établir les Abadhites chassés de 
Ouargla et qui prirent le nom plus ou moins correct de Mzabites. 
Dans le dialecte de ces derniers, comme nous l'avons vu, le mot 
trnoirw s'exprime par un dérivé de la racine v'BRK (v'BRCH, 
V^BRTCH); mais la racine \ ST'F s'est conservée dans le nom 
de Y Oued Seù'afah i^Uxw ^^iî^ (la rivière noire) à une étape de 
Berryàu , entre cette ville et Laghouat. 

A Aoudjila, la sifflante S est devenue CH : ac/if' «/ oiixil , noir. 

Les deux dialectes de Ghat et des Kel Oui adoucissent la lettre 
emphatique f' en t : isettafen |][+0, noir. 

De même qu'à côté de la forme «««/Ai/' (v SDHF on a aseCt'aJ 
(ST'F), de même on a yZTF à côté de v^ZDHF. 

Dj. Nefousa : azett'aJcJ^'^^ et par aphérèse, zef't'o/* oU»; , noir, 
nègre, pi. izei't'afeti ^^Lb^, 

A Syouah, fl2o('f'«/' oLby a le sensf de bleu\ toutefois Cail- 
liaud^ donne azottafen {=^azeft'afen) avec le sens de nègre. 

^ 2. ^GN. Pour désigner le mot rr noir 75, les Zénagas em- 
ploient ed'egeti (j5iî, noir, nègre; ted'gen (Jj^'ï noircir. Ou serait 
tenté de rapprocher ce mot de l'arabe (^yj^^', noir, brun foncé, 
couleur intermédiaire entre le rouge et le noir*^, qu'on rencontre 
déjà dans Lebid : 



^ Cf. Études sur les dialectes berbères, p. 23. 

^ Hanoleau et Letourneux , La Kabylie, I, 445. 

' Cf., sur les vicissitudes de Sétif, Féraud , Histoire de Sétif, Constantine, 
1872, in-8°. 

* C'est ainsi que dans le dialecte chamitique du Khamir, en Abyssinie, le 
bleu et le noir se rendent par un seul mot : niçir (Reiniscli, Die Chamirsprache , 
Vienne, i884, in-B", 9' partie, p. 1 17-1.81); de même en afar ou dankali, rfat 
signifie à la fois bleu foncé et noir (Reinisch, Die Afarsprache, 3' fasc, in-8°, 
Vienne, 1885-1887, p. 8, 3i). 

^ Voyage à Méroé, t. 1, p. /ii5. 

^ Zamakhchàri, Asâs el belâghah, t. 1 p. 180, fy^) ■>^y>v i^ y>' ><*;• 



LES NOMS DES METAUX ET DES COULEURS EN BERBERE. 87 

J'achetais à haut prix ie vin apporté dans une outre brune, ancienne, 
ou dans une jarre qu'on vidait après en avoir brisé le cachet ; 

dans El Hadirah - 

Qui te fera savoir, Somaya , le plaisir que m'a maintes fois fait goiîter 
le matin, avec des amis, ime outre brune remplie (de vin), 

et dans un vers anonyme cité par Ibn ^Achour^ 

Elle a regardé ma fête et m'a dit : Gomment se fait-il qu'un voile briui 
enveloppe les mèches de chaque côté? 

Mais cette dérivation d'é-f/'eg-m n'est qu'apparente, car la racine 
primitive paraît avoir été GN, comme on le voit par les expies- 
sions suivantes : 

Dj. Kcfousa : agnaoït ^LàSî, nègre, noir. 

Egenoui iSy~*^ pi- ignaoun y^USo, nègre, est le nom donné 
aux Wolofs par lesTrarzas. En Algérie, on appelle Gueniiaont/nhy 
les langues nègres en général, et spécialement le Kanouri. Peut- 
être est-ce à cette racine qu'il faut rattacher le nom de Guinée, 
déjà cité dans El Edrisi. 

Ce qui montre que le d' esl adventice dans le mot ed'egen et 
que ce mot n'a qu'une ressemblance extérieure avec (j^^^, c'est 
(jue le rf est remplacé quelquefois par un s également adventice; 
ainsi on trouve en Chellfa aseggan ytsC^Î, noir. 

On peut rattacher à cette racine le nom d'une espèce de dattes, 
la plus renommée du Djebel Nefousa, cultivée à Tin-T'emzin. 
dans le moudirieh de Lalout : Tagnanaà'*. 

§ h. Dans ie Sahara du Nord et au Maroc, on emploie les dé- 
rivés de la racine \/SMG. 

Chelh'a et Taroudanl : ismeg «ïi-ewj, nègre, noir, pi. isemgan 

' Mo'allaqah, v. Sg. Le commentaire de Zaouzeni (Alexandrie, 1292, hég., 
p. 91) explique ainsi ce mot : ^3^ JJIj MA ^J-'^^\ j=^^ *-^ **> ci'^-'l ij^^'' 
^^^>\; Arnold {St>ptem Mo'aUakât, p- 3), .il^-J! «3^ Vr^ (5*^' OJr" i:?^^'- 

' Diwân, éd. Engelmann, Leyde, i858, in-8°, II, v. i5, p. '^. 

' Commentaire de la Bordait d'EI Bousiri , Boulaq, 1292, hég. 

* A. de Calassanli-Molylinski, Relation du Djebel ?iefousa, Algor, 1886, 
pel. m-h", p. 33 : 00'-!^ j-Jl ^J^. 



88 REAÉ BASSET. 



Le G est devenu R' ' y/SMR' : Gue'lâia ismer («<vwo, nègre. 

Il s'est adouci en J- y^SMJ Djerid, ismej J^y*/^ nègre; 0. Rir' 
ismej j.e\*^. pi. isemjnn ij]j^^*^.. 

Le S est devenu CM : \/CH MJ : Mzab et Ouargla ichemj j-d^j 
nègre, pi. ichemjan {j^J}di^.; Dj. Nefousa : achemji (^3^' nègre, 
pi. ichemjan ylj^<\io. 

Le J permute avec le D.P \/GHMDJ : Mzab, ichenulj ^^-*«-r! 
nègre, pi. ichemdjan ^jLs^uSo; Dj. Nefou.=a : nchemdji ^^^^i nègre, 
])1. îchemdjan yl^vio. 

Le CH est remplace' par un J, yJMJ : Tementit, ijmejJ-^J^ 
noir, nègre. 

Le J est devenu un DJ, v^DJMDJ : Syouah : adjmidj ^V-^T' 
esclave. 

Peut-être faut-il rattacher à cette racine la forme imonchchan 
yUi^ qui existe en Chellfa. 

§ 5. La racine SKI désigne plutôt le nègre que la couleur 
noire en ge'néral. R. Menacer : ashiou _j.>-5L*»»î pi. iskouan ^jl_jX*«*j 
nègre ; Ouarsenis : asekhimi y^SjJi . Ahaggar ashiou l • !0 pi. iskioam 
|: • !0; f. tashioal +1 • IO+ pi. tiskiouin \'. • ;0+. 

Sous l'influence de Vi, le k est devenu tch et Ys est tombé : 
Djerba : atchiou ^:^\ nègre. 

§ 6. La racine RGL paraît avoir disparu de presque tous les 
dialectes : Djerid : arougal JlS^;! noir; 0. Rir arouggal Jt^;K A 
Ouargla, areggal a le sens de brun. On en rencontre une trace 
dans le Zouaoua. Ainsi dans ce vers : 

Efki Fai'ima 
Ëmm ergalen r'emnn 

Donne-moi Fatima 
Aux sourcils noirs ". 

S 7. En Zouaoua, à Rougie et en Touareg, le nom des nègres 
est de'rive' de la racine KL. 

' Cf. Etudes sur les dialectes berbères, p. A9-A3. 

* Ibid. , p. i 1 . 

■^ Sur la permutation du DJ et du J dans le int'me dialecte, cf. Etudes sur les 
dialectes berbères, p. 87. 

'' Hanotcau, Poésies pnpafaires habi/les, p. .877. Ces exemples montrent que 
c'est par erreur qu'on lit )'pg-/;e/ (HT: ) pour reggel II I O, liruu, dans le 
Dictiounairefrançais-tamaheq (\e M. Cidkaom {Mger, 1H9/1, in-A°, p. i/i3). 



LES >OMS LES MÉTAUX KT DES OOULKL'RS EN BURBKRE. 89 

Ahaggar, Aouelimmiden , Taïtoq, Ghai :akli .ll'I nègre, es- 
clave, pi. iklan /!!•:; Zoiiaoua , Bougie : akli jS\^ pi. aklan ^J^i\ . 

Ce mot entre dans la formation d'un certain nombre de noms 
propres de Kabylie : Agouni houaklan (j^X^j^ jj5t (plateau des 
nègres), village de la tribu d'Alouch; Thala houaklan y!^|^j 5LS 
(fontaine des nègres), village des Béni Tliour; ces deux endroits 
sont situe's dans la conféde'ration des Aïth Ouagennoun. L'origine 
de cette appellation est ainsi racontée par le ge'néral Hanoteau : 
f Les Kabyles donnent le nom à' Aklan aux descendants de colonies 
de noirs e'iablies par les Turks près de Dra'el Mizân et de Tizi 
Ouzou. Nous les appelons ^Abid (*Xa-s£) comme les Arabes '.'^ 

En Kel Oui. TL a été redoublé : aklil II il* '. esclave. 

Ahaggar, Taïtoq : <aA;/tY +11* !+ négresse, pi. tiklatin l+ll'I + ; 
Zouaoua, Bougie : ihaklilh '^AS3 négresse, pi. thiklathin ^^!5AJ3', 

Chez les Aïth Ouagennoun, on trouve dans la fraction des 
Isser ed Djedian Azib en Taklifs <oyJiJ6 ^.^-^^ (ferme de la né- 
gresse); c'est peut-être la mènie racine que nous trouvons dans 
Tiklat, à 28 kilomètres de Bougie, bâtie sur les ruines de Tan- 
cienne Tubusuctus, sur la rive gauche de la Soummani. 

Les dérivés suivants peuvent être rattachés à la même racine : 
Ahaggar, ikaouelen /Il • • ! noir, noirâtre; Taitoq : ikoualen /Il * * I ; 
plur, ikaoualnin /Ml:*!; takkaoult +I|:'I+ noirceur; sekkonl 
II* IQ noircir. 

Il n'y a aucune vraisemblance que v^KL (ou KOIJL) soit dé- 
rivé de l'arabe J^i, foncé, étant donnée la présence de ces ra- 
cines en touareg. 

§ 8. A Syouali, au Dj. Nefousa et au Mzab, on emploie le 
mot taia Ia5 (\''I) pour signifier négresse. Taroudant iotmia Ijy.» 
pi, touioinn (j^y^- Ce mot s'est conservé dans le nom d'un village 
des environs d'Alger Aïn-Taya (l-is^ dr*^) ^^^ source de la né- 
gresse. 

* Poésies populaires kabyles, p, iia,note 1. Le mot arabe -aigérioii ourtf 
vJLyoj pi. nucfau ylLoj s'emploie aussi en Itabyle : 

Y> **... * .>< ' V Cl) .^^■^. ' ' ' ■w 

Si Tlemse7i ar Mâsker 
loHouid taraioul louçif 

(tDeTlemsenà Mascara 

Il a amené des iirailleiirs noirs^'. 

(Iliinoleau, Poésies populaires kabyles, p. !ilx.) 



90 RENÉ BASSET. 



APPENDICE. 



Ce mëmoire était terminé quand j'ai reçu les deux travaux de feu 
M. G. von der Gabelentz sur les rapports du basque et du berbère : 
Bnskisch und Berberisch ' et Die Verwandtschajt des Baskischen mit der 
Berberspmchen Nord-Africn's^, Ce dernier titre est exagéré, car, entre 
tous les dialectes berbères, les recherches de M. von der Gabelentz portent 
uniquement sur le kabyle (Zouaoua), le touareg (Ahaggar), le chelh'a 
et le Ghdamsi : encore , pour ces deux derniers , n'a-tril consulté que le 
lexique absolument incmiplet et souvent fautif de Newmann '. Mais 
même pour ce qui concerne ces dialectes , une connaissance approfondie 
manquait h l'auteur; aussi fait-il porter sa comparaison du basque, non 
pas seulement sur des mots arabes (!), mais même sur des . mots /rrt?i- 
çais (!!) passés en Kabyle; c'est ainsi que le basque burdi, voiture, est 
comparé au kabyle dabruedt (forme inexacte pour dabniel = thabrouet' , 
(lu français brouette!)''. C'est sur une série d'exemples de ce genre que 
reposent les règles de phonétique déduites par M. von der Gabelentz et 
appUquées par lui au basque et au berbère en général. Il est , je crois , 
inutile d'insister sur la valeur des résultats ainsi obtenus; mais comme, 
dans son second ouvrage, l'auteur a consacré deux sections aux métaux 
et aux couleurs, je crois devoir reprendre et rectifier ici ses comparaisons 
sur ce sujet. 

[Die Venvandtschaft , p. 116-117, n° 98): Fer, kabyle wezzal [ouz- 
zal), touareg azal, chelh'a wezzil; seuls cités, rapprochés du basque 
burni et burdin ( ! ). 

Argent : touareg azrej[sen\ cité) = basque zillar et zilhar ! 

Cuivre: touareg temanast coupe, Ghdamès wanâs (oMrtH«s) = basque 
menast, métal. On a vu plus haut que le mot berbère est emprunté à 
l'arabe j-l^. 

Plomb : touareg tahlelt (?) = basque berun (!). 

Etain : touareg tiheroast (?), coupe; Chelh'a ikiri , plomb = basque 
zirraida, étain! {Die Verwandtschaft , p. 908-211.) 

896, Kabyle tsulley être pâle (foime fautive poui' tsullex^ = tchoul- 
/(?M) = basque zvri blanc (I). En revanche le mot basque signifiant pâle, 
ubel est comparé au kabyle amellal et au touareg mel, amilel {sic), seuls 
cités. 

397, Kabyle berrth (faute pour berrik être noir), seul cité = basque 
bel{t)z, baleh, baltz (!). 



^ Sitzungsberichte der kôniglich-preustischen Akademie der Wissenschaften zu 
Berlin, t. XXXI, 1898, p. 591-618. 
^ Braunschweig, i89A,in-8''. 
^ Libyan Vocabulary, Londres, 1882, in-19. 
* Baskisch und Berberisch, p. 696. 



LES NOMS DES METAUX ET DES COULEURS EN BERBERE. 91 

898 a. Kabyle ilwy [ilour') trouble = basque iUuii, illiun. Le mot 
kabyle paraît un emprunt à l'arabe ^i) ; ^^ , hâler. 

Kabyle Ufai, sale (faute pour tljad, ?^rt <;?/«) = basque lik{h)iiz. La ra- 
cine kabyle LFDH est un emprunt à l'arabe lixî,la^J, vomi; idàUJ 
déjections, etc. 

hoo. Le basque urdin bleu, est rapproche du touareg irtai (?!) sale, 
et idâlen. 

lxo\. Kabyle «M/*«7 (ao«rar') jaune = basque Aon et ori. La ressem- 
blance peut n'être qu'extérieure comme on l'a vu pour ourar' et aurum. 

ho'd h. Basque zohardidxei clair = kabyle azerqaq[aierh'ak') et touareg 
segeni (!) indigo. On a vu (\\\azerk'ah' est une forme redoublée em- 
pruntée à l'arabe (^<y\ . 

4o3 d. Basque arre gris = kabyle aras brun, et touareg neggor (?) 
brun. Pour ce dernier mot, l'auteur aurait pu citer la forme îiaras. L's 
faisant partie de la racine devrait se retrouver en basque. 

On voit combien sont inexactes et incomplètes les comparaisons de 
M. von der (Jabelentz. Je n'ai d'ailleurs pas l'intention de combattre la 
théorie qui fait du basque une langue parente du berbère; elle a déjà 
été exposée par deux linguistes que n'a pas connus M. von der Gabe- 
lentz, peu au courant de la question ' ; mais j'estime, au moins en ce qui 
concerne le berbère, que de telles tentatives sont prématurées. Un jour 
viendra où la grammaire et la lexicologie berbères étant dégagées de 
tout élément étranger et coinmes dans leurs moindres détails , par l'étude 
complète et la comparaison de tous les dialectes existant encore aujour- 
d'hui, nous aurons une base sérieuse pour procédera une comparaison 
générale. D'ici là, l'on doit se contenter d'amasser des matériaux en 
procédant de temps à autre à une synthèse des résultats acquis. 

René' Basset. 



Addition au chapitre i. — Sur les racines OU R K' et R K' dans les langues 
séniiliques, cf. Goidziher, Der Mylltos bei den Hehràeni, Leipzig, 187G, iii-8°, 
p. 166-169. 

' De quelques rapports entre les langues herhère et basque, Toulouse, i883, 
in-i"; De Charencey, Des affinités de la langue basque avec divers idiomes des 
deux continents, Paris, 1892 , in-8°. 



92 RENÉ BASSKT. 



TABLE 

DES VERBES D'ETVT ET ADJECTIFS MARQUANT L\ COLLEUR. 



Pnges. 

I. Or Oo 

II. Argent fi^4 

III. Fer 67 

IV. Cuivre G8 

V. Étain O9 

VI. Plomb ^ 69 

VII. Blanc 70 

VIII. Jaune 7^) 

IX. Rouge 7-^) 

X. Brun 80 

XI. Violet 80 

XII. Bleu, vert 81 

XIII. (iris 83 

XIV. Noir 8/j 

Appendice 9^ 



VARIA. 



L'allemand schlieszen = lalin excludere. 

En leuillelant l'autre jour le Bulletin de notre Société', j'y ai 
trouvé, à la date de l'année 1871, le souvenir des discussions 
soutenues alors parmi nous au sujet du verbe nWemand schlieszen , 
que je rapprochais du latin excludere, non pas pour y voir deux 
congénères, mais pour y voir un emprunt des langues germa- 
niques. Le progrès de la science, depuis vingt ans, n'a fait que 
me confirmer dans cette opinion. L'objection qui m'était opposée 
alors, que schlieszen, en sa qualité de verbe fort, faisant au par- 
lait schlosz et au supin geschloszen, ne pouvait être emprunté, ne 
me serait sans doute plus faite aujourd'hui. Ni pour le verbe al- 
lemand scAméen, ni ^our preisen, personne ne fait difficulté au- 
jourd'hui d'admettre l'emprunt, quoique l'un et l'autre suivent 
la conjugaison forte. 

En ce qui concerne schlieszen, vieux haut- allemand sliozan, 
néerlandais sluiten, ancien frison slûta, Kluge fait remarquer que 
ni l'anglais, ni l'ancien norrois, ni le gothique ne connaissent 
ce verbe, non plus que ses dérivés. Cela n'empêche pas Kluge de 
poser une ff racine germanique sMt, prégermanique sklûdn. 

Au lieu du prégermanique skiûd, il faut, je crois, mettre ie 
verbe latin excludo, devenu dans la prononciation populaire scludo. 
(l'est ainsi que ie latin expendere a produit l'allemand spenden 
tf donnent. A une époque plus récente, le substantif féminin ex- 
clusa, sclusa a donné pareillement Schleuse. 

Le siibslanlK Schlûssel trclef^î, vieux haut-allemand sluzzil, est 
un dérivé du verbe, formé d'après le même principe que Fliigel 
dejliegen ou Dechel de decken. 

Le substantif iS'cA/o5z rr serrure w et tr enceinte fermée, château 11, 
vieux haut -allemand -S7o2, a été fait sur le même modèle que 
Flosz venant dejlieszen ou Schosz repousse, rejeton n, de schieszen. 

Pour ceux qui seraient, au point de vue du sens, inquiétés 
par la préposition ex, je transcris, d'après Ducange, les pas- 
sages suivants, où excludere signifie tr fermer, barrer?^ et où ex- 
clusor est exactement l'allemand Schlosser r serrurier n : 

Quœro ut novos Miiros Divionis {aux) destruat, quia abbalias noslrns 
excludunt. (Jugement tle Tannée 1 153. Voir Ducange, s. v.) 



94 M. BRÉAL. 

In arte argentaria Exclusores vocantur qui de confusione massœ noverunt 
formam vasis ea-primere. (S. Augustinus, Enarr. in Psabn. 67.) 

Et cum conjlandifemitn locus esset aptissimus, et f abris , etferri exclu- 
soribus maxime repkretur. (VitaS. Egwini Episc. Wigorn. cap. 3.) 

Je ferai remarquer, en finissant, que celle ctymologie n'a ab- 
solument rien de désobligeant pour la langue allemande, en 
admettant que Tamour-propre national ait quelque chose à voir 
à ces questions, ce qui m'a toujours paru enfantin. Au contraire, 
rien n'empêche de supposer que les anciens Germains n'avaient 
point besoin pour se garder de serrures, ni de verrous, ainsi que 
les Suisses de Schiller : 

Bald thât es Noth, 
Wir hâtten Schlosz und Riegel an den Thiiren. 

P. S. Cet article était re'dige', lu à la socie'té et imprimé, quand 
l'idée m'est venue d'en envoyer une épreuve à M. Moriz Heyne, 
professeur de littérature germanique à l'Université de Gottingue. 

M. le professeur Heyne, germaniste éminent, est l'un des con- 
tinuateurs du Dictionnaire de Grimm : je pensais qu'il devait, sur 
cette question, avoir son opinion faite, puisqu'il est précisément 
occupé de la lettre SCHL. Voici la réponse qu'il m'a faite : 

Très honoré collègue , 
Par l'extrait ci-joint d'une épreuve du Dictionnaire de Grimm , vous 
veiTez que notre o[)inion srv le verbe schlieszen est allée à mi-chemin à 
la rencontre de la vôtre. La démonstration que vous m'avez fait lire a 
achevé de me convaincre , et je regrette de ne l'avoir pas connue plus 
tôt : notre article eût été absolument affirmatif , au lieu qu'à présent il 
laisse encore place à quelques doutes . . . 

Le cahier du Dictionnaire de Grimm qui contient l'article schlieszen 
doit pai'aître sous peu . . . 

Moriz Heyne. 
Gottingue, 11 mai 1895. 

Allemand schûrzen =^ latin excurtiare. 

Je prolile de cette occasion pour ramener aussi à sa vraie ori- 
gine le mot allemand schiirzen «trousser (une jupe, une robe)w, 
d'oii le substantif (/le Schûrze rie tablier^. 

Nous avons ici un dérivé du bas latin excurtiare (de curtus), 
italien scorciare, français escorcier tf raccourcir ^n 

Il existe dans notre vieille langue un substantif escorsure que 
Godefroy traduit par ffretroussis, partie retroussécT). 



VARIA. 9^ 

L'accusatif du gérondif en français. 

On sait qu'en latin le gérondif avait sa déclinaison complète. 
De cette déclinaison, il na guère survécu en français moderne 
que l'ablatif. 

Il s'en alla courant [currendo). 

J'aurai, le revendant, de l'argent bel et bon (vmdendo). 

Chemin faisant (iter furie)) do). 

Humainemeiit parlant {parabolando). 

Cependant, il existe une ou deux expressions qui nous ont 
conservé l'accusatif : c'est d'abord la locution à son corps déjm- 
dcDit. Par exemple dans cette phrase : rrll a tué son adversaire à 
son corps défendantri. Il faut, parla pensée, rétablir la locution 
latine : ad defendendu))i (pour défendre). 

Celte tournure était, comme on sait, fréquente en ancien fran- 
çais : 

Ces qu'il laissa a la porte gardant (pour garder la porte). . . 
Servi vos ai par mes armes portant (pe)' po-tmidiwi) \ 

Une autre expression de même sorte est la locution ca)-ê)))e- 
pre)iant, qui était courante autrefois et qu'on trouve encore sur 
quelques calendriers ecclésiastiques. On a dû commencer par 
dire : rrNous touchons à carême prenant. . . Nous nous prépa- 
rons à carême prenant. . . 7^ En latin : ad prendendum qxiadrage- 
smam. 

UN PRODUIT DE L'ANALOGIE. 

Le mot anglais Colinderies. 

M. Maurice Bloomfield, dans une communication à YA)))er)can 
Philologieal Association-, cite le fait suivant, qui est un trop cu- 
rieux exemple de formation analogique pour ne pas mériter 
d'être reproduit. Il s'agit du suffixe -eries (le pluriel seulement), 
pour désigner des objets d'exhibitions publiques. 

Comme on avait eu d'abord à Londres (ou à Nevv-\ork) lajîshe- 
ries exhibition, le mot the fisheiies tout court servit à désigner les 
objets ayant rapport à la pêche. Puis vint une exposition de fleurs 
qui suggéra tout naturellement </tey?oa'er/es. Une exposition dliy- 
giène — health exhibitio)) — donna the healthoies. Enlin la Coh- 
n) al and hidian exhibition s'étant, pour simplifier, appelée the Co- 



^ E. Etienne, Grammaire de l'ancien fronçai», p. â5i. 
» Juillet 1893. 



96 M. BRÉAL. 

lind, ii en sortit the CoUnderies, un terme, dit M. Bloomfield, qui 
d'indignation ferait tourner au rouge l'encre d'un puriste. 

Pour montrer à notre confrère de race anglo-saxonne que nous 
ne sommes pas en reste, il suffit que nous rappelions qu'à côté 
des magasins A'orjevrerie ou de mercerie, nous avons à Paris des 
marchands de bondieuserie, qui tiennent dignement leur place 
auprès des colinderies anglaises. 

Michel Bréal. 



VEDICA. 



1 . Pûramdlti. 

Le nom et l'interprétation de celte énigmatique entité divine 
a déjà pique' tant de curiosite's, inspire tant de savantes et ingé- 
nieuses recherches, qu'il peut sembler oiseux et quelque peu 
ridicule d'y consacrer une nouvelle étude : les re'suitats obtenus 
jusqu'à pre'sent sont entre les mains de tous les ve'disants, et 
d'excellents juges s'en de'clarent satisfaits ^ ; si l'on ne partage 
point leur avis, reste-t-il du moins l'espérance de trouver une 
solution meilleure et de les en convaincre? Je le crois, pour ma 
part, mais à condition de sortir si résolument des voies battues, 
qu'on encoure le reproche de paradoxe et de bizarrerie. Je ne 
compte pas y échapper; je demande seulement à mes confrères 
de suivre ma longue argumentation, sinon avec le désir d'être 
persuadés, du moins avec la sympathie que mérite toute tenta- 
tive sincère. 

Au double point de vue étymologique et naturaliste, la seule 
explication aujourd'hui admise se heurte à quatre objections 
fondamentales : i" en fait d'autorités anciennes, elle n'invoque 
que l'autorité du texte pada, qui coupe pûram-dhi, et l'on con- 
viendra que c'est peu pour nous éclairer; 2° cette analyse exi- 
gerait impérieusement l'accentuation * puramdhi, dont il n'y a 
point de trace; 3° elle n'aboutit qu'assez péniblement au sens de 
ff plénitude, abondance, générosité, bénédiclionw, que l'on y 
attache; k° ce sens lui-même enfin, admissible en tant que ré- 
sultat d'une évolution postérieure, offre le grave inconvénient de 
transporler une entité morale et vague dans la période du natu- 
ralisme primitif. Cette dernière raison, je le sais, ne touchera 
guère qu'une minorité, puisque l'école mythique est en défaveur; 
mais peut-être la suite montrera-t-elle qu'on aurait tort de la 
dédaigner dans le cas présent. 

Ce qui demeure acquis, en tout cas, c'est qu'une recherche 
dirigée dans ce sens peut braver les critiques mêmes des traditio- 

' BlooniGeld, Contrih., V, p. 19; OI(Jenbor[T, Die Religion des Veda , p. (j.*) 
•H 180. 

MKM. L1>G. — IT. 7 



98 V. ^^;^BY. 

nalistes, même de ceux qui pensent qu'il faut expliquer tout le 
passe' de l'Inde par son présent, et professent, ou peu s'en faut, 
qu'un sectateur des Ve'das ne se trouverait pas de'place' dans une 
pagode contemporaine; car ici la tradition n'a rien à nous ap- 
prendre, par l'unique et bonne raison qu'elle ne sait rien de 
plus que nous, rien que ne nous apprenne la simple lecture des 
textes ve'diques. La Puramdhi est une puissance bienfaisante : 
c'est probablement tout ce qu'en ont su les poètes et les prêtres 
qui l'ont nomme'e, invoquée et célébrée, et nous en serions ré- 
duits à la même ignorance s'ils ne nous avaient conservé quel- 
ques fragments de formules antiques dont il faut essayer de pé- 
nétrer le sens incompris d'eux. 

Je débute par une constatation générale : le nom de piirarndhi 
revient quarante-sept fois dans le R. V., pas une dans l'A. V., 
sauf en deux passages empruntés au R. V. Le contraste est trop 
frappant pour n'être pas significatif : la fréquence du mot dans 
la langue du livre qui est le rituel du sôma, son absence com- 
plète dans un recueil védique étranger à ce culte, doivent faire 
soupçonner une indubitable connexion entre la Déesse Purarndhi 
et le Dieu Sôma. Disons tout de suite quel est ce rapport, 
oublié des rédacteurs mêmes du Véda : la puramdhi est primi- 
tivement la prison et le réservoir du sôma céleste, le réceptacle 
de la pluie, bref tfla citadelle aveugle ii (pur andhâ), la nuée 
noire qui tour à tour dérobe et épanche à l'homme ses trésors. 

On verra plus loin que, de toute la phraséologie incolore oij 
se noie la personnalité de Purarndhi, les seuls passages caracté- 
ristiques qui surnagent sont précisément ceux qui la mettent en 
relation avec ce fameux rapt de Sôma où récemment M. Rloom- 
field a dégagé, avec une si rigoureuse netteté, le mythe de l'éclair 
apportant la pluie. Etayons tout d'abord la base chancelante de 
notre édifice étymologique. 



La locution ptir andhâ est hautement possible, mais elle n'est 
que possible, on ne la lit nulle part, et sûrement les Indous, 
s'ils ont jamais pensé que puramdhi fût la nuée, auront inter- 
prété son nom par frle réservoir de la plénitude. Cette res- 
source, encore une fois, nous échappe : il n'y a pas de mol pur 
ft plénitude 17 ; y en eût-il un, le composé serait *pûr-dht^ car la 
formation par le premier terme à l'accusatif est sans exemple 
avec -dhi, et le mot serait oxyton; sans compter ce qu'aurait de 
flottant et d'abstrait celte désignation d'un objet concret. Mais, 
que cette fausse étymologie ait pu influer d'une manière indi- 
recte sur les altérations qui ont atteint le mot, c'est ce que je 



VKDir.v. 99 

suis loin de nier; bien au coulraire, je pense qu'il ne faut né- 
gliger aucun des adjuvants qui sont susceptibles d'expliquer une 
transformation à première vue aussi étrange : de pur andhd ou 
pur anclhi tr forteresse obscure, ies Indous ont tiré d'autant plus 
aise'ment pûraindhi quils ont vu dans ce dernier terme crie ré- 
servoir de la ple'nitudew. 

On s'est de'fait en théorie, mais on ne se départ point aussi 
facilement dans la pratique, de Tillusion ancestraJe qui voyait 
dans le sanscrit une sorte d'algèbre dérivative, rigoureuse et 
impeccable, et qui le traitait en conse'quence, ramenant chaque 
mot à une racine suivant une norme lixe'e une fois pour toutes. 
Il faut s'iiabiluer à penser que, si le védique — je ne dis pas le 
classique — a été incontestablement une langue vivante, s'il a 
été parlé par des lèvres humaines et pensé par des cerveaux hu- 
mains, il ne saurait plus qu'aucun autre idiome avoir échappe 
aux confusions, aux lapsus, aux erreurs d'étymologie populaire 
et de fausse analogie, aux formules toutes faites, qui partout ont 
sévi. 

Je pars donc d'une formule pur andkâ , où , bien entendu , Vn n'a 
pas d'autre valeur phonétique ni même, dans certains systèmes, 
d'autre expression graphique que \'m de pûramdhi. C'est là sans 
doute la moindre des difficultés; car l'écriture est toute récente, 
et, du jour où le mot fut analysé pûrnm-dhi, la graphie par l'anus- 
vàra s'imposa. Quant à l'expression r citadelle sombre», si le Véda 
ne nous en offre pas la lettre, au moins fourmille-t-il de méta- 
phores analogues pour désigner le séjour mystérieux, ff caverne 
close, cachette recluse, gouffre sans fond, citadelles crues(?), 
citadelles noires» (H. V., IV, 16, i3), etc. : la juxtaposition est 
d'excellent sanscrit; l'adjectif, étant de détermination et non de 
simple ornement, devait suivre le substantif, tout comme dans 
àkir budhnijhh oa popuhis Romamis; et enfin une formule semblable, 
pour désigner le réservoir du sôraa céleste, se conçoit d'autant 
mieux quelle prêtait au raffinement par calembour et pouvait à 
la rigueur s'entendre comme pur àndhasah tria citadelle de la 
plante» ou 'fdu suc végétal». 

Je ne pense donc pas que mon postulat ait rien d'excessif : si 
le mol pûramdhi n'est tombé du ciel avec l'objet qu'il représente, 
il est aussi légitime d'en chercher l'origine dans la liaison de 
deux mots que dans la composition mal venue d'un thème avec 
un cas. 



Toute la question se réduit à savoir s'il y a une voie pour 
passer de l'un des termes à l'autre : de pur andlid, locution à 
deux accent';, ou Vu est long, où la finale est a, dont enfin le 



100 V. HENRY. 

génitif serait pure anJhâyàli, et ainsi de suite, à pitramdhi, mot 
à un seul accent invariable, oi!i Vit est bref, la finale i, et dont 
le ge'nitif enfin est pitramîheh ou pih'amdhyâh. Au premier abord , 
rien né semble plus forcé; et pourtant, si Ton considère que le 
vocatif primitif de la locution pur andliâ ne peut être que *pûr 
andlie, avec û bref et un seul accent, tout s'aplanit d'un seul 
coup; car piirandfie , à son tour, prononcé d'ensemble et envisagé 
désormais comme un mot dont l'accent unique constitue l'unité, 
sera pris fort légitimement pour le vocatif d'un mot dont le no- 
minatif est pûramdhih, et il n'en faut pas davantage pour appeler 
à la vie ce nominatif et subsidiairement toute la flexion qu'il 
commande. 

En grec, le type f/j/T/era a eu la vertu, on le sait, non pas 
seulement de développer une flexion, mais de la remplacer tout 
entière, et ce n'est là qu'un exemple entre cent de l'influence 
exercée sur les noms ou les épithètes des êtres divins par l'ha- 
bitude où l'on était de les prononcer au vocatif beaucoup plus 
souvent qu'aux autres cas. Ce point n'est pas contesté; et, bien 
qu'on ne lise pas, que je sache \ la locution eCpvona Zev au vo- 
catif, nul presque ne doute que le nominatif svpvona ZeJ? n'en 
procède. On ne voit donc pas pourquoi il serait nécessaire de 
lire le vo<-t\['iï piiranulhe dans un texte védique, avant d'oser af- 
firmer quil txistàlet fut usilé : fort antérieures aux chants sacrés 
furent les simples invocations, aux hymnes composés les litanies 
rudimenlaires, et l'on a pu, dans une de ces litanies pour la pluie, 
prononcer à satiété le \oc-mW *pûr andhe, tout comme tels autres, 
dhe budhnya , àjaikapût, etc. , dont les textes n'offrent pas la moindre 
trace. On verra plus loin une application différente de la même 
prémisse, et il n'est que licite de faire remonler l'emploi d'aussi 
simples et courtes formules jusqu'à la phase linguistique et reli- 
gieuse de l'indo-éranisme. 

Nombre de ces mots factices, figés dans leur immobilité voca- 
tive, ont pu cesser d'être pleinement entendus^ : en proférant le 
crï pûratîdhe , on ne savait plus au juste de quoi l'on parlait; mais 
on se souvenait vaguement qu'il était question d'un réservoir de 
trésors. De là le sens général d'abondance qu'on attribua à l'en- 
lité divine née d'une confusion grammaticale. Quant à la forme 
de son nom, l'analogie eût pu tout aussi bien amener *pûran- 
dhà. Mais il faut songer qu'un autre nominatif de la forme cor- 
recte et complète était pur andhi, non moins régulier que pur 

' Sauf seulement PI aii (contre vingt-deux emplois au nominatif ou à l'ac- 
cusatif); car Hymn. xïin, 4, ne saurait compter. 

* Quel est, par exemple, le sens du vocafif adi.rigo dans la formule Ait. Br. 
II, 7, 1 1, où il ne se construit pas monii^ grammaticalement avec te verba qu'il 
semble commander? 



VEDICA. loi 

andhà,et que dès lors le Ihbme ahévé piinandhi- apparaît coaimc 
une sorte de compromis enlre les deux nominalifs normaux. Et 
surtout il faut faire la part très larfje à Tinfluence de la fausse 
étymologie ^^;/rrt/H-r//^/', qui a naturellement amené à la finale le 
vocalisme de ni-dlu, pari-dhî, garbha-dhî, etc., tous mois dont 
Taccentuation oxytonique révèle à première vue Torigine diffé- 
rente. 

Il resie à voir si les textes ne s'opposent pas à Tadmission du 
sens de r forteresse sombre, prison i^, ou si même tel ou tel 
d'entre eux n'en aurait point gardé quelque précieux vestige. 



Dans toute discussion d'un mot aussi commun et devenu aussi 
banal que pûramdhi, il y a nécessairement une énorme majorité 
de passages à éliminer comme ne décidant ni pour ni contre. 
En saine statistique ces cas sont à déduire de l'ensemble; mais 
encore en faut-il faire le décompte. Je présenterai donc ainsi 
qu'il suit, et par ordre d'imporlance, le classement brut des em- 
plois de pûramdhi. 

I. Le mot est au pluriel et il est impossible d'y voir rien de 
plus précis que le sens f abondances, prospérités, bénédictions n, 
ce dernier se rapprochant, si l'on veut, mais par un détour, de 
celui de Bergaigne, qui voyait dans Purarndhi une incarnation 
de la prière céleste ^ : I, 120, 6; 1 58, 2; IV, 92 , 10; 5o, 1 1 ; 
VII, 66, 5; 67, 5; 97, 9, — en tout sept emplois aussi peu 
caractérisés que possible. 

II. Le mot est au singulier, et l'on peut hésiter enlre le sens 
de ff abondance 15, en général et celui de la divinité F'urariidhi, 
mais naturellement nous n'en apprenons pas davantage sur la na- 
ture intime de celle-ci : I, 5, 3 ; i36, 3; III, 62, 1 1 ; V, 35, 8; 
VII, 32 , 20; VIII, 92, i5; X, 65, 1 3 et 1/4 , — en tout huit cas, 
dans plusieurs desquels Pûramdhi, en tant que divinité au moins 
vaguement conçue, semble plutôt probable, mais mieux vaut ne 
pas insister. 

III. Purarndhi est sûrement nom propre, ainsi qu'il appert 
de son intervention au milieu d'une énumération d'autres divi- 
nités (Bhaga, Arnça, Indra, Agni, Savilar, etc.), mais il n'en 
ressort aucune lumière sur sa personnalité : II, 1, 3; 38, 10; 



' Interprétation que je ne crois pas avoir à discuter: si je parviens à établir 
mon sens de rcaverne céleste", j'aurai par là même fait le départ de ce que 
les vues de Bcrgaijjne avaient ^oil d'exact, soil de préconçu. 



1 02 V. [lENIîY. 

V, /i2, 5; VI, 21, 9; /19, l'i'; VH, 35, 2; 3G, 8; X, G/i, 7; 
85, 36, — neuf cas. 

IV. Il y faut joindre ceux on pùramdhi a pu être pris pour une 
e'pithète du Dieu qu'elle accompagne (spe'cialemenl Pûsan),mais 
où un examen plus altenlif y doit faire reconnaître un nom 
propre et une divinité distincte-: I, 181, 9; II, 3i, h^ — deux 
cas absolument similaires, dans l'un desquels les Açvins sont 
compare's à Pûsan et Puramdhi, tandis que dans l'autre ils sont 
e'nume'rés tous ensemble. 

V. 11 conviendrait peut-être de compter à l'actif de notre hy- 
pothèse les emplois de la piiramdlii en tant qu'associe'e au Dieu 
Sôma : VIII, G9, 1; IX, 97, 3G; 110, 3; X, 112, 5. Mais, 
comme ici elle ne paraît pas avoir avec lui un lien plus étroit 
qu'avec les autres divinités ci-dessus mentionnées, il sera plus 
prudent et plus loyal de ranger ces quatre cas parmi les pas- 
sages incolores, qui ressortent ainsi au total de trente et un sur 
quarante-sept emplois dans le R. V.^. 



Reste à seize passages plus ou moins significatifs et utilisables. 

VI. Une fois, mais une seule fois (IIl, Gi, 1), Puramdhi est 
visiblement l'Aurore. Je n'en tirerai point argument en ma fa- 
veur, mais je pense qu'on ne s'en pre'vaudra pas contre moi : la 
ff forteresse 75 peut aussi bien épancher la lumière que tout autre 
trésor; et, au pis aller, on conçoit fort bien que le nom d'une 
divinité féminine et dispensatrice ait été transporté par méta- 
phore à l'Aurore. 

VII. Le caractère de tf forteresse -i commence à se dessiner. Les 
pûramdhls ont des carquois [isudliynvah , V, /n. G) : pourquoi cette 
épithète, évidemment traditionnelle et imcomprisedu poète, sinon 
parce quelles sont pourvues d'armes de jet, qui ne sont autres, on 
va le voir, que la llèche de Krçànu ou l'éclair? Je sais bien qu'on 
traduit cet avraf par t: zélées, désireusesn, et le malheur veut 
que ce faux sens s'appuie sur le voisinage de pàtnls. Mais, en 
admettant que le rédacteur même l'ait entendu ainsi, c'est une 
étrange façon de comprendre le Véda que de s'appliquer à ef- 

• A noter qu'ici ctie est associée à Alii Bmllmya. 

^ Il va de soi que mon inlerprétalion n'admet, pas plus que celle de Ber- 
gaigne, la supposition, aibilraire, inutile cl contredite par Timmense majorilé/ 
des emplois, d'un pûramlln adjectif. 

^ Je dis 3i, en y joignant X, 89, 9, également sans vatenr, binn que fi,']u- 
rant dans le même morceau que X, 89, 7 infrn. 



VEDICA. 103 

facer et à éteindre tout ce qui peut encore e'nierger d'images et 
de repre'sentations vivantes dans son inerte formulaire. Ailleurs, 
quand nous voyons les Açvins tr lâcher la Puramdhiw (I, 180, 6), 
nous pourrions, sans doute, la prendre pour la prisonnière; 
mais, lorsqu'ils la brisent (l, 116, 7), et malgré la me'tonymie 
védique connue cr fendre les vaches hors du rocher t), il y a beau- 
coup de chances pour qu'elle soit la prison, une prison bénigne 
au surplus et qui ne demande qu'à s'ouvrir. 

VIIÏ. Ce dernier vers, en effet, va nous permettre d'en inter- 
préter trois autres, où il est également question des exploits des 
Açvins. Que ceux-ci aient pressuré le sôma pour Puramdhi (X, 
89, 7), c'est un renseignement unique et par conséquent sus- 
pect; mais yuvàm sûsutirn cakrathuh pûranidhaije peut parfaitement 
s'interpréter par rà Puramdhi 15 en ce sens que ce serait elle qui 
aurait fourni les éléments du pressurage, et dès lors s'accorde 
sans peine, soit avec ce que nous savons des Açvins, déités plu- 
vieuses, soit avec ce que nous supposons de Puramdhi. Cette 
sûsuti, elle l'a fournie de son plein gré, car elle a appelé les Aç- 
vins au passage (I, 116, i3; 117, 19), apparemment comme la 
vache appelle son veau pour qu'il la débarrasse du lait qui lui 
pèse (l, i6h, 28). Ces concepts, encore une fois, étaient perdus 
pour le rédacteur des hymnes, qui semble simplement confondre 
Puramdhi dans la foule anonvme et bigarrée des protégés des 
Açvins; ce n'est que par le rapprochement patient des débris 
conservés qu'on peut reconstituer la mosaïque ignorée de lui- 
même dont il a utilisé çà et là un fragment dépareillé. 

IX. La liaison entre la Puranidhi et le Sôma est évidente, 
mais le rapport qui les unit manque de clarté. Il est tout à fait 
indirect: VII, 9, 6; 89, 4; X, 80, 1 ; encore le dernier passage 
est-il le seul d'où l'on puis,-c nettement inférer qu'Agni a pro- 
curé aux hommes la Puramdhi, comme l'aigle qui est Agni leur 
a apporté le sôma. Il se précise un peu : IV, 3/i, 2, où Purarndhi 
accompagne les sucs enivrants; IX, 98, à, où, à propos de Pa- 
vamâna, on invite Puranidhi à rrse laisser charrier de bon gré^; 
et surtout IX, 90, 3, où l'on prie Sôma de se clarifier f^vers les 
deux puramdhis conliguësn; quoi que dissimule cette mélaphore 
isolée, — peut-être simplement les deux cuves ou les pierres du 
pressoir, — il est impossible de ne pas la rapporter à une antique 
conception de la puramdhi comme réservoir à sôma. Je ne dis 
pas, encore une fois, que le poète se comprît parfaitement. 

X. Restent enfin (rois passages décisifs : non que le vieil au^ 
leur, sans doute, les entendît davantage; mais le personnage de 
Purarndhi lui était fourni par la tradition comme figurant dans 



10/i V. HENRY. 

le récil de reulèvement de Sôina; il 1 y a donc fait entrer, mais 
à l'étal d'accessoire si vague que son intervention a jusqu'à pré- 
sent exercé, lassé ou mis en défaut la patience de tous les com- 
mentateurs indigènes ou orientaux. Tout s'explique au mieux si 
la Purarndhi^ est la prison du Sonia : en forçant l'une, l'aigle 
enlève l'autre; ou bien, dans une variante du conte, il les enlève 
tous deux à la fois. IV, 26,7: cr L'aigle prit et emporta Sôma. . . 
et alors Puramdhi quittai (ou ff trahit) les démons avares [qui 
la gardaient]. . . w. De même IV, 27, 2 : « Là-haut^ Pu- 
ramdhi quitta les aémons avares, et [l'aigle] traversa les vents 
avec vigueur. w Et enfin, ib. 3 : ff . . . ou quand ils eurent em- 
porté de là Puramdhi. . . n. On peut spéculer à l'infini sur ces 
trois passages corroborés par les trois précédents, je ne crois pas 
qu'on trouve rien de plus clair: la Purarndhi est la pur andhd^ 
<|ui emprisonnait le Sonia; puissance sombre à l'origine, elle est 
devenue de ce jour puissance bienfaisante et tutélaire, d'autant 
qu'elle est souvent censée s'être prêtée au rapi, ou même, dans 
une cerlaine version, avoir invité les Açvins à ouvrir ses flancs. 
En récapitulant, je trouve, sur les seize passages significatifs, 
un seul qui semblerait contredire mon hypothèse, neuf qui, plus 
ou moins sollicités, y rentrent sans difficulté et en tout cas ne 
s'y opposent point, trois qui la confirment, et trois enfin qui, 
avec tout le bon vouloir et le talent du monde, ne semblent pas 
pouvoir s'expliquer autrement^. 



J'ai prévu au début lobjection sous laquelle on pensera m'é- 
craser, j'y reviens avant de conclure; elle saute si bien aux yeux 
qu'elle est constante et inévitable — combien de fois ne l'ai-je 
pas déjà essuyée! — mais recèle en même temps une si flagrante 
antinomie qu'on s'étonne de la voir acceptée par d'autres que les 
,ndora(eurs servîtes du sacrosainl ff documenta : c'est qu'on ne lit 
nulle part ni * pur andhe, ni surtout pur andhd, Hé sans doute! 

' C;ir, crinvonler pour ee cas unique un Piii-anidLi masculin, c't\''t, je pense, 
un caprice d'exé|{èlo qui a lait son toinps. 

- I.e sens de ïrmd n'est pas sûr, mais ce n'est qu'iin adverbe. 

' l'eut-ètre celte certitude ne ressort-elle pas assez de mon aqjumenlation 
parce que j'ai cru devoir ni'abstenir d'analyser par le menu un hynme déjà si 
souvent traduit et interprète. Mais je prie le lecteur de s'y reporter, el de juger 
lui-même si la façon dont Puramdhi est mentionnée au milieu de détails précis, 
topiques, éblouissants de folklore, s'accorde avec la traduction par une vague, 
entité d'abondance. Qu'il considère aussi que les ciladrlles (pi'iins) qui enferment 
Sôma sont expressément nomméos. el lont juste dans les deux uior-ooux qui 
contiennent les trois passages caraclérisliques : IV, ••(;, 3: l\'. ■>-, 1. 



VEDICA. 105 

iMais si on les lisait, le problème serait résolu depuis longtemps, 
ou plutôt il n'y aurait jamais eu de problème. 

Je conclus donc : le mot pûramdhi est une altération — j'ai 
expliqué par quelle filière — d'une locution plus ancienne et 
perdue pur andhâ «citadelle aveugle, prison obscurew, qui dési- 
gnait la cachette du sôma, ou le nuage enfermant la pluie. 

2. Nâsatyâ. 

On sait que ce terme, aussi obscur que connu, est susceptible 
de deux emplois distincts : au duel, dans les Védas, il désigne 
les Açvins; le singulier, dans la littérature postérieure, est le nom 
propre du second, tandis que le premier s'appelle Dasra. Encore 
que les Védas n'offrent aucune trace du singulier, il existait sû- 
rement aux temps védiques dans la littérature populaire sous- 
jacenle, tout au moins dans le folk-lore d'où plus lard sont sortis 
les Purànas; il n'en faut pour preuve que le nom du démon aves- 
tique Naohhaityo, qui reporte cette individualité ambiguë jus- 
qu'à la phase indo-éranienne. 

Après examen de toutes les étymologies proposées pour ce 
mot, — tiâ asatt/d cmon menteui'S" (Grassmann), — ■■ nâsa-tyâ 
f nasutii7 (Bergaigne), — nà-satijà ff véridiquesw formé comme nà- 
vedas fc instruit dcr) (Colinet), — je pense qu'il faut en revenir 
résolument à la première \ mais en la modiliant suivant les exi- 
gences de la morphologie sanscrite ou même indo-éranienne. Il 
est bien clair, en effet, qu'il ne saurait s'agir d'un véritable com- 
posé *nà-asatij(i , puisque na est une particule négative et jamais 
un élément de composition. Il ne l'est pas moins qu'une simple 
juxtaposition nà asatxjâ aurait pu se contracter, mais eut gardé 
deux accents. C'est donc à la pbraséologie primitive cju'il nous 
faut demander compte, soit de l'accent unique, soit de la créa- 
tion du nom propre INàsatya au singulier. 

Toute difficulté disparaît, si l'on admet, comme plus haut, 
une invocation sanscrite ou présanscrite adressée aux Açvins, 
dàsrà nà asaU/â trô miraculeux et non trompeurs 11^, parce qu'ici, 
de même que laccent de dasrd remonte, la locution vocative to- 
tale nd asatyà se prononce sous un seul accent, suivant une loi 
cons'.ante et fiunilière. De celte formule ïine fois iïxée, les Indiens 



' EWc n'avait (l'alilours jamais cessé il.? so rocoinmanJcr, à raison de la scan- 
sion tclrasyllaliiqne iimKdlyâ , moins fréquente penl-élrn que ne le croit G ass- 
inann, mais du moins inconleslalde. 

' Celle invocalioii n'est pas pure plirascolofjie ; elle a un sens clair pour 
tout vcdisanl : elli' sifjiiifie que livs Aevins font des miracles, et que leurs mi- 
r;(cli's-ni' son! pas ilc vains |irrslif;'i'>-'. comnif ceux des sorciers inspirés par I 's 
c{i-m.)tis. 



106 V, HENnr. 

et les Érauiens, ou même les Indo-Éianiens tiièrenl, par deux 
Toies diffe'rentes, les noms propres qui nous occupent. 

1 ° Etant donné l'ensemble ddsrû nâsaiijû , dont le premier terme 
ddsrâ restait toujours significatif et intelligible, on en isola le 
second terme nàsatyâ, qui, avec son accentuation vocative, fut 
transféré de toutes pièces en fonction de nominatif^. Ainsi les 
Açvins furent dénommés au duel ndsatyà. 

2° D'autre part, le juxtaposé dàsrà nàsatyâ, étant faussement 
analysé comme mitrâ-vàrunà ou tout autre copulatif, donna l'illu- 
sion de deux personnages distincts dont l'un se serait nommé 
Dasra et l'autre Nàsatyâ. Ainsi s'opéra le dédoublement en deux 
noms propres de deux épithètes autrefois communes. Que sub- 
sidiairement un dieu tulélaire des \ édas soit un démon de l'Avesta , 
c'est un fait trop banal pour s'y arrêter. 

3. kanlnakéva (R. V., IV, 35, 2 3). 

Dans cctle stance qui appartient à un hymne de facture visi- 
blement moderne, les deux chevaux bruns d'Indra — en tant 
que bondissant au devant de son char — paraissent être com- 
parés à deux cariatides qui font saillie sur une poutre, une im- 
poste ou un chambranle [drupadé). Mais cette interprétation, 
qui encore n'aboutit qu'à une comparaison irrégulière, — deux 
mâles assimilés à deux femmes, — ne va point sans une violente 
torture infligée.au texte : il faut, d'abord, lire kaninaké iva, qui 
fausserait le vers, à moins d'y substituer la très douteuse scan- 
sion kanlnakéva (Grassmann), au lieu de la lecture irréprochable 
du texte pada kanlnakâ-iva rr comme une jeune fille^^; puis il faut 
supposer que vîWraf//ié (Grassmann) ou arhhaké (Ludwig) ou tous 
deux sont des épithètes de ce kaninaké restitué, et conséquemment 
les mettre au nominatif féminin duel, alors que le texte pada, 
qui épelle avec scrupule hahhru iti et çobhete ûi, reste muet sur 
vidradkéelarbhaké, impliquant par là que ce sont des locatifs (msc- 
nt.) du singulier au même titre que drupadé. Et, au prix de tant 
d'elîorts, on n'obtient entin qu'une image où la bizarrerie le dis- 
pute à la platitude , r? comme deux jeunes filles nues sur un petit 
poteau neufn, ou r comme deux petites poupées sur une grosse 
poutre neuve, tes deux chevaux bais resplendissent dans leurs 
courses '^75. 

Je reprends un à un les termes de la comparaison, avant de 
passer à kanlnakéva. L'expression nâve drupadé arhhaké , exactement 

* Il va de soi qu'il n'en pouvait cire de même pour dàsrà, puisque les 
autres cas de dasrà assuraient i'oxylon. 

' La st .nre n'est pas visée, que je saclie, dans la Sijnlaxe des Comparaison» 
]'ciliqnes de Bnrgaigne; je ne sais donc re qu'il en pensait. 



ffsur une petite pièce de bois neuve *7, ne me semble pas devoir 
faire difficulté ; nous ne sommes pas assez au courant des pro- 
céde's d'ornementation de l'Inde ve'dique pour pouvoir affirmer, 
avec M. Ludwig, qu elle exécutait ses motifs sur de grosses pou- 
tres plutôt que sur de simples poutrelles; et, au surplus, de 
ff petites 11 cariatides sur une grosse poutre feraient beaucoup plus 
mauvais effet que crdes figures 75 sans e'pithète sur une petite. 
Ainsi arbhaké reste locatif. Quant à vidradhé, il est beaucoup moins 
clair, et f honnête Sâyana n'y sait soupçonner qu'un * vidradhé 
faffermi'^ qui lui-même serait un barbarisme pour vidrdhe. Je 
croirais volontiers que Grassmann a touche' juste dans sa divina- 
tion, vidradhd r-sans vêtement'', par le rapprochement de drd- 
dhas nt. à de'faut d'un ^ dradhd jusqu'ici introuvable. Peut-être 
même, autant qu'il est licite en traitant d'un àWa^, réussirait-on 
à serrer de plus près le sens de ce mot : dans le seul passage oià 
il figure (T. S., III, 2, 2, 2), il est question des ffdeux drâdhas 
réunis par un cordons — c'est du moins le sens le plus probable 
de sa-ldli = ~ sa-tdnlï , autrement inintelligible; — et cette des- 
cription ne saurait mieux convenir qu'à la pièce de devant et à la 
pièce de dos d'un vêtement dont les deux parties se rattacheraient 
le long du cou ou des épaules. Bref, le drâdhas serait une sorte 
de pectoral, et le composé vidradhd équivaudrait à rla poitrine 
nuew; comme, d'autre part, nous répugnons à en faire un duel 
féminin contrairement à l'autorité du texte pada, rien ne nous 
empêche d"y voir un adjectif neutre pris substantivement et de le 
traduire par le locatif singulier, soit tren état de nudité de poi- 
trine.-". 

A ceux qu'intimiderait cette dernière série de conjectures un 
peu en l'air, il suffit de faire observer qu'elle n'est qu'accessoire 
et que notre déduction ultérieure peut s'en passer: on n'a qu'à 
suivre la tradition, qui fait manifestement de vidradhé une épi- 
thète de dntpadé, entendre cette épithète conformément à la tra- 
dition, ou même ne point l'entendre du tout si on le préfère ^ Il 
n'importe. L'essentiel et ce qui demeure, c'est qu'on n"a ni le 
droit ni aucun motif de supposer un duel féminin dans vidradhé, 
et que dès lors disparaît tout prétexte à en chercher un dans 
kaiunakéva. 

Revenus à ce terme, traduisons- le, lui aussi, en conformité 
rigoureuse du texte pada, et nous obtenons : t Gomme une statue 
de femme, la poitrine nue, sur une petite [)outre neuve, les deux 
bruns resplendissent. . . -n A la terne rédaction de tout à Iheure 

' El, on efTet, il poul êlre impliqué, sans que le poêle ait besoin de le pré- 
ciser, que la slatiie d'une femme a les seins nns; le lableaii sugfféré plus lins 
flovienl moins noi . mais np rhange pas. 



108 V. IIENRÏ. 

be snbslitue une image pilloresque double'e d'une rëlicenee pi- 
quante : on voit saillir des veines du bois ries deux bruns res- 
plendissants ti; en un mot, les deux chevaux bais d'Indra sont 
comparés, non pas à deux statues, mais implicitement aux deux 
seins que la statue découvre et semble projeter d'un élan fou- 
gueux, et enfin — car la grammaire ne perd jamais ses droits — 
peut-être n'cst-il pas indifférent de mettre ainsi mentalement en 
parallèle avec un objet comparé masculin un terme de compa- 
raison masculin (stdnau). 

à. saptânrsânam (R. V., IH, 5, 5). 

Le temps est passé d'exagérer la valeur littéraire des Védas; 
mais on tombe dans l'excès contraire ; la platitude, on vient de 
le voir, ne gît souvent que dans notre indigence de compréhen- 
sion; le verbiage aussi, et j'espère le montrer. Là oij semble 
couler un flux pâteux de métaphores traditionnelles et incohé- 
rentes, se succédant sans aucun lien de pensée ni de composi- 
tion, on découvrira la marque de l'œuvre d'art, souvent sobre et 
distinguée, si l'on ne se laisse pas tromper à l'apparence jusqu'à 
prendre pour un ornement banal le détail précis, topique et même 
piltores(}ue. Bergaigne nous en a donné un curieux exemple, dans 
sa traduction antithétique de R. V., Il, 35, 4 c d, oii il relève et 
oppose Tune à l'autre les deux expressions asmé et apsû^\ j'en 
voudrais indiquer un autre, moins remarquable, quoique sans 
doute plus sûr, qui lui a échappé. 

On lit, R. V., III, 5,5c d : 

pâti nâbhà saptdçlrsânam agnih 
pâti devànàm iipomddam rsvdh || 

Traduits littéralement, mais sans qu'aucun d'eux soit mis en 
relief, ces mots ne laissent pas de fournir un sens : r Agni garde 
sur son nombril celui qui a sept têtes; le haut garde le festin 
des Dieux. ^ On aura beau toutefois s'ingénier: ce ne sont que 
des mots, moins encore, un cliquetis de sons; on n'en tirera 
jamais une conception, je ne dis pas positive, mais seulement 
quelque peu intelligible'-. 

Considérons-les avec plus d'attention : voici que se détachent 
en vigueur, sur ce fond de phraséologie conventionnelle, les deux 
expressions ndblià et rsvdh, en tant que formant un contraste 
voulu et significatif, l'une synonyme de f-sur terre 17, l'autre de 

' Beigaigne-Henrv, Man. Véd., p. (^7; Quarante hjmnes du Rig-Véda, p. 66- 
(>-, = Mém. Sjc. ling., VIII, p. 356-357. 

' Cf. Bergaigne-Henrv, Man. Véd.. p. 60; Quarante hijmnes du Jlig-Véda, 
p. 8 = Wew. Snc. Ung.\ VIII, p. 8. 



VEDICA. 109 

rtau ciel''. Et alors lout s'éclaire: nous obtenons, par voie d allé- 
gorie ou, si Ton veut, d'énigme antithétique, la glorification des 
deux principes lumineux qui constituent les deux grandes incar- 
nations d'Agni. 

c. Sur le rrnombrihi, c'est à-dire plus précise'ment dans la 
cavité de l'autel où l'on allume le feu, — dans XuUaravedinàhhi , 
c'est le terme technique, — Agni garde tf celui qui a sept têtes ti, 
et qui n'est autre que le feu terrestre lui-même, avec ses ctsepti' 
pointes de flammes, nombre hie'ratique et d'usage courant, quelle 
que soit d'ailleurs la métaphore dont il s'accompagne ^ En tel 
autre passage, par exemple (R. V. I, 166, 1 d = A. V. IX, q, 1 d), 
Agni est un chef de clan qui a ffsept'î fils, et ainsi de suite. 

d. Lorsqu'il est rsublimeri, au ciel par conséquent, Agni garde 
c'ie festin des Dieux n, le plat d'or où on le leur sert, le calice 
d'or du sacrifice divin, — se rappeler le saint Graal ■^, — tout ce 
qui enfin peut symboliser, dans la conception primitive, la splen- 
deur du disque solaire. Il est clair, que, dans la conception plus 
spécialement indoue, le festin des Dieux serait bien plutôt la lune 
assimilée au Sôma; mais, justement, rien ne nous oblige à croire 
que le Véda ne renferme que des concepts indous^, ni non plus, 
malgré l'autorité de M. Hillebrandt, que Whilney et M. Oldcn- 
berg ont déjà déclinée sur ce point, de reporter aux temps védi- 
ques l'identification absolue du Dieu-Lune et du Dieu-Sôma, 

Ainsi notre verset revient à exprimer, pour la millième fois, 
mais sous une forme à la fois poétique et élégamment concise, 
une vérité qui nous est familière: Agni, sur terre, c'est le feu; 
au ciel, le soleil. 

Paris, i5 avril 1890. 

V. Henry. 



' Les deux autres emplois du saplàdrsan (R. V. VIII, fji, i ; X, 67, 1) sont 
ia banalité même et ne décident rien. 

* A. V. X, 8 (hymne tout entier en énigmes solaires), le soleil est voilé sous 
l'allégorie de l'urne (1 4) et de la coupe renversée (9). 

' Quoi qu'en pensent MM. Pischel et Geldner, Ved. Stitd., I, p. xxix; cf. 
Rev.crit., XXIX (1890), p. 8.. 



LE 

DIALECTE PERSAN DE nAYÎN. 



La présente étude a pour base de nouvelles noies sur le langage 
nâyînî que mon ami, M. le D''Tholozan, a bien voulu mettre à 
ma disposition. Sur son invitation, un de ses élèves, Mirzà Gho- 
iâra Ali, fils de Hosséin Kouli bey, a recueilli de Mirzâ abd ol 
Hosséin de Nâyîn, qui se trouvait récemment de passage à Téhé- 
ran, un certain nombre de mots et de phrases dont la transcrip- 
tion en caractères shékèstè est accompagnée d'une traduction per- 
sane ainsi que d'un exposé sommaire du pays. 

Le territoire de Nàyîn fait partie du Kouhislan et de la province 
de Yèzd; il relevait naguère de celle dlsfahàn dont il a été dé- 
taché depuis quelques années. Il comprend un gros bourg du 
même nom qui compte cinq ou six mille habitants, quatre bour- 
gades avec environ cinq cents âmes chacune, et deux ou trois 
cents villages et hameaux habités chacun par cinq ou dix familles. 
En raison des nombreux et gras pâturages de la contrée, les Nâ- 
yînîs se livrent principalement à l'élevage des chameaux et des 
moutons, aussi jouissent-ils, pour la plupart, d'une certaine ai- 
sance, mais ils ont la réputation d'être d'un caractère indépendant 
et querelleur. Ils parlent un dialecte particulier dont les princi- 
paux éléments appartiennent au langage que les Persans nomment 
-»j«Xi (j*<**, Fours è hadlm et que je traduis littéralement par persan 
archaïque. Le dictionnaire de ce langage, publié par feu Rizà Kouli 
Khân, dit Hédàyet, sous le titre de Endjoumèn ârdyî, quoique 
incomplet, m'a été fort utile pour l'identification de certains mots 
obsolètes. 

Ces notes ont été prises au hasard et sans ordre; j'ai donc dû 
les coordonner, en extraire un vocabulaire par ordre alphabé- 
tique, une série de phrases usuelles et le paradigme de la con- 
jugaison de quelques verbes. Suivant le conseil de M. J. Darmes- 
leter, en regard de la transcription en caractères latins du texte 
nayînî, j'ai placé les équivalents persans modernes. Je n'ai pas 
eu la prétention de tenter ici une analyse de ce dialecte, je me 
suis borné à publier ces notes à simple titre de documents qui, 
par leur nouveauté et leur rareté, apporteront peut-être un faible 
concours aux études de grammaire comparée. 

Amédée Querry. 

Nota. P. = persan; P. arcli. — persan archaïque; Ar. = arabe; T. = lure. 



LE. DIALECTE PEUSAN DE NÀvÎn. 1 l 1 



VOCABULAIRE. 



5! èr, moulin. P. j«!, meule. 

/»- ■^ ^ 

*,) >\ èr âô, moulin à eau. P. c_jL*«I. 

jj*.i>l krdks, manivelle du moulin à bras. P. y^U-u-i. 

y^»jl èrvoûn, meunier. P. (jUL*»*!. 

Ai^inî èrvounè, chamelle. P. arch. 

^^\] èrôoû, aujom'd'hui. P. S^j-«'- 

^^j^sm! o&mi, maintenant. 

yùiî oûshloûr, chameau; nom générique. P. ^iUii. 

kAMwol imshôoû, cette nuit; ce soir. P. <.^«^L 

•^ y 'y 

y^\ indjou, femme. P. yV 

^\ âô, eau. P. <-)]. 

y*è^\ ozou, ablution avant la prière. Ar. ykày . 

4^1 y, préfixe de l'impératif. P. injonction. 

y y 

(j_^j|, ^v*jl âyoun, ây'm, bouche. 
w hèr. porte. P. arch. 
'^ji birg, vermicelle. 

y 

»>j^ji bèrmebè, pleur. 

^y» hérikh, aiguière. Ar. (^.^^ ■ 

ifJ.) bènè, arbre. P. arch. 

»-^ bèhrè, écumoire. 

^yi^^L) pdlâsk , passoire. 

«j-j , AJ^vJ pèrnè, pèrounè, chemise. P. (>^ly*J . 



112 AMÉDÉE QUERRY. 

^^î^-j pèrvâyi, envie de; goût pour. P. I^-j. 

jj^, »jj^ powr, pottrè, fils. P. -,1j. 

^pi,péy{, père. P.^Oo. 

Xib ?«pè, bouse de vache séchée; argol. P. *JUj. 

iOjite.b thkhoune , chambre. P., T. ^^'■^^ • 

Jg lil, cœur; ventre. P. Ji. 

a3 toum, graine; œuf. P. /o^ . 

iji^yi touvoush, action d'échauffer. P. <_jb . 

j 
^£y touyi, mûre, fruit. P. c:)^. 

y ■* . 

ij?.y touyirè, chacal. P. id. 

y^^ djhnkhôou , couvertui'e de lit; literie. Ar. , P. <_>i_jj^ jtçr. 

ys^ djôou, canal d'irrigation. P. id. 

e-AÀr^ tshouft, morceau de métal percé d'un trou par lequel passe un 

piton qui retient un cadenas. P. ooî^ . 
A^s^o;» tshèmtshè, cuiller à pot. P. A:;^. 
tiK^jjï». tshorok, moineau. 
i^j^:>y[Xs=, tshinârdoûnè , gésier. P. yîi Ajuk=»-. 
j^ tshéou , bois; bâton. P. <->j^. 
Uy^ tshourâ, lampe. P. 9-^-f^- 
(S^y^ tsiiouri poulet. P. Xz^y-y,. 

,_|x5». tshil, grande jarre de teri-e cuite enfouie qui sert de four. 
_yi*.s^ héçô, Hassan, n. pr. Ar. ^j»**-^ ■ 
^^aw hèvidj , herbes potagères. P. arch. 
\[£^ khâz, bon; bien. Ar. ^_^Làh.. 
_jJL=w khâloû, oncle maternel. P. id. 
JL=i^ -vb»" hhâyiè tshâl, testicules. P. *.jL^ œuf; testicules; peut-être 

Jli!^ est un sulTixc pliu'iel? 



LE DIALECTE PERSAN DE NÀYÎX. 113 

yifc kher, gosier. 
Jkii. hhol, cendre. P. deCA/mi. 
ysi. khâou, sœur, P. yûî^j^. 
viLjjÀ- khôouk, perdrix. P. liLo. 
i<;ys^ khouyi, pr. réfl. lui-même. P. :>jà.. 
/jxà.. khtn, sang. P. (jyî»^- 
«^^i, ^^> </oM<, doutou, fille. P. jjj^i. 
jj«ii rfès , main. P. oc«»i . '^ 

Lf jj«.i </ès nomâ, ablution avant la prière. P. vLf oc*«i. 
j|^> dtshvdr, difficile. P. i[y^-^- 
jijxji délidj , vestibule. P.j-Uiûi. 
i^-,yi dou, tou, pr. pers. , tu, toi. P. ^j-»- 
cyîji rfeWf, encrier. Ar. 
_j.À«ji doushào, sirop de raisin. P. t->L*i^i. 
iil^i doulâgh, filmée. P. àji. 
Aji, Aji «?«?«, dèyim, visage. P. arcli. 
«,7j rahmo , n. pr. , Rabîm. Ar. («n^^i-j- 
*^«j roudjè, jeune. P. »;^%. 
j)^\ zrtVo, n. pr. , Zohrâ. Ar. *]v^3- 
LoV zomà, gendre. P. iL«!i. 
fj]^\ zôvân, langue. P. yL?). 
yÇ y3\ ziryémôu, caleçon. P. x«U».j_jj. 
(£Mi sèbi, blanc. P. «XaJUm. 
-Ml ,str, tcte. P.j-w. 

aCm séguè, ainsi, de cette manière. P. ^JLs?^. 
^^ si-ou, pomme. P. c-xaaw. 
tTU^ _j^ si-ou-khâki , pomme de terre. P. tilL^ teire. 



ME«. LI>G. 



in AMÉDÉE QUERRY. 

\yM sèoûz, verl. P.j_».*«. 
Xywi shèbè, anis. P. oo_^. 
«wû shôroôu , vin. Ar. t_>ij*«. 
^IjùLi shiflalou, pèche. P. id. 
i^ shélîm , rave. P. M»jtkMi. 
yiit shôou , mari, époux. P. ardi. P. niod. ^y** 
yii shéou, nuit. P. (_^. 
^1^^ Shèhrôou, n. pr. P.^b •^. 
_j.*lfi àmou, oacle. paternel. Ar. ^. 
A^lfi amè, tante paternelle. Ar. iCj. 
(j*,jlff ârous , jeune mariée, bru. Ai'. ^J*<^*fi. 
L-o .srtiffl, demain. Ar. ^Laas». 
y>li FrtioM , n. pr. , Fatmè. Ar. iUisL» . 
MifiUè, colostrum. P. arch. aujourd'hui ^^J. 
ijlçwS kâzghân, chaudron. T. 
5A3 koulâ, corbeau. P. «.io. 
«jL* kavârè, quantité. Ar. «Xi, j»X3. 
Lkï, »k3 kouhâ, kouvè , robe d'honune. P. Ui. 
^ /tèî/j , clameur. P. (3^a>- • 
a1^ kètschè. menton. P. *jl^. 
J^ kour, membre viril. P. v^b. 

cao Areri, poussière. P. .i-X 

j 
y^S Kouri, Koulçoum; n. pr. Ar. r»y^ ■ 

y. 
SS khrk, poule. P. arch. 

jj*o kh&, petit. P. arch. a.^. 

^waJùo kèftin, bêche. P. arch. ^^o creuser. 

jiS£, ^^ kélik, kèli , aire, foyer. P. arch. 



LE DIALECTE PERSAN DE vÀyÎn. 115 

y JJ ■' 

»\_jAi koulouzé , baie du colon, p. V^jJo. 

y^jyço koulidoftn, serrure de porte. P. v>yçO clef. 

jji|^Ai lioulottsli , réponse. ' ?..< 

a3 H?«, peu. P. aj. 

yi^ koutou, livre. Ar. c_>Lo. 

yCi^ honflèr, pigeon. P. y{j.>^- 

\i^ koityè, chien. 

aJ /.M, paille. P. sl^. 

si^ hèkrè, chevreau. P. arch. 

y 

S kéyi, laitue romaine. P. «jèo. 

*jp hhfe, maison. 

.-^ Ârè/?, parole. P. arch. bouche. 

y 

y ■yS'gufzer, carotte. P. arch. 
^>yjS goûmlo , blé. P. p»«Xo. 

y_ 

IjJ^jS'gHendwa , oignons en vert. P. arch. aujourd'lnii SyS . 

y 

^Sgàdu, vache. P. *IST 

6:>\yS^ gourde , rognon. P. arch. aujourd'hui Aa-o. 

y^ 

h yfS^ guéyizh , chambre crépie. 

-'y 
J 

^ loundj, nez. P. arch. joue; partie inférieure du visage. 

ç_>^ loupe, bouchée. P. «_a.] . 

yjf}i lij/ou , lèvre. P. ^. 

tiljJ huk , chameau (mâle). P. aich. chameau de somme. 

L«. UL», ^^U ma, mnmâ, mâyi , mère. P. jiL*. 

_^L« Mnlo , n. pr. Ismaël. Ar. Jo^Uwi . 

t^Lo màli , beaucoup, abondant. P. arch. 

y 

J ^ 

^ô>^ Médo, n. |)r. Méliémméd. Ar. «X^. 

»w« mvè . hoiiinie, mari. P. arch, 5j-y» chef de famille. 



1 16 AMÉDÉE QUERRY. 

/wo mes, grand. P. arch. x«. 

iS,mji mesguh, beurre frais. P. arch. crème. 

j 
tJim^ mishlâ, il est plein; se dit d'un vase quelconque. 

^JU inélaô, chat. 

<^ytf Mèmri, n. pr. Mariâm. Ar. *>?▼*. 
i^yt moudjh, soulier. P. b'^y» botte. 
^^ mî, pr. pers. ; je, moi. P. (j^. 
yb nâr, grenade. P. ^Uî . 

^^b 7iâyi, gosier. P. arch. gorge , tuyau , conduit. 
eivAtJti^ nékhoust, premier. P. id. Les Nâynis n'emploient pas fréquem- 
ment le mot arabe J^î . 
(£^i^ nékhoûyt, pois chiche. P. ^j^ ■ 
^^ mou, pain. P. yb. 
-jj noûvi, nom. P. -Li. 
Le nomâ , prière de précepte. P. vLc . 
^Lgj néhâli, coussin, oreiller. P. (^j^Jb. P. arch. (.xll-gj. 
y^>î^ vâroûn, pluie. P. ^^^jb. 
r>?b ^(iyoum, amande. P. -lib. 
A^^ vètshè, enfant. P. »^. 
'^b^^ vètshè gâô, veau. P. ^O <î^. 
O^^ vèif, neige. P. ci^. 
»^^ î;«Vè, agneau. P. sZj. 
Xmi^ fèsAè, alTamé = angl. hungi~y. 
ci)jjL>5, «iby^j viuouk, vinik , lentille. 
iii fJtJb hish-shèoû, hier soir, la nuit dernière. P. cA*iio:>. 
^s^JU^, ^^Aift houloudji, hili, pêche, abricot. 9. yjb. 
«Ijl5Caj& hishhcmbe , tripes. P. XylCi. 



LE DIALECTE PERSAN DE înÀyÎiV. 117 

^ùJjb hindou, pastèque. P. xil^tXjLA. 



himè, broussailles qui servent de combustible pour les bains. 
V.^yfJb bois à brûler. 
xiL yânè, mortier. — AjL ^J*»^ dès yânè, pilon. P. arch. 
cyj^ yourt, chambre basse. (P. arch.?). 
\y3 youz, noix. P. arch. Vji. Ar. j^j^. 
^^ youmou, vêtements, lingerie. 
*joî iyiè, orge. 

EXEMPLES DE QUELQUES VERBES ET PHRASES DETACHEES. 

yi bon P. hash, sois! * 

/jjyy«_jj noumiyin, P. yJv^t venir. — j^ yowr, viens! — t^^ «^ w" 

c^î, je. viens. — ♦N?j^ yourid, venez. 

^^yfS'Sy (ou hhji gimjoumi , quand es-tu venu? — <^^ 5)' éro you- 
mi, je suis venu aujourd'hui. 

/jjuïo! yshîn. P. ^vXij , aller, partir. — (^>*>-?l yshi, va ! — f<v*oi yslnin , 
allons 1 — /iv-ioi-J hishhn, que nous allions. — (^vï»-jÎ 4^ mi yshi, 
je vais. — j c5^' y^'^hryi, je suis pai'ti. — ^ji^l î/s/jî, il est parti. 
— i»jj-J*jî yshoyim, nous sommes partis. 

^j*.r ^ j«« j'ès. P. -jîi ov*»(ji, j'aime. 

CiS^kird. P. i»5\ il a fait. — -'«iyy» 7rttA:è, j'ai fait. — «3s?^;^ Icirdid, 

vous avez fait. — aJCo mikè, ne fais pas. 
»P cyibj !«Xi. Khodâ ziâdht kirè! que Dieu te le rende avec usure! 

(Cj^t 1*^ ^^ 7H< tomoum ykiri, j'ai achevé'. — a5 t$[j^ (•_^ «^ "" '«- 
wio«M4 A7ia/u' A"è, j'achèverai. Ar. ^Ur. 

eAJjj jjiJft /«'s/t ffuirift. P. ^j^i^oprendre. — osi^ <i^ i^ mi him (rtii- 
rift, j'ai pris. 

là aj t^ /H« pè/w dû. P. -ili ^jmj, j'ai rendu. — li ^jmj _jj tou pvs du, 
tu as rendu. 



1 18 AMÉDÉE QUERRY. 

^jjùilxiis liingâshtin. P. ^jiV *^;^*- ■ parler. — ^\SjJi> ^^] yS ton èyi hm- 

gâr, parle! — owilXJLift ^^ mi liingàsht, j'ai parlé. — c:aà»>IxJLc^ ^^ 

shi hingdsht , il a parlé. 

j ■> ) 

^yi^^ oukhour. P. ^^jJs? mange! — »^jà.^! oukhourè , il mangeait. -^ 

Hsj^ya^yo moukhourtc , j'ai mangé. — /^^l^i». khovârtim. P. Ajij^j^. 

nous avons mangé. — •>\^^yÀ. làiovârtid, vous avez mangé. — 

»j_jifc>lj nâkhourè, il ne mangeait pas. — Lswyii shoukhâ,'i\ a mangé. 

— '-=»'^5 oukhâ, j'ai mangé. — Là^^l ^S<^ koulékoum oukhâ. P. liLo 
-àj^ih., j'ai mangé des coups (reçu des coups). 

*XÀ^ t^ »h' mokhound. P. *«Xii^i». , j'ai lu. 

j^l e^o?is. P. ^*Xj, cours! — (^-^^^ éyouci, j'ai coiu'u. 

Ajjijj^ vépoushnè. P. probablement (j^t^j (j*^ , couvre. Le texte porte 
(jLi^ de (j*>sjoUljj cailsalif de (j<XA.Ai^ . — ■ ^fjiy-}^^ oupoushm , 
il couvre. 

jSjîi^^:^ dihèker. P. /jj »l5lj, regarde! v5C« ^i di makèr, ne regarde 
pas ! 

(Jùii»5okiJiJ<S hcniguishtin. P. (j.<ùwo,AJ nishestcn, s'asseoir. — <iLfJ^ hénig , 
assieds-toi! — o^-iS^XAi^û héniguisht , il s'est assis. — Ms'À*i*.^.fJJÎ> hé- 
niguishtim, nous nous sommes assis. 

^^^ i)/rd. P. -.JÀ^, lève-toi! — '^*«>5 virost, qu'il se lève. - — Lu»j^ 
viroçâ, il s'est levé. — aooLum^ virocayim, nous nous sommes levés. 
(11 est probable que o^*»(j^ est l'équivalent du P. (jJs^i c:aa«Îj ou 

j«.^_ja» hèvous. P. t-jt^is? , dors. — jLwj^jj*. hevouçâyi, je suis endormi. 
Xi\jM^ys^ hewuçâyh, il est endormi. — oo^_^a»» hévàft, il a dormi. 

— tXiJCij^^. hévojlènd, ils ont dormi. 

j^k-^J^^I î^fo. P. (jw^juLj, lèche. — L*^^ vcmliçâ, que je lèche. — 

v:i«.«ioAX<*i^ vèshltsht, il a léché. — J^JUxiA,i shilishtcnd, ils ont léché. 

P. arch. /jX»*fc-y«wuJ . 
j 
^^i^l oûdoûz. P. V^iXj, couds! 

Là.#jû liimnâ. P. -iLgJ, j"ai posé. — *jLiè /«/'««è pose! (Le texte porte 



LE DIALECTE PERSAN DE NÀYIV. 1 19 

-i^lj^^qui a le même sens, mais la similitude avec ^:>l ^ .> ive me 
paiail pas douteuse. ) 

iyS'y^ ver guirift. P. o^Sw, enlève. — oi»^ -j^ véronm guirifl , 
■ l'ai enlevé'. — c>j^j (jij^ vérousli giiirift , il a enlevé. 

\:>y* moudà, P. -ili, j'ai donné. — xj\:> dâijè, il a donné. — /<sj ti»i, 
(jue nous donaions. — <>uy tid, que vous donniez. — !:> çtxi,^ ve- 
shouDi dâ. P. -ili /w* (jù;\ aj, à lui moi (j'ai) donné. 

jfS-jifcji \^ yyj_ your t(î îshim. P. /oj%>j b L*j, viens, que nous allions 
(et pai'tons). 

y^^l (ji>A« siroush ouvoun, coupe sa tête. P-j-*J ijii>^' 

^l^t ouvâdj. P,^^5o, dis! — t[j-* ntèvddj, ne dis pas! 

«oUaw sliovât. P. oJiST il dit (prétérit). — <îOÎj,Ali shovâtè , il a dit. — 

cyi^ movàt, jai dit. — j_j >iL»«( <îô (^|^, jai dit : fais de celte 

manière. P. ^jj ^v^y^viû *5 jiviST 

/tfv«^ <x.«jû /a'w(/ ijoxunîm , tous, nous sommes venus. 

^wj^^^i yvin , vois! P. (j-a-j Xj. — i>JL,m*^ ^y^^ ^^ ^=rr (j^^t^^ 
yjmi tshé toour bé âiidjoué Ishèspayiè. P. oc»«»l g J^a.* .»>»■•>.., vois de quelle 
manière il s'est attaché à cette femme ! 

»i ^^ <ju<J*Xju»( semléliijiè mi de, donne-moi une chaise. 

S^ ij*s»^ khis kir. P. ^J^ ^j*^ , humecte (ceci)! 

xàXs^ fjj.<*é.< khicish kharikè. P. o^*».i S^j^ji*- (j**^- ^ ^ P^'i^ (mangé) 
l'humidité. 

A^^5o U:> î^ Uw (^Vm*j yyi Liw L* Wfl 3/aza your bishim Sliâ Avâ dira bi- 
kirhn. P. /iv^Xj j)ji àL) »Ui (fl^vJ ^^ ^^ ij^"^^^^ jiL«, mère de 
Ramazàn , viens , allons à Shâh-Abâd faire la moisson ! 

c^^^Xi sliikousht. P. civSfc$\ il a tué. 

*XjLj^^i eybend. P. J^jLo, ferme (la porte). 

aS^U^ 6<> <« /•:«, ferme la porte. (Du P. ^^p b . plier: la porte a 
généralement deux vantaux.) 



l!20 AMÉDÉE QUERRY. 

/ja:^ j^ »wJU» sofre ver tshîn. P. /jx&. o, plie (enlève) la nappe. 

y^jM^\ jjç^y] éro youmou oushour. P. ^^^wX-j j^-<^^j 3-2?^'' aujourd'hui, 
lave mon linge 1 

^j vishoum. P. o^*MJ^ -*JL»«^, j'ai faim = angl. /awi hungry. — o^^^ 
vishout, tu as faim. 

JJftJ^^ verpitsh. P. -^SJv?i tresse (une corde). 

«Kjîi (ji^y touvoush dâyè. P. os*»»! »ili (jiïob, il a fait chauffer, briller. 
— rt(\j iji^y^ tj »X_j>^ yourid là touvoush tim. P. (jïi>jb' b «XjpLo 
(<vtû»>o, venez que nous le fassions (faisons-le) chauffer. 

jji^-S^! èykish, P. jîxXj, tire (verbe aiLxiliaire). — ^Ji^-jiu^ ^^ shi 
kinhish , tire celui-là. 

j^^^ vïrsèndj. P. arch. ^w;, pèse (à la balance). 

-A (^] éyi zin. P. ^jjj, frappe. — ^jmj (ji-ii;:> dirishoush hès, il a frappé 
celui-là. * 

^o!à (J^j'^ «^ "** kharish ddri P. -j!à jijL:^, j'ai une démangeaison. 

I^V^^^-âi. /«(V->i*-jt L> ^^ ^o«r ta tsAtm hévocim. P. /rfvîjis? /o..^;^ b Lo , 
viens afin que nous aUions (allons) dormfr (nous coucher). 

AjI r»5%J^ t^ >nt khououm yik P. ♦>oLyo /»j|^j^, le sommeil me vient. 
(J'ai envie de dormir.). 

^^^ys^ 1^ ^^ miméva hévoci.P. /ojÇ^^? J^I^Js? , je veux (j'ai envie de) 
dormir. 

Le mot ]yA que je n'ai trouvé dans le dialecte guerrouci que sous 
la foiTue Lj , avec le sens du nécessitatif il faut, semble indi(pier une 
eonjugjiison, ce que je n'ose affirmer en absence de formes, autres 
que ces deux : |^ je veux, \^ tu veux; c'est ainsi du moins que le 
porte la traduction persane. Peut-être faut-il Texprimer par ; il me 
faut, il te, faut. . .? 

*uj -ko\ ç-O^t^î^v-j ^^-û-*l i^ mi imshéou pervâyi kèp zioum ne. P. ^J^ 

-.>ij^j M^3 ^^^^^ t^^ <_^-«i-«i. ce soir, je n'ai pas envie de parler. 



LE DrALECTE PERSAN DE nÀyÎN. 121 

cyîj Aa* tsht vât. P. ^JjJuiis^, qii'as-tu dit? 

oÀÀoiJ ^^^ A:^ tshi viro téshnoufl. P. j^tXjyLi As». , qu'as-lu entendu ? 

^j^vli nâzount. P. f},\ùKjji , tu ne sais pas. 

^gili ?îasA/. P. tSîï^ ' tu ne pars pas I 

(jc^j b nâ kiri. P. ^CuC, tu ne fais pas. 

^o^^ ti nâ khouri. P. ^o^j^!^, tu ne manges pas. 

cyljju nétévât. P. j_^5^, tu ne dis pas. 

Aj oo net bè. P. tS^;^ , tu n'as pas porté. 

/w>^î fJiùJ^lSJ^ hingâshtish yvïn. P. /O U^Ur (ji«*Ji3 ^T^" ' ^^^^ '^'^"'^ 
comme il pai'le ! 

joLXjLéûÎ JU >*XJ> Aia. rsAî kèdr mâli éhingâri. P. àlA Oy»* ^Oo A^ 
Aj.A^, combien (beaucoup) parles-tu? (Que de paroles 1) 

(oL$Li_iû A-« >«X-5 ^i f/oM hedr mè hingari. P. ^^ij.jo 0*ah. ^*X'i /oî, ne 
parle pas tant (cette quantité)! Ar. ^Jsi. 

Xjuô &yxS ^ jj^^i A=s?os. (^i c/< Ishemtshè yhir tou kinzè hénè. P. /ot 
>!4xXj (JjLtsjl t5_^' »>•:> (3^1*, enlève cette cuiller et place-la dans la 
chambre. (»>>o peut-être de Xjji*. qui est sans doute le persan ^S^ 
- arabisé. ) 

)y^} iSiSy*y^. youmouyimi ishour. P. ^y^ iH^^-J ' ^^^^ "^*^" linge î 
j*jL)\ yhlr. P. »-o, porte (verbe). 

éger nâyi, mi noùm tou nàbiri. V.S] çoJ^ aj USij_>>Sj b Uo 3jjv«5 
Pj-A A c *Xji jji^' -b /wo (jUjC, aujourd'hui viens, afin que nous 
nous voyions; si tu ne viens pas, je ne prononcerai plus ton nom. 
(Je ne veux plus entendi'e parler de toi.) 

!^^ A^ (jj'^T?- u^'"^' *^ ^y^ <S^ ^)^ ^ '^^^^'^ vâzounk gô cro di 

miré Islié acÂyjsh tsuÂk hé bourâ. P. ij— « /wol S^v- «î aj Jyçiî^XjyC 

ij^l Lo ., ^ j jLj A-^ , vous ne savez pas ce que aujounriiui cet 

homme nous a amené d'affaires (ce qu'il nous a causé de tracas). 

Peut-èlre (jJ-jIm*) , qui signifie repos, tranquilliti-, est-il au lieu de 



12!2 AMÉDÉE QUERRY. 

l'arabe iuil avec le sens de Irouble. tourinenl, el employé en persan 
dans le même cas. (J'ignoi'e la valeur aussi bien que la nature du 
mot (jlss-.) 

l.àwL jiiL« jLo -xXj (j«j^ o^^lSoLifcl jci-vjl^ A=^ -iû (^ mi kcr Ishi 
khovâyishoûm élùiigdsht, houloush nèkè , mal màsh ydkhâ. P. --* ^^ 

i wiw UU JU> i Jj t^l^^ f»^) *-'t=»' u^^y=^ '^ *^ ' ^ **^"'' *"^ ^^'^'^ 
j'ai pai'lé avec lui, il n'a pas fait de réponse; il a mangé (dissipé) tout 
notre bien. 

^^y^Sy tou kêi guiyoumi. P. j^*X.«i S, quand es-tu venu? 

i^y?. ^î' ^'"0 youmi. V. ^ù^) V^yoî, je suis venu (anivé) aujourd'hui. 

Sa> jj bir hèkèr. P. fj£ ji>^, ^i . terme la porte ! 

j 
Verbe c^'^ ^i/, dire. P. /jaàST 

Impératif. 

j 
^i^î om^l/,, dis. 

-* .. . 

(<sa^!^! ovâdjim, disons. 

«XA,2fc\^l ovndjûl, dites. 

.lor/s^e. 
^1^1 C5^ "" ovàclji , je dis. 
^î^i ^ ''^" 'i^'àdji, tu dis. 
3^1^! yV «tt ovâdjè , il dit. 
(<>^î^î Lo ma ovâdjim , nous disons. 
*XAa^!jl Uvi shomâ ovâdjid, vous dites. 
/v:^î^l l^J è?//<â ovddjin, ils disent. 

Imparfait. 
cyl%^ C5^ "*' »iovât , je disais, 
cytjj jj' /oj< <o(;d<;, tu disais, 
(oî^jyii (jî «M sliivât, il disait. 



LE DIALECTE PKIJSAN DE nÀyÎV. 123 

c:>i^^ L« nid iiûvàl , nous disions. 

eLjIjAj Uw slioinâ tivât , vous disiez. 

cy|^*i Lg.jî èyliâ shivât, ils disaient. 

ÉQUIVALKNT DU VEllBK PERSAN /jJl***^ //KSTJÏ.V , EMSTEK. 

Piéseiit. 
^ (^ mï Ai, je suis. 
^^ ton ht, lu es. 
yi> ^j) (hi hou, il est. 
p<\;û U /«a him, nous sommes. 
*X>jû U^ shomâ hîd, vous êtes. 
(^ l^ji è?/rt Am, ils sont. 

Verbe j, «;, équivalent du verbe persan {ji>yi, être. 

Impératif. 

yj bou, sois. 

j<\.f Aem, soyons. 

*Xaj bid, soyez. 

Impaifait. 
(3^ ^^ mi bouyi, j'étais. 
(iy) yi ton bouyi, lu étais. 

^3 ^J^ an bi, il était. 
^jyj U ma bouyim, nous étions. 
^Xaj^ U\ii shomâ bouyîd, vous étiez, 
^j^ Lgj| èyha bouyîn, ils étaient. 

Verbe ^^bS^ouiTARYi , devemr, équivalent du persan ^jOs-i. 
Impératif. 
^^S^ gxiirl , deviens. 
çesjS^guirtim , devenons. 
*y<~KSJj/>(iir(id, devenez. 



\2à 



AUBDEE QUERRY. 



Aoriste. 
J^<^ 7ni guirti, je deviens, 
tjjj ijj tou y guirti, tu deviens. 
*j^j î ij) an yguirth, il devient, 
/fljjji L» ma yguirtim, nous devenons. 
JsjojjÎ Uw shomâ yguirtid, vous devenez. 
/yj^5) l^t èyjâ yguirtin, ils deviennent. 

(^bjj t^ mi guirtâyi , je devenais. 

(^hS^y) tou guirtâyi, tu devenais, 
b^j y î «M guirlâ, il devenait. 

/ftjb^j Lo ma guirtâyîm, nous devenions. 
«>wyb^o U^ shomâ guirtâyid , vous deveniez. 
(jxjbj5^l^î èyhâ guirtâyin , ils devenaient. 

La prononciation emphatique du groupe nasal om« pour an qu'on 
remarque dans le langage nâyini est en usage chez les hahitants du 
Fai"s, principalement à Schu'âz et dans les villages environnants; ainsi : 
noûn pom' nân, pain; hâlioUn poiu" haliân, pipe à eau; noûin pour nâm, 
nom, etc. 



NOTICE 



SUR 



LES DIALECTES NÉO-ARAMEENS. 



La connaissance des dialectes ne'o-araméens ne date que de ia 
seconde moitié' de notre siècle; mais l'importance de ces dialectes 
pour rhistoire des langues se'miliques s'est manifeste'e d'une ma- 
nière si évidente, que des travaux d'érudition se sont succédé 
rapidement dans cette nouvelle branche de l'orientalisme- Nous 
voudrions, par quelques exemples, montrer que l'intérêt linguis- 
tique de ces dialectes n'est pas moindre. Cet article n'a aucune 
prétention à l'originalité; il n'a d'autre objet que d'appeler sur ces 
idiomes vulgaires l'attention des savants qui s'occupent spéciale- 
ment de l'étude des lois de la phonétique. 

Les dialectes néo-araméens se divisent en trois groupes prin- 
cipaux : le néo-araméen occidental, le néo-araméen mésopotamien 
et le néo-araméen oriental. 

Le néo-araméen occidental, l'ancienne langue vulgaire de la 
Syrie, n'est plus parié que dans l'Anti-Liban, à Ma'loula et dans 
deux villages voisins de Ma'Ioula. M. Nœideke a soumis à un 
examen critique et grammatical, dans la Zeitschrift dei^ deiUscheii 
morgenl. Gesellschaft , I. XXI, p. 1 83-200, le peu de mots et de 
phrases que le missionnaire anglais Ferrette avait publiés dans 
ce dialecte, en i8G3, dans le Journal of tlw Royal Asiatic Society. 
J'ai, de mon côté, fait un travail analogue dans le Journal asia- 
tique, 7" série, t. XIII, p. 45 6-/17 5, sur les notes que M. Clément 
Huart avait prises à Ma'loula et qu'il avait insérées dans le volume 
précédent du Journal asiatique. MM. Prym et Socin ont recueilli, 
pendant leur voyage en Syrie, une certaine quantité de textes 
dans cet idiome; malheureusement ces textes, qui auraient com- 
plété notre connaissance imparfaite de la langue vulgaire de la 
Syrie, n'ont pas vu le jour. 

Le néo-araméen mésopotamien, ou syriaque de la Mésopotamie, 
est parlé par les Jacobites qui habitent le plateau duïour-Abdin , 
au nord de Alardin et de Nisibe. MM. l'rym et Socin ont Aiit con- 
naître ce dialecte par de nombreux textes, «'dilés suivant les prin- 



1-2G 



RUBENS DUVAL. 



cipes philologiques, voir Der neu-aramœiscln' Dialehl des Tur-^Ab- 
(lin, Gœtlingpii, 1881; comparer NœlHoke. /. D. M. G., XXXV, 
218-93."). 

Le néo-araméen orieiilal, qui est en usage dans le Kurdistan 
turc et persan depuis le Tigre jusqu'au lac Ourmia, comprend 
une assez grande variété de dialectes |)arlés par les Nestoriens et 
les Juifs de cette région. Grâce aux publications dont ces dialectes 
ont élé l'objet dans ces derniers temps, il nous est facile de les 
connaître et de les comparer dans leurs traits principaux. 

Le premier dont l'existence nous ait été révélée est le dialecte 
des chrétiens d'Ourmia, auquel le missionnaire américain Slod- 
dard consacra la grammaire qui parut en i855 dans le tome V 
de V American oriental Society sous le titre de Grammar of the modem 
sijriac langHage as spoketi in Oroomiah. Versia and in Koordistan. 
€omme le titre l'indique, celte grammaire fournit, en dehors de 
l'idiome d'Ourmia, des notices sur les dialectes voisins, ([ue le 
long séjour de l'auleur dans le pays lui avait |)ermis de re- 
cueillir. 

M. Nœldeke reprit l'étude du i-ameau araméen oriental en uti- 
lisant la grammaire de Stoddard tît (|uelques livres que les mis- 
sionnaires avaient fait imprimer pour les besoins de leurs prosé- 
lytes. Il publia eu 1868 sa Grammatik der neusyrischen Spraclie am 
Urntia See und in Kurdistan, (jui donna une nou\elle impulsion 
flux recherches dirigées de ce coté-là. 

En 1882, M. Socin faisait paraître de nouveaux textes rédigés 
suivant la méthode qu'il avait adoptée pour le Tour Abdin. La 
majeure partie de ces textes sont dans le dialecte des chrétiens 
d'Ourmia; mais (piel(|uesuns d'entre eux sont dans le dialecte 
de Djélu au centre du Kurdistan turc, dans le dialecte Fellihi parlé 
au nord de Mossoul, et dans le dialecte juif de Zacho auprès du 
Chabor; voir Die neu-aramœisclum Dialekte von Unnia bis Mosul; 
comparer Nœldeke dans la Z. D. M. G., XXXVl, p. 669-682. 

En i883, un missionnaire catholiqui* originaire de Salamas 
au nord d'Ouimia me fournissait des textes de la langue parlée 
par les chrétiens de son pays. Par un heureux concours di; cir- 
constances, j'entrais en relations, à la même époque, avec un 
Israélite de Salamas, de passage à Paris, qui me dictait des contes 
dans son dialecte sensiblement différent de l'idiome chrétien; 
voir Les dialectes néo-araméens de Salamas, Paris, i883; comparer 
Nœldeke dans la Z. D. M. G., XXXVII, p. ^98-609. * 

La même année, M. Guidi étudiait, dans la Z. I). M. G., 
XXXVIl, p. 993-318, le dialecte Fellihi et ajoutait de nouveaux 
textes à ceux publiés par iVI. Socin. 

M. Albert Lœwy a donné un petit conte dans le dialecte juif 
de Basch Kala, t. VI des Transactions of the Societij of biblical ar- 



NOTICK SUR LES DIALECTES NÉO-ARA.MÉRNS. 1 27 

chœologtj, [). Ooi. Ce dialecte ne clilîère en rien, à en juger pnr 
l'échantillon édité par Lœwy, du dialecte jnif de Salamas. 

M. Richard Goltheii a apporlé quelques coniributions au dia- 
lecte Felli/n et au dialecte du Tour Abdin dans le Journal of the 
American oriental Society, 1898, t. X.V, p. 297-800, 

Enfin M. Lidzbarski a consacré une étude aux dialectes du 
kurdistan turc et principalement au dialecte de Tiàri dans la 
Zeitschr. fiir Assi/riologie , t. IX, p. 9 2 4-2 63. 

Nous avons rappelé ces diverses publications non seulement 
pour montrer quel intérêt les orientalistes avaient pris à l'étude 
de ces dialectes, mais aussi pour faciliter l'intelligence des réfé- 
rences que nous ferons dans le cours de cet article. Nous dési- 
gnerons par PS les textes du Tour Abdin publi<''s par \I.M. Prvm 
et Socin; par S les textes d'Ourmia, de Djélu et de Zacho, ainsi 
que les textes Fellihi publiés par M. Socin; par D les textes de 
Salamas, chrétiens et juifs, publiés par moi; par G létude de 
M. Guidi sur le Fellibi; par RG le travail de M. Richard Gott- 
heil; et par L l'article de M. Litzbarski. 

1 

REMARQUES SUR QUELQUES r0\S0iN\ES. / 

On sait qu'il est de règle en hébreu et en araméen que les 
muettes b g dhp t, iJil 2 •:! r\, deviennent aspirées sous l'influence 
d'une voyelle qui précède (voyelle pleine ou demi-voyelle répon- 
dant à noiri! P ouvert), quand elles ne sont pas redoublées. Dans 
ce cas3==èA ou v; ^=gh (^ arabe); ~=dh (i arabe, ih doux 
anglais); 2 = kli (^ arabe, ch dur allemand); D =/; n = //t 
(ci> arabe. S- grec, th dur anglais). 

Celte règle n'a plus qu'une application très restreinte dans les 
dialectes néo-araméens; mais elle a occasionné, dans de nom- 
breux cas, des altérations et des modifications de ces consonnes 
qu'il importe de connaître au point de vue de la phonétique. 
L'examen de tous ces cas nous entraînerait trop loin et dépasse- 
rait le but que nous nous sommes proposé. Un tableau complet 
de la phonétique des dialectes néo-araméens fait partie de la 
grammaire comparée. Le temps est venu d'écrire la grammaire 
critique et comparée de ces dialectes, qui mettrait à la disposi- 
tion des linguistes d'utiles éléments épars dans les divei'ses pu- 
blications que nous avons citées plus haut. Nous nous bornerons 
ici au tav aspiré, th. 

Dans le dialecte mésopotamien du Tour Abdin, l'aspiration de 
cette lettre sVst conservée d'une manière ri'gulière. Nous laisse- 
rons donc ce dialecte en dehors de notre f'tude. Dans le dialecte 



128 RUBENS DUVAL. 

syrien de Ma'Ioula, le tav est encore aspiré, th, ou devient chuin- 
tant, ch ou tch, sans qu'il soit possible, dans Tëtat actuel de nos 
connaissances, d'établir aucune règle à ce sujet. Nous laisserons 
donc aussi de côté ce dialecte. 

Dans le groupe oriental, la prononciation du tav aspiré varie. 
En Fellihi, l'aspiration subsiste, th; à Ourmia, l'aspiration dis- 
paraît et l'on prononce t; à Salamas chrétien et à Djélu, th est élidé 
souvent; mais, dans certains mots, il se prononce dur, t; à Sala- 
mas juif (et aussi à Basch-Kala), il se change en /, sauf excep- 
tions; à Zacho juif, il passe en *; à Tiàri chrétien, il a un son 
chuintant, s [ch français). 

Quelques exemples, pris dans chacun de ces dialectes, rendront 
sensibles ces diverses prononciations. 

Fellihi : beitha^ (G 3o9, 5), ND^a tr maisom^; pàtha (S i33, 3), 
KriND rrfacer); bathœr [G 3o3, 96; S ia8, 9), "inn tfaprèsw; hai- 
manoulha (G 307, 8), Nn"iJD\"n cffoiii-, slotha (G 30^, i3), nd*'?? 
trprièren; malkoulha (G 309, 22; S 1 48, 9), nd^dVd ff royaumes. 

Ourmia : bêta (S 25, 7), xn";? ff maison a; pâta (S 11, 20), 
xnXD 'ffaceii; mata (S 17, 18), NriD frvillagew; bar (avec élision 
du /A, S 7, 5, etc.), -iri2 «après T^; haimonouta[S 53, 19), NniJDin 
fffoifl; slouta (S 17, 5), NDibs ff prière n; maJcihouta (S 19, 19), 
î<ni3''3D tf humilité n. 

Salamas chrétien : biya (D 3, 9), Nn";3 rf maisonn; pâ (D 29, 
5 ) , NnXD tf face n ; ma ( D 7 1 , 1 5 ) , xriD « village v ; bar (D 3 1 , 21), 
*iri3 ff après n; marouva (D 28, 12), nd^iD «propriétén; slouva 
(D hli, 3), HD^b'i «prière 77; malkouva (D 26, 18), KniD^D 
«royaumeii; mais mota (D 8G, 20), NniD «la mort^; mât (D 63, 
2), nxp «il meurtw; œutra (D 29, G), Ninx «lieuw; laudita 
(D 79, 10), Nn'^nin «foi^^; ptàha (D ûi, 18), Nfidd «ouvrirai; 
htàva (D \h^ 19), xnnp «écrire^; p«</)rt (D G7, 17), xnriD «elle 
ouvres; kalvih (D G8, 20), pnnD «ils écrivent 17. 

Djélu : buja (S 12/1, i3-i/i), Nrii3 «maison::; pàha (S t23, 
18), NDND «facex; màha (S i25, 18), xriD « village w; «/«m 
(S 123, iG), Nn'i'?^: «prières; ïyâ (S 122, 18), nin'n\v «il y 



' Dans le Tour Abdin, on prononce hako (PS 1, 3, etc.) avec t dur, comme 
dans le syriaque ancien , à cause de la diphtongue ai. Dans le rameau oriental , 
la diphtongue n'a plus que la valeur d'une voyelle et le tav subit l'aspiralion. 



NOTICE SUR LES DIALECTES NÉO-ARAMÉENS. 129' 

avait 15; mais mepâtat [S 12 h, io),T NnXD |p f depuis la face de 15; 
bnitha (S 126, i5). Nn"»:? ff construite w. 

Salamas juif: bêla (D 96, 16), xn^n fc maison»; màla (D 109, 
1), xnD ffviUagei;; bara ou Wtra (D 111, 1; 1/12, 21), Nina 
cf après 75; qamsanoula (D 107, 10), NniJîjpp cr avarice»; peshanoula 
(Dg9,2), xrn jni'D tf joie»; herivoula(D 180,9), Nninnn trtort»; 
spiroula (D i3o, 9), NniTiÇÇ^ «r bonté'»; visoula (D 126, 10), 
Nnv^*"*?"; «continent»; belâné (D io5, 10) pour benàlé, xni? 
t: filles»; mèlen (D 126, 3), XJN riN'D ffje'meurs»; mcllé (D 120, 
1^), riV IT'P ffil mourut»; peloiih (D 116, 5, niDD «ouvre»; 
pelehla (Dm, i3), n*? WDl^ «elle^ ouvrit»; kehuv (D 102, 6), 
3"inp «écris»; kelevlé (D 102, 9), n'? 2"'rip «il écrivit»; qema'el 
(D loi, 2), rr'NDni^ «auparavant». 

Zacho juif: bêsa (S 169, i5) ou bêtha (S 169, 22), Nri^2 
«maison»; pâsa (S 16/i, 20), KnND «face»; bœser (S i64, 5), 
TrQ «après»; bœsra (S i65, i), NiDD «après, derrière»; sousa- 
vàsa (S 162, 18), NmoiD «chevaux»; bnâsa (S 16/i, 1), Nfiin 
(t filles»; qoràsa (S 169, 22), Nm^i^ «tombeaux»; isva (S 169, 
9), mn n\N* «il y avait»; âsé (S 160, 19), N'riN «il vient»; 
psihlé (S 161, 11), nh n^ip «il ouvrit»; mais kthâva (S 166, h), 
Nnnp «livre»; sinlha (S 166, 12), HD!!^ «sommeil»; lêlavàtha 
(S 160, 3), xmb''.'? «nuits». 

Tiàri^ : bêsa, Nn^3 «maison»; mâsa, kdD «village»; asra, 
NTnN «lieu»; ksàva, N^np «livre»; hesna, Ninn «fiancé»; esva, 
mn n"'N ^fil y avait»; les ou tes, n\S* n'? «il n'y a pas»; sensa, 
arti^ «sommeil»; malkousa, NniD^D «royaume»; qamêsa, Nri"»D"iî? 
«première»; âsé atyàsé, xnx «il vient»; sa, xn «viens». 

Ces exemples suffisent pour indiquer la prononciation ordinaire 
du tav aspiré dans chacun de cesjdialectes. La cause des différentes 
altérations de cette lettre n'apparaît pas d'une manière évidente; 
quelques observations à ce sujet ne seront pas hors de propos. 

' Les mots du diaiecle de Tiàri sont empruntés au travail de M. LidzbarskI , 
p. 286, 987 et 947. Dans l'ori(jinal, ces mots sont écrits en caractère-! sy- 
riaques; pour faciliter la comparaison avec les autres dialectes, nous les trans- 
crivons en caractères latins. L'inconvénient de ce procédé n'est pas grand ici, 
puisqu'il ne s'agit pour nous que du th, dont la prononciation chuiulantc dans 
ce dialecle'cst conûrmée par la grammaire de Stoddard, p. 7^- 

MKM. LING. — U- <) 



130 RUBENS DUVAL. 

Le dialecte Fellihi a conservé intacte, on le voit, Tancienne 
prononciation du tav aspire'. 

C'est sans doute par réaction contre la tendance à e'iider celte* 
lettre et pour e'viter la confusion qui serait résulte'e de cette éli- 
sion que, dans le dialecte d'Ourmia, le tav a été prononcé dur. 
Le mot très usité bar pour bathar «après» est un indice de la fai- 
blesse de cette consonne; nous en verrons plus loin d'autres 
exemples. 

Dans les dialectes chrétiens de Salamas et de Djélu, l'élision 
s'est produite dans les mots oii elle a pu s'effectuer sans que le 
langage devînt inintelligible. Elle a été vraisemblablement l'effet 
d'un niouillement analogue au mouillement de l double en fran- 
çais, dans le mot Jamille, par exemple. Ce phénomène linguistique 
est encore sensible dans biya (de bêtha) et malkouva (de tnalkoutha), 
oh y et V se sont produits sous l'influence des voyelles précé- 
dentes, i et ou. Entre deux voyelles de même nature, l'élision est 
complète et les deux voyelles se contractent à Salamas : ma (de 
mâthâ), pâ {àepàthà); mais à Djélu les deux voyelles sont main- 
tenues au moyen d'une légère aspiration : màha , pàha. Un mouille- 
ment se fait souvent sentir en néo-araméen après les palatales g 
ou k, qui, dans ce cas, se prononcent gui, ki; ex. : g^'âna (S 3, 
5; D 10, 7), x:N3 trame, personne w ; j?a/^'"oM (S 3i, 9), îjSd «à 

moitié w; k'oumi (S5, 2;D ki, 1), nçid, syr. jLvaâol ff noirs 77; 
douk'àni (D ik, U), NJDn tr lieux»; kema (D h'], 19), XDp 
ff comme»; tik'a (S 17, 8; D 3/i, 8), KDn « morceau». M. Merx a 
déjà observé ce mouillement des consonnes dans les dialectes 
araméens vulgaires, et même dans le syriaque ancien, comparer 
iJ^i^o;, pluriel de jN>o;; voir Z. D. M. G., XXII, p. 273 et 
suiv. 

N'est-ce pas aussi par suite d'un mouillement que th est de- 
venu / dans le dialecte juif de Salamas? On peut admettre une 
double mutation : th aura d'abord passé en dh, la dentale aspirée 
la plus proche, et ensuite en L Le changement de th en d se pro- 
duit dans ce dialecte dans toute la conjugaison du verbe ndx 
«venir», comme nous le verrons plus loin, et dans le mot senda 
(D 112, 7) de ntijC; ff sommeil». Cependant t?/i lui-même n'y de- 
vient que très rarement /, cette consonne étant généralement 
élidée. Voici les quelques exemples de cette mutation que nous 
ayons constatés : kiel (D 119, 8), :?-"' nd «il sait»; kielva (D 97, 
k), mn i?"!'' ND «il savait»; yellé (D 126, 16), nS Vl"^ «il sut» 
(comparer me//e', D 120, i^,n'7 rfÇtf il mourut»); e'/âvê (RG 209, 
18), xnny «fêtes». 



NOTICE SUR LES DIALECTES NÉO-AR AMÉENS. 131 

Daus le dialecte juif de Zaclio, tav aspiré se prononces, mais 
quelquefois encore th. Cette double prononciation montre avec 
quelle facilité th peut devenir s. On sait, du reste, que les Juifs 
polonais prononcent s le tav hébreu aspiré. Dans ce dialecte, dh 
se prononce z; c'est une permutation qui correspond à celle de 
th en s. 

Enfin, dans le dialecte de Tiâri, tav aspiré devient chuintant, 
ch. Nous avons dit plus haut que le dialecte de MaMoula offrait 
des exemples de cette prononciation chuintante, qui d'ailleurs 
n'était pas inconnue des anciens Sémites. Un groupe assez impor- 
tant de mots ont en hébreu un schin, o*, auquel correspond en 
araméen un tav, n, et en arabe un tha, <ù>; ex. : hébr. ^*'ih^ 
«trois», aram. riVri, arabe <±>!^'. Le tav araméen représentait, 
dans ce cas, un t chuintant. 

La règle ordinaire étant établie pour le tav aspiré dans chacun 
de ces dialectes, il y a lieu de voir les exceptions que cette règle 
comporte dans quelques-uns d'entre eux. Ces exceptions se ren- 
contrent dans les désinences du pluriel féminin des noms et dans 
le verbe NDN « venir :5. 

On sait qu'en araméen la désinence du pluriel féminin empha- 
tique est âthâ, quelquefois avàthâ et yâlhâ; ainsi malkâthâ, ntidVd, 
pi. de maJkethà, Nnj'pD Kreinei^; athravàthâ, xnnnN, pi. de athrà, 
NnriN tr lieu 17; doukyâthà, Nn''D'n, pi. de doukethà rr endroits. 

A Ourmia, cette désinence est âti, avâti, yâti; quelquefois, par 
élision du t primitivement aspiré, ai, avai, yai, ex. : batvâti 
(S 1 1, 6), pi. de Nn^3 f maisom^; somavàli (S i5, 1 1) ou sousa- 
vai (S 87, 3 et h), pi. de KD1D frchevaln; natyâti (S ii, i), pi. 
de nd: ff oreille tî; smlyâti (S 1 1, 3), pi. de arh^'p fr chaînette 15; 
g'"ânàti (S 5, 19), pi. de NJN3 f^ personne ii ; mâvai (S 79, 6), 
pi. de NriD ft village»; bahtâ'i (S 83, 19), pi. de Nnp3 cf femme»; 
saravà'i (S 77, 19), pi. de NTH^y rffête». 

A Salamas chrétien , la contraction est constante et conforme 
à la règle de l'élision du tav aspiré dans ce dialecte : souhsavaih 
(D 5i, 17) ft chevaux»; mâvaih (D 36, 7) ft villages»; baljtaih 
(D 5o, 4) r femmes», etc. Sur l'aspiration finale A voir plus loin. 

Les courts textes du dialecte de Djélu ne fournissent pas 
d'exemples pour ce cas. 

A Salamas juif, le tav est élidé et ne se change pas en l : you- 

mâvé (D io5, 3), pi. de xp'"' «jour»; lélâvé (RG 299, 18), pi. 

de nS^S «nuit»; sousâvé {DnU, i5), pL de kod f cheval»; ^«r- 

inàvé (D i2i, 12), pi. de XTpip «os»; yammâvé (RG 299, 10), 

9- 



132 RUBEXS DUVAL. 

pî. de iil2\ trmer»; mais avec t : haivanâté (D i^h, lo), pi. de 
|rn tt animal u. 

Les autres dialectes ne donnent lieu à aucune exception. 

Le verbe xnx ff venir n pre'sente une anomalie dans les deux 
dialectes de Salamas. 

Dans le dialecte chrétien, ih devient t dur après à dans une 
syllabe ouverte; dans les autres cas, il se change en une aspira- 
tion semblable au ch doux allemand dans ich. Nous transcrivons 
cette aspiration par h. Les exemples ci-après sont tirés de nos 
Dialectes néo-araméens de Salamas. 

. kiâté (35, 6; 87, 3), xriN* xp f^il vient". 
âtê (38, 7; 52, 8), "^na ttils viennentTî. 
kiatêvâ (53, 2), NID ""riN ND ffils venaient^. 
ahya (36, 21) ou aiha (5, 9; 77, 8), N^DN felle vient». 
ahyàna (7, 8), Nj^nx ^un arrivante. 
hilouh (5, i5), "j*? 1I1N' tftu es venuw. 
hilé (88, 8), i"? inx «ils sont venus w. 
hilèla (80, 3), n"? N"'nN ffelle est venue». 
ihiva (i3, h), n^r^ \^x «fils étaient venus». 
hyà (25, 9; 3o, 12), NTIN avenir». 

Dans le dialecte juif, le th, dans ce cas, se change constamment 
end : 

adé (102, lù), xnx ffil vient». 
adet (102, 16), riJN KriN fftu viens». 

aJew (139, 18) ou adyen (109, 20, avec mouillement du d)^ 
nia xrx «je viens». 

ida (102, i5), xnx, syr. jl cr viens», etc. 

Le verbe 2n"' crs'asseoiv» conserve \etav qui n'est plus aspiré, t, 
aussi bien dans ces dialectes que dans les autres. 

Le mot xn'pri ff trois» est prononcé tlâtha seulement dans le dia- 
lecte Fellihi. Ailleurs il devient th [tla'a^ à Salamas juif, D 107, 
20; i32, 17; i38, 7, etc.; tlaha à Zacho, S 168, 22), avec un t 
emphatique analogue au têt. 

Il serait intéressant de poursuivre cette étude et de rechercher 
les différentes altérations que subissent dans chacun de ces dia- 



1 La forme talha, que donne RG 299, 16, est cerfalnement erronée, et l'on 
doit iire tlaha. 



NOTICE SUR LES DIALECTES NÉO-ARAMÉENS. 133 

lectes les autres muettes, lorsqu'elles s'aspirent sous rinfluence 
de la voyelle pre'cédenle. Les consonnes b p d sont aussi laibles 
que ( et présentent des plie'nomènes dignes d'être signalés. Mais 
un tel travail nous conduirait trop loin; nous terminerons par 
quelques remarques sur les voyelles. 



II 

REMARQUES SUR QUELQUES VOYELLES. 

Le dialecte d'Ourmia et le dialecte chrétien de Salamas font 
suivre i long et naturel, à la fin d'un mot, d'une aspiration sem- 
blable au ch doux allemand, que nous transcrivons par h et que 
nous avons déjà constatée plus haut dans certaines formes du 
verbe NnX à Salamas. On prononce : odili (S 3, /i; D 19, 19), 
l'inny rrilsfontw; tlih (D 83, 1), j'^ribri cftrenteii; mindih (S h'], 9) 
ou mendîh^ (D 19, 16), nip cr quelque choses, targ. n-D, syr. 

lo«.âo; doqilih (S 69, 5), ib ]''p3T ^ils me saisissent^?; ahounih 
(D 9, 3), "ijinx ttmon frères; broimih (D 9, 3), "'jnn cfmon 
fils 11, etc. Celle aspiration est également sensible après la diph- 
tongue ai, à la fin des mots, voir les exemples du pluriel féminin 
en aih cités plus haut pour le dialecte de Salamas. A Ourmia, 
elle se fait également entendre, mais d'une manière moins con- 
slante : mavaih (S 79, 10) et mavai (S 79, 6), pi. de NnD te vil- 
lage», etc. 

Une aspiration de même nature, mais plus forte, h , correspon- 
dant au ch dur allemand et au ^ arabe, est sensible après la 
voyelle ou dans le dialecte chrétien de Salamas. Elle se rencontre 
non seulement à la fin des mots, mais aussi dans l'intérieur après 
une syllabe ouverte. Dans ce dernier cas, la gutturale peut être 
moins forte que h et correspondre au son de g [9- arabe) sous 
l'influence de la consonne suivante. Voici quelques exemples tirés 
de mes Dialectes néo-araméetis de Salamas : pousouh (5, 5), 1D*"13 
fr demeurez w; mouttouh (^2, 2t) tt établissez r, du verbe 3riÇ; mé- 
mouh (87, 1 5 ) ff apportez r> , du verbe iVri'^p ; voudouh (79,3), may 
refaites 15; ahtouh (79, 2), irinx tfvousr; hlougla (3, 3), x'^i'jn 
ff noce 75; yougla (8, 20), Nbnv^cl^J*^'^*^^'^^''^ tougman (i3, 18) 
wtomanT) (nomd'unejmonnaie); nougna (12, 6), n:u ff poisson»; 

* A Salamas juif, medih avec /i = cJi dur allemand et ^ arabe (D 127, i5; 
199, 1/4; 1^19, 9). C'est le seul exemple de ce genre que nous ayons constaté 
dans le dialecte juif de Salamas. 



134 RUBENS DUVAL. 

tougna (i5, a), Njan tf paille hachée 15; tyohta (10, 3), Nnan'' 
tf action de s'asseoirw; ktouhta (69, 4), Nr3"»rip ffc'critew; yoljta 
(/i4, 11), Nnnni tfaction de donnent; touhti (i/i, 9), xrnn 
te mûres (fruits) w, etc. 

Est-ce aussi un prolongement de la voyelle qui a occasionne' 
la forme singulière des suffixes pronominaux singuliers dans le 
dialecte juif de Salamas? Ces suffixes sont, pour le masculin des 
noms et pour les prépositions, ev ou ef; pour le féminin, av. Les 
exemples suivants sont empruntés au même livre : a^a'eu (98, 
i5) et fl^fl'e/" (128, 3) rrson maître (à lui) 15; berounef [nS, 20) 
frson fils (à lui):?; berounav (98, i3) ffson fils (à elle) 11; bàbcf 
(118,17) ^^son père (à lui)??; bâbav [lUi, 21) k son père (à elle)w; 
avec une préposition : alev (1 15, 6) et alef[^i , 10) trà lui??; alav 
(1 15 , 2) tf à elle??; èa'ei; (i43, 6) et /»a'e/"(95, 16) tt chez lui??; 
ham (120, 9) ftchez elle??; didef[^'], 7) ttde lui-même??; didav 
(162, 9) tr d'elle-même??. 

Les suffixes correspondants des autres dialectes ont les formes 
suivantes : le dialecte Fellihi et les dialectes de Tiâri et de Zacho , 
e pour le masculin, a pour le féminin, comme dans Taraméen 
ancien; le dialecte d'Ourmia et le dialecte chrétien de Salamas, 
ou pour le masculin, pour le féminin; le dialecte deDjélu, 
{ pour le masculin, pour le féminin. 

La comparaison de ces différentes formes ne semble pas con- 
firmer l'hypothèse, admise jusqu'ici, que les suffixes ou et 
d'Ourmia et de Salamas chrétien seraient venus de l'ancien suf- 

.. f^ 

fixe au du pluriel des noms (««aJi^io). Cette hypothèse est fondée 

sur ce fait que, dans ces dialectes, le singulier et le pluriel des 
noms avec les suffixes ne se distinguent plus, malkou signifiant 
trson roi?? ou tf ses rois??. Nous rapprocherions plutôt les suffixes 
ou et des suffixes ev et av de Salamas juif. Dans ces dialectes, 
ev ou iv devient généralement ou par l'intermédiaire de eu; com- 
parer parmi les exemples cités plus haut, p. i33-i34, tougna de 
Xj^D tt paille??, yougla de x'??'; tt chiendent??, etc.; au passe en 
par l'intermédiaire de au: gara (passim) de K"I33 tt homme??; ôdih 
(voir ci-dessus) de ]'>ii^ ft ils font?? , etc. Les suffixes i et de Djélu 
peuvent s'expliquer de la même manière. 

Doit-on voir dans le v (ou/) des suffixes de Salamas juif une 
altération du hé qui, dans l'ancien araméen, était écrit à la fin 
du suffixe singulier n.., n^ (avec mappiq dans l'araméen biblique, 
n.., n,)?Une raison qui porte à le penser, c'est que, dans le Fel- 
lihi, le hé est quelquefois encore articulé. Ce suffixe, en effet, est 
é ou éh pour le masculin singulier, a ou ah pour le féminin sin- 



NOTICE SUR LES DIALECTES NÉO-ARAMÉENS. 135 

guiier (G, p. 299). Il n'y a pas, il est vrai, d'exemple en sémi- 
tique du changement de h en v ou/; mais une telle permutation 
n'aurait rien d'insolite en soi, à en juger par le digamma grec et 
d'autres phe'nomènes analogues. 

Ces quelques remarques sufTiront, je l'espère, à faire ressortir 
l'intérêt linguistique qu'offrent les dialectes néo-arame'ens. 

Rubens Duval. 



VARIA. 



I. — I 



TTTTOS. 



M. de Saussure considère 'itttzos comme un traitement phoné- 
tique de l'ancien *ék^wos (skr. àrvas, zd aspô, lit. afivà, ags. eoh, 
V. irl. ech, lat. equos), mais ne justifie pas en détail cette expli- 
cation (dans ces Mémoires, VJI, 79). Le cas de elireîv qu'il rap- 
proche est différent, et aussi celui de Xoiyôs (cf. ibid., Vil, Go, 
et VIII, 281). Néanmoins le principe est juste, ainsi que le montre 
la discussion de l'histoire phonétique du mot. 

Comme l'indiquait déjà M. L. Havet [Mém. Soc. ling., IV, 25), 
dans *éh^wos le h^ et le w appartiennent à deux syllabes diffé- 
rentes. En grec le point d'articulation de Aj devant w a été reporté 
à la place de hj et le traitement hellénique est le même au point 
de vue de l'articulation que celui des vélaires; pour préciser, on 
peut dire que *ék^wos se prononçait ék^-''\wos en indo-européen 
et qu'il est devenu *éq-'>wos en grec. Mais, devant -q- fermant la 
syllabe, -e- et -0- deviennent en grec -v- : vv^, fopTv^ {skr. var- 
tàkas), ovv^^, xvxXos, xvxvos, *v\jyv6s = skr. nagnàs{^KiV\ yvfxvSs 
pour une raison inconnue); *éq-iwos devait donc àonnQv*ûq-iivos 
ou plutôt *hi(q-''wos, puisque tout u- initial est précédé de l'esprit 
rude. Dans les exemples cités plus haut, la transformation de e 
et de en M entraîne la perte de l'élément vélo-labial de la gut- 
turale suivante; mais le w de *hiiq-iwos, qui était un ancien -w- 
et non pas seulement une partie d'un autre phonème comme 
l'élément ^ de q'^ issu de i.-e. k.^, a subsisté; Yu de *hûq-iwos a 
donc été dissimilé en -i- comme celui de aiTrvs {*av7Tvs., cf. vil/ti- 
Xôs), de ÈXeidvKt cf. ÈXevO^ (J. Schmidt, K. Z., XXXII, 35o 
et G. Schulze, Quaest. epicae, p. 269 sqq.) et de siTreiv; de là *h{q- 
iwos, 'iTTiros. Un -v- intérieur ne reçoit pas d'aspiration; c'est ce 
qui explique le t et le x dans les noms propres connus Apialnr- 
7T0S, TLdrpiTnros, Asvxittttos, formés suivant un type ancien fixé; 

' La fin do xa'AvI «gaine de la fleur ou de la semence» semble reposer sur 
*-efc.,s ou *-ofc.,s,- la racine *k°l- est la même que celle de ««A-vw-tw (avec -vit- 
sans doute d'après xpvTi7co); cf. v. h.-a. hulsn : hèlan. Le sens et la forme pho- 
nétique obligent à séparer xaAo| de xiiX/Ç (ancien *k,°lik-), KvXn, cf. skr. ka- 
lâras (rac. *k,el- au degré 0), comme l'a bien vu Darbishire, Cambr. phil. 
transact. III, 196. 



VARIA. 137 

au contraire, dans les compose's où 'ÎTnros était senti nettement, 
on trouve l'aspiration : Téôpm-Tios, et de même^dans ceux où le 
premier terme est une préposition : "EÇninros, AvOmnos (d'après 
è(^ 'hircf) , dv6"Î7r7iov). L'esprit rude de iWos, qui semblait une 
énigme, fournit un témoignage précieux du passage de l'ancien e- 
par v- pour aboutir à î-. La forme Ikxos, attestée à Tarente et 
Epidaure, présente deux difierences avec 'îttttos : chute de w 
après k et absence de l'esprit rude (cf. Thumb, Spiritus asper, 
p. i3), sur lesquelles il est difficile de se prononcer. 

On doit conclure de ce qui précède que la prothèse panhellé- 
nique de h- devant u- initial en grec est antérieure à la dissimi- 
lation de -v- en -i-; par suite le rapprochement de att. invôs et 
got. auhns, qui a le grave défaut de supposer la conservation 
d'une vélaire après un ancien u- en grec sans aucune interven- 
tion possible de l'analogie, est définitivement écarté : en effet, 
si l'interprétation qu'a donnée M. Brugmanu, K. Z., XXV, 3o6 
et suiv., était exacte, l'exemple de att. imros montre que l'esprit 
rude de l'tJ- initial aurait subsisté. Got. auhns ne doit du reste pas 
être séparé de skr. ukhâ, ce qui exclut tout rapprochement avec 
tTTvés, puisque i.-e. kh est représenté en grec par )(^. 



IL — V. si. zêja. 

Le rapprochement établi par M. Zubaty, Archiv XIII, 623, 
entre v. sL zéja et lit. ziôju, cf. lat. hiâre, est si frappant qu'il ne 
peut être nié; mais il semble au premier abord impossible, car 
zj- donne en slave ij-, et l'on ne connaît pas de loi phonétique 
en vertu de laquelle -à- soit devenu -è-. Les observations qui 
suivent ont pour but d'en fournir la justification phonétique. 

En slave, les voyelles brèves et les longues non issues de di- 
phtongues se classent naturellement en deux sériesçarallMes, sui- 
vant qu'elles sont prononcées veis la partie antérieure du palais 
et précédées des consonnes dites molles, c'est-à-dire jodisées 
(mais non mouillées), ou prononcées plus en arrière et précédées 
des consonnes dites dures : 

i. ë e i ï 
2. a y û 

Toutes les consonnes sont capables des deux prononciatirms, 
molle et dure, suivant la voyelle (ju'elles introduisent, sauf: i"k,ff, 
ch lemplacéspar è, di, s devant toute voyelle palatale ancienne et 
parc,r/z, s devant eeti secondaires (issus de-oj-); 2"jqui ne peut 
perdre son caractère palatal sans cesser d'être j et qui par suite, au 



138 A. MEILLET. 

lieu de se modifier lui-même, altère la voyelle suivante : après j les 
voyelles o, y, û n'existent pas en slave; elles sont remplacées par 
e, i, ï; au contraire, je- ne se trouve nulle part, mais seulement 
ja-. Comme toute rupture du parallélisme des changements pho- 
nétiques, cet emploi de ja- appelle une explication; il y a ici 
deux problèmes : i° Pourquoi l'ancien je- devient-il ja-? — 
2° Pourquoi *yâ- ne devient-ii pas/e-? Le second disparaît si Ton 
admet qu'un ancien *jà- est devenu *jé-, et que la loi de trans- 
Ibrmation de *jë- enja- est postérieure à la paiatalisation de *jâ- eu 
*jë-, de même que la transformation de ce- en ca- est posle'rieure à 
l'alte'ration de k en c devante. Or, en effet, le passage de *jé- à *ja- 
rappelle celui de je- (ou-'e-) eajo- (Jo-), qui peut n'être pas pan- 
slave, mais dont les traces, différentes les unes des autres, se 
retrouvent du moins dans la plupart des dialectes russes et occiden- 
taux (voir Jagic, Archiv, V, ôSy et suiv. , etSakhmatov. Hscj-fe^oBaHi» 
B-b o6.iacTn pyccKOH ^oHCTiiKH, p. 3 ct suiv. ) ; il est donc probable 
que ce passage est récent. On voit en même temps qu'il fait partie 
d'une nouvelle série de faits parallèles, et, pour résoudre la pre- 
mière question, on doit seulement trouver pourquoi il est pan- 
slave et général , tandis que celui de -je- en -jo- est dialectal et 
limité à des cas définis. La raison de cette particularité ne peut 
être cherchée que dans une prononciation très ouverte de ê. En 
effet ë est en panslave un ë plus ouvert que e de la même langue 
et, par suite, plus voisin de à que e ne l'est de o. Plusieurs faits 
dénotent cette prononciation : 

1° La graphie glagolitique indique parle même signe e (c'est- 
à-dire /e) elja, confondant ainsi la voyelle palatale, essentielle- 
ment précédée en slave d'une jodisation, et^-f- a; pour e, où le 
même signe sert à noter ■'e et je, les timbres des voyelles étaient 
identiques; dans le cas de è ils ne pouvaient qu'être très voisins, 
et, par suite, ë était •'e long très ouvert. 

9° Le passage de ë (c.-à-d. U) initial à ja dans le vieux slave 
des manuscrits cyrilliques. 

3° Le parallélisme suivant : l'ancien ô devient à, c'est-à-dire 
une voyelle plus ouverte queô; l'ancien ê doit donc donner aussi 
une voyelle plus ouverte que è. 

h° L'emploi de ë pour a grec dans des mots empruntés : ala- 
vëstrû, akdSaalpos (Zographensis) — skandëlû, axdvSaXov (Psal- 
terium). 

La prononciation très ouverte de ë panslave ^ n'exclut pas un 



^ Notre confrère M. P. Boyer me signale à ce propos que M. Miklcoia reconnaît 
le caractère ouvert à l'ancien è du russe dans ses Slavische lehnwnrter in den 
west-Jinnischen sprachen. 



VARIA. 139 

changement ultérieur en ê fermé qui s'est réalisé dialectalement 
(Miklosich, Vergl. gr., P, p. hi). 

Une fois le fait posé que *jà- s'est changé en*jé-, on voit 
qu'un thème ancien *zjâje- est devenu ^zjéje-; postérieurement à 
la palatalisation des voyelles précédées de/, le; combiné de *z/'e- 
a été dissimilé par le -j- intervocalique de -je- (cf. Grammont, 
La dissmilation consonantique) et a disparu; il n'est donc resté 
que zèje- oiî 2 et e ont nécessairement subsisté puisque le / qui 
est la cause du passage de ë h a n'existait plus. De même 
rèja, lèja, smèja s'expliquent par des thèmes *r{j)éje-, *l{j)éje-, 
*sm(J)eje-, issus de *rjâje-, *ljâje-, *smjâje-; cf. peut-être aussi 
caje- de *cèje-, *cjâje-. Ces formations ne se trouvant que dans les 
racines terminées en i, il semble que ce soit l'impossibilité de 
distinguer autrement le type simple lîj-a du type à suffixe -je- 
lî-ja qui aura conduit à étendre le à de l'infinitif *(/«- au présent, 
d'où *ljâje-, lëje-, — L's du démonstratif si, très naturelle dans s? 
= lit. B'is, si = lit. ISi, si (nominatif pluriel neutre) == ags. hi, 
mais qui semble anomale partout ailleurs, est justifiée dans seje, 
seji, seja, seju si l'on part d'anciens *s{j)ej-, issus de *sjoj-, avec 
la même dissimilation que dans zéja, etc. Lej qui subsiste dans 
sjujî (Malh., XXVIII, 38, texte du Zographensis) n'est pas un vé- 
ritable/, ce n'est que la trace de la jodisation qui précédait l'e 
de la diphtongue -eu- comme tout e panslave et qui a subsisté 
après même que cet e fut passé à et se fut confondu avec le 
second élément de la diphtongue; l'opposition de sujî ff gauche ^ 
(cf. skr, savyâs, ï.-e.*sewyos) et de sujî avide'? (cf. lat. cauos de - 
*k^owos) répond à celle de bljudetû (cf. 'SïsvôeTai) : buditû. Le j de 
la première syllabe de pljuja, sjuja peut donc provenir de l'e de 
la diphtongue (cf. lit. spiâuju) et n'avoir rien de commun avec 
le ij indo-européen de la racine de ces mots. 

L'hypothèse qui rend compte de zéja permet d'expliquer aussi 
le comparatif novéji. M. Streitberg a proposé de voir dans le suf- 
fixe -éjîs- d'une partie des comparatifs slaves la forme forte de 
skr. -njas-, gr. -lo[h)- [Zur germ. sprachgeschichte , p. 22); mais 
cette supposition est inconciliable avec le fait que -èjïs- est propre 
aux comparatifs' tirés à date récente des adjectifs munis de leur 
suffixe (ainsi dobrèji, silînèjî, mekûcajî) et que tous les comparatifs 
de forme sûrement archaïque et tirés directement de la racine 
ont -jîs- : vysîjî, glabljijï, etc. Le nominatif neutre en -ye = skr. 
-yas, lat. -ius suppose un nominatif masculin en *-jôs; mais en 
fait on trouve d'une part novè-jî, de l'autre shzdï-jî; le -jî final 
de ces deux formes est récent et rappelle celui de rata-jï, prija- 
tel-jî, mytar-jî, elc. ; le premier -jî de slazdîjî ne fournit aucun 
traitement de nominatif et ne peut qu'être emprunté à d'autres 
formes; mais un ancien *novjâ-jï, sorti de *novyOs, devait donner 



\hO A. MEILLET. 

novèjî après transformalion de à eu ë et chute duj par dissimirà- 
tion. On est ainsi amené à reconnaître qu'une flexion novëji,*nov- 
jîsa et *sladejï, slazdïsa a e'to normalisée en novejî, novêjUa et 
slazdîjï, slazdïsa, les types en -e)"î dominant dans les cas où une 
différence profonde sépare le positif du comparatif et -jïjî là oii 
les deux formes sont restées voisines. 

On peut citer une autre trace de la prononciation */e- de Tan- 
cien *jà- : 

Le *jà attesté par lit. jôti, skr. yâti apparaît en slave sous 
deux formes contradictoires : ë- dans *éda (v. si. vûzëdi, Luc, V, 
/i; russe jef/w, etc.), ^èzditl [serbe jezditi) elja- dans jachati (serbe 
jahati). On ne peut s'étonner que \ej- initial dejachati ait subsisté, 
puisque rien ne tendait à l'altérer. Au contraire, la jodisalion 
développée devant le i- initial de *îda ffje vaisw a conduit à rem- 
placer le j- initial de *jëda (ancien thème *jâde-) par la simple 
jodisation qui précède tout è, d'où *Jéda; le ë de ^ëda, n'étant plus 
précédé de j, n'est pas devenu a, comme celui de *jëchati (ancien 
*jâchà(i). LeJ développé devant a, ë, e, i, i différait à l'origine 
de l'ancien y, comme le "" développé devant o ,ij,û différait de v 
(cf. Idg. forsch. , V, 822). 

Il y a donc eu une altération de l'ancien *jà- en *jë-, effacée 
par une loi postérieure, et le parallélisme de *ië, je, ji, jî au lieu 
de *jâ, *jo, *jy, *jû est parfait. La conservation de ju et jà n'a 
rien de surprenant; il s'agit ici d'anciennes diphtongues, et c'est 
un cas tout différent. Le passage de *joi- à ji- ne contredit pas la 
loi générale de conservation, même après j, du timbre dans les 
diphtongues. En effet, de même que Ve de eu a été changé en sous 
l'iufluence du second élément u, l'o de oi a été changé en e sous 
l'influence de i; cette nouvelle diphtongue prend d'ordinaire la 
forme ë en slave; mais la succession y -|- ^ H" *^ a été réduite kjl. 
Ici encore il n'y a pas rupture du parallélisme phonétique. Quant 
à l'influence de j sur la diphtongue finale dans konje, zemlje, 
znaje, elle tient à la nature toute particulière de cette diphtongue, 
qui apparaît comme voyelle simple -e en polonais et en russe 
(Fortunalov, Archiv, XI, b'jh). 

Remarque. — Certains adjectifs ont les deux formes du com- 
paratif, par exemple : unje et unëje (les deux dans le Marianus 
et ailleurs) d'un simple *uno-, ancien *ausno- (cf. Idg. forsch. V, 
66), dérivé d'un substantif répondant à skr. âvas, zd avô (cf. skr. 
téjas : tlksnâs; zend raocô : raoysnô; gr. (^aos : (pas iv6ç).\)e même 
on trouve sidjïjî et sulëjt tirés d'un simple *sulo- (cf. sVy. çàmras, 
pol. sowity). Les formes unëjï, sulëjî sont conformes à la règle, 
puisque ces comparatifs sont tirés non de la racine, mais d'ad- 
jectifs comprenant un suffixe; unjïjî el suljïjî sont par suite très 



VARIA. Ul 

remarquables, et l'existence de la double forme est une intéres- 
sante confirmation de l'hypothèse qui a e'té proposée plus haut, 
puisqu'on peut trouver ici à la fois les nominatifs unëji, sulëjî et 
les accusatifs unjïsï, suljîsî. 



III. — Lat. auonculus. 

Le latin màtertera trsœur du pèrew renferme visiblement le 
suffixe -tero-; mais l'interprétation tdike a mothem, donnée par 
M. Lindsay ( The latin langiiage, p. 6o5) sans doute d'après Ascoli, 
Arch. glott. it., suppl. I, p. 58 et suiv., ne semble pas rendre 
exactement compte du sens. 

En effet, le suffixe secondaire *-tero- sert en principe à marquer 
l'opposition de deux notions : dexter et sinister, noster et uester. etc. , 
mais d'une manière telle que dexter soit tfce qui est à droite et 
non à gauche n, noster, t? ce qui est à nous et non à vousw, bpécr- 
lepos crce qui est de la montagne et non de la plaine 17 (Bréal, 
dans ces Mémoires, IX, 3 G et suiv.). Au contraire, dans quel- 
ques mots sanskrits bien connus, le suffixe -tara- indique l'oppo- 
sition précisément inverse : vatsatarâs tfveau sevrée, c'est-à- 
dire ce qui n'est plus un veau, s'oppose au veau qui tette encore, 
vatsâs, et açvataràs rr muletw (persan astar), c'est-à-dire ce qui n'est 
pas un cheval, s'oppose au cheval âçvas; la raison de cet emploi 
divergent du suffixe *-tero- est qu'il n'y a lieu de marquer une 
opposition dans ces deux cas qu'autant qu'il est question du 
frveau sevrée et du ff mulet 7?. Le latin màtertera se distingue de 
mater, comme skr. açvataràs de àçvas; cf. P. Persson, Stud. etym., 
p. 1 ili. 

Le nom de Ter oncle maternels ne saurait être tiré de celui de 
la mère par le même procédé, mais bien plutôt de celui de l'aïeul 
maternel; cf. patruos r? frère du pèrew et amita rsceur du père^i, 
v. isl. amma cr grand'mère 17 ; le double sens connu de i.-e.*nepot- 
rrpetit-filsw et cr neveu n prouve que les deux formes de parenté 
non immédiate étaient aisément rapprochées. Or, en effet, le 
latin auonculus est dérivé de *awon-, cf. v. isl. de. La finale -cidus 
est celle des diminutifs, et l'on ne peut, au point de vue latin, 
interpréter autrement que trie petit aïeul :i (V. Henry, Gramm. 
comp. du gr. et du lat., $ 157). Mais màtertera engage à recher- 
cher dans auonculus le suffixe secondaire marquant opposition : 
*-tero-; ce suffixe a une forme *-tro- : lit. katràs, lat. nter, titra; 
dexter, dextra (avec syncope de i intérieur, cf. Se^nspos); sinister, 
siimtra; cf. aussi lat. sê-mes-tr-is et gr. <xkX6-Tp-tos avec un 
second suffixe. On conçoit aisément que *awontros soit devenu 
*awontlos [auonculus) sous l'influence du suffixe des diminutifs 



142 A. MEILLET. 

que le latin s'est crée's. Or le mot correspondant des langues brit- 
toniques renferme un suffixe en -r- et non en -l-, et, d'après une 
communication de notre confrère M. Dottin, rien ne semble 
s'opposer à ce que l'on considère *awontros comme le primitif de 
bret. euontr, gall. ewythr; cf. d'Arbois de Jubainville, Mém.Soc. ling. 
IV, 3 08. On est donc bien autorisé à poser un italo-celtique 
*awontro-. 

Cette conclusion est confirmée par la formation analogue du 
nom de l'tf oncle maternelle en letto -slave : v. pruss. awis, v. si. 
ujï; ce mot est tiré de *awo- (lat. auos, cf. arm. haw) au moyen du 
suffixe secondaire *-i/o-, qui comme *-tero- marque une opposi- 
tion, mais sans indiquer qu'il s'agit de deux choses : cf. alius et 
alter, skr. pûrvyâs et gr. -crporepo?, etc. (v. Brugmann, Grundriss 
II, p. 195 oij il est un peu improprement parlé de cf comparaison 77); 
en sanskrit nàvya- est le contraire de sânyas-. Ce même suffixe 
se trouve dans skr. pitrvy as , et sans doute dans v. si. stryjî; on en 
peut même supposer l'existence à date ancienne dans lat. jjatruos , 
cf. pour le traitement phonétique de -owy- en syllabe intérieure 
laline hiduom en face de binoctimn, biennium; induô en face de 
ombr. anovihmu. — Le lit. avynas rappelle la finale -yji àejaunyn 
eîti (J. Schmidt, K. Z., XXYI, /loo). 



IV. — Le traitement de i.-e. en indo-iranien. 

L'hypothèse de M. Brugmann que i.-e. 0, ablaut de e, don- 
nerait à en syllabe intérieure ouverte indo-iranienne, qui a été 
récemment encore critiquée par M. Bechtel {Hauptprobkme, p, 46 
et suiv.) et qui est absolu ment repoussée par M. Bartholomae (Grura- 
driss der iran. phil. I, p. 27), a été défendue par M. Streitberg {Idg. 
forsch. III, p. 366 et suiv.) et n'est pas abandonnée par son au- 
teur. Il n'est donc pas inutile de la discuter à nouveau; il n'y a 
pas à revenir sur les difficultés que soulève a priori la thèse de 
M. Brugmann : la substitution d'une différence de quantité à une 
différence de timbre et la nécessité oii l'on se trouve de poser une 
prononciation tout autre de ablaut de e etde ïo de 'zsôcris, skr. 
pâtis et des exemples analogues, alors que rien n'indique par ail- 
leurs cette distinction. M. Collitz, M. Schmidt et M. Bechtel ont 
aussi montré suffisamment que beaucoup d'étymologies irrépro- 
chables contredisent la loi de M. Brugmann : damas = gr. SSfxos; 
rasa = v. si. rosa ; vratàm , cf. v. si. rota ^ ; dharû-nas , cf. v. si. dravû 
(russe -dorov); skr. bhàgas v. perse baga=\. si. bogû (cf. arm. be- 

' Pour V, si. r- en regard de skr. vr-. cf. rèzn, pol. rzup (de *rïzna) en face 
de /"pnyrtifxi , JFf,r^aaa), sppâyr\v\ -razû en face de Fpé^. 



VAKIA. 1A3 

kanel cf briser w; Ta de gr. (payeïv sort de i.-e. a); vàmiti = lat. 
uomit; skr. sarvâtât- zd haurvatât- = gr. oXotïjt--, dlrghatâ = \. si. 
lUïgota; skr. sâhu-ris, gr. o)(v-pés, oyj (en face de ôp^^u- comme 
Ta;^a en face de Ta;;^t;s) ; etc. Les exemples où le timbre o est attesté 
ea indo-iranien par la forme de la gutturale sont particulière- 
ment inte'ressauts (À'. Z., XXV, gS), ainsi : 

skr. katarâs, gr. 'Zffôrepos^ got. hwapar 
skr. -haras, zd -karô^, cf. v. perse caiianaîy, gâtli. fora/ 
skr. Art/4 ftfragment:^ (vocalisme o de la racine comme v. si. 
raka, got. staiga, lat. toga), cf. lit. skaln, skeliù 
skr.-kàsati, lit. teù, v. si. aor. kose, cf. v. si. cesa 
skr. galati, pre'sent en o en regard de arc. SsXXm 
skr. maghdvan-=zd mayavan- (peu probant). 

Mais cette critique négative n'entraînera la conviction com- 
plète que si toutes les longues indo-iraniennes admettent une expli- 
cation. 

M. Bechtel a déjà rendu compte de la longue des causatifs en 
rapprochant skr. plâvayati de v. si. plaviti et svàpmjati de lat. sôpirc, 
cf. aussi V. suéd. sova (d'après Noreen, Abriss, p. Zia); M. Streit- 
berg [Idg./orsch., III, 386) fait au rapprochement de svàpchjati, 
sôpîre l'objection que les causatifs latins ont une autre forme; 
mais en réalité monêre, docêre , fouêre , nocêre, etc. sont des ité- 
ratifs, et d'autre part le sens des dénominatifs tels que ûnire, im- 
pedire, saepire s'explique seulement par l'existence de ces causatifs 
en -i- dont sôpire est le reste le plus clair. — Le germanique fournit 
aussi des traces de l'existence des causatifs en ô : v. h.-a. /uorew, 
skr. pâràyaù en face defaran présent en o. — M. Delbrûck a si- 
gnalé un fait d'une importance décisive [Idg./orsch. IV, 182 et 
suiv.) : les itératifs indo-iraniens ont a à la racine : skr. patâyati, 
mais les causatifs ont à : skr. pàlàyati. Ceci posé, il suffit de com- 
parer le slave pour reconnaître que l'a de patâyati est un bref 
indo-européen et l'a de patâyati un ô long. En regard des ité- 
ratifs voditi, voziti, voliti, goniti, choditi, nositi, oriti, prositi, on 
trouve en effet les causatifs : 

gasiti, cf. lit. gesù; il est tout à fait arbitraire d'attribuer l'a de 
gasiti à l'itératif -gasati; 

grabiti, cf. skr. grâhayati; 

paliti, cf. poléti, planati, pepelû et lit. pelenaî; 



' Le k- de -kara- est peu probant, parce que la racine indo-iranienne Aar- 
ff faire» tend à généraliser k- par opposition à car- trse niouvoirn qui tend à 
généraliser c- : cf. skr. anucaràs etgr. i\t<plito)^os , lat. anculus. 



1^-^ A. MEILLET. 

jiz-baviti, cf. skr. bhàvâyati; il n'y a pas de raison de voir ici un 
dénominatil" de jizbava; 

slaviti, cf. skr. çràvàyati, zd sràvaijeiti; la longue du substantif 
slava, comme celle de jizbava, n'a peut-être e'te' conserve'e que par 
l'influence du causatif; 

plavîti, cf. skr. plâvaijati; le sens «faire coulera du verbe slave 
ne permet pas d'y voir un dénominatif de plavï ce bateau ii; 

valiti, cf. skr. vârâyati et arm. glel cr tournent (de *gowlel, issu 
de *woleye-)\'valki ne peut être tiré de valu tf vaguer; 

traviti, d.Jrova; peut-être de trava; mais cf. ce qui a été dit de 
sïava slaviti; 

kaziti, cf. -cezna; peut-être dénominatif de kaza; 

daviti, cf. go t. diwan. 

D'autres exemples tels que vabiti, vaditi, variti, kaditi, kaniti, sla- 
viti sont plus douteux; saditi répond bien à skr. sâdâyati, mais le 
slave a généralisé dans cetle racine le degré long sèd-; sad- est donc 
la forme de degré long attendue en face de sëd-; cf. rëza, -razû; 
lèza, -lazû, etc. Les prétendus causatifs slaves à o radical sont 
des dénominatifs et ont par suite l'accent sur le suffixe au pré- 
sent, tandis que les itératifs et causatifs ont plutôt l'accent sur 
la présuffîxalc : serbe vodi = russe vôdit, gcisl = russe gàsit; mais 
moriti est tiré de morû (serbe morl = russe morit)^ tociti de tokû 
(serbe toci), loziti de -logû (serbe lozi), pojiti de -pojî [serbe pdji = 
russe pojù), topiti de toplâ (serbe topi) cf. vysiti de vysokû. L'ac- 
centuation sur -i- dans les infinitifs tels que serbe nositi=msse 
nosiï en face du présent nosi=n6sit résulte du déplacement du 
ton de sur i d'intonation rude ^ (serbe -îti, cf. lit. -î/fi) ; c'est ce 
que prouve l'opposition de serbe gâsiti, gasi; pâliti, pîili; daviti, 
dîivl oij ft a l'intonation douce, et de grâbiti, grâbî; bàviti; slaviti; 
plàviti; valiti; vaditi où a a l'intonation rude. L'hésitation du russe 
entre l'ancien gàsit et gasû provient de l'influence de la pre- 
mière personne gasiî et de l'infinitif gasù' =serhe gâsiti; pâlit en 
face de serbe pah est sans doute d'après paljà et jya/îV= serbe 
pàliti. Le lituanien n'a pas de causatifs correspondants, mais les 
thèmes d'itératifs sont aussi paroxytons, sauf déplacement résul- 
tant de la loi de M. de Saussure : làuzyti, làuzo; daryti, dâro; 
leurs participes présents ont l'accent sur la racine : duras, sâkas, 
imânas, etc. Les thèmes d'itératifs et sans doute aussi ceux de 
causatifs primaires étaient donc paroxytonés en letto-slave. 

' Voir P. Boyer, De l'accentuation du verbe russe, Centenaire de l'Ecole des 
Langues orientales, tSgS, p. ^56. — Note de corrcclion. 



VARU. \àb 

La confusion des itératifs et des causatifs qui s"est produite 
en germanique par e'iimination du vocalisme ô provient de l'iden- 
tité' des deux types dans les racines terminées par une sonanle 
suivie de consonne : skr, vartaijati, v. si. vratiti, got. -warâjan; la 
longue n'a guère subsisté que dans quelques cas exceptionnels 
où le présent non causatif avait ie vocalisme o de la racine : 



V. h.-di.fiioren 
got. goljan 



far an ( prêt. /wor) 
V. isl. gala (prêt, gél) 



et encore l'ô ne tient-il pas essentiellement au sens causatif et se 
retrouve-t-il dans un verbe sûrement itératif, v. h.-a./wo/en r tâter, 
sentira, cf. lat. pellô. — En grec aussi, les causatifs ont disparu; 
l'exemple ùdsoj en face du présent 66o[xai à vocalisme o est douteux : 
mais le vocalisme co a subsisté dans deux itératifs : iscoXsofjiai et 
-crAw/^o); pour le suffixe -i%e- cf. KOiiéo) et KOfiilco, tous deux ité- 
ratifs de la racine *k\emd-, cf. skr. çamâyâte. 

Les noms indo-iraniens en -a- qui ont le degré -â- de la ra- 
cine ne peuvent être invoqués en faveur de la loi de M. Brug- 
mann, parce qu'ils s'opposent souvent à des mots tirés de la même 
racine au degré -à-, présentent la plupart du temps un sens 
particulier et sont oxytoués alors même qu'ils sont abstraits [dâvàs, 
nâdàs, nàvâs, vâkâs, vâsàs, sâdâs, sâvds, etc.); on trouve en 
sanskrit : 



bhàras (v. perse -iara-) traction 
de porter n (cf. (popos) 

gràhhas fraction de saisira (cf. 
lette grahas) 

taras traction de passer» (cf. 

TOpO?) 

bhàgas trfait d'avoir une bonne 
part,fl (cf. V. si. u-bogu) 

nâj/rts tr conduites 

sâhas fraction de vaincre w (cf. 

vàhas rt ce qui sert à tirer le cbar -o 

(cf. 0)(^05, V. si. vozû) 
svanâs trson-o (cf. v. si. zvonû) 
suçâkas 

dharûnahvaras , hvalà 
-çraya- 
prabhavàs 
gantas tr marche tî, samgamàs 

vin, LING. IX. 



bhârâs (pers. bâr) rr fardeau» 

gràbhâs tr poignée, celui qui 

saisit» (cf. lit. grobê) 
taras rrce qui passe» (cf. Topô? 

au lieu de *Twpo5) 
bhâgas rrpart» (accent d'après 

bhàgas; pour la longue cf. v. 

h.-a. bruoh, ags. brôk) 
nâyâs rr conducteur» 
sâhâs rr vainqueur» 

vàhàs tr animal de trait» (cf. lit. 

pravoia) 
svânàs rc bruyant » (cf. lat. persOna ) 
çâkâs tr fort» 
hvârâs rr serpent» 
çrâyâs tr pourvu de» 
bhàvàs trétat» (cf. v. s\. jizbava) 
zd gâmô rrpas» (cf. gr. /Sw/i/os) 



JO 

IMtftlMftUB KATIUVALB. 



1^6 A. MEILLET. 

amâras, pehlvi mar (cf. v. si. Màras, pehlvi pers. màr rrser- 

morii, lit. màras) pentw 

praghasas ghâsàs tf pâture, fourrageai. 

Les mots de la colonne de gauche répondent pour la forme, 
pour le sens et pour l'accent au type grec Xoyos, ttIoxos, tokos, etc. ; 
ceux de la seconde rappellent plutôt v. si. nagû (fe'rainin serbe 
7iàga = russe nagâ, neutre serbe nâgo; russe 7iâgo avec de'place- 
ment d'accent) = lit. nïïgas, v. si. malû (cf. gr. (xôoXvs), lit. romùs 
(cf. skr. rûmâs), gr. x.co(pés (cf. lat. hebes), yoSkà?^ crjiôjXos, kw^los 
cr banquet religieux )5 (cf. skr. faml), yjopo? X^P^ (^^- ^^''' hàrati 
tf il prends, haras tf collier de perles i?, lit. iefti ttscharrenw), c'est- 
à-dire des adjectifs et des noms d'objets ou d'agents; cf. du 
reste : 

V. si. godû tf moment conve- got. gods tfbonw 

nable^i (génit. russe goda) 

V. h. -a. grab v. h.-a. gruoba 

V. si. -wn<(cf. letteafwrtrstf tour- russe var fteau bouillante ^i, 

nant d'eau 75) povar tt cuisiniers, lette wârs 

tf soupe 77 

skr. çràvas tt action d'entendrew v. si. slava ttgloireii (collectif de 

*kjôw6-) 

lat. modas (cf. gâth. mada-) v. isl. mât tr forme, manière -o 

gr. (26Xo5 ^dkrj ^Y. ^ôûXos tr motte de terre -n 

gr. Xôyos V. h.-a. luog tt tanières 

V. si. stogû, V. isl. pak lit. stôgas tt toits 

gr. <7op6s gr. cTwpôç tramas s 

zd hunara- lit. nôras tt volonté -n 

gr. tsôQos lit. godas ft désir r, 

V. h.-a. lam lette làms, lit. loma 

^r. (ppoupÔ5,(ppovpd, got. wars, gr. (ScÔpoi' bÇ)6aXfxoi\ âpâ, zd 

V. b,-a. wara hàrô tt maîtres; 

D'autres longues indo-iraniennes peuvent rentrer dans la série 
des longues de deuxièmes termes de composés signalées par 
M. F. de Saussure [Mém. Soc. ling., VII, 80, n.) : skr. supârâs, cf. 
TaXotiTTôûpos — dîmàças, cf. lit. smiofiai — nidâghâs (pers. dày), 
cf. v. si. jizgaga — vivâhàs, cf. lit. jvoda. — La longue de skr. 
dvâram tt portes est empruntée à dvâr-, et c'est zd dvara-, v. pers. 
duvara- qui répondent à v. si. dvorû, \i\t. forum. — La longue de 
certains thèmes en -i- skr. grâhis, dhrâjis, râjîs, v. pers. bâjis 
répond à celle de v. si. tvarï, udarï, rrcï, zalï, non à l'ô de Tpo^ts, 
TpoTvis, lat. scobis; cf. aussi gr. xpir^is, Sfipis. — L'a de skr. chàyâ, 
pehlvi sâyak est un ancien é, comme l'attestent skr. ch-, iran. s-; 
cf. v. si. veja en face de skr. vayà tt branche s. — D'une manière 



VARIA. \àl 

générale Tindo-iranien, qui a perdu la distinction des timbres e 
eto, si importante dans la flexion indo-européenne, a conservé 
et développé les oppositions quantitatives, loin de tendre à les 
éliminer comme le grec. 

M. Streitberg attribue une grande valeur kjânu, yôvv et dâru, 
Sopv. Mais Tarm. cownr cr genou w suppose ô et non ô; de plus, 
les neutres anomaux de ce genre ont possédé au nominatif une 
voyelle longue dont il reste de nombreuses traces tantôt dans une 
langue, tantôt dans une autre : l'ë de Jj-Trap, elotp ne se retrouve 
pas dans skr. yàkrt, âsi'k;Yô de skr. ntima, lat. nômen, ann. anown 
s'oppose à \ô de got, namo, gr. ovojua; mais le grec connaît Sôûyia; 
il y a hésitation à Tintérieur même de Tindo-iranien : skr. vâri, 
mais zd vairi-; skr. yàhrl, mais zd yàkara. La longue àejdnu, ddru, 
sânu, etc. est donc dénuée de toute valeur probante (cf. K. Z., 
XXV, 9 3). 

L'a de skr. bhâràmas{i) représente une ancienne brève, cL (pé- 
pofxes', mais le fait n'est pas phonétique comme le montre la com- 
paraison de hhàramânas, gr. (pep6(xevo5, v. si. nesomii, lat. 1er- 
tumnus. On notera que Ta du suffixe skr. -màna- est imité de celui 
de -âna- (=arm. -oivn) des verbes athématiques. L'analogie de la 
première personne bhàràmi en face de bhàrasi a pu conduire à 
opposer bhàrâmas à bhàratha. Le succès de cette formule analogique 
a été déterminé par le fait que, l'indo-iranien distinguant -a, 
issu de i.-e. e, et a, issu de i.-e. o [Mém. Soc. ling., VIII, 286), 
on avait : *-âmi, *-yasi, *-^ati, *-amas,*-yathya,*-anti : les formes 
où a non précédé de y se trouvait en syllabe ouverte ont été rap- 
prochées. Ce n'est donc pas par hasard que l'indo-iranien a un à 
répondant à i.-e. 0. La même raison phonétique a provoqué l'ex- 
tension de à dans les temps secondaires et au moyen, grâce 
peut-être à l'identité de l'injonctif et du subjonctif bhârcmia. Il y 
faut joindre une raison rythmique : à en juger par la métrique vé- 
dique, le rythme de l'indo-iranien était iambique; or *bhàrà- 
màsi, *bhàràmàdhai et *[d)bhuràma, *{a)bhàràmàdhi présentaient des 
successions de brèves que l'introduction de la longue de *bha- 
râmi avait l'avantage d'éliminer; cf. àjîjanat, àbuhudhat en face de 
àçiçvitat, acucyavlt; voir Oldenberg, Die hymnen, p. 898 et suiv. 
Mais un point de départ analogique est indispensable, et, là oiî 
il fait défaut, c'est à qui répond à i.-e. 0, ainsi à l'optatif zend 
3'' pers. plur. act. -ayan, i^sing. moy. -aya. 

La même différence de a et ■« explique l'extension de l'a de 
svdsfi (cf. lat. soror, arm. Ihoyr, lit. sesn) à l'accusatif svàsâram 
(ancien *sivésorn), par opposition au 'a de svàsari (ancien 'siveseri, 
cf. lit. seseryjè); çvânam doit son â à çvâ [cïAït. I^â , gr. kvcov, arm. 
soivn); usdsam à usas (cf. gr. rjcios, lat. aurôra), etc. Cette raison pho- 
nétique de l'extension de la longue du nominatif manquait là oiî 



1A8 A. MEILLET. 

le vocalisme est e : pkàmm ('sraTspa), vfsanam [dpaevot), -çravasam 
{-xXsFéa), etc. ont doue conservé leur à et la brève du ge'nitifzd 
vacô (cf. bnos) en face de vâ^s = lat. uôx suppose un thème *wek-, 
de tout point comparable à lat. ped- en regard de gr. ttoS-. La 
re'partition des longues et des brèves en sanskrit de'pend ici 
du timbre des voyelles indo-europe'ennes, comme Ta bien montré 
M. Streitberg, Idg. forsch. III, 36 1 et suiv., mais ne favorise 
pas ne'anmoins Tliypothèse de M. Brugmann. Car on ne trouve 
que à pour repre'senler i.-e. ô là oij aucune action analogique n'est 
intervenue : ge'nit. duel skr. tâyos = v. si. toju; skr. kadâ, gâth. 
hadâ, cf. lit. kadà, got. hwan, gr. -nrore. 

Il reste à résoudre une grosse difficulté : skr. jajâna, gr. ys- 
yove. Après les observations qui précèdent, on ne saurait y voir 
une identité phonétique. La quantité étant le seul élément qui dis- 
tingue jajàna yéyova de jajâna ysyove, il eût suffi au sanskrit 
d'un point de départ très étroit pour généraliser une différence 
qui permettait de caractériser les deux personnes; mais ce point 
de départ n'est pas connu. Toutefois le grec fournit quelques exem- 
ples de ô : yéyœve, eïwQe (cf. 'édojv^ edos; skr. svadliâ, got. sidus). 
D'autre part, la brève de yéyove ne prouve pas que la longue 
de jajâna ne soit pas ancienne (cf. ces Mémoires, VIII, 2/i5); car 
cette brève peut être due à l'influence de yéyovct, d'après l'iden- 
tité du vocalisme de 'XéXonra, XéXonrs et de sppcoya., êppojye', et, 
en vertu de la constance des actions analogiques, si la substitu- 
tion de à w à la S'' personne s'est produite dans un cas unique- 
ment en vertu de causes générales, elle s'est produite dans tous, 
sauf circonstances particulières : opposition de yéycovs et yéyove, 
isolément de sïtJoOe. D'ailleurs, le grec tend en général à éliminer 
le degré long des racines : si le slave manquait pour l'aoriste sigma- 
tique comme il manque pour le parfait, la longue de avàf. (cf. 
v. si. vc'sû) ne serait pas moins isolée que ne l'est celle de uvâlia. 
L'opposition de la brève et de la longue de la i*^® et de la 3^ per- 
sonne du parfait est si peu stable que, même en sanskrit et en 
zend, elle n'est régulièrement conservée que dans les textes védiques 
et gâthiques. Il n'y a donc pas de chance d'en trouver de traces 
dans des langues o\j tout le système des formes a été transformé, 
comme le germanique ou l'irlandais; le latin est hors de cause, 
puisqu'il n'a conservé au parfait que les formes moyennes à voca- 
lisme radical sans e ni o. Quoi qu'il en soit, jajâna yéyove ne 
prouve pas plus en faveur du traitement à que jàjana yéyova. en 
faveur du traitement à; en effet, si la seconde supposition oblige 
à admettre une 3^ personne indo-européenne *giCgiône (ou *gie- 
g^ène?) qui n'est pas démontrée par ailleurs, l'hypothèse de à 
oblige à poser une première personne à vocalisme radical e qui 
est au moins aussi gratuite. Une méthode rigoureuse ne permet 



VARIA. 1/19 

d'utiliser ces formes en aucun sens et Ton doit conclure qu'au- 
cune des preuves alle'guées en faveur du traitement à de i.-e. ô ne 
re'siste à une critique exacte. 



V. — Position dialectale de Tarme'nien. 

La conservation ou le changement des articulations et des as- 
sociations grammaticales que la grammaire historique étudie et 
exprime par les lois phone'tiques et les formules analogiques 
s'opèrent dans le village d'une manière inde'pendante chez chacun 
des enfants qui apprend à parler, et, à l'inte'rieur d'un groupe 
linguistique e'tendu, dans chacun des dialectes isole'ment. Il 
résulte de là deux conséquences bien connues : i° les limites 
d'action de deux lois ou de deux formules ne coïncident pas; 
2° un même changement se fait à des dates différentes suivant 
les dialectes. Il y a donc lieu de rechercher dans quelle mesure 
les particularités phonétiques ou morphologiques des diverses 
langues indo-européennes coïncident avec celles des langues voi- 
sines pour déterminer ce qui peut remonter à des tendances dia- 
lectales indo-européennes, et parla même quelles sont les affinités 
de chacune avec celles qui sont géographiquement le plus rap- 
prochées. 

Cette détermination est spécialement difficile dans les langues 
qui ont subi des altérations profondes, comme l'arménien, parce 
qu'on court le risque de reporter à la période indo-européenne 
ou du moins à des tendances anciennes des faits récents. Si la 
transformation de arm. y- initial en h- était un peu plus ancienne 
qu'elle ne l'est, on serait tenté par exemple de la rapprocher du 
fait correspondant du grec. Il importe donc de s'en tenir aux 
divergences communes à plusieurs langues indo-européennes, et 
l'on en trouve assez pour établir avec précision que la situation dia- 
lectale de l'arménien est intermédiaire entre l'indo-iranieu, le 
lelto-slave et le grec. 

On négligera en général les coïncidences de vocabulaire 
comme ne fournissant pas de preuves certaines; on ne saurait 
rien conclure, par exemple, de la répartition de skr. pràîi, v. si. 
protivû, ion. 'SpoTi et Tupos (de ^-crpoT?) et iran. pati, lit. pas (de 
*pats; à séparer ào pâskiii), dor. ^ssoti et arc. 'zsos (de *'croT?). Il 
convient néanmoins de rappeler que l'arménien possède certains 
termes importants qui ne sont pas ou ne sont plus connus de 
l'indo-iranien : arawr=]a[. arâtnim; «X, cf. v. si. soli; a\t ffsel, 
saline i', cf. got. sait. D'autre part, si les rapprochements avec le 
letto-slave étaient recherchés aussi méthodiquement que l'ont été 
ceux avec le grec et l'indo-iranien, leur nombre serait aisémen' 



1:60 A. MEILLET. 

accru, ainsi arm. bowth fcémousséii, cf. lit. bttîcùs; arm. der « en- 
core w, cf. lit. dàr; kornçim rrje- péris ", cf. v. si. gorjtjï ['l) \ dn- 
klnowm tfje m'enfonce w, aor. an-klay, cf. lit. gllùs, gelme; erk- 
ayn, erlc-ar (dongn, cf. peut-être lit. efdvas; gakt t'en secret w, 
goX fc voleur, xXéTrrrjsv (cf. indo-iran. tâyu-, v. si. tatï; "krjcrlrj? est 
traduit ])av awazah), cf. lette ivilt «tromperie; art rr dehors '5 lo- 
catif de art ff champ 17 (avec t énigmatique au lieu de c, cf. àypSs) 
comme lit. laiikè locatif de laukas; hardam tfje crien, cf. v. pruss. 
gerdaut cf dire r> ; le thème gorti- k grenouille n (instr. gortiw psaume 
77, /i5) répond à lette warde même pour l'ê final; il est donc 
légitime de conclure que le vocabulaire ne fournit pas de raisons 
de rapprocher Tarménien de i'indo-iranien et du grec plutôt 
que du letto-slave. 

Le traitement des gutturales est trop connu pour devoir être 
rappelé [Mém. Soc. ling. VIII, 298). La voyelle 0, qui tend à 
devenir plus ouverte et à se confondre avec a en indo-iranien, 
letto-slave et germanique et qui subsiste bien distincte en grec et 
en italo-celtique, garde son timbre en arménien dans certains 
cas définis et devient a dans les autres, tandis que ô reste tou- 
jours dilïerent de à; la confusion de et a, qui résulte d'une 
tendance ancienne, n'est arrivée à son terme que dans le dévelop- 
pement particulier de chaque langue; elle n'a pu aboutir pour ô 
et à , parce que les voyelles longues avaient pris en arménien une 
prononciation fermée qui a transformé ê en i et ô en u; en litua- 
nien ô n'est resté distinct de à qu'autant qu'il n'est pas en ablaut 
avec e, ê, a : on a donc stôgas, stegiu avec comme jôti, mais diïti; 
une trace de la distinction de et a en lituanien paraît se trouver 
dans venas (cf. oïvtj) avec v- (cf. déjà à ce sujet G. Mahfow, Die 
hngen vocale â ë ô, p. 9) en face de éfikau (cf. arm. ayc) et 
ëfimas (cf. gr. (xi)(^(xtf) ; cf. vâfias (lat. uncus) en face de asà (iat. 
ansa). L'opposition letto-slave, germanique et italo-celtique du 
perfectif et de l'imperfectif ne semble pas apparaître en armé- 
nien, où les préfixes verbaux sont rares, presque exceptionnels; 
mais on y trouve en revanche une opposition du présent et de 
l'aoriste qui rappelle beaucoup celle de l'indo-iranien et du grec 
(cf. l'impératif présent mi berer v yLrj (pépe-n et l'impératif aoriste 
ber ffsvsyxen). L'augment a en arménien un rôle délerminé par 
une circonstance phonétique, ce qui permet de conclure à l'exis- 
tence antérieure d'un emploi libre comparable à celui du même 
préfixe en indo-iranien et en grec homérique. Le parfait est 
remplacé comme en slave par un participe en -la- avec le verbe 
ccêtrei^; les noms d'agents ont une forme en -/- [cnawXkh cf pa- 
rentes w, où -awX- repos esur -âtl-), cf. v. si. -tel- en face de *-ter- 
supposé par le grec et le latin, l'indo-iranien ne permettant pas de 



TARI A. 151 

décision^. Un i.-e. 9 en première syllabe devient a (hayr) comme 
en grec, italo-cellique et germanique, tandis qu'il devient i en 
indo-iranien et ietto-slave;mais la même voyelle tombe en seconde 
syllabe comme en iranien, en lelto-slave et en germanique 
(arm. dowstr, gàtb. diigadâ, v. si. dûsti, lit. duhté, got. dauhtar), tan- 
dis qu'elle subsiste en sanskrit, en grec et en italo-celtique (skr. 
duhità, gr. B-vyctTvp)- 

Le traitement de s pre'sente un intérêt tout particulier. An 
commencement de la syllabe, s devient /* en arme'nien de même 
qu'en iranien et en grec (le même passage en celtique fait partie 
d'un ensemble de phe'nomènes proprement celtiques et ne doit 
pas être cité ici, comme l'a fait M. Hirt, Idg.forsch., IV, kk); le 
passage de s as, qui a lieu en indo-iranien et en slave après r et 
aussi après k, i et u, ne se trouve eu arménien qu'après r; on a 
donc now comme vv6s en face de skr. snusâ, v. si. snûcha; lovcay, 
cf. lit. klaiisaù; nist, skr. tûîàs; mais après r on a s (cf. de même 
s dans lit. virfiùs, v. si. vriïchû) : garkl (cf. \\\. garfius [?]), kharsel 
[Mém. Soc. ling., VIII, 280). Cette loi phonétique de l'arménien 
ne permet pas de maintenir le rapprochement de arm. ayr « uirw 
et zd arsan- ffmàlew; rien n'empêche du reste d'identifier ayr à 
àvifp comme hayr à TSaTrlp et axvr ajoura à *âmôr; le génitif ar/i 
peut sortir de *anr''l„s (gr. àvSpôs) comme khirtn de *swidr-; de 
même le datif-locatif arn de ^anrai ou *anri, etc.; l'instrumental 
aramb, le génitif-datif pluriel ara/iç sont simplement imités du 
type à nasale gain r agneau w; l'accusatif pluriel ars reproduit 
*anr)js, et le nominatif pluriel arkh en est tiré : cf. harkh, hars; 
kltorkh, khors. — Au point de vue des parentés dialectales, il n'est 
pas sans intérêt de noter que l'arménien a le même mot que le 
grec et sous la même forme (avec la prothèse a-), tandis que 
le lituanien, le germanique et le celtique expriment la même 
idée par un autre terme, lit. vyras, got. wairs,y. irl./er, et que 
le sanskrit a les deux : nàr- et vlrâ-, de même que l'italique. Pour 
l'idée générale de ^bommen, l'arménien s'accorde aussi avec le 
grec et lindo-iranien : l'homme est le tr mortels par opposition 
aux dieux ff immortelsi? : skr. màrtas, pers. mard, arm. mard 
(serait *j«arf, s'il était emprunté), gr. (Spores; les autres langues 
généralisent au contraire Tépithète de tr terrestre 15 par opposition 
aux dieux r célestes ^5 : lit. zmogùs, got. guma, lat. homo. — 
Pour Va- prothétique de ayr, cf. ayçanem d'accord avec v. si. 
jiska, lit. éfkau, v. h. -a. eiskôn contre skr. ichàd, zd isaiti. 

Le traitement du groupe intérieur i.-e -ivy- est remarquable; 
dans une partie des langues le u; devient le second élément d'une 

' On sait que les noms crinstriimcnls en *-tlo- qui sont sûrement indo-euro- 
péens mettenl iiors de doute le caractère ancien du sullixe -tel-. 



152 A. MEILLET. 

diphtongue, tandis que dans les autres w reste consonne explosive; 
cf. skr. nâvyas, gaul. novio-, mais lit. naûjas, got. niiijis etskr. sa- 
vyàs, mais zd haoya-, v. si. sujï; l'arménien est ici d'accord avec 
le sanskrit et le grec : kogi tfljeurrei^ repose sur *gow]io- avec w 
consonne, comme ûx. gàvxja- etgr. -(3oio- (c'esî-à-dire *-(3oFyo-); 
ogi (et hogi) tr souffle, esprit» sort sans doute de *owyo-, et", gr. 
avpâ, oCpos, âFskXa.. — Cette différence dialectale repose au 
fond sur un détail d'articulation très mince; on sait qu'à l'in- 
térieur du mot, après un élément bref, une jconsonne placée 
devant une sonante se prononçait double en indo-européen; on 
avait donc *-ow-"'yo- et non *-ow-yo-; le sanskrit divyà- était div^ya- 
et donne pâli dibba-. Le groupe *-ow'^yo- posait un problème; 
en effet un w terminant une syllabe forme en principe diphtongue 
avec la voyelle précédente, mais alors, le w implosif disparaissant 
en tant que w consonne, le w explosif tombait par là même : 
de là *-ouyo- en iranien, letto- slave et germanique; les autres 
dialectes ont conservé la valeur w au w implosif final de syllabe, 
et l'explosion suivante a pu subsister : c'est ce qui s'est passé en 
indien, arménien, grec et italo-celtique. 

Il existe en arménien moderne un accent secondaire sur l'ini- 
tiale, en dehors de l'accent principal sur la syllabe finale du mot. 
Cet accent est fort ancien; en effet : i° Dans les dialectes modernes 
toute voyelle en syllabe intérieure est tombée : arm. mod. tesnel 
de tesanel, etc.; cette loi est commune à tous les dialectes. Une 
preuve curieuse de son caractère ancien ressort du fait suivant : 
le mot Astowac ff Dieu» fait au génitif singulier Astowcoy, contre la 
règle générale, puisque seuls i et u tombent en arménien ancien 
dans les syllabes qui précèdent l'accent, mais non e, o, a; en 
fait, Astowac et Astowcoy sont toujours écrits en abrégé dans les 
anciens manuscrits : «/S-, ui^y., le génûii *Astowacoy n'étant pas 
protégé par l'orthographe a subi l'action de la loi phonétique ré- 
cente; au contraire, le génitif pluriel astowacoç désignant les frfaux 
dieux 15 est écrit en toutes lettres; aussi son a intérieur n'est-il pas 
tombé. — 2" A l'initiale, i et ow terminant la syllabe subsistent, 
comme l'a montré M. Bartholomae : imê, owtem; cette particula- 
rité semble indiquer l'existence de l'accent sur l'initiale déjà en 
ancien arménien; mais, comme la chute de i\ ow et l'altération 
de ë, oy, ea se produisent du reste même en première syllabe, il 
est clair que cet accent secondaire n'avait pas encore en ancien 
arménien l'importance qu'il a acquise plus tard ; il est en voie 
de développement; et par suite on n'a pas le droit de le rapprocher 
de l'accent d'intensité sur l'initiale du germanique, de l'irlandais 
et de l'italique. 

Une s initiale a été assimilée au ^j intérieur devenu une sif- 
flante dans arm. shesowr, cf. skr. çvarrûs'et Vit. fiefiuras; la même 



VARIA. 153 

assimilation paraît s'être produite dans shajiim (^sHsmihn) rje 
commence*^, skizbn r commencement-, qui doit être rapproché 
de gr. t>cù), ixdvo), îxvéo[iOLi (sans F), v. irl. rosiacht ril a atteint-? 
et skr. viçàti, qui supposent la racine *siveik\-, atteste'e par arm. 
*skis-. Le zd hvasura-monire que le passage de *sv- à hv- est anté- 
rieur à l'action de cette loi, qui se trouve par suite n'être pas 
représentée en iranien. 

Les masculins en -à- du slave (sluga), du grec ('SîaiSoTpiër]?, 
opviOoOrjpôis) et du latin [indigena, incola, auriga) reproduisent 
sans doute un type indo-européen e'iiminé d'ailleurs parce que 
la forme en-â-étaitspe'cifiquementfe'minine;le type des masculins 
en -î- ne s'est conservé en dehors du slave (sgdiji) qu'en sanskrit 
d'une manière isolée : rathïs. La conservation de ce type en -â- 
en arménien n'a donc rien de bien probant au point de vue des 
affinités de dialectes; encore convient-il de noter que son emploi 
pour former des noms d'agents est remarquablement pareil aux 
emplois grecs et latins : an-ker "compagnons, gén. dnheri, instr. 
ankeraiv — thag-a-ivor "porteur de couronne, roii, gén. -wori, 
instr. -woraw [-wor n'est donc pas identique à -Çopos ) — an- 
g-ëf r ignorant 75, gén. an-giti. instr. an-gitaw, etc. Ces mots sont 
pour la plupart de création récente, et même beaucoup ont été 
formés sur l'aoriste en -aç- des verbes en -a-; d'après and-hat, 
cf. l'aoriste ehat — srt-a-bek, cf. ehek — amen-a-kaJ , cf. kalaw 
— inkhn-a-boys , cf. bowsaw (cf. gr. isé(pvKa1) — etc. on a formé 
tnkhi-a-kaç sur ekaç aoriste de kal — an-moraç sur moraçaw 
aoriste de moi-anal — kam-a-gnaç sur gnaç aoriste de gnal — etc. 
Ces mêmes verbes tirent leur participe passé de Taoriste en ç : 
kaçeal, movaçeal. gnaçeal , à la différence de ceux en e, par exemple 
gorcel, gocceaç , participe ^orcefl/. 

La sourde aspirée i.-e. kh est en arménien une spirante comme 
en slave : arm. x et v. si. ch sont deux transcriptions différentes 
du même phonème. Le v. si. chosta, chûtèti r: vouloir r?, et le pol. 
chec ff désir "n rappellent arm. xind -joien, xnd^l rse réjouira, 
xndir r question ~, xfl/i^f ^sentiment vif et violent-? (cf. Pedersen, 
Idg.forsch. \ , 5o). 

En somme, l'arménien est fort éloigné du germanique presque 
à tous les points de vue indiqués; il faut encore ajouter que son 
instrumental repose sur une forme en -6A- comme celui de l'indo- 
iranien et du grec et non sur une forme en -m-, comme celui du 
letlo-sla\c et du germanique — et de plus que les dizaines sont 
exprimées par -sown qui répond au gr. -xovry. et non par le 
nom de nombre -dixn lui-même comme en letto-slave et en ger- 
manique. Le parallélisme de la laiitverschiebung germanique et de 
celle de l'arménien est fortuit; car, si la confusion des sonores et 
des ff sonores aspirées r> ne s'est pas produite en arménien et en 



154 A. MEILLET. 

germanique comme en iranien, en lelto-slave et en celtique, c'est 
que les sonores simples 'avaient perdu leur sonorité : kin a l'emme v , 
V. si. zena — tew « durée t^, cf. dor. Soàv, lat. dîidum, dîtrâre, v. si. 
davè (Meillet, Revue bourguignonne, 1896, p. 933 et Ostholf , Wg-. 
forsch. V, 280) — siêp rc presse, hâtew, cf. crlsî^co (pour le déve- 
loppement du sens, voir Bugge, K. Z., XXXII, 61). Ces sourdes 
nouvelles se seraient confondues avec les anciennes, si celles-ci 
n'étaient devenues en germanique des spirantes, en arménien 
des aspii'ées : p est représenté par arm. ph et h, k par kh et h et 
t par f/t^ Toute la ressemblance du germanique et de l'arménien 
à ce point de vue se réduit ainsi au seul fait de la perte de la 
sonorité de b, d, g^, gc,\ caria persistance de la distinction de g 
et de gh, etc. est une simple conséquence du traitement des so- 
nores, l'altération de k, t, etc. n'est pas exactement la même 
dans les deux langues, et la quantité de souffle plus grande em- 
ployée à la prononciation de la spiranle )(^ ou de l'aspirée kh a 
pour effet de mieux marquer l'opposition de la sourde forte an- 
cienne k et de la sourde douce récente issue de g; la même cause a 
produit des phénomènes semblables dans les deux langues; les 
observations de M. Hirt [Idg. Jorsch. IV, /i5) ne sont donc pas 

' En dehors des exemples connus, thekhem, thai)jr, thai-ëam, le traitement 
th de i.-e. t initial en arménien est élabli par les rapprochements suivants : 

Arm. the (ancienne orthographe) «que, sin, cf. v. sax. the, ags. ^ë (accen- 
tué) et fe (atone), lit. te et -< dans be-t, uz-io-t; noter Math., XXll, 17 part 
ë harks tal kayser the oç crè'IecrVir êoUvai xrjvaov Ka/o-ap* rj oi-n, cf. Heliand, 
36 1 4, is il relit the nis? — Math., II, i, harcanèr i nocanè the owr cnanici 
Khristosn rxèiivvdâvsTo -oap' aCrûv isov à ^pialos jsvvStouv; cf. l'emploi prin- 
cipal de ^e en anglo-saxon et en vieux saxon — arm. oc the «non seulement», 
cf. lit. te chez Kur/Jat, Gramm. S h&o. Le slave te dans serbe «er,>pol. tez signifie 
plutôt (t aussi». — La différence de the et ethe rappelle celle de xtivos, BKCÎvoi; 
ethe aurait conservé son e final et son th grâce à l'influence de the. 

Arm. thoyl «mou, sans énergie», thoyl tal «rdonner permission», cf. pol. tulic' 
«apaiser», serbe tuliti «éteindre», skr. tûsntrn «en silence», v. pruss. titsnan 
«stilie», V. si. tunje «en vain, gratis», skr. tuchyds, v, si. tûstt. 

Arm. t/ioAow/ «laisser» , dont le A est dû à l'impératif très employé t/ioA «laisse» , 
cf. V. si. u-toUti «apaiser», lit. tîlti «être silencieux», v. irl. tuilim «je dors»; 
l'étymologie proposée dans ces Mémoires, VIII, i63 est fausse. 

Arm. thanal «mouiller», cf. v. si. tajati «Trjxsffôai», talû «liquide», dor. 
Ta«w «je fonds». Ce verbe est à séparer de thathawel «tremper» que M. Fr. 
Millier a rapproché avec raison de v. si. topiti. {Anneniaca, Vl, p. a, volume 
CXXII des Sitzber. de l'Académie de Vienne, Phil. hist. cl.) 

Arm. thndal «palpiter», thndel «sauter, trembler», thndowmn «pulsus, stre- 
pitus»; ces mots ne sauraient être séparés de la grande famille de lat. tundere, 
stiidêre, skr. tudâti, got. stautan — gr. TtiwToi, lat. slirpëre — skr. tunjati, lit. 
tuzgiù (de *tuzgu, *tug-skô, cf. blizgù de * bhbg-skô) ; mais le d (issu de l) 
fait difficulté; cf. phoyth «diligence», en regard de crwouiîrf. — Arm. thmbir 
«boisson stupéfiante» rappelle aussi lat. stupêre; noter le dénominatif t/im6re/ 
«obstupefieri». 

Les exemples du traitement t-, proposés par M. Bugge, K. Z. xxxn, 67 et 
suiv. , sont tous à écarter pour diverses raisons. 



VARIA. 155 

convaincantes. C'est en indo-iranien (et spe'cialement en iranien), 
en ietto- slave et en grec que les anciens phénomènes phone'tiques 
de Tarménien ont leurs analogues, sans que rien permette de rat- 
tacher Tarrae'nien d'une manière particulièrement e'troite à l'un de 
ces trois dialectes. 



VI. — Arm. dnd. 

Le rapprochement de arm. dnd et gr. svtÔs, signalé comme 
possible Mém. Soc. ling. VII, 1 65, n'est pas appuyé par le sens; 
il convient plutôt de comparer skr. âdlii, got. a7id et und, ags. 
6d, V. h. -a. U7it, lit. ant (cf. de Lagarde, Arm. sf. n°' 826 et 829), 
comme le montre l'analyse suivante des emplois de dnd : 

i° Avec le locatil", sens de travecn : and nma «avec luiw, and 
nosa rr avec eux -n , dnd is rc avec moi w , etc. ; cf. skr. àdhi ft sur n , mais 
aussi Tprès de 75, (/? F, I, 4 7, 7 chez Delbriick, Ved. synt. , p. ù/ia). 
Ce même sens de rravecn est celui de la particule ond dans en-her 
ffCompagnouTî (qui mange avec, cf. got. gahlaiba, fr. compain, 
compagnon, v. Duvau, Mém. Soc. ling. VIII, 192), an-tani rrfa- 
milien7 (de la maison), etc. 

2° Avec le génitif : Math., V, 38, atamn dnd ataman, cf. got. 
tunpu und tunpau pour le sens, et grec abSôvTa àvr) oSovrosv 
au point de vue du cas: de mêmeRois, III, 8, A3, thagaworeaç... 
dnd nora ffe/Sao-ZAsuo-e... âvr] avrovn. Lemploi du génitif dans 
les cas suivants est plus isolé : Luc, V, 36, ond hnoijn çmiahani or 
i normjn ktôÎ zsaXoLiœ où av(Ji<poovïj(jei io £7r//SX>7jtxa lo àtto lou 
xaivovv;dnd-êr tt pourquoi? w. 

3° Avec l'accusatif, sens de tfle long dew et «vers a : Luc, I, 
65, dnd amenayn lemakoXmn rèv okrj 7ï} bpeivfjr), cf. Luc, I, lA, 
gôt. and ail gawi (arm. dnd amenayn koXmans), et en sanskrit R V, 
VII, 36, 1 : 

prlhû prâtlkam âdliy edlie agnih. 

La signification de dnd semble voisine dans dndownel (aor. dn- 
kalay) rrecevoirw de ownel (aor. kalay) fravoir^i; peut-être même 
dans ompem de *dnd-hipem{l) ffje boisn, cf. skr. pibati. Avec l'ac- 
cusatif 3«(/ signifie aussi ftà traversin : Luc, II, 35, dnd kho isk anjn 
anççê sowr ^<tov Se avTrjs Trfv "^^v^vv Sis.Xsvasta.i po(x(paiar). 

[1° Avec l'ablatif, sens de cfdu côté de 75 : dnd ajmê tfdu côté 
droit-^, dnd harawoy koXmanê trdu côté du sud^; cf. skr. àdhi avec 
l'ablatif crdu haut den et lit. ant avec le génitif ffsurw. L'emjdoi 
de àdhi dans rtàd àdhi « pour le rta--n et de ant dans ant gëro r? pour 
le bienn rappelle arm. dnd-êr ffpourquoiîn; cf. plus haut sous 2°. 



156 A. MEILLET. 

5° Avec rinslrumental, sens de ff sous 15 : Luc, VII, 6, çiçetn ba- 
wakan ethe dnd yarhaw imov mtaniçes «ov yàp Ikclvos el^ii 'iva. 
VTTO Tïjv aléyrjv fxov eiiréXOrjsn-, de même ib., 8. — Cf. skr. adhâs 
rrsous55; àdhi signifie plutôt tfsun^ et n'est suivi de l'instru- 
mental que du seul mot sânu : àdhi snûnà, àdhi sniibhis. 

Au point de vue phonétique, il n'y a pas de difiîcultés. 

Le d final de snd répond à dh de àdhi, adhâs. Le t de lit. afd 
est sans doute th et s'oppose à dh de àdhi ; comme dans les exemples 
connus: skr. àdha, àlha; v. si. vogûtî, skr. nakhàs; skr. nâbhis, 
pers. nôf; skr. kakûbh- kakuhàs, v. pers. kaofa; etc. Le â de ags. 
6d a cetle même origine th\ \q d de got. and et und est ambigu. 

Le groupe arm. an- initial pourrait reposer sur n- (skr. àdhi, 
adhàs, got. und, lit. int) ou sur an- (lit. ant, got. and). Ces deux 
formes n- et an- représentent le même degré vocalique; sur la 
prothèse de a, cf. de Saussure, Mémoire, p. 276 : l'exemple le 
plus comparable est germ. *umbi, v. si. 0-^ (avec le traitement 
de n qu'on trouve dans ognjï, chostelû), ob- (avec d'après la 
forme 0- employée devant les consonnes), skr. abhitas en face de 
arm. amh-o\j, gr. à(x(pi, lat. amb-, celt. amb-. L'ancien arm. *and 
aurait dans cette hypothèse subi le traitement des finales de 
mots, comme oç atone dans çê tril n'est pas 15, c'est-à-dire *oçé; 
cf. aussi la préposition arm. c, skr. àcha; car un a prétonique ne 
tombe pas en ancien arménien, mais toute voyelle placée en syl- 
labe finale disparait. 

Le degré en- permettrait mieux encore d'expliquer arm. dnd : 
arm. e devant -n- devient i, qui tombe en syllabe non accentuée 
même initiale, pourvu que dans ce dernier cas il ne termine pas 
la syllabe; cf. dnderkh, gr. êWepa. Or ce vocalisme est celui de 
lat. endo. 

C'est en effet ici qu'il convient de citer cette particule qu'on 
rattache souvent à m, cf. gr. sv. Les premiers poètes dactyliques em- 
ploient mr/o- comme substitut de in-, pour faire entrer dans leurs 
vers des mots tels que imperàlor, impedlre, indicàre [soïl induperàlor, 
iiidupedlre , etc.); c'est un pur artifice et il n'y a pas lieu de con- 
clure de là que endo soit synonyme de in. Les exemples datant 
d'un temps où endo n'était pas sorti de l'usage attestent le sens 
de «vers, sum, ainsi marium endo iacito dans la Loi des Xtl tables; 
cette valeur de endo est celle qu'il a dans les composés oiî il a 
subsisté devant voyelle initiale : ind-àgàre, ind-ipiscl, ind-audî7'e, 
ind-igëre, ind-ulgêre (de algêre, si l'on admet que ce verbe a si- 
gnifié d'abord w souffrira, cf. aXyos, et a été spécialisé plus tard 
dans le sens de ff souffrir du froid n), ind-uere (cf. skr. àdhivaste), 

' V. si. 0- est la fonne employée devant consonne, par exemple dans v, si. 
o-strovû, cf. l'éplthèle homérique rriffco éi» oft(p<puTr? (a, 5o). 



r 



VARIA. 157 

ind-olës,ind-ûtiae; cf. le sens tout diffe'rentcle in- dans inire, inigere; 
devant consonne initiale d'un verbe la voyelle finale de endo- est 
tombe'e suivant la règle ge'ne'rale des fins de mots, tandis qu'elle 
subsiste naturellement en composition nominale dans indigena de 
'endo-gena; le -d- n a pu se maintenir par suite, et endo- s'est con- 
fondu avec in-; le sens seul permet de distinguer les deux pre'- 
fixes dans instâre, insisîere (cf. skr. adhislhâ-), insternere, imminêre, 
inicere, implôrâre (^endo-plôràre) , etc. et inserere, inspicere, etc. Le 
plus souvent le pre'fîxe in- devant consonne est l'ancien endo-; 
ainsi dans inicere, c'est-à-dire injicere, le sens indique le préfixe 
endo : d est tombe' devant j- comme -b- de *amhi- (cf. amb-ire) dans 
amiclre; seulement dans amicirela voyelle radicale a e'te' syncope'e, 
tandis que dans injicere elle a subsisté. — Beaucoup des emplois 
de la préposition in sortent aussi de endo. 

La particule *endh-, *ndh-, *andh- est une forme élargie de 
skr. anu, zd ana, onu, v. si. na, nadii [*nôdhn, cf. gr. -0a), lit. 
nu, nù-, got. ana, gr. dva, olvcm) (cf. aussi indo-iranien ni-, nis-), 
comme le montre le sens de ces mots. Le mot *an-ti (skr. ànti, 
gr. dvTi^ lat. ante) est formé avec un autre suffixe. 



VIL — Arm. hngetasan, çorekhtasan. 

Parmi les exemples les plus remarquables de i.-e. e en armé- 
nien il convient de signaler hige-tasan cr quinze tî (cf. ves-tasan 
cr seize ^^) ; hnge-est un ancien *Am^e- eiréipondkskr. pânca, gr. tsévte, 
lat. qninqiie, v. irl. côic; la gutturale est restée inaltérée devant e 
comme dans la particule indiquant r généralité ti -kh {o-kh, i-kh) 
= skr.-m, gr. re, lat. -que, parce que ,seul, ^j/t est rendu spirant 
par un e suivant [jerm^^S-epixSs). — Le même e se trouve dans 
hingerord [si\ec i restitué d'après Am^) tr cinquièmes, tiré dehinger- 
comme errord t troisième? de erir, et qui a fourni sa voyelle à 
tous les ordinaux suivants : vererord, ewthnerord, etc. Le suffixe -r, 
qui est dans eri-r, hinge-r-, rappelle les collectifs de l'irlandais : 
triar rr collection de trois w, côicer fr collection de cinqw, qui ont 
exactement la même formation, ceux du slave (russe pjâtero), 
mais surtout ^oL fggrs, v.b.-a. fingar, v. isl. jingr ff doigt tj, 
c'est-à-dire le cinquième de la main; ce mot s'oppose à v. h. -a. 
fû$t, cf. skr. panktis, v. si. pestî, lit. kiimste' (de Saussure, Mém. 
Soc. ling., VII, 98), qui désigne l'ensemble des cinq doigts; tel 

1 La cimintanto de ves-tasan en face de vec rsixn rappelle le traitement indo- 
iranien de -k^t- : on sait que, l'ancien -tsl- s'étant dissimilc en -st-, la chuin- 
tante a subsisté non seulement en sanskrit mais aussi en iranien : skr. astàu , 
zd asta; la forme vcstasan porte témoignage de la prononciation chuintante de 
arm. c dans une période préhistorique. 



158 A. MEILLET. 

était le sens de i.-e. ^pénk^e lui-même, qui a parmi les noms de 
nombre une place à part, puisqu'il est le premier des inde'clinables 
(cf. en slave le premier des abstraits : petî, etc.). — La chute de 
la voyelle intérieure dans yisown rrcinquantei' s'explique en par- 
tant de l'ê intérieur de gr. 'zssvTrfKOVTct , skr. pancàçàt-, zd pan- 
câsat- : cet ê donne en arménien i qui tombe à l'intérieur du mot, 
soit *hingisown, *hisown (orthographié yisown). 

La conservation de e dans çoreMi-tasan tt quatorze ^^ est exacte- 
ment comparable à celle de hnge-tasan; on a de plus çorekh-ha- 
rkvr cf quatre cents r- et çorekh-ean tf tous les quatre ti. L'élément -ore- 
de çorekh -répond à -opes de dor. rsTopes, -or de lat. q^iatluor 
{*k.,3twores) ^ cf. v. irl. cethir, \. h, -a. for; la chute de l'e dans le 
simple çorkh atteste que le signe du pluriel -kh n'était suivi d'au- 
cune voyelle; cette conclusion concorde avec celle que l'on peut 
tirer de nokh~a, aynokh-ik : aijnkh [de*aynokh), cf. nor-a, aynor-ik : 
aynr (de *aynor); nos-a, aynos-ik : ayns (de *aynos)\ aynç au lieu 
de *aynoç est analogique, comme le montre getoc. L'opposition de 
la forme fléchie çorekh- et de l'invariable *hinge- répond à celle 
de gr. TSTopes : 'aévre, skr. catvuras : pâfica, etc. : le -kh qui ca- 
ractérise en arménien le nominatif pluriel a donc été ajouté en 
un temps où l'ancienne désinence du nominatif pluriel subsistait 
encore , et antérieurement à la chute de toute voyelle en syllabe 
finale. 

L'initiale ç- de çorekh- fait difficulté. Il ne peut s'agir de ^2- 
devante, puisque, dans cette position, k^ donne kh et non c; du 
reste un e initial ou intérieur ne tombe pas en ancien arménien; 
il faut donc admettre que ç repose ici sur *kt- ou *ktw- et par 
suite que çorkh répond aux formes sans e qui sont attestées en 
indo-européen sous deux aspects : *ktwer-, dans zd âytmnjo^ gr. 
TpaVe^a (c'est ici que prend place arm. çorkh) et *k^9twer- dans 
lat. qunttuor, slave *cîttjre (tch. clyri), gr. hom. zria-vpss; au point 
de vue du vocalisme , cf. arm. tasn « dix n , si. *dïset- (russe dvàdcat', 
Iridcat' et dvênàdcat', pol. dwanascie) en face de *k^into- trcentn 
de *dk^nito- et de Séxot, skr. dâça, etc. — skr. dàhati, lit. degii, 
V. si. hgçi, lat./oMêre (avec o subsistant régulièrement devant w 
issu de gji) et v. si. ztgg, lai. fauilla — v. si. dîbrï, gr. TciÇipos 
(féminin comme le mot slave) — etc. 

La forme hom. 'Tslcrvpe? appelle une explication; -avp- est le 
traitement régulier de *-tw°r- intérieur; le -o-- simple s'accorde 
bien avec la forme connue de yrjdoavvos, yrjdoa-vvt] ., 'zsiavvos 
où -avv- repose sur *-tw°n-. Quant au i de la première syllabe 
'ai-, on n'a pas le droit d'y voir un traitement normal de i.-e. a; 
le seul cas comparable, celui du type verbal 'zskvotfxai : •crerao-cra, 
cf. lat. patëre, peut être dû à l'imitation de (TxlSvtiyn : crxéScKJo-oi , 
où se sont confondues deux racines indo-européennes *sked- et 



VARIA. 159 

*skeid- (cf. *skheid-). En revanche, il est admissible que *k^3- ait 
donné xv-, comme *kc^''l- a donne' xvX- dans xvXico et *^<>°n- yuv- 
dans yvvï]; cet y a e'té dissimile' en * par Yv de -(xvpes d'après 
la loi connue (ainsi déjà J. Schmidt, K. Z. XXV, 68). Quant au ■cr 
initiai, il est probable que Tancien *k.,3- est devenu *ku-, *ki-, et 
que c'est *ki- qui a repassé à *A-"'î- (d'où -cr^-) sous l'influence 
du k"- des autres formes du nom de nombre tfquatreu en grec. 

A. Meillet. 



ÉTYMOLOGIES GRECQUES ET LATINES. 



Tv(xv6s. 

De même qu'une femme qui ne met rien sur sa têle dit qu'elle 
est ften cheveux ii, de même les Grecs disaient d'un homme qui 
n'a rien sur le corps qu'il est yv/ivos, c'est-à-dire cren membres w. 
La parenté de yuixvos et de yv7a était probablement encore sen- 
sible aux Grecs. 

Il n'y a donc pas à chercher de rapport avec le sanscrit nagna 
ni avec le latin nudus. 

Comme exemple du suffixe fivo ainsi employé en qualité de 
suffixe secondaire, je citerai (3éXs[xvov (de (2éXos). 

H âfÂTreXos. 

En lisant la Syntaxe de Delbrûck, il m'est venu une idée que 
je soumets aux botanistes de la Société, 

Delbrûck fait remarquer qu'en sanscrit les noms d'arbres sont 
généralement du masculin, tandis qu'en grec et en latin la ten- 
dance à leur donner le genre féminin est visible, alors même 
que, par leur désinence en os, ils sembleraient devoir appartenir 
au masculin. Il suffit de rappeler les noms comme âfXTreXos, 
aTTios, /SaTOs, a-vJtd[xivos , et en latin malus, pomus, ficus, cera- 
sus, etc. 

Je me suis demandé si ce n'est pas la greffe, venue d'Asie Mi- 
neure, qui, par une association d'idées facile à comprendre, a 
suggéré le genre féminin aux premiers pépiniéristes. 

Semantica. 

Homère {Od., XVII, 66) emploie le verbe (SvaaoSofxevetv, qui 
signifie littéralement «inlus œdificaren, dans le sens de tf mé- 
diter, complotera. Il est question des prétendants qui accueillent 
Télémaque avec de belles paroles, mais qui en dedans méditent 
le mal : 

EctdX' âyop&iovTSs , Haxà Se (ppe^i ^v(T<joh6uevov. 



ÉTYMOLOGIES GRECQUES ET LATI.\ES. 161 

Et ailleurs : 

ÀAA' dxéœv xlvi](7s xâptj , xaxà ^vaaohonsùœv. 

Od.,X\U, /i65. 

Sauf la nuance péjorative, nous avons ici exactement la même 
expression que dans le latin industrius, qui vient, comme Corssen 
Ta montré, de indu et struere. 

La même métaphore a fourni le verbe yiriyjxvdo}. 

Bâtir est donc ici l'image employée. Ailleurs c'est tisser (et nous 
disons encore r tramer un complot»). 

Une métaphore non moins usitée est planter. Télémaque dit 
{Od., XVII, 82) : tfSi je réussis à leur planter mort et trépas» : 

£{ hé a' èyœ tovtokti (pàvov holi K>;pa (pvTeùffdo. 

Il est un mot français qui, par le son comme par Tétymologie 
dernière , rappelle ce (pvrsvco. Le peuple , malgré les siècles écoulés , 
malgré les progrès plus ou moins rapides de la civilisation, va en- 
core chercher ses métaphores aux mêmes sources naturelles. 

/ parasite devant un r en grec. 

Il n'est pas nécessaire de supposer que ;^e/p soit pour x^po-. 
Le grec développe quelquefois un i parasite devant le p. Il peut 
même arriver que le p disparaisse et que Yi parasite subsiste. 
C'est ainsi que àpvvpLai cr prendre» est devenu atvvfxai', que dp- 
véofxoLi r nier, refuser» a donné àva.ivo(iai\ que (lapTvs ff témoin» 
a donné en crétois yLCthus. Il n'est pas non plus nécessaire de 
supposer que la préposition v-nsip représente une forme plus 
complète vTrépi; il se pourrait que ce fùl une simple variante de 
prononciation pour Cirép. Ainsi s'expliquent aussi les formes 
eipos tr laine -^ à côté de epiov; elpvco retirer» à côté de e'puo;. 

Pour revenir à x^'P' nous avons la forme pure dans xtpai^ 
yspoîv^ dans l'ionien X^p<>?, àdiUS, yépvf^^ ^spoTr'XvxTOS , etc. 

La parenté que nous avons conjecturée entre ^ép et y^pdoiiat 
s'en trouve encore confirmée. 



ToXjMaw. 

Nous avons l'habitude de distinguer entre le courage actif, qui 
va au-devant du danger, et le courage passif, qui consiste à sup- 
porter la mauvaise fortune avec égalité d'àme. Quoique })Ouvant 
exister chez le même homme, ce sont, au fond, deux sentiments 
différents, comme on peut le voir en observant où conduit l'exa- 
gération de l'un et de l'autre. Poussé trop loin, le courage actif 

MKM. LING. — IV. 1 » 



162 M. BRÉAL. 

aboutit à ia témérité; ie courage passif, porté au delà de la juste 
mesure, dégénère en apathie. 

On s'allenàrait à voir le langage reproduire dès les plus an- 
ciens temps une distinction si naturelle; mais il n'en est rien. 
Dans la langue d'Homère, les deux idées ont l'air de se confondre, 
et le même verbe TOÀfxan), qui veut dire «oserw, signifie aussi 
'f supporter T). 

Au dixième chant de Y Iliade, Dioraède, qui veut tenter une 
expédition contre lesTroyens, fait appel à ses compagnons. Ulysse 
se déclare prêt à le suivre : 

ffLe courageux Ulysse consentait aussi à se jeter parmi les rangs des 
Troyens : car il avait toujours eu en lui une âme audacieuse.» 

\l6eXe S' à rX^j^xcov OSuceùs Ka.ra.Ziivixi ÔixiXov 

Tpwwv aiei yàp oi èvi (ppeai ^-vf/ôs èrôX^a. 

Ici ToXfxctM, avec son congénère tXïJ^wv, marque le courage 
actif. Mais c'est le courage passif qu'exprime le même verbe dans 
le passage suivant, où Ulysse s'exhorte à la patience (XX, 19) : 

ff Souffre-le, ô mon cœur : tu eu as souffert de pires quand l'invincible 
Cyclope dévorait mes nobles compagnons. Tu l'as cependant supporté 
(èT(JAfxas), jusqu'à ce que la ruse m'ait fait sortir de l'antre où je pen- 
sais mourii'.n 

TsrAaÇj §j), xpatirj' «ai KÛvrepov àXXo Tsor' érXyjs, 
HjuaTj TM, ÔTS (j.ot fiévos aays'ros i^adie KvxXoûip 
iÇ'difJiOvs eTâpovs' «rù S' èràAfjias, Ô(pp(t ae p-fjTts 
È^âyoLy' el âvrpoio, àïô(isvov ^avéecrÔat. 

C'est ce second sens qui, chez Homère, est de beaucoup le 
plus fréquent. L'audace, sans la patience, serait une arme in- 
suffisante; de même que le courage du montagnard ou du marin, 
celui des héros d'Homère est fait en grande partie d'endurance. 
C'est ce qu'exprime le verbe ToXixdo). 

Le même sens s'est conservé dans la poésie gnomique. Théo- 
gnis (v. 691) dit : '' 

ffU faut supporter ce que les dieux envoient aux mortels.» 
ToAfxav ^prf rà hi^ovm Q-soi dvrjToTai ^ponoïaiv, 

et ailleurs (v. 1029) : 

tfSois endurante, ô mon âme, dans le malheur, alors même que tu 
souffres ce qui ne peut être enduré. » 

TéAfxa, .S-vf/è, HaHot(Tiv, 6fx&)s àrXijTa TSSTvovOcbs. 

Mais, dans la langue ordinaire, on sait que TÔXfi-n et "voXyLoio 
ont changé de sens. Ils sont devenus les termes consacrés pour 



ÉTYMOLOGIES GRECQUES ET LATINES. 163 

désigner l'audace, et une fois colorés de cette nuance, ils ont pu 
marquer un défaut aussi bien qu'une qualité. 

fîll n'y a personne qui soit aussi audacieux et aussi éhonté», 
ovSéva. ovt' àvala-yywov ovts ToXixrjpov ovtoos elvoii, dit Démo- 
sthène, en associant les adjectifs dvai(7)(yvT05 et ToXfxrjpos , comme 
ailleurs ToXfxa, est associé par lui à l'impudeur, âvaioeia. 

Nous avons donc ici un exemple du chemin parcouru par un 
mot, puisque la même racine à laquelle le français doit la tolé- 
rance, et l'allemand die Geduld, donne en grec des mots signifiant 
tf témérité fl et cf effronterie 75. 



Materie.s. 

Dans un récent travail , M. Osthoff fait venir le latin materies 
de la racine dmà trbâtinî. Il trouve cr presque ridicule:^ [fastspass- 
haft) l'explication donnée par nous, qui rattache materies au mot 
tnater rla mèrew. 

Ridicule? cela est bientôt dit. Notre savant collègue paraît avoir 
le rire facile. 11 semble qu'il fasse ici bon marché d'une source 
importante du vocabulaire, savoir la métaphore. 

En toutes les langues, le mot cr mèrew a fourni des images aux 
différentes professions. Je rappellerai en allemand : 

Mutterast « mère-branche -n , 
Mutterharz rgalbanumu, 
Mutterlauge n eau-mère v , 
Mutterstock r ruche-mère ^ , 
Perlmutter rla nacre n, etc. 

En anglais, mother-of-pearl , inother-water, mother-lye, etc. 

En français, le même mot est employé par les mouleurs pour 
désigner le moule destiné à donner de nouveaux modèles, par 
les vinaigriers pour la membrane qui se forme à la surface et 
sert à la fermentation, etc. 

Columelle explique très bien que c'est le bois nouveau qui se 
produit après la greffe. C'est en ce sens que Pline (XVI, 98, 5i) 
dit : Tarde senescunt quorum crispa materies, ut acer,palma, populus. 
Et Columelle lui-même (V, 1 1) : Itesecta arbor inter libnim et ma- 
teriam semina admittit. 

M. l'abbé Housselot me fait remarquer que la nuance primitive 
s'est conservée dans le français merrain [= materiamen) , qui dé- 
signe, non seulement le bois pour faire les planches, mais en- 
core, en terme de vénerie, la matière dont sont faits les bois du 
cerf. 



16d 



M. BREAL. 



Virago. 



Le latin avait une provision de mots en âgo, îgo, îigo signifiant 
ffune production, un amoncellement, un amas 77. C'est ainsi 
qu'il a : 

plunibago , 

carrago , 
farrago , 

rubigo , 

fuligo, 

œrugo , 

salsugo. 

C'est peut-être dans les mines que les premières formations de 
ce genre sont écloses; car je ne suis pas e'ioigné de croire que 
earrago a désigné d'abord rune cliarrete'en et que plumbago a si- 
gnifie' ffune poussée de plomb:? (du verbe agere)^. 

Le suffixe -âgo a pris un sens péjoratif, qui vient précisément 
de celte idée d'amas et d'amoncellement. Virago, c'est toute une 
cargaison de femme. Ailleurs, le même suffixe, en vertu de son 
sens péjoratif, a servi à nommer des maladies : lumbago, impétigo, 
aurugo. Avec des noms de plantes [citrago trie persil ti, trixago 
et la germandréer)), il marque la mulliplication rapide. 

Imago. 

Ceci nous permet de noter un trait de psychologie populaire. 

Le mot d'image éveille en nous, hommes modernes et civilisés, 
un cortège d'idées gracieuses et agréables. Mais il n'en a pas tou- 
jours été a'msi. Imiter s'est pris à l'origine en un sens défavorable. 
Imiter, c'était tracer quelque chose qui n'avait point de réalité, 
par suite, une œuvre de mensonge; ou bien encore, c'était contre- 
faire, c'était créer quelque ressemblance, peut-être dans une in- 
tention hostile. Les peuples barbares ont encore aujourd'hui celte 
défiance à l'égard du crayon ou du pinceau. 

Ainsi s'explique, à la suite de la syllabe im, empruntée à im- 
it-ari, la présence d'un suffixe péjoratif. 

ENCORE LE PASSIF LATIN. 

On se souvient que Cicéron, dans son Dé Legibus, se donne le 
plaisir de supposer d'anciens textes de loi conçus dans l'esprit 

' C'est ainsi qu'on dit agcre foUa rr pousser dos feuilles 55, agere spumas 
«écumer». 



ÉTTMOLOGIES GRECQUES ET LATINES. 165 

de sa République idéale. Il a soin, en les imaginant, de leur 
donner une forme archaïque. 
■ Parmi ces textes de loi, il en est un ainsi libellé : 

Regio imperio duo sunto : iique prœeiindo jiidicando, consulendo 
prœtores , judices , consules appellantor. 

Cic. , De Leg., III, 3. 

Dans la longue liste d'impératifs que Cicéron fait défiler sous 
nos yeux, appellantor est le seul qu'il ait terminé en ior. Partout 
ailleurs il emploie la terminaison -to : il met, par exemple, txiento, 
patiunto. C'est qu'ici IV du passif était indispensable; appellanto 
aurait donné un faux sens. 

Il ne faut donc pas traiter l'addition de cette lettre comme une 
sorte de legs du passé, explicable par d'anciennes formes san- 
scrites. Cet r est une addition de fraîche date, qui change totale- 
ment la signification du verbe. 

Ce qui prouve encore que l'addition est récente, c'est que le d 
des vieilles formes est déjà tombé. 

Amare. 

Le premier verbe latin qu'on apprend au collège est le verbe 
amo. On aimerait d'en connaître le sens primitif. Je crois qu'il 
signifiait à l'origine a fréquentera ou fcapprocherw. Virgile, qui 
est la source la plus précieuse en matière de sémantique latine, 
l'emploie encore en ce sens : 

Litlus ama . . . 

ce qui veut dire : tr Tiens-toi près du rivage:?. Horace a dit de 
même : 

amatque 
Janua limen , 

c'est-à-dire tria porte tient contre le seuil n. 

T/adjectif amicMs, dont la formation a quelque chose d'insolite, 
s'explique si l'on y voit un dérivé comme antlcus, posiicus. Nous 
sommes amenés à supposer pour une époque plus ancienne 
quelque adverbe signifiant f auprès n, qui plus tard a été évincé 
par prope. 

On comprend aisément comment de l'idée d'approcher on a 
passé à celle de fréquenter, puis d'aimer. Il faut encore remar- 
quer le composé adamare, dans lequel le préfixe ad rappelle le sens 
originaire. 

Il y a sans doute lieu de rappeler qu'en sanscrit il existe un 
adverbe amà rauprès^, d'où amâ Ir r prendre auprès de soi^, 
amàlja r compagnon n, amàvasjâ «conjonction de deux astres w. 



166 M. BRÉ\L. 



Candida me docuit nigras odisse puellas. 
Scripsii Venus Fisica Pompeiana. 

Cette inscription a beaucoup occupé tous ceux qui, à des points 
de vue divers, ont traité de Pompéi et de ses graffiti. Je me sou- 
viens pai'ticulièrement de certaines considérations morales aux- 
quelles le savant et regretté Beulé s'était livré à l'occasion de la 
tf Vénus physique" adorée par les habitants de cette ville de 
plaisir. . . 

Je ne rechercherai pas si une épithète de ce genre — une Vé- 
nus physique opposée à quelque Vénus intellectuelle ou morale 
— est d'accord avec les idées des anciens. Une distinction qui 
peut n'être point déplacée dans un dialogue de Platon semble- 
rait bien extraordinaire à l'endroit où on l'a trouvée, Mais je crois 
qu'il faut rapporter l'adjectif à un tout autre ordre d'idées, qui 
réhabilitera peut-être quelque peu la malheureuse cité. 

On connaissait à Iguviuni un dieu nommé Fisus Sancius ou Fiso- 
vius Sancius. Or une des particularités les plus curieuses des vieux 
cultes italiques, c'est que le nom d'une divinité se retrouve ail- 
leurs appliqué à quelque autre dieu , avec ce changement que de 
substantif il est devenu adjectif. Ainsi, à côté du dieu Çerfus on 
connaît à Iguvium une Prestota Çerfia et une Tursa Çerfia. 
A Rome, à côté de Jupiter on honore un Hercule Jovius et une 
Vénus Jovia. Est-ce un rapport de paternité, de mariage, ou sim- 
plement la cohabitation sous le toit du môme sanctuaire? Nous 
ne savons; mais le fait est constant. Or le dieu Fisus a pareille- 
ment donné naissance à un adjectif Fisius, qui, à Iguvium, est 
donné à la colline [ocris Fisius) où est placé le temple, et qui 
pouvait très bien devenir aussi l'épithète de quelque dieu. De 
même qu'on honorait à Rome une Venus Jovia, de même une Venus 
Fisia, à Pompéi, n'a rien d'impossible. La seule difficulté est qu'on 
a Fisica au lieu de Fisia; mais on a cœlicus dans le sens de cœlestis. 
Peut-être aussi y a-t-il faute de lecture, pour Fisiia. 

Quant à cette formule étrange : Scripsit Venus Fisica, je crois 
qu'elle se rapporte à la coutume des anciens de mettre sous la 
garde des temples les contrats dont on voulait assurer l'exécution. 
Par une plaisanterie facile à comprendre, ce contrat amoureux 
reçoit la garantie do Vénus Fisienne. 

Un sens spécial du \ crhe J'acio. 

On sait que la ville de Pompéi fut engloutie en pleine période 
électorale. Nous devons à cette circonstance un certain nombre 



ÉTYSIOLOGIES GRECQUES ET LATINES. 167 

de renseignements sur les mœurs et le langage des e'iections ^ 
Entre autres, un sens spécial du verbe /acio. 
On connaît ces inscriptions parie'taires : 

Caupones , facite . . . 
Pomari , facile . . . 
Lignari , facite . . . 
Unguentari , facite . . . 

Et ailleurs : 

Oro vosfaciatis. 

Le sens qui ressort de ces inscriptions est clair. Facite veut 
dire, non pas cf votez -o, ce qui donnerait un sens insuffisant et 
faible, mais r tenez-vous bien, groupez-vous w. En langage mo- 
derne : Pas de division ! pas d'abstention -! 

On comprend dès lors la force du moi factio. Ce qui caracte'rise 
la faction, c'est le lien, c'est le pacte qui rattache entre eux tous 
les adhe'rents. 

L'adhe'sion d'un seul pouvait s'exprimer par ce terme. Plusieurs 
électeurs de Pompéi ont cru utile d'e'crire sur les murs : N. N. 
gaudens facit , cupidus facit , cupidissimus facit. 

On peut rapprocher certains passages de Cicéron, d'Ovide, de 
Quintilien, oiî facio incline vers cette signification. Je citerai 
seulement ces mots de Cicéron, parlant du parti recruté par Cé- 
sar : ff Omnes damnatos, omnes ignominia affectos illac facere-'w. 

On voit déjà quel est le composé qui exprime le contraire : 
c'est deficio. Le mot est encore usité chez nous. Ce qu'une faction 
ou un parti est le moins disposé à pardonner, c'est la défection de 
l'un des siens. 

Si l'on demande maintenant comment /«cere a pu arriver à ce 
sens, je crois que la réponse doit être cherchée dans quelque an- 
cienne locution plus complète, qui s'est abrégée par l'usage. 
C'est l'explication de beaucoup de problèmes de sémantique. 
Agere, par exemple, a pris le sens de frjouern, parce qu'il est 
pour agere partes. 

Michel Bré\l. 



' De Nad.'jiiinc, La dernière élection municipale à Pompéi, 1893. 
- Anglais to hold together, allemand zusammenhalten. 
' Ad Alt., VII, 3 {c.irca med.). 



168 MÉLANGES. 



MÉLANGES. 



Français Madré. 

Los métaphores font partie de la psychologie populaire. Elles 
méritent donc d'être étudiées avec soin. Mais il ne faut pas nous 
attendre à de grandes découvertes. Le langage nous apprend gé- 
néralement ce que nous savions déjà. Quand il a l'air d'énoncer 
un paradoxe, ou simplement une nouveauté, c'est nous probable- 
ment qui ne le comprenons pas. 

Mais les métaphores du langage ont besoin d'être encadrées, 
c'est-à-dire qu'il faut restituer pour chacune le milieu dans le- 
quel elle a pris naissance. 

C'est chez l'ouvrier en bois qu'a pris naissance Tépithète de 
madré. 

On tiavaille le bois pour en tirer toute sorte d'ouvrage ■;. Le 
bois peut être plus ou moins dur, plus ou moins noueux : quelque- 
fois il oppose une résistance tenace, c'est quand il ei^t madré, c'est- 
à-dire formé du cœur ou de la racine de l'arbre. Ce cœur ou cette 
racine, reconnaissable à certaines veines, bigarrures ou taches, 
c'est ce qu'on appelle le madré. Créer des difficultés, résister à ce 
que d'autres demandent légitimement, fatiguer par la longueur 
de ses délais et la dureté de son naturel, ne sont-ce pas là les 
vrais caractères de l'homme madré? 

Bernard Palissy l'emploie encore dans son sens primitif, ffll 
faut, dit-il, que tu me confesses que le bois d'érable est plus ma- 
dère, figuré et damasquiné que nul autre bois.r» 

La même idée se retrouve dans l'adjectif retors. 

Michel Bréal. 



DE LA SURVIVANCE DE L'ACCUSATIF DU GERONDIF EN FRANÇAIS. 

Dans le dernier numéro de ces Mémoires, tome IX, fascicule i, 
page 95, M. Bréal cite un certain nombre d'exemples de la sur- 
vivance en français du gérondif latin et ajoute que cette tournure 
était fréquente en ancien français. 



MÉLANGES. 169 

Je crois, en effet, que Ton peut encore citer comme survivance 
de l'accusatif du gérondif en français, la mention cite'e par Henri 
Estienne dans son traité de la Conformité du langage français avec 
le grec, pages i85 et 186 de l'édition publiée par Léon Feugère, 
Paris, Delalain, i853, in-12, il gèle à pierre fehdarit , c'est-à-dire 
jusqu'à fendre la pierre, tisque ad petram Jindendum. 

Au reste, cette locution avait déjà frappé Henri Estienne, car 
il ajoute à la page 186 de l'édition précitée : r Quant à cette fa- 
çon de parler, il gèle à pierre fendant (en laquelle aussi nous 
devons observer une application estrange de ce participe /e/u/rtHî), 
il ne me souvient pas bonnement en quel auteur grec je l'ai 
leue. . . w, etc. 

Henri Le Foyer. 



Fr. fous fol = lat. follis follem. 

On a essayé de diverses façons de passer du sens de rr souffleta 
à celui de «fou^ : l'intermédiaire de Darmesteter rrqui grimace 
en gonflant la boucher n'est guère vraisemblable, et celui de 
Diez tf qui n'est gonflé que de vent 11 est bien psychologique. Peut- 
être est-il plus simple de rappeler que \c follis est le gros ballon 
de jeu, d'usage courant à Rome à partir de Pompée [Athénée, I, 
p. i/i f). 11 va et vient d'une course insensée; souvent il dévie 
hors de la piste et va se buter au premier obstacle venu; il n'a 
point de direction propre et marche au gré de qui le pousse; il 
sert de jouet à ceux qui se le renvoient : autant de traits qui 
conviennent parfaitement à la physionomie du w foun. 

V. Henry. 



L'INDICATIF PRESENT DU VERBE ETRE 

EN NÉO-GREC. 



Parmi les phénomènes divers que pre'sente la conjugaison néo- 
grecque, ceux de i'indicalif présent du verbe ce être w méritent de 
fixer spécialement Tattention du linguiste. En regard des formes 
anciennes : 

Singulier: i. elfxî, Pluriel: i. éa-fjiév, 

2. s7, 2. écris, 

3. £0-7/, * 3. siaî^, 

la xoivtf moderne offre comme paradigme : 

Singulier: i. eifxoLi, Pluriel: i. eïfjtacrls, 

2. siaaiy 2. elale, 

3. eivoLi, 3. eiva.1. 

Nous allons" examiner ces formes séparément en nous efforçant 
de dégager les différentes phases de leur développement histo- 
rique. Pour les abréviations et les renseignements bibliogra- 
phiques, cf., sauf indication contraire, Et. ng. -, p. cxxi sqq., 
et Essais, I, p. ^ sqq. 

I. PREMIÈRE ET DEUXIEME PERSONNES. 

S l""". — Singulier. 

Une des premières modiGcations au paradigme ancien a porté 
sur la deuxième personne du singulier. Deux équivalents rem- 
placent, chez Constantin Porphyrogénète, la forme classique et : 
ce sont eïs^ et daat'^. 



' Pour les formes dialectales, cf. Kiihner '', II, p. aaS et suiv. 

- Etudes de philologie néo-grecque, publiées par Jean Psicbari. Paris, Bouil- 
lon, 1892. 

3 ETsGeds, I, 348, a3; eh 0eds, 1,348, i5; 35o, 5, 8, 10, 12, i4, 
16, 19, 24; 35i, 19, 23; 355, 12; 366, 19. 

* Elae tsciTplxtos , I, 25o, 10; elae ôSslva, I, 253, 3 (3); cf. 253, 4 (a); 
a64, 21, 22 (2); 266, 22 (4), 23. 



L'INDICATIF PRÉSENT DU VERBE ETRE EN NEO-GREC. 171 

Comment expliquer e7s? On trouve déjà cette deuxième per- 
sonne chez Homère et chez He'rodote ^ ; mais les conditions dans 
lesquelles elle se présente ici excluent l'hypothèse d'une imita- 
tion savante, déjà peu vraisemblable en elle-même: l'auteur, en 
effet, ne parle pas en son nom, il rapporte seulement les cris de 
la foule. Sommes-nous en présence d'un dialectisme conservé par 
tradition orale ? De telles explications cadrent mal avec ce qu'on 
sait par ailleurs du développement du grec ; je persiste à croire 
qu'il est logique de n'y recourir qu'avec une extrême circonspec- 
tion, en s'entourant de toutes les garanties possibles et seulement 
lorsque toute autre explication normale fait défaut. Or ce n'est 
pas ici le cas; on conçoit facilement que ef soit devenu sis par 
analogie des deuxièmes personnes de l'actif : ypdÇisis, eypaC^es, 
êypai^/as, etc. L'ionien sis, auquel il vient d'être fait allusion, 
les formes (prfs, sh ^ tu vas 17 , les deuxièmes personnes elles-mêmes 
ypdÇ:si5, ti9ï]s, etc. (au lieu de *yp(xÇ>si, *ri6tj et, d'après eypa- 
(pes, STiôi]?^-^) ne sont pas autre chose que les diverses mani- 
festatifins du même principe analogique, dont il est intéressant 
d'observer ainsi, à travers les âges, la constante application-'. 

Quant à eJa-ai, cest une deuxième personne créée sur le mo- 
dèle des verbes à désinences passives, par un procédé susceptible 
de se formuler ainsi : êKSifxrjv : tjfÀVv * = xeiao^ai : eaofxai = 
xeîacti : slcrcti. Son apparition semble postérieure à celle de e?is; : 
l'analogie du passif était en effet plus lointaine que celle de ypd- 
(peis, eypaÇiss; de plus, la fortune ultérieure des désinences 
passives permet de croire que, si la forme sJaai avait été la pre- 
mière créée, sïs ne se serait sans doute pas produit. On remar- 
quera, d'autre part, que l'apparition de elaai n'implique pas 
nécessairement, au moment où elle a lieu, la disparition de et 
et l'existence exclusive de sis; le résultat de la proportion établie 
plus haut restait le même, quelle que fût, de eJ ou de eJs, la 
forme alors en usage. 

Quoi qu'il en soit de ce dernier point, un fait paraît certain : 

' Cf. Kùhner^, II, p. 22 4 et 226. 

•' Cf. Kûhner\ II, p. i/i. 

^ V. Henry, Gr. Comp., S 2^9. — Est-il besoin de dire que jo ne date pas 
du x" siècle l'apparition de els dans le domaine néo-grec? Il y aurait à cela de 
sérieux obstacles : l'insuflisance forcée des données chronologiques qui ont be- 
soin, en ce qui concerne les deux premières personnes du singulier, d'acquérir 
en extension ce qui leur manque en fréquence; le nombre restieint des textes 
dépouillés ici; enfln, le caractère même de l'analogie en question, qui dut se 
produire d'autant plus tôt qu'elle s'offrait très naturellement à l'esprit. 

'' Cf Kùhner,II,p. 229, S. Port., p. 207, Chron. Pascb. , 3 , 189, g.Const. 
Porph., III, i3i, 21 ; iiaOa Matth., 26, 69, Marc, i4, 67; ijfieOa. Sept. Ba- 
ruch., 1 , 19, Ma\a\.,holi, 6, Mosch., 8096 D (corriger Sopboclcs, s. v, e/fx/), 
etc. Dans Podrome, le paradigme de l'imparfait, est: sing. 1, -^firiv, viiovv, 
3. ■fiaovv, 3. ^Tov; plur. 1. absent, a. absent, 3. fiaa.v. 



172 HUBERT PERNOT. 

la coexistence, vers le x® siècle, de sis et de ela-ai et la rapide 
extinction de s7$, que nous ne retrouverons plus désormais. On 
verra l'analogie qui a cre'é eïa-txi s'étendre progressivement à cha- 
cune des autres personnes et niveler ainsi tout le présent de Tin- 
dicalif. La forme eifxi sera maintenant la première atteinte et de- 
viendra slixai. Il semble bien, en effet, que, de ces deux créa- 
tions nouvelles, sla-ai et stycai^ celle-là ait été la première en 
date. Le fait tient peut-être à ce que les formes de la deuxième 
personne, antérieures à eïcrai, étaient monosyllabiques et, par 
conséquent, s'éloignaient plus que eîyii du reste du paradigme. 
€ette antériorité de eïarai est confirmée par les textes que j'ai 
dépouillés, par Spanéas I notamment ^ 

Span. I, eïa-ai, constant : 2Ù, 28, 62, 97 (2), 98, 11^, 
i35, 1^9 "•^. £i(iî : 2 56; eJfxcti, absent. 

G/«/fc. , e/o- a/, constant : 216, 3o4, 538. sîfjii, absent; e//!/a< 
(pour la première fois) : bài, 5^7. 

Prodr.^^ elcrai, constant : I (G), 66, 70, i/i2, 161, 196; 
in,6i=^IVib. igCS), 96=1V ib. (^GS), 97-IV ib. (^GS), 
io6 = IVib.(^GS),io8 {g), /i73=lVib. (^GS), 475 = lVib. 
(^GS); IV, 60 (GS), 61 a (GS), 62 (GS), 487 (GS); VI, 2/i3 {g, 
édit. elfxai), 277 (^GS), 278 (S). — eJfxai : I (G), ikh; III, 
i5o=lVib. (g-GS), 333=IVib.(^GS); VI,2i3(d'après^seu- 
lement et par conjecture; ms. eiaoLi), 287 [g siçi', GS siixott). 
eifxi : III {g) 20. G ne contient pas le vers par suite de la dis- 
position d'un feuillet, mais S le donne de la même façon que g; 
la leçon paraît donc bonne. Il ne faudrait pas conclure de là 
que elfxi et el(x(xi coexistaient au temps de Prodrome : e//^tj'est, 
pour l'auteur, une forme savante; quatre vers plus haut, il a déjà 
employé uaiv [S<^ai), qui constitue chez lui un aTraf et contre- 

' Eî[tl : Malal., 19, i3;29, i3;96, 10; 111, i3;254, 7, ii;3i4,aa; 
Consl. Porph. , III, i3i, 21. 

- Je n'ai pas tenu compte, dans le cours de ce travail, de l'orthographe 
des manuscrits, souvent incohérente. Je n'ai pas non plus distingué les formes 
de l'indicatif de celles du subjonctif; l'identité phonétique de ces deux modes, 
au singulier, a amené une fusion {S. Port., i8a-i83) qui rend ici toute dis- 
tinction inutile. 

^ Dans la désignation des différents manuscrits de Prodrome, 

G = Gr.396, 
g = Gr. i3io, 
C = Coislin382, 
S = Suppl. io3i. 

Ce dernier manuscrit, qui m'a été signalé par M. Emile Legrand, est de 
i36i. Il renferme exactement les mêmes poèmes que C, avec lequel il est ma- 
nifestement apparenté et qu'il complète ou corrige en plusieurs endroits. J'en 
donnerai la collation en publiant l'index de Prodrome. 



L'INDICATIF PRÉSENT DU VERBE ETBE EN NEO-GREC. 173 

dit sa morphologie et sa syntaxe ordinaires; ohives, au même 
vers, n'est pas non plus pour lui une forme courante. 

C'est que, en effet, les poèmes de Prodrome ne présentent 
pas, au point de vue du style et de la langue, une parfaite unité; 
par endroits, les mots sont plus reclierche's , la morphologie et 
la syntaxe visent à Tarchaïsme, le vers lui-même est plus soigné 
et renferme moins d'hiatus. C'est le cas pour le passage qui nous 
occupe; les cinquante-cinq premiers vers de VI offrent aussi, à 
ces diffe'rents points de vue, un contraste frappant avec ceux qui 
suivent. 11 semble bien que Prodrome solennise parfois, surtout 
au de'but et à la fin de chaque poème; d'une manière générale, 
lorsqu'il s'adresse plus particulièrement à l'empereur. 11 est, du 
reste, facile d'en donner des preuves. 

On rencontre environ 1 1 5 emplois du datif dans les poèmes de 
Prodrome tels qu'ils sont publiés^; ce qui, à raison de i/iûS 
vers environ-, donne une moyenne de 8 datifs par loo vers. 
Or, à eux seuls, les 55 premiers vers cTe VI [supra) en con- 
tiennent i/i ^ et les i8 derniers en contiennent U * : soit, dans 
les deux cas, presque les deux tiers de plus que la moyenne. 
De même, dans IV, les 29 derniers vers renferment 10 datifs^. 
En revanche, les vers 5o-62o n'en renferment que ik ''. L'affec- 
tation est ici d'autant plus visible qu'elle s'exerce précisément 
sur un cas dont l'existence dans le langage courant devait être 
des plus précaires ''. L'empereur, d'autre part, est si bien la raison 
d'être de ces formes solennelles, que, 28 fois sur 2G, l'article tc5 
est employé en s'adressant à lui*^ et que le mot xpaTOs entre, à 

1 J'ai natureHement donné te coefficient 1 à des exemples comme ceux-ri : 
avv tsioan àpjvaiais ttl, 076 = 1V ib.; Kaï 'B5£iaQy\-ci yspovTucoJs xal TSatpiKols 
aov ïôyots V, i3 = VI, -yS; tîÎ ipiauparialù) xpciTet (g) = tv (^fj Q-eoal£<Z>i)f. 
(C) Vf, 397; etc. Mais, pour no pas trop étendre le cercle de la discussion, j'ai 
compté comme valables tous les cas où j'ai constaté l'emploi du datif; ainsi : 
7o7s àS£X<poTs (lov lit, 278 {g; lo passage n'existe pas dans C); Sos vTfiav toU 
'matpaaiv lit, 111 {g; xcù vi-^ov tous 'ssatépas IV il). C); Xé-yopil (iot IV, A/17 
(C; e: As}'£« lis III ib. g-). Le cliitFre de 1 15 est donc un maximum par rapport 
au texte primitif. 

- Dédpction faite des poèmes IV et V qui se confondent respectivement avec 
III et VI. On est forcé de s'en tenir à des nombres approximatifs, mais les ré- 
sultats n'en sont pas sensiblement modifiés. 

^ Et même i5, si l'on compte êv àviyKo.is VI, 6 (g) : cf. VI, 3 (var. lect.) 
5, 11, 17, 19, 95, 28, 99, 3i, 34, 37, hk, 49, 5i; tous ces exemples sont 
de 0. 

^ VI, 383 (g), 386 (gC), 396 (gC), 397 (g-C). 

5 IV (G), 626, 698, 631,63.5.639 (a), 6/10(9), 6/17, 6/18. 

« IV (G), 117a, 190, i36, i55, 993, 3/i], 357 b, 4/17, /199 , 5i6, 56i, 
676, 678 a, 6o3. 

' Span. I, 77, 219 (cf. 919), 919, sur 283 vers; — Soluin., 96, sur 
i48 vers. 

" I, 7; II, 9.5 (2); 111, 1, 2, 1.55 =1V ib., 56i =IV ib., 6o3 (-0,622, 



\lh HUBERT PEBNOT. 

lui seul, pour le chiffre de 9 dans le contingent des datifs (11 5); 
cela, sur 19 fois oià il se présente^. 

On pourrait multiplier les preuves et faire voir, par exemple , 
que lorsque deux formes, telles que ov{x) et ovSèv (gr, mod. Sèv) 
sont en lutte, la plus vulgaire se trouve d'ordinaire dans le con- 
texte le plus familier -; mais il suffit ici d'avoir montré que elfjLi 
a, chez Prodrome, toute les apparences d'une forme savante et 
d'en avoir indiqué les raisons. 

Solonu, eïaai : 54 (2), 68 (2), 76 (2), 8ù, 108, 111, 126. 
— slfxat : 77. 

Span. H , ela-at : 85 (V)— G 28 3, 159 = G 98, 180 = G 
iiZi, i97(2),25i=G i35, 282 = G 1/19, 3io, 891, 5o6 (V), 
564(V),588(V),597(V),62i(V),638(V). — £/f/a<:22(B), 
ûi. 

Quadrup., sla-ai : 176, 200, 285, 466, 687, 681, 801, 
8^1 (V), vdcrai 685 (Pj. — e/^a, : 157 (P), i58, 575, 69^, 
764, 816, 861, 870; si[xi 157 (V),P : slixoti. 

Nous ne poursuivrons pas plus loin ce relevé; les textes pos- 
térieurs, Vind.pop., Const. capt.'^, Georg. Rhod., Imb. III, Xenit., 
Ceph., et les grammaires de Sophianos et de S. Portius ne con- 
naissent plus d'autres formes que elaai et sl[xoii. 

S 2. — Pluriel 

Les formes anciennes èa-fxév, èalé faisaient obstacle à la ten- 
dance nettement marquée vers l'analogie passive. Lorsque le peuple 
voulait dire nous sommes, vous êtes, les désinences -fxsda et -ade se 
présentaient naturellement à son esprit : il créa tout d'abord 
si'ixsôa. et slaôe^. Ces formes ne se rattachent pas à êcrfxév, sais; 

6o5, 635=IVib., 6i8 = IVib.; VI, 17 (2), 19 (9), 25(9), 3i, 5i, 268, 
397. Cf. I, 2i5 (9); IV, 5i6. 

1 Kpd-ret, I, 7; m, i55=IVib.,56i =IV ib., 6o3 = IV ib.,622, 635 = 
IV ib., 6/18 = IV ib., VI,5i,397. — Kpa'Tous, I, i; III, 55o = IVib., 659; 
IV, 63o, VI, 19. — KpaTos, VI, 16, 90, liZ, 2^8, 38i. 

■' III, (g), 90 (var. CS), 101, 2o4=lV ib. (^CS), hbli =IVib.(gCS), 
53i=IV ib. (g-CS); IV, 86 (CS); V, i38 = VI, 235 (Gg-CS); VI, 63 (gCS), 
137 (g), 319 (g), 393 (g), 368 (g). La forme êèv est particulière à g [III, 
i52, 234, 2Ù5; Vl, 71 (C o'jx), 276, 278 (C ovk)] et semble avoir été étran- 
gère à la langue de Prodrome. 

^ La lettre G désigne les leçons du Gr. 396 = 5pan. /. 

* Const. capt.=^Geoi-g. Co«sf.; cf. Hadzidakis, BZ, t. III, 3-i,p. ôSi-agS. 

^ La forme étale, aujourd'hui courante, vient de eTcrôe par l'application de 
la loi bien connue : quand deux continues sourdes se trouvent côte à côte, la 
seconde se change en l'instantanée sourde correspondante (cf. Jean Psichari, 
OseiT. phonét. = Mr'tti. Soc. ling. , VI, 3o5 et suiv.). Il va de soi que la pro- 
nonciation al n'est pas toujours notée dans l'écriture. 



L'INDICATIF PRÉSENT DU VERBE ETRE EN NEO-GREC. 175 

leur syllabe initiale montre assez qu'on a affaire à des cre'ations 
entièrement nouvelles, dues à l'influence du singulier. 

Voici quels sont, en ce qui concerne ces deux premières pei- 
sonnes du pluriel, les renseignements positifs que j'ai pu re- 
cueillir 1 : 

Span. I, sïixeôa. 20/1 (^ Span. II, rJixsOsv ki-j, V). 

Qiiadrup., êa-fjiév -yi, — sicrie io33. 

Vinci, pop., ïjixecrlsv 3, loi. 

Const. capt., sïa-1s 926; vàcrBs 961. 

Georg. RhocL, slo-le : birova-de 19, ocroi 'cris 620. 

Sophianos, eïfxeôa. 71, etfisOsv ihid., eï^saBev 6G et 69. 

— sla-l s 66, 69, 71. 
S. Port., eïfxsadsv hi. — slcrOe ibid. 

Un double problème s'offre alors à nous. Il s'agit d'établir les 
rapports chronologiques qui unissent dy.sBix, sia-ls à sia-ai, 
sî^ai et d'expliquer, d'autre part , l'apparition de formes telles 
que si'ixsSsv et sifxsalsv. Les deux questions sont embarrassantes. 

Si, pour la première, on généralise les données de Span. I, 
qui sont celles-ci : 

Sing. 1. e/f//(i fois), 2. ela-ai (9 fois); 
Piur. 1. £Ï[jLe6<x (1 fois), 2. néant, 

il semble naturel d'admettre que la progression analogique, 
aux deux premières personnes du singulier et du pluriel, a été 
la suivante : ela-at, [slaBe], sïfjLsOct, eîyLCti. On suppose ainsi, il 
est vrai, l'existence de sîcrOs à une époque où elle n'est pas 
encore prouvée; mais Thypotlièse est des plus justifiées, puisque, 
d'une part, nous avons perdu la trace de plur. 2 entre Comt. 
Porph. {èc/lé, III, 2/17, 19) et Quadrup. [eJals, io33) et que, 
d'autre part, on ne voit pas très bien l'analogie passant brus- 
quement de sing. 2 slcrai à plur. 1 sifieda. Cette hypothèse fùt- 
elle vérifiée, nous n'aurions pas encore cependant le droit d'ad- 
mettre sans réserve la progression précédente. En effet, elle 
repose tout entière sur une généralisation dont la base est un 
«Tra^, la forme elfxî du Spanéas. Or il se peut que cet sifii soït dû 
ici à des circonstances particulières (supra, Prodr. III, 20; cl. 
p. 182) et qu'il ne prouve rien en faveur de la non-existence de 
elixai à l'époque du Spanéas '-. Une autre supposition se présente 



' Sojitiodes (s. V. eifii, à la fin) cite à lort loann. Mosch., ."^096 D ijfisOa 
èay-év. Il s'agit d'un imparlail et non d'un présent. 
2 Cf., p. 172, à Glyk. 



176 HUBERT PERNOT. 

donc à Tesprit : eJçxai aurait immëdiatement suivi slaoLt, et les 
formes du pluriel ne seraient venues qu'en dernier lieu. 

Quoi qu'il en soit de ces deux hypothèses, dont la première 
me semble cependant préférable , il s'en de'gage d'ailleurs une 
conclusion identique : elcrai une fois créé, l'analogie passive a 
précipité sa marche, et nous pouvons affirmer en somme, avec 
beaucoup de vraisemblance, malgré l'absence de renseignements 
positifs en ce qui concerne elcrOs, que, dès le xii* siècle, les 
formes passives s'étaient implantées aux deux premières personnes. 

Mais, avec le temps, les désinences passives subirent elles- 
mêmes des modifications; à côté de ypaCpô^tBa^ par exemple, ap- 
parurent des types comme ypa(pôixs9sv, ypa(pôfxe(Tlev, etc. Le 
verbe rr être 11 en ressentit naturellement l'influence, et c'est dans 
des créations de ce genre que nous devons chercher l'origine de 
formes telles que ei/xe^ev \ eï'ijisalsv-, eïixea-la, elfxaale, eï'a-aals 
{plur. 2)^, pour ne nous en tenir qu'aux plus connues. Malheu- 
reusement, l'histoire de ces désinences passives est encore très 
obscure; l'absence de données chronologiques un peu complètes 
ne permet, pour l'instant, que de vagues hypothèses'*. Il semble 
que la désinence -(xeOev ait été la première en date, après -fxsôa; 
la finale -ev est due sans doute à l'analogie des premières per- 
sonnes ypdÇioixev, êypd(p6ï]fx£v, etc. — Dans ypaCpôyLeaBsv, on 
voit qu'on a affaire à une désinence de plur. 2 , sans pourtant 
qu'on puisse dire exactement si l'analogie s'est opérée sur ypa.- 
Çiôfxsôsv ou sur ypdÇ)0[jia.i. — Il est possible que ypaÇiôfieala 
repose sur ypa(p6^zale{y) et soit dû à l'influence de ypx<p6yLeBa. 
— Quant à la désinence -aals, elle ofl^re d'assez grandes diffi- 
cultés, à cause de l'alternance vocalique a-£. Il est très probable 
qu'elle est venue de l'imparfait, à la faveur de la confusion qu'a 
amenée, aux deux premières personnes du pluriel des deux temps, 
la disparition de l'augment^; mais, même à l'imparfait, son origine 
est obscure. Selon Hadzidakis [Einleit.^, 69-60), cette alternance vo- 
calique a-e serait due à l'action de plur. 3; en d'autres termes, 
c'est sur le modèle de formes comme [s)€ps)(^6vTave , èpyôvia.vz 
qu'on aurait dit {è)€pe)(^6(xaa1e, {è)€ps^écraa1 s , èpyô\i.a(j\t , ^PX^~ 
aaaie: dans cerlaines régions, en effet, l'imparfait tout entier se 
conjugue de la manière suivante : {ê)ëpe)(6[xavs , [è)ëp£)(ô(7<xv£ , 

* Span. II , supra. 

- Voir Sophianos et 5. Port., supra; cf. yeAoûfxeff^ef, Sophiaiws, 68; ypa- 
Çovfieadev , S. Port., 35; tsateiovyLeaQev, ibid., 38; àjaTcovyieaOsv, ibid. , h\. 

^ Dans la langue commune, ety.a.a1e est plus usité que £ÎiJ.e6a; ctaaale l'ait 
une concurrence sérieuse à elala. 

* Cf. 5. Port., 197. 

* Des imparfaits comme {è)ypap6fisda, {è)ypâ<^ea6e s'identiGent, en effet, 
avec des présents comme ypo^dfxeOa, ypâ^eaBe. 

* Einleitung in die neugr. Grammatik, Leipz. , 1898, xvi-Aôi p.,in-8°. 



L'INDICATIF PRÉSENT DU VERBE ETRE EN NEO-GREC. 177 

{ê)SpsXÔrctvs , {ê)^psxô(xa(Tls, {ê)Gps)c6craa1e,{i)Spsx6vTave\ êp^ô- 
(xave, êpyjjo-avs, etc. L'influence de plur. 3 me parait ici évi- 
dente, aux trois personnes du singulier; en ce qui concerne 
plur. 1 et 2, pie'site un peu à admettre cette analogie incomplète 
où le sujet pariant ferait en quelque sorte abstraction du groupe 
-al-, mais je ne vois aucune explication plus satisfaisante; une 
influence de Taoriste moyen [-np^aa-de^, £<5~£6zo"^e"~) parait assez 
problématique, puisque ce temps n'existe plus de nos jours et 
(|ue ypa(p6^a(Tle, y py.(p6a-acrl e , sïfxaa-ls, eïaacrls. semblent être 
des formes plutôt re'centes. 

II. TROISliîWE PERS0N^E. 

s \". - — Singulier. 

Si le peuple avait pensé à éa-1i\ la troisième personne du sin- 
gulier aurait été ^salai, d'après l'analogie de sifiat et de eJcrat, 
ou bien ^slalai, en admettant l'unification des syllabes initiales. 
Si, au contraire, la troisième personne avait été tout simplement 
créée d'après la deuxième, sur le modèle des verbes passifs, on 
aurait eu *sïrai. Or la forme généralement employée est sivai. 

Elvai n'a rien de commun avec l'infinitif ancien; l'identifica- 
tion des deux formes cadrerait mal d'ailleurs avec ce que nous 
apprennent les textes médiévaux où l'on trouve comme troisième 
personne evi-^. C'est précisément l'histoire de cette forme qui 
nous donnera l'explication de eivai. 

Ftvi apparaît déjà chez Homère. On le trouve également à 
l'époque classique. Dans quels rapports sont entre elles ces trois 
formes, homérique, classique et médiévale? 

Ëvt se présente riiez Homère sous l'aspect d'un doublet de la 
préposition sv\ cela non seulement dans sa forme*, mais encore 
dans sa signification et dans ses attributions syntaxiques^. Il 
n'est pas rigoureusement exact de considérer, chez Homère, svi 
comme un équivalent de 'éveali ou de svstcri; à cette époque, la 
forme svt a encore toute sa valeur prépositive ou adverbiale. Le 

' Cf. Prod,:, I (G), jgo, a.n; IV, 'îo8 = III ihul. {gCS); V, 7/1 = VI, 
16.} (G^CS); VI, -iSe igCS), agi (gCS), .336 (g). 

- Cf. Ha(lzidali.is , EinL, 19^ ot isuiv. 

■' Cf. aussi etadat, infinilif; Hesseling , dans Et. ng., p. 35. 

•'* Brujjmann, p. 219. On trouve très frequemmi-nt ivi sous sa forme alone 
èv\ (i'accenl fjrave équivaut ici à l'absence d'accent tonique, Henry, Gr. comp., 
S 81); l'Iliade contient environ 1 fois évi contre G fois êvi: dans l'Odyssée, la 
proportion est de 1 à 9. 

^ Ev el ëvt sont souvent employés côte à côte: A 3o, B 90:!, M :iii, N 
aSA, II .5i/i, 63o, P -Si, X 216, 5o3, S 6o3, A /jâg. Le dépouillement 
complet montre que ces deux formes sont dans le rapport de 3 (er) à i (éVi, 
éri) pour l'Iliade et de 2 à 1 pour l'Odyssée. 

MÉM. U^G. — I\. 12 



178 HUBERT PERNOT. 

fait n'est pas douteux pour des exemples tels que 6(ppix 'oupriv 
oparjTS xctrfusvai , j? ^vi KSiTai | XidTpoxXos ("^ 210), TvSei^t), issp) 
[ikv Tsokéfxct) ëvi HapTspos serai (I 53), ot tôt' âpialot 1 ^cav èv\ 
TpoiY] épiSciÔAaxi (Loih ), rpels Se o'i slai B-vyajpes év) pLeyocpù) 
svTTijxTCf) {l 286), etc., où svt se construit avec des verbes. Il 
prête, il est vrai, à discussion dans des vers comme ceux-ci : d) 
tsâ-noi, )7 poL iU sœIi koÏ eiv AiSao S6ixoio-iv\ ^'t»;^)) xoà eïSojkov 
diàp (ppévss OVH evi Tsdintav {^ \oo), crlpeTrlrj Se y'kcôaa-' êaTi 
(SpoTMv, tsoXéss S' ëvi fjLvôot | tsctvToloi (Y 2 68) , etc. , oii èvi tend à 
se détacher du verbe. Même, il semble ouvertement contredit par 
les nombreux exemples où evi a une existence nettement inde'pen- 
dante : 6(^p^ êv Tffdaai | eiSsr' ocKOvova-ai , 6(7' êfxôj svi xrfSea B-vfxôj 
(2 62), êns) ov ol evi (ppéves ovS' tjGaioii (S 1 6 1), a-vyoip 'cseSioio 
àvcta-aeiç j evpéoSj S) evi [xèv Xwtos rsokv? , [S 602 )^ En réalité, il 
n'y a pas là autre chose qu'une ellipse pure et simple du verbe 
r être V : on sait combien sont fréquentes chez Homère des phrases 
comme xpehaoûv yàp [3a<TiXev5, oie )(OûaeTa.i àvSpï x^P^' (A. 80), 
TÎ[xe7s S' ov vîi 11 Toïoi dfxvvéfxev (/S 60), etc. Une telle construc- 
tion n'est pas particulière à evr^ on la trouve aussi avec êv (O 
632, i 21, i32, n 63o), OT< (E 178), (xerà {<p 93), isapà {y 
326), vTTb (e^636), etc.'-'. 

L'étude de l'emploi de ëvt, chez les Attiques, montrera mieux 
encore la forme homérique sous son véritable jour. On ne trouve 
plus, à cette époque, ëvi accompagné du verbe être. D'autre part, 
une construction nouvelle apparaît: ëvi, qui, chez Homère, 
était exclusivement accompagné du datif, est maintenant suscep- 
tible de se construire avec la préposition e'v-^. Enfin, tandis 
qu'Homère sous- entendait avec ëvi aussi bien éa-Ti (S lAi, 
2 53, S 6o3, V 3oG) que eia] [S 8/16, i 126, A 367, s 355, 
Ç 288)'', les Attiques emploient seulement cette forme, là où la 
phrase demande le singulier de l'indicatif présent. Que conclure 
de là, sinon (|ue ëvi a chez eux une valeur veibale et n'est plus, 
pour le sujet parlant, un doublet de êv, mais bien l'équivalent 
pur et simple de ëvecxli'l E(t7} une fois évincé, grâce à l'ellipse, 
ia préposition en a pris les fondions syntaxiques, tout en gardant 
sa signification propre. 

Dans Sophocle, ëvi et ëveali se couvrent entièrement : El., 



1 Cf. n 63o, Cl 77/1, è 60.3, 8/16, t 12G, ;. 367, V 3o6, s 35ri, (? 988. 

' Cf. Brugmaiin etDelbrùck, Grundriss, vol. 3, Synt. I, S 269, p. 659. 

3 Sopli. 0. T., i'239; E.ir. fyh. T., 673 ; Ar. P/tt<., 3i8; Plat. Tkeaet., 186 
D (186, 27); etc. La construction lioniérique est, du reste, encore en pleine 
vigueur: Escli. Agam., 78; Soph. 0. C. , 11 33; Eur. Hip., 966; Ar.Eq., 17; 
Plat. Crat., liiaC (ii3, 4); Thuc. 9, ho, 9. 

* Cf. même S 916, où pourtant la proximité de résvHTo ne permet pas de 
se prononcer sur l'ellipse d'une façon catégorique. 



L'INDIC\TIF PRÉSENT DU VERBE Jîri?E EN NEO-GREC. 179 

io3i, ATTsXSe' cro) yàp à}(pé\r}cris ovk 'évi\ l'interlocuteur re'pond 
aussitôt : "Evscrliv. De uièuie, Eui'. Ov., 701, ÏIvsœIi S' oIktos, 
ëvi Se Ha\ Ovixbs fxsya.s\ et, Ar. Nub., hSO-hS'j^ svecrli Sîjto. aot 
Xéyetv év xj? (pvasi; Xéyeiv [xèv ovk sveaT ànoaispeïv S' evi (Cf. 
Meisterlians, lôS, 12). On a soulevé \ en s'appuyaiit sur l'état 
du {[rec postérieur, la question de savoir si evt et eveali présen- 
taient pour les tragiques une identité absolue, et Ton s'est demandé 
si de ces deux formes en lutte, lu dernière, dont il ne reste rien 
en grec moderne, n'était pas, à cette époque déjà , une forme lit- 
téraire analogue au français «il est 15 par rapport à. rril \ an (il 
est des gens, il y a des gens). Le fait paraît discutable. Evealt, 
en elfet, est relativement peu fréquent cliez Homère; je n'en ai 
trouvé aucun exemple dans les cinq premiers chants de l'Iliade; 
le poète emploie de [)rérérence eV ou Irt, avec ellipse du verbe-. 
En revanche, d'Hoiuère aux tragiques, ce composé ^semble avoir 
suivi une marche ascendante. Selon toute vraisemblance, ëveali 
n'est devenu une forme littéraire que postérieurement à Tépocjuc 
attique; cliez les tragiques, svi et svscrli ])araissent plutôt deux 
formes également vulgaires. 

Cette valeur vei'bale de svi^ <|ue nous avons constatée chez les 
Atliques, nous rapproche du grec byzantin, où nous trouvons 
svt comme équivalent de êa-li. Il suHira maintenant, ])our établir 
la filiation de ces deux formes, de montrer comun'iit svi a pu 
passer du sens composé au sens simple. 

Le fait s'est produit, dès l'épocjne classique, dans les locutions 
èviOTS et è'vioi, naturellement inconnues à Homère, dont la pre- 
mière, seule, apparaît dans la langue dramatique (Eur. , Hel., 
19 1.3, Ar. , Plut., 1195), mais qui toutes deux se rencontrent 
fréquemment en prose (cf. H. S., s. v.). Ce sont là des avant- 
coureurs: On peut dire, d'autre pari, que l'évolution sémantique 
était déjà en geime dans rem|)loi homérique de evt, en tant 
qu'adverbe : alps-nlri Se y'k''^(T<r' scrTi (BpoTÔiv, TSoXées S' evi fxvôoi 
TSCLv-zoïot (Y 2^8), 'U) -zsrjTTOi. ^ pd T (S sctI i Ky.) sîv AîSao Sô^oiuiv 
''l^vy^r} Kcù eïSwkov • drap (ppéves ovk evi Tsdfxrcy.v [^ 10/1). Cette 
faculté de construire svi avec ou sans régime ])ersista lorsque 
£vi prit le sens verbal. On lit, par exemple, dans Eschyle [Pers., 
788) : Na/" Xoyos npcLTei (Ta(prjvï}S rovio kovk evi a-lda-is, et 
M. Weil-' traduit ainsi ce vers : tfOui, quant à ce pofnt, une 
relation précise domine et // ny a pas d'hésitation. w L'idée êv 
TÔî -crpa^iuaTi, qui compléterait le sens de ëvi et lui donnerait 
toute la valeur du comjxisé, n'est pas exprimée. L'expression 

' Psicliari, l:t. ng., p. 871. 

■ Cepoiidant oÏkos êvcali joos (Qa'if)), ooaoi Tt; -/^pvaôs tî xai ùp-)tjpo>. 
àaicv ëverrliv (k /i.")); cf. êvsaav , Z 1 /i '1 , 1 •? , (jo. 
' lui. llarlroKe, ii)-i<3. 



180 HUBEKT PERNOT, 

française il y a me semble ici un juste équivalent; placée dans le 
même contexte que svi, elle en rend exactement le sens; bien 
plus, elle nous présente dans son histoire un développement 
parallèle à celui de evt. On conçoit facilement quelle dut être, 
dans If s deux cas, Te'volution psychologique : dans une phrase 
comme ff il y a huit jours que je ne l'ai vu w , le sens de inest a 
complètement disparu. 

Mais pourquoi le passage du composé au simple s'est-il opéré 
sur êvi et non sur svsc/li'] Ces formes sont en apparence iden- 
tiques; elles ont comme sens, chez les Attiques, le sens premier 
du français il y a; il semble donc qu'elles aient été également 
susceptibles de se substituer à sait. En j-e'alilé, cette identité 
parfaite de en et de êveali est illusoire, et l'on peut aflirmer, 
sans paradoxe, que la différence qui sépare virtuellement ces 
deux foi'mes atteint son maximum, pour l'observalour prévenu, 
au moment même où elles se confondent dans l'usage de la ma- 
nière la plus complète. En effet, la marche de ëvt vers le sens 
verbal correspond nécessairement, dans la conscience du sujet 
parlant, à un affaiblissement graduel de l'élément prépositif du 
mol. Du moment où svi s identifie tellement avec svecrli qu'il en 
arrive, lui aussi, à se construire avec êv, la bataille est gagnée 
pour lui : la juxtaposition de êvi et de êv auia pour conséquence 
nécessaire l'anéantissement des derniers vestiges homériques que 
peut encore receler svi et l'équivalence pure et simple de evi 
et de êalt; svecrli, au contraire, est retardé dans son évolution, 
à cause de la persistance par ailleurs des deux éléments qui le 
composent, êv et sait. Les phénomènes linguistiques ont de ces 
racines profondes; ce sont, je ci'ois, les constructions elliptiques 
d'Homère qui renferment les premiers germes du sens médiéval 
de êvi. 

La question se pose maintenant de savoir à quelle époque 
l'identité de svt et de sait ])eut être considérée comme un fait 
accompli. Hadzidakis [Einleit., 207) l'admet déjà pour le Nou- 
veau Testament; mais les exemples qu'il cite prêtent à discus- 
sion; nulle part svi n'ap])araît nettement dans le sens de il est : 
Jac, 1,17, 'zsap' w ovx svt '7SapcLk\oiyri\ Cor., I, G, 5, oyx svt 
êv Vfxtv ovSs]? aoÇios; Gai., 3, 28, ovk sv.t lovSaïos oôSè EXX);i', 
ovx svt SovAos ov^è êXsvÔepos , ovk svt apasv xa) ^-rjXv airavTes 
yèip vp.s'î? sh êals êv Xpialôj Irjaov; Coloss., 3, 11, ottov ovx svt 
LàXXïjv xa] louSalos, 'nrspiTOfxrj xtxï dxpoSvalia, . . . dXXà rà 
zsdvTa xai êv 'adaiv ^ptalos^. Cf. Method., (Patr. gr. XVIII;A. 
D. 3i2j /io5 C, lïjaovs ijiôvos êv d^vaaoj 'zssptsnaTïjasv chs êXsv- 
ôspcs, 'Ôttov ïyvï] zssptTrarovvrùov ovx svt; Epiph., (ïbid. XLl; A. 

' Voir V. T. Sm., S'], 1, et cl. Psicliari, hJI. 111^., 869. 



L'INDICATIF PRÉSENT DU VERBE ETRE EN NEO-GREC. 181 

D. /io2) ypaxpor TÔ) àyysk(p Tris ExKÀjja-/as toj êv Svarsîpois, 
xa] ovH £vi èxeî j^xnXiiaia )(^picr1iavr2v êv &vaT£Îpïj. Evidem- 
ment, £vi s'éloigne do plus en plus du sens de evecrit, mais les 
prépositions et les adverbes qui raccompagnent, év, ottov, wapà, 
ne nous permettent pas encore de Tidentilier rigoureusement 
avec êcrii. Nous sommes en quel(|ue sorte sur un terrain neutre 
entre le sens composé et le sens simple. 

11 semble cependant que svi se confonde avec éaVi cbez Polem. , 
270 ' (A. D. -2 00 =h) : Msrct(pp£vov icr/ypbv, dpialov è'vi dvSpos. 
Enfin, le doute n'est plus j)ossible dans des exemples comme 
ceux-ci : Xéycov' èirei svi aÀÀo> vîô?' out'jûs ànéAvasv iîfxàs'- — 
Sià (70V 77 bpSoSo^îct éSeëai'jjOij , ^ly- o-è oùk svi aiptais^ — t/s 
ëvi ^£(j1ôpi05, èyo) ovx. oiSa. ^ — o (SctaiXeùs bp96So^05 écrit. . . 
'^Esvijpos H.ai rierpo? Ma^'<;)^a^o< daîv, rj a-CynXinos opSô^o^os 
êvr^ (Sopliodrs, s. v. é'vi). Cf. à fz»; Xoca'-^v ovk é'vi -aialos, Mansi, 
VIII, io83 C, 108G C, 1090 A, mais ô ixrj XaXûJv Mavi^aîos 
sœIi io58 c — ô (3oi(TiXsiiî opOoSo^os svt io83 E, 1086 B — 
OVK £ct1iv Avaa1a<Tioç, lovai tvos (2a.<7tXeîei, opOo^o^os svi' ovk 
écrit Mavi)(^0L7os^ bpBoSo^os 'évi io()0 B — V(t)yLaiKos Sokios evi 
1086 A — fjLty. zsialis yéyovev, ovk svt àra^ta io8() D. On a 
aussi (Sopliocles, s. v. svt) : svt ixSTdvoia., àê'^à'^,- — êàv ovk écrit 
oaîfxov, ovk evi 'cso'kv • êàv Se evi, tsoXv èaliv ' — T/er»*, à^^a. 
Tiwcn^e ; à-néfia.vev àSeA(p65^; Notons en passant, cliez Moscbus 
aussi (3o66 B), la forme êv' -{- consonne que nous retrouverons 
plus loin^; Tédition porte t/ ev to ey^ets, xvpie Môa^s; ce qui 
n'offre aucun sens. 

La fortune de ëvi va croissant. Des textes comme Malalas et 
Consl. Porph. ne connaissent, il est vrai, ([ue ècr1î\ mais cet em- 
ploi exclusif de la forme ancienne est tout littéraire. Au xi^ siècle, 
le Spanéas fournit les renseignements suivants : 

Span., {, êvi : i3, li, 1 5, 97, 81, 85, 93, i56, 2 i/i , 2 5o, 
30-, aOi. 26/4, 970, 283 (2), 2SU. écrit: ih. Ce dernier vers 
est ainsi conçu : -apô^Xvo'ts é'ul lyàp Ssov^y^pKjlos evt Kvpi'ov. Span., 
Il (66) exprime la même idée sous la forme 'cspô^At^cris evi tov 

' Vrawi , Scvipiorex phijaiognomki , Allenbuqj, l'yHu. 

- ColcU, lit, (j'^'î [i = Mansi (Sacronim concilionmi cdilio novissiiiia, 

.3i vol. in-r, Florence, i']'^)Ç). — Venise, 1798), iV, 1 lo.j B ((Jonr. d'I^phèse, 
an /).3i). 

•^ Coleli, IV, i.")o8 C = M(insi, Vil, 1731; (Clialceci., an 'l'u). 

" Coleli, V, 1 1.53 \ = Mansi, VIII, 1062 D (Conslant., 5.S6). 

^ Coleti , it)id., i j 1 a ^ = Mansi, ihid. , iiaaA. 

'* Apophth., 317 I) (Palrol.gr., LXV, A. D., 5oo ±) = Johann. (Jolob. , 60. 

' Ihid. , 3 1 9 C = Xoius , j . 

« Jornin. Moschus, igH.T I) (l'alrol. j;r. . LXWVII, 3 A. I). 610 ±). 

' Il est d'ailleurs possible que la forme év soil due iri an copisie et nort à 
Tauleur. 



18*2 IILRKRT PKR-NOT. -^ 

B-sov jSacriXevs, zraiSiv fjLOv. Dans la première version, Taccen- 
tuation sait surprend un peu, mais éal), à cette place, rom- 
prait le mètre. On se demande s'il ne faudrait pas lire zsp6^\ri~ 
cris êvi yàp Q-sov, -/^pialôs ê(7li xvpiov. Il semble bien d'ailleurs 
que cette l'orme éa-1i\ isolée dans le poème, soit due ici à des 
circonstances particulières (cf. p. 173) et que, dès cette époque, 
svi ait e'té dans le langage courant la seule forme usitée. 

Disons tout de suite que la iroisièine personue devait, elle 
aussi, lout comme la première et la deuxième, subir l'action 
analogique du passif: svi devine par conséquent svai; puis elvai^ 
par nivellement des syllabes initiales. Voici, d'autre part, les don- 
nées des textes que j'ai dépouillés. 

Glijk., svi : 79, 117, 13/4, 190, 27.3, 3o3; sv' : 273, hk-\\ 
'évai : 167. 

Nous retrouvons ici la forme Iv-f- consonne (|ue nous avons déjà 
constatée cbez Moschus {36o^i B). On pourrait songer à expli(|uer 
ev, en regard de ert, par l'amuissement de \i inlerconsonan- 
tique; cf. gr. mod. 'TSep-rtaTHû = 'aepnraTS) , (7(ji.£pv6s = <7ï][xspiv6s 
{Observ. phonét., 3o/i). W. Meyer (S. Port., 85) cite déjà -nrep- 
7raT£Î'>, (jlijk., i55 (ms. 'zsepi7Tone75 , mais la forme sans i est 
exigée par le mè(re) ^. iNéaumoins celle bypolbèse ne se présente 
pas avec des garanties suffisantes; êv semble plutôt un doublet 
syntactique de svt : on aura dit svi sis, ou même svt~\-\o\e\\e 
quelcon(|ue; i, dans cette position, se sera contracté avec la 
voyelle suivante, d'oii la forme êv qu'on aura ensuite employée 
devant les consonnes"^. Le même phénomène se reproduira du 
reste avec svai. 

Pmh., ë<Tliv\n, 1/19 — êvi : I ((i), 957; II (G), 6, i4, 
79; III (g), 101 3; IV (CS), 61 b, 78, 3i/i (9), 3i5, 3i5 a, 
3i5 b, 368, 379, 693, 5i9, 5i8; V (G), 48 (2)=VI (CS), 
116 (2); VI(CS), 59, 79, 978, 28/1, 987 — êv' (éd. seule- 
ment; mss svt) : I (G), 196; IV (CS) 69, 60, 61 , 61a, 63, 
601 — sv' (éd. et mss) : III (g), 69, 60, 61, 63, /loi; IV (CS), 
62, ^73; VI (g-), 317 — sva.1, III (g), 3i/i, 3i5, 368, 379, 
/193, 5i9, 5i8; VI {g), 116 (9) — ëvdiv, III (g), 78. 

Un f;dl est certain dès maintenant, en ce qui concerne les 
manuscrits de Prodrome : le i3io {g) ne reproduit pas fidèle- 
ment le texte primitif ^ Ce manuscrit contient des formes intro- 

' Prodrome : zsepnâiei, lîl, Saâ = IV ib. (g-C; S •sepiTtaxe»); ■^spTtnToùv, 
II, 90 (G); ■BrepwaTw, III, 555 = IV ib. (gCS) — ainiiissemont de l'i dans les 
([iiatre mss. — Cf. 'aspinâjet-, III, 95 = IV ib. (g-CS), VI, 3 35 (g-CS); zsept- 
waTe?, IV, 9/18 (CS); -crepiwaTwi;, V, ii3=Vl, 189 (GgCS), V, 12/1 = VI, 
aoo (GgCS) • — - mainlien de l'i dans les quatre mss. 

* Cf. Fitt. comp. , p. 39 et suiv. 

' Le vers manque dans IV ib. (>S, njais semble devoir y être rétabli. 

* J. Pslchari, Essais, I, 66 et suiv., to3 cl suiv. 



L'INDICATIP PRÉSENT DU VERBE ETRE EN îiÉO-GREC. 183 

duites après coup et datant do 1 époque où il a été écrit ' : oi, 
nom pf. fe'm.; — es, ace pi., dans les noms tels que : tjfj.spss-, 
T£s=Tàs. (Quelles sont, dès lors, les leçons originales, parmi toutes 
celles qu'on a citées plus haut? Ealiv (devant consonne) est 
douteux; C et S donnent le vers autrement. Êvt fait d'autant moins 
difficulté que c'est une forme attendue et (jue GCS sont flac- 
cord là où ils peuvent Tètre : V, 68 (G)=VI, 116 (GS). Ëvai, 
au contraire, n'est donné que par g; aux passages correspon- 
dants, GCS ont svt. De même CS (IV, 78) svi; mais ^(111, 78), 
evaiv. Cela revient à dire que le remanieur, dont g nous trans- 
met le travail, a partout (sauf à lll, 101, cf. p. 182, note 3) 
rajeuni le texte primitif-. L auteur n'avait employé que svi. 

11 existe une le'gère divergence entre les deux textes contem- 
porains Gli/fc. et Prodv.; mais le fait n'a rien de surj)renant si 
l'on songe combien la forme svai apparaît timidement dans Ghjk. 
(i ëvai, 7 svij, et qu'elle n'a pas encore plus de consistance dans 
le texte suivant : 

Sohm., £r<: 1 1, 2 5, 87, 112, 1 28, 16G ■'. — ■^'^ : 9- — evai: 'lo. 

Span. II, èaliv : i55 (V), cf. G yS. — svi: 66, cf. (i i/j; 78 
(B) = G i5; 83; 167 (B, N. C); cf. G 81; 168 (V)=G85; 
i5d (B)==G o3; 170 (V); 191 (V); 900 (B); 910 (V); 256 
(B);29i=G t56; 36o (V); 36i (V);/io/i; /i27 = G 216; 
^7/1; /i79 (B)=G 25o; 5oo=G 961; 5o3 (V)=G 266; 5o8 
(B) = G 270. — êvai : ihS (B); 200 (V); 5i8. (.9o/om., p 
ért); 537; 586; 612; 665; onco 've 663. — êv [êvi ou svai'^) : 
167 (B, N. C); 686 (B, N. C); 5o3 (B); 5i6; 623. 

Quadmp., êal î : 67, 557, 610 (V), 878, 882. — svi: 72, 
362 (V), 682 (V), 773 (V), 1012 (V). — êvai : 57, 176, 
199, 283, 286, 3oi, 3ii (éd. V), 369 (P), 666 (V), 53o, 
566, 589, 773 (P), 775 (P), 837 (P)^ 987 (V). 988, 991 
(P), 1012, 1012 (P), 1016^; vàvai 689 (P). — sv : 192, 
399, 610, 666 (P), 665, 685 (P), 775 (V). 

La réapparition de ê<7Tt est à noter. Déjà Quadrup. nous a 
donné eifjii, êcrfxév, alors que nous avions constaté par ailleurs 
l'extinction de ces formes. 

Vind. pop., êcrVi : 1, 17 (tjrA^y (xs'yixA'jJTSpov êcrTi vnèp lijs 
yfjs ih zsXâ.zos). — 'évi : néant. — evai : 9, 98; 6, 7; 19, 5; 

' V\n (lu xï' sièrie, peut-être môme commencement du \vi'; ihul., 19, noie i . 

^ Et» sut)siste nalureliemeni dans ce niannscril, parce que le remanieur y \o\i 
ivat et non ëvi. 

' Aux vers i 1 et 87, éd. et»'; au vers i'?3, ht, leçon du ms. , a été reiian- 
rtic par i'édilcur. 



184 HIBERT PERNOT. 

20, i; 26, i5; 27, 3 (éd. ëv'); 38, 11 (9), i3, 17; 4i, 6; 
45, 2 (éd. èV), 3 (éd. ev'; peut-être phir.?). — ev : 9, 85; 
20, 3, II, 7; 38, 7. 

Const. capt., êvi: 19, 20 (éd. éV), i3o, 1^1, 26^ (éd. êV), 
34o, 3/4^, /17G, 5/17, 637, 736 (2), 772, 773, 778, 783, 
8o3, 836, 839, 894, 902, 906, 9^6, io33, io36, io38. — 
svai : 12 5,665. — £ f a i r : 7 2 6 , 735,922; 'ai^vonv : 373. — 
elvai : 699, 662, Soi, 863; oirovvai : 273. — siv' : 73, 76 
(9), 5i2, 625. — • 'Sfoijvaiv : 3i3, 370. — vdvai : 700. — 
vâvaiv : 383, kkS, 856, 1012, 1016. 

Georg. Hhod., ivi : 367, 6o9, 5o3, 5o5. — evai : 4i3, 
/i25. — vÀyat : i38, 255, 692, 58i, 599; vàv' : 139, 391, 
636; Wi 139, 196, 625, 632; voivaiv 32, 396, 586; 'vaiv\ 
636; -nroJv : 233. 

Prodr. (g-), £(t7/ : 111, 162 {ovk ëaliv Toa-rj [xoi (ppovrîs, 'ôcrri 
t67£ ivy/jxvei). Partout ailleurs 'évai, ëvaiv ou éV; voir ci-dessus. 

Ces quatre derniers textes présentent une contradiclion inté- 
ressante à relever; Vind. pop. et Prodr. [g) ne connaissent plus 
svi, qui poui-lanl se retrouve dans Const. capt. et dans Georg. 
Rhod., le plus récent de ces poèmes. Il est possible que ëvi soit 
déjà dans ces deux derniers textes une forme lilléraire et que, 
seuls, Vind. pop. et Prodr. (g) nous donnent Tétat exact de la 
langue parlée. On remarquera aussi l'existence de la foruie eivai 
dans Const. capt. C'est la première fois que nous la rencontrons. 

Imb. Ul, ëvoti : i3o, 178 \ 269, 277, 386, 667, 612, 666, 
768. — ëv : 11, i3i, 56i. — elvai: 259. — vàvai : 2 19, 
23i; ^voLi [àXkd 'voLi) 189. 

Xenit., écriîv : 5o8; Tinlluence littéraire est visible dans tout 
le vers : ovk ëcriiv âWos (3ot}dbs ovTe TSairjp, où {/.rj^tjp-. — ëvat : 
176, 377 (éd. ëv), 681 (9), 697 (9). — ëv : 216, 63i,.cf. N. 
C. — slvcti : 382. — 'vai : 287 (éd. V), 287, 5i5 (éd. V); 
vàvai : 393. 

Sophianos, ëvat : p. 71. 

S. Port., eivott : p. 61. 

Ceph., slvai : p. 336, 1. 3 , 7, 26 , 28 , 33; ànovvotr. p. 332, 
1. 2; p. 336, 1. 6; p. 335, 1. 10. 



' Ms. Haive; édit. xai slve. Le vers est incompréhensible; peut-être faut-il 
lire x' évat yopyôv, êv é!Tot(iov. 

' Cf. V. 287, ^éve, zsoii 'v' ô isaiépas aov xai viov 'vs v jiyiTspa. 



L'INDICATIF PRÉSENT DU VERBE ETRE EN NEO-GREC. 185 

§ 2. — Pluriel 

Malal. et Const. Porph. ne connaissent que ei(7i. Cette forme 
se retrouve encore dans Span. I, v. 76, 83. 

Glyk., ëvi: 619 [lOVTa xsaiyvîàia. ovx ëvi). 

Prodr., ivai. Kl {g) ^ôi, trouvera sa place à une e'poque ul- 
te'rieure. sIvcli : H (G) 98; III, r)oo==IV ibid. (^C^); V 128 = 

VI,20.^G^). 

Sohm.. sivcti : 9, 72. 
âS/>«;/. II. slvai : 2 1 ô (\ ), 2o3 (\ ). 

Qitadntp., V : er/ : N. C. au titre, 3/17. — P : elvai : ^98. — 
PV : eïvai : 968. — P : êvai : 367. 

Vind. pop. , elvcti : 7, 6; 26, i4; s*»'' : 6, i3; 11; 21, 20, 1; 
26, i3. — êvai : txh , 3. 

Const. capt., svi : 707, 98^,996. ^ sJvac : 706; s7v' : iû4, 
1/17, 2/10(2), 3i3,882;£7ya<i;: 993. — êvat : 'ja'i ; êvaiv : 
100. — voivai : 3i8, 91^; bitovvaiv : 989; zxovvotiv : 3i6. 

Georg. Rliod., evt : 606. — e/f': 2/i3, 590. — svai : 202; 
£va<r : .jO, 235 (éd. éV). — 'vat : 187, 188, 56G; vav' : 269; 
— vâvaiv : 71, 58 û. 

Prodr. (o), tivat, forme employée par Prodrome; ei'at III, 

25l. 

/mi. III, sivai: 757, 758; £<V: 719. 
Xenit., sivai [otinoi've) : 55, tsovvai 288. 
Sophianos, eivat p. 7 1 • 
.S'. Port. , elvài p. A 1 . 
Ceph., eivat p. 335, 1. i3. 

Pour plur. 3, les faits se présentent donc à nous dans Tordre 
suivant : slcri, tout d'abord, est remplacé par evt. A côté de svi 
surgit bientôt une autre forme eJvoci, qui, pendant un certain 
temps ( Prodr. -Quadrup.) , parait être seule usitée. Puis s'ouvre 
une nouvelle période marquée par la réapparition de ivi et l'appa- 
rition d'une troisième forme evat; on a alors simultanément elvai, 
svi et svat. Enfin eivai finit par évincer ses deux concurrents. 
Ce sont là, dans leurs lignes générales, les données que nous 
fournissent les textes envisagés ici. Il nous reste à les expliquer 
et à les discuter. 

De toutes les formes du paradigme ancien, c'est elai qui, 
sembk'-t-il, a subsisté le plus longtemps. Si nous nous en l'ap- 
portons à Span. I, cette forme n'aurait disparu de la langue que 



186 HUBERT PERNOT. 

vers 1p xi" siècle. Quant à iexislence de svi en fonclion de pïur. 
3 dans des phrases comme Tovra 'sxatyvtS ta. ovKevi (G/;//.. , 5i 9), 
ce sérail une erreur de croire qu'elle remonte direclement à 
remploi homérique de cette même forme dans, par exemple, 
hre) ou oi evi (ppévsî ovS' ij^ataî [E. i^'i); nous^avons vu que, 
dès i'e'poque allique, svt s'était localisé au singulier. Il ne sau- 
rait donc être question ici que d'un passage ultérieur du singu- 
lier au pluriel. On pourrait songer, pour rexpli(|uer. à une in- 
fluence des jduriels neutres. La règle du verbe au singulier avec 
un sujet neutre pluriel n'existe plus aujourd'hui; on a donc dit 
indiiréreniment , à un moment donné, rà ^cDa rpé^ei et rà ^-wa 
ipéypvv. Grâce à celte dernière construction, on aurait pris svi 
comme un pluriel dans rà ^cwa 'évi. doù oï avdpcjJTTOi evi. Mais 
celle hypotlièse est inadmissible chronolo;jiquement '. 

Il semble plutôt qu'on doive chercher l'origine du phénomène 
en question dans des phrases comme : rovro svi ^eûfxctTa rceci, 
ce sont des mensonges'?, t/ ëvt tol ypâ(p£i5\ rrqu'osl-ce que lu 
écris? 55 Le sujet ne renferme pas ici l'idée principale, qui est 
exprimée par \f/£U|uaTa et par rà ypcK^eis ; on conçoit alors que 
ces pluriels aient exercé une attraction sur le veibe et l'aient- 
fait changer de nombre. Pareil fait s'est d'ailleurs reproduit à 
l'imparfait, où. de nos jours, il \ a identité complète entre sing. 
3 et pluv. 3, rfrai» ou ^ravs^ et l'indicatif présent nous fournira 
encore tout \\ l'heure, toujours à la troisième personne du plu- 
riel, un exemple identique du même phénomène. 

La forme eïvai donne lieu à quelques observations intéres- 
santes. Dans quels i-apporls se trouve-t-elle avec sîvai^ sing. 3? 
Au pluriel, eïvai nous est apparu pour la première fois chez 
Prodrome; au singulier, le plus ancien exemple que j'en con- 
naisse remonte à Const. capt. Un intervalle d'environ trois siècles 
sépare donc ces deux formes. Avons-nous alors affaire au phé- 
nomène inverse de celui que nous venons de constater, c'est-à- 
dire à un ])assage du pluriel au singulier? Evidenmient non; 
au singulier, il ne saurait être question dun emprunt, puisque 
nous y avons observé le développement normal evim — »■ evcti » — > 
elvai. Nous sommes ainsi amenés à considérer ces deux formes 
comme théoriquement indépendantes l'une de l'autre. Seule- 
ment, elles ont été créées en vertu des mêmes lois analogiques 
et dans des conditions pareilles; de là vient leur identité. 

Le schéma suivant figure, je crois, exactement la genèse de 
de slvai. plur. 3 : 

' Span. t, verbe au pluriel : 69, 76, 102 , i 53 , lâg, 288; mais i3i : ws 
yàp 7» ^vXa. Toîi 'jmipos ir)v Ç>X6yav éirav|ar£«; cf. 76-77 : at/îoc état zsXovtos 
à.Xr\Br,s , i5d|a fz^ Tt/.ripcofiévri , \ aCià tov éyavia tsoieï èiiaivfcôv èv xoa^iù). Glyk. 
niel toujours le verbe an pluriel : 280, 368, 872. 38o, ioo. 



L'INDICATIF PRÉSENT DU VERBE ETRE EN NEO-GREC. 187 

Sing. £vi = Plu)\ evt » — > ^evai » — >■ slvai. 

On remarquera que evai s'y trouve marqué d'un astérisque. 
En effet, cette forme ne m'est pas connue entre plur. 3 svi et 
plur. 3 shoLi; mais comme elvoti suppose un double phénomène 
analogique, à la désinence et à l'initiale, on est forcé de la res- 
tituer. Elle peut d'ailleurs se vérifier d'un jour à l'autre. Ici encore, 
il importe d'établir des distinctions et de ne pas confondre cet 
svai avec celui qu'on retrouve plus tard, également au pluriel, 
mais postérieurement à sivai. Ce deuxième svài se présente 
dans des conditions bien différentes : tandis que le premier se 
place à une époque où svat singulier n'est pas encore attesté, 
comme le prouve suffisamment Prodrome, où l'on a plur. elvai, 
sing. ht, le second est au contraire contemporain de evai sing.; 
même il lui est, par son apparition, quelque peu postérieur, 
puisque des textes comme Solom. et Span., II, ignorent encore 
êvai plur, et ne connaissent que la concordance : sing. svai, 
plur. dvai. Tout porte donc à croire qu'il s'agit, une fois de 
plus, d'un passage du singulier au pluriel; evai suit la même 
route qu'a déjà parcourue svi, avant sa transformation en eivai. 

On se demande même si 'évi ne l'a pas parcourue deux fois, à 
des époques différentes; c'est du moins ce que peut faire suppo- 
ser, dans une certaine mesure, l'existence exclusive de plur. 3 
eîvcti dans Prodr. , Ghjk. et Span., II, et la réapparition de plur. 3 
êvi dans Quadrup. , Georg. Const. et Georg. Rhod. 

Les données de nos textes s'éclairent ainsi peu à peu. Ce sont, 
en somme, les diverses manifestations de deux lois assez simples, 
Tune analogique, l'autre syntaxique, qui s'entrecroisent et dont 
l'action se fait sentir avec une régularité parfaite sur un espace 
d'environ huit siècles. Vers l'époque de Span., I, le singulier êvi 
passe au pluriel et, au pluriel seulement, donne *£vai m — >- el- 
vai. On se trouve alors en présence de la concordance chrono- 
logique : sing. £vi, plur. éïvixi [Prodr,). Mais evi, au singulier, 
se développe à son tour et devient evai; ces deux formes subsis- 
tent longtemps côte à côte. On a dès lors, au pluriel, les trois 
formes slvai, evi, svcti [Quadrup., etc.), dont, à coup sûr, la der- 
nière et peut-être aussi l'avant-dernière sont des emprunts di- 
rects au singulier. Enfin, de sing. 3 svai sort un sing. 3 slvat, 
et c'est peut-être seulement grâce à ce nouvel appoint venu du 
singulier, toujours en vertu de la même loi syntaxique, que 
plur. 3 eivixi parvient à triompher de ses deux concurrents plur. 
3 êvi et svai. 

On a remarqué que le nivellement des syllabes initiales s'est 
fait au pluriel beaucoup plus tôt qu'au singulier. 11 semble qu'ici 
la marche de l'analogie ait été retardée par un besoin de clarté 
plus ou moins conscient; on voulait éviter la confusion des formes 



Igg HUBERT PERNOT. 

aux deux nombres. Elle ne sVst pas encore produite en chy- 
priote, où Ton ne connaît, de nos jours, que sing. 3 ëvi, hai en 
regard de plur. 3 £7va/(Mondry Beaudoin, p. 79-80); et le para- 
digme tsakonien, sur lequel je reviendrai plus tard, en 
fournit, je crois, un autre exemple dans sing. 3 svi comparé à 
plur. S eïvi. 

Paris, 1895. 

Hubert Fernot. 



LES NOMS HYPOCORISTIQUES 

D'HOMME ET DE LIEU 

EN CELTIQUE. 



Tous les ëriidits qui s'occupent rronomastique connaissent le 
savant mémoire que M. Fr.inz Slark a publié, en 18G6, dans les 
tomes LU et LUI dos Silzungsbevichte de TAcadémie impériale des 
sciences de Vienne, classe de philosophie et d'histoire, sous ce 
titre : Die Kosenumcn der Germanen. Tout récemment, dans le 
tome XXXII de la Revue de Riihii , 1898, M. H. Zimmer a fait 
application aux langues celtiques des principes posés par 
M. Franz Sfark; le n° 10 des Keltische Studien de M. H. Zimmer, 
])ubliées dans le volume précité, pages 168-197, est intitulé: 
Zur PersonenennamenhUdung , et traite surtout les noms hvpoco- 
ristiques ou familiers, Kosenamen. 

A la page 189, M. Zimmer signale, comme un des sufïixes ser- 
vant à former dans le monde celtique des noms hypocoristiques, 
le suHixe -âco-, qui, suivant lui, est rare en Irlande avec cet em- 
ploi. Il n'en cite que deux exemples : Bitadach et Berach, et il dit, 
page 190, queBuadachse trouve dans le britannique du vi^ siècle 
sous la forme Budoc. Ce nom hypocorisfcique, dit-il, est la forme 
familière dun nom solennel tel que Bôdio-gnâtus. On pourrait 
aussi proposer, avec M. Holder : " Bôdio-vellaunos , en vieux gallois 
Bud-Gualan; *Bôdw-màros, en gallois Budd-fanr; * Bôdio-voretos , 
en breton Bud-uuoret. 

Aux exemples irlandais donnés par M. Zimmer, on pourrait 
en ajouter d'autres; tels sont : Camulacus et Senachus, noms 
d'évêques ordonnés par saint Patrice, suivant les noies de Tire- 
clian K 

Le nom de Camulacus apparaît sous une forme légèrement al- 
térée, Camclams, dans VAnllpfionaire de Bangor, dont nous devons 
au Rév. F. E. Warren une récente et précieuse édition. C'est la 
forme hypocorislique de noms d'homme tels que : Camido-genus , 

' Wliitley Slolccs, The triparhte Life, t. II, p. 3oi. Hogan, Vita sancd Va- 
Iricii, p. Co, 66 el 80. 

mÎM. LIKG. — IX. *i3 



Î90 n. D'ARBOIS DE JUBAl.X VILLE. 

chez César, De bello gaUico, *Camulo-gnatiis, au féminin Camulo- 
gnala, dans une inscription du trésor de Bernay à la Bibliothèque 
nationale, Camulo-rix dans deux inscriptions, l'une de Pont-les- 
Bonfays, Vosges, et Tautre d'Anglesey. 

Senachus, avec un ch conformément à la prononciation irlan- 
daise, est identique à Scnacus, nom d homme, inscription chré- 
tienne de Grande-Bretagne, Hûhner, n" ikk, et c'est la forme 
hypocoristique de noms solennels complets tels que : Seno-condus , 
Musée de Mayence, cf. C. I. L. XII, 8029; Seno-gnatus, inscrip- 
tion de Melun; Seno-maglus, inscription chrétienne de Grande- 
Bretagne, n" 99; Seno-iirus, C. I. L. XII, .G1686, 81 G; Seno-viros, 
îbid., 358/i, Lejay, Inscriptions antiques de la Càte-d'Or, n" 98. 

Citons encore Tigernach, nom d'un célèbre chroniqueur irlan- 
dais du xi" siècle, écrit plus anciennement Tegemncns dans deux 
ins(^'iplions chrétiennes de Grande-Bretagne, n"' 35, 58, en gal- 
lois Teyrnoc, en vieux breton Tiarnoc. On peut lui comparer le 
nom complet *T{genio-maglos : Tiarn-mael dans le Cartulaire de 
Redon, Tegevno-malus dans une inscription chrétienne de (Grande- 
Bretagne, n° 12. 

^ous pouvons dire aussi que ce genre de formation a existé 
en gaulois. Ainsi Dumnacus, chef des Andes, ou mieux Andecavi, 
chez Hirtius, De bello gallico, VIII, ch. 2G et suiv., porte un nom 
hypocoristique correspondant à un nom solennel tel que : Duinno- 
rix, nom d'un Eduen, frère de Diviciacus, chez César, De bello 
gallico; Duinno-vellaunus , ou Dubno-vcllaunus , nom d'un roi breton 
contemporain d'Auguste, et connu tant par les monnaies que par 
la célèbre inscription d'Ancyre; Diunno- talus , C. 1. L. III., io5i6, 
écrit Dubno-talus dans une inscription du musée d'Épinal. 

Nous terminerons par une dernière observation nos additions 
au mémoire de M. Zimmer. 

La théorie des noms hypocorisliques donne la solution d'une 
difliculté à laquelle se sont jusqu'ici heurtés les géographes. Ils 
n'ont pas compris pourquoi la ville d'x\rras, a^pelfie Nemeto-cenna 
chez Hirtius, De bello gallico, VIIl, h6 ^ 62, est désignée par le 
nom de Nemetacum dans l'Itinéraire d'Antonin. Nemetacnm n'est pas 
autre chose que la forme hypocoristique de Nemeto-cenna. Le cel- 
tique avait un substantif ou adjectif au masculin cennos , dont un 
exemple est le second terme du nom composé Cuno-cennos, au 
génitif Cuno-cenni, dans une inscription chrétienne de Grande- 
Bretagne, Hùbner, n" kS, en gallois Con-cen; au féminin, c'est le 
second terme de Sumelo-cenna, aujourd'hui Rottenburg, Wur- 
temberg. 

On a déjà fait la remarque qu'en Gaule les noms terminés en 
-acus apparaissent pour la première fois sous l'empire romain. Ils 
sont très rares en Espagne, très communs en Gaule et dans 



LES NOMS HYPOCORISTIQUES D''HOMMR ET DE LIEU EN CELTIQUE. 191 

l'Italie du Nord. On n'en trouve pas chez Ce'sar. Ils sont proba- 
blement une formation hypocoristique. 

Ainsi Condaciis, Condac (Charente), paraît être la forme hypo- 
coristique correspondant à un nom solennel, tel que Condo- 
magus, Condom (Gers). 

Il doit y avoir la même relation entre : 

Turnacus, Tournai (Belgique), Tpurnay-sur-Dive (Orne),Ter- 
nay (Loir-et-Cher); — et Tximo-durus , Tonnerre (Yonne), Tunio- 
magus, Tournon (Indre-et-Loire); 

Nnviacus, Neuvy-en-Champagne (Sarthe), Neuvy-au-Houlmc 
(Orne), Neuvy-le-Roi (Indre-et-Loire); — et Novio-magus , Nimè- 
gue (Pays-Bas), Noyon (Ofse), Neumagen (Prusse rhénane), etc.; 
Novio-diinum (César, De bellogallico, VII, 12, ville des Bituriges, 
à distinguer du Novio-dunum de Belgique, De bello gallico, II, 12, 
et du Novio-dunum de Pannonie, aujourd'hui Novi-grad, enfin 
du Novio-dunum situé à l'embouchure du Danube, aujourd'hui 
Isaatcha); 

Eburacus, York (Angleterre); — et Eburo-dunum, Yverdun 
(Suisse) [Eburo-briga, xivrolles (Yonne), a pris cette forme nou- 
velle par l'intermédiaire d'un autre suffixe et suppose *Eburo-ia- 
lum); 

Flaviacus, Saint-Germer-de-Fly (Oise), — et Flaviobriga (Es- 
pagne); 

Juliacm, Juliers, en allemand Jûlich (Prusse rhénane), en 
Fi'ance les nombreux .luilly, JuUy, Juillé, Juillac; — et Julio-bona, 
Lillebonne (Seine-Inférieure). 

L'épithète « hypocoristique -o est inexacte quand on l'applique 
à des "noms de lieu; l'épilhèle k abréger) serait plus appropriée. 
Je me conforme dans celte note à l'usage reçu; je le fais sans 
être bien convaincu que, même lorsqu'il s'agit des noms de per- 
sonne, la théorie dont le mot rc hypocoristique^ est l'expression 
puisse expliquer tous les phénomènes habituellement groupés 
sous cette étiquette traditionnelle; le moindre effort ou, pour 
parler plus clairement, la paresse est la véritable explication de 
bien des faits que notre vanité colore d'une façon plus flatteuse 
— non pour la personne à laquelle nous nous adressons, — 
mais pour notre amour-propre à nous. 

H. d'ArBOIS DE JlBAlNVlLLE. 



i3. 



UNE ÉPITAPHE LYCIENNE 

(MYRi 4). 



J'ai donné au début de mon pre'cédent me'nioire un alphabet 
lycien, avec les transcriptions latines qui me paraissent devoir 
être adoptées \ mais je me suis dispensé d'accompagner ce ta- 
bleau d'un commentaire justificatif. Les observations que plu- 
sieurs de mes confrères ont bien voulu me communiquer sur 
mes lectures me prouvent la nécessité d'entrer à ce sujet dans 
quelques développements : c'est ce que je vais faire, retardant de 
quelques pages seulement l'examen du texte lycien mentionné au 
titre du présent essai. 

I 

Et d'abord se pose une question préjudicielle : est-il si né- 
cessaire de transcrire dans notre caractère lalin un alphabet 
aussi simple, aussi clair, borné à un nombre raisonnable de 
lettres, grecques pour la plupart, et dont les autres sont d'un 
dessin fort peu compliqué? Evidemment le lecteur, à qui est 
proposée la solution des problèmes autrement difficiles de l'inter- 
prétation des textes , est capable du léger effort de la ff transcrip- 
tion n mentale. Il n'a pas manqué de s'initier au déchiffrement; 
il en sait les lacunes, les décisions précaires, et il estime qu'à 
s'en servir on se condamne à donner des citations qui refléteront 
ces erreurs. — Telle est l'objection. 

Je réponds qu'il s'en faut bien que l'erreur soit éliminée par le 
seul fait d'une citation en belles lettres lyciennes! non seulement 
elle n'est pas éliminée, mais encore l'emploi du caractère indi- 
gène l'aggrave dans ses conséquences, en entretenant l'illusion. 
Vous produisez un nom propre que vous m'assurez avoir tiré de 
tel texte, et je constate à l'épreuve que la pierre est détériorée, 
le passage peu lisible, enfin qne vous avez été bien forcé de 
ff restaurera cetle mention, mais votre déguisement lycien n'en 

' Mém. Soc. Ling., VIII, p. liai. 



UNE ÉPITAPHE LYCIE.NNE. 193 

dit rien. Le monument — Limyra i 9 , pour citer un exemple ', — 
avait, lui, inscrit le nom PoBA || A'î*|'^, que transcrit plus bas 
le grec PYBIAAHI, mais vous, vous lisez ^**E'^ | A'M'^ -, d'où 
vous tirez comme conséquence la valeur w u assignée au caractère 
4^. Vienne ensuite Antiphellus 3, avec son verbe *^STTO : 
vous m'imposez la lecture wasttu, et vous fondez là-dessus une 
relation avec le latin iiastare, Tallemand Wûste!^ Le prestige 
d'une citation en caractères indigènes est ici trop funeste. 

Je demande en outre aux adversaires de la transcription s'ils 
ne seront pas forcés eux-mêmes, étant donné les variantes gra- 
phiques des voyelles e et 0, d'user d'une convention pour écrire 
les deux premiers mots d'une épitaphe : ebë''në qupo? Pousseront- 
ils le scrupule jusqu'au décalque des mots'^? 

A l'alphabet lycien et même à l'alphabet grec si peu commode, 
substituons donc sans crainte notre écriture latine, pour qu'il 
s'opère un premier travail d'assimilalion, d'autant plus fécond en 
résultats que la transcription sera plus régulière. Nous surpren- 
drons les suffixes, les flexions; les lois phonétiques nous appa- 
raîtront. Voyez, par exemple, combien est facilitée par une 
transcription correcte l'intelligence de l'épitaphe désignée dans le 
recueil de Schoenborn sous le nom de Limyra 6 ^ : 

L. 1 ehë^në : qupo : mené : pr^navalë : tebursseli 

L. 2 zzayaah : ddedi : luso^trah" : zetineri : se q^laburah" 

L. 3 ënë pencleh q^tavata : 

Luso" Irak" ei Q^taburah" sonl des génitifs, tout comme Z2ayfla/t(?) 

' Feliows, Lycia, pi. XXXVl, n. 3; Daniel! et Spratt, pi. 1, u" 1; Cl. G., 
III, n° /i3o6; Schm'dt, The Lyctan Inscriptions , pi. Il; Savelsberg, I, p. ai; 
Petersen, n° 1 si. 

* Schmidt {Essay on the Alphabet of thc Lycians, en tête du recueil de textes, 
p. V, IX ) et Savelsberg (I, p. 38) affirmaient ceUe lecture, que j'ai contestée 
dans le Bab. and Or. Record, vol. V, p. 106 : j'avais raison de soupçonner que 
4s était une gullurale; l'ex-volo bilingue esl venu avec son exemple Urta 4^ iyah" 
= ùp-raxta m'apporler une agréable confirmation. 

^ Les auleurs se copient sans défiance; les mêmes rappiocliemenls se trouvent 
dans'e mémoire dcLassen, Z. D. M. G., i856, p. 354, chez Savelsberg, I, p. 5f! , 
et Deecke, Lykische Sludien, III, p. a8i. — Anlipbellus 3 a été publiée par 
Daniell et SpraU, n" 3; Texicr, Asie Mineure, vol. III, pi. CIC; Scbmidl, 
pi. 111; Savelsberg, I, p. l\6; H, p. i.to, et Pelcrson, n° 122. Voir encore, 
pour le grec, inléressanl à cause du verbe èixnpi^et qui termine l'inscription, 
CL G., III, p.iiSo, n° 43oo/<. 

* U esl probable que les organisateurs de l'écrilure lycienne trouvèrent un 
cerl^iin nombre de caractères qu'ils exclurent en principe, mais que quelques 
monuments retinrent à titre de vaiianies grapiiiques. L'inscription de Limyra 6 , 
que je vais citer, emploie même deux soi-disnnt variantes de 0, dans qnpo et 
dans Lim/lrali" ; et cet exemple n'est pas raie. Nous ne pouvons passer notre 
temps à dessiner des caractères. 

' Daniell, pi. I, n" ai; Schmidt, pi. I: Savelsberg, II, p. 36. J'ai pu con- 



19^ J. IMBERT. 

et Perichh. Le premier de ces mots est le nom propre de Lysan- 
dre, le second celui de Kindaburis; la lettre" découvre l'accu- 
satif^ : il faut traduire tov KvadvSpov, tbv KtvSaSupios, à sa- 
voir l'homme nomme' Zetmeri''. Ce que Zelineri est à Lysandre 
et à Kindaburis, nous le devinons sans peine; il est \e fils du 
premier, le neveu {tiilies") du second : ainsi l'e'tablissent de 
nombreuses é[)ilaphes. Le verbe est omis comme ces avyysvixd; 
mais nous savons comment supple'er la lacune, sei ''tepitoti = 
ff [lui-viéme, il ensevelit [ici)] Zetineri(fîls) de Lysandre et ( neveu) 
de Kindaburis, seigneur (qui e'tait) hyparque de Péridès^.n 

Quand une transcription laisse ainsi péne'lrcr le sens d'un 
texte , sa cause est gagne'e. 

Certes on n'est pas arrivé du premier bond à cette transcrip- 
tion, mais après bien des tâtonnements, en faisant autant que 
possible abstraction d'ide'es pre'conçues, et d'heureuses décou- 
vertes d'inscriptions bilingues aidant. 

C'est à Moriz Schmidt '^ que revient l'honneur d'avoir e'crit les 



sulter tes copies inédites de MM. Benndorf et Arkwright. Voir, sur ce monu- 
ment, situé dans la nécropole ouest de la ville de Limyra, mes articles The 
Lycian Tebursselis et On Iwo Lycian Inscriptions dans le D. 0. R., février et 
décembre 1898. 

' Sur le génitif-accusalif, voir Termes de parenté, p. /i56. Ce génitif sur- 
vécut à la langue, comme le montrent les formes TpoKovSiv dans la pîirase M. 
Aup. OvdêaSais TpoKovSiv d'une inscription d'Isaiirie publiée par Headlara, 
J. H. S., n° 2 , 1899 .p. 3o, et — Q-alâfjietv citée par Ranisay, K. Z., 1886, 
p. 386. Il est vrai que cette désinence est appliquée indifféremment au génitif 
du sujet comme à celui du régime : bien mieux, on aurait le dalit Apaxaiv à 
Xanlhus, d'après la copie de Fellows du n° 4278 li, C. I. G. Voir Hill, /. //. S., 
1895, p. laS, n° 16. 

■^ Ce nom peut être comparé à hiatvapis (C. /. G., n° i3i5</), Nap«s {J. H. 
S., 1895, p. IJ9, n° 3) et Enéhineri, fondateur d'une rock toinb de Limyra, 
dont Petersen a publié l'inscription, p. 67, n° i33. 

•' L'homonyme du grand bomme d'Etat d'Athènes, le roi Périclès, qui régnait 
sur les Lyciens antérieurement à 36o avant notre ère, est mentionné par Théo- 
pompe dans Photius, Dihl., 176, et par Polyen, Stratag. , V, ha (cf. Deecke, 
Lyk. Stnd., IV, 189); il a signé des monnaies d'argent et de cuivre (Fellows, 
Lycian Coins, i855, pi. IV, 9; V, i-to; VI, 1-10; Six, Monnaies lyciennes, 

1887, n°' a6/i à 27^; Babelon, Perses Achéménides, 1898, p. ex, et n" 53i , 
536, 537, 539); les inscriptions qui le citent sont Limyra 6 que nous avons 
vue, Limyra 16, 38, ho, h\ et l'inédite, découverte à Arneœ. 

* Dans le Biographisches Jahrbuch fur Alterthumskunde d'Iwan von Mùller 
(] 890), le D' Paul Kœtschau a consacré à Moriz Schmidt, décédé le 8 octobre 

1888, une nécrologie d'une lecture très attachante et qui se termine par la bi- 
bliographie des travaux de l'éminent helléniste d'Iéna. Je ne puis qu'y renvoyer 
le lecteur : les travaux de Schmidt intéressent pour la plus large part la philo- 
logie grecque et latine , mais l'actixilé de ce savant a dépassé ces frontières et a 
marqué sa trace dans les domaines plus restreints de l'épigraphie lycienne et des 
inscriptions cypriotes. Schmidt mérite qu'on examine de près les solutions qu'il 
donne des problèmes posés par les monuments lyciens et qu'on étudie sa mé- 
thode vraiment géniale. 



L\E ÉPITAPHE LYCIENNE. 195 

premières pages vraiment scientifiques sur l'alphabet lycien. 
Voici dans quelles circonstances : 

Au dire des anciens, il y avait eu — dans un lointain passe' 
sans doute — (nous dirions aujourd'hui : à Te'poque myce'nienne), 
enire Mace'doniens et Phrygiens, Arcadiensde Te'gée et Cypriotes 
de Paphos, Cretois et une partie des Lyciens, relation de me'- 
tropole à colonie. La précision de ces données montre qu'elles 
reposaient sur des traditions locales et vivaces, et s'il ne nous 
est plus permis de contrôler par des documents historiques la 
véracité de ces traditions, nous pouvons du moins espérer ar- 
river par la philologie comparée à certaines conclusions qui con- 
firment ces indications. Le dialecte ciétois, pour ne parler que 
de la troisième proposition, piésente des particularités qui obli- 
gent de supposer Tinfluence d'un idiome rf barbares, et par 
conséquent son existence. Moriz Schmidt l'avait compris quand, 
rendant compte en i863 d'une thèse d'un de ses compatriotes, 
il s'essayait à des comparaisons entre le crétois du document 
étudié par cette thèse et l'idiome énigmatique des inscriptions 
lyciennes. Les comparaisons (qui dénotent plus de bon vouloir 
que d'expérience) devaient, dans la pensée de Schmidt, tracer 
la route à d'autres savants jaloux de se faire un nom ^ 

Après avoir attendu quelque temps, Schmidt n'hésita plus, 
vers 1866, à tenter l'expérience qu'il conseillait aux autres. 
Mais quel ne fut pas son étonncment quand il découvrit que 
même l'alphabet lycien n'était pas déchiffré ! A la place du dé- 
chiffrement, il y avait cinq à six lectures différentes, autant que 
de savants qui avaient traité ex professo de cette malheureuse 
épigraphie '-. 

' Préface de.VEssay on the alphabet and the language of the Lyctans, qui sert 
(l'inlrodiiction an recueil des inscriptions d'après Scliaenborn, léna, 1868. La 
Ihèsf* étudiée par Schmidt dans K. Z., XII, p. 319-233, a pour titre De in- 
scripttojie Cretemi qua conlinettir Lyliiorum etBolœntiorumfœdus sc7: Henr. Beinh. 
Vcvetzsch. (Halle, 1 863 , 33 pages.) — L'origine Cretoise d'une partie des Lyciens 
est affirmée par Hérodote : oi ëè Xvxiot êie KprÎTrjs tdipyalov yeyôvaai [ti^v yàp 
Kpr?Tr?i' él'j^ov to zsaXaiov 'zsâaav ^âpêapoi"). . ., I, i'y3. Suit l'histoire de I'én)i- 
gration des partisans de Sarpédon, frère et compétitenr de Minos, puis d'une 
plus récente colonisation, athénienne cotte fois. Le (oui est rappelé plus briève- 
ment en CCS termes : A'ûxioi Se TepitiXoi èHaXeUvTo ex Kp■/|^ns jeyovÔTts , è-nl 
Se Xiixoii loxj ^ctvSiovos àvSpài kdnvctiov êa-^ov tï\v iiteovvfMÎriv, Vit, 93. 

^ Voici leurs noms : Saint-Marlin, i8ai; Grotefend, i83i (1835) et 1869; 
Daniel Sharpe, président de la Société géologique de Londres, 18/11 et i8.'i3 
(18/17); Chodzlio, i8/i/i[?] (inconnu à Schmidt); Lassen, i856; Blau, i863; 
Friedrich Muller, i8G3 et 186/1. Voir Savcisberg, I, p. 1-7. Ces savanis de 
premier ordre ne purent que distraire en faveur de nos inscriptions quelques 
heures de leur temps consacre à des œuvres bien autrement sérieuses. La niiniis- 
malique lycienue n'était pas plus avancée que le déchilVrement dos lexles lapi- 
daires, quoiqu'elle fût abordée par des lionunes tels que Fellows, l'auteur du 
Coi-pus des monnaies (i855), Sharpe, Longpérier, Konor et Brandis (1 8GG). 



196 J. IMBERT. 

Il fallait donc laisser là les études, ne connaître que les textes. 
C'est ce que fit le professeur d'Ie'na ^ 

Les épitaphes bilingues commencèrent par lui livrer quelques 
noms propres-; les unilingues le renseignèrent, elles aussi, sur 
les noms de Pe'riclès Perîc/e, d'Harpagus Arppaquh^ (ge'nitif), de 
la ville de Xanthus, Apva d'Etienne de Byzance, Ar^na des monu- 
ments'' : il lut la correspondante exacte Tr'"mili de la de'nomina- 
tion TeppitXa.1 par laquelle, au rapport d'Hérodote, les Lyciens 
e'taient désigne's dans leur propre pays^. L'alphabet fut peu à peu 
comple'té : Schmidt sut que k e'tait th et + h. Il e'prouva quelques 
surprises : î n'était pas 0, X n'était pas )(^, E n'était pas e, 
O était souvent donné comme correspondant à ïupsilon. 

Désormais le déchiffrement était réalisé : on pouvait encore 
l'amender sur quelques points de détail, le tenir pour non avenu 
non. Deecke qui affecta de décrier au nom de l'étymologie (!) "^ 
l'œuvre de Scboiidt, lui rendit pourtant un précieux hommage 

Pour donner une idée des préjugés qui régnaient alors, il suffira de dire que 
l'on avait édifié une géographie fantastique rien qu'avec les légendes moné- 
taires des rois Peridès, Trbbënimi, Qeriga, Cuprlli, voire mémo Mithrapala , 
lue Mechrapala et qui devait désigiier le port de iVlacri, représentant actuel de 
l'antique Telmessus! De telles sottises s'impriment encore aujourd'hui dans des 
ouvrages réputés sérieux. 

' Vorstudien zur Entzijfei-ung der Lykischen Sprachdenkmdler dans lesBeitràge 
de Kuhii et Schleicher, V. p. 357-3o5, et Essay on the Alphabet, p. iii-x du 
Corpus de Schœnborn , lena , 1 868. L'auteur s'est souvenu de ses études Cretoises, 
Essay, p. IV (emploi de x au lieu de 7); p. v (emploi de 66; prédilection pour 
la voyelle 0; le nom de Minos retrouvé en Lycie); p. vu ( AAHNA et TTHNA = 
Zrjvct; formes Cretoises jloijjLla, Tlœyioç et tléva - Cr?fx/a, Çwf,idï et Cwi'l); p- iv 
et p. VIII (chute de s au nominatif des noms masculins). 

* Il ne connaissait que Limyra iQ, Antiphellus 3, Tlos 2 (Daniell, n" d), 
Levissi (Daniell, n° 2) et le nécrodipnon de Cadyanda, Fellows, Lycia p. 116- 
ii'j = C. I. G., III, n" 42 23. 

^ Harpagus est face nord de la stèle Xanlhienne, 1. 25, APFArOTIOS 
(cf. C. I. G., n° ^269); ibid., 1. 58-59 : Arppaqus , mal à propos regardé comme 
un nominatif à cause de s; [Arppa]quh, Arppaquh, face sud, 1. 9 et 1. 25 (des 
éditions, mais en réahté 1. 3o). On trouve ailleurs Arrppaquhe (texte inédit). 
Voyez, face nord, 1, 19, si paqa ne serait pas le reste d'un nom Arppaqa, au 
datif? ou à l'accusatif? 

* Ar^na répond à Zavdiois sur le décret de Pixodare (= Savelsberg, 1, p. 60); 
il en est parlp sur la grande stèle, face sud, 1. 29; est, 1. 3o, ^9, 53-5^; face 
nord, 1. 10; sur le tombeau de Payava, 1. 10 (= Savelsb. , II, p. 195). Voici le 
texte d'Etienne de Byzance, au mot Apva. (édition Meineke, Berlin, 1869, 
p. 123) : Apva, •cidAis Aux/as' oiltea ri Edvdos e'xaAeTro ctwè kpvov tov xaxa- 
■jroAefirjffarTos ïiputôyovov. To èOvtxov Apvaïos xai Aprews. «APNA, a Pe- 
lasgic name found in many parts of Greece and in Italy . . . -n (Leake: Transac- 
tions nf the Royal Society of Literalure, second séries, Volume II, page 35, 
note 9). 

' Schmidt lisait Arina et Trâmili. On a vu plus haut que, d'après Hérodote, 
les Lyciens se nommaient Termites. Notre inscription de M}ra ^, que nous 
tenterons de traduire, livrera la mention Tr'"mili, 

* Lyk. Stud. , I , p. 1 2 'i - 1 2 5. 



UNE ÉPITAPHE LYCIENNE. 197 

en ne réussissant à repousser qu'une seule lecture ^ Son rejet des 
lectures u et o des caractères et >f atteint , non pas le ve'ritable 
cre'ateur de Te'pigraphie lycienne , mais son successeur Savels- 
berg. Plus tard, il est vrai, Deecke rectifia les transcriptions 
schmidtiennes met àm de î et X, mais du moins en les prenant 
pour point de départ de sa théorie des sonnantes nasales '-. 

Que E soit, malgré Tavis de Deecke, la \oyelle i, de très 
nombreux exemples le garantissent : ce sont des noms grecs 
écrits en lycien, des noms lyciens écrits en grec, et des noms 
perses écrits en lycien. 

Les premiers, HepixXrjs, IcnpOKXfjs^ Icovss , EwaTaros, sont do- 
venus Pericle^, lyetruqle, Iijoms" , Eqetehja^, avec E qui correspond 
à I. Deecke en est réduit à orthographier ces divers noms Pdreklà, 
Eiàtroyld, Eninesn, Ayatma, où il découvre le perso-phrygien 
AxaT>7?^; on croirait lire Knôtel*^. 

Les noms lyciens écrits en grec sont très nombreux : citons 
Iqita, et Ixras, Sidenija et 'EtSdpios, Purihimelehe et Tlvpifidrios , 

' E qu'il se refuse à transcrire i. Je sais bien que l'idenlité de forme de la 
lettre avec la voyelle gréco-laline causera le premier, que dis-je! le seul obstacle 
à l'adoption immédiate de la lecture schmidiienne; mais X et î ne sont pas non 
plus le ;^ et le I de»; Hellènes, et d'ailleurs ne voyons-nous pas P cbez les Grecs 
exprimer »• et chez les Latins p? La similitude de forme ne constitue qu'une 
simple présomption qui doit être écartée devant un fait démontré. 

^ trNasale Sonanlen im Lykischen55 dans les Beitràge de Bezzeober^jer, XIII, 
p. 1 Sa-iSg. 

^ Pour Périclès, voir note 3, page 19^. 

* lalroclès, A^an(/ius 3 (= Savelslierg, II, p. 186; cf. Schmidt, iVrae lyk.Stud., 
p. ig); les Ioniens, Stèle Xanthieune , face est, I. 37 (cf. Savelsberg, I, p. 9); 
Hécatée, Liinyra q6 , non reproduite par Savelsberg, qui a, à son premier vo- 
lume, p. 8, identifié les formes lycienne et grecque = Petersen, n° ia6. 

' Lyk. Stud., I, p. i3i, 1 38. Il n'y a pas A-x^àte'ia , mais Ay^atàe'ui, soit 
quatre lettres après le t : cela étant, le rapprochement avec À;^aTr?î est encore 
moins acceptable. La seule objection qu'on pourrait élever contre l'équation 
Eqele iija, ixaia-Tos , c'est que la forme lycienne devrait avoir h comme première 
lettre; mais les Lyciens n'ont pas non plus écrit Harppaquh pour kpt:iyov. 

* Knôtel nous met en présence de Jobatès, de Bellérophon , de Lxjkus , des So- 
lymes, des Teucrieus, de Chypre et de la Crète par les mots suivants tirés, dilil, 
de la grande stèle Xanthienne : 0/âte, Valorunakd , Leku, Salomovn, Tdkare , 
Kopre, Kriidà, etc. Ses traduclions valent ses transcriptions et identifications. 
Le bonhomme Ddavasa nous dit, à la fin de l'inscription de Myra li , selon 
Knotel : tT.Moin Flucli treffe die leere Kiste. Bewahre die Kiste darin hellig. Ein 
freier termifischer Hiirger, ein Adliger und Troer biti ich und hiiclist adiig. ■" 
C'est qu'il n'avait pas lu les inscriptions grecques du pays. — Cet article de 
haute fantaisie parut en feuilleton dans la très obscure Breslauer Zeitunjr , iH'jH, 
n"' hai et /t'J2. Chatjue science a ses curiosités; nous avons les pxcursns de ce 
savant de Glogau sur trDieletzten Trojaner und ihr Gedenksleim (la stèle d.> 
Xanthus). — Que M. Deecke me pardonne ma réflexion fort injuste à son égard 
A la prendre au pied de la lettre, ce n'est qu'une boutade contre son dogm.i- 
lisme. 



198 J. IMBERT. 

Ptirihim, . . el TlvpiSaTOVs, Priijenubeh" et Tlpidvo^a, Urtakiyah" 
et OpTax/a, Ticeucëprë ei Ticrsvasfjiëpav, Sbicaza et ^Tziydaa des 
bilingues \ justifiant l'équation E = l. A peine si Ton parvient à 
de'couvrir quelques exemples dissidents; ainsi les noms cariens 
ISiéaKws, Méa-os sont écrits Ziskka, Mizu, tandis qu Idazzala est 
écrit E/^acTo-aAa '^ ; ces exceptions ne prouvent pas plus que 
rorlhographc suivie par Plutarque^ pour désigner le frère de Mau- 
sole, Pixodare , en lycien Piqedare, avec E comme deuxième 
lettre'. 

Le troisième groupe, celui des noms perses cite's sur la 
grande stèle xanthienne, n'est pas moins instructif : nous avons 
là Mithrapata, le MiTpoSaTïjs de Xenophon ^, Vizttasppaz" qui 
fait songer imme'dialement à Vishiarpa (Hystaspe) '^, Biyamona, le 
même qu'Hiéraniénès beau-frère de Darius II, probablement 
Ariyamana^, Vîdryia ou Hydaniès, Vidarna^, enfin Chzapr"na on 
Tt(7(7a(pépvï]5, *C{ssapama'\]\ est bien entendu qu'on ne soup- 



' Antiphellus 3, Limyra 19, Levissi, ex-voto de Porpax {=Mém. de la Soc. de 
liiig., VIII, p. i5o), Cyaneae (Petersen, p. 21, n° 26). 

- Nécrodipnon de Cadyanda = C. I. G., n" /i2 25, et Pelersen, 11° 2(55. Il ne 
fil ut pas transcrire zizlcka, avec un second z, attendu que la troisième lettre revêt 
la lorme du s archaïque, c'est'à-dire d'une sorte do M avec son jambage de 
gauche plus long, et celui de droite coupé d'un petit trait horizontal. 

^ Jlri^oSupos , Vie d'Alexandre, ch. x. Encore n'est-il pas sûr que la leçon 
ni^6êù)pos ne soit préférable : comparez le xanlhien ni^aiScopov (C. /. G., ^2766, 

|l. 1195). 

* Décret bilingue de Pixodare, 1. 1. Ce monument malheureusement incom- 
plet, et illisible dans sa partie grecque, fut publié par Moriz Schmidt et W. 
Perlsch dans le volume qui complète le recueil des inscriptions et qui porte pour 
iilre: NeuelykischeStudienund das Décret, des Pixodaros,léna , 1869, a planches. 
On peut consulter au sujet de ce monument Savelsberg, 1, p. 60; Deecke, 
Lyk. Stttd., III, p. 282, et Judeich, Kleinasiatische Studien, Marburg, 1892, 
p. 262 , note 2. 

^ Hellen. , I, 3, 1 2. Ce satrape est mentionné à la face est de la grande stèle, 
1. 16. Nous avons de lui diverses monnaies (Fellows, Coins, pi. III, 6-10; Six, 
Monnaies Lyc., n°' 933-2^6; Babelon, Perses Act.ém., p. cix el n"' 629 et 53o). 
Voir, sur ce nom, Savelsberg, I, 9; II, 201, et Deecke , LyA-. Stud., I, p. i33. 

" Stèle, face nord, iç). «Erinnert an VistaspaTi, Schmidt, Neue lyk. Slud., 
p. 20. Cf. Savelsberg, I, p. 17; Deecke, Nasale Sonatiten, p. 187. 

' Thucydide, VIII, 58. L'identilication de {E)riyamona , stèle nord 12, avec 
Hiéraménès est due à Arkwrigbt : voir mon article Phurnabazus and Tissaphernes 
ventioned on the great stela ofXanthus, dans le Bab. and Or. Hecord, juin 1890. 

* Cizzapr"na : Vidr\"nnh : = Tissapherne [fils] d'Hydarnès, slèle de Xan- 
ihus, face nord, 1. 11-19. On ne savait pas jusqu'ici le num du père du célèbre 
^alrape de Darius II. Cf. le mémoire précité sur Pharnabaze et Tissaplieime. 

" La brillante découveite du nom de Tissapherne (nord, 1. 11, là, i5) est 
l'œuvre de Deecke; il y a été conduit par des considéralions historiques, on peut 
dire malgré sa transcription trKezzaprnna?:. Annoncée par son auteur dans Lyk. 
Slud., IV, p. 192, elle a été exposée dans l'article, si bienveillant pour moi, 
Zur Deulvng der Stela Xanthica (Berl. pliilol. VVoch. , 3o juin 1888, col. 827- 
8a 8). Mais il faut lire par un C correspondant au Tch perse. 



UNE ÉPITAPHE LYCIENNE. 199 

çonne de telles identifications qu'à la condition de transcrire, 
ainsi que je fais, les syllabes ME, FE, KE, PE. 

L'objection que les doubles transcriptions appartiennent à un 
âge moins ancien que la cre'alion de Talpbabet asiatique^ n au- 
rait quelque valeur que si le lycien primitif nous e'iait connu : 
or, de ce premier stage de la langue, nous ne possédons encore 
que ce que M. Six appelle les hie'roglyphes cre'tois: mais alors il 
nous faut repasser la mer et entreprendre le de'cbill'rement cent 
fois plus pe'nible de ces idéogrammes lermiles si patiemment re- 
cueillis par le docteur Evans'-. Nous ne réussirions qu'à retrouver 



' crLeider habe ich micli nicht entscliliessen konnen, der Schmidt'schen Um- 
sehreibung dos lykischen Alpliabols zu folgen, da sie ein zu irriges Bild der 
elymologischeii Geslaltung der Spraclie gieht. Mag aiich in der ïliat im Lyki- 
schen, wie die griecliisclie Umschreibung iykischer, die iykische Wiedergabe 
iranischer Worter zeigt, allmahlich eine Trùbung der Vocale und eine theilweise 
Verschiebung der Consonanten stattgefunden haben , so war dièse docb keines- 
wegs ursprùngiich, und zur Zeil der Annaliine des griechisclien Alphabets sicher- 
lich noch nicht durchgedrungen, nuiss vielmehr als eine spàlere Entartung 
gelten; und ebensowenig wie wir das griecliische a< iind ot durch ae und oe 
wiedergeben , weil die Romer dièse Diphtiionge so umschrioben und die Grie- 
chen ihrerseits rômischcs ae und oe durch ai und oi ausdriickten , oder wie grie- 
ciiisches t? uns als i gilt, wcil die Neugriechen es so aussprechen, ebensowenig 
diirfen wir z. B. auch die durch enllchntes griechisches e und o ausgedriicklen 
lykischen Vocale als i und u bezeichnen, weil sie in einigen lykischen Namen 
griechisch durch « und u wiedergegeben werden. Geschieht dies doch keines- 
wegs Conséquent, und die spatesten uns erhaltenen Inschrifton verratben durch 
den Wechsel der Schreibung noch haufig das Schwanken der Aussprache und 
den Riickfall in die alte Geltung.n (Deecke, Lyk. Stud. , I, p. laû-iaS.) 

- Cretan jnclographs and prœ-phœniciaii script. . . by Arthur J. Evans, Keeper 
of Ihe Ashmolean Muséum, London, iHç)5, in-S". L'auleur passe en revue 
.qnatre-vingt-de.uY symboles dans son paragrapiie 6 ( Classification and Compari- 
son of the Syinhols , p. Zi-h'^). Table I, p. 80 (comparaison de trenle-deux signes 
avec des caractères «œgéensT) trouvés en Egypte et des syllabiques cypriotes); 
table II, p. 8i (groupe de symboles linéaires de Crète, Mycènes et Siphnos); 
lablo III, p. 96 (signes pictographiques et linéaires, i-iaa, laê et i3, com- 
parés à des signes béotiens, mycéniens, cypriotes et sémitiques). M. Six a bien 
voulu me faire part de ses remarques touchant les lettres lyciennes qui ne sont 
pas dérivées de l'aiphabot grec : frJ'ai reirouvé, m'écrit-il, toute la bande parmi 
les hiéroglyphes crétois. Ainsi la double hache (Evans, n" 10) est Taucètre d'une 
variante graphique de votre e; le n° 5ij est Te régulier; le n° 71 le/; le n" 3i 
voire h; le 11° 5/i, q; le n° ^3 une forme de m dans une inscription de Pinara; 
le n" 68 le m du I)"^ Deecke; le n" 8 une forme de n inscrite dans Y ex-voto de 
Tlos; le n° 3 A la lettre 0, qui, sur certaines monnaies, a un point au centre; 
le n" 38 la troisième lettre du nom des Ioniens en lycien. n C'est très beau; 
mais cela n'éclaire pas la lecture du lycien. Voir aussi, dans le magnifique vo- 
Iun)e de M. Evans, p. 8(3, la photographie de l'inscription frétéocrèle?» de 
IVaîsos; l'inscription déjà publiée par .MM. Compareiti et Ilalblierr est (racée 
en lettres grecques archaïques, en boustrophédon, quatre lignes; mais le texte 
n'est pas grec. Comme il est mal déchiilré, je ne me peinicts pas de la rap- 
procluT des inscriptions lyciennes. 



200 J. TMBERT. 

les ancêtres des lettres non grecques de l'alphabet lycien : mais 
leur lecture, qui la livrerait? 

Admettons un instant que Deecke ait raison de tenir la voyelle E 
pour un epsilon devenu , avec le temps, une correspondante assuré- 
ment curieuse de V iota, he son i manquait donc à la langue lycienne? 
Et, surprise plus grande encore, Viota des Grecs fut emprunté, 
non pour figurer la nouvelle voyelle i venue avec les derniers 
colons d'Athènes et de Corinthe, mais pour la semi-voyelle y ! 

Mieux vaut tenir compte des faits, même en confessant notre 
impuissance à les expliquer : les nier est une œuvre mauvaise. 
Le caractère I occupe la seconde place, et non la première, dans 
le nom lyetruqle = IrjTpox'krjs , et je ne vois pas de motif de faire 
des deux lettres El la diphtongue si : dans les inscriptions 
cypriotes, îcnpôs n'est pas transcrit eialros, mais bien, comme 
dans ma transcription du nom propre, iyatros, avec y entre deux 
voyelles. 

Les seules diphtongues en i sont '^E, ^E, si-E, non pas EE 
ni lE. E ne souffre pas son propre voisinage; il appelle la semi- 
voyelle I , c'est-à-dire y. Aussi trouverez-vous non pas Muliiseh 
ou Mulliyiseh, mais Mulliyeseh = MoXXiaios , avec e concourant à 
la prolongation de i, absolument comme dans notre mot pairie. 
Telle est la cause de mon refus d'orthographier MoUeiasàh ^ 

Cet à m'est particulièrement désagréable. Sans doute c'est là 
une des valeurs de '^, mais ce n'est pas la seule. Le e franf;ais a 
des aptitudes plus diverses, qui semblent correspondre aux nom- 
breuses valeurs de ^, puisque, comme lui, il est tantôt muet, 
tantôt rt [exemple, femme) , tantôt é; {^ e.^t mêmeo) : Sideriya =^i- 
Sdpios, Priyeimbeh" =^ Ilptavoêa; Ticeucëprë =T laevcréfxëpav, Pi- 
qedare^nt^cûSapos {\a forme lycienne-grecque était Ilia-éSapos-). ■ 

' I et non E esl j]ravc avant A dans le nom d'ApoUonidas sons son ortliographc 
lycienne, l'tilenyda. Ici il ne remplit pas apparemment le rôle de la lettre do 
liaison. De même dans le mot hrppiy suivi d'une consonne, hrppiy pr^nezi 
(Xanthus 8), hrppiy mci (Limyra ii). On pourrait donc soupçonner à 1 une va- 
leur ï. D'aulro paît, la seconde voyelle e de ta désinence eye esl muette probable- 
ment, de sorte que Publleye de Limyra 19 vaut Poublef, ce qui est un écho par- 
fait du grec DvëiXl-nt, avec perte de Viota au milieu du nom. La désinence 
lycienne semble être purement artificielle, c'est le datif grec transposé parles 
scribes. Mais on n'hellénisait pas toujours; car, à côté des noms Publleye, Ese- 
dpplemeye , Quvntaye (féminin), Pkzziyeheye (féminin) (cf. Petersen, n°' i5o 
et i5^4), à côté de ces noms, dis-je, on a des noms inertes, qui doivent repen- 
dant se traduire par le datif; ainsi H"'proma = [pour] Embromas (Xanlhus 2), 
Hl'"midevp Mleyouai Mur^na (Petersen, n° iF)5) = KAp(5aua« xaJ M^aatitre» kolÏ 
Mdpra» (C. /. G., n" k^ihb). — On avait lu tout d'abord Mulliheseh à Le- 
vissi; mais le sixième caractère est bien y, comme on peut s'en convaincre par 
la copie autrichienne (Pelersen, n° 6). 

^ A Pinara une épilaphe donne cette forme : to (tvv(iSîov AvTtiroirpov êie roù 
ïlicjéSapov X. T. A. {€. I, G., n° /i253). 



UNE ÉPITAPHE LYCIENNE. 201 

La voyelle à n'a pas été' adopte'e non plus par Schmidt\ il laut 
l'en féliciter. 

Schmidt transcrit o la lettre 0, tandis que Savelsberg accu- 
mule les preuves en faveur delà lecture m, notre ou-. A Levissi, 
éavTcov est écrit éaoTcov, etsur d'autres points du littoral asiatique 
on prenait Vo pour Vupsilon: raoTo,, (pséyeiv, Xsokois, EôêcJXo, 
ces façons d'écrire étaient courantes. Les organisateurs de l'écri- 
ture lycienne admirent donc ce caractère et refusèrent droit de 
cité à Y. D'autre part, o et ou sont des sons très voisins : on fut 
amené très vite à les confondre, et nous avons Puriliim[etehe] 
= HvpiSixTOvs et Crup[sseh] = 0pu\(/<o?, à côté de Priyenubeh" 
= Upiavo^a, et de Urtakiyah" = Ôprax/a ^. 

En proposant de lire m et dm les lettres î et X, le grand ini- 
tiateur Schmidt était presque dans le vrai : au moins il faisait 
justice de la théorie de Grotefend qui invente des caractères 
spéciaux pour les voyelles longues'. Le lycien a-t-il connu la 
quantité vocalique, nous l'ignorons; en tous cas, son écriture 
n'en montre pas trace ^. Disparureut donc l'a et l'e de Grotefend. 

' Dans sa Commentalio de nonnullis inscrtptionibus lyciis (Leipzijj, Drujjulin, 
1876) et sa Commeiitatio de Columna Xanthica (léna, 1881), il fait usage de la 
transcription latine a u e u i j h : h (m) p f : k (g) y g : d t tli z : l r : à 
(= am) m t (= m) n : s ( — ), en substituant dans son second travail à u, 
u à 0, ûà y. l\ transcrit qss, qzz par xs, xz et kk par ûv. 

* Savelsberg, I, p. 9 et suivantes. 

' Ex-voto bilingue. — On a aussi Mur''na (et Mur"nah : Petersen, n" i55 
et iSa) = Môpvai (Petersen, n" 196) et Uvpvos {C. I. Sem. , n" 45). Je ne crois 
pas impossible de comparer à ce nom celui du dieu Marnas, adoré à Gaza d'après 
Elienne de Byzance. Chacun sait que les Philistins et les Tei miles de Lycic avaient 
un berceau commun, Pile de Crète : reste l'objection d'un même nom propre porté 
par une divinité et par un homme ; mais en Lycie des citoyens s'appelaient Kpfxrjs 
comme le dieu du commerce. (Voir dans Petersen, le second Index de noms 
propres.) 

' «The value of ihe two signs î and X till now bas been entirely mislaken, 
for neither is the former an expression of e or i , nor is the laller a or ai, but 
both the lelters express the nasalisation of the vowels t and a, which we design 
after the Polish manner by j and n. . .v Après avoir cite plusieurs exemples, 
Schmidt constate combien ces exemples tr support our statement, as well as af- 
ford an argument against Ihe value of v attributcd to ï by Grotefend and Blaun 
{Essay, p. v et vi). Grotefend transcrivait une inscription ainsi : âwûênû gôpû 
mute prênàfâlû N. irppë lâdë aiivë su tedàëmd. {Zeilsclir. f. K. des Morg., IV, 
1862, p. 398). C'est sans doule celte transcription de mots que l'on dirait ex- 
traits de quelque Gradus ad Parnasxum , qui a fait qualifier le système vocalique 
du Lycien , de délicat et compliqué. 

* «The long and short vowels we:e designed by the sime letters. . . 1 (Essay, 
p. VI, 1" colonne). Schmidt aurait pu montrer les scribes grecs du même pays 
inatlenlifs parfois à la quantité vocali(]ue, traçant par exemple e>ô, vofio, o^ci- 
AéCTe(<), l-apn-nSov, àpx,iepéos , etc. {C. 1. G., 4278», /j266c, /itîGA, ligne i4; 
Itioik, ligne 9; ^253, ligne 9()-a7). 



202 J. IMBERT. 

'' ' . 

^PîNP , VApva d'Etienne de Byzance, n e'tait pas plus Aréna que 
TPXMEAE, le TepfxiXijs d'Hérodote, n'était Trâmele. Que le son 
de -n ou de -m affectât ces lettres, c'est ce que Schmidt dé- 
montra aisément par le nom propre Q^tenuheh = KtvSavvëov ^; 
il aurait pu ajouter Arttu"'para = ApiSfx^a.pyjs ~. J'anticipe sur 
les faits par ces deux transcriptions, Schmidt ayant transcrit 
non pas " et "" mais in et âm, ce qui dut faire plaisir aux éra- 
nistes, puisque le zend possède des voyelles nasales analogues. 
Deeckc a revisé ces lectures^; il a constaté que les sons voca- 
liques étaient l'accessoire très variable : Arma , Artlompara , 
Trnimele lui paraissent plus voisins de Apva., ApTSix^dprjs , 
Tsp^iAtjs ou TpsfxiXïjs *, que Arma, Arttoâmpara , Trâmili. 
J'en dirai autant de Milaso'Hro = MsXrfcravSpov , que je ne recon- 
nais plus dans le MeJasôantrô du major Conder^. Mais j'éprouve 

' Tewiracrov toù KtvSavCëov (Petersen, p. 68, n" 187). Le nom de Q^tenubeh 
et Q"tanubeh se lit à Xanlhiis U (Savelsb. , II, p. 187) et à Yaghu ou Cyaneae 
(Petersen, n" 26). 

- ArUvJ"para est mentionné à Pinara 2 (= Savelsb., II, p. hli, et Benndorf, 
p. 54, n° 9o) à Limyra 16 (Saveisberg, II, p. lio) et sur la stèle (inédite) 
d'Icuvetis découverte dans le voisinage de TIos par M. Arkwiight. Limyra i6 
nous apprend qa'A'>'ttu"'])ara fut battu par le roi Périclès. Cf. Deecke, Lyk. Stiid., 
IV, p. 186, n°î. Cette découverte est due à Scbmidt, Konig Perikks, dans À^ Z. , 
XXV, p. 45 1; la stèle d'Icuvetis désigne Artembarès comme Mède : Arturpara 
Medese. Sur ses monnaies, on voit la télé de ce prince en satrape perse. 

' Nasale Sonanten im Lykischen, p. iSa-iSg. Avant lui, Hùbschmann trans- 
crivait ï et X pai" N et M en majuscules, [lenaer Literaturzeitung , 1" février 

1879-) 

* Hérodote (I, 173; VII, 92) orthographie TepulXai. Dans le premier pas- 
sage, il dit du peuple qui avait suivi Sarpédon en Asie, oi êè èxaAewTo to 
•crep TE vveiKavTo oivoyia hoi vvv éit xotAevrTai vtto tùv iseptoixciiv ol Avxioi 
TepfiiXat. Plus tard, Lykos, fils de Pandion et frère d'Egée, expulsé d'Athènes, 
se réfugia chez les Termiles (Tepfx/Aas) près de Sarpédon. — Etienne de By- 
zance donne Tp£y.iXv au lieu de Tepfi/Aj) comme nom de la Lycie, sous-entendez 
■y-îj; les Lyciens étaient TpeyitXeïe, et il cite des vers de Panyasis qui déroulent 
une généalogie mythique des premiers Lyciens. L'historien national Ménécrate 
appelait aussi le pays Tp«fi(A/s {yv) dans Anionin Libéral, 35. Voir Deecke, 
Lyk. Stud. , I , p. 1 5 1 . 

' The Lycian Langtiage [J. R. A. S., 1891, p. 664; stèle, face sud, 1. 4o) : 
Meldsôanlrô fddunaka = Mele^ander the Bithynian (!). Ce Mélésandre n'était ni 
Bithynion ni sculpteur, mais un navarque athénien chargé, en 43o, d'exiger le 
payement du tribut refusé par les Lyciens depuis quelque temps; à cet eflet, il 
lit voile pour l'Asie à la tête de six vaisseaux, débarqua (à Palara probablement) 
et marcha contre les rebelles; mais il fut battu et tué. Ainsi le raconte Thucy- 
dide, II, 69. Quand nous saurons comprendre le texte lycien de la grande stèle, 
nous entendrons le témoignage des adversaires de Mélésandre; déjà le nom du 
chef victorieux nous est connu, Trbbénimi (forme grécisée Tap&rjfifiis?). Ce 
Trbbënimi a laissé de très belles monnaies d'argent. (Six, Monnaies lyciennes, 
n"" 254-2o6; Babelon, Perses Ache'm., p. cix.) — On demande des dates qui 
fixent l'époque de la stèle : en voilà une! La lecture du nom de Mélésandre est 
due à Deecke {Lyk. Stud., IV, p. 187), encore qu'il n'ait pas songé à l'anecdote 
de Thucydide. 



UNE ÉPITAPHE LYCIENNE. 203 

quelque hésitation à accepter les graphies n, m de Deecke, 
qui ont le grave lort de constituer un anachronisme, en rap- 
pelant les notations des linguistes modernes. Pour me montrer 
tout à fait impartial, je répudie mes propres transcriptions n, m, 
qui n'expriment rien, le liait supérieur n'ayant qu'une valeur 
(iiacri tique. 

Est-il vrai que nous devons désespérer de rien savoir de la 
nature des deux lettres en cause ? Observons attentivement les 
faits. î, plus accessible que X, grâce à son incessante interven- 
tion, semble avoir été figuré ou non, au gré de l'écrivain. Nous 
aurions, je crois, ici une nunnaiion comme dans l'arabe. Prenons, 
par exemple, le mot kanuveti qui est certainement un verbe : la 
troisième lettre tend à disparaître dans les formes contractées 
du même mot oij elle cède la place à ï, ka"li, ko"ti ; je dis bien 
tend à disparaître, car voici maintenant Jcoti, sans ï ^. 

Autre exemple que ma ti'anscription par " s'efl'orce d'interpré- 
ter; il s'agit cette fois d'un nom propre étranger : 

l''"' ÉTAT 9' ÉTAT. 3'ÉTAT. 

(avant PeiDpriinl). 
AvŒOivSpou Luscytrah" Lusolrah" -. 

Si î est une nunnation, X ne marquerait-il pas la mimmalion ? 
citons un autre nom propre : 

t" ÉTAT. 12° ÉTAT. 3* ETAT. 

Ifxëpaixos, l^fx^pofxtxs H'"proma Hëpruma^. 

Xous ne connaissons le nom de Tiseusembrè qu'à son dernier 

' Kanuveti , Limera 1 a (Savolsb., II, 75) ; ka"ti, Myra (Pelersen, n" 45); 
ko''U, Rbodiapolîs, lexfe à droite, Ii<jii3 5 (Saveisb.., II, pi. II, et Petersen, 
n" 171)) Limyra li-2, Myra G; hoti, Myra 5, ligne 3, d'apiès Arkwrighl; le 
texte de Saveisberg est mutilé, II, p. lai = Petersen, m° /17. 

- Le nom de Lijsandre est porté à l'époque impériale par le père de Sarpé- 
doiiis, la mém!^ qu'Hci-pidasè [ÈfjiitSoian 1) xni ^'xpnrjSovii AvaâvSpov A-nepa- 
e?T«s, -yejovvïa ipyfjitpita iv tço éOvst KvaavSpov . . . 6'. /. G., AaSg-'iago, Pa- 
tara; li'iooq, p. 11 3a, ApcrUc aujourd'hui Evàssari). Los formes lyciennes se 
lisent à Limyra G et h. Myra G. 

^ Èixëpoixos ou KfiëpG(iois (on n'en a que le génitif EfxSpof^ou) est dans une 
inscription reproduite dans Petersen, p. loG. Scbniidl, Saveisberg et Deecke 
auraient |)u relever cette mention dans le C. I. G., n° /i333, 1. a/i : Mévttcraa ri 
Kai TepTia Evëpô;jiorj <I)at7t)Aï('T(s . . . — H'^pyoma se lit à Xanthus a , au datif; à 
Xanthus 1. nous le voyons au génitif: H"'proineh <i«/(es = trle neveu d'Embro- 
masn. — Hépritina enfin est la légende du sUilère n° igS^de M. Six; juscprici le 
nom avait été mal décbilFré; M. Hill a publié cette monnaie à la plancbe II, 
lig. G, de son intéressant article Tlic coinajie of Lijcia ta the tiine of Alexander 
the Great, paru dans le Nnmism. Cbroiticle de iSgS. Voir la notice (ï Uo{m)hnima , 
p. 33, de cette dissertation. Hill a songé à rapprocbcr la leçon ifiSpanos (cf. I(x- 
Spivoi, Benndorf, n" Ko) de notre ÉfzSpouots. 



20A J. IMBERT. 

état, Ticeucëprë pour T{ceiicë["')prè\ a* état; peul-être même le 
scribe aurait pu écrire Ticeucé'''prë ,a\ec î? 

Cette dernière forme ne seiait pas inadmissible, quoique ac- 
cidentelle. M, G. F Hill, du British Muséum, qui prépare le cata- 
logue des monnaies lyciennes, pisidiennes et pampbvliennes 
de ce grand établissement, m'a récemment communiqué deux 
documents inédits, qu'il m'autorise à publier ici. Le premier est 
une épitapbe xanthienne copiée par Cbarles Fellows et que le 
voyageur découvrit — je reproduis sa pbrase, — ffinside of a 
Lycian tombi? ^. Celte copie est à la page li%U du manuscrit de 
Birch déposé au Brilish Muséum. En voici la transcription latine : 

ebehi : isbazi : miiyeshjcni : ft^APIMP^ : cumaza : meii/ene pemati 
tice^ . . yi hrppitone : 

J'avoue qu'au premier moment je fus tenté d'accuser la mal- 
adresse de Fellows pour sa leçon Pf^APIi^^, et de substituer à 
î si malencontreux devant M, son acolyte X. Comme on ne 
manque jamais d'excellentes raisons pour se justifier, j'appelais 
en témoignage une autre tombe xantbicnnc, voire même une 
pinaréenne, qui mentionnent un certain Padr'"nia, avec X cette 
l'ois. Il est vrai que nous avons encore le nom au troisième état 
Padroma, sur le premier de ces monuments '-. 

Mais s'il m'était loisible de suspecter la sûreté de main de 
l'explorateur Fellows, la même attitude ne m'est plus permise 
devant un document numismatique communiqué peu après par 
M. Hill : c'est la légende rétrograde d'un second statère du sa- 
liape Artembarès : là le X de l'ancienne légende et des inscrip- 
tions lapidaires a fait place à ï; on a [A]rtu"parP, ce qui s'ex- 
plique après tout si nmmat'ton et mimmation se valent. 

Ces lettres ï, X, les organisateurs de l'écriture lycienne ne 
les ont pas inventées. Tandis qu'ils écrivaient deux b, deux p, 
deux s, deux f , deux //«, deux q, deux^*-, deux h, deuxz, deux/, 



' Ce rensei{;nement vaut qu'on lo souligne. C'est, je crois, la seule exception 
à ta règle qui l'ait inscrire les épitaplies sur la façade extérieure d'une lombe. 

* Padr"'mahc et Padr"'ma («Xanthusn = l'etcrson, p. 5 , n" ii); Padroma 
(ibid., cf. Termes de parenté, p. 46/i). On lit à Pinary 2 Padr"'mah (= Savets- 
berg, II, p. y I ; Benndorf, p. 5^, n" 20). 

•' Le nom est écrit avec un seul t sur la monnaie inédite et sur le slalère dé- 
crit par Six, Monnaies Lyciennes, n° 331, et Babelou, Perses Achéménides , p. cvi, 
fig. 59. Les autres monumenis mentionnés dans une précédente note (p. aoa), 
donnent deux t. Saveisberg (I, p. 18) paraît avoir élé le premier (jui ait songé 
à comparer ce nom au perse Af>T£f/Çap77s. Voir aussi Deecke, Lyk. Stiid., 1, 
i;î7, et Nasale Sonanten , p. i33, qui a pensé à cette forme, ainsi qu'à ÀpTa- 
Sapios. La désinence ), qui est possible, mais incertaine, dans la légende du pre- 
mier statère, est très nette sur le second; i'ai enfermé entre crocbels la première 
Ictlre un peu fruste, mais qui était Yalplia grec. 



UNE ÉPITAPHE LYCIENNE, '205 

ils ont systématiquement écarté les combinaisons analogues mm, 
un, et remplacé le premier m et le premier n de tels groupes 
nar X et î, qu'évidemment ils possédaient ^ 

Le redoublement des consonnes, y compris "'m, "n pour mm 
et nn, a élé exposé par Schmidt avec un rare bonheur- : fai- 
sons toutefois des réserves sur Texplication de ce fait et jusqu'à 
nouvel ordre prenons cette mode d'écrire comme une pure af- 
faire d'orthographe. En QÏÏet Sppartazi , c'est 27rapT<aT>7? ^, Zrppe- 
duni ^apTTvSovi?, Parzza «Pàrçà-n'^^ de même Ar'^na Apva. La 
consonne a été redoublée à cause de s ou de r, mais il est dou- 
teux que la prononciation Tait redoublée. Souvent r ou l, qui 
provoque le redoublement, suit une autre consonne : on pro- 
nonçait une voyelle avant ce r ou /; hrppi se lisait rherpi-n\ 
tr^mili f Tenniliv. Le premier de ces mots, qui n'est autre que la 

• Après avoir admis l'existence de la mention de Smynie dans le texte de la 
grande stèle, face nord, ligne 5o, sous la forme 'xSmrnnaziv (Essay, p. V b), 
Schmidt semble disposé à en douter, K. Z. XXV, p. h6i. Savelsberg et Deecke 
n'ont pas de ces hésitations {Beitràge, I, i5; II, 2i3; Nasale sonanten , 187, 
i3q.) Or, il n'y a pas plus Smninnz" que nn-mindipe et mrmmna — , même face 
nord; 1. 33, 38, àh. Ce que ces savants prennent pour mie sorte de zêta ayant 
la forme d'un C retourné, est la lettre dégradée 0, et leurs nn et mm sont, en 
réalité, deux g et deux sh. Au lieu de Smrnnaz", nous devons lire Umrggaz" ; 
c'est le nom du satrape Amorgès en milyen : le lycien, face sud, 1. 5o donnait 
Hnmrqqo (accus.), avec doux g correspondant à nos gg. 

- Essay, p. ïi-vii, et les deux tableaux de la planche B. Une consonne de la 
classe des dentales se redouble souvent au commencement d'un mot ou entre 
deux voyelles. Le redoublement a lieu après R pour b , p , k, g , q, t, th, z, l, m 
(■"m), n ("»)' *' *'''■ ap'ès P pour d, l , l; après Q pour/?, t, th, z, s, m, n. 
On trouve II après c ; "n après r, p ,q, k; ""m après r, l , p , c , q , et après / ou s , 
"m , tt et pp. 

■^ Stèle de Xaijlhus, face est, 1. 37. La même face se termine par le mot in- 
complet Sppart. . . dont il faut chercher la fin au début de la face nord, mal- 
heureusement mutilé. La ligne 27 inscrit à la suite les uns des autres les eth- 
niques -is" : iyotiis" : spparlazi : at')iiaz[i , et la ligne a6 parle de satrapes se qssa- 
drapahi : tr"'mUi. Savelsberg traduit : -und Satrapen (besiegten?) ein lykisches, 
-^, ionisches, spartanisches, athenisches, — grosses Heer — r; (II, p. 217). Pour 
Deecke, il s'agit des satrapes de ces rliverscs nations; il traduit : rnini von den 
Satrapen den lykischen, . . .ischen, jonischen, spartanischpn, alhenischen. . . -^i 
ce qu'il commente ainsi : frDass Sparfa und Athen hier auch als persische De- 
pendenzen erscheinen, entspricht derorientalischenPrahlerei: s. in der Inschrift 
von Bisutun , col. 1 , 1 5 , unter den abhangigen Landschaften : Sparda , Jnnâ . .. 1 
{Lyk.Slud., II, p. 327). 

* Zrppeduni, stèle Xanth. face ouest, i. 6. Ce mot du texte milyen me parait 
correspondre à Zrppudeine du lycien, face est, 1. i6. Les inscriptions grecques 
du pays mentionnent des hommes nommés ^apnnSûv; ainsi à Sura (C /. G., 
n" ^3o3 i), SapTTTîcôr ô xai Etïo^oï, 1. g, à Tlos, C. 1. G., li-ïh-2, MeJSi Satp- 
Trrjoof os, . . Tei(ÂOLp-^oi xai Hap-nnSùv o'i (VepeKkéons ... ; il y a aussi des femmes 
nommées Sar;;eV/o«i« (C. /. G., ^289, '«290, '129.') Add.) — Parzza est à la 
lace nord, I. 2, se parzza qbide =1 fret rois Persesn. Le nom a plusieurs va- 
riantes : Parza, Przis, Przze, Pi-zé, l'i-zzidi. 



206 J. IMBERT. 

proposition en) et qui gouverne ic datifs, est un des éle'ments du 
nom propre Hrppidubeh (génitif); si nous n'avons pas encore re- 
trouve' la transcription grecque de ce nom, nous ne saurions 
douter du moins qu'elle n'eût été EpTn^u^oi», à cause du nom 
de femme Èp7riSaa-t] dont nous avons sépare'ment les deux élé- 
ments dans l'écriture lycienne Hi-ppi — et — daza ~. 

Un autre exemple qui nous ramène à XM == '"m, est Hl^mideve, 
nom propre qui nous a été conservé en même temps que sa 
transcription grecque EAMIAAYAI, avec un seul f/, mais en 
revanche la voyelle intercalée £-\ 

Passons à la lettre î1/ que Schmidt confondit avec ^. Quelle 
en est la lecture? Est-ce o, comme le voulait Savelsberg'*, ou m 
comme le propose, sans dire ses motifs, M. Deecke ? Ne pourrait- 
on pas plutôt transporter sur ;^ et *f les voyelles nasalisées de 
Schmidt? Je me hâte de dire que ce dernier parti ne se justifie- 
rait nullement. Sans doute *• est très souvent écrit avant N, M et 
T, et la légende monétaire Aruvoliyesi^ fait songer à une forme 
grécisée Apoa,vSia.<7i5 : sans doute nous avons Qadavoti pour Ka- 
SvctvSa, cité au nord-est de Telmessus^. Mais la syllabe ot répond 

' Comme le prouve Levissi, L. a, hrppi lada cpUehe se tideime = \. /i-5 , ewt 
Toïs yiivat^iv "lah éaoTwt» xai 7o7s èyyovois. 

- Hrppidubeh esl sur une épilapiie inédilo (rAnlipliellus; nous avons eu 
l'occasiou (!(■ naiis rélércr au monument grec d'Herpidasè (p. 2o3, note 2). Au 
tombeau de Sàret, l'inscription mentionne un Lycien nommé Hanadaza (15onn- 
dorf, n" lot). 

3 Je relève dans les intéressantes inscriptions grecques de Lycie puldiécs en 
iSgT) par M. Ilill {J. IL S., p. 119, n" i{) le nom d'Iiomme au génitil' SaAa'fxow. 
N'aurions-nous pas là une forme grécisée du nom de Sr>neve (i^inara 3)? Si 
oui, notez bien cette voyelle qui, dans la transcription bellénique, précède le A. 

* Savelsbcrg, I, p. 9. Son critique Hiibscbmann préfère transcrire (lenaer 
Literalurieitiing , 1" février 1879): il écrit IijùnisN et Ozzu^azdh. Je n'ai pas 
le courage de le blâmer, ayant moi-même quelque temps employé la même trans- 
cription, notamment dans mon Tissaphenies and Pharnabaziis vientioned on the 
great stcla of Xanlhus. 

^ Stèle Xanthiemie, face esl, 18, ai, et monnaies (Six, n"" aSi et 382, 
pl.X, i3). 

^ Le Décret de Pixodare porte : [eb]e"né' piqedar' ecat[amlalt] ar^na se ilava 
se pi\nalp] se qndnvoti me"na que traduisait la partie grecque éScaHev Ilt^el)§apos 
iiKaj[6(iv(i) Z(x]vdloi5 TXcotT[o]ts ['^KaêvivSaoïs] [«ai ïlivapéois^]. — Finale, 
c'est-à-dire Pinara, se lit sur la stèle Xanlhienne, à côté des autres noms de 
villes, face est, I. 3o, [/!]»•"/(« : Finale : Tlava : vedre probablement, «aux cités 
{vedre) de Xanthus, Pinara, Tlos.n Dans le Décret, il est employé, au lieu de 
vedre, le mot tne''iia qui pourrait signifier (?aux gensn = ligne 1 1 du grec : 
-eois dvSpdaiv «ai [^■yvvai^iv]. Quoi qu'il en soit, qadavoti esi-il, ainsi que le 
pense le D' Deecke, le verbe éSwKev^ (Lyk. Slud., III, 282.) Une longue in- 
scription inédile, découverte par Benndorf à Tlos, la même à laquelle il fait 
allusion dans l'/lHre/g-ei- du ao jiuUet 1892, p. 12, où il annonce sa découverte 
de l'ex-voto bilingue , s'est chargée de répondre : nous revoyons, en efl'ot, 1. 91, 
le nom de Pinara et celui de Gadyanda, entre eux la cité encore à déterminer 



U\E ÉPITAPIIE LYGIEXNE. 207 

à avS^ à cause de la présence virtuelle de n, nullement à cause 
de la lecture 4' = ar : la preuve, c'est que le nom de Lysandre 
est e'crit Ltiso^trah" à Limyra 6, c'est-à-dire avec " devant i. Mais 
ce qui démontrera victorieusement que 4/ n'est pas une voyelle 
nasalisée, c'est le nom Tlo^na = TXcosvs de l'ex-voto de Porpax : 
les trois dernières lettres -"na, -evs sont celles d'un suffixe ad- 
jectival (cf. ebe et thë^në, vedri et vedrë^ni, etc.); le radical est 
Tlo, — ou si l'on tient à plus de précision Tlà — , forme con- 
tractée de TIava (= TXcoos, TAôî?) qui désigne la ville de Tlos 
dans les inscriptions lyciennes ^ 

Cette lecture av n'expliquerait point d'ailleurs, l'échange de 
;^ avec dans les mots lado, variante Indu-; 7nnhoi, variante 
muhoi; pr"navo, variantes pr^navu et pr^novu. Choisissons au con- 
traire 0, et mieux â^, et reconnaissons que u (== ou) est pure- 
ment et simplement substitué à 4/ et joue son personnage. Que 
se passera-t-il ? u, représentant de â, correspondra avec l'alpha 
des Grecs dans les norns Humrqqa {^"Hâmrqqa-n) = KyLopyris \ 
Urss"'mi [k ârss"'mi -n) = Ap(Tafjt>75(?) *; Upazi [rtâpazir)) = A€d- 

qiii n'était oieutionnée que sur des monnaies à côlé du nom d'homme Erbbina 
= kpêtvvas (Benndorf, p. 7/1, n° 52, 1. i5). Voici cette petite e'numeration : 
pinale : telehehi : qadavoti : udreci : meite ... 

' Pour les mentions lyciennes de Tios, voir la note précédente. Etienne de 
Byzance donne cette notice (p. 697, édit. Meineke) : TÂôjs, 'ssoXts At;«(as, octtô 
TAw TOI) Tp£ft/A»7Tos liai npa|«5/xr7S vvix(pns. To èOvixov èt-^Ôii huI TAoisis K3.1 
TAw/tijs. E(t7< «ai TAws TXàioi to èOvtxov , àAAa xai TXwios. Pour le géogi-aphe , 
TA«s se dirait de l'habitant; l'homme de ce^nom, réputé l'ancêtre clos Tloïtes, 
figure dans les vers de Panyasis extraits par Etienne, notice de Tpefx/A»? : 

hvOa S' évaie (léyas Tpsp»Ao? nal éyin^s Q-vyaipix, 
VvyiÇivv Ùyvyivv, riv Hp^^iSiHvv naXéovGt , 
'Siëpcft èit' ipyvpéù), ■raoTaft&i 'mapà êivrjevTf 
TTJs ^' oXooi 'snxiSsi, TAcôos, Edvdos , Hivapôs te, 
KCtî Kpâyos , o; Hparéwv 'zsâaae Anif^eT' ipovpa?. 

Tlo3 était, d'après Artémidorc, l'une des six plus grandes villes de la Lycie. 
(Strabon, livre XIV, chap. m.) 

^ A Limyra 5, il n'y a pas lada se tideimis ehbts , comme je l'ai transcrit dans 
mes Termes de parenté, p. Û53, mais bien ladu ehbi se tideimis ehbi[s]. Page 4.54 , 
II, /ac/a, accusatif singulier, est tout à fait douteux. On fera sagement de ne 
conserver que les formes lado et ladu. 

■■' Uniquement pour les besoins de la démonstration; mais la transcription 
proposée par Savelsberg est plus commode et équivaut presque en fait à â. 
C'est pourquoi je ne crois pas devoir l'abandonner. La physionomie des mots 
lyciens est déjà assez rébarbative pour que nous évitions d'accentuer cette étran- 
gelc par une notation Scandinave dont l'urgence ne s'impose nullement. 

* [Vss'"mî, Limyra i5 (Savelsb. , II, p. 90). Dans mes Termes de parenté, 
p. 458, je prends la fin de la première ligne d'ailleurs mal transcrite (il y a 
Urss"m[i1] pr"naziyelii icezi) pour a de la maison de Icezi.ij Comme nous retrou- 
vons icezi isolé dans l'inscription de Xantlius (Pelersen, n" 10), telle que l'a 
relue Arkwriglit, mèti pr''navaté Hura icezi lirppi ladi ehbi, il vaudrait mieux 
interpréter icezi comme un titre désignant une l'onction, intendant, par exemple. 

i4. 



208 J. IMBERT. 

(715^. Cette correspondance, en effet, ;!/ la pratique, ainsi que le 
montrent les exemples Ulâna ^= OtoIvï]? -, Milasâ'Hra = MeXjj'o-af- 
Spos, Rhjaniâna = Ariyamana, lepafzer)??, bien qu'on ne puisse 
pas dire que cette lettre soit un a, à cause des mots Crzzonase 
[Xepaôvna-os), lyonis" (Icoves), H'^proma ( EjU^pOjua? ) , Tlo^na et 
'TXcosvs, etc. 

^ Le dialecte cre'tois, lui aussi , employait un a où le grec ordinaire 
inscrit un o, dans âvaipos pour oveipos, âvap pour ovap, àfu^ai 
pour bfx7^(xi, àÇ>eXixa pour o(p£À|!/a, et inversement un o pour un 
a dans àponija-ai =^ àpaSrja-ai, dëXoTrés = âSXaSés , yiéaa-OTia = 
ixécra-a^os '^\ Il est clair qu'il s'agit d'une lettre particulière que les 
Grecs ont rendue tantôt a, tantôt o, un peu comme les auteurs 
espagnols transcrivant tantôt m tantôt o, ou tantôt i tantôt e,deux 
mêmes voyelles du quechua. 

Deecke a transcrit ^f , ii; je pre'fère c. En tous cas, Triyëtezi n'est 
TpiévSa(Tis'\ Ticeucëprë Ti(7SV(TSix€pav, Hëpruina E/!x€pOfza?, que 
parce qu'il faut suppléer î ou X avant la dentale ou la labiale. 
Nous ne devons pas nous y tromper et attribuer à "^ la lecture en. 
Aussi bien l'analogie entre ^ et 4^ est curieuse : ë s'échange habi- 
tuellement avec e ('^), comme «l» avec ^ («); on a sëne elsene, 
mené et mené; ese(le"nevï et ese(lë"tievi. M. Arkwright, frappe' du 
fait, a établi qu'il y avait le groupe de voyelles fortes a, o, au- 
quel fait pendant le groupe de voyelles faibles e, ë, chaque 
groupe occupant à l'exclusion de l'autre le radical d'un mot^. On 
a Mrbbanada[h"] et Mrbhëncdi , mais non pas Mrbbënodi ou Mrbba- 
nedi. Quelques noms étrangers sans doute font cependant excep- 
tion, tel est le nom de la ville d'Iasos orthographié à Xantlius 

' Z/prtzi est le fondateur du tombeau de Myra (Petersen, n'/i-S) ; Sclimidt, réduit 
au seul Upaziyé'nc de Cadyanda , comparait à la première partie de ce nom propre 
këdGti d'une inscription grecque, C. I. G., /i3i5</ {Essay, p. v, 9° colonne). 
Deecke a eu le malheur de prendre cet Upaziyé'ne pour un subslantif connnim 
évoquant la tombe, tandis que l'omission du mot mené et l'emploi du verbe 
pr"navate par un e auraient dû le détourner de ce parti {Lyk. Stud., IV, p. 196, 
n" 9). L'inscription de Cadyanda, d'ailleurs complète, a été mal restaurée par 
le savant allemand. 

^ Stèle de Xantlius, face nord, 1. 5 (Savelsb., II, p. 210; Deecke, Lyk. Stud., 
I,i34). 

•'' J'emprunte ces exemples à Scbmidt, la première série à son étude de la 
thèse de Voretzsch, K. Z., XII, p. 212-322, et la seconde à YEssay, p. v, 
2^ colonne. 

'' Triyëtezi est le fondateur do deux tombes près de Levissi, à Kechiler. 
Les inscriptions sont inédites. La forme grécisée TptévSams se lit sur l'inscription 
publiée par Benndorf , p. 98 , n° 8A. Nous connaissons encore nn nom oîi figure e , 
savoir: Esedeplé'mi (Myra 1), (iiiûH Esodcplctneye (Limyra 17), forme grécisée 
2e^£TrA£fi(s (Petersen, n° 57). Le son e appartient bien à notre lettre. 

^ Vocalic Imrmony in Lycian, dans le Babyl, and Or. Record, mars 1891, 
p. h^-^li. 



UNE ÉPITAPIIE LYCIENNE. 209 

lyaeusns : la bizarrerie de ce concours de Aoyelles avait fait cor- 
riger celte leçon en hjalusas = laXuo-o?^; mais j'ai vu le monu- 
ment et la voyelle e est très nette. Cette mention corrobore par- 
faitement d'ailleurs ma découverte du nom d'Amorgès, ce sa- 
trape rebelle dont ce fut la ville -. 

Ma transcription ë du caractère "^ a pour but de rappeler l'affi- 
nité de >f et de '^ : quant à la prononciation de cette voyelle, je 
rignore; une variante ferait croire que mai se lisait meî'tî^. 

Les diphtongues ei, ëi existent, mais surtout à la fin de cer- 
tains mots : ainsi les noms d'hommes Qerëi, Tevinezëi (génitif 
grec Tsvivda-ov) , MuÛëi'K Les noms en ë, ëi, i forment leur gé- 
nitif en eh; les finales ih, ëh, oh n'existent pas. L'exemple Qerëhe 
de la phrase triyerë Qerëhe = la 'f trière de Qerëi -^ est, je crois, 



^ Saveisberg, II, p. 921 (il corrige aussi hnmrqqo en humaqqo à cause du 
zend Iniliagha, comme s'il avait prouvé l'équation zd 6 = lyc. vi, et quand même! 
II, p. 169, nolfr h). Schmidt a admis la correction de Saveisberg, seulement 
en ce qui regarde lyaeusas ^ lynlusas , K.Z., XXV, p. /i5o. 

^ La défaite d'Amorgès (Tbucydide, VIII, 28), qui eut lieu en lii^/liii,est 
relatée sur la stèle Xauthieitne , face sud, I. /ly-ao; la mention du satrape est à 
l'accusatif, Humrqqo (1. 5o), de même que celle d'Artembarès à Limyra 16. Ce 
qui a éveillé mes soupçons, après les mentions assez pariantes de iyono, iyaeusas, 
crzzonase et miicale, c'a été le rapprocbemeut tenté par Moriz Schmidt, A'. Z. , 
XXV, p. ^5i, avec Tîle d'Amorgos. L'assonance nous a joué d'assez méchants 
tours pour qu'on doive lui réclamer quelques compensations. VAmorgos de 
Schmidt me tit évoquer l'ombre d^Amorgès. Pour Schmidt, les nombreux eth- 
niques de ce passage fixèrent exclusivement son attention : wln Ijano (je remplace 
les mots écrits en lettres lyciennes par des mots transcrits selon sa dernière ma- 
nière) hat man làngst lojva erkannt, was liier, S. 48, ebenso mit den èSviKols 
krzzonase : ]iotahe : muhale , à. i. dem knidischen Ghersones und Mykale in Ver- 
bindung Irilt, wio eiii andrer Casus des Worles 0. 26-97 *^ gssadrnpahi . . . 
isî : ijonisi : sppartazi : alonaz- mit den Ethnika von Sparta und Athen. Es dûrfte 
daher kaum zu kuhn s'in, humrggo mit der ohnfernen Sporadeninsel (?) Afiop- 
yos (àol. TyLopjo;) zu identiliciren. Wie dem sei, an unseren Stellen S. A7- 
/18 wo taboiia erscheint, haben wir die Accusalive zweier êSvixà vor uns, einen 
Volksiind einen Inseinamen; ob;Mi Sud 89 (0. 11) \vo tehete stand, resp. resti- 
tuirt wurde, wenigstens einen sichern Mannesnamen (remplacé S. 63 par le 
nom do Qerëi que Schmidt ne sait pas encore avoir désigné le fds d'Harpagus 
l.iné par i'épigranimatisle xanthien). t Voir, sur la question Amovgès, l'article 
de M. Deecke déjà cité Zur De.aung der Slela Xanthka, dans la Bm-l. Phihil. 
Wct.hensclirift , n" du 3o juin 1888, col. 837-828. 

^ Les épitaphes de Limyra 8 (= Saveisb. , II, p. /17; Petersen, n" 189) et 
de Limyra 9 (=Savelsb., II, p. 62; Petersen, n°i'i5) débutent, la première 
par les mots l'helii qupn inciti slyé'ni Sbicnza, la seconde par les mots ebeli méïi 
siyëni Tele. 

* Qi'rëi est mentionné à la face sud de sa grande stèle, 1. i3, 4a, 43, et 
face est (au génitif), I. 2 3. Il a laissé de très i)eHes monnaies. Voir mes Termes 
de parenté, p. 46o. De Mittléi nous avons la légende monétaire (Six, n" 8.')) el 
la forme génilive, à Rhodiapolis (Petersen, n" 172). T'ptJinc'^ei est à Telmessus 3. 
Une inscription, C. L G., 43 1 5 /i = Petersen, p. 68, n" 187, livre Teuivaaou. 



210 J. IMBERT. 

unique. Il y a aussi Teiebehihe ^, mais sans doute lie est-il le gé- 
nitif des noms en hi, car nous lisons le nom de cette cité au no- 
minatif, Telehehi; voyez un autj'e nom en hi dans Mereln^. Quant 
au génitif d'un nom en oi, forme très rare, nous aurions pu le 
savoir si le scribe du tombeau du fils de Tlioi avait cru devoir 
décliner ce dernier nom propre ^. 

+, c'est-à-dire h, comme l'avait entrevu Sharpe avant que 
Scbmidt ne déterminât scientifiquement cette lecture, dispute aux 
voyelles ainsi qu'aux consonnes /, r, le rang de lettre initiale : 
parfois elle l'emporte et exclut ses rivales, exemples : Htmideve 
= "EXfxiSavai , *Hrppi(laza = KpTriSacry] ; parfois elle est éliminée 
par la voyelle, exemples : Eqeteiija = "Èxaraïos ; Arppaquh = Ap- 
TTotyov; Urlliya = TpTios; parfois une réconciliation les réunit, 
mais h précède : exemples, Hura (Xantlius, Petersen, n" lo) 
= Opa.5 (Termessus, /. H. S., iSgB. p. 12, TptévSaais Kovcovos 
xoà Opa.5 TpievSd(7ect)s); Humrqqa = Afxopyrjs; Helediye; Hurtluveti 
et HuiHtuveteh'^ . Le texte milyen des faces nord et ouest de la 
grande stèle et du sarcophage dit de Pigrès à Antipliellus rejette 
les caractères -f- (= h) et k (= th) ^. 

Je me suis laissé entraîner par le sujet loin des limites que je 
m'étais proposées : aussi me faut-il renoncer à poursuivre l'étude, 
non certes de toutes les consonnes (pour la plupart de ces lettres, 
il n'y aurait qu'à reproduire purement et simplement le texte si 

' Légende monétaire (Six, n" 295; Babelon, p. eu; HiH, p. 38). 

- Merehi est menlionné dans Xantlius 8 (voir Termes de parenté, p. A70 ). Tele- 
hehi est une légende monétaire abrégée Teleb- sur la monnaie du dynasle Erbbina 
(Six, n" 227 ; Babelon, p. eu, fig. 54); le nom se retrouve entier dans l'inscrip- 
tion inédite de Tlos, dont j'ai parlé à propos de qadavoli, 1. ai, p. 906, note 6. 

' Encore une inscription inédite! Le fondateur du saicophage de style ogival 
découvert par Diamandai'as est ainsi désigné : "turigaqo tlioi lideimi , et il est 
rappelé qu'il était hyparque d'Harpagus : ëné Arrppuquhe (sic) fflavata. Harpa- 
gus, père de Qerëi, ou du moins un homonyme, a donc régné sur les Lyciens; 
jusqu'ici nous n'avons pas encore lu son nom sur une monnaie; mais il existe 
peut-élre des monnaies de ce prince. 

'' Une des formes de /( la fait ressembler presque à "', mais la confusion est 
facile à éviter : on lira nii''t(iha, Qadaitihe et non pas mi''ta"'a, et comme M. Ba- 
belon {Perses Achéménides , n" 617) Khcidritime. Le '" demande devant une voyelle 
à être soutenu parwi, 

' Deecke transcrit K par â; Scbmidt qui, le premier, a lu ME^cPt^Pf^T^ 
(stèle Xantbienne, Est, I. 16): Millirapaln , inaugura celle transcription grecque 
(Essay, p. v). Mais quoi l •)c = 6 non employé dans les mentions lyciennes d'Àôrj- 
vaToe [Atoiinzi) et de &pv^is {*Crnpssi)l Tenons-nous en donc simplement à 
th : le résultat conquis sur un exemple unique est encore assez important. A pro- 
pos de )CK , un confrère qui a sans doute perdu de vue la mention Mithrapata , 
m'avise qu'il préférerai! y voir plutôt deux w que deux th. Je m'empresse de 
lui faire connaître l'existence d'un mot punomadi (Tlos inédile de Benndorf, 
ligne 6), simple variante de Levissi, punama KÎCE. Notre K est donc bien à 
ranger dans le groupe des dentales. 



UNE ÉPITAPHE LYCIENNE. 211 

lumineux de YEssaij), mais de quelques caractères, tels que k 
garanti par iJrtakiyah" = OpTax/a; c qui a le son sifflant devant 
i et e (exemples : Ticeucëprë = TicrevasfjiËpav, Ciijezë^^ \laHOv, 
forme moderne usitée à Castellorizzo 2«o|!/^); enfin ^, gutturale 
plus ferme, bien que Qeriga et Qezigah correspondent à Kapinas- 
et KoacriKo. : Téchange de^, de cet de k n'a, après tout, rien de 
surprenant, et un monument nous livre Sbicaza tout à côté de 
'Stiriydact "'; la stèle de Xanthus donne zrigali et zrikali^. 

II 

Les inscriptions grecques de la région paraissent être composées 
sur un même canevas : le thème est d'abord un avis que le mo- 
nument est la tombe construite par Tordre d'un tel pour son 
usage personnel et celui des membres de sa famille; ensuite une 
interdiction conçue en termes précis d'apporter là d'autres morts; 

' A(i fiè Tov ■zsdpris, vij-ave fioii , TpeTs •jupons aè yapi^a) 

Tpsts ywpais taai tpti '/oopiè. taaii jptà (ivvaalrîpia. 

Taal rijv Kiiialavrivo-noXifi fiè to (lapyapnâpi. 
(Diamandaras, dans le Syllogos do Constantinople, t. XXI, p. 3^7-398.) 
Ciyezé' se lit sur la stèle, face est, 1. 22; c'est Savelsberg qui le premier a 
identifié ce mot avec XiaKov (II, p. 217). Sa proposition est adoptée par 
Sciimidt (K. Z., XXV, p, /log-itio), qui conjecture que ze est une désinence 
au génitif pluriel, et traduit Iriyerë Ciyezé, Tptrtpwv Itécov, el la légende moné- 
taire Ptlarazé, UaTapéuv. ÎNatureliemenl l'hypotlièse de Schniidt ne pouvait être 
agréée par Deecke, simplement parce que, pour ce dernier, hi est la caractéris- 
tique du génitif pluriel; mais il admet que treijirô Keiazo signifie tf trière von 
Chiosn {Lyh. Slud., II, p. 828). On aurait un accusatif singulier féminin, no- 
minatif conjecturé tveijird, keijizd, masculin keiâze. Mais s'il en est ainsi, pour- 
quoi les légendes monétaires (jeriga veW'tezi et qeriga v(ih''tez<;? — Un méfait de 
l'assonance à signaler : le major Condor a vu du cr repos -^ dans keiazii, puisque 
saiLskrit si-, zend çt = r'ètre tranquille?! , latin quics. [J. R. A. S., 1891, p. 678.) 

* Kapixas, stèle Xanthienne, face nord, 1. 82 (Ka[p](«a yévos èaleÇâvwaev). 
Cf. mon article sur VEpigraiiune grecque de la stèle de Xantlie, dans la Hevue des 
études grecques , i8gh , p. 207-273. 

•■' Petersen, n° 26, à Yaghu, l'anlique Cyaneœ. Les leçons 'Zirfyâaa et Sbicaza 
nous rendent un autre service, en montrant la relation d'ailleurs naturelle, 
de b avec w; l'équation ^j = jS est justifiée par Upazi répondant à la forme 
grécisée Aëdcrts (cf. Tiaevfféfxé'pav et Ticeucëprë). Il faut de toute nécessité que 
j3 et le /; des textes lyciens aient été purement et simplement notre labiale h. 
La grande erreur des prédécesseurs de Sciimidt, c'est d'avoir admis que le jS 
antique se prononçait w, en sorte que le B iycien fut entraîné dans le gouffre 
avec son sosie grec, el, rommc on écrivait aussi 4^ par w, sans compter qu'il 
fallait transcrire à peu près de mémo F, qui est le digamma, la confusion était 
au comble: Trkkas devenait Trivwas el Trbhënimi , Trwivunemc! B = (3 dans 
Priyenuhch" et tlpiâvoêa de l'ex-voto bilingue, ci Public y e et ITuê/ÀAT/f de Li- 
myra 1 9. 

* Slèle Xantliicnne, face ouest, 1. 82 (zrikali); face nord, 1. 5i-52 (zrigali), 
mal à propos écrit zrinali par Schmidt, Neue Lyk. Stud., p. 28. 



212 J. IMBERT. 

puis, au cas où il serait passé outre à cette défense, une phrase 
rigide énonçant que ie sacrilège sera mené devant les magistrats 
et subira une peine pécuniaire : assez souvent le chiffre des 
rr drachmes sacrées^ est indiqué. 

Si maintenant nous examinons les épitaphes directement ly- 
ciennes, nous sommes forcés de constater que rien n'est changé 
à ce formulaire, que la langue. Aussi Moriz Schmidt, encouragé 
par les solides résultats en matière de déchiffrement de l'écriture 
lycienne dus. comme j'ai tâché de le montrer, à sa méthode 
comparative, s'appliqua^ à déterminer la traduction des mots à 
l'aide non de raj)prochements illusoires avec ie zend, le sanscrit 
ou l'albanais, mais d'une incessante confrontation des textes grecs, 
pour ainsi dire, innombrables, de l'époque impériale relevés 
depuis le commencement de ce siècle en Lycie. 

Ce n'est pas moi qui critiquerais cette méthode. L'idée est des 
plus heureuses; elle est féconde, à la condition de ne pas perdre 
de vue la différence du ge'nie des deux langues. Prenons l'ex-voto 
de Porpax -. Là, le contexte lycien présente tout de suite des 
mots au régime direct, ebeis tucedris. . . et ne mentionne qu'après 
le verbe tuvetë le nom propre au nominatif. La regrettable lacune 
de la fin de la première ligne a supprimé un mot, mais ce mot 
(d'après une règle constante) ne peut avoir été autre que mené, 
c'est-à-dire le pronom personnel il dans sa fonction de sujet 
abstrait. Reste une seule lettre pour compléter le mot énigma- 
tique qi : supposons qi[s] afin de donner aux trois mois du début 
la même désinence ebeis tucedris qi[s] el admettons que cela signifie 
TotvTa àyaX(jiaTa. xaXkicrla. C'est une conjecture très giatuite à la 
vérité, ^/s ne se retrouvant plus ailleurs, mais elle doit être préférée 
à celle que j'émettais très légèrement^, et qui, contre toutes les 
données, consistait à méconnaître le pronom mené pour appeler 
le nom d'Apollon au datif, et un nom commençant par Qi. . .'M 

' Dans sa Comvientatio de nonnulUs inscriplionibus f.yciis, publiée à Leipzijf, 
cliez Druguiin, en 1876. J'ai, page 9.01, note 1, rappelé l'alphabet que Scbmidl 
a suivi pour ses transci-iptions. 

- Voir mon fac-similé dans ces Mémoires, VIII, p. i.ôo. 

^ Termes de parenté, p. A52. 

* H y a des inscriptions grecques de Smyrne qui mentionuent Apollon Ktaa- 
XavSrivos et KtaavXoSSvvôs (cf. Contoléon dans les Mittlieihuigen de l'Institut alle- 
mand d'Athènes, t. XIV, p. 96). Mais c'est un nom interminable, et rien n'au- 
torise des transplantations de ce genre en Lycie. Tout porto à croire que le nom 
connu des Grecs était aussi usité chez les Lyciens ; en Paniphylie, le mot était 
Àwe'Aov (inscription barbare d'Assarkevi, 1. 3o, AIIEAONAnTT = C. I. G., 
n" /|3iac", Addenda). Que si l'on veut absolument un nom indigène, on n'a 
qu'à lire le renseignement suivant fourni par Hesychius et que je découvre dans 
les Neue lykische Studien de Scbmidl , l'éditeur du lexicographe byzantin, p. ag : 
Èpedvutos' 6 KitôXkwv -aapd XvkIois, xal èopTn EpeW/xia. .. Mais les monuments 
sont restés muets au sujet du dieu Erethymios. 



UNE ÉPITAPHE LYCIENNE. 213 

Donc, à traduire mot à mot les deux premières lignes, il fau- 
drait : 

Taî/Ta âyaXfxaTot xd[XXiŒla. avios] xaSiepoja-ev Oa-avëas. . . 

Le scribe s'exprimant en grec ne se croit plus obligé de ramper 
sur son texte lycien : son début est un petit coup d'Etat, il traduit 
(et ne transcrit pas) le nom du dédicateur\ cite son père, sup- 
prime le mot fcfilsw ainsi que la conjonction qui donnerait un 
tour traînant à la phrase, englobe dans une même expression 
{éoiVTbv) les mots atru et ehbi qu'il eût bien pu traduire par rb 
aôjyict avTOv, omet le possessif après yvvoiîxa, trouve à YlivctpelSoi 
un équivalent moins disgracieux, et compense le uon-emploi du 
verbe par le nom KTrôXAoovi qui, rejeté à la fin, éclaire tout de 
sa flèche d'or. La langue grecque, même sous le style d'un mé- 
chant scribe de Lycie traçant une inscription banale, ne savait 
pas être inélégante. 

J'insiste moins sur une circonstance de fait intéressant Anti- 
phellus 3 et Levissi : dans l'une et l'autre version ■; de ces épi- 
taphes bilingues, nous relevons presque le même libellé, l'attes- 
tation de propriété du fondateur du monument et la menace 
d'uue peine pour toute atteinte à ce droit de propriété. J'ai dit 
presque, car, s'adressant à un public différent, chaque rédaction 
adopte quant à la peine un dispositif différent. A Antiphellus-, 
Iktas menace ses propres compatriotes sans doute, ceux qui com- 
prennent le lycien, de payer l'amende rcau chef de ce peuple 
ainsi qu'à la ville d'Anliphellusii '^'\ parlant aux Grecs, qui n'ont 
ni domicile ni bien dans la cité, il les dévoue à la colère de 
Latone [rj Ajjtw aCnov èTrnpi^si !) — Même altitude des construc- 
teurs de la tombe de Levissi : d'après la rédaction lycienne, on 
payera telle amende (5 adas)\ d'après le grec, le sacrilège est 
désigné à la vindicte publique : e^'JXea kou zsavjoXea. si'yj àoTwi 
'TsdvTcov ! '' De telles variantes n'ont pas pour cause la différence 
du génie des deux langues, mais il faut tout de même en tenir 
compte. Au reste je conviens très volontiers que Schmidt a raison 

^ Voir sur ce nom , outre mes Termes de parente', p. A 53 , note i , Savelsberjj, 
1, p. 9. qui iisail, Ozzubàzdh, et Deecke, Lyk. Slud., I, qui donne ■/^zzohazuh , 
(Pinara A), l'inscrit dans ta liste des noms en e (= i) et repousse la comparaison 
avec OaaxiSai (p. lA'y, S 17). Mais le nom peut être décapilé, comme l'itlcnyila, 
Hiyamona ; Qsshezë ^= [0)qzzbezé', d'oùÔ^ûSas, plus lard Ôtro-vêofs? 

-' Anliplielliis 3. 

•* Voir mes Tenues de parenté , p. 460 et 667. 

* Voici la traduction de Deecke {Lyk. Slud., IV, p. 206 : «Diesen Grabraum 
hier bauten sic!) Apolànida, des Mollease (Solin) und Lapara, des Apolanida 
(Sohn), der Hiiusler des Porehemàtete, (jeder) fur Gatlin sciiier selbst und 
Sbline. Wer immer etwas herausihun sollte etwa aus dem Grabraum derselbeu, 
der immer moge fjeben zur Strafe der gesammtgemeinde Ada b.rr 



214 J- IMBERT. 

de ne pas cesser de consulter les e'pilaphes grecques du pays; 
elles lui ont permis de donner de plusieurs de ces petites inscrip- 
tions lyciennes une version qui n'est pas indigne des scribes des 
documents bilingues. Je mentionnerai surtout sa traduction 
grecque de Myra U. 

Me voici enfin arrivé à cette inscription tant de fois copiée \ 
et que je transcris sur l'excellente épreuve autricliienne dont je 
dois la communication à M. le professeur Benndorf - : 

ebë"nëpr"navo mené pr'')tavatë ddakasa $ttuleh 

tideimi hrpi ladi ehbi se tideime : se' ëce lati ddakasa 

mené "tepi-toti "lipatezise lado ehbi : cbi tice meinipe "tepi-tatu 

tibei nipe hl'"mi tuvetu : hl'"mi mei tuveti tice tibei 

"tepi-tadi tice mené illehi tubeiti tr"'mili huvedri 

se trhkas se mohoi huvedri. 

Schmidt proposait la traduction suivante ' : 

TovTO fivïffjLa &Ss xaTe(Txeva.a-ono Aavoiaas 'SiivSvmos 

vies in) ywoiiK] avTOv x.a] tskvois : xa) (xôvovs ? jSovXejai Aavaaas 

êvTavSa Ta(pi]va.i IvSncd-Tza-iv koï yvvaÏKa avrov : sTepos tis ëvOa 

l^t^7T£ èyKricievari 
rj [XïjTS ovofXOtTa èyypd-\/rf : bvôiicna ëvOa. èyypd'^a.s iivà. ij 
éyKïjSevaas tivol êvTaîiOa, — b^eikéico TepixiAscov hoivoj 
xa\ Tp. . . xa,\ M. . . ^>7V^ (deestmulla, e. c. àSctlcov . . 



Ji 



' L'inscription de cette tombe, qni appartient h la nécropole du sud-ouest de 
Myra, est reproduite dans six auteurs : Fellows, Lycla, pi. XXXVI, n° 18; Da- 
niel! et Spratt, Traveh in Lycia, MUijas and the Cihyraûs , pi. I, n" \h\ Texier, 
Description de l'Asie Mineure, vol. III, p. 989; le recueil de Schônborn, pi. III, 
trMyra h-n ; Savelsberg, II, p. 116; Pelersen, n° /12. On peut bien penser qu'avec 
tant de secours, et l'inscription étant l'une des plus parfaites de l'épiijrapliie ly- 
cienne, le texte est regardé comme entièrement sûr; c'est surtout après la copie 
autricliienne qu'il mérite cette confiance qu'on lui a toujours accordée. 

- Formes de certaines lettres : ;j = la seconde variante de mon alpliabet, 
p. ^i5i, note 4; la première variante, note 2 ; e la seconde variante, note 3; 
mais un petit intervalle sépare le trait inférieur et l'angle, comme si l'on avait 
voulu écrire avec iota souscrit. 

^ Commentatio de nonnullis, p. 29. Savelsberg, qui l'a connue, aurait bien 
fait de s'en inspirer; sa version (II, 128) est plus dillicile à comprendre que 
l'original même. Je la livre à la curiosité du lecte;ur : fp Dièses (Grab)gebaudc 
baute Dawasa, Sindubi's Sobn, lïir seine Fran uud (seine) Kinder. Und den 
Hausherrn schreibt der Schreiber ein, auch seine Frau (scbreibt er ein). Wer 
elwa gegen frùher Gescbriebenes oder fruher zum Befelil Erhobenes einen Be- 
fehl gegenerliebt oder (ein) scbreibt etwa, der sei den Landesgottern schuldig, 
den lykiscben, woblloblicben und beiligen, und den Avobllôblichen Himmels- 
gottern.n Deecke n'a traduit que les deux dernières lignes, où, par une heureuse 
inconséquence, il rend tndnà par der, au lieu de hier {Lyk. Slud., III, p. 278; 
IV, p. 22t). 

* On lisait s^tupeh le nom du père de Ddakasa. Pour Schmidt et Savelsberg, 



I 



UNE ÉPITAPIIE LYCIENNE, 215 

Il y a dans notre inscription un certain nombre de mots inter- 
prétés par les bilingues^ : le dfmionstratif e/>ë"ne = tovto, rovr) 
To; le substantif p"Hai;o qui, sous la forme pr"tiovu est traduit 
par fjivïjfjia; le verbe pr"navntë rendu par tjpydcraTO. Comme, à 
Levissi, le mol pr''neziyeJii a pour correspondant dans la partie 
grecque oixsïoi, et qu il existe un mol p>"nezi dont la si'jnification 
paraît être analogue-, le ladical de ces différents exemples se 
découvre comme exprimant l'idée d'ff édifier 17, de tr construire n , 
de cf bâtir une maison w. Pour lesLyciens, la ff maisons par excel- 
lence, c'est la tombe : on Téievait de son vivant, on ne laissait 
pas ce soin aux autres, et volontiers on eût dit : frmes arrière- 
neveux me devront cet ombrage w. La leçon êpyda-aTO, celle èTvoîtj- 
GCL-ïo'^ révèlent que construire cette tombe était un noble travail 
dont on s'bonorait particulièrement. A cotte traduction trop peu 
précise, Scbmidt substitue le verbe KaLia.(jKZ\jéZ,w et il l'emploie 
à la voix moyenne, pour que l'on ne prenne pas Dakasas comme 
l'architecte, mais comme un Lycien opulent ayant commandé 
qu'on lui construise ce mausolée*. Le scribe des épitapbes grecques 
a adopté lui aussi ce verbe, mais à la voix active; ainsi à Tel- 
messus, nous lisons : ÈA/v»; >? kcli AÇÇiiov Ida-ovos tov Aïoyévovs, 
TeXjUjjo-o-}?, T& fxvï]fxs7ov «axeo-^euWev éavTfj (C. I. G., /i2o6); 
xaTeaKSvdaev to fÀVi][jie7ov tovto IhvÇipôcrvvos . . . (C. I. G., 6209 ); 
TOVTO Tù (xvïjixoc KaTe(TKeva(7er Ida-œv tov Ispoxkéovs , TeXixrjcra-évs 
(C. L G., Aaii). Le verbe est parfois défiguré : on trouve à 
Cadyanda xaTsa-xsva^sv (C. l. G., /i23o), à Tlos x(XTS(Txevaa-a.v 
(C. L G., ^282-4266], à Pinara HaTSCTKevaxsv (C. i. G., kab^). 

le nominatif aurait été s'iiipi; Deecive le rangeait , à cause do sa partie finale 
vpeh , qui lui rappelait les mois terminés en opd, dans la liste des noms en à, 
dont fait partie Pnreklâ; puis il voyait dans le premier élément du nom sita 
= sanscrit frt/a-m, lithuanien szimtus, ancien s]a\e su lo Foxprossion loo, à 
quoi il comparait le nom d'ÉxaidfXfaï, en lycien Akatamia [Lyk. Slud., I, 
p. 189). Toute cette fumée s'évanouit. Le nom est Sttuleh. 

> 11 ne s'agit que d'Antipliellus 3 et Levissi; Limyra ig, Tlos 2 el l'ex-voto 
de Tlos ne peuvent nous servir. 

^ Xanthus 1 et 8, dans Saveisberg, II, pi. III; Pinara <? = Sav., Il, lilx, et 
Benndorf, n" ao. Sclimidt, Saveisberg et Deecko étaient persuadés, à cause de 
la syllabe finale qui est celle des ethniques AUmazi, Spjjartazi, Surezi, que ce 
mot désignait un domestique, un otxeïos. (Scbmidt, K. Z., XXV, p. /161 ; Sa- 
velsb., 1, p! 3.5; Deecke, Lijk. Slud., I, p. 1A8; III, p. aBg.) 

•* Employée par Limyra ig. 

* Saveisberg avait proposé de compléter ainsi la première ligne de la face 
nord de la stèle : Olozisa prina[va((ï\. . . et traduit ;fOtozisa (architecte) con- 
struite (II, p. 310); il est critiqué vivement par Scbmidt dans sa dernière 

Commenlatio, celle de Columna Xnnthica (p. 3 el k) : «Audarter , etc. 

Denique qnis uncpiam audivil verlium prinajatc, de cujus vi ac polestate ex in- 
scriptionibus l)ilinguiltus salis constat, non lam de eo diclum esse, qui architecti 
opéra ulcietur (a.'diticandum curavil), quam de ijjso archileclo (exslruxit)??? 
— Deecke traduit toujours mànd prnnavatô par «hier haute siclm. 



216 J. riMBERT. 

Les termes de parenté tideimi, datif pluriei tideime, laili dalif 
singulier, lado accusatif singulier, sont de vieilles connaissances. 
Au lieu de hrppi, il y a hrpi, c'est-à-dire le même mot que Levissi 
traduit par ot/, et qui se préfixe au verbe toti, tadi, de même que 
"tepi, apparemment une autre préposition marquant soit la posi- 
tion auprès d'une chose, soit la direction vers cette chose ^. A la 
fin est un verbe iubeiti inscrit à Levissi, mais malheureusement 
non traduit : il doit dire la même chose que àitoTsia-ei (C. L 
G., A299), oÇ'st'krfa-si (C. L G. ^2^6). 

La note de Schmidt qu'il manque quelque chose après huvedri 
est erronée, car si, à Levissi, on a cru devoir indiquer le 
nombre desffadas^: ou drachmes saintes'^, il n'est pas toujours 
ajouté un tel renseignement à la phrase mené tubeiti itlehi tr'"mili 
huvedri. Une autre épilaphe de Myra, inconnue de Schmidt, 
suit pas à pas notre inscription et s'arrête comme elle à muhoi 
huvedri^. Celle d'Arneae ' fait de même, ses derniers mots étant : 
mené hibidi trkkas se itlehi tr"'mili huvedri. 

Revenons au début de notre texte : un mot que les inscriptions 
bilingues ne traduisent pas non plus est mené, variante mei. Ici 
les épitaphes grecques nous refusent leur secours et, bon gvi'i 
mal gré, il faut trancher la question. Mais prenons bien garde de 

' Sclmiiclt, De nonnullis, p. ao; Savelsberg, II, -jg; Doecko, Lijli. Slud. , 
III, p. ayo. Ces savnnts lisent mal les textes : tantôt ils décIiifTrent h-ppisemei- 
ladi , avec un s qu'ils substituent (rollice à y, lanlôt ils accumulent les impossi- 
bilités, par exemple, quand ils transcrivent Limyra 5, ligne 3, tilw "lepi In-ppi- 
tadi, deux prépositions! où il y a tibe "le li (= substantif au régime direct suivi 
du mot inexpliqué ti qui pourrait bien signilier «ici») hrppitadi (verbe au par- 
ticipe présont).» Sur la stèle, nous lisons, face nord I. i5 : "lepi Cizznpr''no 
^(f?vers, ?chez Tlssapbei'ne». 

- On ne s'est pas encore entendu sur le mot ada si fréquent à la fin de nos 
inscriptions. Savclsherg donne ce renseignement : p-Das letzte Wort ada ist der 
Name der ans Strabo (p. 667) bekannten Konigin von Karien und bedwitet hier 
eine mit ihreni Namen bezeichnete Miinze, nach der sichern Erklai'ung. wclche 
mir M. Schmidt am 28. Nov. iiSyo brieflich mitgelheilt hatn (I, ia). (If. 
Schmidl , De nonnullis , 1876, p. ai, vers le bas : nadaja, nummorum quos 
Ada Cariae regina cudi jussit». Deecke se livre à toutes sortes de calculs très 
compliqués, et soupçonne que Vada valait 10 mines {Lijk. Stud., IV, p. aSS); 
mais parfois le chillre des adas n'est pas rappelé; parfois on a des chiffres et 
pas le mot. Jusqu'à nouvel ordre, je penserai que ada et arrj (voir M. Hréal , 
Mém. de la Soc. de ling., VIII, p. ^78) sont la même expression consacrée dans 
un ordre d'idées particulier. Dans le commerce, il n'était probablement pas 
question d'«rffls,mais d'oboles, de drachmes, de statères, de sicles. 

' Petersen, n° /i3, et p. 33 , note 1. Voici ce texte : 

\ehe^në qupo mé'ti pi" navale upazi mu[v]oqah tuleimi. . . hrppi ladi ehhi se ti- 
deime I sttatiti m. . . . ezi se ladu elibi (:) chi lice mei nipe "l[e]pilotu libei iiipe 
hl"'mi tiive \ [tu : hl"'mi m]ei tuveti tice libei "tepitadi tice mène trkas tiibidi se 
muhoi huvedri. 

" Inédite. 



UNE ÉPITAPIIE LYCIEXNE. 217 

nous tromper, car ce mot est l'un des plus fréquents, et une iu- 
terpi-étaliou errone'e aura de la re'percussion partout. Schmidt le 
traduit par œSe, évTavôa, evOct., de sorte que dans une grande 
partie des épitaphes, nous serions avertis que le tombeau est 
bâti ici-tnéme, et dans d'autres inscriptions on n'e'noncerait pas 
une circonstance aussi insignifiante. L'insertion ou l'omission 
du mot n'est nullement fortuite : toutes les fois que le nom du 
fondateur est e'crit après le verbe, i° ce verbe est terminé par ë 
et non par e : pr^navaië est de rigueur; 2° non moins fatalement, 
mené ou l'une de ses nombreuses variantes orthograpiiiques meli, 
mëti, me, mène, surgit immédiatement avant le verbe. Quand, 
au contraire, on a jugé convenable d'inscrire le nom du fon- 
dateur avant le verbe qui alors dexient pr"navate avec e, disparaît 
le mot mené. C'est une loi qui ne souffre aucune exception^. 
N'est-il pas dès lors évident que mené n'est pas l'adverbe de lieu? 
Une chose' est certaine, c'est que le sujet (nom propre ou mené) 
est inscrit toujours avant le verbe; le ou les attributs dont, dans 
un cas, le nom-propre du fondateur du monument, se tiennent 
à une distance respectueuse et viennent après le verbe. 

Pour un esprit non préparé, la phrase ehë^në pr"navo mené 
pr^navatë ddakasa stluleh fideimi hrpi ladi ehbi se tideime peut pa- 
raître foncièrement différente de celle-ci : Pizziti pr"navate ( — ^) 
Ddep^neveh tideimi hrppi ladi ehbi se tideime '; en réalité il y a moins 
de dissemblance entre elles que n'importe quel début d'épitaphe 
grecque qui leur serait comparé, par exemple : to vpœov xaxe- 
(7HSva.(TSv Xuj(7i(X05 ^siKr]TiKOv /S' ToO Avaav lov, TXcoevs"', oii on 
ne lit pas de pronom personnel à la place du nom propre, où le 
sujet est escorté d'une nombreuse suite d'attributs, sans qu'un 
verbe vienne s'interposer entre cette escorte et le sujet de la 
phrase. 

Je traduis donc : tfCe monument il a construit, (l'homme 
appelé) Dakasas fils de Stoulis pour sa femme et (ses) fils. ^5 

Ce n'est pas tout! mené est de tous les genres et de tous les 
nombres. Pareillement le verbe pr"navatë. Supprimez la phrase 
qui mentionne l'attribut, et rien ne viendra vous éclairer sur 
cette chose si simple, que le grec vous dirait tout de suite, le 
nombre! A Levissi, sans doute, le scribe fait usage du verbe 
tant soit peu modifié, pr"nacotë, que, sur la garantie de la tra- 
duction êpyd(7a.vT0 , Deecke et ses devanciers ont considéré 



' Deecke, inoins préoccupé du projet de retioiiver la conjiijjaison lycieniie 
(Lyh. Sdul., III), l'aurait constalcc comme moi, au lion de faire de i)r"ii(iv(ila 
oixi^etai et de pr" navale ÙKÎ^eto (j). aG3 et aGA). 

- Limyra 1 dans Saveisberjj, H, p. h. 



218 J. IMBERT. 

comme la 3" personne du pluriel ^, Ils ne songent plus que a et 
s'échangent'-; ainsi j9r"nouîf d'Antiphellus, est^r"/mOM à Xanthus^, 
pr'^navo à Myra'^, sans aucune modification de sens. A Pinara U 
pr^navetë est le lait d'un seuP; il est vrai qu'à Pinara 3, Sl^meve 
et ses parents ont construit mené pr'^nevotë^. Par contre à Limyra 
11, 19, 2 3 Uvëmi, Medemudi, Er'"menëni et leurs épouses re- 
latent que leurs tombes sont e'rigées à frais communs : ici le 
verbe, malgré la pluralité du sujet, est pfnavaté"^ . 

Lignes 2 et 3 : retour du nom propre Ddakasa. Scbmidt y voit, 
avec raison, un nominatif comme précédemment; l'accusatif 
des noms en a ayant ordinairement o pour caractéristique. L'ab- 
sence de cette voyelle o ne prouverait rien; et précisément je 
signale un nom d'homme au régime direct terminé par a, le mot 
^'lipa. Comparez au membre de phrase mené "tepi-toli "tlpa. . . 
se lado elibi^, les passages suivants : 

Limyra h^. 
me ''tepi-toti Zahomo se lado se tideimis èhbis. 



' «Dièse Endung ( Accusa tiv o) fiihren wir oline ailes Bedenken auf die iiido- 
gernianisclie Grundlorin -am ziinick, wenii auth im Lykischen keine Spiir von m 
sicli erlialten hat, und slellcn damit eine anaiogo Laulbezeicliiiung ziisammen, 
die uns in einer Verbalendung -oto fiir -onto begegnel : namlicli prinnvoto im 
Lewisû V. 1 mil der Uebersetzung èpydaavro v. U kann als diillo Person Plura- 
lis lïiglich niclit ander-i aïs veimitteist der indogermanischeii Grundform anta 
aus einer î\Iittelform auto erklàrt werdea. . . n (Savelsberg, E.rposé de la théorie 
de l'cranisme du lycieti fait aux philologues allemands, 29" congrès, Innsbruck, 
187/1 [Leipzig, 1875]), p. 302. — Deecke institue d'abord à pr''navaté' et à 
pr"navotë un augmeiit, qu'aucun exemple ne donne, et ensuite il compare à la 
conjugaison indo-européenne les formes [à) prnnavatô , {d)pynnaviïtô. Suivant lui, 
«beslàljgt wird die Endung -litô dnrch eine Reihe audrer Verbalfonnen auf -iito 
und -olo, die als Piuralia zu deuten sind; entstanden ist sie aus -aiôntô, wie 
gr. -ùvTo aus -diovro. . .n {Lyk. Stad.,l]l, p. 262.) 

- Deecke, Lyk. Stud., II, p. 826 : «Dieser im Lykischen nicht seltene 
VVeclisel von a und il {= 0) . . . r> 

^ Xanlhus h, dans Savelsberg, II, p. 187. 

'* Notre inscription. 

' cbëne qxipo mené | pr"navetë Pddoq"ta \ Qtihezeh lideimi | hrppi ladi ehbi 
se tide \ ime ehbiye (Fellows, Lycia, pi. XXXVI, n" 91, et Schmidt, pi. V). 
Cette rock-tomb de l'acropole inférieure de Pinara est détruite aujourd'hui. 

" e'/p["]ne qupo [m]e[n]e pr"iievotë | Srmeve F'nuteh tidei7ni se huve té'ne 
(Schmidt, pi. V, copie défectueuse; Benndorf, n" 21, p. 55; revisée par Ark- 
wright ). 

' Limyra 11 dans Savelsberg, II, p. 68; Limyra 12 dans Savelsberg, 11, 
p. 75; Limyra aS manque dans Savelsberg = Schmidt, pi. II, et Petersen , 
n° j 53. 

* 3° ligue de notre inscription. 

' Savelsberg, II, p. 7; Petersen, n" ihU, 



UNE ÉPITAPHB LYCIENNE. 219 

Myra 6 K 

me "lepi-toli Hriq"'mo seij m Lusotrah" seij' e[sede"nevi énelii 
Lusotjrah"'. 

Limyra ^. 
mei "tepi-toti Rio se tid\eimis\. 

Ces trois noms ont été une première fois présentés, quand il 
s'est agi d'avertir de la construction des tombes; ce qui nous a 
valu de connaître les nominatifs Zahama, Hriq'"ma, Hla. Les pas- 
sages cités exposent clairement que tron ensevelira [lesdites per- 
sonnes] avec leurs femmes ou leurs parents 'î. 

Le pronom me, mei de ces textes nest, on le voit, autre que 
le mot mené de Myra h. A Limyra 5, il y a une quatrième forme : 
mené "tepi-toti Sqqntrazi se ladu ehbi se tideimis ehbis'*. En même 
temps, notre scribe, pour ne pas se répéter d'une façon fati- 
gante, a employé tantôt mené, tantôt mei, comme Sqqntrazi qui 
fait usage du pronom mène, après avoir inscrit la variante mëti, 
au sujet abstrait (= mëti pfnavatë). Le sens commandé par le 
contexte est celui du pronom indéfini rron^. 

Sclimidt a traduit les quatre mots précédents : Koi [xôvovs 
(SovXsTat Aavdaas. Limyra i 'à ^ donne les mêmes termes : me "ce 
lati M^nuhe. Ce \I°nuhe (le nom est bien au nominatif) a été 
nommé auparavant, comme tant d'autres fondateurs de tombes, 
Sqqntrazi, Hriq™ma, Hla, notre Ddakasa : ce qu'il veut lui aussi, 
c'est : mené "teipi-tëti. . .; le reste est obscur. Toujours est-il que 

' Savelsberg, II, p. 198: Petersen, n" /j8. 

- Je n'avais pas été assez lian.Ii dans ma restitution ( Termes de parenté, p. ^67); 
on efiet, M. Arkwright m'assure que la lacune a fait perdre environ vingt lettres, 
et si je me reporte à iMyra 5. qui est sur une tombe construite par le même, 
mais pour ses sœurs el divers parenls ou amis, je découvre, ligne 9 de la copie 
prise par Arkwriglit , la même expression énehi Hriq"'nMh['' ese] de'^ncvë. Une 
phrase nouvelle débute par les deux mots adi [:) meye, le premier verbe, le 
second relatif. Ailleurs on a mcyade, soit mcy ade. Je m'excuse d'avoir traduit 
ces deux mots par un nom propre pAdimeyèsn. 

^ Découverte par les savants autrichiens, inédite. 

* Savelsberg, II, p. 96, et Petersen, n" i3o. Deecke (Li/t. Stnd., III, 
p. 970) rend les deux exemples par "hier». Savelsberg est toujours alambiqué; 
il flotte entre les sens de préposition et de pronom, ce qui est un sûr moyen 
de contenter quelqu'un : « Mond ist mil dom haufigern Pronomen mdnr'i bei an- 
ders gefàrbtem Vocal doch identisch : gleichwie nàmlich monn zweimal Pronomen 
(in Kyanoa; 9,1, und Xanthos 9,9) und nurhier Lim. 5, 1, Praposition ist, 80 
kommt mdnn wohi achtzehnmal als Pronomen und uur dreimal als Praposition 
vor in mà)id : ilàiiit'jli Lim. i/i, 9; 3G, 1, und Myia ti , 3 treinschreiben sie». — 
II, p. 97. 

* Savelsberg, II, p. 80, et Petersen, a" i/ia. 



220 J. IMBERT. 

ëcecl "ce sont un même vocabie, dont nous ne pouvons que de- 
viner la signification : la version (jlovovs a pour elle qu'à Limyra 
i/i, M"nuhe n'admet nul autre que son propre fils déjà men- 
tionné au débuta 

Se est très connu , en tant que conjonction : pourtant nous 
n'avons pas affaire à elle, dans ce passage, mais à une forme 
tout à fait abrégc'e du relatif seiye"^. A Antiphellus U, seiye est 
représente' par sei pris également pour la conjonction xa.\ par 
Moriz Sclimidt'^. A Kecbilor, on a sene. Ces deux passages s'éclai- 
reront mutuellement : 

Antiphellus k. 
sei piyè'të piyatu mi''ti ëtri qupa siqli aladehqqone. 

Kecliiler. 
sene piyeië nëue ehbiye se tuhe III. 

Je voudrais traduire cette dernière phrase : 

ff Lui-même (Triendasis) a élabli (cette tombe) [pourj ses 
sœurs et [ses] 3 neveux:? '. 

L'autre phrase, rendue assez mal parSchmidt, xa) 'urpocréra^e 
[iSaixd^aç) tolkiov 7ip6a1i(xov iw kcLto) a-rjKy aîyXovs, pourrait 

' L. 3 : se tideimi ehbi Adam"naye. 

- Seiye esta Telmessus (inédile, I. 5), Cadyanda, I. 3 (= Savelsb. U, 
p. ilx); Tios (inédite), I. lo; Xantlius i, I. 3 (= Savelsb. II, pj. i); Xanthus 
3, i. 7 (= Sav., II, p. i86), Xaulhus ^,1-7 (= Sav. , II, p. 187); Xanthus 
7, 1. a et /i (= Sav., II, p. 906) et à la grande sfèle, face est, 1. 20. Deecke 
(Lyk. Stud. , IV, p. 18a) admet que scie (notre sei) est le pronom «wer», 
tandis que sa est la conjonction; «sie sind verwandt, wie lat. -que uud ffm; 
und ilire bedeulung durch die biiinguen gesichertn. 

•'' Sclmiidt, De nonindlis p. 22. Antiphellus i est donnée par Savelsberg II, 
p. i5.5 et Petorsen, n° i2 3. 

* Kechiler est dans la plaine de Levissi : découverte récemment par M. Ark- 
wright, cette inscription est inédite. Le (Tvyyevtxàv né'ne = sororibus est déter- 
miné par cette circonstance que, à côté de cette tombe, est celle que le même 
Triendasis a construite spécialement pour safemme et sesjils, ou plutôt qu'ayant 
construite, il leur destine, sene ptyeté ladi ehbi se (ideime. Le parallélisme 
yvvaiKi avrov nal ténvois et [àès\<paii) aiÎTOv Ka\ àê£}.<ptSoTi y , est saisissant. 
Aussi je retire à zzimazi le sens de trsœur?? que, du reste, je ne conjecturais 
qu'avec timidité [Termes de parenté, p. ^62). Que zzimazi devienne ce qu'il 
pourra ! A Chukur Bagh , un nommé Qudaliyë fait précéder sa qualité do lils 
de Muroza, des mots Abuveteit zzimazi : ainsi ce dernier mot n'est pas stric- 
tement féminin, peut-être signi6e-t-il cr affranchie ? Je laisse ce point. Cf. Benn- 
dorf, p. lAi, n° io3. 



UNE ÉPITAPHE LYCIENNE. 221 

signifier : r Lui-même établit comme (amende) affectée à la 
mindis, quant au caveau inférieur (s'il est violé), (un) sicle. . .-n^. 

Je remarque que seiije, seiyeti, seiijene, sene, sé'ne, sei, se, se fait 
le pendant de meiije, meiyene, mené, mène, mëti, meti, mei, me'-. 

La traduction de lati par (3ovXsrai n'a rien d'inadmissible : 
ce verbe est fréquent dans les épitaphes grecques de Lycie (C. 
I. G. Û253, /429/1 c. /i2i6 b. Zi325 c.)^. Malheureusement il 
nest pas encore permis de faire des conjectures étymologiques, 
sans quoi Ton confronterait le verbe lati au grec Xaco, dorien Xô! 
= S-Aw. Cf. Xfi(7ts'^. 

Il veut donc, Ddakasa, que seuls encore on ensevelisse dans 
ce tombeau de famille Aniipas et sa femme. Si je donne à tezi 
que j'isole de "tipa la traduction r tombeaux, c'est, moins parce 
que je constate entre les deux mots un léger intervalle qui aurait 
pu avoir pour cause l'e'tat de la pierre, que par la rencontre que 



' Ma Iraducllon de mi"ti par mindis semblera trop naïve à force de simpli- 
cité; elle est pourtant autorisée par l'inscription suivante, découverte à Cyaneae 
par les Autrichiens, et publiée dans Petersen, n" 97 : 

Tàv ■fâ<pov TOVTOV KaTzaxzviasv toi» te é.v'j3 xai tov «axw Yiepi:évy)vt5 | Att- 
TidSios éavTW «ai tt? yvvaiKi • xai [xr/âerî i^éalco ivoï^at tvv aopbv oZ v [yvvn] ? | 
èaViv, Tote ci /.ontoTs tà<pois toïs t£ avo) xaJ toïs xaTj) -^pridoviai T:àv\j£i\ | ot 
avyyeveîs' firi è^éaloi Se ivoiytiv (iriOevi aveu tvs fiivêios , d/.Xà auvactpa^ivérco- 
aav ovTovs , ei Se (xt?, xipioi éolcoaav xwAworTSS xa< ^rjfiiouvTes avrovs. 

Je suis informé de la découverte d'autres inscriptions faisant allusion à la 
mindis et à des persomiages de la mindis. 

- Dans une note précédente, sont rappelés les textes qui inscrivent seiye, 
avec le sens probable de r;quiconque?5 ou rr quelconque 75 , ainsi rrle spoliateur 
quelconque du tonibeaun ou peut-être r^l'ensevelisseur quelconque» {seiye "ta- 
totë; seiye ntatete; seiye "latade). On relève seiyeli à Limyra 36 (Sav. , II, 
p. 100) et à Antiphellus 3 qui le rend par tis; seiyene à Limyra 12 (Sav., 
II, p. 7.5), à Antiphellus li , 1. 5, et à Myra (Petersen, n" Ixd); seiyeni, à 
Myra (Petersen, n" 00); seisene, à moins que ce ne soit seiyeiip, à Rhodiapolis 
(Petersen, n° 179); sene à Limyra /i3 (Sav., II, p. 108), à Assar (Petersen, 
n° 100), à Kechiler (déjà citées) et sur la {jrande stèle, face sud, I. 2 (de l'édi- 
tion de Schmidt, en réalité la ligne 7); sene à Rhodiapolis, b., l. 5 (Savelsb. , 
II, pi. II; Petersen, n" 171) et Xanlhus 5 6 1. 5 (Sav., II, p. igo; il faut 
lire Miv'/e : teri [ : s]e[?ie :] |!i/e?<'); .se Sidek (Benndorf, n" 100 sepiyelë), texte 
revisé. 

•* (îitées dans la Commentatin de nonnuUis, p. 20. 

* Schmidt lisait déjà Inli , ce qui est tout à fait exact. Savelsberg (II, 116) 
et Deecke {l^yk. StiuL, III, p. 985) convertissent le A très net do notre mol 
en p (!) et ne font qu'un seul mot de ëce et du prétendu pâli. Cela leur donne 
okàpati = ffHausherrn et fikà-pate = éxÇ)vcyi, cdicit : cette dernière soluliou 
n'empêche pas son auteur, Deecke, de traduire okd par oTxos à sièle, lace sud. 
I. l\b, et Limyra lO {Lyk. Stud., IV, p. 188), en se basant sur la correspon- 
dance 6 = grec ot (?). 

MÉM. L1.\C. — IX. i5 



222 J. IMBERT. 

je fais de ce mot au début de Tépitaphe de Cyaneae I , laquelle 
porte : 

ebë^në : tezi : mené pr"navatë : Qupruja . . . ^ 
= Ce tombeau, il a construit, Aphrodisios 

Après avoir rappelé les noms du fondateur et de ses parents 
et amis qui recevront dans cette tombe les honneurs de la sé- 
pulture, le scribe accentue le caractère de propriété privée et 
exclusive de ce monument. La mention de l'étranger à la famille 
doit se trouver immanquablement dans son texte; sur cet état 
d'esprit les épitaphes grecques nous renseignent admirablement: 
â'XXo) Je fxrjSsi'] èc.e.'îvai êv tôj Tsupyia-Hoj "zeOrivai (xerà to èvra- 
(pfjvai avirjv [EiXévnv) C. I. G. /laoy; 

STépù) Se ovSsv] riyLÔJv è^éalai (jvvjcûp-naoLi C. I. C. ùaAG. 
aXkos Se ovSs)? êvxïjSevSïfcreTai si [//))] fxôvov oï zspoyeypoipL- 
fxévoi C. I. G. /i3oo. 

xaï fxrjSeh xvpieveTco toîj fxvyifxeiov Tovrov àXXos el fir] avTrj 
HOt) Ta TSKva xai ol yaii^poï canrjs. C. 1. G. /i3o3. 

Schinidt a pensé que chi, par lequel s'ouvre un nouveau para- 
graphe, était le correspondant de aXkos et de STspos'. Ce mot 
est assez fréquent; un texte qui le livre, une fois cbi comme 
Myra û, et, dans la même ligne, sous la forme cbiyehi, confirme 
parfaitement la version du savant professeur; voici ce passage : 

Limyra h. 

cbi ticc ti "tepi-tadi atlahi tibe cbiyehi j tibete alahadi ti, mené mo- 
lioi tubeiîi | [ue]É?r[e]''nî ^. 

La fin ne peut s'interpréter qu'ainsi : «il payera au sénat de 
la ville w : qui il? l'étranger qui, au mépris des droits de la pa- 
renté de Zahama formellement réservés par ce dernier à l'exclu- 



^ Je possède de celle inscription la copie très soignée qu'en a prise M. Ark- 
wright. Voir Savelsb., II, p. 98 et Petersen, n" 33. La localité où cette crrock- 
tonib» est située s'appelle Tiissa cl ce n'est qu'à huit kilomètres de là que se 
trouve îagu, la vraie Cyaneae. — Le mot tezi est encore inscrit sur la grande 
stèle de Xanthus, face sud, 1. 20 et face est, 1. lit. Malheureusement cette 
majestueuse inscription garde jalousement son secret, aidée en cela par ses 
incroyables lacunes. 

* Commentatio denonnullis, p. ig-ao. 

^ Il est très fiicheux que la cinquième ligne, qui ne renferme qu'un mot, soit 
en partie fruste; sur la copie de Petersen , n° xhli, on parvient à rétablir, d'une 
façon certaine le mot vedre^ni : seulement il y a encore un petit intervalle de 
deux lettres avant le t), et la forme adjectivale lmvedre''ni eût été très impor- 
tante à connaître. Schmidt conjecturait [/m]ve[d'»7] (p. 19). 



UNE ÉPITAPHB LYCIENNE, 223 

sion de toute autre personne, s'est permis de donner la sépul- 
ture, "tepi-tadi, à des membres de a sa propres (famille), atlahi, 
ou à des gens a d'une autres (famille), tibe cbiyehi. L'opposition 
entre cbiyehi et atïahi est manifeste. Pour servir les intérêts 
d'autrui au lieu des siens, on n'en commet pas moins un préju- 
dice à l'égard de la lignée de Zahama; la punition atteindra 
maître et serviteurs. Je m'e'tonne que ce sens si simple n ait pas 
frappé tout le monde, Le suffixe hi a dérouté et Schmidt et Sa- 
velsberg et Deecke. Maintenant que nous commençons à attacher 
plus d'importance à la position des mots dans la phrase qu'à 
l'incomplète et timide déclinaison iycienne, noUS isolons par la 
pensée la syllabe finale hi, quitte à rechercher le rôle qu'elle 
joue. A Levissi, les mots Purihimetehe pr^neziyehi sont traduits 
HvpiixaTios olxuoi^ uniquement en raison des deux fondateurs 
«Daparan et ctPulenydaw : mais supposez que le seul fDaparan 
ait construit, l'expression n'aurait pas perdu une seule lettre. 
C'est qu'il faut entendre pr^neziyehi comme cfétant-de la mai- 
son 75, en bon français et de la maison de Purimatisw. Le suffixe 
hi marque la possession ^ A Xanthus 1, pour dire sa maison 
pr^neziehbi, Ahkkadi inscrit ^;r"ne2t atlahi, littéralement cà la mai- 
son de-sa-personneii '-. Le mot athihi tout seul exige à Limyra h, 
qu'on sous-entende un substantif, n'importe à quel nombre; donc 
il en est de même de cbiyehi ^. 

Que peut bien signifier le mot suivant, ticel II figure 5o fois 
dans les inscriptions lyciennes, et une fois sous les formes ticeiti, 
ticete, ticeye. Il paraît être une locution invariable. Ordinairement 

^ Ainsi que l'a parfaitement établi M. Arkwright dans son article Some 
Lycian suffixes, public dans le n" d'août 1891 du Bah. ànd Or. Record, p. t85- 
igi : «In Sura , atlahi occurs agairt in an imintelligible coUtext, but in Limyra A 
the meaning is clear onougli : another if s h ail bury [anyone) belonging-to-liim- 
$elf or belonging-to-aiwtlw. Hère it is almost unaroidable (ajoute le savant an- 
glais) to take atlahi and kbiyâhi as possessive adjectives : and tbis vîew is 1 
think proved to correct in tlie case of atlahi by the otcurence of the dâtive 
plural atkhà on tlie Xanthian stèle, S. 18, and in the case of khiyàhi by the 
accusative (plural?) kbiyàhis, Xanthus 4, and by kbiyàhàdi, decree of Pixo- 
darus. v 

* Voir Tenues de parenté , p. iôg. 

^ Deecke a traduit le passage de Limyra A, en grec {Lyk. Stud., Il, p. 338) 
el en allemand (Lyk. Stud., II, p. 33 1); voici ses traductions : 6s iv tiva. 
eiaxofjitari éavTôôv f\ {dXXav) tivccv . , , «Wer ctwa Jemand hineinlbun soilte 
von den eigenen pereonen oder irgenawelchen (se. andern) oder irgendwie be- 
schadigen soilte etwas, der...r) Que ditos-voiis de ce génitif pluriel éavicov 
appliqué à ô's? el de la correspondance tivûv, 6s attribuée à cbiyehi et à 
cbi, et qui n'a aucun fondement que l'assonance (Lyk. Stud., I, i/ia; IV, 
216) entre cbi et le latin aquisn? — Au reste, Schmidt n'est pas plus sage, 
avec sa traduction, dont le moindre tort osl de ne pas rendre de la mémo façon 
le hi de atlahi et lo ht de vbiyehi : i'tspos ris éè èv6eis a-hov (!) 7) èrépovt r) xai 
àvoi^as avfà. . . (p. 91). 

i5. 



22i J. IMBERT. 

on le trouve dans le voisinage immédiat d'un verbe, soit avant, 
soit après. Ce verbe est traduit dans les bilingues par le condi- 
tionnel , exemples : 

Antiphellus 3. 

seiyeti edi tice mëtë = êàv Se ris àStxrfcriit r} àyopda-rii to [j.vfi[xa. 

Levissi. 

seiyeti 'seriiadi tice Hato ebehi = xoù àv ris dSiKrfcni)i to nv^ixa. 
toîjio. 

edi, [e]seritadi (non pas escpitadi, comme le veut Deecke)^ ont la 
même terminaison que "tepi-tadi, et Schmidt les regarde comme 
au participe présent. La conjecture est tout à fait plausible; que 
nos verbes ne soient pas au conditionnel, en écartant le mot tice, 
c'est démontré parMyra li inscrivant tuveti où Ton eut attendu en 
ce cas, tuvedi. Ailleurs nous relevons tubidi à la place de tubeiti 
= il payera, et ttlidi à la place de ttleiti = il comptera, c'est-à-dire 
dans un membre de phrase ne comportant aucun doute. 

Arneae. 
mené tubidi trhkas se itlehi tf"mHi huvedri. 

Limyra ^. 

mène tubidi hpp'^ter[us] mohoi se maraziya mi'^taha^ 

= il (sera) payant au sénat et aux patrons (?) de la mindis 

Hl'"mideve Mleyeusi Mur^na 
Helmidavas, Mlaausis, Mornas. 



' Lyk. Slud.. I, p. lis, au mot àsàdàplôme; 111, p. 265, S 2, 266, 267, 
268 {àsàpe comparé à ntàpe), 970, 271, a85; IV, p. ao6, 207, 2i5 : mais, 
pour être répétée souvent, une inexactitude n'acquiert pas plus do valeur. 

' «Rock-tombn de la nécropole ouest; Petersen, n° i55. J'ai déjà rappelé en 
note 1, p. 200 , que les mêmes personnages (des divinités peut-être) sont mention- 
nés dans une inscription grecque depuis longtemps connue (G. I. G. , n° A3i5 b, 
Petersen, n" ia6). 

' Mi'taha, c'est mi''li au datif pluriel garanti par la mention des trois pro- 
tecteurs; le suffixe hi à sens possessif a échangé sa voyelle contre celle du datif 
pluriel a de mt"tfl (Cadyanda, ligne h tasa mi"ta = tesi mi''ti, Xantbus 3 et 
autres). Voir aussi Limyra 20, ligne 3 : mené itlehi tubeiti tr"^mili huvedri se 
maraziya mi^taha et Assai-, dans Petersen, n° 100 mène tubidi Ma ebe se maliya 
se tasa mï'tdha. Sur la stèle, on lit maraza, Nord A, et maroz, Ouest 63. 



UNE ÉPITAPHE LYCIENNE. 225 

Limyra i3 ^. 
me Ulidi cbi^lotas o'"moma[s\ kîebi cert . . . 
se ttlidi trzzubi o'"moma cbis^tota uva. 

Myra -. 
mène trkas tubidi se miihoi hiivedri. 

En procédant par élimination, nous n'avons plus qu'un mot 
à expliquer dans la phrase de Levissi seiyeti [e]seritadi tice "Mo 
ebehi, le mot tice : rendu par âv [àSixri)a"iii^ il marque l'éven- 
tualité redoutée ^. 

Le miracle, c'est de le rencontrer dans un paragraphe on 
Ddakasa énonce une prohibition nette, précise : trQue nul 
étranger ne soit enseveli icil^^ On se demande la raison de la 
présence de la conjonction conditionnelle. Y a-t-il lieu d'hésiter? 

Après avoir longtemps réiléchi à ce curieux problème, je crois 
l'avoir résolu : en effet tice n'accompagne pas le verbe "tepitotu, 
ni le verbe tuvetu. Il se rapporte à l'ensemble du paragraphe, 
c'est-à-dire non à Yacte même de rendre les honneurs funèbres 
à un défunt, mais au mode d'ensevelissement. L'étranger pourrait, 
s'il est Lycien, déposer le corps sur la banquette; s'il est Grec, 
apporter l'urne renfermant les cendres chères, et prétendre par 
cette installation ne causer nul dommage, puisqu'il ne touche 
ni aux inscriptions ni à la disposition des lieux. Qu'il sache 
bien, cet intrus, que son entrée dans cette chambre est un crime 
d'impiété aussi condamnable que la dépossession brutale. En un 
mot, Ddakasa défend toute sépulture d'étranger, sons quelque 
forme quelle se produise , et l'ignorance où il est du mode de pro- 
fanation, si celle-ci s'accomplissait un jour, nécessite l'emploi de 
la particule tice. Je traduis : 

cbi tice mei nipe "tepi-totu tibei nipe 

= Un autre d'aventure il pas soit enseveli, ou pas 

hl'^mi tuvetu ^ 

(son) urne soit consacrée! 

' Dans la même nécropole (Savelsb., II, p. 78, Petersen, n" i5i, revisée 
par Arkwright), ligne 1, il n'y a pas lieu d'admettre la zzimaza (fille) de 
Sciimidf , ni la Zénobie de Deecko, mais les mots >iié'ti pr^navatë Erzesinube 
cumaza rzzi\voti. . . Le nom propre Zénobie n'était, d'ailleurs, pas inventé à 
cette époque. 

* Petersen, n" 63 : c'est l'épitaphe d'Upazi fils de Muvoqa, que j'ai re- 
produite entièrement dans une précédente note. 

' Savelsberg (I, 87 ; II, 1 G) et Deecke {Lyk. Slud. , II, 33 1) prennent tice 
comme la correspondante de dv et la traduisent par «etwa». 

* Le mot Jiipe que Schmidt traduit par la né{;alion, se lit uniquement sur 



226 i. IMBERT. 

Puis les derniers mots sopt repris au paragraphe qui suit : 

hl"'mi mei tuveti tice 

= L'urne , qui consacrera d'aventure 



A Antipheilus Zi , il y a une répétition de mots qui rappelle 
celle-ci : Idomaxas fixe le chiffre des sommes à payer à la mindis, 
savoir, pour la violation de la division inférieure de sa tombe un 
sicle, et pour violation de la partie supe'rieure un double sicle. 

^e hrzzi tup'"me siqla 

= et pour la supérieure [construction] un double sicle. 

Et pourquoi un double sicle? Il va au devant de la demande, 
en reprenant les mots hrzzi pr^navi : c'est que dans cette partie 
de la tombe, Idomaxas et sa femme doivent reposer un jour. Nous 
ajouterions au texte, mais non à la pensée du scribe, en tradui- 
sant ! «et pour la violation de la partie supérieure un double sicle, 
[car] dans cette partie supérieure on ensevelira Idomaxas et sa 
femme n; sans cela la phrase, mei "tepi-toti idomaqzzo se ladu, eût- 
elle été inscrite si tard ^ ? 

A Myra h , la pensée de Ddakasa se porte spécialement sur 
l'acte d'introduire une urne avec les rites prescrits qui la met- 
tront sous la garde des dieux : 

tf L'urne [dont il vient d'être question], quiconque la consa- 
crera d'aventure , ou l'ensevelisseur d'aventure, celui-là payera ...» 
Cette fois tice est répété après chaque verbe; en revanche "tepi- 



Myra li et sur l'épitaphe publiée dans Petersen, n" li3 , et transcrite dans une 

frécédente note. A Limyra i/i (= Sav., II, 86 et Petersen, n° ii2),il y a 
3 sele nepe alahadi lice. A Limyra 36, recopiée par M. Arkwright, on lit 
1. 4 se niyepi zalatu. Probablement wîpe, nepe , niyepi sont le même mot. Savels- 
berg (II, p. 11 8) fait de nipe une préposition = tryorber» — et la réunit â 
"tepitotu = 'ispoyeypayméva. Deecke ne s'aperçoit pas que nipe est répétée 
après tihei; aussi prend-il màenepà pour un seul mot, qui serait une variante de 
mànà {Lyh. Stud., III, p. 269). 

' La première fois le mot j9r"nflt'î étant omis, Schmidt, au lieu de reconnaîfie 
rdlipsc, chercbe dans le groupe do lettres qui suit, un mot qui se rapprocbe de 
qupa, et il oppose à éïri qiipn les mots hrzzi tiip'", en lisant topg, le dernier vo- 
cable (Comment, de nonmdlia inacrip. Lyciis, p. 92). Savelsberg a eu le mérite 
de maintenir le mot tup"'me qui a la même pbysiouomie que map"^me de Rho- 
diapolis h, 9. Cela fait, il s'est souvenu que wtt en arménien signifie seins»; 
il lui a semblé convenable d'interpréter mup'"me par «einfachr et tup'^me par 
Sfzweifachn (II, i56-i57). M. Deecke a ratifié ces conclusions (Lyk. Stud., 
IV, p. 210). J'accepte seulement la traduction par «double», à cause du sens 
général. 



UNE ÉPITAPHE LYCIENNE. 227 

tadi est traité comme un substantif, et mei nest plus exprimé. 

Qu'on ne m'objecte pas que l'incinération n'étant pas prati- 
quée en Lycie, il n'est guère vraisemblable que Ddakasa ait 
pensé à une urne ! Ce serait argumenter sur un fait contestable. 
Que certains Lyciens aient réellement fait usage de la crémation, 
on ne saurait le nier en présence de l'exiguïté de quelques 
tombes incapables de renfermer même un seul corps. A Kechiler 
une tombe, d'après son épitaphe lycienne, est affectée à plusieurs 
sœurs et à trois neveux de Triendasis : on attendrait donc plu- 
sieurs banquettes, il n'y en a qu'une ! Le même Triendasis s'est 
fait construire tout à côté une cbambre où il doit reposer avec sa 
femme et ses fils : deux banquettes ! Cette circonstance a frappé 
Arkwright, qui, dans son journal encore inédit, la commente en 
ces termes : cran additional proof that thèse couches are only 
intended for the ashes of tlie dead in urns, not for bodies : some 
tombs could not contain even one body.^ 

Du reste, le mot hl"'mi est très rare : on ne le lit que sur 
notre monument, sur une autre tombe de Myra appartenant à 
Upazi fils de Muvoqa , et sur la stèle du Tloïte Icuveti fils d'Ipre- 
sida. L'inscription d'Upazi a le même contexte que celle de Dda- 
kasa ; la Tloïte donne le mot dans des passages presque illisibles ^ : 
nous ne pouvons donc émettre qu'une conjecture. 

J'ai été amené par la mention de tuvetë avec le sens de 
t: dédier, consacrera qu'il a sur les ex-voto de Tlos, à abandonner 
les traductions de Schmidt êyypd-i^t], syypd-^oi.s'^ : la remarque 
d' Arkwright a brisé le dernier lien qui me retenait à ces traduc- 
tions. On ne consacre pas plus des noms qu'une tombe, mais 
on peut avoir mis sous la garde des dieux, moyennant certains 
rites, des urnes contenant des cendres chères : hl"'mi signifiant 
ffurnew se révélait tout naturellement, sans qu'il fût nécessaire 
d'évoquer le grec oXfxos, toute induction par l'assonance devant 
être tenue pour suspecte ^. Si les deux mots sont fondamentale- 

' Cette inscription est inédite, — Il ne serait pas impossible que, de même 
que nous avons les formes alla et atru (= personne), le mot hi"7ni ait eu pour 
variante hr"'mo (Rhodiapolis, b, 1. 8; Sura, I. 4 et 5); ce mot est dans un 
contexte peu inlelliijibie. Savelsberg a siiygéré ce rapprochement (II, p. 119) 
en l'agrémentant d'hypothèses vraiment étourdissantes. 

^ Il faut tenir pour non avenue ma traduction trop peu étudiée, que je livrais 
p. i56, note 3, de mes Termes de parenté. 

•* Je soupçonne que la Irafluclion de hi"mi par ovàfiata chez Schmidt pro- 
vient de la transcription lilâini qui aura paru identique au mot grec, vu l'éfjua- 
tion / = grec v : cf. Ecafanda — hKitTàfivas ; Cuprlli = Cuprini , texte n)ilyen de 
la stèle. Ouest iG, et Kvêepvts dans Hérodote, VII, 98 : . , .««< AvHtoe KvSep- 
vis KoaaiKa. . .). Voir Babelon, Perses Acliéinénides , p. xcin; mais je n'admets 
plus (|ue Koaaixa (il faut ainsi lire = Qeztifah) désigne une fonnne; on aurait 
eu en ce cas le génitif féminin KocFalHas; de plus, tous les personnages men- 
tionnés à Sud, 1. 25-a6, sont des hommes. 



228 J. IMBERT, 

ment le même terme, c'est ce que j'ignore et ce qui ne me tour- 
mente nullement. 

Lignes 5 et 6 : le dernier paragraphe, après avoir décrit l'acte 
sacrilège, le frappe en ces termes : mené itlehi tiibeiti tr'^mili hu- 
vedri se trkkas se nwhoi huvedri. 

Schmidt attribue mené au premier membre de phrase et lui 
assigne la traduction êvTavda, que j'ai réfutée^ : illehi, trkkas, 
mohoi sont inexpliqués; le seul huvedri répété deux fois, d'abord 
après l'ethnique Tr'"mili^ il s'aventure à le rendre par xoivcp. 

Le verbe est tuheiti et il doit, ainsi que je l'ai dit, signifier 
ff payer l'amende w : les mots itlehi tr"'mHi huvedri, -|- trkkas -\- 
mohoi huvedri sont des datifs. Une première question (tranchée 
par Schmidt), c'est de savoir si itlehi et mohoi sont les substan- 
tifs, ou si c'est huvedri? 

Lorsque le verbe vient séparer de ses attributs le substantif au 
régime indirect, la règle veut que ce soit le substantif qui pré- 
cède le verbe. Voici, par exemple, le sort réservé au violateur de 
la tombe de Medemudi : 

met' é'ni kanuveti j klahi \ ebiyehi"^ 

= il au seigneur payera du peuple celui-ci 

Mais ordinairement é'ni et ses attributs sont ensemble, après 
le verbe : 



' Savelsberg et Deecke sont ici d'accord avec moi, ils traduisent par «dern. 
Aussi Schmidt, dans le compte rendu du i"' volume de Savelsberg {Jenâer Lit- 
tm-aturzediing du lo octobre 187^, p. Gi^i-Giô), publie-l-il, d'après l'autour, 
le mot-à-mot grec d'Antiphellus 3, soit la fin : outoî àvvp (= mené) ê^ehXvs 
d-noXono (= kasttii) aùv (= eni) téxvois [klahi) aJroù «ai ÇiXoTs èyyôvois. 

^ Liniyra 19, dans Savelsberg II, p. 75. Cette «rock-tombr, est dans la 
nécropole ouest: au-dessus de i'inscripllon, dont les lettres sont allernativeinent 
bleues et rouges, est un bas-relief. L'inscription a cinq lignes d'une longueur 
inégale, et les deux dernières, très complètes pourtant, ne renferment, la qua- 
trième que le mot klahi, la suivante que le mot eliy\e}d\ Le recueil de Schmidt 
porte detèni; la tentation d'en faire Leteni qui serait le nom de Latone, était 
trop forte, et Savelsberg n'y sut pas résister (II, p. 77) : même parti chez 
Deecke, assez imprudent pour ne pas citer son devancier {Lyk. StuiL, IV, 
p. 998, n° 54). Le premier traduit : tr . . .so schlàgt Latona sein Gescbiecht»; 
le second : «. . .Latona nimmt weg nachkommenschafl seine.» M. Arkwriglit, 
qui s'était donné la tâche de reviser sur place les inscriptions, et qui était in- 
différent par rôle à toute théorie, a consiaté l'existence, non de detëni, ni de 
leté'ni, mais de meté'ni, avec un m ccfairly certain»; du resie, il ne s'expliquait 
pas un pareil mot, se contentant d'en attester la gravui'e. Probablement une 
crase a éliminé Vi de meti devant e de èni. A Antiphellus 3 , le scribe allait 
écrire kastti, mais plutôt que de mettre kastli èni ou kastl' é'ni, il a préféré se 
servir du passif fca.s<tM. 



UNE ÉPITAPHE LYCIENNE. 229 

Antiphellus 3. 

mené kasttu ëni klahi ebiyehi 

= il sera payé (de ses biens) au seigneur du peuple celui-ci 

se vedri vek'tezi 

et à la ville d'Antiphellus ^ 

Limyra 5. 

me ttleiti puva aitota a"'moma kebeliya ëni klahi 

= il comptera ? ? ? ? au seigneur du peuple 

ebiyehi p"tre"ni 
celui-ci Pandare'en (?)'-. 

Myra. 

me ttiti ahazat' adin ëni klahi ebiyehi p"tre"nehi ^. 

De même, notre itlehi est réuni aux autres mots dans les textes 
suivants : 

Rhodiapolis ' : 

mené kastti maliya vedrë^ni se itlehi tf"mili huvedri 

= il payera aux anciens? de la ville et à? Lycien ? 



' Voir sur vedri VeJi''tezi, mes Tenues de parenlé, p. ^166-467 : Vah" tezé 
est le même mot que VehJ'tezi, et comme lui ii est réuni au nom du dynasto 
Qei-iga sur le slatère (inédit, je crois) qui donne le portrait du satrape, assez 
semblable à Ddenevele et à Artembarès. 

* tf Limyra 5n est sur une rock-tomb de la nécropole orientale. Schmidt l'a 
publiée deux fois, pi. 1 et pi. V (comme Antiphellus 5). Voir Savelsberg, II, 
p. 26 et Petersen, n" i3o. Deecke rend p"tre''ni par trdem schatzmeistern 
{Lyk. Slud., IV, p. 311-212) : «In pntrànne, hergestellt nach Lim. 5, 3; 11, 
6, erkenne ich den dat. sg. eines ml. substantivs, abgeleitet durch-7i/(e von 
einem nom. ag. *pn-tr — , das wohl zur wurzel lat. pen-d — nanhàngen, abwii- 
gen, zahlenu gehort, so dass es doin gr. Tafiias entsprochon konnte, s. in lyk. 
griecb. Tafx(£('a)(Hirscbfcld , p. 100 fl'.)» — Deecke, Lî/fe. i'fwrf., IV, p. 3ii,n"2i. 
Mais depuis que je connais les formes Tlo''na et PiUe''m de l'ex voto bilingue, 
je soupçonne ici un nom ethnique ; toutefois je n'ai aucune garantie. L'inter- 
prétation de Deecke est inadmissible, si j'ai raison de traduire par «au seigneur 
de ce peuple'', car on ne supposera pas ([uc c'est lui qui tient la caisse. 

^ Petersen, n° lih. Voilà, non plus à Limyra, mais à Myra, notre mot 
I''tre''ni devenu, grâce à l'attraction des désinences des mots précédents, 
F'lre"neln, ce qui n'en dénaturait pas le sons. Le héros Pandaros était fort vé- 
néré en Lycie, on montrait son tombeau à Pinara; son nom a pu être celui 
de tribus lyciennes. — Le mot adin' est peut-être pour adini; en tous cas, néiii 
signifiant «sœur 75 est sans objet ici. 

* Petersen, n" 172. (Tombeau de Xanthias, Qssè^ziya). 



230 J. IMBKRT, 

Arneae. 
«nem tubidi trkkas se itlehi tr'"mili huvedri 
== il (sera) payant à ? et à ? I^ycien ? 

Antiphellus ti. 

mené tubeiti mohoi huvedri se itlehi tr^mili 
= ii payera à ? ? et à ? Lycien. (Pas de mot hmedri 

après Tr"'mili.) 

A Limyra /i3 \ itlehi précède le verbe ko''ti, mais après le 
verbe il n'y a plus que tr"'mili. Le texte e'tant complet, on voit 
que huvedri n'est pas un mot essentiel; le substantif est certaine- 
ment itlehi ou mohoi. 

Pour mohoi, je suis tente de le traduire par ffSe'natw; nous 
avons de ce mot les formes mahinaza et tnahanahi. 

Limyra 61-. 

q"tlapone pf navale, periclehe mahinaza ep^tihazah 
= Kindalpones a construit, de Périclès sénateur, d'Apendibasos 

tidexmi 
fils. 

Limyra hi. 

ëni mahanahi 

= au seigneur qui est du Sénat. 

Tlos 1 '. 
hriqttbili mahanahi uvehi 
= Riqttbili de sénatoriale race, 

Une chose curieuse, c'est que le nom national des Lyciens, 
qui n'accompagne jamais le solitaire trkkas, ne se trouve pas non 
plus une seule fois à la suite de mohoi. 

Deecke a, comme je le fais, vu le substantif au régime in- 
direct dans le mot itlehi qu'il transcrit etlahe; puis, dupe de 
cette transcription, il traduit ce mot par êdvsi, se rappelant que 

' Sur une rock-tomb de la nécropole ouest. Voir Savelsberg, II, p. io5 et 

Petersen, n° i5(i, 

^ Sur une rock-tomb de la nécropole orientale. Voir Savelsberg. II, p. ici, 
' Non loin de la célèbre tombe dite de Bellérophon : Schniidt, pi. V. Voir 

mes Tei-mes de parenté, T^. 47a. 



UNE ÉPITAPHE LYCIENNE. 231 

parfois / et n s'échangent ^ J'aime mieux interpre'ter ce mol par 
ToifieÎM : le radical de itkhi paraît être itU, il- et se trouver dans 
le verbe itleiti, ttlidi. Deecke lui-même a fait un rapprochement 
entre ce radical et la racine de TÀaw, téXa.wa impliquant Tide'e de 
•peser, puis compter'^. On comprendrait alors quon ait constam- 
ment joint à itlehi de'signant une grande administration charge'e 
d'encaisser le montant des amendes, l'ethnique Tr"'mili: l'expres- 
sion itlehi Tr"'mili, = au Trésor lycien, était complète; on pou- 
vait y ajouter ou non le mot huvedri. 

D'autre part, on ne disait pas «au Sénatn tout simplement; il 
fallait ce mot huvedri. J'ai cru autrefois que huvedri signifiait 
fftrès sainte; une telle épithète ne fut donnée à un pouvoir 
politique qu'à l'époque romaine, c'est une importation d'Italie. 
Renonçons-y. 

Donc itlehi tr"'mili est analogue à mohoi huvedri : quel sens 
se cache sous ce dernier mot? vedri signifie r ville w-' : peut- 
être huvedri a-t-il même origine et désigne- 1- il un groupe de 
villes? une svmpolitie ? une confédération? la confédération ly- 
cienne? Si oui, la singulière expression mohoi huvedri équivalant 
à mohoi tr^mili s'explique. Je me risque à refaire la version de 
Schmidt, où-ïos tô» Tafieioj bCpeikticrei rfjs Avxicov cxvfJiTroXneias 
xa) T&i Tap^w xa) rf} yspova-iot irjç avfXTToXneias. 

' La première apparition de ptlàhe est à ia suite 'de la mention mentdhe 
{Lyk. Stud., II. p. 3.39, ? 9, infne) : (fetlàhe ist dat. s{j. vom gleichlautenden 
nominativ, vielleicbi verwandt mit gr. ëdvos. . . r>. Quelques lignes après, Deecke 
donne comme correctif à sa théorie que -hi est la désinence du génitil' pluriel , pré- 
cisément notre mot : «Dass nicht aile formen a\xï -âhe gen. pi. sind, zeigt das 
eben erwàlinte etlàhe = édvei-n. Dans sa troisième étude, il interprète encore 
ellàhe par ëBvos et assigne aux mots mûhùe et hovddre les correspondances 
jSouAri et eCyeviôs (p. 278) : il fait état des mentions 17 f'Ov>ri xaî à Sfiiios 
xairj yspovalrt C. I. G. n° i3l5 n,ri xpaiialv ^ovXri C. I. G. iaSS. 

* crDer stamm (lia- = tAô- geht zurûck auf tel- = griech. teA-, schwach 
tA-, TttA- trheben, wagen , zahlen-, s. TeAeTr, râXaviov •= lat. tel- (voraus 
-gesetzt durch tettdi, tollo u. s. \v). Lyk. Stvd., II, p. 826; IV, p. 219. Au 
début, ou entre une consonne elune voyelle, ou entre deux voyelles, la dentale 
t peut être redoublée, mais pas entre une voyfile et une consonne : ainsi 
s'explique l'apparente différence des mots itlehi (substantif au datif) et tlleiti, 
ttlidi (veibe). 

' Le passage le plus probant en faveur de celle interprétation est, stèle, face 
Est, 3o Ar"7ia : Finale: Tlava : vcdre. D'autre part, Velt"tez>, quelle que soit 
l'origine de ce nom, désignant une cité sur les monnaies de Qeriga au nom 
duquel sa mention est ajoutée comme celle d'^r";(a/.e = de Xanthus, quand 
sur le tombeau d'Iktas J'Antiphellile nous rencontrons et le mot vedri (au datif 
d'après le contexte) et l'ethnique Velt"tezi, comment éviter de traduire rret îi la 
ville d'Antiphellusrt ? Même si j'ai tort d'adopter l'identification de Six et de 
Deecke (Hill, The Co'mage of Lycia, Nitm. Chron., 1890, p. 19), le sens de 
ville pour vedri n'en reste pas moins debout. C'est là l'essentiel. Nous devions 
trouver de ce terme une forme adjectivale; les monuments nous donnent l'e- 
dre'ni et vcdre"nebi. (Voir Arkwright, So)ne Lycian suffixes, dans le Bah. and 
Or. Rec, août 1891, p. 186-187.) 



232 J. IMBERT. 

Le second datif serait le nom d'un dieu, le dieu Trkkas ou 
Tarchos : Arneae le mentionne avant àlehi; à Tlos, ce nom 
se trouve dans la petite phrase punomadi inëne Trhkas; sur le 
tombeau d'Upazi, Trkas est cité non seulement le premier, mais 
encore avant le verbe que suit le second re'gime indirect se mu- 
hoi hîwedri. Le nom est invariable, jamais suivi d'une e'pitliète; 
c'est bien là une divinité' protectrice des se'pultures^ 

Quant à huvedri, de ce qu'une inscription renferme ce mot, il 
ne faut pas en conclure qu'elle soit postérieure à l'époque des 
dynastes lyciens et la rapporter au temps où florissait, sous la 
protection de Rome, la confédération décrite par Strabon; on 
recevrait un cruel démenti des monuments : en effet, Arneae qui 
se termine, ainsi que je l'ai rappelé, par les mots itlehi tr^mili 
huvedri, renferme un lambeau de phrase assez déconcertant au 
point de vue où nous nous plaçons : 

Lignes 5-6 : ënë péri ^q^tavala. 

Très probablement à compléter ënë Peri[clehe] q^tavata = le 
maître (est) hyparque de Périclès. 

Je m'arrête à ce renseignement, la question relevant unique- 
ment de l'histoire, et celle-ci nous étant encore si mal connue ! 

J. Imbert. 



' Voici la réponse de M. Diamandaras que j'avais consulté à ce sujet : Uplv r) 

éfxws èniÇiépa) TauT)?»» {Xé^iv) fii^ f^e HOLKiarj^s, -srapaxatAô), Siôji ei ÉAXni' SXa 
^à jSAÉTrii) éAATjwxa ! kXXus ie Se xai 'tiJ.eTs aXXoTS fioi èypi-\ia-vs oti v ispoxst- 
Hévv Xé^ts zTtdavov va ê-/£i Tira cr^éaiv -crpés tiiv éXXrjviKvv Xé^iv Tapjj^e/a. 
Tapi^eïov ar)y.alvei tov làiiov évda (pvXaTlovTai Tct TeTapt^ev[téva awfxara, 
r? év6a Q-âi:1ovTat oi vexpol, vsxpoTa<PeTov. Tap;^u« XéyeTOLi iSiws èiti èv- 
raÇt<x(7(iov xal xv^eias, onp-ctivei Sî)Xa ^rf, èvTaÇxà^ù) , x-nSsvco, Q-d-nT cû. 
Sippa £ ■tapyyaùiCTi xdpv xoyLouvTSS K-)(jiioi, 
ari(ii té oî •^svaaiv èiti 'zsXaTeï hX^nairôvrci). 

iA., H, 85. 

eîs â xe Sii Xvxîrjs evpeirjs Sfjftov l'xcovTai , 
ëvda c lapyiaovai xaalyvtjtot re é-rat re 
TV(i€œ TE <T7rfArjTe" to yâp yépas èaVt Q-avovrav, 

lA., n, 455. 

Éx TovTou 'usctpdystai ri As'Ijs tâpy^os , Tap;^ea = XTjJei'a, xai tsap" Hdt/p^/çt) 
7rip^avov = ssévdos , xrjSos, iiiferiae, exsequme. 



VEDICA. 

(2° SÉRIE.) 

5. R. V. I. 191. 

L'hymne bizarre qui clôt le livre I" du Rig-Véda est dans ce 
recueil un morceau unique : non que les formules magiques et 
les incantations populaires lui soient entièrement e'trangères ; 
mais elles affectent en général une forme plus releve'e et ne 
s'abaissent nulle part à un objet aussi infime que la destruction 
de la vermine. L'Atharva-Véda, au contraire, plus rapproché par 
ses origines des humbles nécessités de la vie quotidienne, nous a 
conservé un bon nombre de conjurations contre les insectes nui- 
sibles, et peut-être sa phraséologie accoutumée éclairera-t-elle 
celle de notre hymne, d'autant plus obscure que le texte mal 
compris et sans usage a dû subir de fortes corruptions. Mais, 
avant de passer à l'analyse du détail, il ne paraîtra point déplacé 
de résumer en quelques idées claires l'ensemble des données 
confuses dont pouvait se composer la «science 17 des conjura- 
teurs védiques au sujet des organismes inférieurs et de leur rela- 
tion avec le reste de l'univers. On y reconnaîtra, à y regarder 
de près, quatre thèmes de folk-lore, qui presque partout s'entre- 
croisent et se confondent. 

A (mythique) : «le soleil et les êtres invisibles w. Les invi- 
sibles, ce sont à l'origine les ténèbres de la nuit : personnifiés, 
ce sont des démons qui rendent tout invisible et le sont eux- 
mêmes. Quand le soleil apparaît, son action sur eux peut être 
envisagée sous deux aspects : ou bien il les éclaire de ses rayons, 
les rend visibles, et alors ceux-ci épouvantés s'enfuient, regagnent 
leurs trous, se terrent jus(|u'au soir; ou bien il les perce de ses 
flèches, les brûle de ses feux, les anéantit jusqu'au dernier. (î'est 
pourquoi on prie le Dieu lumineux, — essentiellement Agni sou- 
vent associé à Indra, — tantôt de « manifesterai le démon, le sor- 
cier, le conjurateur ini[)ie', — car c'est déjà avoir barre sur lui 

' Cl'. A. V. I. 7,1. 8, etc. 



23â V. HENRY. 

que de le connaître pour rompre ses maléfices, — tantôt de le 
consumer, de le transpercer, de le tuer, lui et toute sa postérité \. 

B (légendaire). H y a d'autres ff invisibles n que les ténèbres, 
les incubes et les cauchemars : il y a les reptiles et les gros in- 
sectes, rarement visibles, toujours tapis au fond d'une retraite 
d'oii leur morsure nous guette ; il y a la vermine plus menue 
qu'à peine les yeux découvrent; enfin il y a sans doute la masse 
des infiniment petits ou invisibles qui causent la fièvre, la con- 
somption, la mort, ou dévorent le cadavre. Or, contre la pre- 
mière au moins de ces sortes d'ennemis, l'homme a un auxi- 
liaire précieux, les oiseaux carnassiers ou insectivores. D'autre 
part, ffle soleil est un oiseaux, un grand aigle qui plane au 
sommet du ciel : d'oij cette conséquence que c'est à titre d'oiseau 
qu'il menace sans cesse la création impure et invisible, ser- 
pents-, scorpions, mouches, vers et microbes. Ceci à la lettre, à 
ce point que, si les découvertes récentes de l'action meurtrière 
de la lumière solaire sur les micro-organismes venaient à la 
connaissance de quelque fervent du brahmanisme, il ne pourrait 
manquer d'y voir une éclatante confirmation par la science mo- 
derne de l'éternelle infaillibilité des Védas. De tueur des êtres 
nocturnes, le soleil devient donc « tueur de monstres w tout court, 
plus particulièrement de cette engeance infime que l'œil ni la 
main de l'homme ne saurait atteindre, et les oiseaux auxquels 
on voit dévolu le même office pourront au besoin intervenir, à 
titre de substituts ou de symboles, pour l'assister dans son œuvre 
bienfaisante. 

G (déductif). Qui peut détruire la causé en peut annuler 
l'effet : le soleil sera donc le guérisseur par excellence. Ce thème, 
si largement développé dans la mythologie grecque (Apollon, 
Esculape, Machaon), est relativement rare dans les parties pro- 
prement religieuses des Védas, oii le rôle de Dieu guérisseur est 
dévolu à Rudra, d'ailleurs lui aussi, par certains côtés, person- 
nalité solaire. Il n'en est que plus intéressant à retrouver çà et 
là dans les fragments qui confinent au folk-lore ou en relèvent. 

D (inductif). Il est reconnu par la pratique que certaines 
plantes, en application ou en infusion, exercent une action salu- 
taire contre les maladies et surtout contre les morsures veni- 
meuses : en utilisant ces propriétés, on ne manquera donc point 
de les rapporter à l'être céleste qui seul les possède en idéalité et 

1 Cf. R. V. X. 87 = A. V. VIII. 3, R. V. VII. io4 = A. V. VIII. 4, etc. 
^ li est superflu de rappeler le mythe de Garuda. 



VEDICA. 235 

de qui seul elles les peuvent tenir par voie de délégation ou plutôt 
de descendance. 

Tels sont les concepts élémentaires, familiers à quiconque a 
tant soit peu pratiqué TAtharva-Véda, que nous devons nous at- 
tendre à retrouver, mais plus ou moins déguisés sous le verbiage 
usuel et sous laitération du texte, à la base de la composition 
qui nous occupe, et qui peut-être nous aideront à la restituer 
sous une forme relativement intelligible. 

1. La première stance est tout à fait désespérée. Sâyana lui- 
même n'y entend rien; ou, s'il l'entend, au moins ne se fait-il 
pas entendre. La corruption saute aux yeux, ne fût-ce que dans 
le premier pâcla, trop court d'une syllabe : il faut, ainsi que je 
l'ai dit ailleurs \ lire kdnkato nâ ca kdnkato, ou, si on le préfère, afin 
de maintenir la riche assonance avec le deuxième, caractère spé- 
cifique de ces formules charlatanesques, kànkato ha nd kdnkato. 
Peu importe, au surplus, pour le sens, qui se déduira d'une façon 
assez satisfaisante de la considération de l'ensemble, pourvu 
qu'on se décide à s'affrancbir de la tyrannie du scoliasle. 

a. Le mot kânkata n'a nulle part et jamais un autre sens que 
celui de ff peigne ^i. Le plus récent lexique publié ne porte, lui 
aussi, que kankatah keçamàrjanain'-. Si donc Sàyana imagine celui 
dV insecte nuisible 77, on voit trop d'où il l'a tiré : il a substitué 
le sens général de la pièce à l'acception technique du mot. Il se 
peut bien, d'ailleurs, qu'un annelé muni de crocs ou d'appendices 
de locomotion ait été métaphoriquement désigné sous le nom de 
tf peigne w ; mais c'est pour nous une raison de plus de ne pas ef- 
facer la métaphore qui fait tout le piquant de cette formule am- 
phigourique. Nous traduirons donc à la lettre : ^ C'est un peigne 
et ce n'est pas un peigne. 75 Le conjurateur s'expliquera plus bas-^. 

b. Le mot satlndkankata ne se lit qu'en cet endroit, et, indé- 
pendamment de cette considération qui déjà le rend suspect, la 
simple symétrie avec le pàda a inviterait à restituer en fin de 
vers les deux mots rià kankatah. On commence ainsi à entrevoir 
un sens possible : ffEt le satùi non plus n'est pas un peigne. 77 
Mais le satin, qu'est-ce à dire? La correction d's en c n'est pas si 
rare ni si exorbitante qu'on doive se l'interdire en pareille occur- 
rence; et, si çatt n'est pas, lui non plus, un nom d'insecte à notre 

» A. V., Vil, p. 8a (sous riiymnc VII. 56). 

' Unâdiuanasîitra de Heinacandra (Kirsto), -joy. 

^ Pcut-èlrc ce vers n'esl-il que le débris d'une deviiielle populaire passée eu 
proverbe : (^ Quel est le peigne qui ne peut pas servir à peigner ? — Un scor- 
pion, un mille-pieds, etc.» 



236 V. HENRY. 

connaissance, du moins signifie-t-ii fc centupler ou r^qui possède 
cent (pieds, crocs, articulations, etc.)n, signalement qui cadre 
à merveille avec la donnée d'un insecte nuisible assez semblable 
à un peigne pour qu'on soit obligé d'avertir qu'il n'en est pas un. 
Supposons que le mot çatin serve , dans la pensée de notre conjura- 
teur, à désigner quelque myriapode : au prix de deux accents 
en plus et d'un insignifiant changement de lettre ^, nous aurons 
obtenu une idée qui s'enchaîne avec la précédente, soit ffet la 
scolopendre non plus n'est pas un peigne 75. 

Si la restitution proposée n'a rien de choquant, encore esl-il 
moins aisé de comprendre comment un texte aussi clair a pu finir 
par s'agglutiner en un long mot, et comment on en est venu à 
imaginer pour ce mot la singulière glose «hydre (peigne d'eau) n. 
Toutefois, si çatî n'était guère, comme je le pense, qu'une méta- 
phore due à la fantaisie isolée d'un conjurateur, rien ne le pro- 
tégeait contre une faute très courante de prononciation, ni à 
plus forte raison l'incompréhensible *sati contre la réunion sous 
un seul accent avec nn kânkntah. Une fois créé ce mot d'une 
toise, on s'ingénia à lui faire un sort; il le fallut bien, et les 
commentateurs védiques ne s'embarrassent point pour si peu. On 
y découvrait le mot sât, ffbon, réelw, dont on n'avait que faire 
comme épilhète du kdnkata lui-même, visiblement une mauvaise 
bête : on pensa donc à son habitat, à l'eau qui est la bonté par 
excellence, et ainsi naquit la glose satlnam ity udakanàma, que 
Sàyana nous a pieusement transmise. 

c. Ce qui rend extrêmement vraisemblable l'interprétation de 
la demi-stance telle à peu près que je la conjecture, c'est qu'on 
ne saurait concevoir un meilleur préambule à la formule très 
claire et catégorique qui la suit. Pourquoi, en effet, le conjura- 
teur insisterait-il par deux fois [ûi) sur ce que les êtres dont il 
s'agit sont deux (dimâ), deux races d'insectes (plûsi), si les phrases 
précédentes n'avaient impliqué dans sa pensée une amphibologie 
possible sur le nombre et la nature des objets qu'il visait. — kHs 
sont doux 11 dis-je (ffsi je parlais d'un kànkata, d'un peigne, cela 
ne ferait qu'un seul objet n). cf C'est de la vermine w, dis-je, (tfct 
non point un peigne, comme le nom vous le ferait croire 11). — 
Tel est, si je ne me trompe, le sens intime de cet épiphonème, 
étrange si l'on veut, mais non pas plus étrange que maint autre 
spécimen du langage des sorciers conservé par l'Atharva-Yéda ou 
par un manuel quelconque de magie plus moderne. L'énigme ne 
commence que si la phrase est détachée du contexte qui l'explique 
et la prépare. 

^ âtho cati nd kàiikatah. 



, VEDIGA. 237 

d. «Les invisibles se sont évanouis», refrain répété en /i et 3 
(var.), application des thèmes A et B, 

2. tfEUe tue les invisibles en arrivant, et elle les tue en s'en 
allant, et elle les tue en les précipitant vers le bas, et elle les 
broie en les broyant. w Ou encore : tf Celle qui vient les tue, et 
celle qui s'en va les tue, et celle qui expulse les tue, et celle qui 
broie les broie. 75 

A peu près sans difficulté. Sàyaria nous apprend qu'il s'agit 
de la plante magique ; et en effet la mention du va-et-vient 
pourrait bien être une vague allusion aux frictions et aux sima- 
grées auxquelles se livrent les conjurateurs sur le patient mordu 
par un serpent, en même temps que l'expression avaghnatî rap- 
pellerait que leur procédé curatif est censé consister à faire 
partir le venin rpar le basii (par la plante du pied)^ Mais, à y 
regarder de plus près, il est difficile de ne pas reconnaître une 
importance encore plus grande et un double sens aux mots 
àijatî et parâijaiî, si couramment employés pour décrire les faits 
et gestes d'une autre entité féminine, l'Aurore-. C'est l'aurore, 
en effet, qui, en arrivant, et à plus forte raison en disparaissant 
(dans les rayons du soleil), tue les invisibles (les monstres noc- 
turnes), et nous avons ici incontestablement le thème D, mais 
avec rappel en sourdine du thème A. 

3. Ici l'obscurité s'épand de plus belle : nous avons une énumé- 
ration de plantes, au nominatif pluriel, parmi lesquelles se glisse, 
au même cas, le mot adhtâ, et tout cela semble régir le verbe 
final qui signifie cfse sont évanouis». Comme il est difficile de 
supposer que les plantes soient des tf invisibles» et qu'on adjure 
les plantes de s'évanouir, on se tire d'affaire en admettant que 
ces termes botaniques ne sont point ici des substantifs, mais des 
adjectifs, et signifient respectivement rr[les insectes parasites] 
qui vivent sur le cara, le darbha, etc.». Cet expédient ne laisse 
pas de soulever quelques graves objections. — 1° Sans nier l'op- 
portunité pratique d'exorciser la vermine qui ronge les végétaux 
utiles, on doit constater que pas une autre stance de l'hymne 
n'en évoque l'idée : il n'y est question, d'un bout à l'autre, que 
des parasites ou ennemis de l'homme ou du bétail; et, si l'on 
objecte que le morceau est fait de pièces rapportées, encore 
n'est-il pas mauvais que ces pièces se raccordent tant bien que 
mal. Or la stance précédente appelle évidemment comme suite 
la mention de plantes curatives, et non celle de cultures à dé- 



Cf. A. V., X-Xll, p. Gi (sur X. tt. a6). 
Cf. R. V. I. 11.3. 8, Ole. 

MÉM. LING. IX. 16 



238 V. HENRY. 

fendre des insectes, — 2° Si telle était l'intention du rédacteur, 
il devait, sans difficulté, la formuler ainsi : çarésu kûçaresu yé 
darbhésu sairiésu va. . . le reste pouvant demeurer tel quel. — 
3° En effet, le sens tr parasites du munja» va très bien pour 
maiinjâs (et vairinâs), qui est sûrement un adjectif; mais, en sup- 
posant qu'on x'ecule devant la facile correction mihljôs, il y a 
encore, ce semble, une moindre objection jjrammaticale à tra- 
duire maunjàs par ff touffes de munjaw , qu'à faire , pour les besoins 
de la cause, des substantifs çarâ, darbhâ, des adjectifs signifiant 
t: issus du çara, du darbbaw, alors qu'une règle élémentaire exi- 
gerait la vrddbi de la première syllabe. — ^° Il y a une cho- 
quante contradiction à prendre ici pour réceptacles du parasi- 
tisme les vége'taux dont pre'cise'ment nous savons d'autre part 
qu'ils constituent la de'fense la plus énergique do l'homme contre 
la vermine et son venin : ainsi, je l'ai déjà dit \ darbhésu A. V. 
X. ^. i3 ne peut signifier tfgîté sous le darbhan, puisqu'un peu 
plus haut (st. 2) (fie darbba est brûlure 75 pour le serpent ou sa 
morsure; le kuça, — voir plus bas, — plante sacrée de même 
nature et substitut fréquent du darbha, doit participer à ses pro- 
priétés ; le çara et le muilja figurent ailleurs comme plantes cura- 
tives, A. V. I. 2-3 et Kauç.-S. 26. 6. — Par toutes ces raisons, 
il paraît indiqué de corriger adhtâ en adhtàn ace. , et de suppléer, 
comme régi par les noms de plantes, le verbe que suggèrent à la 
fois leurs propriétés connues et la teneur de la stance 2 , eoit 
ghnanti, pinisanti, etc. : tries plantes tuent les invisibles, et tous 
ensemble ils se sont évanouis. » 

Notre nomenclature comprend, dès lors, six végétaux, dont 
trois nous sont déjà connus pour leurs effets salutaires. Les sai- 
ryâs te issus de la charrue :i ne peuvent être que tt l'orge et le rizn, 
si fréquemment invoqués dans la conjuration des maléfices, cf, 
A. V. VIll. 7. 20, XI. 6. i5, etc. Restent le vairina, dérivation 
de virina (andropogon muricatus P. W.), et le kuçara, inconnu, 
dont on ne sait trop que dire; mais il manque une syllabe au 
pâda a, et on la lui rétablit en lisant kuçàçarâso altéré par haplo- 
graphie. Le kuçaçara peut fort bien être une variété ou un autre 
nom du kuça, plante bien connue. Soit donc, au total, en dé- 
doublant les sairyds, sept plantes curatives, ici désignées par leurs 
noms masculins, mais qui, sous leur incarnation féminine en 
tant qu ésadhis, doivent bien correspondre aux ttsept vierges 
sœurs» de la stance 1^. Au lecteur déjuger si la cohésion ainsi 
obtenue du début à la fin de l'hynme est purement artificielle. 



' Cf. A. V., X-XII, p. 59. — Je profile de l'occasion pour confesser le 
contresens qu'un lapsus de lecture m'a lait conimellre sur la slance a du même 
hymne : c'est de la fibre de roseau {parusàsya) qu'on applique sur la plaie. 



VEDICA. 239 

Que si pourtant Ton répugne aux remaniements sugge're's, et 
si l'on tient, en de'pit de l'usage et sur la foi de Sàyana, à ac- 
cepter çarâ et similaires pour des adjectifs, il y a encore un 
moyen de concilier la lettre même du texte avec Timpe'rieux pos- 
tulat de bon sens qui exige que les plantes interviennent ici en 
tant que préservatifs et remèdes. Après tout, maunjâ et vairinà ne 
signifient autre chose que rr relatif au mûnja, au vlrinav, par con- 
séquent, si l'on veut, ttqui en est sujet, qui en dépend, qui rentre 
dans le ressort de ces plantes»; bref, les inaufijd adfstàs peuvent 
être frles invisibles que détruit le munja», et ainsi du reste. On 
traduira alors littéralement les « invisibles que tue le çara . . . 
tous se sont évanouis w, et l'on rentrera encore dans la donnée 
du thème D. 

Le dernier pâda contient une faute de métrique védique , d'ail- 
leurs fréquente dans la versification des bas temps, et il n'y aurait 
pas même lieu de la relever, si en général notre texte ne proscri- 
vait rigoureusement la synizèse d't final et voyelle initiale. Il est 
d'ailleurs bien aisé de la faire disparaître en lisant m lipsata, 
forme qu'un arrière-scrupule grammatical a surchargée de l'aug- 
ment à une époque postérieure oii la synizèse, devenue de règle, 
no gênait plus personne. 

^ = A. V. VI. 52. 2 var. (cf. 1=9 infra). La traduction va de 
soi de part et d'autre, à cela près que le pâda c suppose ici pro- 
bablement l'ellipse de alipsata (rrles lumières se sont éteintes 75), 
tandis que dans l'A. V. , c'est plutôt aviksata qu'il convient de sous- 
entendre^ Quant au fond, il est étrange, à première vue, que 
les invisibles soient censés s'évanouir alors que tout dort, c'est-à- 
dire au moment même oiî ils régnent seuls sur l'univers; mais il 
faut ici faire abstraction du thème A (démons nocturnes) et ne 
songer qu'aux invisibles de la seconde catégorie. Les insectes, qui 
peut-être voltigeaient ou rampaient à la brune (infra 5), ont 
gagné leurs repaires, et c'est pour cela qu'hommes et bêtes 
peuvent goûter la paix du sommeil. 

5. — ab (pràti drçran^ : cries voilà qui se sont montrés, à la 
brune, comme des voleurs w. C'est alors que s'élèvent, dans les 
vapeurs du soir, les essaims de moustiques. — • cd {c = ù c) : il 
manque une syllabe , dont la restitution serait aisée , mais arbitraire. 
On ne voit pas au juste pourquoi Roth et Grassmann s'accordent 
à repousser pour viçvâdrsta le sens «qui voit toutw, donné par 

' On pourrait se demander à quel propos «les flots des rivières cessent de 
coulcrn ; mais ce n'est pas le texte de l'A. V. que nous avons en vue. H y faut 
voir sans doute un simple cliché descriptif du calme de la nature endormie. 

16. 



2A0 V. HENRY. 

Sâyana {viçvam drstarn yais), et s'en tiennent à cfvu de tous 15. 
L'un et l'autre à la fois conviennent à la forme du mot et à ses 
emplois. Plus bas, en 8 6 et 9 c?, le soleil est sûrement l'être 
ffvu de tousi5 ; mais c'est sûrement aussi parce qu'il cfvoit tous les 
êtresw qu'il peut rctuer les invisiblesn. En somme, tout tend à 
faire soupçonner que ce mot à double entente a été employé par 
un raffinement calculé d'expression et qu'il faudrait pouvoir lui 
assijjner sa double valeur. Ici, mis au vocatif, on le traduirait 
difficilement par tfô vus de tousw : c'est bien plutôt un hom- 
mage à la vue perçante des invisibles ; mais en même temps il 
prépare en quelque sorte le revirement marqué par pràtibuddhâs , 
et, autant qu'il est licite d'insister sur un calembouj", on interpré- 
terait volontiers : rf invisibles qui voyez lout, [tout le monde 
aussi vous voit el] vous êtes devenus visibles, w Sur la semi-défaite 
encourue par l'invisible qui se laisse voir, on se reportera à l'une 
des données accessoires du thème A. 

0. — Les deux demi-stances s'adressent respectivement aux 
plantes curatives ^ et aux insectes nuisibles. — a. Généalogie des 
plantes, cf. A. V. VIll. 7. 2, etc. Une syllabe en trop, mais vah 
n'est pas indispensable. — b. Soma-plante est naturellement le 
roi ou le frère [aîné] des plantes; mais la mention du ciel et de 
la terre ne va pas sans un rappel lointain de Sôma-lune. Quant 
à Aditi, sœur des plantes, c'est pur verbiage. — c == 5 c var. — 
d. Adjuration qui devrait précéder le résultat constaté en U d. 

7. — On exècre les invisibles, un à un, suivant leur habitat 
et leur signalement : — a. ceux qui se fixent sur les membres, sur 
le tronc (les épaules) de l'homme; — b. les sïidkàs, rr aiguilles r», 
c'est-à-dire ceux qui sont pourvus d'une trompe acérée, comme 
les moustiques; les prakankatàs sont moins faciles à identifier; 
cependant, si kânkata veut dire tr peigne n, si pradaksinâ et pra~ 
mukha impliquent trie côté droit du corps n ou crie visage tourné 
vers l'avantw, etc., on voit que prakankaià'^ revient à cf tournant 
son peigne en avant" ; il s'agit d'un insecte qui attaque avec l'ap- 
pendice en forme de peigne dont la nature l'a armé, cf. supra 1 ; 
— c. kim canehâ vah, cf n'importe quoi de vous» ; — d=^3 d var. ; 
nijasyata , n succombez ! ». 

8-9. — On décrit l'effet que produit sur les invisibles le so- 
leil qui s'élève à l'orient (thème A), l'oiseau céleste qui prend son 

' Croirait-on que Sâyana les applique toutes deux aux trserpents55? Car, à 
partir de 5, c'est de serpents qu'il a affaire, et son commentaire devient à peu 
près sans valeur. Voit-on le sôma frère des serpents ? 

"^ Remarquer l'acceiituatiou , et cf. ddksina : pradaksinâ. 



VEDICA. 241 

essor (thème B). Sur viçv/idrsta , voir sous 5. Au lieu de viçvâni, 
on lirait \o\oni\ers visâni , dont Sày. suppose l'ellipse. La scansion 
jûriian est assez surprenante et de'nonce un raffinement d'ar- 
chaïsme. Le sens du mot est vague, mais ne fait point doute : il 
s'agit de fr détruire en masse toutes choses [nuisibles] n ou de 
ff détruire quantité de venins 75; cf. la suite ^. 

10. — ab. Ici apparaît enfin le thème C, l'évocation du so- 
leil guérisseur, mais accompagnée d'une image déconcertante 
dans sa plate et concise vulgarité, exactement ff j'attache le venin 
au soleil, [comme une] outre dans la maison du liquorisleii. Que 
peut-on bien tirer de là? Sàyana comprend que, de même qu'il 
est licite de suspendre une outre chez le liquoriste, ce n'est pas 
un péché de faire passer le venin dans le soleil. Il y a quelque 
chose de cela, sans doute, et même le principe essentiel de la 
physique védique justifie la comparaison latente du soleil fabri- 
cant de poisons avec le liquoriste désigné au commentaire par 
siirânirmàtar ; car, puisque les sucs venimeux existent comme les 
salutaires dans la nature, il faut bien que le Dieu solaire ait 
également distillé les uns et les autres -. Mais la comparaison est 
plus implicite et la pensée plus enveloppée que la glose ne le 
ferait supposer ; car on ne lit aucune particule signifiant f comme v , 
et en traduction rigoureuse c'est le venin actuellement conjuré 
qui doit être pour le soleil une outre chez le liquoriste : il y a 
beaucoup d'outrés chez le liquoriste, une de plus ou de moins 
ne fait rien à l'affaire; et de même, il y a quantité de poison dans 
le soleil depuis le temps qu'il en absorbe, car c'est là son office, 
une dose de plus ou de moins n'y changera rien, il en a vu bien 
d'autres, et par conséquent (c) il n'en mourra pas. . . Telle me 
paraît incontestablement la suite des idées. 

cdef. Séquence de petites phrases de prose hachée et ca- 
dencée, qui est tout à fait dans le ton ordinaire des conjurations 
magiques et se répète en lefrain de 1 1 à i3. — rfll n'en mourra 
pas 55, c'est entendu. — « Ni nous non plusw, puisqu'il nous aura 
guéris : tf nous^ désignant le patient. — ff Le conducteur des che- 
vaux bais [a écarté] r) ou ff [puisse-t-il écarter] au loin l'attelage 
de celui-ci fl : très énigmatique dans sa concision apprêtée. Le 
verbe manque, mais ne peut être autre que le suggère ôrP. La 
mention de l'attelage du Soleil ou d'Indra appelle allégorique- 
ment celle du char de l'ennemi qu'il combat : or cet ennemi, 

' 8 = A. V. V. 23. 6 var. ; 9 = A. V. VI. 53. 1 var. (respectivement i"et 
9* demi-stance). 

' Cf. Henry,/!. V., X-XII, p. 61. 

^ li n'y a même plus d'ellipse si l'on fait remonter cakâra du pada/, comme 
le propose fort sensément Sàyana. 



2/12 V. HENRY. 

ici, c'est fr l'invisible 75 ou trie venin», ou tous deux; et voilà par 
quel abus de me'taphores le venin se trouve pourvu d'un attelage. 
— cfLa [plante] douce t'a changé en douceurs, cf. A. V. VU. 56. 2 
et V. i5. L'adjuration s'adresse au venin ^ : la douce est presque 
sûrement le çara (canne à sucre), dont l'application doit méta- 
morphoser en douce liqueur le suc venimeux absorbé par la plaie; 
cf. les stances 3 et i^. 

11. — ab. Pour l'expression , la tournure et le rythme sau- 
tillant, rapprocher la jolie stance A. V. X. i. i6. Le diminutif 
iyattakâ est formé comme lat. tantulus. 11 s'agit des petits insecti- 
vores, et le conjurateur feint de traiter la morsure par le mé- 
pris : comment craindre un poison que les oisillons mêmes ab- 
sorbent sans façon en dévorant celui qui le porte? 

12. — a b. La fin est irrémédiablement fausse : peut-être 
visapiispam ajighasan, d'abord glosé, puis remplacé par visàsxja 
pû§y(im aksan. On démêle l'intention générale : ff trois fois sept 
petits vispulingas ont dévoré la floraison (la fleur, l'essence) du 
venin». Mais pourquoi cf trois fois sept»? n'est-ce qu'un nombre 
consacré et conventionnel? Et qui sont ces \ingt et un? des trjets 
de flamme» ou des «passereaux»? Sâyana nous laisse le choix, 
et il est probable que l'une et l'autre interprétation se réclame 
d'une tradition autorisée. La seconde s'accommoderait mieux du 
contexte et du rôle assigné en 1 1 à l'oisillon ; mais la première 
est nettement étymologique (ff projetant des étincelles»), et pré- 
sente l'incontestable avantage de nous ramener sur le terrain des 
faits par l'allusion qu'elle implique à une médication réelle dont 
les Védas offrent d'autres indices'-. 11 est difficile de croire que 
les sorciers guérisseurs n'aient pas connu le procédé de cautéri- 
sation de la morsure par application d'un tison, d'un fer rouge 
ou de langues de feu : sept langues de feu, appliquées trois fois 
chacune, sont donc censées dévorer l'essence active du venin; et, 
comme d'autre part l'on vient de constater que les oiseaux dé- 
vorent le poison, comme aussi rien ne semble plus naturel que 
de comparer les flammes vives et frétillantes à des oisillons alertes^, 
les deux métaphores se fondent en une seule, toujours dominée 
sans doute par les données fondamentales des thèmes A et C ; 
car, si c'est à leur nature solaire que les plantes (thème D) 
doivent leur vertu curative, à plus forte raison cela doit-il être vrai 
des flammes, visibles émanations du soleil. Plus bas (i^ a), où 



' En suppléant visa avant ou après tvâ , ou obtient un pâda de tristubh. 

= Cf. A. V. X. II. 26. 

s R. V. V. 1. 1. = A. V. XIII. 2. AG, etc. 



nous retrouvons encore des oiseaux en même nombre et même 
distribution que nos vispulingakas, il semble que Téclair rapide 
et chatoyant des aigrettes des paons avides à picorer leur proie 
représente à merveille le frétillement des langues de feu occu- 
pe'es à de'vorer le poison. Ainsi, malgré le laconisme de l'expres- 
sion, les deux allégories se confirment et se complètent Tune 
l'autre, et il ne semble pas douteux que nous n'ayons ici, comme 
d'ailleurs dans la plupart des pièces de même genre, l'indication 
d'un traitement médical réel, accompagné de cérémonies et de 
paroles magiques qui en exaltent et en accentuent la puissance ^ 

1 3. — ab. Les finales des génitifs sont à prononcer en diérèse. 
La stance n'est qu'un verbi;ige insignifiant : les rrnonanle-neuf 
femelles qui délruis^nt le poison r> peuvent être les rivières (Sây.), 
mais aussi les plantes salutaires, ou même des femelles d'oiseaux 
insectivores. Au fond, tout cela revient au même. 

ili. — a. Manque une syllabe, mais le vers se termine par- 
faitement par mayûnah. Les tf femelles du paonw apparaissent ail- 
leurs encore (A. V. VIL 56. 7), non pas, il est vrai, comme 
tf emportant le venins, mais comme cr déchirant la bête veni- 
meuse iî : nous avons vu que l'une et l'autre fonction relève du 
même principe. D'autre part, le plumage du paon en fait un 
excellent symbole de l'oiseau solaire (thème B); et enfin le 
nombre des paonnes concorde avec celui des langues de feu men- 
tionnées en 19. — h. Sur l'identité probable des trsept vierges 
sœurs» et des sept plantes curatives, voir la stance 3. — cd. Le 
reste est sans difÊculté. 

i5. — ah. Il est bien difficile de comprendre pourquoi Grass- 
mann et M. Zimmer- contestent à Sàyana le sens de rrichneu- 
monw [nakulA) qu'il attribue à kusumbhakâ. La structure de la 
proposition, sans doute, n'est pas d'une limpidité parfaite; mais, 
telle qu'ils la traduisent, elle ne s'explique pas le moins du 
monde; car, si le kusumbhakâ était l'animal venimeux que la 
pi£rre dût fendre, la syntaxe et la logique exigeraient njattakàrn 
kusumbhakdm au même cas que takdm. Tout indi(]ue que takâ seul 
désigne la vermine et que le kusumbhakâ joue un tout autre rôle, 

' Ou l)ien les visptilingakâs seraienl-ils des pointes de métal roiigies à lilanc, 
ce qui s'accorderait également bien avec i'étyniologie «lançant des élinccllesn 
el avec leur représentation comme de fins becs d'oiseaux venant l)ec(|ueter le 
venin dans la plaie? On voit cjue les diverses bypotbèses cjue sufjgéreiit les 
termes de notre morceau se meuvent, somme toute, dans un cercle très étroit 
de vraisemblances. 

' H. K,, II, p. /iôa ; Altindisches Leben, p. 99. 



m 



V. HENRY. 



un rôle bienfaisant et auxiliaire de l'homme, comme on le verra 
en 16. Qu'en fait il soit ou non l'iclineumon, il est bien certain 
que cet office convient sans réserve à l'ichneumon, grand des- 
tructeur de vermine et gardien le'gendaire d'un remède végétai 
(A. V. VIII. 7. 28), et qu'en conséquence l'identification portée 
au commentaire est des plus plausibles. Quant à la construction 
grammaticale, il y a deux façons de la concevoir. Ou l'on isolera 
le pàda a: tr l'ichneumon est tout petite, ou revoici le tout petit 
ichneumonii ; après quoi, le conjuraleur passe à une autre idée, 
et cette introduction parenthétique de l'animal n'est qu'une pré- 
paration au rôle prédominant qu'on lui fera jouer dans la stance 1 6 
et la conclusion du morceau. Ou bien — ce que je préférerais 
de beaucoup — l'ichneumon est le sujet de la phrase, et c'est lui 
qui parle, puisque le verbe est à la première personne : au pied 
de la lettre, la cf pierre w dont il fend la bète nuisible, c'est sa 
dent aiguë; mais, métaphoriquement, c'est le dard du Dieu so- 
laire ou la foudre d'Indra [âçman) dont il apparaît ici comme 
l'allié ou le substitut ^ — c d. Et par conséquent, tuant la ver- 
mine [et fournissant le remède], il est censé aussi emporter ou 
chasser le venin. 

16. — Les conjurations du goût de celle-ci se terminent en 
général par une formule qu'on s'eftbrce de rendre aussi affirma- 
tive et péremptoire que possible, dût le mèlre final en souffrir 
(d) : cfle venin est parti. . . le serpent est mort. . . l'homme est 
guéri. . . 75, ici tfle venin a perdu sa sèvew. Mais la particularité 
de notre clausule, c'est qu'elle est mise dans la bouche du ku- 
sumbhaka lui-même, comme ailleurs dans celle du paidva, c'est-à- 
dire du cheval de Pêdu, grand tueur de serpents'-; et je ne 
pense pas, dès lors, qu'il puisse encore planer le moindre doute 
sur le caractère bienfaisant et tutélaire du kusumbhaka. Je vais 
plus loin, — je sais que bien peu me suivront, mais il me pa- 
raît de loyauté élémentaire de dire toute ma pensée : — de même 
que Paidva, le cheval blanc trqui sort de l'onde 15, représente in- 
contestablement le soleil levant, de même ici je crois voir dans 
tf l'ichneumon qui revient de la montagne ^^ l'image du soleil qui 
descend le long des pentes du cieP. Et ainsi la pièce se termine 
trioniplialement sur le rappel du thème A, qui est le motif essen- 
tiel et dominant de toute cette singulière poésie. 

' Ne pas oublier que ce petit reptile a, dans la mythologie védique, des 
attaches solaires très accusées, dénoncées dans la légende postérieure par la 
filiation de Nakula, frère jumeau de Sahadôva, issu des Açvins, et l'un des cinq 
Pàndavas. 

^ A. V. X. 4. i ; cf. Henry, A. V., X-XII, p. 12 et 56 sq. 

^ Cf. supra 8-9 (pârvatebhias) et le refrain de 10-1 3. 



VEDICA. 2^5 

A titre de conclusion et de commentaire re'sume', je donne ici 
la traduction suivie du morceau tout entier. 

1. Un peigne. . . mais non, ce n'est pas un peigne. . . Et un 
centuple. . . ce n'est pas un peigne non plus. . . «Ils sont deux a, 
dis-je, -rdeux vermines», dis-je. Les invisibles ont disparu. — 
2. Celle qui vient tue les invisibles, et elle les tue en s'en allant, 
et elle les tue en les faisant rouler en bas, et elle les broie, la 
broyeuse. — 3. Le çara, le kuçara, le darbha, l'orge, le riz, le 
munja et le vîrina ont raison des invisibles : tous tant qu'ils sont, 
ils ont disparu. — 4. Les vaches ont regagné l'étable, les fauves 
se sont gîte's, les lumières des hommes se sont e'teintes, les invi- 
sibles ont disparu. — 5. Mais les voici : on les a vus rôder, à la 
brune, comme des voleurs; ô invisibles qui voyez tout, on vous 
a vus et vous êtes de'couverts. — 6. plantes, le Ciel est votre 
père, la Terre votre mère, Sôma votre frère, Aditi votre sœur. 
invisibles qui voyez tout, on vous a vus : tenez-vous cois; chut! 

— 7. Fixe's à demeure sur le tronc ou sur les membres, dardant 
un fin aiguillon ou un peigne menaçant, ô invisibles, tous tant 
que vous êtes ici, tous tant que vous êtes, soyez ane'antis! — 
8. Le soleil se lève à l'orient : vu de tous, il voit tout, il tue les 
invisibles, oui, il broie tous les invisibles et toutes les sorcières. 

— 9. Il a pris son essor, ce soleil sublime, lui qui sait de'truire 
les venins en masse, lui l'Aditya qui du haut des montagnes, vu 
de tous, voit tout et tue les invisibles. — 10. Ce venin, je l'at- 
tache aux flancs du soleil, comme une outre aux murs du liquo- 
riste. Et il n'en mourra pas ; et nous serons sauvés. Le Dieu aux 
chevaux bais a chassé le char du venin. La douce plante, ô venin , 
t'a changé en douceur. — 11. Le tout petit oisillon, c'est lui qui 
a dévoré ton venin. Et il n'eu mourra pas ; et nous serons sauvés . . . 

— 12. Trois fois sept oisillons de feu ont dévoré l'essence du 
venin. Et ils n'en mourront pas; et nous serons sauvés 

— i3. Les nonante-neuf femelles qui détruisent le venin, j'ai 
invoqué leur nom à toutes. Le Dieu aux chevaux bais a chassé le 
char du venin. La douce plante, ô venin, l'a changé en douceur. 

— 16. Trois fois sept femelles de paon, sept vierges sœurs ont 
emporté ton venin, comme l'eau que puisent des porteuses d'urnes. 

— i5. ffMoi, le petit ichneumon, je fends avec la pierre celte 
vermine, et le venin l'a quittée, s'en allant aux contrées loin- 
taines.» — 16. C'est l'ichneumon c[ui l'a dit en revenant de la 
montagne : crLe venin du scorpion est impuissant; impuissant, 
ô scorpion, est ton venin.» 



'2à6 V. HENRY. 



6. çihia àntrâni pece. 

Dans son ensemble, la stancc où se lisent ces mots (R. V. IV. 
18. i3) peut se traduire à peu près ainsi : trDans ma détresse je 
cuisis les entrailles du chien, je ne trouvai pas un Dieu qui prît 
pitié de moi; je vis mon épouse tombée en défaillance, et alors 
le faucon m'apporta la liqueur, w 

Cette stance sert de clausule à un hymne attribué à Vâma- 
dêva, qui célèbre, sous une forme assez crue bien que très ob- 
scure, la naissance et les premiers exploits d'Indra. Selon Sâyana, 
elle se rapporte à une fâcheuse aventure arrivée à Vâmadêva, 
tandis que M. Pischel préfère l'entendre d'Indra lui-même. De 
cette dernière interprétation je ne dirai rien ici : l'analyse de 
M. Pischel est aussi ingénieuse que profonde quant au reste de 
l'hymne; mais, sur ce point particulier, il me paraît n'avoir dé- 
montré que l'impossibilité absolue d'appliquer à Indra, soit la 
cuisson des entrailles du chien, soit même la donnée moins in- 
solite de ff l'épouse abaissée »^ 

C'est ce dernier mot seulement qui peut laisser prise à quelque 
doute de traduction : le sens de âmaJilyamâna est tout simplement 
wnon loué, non exaltée, soit donc tfsans gloires: ou ff sans joie^i ; 
mais la comparaison avec àvartià frpar détresse n doit suffire à 
faire entrevoir dans cette expression exceptionnelle un euphé- 
misme qu'on traduirait assez exactement en français, à la vulga- 
rité près, par rrqui n'en menait pas larges. Si même l'on s'en 
fiait à une valeur étymologique malheureusement quelque peu 
lointaine, il serait fort séduisant de rapprocher âmahlyamâna de 
l'allemand ohnmachtig, et l'on dépasserait ainsi les sens un peu 
ternes et vagues r erniedrigtw (Pischel) ou tr freudeulosw (P. W.), 
pour sauter d'un bond à l'idée de tr défaillance» que je viens de 
hasarder dans ma propre traduction. 

Quoi qu'il en soit, écartons pour l'instant les éléments indécis 
et par présomption adventices, qui ne s'expliquent pas d'eux- 
mêmes et ne sauraient rien nous apprendre. Il y a dans le mythe 
deux traits caractéristiques : le premier et le dernier. Si nous ne 
possédions que le premier et le dernier vers de la stance, mis 
bout à bout, peut-être ne serions-nous point trop empêchés de 
savoir qu'en faire. Sachant désormais avec certitude, grâce à 
M. Bloomfield -, que l'aigle qui apporte la liqueur est l'éclair qui 
précipite les eaux de la nue, nous soupçonnerions dans la cuisson 
un préliminaire indispensable à la chute de la pluie, et alors 

» Ved. Stud., 11, p. 5i. 

* Contrib., \ = J. of the Am. Or. Soc, XVI, p. 1 sq. 



VEDICA. 2A7 

nous ne pourrions manquer de nous souvenir de la stance R. V. 
I. i64. 63 = A. V. IX. 10. 25, où sont de'crites en ces termes les 
approches de l'orage : p J'ai vu se répandre entre ciel et terre une 
épaisse fumée : ce sont les héros (les Maruts?) qui ont fait cuire 
le taureau tacheté. . . ^.v Le tacheté, on le sait, c'est toujours le 
nuage, et la fumée que dégage sa cuisson, c'est la nuée noire 
d'où tout à l'heure jailliront le feu et l'eau du ciel. L'allégorie 
est transparente, et nos deux devinettes rentrent parfaitement 
l'une dans l'autre en se complétant réciproquement. Mais il y a 
quelque chose de plus dans celle qui nous occupe en ce moment : 
il y a des circonstances accessoires et, si je ne me trompe, sur- 
ajoutées, qui me paraissent des mieux propres à illustrer la ma- 
nière dont je conçois le développement, la transformation en 
récit, d'une énigme naturaliste et primitive. 11 va sans dire que 
les intermédiaires que j'imagine pourraient être multipliés. 

i" stade : la devinette toute nue. — rOn cuit le chien; la 
fumée monte; puis descend un grand oiseau qui apporte de la 
liqueur : qu'est-ce que c'est?» 

On conviendra qu'un pareil jeu d'esprit n'est hors de la portée 
d'aucune intelligence. Cependant, pourquoi la fumée est-elle 
censée procéder d'une cuisson? parce que, dans la vie sauvage 
ou la vie rustique, on n'active guère le feu que pour cuire les 
aliments. Et pourquoi est-ce un chien que l'on cuit, plutôt que 
tout autre animal, ou même des légumes? Le choix est-il tout à 
fait arhitraire? 11 ne semble pas : le chien hurle et le nuage 
tonne ; voilà le trait d'union entre les deux idées. Dira-t-on que 
lorsqu'on fait cuire le chien .il ne hurle plus? A la bonne heure; 
mais, lorsque le bœuf est au feu, il a également cessé de mugir; 
et pourtant il est bien certain que c'est à raison de ses mugisse- 
ments que le nuage a été surnommé cf taureau». La vérité est que 
deux concepts différents se sont rencontrés et ont joué ensemble : 
le nuage qui monte est fumée ; le nuage qui gronde est chien ou 
taureau; cela posé, il a paru piquant de dire que la fumée venait 
de la cuisson du taureau ou du chien. La seule objection que je 
prévoie, c'est que, si dans le Véda les nuées sont souvent des 
vaches, on ne les y trouve jamais déguisées sous la forme de 
chiennes-; mais ce serait vraiment trop exiger d'un livre relati- 
vement aussi récent, que de vouloir qu'il nous eût conservé dans 
leur nudité première tous les thèmes de folk-lore qui se sont 
insinués dans sa trame multicolore. 

2* stade : ébauche de récit. — crUn jour, un homme cuisit un 

' Cf. Henry, A. V., VIII-IX, p. 1 1 4 et i56. 

• Et toutefois, qu'est-ce au juste que la chienne Saramâ? 



2/il8 V. HENRY. 

chien ; alors il vint un aigle qui lui apporta à boire. ■" Cest le 
conte populaire, tel quon le recueille encore de la bouche de 
certains illettrés, dans toute son absurdité transcendante et brute. 

3* stade : vague légende pieuse. — Mais cette absurdité ne 
satisfait pas tous les esprits. Tel réfléchit et se demande quel 
rapport il peut y avoir entre la cuisson du chien et l'arrivée de la 
liqueur. La magie est de toutes les époques : Topéralion ne serait- 
elle pas un sortilège? Enire temps, un culte est né, dont les rites 
sont sanglants : la cuisson du chien ne serait-elle pas un sacri- 
fice? Entre temps aussi, des idées religieuses se sont développées : 
les Maruts, simples génies des tempêtes, sont devenus les com- 
pagnons d'un Dieu vénérable, et eux-mêmes des sacrificateurs 
divins : s'ils cuisent le taureau , ce doit être en holocauste, comme 
l'implique la clausule de la stance qui les concerne ^ Ainsi nous 
dit-on explicitement que ffles Dieux offrirent le chien en sacri- 
ficen-; et ainsi sommes-nous irrésistiblement amenés à penser 
que ff la cuisson du chiens est un sacrifice oflert par un suppliant 
en détresse, comme l'implique d'ailleurs le développement ulté- 
rieur de la légende. 

U" stade : récit complet et organisé. — L'imagination d'un ou 
plusieurs conteurs brode sur cette double donnée : un sacrifice 
et une prière exaucée. On enjolive et l'on dramatise la légende 
primitive : on donne une épouse au suppliant, on feint que les 
Dieux ont tardé à répondre à son appel, et le tout enfin aboutit 
à un conte d'une parfaite cohésion, tel qu'il semble permis de le 
restituer dans les grandes lignes d'après le canevas que nous 
fournit notre stance. rr Un homme nommé Vàmadêva et son 
épouse étaient perdus dans le désert et en danger de mourir de 
soif. Il invo(jua les Dieux; mais il n'avait rien à leur sacrifier. 
Dans celte détresse, sa foi et sa piété l'inspirèrent : il prit le 
chien qui l'accompagnait, et, l'ayant tué, il en fit cuire les en- 
trailles en holocauste. Tandis que la fumée montait, il interro- 
geait le ciel; mais ie ciel demeurait sourd à sa prière. Déjà le 
malheureux se désespérait; déjà son épouse défaillait sur le 
sol . . . Tout à coup, un aigle fendit la nue et leur apporta la 
douce liqueur qui les ranima. ti 

Il serait évidemment intéressant et probant de retrouver ce 
récit, sous une forme quelconque, dans la littérature postérieuriî; 
mais à tous risques j'avouerai que j'en suis à peu près aussi sûr 
que si je l'y avais lu ^. 



' ff Telles furent les lois premières» R. V. I. i64. hS d. 

■' A. V. VII. 5. 5 ; cf. Henry, A. V., VII, p. 5o. 

^ La meilleure preuve, en somme, que Vàmadêva ne cuit pas le chien pour 



VEDICA. 249 



7. sômo nà (R, V. V. 36, 2). 

La comparaison, au premier abord, semble assez incohérente : 
ffO héros aux chevaux bais, puisse le sôma monter jus(ju'à tes 
mâchoires et à la jointure de ton casque ' comme sur le flanc 
d'une montagne !r> Mais on a déjà fait observer ici- que Tincohé- 
rence du Véda ne dépend en grande partie que de la façon dont 
nous le traduisons. 

Ainsi que Ta fait observer Bergaigne ^, la place de nà indique que 
sômo appartient à la fois à la proposition principale et à la com- 
paraison : rr puisse Sôma monter. . . . comme il gravit la mon- 
tagne ! 17 Si dès lors on tient compte des rapports fréquents établis 
par la versification védique entre le sôma et la montagne, — - 
soit parce que le sôma céleste découle de la montagne du ciel 
(le nuage), soit à raison de l'origine montagneuse de la plante 
à sôma elle-même, — on entrevoit d'une idée à l'autre un rap- 
port admissible, quoique encore extrêmement factice. On le com- 
plétera en se souvenant de l'identification de Sôma et de la lune : 
sômo, en tant c[ue terme de comparaison fait double sens, 

•r comme la lune émerge sur le sommet de la montagnes. 

On voit les rayons d'or en illuminer le faîte, comme la jaune 
liqueur inonde le visage d'Indra : tableau pittoresque, compa- 
raison juste et peu banale, dont le piquant, pour le poète vé- 
dique, se double d'un jeu de mots imphcite. 

8. çipre'^. 

Le sens de «mâchoires (ham), joues, lèvres w pour çipre duel, 
indiqué par les commentaires indigènes, est, comme on le verra 
dans un instant, partout inutile, et ([uelquefois même gênant. 
L'origine de cette interprétation doit sans doute être cherchée 
dans le fait que la mention des çipre d'Indra accompagne souvent 
celle de ses orgies de sôma; mais cette association de termes 
s'explique aisément dans un tout autre ordre d'idées. 

Pour i'ipràs pluriel, le sens de cf coiffures [umlsamayijah) ou 
mieux ff armure de tête 17 s'impose absolument : R. V. V. 5û. 11; 

le manger, c'est qu'ensuite on lui apporte à Ivoire : il meurt donc de soif, et 
non de faim. 

' Voir plus 1)0S l'article çtpre. 

^ Vedica, 1" série, p. 10 = Mém. Soc. Ling., IX, p. 106. 

^ Syntaxe des comparaisons védiques = Mcl. Reniei', p. 79. 

* Celte note n'est jjuère que li; (Ic'voloppement et peut-être la ronlirnialion 
étymologique d'une suggestion de Hergaigne {Mém. Soc. Ling., Vlil, p. a.^, 
n. i3 = Quarante Jlytnnes , ibid.). Je la publie uéanmoiiis parce qu'elle a été 
conçue et rédigée indépendamment de la sienne. 



250 V. HENRY. 

VIII. 7. 2 5. Il est d'ailleurs traditionnel, et probablement étymo- 
logique; car, en mettant à part x£(pixXïj et kapàla, dont on ne 
sait trop que penser en dehors de ce qu'en a dit M. Meillet 
[Mém. Soc. Ling., VIII, p. 281), on voit que çip-rà et cap-ut pa- 
raissent coïncider rigoureusement, soit pour le vocalisme, soit 
pour le consonantisme de la racine ^ On doit donc présumer que 
la çiprà est une pièce d'armure de tête. Le casque peut se com- 
poser de deux pièces qu'on rabat l'une sur l'autre par devant les 
lèvres : ce sont les çîpre. Ou bien il en comprend plusieurs, qui 
s'ajustent et s'emboîtent les unes dans les autres au sommet de 
la tête [çtrsdsu, çlrsân), et ce sont les çipràs. Mais, quel qu'en 
soit le nombre, le mot ne signifie jamais que fr casque a, ce qu'un 
court examen permettra de démontrer. 

A commencer par les dérivés, YaiTot^ çipmvàn, dont la forme 
supposerait un *çipra neutre, — observer que le duel çipre s'en 
accommoderait également, — et le très fréquent çiprin, presque 
toujours épithète d'Indra, donnent un sens excellent si on les 
traduit par frarmé d'un casque w. Au contraire, si l'on part de 
çipre hanîi nàsike va (Sây.), on n'aboutira jamais qu'à rr pourvu 
de lèvres w ou trde nezi^, et l'on conviendra que cela est un peu 
terne. C'est en forçant et relevant artificiellement l'expression que 
le commentaire obtient çobhanahanûyiiktah frayant de belles mâ- 
choires75 ou trde belles joues 15; et, même en y souscrivant, on 
peut à bon droit se demander si ces joues « brillantes w (çobhana-) 
ne sont pas précisément les lames de métal qui couvrent ie visage 
du Dieu. 

A plus forte raison, en dira-t-on autant de VaTra^ çiprûiivàn. Car 
de ce dérivé quaternaire on ne saurait tirer le sens de k joufflu w. 
Quoi que signifie çiprin, rayant des joues n, ou rr composé de 
pièces de casque '7, il est clair que son féminin employé' substan- 
tivement *çiprmi ne peut avoir une autre signification que celle 
de tr casque w : d'oii, çiprinlvân tr casqué n. Et cette interprétation 
sûre confirme, s'il en est besoin, l'idée que nous nous faisons de 
la valeur de çiprin tout court. 

Passons aux composés : âyah-çipra et htranya-çipra signifient 
respectivement ffau casque d'airain w ou cr d'or 55, et les lèvres en 
métal sont, je pense, hors de question-; hiri-çiprâ ne diffère 



' II est remarquable que, sous suçiprd R. V. II. 12. 6, Sây. glose suçîrsako va. 

■^ Qu'on n'oljjecte pas âiio-hntm tfà la mâchoire de fer»; car ie pendant *hî- 
ranya-lianu n'existe pas; en d'autres termes, la nature métallique, en tant 
qu'elle s'applique aux çipràs, doit être prise à la lettre, tandis quelle est pu- 
rement métaphorique dans àyohanu comme dans âyndamstra. On remarquera, 
au surplus, que ces deux épitliètes appartiennent spécifiquement à Agni, ie 
formidable dévorant, alors quàyah-çiprâs se dit des Rbhavas, qui n'ont jamais 
passé pour rr mordre» qui que ce fût. 



VEDICA. 251 

point de celui-ci pour le sens, et à peine pour la forme; suçiprà, 
cran beau casque i?, fournit certainement un sens plus topique 
qu'avec l'acception de rt lèvres » , et dâça-çipra (nom propre) semble 
l'exclure sans restriction possible; enfin, vrsa-çiprà, épitbète du 
Dàsa, ne signifie point rrau mufle de taureau», mais frqui porte 
un casque en forme de mufle de taureau », genre de décoration 
animale trop commune partout, et particulièrement dans les 
peuplades barbares et demi-sauvages, pour provoquer la moindre 
surprise. Restent viçipriya rsans anses» (épitbète d'un vase à 
sôma) et viriçiprà (nom propre d'un démon), termes trop peu 
clairs pour décider soit dans un sens soit dans l'autre. 

Nous passons enfin aux emplois du mot çiprà isolé, au duel 
seulement, puisque le sens du pluriel n'est pas contesté. 

1° R. V. 1. 101. 10 : tf Viens t'enivrer avec tes chevaux bais, 
ô Indra, [et à cet effet] vi sijasva çipre-n, non pas ff dénoue tes 
lèvres -^j mais « dénoue les deux pièces de ton armure de tête, 
ouvre ou défais ton casque», comme Don Quichotte pour boire 
le baume de Fierabras, ou le macabre Fritz du Souper des Ar- 
mures (Th. Gauthier). 

2° R. V. m. 32. 1 : tcO Indra, viens boire le sôma que voici, 
le pressurage de midi que tu aimes : [praprûthya çi'pre) écartant 
d'un souffle puissant les deux pièces de ton casque, enivre-toi ...» 
Même idée : nul n'a besoin de souffler pour ouvrir les lèvres; 
elles s'ouvrent bien toutes seules; mais écarter les lames du 
casque en soufflant dessus , c'est un tour de force bien digne de 
l'haleine d'un Dieu. 

3° R. V. V. 36. 9 : traduit sous l'article précédent. Avec le 
sens de «lèvres» çîpre ne serait qu'une redondance fort plate. 

U° R. V. VIII. 76. 10 : crEn te dressant dans ta force, ô Indra, 
en buvant le sôma pressuré dans la cuve, tu as fait trembler les 
bajoues de ton casque ^^ [çi'pye avepayah). S'il n'avait fiiit trembler 
que ses propres mâchoires, il n'y aurait rien là d'étonnant ni 
d'exceptionnel, et le tableau serait plutôt grotesque. 

5° R. V. X. 96. 9 : rrLui dont les cavales d'or ont pris leur 
essor comme deux torrents, lui dont le casque d'or se rue en 
avant, pour [conquérir] le butin. . . » Le sens de la seconde épi- 
tbète harini est précisé par le parallélisme de harint désignant les 
deux chevaux bais, et précise par là même celui de çtpre, qui 
d'ailleurs, dans une phrase de ce genre, ne peut s'entendre ni 
des lèvres, ni des narines, ni des mâchoires. 

6" R. V. X. io5. 5 : ffLui qui monte les deux chevelus. . . 
[vanôli çipràhhyâm çiprinlvàn) le casqué qui conquiert au moyen de 



252 V. HENRY. 

son casque 15 ou «le conquérant casqué d'un casques, avec un 
pléonasme dont les Védas offrent maint exemple Le sens de 
çiprinivàn une fois fixé comme on l'a vu plus haut, celui du cor- 
rélatif fî/;r«Wi^â/w s'impose; et, même en le faisant dépendre de 
vanôti, on doit convenir que tr conquérir avec un casque t^ est une 
expression autrement claire que ff désirer avec les lèvres». 

En résumé, pas un cas qui ne s'ajuste au sens de tr casque», 
et plusieurs qui répugnent à celui de «lèvres». Qu'on y joigne 
l'étymologie probable : la démonstration paraît suffisante ^ 

9. jagmivân (R. V. X, 10, 1). 

Bien que M. Geldner n'attache point à la rigoureuse concor- 
dance des formes grammaticales en védique la même importance 
que moi, il a bien vu^ que ce masculin ne peut tenir lieu d'un 
féminin, ni par conséquent s'appliquer à Yamî. Il l'applique 
donc à Yama, et avec grande raison; car c'est Yama qui tf fran- 
chit les vastes pentes» (R. V. X. 1/-1. 1). Seulement il traduit le 
participe en verbe fini et l'incise comme une proposition princi- 
pale. Ce n'est pas ainsi que j'avais envisagé la question, il y a 
longtemps, lorsque la même idée m'était venue sans que je la 
publiasse. Les cas sont assez nombreux dans le Véda où il y a 
lieu d'admettre l'enjambement d'un pâda pair sur le pàda im- 
pair suivant, et nous en avons ici un exemple, soit donc : 
ff Puissé-je me concilier l'amitié de mon ami ! Fi'anchissant maint 
océan [pour me rejoindre], || daigne le sage divin procurer un 
petit-fils à son père et songer à se perpétuer sur la terre!» 

V, Henry. 



' A ce sujet, mon obligeant confrère M. Meitlet veut bien m'écrire : «L'élymo- 
iogie de véd. nprâ dont vous me partiez me plaît beaucoup. Quant à kapâla, 
caput, j'avais des doutes sur ce rapprocl)cment depuis longtemps : 1° parce que 
je ne crois pas à sk. k en face de lat. c (et non qu) hors de certaines conditions 
définies; 2° parce que les exemples de la voyelle i.-e. a en sk. sont infiniment 
rares ailleurs qu'au commencement des mots; 3" parce que, pour le sens, lat. 
caput et ags. hênfod répondent à sk. ciras, et indiquent miiquement l'idée de 
tftète, partie supérieure n, non celle d'ttécuelle» qui est primitive dans kapâla, 
ni même celle de rc crâne n v 

^ Guriipùjdkaumudt, p. 19 sq. 



ETYMOLOGIES. 



Le verbe SoKéw. 

Il existe chez Homère un verbe irrégulier et de'feclif qui a beau- 
coup occupé les grammairiens et sur lequel Buttmann a e'crit, 
dans son LexUogus, un de ses meilleurs articles^. C'est le verbe 
qui fait à Taoriste Sôcno ou Séa^o (les manuscrits ne sont pas 
d'accord sur la voyelle). Le sens de ce verbe n'est pas douteux : 
il signifie r: paraître , sembler, avoir l'airw. 

JlpOGdsv fxèv yàp hij fj.oi isméXios Séar' etvcci, 
NOr §£ ^-sotcrtv éoiKS. . . 

{Od., VI, 2/19.) 

ff Avant il me semblait d'aspect méprisable. Maintenant il est pareil 
aux dieux.» 

Ce SéaTO ou SoaTO est un ana^ Xsyoïxevov chez Homère. Mais 
dans les Recueils d'Hésychius et de VEtijmologicum Magnum^ nous 
trouvons deux formes apparentées : 

AéaTai • (paiveTat, hoKSi. 
Aeà[tr}v ' èhoxifici^ov, èhô^a^ov. 

( Hésychius. ) 

On aurait [)u néaninoins rester dans le doute sur ce SéocTO si, 
par une heureuse rencontre, une inscription trouvée par M.Fou- 
cart eu 1869, à Tégée, ne nous l'avait pas représenté jusqu'à 
trois fois : 

Eï xâv SsoLTOi cr(psis 'sfoXsfxos ^vcci à xwXvoov crsi la guerre leur 
paraît être l'empêchement w; 

^afxiovTO) oî êcrSoTrfps? oaott âv SéaTOi (7(^815 ^aj^/at rrque les 
magistrats chargés de l'adjudication punissent de l'amende qu'il 
leur semblera bon«; 

et S' av Tis Tùjv èpywvdv rj tôjv èpya.t^oiiévwv éwripsid^sv Séaroi 
îv Ta ipya.. . . «si quelqu'un des entrepreneurs ou des ouvriers 
semble faire obstacle au travail-^. 



' II, p. 101. 

* Cauer, Delectus, n" ^157. 

MÉM. UNO. — -IX. 17 



25/i M. BRÉAL. 

Le sens de Séoaoi dans ces trois passages n est pas douteux : 
c'est celui du latin videri. 

Mais ce même vers reparaît encore chez Homère sous une autre 
forme. Il a pris la de'sinence -a^o), -a^Ojua*, si usitée plus tard, 
déjà fréquente aux temps homériques, comme on le voit par les 
verbes comme fxtydlofioti ffse mêler r», dsKix'(o(x(xt refaire quelque 
chose à contre-cœur. T) On a eu de cette façon un verbe Soa^ofxai 
tr semblera, qui revient régulièrement toutes les fois que le poète 
veut nous dire qu'une résolution a semblé la meilleure : 

whs hé oi (ppovéovTi Soào-ffaTO xéphiov etvai^. 

Les commentateurs expliquent par êSo^e. 

En dehors de ce vers qui revient souvent sans changement, 
nous en avons un autre où paraît le futur Soaa-a-STai. C'est Nestor 
qui donne des conseils à sou fds Antilochus pour la course des 
chars {Iliade, XXIII, 33 9). Il doit tourner le but de si près qu'il 
ait l'air de le frôler : 

èv vvatjr} Si roi ÏTfito? àpialepos èy')(jpi\i(pdr)f(ti, 
œs âv TOI T^rXrjfxvY) ye hoàaaeroii ânpov inéadai 
xiHkov 'zroirjTOio. 

Le scoliaste explique SodcrosTOii par (pavTaa-dtj, voiiicrBr). 
A côté de Sod^oixoLi il y a dû avoir aussi une forme Sed^ofiai 
ou Seid^oixai. C'est ce qui ressort de la glose d'Hésychius : 

hictcrOev èhàxovv^. 

Ce verbe dérivé Socc^oijuxt, Ssid^Ofxai a donc remplacé un verbe 
plus ancien auquel appartiennent les formes comme SéoLio, Séa- 
701, fîeaf/ar. Quant au sens, il est toujours le même, c'est repa- 
raître, sembler n. 

Ce verbe a-t-il disparu de la langue grecque ? 

Je ne le crois pas. Il serait étrange qu'un verbe si nécessaire 
eût succombé. Je crois qu'au contraire il est très employé en grec. 

Une chose a dû frapper le lecteur : c'est la persistance avec 
laquelle, dans les commentaires des scoliastes, nous voyons re- 
paraître le verbe Soxéoo. Cette synonymie est déjà un avertissement 
pour l'observateur. 

Le X n'a rien qui doive nous étonner. On a un assez grand 
nombre de verbes pour lesquels il existe deux formes, avec ou 
sans X. Nous citerons seulement : 

oXXvfxi et oXéxco 

êpvco êpvxco 

1 Voir par exemple IL, XIII, A 58, Od., ^^h^h. 

* Les manuscritsdonnent^/affôev, mais l'ordre alphabétique réclame ^e/atrôei;. 



ÉTYMOLOGIES. 




•255 


/Sop- Gt 


(2pvxM 

Scôxcj (cypriote) 

enlaxov 




SéSlCL 


SéSoixa. 





Une des plus belles observations de George Curtius a e'ië de 
montrer que ce x est le même que nous avons dans les parfaits 
comme 'oséTtlcûxa, léXvxa, ainsi* que dans les aoristes é'Scoxcc, 
ëdvxa, srjxa.. 

Aoxéo appartient à cette même formation. On sait que Soxéo) 
n'est pas un verbe contracte ordinaire : il fait au futur Sg^co^ à 
l'aoriste iJ'o^a, au parfait passif SéSoxTai. Il a donné naissance 
à des dérive's comme Sôyçjta, Sô^a, qui s'écartent de l'analogie 
des mots tirés de' verbes contractes. Je suppose que l'intermé- 
diaire entre Soxéco et SéctTcti est un ancien parfait ^ei^oxe <•? il semble r, , 
qui n'a pas survécu, mais qui a laissé un héritier très vivant dans 
le verbe Soxéw^. 

C'est ainsi que le langage ne laisse rien perdre de ce qui lui 
est utile; mais il remplace les anciennes formations, devenues 
trop irrégulières et trop malaisées, par des formations plus mo- 
dernes et plus commodes. 

Il resterait à trouver l'étymologie de cette famille de mots. 
Mais, en l'absence du témoignage des langues congénères, il est 
difficile de rien dire de certain. M'étant d'ailleurs renfermé jus- 
qu'à présent dans la langue grecque, j'aime mieux ne pas en sortir. 
Arrivé à cette antique période de l'histoire du verbe Séarai, je 
crois qu'il faut mettre cette ligne de points par lesquels les géo- 
graphes marquaient autrefois les terres inconnues^. 

K.a.7Tpa.tvoL, Xvxaiva. 

Le grec forme le féminin d'un certain nombre de noms d'ani- 
maux au moyen du suffixe -aiva : 



xaTTpos 
Xvxos 


xct.'Kpaiva 
Xvxaiva 


Zs 


vaiva 


Spaxwv 


Spaxo-iva. 
Xsaiva. 



Il est clair qu'il doit se trouver un chef de file. Je crois , en outre, 

' A ceux qui sont familiers avec les observations de la {jrammairc comparée , 
il n'échappera pas que c'est tout à fait l'histoire dos varhasfacioeljacio en latin. 
Comparez aussi en grec SetSherofmt tr craindre» (pour SeiSiH.jofji.oii), dérivés du 
parfait SeiSoixa. 

- J'ai indiqué, dans mon Dictionnaire latin, la parenté probable avec decet, 
decus. 

17. 



256 M. BRÉAL. 

que ce chef de file qui a entraîné à sa suite ces divers noms d'a- 
nimaux, doit être lui-même un nom d'animal. 

On sait que l'extension des suffixes est soumise à certaines 
règles se'man tiques. L'esprit populaire, lui non plus, ne procède 
point par sauts : il va de proche en proche, d'après certaines as- 
sociations d'idées faciles à comprendre pour tout le monde. 

Je n'ai pas besoin de dire que le point de départ ne peut être 
un nom comme XeW, Spdx^ov. Ces mots, au féminin, auraient 
produit Xéovaa, Spdxova-a. 

Il n'y a, à ma connaissance, qu'un seul mot grec qui réponde, 
pour le sens comme pour la forme, au desideratum que nous 
cherchons. C'est xvcov vie chien w. Kvoov a dû avoir anciennement 
un féminin nvaiva, comme Xctxcov, TéfiToov ont fait Xdxaiva, tsk- 

Le grec classique a abandonné ce féminin. Il dit ri kvcov, ou 
bien xwicrxr). Mais la formation, comme on voit, avait eu le temps 
de se propager. 

La linguistique parvient donc ici à reconstituer (si je ne me 
trompe), avec une grande vraisemblance, un vocable qui ne s'est 
conservé nulle part. 

KvSpa.'KoSov. 

Ce composé ne s'explique que si on le replace dans la série 
dont il fait partie. 

Le grec avait un vocable pour désigner le sol : Sd-TreSov. Ce fut 
une première forme de la propriété. Une autre sorte de propriété, 
ce que nous appelons aujourd'liui la ff propriété bâties, c'est oIkS- 
TreSov. Enfin l'esclavage étant dans l'antiquité une troisième 
forme de la propriété, l'esclave s'appela àvSpdiio^ov. Il ne fau- 
drait donc pas expliquer ce mot en le séparant de ses compa- 
gnons, comme on a fait quand on a supposé que l'esclave était 
ainsi nommé : œno lov d7:oS6crdat (à cause de la vente) ou : dna 
7ïjs zféSï]? (à cause des chaînes aux pieds ^). 

Il ressort de ces composés que tssSov ou ^aôSov doit être en- 
tendu au sens de trbienw, comme quand nous disons cries biens 
meubles et immeubles w. Il ne s'est conservé qu'à la fin des com- 
posés, à peu près comme les syllabes -tum, -heit, -schaj't, en alle- 
mand. 



' Je cite, à titre de curiosité, l'étymologie de Prellwitz. ffDer mit menschli- 
cbeu Fùssen versehene Teii des Tspô^onov. n 



ÉTVMOLOGIES. 257 



Sc>}prj(7(7Sa-9ai^ Annare. 

Quand j'ai fait dériver armure de armm tf e'paule ^ ii , j'aurais dû 
mentionner un fait absolument semblable en grec. Le substantif 
Q-côptj^f: poitrine n a donné B-ooprja-crea-doti ^ (]ui , déjà dans la langue 
homérique, signifie 'fs'armen: : 

MJ7Tep s(xr). Ta fièv buXa. S-eôs Tsàpsv, oî' èirieixès 
Èpy' énsv ddaviriov, (xri^è jSpoTov âvhpa. xeXéaaai, 
Nûv S'^TOt [Lsv èyw Q-copyj^onat. . . 

{Il, XIX, ai.) 

OvTS -nroT es -crdXsfxov âp.a Xaù> B-ci3prj)(dyjvai, 
Ot/TS Xè^ovh' iévai crvv dpi(7lije<T(7iv Ap^atwv 

{U., I, 326.) 

La divergence entre les deux langues est qu'en latin armare a 
ensuite donné naissance au substantif dérivé arma, au lieu qu'en 
grec, par un procédé un peu différent, le verbe a communiqué 
sa signification au primitif S-aJprjf, qui, dès lors, a voulu dire, 
non seulement rr poitrine w, mais encore cr cuirasse tî. 

H èSôs. 

Parmi les mots en os qui, contrairement à leur désinence, sont 
du genre féminin, il y a >? oSos, v xsXevOos, >) oipios, rj TpiSos, 
qui tous quatre expriment l'idée de chemin ou de route. 

Peut-être avons-nous ici un reste de ce qu'on pourrait appeler 
la tendance anthropomorphique de la langue. Le même tour 
d'esprit qui fait qu'encore aujourd'hui nous disons f embrasser 
une profession, une opinion, un parti i', et qui faisait dire aux 
Latins amplecti dignitates, artem, virlutem, ce même tour d'esprit 
a pu suggérer l'idée du féminin pour une voie ou une route qu'on 
choisit. Cf. en allemand : einen Weg ergreifen. 

On demandera peut-être pourquoi les Grecs, pendant qu'ils y 
étaient, n'ont pas dit : rj oSrj, r? oïfxr]. Mais c'est que l'imagination 
a plus vite fait de changer l'idée que le langage de changer la 
forme. C'est ainsi que se produisent les anomalies. Quand les 
Romains ont commencé de se représenter l'Amour sous l'appa- 
rence d'un jeune garçon armé d'un arc et de flèches et ayant les 
traits de Œpus grec, ils ont changé le genre du mot latin Cu- 
pido. Mais ils n'en ont pas modifié le suffixe, qui est celui des 
mots féminins comme libido, dulcedo. 

' Mémoires, IV, 89. 



258 M. BRÉAL. 



Fabulœ mânes. 

Il existe en grec deux verbes qui se ressemblent par leur forme, 
mais qui diffèrent notablement par le sens, l'un signifiant repar- 
ler», l'autre ftparaîtren. L'un est le verbe (prjixi, l'autre le verbe 
(paivcà. Le verbe (pvfJiî a une racine Çirj ou (pa, qui se retrouve 
dans (pt{(j.i] te la renommée tj, Çxxtis tla rumeur 77, (pdais cda pa- 
roles, etc. D'autre part, le verbe (palvw a une racine (pav ou (pa 
que nous avons, par exemple, dans <pav6i tr clair w, (^dcryca cr ap- 
parition w, (pavTd^ct) refaire paraître i^, etc. 

Si nous cherchons en latin les repre'sentants de ces deux ra- 
cines, nous trouvons bien que la racine reparlera est repre'sentée 
T^diV fan , fàma , fâium , fabula , etc. Mais il semble que l'autre ra- 
cine., celle qui signifie reparaître, n'ait rien donne'. 

Je crois qu'il y a en latin un survivant de cette racine : mais 
il a e'te' absorbé parla famille du verbe y^n, dans laquelle il a 
rencontré précisément un homonyme. Je veux parler du mot /a- 
hula «apparition», qu'on a amalgamé avQcfabiiIa re parole, fable». 

Je rappellerai d'abord les vers d'une ode bien connue d'Ho- 
race: 

béate Sesti, 
Vilœ summa brevis spem no^ vetat inchoare longam : 

Jam te premet nox , fabulaeque mânes , 
Et domus exiUs Plutonia . . . 

Ce fabulœ mânes ft bien embarrassé traducteurs et commenta- 
teurs* On a généralement fait da fabulœ un génitif: reLes mânes 
de la fable.» Un commentaire latin fexplique de cette façon : 
Fabulosi inferi, de quitus et poetœ et philosophi tam multafabulantur. 
Mais pour qui lit d'une venue les vers d'Horace, cette interpréta- 
tion n'est pas acceptable. Le poète, qu'il soit réellement croyant 
ou non, admet en ce moment comme vraie la donnée mytho- 
logique : il parle des mânes, il va parler de la triste demeure de 
Pluton, ce n'est pas le moment d'intercaler un mot qui infirme- 
rait ce qui précède et qui détruirait tout le mouvement de sa 
pensée. D'autre part, la symétrie réclame un nominatif de pré- 
férence à ce génitif d'une latinité douteuse. Orelli suppose en 
effet que fabulœ est un nominatif; il met en note : Mânes fabulosi , 
id est humes. ^Ims fahnlœ ne peut se mettre à la place do fabulosi. 

Fabidœ mânes était, à ce que je crois, une expression toute 
faite, qui nous a conservé le vieux mot fabida^ signifiant «ap- 
parition». La racine est ici la même que dans le grec (paivw, 
d'où les substantifs (pdaixa, (pdvTaafjux. La racine sanscrite est 
bhâ reparaître», d'où bhàma-s re apparence», bhânu-s (même 



ÉTYMOLOGIES. 259 

sens). Le suflBxe est ie même que dans siibida, pabiilum, concilia- 
bulum ^. 

Le même mot reparait chez Perse (V, lôa); le poète donne 
des conseils à un ami qui ne sait pas jouir de la vie : 

Inddge genio ; carpamus dulcia ; nostrum est 
Quod Aivis : cinis et mânes et fabula fies. 

On a traduit, en forçant un peu les choses : «Tu deviendras 
une fable n, c'est-à-dire mn mot, un vain souvenir rj. Mais ici 
Perse, soit qu'il ait connu les deux mois fabula, soit qu'il ait été 
simplement guidé par l'usage, a voulu dire : «Tu deviendras 
une ombre, un fantôme. t^ 

La pensée — et même l'expression — sont à peu près les 
mêmes que dans les vers de Ronsard : 

Je serai sous la terre, et fantôme sans os 

Par les ombres rayrteux je prendrai mon repos . . . 

Il y a, si je ne me trompe, un troisième exemple, antérieur 
aux deux précédents, âe fabula employé dans ce sens. Il est dans 
VHécyre de Te'rence. 

Lâchés et Sostrate, ces deux vieux époux, si attachés à leur 
fils, si pleins de désintéressement pour eux-mêmes, croient qu'ils 
sont la cause du trouble survenu dans le jeune ménage de leur 
enfant. Pour y mettre fin ils se décident à se retirer à la cam- 
pagne. Mais le fils, touché de cette abnégation, insiste pour 
qu'ils restent. 

Pamphile. 

tr Quelle idée, ma mère. Quoi! Pour complaire à un caprice 
vous iriez vous confiner à la campagne'?... Renoncer à vos amis, 
à vos parents, aux jours de fête passés en commun, le tout pour 
l'amour de moi ? Non , il n'en sera rien, v 

Sostrate. 
«Les plaisirs, mon fils, ne sont plus de mon âge. .l'ai eu mon 
temps, j'en ai joui; le moment de la satiété est venu... A notre 
âge, on ne fraye pas avec la j(;unesse. R est sage de se tenir à 
l'écart. Nous ne sommes plus, pour tout dire, que des omhres 
(fabulœ), un vieillard et une vieille femme.'» 

E medio œquum excedere est : postronio nos jani Aibulaî 
Sumus, Pamphile, seuex atque anus ". 

{llccyre, v. 6ao.) 



' Cf. io suffixe diminutif que nous avons dans niostellum r apparition n, ve- 
nant de inonslnim. 

^ Ces mois : postremo nos jam fnlmlœ sumus, ont été quelquefois traduits 



260 M. BRÉAL. 

Cette métaphore est familière aux anciens. Elle est exprimée 
ailleurs par les mots umhra ou effigies^. 

Je crois donc que dans les dictionnaires on fera bien à l'avenir 
d'avoir deux articles /rtèw/rt. Toutefois, comme il arrive assez sou- 
vent, il semble que l'un des deux mots ait réagi sur l'autre, et 
de même que le second fabula désigne une apparition sans réalité, 
le premiei", qui voulait dire rf parole w, en est venu à marquer un 
discours en l'air, une invention, une fable. 

Sterilis. 

On rapproche généralement l'adjectif latin sterilis du substantif 
grec crIsTpa, qui désigne une femelle n'ayant pas encore eu de 
petit. Mais il y a loin de la virginité à la siérilité. En outre c'est 
tenir peu de cas du sufBxe -ilis, qui ne doit pas être sans signifi- 
cation. Ce suffi)^e a ordinairement le sens jiassif et marque qu'une 
chose peut ou doit être faite (facilis, fragilis, docilis). 

Sterilis est, selon moi, dérivé de sternere, et désigne proprement 
ce qui est bon à répandre en litière. 

Sterilitas est donc un ancien synonyme de calamitas. 

Ce dernier, comme me l'a suggéré notre confrère M. d'Arbois 
de Jubainville, a d'abord marqué la récolte qui, au lieu de venir 
en épis, vient en chaume et en paille. Sierilitas appartient, selon 
toute apparence, au même ordre d'idées. Le substantif, ainsi qu'il 
arrive souvent, a ensuite réagi sur l'adjectif. Virgile a employé 
le mot dans le sens propre, quand il a dit : 

Infeiix iohum , et stériles dominantur avenœ. 

Et Ovide ; 

Gères steriiem vanescit in herbam. 

Sterilis herba, c'est de l'herbe borme à donner en litière. 

Aufero , aufugio. 

Parmi les formes dialectales du latin, je serais tenté de mettre 
les deux verbes aufero et aufugio, puisque ce n'est pas l'habitude 

«Nous sommes au bout de la comédien Mais postremo esse n'est pas plus latin 
que ne le serait, d'autre part, posiremo fahulee. Il y a donc là une double im- 
possibilité. Il (aut voir dans posiremo un adverbe signifiant «enfin, au reste, au 
résumé». — Cet adverbe appartient particulièrement à la langue de la comédie. 
fEnfin, laissez-moi conduire cette aflaire». Postremo id da milii negoti, dit dans 
VAndrieiiiie (v. Bai) un personnage de Téronce. — «Au reste, ceci me re- 
garde. 15 Postremo, edepol , ego istam rem ad me attinere intellego, dit un person- 
nage de Plante [Trinummus, v. Sgi). 

' Plaute, Miles, 622. — Liv. XXI, io, etc. 



ÉTYMOLOGIES. 261 

du latin classique de changer h enu. La prononciation e'trusque, 
au contraire, tend visiblement à confondre le F et le V. On peut 
donc supposer que aufero et aufugio ont été' emprunte's à quelque 
idiome italique voisin de la Toscane. Il y avait inte'rèt ici à ac- 
cueillir les variantes dialectales pour éviter la confusion avec af- 
fero. Un autre moyen est celui qui nous est atteste' par le se'natus- 
consulte des Bacchanales : arfucrunl. arfuisse. 

L'INSCRIPTION OSQUE D'ANTINO. 



PA-VI-PACVIES-MEDIS 
VESVNEDVNOMDED 
CACVMNIOS-CETVP 



Cette inscription, de'couverte à Antinum, aujourd'hui Civilà 
d'Antino, se trouve chez Mommsen, Unteritalische DiaJekte. p. 32 i, 
et chez Zvetaiefi, Insa-iptmies Italiœ mediœ, n° Ai. Elle a e'teTobjel 
de diverses interpre'tations, sur lesquelles il est inutile de revenir. 
Je crois qu'on s'est beaucoup e'ioigne' de la ve'rité, qui avait été 
entrevue par Garrucci. 

Il s'agit, comme il est aisé de le voir, d'une dedicalio. La pre- 
mière ligne donne le nom du magistrat {médis) : Pa{quius) Pacu- 
vius, fils de Vibius. 

Puis vient la divinité à laquelle est offert l'objet sur lequel 
était fixée la tablette de bronze; la déesse Vesiina, bien connue 
par les tables Eugubines. 

Contrairement à toute bonne phonétique, on a voulu voir dans 
cetur le nom de nombre quatuor. L'un des premiers interprètes, 
Garrucci, était plus près de la vérité quand il traduisait par CEN- 
TVRIO, Je crois qu'en réalité il faut lire CENTVRIA. 

Dans CVMNiOSon avait prétendu reconnaître le nom des objets 
consacrés à la déesse : mais Cumnios (pour Cumniosum) est, non 
pas un accusatif, mais un génitif pluriel. C'est le nom des Comi- 
nii ou anciens habitants de la ville de Cominium. Cette ville 
était, située à peu de distance d'Antinum : détruite pendant la 
guerre des Samnites, elle n'a pourtant pas disparu entièrement, 
car Pline l'Ancien cite les Comimi parmi les populations de l'Italie 
cenlrale. Il n'y a donc rien d'étonnant à trouver à Antinum une 
centurie qui porte leur nom. Il existe encore aujourdhui un lieu 
appelé Val di Cominio (près San Donalo). 

Reste la syllabe CA. Mais elle doit être jointe à DED, ce qui 
nous donne DEDCA : dedicat. Le t manque, comme il arrive assez 
souvent dans les dialectes italiques. Nous y reviendrons tout à 
l'heure. 



262 U. BRÉÂL. 

Le sens de Tinscription est donc :Paquius Pacuvius,Vibiifilius, 
magistratus. Vesunae donom dedicat Cominiorum centuria. 

La langue de cette inscription est intéressante en ce qu'elle 
tient le milieu entre l'osque et le latin. A Tosque appartient en 
particulier le nominatif Pacuies. Au latin, le ge'nitif pluriel en oriim 
(Tosque a partout le génitif pluriel en um). On peut s'e'tonner de 
trouver ositm, au lieu de orum, dans une inscription qui, à en 
juger par la forme des caractères, n'est pas de date très ancienne; 
mais il faut tenir compte de celte circonstance que l'expression 
CVMNIOS-CETVR e'tait probablement une expression toute faite, 
comme l'est par exemple en latin apud œdem Costorus. C'est dans 
ces expressions officielles que les archaïsmes se conservent le plus 
longtemps, surtout si elles sont écrites en abrégé. 

La chute du t de dedical s'explique par cette circonstance que 
le mot suivant commence par une consonne : dans les inscriptions 
pariétaires de Pompéi on a peria, habia, valia. En falisque : cupa. 
En ombrien : habe, dida. 

Quant à l'omission de l'n devant t (cetur), on en a aussi bien 
des exemples en latin que dans les dialectes du nord ou du sud 
de l'Italie; latin : bene mei^eti, monumetum; osque : set pour sent, 
arogetud pour aragentud; ombrien : persiitru ipouT persontro,furfat 
ipour fur/'ant. 

Michel Bréal. 



DICTIONNAIRE 

DE LA LANGUE MANDÉ. 



INTRODUCTION. 



DOMAINE DE LA LANGUE MANDE. 
CARACTÈBES DISTINCTIFS DE CETTE LANGUE ET DE SES DIVERS DIALECTES. 

La région soumise à l'influence française dans l'Afrique occi- 
dentale est divise'e en trois zones bien distinctes, habite'es par 
des peuplades de races et de langues tout à fait différentes. Le 
long de la côte de l'océan Atlantique, ce sont d'abord les pays 
du Cayor et du Baol. Leurs vastes plaines sablonneuses s'étendent, 
au nord, jusqu'au Sénégal; au sud, jusqu'à la Gambie. Celte 
région est habitée par les Wolof et les Sérèr. 

En seconde ligne, une bande de terrain d'un caractère diffé- 
rent est constituée, au sud, par le massif montagneux qui forme 
le nœud principal du partage des eaux dans cette partie de 
l'Afrique, et s'étend, au nord, ju?;qu"au cours du Sénégal, paral- 
lèlement à la cote. La partie nord est ce qu'on appelle le Fouta 
sénégalais; la partie montagneuse est le Fouta Dyalon. De là 
descendent, au nord, la rivière Blanche (Bakhoï), qui devient 
ensuite le Sénégal, et son affluent, la Falémé; à l'est, le Tankiso, 
le principal affluent de gauche du -Niger; à l'ouest, enfin, la 
Gambie, la Cazamance, les Scarcies. Cette région fui le berceau 
de la puissance africaine moderne de la race peule. C'est de là 
et du Masina que sont pailies, dans les dernières années du 
siècle dernier, les bandes musulmanes qui ont pénétré dans les 
pays Haousa jusqu'aux bords du lac Tchad et dans le Baghirmi 
et l'Adamawa. 

Au delà des montagnes de la Falémé et du massif du Fouta 
Dyalon, le terrain s'ouvre en de larges plaines, où le sol est 
absolument uniforme. Composé partout des mêmes grès et de la 
même argile feriUjgineuse, il se ravine profondément au passage 
des eaux. De temps à autre, des blocs épars se dressent, témoins 
persistants des bouleversements géologiques antérieurs. C'est là, 



264 



.I.-B. RAMBMID. 



sur une vaste étendue de pays, que s'est de'veloppée la race 
mande'. 

Entre les Wolof et les peuples mande', les Peuls, gagnant du 
terrain chez les nations voisines, ont formé de nombreuses tribus 
métisses. Sans chercher à résoudre la question controversée si 
les Woiof sont des produits croisés de Sérèrs et de Peuls, on 
peut affirmer qu'il existe des métis tout autour de l'îlot peul. Le 
Foula sénégalais est habité par des croisés de Peuls et de Nègres, 
que l'on appelle Toucouleurs. Ce nom est le même que celui de 
Tekroui", par lequel on désignait autrefois la région nord-est du 
Soudan. D'après le général Faidherbe , ce mot veut dire : convertis^. 
Ces peuples ont été, en effet, les premiers convertis à l'islamisme. 
Les Toucouleurs ont la peau noire, mais leurs traits, beaucoup 
plus fins que ceux des Nègres , décèlent en eux le sang d'une race 
supérieure. 

Vers l'est, dans le Wasoulou, qui borde la rive droite du 
Niger, de Sigiri à Kangaba; dans le Sankaran, le Kouranko, et 
tout le bassin du Milo, il existe une race d'hommes qui se disent 
Peuls, mais chez qui les traits, les mœurs révèlent une forte 
proportion de sang mandé, et qui parlent un dialecte mandé. 
Au contraire, leurs noms de famille, le grand critérium de la 
race en Afrique, sont des noms peuls, tout comme ceux des Tou- 
couleurs. Ces hommes ont, d'ailleurs, gardé le souvenir des 
migrations de leurs ancêtres, qui se seraient effectuées par les 
routes Kourousa-Kankan et Dingiraï-Sigiri. 

Au nord-est enfin, les environs du Sénégal, de Kayes à Ba- 
doumbé, sont babités par des métis de Peuls. On appelle cette 
région le Khaso. Ses habitants sont les Khasonké (hommes du 
Khaso). 

De tous ces descendants de Peuls, Toucouleurs, Khasonké, 
Wasoulounké, Sànkaranké, etc., les premiers seuls ont gardé la 
langue peule avec de légères modifications. Les Wolof ont une 
langue à part, qui a de grandes parentés avec le sérèr, d'où 
elle tire probablement son origine. Les autres ont adopté la 
langue mandé. 

Nous venons de reconnaître, dans la région au sud de la ligne 
du Sénégal et du Niger, l'existence de trois zones distinctes, où 
régnent trois familles de langues bien caractérisées. La première, 
la plus occidentale, est la famille sérèr, avec un dialecte très 
important, le wolof, et quelques autres moins connus, le sine, le 
notie, le dyoba. Cette famille a encore quelques représentants 



* Ce mot se trouve actuellement en égyptien où il veut dire : «marabout 
soudanienn. On trouve, en arabe d'Algérie, v'^j «coquille servant d'amuletteTi , 
et jj.j«j' «déclaration arrachée par écriln. 



DICTIONNAIRE DE LA LANGUE MANDE. 265 

dans les rivières du Sud, où les peuplades qui parlent ces 
idiomes ont subi les invasions des Peuls et des Mandé. 

Les langues de la famille peuk ont pour base le pouhir, tel 
qu'en le parle au Fouta Dyalon et au Masina. Elles comprennent, 
en outre, le toucouleur et le laobé. Le toucouleur se parle dans le 
Fouta se'ne'galais , pays d'origine 'de la race toucouleure, d'où il 
s'est répandu, grâce aux conquêtes d'El hadj Omar jusque dans 
le royaume de Se'gou. Le laobé est parlé au Fouta Dyalon, par 
une famille de gens de race non encore déterminée, dont la spé- 
cialité est de travailler le bois, pour faire des écuelles. 

Quant à la langue mandé, elle régnait, au temps de la splen- 
deur des rois bambara, des confins du désert jusqu'au bord de 
la zone boisée qubabitent les gens de race amji, le long de la 
côte du golfe de Guinée, et du cours de la Falémé jusqu'au Ma- 
sina. Depuis lors, les Bambara ont été soumis par les Toucou- 
leurs; mais la langue mandé subsiste encore dans les territoires 
conquis, où elle se parle concurremment avec la langue des 
conquérants. 

De même que les familles sérèr et peule, la famille mandé a 
ses dialectes particuliers. Il y a lieu, pour bien saisir la classifi- 
cation de ces dialectes, de distinguer d'abord les divers groupe- 
ments ethniques des peuples de race mandé. 

Au xiii'' siècle, la région du Niger paraît avoir été divisée entre 
trois grands royaumes : ceux du Songhaï, de Mail, des Soso. 
Le royaume de Mali occupait le nord de l'emplacement actuel de 
Ségou. A l'est, s'étendait le royaume songbaï; à l'ouest, celui des 
Soso. Dès cette époque, la tribu des Mandé paraît avoir pris nue 
grande prépondérance dans le royaume songbaï. fLes Mandé, 
ou Wangara, avaient sous leur autorité le pays jusqu'à Tirka et 
Kougha (versBouroum); seule. Gogo est ville indépendante ^.15 Les 
Mandé ont même fourni plusieurs rois. Il y eut de longues luttes 
entre les trois royaumes, dont les capitales, et notamment Ga- 
nata et Tombouctou, furent plusieurs fois bouleversées. Vers la 
fin du XV* siècle, le dernier roi songbaï, Soni Ali, s'affranchit 
de l'autorité du royaume de Mali. Son successeur fut un usurpa- 
teur songhaï qui prit le nom de Mohammed Askya. Il persé- 
cuta, naturellement, les partisans de son prédécesseur, que l'on 
désigna sous le nom de Soninké (homme de Soni). Ceux-ci se 
retirèrent dans diverses directions, et notamment dans l'ouest, 
où on les retrouve aujourd'liui, aux environs de Bakel, sous le 
nom de Soninlê ou Sarahholé (hommes rouges). 

Mohammed Askya, ayant assuré son pouvoir, acheva le dé- 
membrement du royaume de Mali, qui fut partagé entre les dif- 

' Binger, Du Nigei' au golfe de Guinée. 



2G6 J.-B. RAMBAUD. 

férentes tribus songhaï et les Soso. On garda aux habitants dis- 
perse's le nom de Malmké (hommes de Mah). 

A Tavènement de Mohammed Askya, beaucoup de petites 
peuplades se se'pai'èrent du royaume songhaï; entre autres, les 
Se'nou et les Bobo. A la fin du xvi* siècle, le sultan du Maroc 
envoya une expédition contre le royaume songhaï. Les Mandé, 
profitant de Toccasion, voulurent reprendre rautorité. La tribu 
des Bambara se mit à la tête du mouvement et poussa ses con- 
quêtes jusqu'au bord du désert. Ainsi furent créés les royaumes 
bambara de Ségou et de Nyoro. Les Soso, refoulés par les Mandé, 
les Soninké, les Malinké et les Bambara, se retirèrent dans le 
sud-ouest. On retrouve aujourd'hui leur nom sur les bords de la 
côte, dans la Guinée française. 

Bien entendu, des mélanges de races eurent lieu. Les Soninké 
furent croisés de Peuls et de Maures; les Soso et les Bambara, 
les Peuls et les Malinké, se mélangèrent également, pour donner 
les différentes peuplades que nous connaissons aujourd'hui. De 
plus, les Mandé s'étaient étendus vers le sud et avaient pénétré 
jusque dans la zone boisée. Là, ils avaient trouvé un grand 
nombre de petites tribus auxquelles ils s'étaient mêlés : les Toma, 
les Kisinké, etc. A l'est, vers la fin du xyin*" siècle, des Mandé 
avaient fondé la ville de Kong. 

Nous allons trouver, en conséquence, la langue mandé par- 
tagée en un grand nombre de dialectes qui out chacun leur do- 
maine particulier. 

Au nord, le dialecte des Soninké, avec mélange de peul et de 

maure (arabe hasanya); 

— des Khasonké; 

— des Bambara de Nyoro ; 

— des Malinké du Bambouk. 
Au centre, le dialecte des Malinké de Kita; 

— des Malinké de Sigiri; 

— des Bambara de Ségou. 
Au sud, le dialecte des Peuls du Sankaran; 

— des Peuls de Wasoulou; 

— des Peuls du Konyan; 

— des Bambara de Kong. 

Au sud-ouest, le dialecte des Peuls du Kouranko; 

— des habitants du Kisi; 

— des Soso; 

— des Vaï. 

Les peuplades du nord ont un langage beaucoup plus dur que 
celles du sud. Tout le groupe septentrional abonde en gutturales 
et en dentales; on y remarque tout de suite la fréquence de la 



DICTIONNAIRE DE LA LAXGUE MANDE, 267 

gutturale kh. Déjà le groupe du centre a des sons plus adoucis 
et une bonne partie des gutturales ne sont pas aspire'es. Plus au 
sud, les sons s'adoucissent encore. Le M n'y existe pas; les den- 
tales sont reniplace'es par des liquides; les gutturales par des 
labiales. Enfin, le dernier groupe continue radoucissement des 
sons et Ton y trouve les sons v, z, u, inconnus plus au nord. 
Cependant, il y a une exception importante à ce phe'nomène. 
Le dialecte soso a conservé toute la rudesse que l'on rencontre 
dans la région septrionale. Il faut se rappeler que ces pays du 
nord ont autrefois appartenu aux Soso et il est possible que la 
dureté du langage des Khasonké et des Malinké du Bambouk pro- 
vienne des mêmes causes que celle du langage des Soso. 

ORTHOGRAPHE. 

Nous avons adopté en principe, dans notre dictionnaire, l'ortho- 
graphe française. Voici les seuls points sur lesquels un lecteur 
français pourrait éprouver quelque doute : 

g, devant e ou i, a le même son que devant a,o,n. Prononcer ^î comme 
fr, gui et non comme dans fr. givre. 

h représente une aspiration très légère, moins forte que celle de l'alle- 
mand ou de l'anglais. 

hli = allemand ck dur («cA, Nacht). 

s n'a jamais le son de z, mais se prononce toujours comme dans fr. 

saint , ou comme ss dans fr. passer, 
w a le même son qu'en anglais (français ou dans oui, nouer), 
y se prononce toujours comme dans fr. yeux, ou comme Yi de fi*. Dieu. 

Remarque sur les groupes an, en, on, in. — Les groupes an, 
en, on se lisent comme en français, c'est-à-dire que l'jt, quand 
elle est finale du mot, ou, à l'intérieur, placée devant une con- 
sonne, indique seulement la prononciation nasale de la voyelle 
{en, dans ce cas, se prononce comme dans fr. bien); si Vn est 
devant une voyelle, elle se prononce comme en français dans le 
même cas (tenir). — Le groupe in, par contre, se prononce tou- 
jours comme dans le français /ne, nwie. 





ABREVIATIONS. 




Ar. 


= Arabe. 




Kour. = Kouranko. 


B. 


= Bambara. 




M. = Malinké. 


Bel. 


= Bélédougou. 




S. = Soso. 


Fr. 


= Français. 




T. = Toma. 


K. 


= Khaso. 




V. = Vaï. 


Kg. 


= Kong. 




W. = Wasoulou 


Ko. 


= Kenyan. 







268 J.-B. RAMBAUD. 



A. Préposition. - i. Marquant l'attribut, yé, ma (suffixes). Donne 
cela à Samba, nyi di Samhama. Dis-lui, a fo a yé. — 2. Mar- 
quant le lieu, se rendpar/e (suffixe) ou ne se traduit pas. 
Je vais à Me'dine, m' hé takha Madinije ou Madini. Je demeure 
à Sanankoro, m' bi sigila Sanankoro. — 3. Signifiant : du côté 
de, se traduit par. . . mafa (suffixe). Ce chemin va à Kita, 
nyi sila hé takha Kitama/a. - k. Marquant rextrémité d'un par- 
cours, d'une distance, se tourne par : pour aller, et se rend 
par : ka takha ou ka ta. De Médine à Kita , il y a loin , ka ho 
Madini, ka takha Kita, a ka dyan. On peut dire simplement : 
Madini ni Kita tyé, a ka dyan (entre Me'dine et Kita, il y a 
loin). - 5. Signifiant : pour, ne se traduit pas. Donne-moi 
de l'eau à boire, dyi di 'ma, n 'ka mi. Voir Potir. - 6. Indi- 
quant la possession, se rend par les pronoms possessifs. Ces 
bœufs sont à moi, nyi nisi n 'ta lé mou. — 7. Signifiant : dans, 
se traduit par ro, ta, la (suffixes). Va chercher de Teau au 
ruisseau, takha dyi ta koro. Voir Dans. - 8. Forme diverses 
locutions que l'on trouve aux mots correspondants. 

Abaissement, digili. 

Abaisser. || S' — , digi. 

Abandon, boula, Ma. 

Abandonner, hoida, hla; tou. Les hommes du village ont aban- 
donné leurs bœufs, doitgou ma, alou ka nisiloii tou yé. 

Abattre. — 1. Démolir, ti, tinya, dényé. Il a abattu la case, a ka 
bountinya. - 2. Couper, tégé. Le vent a abattu l'arbre , /o«(/o 
ka t/iri tégé. - 3. Tuer, fakha, fa. Le chasseur a abattu un lièvre, 
donsou ka sounsanjakha. i h. Faire cesser, ké han. Petite pluie 
abat grand veut, san-dyi doromandi lé ké fonyo ha han. — 5. 
Il S' — , 6i (tomber). Le cheval s'est abattu, sou hlra, sou hila. 

Abcès, dyoli-késé (bouton de sang). 

kBviqvER , fama-yoro boula, hla (abandonner la place de roi). 

Abdomen, khono (K.), kono. 

Abdominal. C'est — , a hé kononto (c'est dans le ventre). 

Abeille, li-késé (graine de miel), di~késé, li-késo (K.). 

Abîme, dinkaha, diméha (grand trou); dinka doun, dimé doun (trou 
profond). 

Abîmer, tinya, ti, dényé. La pluie a abîmé ma selle, san-dyi ka 
na kirké tinya. \\ S' — , ti7iya, ti, dényé. Ma selle s'est abîmée 
à la pluie, na kirké tinyara san-dyiro. 

Abjurer, boida, hla. Abjurer l'islamisme, mori-ké sila boula. 



DICTIONNAIRE DE LA LANGUE MANDE. 269 

Aboiement, ivoulou-koiima (parole de chien); woulou-kasi [cri de 

chien). 
Abolir, ké ban (faire cesser). 

Abominable. C'est — , a ka dyougou ka sya , a ka dijougou kou-dyougou. 
Abondance. Voir Abonder. \\ En — , syama, a ka sya; kou-dyougou , 

en mauvaise part. 
Abondant. C'est — , a ka sya; se tourne par : beaucoup, syama. 

L'eau est abondante , dyi ka sya , dyi syama bé. 
Abonder, se tourne par : être en abondance, syama, a ka sya. 

L'eau abonde dans le pays, dyi ka sya dyamani kono, ou dyi 

syama bé dyamani kono. 
Abord, || — s (les), accès, environs, kéréfé. H y a des cultures 

aux abords des villages, dougoulou kéréfé , fourou bé yé. !| D' — , 

folo (premièrement); orna, onyéro, sa nyéro (auparavant). Va 

d'abord chercher de l'eau, takhafoh dyi la. 
Aborder, v. a., taklia nyokhonfé (aller au côté de); v. n., venir 

au bord, takha dafé. Aborder sur la l'ive du fleuve, takha ba 

dafé. 
Aboutir, aller finir à, takha fanfé, takha. . . . ma/a. Ce chemin 

aboutit à Sanankoro, nyi sila bé takha Sanankorofanfé , ou Sanan- 

koromafa. 
Aboykr, kasi (crier). 

Abréger, sourou-kv (faire court); tégé (couper). 
Abreuver, lami (faire boire). |1 S' — , mi. Le cheval s'abreuve, sou 

bé mi. 
Abri, gwa, dougou-doula , dougou-yoro (cachette). |j Etre à l' — , 

bé dougou. Il Se mettre à l' — , takha dougou, ho. . .koro (sortir 

de sous). Mets-toi à l'abri de la pluie, bn san-dyi koro. 
Abriter, dougou (cacher). || S' — , takha dougou, bo. . .koro (sor- 
tir de sous). Je m'abrite du soleil, ?n' hé dougou tiliro. 
Abruti, inintelligent, hakilinté, fakilinté. Sot , J'ato , fali ; koulou; 

fourouli. 
Absent. Il est — , an lé y an (il n'est pas ici); a tara (il est 

parti); a ma na (il n'est pas venu). 
Absenter. S' — , takha (partir); ma na (ne pas venir). 
Abstinence, doumoubali (action de ne pas manger). 
Absorber, pomper, mi. La terre absorbe l'eau, dougou bé dyi mi. 

Engloutir, khounou (K.), kounou. 
Absurde, falo. 
XBiiVRi)ni,fatoya. 
Abuser, se tourne par l'adverbe : trop. Il abuse de l'alcool, a bé 

dolo mi a syara (il boit trop d'alcool). || — , tromper, 7iéné. 

\\S'—,fli. 
Acariâtre, songnra dyougou [de caractère difficile). 
Accabler, faligucr. ségé. Je suis accable de fatigue, »' ségéra kou- 

MÉM. LlN(i. IV. 18 



270 J.-B. RAMBAUD. 

dyougou. I! — , surcliargei", doni a syara sigi (mettre un far- 
deau trop lourd). Il a accabie' son âne sous le fardeau, a ka 
faliijé doni a syara sigi. ho. 

Accéder, s'approcher de, na. . . fé, na nyokhonfé, takha nyo- 
khonfé. 

Accepter, mina; monta; soro, sota (K.); son-ta, sona (recevoir 
en cadeau). 

Accès, kéréfé. |( — de fièvre, /«roî/g-aji gosi; bongo (K.). 

Accident, ségé; khé haré (K.); bono. 

Accoler, kafou siri, kafou sigi (attacher, placer ensemble). 

Accompagner, na nofi, takha nofi (venir avec, aller avec); boula 
noji. 

Accord. Etre d' — , bé na. Je suis d'accord avec mon père, ni 
wi' fa m' bé na. 

Accorder, di (donner); ba fé (permettre). Accorder une fiHe en 
mariage, mousou-din ka fourou di. \\ S — , avec quelqu'un, 
ni. . . bé na. 

Accoucher, woulou, wolo. 

Accoupler, V. Accoler. || S' — , dyouké. 

Accourir, borito na (venir en courant). Il est accouru, a borilo 
nara. Il accourt, a bé borito na. 

Accoutumé. Etre — , dali, déri, delà. 

Accoutumer. S' — , dali, déri, delà. 

Accrocher, suspendre à un crochet, den, dou, donlito sigi. j| Faire 
UN ACCROC, et S' — , monta, mouna (prendre). L'arbre a accro- 
ché mon pagne; mon pagne s'est accroché à l'arbre, yiri ka 
n fani mouna. 

Accroître. S' — , bounya. 

Accroupir. S' — -. Il Etre — , dyon-koro bé; sounouri; nyoungi. Il 
est accroupi, a nyoungira. 

Accueil, dyigiya. \\ Faire bon — , dyigi kou-nyima. \\ Faire mau- 
vais — , di/igi kou-dyougou. 

Accueillir, dyigi, monta (recevoir). 

Accuser, souda; se traduit souvent par : dire,/o. Il accuse son 
frère de vol, a béfo doro-ké bé sounya ké. 

Acéré, tnisé, niésé, méséni. 

Achat, san, sama, sani. 

Acheminer. S' — , takhama. 

Acheter, san, sama, saniké. J'ai acheté du mil à cet homme-là, 
n ka nyon sani tyé dénia. 

Acheteur, sanba, sanïna, sani-kéla. 

Achevé. C'est — , a bana, a banta. 

Achever, ban. 

Acide, koumou. 

Acquérir, acheter, san; recevoir, soro. 



y 



DICTIONNAIRE DE LA L,\NGLE MANDE. "271 

A 

Acre, koumou. 

Actif, kamalé, kamarin; sobé; sifakéla (qui travaille), tyakéla. 

A.G7i0îi , Jen , fèngo (K.) (chose); boko. \\ Une bonne — , fèn-nyima. 

Il Une mauvaise • — , Jen-dijougou. || L' — de, kouroda. L'acliou 

de parler,/o kouroda. 
Adhérent. C'est — , a minata. 
Adhérer, mina. 

Adieu, Allah i kisi (Dieu te garde); iniségé, inisé, inityé, iniké. 
Administrer, makha. 
Admirer, kamja. 

Adoucir, lamoundi (faire doux). || Au goût, diké. 
kDî^ESsi, hakdi, fakilikhakili. 
Adroit, hakUila , fakUila khakUila; télé. 
Adulateur, donkiUla. 
Adulation , donkili. 
Aduler, donkiliké. 

Adulte. Homme — -, tijé, ké, klié (K.), kamalé, kamarin. 
Adultère. Homme — , dijado, di/anka, dijaro. \\ Femme — , dijado 

mousou, dyaro-mousou. \\ Subst. abstrait, dyadoya, dyaroya. \\ 

Commettre un — , dyaroya ké. 
Adultérin. Enfant — , nyafourou rfm (enfant d'avant le mariage); 

dyanka din, diankalimé. 
Adversité, daya. 

Affable. Il est — , a ka di; nyima. 
Affaiblir, d'igi. do bo. 
AFFkinE, Jeu, fèngo (K.) (chose). J'ai affaire avec toi, n'i né ha 

ké. Il Querelle, combat, kélé. 
Affaisser. S' — , digi; bi (tomber). 
Affamé. Il est — , a hé konko, khonkho (Kh.), || Je suis — , konko 

bé^ na (la faim est en moi). 
Affection, kanouya (K.); kina. 
Affectueux, kanoxiha; nyima. 
Affermir, goléké, goléya. 
Affiler , miséké. 
Affirmer , /o. 

Affligé. Il est — , à bé dimi. 
Affluence. Voir Abonder. 

Affluent d'une rivière, ba-bouhu (bras de fleuve). 
Affluer, arriver en abondance, na sijama; bé syama. 
Affranchi, yôron, horon , foré , féré , horoni/ola. 
Affranchir un esclave, fororh-ké, foroiiya, horonya (K.); foré; 

féré; klioronké. 
Affreux. C'est — , a ka dyongou. 
Affront, nénila. \\ Faire un — , néniké. 
AffÙt, à la chasse, dougou. 

18. 



!272 J.-B. RAMBAUD. 

Affûter , miséké. 

Afin que. - i. Se tourne par : ou bien,/o, wala. Appelle Moussa 
afin qu'il vienne, Mousa kili, fo a ma na (appelle Moussa 
ou il ne viendra pas). Attache-le afin qu'il ne s'en aille pas, 
a siri, wala a hé takha (attache-le ou il s'en ira). - 2. Souvent 
il ne se traduit pas. Donne-moi de l'eau pour boire, dyi di ' ma 
n' ka mi (que je boive). 

Age,, se tourne par : anne'es. Quel âge as-tu? i ka san dyéli soro? 
moun san i ka soto? On demande encore : depuis combien de 
temps as-tu pris le pantalon? i ka koursi ta tourna bé ani hi; 
san dyéli lé mou? || En bas — , din, dé (B.), dingo (K.). 
Il — MÛR, kamarinya. || — nubile, /ourow/a. 

Agé, vieux, koro, koto, khoto (K. ). 

Agenouiller. S' — , nyoïmgi, nyonkiri. 

Agenouillé. Il est — , a nyoungira. 

Agile. Il est — , a kaféa, aféaia. 

Agir, ké (faire), khé (K.). || — • en, ké iko (l'aire comme). Il a agi 
en homme de bien, a lé ké iko kamarin, ou bien, a lé kamariya 
/pe (il a fait l'action d'un homme de bien). || S' — , se tourne 
par : il faut, nyanta, ou le verbe : devoir, kan. Il s'agit de 
sortir d'ici, nyanta alou ka ho yé, ou alou hé kan ka ho yé. 

Agiter, lamakha. 

Agneau, sakha-din, sakiio-dé, (K.), sa-dé (fils du bélier) (B.), 
sa-kalima. 

Agrandir, bounya. 

Agréable. C'est — , a ka di; tiyima, nyouma; béré, bété. 

Agréer, accepter, mina, soro. || — , plaire à, ka di. 

Agrément, plaisir, diya. 

Agresseur, kélékéla. 

Agression, kélé. 

Agricole, tyiba; sénéna. 

Agriculteur, tyikéla (cultivateur), smc'-Ma (semeur), sénola{K.). 

Agriculture, tyiké (culture); séné, séno (K.). 

Ah! bisimilahi! la ilah! ivaï! eh! 

Ahuri. Il est — , a fdita, a filina. 

Aide, déméli; l'homme qui aide, démélilo. 

Aider, dénié. 

Aïe! waïl 

AïEVL, faha ( grand-père );/afcoto( vieux père ); mrtwfl. || Aïeux (Les), 
si (race), khabilo (K. ). 

Aigle,, brun, watassa, wato (K. ), iiyingindyo (K.); à tête 
blanche, si gé kono (oiseaux aux plumes blanches), sé-gélo. 

Aigre, koumou. \\ Lait — , nono koumou. 

Aigrette, plumet, tyo. \\ — , oiseau qui suit les bœufs, koulangi; 
koulankhi (K.), gounani dyé. 



DICTIONNAIRE DE LA LANGUE MANDÉ. 273 

Aigrir, koiimou, koumoukc. || S' — , koumou. Le lait est aigri, iiono 
koumoiita. 

Aigu, misé, 7niséno; néné; holo (K.). 

Aiguille, miséli (objet aigu); misilo (K.); harali (objet pour 
coudre); ségéla; gwé (Bel.). 

Aiguillon, d'un insecte, hinyé, byéné. 

Aiguiser, misé-ké. 

Aile, kama, kamba, khamba (K.) (e'paule). 

Ailleurs, doula do, ijovo do, yoro géré, yoro wérélo (Be'l.) (en un 
autre endroit). 

Aimable, di; khanouba (K.). 

Aimer, kfianou (K.). Les Bambara tournent ce verbe de deux fa- 
çons : vouloir et être agre'able. J'aime mon père, m' bafafé 
(je veux mon père); ni fa bé di n' yé (mon père m'est 
agréable). I| — mieux, se tourne par être plus agréable, ou : 
valoir mieux, gansa. J'aime mieux le lait que l'eau, m bé no- 
nqfé dyi yé (je veux le lait plus que l'eau); nono ka di dyiyé (le 
lait m'est plus agréable que l'eau); nono gansa dyi n' yé [\e 
lait vaut mieux pour moi que l'eau). 

Aine, kono koro (sous le ventre); koiirsi dyala yoro (place de la cein- 
ture du pantalon); kéné-khoto (K.). 

AÎNÉ, fils, din folo (le premier fils), dé Jlo (B.). || — , frère, 
koto-ké, koro-ké (le vieux bomme), khoton-khé (K.). || — e, 
fille, din-mousou folo. j| — , sœur, koto-motisou, mousou-koro , 
mousou-klioto (K.). 

Ainsi, par ce moyen, ikoro. Il est ainsi arrive' à être riche, ikoro 
a ka nafoidou soro (ainsi il a reçu la fortune). [I — que, ton. 
Ainsi que je te l'ai dit, il est venu, n' ton kafo, a nara. 
Il — de cette façon, té; o nya. Il faut toujours agir ainsi, i 
bé ké té nya; il ne faut pas agir ainsi, in ta ké té o nya. Ne 
fais pas ainsi, i ka na ké té. 
Air, élément, kénébo. || — , \eQt,fonyo,fyen. Il fait de l'air au- 
jourd'hui, bi fonyo bé. || Avoir l' — , bo iko; nya. . .bé (pa- 
raître être). Cet homme a l'air bon, mokho nya ka di; ou mji 
mokho bé bo iko mokho ka di. \\ — , chanson, donkili. 

Aire, doula nonori. 

Aise. Etre à l' — ,féré; il est à l'aise, a férenta. || Il est bien — , 
a bé nyakhali; a diyara. Se tourne par : cela est agre'able. J'en 
suis bien aise, mji kou ka di n yé. 
Aisé, facile (c'est), a mati goulé (ce n'est pas difiiciie), a mari 

golé, a man goulé, a man kitolé (Kh.). 
Aisselle, kabakoro, kamakoto, khambakhoto (Kh.) (le dessous de 

l'e'pa u le ) ; kamakorola . 
Ajouter, se touine par l'adverbe : davantage : do di (donner 



274 J.-B. RAMBAUD. 

davantage); /orflAfl (Bel.). Ajoute encore un franc, i ka tama 
kili do di ' ma (donne-moi un autre franc). || — foi, da. 

Ajuster, ké nyi, hé a hé na (faire aller bien ensemble). Ajuste 
ces deux morceaux de fer, i ha hé nyi négé foula alou hé na. 

Alarme, houlon. \\ Donner l' — , hotdon hasi. 

Alarmer. S' — , dtjito hé; bi sda, bi silana. 

Albinos , founé , fourné. 

Alêne, hinyé, hyéné; nagi. 

Alentour, héréfé; fanante. \\ — s (Les), se tourne par : autour de. 
Les alentours du village sont cultive's, doiigou héréfé foiirou hé 
(autour du village, il y a des cultures). 

AijErte, subs., houlon. \\ — , adj., a ha féa; a haféala. 

kLiém,fato. 

Alezan (cbeval) [sou] dyouhé-oulé. 

Aligner, tUin-hé; hé nyi. 

Aliment, halou-fèn, domo-Jen (chose à manger); hisi. 

Alimentaire, baloula. 

Alimenter, balou. 

Aliter, mettre dans le lit, lalanto sigi, lalangoro sigi. || S' — , la 
(se coucher). 

Allaiter, nono sini mi (faire boire au sein). 

Alléger, doni ho (ôter le fardeau). 

Aller. - i. Tahha, ta. Je vais à Kita, w' hé takha Kita. Où vas- 
tu? / hé tahha mil Où est-il aile'? A tara mi ou a lahhata mi? 
Va voir s'il est venu, tahha fêlé ni a nara. Va, tahha, ta. Va 
chercher de Teau, la dyi ta. - 9. Etre sur le point de, 
. . .to; hé. . . la. H va partir, a tahhato sa-sa (B^.), a hé lahhala 
sa-sa (K.). — 3. Etre en santé, hé. Comment vas-tu? / bé di? 
Il — bien, hé hérato (être en santé); ha hendé. || — mal, 
ma hendé. || h. convenir, hhnta. Ce pantalon te va bien, nyi 
hoursi hcnta ' ma, ou simplement, o hoursi hé ' ma. j| 5. — X la 

SELLE, hou hé. Il 6. DU VENTRE, hoUO horî. Il 7. À PIED, 

tahhama. \\ — À cheval, soti-ho yélé. || — au trot, sou hori. 
Il — AU GALOP, poroho-poroho. || — lentement, tahha mouni- 
mouni. || — vite, hori, tariya. || 8. — S'en-, tahha; wa. Va- 
t'en! tahha! a iva! hi A' iva (B.). 

Alliance, amitié, tériya. \\ — , mariage, /oMrot<.|| Faire — , dégé 
mi (boire le dégué). 

Allié, ami, téri, téri-hé; parent, /oMroM-A'C. 

Allier, mélanger, hafou nyohhoma (l'assembler ensemble), ij — , 
murier, foiirou-hé. \\ S' — , dégé mi. 

Allonger, dyanya, hounya. 

Allumer, mana. 

Allumette, gandi; haraho. 

Allure, tahhama. 



DICTIONNAIRE DE LA LANGUE MANDÉ. 275 

Alors, — i. En ce temps-là, o tourna, o tourna kotio; o ro; o ro sa 
(à l'instant dans ceci). Alors Omar se leva et dit, o tourna 
Oumar ouUta, a ko. :| 2. — donc, par conse'quent, iiyi hou a lé 
Icé (cette chose a fait que) || 3. — que, quand, mî, tourna. Alors 
qu'Omar faisait la guerre avec les Bambara, tourna Oumar ka 
ni Bamana kvU. || h. — , en cette circonstance. Qu'as-tu fait 
alors? / ka moun ké kou nalé? (Qu'as-tu fait, cette chose ar- 
rive'e?) 

Alouette , ivouléni. 

Alourdir, gouJéija, géîéya, kholéta (K.). 

Altéré. Il est — , a bé ihji-hkho, a hé diji-loua. 

Altérer, i. Donner soif, diji-lokho ké, (h/i-loua. \\ 9. Changer, fali. 
Il S'— ,./«.//. 

Amaigrir. S'-— ,/flsrt. 

Amande, kourou, koulou (os, noyau). 

Amant, khanou (K.), dyado-ké, dyaro-ké, dyalo-ké; gala-ké. || — e, 
les mêmes mots avec mousou an lieu de ké. 

Amarre, siri; di/oulou. 

Amarrer, siri, siti (K.). 

Amas, dyouméU; dyoukhouma (K.); dtfogn. 

Amasser, dyoumé, dyogo-ké. 

Ambassadeur, kila (envoyé). 

Ambitieux, dinyé; sonyola , sonyolila. 

Ambition, dinyé, sonyo. 

Amble. Aller à l' — , soudé. Ce cheval va à Tamble, nyi son bé 
soudéJa. 

Ambre, loid)ané; limbiri, lambiri, lamri, lambourou; (Fr. l'ambre; 
Ar. ). Il Boule d' — , limbiri -késé , limbiri -kountarou. \\ Collier 
d' — , limhiri-dyoulou. 

Ame, ni. || Rendre l' — -, sa (mourir). 

Améliorer, ké a kajisa (rendre meilleur). 

Amende, sara, salé; kityé; khakéla (K.). Condamner à l'amende, 
fo a bé salé sara. Payer l'amende, salé sara. Une amende de 
deux barres de sel , fardé foula salé. 

Amener, nati, nanaé. Amène le cheval, sou nati. Causer, gwa. La 
guerre a amené la mort de beaucoup d'hommes, kalé givara, 
mokho si/ama sara. 

Amer. C'est — , a ka kouna. 

Ami, téri, téri-ké, téri-tyé, khanou (K.). C'est mon ami, n téri-ké 
dou, khanou n ta dou (K.), || Bonne — e, dimiséri; souu kourou. 

Amical, téri ba. 

Amincir, misé-ké. 

Amitié, tériya. 

Amollir, wourili-ké. \\ S' — , wourili na. 



276 



J.-B. RAMBAUD. 



Amokgeler, (lyogo hé, dyoïihlunma khé (K.); dijogo sigi (mettre en 
tas). 

Amorce de fusil, kérébo, toulaniini morso (Fr. amorce); ta gido (K.). 

Amour, khanou (K. ), diya. 

Ample. C'est —, a ka boim. 

Amplifier, hoiinya. 

kmp ou LE , J'onyéta. 

Amputer, ïPg-e (couper). 

Amusement, toulon, tlon. 

Amuser. S' — , touloti, toiûonla, toulonké, tlonké. 

Amulette, sébé, séfé, safé; basi. 

A\, san. L'an passé, salon, sanfolo tambira, son tambira. L'an pro- 
chain, san ivoré, dyari; san nié bé na. Dans deux ans. san foula 
bé na; dyari ko. Il y a cinq ans, san loulou a kéra. 

Ananas, dyabibi. 

Ancêtres (Voir Aïeux). 

Ancien, koro, koto, klioto (K.). Les anciens du village, dongouro 
ma koro (B.), dongouro mokholou koto (M.). Dans rancien temps, 
korolou. 

Ancre, landoumé, 

k^E,fali,falo (K.). 

Anecdote, tali. 

Angle, noun; noungo (K.) [nez]; koun, koungo (K.) [tête]. 

Anguille, dtji-sa (serpent d'eau). 

k^\En, fali-tigi. 

Aml, gara-yiri, gara-dyin. 

Animal, soubou, sougou, sobo, sogo. 

Anneau, au bras, boulou-kori boidou-koni, boulou-godi, boidou- 
godo (K.). Il — au pied, sma-fcon, sina-koni; sina-godi, sina- 
godo (K.). Il — au doigt, deroman (B.), doromé, dorona (K.). 

Année. (Voir An.) 

Annjel. C'est — , san-o-san a bé nalé (cela revient tous les ans). 

Anon ,/fl?î-rfm ,fali-dé. 

Anse d'un vase, kala. 

Antérieur. C'est — , a narafolo (c'est arrive' avant). 

Antilope à poils rouges, cornes en lyre, sisi. || — à poil rouge, 
sans cornes, makaran. || — à cornes fuyantes, dagé. \\ — à 
cornes peu écartées, mina. \\ — à bosse, tankho (K.). 

Antipathie, ténéya, dyougouya. 

Antipathique, téné, dyongou. 

Antique, fouma/o/o (d'autrefois), koro. 

Antiquité, koroya. 

Anus, dyou-da; bou-da , bo-da. 

Apaiser, diya-ké. 

Apercevoir. S' — , yé, nyé, dyé (K.). 



DICTIONNAIRE DE LA LANGUE MANDÉ. 277 

Aplomb. D' — , télé, tili. 

Apparaître, bo (sortir), loua, boé [K.). 

Apparence. En — , se tourne par w avoir Tairw, 7iya . . . hé. (Voir 
air.) 

Appartenir, se tourne par le verbe posse'der. A qui appartient ce 
fusil? (hion mé ha marfa yé soro? (Qui possède ce fusil?), ou 
bien dyoti ta marfa yé? (De qui ce fusil est-il la possession?) 
Il m'appartient, né ta dou (c'est ma possession). 

Appât, mana. 

Appel, kili. 

Appeler, kili. \\ S' — , se tourne par le mot nom. Comment t'ap- 
pelles-tu? / tokho di? (Ton nom est quoi ?), ou i tokho? (Ton 
nom?) 

Appétissant. C'est — , a downou ka di. 

Appétit, konko, khonkho (K.). Il Avoir —, ko7ïko hé. J'ai appétit, 
konko bé' na. 

Appliquer, jeter contre,//! ...fé. \\ S' — , bé hakili boulala (aban- 
donner son esprit). 

Apporter, nati, nanaé. Apporte le fusil, marfa nati. — Sama (tirer). 
Apporte-moi cela , nyi a sama 'ma. 

Apprécier, dire le prix, songofo. 

Apprendre, i. S'instruire, kakha (lire); bé ta. Les enfants 

apprennent le Coran, din misélou alou bé al koranou kakha. J'ap- 
prends à e'crire, m' bé safé ta. — 2. Enseigner, digi. Le mara- 
bout apprend le Coran aux enfants, mori-ké bé al koranou digi 
din misélouma. — 3. Entendre dire, me. J'ai appris que l'al- 
mamv e'iait malade, »' ka nié almamima kèndé. 

Apprêter.. S'^ — , débéri, bé ... fia. 

Approcher, 7ia . . . fé (venir près); wa . . . nyokhon, na . . . nyo~ 
khonfé. Etre prochain, a hé na. a nato. 

Approfondir, si a ka doun (creuser plus profond). 

Appuyer. 1. Faire effort sur, digi. — 9. Poser contre, tintana, shnbé, 
simi. Appuie ton fusil contre le mur, i marfa sèmbé kouhéma. — 
3. aider, démé. \\ k. S' — , digi, shnbé (sur, . . . ma). 

Après, ko, kho ( K.). Après la pluie vient le beau temps, san-dy'i ko, a 
bé nyi. || — cela, ko. \\ — que, ko. Après que la colonne fut 
partie, les sofas sont venus, ko kélé takhata, sofalou nara. ii — 
demain, sini kindi. 

Apte. Il est — , a bé si hou nyoïima (il sait bien faire). 

Aqueux, dyiba. 

Arachide, tiga. tigo (K.). || Paille d' — ,tiganyara. Ij Coqie d' — , 
tiga-fara, iigo-fata (K.). 

Araignée, limoklio-mouta (attrape-mouche); tali ; sousané ; sabé; ni/a- 
mankoro (K.). 

Arbrk, yiri, yiro (K.), dyiri, dyéri, dijiro (K.). 



278 



J.-B. RVMBAUD. 



Arbuste, yiri-din, i/iri-dé, \jlri-(loromaniltni>a (K.). 

Arc, tou; khala (K.). |] — — en-ciel, san-Uiala (K.), doubou kolngi. 

Archer, khala-tigi (K.); khalan-hhé (K.), tou-kélé-bahha. 

Arde.\t, gwin. 

Ardu, goulé, gwélé, Mo/e'(K.). 

Arête de poisson, yégé-houron, yégé-kotdon, dyégé-linnhu. 

Argent, métal, ivori, xvoro (K..). || — , monnaie, wori; Ihalis (wo- 

lof); hhansara (K.). || Pièce d'- — , wori-késé, wori-inisé, khalis 

méshigo (K.); dalési. 
Argile, banko, bankho [K.). 
Argileux, banhoba. 

Aride. C'est - — , ajen-o-fm té na (il ne vionl rien du tout). 
Arme, îtégé; marania, marama-Jen. 
Armée, b'ié, lélé-ba, kélo (K.). 
Armer quelqu'un, marama di (donner une arme). || — un fusil, 

toulouro hé, tloro hé. 
Arracher, se, désé, dyaga (K.). 
Arranger, ^/rtm, dala, dla, déné; bé, lobé (K.). 
Arrêter, la marche de quelqu'un, sigi-la, monta (K.). |i S' — , h, 

do (B.). Arrète-toi, i lo. 
Arrière, ho, hofé, homa, hho (K.). |1 En — , hofé, homa. || — -, 

poupe d'un bateau, ho. En arrière de la montagne, tinti hofé, 

tinti homa. 
Arriver, na. \\ — de, bo (sortir de). D'oii arrives-tu? i bora mi? 

J'arrive de Siguiri, m' bé na, in bora Sigivi (je viens, je suis 

sorti de Siguiri). Il est arrive' à Kita, a nara Kita. \\ — • par ha- 
sard, na; don. 
Arrondir, hon hé, moro-moro. 

Arroser, son; dyi bo fourou hono (verser de l'eau dans le champ). 
Artère, /fls«, bigo (K.). 
Assaillir, hélé. 
Assassin ,fahhala ,fâlihéla. 
Assassinat, fahhali , fali. 
A SSASSINER , fahha , fa ; dyara. 
Assemblée, ladyéli, lédéli, dyénia (Ai'.). 
Assembler, ladyé, lédé. \\ S' — , ha/ou , ha/ou nyohhoma , kafou ni kili , 

hhafou nyohhohhan [K.). 
Asseoir. S' — , sigi. Il s'est assis, a sigira. Il est assis, a bé sigila. 
Assez, a tou té (laisse cela ainsi); a bana, a banla (c'est fini); a 

sira (c'est arrive'). J'ai assez d'eau, dyi sira 7i'yé. || Pas — , a 

man sya; a té bo; a man sifoîo (ce n'est pas encore arrivé). Je 

n'ai pas assez de lait, 7iono man sya. 
Assiéger, sigi . . . fé. 
Assistance, aide, démé. || — , assemblée, ladyéli, lédélé. 



DICTIONNAIUE DE LA LAXfilïE MANDÉ. 279 

Assister aider, démé. — , èlro presoni V^/c', va (voiiir); s?^/ (èlre 
assis). 

Atroce , dyougou a La sya. 

Attacher, siri, siti, sti (K.). 

Attaque, houn-hhan. giri-giriba. 

Attaquer, kébé. 

Atteindre, monta, mina. 

Attendre, kono, khono (K.), khnnon (K.). Attonds que je rovionno, 
a kono n ka na, \\ — , s'arrêter, lo, dn. Attends ici, lo yan. \\ 
S' — , da (croire), hakili ha ro (penser). 

Attention, hakili , fakili , fakli (Ar.). || Faire —, hakili ha ro, hakili 
ton, hakili lo; don; mouiidi (K.). 

Attirer, sama, samba, saha. 

Attraper, mina, monta, ta. Attrape! A ta! 

Aube, dyouni-dyouni (de tW s bonne heure), dyonnou-dyounou (K.); 
doiinioun-kouma , dounlonu'-khasi to (K.) (au chant du coq); douno- 
koumo (Be'l.). 

Aubergine, sorte d'- — rouge, ressemblant à la tomate de France, 
dyakhatou. 

Aucun, personne, mokho té. \\ - — -, avec un nom de chose, se tra- 
duit par la re'pétition du nom et la négation. 11 n'y a aucun 
arbre dans le pays, yir'-o-yiri nté dyamani kono. jj — peut se 
tourner par : pas un. Aucun grain de mil n'est tombé, ani nyon 
késé km ma houtou dougouma. 

Audace , Jariya , fatiya. 

AvD kciEiix, Jari, fati. 

Auge , fakha. 

Augmenter, bonnya; do di (donner d'autre). 

Aujourd'hui, bi. \\ — , à l'époque actuelle, sa nyokho ionma (au 
temps à côté de cet instant). 

Aumône, sarakha, sakha; karandi. || Faire l' — , sarakha di. 

Auparavant, tourna J'olo, om/éro. 

Auprès de, nyokhon. nyokhonjé, nyokhoti kofé. 

Aurore, tili otdila, lili ouléla, lilo oh/c7o(K.) (le lever du soleil). 

Aussi, i. Et, avec, en même temps, ani, ni, i; a hé; o hé. - 2. 
C'est pour(|uoi, dé ka ké (c'est cela qui a l'ait que). Tu n'as 
pas travailb', aussi je te punirai, i man h(d,ha ké, dé ka ké 
m' i' i gosi. — 0. Devant un adjectif, comparatif d'égiililé, se 
tourne par w commet, iko. Je suis aussi grand que mon père, 
n ka dyun iko m\fa. - h. Après un pronom , /««a. Moi aussi, 
né fana. 
Aussitôt, oro, ikoro, ni . . . ikoiv ni; . . . toiuna mena. Aussitôt 
qu'il viendra, je l'attacherai, ni a nara, ikoro ni b" a siri, ou 
ni a nara tourna mena, m' // a siri (^au moment où il sera venu 
je l'attacherai). 



280 J.-B. RAMB.VUD. 

Autant, comparatif d'égalité, se tourno par : c'est égal, o hé kili, 
a hé kakha7i. y a'imc autant mon père que ma mère, m fa ka di 
n' yé ani m ha, a hé kakhan (j'aime mon père et manière, c'est 
la même chose). 

Autorisation, dalili. \\ Avoir l' — , dalili soro. 

Autoriser, bafé (vouloir); dalila. 

Autour de, kéréfé, bokhofé (K.). Autour de la case, boim kéréfé. 

Autre, do, to. Un autre arbre yiri do; guère, wéré (Bel.). || L'un 
l' — , ni/okhon. \\ Une — fois, sinya foulana , sinya dola, doro. || 
Les — s, mokholoii do, maou do (B.). || Vous — , nyi. Vous autres 
blancs, nifi touhahou. 

Autrefois, yb/o doro. 

Autrement, pas de la même façon, a té kili, a té kakhan. \\ — -, si- 
non, ni té (si ce n'est pas cela). Va-t'en, autrement je te 
bats, takha, ni o té ni h'igosi. 

Autruche, soM^oMMï, kono-sougoiiti , sogonto (K.); 

Avaler, kounou, khounou (K.). 

Avance, prêt, fouma; donna (K.); dyoulou-doutia (K.). 

Avancer, takha; ma lo, ma do (ne pas s'arrêter); goré. 

Avant, mja, nyato. Il est parti avant moi, a tara nté nya. \\ — 
QUE, kahini, kamini; sadi, sani, sado (K.). Avant de venir, lave 
tes mains, sadi i hé na, i ka houlou kou. |] En — , da nyé, nya- 
lo. Il hier, kounou ko. \\ — , proue d'un bateau, koun. 

Avare, sonyoh; ka^itéla (K.). 

Avarice, sonyo. 

Avarié. C'est — , a tinyara, a tita. 

Avarie, tinya, tita. 

Avec, ani, ini, ni, i, iningo (K.); nof. Viens avec moi, na nofi. 
Va avec lui, takha nofi. \\ — , au moyen de, ma, na, la. Il a 
cassé la porte avec une hache, a ka da ti yèndéma. 

Avenir. A l' — , tourna béna, o nya, o nyéro. 

Aveugle, nya té; fyen té,fyon to (K.). 

Aveugler, nya monta (prendre les yeux). 

Avide, sonyola, korosyé. 

Avidité, sonyo. ^ 

Avis, yili. \\ Donner son — , dali. \\ Etre de l' — de, hé ... na, 
hé . . . kakhan. \\ A l' — de , yili ko. 

Avoir, posséder, ha houlou. J'ai une femme, monsou ha m' houlou 
(une femme est dans ma main); soro, soto (recevoir). J'ai 
deux enfants, w' ka din foida soro. \\ — faim, konko hé. \\ — 
SOIF, min-lokho hé. || — raison, tonya ha houlon, tonya hé; dyo 
soro. Il — TORT, tonya té, tonya té houlou; dyo man soro. \\ — 
PEUR, hi sira, silana hé, dyito hé. \\ — besoin, makou hé. J'ai be- 
soin d'eau, dyi makou hé n yé. \\ — chaud, a ka givin. \\ — 
FROID, a ka néné, néno hé (K.). || — le temps, dyen soro. \\ — 



DICTIONNAIRE DE LA LANGIE MANDÉ. 281 

À, se tourne par ie futur. J'ai à te parier, m hé hoiima fo ijé 
(je te dirai une parole). || Il y a, hé. Il y a des villages, dou- 
gou hé yé. || Il n'y a pas, té. Il u\ a pas de puits, kolon té yé. 

Avorter, sigiko, hokhogé. 

Aventure, Dire la bonne — , kényéla. \\ Diseur de bonne — , ké- 



nyélala. 



B 



Babiller, barou. 

Badigeon , pour les caves , nokho. 

Badigeonner, nokholi. 

Bafouer, dougouya. 

Bagage, mina, mina-koulou, minanou; doni (fardeau). || Plier — , 

fanifourgouro ké (mettre son linge dans sa peau de bouc). 
Bagarre, kélé. 

Bagatelle, /en sobé nté,Jen gansan. 
Bague, doroman, doromé, doroma (K.). 
Baguette, botisa. \\ — de fusil, bayéti (Fr.). 
Bai, cheval, sou dyoubé, sou dyouhéjîn, sou dyibé. |] - — brun, di/ou- 

bé. Il — GLAiR, dyoubé inoumov. \\ — en tète et biilzanes, tyadou. 
Baie, golfe, ba dogi. \\ — , fruit, yiri-dm, yiri-dé, yiro-dingo (K.). 
Baigner, tremper dans l'eau, dyito sigi, dyiro sigi. || — , v. n., 

être trempé dans l'eau, dyou hé dyiro (être le derrière dans 

Teau), Ij Se — , kou. H s'est baigne' dans le fleuve, a koura 

haro. 
Bailler, yala. kliakha (K.). 
Bâillon, da siri, garou. 

Bâillonner, da siri (attacher la bouche), gnrou-ké. 
Bain, kou dyi, dyi iné hé kou kono (l'eau où on se baigne). 
Baiser, subst., oulila, da-sousou (murmure de la bouche). || — , 

V., embrasser, ouliln ké, da-sousou ké. 
Baisser. Se — , digi. 

Bajoue, tama (joue), da-fourgou (sac de la bouche). 
Balafre, nya-dyogi (blessure de la figure), nya-non (cicatrice de 

la figure). 
Balai , firali . Jitala , fit(do ( K. ). 
Balance, dya, souma-dya, soumalin-Jhi. 
Balancer, lanui, bito (K.). || — , hésiter, mén ké kouina Ion (ne pas 

savoir qut; faire). 
Balayer , jira , fita. 
Balbutier, da-gara. 

Balle, de fusil, marfa-négé ; négé-din, négé-dé. 
Ballot, doni. \\ — , en forme de boule, en feuilles, ^oîii/oa. 



282 



J.-B. RAMBAUD. 



Balzane, djié. Cheval à une, deux, trois, quatre balzaoes, sou dyé 

kili, foula, snba, nani. 
Bambou, ho. 

Banane, namasa, némésa; hanaïui, haranda (K.). 
Bananier, wrtH/asrt ?/în'. 
Banc, sigila (siège). 
Bande à bandage, smVr/. || — d'e'toiFe de coton pour les pagnes, 

fani-mougou. \\ — -, troupe, boulon; hélé; kélé-bouloii. 
Bk^oEkv, fani-sirila. \\ — sur la figure, nya fani sirila, m/ana 

siri. 
Bander, siri, || — les yeux, nya siri. 
Bannette, s agi. 
Baobab, sira, sita, sila, sito, (K.). || Pulpe du fruit du — , sira- 

mougou. 
Barbe, bon-si (poils du menton). || — , favoris, dyéméné; tamasi 

(poils de joues). || — blanche, si-dijé, si-gé, sé-gwé. 
Baril de poudre, kolonto; mougou doun-doun. 
Barque, koidoun. 
Barrage, dyoubé. 
Barre de bois, yiri-kourou, yiri-koulou, yiri-koutou. \\ — de fer, 

négé-kourou. \\ — de sel, fardi, fardé; bafal, bafé (Be'l.). 
Barrer, yiri-kourou ké, négé-kourou ké. Empêcher de passer, bali 

ka tambi. 
Barrière, sansan, sinsin. 
Bas, adj., dougouma; sourou (petit). || En — , dougouma. |] LÀ , 

yé, yéfé. || A — prix, songo man dyougou. \\ Faire main — se, 

monta; sounya. \\ Mettre — , woulou, wolo. 
Bassin, négé-ba, négé-kouna. 

Bastonnade, bousa. \\ Donner la — , bousa, gosi bousama. 
Bit, kirké,khirkhé [K.). 
I^ATÀILLE, kélé, nyokhon-boun. 
Bâtard, nya-fourou-din , dyanka-din, dyankalimé. 
Bateau, kouloun. \\ — à vapeur, sisi-kouloun. 
Bâtir une case, boun ké, boun dara. 
Baton, béré, bêlé, bré, blé. 
Battre, gosi; hougo. || — , vaincre, goulé. || Se — , kélé ké ny»- 

khon-boun ké. 
Bavard, koumala, kouma-tinyala , haroula, baroulikéla. 
Bavardage, harouli. 
Bavarder, barou, barouli ké. 
Bave, da-dyi (eau de la bouche). 
Baver, da-dyi bo. 
Beau. C'est — , a ka nyi; nyima, nyounia. \\ — père, bira, bita. \\ 

Belle-mère, bira-mousou, bita-mousou. \\ — frère, ni-mokho. |) 



DICTIONN VIRK DE LA LANGUE M VNDÉ. 283 

Belle-soelr. »/-»/oMso». Belle-fille, i(Vrt-/»OH$OM. || — temps, 
Hiji, mjouma. Il lait beau, a ha nijouma. \\ U.n — ■ jour, loungo. 

Beaucoup, on comptant, a ka si/a, sijama, tijania; kika (K.); bélé- 
bélé. Il — , sans compter, a ka sija, a ka tya, syama, ti/ama; hali; 
wa. Il y a beaucoup de bœufs, nisi ka si/a, nisi sijama hé yé. 11 
y a beaucoup dVau, di/i sjjania hé. j] — , devant un adjeclil", 
mjima, mjouma, kou-sohé. \\ — , dans le sens de grand, hoan- 
ba. Il —, sans complément, kou-sohé, kou-nyima, kou-dyougoïc 
(en mauvaise part); hélé, hélé. 

Beauté, (Uya. diyé. 

Bec, d'oiseau, kono da. 

Bêche, indigène, daha. 

Becqueter, sokho, soua. 

Bégayer, da gara. 

Bêler, kasi (crier). 

Bélier, srtAVta, sakha-ké, sakha-tigi, sa-ké, sa-tigi, sakhon-klié {¥l.) ; 
sakho-tigi (K.). 

Bénédiction, haraka (Ar.), harké, aharka (K,). 

Bénéfice, gain, tonou. 

Bém , harkéla. 

Bénir, haraka. harké. 

Berger, gela, givéla (Ko.), gé, givé (Ko.). |i — de bœufs, nisi-gé, 
nisi-géla. \\ — de moutons, sakha-géla. On dit aussi woré-géla 
(gardien de troupeau). 

Bergerie, sakha-xvoré , sa-woré (parc de moutons). 

Bergeronnette, nisi-kono (oiseau des bœufs), nisi-gonyori , nisi- 
gonyoro (K. Bel.). 

Besoin, makou. J'ai besoin, inakou hé »' yé. L'homme a besoin du 
mil, moklio makou hé nifon la. 

Bestiaux, nisi (des bœufs). |j Parc à — , nisi-ivoré. 

Bétail, mst (des boni fs). i| Troupeau oe — ,nisi-woré. 

Bète, sakha, saklio (K.), soubou; sogo, sougou (S.). 

Beurre, de lait, naré (K.); nisi-toulou. |j — , de karite', sé-toidou, 
sé-tlou. 

Biche, kouloun, konloungo (K.). || Grande — , sine. \\ — à cornes 
en lyre, mina. 

Bien, nyi, nyima, nyouma; héré, hété; c esi bien, a ka nyi, a klia. 
hélé (K.); a bé n ta. \\ — , beaucoup, syamn, a ka sya. (Voir 
Beaucoup.) il — , devant un adjectif, kou-sohé. kou nyima. J'ai 
bien dormi, n ka sinoklu) kou-sohé. Travaille bien, i ka bakha 
kou sohé. il — QUE, bari (cependant). Bien que tu l'aies aidé 
il ne t'as pas iécomj)ensé, tournez : tu l'as aide', copcudaiit il 
ne t'a pas récompense, i k' a démé, bari a man sara di ' ma. || 
— s, riclicsses, nafoulou, naflou. 

Bienfait, sara k lia. 



28d 



J.-B. RAMBAUD. 



Bienfaiteur, sarakha-dila. 

BiemÔt, sa-sa (K,), si-sa (tout de suite); tourna doron (dans uu 

petit temps), doron (dans peu), yétia. 
Bifurcation, s da foula, sdajla, sira foula ; fara , sUa-fara, sdo-fara 

doula. 
Bijou, masiri, masili. 

Bijoutier, sawa-ké[K.), noumou-ké (forgeron). 
Bivouac, digi-doula; dakha. 
Blâmer, lamo. Je l'ai blâmé d'avoir volé, n k' a lamo katougou a 

ka sounyali ké (parce qu'il a volé). 
Blanc, khot (K.); dyé, gé, gwé (Ko.). || Homme — , ionbabou; 

fara gé,fata goé (Bel.). || Cheval — , sou bé dyé, sou bé da. \\ 

Cheval qui boit dans son — , sou dajé dyé. 
Blanchir, v. n., devenir blanc, dyé na. Ses cheveux ont blanchi, 

a si dyé nara. \\ — , v. a., rendre blanc, dyé ké. \\ — le linge, 

kou. 
Blessé. Il est — , a dyogira. 

Blesser, dyogi. \\ — à coups de couteau, sokho, soua (piquer). 
Blessure, da; souali-da, souaré-da (à coups de couteau); dyogi, 

dimi (douleur). 
Bleu, adj., tigéla; Jln-ma (noir); fomé; gara (indigo). i| — , 

boule pour le blanchissage, boula (Fr.). || — et blanc, j)agnes 

rayés de ces deux couleurs, fanijènkhala (pagne de couleur). || 

— ET BLANC, couvertures rayées de ces deux couleurs venant 
de Ségou, danpé, kosonkholo. 

Blottir. Se — , dougou. 

Boa, maninya, mininya, maninyan, mininya, méninga 

Boeuf, nisi, niso (K.). || — , à bosse, sigi. \\ — porteur, tamé, 

témé. 
Boire, mi. Va faire boire le cheval, iakha ka sou mi. 
Bois, perches, troncs, yiri. \\ — , branches d'arbre, yiri-boulou. || 

— à brûler, lokho, loua, douo. || — à construire, kisé. \\ — , 
forêt, woulo, tou-ba. Ceci est fait en bois, nyi bakha yiri lé mou. 

Boisson, mi-Jen, mi-Jeugo (K.). 

Boîte, bâta, bara (Fr. ). 

Boiteux, sin-kilé, sin kili. 

Bon, nyi, nyima. nyouma, béré, bété [K.). \\ — À manger, di, bété 
(K.); doumou-fèn; nyima; douma. C'est bon, a ka nyi, a ka di 
(au goût), a kha bété (K.); a bé nta (cela me convient); douma 
don (c'est bon à manger). Ce n'est pas bon, a ma nyi, a man 
bêlé (K.), douma nté (ce n'est pas bon à manger). 

J.-B. Rambaud. 

(.4 suivre.) 



DE L'ARTICLE. 

(MORPHOLOGIE ET SYNTAXE.) 



La plus petite des parties du discours, celle (jui semble être la 
moins importante et jouer le rôle le plus humble, c'est, sans con- 
tredit, Tarticle; nous verrons qu'il en est tout autrement en re'a- 
lité et qu'il remplit, au contraire, précise'ment la fonction essen- 
tielle qu'ont les infiniment petits dans le monde biologique. H 
imprime pour sa part à tel langage son caractère propre; il vient 
en aide aux autres parties du discours, e'tant un mot auxiliaire 
d'une grande puissance; il leur donne la pre'cision de concept et 
la détermination qui leur manquent; il les renforce s'ils en ont 
besoin, les de'charge de leurs concepts accessoires trop lourds, 
e'vite les heurts que les mots principaux pourraient avoir entre 
eux, leur me'nagc l'espace et permet à la lumière logique de cir- 
culer. Il me'rite donc toute notre attention. Nous allons essayer ici 
très brièvement de retracer son origine et son évolution première, 
sa fonction mécanique au point de vue morphologique et ses di- 
vers emplois fonctionnels au point de vue psychologique et syn- 
tactique. 

Remarquons, avant de commencer, que l'article n'est pas 
commun à toutes les langues, qu'il est seulement le privilège de 
quelques-unes, tantôt des plus anciennes, tantôt, au contraire, des 
plus développées et des plus parfaites; mais que souvent il fait 
défaut, que ce n'est pas, par conséquent, un organe indispen- 
sable du langage, mais un organe complémentaire qui s'ajoule 
en présence de certains besoins psychiques d'expression, les- 
quels sinon le créent, du moins le développent et lui donnent 
seuls une existence personnelle autonome. 

1°. — De l'article au point de vue morphologique, 
de son origine pronominale, de son evolution. 

Les diverses parties du discours se sont développées les unes 
des autres. Dans les langues qui ne connaissent pas encore le 
pronom prédicalif, mais qui conjuguent le verbe possessivement, 

MKM. LIWG. IX. 19 



286 RAOUL DE LA GRASSERIE. 

]e verbe n'est, en re'alité, encore qu'un substanlif; le participe 
conserve toujours les attaches verbales; l'adverbe n'est qu'un ad- 
jectif sm'^enens; la conjonction n'est qu'une transformation de la 
préposition. C'est ainsi que l'article, à son tour et plus étroite- 
ment, tire son origine des pronoms personnels, et parmi eux, du 
pronom de la 3" personne. 

Seulement, tandis que le pronom personnel de cette personne 
remplace le substantif et le rappelle, de manière à éviter sa ré- 
pétition, l'article se joint au substantif et, au lieu de le remplacer, 
le corrobore désormais. 

De cette origine, on peut apporter des preuves nombreuses. 
Pour citer d'abord les langues connues, qui ne constaterait en 
grec l'étroite parenté entre le pronom relatif, d'abord personnel, 
et l'article, et en français la dérivation de l'article du pronom la- 
tin ille? Maïs dans des langues beaucoup plus antiques d'allure, 
le pronom est encore plus frappant. Il faut citer parmi elles le 
nama et les langues bantou. En nama, le pronom des trois per- 
sonnes se joint au substantif en s'y suffisant. Ce n'est plus seule- 
ment celui de la 3° personne qui devient un article, ce sont ceux 
aussi de la i""^ et de la 2^ 

Le processus devient ainsi plus transparent et l'origine pro- 
nominale plus évidente. On dit : hyy-ta tf seigneur- moi w, au-ts 
ftliomnie-toi:5, gu-h cf père- lui ii; les suffixes ta, ts, h signifient 
«moi, toi 17 et fflui»; ce sont de vrais pronoms, et à la 3* per- 
sonne on emploie de la même manière les expressions de tous les 
genres; masculin, féminin et neutre, h, s q\, i, qui sont aussi des 
pronoms. 

De même, dans les langues bantou, on ne suffixe plus, mais 
on préfixe au substantif les pronoms, non plus des trois per- 
sonnes, mais de la 3"; mais ces pronoms sont très variés : k,t, d, 
l, n, p, h, m, suivis de différentes voyelles et se rapportant à 
différentes classes d'objets; eh bien, chacun de ces pronoms se 
préfixe au substantif et sert d'article ; en cafre : um-tu'^ il-homme -n , 
ili-zwi fcil-motii, m-;^^/^ rrelle-maison^, u-dode rr elle-sœuni , pour 
Yhomme, le mot, la maison-, il n'y a aucune différence entre le pro- 
nom et l'article, sinon la position. 

. L'origine pronominale de l'article est indéniable, nous allons 
avoir l'occasion d'en fournir de nombreux exemples en parcou- 
rant tout à l'heure les diverses langues, et nous l'expliquerons 
plus loin lorsqu'il s'agira du point de vue psychologique. 

Mais bientôt la sensation de cette origine se perd, quelquefois 
même la forme pronominale qui avait été empruntée ne fait plus 
fonction de pronoms, n'est plus usitée comme tel, et l'article 
survit seul avec sa fonction propre. 

L'article ainsi dérivé du pronom est désormais destiné à dé- 



DE L'ARTICLE. 287 

terminer, c'est-à-dire à individualiser; quoiqu'il ait d'autres fonc- 
tions, comme nous le verrons plus loin, c'est là celle normale. 
Le substantif, par exemple, a une signification indétermine'e; 
Vhomme en possède trois bien distinctes; il signifie un homme 
quelconque, individuel, mais non de'signé, dans le sens de àvOpck)- 
TTos Tis; ou bien il désigne Ihomme en général, tout homme, 
l'homme par opposition à d'autres êtres, ou enfin il signifie un 
seul homme qu'on veut indiquer à l'exclusion de tous autres. 

Comment distingue-t-on ces différents concepts? Beaucoup de 
langues, la plupart,' seront hors d'état de le faire: ce ne sera 
que le contexte qui décidera. D'autres, au contraire, distingue- 
ront soigneusement ces cas; il y aura une forme, ou plutôt un 
mot spécial pour la détermination. Ce mot, ce sera l'article. 

Mais toutes, pour cette expression, ne procéderont pas de la 
même manière. Les unes, par exemple, auront un indice pour 
marquer la détermination et un autre pour marquer l'indétermi- 
nation. C'est ce qui arrive en français oii l'on dit tantôt un 
homme, et tantôt Vhomme. Mais cela se produit rarement, d'ail- 
leurs ce n'est pas nécessaire; il suffit qu'on marque une de ces 
deux situations. Si, par exemple, la détermination a un indice, 
il suffira que cet indice soit absent pour qu'on sache qu'on se 
trouve dans un cas d'indétermination; et en français au lieu de 
dire Vhomme, et par opposition un homme, on aurait pu, si tout 
n'était pas involontaire et inconscient dans le langage, dire 
Vhomme et par opposition homme. C'est à ce dernier parti que 
presque toute les langues se sont arrêtées, de sorte que l'article 
n'y marque que la détermination seule, et qu'il n'y a qu'un seul 
article. 

Certaines autres emploient l'article, le même, quil y ait dé- 
termination ou indétermination: tous les substantifs en sont tou- 
jours munis; l'article devient, à ce point de vue, indifférent. 11 
est probable qu'il a marqué d'abord la détermination, puis, que 
la sensation de son rôle s'est oblitérée et qu'il s'est ensuite étendu 
par analogie à tous les substantifs. 

Lorsque l'on veut marquer non point tel homme individuel, 
mais ïhomme collectif, on se sert de l'article déterminé, ce qui 
peut paraître singulier au premier abord, mais ce qui s'explique 
très logiquement. 

En effet, l'homme collectif devient individuel vis-à-vis de telle 
autre espèce zoologi(jue. Lorsqu'on dit par exemple : r? L'homme 
et le cheval'^, il s'ajfit, non il est vrai, de deux individus, mais 
de deux genres respectivement individualisés. 

Si c'est le substantif, l'être, qu'il y a lieu de déterminer, et si 
l'article est employé à cet usage, quelquefois cependant , anorma- 
lement, il y a lieu de déterminer une autre partie du discours, 

19. 



288 RAOUL DE LA GRASSERIE. 

el c'est alors l'article qui est encore employé' dans ce but. C'est 
de cette manière, comme nous le verrons, qu'il de'termine quelque- 
fois l'adjectif. 

Quoique l'article soit le principal et presque exclusif instru- 
ment de détermination, nous verrons qu'il existe des anomalies; 
quelquefois la de'termination se fait par d'autres moyens. Par 
exemple, la racine du substantif s'amplifie quand une forme 
empbatique met en relief, et c'est ce relief qui exprime la déter- 
mination. D'autres fois, cette racine se dédouble en partie, et c'est 
ce dédoublement qui remplit cette fonction. Quoique alors il ne 
s'agisse pas de l'article (quelquefois ce n'est qu'une apparence), 
et que ce soit un liors-d'œuvre d'en traiter ici, nous le faisons 
cependant pour être complet, parce qu'il y a là une anomalie 
et un fait tout exceptionnel. 

Nous rencontrerons dans l'étude de l'article quelques difficulte's. 
Si presque toujours son origine pronominale est claire, quelque- 
fois elle semble un peu cache'e, nous devons avec since'rité relever 
ces éclipses, et chercher à retrouver le fil qui peut nous man- 
quer tout à coup. 

D'autres fois, l'article disparaît complètement, et cette éclipse 
est plus obscure. Un substantif, au cas normal, au nominatif 
par exemple, et au singulier, n'en est pas accompagne'. On l'ap- 
pelle, il est absent. Mais il apparaît tout à coup sous le re'actil 
d'une autre cate'gorie grammatical-e, par exemple, du pluriel, 
du féminin, de l'accusatif, pour exprimer une de ces cate'gories 
qui n'a pas ou qui a perdu le mode ordinaire d'expression. 

Ce cas est très curieux. La de'termination fait fonction de 
nombre, de cas, de genre. Quelquefois ce résultat n'est que l'efl'et 
de la chute de l'article dans les autres situations. 

C'est ce que nous appellerons Varticle latent. 

Que si nous revenons à l'article proprement dit, celui qui 
suit la formation et remplit la fonction ordinaire, nous remar- 
querons qu'il peut occuper auprès du substantif deux positions 
bien dilférentes. 

Comme tous les autres affixes grammaticaux ou lexicologiques. 
il se prépose ou se suffixe. L'article suffixe est plus rare, il perd 
dans cette situation un peu de son caractère , et on a peine quelque- 
fois à le dégager. Il est ordinairement préposé, quelquefois 
préfixé, gardant mieux ainsi son indépendance, et plus prêt à 
remplir à cette place les fonctions diverses qui peuvent lui être 
données. 

D'ailleurs qu'il soit préposé ou suffixe, l'article tantôt reste 
invariable et toujours le même; c'est le cas, entre autres, de 
l'article arabe al, el; tantôt, et le plus souvent, il varie, suivant 



DE L'ARTICLE. 289 

le genre, le nombre, le cas, ou suivant les trois à la fois; c'est ce 
qu'on peut observer dans Tarlicle grec. 

Dans les langues qui comptent, non deux genres ou même 
trois, mais un grand nombre do genres, comme les langues 
bantou, l'article varie suivant qu'il s'agit de diverses catégories 
d'objets. Cela n'a rien d'étonnant, l'article n'étant que le pronom 
personnel qui a préalablement suivi toutes ces variations. Nous 
allons maintenant, passant de ces i-emarqués générales à une ob- 
servation concrète, examiner l'article et, plus en général, l'ex- 
pression morphologique de la détermination dans les divers 
groupes de langues. Nous établissons dans cet examen les divi- 
sions suivantes : 



1° DETERMINATmX MARQUEE PAR L'ARTICLE. 

A. — Détermination du substantif. 

1° De la détermination et de l'indétermination par deux ar- 
licles différents; 

a" Un seul article s'applique à la fois au cas d'indétermina- 
tion et à celui de détermination; 

3° L'article marque seulement la détermination. 

a. — Article patent. 
1° L'article est préposé. 

a. Il reste toujours invariable. 

b. 11 varie suivant les genres. 

c. Il varie suivant les cas. 

d. Il varie suivant la classe des objets. 

2° L'article est postposé. 

a. 11 est invariable. 

b. H varie suivant les genres. 

c. 11 varie suivant les personnes. 

b. — Article latent. 

Il apparaît sous le réactif du genre, du nombre, du cas. 
11 sert à les marquer. 

B. — Détermination de l adjectif, du verbe, de V adverbe. 

2" DÉTERMINATION MARQUEE AUTREMENT QUE PAR L'ARTICLE. 



a. État emphatique; 

b. Réduplication partielle. 



290 RAOUL DE LA GRASSERIE. 

En ce qui concerne Tarticle , nous distinguerons le cas où il 
dérive morphologiquement du pronom et celui où il semble avoir 
une autre origine. 



1° DETERMINATION MARQUEE PAR L'ARTICLE. 

Comme nous Tavons dit, c'est le proce'dé ordinairement em- 
ployé' quand on marque la de'termination. Mais la plupart des 
langues ne la marquent pas, et cela, en effet, nest pas nécessaire 
le plus souvent: si le substantif est suivi d'un autre au génitif, 
cela le détermine suffisamment. 

Dire : livre de Primus serait aussi clair que de dire: le livre de 
Primus, et ce livre n'en serait pas moins individualisé. Il en est 
de même, quand on dit : livre que vous tenez à la main. Que si 
ces circonstances manquent, l'emploi d'un adjectif démonstratif 
ou même d'un adverbe locatif, ou même un simple geste, peu- 
vent suffire: livre celui-ci, ou livre ici, ou livre, en le montrant du 
doigt. Telle est d'ailleurs l'origine de l'article, puisqu'il dérive du 
pronom. 

On a dû dire d'abord par pléonasme : ceci-livre, le désignant 
ainsi de deux façons-, plus anciennement, on disait sans doute 
ceci, puis, pour plus de clarté, on a ajouté livre. Nous verrons 
plus loin dans la partie psychologique que tel est l'ordre qu'on 
a dû suivre. 

Livre-ceci ou plutôt ceci-livre est devenu ce livre, puis le livre. 
L'article est donc un luxe, mais nous verrons que c'est un luxe 
très utile. Le premier article a été un geste; on sait quel supplé- 
ment celui-ci apporte au langage chez les peuples primitifs; les 
plus civilisés l'atténuant ont besoin de le remplacer et le rem- 
placent souvent par l'article. 

l*]ncore moins est-il nécessaire d'avoir deux articles, l'un pour 
la détermination, l'autre pour l'indétermination. Encore moins 
surtout est-il utile de voir déterminer l'adjectif, ce sont pourtant 
des phénomènes que nous allons constater. 

A. — Détermination du substantif. 

Cette détermination a lieu au moyen de l'emploi de l'article, 
ou par d'autres procédés. 

Étudions d'abord, et cela seul est notre sujet direct, l'emploi 
de l'article. 

1° Article double. 

L'article est double, il y en a un pour la détermination et un 
autre pour l'indétermination dans les langues suivantes : 



DE L'ARTICLE, 291 

Tout d'abord , dans les langues indo-européennes dérivées où 
il existe, l'article est généralement double, par exemple, en 
français et en allemand. Chez nous, il se marque par un pour 
l'indétermination, par le, la, les pour la détermination. L'origine 
de ces deux articles est évidente : le premier n'est que le mot 
de nombre non modifié; le second est le pronom latin ilk, illa, 
illos, ainsi syncopés : il{le), il(la), ill{o)s. Il en est de même en 
italien, en portugais, en espagnol. 

Même processus en allemand, oij l'on trouve à la fois ein etdas, 
avec même origine; en hollandais, on danois et en suédois. En 
anglais l'article indéterminé est le mot de nombre iiiodifié: a au 
lieu de one; le déterminé est the, dérivé du pronom. Il en est de 
même en celtique où l'on rencontre eiir et an, ar, et en grec où, à 
côté de ô , V, t6, on rencontre tis, et aussi le substantif sans 
aucun article. 

Le roumain marque très nettement la différence entre le dé- 
terminé et l'indéterminé. Dans le premier cas, l'article qui n'est 
autre que le pronom se suffixe au substantif et se décline seul. 
Oni-nl ff l'homme w, om-ului tfde l'homme tî; dans le second, le 
nom de nombre un se décline seul aussi, mais se prépose: un 
pork rrun porcw, iinid pork rrd'un porcr», etc. Il faut noter que 
cette langue peut obtenir un indice de détermination renforcée 
en préposant îchel. 

L'adjectif se suffixe aussi l'article de détermination : bun-ut 
fbonr). 

En dehors de la famille indo-européenne, nous trouvons le 
double article nettement formé dans le vieil égyptien et dans le 
copte. 

Dans la première de ces langues, le déterminé est pa, fémin. 
ta, plur. 7ia, d'origine pronominale; nous le retrouverons plus 
loin; l'indéterminé est de forme invariable, et n'est autre que le mot 
du nombre tia ^ un v : pa miter cfle dieuw, ua atef «un pèrew. En 
copte, le déterminé est pe, fémin. te, plur. ne; l'indéterminé 
eslu , l'origine est la même :pi-kahi rc la terre n , u-rômi cr un homme »; 
au pluriel, l'indéterminé est han, qui signifie tf quelques-uns w. 

Au contraire, les autres langues de la même famille, ou ne 
possèdent pas d'article, ou n'ont que l'article déterminé. 

Parmi les autres langues de l'Afrique, le grebo possède aussi 
les deux articles. Le déterminé consiste dans le pronom de la 
3* personne suffixe et redoublé nono [le pronom est no\; l'indé- 
terminé consiste dans le pronom simple no. 

Parmi les langues du Caucase, l'abchaze possède aussi le double 
article. Celui de détermination a est préfixé, c'est un pronom 
démonstratif; celui d'indétermination k, est suffixe: a~pha ffle 
fils ^ , pha-k ff un fils ri. 



292 RAOUL DE LA GRASSERIE. 

Les langues polynésiennes et les malaisiennes ont aussi les 
deu.v articles. 

Dans les premières, tandis que l'article de détermination est 
te, le, suivant les langues, celui d'inde'lermination est se, he; 
se tangata ffun homme '■>, le iangata «WiovAuve-n; sa n'est autre 
que le mot du nombre rfunw. Dans les secondes, en dayak, par 
exemple, l'article de détermination est ta, tandis que celui d'in- 
détermination est idji, mot de nombre. 

Dans une langue mélanésienne, le nengoné, même état. L'ar- 
licle de détermination est re, donc un pronom; celui d'indéter- 
mination est se, le nombre tfun^: re ngome cr l'homme w, se n^ome 
ff un homnid. Il faut remarquer que les noms propres ont une 
particule spéciale : hei. 

Sans doute, quelques autres langues possèdent l'article d'in- 
détermination, mais ce fait est rare. 

Il faut remarquer d'ailleurs qu'il peut exister, entre le cas qui 
appelle l'article de détermination le et celui qui appelle l'ar- 
ticle d'indétermination un, un troisième cas, moyen entre les 
deux, qui appelle, même souvent dans les langues qui possèdent 
les deux articles, l'absence d'article ou une modification de l'un 
des deux. C'est ce qui arrive en français plus difficilement, parce 
que l'article y est devenu comme indispensable dans ce cas; l'ar- 
ticle est conservé, mais modifié au partitif. 

On peut citer les exemples suivants: un lièvre, le lièvre, {que), 
du lièvre. 

Ce dernier cas est même celui de la véritable indétermination; 
un lièvre est individuel, comme le lièvre, et représente plutôt l'in- 
défini. A ce point de vue, les deux articles seraient tous les deux 
de détermination. 

9* Article simple, mais marquant à la fois la détermination 

ET l'indétermination. 

On ne conçoit guère qu'un tel processus puisse être réel. A quoi 
bon l'article, instrument de détermination, s'il s'agit d'un sub- 
stantif qu'on veut, au contraire, indéterminer? C'est agir au re- 
bours de la fonction. 

Cependant l'explication historique en est simple. L'article de 
détermination, surtout lorsqu'il s'est fortement agglutiné au 
substantif, perd de vue bientôt sa raison d'être; il devient comme 
un suffixe lexicologique; il s'est cristallisé et est désormais indif- 
férent au point de vue de la détermination. Mais il ne l'a pas tou- 
jours été. Ce qui prouve que ce processus est exact, c'est qu'il se 
produit surtout lorsque l'article est suffixe ou incorporé et a 
perdu son autonomie. 



DE L'ARTICLE. 293 

Un tel ^rocess?<s s'observe d'abord dans les langues dravidiennes. 

Dans ces langues, le nominatif, lorsqu'il s'agit d'êtres animés, se 
forme en suffîxant les pronoms de la 3* personne qui jouent exac- 
tement le rôle d'un article : avan, fe'min. aval, sous la forme 
abre'ge'e on, an, cil. 

Dans la langue nahuatl, la terminaison substantive en tli 
n'est point un suffixe de dérivation, mais un indice de détermi- 
nation dont la fonction a disparu. Ce qui le prouve, c'est que ce 
suffixe disparaît encore dans les cas indirects d'indétermination, 
c'est-à-dire au pluriel : siœa-tl ffla femme 11, plur. siwâ. Il en est 
de même quand le substantif est accompagné d'un suffixe pos- 
sessif qui l'individualise suffisamment : teo-tl r dieu v , no-teû tr mon 
dieun. 

Parmi les langues européennes, le nordique suffixe l'article 
au substantif, et il semblerait qu'il en résulte une déclinaison 
de détermination; mais cette fonction s'est oblitérée, et l'on peut 
signaler là un phénomène du même genre que ceux que nous 
venons de décrire; nous y reviendrons. 

3" Article simple ne marquant que la détermination. 

C'est le cas le plus commun; il nous retiendra quelque temps. 

Nous reprendrons ici les langues que nous avons envisagées 
plus haut comme possédant les deux articles, l'un de détermi- 
nation, l'autre d'indétermination, qu'on peut considérer tous deux 
à un certain point de vue comme de détermination, en les étu- 
diant relativement à la détermination marquée par des articles 
et à l'indétermination absolue restant sans indices. 

Au point de vue morphologique, il faut distinguer principale- 
ment l'article prt.'posé et l'article postposé. 

1" Article préposé. 

L'article préposé forme la règle; ce n'est qu'exceptionnelle- 
ment et par une certaine anomalie que l'article postposé appa- 
raît; dans cette dernière situation il ne peut, en effet, bien rem- 
plir ses fonctions, si ce n'est celles de détermination. Il est et 
doit rester naturellement l'avant-coureur du substantif. 

Il faut distinguer l'article restant invariable et celui qui varie 
suivant les diverses autres catégories grammaticales. C'est l'ar- 
ticle variable qui est le plus normal. En effet, l'article n'est 
qu'un pronom détourné de ses applications ordinaires; or, le 
pronom varie et très énergiquemont suivant le genre et le nombre. 

C'est donc par lui (|ue nous commencerons. 



29^ RAOUL DE LA GRASSERIE. 



Article préposé variable. 

Le pronom préfixé varie suivant ie genre principaiement, puis 
suivant le nombre, le cas et la classe d'objets; cette dernière 
n'est d'ailleurs qu'un genre sui generis. Dans cette première ca- 
tégorie rentrent plusieurs langues indo-européennes, parmi les 
langues chamitiques : l'égyptien, le copte, le bedza, le somali et 
le galla; une langue américaine, ie maya; une langue de l'Asie 
orientale, le khassia. 

Parmi les langues indo-européennes, toutes ou presque toutes 
celles dérivées ont l'article variant suivant le genre et le nombre 
à la fois, quelquefois un second article d'indétermination variant 
de ta même manière, et enfin, l'indétermination plus absolue. 
Commençons par observer le français actuel. 

L'article de détermination parfaite est le, lequel devient sui- 
vant le genre et le nombre, la ou les; nous en avons indiqué 
l'origine pronominale. Cette langue possède aussi l'article de dé- 
termination imparfaite, au singulier, un, lequel devient au plu- 
riel des, en empruntant ici le génitif du premier : Vhomme, les 
hommes; un homme, des hommes. Il possède enfin l'indéterminé 
absolu, sous la forme de partitif: du bœuf, du mouton, en em- 
pruntant cette fois le génitif singulier du premier article. En 
vieux français, le substantif indéterminé dépouillé de tout article 
était très usité; on disait homme, ce qu'il ne serait plus permis 
de dire aujourd'hui. 

En allemand moderne, et dans toutes les autres langues ger- 
maniques modernes, on suit le système du français. L'allemand, 
par exemple, a l'article déterminé der, die, das, l'article d'indé- 
termination einer, eine, eines, et.fabsence de toute détermination. 

Les langues romanes, autres que le français, ont, à l'excep- 
tion de l'albanais et du roumain qui suffîxent l'article, les deux 
articles préposés et variant avec le substantif : il, la, gli; el, los, 
las; l'absence d'article y est inconnue, comme en français. 

Les langues néo-celtiques possèdent aussi l'article , mais, comme 
nous le verrons, il est devenu invariable. 

Les langues néo-slaves ignorent complètement farticle, sauf le 
bulgaie qui le postpose et que nous rencontrerons dans une autre 
classe. Cette exclusion est très remarquable. 

Les langues néo-indiennes et néo-éraniennes ignorent l'ar- 
ticle. 

Parmi les langues indo-européennes primitives, l'article n'est 
bien développé qu'en grec. Là il acrompagne toujours le sub- 
stantif lorsqu'on veut le déterminer, ce qui est le cas le plus fré- 
quent: ô, >;, To, et suit toutes les variations de genre, du nombre 



DE L'ARTICLE. 295 

et du cas. On le supprime lorsqu'on veut exprimer Tindétermi- 
nation absolue, et l'on emploie ris pour la détermination inde'- 
finie. Le développement est complet. 

Au contraire, le latin ignore d'une manière absolue l'article. 
Ce n'est que dans la basse latinité' qu'on prépose au substantif 
ille, qui donna plus tard naissance à l'article français. 

Il est bien remarquable que de deux langues aussi étroite- 
ment apparentées que le grec et le latin, l'une ait donné à 
l'article un tel développement, tandis que l'autre l'a complète- 
ment ignoré. 

Le gotbique employait, au contraire, l'article, et il l'a trans- 
mis aux langues germaniques; mais cet emploi y est peu fréquent 
et n'a lieu que dans des situations particulières, par exemple, 
lorsque le substantif est déjà déterminé par un pronom relatif 
ou un adjectif, ou dans le cas d'apposition, ou lorsqu'il s'agit 
de personnes déjà connues ou mentionnées; son emploi n'est pas 
général comme dans les langues dérivées. Il en est de même en 
noidique, oij nous trouvons d'ailleurs le concours d'un article 
sufïjxé, mais cristallisé à la fin des mots; beaucoup de substan- 
tifs sont employés sans article. 

Les langues celtiques primitives possédaient aussi l'article pré- 
fixé, mais cet article est invariable. 

Dans le vieil indien se trouvent des traces de l'article variable: 
sa blmah, the hâsah; cet article ne s'est pas maintenu dans le san- 
scrit. 

Dans le zend on trouve aussi l'emploi restreint de l'article : 
tam kehrpen, lâin wanâm, ho merego; et dans le persan cunéiforme, 
le pronom mva sort souvent d'article. 

L'emploi de l'article est donc loin d'être universel dans la 
famille indo-européenne. Outre son absence totale dans le groupe 
lithuano-slave et en latin, et, en sens contraire, sa pleine efflores- 
cence en grec, on doit remarquer qu'il s'est partout ailleurs 
lentement développé, et qu'il n'a atteint son apogée que dans 
des langues très dérivées. Ces dernières tendent à l'universaliser 
et à en faire la règle, tandis qu'il ne fut d'abord que l'exception; 
il faut qu'il y ait indétermination accentuée pour qu'alors on 
écarte l'article. D'ailleurs, partout ici l'origine pronominale de 
l'article est indéniable. 

La famille chamitique est celle qui offre, en ce qui concerne 
l'article préposé et variable, les plus riches exemplaires. Tout 
d'abord l'égyptien ancien. Nous en avons fait mention en ce qu'il 
possède le double article. 

Nous n'examinerons ici que celui de plus grande détermina- 
tion; il est d'origine pronominale certaine, cesl pa,pe; féminin 
ta, te; pluriel commun, na, ne, nan, nen : pa-nuter rie dieu», 



296 RAOUL DE LA GRASSERIE. 

ta-nuter-t-a tt la déesse n , na-nw ler-u frles dieux w, na-mi ter-t-u rrles 
de'essesw. Les pronoms personnels sont au masculin :/-, p- et 
au féminin s -i. 

Le copte reproduit le même système: article masculin,pe, pi; 
féminin, te, ti; pluriel, ne-ni: fi hahi «la terre 15, ti shime cria 
femme, ne-taû rrles montagnes^. Il en est de même du bedja, 
dans le groupe éthiopien; Tarticle y varie à la fois suivant le 
genre, le nombre et le cas : nominatif îi; féminin t-û; pluriel 
masculin, à; pluriel féminin, t-à; accusatif masculin, ô; accusatif 
féminin, t-ô; pluriel masculin, ê; pluriel féminin, t-é. 

L'origine est pronominale; le pronom est en effet conforme. 

L'u de l'article et du pronom est la transformation du p égyp- 
tien; on peut cependant prétendre que cet u se rattache à Yua, 
second pronom de la même langue. Un phénomène très curieux 
est celui-ci : l'indice de la terminaison suffit dans cette langue 
pour exprimer le cas accusatif, ce cas étant, comme nous venons 
de le voir, différent de l'article du nominatif. 

Le somali et le galla ont aussi l'article variable, mais postposé. 
— Au contraire, le tamascheq le prépose, mais il faut ajouter 
qu'il ne possède pas de véritable article, ou plutôt qu'il n'en a 
gardé que des débris; les noms féminins non seulement sont 
suivis d'un t qui est l'indice de ce genre, mais ils sont précédés 
en même temps d'un autre t qui cette fois est l'article : t-amgar-t 
cfla vieilles, qui répond exactement à l'égyptien tu-nu-ter-t fia 
déesse»; c'est un article défectif et atrophié. 

11 faut observer surtout dans le groupe chamilique, oii nous 
letrouverons plusieurs autres langues : le somali, le galla, le 
saho, le bilin et le chamir, à propos de l'article suffixe, que l'in- 
dice de l'article se confond avec celui du masculin et du fémi- 
nin, du féminin surtout dont / est la caractéristique. Cela est si 
vrai que souvent, comme en tamasheq, le t se trouve répété deux 
fois, au commencement et à la fin du mot. C'est que l'indice des 
genres a été pris au pronom lui-même, aussi bien que l'article; 
c'est le pronom qui est la source commune. 

Parmi les langues américaines, le maya n'a pas d'article pro- 
prement dit, mais l'animé et l'inanimé sont exprimés en prépo- 
sant : fl^' X. ^t is, s, dont l'origine n'est pas bien connue et ne 
semble pas pronominale; on pourrait y voir peut-être un article, 
mais cette interprétation est hypothétique. 

Dans le langage khassia, de l'Asie orientale, l'article est, au 
contraire, bien caractérisé, et son origine pronominale certaine, 
il supporte même seul l'expression du genre et du nombre, le 
substantif restant invariable. La forme est : u pour le masculin, 
ka pour le féminin, et ki pour le pluriel des deux genres : 
briû ff l'homme», ka um cria maison», ki kun tfle fils». 



DE L'AKTICLE. 1?97 

Le genre des substanlifs se re'duit ordinairement à deux : 
lantôt le masculin et le lëminin, tantôt et le plus souvent, l'anime 
et l'inanimé. 

Mais dans certaines langues, les êtres se re'partissent en caté- 
gories beaucoup plus nombreuses, et chacune d'elles forme un 
genre différent, qui n'est ni sexuel, ni vitaliste, mais beaucoup 
plus ramifié. 

On peut citer, comme suivant ce concept, deux groupes de 
langues importants : celui des langues banlou, celui des langues 
caucasiques; puis sporadiquement, le serer, le poul et le malla- 
sinke; il faut noter, au moins dans les deux premiers groupes, 
que les diverses classes d'êtres affectent d'abord le pronom de la 
!■■* personne, puis c'est en préfixant ce pronom aux subslanlifs 
qu'on obtient des catégories variées. 

C'est dans les langues bantou que le processus est le plus 
marqué. 

Ces langues qui régnent dans la plus grande partie de l'Afrique 
australe ont un grand nombre de formes, pour le pronom de la 
3* personne, formes qui varient au pluriel. Quoiqu'on ne soif 
pas encore bien fixé sur le sens de ces différences pour plu- 
sieurs de ces formes, on retrouve nettement le sens de classes 
d'objets. En ne tenant compte que de la consonne radicale : 
t" k: ka, ki, ku, ko; 2" t: lu (/o), tin [zin, sin); 3° d et l, di (li), 
lu; U" n : n, m; 5° /; ; pa, pi; 6° b : ha, bu; 7° m : ma, mi, mu, 
mu, mo. Dans la langue cafre prise comme exemple, voici com- 
ment la répartition se fait. Le pronom mu donne, au pluriel, aba; 
le pronom ili, ama; les pronoms im, isi, ulu ont pour pluriel 
commun isi et isim; le pronom um. a pour pluriel imi; en dehors 
se trouvent les deux formes collectives, c'est-à-dire toujours plu- 
rielles, sans correspondance avec un singulier, tibu et uku. Quelles 
catégories représente chacune de ces formes? 

Suivant M. Torrend,la classe mu-bu serait celle des personnes 
capables déposition verticale et des animaux qui peuvent prendre 
à peu près cette posture; la classe mu-mi est celle des objets lé- 
gers, mobiles, qui peuvent se transformer, grandir, produire; 
la classe li-ma comprendrait : 1° les personnes ou les animaux 
improductifs, nuisibles, au corps nu, rigide; 9° les fruits ou les 
parties du corps dures, nues ou plates; 3° les outils de même 
nature; la classe ma comprendrait les choses fluides; la classe 
bu, les objets qui fermentent ou qui sont couvés, etc. Ces ex- 
plications sont encore incertaines dans l'état actuel de la science. 
Le pronom personnel de la 3" personne se préfixe ensuite au 
nom, et dans cette situation devient un article. C'est ainsi qu'on 
dit : um-fazi k la femme •? , i-hashc 7. le cheval 1 , ubu-so •? le visage -^ , 
aba-nlu rr les hommes^ (d'où banlou) , ili-zwi " la parole ^i, u-bambo 



298 RAOUL DE L\ GRASSERIE. 

tf la côtew. Jamais un substantif n'apparaît sans qu'il soit précédé 
de son article sulTixé et variable suivant la catégorie du nombre. 

Dans une autre langue africaine, le serer, on distingue Tar- 
ticle d'indétermination et celui de détermination, le second déri- 
vant morphologiquement du premier. Il n'y a que deux classes 
primitives caractérisées par ^ et/, mais qui se sont développées 
en six classes : ga , go, gi,fa,fo,fu; dans les formes en ^, le ^ 
disparaît souvent. La répartition en est faite ainsi pour l'article 
indéterminé : i° o, plur. a; 2" a, plur. a; 'i°/(i; lx° gi, plur. a; 
ïi^fo; 6° 0, plur./w,- exemples a lex «pieuii, plur. a tex; gi yoy^ 
fftêle^, plur. akoy^\ il faut noter que l'c pluriel se trouve ainsi 
marqué par l'article seul, le substantif restant invariable. L'article 
de détermination se forme de l'autre en ce sens qu'après avoir 
préfixé l'article, on le répète une seconde fois en le suffixantet 
on le fait suivre d'un pronom démonstratif: ha, ;^o, na, la; l'ar- 
ticle gi disparaît; exemples : yal o^a rfle seigneurs, plur. yal 
wa; fud o-la fde ventre ■«, plur. a pud a-ka; fo sis o-la cde 
lait douxw. Les démonstratifs suffixes sont des pronoms et leur 
importance n'est pas moindre pour la détermination que celle 
de l'article. Selon que l'on emploie l'un ou l'autre, on peut 
changer la signification du mot. Exemples : hàk na, plur. : hak 
ka, signifie: ffle baobab )7, tandis que bôk la, plur. : a hàk, si- 
gnifie : 'f pain d'orge 11. 

Dans la langue américaine matlatsinke, l'article suit aussi 
diverses catégories d'idées, et s'exprime par wcta quand il s'agit 
de noms propres masculins, par ma pour les noms propres fémi- 
nins, par we pour les substantifs et les adjectifs communs, par 
i, in, ni, pi, pu, pour des catégories mal déterminées. Enfin l'ar- 
ticle devient au duel te et au pluriel ne. Un moyen d'exprimer le 
génitif consiste même à préposer cet article à l'un des noms; ici 
l'origine pronominale est incertaine. 

Le second groupe de langues qui emploient largement ce pro- 
cédé est celui des langues caucasiques, quoiqu'il ne soit pas 
commun à toutes, et que dans quelques-unes que nous retrou- 
verons plus loin, cet article n'apparaisse que sous le réactif d'une 
autre partie du discours, ou l'adjectif ou le verbe, ou d'une 
autre catégorie, le cas génitif. 

Nous ne retenons en ce moment que celles de ces langues qui 
préposent directement l'article au substantif qu'il affecte. 
■ Mais il peut l'affecter de deux sortes : prédicativement ou pos- 
sessivement. Nous verrons plus loin, dans la partie syntactique, 
que la détermination peut, en effet, avoir lieu de deux manières. 

Le véritable article est d'ailleurs le pronom prédicatif. 

L'article prédicatif variant suivant de nombreuses catégories 
existe en aware, en tchentcbenze. 



DE L'ARTICLE. 299 

En aware, les articles sont u, i et b pour le masculin, le fé- 
minin et le neutre, et r pour le pluriel. Il semble donc qu'il ne 
s'agisse ici que des trois genres, mais par la comparaison avec 
les autres langues du Caucase, on voit qu'il s'agit en re'alite' 
du re'sidu de catégories beaucoup plus nombreuses. Voici des 
exemples: iv-nts frle frère n,y—afs ffla sœurr». Cet emploi s'étend : 
betshedâ-u, betsheda-i, belsheda-b f riche n. Mais cette langue com- 
prend aussi la détermination possessive, dont nous allons parler 
tout à l'heure. 

En tchentchenze on dit de la même façon :w-asho rrle frères, 
j-asho ffla sœun^, w-oh crie gnvçon-n, j-oh tfla jeune fdlei?; on 
serait tenté de croire à l'existence des genres seulement, si sous 
d'autres rapports il n'y avait une catégorie complète que voici : 

CATÉGORIES DU TUSCH. 

1 '1 3 li 

Singulier iv j j h 

Pluriel h d J d 

CATÉGORIES DU TCIIETCHENZK. 
1 5 3 /( 

Singulier n" j j h 

piur. . i ^"^^'^' p^''^ • ^^ ^^ y ^^ 

' ' I 3" personne . . /* b j d 

Ce qu'il faut remarquer et ce qui a une grande importance, 
car nous retrouverons ce procédé ailleurs, c'est que, du moins 
au pluriel, l'article n'est pas seulement de la 3* personne, mais 
aussi de la i" et de la 9* : le pronom apparaît complet. Un homme 
dit : suo-w-u rfje %\x\?, n ^ t yxio-d-ti mous sommes -o, sha-d-u 'rvous 
êtesTi, izuzh b-u f'ûs sontw. La femme dit: suo-j-u trje suis a; 
l'enfant : suo d-u trje suis 75. Cet exemple n'est donné ici par nous 
que par anticipation, car cette distinction n'est marquée que sur 
le verbe et sur l'adjectif. 

La seconde détermination est possessive; elle se marque d'oi'- 
dinaire sur le verbe et l'adjectif, et alors appartient à une autre 
division de notre travail, ou sur le substantif suivant au génitif 
et nous le reti-ouverons aussi ailleurs ; mais dans la langue hûrkanc , 
nous le rencontrons sur le substantif indépendant, où il forme 
ainsi un phénomène très curieux. Les différentes classes sont 
marquées par « pour les êtres masculins doués de raison, par 
d{r) pour les féminins, et par k pour les êtres inanimés; au plu- 
riel, on emploie d pour les êtres masculins et féminins à la 
i""" et à la 9* personne, et pour tous les êtres sans distinction à la 
3* personne v. Remarquons encore ici cette distinction entre les 



5 


G 


7 


d 


b 


b 


d 


b 


J 


5 







d 


d 




d 


b 




d 


b 





300 RAOUL DE LA GRASSERIE. 

diverses personnes, distinction essentiellement pronominale. Mais 
ce sur quoi nous voulons appeler rattenlion, c'est sur Temploi 
non point prédicalif, mais possessif de Tartide. Dans w-àh rrle 
visagei5, w ne signifie point que visage appartient au genre mas- 
culin, mais bien qu'il s'agit du visage d'un homme; d-àh, qu'il 
s'agit du visage d'une femme; v-àh, qu'il s'agit du visage d'un 
animal. La détermination est donc possessive, mais elle se dis- 
tingue de celle ordinaire que nous décrirons plus loin, et qui 
existe dans les langues bantou, lorsqu'il y a pre'position au gé- 
nitif, en ce que le substantif auquel se rapporte celui ainsi 
affecté n'a peut-être jamais encore été prononcé dans la phrase, 
de sorte qu'on ne peut traduire par rrson visage 17. 11 importe de 
faire sentir cette différence. Lorsque le Gafre dit : in-kosi y-aba- 
ntu fcle capitaine du peuple 1:, qui est au génitif, on cumule l'ar- 
ticle de détermination prédicative qui est uhu et l'article de 
détermination possessive se rapportant au premier nom, i (abré- 
viation de m); de sorte que la traduction exacte serait: crle-ca- 
pitaine-son-le-peuple^. Au contraire, lorsque l'Hùrkan A\i:w-àh, 
le w représente l'idée d'homme, mais le mot Jiomme n'est ni dans 
la phrase en cours, ni dans la phrase précédente; on ne peut 
donc traduire w par trsoniî. 

En aware, à côté de la détermination prédicative se trouve 
aussi celle possessive. Par exemple : w-atshi est l'arrivée d'un 
homme; j-asthi, l'arrivée d'une femme; b-asthi, l'arrivée d'une 
chose, r-atshi, l'arrivée de plusieurs; mais, dans cette langue, 
l'expression n'est pas seulement possessive, elle est aussi objec- 
tive; vo-olu exprime l'amour dont l'objet est un homme; j-o/m, 
celui dont l'objet est une femme; b-olu, l'aipour dont l'objet est 
une chose; r-olu, l'amour s'étendant sur plusieurs. 

Tels sont les cas où l'article préfixé diffère suivant les classes 
des objets auxquels il se rapporte. Comme on le voit, la détermi- 
nation qu'il apporte est ianiol prédicative , tantôt possessive, tantôt 
objective. 

Mais l'article préposé ne varie pas seulement suivant le nombre, 
le genre et la classe des objets; dans une langue, il varie suivant 
le cas : c'est en japonais. Cette langue distingue l'article indéter- 
miné de l'article déterminé. Le déterminé se marque au nomi- 
natif par wa [iva, ba)\ au contraire, l'indétermination n'y porte 
pas d'indice; il en est de même aux cas obliques, mais l'article 
s'exprime alors par wo. Quant à l'indéterminé, il ne distingue 
pas l'accusatif du nominatif; il n'y a plus d'article, d'où la décli- 
naison de fto tthommen est la suivante: nominatif indéterminé, 
fto; nominatif déterminé, ^/o-m,* accusatif indéterminé,/^»; ac- 
cusatif déterminé, /fo-ivo; mais nous nous apercevons que nous 



DE L'ARTICLE. 301 

avons anticipé et qu'il s'agit ici non de Tarlicle préfixé, mais de 
larticlé sullixé. 

Tel est Tarlicle préposé et variable, d'origine pronominale; 
nous passons à l'article toujours préposé, mais devenu inva- 
riable. Il n'a. pu l'être, comme nous l'avons déjà i-emarqué, que 
par une cristallisation, par une sclérose; dérivant du pronom, 
il a retenu d'abord sa nature mobile et variable suivant les per- 
sonnes qu'il reflète; plus tard, la mobilité s'est retirée de lui : il 
détermine seulement, mais ne représente plus. 

Une autre cristallisation bien dilférente a eu lieu, et il importe 
de la noter, car elle nous mène à l'existence d'un article double. 

Dans les langues caucasiques que nous avons observées, le 
pronom préfixé aux substantifs, et qui joue le rôle d'article, l'est 
à tous; s'il varie donc de forme, c'est suivant leurs classes, mais 
il n'est jamais absent dans les langues de cette fauiille ci-dessus 
décrites. Il en résulte quil ne sert plus à distinguer le déter- 
miné de l'indéterminé et qu'il marque simplement le genre et le 
nombre, quelquefois la personne. 

Comme nous le verrons, l'article a diverses fonctions psycho- 
logiques; il ne détermine pas seulement, il subjectivise; en outre, 
il est auxiliaire, quand il ne sert qu'à marquer le genre et le 
nombre sans donner l'idée de détermination : c'est qu'il ne rem- 
plit pas son premier rôle, voilà tout. Il en est de même dans les 
langues bantou. De sorte que dans des groupes importants l'ex- 
pression de la détermination va manquer. Faisait-elle défaut dès 
l'origine, ou bien dans les langues caucasiques et dans les langues 
bantou le pronom préfixé ne- s'appliquaif-il d'abord qu'au sub- 
stantif déterminé, tandis que l'indéterminé conservait le radical 
nu? C'est ce qu'il est impossible de savoir. En tout cas, le besoin 
de déterinination vint à se manifester dans un de ces groupes : 
celui du bantou. Lorsqu'on voulut qu'un substantif fût actuelle- 
ment délermine'^il fallait faire appel non point au pronom soudé 
au commencement de tout substantif et devenu rigide, mais à 
un pronom actuel et mobile, de manière à en obtenir un second 
article. Ce n'est guère là le processus des langues, car il suppose 
une intention, un fait volontaire : or ce qui les dirige, c'est 
l'inconscient. Aussi n'eut-oo point recours à ce procédé; on n'ap- 
pela point de second article; on demanda au premier de se dé- 
velopper par un nouvel effort et de |)arveuii' à rex[)ression de la 
détermination. L'article pi-emier s'accrut par bourgeonnement 
lorsqu'il s'agit d'exprimer ci' concept, tandis (ju'il restait dans 
sa forme ancienne lorsque rindi-lcrniiiialinn était présente. Nous 
empruntons la description de ce procédi' à la (Irammnirc compara- 
tive des langues banlou de ïorrend. 

Un des classificateurs es! ma. m; si l'on veut (pic le substantif 

MKM. l.INC. IV. 20 



302 RAOUL DE LA GRASSERIE. 

soit déterminé, on répète la voyelle finale au commencement : 
umu; de même, dans ce cas, li devient ili; ha devient aba; c'est 
ce qui est arrivé, en particulier, en cafre. Dans le bas congolais, 
les articles sont aussi o, €,a; ici il y a donc une légère modifi- 
cation vocalique ; il y a même des exceptions à cette assimilation; 
l'article est o et e devant les classificateurs ua, u et m, tandis 
qu'il devrait être a; en ganda l'article est aussi o et «, suivant 
que le classifîcateur est u, i ou a. En herero, la seule des formes 
de l'article est o, excepté devant le classifîcateur li, où il de- 
vient e. 

En angola, il ny a plus qu'une seule forme d'article : o. L'évo- 
lution est facile à suivre; d'abord il y a autant d'articles diffé- 
rents que de classificateurs, puisque les premiers ne sont que la 
répétition vocalique des seconds; puis leur nombre se réduit cl 
finit par se borner à un seul dans certaines langues; alors leur 
origine morphologique se trouve masquée. Quelquefois, comme 
en ganda, il disparait à peu près. 

L'évolution psychologique s'accomplit de la même manière. 
D'abord, ce second article n'est employé que quand on veut déter- 
miner actuellement, puis il s'habitue à vivre sur le premier ar- 
ticle, ne peut plus se détacher, et ainsi l'expression de la déter- 
mination actuelle se perd. Cependant généralement la distinction 
se conserve. Le cafre emploie ou laisse l'article suivant les cas; 
il le laisse rarement, à savoir x au vocatif, après les particules 
négatives, après les pronoms démonstratifs; l'expression de dé- 
termination s'est trop étendue et son idée nette s'est affaiblie. 
En herero, on omet l'article dans les deux premiers cas. En 
somme, on l'emploie presque toujours et ce nouveau mode de dé- 
termination tend à perdre son efficacité. 

Mais le procédé est curieux; on voit combien facilement les 
formes endorment leur activité et confondent leur sens avec celui 
du mot auquel elles s'agglutinaient. 

Le même phénomène, cette superfétation d'un article sur un 
article, se remarque aussi dans une des langues caucasiques : fab- 
chaze. Cette langue connaît deux articles, l'un déterminé, exprimé 
par la préfixation d'à, l'autre d'indétermination, exprimé par le 
suffixe A;. L'origine morphologique de l'article indéterminé est in- 
connue, on ne le retrouve pas dans les autres langues du même 
pays; mais son emploi vient de ce que les indices anciens, étant 
toujours employés, ne suffisaient plus pour déterminer. Quant au 
déterminé, il est d'origine pronominale. 

Un autre procédé est inverse et non moins fréquent; nous 
pouvons l'observer à la même occasion. Ce n'est pas le sens de 
la forme qui disparaît, c'est Celle-ci qui , l'ayant gardé fidèlement, 



DE I/ARTICLE. 303 

disparait elle-même, non sans avoir laissé sa trace- inde'iébiie sur 
quelque autre mot. 

Parmi les langues du Caucase, nous n avons pu en citer jus- 
qu'ici que deux qui pre'posent un pronom personnel au substantif 
et se cre'ent ainsi un article, lequel, variant suivant les classes et 
le nombre, peut exprimer ceux-ci. Cependant il y en a un bien 
plus grand nombre, et le proce'dé est géne'ral dans toute la famille. 

Mais Tarticle pre'posé a disparu complètement dans les autres 
langues. Cependant, maigre' cette disparition, le système na pas 
été' sérieusement entamé et Ton peut en suivre la trace. Dans cette 
famille, comme dans celle bantou, le procédé de l'accord est 
dominant : il se réalise en préposant, en tout ou en partie, à l'ad- 
jectif, au génitif ou au verbe l'article du substantif au nominatif 
et dominant. Lorsque le substantif dominant, le sujet, a conservé 
son article, le procédé peut se contempler dans son plein déve- 
loppement. En voici un exemple : 

En langue tusch : w-asho ma rrle frère est-n , j-asho-ja rrla sœur 
estTi, w-asho ivatlishi «\e frère lourd'', j-asho jathshi tfla sœur 
lourde 11. 

En langue avvare : tsheera-u, tsheere-i, tsheera-h ff noir 75, sui- 
vant les classes; seulement il s'agit ici de suffixation. 

S'il s'agit d'exprimer le génitif, on se sert de l'article, non plus 
dans son sens prédicatif, mais dans son sens possessif, et il est 
préfixé une seule fois au substantif régissant qui suit l'autre; 
c'est ainsi que l'on dit dans la langue tchetchenze : tsu-steg-ing- 
w-àlar ff cet-homme-de son-avancerw, ts -zuda-tshu-ng j-àlar (rceite 
femme de son-avancerw; les' préfixes w etj se rapportant alors à 
homme et h femme. Le sens pronominal est évident ici. 

Dans la plupart des autres langues caucasiques, l'article pré- 
fixé a disparu du substantif directement déterminé, mais il s'est 
conservé sur les mots qui dépendent de ce subslantif, soit sur 
l'autre substantif au génitif, soit sur les adjectifs, soit sur le 
verbe, quelquefois, comme nous le verrons plus loin, même sur 
les adverbes. 11 nous faut indiquer les langues qui présentent ce 
phénomène. 

C'est d'abord le kazikumiik; il divise les noms en (|uatre caté- 
gories : 1" êtres raisonnables masculins; 9° êtres raisonnables 
féminins; 3" êtres animés non raisonnables (animaux et objets 
regardés fictivement comme animés comme les corps célestes, 
la mer, la forêt); U" objets inanimés, phénomènes et êtres intel- 
ligents y assimilés fictivement. Les articles de ces catégories sont, 
pour la première : b, au pluriel; poui- la seconde : (L au singu- 
lier, b, au pluriel; pour la troisième: b, aux deux nombres; 
pour la quatrième : (L aux deux nombres; mais cet article ne se 
préfixe point au mot qu'il détermine, quoicjue son sens soit nette- 



30A RAOUL DE L\ GRASSERIE. 

ment prtklicatit' et non possessil", il ne se préfixe qnaux mois 
qui dépendent du premier. Voici deux exemples : aranlal b-uri 
frles hommes sonti-/, tiinù d-iiri «la mère est^», iiinii ^lii b-uri tfles 
mères sonti^, tshara-d-un trie cheveu estii, tsharardu d-iiri ries che- 
veux sontn. Il s'agit dans tous ces cas du verbe, être; maintenant 
voici le verbe auxiliaire: ai ff faire ^; même flexion, i'® personne : 
ara, d-ara, b-âra, au pluriel : aisara, d-aisara; 2" personne : ai-d-ai, 
ai-b-ai; 3* personne : aisari, d-aisari^ b-aisari. 

En aware, quand l'aiticle a un sens pre'dicatif, la plupart du 
temps, son indice fait de'faut sur le substantif directement affecté, 
mais apparaît sur le verbe : watsas b-osilu tshu «frère-par il-achelé 
chevalw; le b préposé au verbe représente le substantif tshu; de 
même : do-s b-ithana hayat flui-par elle fut envoyée lettres. 
Allah-as hah-una dunial ffl)ieu-par il-fut créé monde n; kal-alda 
dzhani-blin Ishaij tshuayole-b b-ugu ff fleuve-dans dans-lui eau très 
coulante-elle elle-estw, 011 l'on voit que l'article b est tantôt pré- 
fixé, tantôt suffixe, et alFecle à la fois le complément circonstan- 
ciel, Tadjeclif et le verbe, mais non le sujet, quoiqu'il s'accom- 
mode à la classe de celui-ci. 

En artshi. le processus est le même; les noms se divisent aussi 
en quatre catégories, mais leurs indices sont marqués non sur le 
substantif lui-même , mais sur le verbe : dia-u-ri rr père il estw , bua- 
d-i crmère elle est^i, nosh-b-i tr cheval il est'', dia-tlu bi cr pères ils 
sontw; l'adjeclif les porte aussi : dozii-u azdu ffgrand-il frère r, 
dozii-r doshdiir tf grand-elle sœur 75; de même, le pronom possessif: 
M-îs lo ff mon-le fils'i, b-is nosh tf mon-le cheval ii; alors il y a suf- 
fixation; il en est de même du verbe zarish : leneturlo do-)(pr ff moi- 
par fille elle est donnée'', zarish doshou bo-)(or frmoi-par filles 
elles sont données"; la marque s'étend jusqu'au régime indirect 
du verbe : dia-mii nosh bo-yo b-ez ff père-par cheval il-fut-donné il- 
à-moiw. 

En hurkan, c'est aussi exclusivement sur les mots subordonnés 
que l'article du mot dominant se préfixe, et cela explique le sens 
purement possessif de l'article qu'on trouve préposé sur le sub- 
stanlif : cela signifie que l'article se prépose non seulement à 
l'adjectif et au verbe, au complément du verbe, mais aussi à 
l'objet possédé. Dans ce sens, w-àtsh signifie ffle visage d'un 
homme", et d-iih ffle visage d'une femme", v-lih ffle visage d'un 
animal". Gela suppose un mot précédent exprimé ou sous-entendu : 
homme , femme , qui ne porte pas l'indice, mais qui le fait porter 
par le mot visage. On peut suivre dans toute proposition l'exé- 
cution de la même idée : ^(idi-w ffdans la maison-lui", y^uli-r 
ffdans la maison-elle", iv-dhul rr froid en parlant d'un homme", 
d-dhul ff froid en parlant d'une femme". Pour la formation des cas 
obliques, on peut noter dans plusieurs d'entre eux la suffixation 



DE L'ARTICLE. 305 

de rindice du genre du sujet; il y a ià un fait extrêmement cu- 
rieux; il s'agit non des cas obliques logiques, mais des cas obli- 
ques locatifs, par exemple, de ce qui est exprimé en français par 
les prépositions dans, vers ou chez, autour, et aussi du compa- 
ratif. Quoiqu'il y ait alors non prsfixalion, mais suffixation, nous 
en traitons ici pour ne pas briser Tordre d'ide'es qui nous occupe; 
le comparatif est : u'astha-ishi-iv, wastha-ishi-r, xvastha-ishi-v ff comme 
la forêt n, suivant le genre du sujet de la proposition; de même 
au pluriel : ivasîh-ur-vi-ishi-w , watsii-ur-vi-isin-r, watsii-ur-vi-ishi-v. 
Le cas d'intériorité' comprend les sous-cas de tr mouvement vers^ , 
de ff mouvement hors de ^, de f? mouvement le long den , de r mou- 
vement hors de et en haut-', de r mouvement hors de et en 
basw; enfin ffl'absence de mouvement-5. Chacun de ces sous-cas 
suffixe ou même infixe les indices iv, r, v, suivant le genre du 
sujet; cas de suffixation : walsha li-:i-tv, walsha-li-zi-r, ivatsha-U- 
zi-v rdans le bois, sans mouvement ''; cas d'infixation : ivatsha- 
li-zi-w-sad, walsha-U-zi-r-sad , watsha-Ii-zi-v-sad ffhors du boisi'. 
Ces exemples suffisent pour faire comprendre le système. Le 
pronom réfléchi, lequel fait fonction de verbe être, infixe les ar- 
ticles TV, r, V au milieu de sa racine, el sai devient ainsi, à la 
3" personne : sa-i, sa-r-i, sa-v-i. Voici une proposition entière : 
r-urshi d-ishi d-istheli sa-r-i ava-ishi-r ft fille elle-petite elle-est 
raère-avec-comparée-elle^la fille est plus petite (jue la mère^. 
Ici, par exception, le genre est marqué aussi sur le sujet dans le 
sens prédicatif. On voit qu'il y a dans cet!e langue à la fois pré- 
fixation, infixation el suffixation de l'article. 

Ainsi, dans la ])lupart des langues caucasiques, le substantif- 
sujet est précédé d'un article, lequel n'est autre qu'un pronom 
personnel de la 3" personne, variant suivant la classe de l'objet 
(article prédicatif) ou suivant le substantif exprimé ou sous-en- 
tendu qui domine le sujet (article possessif); et cet article se 
trouse répété sur les autres mots en dépendance (adjectif quali- 
ficatif ou attribut, verbe, complément circonstanciel), tantôt par 
préfixation, tantôt par suffixation ou infixalion. 

Mais quelquefois l'article manque sur le sujet el ne se retrouve 
que sur les mois en dépendance dont il exprime la relation. Ce 
dernier cas est plus rare. 

On peut inlerpréler l'absence de l'article sur le sujet de deux 
inanières. Ou bien l'article qui est un pronom s'est d'abord ex- 
])rimé sur le verbe et a ensuite gagn(! l'adjectif attribut, les com- 
|)lémcnls circonstanciels et enfin le sujet, ce qui répondrait à 
sa nature pronominale; ou bien l'article aurait existé sur le sub- 
staiitil'-sujct, puis se serait étendu sur les autres mots pour les 
subordonner. 

Nous croyons (jue c'est ce (\v\\i\{'v processus qui est le vrai; ce 



306 RAOUL DE LA GRASSERIE. 

qui le prouve, c'est que rémission de l'article sur le sujet est ex- 
ceptionnelle, et d'ailleurs l'analogie de ce qui se passe dans les 
langues banlou est en ce sens; enfin, pour que l'article se soit ap- 
pliqué à l'adjectif qualificatif, il faut qu'il vienne à celui-ci du 
substantif et non du verbe. 

En effet, les langues bantou présentent dans certains substantifs 
l'absence de l'article préfixé sur le sujet, et cet article ne se pré- 
fixe pas moins alors sur les mots en dépendance. 

Celte idée est assez naturelle d'omettre l'expression du genre 
et du nombre, du genre surtout, sur le substantif directement 
affecté, et de l'indiquer seulement sur les mois qui en dépendent 
ou qui le représentent. 

C'est ce qui a lieu en anglais où l'article est invariable et oii, 
en règle générale, il n'y a aucun genre marqué sur le substantif. 
Le genre est indiqué sur le pronom personnel et il l'est aussi sur 
le possessif: lie, she, it, his, her, ils. 

En comparant ce qui se produit dans la langue nama, comme 
nous le verrons plus loin, où l'on suffixe au substantif, à titre 
d'article, non seulement le pronom de la 3* personne, mais aussi 
ceux prédicatifs de la i" et de la 2% avec le système caucasique, 
on peut se demander si c'est un même pbénomène auquel on a 
affaire. On y rencontre cette préposition, mais au possessif, et, 
en outre, celle du pronom de la 3* personne au prédicatif; il est 
probable que deux des autres personnes ont dû aussi être prépo- 
sées prédicativement. 

Quant a l'origine pronominale de l'article, si elle est quel- 
quefois obscure, en raison de la connaissance imparfaite des 
langues considérées, elle est le plus souvent très nette. Cette ori- 
gine est si naturelle que nous la voyons reparaître d'une manière 
byslérogène dans nos langues dérivées, sinon dans la fonction de 
détermination, au moins dans celle d indice du genre. C'est ainsi 
que d ordinaire l'anglais ne marque pas le genre sur le substantif, 
mais que, lorsqu'il veut le faire, il lui prépose volontiers le pro- 
nom : a he goot, a site goat t-une chèvre i, lorsqu'il ne marque 
pas par un changement de racine : a horse, a mare. 

Article invariable. 

L'article est invariable dans quelques langues : nous avons 
placé cet article en second lieu parce que nous croyons que son 
invariabilité est la conséquence d'une cristallisation et est hystéro- 
gène; cependant ce n'est qu'une supposition, il faut observer que 
l'article préposé invariable a un caractère de détermination plus 
direct encore que celui variable. 

Parmi les langues indo-européennes qui possèdent l'article et 



DE LWRTICLE. 307 

qui le préposent, nous ne trouvons celui invariable quen anglais 
et en hollandais. Dans le premier c est unilorniément the. 11 est 
bien certain que c'est l'article anglo-saxon se, seo, dhœt, et qu'il se 
rattache à l'article gothique sa, so, thata, variables comme ceux 
du grec, ce qui est à l'appui de nqtre hypothèse. L'article anglais 
n'est donc plus un auxiliaire, il ne sert plus à porter le genre et 
le nombre, il est seulement un instrument de de'termination. 11 
eu faut dire autant de l'article nëo-celtiquo ar ou an, qui ne dis- 
tingue plus les genres; mais dans les langues celtiques anciennes 
il était variable. 

Dans les langues se'mitiques primitives ou dérive'es, sauf la 
forme emphatique que nous trouverons plus loin, nous ne ren- 
controns plus que l'article pre'posé invariable al, el, l, plus exac- 
tement al, hal, c'est-à-dire la syllabe al pre'céde'e dune aspi- 
ration. Lorsqu'il y a lieu à l'inde'termination, cet article se 
supprime. L'origine pronominale en parait certaine; il suffit de 
rapprocher le pronom de'monstratif arabe eleh, et l'éthiopien élu , ela. 

Les langues polynésiennes, mélanésiennes et malaisiennes of- 
frent aussi l'article préposé invariable. En polynésien, c'est te, 
tandis que l'article indéterminé a pour indice le nom de nombre 
sa Kuan, comme nous l'avons dit. Te devient, suivant les dia- 
lectes, par de simples changements phonétiques: se et le; te tan- 
frata tfun homme t>. On l'emploie absolument, comme l'anglais 
the. C'est le pronom démonstratif te-nee, te-na, te-ra, suivant le 
degré d'éloignement. Dans les langues mélanésiennes l'article est 
na, abrégé souvent en «, ou quand il s'agit d'un nom propre, ko 
qui s'abrège en o. Quoiqu'il soit d'origine pronominale, on le 
corrobore souvent en le faisant accompagner de ya, pronom à la 
3'' personne. 

Dans les langues malaisiennes, l'article de détermination est 
en dayak ta, en tagala ong, en iloco ti; il y a un article spé- 
cial pour les noms propres : si, qui se réduit à i. Cette dualité 
de l'article déterminé suivant qu'il s'agit de noms propres ou de 
noms communs est remarquable; on se demande pourquoi le 
nom propre veut un article de détermination, puisqu'il est déter- 
miné par lui-même, et, en ce cas, [)Ourquoi son indice est dis- 
tinct. Peut-être a-t-on voulu précisément le distinguer de peur de 
confusion; on est parti de ce principe qu il fallait niai'quer sa 
surdétermination. 

La langue de Nicobar semble, au premier abord, sui\re le 
même processus, mais nous verrons plus loin qu'elle emploie un 
autre procédé : la mise en relief. 

Nous avons remarqué plus haut que la langue abchaze possède 
un article, tantôt préfixé, mais toujours invariable et (jui se pré- 
pose à l'article ordinaire. 



308 RAOUL DE LA GUASSERIE, 

Parmi les langues ouralienncs, la langue magyare seule, sous 
l'influence peul-élre des langues germaniques voisines, s'est créé 
un article déterminé qui n'est autre que le pronom démonstratif 
m, celui-là, autiuel sert de contre-partie l'article d'indétermina- 
tion : egij et un», az ember « l'homme n, éfftj embcr ffun homme tî. 
Les autres langues finnoises ne connaissent la détermination qu'au 
moyen d'un suffixe. 

Tel est le bilan des langues à article préfixe et invariable. On 
voit qu'elles forment l'exception. 

Nous passons à l'article suflixé. 

Article suffixe. 

L'article suffixe est, comme celui préposé, tantôt variable, 
tantôt invariable. Le premier varie suivant le genre, le nombre 
et les cas, quelquefois suivant les personnes. 

Article suffixe variable. 

Le plus remarquable est celui du nama, parce qu'il est la 
suffixation du pronom personnel et qu'il varie à la fois suivant 
le genre, le nombre, le cas et la personne; ces variations sont 
même pratiquement assez difficiles à appliquer; d'ailleurs, elles 
ne sont souvent qu'apparentes et le simple résultat de crases 
phonétiques. 

Toutes ces variations se produisent d'ailleurs dans le pronom 
indépendant, puis avec celui-ci viennent aflecter le substantif. 
Comme ce sujet est d'une extrême importance pour la théorie, 
nous devons en donner ici un tableau : 

SUBSTANTIF MASCDLIN. 

1 " personne. 

Singulier: au-ta rrhounne-moi ; accusatif: aii-te. 

Duel: aU'Ickum rr homme- nous-deux"; accusatif: au-khum-a. 

Pluriel: uu-gi/e frhoniines-nous'); accusatif: nu-glfc. 

NI' 

2 personne. 

Singulier: au-ls tthomme-loin. 
Duel: au-kho n-hommes-vous". 
Pluriel: au-go ffhommes-vousi. 

5' personne. 

Singulier : «M-è nhomme-luim; accusatif: ati-b-a. 

Duel : au-kha (rhommes-eux-deuxr). 

Pluriel: mt-gn frhommes-enx«^; accusatif: au-gu-gû. 



DE L'ARTICLE. 309 

SUBSTANTIF FKMININ. 

î""' personne. 

Singulier: tara-la rr femme-moi 11 ; accusatif: tara-te. 
Duel: lara-im (rfemmes-UGUS-deuxTi ; accusatif: tara-vna. 
Pluriel: tara-si frfemmes-nousi; accusatif; laru-se. 

3" personne. 

Singulier: taras fffemmc-toin ; accusatif : tara-s-a. 

Duel : tara-ro fffem m es- vo us-deux n. 

Plui'iel : tara-so fffemuies-vousfl; accusatif: tara-sô. 

3' personne. 

Singulier: taras crfemme-ellefl; accusatif: taras-a. 
Duel: lara-ra fffemmes-ell es-deux a; accusatif: tara-râ. 
Pluriel : tara-ti cffemmes-elles»; accusatif: tara-te. 

SUBSTANTIF COMMUN. 

i" personne. 

Singulier: tsc-ta ff jour-moi a; accusatif: tse-te. 

Duel: tsé-rum frjours-nous-deux n ; accusatif: tsé-rum-a. 

Pluriel: tsé-da rrjours-nousi; accusatif: tsé-da. 

2' personne. 

Singidier : tsé-ts «r jour-toi n ; accusatif : tse-tsa. 

Duel : tsé-liho ffjours-vous-deux. 

Pluriel: tsé-da ffjour-vousi; accusatif: tsc-dâ. 

3" personne. 

Singulier : tsé-i ff jour-il » ; accusatif : tsé-é. 

Duel : tsé-kha rr jours, eux-deux»; accusatif: Isé-khâ. 

Pluriel : tse-n ffjours-eux « ; accusatif: tse-n-a. 

On voit que le pronom se suffixe, sous une forme abrc'gée, 
aux substantifs; que ceux-ci restent invariables et que le pronom- 
article supporte seul tous i(!s indices. 

Ce système nama semble marquer un état très ancien du lan- 
gage où le substiinlif se serait conjugué comme le verbe et de la 
même manière. 

On entend par conjugaison le procédé de faire varier une caté- 
gorie grammaticale, non suivant les genres, les nombres, les cas, 
mais suivant les personnes. Un verbe peut c^lre à la i"", à la 
9* personne; de même un substantif. 

Mais la personne qui se trouve ainsi affecter soit un substantif, 



310 RAOUL DE LA GRASSERIE. 

soil un pronom, peut être, soit au predicalif, soit au possessif. 

Envisageons d'abord le verbe oii le procède' est bien connu. 
La conjugaison consiste à le faire varier en accompagnant d'un 
pronom-sujet des diverses personnes; ce pronom lui est tantôt 
suffixe, tantôt pre'fixe'. Ce qui nous est mieux connu et ce qui do- 
mine les langues indo-européennes, c'est le pronom-prédicatif- 
suffîxé au verbe : dada-mi, dada-si, dada-ti; ame-m, ame-s, ame-l, 
dido-mi, dido-si, dido~ti. 

Mais les verbes, au lieu de se conjuguer avec le pronom pré- 
dicatif, se conjuguent quelquefois avec le pronom possessif. Ce 
processus nous paraît singulier, vu nos liabitudes; mais c'est un 
fait constant que clans la plupart des langues, et dans les plus 
anciennes, c'est la conjugaison possessive qui l'emporte, le pro- 
nom-sujet se met au ge'nitif, ou mieux au possessif. Ce n'est que 
plus tard que la conjugaison pre'dicative se de'gage. On peut citer 
comme se conjuguant possessivement les langues ouraliennes, les 
langues allaïques et les samoyèdes. 

Mais à côté de la conjugaison des verbes existe celle des 
substantifs; dans certaines langues, on doit même relever cette 
anomalie qu'on peut conjuguer les prépositions (toutes les langues 
ouraliennes) et même quelquefois les conjonctions (langue la- 
ponne). Cette conjugaison des substantifs nous déroute un peu; 
c'est une association d'idées inconnue dans nos gramnmires. Ce- 
pendant elle existe, et sous une double forme : la prédicative et 
l'objective. 

Tout à l'heure nous avons vu que la conjugaison normale des 
verbes est la prédicative, que c'est seulement dans les langues 
anciennes et à formes rudimeolaires que la conjugaison posses- 
sive dominait. Dans les substantifs, c'est l'inverse; parmi ceux qui 
se conjuguent, c'est la conjugaison possessive qui domine, celle 
prédicative est extrêmement rare, du moins sous sa forme visible; 
car, sous une forme latente, elle est, au contraire, très fréquente. 

Dans beaucoup de langues, les substantifs se conjuguent pos- 
sessivement suivant des paradigmes très développés; parfois 
même, comme en nahuatl, ils ne peuvent exister sans ce renfort. 
Dans les langues ouraliennes on ne va pas jusque-là, mais la 
conjugaison possessive du substantif est usuelle. Il suffit de citer 
le magyare : immha cf travail w; i" munka-m, 9°munha-d, 'è°munka- 
ja; pluriel : i" minik~unk, 2° munka-tok, 3° munkajok. 

Dans le nama, le substantif se conjugue aussi, mais prédicati- 
vement, suivant le paradigme que nous avons donné; il n'y a plus 
relation génitive, mais apposition. Nous avons déjà relevé dans 
une langue du Caucase l'amorce de ce système. Mais ailleurs les 
pronoms des deux premières personnes ont disparu de cette con- 
jugaison prédicative: il ne reste plus que celui de la 3% c'est 



DE L'ARTICLE. 311 

notre arlicle. Il est heureux que nous ayons conserve' la présence 
du nama pour nous relracer ïanûqnG processus. 

A côte' de la conjugaison prédicalive et de la conjugaison pos- 
sessive, le verbe en possède une troisième, celle objective, dans 
laquelle le comple'nient direct se trouve agglutine' sous une forme 
spe'ciale de pronom. Le substantif ne semble pas posse'der cette 
conjugaison, si ce n'est dans le cas très rare du nomen agentis. Il 
s'agit du sujet qui se trouve en face du comple'ment direct, celui- 
ci ne'cessite la position devant le sujet d'un suffixe, qui marque 
celte relation. Nous avons de'crit ailleurs ce phe'nomène très cu- 
rieux. 

Nous croyons pouvoir conclure du cas du nama que ce sont 
les pronoms des trois personnes , et non seulement celui de la 3% 
qui se sont affixés au substantif, et qu'il y avait ainsi un arlicle 
de la r% un de la 2^ et un de la 3^ personne, puis, que les deux 
premiers ont disparu au cours de l'évolution, que l'article actuel 
n'est que fragmentaire; nous reconnaissons cependant que, pour 
bien appuyer cette induction, il faudrait avoir d'autres exemples 
que celui du nama. 

L'article suffixe' variable se rencontre dans plusieurs langues 
chamitiques, en somali et en galla. En somali, cet article est k 
pour le masculin et t pour le féminin; on y joint des voyelles 
pour obtenir le re'sultat de surde'lerminer davantage, a quand 
l'objet est pre'sent, i quand il est absent, quand il est invi- 
sible; nin-ka, nin-ki ^ ïhomme -n ., faras-ka, faras-ki «le cheval n, 
hur-ia tria colline n, on-dà frla femme n. En galla, on emploie 
tsha pour le masculin, tti pour le fe'minin : garba tr esclave w , garbi- 
tslia f l'esclave T), garbi-ui «la femme esclave'?. En saho, l'affixe 
est, pour le masculin, ta, to, et pour le féminin, là, tô, avec 
accent; au pluriel, fit. 

Au moyen d'une suffixation d'article, le bilin distingue non 
point le déterminé de l'indéterminé, mais l'individuel du col- 
lectif; par exemple «un seul chatTi ou «des chals^î, dans le 
premier cas, dimmu-râ; plur. dimmû-t; dans le second, dimmUm; 
plur. dimûmu. La même distinction est faite en saho. Encore un 
comcept particulier à ajouter à ceux que les divers peuples ont 
eu de la détermination. 

Le thibétain a une très remarquable série d'articles suffixes; 
ce sont: pa, p6, pho, bo, pour le masculin; ma, mo, pour le 
féminin; bod-po «un Thibétain», bod-mo «une ïhibétainei. mi- 
bo «un homme w, mi-mo «une femme ^i. Cet arlicle est d'origine 
pronominale. Les êtres inanimés sont tantôt masculins, tantôt 
féminins, de sorte que leur caractère de sexualité est douteux; 
ce qui est certain, c'est qu'on divise les substantifs en catégories 



312 RAOUL DE LA GRASSERIE. 

qui forment opposition entre elles. Mais la variation n'a pas lieu 
suivant les dilFe'renls nombres. 

Le souhrai possède un véritable article pour Taninié : cli; pour 
Vinanimé : ni; )ii-yu-di crton-cbameau-lcn. 

Mais c'est dans les langues indo-européennes dérivées que la 
préposition de l'article est plus à noter, en ce sens que le carac- 
tère d'article ne peut lui être contesté; en effet, c'est le même 
que celui qui dans d'autres langues de la même famille se trouve 
préposé. 

C'est ce qu'on remarquera d'abord en roumain. Dans toutes 
les autres langues romanes, l'article dérivé du latin ille se trouve 
préposé. Dans le roumain le même se postpose. D'oiJ vient cette 
interversion? 11 est difficile de l'expliquer, mais elle existe. Le 
substantif reste invariable, l'artit^le posiposé se décline seul : otn- 
ul cfThommc; gén. om-ul-ui, dat. om-id-iii, accus, pre-om-ul, 
voc. om-ul-e, abl. de la om-ul; plur. oameni-i, gén. a ôameni-lor, 
ôameni-lor ;Sih\. de la ôameni-lor; nom féminin : turture-oa rr la tour- 
terelle 75, gén. a-turUtre-kt , dat. iurturc-le'i , accus. pre-turUtre-oa; 
pi. turturele-le , gén. a-tiirturel-lor, dat. turturele-lor, accus, pre-tur- 
turele-le. Cette déclinaison avec article suffixe, chose curieuse, 
s'applique même à l'adjectif: bim-id, bon, gén. a bun-ul-ui, dat. bun- 
nl-ui, accus, pre-bun-ul, voc. bitn-ul-e, ablat. de la bun-ul; plur. 
biini-i, gén. a-btini-lor, dat. buni-lor, accus, pre buni-i, voc. buni- 
lor, abl. de la buni-i. Il y a une oscillation quand il y a déter- 
mination : c'est le substantif ou l'adjectif qui prennent l'article; 
ils ne le prennent pas tous les deux à la fois, ce serait une sur- 
détermination inutile. 

Nous avons observé plus haut que le roumain possède aussi 
l'autre article un, qui répond au français un; un : gén. a un-ui,' 
dat. un-ui, etc.; il possède, en outre, l'article surdélerminé qui 
répond au cet français; tchel, gén. tchel-ui; enfin il emploie le 
substantif sans aucun article, c'est lorsque l'article est joint à 
l'adjectif. 

En albanais, la déclinaison a deux aspects: le déterminé et l'm- 
déterminé : mïk framiw, mik-oii w l'ami t), auquel il faut ajouter 
îiamik ffun ami^î. L'indéterminé s'emploie dans les locutions ana- 
logues aux suivantes : cfde la neigea, «il y avait un homme 15, 
ffil mendiait du painn, rr oiseau de fleuve'^, ffà travers bois 17, 
ff après le soir venui^; par un autre motif et parce que la déter- 
mination est sulfisamment faite par ailleurs, on emploie l'indé- 
terminé après un mot de nombre, après l'adjectif possessif et le 
pronom démonstratif. Au point do vue morphologique, c'est le t 
qui est l'indice de détermination, mais ce / devient n et s. 

Il faut mettre sous les yeux le paradigme : 



DE I/AIÎTICLE. 313 

Nom féminin : blyelœ ffl'aheillei. 

INDBTERHINÉ. DETERMIM:. 

Noniiiialif : bliétœ hhjel-a. 

Vocatif: oblyetœ o b/yèta. 

(lénilif ablatif: blyet-e blyelœ-sœ. 

Datif: blyel-e blyetœ-sœ. 

Accusatif: blyet-œ blyetœ-nœ. 

Locatif (remplacé par l'accusatif). . . . mlœ,mby,mblycUc-l. 

Pluriel. 

Nominatif: blyelœ. . hlyelœ-tœ. 

Vocatif: o blyelœ o blyclœ-l. 

Génitif : blyelœ-ve blyelœ-ve-l. 

Datif: blyetœ-ve blyclœ-ve-t. 

Accusatif: blyelœ blyclœ-tœ. 

Ablatif: blyetœ-c blyelœ-ç. 

Locatif (remplacé par l'accusalif). 

Nom masculin : hyên frchienn. 

Nominatif: kyêii kyën-i. 

(jénilif : kyen-i kyen-i-l. 

Accusatif: kyêii kyëa-i-nœ. 

Locatif: kyeii-l. 

Ablatif: kyen-œ. 

Pluriel. 

Nominatif: hyen kyen-tœ. 

(Jénilif: kyen-œ-ve ' kyen-œ-opl. 

Accusatif: kyeu-et. 

Locatif : 

Ablatif: kyen-ç kyen-ç. 

Ce ne sont pas les substantifs seuls qui sont soumis à Taspect 
détermine', mais aussi les adjectifs lorsqu'ils sont placés avant 
le substantif, et lorsqu'ils sont employés substantivement : alors 
ils empruntent les désinences du substantif déterminé. 

Ce qui est très curieux, c'est que l'article de détermination, qui 
suit le substantif d'ordinaire, le précède quelquefois, mais alors 
il est souvent répété deux fois; il précède et suit en même temps. 
Ce phénomène ne se produit que dans des cas particuliers : i° dans 
les noms de parenté; 2° dans l'adjectif employé comme attribut; 
3" dans le même employé substantivement; h° devant certains 
adjectifs pronominaux ou indéfinis; 5° devant le comparatif et le 
superlatif; G" devant les noms des jouis et de certaines fêtes; 
7° devant les nombres cardinaux employés isolément; 8" devant 
les noms abstraits dérivés d'adjectifs ou de participes; enfin, et 



31 /l RAOUL DE LE GRASSERIE. 

c'est le cas le plus remarquable, devant le substantif de posses- 
sion au génitif, lequel suit le nom au nominatif; par exemple: 
û à ve e poulge-sœ cfun œuf de la pouler. Cet article pre'posé 
anormal prend le nom de prépositif. 
Voici sa morphologie : 

MASCULIS. FBMININ. OTDTRE. 

Singulier nominatif. . . i c tœ 

Ge'nitif-dalif tœ sœ (pour tous les geures) 

Accusatif. tœ 

Pluriel (pour les cas et les genres) : tœ. 
Singulier. 



MiSCULIX. FEMIIim. 



Nominatif i çokyi ffj'ëponx» e çohya. 

Génitif datif. tœ çolcyi-t tœ çohie-sœ. 

Accusatif.. tœ çokyî-nœ tœ çohye-nœ. 

Pluriel. 

Nominatif accusatif. . . . tœ byi-ta n\e ûhri tœ-çohye-ta. 

Génitif comparatif. ... tœ byi-vet tœ-çokye ve-t. 

On doit remarquer l'identité de l'article postposé et de Tarlicle 
préposé; l'indice est le même : t, tœ. Et l'article préposé n'est 
autre que le pronom démonstratif attributif qui reproduit les 
mêmes formes. 

Nous ne pouvons quitter ce sujet sans observer un des emplois 
de l'article préposé, ou prépositif; on s'en sert entre deux sub- 
stantifs, mais dans ce cas le prépositif, au lieu de prendre le 
genre du substantif qu'il détermine, prend, au contraire, celui 
du substantif précédent qu'il ne détermine pas. Singulière ano- 
malie I Par exemple, dans l'exemple déjà cité, nœ ve e poulgœsœ 
ff l'œuf de la poules, le prépositif e s'accorde non avec ve ff œufi7, 
mais avec poulge-sœ ff poule rî, et, comme il s'analyse en démons- 
tratif, nous pourrions traduire exactement ffœuf celui poule- 
la^. De même, ndœ vœnt tœ tiij ffdans place elle-lui''=^ff dans 
place de luiii = «dans sa place n, et ndœ vœnt tœ say tf dans placé 
elle-ellen. Nous pouvons peut-être y découvrir l'origine de la suf- 
fixation de l'article, il suffit d'écrire ndœ vent-tœ-tiy à la place de 
ndœ vent tœ ty. Le nom dominant le génitif était suivi de l'article 
relatif au nom au génitif, mais s'accordant avec le premier; dès 
lors, il semble que cet article ne faisait qu'un avec celui-ci, l'ar- 
ticle préfixé à un nom semble suflixé à un autre, efc une fois 
l'habitude prise, on put supprimer le nom au génitif, et le suffixe 
resta à sa place. Tel est le processus curieux de l'albanais. 

On peut à ce sujet et dans le même sens signaler ce qui a 



DE L'ARTICLE. 315 

lieu dans le pronom possessif; nomin : Uihn-im niion chien 15, 
ge'n. dat. hienit t-hn. Pourquoi ce t apparaît-il au génitif devant 
im, on ne le retrouve à aucun autre cas? C'est quil a e'té évoqué 
par le t final de hjenit. De même, Tarlicle préposé au génitif s'est 
trouvé attiré vers le nominatif. 

Parmi les langues slaves, le bulgare est la seule qui fasse 
usage de l'article et, comme le roumain et l'albanais, elle le 
suffixe. Mais le substantif et l'article postposé se déclinent tous 
les deux; il est t au masculin, ta au féminin, io au neutre, et txi 
à l'accusatif féminin; au pluriel ti, Uj et ta, accusatif/^ : ce n'est 
autre chose que le pronom de le 3" personne. 

En voici quelques exemples : toi iè vidicl tsor-t i Isarltsii-tu 
ffil a vu l'empereur et l'impératrice ^5, gdie su kalcvrij-tij iia dete-to 
«où sont les souliers de l'enfant?-», oré'l-t ie tsar-t-na-ytitsit-tie 
«l'aigle est le roi des oiseaux 1^. 

Lorsqu'il y a un adjectif et un substantif, c'est à l'adjectif que 
l'article se postpose : tchisti-t talar rr l'assiette propre t), golenii-t 
mu syn «mon fils aîné^. 

Quant à l'emploi, l'article est mis devant les noms propres, 
ceux de parenté, ceux abstraits. Enfin l'article indéterminé odhi 
ffua-n est aussi en usage. Cet article postposé donne au bulgare 
une physionomie particulière parmi les langues slaves. 

Il est remarquable que dans le bassin du Danube et dans les 
légions voisines, trois langues de famille différentes, le roumain, 
le bulgare, l'albanais ont un article suffixe. Y a-t-il là un effet du 
voisinage et cet article s'est-il étendu de l'un à l'autre? 

Remarquons aussi que dans le bulgare et l'albanais l'indice de 
la détermination est t et que nous allons le retrouver dans les 
langues ouraliennes. 

Dans les langues germaniques l'article est partout préfixé; 
pourtant en nordique, à côté de l'article préfixé, nous en trou- 
vons souvent un autre (un pronom suffixe); dans ce cas le sub- 
stantif et l'article se déclinent à la fois. Cet article est identique 
au pronom. 

Voici un paradigme de la déclinaison solidaire des deux: 

Substantif: dagr fflejour^. 

Nominatif. dagr-inn. 

Génitif dags-ins ; 

Datif deg-inum. 

Accusatif dag-inn. 

Nominatif. dagar. 

pjupjgl ; Génitif. dagan-na. 

Datif dôgv-num. 

Accusatif daga-iKi. 



Singulier. 



316 RAOUL DE LA GRASSERIE. 

Dans tous ces cas il existe un article pronominal bien carac- 
téristique. Mais n'y a-t-il pas clans l'ensemble des langues indo- 
européennes un article plus général, suffixe aussi, et dont Texis- 
tence devenue cachée explique l'absence ordinaire d'article dans 
plusieurs branches de cette famille. 

Si l'on prend pour type le sanscrit, on trouve ia désinence du 
nominatif singulier et pluriel du masculin : s, as, sa, qui n'est 
autre que le pronom démonstratif; à l'accusatif on se sert du 
pronom m qui est le pronom neutre am; le même sert au nomi- 
natif neutre; le féminin seul présente le thème nu, dont il allonge 
la finale et semble hystérogène. Il en est de même en grec ou les 
suffixes $, V jouent le même rôle, en gothique s, en nordique r, 
en un mot, dans toutes les langues. Cet article s, m, suffixe, 
l'ayant été à tous les substantifs, sa fonction de détermination 
actuelle n'est plus remplie; c'est pour cela que le grec, quand il 
veut y atteindre, prépose de nouveau ô, n, to, qui n'est que la 
répétition de l'article final. Il y a là des articles de deux couches 
différentes, comme nous l'avons observé en langues bantou. Nous 
rappelons ce que nous avons dit plus haut, que les substantifs 
se conjuguent comme les verbes, même prédicativemenl: c'est ce 
qui a lieu dans xvpto-s, Vs est la conjugaison prédicative, le 
substantif à la 3" personne. 

Dans une langue, l'article est suffixe, mais il ne varie que sui- 
vant les cas, nous en avons parlé plus haut par anticipation:, 
c'est le japonais. 

Il est très remarquable dans le groupe ouralien, où pourtant 
il n'a son plein développement que dans une seule langue, le 
mordwin. 

Celle-ci a un paradigme complet des deux déclinaisons : la 
déterminée et V indéterminée. 

L'indice de la détermination est partout t, plur. nà. 

Paradigme: ava tr femme''. 
SitiguUer. 



Nominatif. 
Génitif. . . 
Incessif. . . 
Élatif. . . 
lllalif. . . . 
Ablatif.. . 
Allatif. . . . 
Abessif. . . 
Translatif. 



INDETERMINE. 


DETEliMIKE. 


ava 


ava-sli. 


ava-vg 


ava-t. 


ava-sa 


ava-le-sa. 


ava-sia 


nva-lc-sUi. 


ava-s 


ava-t-s. 


ava-da 


ava-te-tzda. 


a va-Il 


ava-te-n. 


nva-flima 


ava-le-Jlima. 


a va-La 


ava- te-ks. 



DE L\\RTir,LK. 



:m 



Pluriel. 

Noiiiinatif. nva-t ava-t-nœ. 

Génitif avn-t-nen ava-le-iien. 

lacessif ava-sa-t ava-te-nene-sa. 

Elalif ava-sta-t am-le-mne-sla. 

IHalif nva-s-t ava-t-neue-s. 

Ablatif ava-t-da aim-t-»pne-z(la. 

Allafif. ava-to-u 

Abessif. ma-to-ftima 

Translatif am-ks-t 



L'indico nà, pliir. nœ, nest autre que le pronom de'monsfralif 
à forme identique. Il faut remarquer qu'il varie au pluriel, sans 
sortir de la dentale. D'autre part, il se redouble souvent : ne-ne. 

Le substantif indéterminé' emprunte ses formes au génitif plu- 
riel nen. Enfin, ce qui e-t plus essentiel, Tindéterminé au plu- 
riel prend le t de de'termination du déterminé singulier. Il n'y a 
pas, d'ailleurs, d'accusatif. 

Les autres langues ouraliennes ne présentent pas ce dévelop- 
pement; elles ont conservé seulement la déclinaison d'indétermi- 
nation, mais l'autre a laissé des vestiges qu'il est intéressant de 
rechercher. 

D'abord, l'indice du pluriel est parlout L tandis que celui du 
duel, et probablement aussi du pluriel, était /.-. Il est permis de 
supposer que ce t est le signe de la détermination transporté au 
pluriel; on le trouve aussi en mordwiu, en ostyake, en wogul et 
enfin en finnois, mais seulement au nominatif. 

Mais la survivance de la détermination à l'accusatif est beau- 
coup plus certaine. Tout d'abord, -le féminin, au nominatifmêrae, 
possède à la fois les deux formes, et celle indéterminée est mar- 
quée par In ta: silma : silmâ-li. pour sthnii-tà t œil ri. Puis il faut 
obsei'ver que dans presque toutes les langues ouraliennes l'accu- 
satif man(]ue; elles ne rem[)Iissenl cette lacune que quand il 
s'agit du déterminé au singulier, en employant un indice spécial; 
que si le substantif est indéterminé, elles expriment l'accusatif 
par le signe du yjarlilif ou le laissent sans expression. En finnois. 
ce déterminé existe aussi bien au nominatif f[u'à l'accusatif et 
.sonne de même manière : xvpI-Up junksee -do Ifau coule 75, \>epsi 
JHoksép "l'eau coule ^j. 

En magyare, l'indice a disparu au nominatif de lindéfini; t est 
employi' [)our marquer l'accusatif : kpzp-l r-la main-. Pour l'ac- 
cusatif déterminé, au contraire, les langues ouraliennes emjloient 
l'indicée, m, me; quelquefois on se sert du génitif. 

Le phénomène est donc gj'uéral dans cegroiqu': s'ulenifiil on 

UKM. MM.. — IX. 2 1 



318 RAOUL DE L\ GR.iSSERIE. 

peut s'étonner que l'arlicle suffixe' t, ta, qui est dans le mordwin 
un article de détermina lion, soit dans toutes les autres langues 
un article d'indétermination. 

C'est certainement le point de vue de la langue qui présente 
le système complet, celui du mordwin, qui doit l'emporter. Le 
pronom ta, ta est bien l'article de détermination. Comment ail- 
leurs a-l-il passé à l'expression contraire? Nous avons vu que, 
même en mordwin, il a envahi le pluriel du déterminé. Or le 
pluriel a un caractère d'indiUermination. Il a pu ensuite envahir 
le singulier. Ce serait une cause de virement. S'il avait pénétré le 
singulier entier, il y aurait eu confusion : mais il n'a atteint que 
l'accusatif. Le processus serait : l'eau, les eaux, de Veau (à l'accu- 
satif). Nous ne donnons cette idée que comme une hypothèse. 

Il faut signaler maintenant l'article basque. Il a pour forme ar 
qui devient a et est un pronom démonstratif qu'on retrouve en- 
core comme tel dans le dialecte biscaïen. Il est suffixe et porte 
seul l'indice des différents nombres et des différents cas, tandis 
que le substantif reste invariable; au contraire, lorsqu'il n'y a 
pas d'article, c'est le substantif lui-même qui se décline. Au plu- 
riel, on n'a plus le choix d'employer ou de supprimer l'article; 
celui-ci est toujours présent. C'est ce phénomène que nous avons 
déjà constaté. Il y a donc entre la détermination et le pluriel une 
certaine affinité. L'indice du pluriel k se fondant avec ar donne 
la forme ak pour ark : gizon-en ff d'un hommes, gison-ar-en crde 
l'homme fl, gison-i rrà un homme t', gison-ar-a-i th l'homme a. 
S'il y a un substantif suivi d'un adjectif, c'est à l'adjectif que 
l'article basque est suffixe: ur-garbi creau pure^i, ur-garbi-a tr l'eau 
purew, ur-garbi-ar-en «de l'eau purew, ur- garbi-a -h , t^omv garbi- 
ar-k ries eaux pures -o. 

La langue poul présente une grande variété de suffixes pour 
marquer le singulier, et ces suffixes sont des pronoms démons- 
tratifs, ainsi que le remarque M. Frédéric Mùller, ils sont nom- 
breux et ont certainement désigné à l'origine des catégories dif- 
férentes d'objets, comme dans les langues bantou. Ce sont : ka, 
ke, ko, gai, ngal, ngel, ngol, al, lel, dol, ong, djo. de, nie, do, 
ndo, du, ndu, na, ne, nu, ngo, ra , re, ri, ru, ba, bi, bo, wo, wo; 
ils disparaissent au pluriel : gor-ko fr l'homme r', dem-bo ftla 
femmes, lam-do trie ro\n. Au pluriel apparaissent de nouveaux 
suffixes qui sont des pluriels de pronoms personnels: be, qui est 
le pluriel do, et qui est encore usité comme tel; de, di, dje, 
djë, le, li, e, i. Le plus souvent le pluriel se forme par le rejet 
de l'article de détermination du singulier : bodare ff l'étoile i?, 
plur. kode. C'est donc ici le singulier qui est déterminé. 

Mais tous les noms étant pourvus de suffixes classifiants, il 
n'en résulte pas de détermination véritable; pour l'obtenir, on a 



DE L ARTICLE. 319 

eu recours à un second «irlicie hystérogène, préfixé celle fois; de 
là, une distinclion entre les deux formes : le déterminé et l'indé- 
terminé. Au pluriel, le procédé est aussi simple qu'ingénieux; il 
consiste à redoubler le suffixe du pluriel : sagatn-be ff jeunes gens^^ , 
sagaia-be be t les jeunes gensri, dawà-de r chiens •'i, daiva-de-de 
ffles chiens 1^. Au singulier, c'est le même système en principe: • 
it-ng-î tf poisson n, li-ngi-ngi «le poissons, hetà-ne r année n, helà- 
nde-nde ff l'année, ho7idu-ko " bouche n, hondu-ko-ko ffla boucher. 
On ne peut ne pas être frappé de l'analogie qui existe entre ce 
procédé et celui des langues bantou pour se créer un second ar- 
ticle, il s'agit toujours de la réduplication; en bantou, bu devient 
ubu, ku devient uku; de même, en poul, nde devient nde-nde; etc. 
C'est au même système de détermination par un article pro- 
nominal suffixe qu'il faudrait rattacher celui de la langue woloff. 
si certains cas particuliers ne semblaient démontrer qu'à l'origine 
ces particules ont pris naissance du substantif lui-même, et n'en 
sont qu'une réduplication avorte'e. 

Article poslposé invariable. 

Tandis que le nama suit un système tout particulier et ori- 
ginal de suffixation des pronoms personnels à titre d'article, la 
langue des Bushman s'esl formé un article dans les termes ordi- 
naires, en suffixant la particule invariable gen : koari-gen foi- 
seau-\e V, goro gen fie cheval w. Cette détermination semble rentrer 
dans le système d'expression' de la détermination par l'emphase, 
car elle se suffixe aux verbes pour mettre en relief l'action, et au 
pronom lui-même pour faire ressortir la personne. 

Parmi les langues africaines, le basa et le grebo possèdent un 
article suffixe invariable. En basa, c'est le pronom de la 3" per- 
sonne : goi-o fflbommew. Le grebo a, en outre, un article 
d'indétermination n-pondant au français : un, c'est no, no, le 
pronom démonstratif, en profonde connexion, comme en égyp- 
tien , avec le verbe ètre = ne : ngbive-nô r un hommes; le déterminé 
est nono, neno, pronom démonstratif. 

En dinka, l'article est sutfixé aussi sous la forme nde, et il 
n'est autre <jue le pronom démonstratif: f/fcf femmes : tik nde 
tfla femme Ti. 

Parmi les langues américaines, le nahuall présente certaine- 
ment un article déterminé dans la suffixation de il, tli, lequel 
disparaît au pluriel ou après un possessil. Frédéric Muller re- 
connaît qu'il s'agit d'un suffixe d'individualisation : koa-tl r ser- 
pent 11; ko-koa . kalli pour ka-lU fr la maison^, no-kal rune mai- 
son •n. 

Les langues dravidionn^'s l'onuenl . on gém'-ral, jciiis divers cas 



320 RAOUL DE LA GKASSKRIE. 

par la suflîxation à la racine nominale de divers indices casuels; 
mais souvent elles intercalent entre les deux certains éléments 
d'origine pronominale quijouent le rôle d'articles; ce sont : in (ni), 
adu, arii, ti, atiu , a. C'est ainsi qu'en telugu, fammadu r frère 
cadet w devient à Taccusatif tammadu-ni, en prenant ce signe de dé- 
• termination, puis ce signe se rencontre aux autres cas obliques 
en ajoutant les suffixes casuels proprement dits : dat. tammu~ni- 
ki, instr. tamniu-ni-tsheia , soc. iammu-ni-to , locat. îammu-ni-lo. Le 
suffixe d'e'largissement dilïère au pluriel. 

Dans la langue kazikumûk, ce suffixe d'élargissement existe 
aussi : c'est lu au singulier, ru au pluriel : x^ta cf maison i:, gén. 
)(al-luï, dat. yat-lu-n, adess. yat-lu--^. 

En abchaze, nous avons déjà remarqué que, si l'article déter- 
miné se forme par la préfixation de a, l'indéterminé s'exprime 
par la suffixation de /.-. 

Dans la langue jagane, la détermination se marque par la 
suffixation de hi : ùa te homme ti, ûa-ki tr l'homme fl, lià-pei wdeux 
hommes r5, ûà-pi-ki 'fies deux hommesv ^ joshôla tr chiens, jos- 
hjla-ki ffle chien n. 

Tels sont les divers cas de présence continue de l'article, en 
cas de détermination, soit qu'il se préflxe, soit' qu'il se suffixe, 
soit qu'il varie suivant le genre, le nombre, le cas, la personne, 
ou qu'il reste invariable; nous devons étudier maintenant l'ar- 
ticle latent, c'est-à-dire celui, caché d'ordinaire, qui n'apparaît 
que sous l'action de divers réactifs. 

Article latent. 

Cetarticle n'apparaîtqu'en présence de certains réactifs restreints . 

C'est ainsi que, dans une langue américaine, l'abipone, le plu- 
riel présente la racine nue, parce qu'il est indéterminé par sa 
nature; le singulier s'en forme en ajoutant l'article de détermi- 
nation k: xjiiiha ff bœufs w, yûiha-k tfbœufn, ahopega tr chevaux w, 
aluipega-k rf cheval'-. ; 

De là, cette anomalie que le pluriel semble préexister au sin- 
gulier; c'est, en réalité, l'indéterminé qui préexiste au déter- 
miné; cependant ce n'est qu'une exception, même dans cette 
langue; quand la détermination n'est plus en jeu, c'est le plu- 
riel qui dérive du singulier par une addition. Cela prouve que 
le k marque la détermination d'une manière directe, et indirec- 
tement seulement, le singulier. 

Nous avons observé plus haut que dans les langues de l'oural, 
le déterminé et son suffixe apparaissent avec le pluriel probable- 
ment, et certainement avec ['accusatif; dans le mordwin seul la 
déclinaison déterminée est parfaite; sans doute, c'est que dans 



DE L-ARTICLE. 321 

ces langues il ne reste plus que des vestiges du détermine', mais 
dans l'e'tat pre'sent il faut un certain cas, l'accusatif, et quelque- 
fois un certain nombre, le pluriel, pour faire apparaître le dé- 
terminé. 

Dans les langues turques, Taccusalif indéterminé s'exprime 
par la racine pure. S'il est déterminé, au contraire, on lexprime 
par le suffixe ni {ntj, nu, nii), lequel devient y (//, (/, u) : balyg 
tr poisson-», bahjg-i "Aq poisson n: agha Tpèren, aglia-ni crie père 71. 
C'est le réactif de l'accusatif qui fait seul apparaître le déter- 
miné. 

En tamasheq, le masculin a perdu son article préfixé p, b\ 
mais le féminin a retenu le sien, t. La détermination oblitérée 
apparaît ici sous le réactif du genre. 

En bari, lorsque le radical est considéré comme collectif, le 
singulier se forme (et alors son idée se confond avec celle de la 
détermination) au moyen de la suffixation de certains indices 
([ui peuvent se réduire à l'indice t [et, te, ti, tat, tôt, tijo, le, li). 

D'autres fois, au contraire, on considère la racine comme 
déterminée par elle-même, et alors le pluriel (répondant à 
ridée d'indétermination) s'en forme en ajoutant des suffixes 
variés; re rferr^, adu ferr, tries fersn; re-af (déterminé) rr le ferw, 
morin r doigts t?, sing. morin-et trie doigta. 

En bullom et en temné, le contraste entre le singulier et le 
pluriel, dit M. Frédéric Mûller, tient à l'idée de celui du col- 
lectif à l'individuel; c'est le singulier qui est ici considéré comme 
un collectif, comme un indéterminé, tandis qu'au contraire le 
pluriel est regardé comme un individuel et, comme tel, est 
muni d'un préfixe qui se perd au singulier: a-pnhan r les hommes^ , 
pokan r l'iiomme ■'5 , i-rum tries arbres ■« , runi r arbre-». Cependant 
ces langues ont dégagé un autre article plus semblable au nôtre 
et qu'il faut ranger sous la rubti(]ue de l'ailicle postposé, c'est le 
mot tre : pokam-tre "riionimer, plur. a-pokam-tre r\es liommesw. 

En haussa, l'expression du déterminé se trouve en relation 
étroite avec celle du génitif. Au lieu de dire, comme d'habitude, 
maison, quand ce mot est suivi d'un génitif, on doit dire : maison- 
le père =rr la- maison-du-\)hre-n. Le démonstratif qui joue ce rôle 
est na; c'est si bien un arlicle se rapportant à maison qu'il en 
prend le genre et le nombre, et non celui de père : kwara-na 
shinakajfa trie grain de rizw, magana-la bnkhmi trie discours de 
sa boucheiî. 

Dans plusieurs langues du Caucase que nous avons déjà ob- 
servées, entre autres. Tabchaze, le kazi'iumùk, l'artschi, l'indice 
de la détermination est absent sur le substantif détermine' lui- 
même; mais il apparaît sui' le verbe, sur ladjeclif, ([uelijuelois 
même sur le com[)lém('nt ciironstanciél; il en est de même pour 



322 RAOUL DE LA GRA.SSERIE. 

certains mots dans les langues bantou. Nous nous rélérons à ce 
qui a élë dit plus haut sur ce point. 

Comment se fait-il que la détermination soit ainsi de'fective et 
ne se produise qu'en présence de certains genres, de certains 
nombres, de certains cas, ou sur des mots autres que ceux qu'elle 
devrait directement alFecter? Il faut, pour répondre, faire une 
distinction. 

La détermination apparaît au pluriel, par opposition au singu- 
lier, ou au singulier par opposition au pluriel; c'est qu'il y a con- 
fusion, dans l'esprit de tel peuple, tantôt de l'idée de pluriel et 
de celle de détermination, tantôt au contraire de celle de cette 
dernière et de celle du singulier. En effet, on peut penser que 
le pluriel désignant plusieurs êtres d'un seul coup, l'individuali- 
sation y devient plus difficile. Mais un nouvel embarras survient. 
Ce n'est pas toujours le singulier qui se confond avec la déter- 
mination, mais quelquefois le pluriel, au contraire. C'est que le 
concept d'un autre peuple a été différent et que la liaison de 
ses idées est autre : il a pensé, par exemple, que Aommes désigne 
des individus, tandis que homme pourrait bien désigner l'espèce 
collective. 

Lorsque le réactif n'est pas le nombre, ou lorsque la détermi- 
nation apparaît seulement sur les mots subordonnés à celui à dé- 
terminer, alors deux interprétations sont possibles. C'est que le 
pronom, devenu plus tard article, s'est attaché d'abord au verbe 
ou à l'attribut, puis, plus tard seulement, devenu article, au sub- 
stantif, mais qu'il n'a pas toujours atteint ce point d'arrivée; ou 
bien c'est que l'article, parti du substantif pour envahir les autres 
mots, a perdu le souvenir de son point de dépari et s'y est obli- 
téré. Nous préférons la seconde interprétation. 

Que si le réactif est le genre ou la classe, c'est cette dernière 
interprétation qui devient certaine. Le tamasheq nous en offre 
un exemple frappant. 

Raoul de la Grasserie. 

{A suivre.) 



DIX QUATRAINS 

DE MIRZi ABOLX HASSAN DJEADÀfcl 
DIT YÉGHMA, 

EN DIALECTE SÉMNANI. 



Parmi les noies que je possède sur la Perse, se trouvent 
dix quatrains en dialecte sémnàni composés par un poète con- 
temporain, Mirzâ Aboul Hassan, de son surnom poétique 
Yéghmà , recueillis par Mirzà Kérim , médecin sanitaire de Sémnàn 
et de Damghàn, et qui m'ont été transmis par M. le D"^ Tho- 
lozan. Ce dialecte a certaines affinités avec ceux du Guilàn, du 
Mazendéràn et de Reï, mais certaines variations m'ont paru assez 
sensibles pour que j'aie cru devoir ajouter ce court document à 
ceux qui ont déjà été publiés dans les Mémoires de la Société de 
linguistique [[orne W, ^. i et iio). 

Le texte original est accompagné d'une traduction persane 
interlinéaire faite par Mirzâ Kérim, qu'il m'a semblé inutile de 
transcrire intégralement; je me suis borné à reproduire, à la 
suite de la traduction française, les expressions idiomatiques 
avec, en regard de chacune d'elles, son équivalent persan. 

Dans ses remarquables éludes sur certains dialectes iraniens 
qu'il range sous la dénomination d'idiomes péhlévi-tniisuhnans ^ ^ 
M. Clément Huart s'est amplement étendu sur leurs principales 
particularite's; mais, je le répète, je ne me suis proposé que de 
présenter une modeste contribution aux documents, trop rares 
encore, que l'on a recueillis sur les patois persans, laissant à 
d'autres plus compétents la tâche d'en dégager les éléments 
d'une étude de philologie comparée. 

Mirzà Aboul Hassan, originaire de Djendàk, dans le district 
de Sémnàn, dépendance du Tàbàiistàn, sur la route de Téhéran 
àMéshèd, était recherché pour l'élégance de sa rédaction; il a, 
auprès de divers personnages, entre autres de Hadji Molla Ahmed 
Nérâki, occupé les fondions de mounshi (secrétaire); pour se 

' \a\T Journal asiatique, 1886, 1888. 1 88<j , 1895. 



32A AMÉDÉE QUERRY. 

venger de ce dernier qui l'avait maltraité, il a composé un 
poème épigramma tique sanglant; il a écrit de nombreux 
ghazals, mais son divan na pas e'té publié; on n'en connaît au- 
jourd'bui que des morceaux de'tachés. J'ignore si, outre les qua- 
trains qui font l'objet de cette étude, il existe d'autres écrits dans 
le même dialecte, mais, jusqu'à présent du moins, ce sont les 
seuls dont j'ai eu connaissance; c'est peu de chose, il est vrai, 
mais peut-être ne seront- ils pas sans quelque utilité relative 
aux recherches sur les transformations du langage iranien. 

Amédée Querry. 



U*— ^-^ y^ y^r-* (s^^ ^ uUil^ -j 

IjLa_J A.,A.,AW| /jI ^^% lyjfi fi^^ '''^<^' ^ 

Gomment pourrait-on. Ali, décrire tes perfections; ta bonté est 
évidente; partout on je cours h ta recherche, ô lion de Dieu, je voudrais 
être ton cliien, mais je n'en suis pas digne. 

aj, û= îjy>, tes (possessif), t^-», wjèsAi = y|j.AA< , peut, ^^<voaj, 

bébitshi = »<X*i, est devenu. yJjH^, météjon = -^«Xjyo, je cours. 
*A*«i, èspè = iiUn, chien. ^J^ '^S^ mckhn bîn = /^U J^i^ity», je 
veux être. {J^'>, niyân ^= ^t^jf^ ^ je ne suis pas. 

II 

.>-+-*-^ jrÇ^ i^-^*^; i' .? LT^^ a 

Il n'est point de cœur sans peine et sans honte (remords); il n'est 
point de service sans faute et sans erreur; il n'est point de cœur sans 
soupirs et sans pleurs; i! n'est point d'existence sans feu et sans eau. 



DIX QUATRAINS EN DIALKCTE SÉMNÀNI. 325 

j-y>-*, mènèbou ^ iyA-^ , il n'est pas. ^u^, mènèshô, même 
sens que le précédent. *-<rJ, bourmè = Aj^, pleurs. ^î, àà^ u>î, 
eau. 

III 

■ j»<wifc- > iw» -"fc ^^ y~i^ ^^~^^ ^ ""fc ^-.Aw Lj 

Moi sans ami, et toi, tu es l'ami; moi sans ami, que ferais-je? tant 
que fleurira la rose; des broussailles, que ferais-je? En pre'sence de 
ces traits, de cette chevelure ondulëe, de ces yeux voluptueux dont tu es 
douëe, de fleurs, je ne veux point; de jacinthes et de narcisses, que 
ferais-je? 

j 
), rt = ^, moi. tj^^t kobévoun = -^L» ass-, que ferais-je? 

Aà^j^yu» , sourkhè = ^j*m , rouge. *J^ , vèlè = JS\ fleur, jji , débou = 

4>Jmli et ^J, soit pour sera. (jJ*^, tshèsh =^ ^m*^^ œil. ^!à dâr = 

^^ii, tu as. (♦^'ji-*, menehem r^ JrSyg^ ^ je ne veux pas. 

IV 

aJS Uû j,L J j_y-5<-J* y— ^L-:^ ^ Q..» k.* xi 

XJ Ij ^^_J y-AW _j-.« "^k-i ^) ^;^u_«J»^ (J«^ [j^ 

ma maîtresse, lire ton poignard; si lu le veux, accomplis une 
œuvre pie; frappe et tue mon rival, délivre-moi de peine: je sais 
qu'avec le charme que je vois en toi , tu rendras malheureux par tes 
agaceries, par la passion que tu lui inspireras, celui que tu rencontreras, 

y»^ mou = (jj», possessif; ma. ^*^, bèhindj = iJSj, tire. (^^ -, 
mèA-èwi:=^ j^î^aty». lu veux. a^L;£», A<7À;è = (jjXj, fais! I^Xj, békoiiâ 



326 AMÉDÉE QUERRY. 

= c_>jXj, bats, frappe, pile, ^^l èiji=^., un. ^ j*m_j^, mou ser 
pèyi = y^ -iJ ^ := ^ jw ^i, loin de moi [litt. de ma tête), ^j 
appartient au persan archaïque et a cette particularité dans le dialecte 
de Shnnân d'être placé après le mot dont il indique le rapport, aj !j , 
wâ hé =■ (J^'"^.-, de'iivre.A5CAJj,ÀA, lmioûniké^= A5JLsSa^, de même 
que. ^yuço, meymoun = rA^A^y», je vois, {jy^^y^i mezounoun ^= 
Aji*X>yo, je sais, ^pjo, béy{ni= ^^y^, tu vois. jj,joii = Ijj^l, lui- 



Qu'as-tu donc vu en moi, que chaque fois que je me présente tu dé- 
tournes le visage; ne me traite pas avec ce dédain, je t'adjure par ta 
tête, jette un regard sur moi; qu'importe si, à cause du chagrin que tu 
lui infhges, Yeglimâ ne déchire pas le col de son vêtement?' Que son* 
col soit déchiré on non, qu'importe! sa poitrine n'est-elle pas déjà mise 
en pièces à cause de toi ? 



Le premier vers est évidemment altéré, mais cela importe peu 
quant au dialecte. t=*j^, diyet = i^^p ., tu as vu. ^j^, moupéy 
= (j^3i (voir la note du quatrain pre'cédent). ^jU-j«, méréçân = 
/o^vA.*, j'arrive, ^jijlxo, mèkârdèn = jli^iÇw*, tu détournes. 
*i>à, dm = (^^), visage. IjXi, nèkèvâ = u^, ne fais pas. ijj^, 
hénoûn = (^jjU^^, tant de, tel. <5u x», èè /è = i^_jj', à toi.y» y^ aj, 
formule persane d'adjuration = par ta téte.yo^ wom = ly«, moi 
accusatif. Ai Lj, niyâ hé = ^^ »lxi, regarde. (J^ a^, tshé hèvèyi 
= ijjLvA^, qu'importe! (voir la note du quatrain 111 au mot 

} , / y y .V» . . } 

\jy~>). (S^y-i nèvlèvi = :>^*>>>j , qu'il ne déchire pas. yj, bou = 
iyi et ♦XXIilj, qu'il soit. ^Ji, jOM =^l y, de ou par lui. *jI^, 
fsMA;è == o«-»wî cîJI.^, mis en pièces. 

' AHusion à la coutume de décliirer le col du vêtement en signe de douleur. 




DIX QUATRAINS EN DIALECTE SÉMNÀM. S27 

VI 

Dis-moi, quel jour s'est passé sans que je n'aie souffert pour toi? 
Par quelles épreuves do tout genre n'ai-je point passé? On m'avait dit 
jadis que tu étais une coquette inconstante , mais on ne ma pas dit et 
moi-même je n'ai pas cru que c'était à ce point. 

*i_j^, nxoîi f/è= (jj^, à moi. Ij =^ dis! ^5^^?, bilshi= «^, 
fut. ^^^i>i^ , nédertshèm = /^wijsj, je n'ai pas eu. '), zi ^ '^\, de. 
^^, ci = tX*», cent. (jSo, pèsh = (j^, derrière. tj|^, pérâri = 
yiuo, devant, (jyi*^ <^U, bât bishoûn = *>^^^ xxàS\ ils avaient 
dit. jXj\yj^ pérânter, comparatif de y!jj = yoifcAj, autrefois, aupa- 
ravant. ^1 , hfeyi = (s-***^ tu es. ^j^j-ioîy , jiévâtéshoihi = AaÀx» 
•Xii^, ils n'avaient pas dit. yo, 7/jom = (j^, moi. 

VII 

yj^^J i^^LS ^LaJ y^jb x^ ^ «5 

A K y -.l^ y ■» J <X-*-* '.;^*»'^^ iO Ji ji& 

V -' '^^ ^ ''''■ ^ '' V.M r 

Mon bras, mon cœur, ma foi, ma vie, ma douleur, h elle tout je 
donne; moi, tout ce que je possède, je le donne en mémoire d'elle; le 
cœur sans ami n'en est pas plus heureux; à la prochaine fetc, je lui 
donnerai cet œuf brisé. 

.y 

5Ji,70M = ^Lj, à elle ou à lui. \jà^^ médoitn = ^»Xa.#, je donne. 
»l . d=~^JA, moi. *ça>, tshér=y(^, chose. uJi;'^' f/rtro?m = -j!à , 



328 ASIËDÉE QUERRY. 

j'ai. AiS*, »u</è = <ca^m»*a3 , n'est pas. aj-aj^, déyithiyè, Jùj.à-, plus 
heureux. ^aJ, neiojî = :>^, ne peut être. -^>U««X-ii, eshkèstè = 
A^'^-»»**"'*, brise'. »J>Âyj>, imurghono = ç-y* ^is^ ^ œul". 

VIII 



^J*— J ^'^'^ l3)-.A© j.^ AO Jt^^yJS 



Le jour où la caravane prendra l'âme en charge, quelle se hâte dans 
la voie de Tane'antissement ! Je ne suis qu'un faible chameau, ma charge 
est trop pesante; je crains (ju'elle ne m'empêche de passer le Sirath. 

fj^ ^, bâr kèrèn = *XxjOjLj, ils chargent. ^j^J^, âbvâr=i>^'^, 
promptement. jJC.^!, oslUoùr = yJiH», chameau, ^jj*^^, lâghéroûn 
=^y, maigre, faible. «^, père = iL»), trop, excessif? {Je ne 
saurais affirmer V exactitude de la traduction de ce mol ; cest ainsi que 
la donne le traducteur indigène.) (»**y, tersoûm = ^y-i je crains, 
^îi'j, vâdâr=^\>'^i), obstacle, action d'empêcher, d'arrêter. 

IX 

\' ".. ' ^ " " <"" ^ 

• 7^ r3"**>*-^ "^-T"^ ^^^ i>^ 

J'ai parcouru le monde entier à la recherche de l'or el de l'argent; 
j'ai chuchote' mes plaintes à l'oreille des sourds; j'ai fait du feu, il s'est 
éteint : le bois était vert, et de chagrin je joue avec la cendre. 

qjXj Aj, bététoûn = f»<y>j>.^:>. j'ai couru. 2»), ré, aflixe qui, au 
premier vers, a le sens de <^IjJ, à cause de; ij^y^ pour, à la re- 
c^ercAe rfe /'or; au second, celui de aj, «, ^y^.y->t à des sourds; au 



DIX QUATRAINS K\ DIALECTK SKJINÀM. 329 

quatrième, celui de U, avec; sl,JL*^U^, avec la cendre. ^^x.i^5\-l, 
ser goùshègui ^=- ^JJJy^yM, chuchotement. /»JV, />'«ièm= |*U5, j'ai 
d'il. ^ ker est persan. /oJ^j^, ^/t'W^''m = pi>3'j'^' ^^''TP*- (^'^"™^)- ^'^ 
«iîï m persan ^:i'^ ij*^^ , battre {allumer) du feu; dérivation probable 
de Vusage du briquet. i^X , bémerd= ^vC , il est mort (s'est e'teint). 
L>, hâ == i^, il était, c^;'^, t'art = t5;ij, jeu. p^-*, mèkèrem = 
<<vCy», je tais {employé comme auxiliaire), je joue = j»*x« ^^y. 
jX*0 U»., hhâkster est persan. 



/-jçj jliLi^ >Lj wj Aj A-J" Vl i»Â.A.J^ 

C'est grand"pilit'. mais (u n'es pas une amante fidèle; lu ravis le cœur, 
puis lu le l'ebules; non, tu ne sais pas jiimer; chaque lois (pie tu parais, 
lu ravis tous les cœurs; tu n'es satisfaite que si tu es sans cesse eu mou- 
vement. 

^^ , m'j/cyi = 4^CN»*xi , tu n'es pas. jp U, maguir = (£yS^ , tu 
saisis. (^♦^^ Y-w, ser mèdétji= ^ô<^ y^ tu éloignes. Ix^, miyâ = 
^Lajo, tu viens. »v», mèhèr = t^T^iV», tu emportes. ^ ^^, alem 
péyi = yù\s.-^\, de l'univers (voir la note du quatrain IV, au mot 
^). A.ii^, i7/osA^ = o**«ij.Ju*jÀ»., il est satisfait. 



LA CONTRACTION 

EN GREC MODERNE. 



On a déjà fait observer (Psichari, Essais, II, lxix et suiv. ; 
Hadzidakis, Einleit., 3i2 et suiv.) qu'en grec moderne, lorsque 
deux vovelles dissemblables se contractent, elles prédominent 
l'une sur l'autre dans l'ordre suivant: a, o, ov, s, <, sans que, 
d'ordinaire, l'accent paraisse influer sur la contraction. Ex. : to 
âKOuaa m — > râttovcra., tov àpviov » — > Tàpviov, 3-à ê)(Ci) » — >- 
B-a^Ct}, va eiyss » — *■ vayss , ^où bp(pavov ■ — *■ Top(pavov, yjpzdic/lS) 
» — >• ^pcocrlfùj, 10 eiTTS » — > totts, tov ëScoa-a » — *■ rovScocra,^ fxoîi 
sJtts » — > fxovTre^ Xsînei êx.e7vos » — >■ Xein' êxeivos, etc. 

Mais on n'a pas encore, que je sache, donné l'explication de 
cette prédominance des voyelles l'une sur l'autre. 

Elle se dégage, je crois, assez facilement du schéma que voici : 

* ^ ^ ov 



Ce schéma représente, comme on sait, les mouvements de la 
langue dans la production des diverses voyelles. La langue, re- 
levée à la base pour ov, s'abaisse insensiblement jusqu'à l'a; 
puis, du son a au son z, elle se relève par sa partie antérieure, 
en même temps qu'elle avance dans la direction des incisives. 

Dire que les voyelles prédominent l'une sur l'autre dans 
Tordre a, o, oy, e, t, c'est donc dire que : 

1° lorsque les deux voyelles qui se contractent sont de même 
nature (toutes deux postérieures ou toutes deux antérieures, a 
étant considéré comme une voyelle neutre), la contiaction se fait 
en faveur de celle qui exige la moindre élévation de la langue; 

9° lorsqu'elles sont, l'une antérieure, l'autre postérieure, la 
contraction se fait en faveur de cette dernière. 

En d'autres termes, quand on contiacte deux voyelles, on 
évite à la langue, dabord, le mouvement d'élévation, en second 
lieu , le mouvement en avant. 

Bemarque. — Dans certaines ])arties de la Grèce ov -{- s se 
contracte en o; ex. : tov sSoûna» — > ToScofca (au lieu de TovSci)xa). 
Il y a donc ici, semble-t-il, une attraction exercée sur ïov par Vs 
(Hadzidakis, Einleil., Sig-Sao). Il est possible aussi que, dans 
les régions en question, ïov ait un son plus ouvert "qu'ailleurs. 

Hubert Pernot. 



LES EMPHATIQUES ARABES. 



I 

L'alphabet arabe se compose de 28 consonnes sans voyelles, 
ces dernières ne syndiquant que par des signes accessoires au- 
dessus ou au-dessous des consonnes. 

Si Ton veut bien considérer que l'alphabet {{rec, de'falcation 
laite de ses 7 voyelles, ne comporte que 17 consonnes, et que 
l'alphabet latin en renferme 19, on voit que l'alphabet arabe 
pre'sente une grande richesse d'articulations, qui se manifeste sur- 
tout dans de nombreuses nuances : il possède en elFet le t, ïs et 
r^ à deux degrés, et outre le k un q guttural, sans compter 
quelques lettres gutturales qui n'ont point d'analogues dans noH 
langues occidentales, telles que le aïn (9) et \e ghnùi (è-). En re- 
vanche, les Arabes ne connaissent pas quelques-unes de nos con- 
sonnes : \e p, le V et notre j. ou g- doux leur sont inconnus, et 
la cinquième lettre de leur alphabet répondant au guimel hé- 
braïque, c'est-à-dire à notre g devant a, 0, u, a pris dans les 
Etats barbaresques la valeur du g italien devant e, i, ou du j 
anglais [dj français). 

Les Arabes ont tout particulièrement développé la famille des 
dentales, dont ils distinguent beaucoup de nuances. 

Leur alphabet renferme les 7 dentales suivantes :. 

le to cy ) , ^ i 

un autre /« ]^ , --^ nuances de <. 

le dal :> } . , 

le dad j. \ ^ ""^"•^«« d« ^- 

le Srt/ i / 9 nuances du S grec ou du 5" islandais (th anglais doux 
le ha ]è \ (Jo rarlicle tlie). 

. , r. . ( é([tiivalent an & grec ou au p islandais (th anglais fort 
) (In mot tliing). 

Ces 7 lettres n'ont que deux représentants en français. 

Pour dislingiu'r les degrés de force de deux lettres analogues, 
les grammairiens modernes, à l'exemple d'Erpénius, si je ne me 
lrom|)e, donnent le nom A'eniplinùquvix celle des deux (jui se pro- 



332 G*' PARMENTIER. 

nonce le plus dur.emenl. Ils disent que le La est un ( emphatique, 
le dad ^J:y un d emphatique, le d:a là un dz (c'est-à-dire S) ou 
parfois un z emphatique. 

Le même mot leur sert pour distinguer les deux s et les deux ^• 
de l'alphabet arabe : 

le sin iw=-s ooninie i's initiale française : 

et le Cad , ^( * emphatique (ss, ou c très dur); 

le/te/J=A'; 

et le qnfow qof (^, qu'on considère comme un k emphatique , ce qui n'est 
pas bien exact, car c'est un k ou q guttural qui n'a point d'analogue 
dans les langues européennes, mais que les poules pondeuses pro- 
noncent fort bien quand elles crient, non ga-ga comme on dit, mais 
bien qa-qa avec le q oriental. i 

Je dirai en passant que les Occidentaux (|ui ont emprunté leurs 
alphabets à une source phe'nicienne, ne distinguant pas les deux 
articulations du kef et du qof, n'en ont conservé quune : les Grecs 
ont adopté le k, les Latins le q. Les (irecs, à la vérité, avaient 
commencé par les admettre toutes deux sous la forme du kappa- 
(x) et sous celle du koppa (O) qu'ils n'ont pas tardé à supprimer 
comme faisant double emploi, mais qu'on retrouve dans leur sys- 
tème de numération oii il représente le nombre 90. 

Je signalerai encore les deux h de l'alphabet arabe, le hé (») 
et le ha (^) : 

le hé («) qui est une h aspirée analogue à l'/t des langues gennaniques, 
mais toujours perceptible niènic à la fin des mots, comme dans Allah 
AMI'; 

et le ha (^) qui peut, à bon droit, être dit emphatique, car les Arabes 
le prononcent beaucoup plus durement que cela n'a lieu dans aucune 
langue européenne : ils disent, par exemple, Mohammed J^ avec 
un h analogue à celui qu'on entend dans le haii des bûcherons. 

Je vous demande pardon de ces préliminaires un peu longs 
avant d'en arriver au véritable objet de ma communication : 

Comment doit-on représenter et transcrire les lettres empha- 
tiques pour les distinguer de leurs analogues? 

Je ne me propose pas ici de donner un système de transcrip- 
tion des lettres arabes en caractères latins. Je l'ai fait dans une 
brochure qu'on trouvera à la bibliothèque de la Soei('té-. C'est 

' Ce qui fail (juo los (irecs modernes éciivent ÀAAa';^, dépassant ainsi sensi- 
blement le bnt. 

- Transcription pratique, au point de vue françaii , des noms arabes en carac- 
tères latins (Mémone présenté au (lonfjrès de 1879 d;- \' Association française 
pour l'avancement des sciences). 



LES EMPHATIQUES ARABES. 333 

d'ailleurs une question diUicile sur laquelle on n'est pas encoi-e 
parvenu à s'entendre complètement, comme on peut le voir sur 
les difierenles cartes de TAlriquedu iNord. Je dirai seulement que 
si l'on tient à distinguer les deux sifflantes, on peut les transcrire 
par s et ç; les deux gutturales peuvent être e'crites k et q; pour 
les deux h, on a souvent double' la plus aspirée. Quant aux den- 
tales, il est naturel de repre'seuter le 6' et le ^ grecs par th et dh. 
Mais, je le re'pète, je ne viens pas vous entretenir de la tran- 
scription d'articulations qui sont bien connues et sur la nature 
desquelles on est d'accord si on ne l'est pas sur la façon de les 
rendre en caractères latins. 



Mon but est de vous pre'senter quel([ues considérations de 
nature à de'frôner le lo de sa prétention à être l'emphatique du l 
européen. r 

Tous les grammairiens disent que la S*" lettre de l'alphabet 
arabe, le ta cy, est l'équivalent du t européen. Ceci admis, le Is 
qui se prononce plus durement a été appelé un t emphatique, et 
dans les ouvrages didactiques on représente cette lettre de bien 
des manières : Glaire, dans ses Principes de grammaire de l'arabe 
littéral, Caussin de Perceval, dans sa Grammaire d'arabe vulgaire 
pour les dialectes d Orient et de Barbarie, Bellemare qui a écrit la 
première grammaire de l'arabe vulgaire de l'Algérie, Hélot, au- 
teur du premier dictionnaire de l'idiome algérien, rendent le Is 
par th, ce qui nie paraît peu judicieux, car il n'y a pas trace d'as- 
piration dons cette articulation. Garcin de ïassy et Duveyrier 
dans sa belle Etude sur les Touareg du Nord ne distinguent pas 
les deux t; d'autres auteurs qui se sont occupes de l'arabe parlé 
dans notre colonie ont écrit f (par exemple Pihan et Bresnier) 
ou / (comme Chcrbonneau et Gorguos). Mais tous ils ont admis 
que cy = f, et que ^ est une nuance qui nous est inconnue. Or 
je pense qu'il y a là une véritable erreur. Le Ls n'est autre chose 
que le t de la plupart des langues européennes, notamment de 
toutes les langues romanes, et le cy est un t adouci, analogue 
au t des Allemands. Au point de vue arabe, on peut bien dire 
que Id est un <^ emphatique, mais non un t européen ])rononc('' 
avec emphase, car cela conduit à eu exagérer l'articulation. 

Avant (h; vous donner les raisons de cotte assci'iion, permettez- 
moi encore une digression, puisque je viens de parlei' du / alle- 
mand. 

En France on s'i'ionne souvent de ce (|ue beaucoup d'Alle- 
mands (et surtout les Alsaciens) (\n\ pourtant possèdcnl le</el le^ 
II' h cl le p, le g cl le /. i\n\\< If'iir alpIiaJM'l les roiilondcnl sans 



334 g"' PARMEMIER. 

cesse en parlant français, ou semblent même les intervertir à 
plaisir. Pourquoi disent-ils : voici une pelle belle au lieu d'une 
belle pelle? Il y a là une erreur : ils n'intervertissent pas les lettres , 
mais ils les prononcent, à bien peu de cbose près, Tune comme 
l'autre, d'une façon intermédiaire entre b e\ p, d et t, g et k. Le 
Français qui entend un b ou un d un peu trop dur croit qu'on a 
prononcé un p ou un t; et quand il entend un p ou un t un peu 
adouci, il croit entendre un/» ou un d. — Les poètes allemands font 
rimer Tod ou Brod avec Notli ou rolh; dans les écoles primaires, 
le maître dira à un élève : ce mot s'écrit par un delta ou un 
weichcs d, ou bien cela s'écrit par un hartes t [un d doux, un t 
dur) et il prononce les deux lettres à peu près de la même ma- 
nière. 

Une dame de nos amies demeurant rue de In Boétie, étant allée 
à Strasbourg, a donné son adresse de vive voix à un monsieur 
qui devait lui envoyer un renseignement à Paris. Ce monsieur, 
qui sans doute ne connaissait pas l'ami de Montaigne, lui adressa 
sa lettre rue de la Poésie: elle la reçut, ce qui fait honneur à la 
perspicacité des employés de la poste. Le même personnage pourra 
prendre la rue de Ponthieu pour le chemin du ciel. Dernièrement 
un Alsacien pauvre m'écrivit qu'il ne savait comment payer les 
tèles qu'il a contractées pendant sa maladie. 

Mais voici qui est probant pour la prononciation des lettres en 
question chez les Allemands. Dans une excellente grammaire des 
langues rhétoromanes ', l'Allemand Gartner dit que le b e[\e d 
rhétoromans, qui se prononcent comme en français, en italien 
et en tchèque, sont des lettres qu'on n'entend articuler parmi les 
Allemands ni au commencement ni à la fin des mots, mais seu- 
lement en certaines contrées dans l'intérieur des mots après /, r 
ou n (par exemple les mots Erbe, Ende), et que le t et h p rhé- 
toromans sont équivalents h d et b allemands. 

D'après M. Bréal, la même particularité existait dans l'étrusque 
qui distinguait mal les douces et les fortes qu'il rendait sans 
doute par un son intermédiaire entre b et p, d et t, g et k'~. 

Eh bien , pour en revenir aux lettres arabes, je pense que lelo 
prétendu t emphatifiue n'est autre chose que notre simple (, et 
que le ea est un t adouci, intermédiaire entre d et t. 



' C'esl-à-diifi lo frioulan, les dialectes romans du Tyrol el le romanclie des 
Grisons. 

^ Mcmoireu de la Sorirfp do UnginaliniK' . I. VU, p. 180. 



LKS EMPIÎVTIQUES ARABES. 335 



III 



Mais il est temps que je vous donne les raisons qui me portent 
à me séparer de l'opinion généralement admise par les gram- 
mairiens arabisants. 

S'il ne s'agissait que de l'arabe vulgaire de l'Alge'rie, je crois 
que le fait en question ne pourrait guère être conteste'. Le v:i> 
est toujours prononce' d'une façon bien plus douce que notre t; 
à Constantine on lui donne même souvent la valeur de ts. Dans 
toutes les transcriptions de mots français, les Arabes rendent 
notre t par io et non par cy. Ils écrivent : 

»Xj\ia tabla " table » ; 
iclsllaj batâta «• pomme de terre n ; 
ijiliao hatâch rrpatachen; 
-Jaj notïr rr notaire n ; 

-^la-çLy» milîlïr ff militaire"; transcription barbare avec trois longues 
(comme font les Anglais qui emploient ce, oo pour / et ou, 
brefs ou longs, dans beaucoup de transcriptions, notamment 
dans les noms de lieu de l'Inde). 

Constantine s'écrit «»» W *.»»>.», Qoscntina. De l'italien /antosm, 
les Arabes de l'Algérie ont fait le verbe (j^i^laiÀï, tfanûs ff faire des 
embarras^, où l'on voit les deux l, le premier qui est une flexion 
verbale régulière, le second remplaçant comme toujours le / eu- 
ropéen. 

Mais dans l'arabe ancien et oriental, c'est (également le plus 
souvent par k» qu'on a rendu le t grec ou latin. En voici des 
exemples : 

UXâTwv est transcrit par ^j^S^iî, Ajlàloun; les Arabes n'ayant pas le 

ji n'ont pu le remplacer que par b oaf; 
Plolémée est devenu j*j,A^Jaj, Ulolmious; ici lo p est remplacé par h et 

la tî'rminaison tous répond à os grec; 

La Palestine s'appelle ^jA3.M*Xi, FilasCm; de alàXos on a fait Jjlooî , 
(istoûl; dalpoXàëos est devenu oil-IûAsI. Islarlàb: alipx^ irsoito de 
résiner), est deveiui dlJa-ol, istoiirali , de alvirt) frétoupe» on a fait 
XaIia»! . nslouba; de slabuliim trétablci vient Jl^Lsa»' , istabl. 

Les aslrononics arabes ont transcrit le grec kyjtos «baleinc^i pai- jxJajç», 
qiloiis, el au x' siècle, fasironoine Abd-er-llahman-es-Sr)ùli a lianscrit 
|)ar la \e r (pii désigne une étoile de la jambe gauche d'Andromède. 

Enfui lo mol ^^sfc.!5\La.*s>! , istalnhi . ([uon |)Ouf Iradiiiif par frcycliquc'^ , 



336 



PARMEMIER. 



vient certainement rie tylùXos; il désigne la manière rép-nlière de 
compler les mois musulmans alternativement de 3o et 29 jours, au 
lieu de la manière populaire par l'observation du croissant qui alterne 
moins régulièrement entre 3o et 29 jours. 

Dans tous ces exemples, c'est le ^ et non le <^ qui répond au 
grec ou européen ^ 

Je ne prétends pas d'ailleurs qu'on ne puisse trouver des exem- 
ples où le t grec aurait été transcrit par un «-'; mais ils doivent 
être rares. Pour moi, je n'en connais qu'un: c'est le mot ^^i:**^!, 
Almadjisti. C'est sous le nom dWlmageste que nous a été révélé le 
célèbre traite' de Ptolémée iiaSïjyiaTixi) avvTa^is, auquel on avait 
sans doute, dans les écoles, accolé le mot (xeyia-li] pour le dis- 
tinguer d'autres traités de mathématique pure : les Arabes n'ont 
relenu que ce dernier mot précédé de leur article Al. Ce qu'il y 
a de singulier, c'est que l'épitbète fjisyicrlti ne se rencontre dans 
aucun des manuscrits grecs connus. 

En résumé, je crois avoir e'tabli que le ^ arabe équivaut sim- 
plement à notre t, et que c'est plutôt le cy qu'on devrait distin- 
guer, au besoin, par un signe diacritique. 

Si je ne craignais de n'avoir que trop abusé de votre bienveil- 
lante attention, j'ajouterais que Richebé, savant professeur 
d'arabe classique, qui a le premier atliré mon attention sur la 
valeur respective des deux t de l'alphabet arabe, pensait que le 
çad {{j=>) n'était emphatique que par rapport au shi (,j*») et que 
ce dernier est plutôt un adoucissement du a grec et de Ys des 
langues romanes. Mais je crois que cela n'est pas exact. Dans les 
exemples cités ci-dessus, l's finale de tjaiitès, Blohnious, Qitous est 
le siw,- on le retrouve dans Qosentma el ànns Almadjisti. Ce qui 
est vrai, c'est que le ^J*l {ïs doux) s'associe avec le e:» (î doux), et 
le (jo (s dur) avec le l£> (f dur) dans la combinaison si (**« ou 
ia^) : cela est d'ailleurs tout naturel. 

G"' Parmentier. 



' Les Persans el les Turks en adoptant l'alpliabel aral)e y ont trouvé beau- 
coup de lettres dont ils n'avaient que faire et qu'ils auraiejil simplement pu sup- 
primer; mais l'arabe étant la langue sacrée de l'islamisme, ils ont strictement 
conservé l'orlbofjraphe des mots arabes qu'ils ont adoptés; mais dans le langage 
ils ne font aucune dififérence entre b et c:>, entre ^j- et ^, ils prononcent le 
>i> (6) comme s cl donnent au d emphatifjue {^) ainsi qu'au ^ et à son empha- 
tique (i et t) le mèm'î son qu'au :;. Or les Turks écrivent les motsl^Li (Fiiràl) 
Kuphrate, et bl-L* {Sokrât) Socrato, avec le b; il en élait donc cerlainemenl 
de même chez les Arabes. 



DICTIONNAIRE 
DE LA LANGUE MANDÉ, 

(suite.) 



Bondir, jtJrt»,- ion" Ay/u (courir sur), bori san (courir en haut), fl a 

bondi , a panara , a pana. 
Bonheur, kouna, diya. 
Bonjour, «useg-e, inisé, iniU/é, iiiiké; anisé, aniké. \\ — le matin, 

iui-sakhoma. On répond: ijaouri (K.), ni héra ha (je suis en 

santé), ma har ha, m' hâ; on-on (Ko.). 
Bonnet, fougoula; hama-da (en gueule de crocodile); kamantyé- 

koiira (nom du chef de Bouzé qui portait un bonnet spécial). 
Bord, da. \\ Au — -, dala. Au bord de la rivière, ha dala. 
Borgne, nija-kili, nyé-kili. 
Bosse, dyounou, dyanto, dyounyo, dyougo. 
Bossu, dyoïino-tigi, dyanto-tigi; krouino (Be'l.). 
Botte, ti/ourou, sourou. \\ — ■ de paille, bin-siri, bin-doni. 
Bouc, ba-koro, ba-koto, ba-khoto (K.) (vieux bouc); ba-ké. 
Bouche, da. 

Boucher, v. a. tougou; da toagou; suhst. falikéla, nisi-Jakhala. 
Bouchon, tougoida, da-tougoida , da-tougouna. 
Boucle, d'une corde, wéro , ivérango (K..), wéren. \\ — d'oreille, 

toulou-doroma ; toalou-sanou (or d'oreille). 
Boue, bokho; nokho , noua. 
Boueux, boklioba. 
Bouger, loma. 
Bouillie de farine, lou, lo. 
Bouillir, xvouli, xvouri. L'eau bout, dyi bé ivouli. L'eau a bouilli, 

dyi ivoidita. 
Bouilloire, que les Noirs emportent avec eux, satala, tasala. 
Boule, koroti, koti; kourou, koiilou (morceau). 
Bourgeon, boulouta. 
Bourre (b; lïisil, sotora ; loiipo {Vi\). 
Bf)URREAu , fakhala , faUkéla , faliba. 
Bourrelier , garan-ké. 
Bourrer, sousou. 



.338 J.-B. KAMBAUD. 

Bourse, petit sac en cuir, nyaki, mjaga; kourhaho. 

Bout, koim; dijou. \\ Au — de, koungo, \\ Bout à — , koun hé. 

Boutique , firi-daula , fri-yoro ; sani doula. 

Bouton, sur le corps, késé, soumo-din, sourinya (S.). 

Bouvier, nisi-gé. nisi-géla, givéla (Ko.). 

Boyau, nougou, noiuikou. nono. 

Bracelet, houlou-kauo , boulouia won (argent de bras); hoidou-négé 

(fer de bras); g-of/o (K.); ijufendou. 
Braire, kusi (crier). 
Branche, ijin- boidou . 

Bras, boidou, bolo, bln. \\ — de rivière, ba-bouloii. 
Brasser, sousou. 
HiA^yE, fari, fnii. 
Br:^voijrr , Jarijia, J'atiya , fatinya. 
Brebis, sakha-mousou , sakho-mouso (K.). 

Bride, karafé - dyouîou (rêne de mors). La bride complète avec 
le mors s'appelle simplement, karafé, karfé. krabé (mors). 
IIBendrela — , karafé digi. 
Brillant, dyé; péré; doungaré-kan (semblable à un miroir), dou- 

nyaré. 
Briller, dyé; nahjégé. 

Briquet, ta-négé (fer pour le feu), ta-sindyi (mamelle du feu). 

\^ïi\SK , fonyo , f yen (vent); /bwj/o doromandi (petit vent). 

Briser, ti, tinya; kari. 

Broder, nyégé. 

Broderie, «t/(^p; loma, lomansa. 

Brodeur, nyégélo, nyégéba. 

Bronze, soula, saura, sira (cuivre). 

Brouillard, bougou; nkomi; moura , mourangué, mounaki, mounta, 
mhito. 

Brouiller, mélanger, bérisa, brisa. 

Broussailles, yiri-méséni, yiri doromandi. 

Brousse, ivoulo, wonla; birsa, boursa. |î — épaisse, ton. 

Bru, bira-mousou. 

Bruit, woyo. 

Brûlant, giviu, goni; dyani. 

Brûler, dyani, dyéni. Faire cbaiid, a ku gwin. Le soleil brûle, 
tili ka gwin. Le feu brûle la case, tasouma bé boun dyani. 

Brûlure, dyani-da. 

Brun, basala. 

Bruyant, ivoyolila. 

Bûche, yiri-kourow, nyonso; falima. 

Bûcheron, satyé, saké. 

Bitte, petite hauteur, linù . lindi . toundo. 



DICTIONNAIRE DE LA LANGUE MANDÉ, 339 



c 

Ça, ici, ijan, dijan; ijan-fé, avec inouvenienl. Viens çà, na ijan, 
na dijan , ha ijan-fé. || — et la , yani-ijano. 

Cabrer. Se — , /ya«. Le cheval s'est cabre', sou pana. 

Cacher, tougou, dougou, dogo. L'enfant s'est caché, dm tougouta. 
Le soleil s'est caché, tili bé toiigoula. 

Cachette, tougou-douîa , tougou-ijoro. 

Cadavre, sou. | — d'homme, molho-sou, hé-^ou. 

Cadeau, son, sounija. \\ Faire un —, son di. j Recevoir, accepter 
Va — , son soro. 

Cadenas, kokrani. 

Cage, sou (case). || — À poule, en forme d'ogive, koulou-kou- 
loi.. 

Cahiir, haïl, kaïti (Fr. et Wolof.). 

Cail-Cédra, dijala, dyalo (K.); bono. 

Caillk, poro-poro. 

Cailler, hownouna, koumou. Lait caille', nono koumou. Le lait s'est 
caille', nono koumotita ou koumouna. 

Caill3u, kourou, krou. \\ Gros — , kaba. \\ Petits — x lerrugi- 
nejx, béré, hélé, bré. 

Caïm.n, bama, banba, banbo ; Jatama (K.). 

Caisse, kankéran; wakhandé. 

Calcul ,V/rt>«. 

Calculer, dani ké. 

Calebasse, yè', /f7«, /e'/c', fclou[K.)\ féloungo (K.). l| Gra?<de — , 
félé-ba. ji Petite — , félé-din, Jelou-dé (K. ); bala. j| — en bois, 
irès grande, kouna, kounaïuH; félin go (K.). || — À manche, g-fl- 
lamo, kalautan; konsoro. || — À long col, diba. ji — toute pe- 
tite , koutouroutou. 

Caleçon, koursi, koulousi. 

Calicot, bagi-dijé, bagi-khoï (K.); sanou-dijé bagi; tolou dijé (Fr.); 
ninkina (Fr. ). 

Callosité, baklia-non (mar(|ue de travail). 

Calme, subsl., mounija, viouni/o (K.). [j Adj., mounijaba, niounijé- 
Ida, nioundé. \\ Etre —, moumja. Il est cahue, a bé mounya; a 
nié sari (il n'est pas en colère). || Avec — , niounifa. moimdi- 
moundi. |j — , dans la température, yÔM«/o lé.fijen lé (il ny a 
pas de veut). 

Calmer. Se — , mounya. \\ — , eu parlant du \eul, ban (cesser). 

Calomnie, calomnier, dyalaki, dyalaké. 

( 1 \ lotte , bon net ^ fougoula. 

CuiARADE, /('';•/. léri-lyé. léri , ké-khanou [k.). C'est mou caïua rade , 
«' léri don. 



uo 



-n. RVAIBAUD. 



Caméléon, uoiisi. 

Camp, dakha , kélé dakha. 

Campvgne, rvoula, woulo; birsa, hoursa. 

Campement, digi-doulo; dakha (campement de longue date). 

Camper, digi. 

Canaille, mokho dijoiigou. 

Canard sauvage, bourou; wandalo (K.). 

Canari, grand vase en terre pour Teau, dyi-dakha, dakha, da. 

Canne, bcrè, bété; koloma (K.). 

Canon, goubé. 

C \ov7Cuovc, folè-dyi; saba-dyi, goï-diji. || Arbre À — ,/o/e. |1 L/ane 

À — , saba, goï, sabn-go'i. 
Capitaine, poisson de Sénégal, baboré. 

CxpiTXLE, fama-dougon, fa ma- sou, mansa-dougou , mansa-soii (vil- 
lage de roi). 
Capsule, dégé. 
Captik, dyon. || — de guerre, kélé-dyon. \} — de commerce, san- 

dyon. Il — DE CASE, woulosou, vuolosou. 
Captivité, dyonya. \\ Emmener en —, dyon tanaé. || Etre emmené 

EN — , dyon takha, takha dyon yé. \\ Etre en — , dyon hé, bé 

dyon yé. 
Car, katoiigou, katouga Je te récompense,' car tu travailles, nibé 

saradi, ma, katoiigou i ka bakha. Je Taime car lu es mon frère, 

m' V ifé, katougou n' doro dé yé. 
Caractère, songora. \\ Bon — , songora ka di. \\ Mauvais — , son- 

gora ka dyougou. 
Carapace, /«rrt, kouna-fara, kounya. 
Caravane, sété, dyaraou. 
Carême, soun, soun-karoii. 
Carnassier, soubnu-domo. soubou-domolda. 
Carpe, baloukala: koluisa. 
Carquois, tau, toungo (K.). 
Cartouche, késé. 
Cascade, souronndou ; faraka. 
Case, boun, sou, bougou. \\ — d'entrée, botdou. \\ Groupe de — s, 

appartenant à un chef, lou. Dans la case, boungola. Toutes 

les cases, boung-o-boung. Va dans ma case, takha na boungola. 

Il est dans sa case, a bé boiin . a bé boun kono. i^'. vais dans ma 

case, m' bé takha boun. 
Casser, ti, tinya; kari; fakha, fa. J'ai cassé mon canari, n ka na 

dakha tini/a. fakha. Mon canari est cassé, na dakha tinyara, 

tita. 
(iASTRER, kabali. 

Cauri, kourou (en moyenne 2,000 cauns valent 5 francs). 
Cause, katovgala. \\ Etre — que, ko. 



DICTIONNAIRE DE LA LA.NGLE MANDÉ. 3^1 

Causer, être la cause, hé. La guerre a causé la mort de beaucou[> 
d'hommes, kété ka ké mokho sjjmna sara (la guerre a tait beau- 
coup d'Iiommes sont morts). |l — , faire la conversation, 
kouma . baron, harouli ké. Nous allons causer, an ka kouma. 

Cavalier, so u-tigi. 

Cavité, dinka. |i - — dans l'N arbre, iimi. 

Ce, cet, cette, ces, mji. Cet enfant, mji din. Cette femme, nyi 
niomou. Ces bœufs, 7iyi nisilou. | — que, se tourne par le 
nom correspondant ou par /HO«m, quoi. Jai entendu ce que tu 
as dit, kouma, moiin kafo, n'ka mé (j'ai entendu. la parole que tu 
as dite). Vois ce que tu as fait, a fêlé i ka moun ké (vois tu as 
fait quoi). '' — qui, moun (quoi). Je ne sais pas ce qui arri- 
vera, ma Ion moun hé na. 

Ceci, mji, nyimfé. 

Céder, boula. \\ — , laisser à quelqu'un, boulo tou. 

Ceinture, tijé-sirila; tijé-sirilo {K.}; dyoïdou . dijala; fala-fala; || — 
de PAJiXALO.N, koursi-dyouloii, koursi-dyala. 

Cela, nyi, nyimba. Prends cela, nyi ta. Prends ceci et laisse 
cela, nyimfé ta, nyimba tou yé. \\ — nha., fan -fait. C'est cela 
même , fan-fan don. C'est cela, a té (cela ainsi). 

Célibataire, pas marié, kamarin. \\ — , marié sans sa -femme, 
tyé gana. 

Celui-ci, mji; au plur. . mjilou. Quels hommes sont venus? 
Ceux-ci. Dyon mokholoii nara? nyilou. Quel homme a crié? 
Celui-ci, Dyon ka kasi? nyi don. || — la, nyi. \\ — qui, mé, 
min, méuo; au plur., mé, méou. Celui qu'ils ont attaché s'est 
sauvé, alou ka mé siri, a borita. Celui qui prie ira au ciel, mé 
ka sali ké a hé dou aldyana ro. Celui qui a tué l'éléphant a 
vendu fivoire, mé ka sama fakba . a ka nyi f ri. 

Cendre, bougouri . bougouti, bougouni, boiiri j — blanche, bou- 
gouri dyé. j — alcaline de certains végétaux [nélé,ma\s, pour 
guère, etc.), ségué. 

Cent, kémé. kamé, tyémé; kémé ni'tan foida (B.). Deux — s, kémé 
foula, kémé foula ni' déhé (6.). jj Huit. — s, kémé ségi, ba- 
kémé (B.) (Les Bambaras comptent loo au lieu de 80). 

Centième, kéména, kaména, kémé ni tan foulana (B.); kéményandon. 

Centre, tala, tla. tania. témo. \\ Au — , talan tyé, tuman tyéro, 
talan tyéro, témo to (K.). 

Cependant, bari; nkha. Je te paye, cependant tu n'as pas travaillé, 
n ka sara di ' ma , bari i ma hakha ké. 

Cercle, kori. koti; goni;flo. 

Cercueil, sou-douli. 

Certain, assuré, dyé. dyéli, nyé. Cela esl certain, /f?» hé dyr./èn 
hé dyéli , nyé. 

Certainement. i/6ô. 



3A2 J.-B. RAMBAUD. 

Cervkau, knuH-né. 

Cesse. Sans —, touiti -o-touma , hung-o-lowig. 

Cesser, bcm; boula. Cesse de faire du bi'uil, woyo boula (laisse le 
bruit). Cesse de l"rapi)er, gosi boula. 

Chacal, kankoulou; nasi; ivoulo-ivoidoto. 

Chacun, tout homme, mokho bé, moklio-mokho. Chacun sait (ju'il 
l'aut prier, mokho bé ka Ion nt/aiila sali ké. \\ — , par lèle, la 
Y>ihcc , kilin-kili. Ces bœufs valent deux captifs chacun, mjl ni- 
silou songo kilm-kîli, dyon foula. 

Chaîne, négé -clyoulou (lien en fer); di/oloko. 

Chair, soubou, sougou, sogo. 

Chaise, sigila, sigilo (K.). 

Chaleur, du feu, gonimja. j] — du soleil, Jountani, Jounlomii, 
jounti. !! Etre en — , woul'da. 

Chambre, boun, boa, bongo. || — de devant, baj'é. \\ — de der- 
rière, 6om?i dyou. Il Anti — , gwa. 

Chameau, nyogoma, nyégémé, nyokhonui, uyamou. 

Champ, fouroti, foutou; séné (Ko.), séné-yoro (endroit de se- 
mailles). Il Faire u\ — , J'ourou ké, séné ké. 

Champignon, bountéré, bountré. 

Chance.- Avoir de la — , bé diyalo, bé diyaro. 

Chancre, poro. 

Changer, /«//,/fl/('', /(?/(''. Changer de vêtements, /«nî/n/l. Changer 
un pagne pour un aulve , J'ani fali ka do ta. \\ Se — ,fanijali. 

Chanson, donkUi. 

Chanter, v. a. donkili. \\ — , v. n. donkiUfo. 

Chanteur, donkdda. donkdi-daran-ké (Bel.), dialy. 

Chanvre, indigène, ^/rf/b«, fou, ndadou. 

Chapeau, dibiri, dibri; gaba, gaban, ngafa. 

Chapelet, korosi, korosou, tasabia, wanvaré. 

Chapelier, dibiri-darala , gaban-dala. 

Cuxpoy , nounou, sisé-kobo , kobo. 

Chaque, se traduit en re'pétant le nom et interposant o entre les 
deux. Chaque homme, moW-o-mokho. Chaque case, boungo- 
boun. Chaque jour, loungo-loun. 

Charron de bois pour forgerons, fin-fin. \\ — , pour la poudre, 
darsé. || — , tison enllammé, braise, ta-késé, ta-kourou. 

Charge. — t. Fardeau, doni. \\ — d'àne, fali doni. \\ 9. — de 
poudre, niaija soni. \\ 3. — , fonclion, yoro. La charge de per- 
cepteur d'impôt, salé minala yoro. 

Chargement, doni. 

Charger. — i. Mettre une charge, nyou, doni sigi. Charger un 
àne, fali-nyou. Charger sur sa lèie, sigi koun kan. \\ 2. — un 
FUSIL, maifa soni. Le fusil est chargé, marfa bé sonda. ' 

Charitable, sarakha-dda. sara-dda. 



DICTIOMNAIRE DE LA LANGUE MANDÉ. 34i3 

Charité, sarakha-dinija. \\ Faire la — , sarakha di. 

Charmant. C'est — , a ka niji hou sobé, a ka niji syania, a ka mji 

hall. 
Charmer, ka di. Ce chant me charme, niji donkili ka di n yé (ce 

chant m'est agréable). 
Charpentier, yin déséla. 
Cm KRPiE, fani-kourou mésèndi. 
Chasse, donsomja. [ Allkr à la — , takha ka donsou, takha ka sou- 

bou faklia (aller tuer des animaux). 
Chasser le gibier, donsou, soubou j'akha ; gwé. 
Chasseur, donsou, doiinsou. 

Chat, duangouma; nijaro. \\ — tigre, dyangouma-wara. 
Châtier, doroya; bèn; gosi. 
Châtiment, doroya; gosi (des coups). 
Chatouiller, tit/okholi, nyokho-nyoklio. 
Châtrer, kobo. 
Chaud. C'est — , gwin, a ka goni; gandi. De l'eau cbaude, dyi ka 

gwin, dyi gandi. \\ Avoir — , gandi bé. J'ai chaud, gandi béna. 

I] Il fait — , a ka gwin. 
Chauffer, gandi. j| Se ^ — , dya. Je me suis cbaiiffé, n 'dyara. Je 

mecliaulFe m'bédya. Il fait bon se chauffer, dyani ka gm (l'ac- 
tion de se chauffer est bonne). 
Chaume, Un; tyi, ti. 

Chausser. Se — , sabata dou, sabara dou, samara dou. 
Chaussure, sabata (Ar.), sabara, samara. |i - — , bottes, lyourou. 

Il — en bois, sokourouni, sokourni. 
Chauve. Il est, a bé koun dyé (il est tête blanche); si nia kouna 

(les cheveux ne sont pas drus). ]' — souris, katourouni, gan- 

touroiini; korojîné; lonso. 
Chavirer, tounou. La pirogue a chaviré, kouloun tounouna. La pi- 
rogue chavirera, koxdoim bé tounou. La pirogue est chavirée, 

kouloun bé tounouna. 
Chef, koun-ligi. ]■ — de famille, lou-tigi. \\ — de village, dou- 

gou-tigi. Il — de guerre, koun-tigi; kélé-tigi; boidou-tigi (chef 

de bande). 
CHEm\. sila, sira, silo [K.). || — faisant, h En — . | Lelongdu — , 

silaro , silolo ( K. ). Prendre le chemin de Kankau , Kankan sila dou. 

Le chemin de Sanankoro, Sanankorosila, ou mieux Sanankorota 

sila. Passe ton chemin! lanhi! Quel est le chemin? sila dyoma? 

Laisse le cheuiin, bo silaro, sila boula. 
Ciikmisk. Sorte dk — , (|ue portent les indigènes, doroké. doloké, 

dourgi, drogi. 
Chenille, louniou. toumbou. touro. tonbo. 
Cher. - i. D'un haut prix. !| Ccai chi'\\songo ka dyougou . sdngo ka 

boun. Ce n'osi pas cher, snngo ma boun : smigo sdurou: songo 



Uà 



J.-B, RAH1B\UD. 



nyouina. \\ 2. Aimé, di. Mon père mest cher, m' fa ka di 

n \jé. 
Chercuer, nijini. Aller chercher, takha nyini. Envoie chercher, 

ki ka nati. Envoie chercher de l'eau , wto/c/to ki, ka dyi nati (qui 

porte de l'eau), ka dyi ta (qui prenne de l'eau). Envoie cher- 
cher le chef du village, mokho ki, ka dougou-iigi kili (qui ap- 
pelle le chef du village). 
Chère, halou-fen, doumou-Jen. 

CuÉTiF. Il est — ,fanga nta koun (sa tête n'a pas de force). 
Cheval, sou, souo (K.). || — blanc, sou béda. || — noir, Jiti, 

alezan, dyoubé-oidé. || — b.\i clair, dyoubé moumou. || brun; 

dyoubé. \\ — po3Imelé, dafé fin. \\ — gris de fer, bon g ou fin. 

il — KOUA\, dyoubé. \\ — buvant dans son blanc, dafé dyé. 

Il — bai en tête et balzanes, tyadou. \\ — Isabelle, golèmbou. 

Il — À deux balzanes, sou dyé foula. || -^rose, sou goulouwoidé. 

Il Monter a — , sou ko yélé. || Aller à — , sou ko lakha. \\ Etre 

À — , sou bé yéléla. \\ — rétif, sou kourou. 
Chevelu, siba, sikasya. 
Chevelure, si. 

Cheveu, si. \\ — blanc, si dyé. 
Chèvre, ba, ba-mousou. 
Chevreau, ba-din, ba-dé. 
Chez, bara; lou; yoro. Va chez ton père, takha i fa bara. Chez 

Ngolo, Ngolo bara, Ngoïo lou (dans les cases de Agolo). 
Chien, woulou. \\ — de fusil, kéréboudona, kéix'dola; maifa woulou. 
Chier, bail ké. 
Chiffon, /ani koro (vieux linge), //m koro,fini kolo , fanou kkoio 

{K.);fani kourou (morceau de linge). 
Chiquer, sira douniou, sira donna. 
Choc , gosi. 
Choisir, . . .rotomo (ramasser dans); sougandi. Choisis! ni saga ta 

(prends si tu veux). Choisis un fusil, marfaro tomo (ramasse 

dans les fusils). 
Chose, fin, fèngo (K); kou. || Quelque — , f en-si, fengo. |1 Toutes 

LES — s, feng'ofèn. 
Chute, bita, bira. \\ Faire une — , bi. \\ — d'eau, snuroundou; 

faraka. 
CicATRiCK, non; da-non; dyoli-non. ij — -, d'un coup de couteau, 

sokholi-non , souali-non. 
Cicatriser. Se — , ka kèndé; ka kéné. 
Ciel, san, san-kala; vgala; ngalo-koro. Le ciel est sans nuage, 

san dyéna. Ciel d'orage, kola fin. Ciel moutonné, ton. 
Cigale, kéré; kéré-kéré. 
Cil, nya si, nya dougounia si. 
Cime, koun (lêle); kourou-koun, iinli-koun, toundo-koungo (K.). 



DICTIONNAIRE DE LA LANGUE MANDÉ. 345 

Cimetière, sou-don -ijnro ((Midroit ou on enterre les cadavres). 

Cinq, loulou, louvou, doulou, dourou. 

Cinquante, ian loulou; débé, débanta. 

Cinquantième, tan loulouna, débéiia, débantana. 

Cinquième, loulouna, lourouna, doulouna, douronna. 

Circoncire, foro tégé. 

Circoncis II est — , a bé foro tcgéla, a boloko-la , a nijara-la. 

Cire, kanija, ii-kanija; malé; fan/a. \\ — en rayons, U-uijaha , 

dî-nijnka , linijakho (K.). 
Ciseaux, kémésou. 
Ciseler, nijégé, tégé. 

Citerne, kolon. |! — , ])0ur l'indigo, gara dahlia. 
Citron, lémourou. 
Citronnier, lémourou-ijiri. 
Citrouille, dijé. 
Civière, kara-kara, kharan-kliaran (K.); gangéré; sansara; na- 

khara. 
Clair. - i. Dtjé, gé, givé (Ko.). De ieau claire, dt/i dijé, di/i gé. 

Il fait clair, a bé dijé. Il ne fait pas encore clair, a man di/é Jhlo. 
" — DE LUNE, kalou di/é, karou dijé. \\ a. C'est —, peu épais, 

a man kouna. || 3. C'est — , facile à comprendre, dijé, a man 

goulé. 
Clameur, woj/o-ba. 

Clandestin. C'est — , a bé dougoula. 
Clarté, dijé, karou-dijé (clair comme la lune). 
Clavicule, kama-kourou, kama-kouhu , khamba-kourou (K.) (os de 

l'épaule). 
Clef, koundi; kounégé. 
Clochette, quadrangulaire, employée dans les tamtams, lanan, 

tlan; sébanou; jj>gi-}jigi, woijo-woijo. 
Clou, négékourou, négé-koulou (os de fer), pèmpé. 
Clov ER, pèmpé. 
Cocotier , nasarali. 
Coeur, son, so. Il a bon cœur, a son ka nyi. C'est un mauvais 

cœur, a son ka dyougou. De bon cœur, sagolé. Je le fais de 

bon cœur, n'sagoléro. Je le fais à contre-cœur, n ka di/ougou 

nyé (cela m'est pénible). 
Coffre, kankéran; wakhandé. 
Coffret, bala, bara. 
Cognée, ijéné, dijéné; ymdé, dijèndé. 
Coiffer, koun dara, koun data, koun du. 
Coiffeuse, koun darala, koun dnla; kouméré (Bel.). 
Coin, noun-khan (comme le nez) (K.); koun, kouiio; dogo-dogo, 

doukhou-doukhou . 



3A6 J.-B. R.UIBAUD. 

Col.- 1. Cou, kan, kango (K.). |1 a. — de montagne, dankari 
^ (passage). ^^ 

Colère. - i. Subsl., séli, sarili. || Etre e\ — , séli , sari. [\ Se 
METTRE EN — , séU , suri. '| 9. Adj., saiiUla , séliba. 

Colique, kotio dimi (mal au ventre); klwno dimi (K.). 

Colleter. Se — , kélé; boula nyokhonia. 

Collier, kan dyoulou (lien de cou); kan kono, kan kono dyoulou, 
kan bin, kan kori. 

Colline, thiti, tindi, toundi, toundo. 

Colonne, expédition, kélé, kélé-ba. 

Colporteur, dyali, dyoula. 

Combat, kélé bita; kélé bira; nyokhon-boun. 

CosiBATTRE, kéU ké , nyokhon-boun ké. 

Combien, dyéli, akhé. Combien d'hommes, mokho dyéli. Combien 
de bœufs, nisi dyéli, ou nisi akhé. || — , en parlant de prix, se 
tourne par le mot : prix, songo. Combien le poulet? i sise 
songo (le prix de ton poulet)? Combien vends-tu le bois? 
lokho songo (le prix du bois?). 

Comble. C'est — , a fara (c'est plein). j| De fond en — . kono bé 
(tout l'intérieur). 

Combler un trou, dyoso. 

Comestible. C'est — , a bé douma. Ce n'est pas comestible, a 
douman té. 

Commander, lyi, to; oka; sogi. 

Comme. - i. Iko. Cet homme est fort comme un bœuf, 7iyi 
mokho fanga ka boun iko nisi, ou iko nisi yé (la force de cet 
homme est grande comme est un bœuf). |1 — , peut se tour- 
ner par : être égal, kan, ou être le même, bé kili. Tu es 
comme ton frère, ité ni doro-ké ka kan (toi el ton frère c'est 
égal), ou ité ni doro-ké lé kili (toi et ton frère c'est le même). 
Cet homme est fort comme un bœuf, nyi-mokho fanga ni nisi 
ka kan. \\ — , cela, nyi nyokhon. j| 2. Pendant que, se tourna 
par : dans le temps, tourna. Comme j'arrivais, il partait, nsi 
tourna a tara (au temps de mon arrivée il est parti). || — si, 
iko. Vous courez comme si vous aviez vu le lion, alou bé bori 
iko alou ka wara nyé. 

Commencer, /o/o; da-mouta, da-mina; dyou-ia; dyou-tégé. Le vent 
commence à souïûev, fonyo Jolo nara. A-t-il commencé à parler? 
a ka koumajolofo? 

Comment, tyoukou dyouia , tyoko dyoma (de quelle manière). || — , 
se tourne par : quoi, diou. nioun. Comment t'appelles-lu? i tokho 
di (ton nom est quoi)? Comment vas-tu? i bé dé? Comment 
as-tu fait cela? / ka nyi ké tyoukou dyoma? 

Commerçant, dyagn-kéla : samba; firi-kéla. 



DICTIONNAinE DE LA LANGUE MANDÉ. 3A7 

CoMMKRCE, di/ago; sani Jh'i (achetoi" et vendre), ij Faire le — , 
dyago-ké, scuii firi 

Commettre une faute, khahè hé, jlUa hé. j — quelqu'un, hi (en- 
voyer). 

Commission, hila. \\ Faire une — , hila hé. || Donner une — , hi. 

Commode, agréable, di. \\ C'est — , facile, a man goulé, a haniji. 

Compact, houiui. La brousse est compacte, ton ha hoima. 

Compagnie. En — de, ani, ni. Je pars en compagnie de mon 
frère, ani doro-hé ni bétahha. || Tenir — . tahJia nofî; boida nofi. 

Comparer, hanya. 

Complet. C'est — , a fara (c'est plein); a hé mo«;»e (c'est tout en- 
tier); hé {iowi) \ fengo-fen té dahahé (il ne manque rien). 

Comprendre, mé. Comprends-tu ?/ ^a mé? I ya mé? J'ai compris, 
je comprends, 71 ha mé, n ya mé. 

Compresse, fani-hourou-sirila. 

Comprimer, digi. 

Compte, dani. \\ Rendre — ,/o (dire). \\ Faire un — , dan. 

Compter. 1. v. a., dan. ] 9. — , v. n., daniké. \\ 3. — sur quel- 
qu'un, la. 

Concevoir, woulou, wolou. 

Concorde, diya. 

Condamner, se rend par : dire/o (K.). Condamner un homme à 
l'amende, salé Jo mohho yé. 

Condition. 1. A — que, se tourne par : si, ni. Je te donnerai un 
cadeau, à condition que tu partiras, ni hé son di' ma n i hé 
tahha. Ij 9. — , état, yoro. 

Conduire, nya houla. \\ — , guider, siln nya boula, li — À, tahha 
. . . fé. Cette route conduit à Kanken, nyi sila hé hahha Kuu- 
hanjé. 

Confectionner, dara, dala, da. 

Confiance, lali, dali. \ Avoir — , /a, da, dali, hé. J'ai confiance 
en mon frère, ni bé dalin doro-hé yé, ni bé la n doro-hé yé. \\ 
Homme de — , lana mohho. 

Confier, la, da; saouli; halifa. 

Confondre. 1. Mêler, birisa. I| 2. — , se tromper, ^/t. 

Confus, maloida, malouta. 

Confusion , malou. 

Conjuration, dyanfa. 

Conjuré, dyanja-tigi. 

Connaître, Ion, don. Je le connais, n' h' a Ion. [j S'y — , hahili bé, 
fnhili bé; si (savoir faire). 

Conquérir, moula. Conquérir un pays, dyamani monta. 

Conseil, dégéli; dyé. \\ Donner des — s, dégé. 

Conseiller, v.. dégé; gara. 

Conserver, hanta: hisi. 



3A8 . J.-B. lUWBAUD. 

CoNSiDKRABLK, houn , boiiii-ba; sijama, a ku sija. [j Un homme — -, mo- 
kho a ka goule. l]n chef pou considérable, koun-tigi a inan 
goulé. 

Considérer, examiner, fêlé kon-sohé (bien regarder); . . .t^o yé 
(voir dedans). 

Consolation, dijala; manili. 

Consoler, dyala-ké; mani. 

Conspirateur, dyanfa-tigi. 

Conspiration, ilyanfa. 

Conspirer, dyanfa. 

Constat ER,/e7e. 

(jONstipé. Il est — , a kono diyara (son ventre est sec). 

Construire, ké; dara, dala, da. |] — une case, boun ké, boun da- 
ra. Il - — une pirogue, kouloun dara, kouloun si (creuser une pi- 
rogue). 

Consulter, dégé nyininka. 

Consumer, dyani. \\ — , détruire, /?', iiiiya. 

Conte, tali, talé. 

Content. Il est — , a diyara; a bé nyakhali. 

Contenter, r%rt. || Se — de, se tourne par : seulement, doron, 
ou : être assez, a sira. Il se contente de patates, a bé ivonsoii 
doron doiimou (il mange seulement des patates). 11 s'est con- 
tenté d'une barre de sel, kokho fardé kili sim' yé (une barre de 
sel a été assez pour lui). 

Conter, tali fo (dire un conte). !| En — , fanya fo (mentir), ka- 
lon fo. 

Conteur, tali-dala, lali-kownala. 

Continuel. C'est — , a té ban (cela ne cesse pas), a ma ban (cela 
n'a pas cessé). 

Continuellement, touni -o-toumn (toujours); loungo-loun (tous les 
jours). 

Contraire, i. Pas la même chose, a té kili, a tékan. \\ Au — , wo- 
kouma, wodou; oyéré ko. Cet homme travaille; toi, au con- 
traire tu dors, nyi mokho bé bakha, oyéré ko i bé sinokho. j] 2. 
C'est — , nuisible, a ka dyougoii. 

Contre, nyokho, nyoklion. 11 se bat contre son frère, a bé kélé 
doro-ké nyoklion ké. 

Contrefaire, imiter en se moquant, doiigouya. 

Contribution, impôt, sara, salé, sakliali, sagalé. 

Contusion, gosi-dyogi, gosi-non. 

Convenable, nyima, nyouma. 

Convenablement, koii-nyouma. 

Convenir. 1. être convenable, bé la, bé té, ma, bé na. \\ 2. — , 
être au goût de, ka di. Cette élolVe me convient, nyifani ka di 
n yé. Il 3. — , être d'accord, bé nti. 



DICTIONNAIRE DE LA LANGUE MANDE. 3^9 

Conversation, barouli. \\ Faire la — , barou, barouli hé. 

Convertir. Se — , silnjali (changer la religion). 

Convoiter, ba Je; sagn (vouloir). 

Convoquer, kaj'ou, kili (appeler ensemble). 

Copeau, yiri-kcsc; yiri-féléma. 

Copieux, a ko sya, syama. 

Coq, dountoun, dounou, dono. 

Coque de fruit, /«rn. 

Coquille, koulou, kolo; kanko. \\ — d'œufs, de fruit ,/rtrrt. 

Corail, diginé, koboro. 

Coran, aJkomtiou (Ar.). 

Corbeille en joncs, sagi, ségé; korsagi , féU-félé , fédé (S). 

Corde, dyoulou, dyourou; fou. || — d'instruments de musique, bi- 

nyou. 
Cordeau, cordelle, cordelette, dyoulou-din, dyoulou dé ; fou-dé . 
Cordial, khanouba; di. 

CoRDiER, dyoulou-fougala, dyoulou-fougana , fou farala. 
Cordon, dyoulou, dyala. \\ — de pantalon, A;oMrsi</yow/o«(. || - — de 

sabre, masédou; fan dyoulou. 
Cordonnier, garanké. 
Corne d'animal, blnyé, biéné, binyo; gin. \\ — à poudre, gariia. 

Il — , instrument de musique, boudofo. 
Cornu, binyé-tigi. 
Corps, /an'. 1| —, cadavre, sou. 
Corriger un enfant, htmo; gosi (frapper j. 
Corvée, baklia. 

Cosse, /am (écorce) : goulou (peau). 
CosuniE, fini, fini, fnnou (les pagnes). 
Côte. i. Os, galaka, gasaba; disi-kourou (os de la poitrine). Il 

— A CÔTE, bara. \\ 9. — , coteau, ïmfî, tindi, toundi, toundo. 
Côté, a — , bara, kéré, dala; koro. A côté de moi, ni bara. \\ 

— de toi, i bara. || — de lui, o bara. Le chemin passe à côte 
du fromager, sila bé tambi banan dafé. |i Du — de, fé, fan-fé. 
Du côté de l'orient, koron-fé. Du côté du couchant, tili-bi-fé. il 
De l'autre — DE, ko, kho, ko fé, klwfé. De l'autre côté du 
fleuve, ba ko, ba kofé. 

Coteau, iinti, tindi, toundi, toundo. 

Coton, kotoundi; kotoundo (K.), koronti, korandi, kori. 

Cotonnier, koloundi-yiri , kori-dyiri, koloundi-kéla , kori-kéla. 

Cou, kan, kango (K.). 

Couchant, tili-bi (chute du soleil). 

Couche, lit, lalan, dalan. lalango (K.). !| Faire ses — s, tvoulou, 

wolo. 
Coucher, i. et Se — , la, da. Il est couché, a laln . a bo In. \\ 

MÉM. LliNG. — IX. a3 



350 



J.-B. RAMBAUD. 



— , siihst. Coucher du soleil, tiU-bita , tili-biro. il 3. Se — , en 

parlant du soleil, hi (tomber). 
Coude, non-kon-kouroii , non-kon-koulou , noun-koun-kourou , non-kon- 

kou; kombéli. 
Coudée, non-konya; songogna. Long de cinq coudées, a ka non- 

konya loulou fhjnn. Cinq coude'es de guinée, hagi non~komja 

loulou. 
Coudre, kara, kala, kali-ké, kalali-ké. Il coud son pagne, a héfani 

kara. Que fais-tu? Je couds, i hê moun ké? M'bé karali ké. 
CouFFi\,yb(//bM. 
CouLAM, ivoyo. 
Couler, bouroii, ivoyo. L'eau coule dans le ruisseau, dyi bc woyo 

koro. Le sang a coulé, dyoli bourouta. || — dans, se jeter, en 

parlant d'une rivière, ^om/w. Le Milo coule dans le Niger, Milo 

bé boula Dyalibaro, 
CovLEvn , f ara ; Jenkala. Couleur rouge, fènkala woulé. Couleur 

d'indigo, gara, gala. 
Couleuvre, sa (serpent). 
Coup, gosi; bongo; bousa. \\ — de fusil, ynar/a gosi. Fusil à deux 

— s, da-Joula. \\ Sur le — , sa-sa, si-sa. |l Tout d'un — , sinya 

kili. Il A TOUT — , siny-o-simja. || Tirer ux — de fusil, imirfa 

gosi. Il Donner u\ — , gosi, bougo. \\ Recevoir un — , gosi soro. 
Il Donner un — de main, dénié (aider). 
Couper, tégé. Il a coupé un arbre, a ki yiri kili tégé. Il s'est 

coupé avec son couteau, a tégcra tnourouma. 
Couple. Un — de, foula (deux). 
Cour de cases, lou-kono (intérieur d'un groupe de cases). Il — 

d'un village, konola, kénéma. 
Courage , fariya , fatiya , fatiiiya. 
Courageux , /an, /«h. 
Courant, adj., ivoyo. De l'eau courante, dyi woyo. || En — , borito. 

Il vient, en courant, a bé na borito. 
Courbe. C'est — , a man tili, a man iilin, a man télé. 
Courber. Se — , digi. Il a courbé la branche, a ka yiri-boidou 

digi. Il s'est courbé, a digira. 
Courge, dyé. \\ — ronde, soro. 
Courir, bori, boli, bore. Cours! / bori ! 
Courroie, gouloii-dyoulou (lien en cuir). 
Court, sourou, soulou, soro (petit). Il C'est — , a ma dyan (ce n'est 

pas long). Ce chemin est plus court que l'autre, nyi sila ka 

tarya do yé. 
Couscous, basi; fidi, Jiri, fouto (K.). |i — , farine, bouillie, tau, 

to. !1 Sauce du — , nadyi. \\ Piler le — , sousou. \\ Mortier à 

— , kouloun. I| Pilon a — , kouloun-kala. 



DICTIONNAIRE DE LA LANGUE MANDE. 351 

Cousin, i. Parent, bènké-din , hhiké-dé. il — -k, hènké-inoitsou. \\ - — , 

moustique, souson. 
Coussin, bito; dofolo ; Jen-sigi. 
CoÙt, songo , sara. 
Couteau, mourou. 
Coûter, dyaré. Combien coûte ce bœuf? 7uji nisi dyaréta moun? \\ 

— , se tourne par : le prix, songo. Combien coûte ce bœuf? 

nyi nisi songo? (Le prix de ce bœuf?) Ce bœuf coûte trois 

pièces de guinée, mji nisi dyaréta pis saba, ou bien îiyi nisi 

songo pis saba. 
Coûteux. C'est — , o songo ha dyougou, ha boun. 
Coutume, i. Habitude, dali, délo (K.), délila, déri; houhé; namou. 

il Avoir — , dali. || — , impôt, sora, salé, sahhali , sagaie , dya- 

hha. 
Couture, harali, halali. 
Couvée, sise botitounou. 
Couver, biri hili kan (couvrir sur les œufs). 
Couverture, biti-Jani, biti-kan; bonri-fani, bouri-kan; bagé, ba- 

gyo (K.). Il — de Ségou, danpé, danpa; sirijéba. \\ — du Ma- 

cina, kasi, kasa. 
Couvrir. Se — , biri, biti, bouri, bouti. Il — , cacher, tougou, togo, 

dougou. I! Se — ,Jani dou (mettre des pagnes). 
Crabe de terre, bama kéré-kéré. 
Crachat, da-dyi (eau de la bourbe). 
Cracher, v. a., da-dyi bo (rejeter de Teau de la bouche). |i — , v. 

a., bo, bo dala (chasser (ledans la bouche). 
Craindre, sila bé. Ne crains rien, i kana Jengo-fèn sila. 
Crainte, sila, sira, siranba. 
Craintif, silaba, silana, dyito. 
CrÀne. 1. Os de la ièle , koun-kourou , kou-koulou. \\ 9. — , hardi, 

fari , fati. 
Crapaud, tori, loti, Mo. 
Crasse, nokho, noua. 
Crasseux, nokhola, nokhoba , nouaya. C'est crasseux, a bé nokhobé, 

a bé nokhola. 
Créancier, se tourne par le mot : avoir une dette, dyoulou bé. Cet 

homme est mon créancier, wj/i lyé dyoulou béna(je suis endetté 

envers cet homme). 
Créateur, darala, dala. 
Crédit. Prendre à — , dontoli. 
Créer, dara, dala, da. 
Crénea u , folon , folongo. 
Crépir, no-koli. 
Crépuscule, tili-bita ; fitiri . 

îj3. 



352 J,-B. RAMBAUD. 

Crète, i . D'une montagne, tinti-koun, kourou-koun. \\ 2. — du coq, 
fima. 

Creuser, si. Creuser un trou, dinka si. Creuser un puits, ko- 
lon ^i. 

Creux. 1. Subst., trou, dinka, dényé. \\ — de la main, boulou- 
kono. Il 9. C'est — -, ndj., a ka doun. 

Cri, kasi, ivoyo. Le cri d'un animai, kasi. \\ Pousser des — s, 
kasi. 

Criard, woyoba. 

Crier, faire du bruit, ivoyo. \\ — , pousser des cris, kasi. 

Crime, faMa li , Joli. 

Criminel ,fakhala , faliba , falikéla. 

Crin, si. 

Crinière, fcan-sî {crins du cou). 

Croassement, tori kasi. 

Croasser, kasi. 

Croc. 1. Crochet, donli, dondi , donti , dogini. || 2. — , dent d'ani- 
maux, 7iyi. 

Crochet, donli, dondi, donti, dogini. 

Crochu, donlila, doiidila, dontila. 

Crocodile, bama,batiba, banbo {K.);fa1ama (K.). 

Croire, da, hakili bé,fakili bé. Je crois qu'il est malade, hakili bé 
na a ma kendé. 

Croître. 1. Devenir plus grand, bounyn. \\ 2. — , pousser, bo. 

Croquemitaine, sou-bakha (qui travaille la nuit). 

Crosse de fusil, marfa-dyou. 

Crotte. 1. Boue, boklio; tiokho, noua, \\ 2. — , fiente, bou. 

Crotter. Se — , nokho, noua. 

Crottin, sou-bou. 

Croupe d'animal, ko-koro, ko-koun. \\ — de montagne ^ tinti di- 
ginda. || Etre en — . || Monter en — , bé iyé kofé soula (être 
sur le cheval derrière un homme). Monte en croupe derrière 
moi , na na kofé soula. 

Croupière, ko-koro dyouloii (courroie de la croupe). 

CROÙTE,/rtrrt. 

Croyance, dali. 

Croyant, dana. 

Cru. C'est — , a ma mo, a ma nyo, a bé kéné. 

Cruche, daklia, da; dyi-da. 

Crue d'une rivière, dyi-ba; ba fara (la rivière a été remplie). 

Cruel, /en'; yaousé. 

Cueillir, tégé. 

Cuiller en bois pour agiter le couscous, sonkala; dyosa; girbé. 

Cuir, goulou, gourou, golo. 



DICTIONNAIRE DE LA LANGUE MANDÉ. 353 

Cuire, faire cuire, tabi, tohi, loubi. il —, causer de la douleur, 

dijani, dimi. 
Cuisine. Faire la — , tabili-lé, toubili-ké. . || — , chambre où ron 

fait la cuisine , tabili-sou , tabili-hougou ; gwa-hougou. 
CvisiyiE^, tabili-kéla, toubili-kéla. 

Cuisse, wotou, worou, wotitou, ivourou, ivoudo; toko, tokho. 
Cuit. C'est — , a mora, amona; fine. 
Cuivre, soula, saura, sira; damjo. H — rouge, soula-wouU. || — 

jaune, soida-dtjé, soula-gé. 
Cul, dyou. 

Culbute, bito, bira. \\ Faire la — , bi. 
Culotte, koursi, kourousi, kolosi, kourti, kourto (K.). 
Cultivateur, tyikéla; sènèkéla, sénéla. 

Cultiver, v. a., tiji; séné (semer), il — , v. n., tyiké, sénéké. 
CvLTVKY. , fourou , foutou ; séné, séné-ijoro. 
Curer, dosi, ... ro bo (sortir de dedans). 
CuRE-DENTS, nijiro bo (sorlir de dedans les dents). 
Cuvette, /rtA/jfl. '! Grande — en bois, koima. 



D 

Danger, sda, sira. 

Dangereux, silaba, siraba. 

Dans, ro, to, la, ma (suffixe). Dans le village, doiigoiiro. Dans le 

chemin, sdaro, siloto (K.). Dans la case, boungola. \\ — , à Tin- 

térieur de, kono, khono (K.). Y-a-t-il de Teau dans le canari? 

Dyi bé dakha kono? \\ — , espace de temps, ne se traduit pas. 

Je reviendrai dans un an, san kili nibé sagi. 
Danse, don. \\ — des Kassouké, sinyah (K.). Il Danser, donké. 
Danseur, danseuse, don-kéla. || — des Bambara, ivara. !| — des 

Malliuké, kono; koro dyouga. 
Dard, binyé, byéné. 

Date, lili (jour). || A la — de, tdi (au jour de); ni (quand). 
Datte, irtmaroM. 
Dattier, lamarou-yiri. 
Davantage, avec un nom, do (d'autres). Donnes-en davantage, i 

ka do di^ma. || — , avec un adjectif, /<srt (meilleur). L'àne est 

fort, mais le bœuf l'est davantage, /«/</««§•« ka boun, nklia nisi 
fanga kafisa. 
De, signe de possession, no se rend pas. Le couteau de mon 

frère, na doro-ké mourou. \\ — , partitif, ne se traduit pas. 

Donne-moi de la viande, soubou di 'ma. \\ — ... l\,J'on, . . . 

nni . . . tyé. De Saint-Louis à Sigiri,. /o/i Ndara ka lakha Si- 

giri, ou Ndarn ni Sigiri tyé. || — , marquant la dépendance. 



35/i i.-B. HAMBAUD. 

. . . ta (possession). La bande de Ngolo, Ngolota bouloti. Le 
chemin de Sanakoro, Sanankorota sila. \\ — , devant un infi- 
nitif, signifiant : que, ne se rend pas. Dites-lui de venir, afo 
ayéakana. \\ — , marquant l'extraction, se tourne par : dans, 
ro. Les gens du village, doiigouro mokholou. 

Débarquer, î/p'/e, p/p (monter). 
.Débile. Il est — ■.ff^igc ^^ta houn (sa tête n'a pas de force). 

Débiteur, dyoulou-bé. Je suis son débiteur, dijoulou hé na \jé. 

Déborder, en parlant d'une rivière, afara (elle est pleine). 

Déboucher un conduit, , . . ro ho (enlever ce qui est dedans). 
Débouche le trou, dinkaro ho. 

Debout. Il est — , a woulita (Il s'est levé). || Se mettre — , wouli. 
Debout! wouli! (lève-toi). 

Débrider, karafé ho, karjé ho, krahé ho. 

Débris, késé, kourou. 

Deçà. E\ — , nyato, nyafé, nyé. En deçà de la rivière, ha nyé, ha 
nyato. 

Décapiter, kan tégé; koun iégé. 

Décéder, sa. 

Décence, malou. 

Décent, maloula. 

Décès, saya. 

Décharge d'arme à l'eu, gosi. || Faire une — , gosi. 

Décharger, doni ho (ôter le fardeau). Ii — un fusil, gosi. 

Déchausser. Se — , sabata ho, sahara ho, savtara ho, sainato ho (K.). 

Déchirer, ti, tinya, dcnyé ; fakha. Mon pagne est déchiré, né fard 
hé fakhala. 

Déchirure, wo. 

Décidé. Il est — , entreprenant, a kafanfati. 

Déclouer, pèmpé ho; négé-koulou ho. 

Découdre , kari ho. 

Découvrir, i. Oter le couvercle, da-iougoula ho. 11 2. — , s'aperce- 
voir, yé, nyé, dyé. 

Dedans, ro; kono. (Voir Dans.) 

Défaite, kélé-nyé, kélé-rdowé. 

Défaut. Faire — . (Voir Manquer.) I! A — , ni . . . té {si ne pas). 
A de'faut de perdrix je mangerai une poule, ni woidou té, inhé 
sise dmimou. 

Défendre. 1. Interdire, ta . . ./é (ne pas vouloir), bali. Le roi a 
de'fendu de chanter, mansa ntafé ka donkili ké. \\ 2. — , prote'- 
ger, démé (aidei'), kisi (sauver). 

Défendu. C'est — , a hé balila. 

Défilé, passage e'troit, dankari. 

Dégâts. Faire des — , ti, tinya. dényé. 

\)ÉGR>iï»st.R. touhu bo.tlô bo. 



DICTIONNAIRE DE LA LANGUE MANDÉ. 355 

Déguiser. Se — EN,/a«t dou (mettre les vêtemenls de). Les sol- 
dats se déguisent en sofa, soldasilou bé soj'alou J'ani don (les sol- 
dats mettent des habits de sofa). 

Dehors, ho, kho (K.), kqfé, kmia; bana ko. Il En — , mêmes mots. 

Déjà, sa-sa, si-sa; kélé; kélan. 

Delà. Au — , kqfé, koma, ko, klw (K.). Au delà de la montagne, 
tmti koma , tinti koj'é. 

Délaisser, boula. Ma. 

Délasser. Se — , sigi. 

Délectable. C'est — , a ka di hali; a ka di sijama. 

Délecter. Se — de. Je me de'lecte de bananes, namasalou ka di 
hali nyé (les bananes sont délectables pour moi). 

Délicat, i. Il est — , ïalhie , J'anga nta koun (il n'a pas de force). 
Il 2. — , difficile, a ka goulé, golé, gwélé, || 3. — , au goût, a 
ka di. 

Délicieux. C'est — , a ka di hali, a ka di sijama. 

Délier, siri bo; dyoïdou bo ; Jiri , foni. 

DéLwnEîi , foron-ké , foré-ké . févc-kc , horon~ké , foronija , horontja ; kisi 
(sauver). 

Demain, sini, \\ — matin, si)ii sakhoma. Il — soir, sini xvoiirala. \\ 
Après — , sini kindi. 

Demander, mjininka. Je ne demande pas m\eu\, iidiyara (J'en suis 
content). 

Démarche, takhama. 

Démarrer, siri bo; dijoulou bo ; Jiri , foni. 

Démettre. Se — de, boida, bla. 

Demeurer, i. Habiter, sigila. \\ 9, — , rester, lo, do. 

Demi, tala. Une deini-journe'e, tili tala. Il Et — e, ani lala. Une 
journe'e et demie, tili kiti ni tala. || A — , lala. L'arbre est à 
demi coupé, yiri bé tala tégéla. 

Démolir, ti, iini/a, dénijé. 

Dénombrer, dan. 

Dense. C'est — , a bé kouna, a bé dournou. L'herbe est dense, bin 
ba kouna. 

Dent, mji, nyingo (K.). 

Dépêcher, v. a., envoyer, ki, tyi. || Se — , térya, tarya, lalya. 

Dépendre, détacher ce <|ui est pendu , s//7 io. 

Dépeupler, sigilana bo (ùter les habitants). Le pays est dépeu- 
plé, moklio nté dyamani kono (il n'y a pas d'homme dans le 

Déplaire, ma mji; ka dyougou. Le bruit me déplaît, woyo ka dyou- 

gou n^yé. 
Déplumer, si bu. 
Déposer, un objet, sigi: ké. \\ — , laisser un dépôt. b(d,lio boida. 



356 J.-B. RAMBAUD. 

Dépôt, ce qui se dépose dans un liquide, bokho. \\ Laisser en — , 
ton; boula, bla. 

Dépouille mortelle, sou. 

Dépouiller, enlever les vêtements, fard ho. \\ — , écorcher, goulou 
ho. 

Depuis, à partir d'un point, /oh; ka bo (en partant de). Depuis 
Kita jusqu'ici je n'ai rien mange', ka bo Kita ka na yan, ^ma- 
Jengo-fcri domnou (En partant de Kita, en venant ici, je n'ai 
rien mangé). || — , à partir d'une époque, né se traduit pas. 
Depuis deux jours je n'ai rien mangé, tili foula ma Jengo-Jen 
doumou. Il — que, tourna ko (après le temps). Depuis que la 
pluie est venue, les bœufs sont malades, tourna ko san-dyi nara, 
îiisilou ma kendè. I! — quand? Tourna <^/(/om«? (A quel moment?) 
JJepuis quand es-tu arrivé? I nara tourna dyoma? \\ — peu, a ma 
mé (il y a pas longtemps). 

Déraciner un arbre, ijiri ni Uli bo, lili désé. 

Dérisoire. C'est — , abé dougouyala. 

Dernier, kousan, korala. \\ En — lieu, sa-sala (actuel). 

Dernièrement, a ma mé (il n'y a pas longtemps); domvo; nyinano; 
kou sata. 

Dérober, sounya. \\ — , cacher, tougou. 

Déroute, givé, givcya. || Etre en — , bori. \\ Mettre en — , goué. 

Derrière, i. Subst., dyon. || a. — , adv., ko, kho {^K.),kofé, koma. 
Marche derrière le cheval, lakhama sou ko. Le village est der- 
rière la montagne, dougou bé tinti kojé. 

Dès que, ni . . . ikoro (quand . . . tout de suite). Dès qu'il vien- 
dra, tu me le dir.is, ni nara, ikoro i sa J'o n\jé (quand il sera 
venu, tu me le diras à l'instant). || — l'aube, dyouni-dyouni (de 
très bonne heure). 

Désagréable. C'est — , a ka dyougou. 

Désaltérer. Se — , mi. 

Désarmer, marama bo, marama boula. 

Désastreux. C'est — , a ka dyougou. 

Descendre, digi. 

Descente d'une penlo, diginya. \\ ^, penle, dlginda. 

Désert. C'est ■ — '^fengo-Jhi té (il n'y a rien); mokho-mokhon té (il 
n'y a pas d'hommes). 

Déserter, bori, boli (se sauver). 

Déserteur, borila, boribn. 

Désespérer, dyigihalito bé [èWc d;ins le désespoir). 

Désespoir , dyigibali. 

Déshabillé. Il est — , a ka fani bo (il a ôlé ses vêtements) ;/(7h'- 
o-fani nié (il n'y a pas de vêlements). 

Déshabiller. Se — -.fauibo. 



DICTIONNAIRE DE LA LANGUE MANDE. 357 

Déshabituer. Se — . ma ilali folo (ne plus avoir l'habitude); daJi 

boula (laisser Thabitude). 
Désirer, ba . . . fé; sago; nyini. 
Désormais, fou bi (à partir d'aujourd'hui). 
Désosser, kouroii bo (ôter les os). 

Dessécher, ditja. 1| Se — , diya. L'étang est desse'ché, dala diyara. 
Desseller, kirfcé bo (ôter la selle), khirkhé bo (K.). 
Desserrer, siri boula dondi (lâcher le lien). 
Dessous, i. Adv., koro. 11 Par — . |i Au de, koro. Au-dessous 

du fromager, bannn koro. \\ En de, koro. Il En — -, en se- 
cret, kou toiigoida. \\ 9. Avoir le — ,/«"g"« ^'« sourou , fanga ka 

boun doni (être moins fort). 
Dessus, i, San, santo; kan; kanko. \\ Par . || En . il Au 

de, sa7i, santo; kan; kanko. !| 2. Avoir le —, fanga ka boun 

(être plus fort). 
Détacher, siri bo (ôter le lien). 
Détente d'un fusil, kala. 
Détériorer, ti. tinija, dêmjè. 

Déterrer, dougouro bo (sortir de dedans la terre). 
Détestable. C'est — , a ka dijougou; a ma nyi. 
Détester, haïr, ban. 
Détonation d'arme à feu, marfa gosi. 
Détour. Faire un — , takha mini-mini. 
Détourner quelqu'un de faire quelque chose, dényé a ma fm ké, 

(conseiller de ne pas faire la chose). Il — les yeux, la fêle, 

nifc i/élcma. \\ Se — de son chemin, sila boula. 
Détresse, daya. 
Détromper quelqu'un, tomja fo (dire la vérité'), il Se — , tonija 

nijé (voir la vérité). 
Détruire, ti, tinya, dényé. 

Dette, dyoulou, dyourou. \\ Avoir une — , dyoulou bé. 
Devk, foula,Jla. \\ Tous les — , foulani , Jlani. \\ Deux à — . || Par 

— , foula -foula. 
Deuxième , foulana , Jlana , fonlanyandou. 
Devant, nya, nyé, nyato, nyafé. || Au . || Par , nya. nyc, 

nyato, nyafé. Marche devant le cheval, takhama sou nyato. 
Dévaster, li, tinya, dényé. 
Devenir, na. TjC lait est devenu aigre, nono koumou nara. Il est 

devenu roi, a nara mansa yé. 
Devin, kényélala. 
Devoir, t. V. n., kan. L'homme doit prier, mnkho ka saliké kan. 

Il 2. — , dans h; sens du futur, se traduit par ce temps. Mon 

père doit venir, mfa bé na (mon père viendra), il — , en 

rom[>te, dyoulou bé. Tu me dois mille kolas, dynulou bl nyé 

n'ourou wara kili. 



358 J.-n, RAMBAUD, 

Dévorer, douinou, domo, dou. 

Dialecte, kouma (langage). 

Diadème, /«tara,- koun-sin, koun-dyoulou , koun-'dycda. 

Diarrhée, kono-bori (courir du venîre)^ khono-bori (K.). || Avoir 
LA — , kono bori. 

Diète, doumoubali (action de ne pas manger). || Etre à la — . 
Il Faire — , man douinou (ne pas manger). 

Dieu, allah, yallah. 

Diffamer, dyala-ké. 

Différent. C'est — , a té kili, a té kan (ce n'est pas la même 
chose). 

Différer, ié kili, lé kan (ne pas être la même chose). 

Difficile. C'est — , a ka goûté, a ka gwélé, a ka golé. 

Difficilement, kou-goulé. 

Digérer, kono bakha (travailler du ventre). 

Digue, dyoubé; bili. 

Dimanche, alhadi, alakadi, kari [Xr.y 

Dimension, bounya. 

Diminuer, i. Amoindrir, souronya (rendre plus petit); do bo (ôtcr 
encore). 

Dire, yb. Que dis-tu? I/o moun? 1 ko di? Ko di? Dis-lui qu'il 
vienne, a/o' yé a ka na. Il a dit que tu viennes, a ko i ya tut. 
Il dit, a béfo. 11 a dit, a ko. \\ Entendre — , mé. On dit, a fora 
(il est dit). En disant ces mots, iiyi kouma fo tourna (à l'in- 
stant de dire cette parole). 

Direct, tili, tilin, télé, lit, lié. 

Direction, boro. Dans quelle direction est Kila? Kita bé boro dyo- 
manfé? \\ — , se tourne par la pre'})osition : vers,/('. Je vais 
dans la direction de Sanankoro, nibé takha Sanankorofè. 

Discussion, kouma-kélé (guerre de paroles); sariya. 

Discuter, kouma-kélé (lutte de paroles); sari. 

Disette, konko (faim), konko ba; makou (besoin). 

Disparaître, takha (s'en aller); mayélafolo (no plus être visible). 

Dispenser quelqu'un de faire quelque chose, ba fé a mafen ké 
(permettre de ne pas faire la chose). Il Se — , ma ké (ne pas 
faire). Il s'est dispensé de faire visite au roi, a ma dounaya ké 
mansa yé (il n'a pas visité le loi). 

Disperser. Se '— , bori; takha (s'en aller). 

Dispute, kélé. 

Disputer. Se — , kélé nyokhona, boula nyokhoma. 

Dissimuler, cacher, tougou, togo, dougou. Il — , ne pas dire, 
majo. 

Distance, dyanya. 

Distant. C'est — , a ka dyan. Le premier village est distant de 
fleux jours de marche, dougou folo ka dyan tili foula lakhama. 



DICTIONNAIRE DE L\ LANGUE MANDÉ. 359 

Distinguer, bo nijouaua, ho nijouanga (ôter d'ensemble). 
Distrait. Il est — , « hahilin la ro, afakili nta ro (il ne fait pas 

attention). 
Distribuer, tala, tla. 
Divertir. Se — , toulon-ké. 
Diviser, tala, tla. 

Divorce , fourou-iégéla , foiirou-boula. 
Divorcer, /oM/'OM tégé,Jourou boula. 
Dix, tan; bi (Ko.). 
Dixième, fana; bina (Ko.). 
Docile. Il est — , a hé baroula. 
Docilité, baron. 

Dodu. Il est — , a bé toulouba, a bé tloro. 

Doigt, koni. || — de la main, boulou-koni. \\ — du pied, sin-koni. 
Domestique, serviteur, koro-sigi (qui reste à coté). 
Domicile, boun; sou (la case). Il Au — de, bara (chez). || Elire 

— , sigila (habiter). 
Don , son. 
Donner, di. Donne-moi de i'eau, di di ma (pour dyi i ma). Je lui 

ai donné un pagne, iika fani di ama. Mon père a donné un 

bœuf au roi, ni fa ka nisi kili di mansama. \\ — en cadeau, 

son di. 
Dorénavant, /on bi (d'aujourd'hui); o mja (en avant de ceci). 
Dormir, sinokho, sinoua (Ko.),' suno (Ko.). 
Dos, ko, kho (K.). Il Dans le — . || A — , par derrière, ko/é, ko- 

ma. 
Dot, yburoM naj'oulou. 
Doter, /oMroit nafoidou di. 
Double, deux fois, kou-foula, kou-JIa. Avoir en double, /ou/a soro. 

Faire double emploi, se tourne par : avoir déjà un, kilifolo 

soro. 
Doubler, mettre le Aouhle , foulany a ké, do kou-foulana ké (mettre 

encore une seconde fois). 
Doucement, mounyo, moumli ; doni-doni (peu à peu). 
Douleur, dimi. 

Douloureux. C'est — , cela fait mal, a bé dimi ké; a.bé dimiba. 
Doute. Mettre en — les paroles de ({uelqu'un, ma da (ne pas 

croire); hakili ba ro a ka fanya fo (croire qu'il a dit une faus- 
seté). 
Doux. C'est — . i. Au toucher, a ka bala, a ka souma. Il — au 

goût, a ka di. 
Douze, lan ni foula, tan nijla. 
Douzième, tan ni foulana, tan nijlana. 
Drapeau, bandari (kv.); rayk (Ar.); povion (Fr.). 
Drksser, lever en Tair, ivonli, wouri. 



360 



J.-B. RAMBAUD. 



Droit, i. Suhst., dyo, || Avoir le — , dyo soro, dyo ha hoiihu. Il 
1. — , odj., tili, tilin, télé. \\ 3. — , le côté droit, kmi; béré 
(Ko.), Il h. — , impôt, sara,saU; sakali, sagalé; dyakha. 

Dune, tinti, tindi, toundi, toundo. 

Dupe, dolé. 

Duper, me'/ie. 

Dur. C'est — , a ka goulé, golé, gwélé, a kha kholé (K.). La terre 
est bien dure, dougou ka goulé wa. 

Durant, pendant, o tourna. 

Durée, tourna. 

DuRETi, gouléya, goléya, gwéléya. 

Duvet, kono din si (plumes d'un petit oiseau). 

Dynastie, si (graine, race). 

Dysenterie, kono-bori; khono-bori (K.). 



E 

Eau, dyi, gi, dyio (K.). De l'eau, dyi. De l'eau fraîche, dyi sou- 

ma. De l'eau chaude, dyi gandi. 
Ébénier. Faux —, goulé yiri (bois lourd );/rtm-^o?//(' iri. 
Ébouler. S' — , bi; ivaya. 
Ebranler, yigi-yigi- 
Écaille, /am. 
Écailler, /flra bo. 

Echafaudage pour palabres, bana, bènta; kora. 
Échange, /rt//. || Faire un — , fali ké. Il En — , a bé une. J'ai pris 

du mil en e'change de riz, nka nyon ta, a bé nyé malouto. 
Échanger, /«/«. J'ai échange mon cheval contre un bœuf, nka né 

souj'ali nisi yé. 
Échapper. S' — , bori, boli, bouri (se sauver). || — à. quelqu'un, 

dan-ké. \\ — , sortir de, bo. 
Échelle, grt/rt, galan-gala. 
Échine, ko, kho (K.). 
Echo, nyini. 

Éclair, san minyako ; méké-méké , méléké. 
Eclairer avec un flambeau, dyé-ké (faire clair). 
Eclat, dyé , karou-di/é. 

ÉcLOPÉ. Il est — , a sin bé dimi (sa jambe est malade). 
École, kara-doula, kara-yoro, kala-yoro (endroit de lecture). [I 

Maître d' — , kara-mokho. 
Écolier, kara-mokho-din , kava-din. 
EcoRCE, /rtra, yiri-fara. 
ÈcoRCER./«ra bo. 



DICTIONNAIRE DE LA LANGUE MANDE. 361 

EcoRCiiER, enlever la ])eau , goulou ho. || — , e'gratigncr, poro-poro; 
wosa. 

Ecouler. S' — , en parlant de l'eau, woyo. \\ — , en pariant du 
temps, tanhi; tami, témé. 

Ecouter, mé; toulou manto (diriger roreille). |! — avec attention, 
hakili ha ro (être dans l'attention ). 

Ecraser, )ufo-ni/o; hounlé. 

Ecrire, sébé, séfé, sabé, safé. J'e'cris une lettre, ni hé balali sabé. 

Ecrit. C'est — , a séhéna. \\ — , siibst., sébé, séfé, sabé, safé; nijé- 
nyé. 

Écriture, sébé, séfé, sabé, safé; nyégé-tyoukou. 

Ecrivain, sébélila, séhénéla, séfénéla; kara-mokho (savant); itijé- 
géba. 

Ecrouler. S' — , waya. 

Ecuelle en terre, /flr«. |i — en bois, bonkou. il — , petite cale- 
basse, galama, kalaman; konsoro. 

Ecume, diji kanka, diji kamja, dakha kan. Il — d'animal, da-dijt. 

Ecumer, ôter i'e'cume, diji-kanka ho. \\ — , en parlant d'un ani- 
mal, da-diji ho. 

Écurie, sou-boun, sou-bougou (case de cheval). 

Effet, hardes, fani, fui, fanou[K.). Il En — ,/yo. 

Effiler, kari-ho (ôter les fils). 

Efflanqué, /rtsfl//, fasaya, pasaya. 

Effort, digi. || Faire — svïi,digi. \\ Sans — , kou man goulé. 

Effrayant. C'est — , a hé silaha, siraba. 

Effrayer, bakha-haklia ; sila-ké, sira-ké. !! S' — , sila ha ro, sira ha 
ro, sira, sra. 

Effronté. Il est — , malou-ié (il n'a pas honte). 

Effrot, sila, sira, sra. 

Égal. Etre — , kan, kaka)i , khan, khakhan (K.). Ces deux chemins 
sont égaux, nyi sUa foula hé kakan. \\ — , être la même chose, 
hé kili. Cela m'est égal, koun ta ro (ma tête n'est pas là de- 
dans). 

Égaler, kan, kakan, khan (K.), khakhan (K.). 

Égard, bounya. \\ Avoir des — s pour, bounya, bounyada. Il A l' — • 
de, ... dé. A l'égard du sofa, tu feras ce que lu voudras, sofa 
dé , i hé ni sago ké. 

Égorger, kan sokho (percer le cou). 

Egratigner, poro-poro; ivosa. 

Élancer. S' — , pan; hori (courir). 

Élargir, bounya. 

Éléphant, sama. samo (K.), sanha, sinha; marama (K.); kaféli, 
kafli. 

Élever un enfant , balou (nourrir); /amo (faire murii). 



362 J.-B. RAMBAUD. 

Elire, choisir. . . ro tomo, . . .roiotimo, . . .ro loumhou (ramasser 
dans). 

Eloignement, dijaniya. 

Eloigné. Cest — , a ha dijan. 

Eloigner, mettre plus loin, ké dian. 

Éloquent. Il est — , a hé kouma kou sobé (il parle bien). 

Embarcation, kouloim. 

Embarquer quelqu'un, «î^î koulounto, ké kouloun kono. || S' — , digi 
koidoiinto (descendre dans l'embarcation). 

Embellir , nijégé. 

Emblée. D' — , sa-sa, si-sa. 

Embouchure d'un cours d'eau, boulinda. 

Embraser, mettre le l'eu, dijani. 

Eminence de terrain, tinti^ tindi, toiindi, toundo. 

Emissaire, kila, ti/lln. 

Emparer. S' — , prendre, ta, monta; — , voler, sounya. 

Empêchement, baliya. 

Empêcher, bali. . . la. Je t'empêcherai de partir, ni'b'i bal! i lakha 
la. il Ne pouvoir pas s' — de, kan (être obligé). Je ne peux pas 
m'empêcher de pleurer, ntbé kan n'ka kasi. 

Emplacement, doula ; yoro. 

Emplir, /rt. Le canari s'est empli, dakha fara. Tu as rempli le 
canari, i ka dakha Ja. 

Emploi, yoro (place). 

Employer, se servir de, digala. 

Empoigner, monta. 

Empoisonner un objets Jeu kounaro ké (mettre une chose dans le 
poison). Il — quelqu'un, kouua lami (faire boire du poison). 

Empoisonneur, dabali-kéla. 

Emporter, enlever d'un endroit, tanaé. Il S' — , se mettre en co- 
lère, séli ba ro (la colère est dans). Je me suis emporté, sôli 
tomïi ha né na. 

Empreinte, non (marque). 

Emprunt, /oj/ma. 

Emprunter ,/oM/Ha ; dyotdou-ké (faire une dette). 

En, signifiant : dans, vers, voir ces mots. i| — , de ce lieu," se 
traduit par là : yé ou é. J'en viens, nibora é. \\ — , de cela, 
ne se traduit pas. Vois-tu des oiseaux? J'en vois, i ka konolou 
yé? nka yé. Il — , comme, iko. Il a agi en homme de bien, a 
ka ké iko mokho sobé. \\ — , pendant que, o tourna, tourna. En 
arrivant, si-touma (au moment de l'arrivée). Il — , de lui, de 
cela. N'en parlons plus, an ka o boula (laissons cela). || — , dans 
une langue, ro. En bambara, banuma konmaro. 

Enceinte, subst.: en terre, givin; tata, daudan ; din : !' — en 



DICTIONNAIRE DE LA LANGUE MANDÉ. 363 

hoh^dyasa ; san-san ; \\ — en roseaux, mjou-kala (liges de mil) ; 

sé-kourou. 
Enchanté. Il est — , a diyara. 
Enclume, houla; gxvin. 
Encore. — i. Sans cesser, a ma ban (cela n'a pas fini). || i. De 

nouveau , A'OM-toMm. || 3. Davantage,r/o(autre). Mets-en encore, 
do sigi. il /i. Pas — , ma. . . Jolo. Il n'est pas encore venu, 

a ma na/olo. 
Encre, sélé-diji; séfé-dyi, sabédyi, safé-dyi (eau à écrire); daa-dyi 

(Ar. ); douha-dyi. 
Encrier, sébé-dyl-dahha (pot à encre); sébénéla; baréni. 
Endetté. Il est — , dyoïdou bc a yé (des dettes sont à lui). 
Endetter. S' — , dyoulou hé. 
Endormir. S' — , bé sinohhola. 

Endormi. Etre — , sinoUio (dormir). " 

Endroit, doula; yoro, yéro;fan (direction). L'endroit du crime, 

fali-yoro , fali-doula. 
Enduit en terre pour les cases, nohiio. 
Enfant, din, dingo (K.), dé. Il — ^, garçon, din-lcé. !' — , fille, 

din-mousou. \\ Petit — , din-méséni. 
Enfanter, ivoulou, wolo. 
Enfin, sasala ; alabano ! bishnillahi! 
Enflammer. S' — , dyani, dyéni. 

Enfoncer, digi. \\ — un clou, pèmpé digi, il — en terre, tourou. 
Enfouir, toiigou dougou ro (cacher en terre). 
Enfourcher un cheval, sou ko yélé (monter sur le dos d'un cheval). 
Enfuir. S' — , bori, boli, bouri. 
Engloutir, kounou, khounou (K.). 
Engraisser et s' — , toulouba na; toidou; ba kéra (devenir gras); 

toulou ta (prendre de la graisse). 
Enjamber un objet, Jèn san ko tanbi (passer par -dessus une 

chose). 
Enjoué. Il est — , a bé toulonla, a bé toidonba. 
Enlever, ôter, bo. \\ — -, emporter, tanaé. \\ — , soulever, wouli, 

wouri. 
"Ennemi, dyougou. 
Enorme, bonn-ba. 
Enormément, kou-dyoïigou. 

Enrichir quelqu'un, nafoulou di. || — , na foulon soro. 
Ensanglanté. Il est — , dyoli bé bo (le sang sort). 
Enseigner, digi. 

Ensemble, kajhu; nyokhonjé, nyounnfé. \\ Mettre — , kafon ni kili. 
Ensemencer, séné, séné-ké. 
Ensevelir un cadavre, son don. 



36^ J.-B. RAMBAUD. 

Ensuite, o ko, o kho [K. ] (après cela); o ko sa, o kho sa (l'instant 
après cela). 

Entailler, tégé (couper). 

Entasser , touj'a ; kafou. 

Entendre, mé. |! — dire, iné. \\ S' — avec quelqu'un, bé na. J'ai 
entendu dire que Saniori est mort, nka me Samori sara. J'en- 
tends ce que tu dis, nka kouma mé i safo. Je me suis entendu 
avec mon père , né ani m fa hé na. 

Enterrement, sou dounya. 

Enterrer un cadavre, sou dou. 

Entier. Tout — , moumé. 

Entour. a l'— î- de, kéréfé. 

Entourer, la mini; dyanpa. 

Entrailles, nougou, 7iounkou. 

Entraîner avec soi, sama, sanba (tirer). 

Entraves d'un cheval, gara. 

Entre, lijé. Cet arbre est entre les deux cases, mji yiri bé houn foula 
tyé. 

Entrée, da. || Case d' — , boulon. 

Entrer, dou. Entre ! i dou ! Fais-le entrer, afo a yé a ha dou. 

Entretenir, halou. || S' — , barou, barouli ké ; kouma. 

Entretien d'une personne, halou, halou-fen. 

Entrevue, dounaya. 

Envie. Avoir — de, ha. . .fé; sago. J'ai envie de dormir, m'ha 
sinokhofé, n'sago n'ka sinokho. 

Environ, subst., se tourne par: autour de, kéréfé. Les environs 
du village sont cultive's, dougou kéréfé fouroulou hé (autour du 
village il y a des cultures). || Aux — s de, kér(fé,fanfé. Il y 
a environ trois jours, a hé tili saha nya na (il paraît trois jours). 

Envoler. S' — , pan. 11 s'est envoie, a pana, a panara. 

Envoyé, subst., kila, tyila. 

Envoyer, ki, tyita. 

Épais, dense, kouna, dournou. 

Epars. Ils sont — -, abé kountourou, kountourou-kountourou. 

Epaule, kama, kanba, kaba, khanba (K.). || La pointe de l' — , 
kama-koun. 

Éperon , sébéré ( Ar. ). 

Éperonner, sokho sébéréma. 

Epervier, watasa, waio (K. ). 

J.-B. Rambaud. 

(.4 suivre.) 



li^^DO-IRANlGA, 



I. — La forme ancienne de la nasale finale. 

Le grec, l'arménien, le ballique et, autant qu'on puisse le 
discerner, le slave et le germanique ne connaissent, pour la na- 
sale finale d'un mot indo-curope'en, d'autre point d'articulation 
que celui de la dentale ». En irlandais, on ne trouve que n de- 
vant une voyelle initiale suivante à la fin des nominatils neutres, 
des ge'nitifs pluriels, etc.; la particule correspondant à lat. cum 
a deux formes : l'une atone cow-, devant la syllabe tonique qui 
marque un ve'ri table commencement de mot, l'autre accentuée com- 
qui commence elle-même un mot et dont par suite l'm, n'étant 
pas finale, ne prouve pas contre la règle générale. Les langues 
indo-européennes s'accordent donc à ne présenter que l'articula- 
tion dentale de la nasale finale; deux groupes seulement font ex- 
ception, l'italique et l'indo-iranien. 

En italique, on sait que la nasale écrite m n'avait, à la fin 
des mots, qu'une articulation labiale à peine sensible (Seelmann, 
Aussprache, p. 357; Lindsay, The latin language, $$ 61 et 65). 
MM. L. Duvau {Mém. Soc. limj., VIII, 262) et Hirt (P. 11. Br. 
beit., XVIII, 291) ont montré de plus que toute -n finale latine 
qui ne repose pas sur -nd ou sur -n- primitivement suivie d'une 
voyelle peut s'expli(|uer par rinlluencc de formes voisines : ainsi 
iriguen par inguinem ,wguims , etc.; nouem en regard de nfmus rend 
probable le passage de l'ancienne dentale finale à la labiale. Du 
reste, le latin présente -m finale même dans certains mots qui se 
terminaient par -inde etoiî, la voyelle c étant tombée, le d n'a pu 
subsister : cxim en regard de exinde; illim repose sans doute sur 
*illinde: cf. inde, unde et iitrinde (d'oii utrinqiie). — Sur quonium 
v. Birt, Bhein. mus., LI, 89 et suiv. 

En indo-iranien comme en italique, l'n finale n'existe que là 
oh une action analogique en pouvait assurer la conservation. 
Abstraction faite des formes telles que skr. 3'' plur. àhharan et ace. 
plur. âçmn où la nasale était encore suivie d'une autre consonne 
à l'époque védique au moins dans une j)artie des cas (Oldenborg, 
Die Injuntc)} , p. /12A et suiv.), on tiouve par exemple locat. àr- 
luan d'après àçmani, vorat. yiivan d'ajtrès yuvdnain, tjànas, etc. 

M 1- \î I I \ll I t *1 !l 



366 A. MEILLET. 

Les locatifs pronominaux skr. asiitin, tûsmin, etc. n'admettent 
pas de justification de ce genre, mais, loin de remonter à l'indo- 
européen, ils ne sont même pas indo-iraniens : cf. zd ahmi, 
alimya; leur -n est une addition proprement sanskrite et provient 
peut-être de la finale des locatifs sans de'sinence de thèmes en 
-n-: -an et -w. 

Du reste, toutes les finales qui n'ont pas subi d'influences 
ctranijères ont en sanskrit -m devant voyelle initiale d'un mot sui- 
vant ou à la pause, et en iranien -m dans tous les cas : skr. àbha- 
ram, gr. s^epov; idm, tov, yugdm, ^vyov; tasàm, hom. Tacov; 
bhdralam, (pépsTov; etc. Le traitement -m étant constant, rien 
n'empêche d'admettre que -m tienne partout la place d'une an- 
cienne -n. Peut-être l'm du vocatif zd amum (thème asnvan-) et 
de quelques autres exemples moins clairs (v. W. Jackson, An 
Avesta grammar, $ 198, p. 69) est-elle un reste de la forme 
phone'tique ordinairement éliminée par l'analogie et conservée 
dans le cas particulier du vocatif, grâce à la présence d'autres alté- 
rations phonétiques qui rompaient la régularité du paradigme. 
— Il y a donc lieu de rechercher si la prononciation dentale de 
la nasale finale, attestée par toutes les autres langues indo- 
européennes, n'aurait pas laissé de traces aussi en indo-iranien. 

En face de idâm cr maintenant» on trouve une forme à voyelle 
longue ayant la même signification, idâ, avec chute déjà indo-eu- 
ropéenne de la nasale finale (cf. lat. quandô; gr. iyoi en regard 
do skr. ahâin) et idan-ïm, où se conserve un ancien *iddn qui serait 
devenu *iddm s'il avait subsisté à l'état isolé. La nasale finale du 
suffixe est aussi conservée dans lit. kadân-gi (cf. Meringer, Zeit- 
schr.f. oest.gijmn., 1888, p. 139). Cet exemple n'est pas probant, 
puisque le sanskrit n'a pas conservé *{dân sous la forme attendue 
*idâm. 

Pour expliquer comment le génitif pluriel indo-iranien *dai- 
Vàn, cf. lit. dëvn, a été remplacé par *daivânàm, Hanusz (SW 
AW., ex, /i9 et suiv.) a invoqué l'influence des thèmes en -n-; 
mais le génitif des thèmes en -an- et en -van- est en -nàm- (skr. 
âlinâm, ndmnâin, vhncim, grâvnàm, maghônàm, etc.) et celui des 
thèmes en -man- est en -anâm [mâtimauàm, brahmdnâm) : nulle 
part on n'a -main dans les thèmes eu -n-. Hanusz admet que le 
génitif mànmanûni a été coupé mdnma-nâm d'après mânma-bhis , 
rtumma-su; mais cette coupe est peu vraisemblable en regard du 
génitif singulier mânman-as , etc., et de plus on ne s'explique pas 
alors la longue de -ànâm. On a, il est vrai, supposé une forme 
^-ânàm; mais les cinq cas où M. Lanman veut reconnaître cette 
quantité dans le Rgveda (JAOS., X, p. 352) pour des raisons 



INDO-IRAMCA. 3G7 

de iii(Un(|ue sont sans valeur parce qu'ils se trouvent dans des 
hymnes où la fin _ ^ pour des pàdas de huit syllabes est ad- 
mise. Quant à zd -anam (cf. -inam, -unam), le v. pers. -ânâvi 
montre que à n'y est pas ancien et qu'il s'agit d'un de ces abrè- 
gements de longues dont l'Avesta offre tant d'exemples. D'ordi- 
naire, une longue n'est ainsi abrégée que devant une fin de mot 
d'au moins deux syllabes; mais pre'cisément la finale -âm de l'indo- 
iranien est de celles qui sont le plus souvent dissyllabiques, tant 
dans les Gàthâs que dans le Ve'da; on a de même le génitif fe'mi- 
nin zd -«//« en face de skr. -âyâs^ v. pers. -âijà; or la finale -as 
du génitif féminin est aussi l'une de celles dont la longue répond 
à une finale grecque périspomène. — D'ailleurs iln'y avait pas 
entre la flexion des thèmes en -à- et celle des thèmes en -n- de 
point de contact assez important pour déterminer un changement 
de flexion dans le type en -«-, de beaucoup le plus largement 
représenté des deux. Le nominatif pluriel véd. devâsas, zd daèvânhô 
suggère une explication plus satisfaisante, déjà proposée par 
M. Bezzenberger dans ses Beitràge, II, i33. 

La finale indo-iranienne *-ôsas est formée de l'ancienne termi- 
naison -f« =got. -os, augmentée de la désinence -as des nomina- 
tifs pluriels (v. Brugmann, Grundr., II, S 3i4, p. 660 et suiv.). 
La généralisation de cette finale tient en partie à son caractère 
dissyllabique (cf. dat. -eblujas, loc. -esu) et à sa clarté, mais sur- 
tout au fait que les thèmes eh -à- ont été rapprochés de ceux en 
-ï- et -û- parce que les trois types forment de même leur nomi- 
natif et leur accusatif singuliers : *-âsas est imité de *-mjas et *-avas. 
Or, à l'exception du type rare des thèmes à vocalisme prédési- 
nentiel constamment sans a dont le génitif pluriel est conservé 
dans zd kaoyam, hnsam, rapivam, yâpwam, etc., le génitif plu- 
riel des thèmes en -û- et -ï- était en *-avàm (cf. v. si. -ovû, got. 
-iwe, gr. -sfcjv) et *-ayàm (zd praygm, cf. v. si. -ïjî) ; en partant de 
la forme indo-iranienne du génitif terminée en *-n *daivân, le 
génitif formé comme le nominatif skr. devâsas est *f/fliwmân , d'où 
*daii}unâm, skr. deminâm. Cette forme réagit à son tour sur les 
thèmes normaux en -i- et -11- dont le génitif ancien est remplacé 
par *-màm et *-ûnàm. — L'emploi des finales *-àsas et *-ânàm est 
le résultat d'une tendance générale de l'indo-iranien à rendre 
dissyllabi([ues dans les thèmes en -à- toutes les finales où la 
voyelle thématique -à- et une désinence employée dans les thèmes 
en -i- et -u- se sont contractées : génit. duel skr. -ayo^, zd -ayâ, 
cf. V. si. -U — dat. sing. skr. -«//«, cf. zd -m,, gr. -œ, — instr. 
sing. skr. -enti, cf. zd -a — instr. plur. véd. -ebhis (dominant 
dans les adjectifs seulement), prâkr. -chi, zd -aêibis, cf. skr, -ais, 
zd -àis — et en prâkril loc. sing. -amlii (pâli), -ammi (mâhâ- 
râstri), cf. skr. -e. Les thèmes en -i- et -u- et ceux en -a- ont 

36. 



368 A. MEILLET. 

ainsi" fini par avoir des (lexions exactement parallèles en prâkrit 
(v. H. Jacobi, Ausgeivàhlte erzàhlungen, p. xxxvi). 

Les génitifs en *-ânâm des féminins en -à- s'expliquent aussi 
par une ancienne finale *-ân augmentée de -âm. L'hypothèse 
d'une influence des thèmes en -n- est plus gratuite encore que 
dans le cas des thèmes en -à-, puisque tous les thèmes en -n- 
sont masculins ou neutres, sauf quelques composés possessifs. 
Hanusz attribuait une grande importance au fait que l'accusatif 
singulier -âm et le génitif pluriel *-âm se seraient confondus; mais 
il ne semble pas que les confusions formelles de ce genre soient 
évitées par les langues, et celle-ci en particulier n'avait évidem- 
ment rien dé choquant; d'ailleurs ici la confusion n'est que gra- 
phique : -âm de l'accusatif répond à gr. -dv et est toujours monosylla- 
bique; au contraire, le génitif -âm répond à gr. -ôjv et peut, au 
point de vue métrique, compter dans le Véda et l'Avesta pour 
deux syllabes: la prononciation était donc différeiite. Les thèmes, 
non radicaux, en -t- et -h- ont des génitifs en *-~inâm et *-ïmàm 
imités de ceux en *-ânâm des thèmes en -à-; mais, inversement, 
c'est le génitif ancien en *-iyân, *-uvân qui a déterminé la forme 
dissyllabique *-ânâm des thèmes en -à-; cf. au singulier *-ttijâs, 
*-âijai et *-ayâ, sans doute sous l'influence de *-iijas, *-iyai, *-iyà; 
*-uvas, *-uvai, *-uvâ; cette action est parallèle à celle des thèmes 
en -ï- et -û- sur les thèmes en -a- et se produit dans les mêmes 
conditions. 

Un cas certain d'influence des thèmes en -n- sur ceux en -à- 
est le nominatif accusatif pluriel neutre skr. yugdni d'après nâ- 
mâni. Mais la coexistence de tidmâ et yugà en regard de nâmâni 
créait pour l'analogie une situation très favorable dont l'équiva- 
lent ne se retrouve pas dans les génitifs pluriels; de plus, le fait 
n'est pas indo-iranien, mais seulement indien et récent dans 
l'Inde même, puisque, suivant leur date plus ou moins ancienne, 
les textes védiques ont de préférence yugâ ou yugâni; le génitif 
yugànâm a pu même contribuer à l'extension de yugâni. 

Dans un autre cas où l'on serait aussi tenté de supposer une 
influence analogique des thèmes en -n-, il y a en réalité emploi 
indo-européen de l'élargissement -en-. En effet, M. J. Schmidt a 
rapproché (K. Z., XXV, 62, et XXVI, 17) i'n du génitif véd. 
drûms (R. V., I, 161, 1) et du locatif (Idruni (avec le vocalisme 
du nominatif) de Vn de gr. SopFoLTOs; le génitif véd. drôs (R.V. , 
X, 101, 10), zd draos est par suite une forme analogique. On 
a de même skr. jtuuim, jdnunos (Lannian, JAOS., X, 6i3 et 
61/1), cf. gr. yôrFocTOS — sdnunas , sântmi — âyuni , cf. gr. aîFév 
— dânunas. Ces mots présentent une anomalie commune : le 
mouvement vocalique de la syllabe présuffixalk : dâru-: dru- (cl. 
V. si. drPvo dnwa, gr. Sôpv SpOs) — jânu- : jfm sânu- : snu- 



INDO-IRAMCA. 



369 



— (uju- : *?/«- (dans zd yave, yava, yâiis (cf. F. de Saussure, 
Méin. Soc. Ving., VII, 89, et Danielsson, Gr. n. et. stud., I, ^ el 
suiv.); — *dnii- seul nest pas attesté sans doute parce que dn- ne 
pouvait subsister à l'initiale. Les autres thèmes en -u- dont les 
cas obliques ont une nasale entre \'u du suffixe et les dési- 
nences doivent cette nasale aux précédents. On trouve : màdhu- 
nas (10 fois à côté du génitif ordinaire mâdhvas et de la forme 
analogique plus rare mâdhos), màdhune (une fois), — vàsunn^ 
(toujours neutre en regard de l'ordinaire vàsvas et de Tana- 
logi({ue vùsos qui sont masculins et neutres), — cârunas (neutre 
dans h exemples; masculin, VIII, 5, i/i; dans quatre cas, on a 
câros). Les thèmes màdhu- et vnsu- nont pas l'a prédésinenliel 
même devant les désinences à initiale vocalique autres que celle 
du locatif singulier; wiâ<//t»mas, qu'on lit par exemple R. V^, VIII, 
5, 19 — 2à, 20 — 100, 2, ne peut donc être dû à l'influence de 
mâdhunâ, forme récente {U fois mand. X, jamais mand. VIII) qui 
a remplacé l'ancien màdhvô (2 fois mand. VIII, 2 fois seulement 
mand. X). Le fait ([ue l'extension de la nasale est limitée aux 
neutres à peu près exclusivement, et de plus parmi les neutres 
à ceux qui ont la forme anomale de génitif mâdhvas, vâsvas, 
montre que mùdhmas et vâsunas sont analogiques; et encore le 
mouvement vocalique de la syllabe pre'sutïixale indiqué par lit. 
midùs permet-il d'expliquer )H«r//tHnrt5 directement. Quant à cârunas . 
quatre des cinq exemples se trouvent dans un petit groupe de 
textes : R. V., IX, 70, 2 et /i — 108, /i — 110, 6, et dans la 
même expression amhasija cârunah terminant un pâda : c'est sans 
doute une forme analogique de mâdhunas, cf. mâdhva amrtasija 
R. V.,X, 123, 3. — On retrouve le même élargissement -f?j- dans 
quelques mots exprimant des parties du corps : skr. ciras, çîrsnâs; 
cf. gr. aépas et xpaaTOS (J. Schmidt, Pluralbild., 366 et suiv.) — 
skr. âksi, aksnds — gr. oJs, ovaios (cf. got. ausins)., qui présentent 
aussi des traces de mouvement vocalique dans la syllabe présuffixale : 
gr. xépas et xpaaros; hom. ovaTOs'^ et zd usibya; gr. oanjs (avec 0) 
et arm. akn, açkh (avec a issu de a ou de a). — On peut rap- 
procher encore le suffixe -on- des comparatifs grecs et germa- 
niques (v. Bull. Soc. ling. n° 38 [VIII, 2], p. xcv; séance du 
si juin 1893 — Thurneysen, K. Z., XXXIU, 55i). 



' Si l'on rapproche liom. ouotos, got. ausiiis de v. si. ucho (wsexe), v. irl. 
(nue) d'une part et de skr. çi'ras (au lieu de ^rnras ((u'on attend), çîrsnâs de 
l'autre, on doit supposer que l's simple de ce géuilif résuite de la simplification 
on s de l'ancien -ss- d'une forme * iis-s-n-''jj ou * ns-s-en-s (cf. skr. âsi ff lu es» 
gr. el). Le nominatif got. nnso a été fait sur ansins de mt)me que le thème en i 
du hallicpic (fit. aiisis , v. pruss. ausins) et du latin (tiiris a été fait sur !e noini- 
nalif diK'i neutre : lit. (tusi , v. si. uii , zd nsi (supposé d'après iisibyn). où -î 
est la désinence. 



370 A. MKILLET. 

L'instrumenlal des noms iiido-iraniens en -à- était en -à : zd 
vdhrha (cf. skr. yajnmjajnà)\ à en juger par l'opposition de zd 
ablat. paskât : instr. pasca (v. pers. pasà, skr. paecd), cet -à ne 
répond pas à la finale de lit. vilkù, v. h. a. wolfu, mais à Y-è de 
got. fiwe et des adverbes latins en -ê (ancien -et/ avec -f? emprunté 
à l'ablatif). L'instrumental des démonstratifs indo-iraniens était 
en -ana: v. pers. anâ, gâth. a7ià, skr. and (conserve' en sanskrit 
seulement comme adverbe); v. pers. tyanâ, aniyanà; gàtb. kanà; 
la finale -mm a été remplacée en zend par celle des noms : -à; 
en sanskrit, elle est devenue -ena, grâce à l'emprunt de l'e de 
-ebhîs, -ebhyas, -esu qui est ancien; par un parallélisme bizarre, 
l'instrumental singulier pronominal tûmi du lituanien doit son fi 
à l'influence des noms, et celui du slave ténu a pris oi à terni, 
tëmû, tëchû, ce qui a permis d'éliminer Ys du ioc. tomî (cf. skr. 
tàsmin) et du dat. tomu (cf. v. pruss. slesniu). C'est sous la forme 
-ena que la finale de l'instrumental pronominal a été élendue à 
l'ensemble des noms en sanskrit : vfkma. Ici encore, ceux des 
thèmes en -i- et -u- qui ont le vocalisme en -n- de la syllabe 
prédésinentielle devant les désinences à initiale vocalique suivent 
l'analogie des thèmes en -a- : zd -i et -u; skr. -inâ et -unà (dans 
les masculins, les féminins sanskrits ayant -i et -{i)yâ- -{n)vâ 
d'après les formes des thèmes en -à- : -à et -ayà). 

La finale -ana est restée jusqu'à présent inexpliquée; car on ne 
peut aflirmer d'aucun des adverbes en -na cités par M. Brug- 
mann, Grunilr., II, § /i2i, p. 782, qu'il soit un ancien instru- 
mental. Couper -a-na et tenir -na pour une particule ne conduit 
à rien, puisque -à n'est pas une terminaison d'instrumental de 
thème en -a-\ voir dans -na une désinence est arbitraire, 
puisque cette désinence ne se retrouve nulle part. Si, au con- 
traire, on coupe -an-a et si l'on voit dans h la poslposition 
connue de l'indo-iranien avec sa double quantité, on obtient une 
finale -an qui peut être considérée comme celle d'un instrumental 
ayant la désinence -n. La forme ana munie de la postposition 
ayant seule subsisté parce qu'elle était dissyllabique comme asya, 
asmai, asmin, la nasale ne s'est jamais trouvée à la fin du groupe 
phonétique et par suite n'est pas devenue -m. La désinence 
(pronominale?) -n d'instrumental, supposée dans*-rtM, répond à 
celle des instrumentaux letto-slaves des thèmes en -à- : lit. -a (lit. 
orient, -m), v. si. -a dans -a-ja des adjectifs déterminés (Leskien, 
Handbuch^, p. 90); v. Hirt, Idg. forsch,, I, i3 et suiv. (cf. Mém. 
Soc. ling., VIII, 2/12 et suiv.). L'indo-iranien et letlo-slave -n est 
à lit. -mi, V. si. -mï ce que le Ioc. skr. àçman est à àrmani et la 
désinence secondaire -t à la désinence primaire -ti. 

On pourrait enfin, mais avec beaucoup plus do réserve, (enter 



INDO-IRANICA. 371 

cFemployer le même principe de la prononciation dentale de la 
nasale finale à Téclaircissement d'un troisième problème de la 
morphologie indo-iranienne : celui que pose la finale -âni de la 
première personne du singulier du subjonctif. Si l'on admet une 
ancienne première personne du subjonctif répondant à v. si. -a 
(à la fois indicatif et subjonctif), la coexistence des de'slnences 
primaires et secondaires aux deux autres personnes du singulier 
suffisait à provoquer la formation de -âni : sur le modèle de skr. 
(isati, gâth. anhaiti : skr. âsat, zd aiïhat et de skr. cârâti, zd ca- 
râiti : skr. càrât, zd carùt , on pouvait de *carân tirer *carâ?«î. C'est 
ainsi que de la de'sinence de première personne du pluriel -mas 
a e'té formé -masi, qui n'a de correspondant dans aucune langue 
(v. irl. -mi repose sur *-mês, forme du dialecte indo-européen le 
plus voisin : v. h, a. -mes, v. Lorentz, I(lg.Jorsch.,\, 386). — 
Cette interprétation est purement hypothétique puisque la pre- 
mière personne du singulier *carân n'est que supposée et que, du 
reste , il n'est pas impossible d'imaginer d'autres théories vraisem- 
blables (v. P. Persson, Idg./orsch., II, 255). 

On explique d'ordinaire l'accusatif accentué skr. imâm, zd 
imom, par l'accusatif im d'un thème i suivi de la particule am : 
cf. t[n)v-(im, vmj-àm, svay-âm, etc.; dans cette hypothèse on au- 
rait une m finale conservée , ce qui contredit toutes les explica- 
tions précédentes. Toutefois, si l'on examine l'ensemble de la 
flexion dont fait partie imâm, on constate que im- est préfixé à 
toutes les formes accentuées du thème a- qui, sans cette addition, 
seraient monosyllabiques : nom. plur. skr. im-é, zd m-ê; ace. plur. 
skr. im-ân, zd im-a; nom. plur. neutre skr. im-â, zd im-a, etc. ; 
il est arbitraire d'admettre que toutes ces formes soient analo- 
giques du seul accusatif singulier. Du reste, dans les pronoms 
indo-européens, si le nominatif singulier masculin et féminin est 
emprunté à une racine ou du moins à un thème différent de ce- 
lui des autres cas, l'accusatif est en principe emprunté au même 
thème que le génitif, le datif, etc. : nom. skr. sa, gr. o : ace. skr. 
iâm, gr, Tov — v. pers. nom. hâuv, ace. avam — zd nom. cis, 
ace. k.mi — lat. nom, h-i-c, ace. h-im-c, etc. 

Il suit de là que, dans imdm, la partie fléchie est -àm et non 
im- et qu'il n'y a nullement lieu de voir dans im- l'accusatif 
d'un thème i-, cf. skr. aij-âm, iij-âm, id-àm (neutre analogique 
d'après le masculin et le fémiAin au lieu de la forme attendue 
*im(it, attestée par zd imal). De même, dans amûm trcclui-lài', 
l'élémenl fléchi et significatif est -ûm et non am-; le thème u- est 
bien visible dans zd niii formé comme skr. ûi\ les formes parentes 
V. pers. avam « celui-là •" et v. si. nvû. ..ovû. . . cf l'un .. . l'autre. . . n 
indi(|uent nettement l'objet le plus éloigné. Les particules im- et 



372 A. MEILT.KT. 

nm- préposées à -àvi cl -uni qui sont accentués sont procliiiqucs, 
et leur nasale a le traitement -m des fins de mots; en effet, au 
point de vue phonétique, la finale des proclitiques semble avoir 
été traitée comme celle de tout autre mot; ainsi la chuintante 
finale de zd ijâs «vous« est sonore devant la particule -àm dans 
zd t/ïâ-am (cf. skr. yînj-àm). Au contraire, devant Taccusatif en- 
clitique ~am on trouve eii- et non em- dans l'accusatif atone skr. 
en-am; cf. de même en-àm, en-àn, en-âs. — • Le proclitique am 
n'est sans doute pas difîe'rent de Tenclitique am; im- rappelle 
îm de idàn-lm, arm. -in dans so-ijn trie mêmefl, andên (c.-à-d. 
*nnde-ïn de and) ff là-même ii, etc., et peut-être in- dans arm. 
in-khn tf lui-même ii. 

Il résulte de ce qui précède que l'articulation dentale de toute 
nasale finale a dominé pendant un temps en indo-iranien comme 
en letto-slave, en grec, etc. et que l'articulation labiale lui a été 
substituée postérieurement à des innovations morphologiques 
exclusivement propres à ce dialecte. Dès lors, aucun témoignage 
ne donne plus le droit d'attribuer à la rr langue commune une 
m finale et le passage de -m à -n qui a eu lieu dans les premières 
personnes secondaires (cf. la désinence primaire -mi) et dans 
les instrumentaux singuliers (cf. -?i et -mi en letto-slave) doit 
être tenu pour antérieur à l'existence séparée des dialectes histo- 
riquement connus. Bien que ce changement de place d'articula- 
tion ne soit pas rare (v. Baudouin de Courtenay, Arcli. f. si. pliiL, 
X, 607), il convient de relever cette altération subie par une 
consonne finale en tant que finale dès l'e'poque indo-européenne, 
et de la rapprocher des autres particularités que présentent les 
consonnes à la fin des mots^. 



II. — Trois notes sur la phonétique des gutturales. 

A. — Skr. jmâs, gmâs. 

Des deux formes initiales supposées, Tune par gr. yôcôv x^Q^ôs, 

' Il suffira de rappeler ici le caractère sonore des sifflantes — et sans doute 
aussi des occlusives — finales devant voyelle initiale d'un mot suivant, sûrement 
attesté en indo-iranien et en slave (v. ces Mémoires, VIII, 296, n.). Le -z final 
du germanique est une conséquence de cet usage. On a invoqué la loi de Ver- 
ner pour explifjuer cette sonore. Mais de ce que s, f, f, y^ deviennent sonores 
entre deux voyelles dont la première est atone, il ne suit évidemment pas que -s 
doive devenir -; à la fin du mot, lïit-ce après une voyelle non accentuée. Du 
reste, il ne semble pas qu'on ait fourni un seul exemple probant de l'influence 
de l'accent sur la prononciation de -s finale en germanique; en revanche, il est 
impossible de poursuivre à cette place l'application de la loi de Verner en ger- 
manique occidental (Slreitberg, Urgermanisclœ grammalik, p. 325). 



IND0-1R\MC.\. 373 

yBayLoXô? , Tautre par gr. yaixctl^ )(^afxd^s, zd zà zdwo, ial. hu- 
mus et got. guma \ — v. si. zeinlja, lit. iem^, v. pruss. scmiuô - (Hanl 
ambigus — le sanskrit n'a que la première, c'est-à-dire un 
groupe -sonore aspirée composé d'une occlusive et d'un élément 
spirant non déterminé (en tout cas différent de y), qui est re- 
présenté en védique, devant voyelle, par hs- : sing. nom. ksâs, 
ace. ksâm, loc. hsàmi\ duel nom. ksâmau, ksâmà; plur. nom. hd- 
mas. Le thème est de ceux qui, eu indo-iranien, n'ont pas devant 
les désinences de cas obliques — même commençant par une 
voyelle — Va de la syllabe préde'sinentielle, sauf au locatif sin- 
gulier: le génitif zd zdmô est monosyllabique (Y., XI, 17 — Yl, 
X, 96). On troave, il est vrai, l'instrumental skr. ksamâ, mais avec 
valeur de locatif et en parallèle avec divî (R. V., I, 103, 1), ce 
qui explique l'emploi du vocalisme du locatif Asrt//i2. En sanskrit, 
le groupe de consonnes initial venait donc au contact de m au 
génitif, à l'instrumental, etc. Le Is- de ksmàs, ksinayà pouvant 
être emprunté aux cas forts n'est pas nécessairement plione'tique; 
au contraire ,ymrts et jmâ sont isole's; ils ne peuvent devoir leur j 
à d'autres formes; ils permettent donc de déterminer la règle : 
tandis que le groupe sourd *ks subsistait devant nasale dans le 
génitif rt/.sHrts par exemple et dans i/àk.smas (si l'on admet le rap- 
prochement séduisant avec gr. éxTiKos tr phtisique tî), le groupe 
sonore a, dans les mêmes. conditions, perdu sa chuintante et 
par suite le h qui, suivant l'observation de M. Bartholomae, fai- 
sait, dans ce groupe comme dans tous les autres, partie inté- 
grante de l'articulation de l'e'lément final [Grumlr. deriran.phil., I, 
S 37, p. i5). Il reste alors à la forme ordinaire jj/ws une sonore 
simple dont l'articulation palatale ne peut surprendre, puisque, 
dans les dialectes du moyen indien où le groupe est reste' so- 
nore, on trouve à l'initiale j7t devant voyelle en regard de véd. 
ks- (Wackernagel, Altiud. gr., I, § 209, p. 289). 

Le doublet ^wrts n'apparaît que dans la locution du Rgveda : 
divdçca gmdçca; or le groupe r sonore aspiré n représenté en vé- 
dique par -ks- dans jdksat- (rac. skr. lias-) l'est par -ggh- à 
l'intérieur du mot dans pâli jagghali ffil rit^î, et, bien qu'on ne 
puisse se prononcer sur l'origine ve'Iaire ou palatale du /i de skr. 
Iiâsali, la différence des traitements jh e{ gh ne peut guère être 



' Il y a plusieurs exemples de doublets de ce genre, ninsi gr. •j(Bés en re- 
gard do lat. her'i^ skr. hyâs^ el , pour les sourdes, persan .mr, arm. cnx ffhranche» 
en regard de skr. ràkhâ, lit. /J«A-à el v. si. socha étant ambigus — gr. xte/vw, 
skr. ksotioti et gr. xaivu (K. Z., 3i, 439, n.), v. pors. visanâhy ctu détruis'» — 
skr. kmmale rril endure patiemment -î et çâmyati cril est lran(juille?) —arm. ri i 
«milan?), gr. iktïvos et zd S(i('//«-, skr. ryends. 

* Pour V, si. -ja en regard du bail. -S, cf. v. si. casa on regard de v. pruss. 
liioii «becbern (Voc), c'est-à-dire balt. ^kyûsè ou *kyô»ë. 



37â • \. MEILLET. 

attribuée qu'à la différence des positions : au commencement 
ou à l'intérieur du mot; le g de gmàs n'est autre chose qu'un 
traitement intérieur. On lit de même R. V., I, 36, ^ , sûre dithitd , 
avec le traitement intérieur de *-azd-. 

Par suite, il n'y a pas lieu de recourir avec M, Wackernagel 
(/, c. I., p. 169) à un doublet ancien de palatales et vélaires. 
Du reste, les exemples sûrs de doublets de ce genre se trouvent à 
l'intérieur des mots : v. si. legû, lezati : v. pruss. lasinna — v. si. 
moga : v. pruss. massi — skr. dcgdhi, digdhds, persan dêg rfpoti^ : 
zd daêza-, v. pers. didà — (l'exemple skr. bhrâj- : bhfgn- est à 
écarter; v. F. de Saussure, dans ces Mémoires, ^1 il, p. 77). Toutes 
ces racines se terminent dans les dialectes occidentaux par une 
gutturale sans appendice labio-vélaire : gr. )^é)(^os — got. magan 
— gr. Tsîj^os; c'est sans doute par pur accident qu'on ne ren- 
contre pas en face de gr. r/lziyw une palatale orientale à côté de 
skr. stigimute, v. si. stigna. Cf. encore par exemple skr. ârmâ 
(ace. âçmàHam), lit. aJcmû,g[\ âxfjLCov etles suffixes skr. -ra- [yuvaçâs) 
et -ka- [sa7iakâs), gr. -xo-. 

A l'initiale, au contraire, on ne cite pas d'exemple probant. 
L'appendice labio-vélaire attesté dans gr. yvvï{, got. qens inter- 
dirait de rapporter skr. gnd, jànis à la racine jani-, alors même 
que le sens recommanderait cette étymologie. — Le fc de lit. 
klousyti,y. i^russ. klauslton s'explique par une contamination avec 
une racine synonyme mais différente (Hùbschmann, Idg.forsch. 
VI, j4n2. , p. 33), cf. v. pruss. kirdlt ff entendrez, et skr. kàrnas 
ff oreille w, zd karona-, ■ — Le ^ de pol. gwiazda en regard de lit. 
zvcdgzdô résulte d'une modification proprement slave; en effet, 
alors que devant w la palatale est de règle dans les dialectes 
orientaux (v. ces Mémoires, VIII, p. 291), on trouve non seule- 
ment pol. gwiazda, mais aussi pol. gwizd et v. si. gvozdï, cf. got. 
gazds, lat. hasta, tandis que la palatale attendue est conservée 
dans pol. zwierz, lit. zvéris, gr. S-tip; on est conduit à reconnaître 
que, au lieu de la palatale, le slave emploie la vélaire lorsque 
le mot renferme une sifflante : gostï en regard de lat. hostis (et 
non yostis), gasï en regard de lit. zus'is n'attestent donc pas une 
ancienne vélaire, mais illustrent simplement une loi slave. — 
L'exemple le plus séduisant qu'on cite de l'alternance ancienne 
à l'initiale du mot entre les palatales etles vélaires, celui delà 
racine *ghel-, n'est pas convaincant, parce que, dans les langues 
qui possèdent à la fois les mots à initiale^j^- et ceux à initiale ^\,/t-, 
*gjiel- signifie exclusivement ff jaune, blond -i : en regard de v. si. 
zelenû rfvertw, lit. zolê, v. pruss. sâliji crkrautw, lat. {Ji)olus on 
a V. si. zlitû ffjaunew, lit. geîtas, v. pruss. gelatynan cfgelbw, lat. 
fuluos , Jlàuos , Jlôrus ; en lituanien les intonations mêmes diffèrent; 
on a gettas (cf. l'oxytonaison de zut en serbe : iûta, into) , getsvas , 



INDO-IRAMCA. Ô J ii 

getsti, mais zclti, illti, zélmemjs; rintonatioii et le sens s'accordent 
pour se'parer V. si. zlato, russ. zôloto, serb. zlàtn de v. si. zeletiu, 
lit. zàlias. Les deux racines *gyheh- et *gjiel- semblent du reste 
avoir été confondues de bonne beure, et le sens de rr jaune, blond ii 
se trouve non seulement dans skr. hàri-, zd zairi- mais aussi 
dans lit. ialà kârvè freine rothe kuhw. 



B. — Skr. cch, zd s. 

M. Wackernagei demande [Altind. gr., I, p. i56) comment, 
dans l'hypothèse de M. Zubaty que skr. cch = zd s est le traite- 
ment normal de l'indo-iranien sJc devant voyelle palatale, on peut 
rendre compte de -çc- de skr. parcâ, -se- de zd ascu-. Ces mots 
s'expliquent par analogie : Vs ayant été préservée de toute assi- 
milation à c par une forme voisine où -sk- était devant une 
voyelle non palatale, le groupe *-sc- a subsisté : skr. paçcâ, zd 
pasca sont les instrumentaux d'un mot dont l'ablatif a subsisté 
sous sa forme ancienne dans zd paskât, tandis que le sanskrit en 
iaisaLii paçcât d'après jo^çm ; v. pers. pasà (et pâli pacchâl) illustre 
encore le véritable traitement phonétique — zd ascu- est le ré- 
sultat de la contamination des deux formes *asku- et *ascav 

de même zd frascimbana- doit la conservation de son s- à l'in- 
fluence de sAamèff-. Inversement, c'est lecde candràs qui a main- 
tenu c et par suite -çc- dans skr. çcandràs (toujours après voyelle) 
et dans l'intensif càniccmlat, si l'on accorde quelque valeur à cette 
graphie çc (v. Zubaty, K. Z., xxxi, p. 21). — Les seuls exemples 
de skr. -çc-, zd -se- qui prouveraient contre la théorie de M. Zu- 
baty sont ceux où la conservation de ces groupes ne serait ex- 
plicable par aucune analogie. 

Dans tous les exemples clairs, skr. cch, zd s est la forme palata- 
lisée d'un ancien sk. C'est ce qui arrive notamment dans les 
verbes du type skr. prcchâti, zd psrssaiti et skr. icchàti, zd isaiti 
ainsi que l'attestent le substantif zd pardska et les verbes lit. 
ëfikôti, V. si. jiskati; les substantifs skr. class. icchà et prcchà ont été 
tirés des verbes icchâti elprcchàti et ne sont pas anciens. Le skr. tue- 
chijàs, dont lucchàs est une forme prâkritisée, et le pehlvi iuhik 
répondent à v. si. iûHï, russe tôUvij; h; skr. àcchïï sans doute à v. si 
jcste, russe jesëê; la racine skr. chid- (cf. zd -hisidijâi) est à rap- 
procher de lit. skëdiu; le skr. châyd, pers. sàijah de v. si. sténî 
(ancien *scèm). Le skr. chijali, cf. zd -sxjàt, paraît appartenir 
à la racine conservée dans lat. dê-sciscô, secâre et v. si. seka, 
sekyra (cf. toutefois V. Henry, Méin. Soc. ling., VIII, 367 n.);la 
formation est la même que dans skr. yûdhyate, tfpyati, vidhyati, 
sidhyati, etc. — Tant que tous ces exemples n'auront pas été 
expliqués, on devra reconnaître que skr. cch, zd s représentent 



37G A. MEILLET. 

un indo-iryiiien .s/.' et reposent sur un groupe oriental sk, 
sans ([u'on doive supposer pour cela qu'il s'agisse dans tous les 
cas d'un sA\, indo-européen, c.-à-d. de sq"' (v. ces Mémoires, VIII, 
p. 296 et suiv.) 

La forme sanskrite -cch- el cli- prise par 5// s'explique aisé- 
ment au point de vue phonétique. Devant la palatale c, la sifflante 
dentale s a déj)lacé son point d'articulation de manière à être 
palatale elle-même; la sifflante palatale ainsi produite est alors 
devenue occlusive, comme le c qu'elle précédait, dans tous les 
cas oij elle n'a pas été maintenue par l'analogie; cette assimila- 
tion, de même que celle de -st- en -Uh- du moyen indien, 
provient de ce que, dans un groupe *-arca- ou -asta-, la première 
syllabe ne se terminait pas par la sifflante, mais par l'implosion 
de l'occlusive suivante c ou t, soit -aç'ca-, -as' ta-. L'assimilation 
s'est produite plus tôt pour -rc- que pour -st- parce que la pala- 
tale c comprend un élément spirant et que par suite ç était plus 
voisin de c que s ne l'était de t. Quant à l'aspiration, M. Zubaty 
(K. Z., XXXI, p. 9) en a rendu compte par le rapprochement 
du traitement prâkrit -kkli- de skr. -sk-; en sanskrit même, le- 
groupe -Ir- ne donne pas -ce- mais -cch- (cf. prâkr. kkh de ks), 
bien qu'aucun des deux éléments du groupe -te- ne renfermât 
d'aspiration. Du reste, le passage de -çc- à -cch- a un parallèle 
exact dans celui de *-zj- à -jf}'- ( Wackeinagel , A Ituul. gr. I , S 1 3 9 a , 
p. 169): skr. màjjati, cf. mailgûs et lit. mazgôju, lat. mergi — 
skr. majjàn-, cL zd mazga-,\. û.mozgû. Le traitement skr. cch de 
l'indo-iranien sk' est donc celui que fait prévoir a priori le paral- 
lélisme. 

En iranien, le traitement phonétique de se se confond avec 
celui de A-, ; il y a eu comme en sanskrit assimilation, mais dans le 
sens de la sifflante; la consonne est simple parce que l'iranien 
n'admet pas de consonnes doubles. On ne saurait, en l'absence 
de tout témoignage, préciser davantage les intermédiaires entre 
*sf. et zd s (v.'pers. ^ et 5). 



C. — Des gutturales devant n, m. 

Il n'est pas évident a priori que, devant a (et an) issu de n, 
m, rindo-iranien doive présenter les gutturales k, g, gh plutôt 
que les palatales skr. c, j, h, zd c, j; car cet a peut reposer en 
indo-iranien sur la dénasalisalion d'une ancienne voyelle nasale 
brève de timbre e (cf. le traitement latin en) aussi bien que d'une 
voyelle nasale de timbre (cf. germ. mh) ou a (cf. arm. a, an; 
gr. a). D'autre part on ne cite pas de cas complètement isolé qui 
détermine sans aucun doute possible le traitement; tous les 



i>"Do-in\MGA. 377 

exemples se trouvent dans des familles de mois et sont pai' suite 
suspects d'iniluences analogiques. 

La palatale qu'on trouve dans les accusatifs pluriels lels que 
skr. vâcas, zd vacO ou les troisièmes personnes du pluriel telles que 
skr. yinljàle n'est pas probante, parce que, dans les types de 
flexion auxcjuels appartiennent ces formes, la gutturale n'a sub- 
siste' que devant les de'sinences à initiale consonantique et que 
la palatale à été généralisée devant toutes les désinences à initiale 
vocalique, quelle (jue fût l'origine de la voyelle. Si la palatale 
est phonétique devant n, skr. vâcas et tjinljâle contribuent avec 
le nominatif pluriel vâcas et la 3" pers. plur. act. ytinjânti par 
exemple à rendre compte de l'usage exclusif des palatales devant 
toutes les voyelles; si la gutturale est le traitement régulier, c et 
j sont des conséijuences de la règle générale. 

La même règle s'applique aux formes verbales et aux noms 
verbaux de la racine indo-iranienne *ghan- tf frappera; on y 
trouve skr. h, id j devant a issu soit de e, soit de n, et skr. gh-, 
zd g- devant n consonne seulement. On a donc 3" sing. prés, 
skr. hànli, zd jainli; subj. skr. hànali, zd janaiti; skr. hàntar-, zd 
janiar-; accusalif skr. vrlrahânam [a\ec à issu de c), zd vorapra- 
jaridin, mais aussi skr. hamnâs, hathd, liathâs, hatâs; optât, skr. 
hanyâ-, zd jamjà-\ passif skr. Iiamj/ite; impérat. skr. jalu, zd jaiSi; 
aoriste skr. ahnta, v. pers. -fljatà\ et, comme formes nominales, 
skr. hatà-, zdjata-; skr. hàtha-\ skr. -hati-, zd -jaiti-. A part les 
cas où n est consonne (skr. ghiànti) et les formes à redouble- 
ment (parf. »kv. jaghâiia , ïniansiï skr. jaùghanti), il n'existe plus 
dans cette racine de gh- que devant à issu de o du substantif skr. 
ghanâs et encore la palatale a-t-elle été introduite par l'influence 
du verbe dans le composé skr. suimnas et dans zd jana-, L'oxytonai- 
son de ghanâs, justifiée par le sens rtce qui sert à frapper, 
massuen, ne suffit pas à légitimer l'hypothèse d'un primitif 
*g.^h"no- : cf. le traitement de °n, "m dans skr. simâs, got. sums, gr. 
àfxo- et skr. munis, got. muns. Par suite, le gh de ghanâs, étant 
contraire à la règle générale de l'emploi de la palatale devant 
voyelle dans cette famille de mots, établit l'origine ô de l'a-, cet 
exemple n'est pas moins probant contre l'hypothèse de M. Brug- 
mann que skr. gâijas, zd gaijô, cf. serbe gôj^. 

Mais on ne saurait conclure de la conservation de gh dans 
ghanâs que le h du participe halâs soit phonéti([ue; en elfet, les 

' Conire la tfloin de M. Brufjmann on pont noter aussi skr. Ldraknii frcruclioî', 
cf. V. si. horylo, eu refjnrd di" skr. cnn'ts, v. isl. Iiitcrr. — De plus, dans les in- 
tensifs il redonl)l(;nien( dissyilahiepic, nue jpiUnrale iniliale est redoublée par 
une jjullnraie cL nou par une palulalc : skr. jrliihnirliital- en face Ac jàiinhuiiul-; la 
voyelle a du redonltlenuMil y représeule donc i.-e. u\ cf. jjr. [JiopfjLi)pa} , -aotnvvù) 
(de *' ■tsovTH'viju), fxo/fivA/a>. 



378 



A. MEILLET. 



adjectifs eu -ta- ont un caractère verbal beaucoup plus prononcé 
que les thèmes en -a- : on sait, par exemple, que la palatale des 
verbes tels que skr. çàcati n'a pas pre'valu — au moins en indo- 
iranien et encore en ve'dique — contre la gutturale phonétique 
dos noms tels que skr. çôkas. Quant aux formes verbales elles- 
mêmes , comme Tindo-iranien a dans tous les cas de ce genre fait 
choix soit de la gutturale, soit de la palatale dans chaque type 
de flexion, l'extension du h de hànti à hathà serait exactement 
semblable à celle du c de uvâca à ûcùs; et par suite hathà est 
sans aucune valeur probante, d'autant plus que l'indo-iranien 
tend en principe à généraliser les palatales devant les voyelles 
dans toute la flexion. 

En sanskrit, la racine gam- présente g dans toutes ses formes 
non seulement devant m consonne ou devant a issu de o [ga- 
maijati, -gama-), mais aussi devant a issu de m {gâcchati, âgata, 
optât, gamyât; formes nominales gatâ-, gàti-) et devant a issu de e 
[gmnanti, âgan; formes nominales : gàntar-, gàmistha-); cette ex- 
tension du g s'explique par l'influence de ^â- = dor. /3â- (skr. 
âgàt , cf. gr. £^>7) sans qu'il soit nécessaire de supposer que g- soit pho- 
nétique devant l'w* de gâcchati, etc. Et, en efîet, on trouve en zend, 
où ^â- est en voie de disparition, non seulement jamaiti et i'impé- 
ratiï jantù, mais aussi jasaiti et Y o])lalïï jamijàt à côté de l'impératif 
gàth. gaidi k viens w et des formes nominales gâta- et -gaiti- : le^ 
de jasaiti s'explique bien par celui de jamaiti, mais le g de gaidi 
peut être à la rigueur tenu pour analogique de laorisle gâth. gât 
et le g de aiwigaiti- pour analogique de celui de aiwigàta-. Ici 
encore, aucune forme n'est concluante, bien que l'ensemble pa- 
raisse témoigner en faveur du traitement g devant m. 

Le skr. gabhîràs peut devoir son g a gambhlràs (cf. v. si. gl^- 
hokû). Les mots iraniens correspondants n'ont pas à la fin de la 
racine h , qui répondrait à skr. hh, mais/^ sans doute issu de ph : 
cf. v. pers. hauj'a- en regard de skr. kakûbh- (cf. J. Leumann, 
Et. wôrt. der sanskrit-sprache , p. xi et suiv.). L'a de zd jafra- 
ff profonde, pehlvi zafr repose sur n, comme le montre le sub- 
stantif zd yo/ww- ff profondeur w ; on n'a aucun droit de poser une 
racine *g.^ebh- (resp. *gc^eph-)\ v. isl. kuefia, A;»/" suppose *g^âbh-, 
^g.^obh-, *g.y>bh- en regard de ^g.^embh comme v. irL bàidim et gr. 
fiïja-cra, ^v66s supposent *g.^àdh, *g^odh- en regard de *g.jendh- 
{(3év6os, (Saôvs)-, l'a de gr. jSolttIco, (3(x(pfivoii est ambigu; le 
groupe -Tri- est issu de -(pij- (cf. cra-, tt de xv) comme dans 
B-dnlù) [zaÇirivai), xpvTzIco [HpvÇ>ïivot.t) , èpé7r1œ [spsÇiov), axcmlco 
(crxa(pos, cf. got. sA-rt6rt» , lit. skabù)^ etc. Quanta (366 pos, Qodvvos, 
on y a reconnu depuis longtemps une déformation de ^^arôôpos, 
*'zs6Qvvos (cf. lat. /o(/<ô, fossa : lette hedre trgrube, gruftw) sous 
l'influence de (3(x9vs. 



i:sDO-iRAivicA. 379 

Le j de jajnu- siiHîl à expliqiïer celui de j(ifra-; toutetbis ce 
dernier mot a peut-être un peu plus de force probante que les 
autres; il semble en effet que, si la palatale dejafnu- a réagi sur 
l'initiale des mots de même famille, l'adjectif dont le vocalisme 
re'pond à celui de skr. gnmbhmis aurait dû être atteint autant et 
plus que celui qui re'pond à gabhlràs. Or on trouve en zend une 
forme ""gafra-, dissimulée sous la fausse graphie gufm-. — En 
effet Yu de gufra- ne peut représenter m, comme on l'a supposé 
(v. à ce sujet Grundr. der iran. phil., I, S Gi n., p. 26); et d'autre 
part on ne saurait douter que, au moment 011 le texte de l'Avesta 
a été transcrit de l'ancien alphabet pehlvi dans un alphabet plus 
complet et pourvu de voyelles, de nombreuses erreurs ont été 
commises. L'une des plus graves a été provoquée par l'identité 
des signes de v et de n, pehlvi \ : les rédacteurs ont été conduits 
à écrire la voyelle > là où ils auraient dû employer ^; on trouve 

ainsi puxSa- fr cinquième 15 au lieu de *pàxSa le génitif hh en 

regard de gâth. hvang doit être lu *hvçi : comme dans beaucoup 
d'autres cas, le signe 1 signifiant w dans l'ancienne écriture sans 
voyelles a été confondu avec un ) précédent qui notait u (ici le v 
du groupe hv-) — framrâ [ou framrul) est à Vire fra7nniva, ainsi 
qu'il résulte du participe \okin jaiSija : Vd, III, 1, vaca J'ramrR 
tnipramca vourugaoïjaoitlm jai^ya (v. les variantes dans l'édition 
Gcldner); la tradition a reconnu dans les deux formes des parti- 
cipes symétriques et traduit/rrunrrt par ^0^)))^ etjaiSya par^çy^"- 
L'accusatif pluriel j^j^I^J ou ^>^i\ renferme de même un e ou >^ 
que les transcriptcurs ont employé par erreur au lieu de ïn de 
l'accusatif pluriel. — Ces faits justifient la lecture *gafra- au lieu 
de gufra-. On a donc jafnii-, ^gafra- et jafra-, et, dans cet en- 
semble, la ïorme jafra- parle en faveur du caractère phonétique 
de j devant a issu de m. — Le / de jaiivi-, dans jaiwivafra- r aux 
neiges épaisses w du fragment versifié cité Vd, VII, 27, serait d'un 
grand poids si l'on pouvait avoir pleine confiance dans cet «TraÇ 
elpï](xévov. 

Le k de skr. skabhnàti, skabhâyàti peut s'expliquer par celui de 
càskâmbha, skambhâthus et surtout deskainbhâs, cf. lAskdmbô. 

En revanche le ch- du skr. ckadaijaii, cî. zd sadayeiti, v. pers. 
fadaya-, peut être dû à la rigueur à des formes telles que skr. 
chantsi, âcchân. 

Le zd jaiti- qui paraît signifier tr famille ^^ dans le seul passage 
où oir le rencontre (Yt, XVIII, 3-i) apptdlcrait un rapproche- 
ment avec lit. giininê ci g'unùs (?). Mais, d'un autre cùlé, le mot 
anomal vâghàl- ne semble explicable ({ue par le traitement gut- 
tural devant h; car rhy])othèsc d'un ancien e est exclue |)ar le gli 
et celle d'un ancien ne se concilie pas avec la brève du nomi- 



380 A. MEILLET. 

natif singulier wï^Mf el du noniinatiT pluriel vdgiûitas (v. Slreil- 
berg, Jdg. forsch., III, 36i, el cf. ces Mémoires, IX, 1^7); autre- 
ment il faudrait admettre une induence des participes, que la 
flexion anomale de vnghât- ne rend guère vraisemblable. 

En résume', il ne semble pas exister d'exemple qui permette 
de déterminer avec certitude le traitement des gutturales indo- 
iraniennes devant a (resp. an, am) issu de n, m. 

A. Meillet. 



DE L'ARTICLE. 

(MORPHOLOGIE ET SYNTAXE.) 



DEUXIEME PARTIE. 



B. — Détermination du verbe, de l'adjectif, de l'adverbe. 

Nous avons peine à sortir des idées étroites qui nous ont été 
inculquées par les grammaires empiriques de nos langues clas- 
siques indo-européennes. Ce phénomène, au fond si simple, mais 
si nouveau pour nous, de la conjugaison des substantifs nous a 
été révélé par des langues éloignées sous la forme possessive, et 
sous la forme prédicative on ne le trouve nettement que dans 
leNama. De même, l'article ne nous semble pas devoir sortir du 
substantif. Cependant, quand on a bien constaté son origine pro- 
nominale, on n'a pas de peine à découvrir qu'il accompagne aussi 
le verbe prédicativement, que c'est même là un fait presque uni- 
versel; c'est lui qui le conjugue. Presque partout, le pronom per- 
sonnel des trois personnes se préfixe ou se suffixe au verbe d'une 
manière pléonastique, puisque le substantif sujet est exprimé par 
ailleurs; n'est-ce pas bien là le caractère de l'article? Dans SîSco-(jlIj 
SiSv-s, SlSoû-cn, les trois pronoms suJSixés, celui de la 3^ personne' 
d'une manière plus apparente, sont de véritables articles; nous 
voyons, sans quitter la langue grecque, que quelquefois ils de- 
viennent moins apparents (Xu-o), Xu-e<?, \v-£i) ou disparaissent, 
et qu'à côté d'une conjugaison avec article on en a une autre 
sans article; à côté de la déterminée, l'indéterminée. Le môme 
phénomène apparaît en hongrois, mais seulement l'idée de pro- 
nom-objet y remplace celle de pronom-sujet; à côté doivar-om, var- 
od , var-ja , on trouve varo-k , var-asz , var. 

Il est donc certain que le verbe l'eçoit l'article, un article qui 
lui est propre, le pronom personnel suffixe. 

De même, la conjonction peut se conjuguer de la môme ma- 
nière, en se suffîxant les divers pronoms personnels qui y jouent 
le rôle d'article; par exemple en lapon, atja-p crque je^, atja-t 
ffque tuw, atja-s r qu'ils, aija-pe frque nousw, ap-ma-m crque je 
pasw, ap-ma-la reque lu pasw, etc. 

De même, les prépositions se conjuguent dans la plupart des 

MÉM. LING. IX. 2.5 



larKiauui 



382 RAOUL DE LA GRASSERIE. 

langues ouraliennes; par exemple en lapon, conjugaison posses- 
sive : mo-kiim te avec moivi, to-kum rravec toiii, so-kum rravec 
soi 15, etc. 

Mais ce n'est pas tout : quelquefois le verbe, Tadjectif, Tadverbe 
reçoivent l'article qui leur vient du substantif pour se tenir en 
parfaite harmonie avec lui. 

Parmi les langues indo-européennes, le tchèque et le vieux 
siavon ont l'adjectif de'terminé et l'adjectif inde'termine'. Le dé- 
terminé se distingue de l'autre, en suffixant le pronom personnel 
de la 3* personne à titre d'article. 

Lithuanien: sing. nom.yîs, accus. ji, gén.jô, ôat.jam, inslrum. 
jumi, \oc. jame. On ajoute cet article à l'adjectif qui se décline 
ainsi : géras trbon^ devient nom. géras-is qui se contracte en 
gérô-ji, accus, gera-ji = gérd-je, gén. gerô-jô =gerôs-i6s, datif 
géram-ja)ii=gérai-jci; insiruuï. géru-ju=^ géra-je , loc. geramjame =^ 
géro-joje. 

Nous avons, dans les langues du Caucase, observé que l'article 
préfixé au substantif-sujet se répétait sur le verbe et sur l'ad- 
jectif; nous devons rappeler ici le procédé plus complet de l'aware. 
L'adverbe lui-même est atteint dans cette langue, ainsi que les 
prépositions; ils portent la marque du sujet en prenant son 
article, parce qu'ils ont été d'abord les locatifs d'un substantif: 
hani signifie ici, et subit les variations hani-u, hani-i, hani-b, hani- 
r, suivant la classe à laquelle le sujet appartient; de même doa 
K]hr> varie suivant le même système; il le fait même d'une ma- 
nière plus curieuse, puisque, au lieu de suffixer les articles, il les 
infixe et devient do-iv-a, do-j-a, do-b-a, do-r-a. Le même système, 
apparaît dans les compléments circonstanciels. On dit roqo-u, 
roqo-iv-e tfdans la maison à luiw, roqo-j-e ccdans la maison ellew, 
roqo-b-e te dans la maison celais. Les participes portent deux fois 
l'ai'ticle du sujet : izara trcrééiî donne w-izara-u , j-izara-i , b-izara- 
b; r-izara-l. 

Nous avons déjà remarqué en liûrkan watsha crie boisw, wa- 
tsha-U-zi crdans le boisw qui devient ivalsha-li-zi-w, watsha-li-zi-r, 
watsha-li'zi. 

Telle est la morphologie de l'article dans sa fonction de la 
détermination et de la classification, et dans celle de la liaison 
de la proposition. Mais ses fonctions, en particulier celles de 
détermination, ne 3ont-elles pas quelquefois remplies par un autre 
mot? 

DÉTERMINATION MARQUEE AUTREMENT QUE PAR L'ARTICLE. 

Nous avons relevé dans les diverses langues deux autres moyens 
de marquer l'indétermination : l'un indirect, l'état emphatique ou 



DF. L'ARTICLE. 383 

ia mise en relief, ou au contraire la de'pression ; l'autre direct, 
la re'duplication avortée. Nous commencerons par le second. 

La re'duplication avortée, du moins c'est ainsi que nous inter- 
prétons le phénomène, est un processus qui ne se rencontre que 
dans le woloff. 

Dans cette langue, lorsque le substantif doit être déterminé, on • 
suffixe sa première syllabe, ou sa première consonne initiale. 

Kar crmaisomi, kar-ga «la maison», gar r homme w, gnr-ga 
rfrhomme'5, fas rr cheval», fas-iva wie cheval», mbuule ff écri- 
ture», mbinde-ma ffTécriture», [Mh-a (r couteau r>,paka-ba ffle cou- 
teau». 

Que si, dans certains cas, on veut déterminer davantage, on 
répète deux lois cette initiale; c'est ce qui arrive dans l'exemple 
suivant : mer u-m xjalla nui , ;rla colère de Dieu»; l'initiale de m se 
trouve répétée après le conjonctif génitif m, et une seconde fois à 
la fin. 

Il y a certainement là un procédé acrologique ou de rédupli- 
cation partielle; or la réduplication partielle n'est qu'une rédu- 
plication totale avortée; pour déterminer, on aura d'abord répété 
deux fois le substantif, ce qu'on fait dans d'autres langues pour 
former le pluriel; puis, on n'eu aura plus répété que ia première 
syllabe. Dans ces conditions, il y a bien un article, seulement il 
ne tire plus son origine du pronom, mais des entrailles du sub- 
stantif lui-même. 

Mais il faut ajouter cependant que ce suffixe n'est pas toujours 
l'initiale du substantif, ce qui semble faire brèche à cette théorie, 
Vx appelle quelquefois le suffixe h, — Xng=^m, ou w;\&t appelle 
h ou IV, — Wi un IV, — Z et r un a; ou un h. Comment expliquer 
ces anomalies? Pour certains de ces phonèmes il y a affinité, 
par exemple, entre ng et iv, mais il n'y en a pas entre t et b. Il 
est probable, mais cela est invérifiable, que toutes les initiales 
ont été reproduites à l'origine, mais qu'une lutte s'est établie 
entre elles, que quelques-unes étaient plus emphatiques et que 
les autres ont été éliminées. 

Le second procédé est i'emphatisme ou la dépression; nous 
observons l'un et l'autre dans les langues sémitiques : l'araméen 
exprime la détermination, non point parla préfixation de l'article 
/, mais par la suffixation d'à qui a fini par se cristalliser et de- 
meurer, même lorsqu'il n'y a pas lieu à détermination actuelle : 
dehabk ffor», dabha ftl'or», melek frroi», malk-a «le roi». La 
même forme se retrouve en assyrien. Le mot sar, sous sa forme 
déterminée, donne au nominatif ««rr-w, accus. sarr-a,^én.sarr-i. 

L'arabe a, au contraire, l'emploi de l'article préposé, mais 
dans ce cas il modifie sa déclinaison et emploie pour finale, sui- 
vant les cas, M, a, i, au lieu de m», a», in; en d'autres termes, 



38/i RAOUL DE LA GRASSERIE. 

il se dépouille de sa nasale finale, il y a là une question de 
centre de gravité. 

Enfin Thébreu, lorsque le substantif est déterminé par un autre 
substantif employé au génitif, le met à fétat construit, c'est-à- 
dire fabrège. 

• En nama , lorsqu'on veut obtenir une détermination à la 2^ puis- 
sance, on ajoute un a qui rend le substantif emphatique et marque 
ainsi faccusatif par une surdétermination. 

Tel est l'article au point de vue morpbologique, nous venons 
de donner les autres moyens, quelquefois employés, pour exprimer 
f indétermination. Peut-être y aurait-il possibilité de les réduire 
en dernière analyse à l'article, en particulier les indices de fem- 
pliatique, mais nous ne voulons pas nous livrer à des hypothèses. 

Nous avons maintenant à entrer dans un autre ordre d'idées, 
le psychologique, et à rechercher : 1° ce qu'est l'article en lui- 
même, ainsi que l'idée de détermination à laquelle il répond 
principalement; 2° quelles sont ses diverses fonctions. 

II. — De l'article au point de vue psychologique. 

A ce point de vue, deux objets se présentent à l'étude : 1° la 
nature de l'article comme concept, et celle de la détermination 
elle-même comme catégorie grammaticale; 2° la fonction de 
l'article. 

1 ° De la nature de V article , de la détermination 
et des différents degrés de celle-ci. 

Comme nous le verrons, la détermination est loin d'être la seule 
fonction de farticle, mais c'est la fonction normale et principale. Il 
importe de rechercher ce qu'est au juste la détermination, s'il y 
en a plusieurs, quelle est son affinité avec les autres concepts 
grammaticaux. 

La détermination est, au fond, l'individualisation. Or celle-ci 
consiste à désigner un seul être au regard de tous les autres, ou 
au moins quelques-uns vis-à-vis de tous autres, ou une classe 
d'êtres entière vis-à-vis d'une autre classe. Elle est plus parfaite 
lorsqu'elle ne désigne qu'un seul individu; elle est plus parfaite 
encore lorsqu'elle le désigne sous un nom propre complet. 

On peut noter dans la détermination les degrés suivants que 
nous rendrons mieux sensibles par des exemples : 

1° Homme, hommes, àvOpcoTros, dans les langues oià l'article 
tantôt est emplové, tantôt est supprimé; lorsque ce mot est em- 
ployé comme attribut, alors il devient presque un adjectif; par 
exemple, dans cette proposition en français : il est homme. C'est 



DE L'ARTICLE. 385 

le plus grand degré d'indétermination. L'être devient une qualité 
et une qualité est essentiellement générale; c'est comme si l'on 
disait : il est humain ou il est bleu. 

2° Du bœuf, du cheval. L'indétermination est aussi très grande, 
quoique moindre. Il s'agit d'un bœuf quelconque, d'un cheval 
quelconque, même pas dans sa généralité par opposition à un 
autre animal ou dans son individualité. C'est le cas de l'article 
partitif. 

3° Un homme, des hommes; c'est la même expression au singu- 
lier et au pluriel. C'est le cas d'indétermination normale, tandis 
que les précédents sont des cas de surindétermination. On ignore 
absolument de quel homme il s'agit. En grec on exprime tantôt 
par âvOpconos, tantôt par âvOpcoTTOs tz?. On sait seulement qu'il 
s'agit de l'individu et non de l'espèce. 

k° Un homme, par opposition à deux hommes, trois hommes; l'in- 
détermination est la même, seulement elle est un peu diminuée 
par une détermination numérique. 

5° Vhomme, en général par opposition au bœuf, au cheval , etc. , 
c'est l'homme zoologique; l'opposition peut disparaître; au moins 
expresse. Mais alors l'expression s'applique au genre entier. Il y 
a donc indétermination dans un sens, mais détermination dans 
l'autre, indétermination entre les individus de l'espèce, mais dé- 
termination parfaite vis-à-vis des autres espèces. Aussi, suivant 
les langues, tantôt on emploie l'article, tantôt on ne l'emploie 
pas. 

6° Lliomme [aimable, cruel, bon, etc.); alors l'homme est res- 
treint à une catégorie d'hommes; il y a encore indétermination, 
mais restreinte. 

7° L'homme d'Europe; voilà encore la signification d'homme 
restreinte, et par conséquent l'être déterminé davantage. 

8° Le fis de Primus; si Primus n'a qu'un fils, la détermination 
est parfaite; s'il y en a plusieurs, elle est imparfaite, puisqu'elle 
peut s'appliquer à un individu ou à tel autre. 

9° V homme qui est venu chez moi hier; voilà une détermination , 
puisqu'il ne s'agit que d'un seul individu; mais l'auditeur ne 
sait pas encore duquel. 

lo" Cet homme ou lliomme celui-ci; il ne peut plus y avoir de 
doute sur l'identité, la désignation est parfaite, l'expression sup- 
pose qu'on montre en même temps l'individu d'un geste. 

1 1" Homme-moi, homme-toi, homme-il; la détermination est plus 
grande, mais en même temps anormale; elle ramène la désigna- 



386 RAOUL DE LA GRASSERIE. 

tion à la personnalité, elle est subjective et pre'dicative. On com- 
pare tout au moi, mais il reste une obscurité' quand il s'agit de 
la 3" personne; on ne sait de quel individu il s'agit; aussi corro- 
bore-t-on la de'signatiou en disant à quelle classe l'individu ap- 
partient. Dans les deux cas, il y a système subjectif et concret : 
le premier a e'té relevé par nous chez les Namas, le second chez 
les Gaires. 

19° Son fils, son père; lorsque le mol Jih, le mot père ne 
peuvent s'employer seuls. Alors il y a encore détermination anor- 
male, surdétermination. On ne peut exprimer un être si on ne 
l'individualise pas. 

1 3° Primus, Secundus; alors la détermination est non seulement 
complète, mais elle est absolue; en ajoutant les noms patro- 
nymiques et les prénoms, on arrive à l'indication d'un individu 
unique. 

Tous ces degrés de détermination ou d'indétermination ne sont 
pas fournis par l'article, mais il en produit un grand nombre et 
concourt souvent à exprimer les autres. Dans la détermination 
absolue (n" i3), aucun adjuvant n'est nécessaire. Dans celle 
du n° 10, l'article est remplacé par l'adjectif démonstratif, mais 
cet article n'est souvent que la réduplication de l'article. Dans le 
cas n" 9 [Vhomme qui), la détermination est donnée par le pro- 
nom conjonctif, mais dans beaucoup de langues l'article sert 
d'adjuvant, et dans d'autres le pronom relatif n'est que la répé- 
tition de l'article : on peut citer l'allemand, der mann der, die 
frau die . . . 

Dans les autres cas, à moins d'indétermination absolue (alors 
il n'y a pas besoin d'indice), l'article apparaît sous une double 
forme : celle d'indétermination nn, des , et celle de détermination 
le. Nous avons vu que dans certaines langues, l'article perd son 
sens primitif et accompagne tous les substantifs, mais alors on 
y joint un article de détermination actuelle. 

Telle est la nature psychologique de l'article, c'est un mot qui 
sert principalement à exprimer la détermination. 

Quant à la détermination dont le domaine est plus vaste, elle 
forme avec le genre, le nombre, une troisième catégorie gram- 
maticale affectant le substantif. Los concepts substantifs accessoires 
sont le genre, le nombre, la détermination. Los cas n'appar- 
tiennent plus au même ordre d'idées, ils ne s'appliquent pas aux 
êtres pris isolément, mais à ceux en relation logique avec les 
autres de la pioposition. 

Pour mieux faire connaître la nature de l'article, il importe 
d'indiquer cpielle est son origine logique, c'est-à-dire de quelle 
autre partie du discours il procède et quelle est sa ressemblance 



DE L'ARTICLE. 387 

OU ses (lifîërenccs, enfin ses affinités, avec les catégories du genre, 
du nombre et des cas. 

L'origine morphologique de l'article est, comme nous croyons 
l'avoir démontré, le pronom personnel. Il en est de même de 
sa source psychologique. On a dit homme celui-ci ou homme -il 
avant de dire l'homme et dans le même sens. Le pronom personnel 
est devenu adjectif pronominal , puis article. Du reste, l'origine 
morphologique est ici un sûr révélateur de l'origine psycholo- 
gique. Une preuve plus certaine est le système de la langue 
nama; on y dit : homme-moi, homme-toi, homme-il, et cette der- 
nière expression est identique à il-homme et à l'homme. L'idée ré- 
pond ici complètement à la forme. Le pronom n'est qu'une dé- 
rivation d'un adverbe de lieu, ici, là, plus loin; le plus proche, 
correspondant au moi, est ici, le moins proche, correspondant 
au toi, est là, le plus éloigné, correspondant à lui, est Ih-has. De 
même, l'article est une désignation du lieu. La locativité domine 
toute la genèse de l'expression grammaticale. 

L'adverbe de lieu est un grand générateur de formes, il donne 
d'abord naissance au pronom, à celui des trois personnes, sur- 
tout celui de la troisième, essentiellement démonstratif. 

Le pronom, à son tour, a les fonctions les plus mulliples et 
les plus délicates à la fois. Ce qui nous intéresse ici, il devient 
soit adjectif démonstratif (cei /io»ime), soit article (l'homme); mais 
il a d'autres transformations, il joue le rôle de pronom relatif; 
celui-ci, quand il n'est pas emprunté au pronom interrogatif, 
l'est presque toujours à l'article : nous venons d'en citer un exemple 
tiré de l'allemand; en outre, il remplace le verbe abstrait, le verbe 
être; celui-ci est exprimé par un pronom-article. 

Telle est l'origine de l'article. Quelles sont maintenant ses affi- 
nités avec les autres concepts accessoires du substantif: le genre, 
le nombre et le cas, ou avec leurs modes d'expression? 

L'affinité de l'article ou de la détermination, en général, avec 
le genre est sensible d'après les exemples que nous avons em- 
pruntés aux langues bantou et à celles du Caucase. Les différents 
genres ne sont pas exprimés parles substantifs eux-mêmes, mais 
par les pronoms, devenus articles, qui y sont préposés. Ces 
genres, par leur quantité, sont d'ailleurs des désignations de ca- 
tégories, des classificateurs. En cafre, il y a autant d'articles dif- 
férents que de catégories d'objets, et la détermination se confond 
entièrement avec le genre. 

L'alfinité de la détermination avec le nombre existe dans les 
langues oij le pluriel pai' définition est considéré comme indé- 
terminé, et au contraire, le singulier comme déterminé : de telle 
sorte (jue, contre l'idée ordinaire, c'est le singulier qui dérive 
du pluriel, ou bien, au contraire, c'est le pluriel qui est dé- 



388 RAOUL DE LA GRASSERIE, 

terminé; en tous cas, la de'termination et rindétermination se lient 
avec la différence des nombres. Le premier cas a lieu dans la 
langue bari où le pluriel est le point de départ, et par conséquent 
l'indéterminé, et où le singulier qui est déterminé, adjoint, comme 
tel, un préfixe. Au contraire, en bullom et en temné, c'est le 
singulier qui est considéré comme un collectif, par conséquent, 
comme indéterminé, tandis que le pluriel est considéré comme 
individuel, et comme tel, muni d'un préfixe. 

De même, dans les langues de l'Oural (sauf dans le mordouin 
qui a les deux déclinaisons complètes) la détermination apparaît 
pour la première fois avec le pluriel et se confond avec lui. 

• L'affinité de la détermination avec les cas existe d'une manière 
certaine dans plusieurs langues, en particulier, dans les langues 
ouraliennes. Comme nous l'avons vu à l'origine, en finnois, l'ac- 
cusatif n'a pas d'indice; on l'exprime plus tard par le signe de 
la détermination. 

Puisqu'il y a eu autrefois dans ces langues des paradigmes 
complets de déterminé et d'indéterminé, c'est plutôt de la sur- 
vivance du déterminé à l'accusatif qu'il s'agit. 

Ce ne sont pas là de purs accidents morphologiques. La déter- 
mination emporte celle par classes et par genres, aussi bien que 
celle par individus; ce ne sont que des degrés différents de la 
même idée. De même, le pluriel est plutôt indéterminé, puisqu'il 
n'individualise pas. Enfin, l'accusatif, qui représente le patient, 
a besoin d'une individualité moins nette que l'agent, ce qui est 
d'autant plus juste que l'agent lui-même, quand le verbe est in- 
transitif, ne porte pas, lui non plus, le signe de détermination. 

Il y a entre les divers concepts accessoires un lien psychique, 
naturel et nécessaire, dont la morphologie que nous avons ob- 
servée plus haut est le révélateur. 

a" Fonctions psijchologiques de l'article. 

Nous avons dit que la fonction psychologique de l'article est 
la détermination, mais que ce n'est pas la seule; il faut ajouter 
que ce n'est pas l'originaire, ni non plus l'hystérogène : ce n'est 
qu une foîiction intermédiaire dans Vévolution. 

Les fonctions de l'article sont au nombre de quatre chrono- 
logiquement dans l'ordre suivant : i° fonction de concrétisme ou de 
surdétermination; 9° fonction de détermination normale; 3° fonction 
d'auxiliaire; k° fonction de relation. 

a. — Fonction de concrétisme. 
L'homme dans son premier état d'esprit ne conçoit que l'indi- 



DE L'ARTICLE. 389 

viduel; rabstraction , la systématisation lui est étrangère; si un 
être non individuel veut être exprimé, il doit d'abord, par des 
artifices, le convertir en individuel. Dans ce but, il emploie di- 
vers procédés. Tantôt il exprime par des racines entièrement dif- 
férentes des idées cependant rapprochées : c'est le procédé le plus 
énergique. Tantôt il approche fortement l'idée objective de sa 
personnalité et la rend subjective, sensible, rapprochée dans l'es- 
pace de celui qui parle. C'est dans ce but qu'il emploie le pronom 
et l'article. Les expressions du nama homme-moi, homme-toi, homme- 
lui, celles du cafre homme- (objet de i'''' clas?e), chêne (objet de 
2^ classe), etc., chaque classe étant désignée par un article diffé- 
rent, rentrent dans ce système. Quelquefois, ce n'est pas d'une 
mamere prédicative , mais d'une mamhre possessive, qu'il y a con- 
créîisme. Le sauvage algonquin ne peut dire oncle, mais doit dire 
oncle de moi ou de loi ou de lui ; c'est le pronom possessif qui sert 
à individualiser; c'est toujours le pronom transformé, mais ce 
n'est pas l'article; celui-ci est un déterminant subjectif concret 
prédicatif. C'est dans ce seul but de concrélisme que l'article a 
d'abord été employé. On ne songeait pas à déterminer; ce qui le 
prouve, c'est qu'on n'alternait pas entre la détermination et l'in- 
détermination; on déterminait toujours, ce qui est la négation 
de la détermination actuelle. La détermination peut manquer et 
elle manque en effet dans beaucoup de langues, même très cul- 
tivées; le latin en est un éclatant exemple. Elle a donc pu faire 
défaut à l'origine. Le genre aussi manque souvent totalement. Ce 
qui, au contraire, semble nécessaire à l'esprit des premiers 
hommes, c'est une idée concrète, les idées abstraites leur étant 
inabordables. D'ailleurs, l'idée concrète conduit à lade'termination 
précisément par la surdétermination que le concrétisme entraîne. 
Quand, au lieu de dire ïhomme, on àil homme-loi , voilà l'homme 
devenu concret, attaché à la réalité, mais en même temps le voilà 
surdéterminé, complètement individualisé; si au lieu de dire la 
lèvre, je dis sa lèvre, le niême résultat a lieu par le pronom pos- 
sessif. L'expression concrète et la surdétermination coïncident 
ainsi. Mais ce qui a été d'abord en vue a été le concrétisme, la 
détermination n'est que le résultat indirect et plus conscient. 

Nous avons, dans des études spéciales, relevé le phénomène 
du concrétisme et ses divers modes d'expression, en particulier, 
par le pronom et par l'article. 

b. FOXCTIONS DE DÉTERMINATION. 

Nous ne rappelons ici ces fonctions que pour ordre; ce sont 
celles qui dominent dans l'histoire de l'article, et ([ue montrent 
tous les exemples morpliologi(jues que nous avons cités. 



390 RAOUL DE LA GRASSERIK. 

li ne s'agit plus là d'ailleurs de surdc'termination, mais de dé- 
termination simple. 

Rappelons que cette de'termination peut être à une foule de 
degre's dont nous avons e'tabli la progressiou. Elle semble être 
parfois une indétermination, de sorte que l'article aurait à la fois 
une fonction d'indétermination et une de détermination : par 
exemple, lors([u'il s'agit de l'article un ou de l'arlicle le. En réalité, 
ce sont des degrés de détermination; l'absence totale de celle-ci 
s'exprime par l'absence d'indices. Ce qu'il faut admirer, c'est 
l'application ici d'un principe que nous avons souvent énoncé, à 
savoir que ce qui a été plus tard fonctionnel, instinctif ou volon- 
taire, a été d'abord purement mécanique; il faut y ajouter que 
les fonctions cbangent souvent aussi, qu'il y a virement de l'une 
à l'autre; celle de concrétisme s'est convertie en fonction de dé- 
termination. 

c. — Fonction d'auxiliaire. 

Ici nous pouvons observer un nouveau virement de fondions. Celle 
de détermination s'est changée en fonction d'auxibaire. Voici 
comment. D'ailleurs, la fonction d'auxiliaire elle-même a eu deux 
moments successifs. 

Lorsque le pronom devenu article s'est agglutiné au substantif, 
il n'en a pas moins, dans les langues à flexions, continué à se dé- 
cliner comme pronom , et comme le substantif continuait à aussi se 
décliner, il en est résulté que la même relation et les mêmes con- 
cepts du genre et du nombre se sont exprimés deux fois pléona's- 
tiquement. C'est ce qui a lieu en grec : b âvôpooTTOS, tov âvOpoûTTOv, 
ol a.v9pconoi\ de sorte que l'article corrobore l'expression de tous 
ces concepts. Il en résulte un peu de monotonie, mais de grands 
avantages. C'est comme si l'on frappait deux fois de suite une 
note. D'autant plus que, les moyens morphologiques de décli- 
naison étant les mêmes, on obtient, "en outre, une sorte de 
rime : Toh dvôpojTTOis, tous àvOpôoTrovs. Il y a là une déclinaison 
pléonastique. 

C'est une première manière d'être auxiliaire; en voici une 
seconde. 

On s'aperçoit qu'il n'y a pas besoin d'exprimer le genre, le 
nombre, le cas, deux fois; une seule suffît, ou plutôt on ne fait 
pas ce raisonnement, car on ne raisonne jamais en grammaire; 
le mécanisme du langage, l'instinct fait tout. Mais d'elles-mêmes 
les formes inutiles s'éliminent. Des causes purement phonétiques 
concourent aussi. Dans les substantifs, l'accent, quand il n'est pas 
oxyton, tend à faire tomber la voyelle finale. Sous cet efTort con- 
tinu, celte voyelle finit par succomber, et voici la finale détruite; 



DE L'ARTICLE. 391 

au contraire, rarlicle dépourvu d'accent tonique et enclitique se 
conserve à cause de son rôle grammatical et aussi précise'ment 
pour reme'dier à la chute des de'sinences du substantif. 

Dans les langues comme le latin, où il n'y a pas d'article, 
lorsque les désinences du substantif s'effacent par instinct de 
conservation, un pronom de'monstratif avec ses de'sinences plus 
facilement conservées à cause du manque d'accent tonique vient 
se préposer au substantif et exprime pour lui le genre, le nombre 
et le cas; c'est ce qui arrive dans les langues romanes. 

Voilà désormais un substantif inerte, le substantif français 
n'exprimant d'une manière nette ni le genre, ni le nombre, ni 
le cas; mais l'article qui le précède exprime tout cela. C'est un 
mot devenu tout à fait auxiliaire; il ne tend plus seulement à 
corroborer le substantif et à l'aider à porter les concepts acces- 
soires, il le remplace tout à fait dans cette tâche. La force auxi- 
liaire est encore plus grande, si l'on ne tient pas compte des 
sons figurés dans l'écriture, mais qui ne se prononcent pas; par 
exemple, dans r homme, les hommes, la prononciation du mot homme 
est la même, à moins que le mot suivant commençant par une 
voyelle ne fasse réapparaître l's final d'hommes. 

Le même phénomène a lieu dans le verbe par la perte de 
ses désinences et l'apparition devant lui du pronom personnel : 
faime, tu aimes, ils aiment; partout le verbe se prononce de la 
même manière, et le pronom exprime seul la personne, le genre 
et le nombre. Il est auxiliaire. 

Enfin des verbes eux-mêmes sont auxiliaires : être, avoir. Ils 
expriment seuls les temps et les modes, et débarrassent de ces 
concepts accessoires la racine verbale. H en est de même de 
l'auxiliaire /fliVe en anglais et en celtique, des auxiliaires être et 
avoir en basque, qui sont auxiliaires à un plus fort degré, puis- 
que eux seuls se chargent d'exprimer les concepts de personne, 
de nombre, de mode et de temps. 

On pourrait donc définir dans certaines langues, en français 
par exemple, l'article aussi bien : mot auxiliaire que mot déter- 
minant. Cette fonction plus ample le caractériserait même mieux. 

Le résultat de cette fonction d'auxiliaire mérite d'être remarqué. 
Il conduit à une analyse plus grande et à un caractère plus abs- 
trait du langage. 

Les concepts accessoires de nombre, de genre, de relation étant 
détachés du substantif se trouvent exprimés avant lui et à part. 
C'est comme si, avant de prononcer le mot homme, hommes, de 
l'homme, on disait génitif, masculin, siiigidier, hommes, prenant 
d'abord à part tous les concepts accessoires. Quoi de plus abstrait 
qu'un pareil ordre! (^cci nous conduit à une autre fonction de 
l'article, à sa fonction d'abstraction. 



392 RAOUL DE LA GRASSERIE. 



d. — Fonction d'abstraction. 

C'est la résultante de la fonction d'auxiliaire que nous avons 
décrite. Le substantif apparaît nu , tous ses vêtements ont e'td re- 
vêtus par l'article; or ces vêtements, c'est préciso'ment le nombre, 
le genre, le cas; ces concepts sont des concepts abstraits; si on 
les fond avec le substantif lui-même, cette abstraction ne paraîtra 
plus; le substantif les absorbera dans sa masse; mais si on les dé- 
tache, si on les met en vedette, avant le substantif, l'abstraction 
éclatera, l'élément formel et grammatical viendra isolé avant 
l'élément ontologique. Ce rôle de l'article contribue beaucoup à 
donner ce caractère aux langues civilisées modernes, en particu- 
lier à la nôtre; elle lui apporte cette précision que désire l'écri- 
vain, surtout en matière scientifique. L'article est l'àme des langues 
dérivées, privées d'ailleurs de flexions, comme le pronom a été 
l'âme des langues primitives, tandis que celles des langues chrono- 
logiquement moyennes, des langues à flexion, ont pu s'en passer. 
On ne saurait trop mettre en relief cette fonction de l'article, 
tout à fait directe, mais !a plus importante. 

Ce rôle est d'ailleurs partagé par lui avec le pronom; on peut 
dire que les deux concourent à la clarté de la langue et en même 
temps à sa vitesse. 

S'il fallait répéter tous les substantifs que le pronom remplace, 
on obtiendrait le style le plus lourd; de même, s'il fallait suppri- 
mer l'article et le rem])lacer par des désinences du substantif bien 
marquées et suivant l'accent, le langage serait entravé dans sa 
marche; l'article le dégage à son tour, décharge les mots de sub- 
stance de leur poids, et comme il est très léger, il le porte allè- 
grement et sans fatigue. L'article est un des ressorts les plus 
souples du langage, et l'on ne saurait le supprimer sans en altérer 
l'économie et en retarder la vitesse. 

e. — Fonction de relation. 

Exceptionnellement et dans certaines langues seulement, l'ar- 
ticle joue un rôle beaucoup plus élevé : il accomplit à lui seul ou 
avec le concours du pronom les fonctions de relation. 

Non seulement il exprime, au lieu et place du substantif, les 
catégories du nombre etdu genre, non seulement il détermine et 
classifie, mais il exprime seul la relation génitive et adjective 
et celle du pronom relatif, et dans sa forme pronominale, celle de 
l'accusatif, du nominatif et du datif. 11 serait trop long de décrire 
ici ce procédé. Il suffît d'ailleurs de se référer à ce que nous 
avons dit dans la partie morphologique de la présente étude re- 



DE L^ARTICLE. 393 

lativement au système des langues bantou et de celles du Cau- 
case. 

L'article qui marque , préfixé au substantif, le genre et le nombre 
de celui-ci, se répète, plein ou abrégé, sur le substantif en 
dépendant et en relation génitive; il se répète aussi sur Tadjectif 
qui qualifie, et ainsi le lien se trouve établi par un moyen tout à 
fait inconnu de nos langues européennes; par la même répétition 
il exprime, mais celte fois sans s'affixer à aucun substantif, le pro- 
nom relatif et les divers cas obliques. De telle sorte que les cas 
locatifs sont seuls exprimés par des mots vides, les cas logiques 
le sont tous par un moyen uniforme : la répétition de Tarticle. On 
voit quelque chose d'analogue à cette répétition en allemand, en 
ce qui concerne le pronom relatif. 

Il y a dans ce cas souvent superposition de deux articles. C'est 
même cette superposition qui sert à expliquer le procédé. 

Dans la relation génitive, par exemple, le mot qui dans nos 
langues serait au génitif se trouve affecté d'abord de l'article pré- 
dicatif qui lui convient d'après son genre et son nombre; mais 
ce substantif n'étant pas indépendant doit porter aussi l'article 
qui convient au substantif principal dont il dépend, il aura donc 
deux articles et deux différents : le plus proche, le sien; le plus 
éloigné, celui du substantif dominant. L'adjectif n'a pas d'article 
propre, il revêtira celui du substantif dominant seul. C'est le 
système qui a pour point de dépari le double article : in-kosi i-aba- 
ntu cf le capitaine du peuple î^;! est l'article du premier substantif, 
aba celui du second; mais l'article du premier se répète d'abord 
sur le second dans la forme i. 

Telle est la nature, telles sont les diverses fonctions de l'ar- 
ticle au point de vue psychologique. 

Tant à ce point de vue qu'au point de vue morphologique, ce 
petit mot, rejeton du pronom personnel, qui lui-même est issu 
de l'adverbe à la fois locatif et subjectif, est très remarquable, il 
donne à un langage, suivant l'extension de son emploi, un aspect 
tout particulier; il se développe avec la civilisation elle-même, 
domine les langues dérivées, est un des plus puissants instruments 
d'analyse, d'abstraction et de clarté tout à la fois. Cependant 
on le trouve dans les langues qui semblent les plus anciennes y 
jouant un tout autre rôle, celui de concrétisme, et le jouant avec 
autant de force, quoique ce rôle soit contraire. 

A toute épo({ue, snuf dans les temps intermédiaires où il s'est 
affaibli, il pénètre la grammaire. Il domine aussi la stylistique 
et la phonétique, créant entre les mots des écarts nécessaires 
qui en assurent l'équilibre, contrebalançant par des enclitiques 
la puissance trop pressante des accents toniques, permettant à la 
pensée de se former entre les moments d'expression des idées 



39^ RAOUL DE LA GRASSERIE. 

d'action et de substance. Il triomphe par sa faiblesse même, et 
il a pousse' dans les interstices de la phrase, comme un lierre 
vivace, mais au lieu de l'ébranler, il la remplit et la soutient. 

Nous avons essayé d'en de'crire le caractère au moyen d'exemples 
partout recueillis, et d'en raconter l'évolution. 

Raoul DE LA Grasserie. 



LA LINGUISTIQUE HONGROISE. 



Dans le tome III de ces Mémoires \ M. 0. Donner, professeur à 
l'université de Helsingfors, a rendu compte des recherches faites 
dans le domaine des langues ougriennes et mentionne' les prin- 
cipaux ouvrages ante'rieurs à 1876. Depuis, en Hongrie, la lin- 
guistique a fait beaucoup de progrès. Le mouvement intellectuel 
qui se manifeste dans toutes les branches de notre litte'rature 
n'est peut-être nulle part plus vif que dans cette science et dans 
son annexe, la philologie finno-ougrienne. Je vais tâcher de 
donner un aperçu des productions des dernières anne'es, com- 
plétant ainsi l'article de M. Donner, et me bornant à signaler les 
principaux ouvrages qui traitent spécialement du magyar. 

Je commence par rappeler que l'importante question de la pa- 
renté de la langue hongroise qui a occupé longtemps une foule de 
savants hongrois et étrangers, peut être considérée comme résolue. 
La théorie dite turque, représentée surtout par M. Vambéry, pro- 
fesseur à l'université de Budapest, théorie d'après laquelle la 
plus étroite affinité unirait le magyar aux dialectes turcs, a été 
complètement supplantée par la théorie dite fnno-ougrietine , qui 
considère les langues ougro-fînnoises (c'est-à-dire le vogoul-os- 
tiak, le syriène-votiak, le tchérémisse, le mordvine, le finnois- 
esthonien et le lapon) comme les proches parentes du hongrois, 
tout en reconnaissant l'influence turque sur le magyar dans sa pé- 
riode la plus ancienne. Cette théorie a eu pour principal défenseur 
Joseph Budenz (f 1898), puis a été définitivement établie par les 
linguistes groupés autour de lui. Leurs travaux nombreux ont fait 
accomplir une évolution rapide à la philologie hongroise, et les 
résultats de leurs recherches viennent d'être utilisés dans des ou- 
vrages remarquables publiés pour la plupart par l'Académie des 
sciences de Budapest. 

C'est à J. Budenz surtout qu'il faut, avec M. Donner, rendre 
hommage du développcnient des études de linguistique en Hon- 
grie. C'est lui qui, devenu professeur à l'université de Budapest, 



' Revue de la philologie ougro-finnoise , années 1878-1875 {Mém. Soc. Ling., 
l. m, p. 81). 



396 G. HUSZAR. 

a éveillé chez les philologues, par ses ouvrages sur la linguis- 
tique ougrienne, le goût de la comparaison des langues ougro- 
finnoiscs. Parmi ses écrits, je ne mentionne que son Dictmmaire 
comparatif hongrois-oîigrien^ et sa Grammaire comparée des langues 
ougriennes -, qui serviront encore longtemps de guide dans les 
études d'étymologie magyare-ougrienne. 

L'œuvre laborieuse cominencée par Budenz, d'autres linguistes, 
dignes de lui par leur ardeur infatigable, l'ont continuée et com- 
plétée. Citons Gabriel Szarvas (f 1895) qui a beaucoup contribué 
aux progrès de la philologie hongroise par ses travaux conscien- 
cieux et surtout par sa revue bi-mensuelle Le gardien de la langue 
hongroise^. Szarvas s'est attaché à enrichir la langue littéraire en 
mettant à profit les trésors du parler populaire, et à la purifier 
des tournures étranges, des mots de formation irrégulière, des 
nombreux germanismes et latinismes introduits par certains écri- 
vains novateurs. 

M. Bernard Munkacsi et M. Ignace Halasz, professeur à l'uni- 
versité de Kolosvar, se sont fait connaître par leurs nombreux tra- 
vaux dans le domaine des langues ougriennes et de la linguistique 
altaïque. M. Joseph Szinnyei, professeur à l'université de Buda- 
pest, outre des ouvrages sur la langue et le peuple finnois, a 
publié des études approfondies sur des questions de philologie 
magyare. Il dirige la publication du Dictionnaire des dialectes hon- 
grois'^ et des Communications linguistiques^. 

Nous ne devons pas oublier le Nestor des savants hongrois, 
M. Samuel Brassai, qui s'est acquis, comme philologue, un re- 
nom mérité, surtout par ses articles sur l'ordre des mots, question 
qui a été et qui est encore lobjet de beaucoup de controverses. 
M. Georges Volf s'est signalé par l'édition la plus soigneuse des 
monuments manuscrits de la langue hongroise^ et par des études 
sur l'histoire de l'orthographe hongroise, et M. Aron Szilady par 
une édition complète, avec commentaire, des anciens poètes hon- 
grois. 

Parmi les jeunes adeptes de la linguistique, je ne cite que 
M. Joseph Balassa, dont je reparierai, et M. Jules Zolnai, qui 
récemment encore a écrit un volume de grande valeur, intitulé : 
Nos monuments linguistiques jusqu'à l'époque de l' imprimerie''. 

' Magyar-Ugor Osszehasonlîtô Szôtâr (Budapest, 1881). 
- Az Ugor Nyeheh Osszehasonh'to Alaktana (Budapest, i88i). 
^ Magyar Nijplvâr; depuis 1872; rédijjéo à présent par M. S.Simonyi, dont 
je parle plus loin. 

* Magyar Tâjszolâr, édité sous les auspices de l'Acadéinie. 

^ Nyeivtudomdiiyi Kozleiuéuyek, dirigées d'abord par Budenz, puis, jus- 
qu'en 1890, par M. Simonyi. 

* Nyelvemléktàr {Budapest, 18'] 3, 1 3 volumes). 

' Nyelvemlékeiiik a kônyvnyomtatâs ko7-(iig (Budapest, 189^). 



LA LINGUISTIQUE HONGROISE. 397 

J'ai omis jusqu'à présent, à dessein, le nom du premier lin- 
guiste hongrois contemporain, celui de M. Sig>smond Simon^i, 
professeur à l'université de Budapesi, On ne sait vraiment, en 
appréciant son labeur immense, ce qu'on doit admirer le plus, 
de sa fécondité, de sa vaste ec profonde érudition ou de l'excei- 
lence de sa méthode. On Irouversit difficilement une quesiion de 
linguistique qu'il n'ait point traitée. 

11 s'est beaucoup occupé des monuments anciens de nol^e 
langue, mais son principal titre de gloire, ce sont ses recherches 
grammaticales. Il a publié, pour ne citer que ses œuvres les plus 
remarquables, deux grands volumes: l'un sur Les conjonclions en 
magyar^, l'autre sur Les adverbes maoyavs '^; il a rédigé avec 
Szarvas le Dictionnaire historique de la langue hongroise^, ouvrage 
indispensable à quiconque étudie notre idiome. 

Nous devons une mention spéciale à son livre intila'é : La 
langue hongroise'^ (en deux volumes. Tome P'' : La vie de la longue 
hongroise; tome II : Le système de la langue hongroise). Ce t-'avail, 
qui jouit d'une grande popularité dans notre pays et dont une 
traduction allemande se prépare, est un véritable chef-d'œuvre de 
linguistique. La clarté et l'élégance du style en rendent la lecture 
attrayante même à des profanes. Si cet ouvrage modèle était tra- 
duit en français, il pousserait, je crois, beaucoup de philologues 
français à l'étude de notre langue, surtout si l'on adaptait con- 
curremment une des grammaires du même auteur. 

Je mentionne encore ses Locutions allemandes et hongroises ^^ 
ouvrage couronné par l'Académie des scie^ices de Budapest, et 
"qui sert de complément aux dictionnaires allemands-hongrois, et 
je passe à son œuvre capitale, la Grammaire hongroise déiailUe^, 
en cours de publication. Cette grande entreprise dont les débuts 
ont été très favorablement accueillis en Hongrie et à l'élranger "^^ 
a pour objet d'ordonner en système, d'après une méthode histo- 
rique rigoureuse, les résultats des recherches grammai.icales faites 
sur les documents littéraires et sur le parler populaire. 

Le volume (p. 78/1, gr. in-8°) qui vient de paraître, contient 
la phonétique et la morphologie du hongrois; deux autres tomes 
traiteront de la sémantique et de la syntaxe. La partie relative à 
la phonétique, comprenant la description exacte des sons du 



' Magyar Kôtôxzok ( Budapest , 1881-1883). 

' Mfigiiar Hnlârovik {iSHS-iSqo). 

' Magjjnr Njelvtôrléneli 6Vj(«r (iSgo-J.SgS). 

* A Magyar Nyolv (1889). 

' Némei es Magyar Szolàsoh (1895). 

" Tiizeles Magyar Nyelvian (189.5). 

' Voir Tarlicle de M. II. Scliuciiardt, Lilterarlfches Centralblalt , iSgG, 

5i. 

UKM. Lli\G. - — W. 26 



398 G. UU8ZÂR. 

hongrois et l'histoire des changements phonétiques survenus en 
celte langue, a e'te' élabore'e par M. Joseph Balassa, linguiste 
fort distingué, qui s'est fait connaître surtout par des travaux 
sur la phonétique et par son ouvrage intitulé : Les dialectes hon- 
grois^. 

La morphologie renferme l'histoire détaillée des racines des 
noms et du verhe, un long chapitre sur la composition des mots 
(par M. J. Balassa), une étude très minutieuse sur la formation 
des mois; enliu l'exposé de la conjugaison et de la déclinaison. 
Chaque règle est accompagnée de nombreu'i exemples tirés des 
classiques et du langage du peuple; la littérature linguistique 
est partout mentionnée et mise à profit. Un style net et concis 
distingue la Grammaire, couime du reste tous les ouvrages de 
M. Simonyi, 

Résumant mon appréciation, je crois pouvoir afiirmer, sans 
exagérer, que la Grammaire hongroise détaillée marquera une é()oque 
dans l'hisioire de la linguistique. Nous ne devons pas oublier 
cependant que M. Simouyi a eu uu précurseur : je veux parler de 
Nicolas Rêvai qui fit paraître, eu 180G, sa Grammatica elaborar- 
tior, oh il devança l'Allemand Gv:mm dans l'emploi de la mé- 
thode historique, Mais son Iravoil était resté incomplet. Ce n'est 
que de nos jours que le savant Simauyi a pu enfin, tout en 
utilisant l'œuvra de ses prédécesseurs, doter la Hongrie et la 
science d'un ouvrage où l'on trouve une image fidèle et com- 
plète de la langue magyare, depuis ses commencements jusqu'à 
nos jours, 

Paris, avril 1896. 

Guillaume Huszar. 



' A Magyar Nyelvjàrdsok Osztàlyozâsa é» jellemzése (iSgj). 



SUR 
UNE FORMULE MAGIQUE DE GUÉRISON, 



Dans les Anecdo^M grœco-by:aniina\ de A. Vassiliev, se trouve 
un texte curieux suv lequel mon atteaiion a été appelée par 
M. R. Basset. Les observations que Ion va li]'e eussent sans doute 
beaucoup gagné à è[re présentées par le savant orientaliste lui- 
même, qui en a conçu la première idée. Il en est plusieurs que 
je dois à l'obligeance de M. H, l'ernot. 

Le fragment, que Ton voit à la page 336 des Auecdota, con- 
tient des formules magiques qui doivent amener la guérison 
d'une ceriaine maladie. 11 est, pour la plus grande partie, rédigé en 
un grec de basse époque (le manuscrit est de l'an i/jg-y'-^), tan- 
dis que certains membres de phrase le sont en latin à l'aide de 
caractères grecs. 

Cette anomalie n'est pas sans exemple. La Tabelld dei-otionis, 
découverte en 1889 par M. Hannezo dans un des cimetières an- 
tiques d'Hadrumèie et transcrite par M. BréaP en fait foi : 

AS(«oupo Ts . . . ) 'zsep fX(}.yvo\)[x oeovfx . . . 
Ad(juro te) par m?gnum deum . . . 

Quelquefois c'est finverse qui a lieu : des mots grecs sont fi- 
gurés par des caractères latins : 

HORCIZO SE DAEMONION PNEVMA... 

' Anecdota ffreeco-byzantina, pars prior coUejfil A. Vassiliev. Mosquac, 1898. 
- «Ex egregio codice Barl)eri!i. lil. 3 aiini 1 '197.7) Auecdota, p. lxix. 
' Voir Bibl. égyploL, par G. Maspero. Paris, 1898, p. 297. 
" Id., p. -doU. 



ad. 



^00 



A. FOURNIER. 



Voici d'abord la reproduction intégrale du manuscrit d'après 
les indications de Vassiliev : 

(i) <,S'. Hep] TOv dSeX(dixov oiav ■zsidarj lov âvôpooTrov. 

(li) Ll(pscXsis 'zsoisîv eh tyjv avTrjv Sio'Totqiv Xenoopyiais s 
els Xe7-^iv a-eXjfvt]? T)7 e }ca] tùj aa^^oLiw (m) naX va. to Xéyri 
eh '^ûy.aa.v XeiTOvpyiav à'ndvu) eh rou tsdcryovzoç (iv) nrCi va. tov 
piif^y] eh Ta aV<a ko.] eh irjv oXov i<^-jalepivÇjv Xei70vpyîav [y) va 
TO ycd^pïj eh yjxpia. SeSpiy.i'ûjv xa) va to Sévij eh tov avyéva tov 
'csâcyovTOi TavTa. 

(vi) '^Czîovop. (7a(ptX. fxoSôy^. )(^o^o:iX. ^oXoToép. à^idX. Sovaé. 
GKOTioôp. yoXyôX. dTîSidO. voaozO'jp. fxoSoôp. éx-XiâS. d{Xï]vdd. 
Qovo^ôX. B-avaëlX. tov TpaixSp^ovu xaï So-jxa[x0^t6G. (pafiovX. 
(pafxovX. §è ijyofxet. (vn) Kdo^rap, ^eX^^iûpi, Ba^Tao-op, dyo 
B-ebsy lay^vpof, dyios dôdvaTO?, d):70ivvd, ^oucxavd dya9ï}, AaT- 
^lanos, Mevéd, Aaatxvbs , A.î'va, ^kzXito'js, T^iTtpidvovs. 

(viii) ASfxivs T^ecoi/fx Ko l'aie, (piXixovs SexpiaXTrja-yjfx Tovfx. 

(ix) XiTïépa. Se io-1oixopS'jp zJep[xe'pTi (XTréa TacépTOvs èyXv- 



GOMMENTAIRE. 

II. 0(psiXsi5 — XeiTovpyias, ou Xsnovfiyies , accusatif pluriel en grec 
moderne. Voir J. Psichari, Essais de ^ram. hislor. néo - grecque , I, 83 
sqq. — Eu grec classique é-^Xei-^iiv. Voir Sopliocles, Greek Lexiconofthe 
roman and hyz. Periodsfrom B. C. iâ6 to a. d. iioo. 

m. ïvct — TÔ = a'jT(i, ea passant par 1 intermédiaire «to. Cf. «tos, 
âvo-j, etc. Meister'iaus p. /i8, S i8, 3; p. lai, S 69, 5i, note 1097; 
p. i9ï!,§09,c. 11 — àTiâvco = èTàvù) = STri, âvco. Le premier a s'ex- 
plique soit par l'influence de «7:6, soit par une assimilation avec l'a de 
la deuxième syllabe : cf. Les hiscripiions de Paros, par H. Pernot, dans 
J. Psicbari, Études dephUologie néo-grecque, 1892 , p. iy — eîs tàv tscta- 
ypvra.. 

IV. Tov = axi-70j — pir.zï] = piinrj , cf. Thumb, Handbuch der neugr. 
VolLsspr., % 202, 1 — Tz/v bkov è^valepivïfv Ç—valépav), cf. Vassiliev, 
notes. 

V. Xdépra = -/^ipT'.jv. Vass'Uev : yj.prc{y) ^sSpaivov, cf. Dyz. zeitschr., 
Bsûd I, p. 557 sqq. àeSpian'ùv = hvf ^picapàv (?), un papier fort, so- 
lide, uo parcbemin, 

VI. Uvàp-Si de rôfjio? ? 

vu. M£X)(^ioûpt. Vassiliev : MeX^iœp. Vassiliev : dy(i)o(s) , B-eàs , 
(à'vjos) iayvpos, ^o-jaa.v{v)i. Vassiliev : Tlncpiivovs = ffCiprianus" 
ilalo-jal. Vassiliev. £•(6') = et. 

VIII. ffDominen — rrJesomn (p. Jcsu) — rrCbristen — ftfilius" (?) pour 
fili— ffdecorio altissiauimn (/7 = j). 

IX. ff Libéra de isto morbum» , pour movho — icrlo p.op^op = lalo p.op- 
ëovfxl — rrper mérita beata viriuosa et gloriosa« — H. Pernot frper Ma- 



SUR UNE FORMULE MAGIQUE DE GUERISON. ZiOl 

piov^ix ê9 Tsépaov (ppayo diroa-l oXpovv TffSTpb s6 lïraî/Ta eOav tov 
SôvaTï], dXXà èSûyi, «f/er. 

(x) ÀTrpaofjfz, A7Tpdo(.[x, ko.] dirpay^xavs (pdxsi, crocKei, [xiviixxsi, 
xa.) TO isdtep r)[i.ôûv y' (popds. êSvSv, é^apoÔT, ê^apér. 

(xi) Hpialé, éXéï}(70v. Kvpts, sXé-naov tgv Sov'Xôv aov bSeîva. 
àiro 10 SatyLOviciKov ctkiov o-nov £)c^i. Kix) sItts olvtôj eis to Se^ibv 

aVTOV OJTIOV. 



ria^) (?) — Basset : ffliberate istum morbum per roatrem beatam, vir- 
tuosam et gloriosamn (?) Apocryph. éthiopiens, p. 6 — crper suffragium 
apostolorura Petro (p. Pétri) et Paulo (p.PauIi) » (?) — Vassil. : è6 -crauA&j 
éd dvTOvhôvart ^ el Tsavroxi (p. 'crarTÔs) §ui'aTOô(?) ffdu Tout-Puissant» 
— ffcdoma (morbum) (?) amen». 

X. A.TTpayfj.oxjs crAbraamus»; cràxej fflsaac»? 

XI. T>)v h(xifxoviaxy)v crutiv (?) — àheiva accusatif. Cf. Prodrome 
(xii° siècie) dans Legrand, Biblioth. gr. viilg., I. 

On peut essayer de restituer le texte primitif de ia façon sui- 
vante^ : 

(i) t€\ Ilsp] Tov dSsX(p:xov, Stolv 'aidarj rov âvOpciOTrov. 

(il) D.(pei\£i5 zsoisîv £15 zrjv aJT))i' Stoizaqiv Xsnovpyiotis s. sis 
Xs^i^/iv aeXïfvïjs, Tfj e xa) rœ .aaŒocTfjj • (m) xoà va to Xéyv sis 
tsa.(jixv Xsnoupyiav d'ndvw s)s tov tsduyovios' (iv) xau vd tov 
piXTïj sis Ta dyioc xa) sis t>)v oXov é^Vfrlspivrjv Xstiovpyiav • 
(v) vd TO ypctÇ>r] sis ydpia. Sri (3piapov, xat vd to Sévr) sis tov 
avyéva. tov 'UsdayovTOs TavTa. 

(vi) — — vo(7oSo6p 

TOV Tpaçxôpëovix xai Srj tjvé(xst. 

(vu) Kacrnap, MsX)(^ict)pt, BaXTao-ap, dycos S-sbs, dyios icr)(y- 
pbs, dyios dddvaTOS, dxjavvd, 'Siovcravd dyaOrf , AaT^iaxos , Ms- 
vs9, A.ix[J.iavbs , A /l'a, ^xsXTrov? , sB T^cv^ptavovs. 

(vin) ASixivs T^saovfx Kpicjls, ÇitXixovs. Ssxvpio dXTrfo-rjixovçjL 
(ix) Xnrspa. Se ïcrio {xop€ov[x zyèp pispiTO. inrsaTci ^spTuova-a sO 
yXvpiov^a eO Tssp crovÇipayiovfJL dnoaloXopovix zrsTpo sB tsolvXo 
ëB 'zstxvTOv TOV SvvaTOv, dXXd sScôfÀU, d[/.sv. 

(x) A7rpda[Xy h.-npdoiix, xcù divpd.ayLOvs — , ia-aaxsi, — xa) to 
'crdTsp Tjfxôjv y Çiopds. . 

(xi) épiais, sXstfcrov. Kypre, sXérjcrov tov SovXôv crou oSs'îva 
œnb TO SaifjLOviaxbv axîov o-kov s)(^si, K<xï siirè az/TÔS sis to Ss^ibv 

aVTOV rjjilov. 



' Chaque mot qui, figurant dans le manuscrit, est omis ici comme ininld- 
lifjible, est remplacé par un trait ( — ). 



^02 A. rOURNIER. 

Les incorrections et les aîfe'raiioné du manuscrit doivent êlre 
atlribuées à deux causes : l'icnorance du pur idiome gcec, de ia 
part de Tauleur, et Ja ne'gl'gence ou i'ininîelligence de ia part 
des copistes. On s'est applique', dans les noies qui pre'cèdent et 
dans les remarques qui suivent, à relever toutes les fautes, qu'elles 
soient impuiables aux scribes ou à Fauteur. Mais^ en essayant de 
restituer Je texte primitif et authentique, ii a paru bon de faire 
une difîe'rence entre ces deux sources d'imperfection. Ramener le 
texte à une forme aussi correcte que possible, c'eut été le défi- 
gurer encore, puisque l'auteur, e'tant de l'époque byzantine (ii 
était d'une époque antérieure nécessairement, et peut-être anté^ 
rieure de beaucoup, à la date du manuscrit, qui est de 1^97) 
et écrivant des formules populaires d'incantation, devait être 
étranger à la connaissance du grec classique et accoutumé ftux 
locutions vicieuses qui étaient en usage de' son temps. 11 s'est 
donc agi, dans notre essai de restitution, de supprimer seule- 
ment les leçons fautives et les altérations que les copistes avaient 
pu introduire dans le le-cte parce qu'ils étaient distraits ou qu'ils 
ne comprenaient pas. Tout le reste, correct ou incorrect, devait 
être respecté. En général, les fautes de langue proprement dites, 
les formes et locutions byzantines ont été considérées comme ve- 
nant de l'auteur et maintenues; les défigurations, les démem- 
brements et les sutures des mots ou du texte ont paru êtie du 
fait des copistes et ont été autant que possible réparés* Encore se 
peut-il fort bien que, dans ce choi\ à faire entre les taches à con- 
server et celles à effacer, nous en ayons par erreur enlevé qui 
étaient de l'auteur et laissé subsister qui émanaient des copistes. 

AoeXÇitKOv (i) étant un adjeclif qui signifie fraternel, doit se 
rapporte)' à un substantif sous-entendu, peut-être 'Zûaôovs. 11 s'agi- 
rait alors d'une atfcclion physique ou morale, d'une maladie ou 
d'une mauvaise passion — (u) rfj e=T/i -nrsjUTrTJ) Vfjépa. Dans 
p;;iT/7 (voir iv) il convient de voir une forme de piTilœ [phlri) 
je porte à, je pousse à. Cf. Plutarquc : piiilstv e,h êA7ï{Sa5 à%Q- 
povs, CI', la grammaire de Simon PorLius, éd. W. Meyer, p. 187. 
Quant à è^va-lepivrjv (iv), ce mot semble être une forme dérivée 
à la basse époque de vclépav. 

Dans Séi"(} (v) de Sévc»), tfje lid, en g^ec moderne (en grec 
classique ^£w), le v est analogique, cf. ÇOd-v-co. La coutume 
d'altacber onde suspendre au cou des amulettes, des médailles, 
des scapuloires, ou un objet quelconque de piété n'a rien qui 
doive étonner. 

Les mots magiques CZoSovop, a-y.<piX, fnoSôx, etc., voir vi) 
n'appartiennent ni à la langue grecque ni à ia langue latine^ ni, 



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/ ^ 

SUR UNE FORMULE MAGIQUE DE GUÉRISON. 403 

suivant toute apparence, à aucune lanoue. Leur chercher un 
Fens, ce serait sans doute peine perdue. L'un d'euv cependant, 
vo(7c€o6p, est peul-êtie le mot véa-os (v() suivi d'un suffixe de 
fantaisie, et TpyixSp^oufx (vi) pourrait êîre un composé de mots 
latins trans et morbum. 

Ces mots, qui doivent agir sur la volonté' de la divinité', pre'^ 
sentent certains artifices de son et certaines similitudes de lettres, 
sans doute afin de frapper davantage l'oreilie et l'esprit, ffLeS 
syllabes, dit M. Maspero, (dans les mots magiques) sont choisies 
de manière à faire sonner la voix qui les e'nouce et à la porLer 
au loin. . , Leâ mots magiques sont composés. . . sur un plan 
tel que les intonations successives, au lieu de se contrarier, s'ap- 
puient et se développent progressivement, jusqu'à donner à la 
voix du magicien son maximum d'intensité et de puissance, jus^ 
qu'à la porter à travers l'espace anx êtres qu'elle doii évoquera» 
C'est ainsi que l'on peut noter le reloUr persistant dans un petit 
nombre de lignes, des sons o et op qui sont sonores : aoSovôo. . . 
fxo^o^. ^0)(6rjX. jSoAoTpop . . . a-xoTTOop, yokyôï. i . . voao^oôp. 
fxo9o6p.^ etci (voir vi); la tendance à répéter la même lettre au 
commencement de deux s\llabes consécutives : p^^o^o»;},^ ycX- 
y6\ (vi)< èovSv (x); à reprendre le même mot sans changement 
ou bien avec un léger changement, dans les voyelles de préférence 2 
(^^afXOVA, 0y.fxo\jX (vi); ayics répété par trois fois (yh); AnpaafÀ^ 
Att pdapL ATrpctcuovs (x); B-ovo^oA, B-ava^îX (vi); slaccÔT. ê'ia- 
p£T (x); à juxtaposer des mots de LerminaJsons sembl