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Full text of "Mémoires pour servir à l'histoire d'un genre de polypes d'eau douce, à bras en forme de cornes"

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MEMOIRE 

POUR SERVIR À 

l'H I S T O I R E 

D'UN GENRE DE 

POLYPES 

D'EAU DOUCE, 

À BRAS EN FORME DE CORNES: 

Par A, TREMBLE Y, de ta Société Roïate. 




A L E 1 D E , 
Chez JEAN&HERMAN V E R B E E K ; 



M. D C C. X L I V. 



PREFACE 




Omme il y a divers Animaux qui peuvent 
être placés dans la ClafTe des Polypes , j'ai 
cru qu'il étoit nécefTaire , pour défigner 
ceux dont il eu queftion dans ces Mémoi- 
res, d'ajouter au nom gênerai de Polype, 
l'indication de quelques-uns de leurs caracléres. Je 
leur ai donc donné le nom de Polype d'eau douce, pour 
les diftinguer des Polypes de mer. Mais , cette di£ 
tindlion n'étant pas fuffifante, parce qu'on trouve dans 
les eaux douces plufieurs genres d'Animaux , qui pa- 
roifTent devoir être rangés dans la ClafTe des Polypes , 
j'ai cherché dans les Polypes, dont je dois parler, un 
caractère qui pût fervir à indiquer même leur genre , 
& à le diftinguer des autres genres de Polypes d'eau 
douce. Ils n'en ont point de plus facile à remarquer, 
que celui que préfente la forme de leurs bras : & c'efl 
pour cela, que je les ai appelles Polypes d'eau douce à 
bras en forme de cornes. 

Les Obfervations , que renferment ces Mémoires, font 
le fruit: des Recherches , que j'ai faites fur ces Ani- 

* 2 maux, 



iv PREFACE. 

maux, pendant trois Ans & demi. Après m'être aflù- 
ré que les Polypes avoient la propriété remarquable 
de- pouvoir être multipliés par la Section , je fus eu- 
rieux d'approfondir leur Hiftoire. Je me mis donc à 
les étudier avec attention , & avec afïiduité. Je ne 
croiois pas d'abord, que ces Animaux m'occuperoient 
aufïï long-tems qu'ils ont fait. Les deux premières 
années que je les ai 'obfervés , j'ai été , en quelque ma- 
nière , entrainé d'une Obfervation à l'autre : enforte 
que je n'ai eu que le tems de faire ces Obfervations y 
& de les noter dans mon Journal ; & c'efl pourquoi je 
n'ai pu commencer de bonne heure à drefTer les Me- 
moires, que je donne à préfent au Public. 

Quand même j'aurois eu le loifir de les drefTer, 
11 eft, aifé de comprendre , que je n'aurois pu que 
difficilement m'y réfoudre , tant que j'aurois été en 
train de faire des Obfervations intérefTantes. Ces Ob- 
fervations ne pouvoient que fournir une nouvelle ma- 
tière pour mes Mémoires , & même influer plus ou 
moins fur le plan que je devois fuivre en les écrivant. 
D'ailleurs, les Polypes étant pour moi des objets par- 
faitement inconnus, lorsque j'ai commencé à les obfer- 
ver , j'étois obligé de donner une grande attention , mê- 
me aux plus petites circonstances , pour n'en laiffer 
échapper aucune, qui pût être importante. Si donc, 
j'avois écrit dans ces commencemens ; j'aurois couru 

ris- 



PREFACE. v 

risque , par cela même , d'entrer dans le détail d'un 
grand nombre de Faits peu confidérables , qu'on ne 
doit en quelque façon faire fentir, que par la manière 
dont on expofe les autres ; mais qu'on n eft en état de 
confidérer dans leur véritable point de vue , que lors- 
qu'on a une connoifTance plus étendue du fujet dont il 
s'agit. Outre cela , j'ai été obligé , pour vérifier cer- 
tains Faits, d'attendre d'une année à l'autre, afin de 
faire les mêmes Obfervations , précifément dans les 
mêmes circonstances. 

Quelque informe qu'eût pu être la Relation de 
mes Obfervations fur les Polypes , je me ferois em- 
preffé à la faire paroitre , û je n'avois pas eu d'autre 
moïen de publier ce qu'elle pouvoit renfermer de plus 
intérefTant. Comme il m'a paru , dès que j'ai com- 
mencé à obferver les Polypes , que la connoifTance 
des propriétés remarquables , qui fe trouvent dans ces 
Animaux, pouvoit faire plaifir aux Curieux, & contri- 
buer en quelque chofe aux progrès de l'Hiftoire Na- 
turelle , je me fuis fait un devoir de communiquer 
mes Découvertes, à mefure que je les ai faites. J'ai 
donné des Polypes, autant que je l'ai pu, à ceux qui 
ont fouhaité de repeter mes Expériences ; & je leur 
ai indiqué comment je m'y fuis pris pour les faire. 

Il eft arrivé de là., que les Polypes ont été a/Tés 
généralement connus en peu de tems; 6c qu'on a été, 

* 3 ea 



vj PREFACE. 

en plufieurs endroits, en état de vérifier une partie 
de mes Expériences. C'eft. ce qu'a fait Mr. Baker en 
Angleterre l'Eté dernier à l'égard de quelques-unes. 
Il a publié peu après le Journal de fes Obfervations, 
auxquelles il a joint un Abrégé de ce qui étoit déjà 
imprimé fur les Polypes , dans la Préface du fixiéme 
Tome des Mémoires fur les Infeffes de Mr. de Reau- 
mur, & dans les nombres 467 & 469 des TranJ affions 
Philofophiques. 

Il m'auroit été irnpofîlble d'expofer clairement mes 
Obfervations, fans le fecours d'un grand nombre de 
Figures. Je n'ai pas été moins heureux à cet égard, 
qu'à celui de la Découverte que j'ai faite fur les Poly- 
pes. Sans flatter l'habile DefTinateur , à la bonté du- 
quel je fuis redevable des Figures, qui accompagnent 
cet Ouvrage , je puis bien dire , qu'il n'y en a point 
qui eût pu , comme lui , exécuter les Deffins nécef- 
faires , pour faciliter l'intelligence des Defcriptions 
que je devois donner. Il m'a fuffi de mettre les ob- 
jets fous les yeux de Mr. Lyonet, pour qu'il vît tout 
ce qu'il auroit été difficile de faire remarquer à d'au- 
tres. C'eft qu'il eft , non feulement habile DefTina- 
teur , mais encore Obfervateur pénétrant & expéri- 
menté. 

Mr. Lyonet a, non feulement deffiné les Figures 
qui accompagnent cet Ouvrage, mais, il a même gra- 
vé 



PREFACE. v'ij 

vé les huit dernières Planches. Je ne faurois mieux 
faire l'éloge de la beauté de la Gravure, qu'en ren- 
voiant à ces Planches. Il fufîit de les voir , pour les 
admirer. 

On fera, peut-être, furpris de ce que Mr. Lyonet 
n'a pas gravé les cinq premières ; mais on le fera bien 
davantage de ce que je vais dire à cette occafion. 
Les Defïins de ces cinq Planches furent prêts à être 
gravés au mois de Mai de l'année paffée . Dans ce 
tems-là, Mr. Lyonet ne favoit pas encore graver, &c 
n'avoit même jamais vu graver. Cependant, il étoit 
déjà, le mois fuivant, un excellent Graveur. On au- 
ra , peut-être, de la peine à croire ce que je dis. 
C'efl néanmoins un Fait , qui a eu plufieurs témoins. 
Mr. Lyonet, s' étant trouvé au mois de Mai 1743 avec 
un des plus habiles Graveurs de la Hollande , lui mon- 
tra plufieurs Defïins , qu'il a faits , des Infedtes qu'il a 
obfervés. La beauté de œs Defïins frappa Mr. Wan- 
delaar, (c'eft le Graveur dont il s'agit,) ëc il y recon- 
nut tant d'art & tant de facilité , qu'il fe perfuada d'a- 
bord, qu'il ne tiendroit qu'à Mr. Lyonet d'exceller 
dans la Gravure , comme il excelloit dans le Defïin. 
Il l'exhorta à faire un Efïai. Mr. Lyonet fe rendit 
donc au milieu du mois de Juin fuivant chés Mr, 
Wandelaar à Leyde, Ce fut alors, qu'il mania, pour 

la 

* J743. 



vnj PREFACE. 

la première fois de fa vie, la pointe & le burin. Il gra* 
va une de ces Mouches , nommées Demoif elles ; & fon 
premier Ouvrage pourroit facilement être pris pour 
celui d'un Maitre. Ce fuccès détermina Mr. Lyonet à 
rafTembler les outils néceflaires pour graver ; & , dès 
qu'il les eut, il grava de fuite trois Papillons, qui fut 
rent encore une preuve de fa prodigieufe facilité. En- 
fin, il entreprit de graver des Polypes. Il a commen- 
cé par la Planche 6 me , qui a été faite au mois de Sep- 
tembre. La 7 me a été achevée dans le mois d'Octo- 
bre ; les S me , g me & io me en Novembre Ôc Décembre; 
& les trois dernières dans le mois de Janvier fuivant, 
&c dans une partie de Février. 

Si l'on fait attention au grand nombre de Figures 
que renferment ces Planches , & à la délicatefTe avec 
laquelle elles font gravées, on ne pourra qu'être por- 
té à croire, qu'elles ont occupé Mr. Lyonet pendant 
tout le tems dont je viens de parler, c'eft- à-dire, 
depuis le mois de Septembre 1 743 , jufqu'au milieu 
du mois de Février fuivant. Cependant, il n'a em- 
ploie à cet ouvrage, qu'une petite partie de ce tems- 
là, qu'une partie du loifir que fes divers Emplois lui 
ont laifîe. 

On peut juger par-là, & par tout ce que j'ai flit 
fur les progrès de Mr. Lyonet dans un Art fi diffi- 
cile, que fes Gravures nous offrent un prodige aufîî 

re- 



P R E FACE. ix 

remarquable dans fon Efpéce, que ceux que renfer- 
ment les Animaux qu'elles repréfentent. 

Mr. Lyonet commence à préfent à graver les In- 
fectes qu'il a lui-même obfervés, & dont les Defîins 
font l'admiration de tous ceux qui les voient. Il eft 
fort à fouhaiter, que fes occupations lui permettent 
de faire paroitre un Ouvrage, digne à tous égards 
de la curiofité de ceux qui aiment les Sciences & 
les Arts; & très propre à hâter les progrès de l'Hif- 
toire Naturelle. Perfonne n'eft plus capable d'y con- 
tribuer , qu'un habile Obfervateur , qui eft en même 
tems excellent Deflinateur & Graveur. . 

Je fuis bien aife, que Mr. Lyonet m'ait permis de 
publier une Découverte qu'il a faite, fur un fujet qui 
attire depuis quelques années , avec beaucoup de rai- 
fon , l'attention des Naturaliftes. On a vu , dans le 
treizième Mémoire du fixiéme Tome de l'Ouvrage 
de Mr. de Reaumur , ce qui a été découvert fur la 
Génération de diverfes efpéces de Pucerons terreftres. 
Il eft fait mention, dans ce Mémoire , d'un Fait très 
intéreftant, vu par Mrs. Lyonet &; Bonnet. C'eft que 
des Pucerons vivipares ont fait aufïi des corps oblongs, 
qui femblent être des œufs. Mr. de Reaumur, en rap- 
portant ce Fait , demande , fi ces corps oblongs font 

réel- 

* Pag- 55^ 

m * 



x PREFACE. 

réellement des œufs. C'eit. l'idée que Mr. Lyonet a eue 
dès qu'il les a vus ; & que l'expérience a juftinée ,. au 
moins par rapport à cette efpéce de Pucerons, dont par- 
le Mr. de Reaumur dans le neuvième Mémoire du troi- 
fiéme Tome de fon Ouvrage fur les Infecles °, & qui 
font repréfentés dans les Figures 5>6, 7, 8, 9&10 de la 
Planche 28 me . Mr. Lyonet, aiant remarqué ,au mois d'A- 
vril 1 743 , des Fourmis qui fe rafTembloient fur l'écor- 
ce d'un Chêne , fut curieux de connoitre ce qui les 
y attiroit. Il trouva de petits corps oblongs & bruns, 
qu'il foupçortna d'abord être des œufs de Pucerons. 
Il les porta chés lui , les conferva avec foin , & en vit,, 
en effet , au bout d'une quinzaine de jours , fortir des 
Pucerons , qu'il reconnut être de l'efpéce décrite par 
Mr. de Reaumur à l'endroit cité ci-defTus. Mr. Lyonet 
m'en a fait voir un, qui fortoit de l'œuf. Il étoit ref- 
té plufieurs œufs fur un des Chênes où Mr. Lyonet 
en avoit trouvés. Les Pucerons, qui en font fortis, fe 
font nourris fur ce Chêne, & y ont beaucoup multi- 
plié. Mais , il eft à remarquer , que , depuis le mois 
d'Avril jufqu'à ia fin de Septembre , on n'a jamais 
pu trouver un feul œuf fur l'écorce du Chêne : on y a 
trouvé, au contraire, très fouvent des mères qui pro- 
duifoient des petits. Quand la faifon eft devenue plus 
froide , on n'a pu découvrir ? ni Pucerons , ni œufs. 

Ce- 

* P a S- 334 & fiffo. 



PREFACE. xj 

Cependant il y avoit des œufs fur le Chêne dont il 
s'agit , car au commencement du Printems on en a 
trouvé, comme l'année précédente, par le moïen des 
Fourmis qui fe raffembloient autour. Les petits Pu- 
cerons en font fortis au commencement de Mai. Il 
eft à remarquer que quand on a trouvé des œufs , on 
n'a point vu de petits , & que quand on a trouvé des 
petits., on n'a plus vu d'œufs. On feroit porté à croire, 
fur ces Obfervations que Mr. Lyonet fe propofe de re- 
peter, que cette efpéce de Pucerons du Chêne eu vi- 
vipare en Eté, & ovipare fur la fin de l'automne ; que 
la dernière génération de l'année qui multiplie, fait des 
œufs, & non des petits; & que ce font ces œufs, qui 
doivent conferver, pendant l'Hyver, la génération qui 
doit commencer à faire des petits au Printems. 

Les cinq premières Planches, que Mr. Lyonet n'a 
pas gravées , font l'ouvrage d'un habile Difciple du 
célèbre Bernard Picart. Quoiqu'il n'y ait que peu de 
tems que Mr. Van der Schley a commencé à graver 
des Infecles , il eu déjà parvenu à un point de per- 
fe&ion, qui prouve ce qu'on doit attendre de lui dans 
ce genre. C'eft. un grand bonheur , que, dans un tems 
où l'on s'applique de plus en plus à l'Etude des In- 
fectes , il fe trouve un Ouvrier fi propre à féconder 
par fes talens ceux qui travaillent à l'Hiftoire Natu- 
relle de ces Animaux. 

** 2 C'est 



xij PREFACE. 

C'est aufîl Mr. Van der Schley, qui a gravé, fur 
les Defïins de Mr. Pronk , les Vignettes qui fe trou- 
vent à la tète de ces Mémoires. Les Points -de -Vue, 
qui font repréfentés dans ces Tailles -douces, font pris 
fur les lieux avec une grande exactitude. Ce font 
des Points -de -Vue de Sorgvliet , maifon de Campa- 
gne de Mr. le Comte de Bentinck. C'eft-là, où j'ai 
trouvé des Polypes, 6c où j'ai fait la plupart des Ob- 
fervations dont il efr. parlé dans ces Mémoires. J'ai été 
fouvent accompagné dans cet endroit à la pêche des 
Polypes, 6c à la ChafTe de divers autres Infectes, par 
mes deux Elevés ; 6c j'ai eu de fréquentes occafions d'é- 
prouver avec eux, que l'on peut, même dès l'Enfan- 
ce, commencer à goûter les plaifirs que donne la con- 
templation de la Nature. Elle préfente à un Enfant 
un fpeélacle , qui commence par l'amufer , mais qui 
enfuite pique fa curiofité, l'infrruit, le ravit, le tou- 
che même, 6c accoutume fon efprit à goûter tout ce 
qu'il y a de plus beau. 

La Vignette, qui efr. au commencement du pre- 
mier Mémoire, a rapport à ce qui efr. dit dans ce Mé- 
moire y 6c dans le fuivant, fur la Pêche des Polypes. 
On voit au bord d'un Vivier de Sorgvliet trois Per- 
fonnages, dont deux font occupés à chercher des Po- 
lypes. L'un en cherche fur des Plantes aquatiques 
qu'il tient dans fa main, 6c celui, qui efr. vis-à-vis, tâche 

d'ea 



PREFACE. xiij 

d'en découvrir fur celles qui font dans un verre plein 
d'eau. J'ai trouvé très fouvent des Polypes dans le 
Vivier , dont Un bout eft repréfenté dans cette Vignet- 
te. On découvre une partie de la Serre de l'Oran- 
gerie de Sorgvliet , de l'endroit où les trois Figures 
font placées. 

Le fujet de la Vignette, qui eft au commencement 
du fécond Mémoire, eft pris dans ce Mémoire*. Un 
Homme, placé au bord du Vivier qui eft au milieu 
de la Ménagerie de Sorgvliet, pêche des Pucerons 
d'eau avec l'inftrument , décrit à l'endroit cité au bas 
de la page. Il eft repréfenté dans le moment où il 
tire de l'eau le cerceau qui fert à les rafTembler. Deux 
inftruments, propres à pêcher les Pucerons, font ap- 
puies contre les deux premiers Arbres à gauche. 

Il s'agit, dans la Vignette du troifiéme Mémoire f 
de la Pêche des Vers, décrite dans le fécond Mé- 
moire à la page 99 me . Un Homme , placé au bord 
d'un Vivier , tient dans l'eau un inftrument propre à 
pêcher des Vers , décrit à l'endroit que je viens de ci- 
ter, & tel que celui qui eft appuie contre le fécond 
Arbre à gauche. Le Verre dans lequel il met les Vers, 
après les avoir tirés de l'eau, eft à côté de lui. Deux 
jeunes Gens font afiis auprès, & s'amufent à confide- 

te% 

* Pag. 97* 



xiv P R E F A C R 

rer ceux qui y font déjà. Cette Vignette -ci, &: cel- 
le qui eft au commencement du premier Mémoire, 
repréfentent chacune un bout du même Vivier. 

On voit, dans la Vignette du quatrième Mémoire, 
un Homme debout devant une table, occupé à faire 
l'opération la plus difficile dont il foit parlé dans ce 
Mémoire *. Il retourne un Polype. Sa main gauche 
eft ouverte , &; il retourne le Polype qui eft fur le 
bord, avec une foie de fanglier qu'il tient dans la droi- 
te. Le foleil, qui entre dans la chambre par la fenê- 
tre qui eft à la droite de cet Homme , donne fur le Po- 
lype , &c le rend plus diftincl: pour celui qui fait l'opé- 
ration, & pour celui qui confidére ce Polype avec le fe- 
cours d'une loupe. On a tâché de repréfènter, dans les 
deux grands poudriers placés fur la tablette de la fenê- 
tre qui eft entièrement ouverte, des groupes de Poly- 
pes, tels que celui qui eft de grandeur naturelle dans 
la Planche IX. Il y a, d'un côté du poudrier qui occu- 
pe le milieu de cette tablette, un verre enfermé dans 
l'Etui de carton, dont il eft parlé à la fin du premier 
Mémoire -f\ On voit aftés diftinétement l'ouverture, 
faite en forme de chevron, qui eft à un des côtés de 
cet Etui. Ceft auprès de cette Ouverture que fe ren- 
dent 

* Pag. 253. 
t Pag. 66. 



R E F A 



E. 



xv 



dent les Polypes. Elle eft dans cette Figure tournée 
du côté de la chambre: mais, il convient, pour faire 
l'Expérience qui prouve que les Polypes ont un pen- 
chant pour la lumière; il convient,, dis-je, de la tour- 
ner vers le grand jour. La tablette de fenêtre où eft 
cet Etui> eft celle fur laquelle j'ai tenu pendant long- 
tems le premier verre garni de Polypes que j'ai eu , 
ëc dont il eft parlé dans le premier Mémoire *l 

* Pag. 7. «Se li- 




TA, 



TABLE 

DES. 

MEMOIRES. 

PREMIER MEMOIRE. 

OU Von décrit les Polypes , leur Forme , leurs Mouvemens , 
Ô 3 une partie de ce qu'on a pu découvrir fur leur 
Structure. Pages 1-78. 

SECOND MEMOIRE. 

De la Nourriture des Polypes , de la Manière dont ils /ai- 
Jîjfent & avalent leur Proie , de la Caufe de la Couleur des 
Polypes , & de ce qu'on a pu découvrir de plus fur leur Struc* 
ture. Du Tems , & des Moïens les plus propres , pour trou- 
ver des Polypes. Pag. 79-148. 

TROISIEME MEMOIRE. 

De la Génération des Polypes. Pag. 149-228. 

QUATRIEME MEMOIRE. 

Opérations faites fur les Polypes , & les fuccès qu'elles ont eus. 

Pag. 229-322. 



MÉMOI- 




MEMOI 

POUR L'HISTOIRE 

DES POLYPES. 

PREMIER MÉMOIRE. 

Où Von décrit les Polypes , fcwr Forme , leurs Mouve* 

mens , O 3 ««£ partie de ce qu'on a pu découvrir 

fur leur Structure. 

333551 ^ ^ Faits aum fmguliers, auffi contrai- 
res aux idées généralement reçues fur 
la nature des Animaux , que le font 
W\ ceux que m'a fait voir l'Infecte dont je 
2SJ vais donner l'Hiftoire, demandent, pour 



être admis , les preuves les plus évidentes. Il eft ar- 
rivé plus d'une fois, que la précipitation, & l'amour 

A du 






2 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

du merveilleux, ont induit les Naturaliftes en erreur, 
& leur ont déguifé des objets , très faciles d'ailleurs 
à reconnokre pour ce qu'ils étoient. Il ne fuffit donc 
pas de dire qu'on a vu telle chofe. Ce n'eft rien di- 
re, fi, en même tems, on n'indique comment on l'a 
vue, fi on ne met fes Lecteurs en état de juger de la 
manière dont les Faits qu'on rapporte ont été obfervés. 

J'ai autant & même plus befoin que qui que ce foit, 
de fuivre exactement cette règle. Les Faits que je 
dois rapporter font trop extraordinaires, pour que 
j'exige qu'on m'en croie fur ma parole. J'expoferai 
le plus clairement qu'il me fera pofîible, tout ce qui 
m'y a conduit , & toutes les précautions que j'ai pri- 
fes pour éviter de me faire illufion. J'introduirai , au- 
tant que je le pourrai, le Lecteur dans mon Cabinet, 
je lui ferai fuivre mes Obfervations , & je mettrai fous 
fes yeux les moiens dont je me fuis fervi pour les fai- 
re. Il fera lui même le témoin du fuccès que j'ai eu. 

Mais je n'aurois pas été fatisfait, fi, en commen- 
çant cet Ouvrage, je n'euffe pu établir la vérité des 
Faits remarquables d'Hifloire Naturelle qu'il doit ren- 
fermer, que fur mes propres Obfervations. Ils ont 
befoin de plus d'un témoin oculaire pour être crus. 
C'eft ce que j'ai fenti dès que je les ai vus. J'avois 
d'abord de la peine à en croire mes propres yeux; 
& je devois, à plus forte raifon, penfer que d'autres 
auraient de la peine à les en croire. 

J e n'ai donc rien négligé pour faire voir à d'autres 
tout ce que j'ai vu. J'ai été en cela aufîl heureux qu'il 
eft poffible. Les perfonnes qui ont bien voulu juger 
de mes propres Obfervations, & celles qui les ont ré- 

" ", pétées 

DSI 



DES POLYPES. I. Mêm. 3 

pétées en leur particulier, peuvent, fans contredit, 
être mifes au nombre des meilleurs juges. Il y en a 
dont le nom, connu depuis longtems, peut former 
feul une Autorité. 

Mais quoique j'euffe , dans ce Païs , des témoins 
excellens à portée d'être inftruits , j'aurois été blâmé 
avec raifon , fi j'avois tardé à mappuier du témoigna- 
ge du grand Obfervateur qui fait l'ornement de la Fran- 
ce & de fon Siècle. Si je n'avois pas eu déjà le bon- 
heur d'être en correfpondance avec lui, ç'auroit été 
une raifon fuffifante de le prier de m'accorder cette fa- 
veur, pour le mettre en état de juger de mes Obfer- 
vations, & de voir par lui même. Je n'ai pas befoin 
d'avertir que je parle de Mr. de Reaumur. Il n'y a 
perfonne qui ait quelque goût pour l'Hifloire Natu- 
relle , qui ne fafle fes délices de fes Ouvrages ; & il 
n'y a aucun Obfervateur dont les recherches ayent 
eu quelque fuccès , qui ne fe faffe un devoir & une 
gloire d'avouer, qu'il en eft redevable au goût que 
ces Ouvrages lui ont infpiré, & aux grandes leçons 
qu'il y a trouvées. 

Après avoir fait la découverte de la première 
des propriétés fmguliéres que m'ont fait voir les In- 
fectes dont je vais parler , un de mes premiers foins a 
donc été d'en faire part à Mr. de Reaumur; & j'ai 
continué de lui communiquer celles que j'ai faites dans 
la fuite. Je lui ai outre cela envoie de . ces Ani- 
maux; & fur ceux là, & fur d'autres qu'il a trou- 
vés en abondance autour de Paris, il a tenté la plu- 
part des Expériences que j'ai faites. Mr. de Reaumur 
a donné à ces Animaux le< nom de Polypes. Je ferai 

A 2 voir 



4 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

voir dans la fuite , qu'il n'étoit pas pofïible d'en choi- 
fir un plus convenable. 

Tous ceux qui , de mon fçu , ont répété mes Ex- 
périences, ont eu le même fuccès que moi. Les Ex- 
périences dont il s'agit furtout ici , & qui ont été les 
plus répétées par d'autres, confiftent à couper les 
petits Animaux qui en font l'objet, transverfalement , 
&cfuivant leur longueur, en deux ou en plufieurs par- 
ties. Le réfultat de ces Expériences eft, que toutes 
les parties de ces Animaux deviennent chacune des 
Animaux parfaits, au moien d'une reproduction très 
fenfible de ce qui manquoit pour faire un Polype 
complet. 

Le Public eft déjà inftruit en particulier du fuccès 
des Expériences de Mr. de Reaumur. Voici com- 
ment il s'exprime dans la Préface du fixième Tome 
* Page 55. de fes Mémoires fur l'Hiftoire des Infectes #. J'avoue 
pourtant, que lorfque je vis pour la première fois deux 
Polypes fe former peu à peu de celui que j'avais coupé en 
deux, feus de f§ peine à en croire mes yeux, & c'eft 
un fait que je ne m'accoutume point avoir, après V avoir 
vu & revu cent ô 9 cent fois. Mr. de Reaumur a en- 
fuite coupé des Polypes en plufieurs parties , & cha- 
cune de ces parties eft devenue un Polype entier. II 
a aufïi appris au Public^ que cette reproduction qu'on 
admire dans les Polypes, n'a pas plutôt été connue, 
que lui même, & d'autres Obfervateurs , l'ont bien- 
tôt remarquée dans diverfes efpéces de Vers. En 
deux ans de tems, elle eft devenue un Phénomène 
commun : de forte que ces Faits, qui d'abord ont 
paru incroiables } fe trouvent à préfent vérifiés à l'é- 
gard 



DES POLYPES. /. Mêm. 5 

gard de divers Animaux, qui diffèrent non feulement 
dans l'efpéce, mais même dans le genre; &, félon 
toutes les apparences, on découvrira encore cette 
propriété dans un grand nombre d'autres. 

L a Préface de Mr. de Reaumur que je viens de 
citer, ne renferme pas le feul témoignage qui ait 
déjà été rendu publiquement à plufieurs des Faits 
fmguliers d'Hifloire Naturelle que je vais expofer. 
Il s'en trouve encore un bien refpeclable dans le 
Nombre 469. * des Tranfaclions Philofophiques. * Art. 6, 
Mr. Folkes , Préfident de la Société Roiale de Lon- 
dres , aiant fouhaité de voir par fes propres yeux ce 
qu'il avoit appris des Polypes , je lui en envoiai dans 
le mois de Février 1743, qui arrivèrent heureufe- 
ment. Il en coupa d'abord de différentes manières , 
& il vit en peu de tems , des morceaux de Polype de- 
venir des Polypes complets. Mr. Folkes rend comp- 
te à la Société Roiale , dans l'Article des Tranfac- 
tions Philofophiques dont je viens de parler, du fuc- 
cès des Expériences qu'il a faites pendant les quinze 
premiers jours qu'il a obfervé des Polypes. Il fuffit 
de lire cet Ecrit , pour être parfaitement inftruit d'u- 
ne bonne partie de leur Hifloire, & pour être con- 
vaincu de la réalité de la plupart des Faits finguliers 
qu'elle contient. 

Ces Animaux n'ont pas été entièrement inconnus 
jufqu'à préfent. Les Tranfadions Philofophiques pour 
l'année 1703. en font mention #. On y voit les Ob- * no. 2ffî> 
fervations que Leeuwenhoek, & un Anglois Anony- ^J- Iv - & 
me ont faites fur ces Infe&es. Il y a beaucoup de Art. 1. 
rapport entre les Obfervations de ces deux Meilleurs. 

A 3 Ils 



6 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

Ils ont tous deux apperçu une des propriétés les plus 
•remarquables des Polypes , favoir leur manière natu- 
relle de fe multiplier. Elle les a frappés, & certaine- 
ment ils n'auroient pas manqué de l'approfondir da- 
vantage , s'ils avoient eu un nombre confidérable de 
Polypes. Leeuwenhoek n'a pu en découvrir que quel- 
ques uns , & l'Anonyme Anglois qu'un feul. Ils ont 
décrit leur Figure extérieure, & quelques uns de 
leurs Mouvemens. 

Mr. Bernard de Juflieu connoit depuis longtems 

les Polypes , & en a même fait deffmer , comme 

* Préf. du nous l'apprend Mr. de Reaumur #. Te fai outre ce- 

Tom.VI. , vi . *<_' -i 

de l'Hift. l a > °l u ils ont ete vus avant moi par quelques au- 
des inf. tres perfonnes; & il-eft même à préfumer, qu'ils fe 
feront rencontrés fous les yeux d'un plus grand nom- 
bre de Curieux, lorfqu'ils faifoient des recherches fur 
les Plantes, ou fur les Animaux aquatiques. 

Aucun de ceux dont je viens déparier, n'a ap- 
perçu cette reproduction remarquable qui fe fait 
dans les différentes parties d'un Polype, après qu'on 
les a féparées , parceque cette découverte devoit être 
par fa nature, non le fruit d'une longue patience, 
& d'une grande fagacité, mais un préfent du hazard. 
C'eft à cet heureux hazard que je dois cette décou- 
verte, que j'ai faite fans y penfer, & même fans avoir 
eu de ma vie aucune idée qui y eut le moindre rapport. 
Toute découverte finguliére rend naturellement 
curieux fur la manière dont elle a été faite. C'eft ce 
dont j'ai pu juger par les queftions qui m'ont été fai- 
tes par un nombre confidérable de perfonnes. Elles 
m'ont d'abord demandé, comment je m'étois avifé 

de 



DES POLYPES. 1. Mèm. 7 

de couper des Polypes , & comment j'étais parvenu 
à voir cette reproduction , en vertu de laquelle plu- 
fieurs parties d'un même Polype deviennent chacune 
un Animal parfait. C'eft ce qui m'a déterminé à com- 
mencer la Relation de mes Obfervations fur les Poly- 
pes, par répondre à cette queflion. 

Dès le premier Eté * que j'ai pafle à Sorgvliet, * 1740. 
Maifon de Campagne de Mr. le Comte de Bentinck, 
fituée à un quart de lieuë de la Haye , j'y ai trouvé 
des Polypes. Aiant remarqué divers petits Animaux 
fur des Plantes que j'avois tirées d'un foffé, je mis 
quelques unes de ces Plantes dans un grand verre 
plein d'eau, que je plaçai fur la tablette intérieure 
d'une fenêtre; & je m'occupai enfuite à confidérer les 
Infectes qui y étoient renfermés. J'y en apperçus bien- 
tôt un grand nombre , fort communs à la vérité , mais 
dont la plupart m'étoient inconnus. Un fpeclacle auffi 
nouveau que celui que m'offrirent ces petits Ani- 
maux, excita ma curiofité. En parcourant des yeux 
ce verre fi peuplé d'Infecte, je remarquai un Poly- 
pe qui étoit fixé fur la tige d'une Plante aquatique. 
Je n'y fis pas d'abord beaucoup d'attention: je fuivois 
de petits Infectes dont la vivacité . étoit plus propre à 
attirer mon attention qu'un objet immobile, & qui, 
lorfqu'on ne le regardoit qu'en paifant , ne pouvoit 
guéres qu'être pris pour une Plante , furtout par quel- 
qu'un qui n'avoit aucune idée d'Animaux dont la fi- 
gure approchât de celle de ces Polypes d'Eau douce, 
tels que font les Polypes de Mer. 

J'ai dit que le Polype que j'avois remarqué étoit 

im- 



8 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

immobile. Ce n'eft pas qu'il ne put fe mouvoir, 
mais je n'en favois rien alors. 

Avant que d'aller plus avant, je dois, pour pou- 
voir me faire entendre , décrire ici en général la figu- 

* pl. i. re de ces Animaux. Leur corps a b * efl aflez délié. 
* x " D'une de fes* extrémités a, fortent des cornes a c, 

qui fervent de pieds & de bras, & qui font encore 
plus déliées que le corps. J'appelle l'extrémité a an- 
térieure, parceque c'eft là qu'eft la tête du Polype, 
& je donne le nom de poftérieure à l'extrémité op- 
pofée b. Lorfque je parlerai des parties formées par 
la coupe transverfale d'un Polype, j'appellerai pre- 
mière partie, celle où fera la tête, féconde partie la 
fuivante , & ainfi de fuite. 

Je n'ai pas d'abord trouvé les trois efpéces de 
Polypes à bras en forme de cornes dont je ferai men- 
tion dans cet Ouvrage. C'eft la plus petite que j'ai 

* Fig. i. connue la première *. Les Polypes de cette efpéce 

font d'un allez beau verd. C'eft d'eux qu'il s'agit à 
préfent. Il y en avoit plufieurs dans le grand verre 
dont j'ai parlé, & dans un autre où je mis aufli des 
Plantes aquatiques. 

Les premières fois que je confiderai ces petits 
corps , je les pris pour des Plantes parafites , qui croif 
foient fur les autres Plantes. Ils étoient dans l'atti- 
tude de ceux qui font repréfentés dans la Fig. i. de la 
première Planche. 

C e fut la figure de ces Polypes , leur couleur ver- 
te, & leur immobilité, qui me firent naitre cette idée 
de Plante. C'eft auffi la première qu'ils ont réveillée 

dans 



DES POLYPES. I Mêm. 9 

dans l'efprit de plufieurs perfonnes, qui les ont vus 
pour la première fois dans leur attitude la plus com- 
mune. Quelques uns, en lesvoiant, ont dit que c'étoit 
des brins d'herbes : D'autres les ont comparés à cette 
aigrette qui garnit la graine de la Dent de lion. 

Le mouvement des bras des Polypes eft le pre- 
mier que j'aie remarqué. Ils les courboient & les 
contournoient lentement en différens fens. Dans l'i- 
dée que j'avois que les Polypes étoient des Plantes, 
je ne pouvois guéres penfer que ce mouvement, 
que j'obfervois dans ces fils déliés qu'ils avoient à 
une de leurs extrémités, leur fût propre; & cepen- 
dant il paroifToit tel, & nullement l'effet de l'agitation 
de l'eau. Je foupçonnai pourtant, que celui que fai- 
foient, en nageant, les petits Infectes qui étoient dans 
le même verre, agitoit aflèz l'eau, pour qu'elle pût 
communiquer un mouvement fenfible aux bras des 
Polypes: mais, plus je confiderai dans la fuite le 
mouvement de ces bras , plus il me parut devoir ve- 
nir d'une caufe intérieure , & non d'une impulfion 
étrangère aux Polypes. 

J e remuai un jour tant foit peu le verre dans lequel 
ils étoient, pour voir quel effet le mouvement que 
Peau recevroit par là, produiroit fur leurs bras. Je ne 
m'attendois nullement à celui qu'il produifit. Au lieu 
de voir, comme je m'y attendois, les bras & le corps 
même des Polypes fimplement agités dans l'eau, & 
entrâmes par fon mouvement, je les vis fe contracter 
fubitement, & fi fort, que le corps des Polypes ne 
parut qu'un grain de matière verte, & que les bras 
difparurent entièrement à mes yeux. J'en fus fur- 

B pris, 



. 



iô MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

pris , & cette furprife ne fervït qu'à exciter ma curio- 
fité , & à faire redoubler mon attention. Comme je 
parcourois fans cefTe de l'œuil, aidé d'une loupe, plu- 
fieurs des Polypes que j'avois fait contracter , j'en vis 
bientôt qui commençoient à s'étendre : leurs bras re- 
devinrent fenfibles; & peu à peu ces Polypes repri- 
rent leur première forme. 

Cette contraction des Polypes, & tous les mou» 
vemens que je leur voiois faire lorfqu'ils s'étendoient 
de nouveau , réveillèrent vivement dans mon efprit 
l'idée d'un Animal. Je les comparai d'abord aux Li- 
maçons , & à d'autres Infectes qui fe contractent 
& s'étendent. 

O n s'étonnera peut - être , de ce que je ne décidai 
pas abfolument que les Polypes et oient des Animaux. 
J'avoue que leur figure & leur couleur firent encore 
quelqu'impreiïion fur moi. Je penfai qu'il n'étoit pas 
impofîible qu'ils ne fuffent des Plantes fenfitives ; & 
je ne trouvai rien de plus extraordinaire dans leur 
contra&ion & dans leur extenfion , que dans les mou- 
vemens qui fe font remarquer lorfqu'on touche la 
Plante à laquelle ce nom a été donné. Cette idée me 
retint donc dans quelque doute, & je ne voulus rien 
décider, jufqu'à ce que de nouvelles Obfervations m'y 
déterminaffent. 

J e trouvai, au bout de quelques jours, plufieurs Po- 
lypes fixés contre les côtés du verre, à un endroit où 
je n'en avois encore point vus> & où certainement il 
n'y en avoit point eu d'abord. Je m'apperçus bien- 
tôt comment ils y étoient venus. Plufieurs marchè- 
rent fur les parois du verre pendant que je les obfer- 

vois* 



DES POLYPES. LMim. n 

vois. Je décrirai ailleurs leur manière de marcher, 
& me contenterai de dire ici, qu'ils marchent à peu 
près comme les Chenilles appellées arpenteufes; & 
comme divers Infectes aquatiques , qui fixent fuccefïï- 
vement leur bout antérieur & leur bout poftérieur ; 
le poftérieur après l'avoir approché de l'antérieur , & 
l'antérieur après l'avoir éloigné du poftérieur. 

La vue de ce mouvement progrefîif des Polypes 
acheva de me perfuader qu'ils étoient des Animaux.; 
& lorfque j'en fus convaincu, je ceffai de les obferver. 
J'avois trouvé ce que je cherchois; car jufqu'alors je 
ne m'étois propofé autre chofe , que de favoir fi c'é- 
taient des Animaux. Prefque tout le mois de Sep- 
tembre 1740. fe pafîa, fans que je leur donnaffe la 
moindre attention. J'étois alors occupé par d'autres 
Infectes que j'obfervois depuis longtems. Mais vers 
la fin de ce mois de Septembre, les Polypes attirè- 
rent de nouveau mon. attention, &fi fort, que depuis 
je n'ai ceffé de les obferver. 

On doit fe rappeller que mon verre étoit placé 
fur la tablette intérieure d'une fenêtre. Je remarquai 
un jour, qu'un grand nombre de Polypes étoit raffem- 
blé fur le côté du verre tourné vers le jour. Je fus 
d'abord curieux de favoir, fice Fait n'étoit qu'acciden- 
tel , ou bien s'il réfultoit d'un penchant marqué que 
les Polypes eulfent pour l'endroit du verre le plus 
éclairé. Pour m'en affurer, je fis faire un demi tour 
au verre. Le grand nombre de Polypes fe trouva 
alors fur le côté le moins éclairé de ce verre , & le cô- 
té qui étoit tourné vers le jour, n'en avoit que quel- 
ques uns. Il s'agiffoit donc de voir, file grand nombre 

B 2 de 



12 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

de Polypes pafferoit du côté le moins éclairé, fur le 
côté le plus éclairé. Le jour après avoir tourné le 
verre, je trouvai que le côté le moins éclairé, celui 
fur lequel j'avois laiffé beaucoup de Polypes, en étoit 
prefque entièrement dépeuplé. Us étoient difperfés 
dans le verre, & en chemin pour fe rendre fur le cô- 
té du verre le plus éclairé ; car le lendemain j'y en 
trouvai déjà plufieurs, & au bout de quelques jours, 
il y en eut autant qu'il y en avoit fur l'autre , avant 
que j'euffe fait faire un demi tour au verre. Je le 
tournai encore, & je réïterai parla la même Expé- 
rience , qui eut le même fuccès. Après avoir vu la 
même chofe plufieurs fois, je fus convaincu que les 
Polypes avoient un penchant particulier pour l'en- 
droit du verre le plus éclairé. Je n'ofai pas décider 
fi ce penchant fe rapportoit directement à la lumière , 
ou fi quelqu'autre circonftance les attiroit fur le 
côté qui en étoit le plus éclairé. Je rapporterai dans 
la fuite plus au long les Obfervations que j'ai faites 
fur ce fujet , qui me parut alors digne d'attention : 
& ce fut dès ce moment que je réfolus, non feule- 
ment de chercher des éclairciffemens fur cet article, 
mais même de tâcher d'approfondir en général l'Hif- 
toire des Polypes. 

Je ne tardai pas à appercevoir, que tous les indivi- 
dus de l'efpéce de Polypes que j'obfervois , n'avoient 
pas un nombre égal de bras ou de pieds ; & j'eus lieu 
de croire qu'il n'y avoit rien là que de naturel. Quoi- 
que je ne trouvaife aucune difficulté à admettre cette 
différence entre les individus d'une même efpéce d'A- 
nimaux, je comparai cependant d'abord ces bras de 

Po 



DES POLYPES. / mm. 13 

Polypes aux branches & aux racines des Plantes, 
dont le nombre varie beaucoup entre les individus de 
la même efpéce. Je penfai de nouveau à cette occa- 
fion , que peut-être ces Corps organifés que j'obfer- 
vois étoient des Plantes, & j'eus le bonheur de ne 
pas rejetter cette idée. Je dis que j'eus le bonheur 
de ne pas rejetter cette idée, parceque, quoiqu'elle 
fût la moins naturelle , elle me fit penfer à couper des 
Polypes. Je jugeai que , fi les deux parties d'un mê- 
me Polype vivoient après avoir été féparées, & de- 
venoient chacune un Polype parfait , il feroit évident 
que ces corps organifés étoient des Plantes. Comme 
cependant j'étois beaucoup plus porté à croire que 
c'étoient des Animaux, je ne comptois pas beaucoup 
fur cette Expérience ; je m'attendois à voir mourir 
ces Polypes coupés. 

Ce fut le 25 Novembre 1740. que je coupai le pre^ 

mier. J'en mis les deux parties dans un verre plat, qui 

ne contenoit de l'eau qu'à la hauteur de quatre à cinq 

lignes. De cette manière il m'étoit facile d'obferver 

ces portions de Polype avec une loupe allez forte. ' 

J'indiquerai ailleurs les précautions que j'ai 

emploiées en faifant mes Expériences fur ces Polypes 

coupés, & la manière dont je m'y fuis pris pour les 

couper. Il fufrlra de dire ici , que je coupai transver- 

falement le Polype dont il s'agit, & un peu plus près 

du bout antérieur que du poilérieur. La première 

partie étoit donc un 'peu plus courte que la féconde. 

Dans l'inftant que je coupai le Polype, ces deux 

parties fe contractèrent, enforte qu'elles ne parurent 

d'abord au fond du verre dans lequel je les mis, que 

B. 3 corn^ 



s4 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

comme deux petits grains de matière verte. C'efl, 
comme je l'ai déjà dit , la couleur des Polypes que 
j'ai partagés les premiers. Ces deux parties s'étendi- 
rent le jour même que je les féparai. Elles étoient 
très faciles à diflinguer l'une de l'autre. La première 
avoit fon bout antérieur garni de ces fils déliés qui 
fervent de pieds & de bras aux Polypes , & la féconde 
n'en avoit point. 

L'extension de la première partie ne fut pas 
le feul figne de vie qu'elle donna le jour même qu'el- 
le fut féparée de l'autre. Je lui vis remuer fes bras , 
& le lendemain je trouvai , la première fois que je la 
vins obferver, qu'elle avoit changé de place; & peu. 
après je lui vis faire un pas. La féconde partie étoit 
étendue comme le jour précédent, & à la même place. 
Je fecouai un peu le verre, pour voir fi elle étoit enco- 
re en vie. Ce mouvement la fit contracter; d'où je 
jugeai qu'elle vivoit. Peu de tems après elle s'étendit 
de nouveau. Je vis les jours fuivans la même chofe. 

Je ne regardai cependant le mouvement de ces 
deux moitiés du même Polype , que comme des fi- 
gnes d'un foible refte de vie. C'eft ce que je penfois 
iiirtout par rapport à la dernière partie: car pour 
l'autre, j'étois porté à croire, en fuppofant le Polype 
un Animal , que fa tête étoit au bout antérieur , com- 
me cela efh en effet. Il me paroiffoit affez naturel, que 
la moitié qui avoit la tête & une partie du corps 
pût encore vivre. Je penfai que l'opération que j'a- 
vois faite , n'étoit à fon égard qu'une mutilation , qui 
n'avoit pas dérangé eifentiellement en elle l'œcono- 
mie animale. Je comparai cette première partie à 

un 



DES POLYPES. I. Mêm. 15 

un Lézard qui a perdu fa queue , & qui n'en meurt 
pas. Au contraire, la féconde moitié, dans la fuppo- 
fition que le Polype étoit un Animal ,. ne me fembloit 
être qu'une efpéce de queue, qui ne contenoit pas les 
vifcéres dont l'Animal a befoin pour vivre. Je ne 
penfois pas qu'elle pût vivre longtems féparée du ref 
te du corps. Qui fe feroit figuré qu'il lui fut revenu 
une tête! J'obfervois donc cette féconde moitié, pour 
favoir combien de tems elle conferveroit ces refies de 
vie , & nullement dans l'efpérance d'être fpe&ateur 
de cette merveilleufe reproduction. 

J'o BSERVoisàla loupe , plufieurs fois chaque jour ? 
ees portions de Polype. Le quatrième Décembre, 
e'eft à dire, le neuvième jour après avoir coupé le 
Polype, il me fembla le matin appercevoir fur les 
bords du bout antérieur de la féconde partie, de cel- 
le qui n'avoit ni tête ni bras; il me fembla, dis -je, 
appercevoir trois petites pointes qui fortoient de ces 
bords. Elles me firent fur le champ p enfer aux cor- 
nes qui fervent de pieds & de bras aux Polypes, 
Ces pointes étoient précifément où auroient dû être 
les bras, fi cette féconde partie avoit été un Polype 
complet. Je ne voulus pas cependant déjà décider, 
que c'en fût en effet qui commençaffent à pouffer. 
Pendant toute la journée j'apperçus toujours ces poin- 
tes: Cela m'animoit extrêmement, & j'attendois avec 
impatience le moment où je faurois clairement ce 
qu'elles étoient, Enfin le lendemain elles fe trouvè- 
rent affez grandes, pour qu'il n'y eût plus lieu de- 
douter qu'elles ne fufTent véritablement des bras 
qui croiffoient à l'extrémité antérieure de cette fecon^ 

de 



iô* MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

de partie. Le jour fuivant deux nouveaux bras com- 
mencèrent à fortir; & quelques jours après il en vint 
encore trois. Cette féconde partie en eut alors huit, 
qui furent tous en peu de tems aufli longs que ceux 
de la première partie, c'eft à dire, que ceux qu'avoit 
le Polype avant qu'il fût coupé. 

J e ne trouvai plus alors de différence entre cette 
féconde moitié, & un Polype qui n'avoit jamais été 
coupé. C'efl ce que j'avois remarqué , à l'égard de la 
première, dès le lendemain de l'opération. Toutes 
deux paroiffoient fenfiblement,lorfque jelesobfervois 
à la loupe avec toute l'attention dont j'étois capa- 
ble, elles paroiffoient, dis-je, fenfiblement être cha- 
cune un Polype complet, & elles en faifoient toutes 
les fondions qui m'étoient connues : Elles s'éten- 
doient, fe contra&oient , & marchoient. , 

Mon Expérience eut donc beaucoup plus de fuc- 
cès que je n'en attendois. Mais , fuivant l'intention 
de cette Expérience, j'aurois dû conclure pofitive- 
ment , que les Polypes étoient des Plantes , & des 
Plantes qui venoient de bouture. Cependant je fus 
fort éloigné d'ofér le décider. Plus j'avois obfervé 
des Polypes entiers , & même ces deux parties dans 
lefquelles s'étoit faite la reproduction dont je viens de 
parler , plus leur mouvement avoit réveillé dans mon 
efprit l'idée d'un Animal. Ce mouvement paroif 
foit réfulter d'une fpontanéité, qui a toujours été cen- 
fée étrangère aux Plantes, & que nous connoiffons 
dans les Animaux par une infinité d'exemples. Tout 
ce que j'avois fait pour me tirer du doute, n'avoit 
fervi qu'à m'y jetter davantage, Je refolus donc de 

re- 



DES POLYPES. T. MM, 17 

redoubler mon attention , & de tâcher de décou- 
vrir dans les Polypes quelque propriété plus ca- 
ractériftique. 

Tous ceux qui fe font appliqués à comparer les 
Plantes & les Animaux, & qui ont pu juger des 
grands rapports qui fe trouvent entre ces deux claf- 
fes de corps organifés , ont fenti- la difficulté qu'il y 
a à marquer précifément les Caractères propres qui. 
les diftinguent l'une de l'autre. Les reflexions que 
j'entendois faire, & que je faifois fur cette matière, 
ne fervoient pas peu à me confirmer dans le doute où 
j'étois à l'égard des Polypes , & à m'engager à cher- 
cher en eux de nouvelles propriétés propres à m'en 
tirer. Une autre chofe , que j'avois apprife depuis 
peu, y contribua auffi beaucoup. C'eft la découverte 
faite fur les Pucerons. 

Mr. deReaumur a foupçonné, il y a longtems, que 
ces petits Animaux pouvoient multiplier fans s'être 
accouplés depuis leur naiffance. Mr. Bonnet entre- 
prit , dans le mois de Mai de Tannée 1 740. , de s'affurer 
de ce Fait. On a vu dans le treizième Mémoire du 
fixiéme Tome de l'Hifloire des Infecte de Mr. de 
Reaumur, le fuccès que l'attention & la fagacité de 
Mr. Bonnet ont eu. Il a trouvé , & prouvé par des 
Expériences faites avec toutes les précautions requi- 
fes, qu'un jeune Puceron multiplioit, quoique tenu, 
depuis le premier inftant de fa naiffance , dans une 
parfaite folitude. Mr. Lyonet aiant entrepris , dans 
le mois de Juillet de la même année 1740, de faire 
fur les Pucerons la même Expérience que Mr. Bon- 
net, eut le même fuccès que lui. J'appris le fuccès 

C de 



18 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

de celle de Mr. Bonnet par une de fes lettres , & Mr. 
Lyonet me montra , dans fon Cabinet , fes Pucerons 
folitaires qui multiplioient. J'eus le plaifir de voir que 
ces deux Mefîïeurs,qui avoient, à l'infçu l'un de l'au- 
tre, à peu près dans le même tems,fait la même Ex- 
périence, mais fur des Pucerons d'efpéce différente, 
étoient tous deux parvenus à découvrir un Fait d'Hif- 
toire Naturelle des plus remarquables, & qui étoit 
directement contraire à la régie générale admife juf- 
qu'alors fur la génération des Animaux. Je fus cu- 
rieux d'imiter l'Expérience de ces Meilleurs; & dans 
le tems que mes premiers Polypes coupés me fai- 
foient voir la reproduction fmguliére dont j'ai parlé,, 
j'avois aufïi des Pucerons, mis en folitude dès le mo- 
ment de leur naiffance , qui multiplioient. Un Fait 
tel que celui que préfentoient ces Pucerons, ne pouvoit 
que m'infpirer beaucoup de défiance pour les régies 
générales. C'eft donc ce qui augmenta la défiance 
que j'avois en particulier pour celles qui rangeoient 
les deux propriétés que j'avois trouvées aux Polypes, 
fous deux claffes différentes de corps organifés, fous 
celle des Animaux & fous celle des Plantes. Je fen- 
tois vivement , que la Nature étoit trop vafte , & trop 
peu connue , pour qu'on pût décider fans témé- 
rité , que telle ou telle propriété ne fe trouvoit 
pas dans telle ou telle claffe de corps organifés. Je 
me tins dans la referve , & je me contentai de tra* 
vailier à pouffer mes recherches fur les Polypes, fans 
ofer décider encore s'ils étoient des Animaux ou des 
Plantes. 
J'ignorois alors la manière dont les Polypes fe 

mul- 



DES POLYPES. 1. Mêm. 19 

multiplient , & je penfai que peut-être elle pour- 
roit me fournir le Caractère diftinctif que je cher- 
chois, celui qui me mettroit en état de juger s'ils é- 
toient des Animaux ou des Plantes. J'avois un grand 
verre fort peuplé de Polypes verds, & je paîfois fou- 
vent des heures entières à les confiderer les uns après 
les autres. Enfin j'en découvris un qui commençoit 
à produire un petit. Les Obfervations que je fis fur 
ce Polype, me mirent, au bout de quelques jours, af- 
fez en état de juger de la manière dont ces corps or- 
ganifés multiplient, pour reconnoitre qu'elle a un très 
grand rapport avec celle dont les Plantes multiplient 
par rejetions. C'étoit un nouveau Caractère de Plante 
qu'ils venoient de me faire voir. . Il me reftoit cepen- 
dant beaucoup de penchant aies croire des Animaux; 
ou plutôt, ils me paroiffoient être des Animaux- 
Plantes : il me fembloit qu'ils tenoient une efpéce de 
milieu entre ces deux claffes de corps organifés. 

Le nouveau Caractère que je venois de découvrir 
dans les Polypes , me laiffa donc dans le doute où 
j'étois depuis longtems. Quelqu'impatient que je fuf- 
fe de favoir précifément dans quelle claîfe de corps 
organifés ils dévoient être rangés, je goutois cepen- 
dant quelque plaifir dans ce doute. Il m'avoit déjà 
conduit à la connoiffance de deux propriétés des Po- 
lypes très finguliéres , & il m'animoit à en chercher 
d'autres, en piquant déplus en plus ma curiofité. 

J e venois, en ce tems-là, d'envoyer des Polypes à 
Mr. de Reaumur pour la féconde fois, ceux que je 
lui avois envoies la première étant morts. Ce grand 
Obfervateur me manda la nouvelle de leur heureufe 

C 2 arri- 



20 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

arrivée à Paris, que j'attendois avec impatience, & il 
accompagna cette nouvelle, d'une décifion qui fuffifoit 
feule pour me tirer de doute. Après avoir examiné 
les Polypes, il n'héûta pas à les ranger dans la claile 
des Animaux, & il leur donna le nom qu'ils portent 
à préfent, à caufe de leur reflemblance avec les Poly- 
pes de mer. 

Ce fut dans le mois de Mars 1741 que Mr. deReau- 
mur fixa mon doute; & au mois d'Avril fuivant, je 
découvris aux Polypes une propriété , qui auroit fait 
fur moi le même effet , fi cela avoit été nécefTaire. 

J e trouvai dans ce tems - là une nouvelle efpéce de 
* pl. ï. Polypes #, du genre de ceux que j'obfervois depuis 
longtems. Peu de jours après que j'eus trouvé ces 
nouveaux Polypes, je les vis manger, je leur vis a- 
valer des Vers autant & même plus longs qu'eux, je 
vis qu'ils les digeroient ,. &. qu'ils s'en nourriffoient. 
Cela étoit certainement bien propre à perfuader qu'ils 
étoient des Animaux. 

Après avoir donné l'Hiftoire de la découverte de 
la première fmgularité que j'ai trouvée dans les Poly- 
pes , je vai rapporter , dans l'ordre qui m'a paru le 
plus naturel, les Obfervations que j'ai faites fur ces 
Animaux , depuis plus de trois années que je les 
étudie, 

J'AI dit ci-defTus, que les premiers Polypes que 
j'ai vus, étoient fixés fur des Plantes aquatiques que 
j'avois tirées d'un fofTé , & mifes dans un grand verre 
plein d'eau. Il y avoit de la Lentille, une tige d'une 
forte de Prêle , & une Plante de Nénufar. C'étoit 

pria- 



DES POLYPES. 1. Mêm. 21 

principalement fur ces Plantes que je cherchois des 
Polypes au commencement. Mais j'appris dans la 
fuite, qu'ils fe placent indifféremment fur tous les 
corps qui font dans l'eau. J'en ai trouvé fur toutes 
les Plantes aquatiques ,. fur le fond des foliés , & fuf- 
pendus à la fuperficie de l'eau ; j'en ai vu fur des 
branches d'arbres, des planches , des feuilles pour- 
ries, des brins de paille, & des pierres: enfin, j'en 
ai même vu plufieurs fur le corps de divers Animaux, 
par exemple, fur la coquille des Limaçons, & fur le 
foureau des Teignes aquatiques. 

Il faut avoir l'ceuil bien exercé à découvrir de3 
Polypes, & favoir choifir une place & une fituation 
bien convenables , pour les diflinguer fur les différens 
corps dont je viens de faire mention , lorfqu'ils font 
encore dans les foliés. La manière la plus commode 
eft , de tirer de l'eau ces différens corps , & de les met- 
tre dans des verres pleins d'eau. On voit alors faci- 
lement les Polypes «qui y font attachés. 

Il ell très utile, pour apprendre à connoitre un A- 
nimal, de l'obferver dans fes circonftances naturelles, 
je veux dire, au milieu de tout ce qui l'environne dans 
les endroits dans lefquels on le trouve. C'efl pour- 
quoi il eff bon de faire enforte que le vafe, dans le- 
quel on tient cet Animal, foit pour lui un féjour à 
peu près femblable à l'endroit où il a été pris. Cet 
expédient peut hâter confidérablement les découver- 
tes qu'on fe propofe de faire, & il peut même en oc- 
cafionner qu'on n'auroit pas faites fans cela. 

J'ai non feulement eu recours à cet expédient, 
pour approfondir l'Hifloire des Polypes, mais j'ai 

C 3 même 



22 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

même eu foin de me rendre fouvent en Eté au bord 
du fofTé dans lequel je les ai trouvés, à l'heure que 
le Soleil donnoit fur le fond de l'eau; je choifiilbis 
des endroits où l'eau fut claire , & où le bord eût une 
pente douce. Je voiois diftinclement les Polypes au 
fond de l'eau , & fur tous les corps qui étoient dans 
l'eau & à fa fuperficie. J'ai par ce moien acquis 
des idées, que je n'aurois jamais eues fans cette pré- 
caution. 

L'attitude la plus commune dans laquelle on 
trouve les Polypes, foit dans leur féjour ordinaire, 
foit dans les vafes où on les tient, eft celle qui eft re- 
préfentée dans les Figures i. & 2. de la PL I. L'extré- 
mité poftérieure b, du corps du Polype a b, eft fixée 

* pl. I. contre une Plante ef*, ou contre le brin de bois g h f, 

* FÏg! 2. I e cor P s a b & les bras a c font étendus dans l'eau. 

La figure qu'a le plus ordinairement le corps des 
Polypes dans cette attitude , n'eft pas parfaitement 
la même pour les trois efpéces que je connois. Le 

* Fig. 1. corps des Polypes verds #, dont j'ai furtout parlé juf- 

qu'à préfent, va un peu en diminuant du bout anté- 
rieur au bout poftérieur. La diminution eft pres- 
qu'infenfible. Il en eft de même de ceux de l'eipéce 
repréfentée dans la Figure 2. Mais ceux de la troifié- 

* Fig. 3. me efpéce * différent des deux précédentes à cet é- 

gard. Leur corps ne va en diminuant infenfiblement , 

* a. t d. que de l'extrémité antérieure*, jufqu'à la moitié f, & 
* Fig. 4- d- quelquefois jufqu'aux deux tiers * de la longueur du 

corps. Il devient à cet endroit beaucoup plus dé- 
lié , & de ce point , jufqu'à l'extrémité poftérieure , il 
•Fig. 3. & 4. ne diminue plus. Cette partie db *, plus mince que 

le 



DES POLYPES. 1. Mêm. 23: 

le refle du corps , a l'air d'une queue , & peut fervir 
de Caractère diflincTtif à cette efpéce. 

Les pieds ou bras des Polypes, font, comme je 
l'ai déjà dit , à leur extrémité antérieure. Chaque 
bras fe meut en tout fens; ce qui fait qu'il peut fe 
mettre dans la même direction que le corps des Poly- 
pes , ou former avec lui toute forte d'angles. Au ref- 
te, le mouvement de chaque bras eft indépendant de 
celui des autres. Lorfque tous les bras font avec le 
corps un même angle ,& qu'en s'éloignant du point de 
leur origine , ils confervent la même direction , ils for- 
ment une figure fort régulière. Cette figure varie, fui- 
vant que varie l'angle que font les bras avec le corps 
du Polype. Ceux des Polypes verds font fouvent 
avec leur corps un angle droit , ou à peu près #. Alors * pl. % 
ces bras, partant à égale diilance du bout antérieur, . Fi % ^ 
comme d'un centre commun, & confervant chacun fa 
direction, paroiiTent être tous les raions d'un même 
cercle *. Mais quand les bras viennent à fe rappro- * ;. 
cher en avant , à faire un angle obtus avec le corps*, * Fig. 1. a, 
ils forment, alors une figure d'entonnoir plus ou moins 
ouvert. 

Ce ne font guéres que les Polypes verds # qui * Fîg. i> 
font voir un port fi régulier dans leurs bras. Comme 
ils les ont courts, ils peuvent plus facilement les te- 
nir en ligne droite. Ceux des deux autres efpéces 
que je connois *, qui ont les bras beaucoup plus *Fig,2..&r„ 
lor.gs, ne leur donnent, lorfqu'ils font étendus, une 
direction en ligne droite, que depuis leur origine jus- 
qu'à une certaine diilance» Le reûe des bras a une 

au- 



24 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

autre direction, quelquefois uniforme dans tous, & 
fouvent très variée. 

J'ai déjà dit que tous les individus de l'efpéce des 
Polypes verds n'ont pas un nombre égal de bras. II 
en eft de même des autres efpéces que j'ai obfervées 
après ceux là. Dans les trois efpéces de Polypes que 
je connois, le plus petit nombre de bras eft commu- 
nément de fix,, & le plus grand de douze ou treize. 
Cependant j'en ai vu quelques uns de la féconde efpé- 
* PL. x. ce qui en avoient dix -Huit #. 
lg ' 3 ° Il fe préfente ici une queflion qui m'eft d'abord 

venue dans Tefprit lorfque je faifois ces Obfervations. 
Eft-ce naturellement que les individus de chaque ef- 
péce de Polypes n'ont pas un nombre de bras égal ; 
■ - ou bien cela vient -il de ce que ceux qui en ont le 
moins, ont perdu par accident quelques uns de 
leurs bras? 

J'a i déjà répondu en pafTant à cette queflion , j'ai 
rapporté ci-deffus , que lors même que je ne connoif- 
fois encore que peu les Polypes , il m'avoit paru qu'il 
leur étoit naturel de n'avoir pas tous un nombre égal 
de ces cornes, qui, depuis qu'elles ont été mieux con- 
nues, ont reçu le nom de pieds & de bras. Après 
avoir obfervé pendant quelque tems des Polypes, & 
furtout après en avoir vu naître & croître, je m'ap- 
perçus qu'il n'en étoit pas de leurs bras, comme des 
parties analogues de tant d'autres Animaux que nous 
connoiffons. Les bras & les pieds de ces derniers 
paroiuent tous enfemble , dès le moment qu'ils com- 
mencent à fe déveloper. Les bras des Polypes, au 

con- 



DES POLYPES. I. Mêm. 25 

contraire , ne pouffent que fucceffivement. Il leur en 
vient même de nouveaux longtems après leur naif- 
fance. Ce Fait nous découvre d'une manière bien fen- 
fible, une raifon de l'inégalité du nombre des bras 
qui fe trouve entre différais individus de la même 
efpéce de Polypes. Je ne m'en fuis pas tenu là. Il 
fe pouvoit que , quoique les bras des Polypes ne 
pouffaffent pas tous en même tems, ils parvinffent en- 
fin tous au même nombre , qui lut le nombre naturel 
de leurs bras. Mais mes Obfervations m'ont appris 
précifément le contraire. Je n'ai trouvé aucune règle 
dans l'accroiffement du nombre des bras des Polypes, 
& je ne les ai point vus parvenir au même nombre. 

J'en reviens à préfent au corps des Polypes, qui 
eft repréfenté étendu dans lès Figures 1. 2. 3. & 4. 
de la Planche I. Il eft , comme celui de plufieurs 
Animaux très connus , fufceptible de différens de- 
grés d'extenfion & de contraction. Le corps d'un 
Polype peut fe contracter au .point qu'il n'ait qu'u- 
ne ligne de longueur , ou environ #. Par exemple , * PL ; l - 
le Polype repréfenté dans la Figure 3. de la Plan- 
che I, , peut , en fe contractant , devenir comme ce- 
lui de la Figure 6. La grandeur d'un Polype con- 
tracté varie fuivant l'efpéce , & fuivant la taille de 
chaque Polype en particulier. Son corps, foit en fe 
contractant, foit en s'étendant , peut s'arrêter à tous 
les degrés imaginables , depuis la plus grande exten- 
fion , jufqu'à la plus grande contraction. Un Poly- 
pe peut , par conféquent , varier extrêmement la 
longueur de fon corps. S'il étoit néceffaire qu'il re- 
tendît autant qu'il eftpoffible, ou bien jufqu'à un cer- 

D tain 



26 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

tain degré , pour faire tel ou tel mouvement , comme, 
en effet, cela fe voit dans d'autres Animaux , on pour- 
roit , en délignant la longueur qu'il a dans cette circon- 
ftance , marquer une longueur précife : mais , pourvu 
que le corps d'un Polype ne lbit pas fort contracté, 
il peut, en quelque degré d'extenfion qu'il foit, exé- 
cuter les différens mouvemens & les différentes man- 
œuvres dont il eft capable. On ne peut donc défi- 
gner qu'à peu près la longueur du corps des Polypes , 
& d'autant plus, que celle des différens individus de 
chaque efpéce eft fujette encore à cette variété qui 
réfulte du plus ou du moins d'accroiffement , que l'on 
connoit par expérience , & dans les Animaux , & dans 
les Plantes. 

La plupart des Polypes verds que j'ai vus, a- 
voient, lorfqu'ils étoient étendus, entre cinq ou fix 
lignes de longueur. Celle de ceux de la féconde & 
de la troifiéme efpéce eft ordinairement entre huit 
& douze lignes; mais j'en ai vu quelquefois de ces 
* pl. x. deux efpéces dont le corps avoit un pouce & demi #. 
ig ' 3 * Il n'eft pas befoin d'avertir, que le corps des Poly- 

pes devient plus mince , à mefure qu'il s'étend , & 
qu'il l'eft moins , à mefure qu'il eft plus contracté. 
Les Figures i. 2. 3. de la Pl. I. repréfentent l'épaif- 
feur la plus ordinaire des Polypes des trois efpéces 
dont j'ai parlé , lorfqu'ils font dans un degré d'exten- 
fion ordinaire. ] e parle de ceux qui font déjà parve- 
nus à une bonne taille. 

Comme entre les Animaux qui peuvent allonger 
& accourcir leur corps , il y en a beaucoup qui ont 
des anneaux, il étoit naturel de chercher d'abord fi 

les 



DES POLYPES. /. Mêm. 27 

les Polypes en avoient. Je l'ai fait; mais, ni la lou- 
pe, ni le microfcope, n'ont pu m'en faire voir, dans 
quelqu'état que je les aie obfervés, étendus ou con- 
tractés. Il m'a paru que leur manière de s'étendre & 
de fe contracter a plus de rapport à celle des Lima- 
çons & des Limaces, qu'à celle des Vers & des au- 
tres Infectes qui ont des anneaux fenfibles. La Figu- 
re 1. de la PL V. repréfente parfaitement un Polype 
groin au microfcope. L'Obfervateur qui l'a delîiné 
n'auroit pas manqué de repréfenter des anneaux, s'il 
en avoit découvert; & ils ne fauroient lui avoir é- 
chapé. 

J e ne m'arrêterai point à expliquer , par quel mé- 
chanifme le corps des Polypes s'étend & fe con- 
tracte. Je rifquerois de ne donner que des conjec- 
tures. 

On oblige les Polypes à fe contracter plus ou 
moins, à proportion qu'on les touche, ou qu'on agi- 
te l'eau dans laquelle ils font, plus ou moins rude- 
ment. Tout Polype qu'on tire de l'eau, en fort con- 
tracté. On le trouve ramafle en un petit volume, 
contre les corps fur lefquels il eft attaché #. Il a alors *.^ L : r - 
une figure fi différente de celle qu'il a étant étendu 
qu'on ne fauroit le reconnoitre d'abord. Mais dès 
que l'œuil y eft une fois accoutumé, il eft facile de 
diftinguer de tout autre corps un Polype qui eft hors 
de l'eau. Cela eft très commode , parceque , lor£ 
qu'on cherche des Polypes , il n'eft plus néceffaire de 
mettre dans l'eau tous les corps fur lefquels ils font, 
pour leur faire prendre une figure plus reconnoif- 
fable. 

D 2 Le 



Fig- 7- 



28 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

L e chaud & le froid font fur les Polypes le même 
effet qu'ils produifent fur la plupart des Infectes ter- 
reflres & aquatiques. Le chaud les anime , & le 
froid les engourdit. Il faut cependant un degré de 
froid confidérable pour réduire les Polypes à une 
parfaite inaction, il faut qu'il approche de fort près 
de celui de la congélation. Alors les Polypes font 
contractés plus ou moins , & relient tels. Mais à me- 
fure que l'eau, dans laquelle ils font, acquiert quelques 
degrés de chaleur, ils s'étendent, & ils font tous les 
mouvemens dont ils font fufceptibles , proportionnelle- 
ment à ce degré de chaleur. Il n'efl pas néceifaire 
que ce degré foit fort confidérable pour que les Po- 
lypes s'étendent beaucoup ; il fuffit que l'eau foit à 
peu près dans un degré tempéré, c'efl-à-dire , qu'elle 
faffe monter le Thermomètre de Farenheidt au qua- 
rante huitième degré. En Eté ils s'étendent encore 
davantage , & plus fréquemment : mais l'effet de 
quelques degrés de chaleur de plus ou de moins n'efl 
pas affez fenfible pour pouvoir être marqué avec 
précifion. 

Il en efl de l'extenfion & de la contraction des 
bras des Polypes , comme de l'extenfion & de la con- 
traction de leur corps. Ce qu'on peut dire de la lon- 
gueur de ces bras , efl équivoque jufqu'à un certain 
point, à caufe de la faculté qu'ils ont aufîi , de s'arrêter 
à tous les degrés qui font entre la plus grande exten- 
fion & la plus grande contraction. Mais , malgré ce- 
la, il efl facile de juger, que les bras des Polypes de 
telle efpéce, font plus longs que ceux d'une autre, au 
moins par rapport aux trois efpéces que je connois. 

Les 



DES POLYPES. /. Mèm. 29 

Les Polypes verds font ceux qui ont les bras les 
plus courts *. J'en ai rarement vu dont la longueur *pl. î. 
furpanat la moitié de celle de tar corps, c'eft-à-dire, lg " 
dont la longueur fût plus de trois lignes. Les bras 
d'un pouce de longueur font très communs dans les 
Polypes de la féconde efpéce #. J'en ai vu plufieurs *Fig. 2. 
les étendre jufqu'à deux & même trois pouces. 

J'ai dit ci-deffus , que les Polypes de la troifiéme ef- 
péce étoient faciles à diflinguer par leur queue ^) *~Tig.%.hd. 
mais la longueur de leurs bras fournit encore un Ca- 
ractère très remarquable, & très propre à les diflin- 
guer des autres efpéces. C'efl ce qui fait que je les 
appellerai fouvent Polypes à longs bras. 

Je donne aux efpéces de Polypes dont je parle, 
les noms de première, féconde, & troifiéme efpéce, 
félon l'ordre du tems dans lequel je les ai trouvées. 
J'ai découvert la première efpéce, ou celle des Polypes 
verds *, au mois de Juin 1740., la féconde -j- au'mois * Fig. 1." 
d'Avril 1741., & la troifiéme, ou celle des Polypes à f Flg ' 2 ° 
longs bras *, au mois de Juillet de la même année. * Fig. 3» 

Lorsq_ue je tirai ces derniers de l'eau, je les pris 
pour des Polypes de la féconde efpéce. Je les mis 
en grande quantité à la hâte dans un verre plein d'eau, 
de fept pouces de hauteur, & de cinq de diamètre, 
que je le plaçai fur la tablette d'une fenêtre. Je n'eus 
occafion de confiderer ces Polypes avec attention, que 
le lendemain. Ce fut pour moi une grande furprife, 
de trouver le verre, dans lequel ils étoient , rempli de 
fils fort longs , & qui me parurent auffi déliés que des 
fils d'Araignée. Je me mis d'abord à étudier ce que 
ces fils pouvoient être, fans foupçonner ce qu'ils é- 

D 3 toient 



3 o MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

toient en effet. Je vis bientôt avec étonnement,& 
avec un vrai plaifir, que ces fils û longs & fi déliés 
partaient du bout antérieur des Polypes, en un mot, 
que c'étoient des bras. Comme il y avoit beaucoup 
de Polypes dans le verre , il étoit très garni de ces 
bras , dont les uns étoient à peu près difpofés en ligne 
droite, & les. autres ferpentoient & faifoient toute 
forte de tours & de détours. Ils vont en diminuant 
depuis leur origine jufqu'à leur extrémité , comme 
ceux des autres efpéces. Ceux ci ne font pas plus 
épais à leur origine, que ceux des Polypes de la fé- 
conde efpéce, & lorfqu'ils font étendus, ils furpaffent 
autant en fineffe ces derniers vers leur extrémité , 
qu'ils les furpaffent en longueur. J'ai vu des Polypes 
de la troifiéme efpéce, dont les bras avoient huit pou- 
ces & demi de longueur. On peut juger par la Figu- 
re 3. de la PI. L, qui repréfente ces bras au naturel, 
de l'effet qu'ils font lorfqu'ils font bien étendus. 

O N comprend facilement que , pour voir ces bras 
s'étendre au point dont je viens de parler, il faut que 
les Polypes foient dans de grands verres. J'en ai 
mis dans un verre dans lequel ils pouvoient les éten- 
dre en droite ligne, jufqu'à la longueur de dix pouces, 
mais je ne les ai vus atteindre qu'à celle de huit pou- 
* pl. 1. ces & demi * Je ne veux pourtant pas décider qu'ils 
ne puiffent s'étendre davantage. Je les ai comparés 
à des fils d'Araignée par rapport à leur fineffe. S'ils 
ne font pas, près de leur extrémité, aufli déliés que 
ces fils , il s'en faut très peu. Il n'a pas été poffible 
de les repréfenter aufîi fins qu'ils font , dans les Figu- 
res qui font jointes à cet Ouvrage, ni d'exprimer d'u- 
ne 



Fig. 3. 



DES POLYPES. L Mém. 31 

ne manière fort fenfible , dans celles qui repréfentent 
les Polypes dans leur grandeur naturelle, comment 
ces bras diminuent depuis leur origine jufqu'à leur 
extrémité. C'eft ce qui fe voit diflinctement dans le 
Polype groffi au microfcope #. J'aurai dans la fuite * pl. v. 
occafion de revenir à ces longs bras, qui m'ont four- lg ' r * 
ni plufieurs fpectacles très amufans & très curieux, 
& qui ont excité l'admiration de tous ceux qui les 
ont vus. 

La première fois que je vis des Polypes verds fe 
contracter , leurs bras difparurent entièrement. Je 
crus d'abord qu'ils étoient rentrés dans le corps des 
Polypes , comme les cornes des Limaçons rentrent 
dans leur corps. Mais après avoir obfervé attentive- 
ment à la loupe le bout antérieur du Polype, j'ap- 
perçus fes bras, & je vis qu'ils n'étoient point ren- 
trés dans le corps , mais qu'ils étoient feulement fort 
contractés. Je les ai diftingués enfuite à la vue fim- 
ple, quoiqu'ils ne fuffent pas plus contractés que la 
première fois : mais mon œuil étoit alors accoutu- 
mé à les voir. 

Les bras des Polypes de la féconde & de la troi- 
fiéme efpéce, ont, lorfqu'iis font fort contractés 3 en- 
tre une & deux lignes de longueur #. * PL. 1. 

I l arrive ordinairement , que le même mouvement , lg ' 5 ' 
le même attouchement qui force le corps d'un Poly- 
pe à fe contracter, produit le même effet fur les bras. 
Ils fe contractent aufli d'eux mêmes, pour exécuter 
toutes les manœuvres dont je parlerai dans la fuite , 
à l'occafion de leur mouvement progrefîif, & de la 

ma- 



32 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

manière dont ils faifiiTcnt & retiennent leur proie , Se 
dont ils la portent à la bouche. 

Il n'y a pas toujours une proportion réglée entre 
la contraction & Fextenfion du corps & des bras des 
Polypes. Quand on force le corps à fe contracter , en 
le touchant un peu rudement, ce corps &: les bras fe 
contractent confiderablement : mais dans d'autres cir- 
conftances, le corps fe contracte confiderablement 
fans que la même chofe ait lieu à l'égard des bras, & 
réciproquement. Ils n'obfervent pas non plus une 
proportion réglée en s'étendant de nouveau. 
" < Les bras du même Polype peuvent s'étendre & fe 
contracter en tout ou en partie , indépendamment les 
uns des autres. Les uns font fouvent fort longs, pen- 

.* PL. I. dant que les autres font très courts #. 

A lg ' 4 * Les Polypes verds fe contractent avec promptitu- 

de , lorfqu'ils y font forcés par quelque caufe étran- 
gère. Ceux des deux autres elpéces fe contractent 
moins vite. Mais les uns & les autres exécutent 
ce mouvement avec aflez de lenteur, lorfqu'ils le font 
d'eux mêmes. Ils s'étendent toujours lentement. Il 
y a cependant du plus & du moins. Ce que je viens 
de dire eft relatif au corps & aux bras des Polypes. 

J'en viens à préfent à une autre propriété qui fe 
rencontre dans le corps & dans les bras des Polypes, 
& dont j'ai déjà dit un mot en paiTant: je veux par- 
ler de leur inflexion. Le corps & les bras des Poly- 
pes font, en effet, fufceptibl es d'inflexion par tout, en 
tout fens, & dans tous les degrés pofïïbles. La Figu- 
re i. de la PL II. rep réfente quelques unes de ces cir- 

coii- 



DES POLYPES. 7. Mêm. 33 

confiances. On trouve des Polypes dans cette attitu- 
de. Le corps & les bras peuvent auffi fe contourner #. * pl. il 
On remarque dans les bras des Polypes de la féconde pl.* £' 
& de la troifiéme efpéce, un endroit où ils fe cour- Fi 2- 4- 
bent ordinairement. C'eft à quelques lignes de diftan- 
ce de leur origine. Chaque bras d'un même Polype 
eft fufceptible de toute forte d'inflexions, indépen- 
demment de celle des autres. 

Les Polypes de la troifiéme efpéce laiffent ordi- 
nairement pendre leurs bras en bas, & leur font fou- 
vent faire différens tours & détours #. J'ai fouvent * pl. i. 
vu ceux qui étoient au bas de grands verres, diriger ig * 3 ' 
une partie de leurs bras vers le haut, quelques fois 
perpendiculairement , "& d'autres fois , comme cela 
eft exprimé dans laFig. 3. de la Pl. II. Cette Figure re- 
préfente très exactement un Polype que j'ai vu dans 
un de mes grands verres. 

Il paroit par ce que je viens de dire des degrés 
d'extenfion, de contraction, & d'inflexion, dont le 
corps des Polypes, & leurs bras en général, & cha- 
cun d'eux en particulier font fufceptibles ; il paroit, 
dis-je , combien eft prodigieufe la variété de figures & 
d'attitudes que ces Animaux peuvent prendre. Auffi 
voit -on fouvent prendre au, même Polype dans un 
jour plufieurs formes très différentes. Il feroit inutile 
de les décrire ici. Les Figures qui fe trouvent jointes 
à cet Ouvrage en fournifTent affez d'exemples. 

J e dois encore ajouter , que les Polypes peuvent 
renfler leur corps , tantôt à un endroit , tantôt à l'au- 
tre , & fouvent à plufieurs endroits à la fois. J'en ai 
vu qui 'a voient le corps tout garni de plis, il étoit dif- 

E po- 



34 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

pofé en forme de courcaillet. Ces plis pourroient être 
pris pour des anneaux, fi l'on n'obfervoit les Poly- 
pes que dans cette feule circonflance. 

L e mouvement progreffif des Polypes s'opère au 
moien de la faculté qu'ils ont de s'étendre, de fe con- 
tracter & de fe courber en tout fens. Soit le Poly- 

* PL. m. pe ab*,Rxé par fon boutpoftérieur£,&dont le corps 

a b eft étendu dans l'eau, de même que les bras: s'il 
veut avancer, il rapproche en fe courbant, du corps 
fur lequel il doit marcher, fon bout antérieur a; il fixe 
enfuite contre ce corps quelques fois Amplement ce 
bout antérieur, d'autres fois feulement quelques bras, 
& d'autres fois enfin, & ces bras & le bout anté- 

* Fig. 2. rieur a #. Quand le bout antérieur du Polype en; 

bien attaché, il détache le bout poftéiïeur b , il le rap- 

* Fig. 3. proche du bout antérieur a, & il l'attache en b*. En- 

fuite il détache encore fon bout antérieur a, & il Yé- 

* Fig, 4- tend de nouveau *. Voilà en général la defcription 

du pas d'un Polype. 

On peut juger par là, que cette manière de mar- 
cher a un grand rapport avec celle de divers Animaux 
terreflres & aquatiques: par exemple, avec celle des 
Chenilles appellées arpenteufes, & de quelques efpé- 
ces de Vers aquatiques affez communs. Les Chenil- 
les dont je viens de parler , & qui font repréfentées 
dans les Figures 13, 15, & 16, de la Planche I. du 
fécond Mémoire du Tome premier de l'Ouvrage de 
Mr. de Reaumur , n'emploient guéres que l'inflexion 
pour rapprocher leur bout poftérieur de l'antérieur; 
aulieu que ces Infe&es aquatiques dont je viens de 
parler , emploient l'inflexion & la contraction. C'eft 

auiïi 



DES POLYPES. L Mêm. 35 

auiïi ce que font les Polypes , & fans qu'il y ait tou- 
jours la même proportion entre le degré d'inflexion 
& celui de contraction. Quelquefois ils fe contrac- 
tent beaucoup plus qu'ils ne fe courbent , & récipro- 
quement. Il y a à cet égard une grande variété : ce 
qui en met beaucoup dans les différens pas que font 
les Polypes. Outre cela , ils ne rapprochent point tou- 
jours également leur bout poilérieur de l'antérieur. 

Ils exécutent les mouvemens qu'ils font pour mar- 
cher avec beaucoup de lenteur. Ils s'arrêtent fou- 
vent au milieu d'un pas, & difpofent & contournent 
leur corps * & leurs bras de toutes fortes de manié- *. PL - H« 

-. ris. 2» 

res. Les Polypes font quelquefois des pas allez ex- 
traordinaires. Je n'en décrirai que deux qui m'ont 
frappé, parcequ'ils m'ont paru allez éloignés de leur 
manière de marcher la plus commune. 

Soit le Polype ab # fixé par fon bout pofté-*.P L - m » 
rieur b , & dont le corps & les bras foient étendus 
dans l'eau. Pour faire un des pas extraordinaires 
dont il s'agit , il approchera d'abord fon bout anté- 
rieur a , du corps fur lequel il marche , & l'y at- 
tachera en a % Il détachera enfuite fon bout pof- * Fîg. 6. 
térieur^, & dreffera fon corps perpendiculairement, 
le bout poilérieur en haut *. Après cela il recour- * Fig. 7. 
bera fon corps de l'autre côté, & fixera le bout pof- 
térieur en b *. Il détachera enfuite le bout antérieur'* Fig. 8. 
#,&il dreffera de nouveau fon corps, le bout antérieur 
en haut * Voilà un pas, ou plutôt une culbute, qui * Fig. p. s , 
fe fait à la vérité très lentement. Un fauteur agile 
en feroit un grand nombre , pendant qu'un Polype 
en fait une, 

E 2 Voi- 



36 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

Voici quel eft l'autre pas dont j'ai parlé. Soit le 

* pl. m. Polype a b # , fixé par le bout poftérieur b contre 
lg " I0 * les parois d'un verre, & dont le corps & la plupart 

des bras foient étendus en avant. Un de fes bras ac, 
eft fixé contre le verre en c. Quand le Polype eft 
dans cette attitude, il détache le bout poftérieur b t 
contracte un peu le corps , ce qui fait que le bout 
poftérieur eft un peu rapproché du point c Ce bout 
là eft fixé d'abord contre le verre en d, après quoi 
le Polype réitère la même manœuvre , & fixe fon 
bout poftérieur au point e. J'ai vu quelquefois le 
bout poftérieur fe détacher & s'attacher fucceffive- 
ment, après que le corps s'étoit un peu contracté y 
trois & quatre fois de fuite. 

Tout ce que j'ai dit du mouvement progrefîlf 
des Polypes, fe rapporte également aux trois efpéces 
qui me font connues. Dès qu'on prend goût à ob- 
ferver des Infectes , on ne peut que voir avec plaifir 
exécuter aux Polypes tous les mouvemens dont je- 
viens de parler. 

Les Polypes parcourent en marchant le fond de 
l'eau , ils montent le long de fes bords , ou des Plan- 
tes aquatiques; fouvent ils parviennent jufqu'à la fu- 
perficie de l'eau, & s'y tiennent fufpendus par leur 

* PL. L kout poftérieur #. J'en ai même vu qui y étoient 

* pl. il pendus par un feul bras % mais c'eft là une attitude 
lg ' 4 ' c ' extraordinaire, au lieu que l'autre eft fort commune. 

Les Polypes marchent à la fuperficie de l'eau, com- 
me fur les corps dont j'ai parlé jufqu'à préfent. Ils 
font en deftbus de cette fuperficie. On peut leur 
voir faire dans un verre les mouvemens qu'ils font 

dans 



DES POLYPES. 1. Mêm. 37 

dans les grandes eaux : c'eft même ce qui en donne 
les premières idées. Ils paffent de défais les Plantes , 
ou de demis les autres corps auxquels ils font atta- 
chés lorfqu'on les tire de l'eau , fur le fond ou fur les 
cotés du verre dans lequel on les met. Ils montent 
le long des côtés, jufqu'à la fuperficie de l'eau, paf- 
fent fous cette fuperficie, s'y arrêtent, ou la traver- 
fent en marchant, & vont fur V autre côté du verre, 
qu'ils parcourent enfuite. 

Comme les Polypes font leurs pas très lentement, 
& mettent fouvent un intervalle allez confidérable 
entre chaque pas, ils emploient beaucoup de tems 
pour parcourir un petit efpace. A juger par le grand 
nombre que j'ai tenu dans des verres, fept ou huit 
pouces de chemin font une bonne journée d'Eté 
pour les Polypes. Lorfqu'il fait moins chaud , ils 
font encore plus lents, & par conféquent ils avancent 
moins. Des trois efpéces que je connois , les Poly- 
pes verds font les plus vifs. Quoiqu'ils faffent leurs 
mouvemens avec lenteur, on peut dire qu'ils les font 
vite, en comparaifon des Polypes des deux autres, 
efpéces. 

Pour juger comment un Polype fe foutient à la 
fuperficie de l'eau, il fuffit d'examiner à la loupe a- 
vec attention l'extrémité poftérieure d'un de ces A* 
nimaux qui y font fufpendus #. Cette extrémité # pl. r. 
eft hors de l'eau , elle eft à fec au fond d'un petit Fi s- & h * 
creux #, dont elle même forme le fond, & dont l'eau *£.&pl.iil. 
forme les bords: & pour fe perfuader que cette cir. Fl s- Il -* &f * 
confiance eft abfolument néceffaire pour que le Poly- 
pe puiffe être foutenu à la fuperficie de l'eau, il n'y a 

E 3 qu'à. 



38 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

qu'à humetter avec une goûte d'eau fon extrémité 
qui eft à fec, & fur le champ il tombera à fond. Un 
Polype fe foutient à la fuperficie de l'eau , précifément 
par le même moien qu'on emploie pour y faire fou- 
tenir une épingle. On la pofe avec précaution fur 
cette fuperficie pour qu'elle ne fe mouille pas, & a- 
lors elle s'y foutient. Le côté de l'épingle qui ne 
touche pas l'eau eft à fec , au fond d'un creux formé 
par l'eau même , & qui eft toujours plus grand & 
plus profond, à proportion que l'épingle eft plus pe- 
fante. 

Lorsqu'un Polype veut paffer de demis le côté 

d'un verre à la fuperficie de l'eau, ilfuffit donc qu'il 

faffe fortir tant foit peu hors de l'eau la partie par 

laquelle il doit s'y foutenir , & qu'il lui donne le 

tems de fe fécher. C'eft aufli ce qu'il fait , & ce qu'il 

eft très aifé d'obferver , fi l'on en cherche l'occafion. 

Si, par exemple, un Polype eft fixé contre le côté 

* pl. m. d'un verre près de la fuperficie de l'eau *., il élevé, 

*"*/ ' pour y paffer, fon extrémité antérieure * vers cette 

fuperficie; il l'en fait fortir, & la laiffe fécher pendant 

* /. un infiant. Il détache alors fon bout poftérieur # du 

verre , le rapproche de la fuperficie de l'eau , & 

l'en fait fortir : dans un moment il eft Çtc, & en état 

de foutenir le Polype, qui retire fous l'eau fon bout 

antérieur. 11 fe trouve alors fufpendu à la fuperficie 

* éd. de l'eau #. Souvent il étend d'abord fon corps & 

fes bras. 

Ce que je viens de dire peut fuffire , pour faire 
comprendre comment les Polypes marchent fous la 
fuperficie de l'eau, & comment ils la quittent pour 

paffer 



DES POLYPES. I. Mêm. 39 

paffer fur les côtés d'un vafe, ou fur les corps qui 
font dans l'eau. 

Dans le cours des Expériences que j'ai faites fur 
les Polypes , il a fouvent été néceffaire , que ceux 
fur lefquels je les faifois fufTent fufpendus à la fuper- 
ficie de l'eau. On n'eft pas toujours fur qu'ils s'y ren- 
dront d'eux mêmes. J'ai donc cherché le moien de 
les y faire foute.iir quand je voudrois. J'ai d'abord 
tenté inutilement quelques expédiens , & je ne fuis 
parvenu au bon, que lorfque j'ai eu une idée nette de 
la manière dont les Polypes fe foutiennent à la fuper- 
ficie de l'eau. Dès que j'ai vu que leur bout pofté- 
rieur étoit à fec hors de l'eau, j'ai entrepris de met- 
tre aufh* à fec le bout poitérieur des Polypes que je 
voulois avoir à la fuperficie de l'eau , & je fuis par ce 
moien parvenu à les y faire foutenir. 

Pour cet effet, je commence par les mettre dans 
un verre peu profond, & j'attens qu'ils fe foient bien 
étendus. Enfuite je les tire de l'eau. Je me fers 
pour cela d'un pinceau. C'eft un inilrument très 
commode , & dont on a continuellement befoin pour 
manier les Polypes» Je mets le bout du pinceau fous 
le Polype , je le pouffe peu à peu jufqu'à la fuperficie 
de Teau; & je l'enlève fur ce pinceau, auquel il ref- 
te attaché. Il arrive ordinairement , qu'en touchant 
& en pouffant le Polype avec le pinceau, on le fait 
contracter, au moins en partie, & qu'il achève de fe 
contracter dans le moment qu'il fort de l'eau. Cepen- 
dant il eft à fouhaiter qu'il ne foit pas extrêmement 
contracté. On peut venir à bout de prévenir cette 
trop grande contraction 7 premièrement, en attendant 

que 



4o MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

.que le Polype foit bien étendu, avant que d'entre- 
prendre de le tirer de l'eau. En fécond lieu, en exé- 
cutant avec lenteur & avec délicatefïe ce qu'il faut 
faire pour placer le Polype fur le pinceau. Je dois 
encore avertir que le Polype, en fortant de l'eau, 
doit être couché fur le pinceau, de manière que 
fon extrémité antérieure, réponde au bout du pin- 
ceau. On en fentira la raifon. Il faut biffer un 
moment , une minute fi l'on veut , le Polype hors 
de l'eau fur le pinceau, que l'on prend enfuite dans 
une main , & dans l'autre une plume taillée en poin- 
te. J'enfonce peu à peu dans l'eau la pointe du pin- 
ceau , & avec elle le bout antérieur du Polype , qui efl 
appliqué deifus; & jufqu'à ce qu'il ne refte hors de 
Feau qu'une partie de fon bout poftérieur , d'envi- 
ron demi ligne de longueur, je continue à enfoncer 
le pinceau. Dans ce moment j'éloigne, avec la pointe 
de la plume que j'ai dans l'autre main, la partie du Po- 
lype qui efl déjà dans l'eau, & qui fouvent, en flot- 
tant , s'efl déjà détachée du pinceau ; je l'éloigné , dis- 
je, du pinceau, & par ce moien, & en fouflant contre 
le Polype,, je fais détacher du pinceau fon extrémité 
poflérieure, qui le touchoit encore, & qui fe trouvoit 
hors de l'eau. Dès qu'elle efl détachée , je retire le 
pinceau, & je laiffe le Polype tranquille. Le bout 
qui eft hors de l'eau y relie ordinairement , le corps 
s'étend dans l'eau , & le Polype fe trouve fufpendu à 
fa fuperfleie. Cela ne réùfïït pas toujours. Plufieurs 
accidens peuvent faire manquer le fuccès de cette 
tentative. On en efl quitte pour recommencer. 
Si un Polype efl déjà fufpendu à la fuperficie de 

l'eau, 



DES POLYPES. /. Mêm. 41 

l'eau, & qu'on veuille le changer d'eau, ce qui eft 
fouvent très néceffaire , il eft dans ce cas là facile de 
le faire fufpendre à la fuperficie de la nouvelle eau 
dans laquelle on veut le mettre, & qui doit être dans 
un autre verre. Il faut tâcher de placer le pinceau 
parallèlement au Polype, & de l'en approcher, jus- 
qu'à ce qu'il le touche. Le Polype s'applique con- 
tre le pinceau , on le tire de l'eau , & fon bout poflé- 
rieur , qui étoit fec , refte tel , enforte qu'on peut 
fur le champ le mettre dans la nouvelle eau, en fe 
fervant des précautions que je viens d'indiquer tout 
à l'heure. 

Qu e l Q_u e longue que foit la defcription de cette 
manœuvre que j'emploie pour faire fufpendre les 
Polypes à la fuperficie de l'eau, j'ai cru devoir la dé- 
crire en faveur de ceux qui voudront répéter mes Ex- 
périences, & en faire de nouvelles. Je leur épargne, 
par ce moien , la peine & le teins qu'ils devroient 
mettre à chercher des expédiens, & ils ne feront pas 
moins en état d'en trouver de meilleurs. 

J e n'ai jamais vu nager des Polypes , & il paroit 
qu'ils ne le peuvent pas. J'en ai détaché , des corps 
fur lefquels ils étoient fixés , dans toutes fortes de cir- 
conftances , dans différens degrés d'extenfion & de 
contraction; j'ai fait quitter à d'autres la fuperficie de 
l'eau, à laquelle ils étoient fufpendus; je les ai mrs-au 
milieu de l'eau , & aucun n'a fait le moindre mouve- 
ment pour nager: ils font tous tombés au fond de 
l'eau, plus ou moins vite, à proportion qu'ils étoient 
plus ou moins étendus ou contractés. 

J'ai donné les noms de pieds & de bras, à ces fils 

F qui 



42 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

qui fortent de l'extrémité antérieure des Polypes. 
On a vu par ce que j'ai dit fur leur mouvement pro- 
greffif, qu'en effet ces parties leur fervent de pieds. 
Lorfque je parlerai de la manière dont les Polypes fai- 
fiffent & retiennent leur proie , il fera facile de juger 
que furtout le nom de bras leur convient. J'indique- 
rai ici encore une autre fonction de ces bras. Les 
Polypes s'en fervent quelquefois pour fe crampon- 
ner fortement contre les corps fur lefquels ils font 
fixés. Ordinairement ils n'y font attachés que par 
leur bout poftérieur ; ce qui leur fufflt pour n'être pas 
entrâmes par un mouvement de l'eau , même confide- 
rable. J'ai obfervé plufieurs fois des Polypes, qui 
non feulement étoient fixés au fond de mes verres par 
leur bout poftérieur , mais dont deux ou trois bras , 
outre cela , dirigés vers différens côtés , étoient ten- 
dus & fixés contre le verre. Le Polype attaché de 
cette forte ne pouvoit être balotté par le mouvement 
de l'eau. Il fe peut qu'une pareille attitude foit 
quelquefois utile à ces Animaux lorfqu'ils font au 
fond des foffés. Mais il y a une circonftance dans 
laquelle il doit leur importer davantage de fe fervif 
de leurs bras en guife d'ancres & de cables , pour 
n'être pas entrainés par le mouvement de l'eau. Cefl 
lorfqu'ils font fufpendus à fa fuperficie. Ils font alors 
expofés à tous les mouvemens de l'eau. Suppofé 
donc qu'un Polype , & furtout un Polype à longs 
bras , foit fufpendu à la fuperficie de l'eau , & qu'il 
lui convienne de n'être pas entraîné par le mouve- 
ment de cette eau, il pourroit jetter l'ancre au moien 
de fes bras, il pourroit en fixer l'extrémité contre le 

fond 



DES POLYPES. l.Mêrn. 43 

fond de l'eau, ou contre les Plantes & les autres cho- 
fes qui font dans cette eau. S'il attachoit trois ou 
quatre bras de différens côtés, il feroit précisément 
dans le cas d'un Vaiffeau affourché fur fes ancres. 
Je ne donne point ceci comme un ufage évidemment 
certain de ces bras. Ce n'efl qu'une conjecture, qui 
a été occafionnée par un Fait que j'ai vu. 

Deux Polypes à longs bras * étoient fufpendus à *. PL - IIL , 
la fuperficie de l'eau d'un de mes verres. Je les trou- &d'c. 
vai un jour dans une attitude à peu près telle que cel- 
le que je viens de fuppofer. L'un * avoit deux de fes * d e. 
bras * fixés par leur extrémité contre le fond du * diSx.dk. 
verre, de deux côtés différens #, & l'autre f avoit **'&*• t«*. 
un bras * fixé auffi contre le fond du verre , & un * a g- 
autre bras * attaché par fon extrémité f au côté du. * ah. t h 
verre, aflez près du fond. J'agitai un peu l'eau en 
fouflant. Les vagues que mon foufle y occafionna, 
n'entrainerent pas entièrement les Polypes , ils furent 
retenus dans un certain efpace par leurs ancres , par 
leurs bras , qui étoient fort tendus , & qui étoient fer- 
mement attachés au verre. Je fus obligé de fecouer 
le vafe avec force pour les obliger à fe détacher. 

On a déjà pu juger par tout ce que j'ai dit, que 
les Polypes peuvent s'attacher fortement contre les 
corps fur lefquels ils s'arrêtent. J'ai fait quelques Ex- 
périences qui pourront donner une idée de cette ad- 
héfion. Les précautions néceffaires pour conferver 
les Polypes , fourniront fouvent occafion à ceux qui 
voudront en nourrir , de voir les Faits dont je veux 
parler. Pour conferver ces Animaux en fanté , il faut 
les changer d'eau afTez fouvent , furtout après qu'ils 

F 2 ont 



44 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

ont mangé : c'eft ce que l'on comprendra mieux par 
ce que je dirai dans la fuite. Si le Polype qu'on veut 
changer d'eau eft fixé contre les parois d'un pou- 
drier , & que ce poudrier , n'ait pas befoin d'être net- 
toie , il fuffira de jetter l'eau qui eft dedans. Quelque 
rudement qu'on la verfe , elle n'entrainera point le 
Polype, il reliera attaché au verre. On jugera en- 
core mieux de la force avec laquelle il tient contre 
ce verre, en y mettant de nouvelle eau. L'effort de 
l'eau qui tombe dans le verre en allez grande quanti- 
té, de plufieurs pouces de hauteur, & l'agitation où 
celle qui tombe tient l'eau qui eft déjà dans le pou- 
drier, ne fuffifent pas ordinairement pour détacher le 
Polype. Son bout antérieur eft fimplement empor- 
té de tous côtés par cette eau agitée, mais le bout 
poftérieur ne quitte point le verre. Il eft aifé de con- 
cevoir que, pour réfifter à un pareil effort, il doit ê- 
tre attaché avec affez de force. 

Cette adhéfion eft volontaire. On a vu ci 
deffus , qu'un Polype attache & détache fucceffive- 
ment, en marchant, les deux extrémités de fon corps 
& fes bras. Il eft donc le maitre de vaincre cette 
force avec laquelle il eft attaché. Il s'agit de favoir 
s'il la furmonte par un effort, ou par quelqu'autre 
moien. Les Polypes font des Animaux trop petits , 
pour qu'on puiffe faire fur eux des Expériences bien 
fûres à cet égard. 

Mr. de Reaumur en a fait, avec fa fagacité ordinai- 
re , fur l'adhéfion de l'Oeuil de bouc. Après en a- 
voir alîigné les principales caufes , il applique ce qu'il 
a dit de l'adhéfion de ce Coquillage, à celle des jambes 

des 



DES POLYPES. /• Mêm. 45 

des Etoiles & des Orties de mer. Mr. de Reaumur a 
trouvé, que c'eft furtout au moien d'une matière vif- 
queufe que ces Animaux s'attachent contre les corps, 
que l'effet de cette colle , combiné avec l'engrainement 
des parties de la peau de l'Animal, dans les irrégula- 
ritez des corps fur lefquels il s'attache, produit cette 
adhéflon de l'Oeuil de bouc. Ce Naturalifte a décou- 
vert , que lorfque cet Animal veut fe détacher , il mouil- 
le la bafe de fon corps avec de l'eau qu'il en fait for- 
tir, & que cette eau délaiant la colle qui le tenoit 
attaché, fupplée à l'effort néceffaire pour vaincre cet- 
te adhéfion. „ La bafe de l'Animal, dit Mr. de Reau- 
» mur *, en parlant de l'Oeuil de bouc, paroit rem- * Mém. 
„ plie d'une infinité de petits grains , elle eft comme P o Ur îîn- 
» chagrinée; une partie de ces grains font de petites "^ ^"j 
» cellules pleines d'eau. On n'en peut douter, puif- 
9i qu'ils la laiffent échapper lorfqu'on les ouvre en fai- 
M fant une plaie à la bafe , quelque légère que foit cet- 
« te -plaie. Une autre partie des mêmes grains con- 
» tient la colle , ou la glu dont il s'agit, ou, fi l'on 
„ veut, quelques autres vaifleaux la portent par tou- 
w te la bafe. L'Animal veut-il s'attacher , il exprime , 
« il fait fortir la glu des vaifleaux qui la contenoient , 
9 , & preffe fa bafe ainfi hume&ée contre quelque 
pierre que la mer a laiflee à découvert pendant fon 
» reflux. Veut -il quitter la même pierre, il n'a pas 
befoin d'emploier une force égale à celle d'un poids 
de trente livres , comme nous l'avons fait voir ; il 
„ n'a qu'à prefler les cellules qui contiennent l'eau; 
»> l'eau s'échappe, délaie la colle, & l'Animal a la li- 
w berté d'aller chercher des alimens convenables, 

F 3 II, 



46 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

Il eft très apparent, que ce que Mr. de Reaumur 
dit des caufes de l'adhéfion de l'Oeuil de bouc , con- 
vient aufli à celle des Polypes. Quelque polis que 
foient les corps fur lesquels ils s'attachent, le verre 
par exemple, ils ont encore affez d'irrégularités, pour 
que le Polype puiiTe , par la prefïion , y engrainer des 
parties de fa peau extrêmement petites, & cet effet, 
joint avec celui de la matière vifqueufe, peut fervir 
à expliquer leur adhéfion, quoique cependant je ne 
voudrois pas répondre qu'elle n'eût encore d'autres 
caufes. 

Il paroit certain que les Polypes ont de la matiè- 
re vifqueufe. Lorfqu'on les met à fec fur la main, & 
qu'on les manie , ils ne femblent compofés d'autre 
chofe que d'une pareille matière; il femble que l'on 
manie un peu de glaire. 

Il eft certain que le corps des Polypes eft chagriné, 
& même bien garni de petits grains ; mais je ne vou- 
drois pas décider que l'ufage de ces grains , ou leur feul 
ufage , confinât à fournir aux Polypes de la matière vif- 
queufe ou de l'eau, fuivant qu'ils veulent s'attacher ou 
fe détacher, ou lorfqu'ils veulent faifir ce que leurs 
bras rencontrent, ou le lâcher quand ils le tiennent. 

J'ai déjà défigné plufieurs fois les Polypes de la 
première efpéce par leur couleur , je les ai appelles 
les Polypes verds : Ceux des deux autres efpéces 
font ordinairement d'un brun rougeâtre, lorfqu'on les 
tire des foûes où ils fe font nourris. Les Polypes à 
longs bras approchent quelquefois d'un rouge cou- 
leur de chair. 

Il eft impoffible de défigner d'une manière préci- 

fe 



DES POLYPES. I. Mêm. 47 

fe la couleur des Polypes de ces deux dernières ef- 
péces , parcequ'elle varie beaucoup. Tous ceux 
que Ton tire à la fois des folles , font bien éloignés 
d'avoir la même nuance de couleur. Il s'en rencontre 
qui ont différentes nuances de brun & de rougeâtre, 
& quelquefois même il y en a qui ont une tou- 
te autre couleur. J'ai fait fur ce fujet des Expérien- 
ces très décifives ; mais la grande liaifon qu'elles ont 
avec ce qui regarde la nourriture des Polypes , m'o- 
blige, pour ne pas répéter les mêmes Faits, à en ren- 
voier l'expofition jufqu'à ce que je fois parvenu à 
cet article. 

La nuance de la couleur des Polypes change fui- 
vant leur degré d'extenfion & de contraction. Elle 
devient plus claire à mefure qu'ils s'étendent, & elle 
eft beaucoup plus foncée lorfqu'ils font fort contrac- 
tés. Cela regarde les trois efpéces de Polypes que 
je connois. 

L'Observation fuivante fe rapporte auiïi à 
ces trois efpéces de Polypes. Ils peuvent perdre leur 
couleur, & devenir blancs, & puis ils peuvent la re- 
prendre. Ils perdent & reprennent leur couleur peu 
à peu, & c'eft même de là que réfultent, en partie, 
ces différentes nuances que l'on découvre dans les 
différens individus de la même efpéce , & dans le mê- 
me individu en différens tems. Cette différence de 
nuance, dont je parle à préfent, efl indépendante 
de celle qui réfulte des différens degrés de contrac- 
tion & d'extenfion qui fe rencontrent dans les Polypes. 

Lorsq_ue l'on confidére un Polype à la loupe & 
au microfeope , la fuperficie de fon corps paroit cha- 

gri- 



48 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

* PL. V. grinée comme fi elle étoit garnie de petits grains *. 

Elle paroit ainfi, lorfque le corps eft contracté, & 
lorfqu'il eft étendu. Le plus & le moins peut va- 
rier fuivant ces circonftances, & fuivant d'autres. 
. La couleur qui fe fait remarquer dans les Polypes 
n'eft point fur leur fuperficie. On peut à l'œuil, mais 
furtout avec le fecours d'une loupe , ou de la lentille 
d'un microfcope , s'appercevoir qu'ils font recouverts 
de quelque chofe de tranfparent, & que ce n'eft que 
là deffous qu'eft ce qui donne aux Polypes leur cou- 
leur. Cette envelope tranfparente eft bien clairement 
repréfentée dans la Fig. i. de la PI. V. Je dois cepen- 
dant avertir ici, qu'il eft bon qu'on ne fe faffe pas 
une idée de cette envelope tranfparente des Polypes, 
comme fi c'étoit une peau diftincle, & féparée de ce 
qui eft deffous. 

L e bout antérieur des Polypes ne paroit pas tou- 
jours conformé de la même manière. J'ai déjà dit, 
& les Figures que j'ai citées font voir, que leurs bras 
fortent des bords de ce bout antérieur. C'eft ce qui 
eft au milieu de l'origine de ces bras dont je veux par- 

* PL. i. 1 er ? c ' e ft cette partie qui ne paroit pas toujours con- 
pl' iv ' & f° rm é e de la même manière. Elle eft très fouvent 
Fig. 4 . allongée, & elle a alors la figure d'un petit marne- 
t pl. v. Ion conique *. Le cône qu'elle forme paroit quel- 

* pi jj" crues fois tronqué f. D'autres fois on ne découvre 
Fig. 2. a',& aucun mamelon: l'intervalle qui eft entre l'origine des 
Fig . 5> ' bras eft tout uni %. Enfin , il eft creux en d'autres 

* pl. 1. circonftances, le bout antérieur du Polype eft ouvert, 
Fif'I '«'& ^ un £ eu évafé #. Ce n'eft pas feulement dans cette 
pl. iv. dernière circonftance que ce bout eft ouvert. Lorf- 

Fig. 6. a , 

quon 



a. 



DES POLYPES. /. Mèm. 49 

qu'on l'obferve à la loupe, quand il eft plat, ou quand 
il eft formé en cône tronqué, on y découvre quelques 
fois un petit trou. Il eft repréfenté en grand dans la 
Figure 1. de la PI. V. *. 

J e n'entrerai point à préfent dans le détail de Pu- 
fage de ce bout antérieur des Polypes , qui , comme 
on le voit, peut s'ouvrir & fe fermer. Mon but n'eft 
que d'en donner ici une defcription générale. J'aver- 
tirai feulement que l'ouverture qui eft à cette extré- 
mité antérieure fert de bouche aux Polypes. C'eft 
donc de leurs lèvres que fortent les bras *, & c'eft de * PL. rv. 
la forme que prennent ces lèvres en s'étendant & en lg " 4 * 5 " 
fe contractant, que dépendent les différences que j'ai 
remarquées dans le bout antérieur , ou , pour parier 
autrement , dans la tête des Polypes : car après avoir 
dit ce que je viens de dire , je puis lui donner ce 
nom. 

L'occasion' fe préfente ici naturellement, de 
comparer nos Polypes d'eau douce avec les Polypes 
de mer, & de juftifier , par le rapport que leur ftrucliu- 
re extérieure a avec celle de ces Animaux marins , le 
nom qui leur a été donné. Les pieds ou bras des Po- 
lypes marins font placés à leur tête & autour de 
leur bouche, & l'on eft à préfent en état de juger, 
que telle eft aum lafituation des pieds ou bras des Po- 
lypes d'eau douce. Les uns & les autres fe fervent 
de ces parties pour marcher , & je ferai bientôt voir 
que, de même que les Polypes marins, ceux d'eau 
douce s'en fervent aum pour arrêter leur proie , & 
pour la porter à leur bouche. 

La bouche de nos Polypes s'ouvre dans leur efto- 

G mac? 



5 o MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

mac , dans un fac qui va de cette bouche , de l'ex- 
trémité antérieure du Polype , jufqu'à fon extrémité 
poftérieure. C'eft ce dont on peut juger à Pœuil fim- 
pie , mais furtout avec le fecours d'une loupe. 11 
faut pour cela expofer le Polype au grand jour, ou à 
la lumière d'une bougie. La couleur du Polype ne 
lui ôte pas un certain degré detranfparence,aumoien 
duquel on diftingue clairement . qu'il eft percé d'un 
bout à l'autre. Ce vuide intérieur efl repréfenté dans 

Hfrî.«k le Polype groffi au microfcope #. 

] e ne me fuis pas contenté, pour m'afïiirer que les 
Polypes étoient percés d'un bout à l'autre , de les 
obferver en dehors. J'ai cherché à voir cette ouver- 
ture par dedans ; & pour cet effet j'ai coupé un Po- 
lype transverfalement en trois parties. Chacune de 
ces parties s'eft contractée, & s'en: trouvée fort cour- 
te. Je les ai toutes trois dreffées fur le fond d'un ver- 
re plat & plein d'eau , & j'ai vu alors très clairement 
qu'elles étoient percées d'un bout à l'autre. En re- 
gardant par le bout qui étoit en haut , je voiois par 
l'autre bout le fond du verre fur lequel chaque par- 

-* pl. iv. tie repofoit #; preuve certaine qu'elles étoient per- 
jg.1,2,3. c £ es ^> un k Qut £ p au tre: Et fi chacune de ces trois 

parties étoit percée d'un bout à l'autre, il s'enfuit 
bien évidemment, que le Polype qui en étoit compo- 
fé, étoit percé d'un bout à l'autre. La bouche étoit 
à l'extrémité antérieure de la première de ces trois 

• Fig.i.a. parties #: elle étoit alors fort ouverte. L'extrémité 
poftérieure du Polype fe trouvoit à un bout de la 

*Fig.>*. troifiéme partie #. Puifque cette partie étoit percée 
d'un bout à l'autre ; il s'enfuit clairement, que le bout 

pofté* 



DES POLYPES. I.Mèm. 51 

çoftérieur des Polypes peut aufîi s'ouvrir. On n'a 
pas autant d'occafions de le voir ouvert que la bou- 
che. Plufieurs Faits que je rapporterai dans la fuite 
pourront encore fervir à prouver que les Polypes 
font percés d'un bout à l'autre. 

Il eft facile de comprendre , combien & com- 
ment les différentes formes que peut prendre un Po- 
lype en s'étendant & en fe contractant , en fe cour- 
bant & en fe renflant en différens endroits , peuvent 
faire varier la figure de ce canal, qui paffe d'une ex- 
trémité de leur corps à l'autre. Il eft quelques fois 
cylindrique, & d'autres fois plus étroit ou plus lar- 
ge en de certains endroits qu'en d'autres #. Dans * pl. V. 
les Polypes à longs bras, qui fe rétréciffent confidéra- lg ' 1 ' 
blement , environ aux deux tiers de leur longueur , ce 
canal fe rétrécit à proportion #. * Fi S- *• 

J'ai donné le nom d'eftomac à cette ouverture qui 
régne d'un bout à l'autre du corps des Polypes ; par- 
ceque c'eft en effet là que font portés les alimens , 
& qu'ils y font digérés. Il eft fouvent plein d'eau , 
qui peut y entrer facilement , la bouche étant pref- 
que toujours ouverte. 

J'ai trouvé quelquefois des Polypes qui avoient 
une bulle d'air dans leur eftomac. La première fois 
que je vis une de ces bulles , je doutai fi c'en étoit 
bien une. Il y avoit un moien facile de s'en affurer. 
Tout Polype quin'eft pas attaché quelque part, tom- 
be au fond de l'eau, par fon propre poids. Celui 
dans l'eftomac duquel je croiois voir une bulle d'air, 
étoit fixé contre le côté d'un poudrier. Je n'avois 
qu'à le détacher. S'il n'avoit point de bulle d'air dans 

G 2 le 



52 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

le corps , il devoit aller à fond après avoir été déta- 
ché, & s'il avoit une bulle d'air, il devoit être élevé 
à la fuperficie de l'eau par l'effet de cette bulle d'air, 
comme cela arrive à tous les Polypes qui en ont une 
en dehors à leur extrémité poilérieure. Je détachai 
donc mon Polype, & d'abord il fut enlevé à la fuper- 
ficie de l'eau. 

L A peau qui enferme l'eftomac des Polypes , qui 
forme ce fac ouvert par les deux bouts , efl la peau 
même des Polypes. Tout l'Animal ne confifle que 
dans une feule peau, difpofée en forme de tuiau, ou 
de boiau, ouvert par fes deux extrémités. Lorfqu'on 
ouvre d'autres Animaux, des Chenilles, diverfes ef- 
péces de Vers, on leur trouve différens vaiffeaux; 
mais en ouvrant les Polypes, on n'en trouve abfolu- 
ment qu'un , auiTi long que le Polype , ou plutôt , 
comme je l'ai déjà dit , tout cet Animal ne paroit for- 
mer qu'un vaiiTeau, dont la fuperficie extérieure efl 
la fuperficie même de l'Animal. 

J'ai dit qu'on ne trouvoit dans les Polypes qu'un 
feul vaiffeau; j'ai feulement entendu par là , que je 
n'en ai pu découvrir aucun autre. Il fe peut qu'il, y 
en ait dans cette peau dont j'ai parlé, qui ont échap- 
pé à mes Obfervations , & qui font peut - être fi petits 
qu'ils ne peuvent être apperçus. 

I L efl clair que ce canal qui régne depuis la bouche 
des Polypes jufqu'à leur extrémité poilérieure, efl 
t PL - v ; le canal des alimens #, que c'eil l'eftomac , dans le- 
quel ils commencent à être préparés pour fervir à la 
nutrition. C'eft ce que j'aurai bientôt occafion de 
faire voir. Il doit y avoir dans la peau qui forme 

cet 



DES POLYPES. /. Mêm. 53 

cet eflomac , des parties qui reçoivent enfuite le fuc 
nourricier ; & il doit encore s'y trouver tous les or- 
ganes requis pour opérer la nutrition & l'accroiffe- 
ment des Polypes ; fans parler de tous ceux qui font 
néceffaires pour produire leurs mouvemens. Mais la 
nature & la difpofitlon de ces parties doivent être bien 
difficiles à découvrir , dans un Animal auffi petit & 
auffi molafTe que l'eft un Polype. 

On pourroit, par analogie, fuppofer dans la peau 
des Polypes telles ou telles parties; mais j'ai peine à 
croire que ces fuppofitions 7 fondées fur la fimple 
analogie , fulfent fort fatisfaiiàntes. Un Animal qui 
a diverfes propriétés directement contraires à l'analo- 
gie tirée de tant d'autres Animaux, ne peut -il pas 
auffi différer de ces Animaux à l'égard de la nature 
des parties imperceptibles qui les compofent , & de 
l'ceconomie animale qui réfulte de leur ftruclure & 
de leurs opérations ? Cela me paroit même plus que 
vraifemblable. 

J'ai expofé, de toute forte de manières , la peau 
des Polypes au microfcope,pour tâcher de découvrir 
de quoi elle eft compofée. Un de mes premiers foins. 
a été, d'examiner les bords, les lèvres de la peau d'un 
Polype coupé transverfalement. J'ai placé, pour cet 
effet , une portion de Polype fur un morceau de ver- 
re. Je l'ai fituée de manière, que je pou vois regar- 
der directement fur la tranche de la peau, fur la cou- 
pe du Polype # Il m'a paru que ce que j'ai appelle *. PI ^ ^ 
lafuperficie tranfparente du Polype r l'enveloppe de 
la partie colorée , étoit fort uni au relie, & lui reffem- 
bloit parfaitement; par rapport à la cojnpofition.de 

G 3 fes 



54 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

fes parties. Ces parties dont je veux parler, & dont 
il fera fait fouvent mention dans la fuite , font de pe- 
tits grains, dont les bords d'un morceau de peau de 
Polype paroiiïent garnis , quand on les obferve à 
la loupe & au microfcope. Cette peau, dans toute 
ion épailTeur , eft pleine de ces petits grains. 

Ce font ces mêmes grains qu'on remarque quand 
on obferve la fuperficie extérieure d'un Polype, ce 
font eux qui la font paroitre chagrinée. 

Je n'ai pu qu'être curieux de favoir, s'il y avoit 
de pareils grains fur la fuperficie intérieure de la peau 
des Polypes, fur les parois de leur eftomac. J'en ai 
donc ouvert plufieurs. Voici comment je m'y prens. 

J e mets un Polype fur ma main , & je l'y fais con- 
tracter le plus qu'il eft pofïïble; après quoi j'introduis 
dans fa bouche une pointe de cifeaux très fins, & je 
la fais fortir par le bout poftérieur. Je ferme enfuite 
les cifeaux, c'eft-à-dire , je coupe un côté de la peau 
du Polype fuivant toute fa longueur, j'ouvre d'un 
bout à l'autre le canal qu'elle forme, & en abaiffant 
après cela de côté & d'autre cette peau que j'ai fé- 
parée, je découvre la fuperficie intérieure de la peau 
du Polype, les parois de fon eftomac. Le Polype 
lui même n'eft plus qu'une peau fimple, étendue fur 
ma main, contre laquelle eft appliquée la fuperficie 
extérieure de cette peau, & dont l'intérieure eft en 
* pl. iv. deffus * Il m'eft alors facile de confidérer à mon ai- 
fe , avec une forte loupe , cette fuperficie intérieure 
de la peau du Polype ; & fi je veux l'expofer au mi- 
crofcope, je n'ai qu'à la tranfporter fur une lame de 
verre. Une loupe d'un foier très court , & de fortes 

len- 



DES POLYPES. L Mêm. 55 

lentilles du microfcope , m'ont fait auffi découvrir fur 

cette fuperficie intérieure de la peau des Polypes #, * PL. iv. 

1 < * -i a • ., . Fie. 7, a, 

une grande quantité de ces mêmes grains que j avois 
' déjà vus fur leur fuperficie extérieure , & fur la tran- 
che d'un morceau de peau. Mais la fuperficie inté« 
rieure m'a paru encore plus chagrinée que l'exté- 
rieure, & beaucoup moins unie : & au lieu d'être 
tranfparente , comme l'autre , elle a une teinte de la 
couleur du Polype. 

J'ai comparé ces deux fuperficies dans un grand 
nombre de Polypes que j'ai ouverts exprès, ou pour 
faire d'autres Expériences. On verra dans la fuite, 
qu'il ne m'a pas été indifférent d'avoir fait cette corn- 
paraifon. J'aurai occafion de défigner plus particu- 
lièrement en quoi ces fuperficies fe reffemblent, & 
en quoi elles diffèrent, en continuant à expofer ce 
que j'ai pu découvrir fur la ftrudure de cette peau 
des Polypes. 

I l m'a fernblé qu'elle étoit toute compofée de ces 
petits grains qu'on voit diftinctement fur fes deux 
fuperficies, & fur les bords des Polypes qu'on a cou- 
pés #. Pour examiner cela en détail , j'ai mis fur une * Fjg. 2. o. 
lame de verre, un morceau de peau dans une goutte ' 7 ' " 
d'eau, & je l'ai enfuite expofé à la loupe & au mi- 
crofcope*. J'ai déjà dit qu'on voioit, autour des bords * Fig. s. a. 
d'un morceau de peau de Polype, une grande quan- 
tité de grains. J'en ai fait fortir un plus grand nom- 
bre #, en le prenant avec la pointe d'une plume , * h c, <f. 
en le frottant contre le verre, & en tâchant de le fai- 
re déchirer. Les grains fe répandaient de toute part 
dans l'eau, & s'y trouvoient enfuite par monceaux *. * •*?• 

Lorf- 



56 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

Lorfquc je panchois un peu la lame de verre fur la- 
quelle étaient ces grains, il fe formoit de petits cou- 

* vu iv. rans qui les entrainoient *. Ces courans fe formoient 
Jfi " ' ' c ' ' le long des bords du morceau de peau de Polype * 

dont les grains étoient fortis, & ils en détachoient de 
nouveaux. Ce que j'ai vu alors m'a donné occafion 
de juger, que ces grains ne font pas fort attachés les 
uns aux autres. Le courant d'eau les fépare fouvent, 
& les entraine chacun à part. 

J'a i cherché , avec tout le foin poffible , s'ils étoient 
logés dans des vaiffeaux, mais je n'ai rien pu décou- 
vrir. Il faut cependant qu'il y ait quelque chofe qui 
tienne ces grains raffemblés , qui faffe que l'eau ne fé- 
pare pas ceux d'un Polype entier , comme elle fépare 
ceux des morceaux de Polype qu'on déchire dans une 
goutte d'eau. 

Ce que je vai dire de la matière glaireufe des Po- 
lypes, indiquera peut-être une caufe de l'union de 
ces grains. Pour cet effet , je reviens aux morceaux de 
peau de Polypes, placés dans une goutte d'eau, fur 
une lame de verre. Quand j'en ai agité & déchiré 
dans cette goutte d'eau, pendant que je les obfervois 
avec une loupe d'un foier fort court, j'ai vu plufieurs 
grains qui paroiiToient engagés en commun dans une 
matière glaireufe. 

I l e(t certain que les Polypes font glaireux ; & 
c'efl ce dont on fe convaincra facilement par fes pro- 
pres yeux, pour peu qu'on les obferve avec atten- 
tion. Quand on élève la pointe de la plume * qui 

* Fig. 9- «• elh dans un morceau de peau de Polype #; elle en- 

traine quelques fois un fil de matière glaireufe, qui 

fou- 



DES POLYPES. I. Mêm. 57 

fouvent eft garni de grains. J'ai vu commodément 
filer cette matière glaireufe d'un morceau de Polype , 
placé devant une forte lentille du microfcope, en ap- 
puiant fur cette peau de Polype la pointe d'une 
plume, qui étoit fendue comme le font celles dont 
on fe fert pour écrire. La fente de la plume s'ou- 
vroit, lorfque je l'appuiois, & je voiois alors un fil 
de glaire, pius ou moins épais #, qui traverfoit cet- p i g L ' 1 ^* 
te ouverture. Ces fils font ordinairement garnis de 
grains : mais à force d'agiter & de fecouër un petit 
morceau de peau dans une goutte d'eau , j'ai fait fé- 
parer de la glaire la plupart des grains ; enforte qu'el- 
le eft reliée à peu près feule au bout de la plume. 
Pendant cette opération , je confidérois continuelle- 
ment l'objet avec une forte loupe. 

Il n'y a donc pas lieu de douter, que ces grains 
des Polypes ne foient mêlés avec une matière glai- 
reufe, qui contribue à les tenir réunis. Je donnerai 
bientôt, en parlant de la ftruclure des bras des Poly- 
pes, des preuves de la ténacité de cette matière. Il 
m'a femblé qu'il y en avoit toujours plus à la fuperfi- 
cie extérieure des Polypes , qu'à l'intérieure. C'eft ce 
qui fait paroitre cette fuperficie extérieure plus unie 
que l'autre. Souvent même les Polypes paroiflent 
enveloppés de cette matière, qui leur fert en quel- 
que manière de peau. 

S 1 on expofe un Polype entier au microfcope , 
fans lui avoir fait aucune bleffure, on ne laiffe pas 
d'ordinaire de voir , en quelques endroits de la fuper- 
ficie , des grains qui s'en font détachés. Cela fe re- 
marque aux Polypes les plus fains ; mais lorfque ces 

H grains 



58 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

grains fe détachent en grande quantité, c'cfl le fymp- 
tome d'une maladie très dangereufe. La fuperficie 
du Polype qui en eft attaqué, devient de plus en plus 
irréguliére , elle n'eft plus terminée comme aupara- 
vant, iLen fort des grains de tous cotez, le Polype fe 
* PL. iv. contraclie, fe renfle, de même que fes bras *, il prend 
un œuil blanchâtre, enfin il perd fa forme, & il ne fe 
trouve plus , à la place où il étoit , qu'un amas de 
* h grains #. On diroit que la matière glaireufe , qui 
réunifToit ces grains, a perdu fa ténacité, & que dès 
lors ils fe font féparez. Pour bien voir les effets de 
cette maladie que je viens de décrire, il faut l'obfer- 
ver dans un Polype de la féconde ou de la troifiéme 
efpéce, & en choifir un des plus grands. 

J e dois faire encore ici une remarque très impor- 
tante fur les grains dont la peau des Polypes eft gar- 
nie. Lorfqu'en déchirant un petit morceau de cette 
peau, qui en: dans une goutte d'eau, fur une lame de 
verre, on en a fait fortir une grande quantité, les 
uns font réunis en petits monceaux , en differens en- 
droits de cette goutte, & les autres font feuls. Ces 
monceaux de grains, obfervés au microfcope, paroif- 
fent être de la couleur du Polype dont ils ont été ti- 
rés. C'efl ce qui eft très fenfible dans les monceaux 
de grains des Polypes verds , parceque leur couleur 
verte eft plus vive & plus frappante que celle du 
brun rougeâtre des autres Polypes. Cependant on 
ne laiffe pas de remarquer diftin&ement , que les 
monceaux de grains de ces derniers font colorés. Mais 
lorfque les grains des uns & des autres ne font pas réu- 
nis ^ ils font d'un blanc tranfparent; Par exemple, lors- 
qu'on 



DES POLYPES. I. Mèm. 59 

"qu'on fépare ceux qui paroiffoient colorés quand ils 
étoient réunis en monceaux , ils paroiffent tranfparens. 

Il n'y a rien d'extraordinaire dans ce Fait. Les 
petites parties d'un corps coloré , lorfqu' elles font fé- 
parées , ne paroiffent pas d'une couleur aufîi vive que 
lorfqu'elles font réunies. J'indiquerai dans la fuite 
des Faits qui, peut-être, pourront fervir à rendre 
raifon, pourquoi cela efl encore plus remarquable 
dans les grains des Polypes, que dans les grains de 
beaucoup d'autres matières colorées. 

Puis qu e les grains d'un Polype , quand ils font 
réunis , ont la couleur même de ce Polype , il efl 
clair que fa couleur dépend de celle de fes grains , & 
que c'eft dans ces grains qu'elle réfide. Mais j'ai dit ci 
deffus*, que les Polypes pou voient perdre leur couleur #p afT . 47t 
& devenir blancs; perdent -ils donc alors leurs grains, 
& efl -ce de la perte de ces grains que refulte celle 
de la couleur? La queflion efl certainement intéreffan- 
te, & l'on fent que la réponfe doit donner des éclair- 
ciffemens fur la nature des grains des Polypes. Il n'y 
avoit , pour éclaircir cette queflion , qu'à obferver a- 
vec foin, fi les Polypes, qui ont perdu leur couleur 
en tout ou en partie , ont encore des grains ; ou au 
moins, s'il ne leur en refte que très peu, s'ils ont di- 
minué proportionnellement à la diminution de leur 
couleur. C'eft ce que j'ai fait. J'ai obfervé plufieurs 
Polypes blancs , & pour faire des Obfervations plus 
fûres , j'en ai en même tems examiné de colorés. J'ai 
trouvé dans les Polypes blancs des grains en abon- 
dance, & beaucoup plus, ce me femble, qu'ils n'au- 
roient dû en avoir, f] la quantité de ces grains avoit 

H 2 di- 



6o MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

diminué proportionnellement à la couleur. On peut 
donc conclure de là , que les Polypes ne perdent pas 
leurs grains à proportion de leur couleur, & par con- 
féquent, que ce font les grains eux-mêmes qui per- 
dent cette couleur, qui ceffent d'être colorés. Voi- 
ci un Fait qui achèvera de le prouver. Ceft que de 
petits monceaux de grains, tirés d'un Polype qui a 
perdu fa couleur , ne font point colorés , au lieu que 
tous les monceaux de grains d'un Polype coloré , le 
font eux mêmes toujours à proportion du degré de 
couleur qu'avoit le Polype , & de la quantité de 
grains qui font raffemblés. 

J e me fuis fort étendu fur le fujet de ces grains , 
parceque l'étude que j'en ai faite m'a fourni les feu- 
les idées que j'aie de l'organifation des Polypes. 
Ces idées, quoique confufes & imparfaites, m'ont pa- 
ru intéreffantes , & le paroitront peut-être à d'au- 
tres , quand ils auront vu ce que j'ai encore à dire là 
deflus. Je fuis, par exemple, parvenu à découvrir 
la caufe de la couleur de ces grains des Polypes, mais 
je fuis obligé de renvoier tout ce détail, jufqu'àceque 
j'aie expofé une partie des Faits relatifs à la nourriture 
des Polypes & à fes effets. Quand on viendra à la 
fuite des Obfervations qui regardent ces grains, il im- 
portera beaucoup qu'on fe rappelle ce que j'en ai dit 
jufqu'à préfent. 

La ftru&ure des bras des Polypes a beaucoup de 
rapport avec celle de leur corps. Lorfqu'on obferve 
ces bras à la loupe ou au microfeope, contractés ou 
étendus , on trouve que leur fuperficie extérieure eft 

* pl. v. chagrinée ; de mçme que celle du corps des Polypes *. 

Fig. i. un 



D E S P OL Y P E S. I. Mêm. 61 

Un bras fort contracté paroît extrêmement chagriné, 
& même beaucoup plus que le corps d'un Polype. Il 
l'eft moins , à mefure qu'il s'étend; & lorfqu'il eft allez 
étendu, il ne paroit pas chagriné par -tout. On re- 
marque même alors dans le bras une différence confi- 
dérable. Ce dont je veux parler , s'apperçoit dans 
les Polypes de la féconde & de la troifiéme efpéce, 
mais furtout dans ceux de la troifiéme, parceque leurs 
bras s'étendent confidérablement. Ce font ces der- 
niers que je m'attacherai à décrire ici. 

La fuperficie d'un bras qui , lorfqu'il eft contracté, 
paroit très chagrinée par -tout, très garnie de petits 
grains , change continuellement , à mefure qu'il 
s'étend, & plus fenfiblement près de l'extrémité du 
bras qu'à fon origine #. *. PL - v - 

Je fuppofe qu'on obferve un bras pendant qu'il s'é- 
tend Peu à peu on voit ces grains , dont fa fuperfi- 
cie eft garnie, & qui, lorfqu'il étoit fort contracté, fe 
touchoient, ou à peu près; on voit, dis-je, ces grains 
laifler entr'eux des intervalles #. Quand le bras eft * Kg. 2. 
parvenu à un certain degré d'extenfion , fa fuperficie 
n'eft plus queparfemée de boutons #, qui, continuant * Kg. 3. 
à s'éloigner les uns des autres au moien de l'exten- 
fion du bras, fe trouvent enfin rangés à la file*, & * Fig. 4, 
féparés par un fil tranfparent #„ Ces boutons fe for- * « % r. 
ment par la réunion de plufieurs grains. Ils paroif- 
fent, au premier coup d'œuil, comme autant de bou- 
tons enfilés à un fil, & qui ne fe touchent pas. Mais 
iorfqu'on obferve avec plus d'attention, on s'apper- 
çoit que ce fil ne paiTe point par le milieu de ces bou- 
tons #. * Fig. 4, 

P 3 Ces 



6a MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

Ces différens états du bras d'un Polype, que je 
viens de décrire comme fe fuccedant à mefure qu'il 
s'étend , peuvent s'obferver en même tems , dans le 

* PL. V. même bras, en différens endroits #. Il ne s'étend pas 
lg ' ' également par- tout. Son bout s'étend d'ordinaire le 

premier, & laifTe voir ces boutons, dont j'ai parlé, 
bien féparés, lorfqu'on ne s'apperçoit prefque pas 
qu'ils le foient éloignés près de fon origine. On peut 
juger de ce que je dis ici, en parcourant del'oeuil, d'un 
bout à l'autre, les bras du Polype repréfenté en grand 
dans la Figure i. de la PL V. ; mais furtout en faifant 
attention aux portions de bras extrêmement groflies 
au microfeope. La Figure 2. repréfenté un bras 
étendu , tel qu'il efl près de fon origine. Les grains 
font peu féparés. Ils le font davantage dans la Figure 
3. C'efl celle du milieu du bras d'un Polype éten- 
du. Enfin la Figure 4. fait voir ces grains range» 
à la file , tels qu'ils font furtout près de l'extrémité 
du bras d'un Polype. 

Souvent cette extrémité efl terminée par un 
» Fig. 1. bouton #. 

Les efpéces de poils , défîmes dant les Fig. 3 . & 4. de 

* e,e,e. la PI. V *. fe remarquent dans un bras de Polype étendu , 

lorfqu'on l'expofe à une forte lentille du microfeope. 
Ils paroiffent tranfparens. 

Voici de quelle manière je m'y prends, pour ob- 
ferver avec des verres les bras des Polypes , & fur- 
tout de ceux de la troifiéme efpéce. 

O N peut facilement obferver un bras , foit étendu , 
foit contracté, avec une loupe, à travers les côtés du 
poudrier dans lequel il efl. Il fuffit , pour s'en procu- 
rer 



DES POLYPES. L Mêm. 63 

rer l'occafion , d'avoir plufieurs Polypes dans un ver- 
re: il s'en trouve toujours quelques uns dont les bras 
font allez près des côtés du poudrier pour être à 
portée d'une loupe d'un foier de cinq à fix lignes. 
Mais il faut tirer ces bras de l'eau, pour les expofer 
au microfcope. A la vérité, il n'y a pas de difficulté 
quand il ne s'agit que d'obferver un bras contracté. 
En mettant le Polype hors de l'eau, fes bras fe con- 
tractent ; on en coupe un , & on le place fur une la- 
me de verre qui puiffe s'ajufter au microfcope. Ce 
qui demande le plus de foins , c'eft de mettre fur cet-, 
te lame un bras étendu. Pour cet effet , je choifis 
un Polype qui foit fixé contre le côté du poudrier eu 
haut , fort près de la fuperficie de l'eau. Dans le mo- 
ment que quelqu'un de fes bras eft bien étendu, je 
prens d'une main une plume, au bout de laquelle eft 
un pinceau , & de l'autre main une lame de verre , lon- 
gue de deux ou trois pouces, & large de cinq ou fix 
lignes : je la tiens entre deux doigts par une de fes 
extrémités. Alors je vai rencontrer avec la pointe 
du pinceau, le bout du bras étendu que je veux 
obferver. Ce bout s'attache au pinceau , je le mets, 
tout doucement hors de l'eau : le refle du bras le fuit. 
J'ai de cette manière une partie du bras hors de l'eau. 
Si elle n'efh pas affez étendue, je la puis faire étendre 
en la tirant. Le Polype étant attaché contre le verre, 
refte à fa place lorsqu'on tire fon bras, & il faut a- 
lors que ce bras s'étende , qu'il prête ou qu'il fe rom- 
pe. Il prête, & affez pour que, fi l'on s'y prend dé- 
licatement, on puiffe le faire beaucoup étendre. 11 
ne refle plus, pour le mettre fur la lame de verre, 

que. 



64 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

que de la palier fous ce bras , & de les approcher l'un 
de l'autre, jufqu'à ce qu'ils fe rencontrent. Alors, 
en faifant un petit mouvement de la main qui tient la 
lame, je fais rompre le bras des deux côtés du bord 
de cette lame. Il en refte une partie au bout du pin- 
ceau , une autre au Polype , & celle du milieu fe trou- 
ve appliquée contre la lame de verre. On peut l'ex- 
pofer à toutes fortes de microfcopes. Elle ne change 
point lorfqu'elle eft féche; au moins elle relie pen- 
dant plufieurs jours, telle qu'on l'a vue* d'abord après 
l'avoir tirée de l'eau. 

Il faut examiner avec attention le bras d'un Po- 
lype pour lui trouver de la couleur, fans quoi l'on 
jugera qu'il eft blanc. Mais en l'obfervant à la loupe 
& au microfcope, furtout lorfqu'il eft contracté, on 
découvre, depuis fon origine jufqu'à une certaine dif 
tance, une teinte de la même couleur qui fe fait re- 
marquer dans le Polype auquel il appartient. 

Puisque les bras des Polypes font colorez & ont la 
même couleur que le corps , nous fommes conduits na- 
turellement à un autre rapport qui eft entre ces bras 
& ce corps. Nous avons vu que la couleur du corps 
des Polypes confifte dans celle des grains dont il 
eft garni; il eft donc bien naturel de penfer que leurs 
bras ont aufîi de pareils grains, & il fuffit, pour s'en 
convaincre , d'en déchirer fur une lame de verre , & 
de les obferver au microfcope. Ce font aufll ces 
grains qui font paroitre la fuperficie des bras chagri- 
née, & ce font eux qui, à mefure que les bras s'éten- 
dent, forment, en fe réunifiant, ces petits boutons 
* pl. v. dont j'ai parlé. Ces boutons contiennent plufieurs 
Fig.2.3.&4- de ces grains *, On 



DES POLYPES. L Mêm. 65 

On voit très diftinctement dans un bras étendu, 
cette matière dans laquelle font les grains, & que 
j'ai appellée glaireufe, en parlant du corps des Poly- 
pes. Lorfqu'un bras eft affez étendu, pour que fes 
boutons foient à la file, & à quelque diftance les uns 
des autres , ce fil * qui les fépare n'eft compofé que * PL. y. _ 
de cette matière. Il eil facile de juger de fa tranfpa- 1 s-4-'> ? >*» 
rence, en l'examinant à la loupe ou au microfcope, 
& pour fe former une idée de fa ténacité , il fuffit de 
penjfer à la réfiftance que peut faire un bras de Poly- 
pe fans fe rompre. On aura dans la fuite plufieurs 
occafions de juger de la force de ces bras. 

Ce que je viens de dire des bras des Polypes, 
peut fervir à éclaircir un peu l'idée encore fort con- 
fufe que nous avons de la flructure de ces Animaux. 
On comprend bien, que c'eft aufll dans cette matière 
glaireufe qu'eft la force des Polypes , & que doivent 
être toutes les parties qui fervent à opérer leur mou- 
vement de contraction, d'extenfion, d'inflexion &c. 

Reste encore à fa voir, par rapport aux bras des 
Polypes, s'ils font percez en dedans, comme le corps. 
J'ofe l'affurer, & je compte d'en donner une preuve 
évidente. Le Fait, dont cette preuve dépend, fe pré- 
fentera naturellement dans une autre occafion. Il 
prouvera en même tems que ce vuide, qui eft en 
dedans des bras des Polypes , communique avec leur 
eftomac. 

Il ne m'a pas été pofTible d'ouvrir des bras, pour 
voir leur fuperficie intérieure, comme j'ai vu celle 
du corps. Il eft à préfumer qu'il y a un très grand 
rapport entre ces fuperficies. 

I Tout 



66 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

Tout ce que j'ai dit jufqu'à préfent, doit fervir 
à faciliter l'intelligence de ce que je dirai dans la fui- 
te fur d'autres articles de l'Hiftoire des Polypes, par 
exemple, fur la manière dont ils fe nourriffent: & les 
Faits relatifs à cet article là, me fourniront l'occafion 
d'approfondir un peu plus le fujet de leur ftrudhire. 

J'AI déjà fait mention, au commencement de ce 
Mémoire , du penchant qu'ont les Polypes pour la 
* Pag. ii. lumière #. On a vu qu'ils fe rendent toujours fur le 
côté du verre le plus éclairé. Je ne me fuis pas con- 
tenté de les faire fimplement raffembler fur ce côté 
du verre le plus éclairé. J'ai enfermé un grand verre, 
bien peuplé de Polypes verds , dans un étui de car- 
ton , tel que celui d'un manchon , qui avoit à un de 
fes côtés une ouverture faite en forme de chevron. 
Cette ouverture répondoit au milieu du côté du ver- 
re qui étoit dans l'étui. Lorfque j'ai expofé ce ver- 
re, de manière que l'ouverture du carton fut tournée 
vers le jour , il eft toujours arrivé que les Polypes 
font venus fe ranger fur le côté du verre qui répon- 
doit à cette ouverture , de forte que leur affemblage 
avoit la forme d'un chevron ; & étoit vis à vis de ce- 
lui qui étoit coupé dans le carton. J'ai tourné très 
fouvent le verre dans fon étui, & toujours j'ai vu, 
au bout de quelques jours, les Polypes rangés en che- 
vron près de l'ouverture. Pour varier davantage 
l'Expérience , j'ai difpofé le carton de manière , que le 
chevron fut tantôt droit & tantôt renverfé; & fui- 
vant cela , l'affemblage des Polypes a eu la forme 
d'un chevron droit ou renverfé. 

On 






DES POLYPES. /• Mêm. 6 7 

On pourroit foupçonner, que cen'eft pas la lumiè- 
re que les Polypes cherchent, mais le plus grand air, 
& l'air le plus chaud : mais quoique j'aie placé l'ou- 
verture de l'étui, dans lequel étoit le verre, de ma- 
niére qu'elle fut plutôt expofée à l'air le plus froid 
qu'à Fair le plus chaud, les Polypes ne fe font pas 
moins raflèmblés vis à vis de cette ouverture. Si c'é- 
tait le plus grand air qu'ils cherchent, ils fe réuni- 
roient tous à la fuperficie de l'eau. 

Il paroit donc certain, que c'eft en effet la lu- 
mière qui attire ces Animaux fur le côté du verre le 
plus éclairé. Ce n'eft pas là un Fait nouveau. On 
connoit depuis longtems différens Animaux terreftres 
& aquatiques qui fe rendent vers la lumière. Plufieurs 
efpéces de Mouches , & plufieurs Papillons nocturnes 
en fourniffent des exemples continuels dans les foi- 
rées d'Eté : & peu de gens ignorent , que la lumière 
d'une chandelle & d'un flambeau, eft un piège dont 
on fe fert pour attirer & pour prendre divers Ani- 
maux aquatiques. C'eft , par exemple , de cette ma- 
nière qu'on pêche les Polypes marins fur les côtes de 
la mer Adriatique. Ils viennent à la lumière que les 
pêcheurs font luire le foir fur la fuperficie de l'eau. 

Il y a même différentes efpéces de petits Infectes 
aquatiques , qui paroiffent avoir un penchant marqué 
pour la lumière, & j'en connois entr'autres une qui, 
par fa ftrudture , doit même être rangée dans la 
Claffe des Polypes. 

J'ai été curieux de fuivre exactement la route des 
Polypes verds , qui fe rendoient vis à vis de l'ouver- 
ture de l'étui dont je viens de parler. Il eft fouvent 

I 2 arri- 



68 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

arrivé, lorfquc j'ai mis le verre dans cet étui , que 
plus de cent de ces Polypes étoient fixés fur le fond. 
La plupart font venus monter le long du côté du ver- 
re oppofé à l'ouverture , de là ils fe font rendus à la 
fuperficie de l'eau, ils l'ont traverfée, & font paflcs 
enfuite fur le côté le plus près du jour , qu'ils ont 
parcouru, jufqu'à ce qu'ils fe foient trouvés vis à vis de 
l'ouverture. Si les Polypes favoient nager, le plus 
court feroit de traverfer l'eau à la nage , pour fe ren- 
dre vis à vis de cette ouverture, mais ne le pouvant 
pas , ils font obligés de parcourir les parois du verre , 
& la fuperficie de l'eau. Il.eft à remarquer, qu'en fai- 
fant ce tour qui les conduit à l'endroit le plus éclairé, 
ils paffent par des endroits obfcurs, tels que font, par 
exemple, ceux du verre fur lefquels la lumière qui 
paffe par l'ouverture ne donne pas. Cette remarque 
m'a fait penfer à examiner , s'ils continuent, même 
pendant les ténèbres , à fuivre la route qui doit les 
mener vers l'endroit le plus éclairé. J'ai marqué pen- 
dant trois foirs de fuite, entre huit & neuf heures, la 
place de vingt Polypes verds , qui montoient le long 
du côté du verre oppofé au jour, pour fe rendre, par 
la fuperficie de l'eau, fur le côté le plus éclairé, j'ai 
mis un petit morceau de papier contre le verre, à 
côté du bout poftérieur de chacun de ces Polypes, 
Afin d'être bien afïïiré , qu'ils n'avoient pu profiter de 
plus foibles raions de lumière, j'ai même, pendant la 
nuit, fermé l'ouverture très exactement, enforte que, 
quand même je ne les ferois pas venu obferver avant 
le jour , j'étois fur qu'ils n'avoient pu appercevoir 
aucune lumière. C'efl en hyver que j'ai fait cette Ex- 

périen- 



DES POLYPES. I. Mêm. 6g 

périence. Je fuis venu chaque matin confidérer mes 
voiageurs, & aucune des trois fois que j'ai marqué 
leur place , il n'y en a pas eu plus de quatre qui y 
foient reliés. Quelques-uns avoient fait plus d'un 
pouce de chemin. Ceux qui le foir étoient près de 
la fuperficie de l'eau, étoient paffés à cette fuperficie, 
& les autres étoient montés le long du côté fur lequel 
ils étoient. le foir, lorfque je marquai leur place. 

J'ai tenu le même verre dont je viens de parler, 
dans un étui qui n'avoit aucune ouverture: & je n'ai 
jamais vu que les Polypes fe raffemblaffent nulle part. 

Comme les Polypes verds font plus vifs que ceux 
des deux autres efpéces , il efl plus facile de faire fur 
eux les Expériences dont je viens de parier. Il n'y a 
cependant rien de plus facile , que de s'affurer que les 
autres cherchent aufîi la lumière. Il fuffit pour cela, 
d'en tenir, pendant quelque tems de fuite, un cer- 
tain nombre dans un même verre , fans le changer 
de place. 

EXPLICATION DES FIGURES 
DU PREMIER MÉMOIRE. 

Planche I. 

LA Figure i , repréfente trois Polypes verds de 
grandeur naturelle , fixés par leur bout poflé- 
rieur fur une Plante de Lentille ef. Le Polype ab eil 
vu de côté , fes bras font un angle obtus avec le corps : 
kd eil aufîi vu de côté, mais fes bras font un angle 

I 3 droit 



70 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

droit avec le corps: i g préfente fon bout antérieur, 
& fait voir fa bouche i ouverte. 

La Figure 2, montre deux Polypes de la féconde 
efpéce, attachés par leur bout poilérieur à un mor- 
ceau de bois g h. Le Polype ab , efl vu de côté, & le 
Polype de, a le corps recourbé en avant, & fait voir 
fa bouche e ouverte. 

La Figure 3, efl celle d'un Polype de la trôifié- 
me efpéce , de grandeur naturelle , & dont les bras 
pendent en bas, & font fort étendus. J'en ai vu fou- 
vent qui l'étoient pour le moins autant que ceux qui 
font repréfentés dans cette Figure, a la tête du Poly- 
pe , qui efl terminée par un mamelon conique ; c'efl 
la forme que prennent fouvent les lèvres des Polypes : 
d l'endroit où le Polype fe rétrécit : d b fa partie pof- 
térieure, beaucoup plus étroite que le refle du corps, 
& qui paroit être une forte de queue. 

La Figure 4, fait voir un Polype de la troifiéme 
efpéce , fufpendu à la fuperficie de l'eau par fon bout 
poilérieur. b Le petit creux formé à la fuperficie de 
l'eau , & au fond duquel efl; l'extrémité du bout pof- 
térieur du Polype: d l'endroit où le Polype fe rétrécit. 
Les bras de ce Polype font fort inégaux : il a été re- 
préfenté ainfi , afin de faire voir , que ces bras ne s'é- 
tendent pas toujours tous également; c'efl même ce 
qui efl affez rare. Il y en a deux dans cette Figure 
qui font contournés près de leur origine. 

Dans la Figure 5 , on voit un Polype de la fé- 
conde efpéce , dont le corps & les bras font fort con- 
tractés. 
La Figure 6, efl celle d'un Polype à longs bras, 

dont 



DES POLYPES. L Mêm. 7Î 

dont le corps & les bras font aufïï fort contractés. 
On diftingue dans cet état la partie poftérieure du Po- 
lype, qui eft. marquée d b dans la Figure 3 , & qui 
eft toujours plus étroite que le relie, foit que le Po- 
lype foit étendu, ou contracté. 

La Figure 7 , repréfente une feuille de Nénufar 
hors de Teau , & renverfée. Trois Polypes affez 
grands fe voient fur fa fuperficie inférieure, tels que 
ces Animaux paroiffent quand ils font hors de l'eau. 

Planche IL 

LA Figure 1 , fait voir un Polype de la troifiéme 
efpéce, dont le corps & les bras forment diffé- 
rentes inflexions. Elles peuvent fervir d'exemple de 
quelques unes ; il ne feroit pas poiïible de les repréfen- 
ter toutes. La plupart des Figures qui font jointes à 
cet Ouvrage, en fourniffent auffi des exemples. 

La Figure 2 , montre un Polype de la féconde ef- 
péce, fixé par fon bout poftérieur ^ à un brin de 
bois , & dont le corps eft. contourné en forme de 
cornet de portillon. On en voit quelquefois qui 
prennent cette forme, & un nombre confiderable d'au- 
tres qui y ont du rapport, a la tête du Polype: fes 
lèvres ne font pas étendues, & ne forment pas un 
mamelon ; elles font réunies & applaties , enforte 
qu'on ne remarque ni élévation, ni creux. 

La Figure 3, repréfente un Polype de la troifiéme 
efpéce , fixé par fon bout poftérieur b , fur le milieu du 
fond d'un grand poudrier. Son corps ab eft dreffé 
fur ce fond, deux de fes bras s'élèvent furtout vers 

le 



72 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

le haut du verre, mais leur partie antérieure retom- 
be vers le fond. Les autres bras font dirigés de côté 
& d'autre du corps , & leur extrémité retombe fur le 
fond du verre. Cette Figure repréfente un Polype 
que j'ai vu , & dans lequel ces différentes attitudes 
étoient réunies dans le même inftant. 

La Figure 4, eft celle d'un Polype de la troifiéme 
efpéce , qui eft fufpendu à la fuperficie de l'eau par un 
de fes bras en c. \ J'en ai vu qui étoient précifement 
dans la fituation dans laquelle celui-là eft repréfente. 



« M 



Planche III. 

E s Figures 1 , 2 , 3 , & 4 , reprcfentent le mê- 
me Polype, mais dans les différentes attitudes 
où il fe met pour faire un pas ordinaire. La Figure 1 , 
le fait voir fixé fur un corps quelconque , par fon bout 
poftérieur b, fon corps ab eft dreffé en partie fur ce 
corps. Dans la Figure 2 , le Polype a b de la Figure 1 , 
a recourbé fon corps , & fixé en a fon bout antérieur. 
Après que le bout antérieur a été bien attaché, le 
bout poftérieur b s'eft détaché, & enfuite s'eft rappro- 
ché du bout antérieur a: c'eft ce qui fe voit dans la 
Figure 3. Le corps du Polype eft dans cette attitu- 
de beaucoup plus récourbé que dans la précédente; 
fes deux extrémités fe touchent prefque. Il arrive 
fouvent , que le bout poftérieur b ne fe rapproche pas 
autant du bout antérieur a, que cela eft repréfente 
dans cette Figure 3. La Figure 4 repréfente le Po- 
lype de la Figure 3 , dont le bout antérieur a s'eft dé- 
taché; après quoi le corps s'eft redrefte en partie, 



DES POLYPES. /. Mm 73 

& étendu en avant. Ceft par là que le Polype finit 
fon pas. Enfuite il relie tranquille, plus ou moins 
étendu , ou bien il en recommence un autre. Il exé- 
cute très lentement les mouvemens que nous venons 
de décrire , & fouvent il met entre deux des interval- 
les confiderables. 

Les Figures 5, 6, 7, 8, & 9 repréfentent le mê- 
me Polype, dans les différentes attitudes qu'il prend 
pour faire un pas extraordinaire. La Figure 5 fait 
voir ce Polype , fixé fur un corps quelconque , par 
fon bout poflérieur b , & fur lequel il efl dreiTé à peu 
près perpendiculairement. On voit, dans la Figure 6, 
le même Polype dont le corps s'efl recourbé , & le 
bout antérieur s'efi fixé en a. Il a enfuite détaché 
fon bout poflérieur b , & redreiTé fon corps : c'efl ce 
qui efl: repréfenté dans la Figure 7. Le Polype efl 
drefïe fur le corps fur lequel il efl attaché , le bout 
poflérieur b en haut. Ce bout poflérieur b, fe rabaif- 
fe enfuite, & le Polype fe recourbe dans le fens con- 
traire à celui qui efl repréfenté dans la Figure 6. La 
Figure 8 le repréfenté dans cette fituation ; fon bout 
poflérieur b efl de nouveau fixé. Après quoi le bout 
antérieur a fe détache, le Polype fe redreffe, & il fe 
trouve tel qu'il efl repréfenté dans la Figure 9, fixé par 
fon bout poflérieur b, & le bout antérieur a en haut. 

L a Figure 1 o fert encore à faire voir un pas extraor- 
dinaire de Polype. Le Polype qui efl repréfenté dans 
cette Figure efl fixé en b, par fon bout poflérieur, 
contre les parois d'un verre. Le bras a c efl aufîi fixé 
en c , contre ces parois du verre. Dans cette circon- 
ftance le Polype, pour avancer vers c, détache fon 

K bout 



74 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

bout poftérieur de b, contracte un peu fon corps, & 
attache de nouveau fon bout poftérieur en d. Un mo- 
ment après il détache encore fon bout poftérieur , & 
il le fixe en e. Il eft alors avancé de toute la diftance 
qu'il y a entre b & e. 

La Figure n. fait voir un Verre rempli d'eau ju£ 
qu'en l m. Il renferme les trois Polypes e /, d c 9 
a b. On doit fuppofer que le Polype e f, étoit 
d' abord Amplement fixé en f, par fon bout pofté- 
rieur, & fon corps & fes bras étendus dans l'eau. 
Pour paner à la fuperficie de l'eau, il a avancé fon 
bout antérieur e , & l'a fait tant foit peu fortir hors 
de l'eau en e. Après que ce bout s'eft féché, le Po- 
lype détache fon bout poftérieur f, il recourbe fon 
corps e f , rapproche ce bout poftérieur de la fu- 
perficie de l'eau, & en fait fortir l'extrémité : cela 
étant fait, il peut retirer fous l'eau fon bout antérieur , 
& étendre fon corps & fes bras ; il fera fufpendu à la 
fuperficie de l'eau par le bout poftérieur , comme le 
font les Polypes d c ■■ & a b: c & b, les petits creux 
que forme à la fuperficie de l'eau l'extrémité pofté- 
rieure de ces Polypes. Les bras d i & d k 9 du Poly- 
pe d c, font attachés fortement, par leur extrémité, 
contre les parois du verre en /', & en k, & les 
bras a gtk a h, du Polype ab, font aufli fortement at- 
tachés en g, &enZ?, par leur extrémité, contre les 
parois du verre. J'ai vu dans un même verre deux 
Polypes fitués précifement comme ces deux là. Ils 
étoient en quelque manière affourchés fur leurs bras, 
comme un Vaiffeau l'eft fur fes ancres. Ces qua- 
tre bras, qui fervoient de cables & d'ancres, étoient 

ten- 



DES POLYPES. L Mêm. 75 

tendus & en droite ligne, tels que font repréfentés 
dans cette .Figure d i & d k* a g & a h, 

Planche IV. 

LE s Figures 1 , 2 & 3 , font celles des portions 
d'un même Polype, coupé transverfalement en 
trois. On voit par chacune de ces parties le jour, 
comme on le verroit par un tuiau droit & ouvert à 
fes deux extrémités. Puifque chacune des trois par^ 
ties d'un Polype coupé transverfalement , efl per- 
cée d'un bout à l'autre , cela prouve que tout le Po- 
lype efl percé d'un bout à l'autre. La Figure 1 fait 
voir la première partie du Polype , appuiée fur fon 
bout antérieur a. La bouche , qui efl à cette extrémi- 
té, efl: fort ouverte, & les bras font fort contractés. 
La Figure 2 montre la féconde partie ; a la tranche 
de la peau du Polype , l'épaiffeur de cette peau. La 
Figure 3 fait voir la troifiéme ou dernière partie du 
Polype, appuiée fur fon bout poflérieur b. 

Les Figures 4, 5, & 6, repréfentent trois têtes 
de Polypes gromes au microfcope, pour faire voir 
plus diflindlement les différentes formes que peuvent 
prendre les lèvres d'un Polype, & qu'elles peuvent 
donner par là à fon extrémité antérieure. On a repré- 
fenté dans ces Figures les bras coupés fort près de 
leur origine , afin qu'ils n'empéchaffent pas de voir la 
bouche. Ces refies de bras paroiffent ouverts à leur 
extrémité antérieure , non que je les aie jamais vu tels, 
mais ils doivent cependant l'être, l'inftant après que 
la fection a été faite. Ce que je dis ici, efl fondé fur 

K 2 ce 



yô MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

ce que je prouverai; c'eflque les bras des Polypes ont 
la forme d'un tuiau, fontVuides en dedans. La Figu- 
re 4 repréfe: te une bouche de Polype dont les lèvres 
font étendues en avant , & formées en mamelon coni- 
que : c'efl ce qui efl repréfenté de grandeur naturelle 
PI. I. Fig. 3. a. L'a Figure 5 efl celle d'une tête de 
Polype dont les lèvres font applaties : c'efl ce qu'on 
voit de grandeur naturelle PI. II. Fig. 2. a. La Fi- 
gure 6 montre un Polype dont le bout antérieur efl 
ouvert & évafé : c'efl ce qu'on voit de grandeur na- 
turelle PI. I. Fig. 1. I Fig. 2. e. PL III. Fig. 1. 

L a Figure 7 repréfenté un Polype groffi au micros- 
cope, qui efl ouvert fuivant fa longueur d'un bout à 
l'autre : a , les parois de fon eflomac , la fuperficie in- 
térieure de fa peau; b, la tranche de cette peau. 

L A Figure 8 fait voir un morceau de peau a , grofli 
au microfcope. On doit fuppofer qu'il efl fur une 
lame de verre, dans une goutte d'eau: b, d, c , grains 
qui font fortis de ce morceau de peau, & qui font en- 
trailles par les courans que forme l'eau, quand on 
panche la lame de verre ', e, f, amas de grains. 

On voit dans la Figure 9 une plume a, dont la 
pointe efl appuiée fur un morceau de peau b. Cet- 
te pointe efl fendue comme celle d'une plume dont 
on fe fert pour écrire. La fente efl ouverte , & l'on 
voit un fil de matière glaireufe c, qui la traverfe. 

La Figure 10 repréfenté un Polypes, fort malade; 
il perd entièrement fa forme en mourant, & on n'ap- 
perçoit plus , à la place où il étoit , qu'un amas 
de grains b, repréfenté ici en grand. 

Plan- 



DES POLYPES. I. Mêm. 77 
Planche V. 

LA Figure 1 repréfente un Polype de la troifiéme 
efpéce, groffiau microfcope, &fixé par fon bout 
poftérieur b, contre un morceau de bois. Le canal 
& b, qui régne de la bouche, du bout antérieur ^ , jus- 
qu'au bout poftérieur b , fe voit très diftin&ement. 
Les Polypes ont rarement un col aufli marqué que 
celui qui eft ici defliné. C'eft ce qu'on a cependant 
occafionde voir, quand on en obferve plufieurs & fou- 
vent. Les bras ne Font pas à beaucoup près aufli longs 
qu'ils devroient l'être, pour repréfenter des bras de 
fept ou huit pouces de long, groflis au microfcope 
à proportion de ce que le corps a été grofli. Il faut 
donc fuppofer que ces bras ne font pas fort allongés. 
J'ai fouvent vu des Polypes dont les bras étoient à 
peu près difpofés comme ceux de cette Figure. La 
gravure repréfente parfaitement la manière dont la 
îuperficie du corps & des bras paroit chagrinée. 

La Figure 2 montre un morceau de bras de Po- 
lype, tel qu'il eft à fon origine, lorfqu'il eft étendu en 
partie , grofli avec une forte lentille du microfcope. Je 
n'ai jamais vu le bout ouvert comme il eft repréfen- 
te dans cette Figure , mais on le verroit fans doute 
ouvert, fi, d'abord après avoir coupé le bras, on pou- 
voit en obferver la coupe au microfcope. Le vuide 
qui eft en dedans du bras d'un Polype près de fon 
origine, eft repréfente très exactement dans cette Fi- 
gure , comme on le voit au microfcope : on peut mê- 
me l'appercevoir à la loupe. Il eft plus large au bout, 
0) qu'à l'autre extrémité, parceque marque l'origi- 

K 3 ne 



78 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

ne du bras, & qu'en effet le vuide qui efl en dedans 
va toujours en diminuant de ce point là. Les grains 
qui rendent la peau du Polype chagrinée font allez 
près les uns des autres. 

Ils font un peu plus éloignés dans la Figufe 3 , qui 
repréfente une portion de bras, plus étendue* que celle 
de la Figure 2. ?,£,£,Efpéce de poils tranfparens qu'on 
découvre fur les bras des Polypes, quand on les ob- 
ferve étendus, avec une forte lentille du microfeope. 
La Figure 4 eft celle du bout d'un bras fort étendu. 
Les grains font à la file, ils paroiflent attachés à un 
fil tranfparent , & lailfent entr'eux des intervalles 
ij i } i: e 3 e, e , poils qu'on découvre au microfeope. 




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MEMOIRES 

POUR L'HISTOIRE 

DES POLYPES. 

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SECOND MÉMOIRE. 

JDe la Nourriture des Polypes, de la Manière dont ils 
faifijïent ô 3 avalent leur Proie, de la Caufe de la 
Couleur des Polypes , & de ce qu'on a pu découvrir 
de plus fur leur Structure. Du Tems , & des 
Moïens les plus propres pour trouver des Polypes. 

N a vu dans le Mémoire précédent , que 
ce font les Polypes verds que j'ai trou- 
vés les premiers. Je les ai obfervés pen- 
dant plus de fix mois; & quelques foins 
que je me fois donnés pour découvrir comment ils 

L fe 




8o MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

fe nourriffent, je n'ai pu en venir à bout. Lorfque 
j'ai eu lieu d'être perfuadé qu'ils étoient des Ani- 
maux, & que leur Structure m'a été un peu con- 
nue' , j'ai foupçonné que cette ouverture qui fe faifoit 
remarquer à leur extrémité antérieure , étoit leur bou- 
che : mais tous ceux que j'avois font péris, avant que 
j'aie pu pouffer plus loin mes Recherches; & tous les 
foins que j'ai pris pour en trouver d'autres , depuis le 

* janvier mois d'Avril 1741 jufqu'à préfent #, ont été inutiles. 
7444 Je fus, dès le milieu de ce mois -là, dédommagé 

de la perte de mes Polypes verds. J'avois mis dans plu- 
fïéurs verres des Plantes aquatiques, fur lefquelles je 
me flattois d'en trouver; mais au lieu de Polypes de 
cette efpéce , j'en découvris fur ces Plantes de rougea- 
très, qui étoient beaucoup plus grands. Ce font ceux 

* PL. 1. de la féconde efpéce *. Je m'affurai bientôt qu'ils a- 
' g * 2 voient les propriétés llnguliéres que j'avois remarquées 

dans les Polypes verds; & je fis, avec fuccès, fur eux 
des Expériences , que.j'aurois à peine ôfé entreprendre 
fur ceux de la première efpéce , à caufe de leur petitelfe. 
P e u de tems après avoir découvert les Polypes de 
la féconde efpéce , j'appris comment ils fe nourrif- 
foient. L'eau , dans laquelle je les trouvai , étoit alors 

* PL. VI. fort peuplée d'une forte de Mille-pieds * affez déliés , 
Fjg- 1. ■& q u i n'ont guéres que fept à huit lignes de longueur, 

Ils font remarquables par une trompe ou dard char- 

* ê, nu qu'ils portent en devant de leur tête * , & qu'on 

ne trouve pas aux Mille-pieds des autres efpéces, 
C'eil pour cela que Mr. de Reaumur leur a donné le 
nom de Mille-pieds à dard. Ils fe fou tiennent dans 
l'eau, & y nagent, au moien des inflexions qu'ils 

font 



DE Se POLYPES. U.Mêm. Si 

font faire à leur corps avec afîez de viteffe. Ils fe re- 
posent, & ils rampent, fur tous les corps qu'ils ren- 
contrent. On en trouve fouvent en grande quantité 
fur les Plantes aquatiques. Celles fur lefquelles é- 
toient les premiers Polypes de la féconde efpéce que 
j'ai vus , étoient fort garnies de ces Mille-pieds à dard. 
Je tirai donc ces Polypes & ces Mille-pieds enfemblede 
l'eau, & je les mis dans les mêmes verres fans deffein. 
Quelques jours après, je remarquai, en obfer- 
vant le bout antérieur d'un Polype #, qu'un Mille- * PL. vr, 
pieds étoit paffé en partie dans le corps de ce Polype 1S ' z ' a ' 
par ce bout antérieur , & que l'autre partie étoit en- 
core en dehors # Je ne fçus pas d'abord ce que je * m ° 
devois penfer de ce que je voïois: je n'ofai décider 
fi le Polype dévoroit le Mille-pieds, ou fi le Milîe- 
pieds s'introduifoit volontairement dans les inteflins 
du Polype pour s'en nourrir, ou pour y loger des 
oeufs , ou des petits. Ce ne fut qu'à regret que je 
m'éloignai, pendant quelques heures , de cet objet 
qui avoit fi fort excité ma curiofité. L'impatience de 
favoir ce que feroit devenu le Mille-pieds , mè rame- 
na dans mon Cabinet le plutôt qu'il me fut pofTible; 
Je n'apperçus plus, en dehors du bout antérieur du 
Polype , cette partie du Mille-pieds qui y étoit * 
lorfque je l'avois quitté ; & j'eus lieu de croire qu'el- 
le étoit paffée dans fon corps. Ce corps me paroif- 
foit renflé, & la tranfparence de fa peau me permit 
de voir en dedans un petit amas de matière, que je 
n'avois encore jamais vu dans le corps de ces Ani- 
maux. Je jugeai que le Mille-pieds étoit mort , & 
que même le Polype Favoit en partie digéré. Pour 

L 2 m'af- 



m. 



g 2 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

m'afïurer davantage de ce Fait, je mis quelques Po- 
lypes à part, dans de petits verres plats, avec desMil- 
ic-pieds. Dès la première fois que je vins les confidé- 
rer , je trouvai un Polype qui avaloit en effet un 
Mille-pieds : & comme j'étois déjà plus accoutumé à. 
ces objets, je diftinguai enfuite très clairement le Mil-, 
le-pieds dans le corps du Polype. Je n'eus donc pres- 
que plus lieu de douter , que les Polypes ne fuffent 
des Animaux voraces. 

Je me hâtai d'autant plus de faire de nouvelles 
Expériences pour vérifier ce Fait, que j'étois très cu- 
rieux de favoir comment les Polypes faififfoient leur 
proie , & comment ils la portoient à îa bouche. Je 
raffemblai plus de cent Polypes dans un grand pou- 
drier, je leur donnai le tems de fe difperfer fur les 
côtés du verre ; & dans un moment où la plupart a- 
voient le corps & les bras étendus, j'y jettai une gran- 
de quantité de Mille-pieds. Ils fe répandirent d'abord 
en nageant dans tout le verre. Je les fuivois conti- 
nuellement de l'œiiil; j'en vis bientôt plufieurs qui 
donnèrent dans les bras de différens Polypes. Dès 
qu'ils les eurent touchés, ils en furent arrêtés, & de- 
manière , qu'ils ne faifoient ordinairement que des ef- 
forts inutiles pour fe mettre en liberté. Les uns n'é- 
toient d'abord retenus que par un bras, & les autres 
l'ctoient par plufieurs. Les Polypes contractoient & 
recourboient enfuite ces bras, & fouvent ils envelo- 
poient encore les Mille-pieds avec d'autres, pour les 
mieux aifujettir. Ils les rapprochoient enfin de leur 
bout antérieur, qui commença à s'ouvrir, & par le- 
quel ces Mille-pieds furent peu à peu introduits dans 
le corps des Polypes» Après 



DlES POLYPES. IL Mêm. 83 

Après avoir vu ce que je viens de décrire en gé- 
néral, je fus fort éclairci fur l'ufage de diverfes parties 
des Polypes, qui m'avoit été inconnu jufqu'alors. 
J'appris que ces fils déliés qu'ils ont à leur extrémité 
antérieure., & à qui j'avois déjà vu faire les fonctions 
de pieds, leur fervoient auffi de bras. 11 n'y a voit 
plus aucun lieu de douter, que l'ouverture que les 
Polypes avoient à une de leurs extrémités , & des 
bords de laquelle fortoient les bras , ne fût leur bou- 
che, & que le fac auquel elle communiquoit, & qui 
régne depuis cette bouche, jufqu'à l'autre extrémité 
de leur corps, ne fût l'eflomac. J'avois déjà donné 
le nom de bout antérieur, à celui du corps des Poly- 
pes où font les bras; parceque j'avois remarqué, que 
c'étoit ce bout qui avançoit Je premier lorsqu'ils mar- 
choient ; mais j'eus une nouvelle raifon de Fappeller 
ainfi , lorsque je vis que la bouche étoit-là ; & je 
n'héfitai pas même de le regarder comme la tête des 
Polypes. 

Après que j'eus découvert les Polypes de la troi- 
fiéme efpéce , & que je me fus apperçu de la longueur 
extraordinaire de leurs bras , je fus aufh très curieux 
de leur voir arrêter des proies, & de les leur voir por- 
ter à la bouche. Ils s'y prennent, dans le fond, de la 
même manière que les Polypes de la féconde efpéce , 
mais la longueur de leurs bras rend leurs manœuvres 
encore plus remarquables. Je m'attacherai pour cette 
raifon à décrire principalement ces manœuvres des 
Polypes à longs bras ; &, lorsqu'on les connoitra, il 
fera très facile de juger de celles des autres. 

Pour voir les Polypes de la troifiéme efpéce fai- 

L 3 fir 



84 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

fir des proies avec leurs bras fort étendus, il faut les 
mettre dans un verre qui ait fept à huit pouces de 
hauteur. Si les Polypes font fixés au haut du verre , 
leurs bras pendent pour la plupart vers le fond; & 
c'en: lorsqu'ils font dans cette attitude, qu'il convient 
furtout de leur donner à manger, pour voir leurs man-i 
œuvres plus en détail. 11 importe donc de favoir 
faire enforte que les Polypes foient placés au haut du 
verre. On peut, pour cet effet, les faire fufpendre 
à la fuperficie de l'eau ; mais cet expédient n'eft pas 
toujours le plus commode. Les Polypes qu'on nour- 
rit font garnis d'ordinaire de petits Poux. Il convient, 
pour les en délivrer, de paffer plufieurs fois de fuite 
fur leur corps le bout d'un pinceau; & fi les Polypes 
ne tiennent qu'à la fuperficie de l'eau, il n'efl prefque 
pas poffible d'éviter de la leur faire quitter. J'ai donc, 
dans cette circonftance , préféré un autre expédient. 
*. PL - y 1 ^ C'efi de faire attacher des Polypes à une ficelle % de 
k g'. ' placer l'endroit * auquel tiennent les Polypes un peu 

* b. en deffous de la fuperficie de l'eau, & de laiffer pen- 

* bf&tg. dre les deux bouts # en dehors, de côté & d'autre 

du verre. On peut paffer & repaffer, même affez ru- 
dement , un pinceau fur le corps des Polypes qui font 
fixés fur ces petites cordes , fans les en faire déta- 
cher ; & quand on les veut changer d'eau , on n'a 
qu'à prendre la ficelle par fes deux bouts , la tirer 
doucement de l'eau , & la mettre dans un autre verre 
préparé d'avance pour cela. Pour avoir des Polypes 
attachés à de la ficelle, il fuffit d'en mettre en quanti- 
té dans un verre garni de Polypes. Il y en aura tou- 
jours quelques-uns qui iront fe fixer fur cette ficelle. 

Quand 



m cn a 



DES POLYPES. Il.Mèm. 85 

Quand les bras d'un Polype font bien étendus ^ 
je mets dans le verre un Mille -pieds ou un autre 
Ver, & je l'oblige peu à peu avec le bout d'un pin- 
ceau , a aller rencontrer l'extrémité du bras par le- 
quel je veux le faire prendre. Il fuffit qu'il le touche 
pour en être arrêté. Auffitôt qu'un Mille -pieds fe 
fent pris , il fe débat avec vivacité , & fait de grands 
efforts pour fe dégager. Souvent il fe met à nager*, * pl. vt. 
& il entraine de côté & d'autre le bras par lequel il Flg " 3 
eft arrêté * ; comme un Poiffon , pris à l'hameçon , en- * a ç, 
traine la ligne fi on lui en biffe la liberté. Les pre- 
mières fois que j'ai été témoin de ce Fait , je m'atten- 
dois à tout moment de voir le bras du Polype rompu 
par les fecouffes vives & réitérées que donnoit le 
Mille-pieds , & ce dernier emporter avec lui une par- 
tie de ce bras. Mais l'expérience m'a appris que 5 
quelque déliés que foient les bras des Polypes , ils 
peuvent réfuter à des efforts confidérables, Je n'ai 
vu aucun Mille -pieds qui foit venu à bout de fe met- 
tre en liberté en les rompant. Il arrive même rare- 
ment qu'ils s'en détachent. Les mouvemens que le 
Mille-pieds fe donne , obligent enfin le Polype à re- 
tirer fon bras: Il le contracte d'abord en partie, & 
en le contractant il le difpofe fouvent vers fon origi- 
ne en forme de tire-boure #, ce qui contribue encore * ° «• 
à le racourcir. Le Mille -pieds, qui continue à fe dé- 
battre, s'entortille lui même dans le bras qui le tient*, * min, 
& fouvent il rencontre d'autres bras, que les fecouf- 
fes qu'il donne au Polype forcent à fe contracter, & 
h. fe rapprocher de fa tête ; ou que le Polype rappro- 
che de lui-même de fa proie , pour féconder le bras 

qui 



$6 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

qui l'a prife. En un moment le Mille-pieds fe trou- 
ve engagé dans la plupart de ces bras , qui , en fe re- 
courbant & en continuant à fe contracter , le portent 
bientôt fur la bouche, contre laquelle ils l'appuient 
& l'affujetthTent. 

On conçoit facilement, que les Mille -pieds ren- 
contrent plus fouvent , en nageant , d'autres endroits 
des bras des Polypes, que leur extrémité. Ces bras 
font, d'un bout à l'autre, pour ces Animaux, ce qu'un 
gluau eft pour un Oifeau. En quelqu' endroit qu'un 
Mille-pieds les touche, il eft arrêté; & plus cet en- 
droit eft près de l'origine des bras , moins le Polype 
a de peine à rapprocher le Mille -pieds de fa bou- 
che. . La proie s'engage alors encore plus prompte- 
ment au milieu de tous les bras, en fe débattant; & 
ils n'ont befoin, pour la ramener près du bout anté- 
rieur du Polype , que de contracter & de recourber 
cette partie qui eft entre leur origine & l'endroit où 
le Mille-pieds eft engagé. Il arrive fouvent, que l'autre 
partie des bras qui tiennent le Mille-pieds, c'eft à di- 
re, celle qui eft entre l'endroit où il eft engagé & 
l'extrémité, fe contracte très peu, & continue à pen- 
dre dans l'eau, tandis que l'autre eft entortillée au- 
tour de la proie qu'elle a faifie & ramenée fur la 
bouche. 

Jusq_u'a préfent je me fuis feulement attaché à 
repréfenter, comment les bras d'un Polype, qui pen- 
dent vers le fond de l'eau, arrêtent un Mille -pieds, 
& le tirent auprès de la bouche. On fait que ces bras 
peuvent non feulement fe fituer de cette manière, 
* Mem.i, mais qu'ils peuvent fe diriger de tous côtés #, & c'eft 

f*33. Ô - cç 



DES POLYPES. IL Mêm. 87 

ce qu'on voit très fréquemment dans les bras d'un 
même Polype #. Lorsqu'un Mille-pieds, & fur -tout * PL. n. 
un Ver plus grand & plus pefant que celui là, ren- lg ' 3 ' 
contre un bras dont la direction eft à peu près paral- 
lèle au fond du vafe dans lequel il eft , il entraine fou- 
vent par fon poids le bras & le corps même du Poly- 
pe , & il leur fait prendre une fituation perpendicu- 
laire; & le cas fe trouve alors précifément le même, 
que lorfque le Ver rencontre un bras dont la direction 
eft perpendiculaire au fond du vafe. D'autres fois le 
Polype ne donne pas à fa proie le tems d'entraî- 
ner en bas le bras qui l'a faifie : il retire d'abord ce 
bras, il engage l'Animal qu'il tient parmi les autres 
bras , & le porte à la bouche. Mais c'eft ce qui ne 
s'exécute jamais plus vite, que lorsque la proie eft fai- 
fie par un bras qui eft dirigé vers le haut du vafe , & 
s'élève au deffus de la tête du Polype. Le poids du 
Ver , & le mouvement que lui donne le Polype en re- 
tirant fon bras, le fait tomber plus vite que ce bras 
ne peut fe retirer. Au lieu d'être attiré par ce bras , 
c'eft le Ver qui l'entraîne , comme une pierre jettée en 
l'air entraineroit , en retombant , une corde à laquelle 
elle feroit attachée. Le Ver fe précipite fur d'autres 
bras, ou fur la tête même du Polype, où il eft d'a- 
bord à portée d'être dévoré. 

Il arrive quelquefois, qu'un Polype ne fe fert ab- 
folument que d'un ou de deux bras , pour porter fa 
proie à la bouche , & pour la tenir affujettie pen- 
dant qu'il l'avale. 

Lors même qu'un Polype n'a point de proie à 
manger , on voit fouvent fa bouche ouverte ; mais 

M cet- 



88 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

cette ouverture eft ordinairement fi petite , qu'il efl 
néceffaire de fe fervir d'une loupe pour la découvrir : 
Au lieu que, dès que les bras ont ramené une proie 
fur cette bouche , elle s'ouvre d'abord davantage , & 
toujours à proportion de la grofîeur de l'Animal que 
le Polype doit faire paifer dans fon corps. Ses lèvres 
fe dilatent peu à peu, & s'ajuftent précifément à la fi- 
gure de la proie. 

Tous les Vers, que faififfent les Polypes, ne fe 
préfentent pas à leur bouche de la même manière. 
Elle varie extrêmement , fuivant mille circonflances , 
qu'il feroit inutile de fpecifier, & que tous ceux qui 
obferveront des Polypes , remarqueront facilement. 
Il arrive quelquefois que les Vers fe préfentent par 
une de leurs extrémités. Dans ce cas, il n'eft pas né- 
ceffaire que le Polype ouvre confiderablement la bou- 
che: Aulfi ne l'ouvre -t -il précifément que pour don- 
* pl. vi. ner entrée au bout du Ver #. Quand il efl engagé 
lg ' 2 ' entre les lèvres du Polype , ce dernier les étend en 
avant, & peu à peu il fait paifer le Ver dans fon corps. 
Il ne paroit pas que les bras contribuent à le faire en- 
trer; & il. eft très vraifemblable , que ce font les lè- 
vres du Polype qui l'attirent par une efpece de fac- 
tion. Ce qui me le perfuade, c'eft que j'ai fouvent 
vu une Mille-pieds , & d'autres Animaux, entre les lè- 
vres d'un Polype, fans qu'aucun bras les touchât: j'ai 
même vu un Polype, auquel j'avois coupé les bras, 
avaler un Ver avec autant de facilité que les autres. 
La proie certainement ne faifoit pas des efforts pour 
entrer dans Feftomac de fon ennemi. Il eft au con- 
traire bien naturel de p enfer , que tous les mouve- 

mens 



DES POLYPES. Il Mêm. go 

mens qu'elle fe donnoit , étoient des marques de fa ré- 
fiftance. 

Si le Ver que le Polype avale n'eft pas plus long 
que fon eftomac , il y relie fouvent étendu ; mais , s'il 
eft plus long, le bout, qui eft entré le premier, fe re- 
courbe, & lorfque le Ver eft entièrement avalé, il fe 
trouve replié dans l'eftomac #. * pl. vî s 

Quand c'eft, non un bout du Ver , mais le milieu, Flg * 5 * 
ou quelqu'autre partie de fon corps, qui fe préfente 
devant la bouche du Polype, il faifit cette partie avec 
fes lèvres , il les étend à droite & à gauche , & les ap- 
plique contre le Ver #. Alors fa bouche a la forme * Fig. ^ 
d'un bateau pointu par les deux bouts. Après cela 
le Polype rapproche un peu les deux pointes de ce 
bateau. Ce mouvement , & la fudlion , obligent le 
Ver àfe replier, il eft mis en double, & avalé dans 
cette fituation #. # Fig. 6 a 

A mefure que l'eftomac fe remplit, la peau du Po- 
îype prête , la capacité de l'eftomac s'augmente , le 
corps devient plus court , plus large , plus ramaffé # : * Fig. g, 
& , lorfqu'il eft plein , les bras font ordinairement af- 
fez contractés , le Polype eft pendant, & fans mou- 
vement, il par oit dans une forte d'engourdiffement , 
fa figure eft fort éloignée de celle qu'il a lorfqu'il eft 
étendu #. A mefure que la digeftion fe fait, & que * pl. vil 
le Polype fe vuide de ce qui ne peut fervir à le nour- lg " 6t 
rir, fon corps s'étrécit & s'alonge: il reprend peu à 
jDeu fa première forme ; & , quand la digeftion eft fi- 
nie, il paroit ordinairement de nouveau étendu, & 
fouvent il fe met bientôt en difpofition d'arrêter 
une proie, 

M 2 Je 



9 o MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

J e n'entrerai pas à préfent dans un plus grand dé- 
tail fur la manière dont un Polype avale fa proie, & 
fur Tétât de fon corps après qu'il l'a avalée , parceque 
j'aurai dans peu l'occafion de citer des Faits qui me 
ramèneront à ce fujet. 

Après avoir vu manger des Mille -pieds aux Po- 
lypes, & m'être allure qu'ils étoient pour eux une 
nourriture très convenable , j'en raffemblai eu abon- 
dance, pour avoir de quoi nourrir plufieurs Polypes 
que je tenois dans des verres. Les foins que je me 
donnai pour raffembler ces Mille-pieds , me fournirent 
l'occafion de les obferver dans les foffés mêmes dont 
je les tirois. Je vis des endroits de ces foffés qui en 
fourmilloient. Ils rampoient fur les Plantes, & fur 
tous les corps qui étoient dans l'eau, ils les quittoient 
pour fe mettre à nager , & pour paffer d'une Plan- 
te à l'autre. 

Je jugeai facilement alors des expédiens qu'em- 
ploient les Polypes pour fe mettre à portée de leur 
nourriture; je compris, que c'étoit pour cela qu'ils 
montoient fur les Plantes, & qu'ils fe difperfoient fur 
leurs branches. En effet , dès qu'ils font parvenus 
à une place convenable, il leur fuffit d'alonger leurs 
bras, & d'attendre que les Mille -pieds, qui vont & 
viennent dans l'eau, les rencontrent en nageant. Lors- 
que ces bras font bien étendus , ils occupent un efpa- 
ce confiderable, dans lequel un Mille -pieds ne fau- 
roit paffer , fans courir grand rifque d'être pris. Si 
un Polype de la troifiéme efpéce dirige fes bras de 
tous côtés autour de fa tète, & s'il les étend confide- 
rablement , il peut donner un pied de diamètre au 

pié- 



DES POLYPES. IL Mêm. 91 

piège qu'il tend pour arrêter fa proie. Il eft alors à 
peu près dans le cas de ces Araignées qui fe placent 
au milieu de leur toile, & qui attendent que quelques 
moucherons donnent dedans. On pourroit aufli com- 
parer un Polype, à un Pêcheur à la ligne, mais c'eft 
un Pêcheur qui fe fert en même tems de plufieurs li- 
gnes. Pendant qu'il eft occupé à retenir une proie 
avec quelques bras, & à la porter à la bouche #, les * PL. vi. 
autres relient fouvent étendus , & faififfent celles fa " " 
qui fe préfentent #. *mcn&cp, 

Il arrive fréquemment, que plufieurs Mille -pieds 
font faifis prefqu'en même tems , par les différens bras 
d'un même Polype #., & qu'ils en font dévorés les * Fig. 3. 
uns après les autres. 

Ce n' eft pas fimplement aux Mille -pieds que les 
Polypes en veulent lorfqu'ils étendent leurs bras. 
Ce font des pièges qu'ils dreffent également à la plu- 
part des petits Infectes qui nagent dans les eaux. Ils 
arrêtent les premiers qui fe préfentent. 

Dès que j'eus remarqué avec quelle voracité les 
Polypes mangeoient les Mille -pieds, je jugeai qu'ils 
n'étoient pas la feule proie qui leur fût convenable. 
Je m'empreffai d'autant plus à connoitre les Animaux 
dont ils pouvoient encore fe nourrir, que j'avois de 
la peine à me pourvoir d'une quantité fuffifante de 
Mille-pieds , pour procurer une abondante nourritu- 
re aux Polypes que j'élevois. D'ailleurs, il falloit 
beaucoup de tems pour les raffembler. 

J'ouvris des Polypes, que j'avois tirés de l'eau 
raffafiés, & je fis fortir de leur corps de petits Puce- 
rons qui étoient encore fort réconnoiffables, ■ Il y en 

M 3 avoit 



92 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

avoit entr'autres d'une efpece qui fe multiplie ex- 
trêmement, & qu'il eft fouvent facile de fe procurer 

* PL. vi. en grande quantité #. Celui qui eft repréfenté dans 
Flg- 3 *- p * cette Figure, & qui eft marqué/), eft de grandeur na- 
turelle; mais pour bien juger de leur figure, il faut les 
obferver avec une bonne loupe, ou avec une lentille 

* Fig. h. du microfcope #. On les trouve exactement décrits 

* Pag. 86. dans Swammerdam *. Ils font remarquables par deux 
Leydei™ bras ramifiés qui s'élèvent au deffus de leur tête #, 

* h b. & qui leur fervent de nageoires. Ils leur font faire 

divers mouvemens , trop longs à décrire. La forme 
de ces bras a déterminé Swammerdam à donner à ces 
Animaux le nom de Pucerons branchus. Ces Puce- 
rons fautillent continuellement dans l'eau. Ils font or- 
dinairement rougeatres. 

Je raffemblai quelques-uns de ces Pucerons, & je 
les mis dans un poudrier où il y avoit des Polypes , 
qui en faifirent bientôt en ma préfence. On diroit 
que le Puceron connoit d'abord le danger qu'il court 
lorfqu'il touche le bras d'un Polype. Il fe débat fur 
le champ avec une extrême vivacité. S'il eft arrêté 
par le bout d'un bras, ou à peu près, il lui arrive fou- 

* Fig. 3. p. vent de l'entrainer *, comme j'ai dit que font les Mil- 

le-pieds. J'ai vu fouvent des Pucerons qui parve- 
noient à fe mettre en liberté. Il m'a paru qu'ils le 
pouvoient plus facilement que les Mille-pieds. Com- 
me ils font fort petits, & fur -tout que leur Corps 
n'eft pas allongé , ils rifquent moins que les Vers de 
s'engager dans les bras des Polypes en fe débattant. 

Les Polypes ne fe fervent quelquefois que d'un 
bras pour arrêter un Puceron , & pour le porter à 

la 



i 



DES POLYPES. IL Mêm. 93 

la bouche. Ils font alors contourner d'ordinaire ce 
bras en forme de tire-boure, pour le racourcir. On 
doit remarquer, qu'ils ne le contournent pas jufqu'à 
fon origine , mais qu'il refte toujours une portion de 
quelques lignes , qui eft affez épaiffe. C'eft cette por- 
tion qui fe recourbe , pour ramener contre la bouche , 
l'autre partie du bras qui tient le Puceron. 

Cet Animal eft un peu plus long que large #. * PL. vx 
Lorfqu'il eft appuie contre le bout antérieur d'un Po- fîJ lif' 
lype , il paroit , comparé à fa bouche , telle qu'elle 
eft lorfqu'il ne dévore aucune proie, ce que ferait, 
par rapport à celle d'un homme , une poire aufli grof- 
fe que fa tête. Un homme viendrait à bout de faire 
paffer cette poire dans fon corps par morceaux , en 
la brifant avec fes dents. Mais le Polype n'a aucu- 
ne dent, aucune partie dure, dans la bouche , qui 
puilfe en faire les fondions. Il fupplée à cela par 
l'ouverture prodigieufe qu'il peut lui donner; il ava- 
le le Puceron tout entier, de quelque façon qu'il fe 
préfente. Peu après qu'il a été appliqué contre le 
bout antérieur du Polype, on voit la bouche de ce 
dernier s'élargir, & former infenfiblement un creux, 
une efpéce de calice,dans lequel la moitié du Puceron 
eft logée #. Les lèvres du Polype, en continuant à * pïg. 7. <? 
s'étendre , avancent enfuite par deffus la moitié qui 
paroit en dehors de la bouche * , peu à peu elles la * * 
recouvrent abfolument ; & quand elle eft toute recou- 
verte , ces lèvres fe trouvent entièrement rappro- 
chées , & la bouche du Polype eft de nouveau fermée, 
On voit alors diftinetement le Puceron à travers la 
peau du Polype: il paroit en defTous de fa bouche, 



94 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

& comme fon diamètre eft plus large que celui du 
corps du Polype , il l'oblige à fe renfler à l'endroit où 
fe trouve le Puceron. Ce premier Puceron eft fou- 
vent fuivi d'un autre , qui le force à entrer plus avant 
dans l'eftomac. Un troifiéme pouffe à fon tour le fé- 
cond; &> de cette manière, fuivant la taille du Po- 
lype , on en voit paffer dans fon corps quatre & cinq 
à la file, qui fe pouffent les uns les autres. Quand 
ils font entrés, le corps du Polype eft à peu près éga- 
lement épais par-tout; il a par-tout la largeur des Pu- 
cerons. Ce qui occafionne quelque irrégularité , c'eft 
que tous les Pucerons ne paffant pas dans l'eftomac 
précifément dans la même fituation , les uns y entrant 
fuivant leur largeur, & d'autres fuivant leur longueur, 
l'épailfeur du Polype varie , à proportion de la diffé- 
rence qu'il y a entre la largeur & la longueur des Pu- 
cerons. D'ailleurs , les deux extrémités du corps de 
* PL. vi. ces petits Animaux fe terminent en pointe *, & fe 
g. ii. e '*' font remarquer fous la peau des Polypes : elles l'obli- 
gent à fe ranger en pointe par deffus elles, elles la 
pouffent en avant. Cela vient de ce que tout l'exté- 
rieur du Puceron étant écailleux , la peau des Polypes , 
qui eft partout extrêmement molaffe & flexible , eft 
obligée de céder à la dureté des extrémités des Pu* 
cerons. 

Le Polype, après avoir avalé quatre ou cinq Pu- 
cerons , ne s'arrête pas-là. S'il en a encore entre fes 
bras , il continue à en avaler ; & ceux qui font déjà 
dans fon corps devant faire de la place aux autres, 
ne peuvent plus y refter à la file. Les Pucerons 
font preffés de nouveau, & forcent les parois de l'ef- 

to- 



DES POLYPES. ILMêm. 95 

tomac à s'étendre en large: fa capacité augmente, & 
deux Pucerons peuvent fouvent être placés , dans fa 
largeur, à côté l'un de l'autre #; mais ils le font * pl. vi 
fort irrégulièrement. Si le Polype eft bien affamé , " lg ' 8# 
& s'il eft d'une bonne taille, il peut avaler facilement 
une douzaine de Pucerons; &, lorfqu'ils font tous 
dans fon corps , il eft abfolument plein , depuis la bou- 
che jufqu'à l'extrémité poftérieure, fi c'en eft un de 
la féconde efpéce*; & fi c'en eft un de la troifiémef , * Fig. s. 
la partie du corps qui fe rétrécit * & qui forme la \ Jf' 9 ° 
queue, refte ordinairement vuide & rétrécie, mais 
quelquefois il arrive que cette queue eft forcée à 
s'élargir, & à recevoir quelques Pucerons. Quand 
le Polype n'a pas avalé autant de Pucerons qu'il en 
peut entrer dans fon eftomac , fon corps eft fouvent 
fort mince près de la tête, & forme-là un col très 
remarquable *. * Fig. 9. 

Comme j'ai eu, pendant plus de deux ans, un I0 ' e ' 
nombre confiderable de Polypes à nourrir , j'ai été 
obligé de me fournir avec foin des alimens qui leur 
étoient propres. Les Pucerons branchus m'ont été 
d'une très grande reflource pendant quelques mois 
de l'année: je crois même pouvoir affurer, qu'il n'y 
a point d'Infeétes qui fourniifent aux Polypes une plus 
abondante pâture que ces Pucerons. Jamais on n'en 
voit tant que dans les jours chauds, & pendant lef- 
quels le tems eft calme. Des efpaces confiderables des 
fofles en font alors teints d'une couleur rougeatre. J'en 
ai fouvent vu des bandes, larges d'environ un pied, 
& longues de plus de cinquante. Les Pucerons étoient 
fi ferrés, qu'on ne voioit abfolument autre chofe. Il 

N m'a 



96 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

m'a paru qu'ils étoient furtout raffemblés dans les 
endroits où le Soleil donnoit. Peut-être que fa lu- 
mière a quelque attrait pour eux. C'efi au moins ce 
qui eft certain à l'égard de celle d'une chandéle. Voi- 
ci l'Expérience qui me l'a perfuadé. 

J'observois, à la lumière d'une bougie, des Poly- 
pes auxquels j'avois donné plufieurs Pucerons pendant 
la journée. Il en étoit refté le foir une partie dans le ver- 
re que les Polypes n'avoientpu manger. Je m'apperçus 
qu'ils étoient pour la plupart réunis du coté de la bou- 
gie. Je la changeai de place; ils en changèrent auffi, 
& fe rendirent du côté où je l'avois mife. Après l'a- 
voir changée plusieurs fois de place , & avoir vu que 
les Pucerons ne manquoient jamais de s'en approcher, 
je la fis tourner , à la vérité un peu lentement, au tour 
du verre , fans l'arrêter: ils la fuivirent,& firent de cet- 
te manière plufieurs fois le tour du verre. J'ai eu 
plufieurs occafions de répéter cette Expérience. 

S i l'on jette tout d'un coup un grand nombre de 
Pucerons dans un verre où font des Polypes affamés, 
leurs bras en font bientôt garnis, J'enaivuquiavoient 
la longueur de quelques pouces, & qui étoient fi gar- 
nis de Pucerons, d'une extrémité à l'autre, qu'ils en 
étoient entièrement couverts. Le mouvement de 
tous ces petits Animaux, qui font des efforts pour 
s'échaper, oblige les bras à fe contracter. On ne 
voit bientôt qu'un amas confus de Pucerons , qui 
font raffemblés près du bout antérieur du Poly- 
* PL. vu. P e * II l es avale alors les uns après les autres, juf- 
Fig. r. a. q U ^ ce q^j], ç Q - lt entièrement plein. S'il y en a après 
cela qui foient encore attachés à fes bras, ils y relient 

fou- 



DES POLYPES. //. Mêm. 97 

fouvent pendant du tems, quelques fois ils meurent, 
& d'autres fois ils s'échappent. 

Si un Polype n'a pas d'abord pris affez de Puce- 
rons pour fe raffafier , fes bras reftent en partie éten- 
dus, & font encore prêts à faifir une proie. Ils arrê- 
tent, par exemple, les Pucerons qui fe préfentent, 
ils les portent à la bouche, & le Polype les avale. De 
cette manière , un Polype , placé dans un endroit où 
il eft toujours à même de faifir une proie , ne fera ja- 
mais à jeun. Bien entendu qu'il ne foit point dé- 
goûté: car l'on en voit fouvent qui ceffent de man- 
ger pendant quelque tems , & qui refufent d'arrêter 
les proies qui fe préfentent , quoiqu'ils aient l'eftomac 
vuide. Quelques fois ce dégoût eft. le commence- 
ment d'une maladie mortelle; & d'autres fois il eft 
fuivi d'un retour d'appétit. 

Tant que j'ai pu me procurer abondamment des 
Pucerons pour nourrir mes Polypes, je les ai préfé- 
rés à toute autre nourriture. Il n'y en a point qui 
foit plus facile à ranembîer. Je me fers pour cela d'u- 
ne efpéce de cerceau de huit à dix pouces de diamètre > 
fait d'un cercle de fil d' a r chai , auquel eft attachée une 
poche de toile claire. Je l'ajufte au bout d'un bâton , 
je le mets fous l'eau , dans un endroit bien rempli de 
Pucerons, je le tiens un peu incliné, & je le promè- 
ne dans l'eau, partout où je puis atteindre. Les Pu- 
cerons font raffemblés dans le cerceau, je les tire en- 
fuite de l'eau, & je les mets dans une petite quantité 
d'eau, qui en devient toute fourmillante > je vais enfin 
mettre, dans chacun de nies poudriers, quelques goû- 
tes de cette eau, & avec elles dés centaines de Puce- 

N 2 roiis. 



98 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

rons. Tout cela eft fait en moins d'un quart d'heure. 
Depuis le commencement de Juin 1741 , jufqu'a 
la fin du mois de Septembre fuivant, j'ai toujours eu 
autant de Pucerons que j'en avois befoin pour nour- 
rir un grand nombre de Polypes fur lefquels je. fai- 
fois des Expériences. Lorfque les Pucerons commen- 
cèrent à me manquer, je fus d'abord en peine pour 
trouver de quoi nourrir mes Polypes. J'allois plu- 
fieurs fois par jour au bord de cette eau qui m'avoit 
fourni des Pucerons pendant fi longtems; je me baif- 
fois tout près de fa fuperficie , pour tacher d'en décou- 
vrir de jeunes , fur lefquels je puife fonder mes efpé- 
rances pour l'avenir. Mes recherches furent inutiles - 
mais en cherchant des Pucerons, je découvris, au fond 
de l'eau, des endroits tout heriffés de Vers, dont un 
bout étoit en terre, & dont le refte du corps fortoit 
* pl. vu. hors de terre, & faifoit des ondulations continuelles*. 
lg ' 2 ' Dès que je vis ces Vers, je me flattai qu'ils pourroient 
fervir de nourriture à mes Polypes, & fuppléer aux 
Pucerons, qui me manquoient,& aux Mille-pieds, que 
je ne trouvois alors qu'entrés petite quantité, & avec 
beaucoup de peine. Je pris quelques-uns de ces Vers > 
& je les donnai à des Polypes, qui les mangèrent.. 

Je cherchai donc le moien de m'en procurer au- 
tant que j'en aurois befoin. Il y en avoit en grande 
abondance au fond du foifé dont j'ai parlé; mais la 
difficulté fut de les en tirer. Dès que je voulois les 
prendre, ils fe retiroient entièrement fous terre. Je 
pris le parti # de mettre de cette terre dans des plats , 
& d'y chercher ces Vers : mais l'expédient étoit long 
& ennuiant. J'en trouvai enfin un fort court & fort 
commode. J'at- 



DES POLYPES. IL Mêm. 99 

J'attache au bout d'un bâton, un cercle de ni 
de fer de deux à trois pouces de diamètre, je le mets 
dans l'eau, & je fais entrer un fegment de ce cercle 
fous terre, jufqu'à la profondeur d'un ou de deux pou- 
ces; je luirfais parcourir un petit efpace, en le tenant 
toujours dans la même fituation. Le fil de fer ren- 
contre les Vers fous terre , il les entraine avec lui', 
& lorfqu'on le retire , il s'en trouve garni. Je trempe 
enfuite ce cercle de fil de fer dans un verre plein 
d'eau, je le fecoùe, & tous les Vers tombent au fond»- 
II faut que le fond de l'eau , où Ton veut pêcher ces 
Vers avec l'inflrument dont il s'agit, foit bien net. 
Quand il eil couvert de feuilles & d'herbes, elles fe 
mettent autour du fil de fer , & il n'a alors que peu 
ou point de prife fur les Vers ; enforte que l'on n'en 
tire qu'en petite quantité, & fouvent point du tout ^ 
quoiqu'il y en ait beaucoup dans l'endroit où l'on pê- 
che. Quelques coups de râteau fufflfent pour net- 
toier le terrein dans certains endroits ; mais il y en a. 
d'autres , d'où l'on ne pourroit enlever tout ce qui fe 
met autour du fil de fer , & qui. l'empêche d'avoir pri^ 
fe fur les Vers , fans emporter ces Vers mêmes. Il 
eft plus convenable de jetter alors fur ce fond fale 
quelques pouces de fable. Les Vers, qui doivent 
être près de la fuperficie de la terre , pour er> 
faire fortir une partie de leur corps, quittent la- 
boue, & paffent dans ce fable, ils fe rendent près 
de cette nouvelle fuperficie. J'y en ai pris en très 
grande quantité vingt quatre heures après avoir pré- 
paré le fond de l'eau comme je viens de dire. 

On doit, pour les donner aux Polypes, avoir foin 

N 3 de 



ioo MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

de les faire tomber fur leurs bras. Ils ne peuvent pas 
aller fe faire prendre en nageant, comme le font les 
Pucerons & les Mille-pieds. Auiïitôt qu'on les met 
dans l'eau, ils tombent au fond. 

I l feroit inutile de décrire au long , comment les 
Polypes faifuTent, portent à leur bouche, & avalent 
les Vers dont il s'agit. Ils emploient pour cela les 
mêmes expédiens qu'ils mettent en ufage à l'égard 
des Mille- pieds & des Pucerons. Je ne ferai donc 
mention que de quelques Faits particuliers. 

O n peut donner à manger à un Polype , un Ver 
beaucoup plus long que lui, & pour le moins aufîi 
épais qu'eft-le corps de ce Polype lorfqu'il cil éten- 
du. Il trouve moien de loger ce Ver dans fon efto- 
mac, à force d'étendre la peau de fon corps, & de 
faire faire au Ver plufieurs plis & replis. Ce Ver n'a 
rien de dur, rien qui renfle à la peau du Polype: il 

* pl. vi. cède facilement, & fe range dans l'eftomac *. Avant 
ig ' 5 ' même que d'y être entré, il eft fôuvent déjà roulé & 

replié en un paquet. Il prend cette forme en fe dé- 
battant entre les bras du Polype ; & ce dernier y con- 
tribue aufîi , en tâchant de i'affujettir entre fes bras^ 
La bouche du Polype doit s'ouvrir extrêmement, pour 
donner entrée à un Ver difpofé de cette manière. On 
voit fouvent un Ver, 'mis 'en trois 0(1 quatre doubles, 
paffer dans Peftomac d'un Polype. Quand il cft Am- 
plement en double, & qu'il eft recourbé à peu près 
dans le milieu, on remarque clairement les deux ex- 
trémités du Ver > qui pendent encore en dehors de la 

* Fig. c bouche, tandis que le milieu entre dans le corps #. 

Ces Vers ont été une des plus grandes reffources 

que 



Fis. 8, c 



P E S POLYPES. IL Mém. 101 

que j'aie eues pour nourrir les Polypes, & furtout 
pendant l'Hyver. J'en ai raffemblé abondamment 
au mois d'Octobre, je les ai mis dans de grands 
vafes pleins d'eau , avec trois ou quatre pouces 
de terre au fond. A mefure que j'en ai eu be- 
foiii, j'en ai péché dans ces vafes, de la même ma- 
nière que je les pêche dans les folles. On com- 
prend aifément que , pour découvrir de ces Vers 
dont je parle, il faut fonder le terrein qui eft au fond 
des eaux, avec le fil de fer qui fert à les pêcher. On 
retire fou vent de deilbus terre, avec cet inftrument, 
un Ver rouge, allez épais, & long de cinq à fix lignes* * pl. vil 
Il eft du même genre que celui qui eft décrit dans le 
premier Mémoire du Tome cinquième, pag. 29 &'c. 
des Mémoires de Mr. de Reaumur fur les Infectes. 

Les Polypes peuvent aufïi fe nourrir de ce Ver, 
mais il eft plus difficile à avaler & à digérer que ceux 
dont il a été queftion ci-deffus. Comme il eft roide 
& fort , il n'eft pas facile aux Polypes de l'obliger à 
fe replier , & à fe ranger dans leur eftomac. Lorfqu'ii 
y eft introduit en double, il y occupe une très gran- 
de place , c'eft-à-dire , qu'il force la peau des Polypes 
à s'étendre extrêmement. Celle de ce Ver eft un 
peu écailleufe ; & c'eft ce qui le rend plus difficile à 
être digéré. Il faut que les Polypes aient bien faim 
pour en manger. Cet aliment ne leur eft pas conve- 
nable en Hy ver. 

Je leur ai vu manger le Ver de tipule tranfparent, 
dont parle Mr. de Reaumur , à la page 40 & fui van- 
tes du Mémoire que je viens de citer. 

Aiant pris au mois de Juin 1743 une grande 

quan- 



id2 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

quantité de petits PoiiTons , longs d'environ quatre 
lignes, le premier ufage que j'en fis, fut d'eflaier fi les 
Polypfes les manger oient. 

J'en mis plufieurs dans des verres où il y avoit 
beaucoup de Polypes. L'Expérience m'apprit bien- 
tôt , ce que j'avois d'abord foupçonné : c'eft que la vi- 
vacité & la force de ces petits PoiiTons les mettroit 
en état de faire une grande réfiftance, & je n'ôfai mê- 
me prefque me flatter que les Polypes viendroient à 
bout d'en arrêter. Les Gardons , c'efl Tefpéce de 
PoiiTons dont je parle, les Gardons, dis-je, rencon- 
trèrent bientôt les bras des Polypes en nageant, & 
ce fut alors que commencèrent des combats , qui ne fi- 
nirent pas tous de la même manière. Lorfque lePoif- 
fon ne rencontroit qu'un feul bras de Polype , il arri- 
voit ordinairement qu'il fe dégageoit par une fecouf- 
fe vive ; & même affez fréquemment il rompoit le 
bras qui le tenoit faifi, & en emportoit une partie 
avec foi. Le combat finiflbit moins heureufement 
pour le PohTon , lorfqu'il étoit d'abord arrêté par 
plufieurs bras. Les efforts qu'il faifoit pour fe met- 
tre en liberté, étoient la plupart du tems inutiles, & 
ne contribuoient même qu'à l'enlacer davantage dans 
les bras de fon ennemi. Il étoit facile de remarquer, 
que le Polype en faifoit de très grands pour retenir 
le Poiffon. Les bras, qui l'envelopoient de tous côtés, 
étoient fort renflés, ce qui n'arrive guéres que lorf 
qu'ils font de grands efforts: ils étoient fortement 
appliqués autour du Poiffon: en un mot, ce que dit 
Ovide du Polype marin, peut parfaitement s'appli- 
quer au Polype d'eau douce dont il s'agit ici, On 

di* 



DES POLYPES. Il Mém. 103 

diroit que c'eft de ce dernier que ce Poè'te parle, 
quand il dit : * * Metam. 

* liv. 4. 

Utque fub œquoribus deprenfum Poîypus hojlem 
Continet, ex otnnï dimijfis parte flagettis. 

Quand je vis un Polype qui avoit arrêté un 
Poiflbn, & qui l'approchent de fa bouche, je comp- 
tai bien qu'il feroit tout fon poflible pour l'avaler. Il 
s'agifîbit de faire pafler dans fon corps un Poiflbn long 
de quatre lignes, aflez épais, & qui ne pouvoit pas fe 
replier pour fe ranger dans l'eflomac. Le Polype 
qui entreprenoit de l'avaler , ayant été obligé de fe 
contracter , par les fecouffes que le Poifïbn lui avoit 
données en fe débattant, n'avoit alors guères plus de 
deux à trois lignes de longueur. Malgré tout cela, 
la plupart des Polypes qui ont arrêté un Gardon, 
font venus à bout de l'avaler. Quand un Polype à 
longs bras en avaloit un, cette portion. étroite de fon 
eftomac,qui forme la queue , et oit obligée de s'ouvrir, 
& recevoit une partie de la proie. Un Polype , qui 
avoit avalé un PoifTon, étoit difficile à reconnoître. 
Je fuppofe , par exemple, qu'il ait avalé la queue la 
première , on voioit alors les bras contractés à l'ex- 
trémité de la tête du Poiflbn *; c'eft-là ce qui paroif- * PL. vu. 
foit le mieux. La peau du Polype # étoit fi parfaite- 



a c, oc. 



ment tendue & appliquée fur celle du Gardon, qu'on ♦ a h. 
le voioit diftinttement à travers *, & que fouvent, fi # Fig. 3* 
on n'avoit pas été au fait, on auroit pu croire qu'on 
ne voioit qu'un Poiflbn, qui avoit à l'extrémité anté« 
rieure des barbes de quelques lignes de longueur. 

O Ce 



io4 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

C e Poiffon , logé tout entier dans le corps d'un 
Polype, dont la peau étoit alors fi mince, y a cepen- 
dant été digéré. Il n'y eft pas refté un quart d'heure 
en vie: il a été fucé, & a été enfuite rendu par h 
bouche du Polype, reconnoiffable à la vérité, mais 
cependant aflfez défiguré. C'eft ce que j'ai vu un grand 
nombre de fois. 

Lés Polypes mangent la plupart des petits Infec- 
tes qu'on trouve dans les eaux douces. ]ls fe nour- 
riffent très bien de Vers, & de Nymphes de Coufms, 
& d'autres petites Mouches. Enfin on peut leur don- 
ner même de beaucoup plus grands Animaux, en les 
coupant par petits morceaux. Je leur ai fait manger 
de cette manière des Limaces , & d'autres Infectes 
aquatiques encore plus grands ; je leur ai donné des 
Vers de terre , des entrailles de Poiffon d'eau douce. 
Il y a plus, j'en ai nourri pendant du tems avec de la 
viande de boucherie , du boeuf, du mouton & du 
veau. J'ai vu fenfiblement qu'ils en tiroient de la 
nourriture , je les ai vus croître pendant ce tems-là. 
Il eft pourtant vrai qu'ils ne tirent pas de cette vian- 
de un fuc nourricier , aufîi abondant que des Infectes 
aquatiques qui leur conviennent le plus. On doit, pour 
la leur faire manger, la couper en très petits mor- 
ceaux, parce qu'elle s'enfle dès qu'elle eft dans l'eau. 

Le plus grand foin que demandent les Polypes, 
eft celui de leur trouver de la nourriture , & d'en 
■ avoir en toute faifon de Tannée. Dès qu'on n'eft 
pas éloigné de quelques mares, ou de quelques fo£ 
fés , on peut facilement en Eté fe procurer quelques- 
uns des Animaux dont j'ai parlé jufqu'à préfent; mais 

la 



DES POLYPES. IL Mèm. i $ 

la difficulté eft plus grande en Hyver. Ma principale 
reiïburce a été dans ces Vers qui fe tiennent ordinai- 
rement fous terre au fond de l'eau, & que j'ai con- 
fervés dans des vafes *. Dans la crainte où j'étois * pl. vil 
qu'ils ne me manquaient, j'ai cherché d'autres expé- Flg * *• 
diens pour nourrir mes Polypes. J'ai mis au fond 
d'un vafe de la terre tirée d'un fofle , & j'ai compté 
que j'y mettrois avec cette terre un bon nombre de 
petits Infectes , ou au moins les œufs dont ils de< 
voient fortir ; c'eft ce qui m'a très bien réufîï. Dès 
la fin de Février 1742, mon vafe a été peuplé de di- 
verfes elpèces de petits Animaux; mais il s' eft fur- 
tout peu- à- peu rempli d'une forte de petit Infecte 
qui eft renfermé dans une coquille à deux battans. II 
fait fortir de cette coquille, lorfqu'il l'entrouvre, de 
petits pieds ou bras qu'il remue avec une grande vi- 
tefle; & c'eft par le moïen de ce mouvement qu'il 
nage. Ces Animaux fe repofent fur tous les corps 
qu'ils rencontrent. Ils font à peu près de la grandeur 
d'un grain de fable. Les Polypes, que j'ai mis dans 
ce vafe, & dont je n'ai pris aucun foin, fe font nour- 
ris de ces Infecles , & ont multiplié. J'en ai , qui 
font depuis huit mois dans un verre dont le fond 
eft garni de terre , prife dans un foffé. Ils s'y nour- 
rirent & y multiplient. 

En préparant en Eté des baquets, garnis au fond de 
terre tirée des foffés , on peut en faire un féjour très 
convenable pour les Polypes. Outre les Infettes dont 
les œufs fe trouvent dans la terre des foffés , on en 
voit bientôt dans l'eau de ces baquets , s'ils font ex- 
pofés à l'air , qui viennent des œufs qui ont été dé- 

O 2 po- 



io6 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

pofés fur l'eau , par des Tipules & par des Coufins. 
On peut donc emploier avec fuccès ces vafes & ces 
baquets , & en s'épargnant la peine de nourrir les Po- 
lypes qu'on y conferve, on fe. met à couvert d'une di- 
fette qui peut déranger des Obfervations intéreffarites. 

Il eft fouvent convenable de ne point changer 
l'eau de ces vafes dans lefquels on tient des Infec- 
tes; mais quand on ne la change pas, & quand on 
ne nettoie pas le vafe , il fe remplit fouvent d'une 
herbe fine comme des cheveux , dans laquelle les 
Polypes s'embarraffent , ou bien il croît contre fes pa- 
rois de petites Plantes prefque imperceptibles , qui les 
obfcurciffent û. le vafe eft de verre , & qui empêchent 
qu'on ne puiffe voir diftinctement dedans. Il y a 
un moïen commode de prévenir ces inconvéniens. 
C'eft de mettre dans chaque vafe quelques Limaçons 
aquatiques, plus ou moins, à proportion de fa gran- 
deur. Ils mangeront ces Plantes , à mefure qu'elles 
poufferont. L'eau & les parois du vafe relieront a- 
lors nettes. 

J'ai dit ci-deffus qu'il fuffifoit qu'un Infe&e tou- 
chât le bras d'un Polype, pour qu'il en fût arrêté; 
c'eft ce que j'ai eu occafion d'obferver très fouvent. 
J'ai même vu un Mille-pied ne toucher le bras d'un 
Polype qu'avec un feul de fes pieds, je l'ai vu fe 
débattre vivement pendant plufieurs fécondes , fans 
qu'il pût fe détacher. 

Quelle que foit la caufe de ce Fait, elle n'eft 
point néceffaire , & dépend de la volonté du Polype. 
Il n'y a, pour fe le perfuader, qu'à faire tomber fur 
les bras clés Polypes , lorfqu'ils font fort raffâfiés, 

des 



DES POLYPES. IL Mêm. ioy 

des Animaux qu'ils aiment beaucoup. Il arrive alors 
Couvent qu'ils les laiffent gliffer fur leurs bras fans les 
retenir ; au lieu que s'ils avoient eu faim , ils les au- 
roient arrêtés au premier attouchement. 

Lors qu'o n donne à un Polype affamé , des 
chofes qui ne peuvent lui fervir d'aliment, quelque- 
fois il les retient d'abord avec fes bras , & puis il les 
laifle tomber ; d'autres fois il ne les arrête point du tout. 

S'il en étoit précifément des bras des Polypes 
comme , des gluaux , s'ils étoient enduits d'une col- 
le qui fervit à retenir les corps qu'ils touchent, & 
dont ils ne fuflent pas les maîtres de fufpendre l'ef- 
fet, ils devroient arrêter toujours également ceux 
qu'ils arrêtent quelquefois ; & lorfque ces bras fe 
touchent , ils devroient s'attacher très fortement. 
Il eft cependant très facile d'obferver qu'ils fe tou- 
chent, & même qu'ils fe replient les uns fur les au- 
tres , fans fe coller enfemble. Je me fuis plu quelque- 
fois à faifir le moment que tous les bras d'un Polype 
de la troifiéme efpèce étoient fort étendus, pour les 
embarraifer les uns parmi les autres., & les réduire en 
un paquet, plus difficile à démêler qu'un écheveau 
de fil fort mêlé. Je croiois d'abord que le Polype ne 
viendroit jamais à bout de dénouer ce Nœud Gor- 
dien , & que je ferois obligé de le couper pour ren- 
dre la liberté à fes bras ; mais il en eft toujours ve- 
nu à bout. Quelques Polypes ont eu befoin de deux 
ou trois jours pour les débarraffer. 

Il paroît donc, .par tout ce que je viens de dire, 
que les Polypes font les maîtres de faire agir, ou 
de ne pas faire agir ce qui fert à arrêter les Ani- 

O 3 maux 



îo8 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

maux qui touchent leurs bras. Ceft tout ce que je 
puis dire de précis fur ce fujet. Peut-être que la eau- 
fe qui produit cet effet, eft la même que celle d'où 
réfulte l'adhéfion du corps & des bras des Polypes 
aux corps fur lefquels ils fe fixent. 

On feroit d'abord porté à comparer ces boutons, 

qui fe font fenfiblement remarquer fur les bras des 

f pl. v. Polypes, fur-tout lorfqu'ils font étendus *, à ces bou- 

lg,2 ' 3: 4 * tons ou mamelons creux, dont font garnis les pieds 

des Polypes marins & les bras de la Sèche. On peut 

en voir la defeription dans les Auteurs qui parlent 

de ces Animaux, & en particulier celle des bras de 

* Bibi.Nat. la Sèche dans Swammerdam #. Il eft clair que ces 

&fùiv? 7 ' parties fervent à les attacher contre les corps qu'ils 

touchent, & il eft très apparent, comme l'a penfé 

Swammerdam , que cela fe fait par une efpèce de 

fu&ion. J'ai appliqué contre ma main le bras d'une 

Sèche expirante, & j'ai éprouvé que fes mamelons 

fe cramponoient encore avec force fur ma peau. 

La ftructure des boutons des bras des Polypes 
d'eau douce ne m'a paru avoir aucun rapport avec 
celle des mamelons de la Sèche, & du Polype de mer. 
J'ai fait voir dans le premier Mémoire que ces bou- 
tons étoient formés par la réunion de plufieurs de 
ces grains , dont les bras &■ le corps des Polypes font 
remplis. Il fe peut que le Polype , en appliquant for- 
tement les bords de la partie du bras avec laquelle il 
touche l'Animal qu'il tient, & en retirant le milieu 
de cette partie , opère une efpèce de fudlion qui fert 
à retenir cet Animal. J'ai fouvent remarqué que 
quand un Infecte faifoit beaucoup de réfiftance, l'en- 
droit 



DES POLYPES. IL Mêm. 109 

droit du bras du Polype qui le tenoit faifi, fe renfloit 
confidérablement. 

Les Animaux , qui peuvent fervir de nourriture 
aux Polypes, ne font pas également répandus dans 
les foffés. Les Polypes favent-ils choifir les endroits 
qui en font les plus peuplés, ou ne dirigent -ils leurs 
pas de côté & d'autre que fortuitement? Tout ce 
que je puis dire là-deiTus, c'eft que le penchant, qui 
les porte vers les endroits les plus éclairés , peut les 
conduire dans des endroits fort peuplés d'Animaux 
propres à les nourrir. Au moins ell-il prouvé, par les 
Faits que j'ai rapportés ci-defTus, que les Pucerons 
branchus,qui font une des principales nourritures des 
Polypes, cherchent la lumière & fe rendent aufïï dans 
les endroits les plus éclairés. 

Mais lorfque les Polypes font fixés dans quelque 
endroit , n'ont-ils d'autre reffource que d'étendre leurs 
bras , & d'attendre qu'un Animal vienne les rencon- 
trer ; ou bien ont - ils un fentiment propre a leur 
faire appercevoir leur proie, & lorfqu'ils l'ont apper- 
çue, dirigent -ils leurs bras où elle eft, pour s'en 
faifir? J'ai fait des Expériences qui pourront peut- 
être donner quelque Eclairciffement fur ces Queflions, 

Il m' eft arrivé plufieurs fois qu'en donnant à man- 
ger à un Polype qui n'étoit éloigné d'un autre que de 
quelques lignes , ce dernier , fans que la proie eût le 
moins du monde touché fes bras, qui étoient dirigés 
d'un autre côté, ce dernier, dis-je, a d'abord recour- 
bé fon corps, & a ramené quelques bras vers cet» 
te proie. 

Je voulais un jour donner à manger à un jeune 

Po- 



no MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

Polype qui étoit encore attaché à fa mère. Je faifis 
le moment que leurs têtes & leurs bras étoient tour- 
nés vers des endroits différens , je fis tomber alors un 
petit Ver fur les bras du jeune Polype. Dans l'inf- 
tant la mère tourna la tête , & fe mit en devoir de 
faifir ce Ver. Souvent en pareil cas je l'ai laiffé 
prendre par la mère ; mais cette fois je retirai le 
petit Ver de l'eau, & puis je coupai entièrement les 
bras à la mère, je lui coupai la tête, & je redonnai 
enfuite le Ver au jeune Polype , comptant qu'il ne 
pouvoit plus lui être ravi. Après le lui avoir vu fai- 
fir, je cefTai de l'obferver, & je revins le confidérer 
environ au bout d'une demi-heure. Je vis alors une 
chofe à laquelle je ne m'attendois pas. La mère 
avoit les lèvres renverfées en dehors fur le refte de 
fon corps, & le Ver, que je comptois de trouver dans 
Peftomac du jeune, étoit en train d'entrer dans celui 
de la mère, je ne dirai pas par fa bouche, mais par 
l'ouverture que formoient, à l'extrémité de ce tronc 
fans tête, les bords renverfés du bout antérieur de 
cet Animal ainfi mutilé. Je ne difcontinuai pas de 
l'obferver, jufqu'à ce que j'eufTe vu le Ver entière- 
ment avalé. 

Ces Faits, que je viens de rapporter, me firent 
foupçonner que les Polypes avoient un fentiment 
qui leur faifoit appercevoir leur proie ; & cela me 
rendit plus attentif à remarquer tout ce qui pouvoit 
confirmer, ou détruire ce foupçon. 

J'ai vu diverfes fois des Polypes fixés fur des bran- 
ches de Prêle, qui étoient dans mes poudriers, ra- 
mener leurs bras vers des Mille-pieds qui rampoient 
fur ces Plantes , & les faifir. J'a i 



DES POLYPES. IL Mêm. m 

J'ai mis au fond de grands verres, au haut defquels 
étoient fixés quelques Polypes à longs bras; j'ai mis, 
dis-je, au fond de ces verres un Ver qui ne pouvoit 
pas nager ; j'ai même fait enforte qu'il ne bougeât 
pas de la place où je l'avois mis. Mon intention étoit 
de voir û les Polypes , qui en étoient éloignés de cinq 
à fix pouces, le viendroient chercher avec leurs bras. 
C'eft ce qui eft arrivé fouvent. 

Lorsqu'on obferve un Animal, il eft bien na- 
turel de chercher s'il a des yeux ; mais il eft fur - tout 
naturel de les chercher dans un Animal, auquel on a 
apperçu un penchant marqué pour la lumière. Je 
n'ai donc rien négligé , pour m'affùrer fi les Polypes 
avoient des yeux. Il n'y a aucun endroit de leur 
corps, que je n'aie obfervé avec foin, à la loupe, &. 
au microfcope : mais je n'ai jamais pu parvenir à dé- 
couvrir aucune partie , qui , par fa fituation , ou par 
fa ftru&ure , me donnât lieu de foupçonner qu'elle 
étoit un œil. 

Qu o i qu E je n'aie point apperçu d'yeux dans les 
Polypes, & quand même les plus habiles Obferva- 
teurs, aidés des meilleurs microfcopes , n'en décou- 
vriroient point , il feroit téméraire, ce me femble, 
de décider qu'ils n'en ont point , & fur-tout de déci- 
der en général , qu'ils n'ont pas une manière d'apper- 
cevoir la lumière &. les objets qu'elle éclaire. Il eft 
plus convenable , lorfque les Faits manquent dans de 
pareilles Recherches , de fufpendre fon jugement , 
que de faire des Décifions, qui, dans le fond, fup- 
pofent prefque toujours , que la Nature eft aufïï bor- 
née que les facultés de ceux qui l'obfervent. 

P Quel- 



in MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

Quelques-uns des Faits que j'ai rapportés ci-def- 
fus , auront déjà donné lieu de penfer , que , lorfque diffé- 
rens Polypes arrêtent le même Ver , ils fe le difputent. 
On en voit fou vent deux , par exemple , qui tirent , cha- 
cun à eux , le même Ver avec beaucoup de force. 11 
arrive allez fréquemment, que l'un commence à l'a- 
valer par un bout, & l'autre par l'autre; & qu'ils con- 
tinuent à avaler, chacun de leur côté, jufqu'à ce que 

* PL. vu. leurs bouches fe touchent #. Elles relient quelque* 

J< \n A, û, *■ 

fois appliquées alfez long - tems l'une contre l'autre ; 
après quoi , le Ver fe rompt , & chaque Polype en a 
la moitié ; mais d'autres fois , le combat ne fe termine 
pas là. Les Polypes continuent à fe dilputer leur 
proie, lorfque leurs têtes fe touchent. L'un des Po- 
lypes ouvre davantage fa bouche, & fe met en de- 
voir d'avaler l'autre , avec la portion de Ver qu'il a 
dans le corps. Il l'avale, en effet, plus ou moins; 

* Fig. 5. & fouvent même prefque tout entier #. Ce combat 

finit cependant plus heureufement qu'on ne feroit d'a- 
bord porté à le croire , pour lé Polype qui a été en- 
glouti par fon adverfaire. Il ne lui en coûte que la 
proie, que l'autre lui arrache fouvent de l'eftomac: 
il fort tout entier , fain & fauf du corps de fon enne- 
mi , après même y avoir été pendant plus d'une 
heure. 

Il arrive très fouvent aux Polypes, & fur-tout à 
ceux de la troifiéme efpéce, d'avaler en partie quel- 
ques-uns de leurs bras avec leur proie. Ce qui refleen 
dehors , forme fouvent une bouche , très facile à remar- 

* pl. vi. quer *. On fait que ces bras s'entortillent autour de 
F,g ' 5 ' ' ; u leur proie lorfqu'ils l'arrêtent. Le Polype., au-lieudeles 

dé- 



DES POLYPES. IL Mêm. n 3 

dégager à mefure qu'il l'avale , les laine tels qu'ils é- 
toient: le Ver, ou le Puceron eft encore enlacé dans 
ces bras lorfqu'il eft dans l'eftomac, comme il l'étoit 
avant que d'y entrer #. 11 y a plus : les bouts de Ces * K* vi. 
bras reftent fouvent dans l'eftomac plus de vingt-qua- 
tre heures, & en fortent, au bout de ce tems-là, tels 
qu'ils y font entrés. Cependant il faut beaucoup 
moins de tems , pour que des Animaux , dont les par- 
ties font beaucoup plus folides que celles de ces bras , 
foient macérés & digérés dans cet eftomac. 

Cette Expérience , & fur -tout le Fait que j'ai 
rapporté ci-deffus de ces Polypes , qui fortent fains 
& faufs du corps d'un autre Polype, après y avoir 
été pendant plus d'une heure, me fit foupçonner, que 
ces Animaux n'étoient pas pour leur propre efpéce 
un aliment convenable. Depuis que j'en nourriiTois , 
j'avois eu occafion de m'en aifûrer d'une autre maniè- 
re. J'avois toujours tenu un grand nombre de Poly- 
pes dans des verres , où ils étoient à portée de fe man- 
ger les uns les autres. Ce fut même pour moi un fu- 
jet de crainte, dans le commencement de mes Obfer- 
vations. Il m'étoit déjà arrivé plus d'une fois de voir 
des Animaux de même efpéce, fe manger les uns les 
autres, & me priver par -là du plaifir de les obferver 
plus long -tems. Mais j'ai été bientôt raffuré à l'é- 
gard des Polypes. Quoique je les aye laides nombre 
de jours fans manger, & enfuite des mois entiers, je 
n'en ai jamais vu qui ayent entrepris de fe manger 
les uns les autres, j'ai même tâché de les y porter ; 
j'ai pris un Polype , & je l'ai préfenté à un autre ? 
comme je lui préfenterois un Ver. Ce dernier, au- 

P 2 lieu 



ii4 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

lieu de le faifir fur le champ, comme il l'auroit fait, 
û ç'avoit été une proie convenable, ce dernier, dis-je, 
ne faifoit aucun mouvement qui tendit à l'arrêter: 
il le laiffoit gliifer fur fes bras , & tomber au fond du 
verre; ou, s'il reftoit attaché aux bras, ce n'étoit 
pas pour long-tems. 

J'aurai occafion dans la fuite de décrire com- 
ment je fuis parvenu à introduire un Polype dans 
l'eftomac d'un autre Polype , & à le forcer à y refier. 
Je me contenterai de dire à préfent , qu'aucun des 
Polypes, fur lefquels j'ai fait cette Expérience, n'eft 
mort, quoique quelques-uns foient refiés quatre ou 
cinq jours entiers dans l'eftomac. Et il importe de 
remarquer , que , de tous les Animaux dont j'ai par- 
lé, qui fervent de nourriture aux Polypes , je n'en ai 
trouvé _aucun qui pût vivre dans leur eftomac plus 
d'un quart d'heure. J'ai fouvent tiré de ces Animaux 
en vie de l'eftomac, lorfque j'ai obligé les Polypes à 
les rendre d'abord après qu'ils les avoient avalés; 
mais pour peu que j'aie tardé, je les ai toujours trou- 
vés morts. 

J'ai nourri des Polypes de la féconde & de la troi- 
fiéme efpéce, dans toutes les faifons de l'année, & 
j'ai appris par-là , qu'il n'y en a aucune dans laquelle 
ils ne mangent , excepté dans ce tems de Thyver, 
où l'eau a un degré de froideur, fort peu éloigné de 
celui de congélation. Le froid qui les engourdit , & 
qui leur ôte l'activité néceffaire pour chercher à man- 
ger , & pour faifir les proies qui fe préfentent , leur 
rend tout aliment inutile , en leur faifant perdre en- 
tièrement l'appétit. Lorfque, dans ce tems -là, on 

fait 



DES POLYPES. IL Mêm. 115 

fait tomber un Ver fur leurs bras, ils ne paroiffent 
avoir aucun goût pour lui , ils ne l'arrêtent point. 

Mais, à mefure que la chaleur augmente, leur 
appétit renaît, §s ils acquièrent en même tems les 
forces néceifaires pour exécuter les manoeuvres re- 
quifes, pour attraper des Animaux. C'eft auffi dans 
ce tems , que la plupart de ceux qui leur fervent de 
nourriture , revenant de l'état d'engourdiffement où 
le froid les avoit mis , ou fortant des oeufs qui avoient 
été dépofés auparavant au fond des eaux, commen- 
cent à paroître , & à s'expofer eux-mêmes , en allant 
& venant , aux pièges que leur tendent les Polypes. 

Il n'eft pas poflible de marquer avec précifion la 
proportion qu'il y a entre l'augmentation de la cha- 
leur , & celle de l'appétit des Polypes. Le change- 
ment, que produifent quelques degrés de chaleur de 
plus ou de moins , n'en: pas affez fenfible. Il fuffit de 
dire, que cet appétit eft beaucoup plus grand en Eté, 
& qu'alors la voracité des Polypes eft même très re- 
marquable. Il eft ordinaire de leur voir avaler un 
Ver, pour le moins aufli épais qu'eft leur corps lorf- 
qu'il eft étendu, & trois ou quatre fois auffi long #. * PL. vl 
J'ai déjà dit, qu'ils peuvent manger, dans un feul re- Fls * 4 ' 
pas, une dixaine de Pucerons, ou bien trois ou qua- 
tre Mille-pieds. Quand on compare le volume des 
alimens que les Polypes peuvent prendre en une feu- 
le fois, avec celui de leur corps, on trouve que le 
premier de ces volumes eft trois ou quatre fois plus 
grand que le fécond. 

Quelque grande que foit la quantité d'alimens 
qu'ils prennent en Eté en une feule fois , ils l'ont 

P 3 beau» 



n6 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

beaucoup plutôt digérée, & ils font beaucoup plu- 
tôt en état de faire un nouveau repas, que dans une 
autre faifon. 

Lors qu'i l fait chaud , la digeflion eft fouvent fi- 
nie au bout de douze heures: le Polype a déjà tiré, 
de l'Animal qu'il a avalé, le fuc nourricier, & rendu 
les excrémens : il s'eft déjà vuidé de ce volume con- 
fidérable, qui rempliffoit fon eflomac : fon corps & 
fes bras fe font étendus de nouveau. Il faut, pour 
que tout cela fe faffe dans une faifon plus froide , fou- 
vent deux ou trois fois vingt-quatre heures , fuivant 
qu'il fait plus ou moins froid, quoique le Polype ait 
beaucoup moins mangé , qu'il ne mange en Eté. 

Les Polypes rendent leurs excrémens par la bou- 
che. Je n'ai jamais rien vu fortir par l'ouverture 
qu'ils ont à leur extrémité poflérieure. 

Il en eft des Polypes, comme de la plupart des 
Animaux voraces : s'ils peuvent manger beaucoup à 
la fois , ils peuvent aufli relier fort long-tems fans 
manger. L'Hifloire des Infecte nous fournit les 
exemples des Abeilles, des Fourmis, de diverfes efpé- 
ces de Chenilles, de Vers, de Papillons & de Mou- 
ches, qui paffent des mois entiers, fans manger quoi 
que ce foit. Mais ce tems de jeûne eflauiîi, pour 
ces Infecte, un tems d'inaction, d'engourdiffement , 
que la faifon froide occafionne. Ils ne pourroient pas 
relier fi long-tems fans manger en Eté, lorfqu'ils font 
en action , quoiqu'ils foutiennent même dans ce 
tems -là de beaucoup plus longs jeûnes, que tant de 
Quadrupèdes , & d'autres Animaux qui nous font 
connus. Les Polypes, au contraire, peuvent, fans 

mou- 



DES POLYPES. lI.Mêm. n 7 

mourir, fe paffer très longtems de nourriture, dans 
la faifon la plus chaude. J'en ai confervé alors dans 
des verres, qui ont été privés de tout aliment pen- 
dant quatre mois. 

Je n'ai rien négligé, pour tâcher d'acquérir quel- 
ques idées fur la manière dont les Polypes digèrent 
leurs alimens, fur la manière dont ils en tirent le fuc 
nourricier , & fur celle dont ce fuc paffe dans leur 
corps , pour les nourrir. Je ne me fuis jamais flatté 
d'acquérir là-deffus des idées fort précifes. Voici tout 
ce que j'ai pu découvrir. 

D'abord après que les Mille-pieds, & ces Vers, 
dont je me fuis fouvent fervi pour nourrir les Polypes, 
ont été introduits dans leur eftomac, ils y font fort 
reconnoiffables : on les voit diflinftement, à caufe de 
la tranfparence de la peau des Polypes; mais ils ne 
fe diftinguent jamais mieux, que dans ceux qui n'ont 
pas mangé de quelque tems #. Quand on obferve de * pl. vî, 
fuite ces Vers qui font dans l'eftomac , on s'apper- Flg ' 5 ° 
çoit que peu à peu ils perdent leur figure, & enfin 
on ne les reconnoit plus. La matière, dont ils font 
compofés, a été réduite en une bouillie, qui renfer- 
me des fragmens, plus ou moins grands, des parties 
les plus folides de ces Animaux. Tout ce qu'on voit 
porteroit à croire, que les alimens font d'abord ma- 
cérés dans l'eftomac des Polypes, & qu'enfuite le fuc 
nourricier, en étant féparé, ils rejettent le refte par 
la bouche. 

Lorsqu'on nourrit plufieurs Polypes, on a fou- 
vent occafion de voir fortir par la bouche , ces excré- 
mens , qui font compofés de parties de matière affea, 

gran- 



n8 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

grandes pour être facilement remarquées. Il arrive 
même, lorfque le Polype n'a pas bien digéré le Ver, 
ce qui eft allez ordinaire dans une faifon qui n'eft que 
tempérée , ou froide ; il arrive , dis-je , qu'il y a , par- 
mi ces excrémens , des morceaux de Vers affez longs , 
qui font alors blanchâtres, & dont les parties paroif- 

* pl. vu. fent feulement avoir été un peu déchirées *. 

Jig- 6. t. Après que le Polype s'eft défait de ces excré- 
mens , Con corps n'eft pas toujours entièrement dés- 
enflé. Il paroit quelquefois plein d'une liqueur , dans 
laquelle eft , fans doute , le fuc qui s' eft féparé des 
alimens. Cette liqueur renferme encore des excré- 
mens, mais plus difficiles à voir fortir que les premiers 
dont j'ai parlé , ou plutôt cette liqueur elle-même , n'eft 
que des excrémens , après que les parties deftinée's à 
la nutrition, en ont été féparées, & font paflfées dans 
la peau. Elle fort de l'eftomac par filets extrêmement 
déliés , & même aufll déliés que les bras des Polypes 
de la troifiéme efpéce. J'en ai vu fortir de la bouche 
de ces Polypes , qui même m'ont trompé au premier 
coup d'oeil, je les ai pris pour les bras de ces A- 
nimaux. 

Le corps des Pucerons n'eft pas macéré dans l'ef- 
tomac des Polypes, comme celui des Vers dont je 
viens de parler. Aufïï toute la fuperficie du corps 
des Pucerons eft -elle écailleufe, au -lieu que tout le 
corps des Vers n'eft compofé que de parties molles. 
Ces Pucerons font ordinairement rougeâtre's, & fou- 
vent même leur couleur eft alfez vive. Il eft facile 
de s'affurer, en les obfervant à la loupe, que ce qui 
leur donne cette couleur, eft dans l'intérieur, & non à 

la 



DES POLYPES. IL Mêm. u 9 

la fuperficie de leur corps. Cette peau , qui eft écail- 
leufe, eft d'un blanc tranfparent, elle laifle voir les 
inteftins qu'elle enferme , & dans lefquels eft la matiè- 
re colorée , qui fait paroitre les Pucerons rougeâtres. 
Toute la différence qu'on remarque dans un Puceron , 
lorfqu'il entre dans Peftomac d'un Polype pour lui 
fervir d'aliment, & lorfqu'il en fort comme excré- 
ment , c'eft celle qui eft dans fa couleur : il y eft en- 
tré rougeâtre, & il en fort blanc. Il paroit donc, 
que la matière rougeâtre a été fimplement tirée des 
inteftins du Puceron ; & l'on feroit porté à croire, que 
cela s'opère par une forte de fuftion. 

Ce que j'ai vu à l'égard d'un autre Animal % que * PL. vir, 
j'ai auffi donné à manger aux Polypes , m'a paru pro- 3g " 7 ' 
pre à confirmer cette idée. Cet Animal eft affez 
commun. Il marche, en recourbant & en étendant 
fucceffivement fon corps. Ce corps eft d'un blanc 
tranfparent, & il a à peu près la confiftence de la ci- 
re. Les inteftins , qu'on voit très diftinctement # , * Fîg. 7, 
font , dans la plupart de ces Infectes , pleins d'une ma- 
tière d'un beau rouge cramoifi. Celui , qui eft repré- 
fenté dans la Figure 7 , eft trop grand pour pouvoir 
être mangé par un Polype. Il faut en choifir pour 
cela qui foient de la moitié plus petits. Ces Animaux 
fortent auili du corps des Polypes , fans avoir été ma- 
cérés : la matière rouge , qu'ils ont dans leurs intef 
tins, en a été feulement tirée. J'ai ouvert un Polype, 
environ une heure après qu'il avoit avalé un de ces In- 
fectes , & j'ai trouvé que la matière rouge étoit en train 
de fortir par une des extrémités de ce Ver. «Elle ne pa- 
roiflbit pas liquide, il me fembla qu'elle avoit la con- 

Q, f& 



120 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

Mence de la gelée de grofeilles , elle en avoit aufïi la 
couleur. Comment cette matière rouge eft- elle ti- 
rée du corps de ces Vers ? Ne feroit-ce point par 
fuèKon ? 

Voici une Expérience, qui réveille la même idée 
que les deux précédentes. J'avois donné à un Poly- 
pe allez petit , un de ces Vers rouges de Tipules, 

* Pag. ioi. dont j'ai parlé ci-demis *. Il étoit des plus grands, & 

il fe préfenta à la bouche du Polype par le milieu du 
corps; & par conféquent, le Polype ne pouvoit a- 
valer ce Ver, qu'en ouvrant extrêmement fa bouche. 
La première fois que je vins obferver ce Polype , a- 
près lui avoir donné à manger, je trouvai fes lèvres 
fortement appliquées contre ce Ver, & qui embrafc 
foient un efpace de fon corps , long d'environ deux li- 

* pl. vit. gnes #. La bouche du Polype avoit donc été obli- 
lg ' 8 '/ f * gée de s'ouvrir confidérablement. Son corps # avoit 

la forme d'un entonnoir, aplatti des deux côtés. Je 
ne me ferois pas figuré, que le Polype pût tirer du 
fuc de cet Animal, avant qu'il fût dans fon eftomac. 
Cependant, je fus bientôt convaincu , qu'il le pou- 
voit. La peau du Polype étoit fort tranfparente; je 
vis diftin&ement, à travers cette peau , dans l'efto- 
mac du Polype, ou fi l'on veut, dans l'entonnoir 

* h t ». qu'il formoit #,une liqueur rouge qu'il avoit tirée du 

Ver fur lequel fes lèvres étoient appliquées: &, en 
continuant de l'obferver, je vis fenfiblement que cet- 
te liqueur rouge augmentoit. 

J'ai vu depuis, plufieurs Polypes, qui, aiantdans 
leurs bras des proies fi grandes qu'elles ne pouvoient 
entrer dans leur eilomac , les ont fucées en partie , en 

applî- 



DES POLYPES. IL Mêm. 121 

appliquant fortement leurs lèvres contre ces Ani- 
maux. 

L a caufe , qui produit cette friction , peut aufll dé- 
tacher les parties colorées de la peau des Animaux. 
Je l'ai éprouvé avec ces Araignées d'un très beau rou- 
ge, qui font fort communes dans les eaux. J'ai don- 
né à des Polypes des peaux de ces Araignées, & les 
parties colorées en ont été féparées dans leur eftomac. 
Après que la fécrétion des parties les plus grofTiéres 
a été faite, & que ces dernières ont été rejettées, la 
matière rouge, dont je viens de parler, a formé, dans 
Teftomac des Polypes, une liqueur rouge, très facile 
à diftinguer à travers leur peau. 

L a matière rougeâtre des Pucerons forme une li- 
queur rougeâtre : celle des Vers plats # en forme une * &* vil. 
d'un beau rouge : enfin, la liqueur qui refte dans l'ef- 
tomac, eft toujours de la couleur dominante dans 
l'Animal que le Polype a mangé. 

Cette liqueur eft compofée des parties colorées 
des alimens , & de l'eau qui fe trouve dans l'eftomac 
du Polype. Si on preffe le corps d'un Polype qui en 
eft rempli , on la voit fortir en allez grande quantité. 

J'a 1 remarqué une chofe qui peut beaucoup contri- 
buer à la digefHon des alimens. C'eft qu'ils font con- 
tinuellement pouffes , & repouffés d'une extrémité à 
l'autre de Feftomac. Il faut, pour avoir occafion d'ob- 
ferver ce mouvement , choifir des Polypes dont l'ef- 
tomac ne foit pas trop plein , & qui aient pris des a- 
limens qui puiffent être macérés. Ce balottement des 
alimens eft fenfible, lorfque leurs parties font déjà di- 
vifées en petits fragmens. Quand; au contraire, l'ef- 

Q 2 tomac 



Fig. 7. 



ï22 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

tomac du Polype eft fort plein, & quand les alimens 
qu'il a avalés , ne peuvent pas fe réduire en petites 
parties, on ne leur voit faire aucun mouvement, & ils 
ne peuvent pas en faire. Ils n'ont pas la liberté d'al- 
ler & de venir, dans un efpace qui eft entièrement 
rempli, & dans lequel ils font fort gênés: ils ne peu- 
vent pas céder à l'action qui met en mouvement les 
alimens qui font moins ferrés, & plus brifésj mais, 
il eft cependant très vraifemblable, que cette action 
a toujours également lieu dans le Polype , mais 
qu'elle produit fon effet fur les alimens, d'Une maniè- 
re infenfible. Il eft bien naturel de penfer, que la cau- 
fe, qui produit ce balottement des alimens dans l'ef- 
tomac des Polypes , eft une forte de mouvement pé- 
riftaltique, qui fe fait en divers fens. On conçoit fa- 
cilement, qu'il peut dans les Polypes, comme dans 
d'autres Animaux, contribuer beaucoup à la digeftion. 
Ce mouvement périftaltique répand le fuc nourri- 
cier dans tout l'eftomac des Polypes. Cela ne paroit 
pas fort néceffaire dans ceux de la féconde efpéce, 
parce que cet eftomac fe remplit ordinairement d'a- 
bord d'alimens , d'une extrémité à l'autre. Mais , il 
n'en eft pas de même de ceux à longs bras. Leur 
corps, comme on l'a déjà vu, fe rétrécit confidéra- 
blement , environ aux deux tiers de fa longueur , & 
refte tel jufqu'à fon extrémité poftérieure. L'ef- 
tomac eft par cela même confidérablement rétré» 
ci dans cet endroit -là. Les alimens, qu'un Poly- 
pe à longs bras avale, s'arrêtent la plupart du tems 
dans l'endroit où commence ce retrécilfement, & ne 
rempliffent que la partie de l'eftomac, qui eft la plus 

lar<* 



DES POLYPES. IL Mêm. 12$ 

large. Il eft néceffaire, dans ce cas, que le fuc nour- 
ricier, lorfqu'il a été féparé, foit porté dans cette 
partie étroite de l'eftomac , dans laquelle des frag- 
mens grofïiers ne fauroient entrer. C'eft donc là l'ef- 
fet que produit le mouvement périftaltique , qui fe 
trouve dans les Polypes : & , pour s'en afTurer , il 
fuffit de donner à quelques Polypes des alimens qui 
fourniffent un fuc d'une couleur un peu vive , par 
exemple, de ces Vers plats #, dont les inteftins font * PL. Vir. s 

1 • j> • - t^ •' Fig. 7.. 

pleins d une matière rouge. Des que cette matière 
rouge commence à fortir de leur corps , & à fe ré- 
pandre dans la partie large de l'eftomac, elle efl en- 
fuite bientôt pouifée dans la partie étroite : on la voit 
parvenir jufqu'à fon extrémité , & s'y raffembler en 
une quantité très fenfible. 

Ce n'eil pas -là le feul canal étroit, dans lequel les 
alimens doivent être portés. Il s'en trouve plufieurs 
dans les Polypes des deux efpéces , fur lefquels j'ai 
fait mes Expériences. Ces canaux font les bras de 
ces Polypes. Ils font percés en dedans, & forment, 
comme le corps même des Polypes, une efpéce de 
boïau. Chacun de ces boïaux, que forment les bras 
des Polypes, communique avec celui que forme le 
œrps : il s'ouvre dans l'eftomac ; & c'eft par le trou 
de communication que les alimens font chalTés, par le 
mouvement périftaltique , de l'eftomac dans ces bras. 

J'a 1 commencé à m'en affurer , lorfque j'ai obfervé 
des Polypes qui avoient fucé la matière rouge , qui 
eft dans les inteftins des Vers plats dont je viens de 
parler. En examinant avec attention, à la loupe, les 
bras de ces Polypes, près de leur origine, j'ai vu que 

Cl 3 1& 



124 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

la matière rouge avoit paffé dans ces bras , & qu'ils en 
renfermoient une quantité fort fenfible. Mais , ce fuc 
rouge eft compofé de parties trop déliées , pour qu'il 
foit facile de les voir paffer de l'eflomac dans les bras, 
de manière qu'on puiffe décider , qu'il y eft entré 
par un trou de communication, & qu'il eft dans un 
canal que forment les bras. Il fe pourroit que ce fuc 
eût été filtré, & eût été répandu dans la peau même. 
4 J'ai fait une autre Expérience, qui a entièrement 

réfolu mon doute. J'avois donné à un Polype des 
morceaux de peau de ces petites Limaces noires & 
* PL. vil plattes #, qui fe rencontrent en abondance dans les 
Flgl 9 ' foliés. La matière de cette peau fut bientôt réduite, 
dans l'eflomac du Polype, en une efpéce de bouillie, 
qui étoit principalement compofée de petits fragmens 
noirs. Cette bouillie, & ces fragmens étoient balot- 
tés dans l'eflomac du Polype. Je les fuivois dans leur 
mouvement avec attention, aidé d'une bonne loupe. 
Enfin, je m'apperçus que plufieursde ces petits frag- 
mens noirs paffoient à la file dans les bras du Poly- 
pe: je les voiois diftin&ement, & dans l'eflomac, & 
dans les bras, & je les voiois paffer de l'un dans l'autre. 
Je ne les ai pas vus aller plus avant dans le bras , que 
de la longueur de deux ou trois lignes: enfuite, ils 
étoient renvoies du bras dans Peftomac , & chaffés de 
nouveau vers l'extrémité poftérieure du Polype; après 
quoi , ils étoient encore repouffés vers fon bout anté- 
rieur, & dans les bras, & ainfi continuellement. 

J'ai répété très fouvent cette Expérience. Elle eft, 
ce me femble , une preuve bien claire de cette forte 
de mouvement périîtaltique qui agit dans les Poly- 
pes, 



DES POLYPES. IL Mêm. 125 

pes, en divers fens, & elle prouve même, qu'il eft 
également, & dans le corps, & dans les bras. Il eft 
toujours aflez lent, mais fur -tout en hyver. 

Il me femble que l'Expérience, que je viens de 
rapporter, peut fuffire pour prouver, que les bras 
des Polypes forment chacun un tuïau , qui a un trou 
de communication avec Feflomac. Mais je n'oferois 
décider fi ce tuïau va jufqu'à l'extrémité du bras, &; 
s'il eft ouvert à cette extrémité. 

Les Expériences précédentes ont été faites avec 
les Polypes de la féconde & de la troifiéme eipéce : 
elles font plus faciles avec ceux de la troifiéme, par- 
ce que leur peau eft plus tranfparente que celle des 
autres. 

J e fuis parvenu à voir très diftindtement les trous 
de communication qui font entre l'eftomac & les bras 
des Polypes. Je les ai vus plufieurs fois ; mais je ne 
m'y attendois nullement la première fois que je les 
vis : je faifois une opération , dont il n'eft pas encore 
tems de parler. 

De tout ce que je viens de dire, il paroît claire- 
ment, que le fuc nourricier, après avoir été féparé, 
fe répand dans tout le tuïau que forme le corps, & 
dans ceux que forme chaque bras des Polypes. Mais , 
comment paffe-t-il enfuite dans la peau, qui fert de 
parois à ces tuïaux? Comment fe répand-t-il dans £es 
parties? Et comment contribue- 1- il à la nutrition & 
à l'accrohTement des Polypes ? 

Je me garderai bien de promettre de répondre 
d'une manière fatisfaifante à ces Queftions. Je vais 
fimplement expofer quelques Obfervations, qui, peut- 
être* 



126 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

être, ferviront à répandre une foible lumière fur les 
deux premières. 

Il convient que je commence par une Digrefllon 
fur la caufe de la couleur des Polypes. Les Faits, 
qu'elle renfermera, ferviront de bafe à ce que je dois 
établir touchant les Queftions précédentes. 
? a g- 47- T A * dit t dans I e premier Mémoire # , que les Polypes 
n'ont pas toujours la même nuance de couleur, qu'el- 
le varie dans le même Polype, qu'elle devient, tantôt 
plus foncée , & tantôt plus claire , enfin qu'il la peut 
perdre entièrement, & qu'alors il eft d'un blanc un 
peu tranfparent. Tout cela eft très facile à obferver, 
lorfqu'on examine de fuite les mêmes Polypes pen- 
dant quelque tems. Il eft auffi très facile de s'apper- 
cevoir , que ces changemens viennent du plus ou du 
moins de nourriture que prennent les Polypes. Plus 
ils mangent , plus leur couleur devient foncée ; & dès 
qu'on les lailTe jeûner, elle devient plus claire. 

La couleur des Polypes de la féconde & de la troi- 
fiéme efpéce eft ordinairement d'un brun rougeâtre, 
mais dont la nuance varie dans les individus de ces efpé- 
ces,& approche plus ou moins du rouge, ou du brun. 

Après avoir nourri pendant quelque tems des 
Polypes , j'eus lieu d'être perfuadé , que cette varié- 
té de couleur venoit, non feulement du plus ou du 
moins de nourriture que je donnois à ces Animaux, 
mais aufïï de la diverfité de la couleur même des 
alimens qu'ils prennoient. Ce fut ce qui me fit pen- 
fer, que fi les Polypes mangeoient des Infectes d'une 
^couleur plus vive que celle des Mille-pieds & des Pu- 
cerons, dont je les avois nourris jufqu'alors, ils en 

pren- 






DES POLYPES. IL Mêm. 127 

prendroient une plus marquée que celle que je leur 
connoiffois. Mon but fut d'abord de les rendre d'un 
beau rouge; & j'eus recours pour cela à ces Vers, 
dont les inteftins font pleins d'une matière qui tire fur 
le cramoifi *. J'en donnai à quelques Polypes de la * PL. vu. 
troifiéme efpéce , qui n'avoient prefque aucune cou- Ig " 7 ° 
leur; &, dans un jour, ils furent teints en rouge. Je 
réïterai l'Expérience fur ces Polypes , pour augmen- 
ter la nuance de leur couleur rouge, •& fur d'autres 
de l'une & de l'autre efpéce : & je leur vis prendre à 
tous la couleur de la matière qui étoit dans les intef 
tins des Vers que je leur avois donnés; & cela, à pro- 
portion de la quantité de cette matière qui étoit paf- 
fée dans leur eflomac. 

Après avoir teint des Polypes en rouge, je me 
propofai d'en teindre en noir. Je leur donnai, pour 
cet effet , des morceaux de petites Limaces aquati- 
ques noires*: &, en peu de tems, ils furent noirs. * Fig. ?, 
Il efl arrivé diverfes fois , que les Polypes n'ont pas 
bien digéré ces Limaces : alors , ils n'ont pris que peu 
ou point leur couleur. J'ai fait manger à quelques-uns 
de petits Têtards de Grenouilles qui étoient noirs , & 
après les avoir digérés , leur corps a eu une nuance 
de cette couleur affez foncée. 

Ces petites Araignées aquatiques, d'un beau rou- 
ge , s' étoient trop fait remarquer , pour que je n'y 
penfaffe pas. Il en coûta la vie à plufieurs , que je don- 
nai à des Polypes. Je commençai par les leur offrir 
entières ; mais , m'étant apperçu que la plupart 
avoient de la peine à les avaler , j'enlevai la peau de 
ces Araignées, & je la donnai feule aux Polypes. 

R J'ap- 



128 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

J'appris en même tems par -là, qu'il n'y avoit que la 
fuperficie extérieure de cette peau qui fût rouge. Les 
Polypes , qui ont mangé de ces Araignées, ont pris un 
beau rouge, tirant fur la couleur de feu. J'ai trouvé 
quelquefois dans les foffés des Polypes, qui avoient 
la même couleur. Il eft apparent qu'ils s'étoient nour- 
ris nouvellement d'Araignées rouges. 

J'ai auffi entrepris de teindre des Polypes de la 
troifiéme efpéce en verd. N'aiant découvert aucun 
Infecte aquatique qui leur pût donner cette couleur , 
j'eus recours à une efpéce de Pucerons verds du Ro- 
fier. J'en donnai à quelques Polypes , qui les avalè- 
rent, & qui, après les avoir digérés, eurent une foible 
teinte de verd. 

Les pieds de ces Pucerons les rendent difficiles à 
avaler, pour les Polypes. Ils font roides. J'ai eu 
foin, la plupart du tems, de couper ces pieds, avant 
que de les donner aux Polypes. Cependant , j'en ai 
vu quelques-uns, qui ont avalé chacun un Puceron 
avec fes pieds. Ils ne purent pas fe ranger dans l'ef- 
tomac, ils obligèrent la peau des Polypes à s'éten- 
dre extrêmement; &, qui plus efl, il y en eut qui 
la percèrent , & qui fe montrèrent en dehors des Po- 
lypes. Trois ou quatre pieds fortoient en différens en- 
droits de leur corps , & faifoient un effet fort fingulier. 

Les Polypes , qui furent ainfi percés , n'en digé- 
rèrent pas moins le corps des Pucerons, & même 
obligèrent peu à peu les. pieds à rentrer dans leur ef- 
tomac. Après quoi, il ne refta aucune trace de la 
bleffure que ces pieds avoient faite à leur peau ; & les 
Polypes ne parurent s'en reffentir en aucune manière, 

Après 



DES POLYPES. IL Mêm. 129 

Après avoir eflaïé de varier la couleur des Poly- 
pes, au moïen de celle de différens Animaux que je 
leur avois donné à manger, je tentai de la varier en- 
core d'une autre manière. Je ne penfai pas moins , 
qu'à leur donner toutes les couleurs des Fleurs qui 
ornent un Parterre par leur grande variété. Il auroit 
fallu, pour que cela fût poiïible, que ces Végétables 
euffent été des alimens propres pour les Polypes- 
Je pris différentes Fleurs, je coupai leurs pétales en 
morceaux étroits , & longs de deux ou trois lignes ; 
& j'en fis tomber fur les bras de plufieurs Polypes. 
Les uns ne les arrêtèrent pas, d'autres les arrêtèrent 
pour peu de tems; mais le peu d'empreffement qu'ils 
avoient pour les porter à leur bouche , me fit bientôt 
comprendre que ces Fleurs ne leur plaifoient pas. 
Deux Polypes cependant en avalèrent. L'un , un 
morceau de pétale de Pied - d'alouette bleue , & l'au- 
tre , un morceau de pétale de Giroflier. Mais , 
comme j'étois très attentif à obferver s'ils les digé- 
reroient , & s'ils fépareroient leurs parties colorées , du 
relie, je les leur vis rejetter hors de l'eftomac. 

Cela me fit comprendre, que je devois renoncer 
à voir réuffir cette Expérience, & que les Polypes 
ne pouvoient pas fe nourrir de Fleurs. Je n'ai pas 
effaïé de leur donner d'autres Végétables , excepté du 
pain , dont ils ne fe font pas nourris. 

J'ai fait infufer, dans de l'eau, des Fleurs de Sou- 
ci jaune, & de Pied -d'alouette bleue, & j'ai mis des 
Polypes dans cette teinture , pour effaïer s'ils y pour- 
roient vivre , & fur-tout fi cette liqueur paffant dans 
leur eftomac, les parties colorées, qu'elle renfermoit, 

R 2 ne 



* 



/ 



130 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

ne ferviroient point à nourrir & à teindre les Poly- 
pes , comme le font les parties colorées qu'ils tirent 
des Animaux; mais, les Polypes n'ont pu vivre dans 
ces infufions. 

Il paroit donc, par les Expériences rapportées ci- 
deiïus , que la couleur des Polypes dépend de celle 
du fuc nourricier qu'ils tirent des Animaux qu'ils 
mangent. On pourroit, peut-être, s'imaginer, que 
ce n'eft qu'en apparence qu'ils en font colorés , qu'il 
en eft des Polypes, comme d'une bouteille d'un verre 
tranfparent, à travers lequel on voit la liqueur qu'el- 
le renferme, & qui paroit en avoir la couleur. 11 
fuffit, pour fe convaincre du contraire, d'examiner 
avec attention un Polype , après qu'il s'eft entière- 
ment vuidé de tout excrément, & qu'il s'eft de nou- 
veau allongé. On voit à l'œil, que fon eftomac eft 
extrêmement rétréci , qu'il ne contient plus de li- 
queur, & que la couleur eft dans la peau même. Si 
enfuite , on ouvre le Polype , il eft encore plus facile 
de s'en convaincre. 

J'ai voulu favoir combien de temsles Polypes con- 
fervent leur couleur. J'ai fait l'Expérience avec des 
rouges & avec des noirs, tous de la même efpéce. 
Après qu'ils ont eu digéré les alimens qui les ont co- 
lorés, je les ai laiffé jeûner. J'ai trouvé, qu'au bout 
de quinze jours, ces Polypes avoient encore une nuan- 
ce, fort reconnoiflable , de noir ou de rouge, quoi- 
que beaucoup plus foible que celle qu'ils avoient eue 
d'abord après avoir mangé. Peu à peu, elle s'eft fi. 
fort affoiblie, qu'au bout de trois femaines, ou d'un 
mois , elle n'étoit plus fenfible : le Polype étoit à peu 
près blanc. Mais, 



DES POLYPES. II.Mèm. 131 

Mais, comment ce fuc coloré fe répand-t-il dans 
la peau des Polypes? Entre-t-il dans des Vaiffeaux, 
& fe difperfe-t-il, par le moïen de ces Vaiffeaux, dans 
tout le corps? On doit fe rappeller ici, que j'ai dit 
dans le premier Mémoire #, que je n'avois pu décou-* Pag. 5$; 
vrir aucun Vaiffeau dans la peau des Polypes. Je 
n'ai vu que ces grains dont j'ai beaucoup parlé , & la 
matière glaireufe dans laquelle ils font. Il fe peut que 
cette matière renferme plufieurs Vaiffeaux; mais, fup- 
pofé que cela foit , j'ôfe dire , cependant , que ce n'ell 
pas dans ces Vaiffeaux, que paffe immédiatement le 
fuc coloré qui a été extrait des alimens : car cette 
matière glaireufe eft toujours blanche, & tranfparen- 
te , dans les Polypes mêmes qui ont le plus de cou- 
leur. 

Les grains, au contraire, qui fe trouvent en abon- 
dance dans la peau des Polypes, font colorés: c'en: 
de leur couleur , que dépend celle des Polypes ; & la 
leur dépend de celle du fuc nourricier que ces Ani- 
maux tirent des alimens qu'ils prennent. Ces grains 
deviennent , par exemple , rouges ou noirs , quand 
les Polypes ont été nourris par un fuc rouge ou noir. 
Ils ont des nuances , plus ou moins fortes de ces diffé- 
rentes couleurs, à proportion de la force de la nuan- 
ce de celle du fuc nourricier, & à proportion de fa 
quantité. Enfin , ils perdent peu-à-peu leur couleur , 
fi on ne l'entretient , en donnant de tems en tems des 
alimens de même couleur aux Polypes. Que conclu- 
re donc de tout cela, & de tout ce qui a été dit ci- 
deffus fur ce fujet *? C'eft que le fuc nourricier paffe * Mém. 1, 

R 3 ta- ï a u s ; 



i 3 2 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

immédiatement de Feftomac des Polypes , dans les 
grains dont leur peau eft garnie, 

Mais, comment ce fuc teint -il ces grains? Il cft 
très apparent qu'ils font tous autant de glandules, ou 
de vejficules , dans lefquelles il eft introduit, peut-être, 
par une efpéce de fu&ion. Ces vefïicules paroifTent 
colorées, parce qu'elles font pleines, parce qu'elles 
font imbibées d'un fuc coloré. En fuppofant cela, 
il eft facile de comprendre pourquoi ces grains ne 
parouTent pas colorés, lorfqu'ils font féparés, & pour- 
quoi ils paroifTent de plus en plus colorés , à mefure 
qu'ils font réunis en plus grande quantité. 

Les parois de l'eftomac font entièrement tapifîees 
de grains , comme je l'ai dit dans le Mémoire précé- 

* Pag. 54. dent #. Ce font ces grains -là, qui fe rempliffent, les 

premiers, du fuc nourricier qui fe trouve dans l'efto- 
mac. Aufîi voit -on, que la fuperficie intérieure de 
l'eftomac eft toujours bien colorée, après que les Po- 
lypes ont mangé. Les couches de grains, qui font 
au-deiTus de cette fuperficie, reçoivent auiîi du fuc 
nourricier; & cela, à proportion que le Polype prend 
plus ou moins d'alimens. 

I l eft très aifé de remarquer , que , lorfqu'un Poly- 
pe a peu mangé, & fur-tout lorfqu'il a jeûné, il n'y 
a que quelques couches de grains, favoir, les plus près 
des parois de l'eftomac, qui foient colorées: les au- 
tres font blanches , & forment cette enveloppe tran£ 
parente , garnie de grains non colorés, dont j'ai par- 

* Pag. 48. lé #. Quand un Polype eft bien nourri, l'enveloppe 

transparente eft plus mince, & il y a un plus grand 

nom- 



DES POLYPES. IL Mém. 133 

nombre de couches de grains qui font colorées. Sans 
doute, qu'à mefure que les grains, les glandules, qui 
font le plus près de l'eftomac , fe rempliffent , le fuc 
nourricier paiTe aux autres. Il efl facile de compren- 
dre, que les bras tirent ce fuc, comme le corps, dès 
qu'on fe rappelle, que leur ftruclure eft la même que 
la fienne , & que le fuc nourricier pénétre dans leur 
intérieur *. * Voî. Pag, 

M R. le Comte de Marfigli nous apprend , dans fon pî? ^* 
Hiftoire de la Mer , que la peau du Corail , & celle & fuiv - 
d'autres prétendues Plantes marines, eft toute rem- 
plie de petits grains, qu'il compare à des grains de fel. 
Les belles Obfervations , que Mr. de Reaumur rap- 
porte dans la Préface du fixiéme Volume des Mémoires 
pour fervir à V Hiftoire des Infectes , qu'il a faites, con- 
jointement avec Mrs. Bernard de Juffieu & Guétard ; 
ces Obfervations , dis-je , nous ont déjà fuffifamment ap- 
pris , que ces corps organifés, qu'on a pris pour des Plan- 
tes, font des amas de Polypiers & de Polypes. Si les 
grains, qui fe trouvent dans ces Polypes, étoient plus 
grands que ceux des Polypes dont je fais l'Hiftoire, 
& s'ils leur reffembloient , on pourroit , peut - être , en 
les obfervant , fe mettre plus au fait de ce qu'ils font. 

On pourroit demander ici ce que devient le fuc 
nourricier, après avoir paffé dans ces grains? Com- 
ment il fe répand dans les autres parties des Polypes, 
pour fervir à leur nutrition? Je me trouve tout-à-fait 
hors d'état de répondre à cette Queftion. 

L'accroissement des Polypes eft fort prompt, 
lorfqu'ils mangent beaucoup & fouvent; c'eft-à-dire, 
en Eté. Il eft proportionné à la quantité d'alimens 

qu'ils 

1 



134 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

qu'ils prennent. Je ne m'arrête point à défigner les 
différens dégrés de leur accroiffement , parce que j'y 
reviendrai, en parlant de leur multiplication. 

J'ai déjà dit, que les Polypes peuvent jeûner très 
long-tems: je dois ajouter ici qu'ils diminuent, àmefu- 
re qu'ils jeûnent. J'en ai obfervé qui avoient, lorf- 
qu'ils étoient étendus, la longueur d'un pouce, & 
qui ont diminué, par un jeûne de plus de trois mois, 
au point qu'ils font devenus des plus petits que j'aie 
jamais vus. Ils diminuent plus vite en Eté qu'en 
Hyver. 

Pour juger, autant qu'il me feroit pofllble , de 
la durée de la vie des Polypes , j'ai entrepris d'en 
nourrir de fuite. J'en ai qui font nés dans les mois 
de Juin & de Juillet de l'année 1741, & qui actuelle- 

* janvier ment * vivent encore. Ces Animaux peuvent donc 
I744 ' vivre pendant plus de deux ans. Ceux, dont je viens 

de parler , ont paffé , pendant leur vie , par bien des 
différens dégrés de grandeur. Je les ai vus plufieurs 
fois grands & petits, fuivant que je les ai nourris plus 
ou moins. 

C e n'eft pas fans foins , que l'on conferve les Po- 
lypes ; & encore en meurt-il plufieurs de différentes 

# Pag. 58. "maladies. J'en ai déjà décrit une ci-deffus *, dont je 

ne faurois affigner la caufe. 

Les Polypes font fujets à être incommodés par 
une efpéce de petits Poux, très communs dans les 
eaux. Ces Poux m'ont paru plats fous le corps , & 
arrondis par-deffus. Leur figure eft à peu près ovale. 
Ils font ordinairement blancs: j'ai cependant remar- 
qué, avec une loupe, du brun fur le corps.de plu- 
fieurs. 



DES POLYPES. IL Mêm. 135 

fieurs. Ils marchent avec viteffe fur le corps des Po- 
lypes, & peuvent le quitter & fe mettre à la nage. Il 
m'a paru , qu'ils fe raflemblent fur - tout près de la tê- 
te des Polypes -#. On en voit, cependant, fou vent *. PL - VII « 
grand nombre, qui courent fur tout le corps #, & fur * a b. 
les bras ¥. Il faut fe fervir d'une loupe , pour les * « « «. 
voir diftin&ement. La Figure 10 repréfente parfai- 
tement un Polype, groffi avec une forte loupe, & 
garni de ces petits Animaux. Si l'on ne délivre les 
Polypes de ces Poux, ils peuvent en peu de jours en 
être couverts , & l'on s'apperçoit bientôt qu'ils en 
font incommodés. Souvent ils périifent , & font man- 
gés par ces petits Animaux. On voit peu-à-peu leurs 
bras diminuer , & enfuite leur corps , jufqu'à ce qu'il 
n'en refle plus rien. Il arrive auffi , qu'ils ne font 
rongés qu'en partie, ils perdent leur tête * * Fig. m 

J'ai fouvent mis dans des verres des centaines de 
Polypes , qui avoient des Poux fur le corps. Je les 
ai abandonnés exprès à leur mauvais fort. Ces petits 
Animaux fe font prodigieufement multipliés dans ces 
verres. Plufieurs des Polypes en font péris. Il eft 
arrivé quelquefois, qu'au bout de quelque tems, tous 
ces Poux ont difparu. Je dois avertir, que j'ai tou- 
jours laiffé la même eau dans les verres. Les Poly- 
pes , qui n'étoient pas morts lorfque les Poux ont 
difparu, font reftés en vie pour la plupart. Ceux, 
dont la partie antérieure avoit été tout-à-fait man- 
gée *., ont pouffé une nouvelle tête, & de nouveaux *. PL - vi- 
bras. J'en ai nourri quelques-uns, auffi -bien que de ' 
ceux qui n'avoient pas été fi mutilés , & ils font de- 
venus de très beaux Polypes. 

S Les 



i 3 6 MEMOIRES POUR L/HISTOIRE 

Les Polypes font rarement long-tems fans con- 
tracter des Poux. C'eft ce qui m'a obligé à prendre 
plufieurs précautions pour les en délivrer. 

Ils en contractent même dans les foliés où ils fe 
tiennent. J'en ai trouvé plufieurs fois , qui en étoient 
fort garnis : & j'ai eu occafion de m'affurer , que ces 
Animaux les font périr , aufli-bien dans leur féjour 
ordinaire, que dans les' poudriers. 

Il m'a paru, que les Polypes, qui font couverts 
d'un grand nombre de Poux , perdent plus vite leur 
couleur que les autres : & j'ai fouvent remarqué, que, 
quoiqu'on leur donne autant à manger qu'à ces der- 
niers, ils ne prennent pas une couleur aufîi foncée 
qu'eux. 

L'usage m'a appris, qu'il étoit bon de changer 
fouvent d'eau les Polypes. Il importe fur -tout de 
mettre dans de nouvelle eau ceux qui font malades. 
J'ai obfervé ordinairement de changer d'eau après 
chaque repas. Cela prévient l'infection que les ex- 
crémens peuvent donner à l'eau. J'ai vu des Polypes 
fe pourrir , en quelque manière , dans une eau fort in* 
fectée par des cadavres de Pucerons, & par des ex- 
crémens. 

S'il s'agit de Polypes qui me foient précieux par 
les Expériences que j'ai faites , ou que je fuis en train 
de faire fur eux , je prens encore plus de précau- 
tions. Je tâche de les délivrer entièrement de leurs 
Poux. Pour cet effet, je paffe plufieurs fois le bout 
d'un pinceau fur tout leur corps : lorfque je ne puis 
pas facilement vergeter les Polypes, je les agite dans 
l'eau. Ce mouvement fert aufll à détacher les Poux. 

Il 



DES POLYPES. IL Mêm. 137 

Il y a peu d'Infectes qui n'aient leurs ennemis. 
Les eaux fourmillent d'Animaux voraces , qui fe dé- 
truifent les uns les autres. Tel, qui en a dévoré plu- 
fieurs , eft dévoré à fon tour , & fouvent par des Ani- 
maux beaucoup plus petits que lui. Le Polype en 
eft un exemple. Il eft redoutable à des Vers qui le 
furpaffent de beaucoup en grandeur : il les dévore 
tout vivans; & de petits Infeftes, qu'on ne peut bien 
diftinguer fans le fecours d'une loupe, les attaquent 
& les font périr. 

J'ai cherché s'il n'y avoit pas dans les eaux de plus 
grands Animaux, qui mangeaffent les Polypes : j'ai 
commencé par en préfenter à des PoifTons. Après 
avoir nourri de Vers une Perche d'une petite efpéce, 
pendant quelque teins , j'ai jette un Polype dans le 
verre où elle étoit. Ce Poiffon s'eft d'abord approché 
du Polype, & l'a englouti; mais au lieu de l'avaler, 
il l'a d'abord rendu, comme s'il avoit pour ce Polype 
une grande répugnance. Il s'en eft encore rapproché, 
il l'a englouti de nouveau, & l'a rejette avec la même 
promptitude. C'eft ce qui a été réitéré alors cinq à 
fix fois de fuite. J'ai répété bien des fois cette Ex- 
périence avec cette Perche. Je lui ai offert très fou- 
vent des Polypes, elle a toujours entrepris de les ava- 
ler; mais, à deux fois près qu'elle y a réiïffi, elle les 
a toujours rejettes, le moment même après les avoir 
fait entrer dans fa bouche. Je lui ai préfenté un Po- 
lype , qui tenoit dans fes bras un Ver qu'elle aimoit 
beaucoup. Je penfai que ce Poiffon feroit, peut-être, 
obligé d'avaler le Polype , en avalant le Ver. Il a ? 
en effet, d'abord englouti & le Ver, & le Polype; 

S 2 • mais; 



138 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

mais, il les a rejettes fur le champ. Après cela, il 
les a repris & rendus fucceffivement , jufqu'à ce que 
les aiant féparés, il a avalé le Ver, & laine le Polype. 
J'ai fouvent répété cette Expérience en préfence de 
diverfes perfonnes , que cette fcène a fort diverties. Je 
l'ai aufïï faite fur des Gongeons , & avec le même 
fuccès. Au lieu de rejetter les Polypes parla bou- 
che , ils les ont plufieurs fois fait fortir par les ouïes. 
De trois Gougeons, aux quels j'en ai fouvent préfenté, 
un feul en a avalé une fois un. Il arrive ordinaire- 
ment, qu'ils rejettent le Polype fans lui faire le moin- 
dre mal; mais, j'en ai vu un, qui fe trouva fort dé- 
chiré , & à peine reconnoiffable, après que les Poiffons 
eurent tenté plufieurs fois de l'avaler. Cet accident, 
qui auroit été mortel pour bien d'autres Animaux, 
fut peu de chofe pour ce Polype : il fe guérit bientôt. 
Je n'ai pu trouver aucune efpéce de Scarabées a- 
quatiques , auxquels les Polypes puffent fervir de 
proie. Chacun fait cependant, qu'il y en a de très 
voraces. J'ai fur-tout tâché d'en faire manger à ceux 
d'une efpéce fort commune. Il s'agit de ces petits 
Scarabées prefque ovales , & dont les foureaux des ai- 
les ont la couleur & le luifant de l'acier bruni. On 
les voit fouvent par troupes , qui nagent avec une 
prodigieufe viteffe fur la fuperficie de l'eau. J'en ai 
raiïemblé plufieurs dans un grand verre, où je les ai 
nourris avec divers Infectes terreftres & aquatiques. 
Lorfqu'ils font affamés, ils faififTent avec promptitude 
ceux qu'on fait tenir fur la fuperficie de l'eau , & fe 
les difputent les uns les autres avec un grand achar- 
nement. Après en avoir fait jeûner pendant quelque 

teins, 



DES POLYPES. IL Mém. 139 

tems , je leur préfentai un Polype. Il fut d'abord fai- 
fi par deux de ces Scarabées ; mais, un moment après , 
ils le lâchèrent. C'eft ce que j'ai vu plufieurs fois. 
Quelque affamés qu'ils fuffent , ils ont conilamment 
rejette les Polypes. 

Aiant donné un grand Ver à un petit Polype, je 
préfentai le Polype à mes Scarabées , lorfqu'il eut avalé 
tout ce Ver , & qu'il fut extrêmement renflé. Quelques 
Scarabées le faifirent , & mangèrent alors , & le Ver ,. 
& le Polype dans le corps duquel il étoit. C'efl le feui 
moïen que j'aie pu trouver, pour leur faire manger 
des Polypes. Mais ce Fait, ne peut, ce me femble, 
nullement prouver , que ces Animaux foient un de 
leurs alimens ordinaires. 

J'ai déjà indiqué, dans le premier Mémoire, les 
expédiens que j'emploie, pour trouver des Polypes. 
]'ai dit, qu'il s'en trouve indifféremment fur tous 
les corps qui font dans l'eau , qu'il faut les en ti- 
rer , les mettre dans un verre plein d'eau , & que 
bientôt on appercevra les Polypes qui feront de£ 
fus, fur-tout fi on en a déjà vu, & fi on leur clonne 
le tems de s'étendre , en laiffant le verre en repos 
pendant un moment. 

Le foffé, dans lequel j'ai trouvé les premiers Ani- 
maux de ce genre que j'ai vus, & enfuite les deux 
autres efpéces que j'ai découvertes, elt fitué au pied 
des Dunes. Il eft large d'une vingtaine de pieds. Il 
forme à un bout un cul-de-fac, & à l'autre il commu- 
nique , par un canal étroit , à un ruiffeau qui parcourt 
Sorgvliet dans fa longueur. L'eau de ce foffé eft con- 
tinuellement rafraichie par celle qui fe filtre dans le 

o 3 *^* 



140 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

fable des Dunes , & coule de ce foiïe dans le ruiiïeau 
dont je viens de parler. Elle eft claire jufqu'au fond, 
& extrêmement peuplée d'Infectes, fans être, cepen- 
dant, le moins du monde croupiflante. C'eft-là où 
j'ai vu un nombre prodigieux de Polypes , comme je 
le dirai dans la fuite. 

J'en ai cherché dans les autres eaux deSorgvliet, 
qui communiquent à celle - là , dans un vivier par le- 
quel paife le ruilfeau, & dans le ruiffeau même. J'en 
ai trouvé en différens endroits, fur-tout de ceux de 
la troifiéme efpéce. J'ai parcouru les bords du ruif- 
feau au-deffus de Sorgvliet, & j'ai péché des Poly- 
pes , même dans des endroits où îl n'y avoit que 
quelques pouces d'eau. Enfin, j'en ai trouvé dans 
de grands fofTés. , qui font encore plus près de la 
Haye que Sorgvliet ; & j'ai tout lieu d'être perfua- 
dé, qu'il s'en trouve dans la plupart des canaux & 
des foffés de la Hollande. 

Ceux, que Leeuwenhoek a vus, ont été tirés du 
canal qui va de Delft à Delfs-haven. Mr. Allamand , 
qui a bien voulu repeter la plupart de mes Expérien- 
ces, & dont je puis alléguer le témoignage, comme 
une excellente preuve de la réalité des Faits que j'ai 
découverts; Mr. Allamand, dis -je, en a trouvé en 
très grande quantité dans la Province de Frife, & 
aux environs de Leyde. On en a péché , au mois de 
Juillet 1740, un nombre prodigieux dans les fofles 
d'une maifon de campagne , fituée dans la Province 
d'Overiifel. Mr.. de Reaumur en a trouvé trois dif- 
férentes efpéces autour de Paris. Ces Animaux ont 
été vus en Angleterre dès l'année 1703, comme nous 

l'ap- 



DES POLYPES. IL Mêm. 141 

l'apprend la Lettre anonyme , qui fe trouve dans les 
Tranfafiions Philofophiques de cette année-là. Dès le 
mois d'Avril de cette année-ci, ( 1743) on en a péché 
à Hackney, près de Londres, & enfuite en plufieurs 
endroits de l'Angleterre, & en Ecoffe. 

Il y a donc lieu de penfer, qu'il fera facile à la plu- 
part des Naturaliftes, qui fouhaiteront de vérifier & 
de perfectionner mes Expériences, de trouver des 
Polypes dans les différens païs de l'Europe. Il faut 
fur -tout en chercher dans les recoins que forment 
les foliés , les mares & les étangs , dans ces endroits 
où l'on voit que le vent pouffe & raffemble les Plan- 
tes qui flottent fur l'eau. Quoiqu'on en ait cherché 
inutilement quelque part , on doit y revenir , & peut- 
être y en trouvera - 1 - on en très grande quantité p 
huit ou quinze jours après qu'on n'a pu en découvrir 
un feul. Je le fais par expérience. 

Il y a beaucoup moins de Polypes dans les eaux 
pendant l'Hyver, que dans les autres faifons de Tan- 
née ; & ils font plus difficiles à trouver. Les Plantes: 
aquatiques, fur lefquelles ils fe tiennent communé- 
ment , ne flottent plus , dans cette faifon , fur la fu~ 
perfide de l'eau , ou ne s'élèvent du fond qu'en peti- 
te quantité. La plupart font des Plantes annuelles,, 
qui pourriffent à l'approche de l'Hyver, & dont les 
refies vont au fond de l'eau. C'eft-là aufïï que font 
les Polypes , mais dans une forte d'inaction. Il faut 
avoir la patience de tirer de l'eau , & d'examiner fou- 
vent bien des chofes, avant que d'en découvrir ua 
feul. J'en ai trouvé dans tous les mois d J Hyver. 
Mais dès que la belle faifon approche, dès le mois 



142 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

d'Avril, la Lentille monte à la fuperficic de l'eau & 
elle y multiplie, les jeunes Plantes de Prêle pouffent 
& s'élèvent dans l'eau , tant d'autres Plantes qui 
flottent fur l'eau , commencent à croitre. Les Po- 
lypes , que la chaleur ranime , montent fur ces 
Plantes : ils les parcourent , en cherchant leur 
proie; & on peut alors les tirer de l'eau avec les 
Plantes. 

A mefure que la chaleur augmentera, il eft vrai- 
femblable qu'on en trouvera en plus grande quan- 
tité. Si ce n'eft dans un endroit, ce fera dans un 
autre. 

J'ai affuré, que les Polypes fe tenoient, en Hy- 
ver fur-tout, au fond de l'eau. C'eft ce que m'ont 
appris les Recherches que j'ai faites dans les foffés 
dans cette faifon, & les Expériences que j'ai faites dans 
mon Cabinet. J'en ai tenu plufieurs dans de grands 
vafes , dont le fond étoit garni de terre. Ils font ref- 
tés au fond de l'eau fur cette terre pendant le froid; 
mais dès qu'ils ont fenti la chaleur , ils font montés 
le long des parois du vafe, & de là fur les Plantes 
aquatiques que j'y avois mifes, & à la fuperneie de 
l'eau. Il feroit dangereux pour les Polypes de refier 
près de cette fuperficie pendant la gelée. Ils pour- 
raient fe trouver expofés à périr dans la glace. J'ai 
effaïé d'en faire geler. J'en ai vu, qui ont été pen- 
dant phys de vingt -quatre heures dans la glace, & 
qui n'en font pas morts; mais un plus grand nom- 
bre y a péri: enforte qu'il eft naturel de penfer, qu'un 
pareil féjour , fur -tout quand il eft un peu long , 
îie jpeut qu'être pernicieux aux Polypes. Il impor- 
te 



DES POLYPES. Il Mèm. 143 

te donc beaucoup de prendre des précautions pour 
préferver de la gelée ceux fur lefquels on fait des 
Expériences. 

J'ai vu, pendant une forte gelée, à travers la glace, 
des Polypes dans le foffé,où j'en pêche ordinairement. 
Je me fuis, pour cet effet, étendu fur la glace en des 
endroits où le Soleil donnoit , & éclairoit jufqu'au 
fond de l'eau. Les Polypes étoient fixés fur des Plan- 
tes & fur des feuilles qui étoient au fond du foifé. Il 
y en avoit de la féconde & de la troifiéme efpéce. 
Ç'eft le 11 Janvier de cette année * que je les ai coi> * m*- 
fidérés avec le plus d'attention. Le Thermomètre 
de Prins, expofé au Nord, avoit été le matin au i6 me 
degré, & à midi au 26 me . C'eil entre midi & une heure 
que j'ai obfervé les Polypes dans le foifé. Ils n'étoient 
pas extrêmement contractés, j'en ai remarqué un qui 
avoit mangé. Quoique les eaux ne foient pas peuplées 
d'Infectes en Hyver, comme en Eté, on ne laiffe pas 
d'y en voir quelques-uns dans le tems le plus froid. 
Je remarquai, par exemple, le jour dont je parle, des 
Pucerons de trois différentes efpéces qui nageoient, 
& qui pouvoient fervir de nourriture aux Polypes. 
Je fus curieux de favoir dans quel degré de froid 
étoient les Polypes. Aiant fait un trou à la glace, je 
defcendis au fond de l'eau, un Thermomètre fufpen- 
du à une ficelle, & je le laiffai pendant quelque tems 
à côté des Polypes. Il étoit, quand je le tirai, au 42 me 
degré. Le froid ne pénétre pas fi tôt au fond d'un 
foffé, que dans un poudrier; enforte que les Polypes 
ne font pas facilement expofés , dans leur féjour ordi- 
naire, à ce froid que je leur ai fait éprouver dans mes 

T ver- 



144 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

verres , qui les a entièrement engourdis , & leur a 
ôté tout appétit. 

J'ai toujours tenu mes Polypes dans de l'eau de 
puits , parce que c'en: celle que j'ai pu avoir le plus 
commodément. J'en ai auffi. tenu dans de l'eau de 
pluye. L'eau de fource, & de rivière, doit leur être 
fort convenable. Il efl allez vraifemblable qu'il y a 
certaines eaux qui ne conviennent pas aux Polypes : 
mais il peut arriver fouvent que les Polypes, qu'on 
met dans telle ou telle eau, meurent tous en peu 
de tems, fans que cela foit une preuve qu'elle n'eft 
pas propre pour ces Animaux. En fe donnant quel- 
ques foins, on éprouve dans la fuite qu'ils y peu- 
vent vivre. 

E X P L I C A T 10 N 

DES FIGURES 

BU SECOND MÉMOIRE. 
Planche VI. 

LA Figure i , repréfente un Mille-pied à dard ; d le 
dard qui eft à l'extrémité antérieure de cet A- 
nimal. 

Figure 2 , un Polype a b de la féconde efpéce , 
de la bouche duquel fort une partie a m , d'un Mille- 
pied, dont l'autre partie eft dans l'eftomac du Po- 
lype. 

On 



DES POLYPES. IL Mêm. 145 

O N voit dans la Figure 3 , un bout de ficelle , au- 
quel un Polype ab qR. fixé enb. Il faut placer ce bout 
de ficelle fur le haut d'un grand poudrier, de manière 
qu'il repofe fur les bords du verre en h & en k, & 
que l'endroit b trempe dans l'eau. Alors le Polype a de 
la place pour laiffer pendre fes bras , & l'on peut , lorf- 
qu'ils font étendus, lui voir faire les manœuvres dont 
il fe fert , pour arrêter une proie , & pour la porter à 
fa bouche, m c n, eft un Mille -pied, arrêté par l'ex- 
trémité du bras a c. Le Mille -pied entraine le bras 
avec lui, en nageant. Un autre Mille- pied, mar- 
qué m i n eft repréfenté déjà fort enlacé dans le 
bras a i. Le Polype eft en train de le porter à fa 
bouche. Non feulement il contracte fon bras pour 
cet effet, mais il le difpofe en tire-boure, depuis 
jufqu'en i. Un Puceron p , eft arrêté par le bout du 
bras a p, & entraine ce bras, en fe débattant. 

La Figure 4, eft celle d'un Polype qui a faifi un 
grand Ver , & qui fe difpofe à l'avaler en double. 
Les lèvres du Polype font déjà étendues de côté & 
d'autre. Ce Ver eft fort enlacé dans les bras du Po- 
lype. 

La Figure 5, repréfenté un Polype à longs bras, 
qui vient d'avaler un Ver , lequel eft fort reconnoiffa- 
ble à travers la peau du Polype. Les deux bras , qui 
avoient arrêté le Ver , ont été avalés en partie avec 
lui , favoir leur bout. On voit en i & en e la cour- 
bure qu'ils forment. 

T 2 La 



146 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

La Figure 6, repréfente un Polype qui avale un 
Ver en double , par le milieu. Les deux bouts du 
Ver pendent encore en dehors. 

On voit dans la Figure 7 , un Polype, dont la 
bouche a eft ouverte, & dans laquelle fe trouve déjà 
en partie un Puceron p. 

Le Polype de la Figure 8, eft: de la féconde efpé- 
ce , il eft entièrement rempli de Pucerons. 

Celui de la Figure 9 , eft de l'efpéce à longs 
bras ; la portion a d de fon corps eft: remplie de Pu- 
cerons, & la queue" d b eft vuide, & fort étroite: il y 
a un col en a. 

Tel eft: aufïï le Polype de la Figure 10. & corn- 
me il n'eft: pas tout- à- fait il rempli vers fa bou- 
che que l'autre , le col c eft; encore plus remar- 
quable. 

La Figure 11 , repréfente un Puceron branchu > 
groffi au microfcope. b b fes branches, ou nageoires ^ 
c fon bout antérieur, e fa queue. 

Planche VIL 

LA Figure 1 , repréfente un Polype à longs bras> 
qui , après avoir arrêté un grand nombre de Pu- 
cerons ^ les a tous rafTemblés en un monceau a y près 

do 



DES POLYPES. 77. Mêm. 147 

de fa bouche, afin de les avaler les uns après les au- 
tres, jufqu'à ce que fon efhomac foit rempli. 

O N voit dans la Figure 2 , de ces Vers qu'on trou- 
ve fouvent raffemblés en grande quantité au fond de 
l'eau. Ils font fortir de terre une partie de leur corps, 
& lui font faire des ondulations continuelles. 

La Figure 3, eft celle d'un Polype de la troifiéme 
efpéce, fixé fur un brin de bois, par fon bout pof 
térieur b. Il a avalé un Gardon. La peau du Polype 
eft fi tendue , & fi mince qu'on a de la peine à l'apper- 
cevoir. On ne diftingue bien que le PoifTon , & les 
bras a c , a c, a c, du Polype, qu'on prendrait pour 
des barbes qui fortent de la tête du Gardon. 

La Figure 4, repréfente deux Polypes, qui ont 
chacun avalé une partie d'un même Ver, par un de 
fes bouts ; après quoi leurs têtes fe font rencontrées 
en a. Il arrive quelquefois qu'après cela, un des 
deux Polypes ouvre davantage fa bouche, & avale 
l'autre Polype en partie. C'eft ce qui eft repréfente 
dans la Fig. 5. 

Le Polype de la Figure 6, eft repréfente rendant 
des excrémens*?, qui font les reftes d'un Ver, qui 
n'a pas été entièrement digéré. 

La Figure 7, repréfente un Ver plat & blanc * 
dont les inteftins font pleins d'une matière d'un beauc 
rouge. 

T 3 L^ 



i48 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

La Figure 8, repréfente un Ver rouge c d de Ti- 
pule , fur lequel un Polype a appliqué fes lèvres e u 
Ce Polype le fuce dans cet état , fans l'avaler. 

O n voit dans la Figure 9 , une Limace aquatique 
noire. 

La Figure 10, repréfente un Polype grofTi au mi- 
crofcope , fixé contre un brin de bois par fon bout 
poftérieur b. On voit fur le corps a b de ce Polype, 
fur fes bras a c, a c, a c, mais fur-tout fur fon bout 
antérieur a 9 plufieurs petits Poux blancs, qui vont 
& viennent, qui le fucent & peuvent le faire périr. 

La Figure 11, eft celle d'un Polype, auquel les 
Poux ont déjà mangé les bras, & la tête. 




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MÉMOIRES 

POUR L'HISTOIRE 

DES POLYPES. 



TROISIÈME MEMOIRE. 

De la Génération des Polypes. 

1PRÈS m'être afïuré , que les Polypes 
d'eau douce , dont il eft queftion dans ces 
Mémoires , pouvoient fe multiplier par la 
fe&ion , je fus extrêmement curieux de 
connoitre la manière dont ils fe multiplient naturelle- 
ment. Je doutois encore, dans cetems-là, û les Po- 
lypes étoient des Plantes , ou des Animaux? & je 

me 




150 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

me flattois même, comme je l'ai dit, que leur maniè- 
re naturelle de fe multiplier me fourniroit un Carac- 
tère diftinctif , & propre à me tirer du doute où j'étois. 

On voit dans les Lettres de Leeuwenhoek, &de 
l'Anonyme Anglois, imprimées dans les TranJ actions 
Philosophiques pour l'Année 1703, que les premiers, 
& à ce qu'il paroit , les feuls Polypes que ces deux 
Naturaliftes aient obfervés , étoient en train de multi- 
plier, lorfqu'ils les ont trouvés. Quelque nouveau 
que fût pour eux le Fait fingulier que leur préfentoit 
cette multiplication des Polypes , ils ne s'y trompè- 
rent point; & frappés par cette merveille, ils don- 
nèrent toute leur attention aux progrès des jeunes 
Polypes, jufqu'à ce qu'ils fulTent parfaits, & qu'ils fe 
fuffent féparés de leur mère. 

J'ignorois la découverte de ces deux Natura- 
liftes, lorfque le hafard me préfenta les Polypes, & 
je ne reconnus pas d'abord leurs petits pour ce qu'ils 
étoient. Il y avoit cependant plufieurs Polypes, 
parmi les premiers que j'ai découverts , qui produi- 
foient des petits. Je m'étois peu arrêté à les confidé- 
rer, ne m'étant point encore propofé d'obferver de 
fuite des Polypes ; & , lorfque je me mis à les étu- 
dier avec foin , il ne s'en trouva plus dans mon verre 
qui fuffent en train de multiplier. 

Ce fut dans le mois de Décembre 1740, que je 
commençai à chercher quelle étoit la manière natu- 
relle de multiplier des Polypes. Je n'apperçus rien 
pendant ce mois là , pendant celui de Janvier , & 
une partie de Février 1741, qui me donnât lieu de 
me flatter, que je parviendrois à fatisfaire ma curiofi- 

té 



DES POLYPES. III. Mém. i 5 i 

té fur cet article. C'eft fur quoi je ne pouvois guè- 
res compter en Hy ver : mais , j'attendois avec impa- 
tience le tems favorable à la Végétation des Plantes , 
& à la Multiplication des Animaux. Celui, où je de- 
vois trouver ce que je cherchois, arriva même plutôt 
que je ne Fefperois. Le 25 Février, j'obfervois avec 
une loupe un Polype verd , qui étoit fixé fur le côté 
du verre, dans lequel je tenois tous ceux, qui n'é- 
toient pas emploies à quelque Expérience particuliè- 
re. J'apperçus, fur fon corps, une petite excrefcen- 
ce d'un verd foncé. Quelque petite que fût cette 
excrefcence, elle attira toute mon attention, parce 
que je n'avois jamais rien vu de pareil fur aucun Po- 
lype , quoique j'en eufle déjà obfervé un affez grand 
nombre. Le Polype, fur lequel elle étoit , fut dès 
ce moment très précieux pour moi; &, de peur de 
le confondre avec plufieurs autres qui étoient dans le 
même verre , je l'en tirai , & je le mis à part dans un 
autre. Il s'attacha contre le côté du verre; & par 
bonheur il fe plaça de manière, que je pouvois facile- 
ment obferver, avec une forte loupe , l'excrefcence 
qui paroiffoit fur fon corps. Dès le jour même que 
je la . découvris , après l'avoir confidérée à plufieurs 
reprifes, je trouvai quelque rapport entre fa ft.ru du- 
re, & celle du Polype dont elle fortoit. Je ne pou- 
vois, à la vérité, fonder, fur un rapport auffi incer- 
tain, aucune décifion affurée. Mais, je commençai 
à foupçonner , que cette excrefcence deviendroit un 
Polype. L'idée de ces Polypes que j'avois vus l'Eté 
précédent , fixés les uns fur les autres , me revint à 
Tefprit. Ceft fur -tout ce qui me fit penfer que l'ex- 

V cref 



152 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

crefcence, que j'obfervois, étoit un jeune Polype > 
qui fortoit d'un autre. Je ceflai mes Obfervations du 
25 Février à dix heures & demie du foir, non fans 
impatience de revoir ce Polype qui m'avoit occupé 
une partie de cette journée. 

J'eus le lendemain matin le plaifir de voir, que 
fon excrefcence étoit augmentée en longueur ; elle 
avoit environ un quart de ligne de long. Elle étoit 
à peu près cylindrique , & fituée perpendiculairement 
fur le Polype. Elle augmenta fenfiblement le 26, & 
le 27. Le 28, elle avoit pour le moins une demi-ligne 
de longueur. Lorfque je faifois contracter le Poly- 
pe , elle fe contra&oit auffi. Enfin , tout confpiroit 
à me perfuader que cette excrefcence étoit un jeune 
Polype, & il ne me manquoit plus, pour en être allu- 
re , que de voir fortir de fon fommet, ces fils dé- 
liés, que j'ai nommés les pieds & les bras des Poly- 
pes. Je les cherchois continuellement; & ce jour 
même, 28 me . Février, à dix heures du foir, j'en ap- 
perçus quatre , qui commençoient à poufler. Ce ne 
fut pas fans un fenfible plaifir, que je les apperçus, 
ni fans une extrême curiofité de voir la fin d'un Phé- 
nomène fi nouveau pour moi. Les jours fui vans, les 
quatre bras du jeune Polype s'allongèrent, & il en 
parut un cinquième. Le Polype même croiifoit fen- 
fiblement. Je l'ai vu , lorfqu'il tenoit encore à fa 
mère, s'étendre pour le moins jufqu'à la longueur 
de trois lignes. Il s'en eft féparé le i8 me . Mars, en- 
tre dix & onze heures du matin. 

Avant que ce jeune fe fut féparé de fa mère, j'en 
Vis d'autres qui fortoient auffi de quelques-uns des 

Po- 



DES POLYPES. 111 Mém. 153 

Polypes, qui vivoient enfemble dans mon grand verre. 

Je trouvai , dans le mois d'Avril #, la féconde * 1741-. 
efpéce de Polypes , dont j'ai parlé dans les Mémoi- 
res précédens; & le premier de cette efpéce, que je 
vis , avoit cinq petits , qui fortoient à la fois de fon 
corps. Ceux de l' efpéce à longs bras en produifoient 
aufli, quand je les découvris: & les Obfervations fui- 
vies, que j'ai faites fur les uns & fur les autres, m'ont 
prouvé qu'ils multiplioient tous de la même manière. 

C o M m e les Polypes de la féconde , & de la troi- 
fiéme efpéce , font beaucoup plus grands que les Po- 
lypes verds , il eft plus facile d'obferver les progrès 
des jeunes qu'ils produifent. C'eft auffi fur ces deux 
efpéces, que j'ai fouvent répété les Obfervations, que 
j'ai d'abord faites fur l'autre. 

Lorsqu'un jeune Polype commence à pouf- 
fer , on ne voit d'abord qu'une petite excrefcen- 
ce, qui ordinairement fe termine en pointe *. Elle * PL. vin. 
a à peu près la figure d'un cône , mais d'un cô- lg ' •' *' 
ne, dont la bafe eft grande à proportion de fa hau- 
teur. La couleur de cette excrefcence, de ce petit 
bouton , eft d'ordinaire plus foncée que celle du 
corps de la mère. Peu à peu ce bouton s'élève da- 
vantage, & à mefure qu'il s'allonge, il forme un -cô- 
ne, dont la bafe devient plus petite, à mefure qu'il 
augmente en hauteur. Ce cône eft fouvent mal for- 
mé, fa pointe eft arondie, ou bien il paroit tronqué. 
Quelques degrés d'accroiffement de plus , font enfin 
perdre, au jeune Polype, la forme conique: il devient 
à peu près cylindrique; & c'eft alors, ou environ ce 
tems-là, que les bras commencent à pouffer à fon 

V 2 ex- 



154 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

* PL. vin. extrémité antérieure *. Ce jeune Polype ne confer- 
Fig.i.**. ve p as i on g . tems i a figure d'un cylindre, fon bout 

poflérieur, par lequel il tient à fa mère, s'étrécit peu 
à peu , il s'étrangle , & enfin il ne paroit la toucher 

* Fig. 2. t. que par un point #. Le jeune Polype, qui, dans fes 

commencemens , étoit beaucoup plus large à fon 
bout poflérieur, n'eil nulle part fi mince, après qu'il 
efl formé. 

Quand le jeune Polype n'efl pas fort avancé, 
& que fon bout poftérieur efl peu ou point étranglé , 
il refle toujours dans la même fituation à l'égard du 
corps de fa mère , il conferve la même direction avec 
laquelle il en efl forti , qui eft le plus fouvent perpen- 
diculaire , mais quelquefois plus ou moins oblique. 
Lorfque l'étranglement efl déjà confidérable, & que 
le jeune Polype tient moins à fa mère, il ne garde 
plus une fituation fixe , il varie fon inclinaifon fur le 
corps de la mère. Si ce jeune ne fe foutenoit pas 
par fa propre force, il pendroit alors en bas: mais, 
on voit clairement qu'il fe foutient par lui-même, 
& qu'il exécute , pour varier la direction de fon 
corps , tous les mouvemens que fait un Polype , 
fixé contre les parois d'un verre. 

Le Polype efl prêt à fe féparer de fa mère, lorf- 
» Wig. 2.ab. qu'il ne lui efl plus attaché que par un point #. Il 
efl afTez facile de s'imaginer comment cette fépara- 
tion fe fait : mais , j'ai voulu la voir ; & , à force 
d'en épier le moment, je l'ai rencontré plufieurs fois. 
J'ai vu de jeunes Polypes, des trois efpéces que je 
connois, fe féparer de leurs mercs. Ils fe féparent 
tous de la même manière. La mère & le jeune 

s'at- 



DES POLYPES, 111. Mêm. 155 

s'attachent au verre, ou aux autres corps, fur lef- 
quels ils fe trouvent , avec leurs bras , & même avec 
leur tête. Ce font -là les préparatifs que font les Po- 
lypes pour fe féparer. Il ne s'agit plus , pour en ve- 
nir à bout, que de faire un effort; & il n'efl pas né- 
ceffaire qu'il foit confidérable. C'eft quelquefois la 
mère, qui fait cet effort; d'autres fois le jeune, & 
fou vent tous deux. On conçoit aifément, que les 
Polypes, étant fufceptibles d'un grand nombre de dé- 
grés de contraction, d'extenfion, & d'inflexion; & 
pouvant fe cramponner contre les corps , dans la plu- 
part des attitudes très variées, qu'ils peuvent pren- 
dre : on conçoit, dis-je, que les mères, & les jeu- 
nes ne fe mettent pas toujours précifément dans la 
même fituation, quand ils fe préparent à fe féparer. 
Au contraire , elle varie beaucoup : mais , dans le 
fond, l'opération, dont il s'agit, revient toujours à 
l'idée générale que j'en ai donnée. Je me contente- 
rai de décrire un feul cas particulier. 

Un Polype *, qui avoit un petit, prêt à fe fépa- * p EL. viïl 
rer i, difpofa fon corps en arc de cercle %> & atta- /fi' " ' 
cha fes deux extrémités * contre le côté du pou- * a a d £ b 
drier. Le jeune tenoit au haut de cet arc f> & fa t à. 
tête % étoit fixée contre le verre. La mère ne fit que * e - 
contracter un peu fon corps, qui par-là devint la cor- 
de * de cet arc de cercle qu'il formoit auparavant. * Fi â- 4- a *• 
Ses deux extrémités relièrent attachées contre le 
verre. Le jeune, qui étoit cramponné contre le verre 
avec fes bras , ne fuivit point la mère lorfqu'elle fe re- 
tira. Il relia à fa place, fon bout pollérieur * fe dé- * ^ 
tacha du corps de la mère # : ils fe féparer ent, & .fp * « k 

V 3 trou- 



156 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

trouvèrent même d'abord à quelque diftance l'un de 
*pl. vin. l'autre #. 

J'ai vu cette feparation fe faire, quoique la mère 

ne fût fixée que par fon bout poftérieur. Elle s'opère 

même quand Pun & l'autre bout ne tiennent qu'à la 

fuperficie de l'eau. Ils y trouvent un appui fuffifant 

pour cela. J'ai fouvent hâté la feparation , en donnant 

un petit coup au jeune Polype , avec le bout d'un 

pinceau, ou bien en agitant la mère dans l'eau. Ce 

dernier expédient a fuffi une fois , pour faire détacher 

trois petits d'une mère , qui en avoit plufieurs. Il m'eft 

arrivé d'engager , au bout d'un pinceau , les bras d'un 

jeune Polype, & de le tenir fufpendu dans l'eau. Je 

' l'ai enfuite fecoiié , & avec lui la mère qui pendoit en 

defïbus. Ils fe font alors féparés l'un de l'autre , la 

mère efl tombée au fond du verre , & le jeune eft ref- 

té attaché au bout du pinceau. 

Dès qu'un jeune Polype efl féparé de fa mère , il 
peut marcher 9 & faire tous les mouvemens dont ces 
Animaux font fufceptibles. 

Les bras des jeunes Polypes commencent à pouf- 
fer, comme je l'ai déjà dit, à peu près lorfque ces 
* Fig.i. ci. jeunes ont pris la forme d'un cylindre *. J'ai dit à 
peu près, parce que ces bras peuvent, cependant, 
fortir plutôt, ou plus tard; & que les changemens 
de forme qu'on remarque dans un jeune Polype, pen- 
dant fon accroiffement , ne font pas toujours les mê- 
mes , & ne fe fuccédent pas toujours avec la même 
régularité. 

Il ne paroit d'abord que quatre ou cinq bras; &, 
quand ces bras ont déjà fait quelques progrès, il en 

fort 



DES POLYPES. III. Mêm. 157 

fort d'autres dans les intervalles que les premiers bif- 
fent entre eux. 

Tous les Polypes d'une même efpéce, n'ont pas 
le même nombre de bras lorfqu'ils fe féparent de 
leurs mères. Il en vient encore plus ou moins aux 
uns ou aux autres, après leur féparation. 

J'ai déjà dit dans le premier Mémoire *, que tous * Pag. 24, 
les individus des trois efpécesde Polypes, que je con- 
nois , n'avoient pas un nombre égal de bras , & j'ai 
marqué , avec autant de précifion qu'il m'a été pofîi- 
ble, quelle étoit la différence, qu'on trouve dans ces 
Animaux à cet égard. C'efl fur les Polypes de la fé- 
conde efpéce , que j'ai obfervé de fuite PaccroifTe- 
ment du nombre des bras ; parce que ce font ceux 
que j'ai nourris le plus long-tems. J'ai vu dans quel- 
ques-uns ce nombre augmenter , plus d'une année 
après leur naifTance, & parvenir même peu à peu juf- 
qu'à celui de dix-huit * & de vingt. Je n'ai jamais pu * Hk X. 
trouver dans les foffés, des Polypes qui euffent un û lg * 3 * 
grand nombre de bras , je ne l'ai remarqué que dans 
ceux que j'ai nourris. J'ai auffi obfervé quelquefois 
que le nombre de leurs bras diminuoit. 

Un jeune Polype peut fe fervir de fes bras, pour 
arrêter une proie , avant qu'il foit féparé de fa mère. 
C'efl ce dont il eft bien facile de s'afTurer. Il fuffit 
de faire tomber un Ver, ou quelque autre petit Ani- 
mal, fur de jeunes Polypes, qui tiennent encore à 
leur mère. On le leur verra faifir , lors même qu'ils 
n'auront encore que quelques bras ; & que ces bras 
n'auront pas fini leur croit. Cette Expérience appren- 
dra en même tems > que la bouche des jeunes Poly- 
pes. 



i 5 S MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

pes eft formée avant leur réparation. Ils l'ouvriront 
pour faire entrer ie Ver dans leur eftomac : en un 
mot, ils feront tout ce que j'ai décrit, en parlant en 
général, dans le Mémoire précédent, de la manière 
dont les Polypes arrêtent leur proie , la portent à 
la bouche, & l'avalent. 

Les jeunes Polypes ne mettent pas toujours le 
même efpace de tems à pouffer. On remarque à cet 
égard beaucoup de variété ; & cela , fuivant qu'il 
fait plus ou moins chaud , & fuivant la quantité 
de nourriture que prennent les Polypes. J'ai vu de 
jeunes Polypes être parfaitement formés, au bout de 
24 heures ; & d'autres ne l'être qu'au bout de 15 
jours. Les premiers pouffbient dans le fort de l'E- 
té, & les autres dans une faifon, où l'eau, dans laquel- 
le ils étoient, faifoit defeendre le Thermomètre de 
Prins au-deffbus du 48 me . degré; c'eft-à-dire , au-def- 
fous du degré, qui marque le tempéré. 

Les mêmes circonftances , qui font que les jeunes 
Polypes pouffent plus ou moins vite, font aufli cel- 
les qui influent fur la durée de leur union avec leurs 
mères. Plutôt ils font formés , plutôt ils font en 
état de s'en féparer. Aufîi voit -on, en Eté, très 
fouvent des jeunes qui fe détachent de leurs mères, 
deux jours après avoir commencé à pouffer; au -lieu 
qu'il s'écoule quelquefois, en Hyver, cinq ou fix fe- 
maines, avant qu'ils s'en féparent. 

Tous les jeunes Polypes ne font pas égale- 
ment grands , lorfqu'ils fe féparent de leurs mè- 
res. Cela varie , fuivant la quantité de nourritu- 
re qu'ils ont reçue pendant leur union , & fui- 
vant 



DES POLYPE S. ///. Mêm. 159 

vant plufieurs circonftances qu'il feroit inutile de 
fpécifier. 

Il n'arrive pas régulièrement, qu'un jeune Poly- 
pe fe détache de fa mère , dès qu'il eft bien formé , & 
que fon bout poltérieur, par lequel il lui eft uni, eft 
fort étranglé. Si la mère eft fixée quelque part 
où elle, & fes petits foient toujours à portée de fai- 
fir autant de proies qu'ils en peuvent manger, leur 
féparation n'a fouvent lieu, dans le tems même le 
plus chaud, que plufieurs jours après que ces jeu- 
nes font parvenus au point où ils auroient pu fe fé- 
parer. Mais, quand la nourriture manque, les jeu- 
nes Polypes fe féparent plutôt. Il eft apparent , que , 
preffés par la faim , ils fe détachent pour aller cher- 
cher ailleurs de quoi la fatisfaire. 

J e rapporterai bientôt mes Obfervations fur le dé- 
gré de chaleur néceffaire pour faire pouffer les jeunes 
Polypes , & fur la durée de leur union avec leur mè- 
re. C'eft pourquoi je ne m'étendrai pas davantage 
ici fur cet Article. 

On pourroit, peut-être, dire, que les jeunes Poly- 
pes ne fortent point réellement du corps des vieux; 
mais , que feulement des œufs , ou de petits Poly- 
pes , ont été dépofés , & fixés fur leur peau , & 
qu'ils y relient attachés pendant qu'ils croiffent. C'eft 
un foupçon , que doivent naturellement former ceux 
qui n'ont pas examiné la chofe par eux-mêmes , & qui 
peut aufïï venir dans l'efprit de ceux, qui l'exami- 
nent pour la première fois. Mais, dès qu'on obferve 
avec attention un jeune Polype à la loupe, & fur- 
tout lorfqu'on fuit fes progrès , on ne peut prefque 

X plus 



ï6o MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

plus douter, que la mère ne le pouffe hors de Ton 
corps, comme un tronc d'arbre poufle une bran- 
che. On voit diftindtement , que cette excrefcence, 
qui eft le commencement d'un jeune Polype , n'eft 
qu'une continuation de la peau de la mère ; que cette 
peau s' eft renflée, s'eft élevée en cet endroit : & 
même, il n'eft pas impoffible de voir, qu'elle forme 
déjà un petit tuïau, qui communique avec celui que 
forme la peau de la mère, ou , pour parler autre- 
ment , avec fon eftomac. C'eft-là ce que mes pre- 
mières Obfervations m'ont appris : mais , j'avois trop 
d'intérêt de m'afïurer plus pofitivement de ce .Fait, 
pour m'en tenir là. Je n'ai donc rien négligé, pour 
faire des Expériences plus décifives , fur la manière 
dont les jeunes Polypes font unis avec leurs mères. 

Il s'agiffoit fur -tout de favoir, fi Feftomac des 
jeunes Polypes communique avec celui des mères. 
On doit fe rappeller ici ce que j'ai dit de la ftructure 
* &.g. 50. de ces Animaux #. Leur corps eft percé d'un bout à 
l'autre : il forme une forte de tuïau , ou de boïau ; & 
c'eft ce tuïau, que j'ai appelle l'eftomac des Polypes. 
Je me propofai donc , pour m'affurer de l'étroite 
union, qui me paroiffoit être entre un jeune Polype 
■& fa mère , de chercher , fi les tuïaux , que forment 
leurs corps, avoient un trou de communication; û 
l'eftomac du jeune Polype n'étoit, par rapport à ce- 
lui de la mère, que ce que font certains vailfeaux du 
corps humain , qui s'ouvrent les uns dans les autres. 
La première Expérience que je fis, pour parve- 
nir à mon but, fut de tâcher d'ouvrir un Polype de 
•manière ? que je puiTe voir diftin&ement le trou de 

corn* 



DES POLYPES. 111 Mêm. i6t 

communication , en cas qu'il y en eût , un , en effet 
entre l'eftomac de cette mère , & celui de fon petit. 
Je choifis un affez grand Polype de la féconde efpé- 
ce, duquel fortoit un jeune , dont le bout pofté-^ 
rieur , l'endroit par lequel il tenoit à la mère , n'avoit 
pas encore commencé à s'étrangler, afin que s'il y 
avoit un trou de communication, il fut d'autant plus 
fenfible. Je mis ce Polype dans un peu d'eau, 
dans le creux de ma main, & je me plaçai de maniè- 
re, que je pouvois, quand je voulois, éclairer davan- 
tage mon objet, en l'expofant au Soleil. En fuite, je 
coupai, avec des cifeaux, environ la moitié du corps 
du jeune Polype. Son eftomac fut alors ouvert, au 
bout fupérieur de cette partie , qui reftoit attachée à 
la mère, il y avoit une ouverture, par laquelle je re- 
gardai avec le fecours d'une loupe; & ilmefembla, 
qu'en effet, cet eftomac du jeune Polype communi- 
quoit avec celui de la mère. Mais, je pouvois me 
faire illufion. Il convenoit , pour que je fuffe plus 
fur de ce que je voiois, que cet endroit, où devoit 
être la communication , fût davantage éclairé. Je 
coupai donc le corps de la mère, de côté & d'autre 
de l'endroit d'où fortoit lejeune Polype, il ne refta 
alors qu'une portion cylindrique fort courte, & ou- 
verte par les deux bouts. Ces deux ouvertures fer- 
virent à introduire plus de jour dans la portion qui 
reftoit du corps de la mère ; & , par conféquent à é- 
clairer davantage cet endroit où devoit être l'ouver- 
ture de communication entre elle & le jeune. Je re- 
gardai de nouveau par le bout fupérieur & ouvert de 
la portion reftante du jeune Polype , & je vis très 

X 2 fen- 



i62 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

fenfiblement plus de jour à l'endroit où il tenoit à fa 
mère : il me fembloit même que je voiois dans l'eflo- 
mac de la mère. Mais , il fe pouvoit encore , qu'il y 
eût , à cet endroit où fe joignoient les deux Polypes , 
une peau, qui n'empêchât pas le pafTage de la lumiè- 
re, & qui cependant féparât les deux elïomacs. C'eft 
ce qui refloit à examiner. Ce fut dans ce deffein, 
que je coupai, fuivant fa longueur, la portion cylin- 
drique reliante de la mère, j'enlevai la moitié oppo- 
fée à celle dont le jeune fortoit, & je mis par-là tout 
à fait à découvert cet endroit de l'intérieur de l'eflo- 
mac de la mère, où devoit être le trou de commu- 
nication avec celui du jeune. Je le vis alors très dif- 

* pl. vin. tinctement*: & en regardant par ce trou, avec le 
Fig. 5. *• fecours d'une loupe, j'apperçus l'ouverture qui étoit 
» 0. au bout de la portion reliante du jeune *. Aiant en- 
fuite fait changer de fituation à ces deux portions de 
Polypes ainfi préparées, je regardai par cette dernié- 

* Fig. e. t. re ouverture*, & je vis très clairement le jour à tra- 
û vers le trou de communication #. Afin qu'il ne me 

reliât aucun fcrupule, je mis ces portions de Polypes 
dans un petit verre plat, & je les obfervai encore à 
la loupe avec beaucoup d'attention. Je vis, en les dif- 
pofant comme elles avoient déjà été dilpofées fur ma 
main; je vis, dis-je, le trou de communication que 
je cherchois, de manière à n'avoir plus le moindre 
lieu de douter de fa réalité. 

J e ne me fuis pas contenté de faire cette Expé- 
rience une fois : je l'ai entreprife fept fois, & j'ai 
réufli cinq. 

On ne peut guères nourrir des Polypes , lorfqu'ils 

pouf- 



* 



DES POLYPES. III Mêm. 163 

pouffent des jeunes , fans avoir occafion de remar- 
quer un Fait, qui démontre cette ouverture de com- 
munication qu'il y a entre l'eflomac de la mère , & 
celui de fon petit. Après que la mère a mangé % on * PL. viîl, 
voit le corps des jeunes Polypes qui lui font attachés, lg ° 7 ' a 
s'enfler, fe remplir d'alimens , comme s'ils en avoient 
eux-mêmes pris par la bouche #: &, pour peu qu'on * f><W>»- 
les obferve,on a tout lieu de juger, que ces alimens 
font paffés de l'eflomac de la mère dans le leur, par 
l'ouverture de communication qui eil entre eux. Mais, 
la preuve devient encore plus parfaite , fi Ton peut 
voir , en effet , ces alimens paffer de l'eflomac de 
la mère dans celui de fes petits : & c'efl ce dont on 
trouvera l'occafion, pour peu qu'on travaille à fêla 
procurer. 

Je nourriffois à part, dans un poudrier, un Po- 
lype à longs bras, dont un jeune fortoit, environ à 
une ligne de diflance de la tête. 11 étoit fixé contre 
les parois du verre, & il avoit la tête en bas. Au 
fimple coup d'œil , il me parut qu'il y "avoit une 
ouverture de communication très grande , entre ce 
Polype & fon petit. Le tout que formoient ces 
deux Polypes, reffembloit à un vaiffeau, qui fe fépa- 
re en deux,affez près d'une de fes extrémités. Pour 
m'affurer plus précifément de ce qui en étoit , je don- 
nai, un Mille-pied à dard à la mère, & un autre au 
jeune Polype. Chacun de ces deux Polypes com- 
mença à avaler fon Mille-pied : & je les vis d'abord 
entrer peu à peu ; l'un dans la portion de Teftomac 
de la mère, prife de l'endroit où le jeune fortoit jus- 
qu'à la tête; & l'autre dans l'eflomac du jeune. Lorf- 

X 3 <l u e 



1*1 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

que ces Mille-pieds furent parvenus à l'endroit, où 
fe faifoit la jonction des deux eftomacs, ils pafférent 
tous deux dans la portion commune , ceft-à-dire , 
dans la partie poftérieure de l'eftomac de la mère ; 
& il ne refta rien dans les portions d'eftomac fépa- 
rées, favoir, dans celui du jeune, & dans la portion 
de celui de la mère , prife de l'endroit où le jeune for- 
tuit , jufqu'à la tête. C'eft dans l'eftomac commun, 
dans le refte de celui de la mère, que les deux Mille- 
pieds furent digérés & réduits en une forte de bouil- 
lie. Cette matière commença alors à être balottée 
d'une manière fenfible dans le corps du Polype : elle 
alloit & venoit , de l'eftomac commun , dans les por- 
tions féparées,& des portions féparées dans l'eftomac 
commun. Quelquefois elle paffoit toute dans une de 
ces portions féparées, & d'autres fois il en paffoit une 
partie dans chacune. , J'ai répété très fouvent cette 
Expérience , & avec toute la variété dont elle eft fu£ 

ceptible. 

Après avoir été témoin des Faits , que je viens 

de rapporter, il ne m'étoit plus poffible de douter, 
le moins du monde , de la communication qu'il y 
avoit entre une . mère Polype & fon petit. Il étoit 
clair , que la peau de ce petit , n'eft abfolument 
qu'une continuation de celle de la mère , & que les 
Polypes multiplient véritablement par rejettons , 
comme nombre de Plantes. 

Il y a plus, les jeunes Polypes, comme je l'ai dé- 
jà indiqué plufieurs fois, ne pouffent pas à un feul en- 
droit déterminé. On en voit fortir fucceflivement, 
& fouvent en même tems, de plufieurs endroits: & 

j'ôfe 



DES POLYPES. III. Mèm. i<5 5 

j'ôfe même avancer, à l'égard de quelques Polypes que ' 
j'ai nourris pendant plus de deux années, qu'il y a 
peu ou point d'endroits de leur corps, dont il ne foit 
forti des petits. 

Les jeunes ne fortent pas , dans les Polypes à 
longs bras, de la partie poftérieure, de cette efpé- 
ce de queue' que forme leur corps en fe retréciflant #. * PL. viil 
Ils rie fortent que de l'autre partie #. Mais, quant Flg ' 8 ' b (% 
aux Polypes de la féconde efpéce, je leur ai vu pouf- 
fer des jeunes, même très près de leur extrémité 
poftérieure. Cependant, il ell vrai, que cela eft af- 
fez rare. 

La féconde Expérience, que j'ai rapportée*, pour * Pag. 163. 
prouver que l'eftomac des jeunes Polypes communi- 
que avec celui des mères , a pu en même tems faire 
connoitre l'ufage de cette communication. On a vu, 
que le fuc nourricier , extrait des alimens dans l'efto- 
mac de la mère Polype, étoit porté dans l'eftomac 
du jeune. C'eft à quoi fert ce mouvement qui fe fait 
quelquefois remarquer dans les Polypes, & dont j'ai 
prouvé la réalité dans le Mémoire précédent #. J'y ai * p a<T> I2I 
fait voir, que ce mouvement fert à répandre le fuc 
nourricier dans tout l'eftomac, & même à le conduire 
dans les bras, d'où il eft enfuite renvoie dans le corps. 

Il étoit bien vraifemblable , que les alimens digé- 
rés dans l'eftomac d'une mère Polype, & paffés en- 
fuite dans l'eftomac de fes petits, fervoient à les nour- 
rir Mais , . j'ai cherché à avoir une démonftration 
parfaite de cette vérité , & elle n'a pas été difficile—à 
trouver. 

J'ai donné à diverfes mères Polypes de ces ali- 
mens.. 



i66 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

• mens d'une couleur bien marquée , dont je me fuis 
fervi pour faire les Expériences rapportées, dans le 
fécond Mémoire , de ces vers plats dont les inteflins 

* PL. vil. font pleins d'une matière rouge *. Une partie des ali- 
lg ' mens rouges a paffé dans l'eftomac des jeunes Poly- 
pes, & ils ont pris, comme leur mère, une couleur 
rouge : ce qui prouve que ces alimens ont fervi à 
les nourrir , ainfi qu'on en peut juger par ce qui a été 

* Mém. il. dit ci-deffus #. 

IDoçy X_26 &C* 

5 " Il n'eft pas étonnant que des Animaux, qui font 

encore unis à leur mère, tirent d'elle leur nourritu- 
re. C'eft ce qu'un grand nombre d'Expériences nous 
ont appris depuis long-tems. Mais, les Polypes nous 
font voir plus que cela; favoir, des petits, qui nour- 
riffent leur mère , lorfqu'ils lui font encore unis, 
tout comme la mère même les nourrit. 

Ces petits, comme je l'ai déjà dit, faififlent des 
proies, les avalent, & les digèrent, avant que de fe 
féparer de leur mère. Les alimens paffent enfuite, 
" après la digeftion, de leur eflomac dans celui de la 
mère, de la même manière que ceux, que la mère 
a pris, paiTent dans l'eftomac des jeunes. C'eft ce 
que j'ai vu très fouvent: & l'on juge bien, que je 
n'ai pas négligé de donner à plufieurs petits , pen- 
dant leur union avec leur mère , des alimens rouges 
ou noirs. Le fuccès a été tel, que j'avois lieu de l'at- 
tendre : les mères ont pris la couleur des alimens 
que les jeunes avoient mangés; elles ont été nour- 
ries par leurs petits. 

Quand les Polypes font placés dans des endroits, 
où les Infe&es, qui leur fervent de nourriture, abon- 
dent, 



DES POLYPES. III Mêm. 167 

dent , les mères & les petits dévorent fouvent , en 
même tems , plufieurs proies , qu'ils ont attrapées ; 
& ces alimens , qui fe trouvent d'abord à part dans 
leur eftomac , fe mêlent enfuite , lorfqu'ils font ré- 
duits en fubftance liquide, ou en bouillie. C'eft ce 
qu'il eft facile de voir, en donnant, par exemple, à 
une mère, un Ver à entrailles rouges, & au jeune 
un morceau de Limace noire. On découvre , quelque 
tems après, du fuc rouge dans l'eftomac du jeune, & 
du fuc noir dans celui de la mère. J'ai même vu cha- 
cune de ces matières, noire & rouge, paffer d'un ef- 
tomac dans l'autre. D'abord , elles étoient bien difc 
tinctes : mais , à force d'être portées & reportées de 
part & d'autre, elles fe mêloient, & formoient un 
tout d'une couleur mêlée de noir & de rouge ; & c'eit. 
la couleur qu'avoient la mère & le jeune, après que 
la nutrition étoit achevée. Ce qui prouve clairement, 
que la mère & le jeune profitent en commun des ali- 
mens , que chacun prend en particulier. 

J'ai fait voir, qu'un jeune Polype nourrit fa me- 
Te, je dois encore ajouter, que fi elle porte en mê- 
me tems d'autres jeunes , ce premier peut auffi les- 
nourrir. Le fuc nourricier, qu'il a tiré des alimens 
qu'il a pris , après être paffé de fon eftomac dans ce- 
lui de la mère , eft enfuite répandu dans celui des au- 
tres jeunes. Cette mère , avec fes petits , peut être 
confidérée comme un vaiifeau qui a plufieurs bran- 
ches , qui ont toutes entre elles une libre communica- 
tion. AufTi, lorsqu'on donne à un feul petit des ali- 
mens de couleur rouge, par exemple, on voit bien- 
tôt les autres fe remplir du fuc , qui en a été extrait , 

Y ' & 



ï<58 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

& prendre enfuite, de même que la mère, &; le petit 
qui a mangé pour tous, une teinte de rouge, plus ou 
moins forte, fuivant que le fuc a été plus ou moins 
abondant. 

A mefure que l'extrémité poftérieure , celle par la- 
quelle un jeune Polype eft attaché à fa mère, s'étran- 
gle, le trou de communication, qui eft entre leurs 
eftomacs, diminue, & enfin il fe ferme , & la com- 
munication ceffe. Pour juger de la durée de la com- 
munication qu'il y a entre l'eftomac d'une mère & 
celui de fon petit, j'en ai nourri de fuite; & chaque 
fois que j'ai donné à manger à la mère, ou au petit, 
j'ai eu foin d'examiner avec attention , fi le fuc paf 
foit encore d'un eftomac dans l'autre. Dans les com- 
mencemens , des fragmens des alimens alloient & 
venoient de l'eftomac de la mère dans celui du jeune 
Polype , & de l'eftomac du jeune dans celui de la mè- 
re. Enfuite , Fouverture de communication étant 
devenue plus petite, il n'y avoit plus que le fuc tout 
feul, qui pût fe communiquer; &, enfin, j'ai remar- 
qué plufieurs fois , en donnant des alimens rouges à 
la mère, ou à fon petit, qu'il ne paffoit de l'un dans 
Fautre aucune partie fenfible de ce fuc, très facile à 
appercevoir , à caufe de la vivacité de fa couleur : ce 
qui prouve que l'ouverture de communication étoit 
alors fermée; à favoir, le trou qui étoit dans la peau 
de la mère. 

J'ai fait avec fuccès les Expériences, dont je viens 
de parler, fur les Polypes de la féconde & de la troi- 
fiéme efpéce. 

Au relie, ces Expériences ne réûffiftent pas tou- 
jours 



DES POLYPES. III. Mêm* 169 

jours à fouhait. Les Polypes ne prennent pas tou- 
jours également bien les alimens qu'on leur offre : ils 
ne font pas d'ailleurs toujours placés comme il faut, 
pour être obfervés commodément avec une loupe. 
On ne doit donc pas fe rebuter , pour quelque man- 
que de fuccès : mais il faut tenter de nouveau ce qui 
n'a pas réùffi. Il eil même bon de repeter plufieurs 
fois les Expériences qui réùffîffent. Tout ce qui fe 
peut voir, ne fe découvre pas, & fouvent ne peut pas 
être découvert la première fois. 

O N a vu dans le fécond Mémoire *, que deux Po- * pag. ni 
lypes fe difputent la même proie. Oeil ce qui arri- 
ve même entre une mère & fon petit. Elle lui enle- 
vé quelquefois des Pucerons, ou des Vers, qu'il a 
commencé à avaler, & elle l'avale lui-même en par- 
tie. Le petit , dans l'occafion , fait auffi des efforts 
pour enlever la proie, que fa mère a prife: mais, je 
n'ai jamais vu finir ces combats par la mort de l'un 
ou de l'autre. Ils fe quittent enfuite,fans s'être fait 
de mal. 

J'AI feulement remarqué en général, jufqu'à pré- 
fent , qu'un Polype produit en même tems plufieurs 
petits; mais, je n'ai pas encore indiqué, à quel point 
peut aller la fécondité de ces Animaux. 

Pour fe mettre en état de juger, par fes propres 
yeux, de la fécondité des Polypes, il fuffit d'en nour- 
rir de fuite quelques-uns pendant l'Eté. J'en ai mê- 
me nourri un grand nombre , & j'ai pris beaucoup de 
précautions en faifant mes Expériences, non feule- 
ment, parce que je ne voulois rien négliger de ce qui 

Y 2 pou- 



i 7 o MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

pouvoit contribuer à me donner quelques lumières 
fur cet article; mais aufli , parce que les Polypes, fur 
lefquels je les ai faites, dévoient en même tems fer- 
vir à d'autres Expériences , qui demandoient beau- 
coup d'exaclitude. Il me paroit néceffaire d'expofcr 
ici toutes les précautions que j'ai prifes , parceque 
c'eft fur elles , que doivent être fondées les Preuves 
des Faits que je rapporterai. 

J'ai choifi pour fujets des Expériences que j'ai fai- 
tes, de jeunes Polypes nouvellement féparés de leurs 
mères; & je les ai mis en folitude dans des poudriers. 
Afin de ne courir aucun rifque de .confondre ces pou- 
driers, j'ai colé un Numéro fur chacun d'eux, & j'ai 
marqué le même Numéro dans le Livre que j'avois 
préparé, pour écrire le Journal' de mes Obfervations. 
Les verres , dans lefquels étoient ces Polypes folitai- 
res, ont toujours été remplis d'Animaux propres à 
les nourrir. Je me fuis fervi de ces Pucerons , dont 
Pag. 92. j'ai déjà beaucoup parlé dans le Mémoire pré.cédent #. 
Il n'y a point de nourriture plus commode. Un Po- 
lype, dont le poudrier en eft bien garni, peut con- 
tinuellement manger autant qu'il veut; & c'eft ce qui 
étoit néceffaire pour le fuccès de mes Obfervations. 
J'ai eu le bonheur de trouver fans interruption , pen- 
dant plus de ûx femaines , autant de ces Pucerons , 
que j'en ai eu befoin. Tous les deux jours, j'en don- 
nois de nouveaux à mes Polypes, avec de nouvelle 
eau ; & je nettoiois leurs verres quand cela étoit né- 
ceffaire. C'eft un foin que j'ai toujours pris moi-mê- 
me , parce que j'ai voulu pouvoir être parfaitement 
fur, que chaque Polype avoit bien été remis dans 

fon 



DES POLYPES. III. Mêm. 171 

fon verre. J'ai pris toutes les précautions poffibles , 
pour ne pas me tromper à cet égard. Deux fois par 
jour, j'ai vifité mes verres, j'ai examiné avec atten- 
tion le Polype que chacun contenoit, & j'ai marqué 
dans mon Journal ce que j'ai obfervé. 

Entre le 1 & le 10 Juin 1741, j'ai mis en folitn- 
de, vingt Polypes de la féconde efpéce; & entre 
le 20 & le 23 du même mois j'y en ai mis quatorze 
de la troilléme. En peu de jours , il en eft mort 
trois des vingt de la féconde efpéce, & onze des 
quatorze de la troifiéme. J'en avois mis plufieurs 
en folitude , afin que mes Obfervations ne fuflent 
pas interrompues, par la mort de quelques Polypes. 
L'Expérience me prouva , que cette précaution étoit 
néceffaire. 

J'ai marqué avec foin, dans mon Journal, l'ordre 
de la naiffance des petits qu'ont produits mes Poly- 
pes folitaires , le jour auquel chaque petit à com- 
mencé à pouffer, & celui dans lequel il s'eft féparé. 
Dès que je trouvois un jeune Polype féparé , je 
î'ôtois du verre de fa mère ; & s'il étoit choifi , pour 
un de ceux de cette génération, fur laquelle je vou- 
lois faire les mêmes Expériences que fur la généra- 
tion précédente , je le mettois aufh" en folitude, & 
je l'obfervois avec les mêmes précautions. Vingt jeu- 
nes Polypes de la féconde efpéce ,- & huit de la troi- 
fiéme, pro venus de ceux de la première génération 
des folitaires , ont auiïi été mis , chacun à part , dans 
des verres. J'ai continué à en mettre en folitude 
de génération en génération , jufqu'à la fixiéme. J'ai 
écrit dans mon Journal, à l'article de chaque jeune? 

Y 3 deu 



172 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

de quel Polype ce jeune étoit né , le jour auquel il 
avoit commencé à pouffer , & celui de fa répa- 
ration. 

Il me fuffira d'inférer ici un Article de mon Jour- 
nal. J'ai choifi celui d'un Polype, qui tient à peu 
près le milieu, pour la fécondité, entre plufieurs au- 
tres que j'ai obfervés. C'eft un Polype de la fécon- 
de efpéce , & un de ceux de la troifiéme génération , 
qui ont été nourris en folitude. Il a commencé à 
fortir de fa mère le 5 Juillet, il s'en eft féparé le 
10, & alors il avoit déjà un jeune, qui, depuis le 
jour précédent, avoit commencé à pouffer. 

Jeunes Polypes. Jour, auquel ils Jour de leur fé- 
ont commencé- paration d'avec 
leur mère. 



Le i er . jeune a 

commencé à 

pouffer le - 

2 jeune. 

3 - - • 

4 -■■•--"■ ■'• 

5 - - ■ 

6 - - ■ 

7 - - ■ 

8 - - • 

9 - - . 
10 

11 
12 



a pouffer. 
Juillet, 



Juillet. 



9 


II 


s'efl féparé le 


13 


11 




• 


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15 


12 




- 


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17 


13 




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- 


17 


13 




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22 


16 




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22 


17 




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23 


18 




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24 


22 




■ 


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25 


22 




• 


- 


26 


23 




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- 


26 


25 




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27 



Juil- 



DES POLYPES. III. Mêm. 



1 / ..■> 









Juillet. 


13 jeune, a pouffé le 26 


14 


. 


- 


27 


15 


- 


- 


29 


16 


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- 


30 


17 


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18 


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- 


— 


19 




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Août. 


20 


. 


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9 


21 


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11 


22 


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12 


23 


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13 


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25 


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26 


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15 


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16 


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29 


m tf m 


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18 


30 


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18 


31 


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20 


32 


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20 


33 


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21 


34 


. 


- 


21 


35 


- 


- 


23 


36 


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23 


37 


— * m «f 


p» 


24 


38 


- . - 


- 


26 


39 


- 


- 


27 


40 


» •• S" 


- 


28 



féparé le 



Juillet. 
29 

30 



- Août. 

19 
11 



13 
H 
15 

17 

17 

18' 

20 

20 

m 

2.2.' 

23 
23 

24 
25 
26 

27 
28 
28 

30 

3J 
1 Sept, 

Aoûc 



174 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

Août. Septembre. 

41 jeune, à pouffé le 29 féparé le 2 

42 - - - - 29 - - - - 2 

43 - - - - 3i - - - - 4 

Septembre. 

44 - ■ - - - 1 - - - - - 

45 " - - " 4 - - - ' 

Je n'ai pas marqué les jours auxquels les jeunes, 
tj , 18, & 19, ont commencé à pouffer, ni ceux de 
la réparation des jeunes, 15, 16, & 17. Quelques dis- 
tractions m'ont empêché, ces jours -là, de faire mes 
Obfervations avec foin. • 

Cette Table ', dont il s'agit, nous apprend, que 
le Polype a produit 45 petits dans l'efpace de deux 
mois ; c'eft - à - dire , environ 20 par mois. Entre tous 
les Polypes , que j'ai nourris & obfervés de la même 
manière que celui-là, il y en a, comme je l'ai déjà dit, 
qui ont plus multiplié , & d'autres moins. J'ai trou- 
vé que le nombre mitoïen entre ces deux extrémi- 
tés, étoit de 20 jeunes par mois. 

Il eft facile, en examinant cette Table, de déter- 
miner à peu près la durée de l'union des jeunes Po- 
lypes avec leurs mères. On voit qu'elle va ordinaire- 
ment à trois ou quatre jours. Mais, à la vérité, les 
Polypes ne font fi peu de tems à parvenir au point 
où ils peuvent fe féparer de leurs mères, que dans 
l'Eté. 

Pour fe former une idée de la fécondité des Po- 
lypes, il nefuffit pas de favoir , qu'un feul en peut 
produire une vingtaine dans un mois. Cela ne feroit; 

rien. 



DES POLYPES. III. Mêm. 175 

rien, fi leurs générations ne fe fuccédoient pas très 
promptement. Quand je commençai à nourrir des 
Polypes en folitude, je ne connoiffois pas encore leur 
fécondité. Cétoit alors le milieu de Juin , & je crai- 
gnois de m'y être pris trop tard, pour pouvoir obfer- 
ver, au moins , quelques générations de fuite. Mais, 
ma curiofité fut bientôt fatisfaite au - delà de mes e£ 
pérances. Au bout d'un mois, j'avois déjà dans mon 
Journal des Obfervations fur fix générations fuccefîi- 
ves de Polypes. Ces Obfervations m'ont appris , 
qu'un jeune Polype peut, quatre ou cinq jours après 
qu'il a commencé à fortir de fa mère, avoir lui-même 
un jeune qui commence à pouffer, c'eft- à- dire, qu'on 
peut voir tous les quatre ou cinq jours une nouvelle 
génération de Polypes. Ainfi , pour juger de la quan- 
tité de Polypes, qui pourroient venir d'un feul, au 
bout de deux mois , par exemple , il faut pofer d'a- 
bord, que ce premier Polype en peut produire qua- 
rante pendant ce tems : mais outre cela , on doit 
compter , que ces quarante commencent chacun à 
multiplier cinq jours après qu'ils ont commencé à 
pouffer, & qu'ils multiplient aufïi fur le pied de vingt 
par mois. Ce que je dis de cette féconde génération , 
regarde auffi la troifiéme & les fuivantes. On com- 
prend facilement, en faifant attention à tout cela, que 
le nombre des defcendans d'un feul Polype, peut, au 
bout de deux mois , être prodigieux. 

J'ai fuppofé dans ce que je viens de dire, que tous 
les Polypes produifoient des petits , qu'ils étoient 
tous mères ;& c'eft'ce que j'aurai bientôt occafion de 
prouver. 

Z C'EST; 



176 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

Cest, en faifant les Expériences que je viens de 
rapporter, que j'ai découvert un Fait remarquable > 
dont j'ai déjà fait mention en paffant, & dont je dois 
à préfent parler plus au long. En confidérant de jeu- 
nes Polypes, qui étoient encore attachés à leurs mè- 
res, j'en vis un qui avoit lui-même un petit, lequel 
commençoit à fortir de fon corps; c'eft-à-dire, qu'il 
étoit mère, pendant qu'il étoit encore uni à fa mère. 
Ce que j'admirai dans ce Polype, fut bientôt commun 
à plufieurs autres; & j'eus, en peu de tems,plufieurs 
jeunes Polypes, encore attachés à leurs mères, les- 
quels avoient déjà trois ou quatre petits, dont quel- 

* PL. vin. ques - uns étoient même parfaitement formés * : ils 
ig ' pêchoient des Pucerons comme les autres, & ils les 

mangeoient. Ce n'eft pas tout: j'ai même vu une 
mère Polype , qui portoit fa troifiéme génération. 
Du petit qu'elle produifoit, fortoit un autre petit, & 
de celui-ci un troifiéme. 

Lorscuje l'on confidére une mère chargée de pe- 
tits, il faut, pour croire que c'efl un Animal qui mul- 
tiplie, en être bien convaincu d'avance. On la pren- 
drait plutôt pour une Plante, ou pour une Racine, 

* Fig. s. qni eft extrêmement ramifiée #. 

J e ne décrirai qu'une de ces mères , entre tant 
d'autres, que j'ai eu occafion d'obferver. C'efl celle 
qui eft repréfentée dans la Figure 8. de la PL VIII. 
Elle fournira en même tems un Exemple de la 
promptitude avec laquelle les Polypes croiffent & 
multiplient. 

C'est d'un Polype à longs bras dont il s'agit. 
Quinze jours après avoir commencé à fortir de fa mè- 
re, - 



DES POLYPES. 111. Mêm. 177 

re, & neuf jours après s'en être réparé, il avoit pour 
îe moins , lorfqu'il étoit bien étendu , un pouce & un 
quart de longueur. Dix jeunes fortoient en même 
tems de fon corps, & quatre à cinq de ces jeunes 
étoient longs d'environ fept à huit lignes. Il y en 
avoit huit d'entre eux qui étoient parfaitement for- 
més, & en état de manger. De plus , cinq de ces 
derniers produifoient des petits. De l'un de ces cinq 
il en fortoit trois, de deux autres il en fortoit deux ,, 
& enfin, les deux derniers en poufïbient chacun un. 
Quelques-uns des Polypes de cette féconde généra- 
tion avoient déjà des bras, & prenoient même des 
Pucerons. Tout le groupe, formé par cette mère, & 
par fes dix-neuf petits , avoit pour le moins un pou- 
ce & un quart de long , & un pouce de large. Les 
bras de la mère, de même que ceux de fes petits } 
pendoient pour la plupart vers le fond du poudrier. 

Il ne s' étoit féparé qu'un jeune Polype, de cette 
mère , . depuis qu'elle avoit commencé à multiplier. 
Ç'eft ce qui a fait qu'au bout de quinze jours elle s'efl 
trouvée fi garnie de petits. Elle a toujours été fuf- 
pendue à la fuperficie de l'eau , & le verre, dans le- 
quel elle étoit, a toujours été bien rempli de Puce- 
rons ; deux circonflances , très propres à prévenir la 
trop prompte féparation des petits , & par confé- 
quent, à fe procurer le fpe&acle de ces Polypes fi 
garnis de jeunes. 

O n a déjà pu facilement comprendre , par ce que 
j'ai dit jufqu'à préfent, que les Polypes ne multiplient 
jamais tant, que lorsqu'ils ont une abondante nour- 
riture , & qu'il fait chaud. Ces deux circonflances 
c Z 2 doi- 



178 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

doivent abfolument être réunies , pour que les Poly- 
pes puiffent multiplier au point que j'ai décrit ci-def- 
fus. Une abondante nourriture devient inutile à ces 
Animaux, dès qu'il ne fait pas chaud, parceque, 
* Pag. 114 comme je l'ai fait voir dans le Mémoire précédent *% 
le degré d'appétit des Polypes efc proportionné à ce- 
lui de la chaleur de l'eau dans laquelle ils font. 

Pour fe convaincre , que les Polypes multiplient 
à proportion de la quantité d'alimens qu'ils prennent, 
il fuffit d'en faire jeûner & manger alternativement 
pendant quelque tems. C'eft une Expérience, qu'on 
efl même quelquefois obligé de faire malgré foi. 
Les Animaux, propres à nourrir les Polypes, peu- 
vent devenir rares ; &; on peut même en manquer 
tout- à -fait. C'efi ce que j'ai éprouvé, & fur -tout 
dans les commencemens de mes Recherches, lorfque 
je n'étois pas exercé à trouver toutes fortes d'alimens 
convenables aux Polypes. Dans ce tems de difette , 
mes Polypes devenoient plus petits, & ceifoient de 
multiplier; mais, enfuite, dès que je leur fourniffois 
de la nourriture, j'avois le plaifir de leur voir produi- 
re de nouveaux petits. Je ne m'en fuis pas tenu à 
cette Expérience générale. J'ai mis un Polype à part , 
pour le faire jeûner, le 18. Juillet 1741. Quatre pe- 
tits fortoient alors de fon corps ; & il en a pouffé en- 
core un cinquième. Ces cinq jeunes ont été féparés le 
26. Juillet. Leur mère a été fans manger jufqu'au 
7 roe . Août; &; , pendant ce tems -là, elle n'a pouffé 
aucun petit. D'autres Polypes , au contraire , qui vi- 
voient dans l'abondance, -en pouffoient tous les jours 
de nouveaux. Je lui ai donné des Pucerons le 7 me . 

Août ? 



DES POLYPES. 111. Mêm. i 79 

Août, & le 9 me . j'ai vu fortir un jeune; & depuis 
elle en a produit plufieurs. Enfin, je l'ai mife, en- 
core plufieurs fois alternativement dans l'abondance 
& dans la difette; & toujours avec le même fuccès. 
Si l'on ne favoit pas que les jeunes Polypes peu- 
vent fe nourrir eux-mêmes, dès qu'ils ont des bras, 
quoiqu'ils foient encore attachés à leur mère , on àu- 
roit de la peine à comprendre comment , en une 
quinzaine de jours, un Polype peut devenir û grand, 
& porter dix -neuf petits bien nourris. Je parle de 
celui que j'ai décrit tout à l'heure * Cette mère Po- * PL. viil» 
lype mangeoit chaque jour, environ une dixaine de lg ' * 
Pucerons; &, certainement, le fuc nourricier qu'el- 
le en tiroit, n'auroit pu fufîire à nourrir tous fes pe- 
tits. Mais, ceux de ces petits, qui étoient en état 
de manger, dévor oient par jour entre eux autour de 
vingt Pucerons , dès le dixième, ou douzième jour. 
Ces alimens fe mêloient avec ceux de la mère, com- 
me nous l'avons dit ci-deffus *; & le tout, qui en ré- * Pag. 166. 
fultoit, fe difperfoit dans tous les jeunes Polypes, au 
moïen de la communication qui étoit entre leurs 
eftomacs. 

. Parmi le grand nombre de Polypes que j'ai péchés 
dans les folfés dans le tems le plus propre , il ne s'en 
eft trouvé aucun qui eût plus de fept petits, attachés 
à la fois à Ton corps. Je n'en ai même rencontré de 
pareils, que très rarement. Cela vient apparemment , 
de ce qu'il arrive peu fou vent, que les Infectes, qui 
fervent de nourriture aux Polypes, foient en aufU 
grande quantité, dans les endroits où ils vivent, que 
dans les poudriers où je tenois les miens. J'ai vu^ 

Z 3 cep en- 



ï8o MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

■cependant, dans des fofles, & dans un vivier, des 
endroits, où des Polypes auroient été pendant long- 
tems à même de faifir autant de proies, que ceux 
que je nourriffois dans des verres: & c'en: ce qui 
me fit penfer , après avoir été témoin de la prodi- 
gieùfe fécondité des Polypes, qu'en peu de tems, 
on pourroit voir des foffés remplis d'un nombre infi- 
ni de ces Animaux, quand même il n'y en auroit 
eu que quelques-uns peu auparavant; pourvu que 
ces fofîes fuffent bien garnis de Pucerons. Ce n'é- 
toit-là qu'une conjecture, fort vraifemblable à la vé- 
rité, que je formai au mois d'Août 1741, mais que 
l'Expérience juflifia parfaiteap^nt dans le mois de 
Juillet de l'année fuivante. 

Depuis que j'obferve les Polypes, j'examine 
de tems en tems les eaux de Sorgvliet dans lefquel- 
les j'en ai trouvé : je parcours les bords des fofles 
& d'un vivier, je tire de l'eau, en différens endroits, 
quelques Plantes , ou quelques autres corps , fur lef- 
quels je cherche des Polypes. Je tache même de 
les voir dans leur féjour naturel, en prenant pour 
cela les précautions que j'ai indiquées dans le Mé- 
moire précédent. Lorfque je fis , au commence- 
ment de Juillet 1742, la vifite des eaux de Sorg- 
vliet, je trouvai très peu de Polypes dans le foffé, 
fitué aux pieds d'une Dune, & qui m'a fourni les 
premiers Polypes que j'ai vus. Une quinzaine de 
jours après, j'en parcourus les bords, dans le tems 
que le Soleil , donnant dans l'eau , éclairoit en di- 
vers endroits jufqu'au fond. Je vis d'abord une Plan- 
te , qui étoit plus chargée de Polypes, 'qu'aucune 

que 



DES POLYPES. 111. Mêm. igr 

que j'euffe jamais vue. Je la tirai de l'eau avec em- 
preifement ; &, la regardant comme un Tréfor, je 
quittai tout pour la mettre en fureté dans mon Ca- 
binet. Cependant, après m'ètre délecté à l'admirer 
pendant quelques momens, je revins fur les bords 
du foiTé, & je continuai à les. parcourir. Quelle ne 
fut pas ma joie., lorfque je parvins à un endroit, 
où je vis tout le fond, pour ainfi dire^ hériffé de Po- 
lypes! Des branches d'Arbres, longues de plufieurs 
pieds, qui étoient tombées dans l'eau, en étoient, 
fans exagération , prefque autant garnies qu'une per- 
ruque l'eft de cheveux.. Une planche d'environ dix 
pieds de longueur , qui flottoit fur l'eau , en étoit 
fi parfaitement bordée, qu'on auroit dit qu'elle étoit 
environnée d'une frange. Je tirai du foffé une des 
branches, qui étoit extrêmement couverte de Poly- 
pes. Quand elle fut hors de l'eau , tous ces Po- 
lypes , contractés & placés les uns fur les autres , for- 
moient une glaire épaiiTe & brunâtre, qu'on n'auroit 
• pas facilement prife pour un amas de Polypes. Je 
mis, dans un grand verre plein d'eau,, un morceau 
de cette branche > où il a été vu par plufieurs per- 
fonnes. Les Polypes étoient fi ferrés, qu'on avoit 
de la peine à découvrir le bois fur lequel ils étoient 
fixés. Quand leurs bras fe furent étendus dans le 
verre , il en étoit prefque entièrement rempli. On 
peut juger de l'effet que faifoient ces Polypes & 
leurs bras, par la Figure de la PL IX. Mais, je 
dois avertir, que, quelque grand que foit le nombre 
de Polypes qui font repréfentés dans cette Figure 
fixés fur un morceau de bois , il n'approche pas , 

cepen- 



182 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

cependant, de celui que j'ai vu fur de pareils mor- 
ceaux de bois, & fur de beaucoup plus grands. Je 
me fuis diverti à jetter des Vers au milieu de ce 
nombre prodigieux de bras, qui rempliffoient le ver- 
re dans lequel étoit cette multitude de Polypes. 
Un feul de ces Vers étoit pris par pluficurs Poly- 
pes. En peu de tems, il fe trouvoit enlacé de mil- 
le manières dans leurs bras. 

Q_u e l qu e mêlés que fuflent les bras des Polypes 
qui faififfoient la même proie, j'ai remarqué qu'ils fe 
féparoient enfuite; & j'ai obfervé, pendant plufieurs 
jours, cette multitude de fils déliés, qui fe touchoient 
prefque , fans appercevoir aucune confufion entre 
* PL. ix. eux *. Ils faifoient divers mouvemens , ils s'allon- 
geoient, & fe raccourciffoient, fans s'embarraffer les 
uns dans les autres. 

Après avoir bien examiné tout ce qui étoit à 
portée de mes yeux , dans le foffé dont il s'agit , je 
trouvai que les branches d'Arbres, & les brins de bois 
qui étoient dans l'eau , n'étoient nulle part plus gar- 
nis de Polypes , qu'aux endroits qui étoient les plus 
près de la fuperficie de l'eau. Il eft très vraifembla- 
ble , que la plupart de ces Animaux avoient été con- 
duits là, parle penchant qu'ils ont pour la lumière. 
Ceft l'idée qui me vint, lorfque je remarquai le Fait 
que je viens de rapporter; & je cherchai d'abord à 
le vérifier par quelque Expérience. Je plantai dans 
le fond de l'eau plufieurs bâtons par un bout, de ma- 
nière que le bout oppofé fe terminoit prefque à fa fu- 
perficie. Mon but étoit d'obferver fi les Polypes , 
qui étoient en grand nombre fur le fond du fofTé, 

mon- 



DES POLYPES. 111. Mêm. 183 

monteroient le long de ces bâtons, & s'ils viendroient 
fe placer en quantité à leur extrémité la plus expofée 
à la lumière. Mais , quelques jours après avoir pla- 
cé ces bâtons de la forte, le nombre des Polypes di- 
minua fort fubitement dans le folié, comme je le di- 
rai bientôt ; & il me fut par conféquent impofïïble de 
voir la fin de l'Expérience que j'avois commencée. 

I l étoit bien facile de découvrir la caufe de cette 
prodigieufe quantité de Polypes. Le folfé étoit ex- 
trêmement peuplé de Pucerons, qui avoient fourni 
aux premiers Polypes , & aux autres à mefure qu'ils 
naiffoient, autant de nourriture qu'il en falloit pour 
les faire beaucoup multiplier. 

J e profitai du peu de tems que ce foffé fut fi rem- 
pli de Polypes , pour obferver , autant qu'il me fut 
poiïible , toutes leurs manœuvres dans leur féjour 
ordinaire. J'allois chaque jour me coucher fur une 
planche qui avançoit un peu au-deffus de l'eau, je te- 
nois mes yeux à peu de diftance de fa fuperficie. Je 
voiois les Polypes marcher , étendre leurs bras, & 
faifir les Animaux qui les touchoient. Il y avoit un 
grand nombre de Polypes , qui étoient fufpendus à la 
fuperficie de l'eau, & iorfque le vent l'agitoit, je les 
voiois fuivre les vagues : il en paffoit des bandes fous 
mes yeux , qui alloient où le mouvement de l'eau les 
conduifoit. 

II y avoit alors peu de Limaçons qui n'euffent 
quelques Polypes fur leur coquille. Ces Polypes n'a? 
voient pas befoin de marcher pour paffer d'un lieu 
dans un autre. Les Limaçons leur fervoient de voi- 
ture, & quoiqu'ils cheminent fort lentement, ils fai- 

Aa foient 



184 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

foient faire cependant aux Polypes , en peu de tems 
plus de chemin qu'ils n'en pourroient faire dans un 
jour en marchant. D'autres Polypes alloient encore 
plus vite. Cétoient ceux, qui étoient fixés fur les [bu- 
reaux de ces jolies Teignes, faits avec de petites pièces 
de Plantes , coupées en quarrés longs , réunies enfcm- 
ble, & difpofées en fpirale. Ces Teignes nagent aflfez 
vite. J'en ai vu qui portoient , en nageant , plufieurs 
* PL. X. Polypes attachés à leurs foureaux *. 
Ji " 3 J'ai déjà dit, que cette grande quantité de Poly- 

pes n'a pas duré long-tems. Huit jours après avoir 
remarqué des morceaux de bois qui en étoient char- 
gés, je n'y trouvai plus que des relies de Polypes, 
qui n'étoient reconnoiflables , que pour ceux qui en 
avoient déjà vu périr. Il eft fort vraifemblable , que 
les Poux, dont j'ai déjà parlé, ont beaucoup contri- 
bué à la deilruclion de ces Polypes. Tous ceux, 
que j'ai tirés de l'eau dans ce tems-là, en avoient. J'ai 
laiiTé des Polypes dans de grands verres, fans. les déli- 
vrer de ces Animaux ; ils en ont été dévores pour la 
plupart. 

Les Polypes peuvent, comme je l'ai dit ci-defTus, 
multiplier dans un tems aflez froid. J'en ai trouvé 
dans les eaux de Sorgvliet au mois de Novembre, de 
Décembre & de Mars, qui avoient trois & quatre pe- 
tits; & j'en ai eu en même tems dans un Cabinet, 
qui en portoient davantage. Les Expériences, que 
j'ai faites, m'ont prouvé clairement, que les Polypes 
peuvent produire des petits durant toute l'année. 
J'en ai plufieurs Exemples parmi ceux que j'ai nour- 
ris pendant long-tems. 

Ce- 



DÈS POLYPES. III. Mèm. 185 

Celui , dont il s'agit dans l'Article du Journal 
que j'ai rapporté ci-deffus # , a , comme on Ta vu, * Pag. 172. 
commencé à pouffer des jeunes le 9 me . Juillet 1741 , 
&, depuis ce tems-là jufqu'à préfent *, il n'a pas [* janvier 
cène d'avoir des petits attachés à fon corps. Cepen- I74 -• 
dant, je l'ai tenu en Hyver, dans un Cabinet , où le 
froid né différoit que de quelques degrés de celui 
qu'il faifoit dehors; & je ne l'en ai ôté, pour le met- 
tre fur la tablette de ma cheminée , que lorfqu'ii 
geloit. 

Ayant tenu un Régitre des naiffances des Poly- 
pes pendant l'Eté, j'ai été curieux d'en tenir un pen- 
dant l'Hyver. J'ai commencé dans l'Automne de 
1742, & j'ai pris pour fujets de mon Expérience, 
deux Polypes de la féconde efpéce , & deux de celle 
à longs bras. Mon but n'a pas été de rechercher feu- 
lement combien ils produiroient de petits pendant un 
mois de l'Hyver ; mais encore de tâcher d'obferver, 
auiïi exactement qu'il me feroit poiïîble, à quel degré 
de froid ils cefferoient de multiplier, & à quel degré 
ils recommenceroient. Et comme la quantité d'ali- 
mens , que prennent les Polypes , influe beaucoup 
fur le plus ou le moins de petits qu'ils produifent, je 
me fuis encore propofé de marquer les repas qu'ils 
féroient en Hy ver , & de leur en faire faire autant 
qu'ils pourroient, afin d'acquérir par-là des idées 
plus complétées , fur tout ce qui a rapport à leur 
multiplication. 

Pour faire ces Expériences, j'ai dû continuelle- 
ment obferver le Thermomètre. J'ert ai tenu un dans 
un des quatre verres où étoient les Polypes que j'ob- 

Aa 2 fer- 



186 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

fervois. Les trois autres verres étoient à côté de ce- 
lui-là. Ceft d'un Thermomètre de Mercure de Mr. 
Prins, dont je me fuis fervi. On fait que le 32 e . degré 
marque le point de congélation, le 48 e . l'air tempéré, 
le 64 e . l'air chaud, & le 2 12 e . l'eau bouillante. Suivantles 
Obfervations que Mr. l'Abbé Nolet a faites touchant 
le rapport de la marche du Thermomètre de- Mr. de 
Reaumur avec celui de Mr. Prins , il a déterminé 
vingt degrés & deux tiers de ce dernier, pour dix 
degrés de celui de Mr. de Reaumur. Il fera donc fa- 
cile à ceux, qui voudront rapporter m'es Obfervations 
au Thermomètre de Mr. de Reaumur, de le faire en 
fe réglant là-delîus. 

J'ai ordinairement obfervé trois fois par jour le 
Thermomètre, le matin, à midi, & le foir, & j'ai 
rapporté dans le Régitre à ces différens tems , les 
Obfervations qui y étoient relatives. Il ne m'a pas 
paru néceffaire d'inférer ici ce Régitre. Je me con- 
tenterai d'indiquer les conféquences qu'on peut tirer 
des Obfervations qu'il renferme. 

Les voici. i°.Les Polypes peuvent manger lorfque 
l'eau , dans laquelle ils font , fait defcendre le Thermo- 
mètre de Prins au trente-cinquième degré. A la véri- 
té, il arrive fouvent qu'ils refufent de manger, lorf- 
que l'eau ace degré de froid. Quand le Thermomètre 
efl près du quarantième degré , ils peuvent faire un 
repas tous les deux ou trois jours : mais, ce repas 
n'eil pas de la moitié aufïi grand que ceux qu'ils font 
en Eté; & illeur faut deux ou trois jours, pour di- 
gérer les alimens qu'ils ont pris. 

2°. Quelques jeunes Polypes ont commencé à 

pouf- 



DES POLYPES. 111. Mêm. 187 

pouffer , lorfque le Thermomètre étoit au trente- 
huitième degré; mais, ils pouffent plus fréquemment , 
quand il eft entre le quarante & quarante-fixiéme : de- 
gré de chaleur, qui ne fufEroit pas, pour faire pouffer 
la plupart des Plantes qu'on cultive dans nos jardins. 

3°. Il paroit encore par ce Régitre , que la plu- 
part des jeunes Polypes refient dans le tems froid ^ 
environ un mois , unis à leurs mères : non qu'il leur 
faille tout ce tems -là pour être en état de s'en fé- 
parer, mais parce qu'ils font alors moins vifs, & que 
n'étant pas preffés par la faim , ils ne font pas excités 
à changer de place pour aller chercher des alimens. 

Avant que d'avoir fait toutes les Obfervations 
que je viens de rapporter fur la fécondité des Po- 
lypes, & fur l'influence qu'a fur cette fécondité la 
quantité d' alimens qu'ils prennent , & le degré de 
chaleur dans lequel ils vivent , j'avois déjà cherché 
à découvrir comment ils étoient fécondés. 

J e continuai ces Recherches , en faifant les Obfer- 
vations dont il a été queftion ci-deffus; & comme 
ce que j'avois découvert fur la génération des Poly- 
pes , avoit même plus de rapport avec ce que 
nous connoiffons dans plufieurs Plantes, qu'avec ce 
que nous connoiffons dans un grand nombre d'Ani- 
maux, je penfai, en tâchant d'épier les amours des 
Polypes , non feulement à voir fi elles avoient du 
rapport avec celles des Animaux , mais même avec 
celles des Plantes. 

Le premier Fait, dont je me fuis affuré, c'efl que 
tous les Polypes à bras en forme de cornes, font mè- 
res } que tous les individus de l'efpéce produifent 

A a 3 des 



# p. 



138 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

des petits. La plupart de ceux, que je trouvai d'abord 
dans les foffés , ne pouffoient pas des jeunes ; mais , après 
que je leur eus fait faire quelques repas dans les pou- 
driers où je les mis en grande quantité , il n'y en 
eut aucun qui ne commençât à multiplier. C'eft ce 
qui me fit penfer que, peut-être, tous les Polypes 
étoient mères :&, pour juger avec plus de fureté de 
ce qui en étoit , je donnai une très grande atten- 
tion à un nombre confidérable de Polypes que je 
nourriffois , & fur lefquels je faifois diverfes Expé- 
riences. Il n'y en eut , en effet , aucun qui ne fe mît 
à pouffer des petits , après avoir mangé plus ou 
moins ; enforte que je n'eus dès-lors plus lieu de 
douter, que le foupçon que j'avois formé, ne fut 
fondé. 

J'ai nourri, depuis ce tems-là, j'ofe dire des mil- 
liers de Polypes; & je n'en ai trouvé aucun ,qui n'ait 
multiplié , après avoir pris une certaine quantité 
d'alimens. 

En examinant les Polypes que je nourriffois en 
compagnie dans des verres, j'étois toujours attentif à 
toutes leurs démarches , pour voir s'il ne fe paffoit rien 
entre eux d'analogue à ce qui fert à féconder la plu- 
part des Animaux. Mais, quelques foins que je me 1 
fois donnés pour cela, quelque grand que foit le nom- 
bre de Polypes que j'ai obfervés , je n'ai jamais pu 
parvenir à remarquer rien de pareil. Cela me fit 
penfer, qu'il en étoit peut-être des Polypes, com- 
me des Pucerons, qui, félon la découverte qui avoit 
'§• *7« été nouvellement faite, & dont j'ai déjà parlé #•, font 
tous mères , & multiplient fans accouplement. Mais, 

cet 



DES POLYPES. ///. Mêm. 189 

"cet exemple ne fuffifoit pas. Il falloit des Preuves, 
confirmées par des Expériences faites fur les Poly- 
pes mêmes. 

J e mis donc plufieurs Polypes de la féconde & de 
la troifiéme efpéce en folitude; &, afin d'être bien 
fur qu'ils n'avoient pu, depuis leur réparation, avoir 
aucune'.communication avec d'autres Polypes, je n'ai 
pris, pour faire cette Expérience, que ceux que j'ai 
féparés moi-même de leur mère, ou que ceux, qui, 
s' étant féparés d'eux-mêmes, ont été tirés du verre 
dans lequel étoit leur mère, d'abord après cette fé~ 
paration, & avant que quelque autre jeune fe fût fé- 
paré, avec lequel il auroit été poiTible qu'ils fe fuffent 
accouplés. On a vuci-deffus*, toutes les précautions *p a g, î; 
que j'ai prifes , pour faire vivre ces Polypes dans une 
parfaite folitude , pour pouvoir toujours les recon- 
noitre , & pour m'affurer qu'eux & leurs defcendans , 
que j'ai auili mis en folitude, avoient tous multiplié. 

En effet, tous ceux qui ont vécu feulement pen- 
dant quelques jours, '& qui ont mangé, ont produit 
des petits, & ont continué à en produire de plus en 
plus, à mefure que je les ai nourris. 

Non feulement ces premiers Polypes, que j'ai mis 
.en folitude , ont multiplié , mais aujfïï plufieurs de 
leurs defcendans, que j'ai auïïi mis, de génération en 
génération, jufqu'à la feptiéme, avec les mêmes pré- 
cautions, en folitude. 

J'a 1 fait cette Expérience fur un nombre confide- 
jable de Polypes ; & c'eft pour cela , qu'on peut avec 
d'autant plus de confiance en conclure , qu'il n'eft pas 
riéceiTaire , pour qu'un Polype ,mu.itiplie ; qu'il ait eu r 

de- 



i9o MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

depuis qu'il s'eft féparé d'avec fa mère , aucune com- 
munication avec un autre Polype. C'eft même ce 
dont j'ai eu lieu d'être perfuadé,peu après avoir com- 
mencé à nourrir des Polypes folitaires. J'en vis plu- 
fieurs, dont les petits, encore attachés à leur corps, 
* Vol pag. produifoient eux-mêmes d'autres petits*; c'eft-à-dire , 
* 76 - pour m'exprimer en d'autres termes, qu'ils âvoient, 

avant leur réparation, le principe de la fécondité. 

Lorsque je fus convaincu qu'un Polype n'a- 
voit pas befoin, pour multiplier, de vivre avec d'au- • 
très depuis qu'il s'étoit féparé de fa mère , & que 
j'eus vu multiplier ces Animaux , pendant qu'ils é- 
toient encore unis à ceux qui les produifoient , je 
penfai quec'étoit, peut-être, pendant cette union, 
que fe paffoit ce qui devoit contribuer à leur fécon- 
dité. Je me mis donc à obferver de fuite , & avec 
beaucoup d'attention , de jeunes Polypes qui n'étoient 
pas encore féparés de leur mère : mais , quelques 
foins que je me fois donnés, je n'ai jamais rien pu re- 
marquer , ni entre les jeunes qui tenoient à une même 
mère , ni entre ces jeunes & leur mère , qui me don- 
nât lieu de former le moindre foupçon. Tous ces 
Polypes multiplioient , fans qu'il m'ait été poifible de 
rien remarquer qui ait pu contribuer à leur généra- 
tion: ce qui me fit juger, que ce que je tâchois de 
découvrir , fuppofé qu'il y eût quelque chofe de pa- 
reil , étoit ou imperceptible , ou au moins très diffi- 
cile à voir. 

Je fus donc alors réduit à aller encore plus en tâ- 
tonnant, que je ne l'avois fait jufques-là. 

C e qui fert à féconder les Plantes, étant fort fecret, 

& 



DES POLYPES. III. Mêm. 191 

& même imperceptible dans la plupart , il me vint 
dans l'efprit, que peut-être les Polypes reffembloient 
encore aux Plantes à cet égard» Il étoit bien diffici- 
le, pour ne pas dire impoiîible, de pouvoir juger, s'il, 
y avoit, en effet, une pareille refïemblance entre les 
Polypes & les Plantes. Aufïi ne regardai -je cette 
idée j que comme une conjecture des plus incertai- 
nes , & qui ne meritoit pas beaucoup d'attention» 
Cependant, il me parut convenable de ne pas négli- 
ger de faire une Expérience, à laquelle cette conjec- 
ture m'avoit fait penfer. 

On découvre dans les fleurs des Plantes un piftile 
& des étamines: & il s'agiffoit de favoir, s'il n'y avoit 
point de parties dans les Polypes, qui euffent le mê- 
me ufage que celles des fleurs des Plantes. 

Je fuppofai donc, que ces parties pouvoient être 
dans la tête & dans les bras des Polypes, & en géné- 
ral, que peut-être c'étoit-là qu'étoit ce qui contri- 
buoit à la fécondation des Polypes , foit à la manière 
des Plantes , foit à celle des Animaux , foit enfin 
d'une manière parfaitement inconnue. Je me mis d'a- 
bord à chercher, fi les mères & les jeunes ne fe com- 
muniquoient point le principe de la fécondité au 
moïen de leur tête & de leurs bras. Pour cet effet, je 
coupai la tête à huit mères qui avoient des petits, 
dont les bras ne paroiffoient pas encore. Je mis cha- 
cune de ces huit mères en folitude dans un verre ; & , 
à mefure que leurs bras repouffoient, & que leur tê- 
te fe formoit,je les coupois de nouveau. Elles n'ont 
eu , ni bras , ni tête , pendant tout le tems que leurs 
petits font reliés attachés à leur corps; &, par confé- 

B b quent 



ip2 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

quent, il n'a pu y avoir entre ces petits & ces mères, 
par le moïen de ces parties , aucune communication 
qui pût contribuer à la fécondation. Les petits étant 
devenus capables de prendre des alimens , je leur en 
donnai : ils crûrent , ils fe féparérent ; & , d'abord 
après leur féparation , je les mis en folitude dans des 
verres. Ils n'auroient pas dû multiplier , s'il avoit été 
néceflaire que leur mère leur communiquât le principe 
de la fécondité, de la manière dont je l'avois fuppofé: 
& ce qui prouve, que cette fuppofition étoit faufTe, 
c'efl qu'ils multiplièrent tous abondamment, après 
avoir fait quelques repas. 

Mais , cette communication fuppofée pouvoit, 
peut-être , avoir lieu entre les jeunes qui fortoient 
enfemble du même Polype. Il n'y avoit guères de 
vraifemblance dans cette idée. Cependant, je ne vou- 
lus pas négliger de faire l'Expérience , qui pouvoit 
décider, que ces jeunes Polypes ne fe fervoient point 
de leur tête pour fe rendre féconds les uns les autres. 
Je coupai donc celle d'une mère qui n'avoit qu'un 
jeune, & qui a toujours été feul jufqu'à fa féparation. 
Cependant ce petit a multiplié abondamment dans le 
verre, où je le mis en folitude, après qu'il fe fut fé- 
paré de fa mère. 

, J'ai fait une autre Expérience, qui prouve aufîî 
qu'un jeune Polype a en lui le principe de la fécondi- 
té, avant qu'il ait pu le recevoir extérieurement de 
fa mère, ni d'aucun autre Polype. J'ai coupé un jeu- 
ne, qui commençoit feulement à pouffer, c'eft-à-dire, 
qui n'étoit encore qu'un très petit bouton, tel que ce- 
lui qui eft marqué e > dans la Figure i. de la Plan- 
che 



DES POLYPES. III Mêm. 193 

che VIII. On le voit dans la Figure 9. de la même 
Planche , comme il étoit d'abord , après qu'il eut été fé~ 
paré de fa mère avec des cifeaux; & il efl grolïi au 
microfcope dans la Figure 10. Ce bouton, aiant été 
mis à part dans un verre, s'eft allongé peu à peu, il 
lui eft venu des bras , & il a enfuite multiplié. 

Enfin , pour achever cette Difcuffion, je dirai, 
que , quelque attention que j'aie donnée pour voir fi 
un jeune Polype ne fe féconde point lui-même d'une 
manière extérieure, je n'ai pu rien appercevoir qui 
m'ait fait venir la moindre idée de ce que jecherchois. 

Il me paroit convenable de rappeller ici en peu 
de mots à l'efprit , ce que nous apprennent les diffé- 
rentes Expériences que j'ai faites, pour découvrir le 
principe de la fécondité des Polypes. On en peut 
conclure : 

i°. Qu'un jeune Polype, depuis qu'il eft féparé de 
fa mère , n'a pas befoin de la compagnie d'un autre 
Polype, pour multiplier. 

2 . Que même avant que de s'en féparer, il a le 
principe de la fécondité , puifque dès lors il mul- 
tiplie. 

3 . Que fi c'eft la mère qui lui communique ce 
principe pendant qu'il lui eft uni , ce n'eft point qu'il 
y ait aucune communication entre la tête & les bras 
de cette mère , ou bien entre la tête & les bras d'un 
jeune Polype. 

4°. Qu'il n'eft pas non plus fécondé de cette 
manière par un autre jeune, qui forte de la même 
mère en même tems que lui. 

5°. Que s'il fe féconde lui-même, il eft allez vrai- 

Bb 2 fem- 



194 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

femblable , que c'efl d'une manière imperceptible. 

Tout ce que renferment ces cinq Articles, re- 
garde les Polypes de la féconde & de la troifiéme ef- 
péce. J'ai fait fur les uns & fur les autres les Ex- 
périences dont ces Articles font les conféqu'ences. Il 
ne m'a pas été poflible de les faire fur les Polypes 
verds , parce qu'ils m'ont manqué , avant que j'euffe 
pouffé mes Recherches jufques-là; & depuis ce tems^ 
Jà , je n'en ai pas pu trouver. 

Si nous n'avons pu découvrir comment les Po- 
lypes font fécondés, nous avons au moins appris, 
qu'ils ne le font point comme la plupart des Ani- 
maux que nous connoiffons ; & que , par conféquent , 
ils forment encore une Exception à la Règle pré- 
tendue générale, qu'il n'y a point de fécondation fans 
accouplement ; Règle, qui a déjà été démentie d'une 
manière bien remarquable , par la Découverte , faite 
depuis quelques années fur les Pucerons. 

Pendant que j'ai fait toutes les Obfervations 
que j'ai rapportées ci-deffus , fur la Manière dont 
les Polypes multiplient par rejettons , je n'ai pas né- 
gligé de chercher, s'ils n'avoient point d'autres Ma- 
nières naturelles de multiplier. J'ai, par exemple, 
eu foin d'être attentif à remarquer, s'ils ne fe par- 
tageoient point d'eux-mêmes, c'eft-à-dire , û ces Ani- 
maux ne fe multiplioient point naturellement par 
boutures, ou fi au contraire cette Manière de fe mul- 
tiplier n'avoit lieu, que lorfqu'onîes coupoit en deux, 
ou en plufieurs parties. J'ai vu en effet des Polypes 
fe partager d'eux-mêmes. L'endroit, où ils fe font 
partages; s'efl peu à peu rétréci, jufqu'à ce qu'enfin, 

un 



DES POLYPES. III. Mêm. 195 

un petit mouvement a pu opérer la féparation. Cha- 
que portion efh devenue enfuite un Polype complet. 
Il s'eft fait en elles la même reproduction qu'on re- 
marque dans les moitiés d'un de ces Animaux qu'on 
a coupés en deux. J'ai obfervé de fécondes parties 
de ces Polypes, qui fe font partagés d'eux- mêmes ?, 
dans lefquelles la reproduction, qui devoit fe faire 
pour qu'elles fuffent des Polypes complets, n'a eu- 
lieu, même en Eté, qu'au bout de quinze jours, ou 
trois femaines. Quelques Polypes fe font partagés 
par le milieu du corps , & d'autres plus ou moins 
près du bout antérieur & du bout poflérieur. Il y 
en a quelques-uns de ceux que j'ai nourris pendant 
long-tems , qui fe font partagés d'eux-mêmes deux 
ou trois fois. Le plus court intervalle qu'il y ait 
eu d'une fois à l'autre , a été de trois mois. Deux 
de ces Polypes dont je parle, étoient des portions, 
d'un de ces Animaux que j'avois fuccefïïvement cou- 
pé en cinquante parties; 

Quoiqjje j'aie, depuis près de trois ans, obfervé 
'un nombre très confiderable de Polypes, je n'en ai 
pas vu plus de douze , qui fe foient partagés d'eux- 
mêmes. Si cela n'a pas lieu plus fréquemment dans 
leur féjour ordinaire , je ne fais fi on peut regarder 
cette manière de multiplier, comme un moïen na- 
turel, que la Nature ait donné aux Polypes pour 
perpétuer leur efpéce, ou plutôt, fi on ne doit pas 
la regarder comme quelque chofe d'extraordinaire. 
Quoi qu'il en foit,il paroit qu'ils nefe multiplient que 
très peu par ce moïen, & qu'il n'eft nullement com- 
parable à la. multiplication des Polypes par rejettons-,- 

Bb 3 J'a.i 



196 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

J'a i aufïi cherché fi ces Animaux: n'étoient point 
ovipares. Je n'ai jamais rien vu, qu'on puiife pren- 
dre pour des œufs , que ce que je vais décrire. 

J'ai remarqué fur le corps de plufieurs Polypes de 
petites excrefeences fphériques , qui y étoient atta- 
* pl. x. chées par un pédicule fort court *. Il y en avoit de 
ig " *' ** blanches, & de jaunes. Je n'en ai jamais vu plus de 
trois à la fois fur le même Polype. Après être re£ 
tées quelque tems attachées aux Polypes, elles s'en 
font féparées, & font tombées au fond du verre. J'en 
ai obfervé à diverfes reprifes , avant & après leur fépa- 
ration. Elles font toutes à la fin devenues à rien, 
excepté une feule, qui, peut-être, eft devenue un Po- 
lype. Je dis, peut-être, parce que je ne fuis pas tout- 
à-fait fur du Fait. Dans le tems où j'aurois dû obferver 
cette excrefeence avec le plus d'afîiduité, je fus deux 
jours fans la confidérer. Lorfque je revins l'examiner, 
je trouvai, à la place où je l'avois biffée, un Polype 
informe, qui paroifîbit réellement venir d'un corps 
fphérique, qui s'allongeoit du côté par lequel il tou- 
choit le fond du verre. Le côté oppofé étoit en-* 
core arrondi , & l'on y appercevoit les bouts de trois 
bras qui commençoient à fortir. Peu-à-peu ce Poly- 
pe s'allongea , & prit la forme ordinaire de ces Ani- 
maux. En un mot, je ferois allure que ce Polype eil 
venu d'un de ces petits corps fphériques qui s'étoit 
détaché d'un Polype, fi je n'avois pas été deux jours 
fans l'obferver, & s'il n'y avoit pas eu quelques pe- 
tits Polypes dans le même verre. 

L a même chofe eft à peu près arrivée à Mr. Alla- 
mand,quia aufîi obfervé plufieurs de ces petits corps. 

II 






DES POLYPES. III. Mêm. 197 

Il lui a paru , que l'un d'eux étoit devenu un Polype ; 
mais, il n'ôfe cependant pas Fàffurer pofitivement , 
parce qu'il n'a pas fait non plus l'Expérience , avec 
une exactitude affez grande , pour qu'elle puiffe le 
fatisfaire. 

Il convient donc de repeter ces Obfervations , 
pour juger plus précifément de ce que deviennent les 
petits corps fphériques dont il s'agit. Mais fuppofé 
qu'ils deviennent des Polypes, je ne fais fi on pourrait 
les regarder comme des œufs, ou comme des. Poly- 
pes qui prennent accidentellement, en pouffant, une 
forme fphérique, & qui périffent enfuite, ou parvien- 
nent à l'état de Polype parfait. 

Mr. de Reaumur m'a appris, par une Lettre qu'il 
m'a fait l'honneur de m'écrire le 17 Décembre 1743, 
que Mr. Bernard de Jufîieu avoit , pendant les vacan- 
ces, trouvé, à quantité de Polypes à bras en forme de 
cornes , une petite veille adhérente à leur corps. Il 
me femble affez vraifemblable que cette petite vef- 
fie eft la même chofe que j'ai appellée un petit 
corps fphérique #. Il a paru à Mr. de Juflî eu, qu'elle *.pl. X. 
étoit pleine d'ceufs; mais, étant obligé de fuivre fa lg " 
route , il n'a pu s'affurer affés de ce que donnent ces 
œufs. Si , en effet , c'étoient des œufs des Poly- 
pes à bras en forme de cornes, ces Animaux feroient 
ovipares & vivipares. Ce n'eft encore à la vérité qu'u- 
ne conjecture ; mais qui , aiant été formée par un Na- 
turalise, tel que Mr. de JufTieu, eft digne de la plus 
grande attention. 

Je dois encore avertir, que je n'ai trouvé de pe- 
tits corps fphériques f que fur les Polypes de la fe- 

roi*- 



2 9 3 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

conde efpéce; & cela feulement en Automne, & au 
commencement de FHyver. 

O n découvre aufïï en Automne & au commence- 
ment de PHyver , fur les Polypes de la féconde & de 
la troifiéme efpéce, de petites excrefcences fort diffé- 
rentes de celles dont il a été queilion jufqu'à préfent. 
Elles n'ont pas de figure régulière. Il y en a qui fi- 
nirent à peu près en pointe , & d'autres , dont le def- 
* pl. x. f us e ft a pplati, ou arrondi *. Au lieu de tenir au 
Polype, comme celles dont j'ai parlé ci-deflus , par 
un pédicule, elles lui font attachées par l'endroit le 
plus large. Elles forment à peu près une pyramide, 
dont la bafe eft immédiatement appliquée contre le 
Polype. Ces excrefcences font quelquefois en 11 
grand nombre fur le même Polype, qu'elles fe tou- 
chent prefque : c'eft ce qu'on remarque principale- 
ment fur ceux à longs bras. Elles n'occupent dans les 
Polypes de cette efpéce que la portion la plus large de 
leur corps , celle qui eft comprife entre la tête & le 
commencement de la queue * Toutes ces excrefcen- 
ces font blanches , & fe font facilement remarquer par 
leur couleur, fur-tout lorfqu'elles font en grand nom- 
bre. On feroit porté à les regarder comme une ma- 
ladie des Polypes , ou au moins comme une fuite d'u- 
ne maladie. Il eft certain, que ces Animaux ne font 
pas fi actifs, lorfque leur corps eft couvert de ces 
boutons : ils ont peu ou point d'appétit , maigriffent 
en peu de tems, & perdent leur couleur. Quand 
les Polypes, qui ont des excrefcences , recommencent 
h manger, on voit ces excrefcences devenir peu à 
peu plus petites , & enfin elles fe diflipent entiè- 
rement; 



■a u 



DES POLYPES. ///. Mém. I i 9 r> 

rement; au -lieu que les excrefcences fphériques fe 
féparent de ces Animaux. 

J'ai remarqué que les bras des Polypes de la 
troifiéme efpéce , qui étoient fort incommodés de 
ces boutons, faits à peu près en forme de pyrami- 
de, étoient fort minces & fort courts #. Je n'ai pu * pl. x. 
les leur voir allonger. lg ' 4 " 

Il eft arrivé plufieurs fois que des Polypes à longs 
bras, qui étoient couverts de ces dernières excref- 
cences, ont pendant l'Hyver, & quoiqu'ils euifent 
fort peu mangé, pouffé en peu de tems un grand, 
nombre de jeunes Polypes extrêmement petits. J'en 
ai compté vingt -deux, qui étoient en même tems 
fur le corps d'un Polype. Ils fe font féparés enfui « 
te de leur mère ; & ceux , qui ont été nourris , font 
devenus aufïi grands que ceux qui pouffent en Eté. 
J'avois d'abord foupçonné , que ces petits Polypes 
fortoient des excrefcences, ou plutôt, que ces ex- 
crefcences devenoient de petits Polypes ; mais , lorf- 
que j'ai examiné la chofe de plus. près, j'ai remar- 
qué , que les Polypes pouffoient à côté des excrefcem 
ces, dans les intervalles qu'elles biffent entre elles* 

J e vais à préfent parler de quelques autres végé- 
tations irréguliéres , qu'on remarque encore dans 
les Polypes, lorfqu'on les obferve de fuite pendant 
quelque tems. 

Leurs bras font ordinairement fimples: ils n'ont 
aucune branche. Cependant , on en voit affés fré- 
quemment un ou deux dans un Polype, qui font 
fourchus, & quelquefois même en plus d'un endroit; 
La branche, qui fort du bras, & qui fait cette four- 
Ce che^ 



200 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

che, eft plus ou moins près de leur origine & de 
leur extrémité. Je ne décrirai ici en particulier, 
que le bras d'un Polype de la troifiéme efpéce, qui 
fe trouve repréfenté dans la Figure 1 1 de la Plan- 
che VIII, parfaitement tel que je l'ai vu. Ce Po- 

* tfffff- lype avoit un bras fourchu , très remarquable #. Il 
fe divifoit d'abord en deux branches en c. L'une 
de ces branches étoit fourchue en deux endroits, 
fçavoir en d & en e P & l'autre en un endroit, fça- 
voir en L 

J'ai vu des Polypes verds , & de ceux de la fé- 
conde efpéce qui avoient un , deux , ou trois bras , 

& PL. x. ailleurs qu'à leur place naturelle #. Ils fortoient du 

Fig. s- « * corps, plus ou moins près du bout antérieur, ou du 
bout poftérieur. Je n'ai jamais vu à un Polype plus 
de trois bras qui fuffent ainfi déplacés, excepté à 
ceux , fur lefquels j'avois fait quelque opération. 
On en verra un exemple dans le Mémoire fuivant. 
Je ne me fuis pas apperçu que les bras, qui font ail- 
leurs qu'autour de la bouche, fuffent d'aucun ufage 
aux Polypes. La plupart ont diminué peu à peu, 
& font enfin entièrement difparus. 

J'a i encore vu , fur des Polypes de la féconde 
efpéce, des jeunes qui ont toujours confervé la figu- 
re d'un cône, & qui n'avoient qu'un bras, lequel 

*mg.6.tcc for toit précifément de la pointe de ce cône #. La 
manière, dont fe forment ces Polypes, ne m'eft pas 
connue. Je ne les ai remarqués que lorfqu'ils étoient 
déjà formés. Il m'a paru, que quelques-uns, au-lieu 
de fe féparer de leur mère, ont peu à peu diminué, 
enforte que le petit cône a difparu, & qu'il n'eft 

rel* 



DES POLYPES. 111. Mêm. 201 

relié qu'un bras à la place où il étoit. D'autres, au 
contraire, ont d'abord perdu leur bras, & fe font 
enfuite féparés du Polype auquel ils tenoient. Je 
n'ai jamais vu plus de trois Polypes coniques fur le 
corps d'un autre #. Ce n'eil qu'en Automne & en * PL. X. 
Hyver, que j'en ai remarqué. 1§ " 6 ' 

On trouve quelquefois des Polypes, qui peuvent 
' paffer pour avoir deux têtes. J'en ai obfervé quel- 
ques-uns lorfqu'ils fe font formés, c'efl-à-dire, lorf- 
qu'ils fortoient du corps de leur mère. Quand les 
bras ont commencé à pouffer, il a paru deux tê- 
tes, au -lieu d'une, au bout antérieur de ces jeu- 
nes Polypes. D'abord elles fe touchoient , mais 
enfuite, après que le Polype eut fait quelques pro- 
grès , chacune de ces têtes s'eil allongée , & s'eft 
trouvée enfuite au bout d'une branche. Ces deux 
branches fe réiiniffoient au refte du corps , qui étoit 
commun. J'ai gardé affez long-tems de pareils Po- 
lypes à deux têtes, après qu'ils fe font féparés de 
leur mère. Il étoit naturel de prendre une des deux 
têtes de ces Polypes , pour un petit qui commençoit 
de pouffer, en même tems que les bras de fe mère. 
Dans cette fuppofition , ces petits auroient dû fe fépa- 
rer au bout d'un certain terme , plus ou moins long , 
fuivant la faifon. C'efl ce qui n'efl pas arrivé à l'é- 
gard de plufieurs, ils font refiés très long-tems at- 
tachés au Polype auquel ils tenoient; & cela, fans 
que l'endroit , par lequel ils étoient attachés , fe foit 
étreci , & que la communication d'une branche à 
l'autre ait ceffé. J'en ai vu quelques-uns? qui fe font 
pourtant à la fin féparés. On peut donc les regarder , 

Ce 2 ou 



2o2 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

ou comme un jeune Polype extraordinaire, qui eft 
refté attaché plus long - tems à fa mère que les autres , 
ou comme une féconde tête du Polype, qui s'eft fépa- 
rée, ainfi qu'il arrive aux bout antérieur d'un Polype 
de fe féparer quelquefois de foi-même du bout antérieur. 
Entre plufieurs de ces Polypes qui ont d'abord 
paru- avec deux têtes , j'en ai obfervé un pendant 
long-tems, que je crois devoir décrire ici. C'étoit 
un Polype à longs bras. Je l'ai mis dans un verre 
plat, lorfqu'il s'eil féparé de fa mère, & je l'ai bien 
nourri. Les deux branches, ou bouts antérieurs de 
ce Polype , fe font fort allongés en peu de tems , & 
la queue commune eft peu-à-peu diminuée , jufqu'à ce 
qu'enfin elle a difparu. D'abord, les deux bouts an- 
térieurs formoient un angle; mais, après que la queue" 
eut difparu, ils fe font mis bout à bout, & ont for- 
mé un Polype, qui avoit une tête à chaque extrémi- 

* pl. x. té f. Je lui ai donné à manger, tantôt par une bou- 

che, & tantôt par l'autre: &, par laquelle des deux 
qu'il ait pris les alimens , ils font paffés dans tout le 

* ' •"• corps. Le milieu de ce Polype * étoit plus étroit que 
les deux bouts #. Il étoit tel qu'eft la queue d'un 
Polype à longs bras ordinaire. Celui , dont il s'agit à 
préfent, a multiplié de côté & d'autre de la portion 
étroite. J'ai été très attentif pour voir s'il marche- 
roit, & en ce cas -là, comment il marcheroit. Mais, 
pendant deux mois qu'il a été dans cet état fingulier, 
je n'ai jamais pu remarquer qu'il ait changé une feule 
fois de place. Je l'ai toujours trouvé , toutes les fois 
que je l'ai obfervé, couché fur le fond du verre, pré- 
cifément au même endroit où je l'avois lailfé. II étoit 

la 



a i; ce. 



DES POLYPES. III Mêm. 203 

la plupart du tems affez étendu , & les bras ferpen- 
toient de différentes manières fur le fond du verre *. * pl. x. 
Il a été deux mois dans l'état fingulier que je viens lg ' 5% 
de décrire. Enfin , il s'eft formé de nouveau au mi- 
lieu * une queue fort courte. La communication, * m, 
qui étoit entre les deux branches , s'eft fermée , & cha- 
cune paroiffoit être un Polype parfait. Il eft apparent 
que ces deux Polypes fe feroient féparés, mais, ils 
font morts de maladie , peu de tems après le dernier 
changement dont je viens de faire mention. 

S 1 l'on voit de jeunes Polypes qui pouffent deux \ 

têtes , on a aufîi quelquefois occafion d'en obferver 
qui n'en pouffent point. Il ne fort point de bras à 
leur extrémité antérieure , & il ne s'y forme point 
de bouche. On pourroit regarder ces jeunes Poly- 
pes imparfaits , comme des queuè's extraordinaires qui 
viennent à la mère Polype ; ils en font , en effet , les 
fondions. Souvent le Polype, dont ils fortent, s'en 
fert pour fe cramponner contre les corps , lorfqu'il 
marche & lorfqu'il eft çn repos, de la même manière 
qu'il fe fert de fon bout poftérieur. J'ai vu, le 18. Jan- 
vier 1743 , jufqu'àfept de ces queuè's extraordinaires 
fur un même Polype #, qui avoit outre cela deux * Fig. 7, 
jeunes ordinaires, & trois de ces Polypes coniques W'M'W* 
dont j'ai parlé ci- deffus #. On peut juger, par la Fi- * fa e , (r 
gure 7 de la Pl. X, qui le repréfente exactement, 
combien la figure de ce Polype étoit bizarre. Il a- 
voit alors un an & demi. L'Eté fuivant il ne reftoit, 
fur fon corps , aucun de ces jeunes extraordinaires» 
Il avoit repris la forme ordinaire des Polypes. 

Il me faudroit entrer dans un trop grand détail, û 

Ce 3 je 



204 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

je voulois décrire toutes les variétés de figures, qu'ont 
produit, dans les Polypes que j'ai nourris pendant 
long-tems, les végétations irréguliéres auxquelles ces 
Animaux font fujets. Ce que j'en ai dit, fuffit pour 
faire comprendre , qu'à cet égard les Polypes ont en- 
core plus de rapport avec les Plantes , qu'avec les 
Animaux qui nous font connus. 

APRÈS avoir expofé tout ce que j'ai pu décou- 
vrir fur la manière dont les Polypes multiplient, &; 
fait voir qu'elle reffemble beaucoup à ce que nous 
connoiffons dans les Plantes à cet égard, il ne fera 
peut-être pas inutile d'examiner ici plus en détail , en 
quoi confifte cette reffemblance. 

Les Plantes fe multiplient de trois manières dif- 
férentes. i°. Par graine. 2°. Par bouture. 3 . Par 
rejettons. Elles ne raffemblent pas toutes ces trois 
propriétés. 

Nous n'avons, jufqu'à préfent , rien découvert 
dans les Polypes, que l'on puiife afïurer être de la 
graine: ainfi, à cet égard, nous ne pouvons marquer 
aucun rapport entre eux & les Plantes. Mais , nous en 
trouvons au contraire un très grand aux deux autres 
égards. Ce que j'ai dit au commencement du premier 
«M?ag. 13. Mémoire* fur la reproduction, qui fe fait dans les por- 
tions d'un Polype qu'on a coupé en deux , fuffit pour 
nous faire comprendre que ces portions de Polype 
reiïemblent beaucoup aux boutures des Plantes ; & 
tout ce que j'ai rapporté dans celui - ci fur la manière 
naturelle dont ces Animaux multiplient, nous a fait 
voir que les jeunes Polypes font véritablement des 

rejet- 



OiC, 



DES POLYPES. III Mêm. 20$ 

rejettons qui fortent des vieux, comme les rejettons 
fortent d'une Plante Mais, à la vérité, les rejettons 
des Polypes fe féparent d'eux-mêmes, au -lieu que 
ceux des Plantes doivent être féparés par art. C'eft 
au moins ce qu'on eft obligé de pratiquer par rapport 
à ceux des Plantes , qu'on fait multiplier par rejet- 
tons dans les jardins , & dans les pépinières. 

Il y a cependant une Plante fort commune, dont 
les rejettons fe féparent d'eux-mêmes. Je veux par- 
ler de la Lentille aquatique. Elle eft compofée d'une 
feule feuille , qui flotte ordinairement fur l'eau , & qui 
pouffe , du milieu de fa fuperficie inférieure , un ou 
plufieurs fils affez déliés , qu'on peut regarder comme 
des racines. Pour peu qu'on obferve de fuite cette 
Plante pendant l'Eté, on verra fortir de fes bords, en 
differens endroits , d'autres feuilles , qui poufferont 
des racines, lorfqu'elles feront parvenues à une cer- 
taine grandeur. Ces feuilles, ou pour parler autre- 
ment, ces rejettons, ne tiennent que très peu à la 
Plante dont ils fortent, quand ils font formés. Alors 
ils s'en féparent d'eux-mêmes, & abandonnés feuls 
au mouvement de l'eau , ils peuvent en peu de tems 
fe trouver fort éloignés de la Plante qui les a produits. 

Il eft donc confiant que les Polypes , de même que 
plufieurs fortes de Plantes, fe multiplient par boutu- 
res, & par rejettons, & qu'il y a par confequent à 
ces deux égards beaucoup de rapport entre leur ma- 
nière de fe multiplier. Mais , n'y auroit-il point aufîi 
de rapport entre la manière dont les Plantes & celle 
dont les Polypes font fécondés? Tout ce que nous 
cçnnoiiTons, par rapport à un grand nombre de Plan- 
tes* 



206 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

tes, c'eft qu'il y a dans leurs fleurs des parties qui 
contribuent à leur fécondation , favoir le piftile & 
les étamines ; enforte que quand ces parties man- 
quent, les Plantes font incapables de produire des 
graines fécondes. C'eft ce qui ne peut , jufqu'à 
préfent, nous faire connoitre ce qui fert à féconder 
les Polypes, parce que nous n'avons rien découvert 
dans ces Animaux, qui fût analogue aux fleurs de 
Plantes , & à la graine qu'elles produifent. 

Mais ce qui fe paffe dans les fleurs des Plantes , 
influe-t-il fur leur fécondité à l'égard des boutures & 
des rejettons? Par exemple, la Vigne peut-elle multi- 
plier par bouture, & l'Orme par rejettons, indépen- 
damment de ce qui fe paffe dans leurs fleurs ; ou la 
Vigne ne peut-elle multiplier par bouture, & l'Orme 
par rejettons, que lorfque ce qui fert à féconder les 
graines , s'eft pane dans les fleurs ? Il fera néceffaire 
d'entrer dans une petite Difcufîion pour répondre à 
cette queftion : & ce que je dirai à cette occafion, 
pourra peut être fervir à nous faire, au moins, entre- 
voir un rapport encore plus grand entre les Poly- 
pes, & les Plantes qui multiplient par boutures, & 
par rejettons. 

Il eft fort vraifemblable que ce qui fe paffe dans 
les fleurs , ne fert à les féconder que par rapport aux 
graines , & nullement par rapport aux rejettons & 
aux boutures. Voici le Fait, fur lequel je fonde ce 
que je dis. Il n'y a rien de plus connu que ces fleurs, 
qui font naturellement fimples, mais, qui deviennent 
quelquefois doubles. On fait que les Plantes , qui 
ont des fleurs fimples , donnent de la graine, mais que 

cel- 






DES POLYPES. III Mêm. 207 

celles de la même efpéce qui ont des fleurs doubles , 
n'en donnent point, & on n'ignore pas que ce qui a 
rendu ces Plantes à fleurs doubles , incapables de por- 
ter des graines , c'eft que les parties , qui fervent à la 
fécondation & à la formation de la graine, font de- 
venues des pétales. Ce qui fe paiïe dans les fleurs , 
& qui fert à la fécondation des Plantes par rapport 
aux graines , n'a donc pas lieu dans les Plantes 
à fleurs doubles, dont nous venons de parler. La 
chofe n'a, par exemple, pas lieu dans une Plante de 
Giroflier double. Cependant , indépendamment de ce- 
la, cette Plante multiplie par rejettons, & les rejet- 
tons peuvent en produire d'autres, qui, de généra- 
tions en générations, feront toujours également pro- 
pres à multiplier de cette manière. C'eft ce que l'Ex- 
périence nous apprend, & d'où l'on peut conclure, 
qu'un Giroflier double peut multiplier par rejettons , 
indépendamment de ce qui fe paiïe dans fes fleurs. 
O n pourroit même , peut - être , étendre cette 
conclufion aux Plantes qui ont des fleurs parfaites, 
& qui peuvent multiplier par graine. Suivant ce 
raifonnement, on pourroit , par exemple, dire, que 
ce qui fe paffe dans les fleurs d'un Orme, & d'où 
réfulte la fécondation des graines, n'influe point fur 
la fécondation de cet arbre par rapport aux rejet- 
tons, qu'il en peut produire indépendamment de ce 
qui fe paiïe dans fes fleurs; & même que les rejet- 
tons qu'il produira, feront non feulement en état de 
multiplier par rejettons, mais aufll par graines. Il 
femble donc qu'à l'égard des rejettons, les Plantes 
font fécondes par elles-mêmes. Ce que j'ai dit des 

Dd re- 



2o8 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

rejettons, peut aufïi fe dire des boutures. Il eft 
fort apparent que ce qui fait qu'une bouture peut 
devenir une Plante parfaite, & multiplier enfuite, & 
par boutures, & par rejettons, n'a pas de rapport à 
ce qui fe paffe dans les fleurs , & qui influe fur les 
graines. Le farment d'une Vigne, par exemple , eft 
également propre à fournir des boutures, foit qu'il 
ait eu des fleurs, ou qu'il n'en ait point eu.. 

N'en feroit-il donc point des Polypes, comme 
des Plantes qui multiplient par rejettons & par boiir 
tures ? Ne feroient-ils point féconds par eux-mêmes , 
propres à produire des rejettons & des boutures , 
fans qu'il fe foit pafTé en eux rien d'analogue à ce 
que nous connoiffons dans plufieurs Animaux, & à ce 
qu'on a lieu de foupçonner dans les fleurs des Plantes? 

ON eft actuellement en état de juger, que la 
manière extraordinaire dont les Polypes à bras en 
forme de cornes, peuvent fe multiplier par la fec- 
tion de leurs- parties, n'eft pas la feule propriété 
fmguliére > qui les diftingue de tant d'autres Ani- 
maux, & qui ait été fi long-tems inconnue dans, cet- 
te claffe de corps organifés. Leur manière naturelle 
de fe multiplier par rejettons, doit être mife dans le 
même rang; & elle n'eft pas moins propre à nous 
apprendre, combien les. Régies prétendues généra- 
les, qui ont été admifés prefque uniyerfellement, mé T 
ritent peu ce nom, quand même on ne trouveroit 
d'autres exceptions que celles que. forment, les Poly- 
pes dont je donne l'Hiftoire. 

Mr, de Reaumur nous a appris, dans la Préface du 

fixié- 






DES POLYPES. III. Mém. 209 

frxiéme Volume de fes Mémoires fur l'Hiltoire des 
Infe&es *, que plufieurs Curieux, après avoir été in- * Pag. 55 
formés qu'on pouvoit multiplier les Polypes en les *" 
coupant , ont découvert la même propriété dans dif- 
férentes efpéces de Vers; & cette Expérience a en- 
core réufîl fur un plus grand nombre d'Animaux, 
depuis que cette Préface eft écrite. Il étoit bien 
vraifemblable , comme le dit ce célèbre Naturalifte , 
que les Polypes ne dévoient pas être les feuls auxquels 
il eut été accordé de pouvoir être multipliés d'une façon 
fi étrange. Plus on examine les productions £f les ope- 
rations de la Nature , & plus on refte convaincu qu'il 
ne s'y trouve rien d'unique. C'eft, je crois, ce qui peut 
s'appliquer à Tune & l'autre manière de multiplier 
des Polypes: & en conféquence de ce principe, il 
y avoit lieu de penfer, après avoir vu pouffer des 
rejettons aux Polypes, que cette Façon de multi- 
plier, quelque étrange qu'elle parût, n'étoit pas par- 
ticulière à ces feuls Animaux ; mais , qu'elle étoit 
au contraire commune à plufieurs autres, de diffé- 
rentes efpéces, & même de différens genres. 

Quelque fondée que fût cette conjecture , on 
ne pouvoit que défirer de la voir confirmer par des 
Exemples. Je n'eus pas befoin d'attendre long-tems 
pour en trouver un très remarquable. La Figure des 
Animaux qui me l'ont fourni, m'a engagé à les ranger 
dans la claffe des Polypes. Leurs bras font placés à 
leur extrémité antérieure , autour de leur bouche. 
Ils font rangés fort régulièrement , & forment un joli 
pannache * Celui de cette Figure eft repréfenté fort * . PL - x » 
en grand. On les voit de grandeur naturelle dans la aà/dt % 

Dd 2 Fi- 



2io MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

* i> s t>> j>. Figure 9 *. J'ai donné à ces Animaux le nom de Poly- 

pes à pannache, pour les diftinguer des autres Polypes^ 

E n cherchant des Polypes verds au mois d'Avril 

* 1741 , je trouvai, comme je l'ai déjà dit, les premiers 

Polypes de la féconde efpéce que j'ai vus. Ce fut en 

. même tems que je découvris les Polypes à pannache. 

Il y en avoit plufieurs, fur les Plantes aquatiques, 

que j'avois raffemblées dans des verres pleins d'eau* 

Ces Polypes à pannache excitèrent extrêmement ma 

curiofité. Ils réveillèrent d'abord dans mon efprit l'i- 

*.J L g x - dée d'une fleur épanouie #> & comme il y en avoit 

ifade. plufieurs enfemble, ils formoient une forte de bou- 

* Fig. 9- quet *. Il faut que je décrive un peu plus en détait 

la flruèture de ces Animaux , afin que je puifTe me 
faire mieux entendre, lorfque j'en viendrai à leur ma- 
nière de multiplier par rejettons. 
^WbYt. Leur corps * a environ une ligne de longueur r 



F12.S 



* Fig. 9.*. fans compter le pannache *,qui eft prefque aufli long. 
aeddde. que le corps. Celui-ci eft fort mince, il eft à peu 

près cylindrique,. & fa peau eft parfaitement tranfpa.- 
rente. Le pannache n'eft qu'une continuation de cet- 
te peau tranfparente ; il eft fort large à proportion du 

* PL. x. corps , & d'une figure très remarquable. Sa bafe * 
i g . s. eac. ^ ^- te ^^ forme de fer de cheval, & des bords de 

*ad>acf,ad. cette bafe fortent les bras * du Polype: ils font tous, 
un peu recourbés en dehors. Le pannache , qu'ils for- 
ment par leur affemblage, a l'air d'une fleur mono- 
pétale épanouie, Ces bras font fort près les uns des; 
autres : j'en ai compté au-delà de foixante à un feul 
pannache. On pourrait les comparer, par rapport à 
leur épaiffeur & à. leur tranfparence , à. des fils de 

¥ex- 



DES POLYPES. 111. Mêm. 211 

verre très fins. La bafe du pannache eft creufée en 
goutiére, elle tient au Polype par le milieu # du fer * pl. x„ 
à cheval qu'elle forme , & ceft-là qu'eft une ouvertu- lg ' ' 
re, qui fert de bouche à cet Animal. Ses inteftins * * ehyjgrfa* 
fe diftinguent facilement à travers la peau tranfparen- 
te de fon corps. Ils font d'un brun alfez foncé dans 
les Polypes qui ont bien mangé. Après avoir obfer- 
vé pendant quelque tems les Polypes à pannache, & 
être parvenu à les voir manger, j'ai été en état de 
diftinguer trois parties principales dans leurs intef- 
tins , favoir, l'éfophage % l'eftomac -f, & l'inteftin **$- tf& 
droit * *f a > 

Ces Animaux ont , ce me femble , encore plus 
l'air de Plante, que les Polypes à bras en forme de 
cornes. Aufli de très habiles Naturalises en ont - ils 
pris diverfes efpéces , qu'ils ont remarquées fur la fu- 
perficie de différentes prétendues Plantes marines,, 
pour des fleurs & pour des racines. S'ils avoient eu 
occafion d'obferver dans ces Polypes à pannache ma- 
rins, une propriété, qu'ils ont apparemment , auffi-biert 
que "les nôtres d'eau douce, ils auroient reconnu ces 
Animaux pour ce qu'ils et oient. Ils font voraces, &. 
même très voraces, au moins ceux de l'efpéce que 
j'ai obfervée. A la vérité , ils ne peuvent manger 
que des Animaux fort petits, mais en un jour ils en 
dévorent un grand nombre. Le pannache des Poly- 
pes eft, pour ces petits Animaux, un goufre dans le- 
quel font précipités la plupart de ceux qui en appro> 
chent en nageant, Si l'on obferve attentivement à 1& 
loupe des Polypes à pannache, placés dans de Teau 
bien peuplée de fort petits Infecles , il fera très facile 

Dd 3 efô 



2i2 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

de remarquer par quel moïen ils attirent leur proie & 
la font tomber dans leur bouche : on verra d'inflant 
en infiant un bras ou deux fe recourber fubitement 
en dedans du pannache , & puis fe remettre dans 
leur première fituation. Il arrive rarement que le 
même bras fe recourbe deux fois de fuite. Si en mê- 
me tems qu'on examine l'action de ces bras , on jette 
un coup d'oeil autour du pannache , on remarque de 
petits Animaux, qui nagent au-deffus, & qui font 
fucceffivement précipités dans ce pannache, à mefure 
que les bras fe courbent. Ces bras ne touchent point 
la proie, mais, ils occafionnent dans l'eau par leur 
mouvement une forte de tournant , qui la conduit 
dans le pannache. Elle fait fouvent des efforts pour 
s'échapper, mais, l'inflexion fubite d'un bras donne 
au torrent qui l'entraine,un nouveau degré de rapidi- 
té, qui la porte, malgré elle, jufqu'au fond du panna- 
che. J'ai dit que ce fond, cette bafe du pannache, 
étoit creufée en goutiére. Les petits Infectes , qui 
doivent fervir de proie au Polype , tombent donc 
dans cette goutiére , & ils coulent enfuite dans la 

* pl. x. bouche, qui eft au milieu *. Quand le Polype fe pré- 

fente à l'œil de côté , on peut facilement lui voir 
avaler fa proie. On la voit pafler de l'éfophage dans 
l'eftomac, & fi elle n'efl pas extrêmement petite, on 
la diilingue-même dans cet eftomac, parce que tou- 
tes les parties de ces Polypes font tranfparentes. J'ap- 

* e h. pelle l'éfophage, ce petit canal * qui va de la bouche 

* f jufqu'à un fac *, qui fert d'eflomac au Polype. L'éfo- 

phage finit un peu au-deffous de l'extrémité fupérieure 
de l'eflomac, favoir en % Les alimens rendent cet e£ 

tomac 



X.. 



DES POLYPES. III Mêm.. agi 

tomac très reconnoiiTable. Ils font balottés dedans 
d'une manière très fenfible, & beaucoup plus vite 
que dans les Polypes à bras en forme de cornes. Ils 
font fucceffivement pouffes de bas en haut, & de 
haut en bas. On peut facilement fe tromper fur la: 
véritable longueur de l'eftomac On pourroit croi- 
re qu'il va jufqu'à. la bafe du pannache. Mais , pour 
prévenir cette erreur , il fufrlt de bien remarquer 
jufqu'où font portés les alimens ,. lorfqu'ils font pouf- 
fes vers le haut de l'eftomac. On s'appercevra qu'ils, 
s'arrêtent un peu au-deffus de l'endroit où l'éfo- 
phage rencontre l'eftomac; & que c'eft de là * qu'ils *. PL 
partent pour retourner vers l'autre extrémité *. En- * g. ' " 
tre ce bout fupérieur de l'eftomac & la bafe du 
pannache ,. il y a donc un efpace occupé par un pe- 
tit fac *,. qui eft très fouvent parfaitement rempli 
par une matière brune, & plus foncée que celle qui 
eft dans l'eftomac. Ce fac eft l'inteftin droit , & 
cette matière brune eft celle des excrémens. Elle 
forme un grain un peu oblong, très facile à remar- 
quer, & qui occupe toute la capacité de l'inteftin 
droit.. Il fe vuide entièrement en une feule fois. 
Ce grain de matière brune qui le remplit, en fort 
tout entier par une ouverture qui eft à la bafe, ou 
à côté de la bafe du pannache. J'ai vu fouvent 
des Polypes rendre leurs excrémens-, mais, je n'ai 
jamais pu découvrir précifément la fituation de l'ou^ 
verture dont ils fortoient. Après que. le Polype a 
rendu fes excrémens, l'inteftin droit, qui. eft alors 
vuide, paroit d'un brun fort clair; il eft même af- 
fez tranfgarent, Si cet Animal eft dans une. eau bien 

peu* 



/«.- 



214 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

peuplée d'Infectes, & s'il en avale beaucoup, com- 
me cela arrive ordinairement, de nouveaux excré- 
mens pafferont bientôt de l'eftomac dans l'inteftin 
droit ; il fe remplira , & reprendra fa première cou- 
leur & fon opacité. 

J'ai dit ci-deifus, que les Polypes à pannache, 
pour attirer leur proie dans leur bouche, recour- 
bent en dedans quelques-uns de leurs bras.- On 
voit faire quelquefois un autre mouvement à ces 
bras. C'eft lorfqu'il eft tombé dans le pannache un 
Animal trop grand pour pouvoir être avalé, ou quel- 
que autre corps. Les Polypes, pour s'en débarraf- 
fer, ouvrent leur pannache en tout, ou en partie; 
ils renverfent beaucoup leurs bras en dehors , & les 
remettent enfuite dans leur attitude ordinaire. Ces 
bras fe renverfent & fe remettent tous enfemble. 

Les Polypes à bras en forme de cornes, fe con- 
tractent lorfqu'on les touche, lorfqu'on remue le corps 
auquel ils font attachés ; mais , ceux à pannache font 
incapables de contraction. L'attouchement, ou le 
mouvement qu'on leur fait éprouver, ne biffent pas 
cependant de changer beaucoup leur attitude & leur 
fituation : ils difparoiifent même alors très fubitement ; 

* PL. x. ils fe retirent entièrement dans une cellule * , qui 
ifïb'im. eft d'une matière femblable à celle des parties que 

j'ai déjà décrites , & dont le corps de ces Animaux 
eft une production. On peut voir très diftinctement, 
à travers les parois traniparentes de cette cellule, 

* io g. le Polype, lorfqu'il s'y eft retiré *. Pour compren- 

dre dans quelle fituation eft un Polype, qui eft re- 
tiré dans la cellule, on doit fa voir, que la peau du 

Po- 






DES POLYPES. III. Mêm. 215 

Polype eft attachée à l'orifice * de la cellule , en- * PL. x, 
forte que quand il rentre dedans, cette peau ne peut * f , i'b, 
pas le fuivre. Elle refte donc attachée par fon extré- 
mité inférieure à l'orifice de la cellule, & elle y ren- 
tre en fe renverfant. Le pannache , qui tient par fa 
bafe à l'extrémité fupérieure * de cette peau, rentre * e. 
avec elle , & fe trouve logé dans le tuïau qu'elle for- 
me lorfqu'elle eft toute rentrée & toute renverfée *. * a b. 
Les inteilins font plus enfoncés dans la cellule , 
qu'aucune autre partie #. Comme l'orifice de la cel- * « g- 
Iule & le tuïau que forme la peau , font beaucoup 
plus étroits que le pannache, il eft obligé de fe fer- 
mer pour pouvoir y entrer : les bras fe rapprochent , 
comme le feroient les barbes d'une plume qu'on for- 
cerait à entrer dans un tuïau étroit *. Après avoir # a g, 
vu le Polype fe cacher dans fa cellule, on l'en verra 
bientôt fortir, fi on le laiffe tranquille. On voit pa- 
roitre les bras, qui font d'abord réunis en faifceau ; 
mais , quand ils font environ fortis à moitié , ils com- 
mencent à s'éloigner par leur extrémité ; enfin le pan- 
nache s'ouvre, il reparoit comme il étoit auparavant, 
& le corps fe montre en dehors de la cellule. 

S 1 Ton obferve avec attention un Polype qui fort 
de fa cellule, on verra une chofe qui prouve claire- 
ment , que la peau fe retourne lorfqu'il y entre , & 
qu'elle renferme enfuite le pannache. Quand le pan- 
nache commence à paroitre hors de la cellule, on re- 
marque la peau qui paroit avec lui, on voit le pan- 
nache fe dégager de cette peau , à mefure qu'elle fe 
remet dans fon premier état, & les inteftins entrer 
dans le tuïau qu'elle forme de nouveau en dehors. 

Ee J'ai 



2i6 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

J'ai vu diftinttement,lorfque les Polypes à panna- 
che étoient bien en dehors de leur cellule, un fil qui 
tenoit d'un côté à l'extrémité inférieure de l'efto- 

* pl. x. mac #, & de l'autre au fond de la cellule; j'en ai vu 
Fig. s. g o. outres qui m'ont paru s'attacher par une extrémi- 
té près de la bafe du pannache , & par l'autre aufli au 

* a e. fond de la cellule #. Il eft apparent que ces fils fer- 

vent à retirer le Polype dans la cellule. 

n trouve rarement un Polype à pannache feul. 
Il y en a ordinairement plufieurs enfemble ; & ceux 
de Pefpéce dont je parle , font rangés à côté les uns 
des autres. Souvent il y en a plufieurs qui for- 

* ikib m. tent d'une même cellule # , mais par des orifices 

* ib > ' b > differens #. Ce que je vais dire fur la manière dont 
Fig! $. ces Animaux multiplient , fervira en même tems à 

expliquer pourquoi ils fe trouvent ainfi les uns à cô* 
té des autres. 

1 l faut avoir une idée bien nette de la figure des 
Polypes à pannache, & être déjà exercé à les obfer- 
ver, pour voir diftinttement les jeunes lorfqu'ils com- 
mencent à pouffer. Il fe fait d'abord une petite élé- 
vation fur la fuperficie de la cellule d'un Polype déjà 
formé , on découvre enfuite le corps & le panna- 

* Fig. 9 . che #, ou plutôt la bafe du pannache f du jeune qui 
r ' r ' commence à pouffer, & la pointe des bras # qui for- 
tFig.i t s. tent ^ £s |3 0rc [ s j e ce tte bafe. Ces bras croiffent à 

mefure que le corps croît. Le jeune Polype eft d'or- 
dinaire en état de manger au bout de quelques jours. 
Ses inteflins, qui étoient d'abord tout -à- fait tranfpa- 
rens , deviennent bruns , après qu'il a pris des alimens. 
Quand la nourriture eft abondante dans l'eau où 

font 






DES POLYPES. 1IL Mêm. 217 

font les Polypes à pannache, les jeunes pouffent en 
grande quantité. J'en ai ibuvent vu plus de cent qui 
étoient réunis enfemble , & qui formoient un fort joli 
bouquet. 'Ils fe féparent enfuite, mais non un à un. 
Le bouquet fe partage en deux ou trois parties, qui 
ont plus ou moins de Polypes #. Cette féparation fe * . PL - %• 
fait fort infenfiblement. D'abord la maffe que for- lg ' 9 " 
ment toutes les cellules , ou pour mieux dire , la cel- 
lule commune, fe divife en deux ou trois branches , 
& puis ces branches fe féparent peu à peu entière- 
ment les unes des autres. Pour obferver commodé- 
ment ce que je viens de décrire, j'ai fait enforte que 
des bouquets de Polypes à pannache fe font attachés 
contre les parois d'un poudrier. J'ai pu les obferver 
avec une forte loupe. Non feulement j'ai vu par ce 
moïen multiplier ces Animaux , & les différentes 
branches des bouquets qu'ils forment, fe féparer;mais 
j'ai encore remarqué que ces branches s'éloignoient 
enfuite les unes des autres. Leur mouvement pro- 
greffif eft fi lent , qu'il eft abfolument impercep- 
tible. Je n'ai jamais obfervé de Polypier peuplé 
de Polypes , qui ait fait plus de demi -pouce de 
chemin en huit jours de tems. J'en ai auffi obfervé 
plufieurs , qui font pendant très long - tems reliés au 
même endroit. 

J'ai dit ci-deffus que le corps des Polypes étoit une 
production de la cellule dans laquelle ils fe retirent, 
afin qu'on ne crût pas qu'elles font leur ouvrage, 
comme les foureaux de Teignes font l'ouvrage des 
Teignes. Les cellules doivent être regardées comme 
une partie du corps des Polypes, elles croiffent avec 

Ee 2 lui, 



Se fuiy. 



218 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

lui , & comme lui , & font compofées de la même ma- 
tière , au moins celles des Polypes à pannache que 
j'ai obfervés. 

Ce que je viens de dire fur la manière dont les 
jeunes Polypes à pannache pouffent aux côtés de 
ceux qui font déjà formés, fuffit pour faire fentir le 
grand rapport qu'ils ont à cet égard avec les Polypes 
à bras en forme de cornes; c'efb-à-dire , qu'ils multi- 
plient par rejettons, comme ces derniers. Ils nous 
fourniffent par conféquent un fécond exemple de cet- 
te manière de multiplier, parmi les Animaux. 

Mr. de Reaumur en rapporte encore plufieurs 
exemples dans la Préface du fixiéme Tome des Mémoi- 
* Pag. 76. res pour fervir à l'Hiftoire des Infectes * ; favoir , ceux 
de diverfes efpéces de Polypes à pannache marins. 
Il en a même découvert de nouvelles , depuis que cet- 
te Préface eft écrite , & il eft plus que vraifemblabie 
qu'un grand nombre de corps organifés, qu'on a pris 
fi long-tems pour des Plantes , fe trouveront au/ïi 
être des Polypiers, remplis de Polypes. Ce qui 
rend cette conjecture très vraifemblabie , c'eft le rap- 
port qu'ont entre eux tous ces corps, qu'on a rangés 
dans la clafle des Plantes marines , & dont plufieurs. 
font certainement des amas de Polypes.. 

J e n'entrerai pas dans un plus grand détail fur ce 
fujet: je ne faurois mieux faire que de renvoier à ce 
que dit Mr. de Reaumur dans la Préface que j'ai ci- 
tée , & à ce que lui & Mr. Bernard de Juffieu donne- 
ront encore au Public fur un fujet fi intéreffant. 

J e crois devoir faire encore mention d'un Fait tou~ 
chant les Polypes d'eau douce à pannache. Ils mul- 



DES POLYPES. III Mém. 210 

tiplient non feulement par rejettons , mais ils font 
aulîi des œufs. C'eil ce que nous apprend Mr. de 
Reaumur dans la Préface dont j'ai fait mention ci-def- 
fus #. Il a obfervé avec Mr. Bernard de Jufïïeu,, que * Pag. t& 
les Polypes d'eau douce à pannache ont pondu des 
œufs bruns & un peu applatis, & ces MefTieurs ont 
vu naitre des petits de ces œufs. J'ai vu dans plu- 
fieurs des Polypes à pannache, fur lefquels j'ai fait 
mes Obfervations, de petits corps fphériques de dif- 
férentes grandeurs , blancs & tranfparens. J'ai feule- 
ment foupçonné que ces petits corps étoient des 
œufs, mais je n'ai pas eu occafion d'examiner fi ce 
foupçon étoit fondé, ou non. Ces petits corps dont 
je parle, étoient très faciles à diftinguer à travers la 
peau tranfparente du Polype, & celle de la cellule. 
Ils étoient dans un mouvement continuel ? & comme 
balottés d'un endroit à l'autre. Je les voiois pafTer de 
la cellule * dans le corps d'un Polype t, & monter, *. PL - *~ # 
entre la peau & les inteftins , jufque près de la racine b m, 
du pannache * , & de là retourner enfuite dans la t a b % & 
cellule, Ce n'eft pas tout : ceux, qui fortoient du * ^ 
corps d'un Polype , & paiïbient dans la. cellule , n'é- 
toient pas toujours pouifés de nouveau dans le corps; 
du même Polype, mais fucceflivement dans celui de 
divers autres. C'eft à quoi j'ai fait une grande atten- 
tion, parce que ce Fait prouve clairement, que les 
cellules de différens Polypes communiquent entre el- 
les, ou plutôt que plufieurs de ces Animaux ont une 
cellule commune : & fi ces corps fphériques , que j'ai 
vus paffer fuccefTivernent dans le corps de différens, 
Polypes x font des œufs ,. on pourroit dire que. ces 

Ee 3 ceufe 



220 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

œufs font en commun à tous les Polypes , dont les 
corps communiquent enfemble par leur cellule. 

ON a vu ci-demis, que les Polypes à bras en for- 
me de cornes, fe partagent quelquefois d'eux-mê- 
mes , c'eft-à-dire , qu'ils multiplient quelquefois d'eux- 
mêmes par boutures. Cependant, comme je l'ai dé- 
jà dit,. il m'a paru que cela arrivoit trop rarement, 
pour qu'on pût dire que cette manière de fe mul- 
tiplier foit ordinaire & naturelle aux Polypes ; & 
fur- tout, pour qu'on pût la mettre dans le même 
rang que leur manière de multiplier par rejettons. 
Mais il y a des Animaux qu'on multiplie aufîi, en 
les coupant, comme les Polypes, & qui ont la pro- 
priété de fe féparer d'eux-mêmes, & de multiplier 
par boutures très fréquemment. Je connois une 
efpéce de Vers , que j'ai déjà obfervés avec atten- 
tion, qui multiplient beaucoup, & que je n'ai vus 
encore multiplier que par boutures. Il s'agit des 
Mille-pieds à dard, dont j'ai parlé dans le fécond Mé- 

* PL. vi. moire #. Mr. de Reaumur a coupé de ces Mille- 
Pag. 80. & pieds , & il nous apprend , dans la Préface du fixié- 
fuk. me Tome des Mémoires fur les Infectes *, le fuc- 

* Pag. 59- ces de fon Expérience. Il a vu chaque portion de 

Mille -pieds devenir un Mille -pieds complet. C'eft, 
en faifant la même Expérience fur ces Animaux, 
que j'ai appris que la multiplication par bouture, 
avoit non feulement lieu en eux lorfqu'on les cou- 
poit, mais aufïi naturellement. Ce fut dans le mois 
de Mai 1741 que j'effaïai pour la première fois de 
couper un Mille-pieds à dard en deux parties, pour 

voir 






DES POLYPES. III Mêm. 221 

voir s'il avoit la même propriété que les Polypes 
que j'obfervois. Je mis les deux moitiés dans un 
verre plat. Elles étoient faciles à diftinguer Fune 
de l'autre. La première avoit à fon extrémité an- 
térieure une tête, très remarquable par le dard char- 
nu qui la termine #, & par un point noir quelle * PL- vx. 
a de chaque côté. Ces deux points noirs font, lg * . ' 
peut-être, les yeux du Mille - pieds. Environ demi- 
heure après avoir féparé les deux moitiés dont il. 
s'agit ici, je vins les confiderer avec une loupe; & 
quelle ne fut pas ma furprife , lorfque je m'apper- 
çus que chacune avoit une tête parfaitement for- 
mée! Il n'y avoit nulle apparence qu'il fût venu, 
en auffi peu de tems , une tête à la féconde partie 
du Mille -pieds ; & en effet, je ne pouvois me per- 
fuader, que ce fût- là l'explication de l'énygme qui 
m'embarraffoit. Je me mis d'abord à couper un au- 
tre Mille - pieds en deux , afin de tâcher de juger du. 
Fait fmgulier que je venois de voir. Il arriva en- 
core , à l'égard de celui - là , ce qui étoit arrivé à. 
l'égard du premier. Je trouvai , peu après la fection , 
que les deux portions de cet Infe&e avoient chacu- 
ne une tête, & étoient des Mille -pieds complets. 
Mais, je trouvai dans le même verre plat, où j'a^ 
vois mis les portions du fécond Mille -pieds que j'a- 
vois coupé, outre les deux qui avoient une tête, 
une troifiéme portion fort courte & fans tête. Ce 
fut encore une énygme pour moi, de favoir d'où 
venoit cette troifiéme portion ; car , j'étois bien fur 
que j'avois feulement coupé le Mille - pieds en deux. 
Je penfai à obferver des Mille-pieds entiers avec plus 

d'atr 



222 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

d'attention que je n'avois fait jufqu'alors; & c'eft 
par ce moïen que j'ai trouvé ce que je cherchois. 
Je vis plufieurs de ces Animaux, qui paroiflbient 
être, non un feul Mille -pieds, mais deux, mis bout 
à bout. La tête de l'un étoit un peu inférée dans 
le dernier anneau de l'autre, & fon dard étoit diri- 
gé perpendiculairement en deffus. Je jugeai donc 
que les Mille -pieds que j'avois coupés, étoient fem- 
blables à ceux-là, & que l'opération que je leur 
avois faite, avoit obligé ces deux Mille-pieds réunis 
à fe féparer. Il me parut vraifemblable , que cette 
portion, fort courte & fans tête, que j'avois trou- 
vée dans le verre où étoient les portions du fécond 
Mille -pieds qui avoit été coupé en deux, n'étoit au- 
tre chofe, que la partie poftérieure du Mille -pieds 
antérieur. J'avois apparemment coupé ce Mille-pieds 
à peu de diftance de fon extrémité poflérieure, de 
Tendroit où la tête du Mille -pieds poftérieur étoit 
inférée; c'eft -à -dire, qu'un bout du Mille -pieds an- 
térieur étoit refté uni au Mille -pieds poftérieur. Il 
s'en étoit peu après féparé , & avoit formé cette 
troifiéme portion que j'avois trouvée dans le verre. 
Après avoir découvert ce que je viens de rap- 
porter, je fus très curieux de favoir, pourquoi plu- 
fieurs Mille-pieds fe trouvoient deux à deux, & mis 
bout à bout l'un de l'autre. J'en confidérai plufieurs 
de fuite , qui étoient dans cet état ; & la variété , 
que je remarquai entre eux, me donna déjà lieu 
de foupçonner que ces Mille- pieds réunis, n'avoient 
jamais été féparés auparavant. Voici enfin ce que 
j'ai appris, après avoir obfervé ces Animaux pendant 
quelque tems. Un 



DES POLYPES. 111. Mêm. 223 

Un Mille- pieds , qui n'eft pas double, le peut 
devenir en peu de jours. Il fe forme une tête, en- 
viron aux deux tiers de fon corps , à compter du 
bout antérieur. On voit diftinctement le dard char- 
nu de cette tête, qui croît perpendiculairement en 
deflfus du corps du Mille -pieds; les points noirs pa- 
roiflent aux deux côtés de la tête ; enfin le nouveau 
Mille -pieds, qui n'eft autre chofe , que la portion 
poftérieure de celui dont il eft venu, ce nouveau 
Mille-pieds eft en état de fe féparer , & fe fépare de 
lui-même. Je ne me fuis pas contenté d'obferver 
de fuite la formation de quelques-uns de ces Ani- 
maux, j'ai répété très fouvent cette Obfervation, 
& j'ai toujours vu la même chofe. J'ai nourri en 
folitude de jeunes Mille-pieds que j'ai tirés du ver- 
re dans lequel étoit leur mère, le moment même 
de leur féparation, je les ai vu croître, j'ai vu leur 
bout poftérieur devenir un Mille-pieds, & fe féparer. 
J'ai vu le même Mille-pieds produire fuccelTivement 
en quelques femaines plufieurs petits , plufieurs bou- 
tures; & des verres, dans lefquels je n'en avois d'a- 
bord que quelques-uns, en ont été fort peuplés au 
bout de quelque tems. 

.On peut juger, par ce que je viens de dire de 
ces Animaux , qu'ils méritent fort d'être obfervés 
avec attention: c'eft auili ce que je me propofe de 
faire. Ce que nous en favons à préfent , fuffit pour 
nous prouver , qu'ils fourniffent véritablement un 
Exemple d'Animaux qui multiplient naturellement 
par boutures. Mr. Lyonet, qui eft le premier qui 
ait coupé des Vers, & qui ait vu chaque partie de- 

Ff ve- 



224 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

venir un Ver parfait , a aufll remarqué , que ces 
Vers qu'il a coupés, fe partagent d'eux-mêmes; & 
c'efl ce que je crois pouvoir aufll dire de ceux 
avec lefquels j'ai nourri pendant long-tems les Po- 
lypes. Mais, comme je ne me fuis pas fait une af- 
faire de les obferver avec attention , je n'entre- 
prendrai pas de décrire la manière dont fe fait, 
dans ces Animaux , la multiplication par boutures. 

E X P L I C A T 10 N 

DES FIGURES 

DU TROISIÈME MÉMOIRE. 

Planche VIII. 

LA Figure i , repréfente un Polype de la féconde 
efpéce, dont il fort deux jeunes Polypes: l'un e 9 
n'efl encore qu'un fimple bouton de figure conique; 
& l'autre i c, efl à peu près cylindrique, & les bras 
paroiffent déjà à fon bout antérieur c. 

L a Figure 2 , efl celle d'un Polype de la féconde 
efpéce, qui produit un jeune a b, prêt à fe féparer. 

Les Figures 3 & 4 , fervent à faire voir la maniè- 
re dont les jeunes Polypes fe féparent de leur mère. 
a b Fig 3 , efl une mère fixée par fes deux extrémités , 
<? & b, contre un corps quelconque. Le corps de 
cette mère efl difpofé à peu près en arc a d b. Le 
jeune cd, qui tient à fa mère en d, efl fixé par fon 
bout antérieur c. Dans cette circonflance, la mère 

peut 



DES POLYPES. niMém. 225 

peut contracter fon corps , & faire enforte qu'il de- 
vienne la corde ab Fig. 4, de l'arc de cercle qu'il 
formoit auparavant adb Fig. 3. Le jeune, refiant at- 
taché en c Fig. 4 , ne fuit pas la mère , & efl obligé 
de s'en féparer : ils fe trouvent d'abord à quelque dif 
tance l'un de l'autre. 

La Figure 5, repréfente le côté intérieur d'un mor- 
ceau de peau de Polype , dont fort un jeune, t, ouver- 
ture de communication qu'il y a entre la mère & fon 
petit. , ouverture qui efl à l'extrémité de la portion 
reliante du jeune, dont le bout antérieur a été re- 
tranché. 

La Figure 6, repréfente la même portion de Po- 
lype que la Fig. 5 , mais vue par deffus. e , portion du 
jeune, i, ouverture de communication qui efl entre 
la mère & le petit. 

On voit, dans la Figure 7, un Polype ab de la fé- 
conde efpéce , tel qu'il efl , quelque tems après avoir 
mangé un Ver. Une partie du fuc a paffé dans les 
jeunes d,c, e,i> , & les a obligés à fe renfler un peu. 

La Figure 8, repréfente un Polype a c b de la 
troifiéme efpéce , né depuis 1 5 jours , & qui porte 
déjà dix -neuf petits, y compris ceux qui fortent des 
jeunes, que produit cette mère. 

L a Figure 9 , efl celle du bouton e de la Fig. 1 , 
féparé du Polype. 

Figure 10. Ce même bouton, vu au microfcope. 

L A Figure 1 1 , repréfente un Polype a b de la 
troifiéme efpéce , remarquable par un de fes bras 
a fffffy q m e ft fourchu en plufieurs endroits; fa- 
voir en c, d, e & i. 

Ff 2 Plan- 



226 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 
Planche IX. 

LA Figure , qui remplit toute cette Planche , repré- 
fente une partie d'un morceau de bois, que j'ai 
trouvé entre plufieurs autres dans le mois de Juillet 
1742, dans un folle de Sorgvliet. Ce morceau de 
bois efl couvert de Polypes à longs bras. 

Planche X. 

LA Figure 1 , efl celle d'une Teigne aquatique, qui 
efl repréfentée nageant. Huit Polypes à longs 
bras font fixés par leur bout poflérieur fur le foureau 
de cette Teigne. J'ai vu plufieurs Polypes, que le 
mouvement de la Teigne n'obligeoit pas à fe con- 
tracte davantage , que ceux qui font repréfentés dans 
cette Figure. 

Figure 2. Un Polype de la féconde efpéce, fur 
lequel font deux petits corps fphériques e , e. 

On voit, dans la Figure 3, un Polype de la fécon- 
de efpéce, qui a environ un pouce & demi de lon- 
gueur. Il a dix -huit bras autour de fa bouche, & 
outre cela , un autre c d, qui fe trouve déplacé. 

La Figure 4, repréfente un Polype de la troifié- 
me efpéce, dont la partie ac , efl couverte d'excref- 
cences, à peu près pyramidales, & blanches, qui font 
forties du corps de ce Polype. 

La Figure 5, repréfente un Polype ac,à. deux 
têtes, ou, fi l'on veut, deux Polypes a m, cm, placés 
bout à bout l'un de l'autre, & réunis. Ce Polype 

efl 



DES POLYPES. III Mêm. 227 

eft venu d'un jeune, qui a poufle en même tems deux 
têtes, à fon bout antérieur. 

La Figure 6, eft celle d'un Polype de la fécon- 
de efpéce, auquel font attachés trois jeunes Polypes 
coniques c,c,c, & qui n'ont chacun qu'un feul bras, 
à l'extrémité du cône. 

J'ai nourri plus de deux ans le Polype repréfenté 
dans la Figure 7. Il a voit, environ un an & demi 
après fa naiffance, fept queues extraordinaires q, q,q, 
q y q,q,q,tk trois Polypes coniques c , c, c. 

Les Figures 8 ■& 9? repréfentent des Polypes à 
pannache d'eau douce. Il y en a trois , grofîis au mi- 
crofcope , dans la Figure 8 : favoir bfacdddebgi: 
qui eft en dehors de la cellule/ k g m b;i b ag, qui eft 
en dedans de la cellule i m g / b ; & le jeune / x y s, 
qui eft en dehors, a b i e , le corps du Polype , à tra- 
vers la peau tranfparente duquel on diftingue l'éfo- 
phage eh, l'eftomac fg, & Pinteftin droit a f. La 
peau du Polype eft attachée à l'orifice i b. a c d 
dd e repréfenté le pannache, ou la tête du Polype, 
compofée de la bafe du pannache e a c qu'on ne voit 
que peu, & des bras a d, a d, ad qui fortent des 
bords de cette bafe. i b a g fait voir un Polype qui eft 
retiré dans la cellule, i a b , la peau du Polype renver- 
fée en dedans, & dans laquelle le pannache eft logé, 
a g, les inteftins. / s , la bafe du pannache d'un jeune 
Polype, u, u, u y les bras qui commencent à pouffer. 
go,fo, fils attachés par un bout aux inteftins, & 
par l'autre au fond de la cellule. Ils font repréfen- 
tés détachés , ou coupés , dans cette Figure ; c'eft 
pourquoi ils ne font pas tendus en 0, 0, ib, i b, x y, 

Ff 3 les 



228 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

les trois orifices des cellules , qui fervent chacun à 
un Polype. 

La Figure 9 repréfente un bouquet de Polypes à 
pannache, de grandeur naturelle , attaché à un morceau 
de bois ab , par la bafe cd du Polypier. Cette bafe cd 
n'eft qu'un amas de la matière qui a fervi de cellule 
aux Polypes , mais qui n'a plus cet ufage , depuis que 
le Polypier s'eft augmenté & allongé. On trouve 
fouvent des Polypiers qui n'ont point de pareille ba- 
ie, p, p, p, pannaches de grandeur naturelle, i e, 
corps d'un Polype de grandeur naturelle. r> r 9 
jeunes Polypes de grandeur naturelle. On voit, ou- 
tre cela, dans cette Figure, que le Polypier qu'elle 
repréfente , a commencé à fe partager en trois bran- 
ches, dont l'une eft prette à fe féparer entièrement 
des deux autres. 




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MEMOIRES 

POUR L'HISTOIRE 

DES POLYPES. 



QUATRIEME MÉMOIRE. 

Opérations faîtes fur les Polypes, & les fuccès 
qu'elles ont eu. 



? A première opération, que j'ai faite fur les 
|j[ Polypes, a été de les couper transversale- 
ment. On a vu en gênerai au comrnence- 
E ment du premier Mémoire #, quel en a * Pag, 



été le fuccès. J'ai renvoie à celui-ci le détail de cet- &c 
te Expérience* 

Pour 



23o MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

Pour couper transverfalement un Polype , je le 
place avec un peu d'eau dans le creux de ma main 
gauche. Il fe trouve d'abord contracté au fond de 
cette eau. On peut , lors même qu'il eft dans cet 
état, le couper avec allez de facilité, pourvu que l'on 
fe ferve de cifeaux fort fins. Mais , comme il eft plus 
aifé de le divifer précifément où l'on veut, lorfqu'il 
eft étendu , je tiens ordinairement la main , dans la- 
quelle il eft, en repos pendant un moment, pour lui 
laiffer le tems de s'étendre; &, quand il eft tel que je 
le fouhaite, je paffe délicatement , fous l'endroit de fon 
corps où il doit être féparé,un des côtés des cifeaux, 
que j'ai dans la main droite. Je les ferme enfuite ; & 
d'abord après avoir partagé le Polype, j'examine fes 
deux moitiés à la loupe, pour juger du fuccès de l'o- 
pération. Si elle a bien réuffi, je mets les deux moi- 
tiés de Polype , chacune à part dans un verre , où 
toutes deux enfemble dans le même. Quoiqu'on les 
mette enfemble dans le même verre , il n'eft pas à 
craindre qu'on les confonde, jufqu'à ce que la repro- 
duction, qui doit fe faire dans la féconde partie, foit 
prette d'être achevée. 

J 'a i mis les portions des Polypes , fur lesquelles 
j'ai fait mes Expériences, dans des verres peu pro- 
fonds, qui ne contenoient que quatre à cinq lignes 
d'eau. Par ce moïen, j'ai pu toujours obferver ces 
portions avec une loupe, en quelque endroit du verre 
qu'ils fuffent. 

Comme j'ai eu en même tems plufieurs verres 
dans lefquels je tenois des Polypes coupés, j'ai diftin- 
gué chacun de ces verres par un Numéro ? ou par une 

Let- 



DES POLYPES. IV. Mêm. 231 

Lettre ; & ces Polypes ont été distingués par les mê- 
mes marques dans le- Journal de mes Obfervations. 
Perfonne que moi, n'a touché à mes verres; &,eny 
mettant de nouvelle eau, j'ai eu un très grand foin de 
ne jamais rien confondre. J'ai pris les mêmes pré- 
cautions à l'égard de tous les Polypes, fur lesquels 
j'ai fait les Expériences, que je rapporterai dans ce 
Mémoire. 

Les deux moitiés d'un Polype, qui viennent d'être 
féparées & placées dans un verre, fe trouvent d'abord 
contractées fur le fond de ce verre. Elles ne relient 
ordinairement pas long-tems fans s'étendre peu ou 
beaucoup. La tête de la première partie # eil la tê- * PL. xi. 
te même du Polype qui a été coupé : cette partie ne lg ' ' 
diffère guères d'un de ces Infectes complets, même 
peu de tems après que la fe&ion a été faite ; fon bout 
poflérieur * eil feulement un peu plus large que ce- * c. 
lui d'un Polype ordinaire, & il a une ouverture très 
fenfible. A mefure que cette première partie s'é- 
tend , l'ouverture , qui en: à fon extrémité poftérieure , 
fe ferme , le bout poflérieur s'étrécit , & devient tel 
que celui d'un Polype parfait. Il arrive fouvent , en 
Eté, que la première partie marche & mange, le 
jour même qu'elle a été féparée de l'autre. J'en ai 
même vu , qui ont mangé immédiatement après la 
fection. 

La féconde partie #, après s'être un peu étendue, * F ; g . 2t 
efl pour l'ordinaire ouverte à fon bout antérieur #, *c 
les bords de l'ouverture font un peu renverfés en de- 
hors. Ils fe replient enfuite en dedans; & le replis 
qu'ils forment, fert a boucher l'ouverture dont je viens 

Gg de 



232 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

de parler. Le bout antérieur paroit alors fimplement 

* PL. xi. renflé *i & il l'eft ordinairement plus ou moins, iuf- 

qu'à ce que la reproduction , qui doit s'y faire, foit 
achevée. Je n'ai jamais vu de féconde partie qui ait 
changé de place avant la fin de cette reproduction. 
La plupart de celles, que j'ai obfervées, font reliées 
couchées fur le fond du verre au même endroit, 
plus ou moins contractées ou étendues , & leur bout 
poftérieur , attaché contre le verre. Quelques-unes fe 
font dreffées perpendiculairement fur le fond du ver- 
re. Les bras , qui pouffent à l'extrémité antérieure 
d'une féconde partie , croiffent précifément comme 
ceux des jeunes Polypes. On voit d'abord les poin- 
tes de trois ou quatre , qui fortent des bords de cette 

* Fîg. 4. t. extrémité *j &, pendant que ces premiers croiffent, 

il en paroit d'autres dans les intervalles qu'ils laiffent 
entre eux. Avant même que ces bras aient fini leur 
accroiffement , ils peuvent arrêter une proie ; & la 
bouche fe trouvant dès-lors parfaitement formée, cet- 
te proie elt avalée, comme elle pourroit l'être par un 
Polype complet. 

La reproduction, dont je viens de parler, fe fait 
plus ou moins vite, fuivant qu'il fait plus ou moins 
■chaud, j'ai vu , dans le fort de l'Eté , des fécondes 
parties , dont les bras ont commencé à pouffer au 
bout de vingt -quatre heures; &qui, en deux jours, 
ont été en état de manger: &, dans un tems froid, 
* j'en ai vu, dont la tête n'a été formée qu'en quinze ou 
vingt jours. 

Il m'a paru, que, toutes chofes égales, la repro- 
duction fe faifoit plus vite dans la féconde partie d'un 

Pur 



DES POLYPES. IF, Menu 233 

Polype bien nourri , que dans celle d'un Polype qui a 
jeûné depuis quelque tems. 

Dès qu'une féconde moitié a acquis une tête , c'efl- 
à-dire , dès que la bouche eft formée , & que les bras 
font venus , elle reilemble parfaitement , de même 
que la première , à un Polype qui n'a jamais été di- 
vifé; & elles peuvent l'une & l'autre être regardées 
comme des Polypes parfaits. Elles ont toutes les 
propriétés connues dans ces Animaux : elles font tous 
les mouvemens dont ils font fufceptibles : elles arrê- 
tent des proies : elles s'en nourrirent : elles croiffent 
& multiplient. 

S r l'on coupe transverfalement des Polypes qui 
pouffent des petits , ces petits continuent à croître a- 
près la fection , dans quelque partie qu'ils fe trouvent. 

Il arrive fouvent, que des fécondes parties , qui 
n'ont point de petits lors de la fection, en pouffent 
avant que d'avoir pu manger , avant que d'avoir des 
bras. Il m'a paru que la pouffe de ces jeunes retarde 
quelquefois celle des bras. J'ai vu fortir un jeune 
Polype fi près du bout antérieur d'une féconde par- 
tie, qu'après avoir un peu crû, il s'eft confondu avec 
ce bout auquel il n'étoit point encore venu de tête. 
Ce jeune paroiffoit être le bout antérieur de cette 
féconde partie : mais, il étoit un peu incliné, & fai- 
foit avec elle un angle fort obtus, au -lieu de former 
une ligne droite. Quand il a pu manger, je lui ai don- 
né des Vers , qui ont paffé de fon eflomac dans la 
portion de Polype dont il fortoit, comme ils paffent 
de la bouche d'un Polype entier, dans fon eflomac. 
Quelque tems après, l'extrémité poftérieure du jeu- 

Cg 2 ne 



234 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

ne Polype s'efl rétrécie ; enfuite il s'eft féparé. La 
féconde partie efl refiée encore quelques jours fans 
bras, qui enfin ont commencé à paroitre à fon bout 
antérieur; il en efl venu fix. 

Non content de favoir que les portions des Po- 
lypes , divifés en deux, marchoient, mangeoient, & 
multiplioient , j'ai voulu encore m'affurer fi elles 
avoient pour la lumière, le même penchant qui fe 
fait remarquer dans les Polypes qui n'ont pas été 
*Voî.Mém. partagés #. J'ai donc coupé en deux un nombre 
&pa|". Yô. confidérable de Polypes, j'ai mis les premières par- 
ties dans un verre, & les fécondes dans un autre; 
& j'ai vu, par des Expériences très fouvent réitérées, 
que les unes & les autres cherchoient l'endroit du 
verre le plus éclairé. 

En quelque endroit que l'on coupe un Polype, au 
milieu de fon corps, ou plus ou moins près du 
bout antérieur, ou du bout poflérieur, l'Expérience 
réufïït également; les portions deviennent également 
des Polypes complets. Cela efl même vrai par rap- 
port aux Polypes à longs bras , quand on les coupe 
au -défions de l'endroit où leur corps commence à 
fe rétrécir; c'eft- à-dire, que, lorfqu'on fépare une 
partie de cette queue du refle du corps, cette par- 
tie même devient un Polype parfait. A la vérité, 
il faut du tems pour cela; & il arrive quelquefois, 
que la portion de Polype meurt par accident , avant 
que la reproduction ait pu avoir lieu. 

J'a i fouvent coupé fimplement les bords du bout 

antérieur d'un Polype, c'efl-à-dire, ce cercle dont 

* pl. xi. fortent ies bras H &, quelque mince qu'il fût, il 

* 3g>5> ": " s'en 



DES POLYPES. IV. Mêm. 235 

s'en eft formé un Polype, qui, au commencement, 
étoit tout bras, mais dont le corps eft enfuite deve- 
nu aufîi grand que celui des autres, lorfque j'ai eu 
foin de lui donner à manger. Il arrive quelquefois, 
que de pareils Polypes prennent d'abord une forme 
allés irréguliére , & que quelques-uns de leurs bras 
fe trouvent placés ailleurs qu'à leur bout antérieur > 
comme je l'ai déjà dit dans le Mémoire précédent. 

Il y a plus: des parties même de cercles , pareils 
à celui dont je viens de parler, des morceaux qui 
n'avoient que deux * ou trois bras, font devenus * PL. XL 
des Polypes parfaits. Il eft revenu des bras, pour ig ' ' 
fuppléer à ceux qui manquoient. 

J'ai féparé des bras, & je les ai obfervés pour voir 
s'ils ne deviendroient point des Polypes. L'Expé- 
rience n'a pas réufîl. Je ne voudrois cependant pas 
décider que le fuccès en fût impoiîible. 

Ce que je viens de dire, fervira déjà à faire com- 
prendre qu'on peut avec fuccès divifer un Polype en 
plus de deux parties. J'en ai dans le même moment 
coupé transverfalement en trois & en quatre; & tou- 
tes ces parties font devenues des Polypes complets. 

La première & la dernière partie des Polypes., 
partagés en trois ou en quatre transverfalement, 
font tout -à- fait femblables à la première & à la fé- 
conde d'un Polype qui a été coupé en deux. Le 
bout poftérieur de la première doit fe difpofer en 
forme de queue, & il doit venir une tête au bout 
antérieur de la dernière. Mais , la reproduction 9 
qui doit fe faire dans les parties intermédiaires , 
c'eft-à-dire, dans la féconde d'un Polype coupé en 

G g 3 trois j 



236 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

trois , & dans la féconde & dans la troificme d'un , 
qui a été coupé en quatre; la réproduction, dis -je, 
qui doit fe faire dans ces portions de Polypes , eft 
double: ce font des tronçons, qui n'ont ni queue, 
ni tête ; & ils doivent acquérir l'une & l'autre. 
C'eft, en effet, ce qui arrive, & en plus ou moins 
de tems , fuivant les circonflances. Pour donner 
des idées plus précifes de ces Expériences, je rap- 
porterai l'extrait de quelques Articles de mon Jour- 
nal , dans lefquels il s'agit de Polypes , partagés en 
trois & en quatre. 

J'ai divifé un Polype en trois transverfalement, 
le 18 Juillet 1741. 

La première partie a bien réuffi; elle avoit fix 
bras , c'étoient les bras mêmes qu'avoit le Polype 
qui a été coupé, 

La féconde partie a commencé à pouffer un pe- 
tit le 23; elle n'avoit point encore de bras. J'en ai 
apperçu le 25 au petit, & à cette féconde partie. 
Le jeune Polype s'efl féparé le 28. La féconde par- 
tie avoit alors fept bras. 

Les bras ont commencé à pouffer le 24 à la troifié- 
me partie. J'en ai remarqué cinq le 25, & fept le 28. 

Ces trois portions du même Polype ont mangé 
des Pucerons le 29 Juillet. Elles étoient des Po- 
lypes complets. 

J'ai divifé un autre Polype en trois tranfverfale- 
ment, le 15 Juillet 1741. 

La première partie avoit fept bras. 

Les bras ont commencé à pouffer à la féconde le 
25. Elle en avoit huit le 28. 

Ils 



DES POLYPES. IF. Mêm. 237 

Ils ont commencé à pouffer à la troifiéme le 22. 
J'en ai apperçu fept le 25 , & huit le 28. 

Ces trois portions du même Polype ont mangé des 
Pucerons le 29 Juillet. 

J'ai auffi divifé un Polype tranfverfalement en 
quatre, le 18 Juillet 1741. 

La première partie a bien réuffi. Elle avoit fept bras, 

Ceux de la féconde ont commencé à pouffer le 25. 
J'en ai apperçu cinq ce jour-là, fix le 28, & fept le 29» 

Les bras ont commencé à paroitre à la troifiéme 
partie le 25. J'en ai remarqué cinq ce jour-là, fix le 
28, & huit le 29. 

Les bras de la quatrième ont commencé à pouf 
fer le 23, deux jours plutôt que ceux des deux pré- 
cédentes. J'en ai vu trois le 25, qui étoient déjà 
allés longs. Elle en avoit fix le 29. 

Les Polypes ne font pas affés grands, pour pou- 
voir être coupés, en même tems, en un fort grand 
nombre de parties. J'ai fuppléé à cela, en partageant 
fucceiïivement un Polype en plufieurs portions. A- 
près en avoir coupé un en quatre, j'ai eu foin de bien 
nourrir chacune de ces quatre parties : & quand elles 
ont été parvenues à une certaine grandeur, je les ai 
encore coupées en deux ou en trois , fuivant que leur 
taille l'a permis. Enfuite, j'ai aufîi fait croître toutes 
ces portions, & je les ai divifées. De cette manière^ 
j'ai coupé le Polype, dont il s'agit, en cinquante par- 
ties. Je m'en fuis tenu là , parce que j'ai cru , qu'il 
fuffifoit d'avoir pouffé la divifion jufqu'à ce point 
Toutes ces cinquantièmes parties font devenues des 
Polypes parfaits. Je leur en ai vu faire toutes le§ 



238 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

fonctions. J'en ai confervé plufieurs , pendant plus 
de deux années. Elles ont beaucoup multiplié. C'eft 
fur un Polype de la féconde efpéce que j'ai fait cette 
Expérience. 

J'ai nourri de fuite, pendant plus de deux années, 
des Polypes qui n'ont jamais été coupés, & des Po- 
lypes, qui font venus des portions de ceux que j'ai di- 
vifés. Je n'ai pas trouvé , toutes circonflances d'ail- 
leurs égales, que les uns multiplialfent plus que les 
autres. 

J'a i effaïé plufieurs fois de couper tranfverfalement 
de jeunes Polypes lorfqu'ils étoient encore attachés à 
leur mère ; & cette Expérience a très bien réuffi. Je 
ne ferai mention que de quelques cas particuliers. 

J'ai coupé tranfverfalement trois jeunes qui for- 
toient d'un Polype de la féconde efpéce : j'ai en mê- 
me tems coupé la tête à la mère. En quelques jours, 
je ne faurois dire précifément combien , il eft venu 
une nouvelle tête à la mère , & aux fécondes parties 
des trois jeunes, qui étoient encore attachés à fon 
corps. Ces jeunes Polypes fe font enfuite féparés de 
la mère , & ont formé des Polypes parfaits. Les 
quatre têtes coupées, c'eft-à-dire, la première partie 
de la mere,& celles de fes trois petits, qui ont été fé- 
parées du refle de leur corps , font aufïï devenues des 
Animaux parfaits. 

Le 26 Mai 1741, j'ai coupé la tête d'un Polype 
de la féconde efpéce, & celles de deux petits qui for- 
toient de fon corps. Les bras ont commencé à pa- 
roitre le 30 à la féconde partie de la mère , & à cel- 
les des deux petits qui étoient encore attachés à fon 

corps. 



DES POLYPES. IV. Mém. 239 

corps. Les trois têtes coupées font aufïï devenues 
des Polypes complets. 

J'ai coupé , le 23 Juin 1 741 ,1a tête d'un Polype à 
longs bras, & celles de deux petits qu'il produifoit. 
Les bras ont commencé à pouffer le 2 5 à la féconde 
partie de la mère, & à celle de ces petits, qui étoient 
encore attachés à fon corps. Les petits fe font fépa- 
rés la nuit du 26 au 27 , & étoient déjà alors des 
Animaux parfaits. Les têtes , qui ont été coupées à la 
mère & aux petits , font aufïï devenues des Polypes 
complets. 

Après avoir coupé transverfalement un grand 
nombre de Polypes , j'ai entrepris d'en couper longi- 
tudinal ement , c'eft-à-dire, de faire la coupe parallèle 
à la longueur de leur corps. C'en: ce qui eft un peu 
plus difficile , que de les couper transverfalement : 
mais, on peut cependant en venir facilement à bout, 
en prenant quelques précautions. 

O n a beaucoup moins de prife fur un Polype que 
l'on coupe longitudinalement , que fur un que l'on 
coupe transverfalement lorfqu'il eft étendu. Pour fe 
procurer de la prife fur celui qu'on doit couper fui- 
vant fa longueur, il s'agit de le faire élargir. Il faut 
pour cela le faire contracter le plus qu'il eft poffible, 
parce que plus le corps d'un Polype eft contracté, 
plus il eft large. Je mets le Polype, que je veux cou- 
per longitudinalement , avec un peu d'eau dans le 
creux de ma main gauche: mais, au lieu de le laiffer 
dans cette eau , & de l'y faire fimplement contrac- 
ter , je le conduis avec la pointe d'un pinceau fur le 
bord de l'eau. Il repofe alors fur ma main; & je tâ- 

Bh che 



240 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

che de l'y faire contracter le plus qu'il efl poflible. 
Il eft à remarquer , qu'un Polype s'élargit davantage 
en fe contractant hors de l'eau , que dans l'eau : il 
s'applatit en partie hors de l'eau fur le corps fur le- 
quel il repofe. Ce n'eft pas la feule raifon pour la- 
quelle il vaut mieux que le Polype, qu'on doit cou- 
per longitudinalement, foit hors de l'eau, plutôt que 
dedans. Lorfqu'il eft dans l'eau, le moindre mouve- 
ment que l'on fait, ou en remuant la main dans la- 
quelle il eft , ou en paffant les cifeaux fous fon corps 
pour le couper, le fait changer de fituation, ce qui 
efl fouvent caufe , qu'on ne donne pas le coup de ci- 
feaux où l'on veut. Au contraire, quand un Polype 
eft hors de l'eau , on peut paffer facilement les ci- 
feaux fous fon corps, fans le faire remuer. Il y a 
encore un expédient, qu'on peut joindre à ceux que 
je viens d'indiquer, pour rendre plus larges les Poly- 
pes qu'on veut couper fuivant leur longueur : c'eft de 
leur donner bien à manger , avant que de faire cette 
opération. Les alimens, comme on l'a vu dans le fé- 
cond .Mémoire, obligent le corps d'un Polype à s'é- 
îargir extrêmement. On peut le mettre fur la main 
lorfqu'il a l'eftomac plein , & le couper avec les ali- 
mens qu'il a dans le corps. Ce n'eft pas le tout que 
de faire enforte que le Polype foit bien contracté & 
élargi fur la main , il faut encore avoir grand foin de 
le placer de manière, qu'il foit difpofé en droite li- 
gne , & que fes deux extrémités fe puiffent facile- 
ment diftinguer. 

Tout cela étant fait, je prens dans la main droi- 
te des cifeaux fort fins ; j'en fais paffer fous le Poly- 
pe 



DES POLYPES. IV, Mém. 241 

pe un côté, en commençant par la pointe; & je fais 
enforte que ce côté des cifeaux foit difpofé fous le 
Polype parallèlement à la longueur de fon corps. On 
peut commencer à faire palier le côté des cifeaux fous 
le corps du Polype , par laquelle des deux extrémités 
de ce corps qu'on veut: mais, comme l'antérieure efl 
ordinairement plus large , il efl plus commode de com- 
mencer par celle-ci, d'autant plus qu'on peut alors 
avec plus de facilité partager la tête également. 
Quand le côté des cifeaux, que j'ai fait paffer fous le 
Polype, efl difpofé parallèlement à fa longueur, & 
que je vois que fa pointe va tant foit peu au-delà 
du bout du Polype, oppofé à celui par lequel ce côté 
a commencé à paffer fous fon corps , je ferme les ci- 
feaux, & le Polype fe trouve ordinairement coupé 
affez également en deux fuivant fa longueur. 

Un Polype entier forme, ainfi que cela a été 
dit dans le premier Mémoire #, une forte de tuïau, * Pag. 5°* 
qui va d'un bout de fon corps à l'autre. Une moi- 
tié d'un Polype, coupé en deux fuivant fa longueur*, *.P L - XI. 
forme donc un demi tuïau, dont l'extrémité anté- ù " 
rieure * efl terminée par la moitié de la tête , c'efl- * a e. 
à-dire, par la moitié de la bouche, & par la moitié 
des bras, ou à peu près. 

Après avoir coupé le Polype , je panche tant 
foit peu la main , pour faire enforte que l'eau qui 
efl dans le creux, le vienne mouiller; & puis, avec 
la pointe humectée d'un pinceau, j'écarte les por- 
tions de Polype l'une de l'autre, & je les étends fur 
ma main humeclée, afin de pouvoir les examiner à la 
loupe commodément. Chacune paroit alors être une 

H h 2 pe; 



242 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

petite bande de peau de Polype, terminée à un bout 
par quelques bras contractés. Je prens la précaution 
de mouiller ma main , le pinceau , & les moitiés de 
Polype qui viennent d'être féparées , afin de ne pas 
rifquer de déchirer ces moitiés : ce qui pourrait facile- 
ment arriver fans cette précaution. Après avoir exa- 
miné les portions de Polype, je les conduis avec le 
pinceau dans l'eau qui eft dans le creux de ma main, 
d'où je les enlève Tune après l'autre , pour les mettre 
dans un verre plat , afin de continuer à les obferver. 

I l arrive , la plupart du tems , que les moitiés d'un 
Polype, coupé en deux longitudinalement,fe contour- 
nent d'abord , & fe roulent de différentes manières. 
Elles commencent ordinairement à fe rouler par une 
de leurs extrémités , & forment alors un rouleau fort 

* pl. xi. étroit*. J'ai remarqué, que la fuperficie extérieure de 

* Fl g- 3 - la peau du Polype eft toujours en dedans du rouleau. 

Il fe déroule enfuite , & la moitié de Polype , après 
avoir plus ou moins attendu , fe forme en tuïau ; 

* Fig. 7. les bords des deux côtés * fe rapprochent, & fe réu- 

nilfent. Il arrive quelquefois , que la réunion des 
bords commence par le bout poftérieur, & d'autres 
fois ilsfe rapprochent à peu près par -tout à la fois. 
Lorfqu'ils fe réuniffent peu- à -peu, en commençant 
par un bout , on peut diftinguer ordinairement la por- 
*ïïg. 9. tib. tion du Polype qui eft àéja. fermée *, de celle qui ne 

* t a ( , l'eft pas encore #. Il arrive fouvent , que la portion 

de Polype eft fi contournée, quand les bords commen- 
cent à fe réunir, qu'on ne peut voir comment ils fe 
rapprochent. 

Ces bords ? en fe réunifiant, fe joignent fi bien, 

qu'oa 



DES POLYPES. IV. Mêm. 243 

qu'on ne voit, dès le premier moment, aucune cicatri- 
ce à l'endroit où ils fe font réunis; la peau du Poly- 
pe eft auffi unie là qu'ailleurs. C'eft ce qui fait,qu'auf- 
fitôt que la réunion des bords eft achevée, le corps 
des moitiés de Polypes reffemble à celui d'un Polype * PL Xî 
parfait #: mais, les têtes font moins garnies de bras: Fi *g- 10. «*» 
elles n'en ont que trois ou quatre , fuivant le nombre 
qu'en avoit le Polype qui a été partagé , & fuivant 
que la divifion a été faite. 

Il ne faut communément qu'une heure , & mê- 
me moins, pour que la moitié d'un Polype, coupé 
fuivant fa longueur , prenne la forme d'un Polype 
parfait. 

Qu o 1 q_u E les portions de Polypes , coupés longi- 
tudinal ement en deux, n'aient que quelques bras,. ils 
leur fuffifent pour arrêter une proie. Je fus d'abord 
furpris d'en voir quelques - unes , qui , 24 heures après 
la fe&ion , faifirent & avalèrent un Ver aUffi long 
qu'elles. Mais aiant , dans la fuite , effaïé de donner à 
manger encore plutôt à des moitiés de Polypes, cou- 
pés fuivant leur longueur , j'en ai vu , qui ont mangé 
trois heures après la fection. J'ai quelque lieu de 
foupçonner que les portions d'un Polype , qui n'a pas 
pris d'alimens depuis un certain tems, lorfqu'on le 
coupe, mangent plutôt après l'opération, que celles 
d'un Polype bien nourri. 

Je viens de dire, que les Polypes , qui font venus 
de portions de Polypes, coupés longitudinalement , 
n'ont d'abord que quelques bras : mais, en peu de 
jours , on en voit paroitre d'autres , qui pouffent aux 
endroits où il en manquoit#;enforte que, lorfque ces * H g „ ÏOs , 

Hh 3 der- 



244 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

derniers font devenus aufîl longs que les autres, il n'y 
a abfolument aucune différence entre ces Polypes , 6c 
ceux qui n'ont pas été coupés. 

J'a i divifé des Polypes en quatre , fuivant leur lon- 
gueur , dans le même moment. Voici comment je 
m'y fuis pris. Après avoir coupé un Polype en deux , 
& en avoir étendu les deux moitiés fur ma main , j'ai 
coupé ces deux moitiés, comme j'ai dit que je cou- 
pois le Polype entier. Ces quatrièmes parties de Po- 
lypes , coupés longitudinalement , font devenues , en 
peu de tems , chacune un Polype complet. 

L'extrait fuivant de mon Journal contient un 
exemple de l'Expérience dont il s'agit. Le 16 Août 
1741, j'ai divifé en quatre, fuivant fa longueur, un 
Polype de la féconde efpéce. Il a voit alors huit bras. 
J'ai appelle ces quatre parties , N°. 1, 2, 3, & 4. 

N°. 1, avoit trois bras, d'abord après la fe&ion. 
Il en parut un nouveau le 18, un autre le 20, un 
le 23, & encore un dans la fuite. 

N°. 2. avoit deux bras. Le 18 il en parut trois 
nouveaux, le 22 un, & encore un dans la fuite. 

N°. 3. avoit deux bras. Le 18 il en parut trois 
nouveaux, le 20 un, & encore un dans la fuite. 

N°. 4. avoit un bras. Le 18 il en parut trois 
nouveaux, le 20 un, le 22 un, & encore un dans 
la fuite. 

Ces quatre portions du même Polype avoient 
chacune fix bras, fix jours après lafection, & fept 
ïe 14 Septembre. Elles ont toutes mangé, & mul- 
tiplié. Je les ai enfuite coupées transverfalement; 
& l'Expérience a parfaitement réuffi» 

Quand 



DES POLYPES. IV. Mêm. 245 

Quand on coupe longitudinal ement des Polypes 
qui pouffent des petits, ces petits continuent à croî- 
tre après la fection. 1 

J'a 1 fait fur le même Polype , & en même tems , 
les deux Expériences dont il a été queftion jufqu'à 
préfent, c'efl-à-dire , que je Fai coupé dans le même 
tems transverfalement & fuivant fa longueur ; je Fai 
en quelque manière écartelé. Les quatre parties de 
ce Polype font devenues des Polypes complets. Il 
s'eft fait pour cela , dans chacune d'elles , ce que 
j'ai dit qui fe faifoit dans les portions d'un Polype 
coupé en long, & dans celles d'un Polype dont on 
a fait la coupe transverfale. Les deux premières 
parties du Polype écartelé, celles , dont le bout an- 
térieur étoit garni de quelques bras, fe font pre- 
mièrement difpofées en tuïau, en rapprochant & en 
réuniffant leurs bords ; & , en fécond lieu , leur bout 
poftérieur a pris la forme de celui d'un Polype qui 
n'a jamais été coupé. Les deux fécondes parties , 
après avoir rapproché leurs bords, & s'être difpo- 
fées en tuïau, fe font trouvées dans l'état de la fé- 
conde moitié d'un Polype qui a été coupé trans- 
verfalement depuis peu; & il s'eft fait enfuite en 
elles, tout ce qui fe fait dans une pareille moitié. 

Lorsque les quatre Polypes, qui font venus de 
celui qui avoit été écartelé, ont pu manger, je les 
ai nourris. J'en ai enfuite écartelé un : j'en ai fait 
quatre Polypes ; & , au bout de quelque tems , j'ai 
encore fait la même opération fur un des ces quatre 
Polypes. J'ai nourri , & vu multiplier , pendant deux 
ans, ces quatre derniers Polypes. 

J'AI 



246 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

J'ai coupé en partie un Polype fuivant fa lon- 
gueur , en commençant par la tête ; & il s'eft trouve 
enfuite avoir deux- corps ,'deux têtes , & une queue. 
Les portions du Polype qui ont été féparées , au 
lieu de fe rapprocher, & de former un Polype (im- 
pie , formèrent , chacune à part, une tête & un corps, 
comme j'ai dit que le faifoient les moitiés d'un Po- 
lype, coupé longitudinalement d'un bout à l'autre. 
Après avoir nourri ce Polype à deux têtes, en lui 
faifant prendre des alimens par fes deux bouches, 
j'ai auffi fendu en partie, en commençant par la 
tête, chacune des deux branches qu'il avoit. En 
peu de tems il a eu quatre têtes. Enfin, je fuis 
* pl. xi. parvenu à faire enforte qu'il eût fept têtes *. Un 
Fig.ir. autre, fur lequel j'ai fait la même Expérience, en a 
eu huit. J'ai vu ces Hydres prendre en même tems 
. des alimens par toutes leurs bouches. 

O n penfe bien , qu'après être parvenu à faire des 
Hydres, je ne m'en fuis pas tenu là. J'ai coupé les 
têtes de celui qui en avoit fept; &, au bout de quel- 
ques jours, j'ai vu en lui un prodige qui ne le cède 
guères au prodige fabuleux de l'Hydre de Lerne. Il 
lui eft venu fept nouvelles têtes; & fi j'avois continué 
à les couper à mefure qu'elles poufToient,il n'y a pas 
à douter que je n'en euffe vu pouffer d'autres. Mais, 
voici plus que la Fable n'a ôfé inventer. Les fept tê- 
tes, que j'ai coupées à cette Hydre, ayaht été nour- 
ries, font devenues des Animaux parfaits, de chacun 
defquels il ne tenoit qu'à moi de faire une Hydre. 

Si Ton commence par le bout poftérieur à couper 
un Polype longitudinalement, & fi l'on ne le coupe 

que 



DES POLYPES. IV.Mêm. 247 

que jufques près de la tête , il fe trouve , peu après , 
avoir une tête & deux queues. On peut augmenter 
le nombre de ces queues , en les recoupant , après les 
avoir fait croître, comme j'ai dit que je l'avois fait à 
l'égard des Hydres à plufieurs têtes. 

J'ai vu marcher des Hydres à plufieurs têtes, & 
des Hydres à plufieurs queues. 

J'ai fait des Hydres d'une manière, un peu diffé- 
rente de celle que je viens de décrire. Au lieu de fen- 
dre le Polype en long jufques près d'une des extré- 
mités, je l'ouvre d'un bout à l'autre, & je l'étends fur 
ma main ainfi ouvert. On a vu dans le premier Mé- 
moire *, comment je m'y prens pour faire cette opé- * p a g. 54; 
ration : & la Figure 7, de la PI. IV. de ce Mémoire re- 
préfente groffi au microfcope , un Polype ouvert , & 
dont la peau eft étendue. Je donne des coups de ci- 
feaux à. la peau de tous côtés , & en tout fens : j'ai 
feulement foin de ne pas féparer entièrement les por- 
tions de cette peau, de faire enforte qu'elles tiennent 
encore enfemble par quelque endroit. On s'imagine 
bien dans quel état eft, après cela, le Polype. J'en ai 
fouvent vus , que j'avois coupés de cette manière , qui 
ont eu enfuite trois ou quatre têtes. Ils ont eu aufîï 
quelquefois des queues. Ces petits morceaux de 
peau, qui ne tiennent plus enfemble que par un côté, 
deviennent chacun ordinairement, ou une tête, ou 
une queue*. 11 fe peut auffi qu'il y en ait qui fe rejoi- 
gnent. C eft ce que je n'ai pas obfervé. 

I l arrive , la plupart du tems , que les têtes & les 
queuè's des Polypes extraordinaires, dont je viens de 
parler, fe féparent d'elles-mêmes, & deviennent des 

Ii Po- 



248 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

Polypes parfaits. J'ai nourri pendant fix femaines 
une Hydre à fept têtes , avant qu'aucune de fes tê- 
tes fe foit féparée. 

Lorsqu'on nourrit bien les Polypes à plufieurs 
têtes , & ceux à plufieurs queuè's ; ils multiplient com- 
me les Polypes ordinaires. 

La dernière Expérience que je viens de rappor- 
ter , celle du Polype ouvert d'un bout à l'autre , au- 
quel j'ai donné plufieurs coups de cifeaux, a déjà pu 
faire comprendre, que, de quelque manière, & en 
quelque fens , que l'on coupe un Polype , on ne le tue 
point, & qu'au contraire on en fait plufieurs d'un feul. 
Afin de m'afTurer davantage de ce Fait , j'ai pouffé 
plus loin l'opération dont je viens de parler. J'ai ou- 
vert fur ma main un Polype , je l'ai étendu , & j'ai 
coupé en tout fens la peau fimple qu'il formoit,je l'ai 
réduit en petits morceaux, je l'ai en quelque manière 
haché. Ces petits morceaux de peau, tant ceux qui 
avoient des bras, que ceux qui n'en avoient point, 
font devenus des Polypes parfaits. Il arrive quelque- 
fois, cependant, qu'on en voit mourir quelques-uns» 
Cela vient, peut-être, de ce qu'ils font trop petits: 
peut-être, au fîl cela vient -il d'accidens qui auroient 
fait périr un Polype entier. . 

O n doit obferver avec foin les morceaux de peau 
dont je parle. Il faut les confiderer fouvent ;&, quand 
ils commencent à être en état de manger, il faut leur 
donner des portions de Vers extrêmement petites. 
Mais, c'eft fur-tout en les changeant d'eau, qu'il faut 
prendre des précautions ; fans quoi , on rifqueroit de 
les perdre, 

J'AÏ 



DES POLYPES. IV.Mèm. 249 

J'ai répété plufieurs fois avec fuccès cette Expé- 
rience. 

Tout Polype, qui vient de la portion d'un Po- 
lype coupé en deux, ou en plufieurs parties, de quel- 
que manière que ce foit, a toujours, comme ceux 
qui n'ont jamais été partagés, un canal qui régne 
du bout antérieur, jufqu'au bout poftérieur; c'eft -à- 
dire, qu'il a toujours un eftomac. J'ai été pendant 
long-tems embarraffé de favoir comment cet eftomac 
fe forme dans les Polypes qui viennent d'un fort 
petit morceau de peau fimple, étroit & court, & 
même, dans ceux qui viennent d'un Polype coupé 
longitudinalement en quatre , ou en cinq parties , 
c'eft -à-dire, dans des Polypes, qui, d'abord après 
la feclion, ne font que des morceaux de peau fim- 
ple, minces & longs à proportion dé leur épaiffeur. 
On voit facilement, que les morceaux d'un Polype, 
dont on a fait la coupe transverfale , quelque pe- 
tits qu'ils foient , forment toujours une forte de tuïau, 
fort court à la vérité, mais qui s'allonge à mefure 
que ces morceaux de Polype s'étendent. Les por- 
tions d'un Polype, coupé en deux fuivant fa lon- 
gueur, font encore affez larges pour que les bords 
des deux côtés oppofés puiffent fe rapprocher, & 
pour que chacun de ces deux morceaux, qui d'a- 
bord n'étoit, fi je- puis parler ainfi, qu'un demi tuïau, 
deviennent enfuite un tuïau entier. C'eft ce que 
j'ai vu très fouvent, comme je l'ai dit ci-deffus. Mais, 
en eft-il de même, par exemple, des portions d'un 
Polype, coupé longitudinalement en un plus grand 
nombre de parties , qui font fort étroites? J'ai été 

Ii 2 pen- 



250 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

pendant long-tems dans le doute là-deflus. Une por- 
tion de Polype, qui avoit été coupé en long, m'avoit paru 
être devenue un Polype complet, fans que'fes bords 
fc fuflent rapprochés & réunis. J'avois eu lieu de 
croire, que ce morceau de peau s'étoit fimplement 
renflé , & avoit pris par ce moïen la forme d'un Po- 
lype. Mais, je n'avois vu cela qu'une fois, & pas 
affez diftin&ement , pour pouvoir fonder une déci- 
fion là-deffus. J'ai donc travaillé à repeter la mê- 
me Expérience. 

J'a i- d'abord commencé par obferver des morceaux 
fort étroits , de Polypes coupés fuivant leur lon- 
gueur. J'ai mis ces portions de Polypes dans des 
verres peu profonds , où je pouvois les obferver 
avec une forte loupe. Il importe beaucoup de les exa- 
miner fouvent, fur- tout dans les deux premières heu- 
res après qu'elles ont été coupées , afin de bien remar- 
quer les différentes formes qu'elles prennent, & de 
pouvoir s'affurer, que les bords des deux côtés op- 
pofés ne fe font pas rapprochés & réunis. Je vais 
donc décrire ce que j'ai vu plufieurs fois de fuite; 
car, j'ai répété fouvent la même Expérience pour 
plus de fureté. 

Une portion fort étroite d'un Polype, coupé Ion- 
gitudinalement, commence ordinairement par fe rou- 
ler de la même manière que j'ai dit que fe rouloient 
celles qui font plus larges. Elle forme un rouleau 
très mince, & commence toujours à fe rouler par 
l'un de fes deux bouts; & celui, par lequel elle 
commence, fe trouve au milieu du rouleau, qui, 
comme on le peut juger , n'a pas beaucoup de tours : 

fou- 



DES POLYPES. IV. Mêm. 251 

fouvent même il n'en a qu'un ; la portion de Poly- 
pe forme un cercle, fes deux bouts fe touchent. 
Elle fe déroule enfuite. J'en ai vu, qui fe rouloient 
• & fe dérouloient alternativement deux ou trois fois 
dans les premières heures après l'opération. Il y en 
a aufïï, qui s'étendent d'abord, & qui relient éten- 
dues. En obfervant fouvent un pareil morceau de Po- 
lype, & en n'oubliant jamais, après avoir ceffé de 
l'obferver, la fituation dans laquelle on l'a laiiïe , il 
eil facile de s'aifurer , qu'il ne s'eft point formé en 
goutiére d'un bout à l'autre, & que fes côtés ne fe 
font pas rapprochés & réunis, en un mot qu'il n'a 
point pris la forme d'un tuïau. J'en ai vu, qui, je 
fuis fur, ne Font jamais prife. Ces portions de Po- 
lypes fe font peu à peu renflées. Elles étoient d'a- 
bord étroites & plattes, & enfuite en fe renflant, 
elles font devenues à peu près cylindriques. Lorf- 
qu'on en obferve, avec une loupe ? au grand jour, 
ou à la lumière d'une bougie , quand elles font 
dans ce dernier état, on peut s'appercevoir, qu'el- 
les ont déjà, dans leur intérieur, un vuide, qui ré- 
gne d'un bout à l'autre : mais , on a dans la fuite 
occafion de s'en affurer davantage. Il fe forme une 
tête à une des extrémités de ces portions de Poly- 
pes, & elles font en peu de jours en état de man- 
ger de petits morceaux de Vers. On les voit entrer 
dans leur corps , & on remarque facilement, que 
ces morceaux de Vers occupent la capacité du vuide 
qui s'eft formé dans l'intérieur des portions de Poly- 
pes. Enfin , elles deviennent des Animaux parfaits. 
L A maniére ; dont fe forme l'eftomac de ces por- 

ïi 3 tions. 



252 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

lions de Polypes, n'eft pas le feul Fait remarquable 
qu'elles nous préfentent. La fuperficie extérieure de 
leur peau eft auiïi très digne d'attention. Il eft aifé 
de comprendre, qu'un côté de la fuperficie d'un mor- 
ceau de peau de Polype , eft une partie de la fuperfi- 
cie intérieure de la peau du Polype, des parois de 
fon eftomac. Lors donc que le morceau de peau ne 
fe forme point en tuïau , mais qu'il fe renfle Ample- 
ment pour devenir un Polype , ce côté de la fuperfi- 
cie, qui étoit, avant la feâion, une partie de la fuper- 
ficie intérieure de la peau du Polype entier , devient 
une partie de la fuperficie extérieure de la peau du 
nouveau Polype. 

Je rapporterai l'extrait d'un feul article de mon 
Journal , touchant ces morceaux de Polypes dont je 
viens de parler. 

J'ai coupé le i Novembre 1743 , un Polype fui* 
vant fa longueur en plufieurs parties , entre une & 
deux heures de l'après-midi. Voici les Obfervations 
que j'ai faites fur une d'elles. 

Ce morceau de peau étoit afîez long , & fort étroit. 
Il s'eft un peu roulé. J'ai vu diftin dément , en l'ob- 
fervant de fuite, que les bords ne fe font pas rejoints.' 
Il avoit déjà pris, à quatre heures & demie, une for< 
me cylindrique, c'eft-à dire, qu'il s'étoit déjà fenfi- 
blement renflé. Il n'avoit point de bras. Le 3 No- 
vembre il a paru, à quelque diftance de fon extrémité 
la plus pointue, une excrefcence qui relTembloit à 
un bouton de jeune Polype. J'ai remarqué le 4, que 
c'en étoit un en effet. Il fortoit même des bras du 
bout antérieur de ce jeune } aulïï-bien que de celui de 

la 






DES POLYPES. IK Mèm. 253 

la mère, c'eft-à-dire de la portion de Polype. Celle- 
ci a enfuite mangé & multiplié. 

J'a 1 auiïi obfervé de fuite de fort petits morceaux 
de peau courts & étroits , & tels même , qu'il étoit en 
quelque manière impofîible qu'ils fe repliaffent pour 
prendre la forme d'un tuïau. Ils s'enflent, ils devien- 
nent ronds, ou à peu près, & forment un grain vui- 
de en dedans, qui pouffe enfuite des bras à un en- 
droit de fa fuperficie, au milieu desquels eft la bou- 
che , ils marchent enfuite , ils s'allongent , & font en- 
fin des Polypes parfaits. 

J'EN viens à préfent à une Expérience, qui ne le 
cède pas en fmgularité, à celles dont il a été queflion 
jufqu'à préfent. Cette Expérience confifte à retour- 
ner des Polypes. 

O N doit fe rappeller encore ici , que tout le corps 
d'un Polype ne forme qu'un tuïau, qu'une forte de 
boïau ou de fac, qui va d'une de fes extrémités à 
l'autre. Il s'agit donc de retourner ce boïau que for- 
me le corps d'un Polype, comme on retourne un fac, 
un bas , un gant , ou le doigt d'un gant ; de faire en- 
forte, que la fuperficie intérieure de fa peau devien- 
ne la fuperficie extérieure , & que l'extérieure de- 
vienne l'intérieure. 

Si j'avois fçu qu'un morceau de peau de Polype 
pouvoit devenir un Polype complet, feulement en 
s' enflant de manière qu'il fe forme dans le milieu de 
cette peau fimple un vuide qui devient l'eftomac du 
Polype ;fi,dis-je, j'avois fçu cela , j'aurois eu plus d'efc 
perance de voir vivre un Polype retourné: j'aurois 



y 



& luiv, 



254 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

déjà eu une preuve , que la fuperficie intérieure de la 
peau d'un Polype peut devenir, au moins en partie, 
fuperficie extérieure, ainfi qu'on l'a vu dans les Ex- 
périences précédentes. Mais, lorfque j'entrepris de 
retourner des Polypes, je n'avois pas encore fait ces 
Expériences. 

J'ai penfé à retourner des Polypes, après avoir 
remarqué un Fait, qui fe trouve détaillé dans le fe« 
* Pag. 131 cond Mémoire * : favoir,que les grains, ou vefficules, 
dont toute la peau de ces Animaux eft garnie , fe rem- 
plirent de fuc nourricier. Il me vint dans Pefprit, 
que, fi les velïïcules, qui étoient à la fuperficie exté- 
rieure de la peau, fe trouvoient les plus près de ce 
fuc nourricier, elles s'en rempliroient les premiè- 
res , & que le Polype fe nourrirait , peut-être, 
suffi bien que lorfque le fuc nourricier paffe d'a- 
bord dans les vefTicules qui tapifTent les parois de 
Peftomac. 

La première idée, qui me vint, fut de mettre un 
Polype dans une liqueur , qui pût être regardée , par 
rapport à lui, comme un fuc nourricier, afin de voir 
s'il ne tireroit point alors fa nourriture par toutes les 
parties extérieures de fon corps, comme Mr. le Com- 
te de Marfigli dit, dans fon Hifîoire de la Mer, que 
font plufieurs Plantes marines. Il rapporte qu'elles 
font toutes pleines de glandules ou veiîicules , & quel- 
les tirent extérieurement, de l'eau de la mer qui les 
touche , le fuc qui fert à les nourrir. Il eft vrai , que 
les Découvertes, faites depuis peu fur ces prétendues 
Plantes marines , changent beaucoup ce fyftême : 
mais, elles n'étoient pas encore faites au mois de Juil- 
let 



DES POLYPES. IV.Mèm. 255 

let 1741. lorfque je penfai à faire fur les Polypes 
l'Expérience dont je parle. 

N'aiant pu parvenir à trouver un fuc dans le- 
quel je pufie mettre les Polypes, & qui pût fervir à 
les nourrir, je penfai à les retourner, afin de faire en- 
forte que la fuperficie extérieure de leur peau formât 
les parois de leur eftomac. Je me flattai très peu de 
voir réuffir cette Expérience: mais, "je crus cepen- 
dant qu'il ne convenoit pas de négliger de l'entre- 
prendre. 

J'essaiai pour la première fois de retourner des 
Polypes dans le mois de Juillet 1741; mais, ce fut 
inutilement que j'emploiai , pour y parvenir , tous les 
moïens auxquels je penfai alors. Je fus plus heureux 
l'année fuivante , aiant trouvé enfin un expédient qui 
eft allés facile. 

Tant que j'ai voulu retourner des Polypes dont 
l'eftomac étoit vuide , je n'ai jamais pu en venir à 
bout; & j'ai au contraire d'abord réufïï, dès que je 
leur ai bien donné à manger avant que de leur faire 
cette opération; c'efl-à-dire, dès que j'ai fait enfor- 
te que leur corps fe foit fort élargi. Il importe , en 
effet , pour qu'elle ait un heureux fuccès , que l'efto- 
mac & la bouche du Polype foient fort élargis. J'em- 
ploiai d'abord pour cela de ces Vers rouges de Tipu- 
les, dont j'ai parlé dans le fécond Mémoire % Je me * p ag . 101. 
fuis auffi fervi avec fuccès des mêmes Vers dont j'ai 
nourri ordinairement les Polypes en Hyver #. *. PLVIÏ » 

C e font les Polypes de la féconde efpéce que j'ai 
retournés les premiers. 

J e commence donc par donner un Ver au Polype 

Kk fur 



256 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

fur lequel je veux faire cette Expérience; & quand 
ce Ver eft avalé , je puis la commencer. Il ne con- 
vient pas d'attendre qu'il foit beaucoup digéré. Je 
mets le Polype, dont l'eftomac eft bien rempli, dans 
un peu d'eau dans le creux de ma main gauche : je le 
preffe enfuite avec un petit pinceau , plus près de 
l'extrémité poftérieure que de l'antérieure: je pouffe, 
de cette manière, contre la bouche du Polype, le 
Ver qui eft dans l'eftomac y il la force à s'ouvrir, & 
en preffant encore un peu le Polype avec mon pin- 

* pl. xï. ceau, je lais fortir le Ver # en partie par fa bou- 
Fîg. 12.4 e. c j ie ^ fe j e yyide d'autant le bout poftérieur de fon 

eftomac. Ce Ver, qui fort de la bouche du Polype-, 
la force à s'élargir confidérablement, fur-tout s'il fort 
en double, comme on le voit dans la Figure que je 
viens d'indiquer. Lorfque le Polype eft dans cet 
état, je le conduis doucement, fans rien déranger ,- 
hors de l'eau, & je le place fur le bord de ma main, 
qui eft fimplement mouillé, pour que le Polype' ne 
s'y colle pas trop • je le force à fe contracter de plus 
en plus, & je contribue par cela même à faire élargir 
Teftomac & la bouche. On doit fe rappeiier ici , que 
le Ver fort en partie de cette bouche, & la tient ou* 

* Fîg. 12. verte *. Je prens enfuite de la main droite une foie 

de fangîier, ou de porc -, aftea épaiife & fans pointe, & 
je la tiens , comme on tient une lancette pour faigner. 
+K J'approche fbn plus gros bout * de ^extrémité pofté- 

rieure du Polype; je pouffe cette extrémité > & je la 
fais rentrer dans l'eftomac du Polype , d'autant plus 
facilement, qu'il eft vuide dans cet endroit-là, & fort 
élargi Je continue enfuite à faire, avancer le bout,, de 

foie. 



DES POLYPES. IV. Mêm. 2 57 

foie de fanglier , qui , à mefure qu'il avance , retour- 
ne de plus en plus le Polype. Quand il parvient au 
Ver qui tient la bouche ouverte, il pouffe ce Ver, ou 
paffe à côté, & fort enfin par cette bouche, couvert 
de la partie poftérieure du Polype, qui eft retour- 
née #. Il eft facile de ne pas manquer la bouche, par- * pl. xi. 
ce qu'elle eft fort ouverte. Il arrive quelquefois , que Jg ' H ' a ' 
le Polype fe trouve d'abord entièrement retourné. 
On conçoit qu'il couvre alors le bout de foie de fan- 
glier #, qui eft logé dans le Polype retourné f ; que * Fte-i3-*- 
la fuperficie extérieure du Polype eft devenue inté- 
rieure; que cette fuperficie touche celle de la foie de 
fanglier, & que l'intérieure eft devenue extérieure. 

Lors qu' u n Polype eft hors de l'eau , il eft diffi- 
cile de diftinguer fes différentes parties; tout eft con- 
fus : ainfi , le Polype retourné , qui eft hors de l'eau , 
& au bout de la foie de porc, ne peut fe diftinguer 
d'un Polype, non retourné. Pour m'affurer davan- 
tage du fuccès de mon opération , je prens de la main 
gauche la foie de fanglier que je tenois avec la main 
droite, par le bout oppofé à celui où eft le Polype; 
& de la droite je tiens une loupe. Je mets enfuite le 
Polype dans l'eau d'un petit verre , préparé d'avance. 
Tout redevient diftinâ:. Je juge facilement, en exa- 
minant la peau du Polype, s'il eft retourné, c'eft-à- 
dire, fi c'eft bien la fuperficie intérieure de cette peau 
qui eft en dehors. Mais, j'en ai ordinairement enco- 
re une autre preuve. 

Il eft rare, que le Polype foit entièrement retour- 
né, par le mouvement qui fert à faire fortir par la 
bouche la partie poftérieure retournée: ainfi, quand 

Kk 2 on 



258 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

on le met dans l'eau Jorfqu'il eft au bout de la foie de 
fanglier, on trouvera plupart du tems,que cette par- 

* PL. xï- tie poftérieure retournée # fort de la bouche -f; mais, 
if.' t «*• on v0lt une P art ^ e du Polype qui n'eft pas retournée, 

favoir, fon bout antérieur *, celui qui eft terminé par 
* ç * les bras : il eft replié fur le bout retourné. Pour ache- 
ver de retourner le Polype, je prens de la main droi- 
te un pinceau, pendant que je tiens toujours dans 
l'eau le bout de la foie de fanglier qui eft couvert par 
ce Polype. Je paffe délicatement le bout du pinceau 
*Fig.i4.«f. fur la partie non retournée *, dans le fens néceffaire 
pour la faire retourner, favoir de a en c. C'eft ce 
qui eft exécuté dans un inftant. Je puis en juger à 
l'œil en opérant; &, dès que j'ai fini , je reprens une 
loupe, & j'examine de nouveau le Polype. Quand 

* Fig. 13. il fe trouve bien retourné *, il ne s'agit plus que de 
» î ^ l'ôter du bout de la foie de fanglier #. Je le tiens , 

pour cet effet, dans l'eau, je le pouffe doucement de 
û en b avec un pinceau ; & il tombe au fond du ver- 
re, fans fe déranger. 

J'ai fait tout ce que je viens de décrire, en préfen- 
ce de différentes perfonnes accoutumées à obferver, 
& qui ont toujours eu l'œil , aidé d'une loupe, & fixé 
fur le Polype , pendant que je le retournois. 

D'abord après qu'il eft retourné, fa bouche fe 
ferme, & fes lèvres rentrent même un peu en de- 

* Fi£. 15. a. dans *. Les bras paroiffent alors réunis en un faif- 
ceau *, plus ou moins ferré, qui fort du milieu du 
bout antérieur * du Polype : mais , enfuite les lè- 
vres fe renverfent au contraire en dehors , comme 
fi le Polype vouloit fe déretourner, (qu'on me permet- 
te 



a t, 

a. 



DES POLYPES. IK MM 259 

te cette nouvelle expreflion) c'eft-à-dire, fe remet- 
tre, comme il étoit avant que d'être retourné. 

C'est, en effet, ce qu'il tente, & à quoi il réuflît 
fouvent. J'ai vu des Polypes qui fe font déretournés 
en moins d'une heure. D'autres, n'y font parvenus 
qu'environ 24 heures après avoir fouffert cette opé- 
ration. 

Les Polypes, qui fe déretournent, fe portent en- 
fuite fort bien: ils mangent, croiffent, multiplient, 
en un mot, on ne fauroit les diftinguer des autres. 

Il eft déjà bien fmgulier, qu'un Animal puiffe avoir 
été retourné & déretourné , fans en mourir , & même 
fans en paroitre incommodé. Mais , cela ne me fuffi- 
foit pas. Mon but principal, en retournant des Poly- 
pes , étoit de les conferver retournés , & de voir s'ils 
pourroient vivre dans cet état. J'ai donc travail- 
lé à faire enforte qu'ils reftaffent retournés. Il m'a 
fuffi, à l'égard de quelques-uns, d'abailfer leurs lè- 
vres avec la pointe d'un pinceau , à mefure qu'elles fe 
renverfoient fur le corps. Mais, il eft trop rare de 
réuffir à fouhait par ce moïen, pour s'en tenir là, 
quand on fe propofe de réitérer fouvent l'Expérien- 
ce. J'ai eu recours à un expédient plus fur. C'a été 
<Xembrocher les Polypes retournés, avec une foie de 
porc ou de fanglier , près du bout antérieur. Voici 
comment je m'y prens. 

Après avoir achevé de retourner un Polype, je 
le remets dans le creux de ma main gauche , qui eft 
en partie plein d'eau ; j'examine encore ce Polype à 
la loupe; puis je le conduis avec un pinceau, & je le 
range far ma main au bord de l'eau, je l'étends du 

Kk 3 mieux 



2-6o MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

mieux qu'il m'eft poflible, & j'étudie bien fa fituatioa 
Enfuite je prens de la main droite une foie de fan- 
glier affcz fine, qui eft nouée d'un côté: je la tiens 
* i PL . XI i - près de fa pointe #, & je la plante dans le corps du 
Polype retourné, allez près de fes lèvres: elle les per- 
ce , & pouffe la peau de ma main qui eft en deffous. 
Alors je panche la main de forte que l'eau , qui eft 
dans le creux, vient baigner le Polype; il en eft fou- 
levé, & cela même fait qu'il s'embroche mieux. Dans 
ce moment -là , je laiiïe tomber doucement fur ma 

* « main l'autre bout # de la foie de fanglier , je reprens 

le pinceau, je pouffe avec fon bout le Polype vers le 

* a. milieu de la foie de fanglier * , & quand il y eft , j'en- 

lève cette foie avec le Polype , & je la mets dans un 

* fegh. verre, * aiant foin de faire enforte , qu'elle ne le tou- 
*c&d. che que par fes extrémités #., afin que le Polype, 

étant éloigné du fond & des côtés, ne puiffe pas s'y 
appuier, & faire de grands efforts pour fe défembro- 

* «. cher de manière ou d'autre, je mets le nœud *, qui 

eft à la foie de fanglier , vers le bas , afin que , fi le 
Polype gliffe , s'il tombe par fon propre poids , il foit 
arrêté par ce noeud, & ne fe défembroche pas. 

Ce n'eft rien pour un Polype, que d'être embro- 
ché. Je l'ai éprouvé de différentes manières, fur des 
Polypes non retournés, fans que cela les empêchât 
de manger, & de multiplier. Les Polypes retournés 
ne paroiffent pas non plus en fouffrir. • 

Il eft facile de comprendre comment la foie de fan- 
glier , qui traverfe leur corps près de la bouche, les 
empêche de fe déretourner. 

J 'a i retourné un nombre confiderable de Polypes 

de 



DES POLYPES. IV. Mêm. 261 

de la féconde efpéce, qui font reftés retournés, & 
qui ont long - tems vécu. Ils ont mangé , crû , & 
multiplié. 

Il arrive fouvent r que les Polypes , qu'on re- 
tourne & qu'on embroche pour les empêcher de fe 
déretourner, fe déchirent un peu les lèvres, & que 
par -là, il fe forme deux têtes; D'abord ces têtes 
n'ont point de col , mais , il leur en vient un lorfque 
le Polype retourné croît; &, alors, il reffemble à 
un Polype qu'on auroit coupé en partie fuivant fa 
longueur, en commençant par la tête. 

J'ai eu plufieurs Polypes retournés, qui n'ont eu 
qu'une tête après l'opération , & dont la bouche é- 
toit précifément la même bouche qu'ils avoient, &■> 
vant que d'être retournés* 

J'a 1 nourri plufieurs petits , produits par des Poly- 
pes retournés; & je les ai vu multiplier. 

Les premiers Polypes , que j'ai retournés , n'a- 
voient point de petits attachés à leur corps : rnais^ 
dans la fuite , j'en ai retourné plufieurs qui en a- 
voient. Ces petits fe trouvent, après l'opération \ 
en dedans du Polype. S'ils font déjà avancés, fî l'en- 
droit, par lequel ils tiennent à la mère, eft déjà fort 
étranglé , ils s'en détachent en peu de tems , c'eft-à-di» 
re, au bout d'un jour ou deux; mais, en attendant 
qu'ils fe féparent , ils s'étendent dans Feflomac de 
leur mère retournée , & l'on voit leur tête, & une 
partie de leur corps, qui fort par fk bouche. J'ai or* 
dinairement féparé, avant l'opération, les petits déjà 
fort avancés qui fortoient des mères que je voulois 

retour? 



262 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

retourner. Ils ne font qu'embarrafTer. Mais , il n'en 
eft pas de même de ceux qui font moins avancés, de 
ceux qui n'ont pas encore de bras , ou qui n'en ont 
que de fort courts, & dont le bout poftérieur ne s'eft 
pas encore rétréci. L'ouverture de communication, 
qui eft entre l'eflomac de ces petits & celui de leur 
mère, eft encore dans toute fa grandeur. Lorfque 
la mère eft retournée, le jeune peut fe retourner de 
lui-même; & c'eft ce qu'il fait. Il arrive alors préci- 
fément ce qui arriveroit, fi, après avoir retourné un 
gant , les doigts de ce gant fe retournoient d'eux- 
mêmes. Si on obferve avec attention le corps de la 
mère , d'abord après qu'elle a été retournée , on 
voit, à l'endroit où tient un de ces jeunes dont je 
parle, un creux qui peu -à -peu fe remplit; après 
quoi, on diftingue fenfiblement le corps du jeune Po- 
lype, qui en fort en fe retournant. Ceft ce que j'ai 
vu plufieurs fois , & avec un très grand plaifir. Il ne 
faut que quelques minutes, pour que le petit Polype 
foit tout -à -fait retourné. Enfuite, il continue à croî- 
tre, il fe détache de fa mère, & ne diffère en rien 
de tout autre Polype. J'ai nourri de pareils jeunes, 
& eux & leurs petits ont multiplié dans mes verres. 

O n conçoit bien , que les bras des Polypes qu'on 
retourne , ne fe retournent pas : ils fe trouvent d'a- 
bord un peu en dedans, au -lieu qu'auparavant ils é- 
toient un peu en dehors: mais, en peu de tems, ils 
fe difpofent comme ceux des Polypes qui n'ont pas 
été retournés. 

C'est, en obfervant un Polype, d'abord après qu'il 

avoit 



DES POLYPES. IV, Mêm. 263 

avoit été retourné, que j'ai vu l'ouverture que cha- 
que bras a à fon origine, dont' j'ai parlé dans le fé- 
cond Mémoire * , & par- le moïen de laquelle le tuïau * p â g. 125. 
qu'il forme, communique avec l'eftomac. On doit 
chercher ces ouvertures un peu au-deffous des bords 
de la bouche d'un Polype nouvellement retourné. 
Si l'on fe fert d'une forte loupe , on voit fur la 
peau de petits enfoncemens très fenfibles. Leur fi- 
tuation, & leur nombre, ne permettent pas de dou- ■ 
ter, que ce ne foient les ouvertures des bras des 
Polypes. Si on continue à obferver ces ouvertures, 
on les voit diminuer peu-à-peu, & enfin difparoitre. 
Les mouvemens & les renflemens de la peau du 
Polype les cachent, ou les ferment. Sans doute 
qu'il fe forme d'autres ouvertures en dedans de la 
bouche. 

La fuperficie extérieure d'un Polype, nouvelle- 
ment retourné, n'eft pas d'abord auffi unie que celle 
d'un Polype non - retourné. Elle eft telle, que j'ai 
•décrit, dans le premier Mémoire #, la fuperficie in- * p ag . 55i 
térieure de la peau des Polypes. Il arrive même , la 
plupart du tems , que plufieurs des grains , qui ta- 
piffent cette fuperficie extérieure d'un Polype retour- 
né ,fe détachent: elle paroit pendant quelques jours 
environnée de ces grains qui s'en féparent : mais , en- 
fuite , elle devient abfolument aufii unie que l'eil 
la fuperficie extérieure des Polypes qui n'ont pas 
été retournés. 

J'ai vu un Polype retourné, qui a mangé un pe- 
tit Ver, deux jours après l'opération. Les autres 
n'ont pas mangé fitôt. Ils ont été quatre ou cinq 

Ll jours, 



264 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

jours, plus ou moins, fans vouloir manger. Enfui- 
te, ils ont tous autant mangé, que les Polypes qui 
n'ont pas été retournés. 

J'ai nourri un Polype retourné pendant plus, de 
deux années. Il a beaucoup multiplié. 

J'ai aufli retourné des Polypes de la troiliéme 
efpéce. 

Dès que j'eus retourné des Polypes avec fuccès,. 
je m'empreffai à faire cette Expérience en préfence 
de bons Juges, afin de pouvoir citer d'autres témoi- 
gnages que le mien, pour prouver la vérité d'un 
Fait auili étrange, que celui 'qu'elle m'a fait connoi- 
tre. Je témoignai aufïl fouhaiter que d'autres en- 
trepriflent de retourner des Polypes. Mr. Allamand, 
que j'en priai, mit d'abord la main à l'œuvre , & 
avec le même fuccès que moi. Il a retourné plu- 
fieurs Polypes, il a fait enforte qu'ils reftaffent re- 
tournés , & ils ont continué à vivre.. Il a plus fait : il 
a retourné des Polypes qu'il a voit déjà retournés 
quelque tems auparavant., Il a attendu de faire fur 
eux cette opération pour la féconde fois , qu'ils euf- 
fent mangé après la première. Mr .Allamand les a aui- 
fi vu manger après la féconde opération. Enfin, il 
en a même retourné un pour la troifième fois, qui a 
vécu quelques jours , & eft enfuite péri, fans avoir 
mangé; mais, peut-être,, fa mort n'eft-elle point la 
fuite de cette opération. 

Après que Mr. Allamand m'eut appris , qu'il 
avoit réuffi à retourner des Polypes, pour la féconde 
fois , j'entrepris de faire la même Expérience fur 
deux de ces Animaux y & j'eus le même fuccès 
que lui, Non 



DES POLYPES. IF. Mêm. 265 

Non content d'avoir coupé des Polypes de dif- 
férentes manières, & d'en avoir retourné, j'ai vou- 
lu effaïer, fi ces différentes Expériences réufïiroient 
fur le même Polype. J'en ai coupé un en deux 
transverfalement ; j'ai enfuite retourné ces moitiés 
lorfqu'elles ont été des Polypes parfaits. Je les ai 
vu manger & multiplier , après avoir été retour- 
nées. J'ai fait la même Expérience, & avec le mê- 
me fuccès fur les moitiés d'un Polype, coupé en 
deux fuivant fa longueur. Enfin, j'ai coupé deux 
Polypes retournés, qui étoient venus des moitiés d'un 
même Polype, & j'ai vu les portions de ces Poly- 
pes, premièrement coupés, enfuite retournés, & a- 
près cela coupés de nouveau; j'ai vu, dis -je, les 
portions de ces Polypes devenir des Polypes par- 
faits. 

L e Polype de forme finguliére , qui efl repréfenté 
dans la Figure 11. de la PI. XIII. efl venu d'un Po- 
lype retourné imparfaitement. L'opération n'aiant 
pas bien réuffi, je donnai un coup de cifeaux à ce 
Polype. Une partie fut féparée de l'autre, & c'en: 
une de ces parties qui, environ au bout de deux 
mois, étoit telle qu'elle efl repréfentée dans cette Fi- 
gure, après avoir fait plufieurs repas. 

J'ai dit ci-deffus, que la plupart des Polypes re- 
tournes , entreprennent de fe déretourner, & que 
même ils peuvent en venir à bout: je dois ajouter 
ici, que tous ceux, qui fe déretournent, ne fe dé- 
retournent pas entièrement. C'efl ce que j'ai eu oc- 
cafion de voir, peu après avoir réuffi à retourner des 
Polypes ;& dans la fuite j'en ai retourné exprès, pour 

Ll 2 pou- 



266 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

pouvoir obferver ceux qui ne fe déretourneroient 
qu'en partie. 

Dès que j'en eus vu quelques-uns dans cet état 
extraordinaire, je fus très curieux de favoir ce qu'ils 
deviendroient : & , certainement , ils ne méritent pas 
moins d'attention que ceux qui relient parfaitement 

* pl. xi. retournés. Ces derniers * ont toujours une bouche 
Fig.K5.tf*. ^ i £ur ex t r émité antérieure * , c'en: la même bouche 

que celle qu'ils avoient avant que d'être retournés : 
elle eft formée par les mêmes lèvres , garnies des mê- 
mes bras: toute la différence qu'il y a, c'eft que le 
côté de la peau qui étoit en dehors , fe trouve en de- 
dans , & que celui qui étoit en dedans , fe trouve en 
dehors. Il en eft tout autrement d'un Polype dére- 
tourné en partie. Ses lèvres, après qu'il a été retour- 
né, fe font renverfées fur le corps , la partie anté- 
rieure du corps s'eft même renverfée fur une partie 

* Fig. 17. du refte #, la peau qui forme cette partie antérieure, 

s'eft appliquée fur l'autre , elle s'y eft enfin atta- 
chée , & a fait à l'extrémité antérieure du Polype , 

* ëCm une efpéce de bourelet #, formé de la portion dére- 

tournée , & d'une portion non - déretournée qui eft en 

* a h dedans. Le refte du corps * , la partie poftérieure 

de ce Polype extraordinaire eft encore retournée, & 

* a. demeure telle. Les lèvres *, qui formoient la bou- 

che du Polype, ne font plus à fon extrémité anté- 
rieure , elles fe trouvent plus ou moins près de l'une 
ou de l'autre extrémité, fuivant que le Polype s'eft 
plus ou moins déretourné : ce qui varie beaucoup. 

* n % Ces lèvres * font attachées autour de la portion du 

corps qui ne s'eft pas déretournée, La bouche qu'el- 
les 



DES POLYPES. 1K Mêm. 267 

les forment , fi tant efl que cela puiffe encore s'ap- 
peller une bouche, efl remplie par cette portion du, 
corps non - déretournée , qui paffe par cette bouche. 
Les bras, qui fortent de fes bords, font alors fitués 
d'une manière fort extraordinaire, & ne paroiffent plus 
propres à rapprocher des proies du bout antérieur 
du Polype: ils varient beaucoup leur direction; quel- 
quefois ils font dirigés vers l'extrémité poflérieure 
du Polype #,mais ils fe recourbent plus fouvent vers * pl. XI. 
le bout antérieur #. Fls " I7# 

C e fut , à me mettre bien au fait de l'état de ces * Flgl lS * 
Polypes déretournés en partie, que je m'occupai d'a- 
bord ; & plus j'approfondis la fituation fmguliére 
dans laquelle ils étoient, plus je fus impatient de fa- 
voir ce qu'ils deviendroient. Comment mangeront- 
ils ? Ce fut la première queftion que je me fis. Leur 
extrémité antérieure *, formée par les bords de la *Fig. 17.^ 
portion renverfée #, pouvoit être reliée ouverte, *««» 
comme elle l'étoit certainement peu après que le Po- 
lype s'étoit mis dans cette fituation fmguliére ; cette 
ouverture pouvoit fervir de bouche. Il falloit pour 
cela qu'il vint des bras autour de fes bords. C'eft ce 
qui me parut d'abord le plus vraifemblable ; mais 9 
j'eus bientôt lieu de penfer qu'il n'en feroit rien. 
Etant parvenu à obferver avec une forte loupe le 
bout antérieur de quelques Polypes qui étoient de- 
puis quelques jours déretournés en partie, je remar- 
quai qu'il étoit entièrement fermé : non fimplement 
comme l'eft fouvent la bouche des Polypes ordinai- 
res , mais de manière à faire croire qu'il ne pouvoit 
pas s'ouvrir, qu'il n'y avoit point de bouche. Je- ne 

Ll 3 fus 



*68 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

fus enfuite pas long-tems à apprendre comment ces 
•Polypes pourraient manger. En les obfervant avec 
attention, je remarquai de nouveaux bras qui pouf- 
foient près des anciens , & je vis une , & même plu- 
fieurs bouches, qui fe formoient à peu près au mi- 
lieu du corps de ces Polypes , favoir près de l'endroit 

* pl. xi. où leurs lèvres s'étoient attachées à leur corps #. Je 

vis les lèvres de ces bouches difpofées en mamelon 
conique ; & c'eft fur-tout à quoi je les reconnus. Voi- 
là donc des Polypes, fur les côtés defquels il fe forme 
une ou plufieurs bouches : il vient des bras autour de 
ces bouches; en un mot elles reifemblent parfaite- 
ment à celles des Polypes ordinaires. 

On pourrait, peut-être, foupçonner, que ces 
bouches, qui fe forment fur les côtés des Polypes, dé- 
retournés en partie , ne font pas véritablement de 
fimples bouches, mais de jeunes Polypes qui fortent 
de ces côtés. J'ofe afTurer, que ce ne font pas des 
jeunes. Je me fonde fur des Expériences fuivies, 
dont on va voir des exemples. J'ai vu de ces bouches 
*a fe former fi près des anciennes lèvres * du Polype, 

qu'un côté de leurs lèvres étoit garni d'une partie des 
anciens bras, & l'autre de quelques nouveaux bras 
qui commencement à pouffer. Les uns étoient fort 
longs, & les autres fort courts: ces derniers fe font 
enfin allongés , & il n'a enfuite plus été pofîible de les 
diflinguer des autres. 

Un Polype , déretourné en partie, ne conferve pas 
long - tems la forme qu'il a d'abord après s'être mis 

* Fîg. 17. dans cette fituation #. Il en prend enfuite plufieurs 

autres très remarquables. Oeil ce dont on pour- 
ra 



DES POLYPES. ÏF. Mêm. 26> 

ra juger par les Obfervations que je vais décrire. 
J'ai retourné un Polype de la féconde efpéce le 26 
Septembre 1742-. Ce Polype a entrepris de fe dére- 
tourner. Il a réufïi en partie *. Le 1 O&obre, la por- Fig L ' I7 XI ° 
tion qui s'étoit déretournée #, favoir l'antérieure, * «"<=• 
étoit déjà attachée & réunie à celle fur laquelle elle 
s'étoit renverfée, & formoit avec elle le bourelet ac: 
Les bras étoient dirigés vers l'extrémité poftérieure #. * &• 
Il m'a paru qu'il n'y avoit en c aucune ouverture. Le 
bourelet ac, compofé, comme je l'ai déjà dit, de la 
portion déretournée, & de la fuivante fur laquelle la 
première s'eft appliquée; ce bourelet, dis -je, que 
je nommerai dans la fuite fimplement portion dére- . 
tournée , avoit changé de fituation d'une manière re^ 
marquable , le 4 Octobre. Il n'étoit plus bout à bout 
avec le relie du corps du Polype , comme dans la 
Fig. 17. L'endroit a, par lequel cette portion dére- 
tournée a c tenoit au refte a b du Polype, s'étoit un 
peu étranglé, & la portion a c faifoit avec lui un an- 
gle droit. Ceft ce qui fe voit dans la Figure 19, où 
a c repréfente la portion déretournée , & a b le refte 
du corps. Je remarquai le même jour en e , une tête 
de Polype; & je ne pus comprendre comment elle 
s'étoit formée. Je foupçonnai que c' étoit un jeune: 
mais , la fuite de mes Obfervations m'en a fait dou- 
ter. Cette tête eft reliée très long-tems attachée au 
Polype , & beaucoup plus qu'elle n'auroit dû , fi elle 
avoit été un jeune Polype ordinaire. Elle doit donc 
être confidérée, ou comme un jeune Polype extraor* 
dinaire, ou comme une tête qui s'eft formée en cet 
endroit, & qui dans la fuite, en s'allongeant , a eu un 

col 



270 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

col. Elle a pris différentes formes, que j'aurai foin de 
faire remarquer. Je rappellerai dans la fuite la por- 
tion équivoque. En'obfervant avec attention, à la 
loupe, le Polype dont il s'agit dans cette Expéricn- 

* PL. xi. ce, je découvris le 4 Octobre en a # plufieurs bras 
1<lg ' Ip ' qui commençoient à pouffer, & qui me parurent bor- 

* a °- der un côté * d'une bouche f qui s'étoit formée en 

faon. x 

* an. cet endroit. L'autre côté * de cette bouche étoit bor- 

* a d, a d. dé par une partie des anciens bras * du Polype. J'ob- 

fervai le lendemain, 5 Octobre, ce Polype avec une 
grande attention, parce que j'étois extrêmement cu- 
rieux de fuivre la formation de la nouvelle bouche 
que j'avois remarquée le jour précédent. Je vis très 
diftinttement cette bouche. Les lèvres étoient dif- 
pofées en mamelon conique, & les nouveaux bras 
étoient plus petits que les anciens. Je n'avois donc 
plus lieu de douter qu'il ne fe fût formé une bouche 
à peu près fur le milieu de ce Polype, & par confé- 
quent dans un tout autre endroit que celui où elle efl 
ordinairement. Elle étoit, outre cela, remarquable, en 
ce qu'un côté de fes lèvres étoit garni, comme je l'ai 
dit, de nouveaux bras, & l'autre, d'une partie des an- 
ciens. On verra bientôt ce qu'eft devenu le relie des 
anciens bras. Le même jour, 5 Octobre, la portion 

* Fîg. 19. déretournée a &■% qui faifoit le 4 un angle droit + 

* 6 a h ' avec la portion non-déretournée a b, s'étoit rappro- 

chée de cette dernière partie, de manière qu'elle faifoit 
avec elle un angle aigu. C'eft. ce qu'on peut voir dans 
la Figure 20 > où a c repréfente la portion déretour- 
née, & a b, la portion non-déretournée. La portion 
équivoque e paroiffoit comme le 4. Je donnai un Ver 

au 



DES POLYPES. IV. Mêm. 271 

au Polype, pour juger s'il pouvoit déjà fe fervir de fa 
nouvelle bouche , & fi ce qui entreroit par cette bou- 
che, fe répandroit dans les différentes portions qui 
compofoient ce Polype extraordinaire. Le Ver , étant 
tombé fur les anciens bras , en fut d'abord arrêté, & ra- 
mené fur la nouvelle bouche. Il fut avalé , comme il 
l'auroit été par un Polype ordinaire ; & en moins d'u- 
ne heure, je vis que les portions a c,a b ,a e* étoient * pl. xi. 
renflées , qu'elles étoient toutes remplies de la matié- Fl §' 20 * 
re du Ver, qui avoit déjà été macéré dans l'eflomac. 
Quoiq_ue depuis le 5 Octobre jufqu'au 9, j'aie ré- 
gulièrement obfervé tous les jours le Polype dont il 
s'agit ici, je ne m'arrêterai pas à décrire ce que j'ai 
vu dans cet intervalle , parce que les différences que 
j'ai obfervées d'un jour à l'autre , ne font pas affés re- 
marquables. Mais , il fe trouva le 9 fort différent de 
ce qu'il étoit le 5. On peut en juger par la compa- 
raifon des Figures 20 & 21. Cette dernière repréfen- 
te au naturel ce Polype, tel qu'il étoit le 9. a c, efl la 
portion déretournée , & a b , la portion non-déretour- 
née : on voit diflindlement que ces deux portions ont " 
une bouche commune #. C'efl cette bouche dont j'ai * pl. xi 
apperçu les commencemens le 4 * , & qui efl en par- * 'fig 
tie garnie de nouveaux bras , & en partie d'anciens. a 
Le refle des anciens bras fe voit fur la portion dére- 
tournée ac*, depuis a jufqu'en t. La portion équivo- * Fig. 21 
que e étoit le 9, telle qu'elle efl repréfentée dans 
cette Figure. Comme le Polype avoit mangé entre 
le 4 & le 9 , il étoit crû fenfiblement. Il a peu changé 
de Figure entre le 9 & le 24 , comme on le peut voir 9 
en comparant la Figure 21, qui le repréfente tel qu'il 

Mm étoit 



Fig. 21: a. 

19. 
w. 



272 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

étoit le 9, avec la Figure 22, qui le repréfente tel 
qu'il étoit le 24. 11 étoit plus grand le 24. Les anciens 

* PL. XL bras, qui étoient le 9 entre a & / #, étoient difparus 

* Fig. %z. le 24. J'apperçus ce jour-là une tête en u # qui avoit 

déjà un col, & que je pris d'abord pour un jeune: 
mais, elle eft reftée telle qu'elle étoit alors, pendant 
plus de trois mois que j'ai obfervé ce Polype depuis 
ce tems-là ; ce qui donne lieu de penfer que ce n'étoit 
pas un jeune , mais Amplement une tète. Le Polype 
avoit le 24 deux petits, dont l'un fortoit de la portion 
déretournée en g, & l'autre, de la portion non-dére- 
tournée enf. Ils fe font féparés quelques jours après. 
Depuis le 9 Octobre, jufqu'à ce que j'aie cefle 
d'obferver le Polype dont il s'agit ici, je l'ai vu mar- 
cher plufieurs fois. Il fe fixoit ordinairement par fes 

* Fîg. 22. deux extrémités poflérieures #. On juge bien, qu'en 

marchant, il devoit prendre des attitudes fort diffé- 
rentes de celles qui font repréfentées dans les Figu- 
res 21 & 22. Lorfqu'il étoit en repos, il étoit ordi- 
nairement dans la fituation, ou dans une fituation ap- 
prochante de celle qui eft repréfentée dans la Figu- 
re 22 ; c'eft- à-dire que les portions a c & a b étoient 
plus ou moins rapprochées l'une de l'autre. Je ne 
m'arrêterai point à ce que j'ai obfervé au fujet de 
ce Polype, jufqu'au 17 Décembre. Il fuffira que je 
le décrive tel qu'il étoit ce jour -là. Il étoit fixé con- 

* Fig. 23. * re ^ es parois du verre par les extrémités b & c *, de 

manière que les portions a b & a c étoient à peu près 
bout à bout l'une de l'autre. Il avoit quatre petits , 

* a h, dont un fortoit de la portion non - déretournée *, & 

* t c, trois de la portion déretournée *> fans compter un 

jeu- 



DES POLYPES. IF.Mêm. 273 

jeune en forme de cône *, qui fortoit aufïï de cette * pl. xl 
portion. La portion équivoque # avoit aufïï deux jeu- J 1 ** 23 ' ** 
nés femblables. 

J'ai nourri ce Polype jufqu'au mois de Février fui- 
vant, fans remarquer en lui de changement confidé- 
rable. C'eft dans ce mois- là , que j'ai cefîe de l'ob- 
ferver. Il y a toujours eu une communication entre 
la portion déretournée a c *, & la portion non-dére- * Fig, 23; 
tournée ab; c'eft- à -dire, que les alimens, qui pat 
foient par la bouche a, ou par la bouche w, fe ré- 
pandoient dans ces deux portions. Mais , je n'ai plus 
remarqué de communication entre la portion équivo- 
que e , & le refte du Polype , depuis la fin de Dé- 
cembre. 

Les Obfervations, que je viens de rapporter, fuf- 
fifent pour faire fentir combien font curieux les Poly- 
pes qui fe déretournent en partie. Pour bien juger 
des révolutions qui fe font dans ces Animaux , on n'a 
qu'à comparer de fuite les Figures 17, 19, 20, 21, 
22 & 23, qui repréfentent le même Polype, & dans 
lefquelles la portion déretournée eft toujours mar- 
quée a c, & celle qui n'eft pas déretournée a b. 

Ces changemens ne font pas les mêmes dans tous 
les Polypes. Ils varient au contraire confidérable- 
ment. J'ai obfervé plufieurs Polypes, qui s'étoient 
déretournés en partie, & je n'en ai pas trouvé deux, 
dont les changemens de figure fuffent parfaitement 
femblables. 

Les Obfervations fuivantes , faites fur un Polype ? 
déretourné en partie , m'ont paru dignes d'être rap- 
portées. Lorfque je pris ce Polype pour le retour- 

Mm 2 ner ; 



274 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

ner, il avoit deux petits qui fortoient à peu près du 
milieu de fon corps , l'un d'un côté, & l'autre de l'au- 
tre. Leurs bras avoient commencé à pouffer. Avant 
que de retourner la mère, je coupai le plus grand de 
ces deux jeunes Polypes , aufli près du corps de cette 
mère qu'il fut pofîible,de forte qu'il y eut une ouver- 
ture dans fa peau, à l'endroit où étoit le jeune. Ce- 
lui, qui étoit relié attaché à la mère, fe trouva dans 
fon eftomac, dès qu'elle fut retournée. Comme il 
étoit déjà affés avancé, je ne m'attendois pas à le voir 
fe retourner de lui-même , ainû que j'ai dit que le font 
Pag. 252. ceux qui ne font pas avancés #. Je comptois qu'il s'é- 
tendroit dans l' eftomac, & que fa tête fortiroit par la 
bouche de la mère retournée, comme il arrive fou- 
vent. Au lieu de cela , je le vis paroitre fur le milieu 
de fon corps , mais fur le côté oppofé à celui auquel 
il étoit attaché, & où il auroit dû paroitre, s'il s'étoit 
retourné de lui-même. Je n'eus pas befoin d'en cher- 
cher long-tems la raifon: je vis clairement, que ce 
jeune Polype, s'étant trouvé, après le retournement, 
enfermé dans l'eftomac, étoit paffé par l'ouverture, 
faite à la peau de la mère en féparant l'autre jeune 
d'elle, & avoit paru en dehors de cette mère, préci- 
fément à l'endroit où étoit auparavant le jeune qui 
avoit été retranché. Ce Fait excita extrêmement ma 
curiofité. On verra bientôt ce que devint ce jeune. 

La mère a été retournée le 24 Septembre 1742; 
Elle s'eft déretournée en partie; & la portion dére- 
tournée, après s'être peu-à-peu inclinée fur la por- 
tion non-déretournée , entre le 24 Septembre & le 4 
Oâobre, faifoit ce jour- là avec elle un angle droit. 

Ceft 



DES POLYPES. IV.Mêm. 275 

Ceft ce qu'on peut voir dans la Figure 1 , de la PL 
XII , dans laquelle a c repréfente la portion dére- 
tournée, a b la portion non -déretournée, & e i le 
jeune dont j'ai parlé ci -délais. L'endroit a, par le- 
quel la portion a c tenoit à la portion a b, avoit com- 
mencé à s'étrécir. 

Le lendemain, 5 Octobre, mon Polype fe trouva 
dans une fituation bien différente de celle où il avoit 
été le jour précédent. Quiconque ne l'auroit pas ob* 
fervé auparavant avec une grande attention , & n'au- 
roit pas été fort accoutumé à un Examen fuivi de 
ces Animaux , auroit eu bien de la peine à le recon- 
noitre. La portion déretournée a c * , s'étoit placée * p PL. XII. 
parallèlement à la portion non - déretournée ab\ & le lg ' J 
jeune Polype e ï fe trouvoit bout à bout de la por- 
tion non- déretournée a b, & paroiffoit parfaitement 
uni avec elle. L'état dans lequel fe trouva le Polype 
déretourné en partie , dont il s'agit ici , efl repréfente 
dans la Figure 2. a c repréfente la portion non - dére- 
tournée, défignée par les mêmes lettres dans la Figu- 
re 1. e b eft la portion non -déretournée, & ei le jeu- 
ne, qui eft bout à bout avec cette portion eb. A- 
près avoir examiné ce Polype , & admiré comment 
ce jeune s'étoit enté fur la portion non -déretournée, 
je lui donnai à manger. Les bras faifirent un Ver, il 
l'avala par la bouche /, & les alimens fe répandirent 
dans tout le corps i e b; de forte qu'après avoir vu 
cela, je n'eus plus lieu de douter que le jeune ie # *Fjg.i&s. 
ne fut parfaitement uni à la portion non - déretournée 
e b, & ne formât avec elle un feul Polype, & un 
Polype certainement des plus fmguliers , puifqu'il é- 

Mrn 3 toit 



276 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

toit compofé d'un petit , & d'une portion de fa mè- 
re, fur laquelle il étoit enté. Ce n'eft pas tout: la 

* PL. xii. portion e b # de la mère' étoit retournée, & le petit 

i e ne l'étoit pas. Ainfi, la moitié poflérieure de ce 
Polype étoit retournée , & la moitié antérieure ne 
l'étoit pas. Mais, il s'agifïbit de favoir fi ce jeune / ô 
refleroit toujours uni à la portion e b de la mère, fi 
îe Polype i e b ne s'étrangleroit point en e, & fi en- 
fuite i e ne fe fépareroit point de e b. C'eft à quoi 
j'ai donné une grande attention. Le 9 Octobre, le 
Polype étoit tel qu'il efl repréfenté dans la Figure 3. 
Le jeune ie étoit toujours uni à la portion dére- 
tournée e b. Les anciens bras , qui ne bordoient pas 

* Fïg. 3. la bouche a* de la portion déretournée a c , fe voioient 

fur le corps de cette portion de a en 0. Je donnai 
à manger au Polype i e b & à la portion déretournée 
ac, & je remarquai, qu'il n'y avoit plus de commu- 
nication entre eux. Le Polype a c s' eft féparé du Po- 
lype i e b, le 15 Octobre. Je les ai nourris l'un & 
l'autre encore deux mois depuis leur féparation. Ils 
ont multiplié, & fait en tout les fonctions de Poly- 
pes complets. La partie antérieure i e , du Polype 

* Fîg. 1. te b, réfultante du jeune i e #, ne s'eft point féparée 

* Fig. 3. de la partie poflérieure eb * réfultante de la portion 

* Fig. 1. non -déretournée a b # du Polype qui a été retourné 

le 24 Septembre. 

Le Polype, dont je vais parler à préfent, a été re- 
tourné le 3 Octobre 1742. Il étoit le lendemain dé- 

* PL. xi. retourné en partie *. J'ai vu clairement le 10, qu'il 
*!.' l8# s' étoit formé trois têtes près de l'endroit * où les lè- 
vres du Polype s'étoient arrêtées après qu'il a été 

dére- 



DES POLYPES. IV. Mêm. 277 

déretourné en partie. Ces trois têtes avoient déjà 

un col ce jour-là. Le Polype paroifïbit alors tel 

qu'il eft reprefenté dans la Figure 4 , de la PL XII. a b 

défigne la portion non -déretournée , marquée aufli 

a b, Fig. 18 , PL XL Le refte a d c g e * eft venu de * PL. xir. 

la portion déretournée, d, g, e font les trois têtes, lg ' 4 * 

qui fe font formées en a, Fig. 18. PL XL 

J'ai donné plufieurs fois à manger à ce Polype, 
entre le 10 & le 24 Octobre, & il a pris des alimens 
par fe s trois bouches # . Il a crû dans cet intervalle, *Fig.4.</ i> 
& a changé de figure. On le trouve reprefenté dans ë ' e 
la Figure 5 , de la PL XII , tel qu'il étoit le 24 ; & fi 
on la compare avec la Figure 4 , on pourra facile- 
ment juger du changement qui s'eft fait. Les diffé- 
rentes parties du Polype font défignées dans l'une & 
dans l'autre par les mêmes lettres, a b, portion re- 
tournée, adcge, portion déretournée avec les tê- 
tes d, g, e, qui font dans la Figure 5 défignées avec 
leurs cols par les lettres ad, ng, ne. c marque le 
bout antérieur du Polype , après qu'il a été déretour- 
né. Il eft défigné par la même lettre dans la Figu- 
re 4 , & dans la Figure 1 8 de la PL XL 

La portion co* s'eft enfuite fendue de c en 0, de * Fig. 5, 
forte que le 6 Novembre la partie du Polype, mar- 
quée bacd,viQ tenoit plus à l'autre , marquée cngeo, 
que par un appendice qui étoit en 0. C'eft ce qu'on 
peut voir dans la Figure 6 , qui reprefenté ce Polype 
tel que je l'ai vu le 6 Décembre. 0, appendice par 
lequel les deux parties bacd & ocnge tenoient en- 
core enfemble. ab, portion non-déretournée. a c, partie 
de la portion non-déretournée, marquée a oc dans la 

Fi- 



278 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

Figure 5. a d, une des têtes du Polype avec fon col. 
Cette tête n'étoit pas ce jour -là dans la fituation 
où elle étoit le 24 Octobre. Au -lieu de faire avec 

* PL. xii. a b l'angle dab #, elle faifoit avec ab à peu près 

* F'ig!*6. une ligne droite dab*. La portion c défigne l'au- 

* Fi g- 5» tre partie de a c *, qui s'eft partagée , comme je l'ai 

* Fig- 6. dit , de c en 0. Ces deux parties a c & c * , qui en 

font venues , ont crû , de même que le refte du Po- 
lype, entre le 24 Octobre & le 6 Novembre, par 
le moïen des alimens qu'il a pris, n g, ne, les deux 
autres têtes de ce Polype. 

Les deux parties b a d c & c n g e fe font fépa- 
rées le 10 Novembre, & étoient enfuite telles qu'el- 
les font repréfentées dans les Figures 7 & 8, de la 

* Fig, 7. PI. XII. a d * ne faifoit plus une ligne droite avec 

a b , comme le 6 Novembre , mais un angle b a d, com- 
me le 24 Octobre, ainfi qu'on en peut juger, en com- 
parant b a c d Fig. 7 , avec b a c d Fig. 5. Pour la 

* Fig. s. partie cnge #, elle étoit le 10 Novembre à peu 

près comme le 6 de ce mois -là & même comme le 
24 Octobre. C'eft auiïi ce dont on peut juger, en 
comparant enfemble les Figures 5, 6, & 8. J'ai gar- 
dé encore pendant quelque tems après le 10 No- 
vembre, les deux parties repréfentées dans les Fi- 
gures 7 & 8. Elles n'ont pas beaucoup changé de 
forme. 

En obfervant des Polypes, déretournés en partie, 
j'ai fouvent été curieux de favoir ce que devenoit 
la portion retournée du Polype, qui étoit couverte 
par la portion déretournée. Il me vint dans l'efprit, 
que les parois de ces deux portions; qui étoient ap- 

pli- 



DE S P O t Y P E S. IV. Mém. 279 

pliquées l'une contre l'autre, fe joignoient, peut-ê- 
tre, enfemble, enforte qu'elles ne formoient enfuite 
qu'une feule peau. Suivant cela, la portion dére- 
tournée #, devoit, en quelque manière, être doublée pigiV & 
par la portion retournée qu'elle avoit recouverte. Je lS - a b * 
penfai à cette occafion, que û la portion déretour- 
née eft doublée par la portion retournée qu'elle a 
recouverte, onpourroit, peut-être, doubler un Po- 
lype, en introduifant dans fon corps un autre Poly- 
pe. Il s'agiffoit donc de mettre dans l'eflomac d'un 
Polype , un autre Polype , de manière que les parois 
de l'eftomac du premier fuffent appliquées contre la 
fuperficie extérieure de la peau du fécond , & , il s'a- 
giffoit d'obferver enfuite, fi les peaux de ces deux 
Polypes fe coleroient enfemble ; fi le Polype inté- 
rieur ferviroit de doublure au Polype extérieur , & fi 
après cela ils ne formeroient plus qu'un feul Polype. 
Je m'appliquai d'abord à chercher un expédient 
pour introduire un Polype dans un autre Polype» 
Voici celui qui m'a paru le plus propre. Je donne 
d'abord à manger aux Polypes qui doivent fervir pour 
cette Expérience, afin que les alimens qu'ils pren- 
nent, les obligent à fe renfler, & fervent à leur fai- 
re ouvrir la bouche quand cela fera néceffaire. Je 
mets enfuite fur ma main gauche, hors de l'eau, 
le Polype qui doit être introduit dans l'eftomac d'un 
autre Polype: je le fais contracter le plus qu'il eft 
pofiible ; & je le preffe avec un pinceau , de manié* 
re que les alimens qu'il a dans l'eftomac, fortent en 
partie par la bouche, & la forcent à s'ouvrir. En- 
Cuite je prens de la main droite une foie de fanglier, 

Nn dont 



28a MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

dont je fais entrer le plus gros bout dans la bouche 
du Polype, & que je pouffe jufqu'aa fond de fon ef~ 
tomac. Il efl même affés facile d'introduire le bout 
d'une foie de fanglier dans le corps d'un Polype qui 
n'efl pas rempli d'alimens. Quand cela efl fait, je 
place fur ma main le Polype dans lequel le premier 
doit être mis, je lui fais ouvrir la bouche, & enfin* 
je fais entrer dans fon eflomac ce Polype , &; la foie 
de fanglier au bout de laquelle il efl. Ce. bout fe 
trouve alors couvert par deux Polypes mis l'un 
dans l'autre. Je le trempe dans l'eau d'un petit ver- 
re préparé d'avance, je fais tomber les Polypes au, 
fond; & je les examine avec une loupe. 

Je n'ai d'abord pris aucune précaution, pour obli- 
ger le Polype intérieur à refier dans le Polype ex- 
teneur: mais, aiant remarqué qu'il en fortoit, j'ai 
eu foin dans la fuite d'embrocher les deux Polypes 
après qu'ils ont été mis l'un dans l'autre, de maniè- 
re que la foie de fanglier les tranfperçoit tous deux* 

Je m'attendois de voir deux Polypes, mis l'un dans 
l'autre, fe coler enfemble , & ne former enfuite qu'un 
feul Polype; mais, j'ai vu d'abord tout autre chofe> 
& une chofe que j'aurois à peine cru poflîble. Les 
Polypes, mis l'un dans l'autre, quoiqu'embrochés 
comme je l'ai dit, fe font féparés plufieurs fois: l'in- 
térieur efl forti de l'extérieur. Les Expériences , 
que je vais rapporter , feront connoitre la manière : 
fmguliére dont cela s'efl fait.*. 

Le 17 Octobre 1742 >, j'ai mis un Polype de la 
féconde efpéce dans un autre Polype de cette ef- 
péce. J'ai auparavant retranché un peu le Polype 

extér 



DES POLYPES. IV.Mèm. m 

extérieur par fon bout pofiérieur, afin qu'étant ou- 
vert à cet endroit , & plus court que le Polype in- 
térieur , le bout pofiérieur de ce dernier pût fortir 
.par l'ouverture-, & que je puffe m'affurer par -là que 
fon corps alloit d'un bout à l'autre de l'eflomac du 
Polype extérieur. Enfuite, j'ai tranfpercé ces deux 
Polypes avec une foie de fanglier. Je les ai mis 
dans un verre. Us étoient tels qu'ils font repréfen- 
tés dans la Figure 9 de la PL XII, dans laquelle c 
repréfente la tête du Polype intérieur, & a celle du 
Polype extérieur, d-, le bout pofiérieur du Polype in- 
térieur, & b, celui du Polype extérieur. On voit, 
par cette Figure, que la tête & la queue du Poly- 
pe intérieur fortent de l'extérieur. Le 17 Octobre 
même, le bout pofiérieur b d # du Polype intérieur *. PL - X Œ« 
€ ab d a fendu la peau du Polype extérieur; & efl 
paffé par cette ouverture, deforte que le foir il é- 
toit déjà parvenu à l'endroit , marqué i dans la Figu- 
re 10. La portion i d du Polype intérieur étoit donc 
déjà fortie du Polype extérieur. . L'ouverture , fai- 
te à la portion i b du Polype extérieur, s'efl tou- 
jours refermée, à mefure que la portion i d avançoit. 
Je n'ai jamais apperçu cette ouverture, ni même de 
cicatrice. 

Le 18 Octobre au matin, je trouvai que ie bout 
pofiérieur du Polype intérieur , avoit continué à for- 
tir du Polype extérieur, en le fendant par le côté; 
•& qu'il étoit déjà dehors jufqu'à l'endroit e #, où la * Fîg. xu 
foie de fanglier tranfperçoit les deux Polypes. Je 
trouvai le foir, que le Polype intérieur fortoit du 
Polype extérieur un peu au-deffus de e. On voioit 

Nn 2 diftinc- 



282 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

diftinétement que la foie de fanglier tranfperçoit ces 
deux Polypes l'un après l'autre. C'eft ce qui efl 
repréfenté dans la Figure 1 1 , où c a i d représente le 
Polype intérieur, & a i b le Polype extérieur, i d 
eft la portion du Polype intérieur qui eft fortie de 
la portion i b du Polype extérieur, en l'ouvrant peu 
à peu. 

* pl. xii. Le 21 ,1e bout antérieur c a # du Polype intérieur, 
Fig ° "* a commencé à fendre les lèvres du Polype extérieur; 

& le lendemain, la portion c a i du Polype intérieur 
ëtoit entièrement fortie de la portion a i du Polype 
extérieur , enforte que ces deux Polypes étoient alors 

* Fi& i2. à côté l'un de l'autre *. Ainfi le Polype c e d, qui 

avoit été mis dans le Polype a e b le 17 Octobre, en 
eft forti en quatre jours, en le fendant peu à peu de 
b en e & de a en e. 

J'a ï vu manger un Ver à chacun de ces deux Po- 
lypes le 25 Octobre; & le jour fuivant je les ai déf- 
f Vig. 12. embrochés. Ils étoient un peu attachés en e #; mais, 
quelques jours après, ils fe font entièrement féparés. 
Je les ai nourris pendant quelque tems, & ils n'ont 
en rien différé des autres Polypes. 

Les deux Polypes, dont je vais parler, ont aufîl 
été mis l'un dans l'autre, & l'intérieur eft auiïi forti de 
l'extérieur , mais un -peu différemment de celui dont 
Il a été queftion ci-deffus. C'eft le 17 Oét. 1742, que 
j'ai mis l'un dans l'autre les Polypes dont il s'agit ici. 
Je les ai embrochés, mais un peu plus près de la tête 

* Fig. 15. que les deux précédens. Le bout poftérieur b d* du 

Polype intérieur fortoit par l'extrémité poftérieure b 
-de l'intérieur; mais ; la tête -de l'intérieur paroiifoit à 

pd- 



DES POLYPES. IV. Mêm. 283 

peine hors de la bouche de l'extérieur le jour de l'o- 
pération. Le lendemain, 18 Octobre , je n'ai pu ap- 
percevoir que les bras # de l'intérieur, & enfuite ils * p L. XII. 
font même rentres entièrement dans le corps de 1 ex- 
térieur. Le 19, j'ai trouvé le matin les bras * du Po- * « "« 
lype intérieur qui fortoient de la bouche du Polype 
extérieur, laquelle étoit formée en mamelon coni- 
que #. Vers le midi , j'ai vu la tête même du Polype * *» 
intérieur hors de la bouche de l'extérieur. A quatre 
heures, je n'ai plus vu que les bras, de même que 
toute la foirée , pendant laquelle j'ai obfervé plufieurs 
fois ces Polypes. J'ai compté à neuf heures & demie 
du foir cinq bras * de l'intérieur, qui fortoient par Ja * « «* 
.bouche a de l'extérieur. Le 20, à huit heures & de- 
mie du matin, quelques bras de l'intérieur fortoient 
par la bouche de l'extérieur. Toute la tête fortoit à 
deux heures après midi; & depuis ce moment-là, jus- 
qu'à neuf heures & demie du foir, j'ai toujours vu la 
même chofe. Je n'ai apperçu le 21, que quelques bras 
du Polype intérieur qui fortoient de la bouche du Po- 
lype extérieur. A midi, j'ai trouvé un grand change- 
ment. La queue du Polype intérieur avoit fendu en 
partie un côté du Polype extérieur, & en étoit for^ 
tie. Le foir, la portion e d * du Polype intérieur, qui * Fîg- **■ 
.fortoit de l'extérieur a e £,aboutmbit déjà à l'endroit 
e,où la foie de fanglier «/tranfperçoit les deux Poly- 
pes. La tête & les bras du Polype intérieur ne pa- 
roifToient plus hors de la bouche # de l'extérieur , * «* 
mais cinq bras,/ 0, t &c. fortoient par une ouver- 
ture / , par laquelle pafToit la foie de fanglier. Cette 
ouverture étoit au côté oppofé à celui par lequel for- 

Nn 3 toit 



1 1. 



-2S4 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

toit la portion e cl de l'intérieur. Le 22, je n'ai vu 

* PL. xit. que deux bras / 0, t * hors de l'ouverture /, par 
Flg " I5 ' laquelle il en fortoit cinq le jour précédent : mais, 

il en fortoit un •# par une ouverture f qui étoit au 
côté oppofé. Il m'a femblé que je voiois même la 
tête du Polype intérieur qui fe montrait un peu par 
cette dernière ouverture. Enfin , cette tête eft fortie 
îe 23 par l'ouverture e , & le Polype intérieur s'efl 
trouvé hors du Polype extérieur, .& placé à côté 

* Fjg. 12. <le lui ■#. 

On voit donc que le Polype intérieur, au -lieu de 
fendre la portion a e du Polype extérieur , pour 
faire fortir fon bout antérieur, comme cela eft arri- 
vé dans le cas décrit ci-deffus; on voit, dis -je, 
que le Polype intérieur a retiré fa tête en dedans 
de l'extérieur, & l'a enfuite fait fortir par le côté 
de ce Polype , & avec elle toute la partie anté- 
■* Fig. 12. rieure c e •*. 

Je dois faire remarquer ici , que le Polype inté- 
rieur a été pendant quatre jours dans le Polype ex- 
térieur; & qu'au bout de ce tems-là, il en eft forti 
■en vie, & fe portant bien. C'eft de ce Fait dont 

* Pag. 114. j'ai voulu parler dans le fécond Mémoire *. 

On pourrait, peut-être, dire, que le Polype in- 
térieur n'a pas été digéré par le Polype exté- 
rieur, parce que ce dernier, étant tranfpercé par 
une foie de fanglier, ne peut pas digérer comme un 
Polype qui n'eft pas tranfpercé. Mais , pour ré- 
pondre à cette objeétion, je dirai, que le Polype 
extérieur dont il s'agit , & qui n'a pu en quatre 
jours faire mourir dans fon eflomac le Polype inté- 
rieur, 



DES POLYPES. IF. MM. 285 

rieur, a mangé , pendant qu'il étoit embroché, plu^ 
fieurs Vers, qui. font morts, & qui ont été digérés .,, 
en peu de tems, dans fon eftomac. 

Les deux Polypes, dont je vais parler à préfent, 
ont été mis l'un dans l'autre le 9 O&obre 1742. 
Ils étoient ce jour-là tels que ceux qui font repré- 
fentés dans la Figure 9, de la PL XII. Le fuccès 
de l'Expérience que j'ai faite fur eux, a été fort dif- 
férent de celui des deux Expériences que je viens de 
rapporter. Ces deux Polypes n'avoient point chan- 
gé de fituation le 12, lorfque je retirai la foie de fan* 
glier qui les tranfperçoit : mais, je remarquai le foir,.. 
que le bout c a # du Polype intérieur, qui fortoit de * pl'.xiie 
Ja. bouche a du Polype extérieur , étoit beaucoup 
plus long que les jours précédens. Je ne fais fi cela 
venoit de ce que le bout c a étoit davantage éten- 
du, ou fi réellement le. Polype intérieur fortoit da* 
vantage de la bouche du Polype extérieur. Le 13, 
la queue du Polype intérieur a fendu de bas en haut 
le corps du. Polype extérieur jufqu'à l'endroit mar- 
qué i #.. La portion i d défigne celle- du Polype in- * Ffe'.a?- 
térieur qui eft fortie de l'extérieur. Ils étoient en- 
core le 16, tels qu'ils font repréfentés dans la Fi- 
gure 2. J'ai donné un Ver au Polype intérieur c a i d? 
qui pouvoit feul manger, la- bouche* de l'autre étant * *«■ 
remplie par la portion de ce Polype qui en fortoit. 
Cependant , j'ai remarqué que les alimens fe font , non 
feulement répandus dans le. Polype intérieur qui avoit 
mangé , mais aufli dans le Polype: extérieur. C'eft ce - 
dont il étoit facile de juger par le renflement du bout^ 
£oftérieur i b # du Polype extérieur a i b. En effet, * Fig, 2, . 

fi. 



286 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

fi les alimens s'étoient feulement répandus dans le Po- 
lype intérieur c a i d, il n'y auroit eu de renflé que 
les portions c a, a i, & i d; & a i, entant que portion 
du Polype extérieure i £,n'auroit même paru enflée, 
que parce qu'elle contenoit la portion a i du Polype 
intérieur qui étoit cachée fous celle-là. On voit, dans 
la Figure 3, les Polypes tels qu'ils étoient quelque 
tems après que le Polype intérieur eut mangé; & 
Ion peut facilement remarquer, que la portion i b 9 
qui eft le bout poftérieur du Polype extérieur, eft 
renflée, & remplie d'alimens. 

Pour que les alimens aient paiïe du Polype inté- 
rieur dans le Polype extérieur, il a fallu que la por- 

* pl. xiii. tion a i # du Polype intérieur fe foit ouverte quel- 
Fig.a&s- que part. 

#Fig.2. ca. Le bout antérieur * du Polype intérieur a chan- 
gé de place d'une manière très fenfible, le 19. Il né 

& a , fortoit plus ce jour-là de la bouche # du Polype exté- 

rieur, comme les jours précédens; mais, après avoir 
fendu les lèvres de ce Polype, il s'eft trouvé fortir de 
fon corps , un peu au-deflbus de la tête. C'eil ce qui 
eft repréfenté dans la Figure 4, où les lettres c dési- 
gnent le bout antérieur du Polype intérieur, marqué 

* Fïg.4.c„ c a dans la Figure 2. La bouche * du Polype exté- 

rieur s'étant trouvée dégagée, j'ai eifaïé de lui donner 
un Ver. Il l'a avalé ; & , après qu'il a été digéré , le 
fuc nourricier s'eft répandu fenfiblement dans toutes 

* Fig.5.^) les parties des deux Polypes #. J'ai vu la même cho- 
fe le 22, après avoir fait avaler un Ver à la portion 
c 0. Les alimens ont aufîi paffé de cette portion dans 
les autres. Il n'y avoit donc aucun lieu de douter, 

que 



ÇQ i ib,8iid. 



DES POLYPES. IF. Mêm. 287 

que le Polype intérieur, dont les portions c & i d # * pl. xih 
faifoient partie , ne communiquât avec le Polype ex- Flg ' ' 4 * 
térieur aib; c'eft-à-dire, que le Polype intérieur 
s'étoit ouvert entre / & 0. Il me feroit impoiïible de 
dire dans quel état étoit la portion du Polype inté- 
rieur cachée dans le Polype extérieur, peu après 
qu'elle s'eft ouverte: mais, je puis affurer, qu'elle 
s'eft enfuite confondue avec la portion a i * du Poly- * Fig. 4. 
pe extérieur, fans ôfer, cependant, dire comment .- 
cela s'eft fait. J'ai obfervé cette portion a i pendant 
-environ trois mois, & de bien des manières; & elle 
m'a toujours paru telle qu'eft une portion d'un Po- 
lype ordinaire. Les portions c & i d du Polype in- 
térieur, étoient comme entées fur le Polype extérieur 
aib; elles communiqu oient avec lui, comme un jeu- 
ne Polype communique avec fa mère. Ces deux 
Polypes réunis ont crû & multiplié. On en peut ju- 
ger par la Figure 6, qui les repréfente tels qu'ils 
étoient le 6 Novembre. Ils produifoient alors quatre 
jeunes *, & il s'en étoit déjà féparé quelques-uns. La * Fig. 6. 
portion antérieure c du Polype intérieur, paroiffoit '* e> e ' e * 
plus éloignée de la tête du Polype extérieur , qu'elle 
n'étoit le 19 Octobre #. J'ai tout lieu de croire, que * Fig , 
cela ne vient pas d'un changement de place, mais de 
ce que la portion a # du Polype extérieur s'eft al- * Fig. c, 
longée. La portion c a communiqué "avec la portion 
a i jufqu'au 20 Novembre. Les alimens paffoient fen- 
fiblement de l'une dans l'autre. Cette portion c 
s'eft enfuite étrecie en n *, & c'eft par-là qu'elle s'eft * Fig. 7, 
féparée du refte , le 24 Décembre ; après quoi , elle a 
fait un Polype à part *, de même que l'autre partie * Fig.8»**, 

Oo des 



288 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

» PL. xni. des deux Polypes *. Le bout poftérieur i d du Poly- 
lg ' 9 " pe intérieur, étoit parfaitement réuni avec le Poly- 
pe extérieur a i b> & il l'étoit encore autant que ja- 
mais à la fin de Février 1743, lorsque j'ai cru pou- 
voir cefTer de l'obferver. 

On peut juger, par la dernière Expérience que je 
viens de rapporter, qu'un Polype peut, en quelque 
manière, être enté fur un autre Polype. On a vu du 
* Fig. 6. . moins que les portions c & i d # du Polype inté- 
rieur, ont été long -tems unies avec le Polype exté- 
rieur a i b , comme une branche ou une greffe efl 
unie au tronc auquel elle efl attachée. 

Mais, ce n'efl pas cela feulement que j'ai cher- 
ché, lorfque j'ai commencé à mettre des Polypes les 
uns dans les autres. J'ai voulu voir , fi le Polype in- 
térieur ne s'incorporeroit point avec le Polype exté- 
rieur fans en fortir, de manière qu'on pût dire, qu'il l'a 
doublé, & que de deux Polypes il s'en efl formé un. 

De toutes les Expériences que j'ai faites dans ce 
but -là, il n'y en a point qui ait mieux répondu à mon 
attente, que celle que j'ai commencée le 22 Oclobre 
1742. Le Polype, que j'ai mis ce jour -là dans un 
autre Polype, n'en efl jamais forti, ni en tout, ni en 
partie. Je l'avois retourné, avant que de le faire en- 
trer dans l'autre Polype; & j'ai eu foin, comme à 
l'ordinaire , d'embrocher les deux Polypes , après 
qu'ils ont été mis l'un dans l'autre. Je ne faurois dire 
ce qu'efl devenu le corps du Polype intérieur ; s'il a 
été diffous dans l'eflomac du Polype extérieur, ou 
s'il s'efl incorporé avec ce dernier Polype. Mais, je 
puis aiïurer^que j'ai vu ce corps du Polype intérieur 

dans 






DES POLYPES. IV.Mèm. 289 

dans le Polype extérieur, plufieurs jours après qu'il y 
a été introduit. Par rapport à la tête du Polype in- 
térieur, je fuis allure, qu'elle s'en: réunie avec celle 
du Polype extérieur. Les lèvres de ce dernier Po- 
lype fe font collées contre le col du premier; &, au 
bout de quelque tems , les deux têtes de ces Polypes 
n'en formoient qu'une , qui avoit deux rangs de 
bras P. J'ai vu très diftin&ement, à diverfes fois que *. PL - XIIÎ - 

,- u Fig. io. a 

j'ai donné à manger au Polype c a b*, qu'il n'avoit & c 
qu'une bouche , & que c'étoit celle du Polype inté- * Flg ' l9 ' 
rieur. La bouche de l'extérieur # étoit remplie par * *• 
la tête du Polype intérieur; ou, plutôt, elle n'étoit 
plus une bouche. On ne diflinguoit plus que les bras 
qui avoient bordé fes lèvres, & qui formoient alors - 
le fécond rang de bras #, dont je viens de parler. * <*> 

J'ai nourri ce Polype, depuis le 22 O&obre 1742, 
jufqu'au milieu de Février 1743, qu'il eft mort de 
maladie. Il a crû & multiplié pendant cet intervalle 
de tems; & j'ai toujours pu diftinguer les deux rangs 
de bras qu'il avoit à fa tête. 

Ce Polype * n'eft pas un des moins extraordinai- * Fig- *« 
res dont nous aions parlé jufqu'à préfent. Il étoit 
compofé du Polype extérieur, & du Polype inté- 
rieur, ou du moins de fon bout antérieur, qui auroit 
pu facilement devenir un Polype parfait. On peut 
donc affurer, qu'il étoit compofé de deux Polypes: 
&, cela étant, on peut regarder l'Expérience, dont 
il s'agit ici, comme l'oppofé de la première que nous 
avons faite fur les Polypes. Celle-ci nous a appris, 
que d'un. Polype on pouvoit en faire deux; & celle- 
là, que de deux Polypes on pouvoit en faire un. 

' Oo 2 Le 



2po MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

Le hazard m'a appris à réunir des portions de Po- 
lypes. J'avois mis dans un petit verre deux mor- 
ceaux de Polypes, dont je m'étois fervi pour faire 
une Expérience. Les aiant examinés le lendemain, 
je remarquai, qu'ils étoient attachés l'un à l'autre. Je 
les coupai de nouveau, & je les rapprochai exprès. 
Ils fe réunirent encore. Il n'en fallut pas davantage, 
pour me porter à faire cette Expérience avec atten- 
tion. Voici comment je m'y prens pour réunir des 
portions de Polypes. 

Après avoir coupé le Polype dont je veux réunir 
les moitiés, je mets ces moitiés au fond d'un verre 
plat , dans lequel il n'y a de l'eau qu'à la hauteur de 
quelques lignes. Je les rapproche l'une de l'autre en 
les pouffant avec la pointe d'un pinceau, & je les dif- 
pofe de manière que les deux bouts par lefquels el- 
les doivent fe réunir, fe touchent, ou peu s'en faut. 
S'ils fe touchent , j'obferve à la loupe s'ils continuent 
à fe toucher. S'ils ne fe touchent pas tout -à -fait, 
j'examine û les moitiés, en s'étendant,ne rapprochent 
pas ces deux bouts l'un de l'autre jufqu'à fe rencon- 
trer. Il arrive fouvent, que les portions de Polype 
fe dérangent, & que les extrémités qui doivent fe 
toucher, s'éloignent l'une de l'autre. Alors, je les re- 
mets avec un pinceau dans la fituation où elles doi- 
vent être. Mais , fi je vois que leurs bouts continuent 
à fe toucher, j'ai grand foin de les laiffer dans un par- 
fait repos. C'eft, après que les bouts fe font touchés 
pendant quelque tems, un quart d'heure, une demi- 
heure, une heure, que l'on commence à s'apperce- 
voir qu'ils s'attachent. Mais, cela n'arrive pas à tous 

ceux 



DES POLYPES, m Mêin. 2 9 r 

ceux qui fe font touchés pendant quelque tems. On 
trouve fouvent enfuite qu'ils fe font éloignés l'un de 
l'autre, foit par la contraction, foit par le dérange- 
ment de la fituation des portions de Polypes. Il faut 
dans ce cas remettre ces portions dans la fituation 
convenable. Il m'a paru , qu'il étoit bon de les forcer 
à fe contracter, avant que de les rapprocher. On 
oblige par-là les bouts , qui doivent fe toucher , à s'é- 
largir; & plus ils font larges, plus il eft apparent 
qu'ils fe réuniront. C'eft au moins ce que j'ai lieu de 
conjecturer. Quoique j'aie foin de rapprocher les 
portions de Polypes d'abord après qu'elles ont été 
féparées, ce n'eft pas que cela foit abfolument nécef- 
faire pour que l'Expérience réuffiffe. J'en ai vu, qui 
n'ont commencé à fe réunir que deux heures après 
que le Polype avoit été coupé. Peut- être que fi l'on 
s'obflinoit à rapprocher toujours les bouts de por- 
tions de Polypes qui s'éloignent , on parviendroit 
enfin à les faire toutes réunir. 

Je n'ai pouffé à cet égard la patience quejufqu'à 
un certain degré. Je n'ai rapproché les portions de 
Polypes, à mefure qu'elles fe dérangeoient , que pen- 
dant une heure ou deux. En général le fuccès n'efl 
pas fi fréquent dans cette Expérience, que dans cel- 
les dont j'ai parlé jufqu'à préfent. 

Les deux portions de Polypes ne font d'abord 
réunies, que par une partie de leur extrémité. Le 
Polype, qu'elles forment, eft fort étranglé à l'endroit 
où la réunion s'eft faite #. Mais, à mefure qu'on le * PL Xîï ^ 

F ; ° i 7 c 

nourrit , l'étranglement diminue , & difparoit enfin J£S ° 
entièrement. 

Oo 3 Je. 



29^ MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

J ë Ferai mention à préfent en particulier de quel- 
ques Polypes, dont j'ai fait réunir les portions, afin 
que, par le moïen de ces exemples, on puiffe fe faire 
une idée plus nette de la chofe. 

J'ai coupé tranfverfalement , le 5 Novembre 1742, 
à deux heures après midi, un Polype de la féconde 

* PL. xiii. efpéce. J'ai rapproché les deux moitiés # de manière 
aî'&c h que le bout antérieur de la féconde touchoit le bout 

poftérieur de la première. Il m'a paru peu après 
qu'elles commençoient à fe réunir. J'ai vu diftin&e- 
ment le foir qu'elles étoient attachées l'une à l'autre. 
Mais, comme je l'ai dit ci-defïus, le Polype qu'elles 
formoient , étoit fort étranglé à l'endroit où la réunion 

* ci s'étoit faite *. J'ai donné un Ver à ce Polype le len- 

demain. Mon but étoit, non feulement de voir s'il 
mangeroit, mais fur-tout s'il y avoit une communica- 
tion entre la première & la féconde partie. C'eft ce 
dont j'ai eu une démonftration ; car , j'ai vu paffer 

* a 0. une partie du Ver de la moitié antérieure # qui l'a- 

* c h voit avalé , dans la moitié poftérieure # qui lui étoit 
ac'S'ck* réunie. Ces deux parties ont été enfuite renflées*; 

& l'endroit, par lequel elles étoient réunies, paroif- 

* c. foit encore fort étranglé #. Le 15, le Polype a com- 

mencé à pouffer un jeune, & enfuite il en a pouffé 
plufieurs autres. L'étranglement n'étoit plus fenfi- 
ble le 20. 

Après être parvenu à réunir des portions d'un 
même Polype, j'ai entrepris de réunir celles de diffé- 
rens Polypes. J'ai coupé, le 7 Novembre 1742, deux 
Polypes de la féconde efpéce, & rapproché la pre- 
mière partie de l'un de la féconde partie de l'autre, 

& 






DES POLYPES. 1K Mêm. 293 

& réciproquement. L'Expérience n'a réuffi que fur 
deux de ces parties: c'eft-à-dire, qu'une première 
moitié d'un Polype s'eft attachée à une féconde moi- 
tié d'un autre Polype. Il y avoit ceci de remarqua- 
ble, que la première partie étoit blanchâtre, & la fé- 
conde d'un brun affés foncé. J'ai donné le 7 Novem- 
bre même, à onze heures du foir, un Ver à ce Po- 
lype; & le lendemain, à huit heures du matin, j'ai 
trouvé que ce Ver étoit entièrement paffé dans la 
féconde partie. Elle étoit fort renflée, & la pre- 
mière ne l'étoit point. J'ai donné à manger à cette 
première partie. L'endroit, par lequel les deux moi- 
tiés réunies fe touchoient, n'a commencé à s'élargir 
que le 13; & vers la fin du mois, après que le Po- 
lype a eu fait quelques repas, l'étranglement ne fe 
remarquoit plus, & les deux moitiés avoient une mê- 
me couleur. Elles étoient brunes. Ce Polype, corn- 
pofé des portions de deux differens Polypes, a en- 
fuite multiplié au-defîus & au-deffous de l'endroit 
où les portions fe font réunies, c'eft-à-dire , que 
chaque portion a produit des petits. Je l'ai obfer- 
vé jufqu a la fin du mois de Février fuivant. 

J'ai auffi effaié de faire tenir enfemble des por- 
tions de Polypes de différente efpéce. Je ne puis 
pas dire que j'aie réuffi*. J'ai feulement vu deux 
morceaux de Polypes, l'un de la féconde, & l'au- 
tre de la troifiéme efpéce, qui ont été un peu atta- 
chés enfemble pendant une quinzaine de jours, & 
qui enfuite fe font féparés. Mais, je n'ai pas tenté 
cette Expérience affés fouvent , ni avec affés de foin^ 
pour sfiurer qu'elle ne peut pas réuffir. 

Lors- 



294 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

Lorsque je fus parvenu à réunir des portions de 
Polypes, à les greffer en quelque manière, je fis d'a- 
bord part , fuivant ma coutume , du fuccès de cette 
Expérience à Mr. de Reaumur. Ce Fait ne lui étoit 
pas nouveau, Cefl ce qu'il a eu la bonté de réap- 
prendre par une Lettre , dattée le 14 Décembre 1742. 
j, Aiant jette, dit-il, des Polypes, coupés en deux, 
? , les uns fur les autres dans un verre extrêmement 
? , conique, deux morceaux fe réunirent. Cefl même 
? , ce qui me donna l'idée de faire plus en grand ce 
„ que vous avez exécuté en petit. Je fongeai à réu- 
„ nir deux moitiés de deux différentes Orties, cou- 
„ pées par un plan perpendiculaire à la bafe. Mr. de 
? , Viilars , Médecin à la Rochelle , voulut bien fe char- 
„ ger de faire ces opérations. Il a été obligé d'avoir 
9 , recours à la future pour affujettir les deux moitiés 
? , l'une contre l'autre. Quelques-unes de fes Expé- 
9 , riences lui ont réufîi; mais, il y en a beaucoup 
? , plus qui lui ont manqué. Il les continue actuel- 
„ lement ". 

Cet Extrait de Lettre de Mr. de Reaumur confir- 
me , comme on le voit , ce que j'ai dit fur la réunion 
des portions de Polypes ; mais il nous apprend enco- 
re que cette Expérience a auffi réufïï fur des Ani- 
maux fort différens. • : 

La reffemblance, qui fe trouve à cet égard entre 
les Orties de mer , & les Polypes d'eau douce à bras 
en forme de cornes, peut encore fervir à nous prou- 
ver que les propriétés finguliéres que nous avons re- 
marquées à ces derniers Animaux, fe trouvent aufïï 
dans d'autres, Cefl ce que j'ai déjà fait voir par 

rap- 



DES POLYPES. IV. Mêm. 295 

rapport à la manière de multiplier des Polypes par 
rejettons & par bouture *. J'aurois pu encore dans * Mém. 
la fuite de ces Mémoires , à l'occafion de differens & a fuit? 9 * 
Faits que leur Hiftoire nous préfente, parler de quel- 
ques autres rapports qu'ils ont avec d'autres Ani- 
maux , mais je n'ai pas voulu trop interrompre le 
narré de mes Expériences ; & j'ai préféré de ren- 
voyer ici , ce qui me paroit néceflaire de dire fur ce 
fujet. 



LES Infe£tes, dont je viens de donner l'Hiftoire, 

doivent le nom de Polype , comme on l'a vu ci-def- 

fus #, au rapport qu'a leur forme avec celle des Po- * Me ' m - T - 
, j rr > - P a S- 49- 

types de mer. 

Il eft bien naturel de demander û ces Animaux 
n'ont point entre eux d'autres reffemblances, & fur- 
tout , û les Polypes marins n'ont point les propriétés 
fmguliéres qui font actuellement connues dans les Po- 
lypes d'eau douce à bras en forme de cornes? Je ta- 
cherai de répondre , autant qu'il me fera poflible , à 
ces Queflions , en rapportant une partie de ce- qu'on 
trouve dans les Auteurs fur les Polypes de mer. 

Ces Polypes font de grands Animaux, en compa- 
raifon de ceux dont il a été queftion dans ces Mémoi- 
res. Il paroit, par ce qu'on en dit, qu'ils ont com- 
munément entre un & trois pieds de longueur. Pline 
parle * d'un monftrueux Polype, dont les bras a- * Hîft. Nac 
voient, dit -il, trente pieds de long, & qui étoient cap. 30. 
û épais, qu'un homme pouvoit à peine les embraffer. 
Je crois qu'il eft permis de douter d'un pareil Fait. 

Pp Les 



206 MÉMOIRES POUR L'HISTOIRE 

Les Polypes de mer font voraces , & fe fervent 
de leurs bras, comme ceux d'eau douce , pour fai- 
fir leur proie & pour la porter à la bouche. 

Nous n'avons, à ce que je crois, rien de fi dé- 
taillé, ni de fi exact, fur l'anatomie de ces Animaux, 
que ce qui fe trouve dans les Oeuvres de Swammer- 

* Bibiia d am # Q et habile Naturalifte a anatomifé la Sèche, 

Nit. ppg. ■ . 7 

875. &c, qui eft une efpece de Polype. On peut voir dans fa 
Defcription , que l'intérieur de cet Animal n'a pas une 
ftrucliure fi fimple , que nous paroit être celle des Po* 
lypes d'eau douce à bras en forme de cornes. 

Tous les Naturalises difent unanimement , que 
les Polypes de mer font mâles & femelles, s'accou* 

* Voî. fur- plent , & font Ovipares #. J'ai vu les œufs de la Se- 
rai." AnV cne ? us f° nt noirs, & ils font attachés plufieurs en- 
mai, îib. 5. femble en forme de grape de raifins. J'ignore fi les 
Maffadus in Poiypes de mer ont d'autres manières naturelles de 

nonumPlin. -, . <• 11 

iib.pag.T82. multiplier que celle-ci. 

^ fe i q ; Bafi " Ce qui intéreffe le plus ici, c'eft de favoir fi l'on 
ne peut point les multiplier en les coupant. Aldro- 

* Proieg, vande dit #, que le Polype , coupé par morceaux, 

in lib. de . _ . ± ., ri • • j 1 j 

inf.pag. 17. vit; & je ne lâche pas quil y ait rien de plus dans 
d'autres Auteurs. Il eft bien apparent , ' que cela 
fignifie feulement , que les morceaux d'un Polype 
donnent encore des marques de vie, mais non, que 
ce qui manque à chacun d'eux pour être un Animal 
complet, fe reproduit au bout de quelque tems. On 
ne pourra donc favoir s'ils ont cette propriété, que 
îorfqu'on aura coupé ces Polypes, & obfervé de fuite 
les portions qui auront été féparées. 
Il eft cependant parlé de la reproduction de quel- 
ques 



DES POLYPES. IV. Mém. 297 

ques parties des Polypes de mer , qui a certainement 
lieu dans ceux d'eau douce à bras en forme de cor- 
nes. C'eft celle des bras qu'ils ont perdus en tout ou 
en partie. Elien dit * que les Polypes de mer man- hî^'h"" 
gent leurs propres bras lorfqu'ils manquent d'alimens. cap. 17. 
D'autres Auteurs * le nient, & affurent, que ce font * Ariit.Hift. 

, .-, , -, . . Animal. 

les Congres qui les rongent; mais tous conviennent iib.8.ca P . 2 , 
que ces bras recroiffent. ££"; " b lft ^ 

Je cite ces difFérens Auteurs; mais, fans vouloir ca P- 2 ?° 
décider du degré de foi que méritent les Faits qu'ils 
avancent. Il faudroit , pour le pouvoir , connoitre 
les Obfervations fur lefquelles eft fondé ce qu'ils di- 
fent, & favoir comment elles ont été faites. Ce font 
des détails qui ne fe trouvent dans aucun de ces Au- 
teurs. 

J'a 1 indiqué , dans le troifiéme Mémoire * , les * p ag . 20$. 
rapports connus entre les Polypes à bras , en forme 
de cornes, & ceux à pannache. Il n'efl pas nécef- 
faire que je m'y arrête à préfent. 

Il y a plufieurs efpéces d'autres Animaux, beau- 
coup plus petits que les Polypes à pannache, & qui 
paroiffent devoir être auffi rangés dans la claffe des 
Polypes. Mr. de Reaumur en a trouvé en grande 
quantité aux environs de Paris, & en Poitou. Il y 
en a auffi abondamment, & de plufieurs efpéces, 
dans les foffés qui font autour de la Haye, & dans 
ceux de Sorgvliet. Tous ces Animaux ont la bou- 
che à une de leurs extrémités; & c'eft à la même ex- 
trémité , que font auffi leurs bras , ou ce qui leur 
tient lieu de bras. J'en connois quelques efpéces, 
qui font furement voraces. En les obfervant avec 

Pp 2 une 



298 MEMOIRES POUR. L'HISTOIRE 

une forte loupe , on voit diftinctcment de petits Ani- 
maux qui font attirés dans leur bouche. 11 feroit dif- 
ficile de bien décrire ces Polypes, fans le fecours d'un 
grand nombre de Figures. Leeuwenhoek en a décrit 
une efpéce dans la lettre dont nous avons déjà par- 
piJi ra nomb ^ *• ^ s ^ ont re P r éfe n tés fort en grand dans la Plan- 
283. Arc. 4. che des Tranfaétions Philofophiques qui a rapport au 
P a g- 1305. nom b re aue j e c j te en marge. Figure 8. NWV. 

& ITS. 

A l'occafion de ces différentes efpéces de Polypes,, 
qui peuvent fournir une abondante matière à décou- 
vertes, je ne faurois me difpenfer de dire un mot 
de celle qu'a faite Mr. Hoghes , Eccléfiaflique An- 
glois. Il a vu, dans l'eau d'une grotte de rifle de 
Barbade , des corps organifés , qu'il a d'abord pris 
pour des fleurs, mais qu'il a cru enfuite devoir placer 
dans la Claffe des Animaux. Aiant voulu cueillir ces 
prétendues fleurs , elles fe font d'abord cachées , 
comme nous avons dit que le faifoient les Polypes à 
pannache. Elles ont reparu enfuite au bout de quel- 
ques minutes , & fe font développées peu-à-peu. Il 
paroit , par les Obfervations de Mr. Hoghes , que les 
efpéces de raïons , ou plutôt de bras , qui bordent le 
bout antérieur de ces Animaux , leur fervent à faifir 
les petits Animaux qui nagent dans l'eau. On peut 
voir, dans les Tranfaétions Philofophiques, une plus 
ample Defcription de ce qu'il a obfervé fur ce fujet 
Il convient de remarquer, que Mr. Hoghes n'a voit 
aucune connoiffance de ce qui a été découvert en 
Europe depuis quelques années fur les Polypes, 
lorfqu'il a fait les Obfervations dont il s'agit ici, & 

que 






DES POLYPES. M Mêm. 2 99 

que même les Tiennes ont été faites les premières. 

J'ai dit ci-deffus, qu'on ignoroit fi les Polypes de 
mer pou voient fe multiplier par la fe&ion : j'ajoute- 
rai ici, qu'il ne paroit pas que cette propriété ait 
été connue dans aucun Animal , au moins par les 
Naturalises dont il nous relie quelques Ecrits. Ils 
ont bien fait mention de divers Animaux, dont les 
morceaux , après avoir été féparés , donnent des 
marques de vie pendant quelque tems. Ariftote dit % ï ™i 
que la plupart des Infectes vivent après qu'ils ont été nb. 4. cap. 7, 
partagés; mais, il ne dit rien qui puiffe faire juger 
qu'il ait obfervé dans les portions de ces Animaux 
aucune reproduction, au moïen de laquelle chacune 
foit devenue un Animal complet. Il paroit feulement, 
qu'il a remarqué, que les unes vi voient plus long- 
tems que les autres. Il rapporte, que les Animaux, 
qui- ont le corps long, & beaucoup de pieds, vivent 
le plus long-tems lorfqu'iis font partagés; & que les 
parties marchent, après qu'elles ont été feparées^ 
l'une en avant, & l'autre en arriére. 11 cite, à cet- 
te occafion, l'exemple des Scolopendres. C'eft ce 
que St. Augultin rapporte * auffi d'un Animal de ce * Lib. de- 
genre, c'eft-à-dire, d'une efpéce de Mille-pieds. Ce- ffi^T 5 
lui, qu'il a vu, fut même coupé en plufieurs par- 
ties, & chacune, dit-il, fe mouvoit de manière, que fi 
nous ne les avions pas f épatées nous-mêmes, & fi les 
blejfures n'eujjent pas été vifibles , nous les aurions prî- 
mes pour tout autant d'Animaux différens. 

I l ne paroit donc pas , qu'on ait fait des Expérien- 
ces, pour voir ce que deviendroient les morceaux 
d'Animaux en qui il refle du mouvement 7 après 

Pp 3 qu'ils 



& 62. 



3oo MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

qu'ils ont été féparés. Mais, il eft certain, qu'en di- 
vers endroits , on a cru , que les morceaux de tels ou 
tels Animaux reftoient en vie, & même devenoient 
des Animaux parfaits. Ces idées, à la vérité, n'ont 
guères pafle que pour des préjugés du vulgaire. On a 
vu, dans la Préface du Tome 6 me . des Mémoires de 

* Pag. 61 Mr. de Reaumur fur les Infectes #, ce que des Pê- 
cheurs de Normandie avoient remarqué à l'égard des 
Etoiles de mer , & nous rapporterons bientôt ce que 
des Païfans de Suéde ont dit d'un autre Animal aqua- 
tique , & quel jugement on a porté de leur opinion. 

On a vu ci-deifus, que des morceaux des Poly- 
pes dont il a été queflion dans ces Mémoires, étant 
rapprochés les uns des autres, pouvoient fe réjoin- 
dre, & former un feul Animal. C'eft ce que Jean 
*■ Phyto- Baptifte Porta dit * des Léfards. Il paroit, qu'il a tiré 
ce paffage d'Elien #, qui dit la même chofe des Lé- 
fcof' f ai "ds & des Serpens. Cette propriété eft encore 

* ÏEiian. actuellement attribuée affés généralement à- ces mê- 
cap.'*3.' ' mes Animaux. Je ne faurois dire fi cette opinion eft 

fondée fur des Obfervations , ou fur des conje&ures. 
Il n'y a au fond, dans le Fait dont il s'agit ici, rien à 
quoi on n'ait pu être préparé par la connoilfance que 
nous avions d'autres propriétés fort communes aux 
Animaux. L'Expérience a appris , en bien des occa- 
fions , que les parties des Animaux pouvoient, lorf- 
qu'elles fe touchoient, s'attacher & fe réunir aufli fa- 
cilement que le font celles des Plantes. C'eft ce que 
les Médecins & les Chirurgiens ont éprouvé bien des 
fois à l'égard du corps humain; & c'eft qui oblige à 
prendre des précautions dans les cas où Ton veut en> 

pê. 



gnomomca. 
ïib. v. cap 

12. 
Franco f. 



DES POLYPES. IV. Mêm, 301 

pêcher qu'une pareille réunion ne fe faiïe. Il n'efl 
donc pas étonnant, que la même propriété ait lieu 
dans des Infectes : & s'ils font de ceux, je ne dis pas 
feulement dont chaque portion féparée peut devenir 
un Animal complet, &c. mais même de ceux dont 
les morceaux confervent Amplement de la vie pen- 
dant quelque tems après leur féparation; s'ils font, 
dis -je, de ces Infectes, on n'a pas lieu d'être fur- 
pris, & que les morceaux de ces Animaux fe réù- 
niffent, & qu'ils forment enfuite un Animal. 

J'a 1 déjà dit ci - deffus , que les Anciens faifoient 
mention de la reproduction des bras des Polypes de 
mer: j'ajouterai ici, qu'ils parlent encore d'une re- 
production qui fe fait dans d'autres Animaux, favoir 
celle de la queue des Léfards & des Serpens. Arifto- 
te * & Pline + afTurent , qu'elle recroît. Ceft ce qui * Hift. Aai- 
eft encore admis affés généralement à préfent par 5p.' 17.' 2 
rapport aux Léfards. Mais, fi l'on veut connoitre ,t. ftift - Nat ° 
des Faits, bien prouvés & bien détaillés, fur la re- 29. 
production de quelques parties de certains Animaux, 
il faut lire le beau Mémoire de Mr. de Reaumur, 
qui renferme les découvertes qu'il a faites à cet 
égard fur les EcrevilTes #. * Mém. de 

î'Acad.pour 
l'année 



Ï712. pag. 
226, 



LES Polypes, qui ont fait le fujet de ces Mémoi- 
res, aiant d'abord été principalement connus par la 
propriété qu'ils ont de pouvoir être multipliés par la 
fection, il n'efl pas étonnant qu'on ait été porté à 
les regarder comme des Plantes ; puifque cette pro- 
priété 



302 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

priété n'étoit connue jufqu'alors que dans des Plantes. 
On ne pourroit que fe confirmer de plus en plus dans 
cette idée , fi on les confidéroit enfuite par rapport à 
d'autres propriétés que nous avons fait connoitre. En 
effet, qui ne croiroit que ces Polypes font des Plan- 
tes, & non des Animaux, fi, après avoir appris 
qu'ils peuvent être multipliés par bouture, on enten- 
doit dire qu'ils multiplient naturellement par rejet- 
tons, & qu'ils peuvent être greffés? On ne feroit, 
en les regardant comme Plantes, que fuivre des ré- 
gies généralement reçues fur la nature des Plantes & 
des Animaux. Mais, à la vérité, en fuivant ces mê- 
mes régies , on ne pourroit non plus difconvenir que 
ces Polypes ne foient des Animaux, quand on ob- 
ferveroit leur mouvement progreffif, & fur -tout, 
quand on leur verroit faifir des Infectes , les porter à 
la bouche avec leurs bras, les avaler, & les digérer. 

Mais, quelle idée devroit-on fe faire des Poly- 
pes , fi l'on ne confultoit que les régies formées fur 
les propriétés, connues jufqu'à préfent dans les Plan- 
tes & dans les Animaux; quelle idée, dis -je, devroit- 
on s'en faire, en penfant à la propriété qu'ils ont de 
pouvoir être retournés fans périr, & même fans qu'il 
fe faffe en eux aucune altération fenfible ? Comme 
cette propriété, n'efl, fi je ne me trompe, connue 
dans aucune Plante, ni dans aucun Animal, il fau- 
droit donc conclure, qu'à cet égard, les Polypes ne 
font, ni Plante, ni Animal. 

Si donc on s'en tenoit fcrupuleufement aux idées 
qu'on s'efl faites affés généralement fur la nature des 
Plantes & des Animaux, il s'enfuivroit , qu'un Poly- 
pe, 



DES POLYPES. IV. Mêm. 303 

pe, vu les différentes propriétés qu'il renferme, fe- 
roit en même tems Plante & Animal, & ne feroit ni 
Animal, ni Plante. 

On peut juger par-là combien font peu fûres ces 
régies prétendues générales , dont il efl queflion. 
Indépendamment de la preuve que les Polypes nous 
en fourniifent , il efl: facile de fentir, que les Plan- 
tes & les Animaux ne nous font pas affés connus, 
pour que nous puiffions faire des régies générales fur 
leur nature. Je m'explique à l'égard des Animaux» 

Q.UAND je dis , qu'ils ne nous font pas affez 
connus, j'entends que nous n'en connoiffons pas un 
affés grand nombre; & que ceux, qui nous font 
connus, ne le font pas affés. 

Je crois pouvoir pofer ici pour principe, fans 
rien hazarder , qu'il y a des Animaux inconnus : 
& je demande enfuite, fi nous pouvons faire des 
régies générales qui fe rapportent à ces Animaux 
inconnus? Pour le pouvoir, il faudroit être affuré, 
qu'il y a un parfait rapport entre les Animaux incon- 
nus, & ceux qui nous font connus. C'efl ce qu'on 
ne fauroit prouver, &, au contraire, la diverfité des 
propriétés , qui fe trouvent dans les Animaux con- 
nus, femble donner lieu d'inférer que les Animaux 
inconnus en ont, dont nous n'avons encore aucu- 
ne idée. 

Je fuppofe qu'on n'eût d'abord connu que les 
Animaux qui ne font fujets à aucune transforma- 
tion , auroit - on eu raifon de dire , que les Animaux 
en général ne pouvoient point paffer par différens 
états? Et auroit- on pu, fondé fur cette régie, lorf- 

Qq qu'on 



3 o4 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

qu'on auroit commencé à connoitre quelques corps 
organifés fujets à des transformations; auroit -on 
pu, dis -je, décider qu'ils n'étoient pas des Ani- 
maux , parce qu'ils fe transformoient ? 

Pourquoi ne fe trouverait -il pas entre les A- 
nimaux que nous connoiffons , & les Animaux in- 
connus , des différences auffi grandes , & même plus 
grandes que celles qu'il y a entre les Animaux 
qui fe transforment, & ceux qui ne fe transfor- 
ment point? 

Il eft d'autant plus raifonnable de ne pas juger 
d'une manière abfolue, des Animaux inconnus par 
les Animaux connus, que le nombre des premiers 
l'emporte , félon toutes les apparences , beaucoup 
fur celui des derniers. 

Non seulement on ne peut pas faire des ré- 
gies générales, qui fe rapportent aux Animaux in- 
connus, mais on eft encore fort éloigné d'en pou- 
voir faire de fûres à l'égard des Animaux connus. 
La raifon en eft , que la plupart de ces derniers 
ne font connus que très fuperficiellement ; & que 
ce feroit auffi précipiter fon jugement, que de ju- 
ger en tout ou en partie des Animaux moins con- 
nus, par ceux qui le font davantage. 

Des Expériences, qu'on a tous les jours occa- 
fion de réitérer, nous apprennent clairement, qu'un 
grand nombre d'Animaux , de quadrupèdes , par 
exemple , ne peuvent pas être multipliés par la 
fe&ion. Quand on les partage , chaque partie 
meurt. Au -lieu de conclure feulement de ces Ex- 
périences ? que les portions de tels & tels Animaux 

ne 



DES POLYPES. IF. Mêm. 305 

ne pouvoient pas devenir des Animaux parfaits; 
& que, félon toutes les apparences, il en étoit de 
même de celles de plufieurs autres qu'on n'a pas 
coupés: au -lieu, dis -je, de s'en tenir à cette con- 
féquence particulière, on a fait une régie générale, 
& on a fuppofé, qu'on ne pouvoit multiplier au- 
cun Animal, en le coupant. Cependant, il fe trou- 
ve que plufieurs Animaux connus, & entre autres 
les Vers de terre, qu'on a très fouvent occafion de 
voir, ont cette propriété qui parohToit incompati- 
ble avec la nature d'un Animal. 

Combien n'y a-t-il, peut-être, pas d'Ani- 
maux, que l'on croit bien connoitre, qui ont des 
propriétés auffi extraordinaires que celle-là , & qu'on 
ne s'attendroit guères à y, trouver? 

Il feroit facile de prouver également, que nous 
ne connoiffons pas affés les Plantes, pour pouvoir 
faire des régies générales fur leur nature. 

,Puisq_ue nous fommes encore éloignés de con- 
noitre toutes les propriétés dont les Plantes & les 
Animaux font fufceptibles , il n'eft pas étonnant, 
que celles, qui fervent de caractère diftinûif à cha- 
cune de ces claffes de corps organifés, ne foient 
pas fort bien connues. 

Il femble d'abord, quand on n'a pas taché d'ap- 
profondir la nature des Plantes & des Animaux, 
qu'il n'y a rien de plus aifé, que de trouver les 
cara&éres qui diftinguent les uns des autres. Cela 
vient, fi je ne me trompe, de ce qu'on ne juge que 
fur des idées particulières, au -lieu qu'il s'agit de 
comparer des idées générales, favoir l'idée abflrai- 

Qq 2 te 



3 o6 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

te d'une Plante avec l'idée abftraite d'un Animal. 
Il eft très facile de diilinguer un Cheval d'un 
Chêne, & l'on s'accoutume à penfer qu'il n'eft pas 
plus difficile de diftinguer un Animal d'une Plante. 
Ce font cependant deux chofes bien différentes. Il 
fuffit, pour en juger, d'effaïer de féparer de l'idée 
d'un Cheval & de celle d'un Chêne, toutes celles 
qui font particulières à cette efpéce d'Animal & à 
cette efpéce de Plante, & de ne garder que celles qui 
font communes à tous les Animaux connus & à tou- 
tes les Plantes connues. Plus les idées qu'on fe for- 
mera, feront générales, & plus celles des proprié- 
tés particulières qui fervoient à diftinguer un Cheval 
d'un Chêne , difparoitront : & plus on approchera 
de l'idée générale d'un Animal & de celle d'une 
Plante, moins on trouvera de différences entre elles. 
Aussi les Naturaliftes , qui fe font appliqués à 
découvrir les cara&éres diftinclifs des Plantes & des 
Animaux, ont -ils rencontré de grandes difficultés. 
Ils ont trouvé très difficile, une chofe qui paroit 
très facile à ceux qui n'ont pas étudié la matière. 

O N ne peut guères citer à cette occafion d'Auto- 
rité plus refpeclable que celle du célèbre Boerhave. 
Combien ce grand homme n'avoit-il pas travaillé 
g. étudier les Plantes, & les Animaux? Cependant, 
il paroit qu'il n'a trouvé qu'une feule différence gé- 
nérale & effentielle entre ces deux Claffes de corps 
organifés. C'eft ce qu'on peut voir au commence- 
ment de fa Chymie, dans les articles où il traite des 
*Pag.57& Plantes & des Animaux #„ Cette différence confif- 
j%feml te ^ ans % manière dont les Plantes & les Animaux 
. ti- 



DES POLYPES. IV. Mêm. 307 

tirent leurs alimens. Les alimens des Plantes , dit 
Mr. Boerhave * , font tirés par des racines extérieu- * pag. 1% 
res , Ô 3 ceux des Animaux par des racines intérieures* 
Cette partie extérieure, appellée racine, qui tire les 
alimens du corps dans lequel elle efl placée , diflingue 
afjés une Plante de tout Animal connu jufqu'à pré- 
fent *. Et, dans la définition qu'il donne du corps * pag. 57» 
d'un Animal, il dit, qu'il a en dedans des vaiffeaux , 
en guife de racines , par lesquels il tire la matière des 
alimens #. Enfuite , après avoir encore infifté fur * pag. 6^ 
la comparaifon d'une Plante & d'un Animal, il a- 
joute : c'efl en cela , que conjîfte le rapport Ô 3 la dif- 
férence qu'il y a entre un Vègétable ôr* un Animal % * p*g. 65» 

Il n'eil pas inutile de faire remarquer, que Mr. 
Boerhave ne décide cependant point , que la diffé- 
rence , dont il s'agit , fe trouve abfolument entre 
toutes les Plantes & tous les Animaux. Il fe tient 
dans la réferve , & dit feulement , que cette partie 
extérieure, appellée racine, qui tire les alimens du 
corps dans lequel elle efl placée , diflingue affês une 
Plante de tout Animal, connu jufqu'à préfent. 

Ce que nous avons dit dans le fécond Mémoi- 
re , de la manière dont les Polypes fe nourriffent > 
prouve qu'ils font des Animaux, fuivant la défini- 
tion de Mr. Boerhave. Indépendamment de l'Au- 
torité de cet habile homme, je doute qu'il y ait 
beaucoup de perfonnes qui ne les regardent en ef- 
fet comme tels. 

Mais, ce font des Animaux, qui ont plus de 
rapports particuliers avec certaines Plantes , que 
quantité d'autres Animaux que nous connoiffons. 

Qq 3 Csat 



3o8 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

C'est ce qui pourroit , peut - être , déterminer 
à les appeller des Animaux -Plantes. Mais , je ne 
fais fi Ton peut leur donner ce nom , autrement 
que par manière de parler, parce qu'il me paroit, 
qu'on a moins de raifons de prendre les Polypes 
d'une manière abfolue pour des Animaux -Plantes, 
que pour de fimples Animaux. Afin de pouvoir 
décider, que tel corps organifé, n'eft ni Plante, ni 
Animal , mais doit être placé dans une clafTe mi- 
toïenne entre les Animaux & les Plantes ; afin , 
dis -je, de le pouvoir décider, il faudrait connoitre 
précifément toutes les propriétés dont les Plantes 
& les Animaux font fufceptibles. Nous avons vu 
ci-deifus, que nous étions fort éloignés de cette 
connoiffance. Ce n'efl que lorfqu'on y fera parve- 
nu, qu'on pourra faire d'autres claffes de corps or- 
ganifés. En attendant, il eft beaucoup plus naturel 
de regarder les Polypes, & divers autres corps or- 
ganifés qui ont reçu le nom de Zoophites , comme 
des Animaux qui ont plus de rapports remarqua- 
bles avec les Plantes, que d'autres. 

Nous n'avons pas cru devoir entreprendre d'ex- 
pliquer, en tout, ni en partie , les Faits finguliers 
que nous avons rapportés. Il eft trop dangereux, 
en fait d'Hiftoire Naturelle , d'abandonner l'Expé- 
rience, pour fe biffer conduire à l'imagination. On 
rifque de n'arriver, en fuivant cette route, qu'à des 
Hypothèfes peu fûres, & qui peuvent devenir nui- 
fibles aux progrès de cette Science, fi on a le mal- 
heur de fe prévenir pour elles. Au- lieu d'éclaircir 
les Faits par de nouvelles Expériences , on a re- 
cours 



DES POLYPES. JK Mêm. 309 

cours à une Hypothéfe, difons à un préjugé, qui 
difpenfe de la peine d'obferver , mais qui ne fert 
fouvent qu'à multiplier nos erreurs. 

C'est ainfi , par exemple , qu'on a cru , pen- 
dant tant de Siècles , qu'un grand nombre d'Ani- 
maux venoient de la corruption des corps , dans 
lefquels, ou fur lefquels on les trou voit. C'eft l'o- 
rigine qu'on a attribuée à tous les Infectes dont on 
ne connoiffoit pas la manière de multiplier. Non 
qu'on ne pût s'en inftruire , même avec une atten- 
tion médiocre; mais, le préjugé a aveuglé, & em- 
pêché qu'on ne penfât à examiner. Dès qu'on s'efl 
défié de ce préjugé , & qu'on a obfervé , on a vu 
ces Animaux faire des œufs, ou des petits, com- 
me tant d'autres. Ces Faits , que des Philofophes 
n'ont pu voir , ou plutôt, que le préjugé ne leur 
a pas permis de chercher, ou de voir, peut-être, 
quand ils étoient fous leurs yeux; ces Faits, dis- 
je, peuvent être découverts par des Enfans qui fe 
font amufés pendant quelque tems à obferver des 
Infectes. C'en; ce dont j'ai eu le plaifir de faire 
l'expérience il y a peu de tems. 

Il eil bien vraifemblable , que , fans plufieurs 
préjugés qu'on s'efl faits, l'Hifloire Naturelle feroit 
plus avancée qu'elle ne l'efl: & il eft fur -tout fort 
apparent, que fi l'on n'avoit pas fuppofé, que les 
Animaux ne pouvoient point multiplier par la fec- 
tion , on connoitroit déjà depuis long - tems cette 
propriété à plufieurs. Tout en effet paroifïbit invi- 
ter à faire cette découverte. On avoit vu: & ad- 
miré depuis long -tems, que divers Animaux très 

con- 



3 io MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

connus ne mouroient pas d'abord après qu'ils avoient 
été partagés en deux, ou en plufieurs parties. On 
avoit remarqué dans ces parties de la vie & de 
l'action. Pourquoi n'a- 1- on pas penfé aies confer- 
ver, & à les obferver, pour voir s'il ne fe feroit 
point, en chacune d'elles, une reproduction de ce 
qui leur manquoit pour être un Animal parfait? 
C'eft qu'on a fuppofé, que cela étoit impoflible. 

Mr. Linnéus, Profeffeur en Botanique à Upfal, 
en rapporte un exemple dans un Programme qui 
eft imprimé à la tête d'un Difcours qu'il a fait 
en 1743. Il dit, que des Païfans de la Province de 
Smaland , & d'autres endroits , afïurent unanime- 
ment touchant le Ver, qu'il appelle Gordius, que 
fi on le coupe en un grand nombre de parties, cha- 
que morceau conferve fon mouvement, & reprend 
une tête, un corps, ou une queue, quand on le 
remet dans l'eau. Mr. Linnéus ajoute enfuite, que 
les Naturaliit.es , aveuglés par les principes qu'ils a- 
voient adoptés, ont regardé ce qu'on difoit de ce 
Ver, comme une fable fi ridicule, & fi contraire à 
la Nature , qu'ils n'ont pas même fait une feule 
Expérience pour le vérifier. 

Il eft à remarquer, que ce ne font que des gens 
groiïiers , & qui ne pouvoient pas être imbus des 
préjugés de l'Ecole , qui ont cru tout uniment, fur 
les Faits qu'ils ont vus , que des portions d'Ani- 
maux devenoient des Animaux complets. 

L'idée, dans laquelle on a été, qu'aucun Ani- 
mal ne pouvoit être multiplié par bouture, ne pa- 
roit propre qu'à faire perdre les occafions de dé- 
cou- 



DES POLYPES. IV.Mêm. 3U 

couvrir la propriété qu'on a trouvée aux Polypes , 
lorfqu'on les a coupés. Cependant, il eft arrivé, 
par un hazard allés fingulier, que cette idée a beau- 
coup contribué à cette découverte : car je n'ai en- 
trepris l'Expérience dont elle a été une fuite , 
que parceque j'ai fuppofé que les morceaux d'un 
Animal ne pouvoient pas devenir des Animaux 
complets. C'eft ce qu'on peut voir au commence- 
ment du premier Mémoire #. * Pag. 7. 

Dès qu'on a fçu, que les Polypes pouvoient ê- 
tre multipliés par la feclion, on eft revenu du pré- 
jugé dans lequel on a été fi long-tems à cet égard 
fur la nature des Animaux. On a effaïé d'en cou- 
per de différentes efpéces , on en a obfervé les mor- 
ceaux ; & , en peu de tems , comme je l'ai dit ci- 
deffus *, ona trouvé plufieurs Animaux qui avoient * Me ' m - ** 
la même propriété que les Polypes. pag " 

Il y a lieu de fe flatter, que ces découvertes pro- 
duiront plufieurs bons effets. Elles doivent natu- 
rellement nous jetter dans une grande défiance à 
l'égard de ces régies générales , auxquelles , fi je 
puis parler ainfi, on a prétendu borner la Nature, 
& qui ne peuvent fervir qu'à mettre obflacle à nos 
connoifTances. Elles doivent contribuer à nous fai- 
re penfer, que ce que nous connoiffons, n'eft que 
très peu de chofe, en comparaifon du nombre pro- 
digieux de merveilles que renferme la Nature : que 
nous connoiffons encore trop peu de Parties de ce 
Tout admirable , qui eft l'Ouvrage d'un Etre infi- 
ni à tous égards; que nous en connoiffons, dis -je, 

R r trop 



312 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

trop peu de Parties pour être en état d'expliquer 
tous les Faits qui fe préfentent à nous. 

Nous devons, afin d'étendre nos connoiffances 
fur FHiftoire Naturelle, faire nos efforts, pour dé- 
couvrir le plus de Faits qu'il nous fera poflible. Si 
nous connoiiîions tous les Faits que la Nature ren- 
ferme, nous en aurions l'Explication, nous verrions 
le Tout qu'ils forment enfemble. Plus nous en con- 
noitrons , plus nous ferons en état d'approfondir 
quelques Parties de ce Tout. Nous ne pouvons 
donc mieux travailler à expliquer les Faits que 
nous connoiffons, qu'en tâchant d'en découvrir de 
nouveaux. La Nature doit être expliquée par la 
Nature, & non par nos propres vues , qui font 
trop bornées pour envifager un fi grand Objet dans 
toute fon étendue. La beauté de la Nature paroit 
certainement davantage , quand ce que nous en 
connoiffons, n'eil pas mêlé avec nos Imaginations. 
Elle nous donne alors des idées plus dignes de la 
fageffe infinie de fon Auteur , & par cela même 
plus propres à former Fefprit & le cœur. C'eft ce 
que nous devons nous propofer dans toutes nos 
Recherches, 



EX- 



DES POLYPES. IV. Mêm. 313 

EXPLICATION 

DES FIGURES 

DU QUATPaÈME MÉMOIRE. 

Planche XL 

LE s Figures 1 & 2 , repréfentent les moitiés a c , 
c b d'un Polype de la féconde efpéce , qui a 
été coupé en deux. La Figure 1 , eft celle de la 
première partie, a, la tête du Polype, c , l'endroit 
où il a été coupé. Ce bout c , paroit fouvent ou- 
vert , peu après la fe&ion. La Figure 2 , repré- 
fente la féconde partie , dont le bout antérieur c eft 
ouvert 

O n voit aum dans la Figure 3 ? une féconde par- 
tie c b , mais dont le bout antérieur c eft fermé ? & 
un peu renflé. 

La Figure 4, eft celle d'une féconde partie c b. 
Les bras commencent à paroitre au bout anté- 
rieur c. 

La Figure 5, repréfente les lèvres d'un Polype, 
qui ont été féparées, avec des cifeaux,du refte du 
corps. De ces lèvres fortent les bras du Polype. 

Rr 2 La 



314 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

La Figure 6, eft celle d'une partie des lèvres 
d'un Polype, dont fortent deux bras. 

La Figure 7, repréfente la moitié a e i b, d'un 
Polype qui a été coupé fuivant fa longueur. Cette 
partie ne s'eft pas encore fermée. On voit fa fu- 
perficie intérieure. Cette moitié de Polype a qua- 
tre bras à fon extrémité antérieure a e. 

La Figure 8, repréfente une moitié d'un Poly- 
pe coupé fuivant fa longueur, & telle que de pa- 
reilles moitiés font fouvent, peu après la fe&ion. 
Elles fe roulent fur elfes -mêmes, en commençant 
par une de leurs extrémités. Celle qui eft repré- 
fentée ici, a commencé par fon bout antérieur. Les 
bras font en dedans du rouleau. 

La Figure 9, repréfente auffi une moitié aeb'i, 
d'un Polype coupé fuivant fa longueur, dont les 
bords ai, eb, ont commencé à fe rapprocher &à 
fe réunir par le bout poflérieur ib , & font déjà 
réunis jufqu'en c. On ne diftingue aucune cicatrice 
à l'endroit où ces bords fe font réunis. 

La Figure 10, eft celle de la même moitié, qui 
c;ft repréfentée dans la Fig. 9, mais dont les bords 
font entièrement réunis. Cette moitié peut dans 
cet état être déjà regardée comme un Polype en- 
tier. On voit deux nouveaux bras, qui commen-, 
cent à pouffer dans les intervalles que les vieux 
laiflent entre eux, 

La 



DES POLYPES. IF. Mém. 315 

La Figure 11, efl celle d'une Hydre à fept têtes. 

On voit, dans la Figure 12, un Polype a b, fort 
contracté & fort renflé, & tel qu'il paroit lorfqu'on 
le met fur la main hors de l'eau, pour le retour- 
ner, c & e> les extrémités d'un Ver de Tipule qui 
fort de la bouche en double, & qui la tient fort 
ouverte, b d, la foie de fanglier dont on fe fert 
pour retourner le Polype, placée de manière qu'u- 
ne de fes extrémités b touche le bout poflérieur b 
du Polype. C'efl , lorfque la foie de fanglier efl dif- 
pofée de cette manière , que l'on commence à 
pouffer le bout b du Polype , pour le faire rentrer 
en dedans, en le retournant. 

On voit , dans la Figure 13 , un Polype a b re- 
tourné , placé au bout de la foie de fanglier b d, tel 
qu'il s'y trouve d'abord après que l'opération efl 
achevée. 

La Figure 14, repréfente aufli un Polype cab, au 
bout d'une foie de fanglier bd; mais celui-ci n'efl pas 
entièrement retourné. La portion poflérieure a b, 
aiant été pouffée en dedans par la foie de fanglier , 
s'efl retournée , & efl fortie dans cet état par la 
bouche a , & la portion antérieure a c efl refiée non- 
retournée. 



5- 



La Figure 15, efl celle d'un Polype retourné ab 
tel que font ordinairement ceux fur lefquels on a 
fait cette opération , peu après qu'on leur a fait 

Rr 3 quifcr 



3-i6 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

quitter la foie de fanglier , au bout de laquelle ils 
fe trouvoient. Leurs lèvres rentrent d'abord en de- 
dans, & les bras fe trouvent réunis comme en un 
faifceau , plus ou moins ferrés , & paroiflfent fortir 
du milieu du bout antérieur du Polype. 

La Figure 16, repréfente un Polype retourné ab , 
embroché près de la tête a-, a. une foie de fanglier 
c d, nouée en n , & placée dans un verre, de ma- 
nière qu'elle ne le touche que par fes extrémités , 
fçavoir l'extrémité d, le bord fh, & l'extrémité c, le 
fond eg. Le nœud 72,eft en delfous du Polype ab, 
afin que s'il gliffe de a en n , il foit arrêté par ce 
nœud n , & ne fe défembroche pas, en gliffant ju£ 
qu'en c. 

La Figure 17, repréfente un Polype cab, dére- 
tourné en partie. C'eft-à-dire , qu'après avoir été 
entièrement retourné, comme a b Fig. 15, fes lèvres 
fe font renverfées en dehors , & enfuite toute la 
portion antérieure a c. a, bouche du Polype, avant 
qu'il fût déretourné en partie, ac, bourelet, ou por- 
tion déretournée, a b, portion vifible de ce qui eft 
refté retourné. Les bras de ce Polype font dirigés 
vers le bout poftérieur b. 

Ceux du Polype de la Figure 18, qui repréfen- 
te aufïï un Polype déretourné c a b, font recourbés 
vers c , qui eft le nouveau bout antérieur de ce 
Polype. 

La 



DES POLYPES. IV. Mém. 317 

La Figure 19 , repréfente le même Polype que 
la Fig. 17 , après que la portion déretournée ac, 
qui fe trouve dans cette dernière Figure bout à 
bout avec la portion non - déretournée ab , s'eft in- 
clinée & difpofée enfin de manière qu'elle a formé, 
avec la portion ab Fig. 19 , un angle droit c b. 
a d , a d, anciens bras, a n, partie des anciennes lè- 
vres du Polype, dont fort une partie des anciens 
bras, a 0, nouveaux bras qui commencent à pouf- 
fer, a n , nouvelle bouche , bordée d'un côté , a n , 
par les anciens bras, & de l'autre # o,par les nou- 
veaux. b, portion retournée, e , corps dont je ne 
connois pas l'origine. 

La Figure 20 , repréfente le même Polype que 
la Figure 19, mais il eft un jour plus vieux, ac, 
portion déretournée, a b, portion retournée, e, corps 
équivoque, a , bouche , marquée a n dans la Fi- 
gure précédente, a d, a d, anciens bras, a i , nou- 
veaux bras. 

L e même Polype fe voit dans la Figure 21 s 
mais , après avoir mangé , crû , & changé de for- 
me d'une manière affez fenfible. a c , portion dére- 
tournée, a b, portion retournée, e , corps équivoque. 
De a en t on voit le refle des anciens bras , ceux 
qui n'ont pas fervi à border la nouvelle bouche a, 
qui s'eft formée. 

On voit encore le même Polype dans la Figu- 
re 22, mais plus grand, & plus vieux, ac, portion 

dé- 



3i8 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

déretournée, a b, portion retournée, e, corps équivo- 
que. «, bouche qui s'efl formée, fans que je m'en fois 
apperçu. a, bouche marquée a o n dans la Fig. 19. 

La Figure 23 efl encore celle du même Polype, 
mais il efl dans une attitude fort différente de celle 
qui efl repréfentée dans les deux précédentes Figu- 
res , & il -a plufieurs jeunes, a c, portion déretour- 
née, a b, portion retournée, e, corps équivoque, dont 
font fortis deux jeunes Polypes coniques, k, autre 
Polype conique, qui efl forti de la portion a c. a, 
bouche marquée a n dans la Figure 19. u, bou- 
che, marquée u dans la Figure 22. 



L 



Planche XII. 

A Figure 1 repréfente un Polype déretourné en 
partie, a c, portion déretournée, a b, partie pof- 
térieure du Polype qui eft reliée retournée, e /, jeune 
qui s* efl trouvé dans l'eflomac du Polype d'abord 
après qu'il a été retourné, mais qui en efl forti par 
l'ouverture faite à la peau de la mère en coupant 
un autre jeune qui fortoit aufîi de fon corps. 

O n voit , dans la Figure 2 , le même Polype qui 
efl repréfente dans la première , mais après qu'il 
s'efl fait en lui un changement affez confiderable. 
a c, portion déretournée, e b, portion qui efl refiée 
retournée, e i, jeune qui eft enté fur la portion re- 
tournée e b. 



La 



DES POLYPES. lV.Mèm. 319 

La Figure 3, repréfente le même Polype, tel 
qu'il étoit quatre jours après avoir été tel qu'il efl 
repréfente dans la Figure précédente, a c, portion 
déretournée, fur le côté de laquelle on voit une par- 
tie des bras qu'avoit le Polype, avant que d'avoir 
été retourné, e b, portion retournée, e i, jeune. 

La Figure 4, repréfente un Polype, déretôurné 
en partie, a b, portion poflérieure du Polype qui efl 
refiée retournée, a d c g e, portion déretournée , dans 
laquelle il s'efl fait déjà un changement confidéra- 
ble; il s'eft formé trois têtes d, g, e. 

La Figure 5, repréfente le même Polype de la 
Figure 4, mais plus vieux de 14 jours, ab, portion 
qui efl refiée retournée, a d c n g e >-, portion dére- 
tournée, a d, n g, n e , les trois têtes avec leurs cols; 
elles font marquées d, g, e dans la Figure précé- 
dente. 

La Figure 6 , efl celle du même Polype, tel qu'il 

ctoît X3 jouia aprc.3 avoir été dans l'état repréfente 

dans la Figure 5. La portion c de cette Figure 5 
s' efl partagée de en c, & les deux portions b a c d 
& c n g e Figure 6, n'ont plus été attachées Tune à 
l'autre, que par un petit appendice 0. a b, portion 
qui efl refiée retournée, a c , oc, deux portions, qui 
dans la Figure précédente font marquées réunies en 
oc. ad, n g , ne, les trois têtes avec un col, mar- 
quées dans la Figure 5, par les mêmes lettres. 

Sf Les 



3 2o MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

Les deux portions, qui ne tiennent dans la Figu- 
re 6, que par l'appendice 0, font vues féparées dans 
les Figures 7 & 8. a b Figure 7 , portion retournée. 
a d, une des têtes, n g, ne Figure 8, les deux au- 
tres têtes. 

La Figure 9, repréfente deux Polypes, dont l'un 
eîl mis dans l'autre, a b> Polype extérieur, c a b d, 
Polype intérieur, nf, foie de porc, qui tranfperce en 
e ces deux Polypes. 

La Figure 10, eft celle des mêmes Polypes, a i b, 
Polype extérieur, c a i d, Polype intérieur, dont la 
portion i d a fendu celle i b du Polype extérieur, & 
en eft fortie par ce moïen. n f, foie de, fanglier qui 
tranfperce ces deux Polypes. 

On voit, dans la Figure 11, les mêmes Polypes, 
mais la portion i d du Polype intérieur a fendu 
davantage la portion i b du Polype extérieur , & 
en eil fortie jufques au-delà de l'endroit e, où en- 

troit la foie de pnrr n f , n^A tranfpcrçoit d'abord 

les deux Polypes enfemble , mais qui, lorfqu'ils é- 
toient dans l'état repréfente dans cette Figure , tranf- 
perçoit d'abord l'intérieur , & enfuite l'extérieur. 
a i b, Polype extérieur, c a i d, Polype intérieur. 
nf, foie de fanglier qui tranfperce ces deux Polypes. 

La Figure 12, repréfente les deux Polypes, a- 
près que l'intérieur, aiaht fendu les lèvres de Tex- 
te- 



DES POLYPES. IV. Mêm. 321 

térieur, a achevé de fortir de ce Polype, a e b, Po- 
lype extérieur, c e d Polype intérieur, n f, foie de 
porc qui les tranfperce. 

La Figure 1 3 , repréfente deux autres Polypes, mis 
l'un dans l'autre, a b, Polype extérieur, b d, extré- 
mité poftérieure du Polype intérieur. Tout le relie 
de fon corps eft caché dans celui du Polype exté- 
rieur, excepté cinq bras a o, a 0, a , a , a 0, qui 
fortent par la bouche a de ce dernier, nf, foie de 
fanglier, qui tranfperce les deux Polypes. 

La Figure 14, repréfente les mêmes Polypes, t e d, 
Polype intérieur, t , t 0, t o, t 0, t , bras du Po- 
lype intérieur, qui funt fbrtis par une ouverture qui 
étoit en /. n f, foie de porc , qui tranfperce ces Po- 
lypes. 

k A* Figure 15, eft encore celle des deux Poly- 
pes de la Figure 13. a t b, Polype extérieur, t e d, 
Polype intérieur, t 0, t 0, deux bras du Polype in- 
térieur , qui fortent par l'ouverture /. e ; bras du 
même Polype. 

Planche XIII. 

LA Figure 1, repréfente deux Polypes, mis l'un 
dans l'autre, a b, Polype extérieur, c a b d, Po- 
lype intérieur. 

On voit les mêmes Polypes dans la Figure 2, 

S f 2 - mais 



322 MEMOIRES POUR L'HISTOIRE 

mais la portion i d du Polype intérieur eft fortie 
du Polype extérieur, en fendant fa portion i b. a i â, 
Polype extérieur, c a i d, Polype intérieur. 

L A Figure 3 , repréfente les Polypes de la Fig. 2 , 
mais après qu'ils ont mangé : c'eil: le Polype inté- 
rieur qui a avalé un Ver par fa bouche c. Ce Ver a 
enfuite rempli toutes les parties des deux Polypes, 
& les a obligés à s'enfler, ai b, Polype extérieur, c a 
i d ? Polype intérieur. 

La Figure 4 , repréfente les mêmes Polypes, mais 
après que la portion c a du Polype intérieur Fig. 2 , 
a fendu les lèvres du Polype extérieur, & s'eft fi- 
tucc de la manière qu'elle cfl rcprcfciitée dans la 
Figure 4, où co marque la portion, défignée dans 
la Fig. 2 par les lettres c a. a i b, Polype extérieur. 
c i d, Polype intérieur. 

• « 

La Figure 5 , repréfente les Polypes de la Fi- 
gure 4 , mais renflés par les alimens , qui ont été 
introduits dans leurs eftomacs, par la bouche a du 
Polype extérieur, & qui fe font répandus dans ai à 
Polype extérieur, & dans c i d, Polype intérieur, 
enté fur l'autre. 

Ces Polypes ont grandi & multiplié, après a- 
voir mangé à diverfes reprifes. La Figure 6 , les 
repréfente. a i b P Polype extérieur. coid } Polype 
intérieur. ç> e, e, e, jeunes Polypes. 

Les 



DES POLYPES. M Mêm. 323 

Les mêmes Polypes font encore repréfentés dans 
la Figure 7. La portion co du Polype intérieur , 
efl fort étranglée en n.aïb, Polype extérieur. cnoid p 
Polype intérieur. 

La Figure 8, repréfente la portion en de la Figu- 
re 7, qui s'efl féparée du refle en n» 

O n voit , dans la Figure 9 , le relie des "deux 
Polypes, a i b, Polype extérieur, on, refle de la por- 
tion c n Fig. 7. du Polype intérieur, i d, portion 
poilérieure du Polype intérieur» 

La Figure 10, repréfente nn Polype , dans le- 
quel j'ai mis un autre Polype. La tête du Poly- 
pe intérieur s'efl. réunie avec celle du Polype ex- 
térieur. Ces deux têtes fe font enfuite confondues 
de manière , qu'elles n'étoient plus reconnoiffable$ ; 
que par deux iangs de bras qui étoient l'un au-def- 
fus de l'autre. 



ï — 
1 ; 



La Figure 1 1 / efl: celle- de la moitié d'un Poly- 
pe que j'ai déchiré en le retournant: je lui ai, après 
cela, donné encore quelques coups de cifeaux. Au 
bout de deux mois , elle s'efl trouvée telle qu'on la 
voit repréfentée dans cette Figure, 

La Figure 12, repréfente deux moitiés de Poly- 
pes qui ont été féparés y & qui font déjà un peu 
réunis, a c , première partie, c b ? féconde partie» 

Sf 3 c 9 



324 MEM. POUR L'HIST. DES POL. IK Mêm. 

c, endroit où elles fe font réunies, qui efl fort é- 
tranglé. 

La Figure 13 , repréfente les mêmes moitiés de 
Polypes que la précédente , mais elles font rem- 
plies d'alimens. a c , première partie, c b , féconde 
partie, c, endroit où elles fe font réunies, qui eft 
fort étranglé. 

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AVIS AU RELIEU 



Les Planches doivent être placées fuivanfc 
cette Table. 



B E R I G T 

VOOR DEN BOEKBINDER. 

De Platen moeten gezet worden volgens de 
onderftaande Lyfi 

PI. i. 2. 3- 4- & 5- * • ■ i - Pa ë- 78 

PI. 6. & 7. ....... Pag. 148 

PL 8. 9. & 10 Pag. 228 

PI. 11. 12. & 13 Pag. 324 



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