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Full text of "Mémoires tirés des archives de la police de Paris, pour servir à l'histoire de la morale et de la police, depuis Louis XIV jusqu'à nos jours"

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HARVARD Xfej^r COLLEGE 
LIBRARY 

♦ 

rtOM TME UlUtT or 

Cown ALFKEO BOULAY Dl u MEURTHE 

♦ 

IVHCMAIU) Aniu, Ifa? 












Bt^M®1^3i 




T I R ^. s DES 







Ptiilt SCnVIi; K l'histoire de L\ morale U' I)E la PiiLK.K, 



iiEPris Loris XIV iis^r a nos joirs. 



par 3. JJcudjft, 



IVVUIS, 



A. LKVAVASSICIK KT < 

riiii .' «Il* lii liimr<i', S. 



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1 



HUSHKDmBIBS 
ARCHIVEjS DE LA POLICE 



DE PARIS. 



MÉMOIRES 

[lut 



DE PAHIS, 



I tUTIII t l'bistoini I>> I 



DtPtTIK LOCIS XIV JCKQV'A KOS JOL'RK. 



jr, Peiichet, 



PARÏS, 



A. LEVAVASSEIR KT t", 

Pllip de 11 Riiurtr. ft. 















HARVARD ^^F COLLEGE 
LIBRARY 

* 

FROM THE UBKAKV Of 

Oatn ALFKEO BOULAY 01 LA MEURTHE 

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PUKCHAUO Aral^ 191: 










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r<iiR stnviii \ L'nisTOiRK ut lv vop.all kr dil m poluk, 



IIKPriS LOl'IS X\\ àVSi}\'\ NOS JOl'RS. 



par 3. PfUfl)ft, 

Ar I lii* i«tc iK' lu l''li' f. 



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roiK &Envm k l'histoire ut i.v mokall ki uk li polu.k, 



llCPriS LOTIS XIV JISCH'A NOS JOVRK. 



par 3. \)cx\c\)ct, 

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PARIS, 



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A. LKVAVASSi:i l« Kl C 

ÏV.ir.' ili- la l'.iHir<i". ^*. 



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ARCmrVEj» DE LA POLICE 

DB PARIS. 



MÉMOIRES 



DE PARIS, 



LniSTomi ns Lt aûRtLE ET ue li folile, 



OCPUtS LOCIS XIV JCSQC'A NOS JOl'tlS. 



Par J. Penchel, 



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PARIS, 

A. LKVAVASSEl'R K T V% 

Pltrp <le II iliiurtr . lt, 



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CHAPITRE XLVl. 



SoaTcntrt Uitluriifnet el noïki's tur ta \>aiict de pArU , par H. L«r, 
Boir, tollB par lui ea iSoi. — Occaticm qui ■ doniu: liviiX 
M. LctttHr d'éorirc cci (ODfcnir». — Adcmh gouTentemegl .^ 
l'irit. — De l'espionnage de l'anoiviiue police. — SiirveîMajice. 
tUT li-s libtUes, 1(3 chansons satiriques et leurs auteurs. — 
Conduite de U BoUce loachanl Ici faux bruits, les fausses noit-. 
leWa. — Rapports du officirrs de police. — AiidiïDccsfiuMI- 
quH de la police. — SpecUcles de Paris dans leur rapport itcc 
la police. — Sur l' illumina lion de Paris. — Sur l'administra lion 
des Jeux. — Sur les maisons libres. — Sur les femmes qui dimit 
la jMunc iTenlure. — Observations sur l'état aciuel (brumaire 
an i3) de la «iVreié ù Paris. — Vaes louchaat la mcndicllé. 



A son retour de l'ëinlgration et pendantsa re- 
Iraile à Crosne , M. Lenoir s'occiij)a «Ii; jeter sur 
Iv jjjpier des notices et souvenirs sttr ia polici? du 



ton temps. En juillet 1802, il me fil pari de ce 
. traTail ; mes anciennes fondions d'administrateur 
de la police de Paris, en 1789 et 1790, de chef du 
bureau de conMiltation ou consril particulier du 
ministre, en l'an iv et partie de Tan v , avaient 
dirigé mes Tues sur le projet que j'exécute au- 
jourd'hui. M. I^oif rédigeait alors assez irrë- 
j;ulièrement, et k bàiom rampu$^ les notices qu'on 
y^ lire ; elles présentent une suite de renseigne- 
mens et de conaidéntions importantes et came- 
tériftiqaes; ce sont des articles détachés, tans 
4Hrdre et taiii liaison , mais entremêlés de fidts et 
de eoiiTenirs kistoriques qui ne sont pas amt tn«- 
terCt Pai glané dans tout cela, éliminaiit des 
matériaux inutiles ou qui faisaient double em- 
phH. JTai cru qu'on Terrait avec "plaisir et peut- 
éfaréi iaatmction , le sentiment d*nn homme qui 
t'est distingué dans de hautes fonctions , rar des 
matières dîfficilet. J'ai consenré qnelquet-ans des 
forojettet det Tuet qn'il aurait touIu faire adopter» 
mj^.qne notre nouTeau tystème de Initiation 
TCpouase comme contraires à la liberté cinie 
que nous devons a la réTolution (1 ). 



(i) Cet docomeiis toot entre noc nuiint , de rfrrilore de M. Le- 
aoir, <Mi apotUtlé» par lai , loafent Bccotnptt^H de notes écrUrt 
lie h main de J. Pe«chct. (Xaie et rrditemr,) 



s 



4 M^MOfRrs ni^TOliiritTS 

ment après les barrières et lîinileii dt! la \illc ca- 
pilile ; mais , dans les maisons dites royales et 
comprises dans son enceinte, il y avait autant de 
gooirernemens particuliers, gouTemement des 
Toileries, coiivcrnenient du Luzembonrg, etc. ; il 
y avait aussi les gouverncnicns militaires des In- 
valides, de l'Arsenal, de la Rastîlle, et'*. ; legoa- 
vernenient de la Bastille était aussi soos Tau- 
forité du ministre de Paris et soos celle du 
lieutenant général de la police , à titre de com- 
missaire du roi, d'intendant de Paris, a lui seul 
éCaient rendus des comptes , des détails qui con- 
cemaientrintérieur de cette prison d'état. 

Avant la révolution, U capitale nVtait pas as- 
similée a une ville de guerre; on n'y connaissait 
pas de commandant de la place ; une troupe de 
sept a huit mille hommes, composée du régi- 
ihent des gardes françaises et de deni compa- 
gnies des gardes suisses, y faisaient seulement le 
service militaire; elle était renfermée dans les 
casernes destinées au maintien de la sûreté , et 
éuit sédentaire; elle faisait un service eztérieur 
pour la demeure du monarque et de sa famille. 
Les officiers des deux régimens de garde à la cour, 
allaient chaque jour prendre l'ordre. 

Cette garde faisait des patrouilles de nuit dans 
la ville et les faubourgs. Successivement « elle se 
vit commise au bon ordre des trois ^zrands spec- 



/ 



TIBÉS DES jtHClIlTES. 5 

lacles, l'Opéra elles deux Coméclics-Franraise et 
Iulicitne. Ceire police élait en accord avec la 
police ordinaire. Des officiers des gardes fran- 
raius, de 1,1 coniK^-trtliiie et de la police de- 
vaienl journellement s'y trouver réunis; il existe 
des ordonnances concernant 1.1 police des «pec- 
Uclex ; elles sont ancieanes et modernes ; le roî 
donnait à ce sujet des inslruclions particulière»., 

La troupe mililaîrc, toujours placée sous un 
commandement militaire, n'était pas ce qu'on 
appelait vulgairement la force ordinaire ou la 
force publique j celle-ci consistait spi^cialement 
dans le guet , composé jadis de compagnies^ 
boni^eoises. L'expérience av.iil prouvé que ces 
compagnies étaient plus propres à répandre le 
désordn; qu'à l'empêcher. Les régimens des 
gardes françaises et sui^^ses, et même les déta- 
chemens d'invalides étaient régardés comme 
force extraordinaire et auxiliaire, subordonnée 
aux réquisitions de la police, et devant agir sous 
sa direction ; mais il fallait , en toute circon~ 
stance (et jusqu'en i776, on a suivi celte cou-- 
tume) un ordre cïpit-s et particulier du roi. 

Antérieurement à 1789, il n'y avait eu d'autres 
troupes de ligne et infanterie en résidence dans 
la capitale que le régiment des gardes françaises 
*^t une partie de celui des Suisses. Depuis la 
suppression des mousquetaires, gendarmes et 



6 MÎMOmCS BISTOmQCES 

dieVaihlégen, h seule cavalerie était celle du 
gûêt. 

En 1774, il y eut, ce qui ne t était pat vu pen- 
dant preMjue tout le règne àe Louis XV, un 
pnm\jBt et principal ministre, M. de Maurcpas. 
Ii6 principe d^unité dans la marche du gouver- 
nement el dans la marche de la police, fut alors 
liien établi el mis en pratique ; sous son ministère, 
tbnl se reportait ft lui et ii son approbation, tou- 
jonrt au nodi du roi josqu*a son décès, arrivé 
en 1781. 

Vendant cet intervalle, il n'y eut dans le gou- 
vernement ni tiraillement de mésintelligence, ni 
con^t entre les ministres et diverses autorités. 

Après M. de Marirepas, Tautorité ministérielle 
tat divisée; toutefois, jusqu'au commencement 
dès (roubles de la révolution nulle ditBculté, 
niîAe prétention, ne se fit jour entre le gouver- 
neur de Paris (M. de Brissac, neveu et héritier de 
H. dé Maurepas), entre les colonels des gardes 
françûses et suisses , et les administrateurs de 
la police. 

Le colonel du régiment des gardes franraiiies 
avait, dans la capitale, phis de potivuir f|tu! le 
gouverneur même, bien qu*» la ronr et ii la vinc 
cç gouverneur oui n;i(iin-nr!i»rnt l.i |iri-sr.iiii r. 

Le gouverneur ct.iii le* ih<T «lu ior|»^ ilr 
\ille et le chef des cuq>^ rr.unif i[uu\, cncuro 



TIRES DIS ARCHIVES, J 

h'arail-il à ce titre que des droits honorifiques èi 
de grande représentation avec quelques autres, 
mais de simple utilité, pris sur les fonds et reve- 
nus de la ville. L'emploi de ces fondii avait sa des- 
tination spéciale. 

Les droits, fonctions et prérogatives du gou- 
verneur de Paris , de commandant général de 
tontes les troupes en résidence, n'avaient pas 
encore été réunis comme à présent daiis iine 
iéulè et inètue autorité. 

Le gouverneur institué récemment (1) ne 
doit-il pas être considéré comme investi des 
|»oaToirs attachés au gouvernement de la ville et 
iu commandement général militaire? n'a-t-il 
{tas encore li; droit d'autorité qu'avait ci-devant 
le doyen des maréchaux de France, de décider 
de certaines affaires militaires, de ri\es et délits 
de la part des militaires, dont la police même 
doit lui déférer la connaissance ? 

Quelle que soit la latitude donnée maintenant 
à la place de gouverneur de Paris, on n'estime 
pas qu'elle puisse dominer et diriger l'adminis- 
tralion de la police de Paris, qui doit être essen- 



(i) M. Leiioir écrivait en 1801. Le dcmiiT gouverneur de Paris 
tut M. di: Coisf de BrUsac.murt en 1795. Li plaça <fe gotiveroeur 
dv ParU ne tut pas remplie pcndaDt la réioluUan. Kooitiarte la 
i-i-i.-ililii II y nomma pour prïinii;r gouTcrncur JMcbitii Mtii'»t , 



8 MCVOlliKÀ HISTOAlQCKft 

tieUemtiit an«, suiTaol son principe d'iotUlu- 
tioD^ •ecouroe par les aulorilét sopérîearet el 
obéie par les aulorilés inférieures. 

Son autorité, dans lancien régime, était ba* 
lancée par deux pouvoirs souTeiit en opposition, 
le ministère et le Parlement. Elle était réglée, 
limitée; sa règle et ses limites émanaient do 
chef de Tetat^ qui donnait directement ses ordres 
Il Padminiatrateor général , ou les lui faisait au 
besoin tranamettre par les ministres ou par d'au- 
tres intermédiaires. 

D doit so présenter des circonstances impré- 
Tuea« multipliées» oit le préfet de police n'a des 
ordres à recoToir que du premier consul , et des 
comptes il rendre quli lui seul ; telle a été, dans 
des circonstances plus normales, la position en- 
Ten le roi do magistrat chargé de la police de 
Paris, depuis 1774 et 1776 jusques et corn* 
pris 1785. 

En mai 1775, il survint une émeute a Parin; 
c'était k l'occasion de la cherté du pain. Dès 
les premiers momens, elle ne put être répri- 
mée, parce que le maréchal de Biron, malgré les 
instances do lieutenant général de police , re- 
fusa de fiiire marcher des détachemens de son ré- 
giment, prétextant qu'il n'en avait pas d'ordre 
particulier do roi (Tordre fut expédié deux jours 
après). Le lieutenant de police perdit U place à 



TIRES DES jUICRITES. g 

l'occasion de cette émeute; et quelques mois 
après (1), lors de sa réinstallalion, il demanda 
des instructions signées^ lesquelles devaient servir 
d'ordre supérieur à l'égard du service des deux 
régimcns de gardes françaises et suisse», pour les 
caa ordinaires ou extraordinaires de réquisition», 
ultérieurement exigibles par la police. 

On rédigea ces instructions d'une manière 
explicative; elles firent cesser toutes contesta- 
tions. Le magistrat n'était pas tenu de soumettra 
ses motiPs ; maïs ordinairement il n'en faisait au- 
cun mystère, à moins de nécessité grave. Four 
les choses de moindre importance, il s'adressait 
aux états-majors; plus souvent encore, il appelait 
à lui des officiers ou des sergens. 

Avec le consentement du maréclial de Biron, 
M. de Sartines avait fait placer un poste de 
gardes françaises à côté de la maison du direc- 
teur des pompes à incendie , sise rue de la Jus* 
sienne. Ce poste avait l'ordre de marcher au 
premier avertissement de son directeur. Le suc- 
cesseur de M. de Sartines (2) avait obtenu pa- 
reillement deux postes de gardes françaises, l'un 
pour le faubourg Saint -Antoine, l'autre pour le 



(0 Voyerdans lediapilrc àm Notices historiques sur les lieu- 
Itnans de police , ce qite j'ai dil du reimii de M. Lenoir, eu '775. 
(i) M. Lenoir. 




rkfi 



CuiBiMirg KunUMàrceâu, (dans rintenlion de con- 
wHt um lubitiint de cet deux (|uarlicn, regardés 
2iimtti âÀ foyiéirt lubitueU d'eflervcsceuce po- 
IttEttra. Ce^ àint J^otlet aeiraient marclier au 
âTertiisement de U clameur pubUqne ; 
l^rlier niâin forte au guel» luiuf à ne se déployer 

16 sous le commandemeol de rauloriic nûli- 
L Lesidljhdanl où sergent qui commandaient 
c6 j^Mla, étaient soldés en partie sur les fonds de 
Ik^iâicè, et loi rendaient compte, ainsi qu*àleur 
étitl-ttâjor. En solde, gratifications et récom- 
^KieSi la déjiense s'élevait chaque année a 
itngt inille liTrês ou enviroa; on payait le tout 
éôr qtiltânce iin ^erta d*ordonnances du lieute- 
nant général de police. 

l>*àatrb instructions, signées aussi du roi, re- 
paient lès diTeb éenrices dans Paris, entre les 
irôiipéa de ligne, la compagnie du guet , et les 
compagnies Bourgeoises. Les agens inférieurs* 
ijui liriTàient aucun costume dittinctif, étaient 
p^irteiirs d*unè espèce de brevet, conçu en de» 
teVÀies coÂceirtës avec les élais-majors des r/gi- 
méns (tes gardes firanraise^ cl siuisse& ; un ne (>ou- 
vait leur refuser aide et assistance. 

Dans les patrouilles de nuit , les oflicicr» et 
préposés de la police étaient toujoun soutenue 
par dés sergcns des deux réginicns et des rccmoH 
qui se trouvaient ii V^m. Lo olip.urrs de pulite 



IM MKIIOlEIi RISTORIQCES 

ne doÎTtnt être coniidérées que comme set ta- 
tellitet. 

La diftcipUoe miUuûre n'est pas de son ressort, 
bien qu'anciennement elle eût parmi ses attrî- 
botions'le tirage de b milice de Paris, la revoe 
menraoUe des recmleurs, la ratification des 
engagemens, le ^isa des congés, etc., ce qui re- 
Tient ë dire qu'une sorte de police militaire était 
autrefiiis dévolue a b police ordinaire. 

La troupe militaire ne pouvait s*introdoire 
dans une maison qu'avec la présence d^un com- 
missain de police , alors même qu*il eût été 
question d'une bute commise par un militaire. 

Les gardes suisses « en vertu des capitubtions 
signées avec leur paySt avaient plus de^iriviléges 
que les gardes françaises ; ils se conformaient ce- 
pendant avec eiactitude à la teneur et à l'esprit 
des instructions qu'ib avaient reçues» et ne pré- 
textaient pas toujours de leurs privilèges. Les 
Suisses avaient bur juge, et lui donnaient le titre 
et qualité de grand-juge. 

En 1778, un soldat suisse, arrêté pour un 
crime, fut livré par la police aux tribunaux fran- 
çais. Son état-major le réclama; il fut seulement 
convenu que le prorès du criminel ne serait pas 
fait au soldat, mai» au Suisse. En conséquence, on 
joignit à la procédure un congé que Ton antidata . 

De la déférence de la police et de la bonne 



Tlttà DB AMmyMs,'- tS 

discipline des deux régiineiis, il résulta qne les 
troopes milîmlrcs , dont autrefois on avait à re- 
douter journellement les cxcùs , y maintinrent 
l'ordre et la sûreté. 

En 1778, les gardes du gouvernement de Paris, 
dans une f^te publique rjui se donnait k l'Hôtel- 
de-VilIe, insultèrent gravement aux garJes-do- 
corps qui lïrcnt leur plainte. Le lieutenant de 
police en informa sur l'ordre du roi, et se trans- 
porta chez le gouverneur, qui lui fit remettre 
l'officier responsable de cette insulte. 

Dans une autre occasion , le gouvernement 
■'étant plaint qu'un a^ent de police avilit insulté 
l'an de ses gardes qui, ssns être vêtu pour le mo- 
ment de son uniforme à la couleur de la livrée 
du gouverneur, avait pourtant fait connaître ses 
droits et privUégcsi le même magistrat se rendit 
auprbs (Ui gouverneur et le pria de prescrire une 
ponilîon qui fut inlligéc nu préposé de la police. 

En tenant la main a cette balance, les diverses 
aulorilOs éloufTaient ainsi tous les conflits. 

ftmAuite de la l'olice louckarU In fav.t BruiU , le» fautiei 

yourellrs. 

C'est l'ordinaire des g«ins désœuvrés de faire 
circuler des menus propos, soit à mauvaise in- 
tention, soit sans dessein ; quelquefois ils ne sont 
que les échos d'un soupron , même en le don- 



l4 muiOlBtt nilTOMQCIS 

Qjwi amvt un fait ; mais Véàào u*e$t pai lop- 
jours fidèle. Ua brait» quel qu'il soit, uqq fqis 
lancé dans la circulation, Tarie, s*accroît et s*eza* 
gèrc^ en it*éIoignnnt de m source. 

Pendant les premières années caloies du rc« 
gne de Lonb XVI, on ne voulut pas que la po* 
lice ponrsniirit les mauvais propos , les histoires 
et éy4Mm<iil>i supposés que de tout temps on se 
plaît k propager dsni^ la monde. Le principe et 
lji.wlw^ ^ M» 4fiMaucepas éuient qu on la)is- 
sât tomber les m;Kères; les fausses nouvclUii 4^- 
iraa( sq détruire s^ec le temps ou se voir absor- 
bées par des événemens plus réels. 

])|ipnt 1^ pii n islère,da ce ministre principal , 
U n^'y: eq^ P9S de détenu pour discoiirs téméraici^f^ 
et cfUniinieqx , ni même pour écrt^ diflamar 
tpfi;es, si cq n'est iAnguH et PMinri. ( La letti)f, 
do c^het il l*<g>r^ du premier avait été de- 
"*pffi#* au nom du tribunal des msrécbaqx dfi, 
France ; celle contre le second , provoquée par 
M. Necker.) 

Après la mort de M. de Manrepas, Louis XVI 
ordonna an lieutenant général de police de faire 
surveiller et punir les auteurs et dislributeurs de 
diffamations et calomnies, et a cet effet d'en 
rendre compte chaque semaine ; on envoya des 
émissaires dans les cafés, spectacles et lieux 
d'assemblées. Des propos et des opinions de tous 



i6 MÉvoinu HirroiiiQiT» 

■ 

previTCt do contraire , il ett un grand nombre 
d'anecdotes controuvéen dont la crédulité du 
pobUc ne se désabuse jamais. Nous en citerons 
un exemple. 

En 1777, le bruit se répandit que le duc de 
Fronsac« ayant résolu dVnlever une jeune per- 
sonne , avait Tait incendier la maison oh elle lo- 
geait avec sa mère. Nul rapport n'avait été fait 
à la police. Louis XVI en écrivit de sa main au 
lieutenant de police; il ordonnait de ne rien 
épargner pour punir le crime ou la calomnie. 
On colportait lliittoire; la supposition cban* 
geait, à la vérité, quant aux personnes citées et 
à rendroit^ et le fait se détruisait de lui-même 
par la^ diversité des récits ; aussi les informations 
furent longues. Le magistrat de police inter* 
rogea de jeunes personnes et leurs mères qu'on 
dé^goait nominativement. Ce fut en vain. Un 
particulier» ii la veille de mourir, envoya cher- 
d|€r un officier public pour lui confesser qu'il 
pourrait être l'auteur du bruit répandu ; dans 
un vieux livre » il avait lu le récit d'une violence 
semblable; il n*avait pu sVmp«*cher, par une 
préoccupation de colère , de dire que le duc de 
Fronsac en serait bien capable. La supposition 
s'était dénaturée en courant , el cVsl sur de pa« 
rt* ils bruits que lot ou tard on «'crit lliisloire. 

Le hanard , plus que la mullitndc dr< m-lirr* 



c1wi,-«pin»MfHi des. dé'cotimriei; msK lé ^Im 
Mwaat loB eSortsjde la polict ^nr reptoOMet* U 
cstMnnie, ne terrent qu'à l'antoriBeT de {Atu'eti 

M ■ - ....... -M...-: 

MM. de Sardine et Lenetiveymt tentéd^-«sï^ 
naîlre ce qu'on disait sur leur administration , 
employèrent successivement les -vingt inspec- 
teurs de police littilaires; les rapports contin- 
rent plus de flatteries que de vérités et hcauconp 
de récits arranges sur des bruits fondés ou non. 
Les rapports des mouckea teeritet devaient £tre 
plus véridiques et plus susceptibles de confiance. 
(L'imprimé intitulé : Chasteté du Clergé dévoilé$ ne 
contient que de vieux procès-verbaux rftjeunis 
par l'éditeur Manuel, qui n'y a pas compris les 
apostilles.) 

Le faïQeux comte de MirabeaH et Brittbt de ' 
Varvîlle avaient été séparément occupés par Ta 
police à faire des écrits, des bulletins et à les. ré- 
pandre dans le public pour contredire de fiinues 
histoires et anecdotes. On a soupçonné qn^ls e,n 
composaient em-mêmes. 

La Gazette de France était regardée comme 
plate, parce qu'elle était véridique. Quand il y 
avait de bonnes nouvelles, la police en envoyait 
proniptement le récit en substance dans iesprin- 
cipaux cafés et lieux de rassemblement, afin qu's 
le fond n'en fût pas sitôt altérr. 



j8 mkmoiiic» iiifl»i>aiQtTs 

U €•! plus làcUa de ditiraîro (|«M de fi^er Ta!- 
If i|tûm généf aie ; c*éuk un dee noyens dont te 
MITTMt avec avaalage Tancienne pelîce pour 
mettre au ncant les faux bniiu cl les propos ca<» 
JllflWHfeWt C*eal uoo vérité non moins certaine 
fgtêm hviqM le psbfic detÎM qu'on le mélange 
4'fipMns» Si n'en eal ^ne pins «vide de médi- 
«MM et de e^lomniea; senlemeni il tn parle k 
kftm doe, ot sait se fiûre nn eerde (I ) . 






Les moyens d'ètn; Tite au ffii de ce qp K 



Ms^t dans Paris , n'étaient pu noleîns i on 9e 



.l.(t)MjiaWaBeoe|pèélnMreet«epntledefliMtaMécH. Le- 

«Mtr^rMbrttiti ^Foda bit epprir à fn^éf ^itiflltr 
éifyiimi, n «Il «Hâla que le torpticliiiic à riurd 4» blu 
nspeisa en ua-os eti weanMns ■■eênlras qoc Is po H o B s p^eir 
OiÂiipf 4f lia^fiéM 4mi Vowéoii psor Iwrnir dn «iMt è Ms 
ééCepMvrt. La lactique n'a ries (|e neuf. Qai»! auji hottmm éc 
k révoHilloBy M. Lenoir en «irait la plut fa^iM idée. Set pr^nféa^ 
iB«eM« bfaiidilnil oMlaaicrvpaleut qoe rar les actes attri- 
,bftii|f^fppp de TaKlco fé0m^ Ri irlMaC ni mnbraa ne fti- 
Tcnt diarféa de cet prétendu» bnlIctiM. La nou«fiéié d*un panll 
Irit n*li(Arait pai attenJo »i long-lenpt pour te produire; W halaet 
OiTViSiéei de la aaur au de la ré^olnlion contre de parcllt 
bomnnt t'«i fiwieni ftii aonirt cos de fuftatant aoyent de dU- 
oMit et de démolition. 



TIRES DES ARCmVKS. îg 

mettaient mal en pratique avant l'administra- 
lion de M. Bcrryer. Le public était contraial de 
payer pour être admis aux bénéfices de la sur- 
Tcillancc. !\ï, Berrycr fut le premier qui obtint 
pour le service et pour ses dépenses fixes et im- 
prévues, des fonds assignés d'abord sur plusieurs 
caisses publiques. 

Dès ce moment, la graluilé des fonctions du 
chef de la police fit (pic tous les habitans rceou> 
rurent à ton administration dans maintes af- 
faires pour lesquelles on aurait eu recours aux 
tribunaux de justice. 

Ces temps rappellent beaucoup d'intrigues et 
de divisions parlementaires qui nécessitèrent un 
plus grand nombre de commis , de préposés et 
de subordonnés pour entourer une magistrature 
dont les pouvoirs et moyens venaient de s'éten- 
dre : la police devint chargée d'une infinité de 
détails et de soins de toute espèce. 

C'est sous M. Berryer que fut montée l'oi^à- 
nisation de la grande machine; c'est sous U. 4e 
Sartines que les rouages de celte machine oqt 
commencé à marcher. Il se créa des affidés, s'at- 
tacha des créatures. Tous relevaient de son au- 
torité , n'avaient affaire qu'à lui, ne relevaient 
que de lui. M. de Maurepas disait que pour ai- 
sumer toute la responsabilité, son arbitraire en 
cela devait être sans contrôle. 



au MKMOIlirS HISTORigLIft 

Dam cet éUI de choses » tout individo non 
avoué par la police qui se fôt mêlé d*espioDnaget 
se scfpit mis dans le cas d*étre puoi sévèrement. 
Un gueux Tétait par la détention à Bicvtre. Les 
çspions de bonne compagnie se voyaient démas- 
qués et diffamés. 

Il y avait cependant dans les lieux oii résidait 
1^ QO^tf des espions que devait entretenir le 
Pl^^yôt de lliôtel. Il y avait aussi ^ tant a la cour 
qife dans la capitale , des espions politiques; 
ç<;ux-|ii étaient employés par le ministre des af- 
faires étrangères; mais ce ministre en ftisait 
connaître la Ibte au lieutenant général pour 

9ff'^.i9'(^ les fiiire appqyer ou surveiller. Enfin « 
j\ J^^iT^it à Paris des espions de circonatances ^ 
jfl^plf^yés par occasion» en a^ez grand nombre. 
Qi^ a vivement affirmé que Tancienne police 
sf^l^ûtpour Tespionnage de pauvres et mia^ 
rîJbles chevaliers de Saint-Louis (1 ). M. Lenoir 
déclare A*avoir employé qu*un seul officier de 
oét ffdre* U était garçon et sans fortune , mais 
dans un certain bien-ctre toutelbis. On ne 



■ 

donnait que des billets de ^ectades ; il rap- 



, (i) Ce qol ftviiil éaonê lieu m ré pê nâ r t oe bnUt, était «ne pai- 
llon de ifAno lUrr^ que M IWnrer avait dit «wiffoer «ur U po- 
Wt kmn dMTBlIcr <le Vouy, qnl était réelIcMirfit maavalt aalciw 
iSciplMi : mmLtw anifr ti*a drp«lf M «ImI pmtkmuà. 

; V fe Ha V. Lemtir. ) 



f^ 






%% nilOIRKS UISTOaiQUEft 

ob fa rfê tiflpsel recherchci pour les divers dépir» 
iMieM qui dénient eiercei^ leurs maîtres im- 
médiats; de sorte qu'avec Taide de b garde , de 
hk loree pobBqae» des patrooilles de nuit, les 
iftsieni principaux de la police , dirigés par le 
•inl lieutenant de police, suffisaient au bon or* 
^bo dans les mes et dans les maisons. 

C3m^pio commissaire et inspecteur de poHce 
élail tenu d'avertir à Tinstant» ou faire aTertir le 
Koulensnt de police de tous les événemens et 
nc^idens survenus dans son quartier : il auruit 
ottcofuru le blâme si Tun de ses collègues Tavait 
prévenu* Le lieutenant de police était fini souvent 
boueovp plutôt instruit par ceux qui tenaient de 
lui des places lucfatÎTes ; il Tétait directement par 
les mailws des académies de jeux , par quel* 
ifues Anmies tenant lieux de débauche» par les 
mitlras des petits spectacles placés sous son an«» 
tawlé immédiate j il Pétait par des employés aux 
institulisM de police» érigées par lui ou par ses 
prédécesseurs; il Tétait par les entreprenews et 
mspectemrs du nettoiement de Parts» de Tillumi- 
aalion ; par les employés qu*il nommait dans les 
kalles et marchés publics, etc.» etc. On employait 
depuis long-temps dansTancienne police» le plus 
secrètement possible, des domestiques retire» 
du service et gagés bur 1rs «Irpcn^ci» mtcivIc». Il 



/ 



24 MUIOUIIi lilft'IOUlQLES 

ni trop peu d'espicms, et qu^îU ne doivent pet te 
croiaer, ce qui arrive quand il y a plus d'une 
police sur le même territoire; les espions se- 
cretS| les espions de société, ne doivent pas, au- 
tant qu'il est possible, se connaître; il faut savoir 
se les attacher par l'espoir d'uoe forte récom- 
pense. La quantilé et Tespèce d'espions a em- 
ployer doivent se régler sur la nature des affaires 
et des circonslances. Parmi les espions de so- 
tiétéf BIM. de Savtines et Lenoir ont eu constam- 
ment le soin d'avoir des auteurs et des avocats , 
classe d*bomme plus indépendante en apparence 
que beancoup d'autres, besoigneui et avides 
d'argent} toujours aux cent coups pour en avoir, 
et par cela même faciles , quoique dangereux a 
gagner ; car la vanité leur (ait débiter a tort et à 
travers tout œ qu'ils savent. Les médecins et 
chimi^ens sont très précieux ; leur profession 
les met ^ même de faire tous les jours des visites 
daoa diverses mi|isons, oii l'on débile des nou- 
velles giulb font circuler. On disserte , on parle 
sans réserve en leur présence. Leurs rapports 
sont propres à faire connaître le moral des so- 
ciétés, et conduisent â la connaissance de l'opi- 
nion générale (1), ce qui est singulièrement 



(i) Questionner el Uirc parler œm qui par éUl vemkaft in- 
\^lkr avec le lioitcomil de police , et qui a^^ivut iks c- mpte* â 



là l'origiDe d'nn goBVUiwiaotf jdffilWf^ 

Datu r^iat des dépenses anniK^M'ick-^kn- 
dennepoUce, la dépenM d« l'eflpibiinémridil^ 
portée qu'à 90,000 Ht. Si le lieutenant de poliiM 
n'aviit en d'aiilears H donnée dm |4alMi iit>ifcs 
récompenses , s'il n'àTaît eu le droit d»J|É^uaafc' 
des rétributions payées par les académies :dd)jew, 
s'il ne s'était pas trouvé dans la situation d'obli- 
ger ou de punir, il n'aurait jamai^puiatàifiMlré M 
grand nombre d'espions. - - - ""^ 

Depuis M. de Sartines , il s' tétait établi un 
genre d'affaires à titre de confiance^ en vas de 
malheurs, de faiblesses et de délits, des particu- 
liers et des familles venaient lui soumettre leurs 
aveux , en dehors de l'action judiciaire ; on s'en 
rapporlait de leur solution, a sa prudence ut cir- 
conspection , à ses conseils; il indiquait les 
moyens, prenait des décisions. Il s'agissait de 
fîtes séduites j d'accouchemens clandestim, de duels, 
desuicides, de lentatives de crimes, clc.,elc.MM, de 



lui rendre, fermiers gcnérauï , directeurs des fermes, des bar- 
rières, des poslus , des incssagcrjcs , agi^ns de cliiiiige , ccn.scuri et 
ivndics du ta libniric, elc.,elc.,c'él3L('n(aurfiiit demoycDi d'êlre 
bien informé en saclianl bien discerner. On aura aisêmcnl ce 
mnjieu, qnatid luutesles pruf-.'ssionsd'ailt et métiers seront mises 
en cor |>o[d tien et !>ynJi>)nécï par Te pi^fut de police sous sou au- 
turilé, (A'oif <lc M. lonolr.) 



awitalll M iiiMir»«l, mm cet dtvart rippatls 
de oonfianMt rendu beencoap de senriceri ef m 
M Aira deelfbUsét dooi la reconnaîsieiice leur a 
^aèlqMim ppecllré des ans utiles au bien pa- 
VÊHé 
£m fût tooij^rendre que» malgré la CûUetM 

le personnel de la police était 




Jte téÊktÊHmUm et t m tl mmt PMcê cMcfinoal Im Li^ 

9Êmt$ I Mi flMMMwMf SHUtT€9 ti CMMMaf fl Ml ^WlilMNI mf$ 

CNitt )pe«t4taMi là gètnde nHté de« bonsitMiy 
^ èèiii téof ét^tnlation plot rapide ; tout le 
ôiàÉde iè AÉ(»lcli« «ië létf fiûre k soi! Mur en Uii 
répétànf «ai |ferkotinM qui ne les cdfthMitéftt 

•> ■ 

im qièUketi, les épigrammet et ki atiN» 
rât lêiijMtirs égayé le pe(it>le français et partlcu- 
Bèrédiefit Iè {Mliple fMtfisleii , surtout iftiaild îll 
6iit êti poii^ objet tiil pfeHofitiflge reinarqtiible , 
un hotnnie en dehors de la foule par son rang ou 

(i) Oè S tg s um de nMiM isdiqve ime pk> profon^le k la^vdle 
e MM Stau dUlrile et porter remède. C'ctl W cjvbmw de U ré- 
ilfdefé contre le e j f uim w det sururt , drvT ticr% «{u: »e 
I. 

Vc7t- v/. ru.'.'. * 



38 MKMMIIKS RUTOMQttS 

177S, toMa detpliiineft pour défendre tes opé- 
rations et jeta le bl&me sur la conduite des Par- 
lement. Les gens quil soldait entretenaient eux- 
^ mêmes la dispute et se ripostaient pour avoir à 
sa répondre. Il n'y a^ttit plus de raison pour en 
finir i il fit cesser ce tripotage en disant : • Cela 
c ne mord ni ne tue. » 

En 1791 ou 1783, on exila des particuliers 
qui s'étaient associés pour composer et débiter 
des ouTrages, scandaleux ; la police avait saisi 
leurs manuscrits et leurs presses. Elle sollicita 
le ministre de les livrer à la justice criminelle ; 
il répondit que les lois sur ce chapitre étaient 
bien sévères, et que Ton travaillait a rendre 
plus tolérante cette partie de la législation. Les 
exilés s'établirent en Angleterre et en Hollande. 
De la, plus impunément en effet, ils répa^irent 
et firent pénétrer en contrebande les livres les 
plus mauvau du monde. Ces pauvres diables 
n'étaient qu'ennuyeux, ils devinrent assom- 
mans. 

Dans ce temps-U , l'ambassadeur de France en 
Angleterre donna sous main l'avis que des ré- 
^ fugics français faisaient imprimer k Londres un 
libelle épouvantable contre le roi , la reine et la 
cour. Le ministère français mit en route un né- 
gociateur qu*il paya grassement pour avoir toute 
1 édition de ce pitoyable ou\ragc. telle paco- 



\ 



tl 



«I • 



TIRÉS DBS AHimnr^. 1^ 

iîUe, ^n'aurait pas eu le noindre débita lîil^dé- 
posée précieusement a la Bastille (1 )r • ç • . ? 

Ces moyens-là ne firent que multiplier les 
écrits sortis des presses étrangères. ' 

A la Bastille on encageait pour on temps des 
merceipudres qui se chargeaient de ces l^eUefi ; 
on se pi^oppsait par la d'en découvrir l^s fppr 
teuTs ; f:'était un tort de plus. Ces sortes de Tff4li|- 
pieds ne redoutaient nullement cette citadellfPi 
ils y étaient bien nourris, bien tintés. ll| ti- 
raient vapité d'un pareil éqrou, et se. ^^rf^taji^iit 
de martyrs. La police fit mettre à Bic&lfpr q^if^ 
qae%>uii9 de ces drôles pris en t|^çi4iyfiiil/^^Jal§f^ 
tificatioa leur imposa davantage; mais lç.iB^ep 
ne /valait pas mieux.. ' /tm fn 

Les beaux* esprits de la police avaient sonfr Ife 
faire des recueils des pièces de vers, de chansons, 
d*épigramnies. Les collections de cette chrono- 
logie satirique étaient déposées dans l'un des 
bureaux de Tadmifiistralion. Beaucoup de per- 
sonnes se montraient curieuses de rassembler ces 
sortes de productions et les recherchaient pour 
leurs bibliothèques. 



(i) Aprt's la prise de l.i Bisiiile, ou en a vendu beaucoup 
d'exemplaires dans les brmîiques du Palais -Royal et sur les 
quais. 



3o mbioani ntrauquEs 

OmumbI cMciMrrrir à lempi IwjNvmjin m- 
tenrt de ces méchaiicetét chaotantat que Vmt 
peut eo 4^nx tempi cUuer dans ta méinoÎK , 
•ans mime les écrire? Il arrive même iifvea $o«- 
'TeDtque l'aulear du premier couplet n'esl pas 
celui dn second : rimproTisalion Ait k pelolte. 
Beaumarchab 9 renfermé a Saint -Lanre poor 
dessotlisës comme il en satait fidre* pins spiri- 
tuefles qiie Kttéraires, s'avoua Tanleur de fnél* 
qttes-nnes ; mais an sujet d'une mauratte chanskMi 
diaiftée dans nn souper qu*il airait doilni le 
JMT nêmè de son arrestaliou t il déclara ^pnl 
lAiiMÛt comjpoaé que le premier couplet » et qm 
les aniMS avaittet été fiiits par ses conthîi. 
** Fkrdieni dt-^l» Saint*Lasara provre asset qnë 
je snis nn imbécile d'avoir mis les gens ém ttkte} 
4|iWfl> 119 tf^ ioncîa pas de passer pow fMi« 

l^ Taqité de l'vitenr peut mettre sur b ff^ifjfs 
i^ cm ii|»éTreri«f ^ communément, aprip ^fk 
lupf d9 ^inpSf lorsque la cninte qui le j^Mla à 
m taiM eit passée, on y parrtent. 

i^prèf le règne de Louis XV et l'exil dn chM- 
celier Meaupou » on a su que les libellea tm^s 
par milliers à l'occasion de Teiil des parlemens 
étaient l'ouvrage d'une société de correspon- 
dant, dont MM. de Malesherbct, de Lamoignon, 
de Miroménil, Boindin, Target, le Maître et Je- 



Uvénlé. . ,;;., -■: ,r .; 

U- de Qlonne a écrit \9^Ut(r»éi0.tVf4*fiffi» 

proilucUokuutiri^ea contire iX. ^wktscu^Hi/iijf 
iêinmitiiA- I^m loup; 9» in^ngepf «pùp «ei^io r 

Mi\I. de Moritesqitioii, de Crcqiiy, du Cb^iiipr 
peneUel autres coiirlisans de concçrl avecBua"- 
marcl^aîs, Champlort et bon non)brc d'éciiv^iof 
^i ^nt encore vivans, 4v.iient compoB*^ àes 
^llf^es contre la reine, contre Ic^ ministre^ et 
flI'Tr cuiilrç cepx des ministres qai 1^ ew- 
yloy^cnt. 11 e^t plus que pfob9t>le qi)e ^.^^jJi- 
in^rchais avait compose: et porté » Lon4i^»i PQH' 
){B lairc impriDier, le libelle intitulé ht Amonn ^ 
Chariot et Toinetle , imprimé avec des grftyyrw 
obscènes. Les lieulenans de police ii'çur^pj^ j|^- 
nais que des présomptions sur c^s d^lit?, 

En 1785, M. de Vergennes Et mettre ffifn^j^ 
au collet d'un réducteur de nouvelle^ qu'^ f^jût 
protégé. On faisait passer à l'étranger les nou- 
velles manuscrites; elles étaient revues et cor- 
rigées aux .lâaires étrangères. Dans la copie 
d'une de ces nouvelles adressées a TimpéMltrice* 



[i] Ou coiin:iil di-^ pi i50ii:icç qui n uienUc donner aujourd'hui 
Ir mérite de cïs ou> rn^ot rempli" dViipril. (!Vot« de Jt Ptuekel.) 



5 a MKHoiiits MfTCMQms 

mkhC^ on wnit ajouta des T«n infioies ciNim k 
rrfrie'ii fiRe. Le minblre fil mettre son Grpwi 
k U Bastille. Pour te justifier de llnaertion ht^ 
tiTri, cet homme allégua que Tuo dea commis 
«tilt pu seul commettre cette indipiilé* La per- 
<|iiMtidn fit trouver la pièce de Tert dans «i ti* 
roir On ne put saisir le commia infidtte, il «mit 
iléii|^«aTolée. 

Peut-êM <{u*en se tenant dana mi cerde de 



Initié jplos sévère , on eût arrlté cette 
gîôn dé pamphlets. Le mal était d'en tnulv lea 
«uJfêurt par coups d*état, car ila prenaient enaaite 
des aflnréi'de héros. Autant k Baatilk élail pen 
Mdoiitéëjpar ka gens de cour et ka écrivaina^ 
lilftiûl BIcêtre Péuit par lea gêna dn penpie. Or» 
Wl&qéemundt la canaille k k BaaIiBe n Ben de 
Bi'l<$iirer k Bicêtre, etk noblesse reataitlibre. Ce 
àféiih pas le moyen d'avilir ce comamrce de 
lidiea injures et de pktes indigniléa qiTon aaaai* 
ioif hait quelquefois d^esprit, mais rarement : k 
UbifBlîaiice n'est jamau difficile. 

9mrle9 «i»»pm en Of/iHerê éêpéim. 




l'administration de M. Benryer, k 
compagnie des quarante-huit commissaires de 
police s*était composée (rhonunes hahiles et 
inalniil»; presque tous avaient fuit leur droit et 



f 



tIRÉS DES ARCHIVES.' 53 

travaillé dans de bonnes études; la finance 'de 
leur charge s'était élevée jusqu'à 100,000 livres'. 

Dans le nombre des quarante- huit commis- 
saires, il n'y en avait que 'vingt- quatre qui 
fussent spécialement chargés de faire eiécuter 
les ordres du roi , les lettres de cachets ; ils 
étaient en outre commis à certains départemens, 
tels que ceux des halles et marchés publics, des 
spectacles, des jeux, des étrangers, de là 
Bourse, du Mont- de -Piété, des prêteurs sur 
gages, des nourrices mercenaires, etc., etc., etiél 

On avait distribué la ville de Paris en seize 
quartiers; il y avait trois commissaires dans 
chacun de ces quartiers. Le droit d'atacichnetè 
restait a l'un de ces trois commis^ires. Left 
seize anciens étaient des hommes d'élite, propres 
a servir d'exemple. 

Les charges d'inspecteurs de police , ainsi que 
celles des commissaires , furent très recherchées 
pendant les années antérieures a la révolution. 
Les inspecteurs étaient sous Tautorité du lieu- 
tenant de police et ne devaient compte qu'à lui 
seul. 

On renvoyait a chaque commissaire et à 
chaque inspecteur ce que l'on appelait les af- 
faires de quartier; elles consistaient en querelles, 
en contestations de peu d'importance; mais par 
cela mrnic plus réputées , q»ie l'inspecteur <'on- 



m. 



r>/| MÉMOIRES HISTORIQUES 

cîUait» ou qui, faute de conetlUlion | pastaieut 
au cominÎMaire ancien. 

Le lieutenant de police, a chacune des au- 
diences qu'il tenait deux fois par semaine , rece- 
vait par cette voie une centaine de placets qui 
donnaient aux commissaires et inspecteurs 
rexpériencQ du caractère, des mœurs, des be- 
soins et des intérêts de presque tous les babitans 
de leurs quartiers. On se fera une idée de leur 
influence en songeant que, dans cbacua des 
arrondissemens, il existe une difi^érence bien 
remarquable entre les professions, ei l'on ptiir- 
rait dire les nations qui les habitent. Chaqna pro- 
vince a sa représentation qpéciale d'étals et son 
&yer de résidence particulière dans la capitale. 
Ceci ne varie dans aucun temps } les hommes paa» 
sent, mais les statistiques restent ; Téqnitthro se 
maintient. C'était en quelque sorte le royaume 
lui-même, réduit sur une petite échelle et n$«> 
semblé par échantillons, dans un périmètre 
d'uoe huitaine de lieues. 

Les seiae étaient par là des gouveraews de 
province au petit pied, d'où résultait, pour 
Texpédition des travaux , une sorte de nécessité 
de les garder en place, car ils étaient au fait des 
habitudes caractéristiques de leurs administrés. 

Les rapports se faisaient sur une feuille qui 
contenait la récbmation. 



TIBÉS DES ARCaiTI^. 2|Ç 

Ces JTîipporis éïmwt apastîll^f 49 h inakl Al 
magiiKrat ie police; Vapo#tiJU# 'm^qmi «I 

décision , et le renvoi du tout aux l^uroaupc ifii 
deTaîent ei) £)ire l'expédiiioq. - ,], 

Celte méthode procurait a la (pis Tordrii #( M 
célérité; trente ou quarante eniployés su^s^iPttc 

M. de Sartines notait de sa maip 1^ rjippMtt 
tenus çofjaine faux et attspeçtSf Oa 1«#^ Cyalil 
iférifierpar d^ commissaires petîrés ^ àMM^ 
spectçujrs de polic§ ir^rMiSt ^m J>ie» #RMm 

par d(is siirwniéraires ) dsfMs les a/Km^ délif^ 
cates, on sortait de ce cercùt ^9- s'iuireafysnt à 
des personnes discrètes et honorables, 

]Lief rapports sur des faits de Ubertinaf^ et mm< 
des anecdotes galantes , toujours très itomhnML 
en twf' temps , étaient recueiUis «ur les pvofos 
des libertins; l'indiscrétion et l'exagération ea 
étaient ordinairement la base. On a déshonoré 
plus d'une femme par des vanteries dont les 
auteurs ont avoué depuis leur impertinence. Les 
conversations de beaucoup de sociétés conte-» 
naient en foule des histoires de galanterie. Il 
était bizarre, en remontant à la source, de 
trouver l'imagination des anciens auteurs, les 
contes de Bocace et de Lafontaine, par exemple, 
au-dessous de la réalité même. Jamais on ne 
dira le vrai mot des mœurs du pays, qu'en 
allant consulter ces paperasses oîi les lûsto* 



56 ^rrsioiftrs iiirroiiif^crs 

mit6t graveleuses, les foorberies impudentes, 
las ktrdiesses de roués et de rouées, se succè- 
dent et se répètent sans cesse arec des variations 
et des contrastes du tragique an comicpie sur un 
éternel canevas, avec des broderies nouvelles 
et sans 6n. On a trouvé dans les notes de M. de 
Sàrtines un rapport sur le résultat d*un pari 
fektitement k Tinvesligation des mœurs d*nne 
cinquantaine de ménages que Tun des parieurs 
avait choisis bénévolement et ii son gré , comme 
des modèles de haute piété conjugale ; pas un 
de cet ménages n'était épargné; Todieux, le 
risible, Tefllrayant, le douloureux fiibaient le 
fond des renseignemens obtenus. Qnelques 
nrotea portaient seulement le mot d 'êXÊféra iùm ^ 
el les rectifications marginales n'étaient certai- 
nement pas de nature ii consoler celui qni s'était 
porté le garant de leur chasteté ou de leur fiHi- 
cité domestique. 

Les rapports sur les étrangers contenaient 
les motifs de leur séjour a Paris ; ce départe- 
ment n'était confié qu'à celui des inspecteurs 
auquel le magistrat reconnaissait des qualités 
nécessairea pour ces fonctions difficiles. 11 devait 
être capable de représenter, plein de formes, 
habile en beau lan;;age. On évitait de prendre 
des hommes de lettres, trop préoccupés d'eux- 
mêmes pour savoir observer. On en avait re- 



TIKÉS DES ARCHIVIS. $^ 

connu rinconTénient. Le^ gens du moni^^ ëtan^ii^ 
préférés et préférables. On adressait toiiteai Im 
semaines aux ministres des notes . ipstraçtÎT^a 
sur ce chapitre, tenu toujours au cou^raipJ^* jÇ[es, 
notes contenaient des anecdqtes que Tîntc^i^-»^ 
médiaire adroit obtenait des ambassadeprs^VX- 
mêmes en se glissant dans leur confiance. -, 

Les rapports sur les jeux, les prêts ^i^ura^te^ 
et les affaires en désordre des jeune^ gens- Âe^ 
bonne famille, étaient plus marqués au coin ,^^' 
la réticence que de l'exactitude; les joueu^,' 
les esprocs» les agioteurs, les libertins, s^ntp|[iia| 
habiles que les espions. . .. • . 

Nous avons vu le rapport d'un espiqn se .p^i^rj} 
gnant d'avoir été mis a sec de ses apppiptefXf|qpf^t 
au jeu et par l'amant de sa femme; il deipaïf d^it ^ 
qu'on le débarrassât de la coquine en la fourrant^ 
h la Salpêlrière. 

Les rapports k roccasion de la sûreté publique 
devaient être accompagnés de preuves osten- 
sibles; ces sortes d'aifaires étant presque tou- 
jours renvoyées aux tribunaux de justice. 

Les rapports sur les approvisionnemens se 
véritiaient par la conirontation des états des 
halles et marchés avec les registres des corn- 
merçans en gros; ceux des directeurs et rece- 
veurs des entrées de Paris, par les rendus de 
compte (lu liculenanl de police intendant de 



fMrfi, irec les tutret intendant des proTÎncet, 
et tiinbondamiDent par les rdatiom des gros 
nëgocians de Paris STec d^antres négocians des 
j^ys étrangers. Ce département» regardé comme 

* 

essentiel, était confié an plus méritant des 
qnarante-hoit commissaires. 

Par là, du moins , on connaissait an jaste les 
ftandes et falsifications et lear chiffre, en re- 
gard des prodoits naturels ; inconTénient ton- 
jours surveillé , toujours persistant. 

On formait annuellement la liste des char* 
latans, des escrocs, filles de spectacles, lêmmes 
entretenues, de leurs amans et des libertins qui 
firéqnentaient les maisons de prostitution; les 
hommes entachés ou suspectés du rice de la 
pédérastie étaient signalés. Ces listes chargées 
de notes incGquaient le degré de foi qu'on poo* 
Tait y ajouter. 

liés pédérastes avaient été réunis aux Toletnrs 
et escrocs, parce que, dans les hasses classes du 
peuple, plus sujettes i Tincarcératton que les 
autres classes, par la misère et le mépris, leur 
constant apanage , les voleurs et les escrocs du 
petit monde sont communément firrés 2i celte 
débauche infâme; la privation de femmes dans 
les prisons amenant d*aîllcur« ce% dt'r«*j;Iemrn< 
de la force sur la faitile^sr , c?^ s ^.;^.(|> uh!^ iliii^ 
la verdeur de l'agc sur les \agab011rl9 a«lulesccns 



TIRÉS OES AICHIVES. 3^ 

et «oftntj cti^onAtanCe tdétittd>le pflrtrtut dh il 
j «m des prisons, «pi ne sont pas {nslttnéec 
poor donner leurs aises h des scélérats ; attsti en 
sorlent-îls dix fois plus infimes et corrotnpuï'. 

Les salles de Bicêtre étaient il 7 a vingi-cin<{ 
ans Jes lieux de la plus afl&euse comiption ; «tt 
lut un des motifs qui engagea le liêtitenaat de 
police du temps h établir dans cet hôpital des 
trataOY que la poHce actuelle y & sagement ttuX- 
tipliés. 

Sur l'Admlnïslralion det Jeux. 

Les lois et les réglemens de police qui prohi' 
faetit les jeux de hasard ne peuvent jamais être 
eiécQtés !i Paris j deux causes en furent toujours 
sensibles: on parvenait aisément à en éluder les 
dispositions sévères, et la passioii ^u jeu, qui 
s'exagère avec l'âge, ne cède ni au\ menaces , ni 
aux représentntlons; elle domine ceux qui en 
sont attaqués, et qui lui trouvent des issues d'au- 
tant plus ingénieuses que les faiseurs de loi, qui 
ne tiennent pas compte de la force irréductible 
tics pcnchans, n'ont pas l'instinct d'imaginer les' 
répressions snfTisnnles on les distractions néces- 
saires. Le fait est que les répressions violentes 
amenaient des pugilats et des bagarres lorsqu'on 
venait à saisir les dés, les caries, et l'argent des 
joueurs. 



4o «KMOIIULS HlSToniQtl^ 

Peui-élre a-t-on éirité le pire du mal, en in- 
sUiuaDl une administration publique de% jeux, 
parce que la police est ainsi plus à portée de les 
sunreiller, d*y établir une discipline^ d*y connaî- 
tre les hommes , et d*empccher par-la une plus 
grande quantité d'excès et de crimes qui se com- 
mettaient dans des maisons qu'un appelait coupe- 
gorgOf et dans d'autres maisons, où, par rapport 
a leurs prÎTiléges, la police n'airait pas d'accès. 

Deux ou trois fois, dans l'intenralle de 1774 à 
1790, le Parlement de Paris a rendu, mais Tainc- 
ment, des arrêts contre les jeux défendus; on cea- 
aait pendant très peu de temps de les jouer dans 
les académies et autres maisons publiques, et Ton 
continuait de les jouer à la cour, chex les grands, 
dans des maisons privilégiées, et dans quelques 
tripots qui pouTsient demeurer inconnus durant 
un certain intervalle , et qui circubicnt tantôt 
dans la ville , tantôt dans les campagnes. Les 
ministres du temps, notamment M. de Maies- 
herbes et les principaux membres du Parle- 
^tient, finirent par conclure qu*a Tégard des 
jeux de hasard, une tolérance particulière et 
directe et one surveillnnce très active valaient 
mieux qu'une prohibition sans effet, d'autant 
que Tétat en retirait quelque chose, et tolérait 
qu'un certain nombre de chances mît le part de 
lion du côté des maisons de jeu, double circon- 



TIRÉS DES ARCHYES* ^l 

siance qui a toujours affaibli, dans la consciencet 
publique, la solidité de celle argumentaliaii. ' 

Le lieutenanl général de police eut totfjoiars 
a son choix les personnes a qui il était pçrp 
de donner à jouer, et à sa disposition les rétôbii^ 
lions qui en provenaient > i 

Si son choix est tombé quelqueifo^s . suie» dos 
personnes favorisées , toujours elles se mainlîi}^- 
rent (comme il était de leur intérêt) dansnne 
conduite exempte de grands scandales , et iQjUf^) 
jours elles durent rendre a la police d^. compt^St 
propres a lui faire connaître ce qu'il lui impoc- 
tait de savoir, par rapport au bon ordre et à Ji^ 
sûreté. On pourrait placer ici beaucoup dçcità* 
lions, non qu'il n'y eût des abus, npn qu'il n'in- 
tervint quelquefois des désordres; mais la police 
pouvait être prompte comme mieux avertie à tes 
réprimer. 

En ce qui concerne Vemplol des rétribulions du 
jeu, le public en a connu la plus grande partie; 
les sommes totales de ces rétributions ne se sont 
jamais élevées , clans la plus forte année, au-delà 
de 400,000 liv. Il y avait des banquiers afiidésàla 
police; on ne se nippclle pas qu'aucun d*enx ait 
jamais donné lieu a une plainte fondée. Ils ren- 
daient h la police soil une somme Gxe , soit une 
somme proportionnée au bénéfice. Les sommes 
et deniers ainsi reçus, étaient tenus dans une 



49 inlIfnMES MltTOAl^Ift 

arfM0 pwtkdièrt , i iid l i |H >JaiH» Atê tttkêÊê ém 
U ét ui tMP 4t là |MriiM; |Mr j^ftdkiit a ••nri A 
Wmitoitmm I «ilrélieii M dépeMai de Hiôs- 
flM ilt véttéfieM» titsé dUbwd k Vànglraird; ii 
PiliMitiMiatit d^ dépdt ou mtgintt de ma* 
tiens k filer, qu'oa dbtlilwut Mto lltiepectioii 
dMcttPée fc dei pittyret de km pireisset ; k Pé- 
iMMMMfleM dei ti'âvâu cnanteblee a BieêlKt et 
fiiitrileuieiitt k huattàr des aeeenHi > MtiJBgettce 
eei Vt Ê t ÊÊ iWM . SoM ce dernier rappel eevle- 
•HM^ Pe»pM dttt être eecret; iMii II était 
IMi' Ni eÉOii Miido, Mifia easMioii n réoeeMef 
ptr le caitHer m lieateiHuit géniral de poCee» 
diiéonpteede eet genres de reeelleset de dé- 
ptneas. n les eiaminait et arrêtait} il les eèt 
repMMitéi en miniUre du département def arist 
A PelÉ etifé; ce «jiii jamais n'est arrité. 

Les mimstres et les magistrats ém Fkrfement 
(çidqnefws la reine et antres princesses) s^adras- 
sidenl an lientenant général de policet et fan in* 
dlqnaient des personnes et des familles dignes 
d*ttre aidét» et soulagées. 

Det Si^€€iêele$ et Pmriê. 

Jasqne Yen le milieu du règne de Louis XV, 
la poHce de tons les spectacles étitt dans la mnin 
du ltetiten.int de police. Alon la gtirde int^- 



thués DÉS Alitmiiê. ifi 

tUsntt et éXtéHedfë déf O^é^ et d«^ èdttréffîéir 
Fnn^Uè €t Italléhne fitf ifdtMée m yé^ifièntt 
dés gàMei, Il la plàM dtt ^êt, lïHnfpé %oiiiiv 
geoi06 et de là r(rbé'-e6tM€f , mlmtirîéêg tlfoii^ 
l6«qiiéUé« ik^n ititpdsaietttpMs àiiéi; pt^yniajh^^ 
tenir uiiè botine polide. IM piàtk frâAtïâiiéry 
bicfii édtfidiàildéetf et di«dpliiilSM,pflHfinrèfltiiiéë'« 
meiii 11 filirè ie^rer la plopan de« dériérditè t|tti 
y tftsAèmtMérietireiiiélit ëtlÉté. 

A Mlle épdqitê, lea géUtilèhoMkiie^dè li ehàtft^ 
bf6 du Mt É*etiipaffer«At d'une gfafldé aùtrttîté 
fdf ridmitriéCfkMon deé deiit ciôDÏédié»/ét^tlF 
\tê actetiir» qti« le publie appelait éûédte irtntpëi 
dé MfNédJèm. Gem-el, glotièti^ d'être èôttt- 
tfHmdé^ par de pttiaêahii seighénihft (ce d«nt iUlké 
blfdèrent pat It ut reperitir), eherchèrent k se 
soustraire autant qu'ils le purent à ^autorité, et 

idême a la surveillance de la police ; tendance 
qui sera toujours celle d(^s artistes. 

Les comédiens fiançais se parèrent du titre 
de comédiens ordinaires du roiy qualiticalion qu*ils 
ne pouvaient prendre dans une capitale où de- 
puis des siècles le souverain n'habitait pas, et 
qu'ils ne pouvaient avoir auprès d'un public 
payant a la porto du spectacle. Le mot passa; on 
crut pouvoir faire passer la chose. Les petits 
cmpiétcmens procèdent ainsi. Les anciennes 
alTichcs portaient \qs comédiens français, les corné- 



44 HBOlUi HISTOIIQVIK 

4imm UmKims ilMMrMl, etc., etc. lU deTaîent aa- 
noncer dans riotermèiie ans speclatenrt les 
pièces qa*ik représenteraîent le leodemain ei 
kt joars aniTaïu. Ib panrinreoi a s'abstenir de 
cet a otiqiie usage oa obligation , ainsi qae de 
plusieurs autres usages aazqueb ib axaient été 
pendant lonf4emps assiijettis envers le puUic et 
eiiTert la police de Paris. La police laissa fiiire. 

Ib deiraient apporter tons les samedis le ré- 
pertoirOf signé du semainier, des pièces que Ton 
donnerait dans les jours de la semaine suitante , 
et prévenir la police des changemens que poo- 
Tait nécessiter l'indisposition d*un acteur. En 
cas de négligence, le semainier était puabsable; 
tontes les punitions que pouvaient encourir les 
actMirs et actrices étaient ordonnées par et an 
nom du magistrat de police. Les gentilshommes 
de b chambre du roi, en cas de tolérance ou de 
pbinte , étaient obligés de s'adresser h ce ma- 
gistrat. 

En 1 781 , lorsque les comédiens firaaçak se 
transportèrent a IXMéon, le gentilhomme de la 
chambre (le maréchal de Duras) voulut s'arro* 
ger le droit de taxer, par augmentation, le prix 
des places, et de diminuer le quart de la recette 
dévolu aux pauvres; le public se plaignît des 
comédiens; les hôpitaux s'alarmèrent; le lieute- 
nant général ne hn réda ni pour Tune ni pour 



TIRÉ^ DES ARCHlTEâ. ^5 

Taalre de ces prétentions; il fit un règlement de 
police sur les prix de toutes les différentes loges 
et places; il le fît imprimer et afficher : il pro* 
Toqaa l'assemblée des administrateurs de Uho* 
pital général, dont il était un des chefs, et bien- 
tôt après il reçut des comédiens français une 
soumission pour un abonnement ; on en fit le 
rapport a l'administration des pauTres» tout 
s'arrangea , mais ce fut un moment dé crise. Les 
comédiens italiens étaient moins remuans que 
les comédiens du roi. 

On n'a pas oublié la levée de boucliers qui se 
fit lors de l'incarcération de la demoiselle Clai« 
ron, par Tordre de M. Berryer. En 1779, la 
demoiselle Lu cy lut luise au fort TEvêque pour 
avoir chanté un couplet que le censeur de la po- 
lice avait raye. En 1780", Larive et Florence', 
pours'rlro battus, furent également punis par la 
police. Le parterre approuvait tour a tour ou 
désapprouvait ces actes de sévérité, suivant que 
les acteurs, et surtout les actrices, avaient alors 
plus ou moins de partisans; mais attendu que 
les salles de spectacles étaient gardées par la 
force militaire , ers petits désordres n'allaient 
jamais juM[u'à briser tout sous prétexte de li- 
berté. 

Le magistrat de police n'exerçait pas autant 
d^autorité à Tt'aard de l'Opéra, genre de spectacle 



46 mimoatî bistmioubs 

qui réooit betocoiip d'arts à k fois» ei qm p•^tt 
Ml moÎM tucepUbU d'alîmcnlar les divuioos ei 
1^ luttes des coteries. L'Opéra était dans le dé- 
parlement d*ua ministre; la direction en fut 
donnée tantôt au bureau de la irille , au préirôt 
des i^archands et échetins, tantôt à des direc« 
tours particuliers ou enirepreoeurs. 

Le magistrat de la police OTsit p!eine autorité 
sur les théâtres des foires Saint-Gcnnain« Saint- 
Laurent, et sur les spectacles des boulcvarifi, 
regardés comme speclades forains. Les direc- 
teurs on entrepreneurs des petits spectacles des 
bouloTarts ftunent d'abord assujettis à cesser leurs 
représentations sur les boulevarts durant les 
mois fixés k Texercice des priTiléges concédés aux 
bénédictins de Saint-Germain-des-Prés, et li la 
congrégation de Saint-Laxarc, pour les foires des 
firabonrgs Saint-Germain et Saint-Laurent. 

L'établiaiemeot de trois petits spectacles ayanl 
contribué a la chute des théâtres on Iréteaox 
élevés dans les lieux clos et privilégiés » il fallut, 
pour satisfaire le public, renoncera contraindm 
les directeurs de ces spectacles à un déplacement 
renouvelé deux fois Tan. 

Cela leur donna plus de vogue ; ils devinrent 
très fréquentés, ainsi que la promenade sur cette 
partie de Paris, très embellie et très commer- 



TIRÉ» DM» A^dfUyUf, 47 

çanle. Ou en autorifa josqu'à^oiiif «m ttMft 4p 
iroU, npinbre auquel iU.aygient été AtiMbpiiér 
cédemoieul, sans y comprendre les paadea^^ 

Toutes les classes des habitans d^ Paria t^y 
porlèrent en foule de préférence aux eomédleis 
française et italienne : pour étiter l'afflueitee et 
la confusion , il fallut permettre detkx MfMPéaen- 
lations, une de jour, une de nuit. Celte dernière 
ayant produit du scandale fut sapprinée. 

Vers cette époque, l'Opéra coqslruit au Palatf- 
Royal fut incendié; bientôt après, on irit s'élever 
sur le boulevart de la Porte-Saint-Martin, pour 
rOpéra, le bâtiment qui sert encore aujourd'hui 
de salle de spectacle. 

Les trois grands spectacles ayant pri* lAe lit 
jalousie contre les petits , et formé des prétçi^'- 
lions a la faveur de leurs privilèges, çeux-cl 
furent obligés de contribuer aux dépenses d^ 
rOpéra, et conlrainls de communiquer aux co- 
médiens français el aux comédiens italiens leurs 
nouvelles pièces avant de pouvoir les représen- 
ter. On voit les filières et les avanies par où l^ 
auteurs avaient a passer avant de pouvoir être 
sifllés par le public; mais l'amour-propre ne re- 
cule devant aucun outrage ; il brave les mortiti- 
cations : c'est son élcmciit. 

Les comédiens franoais avaient fait imprimer 



jfS MBMOIlili BirroiiiQt'i» 

ilet^lfiaHiim contre U quantité, contre Tabiu 
oVtMHre le liberté des petits spectacles de Paris; 
et certains moralistes qui aTasent avancé qn'il ne 
àdlait an peuple quepmtm et circemêê^ se joig ni* 
rent 2i eoZf ce qui était une inconséquence ; mais 
on les payait pour £lre inconséquens , et ils 
étaient logiques au principe de prendre de toutes 
mains. Il y eut un procès commencé de la part 
des comédiens firançais; le public s'étant déclaré 
contre eux, et commençant li les tympaniser 
d'importance, ils eurent la bonté de rbuloir ce 
qu'ils ne pouTaient pas empécber. 

La police fit établir des pompes dans l'inté- 
rieur de tous les spectacles, grands et petits; on 
plaça des pompien pendant la durée des repré- 
sentations. Le quart de la recette des spectacles^ 
préleré dans llntérêt des pauTres, fut toojoura 
plus exactement payé par les directeun et en- 
trepreneura des petits spectacles que par l'Aca- 
démie royale de Musique, la Comédie-Française» 
l'Opéra-Comique et le Comédie-Italienne. 

Le magistrat arrêtait chaque année l'état des 
personnes qui devaient avoir leurs entrées dans 
les petits spectacles ; chaque année aussi le mi- 
nistre de Paris arrêtait une liste des agens qui 
devaient avoir leun entrées à l'Opéra ; on en- 
voyait aux comédiens français et italiens les 
commissaires et inspecteurs gnénéraui préposés 



TmÉs DU A«CBiTn. 4^ 

au bon ordre, de toncert arec les officiers de« 
gardes françaises et de la connétaUie. t 

Quand on avait le moindre motif de craindre 
quelque insurrection de la part du partetTe des 
comédies, on faisait placer, par extraordinaire, 
en uniforme et sans armes, des sergens et capo- 
raux, indépendamment des soldats armés mis en 
sentinelles dans difi'érens endroits du parterre et 
dans les corridors des loges : les sergens et ad- 
judans venaient régulièrement lui rendre des 
coEoptes, 

Ob a dit qae la police payait des gens affijd^ 
pour applaudir ou pour ailHer; mw. depi^is .^fèt 
longtemps lesspeetateursa'osaicntpbuaiffia^^Mp 
Bo payait pas pour applaudir,, «oit la r^in^,, f^ 
les princes, quand ils paraissaient aux spectacle 
seulement elle faisait distribuer à des afiidés des 
billets qu'elle achetait et qu'elle avait a sa dispo- 
sition. On peut exciter les applaudissemens et 
les provoquer; mais quoi qu'on fasse on ne les 
commande et on ne les obtient pas toujours. Le 
public bat des mains, fait des huées, ou il im- 
prouve par son silence, suivant les circonstances 
et conjonctures. Le public de Paris est à cet égard* 
et il sera toujours le même, et en tout temps, 
très indiscipliné, capable de suivre ime tout autre 
impulsion que kcMo qu'on lui dicle, et de s'irri - 



5# MBMNU» BltTOlUQUIl 

Itf'Oiam âM propMi ébpMkÎMMp «11 «pwçoit 
trop ckireoMttl ftt'oa Iô gottTwat. 

OlMlWtfMU Mr r^M âtêÊH éê la ntowif é iRonj M m» U$ 
mmmqiÊâ ptmmâ ^féMItr. tûfhniâr m fmH^klir (1). 

Ce n*Mt pat looJD«n pa^ Tao^nenUiti^ des 
reikorU ^W faU le mieû marcher la nachine, 
c'eat plnlôt par un cnaembla aimpla , négnlier » 
ipradoé comme il conTÎent. 

Les crimes et délils, parmi les^eb on no 
comprend pas les crimes d'Etat , sont OMuale- 
nant pins fréqnens \ Paris qnlb ne rétsient il 
y a ^pmse ans (S). Il sertit à désim ^pio k aft- 
Toté pèt être MIMie partent sur nn pi 
ft i' is ie} msis pins nne domination ait 
]^ isn actfon ^aAiMit en partant dm 

m ui vuufei wHCv* 

(I) IteiMMt dt M ntoslff* • M cBt«yé ftrKl 

(i) Od ffOibardirncBidoniir de roMiltade de cette. 
de M. Leoolr. Le nonbre Aee crlnn et déliti pcot peretcrt pèw 
seewIefiiMe s^owvTbttl « pefee^iielcicesieSf h 
«eifeVi les ^Haeaeai t eatt MBdue fdilief per lee , 
leoipt de M. Lcaolr U a*eo telt pet ■ûult et » de j^u» t va , 
wamibrt de eeopebict , tnduiti deveot Ir» tribaseat to ie ot 
trilu à le {Htloe cC cBlermli par ofdrv <1 o rc4 ea lettrée de 

Lelecteardelteararptler eeqaej'aidiiplaekealy^aeje 
bica lo&n d'adopter toute* lee opUiloas de M, Lcooir \ auli Je 
tremerb ect notices tellct qu*il ne les e remues. 



THtBS DES ABCRirES. Se 

Il est diGTérentcs causes qui entretiennent le 
désordre } ii en est de générales; il en est de 
praticiilièrcs à l'exercice de la police a Paris : 
la scission dans les esprits , la misère , les mau- 
vaises pratiques et spOctilalions d'officiers civils 
dans les actes de procédures et d'instruction a 
l'égard des crimes etdûlils, et de ceux qui en sont 
|>r^vcnusj l'impuissance des lois pénales dont les 
coupables se jouent, etc. Tant que ces causes, 
commîmes à tous tes dépaiiemcns subsisteront , 
on ne peut se Hatlcr d'avoir une sûreté entière 
et parfaite, ni à Paris, ni dans les autres villes et 
pays de la France. 

Sous l'ancien régime, tout délinquant, tout 
prévenu arrêté , devait soudain comparaître de- 
vant un commissaire de justice et de police, le- 
quel, suivant l'exigence des cas, prononçait son 
emprisonnement ou sa mise en liberté ; s'ily avait 
difficulté, gravité ou importance de fait, le com- 
missaire en référait soit au magistrat de police , 
soit BU lieutenant criminel : il arrivait pea sou- 
vent qu'il y eût lieu à référer. 

L'exécution du régime intérieur prescrit pdUr 
les prisons d'Etat ( la Bastille et Vincennes) aji- 
partenait, sous la seule autorité du ministre de 
Paris, au seul lieutenant général de police , en 
sa qualité de commissaire du roi ; elle lui appar- 
tenait à son titre de magistrat de police, potfr 



5'S mXOlllKS BMITOIUQUFS 

les priipiis de Tholel de U Force , destînéet ei* 
clusÎTeBienl à des criminels et nniqaement aas 
prisonniers de police , à ceax pour dettes , et 
pour mois de nourrice , aux mondians et an 
mendiantes. Les enfaus impubères et en bas-age , 
1*1 atts$î les vieillards septuagénaires (sauf cer- 
tains cas ) n*étaient plus détenus dans les pri- 
sons p ni dans les salles de Bicêtre ; on n'airait 
que trop éprouvé combien U longue délenlion 
el U confusion dans ces lieux rendaient bientôt 
les enfims mécbans , voleurs , assassins et dan- 
•g^nux. Les prisons étaient généralement répu- 
tées écoles du crime. 

^11 est très certain aussi que l'appant des 
formes judiciaires est une solennité glorieuse 
pour la plupart des coquins « qui font bravement 
lissant d*espril et d*eflfronlerie sous les yeux des 
inagtstrats, au bénéhce des curieux du petit 
pi;iiple , attirés par le scandale de ces spectacles 
Ur^tuits. Les rubriques de la défense , l'attaque 
des principes légaux , la vanterie dans les ma- 
nières et les répliques enlèvent quelquefois les 
rires contagieux , les applaudissemeas frénéti- 
ques d'une foule d'apprentis escrocs, gens de la 
lie , enclins a justifier le mal , parce qulls y sont 
exposés, et, grâce aux leçons c|u*ils puisent <lans 
les audiences , a fr^ncbir les derniers scrupules, 
lorsque le dénument les assirge. 



TIRES DES jmcBiy^. S^ 

Tontetf les déclarations de.'t^rimes » de.vofe;^) 
de délits attentatoires à la sûrélé' des kabitabs df( 
Paris, étaient reçues gratuitenQfent par les cam-^ 
missaires de justice et de police, recueillies |Mt 
les inspecteurs de sûreté* Ces derniers deyaieif^ 
s'entendre respectivemeht sur leurs opérâUoiiSy^ 
Les quatre oflSiciers de sûreté ponyaîent a^ 
suppléer réciproquement dans leurs iknctioâs. ^ 
L'un de ces quatre inspecteurs , accompagné 
d'on commissaire et sous sa supériorité, faisait^ 
presque toutes les nuits des patrouilles. -Ils de*^ 
Taient s'accorder ayec les patro^uilles^ioilita^j^siif^ 
ksdifférens quartiers de la ville. Dans le çoujnsjdfi 
ces patrouilles , ik devaient être assistés 4çlç,qi^ 
préposés et recors. Un militaire: devait s'ai^é^;i[ 
devant chaque corps-de-garde placé dans l'éteofi^ 
due des lieux inspectés , y donner et recevoir les 
avertissemens que demandait Tinlérêl de la sû- 
reté. La connaissance qu'avait le magistrat de 
police de tous les jugemens pour cause de crimes 
était transmise, annuellement, aux officiers de sû- 
reté, et, journellement, celle des signalemensdes 
gens décrétés pour crimes graves et non arrêtés, 
11 n'entrait personne dans les prisons de Paris^ 
qui ne dût être inspecté .et examiné par un offi- 
cier de sûreté. 

En 1780, la poursuite des mendians, précé- 
demment attribuée à d'autres^ fui confiée aux 



^mn iiiipMteiin de svMté. Ib iWMÉt iéfiitar 
kÉ étÊqXm nendiaiit non dUogetMK dl*«TM 
ki BienditM iat|ieclt de npptnrls «rac le» 
iMnrt iMbitaéi à Parb. Ut employkrwil ki 
]^ Btendiim 2i obterrer ki Taglibondt ^ Iré» 
qMttliicsnt les Toleun et ae retiraieiiil d'ardnunM 
mtt em dent kt fimbomy et ke tmtmm au en- 
Turotia de Paria. 

Les itiatracUoDi recommandaknt d'arrAtar ka 
ttialfidteiirt aau scandale, li vm eertaiiie dia« 
tiiifce des «gUses et pkièt h k denûère heara 
dti jiMir» étant la miiti ^a!\ toote aiitn bevt« 
n était dit| dam ces nistnictioiia, ^ûb émmmA 
CAiiflaftre ks tabagies «{ni serraient de retraite. 
Lé pittpart des logevrs li deux wofn }fÊSt ovit , «• 
des gens tenant tabagies , étaient d'andena pr^ 
fiteélr I k pofice , par elle sondoyéa, aeal s nu s sn 
iftdés anx inspectenrs de sAreté ; ks parte-lii» 
iMs , ^ôttt les hnlemes étaient n taa ér e léta , et 
l|ttl d^iffienrs étaient enregistrés li k police t 
deraient pas niant|iier de rendre eemple de 
lé^fice pendant chaque nuit. On était ansai PI» 
spection des bureaux d'enregistrement ponr ks 
domestiques et les outrirrs. 

M. Berryer STait reconnu la nécessité de ea 
servir de voleurs éclinpp^s des mains de la jna« 
Hce cl de les admettre au nombre desobsenrci^ 
tciirs, espion» et rc e o r» , comme plus propres 



aux déç^nvems des vplenrardM^te* iatàmétàmm 

KcéUun ,4'effets volés ^ nwfi <{iiand les agensde 
polices d^ cette espèce se rendaient eempabltè 
de U noindire prévaricatîeia ^ ib étaienltew^ati 
cbenp mi^ a Bicêtre. Ces agent ndiMUai«iit<«Mi 
parBÎUe punition } car on était forcé»de ks pMttw 
aux cachots ^ enfermés dans les salles de fiBroa ; 
l^^ws sincieiM camarades les aufaieiit; «assateif 
amm^il^ traîtres et des apostats^ ^ ^ ^ r.* i 
i^'azpéâence a démonlvé que de lengaeo lyrt» 
sons et détentions devenaient ua châtimanl» dan* 

La classe des escroes^ filous, êsofours jMmh 
kreusi^ dans les grandes tilles^ ne Ifétaît :pas laM 
autrelbis qu'à présent; les inspécteurè de suuMé 
étaient parvenus à Taffaiblir ; c'était par leur in^ 
ielligence que Paris avait été purgé de ces as- 
sassins en bandes et troupes qui , avant l'admi- 
nistration de M. de Sartines, assommaient et 
pillaient impunément les passans. Ce progrès , 
dans le maintien de la sûreté de la ville capitale, 
s'était fait sentir sur les grandes routes pu- 
bliques. 

il se tenait une lois par semaine ime assem- 
blée présidée par le lieutenant général, a laquelle 
assistaient oxaclemcnt le commandant du guet , 
les deux prévols et inspecteurs des maréchaussées 



56 MBHOiMS nvrowKiucs 

«n tréndenca à Paris ; l)i , il était Modii compte 
des criflMt et délits commis dans Tétendue de 
Paris et avisé à de nomreaiix moyens de sAreté ; 
les inspecteurs de sûreté , ainsi que tontes tes 
maréchaossées de France, trontaient alors occa- 
SÎOA de fiûre arrêter des coupables i(m , d*ordi* 
naire » sortent de Paris aossitét aprte avoir com» 
mb le crime » pour n'y rentrer que lorsqu'ils le 
présument oublié. Si, du résultat de cette réri-* 
aion t peu d*enlre eux seulement avaient pu sTé- 
diapper» il était accordé une gratification rému* 
nératoiro aux inspecteurs de sûreté. 

Cet établissement intéressait ces inspocteufs 
à apporter une grande vigilance k Tégard des 
gem inconnus et des gens sans état ni profiBO- 
sion circulant dans Paris. Us étaient à postée 
de les faire suivre par des préposés incennns 
de la populace , ou par des intelligences dans le 
menu peuple, brocanteurs» écboppîers, regrat* 
tiers sédentaires où ambulans; peu soudoyés « 
mais protégés en quelque sorte « cas gens -là 
aidaient à la découverte des volaors et des repria 
de justice. 

Des bommes accusés de crimes graves et re» 
connus pour être criminels , mais non con- 
damnés à défaut de preuves juridiques, étaient^ 
par mesure de police administrative , ou con- 
duits bBicêtrc on exilés dan» des endroits à une 



rais Ms AMnf««' S^ 

certaine distance de Paris /ious la snihreiilanee 
d'an officier de maréchanssée , tenu de rendra 
compte tons les mois de leur condoite au macis- 
trat de Paris. ^> A 

SaÎTant des instructions générales ; tei j^Mflft 
inspecteurs, chargés de veiller au nettoieWém 
des rues et à leur illnminalien pendant la istf i^ 
étaient obligés, sous peine de destitution, ^ilHiip^ 
tir le commissaire ou Tinspecteur de sûf(fîé^tf& 
quartier : cette obligation était encore impciéi 
il toutes personnes ékmi ViUU d^pendaU ds^Wjpo- 
liée. * ^ ^ Hieq 

Les audiences publique» de la poUoe 'étaisat 

derenues k certains égards un moyen de s Ai sii 

. et d'espédier avec célérité une grande quâuEtil^ 

d'afiaires. , i.: 'Mi^ti* 

Dans une place où beaucoup de détails et de 
rapports ne peuvent parvenir que par des Toies 
subalternes, le chef qui roccupe est de tous les 
administrateurs le plus exposé a être trompé s'il 
ne connaît par lui-même l'esprit public; il peut 
le saisir en écoutant bien dans des audiences 
publiques et particulières le langage des per- 
sonnes de tout rang et condition , en discernant 
leur esprit, la nature et l'espèce de leuru dcr* 
mandes et de leurs besoins. 



M rtinuMnii mnTimin ^ 

A CM audiences, la curicmlé et la désauvre^ 
pmtt attîraieBt boo nombre de personnes. Elles 
jtjlint fatigantes pour le maf^trat» et consom- 
BMMDt un temps que c|ueh|uefois il eut mieux 
SBiployés cependant il en résultait des arantag^ 
Mnaibles pour Tadministration de la police et 
jfonx I0 senrice public, 

IMdoMt» reacyclopédiale » qui ko firéqnanlait 
pour obserrer les mœurs, y trouvait un livre pli» 
mille Sou que tous les livres , k c«nr 
f qu'il feuilletait avec avidité} le cbaos 
pmsMSs'yreflétait en miniature. Les pourvoyeu- 
ses de maisons suspectes, étalant un embonpoint 
monaoalt venaient se répandre en pUiiiIca amèrr s 
ooniro tm espion mécontent auquel on n'avait 
pis fini k part assea généreuse dam ksprémicos 
dks focmea nêuvelles du séminairoi ol qui s*en 
éloit vengé par des révélations. La lamiliarilé de 
œa déliassas no se déconcertait pas d'un rappel 
b Tordra; elles étaient naïves et tecbniques. Des 
potitaa ouvrières émancipées réclamaient contre 
<Mi goujat paternel qui tolérait les amoureui 
pourvu qu'il eût k boire, et qui devenait moral il 
faire trembler dèsqu*il était a jeun; elles ofifraieiit 
d'en montrer la preuve. Des aciricos sifllccs. 



TlUft DES ABAIUVU. 5^ 

GauMia fatares, dénonçaieot en tsnaec empour- 
Ha d'abominables cabales qui let empêchaient 
de plaire au public. Des maris ù proposer en 
exemple venaient tout en larmes s'informer de 
leurs femmes disparues, auxquelles ils pardon'» 
aéraient tout, disaient-ils, si les amans se mon- 
traient moins exclusifs; les amans le leur devaient 
bien. D'autres demandaient la permission d'em- 
prisonner leurs très cbères femmes, qui les souf- 
fletaient dans la rue en les rencontrant avec des 
rivales. Une bourgeoise éplorcje, veuve depuis 
six semaines, dénonçait un ingrat amant disparu 
de la demeure quasi conjugale avec une petite 
bonne et toute l'argenterie; elle voulait ravoir 
'%on argenterie. Des imbéciles conjuraient le 
magislrat de casser leur contrat de mariage, à 
l'occasion d'un certain lui^comple aperçu trop 
tard. D'anciens voleurs retirés de l'état exigeaient 
qu'on s'interdît de leur reprocher leurs antécé- 
dens, et demandaient des certificats de ri;h:ibili- 
t&tion, l'autorité leur devait celtejiislice, ou alors 
il n'y avait plus de justice. Des mères réclnmaienl 
pathétiquement leurs polissons de fils, cntriilnés 
dans des Iripols il jouer l'argent qui ne leur ap- 
partenait point. Et cfi sièncs biîrarrées, vio- 
lentes, olisiiciu's , Loui:'..;j;icM , dîjiji-fssivcs à 
l'exccs, toujours animcrs p:ir le ilyle ctiVrvusciiiL 
de la passion, meltuienl à nu lo^ plities de ta 



6« MBHOIMS BSTOUQinB 

fociélé, des générosilét popolaircs, des rate» in» 
croyables oq de rares finesses d*espril sons une 
écorce mde et grossière. LlmperliDence de 
quelques élns de la faasse bonne compagnie qoi 
tombaient tont h coup au miliea de celte canaille 
susceptible et fière , donnait lien a des conflits 
nngnliers , )i des ripostes précieuses enire des 
adTcrsaires de toutes classest les nns mnsqnés el 
méprisans, les autres armés du boyau et de la 
pioche, dans le costume traditionnel des ba« 
layenrs des rues, ou stcc leur éventaire chargé 
de marée; quelquefois on se prenait de bec, et le 
holk n*était pas facile k rétablir sans horions. 
C'était un Térilable carnaval perpétoel. 

M. de Sartines, en remettant la police bll* Le- 
noir, Tavait averti que, de tout individu admis h 
se plaindre et à parler en secret , il avait reçu 
d'utiles avis qui peut-être ne lui lussent pas ar- 
rivés par une autre voie. 

Les agens de police redoutaient les plaintes 
qu'il était ainsi facile de porter de leurs négli* 
gences, abus et prévarications ; c'était la contro» 
épreuve de leurs rapports. La peur d'être pris 
en flagrant délit de mensonge les tenait sur la 
résenc. 

Le lieutenant général de police ne fut jamais 
suppléé pour lu tenue de ces audiences publiques. 



ai ptf le KMienant particttliçr, ion Mottstpr, lA 
par •ii4ieerélaire principj^L 

Ces asdiencea furent bienlol fréqoentéea par 
des perM>nnes éieTées en rang et en dignités, ce 
qui oc<Ui4<Mia les murmures des gens dn peu*!- 
pie , obligés d'attendre. MM. de Sartines et Le- 
notr établirent une audience pour les auteors » 
libraires et imprimeurs, aân que les classes au- 
dessus du menu peuple pussent y Tenir et ne 
pas dérober un temps essentiellement consacré à 
la cobue. 

JLeSeplacets étaient, dans les deux bpfii^ qui 
soi^enl^les audiences, extraits a li^^o^ipe,, et 
renTOjiés dans le jour à rinspect^urHfp j|i|,f:çip- 
mi^ttrede police du quartier. Là, par.Toie de 
coQciliatioii , se terminaient des contestations 
qui seraient devenues des procès, des animosités 
sans fin et même des causes de désordre. Des 
malheureux sans ressources Irouvaient des sou- 
lagemens ; sous ces rapports, les inspecteurs de 
police parvenaient a gagner la confiance des ha- 
biians de leur quartier, avantage médiocrement 
obtenu maintenant par les juges de paix. 

On assignait aussi des audiences particulières 
demandées et annoncées, réputées bonnes pour 
certaines affaires exigeant le secret ou le secours 
caché de son autorité. 

Le lieutenant de police était toujours accom- 



9% 

]^aglié» ÉMMi Mi wmâkmÊm fdUifMi, Abi 
créUîre et d'an int pectaw dfl poli». Sm^tmI» 
•nmn expMé dam le ce«n d'one wdie nce» il y 
•▼ait lieu de preodn nat Ma «ne netare ad- 
miaitlratiTe cxécutaMe MiMe-cliaaip. Lee atee 
•eront leiijeOTt mieux r épfia âi |Nir km poliee 
fltf4etêment eenlraliiée dana la aeole per aon a e 
de aeii ehef ^epar Uiia aMna meyeu (1). 



«MIT f FlpMMIMIfBVI wi9 fWtê wÊ WtÊfW ff Wt 9tÊ 



Eli 19i9, dMM «ne dktténieet <• MM^Ué* 
eoiiUilfetBA«« «a ea«a le Ml q rt i wi t fMi£ 
l'ad lrfni Étt t tettf de h poKee, ieni priMile ^ 
ce Ml mût été pttié et signé dii-Wt 
amt Fesjnnlion dn bnl cenirint. Ce firt 
Tani (pie lea enirepreneiiri nrenf lepraeeinv 
a 1 aiheinMée cpi une entreprise de cette natMa 
eilgeidt que Fen s'atrarlt préalakkannl dlnp» 
p rdVl M o n iÉeniettt et de magaâna 
L entrepîMe rat niae an coacem dn 
Lei cbnettrrena t'étaient annoncée 
Tant te diarger de Pentreprite ' à 
compte; Ut reculèrent. On lut obfigé ff 



(i) Il CAI bdie de ^olr que c*ta réteraclle 
M. Le«>lr. nie revint à éeaMttder !• «mtoom de 

le pveitt de poUee • J» 




K^emr 4»iÎ6n fiaugfMi #1 àwB 
demÎMi ^KÎgèniit nn pvÎK tair duÊmÊ ^ém 
perlé d«is le bail cassé; €e ns fi^t^pi^intisM 
deoMMlé pOQF lear perte. k > 

L'oit t reeoniia sans doMeyiiiM hirilÉfréiÉjppiMjf 
qae le marché fait par la poUoe k «nrtÎMÉ yliii 
ayantage^x qve le taux du bail préféilaMt (tm 
éop eimr#» de ^noins par duufQe bte dUiia^K 
leniey^ n'élaiit pas l'effet delà ftraavs^ fli Arnià^ 
ceoafveDCe. ^^ ^^ 

Les alipiibtians que fen fiât d|i partftdfawtsri 
pour i^taUîssement de ees aoflea dPssMgsfrisaa 
portent wmnt tout sur de certaafs (fiilpialiKaf 
Les clairs de lune eèyeotés à qÉtWiifM elai|' 
pl^ïf e, sont calcidés nN^idemeof^ 4'jtHPl^ i^ F^ 
Isudner, et déiatfués» ou p^n «'^ %4s4Wf'jl(f 
t4^al de la somme disponible pour l'éclflpiagf 
universel : ce qui est absurde ; mais les entrepfysr 
ueurs ont le plus grand intérêt a s'adjuger )0H 
allégement de charges en guise de bénéfice} 
autrement ils se constitueraient en perte. -Cef 
lésineries sont inévitables. Les épingles^ les 
pots-de-vin , les conditions secrètes et eiUif 
reuses environneront toujours ces marchés» 
alors même qu'on appellerait sur eux toute la 
publicité dont on dispose. La vénalité bureau- 
cratique est connue. On supposera cette vénaTi té» 
et la supposition seule en donnera renyîe. 



/ 



Gif MnKMUi MUToaMicrs 

L'impMMiioe d'écliappw k de temblablM »€• 
cMftioM «ti ici dans U nature des choses, ei le 
•cmpiile ae peai resler ieroie coaire iin doute 
que Ton n'a pas l*espoîr de Taîncre. D'ailleuia 
la* i^i petite économie qoi s*élend snr une 
prif du échelle donnant k la longue une somme 
tiès considérable t imagination des intéressés 
tffavaiBB dans ce sens ; leur génie s*eaerce chaque 
îiuf il Iffourerde nouireaux gains» et le pubUct 
étonné de payer pour être 2i mime de se casser 
lu eou> parce qu'un nuage se raillera des pré- 
voyaucea udministratiTes, dira toujours, ramms 
par le passé i que Ton lait k certains fiiToris des 
pensions sur le clair de lune* 

* '* Les anciens houlevarts n'étaient pas éclairés 
JpMdaat la nuit avant Tannée 1 780 ; le bureau de 
lu y9h arrêta d'y faire placer» comme dans les 
tÊm de Paris» des réirerbères. On crut que Ton 
uhtiendriiit un marché meilleur » et surtout un 
ineilleur aer^ce de la part d'un autre entrevu» 
Heur. LVfreur dura peu ; on fut obfigé de ru» 
courir au sieur Sangrain» et de souscrire aux 
mêmes conditions. 

TmêÊ UmtkmU im Mfmdiriti. 

De tout temps la mendicité fut un des grands 
fléaux de l'Europe, et le nombre drs mcn- 



TIAÉS DES ARCHIVES. £6 

diftM, iùût il n'est guère posnlile île se fMfè 
une juste idée précise, paraîtra si considëmUedi 
quiconque voudra téfléchir sur les causes "qnî ièà 
multiplient à mesure qu'on les extirpe i qu'on 
désespérera d'en tarir les sources. Les guertugy 
les incendies, les années de disette , le déiÉhfai[ 
ment de l'agriculture et de Findus^e dànsipIv^X 
sieurs contrées où la population déborde inoe»» 
samment, et doit déborder encore » parée >^ptt 
le cabaret et l'amour sont les seules dâstracAiMHi^^ 
des misérables ; ces causes et d'^vtrei oni ;iuvî> 
chargé dans les grands états l'adnMliistraiti09i>qnî^ 
ne peut y suffire. Dans quelques principauftés doi 
l'Allemagne, on a défendu le mariage entrii ptii^ 
Très; mais ils se dispensaient d^)à des céf élM^^ 
nies officielles, et cette intofçdictiofnYaittO^n'tipÉ^ 
limiter la puUuIation ; an contraire, la mendîcitéi 
s'est aggravée depuis quelque temps en Europe 
à la suite des découvertes ingénieuses de la 
science qui favorisent des vues d'économie dans 
les manufactures. Quelques professions ont été 
anéanties du coup par l'usage des cours d'eai^, -^ 
par les mécaniques mues par des chevaux e^ 
autres moyens qui dispensent de se servir d^ 
bras, et beaucoup de ces professions sont devenues 
des recrues nouvelles pour le vagabondage et la 
mendicité. Les journaliers, qui, dans ri^LervalIc 



m. 



5 



66 .HUMMAIS nUTOmOTES 

ém éeMaiUet «os oioittoiit, vagseni habîiualU- 

»«Éi4l\lfi pays a Taalre, Belges, Boarguignone» 

UiSMpikis, émigrés de la Haute-Flandre, 8a* 

wyafvUt gens qui ne savenl a peu près que 

çiMsduire U charme eu bûcher et figeter ; les 

papalillnus déelassées de leur sol natal par b né* 

ee^é de ehercher fortune ailleurs; des veuves 

Jionifare chargées d'enhins en has Age { des 

M d'f nfiiM sans père et mère, eu que leurs 

pupens abandonnent fiiute de pouvoir les n o urri r? 

doo^veugles, usultipliés par les poys do mui ito ' 

gnfs 0k les cHmats rigoureux et b neige r e n d e nt 

les «abdiet ophthslmiques ri firéquentes; desfgene 

eilropiés de miUe bçons par l'industrie « pur bs 

tiUMos des mines, pur eut-mèmes et pur déguAt 

duitruveil; bs Keencbmens européens h b suile 

des émus de b guerre; les proscrits po Etiq n es t 

oefu dont les biens ont disparu parce qno faur 

sol a été b théâtre des grands combats; une bo» 

mencbture immense qu'il serait très diBcib et 

Irts In té r essan t d^établir, fournit coup sur coup 

el'dé toutes parts des légions sans trarail et sane 

r t is sé u r tés , toujours a deux doigts du pillage, da 

Ffeitassinat et du vol. La mendicité sembb b 

fransttiàti entre les classes laborienses et les 

cesses criminelles; et les divers pays se les 

renvo]ratil sans cesse de l'un li Tautre par des 



mis SCS œntfts. ii^ 

I l i MM' de ycdiog tonjoiiw éeflhïit!fi^\itt-¥t^' 
toictÏTn, îA ssT'ftcile éepvê^foié 1« ttoMTèÀf AS|' 
H ]*of|;aiMMiion des lois aar ht mttndie^' m 
prenfl un enseir^Ie eiirdpéen, en se MfotfftHm 
rfaMValteniaiive tte I«s encoifnger saA^tWOnK'v^ 
e« da le* HMSsadrer tans pitié. L'Aiïglbtëhvf-^^ 
M yét ht wt {(éo^aphique îsdie Aé ttùtftr reMÏm 
ikTtc Ica vag.iboii(ls du continent, est cependant 
obéri^c par les rétributions en faveur de ses pau- 
vre». Les dtux seuls moyens de venir à bout de 
ce Hè»a sont peut-être dans le système de colo-' 
ntsalion et dans k dissémination forcée des men*' 
dians sur le territoire de leur commune natale,' 
à charge par la commune d'y tenir la main avec 
des réglemens sévères ; et, toutefois, il existe des 
communes qui sont par elles-mêmes à la diargtl 
du pays. ... 

Pins une domination a de l'étendue, plusîteit 
difficile que des mêmes mesures f;énéra1es y 
soient partout bien exécutées ; il faut particula- 
riser minutieusement leurs divers modes "Texé-. 
cution. 

En verlu de jugemens prëvôtaux rendus ,à 
Montargis dans les années antérieures à ITWf - 
il y eut un nombre considérable de mendtitAii 
condamnés à la peine de la roue , pour nùaan 
d'attaques, vols et assassinats, incendies. Leur» 



68 MIMOIAU HISTOmQC» 

banilii Inrani linti déiruiies (1); rinstmclMNi 
de ce long procès el les déclara tiont des cou» 
^ 4if"tiH^ è la mort fireiil coiinaitre que ces bri* 
gapds n*éUicnl que des meudiaos réunis pour 
commetlre le crime , et que leurs associations 
s'étendaient dans différentes proirinces de la 
Firance ; la plupart de ces malfaiteurs furent ar- 
rêtés à Paris oii se réfngieni d'ordinaire las 
échappés des autres lieu. 

La Franoe esl divisée anjonrdliQi en départe- 
mens; cette dÎTision et les sons-^dtnsions ont 
^tffUfé las démarcMions provinciales, el « nl li p li é 
les «rapports en répandant les mêmes lois par- 
tout* li'organisalion des départemoM a 6il 
s|uyir 4ea;ijstèmes pour comprimer un fléon qni 
sq pçopsge faute de répretsions eflteacos. 

De teut temps, et surtout a Paris, on a ramassé 
4f|00 les mes des individus frappés comme d*nn 



» ■!' 



■*<M 



^)J*flMjiéli«,mt7Sf9 mmwÊtmÊmî on |cqalmlil»ri 
fmdtMteM4K|ftlité avait fiit K>nir des pritootife 
d-émal vilt* de toa apanitxc, ce qui y rrtUit de 
brifindt pour let attirer à P^rlf (i). 

I. 




TIHES DES AJICBIVES. OA 

coup de foudre. On portait leur corps à l'hôpi^ 
lai, el l'aulopsie, lonjonrs secr?'(e , constatâtl 
Cfu'ils étaient niorls de faim. Ceux-là ne sont pa* 
des mendians; mais ils font conceioir anit ini ■ 
criidules la possibilité de mourir de faim an rtt'- 
lieu d'une population de huit cent mille âme^î 
Des suicides fréquens ont proii'vé des misères-. 
inconnues auxquelles la fierté se résigne plutât 
que de mendier. Faire envie plutôt que pitié ( 
c'est la maxime du peuple. Les voleurs déter.* 
minés voient eux-mêmes les mendians avec nié* 
pris; mais l'administration ne peut rien savo^ 
de ces plaies obscure.'i. ^ 

£o 1785, M. de Malesherbes , étant dans 
•on carrotw arec roadune de Staél ^ iiiUit éaW 
•er Buc ' la place Vendôme lÀi niaénbltf^^'ii^ 
ne put se ranger à temps et qui fiit lancé'fM* 
terre du cboc des chevaux ; il ployait sur ses 
jambes quand ou le ramassa, et sa pâleur, soir 
tremblement, son haleine fiévreuse, tirent crier 
au cocher que cet homme à coup sïir se mourait 
d'inanition. Le moribond, se redressant avec 
colère, repoussa le cocher, et répondit d'un ton 
exalté qu'il sortait à l'instant du cabaret. U es- 
saya même de tourner l'effroi de ce domestique 
en ridicule; mais, au bout de trois pas, une 
pierre heurtant ses pieds , il fit une chute nou- 
velle ; el, pendant son évanouissement, on 



troRVil dUiu M pocht uaê wéémmÊÛmm éê 
ppf 4|ui donna son adreiM^ IL èê MileAcrim 
KfMilttt le raÎTra. Use femme nne, es? eleppée éi 
tV9u créatures aaos facehnâmiiief illeniieil k 
mfjheoreoi^ dana iin grenier de laGiUi lew ae 
çlpsinw^raBt comme dea apectree ea demandait 
dn pain* Le père el les enfima n'aMient pea 
miPK^ dep aie iroia jonra . Da div api èg eni el plan» 
fjyrepit à chaadea larmes ipmnd on ienr El Ta»» 
ni4li0f lent leur ergoeU ae eenlail fcnmiKéi fia 
repoeamient ka offiree, et parlaient de « 
lie père evona qu'il était aorlt depnia le 
dana rinlention de commettre nn irelf mnia le 
esMnr Ini avait manqué Tingt fob : e^l i Ét ^ da 
tmtm^ MA homme énergique» et le piéé lui pn*- 
WMifwit une insulie. Cette rencontra les p n i t n 
henhenr; on remploya pour dea eimeee ÉMflm. 
M. de Malesherbesy une fois sur eelln ireiney 
T m dut le aniwe. 11 e'introdaiait ehes «en iMde 
de gène dn veiainage et dea fiinboufga. B diaait 
elem qne le pejp îgooreit ee dnaèra* Bemeenp 
de délita de peu se commettaient âusÉ dune en 
tempe«>la, et les délinquans» amenée datant lue 
oemmisaairm de quartier^ avouaient qu*ib a'é^ 
taient fiût mettre au cachot pour menger de 
la aoupe. Dana les années de di«cL!e, l'incar- 
<:ération de\î«nt d'oriliiiairc le Kystcoie d'onc 
fenlc de gens qui se foui aduistire de cette f.iron 



TiAÉs ras A^^^ioiq». M 

toia. J^ «éiririté des régkmeM sa ttoimiki 
paissante dès que le peqple s'en méle.i 
qu'il ^jm^pfithise avec ces iofarhjiaep «injkssaittfes 
sieonas U plupart du len^^s. La légiahlMni^ii 
donc sei^xnameus de silence et nepisiit U^}fimtlS 
préTaloir.^U n'est même pas toujoujpf, poseîUlf f 
en prisoD , de fournir, du tn^i^ ^ cef spi^ff^fU 

gepf qui mi savent que ^erUfnes prc^fiasKÎiailf 9 il 
qni ka si|i^ iifftmd» pâT!^ 
sage dea^ 4^ts ^t abandonné k T^jMtvfÛM^ dai 
chelaet des ^our^eois, toiy oui» plut intéreaséq 
à splfiider sur les apprentia que Ton pe p^it, f9$$ 
que sur les 0HVjriei;s que Von paie* Lan htmttmf 
danannant jûnai des «i^hints 4a. rdmiy aw4» 
tant dans les états ok l'on peut ranplacer iaar 
meroenaires par des inventions et des pvdaédéa' 
plus rapides. 

En législation comme en administration , on 
a toujours distingué les pauvres d'avec les ibei^' 
dians, les valides d'avec les non valides, lesiA- 
digens sans secours et sans ouvrage d'aveo les* 
m<!ndians d'habitude qui se font une sorte de*' 
profession de la mendicité; mais la mendicisé^ 
n'a pu compter au rang des professions, et la 
distinction établie par les réglemens n'a jslnbàîs 
été bien observée. Sans cesse il y a eu uA mé- 
lange de bons et de mauvais pauvres; ces der- 



7 s mbioiiucs mSTOfttQincs 

wtft «iilèTeiit une portion des amnônet qui tle- 
Wttonl être nniqaement appliqnées au mu 
nallieur. 

Une sage-femme du faubourg Saint-Antoine 
lut un jour appelée. C'était en hi^er. Elle trovra 
dans les douleurs et sur le carreau d*un mé- 
dhant grenier, la femme de celui qui Yenut la 
^piérir. Une paille infecte, une couirerture trouée 
eomposaient avec de chétifii ustensiles de cui- 
sine, tout nuTontaire de ce misérable intérieur. 
La cesur saigna à la sage-femme; eHe fit ap- 
porter au plus vite par sa fille pn lit de sangle et 
un maigre matelas , puis du Knge , du bob et 
quelques bouillons. On fit encore une quête 
d«is la qmurtier. Le temps fini des visites ordi- 
naires , vitttes faites régulièrement, moins pour 
se conformer h la routine que par bonté deessur, 
le mari demanda ce qu'il devait. 

•~ Mon Dieu I mes brares-gens , oo que ipous 
^awdrsa , dit-dle. 

GeHe jactance Tétonnaif . Par derrière un pot 
à beurre, le goujat alb prendre un mauvais bas 
rempli de pièces d'or et d'argent qu'il fit ré- 
sonner sur le lit en le vidant. 

-^ Et vous laissiez votre femme manquer de 
tout! lui dit la sage-femme en colère. 

— > Oh ! reprit-il , c'est pour nous acheter du 
dans le pays ! . . . 



TMÉS DES ABCHITU. ^3 

Cet homme mendiait sur les boiilevarts. 

Un antre couvert de plaies qu'il faisait dispa- 
raître il son gré par des procédés a lui connu», 
«e Ivadait tous les ans en Franche-Comté, dana 
une carîole , pour aller faire ses vendanges. It 
s'était de b sorte amassé quatre bonnes mille li- 
Tres de rente. Les protections ne lui manquaient 
pas, parce qu'il cédait quelque chose de son 
gain à des subalternes de la police qui le favo- 
risaient, n portait toutes les pièces justiKcatives 
nécessaires qui constataient ses droits h la pitié 
publique. 

11 a encore existé dans tous les temps des men- 
diansqui, par les amas qu'ïb font des charités 
par eux ainsi dérobées, nuisent ^ lenr circulmon 
et bonne application. On en citait tous les ans , 
à Piaris, bon nombre à la mort desquels on arait 
trouvé des trésors. 11 y en doit avoir encore à 
présent. Si ces sortes de mendians ne sont pas 
aussi dangereux qvie les vagabonds, ils sont per- 
nicieux à l'indigence véritable, et rendent la 
pitié plus circonspecte. 

Tous les ans , une somme considérable , ordi- 
nairement en menue monnaie, se trouve sous- 
traite il la circulation et paralvséc an fond des 
lacheltes, au lieu de servir h l'alimentation de 
l'industrie et dn trnvail. Midliplîez celte somme 
par le chiffre prcsiuné des mendians, et le total 



gf4 MMOlilES HISTORIQUES 

▼ont effinien* Les déteAtanrt de cet dobt Murî- 
chistecreUf jai£id*ttn ordre noateau » n'en pour- 
risient pas moios dans une crapule indigne , 
«ptea ennemii d'eux-mêmes, habitucUemeiity pour 
se refuser toul , en se créant , à force de larmes 
et de prières, des ressources futures dont ils n'a* 
swont jamais , car leur aTarice s'exagère avec 
rage. Tout Paris se soutient de Thistoire de ce 
marchand de bric-à-brac 4^ pont Saint-Mklielt 
qui , pour se chauffer , sur la fin d'un kîrei 
rade , et n'ayant plus de bois, tonlnt mettre 
pièce un yieux meuble, acheté lors dn dicèa 
d'une pauvresse ifoà demandait Tauméne sur les 
degrés de Saiot-Roch, et que l'on avait tramée 
morte de firoid et d'inanition dans sa rhamhra ; 
cette fin tragique était bien de sa fimte. Lespieih 
d'une vieille table avaient été cransés, par elle, 
dans toute leur longueur, et contenaient ém 
rauleanx de pièces d'or , qu'un jeune Pieaidt no- 
veux de la défunte , conmiissionnaira an coin de 
la rue Saintonge , revendiqua sur le brait de In 
découverte. L'honnâtc marchand lui remit tout ; 
la somme totale se moulait à huit cents louis. On 
peut présumer que , dans une foule de circon- 
stances analogues , de semblables cufouissemens 
n'ont pas été découverts. L'avarice de la plupart 
de ces détenteurs d'anmunes les réduit a une 
miscrc plus grande que i*on peut imaginer } ils 



te méÇwpt d'eax^mêiaQi çt,«« iietireiit jp^u'9i^[ 
mcorçMin: de la bouche. l/efUnuaiM^n oéré^^a^ 
dans laguelle ils tombent » par saUe de cea fp^-i 
Talions t en a fait porter bop noml)ir9 à Vbopil^i 
et qui soiit morts en criant q^u'on ^pulaît W.T^lwt 
mak sans indiquer les trous où ih^cacbaîe^t loiiiff 
économies. En vain Ton faisait des fouilles^ aprèff 
une enquête. On en citait dep^ ou trois et^iïMîJtf 
très coapfis de la poliee^ qiû^prâtaîenfc à la gttisse 
Bsai€ do la peUte semaine^ e| quî| pour d<M tovoM 
dicationsde li^ds, ne craig^aiaot pas dafiiire aiN 
sigwfr de véritables pauvres diablea. Leurs Irééoft 
n'ont jamais été trouvés. Toutefois les ëatrinraféii 
tonejbent; le faste dés mendians^eli cerf ifiniwr efW 
casioB$9 touche de pris à la prédigatké f dk lièQs 
cîtoroiis» pfow mettre ee fasiie en Immère^ m^ 
rapport du siettr Yincenli agent de police^ sur le 
dinar que rétat-majot de la confrérie des men*-' 
dians de la capitale donna , dans l'année 1 786 , 
chez un marchand de vin de la rue SainUJacques. 
tf — Je me suis transporté chez le sieur Drouet, 
cabaretier, près de TEstrapade. Il avait fait^ 
dès le malin 9 enlever les cloisons d'une salle 
basse 9 dont les fenêtres grillées donnent^ sur le 
clos des Génovéfains. Une table en fer-à-cheval , 
large et clouée sur de puissans tréteaux, se trou- 
vait disposée , chargée de près de deux cents 
couverts. Le sieur Drouet , (juc je connais de 



s 



76 HXMOiiiis nnoiuQOis 

longue date , consentit 2i tttitGûre ma corioailé 
et me fit passer près des commissaires ordonna- 
teurs du festin pour un de ses nereui ; en cette 
qualité, je dus mettre la main aux accessoires du 
senrice, afin que mon cmcle prétendu vaquât 
librement aux soins de la cuisine « ob dix aides , 
appelés pour ce surcroit de besogne » sTagitaient 
dans une épaisse fiimée. 

«Une loueuse de cbaises d'un jardBn puMic aurait 
fourni deux cents tabourets , et Pon avait fouiHé 
dans Tarsenal des théâtres foraina h l'efet de 
tapisser les parois de cette care , dont la vétaaté 
disparaissait sous un bariolage de décoralions 
bétéraolites; des potences de bois simulaient çb 
et la des candélabres, et, comme autant de |kN- 
gnets, portaient des régimens de ciiandelles qne 
messieurs les commissaires moucbaient fort les- 
tement avec les doigts. Malgré les t empl e s et ke 
caacades des décors tacbés de graisse , rien ne 
fiiisait présager encore le luxe dont on m*avait 
promb Tétalage. A la vérité, messieurs les pau- 
vres de Paris ne donnent pas dans ces babiolee, 
et comprennent beaucoup plus le faste de Tee» 
tomac que la prétinlaille des omemens. Les vins 
furent dégustés Tun après l'autre , patiemment ; 
et , malgré ma fatuité de connaisseur et Tastuce 
de mon très cher oncle qui chicanait sur les qna* 
lités et sur les âges . je fus obligé de rendre des 



TIRES DE8 Am^mvM.- 77 

poînts èvMft gourmets éçnéfHiit^ttî H^iKsiSl^tà-^' 
rent çamai0 une assemblée de roÎMur b^ dlof det 
diveis pays et sur les procédés des particuliers et 
des marchands , dans la falsification de leurs den- 
rées^ les liouteilles suspectes furent écartées et^ 
remplacées;, on aura pu les vendre à des bour- 
geois. C'est parmi ces fins déguetateqrs qu'il 
iaul preodre les surveillans des cabiretieii. Les 
vins acceptés furent rangés en pyramide dims 
un coin , et Ton ne les perdit pas de Tue*. Oa 
chargea les tables de fnan^dises; le déploiement 
des horsp-d'œuyres me donna de Tappétit: $t^^: 
dines I anchois , olives^ mille délicatessef ,d9 l|l 
saison^ dés pâtés de venaison tout chajudSf qui 
jetaient un fumet exquis; des chapofis-de la 
Bresse, des gigots musqués de cette petite pointe* 
d'ail dont Tcau vient a la bouche rien qu'en y 
songeant ; des forteresses de côtelettes désossées 
el poudrées de fine chapelure; quelques hures de 
sanglier dans leur gelée crénelée comme une 
forteresse ; des saladiers remplis d'oranges de 
Portugal, coupées par tninches , baignant d'eau- 
de-vie ; bref, tout un assortiment de dessert 
comme dans les galas de THotel-de-Ville pour 
les élections des échevins, chargeait a la fois 
cette table, tandis que Ton marquait les places 
avec un soin que Ton n'a pas toujours dans les 
meilleures maisons de Paris. Un ordre merveil- 



^8 mfafom» ■STORiQues 

levft M iiinit Comprendre dam les dîslrib«li«m 
de ee pêle-mêle. Dnmet me 6t sentir que noi ne 
détail -am«ler ii ce festin qne les élus, et que, 
pour cet eflct, on dcYait servir tout a la fois, je 
vis qui! me faudrait déguerpir. Les précautions 
prises pour qu'il ne se glissât pas d'intrus parmi 
les convÎTes étaient extrêmes , et consistaient en 
certains mots de passe auxqueb on devait en ré- 
pondre d'autres qui se succédaient comme des 
numéros d^ordrc. Sur une table particulière, 
dressée an centre du fer-k-cheva! que formait la 
table des convives, on plaça , quand vint le grw 
de rassemblée , des soupières enveloppées avec 
soin pour que leur cbaleur ne s'évaporH pat. 
Je n'ai pas pu deviner ce que contenaient ces 
bienbenreuses soupières. Mais 3i la grimace de dé- 
lectation qui gonfla toutes ces figures de bandila, 
k leurs yeux étincelans comme des escarbon- 
des , je compris qu*on était satisfiiit du cabave» 
tier. Quatre cocbons de lait , dont les entraiBea 
étaient recousues , devaient contenir également 
den merveilles gastronomiques dans leur inté- 
rieur. Les invités cependant arrivaient coup tnr 
coup , se groupaient y se félicitaient , s'inté- 
ressaient Tun à l'autre ; quelques*uns vinrent 
en fiacre. Je reconnus I^ des gourgandines 
qui se tiennent 3i la porte des églises , parées , 
bichonnées « décrassées pour co jour»I3^ , et que , 



•mtS BtS ARCRITtS. jg 

dans tout «Btre temps , on né totfcfaerrfil iiëiti/l- 
ncmcnt pas avec des pincettes. II fallait voir la 
tnélamorphosc pour y croire ; les estropiiis Étaient 
en fori grand nombre; on n'a pas plus de cîvi- 
vïtilés dans les fiiçons chez les riches bourgeois 
de la rue des Lombards. Le Irait caractéristique 
de U plupnrt de ces physionomies (îtaîl un re- 
gard perçant et moqueur. Quelques aveugles fu- 
rent amen«!s par leurs soi-disant filles, squelettes 
liés au sort de ces braves gens, pour l'intérêt de 
leur commerce , et sur lesquelles un carabin 
prendrait des leçons d'ostéologie sans avoir be- 
soin de les faire écorcher. Du reste , il faut que 
ce «dt leur acabit naturel , car lorsqu'il fut ques- 
tion de déplacer une des longues tables, pour 
établir un courant de circulation entre les ta- 
bourets et les murailles, quatre de ces momies, 
dont les articulations semblaient devoir se dis- 
joindre an moindre choc , soulevèrent le massif 
ïTCC une prestesse dont on ne les aurait pas 
crues capables. Bes mendians galantins apportè- 
rent des ûeurs qui, bientôt, sur le corsage de ces 
dames, jurèrent avec leurs figures rancies et re- 
vêches ; leur sourire de remerciement aurait fait 
fuir le diable , il m'ôta l'appiîtit. Les pralines et 
tes bonbons, les pastilles ambrées, tes Kqtteurs 
pour s'ouvrir l'estomac , circulèrent au choix des 
invites; et deux clarinettes donnant le signal, 



8o MÉMoiiiis nfxoMQimi 

car cas tnlkrd*4a onangemat ao $on dca iaalm* 
OMM^ lea coouBiiiaires me firent dégoerpir vmc 
les aoiret gens de service. Oo ferma soignsme 
ment les portes ; le sienr Drooett avec qm je re* 
nouai plm amplement connaissance , en jngeaal 
quelqiies-nnes des booteilles mal à propos dé- 
clarées suspectes et qni se laissèrent hoirs, m'ap- 
prit qne chaque convive payait par têtola sommo 
de sis litres, sans compter les liqnenm tt le caft» 
Les princtpanx gueux de Paris , la hanlo dasso 
des mendians, connus pour les pins huppés» 
protégés par les dévotes de M. rarchevéqna do 
Paris, dont ik sont les courtiers et les espions, 
font de ces solennités quatre fiiis par an , rare* 
ment dans le même endrmt deus tm do suite; 
ils ne manquent jamais , au préalable , d'envoyer 
des commissaires chargés de déhaHre ks prix. 
Malgré toute leur finesse, on les attrape enoore. 
n est probable que » dans ces r^as,sra|plantlm 
grands intérêts du métier, les conventions pour 
interdire de force ou de gré la place k des de- 
mandeurs qui ne sont pas de la confirérie. Ole 
sait Tart d*écraser un (aux firère et de Texpuleer. 
Je dois me trouver avec un de» commissures, ot 
si c*est Tîntontiou de M. le lieutenant de polioe» 
en ma qualité de joueur de flûte, j*espère obtenir 
la faveur d'assister en personne à Tune de cea 
prochaines bacchanales. » 



TIRÉS DES ARCHIVES. 8l 

Au nombre des rases nombreuses de la men-* 
dicité systématique qui surprennent la pitié des 
passans, et qui, pour la plupart, sont racontées 
a^ec une Terre souvent exagérée dans le^Gusman 
d'Alfarache de Lesage , il ne faut pas oublier un 
fait <pie cet auteur a connu sans doute, mais qu'il 
n'aura pas voulu citer de peur de sortir de son 
élan habituel vers les récits comiques.Un jeune 
ménage d'ouvriers éventaillistes logeait dana^la . 
me Beaubourg et se montrait justement fierdHine 
très jolie fillette de quatre ans , l'idolâtrie , le 
joujou, la nierveille et les amours de tout le 
quartier. On nommait cette belle enfant la petiu 
bUmde. Alerte, rieuse, espiègle, on citait sea, 
malices ; on mangeait de baisers ses petites cou^ 
leurs ; jon se faisait un plaisir de lui donner des 
cadeaux de toutes parts, et ses parens, par suite, 
avaient la vogue dans leur état. C'était, du Veste, 
un bon ménage et méritant. A la sortie d'un feu 
de joie donné par la ville sur le port de la 
Grève , le père et la mère, qui s'étaient fait un 
plaisir de montrer la bravoure de leur fille, 
furent débordés tout à coup dans une rue mal 
éclairée. Violemment séparés Tun de l'autre à 
Toccasion d'une alerte qui survint , ils se jetèrent 
hors du courant de la foule. On criait, on hur- 
lait, on jetait des pétards. La mère avait vu son 
mari s'emp;ircr de Tcnfant; \c père avait vu sa 

Ml. b 



ià MIMOIRCS llIfTOIIIQtmS 

femniie s'emparer de leur 6Ue; cependant ils 
élaie»! inquiels. Quand le torrent de manraia 
anjels qui Tenait de mettre ainsi le désordre an 
■ûUeu des bourgeois se fut éconlé, les deoi époux 
•ccowMrent l'un a Tautre. Jngts de knr déses* 
fùêM : une donUe erreur los avail abntés ; on ve- 
mtôk de leur enlever la petite blonde. Tons dens, 
apeès s'être tordn 1^ mains et confondus en 
rqprodies au milieu du peuple qui s^ansaosUf 
coururent de droite a gauche, s'erté nnèr e n t nn» 
peès des antorités , prirent des renseigneHipM , 
firent la besogne de vingt agens do pelicti #n 
no voyait qu'eux partout; ils n'avaient qufWe 
pensée , ne cherchaient , n'écoutaient , ne 
laient rien que leur fille : ik se déiespéini 
entraient en cenvulsiims, n'entendaient |paa 
vivre à ee asalheur. Le lieutenant de p e Uc e 
hUme* fisrt leur imprudence de venir mx Atee 
publiques avec un enfant; ce qui revient b dire 
que les lleutenans de peUce ne devraient janude 
tolérer de fttes publiques , ou savoir mieux les 
ordonner, ce qu'ils ne sauront de long-^tenqpe. 
Les recommandations expresses des babîtans de 
la me Beaubourg abondèrent de toutes parts; 
chacun souscrivit. Une récompense énorme Ait 
promise à l'inspecteur qui retrouverait Tenlant. 
Le aèle fut stimulé par tous les moyens possible, 
et cet événement devint l'entretien du jour. Six 



TIRÉ^ DES AMRIYÏS. i$ 

semaines, six mois se passèrent pourtant tàÉi 
qu^if At possible (tfaToir lé plue I^èir indice/ Si 
Fattention publique, qu'un rien distrait , M 
inaintint sûr cet événement , c'est qiie lé père^ 
à la suite des reproche^ sanglans dé èa fen^mé el 
dans un accès d'exaspération, si'otivrit tu!*mêlif6 
1^ S^^^ ^ coups de rifsoir. On le sauta de eefttf 
futetrr; mafs, eii peu de temps; !ft paii^M mèlhB 
dépérit et ne fbt bientôt ^ûe Pomk^ âW»^ 
méime. Sut quelques in^cèé de tàift dèHt ^ 
accusait de riches KberHns de boniie iMAmm^ 
et boâitiie on Tenttit de trouTér le eofpa de^ àmm 
jetuokls enfants, scandaleusement outrayélr «i 
^és depuis huit jours ewiron dans litfè #t jf i t rf^ 
ries situées au-dessus du coûtent des MinlilMiÉ , 
lis père dut assister un jour à TautopiSe ê^ éëé 
tristes victimes de la plus obscène brutalité. L'i^ 
dentité ne pouvant se constater facilement, on 
resta dans Tincertitude. Ceci tint réventailUste 
une partie de la nuit près des gens de Tart. L'é- 
motion, rhorreur du spectacle, le dégoût, lui 
donnèrent une fièvre ardente. Des symptômes 
alarmans firent croire qu'il allait devenir fou. 
On lui prodigua des soins , et l'on hésita sur les 
moyens d'avertir sa femme. Elle , sur les cinq 
heures du matin , ne le voyant pas rentrer après 
avoir attendu toute la nuit, vint a réfléchir que 
la veille son mari s'était montré plus soucieux 



84 MÎMomcs iiKiomgixs 

encore que d*habilode, et, tur celle donnée, 

beilii les champs. Des ToUins Tescorlërenl en 

dépil de ses supplications : on craignait quelf|ues 

lésolutions/désespérées , d aatant qu'elle s'eias- 

pérail. C'était un miracle qu'elle pût marcher 

seule. Dans la rae du Cloitre-Saint-Médéric , a la 

pUceoii Ton arait ravi l'enfant, cette sureicita- 

lîw tomba. Ses forces rabandonoèrent ; elle se 

laissa choir sur les pavés qu'elle embrassa vinf;! 

(ms v parce qu'ils avaient été , disait-elle , sancti* 

Çéa par les pieds de sa 611e. Elle appehii la 

WBm% 9 elle priait Dieu , elle voyait sa 611e parmi 

ba anges. C'était un spectacle à fendre Time; et 

des maraichers de Villeneuve-Saint-Geoi^ , des 

daiWfM de la halle qui se rendaient a cette heure 

9iix Innocens , s'oubliant autour d'elle et n'osant 

U consoler, sanglotaient à chaudes larmes près 

4ili cette femme qui , dans sa volubilité déchi* 

nnle.t leur contait avec un accent veni^d* cseur 

les gentilloMes, les mots^ les manières de sa 

qhère petite. 

^ Tout est objet de souvenir dans la pensée 
d'une mère , et personne mieux qu'elle ne pou- 
vait tracer un signalement avec cette énergie. 
La nuance particulière des cheveux de sa petite 
et leur bouclure abondante, un signe brun au- 
dessous de l'œil droit; les ongles tins et trans- 
parcns comme ceux d'une véritable main de 



TIRÉS DES ARCHIVES. tS 

marquise, car on en avail pris un soin ezyréâëf^ 
une fosselie au menton , se dàtthant cdoeimei 
un triangle; le pli particulier de sa bouche; alorsf 
que la mutine enfant abusait arec coqucttefMc 
de son autorité sur ceux qui l'aimaient , c!est<^)H^ 
dire sur tout le monde , elle détaillait, elle îm-' 
mait chaque trait, les gestes, la Voix et juë^fttf1i> 
ses colères; on Técoutait, on croyait Voir Fèth^ 
faut. Chacun pleurait et n'osail atrêter céit# 
douleur. Enfin , on vint FaVertir du retour* de^ 
son mari. Deux forts de la halle se ehargèrenlf 
de ramener la mère chez elle , et, pour lui ren-j 
dre plus de calme, ils lui jurèrent, en présenov 
de plusieurs de leurs camarades attendris coimnef 
eux, de redemander la petite blonde à Dreu.efc 
à ses saints, de se consacre^ dès ce mom'enl i( 
cette recherche; d'y entraîner leurs amis, d'y 
dépenser leur peine , leur intérêt, leur argent, 
s'il le fallait. Puis, dans leur entraînement, ils 
agitèrent entre eux de faire dire une messe, qui, 
^ers les dix heures, fut en effet dite a Saint- 
Euslache. Le peuple a des superstitions de sen- 
sibilité qu'il regarderait comme un sacrilège de 
ne pas écouter quand elles lui parlent. Cette 
messe prenait le caractère d'un engagement sa- 
cré; c'était la ratification d'un serment solennel. 
Tous y assistèrent , sauf celui qui, le premier, 
avait mis la chose en branje; circonstance qui 



M MJanww ■iifiouQns 

fkjiÉif MT n fnmihn dialmur^ tonibée a Tita 
Êftèê tant d'étalage. Cel kommei moint ceopt* 
U» fo'Mi »t fe croyidty tTail «m cMrariHiaftt 
WÊjfmUmtfêk noiplîr daMleTokinagi do Lmem» 
kiofl^ «I il »t comptait pat svr «a maadîl re- 
tapd fiMlaiail hMi de lui-aaêaM. U calcnUil le 
taa^ «pi lui ratait encore, et penaait, maia à 
levt» (ooreir aeeoerir k propoa. Kwoaflé de aa 
ee wae 9 e» panant anr le PonvMenf , il enlendil 
nieaae caffiHennet à la Sanunlaine. U était trop 
t^prd. La pensée de cet heaaaae int qoe ceci Ini 
t aaaihenr. Sor lea mafiAea dn cariiloav 

el tenait enteloppé dana nne c o n fetf tu t» 
enfital qw plennit arec des 
Sona la daminatiott desa crainte 
li fini de la Ule Wgajra one prière, et jeta de 
Ï^BMift il lé wandjinaa^ en rega r d an t 

qnt lai rappelait l^artrt. U 
lordMn enipelep pai t lea 
de e«Mo petite. Le signe an disseaa de 
y«il resté libre, le pli de la bencheqne la asère 
Sffait dépeint, notre honnne cmt voir et vît cela. 
Maia-sena eea haillona , «ans la ceiileiit biae et 
tannée de la nuaère , et n'avisant pas, graee à l'en» 
^fdoppe de laine « les joKs cheiren dont il avait 
fesprit fifappé , il se méfia de rinvincîUe obsci* 
sien ipn VeaAaainatt malgrô lui , fil quelques pas 




• TIRÉS DES ARCHI\'ES. 8^ 

ave£ honte, revint à la charge, hésita , elpenk-êUt^ 
se serait éloigné , si ces mouvemens contraires 
n'eussent semblé mettre martel en têle k la wi* 
sérable qui vouhit aussitôt quitter sa place. L'în* 
vraisemblable est ce qui se fait le plus hardi- 
ment ; l'effronterie , après un vol, est ce qui en 
* cache le mieux la trace. 

— De quoi donc cette enfant a-t-elle à se plain- 
dre? dit-il à la mendiante. 

— De coliques de miserere , mon &011 mon^ 
sienr, lui dit-elle. 

— Et qu'a-t-elle à l'œil gauche? P^int^an If 
voir? 

— Nonl^le médecin la panse tous lesjottrs/ 
C'est un bouton qui ne veut pas abomtnr. 

Des curieux s'approchaient ; Teffiroi s'empara 
décidément de la pauvresse. On se communiqua 
des doutes; et, repoussant le cercle, elle voulut 
se frayer un passage. Le fort de la halle tremblait 
comme un coupable. 

— Pourquoi fuir? disait-on à cette femme. 
Restez! On ne veut rien, on ne peut rien vous 
faire. 

Mais elle persistait; il s'empara de l'enfant 
dont on défit les haillons. A son nom de petiie 
blonde (ju'elle entendit prononcer, et qui trouva 
des échos , Tcnliint parut oublier ses douleurs, 
et demanda s;i mère , avec des cris et ties fris- 



88 moêoikms historiques ' 

•onDemens. Ce fut un incfigne spectarle qu'eu- 
rent alon tous les tisistans attroupés là. lie lam- 
beau de laine étant arraché, on aperçut une 
grosse coque de noix, qui recouvrait dans son 
entier Fcril droit de la petite ; et dans le creux 
de cette noix, dont les bords blessaient les pau- 
pières violemment distendues , \ travers les fils 
cfoisés d'une toile d'araignée, un insecte de cette 
espèce et d*un volume énorme , dont les pattes 
et les aiguillons devaient darder continuellement 
et causer ainsi des picolemens affreux sur le 
globe de Tcsil; Tinflammation se répandait sur 
la joue en larges veines remplies de sang extra- 
vase. On parlait de massacrer la mendiante, de 
la jeter a l'eau. Des coups lui furent portés. Les 
finîmes, hors d'ellesHaoêmes , ne pouvaient plus 
se contenir .On se tentait atteint dans ses propres 
eofims. Des gardes-firançaises accoururent. Des 
huées, des cris, des insultes accompagnèrent 
Finfame créature; et, sous la protection de b 
force publique , le fort de la halle, qui oe voo* 
lut pas se dessaisir de la petite blonde, l'em- 
porta vers Téglise de Saint-Eustache , tandb que 
d'autres, au courant de ce malheur, allaient 
chercher le père et la mère. Ce fut un cri uni- 
versel dans Paris contre lesmendians« et l'on 
répéta sur eux les vieilles histoires dont le peuple 
a le souvenir, jusqu'il ce quo de nouvelles mi- 



I 

TIRÉS DES ARCHIVES. 89 

sères» bien avérées, suivies de ces catastrophes 
dont la pitié publique est toujours émue , vint 
réagir contre ce mouvement porté a rextrême. 
La scène des père et mère ne se raconte pas ; elle 
se devine. Quant à la mendiante, on ne put lui 
faire son procès , car elle mourut k l'Hôtel-Dieu 
d'un coup de pied qu'elle avait reçu dans le ventre 
pendant la bagarre. Elle tenait'FenfiDt de la troi- 
sième main, et n'avait pas craint de rester à 
Paris, en raison de la facilité qu'offre la plupart 
du temps celte vaste agglomération d'individus 
sans liens entre eux pour vivre porte à porte et 
dans le voisinage même de ceux qui cherchen^t 
toujours fort loin ce qui se trouve à leur portée. 
Après six mois de recherches inutiles, elle ne crai- 
gnait rien. La petite blonde perdit un œil, mais 
n'en resta pas moins une très jolie fille dont les 
anciens habilans du quartier m'ont vingt fois 
conté rhistoire. A Tàge de seize ans, elle tenait 
le comptoir d*un gros marchand de vin de la rue 
du Roi-de-Sicile , oîi je me souviens de l'avoir 
vue (1). 

Entre ces renseignemens contrastés, il est 



(1) Celle histoire sVst rcnouveli'j <l^!!s nos demicrs temps. Ou 
rimitera pcr.t-êtrc encore. Le*; f.iutrs se rojjieiït parce qu*oii 
les raconte, el si* propagent de pUiS in plus à l'nccasiou de ces ré- 
cidives. Coinmrnl donc éviter ces infamies et en prévenir le re- 
tour ?* J. Ptuciir.T. 



go Mnomst untmiQUEs 

dificila et peal*être impottUile de conclure et 
âlndiqver les moyens edmànisiralifs. Dans Tin- 
lérêl de la sécnriié générale et indiridaelie , il 
iint sans doute réprimer o« prévenir la mcndi* 
eité; mais Tiniérêt indiridoel du rérilable pau- 
irre ne saurait être méconiin.Cette partie de notre 
l^islation laisse étrangement à désirer, et doit 
ÛsLtt Tattentien de tous les liommes iincères. Le 
patnrre est un membre de la grande fiimille } on 
le précipite dans le désespoir et peuMtre daM 
la barbarie «piand il est abandonné saM res* 
sources. U fiiut que la cbarité publique soU tons* 
bée bien bas , pMf que le erime ah reeoufs b de 
semblables moyens t 

Au nembre des irrégularités, normilee pour 
ainsi 4m^ dont il rérolte un nombre incal* 
culaUe d'incouTéniens I il ne but pas oublier 
de porter en ligne de compte les firaudos son» 
tenues dans le monde par les personnes qui 
▼ÎTcnt depuis long-temps en plein état de con- 
cubinage , sous la rubrique d'une union que 
chacun autour d'eux croit légitime. Contraints 
de soutenir la fraude vis4-Tis de ceux qui les 
fréquentent, et qui, sans ce mensonge, cesse- 
raient de les estimer ou de les voir, les pscu- 



domariés se laissent entraîner à baptise^ Içufirt 
enfans e^ à les porter ostensiblement sur les 
registi^es de l'état civil comipe bien et dûment 
issus d'une alliance honnête et cpntrac^éQ sous 
le ré^me des lois; ce faii^ arrive babijtueU^r 
ment, l'el homme a tour à tour et dans les 
divers quartiers de Paris y six , ou bui^ femmes 
psetidonymes , et autant, ou ^elquefois pljis 
d'enfans enregistrés k son nom et au nom de la 
mère, comme issus de pur mariage ; ce «gui plus 
tard sauve les enfans^ de Faccusation de bâtar- 
dise et couvre le délit des père et mère. Lé 
premier témoin , pris au hasard , suffisant en ce 
cas pour constater, devant un employé muni- 
cipal, lï^s choses que cependant iligpore» les 
concubinaires ne se font nullement £iute de ces 
entorses à la loi ; et , dans l'espèce , il serait en 
effet bien rigoureux de procéder a la rectifi- 
cation absolue des registres de l'état civil. Le 
nombre des délinquans ferait reculer toutes les 
autorités. On porte ce nombre aux trois quarts 
des habitans dans les grandes villes. 11 serait 
essentiel, néanmoins, de restituer, par des 
mesures convenables, un caractère aulhen- 
lique a Tétat civil dont on ne cesse de pro- 
clamer le respect de toules paris , sans qu'il 
y paraisse beaucoup dans les mœurs. La pos- 
session d'état finit par faire litre, et la prcscrip- 



9» mimoiMU HitnâiQOts 

tioiit ici» 8*établlt en ftilt. comme poor bon 
nombre d'ântret cboees. Un irice doTient par ce 
moyen constitutionnel. Ceci mérite Tattenlion 
de radminittntion politique» Gantant que le 
registre citil» seole preuve de Peiistence de 
cbacuh Tis-li*Tis de la loi» devient Toccasion 
d'une suite de délits asset firéqnens» soit par 
les fausses déclarations de seaes qu'on ne Té* 
rifie que fort à la diable sur td ou tel enfiinl 
dont l'identité de nouvelle date est cmistatée 
par des intrus ou des sages-lemmes complices» 
soil par l'oubli total de présenter les nouveaux- 
nés ^k la mairie, circonstance plus ordinaire 
qu'on ne le suppose , en dépit des menaces et 
des recbercbes. A ce point de vue » les ^dénom* 
bremens réguliers sont impossibles jusqu'à pré* 
sent. Les municipalités de village sont» k cet 
égard» dans le plus triste désordre } nous nous 
souvenons d'avmr trouvé les feuillets d'un re- 
gistre de l'état civil collés sur les carreaux de la 
maison commune d'un petit boui|; des environs 
de Montlhéry » on hiver tris intense ayant forcé 
Tadjoint de se garantir du froid tant bien que 
mal. L'événement comique du Lutrin vivant de 
Gresset n'a pas lieu que pour des antiphonaires. 
Nous maintenons» arec cela, que les substitu- 
tions d'cnfans , chez les nourrices , ne sont pas 
aussi rares qnc pourrait le donner à penser 



TIRÉS DES ABCBITKS. 9^5 

t'abus énorme que les hommes de lettres en 
font dans les romans. Sauf ce dernier cas , qui 
résulte quelquefois de la peur que ces paysannes 
ressentent de faire connaître la mort d'un en- 
fant tombé dans le fen , ou mangé par les co> 
cbons ; s&uf ces sobstitutions de faux noms , il 
est *a croire que lors même quç la tolérance 
officielle proposerait aux faux mariés de régu- 
lariser sans amende ni prison les entorses qu'ils 
ont faites aux réglemens généraux par cette lé- 
gitimation frauduleuse de leurs bâtards , peu 
vendraient proBter de l'amnistie et rentrer 
dans le Ytai, L'amour-propre serait plus fort 
que la menace, et rougirait devant la tolérance. 
On se lalse de faire la guerre quand les sujets en 
abondent. Les registres de l'état civil sont par 
conséquent remplis de lacunes et de mensonges ; 
et l'un des mensonges les plus exorbitans U 
coup sûr, celui qui constate sous la rubrique 
d'un père incrédule la légitimité d'un petit 
adultérin qu'il ne peut mettre an ban de sa 
famille, malgré ses certitudes et la certitude 
universelle, ce mensonge n'est pas le plus fré- 
quent de tous; à la vérité, il est si gros qu'il ne 
compte pas. A part cette convention faite dans 
l'intérct de l'ordre, sinon dans l'intérêt des 
particuliers, on ne peut s'empêcher de conve- 
nir que, diius les plus sunples branches admi- 



94 mEmiais wmtOÊMqfm 

niftntlTeti PoiKtiûsation «il coonidélemant li 
"reibndre n Ton Teot y jeter une ombre d'ordre 
et de vérité. Un phn administralif complet 
manque sur cette matière comiàe sur beaucoup 
d'autres. 

En 1770, sur la paroisse Saint-EiMladie , vi- 
Talent depuis iong-tf mpe sous le même |oit et 
fort paisiblement, un porteur dTesn ek une regralr 
tière. On lès croyait mari 'et lemkiie; ila émnNH 
Tarent cette année-la 4es ctÙMlns» et nwmp» 
se iéirâniea. Un soir le portfor d'eav i^tn 
dans an état dlnesse complet; il ^pen^ s| 
femme et se)eta sur elle avec «n contmi; q^U» 
d, se sentant blessée, lui cassa snr li tète fui peé 
b eau} fe coup porta ytn la tempe^ 'k P9>teq^ 
dTeau mourut au coup. Un déoétà la iemaso 
de prise de corps; elle (ut emprisonnée. Daap lu 
prison, die déplorait son malbeuri éDe se ce»- 
sait de £re que son intention n'a? ait pas é|i| 
de tuer cet bomme , qui d'ulleum n'étrit ms 
son mari ; circonstance atténuante, du n^ouu 
quant aux femmes. N'ayant pas d'économies do- 
tant eux pour se marier et pour fiure la noce, 
chose toujours fort importante dans Festiose des 
gens du peuple, ils ne s'étaient même pas rendue 
i Féglise ^ le mariage ayait eu lieu sans cérémo- 
nie ; cependant ib ataient cru detoir fûre bap- 
tiser leurs enfans b Saint-Eustache pour ne pu 



TljgÉS I»SS ARCHIVES. ^ 

leur laisserlaqvâUficatioiiileMlarcIs. C'^ail ui| 
coup d'étal à la mamèro ^ 1/on» ^f V ÎMHir les 
sieB9. M. Lenoir fit part de ^ette infractîsii à 
l^oisemblée de police qui se tenait dexpiiBcaitte 
en quioamne. M. de Sartînes fit co»pnl8er les 
registres de k paroisse Saint-^Eustadie ; il ne s'y 
iTMiTa bhI acte de célébratton ^att|(iau manage; 
mais en ant les actes de baptême des eniaoa de 
la tegr^ltièra et du porteur d'eau. L'fsseniblée 
demanda de» lettres de rémksion pour eetle 
maHieareMe, dont le menitre eerlainemeitt in- 
Teienlaîfa qffiraît un cas de légitiaae défenseï Ces 
lettMs inrent eipédiëes et scellées^ dé^mttèê et 
enfigistréies gratuitement .^ . : >\ / 

A eelte occasion, on vérifia q«^l |f «1^ k 
Pavîs grand nombre d'antres néniiges ^ "^^eM >^ 
pauvres qui n'avaient pas été conjoints en fecé 
de l'égKse. L'église tenait alors les registres de 
Tétat civil, ce qui, par la simplification des roua- 
ces, devait diminuer les cas de fraude, et ne les 
diminuait nullement. On fit appeler les curés 
des paroisses sur lesquelles existait un plus 
grand nombre de familles indigentes ; il fut 
arrêté que les curés provoqueraient une délibé- 
ration des marguilliers et sacristains, pour qu'à 
l'avenir les mariages des indigens fussent célé- 
brés sans frais. Les délibérations furent lues au 



96 Mnoiut ■mtNUQUis 

prtea et raécatéet; b«i«co«p de |iftaTret gens 
•*y présentèrent STec lem enfrns, et lenrs ma* 
riaget furent célébrét. Mais la plepart retièrent 
en dehors de cette tolérance; et le scandale 
ae conlinna dans les classes aopérienres qoî 
n'aTaient pas la même escnse. Les recherdies 
proavèrent qne des femmes de bo urge o is , non- 
tellement enrichis et derenm margnilKers t ^* 
iraient depuis longtemps dans cette irrégularité 
lagrante et sans que Ton s*en doutâL L'une 
d'elles était d'une sévérité fort grande sur le 
chapitre des msrarSp ris-è-^ de ses p rupt ua d^ 
mestiques. Us se vengèrent en révâanl le 6iL 

Vers Tannée 1780, la poliee ont avis que dune 
la rue Quincampmx et dans les rues adjacentes , 
plusieurs garfonset filles de la mêuse profession g 
ouvriers en éventails^ dont la conduite était en 
a^arence fort régulière, payant les imp6lSt élo* 
vaut leurs enfims, disaient s'être unis par inapi- 
ratioui sans obéir aux formalités ridicules preo* 
crites ponrle mariage* Ils ne fréquentaient pus 
leurs paroisses t ne finsaient aucun ado esten 
sible de reli^on, se prétendant illuminés. Cet 
iUuminisme pouvait devenir contagions, et rom» 
pre les derniers fils du réseau de la loi. La po- 
lice fit arrêter douie de ces garçons et autant de 
ces filles, qui formaient une sorte d'association 



TIEES DES IRCHITES. ■' 0? 

indépeiidanle de leurs toîuiu. Ua araîent, du 
eniaiueii très grand nombre j uae seide d«-ces 
filles en ciamptait neuf. 

On les interrogea; tous prétendirent (ju'iU 
croyaient en Dieu; mais qu'il fallait nier l'é- 
gEse; qa'ils s^étaient pris par inspiration fran- 
che et nitnrelle , de commun accord ; qu'il n'y 
arail en conséquence nul crime à leur faire pour 
cela; qu'ils ne faisaient de mal à personne, sinon 
% laboatiqoe des prêtres. On les Bt enfermer; les 
ans et les Wtres avouèrent alors qu'ils avaient été 
poussés k se conduire si librement, par les exhor- 
tations d'un auteur qa'ils nommèrent. On voulut 
jkrannÎTlre ce corrupteur de la morale publi^p^ 
mats, sur le bruit de cette arrestation, il iwiait^ 
de partir pour l'étranger; trois des jeunes. .0^f• 
ayant persévéré plus opiniâtrement que les au- 
tres, furent conduites à l'hôpital de la Salpê- 
trière ; les ecclésiastiques de cette maison , gen» 
de moyen et d'érudition, firent de vains efforts 
pour les instruire ; elles manifestèrent un courage 
opiniâtre et ne voulurent pas revenir de léuÀ 
égareraens : on les mit au cachot et elles persé- 
vérèrent; les autres sectaires ne lardèrent pas à 
être remis eu liberté, en se soumettant à la Con- 
dition de se mariera l'égttse et d'y faire baptiser 
leurs enfans. Ils reçurent les sacrumens par le 



gS HtMOlRKS RISTORIQUCS 

cwé de la paroisse, qui aYaii concouru k donner 
Iw nffîfeîgfienieM a la police. 

Ainsi Aliparùt, pour un temps du moins, une 
prétendue secte d'illuminés, qui sanclifiaienl les 
paiiioi^ et leurs désordres. La police , tigîlante 
céJisérVatricd dèt ihœurt, n'eut paa lieu d*en 
Wû^ëcëHhet ^Tâùtref. On connaisait toutefois 
éim hl bdiifné compagnie des martinistes et des 
MBilttlM, rfèctes séparées» ViTanldana ces man- 
VtfU* principes. Peut^-ètre n'aurait«on pas ap 
tëntifir'ttai, parce qu'ils tenaient ii dà&millea; 
hH élaitièistés *e furent pas inquiétés ; fB^ ^*ar- 
immdii des illuimnés de la rue QniRcampm 
Mf îMHtIr' de Paris lès ralmlistes, qui dej^iyis ae sont 

*i-l«S' 



.• •< 




r. . t 



\, mr In Fêwmn émmi te 
drsiil «t rsrln. 

;• - ■ • i 

Il n'y -m p» d'année qu'on né frbriqné » à 

M»» dos InsttfiKi dé rerenans. Ce n'ert pts 
VUli orojanM si |;teértiement éteinte qu'on Teol 
Mon k supposer : peur l'ordinaire ces crédu- 
lités tiouMoi h des ruses de galanterie ou ii des 
fourberies d'escrocs. 

Dans une des audiences de M. Lenoir, un 
obeur des en\irons du Jardin des Plantes » 



TUtU DES iUHITta. -99 

pdMiblaiièBt bMeetfort ^«atvÉïBÎi'Iolil^^ 
omnDeiit «vtc uB« femibe dW»l«M«Mn^iP|iM 
mdf*opreté pabliques, lai-âe voir qD*|Mi«é^ 
toritéfl secondairQà de arm quartier jirt » laU l t 
itt nez et lui tournaient \6 âéi êh le traçant iA« 
boahomine lorsqu'il eontdit^ltp pratmsel HiuA 
ccrlciin revenant 1res hostile envers lui dans 
ses liiçons il'iigir, déclara qu'il ne sortirait pas 
de chez le lieutenant de police qu'on ne lui 
prêtât main^forte. Sur ce |)oint on ne pal la 
faire démordre ; il contait sa mésaventore îi tOOt 
le inonde. Les visites du revenant duraient de- 
puis le jour de son mariage et l'empêchaient, par* 
fois, de consommer l'acte conjugal : d'où son 
chagrin. Vers l'heure de minuit, de deux jours 
l'un , sa lampe s'éteignait toute senle ; sa femme 
pouvait l'attester. On entrait par la fenêtre qtti 
donnait sur le ruisseau des GoheUns , rtéh qu'eit 
poussant les ventaux. Pour conjnrtt les écfoti 
de ce démon qui parlait de lui briser les reiiMJ 
le chamotseur devait promptement aorûf du Ut 
de sa femme, se mettre h deux genoux dans le 
beau milieu de la chambre, malgré lefroid'M 
les ténèbres, et là, débiter Jt'voix haute airtam 
d'orémus que le fantôme l'exigerait par ses ^M^ 
gnemens. A la demande des rieurs, satisfaits de 
le mystitier, le chamoiseur imitait les grogne** 
meiu de cet hôte importun avec une vérité qui le 



100 aobioiut nisToniQCES 

iMiitiréiiiir ltti-aii£ine. « PurcUen! lai dit «n det 
iMpOGlews de leevice, je perie que c'est «n co* 
dboD 4|ui irient covdier avec irotre fiemne. • Cette 
MMftion pentt aiies TnitemUaUe aa chamoi* 
iOuri il prit la métaphore k la lettre, et la 
famne» airertie par* la police de ne pas cooti- 
MMT aea fredaines en reccTant a^ec tant d'eT* 
fayterie, aea anomeva t traoTa le moyen de ae 
tiUNT .d'iffiires. C^était eUe-rnSmOt on le com» 
prend» ^ aonflhit h bmpe. Les crocheta dea 
lUmwm^ de. la croiaée ne tenaient k rient «if 
pMr Mi.b4lMii» i*on ae glissait dans la chambre. 
Q»,f^qne c*|laift un pari de la commèn» ponr 
VuPW^ M|i.nocea» et qu'elle y airait pris goAl. 
lA,l|iefÂifeipétMi dmiement» bien long*temps 
iplaleo pseawes d'esorcisme qn*on loi con« 
M J PlHI>iq id réoMp^t» qne le cochon qm nnfeait 
imi^MnipO'djBTait deseendrot en droite ligne, des 
flfM^na.|nfwdaU par . Jésas^Cbrisl snr les hoids 
jIAiM de Tibériade. U n> aTait nnl mérite 11 
imr> milel imbécile { mais il fidlait qne la plaâ* 
MT^d* tenAer celte audace eût bien de raHmil 
fpfr qn'on m dispensât d'en eiiger de la femme, 
l^ii fslant d'une pareille drolesse méritait le 
mM de l'inspecteur de police. 
.. jLa plus graw des histoires de rerenana eat 
Csodée en principe sur lenterrement précipité 
de plusieurs personnes tombées en léthargie et 



que Ton croyait mortetl L'ignoraivce; afbté|oé 
de la preitque universalité' des familles rar-' 1m 
moyens de constater jusqu'à TéTidence les» dé^ 
ces des leurs y lacune étraiyge de rédotatlMÎI 
publique ; la sottise de certains cuistres' refui 
docteurs sans connaître un mot des premîers 
élémens de la science , et ceci toujours k la.fi^ 
Teur de certaines formalités qui ne prouTent'Keq^ 
mais qui leur servent de litre à la crédultlérlt 
nécessité fiitale où se trouvent les ignorans 4e 
se rapporter aveuglémeàt k la décision de jték 
sortes de bourreaux/ ont amené plus d'uue ctirr 
tastropba de ce genre , surtout dans les teiîqjs 
de peste et dans ceux de. disette, pardj^ue iW 
feclion ordinaire des moribons présumés iren* 
dait plus hâtives les mesures d'ordre et de salu* 
brité. On a parlé d'un fossoyeur qui, voulant 
dévaliser les derniers effets d'un cadavre, trouva 
le mort en vie , le soigna sans mot dire a per- 
sonne , obtint un testament ab irato en faisant 
croire à l'ex-enterré que ses neveux avaient agi 
sciemment , puis replaça de plus belle notre 
testateur, au moyen d'un narcotique violent , 
dans sa bière, après en avoir obtenu ce qu'il 
désirait. C'en devait être fait cette fois de notre 
homme. Un chien qui rôdait dans le cimetière 
et hurlait en entendant du bruit sous terre , fit, 
par hasard , arriver du monde , et Ton restitua 



iM wnMwn ■liioiiqiiis 

kJMrtv pMV la itconcb IbU» a« Bfribood qm 
M' imigM OMime il fiiml àm «liténUet et Téci* 
€iieon de kmgMi mnétê. LlMtarielU est dÎTer- 
lÎMUite'; mais tnem m% nous déaientie qa*elle soit 
avi^pse» • 

C'est fiirteot dans llselemeiit des cami^giies, 
mkf h n«t f ehatun ee sent pins ftible» séparé 
qtm Tônest qndqaeisis dm anltes habitaliens par 
Je^grsndes distances» qne Fespritde rase» afin de 
aÉiens uniler les mystères de h irie privée, propage 
hïk rende des codtes de revenmis. Les intrigoes 
— iweeiiiie vont leur train aene cm tra<Ktioos 
q|rfi depuis dm sièclm» smit Im mimes* Lm ve^ 
imbans. sont toajenm en ehemim; voilà ce ipri 
est t constater. Les; habilm mtent le fin nmt de 
oeà èifivernm et rapprennent h qni de droit. 
An Jio' sût lm aecrots qno par lm garçons. Lm 
linmms eonIkiDent dtevoir pont. On comprend 
po^rfQoL L'iaoleaaont, si Ton vmt» se tronve 
nnen Ham lm vilm ou nnl ne eonnaSt son voir 
aîn ut no Mooncie do lo oonnailM ; mais nn eai 
d'klanne mettait trop lot les espièglm dans Tem* 
barrmi et I9 préjugé court moins dans lm villes» 
h came dm risqaes que» les rfienans y ooorent 
eaKfmlnies d'èUe mililairemenl élrinét. 

Bni777, il s'éleva» dans la maison d'an Inlhier, 
rne de la Comt:dîe*Francaise, nne rumeor à Toc- 
casion d*uo bruit nocturne ric chaînes qu'un 



TIRES DES ARCHIVES. io3 

agitait fveç furie. De toos J^ fpurti^j(fs,M ae* 
courut poiir voir le revenânt'aQS l'fn nfi, vit 
pas. La police ât enlever un garçon de bonligus ^ 
qu'on soupçonnait de courtiser la servante. L^ 
garçon, obligé d'avouer sa fourberie, èxt mis 
k Bicêtre. La servante était jolie et trouva des 
protecteurs. 

Dire la bonne aventure et tirer les cartes, 
c'est uup espèce de profession qui a. toujours 
été le partage de femmes. Leur tact ordinaire, 
même chez les plus communes>et leurcerliLudet 
qpelsqnesoîtla physionomie et le rang de lapçr- 
lonne qui les consulte, que les cordes du cœur 
humain sont semblables chez tous le^ individus, 
à l'éducation près, leur donne de l'iplomb et 
par conséquent de la vogue. Grâce à la naïveté 
on à la iauEseté de ceux qui viennent s'enquérir 
de mille choses près d'elles , ces devineresses 
reçoivent plus d'aveux que les prêtres et les 
curés de Paris. La forme captieuse des questions 
les exerce et les rend fines comme de vieux 
juges. La police peut tirer le plus grand parti ^ 
de ces bohémiennes qui disent volontiers la 
vi^rilé pour de l'argent et ne se refusent pas 
plus aux séductions de l'autorité qu'au vœu de 
leur clientelle sur ce point, — La science de la 
chiromancie, plus fondée qu'on ne le croit, 
aidée des indications de Gall et des conjectures 



104 MMOnm BISTOAIQUES TIRES DES ARCBITES» 

de LaTster, repose en oatre sur des élémens 
fort simples. Une démarche , on mot , donnent 
la clef. Le métier forme ensuite k Taudace. 
Atec la donnée du caractère d'une personne , 
il y a des suppositions inbillibles. 



Ici se terminent ks sonrenirs hbtoriques et 
les notices de H. Lenoir. Leur intérêt excusera 
nntercalation ^e je me suis permise, sans 
oser prendre sur moi de retrancher un mot de 
son manuscrit, qui est d'ailleurs annexé aTcc 
les miens et a^ec les nombreuses pièces justi* 
ficathres ^nt j'ai cru deroir lerer des extraits. 



(Ntê éê J. PnoBf .) 



» 



. 'M* 
ê 



CHAPITRE XLVII. 



Corruption de TaDcieBDe police. — Afbiiref de la demolaella iPlër- 
celin et de Loais XV. — Correspondance immorale de ta ^tt0è 
•Tcc la oonr. — Filles publiques et récits de ee qal s^j passai t^ 
« Le marquis d'Argenson ; le comte d'Aranda ; la oomtcssè de 
Sabatini ; le duc de Chartres ; le comte de la Marche ; le duc de 
Richelieu \ le baron d*Ogoy ; le duc de Rohan-Chabot ; le mar- 
quis de Barbançon , graud-^eneur de France ; le comte du 
ftarri et la demoiselle Pouscarclle. 



Un des traits qui ont le plus mis en évidence la 
corruption de la police sous le règne de Louis XV, 
c'est l'affaire de la demoiselle Ticrcelin. 



106 MÎMotiff ntroAiQUis 

Celait mnt enfiunt d'mie figure charmante» 
Ifie tiHit an plus de onie ans, mais déjà sTelte el 
parfidtement formée, qne Lonb XV remarqua 
•nrion chemin, en paatant h pied dans les Tui- 
leries, nn jour qn'il Tenait de Versailles à Paris, 
p o iirnn e cérémonie publicpe. Elle se promenait, 
sons la conduite de sa bonne, aTOC d'autres jeunes 
ftDes de son âgf^ tlqioqup ^npi passa; sa gentil- 
lessOt un teint brillant et pur ou Pingénuité de 
Ponfimce édatait atec feu; la transition de Ten- 
fimee h Tadolescence, accusée de bonne heure 
par une santé si naiTe, tout cda , et la eoqurt- 
Ipîs d^ sof sonrire, n*eut pas plutAt frappé le 
flia i|u1l ^ déwa fbrtçinent.b jouissance. JX en 
pida ip spr même à Lobel • son ^alet dst cham- 
hffo. Geln-ci, pour ^ui les goikis de son snaUre 
iMlmont pas un aqfstère, pensa Tito ans mefens 
de satiiMn les nouToaws désira du aaonw|uo. 

4.11 oui trûouw au lieutenant do poKoOt c'était 
M. Berryer. Sans dira k H. Benrjer son molli, 
que celui-ci soupçonna sans doute, Lebel le 
pria de s'informer au plus TÎle et de savoir b tout 
pris ce qu'était deTcno le joli petit minois de dis 
Il onse ans, beau comme l'amour, et gardé par 
une bonne dans les Tuilerie» le jour que le roi 
les atait tratersées. 

(ht dressa le signalement d'après les paroles 
mêmes do Louis XV; les particolarifés de cette 



TIMÊS PfB AMUVBi. 1^^ 

nutwlf» devraient mefttmttir Ikitatmiémàéi*^ 
lUilb jiMqii^au cdstilnie^ ; , A if , ^ 

]4e lieiUènànt diè poUce JTficomma^dbispéiiîak 
iit€iil Cette recherche k i'tmdeâfe^tdbfcfr àà fcu^* 
reaiix. Oa n'était pat l^n^ Su aîeqttndra «or jA^ 
«mibU^ljeè tnatières; elles fofiiiaient de» attrilMvr 
tions en qodque sorte 8pécûilâi.:Jtieeliargé dexa 
vuquîgiiiéiinage mit en câmpëgné .1)0» aç mire 
4'ageiks des pllks adroits, qm-MDiprifftBÉl'isdpMN 
taoee de;'la mission 4opt #ii se fiait alèiiraèhi> 
Ha ^'adressèrent naturdlement .aax. bonnes qui 
venaiebt promener des enfans éux^ fOnileriei^ w^ 
pèceb)aftdiite dont on fail; todt'ce ^e l^oif iwiil 
avec die» cajoleries et des colificfaets. Aveqiânil 
fiett tde patience , en .Cuisant . Hinvieniaii^e des 
bonnes e( du^jardin^ on parvint à découvrir la 
petite fille que Lebel avait ihdiqué; le lieutenant 
de police en fit aussitôt part au pourvoyeur de 
Sa Mqjesté; mais ceci ne suffisait point encore, 
il fallait gagner la bonne. La séduction de 
cette fille ne présentait guère de difficulté, des 
vertus plus rebelles ont capitulé devant les ar- 
gumens irrésistibles de la police. Il fut convenu 
bientôt avec celle fille que, moyennant une 
somme assez ronde, elle se prêterait a Tenlève- 
ment de Tenfant, sauf k la supposer égarée; il 
fiit d'ailleurs stipulé clairement que, dans le cas 
de plainte de la part des père et mère, de puis- 



atnlM iiitirpntioiit fenrient jouer tout les leviert 
d'otage. Ilab n*eùt-il pas été du dernier ridicale 
qm'aprèa b ffenier moment donné k la torpriae 
et à la colèn, de chiûk bourgeois timaent ri- 
gnenr sur wn point dont ilionoraient les pre-* 
mières fiunilles dn royanme? La bégnenlerie 
n'était pas wa is einlihM e, on risqna le rapt . 

La jenno ftUe fiit donc enlerée et fi?rée an 
roL Le aecrat ne pondait gaère être gardé snr 
celle criaMnelle arenlnre» <|Qoi<pi'on le recom* 
mandât an agens de police; mais la plapwt 
étaient ^endin à tontes les coteries. L'afidre 
transpira irila » et la chronique scandalense dn 
temps en recneillit toutes les particularités. 

Instruit de tout ce qui s'était passé par FeSmi 
qne ses premiers emportemens donnèrenik la 
bonne qui se coupa dam aw explications» le pètu 
jeta Im hauts cris; paria de rendre plainte et de 
dénoncer au Parlement cette riolation dm 
et de la morale, cet attentat aux mmus de 
millesL 

Hais quelle justice pouTsit-il attendre dm 
gisirals qiuuid le prince lui*méme était llnstig»* 
leur et le complice du crime? Une leltra do 
cachet pouvait Ciire disparaître un pire impor- 
tun et délivrer le roi de ses cris ; c'est ce que 
des intermédiairm habiles donnèrent à craindre 
a M. Tiercelin; il ataii en tétc une forte partie cl 



qui diipoèait de tout; on hd conseillai de lie 
point faire de tapage ; on lai fit séfitii^ qu'il ex- 
posait inotilement sa liberté ; qu'on le représen- 
terait comme un séditieui, comme un père qUe 
sa fille ayait quitté, pour se soustraire k quelque 
ayante du genre de celle dont il osait se plain- 
dre, et que dans tous les cas sa fille ne lui serait 
pas rendue. 

L'agent de police , qui s'était chargé du rapt, 
8é chargea pareillement, comme plus avancé que 
personne, et plus compromis vis-k-vis des suites, 
d^étodffér le scandale et de faire capituler le père. 
Il fit entendre h M. Tiercelin que datis ilii évé^ 
kemeni irï^éparàblè qui, par l'effet d'ilit ééiat 
lîdicule, pouvait entraîner des périls sans nom- 
hrè, exil, lettre de cachet incarcération, àcdusà- 
tion de lèse-majesté, il serait bien plus sage de 
tirer philosophiquement parti de son malheur 
pour sa fortune. 

On est homme d'honneur, mais on ne se soucie 
pas de la Bastille ; car k quoi bon la Bastille?. ..• 
Sous les anciens rois des gens y avaient pourri 
pour moins. Les monarques tiennent tête comme 
de simples particuliers, surtout quand ils sont 
amoureux ; et s'ils ont les bras plus longs que per- 
sonne , ce n'est pas pour être bravés impuné- 
ment. Et puis, il ne s'agissait pas ici d'une séduc- 
tion de bas aloi, d'un raprice de va- nu-pied. 



IIO MUiaUllS USTÛlU^tCS 

titrder la ?erUi des filleA» on le «ûi, m petîUs 
qu'elles ioîentt rien n*e«l plus cluiiceux k Paris, 
où lout travaille à les rendre précoces. L'ensor- 
celeur lui cita des dames qui iren faisaient pas 
scnblant, mais qui pouvaient lui en dire queU 
que chose. Toules n'avaient pas eu Is chance de 
madcmoîselle Ticrcelia. Ce qui est ignoré d'ail- 
leurs est pardonné, et faire jaser le monde sur 
Tavenluret co serait accomplir volontairement, 
et de soi-même, le mal que l'on redoutait. La 
helle avance que de sortir d'une si chétive an- 
goisse par des animosités implacables q/Êà ne 
manqueraient pas de se donner lihre carrière!... 
Après tout, le roi valait bien qu'on le prit pour 
cendre t quoiqu'il ne pût s'agir en cette ooca^ 
sion que d'un mariage à la diable. Louis XV étai^ 
généreux» très généreux } l'argent ne lui coûtait 
rien. Le ridicule» la crainte» b corruption, notra 
fine mouche employa tout et trouva bientôt In 
coté ^laible. U ne s'agissait que de déplacer U 
bonhomme pour le soustraire à l'influence dfi 
animosités sournoises de deua ou trois coaiivèna 
jansénistes, vexées contre la cour, et qui faisaient 
chorus avec lui sur cette indignité, pour le porler 
à jeter les hauts cris. Avec un peu d'autorité» 
dont on Tinvestirait quelque part, on pourrait se 
débarrasser de ses clameurs paternelles. 
Quand ou n'est pas vénal par un point on Test 



TIRES DES ARCHIVES. III 

par un autre; il n'y a rien de plus facile que do 
corrompre un honncle homme, rcssentiel est Je 
mettre le doigt sur la plaie. Le difllcile, une fois 
M. Tîercelin lancé sur la pente de la corruption, 
fut de le retenir ; car, en ayant pris son parti , il 
y mit une frénésie d'apostat, réclamant des choses 
par dessus la tête, exigeant des honneurs, de- 
mandant vingt espèces d'ordres; voyant déjà sa 
tille a la place de madame de Fompadour, et. 
devant cette perspective, se montrant sï plein de 
reconnaissance envers l'espion, que ce fut bien- 
tôt à celui-ci dese défendre contre la séduction. 
Bref, à la suite de cette conférence , et d'uns 
autre avec AI. Berryer, qui demeura secrète, 
M. 'riercelin resta tranquille. Le pouvoir conv 
met beaucoup d'actes arbitraires, par la simple 
puissance de la persuasion, et dont on ne se ptaini 
pas, parce que la faculté de faire impunément le 
mal étant dans ses attributs, plutôt que d'en 
loufFrir a ses propres dépens, on se résigne à Vou- 
loir tout ce qu'il veut pour en profiter. C'est 
toujours cela que l'on sauve du naufrage. 

Mademoiselle Tiercelin, lorsque tout fut ar- 
rangé , fut baptisée par le roi du nom de ma- 
dame de Bonneval, et introduite sous ce non 
dans les petits appartemens à Versailles. Lepèse, 
lancé par tes conseils qu'on lui avait donnés, 
tenta de faire tourner à son profit le sort nouveau 



du n €lk» et tlntrigiia ▼aîliamaient , pôttr «I 
téotr k bool f atec une efironterie pleine de can- 
deor et Traiment digne d*nn meiDear sort ; ce 
fiit précisément ce qm les perdit Ton et Tantre. 
L^ correspondances secrètes du temps , qni 
né inanquaient pas de publicité comme on sait » 
assurent en dTet que M. Tiercelin prétendit aux 
bomieurs et )i Topulence par le moyen de ma- 
dame de Bonne?al. Le roi, cliarmé de m jenneaw» 
el (AiubleflMnt soumis par rascendance de ses 
pêlitiBS grices enbntines , était comme un enfimt 
IniHuifelM et s'en UMnIrait tmtt éfm. 8m aena 
1Iés& âimaieiit rétnmge; il commentait k mlas- 
beir dulbmt ton et dm prétentions des damm de 
Il cour. Son pendiant k s'encanailler m mani- 
fliMiait, et 1« courtisans ne manquèrent pm de 
Wr eAlé d*en conceiroir quelque espérance pour 
ftrôriaer leurs projets. Cétait surtout la cdkalo 
opposée' ans Qioiseul qui comptait le pim aur la 
nourrie frTorite. Les coteries étaient mm 
n6iÀbre alom; oIIm tournaient sur Im ynom du 



' Ifdsle principal ministre n*M fiit pm long* 
temps la dupe; m jalousie perça contre maiisme 
de Bonnetal ; il redoutait surtout le crédit qM 
M. Tiercelin m flattait d'obtenir par elle. Le to* 
niteui bourgeois , circonvenu par des ofideui , 
afediait un rontèra inquiétant sur des préten- 



TIRÛ DES ARCHIVES. lî^ 

lions que l'on cherchait à scruter. Il se laisaît im- 
péiiOlrable parce qu'il n'avait rien â dire. U ne, 
fut pas difficile de faire entendre a M. de Choj-! 
seul, sous le secret de la poste et par une tac-{ 
tique d'avertisseinens anonymes, que te roi 4e' 
Prusse, ennemi juré de madame de Pompadooc» 
alors toute puissante (1754) et grande amie des; 
Choiseul , travaillait sous cape à fuire déclarer lat 
jeune Tîercelin maîtresse en titre. On donna I4, 
tournure que Ton voulut aux rorfanterios du boiv^ 
hooune; on fit mieux, on le poussa lui-u)êia% 
daas le piège ^ il s'élança sur cette donnée comtne, 
un vrai braque, el, grâce à la sottise de notrç; 
fou, M. de Choiseul vit trt:s clairement que.l^- 
père s'occupait à faire réussir celte intrigue étraiiTt 
gère qui, dans le fond, n'avait pas le plus légeq, 
root de vraisemblance. Inquiétez un ministre su?, 
sa place, il croira les plus lourdes biUeves^K,aet:' 
■vous lui donnerez une verve de démon. 

La marquise de Pompadour saisit avidement 
cette occasion de se débarrasser d'une rivale qui 
pouvait devenir en effet très dangereuse j elleipiv 
tifia M. de Choiseul dans ses soupçons, et, sou- 
tenue par les terreurs du ministre, glissa dan^, 
l'oreille du roi quelques mots de ses craintes wir 
les vues mystérieuses du roi de Prusse. Elle prit 
son temps, bien entendu , en créant au roi des 
distractions de son s;oùl. Ce prince, assez soup- 



Ir4 mkwmms msTomQnts 

^<Wi ifti * 9 te montra éhpMi cottime de raitofi h 
éeènier étn méinitatiom tonttt qifl l'im ttalÉl.- 
Uàe jèrilbtancè le consolait d*àne tjMè . et ytt* 
iMÉllëltt il raUait fi d« rarenrf et Un pisié |>o«r l« 
(MfeiMH. L« Mî de Ttumé était partictanèrement 
Ml kêlë liolrv; CÉf ee moAtfqtiè; aetf rt ralleti^ 
M îbMWitilt «ik tè^iftte Uie£ lefelè* ifui ftliaièM 
ItMMMfr vMHi M |ititnic« Il B^nÉ dtfM An mMhCtil 
de cIMMI vMie IMIVe de eÉCliM ccMffMf TlérceMI 
et d Ëito, thne ^ne le miiihttft iM blIiW |lil 
MMOMr* MmIUM de BotmeTu M eWi pelrè NNM 
dtfllfVn riSK Mfàii itlÉud ttl*iinÉ ■ U BAlHHè jH!^ 
iMlMneJlt juii|ul il A>rliè de M* dé CUmmi dM 
ililriiMèrè*i VimMMl jdtqifett ^Hù, péiàm 
i|BiiuiM inflj eimige renierciineiif flpnt cm» 
d» |Mblll«Mi «f qui dfit èciàdaliiëf HI.TlëMfik 
jtMfif Éà Ibua 4e limé. Poter phu à» toàtknÈAdIti 
IVgâni éé Ma édlHfûp\S6à l^t en«iiM cèiàf d» ébè 
incarcéntiMi. La tâMoti dà ittbàltètas ttfiMII 
dMlilMI dtt tAtfUre. 

Lél liMéft tétrtM nitthet Ik cette igUoiéi- 
iriMJie iblHgné §oM «otr qu'elle doii jtamf'Mf 
17B#, qAe b jeune Tiereelin fut mise dans le IK 
dé Lôoif XV, jusqu'en 1796, que l'ordre de rtfl- 
iètûktt le père et la fille à la Bastille fut signl; 
déttéAment digne de la duplicité du monarque 
et de celle du père. 

On écrirait des volumes d'anecdotes sembla- 



Tritis DÈS â.itCHiVES. iTs 

VU»^ tÔbtM serviraiont à prouver là comiôtion 
dé la cotii' ot la patl que la police y prenait dt" 
reClenient ou pflri'intcrmddîali-e des courtisans. 
Les affaires de l'Etat en dépendaient. Les défé- 
rebces de la police pour la cour allaient plus loin 
ehcoYÈ ; on tenait la cour au fait des uiille et une 
scènes de libertinage qui se passaient dans Paris, 
el dont les récits pouvaient alimenter la luxure 
du prince. 

On accuse M. de Sartints et M. Lenoir ct'aToir 
été les cr^alètirs d'un butlelih scandaleux ; c'esi 
une erreur. Biëii a^ant eux, tes lictiienans de 
police exigeaient des mûUresses de maisons certains 
délaik sur ce qui se passait chez elles , et qu'elles 
fissent connaître à la police le nom des personnes 
et des 6IIes que l'on y mettait en rapport. Sur 
de semblables journaux, un employé spécial lèr 
digeaît un bulletin pour la cour, différent du 
ballelin politique ou d'espionnages qui avait un 
autre emploi. 

Au nombre des renseignemens que l'on don- 
nait sur les femmes publiques , je peux faire en- 
trer le journal de la dame Dufresne, célèbre 
matfreSse de maison sous M. Berryer ; il se rap- 
pôiie à t'ailnée 1753. Elle y dit que le 30 juin, 
un M. Cottel , mathématicien du roi , demeurant 
à Versailles, âgé d'environ quarante ans, était 
vend chez elU ^ qu'il y était entré à six heures 



ll(> MKMOIRES HlSTOAlQCTi 

da «oir et en était sorti à huit , et qu*il avait Tm 
la pedie Raion de chcx madame liuguet, aulra 
mailresse de maison qui faisait quelquefois des 
écbaoges de son personnel contre celai de la 
Dufiresae pour oiTrir de la dÎTenité aux amateurs ; 
que le 31 « M. de Laroche , gouterneur de la 
ménagerie du roi, chevalier de Saint-Lonis» âgé 
d'environ quarante ans, garçon , avait vu la pe- 
tite ÀdilaUi j qui demeure au Bm Solomon , me 
Saint-Honoré; quele22,M. lebarondeRamliacq» 
chevalier de Saint-Louis, demeurant rat Ha»» 
telSeuille, âgé d*envirpn soiunta-dix ana» a va lu 
nommée Vielairêj qui demeurait ches la daam 
DuGresne, il éla|t entré à six heures e^ sorti h; 
sept ; que le même jour, le prieur do Séaanno* 
en*Brie, demeurant rue ThérèsOt bulli Saial-t 
Roch» âgé d'environ trente-cinq aoSt ai qni 
sli^hille quelquefois en petit-maltra et en éféê , 
a vu la nommée Vicîoin : il était entré à haàl 
heures et sotli à neuf; que le 23, M. le haren 
dUrsé, vivant de son bien, demeurant plaee 
Vendôme, âgé d'environ quarante^cinq antt 
garçon, avait vu la nommée d'Arbg^ demeoraat 
près le Luxembourg : il était entré a sept benne 
et sorti & neuf; que le mâme jour, M. de Cra* 
mille, grand chevalier de Tordre du Cordeo* 
Rouge, lieutenant-général des armées du roi, 
frère du trésorier des états de Bretagne , denaen- 



TIBES ors ARCHIVES. HT 

rant avec lui, rue des Capucines, près la place 
Vendôme, âgé d'environ cimjuanle-cincj ans, 
avait vu !a nommée Adélaïde , qui demeure au 
Roi Salomon : enlré ù neuf heures du soir el sorti 
à dix heures et demie ; que le 24, M. de Gervilie, 
Cordon-Rouge, trésorier de la marine, garçon, 
âgé d'environ cjuarantc ans, demeurant place 
Vendôme, a vu P'ieloire : entre à huit heures, 
sorti à neuf; que le 23 , M. Paulmy d'Argenson 
est venu à dix heures du soir et s'est fait cares- 
ser par Victoire (1); que le même jour, M. de la 
Serda, ambassadeur dePorlugal, demeurant rue 
de Richelieu, âgé de Ireiile-six à quarante Jyis , 
a vu Agathe de chez la Desporles: il est entre à 
huit heures et sorti à neuf. Ces nomenclatures 
n'étaient pas toujours arides 3 on y donnait cer- 
tains détails que je supprime. 

Ces journaux n'étaient pas les seuls documens 
que tes lîeutenans de police se procurassent sur 
les personnes qui allaient chez les filles; leurs 
agens leur en fournissaient de plus complets. 
J'en trouve un du fameux Duroclier , inspecteur 
de pohce sur la maison de la Baudoin , maîtreaM 
de maison, rue Saint-Tbomas-du-Louvre j il est 

(1) Voyez (lins îcchapilie des lir/iitciiansdc police, l'article du 

maïqiils iC.-frgeiiiO'!. 



iiS HÛioiUi nitroMQVcs 

eu ^ ppai 1753, par coniéquenl 101» M. B^- 

« La comte d'Aranda , seigoeiir espagnol (1 ) , 
Mt Tenu deux fois b sematoe dernière chex la 
l^ndoin ; ^lle le conduuil , il y a mercredi huit 
jours , ches la Flamkerg , demeurant me SainU 
Hoqoré i le comte s'amusa quelque tempe ayee 
cette fiUe et loi donna six louis 4'or. Le lende* 
main , il vit ja demoiselle Lemaire » qui a de- 
■lenré autrefois ches la Pain» et qui demeura 
actuellement rue Saint-Iionoré • chei le man- 
çhoiinier , tout près du doitre. C'est cette mêsM 
fille p iQaitresse d'un monsque^ire noir , qui fui 
arroge , habillée en homme , par le sieur Du- 
mon| » il y a euTiroq un an » et mise au Forf- 
Lévéque. 

« liadite demoiselle Lemaire fut» Tendra^ 



MBte d'Amda fat, peu de Inapt apréteeUt ipoyii , 
i HsbsMidnir dlUpagoe à ?iirif. Rctoarnl en lipefe, en 
IMiplefa ^Mi k nfaïUièra le cami* de risffMs aisap. Il 
Ifp pfniffa su perti Crsnçiis ra JUptim » & ripsqasdsip 
répabl^M. 11 rcaih le portrfeuilk des elblret <tre «s*rei , le i$ 
*79^i **> comte «fAtciadte. Le oomtr d'Areade ffbt pcr> 
\im Bifefie,H0illé ea i^poar e^iiir éiè Uop iii iw Ws 
•Il psrU frpfiEflf^ Il n« «urv^nt pe« lorg-irnipi h m dl^frte »tt 
momt en Af if o ii un aii apr^ * 

Cétaii iifi dn pliit riche* trifiietifn r«pagnol« : il k'rieH fett re* 
mergif^r t*» FrAiicc pir m |'Ui("V-(*li1 * * i : a p*nt pour 1*. i It iUc% 
vî les «a«4ti«. 



TlRfS DES AtCfitVtS- lig 

dernier, sur le soir, iraveslie daus cet )iabij^^ 
ment , chez le comte d'Aranda , qui la reçatfytt 
bieo ; elle y a été depuis dans le même costame ; 
elle paraît plus jolie sous cet habillement qUQ 
sous celui de son sexe. 

Hier, sur un petit mot de sa m^in , il a &Ua 
courir chez un sergent du guet pour la réclamer. 
Sous ce costume , qui ta rend impertioenle 
comme un garçon, la veille, après un souper , 
elle a cru pouvoir, sans risque, prendre dci 
libertés cavalières avec une danseuse, dansons 
des guinguettes les plus populaires du Roule'^ 
et balafrer d'un coup de cravache la figuce Àa 
l'amoureux en titre de la belle, qui s'en est ior- 
malisé comme un jaloux. Les témoins du fait ont 
pris la mouche ; des mots, on en est venu aux 
coups. Dans la mêlée, la Lemaire a reçu des ho- 
rions ; et le comte d'Aranda , qui s'est tenu à 
l'écart , n'a pu ta soustraire aux mains de la force 
armée : on l'a du moins préservée d'une bonne 
danse en l'arrêtanl. Il en a coûté vingt bons 
louis au comte d'Aranda pour que l'on ne fît pas 
de bruit à propos de celte algarade. 

■ Le sieur Jouslty, Polonais, qui Tient de 
temps à autre voir la Baudoin , a vu chez eHe , 
il y a quelques jours , ta demoiselle Hippolyte , 
Bile cnti-clenuc , qui a demeuré chez Lafosse , et 
qu'elle a fiiît sortir d'une communauté où elle 



laO MBIMHIIES HISTOaiQLt» 

était en pention ; il lui a donné quatre louia 

« Mercredi dernier « te vieux Montremant , 
concierge au Palaisi-Royal , vint cfaes la Baudoin 
lui demander une lille jolie et qui ne fàt pas en* 
eoîro attchée , pour fiiire une partie chex lui. On 
alla chercher la demoiselle Dumsay , arrivée de- 
pans peu de Lyon -et demeurant rue Croi%«des- 
rtti|8^hamps,aucaféilltMMlrv. Celte fille est 
gvhndo et bien fiiito , asseï jolie ; elle est âgée de 
WBgtrans) elle se dit musicienne et travaiUaat 
pour ebtrer a TOpéra ; elle a effectivement de la 
nèîz , mab on dit qu'elle connaît mieni la ciff 
dslaMss que celle de §éréêol. M. de Montremant 
IfemawMi chex lui , sur le soir , et elle y a sovpé. 
Ella aoopçonna que M. de Paulmy était de ce 
so«per(1). 

« Sigmé Ucaocnaa. • 

■ 

Les préposés de la polîce'chargés de ces bon*» 
Isuses missives changeaient avec les lienteaana 
de police. Sous M. de Sarlines ce lurent les in- 
specteurs Marais et Quidor , aussi célèbres, dans 
leur temps , pour les affaires de filles publiques 
et dlntrigues galantes , que les Yeyrat, les Fou* 



(i) Cas ftâremmt M. de PïmlmT d'Arçcu-on , l«kii lvduu pour 



TIRES DES AncHrm. IS) 

dras l'ont été pour l'espionnage politique, cjui en 
eurent l'attribution de nos jours. 

Leurs rapports offrent de nouvelles preuves du 
syslÈme de dépravation , suivi par la police, en 
même temps que de la corruption des mœurs qui 
régnait dans les hautes classes. Je crois devoir 
fki donner un aperçu en faveur des personnes 
pour qui de semblables anecdotes ont d^'atlrait. 

« La demoiselle Desjardins , dit l'inspecteur 
Marais , est de la paroisse de Sainl-Roch ; il pa- 
raît qu'elle a déserté la maison paternelle par un 
coup de sa tête, et parce que, dit-elle, sa mère la 
ronait de coups pour lui faire épouser un homme 
qu'elle n'nimalt pas; maintenant elle n'a guère 
le choix ; peut-être qu'elle ne voulait pas avoir 
de préférence. Elle entra dans une troupe de 
comédiens à Kochefort, et les beaut-arls ne 
fournissant pas nsscz à son amour pour le luxe, 
elle revint ensuite a Paris. M. le duc de Mont- 
morency en Bt alors la connaissance , lui donna 
une maison , et lui lit prendre le nom de baronne 
de Franqueville ; M, de Montmorency avait une 
épouse belle et charmante qu'il sacrifiait h cette 
prétendue baronne. Mais, ajoute Marais, la 
Desjardiiis était très liberline et d'un genre qu' 
plaisait au duc, ce i[iii fait assez la critique de 
madame la duchesse et explique la préférence. 

■ Lu demoiselle ^uOt est iiKiilresse en tilrfi du 



fl^ MC|K)1RE5 HISTOIUQUES 

ppipfir Rop4Af j^^^ ^^ diamaps de la coaroont , 
^ ^enl d'avoir une aflîure atsez grave , pour 
Ifl TffVt^ ^^ 500,000 frapci de diamans dont il 
fllfii limpleioenl le dépositaire, nais afin de 
Hf xw&booner 4es sommes que la cour lui de- 
Tffj^ JH ae p9«vait pas mourir de bim et de soif 
JUfffl^tfi des diafnaos» Sa sultane affecte le plus 
§/(nf4 I<l^ f ^t Cm^ beaucoup jaser sur son riche 

ff p% fontesse d« Sabatini , qui fit telleaenl 
yjpfplenlie dernièrement pour que l'on eipubit 
^ t(hfQi|eiirs de la canaille arrêtés sons ses fe- 
If^tn^ I est toni bonnement la fille d*nn sergent 
jfo fég^ent de Barrois et d'une TÎTandière. Elle 
pfH à^ bomie beore débauchée par le oolo* 
V^ 4tt ^f régiment , très bel homme , qui sot 
fie r éserr y le morceau. Elle lui fut pendant trois 
Vff ^d^t il était du reste assez brutal et ne la 
ynépagepit pas. Cet officier apnt été arrêté k 
piifO f ppw UP duel qui avait une coolenr d' 
lassiml» fut fuivoyé en prison , jugé par dos 
fiîfurs ^ et condamné à perdre b vie. Sa jenno 
maîtresse, avertie sous main et par lui de ce 
qu'elle avait ii faire , alla parler au ministre de 
Modène, le comte de Sabatini. l/aflfaire sembbit 
désespérée ; le ministre se bi&sa prendre aua char- 
mes de b jeune solliciteuse. fcUc était coquette 
comme b femme d*uii <*clie\in, il ét^it friami 



TIRÉS DES ARCHIVKS. J2^ 

comme un séminariste; ejje accepta facilement 
la proposition d'être entretenue : c'étaient deuf 
bonnes fortunes au lieu d'une seule. L'officief 
ent sa grâce du minisire, et reçut un congé de 
ia belle (|ui lui conseilla d'être $3ge ; le minjstre 
laissa prendre à celle-ci le nom de comtefse Sa- 
balini. Malgré l'éclat du litre , après son veuvage, 
elle n'en tut pas moins tong-temps à Paris saqs 
liaison avantageuse. On lui connut vingt passades, 
mais pas une inclination. Pour tuer le temps. 
elle fit connaissance d'un sieur Bertlielîn , offi- 
cier de maréchaussée, liaison sans coosi^qiience, 
fondée sur des rapports d'esprit , car elle en a j 
el puis, ayant trouvé moyen de se Irouveren pré- 
sence de M. le comte de Saini-Forentin , qu'elle 
ensorcela par ses résistances et par des larmes 
sans fin sur le sacrifice de sa vertu, que le per- 
sécuteur osait exiger, elle devint enfin sa maî- 
tresse en titre , toujours sons le nom de comr 
tesse de Sabatini. Probablement que cette 
canaille de chanteurs qu'elle prétendait chasser, 
lui rappelait sa voix abominablement fausse et sa 
basse origine ; avec l'organe d'une cabaretière, 
elleadesprélenlionshia musique. (Juillet 1760).» 
Les récils de Mamis ne se bornaient pas à 
ces aventures de fillettes , ils rendaient compte 
aussi des fredaines des princes et des grands. 



ia4 ■EMOIIlIt WSTORIQCIS 

ff H. le doc de Chartret (depuis doc d'Or» 
léaoft EgmKiét a soopé roe Blanche, n* 9^ avec 
k doc de Lauson, les doct de Fronsac, de 
FiUt-Jamet , de Gonflant , le marqoia de Laval » 
le chevalier de Coigny , en société de trois de* 
moiselles qoe leor avail procurées la Brissaoll.(1 ) 
n y fot qoeslion , entre autres saletés d'usage , 
de la fille d'un peintre de la foe des Saints- 
Pères , <pii résistait a M. le duc de Luxemboorg, 
quoiqu'on abbé de beaucoup d'esprit eAl offert 
aux père et mère de la jeune personne « de la 
part du duct pour qu'on la livrit, six nille 
livres de rente et 10,000 fr. d'argent comptant} 
M. de Sainte-Foixt trésorier de la aiaiino» avait 
offert davantage. M. de Fitz-James« raillant la 
sottise du messager dont on s'était servi, voulut 
parier cent cinquante louis que, sous huit jours, 
il la livrerait à M. de Conflans k moins de firais; 
la Brissault fut choisie pour négocier cette af- 
faire , et Ton promit k cette entremetteose une 
forte récompense si elle réussissait. La fille dn 
peintre prit en mi^ine temps M. de Sainte-Foix 
et le duc de Luxembourg ; elle s'en trouva bien. 



[tj On «err» plut ha» que celte f-Mninr. uimX que bm ilauliv», 
^•It une umrlicre dr liKrtiub^^r ciMpinc AujuurJ'hui In l>c»1aic- 
f lllr, Ict BcMrmi'i , etc. 



TIRES DES AltCRITES. 12$ 

et les compétiteurs ne se doutèrent de la ruse 
qae long-temps après (1). ■ 

11 était passé en force de convenance, dans 
la hanle compagnie de ce temps, soit à propos 
d'an coup de dé, soit sur le moindre pari, 
comme], par exemple, sur la question du temps 
qu'il ferait le lendemain et sur d'uutres baga- 
telles, de 8C compromettre d'honneur pour des 
enjeux que l'on n'évaluait pas soi-même et dont 
l'objet devait être mis 'a la discrétion absolue 
d'un tiers. Quoi qu'il en coulât, il fallait en venir 
à bout, c'était un point d'honneur. 

— Je parie retourner le valet de pique en moins 
de dix cartes, dit un jour le marquis de Laval. 

— Je gage que non! dit le duc de Lauzun. Le 
duc de Lauzun perdît. Le duc de Chartres, 
cliargé de décider de l'enjeu, très embarrassé 
pour imaginer quelque chose de piquant après 
les mille roueries déjàfiiites, ouvrit tout sim- 
plement la fenêtre, et désigna une jolie dame 
qui montait en voiture à la lueur d'une bou- 
tique. Lauzun devait la payer à Laval. Les 
dettes du jeu sont sacrées. Le perdant était 
déshonoré s'il n'en venait à bout. L'experte 
Brissault, à laquelle revenait de droit cette expé- 
dition, se chargea de l'aiïaire j et, munie d'une 



ïf6 HiMoiais umMUQUis 

Idfj^élte d'opéra , tandis qu'on lui prépanît nn 
cabriole!, suivit du regard fa Toiture dont elle 
se grara la forme et le signalement dans la tête. 
Elle resta près de trois heures dehors, et Ton 
était en trtuh de jouer un jeu d'enfer ians s'in- 
<|iiiéter des suites; car llntrigante avait de 
TentMin comme le premier des roués , et opé* 
Mit des lÉiMcles. Quand elle rentra , sa poissote 
É^Oi^ de matronne était Temûllonnée de 
léMfi ëub if^tènta et but trois verres d*ea«. 

— Sijpfrîstîe! dit-elle enfin; en ^la d% V 
mgtl Devinèâ qui ce pouvait être qno cotte 
PMlûiêi Je 4ôiis le donne en cent !•••.. On jm 
detiiii pas. —A C'est ma cousine; oui» cm fini 
iiilf pMJpjre germaine , le sang du aan^ do 
saà^, M 4ne j^ai ^nue sur les fonts de 
on65ra 1 

:^Bi>âtof loi dit le duc de Chartres» 
nV ^pkflt inehtir. A moi la filleule après 
LiMÉf f ••• Voui iteà toutes d*une race do 
dillélr dépuis le commencement du monde I 
je té crois bonne parente, et cela va ooAler chîr 
à ee JNrtltrê Làuaun. Voyons, mon en&nt! il no 
fatit jtas l^essoufter pour cela , on te paiera tao 
scrupules. 

'^^ Pour qui me prenez -vous? dit -elle plus 
en colère ; je suis connue pour faire honnête- 
ment mon état! Il n'y a pas de duc pour m'en 




/ 

TTRKs nri ' AKcftiVfe*. fi^ 

rtymùnirer , toyez-Tons ! « jattrai* oA fle tii'* 
dit en face qhe fatals deé scrapiiïeX. Oti yôR 
bien dltfe voua avez soiip6. 

— Lit! 1.-1 ! la Rifcrc ! on ne se fSthe pi». \A 
qualité de filleule vaut céilt louis de ^lus ; on léi 
mettra. , - i. . ■ 

^— Mettre! mellre! mettre! repHt-éfle «n 
hochant de la tcte ; cela vûus plaîï à dire ; Voiis 
niAaàgtrttiZ pas le contre-lenips, et j'en suis « «if- 
foqu^e que j'en étouffe. C'est le premier échec 
de m» vie , tnessîcurs! le premier, et le guJghoH 
feUt que ce soit dans ma Famille ehcore ! Ecoutez 
là chose ! Ititùrméë, par le pof liëi', dii ribùi de la 
dâldc, daf, daf, je monte quatre à quatre, et je' 
me jette k son cod ; mais , lu , de tout mtin cœur. 
Oh! là meiUeure ci'éalufe du monde de ce èôti*! 
c'éA une vraie justice a lui rendre ,- elle me ba- 
sait comme du pain, que j'en avais tes lariïlét 
aux yeux. Quinze ans d'absence; jugez dotici 
Et ma marraine par-ci, et ma filleuïe |>^f-fi: 
Ifès bien!... Les tendresses finies, je pehde Si Fait 
faire. On sait comme je m'en acquitté. J'aî toù^ife 
lés ctieses comme entre deux yeux, êri jfa flâl- 
tant, en la trouvant belle, en lui prehkif^ It 
taille, en l'embrassant sur les bras, la gorge et 
le cou comme un libeilin, car je l'avais troiivée 
qui se déshabillait, en attendant son mari. Bifrl 
dès le premier mot un peu clair, la bégueule 



laS MUIOIIIRS HISTORIQirBS 

a fiût on cri d'aigle, un cri de merluiine, quoi! 
ne damaodantt si c'étail par hasard moi qui 
étais ce que je suis» la Brîssault enfin! connue de 
U>ui le monde. Puis, sur mon atru, et que je 
m*eif Tantais, dii!..«sans vouloir m'entendre, 
elle m*a dit de déguerpir, et plus \îte que ra ; 
qujB aon . mari « s'il rentrait, me donnerait une 
fiuneuse chasse, et des sornettes, des imperti- 
Qçiices par milliers, de la morale, messieurs, 
copme à me créature de rien. Jour de Dieu! 
Je^ sais le prix de toutes les plus helles de la 
coiiir |k vn écu près ; je puis fournir des femmes 
deme^trats, en in*y prenant trois heures h Ta» 
Tance. Les houi|[eoises » on en est las. et <^ m 
uit rien ; le peuple , ça n'en vaut pas la peine ; 
j'ai. dit cent mille, cent-cinquante mille liiwesl 
j'ai dit des choses par- dessus les montagnes; 
et ma filleule, ma propre filleule me refuse!... 
Je n'en revenais pas , je croyais qu'elle voulait 
davantage! Que diahie, dans une boutique de 
drapier, deux cent mille francs sont un joli jour 
de recette. Elle m'a traitée comme la dernière 
des dernières; elle m'a fait mettre à la forte. 
Concois-tu ra , mon pauvre Lauzun ? 

— Je conçois, lui dit le duc ;que veux-tu, mon 
enfant ! nous sommes déshonorés tous les deux. 

LaBrissauIt exaspérée se leva. 

— Non! dit-elle, en frappant du poing sur 



Tr 

nhis DES ARCHIVES 139 

la table, je réussirai ou j'y perdrai mon nom. 
Si je manque ma filleule, je me retire à l'instant 
du commerce. IL ne sera pas dit qu'une mor- 
veuse me perdra de réputation. 

U est de fait qu'elle tient encore sa maison, 
sons le même nom et dins la même rue; mais 
je ne sais pas la fin de l'Iiisloire. 

On lit dans une autre note que c'est uA 
miracle que le guet n'eût pas encore surpris 
M. le comte de La Marche s'inlroduisant la nuit 
par un soupirail de cave chez la princesse de 
Chimay. Mais veici sur U princesse d'autres 
détails qui ont dû, plus encore, faire rire la 
cour lorsqu'elle en eut connaissance. 

■ Monseigneur le comte de La Marche (1) est 
venu chez moi, dit l'inspecteur Marais, dans 
une note à M, de Sarlines (17G2)i; il m'a prié 
de lui procurer, sous le délai le plus bref, un 
homme qu'il pût avec pleine confiance employer 
dans ses affaires de galanterie. Après avoir reçu 
vos ordres, Je lui en ai donné un, et voici les 
consignes que Son Altesse lui a dictées j savoir, 
de faire en sorte de se lier avec les gens de la 
maison de madame Thiroux de Montgirard (2) ; 

(i)COiiiillL-û's ilii priiicuckCoiitii il ai'jii, ii l 'époque i1« tre- 
daiiKs <lo.it il r:.l ici qiiolion, lrtiil.;-,six nii*. 



i5o wrjfoiiirji iiistoiiiques 

^ 4^iDenre roe Feydetu , «fin d^ conniSUre ce 
qo'QO y diiiiit de lui ; de s'informer « W éinc 
de FroQiac n'y allait point, ou quelques antres, 
sur le pied damans; et de ripslmire exacte- 
ment des jours que cette dame irait an spec- 
tacle. 

ff Notre homme, jusqu'à présent, s'est bien 
acqi^itté de sa commission. 11 s'es( lié avec un 
des laquais de la dame » lequel l^i a dit qi|e (e 
comte de La Marche était fort pmoareos 4t 
sa maitresse , mais qu'il n'était pu le seul j oee 
H. le duc de Fronsac l'était aifs^a « et ye^9f^ ^«4 
senvent la Toir, ainn qn'un gnn^ qfRcifV iihk 
gardes qni paraissait au mieux avec ffllf. 

Telles étaient les mœurt du gnnd naqpi^i 
wqssi libres que celles du petit mon49» et les 
4éUMlt qu'on mettait sens les yen 4^ roi e( <lf 
pe maîtresse i mais suirons Maraia dans «ça 
récit. 

Par une seconde note , il fait part i M. df 
Sartines des atteptions qu*un M. de Mon^m^ 
montre pour madame de Montgirard , au i!pcMh 
tacle , et des moyens qu'il employa pour saToir 
jusqu'où cette liaison pouTait aller, m Je fis par- 
ler Il cet effet, dit-il, au n^grc de ce monsieur, 
qni tout naturellement avait dit que cette dame 



TinsS DES ARCiOVItS. I^t 

é^k «»«Hr^^ de »q^ WÎJrejqji^j » J(b 

'voytft quelquefois àt sa pe^^ j^t^ai^o^: 4^,;JU 
duuM^e-xi'AnUn. Une b«lh (emm^ ft# éitkmm» 
«tt l'p^nei^i le plvi iangerevm ^ t/m fl^ir^...Qnjj|p 
^t)r^i( trop avoir l'œil à ces. papjiganf flf ;. jKfi 

H^e temm^ P^fiée, quao4 ^Uft ^fl||et4mHM|. 

la petite maison, et la (sini^ii» .^ /c(^jQ^if)fg% |i|i 

* 4f^ T«W en ayoir copu^ttui^» jfmv 
iWrtïWi B*, le comte de 14a 1M|9Çp)m» 4<i (>^pCliMtf 
Wr mon rappojrt, n»'a fait Vh^ttnfafn^^ytif^ 

«j^^mçir ^f» <iéo<>ttYer|e»,l'«iBi^qïifi^«<M,#|l5f 
Vil dit; il m'a fait connaître qu^ gasj^^ffeiny 
étaient beaucoup plus avancées auprès df^ çeJ^t^ 
dame que je ne le croyais. Il lui écrit par la pi^ 
tite poste \ elle fait réponse par la même voie ; 
il m'a fait la lecture d*une phrase ainsi conçiia: 
«|Mon prince, plaignez-moi! vous êtes sawfi 
« contredit Thomme du monde le plus aimabt4^ 
ir mais j'entrevois mille obstacles au plaisir cplJK 
If j'aurais de vous voir. » Vous voyez bien, 
m'a-t-il dit, que c'est une femme qui capitula; 
elle entrevoit mille obstacles, mais elW n^ àilL 
pas qu'ils soient insurmontables ; aveq ui» pw 



l5u M^MOIRKS UUTORIQCES 

de patience, j'en viendrai à bout. Elle m^adore! 

et elle est Tictime. Lct femmes sont bien i 

plaindre d'avoir a leurs trousses tant de jalou. 

Je lut ai fait réponse a sa dernière lettre ; et, après 

%i aToir d^*bité mille tendresses, comme* par 

t^emple » cpc je serais au désespoir de rien faire 

-qui pût la compromettre, qu'il fallait qu*elle eût la 

bonté de te prêter un peu, je loi laissau le choix 

'des moyens ; présentement , mon cher Marais , 

tijbnla le pritoce , il me sdfirt de savoir qnand 

elle ira )i la comédie. » 

Les récits de Marais n*étaienl pas toojoors 
Èum particularisés; car il ne s'agissait pas ton* 
•joMra d'un prince du sang ; mais ils n'en frisaient 

■ 

yftà» moins connaître les exploits de même na- 
'MM , et bien d'autres même plus bicarrés. J*en si* 
^ilbrai quelques-uns qui feront d'autant miens 
'4Séhîkt6trt les révélations que se permettait k 
f^tlfce dttM sa correspondance. 

On lit dans une note qui en fait partie que la 
Brissault, nne des courtières de débauche dont 
il a été déjà question , instruuit Marais (S avril 
4774) que le duc de Chartres, le chevalier de 
Coigiiy,le comte de Noailles, le prince de Ligne, 
le baron de Besenval (qu'on prononce Beceval), 
M. de Vaudreuil, le comte de Stainville, sou- 
)pèrent chez elle avec des filles , et qu'après une 
wgie qui dura presque tonte la nuit, ils eurent 



TIRES DES ARCHIVES. 1.10 

la lésinerie de ne lui donner t[ue neuftouis pour, 
les frais dn souper et de la sé;ince; le baron d'O- 
gny (1) avait été plus magnifique vis-à-vis d'une 
l>:ironnede Brévcuan, lllle publ)c|uc, long-temps 
connue sous le nom de la |>etite Lecoq. Il la logea 
dans un superbe hùte), lui faisait de nombreux 
cadeaux, tantôt cent louis, tantolde l'argenterie, 
une autre fois pour 1 ,500 fr. de porcelaine. La 
vanité est l'émulation des sots et des femmes 
galantes, dit-on. Quand les coiu-lisancs s'aperr 
çurent que pour s'enducatUer, de celte façon du 
moins , car il s'en fallait de toute l'élégance des 
bonnes manières que l'ianitation fût complète, 
les amateurs de la robe et de la finance met- 
taient l'enchère sur leurs attraits, elles Brent les 
renchéries; et la correspondance de Marais'fut 
remplie des dépenses scandaleuses que les vam- 
pires publics et les gens de cour faisaient pour 
les obtenir. Tout ce que nous avons vu de nos 
jours des prodigalités des gros financiers et de* 
grands seigneurs du règne de Bonaparte, à part 
la grossièreté qu'ils tenaient des camps, n'appro- 
che pas des extravagances dont les détails pa- 
saient sous les yeux de la police de l'ancien ré- 
gime. Le pillage a passé de la France à l'Europe; 



{i) Intendant gùuûrnl de.', poslcs 



|34 HàlOlRES niSTOAlQlTHS 

k fomâ des mctun est le tnême. On se prend ï 
nneUer la forme quand le fond ne change 

On m alors un étranger (1)» le Polonais Po- 
iockiy donner a une demoiselle ToateTiUe, le 
même jour, des boucles d*oreilles de 1S,000 Gr., 
une maison, un carrosse, des laquais h livrée, et 
tout Tattirail du luxe , pour avoir le privilège 
êàHmifât coucher avec elle (juin 1763). Ou 
Tfaorit d'exclusion va-4-il se nicher?. . . 

Plus tard ne vit-on pas M. Bertin , llntendant 
dw parties casuelles» louer pour une flle nou- 
ToUitment arrivée de Lyon (2)| un appartemeni 
4fi 3UQ0O fr.^ y mettre des meubles magnifiques. 
Vu^tanle trouva une bourse de deu mille 
Iffffu pour la dépense» et dans une antre cinq 
(^ts pour ses menus-plaisirs; plus un écrin de 
^Q/ÉO (t.; enfin du linge, des étoffes et des den- 
tel|ef j excès que Ton révoquerait en doute» s*il 
n'^ti^t ceinstaté dans des rapports que celui qui 

*■ '1^1 fil fi ■ I ■■ 

(i)éblto l%lMUdMil ilM ti Msmt pirlé danA I hiMalrv 
èmwmU^mnée laPolmoc. Voj^rtociic histoire par M. de aka- 

(9* O M. B Tlin fut lin drt ^tii% inir>-|ilfl- « riitroi iicur» de 
fil'M dm r«ii«.icn jt-i;.ii.i , uulit* c.-l'f-« qui , c*>iiinic U L^ofiiMix • 
élairot ciitrclrnut-ft »iir Ir (ijinil |<ir<!. :l «««il iê %*-% K*it*'* '*"^* l>***^c 
de Jriin* 'i Jiî »li»-« .îan- ^••^!^ f*^ qn»li.. r« «Ir r»r**. V HaH fsiil 
|»4ittil *\a ir>iM «*i. H.itiii 



riKÉs DÈS AkbkiVk^. iSti 

lés fiMÉtt h'aVàit nT droit, m àl\)tif d'éià^^i^éi^. 
Qike péiÉsci* dé ce iju'oh ]^a][>pbhe du âixé de fti^ 
ch^en , qài àiit son lîtachat au l!ilotit-d'e^]^iéi| 
daAè hih làoilièiit pressé, po«ir à^àdier la li|aii- 
ipin,qllélous les libertins dé l^aris se disputaieiill 
11 cAuihit à ee sujet le couplet suivant : 

Ja<kM Tendit JésaM^irial» : ^> 

Et s'en pendit de ragf^ ^ / n 

Eichelieu y plus fin qne lai , 
ira niis ^ le àâth^^ÉspHt 



I 
I 



< ' î ■> ^ 



|1 %|inhïait que les noms les plus djatinfu^p 
Iwseiàt destinés à fournir à cette chironiqu^ jf^or 
daleuse. . Mi i. 

Marais écrivait au lieutenant de p^U^ nur 
M. de Rohan-Chabot : « Ce seigneur est venu 
chez la Montigny (1) lui faire une proposition 
qui a paru fort extraordinaire. M. de Rohan- 
Chabot, après avoir exigé d'elle un service in- 
violable (très bien gardé comme vous voyez), lui 
a dit qu'il fallait qu'elle lui trouvât un jeune 
homme, grand, sain, fort, vigoureux, qui ne fut 
point connu, pour avoir affaire a une dame de la 



(i) Il est inutile èii dire que la Moiiliguy ctait uti'e c^'ltbWeii- 
IrciiïeltciKC de celte époque; son nom e.'-t nusslcontixl Vlafts l'hte- 
toire de nos mœurs que ceuï de Sully el 'l'urcnnc dans Thisloire 
de France. 



|36 MÉMOIRES HISTORIQUES 

première condition , fort aimable , qui n*aTiit 
jamais communiqué qu*avec son mari, mais qui 
était curieuse de goûter d^ plaisirs avec un antre 
homme. La Montigny loi a demandé pourquoi il 
ne la satisfaisait pas lui-même; il lui a fépondn : 
Que cela ne se *)ouvait pas , et que cette dame 
avait bien touIu se coniier à lui; il y a dea rai- 
sons pour cela, et il faudra, a*i-il dit a la 
Montigny, que celui que ta trouTcras consente 
que je vienne le prendre chei toi le soir, et que 
je remmène les yeux bandés dans une maison 
où sera cette dame, et qu*il la satisfasse en ma 
présence. Surtout qu*il ne soîl ni gard»dn-roi, 
ni gendarme , ni mousquetaire, ni soldai aux 
gardes, parce qu'il pourrait reconnaître cette 
dame lorsqu'elle va k la cour. Je Toadrais, con* 
ttnua le comte, que ce fût un beau garçon, de 
la lie du peuple, et qu*il arrivât, si faire se 
peut, de province. Au reste, il sera bien payé, 
et toi, tu peux 6tre sûre que tu seras pins que 
contente; mais aussi, si tu commets la pins 
légère indiscrétion, tu es une femme perdue 
sans ressource. • 
« La Montigny lui promit le secret et de donner 
ses soins pour trouver un homme tel qu'il le 
demandait; mais qu'il lui fallait, la chose sortant 
de ses attributions, un peu de temps pour y par- 
venir. M. de Chabot, trlrs ardent a la curée ii ce 



-qu'il ^nib,<e>k dèj^ rereim ^«atn.jGiiî»»: ajoql^ 
l'agent dee^^Kce; mais la Moiiji^y n'.m rie» 
voulu faire sans me communiquer la chose, dans 
la crainte où elle esl qu'on ne détruise son étalon , 
et que pour ensevelir le mystère on ne Inilaasek 
elfe un mauvais parti. J'ai demandé a la Montigny 
S) elle ne se trompait pas et si elle connaissait bien 
M. de Roban-Chabot ; elle m'a répondu cpi^le 
était aâre de son fait; que -ce Chabot âvaîi.b 
livrée de Rohanj qu'il avait été ci'de'^aiMicoloBa^ 
deé^grenadlera.de France; qu'elle W4ir«f ait àn- 
jatard'^mi maréchal-de^amp; qn'ilpdwiititkTdfr 
an p|i&trente ans(1):;qa^il était l>lanë.<U cW 
veux, le visage fort maigre etiles' jonei'cnwitL 
En outre , qu'elle ne pouvait pa* <e tromper, 
parce qu'elle avait eu affaire avec lui du temps 
qu'il était encore aux grenadiers de France. 

K Je soupçonne , c'est Marais qui parle , que 
cette dame est dans l'impuissance d'avoir des 
enfiins avec son mari, qu'il lui est intéressant, 
ainsi qu'à son mari, d'en avoir; que ce peut 
être mètne la femme de M. Rohan>Chabot , et 



(i) La Monligny se trompait ; ce Rohan-Chaliol, si c'iiail Tui , 
derail avoir quaraiiK'-fppl ans: né en ''tj. il a'ait été d'abord 
d»tiiié à l'eut cccléïiasiiqui; , et ap^iilé Vabbà de Léon , puis (ait 
iiiaiire-ile-uin:p d'un régimoiit du cavriltTÎu de Mninom, ensuite 
ni:irfchai-dc-cainpcii 1748. Il avait i^pousc, tn 1753, lalîllcd'uD 
conseiller un l'arlaiiciit de l'aiis , <iu»l il n'tnt puini d'eutaul, 



piTMit iatrigM galante* ils mhI 4racôord. J'ai 
11 » il f^MBUMndé h la II «mtigay da n'èa mn 
flIM ftMt m'M fftteëra caoiple, afi» 4*iv«ir la 



fl dU l ^ w ri Urs «vealWM dbviitMfc 

|ps kwilK kir plâirei 

Là BihiwÉli iéç«t m jour wia Vitra éW 
■i dU BmAm^o {1)f doal tile •• oral pM 4v» 

m. La Toid. 




< y^ t e l — il > %«ot» DM chèn BriMMdLi je 
amvé lûw» et je voudrais que Toiift «'en- 
éafluia an aoiTy rar lee dix heaiaa ai 
daoMaf ase Irèt jolie fiUe. Veostaves qve jetaii 
4ifllcila, ai que )e lea aime grandes, jeunes» 
bien faites » minces de laiUe « el , cooMue iraas 
penses bien » très sures. Il faudra qu'elle m*ap- 

porte une lettre pour prétexte , afin que mes 

. 1 

(i) l4Miit*Aotofiie Duprat, marqyi» de Cnnjr. tiuitécli*l«av- 
Si S ip» §nMé'^tù9mrân duc d*OrléaiM, «pprlé le marqub de Sar- 
laaçM; R avait fpovsé en ftrcnnde» uoeet une ÈVt du min|qH dr 
UTMMbebowf finorttn 1::$. 



TIH^ DIS UOÊÏÏfMBi t|§ 

glHls Iftf iè iloiltetttrde Hem; Je Toiit dbiwo k* 
BMlièl^, et tdUs ëdibinMe. 



V 



^ . 



Ce fut tkhe fiUè nonliiiéèDtiVteitaejr^pMa la Bwf 
mit M éilToya. M. dé Bàiiiân^tm ^ dit MalPâii | 
là tt>bttVà nt telle qu'il la dééirài t^ hii dit t é MA^ 
à deifadiéëllë, j6 vou^ trouTé fAtt àioMMe} il n^mt 
i pis ^Qéittbn de moij pdri^ kf AéttiMtt T Élëtt 
i biéh de itton filé , ^ne toM tti^ J il i d)j|4ifltl 
k klié fëTÔlas , et c'est iln ftèfit httitl ((«lë Itt tti;^ 
k Mè AoihîAe ; il ii^ë tduràlëiltè MU» ëeséè fdlié 
« sM^ôii' ce ^ë c'ëât qtt'tttte joH« fepéie,' ^^i 
« qU ^œii de tàn âge , et vdMr ê«é§ joHë. 9i |è M 
« l'autorisais en le diri^atit , je iilè crbiràlk VèH^ 
é pohsable des détordrës qtti ré^ltélrttient Se sa 
^ timidité. Des sols hésiteraient, et le perdrâiérit 
ir en le laissant à lui-même. Voyez k lui donner 
« la preitiicre leçon dd courage et de plaisir. Je 
9( vous laisse ensemble ; je m'en rapporte com- 
<f plétement a votre franchise pour savoir de 
f( vous comment il s'y prendra. Apprenez-lui ce 
<f que chaque sexe doit a l'autre, dans un hon- 
'( nête échange amoureux. En méritant sa re- 
« connaissance, vous aurez la mienne. * Et, aus- 
sitôt, il les enferma tous deux sous clef, et passa 
dans une chambre voisine. Le jeune homme se 
voyant Ictc à tCtc, sans perdre de temps, se jette 



i4o MBMOiitf ■snÛQims 

au Mtt de la jeone fille , reuihriMe t {Murcooft set 
cluurmes; il loi fait connaître énergiqoement 
qa'en amour les noTÎces talent les profts« quand 
ils ont de la docilité sortoot. M. de Barbançon 
pèn , inqnîet et attentif k la povte » se donUnt 
enfin, par la tranquillité qui régnait dans la 
chambre » que son fils en était k la reconnaia* 
sance , entre , et demande à la jenne fille si aon 
fib loi parait atmr d^heoreoses dispositions* Elle 
ne répond k cette demande qf 'en se jetant am 
cott do )eone homme , qu'elle cootto de baisers. 
Le père , comprenant par cette éprenta qne wn 
fib est digne de le remplacer dans la canrtèn 
galante, les embrasse Ton et Taotrei le reoMr» 
ciment capital Ait de tingt loois. 

Parmi les roués qui fournissaient le plus ans 
récita de la police » on trouvait aoutent le bmeas 
comte Dubarry dont le nom rappelle une des 
femmes célèbres par leur beauté , et dont la fin 
fut si déplorable. On sait que ce Dubarry TaTail 
épousée pour qu'elle pût changer son nom do 
Vaubemier et atoir le titre de comtesse ; mais 
ce n'est pas d'elle qu il est question ici ; c'est de 
son épous. Un mémoire adressé ao lieutenant de 
police I pour une des femmes qu'il atait séduites, 
lait connaître toute l'étendue de sa dépravation. 

« La demoiselle Bouscarelle avait mallie oreu- 
sèment, dans sa jeunesse, quelque beauté, dit 



tlR^S DIS ARGHIYÉI. t^l 

la MBor de cette jeune femme^ dans le mémoiK 
cite ; ce don de la nature n'a servi qa'k l'envi- 
ronner de séducteurs , mais jamais elle n'en 
poovait rencontrer un qui approchât du comte 
Dobarry . Cet homme odieux la fixa auprès de 
lui , au commencement de 1773. La crainte 
qu'avait le comte Dubarry que ses crinies inté- 
rieurs et domestiques fussent connus, l'empê- 
chait de permettre a la demoiselle Bouscarelle de 
Toir même sa sœur, hors de sa présence. Elle 
Tivait publiquement avec lui, faisait lés hon- 
neurs de sa tabte et de sa maison. Le juste mal- 
heur qui est venu fondre, dans la suites sur la 
famille Dubarry , à la mort de Louis XV, n'a 
même pu la séparer d'avec le comte , qu'au mo- 
ment oii celui-ci s'est enfui du royaume. Ce qui 
attachait si fort la demoiselle Bouscarelle au sort 
du comte n'était pas seulement l'amour: elle ne 
pouvait plus avoir pour lui que de l'aversion et 
du mépris j mais la nature, la tendre inquiétude 
qu'elle avait pour un enfant né de sa liaison avec 
le comte, lui donnaient le courage de surmonter 
ces sentimens ; elle ne s'est séparée du père de 
son enfant que pour venir mourir dans sa maison 
sans crainte et sans alarmes, 

(c Voici, monseigneur, la déclaration que cette 
malheureuse a faite de sa main défaillante, le 
30 avril dernier, veille du jour où elle a reçu 



|4S MfafOlBtt ntTORIQVIS 

fmfBÊ b ihMitic ioM les tâcremaift de llbfliii : 
« Cenuie je Tait paraitre devanl non Dieu f 
dont je reconnais U toale - poiitanee et la 
bonlé, je lui demande pardon de tout oion 
ciEiir de tontes ks lantes qne j*ai comeaises ; je 
ne puis donner de meilleure prévue de mon 
repentir du scandale que j'ai causé daM les 
dernières années de ma vie « que de faire la 
déclaration ci*jointe <|ue î'aftraae sÎMève «t 
valable. Je déclare qm reafiint do«t je «vis 
aeceuchée dans les derniers jouis do 1)71 ert 
du sieur oomie Dubarry, aree leipiel î*elinpie 
avoir eu des particularités d'où provio^l o#t 
eofiiut. Je déclare que lorsqu'il s«l^pioJ*éteii 
grosse » il me promit arec les plut grandi est* 
mens d^ea avoir soin ; ee qu'il a effsetué juif nli 
son départ de France t qui est arrivé au mois 
de mai 1774. Je me crois obligée do fondM 
eomple ici d'un fait que je voudrais cMbet à 
moi-même ; il est trop important k f élit de 
mon enfiint , pour le laisser dans ToublL 
« Un jowp que j'étais seule avec le siou» Ili- 
barry t elom iueommodé des yeua , il fit mam 
ter dansm ebambrt h coocbert où il était» b 

nommé Creps, hm de sm domestiquée « ut 
lorsqu'il lui entré , il ferma sa porte à double 
tour, et mit la clef dans sa poche « lui ordonmi 

d'avoir sor-le-ebamp avec moi et devant lui 



YM, et que je veg4r4ai d'^lMiis4 wmmâ m* 
plaisanterie , ce qui angnieiAta h fwem 44 iV^- 
heureux, au point de neii/s menaceii ïi^âk 
Taulce, le couteau a U maio » de nom poigMHb 
der , ai nous ne aatisÊiisions see déaira, etti^|ufii 
la nécessité me contraignit. Ton! oa qsi i* 
paa^t pendant ce temps, entre softiTaliAél 
lui, m'a. troublé le saug au pAÎotqiuije^lMUii 
de vegpf t et de chagrin d'y «r#iiv ÎMf oeaiiliris» 
contribué. Le sieur Dubarry a chescàé dleptiii 
k me Génaoler par des promesses qa^i| tt^a^ls^ 
mais tenues. C'est lui qui a ordoimA le bè|N 
tême de l'enfant à Saint-Eustache ; on le trou- 
vera baptisé comme fils légitime , sur le 
registre , ainsi qu'il l'avait ordonné, n 
On voit que la sœur de la demoiselle Bousca* 
relie avait pour objet, par son mémoire, d'attirer 
la bienveillance du magistrat sur Venfant qui 
était né du comte Dubarry ; elle demandait des 
dommages- intérêts et des moyens d'existence 
pour ce malheureux enfant ; mais on ne voit pas 
trop k quoi bon la déclaration ou plutôt la révé- 
lation de la lubricité du comte Dubarry; il était 
difficile de faire croire que c'était cette scène de 
débauche qui lui avait causé la maladie dont elle 
mourut. Quoi qu'il en soit , M. Albert, qui était 
alors lieutenant de police , ne fit point de ré* 



l44 MttfOim MVTOilQIIIS TniS OtS AftOUTIi. 

pt«M BU mémoire ; au moini ne ToiUon rien» 
dbmt U mite , qoi proove qnll y ait fait droit. 

A Tépoqae oii ceci ae paaaait, lea bulletins 
aeandaleux de la police avec la cour avaient 
ceaié t Louis XV était mort , et Loois XVI était 
mr le trône. Le jeone monarqne et la belle 
Mono-Antoinette auraient pen goûté de sem- 
bhblm récits, la correspondance de la police 
a^ee les ministres dv roi se borna donc ans ré* 
délations politiques » h des faite qni poniraient 
donner des éclairciammens sur les flMmromens 
pnblics I elle ne diflférait guère dm wsnsinii é Im 
9 dont je Tab parler dam Tartido enhrint. 



CHAFITREj XLVIIl. 



LoiiUThinMndeCrof)ie,matut des rcqQMct, arislènw HcaHr 
naatginitml. — Il août 1785-16 Juillet 1789. — IdMo i» 
M. de CrMM 1 la poKoe. — Son caraotèie. — Son intradwts i^ 
Konen. — DertcluirBéde U rérlilon do prooit de la hmlt|«idM 
CaUi.^n ^MCnpe h Parii de b tmtbtion de* cimclliref h^a 
de k Tille. — Sappret^on dei raalaoïu *ur les poa u-, ~ Heu - 
dtdté. — Commencemenl da troubles publics. — Le chmaller 
Dubois, commandaDt du guet. — Afbire du coUisr de la reine. 
— Nooieaux et authentiques détails à ce sujet. — Jugement 
prononcé par le Parlement. — Hadsme la Molle. — Agitationa 
parlementaires. — Desordre? dans Paris. — Relraile de H. de 
Crosne. — Il remet ses pouvoirs au comil( permanent. — Sa 
morl. — Fin des lieutenans de police. 



Né à Paris, en 1736, M. de Crosne devint 
promptement avocat du roi au chàlelet, con- 
seiller au Parlement, maîlre des retjuijtes, enfin 
lieutenant général de police a l'àgc de quaranle- 
neuC ans. 



l/|6 aiBMOIIICS HVTCmiQCES 

11 avait eu Ilionneiir en sa qualité de maître 
des requêtes, d*c(rc choisi par le chancelier» en 
176S, pour la révision du fameux jugement du 
Parlement de Toulouse contre la famille des Ca- 
las ; triste méprise qui frappa d'un discrédit pro- 
fond l'ancienne magisirature ; car, sous le coup 
•des éloquens plaidoyers de Voltaire, il y eut 
alors un moment où on comprit avec énei^e 
q«e les passionls des hommes auraient toujMfs 
plM de puissance dans les actea de h vie mh 
eirfe que les règles et les formaUlês âéht te Ju- 
ridictions s'environnent. Si la cbndâmhaOdn 
de Lesurgues, poiir premier fait d'armes de 
llnstallation du jury dans nos meeurs , n'a pas 
eu (e même retentissement et le même eArt, 
c'est qu'à Lesui^ues il a manqué un Voltaire. 
Lorsque l'homme connaîtra mieux lliomaiet il 
accomplira la vraie réforme sociale et les iasti- 
tations répressives s'écrouleront. 

Appelé / en 1 747, à l'iniendance de Roaco , 
M. de Crosne s*y était conduit asses bien pour se 
faire regretter des habitans qui, pour peu qu'ils 
n'eussent pas à se plaindre d'un intendant, crai- 
gnaient de perdre aU changement du personnel. 
Il s'était occupé de soins d'utilité publique. A 
Rouen» il avait fait exécuter quelques embellis* 
semens dans la ville. 

M. de Crosne était un génie des plus ordi* 



TIRÉS Dt8t MOniWMé #^7 

nmaif WBOM Msecplîbte de jrisèfes cri éè «riiMij 
ce qiti €ii déjà bèâBcoup pcmr «iii'-hdlliim «èVéM 
d*«n ètiéÉi grand pouvoir. On ne^rtiiiM«ni#?l^fM 
toajourftailssi'bîen. ,i.oiij.i:.; 

Il s'occupa pendant sa magi^tf aUnré' dé ^tDfllM 
reni pmjeis q«ii detaieni llrq aiFimia^ttà f¥ÈH^ la 
Tille de Paris. La suppres^roA de# oinMlèPei^éit 
de ce netaère. Elle avait été difcidë#^ eii'li^;^ 
sqnà Ml de Sartlnet et M. Big«efiy qpff<Srô»4«t 
fiaafchands. ]VP^ de Brëteml f MloC dif éwnifc rti ^ 
cer r^etiti^; le ^h\e de M. de *&«>««% l lé^ 
ëonda pitiBsaniiiimi* . i liv 

On était générâleméttt persuadé que lèH éliMU 
tiëf«3 dànd Paris, surajoutés II tatU de èaéHA^ d^ 
létèM», tdleS ^tie la disparition pkêâéllë^9é8 
jardins, l'entassement pareillemefrtt glt^dtièl'dSi 
édiâces , et d'autres causes , pô^rtaient préjudice 
à la salubrité de la \iUe et a la santé des habi^ 
tans ; les boucheries en divers lieux éparses , nit 
système fort incomplet d'écoulement ponr leaf 
eaux et les immondices, mille professions insflf^ 
lubres, libres ou peu s'en faut de s'établir où boW 
leur semblait; tout cela faisait nécessairemeM 
partie de l'hygiène édilitaire et de la prévoy?inCé^ 
municipale; mais on ne s'en doutait pas; et leS' 
médecins, qui, par une inconséquence funeste , 
gagnent plus avec le mal-êlre qu'avec le bien-être 
général 9 gardaient là-dessus le silence. Là con* 



l4& MBMOmBS mTOMQOU 

ymmndt fit ce que le bon teu ne demaoïUil paît 
eiuréclaouuit avec énergie qu'on éloignai des 
fagarda pobUct ces asiles de la mort et de b dat- 
iructîon ; et qu'on plaçât dofénarfant les cime- 
titras hors de la ville. 

L'ioïkécililé de quelques dévola a'alamna de 
ealto Bésiire. Que ne prenaient4lst dans llnté* 
^de la combinaison du culte dea moiia avec le 
auUe des irivanst KnitiatiTe d'une proposition 
iglolKgente I Teindro obstinément k conaorver 
dea fbyeia pestilentiels au milieu de la ville, dans 
llntérêt des boutiquiers de aacriatio, et pbgusar 
inutilement des anathémes sur ce ehapiln, ce 
fui tout leur génie. Les promoteurs de eallo 
«Misura agissaient incontestablement d'après un 
principe salutaire. 

UiK arrêt du conseilt du 9 novembra de 1785» 
ordonna de procéder à la suppression du cime- 
tfi^ dro Innocens. 11 s'en eahalait, disail^on , 
dea :Wapeurs méphitiques tellement activas , 
qu'elles corrompaient les alimena dans les asai* 
apns voisines « et empoisonnaient ratmosphère t 
an raison du peu de profondeur des fosses» et 
de l'obligation oit Ton était de déloger les orne-» 
mens k mesure qu'il fallait fain place pour do 
nouvelles sépultures. 

Les cimetières avaient été fermés dès 1776} 
on avait cessé d'v enterrer avant on'on en «xhu* 



Tuixs DES iaiGimnEs, a49 

mât les 08 poi!i^ les^ tratiatpoMér datts det^liéfB: 
souterrains applelés Coiaéémbei. Ve nbtkiikHk 
cimetières forent ouverte anx environs ëtt^HfWj 
et se sont étendus et multipliés depirir. ^' *^"**'^ 

Avant de coTisacrer le terraini dti ciniëttirte^^es 
Innocensrli des usages civils, on y fit de gttiiâMb 
travaux; miis la séparation des es et de lÉ'téHk 
fut tellement ]ncom^lHe,46'^ctfl^maiiitëftAfe, 
pour la place d'un pilier, 'd^iél^iste de 'pierre, 
ou t^ou# b|«ttser la rigolé 'd^Êlhe bonfe^feiWiMiiJ, 
<ori ret^l^ dèi^dèilfts, des jmàèUoHnéÉ, des'fréfj^éSs 
'd'os; ^Le^sp^t^urs dkk (hWséiàb^ VttMféVt 
q«ie ' ta pkhjièré transIâiSèi^ dé» ^ osnenMtis Wft 
au lÉiois de décembre 1789; il èe ^M^tèÉiïX'tS^ 
c&té qàè des osseitténé eirtaétfés^diMd^sl^gMmt^ 
situés au-dessus de!t ehatnieiiiy ùii ^lerièé VttttiS^ 
qui entouraient le cimetière du c6té du noi^d. La 
dernière translation des ossemens de ce cime- 
tière eut lieu en janvier 1788. "' 

En 1808, lorsqu'on fit de nouveaux travaux 
au marché de^ Innocens pour établir Taqueduc du 
canal de TOurcq, beaucoup de squelettes eAfiers 
se présentèrent encore. Les ossemens en furent 
transportés au cimetière de Montmartre. De 
semblables découvertes eurent également lieu , 
a diverses époques , lorsqu'on travailla aux con- 
structions du marché. En 1811 , particulière- 
ment, on mil a jour un nombre considérable de 



\ 



l4& MBMOmBS HliTOMQIlES 

TtiMinaf fit ce qoe le bon teu ne demmodaîl pat, 
eaMclauuml avec énergie qu'on éloignât des 
fagarda publics cet atilet de la mort et de b det- 
truction ; et qu'on plaçât dorénairant lea cime* 
tièret hort de la ville. 

L'imbécililé de quelquea désola t'alarma de 
eotto aeture. Que ne prenaient-ila, dana llnté- 
fil de la coMbinaiton du culte dea morta avec le 
eulte dea irivana t KnitiatÎTe d*uiie propoaitîoB 
igliiiiigeate I Teadre obatinément k conaerver 
dea foyeia pettUenlielt au milieu do b TillOf doua 
llntérèt det bouliqoiert de tacriatîo» et phgtar 
uutilement det anathémea aur ce chapitre» ce 
fut tout leur génie. Lea promotem de cotte 
«MIture agitaaient incontetlablemeat d'aprèa «o 
principe talu taire. 

Uq arrêt du cooteil, du 9 noTembvo de 1785» 
ordonna de procéder ii la tupprettion du câme- 
tîère dea Innocent. 11 t'en eabalait, diaaiUon , 
dea wapeurt méphitiquet tellement uctiiroat 
ipi'ottet corrompaient let aliment dana lea aaai* 
aoaa voitinett et empoitonnaient ratmotphèro» 
on raiton du peu de profondeur det ffottet, et 
do Tobligation oii l'on élail de déloger let oaae- 
mena k meture qu'il fallait faire place pour do 
nouvellet tépulluret. 

Let cimetièret avaient été fermée dèa 1776; 
on avait cette d*y enterrer avant qu'on en oku- 



Tinss DES JkRCHiTss. a49 

mât les os poW les' tihihspoMër dstts des^liéfa: 
souterrains appelés Cataéimbn. Jh ribéVëJriiic 
cimetières forent otiverté anx entirdns ëé^HfU^ 
et se sont étendus et multipliés deptnr. ^' '*"*'^ 

ÂTant de coTisacrer le terraiifi dti cinîëtlii^^^es 
Innocefnsrà des usages ciTib, on y'fif de gtiifiMb 
travaux; miiâ la séparation des 6s ttàehi'Xéffb 
fut tellement incomplète, 46'MdM^maitftiMI^ 
poor'la place d'un pilier, •d^KéJi^iste de '^i^rre, 
ou tloWfcmiarer la rigolé 'd^Ktie Ik^ 
<oiil r^il^'dèë\lèiirts; des màèUoHhes, desYréfj^éSs 
^08. ojLejpjosp^t^urs d^ Gaftft^mbèlB ifttMfélft 
^e tapkhiièré traiii^stâiîèlV'dê» osséttMiis^ft 
au lÉois de decfembte 1 78»^ it' ^ ^M^ièêiîl^iS- 
c&té qàë' des ossëiifëns eirtaéàéb^ dàMéeér gMWf flt^ 
situés àu^des^s de!t ehatnieny Oli ^lerièé VMt^ 
qui entouraient le cimetière du c6té du noi^d. La 
dernière translation des ossemens de ce cime- 
tière eut lieu en janvier 1788. *'^ 

En 1808, lorsqu'on fit de nouveaux travaux 
au marché de^ Innocens pour établir Taqueduc dti 
canal de TOurcq, beaucoup de squelettes e^iiers 
se présentèrent encore. Les ossemens en furent 
transportés au cimetière de Montmartre. De 
semblables découvertes eurent également lieu , 
à diverses époques , lorsqu'on travailla aux con- 
struclions du marché. En 1811 , particulière- 
ment, on mit a jour un nombre considérable de 



\ 



i6o MBHouuES ntrouQms 

ffrpnfili f pannî Le«qaeb on en vit qai conto- 
I^Mnt des corps e peioe détroits, entre autres 
]II|M femme et son enfiuit nonveaa»né « placés 
dans la marne bière et assea bien coneerrés (1 )• 
, ' Jjflp CnUcombes doivent lenr nom k cette stip- 
fWSfing des cimetières; eUes ne contiennent 
pis sealement les otiemens des Innocent, maïs 
.dilipresqiie tons Im antres cimelikres. 

A U même épo^e, 1786» nn préfet d'smbsl 
IjpfWi^iSBt ponr Paris reçut aussi ilmpnliion de 
JÇ« do Breteuil; Inexécution en ht conosrtéo 
jfplre ce ministro et M. Pellelier de MotCmi- 
ilpino» prévôt des mardiands. Un édit dn foi, dn 
jr,#eptomhre 1786» enregistfé «n Ptelomonl or- 
Aamkmkm 1a démolitiott des maisons cnnatrailea anr 

J^liputs do la «iUo do Foris, sur les <^nais ot 
fS4 do Gàvreo» do U Pellolerio et oniMO odja* 
4MII9S9 wr les doux rives do la Seine» 
méroent au projet «H^é on 1769; lo 
lion «d 01 poot on lêfce*de la ploco do L o uis XV; 
«Uoid'nno noutoUo saUo d'Opécse ; |o ponolièvio* 
snmldn i|uai d*Onsy, et aniMa obfola relaliii k 
lo ealubrilé pnbtiiiue et é i embeUisBement de la 
Mpîtale. 

Dans l'origine , un de nos plus bcaua ponte, 

11* isàii^aiJfê J* Vfciimrt. 






le pont du Châtelet, ne devait pas porter denai» 
awf^ h'eafféfhnw avaîtappm ({ntceasortMide 
€/^jfkçmm^ ffiuiM)GipflJ$8» qoe^ue^ ptj^ès ifiddke 
MÎenf» d^y^onent ruineu«^» et que k«qrdiMg« 
Wtelfl 4et édîfiçm dojiQaii beaucoup plue^^ 
lîgiieuir Ml jçu du courant de Ja riiyièM. Be plM^. 
lei Tupeurs des coiiraaa^ étonflSées ^pant Ifà manqué 
d# iCiccplalioii isérieane, é^m^t U «ewco dfi 

, |À li^ hIîIm j çbengemeasi fticaient ébé fMjélie 
^mM'Mg^^f pr/âvÂt deafosarçhaiide eii4M9j 
•l^lLéA^Svtînes, ÏJBntenmt da^i^ioèke;^ ]j%KéMN 
tiMt f e fut eommencée iiTOo acCiidié que souple 
WM#tte« de M* de.Breieoii etliBi^tnagistiyitiaii4# 
M* Pelletier de Morfoifla^ne , ainsi quede M. 4er 
Crosne, il faut lui en savoir gré. 

£n succédant a M. Lenoir, M. de Crosne 
avait trouvé uiie police toute montée et organisée 
sur le modèle de celle de M. de Sartines; il 
n'eut qu'à tenir la main à l'exécution des ordon- 
nances de 1778-1780 et 1784, pour les diffé- 
rentes parties du service de la sûreté et de la 
tranquillité de la capitale. L'époque où il prk 
les rênes de la police ne lui permit pas de se 
livrer aux délails qu'elle exige , avec autant 
d'application que son prédécesseur. En effet , 
les troubles de 4787 et Vhffaire du collier ont 



i5a naoïus HUTouQOts 

dû liétonmer ton alteniMNi Tort àm Mint diffé- 



La mendicité éuit on mal anqnal on ne pon* 
irait remédier qn'aTec de grandes diftcnKés. On 
n'était plus an tempe de M. Berrjer , oii les 
agent de la police te permettaient tontes sortes 
de Tezations envers les mendians, dont ib se 
fusaient payer les captores à raison de 45 fr. 
chaque tète, ce qoi était transformer TespioiH 
nage en mendicité ; on Toolait nn pon dlinas^ 
nité dans rezécntion des ordonnances; on piéf 
tendait offrir qoelipoies moyens d'osislenco ê 
cenz quit lanto d'antres ressoorcest se lésignaiont 
aox aTanies de la charité publique. Le wm parut 
désirer qu'on établit des ateliers de Parité pour 
donner du travail aux p*Tres et ans mendisuii 
▼alides. Or, en France, effeclivement, M. do 
Croene partagea avec M. Berthier de Samignj, 
intendant de la généralité de Paris, les soins né- 
cessaires pour mettre à eiécution les ordres du 
roi. Le sèle que ces deux magistrats y apporté* 
rent aurait peut-être eu les plus heurem soccèOt 
et leur généralisation en France aurait pu ifélover 
jusqu'à la juste répartition du travail entre tentes 
les classes , dont l'état n'eût été que le contre* 
maître supérieur, sans les embarras qui afli» 
gèrent l'administration dans le même temps, et 
dont il est de mon sujet que je fiiise mention ici. 



TOUCS DES AMHinS. ^ 1^5 

M. 4e Groaiie» qui était plut qu'aoeone avitf^ 
aulorité^^chargé de veiller à la ti^anquillité de'IA 
capitale, se trouva tout à coup dans une siluaiieik 
au-desfos de ses forces pour réplimer les èésîM^ 
dres de la licence que les drednstances eiiigM*^ 
draient. Il le pouvait d'autant m<rfns que, faibfé 
par lui-inéine, il était dominé et maîtrisé danlisU 
conduite de magistrat, par le chevàUér JMMéi 
commandant de la garde de Paris, charge île 1* 
police d'exécution; homitte dur, insolbhtv^li-^ 
vuoBi du peuple, dont il avait plusieuM -fbië 
épreuvéle ressentiment. IVèsIemois^âéAtf 781^ 
il y avait en dés mouveibens popittàirès,' èè i>ë 
commandant avait agi avec brutàlilé*'tft'^^ftÉ$l 
attiré iâ liainè de la multitude ; maïs n'ani tidipeiia 
pas sur les événemehs. 

Au mois d'avril 1785, il venait de se passer 
un événement dont Téclat avait occupé tous les 
momens de la police. Ses agens n'avaient pu 
s'employer qu'a des recherches nécessitées par 
les intrigues de cour et par les ennemis de la 
reine. J'essaierai, par l'analyse des pièces authen- 
tiques , de guider le lecteur a travers les bruits 
multipliés et contradictoires qui circulèrent dans 
le public a ce sujet. 

Le joaillier de la couronne, M. Bœhmer, 
avait ti'ouvé dans le commerce, dès 1776, une 
grande quantité de diamans d'une parfaite 



bfMttté i il les réonit daM rinteotion d'en dire 
pn «ollier digne de b reine , soil que ce prejel 
jirUit de iui , toîl qu'î) lui eût été fuggéré par lee 
ennmûi de Je jeune iirinceMe, dent Tespoir de 
h cevpioaieUre • en Ini impireni le dét îr de 
fmn reeqoisîlion de cette riche penire. Cepen- 
4aatil ne fat plut qnettion k la coor de ce col- 
lier qve vert le noîa de janvier 1779. La veine 
Tfniit d'accoucher de madame d'àngoallaet le 
19 "décembre précédent. C'était une belle occa* 
lioppoiirM.Bcdmierdelaire &ire an roi Facbat 
df ce préaent pour k nonvelle acconchée. 11 
C^pperU efectivemeot. Sa BlajeMé le trouTa 
mgni6qae ; niaîe la reine ayant témmgné peu de 
goAt pour TaToir» M. B«hmer le remportât lé* 
•oln d'attendre un moment plue prapice* La 
raine accoocha le 31 octobre 4781 d*nn prince 
dofit la naUtance in»pira le plut ▼ifenthonaiaime 
à Lonii XVL Le joaillier ne tarda paa à repro- 
duire eon collier t et le prétenta de nonvaan an 
roi qui Toffrit a la reine , avec quelque inetanco 
de Taccepter ; mâme refus d^ la part de la prin* 
ceam; le bruit mime counil à VeraaîUes que la 
reine s'était plainte que M. Bœhmer troablaitsa 
tranquillili^ par son opiniâtreté et sca démarchée 
intéressées. C'était le supplice et la lièvre de 
Tantale pour une femme m belle et si justemait 
fière de Tctre , c|uc d*avoir à re|;arder el à re- 



4iHiimtion8 effirénées dii règp« pi^c^d^çj^,, ,,; . 

Il y ayail à Paris «na.||»p^4tfj 4'w|iç»jj(|^jj./}f 

4:«scrpct *)ntle d»ef <^«|it^g%|i)|jiA4^^te 

zwVi art « piropre <^upi|.f g9ujyep,;^irçflft 
pojrisi) 4'f5ç>atr Jf^rmi Ipp^mW 4» miWi^b 

4» «9n car«iç|è|^ , r^49M pK9HC)À>f%r 

«^itcîw^» éjail épris de îa win», );<% #€içî#t|t-()^ 
(Sagfiostro, ail ^ rendait souvent It c$rdi^4» 
^ait en partie composée de jeunes femmes 
amies du plaisir et de la dépense, et dans le 
nombre était une demoiselle de Saint-Remi de 
Valois, épouse d'un mauvais sujet, nommé le 
comte de la Motte, homme perdu de dettes et 
de besoins. Cette comtesse de la Motte avait la 
confiance particulière du cardinal. Elle sut de 
lui que son plus ardent désir était de pouvoir se 
mettre bien dans l'esprit de la reine et qu'il en 
était amoureux. Cen fut assez avec la connais- 
sance qu'elle avait de ce qui s'e(ait passé et dit k 
la cour a Toccasion du collier de diamans, pour 



l56 «KHOmV ■ttTOftlQClS 

coBceroir le projet d*eBtniiner le cardtoal dam 
des démirchet dont elle retirerait tout le profil; 
elle aeiitit qu'elle poiiTait Taboser et derenir 
propriétaire da collier. 

Elle pemada donc an cardinal de Tacheter 
ponv la reine, se faisant fort de le fiiire accepter 
k Sa Majesté par les relations et les liaisons inti- 
mes qn*elle se Tantail d'avoir avec eDe; c^étail, 
disail-ellet mi moyen sAr de plaire li la reine et 
de mériter aes bontés. Elle eot l'andnciettse 
■dresss de nénag er nne intrigve , celle dmt on 
a tant parié som le nom de eftnft dt la rait « penr 
convaincre le cardinal des senlimena de la reine 
ponr Ini. En échange dn magnifiqnn prisen t 
qu'il Ini voobit faire , elle imagina d' enga g er 
nne belle fille, nommée dPOliva, à joner le fêHm de 
la reine dans nne soirée dn mois de jnillel 47tt, 
et d'avoir un entretien favorable avec la cnrdi« 
nal ; il était convenn qu'elle tiendras! nne raee à 
M main et la laisserait tomber en signe d' a p p sn 
balion de ce qu'il demandait. La scène eut Hen^ 
la NsetoadMi, et le cardinal se crut en 
dm bonnes grftces de la reine. La 
étrange de cette fille avec la reine, dn 
pour le geste et la tournure , ont passé dans 
tains esprits pour une trouvaille romanesqno 
apvès coup imaginée. On soutient que le prince 
de Hoban rit la reine elleHuême, et que, par un 



TIRÉS DBS ARCRi¥|E^. 1 $7 

qmpr<M|ii0 trè$ hid^ilement ourdi par. l^^spiit 
subtil de la comtesse de la MoltOt la çh^te délai 
fleur fie répondit dans la pensée de fiifarie-An- 
toineite qu'à des circotistaoces fort secondairea 
etdemkice aloi. Quoi qu'il eu soit^le cardim^l^prît 
des engagemens avec M. Bœhmcr pour rachat 
du collier. Cependant, pour que racquiûtioa pût 
être faîte, et que le cardinal se chargeât du 
paiement^ il lui fallait, ce qui lui paraissait fiieâle 
après la scène de la rose , une preuve du con<*> 
sénteineot de la reine à cette acquisition. Il ré- 
siste ici, de l'instruction et de divers aveux, que 
la4iiiie)de la Motte contrefit ou fit contreiairsi 
t^critwe et la. signature de la reint sur un. écrit 
ou Sa Mlgesté approuvait les arrangemens pro- 
pei és pour l'achat du collier par le cardinal. Qes 
bUlets furent faits en conséquence et signés de 
lui pour une valeur de 4 ,600,000 francs paya- 
bles a diverses échéances. 

Les termes des premiers paiemens échus, le 
joaillier ne les voyant pas s'eflfectuer, s'adressa au 
roi sans en parler à la reine ; Louis XVI, indigné 
qu'on eût ainsi compromis son épouse , fit arrê- 
ter le cardinal. 

Il est nécessaire ici de recourir a une pièce 
authentique pour connaître comment s'est faite 
cette arrestation qui fut si diversement racontée 
dans le public et les écrits du temps. Un rapport 



\ 
t 



iiè MÉioniti airroiuQUEs 

«Adttl et inédit, fait il M. de CrMtie, ai 
liefit le récit , tel ffût je ▼«• le tmoacrire. 

« Le 1S août 1785, le rei a donné ordre an 
{Tftrde des sceaox et a M. le baron de Breteoîl de 
ie tendre à dix heores da matin aaprki de Sa 
Majesté. 

« Le roi et la reine ont renia à II. le baron 
deBreteail ttn mémoire signé de deoa mardiaiida 
joailHera de Paris (4). Ib ont dit à ee amaisln 
d'en dire bairtement la lectare. 

é Le mémoire aTsit pour objet an eaMar da 
diamans, estimé seiae cent mille liTtes, daat las 
dette mardiands etposaient que M. le eariinai 
de Roban , grind-aomfinier de France » atak Ml 
Taequisition êtt nom de la reine ; qae Mi la 
dinal atait frit toir à ces deux joaillieti 
binets t dont on entre antres signé de la 
par lesquels S« liajeslé antorinit M. le 
à faire cette acquisition. Le mémetra 
entre antres cboees, la copie d'une letti% da 
Bf . le cardinal ans deux joaiDiers , pont 
pria dn colHef , et la manière dont Us 
payés. U pintt, par Pesposé de ce méasaire, qv% 
le prix lait , les intérdu et les termes de palt^ 
ment conrentis, SI. le cardinal avait estvnjfé 
chercher les dettx marchands pour les obliger I 

(i) Ce tcNit MM. tcKhaMr ci SêSMoft. 




/ 



comentir à une diminoiiw di SKXM)Ml lU^ 
eiffin il pftraît anssi ({ûc Mi le ëat(ift«i^ llMr éièk 
dit de ttmeircier la reine de ktbontélqutSa^ Ma- 
jesté avait eue de les employer, ef que nfàyaififcf « 
approcher de Sa Majesté, ils avaient adreaséèlA 
reine un premier mémoire à cet effet» < : 

«Après la lecture de ce mémoire^ Je r^ a 
(ait dure a M. le cardinal de se rendri^ .^uf;^ j^f )de 
Sa Majesté ) il s'y est rendu , et s^ors en pri^n^f) 
de la reine; Leurs Majestés ayant retenu If 
garde des. sceaux et M. le baren de Breteuil, \^ 
roi a demandé à M. le cardinal ce que c'était 
que racquisition dun collier de diamans qau 
avait àcliéié au nom de la reine. 

« M. le cardinal a répondu : — Sire , cela est 
ttoî i j'ri été trompé. 

k Le roi lui a dit : — Ecrivéif à llnàtahf <fé ïchSi 
tôtiàâVez k me rendre cornpte. 

(( Sa Majesté est passée dans sa biblidthëque 
avec la reine , et a ordonné au garde dés éceâùx 
et à M. le baron de Breteuil d'y suivre Leurs Ma- 
jestés ; il a laissé M. le cardinal seul dans le ti^^ 
binet, afin qu'il pût écrire tranquillement. 

t Quelque temps après , M. le cardinal a ap-* 
porté au roi sa déclaration, qu'une femme, 
nommée de Valois, lui avait persuadé que c'é» 
tait pour la reine qu'il fallait faire l'acquisition 
du collier, et que cette femme l'avait trompé. 



i6o Mnoniit ufTomiQtTift 

ir t# rai lai a demandé ou était cette femme; 
11. le cardinal a réponda qo*il ne le saTait pat. 

« Le rai lai a demandé s'il arait le collier , il 
a réponda qu'il était entra les maint de celle 
femme. 

« Le roi lui a dit de ratoarner dans le cabinel, 
et d'y attendra. » 

Quekiuei instant après , le rai et la raine ont 
été dans le cabinet oit M. le cardinal attendait , 
Leun Majestés ont ordonné au garde des sceaux 
et à M. le baron de Breleuil de les suifra. 

• Alon le rai a ordonné à M. le baron de 
de Brateuil de faira lectura du méomira des 
deux marchands joailliers. 

« Ensuite le roi a demandé a M. le cardinal ou 
étaient ses prétendus billets d'autorisation, écrits 
et signés par la reine. M. le cardinal a répondu : 
— Sira, je les ai» ils sont faux ; je croîs bien qu'ib 
sontfiiux, je les apporterai à Votra Majesté. 

« La rai lui a parlé de b lettra éciiu par lai , 
aux marcbands Joailliers , et qui est copiée dans 
le mémoira ; il a réponda : — Sira, je ne me np* 
pelais pas l'aToir écrite, mais il &ui bien qne je 
l'aie écrite pour qu'ils en donnent copie; je 
paierai. 

•Le roi lut a dit : — Monsieur, je ne puifme dis* 
penser dans une pareille circonstance de faira 



TiaÉS DES AHCHIVeS. n6i 

inetlre les scellés chez toiu , et de m'assaiONée 
Totre personne. Le nota delareine m'est. pMé- 
cieux; il est compromis, et je ne dois mai<Aé- 

H M. le cardinal a supplié le roi de lui éviter 
l'écUt, surtout dans un jour comme celui-ci, et il 
a înToqué les bontés de Sa Majesté pour ma- 
dame de Marsan, pour M. de Soubise et pour 

SOABOmi 

« Le roi lui a répondu : — Je tâcherai de les 
consoler autant que je le pourrai , je désire que 
vous puissiez vous justiGerj je fais cb que le 
dois, comme roi et comme mari. 

■ Ensuite Sa Majesté a donné ordre 'n M. le duc 
de Villeroy , capitaine des gardes , de mettre au- 
près de M. le cardinal un officier des gardes- 
du-corps, avec ordre de ne le point quifter. 

« Sa Majesté a aussi ordonné à M. le baron de 
Breteuil d'aller aussitôt mettre les scellés par- 
tout che<^ M. le cardinal , en sa présence et celle 
de l'officier des gardes- du-corps. 

« Après quoi , Sa Majesté a eu la bonté d'é- 
crire a M. de Soubise et à madame la comtesse 
de Marsan. ■ 

On ne reconnaît dans ce récit authentique 
rien de l'acerbité qu'on a dit (|ue le roi et l.t 
reine avaient fait parnître dans celle sri-ne. di'-jà 



i6a MCMOiRKs msToiiiQrfN 

aMK triste cl richcute pour on pbrt de l'église • 
Aq>é par one femme intrigante et drs sociéléi 
4*eferoct. 

Ce ne fut, au reste, que le lendemain, IGairiil, 
«{de te prince de Rohan fut mis à la Bastille , 
ahiti qu'il résulte du registre de cette prison. 

m 

Quatre jeurs après son entrée» il y 6l uae 
déclaration en présence de M. le maréchal de 
Castries el de M. le comte de Vei^ennes» que aana 
doute par égard pour le rang à^ Taccusé » V^ roi 
nomma pour y assister. De pareilles pièces » je ^ 
répète » son! ici les plus sûres bases dejugemonâ; 
cette dernière oflire un aveu naïf des torts et de 
Fareuglement do cardinal , b voici : 



^^VvWBv ^OOe^^^W wV^VV^^W^W^^PSvV ^^^B ^^B # w^^ v^W ^^^^^^^^W ^^^p 



a La dame Valob de la Motle » qoe favab 
emumt par ses besoins , après plosiews mois , 
yntA me dire qu'elle avait trouvé moyen d'avoir 
accès auprès de la reine ; elle m'ajouta , qnelqoo 
temps après , qu'elle croysit la reine disposée à 
me permettre d'espérer de poovoir n'être pln$ 
dans sa disgrâce. A d'autres époques, voyant qoe 
je ne voulais pas me livrer u cette espérance , 
elle m'ajouta qu'elle m'en ferait donner dos 
preuves, et que Sa Majesté m'honorerait » en 



TIRÉS DES ARCHIVES. 1^3 

passant , d'un salut (jtii inarquerait de la bonté , 
et je crus plusieurs fois reconnaître cette nuance. 
Ensuite il me fut dit ijuc Sa Majesté me ferait 
venir pour me donner un ordre sur un objet 
quelconque , et qu'elle me dirait alors elle-même 
que je pouvais espérer de n'iître plus dans sa 
disgrâce. 

I' Celte audience n'eut pas lieu, et ma mé- 
.fi«Boe f«it <très marquée. Aloin il toa^ ùt ttMttlfi 
^fUà, |fi,rwu««e4i^aU<)W pvife^lMil^ebiifi- 
Se^iatt^ jà ,w»« é^i paraîtrait «i^^i^ ,tt 
jiftt^vUe aurait la bonté de mo dwuer un^.powvw 
ylw jnarqaée ; qu'an soir je. U rencpfitrarfHii «B 
pramenant dans Ua ^urdmi , D'étant .paa.-MÛsie 
4e^rte4«son monde, Ce ioir.£M^ fut dévgué 
dans le mois de juillet 1 7M. J« rencoolvai ^e«- 
tivement , à l'heure indiquée , une personne que 
je crus la reine : il était minuit à peu près. La 
dame de Valois vint au-devant de moi pour me 
conduire près d'elle ; je m'approchai avec res- 
pect. Cette même personne me dit que je poa- 
VMB espérer qu'elle oublierait le passé ; j'expri-*- 
mai ma reconnaissance dans les termes les fhu 
respectueux ; j'observai que , pour me parler* 
«lie avait levé sa coiffe d'un côté avec sa main , 
et de l'autre avec son éventail. 

H Un homme vint dire que Madame et ma- 



1<)/| MRMilllll.S IIISIiiUlMl »s 

dame la comtesse (l*Artois se promenaient. Je 
me retirai précipitamment, et cette Jame de 
la Motte, qui était avec celte personne quelle 
supposait la reine, iiic rejoignit. Elle alla une 
demi-heure aprin dans le tliûleau , d'oii elle res- 
sortit avec un mot qu'elle prétendit lui avoir été 
écrit par la reine , pour la rassurer sur sa santé, 
et qa*on lui avait remis. 

« Depnb celte fatale soirée , la croyance qae 
c^étaii la reine que j'avais vne m'a fiitt tomber 
dans nn enchaînement d'erreurs qui m'ont con- 
duk dans le ptége. Ce prétimmaire jmtifie la 
confiance aveugle avec laquelle je me suis prêté 
à traiter racquisiiion du collier. Ce qni pnm^n 
'onoore mieui mon abot de conviction, aont 
tontes les démarches que j'ai fait Cure ponr 
avancer le paiement , puisque c'est moi qoS ai 
pressé les Bœhmer de s'adresser k la reine, et 
cola même itérativement ; puisque c'eat encore 
■mi qui ai dicté la note qu'ils ont en l'honnonr 
de remettre k Sa Majesté ; et en6n pniaqn'avant 
tant , j'ai donné un gage écrit de ma main , qni 
ne m'était pas demandé , qu'ils ont mémo Tonln 
rainser, et que je les ai forcés d 'aeeepter ponr 
leur sûreté. J'étais donc trompé moi-même, et 
je ne trompais pas. Mais encore nne réiesion 
importante que je dois ajouter : comoaent an* 
raia-je hésité un moment à payer le terme con« 



TIRÉS DES ARCHIVES. itÊ' 

venu, par un fort à-compte qui faisait to^t rëê- 
ter dans le silence. ''_ 

« J'avais porlé moi-même le collier en que*- 
lion chez la dame de la Motte, demeurant à Ver- 
sailles, chez le sienrGobert, place Daiiplûne, 
et j'y étais encore lorsque le mi'me liomme que 
j'avais vu le soir de la promenade citée, y arriva, 
et remit un billet. HUe \p. Bt sortir, et me com- 
muniqua ce billet i il portait qu'on devait re- 
mettre le collior au porteur du billet. Cet homme 
étant rentré, je vis qu'on le lui remettait ; il re- 
partit. J'étais retiré pendant ce temps derrière 
la porte en papier de l'alcove , d'où j'enicndis et 
vis tout , la porte étant entr'ouverte. Il m'a été 
dit par cette même la INIotte que cet homme 
appartenait à la chambre de la reine, et à la 
musique. 11 est d'une 6gure mince, visage alongé, 
sourcils hruns et couleur pâle. 

■ Je ne puis pas indiquer le jour Bxe où j'aî fait 
la remise du collier à la dame de la Motte, mais 
c'est le jour même ou le lendemain de la livrai- 
son qui m'en a été faite par les sieurs Bœhmer. 

« J'approuve l'écriture, et aâirme la présente 
déclaration faile en présence de M. le maréchal 
de Castries et de M. le comte de Vcrgennes. 
Fait à la Bastille, ce 20 août 17S5. 

■ Signé le cardinal de Rohan. » 



l66 MCMOIIIES aiSTOniQUES 

ÇepcndâDt, U nouTelle de rarresUtion da 
cardinal fut presque auisitot sue à Paris qu'a 
Versailles; le lieutenant de police reçut tous les 
ordres nécessaires pour arrêter et faire conduire 
à la Bastille ceux dont , d*aTance , on connais- 
sait la complicité dans cette criminelle escro- 
querie. La dame de la Motte fut arrêtée le 30, 
conduite à la Bastille et transférée a la Concier- 
gerie ; le comte de Cagliostro le fut le 33 et y 
resta jusqu'au l'"* juin 1786; la demoiselle d*0-> 
lÎTa, cette prétendue femme imaginaire , que 
Ton aOa chercher et appréhender h Bruxelles » 
où elle s'était retirée après Taflaire de le ross , y 
fut amenée le 4 novembre de la même année, et 
y resta jusqu'au i i mars i 786. Toutes ces arres* 
tations et un grand nombre d'autres fiirent exé- 
cutées par des agens de b police , et ceux on 
celles qui en furent l'objet interrogés à la Bas- 
tille. 

On aurait désiré à h cour et dans une certaine 
clisee de la société il Paris , que celte aflain eAt 
été traitée a huis clos , c*est-ii-dire dans le secret 
des bureaux du ministre de la maison du roi et 
de h police, et par lettres de cachet ; maia le roi, 
par une fermeté qu*on vilipenda comme on ^B- 
penda plus tard ses faiblesses , voulut que Kaf- 
faire suivît la marche des procédures ordinaires » 
et il rendit des lettres-patentes qui en saisirent le 



TIRÉS DES ABCBITKS- 1^ 

Parlement. L'arrêt que rendît cett/ç c«wr vtvn^..- 
raine^ 1« 31 mai 1786, prononça nar tQiH |e4 
prévenus , condamna les uns "k ditÇVH}lk|t^Wi' 
et acquitta les autres. 

Madame de ta Moite, la plus coupable sans 
doote de tons ceux qui ont paru dans cette în- 
trigne, et la principale accusée , fut condamnée, 
par cet arrêt, au fouet et à la marque sur les 
deux ipatdes, et à ôtre renfermée à perpétuité à 
la Salpêtrière, d'où elle s'évada le 5 juin 1787. 

On fit , dans les Mémoires de mademotteUe Ber- , 
fNi^ jur la reine Mane-Antoinelle (1 ) , « que loi>- 
qae la reine apprit la manière cruelle dont ma- 
dame delà Motte avait été traitée lorsqu'on lui 
appHqna le fer chaud , qui porta en partie sur le 
•cin gaache , elle oublia les chagrins que ses in- 
trig;ue8 lui avaient causés pour ne s'occuper que 
d'adoucir son sort. A diverses époques , elle en- 
gagea madame la princesse de Lamballe à se ren- 
dre , sous prétexte de curiosité , à la Salpêtriàre , 
d'en visiter les diverses parties, et de se rendre, 



(i) Ci-s Mémoires , réimprimés en 1854 1 pai" les frères Bossange, 
Miat du p1u» haut intérêt pour connotlre la vie de là rriue de 
Francis et quelques perso on es di; sa cour; ils pr&eDteot dc« faits 
tt des aïK'cdotcssurLouisXVIetrafbiredu collier; il est péi]ll>le 
que des susceptibilités inconnues aient empAihé Is Tente de ci-s 
turleui Mémoires , faits avec soin et accompa(;n^s de pièces rares 
sur inadnme Dubairi. 



l68 MÊMOinr^ lllbTUHKjtl.S 

sans iftecUtion , dans la chambre de madame de 
la Motte , de s'informer de son étal « et de don- 
ner h la tupérieore des secours pour elle. » Qui 
peut douter que son érasion n*ait été facilitée ? 

Cependant I les gens d'affaires du cardinal, 
Tabbé Georget, son secrétaire, entre autres, 
ses créanciers et ses amis firent de nombreuses 
démarches auprès de la police pour retrouver, 
a'U était possible , les diamaoa enlevés par le siear 
de la Motte , et mettre la main sur ce fripon , re- 
tiré I Londres , où un an après sa femme vint le 
rrijoindro* 

I^e gouvernement eut égard à ces solttcita- 
tiÔDs , et d'ailleurs b justice réclamait la punition 
d'un vol aussi considérable que celui dont le 
sieur de la Motte était coupable. 

U existe une lettre officielle a oo si^, adsM* 
sée par M. de Vergennes, ministra des aflûres 
étrangères, è M. de Crosnes, en date dn 
septembre 1 785 , qui prouve la célérité qne 
la police fi^nçaise dans cette poursuite , qnoiqne 
fort inutilement. 

On y lit ■ que les recherches qui ont été finies 
et qui se continuent en Angleterre , su sujet du 
collier de brilla os que le sieur Bœhmer et Bas- 
sange ont livré a M. le cardinal de Rohan , ont 
déjà fourni la preuve que le sieur de la Motte a 



TIttÛ DES AKCHITBS. 169 

produit , dan* les mois d'arril et mai dernier,- n 
■iear Gray, joaillier à Londres, une quantité' 
conndérable de magnifique! diamani dont il di- 
sait avoir hérité par la mort d'nne de «et pa- 
rentes, qui lai en amCme vendu plunenra'dAii' 
il a tOBiM le prix, soit en argent, 's<nb''pif'- 
échanga contre d'autres briHan* , peries et biJOTiK * 
divers; qtt« le siear de la Motte avait encore'! 
laissé an jieur Gray de très bellea pierres poWfM'; 
monter en collier et boucles d'oreilles; >^^li^' 
avait ensuite proposé de les lui vendre , prétex- 
tant avoir besoin d'argent; mais que n'ayant pu 
-s'accorder sur le prix, le sieur de la Motle les 
avait retirés. Le dessin du grand collier qui fait 
l'objet des recherches , ayant été présenté au 
nëor Gray , il y a reconnu presque toutes les 
pierres que le sieur de la Motte lui avait montrées 
toutes démontées. 

« M. Barlhelemy , chargé d'affaires du roi à 
Londres, dont je liens ces éctaircissemens, 
m'observe que la loi anglaise met un obstacle à 
la saisie des diamans qui pouvaient encore être 
découverts en la possession du sieur de la Motte ; 
mais qu'à tout événement , il serait à propos de 
se munir d'une procuration du sieur Bœhmer, 
dressée en français ou en anglais , sur le modèle 
que M. Barthélémy a envoyé, le 29 avril dernier, 
il M. Lenoir, a l'occasion d'un \o! qui avait été 



comniê cbei M. Dmau , tncUn ienmer géoénl* 
par !• Bommé Dubois , dit TrisUn , too dome^ 
tiqne. J« tous prie , en conséquence « de faire 
fiure des recherches de cette pièce, el de proposer 
t« tienr Bsehmer de fournir sa procuration dres- 
sée d'après le modèle énoncé. Lorsfu*il iroM 
Taura remise t tous ToudreaUen me renvoyer; 
je« redresserai de mon côlé h M. Barthélémy , 
peur en (aire umge selon ka heseina al ka 



« Signé VE Vi 



CSette lettre officielle du miniatre dea aftirea 
étrangères prouTe un fait important , c*eat ^na 
Tecs le mob d'ami 1 785 , par conséquent long- 
temps avant que rescroquerie ne fikt connue h 
Paria » le sieur de la Motte trafiquait dea dia* 
mans du collier à Londres , ce qui jeta dn 
jour sur plusieurs points de cette flchenae af- 
faire. En rapprochant les dates , non seuleaaeal 
on eut connaissance de ce fait par lea roa* 
se^emens que le chargé d'affaires dn lei à 
Londres fit passer a M. de Vergennea, maia 
encore par la copie authentique des déda» 
rations du joaillier anglais Gray , dont Tabbé 
Georget, secrétaire du cardinal de Rohan, 
donna communication au Tieux ministre ; elles 
«ont datées de Loiidren. a la date du 35 octo- 



TIRES DK5 ARCHITU. I7I 

bre 1785,' par conséquent deux mois après l'ar- 
restation du cardinal, et avant le prononcé do 
jugement qui l'a acquitté. 

Ces déclarations et renseignemens suffisaient 
bien pour constater l'escroquerie du sieur de 
Lamotte , en connivence avec la coRitesse , sa 
femme. Mais il restait toujours au gouverne- 
ment à parvenir à avoir à sa disposition ce même ■ 
sieur de la Motte. Voici , à ce sujet , une lettre \ 
assez curieuse , écrite de la main de M. de Ver- 
gennes à M. de Crosne. 

iî'St tiens, monsieur, dFe Bf."fé àuc ie^È^ir- ] 
set (f), qu'on croit k Londres, que le sieti^ de 
la Motte est réfugié datis le pays de Galles, ou if ' 
doit avoir changé de nom et adopté Thabit des 
gens de ta campagne; peut-être cet avis pourra 
être utile aux observateurs que vous pouvez avoir 
en Angleterre. 

« L'ambassadeur de cette nation m'a renou- 
velé hier la demande du sieur Chamoran et de 
la femme qui l'accompagne ; ma réponse a été 
que leur extradition ne pourrait avoir lieu qu'au- 



nibissadeur d'Ang'rl 



173 MUiOllUâ» UUTOMl^tft» 

Uni qu'elle serait le prîji de celle du sieur de U 
Molle. 
9 J'ai llionneur d*êlre , elc. 

« Sigmi DS \wmgmmwu. • 

On iroit par un rapport du mois de septem- 
bre 1785, adressé k M. de Crosne, qu*un sieur 
Le Mercier , agent secret , collègue du fameux 
Chorandi, autre espion du gouTemement en 
Angleterre , dans Timpossibilité de parvenir à 
mettre la main sur le sieur de la Motte par les 
^oiea ordinaires, avait proposé de Tenlevcr par 
force. « Si Tadrease ne suffit pas , dit-on , dana 
ce rapport, on emploiera la force pour conduire 
la personne au bord de la Tamise , dans un eop 
droit isolé , ou Tonr aura soin d'avoir en stalâoo , 
quinze jours, s'il le faut , un de ces vaiesean qmi 
portent le cbarbon de terre a Londres. lia aonl 
d'une épaisseur ai considérable , qu'il aeriil im- 
possible à quelqu'un renfermé dans la cale de 
se faire entendre par aes cris. Les équipages de 
ces Taisseanz sont ordinairement com pos és de 
quatre k cinq brigandi^qui font tout quand on 
les paie. L'homme une fois ii bord, on descen- 
dra la riviëre jusqu'à son embouchure , et ft , à 
l'ancre , on aJcndra une embarcation de con* 
trebandier pour le prendre la nuit et le conduire 
sur les côtes do France. • Mais ce projet ne fut 



TIRES DFS ARCI?IVES. 1^3 

point admis; el , malgré tous les efTorts de la po- 
lice, on a vu pnr l:i feUre de M. de Vergennes, 
que je \iens de rapporter, qu'on ne put se saisir 
de celui qu'on poursuivait avec tant de soins. 

Comme je n'ai dû m'occuper de cette affaire 
que sous le rapport qu'elle eut avec la police, 
je ne me suis pas arrèttï aux nombreuses ver- 
sions qui en ont couru dans le public, et dont 
s'empari-rcnt les cotteries, au point de laisser des 
préjugés sur les diverses circonstances que le 
roi s'efforça de mettre en lumière. Je n'ai , 
d'ailleurs, voulu parler que d'après des pièces 
certaines et dont ceux qui ont écrit sur le même 
sujet n'ont point eu connaissance. A la vérité, 
ils n'informaient pas, ils combattaient; et c'est 
ûnsi que ces contes haineux s'invétèrent dans 
la conscience publique. J'ajouterai seulement 
qu'on a dit et assuré que la partie des registres 
du Parlement où devait se trouver l'affaire du 
collier a été enlevée. Le fait peut être vrai; mais 
ce qui est indubitable , c'ost qu'aux archives de 
la nouvelle police, où sont déposées le peu qui 
reste des pièces de l'ancienne, et où s'en trou- 
vent encore d£ relatives à l'afiàire du collier, 
on y chercherait vainement les interrogatoires 
subis par les prévenus , soit à la Bastille ou de- 
vant M. de Crosnej ainsi que les notes adressées 



174 MCMOIKES H1STOAIQCC5 

par celui Cl k M. le baron de Breteuil, et qui 
devaient faire partie de cet immente douicr. 

Les document sur cette affaire avaient-ils élé 
rouservés? ont-ils élé ôté< à dessein après le ju- 
gement prononcé , ou perdus accidentellement 
pendant les révolutions qu'a éprouvées b police 
depuis 1789? On voit par un ordre do roi, con- 
tresigné le fttfrofi de BreUuU^ daté de Saint- 
Clou^, 5 septembre 1786, que dès ce mo— ni 
le ministre avait (ait redemander a M. de Crame 
toutes les pièces de la procédure , et qu*il n*on 
laissait qu*an petit nombre, c*ost-h-dir« ka 
lettres au lieutenant de police pour presser lea 
interrogatoires , et en aToir copie aurJo-champ; 
il bissa également les interrogatoma du aîo«r 
Toussaint de Beanure , de la demeiseUe OEva , 
des lettres de madame de b &f otte et dn coflsU 
de Caglioatro. &tais , eicepté rinterrogaloire ds 
Cagliostro » et quelques pièces insignifianlea el 
des bttres de madame de la Motte, b reste a db- 
paru par ordre ou par accident , depob r^»oq«a 
do procès terminé. 

On a dit , dans le temps , que Ton mettait mn 
soin particulier à ce que b cardinal de Robaa p 
qui étiût à b Bastille , ne pût communiquer m 
de loin ni de près avec personne; on a dit vrai. 
Cette surveillance était portée jusqu'au ridicok. 



Tifi^ DBS ARoames. t^5 

Jfi. dfti Crosne rcçnt une note cA il^oM'ftiitt 

> ^'imcwflonnier dé la r«e)SMAfrAiiit*iii«ijiiM- 

nait deux sous par personne poâr Ainvuiff' du 

haut de son grenier, M. le cardinal , lorsqu'il se 
promenait dans les tours de la Bastille. » 

Le sieur Quidor, inspecteur de police, fut 
chargé par M. de Crosne de vérifier cette nolfi. 
Par un rapport du 9 a\ril 1786 , il répondît au 
magistrat * qu'il paraissait qu'elle était inexacte; 
car, malgré les inrormationa scrupuleuses qu'il 
avait faites, il n'avait découvert, rue Saint-An- 
tràic<i «Bonb corâoflSfier tn bdtlH^tM ^iri'' «b 
«^flibre atu enwMidB l« BtMÎWfe.''';"^')'^ -'^ 

« ^^1 avait su senlemelit que la feinine.4L'«i 
heidaqne dcM. le cardinaf, logée au cinquième, 
mÙBon de M. le commistàire Crepy, éè menait 
souvent a sa fenêtre , ainsi que plusieurs autres 
personnes qu'on y avait remarquées , et qu'on 
lui avait vu faire beaucoup de salutations à ceux 
qui se promenaient sur les tours de la Bastiïle. 
Que ceci lui avait été cerliBé par la TeuVte B^as- 
sarc , marchande de meubles , dans la même 
rue. 

« Que, peu de momens après cette manifes- 
tation, sur les six heures du suir, il avait aperçu, 
sur la terrasse de la Bastille, deux particu- 
liers, l'un vêtu d'un habit bleu , chapeau rond ; 



1^6 MKHOIHCS ■lSTOIIIQI'F& 

raaln ayant un frac Tert , ainsi qu*an faction- 
nairt; auasilôila femme de rheidiique a*ett mise 
à la croisée » pour les regarder , mab sans faire 
de gesles. * 

L'inspecteur ajoute « qu'il a questionné les 
commissionnaires de la rue , en leur offrant de 
Pargcnt, s'ils pouvaient lui indiquer un endroit 
d'oii il irît se promener les prisonniers de la Bat- 
tille i tous ont assuré unanimement qu'ils n'en 
connaissaient aucun (1),» 

Cette aflbire, toumentante pour la polîc«» 
était h peine terminée, que M. de Crasoe en ont, 
sinon de plus pénibles, au moins de pins sérieuses 
dans les événemens publics qui agitaient b ca* 
pilale. 

Le peuple était animé contre b fonneme- 
ment ; et les débats de l'assemblée des notables , 
ob suscitaient toutes les grandes queslbos d'or- 
dre public , avaient encore accru b cbabnr des 
esprits. 

. Un conseiller au Parbment , U. Solfier, an* 



(i) Od folt par une lettre de U. de Croiiie. mdrtuét Mi biraii 
de SRlnilt ca date du iS Juin 17^. que lr« vHnmn allenApt mmm 
•iror» Qoldor et Siuboi« , lnf|iectrur» df i-ulice , rt que 1« HMf^ 
trsl réclame pour frali de voyagn , c^i^ium , pervjii.«iitc!is ri aa- 
m «pénUona ralativeaè rcsiraiiim dr« ordm du roi , r%^âSM 
ootiirelraticorfldamcdeli Uolte. «r isntiirni » ^.w»^ M«ie«. 



TIRÉS DES ARGRITES* fJ^J 

jourd'hili conseiller d*Etat, a tracé, eo aiyle 
sévère et quelquefois partial, les iropoiUantel" 
scènes de cette époque. On verra, paries feits 
qui s'y passèrent, si M. de Crosne. pouvait tenir 
le gouvélrnail au milieu d'une pareille tourmente. 
« A la rentrée du Parlement (sept. iTW)-^ 
dit-il , le désir de ci^server la faveur populaire 
autant que le besoin de veiller a la tranqniHité 
de la ville , attira les regards du Parlement 
un objet essentiel de police.; Depuis le renÎToi 
principal ministije (1), le peuple, conduit par 
de jeoms praticiens, et licite par des ageni 
d'Orléans (2), se livrait, tous les soirs, kdeb 
témc^gn^es d'allégresse qui avaient ^r wm ft Jê ■ 
ment dégénéré en licence. Cette troupe dés<Mt* 
vrée se rassemblait, a la chute du jour^ ik «ftlédtf 
Palais , sur la place Dauphine ; elle forçait les 
habitans du quartier a illuminer leurs maisons , 
en réjouissance du renvoi du ministre et de la 
rentrée du Parlement (5) , en cassant les vitres 



(i) M. de Bricnue, renToyé le a5 arril 1788, avec 5oo,ooo livres 
de revenu, et des bienfaits de la cour. 

(a) Qui ne reconnaît ici cette monomanie de voir des agensdu 
duc d'Orléans partout ? 

(3) On sait assez que Louis XVI, par le conseil de ce ministre 
et par égard pour la reine qui le prolégcait. avait exilé le Parle- 
ment de Paris î» Troyes, le i4 i»vril 1787, parce que cette cour n'a- 
vait pas cru pouvoir enrcfîislrer les emprunts propos'js par ce 
prêtre mnIf.iisMnt. 

1-2 



à'^H MÉ1IOIIIE5 HttTOMQCIS 

de ceux qui refiisaieiit ou n'oli éiwic Bt pat il 
pMnpUoient. 

ir Cet iéditieuaL (c*e&t tMJowi M. Sallier q«i 
iurle» et qui ne parlait pas de nêoie alon) 
r^mwîrrat difiercns déserdMi. Leur nMnbra 
9'iiceroift$ak loua lea jonn. RépiÛDéa d'akofd par 
dea déUcbemens de ga r Je a fi antMaei » il t'en 
élMel Teagéa aar le guet , gude municipale 
qaî en inpoaait nMÎna qae lea ■ttlilairea. Dea 
déaordrea grarea, et lela q«e nom en artima 
eaa daaa lea premiera tempe de le féf^aMen • 
eweient anîn cea acènea te mrft e e w ti , ^e icmp e* 
de^garde «arment été piUéa et biMa ; fl ereit 
iellei cenlNittre aforoe oeirerce eee pieiMilevni 
qjÊit encoeregéa par la modénlMm deal mi erall 
lié eavera eux, avaient manileitf Kntenllon 
d*nicendier lea hoteb dea mimUtea et dn coea- 
mandant da geet ; ila a*y étaient pevtéa en Mfe, 
avec dea terabea alloméca. Penr parvenir k lea 
dianper, il avait falh laire fen anr eez ; phnwnn 
d'entre eux avaient été bleaaéa, qnelqnea-nna 
tuéa(i). 

« Le Parlctocnt crut devoir prendre connaia- 



(i) L« ciMvtlier Dobou qui, par m barlurip et toa lnwlc»c»« 
•fah Irrita In Pari*iei« , en crilinit à twn Hr* il U venfMnoe; H 
qaitu la France en 17H1), et ir relira en Anf*eierrr , oà II moorvt 
en iao3. On a aMoré que le» AnglaU Ini aTaient Calt une pi niin» ; 
cVftt un men^onffr. 



TIRÉS DES aucrites. 17^ 

mum 4^ €68 événeniens/ et â& pteïinèké '4^ 
bénli^iifbt un hommage à la populace (^);'tti^ 
^enreꀀnce inexcusable , des sdbnes de révbltè 
et de brigandage parurent innocens à ses yéilk\ 
et -ce furent les officiers de police et les chefs de 
la fÎMrce armée qu'il trouva dignes d'être àccuèéjtl. 
Ou les dénonça conÉbe coupables dlnâpruélehce, 
de fMPoir^Gation et presque de fétoëîté. îiëÀ'di^ 
ckratifns des chefe de parti Ibrentrésfièc^iM 
par les na^t^als ; ils parlaient c^Mi^is htéè viki 
aaime indigHàtfon du ctiine d'avoir tire sii'r'lë 
peuple j d'un nombre inconnu qu'on sttp^c^ 
sait prodigieux de tués et de blessés. A fk* ra^é 
àêwem difteourSj le lieutenant de pdlicre et le 
coflHBandent dta guet furent mandés & là lUahté 
4r Pariém^nt; oUk les fit comparaître, séahéè t^ 
tante. Le peuple , répandu dans les salles, redou- 
bla de joie et d'insolence. Les officiers mandés 
furent insultés a leur passage , et il fallut les faire 
évader secrètement pour les soustraire aux ou- 
trages qui les attendaient à leur passage. Le Par- 
lement termina sa séance par un arrêt qui or- 



(1) M. Sallierne ménage guère sa compagnie; pour savoir qui 
a raison de lui ou d'elle, il faudrait entendre le Parlement qui, 
sans doute, avait aussi ses motifs. 

M. Charles de Lacretelle a rendu compte d'une manière très 
partiale des mêmes événemens dans sou Précis de Vlllstolre du 
dix- huitième siècle. 



iKo MFJIOlKrS IIISTORI^Lrs 

donnait d'informer, non pas des aUrouperoens 
el des actes séditieux , mais des excès commis, 
disaient • ils, par les préposés a la garde de 
Paris* 

u Un antre urrét plus sage défendit les attrou- 
prmens et de tirrr des fusées; mais, poar ne 
rien perdre de l'affection d#.la multitude, dans 
ce même arrêt, le Parlement enjoigiût de traiter 
le peuple avec prudence et modération (t). Le 
peuple comprit si bien cet arrêt, quo les ré j aui»> 
sances continuèrent comme aupam^nt, et la 
garde de Paris fut régulièrement insultée lo«s 
Iqs soirs (2). • 

Malgré TKabileté de MM . de SartiMS H Lnoir, 
on peut douter qu'ils se fussent tirés phu habilo 
ment que M. de Crosne de cet emburiM. Déjà 
1^ éTénemens, avant -coureurs de la révolulion, 
absorbaient la police. 

Aussi fut-il loin de pouvoir exercer, a Tégard 
de ses prédécesseurs , la surveillance nécsasaire 
a Texécution des ordres de la cour. Il aTail été 
réduit a Timpuis^ance , lors(|u'il fut question do 
faire surveiller les députés bretons venus a Paris, 



(0 Qu*aur;iit donc viiiitti M. S4liicr«)*«ui«»uril'bul ? Qu'on c4t 
Arrf dr% potmco» «ut qn-^'ie cii\n\ de r.«rU. pcMir lie» r ffctÊià» 
smmcts tmmuUiicuset, 

(«) jinnafes frmnçn/iet , pir M. S»Uiit, fi»n«rlllw tu Psrie* 



TIRÉS DES ARCHIVES. l8l* 

en 1787. Il ne fut. pas plus heuceux dans €e qw 
lui prescrivit le ministre , pour la fermeltirè' 
des clubs et des salons littéraires oîi Ton tenait 
des discours hardis sur les affaires du temps. 
D abord on céda ; bientôt on obtint des excep- 
tions ; il y eut des c€Àcessions de part et d*^utma 
Le public , qui hanlait ces réunions, triomplia àm 
la défense du ministre et des efforts de la po|i49ti* 
Sa surveillance n'était guère plus assuk^e eiP 
ce qui concerne les individus; iU échappaient 
facilement aux recherches. On sait que Ml ésr 
Crosne avait reçu Tordre, au mois de mars47W^ 
de faire arrêter le comte de Mirabeau, ^(^^ 
dans un mémoire en réclamation au caAbeil 
d'Etat , contre un arrêt du Parlement d'Aiz^ ataiV 
insulté et bafoué le garde des sceaux, M. H110 
de Miromesnil; mais le comte échappa a M. de* 
Crosne, se sauva à Liège, puisa Maestricht , 
d'où il fit répandre son mémoire a Paris, un 
mois après , malgré la police et la surveillance 
aux barrières. Et, pour finir ce récit par une anec- 
dote, je dirai , pour l'avoir bien su , que ce fut 
dans la voilure même de M. Lavoisier, fermier- 
général, ami de RI. Dupont (de Nemours), ami 
de Mirabeau , que les exemplaires passèrent a la 
barrière. Les commis ne visitaient pas les car- 
rosses des fermiers-généraux. 

Il (Ml fui h peu près de même de Tordre Irans-r 



l&a wfjIKOTiS BliTMIQOli 

aiiàll. dtfÛNMiedimklMtnd»!!. Lmrm 
d» ViHecUuU , mw Toiei : 



« T€nallltt»i4i«fai ijÊ^ 

« Je mm préreiitt, nomisMr, ^od fiûl 
kt atrélé» des Uen (4^ nt k contlilatkHi, 
•lqM*«ii émî lêêùàn pukfitr tl oriv dans Farte. 
J'cp^ramb qu» II. !• garde dea acaaai a dminé 
aaa wdraa po«r en empêcher k puMicati— > '41^ 
oaanmepcée dans ka maa da Veraailka. Ve* 
ipeodrei Uan ea donner ponr que celle p db l ic e 
MMI ttttt paaUen à Paria, paa pka qee cellea de 
teMaa dé tthéreli ona dea diflUreiie eedrei dee 
état» géDérana> aana nae permianea de rai Vew 
MMrest naonaieer, k remécnlioa de œl erdralâ 
pnléeoee que ^reoa Betlee dana levMa iree ae» 
Une peraonne angnate m'a déneseé k 
pnbliqne d'an imprimé arandakei 
talé JV aea 'ur miÊp de Vêfrm/ û eal trèa 
dfea (Miremr k ^nle, el de Teilkr k empéelMT 
ka dklrikalieaa d'oa^rafea aemMaUea. ê 

C'était an boiteax qni demandait dea teeoafa k 
an paralytique; an moment oii M. de Villedeail 
^^rit ainti , M. de Crosne perdait toat poaroir. 



(i) Le itiioUtre cnlrnd \c% ftrrélc% «|uc le Ttct»-Cl«l. ^ui t'fUil 
cooêtitu^ rn M^riiiM- n4'k^na!#. fr •- juin. a«aîl pr'» Mif tf % 
b«icsci«RlloeTci et Mm «tticnté. 



TIRÉS DES ARCHIVES. l8S 

et la force de l'opinion l'emportait sur la puis- 
sance de la police ; Texéculion de l'ordre lui fut 
impossible, mille brochures sortaient des presses 
et inondaient le public y lui-même aidait la mis- 
sion d'en faire passer les plus marquantes au mi- 
nistre ou au roi même , de crainte qu'on ne les 
lui laissât ignorer, comme il était déjà arrivé. 

M. de Crosne est le dernier lieutenant de po- 
lice. 11 vint au comité ptrmanmê de l'Hôtel-de- 
Ville , le i 6 juillet i 789 , et remit ses pouvoirs 
entre les mains des clubiers qui reconnaissaient 
alors tous les pouvoirs de police et d'administra- 
tion dans Paris. 

En lui finit la magistrature de police créé en 
i667j il était le quatorzième de ceux qui avaient 
occupé cette place, dont la durée a été de cent 
vingt-deux ans. 

Passé en Angleterre dans la première année 
de la révolution, il revint k Paris ,et fut arrêté et 
renfermé dans la même prison que M. Angran- 
d'Aleroy, ce grand et intègre magistrat, avec 
lequel il périt sur Téchafaud, Ie^28 avrilj1794. 



CHAPITRE \L1X. 



Kilrmdiiioii d*iiii Déleou évadi. 



Dans les iempi de l'ancienne monarchie, U 
facilité de Toyager sans passeport et de jouir ainsi 
d'one faculté contre bquelle rien ne devrait pré* 



TUIES DES ARCHnrxs. l85 

valoir , rendait les évasions k Fétranger beaucoup 
plus fréquentes qu'aujourd'hui et plus fisiciles. 
Une fois réfugiés dans quelque ville d'Âllema*^ 
gne, les anciens détenus, l'eussent-ils été par les 
ordres formels du roi , dont rintervenlioii d'ail* 
leurs était réclamée dans les plus simples affaires 
de famille, ne pouvaient être revendiqués et remis 
aux agens de la haute police de France qu'avec 
un grand nombre de difficultés. Il était facile d'é- 
lever à ce sujet un conflit entre les diverses puis* 
sances et de se servir des plus légers prétextes 
pour décliner l'autorité de son propre pays. JPea 
citerai un exemple dans la personne du jèùlM 
Tolosan. ^* 

Ce n'était pas le fils de M. de Tolosan , ihten- 
dant du commerce , mais d'un Tolosan , muni- 
tionnaire des vivres. 

Si l'on s'en rapporte au mémoire présenté par 
le père a M. le baron de Breteuil, en mai 1786, 
le fils Tolosan, coupable de la plus mauvaise con- 
duite , s'obstinait a vouloir faire un mariage 
déshonorant. D'une part, on Taccuse d'avoir 
séduit une fille qui le servait et qui n'attend que 
le terme de la grossesse pour intenter un procès 
h son séducteur; d'une autre part, on l'accuse 
d'avoir couru l'Alsace, pays de sa famille, avec 
une fille nommée Mathis, escortée de ses père 
et mère , afin de chercher un curé qui les mariât. 



iM niONLii nrrottiQccs 

Qm Êgmàm fwi« n'ayaal |mmi Iromré dt pvêlTC 
MÉkpèiiaMM |H)ar ce mariagt, îl anrait pbcé la 
4HMdiele lliUiia, fiUe d'iui benUngcT , dans an 
#iuwo t^ pfta dt 8aTcm#^ en ^tendjMH qu'il fàl 
i iUlme de répomev. 

tt est aisé de creire que diaprés cet exposé de 
&tti, dont Peuclitiide fui constatée, le ministre, 
dbins Fintérêt du pouvoir paternel, ne refusa pas 
IVrdre que demandait le père de faire enièrmer 
son fils I âaint-Laaare. 

H 9m a*agit pas ici de remonter à la sowce 
4» droit palamoL et d'en déterminer les fimiles » 
nous anrions trop de préjugés à comballn» al 
now ne Tenions raconter qu'un fait. Qu'il nous 
•ufiae de dire que les publicistes les plus atan* 
ces sont en général d'une pâleur eitrême et 
d'une étroite partialité sur ces questions. Fib , 
ilo nient le droit absolu des pères } pères, ils 
nient la liberté absolue des fib. Pour condfiet 
ces diTergences , il faudrait Toir do pins hant. 
En général , devant les lois , les fib étaient sa- 
crifiés et avaient tort. Cela s'appelait du pou- 
voir paternel. Mais , vis-a-vis de Topinion , ib 
prenaient leur revanche. On se souvient de Mi- 
rabeau. 

L'ordre d'incarccration du jeune Tolosan 
est du 31 mai 1787; îl fut exécuté le 17 joîn 



Tuns us Aitfwvis. i9j 

mWant. L^ jeune homme kyfsin alol» TiAgt^ 
neuf ails; il réekma contre sa détention auprèv 
4o M. de Crosne , alors lieutenant de^Uee^ et 
représenta son pire comme UA homnie dnr , ki« 
jttsie, qui voulait dispoèer iinpuiiâne&t dd ai 
légitime ; assertion qui fut prouvée fausse pà» 
l'enquête^ sur les pièces produites par le père dui 
jeune détenu. Racine a tort de dire : 

Les^ténioUit aoDt fort cherv, et n'eta à plié({ui i^ni. 

Le |>ère eut tous les témoins qtfil Véviut. 

Le prisermiier s'ennuyait trop pettr ne putf 
cfaerober à a^évader : tous l^ prisonniers sont 
aiiisi fdis. Le père, par fei^me d'airieMdèixieM II 
sa propre sétériié , avait obtenu que son fils se 

promènerait dans le clos de la maison de Saint- 
Lazare , suivi d'estafliers a la discrélion du pré- 
fet chargé du soin des prisonniers. Le 31 août 
1787, le jeune homme , ayant pris ses mesures , 
abusa de la permission et de la sottise de ses sur- 
veillans, franchit les murs et s'évada. Ce qu'on 
ne manqua pas de regarder comme très irrépré^ 
hensible. 

On mit des limiers a sa recherche ; après bien 
des démarches inutiles , M. Tolosan, le père, 
apprit que son lils s'était réfugié a Oifenbourg , 
ville impériale j située a six lieues au-delà du 



l8ft lUttOIMt USTORIQUBS 

RUa, el s'y éuil mis sons la protection en msgis- 
tral. CeTolosan éuil on gircon dt tact el d*esprit 
capable de séduire josqo'à des magislrals, après 
aToir sédoil des filles. On soUicila el en obtint 
fiMnlemenl do ministre de nooTeaox ordres pour 
aller arrêter ce dangereux personnage qne tout 
le monde aimait et qui ne pouvait, parcopsé* 
quant, être au bout de ses setlises. 

La chose pressait. Le sieur de Bruguières , 
agent et inspecteur de police, fut chargé de Texé- 
cution des wdres. Mais le magistrat d'Ofen* 
bourg , pris par les sentimens, comme cela était 
à craindre , se refusa complètement à rextmdi-» 
lion demandée. C'est ce que fait connalln M* do 
Montmorin dans une lettre ii II. de Crosse , du 
95 mars 1787. 

« Vous STes été informé, monsieur, écrit lo 
ministre , des diff cultes que le sieur do Bruguib- 
res , inspecteur de police , a rencontrées b OP 
fenboui^ pour obtenir la remise du sieur To-» 
losan fils, au sujet duquel tous m'ares fini 
llionneur de m'écrire le 21 féTtier dernier, et dn 
refus qu*a fait le magistral de cette Tille impé- 
riale de liTrer le jeune homme à Totre oftcier de 
police. J*ai l'honneur de tous adresser , mon* 
sieur , une nouTcUe lettre réquititoriale, spécia- 
lement adressée au préteur, magittrat et conseil 



rtnis Dfis archites. 189 

de ladite ^ille ; elle est accompagnée d'une lettre 
de ma part pour ce magistrat et d'une autre de 
M. le comte de Mercy (1), qui y est relative. 
Vous recevrez la mienne k cachet volant , afin 
que TOUS puissiez en prendre lecture. Je vous 
prie de remettre le tout avec des instructions k 
Tofficier qui sera chargé de cette nouvelle com- 
mission , pour l'exécution de laquelle il se con- 
certera avec M. Toiosan père. Si, en remettant 
le filsyle okagistratd'Oflfenhourg paraissait désirer 
une copie de la nouvelle lettre réquisitoriale , il 
n'y aurait point d'inconvénient k la délivrer ; 
voua voudrez bien en pourvoir l'officier de 
police. 

« J'ai rhonneur d'être très profondément, 
monsieur , votre très humble et très obéissant, 
serviteur , 

« Signéy le comle de Montmorin. • 

11 est important de voir la forme dans laquelle 
la lettre réquisitoriale, dont parle M. de Mont- 
morin, était conçue; la voici, elle est revêtue de 
la signature du roi Louis XVI. 



(1) Célnil rnmlinssajîrnr de l%nipcrciir (rAllemognc à ïa cour 
de France. 



1^ MBIlOmM mUTOÊLUfCWS 

^ Deptr leroi, 

« A tous gouTeraewt et lieutantM féairus 
dB nof praviiiQti , comouD^nt de ne» Ttllce et 
pUcet , née aoi^aiiadenfff , mîfiîslret el cherfit 
(de no» affaires ea pay» étrangère el aelre», mm 
officiera » jwtîcieri el rajeU qu*îl appartiendra • 
aaliU. Noof froua jMttdona el erdonoen» de laiar 

nos in»epea t al Jb iieer Aaai» iMféekal dea legiit 
albnk )t OJea^eeift ckaryéa de née erdraiei de 
\m Uîwer repaiier eceeeipegné dn eîeer Tel 
fila, iteiaa erdenneni de leî donner et 
tous lea secours , bcilités et mûn-forte qn il 
qiierra de iroos pour Teiécution deidin jpfdeea. 
Requérqps loms gamTemennit cenMjjiil^tl» 
magisirata et autres officiers qo*il appastieffdiV» 
des villes et lieux hors de notre domination , de 
prêter , en cas de besoin , au dit sieor FrilKli et 
autre sieur Russ les mêmes secours que nfna 
nous prêterions à ordonner et permettre dfne 
les Tilles et lieux de notre royaume en pardBee 
circonstances. Requérons spécialement et imii- 
tons les préteurs, magistrats et conseib de la ynttm 
impériale d'Offenbourg de remettre ledit sienr 
Toloian fils entre les mains des sieurs Fritsch et 
Russ pour le ramener en France et le rendra à 



TIUS DSS ARGHI^rCS. t§t 

b ^UpMÎlion £l aux soins de si éainttlè. IhftMUéft^ 
tant d'avoûr les mêmes égards aux réquMtiéVM 
qui pourraient nous ctre faites, a nous on àfios 
cours fio«Teraines de justice , de la pail àt/êÊtUi 
préteurs, magistrats et conseils d'OffeRiK>arg, èl; 
d'user d'une entière réciprocité en pareil cts, 
en faveur de la ville impériale. Le présent ûtite 
valable pour un mois seulement. Donné a Ver- 
saines^ Je SI? mafs 1 7S7. 

« Par le roi , 

ir Le comte de Montvorin. » 

Le duel d'état à état engagé de la eprtë. Y^^lci 
comment le magistrat de la yille d^flenb'éurg 
répondit h. cette réquisition, et les motifs appâ- 

rens sur lesquels il s'appuya pour refuser l'extra- 
dilion qui ne put s'exécuter. 

iSous disons les motifs apparenSy parce qu'il est 
dairpour quiconque aura le sens commun qu'il 
y aura toujours deux marches contraires suivies 
tour à tour dans les problèmes d'extradition. 
On fera sans scrupule une différence expresse 
entre les criminels qui intéressent tout le monde, 
et les criminels qui n'intéressent personne ; 
et , suivant les temps , les lieux , les circon-» 
stances , ces mesures porteront un caractère 



19a MIVOIIIES RtSTOlUQrFS 

de pariécatioD ou d'impuDilé. N'en éuil-tl pat 
aÎM do droit d'asile daDt les temples incienf, 
droit qoe Ion respectait îi charge de Uisser 
mourir de fiiim dans le temple le réfagié frappé 
de la Tindicte publiqoe ? Ainsi Ton disait d'une 
main ce qu'on défaisait de Taotret jésoitiame or* 
dinaire dans toutes choses. 

BMrait du ngiêiri du emuêU iê la eiBi imffriêh 
é^Offinbaurg , du 10 arrâ 1787. 

« Le sieur Fritsch , officier des tronpea firan* 
çaises, se présente et remet : 

1 * Un réquisitoire ouvert » expédié el signé 
par Sa Majesté le roi de France et son premier 
ministre, M. le comte de Montmorin,dn V man 
dernier, portant ordre aux sieurs Fritsch et 
Russ, maréchal-des-logb, de prendre ici le sieur 
Tolosan et de le conduire li Paris. 



9* Une lettre de Son Excellence M. la 
de Montmorin, par laquelle il mande en r ép o ns e 
Il la lettre qui lui a été adressée, qull n*a jamais 
été question de faire le procès au jeune Tolasan, 
entraîné par les passions de la jeunesse } que su 
famille ne veut que le retirer de ses extruTa- 
gances, et nullement s'attirer la lionte ; qu'en 
conséquence son père Tent le mettre dans une 



TJHES DES ARCHIVES* igSi 

maison de correcUon, par forme. de châtimait 
paternel, où il serait traité conTenablement^ 
et où il restera jusqu'à ce que ta famille ptusse 
espérer un changement dans sa conduite. : < . 

5^ Une lettre de Son Excellence le comte de 

. , . . • ■ ■ ■ ' . '.» 

Mercy, ministre impérial, résidant k Paris , eif 
date du 24 mars dernier, portant qu'il a été in- 
formé par M. le comte de Montmoriii , ministre 

sieur ToIosm^ qui se tient ici; qu'en ùonsé^enèé' 
il nous serait fait part des motifs de cetté^d^- 
manée en extradition ; que ces motifs paraîssaienf 
assez paffisans pour rendre ledit siéiirlt6lôilà'6?\i' 
l'officier ée police , et que cette éxfi^adiïion h^é-*" 
tait pas ooittrairç aux ordonnances' de Fënittb-' 
reur et de Pèmpire ; Son Excellencié^ lié miiAM^ 
était d'avis que, par égard pour la coxir^^ëiP 
France , et pour agir en bon voisin , on ferait 
bien de se conformer a ses intentions , puisque 
la cour de France saura apprécier celte condes--^ 
cendance , et qu'elle ne manquera pas d'user de 
réciproque en pareil cas. 

« Ensuite, il fut aussi rapporté que le bruit 
général était, tant ici dans la ville qu'à Strasbourg, 
que le magistrat avait été gagné par une forte 
somme d'argent pour l'extradition du sieur To- 
losan. 

« La lecture de ces lettres ayant été faite , le 

ni. * 1" 



194 MKMoniu ■i0ToiiiQinr^ 

lieor Tolosan a été imnidé; qui refiite de re* 
têmnmtf parce que b tArelé dont il avait fiiil les 
ceodilioiia lai manqaait, el îl a reqois d*élre 
mainieiui dans b proteclioD de b Tille. 

« Aprte aToir réfléchi tar ces circonslances , 
il a été arrêté : 

ii Que, faute d*af oir rempli b coiiditio* mtie 
dans Vair^té du 6 da omis dernier» aaToir : « que» 
ic dans Peepace de six semaiaea, oa peiMTetail b 
« etose de b déteotioA, et que ïom preduigait 
« arec «Murance que lors de resInuiilMfc eu 
« sieur Tt Iman, il ue serait ui eafimué, i 
« JMUU être eufteodut inais qu'il lui sendt 
t d^ soigoer ses intérêts eo pleine KbuMé 
Qlf^ contraire b bttre du miniatM 
eayfssément un emprisonnement} qi 
l^qMpA s'éiant en outre eofagé au ser rha 4a 
Prwif » on n*a pas produit U roujontement dsi 
lUÎQpblfu de Prusse; que par conaéqneni oo an» 
rait agir contre b constitution de Tempira» et 
manquer aux égards dus k Sa Majesté b Ma dn 
Pffusse, si Ton rendait bdit sieur Tolosan } 

m En conséquence 9 et tant , et si long-tempe qnn 
toutes ces conditions n'auront pas été remplies, 
il est impossible de consentir, quant à présent, k 
Textradition , malgré le désir que Ton en aundl 
par respect dd a Sa Majesté très chrétienne ; en 



TIRÉS DES ARCRtTE9. ig5 

attcndnit, U' protection demandée par le sieul* 
TotoMK hà wrâ! accordée ici, jusqu'à ce qne ces 
dcToirs ftt conttilions, joints au consentement' 
du mïnîfltre de Prusse seront remplis sous la si- 
gnature de Sa Majesté tri^s clirélicnne. 

■ De la cliancel lerie de la i Ille d'OtEenbonn. * 

■ Traduit 4(î l'ori^Q^ »ll4(paiui«,f)t4W^ÇWr/ 
forme fat U 90UHà|ri4 i^i^i^èt^^ cffVWii pKT 
MNa{:iVJM4i,]><<évQt.gé(i^r^j(4Ql;iQiWF4<;lMmM4^ 

d:ÀlsJwte,cçia3rvry,l:789.. ,- ! :,< 



ti^gageoient ai; service du roi de Prusse étai]^. 
ici la grande pierre d'achoppement, l'honnête 
excuse , le merveilleux prétexte. Le magistrat 
d'Offenbourg pouvait '■Ire soupçonné d'avoir 
quelques scrupules contre fomnipotence de la 
paternité ; les rigoristes qui estimaient M. Tolo- 
san le père durent soupçonner le profecteàr 
du mauvais sujet d'en être un lui-même, et titf 
s'arrêter pas à la lettre formelle de Pexcuse , tout 
en étant forcés de s'y soumettre. L'extraditfoiY 
ayant été refusée , le jeune Tolosan resta deirt 
années encore en Allemagne ; il ne revint eSi 
France qu'en 1789 , quand les conflits entre ion 
père et hii se furent arrangés , entre chien et 
loup , de gré îi gré , tournare habituelle de ces 



1^ «KVOIRrS HISTOKl^r^ 

ftortes de cbotetf quand on vit dans un mnluel 
éloigipeiDent » et sans s^exaspérer mutoeUenienl 
sons le îong el par remploi de la contrainle ; c est 
ce qui résulte d'unei lettre de M. de Villedeuil à 
M. de Crosne. 

• VerMllIrt , 5 •▼ril 17S7. 

« Le sienr de Tolosan , mnnitionnaire des 
vitres f monsienry n'a pné de retirer les ordres 
qin Youi finrent adressés, le l/ftrrier 1787 » en 
Terta desquels son fib , retiré à Ofenboorg» de* 
▼ait être reniênné a Marseille. Je tous prie » en 
conséquence » de me les (aire repasser et de you- 
loir bien tous concerter avec loi pour fidre par* 
rtéSr I son fils Tordre d^oint , qui rautoriee k 
rentirer dans le royaume. 

• Tmi rhonneur d*être , etc. 



Kt * 



m Sigmé^i» Voximeuil. » 



t • 



Cô réoit a deux objets» cosnme on a | 
▼oîr } d*abord de donner une exemple de Is 
nière dont les affaires de familles se traitaient 
sous le régime des ordres du roi , et dlmU^ner 
U marcbe suivie dans la demande en extradition 
d*ttn bomme qui s*éuit soustrait à un ordre du 
roi par Tévasion. Ici, comme très souvent, le 
pouvoir est battu. Otex au jeune Tolosan mm 
ascendant sur les femmes et sur les mêpâltnlM » 



TIRÉS DES ARCHIVES. t^ 

on ne se serait pas fait scrupule de complaire 
aux ordres de Sa Majesté très chrétienne.* Les 
principes se courberont toujours devant les faits, 
et l'homme prendra partout le pas sur les lois. 
Quand les lois ne sont pas nos complices , elles 
sont nos ennemies ! 



V. 






■• J 



1 '.I ; • C- 

I 

- l •••II*' 
1 



CHAPITRE XLIX. 



VIoUilloo dn feerel'det letirct à la potia* ^MmmntmàÊM^éê 
Cholteal pour tromper le roi. — Ialt||«ai ouaHn li OwpliiB* , 
oière do roi régnant* ^ Faiu bmitt CÊÊiÊn %m GMimI , mv la 
mortda Daopbin. — Ucage da cabiaal aalr par ki <■» d^âl- 
gnilloo et de Elchelleo. — Gontidératioa nr la 
aecrel dct lettre» à la potie. — Friocipca d 
blée Constituante à cet éf^rd. — Do Diredalri 
l>oetrine de Bonaparte à ce sojet. » 800 npinJa» ^1 
la ieMion de 18^8 sur le m^me sujet. — Inccrtitode fol 
àcetéfard. 



De louii temps on a violé le secret des lettres. 

La nouvelle police ne peut rien envier, sous ce 
rapport , à l'ancitMinc. Bonaparte et les ministres 
(ic la rt*publi«|uc, ainni rpie pliiMrurs de ccui 



MEMOIRES HISTORIQUES TIRES DES ARCHIVES. 1^ 

<jpi ont gouverné depuis le rétablissement dé la 
famille des Bourbons , ont ùat usage , dans des 
circonstances et pour un but identiques de ce 
triste moyen de surveillance. 

Le duc de Choiseul Stainville , si long^temps 
à la tête du ministère , sous Louis XV, et alofs 
tout-puissant , doit compter au nombre des mi- 
nistres qui, k cette époque, en ont le plus abusé. 
Il s'en servait pour inspirer au roi les idées et Ibs 
sentimens qu'il lui convenait qu'il eût air les 
personnes et sur les événemens. On lit dans les 
Mémoires du due d'ÀiguUlan « que le duc de Ghet- 
c seul employait à volonté la poste et la pMn 
« pour faire parvenir à Louis XY tout ce-^^U 
« fabriquait lui-^même ou par le moyen de aes 
« affidés. » 

C'était surtout par des mémoires ou des coir-^ 
respondances de sa façon , interceptés h la poste, 
disait-il, et mis sans aflfectation sous les yeux du 
roi , qu'il portait des coups ou cherchait à les 
parer. 

Le trait suivant montre a quel point cet abus 
de la poste tournait contre ceux mêmes qui se 
le permettaient, à la tcte desquels était le roi. 
« Après la mort du Dauphin (1), disent les 



(i) Arrivéo le 3o décembre 1765. C'élnit le Dauphin , père de 
Louis XVI , (Iv Lujis XVUI cl tic Charles X, anjourd'hiit régnant. 



300 MKHotitc» aiSTOiiiQrrs 

Mémoires que je Yiens de ciler, ta Teuve driôlée 
recevait do roi (Louis XV) les plos affectuenses 
consolations, et en éprooTait des bontés, des 
attentions qui seules auraient pu parvenir k adou- 
cir une si cruelle perte. On devint jaloux de la 
confiance intime du père et de la belle-HIle ; on 
oenaposa, pour saper cette confiance « des let- 
tres entre certaines personnes qui se ftlicitaient 
dli nouveau crédit de madame la Dauphine. 

c Les motiCi de ces félicitations étaient h dea» 
•éin envenimés dans ces lettres soppoaéee , al 
«rr&téea k la poste ; mais avec on art si perfide, 
une légèreté de ton si naïve et si naturelle, que 
•le succès fut complet. Le roi, siNiproimant 



Malgré des preuves tnfA violes du contraire « oo a irodhi Merèdt> 
lÊf.qpt ea prioœ avait été enpolsoiiiié par le parti ésGkalaeal. 
Oa veut f tte M. de M Aurepas ait persuadé à Loub XTl cttlt alro> 
Wéf on du moiot ait ébranlé sa cont iction du eootrairt; éi là* 
liW'èii^tfHiiours , foppmition que ce roi marqoa è la rrtee sm 
^ftf^ufkp four rapiMer les Choiseui li la «oiir, f^olfiMcr OSmi 
duc de Choi^eul qu*il dût sou mariage avec U jenae d Wic 
Marie-AntoiDeltc. 

Mirabeau, daoa tao Efpiom éêvmhêé^ libeUe !■<%■• é» Uk , 
^^^ de i*enipoisonnriiicnt da DaupKàa oaww étWÊft cbMi 
a%érée, ei prétend que ce (ut a«cc f!e l'a^iia topkmmm q«*oii hA 
fit prendre ta maladie de l^n^ueur dooi il mourut. Mais Mlrabea« 
naipitiddlt aucune preuve , et Vaqum tophmmm • prétfâ» p otii n 
•|4ie l'on trouvait dans la bave d*un cochon mort de rafe et ao«s 
les coup» de bâton , en le suspendant en l'air, Vmqum icpkmmm n'a 
iamala tue personne. La rafc drs enmmrm politiques est de ne 
laitacr nourir aucun prince de m U-He mori. 



TIAÉS DES ARCHITES. SOI 



qu'on s^était emparé de Fesprit de la princeMé, 
et qu'on cherchait par ce moyen a le tourner 
lui-même, devint plus réservé. U se défendit de 
ses propres résolutions comme d'un piège dans 
lequel on avait eu l'art de le faire donner sans 
qu'il s'en doutât , et devint ainsi le subalterne 
des influences ministérielles pour conserver plus 
habilement toute son indépendance. 

r La daplicité et l'abus étaient portés, dans 
la hiérarchie des divers agens, à ce poirit que 
les copies des lettres décachetées, qu'on mettait 
sous les yeux du roi , n'étaient pas même fidèles. 
Xia filière pal* laquelle on était obligé de faire 
passer ces sortes de missives laissait encore le 
champ libre a des altérations; mais les ministre$, 
comme on le pense bien , étaient à même de 
contrôler les copies et les minutes ; et ce con- 
trôle leur indiquait nettement la main qui se 
rendait furtivement coupable de ces inexacti- 
tudes. Par là même, ils étaient au courant des 
intrigues des bureaux, et démasquaient les créa- 
tures de certaines coteries. L'intendant des 
postes , qui ouvrait les lettres et qui faisait passer 
au ministre ou a la police celles dont il jugeait 
a propos de donner connaissance, était regardé 
comme le plus honnête homme du monde , 
comme un intègre serviteur du ministre, tant 
(ju'il se bornait ii n'envover que des copies ti- 



JOJ MKMOUIS ■STOAiQCE.S 

dèlas i mais da moment qn'eiitniiii par le ilésîr 
4*y retrancher ou d'y mettre dn lîen « an profit 
de aes prédilections sécrétée» il altérait la cor* 
reipondance et tournait à son sYantage partial* 
lier la banewe de tes ionctioos spéciales» on 
commentait à manifester la plus mauvaise opi* 
mon de loi; une disgrâce impréme le firappait 
pour un préte&te en Tair; une intrigue nounelh 
oroisaitles siennes et le renversait. 

Ainsi» la violation des lettres coniées à h 
poète» et remploi qu'on en fiûsait» tonnait an 
détriment de ceu qui en avaient introéMt ut 
on secondaient Tusage ; c'était une arme dbttt la 
ministre en place se servait pour nuire k 
qu'il voulait perdre. Louis XV fiit 
comme on l'a vu» par cette voie; et 
cesse vertueuse se vit privée des drsils qu'elle 
méritait à la confiance et à la iMenveilInnoo ém 
monarque. 

Un autre usage que M. de Choiseul» k rims» 
tation de ses prédécesseurs et successeurs» 
fiure de ce moyen odieux de tromper le roi» 
dans Tintérêt de sa propre conservation au 
nistère » pour mettre le roi en dépense de 
testations sur ce point. S*apercevail*il de quel- 
que refroidissement dans son travail avec le ni » 
le lieutenant de police Tavait-il prévenu qu'il y 
avait à la cour cl dans les petits soupers quelque 



TillfiS DES AAGHIVX^* d03 

projet de décrier son admiiâstiMaUm i ausfiitdl il 
faisait paraître M. de Sartiœaqui rendait ooiii(^ 
au roi et à madame de Pompadour de )fi Uraiir 
quiUité et de la satialaction qiû régnaient daâa 
Paris. M. de Sartines assurait surtout que ceux 
qui ayaient mis leur fortune dans les fonds 
publics n'avaient qu'une seule crainte» qu'une 
seule inquiétude , une alerte ; c'est qu'il caliràilt 
quelques luruitsde changement dans le ninistk«( 
que cela ébranlait le crédit 5 qu'on s'ein apercé- 
Tait à la Bourse, par la baisse des effets royaux^ 
et qu'il fiiudrait rassurer les gens k portefei:âUk 
par qaelquti déclaration authentique. Les mœurs 
ont gagné sur ce point ; ces sortes de lâdietés se 
fimt maintenakit tout haut , et trouvent des pu«- 
blicistes en crédit assee dévoués pour les auto*- 
riser officiellement ; ce qui explique la consom- 
mation prodigieuse de renommées que fait parmi 
nous le gouvernement représentatif. Au bout de 
quelque temps, on ne sait où en prendre. Les 
réputations d^inlégrité se fanent vingt fois plus 
vite avec cette nécessité de les compromettre 
publiquement. 

Ces manœuvres , favorables aux intrigues des 
gens de cour, ne se sont bornées ni au règne de 
Louis XV, ni au ministère du duc de Choiseul ; 
elles se sont étendues sous le règne de Louis XVI. 
L'histoire contemporaine et les annales de la 



/ 



s#4 MÉMomEs airroiiiQucs 

police tecrète ont contenré Im connaittance d'un 
irériuble complot ourdi par les docs d*At|(uillon 
•t de Richelieo. Ik a'engageaient a circonTciiir 
de meDSonges le roi et le comte de Maorepat 
que Loiiit XVI avait rappelé auprès de lui. Ils 
deraienl se serrir do secret de la poste a6n de 
se ménager les ressources des &ox rapports , à 
rimitation dn doc de Choiseul ; le chef du ca- 
iHnet noir était gagné. • Le lieutenant de police» 
disaientpib (1), n'ose parler an roi; le dief dn 
cabinet oè Ton décacJiète les lettres k h poste 
a'est arrangé pour ne porter des paqnels fn'a»» 
tant qu'il le &nt pour augmenter aes iBnnooB ot 
non pour les détruire, et pour reiranclwr les 
lettres qui pourraient Tédairer; les petites non* 
irellesy sll en est qui pourraient lui fiun con- 
naître la mérité, sont perdues au milien dftew— I- 
tttade d'antres. • 

Sur cette donnée , les deux cabalenrs fe r mé * 
rent le projet de transmettre à M. de ManNpaa 
et au roi, toutes les suf^festions, les fims rapporta 
qui leur seraient faTorakles , et de tromper ainsi 
la bonne foi de leur maître par k facilité que 
leur donnait le eahmêt ncir. 

Ce n'est donc pas sans raison qu* on a regardé 



>; CcUllM. l.rt:oir. 



TIRÉS OIS auqhitks. , ao5 

l'abus dont nous parlons comme «un. nvîiible 
à In sûreté du gouv^rnemiSDt » qne contraire 
au re^ect des secrets .^«apQCt.. si. /vivemeitt 
réclamé par les famille^ , et à la liberté cÏTile^ 
mot toujours, invoqué , m^is,qne.ron n'a pas eo- 
core intégralement défilai, , i 

La police en faisait pareillement nii grand 
usage , iteài^ jamais avec une autorité discrétron- 
naire auMilarge que 1^ iiiiiitstreé du ni , dont 
l'arbiti^in 'kbsola s'étëMdait «firectempnt lor 
radministn'tittn des postèa. . 

Ce désordre n'eut de terme, ou plutôt de 
irève, qu'à l'époque de la révolution j il ne re- 
prît faveur depuis l'organisation d'une police 
nouvelle, que sous les divers régimes qui se sont 
succédé depuis 17%i. 

Une remarque à ce sujet ; tant que , à tort ou 
à raison, le principe du pouvoir, soit absolu 
comme chez les Romains, soit tempéré comme 
chez nous , sera constitué de fait entre les mains 
de l'individu qui , dans la foule , porte sans con- 
teste le titre de chef de cette famille, quelles que 
soient les maximes de la liberté qui se répandent 
dans les esprits , elles rencontreront toujours 
une réfutation plus ou moins tardive dans les 
mœurs. Car il est à remarquer que d'habitude 
le père et le mari, fussent-ils chauds répn- 



afS Mmomis msTMiQim 

blieaim, t'arrogenl sans bçon, Tb-k-tw de 
enfiiBt et de leur femme » les droits que revendi- 
que un souverain quant à TouTerture des lettres 
e( autres menuspri viMges. Ici, les meurs tuent les 
principes, et les mœurs n'en font jamais d*attlres ; 
de telles mœurs sont évidemment attenlateîras k 
la liberté. U serait curieux de passer en reme 
dans une fidèfeuMlyse tous les germes de mo- 
narchie qtt« la révohitioa n*a nullement extirpés 
dff nos coutumes , et dwi les plus enthoMUMV 
adorateurs de la république se puéwle»! n^ 
faste au sein de leur propre méninge, sans se 
douter qu^b outragent grossièrement la logiquet 
sans s*aTouer le moins du monde qu*illi ne pen-^ 
Tent revendiquer honnêtement à tenr profit eo 
qtills flétrinent du nom de liche ahui OÉlire Ito 
mains des gouvernemens. S'il n'y a qu*mie lo» 
gique, il ne peut y avoir qu'une bmmIs. Cim- 
ment ce qui est légitime et sacré dans le 
nement du ménage , deviendrait-il donc ii 
et sacrilège dans le ménage du go uvernem ent t 
Le verbiage est la seule manière d'éqnrvoqntr ii 
de disputer lA-desius , mais passons ; noos nV 
vons pas 3i faire le procès de la famille. 

La première marque d'improbation quedoni 
rassemblée constituante de la violation du 
cret des lettres et des correspondances particn* 
Itères,' fut à Toccasion d'un fomil^ 



rmih Dti ARflRrru. zc^ 

«fAn^MKmc.'Ce comité s'était permis d'omrir 
lal«tir&4'un abbé de Blîgnitres et d'un marquis 
de Bandin , que l'on soupronnait de malveil- 
lance. L'assenibtéc se prononça liautcinent con- 
tK cette Tiolalion des correspondances particu- 
lières; eHe décréta plus tard, c'est-à-dire au 
40 »aûl i790, que le secret des lettres serait res- 
pecté ; ^e soumît à des peines rigoureuses ceux 
qaî les otirraicnt; ce décret fut rendu à l'occa- 
^D die' Fouverture de paquets adressés , l'un 11 
llotendnt général des postes , les autres au mi- 
mstère des affaires étrangères et à celui de I.i 
COUP de Madrid, pour la municipalité de Saint- 
Anftib. L'assemblée improuva celte conduite, 
el dédtra de nouveau que le secret des lettres' 
étsèt în\ïolable, il ne pouvait sous aucun prê-' 
texte y être porté atteinte , ni par les individus, 
BÎ par les corps constitués. La loi peut déclarer 
tont ce qu'elle ■vent , l'bomme n'en vent prfs 
moins tout ce qu'il pentj les déclarations d'in- 
violabilité ne sont tout au plus que des cris dV 
larmes ; il faut trembler pour les choses que l'ott 
déclare inviolables par un décret. 

Le 26 août 1790, elle ordonna encore qO«f 
les commissaires des postes et les administra- 
teurs prcleraient serment de garder et observer 
fidèlement la foi due au secret des lettres, et 



UO$ HSMOmii BliTORIQUES 

déiionGenît aux tribunaux toutes les contraven* 
lions qui Tiendraient à leur connaissance , et que 
les employés des postes prcleraient le sermrnt 
devant les juges ordinaires des lieux. 

Quand la législation en est réduite a prescrire 
des sermens, elle montre â nu son impuissance. 
Un coquin prête tous les sermens que Ton veut, 
an honnête homme va droit son chemin sana 
cela. Les caractères sont plus puissans que les 
fomalités, et les formalités n*abuseat que les 
imbéciles; identifiez les intérêts» le secret social 
est tout entier dans ces trois mots. 

Le 91 juin 1791 , époque de ariao » momoni 
de fermentation et d'inquiétude » où le roi et la 
fiimille royale avaient furtivement quitté la capi* 
taie » l'assemblée ne tint pas moins an prinâfo 
de llnviolabilité des correspondances. Comaae 
ekle avait ordonné que le ministre do rialérioiir 
expédierait des courriers dans tous les départe* 
meus, avec ordre aux fonctionnaires publics» 
gardes nationales et troupes de ligne , d'arrélert 
on faire arrêter toute personne sortant dm 
royaume, et d'empêcher toute sortie d*efela« 
armes, munitions, espèces d'or et d*argeot, etc., 
les autorités locales abusaient de ce décret et 
portaient atteinte à l'inviolabilité des lettres; 
rassemblée rendit, le 20 juillet , un décret pour 



TIRÉS DES ARCHIVES. «2Ô^ 

<r enjoindre aux corps administratifs desurveillier 
reiéootion du décret du 10 août 1790, concer-^ 
nant le secret et l'inviolabilité deslettres^ > L'as^ 
semblée Qe voulait suspendre que Tinviolabillté 
des individus ; de plus, elle confiait aux coupables 
le soin d^aVoir la main à l'exécution des loi^i 
c'était Finconséquençe dans l'impuissance. Le, 
même jour, 21 juin 1791 , sur la connaissance 
donnée a rassemblée d'un arrêté du déptfrtfs-^ 
ment de Paris , qui avait ordonné que la dtqpr»^ 
bution des lettres serait provisoirement wMpeli^ 
dite , l'assemblée décréta que le service de la 
poste aox lettres ne souffrirait aucune interaipv 
t,îon. Jamais le principe du respect des ^as n«4 
fut si méprisé que lorsque les gens portèrent jn^' 
qu'au ciel le respect des principes. Ici le renver* 
sèment des mots marchait avec le renversement 
des choses. 

Cettelégislation éprouva, sous laConvention, un 
changement qu'il faut faire connaître. Le 9 mai 
1793, on rendit un décret relatif aux lettres char^- 
gèes ou non chargées à V adresse des émigrés; celte 
assemblée ordonna « qu'il serait procédé de 
suite, k l'hôtel communal, à Touverture de toutes 
les lettres et paquets, en présence du conseil géiié- 
ral de la commune, qu'il en serait dressé procès- 
verbal, ainsi que de ce qu'ils pourraient con- 

III. 14 



210 MKMOIRtS intTORlQUrS 

tenir de rebtif au talut de h répobliqiie , et des 
objets de taleur réelle qu*ils pourraient eontenîr. a 
L*époque aenle d*un pareil décret , et Tantorité 
à laquelle Teiécution en fut confiée , seraient 
dea ténoignaget suffisant contre la doetrine 
qaon y professe ; en effet , poutaît^elle awoir en 
sa fawenr d'antres motifs que cen des cireon- 
stances à Vépoque oit le décret bt nndn? fia 
bonne politique , la nécessité sert d'ticnsa b lont 
lo ponde ; mais cela ne peut paaaer dbtos If elpfil 
de poraonno pour une base fixe. 

Le Directoire exécutif crat ce p ani irtf b j iirrtè 
y retenir dans un temps oii Ton /jr «BMll li 
moim attendu. Il s'appuyait sur un pafignpho étf 
Co^e du 5 brumaire , du iéii$0têê$pmm$. ApiCt 
a^oir parlé des crimes de la Tiolation été iMrtf 
oa afté e s à h poste, et prononcé des peinos coMNf 
ceux qui s'en rendraient coupables, TaMMé 689 
do ce Code, ajoute : « Il n'est porté par lo fré- 
sent article aucune atteinte à la surfeilhaeo ^jÊê 
le goturemement peut exercer sur les loMMtf 
Tenant des pays étrangers ou destiViéeÉ ponr ctÊ 
mêmes pays. » Mettre le dol en regard dk pvfal« 
cipe, et légitimer la Tiolation du droit pfr Fuit*» 
cation d'une pénalité rigoureuse en sa fr^eurp 
c'était un chef-d*cuTre d'impertinence tégislalhrt. 
Mab le moyen de tuer la règle par Peicepllda 



Tïhis DES AAcmvcs. àti 

ifitt&t piÈ neuf dàtis ririsfolre deé ettip'i^êi ïïèlt 
républiques. 

En conséquence de cette di^oaiitidh, lé D&étv 
tèire eiéctttif prit rarieté du 41 floréât aii 4, psé- 
tant: « que, dahâ chaque bui'eàir Ht ^'ôétë, it 
rcicétJlîôn dePâHs, lé coriîMîssàîré drfïlirèctW^ 
exécutif prè^ ratfi^iriistràtiôù Miitiicipiàëià^iM 
fixés des bureaux de poste, ouvrira iàiîbèiiék lët^ 
n'es Vëriftitdlësi^sî^é et (TltaTlé , et t(iMg^ éSMes 

qùî imà tittisës i\iiàiû bureau^ p6wm 

nifiméipîifsi ^ifé di i^^tffi^if^é rétîeÀar^^l/dté^ 

m Mm àotéàièi^ à des ^èirës aiiimà &w f 

àèi êHAètèé, et celles écHleé ]|>26r éii^l: quéfo ^^ët 
stiiëhi tés objea , et toute^ ^utrèy fettféèf Mi 
potii^îfieni! indique^ âèé relàtionè cùnîMéëàVîé 
^iilnéktë de lai^pùblïqué. » 

En fait , il y a toujours un moméiit décisif soiià 
les gouvernemens, quels qu'ils soient, oîi la con- 
science les avertit de tout se permettre pour leuiJ 
propre durée; c'est celui où ils s'avouent qu'ils 
n'ont aucune base ferme; et l'histoire nous dit 
assez qu'ils ont tour à tour et tous passé par-la. 
IVf ais, quels que fussent les motifs du Directoire,^ 
les deux conseils désapprouvèrent hauterhenlsbÀ' 
arrêté; et, comme il s'appuyait, pour se défendre 
contre le reproche d'illégalité flagrante, sur le 
paragraphe du Code cité plus haut, ils portèrent 



U\À MMiDlhfS IIISTOilKM'Fii 

une loi qui abrogea ce paragraphe cl frappa ainsi 
dîllégalilé l'arrêlé du Directoire (1). 

Les directeurs n*cii continui^rcnt pas nioin«, 
mais avec plus de mciiagemenl, de frire arrêter 
et ouvrir les lettres, aux termes de leur arrête. 
Si ce ne fut pas légal » ce fut plus commode. La 
convenance l'emporta sur le principe, ei c*esl 
son habitude. 

Bonaparte qui succéda au Directoire ne chao- 
gea rien a cette inqu'isition ; il la perfectionna , 
rétendit et en fit de ses moyens de gouverne- 
ment. Il est intéressant de l'entendre loi-aiêaae 
s'expliquer sur cet usage qu'il paraissait ne pas en- 
tièrement approuver, quoiqu'il le conservât tout 
le temps de son règne. La reconnaissance qn'one 
chose est honnête suffit a beaucoup de gens qni 
le proclament et qui s*en dispensent: moyeafrctle 
de tuer les criailleries et d'en agir tranqnilieaieiit 
à leur tête. 

Voici les paroles de Napoléon : « Quant a« 
secret des lettres sous mon gouvernement , quoi 
qu'on en ait dit dans le public « ou en lisait très 
peu a la poste ; celles qu'on rendait aux partial» 
tiers ouvertes ou cachetées n'avaient pas été li 



(i) Bapport bit par le dt'*pitté Riinli«tt<f sn CootHI «let 
GeoU, ftéitire Hu 16 inrMiiIor an 5. 



TIRÉS DES ARCHIVES. âl3 

la plupart du temps; jamais on n'en eût fini (f)i 
Ce moyen était employé bien plus pour préve- 
nir les correspondances dangereuses que pout 
les découvrir. Les lettres réellement lues n'en 
conservaient aucune trace ; les précautions 
étaient des plus complètes. Il existait depHJlii 
Louis XIV un bureau de police politique pour d^ 
couvrir les relations aveN| l'étranger. Depuis cq 
souverain, continue Napoléoq, les mêmes £i<^ 
milles en étaient demeurées en possession } 1^ 
individus et leurs fonctions étaient inconnues» 
c'était un véritable emploi. Leur éducation s'éts|i^ 
achevée à grands frais dans les diverses capiU^|f|f 
de l'Europe; ils avaient leur morale particulier^ 
et se prêtaient avec répugnance k l'examen dra 
lettres de l'intérieur ; c'étaient pourtant eux cpii 
l'exerçaient. Dès que quelqu'un se trouvait cou- 
ché sur la liste de cette importante surveillance, 
ses armes, son cachet étaient aussitôt gravés par 
le bureau, si bien que ses lettres, après avoir été 
lues, parvenaient néanmoins intactes et sans au- 
cun indice de soupçon à leur adresse. Ces circon- 
stances, malgré les graves inconvéniens qu'elles 
pouvaient produire , faisaient la principale im-- 



(i) Pourquoi prendre la peine de les décatheler alors? 

J. l*EUC»ET. 



ai 4 mémoiuks ajsTORiQtBs 

portance du directeur général des pattes , d 
commandaient dans sa personne beaucoup de 
prudence , de sagesse et de sagacité. • 

M. de Las Cases , qui rapporte ce discours de 
Bonaparte (1 ) , ajoute que Tempereur lui a plu* 
sieurs fois dit qu'il n'était pas partisan de eet 
mesures; et, quant aux lumières diploraatiqnci 
qu'elles pouvaient procurer, il ne pensait pas 
qu'elles pussent répondre aux dépenses qu'ellei 
occasionaient : ce bureau coAtait 000,000 tr. Et 
quant k la surreillance exercée sur les lettres des 
citoyens , il croyait , lui Napoléon , qu'efles pou- 
Talent causer plus de mal que de bien. « Rare- 
« ment, disait*il, les conspirations se liwtent par 
« cette Toie ; et, quant aux opinions indiriduelles, 
« obtenues par la correspondance épistotaire, 
« elles peuvent derenir plus funestes quVitfles 
« au prince , surtout avec notre caractère. De 
9 quoi ne nous plaignons- nous pas, arec notre 
« expansion et notre mobilité nationales ? Tel 
« que j'aurai maltraité k mon lever écrira , dans 
9 le jour, que je suis un tyran ; il m'aura comblé 
« de louanges la vrille, rX le lendemain, peut- 
« ^trc, il sera pn^t a donner sa vie pour moi. 



V- •.*nttnt V Art n\ Il .'« ttr . I. 1. 



TIRÉS D^ ARC{i|¥B|. 2ïS 

f La Ti9lation du secret ^s Uu^e» f concliiiiiik 
« l'empereur I peut donc f^irt p^dre au pnndtt 
ir ses meilleurs amis , en lui inspirant à tor|^ 
ff de la inéfiance et des préventions, d'autant 
tf plus que les ennemis, capables d'être dangB"« 
« renz, sont toujours assez rusés. pour ne a'txr, 
M poser à aucun danger. Il est tels de mes mini»* 
« très dont je n'ai jamais pu Surprendre une 
ir lettre. » Et ces ministres', aurait-il pu ajouter^ 
étident Talleyrand et Fouché. 

Qn a fPfilu distinguer dans la violatioa des 
cprre^pepdances épistolaires celles ipil neqaîenî 
de Ji'ét^nger ou y allaient ^ de celles qui ont lieu> 
dans Vintérieur. On a prétendu qu'autant ia tîo* 
la^p était coupable et abusive dans oM dev«« 
nîj^s , autant elle avait d'ulililé et de motifc ijb 
tolérance dans les premières. Mais , en appro*»- 
fondissant la question, ne irouve-t-on pas que 
les inconvéniens attachés aux unes se présen- 
tent également dans les autres ? 

Ce point de haute police , comme on l'ap- 
pelle, a été Tobjet d'un débat long, violent et 
inutile (comme tant d'autres débats) , à la Cham- 
bre des Députés, dans la session de 1828. On 
s'y est beaucoup plaint de la spoliation d'eflFets 
de commerce soustraits dans des lettres mises 
h la poste. On prenait ainsi la nation commer- 



ai6 acMoiHES historkiles 

çanle el électorale par ton faible ; U qoetlioii 
d'honneur se posait mieux sur la question d'ar- 
gent; mais c'était la moindre des accusations 
que Ton pût faire contre celte administration. 
Car, enfin, mille causes, mille infidélités étran- 
gères a la poste , avaient pu occasioner la sous- 
traction de ces Taleurs. De véritables soustrac- 
tions ont cependant été reconnues et leurs au- 
teurs mis en jugement et condamnés. Quant ans 
plaintes contre la violation en ellenaiême , dlos 
ont fait peut-être moins d'impression que celles 
de U perte des effets de commerce : tant ce qnt 
tient k l'argent l'emporte natnrellemeni snr tint 
le reste I On a parlé du cabinêi noîr, oii les lettres 
étaient décachetées. Ce cabinet , trop réel , a été 
supprimé ; mais qui assurera qu'on n*y a pas sub- 
stitué un eabmêt clair ? Au reste , f onMi des 
principes d'administration a été poussé, dans 
cette discussion, jusqu'il demander qu'on fit des 
postes une entreprise commerciale et particn* 
lière. C'était demander, sans plus, qu'on aalt 
entre les mains des uns l'abus qui se trouTail 
entre les mains des autres. La question n'y 
gagnait rien ; on aurait déplacé la subversion , 
voilà tout. 

Sans s'attacher aux détails de ces discussions, 
notons seulement qu'il en résulte qu'un fait de 



TIRES DES ARCBIYES. 21'J 

guerre existe dans les entrailles de la société 
moderne entre les gouvernans et les gouver- 
nés, sous quelque régime que ce soit; que, par 
suite, le pouvoir en titre ne se fait jamais faute 
de maximes honnêtes et d'actions détestables^ 
toujours simultanément; et que les révolutions, 
en déplaçant les hommes, ne mettent pas au 
néant, par leurs réformes, toujours moins ra- 
dicales qu'on le pense durant la chaleur d'an 
premier enthousiasme , ce venin secret et ron-» 
geur dont il est dit, avec tant de tristesse, par 
Montesquieu, que la civilisation est attaquée. 



^C.o 



CHAPimp L 



QwtBlyiti de fiiu relatifi k b poHee a^rnil tC 4i^ li wèm» 

IvUcm. 



Sous ce litre assez vague , je réunis dans un 
ordre h peu près chronologique des événeroens, 
lies faib, des acles « qui laraclcriscnt les tcmp» y 



TIRÉS DES ÀRGHiySS. AIO 

les opinion^ et fes personnes dans leur rapport 
avec l'^idmmistration et Ifi surveillance de la por 
lice: c'est une sorte de halte à travers des élé-* 
mens plus sérieux , une clironiaue rapide ^1 fri- 
yple. Le bien , le mal , je dirai tout ^ saiu» colèiff^ 
sans iréticence. 

Je -•■iia.n.i, cherché. «Io«u,i.rp.„«„., 
à présent^ les choses avec humeur çt sous un 
jour sombre ; loin de là, j'espère , en me If^ssant 
aller firanchepaent a mes impressions , ^mençf 
les lecteurs eux-mêmes à plus dq tolérance , et 
leur apprendre \ réfléchir sur leur propre vie. 
On cesse d'être sévère en jugeant des autres par 
soi-même. A l'échelon près, Thomme se ressem- 
ble partout} et, quand sa prévoyance ne com- 
mande pas aux événemens, ce qu'il y met de sa 
volonté me semble peu de chose. 

Parmi les faits et les événemens consignés ici, 
on en trouve plusieurs d'un faible intérêt sans 
doute , mais beaucoup aussi se rapportent a des 
circonstances ou à des personnages remarqua- 
bles , que je présente en déshabillé. Beaucoup 
d'autres que nous , plus romanciers qu'historiens, 
en ont fuit des hommes conformes de tous points 
a leurs principes d'apparat , taillés en bloc dans 
leur manière de dire, esclaves nés des moindres 
paroles dont ils faisaient un si magnifique éla- 
lajçc. Sous celte apparence, cepcmlant, ils se 



V 



320 MÉMOIABS HUTOIUQUES 

sont Irouvés fort souvent ao niveau do vulgaire , 
hommes dans toule la force du mot j faibles , in* 
grats , hostiles^ suivant Toccasion , mais en sau* 
Tant leur renommée. Celte publicité, aujoor- 
dliui qulbsoni morts , appartient a lliisloire du 
cœur humain et ne peut les atteindre ; nne leçon 
en résultera pour ceui qui tiennent leur place 
ou jouent le même rôle. C'est que la vie privée 
est Tétemel démenti de la vie publique , et qM 
les mots ont été , jusqu'à présent , les plus 
tèk ennemis des choses. 



CHRONIQUE MODERNE. 



GstmImI tm S (aart 1797). 

Un jeune écriTsin d'un caractère intrépide ^ 
Jardin , qui rédigea depuis le Cawrrûr réf m Ut 
eaim, et qui , en Tan 5, rédigeait la Ckrmtiquê éê 
Parié ^ fut, au mois de germinal de la même as* 
née (1 797) , l'objet d'une vive attaque de la part 
de la police. Son dénonciateur fut le général An* 
gereau , nommé duc de Dantzick par la suite, et 
que Bonaparte, duii» ses «uiilidcnce» de Sainte- 



TIRES DES ARCHIVES. 33^ 

Hélène, accuse d'inconséqDence, sinon de trahi- 
son , à l'occasion des dernières campagnes oîi 
li'engloutil la fortune de l'empire. 

L'article qui fut l'objet de la dénonciation 
d'Augereau offre sans doute des exagérations de 
plos d'nn genre; c'était le caractère et la manie 
du temps* le courage devenait une fonction ci- 
viqDe; mais l'on n'y reconnaît pas moins la sil- 
bouette énergique du caractère de celui qui , 
pendant quinze ans , tint la France et l'Europe 
sous sa domination. Ily a mieux qu'un horoscope 
dans ce pampblet; c'était peut-être le procès, 
mais c'était aussi la révélation d'un caractère. 
Prédire estune science plus facile qu'on ne le croit. ' 
Bonaparte n'était encore que général del'armée 
dltalie ; la lettre d'Augereau au Directoire est du 
4 germinal an 5(24 mar8l797). Par conséquent 
antérieure au 18 fructidor de la même année. 

De pareils faits doivent trouver place dans la 
chronique de !a police , puisque c'est à son in- 
tervention que l'on recourut pour venger le grand 
homme outragé; ils doivent figurer dans l'his- 
toire du temps, puisqu'ils se rapportent à des 
personnages qui jouaient alors un grand rôle. 

Voici donc ce qui excita le zèle d'Augereau et 
lui fit prendre la plume en faveur du général 
sous les ordres de qui il servait. 



222 MTMOniC.^ RiSTORIQCrS 



Réfifxion» tmr BimapmrU (1;. 

• L'cipéricncc des temps passés dëmootre le 
danger qu'il y a, pour les républiques, a sonflirir 
que les ciloyeiis qui commandenl les années , 
ou qui occupent les premières fooctions de Té- 
tât, se mettent trop au-dessus des loia; c'est ce 
danger qui fait qu*on ne saurait déa^preuver b 
maiime constante des états répubUcaina, qei lea 
porte a l'ingratitude envers les bonmes qui ont 
rendu les plus tmportans senricas. Uaaagislrat 
ou un général ont été jetés par le hasard dme 
des circonstances épineuses eu le saint poUic 
était compromis, soit au-dedans ^ soîk ^dekose^ 
l'un a rétabli les choses dans lenr aasietta par 
des mesures de gouvernement prudentes et vi- 
goureuses, l'autre par sa vaillance; tona dens, 
déjà au-dessus de la foule, cherchent a angmett» 
ter leur réputation par des actions d*édal qpâ 
frappent la multitude, la séduisent et ren-- 
traînent. Um se font des partisans , ik ont d^ 
acquis du crédit par les voies publiques, en §ih 
gnant des batailles, prenant des places, don- 
nant des conseils sages et suivis d'un heuiens 



(i) Cet reflet iouA cuicnl iiiAércts dan^ d^ numcrot de k 
nique de Pmrts , 4 b date du 3 gvrtnioal an '^ i3 mars 179;% 



siiccfc* , pour la conduite de l'élal ; ils en acquiè- 
rent encore par des voies parriculitrCs; ils fohi 
du bien aux uns , défendent les autres des pour- 
suites exercées contre eux , aident ceux-ci de 
leur argent, font,, par leur crédit, parvenir 
ceni-là aux charges , et gagnent ainsi Un grand 
nombre de créatures toujours prêles, commelei 
cliens des patriciens à Rome , à les suivre Sur ta 
place publique , ïi se dévouer poiir eux , éi a pré- 
fëref* la ruine de la patrie à la leur. Un crédit 
acquis par de semblables voies est très pernî- 
ciètit. Comment en prévenir les suites? Je n'en 
sais rienj ceci est l'affaire des gouvernemens, 
qnî, placés plus favorablement pour juger Tes 
choses , connaissent aussi mieux tes remèdes et 
peuvent les appliquer. Tout ce que je sais, et 
qu'il est permis de dire, c'est qu'il vaut mieux 
chagriner un personnage important , lé dégbûtéî' 
par des chicanes, des persécution^ , que d'avoîf 
à craindre, en le laissant en repos, son ambi- 
tion , lorsqu'elle peut devenir dangereuse, qu'il 
n'écoute qu'elle et lui suboMonne tout. 

N Si les hommes dont je viens de faire le por- 
trait peuvent déjà mettre la liberté en péril, à 
quels plus grands périls encore est-elle exposée, 
lorsqu'à la lête des armées, un homme qui exerce 
les pouvoirs absolus d'un dictateur, se moqué 
des lois , brave l'autorité ii laqiieHe il cfoit être' 



2I2/| MEMOIRES lUSTORlQUES 

soumis, ne reconnaît aucun frein, et satîafait , 
sans opposition et sans danger, les plus sanglans 
caprices?... Je. parle de Bonaparte, qui, non seu- 
lement est un citoyen dangereux, mais encore 
un tyran cruel ; je laisse l'homme féroce pour 
ne m*occuper que de Thomme dangereux. 11 ne 
pourra plus rien du moment qu*îl ne sera plus 
rien, et le seul devoir que jaie maintenant a 
remplir, est de dire connaître les Tuea politiques 
de ce soldat audacieux , qui réunit la vanité d*nn 
enfant a Tatrocité d*un démon. Je prends mon 
texte dans une lettre d'un défenseur de la patrie, 
blessé a l'armée d'Italie et retiré du aerrice. 
Cette lettre contient des faits inoois , des récits 
de crimes atroces, dont auraS frémi Néron , et 
que Suétone ou Tacite n'eussent pu loi imputer 
sans £tre accusés de mensonge ; mab, je le ré- 
pète, je laisse lii les faits, quelque horribles 
qu'ils soient , pour ne révéler que les vues cri- 
minelles. 

m Certes , on ne peut refuser des talons à Bo- 
naparte ; ses succès parlent pour lui , ses vic- 
toires sont trop récentes et trop utiles pour qu'on 
y cherche des causes extraordinaires j il combat 
comme Alexandre et négocie comme Philippe • 
mais il est citoyen a la manii.-rc de César : c'est à 
la manière de César qu'il aime l'égalité, et c'est 
avec tout le méprisqu'avaitCésar pour le sénat dv 



TIRÉS DtS AUCHIVÉS. âtsS 

Rome, que Bonaparte parle du gouvernement 
actuel de la France ; c'est Gustave au milieu des 
combats ; mais , comme Gustave , il vent un trôné 
pour s'y placer lui-même et une couronne pour 
en orner sa tête; les satrapes du grand roi 
eurent moins d'insolence dans Texercice de leur 
pouvoir que n'en montre Bonaparte. '\\ 

« Bonaparte a un plan , et la place qu'il oc- 
cupe n'est pour lui qu'un des moyens dé l'exé- 
cuter. » 

Ici , l'auteur attribue à Bonaparte le projet ^e 
former une république fédérative des divers états 
d'Italie dont il se ferai tj>ro/^c(^ur, et d'établir le 
siège de son gouvernement en Corsé. Il était |>bt- 
sibte que Bonaparte en eût la pensée , il était 
impossible que cette prédiction ne la lui donnât 
pas. Un accusateur est souvent un inspirateur. 
Jardin ajoute : 

*< C'est au Directoire a examiner tout ceci. On 
a du lui faire passer, et surtout à Rewbel , de 
plus amples détails ; qu'il songe h la hauteur avec 
laquelle il est traité par Bonaparte , à l'insolence 
avec laquelle celui-ci s'est conduit et expliqué^u 
milieu de son armée au sujet de rafflûre des tré- 
soriers; qu'il pèse toutes les circonstances de son 
commandement et de ses actions , et s'il le juge 
un républicain , il faut convenir que la républi- 
que est une étrange chose. » 

in. ir» 



aati MÉMOIRES IIISTOmQUtS 

Ces accusations devenaient plus que suflbantce 
peur fournir le sujet d'une dénonciatioo et de- 
mander la punition de l'auteur qui se les était 
permises. Augcreau en prit l'inîtiatite ; il adressa 
donc au Directoire une longue lettre , oii , tout 
ef) faisant l'apologie du grand homme qqe les 
circonstances favorables portaient à la glQure, il 
demandait au Directoire la punition eiemplaire 
de Taudacieux journaliste. L'attaqiie atait toiiclié 
le point sensible. Voici cette lettre , on du qmîns 
une copie certi6ée par le ministre ^ k police» 
M. Cocbon de l'Apparent. 



L$ féiéroi de èwitiim, Àugêrêâu^ 

poêotu le Dirêciùiff, 

« Ptrli, le 4 fermioal fto S It ^ 



« Citoyens directeors, 

« Organe de Tarmée d'Italie anprès de n 
pour vous transmettre ses sentimens et les tre« 
phées de ses victoires, je m'honore de cooserrer 
ctf titre, pour âtre auprès d'elle l'interprète des 
témoignages sincères de votre reconnaissance et 
de votre satisfaction. Ma mUsion n'est donc pae 
terminée; aussi m'oblige-t*elle de tous témoi* 
gner l'indignation qui doit pénétrer tout cilojent 



TIRÉS DES ARCHIVES. 22<^ 

ami de son pays , jaloux de «on honneur él dé 
celui de «es braves frères d'armes, à la leeltMre 
du journal intitulé ChronMpM de Paris ^ n^ S, du 
3 germinal. 

« Ennemi de la flatterie , je méprise les adu- 
lateur»; ami de la justice et de la vérité, je ittt 
fais une loi de défendre les absens et de lés vengeé 
de la calomnie. La soumission ^Mt Xoki doit êttré 
le devoir de tout citoyen; je viens vous en donner 
une preuve éclats^nte , en vous dénonçant V^u- 
teur de ce journal. ; 

« Les réflexions sur le général Bonaparte, qu'il 
a Vaudacede traiter de tyran emel, de dictateur, 
d'Miaime ambitieux, de conspirateur, ta tsrcliie fai- 
fiunante imprimée sur les généraux qu'il astocie 
a ses projets ambitieux , enfin les comparaisons 
révoltantes qu'il aTimpudence de faire , tant du 
général en chef que des militaires a ses ordres, 
tout cela, citoyens directeurs, a excité en moi, 
et dans le cœur des ofliciers qui m'ont accom- 
pagné, rindignation la plus profonde. Si le 
mépris pouvait quelque chose sur les âmes viles, 
ce serait la seule arme dont notre honneur se 
servirait pour venger une pareille injure; nous 
déclarons que nous sommes au-dessus de la ca- 
lomnie , et ce sentiment de nous-mêmes nous 
yenge assez ; mais les suites funestes qui pour- 



*J'À& MKMOinrS HHTOmoLTS 

raient suivre du silence et de rioiponité d*une 
conduite aussi contraire à Tordre qu'à la pro- 
priété du premier bien d*ua militaire , Thonneurt 
auraient de quoi alarmer tous les citoyens. 

9 C'est donc a tous , premiers magistrats du 
peuple , à qui il appartient de Tonfer par les 
lois ceux des citoyens envers lesqneb on en- 
freint » tans honte » celles de Tordre aodal. 

« Comment le rédacteor de ce journal oee-l^il 
autoriser ses réfleiions Timlentes , de Tanihen- 
ticité d'une lettre écrite par an militaire blessé 
a l'armée et retiré ? 

c Citoyens directeurs » il y a wie loi qm rend 
les journalistes responsables de tonl ce ^Mb 
impriment. Cette lettre doit ensler mm origÎBal 
dans le portefeuifle du rédacteur. Je irow prie 
de la faire saisir, afin d'en connattn Tanlemr, ei 
d'établir entre la lettre et les réflexiotts • le jn» 
gement qu'il importe a l'honneur dn géttéral et 
de Tarmée d'Italie. Salut et respect. 

« Signé AcGsasAO. • 

Le ministre de la police , quoique très gnad 
partisan de la constitution de Tan 3 el ds IK* 
rectoire, n'avait point la même affection poar 
Augereau; disons-le nettement, il ne raimaii 
pas f il ne s*eii empressa pas moins de faire ce 



TIRES DES ARCHITES. Û^Q 

que sa position personnelle lui prescrivait pour 
répondre auMésir du général, arrêter et lancer 
ses émissaires a la piste de Jardin , qui pourtant 
parvint à se soustraire à l'incarcération. Le jour^' 
nal fut supprimé ; mais les événemens qu^il avait 
pressentis né le furent pas. Le ministre écrivit au 
bureau central pour lui recommander la inesarer 
proposée. 

Le ministre de la police générale au bureau central 

du canton de Paris. 

n 8 germinal an 5. 

« Je vous tranmels , citoyen, copie de la lettre 
qu'a écrite le général Âugereau au Directoire, 
et je joins le journal qui Ta si justement indigné. 
Je ne doute pas que vous ne vous empressiez 
de mander le citoyen Jardin , rédacteur de 
cette feuille , afin qu'il dépose en vos mains l'o- 
riginal de la lettre où il prétend avoir puisé ses 
réflexions virulentes contre le généralBonaparte. 
Vous voudrez bien me rendre con)ptc , sans dé- 
lai , de vos diligences et des mesures que vous 
aurez prises pour venger l'honneur d'un héros 
dont la gloire est la propriété de tous les vrais 

Français. 

« 

i( Signé Cochon. » 



aSo MUIOlâBi HltTOAlQlllS 

If étail-il pas curie ox de tmt p«oir t ao nem 
des lois, celui qui démonlnat afec fisrce ipi'eUee 
étaient en péril , et de le iroir pnair par Tin- 
fluence de llioaime onâme qui p plus tard » devait 
étouffer ces constitutions éphémères mm verUi des 
pleins pouvoirs que lui décernerait Tantlien* 
siasme national ? Les puissans de ce moud* ne 
pardonnent pas à ceux qui les derinent » M il n'y 
a pourtant que ceux qui les donnent bien qui 
soient légitimement capables de les compren- 
dre , de les aider et de les soutenir. 






WHaÊàkn «i S (—te ■Ni ijee)* 



A toutes les époques signalées par dasdmo» 
geoiens dans le personnel politiqoe » sesda éfém^ 
mens réeb de l'histoire de nos deraieiH Ocles t 
où les réformes » dont on parle beaoeonp trop t 
sont faites , sans plus , dans le ▼ocabnlaire dn 
jour et dans les couleurs du drapeau , on remar» 
que dans l'autorité de fait du moment an em- 
pressement caracléristique à connaître et à diri- 
ger l'opinion pubii(|iic. C'est au théâtre surtout 
vi dans lc5 lieux de gran(l«:!> réunions c|tie ccttr 



TIR^ DES Aft^ÉIVÈ^. * 2%i 

aiîtdrité cherche à è'éclaitër Mir ce i)tié Ton jpéUiè 
d'elle , soit par les applaudisseitieiié dtftifles K 
certaines pièces , soit par ItÉ discours tenus dans 
les fojérs et dans les coulisses sur sës*pirincipes 
et ses actions. Les manifestations publiques m 
font surtout avec une grande variété de (birttlës 
dans les auditoires des théâtres. Là , l'opinion 
dominante étale ses préférences et rient proYë^ 
quer ses adversaires ; c'est nn fôyér de càbi4«r^ 
où les mille et une cabales , si divergentes qu'èlhfl 
soient I trouvent par cela même a se naluralLler. 

Après le dia>-huU brumaire » qui réunit touW la 
puissance dans les mains de Napoléon » la pplkai 
héritière des soupçons de l'ancien tépxrie eC ^ 
ses coutumes, exerça sa vieille sagacité a cet 
égard , elle s'attacha a savoir ce qu'on pouvait 
dire ou faire dans les spectacles de contraire ou 
favorable a ce que Ton appelait sérieusement un 
nouvel ordre de choses. On conçoit que, de la 
part du pouvoir, l'empressement mis a s'éclairer 
sur ces sortes de démonstrations vient beaucoup 
jdIus du désir de les savoir pour s'en lâcher, que 
de Venvie de s'en instruire pour s'y conformer. 
Les ouvrages dramatiques offraient, dans ce cas, 
le sujet d'un examen dont on pouvait lirer des 
conséquences , quelquefois pour en permettre la 
représentation , le plus souvent pour l'interdire , 



25 a llilK>IIIE5 

•lugrint les vues plus oo moins larges des nou- 
TeaQz pouToirs. 

On siil le mol d'un apprenti censear de ces 
temps de liberté sur une pièce très inoflensive : 
« U n'y a pas d'inconvénîens h la permettret écri- 
ynt4i en marge du manuscrit; mais il y en a en* 
core moins à ne pas la permettre ! • Et, sur cette 
décision cavalière, le manoscrit fnt biflii. L'n 
trail d'esprit fait passer bien des sottises; ccHari 
passa et fit rire. 

Les rapports de la police d'alon présenlonl 
donc plus d'un intérêt ; on en pourra juger par 
cehii que je Tais transcrire tel qu'il fut rembdans 
le temps au premier consul ; c'est le h ureu u 
tral qui parle. 



Jlappon iur U$ am^raga drawmiiquês dmmmâ Km é 
des êUuiùmê poKftfuti ou de rti^tsn. 



• 6 IHamlre m S (97 non «An tTSSÎ* 

tr L'heureuse révolution que le 18 brumaire a 
opérée dans les esprits a élé très sensible sur 
tous les points et dans toules les parties de la 
société de cette commune ; mais on a pu mieux 
l'apprécier encore au théâtre , où se rassemble 
un plus grand nombre de citoyens. Là, dès 
les premiers jours, une joie pure et vraiment pa« 



TIRÉS DES ARGHinS. ^33 

triotique s'est manifestée ; les airs civiques étaient 
aqpplaudis, redemandés; des couplets impro-^ 
visés d'enthousiasme reçurent l'accueil le plus 
flatteur. 

ff Mais (1) de vieux amis du trône tentèrent 
aussitôt de réagir. Us essayèrent d'abord de faire 
croire que le 18 brumaire n'était qu'une prépa- 
ration au régime de 1791 , et bientôt ils cher- 
chèrent à faire germer quelques espérances pdttîr 
celui de 1788. 

ff II avait déjà paru quelques pièces de circon- 
stance au moment où les royalistes cherchaient 
ainsi à donner le change sur la nature et le but* 
des derniers changemens dans les premières au* 
torités. 

u Ce qui , dans les premiers instans, avait été 
applaudi par admiration pour le général Bona- 
parte , par reconnaissance pour des magistrats , 
par amour de la paix , le fut ensuite en haine de 
l'ancienne terreur. On réveilla par des applica- 
tions toutes les animosités entre ceux qu'on a 
tant de fois poursuivis sous les noms de terroristes, 
jacobins et révolutionnaires. Ces mots de haine se 
fussent même prononcés h la scène , si on ne les 



(i) Les auditoires se suivent, et uc ^e resscmbicul pus. 

{Xote de J. Ptuchcl.) 



SS4 , MIIIOIRU HOTOaiQimS 

ATtit pM fait nyer dés pradoclioM de eircon* 
9lUm€9ê; dtns toutes on Tôaail bien an ridtenla 
M k reiécraliofi les partttana de lafireni régime 
de 1 793 , mais dans aucun , le royaliste tenace 
et dissimulé , et le réactionnaire Tindicalif n*é- 
taient dépeints comme ils ponrraient l'êlnt il 
n'en était pas même question. Les apphudisse 
mens anx passages patriotiques devinrent 
tés } sous le préteate de témoigner dn 
pour les ennemis du bien public el de In f^re 
nationale , on en proToquait contre le eamctère 
du magistrat républicain , contre les antochés 
républicaines. Le mot de rrfpuH i f s était évité 
* bien plutôt qu*omis* Le mot de Frmutê^ que les 
royalistes interprètent et goètent nûeaz « aïs* 
tait seul; Tadministration fut obligéo d*srvertir 
les autenn de cette méprise (1 ) . En un mol , dans 
tons ees ouvrages , la saillie devint mafigrilé { In 
satire 9 diatribe; Te^rit de plaisanterie, esprit 
de parti ; l'éloge , basse flatterie ; et Tadministm» 
tion t pénétrée des malheurs qne do telles pièceÉ 
devaient entraîner, pénétrée encore du mal ir* 
réparable peut- être qu'elles allaient faire Ik Tes* 
prit pnbKc , provoqua , etécuta avec empresse* 
ment Tordre de faire suspendre la représentation 



H' Votlt un<* police ItUn r;inJ:'tc ou .!.« .riiriirt bim ionucrat. 

J !*t»tiilT 



TIRÉS DES ARGHinS. i95 

de Uutû Us pièces relatives aux derniers évé^ 



K Cet ordre salataire vint à propOi su^en^e 
l'eiariien et U correction de plusienn aatrcM 
pièce* de même nature , pleitie* dei plni vigdQ- 
renses sorties contre la («rrtvf^ les terroristtti 
les rétfoiuti»naireij les ntembres des eomitéi fiéti- 
/utiwinaH'Mjetc., etc.De rirréconciliaUft dtèrttel 
royaliste, du sanguinaire partisan desTëtigdailCËS 
et des réactions, pas an mvtl Tout itmlaH. h 
iM«rrirleBhaineSyrienfanipprMkeïleiespritii(1). 

< Mais la suspension on suppression des pièces 
de drconstances, pour avoir unentier effet , né- 
cessite peut-éire une autre mesure. Dans des 
siijets en apparence purement littéraires, les 
auteurs cherchent li faire naître des applications 
purement politiques ; l'éloignement de tout sys- 
tème de persécution des cultes, la tolérance à 
cet égard commandée par la philosophie sont 
déjà pour des ennemis de toute espèce de 
gouvernement libre , le prétexte d'une sourde 
vexation. 

H L'administration croit donc très essentiel 



[i) Pmir rapprocher les cjprils, il tallail donc parler de l'îfré- 
:oiiciliablc et cruel royati&le, du laugiiinaire partiïau des vcii- 
;-;iiiicc»l... Piiàum tencatls. 



336 aiDlOIIIES WSTORIQCES 

d*oler à U malveillance cet alineiit qn*elle con* 
Yoile déjà; elle désire en conséquence eoipécber 
la représenlation de tontes les pièces qui offri- 
raient des applications on de poKqne on de re« 
ligion. Elle demande encore (et ce point, ii son 
avis, est de la pins grande importance poor le 
maintien de la tranquillité dans les théâtres) 
que les pièces présentées ans différentes épo- 
ques de la révolution et connues pour avoir été 
alors la proie des factions no puissent etm re- 
produites quels que soient les changffmens que 
les auteurs^muIli/bruMi (1 ) se seraient dtM obli- 
gés d'y (aire. 

c N'est-on pas plus fondé encore à insister 
sur ces différentes mesures aujonrdiini qne Ton 
apprend qu'à Lyon deux jeunes gens ont péri 
victimes d'une querelle survenue an ibéilK de 
cette ville , à l'occasion d'une pièce de circon- 
stance? Les journaux annoncent qu'au théâtre de 
Bordeaux on fait chanter le Rémi dm pnflêJ • 

L'on connaît asses l'impuissance des mesures 
prises dans tous les temps par l'autorité par arrê- 
ter la marche ou les élans de l'opinion publique 
lorsqu'une ardente passion s'empare des mnlti* 



(0 11^ ter ont tniijmir« muftifor-met pour gai or r bnwoup 
d*«rgent ; mM.*fnMjncc qu'iK ont a «ce la |iulicc. 

J. Ptickti. 



TJRÉ8 DES ARCRIYEd. ÛO'J 

tudes. Hais ce que la police doit aux citoyens 
naturellement calmes , en attendant que des ré- 
formes réelles rapprochent les caractères par la 
fusion des intérêts , c'est , comme le demande ce 
rapport, de les mettre tant bien'que mal, avec 
le moins de frais possible , à l'abri du trouble , 
des dangers , des inquiétudes auxquels le choc 
des factions et de ceux qui en sont animés , ex^* 
posent les spectateurs dans les lieux de réanion 
tels que les théâtres ; faute de mieux, le moyen 
le plus simple jusqu'à présent pour y parvenir, 
surtout lorsque ces spectateurs, indiflTérens pour 
la plupart sur les coteries politiques , vont cher- 
cher des distractions purement littéraires dans 
ces lieux où les factions se rendent avec le parti 
pris d'échanger ensemble des coups de poings , 
le moyen le plus simple a été d'exiger dans les 
pièces les changemens que les circonstances 
commandaient. La censure est la guillotine des 
manuscrits turbulens, comme la guillotine est le 
grand moyen de censure des individus dont on 
ne peut pas venir à bout. Nous ne donnons pas 
ceci comme l'éloge des deux moyens. Il y a sans 
doute quelque chose de mieux a imaginer; mais 
on ne Ta pas encore produit. 






aSS ]dbionim aiirDKfQims 



AgUrê if MMM> Al VBiÊMf^ êê H Mêtkà UM m éê M. 



Dans le nombre des lÎTnt q«I oui «Bcilé les 
recherches de le police et sen anuMieilé, «i TmiB, 
les bonoes gens qiû s'ebstiMst à eherc he ff èm k 
logique enUre Ue Ktioiie M lee éMOue des pe«* 
^oirs t seol éunnés de trouver leoimafai di le 
IbeelulÎM fnmoùiÊÊ^ tndailee àm IWgW», ^ 
M. Bertrend de MoUeviUe , ueien BiairtM eew 
Louis XYIi car ce liwe» écnk mmm talent et 
cherchant à déprécier la lévolmio» par IIb- 
crinùaatioa de ceuL qui josèveM wm tel* 
noa bagarres, aembbitt à l ' é p etpe ok f\ 
aait contre loi » Irèa CiToraMe avs idéea de 
Toir abaolm dont le govremeaMnt do 
allait a¥oir besoin pour se fertiier et a* lfa ier . 
Cet ovrrage a le grand défiint de pféaealat 
Louis XVI sous un jour sinon ftux , ew ms II 
conteste , dn moins très défavorable i an aé» 
moire. A force de Touloir montrer que jaoïaia ee 
prince n'approuva la révolution , M. de MoHh 
ville le fait passer pour manquer d'intelligence on 
de sincérité dans la plupart de ses actes; M. Ber- 




TlUfiS m$ AHCWTCS. ^Sq 

tr^nd ne ^a laÏMa sms doute aller à cçt|e étnnge 
manière d'accuser la révolution que povr sovt- 
crire aux plaintes et à la mauvabe humeur des 
éipigrés gui chargeaient ce prince de tout le 
mal qui leur avait été fait par la fathleut. 

Quoi qu'il en soit de ces consîdératioas, et tf^tfl 
qu'ait été le moLïf du gouvernement da l'an &, 
qui ne jouait pas cartes sur tablç et pciK ift%- 
ciait pas qu'on lût trop tôt daiu «,f ^ jeu , ti|\ iç^ 
port lui fut fait au mois de thermidor de V^tt 9 
(juillet 1800) pour la saisie de cet ouvrage ; on 
y Ht : ' Qu'on imprimée les Annales de la Révo- 
lution françaUey par M. Bertrand de Molleville, 
ex-ministre de la marine , émigré , présentement' 
à Londres, traduites de l'anglais par M. de Li- 
guières, homme de lettres, et vendues par 
celui-ci au sieur Riche, libraire, commission- 
naire pour les ouvrages étrangers et contraires 
à la révolution ; l'ouvrage est en deux volumes,; 
quinze cents exemplaires sont déjà tirés, à quiiue 
fpancs le volume. » 

Sur ce rapport, que j'abrège, M. Dubois, alors 
préfet de police, instruisit le ministre, le 1 ^' fruc* 
lidor de la même année, que le nommé D«- 
caiiroy, imprimeur, imprimait un ouvrage in- 
titulé Annales de la Révolution française j et que 
ce livre était contraire aii\ principes du gouver- 



34o aiCMOIlIRS fllSTOMQtKS 

nemeni (1). J'ai donné Tordre, en conséquence, 
de faire une perquisition, hier de très grand ma- 
tin, chea le citoyen Ducauroy, et Tordre a été 
exécuté. Le commissaire de police a trouvé en- 
viron trente rames de cet ouvrage en feuilles, 
et il a amené l'imprimeur à la préfecture de 
police. J*ai décerné un mandat d'amener contre 
le citoyen le Riche, qui m*a été désigné comme 
Fauteur ou le traducteur de cet ouvrage ; et le 
citoyen le Riche est actuellement au dépôt de la 
préfecture. Je fais examiner Tonvrige saisi. • 

Est-il rien de pluK gauche qu'un semblable 
rapport? On y confond le traducteur avec le K* 
braire-éditeur; on ne sait pas même s*il n*esl pas 
l'auteur de l'ouvrage ; certes, c'eût été un libraire 



(i) A Vépoqi» oà M. DaboU >'eipilwiH avec «ttfe 
qoMft républicalDc , on n« voyait pM t m tmt • dtM lai 
la préfactnre , la révolutloo tout la point 4a «ne ^na Bavapnria ta 
propcftalt de mettre k U mode. La plupart dct employai aanacr* 
iralant le» Idte pretqoe dâmocratiqoca dn bnrean ctntral. et Im 
rapports qai lortaient de leur plume te tentaient de em prtnc%aa. 
Mali let choir» changèrent , et le Ion des rapportt avec ellca, k 
metore que la puliMnce de Bomparie t'élcva amdeaHia de Ion» lea 
pouvoirs; on fut alor» at.wIittt%U k la polka co m m e partant 
ailleurs; tout manceuvra comme un hataillcm. Fonché senltsH 
parut tel , ne le parut que pour ifecondcr U% «uet de ion maître; 
au fond , le duc d'Oirante ne (ut jamais qu*uo mandais 
chute, \jf Hure monlag oard , afluli!r de U couronne ducale , 
Adèle à ftrs premiers instincts »ou% «a pcail de l*rebis. 

J PricarT 



TIRÉS DES ARCHIVÉS. ^4^ 

distingué; on n'en cite guère de tels, et le 
préfet connaissait mal son inonde. Voila donc 
sur quels aperçus on saisit un ouvrage de grand 
mérite, tout en claquemurant un citoyen dopii- 
cilié dans un cul-de-basse-fosse, au dépôt de la 
préfecture, sans plus de scrupule que s*il se fôt 
agi d'un simple vagabond. 

M. le Riche se plaignit d'une semblable vexa- 
tion, et réclama sa propriété enlevée, sur la déi- 
nonciation d*un ignorant agent de police, qui 
croyait en cela plaire a ses supérieurs, et gagner 
son argent. 

«r J'avais, sous la garantie des lois^ dit M. le 
Riche dans sa lettre au préfet de police du 6 fruc- 
tidor an 8 (24 août 1 800), entrepris la traduction 
des Annales de M. Bertrand de MoUevillé; elles 
ne pouvaient attaquer le gouvernement, puis- 
qu'elles ne comprennent que l'époque de Tou- 
verlure des états-généraux, jusqu'à leur dissolu- 
tion. Les mémoires d'un ancien militaire sont du 
domaine de Thistoire; il n'y a qu'un zèle indis- 
cret, une surprise de religion, ou un despotisme 
oriental, qui puisse empêcher le burin de tracer 
des événemens qui se sont passés il y a dix ans- 
\ous m'avez fuit arrêter, vous avez même fait 
saisir le second volume de mon ouvrage. 

« Permettez-moi, citoyen, de vous observer 

que vous n'aviez que le droit de mettre les 
III. u; 



2^U MCMOIRrS HlflTORIQVrs 

«celles fur louvragis potir ma garantie, comme 
pour celle de TautorUé. 

«J'ai subi interrogatoire; des demandes insi- 
dieuses m'ont éié faites, j*y ai répondu avec la 
franchise de celui qui n*a rien à se reprocher; et 
cependant on m'a laissé entrevoir que le TtmpU 
pourrait bien m être ouvert , si je n*étais pas 
docile à la demande qui m*était faite de livrer 
toute Tédition de mon premier volume. 

• N'étant coupable d'aucun crime d'état» par- 
tisan du nouveau gouvernement , j'ai dik 1110 dé- 
rober k l'ordre arbitraire dont j'étais menacé ; je 
me suis évadé. 

« Remarques, citoyen, la marche biarK dt la 
police : le préfet saisit an ouvn§a fA m omi- 
tinue paisiblement chea un antre impciaenr; et 
le ministre de la police semble IninnéoM m^mt 
reconnu qu'il ne peut être dangerms. 

« 11 est temps que le citoyen paisible ne ré- 
clame plus en Tain la protection des lois; je ania 
prêt k paraître devant les tribunaux. Que 000 
affaire soit remise k un directeur de jury, et je 
me constitue sur-le-champ prisonnier. 

« Je sollicite de votre justice la remise de mon 
second volume . en m*ciig.iî;rant h ne le publier 
qu'après y avoir fait les corrections et les chan- 
gemens que vous exigerez. 



TIRÉS DES ARCHIVES. 2/^0 

«f Veùill^^ citoyen, m'honorçr d'une réponsj^; 
il me sera doux de pouvoir vous offlrir ma, recon- 
naissance lorsque je ne demande que justice. 

w Salut et respect. 

« Signé le Riche. < 

V P. S. Vous poiiv^z m'ddressef vqs Qrc|irpi^.a 
mon domicile, rue Neuve-Saint-Aujg;qstin, ^^^^ * 

M. le Riche adressa à peu près les mêmes i^* 
danalmis au ministre de la police, FoucM; 
celvi-bi, moins superstitieux, moins timide, Ou 
plus éclairé que le préfet de police dans dé seiÀ- 
blables matières, fit rendre l'édition au librait'e 
It Riche. Il savait, en cela, plaire k Napôléoii ; 
c'était une flatterie indirecte et qui voulait dire : 
— Quand vous voudrez! 

Ne serait-ce pas un travail curieux et fort 
édifiant surtout que de réunir dans un parcours 
chronologique les notices des saisies de livres, 
en même temps que les motifs qui ont déter- 
miné ces saisies , le tout en regard des nom- 
breux changemens de dominations et de gouver- 
nemens qui se sont succédé dans la lanterne 
magique de notre siccle?On\errait dans les lieux 
destinés a ce séquestre , tout à côté d'écrits en 
faveur de la république , des écrits publiés pour 
la cause du roi, puis les apologies que la défense 



sit\\ MrMomrs nisToniQnrs 

de Bonaparte a cnfantëen a l'époque de 1S14; 
pnii, celles que Ton a saisies en 181 5, au sujet de 
la resiauralion ; puis eufin, ces écrits condamnés 
au même sort dcpuin 1815, sans cependant qu'au- 
cun d'eux ait entièrement disparu lorsque le 
mérile de l'ouvrage devait le faire rechercher. 
Ainsi les hommes s'effacent, mais les passions 
restent; les lo» et les réglemens varient, et le 
fond de notre nature persiste. Le csenr humain 
manseuvre d'après des principes contre lesqneb 
rien ne prévaut » et produit un chiflb« iairafiahki 
d'événemens. Quand on se rendra compte de cette 
vérité qui porte un caractère mathématique , et 
que l'on en verra la cause en nous-mêmes, on sera 
sur le point de procéder à des réformes profi- 
tables. Ces réformes, à coup sûr, porteront voios 
sur l'homme et contre lui que sur Tof^Misition 
des rapports de cha<run avec tous. 

On l'a dit, on le sait, on le répétera sans ceme, 
la prohibition d'un livre ne fait que le rendre 
plus intéressant , ou tout au moins d'mie pins 
grande importance. La pemécution est une prime 
pour le commerce des pamphlets. Que d'ott» 
vrages, sous les règnes précédens, ne jouissent 
d'une grande célébrité qu'en raison de la pro- 
scription, et liont oubliés aujourd'hui que tout le 
monde a le droit de les lire ! la persécution en fiû* 
sait souvent tout le prix. Quant aux bons livres. 



TIRES DES ARCHIVES. 3^ 

rien na pu les anûaïUii'i lui-squ'on ne les im- 
prime ni à Paris, ni ii Vienne, on les publie a 
Londres ou à Bruxelles. Pour les proscrire abso- 
lument, il faudrait iibalU-e les frontières de tous 
les royaumes, et les .ibatirc un peu mieux que 
Louis XIV ne rasa les Pyrénées, Des mesure» 

dépourvues d'unité scron 

insuffisantes et absurdes. 



Le CUMliére de la Madeleine. — ItegtuuUl-Warin. 
Vealote an <>(KvrieT iSoi)- 

Les archiTCB de la police ressemblent aux char-' 

niers des vieux cimetières j on en relire souvent 
des os de morts dont nul ne saurait dire le nom. 
Les noms mêmes n'ont pas toujours assez de no- 
toriété pour que le public se les rappelle. 

Le Cimetière de la Madeleine , cette espèce de 
romati Iii5loric|ue , dont un ne soutiendrait pas 
aujourd'hui la lectiu';: pendant plus de dix mi- 
nutes, dut sa célébrité , îà l'époque oii il parut, 
-à l'espèce de persécution que l'on crut devoir 
susciter h Tauleur. On regardait son style h fra- 
cas descriptif comme [)roprc à réveiller desidées 
que le gouvcriicmcnl avait inlérèl ;i laisser 



a^d MEMOIRES lilSTOllJQlTS 

tomber dans Toubli. Toutes les grandes ombres 
monarchiques s*y dressaient , dans des phrases 
démesurées, leur tête à la main. C'était le pin- 
ceau de Ducray-Duménil sur la palette de l'an- 
glais Young. Les femmes , toujours sensibles, en 
avaient des attaques de nerfs. On Toolat sus- 
pendre ces spasmes monarchiques. En les frap* 
pant d*interdit, on les propagea. Ici, comme dans 
une foule d'autres circonstances, rautorité se 
méprit. 

Les premiers Tolumes de cet ouvrage avaient 
été saisis; Tauteur avait été mandé à la police, 
et menacé de plus de rigueur. On loi défendit 
de continuer; il le promit; mais il ne tint pas 
parole, comme on devait s'y attendre. Cétait 
promettre , en effet , de résister k ses «wa « à 
ses lecteurs, à son orgueil, au plaisir d^êbreré- 
pottvantail du pouvoir. Un auteur a'esl pas 4e 
bronae devant ces sortes de séduGtioM4à , 
tout pour le seul bon plaisir de de«z ou 
mouchards. Rcgnault-Warin reprit la plame. 11 
en eut un redoiihlcincnt de verve , et se montre 
pathétique au superlatif. La bonne cause eut un 
mauvais livre de phis. Le préfet de police en fut 
instruit le 2 vendémiaire an 9 (16 oct. 1800). 

• Le ininistrrr ;i i!rjii fiit sr\\v rnnire Tautcur 
«lu Cimetîèff tlf ht }tiuUlnne^ lui éirivit-on î il 
.ivait m.inîlcstr ^«mi in'>*:)li >ii «I** i:r |ioiiit voir 



TIRES DES ARCiillVÇS. ^4? 

terminer cet ouvrage qui rouvrait les plaie9 et 
exaltait les têtes. Loin d'obtempérer à un par^iji 
ordre, Fauteur s'est obstiné. Les deux derpiçr^ 
volumes vont paraître incessamment , et rpu- 
vrage continue k se vendre, au point que le Ji«- 
braire Petit va de nouveau faire imprimer iff^;Ç 
seconde édition du premier volume. Que Xw^ 
juge de l'esprit public de Paris (1), d'après ||^ 
vente de cette histoire prétendue romane^i^f^^ 
puisqu'on est obligé de faire une nouvelle éclî- 
tiotii , et ^ue le libraire trouve uil bénéfice ebn- 
âdérablé, inalgré la Vente clandestîncf ! ' 

« Le liihiistre est prévenu que I^ouvrà^e Ké^ 
cèniinne, et ^tie le libraire a le sbih de c^^tii^,' 
au fhr et a iîiéèure qu'il imprime , les fbuilletàiii^ 
du dernier volume; que, sous peu de joùi^s, ik 
doivent être totalement imprimés et livrés au 
public. On peut s'assurer de ce qu'on avance 
ici, en faisant une fouille chez l'imprimeur 5 on 
trouvera les pièces probantes , et on arrêtera la 
spéculation i|oyale du libraire Petit. » 

A la suite de cette note, on lit : « Le rapport 
est certain, le citoyen Regnault-Warin demeurant 
chez celui qui Ta fait. » 



(i) Co irélaii j>as resprit public ^ c'était celui d'un parti, c*é- 
\\\\\ Il cnrJositr . cYlait fui tout parce qn'cn rechercha les n\rcs 
signalés comme tl. ftgcrcux . no ImI-co qtu pjur ôvahier la piofOD- 
(kiv du péril. 



a.|8 yiùuiihvji HisTOKis^ir^ 

Evidemment la dcnonciatioii se fiUail sous le 
tna»que. l/liôtc de Rcgnault- Warin le lÎYrait , 
peut - (^tre pour quelques tricheries de la vie 
privée que Tauteur Itii-même fais^iit a son liûte. 
L«( bonnes dénonciations viennent de cette 
source; elles dispensent un lâche du risque de 
recevoir un coup de pistolet en duel de la part 
des gens qui se sont rendus coupables de cer- 
taines peccadilles envers lui. 

M. jDubois n*ctait pus très jaloux de tourmen* 
ter cet auteur; le livre ne lui paraissait pas ausdi 
coupable qu'on le faisait ; il ne le trouvait qii*as- 
sommant. Mais la note venait du ministre , il fidlut 
obéiri quoique le ministre luimêne eut trop 
d'esprit pour mettre une importance extrême m 
cette'production, certain, après tout, q«e la pro» 
scription le ferait plus rechercher encore. La 
complaisance du ministre pouvait cacher linéi- 
que autre motif. 

Des ordres furent donnés ii la police; ot, MÎ* 
vant les formes ordinaires, on saisit ches le li« 
braire et l'imprimeur les exempbiresda C iw Mi in 
de la Madeleine^ qui n'en continua pas moins h •• 
vendre. 

M. Uegnault-Warin porta sa réclamation au 
préfet de police , et lui soumit son <Hivrage. Sa 
lettre ne manque pas , si Ton veut , d'une cer- 



TIRES DES ARCHIVES. a^ï) 

laine habileté de raisonnement, et de réflexions 
parfois judicieuseBj elle mérite de trouver place 
ici, quoique écrite avec ce ton particulier d'em- 
phase que les plumitife prennent si volontiers 
vis-à-vis de leurs œuvres, paur les adresser à la 
postérité et à la patrie reconnaissante , puissances 
qui ne font pas toujours honneur aux mandats 
que l'on lire sur elles. Les volumes n'en furent 
pas moins saisis ; mais l'ouvrage se vendit, à cela 
prf:s des tracasseries de détail et des entraves, 
comme au premier moment de son apparition. 

Re^nault'Warin j citoyen fronçait , au eitoymlhtT 

bois, préfet de police. 

' ' ' ' ■ i.'-jij 

H 5 pluTiose fa g. 

« Citoyen Préfet, 

« Lorsque, par un élan unanime et des ef- 
forts simultanés , tout tend à la perfectibilité de 
rtintcndement des hommes et ii l'amélioration 
de leur espèce, j'ai essayé de relever, par Tim- 
porlance des résultats, la frivolité d'un genre 
de litlcralure ordinairement consacré aux lie- 
lions ianla^tiqucs. Armé île trop faibles armes 
pour détruire, dans le clicmiu de la vérité, Ivs 
ronces que l'erreur y fait croilre , j'ai du moins 
réuni cjuclqucs tcnlittivc,^ pour K-s compter et 



MI.M(ilhE.S HISTOIHgl r^ 

pour diriger jusqu'à celle vérilé , toujoun inTo- 
quée el loujours méconnue , \c% rcj;ards de mes 
conlemporaîiis. Ainsi « pendani qu*au-dehon le 
ffonvernemenl afTcrmil rindépendancc de la ré- 
publique par la victoire , cl qu*an-dedans il b 
tranquillise par sa modéralion , retraçant dans 
mes tableaux quelques-unes des vertus qui lui 
•ont familières, je lui donne le double avantage 
d'attirer sur elles la publique estime , et sur les 
magistrats qui les professent , la reconnaiastnce 
et Tamoor (1 ) . 

« Parmi les écrits que je leur ai déjk consa- 
crés et qui 9 par leur nature , se lisent et se mé- 
ditent dans toutes les classes de b nation , cefaii 
dont je vous offre la suite éveilla (2) rextrême 
sévérité de la police et excita contre moi ane 
persécution que j*ose croire peu fondée. En 
effet, celui qui, d*une plume véridiqvo» fooet- 
tJMt les crimes de toute espèce de tyrtniii6« et 
célébrait les qualités conservatrices de Tordra 
social, par cela même ne faisait-il pas Télogo 
de votre administration ? N'est-ce pas sous la 
tutelle des magistrats génértMix quon peat 
louer ou censurer leurs prcdcrcMcurs ! N*était-co 



Mut«ric, J. l'ciiMt. 

^j) Il n'turait p*« «!'i •'. i:. i 'cm. 



Tiaci mes. arceivis. sSii 

pas 801U l'empire protecteur ^e Tr^an que Ta- 
cite peignait, ses hideuses effigies dç Gaude et 
de Tibère? Et pourquoi penser qu'en p^nt 
dans la balance de sa plus stricte équité un mo- 
narque dont la mort a rendu la vie célèbre , je 
cherchais Ïl remuer, h réchauffer ses cendres, 
pour en faire naître , comme de celles du phé- 
nix y un rejeton l\ la tige monarchique ? 

« Ctii ibdn livre lui-même que je charge 
de rtfpOÛdrfe b ces inculpations. La suite, dont 
j'ai llionnélif de \ous adresser un exemplaire,' 
est écrite dkiis les mêmes principes , dans te 
mSmestj'Ie, dans le même but. J'ai Usé du prî- 
vitégë qaè le génie poétique accorde à l'imagi- 
natîbA ; kt, coitimc les peititres, qui, après avoir 
cboM lebh Jyersonnages, les placent sur la toile, 
avec des attitudes ot des expressions convenues, 
j'ai arrangé les miens d'après les proportions 
de mon tableau. Quant aux maximes , elles sont 
celtes que tout homme de bien pratique , que 
tout gouvernement régulier approuve. La vic- 
toire et ta volonté du peuple ont créé la répu- 
blique. Quelques larmes ou quelques fleurs je- 
tées par un pieux attendrissement sur les tom- 
beaux d'une famille éteinte , n'altéreront pas 
une constitution qui promet la félirilé. Citoyen 
préfet , les hommes religieux sont soumis à l'au- 
lorité , cl ceux qui pkitratt u'assassuieiil pas. 



j5s MEMOIRES ■ISTORIQt'ES» 

« Je MomeU le Cinuiiin de la MadêUinê ( I. 3 
el 4 ) à Totre eiamen , et me repose sur Toira 
niton et Toire impartialité. 
« Salut et respect , 

« J.-J. ReG2« ALXT-W AAI9I . ■ 
Q«iBlldl,S pla^ioteui 9. 

On conçoit que la lettre n*eut pas de réponse. 
Les dialogues que Ton entame a^ec Tautorité se 
réduisent toujours à des monologues. Si Tau- 
torité était obligée de donner des raisons, elle 
ne serait plus l'autorité ; elle consenra son came- 
tère. La lettre fit fortune dans un pobUc d*amis, 
surtout k cause de la phrase absurde qni la ter* 
mine : Ctux fui pUurtfU n'otiaiitmni pu ! Pathos 
a la mode chez les partis qui n^ont pas le poiiToir 
pour le moment , mais qui ne nous fimt jamais 
rien perdre pour attendre. 

Nous demandons grâce an lecteur ponr 
être permis d'eahnmer cette relique. 



PrhU tkééirfê bomrgemi. 

Dison^-noiiA souvent que l«-s d<'*taiis, et sortoot 
les plus niininie» . pctni-iit vmiIs donner l'idée 



TIRES VU ARCHIYÏS. jSS 

vraie de la conduite et des principes de la police. 
Il faut y chercher rintention de ses maximea et 
la 80UFce de ses iiispiralions. Le sujet qui fait 
l'objet de cet article en fournira de tiouveau la 
preuve. Dans le. fond , il n'est nSiinime que vis- 
à-vis de nos préjugés; tout ce qui touche aux 
relations sociales est d'un immense intérêt, mal- 
gré son apparence frivole. 

Le goût du spectacle, en 18Q2, avah pris i|n 
tel essor dans les sociétés bourgeoises que, beau* 
coup déjeunes gens établissaient des petits théâ« 
Ires pour s'amuser et jouer eux-mêmes la comé- 
die. Cela devint une fureur. La police constata 
dans cette manie un désordre qu'il fallait arrê- 
ter : si elle ne sévit, la pojicese meurt. La police 
est parmi nous Torganisation de là colère, la 
haine levée sur tout. Un rapport lui fut fait , 
dans lequel un fonctionnaire public, dont je tais 
le nom , s'exprimait ainsi , le 29 pluviôse an 10 : 

«r Depuis quelque temps je suis chargé de vi- 
siter une infinité d'endroits où des particuliers , 
la plupart jeunes gens de quinze à vingt aus, 
veulVnt jouer la comédie. 

« Ces spectacles présentent des inconvéniens 
trop graves pour ne pas mettre des entraves a 
leur établissement. Ils favorisent la corruption 
des mœurs en rapprochant les deux sexes dans 



TIRRS DXS ARCHIVES. ilSS 

portans dans la socii5lé. Leur petite VaqîU ittu^ 
faite de l'intérêt qu'ils ont inspiré anx sot» qfii les 
(écoutent, se révolte contre l'idée d'être poprdus 
<]an9 la foule des gêna utiles (1). Ils veulent al^- 
solument ne rien faire, si ce n'est ennuyer lé 
public et le mettre à contribution. 

< A ces motifs assez puissans pour déterminer 
la suppression de ces rqssemblemens d'histrions, 
se joignent la conservation dt^ bon goût et la 
sûreté publique qui les proscrivent également, 
enfin la protection que l'on doit aux grands 
théâtres (2). Dans ces écoles à'aboiemmt ^ ojn 
écorche impitoyablement tous les autçi^r^, JLp 
public, présent et absent , y' est s^us Jj^ Vi^yj^ 
garde du hasard qui seul est chargé d'çii)pêç))<lf 
l'incendie des décorations en papier, et si le fe)l 
prenait, de l'élcindrc dans un tonneau vide (3). 

■ Je ne parle point du tort que tous ces spec- 



(i) Ulilus comme les espions, n'csi-ce pas ? et surtout comme 
les l'spioiii, iiioralisles. J. Peucket. 

(i)Ah: voici le bout de l'oreille qui pnssc!II a pris le dêlourdn 
mrcLirs pour en Tenir k Ki sanclilïc^ilion d'un monopole. Idem. 

(3) Mais , si je ne inc trompe;, je n'ai point ouï dire qu'à l'i- 
pDq;i(! iiii M. H^ippe (') disait ci s 1>l'IIi:<; choses au prdfi:l,un ait cp- 
leti'Jn pailcr d'iiici:ndic de petits lliLi'itres bourgeois , el l'oD tait 
assez que , dupiiis , deux ou liuiî grands llnàtres ont été Ja proie 
des tlunlnies. IJem. 



a 56 MKMOIRKS ■UTOIIIQCES 

taclet bourgeois font au grands ihéàlres. Tout 
le inonde sait que pour une infinité de gens, 
un théâtre n*est (|u*un théâtre, elque sans s'in- 
quiéter de la qua!ité,le peuple rourt toujours 
au marchand qui vend le moins cher (1). 

tr Pour éviter le» progrès de cette fureur ihéâ* 
traie , il me semble , citoyen préfet « qu'il faut, 
non pas proscrire directement les spectacles 
bourgeois , mais exiger des directeurs les infimes 
précautions voulues pour les autrea(9). Je de- 
mande en conséquence, 1® que la salle soit dans 
une maison inhabitée ; 2° qu*il y ait nne pompe 
à deux pistons , des seaux et des tonneaux 
snffisans avec les autres ustensiles pour arrêter 
les progrès d'un incendie ; 3* qnll y ait au moins 
deux pompiers de garde a chaque représenta- 
tion, p 



(i) Le peuple • bien raifton; et, en bit d'amuicsMvl, cfcti Wn 
k parti !• plu» ui|e cl te plut éoonomlqiie. S'il en tffait èe arfine 
poar U police , Il voudra il économiser Mir bêcn de« «Inu • Mat 
•Inquiéter de ta qumttlé prélniduo que ce* ncMieurt t'arrofral 
tout leuU dan% leurs rappcirt«. J. Paccarr. 

(«) On atlendail qu'il arrivai aii\ nrnyrnt de pfa«crire iodirrc 
teroeni cet ipectaclesi il n'rn f lit rirn. CetI iou|Qiir« la prapoai 
UcHi en t*air, et kl toutent rrp- i«f<.* uni «uccct par lea bn»wliim 
de reconduire trt danvurs . a^rc at-<-iirnp.*(;nrmeiit de wnéqiif 
Jutqu*à U frontifrr, a thant^ il** OMi^icnrr le lotit Ji ta frasUerc 
et cela , parce que les phitoMipln % n'jim'-fil pat la mntiqne. El» ' 
qui t'attmdaii k une telle »c\ef îié de | rincipes dant ns 
philowphe > iéem 



TIllKS DES ARCHIVES. 2$^ 

M. Dubois adopta cette conclusion ; mais^ ppur 
l'établir, il n'avait pas besoin des raisons dé^ 
pourvues de sens et des grossièretés qu'allègue 
le rapporteur : les imbéciles n'ont pas de frein. 

On a vu au reste dans divers articles de ces 
Mémoires que presque toujours ces chicanes 
suscitées aux petits spectacles ne tenaient, au 
moins de la part de ceux qui les provoquaient» 
ni à l'intérêt des mœurs, ni à celui du goût» ipii 
n'a que faire ici, mais h celui des grands specta- 
cles; et, sur ce dernier point, il faut entendréjea 
raisonnemens creux que débitent gravement les 
amateurs ou directeurs de ces établis8ejne|i8..A 
les eu croire, la gloire de la nation, sa; puilrr 
sance, ses lumières, son crédit, 9e mesurent^^'llr 
près l'abondance; de leurs recettes privilégiée)» et 
sur les faveurs particulières que le gouvernement 
leur accorde. Le summum de la prospérité des 
états doit par conséquent se mesurer au degré 
d'insolence d'une ingénue. Pour forcer Taudiloire 
à courir en masse auprès des comédiens français 
et autres, on finira quelque jour par licencier les 
compagnies de Tare et par mettre haro sur les 
jeux du tir k Toie. , 

Quand donc bafouera-t-on, mais comme il le 
faut, et sans scrupule, ces prétentions au mo- 
nopole et à Tcscamotage absolu de toute la 

littérature nationale au profit de quatre à cinq 
m. 17 



a56 MÛIOIIIIS RISTOIIIQCFS 

iodiTiclas ? Q\\\l% Tantetil leiir sopëriorilé , ooiu 
verrons ! Mm alors poarquoî ces pretcnlians 
an despotisme , et ces cris de désespoir sor le 
rîsqec que cela Irnr fait co«rir?En dépil de cette 
heînepour la conciinrciiceet centre le développe- 
ment du génie drsmstiqne dans nea contâmes , 
le goût du théâtre doit se répandre partant arec 
oeint dn chant et de la danse i ne fut-ce qna 
comme moyen d'enseignement et ponrrexerdea 
gymnastiqne des facultés de chaeniii aans la sur* 
▼etllance des familles et des mmricipalilés. liane 
vaudrions voir un théâtre s'élever dans lem Im 
villages I de mauvais cabotins ne fiwaient plne 
alors la loi , et ne transporteraient pm de toulm 
parts ^ avec privilège » leur génie de Imsard et 
leur moralité de vagabonds. 



ÀffêéÊTt im èmnm éê W^mad m VmMd. 

An II (180};. 

Rien ne montre mieux a quel point la 
est aoavent induite en erreur que cette aiaira. 

Le baron de Wcnzel fut dénoncé k la poliee, 
en germinal an 11, comme un ennemi do gnn* 
vemement ; il fallait s'en ansnrer. Il tenait , di* 




"TtTÎÛ nÉs archives!' "aSg 

sait-on, des pfojjos affreux contre le premier 
consiiïavec un sieurRoquèûibnl, ilèja surveilla. 

L'officier de paix , Veyrat, depuis inspecteur 
général de la police , fut cliargd de prendi^ e^ 
de donner au préfet ilc police, I\T, Dubois , ttes 
rertscigiienicns e\acls sur ce parLiculicr. 

On fit beaucoup de démarcbes; ôri s^aaréssa 
aux voisins, aux fournisseurs, aux connaissapces 
du baron , (juï logeait alors boulevarl Saiut-Mar- 
lih ; et, le 21 germinal, l'agent de la police écri- 
vit au préfet : « qu'eu etfet le baron de Wenzel 
recevait qucK^fuefois chfz lui le sieur Ro^ue- 
mont, demeurant rue de Lille, et qu'on croyait 
émigré rentré, homme d'un caractère dur et 
sur lequel on n'^avait pu avoir d'informations 
bien précises. Quant à Wenzel, dit-on, c'cat 
un homme facile h aborder, d'un air franc d'a- 
bord , mais bientôt remplacé par une sorte dâ 
défiance qui fait croire volontiers à ce que l'on 
dit sur son compte : on fait de nouvelles infor- 
mations pour le pénétrer. » 

De nouvelles tentatives furent faites en effiet, 
plusieurs espions mis à la suite de Wenzel, et 
le préfet reçut une seconde note ainsi conçue ; 
« On a pris de nouveaux renscigncmens sur- 
Wcnzel ; il en résulte qu'il est logé chez une 
demoiselle Moreau qu'il cutrelieiit et avec la- 
quelle il vil marilalenuut. Autrefois cet homme 



ëuU répantiii dans le grand inoii«ir vi \ iî^u- 
raii d*iinn manière «liftlingiiée ; il a prrdii une 
partie de «a fortune; crjYi'ndant il lui ri*HtR drs 
propriélçH l'onriôrr.s dan» le drparlemeni de 
TYonne et de le Cûtr-iî'Or; il v Liii de Iré- 
quens voyages et se dispose dans ce nioineat à 
8*y rendre. Il parait certain que cet homme 
n*aime point notre gonvenicmcnt , et qu il n'en 
parle jamais avantageusement ; toutefois il ne 
fail rien qui puisse troubler , étani plus occupé 
île ses plaisirs et de ses affaires doroealîques que 
de politique. 11 ne peut décemment recevoir 
personne où il est lot^é , puisi|u'il est ches une 
fille et qu'il ne peut avouer dans la société uo 
domicile qui n*est pas sous son nom. 11 voit 
quelquefois le prieur de Iloquemont, ancien 
officier du génie , rue di* TErhelle. Celaî-la a 
plusieurs fois été arrêté « tant pour alTairea po- 
litiques que pour deMes; on le soupçonne 
d'intrigues qui nécesiiairement rejaillissent sar 
ceux qui le fréquentent . tel que le baron de 
WenEcl. ■ 

Ces détaik ne calmèrent pan les inquiétudes 
du gouvernement et ne satisfirent pas le préfet 
de police ; de nouveaux ordres furent donnés a 
Tinspecleur grnér.il de lontinuer la surveil- 
lance sur le h.iron. >ur la ileiiiui«i*lle Morean 
et le prieur de lloquemont. l/ordre donné a 



cet égard se tefFnftirie par <:eé mois : DtkeréHàri^' 
cékrùéj^ adresse. "V '< ?:; ^4 

Nui rapport antérieur n'expli<îtie ces redt>%^^^\ 
blemens de 8iit*veilkl>ico é^ 4^G^siina!lioh'4|W^ 
Ton y met. - '**^ i?ii/îoq 

M. Veyrat fit ses dilij^ences, et les iusp^ét^ 
furent plad surveillés , espionnés que jahiàik^ 
el sans s'en douter; c'était esséHlîèl.Urre^nbti*^ 
velle note^ adressée au préfef , leOAoréal àÀ «j^ 
portait :'é que lé baron de Wëil2el est âgé^è^ 
quaranteHMnq ans; que, pendant son émigfatttM^ 
il a servi chez Tempereur en qualité d'^ffièië^f 
que,depiiis environ un an^^î^I^^st à Paris àved IfAtf 
épouse qu'il a fait venir de Mâcon, où il était prd^ 
priétaire et domicilié. Sa^meure actuelle^ eiW 
bien boulevart Saint-Martin, n*» 69. Il y est dany 
ses meubles. Depuis qu'il est rentré en France , 
il fait le commerce des vins en gros; il vient 
d'acheter une maison rue de Bercy, où est sort 
magasin de vins. On ne voit, à son domicile, 
que des marchands de vins en gros ou des per- 
sonnes qui vont le voir pour faire des achats en 
détail. Les renseignemens obtenus dans sori 
voisinage sont tous en sa faveur ; on assure 
qu'il ne se mêle jamais de pohlique et qu'il ne 
parle du premier consul qu'avec vénération. » 

La police tenait, on n^î voit pas trop pour- 
(|uoi, a savoir si le baron de Wcnzel vivait avec 



^3 njfmuMS Bwntjqvu 

M Spmmn ou avec la demaisallt llorM» , qa*ttn 
précédent rapport qualifie mal à propoe àù 
fitt$* Une inaulle coûte rarooHNii a de pareils 
drMea, fiiçonnéa eoi-mimea a Taulnge et c|« 
perlent un ton de magistrat dans ces sortes de 
jiyridictioos secrètes. On iroulaii sur colle ques- 
tion une ripann caiégariqm at sauf iêus jmn. 
Le terme était de rigueur j il s'agissait poul^^lra 
d'avoir des renseignemens utiles par 
trigae et des aTanies de bal maeq«é« Om 
%mm obsenrer a M, Veyrat que las daas aap» 
parts qu'on avait reçus étaient aa 
tiom on mit de nouTeaoJL espions sur las 
du baron de Weaaal et de la dsmaiedHs !!•• 
laau. Hp Dubois apprit en réialial i « Qna las 
tantradictions qui pouvuMnt esialar dbas las 
npporis précédons provenaient da la 
«lé'Oii Ton se trouvait de changer dl 
diaqae fois qu'on eaigeait de nouvi 
gmMnans sur le même individu. La misa en 
vement du rnume personnage aurait fiût doviaat 
la police. Or, les inspecteurs ne s'adrossanl pas 
toujours A la même personne, oblienoenl wom^ 
vent des renseignement opposéa les sma a«v 
autres.... Le baron de Weniel vit marilalemovl 
avec mailumoitelle Mureau, dit le nouveau rap* 
port ; le plus parr«iil aiTord règne enire onit au 
paini qiio Kl uujcitrc parlic de» connaissances 




TIRES DES AnCHlYfiSi^ ^63 

du baron le croient marié à\eQ elle. Les itieM 
Mes apparlienneni a la dtm^iaelle Morean ^ cà 
Wentel demeure chez elle. » 

On Yok ici combien les renseignemena 
qu'obtient la police sont souvent peu sûrs , et 
encore avec quelle facilité elle se laisse aller k 
soupçonner des individus qui ne se mêlent e» 
rten d'affaires politiques; délit assez siAgalrer 
du reste chez un peuple qui a lait pis que dé 
bavarder a tort et à travers sur ces aaatîèrëi 
difficiles. 

U faut pourtant dire ici qu'a l'époque m^ oeci 
sa passât) et même pendant tout le temps 4)4 
règne de Bonaparte, les projets sinistreai h^ 
eomplots dirigés contre lui étaient si fréquewii 
si réels, quoique mal conçus, les s^ens des 
émigrés et des royalistes étaient si adroits, se 
déguisaient sous tant de formes, que le gouver- 
nement pouvait être excusable d'avoir des in- 
quiétudes sur un homme qui, comme le baron 
de "Wenzel, avait des liaisons avec le prieur de 
Roquemont, un des plus adroils, des plus ar- 
dens et des plus constans agens et intermé- 
diaires, disait -on, des projets hostiles contre 
Bonaparte. L'air était plein de complots, et il 
en'' éclatait quehjucs-uns. On saisissait d'ailleurs 
phis de fiinfarons que de coupe -jarrets dé- 
terminés. Mais quel intérêt pouvait avoir la po- 



a6/| MWOlRfcS HISTORlQCEft 

lice k savoir m Weiizcl Tirait ou ne vivait pat 
maritalement avec la dcmoinelle Moreau? Voila 
ce qui n'est pas aise b deviner» a moins que ce 
ne fut pour satisfaire à quelques questions d*un 
autre intériH que celui dont il est principalement 
mention ici. Dans un projet d'humiliation d'une 
fiMnoie par une autre femme « c'était nécessaire 
sans doute; rien ne dit que cela dût être plus se* 
rieui ; et les bureaux furent occupés buit jours 
d^une malignité pour aboutir à une ioaoleiiet et 
k un mensonge. 

Toute cette affaire n'eut aucune soite; le ba- 
ron continua de vivre avec sa maitKsae, de 
vendre du TÎn en gros et de voir le prieur de 
Roquemont, qui buvait et conspirait, et qui 
bmrait bien. Il serait curieux, pour décider du 
tarif administratif y de savoir ce que cette sur- 
veillance coûta. 



E$p%mma§€ politi^me. ^ M, MÊHêermck H 



On a tant parlé de Fespionnage politique 
sous Tancien cl le nouveau gouvernement, s«us 
Tempire comme depuis la restauration . que mes 



TIRÉS DES ARCHIVES. i6S 

lecteurs me sauront gré , sans doute , de leur en 
présenter ici quelques échantillons. 

Cet espionnage n a pas toujours atteint lé but 
que s'tîn proposaient ceux qui en faisaient lisagéV 
Napoléon lui-même, avec toute sa police lâlp-^ 
gement payée et dont il fait un si grand élo^ 
dans ses confidences de Sainte*Hélène, ignoraili 
souvent ce qui l'intéressait le plus. Oh en trouva 
une preuvs 9 ^ntre autres, dans M. le comte dé 
Nesselrode, aujourd'hui vice -chancelier de l'eolH 
pereur Nicolas et son premier ministre. On aeit 
que ce seign^r russe vint en. France en ISiOv: 
avec deux missions de son maître , Alexandw^ 
l'une ostensible et l'autre secrète. Pendant six 
mois qu'il fut à Paris k cette époque, il ne ceàsa 
d'intriguer contre la puissance et l'avenir de 
Napoléon. Je me suis trouvé plus d'une fois chez 
ce ministre; des relations littéraires m'avaient 
procuré sa connaissance; il logeait rue Taitbout. 
Je n'ai jamais vu personne qui ait une haine 
plus profonde et plus dangereuse que M. de 
Nesselrode pour l'empereur des Français. Il ne 
cachait pas très soigneusement, par irréflexion 
ou a dessein , l'espoir qu'il avait de le voir ren- 
verser du trône; c'était cepcndjnt avant la cam- 
pagne de 1812, plus fatale encore à la France 
que l'incendie de Moscou ne le fut à la Russie. 
On pouvait regarder les menaces et les désirs 



3fi(& MÎMOUOtt JUIlPIlH^IJKft 

4a miirittffe ratto cominc «im it cet CiDfiMroii* 
nides dont le Irâae de Booaparte fat le platima 
yeildani m loDg-temps. M«ii quaod, quelques 
ntîi UfHê le départ de M* de NeMelrode de 
fftnce, on ¥ii« par les papien pitbUca^ qu'il 
était premier nuoislre k Seial-Péteiabourg » je 
me rappelai set parolea. La eouetaiice airec la* 
fMlle il a eolreteno Alexandre «i élal dlmali* 
Mlée eentre Napoléon.^ m*es expliqqp el m'en 
il aentir loete le perlée. Eh lûett! Nepelées 
iiponut de M. de Measelrode , 'pendMt f«*il 
éliil en France» ce que mei el qfelqnm «nlrw 
pemonnee saTiena eu deiriniena à p r ep ee de In 
eenénite de cel éUrengtr (i ) . 

Celait cependant an homme bien tnleni à 
videnler pour Napoléon que M. de Mallefniii, 
dent il ironlaii cennaiire Im démarchée et 
tie de qni ta police airaii établi une 
jennaalière } il parait que ramhaatadent de Pknme 
hn donnait aotai de rinquiétude. Meia fui m Inl 
en donnait pat 7 Trop heureux s'il êàl pn réprfc» 
mer un aenliment qui lui fit faire tant de fentot 
et lui aenrit ai peu dana tes granda projeta. Le 
haipardege des aalona el lei mauvata hone mole 
des miniairea étrangers le tourmenlaient plue que 



(t) Le4iiecrOtranic. FmtcM, ti*ét«if pl'ittfiinltlredefti 
)c iMfat ifevary, iluc Je ao^i^.i , !'«% jic rcnip'sU U- 3 aMi tê%m. 



les «rinfineDS de ses enneipw, U Toulait donc à. 
cette époque Mvoîr à quoi tenaient les bruit*, 
qu'on répandait sur les mlnislres de Vienne et, 
de Berlin. L'un et l'autre avaient été dénoncés 
au ministre de la police Fouclié; on lui avait 
écrit qu'il se tenait des conciliabules cbcz le mi- 
niftire de Rusaie(le prince Kurakin) avec le 
comte de Mettemich et les membres de la léga- 
tion russe; on assurait que ceux-ci avaient dit 
que l'empereur Napoléon ne détrônerait pas plus 
l'empereur d'Autriche qu'il n'avait détrôné le roi 
de Frusse , quoiqu'd eût dit de l'un et de l'autre 
ju'tii avaient eeisé de rigoer. , 

Le ministre de la police renvoya la ^énoncifl- 
tion au préfet de police comte Dubois, ayec ordre 
de vérifier s'il y avait effectivement des concilia- 
bules entre les trois ambassadeurs. 

Veyrat, le même qui a joué un si grand rôle 
dans la police de celle époque , fit ses diligences 
pour connaître la vérité ; il en adressa le rapport 
ait préfet de police , le 25 mai 1809. « J'ai fait, 
dit-il , surveiller la maison du minislre de Prusse 
avec tout le soin qu'exigeait une affaire aussi dé- 
licale cl aussi importante ; le baron de lirockau- 
sen , envoyé prussien , demeure depuis dix jours 
seulement rue du Faiibourg-Sainl-IIonoré, au- 
paravant il demeurait rue de la Michodière; il 
lie se tient point de coiR'iliabtdcs chez lui , et je 



J(ÎS MÛOIIIKS ■ISTOIIIQUC& 

crois poQToir Tassiirer potilivemcnl ; il reroit 
même très peu Je monde» el son éui de maison 
est 1res peu considérable. 

« J*ai mis tous mes efforts k connaître quels 
pouvaient dtre les degrë« de relations et d'mti- 
mité qu'il avait avec les légations russe et autri- 
chienne, et voici ce que j*ai appris. 

« M. de Brockausen est lié avec le prince Ka- 
rakin et la plupart des membres de la légation 
russe à Paris. Il voit fréquemment le prince Ko- 
rakin , mais sans mystère et sans affectation , et 
comme deux ambassadeurs dont les nations aoot 
en paix. Il va dîner chez le prince, qui k son lonr 
est venu dîner quelquefois chez lui , et notam* 
ment lundi ou mardi de la semaine dernière. 

« Les dîners qui ont lieu ches le prince Knn- 
kin sont splendides et d'apparat, tant a Paris qn'k 
sa maison de campagne de Neuilly (1 ) ; ma» le 
petit nombre de ceux que donne le baron de 
Brockausen sont sans faste et en petit comité. 

« Quant a M. de Metternich , il ne voit point 
Tambassadeur-de Prui^se depuis près d'on mois. 
Il est venu le voir quelquefois avant la guerre, 
lorsqu'il demeurait rue de la Miel 



(i) Tout le inon(l«* a i.i>iiii'i ce priiii.' U l'in;» . hxi |iIm« gf imI 
nit^rite était d'avoir • v^u lulut ilr^ l)it.iti>i7« d tiu'iuji«, Ju:il clu* 
LUil %A'jil ).«*•*<■ 1 tri-. !i •.' « ■'. 



TIRES DES AHGHIVBS.. 2169 

il n*a nullement paru à son nouvel hôtel rue 
Saint-Honoré. 

« Le comte de Melternich depuis un mois vit 
très retiré. Je Tai fait surveiller spécialement 
pendant plusieurs jours. On ne Ta vu rendre de 
yisite h aucun ambasss^deur. Il est sorti la plupart 
du temps avec sa famille, lui a cheval, avec un 
de ses secrétaires , son épouse et ses epfans en 
calèdie^ ils ont été pluèieurs fois le soir de cette 
manière se promener au bois de Boulogne, ji 

,Ce$ reiiaeignemens n'apprenaient pas grand'- 
pliose 4u9 la conduite des ambassadeurs surveil-r 
lé8> c^ux qu'on fit passer au ministre de la police 
partioulièrement ne sont guère plus instruclifi| 
ob en jugera par la piè^ce suivante. De pareils 
renseignemens ne pouvaient que bien faiblement 
servir le chef du gouvernement pour ses vues et 
ses projets ; aussi fut-il souvent trompé dans cette 
partie de sa haute politique. 

" "iG mai 1809, à six heures du soir. 

«r J'avais chargé un inspecteur, c'est M. Veyrat 
qui parle, de se tenir aux environs de Thôtel de 
M. de Melternich pour connaître Tinstant et les 
circonstances de son départ; voici ce qu'il rap- 
porte : 

<f M. de Melternich devait partir à trois heures 



970 MtttOIIICS BISTCfRfQrKS 

préciiei. EffSecliTemenl k cette heare, dit-huit 
cliCTaux de poste, tant pour lui que pour sa 
suite, se sont présentés 3é Thctel. Mais le départ 
fut différé de cinq quarts d'heure. A quatre heures 
et un quart, M. de Mettemich est monté en voi» 
tare avec un officier de gendarmerie. 11 a été 
suivi de son secrétaire , et , de six ii sept heures « 
de ses domestiques qui occupaient trois autres 
▼oitnres. Son courrier Taviiit précédé h chetal 
d^enviroii une heure d*aTance. 

m Cette dfcomtanoe avait fait coMudm It dé- 
pari et M. de Mettemich dans son fiUHgi% 
Aussi t au moment où il s'est effsetuét il j wt^k 
bieai soixante curieux dans h roe Gfraag^AaiM 
lière, qui étaient attroupés autoaf de la poita éê 
cet amhastadour, 

■ La oomlesse de Metleroich est resléat Jdifi'^ 
BOttvel ordre, avec aes femmes de a er^ i e t y k PlMi. 

« M. de Mettemich B*est point parti cmtant 
détenu ou gardé a vue, mais comme escorté, 
d*apffès Tordre de Temperenr, par un oficier éê 
gendarmerie jusqu'à Vienne , où Ton dit ^*il sa 
rend directement. 

« H ii*y a eu aucune rameur popolairo an 
ment de son départ. M. de Mettemich était 
scK aimé dans son quartier; il avait eu le soin 
pendant son ambassade de faire beaucoup da 
bien aux pauvres , et cette conduite natorelle 



TIHÉS Des ARCIHTCS*^ ft^t 

OU calculée lui avait concUië i'eslitte «t VwkÈÊf^ 
chement de la plupart de ses yoisins. >' 

Celte surveillance explique un fait dont il fut 
beaucoup question 'dans le temps. U ^n réédite 
que ?lapoléon fit accompagner , c'<si*k-dire a«f* 
veiller, M. de Metternich , pendant sa ronto^^ 
par un officier de gendarmerie; fait qui fut nîl 
ou révoqué en doute par beaucoup de àloii4e M 
qui ae trouve constaté ici. 

De tons les ambassadeurs 'a la conr de Hi^M 
léon , M. de M etteraich est celw qui lui dMisop 
le plus d'inquiétude ; il était en effet ftn yseerdl^ 
adroit, «t, aTec une grande habitude de diaiMMiii 
latton, savait affecter une sincérité apipirvisnié 
qui a trompé plus d'une fois ceux avec <q«i ilfvi 
des relations politiques. U faisait luî^flÉémiS mit» 
veiller Bonaparte ; il avait a la cour et 4iiet le 
gouvernement des gens qui lui rendaient cooipté 
de ce qui s'y passait d'important et secret» 

Je rappellerai encore un autre exemple de la 
surveillance politique de ce temps; je veux par-» 
1er de celle qui eut lieu pour M. de la yaugujdil, 
aide-de-camp du roi de Naples, dont la poisce 
eut ordre de faire connaître In conduite et les 
personnes qu'il fréquentait. 

L'officier de paix Fondras, qui depuis a ét«é 
inspecteur général de la police, a la restauration^ 
fut chargé de ces recherches, et voici ce qu^il en 



TIRÉS DES ARCHITKS; S^S 

Puisque j'en suis sur les recherches dé Véf^ 
pionnage de la police du temps de l'empereur ,. 
je vais montrer, par la même occasion, que sou*^ 
vent elle n'exerçait sa sagacité que sur de iausises 
dénonciations; telle que celle du comte d'Olrai,' 
que voici. Le 20 octobre 1809, là pbliïré réçW 
contre cet étranger une note oit oA lui disailf? 

« Il se trouve à Paris, depuis six ou huit moî^^ 
un [Espagnol nommé M. d'Oraa , qui lo^ea d'a- 
bord rue Pelletier , au coin de la rue Pinon , e( 
qui demeure maintenant rue de la Mièhodière^ ■ 

c Cet individu est natif de Maj^aga, !^}fi^^ 4 m 
famille, et une fortune, à ce qu'il di^; i|l:ei)tf^ljîf$rt 
une correspondance très active avec lea in^^H^ 
espagnols , et répand dans Paris, les.i^|()^^^yiça^{c|| 
plus défavorables au gouvernement. Il a uq ami 
intime en Angleterre, oii il se proposait de passer, 
s'il avait pu avoir des passeports. Cet homme 
doit être surveillé.» 

Cette lettre signée V. Duf. . . , et par conséquent 
anonyme , n'en fut pas moins l'objet d'une sur- 
veillance et d'un espionnage qui prouvèrent que 
la dénonciation (était fausse. L'officier de paix 
Foudras fut chargé de la vérifier 3 voici ce qu'il 
apprit : 

cf Le sieur d'Oraa est un négociant espagnol, 

réfugié en France depuis quatorze ou quinze 

ni. 18 



2^^ «Knoinrt HiSTOiiiQrrs 

moi! ; waiii il ue tlemciire cpe depuis quelques 
jo^m dans ses meubles , rnc Je b Michodierc ; 
iMparavant U logeait rue Pelletier, en f^rni. 

« Le sieur d'Oma eut un ami de la France, et 
ey 4 4woé des preuves ; il était à Madrid lors 
4§ U première inenrection de TEspagne; aea 
piÎ9Cip9f français lui ont valu toutes seriM 4c 
persécutions de la part des insurgés ; il a été 
obligé de s^enfuir de Madrid , en réalisant «ne 
partie de sa fortune qu'il a placée eo Pranctt fï 
qui lui rapporte aujourd'hui environ dif mlU 
livres de rentes. 

e Fendant les quatorze mois qu'il a log^ rot 
Pdktier, il n*a reçu que trois ou quatre lettres 
tMiant d'Espagne , et encore la dernière est déjà 
fl^ftstes irf eille date. 

' « n n*a k Paris qu'un ami intime « qui est le 
cftnie dlJrbina , Espagnol , réfugié en France 
comme hri , et qui jouit de la meilleore répnle- 
tion ; il le voit régulièrement tous les joon. 

« Le aieur dIOraa ne fait aucune affaire à Paris; 
41 vit de son revenu , et tient une conduite fort 
féfdlièw ; il va sonrent avec son ami , M. dUr- 
bmiit chee M. le duc de Frias, ambasaadenr 
d*£ipagne , oit ils sont !r^s bien rrrus. • 

Combien de dénonciations pareilles ne poor- 
rait-on pas citer, où le faux cèle , une baine se- 
crète peut-être , ont travaillé a troubler le repea 



TIRÉS DES AKCBIW. S^S 

et compronieUre la liberté ou la vie dlioinmîès 
fa«DBtlM A tranquilles ! Tel est an dés piégé» &è 
la police, et lorsque l'on n'y tombe pas, il n'en 
résulte pas moins une inquisition , un espion- 
nage désagréables pour l'individu qni, en esï 
l'objet. '" 



■ . ' .■ ■:,■'! 

^8*- -Il 

On a pv voir dans to,ut ce qui précède, en 
pIlBJi^rs endroijts ^e ces mémoires, que, plus 
d'une /ois , la police avait contribué à repousser 
des caVooiQ^es secrètes et à mettre des hommes 
estimables à l'abri de fausses dénoncialions : ce 
qui s'est passé à l'égard de M. Maltebrun -vient 
a l'appui de celle remar'iue. 

Le nom de cet écrivain a trop de notoriété 
pour qne je m'occupe a rassembler des détails 
sur sa vie ('l)ïje ferai connaître seulement les 
résultats d'une mission d'espionnage donnée sur 
M. Maltebrun, qu'on présentait, en 1809, com^e 
un étranger dangereux. 

Le 11 septembre 1809, l'inspecteur général 



(0 On eu iruiivc une nullce ou |>liilôt un oli>gc laut soit peu 



de la police Veyrat recul, à propo« de rel 
homme de Icllres, la dénoociatioii anonyme 
fQÎTante : 

« Le nommé Mallcbrun, folliculaire du Jour^ 
noi de l'Empire 9 e%V dangereux pour Télat; je 
sais, de très bonne part, qu*il reçoit de Targeot 
de la Pmase pour faire des écrits séditieux ; il a 
reçu dernièrement une somme aaaex forte d*an 
banquier que je sais en correspondance avec 
TAnglelerre ; ceci est un fait certain. 11 tnTaiOe 
nne partie de la nuit à faire des écrits sédilienx ; 
il paie son scribe principalement pour les trans- 
crire , afin que son écriture ne soit pas re- 
connue. C'est lui qui a fait l'alBclie incendiaire 
de la phce Maubert , dans laqneUe on détone 
au poignard trois têtes , Bonaparte « Cambacérès 
et le ministre de la police. L'impudence de ce rit 
et méprisable ap^iit des Anglais ne pent se con- 
cevoir : il a des amis chauds au journal de l'Em- 
pire , où la contre-réTolution est désirée avec 
impatience. 

m Cet impudent étrans^er, chassé de son pajrs* 
a sans doute des agens qui le senrent dans la 
police « puisqu'il ne se cirhe guère de porter 
ses pamphlets dans svs porlips ; il les laisse tom- 
ber à df?\seiii dans Irs fa^rs. dans les boutiques. 

« Cet avis, ji> ne saurais trop le répéter, est 
d'un ami de l'état et de l'empereur. 



TIRJBS DES ARCHIVES. 2JJ 

« Il tente tous les moyens d'avilir là nMion 
française. Tous ses écrits /dans le Journal êe 
l'Empire, peuvent éclairer notre religion 'à* ccrt 
égard. Il est inconcevable même qu'il n'ait fMb 
été chassé depuis long-temps ; sa conduite e^ 
bien connue de quelques personnes, mai» elle» 
sont tièdes, sans doute ^ puisqu'un pareil homttlb 
n'a pas encore été chassé du territoire français. 

«r II n'y a pas long-temps qu'il me disait '^'e 
sans doute il irait dans son pays. Je n'ai pas été 
dupe de son artifice ; il voulait passer en An- 
gleterre , quoiqu'il a£fecte d'en dire du mkl Mi 
apparence , afin de voiler ses desseins criniMMi. 

w Je vai« encore , ce soir, l'observer ; jé tous 
ferai part de mes découvertes ; faites, de votre 
côté , usage de ce que je vous marque. * 

u Je vous salue. 

« Un Français ami de son pays, 

tf Plus tard je me ferai connaître. 

« Aussitôt après son arrestation , je me pré- 
senterai à volrc cabinet. » 

A la lecture d'une pareille dénonciation , ne 
semblait- il pas que, pour la police, il dut y avoir 
un motil' suffisant de faire arrêter tout aussitôt 
M. Mallebrun : mais on est fait aux exagérations 
de toutes borles daiis cette boutique à révéla- 



^7^ IlillOlUS RJSTOftlQUXS 

tîou, La police se borna ngemenl a recem- 
«lander k M. Veyrat « de vérifier le plus socrè» 
lamenl possible , cl avec le plus grand soiii » le 
contenu de cette lettre. » Un agent adroit et 
intelligent fut chargé de celte nisâon ; il en 
rendit compte dans une note en date du 13 sep- 
tembre 1809 j en voici le contenu : 

« M • Mallebrun , qui vous a été dénoncé ptt 
une leltre anonyme » est un des rédacteurs du 
Jeumoi de VEmpirê^ et de plus rédacteur en ckef 
des if unolsâ dti Vayage$ , dont la libraire Buissen 
est Téditeur» et qui s'impriment dMi la ymnû 
itannehomme, 

a Les inculpations portées conttPa ku sont 
d*une nature si grave , et en ainse leaipi 
crête, quil est bien difficile de iKvnir ji 
quel point elles peuvent être fondées. 

c M. Maltebrun est Suédois (1)» retiré en 
France depuis huit à dix ans. Dana les pre- 
mières années de son séjour k PaMat il |iasaait« 
aux yeux de beaucoup de monde« p#ttP un élran* 
ger intrigant (2; , qui voulait se rendre MBlé- 



tO l.*«t»tit Et trompe} lUhirliraii était mé é«H Is Ji 
piii%imr (Ji-|cuJaiit du I>-*ne::<arik ; atiul pmuilt II W litre àt 
geogtffphe datuni. Il \s\ im rt m nu > iSj- , « rari%. 



TIWÉS DBS AHêWfPÈêi ^^ 

ressant, eii se ptétemteti^ vfétîfiie àtk Aéif ètisme 
de son gonvernemeikt, elqtiv amnfMdadr ft^âu^ 
moins ^elques talens, suMout àam là jgÊcl^ 
graphie. -" ■'-' .:>^ ;j î Ul^i 

tf U se lia avec plusieurs gens dé leftM»i'ic(jrfl^ 
tribua k la rédaction de plusîMr» dtrVfli^ -^é^ 
riodiques et notamment du JomriKt) dû tEtâpire , 
depuis quatre à cinq ans. c !.* ^ ^n. 

« Il s'est fait beaucoup d'eniMUfs «t k élhrtfttlÂi 
époqnes; il fut même traité ^ dans éf â ék pL eÉj^JÊÊP- 
naux, d'une manière peu honorable t^oupliii4t 
pour ses talens. , ) 

<c Aujourd'hui M. IVialtebruif a 4^ P^wpar 
tions fixes et connues, qui l^i assmr^pt U{ff^>fiexf 
taine aisance; il s'est fait des ^m^ çt àessfjfçfir 
tecteurs distingués. Il travaille^ îi esl? imii| 
beaucoup chez lui; mais son double emploi, d^ 
rédacteur du Journal de VEmpire et des Annales 
des Voyages exige ce travail forcé. On l'accuse 
d'avilir la nation française dans tous les écrits 
qu'il publie et dqns le Journal de VEmpire. J'ai 
relu ses différens articles, et notamment le der- 
nier qu'il a fait insérer dans celte feuille, et je 
n'y ai rien trouvé d'avilissant pour la France. 



se mêla do !)oaucoiip d'affaires, ou pourrait dire (Tintrigues 
politiques ; mais on n'y voit rien qni rc'^'^eniblc à ce qu'on lit dans 
la déiioncialiou. 



« Qtiini aox écriu tédîlMux dont on laccute, 
à:t'tficbe iocandiaire de U place Haubert, m 
Targent qu*il reçoit de la Pmste et aux pam- 
phlets qu'il laisse tomber dans les cafés et dans 
Jes boutiques , ce sont des faits sur lesquels je 
ji'ai pu me procurer aucun renseignement. 

« M. Maltebron demeure rue Christine, n* 1 , 
au 2" étage; il occupe, pour secrétaire, un indi» 
▼idtt de son pays , qui se nomme Friedwinck ; 
on Ae OMUsaii aucun banquier de qui il roçoîve 
de Târgent. a 

Ces renseignemens , comme on pense, ne 
parwrent pas snffisans k M. Veyrat pour éclairer 
là péKce sur ce qu*on devait penser do f4o§rmfk$ 
dmmù; il en demanda de nouteatts et ordonna 
a M: Fondras de tt continuer de prendre des 
renseignemens secrets dans les endroits que firé- 
qifeiltiait M. Maltebrun, connaître les persoanea 
qiTH TÔit et ses conTcrsations. s 

De nouYcIles recherches furent donc faites; 
en Toici le résultat : 

« I..es nouveaux renseignemens qu'on a pria 
sur le compte de M. Maltebrun ne justifient nnl^ 
lemcnt les graves inculpations portées contre 
lui. Il s'occupe, a la vérilé, beaucoup à écrire, 
tant chez lui qu*au cabinet de travail, qu'il a 
elles Timprimeur Leiiormand^ mais c'est pour le 



TIRÉS DBS ARGBIVSS. sSl 

Journal de V Empire , où il met de fréquent aiti^ 
clés , et pour le compte de Fimprimeur Buisson , 
qui a pris des arrangemens avec lui pour la ré- 
daction des annales de$ Voyages j ce qui Tocçupç 
considéralement. 

« Indépendamment d^s AnnaUê , M. Malle- 
brun a aussi composé la Description de$ Qtêatre 
Parlùi du Monde , en 4 Tolumes et un abrégé 
de géographie a l'usage de la jeunesse. 

c En ce moment, il s'occupe de traduire plù-> 
sieurs voyages allemands et anglais. 

« J'ai introduit quelqu'un chez lui , sous nj^ 
certain prétexte , et on n'a vu sur son bureau 
qu'une foule de papiers relatifs aux voyages. , 

« Les personnes qu'on m'a citées pour être 
de la connaissance de M. Maltebrun jouissent 

d'une bonne réputation ; ce sont tous ses colla- 
borateurs au Journal de VEmpire , dont il parait 
généralement aimé : M. Buache, ingénieur géo- 
graphe; M. de Guignes, attaché aux relations 
extérieures; M. de MontroUe, homme de lettres, 
et MM. Millin et Langlcs, membres de l'In- 
stitut. » 

On ne porta pas plus loin les recherches; et 
un rapport général au préfet, écrit dans le sens 
de ces notes, termina l'affaire; mais M. Malle- 
brun n'en resta pas moins au nombre de ceux 



àêà mimomm ntroaiQUEs 

•ÉlPqtii If poiM cnt demr tenir las yawi 



La rftia qu'il avril joué en Snède et en Dane- 
tihirck , qnoiqoe snbaheme , le jngenenl porté 
contre Ini» et qui, en raiion de set écrits, le banni»- 
alAt de son paya , étaient propres sans donte h le 
féridra SMpeet h on gooTememant coaania calai 
êè Bonaparte; maia Texcèa daa &ila m\ 
dans la dénonciatioii la rendail abanrde} 
■Tant-alla aocono suite. 

Maltebrun était un homme entortiDé ; il avait 
Irf gdAt de l*iAtriguo , et ce faranl las circon- 
ÉMinces et le besoin qai le firent anianr al écri» 
vain (1). il atait le jugement fiinm al aaasqnint 
était laborieux , peu profond et dfÊdÊHâm îitlé* 
•ain, fuoiqno passablamant màÂtài éViail nn 
vriai gaaoon du nord. 

Ses èttceèa aa Jêmmi éê VEwfin 
iMCuM et sa célébrité ; il élait davann la 
dfM éfMvrina » par ses critiquas amkna aa 
WuiM I passioïknées souvent , écrites n un atyla 



(i) Les dl«po»iliont de lla1t«bruu yovkr \r% rAlcs polttiyiei m 
iS»t «Mort HMBlrétt cfi i8i(. (Hi le «Il alorsflrifv UmmAêém 
«Met t aaa» les alblfVA da nord. Il w iraaiporU ca 
po«r taplclirr U réanion de U ?(orii««Kc • !• Surde, d 
t'oppoter • r^?^\«t:oii ilr BrrnAf!o!f . W^y r %iir tout eed li Ce»- 
fhy è » éê Mtrkmmé, 



TIRES DSS ARQBnrBSé jK 

rapide et recherché. Tout ce qui portail ua ca- 
ractère de généralité scientifique , de tendaite*ii 
la systématisation , devait être sa préîei favorite ^ 
et sa réfutation, lorsqfu'il s'avisait de râfuteiti 
n'échappait à la flagellation des ripostea (](ne par 
rimpos^iUté de le retenir dans les bornes d'fii^ 
discussion franche et sérieuse ; l'esprit jfi^ondevr 
du scepticisme était enfin sa passion et sa loiéU 
ne se preqait pas au sérieux lui-même^ qitc6qHi^il 
s'aimât beaucoup. Ses articles deveftâiiént défc 
oracle» d'autant plus fâcheux pour ceum coiitfb 
ksquek il les lançait , {fue le Journal Bè VEmfiu 
était le phis réjpandu et en (j[uieîqèé sorte le* eeai 
qu'on lui dans le monde. TMJdur» diispds'é à 
fiAtlei^ l'autorké, Maltebmh sacrifiait sans éqnîl^ 
leè auteûrsi-^'il sav«it lui dépikrre. Janvéi^da 
a plus abusé de la facilité d'écrire dans une 
feuille publique que n'a fait Maltebrun 3 la petite 
monnaie des esprits bourgeois le prenait pour 
son oracle. Assez instruit eh géographie, il 
n'entendait rien à ce qu'en termes de la science 
on appelle géographie astronomique; ceci n'em- 
pêche pas que son Précis de Géographie qu'il a pu- 
blié en six volumes, ne soit très eslimé. J'ai 
connu Maltebrun à son arrivée en France; il 
m'avait pris pour un personnage important 
sans doule, et je ne sais pourquoi; mais, dé- 
Irompé de celle idée , je ne le revis plus. 



MEMOIRES HISTORIQUEE 

Le caractère de Malubmn s'était poartani 
amélioré dans les dernières années de sa vie. 
Dereno moins TanileuE, il montrait du goût 
ponr la retraite et la philosophie. Son éntdition 
aTtît fini par lui suggérer des doutes contre son 
scepticisme, et il avouait qn*il pourrait bien y 
SToir quelque chose de certain dans Tasaocia* 
tion des sciences qu'il s'était fait un jeu josqne-lii 
d'isoler les unes des antres pour les opposer 
Tune à l'antre au lieu de les unir. On a romlu 
fiûre soupçonner ses mœurs, a cause des fda* 
tioDS qu'il se vantait d'avoir avec Cambacérès'; 
mais quoiqu'il lut blond , asses bien taonié , el 
qu'il cherchât des protecteurs , on n'a ancnne 
preuve de cette odieuse imputation , fondée 
d'ailleurs sur de sots bruits Mh|ttfc h rardû- 
chancelier. 

Ontre ses traités de géographie et aea anaiH 
breuz articles du Jaurmâl de VEmfing et des 
iinneki féeyrop WfiMi ^ il a laissé nno invtilo et 
fode apologie de Lonis XVI, qu'il pnUin ta 
1S15 ; il a donné , en ISsH , un triste écbmtillMi 
de ses connaissances en diplomatie» dans son 
TMêom poUiique de V Europe; c'était bien à iwt 
qu*il regrettait que le hasard ne l'eût point favo- 
risé pour entrer dans cette carrière, b moins 
qu*il n*eitt ref^ardé la l'aune té de jugement 
jointe à 1j lincb^c , à raiiioiu' du travail et .i 



nncs DES ARCBJi^*. t85 

l'ambilion, comme les seule^^ qualités néùessaires 
pour y réussir. Bref, il se croyait un homme 
supérieur, parce qu'il avait Tart de faire jouer 
les mots , comme un joaillier qui montre des 
diamans à la lumière; et Téloge hyperbolique 
qu'on a fait de lui quelque temps après sa mort 
pourrait le faire croire à ceux qui ne le connaî- 
traient que par cette pièce. 



La imm B^Mtrdy tireme de earta, *-* L' im p é ralrieê 

Joêéphine. 



Juin i8oQ. ' . 



L'astroTof|î JNwiiciaire ne s^est pas absohtmeat 
éteinte, comme on le suppose, avec Tapparition 
moderne de nos prétendues lumières philosophi- 
ques, dont on fait beaucoup trop de fracas, car, 
après tout, des négations ne sont pas des réfuta- 
tions. On écrirait infailliblement plus de bonnes 
choses en safavcur que noshonnelesbourgeois vol- 
tairiens ne sauraient lui opposer d'apophthegmes 
bouffis et tranchans. Il est vrai que cette science, 
au lieu de prendre le zodiaque pour livre, en- 
veloppée maintenant de moins d'apparat qxre par 
le passé , se rétrécit de plus en plus dans les li- 
mites de l'appréciation des temps et des carac- 



s86 HéMmii untNiiQUEs 

lèMt. Lflt femmes, )i cet égard, MUt A^ méu 
d'one finesse d'apperception qu'il ne saurait Hrt 
inutile de consulter. 

Il a été fort question, a une certaine époque, 
d*nne tireuse de cartes, nommée Catherine 
Huart, chez laquelle rimpératrice Joséphine et 
quelques personnages considérables se rendaieat 
pour se faire dire la bonne aventure. La cir- 
constance était assez controversée pour que je 
voulusse savoir le vrai dans les récits divers qn*on 
en Cûaait # ^a roa4€ ; iroiû ce ifêB noa ndkcr- 
ches m'ont mis â portée de déclarer certain. 

Instruite de différens bruits sur une tireue de 
cartes chez qui , disait-on , Temperear loi-même 
s'était rendu , pour consulter son M^t U p«^« 
donna des ordres pour que la dmrie Hnart fl^ 
arrêtée et conduite à ta préfecture. Ce liatM. Vej- 
rat, dont il doit être souvent question dans cca 
Mémoires, qu'on chargea d'interroger cette 
femme sur ce que Ton disait d'elle ; mfifa Ptf^ 
culièrement , et sans affectation , sur ce ^«pou- 
vait concerner l'empereur. 

Je donne les questions et les réponses. 

/>. Depuis quelle époque vous ête»-voM lâsin 
tireuse de cartes ? 

A. Depuis dii-sept ans. 

D. Vous aves dû gagner beaucoup d'argesit 



se wiKdMt chw yf^w (x^inur 4Q[?t 9)^? 

IL Jf^ n'jû pas gagné beaucoup d^rgm^ jt 1^ 
état; il^t yrai quie je reçois m^^ ^$^^9^ IE^wIa 
qu^f^j^ 4is persoa»^ iq^i #e r^iiden,t q)|i^.f9i§| 
piour c^l 4>b}et. « , 

captffi $AP Jl y a )i^pt à b Wt ^9 qn^ K im f itk i 

^smàsitïfi TaUien. $pfi jfLmif^itX ^9 pmiWf 

htm Jhgré 4^ piÛ^9fMN0 ; cpA^l^H)nMr«ÎS H^jff 

gmiHte pacÂ^fle 4^ jerr^e ; qii^#Hi;wt ^fiWlSiMI 
d'ennemis qui chercherajie^jt ii JU^ l^v^l^ii ^NHf 
qu'ils n'en viendraient pas à bout, et qiji'ji^ «ne 

périrait pas par la main des hommes. Je djji^^ 
core a l'impéralrice qu'elle aurait beaucQi\p fj^ 
fatigues; qu'elle serait obligée de suivre son pipui) 
dans ses voyages, et qu'elle éprouyer^^t b^iVWt 
coup d'ennuis. 11 y a six ou sept ans qM^ je neçmf 
la visite du maréchal Lannes , avant son .4^^^ 
pour l'Espagne , et je lui prédis qu'il périrai^'par 
suite d'une imprudence ; je lui dis m&^ie td|^ 
quelle manière il devait se conduire pour ^J}^ 
ce malheur. Je lui prédis encore plusieurs <:hp^ 
que j'ai su depuis lui être arrivées. J'ai r§ÇV^9!4ffM 






TIRES DES ARCniVKS. ^^ 

caractères sur notre globe , par Texamen Hé la 
conjugaison variée des diiférens corps plané- 
taires dans l'espace : problème sublime et qui 
donnerait la clef de tant d'autres problèndes, s'il 
est juste de reconnaître, comme le pressentiment 
nous le dit , que tout est lié dans le système des 

mondes. 

». ' • ' ' 

M. Yeyrat lui ayant demandé camftien. cUc 
exigeait pour tirer les cartes, elle répondit q^tfa 
lui donnait ordinairement 6 fr. ; que les geili 
peu fortunés lui donnaient 3 fr., ou seulemeof 
trente sous; qu'alors elle ne leur faisai^t qu« le 
jeu ordinaire. ^ ■ 

— Connaissez*vous une dame Dussàùlt-^r: 
guin r 

— Oui , je lui ai tiré les cartes il y a huit ou 
dix mois. 

— Vous avez rendu cette femme malade par 
toutes les extravagances que vous lui avez débi- 
tées ; vous lui avez dit, entre autres choses: 
«Voilà un homme menacé du tabouret; c'est 
« un père de famille, il ne tiendrait qu'a vous 
« de le sauver; vous-même irez au tribunal, 
« vous pourrez y être acquittée, parce que vouff 
« ne serez pas coupable. » 

La flame Hnart répondit qu'elle avait bieiT 

III. }9 



UQi* MIMOtHFs lllsIoHiMl t> 

ilit cela il la d.imr Srgnin . mai*» siîîh inlonliun 
de lui iniirr. 

— Je lui ait dit qui: son mari se coiuluîrjit si 
mal, ou'il M'iMÎt Mcn sn.tlli'nroux ; qn il i lier- 
chcrait niriur a attenter li srs jours i)ar sa bru* 
talité ; qu'il avait des parentes ei autres femmes 
qui lui ilonnaient des conseils; mais que, par sa 
prudence et sa douceur, elle pourrait éviter bien 
ikt milhaurs ; qu'il fallait qu'elle prit garde à 
elle, ear ton mari chercherait k lai emporter 
lOQt ce qu'elle avait; mais quSI ne le ferait 

paa, etc. 

-^ Mais, lui dit l'interrogateur» la dame Sé- 
guin a eu une attaque de convulsione dmt rolra 
di^icile ? 

— Il est vrai que cette dame sW trouvée mal 
une fois chez moi. Elle me demanda ai on ne lui 
arait pas jeté un sort, et je lui dis que je ne pou- 
vais pas lui répondre a cet égard; elle ajoota 
qu'elle irait à tous les devins possibles pour m- 
voir si quelqu'un avait exercé anr «Ue qnolqno 
maléfice. Elle me demanda ladresae de madame 
deCalonne, qui, par état, fait b devinereasc, au 
mojfen d'un grimoire» et je lui dis qu*elle démon* 
rait dansTenccinte du Temple, n* i2. Elle y lui 
tout de suite; quelques jours après, elle se rendit 
chez moi et me dit que la dame de Calonno loi 
avait annoncé que c'était une jeune femme et 



TIHES DIS ARCMiKBS. â^ 

une femiiie d'âge qui d^ercliâienl à la séparer 4le 
son Hari, et lut faire é^user noe autre ^mÈip^ i 

M. Veyiat lui rappela ensutte que dam Jà 
conversation qu'il aTait eue précédemitieiit arnec 
elle, elle lut avait dit qu'elle savait quelque 
chose qai intéressait la persenine de Temperetir) 
il exigea qu'elle lui déel^rât ce qa^elle en sàvis^ 

-— J'w fiit j^usieurs jeux pour Sa Majesté^ dk>i* 
elle; dans un de ces jeux, j'ai vu pan)itire dkmk 
km^naea tcahres à sa personne, cbnt un petit» 
mince, tm brun, paraisi^aot être d^uitpays élMpi- 
ger a )a France, très éloigné, et aysfnl ^oyafjé 
avec Sa Majesté l'Erapereur dans dea déacirlaii 
Vaotre étiût un grand homme brun, ayant wi 
raafque extraordinaire au vis^e^ commet ;«af 
cicatrice. Ces deux hommes paraissaient avsair 
défà attenté a la vie de Sa Majesté dans une 
campagne aux environs de Paris ^ mais n'ayant 
pu réussir, ils sont restés inconnus, en raison de 
leur déguisement. Us ont tenté encore plusieurs 
fois de l'assassiner; mais ils n'ont pu réussir, Ji 
cause que l'empereur était escorté (1); et j'ai lieu 



(i) Napoléon se faisait peu escorter dans ses promenades, lors- 
qu'il était à Saint-Cloud. On l'a \u plusieurs fois dans une pelll^ 
calèche découverte, rimpératrice Marie-Louise à sa droite, fe 
promenant au moyen trot sur la roule de Paris à Sèvres , n'ayant 
que trois ou quatre cavaliers à cinquante pis derrière lui, et un 
ou deux en avant , sans autre train de suite : c'était en 1810. 



2^11 Mi-:Moiiir$ insTimivirs 

de croire que ces deux personnages , donl Ynn , 
le plus petit «est un homme de distînctioo « ci 
Taulre dans b classe bourgeoise, tenlerool en- 
core de Tassassiner; mais ce sera de nnit. • 

Ce fut le 1*^ juin 1809 que cette explication 
eut lieu ; il en fut rendu compte à rempereor 
par le ministre de la police; la daoM Hnarl» 
rendue ii la liberté, resta sons la anr?eillanco de 
la hante police. 

Sans trop donner id dans ces hngaleUesy ponr 
agiter vainement Timagination dn ladenrt car 
de telles prophéties sont dénuées de règles et 
de lumières, nous le prierons tontefins de se dé- 
lier des préjugés philosophiques, lesquels, sons 
prétexte du droit d*examen, ne permettent pins 
d'examiner ce que croyaient ou prementaieiit an» 
trefois nos ancétrrs. Il n'existe pas nn instûicl 
dont on ne puisse tirer parti. Les grand» décon* 
vertes proviennent toutes de l'instînct, el ans 
aaeêtres nous ont mis sur la trace en a'^ 
quelquefois dans les ténèbres. Ce sont les 
seniimens qui conduisent Tesprit humaia à 
découvertes; et si, ce que nous croyons, 1'» 
ainsi que le corps, est subordonnée à des lob d'é- 
quilibre mathématique, il est certain que lecalenl 
lui-m^me peut s'élcvrr à b |)révoy4nce des 
tats universels par l'estime approfondie des cai 
pnmordiales. De quel droit a«t-on rois Time an 



TIRÉS DES iRGHlYISv ^^ 

ban des lois mathématiques quand on toH T^n*^ 
spiration s'y subordonner dans ses plusfoqg^^ujs; 
élans, et se revêtir d'un rkytfame dans le ç^rvea^ 
des plus grands poètes? La phrénologio n'es^^H 
pas sur le point de réhabiliter U cl^pmanci^?, 
Tout admettre sans raisopner est d'un ioji^ Xfi^t 
rejeter avec un mépris brutal est d'un sçt.^Qelifi^-^à 
seul est capable de trouver la vérité qipir^pèi^ 
discute, ose et cherche. Le doute n'çst qu'un j^t 
de paralysie s'il ne conduit pas à l'affirmation ;^^ 



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Le caporal Laurel, — FUleê pubÙqnes, 

Mai 1617. , 

La police des tilles publiques, dans leur rap- 
port avec les mililaires, est une des branches les 
plus pénibles de cette administration , par les 
mille et un désordres qu'elle offre journellement 
k réprimer. Le goût que ces lilles ont nécessaire- 
ment pour les soldats et les gens de la troupe 
s'explique en cela que le soldat est généreux pour 
elles; qu'il ne craint pas. comme leurs timides 
amateurs des autres classes, trop connus dans les 
villes, de se produire en tous lieux dans leur com- 
pagnie, el que le soldat devient ordinairement le 
zélé protecteur de ces demoiselles d.^ns les bastrin- 



^94 MIMOilIBS IIISTORIQL'KS 

girat et cabtrels, ne fûl-ce que par esprit de Mrpe, 
et en rertn da respect qti*il entend qne les pékins 
aient toujours pour son unifonne. Les filles en 
raffolent donc pour ces diverses raisons, et ponr 
d'autres qui tiennent ï leur bon csenr. Si ce 
goût les etpose ii de mauTais traitenens de lé 
part des militaires, de pareils iaconTéniens m 
les dégoAtent pas; car ces brutalités ne sont 
guère sans compensations. H n'en est pas do 
même a^ec les citadins , plus bégMulea et pins 
insolens, quoique aussi Yicieui. Pftr contraste, 
U Yiolence et l'indiscipline des soldats font naître 
des éTénemens qui nécessitent h sérérité des 
chefs militaires; seul moyen auquel il soit pos- 
sible à la police de recourir dans les circon* 
stances comme celles que je Tais faire coniuitre 
ici. Ces détails, dont on acctÉsera pasMlrs U 
iriYialité, ne sont nullement li dédaigner, pnb- 

?u*ils font connaître les difficultés de aadfilMir 
ordre public Yin-avis des militaires, et entrent 
naiiirellcinent dans la chronique des érénemêns 
de la police. D*ailleiir«, il y a plus de soldats qne 
de colonels, comme il y a plus de populace que 
de beau monde; et les irn onv^niens qui se 



sent iiur une grande échelle ont droit d*éTetller 
la soliicittirlc clr4 prfKrurs. P.iire fi d'un détail, 
i *e?kf s'oxpoMT a n»* savoir i!i' v.i ▼!•• ijiic la somni^ 



l'IRES DES ARCUITES. agO 

Un caporal de la 6' compagnie du 72* r^gi- 
inent de ligne , le nommé Lauret , commandait 
dans la nuil du 2 au o mai le posle de la Postè- 
aiix-Letlres, rue Jean- Jacques -Rousseau. En 
cette qualité, il dirigeait une patroui'le, qui, vers 
les dix heures et demie du soir, était arrivée ru0 
Croix-des-Petils-Champs, devant une maison aé 
femmes publiques , donna l'ordre aux filles qîil 
stationnaient sur le seuit, d'avoir à rentrer àusn- 
tot. La dame Kousselle, maîtresse de îa maison. 
fil observer au caporal qu'il n'était pas encore 
rheurc. Une discussion s'éleva entre le caporÀI 
et cette fpmme; elle fut emmenée avec une cer- 
taine violence et de mauvais traitemens au poste 
du Lycée , et consignée jusqu'au lendemain, $ 
mai, que le commissaire de police s'y transporta, 
prit connaissance des faits, et la mit eh "li- 
berté. 

En revenant rue Croîx-des-Petits-Champs 
avec sa patrouille , le caporal Lauret rencontre 
une fille de la maison de la dame Rousselle , et 
ensuite une autre de la maison de la dame La- 
cour, rue lies Deiix-Ecus; il emmène l'une et 
l'autre à son poste , rue Jean-Jacqucs-Rousseaii. 

La , le caporal proposa a la première de ces 
filles , lUsc Boubcrl , de la meUrc en liberliS , si 
elle conseni a ce qu'il passe la nuit avec elle. La 
convenlioii ayant clé acceplOc, Lauret quille son 



poste oi s'en va rouclier avec sa pri»oniiicr«, 
dans la maison de la dame Roussclle, eu ce mo- 
ment détenue au poste du Lycée; il y resta toute 
la nuit et retourna à son poste au point du jour. 
Cependant, Tautre liile, nommée Uosr Hu- 
bert , demeurant rlir/ la dame Larour, rue d«*s 
Deux-Kcus , s*étaiit trouvée incoromodre au 
poste I pria le caporal de permettre qu'on allât 
chercher pour elle un cliàle chez la dame La- 
cour. L'n militaire , autorisé par lui , se dui^ea 
do cette mission , et revint , une demi-heore 
après avec la dame Lacour, qui demanda la li- 
berté de la fille Robert. Après bien des débats . 
le caporal Lauret , qui n'avait pas encore quitté 
son poste à ce moment , se décida à la faire con- 
duire chez elle par deux hommes de garde j 
nuis I à cinquante pas du posie , trois autres sol- 
dats accoururent et accompagnèrent les deux 
premiers jusqu'au domicile de la dame Lacour» où 
il leur fut ofl'ert de Teau-de-vic et vingt sous 
qu*ils ne voulurent pas accepter. L*un d'eux , en 
entrant dans la maison . se prit de la fantaisie 
d'entraîner la iille llohert au fond de l'allée , ou, 
sans plus de fjron , il la contraignit , par quel- 
ques gourmadcs, de se prrler a sa brutalité. C'é- 
tait se conduire comme eu pays conquis, où l'on 
n'a pas le tempA de demander la permission des 
femmes, et où on les assomme pour les i ourttser. 



TIH£S DES ARCHIVES. HfCn 

On aurait très difficilement fait comprendre}^ de 
pareils butors que cette espièglerie passait' le^ 
bornes, et que, même vis-à-vis de la dernière dm 
créatures, l'homme quiToutrage est au-dessous 
de tout. Sur les réclamations de la dame La- 
cour, qui criait que Ton n'avait nuUemenl^ le 
droit de s'introduire dans sa maison pendant la 
nuit sans ordre , et de se porter à de semblables 
excès, les militaires prirent le parti de vi^ér 
les lieux , en disant toutefois qu'ils revjea- 
draient le lendemain matin déjeuner. Deux , en 
effet , d'entre eux y vinrent, mettant quelque 
fanfaronnade k prouver qu'ils ne craignaient 
rien ; m^is le sieur Lacour, assez bonne lamei|«et 
qui en avait vu de plus crânes, s'y étant trouvé, 
rabattit leur caquet, et ils s'en allèrent. 

De semblables gentillesses , ou d'à peu près 
semblables , furent assez ordinaires pendant plu- 
sieurs années. Depuis ISi^^J , a Paris, la troupe 
avait pris un ascendant marqué dans les matières 
de police ; il n'en résultait qu'un surcroît de dé- 
sordre, et presque toutes les nuits offraient des 
preuves d'inconduite des patrouilles de ligne, 
dans ce qui regarde surtout les filles publiques, 
souffre-douleurs des héros a cinq sous par jour. 
Le mépris répandu sur ces sortes de malheureuses 
les faisant regarder par les rigoristes comme k 
peu près en dehors du droit des gens, et cela. 



1^ MMiuinis iiisToi.ivi IN 

diaprés les maiimes à la modj qu'on trou\c sur- 
tiMit dans la botirlic ilcx reinmcH (|ni sv. «lisf*nt 
fkonntftcs, il nV>t sorlo fl'iii(Iiunît«'S qiK? It* ^ ^nu- 
jilt, ceux qui portent le liri(|iirt p.irllc uliîro- 
menl, ne se pennctient ; penitant iicul-rlrc tra- 
vailler de la sorle à la vraie rég«*nt*ration de la 
morale. Ils ne craignent pas d*ctre inhumains, et 
^j croient m£me autorisés ; leur mauvaise édu- 
catiùD s*y met à Taise. Habitués a la police des 
▼illat de garnisons, les soldats et ceux qui les 
couunandaient se croyaient « lorsqu'ils étaient de 
service, le droit d'arrêter les prostituées qu'ils 
rencontraient, et d'en exiger, par capitulation, ce 
qnlls jugeaient bon de leur demander. La peor 
dn violon et des avanies qu'on leur lait sobir 
entre camarades, qui, mutuellement, s'excitent à 
faire pis que pendre entre eux , était un moyen , 
pour ces hommes , d'en arriver vis-â-vis de ces 
femmes a tout ce qu'ils voulaient. 

Les plaintes étaient rares , parce que Tesprit 
de corps s*en mrlait ; il a fallu lutter fortement 
et pied Ii pi(*tl , puur réprimer ce scandale , dont 
le public avait , ati rcNtc. peu de connaissance 
et encore nioliis di* souci, ut «|ui , se passant 
daiis une classe nu'pri^rt* , d« nu ur.iit dans t'oL»* 
curité des bureaux et des rapports de la police. 

Dans l'acte du lapor.d Laurel, on ju^uea né- 
( rs^airc de Tiire un evcniplc. On eut n*rours â 



Tïidh DÈS JkRintavÉs. ûy^ 

M. le général Lihbiâ , cdiùmâtidatlt éé Itk fUté 
de Pariai; ta punition fat 8étët*e ; pluBteùrs mdir 
de prison furent la peine qu'on initgéa àint ixâ^ 
litaires coupables. Lëé IdUrd^ coii^ri%9 - de îîM 
campagnes, assez patauds, malgtré l'itfnifélriirip^' 
eomprirent, à force dé cachet, ic(u^ les fllli^ 
tdilêes à la prostitution pbrle ëakctèir«*o« pbr k^ 
jtiisèrfey ne deyaient pas être leurs jéiAèts et leuM> 
Wctiiiles; ihais, datis le fond , ilé ëri fbrëiil if^> 
atandalisés. ; mi «i u^p 

De son d6té , Tétat-n^ajor de là |^1ac« adècfÉ^lti 
et adiressë encore des plàîtitéè k U pdlltié Mr \ët^ 
stdteéfêcheuses de la fréqtienlàtiàtt dèM ébldàl»^ 
soifo4)fficiers avec les filles puMi<}aési II il^ëilWér 
à èM égard , qbe deux ttioyens de réfotiht triAf- 
nfètlt Éfflcàce^.Lè fàtnent 8cet>ti4iieB^ylëpi'ot«i^' 
tant et rigoriste , aurait voulu que le premier dé 
ces moyens, expéditif, mais violent, fût employé 
pour Henri IV et dan^ rinlérêt de la gloire de ce 
roi, qui fut, en eflfet, grand coureur de femmes. 
L'opération, on le conçoit de reste, ne peut 
être mise à Tordre du J6rur de l'armée; la patrie 
ne trouverait pas de défenseurs à cette condition- 
là. Le second moyen serait d'organiser une qua- 
rantaine générale dans le pays, atteint , jusque 
dans la moelle des os , de cotte peste qui vicie les 
c^cnérations. La Faculté de Médecine n'a jamais 
pensé a nictlrc an ronrours ccHc (juestion pjravc. 



30O MÊMUIHM HlSlUKJQtl.3 

qui, publiquement, ne lemble occuper per- 
sonne , et secrètement , occupe ei désole toutes 
les familles de la France. Ici , les lâchetés offi* 
cielles de notre puritanisme d*apparat sont en- 
core un obstacle; nul n'ose dire ce que tout le 
monde sait. Il s'est rencontré des années oii le 
nombre des soldats qui gagnaient la contagion 
a^ec ces femmes était si considérable , que las 
chefs jetaient feu et flamme contre le peu de aoia 
que la police apportait à surveiller la santé dos 
prostituées , et lui envoyait les noms des fcmmrs 
qui avaient infecté leurs hommes, usage qui 
subsiste toiijours , et qui seul a été trouvé conve- 
nable jusqu'à ce jour pour introduire quelque ré- 
pression dans cette effroyable partie de radmi- 
nistration. En fait, laissant de coté ka acffvpska, 
il s'agit ici d*une affaire de familloi et» par coo* 
séquent, d'une mesure universelle à prendre. U 
faut commencer par la dénonciaition franche el 
officielle d'une foule de charlatans qui « grâce an 
débit assuré de leurs misérables drogues, vnntéoa 
d'ailleurs a grand renfort d'annonces josqve 
dans les journaux les plus religieux et les plus 
populaires, mettent à profit l'imbécile puaîUa- 
nimité des mœurs , et vivent richement, à la fa* 
veur de notre silence , d'une plaie qui s'enve- 
nime au lieu de se fermer, l'n gouvernement 
( ommclc nôtre , donl on traduit ton» le» jours la 



TIRES DES ARCHIVÉE. 3oi 

portée par cette assertion ambitieuse et dou- 
teuse qu'il est le gouvernement do pays par le 
pays , doit livrer loyalement la guerre à ce mer- 
cantilisme abject , dût-il se mettre à dos quel- 
ques centaines d'électeurs , vampires de la for- 
tune et de la santé publique. Laisser ce moyen 
périodique de massacre à la disposition de quel** 
ques boutiques de chirurgie , c'est devenir com- 
plice des charlatans. Par malheur, en France, 
les choses qui concernent visiblement tout le 
monde sont encore celles dont on s'occupe le 
moins, quoique toutes les questions bien appro- 
fondies , si triviales qu'elles soient , ramènent 
toujours l'esprit vraiment libre à des préoccupa* 
tions d'organisation sérieuse. 



Ars< liai (le Justine suisi chez la iiommée Àdnnt. 

Juillet 1817. 

Quel est celui qui ne connaisse, quoi qu'il en 
dise, le roman de Justine j dernier effort du sen- 
sualisme philosophique k la iin du dix-huitième 
siècle, sous lequel ce siècle a péri avec ses pe- 
liles maisons obscènes et ses marquis gangrenés 
par la débauche!... Entre Voltaire et le mar- 
quis de Sade , entre la gracieuse pièce de vers 



iutitulée le Momâam, preiteuLimcoicrun liomine 
de goûl qui rêve le luxe mit à portée de tout le 
monde , et Tignoble roman dt Jostîne , tour de 
force d*uii e»prit voué froidement à U propaga- 
tion de toutes les souillures, entre ces deux ma- 
nifestai ion« de la pensée il y a Tinfini. L*auteur 
de Justine a réuni dans ce roman, qu'on lit 
une fois au n^oins , tout ce qu*nno imagination 
dépravée peut concevoir et cféer do scènea li- 
cencieuses cl de pbisirs criminels. U ancail dé^ 
honoré la vqlupté si Dieu Teût permis. Bl^ aof 
les seuls moyena sensuels que U natam f^fokm 
avoir mis a la portée de l'homme, et dMfduinl 
à supérioriser nos jouissances , mab m fiûtMl 
abstraction de la tf^te et dn c«or po«r M«t fé» 
duire au bas-ventre , llgnorant aaarqnia de 
Sade a voulu trouver dans les idéea de onppKccs 
appliqués à des dtres faibles , des aalisfi|ctiooa 
violentes et dénaturées. Dans son araenal fan- 
tastique, des instrumens vraiment démonia- 
ques sent employés pour réveiller las vignann 
engourdies, ponr inspirer des désira a e n t in t 
bixarres, plus souvent encore révolcans. Qn'«i 
ne pense pourtant pas que ces désordres ée 
b dépravation n'existent qu'en théorie et doM 
ce livre si misérablement célèbre. Sans rap* 
peler aux érudits les royales obscénités ém 
de Naples , les révélations sci 



TlUtS DKS AKCHiyKS. ^jl^ 

Icusc^ de Vhi&ïQir^ suvle^ orgies deCapréei el timt 
de crimes accomplis dans les ténèbres du clailc^, 
ou dans le fond des cellules, le fait suivant prouve 
qu'ils ne sont que trop réels parmi nous. Lea 
insirumens de martyre auxquels je viens de fwlB 
illusion, ces moyens étranges et destinés à ai^ 
guilloner les sens, ont été trouvés chez uiie fille 
du mQnde; il a fallu pour cela des révélations 
exprc;sses. Dans le$ ténèbres de la vie priy^ qti 
sait au juste ce qui se passe?.. •Personnellemeàf^ 
et ^ns vouloir en faire la dénonciation (ear cf 
i^'e^t pa^ mon métier) , je connais des profesBMiis 
fondée sur ces œuvres immondes; j'ai m ém 
jeuaes fîUes de quinze ans et quelquefois paéitiii 
vivre honnêtement de ces ignobles indosUpeè; It; 
père lui-même était le chef de Tateliet , paioè 
qu'il faut vivre et que cela rapporte. On éj^ 
que j'invente; mais suis-je forcé d'en donner la 
preuve?... Dieu merci, non. 

Instruite d'une manière indirecte , mais assez 
positive, qu'une nommée Adam, tenant une 
maison de prostitution rue du Petit-Lion-Satdl- 
Sauveur, recevait chez elle des hommes <}ui se 
livraient a d'étranges déportemens, la police 
prit la résolution de s'assurer du fait et de 
saisir dans ce lieu tout ce qui pourrait servira 
constater le délit. Que d'exceptions h la maxime : 
— Laissez faire ! laissez passer ! Tachez donc 



!mM| MI^.IIOIIltS HISTORIQl'Fii 

«n peu de concilier les économislet atec les mo- 
nKiles. 

Un commissaire de police el deux inspeclenn 
se transportèrent chez la femme Adam, el, après 
lui avoir donné communication des ordres dont 
ils étaient porteurs , procédèrent à la recherche 
des objets désignés. 

« Commençant par une chambre sise au 
Sh étage « disent •ils dans leur procès-verbal du 
X juillet 1817, nous atons trouiré, dans «ne 
petite armoire pratiquée au-dessus de la porte 
d'entrée et fermée avec un bouton , va paquet 
runfermant :1® deux instrumens i|uo Ton nmu 
dit s'appeler di$eiplime$, en fer, forméa de oMÛlIes 
el de pointes aigucH , en fil de fer ; «ne étrille en 
Ibrme de brosse, hérissée de pointes avasi très 
aiguës ; 2^ plusieurs disciplines en ficelkt MMiées 
aux extrémités et teintes de sang ; S* de«x galets, 
deux culottes de crin ; 4" une culotte et «n gilet 
de mailles de fer avec des pointes en dedans ; 
6^ trois ceintures assorties de même espèce; 
6^ deux autres ceintures en crin ; 7* deux col* 
Uersde fer avec leurs chaînes, dont Tune «legroe* 
seur peu commune; ^ deux instrumens en fer, 
avec vis, dont le plus çrAïul est nommé 
cA#lls de piedi; le plus petit mantheM de 
9* en examinant tous les points de la chambre • 
nous avons remarqué un crampon 6xé an mur. 




TIRtS »ES AACniVkS. M& 

nuquel on attache l'extrémilé de la clinîne du 
collier, tandis que le jiatient , objet de tortures, 
est suspendu ou retenu par une courroie qui 
part du plafond de manière que , placé entre 
deux glaces , il peut se contempler tout le temps 
qu'il lui plaît de rester dans cette position c5te 
de mortifieaiion. Après quoi, il va se poser, sui- 
vant te commandement qui lui en est donné, au- 
dessous du crampon par lequel sa chaîne est re- 
tenue; alors, saisissant deux petits crampons., 
dont l'un à droite, l'autre k gaucïie , il invoque 
les peines dites Itagettadam. ' "" '"" 

■ Poursuivant nos recherches ,contiiilwn('>I&t 
mêiiies agens de police, nous avons trouvé dans 
une armoire paraltcle à la précédente, t" un 
mors ou bâillon en fer, garni de toile, a'ouvront 
et se fermant à volonté , par le moyen de deux 
charniùres, et dont l'extrémilé des deux bran- 
ches se fixe derrière le cou avec une ficelle 5 
2° plusieurs chemises , pantalons, un gilet roufti, 
deux bonnets de laine, une paire de bas de 
même espèce, le tout formant un costume (te 
galérien. 

« Dans le tiroir d'une commode placée ddri& 
la chambre oii nous étions, se trouvaient diTefs 
emblèmes des parties sexuelles de l'Un et de 
l'autre sexes, formés eu cuir, avec tous les accès- 



•oiret imitant la nature oulragée par riuagc au- 
quel l€< consacre la débauche la plut odieutt. 

V Interpellée de dire de qui elle tient cet in* 
strumens, la fille Adam a répondu que partie de 
cet objets ont clé apportés et laissés par des in- 
diwdus qui ont Thabitude de s*en aenrir ei dont 
eUe ignore la demeure et les noms; qu*ik 
sont au nombre de cinq , et ne tiennent que 
par intenralles ; que le surplus a du être fabriqué 
et fourni par un ouvrier de la rue MonlorgueU i 
que ledit ouvrier les a livrés directement auf in- 
dividus qui les lui ont ftyés eusHuéuMi g de 
sorte que ces instrumens ne lui appartenant pas, 
elle n'en reste que dépositaire et les reniet a 
celui des propriétaires qui vient pour en fniu 
usage, avec telles ou telles de ses femmw, dites 

« Inlei^llée de dire si le sang que Tnn iu« 
marque sur le mur près lequel l'individu appelé 
puiinil est attaché par le cou , ne ptuvienl pas 
de l'excès des mauvais traitemens duni 3 est 
Tobjet, la Bile Adam a répondu 
ment. 

V Interpellée de dire si elle pense que Ti 
qui a fourni ces instrumens soit en ce moment 
détenteur de semblables objets ou de tous au* 
très destinés aux mêmes usages ; a répondu 
avec assurance qu'il n en avait aucun , attendu 



TIRKS DES ARCHJ^YfS. "^J 

lui en commande. * i .,,.„ 

Voilà bien le mobilier d'ua dça^^b^afji^ du 
ramaa de Justine. On y devine V^garç^p^ei^ n/ 
pelé ,iiu secoura de VioisigtQatîonpfMir r^poof^ 
k ce <|ue celte imaginalibn désire çpcçiçe > Mwi^ 
indin^ que la pt^iiss^nce d^# ss^nsi 9^'y t§bff^.,^ 
n^lure eH solljicilée dan^ se^ seqret^ (fH^.plUf^ 
hardii; la Tolonté cbm^^ «^-4«^à, #^^ ftltolff 

m^me pQw ^ évoluer à'a£kem^^^lmwh\9l^9lf^ 
U vobi|it4 , d4«oa au bep^MM , aoilv 9§tp }^fi^i^ 
4e béfayer t^e langue in<î«Aii)H^« # 4lre 4i| 
saota violen» et en dehora deâ o^sç^mtéif^fnj^ 
gaÂr^a^ e« de produire au viiliw 40 noM 4<llk 
monstee». C'est le maximu«D d9i|S Vafflfemt,^ Ktltt 
liance de la volupté et de réchpiCau^.» i^ ^wrjf^ttk 
rbylhme du vertige. Les désirs s'y tirouvMjt {Kfo- 
voqués ou allumés par le supplice de feampL^h 
nues et ruisselant le sang de tous leurs membres ; 
elles ne peuvent crier , elles subissent forcée 
ment tout ce qu'il plaît a la lubricité de leurs 
bourreaux. A quoi peuvent donc répondre cQf 
surexcitations à froid? Pourquoi tant de génie* 
dépensé pour le désordre et le mal ? Serait-il 
possible d'imprimer à ces forces dépravées ufiji^e 
direction plus salutaire ? Que de questions pour 
le physiologiste qui ne prend pas parli contre 
la nature humaine sans vouloir sonder préala- 



rio8 >u%ioincN HisTuRivirs 

liblement les vtie^i mystérieuses de ret uni* 



Ters! 



J*ai su que , sur cette demande bite k la fille 
Adam , comment il pourait se trouver des fem- 
mes qui se soumissent a ces barbaries, elle ré- 
pondit que celles qui se mêlaient k ces concilia* 
bnles de frénétiques ne se doutaient pas le moins 
du monde jusqu'k quel point les choses pou- 
Taient y être portées ; mais qu'une fob dans le 
cercle , tout moyen de s'échapper leur étant in» 
terdit, elles se résignaient a souftrir; qu'au sur- 
plus, elles étaient bien payées ; qu'elles en étaient 
quilles pour quelques soins et pour garder la 
<4iambre quelques jours ; qu'aucune de aaa fem- 
vîùê n*aTait jusqu'à ce jour porté plaiata , ai k 
elle ; ni a Taulorité. 

- La fille Adam, akgée de 35 ans, aatiipe de Ver- 
dun, a été condamnée, par M. le préfet Angles, 
k un an de prison k Saint-Lazare, et ensnile ran- 
Toyée dans son pays. 

• Que ne puis«je , répondait Jean-Jaeqiiee k 
M. de Reaumont , k propos d'un anathéoM de 
l'archeTéque contre la Nouvelle Hélotse , faire 
succéder dans tous les cœurs le charme de la 
Tolupté aux désordres de la débauche!... 



TJKES DES ARCIIIVJtS. ,^f% 

BUU de }a Proititulion A Pariten 1818. 

ScpIcnAre 1818. < ■ .■' il-'^ 

11 est constaté par un rapjiorl ofilciel sur l'élat 
sanitaire des filles publiques soumises , qu'on 
avait réussi à obtenir des rtsnlials salisfaisanj 
sur la proportion de celles qui sont malades de 
la syphilis à celles qui sont saines; cette proi- 
porlion était, au mois de septembre 1 818, d'une 
femme attaquée de celte maladie sur trente-six 
femmes saines. Je parle, bien entendu, dt^^ca- 
tégories de femmes soumises à rfnTestïf^n 
de la police ; les clisses 1>oui^eolieB atittt' hèn 
de ligne. >!. aid 

Mais on s'attendait à voir cette pro{Jomon 
augmenter â l'approche de l'hiver qui est la 
saison où la prostitution cl ses conséqnences 
prennent ordinairement un ;iccroisseinent pé- 
riodique. On devine pourquoi. L'hiver est la 
saison la plus coûteuse pour les malheureux. 
On aime mieux vivre de la prostitution que do 
mourir de froid. La suiveillaucc devient alors 
plus uécesisaire, surtout dans un moment comme 
celui dont il est question , où beaucoup de mlU- 
taires arrivent à Paris; car ce sont en général 
les gens de troupes qui répandent a^ec pli)s 
d'atlivitc la mnladic dont il s'airit. 



Jto MDfomti ntromiQuis 

Un des graves incooTéniens des armées per- 
manentes el des changemens périodiqiies de 
gimîson auxquelles les troupes sont habituelle* 
ment soumises , est celte propagation du mal 
Tënërien sur tous les points du royaume. On 
conaait le go&t des filles et femmes du peuple 
pour les soldats ; esl-il étonnant que le mal se 
propage si aisément , non seulement parmi les 
Allés publiques , mais encore la classe des petites 
bourgeoises libres 7 

On, va Toir dans le tableau qui suit » Télat 4m 
4» .ffMtitution à Paris pendant les moisdn jnîb* 
|«|^ aottt, septembre 4818, c'est-à-dîra In 
bre des maisons tolérées par la police, 
HJfm fU Jpaaison , celui des fiUes isolées m la 
groportion des malades k celvi dos 



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TIRES DÉS AlliîkttEi. 5it 



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Prcforlion moyenne des deux imalaSièi eoMâgieuM pi 

ee itîmeétre, 

1 femme atteinte de syphilis star 36. 

4 femme atteinte de gde sur 447. * ' ' "^ 




^ùpùrli&n moyenne des dèuit malàéi^ €&lïtàjiéùiéi pn 

le irimèHre précëdefU. \'' 

4 femme attente de sypb^ fut! 3S. 

4 femme atteinte de gale sur 444 (4). ^^ 

Voyez au chapitre du DièpénÈàiire et àé il 
pttistitution dans les atlrihuttims de tâpoKèij dt^ 
détaik plus étendus sur le nténiebujét. 



EnUvemenl de Filles publiques à Versailles, — M, le camAe de 

Toqueville, 

i8i3. 

M. le comte de Tocqueville n'était pas préfet 
du département de Seine -et -Oise, lorsque 
M. Pasquier, alors préfet de police, concerta 



fi) RapforlscVtin Conseil Je 6aîuhhti\ 18 if). 



3lS WÛIUIIIKS niSiOllIQt'f.s 

cette opération avec Ici autorités municipales de 
Versailles -, car Traisemblablemenl il IVtit regar- 
dée comme un empiélcmeni sur ses droits légis- 
latifs dnns cette matière. Je suis fondé à penser 
ainsi, à cause de l'arrêté que le noble pair prit 
en 1816, étant préiet do la (lote-d'Or. On y dis- 
tingue tous les caractères du pouvoir de faire des 
loî# et d'ordonner des peines contre ceux qui ne 
s*y soumettraient pas ; avec une pareille préten- 
tion, le préfet de Versailles n'eût pas trouvé bon 
que celui de Paris voulût se mt^ler d'une matière 
qui ne recennaitaiit d'autre juridiction qne celle 
que ftl. de, Tocqueville exerçait. I/acle législatif 
du préfet de la Çôte-d'Or s*accorde an reste» 
en plusieurs points, avec le système de police 
suivi dans presque toutes les grandes commnnes 
relativement ii l'opécaiiondont je vais parler ;-cea 
cnlèvemens, quelque bien motives qu'ils soient, 
n'en sont pas moins illégaux , mais la natnre àm 
mal contre lequel on les emploie , semble en ex- 
cuser Tirrégularitél le nombre des proatitnées* 
pouvant en effet , dans une ville peuplée de ou- 
Ktaîres , devenir si considérable, si dangerenx» 
qne le public en fut incoinmodé, et la tranqmililé 
compromise. 

Les bonnes législations sont comme la bonne 
casse , une bonne chose ; mais la santé pnbliqne 



TIAÉS DES ARCHirCS. ^t5 

vaut bien mieux. Avant d aller plus loin , je doig 
mettre sous les yeux du lecteur le c^èbre ar- 
rêté de M., de Tocqueville , ou plulôt la loi pé- 
nale et administrative qu'il promulgua , lontju'i) 
gouvernait le département de la Côte-d*Or« 

« Le préfet de la Côte-d'Or , chevalier de la 
Légion-d'Honneur, 

ff Considérant que ^ s'il ne dépend pas de Tail- 
torité de détruire entièrement la prostitution, on 
doit cependant, par des réglemens de poUce, la ' 
restreindre dans les limites les plus^ étroites , et 
prendre des précautions sévères pour empêcher 
la propagation des maladies sans nombre qu'elle 
entraîne à sa suite ^ 

ff Vu les propositions de M. le maire de Dijon, 

A. t i 

arrête : 

V Art. 1^* . IjCs prostituées de la ville de Dijon 
seront soumises aux articles réglementaires qui 
vont suivre: 

« On entend par prostituées , toutes les hlles 
ou femmes connues pour se livrer à plusieurs 
hommes pour un profit quelconque. 

cf Art. 2. A dater du 25 avril prochain , toute 
fille publique sera tenue de se présenter a la po- 
lice pour faire inscrire sur un registre à ce des- 
tiné, ses nom, prénoms, âge, lieu de domicile 
cl de naissance. Passé cette époque, toute fille ou 
femme qui se livrera à la prostitution , sans 



3i4 w. nomes uistoiiiqlxs 

trolr fiiil k la police la déclaraiioo ci*d< 
érigée, sera renfermée (1). 

An. 3. Avant de se présentera la police, toute 
fille publique devra s'fitre fait visiter par le sieur 
Saumois, chirurgien à Dijon, commissionné à 
cet effet , et obtenir de lui un certificat consta- 
tant Tétat de sa santé. Elle devra aussi , si elle 
n*est pas domiciliée dans la ville de Dijon , être 
munie d'un passeport délivré par le maire du 
lieu de son domicile. 

«Art. 4. Ces conditions remplies» la p^rfice dé- 
livrera une carte qui contiendra les nom , pré- 
noms , âge , signalement de la prostituée qui Ta 
réclamée. Cette c;irle indiquera aussi la classe à 
laquelle la prostitaée appartient, conformément 
a ce qui sera expliqué plus loin. 

• Ail. S. En tout temps et en tout lseu« iMila 
fille publique est tenue d'dtre munie du la cmie 
do police et du certificat du ckirurgien. EUu les 
eihibem k toutes réquisitions qui lui lerealfiiltu • 



[i ) L.4 *ui . Tur Joiinaiii i- J • i ; 1 1 . pjr r«<*iii{«lr , dcfcOil U 
«lilulion piiMIqnr*. rumnir «irrinlr »\ix tii«riirt; lash cUc ne 4lt 
païqa'k iléCaul dVtrr iiucritc Mr ud rrgiUrr, toat« ^raUMiét 
•cm renferma. L*iiMcripiiun ne f«it rien ëu dclic • et U pHtoa ac 
|iN-iil ^Irc iiitlini^* » rrlli- f{iii % niaTiqurrjit , rumnic c-Mc uc pr«C 
«ii|iirlM*r 1 1 ÏV .«i.i *\ Mic-iii f. !. I f.-j-^'j'îi.îi .|i- U. »••■ Tur^iinlltr 
•tt kl rii «Mftut. J. Kl '.m%i. 



min 1» JMM^mM. %a 

mmm fmff d^étre trâfdkntt de? «ht 1* tpélicà4 fui 

tAiti'O. Le certificat du ffaiffniniMi MÉttftr 
iMt lé hmi état de «anté d^BlMi fillé^ ]^ilbKqae , 
tl6 vaudra quts pour nnû aetHaintew C1mh|ivp fille 
pvMi^ê est obligée àé se fiiireiriaiter fineifaU phr 
«Maalne , et d'obtenir im iMirfèaa e«itifif{at d« 
Bàiité, ^«ifèlle fera viser par Fagênt de police de 
aèti ({uaHieri Les visites ^eroiit ftites à doioioiie , 
•H à la iréloiité in chirurgieii i dkez IHtne d'elles 
où elles potirront se réunir j«lsi|ii^« ttumbre de 
sin il iMik. V j 

«r Airl. f . Le chii<nrgi^^ ne pètiil¥tf Migér q«è 
tîfi^afite ternîmes par visite jt). ' 

«Alt. <ê. Lorsque fe lîilili^gien reolmriatti^a 
^^Mteifille ^tfbliqu« est itHmét^ il lui retirent 
sur-le-cbaiÉip le certificat dé santé précédem- 
ment donné, et sft carte qu'il enverra a la police. 



(i) Oo conçoit cependant qu'une fille ne peut être tenue d'exhi- 
ber sa carte, sous peine d'être traduite à la poHce, qu'Ii l'agent 
Mtorisé ou à Tofficier êe pcAite ; il y aurait circès de scf^ndale à ce 
que Tautorité se mêlât delà convention que ferait un libertin a^ec 
une fille, pour qu'elle lui montrât sa carte avant de faire usage de 
sa personne : c'est néanmoins où conduit l'article de M. deTocque- 
vilîc. La carte de la police devenait ainsi la garantie du libertin j. 
mais où était sa garantie vis à-vis de la carte de police ?... 

J. Pecchet. 

(j; N'y aujail il pas à cxigrr une garantie du chirurgien pour 
IvlticaLilc de *>cs "visites ^ J. PtucHcx. 



Sl6 MÛOIIIIS HISTOmyUb 

€0 loi délÎTranl un certificat sur leqad m» 
mentionnée la nature de la maladie doni elle Ml 
atteinte, et aa complication plus ou moins gruide. 

cArt. 9. Tonte tille publique infectée, qm 
sera jogée hors d*état de pouvoir se faire traiter 
ches elle , par le chirurgien désigné a cet det » 
sera conduite , aussitôt que son état de maladie 
sera constaté, dans le local désigné pour le 
lement de la maladie vénérienne ; elle ne 
en sortir que sur le certificat du chirargica « qm 
•Uesteraqu'il nVziste aucun danger de renlagpi^D 

« Art. 10. Toute fille publique qui , dMal'»- 
lenralle d'une visite a Tautre « s'apercerm i|«'clle 
est infectée , est tenue de s*abstemr de 
des hommes chea elle. La peine à Int i 
pour censé d'inlmclion k cet article ém lé^U» 
ment « sera déterminée par la police (1). 

« Art. 44 . La police accueillera 
dea hommes qui iront porter des plaint 
elle , du mal qu'ils auront gagné chea les fiflea 
publiques (9) ; la fille publique aéra arrêtée 
le-champ , et s'il est reconnu qu'elle 
elle sera enfermée , traitée en prison , et de plw 




(i) E«l<«c une amende? e»l-t:e la priioo ' U. de TpoqtiIIW or 
1r du pftf . 

(3) A Pferb, la poUce ne peut t'mipfcher d'entendu qatifw» 
fc*ik de parelllr^ plalnlr^, nuU rllr oc lr« mecm^th pas . Iri Me* 
¥%nm MliiUlir« quVI'r pffKrii rr&''inp(rnl dr «.riir turpitude 



TIHKS DES ARCRinS. Sl^ 

passible ^'une amende qui, dans loua ka caa, ne 
pourra excéder les frais de son traiteonenl (4)« . 

« Art. i% Les prostituées sont riesponsablea 
de tout ce qui se passe chez elles dç contiraire 
au bon ordre. En conséquence , toute piN)8liliiéÉ 
chez laquelle la force publique on Tattion de la 
policé aàront été obligées de se porter, swa en*« 
fermée sur sur-le-champ; la police fixer» le 
tempaile'Sa détention (3). • C) -y » , 

' (T Art. 13. Toute fille publique qui se permet-^ 
tra, dans la rue, des actes coniraires k la pudenr, 
et qni sera rencontriSef sfprës ^a héurèa ém soin, 
sera' renfermée sur-le-chaiDfp ; hi iétenûtm sera 
d'un k t]^ois mois , sahs* préjudice des poursuites 
qui pourraient avoir lieu contre eUe derànt les 
tribunaux , suivant les cas préVus par le Code 
pénal. 

« Art. 14. A Teffet de pourvoir aux frais 
qu'occasionera le traitement des filles publiques, 



(i) Un mauvais sujet peut infecter à dessein une fille et|la dé- 
noncer! Mais, sans s'arrêter h ceci, pourquoi prescrire des me- 
sures d'une ext^culion impossible? Comment faire payer une 
amende de ii à i5 francs à une femme qui n'a pas souvent une 
pareille somme pour toute fortune ; qui (et il y en a plus d'une) 
ne se livre à la proslilulion^ue pour se procurer du pain ? Voilà 
donc une peine bien inutilement prescrite. 

(a) Il est possible qu'à Dijon toute cette police soit exécutable ; 
mais elle serait impraticable a Paris, d'une manière aussi absolue. 



'ne MtHoiRift mnotigns 

o« IîUm iovHU MiNwict il «ne cotMlUra (A) , 
qu'eUet paieront chaque meîa. A cet ellet« la 
police de Dijon dÎTisera lea filles prostituées de 
celte ville en quatre classes, d*après les bases 
iuées(3). 

« La première classe paiera 4 francs par mois , 
la seeonde 3 francs , la troisième 1 franc « la 
quatrième rieau 

ce Cette cotisation sera p«fie d'smmos » ealM 
Im mains de la personne que la police il<tfgn<ra 
à cet effet , et qui M pourra être ua cnmpiimi w 
de pcike m ua agent de police. Cette p^feuami 
sera seule dépediaire des fonds. |«'élat de su 
caisse aaita a#rAté chaque mois par le rnmmm 
sahre de police. Les sommm à payer peur lt 
traitement des fiHea infectées seront dlKném^ 
sur la demande du chirurgien, en Tcrtu d*ei|| 
mandat de M. le maire de Dijon. 

m Art. 49» Chaque fiUe puhlique recevra ^gàtr 
tsnce , sur papier libre, de la somme qu'elle aura 
payée. Elle ne pourra refuser d'exhiber cette 
quittance , lorsqu elle en sera requise par la po- 
lice. 



( I I^ tcrmt m DOOTCBU ni fNirvl1< 

(3 II y m dan* cet arrêlé , il maavak et réiréd ^«11 Mit» Is f» 
dlmeol d'noe bftai» mcMir* ; ar, après Umu . kê «àni ^mm as* 
lion doivent ie porfw en famille. J. 



TtRÉS DES ARCHIVCS. ^1$ 

(I Ali- iG. II e&t cxpresséiiK^nt c|*ifçn4it 4W 
ûlles publiques d'établir leur domicile sai^IK^ 
des édifice» consacrés au culte , soit dan^ \% (ue 
du Collège royal , soit près des casernies. , . 

« Art. i7. M. le maire de Dijon est clKH-g< «|a 
sunciUer aiirèreinent l'exécution du présent ré* 
gWmenI, qui sera imprimé et remis, à la diUf 
genoe des commissaires et ageps da police.,. auri 
filla* publiques , afin qu'elles n'en ptHSSsnfrp<é« 
texMr cause d'ignorance. 

K Fait il Dijon , le 19 avril 1816. 

r Siqné comte de Toc^ueyille. » 

On ne saurait dire si un pareil règlement eût, 
à Versailles , produit beaucoup d'eJl'et , et empê- 
ché la contagion et le désordre que le nombre 
des filles publiques occasionait , lorsijncM. P»s- 
quîer prit la mesure dont nous allons parler. 

Au mois de septembre IHIj, le mmistre de 
la police , M. de Kovigo , lit part au pri;fet de po- 
lice des plaintes qui lui parvenaient sur Iç 
nombre et les désordres des filles publiques à 
Versailles. Le préfet fit diligence pour satisfaire 
à ces plaintes. On va voir, dans la correspon- 
dance de SCS agens, comment il s'y prit, et les 
difliculttis qu'il rencontra. 

L'officier de paix chargé d'une mission a 



32Q MKHOIRKS IlItTORKjl'E^ 

VertaiUe!!» a celle fin, lui écmait, le SB sep- 
tembre 1813 : 

tf Je me suis rendu a riiùlcl de M. le comte de 
(îavre, préfet de Seinc-et-Oise. M. le comte, 
après avoir fait lecture de la lettre qui lai était 
adreasée par son excellence le ministre 4e la 
police générale, a appelé M. le comoaa 
Billaud , avec lequel je me suit concerté 
opénr ce soir même. En effet, a huit 
nous nous sommes rendus, accompe^ net de U 
force armée, dans deux salles de U nie de Pota- 
ger et du Vieux- Versailles. Nous aYona Ireavé 
une grande quantité de militaires, de lanctcrt et 
de gardes d'honneur en société de femmes pu- 
bliques. Dans ces deux bals , nous en avons ar- 
rêté vingt et une ; elles ont élé provisoirement 
conduites dans une salle de discipline disponible^ 
h la mairie , où elles ont pas^c la nuit. 

Ce matin « a cinq heures et demie, nous nous 
sommes transporlés avec deux inspecteurs et six 
gendarmes dans cliversrH niaiiion^i garnies de Tar- 
rondissement du sud. Oii/.(! fi-inmes, et en plus 
mauvais genre, qui étaitMil couchées avec des 
militaires , v ont éir .irrrirrs et conduites au 

m 

même endroit. 

« Toutes ces prostituées, au nombre de trente* 
deux , furent transférées , par ordre de M. le 
préfet, à la maison dnrrrf , vrru midi. 



tlRFS DES ARCRirfefi. Sâl 

« Ces deux opérations , dans lesquelles j'ai été 
aidé par M. le commissaire de police, se sdnt 
faites avec un calme parfait. 

«r 11 n'y a a Versailles que vingt-trois koiiitaies 
de gendarmerie , qui sont chargés en ce mèiéètft 
d'un devoir très actif pour la conduite d-U|l 
grand nombre de conscrits réfràctaires qui zeM^ 
vent dans cette ville. Je ne pourrai par cpiisé- 
quent faire conduire aujourd'hui ces feminesîila 
Petite-Force ; demain je crois pouvpir ^n stvoMr 
la possibilité. 

« Il y a beaucoup k faire ici; les,|K|iitç|( 4& 
Saint-Cyr, de Viroflay, de Villenl^'yily^inde 
Monireuil et le bois de Satory, sfu^vVtil^l^ 
de femmes sans asile et tout-k-£iit jrévolfMitM^ 

« On m'assure même que plusieurs couchent 
dans les bois et se rassemblent sur la route pen- 
dant le jour. 

« M. le procureur général , que j'ai en l'hon- 
neur de voir, m'a paru très satisfait de celte me- 
sure qu'il m'a dit être du plus grand intérêt pour 
le fifouvernement. » 

Les quarante-cinq femmes enlevées dans ces 
visites furent envoyées a la prison de la Petite- 
Force à Paris, deux jours après, et l'officier, 
continuant ses opérations, en enleva encore huit 
qui eurent la même destination. Le désordre 

III. :ri 



.)SI9 MkMolHIS lllSriiRIf^l'rN 

provoque rarbilr.ûrti cl rarbiirairi; provoque le 
déftordrc ù son tour. VoiVa le renie; cooiinent 

en sortir.*... 

^iisi rcxécutiuii de la meMira prodiiuil l'jr- 
rcsJLalion de rinquanle^roift feiumet pui4i^Heft; 
«iirce nombre, treiile-lroisclaieiUpkuou moin* 
atteintes du mal Ténérien. 

Quelque utile que fiît celte opmtîon , il paraît 
cependant qu'elle éprouva d'abord Je ro p paai t wm 
de la pari de l'administration de VenaMIea. 

En effet, Tofficicr de police qui en était cliargé 
avait écrit, le 13 août 481S , k M. Piaaqiâcr, que 
aVtant rendu chez M. le comte de Gavre poar 
lui faire part de sa mission et recevoir de M les 
nistractions qu'il jnf^ait convenoMes, cet adan* 
nistraleur, après avoir pris comMÎsaattco d «ne 
lettre à loi adressée à ce sujet , par son oo l lt f 
M. Rt^al, lui avait dit que les magistrulsdo polÎM 
de Paris ne pouvaient (aire exécuter de sembla* 
blcs mesures a Versailles; et qu'enfin il n'avait 
pas besoin des secours et de TintervenlioB de Jb 
police de Paris pour une semblable opéralioo, ai 
elle était jugée nt-cessaire. 

M. Pasquicr lit part aussitôt de colle dificaké 
à M. Real, qui ne manqua pa» d'écrire une aoa 
vellc lettre au préfet de \ crsadlei : 

« Vou<« molivrr. le refu4 que voin avei fiât 



THiés DF3 Aitawves. !^ 

4'M^oyer Je sieur DueMmi , «^us M..le'lnnf 
Païqvier ei >Mi «vtoM ehav^i d'sUer à Vusailléi 
ezécHler une mission de police', svr ce 4|iie e«t 
officier de pait n'était point 'chargé j^UMnlret •«•■ 
périeurs. C'est précisément em vertu dWJiwi 
M{>iéffiear9 que M. le préfet de pftlice aimàJttià- 
giié 1:1 nùssion dont il s'agit, puisque sua agent 
était chargr. par mon inlermétliaire des ordres 
du ministre. Au surplus, je vais soumettre à Son 
Excellence (le duc de Eovigo) la réponse que 
vous m'avez failc à ce sujet. i> 

Une lettre de ce dernier fut donc adressée au 
baron Pasquier, où le ministre, en rappelant les 
rnoti^ qui avaient engagé à faire exécuter l'enlè- 
vement des femmes publiques k Versailles, l'in- 
vitait a donner des ordres pour que l'opération 
futrecoDHBcncéeaa JAurcpicM . Pasqoier jugerait 
convenable de cboisir. 

En vertu d'un ordre donné en conséquence 
par le préfet de police , l'officier de paix retourna 
donc à Versailles et fit les enlèvemens indiqués. 

La dépense n'en fut poîht considérable. Voici 
le compte qu'en rendit le préfet de police au mi- 
nistre i ta lettre est du 8 octobre 1 81 3 : 

H Monsieur le duc , 

« L'opération qui a eu lieu h Versailles le mois 
dernier, avec l'autorisation de Votre Excellence, 



pour rarreslalion des bllef publiques qui aflloâienl 
dam cette TÎlle et où elles ii^fectaienl de maladie 
les gardes*d'honneur et autres militaires, ayant 
été terminée avec tout le succès désirable , je ne 
auia fait remettre un état de la dépense qu'avait 
occasionéc cette mesure; les articles de cette 
dépense sont : 

1* Tant pour frais de voyage , de se- 
jour, de logement, de nourriture de l'of- 
ficier de paix et de ses deux inspecteurs» 
que pour menus frais et indemnité aux 
gendarmes 388 Gr. 

3t^ Pour frais de transport, de Versail- 
les à Paris, de cinquante-six femmes ar- 
rêtées 80 

5* En outra , comme j'ai été satisfiûl 
du xèle et de Tintelligence avec lesquels 
l'officier Ducoures et set deux inapec* 
leurs avaient conduit cette opératioo, 
j'ai cru juste de donner au premier 100 
fr. et aux deux autres 52 fr. de gratifi- 
cation 15SI 



Total. . . . eOO fir. 

M J'ai l'honneur de prier Votre Excellence de 
vouloir bien approuver cette dépense et d'en or- 
donner le remboursement par la caisse de 



TIRES DES ARCHIVES. * 3a 5 

ministère, entre les mains du sieur ' Arinand^ 
caissierde ma préfecture. b i i-v. 



I . 'à- '/.) i 



« Le conseiller (Fétat, 

« .Sian(^ rASQUiER. » 

Je me suis étendu sur cet article, parce (j^il^il 
en résulte plus d'une* instruction sur la fiîi^dâ 
dont la police procède en pareille matière. lèi 
les lois sont insuffisantes, et les circons^ahtes 
seules créent des antécédens dont l'administirâ- 

« 

tion s'arme par la suite. H est plus facile de'irèJ- 
monter à la source du fléau pour le v^inéteqiië 
d'en étoufièr une par une toutes les consé^tfènèei? 
On le sent bien ; mais on n'en convient^ j^&'l 






r • 



Chute et Mort de Madame Blanchard , aéronaulf . 

1819. 

Je parle de cet événement tragique, parce 
que la police y fut intéressée , sous plus d*un 
rapport (c'était elle qui avait accordé la permis- 
sion de l'ascension), et parce qu'un sieur Wider- 
ker, homme étrangement intéressé, sur la mai- 
son de qui tomba la malheureuse, tracassa Tau- 
torité pour obtenir le dédommagement du dégât 
que Ivi (lame jîlancliard avîul occasionc ii sa loi- 



390 ' MMOmU HISTOIIIQUIS 

tlM. lit ladrerie , dans celle eifiresûon « 
semble a son terme le plus admirable de sëclw 
resse. Un tel (ait mérite d'être oooservé parce 
qui! est bistorique. Combien n'eût-il pas été k 
désirer que , sur une pareille demande » la po* 
lice eût le pouvoir de se débamMcr» par un 
prdre supérieur » d'une aiissi impertinente pré- 
tention. 

Le 6 juillet 1 819 » madame Blanchard t qoi s*é* 
tait élevée dans un ballon et qui avait fiût drja phi* 
eieurs ascensions heureuses » Ait précipitée^ avw 
ce même ballon » rue de Provence » à dis hewes 
et demie du soir; c'était sa soiianle aaplit— 
ascension. 

Bl. Widerker, fort peu touché d'un pareil ac- 
cident , mais beaucoup de quelque dégit que la 
chute avait causé )i h couverture de sa oaaîson , 
se rendit chez M. Chardon , commissaire de po- 
lice du quartier, pour se mettre a même d'établir 
ses répétitions en dommages et intérêts contre 
qui de droit. M. Chardon , très étotoiié de la M- 
cisimiition « mai» enfermé dans le cerole de li lait 
UB ir«insporia donc a la niaifton do plaignant et 
i-oiiaiala que , « dan« la partie sud du toit qni 
donne ^ar la me de Provencee , il j avait one 
ouveriure d'environ trois mfctres carrés; q^n 
ql M t f o ihevrons, d'environ neuf rentimètres 
carrés, étaient entièrement brisés, ainsi que le 



TIHES DES AKGUIVES. ^2'] 

châssis à tabatière d'une fenêtre qui y était éta-* 
blie , ce qui avait paru évidemment le résultat dç 
la chute de la nacelle et du corps^de la dame 
Blanchard. » 

Le propriétaire de cette maison s'est en consé- 
quence pourvu près de l'autorité qui avait permis 
l'ascension, pour se faire indemniser de ce dégâl : 
magnifique exemple d'avarice , et qui , dans ma 
pareil malheur^ présentai! quelque chose de ré- 
voltant ! 

Il est dommage que les notes de la police n'of- 
frent pas le chiffre de l'évaluation qui fut attri- 
buée au sieur Widerker. 






" u/: 



CHAPITRK Ll. 



HottTdlcià la maio ou Eullctiu^dc l*«ri». — Lx. uurquis d'Arfnt- 
•on, mInUire drs aflalrcf ctraofèro. — Madime Dunblcl. ^ 
Boreao det !Vouvetlc4 » la nmin. — M. dt- Choiicol. — Faiotci, 
Réclaouttont contre Irt ^outellc^ • U main. — M. 5 
M. LcQoir. — Corie«pnnd4itce avrc !a Uo^^and^. — 
Kaiiilar. — Mystification <lii marquis i\r VtiVrf^ur. 



U ne circula pendant long-temps d'aotret 
journaux français en France que la GûMêiie e€ 
ensuite le Mercure . pour instruire le public d» 



MEMOIRES HISTORIQUES TIRES DES ARCHIV1&. 5^9 

nouvelles politiques , des découvertes utile)»; 
des décès et des naissances des grands^ ainsi que 
des ouvrages qui paraissaient avec apprèbation. 
D'un mal résulte quelquefois un bien ; é'est cela 
qui donna de la vogue au-dehors à notrelittéra- 
tare. Le Mercure et la Gazette de France étaient 
soumis k la censure, et rien de ce qui pouvait bles- 
ser les gens en place n'y était toléré. La sécheresse 
était le principal caractère de ces feuilles, irittbin^ 
que Ton en exceptât quelques articles littéraire^ 
fournis de temps en temps an Mercure par des 
hommes de lettres distingues. '*^ . <4 

( i 

Le public était dé'dommagé^de cette stérîlitë 
par les Bulletins ou Nouvelles à la mainj^ qii'on 
appelait aussi Correspondance secrète ^ et q«i circu- 
laient dans le public avec assez de facilité. 

Leurorigine remontait au ministère deM. d'Ar- 
i;enson (1) , c'est a celle époque du moins qu'on 
s'apercoil des plaintes du gouvernement, qui en 
prit ombrage. 

Une madame Doublet, de la maison de Choi- 
seul , tenait chez elle une espèce de bureau où 
se rédigeaient ces Bulletins qui circulaient dans 



{i) RcîK'-Louis (]c \ < ver de P.iuiniy , marquis d'Argcnson , ijîs 
du parJo (îrs scfniix,, .'uic'u n licultnîiiil de police, fut nomnié, par 

Louis XV. iiU (Iqiarh itiehl <'is iaf.rn'-s '.'t'iii.tgriLS , au mois de 



Puis et même daiiK les provinces. Ou n'y mena- 
geail aucun ilc6 p^.'rsonnagcs en place (|ui poi^ 
raient prclcr le liane ii la cnLi(|uf. Le ton en 
était d*aulanl pluH amer que Tanonyme clait de 
riguaur. La peur furcc a Thypocrisie et la lâ- 
cheté au mensonge. Celte liberté déplut promp» 
tement au rui, à qui Ton ft*en plaignit. M. d*.Vr* 
genson en écrivit à .M. Berryer « alors lieutenant 
de police ; je rapporterai un eilrail de sa leCtR 
(octobre 1753). 

« Le roi c«t informé que madame DooUei 
reçoit dans le nombre de ceux qui yooI chea 
elle plusieurs personnes qui débitent des nou- 
velles fort hasardées et qui ne penvenl fiûre 
qa'un mauvais effet lorsqu'elles viennent a se 
répandre dans le public ; que souvent 
personnes y tiennent des discours pea 
et que madame Doublet , au Ueu de 
une licence aussi scandaleuse, leur permet t an 
quelque façon , de tenir un registre qni wml à 
composer des feuilles qu'on distribue dana IMa 
et qoi s'envoient mùme dans le,s provinces. 

« Une pareille conduilt.* do sa part ne pondant 
que déplaire au roi , Sa ftlajesti* • avant d^eaa- 
ployer des nioven» plus siovùrc!», m'a chargé 
de commander que \ous ayez ii \oir inceasam* 
ment niadaino Uotibirt, pour lui rrprcMnler 
qu'elle ait à r.iiri' t c.<«M*r an plus tôt un semblable 



TIRÉS nw AMii^nà^ 33f 

aiMÉ^ 4q éloîpiant de chez elle leep^rsotaei 
qui condrâmenf a l'entretenir^ 

« Vaas' l'avertirez que Sa Maje$iét<kfe];9VAidvii 
eMUpte exactement de la inanière doîiileàcIuisM 
ie passeront à rairenir, et que sîrdle vcaaîl i| 
t'écarler de la conduite qui lui est prtaerite ^ elld 
dfeposeraita desévénenensquiae pouf l'aûsnl que 
lui être désagréables. Vooa lui ajouterez; quetlas 
ÂéDagemens dont Sa Majesté vevftiiîien usèlr k 
son égard, étant un effet de sa faonlé at une 
grâce pafticufière , elle ne doit en £df e pi^rttà 
personne. Je compte, moiMÎear, qnë Ianie|ae 
i^ous aurez parlé à madame DoMUel^^ jo n^aorai 
« déporter à Sa Maîssié qoe des oènÉHnens 
d^mio oatière éoumissiooiy eii 1» reoomuûssiftee 
b phs paiénle et la plné ireépèitueusri 4I0 Faver^ 
lÎMOÉient Qu'elle veilt bieii lui! doMMVè » r 

Mais mmaidame Doobkt^ wkXaà fiitseifrs do 
BMetiàê à la itiam ^ c)ui ise réumsaicfit chez 
elle, ne tti(ldrent nul compte des itrjènctions de 
M. d'Argenson , d'autant qu'en traitait avec ce 
cercle de puissance à puissance, et qu'en avan- 
çant de la sorte, le pouvoir reculait de toute 
la perte de sa dignité. Les Nouvelles à la main 
continuèrent à se mêler des affaires d'état. 
M. de Choiseul, qui succéda à M. d'Argen- 
son dans le ministère des affaires étrangères 
ci ([ui y réunissait celui de la guerre cl de la 



.)Ss MÉMOmiS HIATORIQtrS 

marine, ettaya vainement «rarreter les BmlUkÊê 
à lu main; le besoin était créé , il persitlait. Soîl 
en bien, toit en mal, un progrès suit sa ^oie. 
Il en témoigna son mécontentement à la polka 
par une lettre do mois de juillet 17G3. On y voîi 
U susceptibilité du gouvernement et Timpor» 
tance qu'il mettait aux bruits faux ou réels qu'oa 
répandait sur les affaires publiques. 

U est certain qu'on assaisonnait d'un peu de 
mensonge une foule de vérités importunes. Les 
propos écrits ne sont que les reflets de prapw 
pariée, à U broderie près, que l'on fait buaacoup 
mieux, sans contredit, la plume à la mam. 

m Madame Doublet lait dire à l'abbé de 
teuil, écrivait M. de Ckoiseul à 11. de 
que Tescadre de M. de Bleaac a été 
par les enneous ; la nouvelle de 
blet, qui est busse et dont je n'ai aucune 
sance , ne fint pas de tort à l'escadre du iw ^ 
nub elle dit tort aux papiers publics qui y^ 
rient d'après de semblables nouvellea. Je nV 
pas pu m*empécher de rendre compte au lui dn 
cft fait et de l'impudence intolérable des non* 
vcUes qui sortent de chez cette femme, ma très 
chère tante. En ron!(équencr , Sa Majesté ni*a 
ordonné de vous faire connaître que son inten* 
tion est que vous vouh rendiez chez madame 
Doublet, et f|iir vom lui déc-laricz que s*il sort 



TIRÉS DES ARCHIVES* 553 

derechef une semblable nouvelle , de sa maison, 
le roi la renfermera dans un couvent, d'où elle 
ne distribuera plus de ces sortes de nouvelles aussi 
impertinentes que contraires au service du roi. > 
Ces menaces plus fières efifrayèrent peu ma* 
dame Doublet; la Correspondance à la matn ac« 
quit plus d'activité et d'inti^f et encore par cela 
même que le gouvernement s'y opposait; lalia* 
taille prenait tournure; les éombattans Vaai* 
maient j la police redoubla de zèle pour se tenir 
au courant de ce qui se passait chez celte dame 
et pour connaître ceux qui fréquentaient sa 
maison. Elle employa, pour cet effet, un homme 
adroit, un certain chevalier de Mouhy, de l'A* 
cadémie de Dijon, connu dans'la littérature dé 
l'époque par de nombreux écrits, entre autres 
sa Paysanne parvenue (1 ) , homme ruiné par ses 
folles dépenses, et qui se fit espion de police aux 
gages de M. de Sartines pour exister. 11 fréquen- 
tait la société des Nouvelles à la main, et tenait le 



(i) Ce chevalier de Mouhy ,'né en 1703 et mort à Paris en 1784, 
était de Metz. Ses ouvrages sont autant de mauvaises imitatious 
d'autres éorils qui avaiLiitdela vogue. La Paysanne parvenue 
lui fut suggérrc j) 1: II- Paysan parvenu, dt Marivaux ; ses . Wtf- 
moires d'une I') Ht' 'h' q'uihtc viiircMit après les Mémoires d'un 
Homme de quahti\ de l'al.bt!' î'ri'vot ; ses Mille et une Faveurs y 
qu'on aurait pu appeirr les Mille rt nue Sottises , sont une plate 
imitation des Mille et une \uits. IS'ous avons de nos jours plus 
d'un chevalier d^^ Mouhy dans la littérature et parmi les espions. 



534 MKMOmiS mtTdRHriT^ 

lieotenant de police au co«r«ttl de ce q«i t*y en 
•ail el ft*y pavait, «f Quoique ma aanlé « lui éeri* 
▼ait-il , ne me permette paa encore de fiiire de 
longuet courtes, je me ania donné bea u coup 
de mouTemenl pour eiécoter irot ordres , bien 
fiché de n'avoir pu en découtrir davantage. Il 
eat Irèa vrai que madame Doublet tient depuis 
longtemps un bureau de nouTellea, et ce nVot 
paa la aeule; madame d*Argeiital(1), qui eatrâ 
time amie de madame Doublet, on tient m 
tre ; Ton y rédige lea buHetina qui aoot oaauilu 
envoyée aux diuem abonnés , tant è Fana c|UO 
dans les pronoœs. Pluaieuiu p es uoa n esd'un rmig 
distingué et uaême dea ecrféaiaaiiquea Créqnes* 
tant la asaison de ces dames et leur 
quent les nauv elles qui sont b leur < 

Ce n*était guère que lorsque cea &dlllus 
toMÛont des choaes désagréables aux grandi et 
aux ministres , que la police appeaantiaaait aoa 
bras sur leurs auteurs ou les menaçait de ses li- 
gueurs. Autrement on les laissait aller en paix 41 
circuler ii leur aise , sans se douter que foo 
une occupation à Tesprît public, et que l\ 



(t , Uadane d'ArgraUl , dooi il rtl ici qyentoa, teêl k 
d*iio ambMHdcur étraoflvr k Parit . avec q«i Vtillalrv «I Im 
de Irttrm ^uicQt en correapoodaDor. M. i1'li|iaf1 tek 
homme de ktira», el a laiiaé de trà Jolta ?ert. Mort m •; 



TIRÉS m» ABGHIVES. iSS& 

gence ^i^enant de plus en pki^ aciU^, ies Mou-> 
Telles a la ma'm prendraient' plus de mar^. 9h 
en vil un exennple Térs l'époque dont il est fei 
qaeslîon. Dans un bulletin de Tannée 176à, il 
arait élé dit que M, d'Hérou ville Tenait d*êtt* 
nommé par le roi pour comn^ander l'armée en 
f latedre , et que M. le prince de Beanvau était 
destiné à servir dans cette partie, le roi nzyittit 
pas vonhi le faire servir dans la même, artdée 
ooe 'M. die Castries. 

C^en fat assez pour exciser la bile de M. "Ae 
Cbor5eu1;il écrivit h M. deSartines : ^ ^xm^yùn- 
éreziiien^, monsieur, faire venir chézTotlÉle 
faiseur de ces bulletins ridicules, et lui dire^e 
vous le ferez mettre au cachot s'il s'avise Ae tàWe 
paraître aucune feuine qui n'ait pas été revue de 
la part de la police. Rien n'est plus indiscret lit 
plus contraire a Tordre pubTic que de souffrir de 
pareilles distributions de nouvelles. L'intention 
du roi est que vous réprimiez avec sévérité cette 
liberté indécente. M. le prince de Beauvau de- 
mande avec raison la rétractation du bulletin, 
qui se (ait chez madame à'Argental. Comme ce 
prince est fait à tous égards pour obtenir la satis- 
faction qu'il peut désirer, je vous serai obligé de 
concerter avec lui les moyens de lui donner celle 
qu'il demande en cette occasion. 

« Le dlc de Choisedl. » 



M. de Beauvau obtint naliiiraclion ; la nouTcUe 
fat démeiilie dans un builelin suivant; mais tout 
le monde nut c|uc c: 'était par ordre \n la police. 

Ces Mouvtilies II lit main douiiairnt apparcm- 
menl de î;rus bénriices; rar le nombre des dame» 
qui en ctnitMit diri*rlrir«rA s'augmentait chaque 
jour, et Uis bruits souvent les plus faux s'aecré- 
ditaient avec cl*aulaiil plus de facilité qa*il n'y 
avait pas moyen de les réiuter par des aitidea 
patens, insérés dans d«>s feuilles publiques. Dé- 
mentir certaines usscriions, c'est leur donner de 
la vogue , parce qu'on n'ignore pas qae k poo- 
f oir ne se fait pas f'jute de mentir Ini-nénie. Et 
qu'est-ce qu'une autorité matérielle sans autorité 
morale ? 

M. de la Vrilliire, parvenu an minialèfc, se 
mit en tt^te de couper court a cet abus; on verra, 
en effet, par les l'ragmcns que j*en rapporterai, 
qu'il était bien autrement craint que tout ce que 
la presse b'est porniin, nit'me depuis quelque 
temps, en Franrc. l/es|)èr(' de clandestinité dea 
Nouvelles à la main pcnnci tait d y consigner des 
anecdotes scandaleuM.*N en nommant les per^ 
sonnes, ce qu'on n*OM rail {i.ih se permettre an- 
jourd'hui. Ce ministre rciutuniaïuL donc à M. de 
Sartlnes un redoublrnimt dr «^(irxcMllancetetl'an- 
lorisa a auir avri* l.i |iliis gr.indc ri^urur contre 
les auteurs d(ï bulletin*» vi (-(ii:lro ceux qui en 



tenaient bureau. Mais il en fut de cet ordre 

rigoureux comme de tous ceux qui avaient été 
donnés, Les honiniGS publics, les gens du mondé^ 
des niagistr<t(s, des évéïjues, étaient abonnés aax 
INouvelles à ta main, et la police elle-même tirait 
paru de ces feuilles comme d'un contrôle à son 
espionnage et d'un guide pour suivre certaines 
intrigues. De tout temps, en6n , il s'est troafé 
nombre de gens pour jouer un double rôle, cl 
l'efipionnage fournissait alors , comme aujour- 
d'hui, son continrent de matériaux au journa-- 
lisme. Je ne dis pas" qu'il y ait une identité 
absolue entre ces deux spécialités ennemies, tnaïÀ 
il y a des rapports. 

Outre ces bulletins qui circulaient dans l'inM-^ 
rieur, il y avait une correspondance élabHM 
entre les gazeliersdc Hollande et les nouvellistes 
de Paris. Ces derniers taisaient passer aux -a ufre» 
des nouvelles qui paraissaient dans leurs feailles. 
On s'abonnait en France aux gazettes d'Utrecht^ 
d'Amsterdam et de Lcyde, pour savoir ce qn 
se passait à Parisj ce métier était lucratif, «b 
avantageux. M. de Vergennes, plus ombrageux 
que personne sur ce qui le touchait, manifestait 
une grande aversion pour une pareille conret- 
pondance; il y signalait une tendance d'esprîc 
très contraire aux véritables intérêts de b. 
France, et propre à donner de toutes parts m| 



S5ft MMOIRM IlIftTOIIIQCCa» 

fiui«ste crédîl à des luensonfn sur Ut îiitonlîaiit 
•t 1m tuet du gottverneni€nL La protaclMH 
awUt ou la hâino mercaulile des gaielien* «i 
•o eflbt une cause de transes conlin«elles. Des 
secours maladroits ou des haines sna lamièfc, 
ToUkrallernalivei M. de Vergennes s'y a pf tau ds 
tant SMi peuipoir» mais Tainemént; et» dn ta» 
IM»^, cname a^nnt, les gazeues de W e l lende 
conlionèrent h donner les nouvettes de In ennr 
eo tranaerivant les buUetina qui 
\ayéa de Paria. 

|i# minialre dee aflairéa éi iattg èws 
casîon de «anifealer son epîni 
tiens des gaaetiers, que je compare 
^ e M wss i f mém fnà ont fait tant d 
ilfrtrotempat etanrtant pendant 
cepmn et aona le minîatère de M. 

H. Soard (4), en m qnaKtd do 

■ H ■ ■ ■ 

■ ■ • • • 

(i^ 1|« aesrd « M «I de» UnéraiMn lii 
4srokr rièdt ; il ftil oeoiear rojral de U polio 
fllllr*» Mfeiteire dtT Aeodémie f roBOilic , Irèi 
•Ué itt eew do lottm Ifo plw céMbrw. 
r«bbé MoRlId , doei il dillèraii ooum por h fâÊÊmm m r«b 
biBlté , qiM par le Ulenl d*écrLr« ; d*eieellcw oeviafn ises 
ibrtfc ëè û plume. W. Garai . rancira ministre de U p^Qn, ■ 
donne osf V» Smrd drs Mémolrpe înt^remaiii , es onv Ssrfi ^N^ 
Imdci Id>8*. 

M-SoaHéUlt royalUlc «l'opinUNi ; n\u\% il fat loMroM A 
fllBrddrtr^publioBlnft.donl II lav. lUappiVcierlrgrBod 
tel errvwv et Ico ricè«^«>ii #^ff en dfsll de 





TmKs DES iHcmvts. %9 

police, avait dos relations lialiîlueltcs avec M. Lc- 
noir; il lui présenta un écrivain qui 9e proposait 
de iaire passer aux gazeliers de Hollande des 
bulletins de nouvelles si l'on voulait lui en accor- 
der la penuissiotij iiioiihint qu'il s'engngcaît a 
o'y iuKérvr uucnne réUexioii pour ne ijlcsscr »jui 
que ce fut. 

M. Leiloir permit à M. Siiard d'en écrire à 
M. deVergennes que cela regardait corame mi- 
nistre des affaires étrangères. Celui-ci n'aurait 
pas voulu Siins doute se priver hii-mcmc des res- 
sources d'une pareille c(rrresptmdance privée ; mais 
il ne voulut pas en donner te droit à un simple 
particulier; il répondit donc a M. Lenoirfl) : 

« J'ai reçu la lettre qne vous m'avez fait ITion- 



plusicurs d'entre eux. Il ne confondait point, BTec les républicains, 
des homme» obscora qui se jelaicni dans la ré'olullon pour l'y 
enrichir et l'iibtindonner ensuite. 11 niouait leur dévouement , on 
Uiimant leur gûiiit: criard, et leur reconnalsuit de la puissanoe 
en leur niant des lumières. Parmi les élémens qui doivent régir le 
monde, le HpuWiarnistne est encore rélémcnt le plus vigoureux, 
car il a de l'âme et des bras; son malheur est do ne pas avoir^dc 
téle; ses éludes sur les dévelapprinens de la tibcrlé sont tronquées 
et illogiques ; il n'a pas le secret , il n'a que l'instinct de sa force. 
Ihi dogme d'of^anisation doit porter en lui-mL'mesa saDCtioDjei, 
toutefois, .jusqu'à ce jour, les plusCuugueux raisomieursdu yarti, 
Iremblcurs secrets , se sont arrêtés a mi- chemin , cl ont rtbroussé 
devant la plupart des conséquences qu'eniraîue ce mot de hberié 
tl pea défini , malgré tant de controverses en thoa blattes. 
(.) Jaillet 1791. 



'^I^n MkMOII'.CS IIISKiP.Kil In 

neur de in'écrire, el celle qui y élail jointe «le 
M. Suard, touchant la permission que demande 
un parliculicr inconnu, d*établir une correspon- 
dance de nouvelles iivcc un gazelier de Hollande, 
sous rotfrc, dr la pari du Tanonymc, de se faire 
connailrr et desounirlire sa correspondance a la 
censun:. 

« Vos réflexions sur cette demande m*ont para 
pleines de sens et de raison. Apres les avoir 
bien pesées , je pense que les înconTénieos de 
la tolérance, en pareille matière, remportent 
sur Tutililé qu'on pourrait s'en promettre, mémo 
sous la surveillance de ladmiiiistration. L*e%pé» 
rience nous a convaincus que de lootes les rlaitra 
des écrivains, celle des nouvellistes à gages est U 
plus diflicile à contenir. Quel homme sage osera 
se rendre garant de la c oiidiiiie d'un bnlletîliâste, 
qui calcule ses profils sur le nombre d'anoolotefl 
secrètes qu'il pourra n*cueillir? Kt quel honmo 
lionn<^te se permeltra d'accepter uœ pareille 
commission, après l'abus que d'autres en ont faîi 
et la honte qu'ils y ont imprimée? Je suppose 
cependant qu'un homme d'une prudence recoo- 
nue obtienne la permission qu'on sollicite, et 
qu'il en soit dip;ne personnellement, il ne pourra 
pasemprcher, uLilgrc s.i xages^, que le gaxetier 
avec lequel il sera autorisé à correspondre 
n'emploie de!( moyens drtournrii pour se pro* 



TIRÉS DES ARCHITSS^ 34Î 

curer des nouvelles particuKères et souvent pé« 
préhensibles , et qu'il ne les débite dat» sii 
gazette. Qu'arriverait-il dans ce cas? que lé pu- 
blic se plaindrait d'une tolérance légèrement 
accordée; que les particuliers demanderont 
justice de la méchanceté ou de Tindiscrélion du 
gazetier; que Tadministralion sera rédciitè à' tk^; 
nécessité de sévir contre le correspondant conltA^ 
et censé coupable malgré les protestations d# 
son innocence; que le public et les particuliers^ 
fondés sur un seul exemple de tolérance, iniMi- 
teront au gouvernement toutes les impertiilcncift 
des gazetiers étrangeirset de leurs côrresponflbns 
ténébreux. Ces observations, jointes à celk^ qtM 
contient votre lettre^ monsieur, me confirlAlètit 
dans l'opinion que nous ne devons point ànto^ 
riser ni reconnaître de correspondans français 
avec les gazetiers; que ce genre de commerce 
doit continuer a cire prohibe , et que ceux qui 
s'y livreraient, malgré la prohibition, doivent être 
sévèrement réprimés. Je compte toujours sur 
volrc vigilance pour éclairer leur conduite. Des 
avcrtisscmens sccrels et des conseils de douceur 
peuvent en ramener quelques-uns d'un égare- 
ment passager. Des penchans pervers, Thabitude 
et l'esprit d'avidité ont rendu le mal incurable 
chez d'autres; les conseils sont impuissans pour 



34^ MÛIOIRES HISTOlUgUtS 

ceaz-d, el les moyens de rigvenr sont les ee^b 
^i poissenl leur conirenir. 
9 J'ai l'konnear d*èlrei elc. 

V De VnGEmm. • 




Celle pièce est curieuse , comnM élua «do do 
celles du procès engagé entre le poirrov ol ki 
frondeors du pouvoir sur leur coatrco wéA^ 
proque; commerce d*arbitrairo d*«M pwt« cooi* 
Borce de médisance de Taulre, Cooduo ^êê 
Toodra I Les avocats respectîbont, flomnl 
niion de part et d*atttre. 
. Je citerai encore un fait. Le 7 
M. de Vergeanes écrivait h M. Lonoir i • Le 
aiow Dm Essarts» auteur de la GeHMt 
d'Vîrêclu^ a donné lieu, pluieim Ma, k 
plaintes sur la licence de cette liiaiUob ^ 
ment encore dans deux arliclea coImbmni «I 
QUtrageans pour MM. Fleury et do G 

c 8ur b réclamation des parties i 
i'oi écrit a l'ambassadeur du roi, k la Haie, 
a fiiH réprimander l'auteur par les mogisirols de 
la ville d*ljlrerlit. Ot écrivain a reni lu léprî- 
mando avec quel(|uc apparence de repentir; 
il a ^n mAme temps adressé à son c 
dant« ;i Pari«, mu* lettre d.ins laquelle il tonmc 
en riHirnIf les Iwinr ;iirmr«»treH hollandais H leur 
iiirri tiri t!r . «t r<*i oiM':i.ni !r ;i«i f orre«pondant 



w 



TIluis DES AEGIHVSf. $4$ 

de w$ n^n changer à «es bvUejUna $ ir^nolii iJb 
conserver à sa galette TaTantage 4$ fêkt^ en ïmA, 
tiiivanl son expression. 

*« L-inaolfsnce obstinée de ce gaietier neu « 
déteraiiné à intecdire l'entrée et le débit de sa 
feuille dans le royaume, le uÉarque à M. d'Of 
gjay (1 ) de donner des ordi^ en censéqwvlwe 
an bureau des gazettes étrangères ; j-ea infamin 
M. de la Vauguyon (2) et lui mande dé-^paév^ 
nir le sieur Des Essarta , en Favertissânt que sH 
tombaibl^ dfH^ d^4 écarts semblables a ceux qu'il 
a a se reprocher , nous poursuivrions sa punir 
tidU' penonnèlle auprfes dés état^géiiérsMs^ de 
ta pré4iiice dTftrëcht. Le cdrrespôhdénl: Aef ÎSèb 
Essarts, qui l'est éh même ténii^ d^autr^^^é- 
tiérs, tels que celui de BruieHiéa, est littmur 
Foalhioux, logé à Paris, maison du magasin dés 
eaux minérales, rue Plâtrière ; il reçoit ses let- 
tres sous le nom de la demoiselle Rosalie Thon- 
nos, qui n'est autre que sa femme. Il s'est avoué 
auteur des bulletins dont le gazetier a tiré les 
deux articles qui forment le corps du délit. Une 
pareille indiscrétion mérite un châtiment exem- 
plaire; mais son aveu, d'un côté, et la présomp- 
tion qu'il y a eu plus d'imprudence que de 



(i) M. le baron d'Ogny iHhiI inlcndant di-s portes. 
(i) C'cUit rnmbassad'»wr de France h La Haie. 



/ » 



maiivaiHe iiitcnlîon dan» na conduite , nnoa mil 
déterminé à ntrr d'indalgcnci! cnrers lai. \omm 
Toudrez bien « cependant , lo mander par de- 
Ten vous, lui faire une séTèrc réprimande el 
lui défendre d*avoîr désormais aucune correa- 
pondance avec Des Kssarta , sous peine de dé- 
sobéissance et de punition. Je vous serai oUig^ 
do m*informer do tout co que vous anres fait m 
co sujet. 

ic J*ai rhonneur d'i'tre , etc. 

• De VEaGl53iB. • 

Continuons a scruter l'espèce de sunrcîUasiee 
qu'exerçait Tancien gouvernement snr l«a cor- 
respondances qui l'inquiétaient. 

Foulhioux , dont il vient d'être question , élail 
un de ceux qui lui donnaient le pins de aoncss 
à cet égard. Il était souvent Tobjet de plaintes cl 
do réclamations : aussi le teiiaît-on sons 
surveillance étroite. On lui avait pardonné 
bulletins dout.il a été question plus hanl; 
ayant repris sa correspondance avec les 
tiers de Hollande, il fui arrêté (janvier I7M) el 
envoyé à Biccti*e. Tout son crime se beraeil 
pourtant à avoir écrit qm: l'intendant de U gé- 
néralité de Clcrniont avait fait emprisonner des 
collecteurs en relard de fournir les rôles tie 
contributions qu'ils étaient iliargés de lever. 



TIRÉS DES ARGBIVSS. 34^ 

Ce Foulhionx si malttaité éiak fort inatiirfl 
des ffrito de' chacun , et la connaissance qu'il 
en donnait aux gazetiers hoRandaia lui fil pies 
d'une fois des ennemis opiniâtres , tel q^ k nt 
Arnaud-Baculard. .. i 

Néus avons tous vu, à Paris, cet autCBr 4|m 
Epreuves du sentiment j et de quelques anifts 
écrits, aujourd'hui peu rocfaerehés. CrapulMlt 
dans ses actes , et pastoral dans ses pardUt, 
d'une larme Ârnaud-Baculard faisait n^ne bêi|- 
teille d'encre et d'une goutte d'encre un yoluvie ; 
il jouissait d'une célébrité bourgeoise.^lls'ét^ 
du reste, rendu méprisable, aux yeux de cei 
qui le connaissaient , par son cynisme et sa coa* 
duite ignoble. Le nouvelliste Foulhiôux àViit 
dans cet homme un excellent texte à glosée, 
une victime a jeter a la risée publique, néces- 
sité de tous les temps. Les ninllitudcs ont be- 
soin d'un plastron. i>aculard prêtait le flanc kla 
morsure : Foulhionx n'y manqua pas. H adressa 
au rédacteur de la Gazette d'Utrecht des parti- 
cularités qui ne faisaient que trop connaître le 
vice honteux de ce larmoyant romancier. Ba- 
culard s'en plaignit a la police, avec cet accent 
de douleur qu'aurait à peine employé le plus pur 
des hommes : «f Monsieur, écrivit-il a M, Le- 
noir (juillet 178.)), je vous prie de ne pas ou- 
blier (|ue ma vie cbt conlbrme à mes écrits, et, 



J^6 .Mk.UOIHCS UUlOklvLES 

en cooséquence , j'implore votre jutlice coBtre 
ce trélëral obscur de Uoy«r (1) qui m'a d\tUwU 
dausi U Gauiiê d'Vir$$ktf du 7 juin 1786; je 
vous en conjure, lî vous me rcfuûcA ce qM 
l'humanilc mrmc oulragée exige, coMÎdéres k 
quelle exlrémiié vous me réduis». J*aî llion- 
neur d'être gentilhomme et attaché à 
giieur le comte d*Artois; je porte aussi 
pbintes à M. de Vergennes; j'inû bm jeler aax 
pieds du roi , s'il le faut. » 

La lettre que M. Arnaud écrÎTil k M. de Ver- 
gennes est encore plus pathétique. 

« Ce n'est point ce Boyer, dit-il, qui a écrit 
contre moi, quoique aussi ouvrier de mensonge. 
Le scélérat est un nommé Foulhion, asauvaie 
sujet déjà repris par la police ; il ne fuftt pea 
que sa rétractation soit consignée dans 
publics. Je me flatte que votre équité si 
plongera pour quelque temps ce monalre daw 
|me prison infamante. C'est un assafiin aoryl. 
On lit en Amérique, en Angleterre, parlqui, cet 
horreurs qui ont des ailes. Encore uqe ffia, ce 




■■ ^ 



( I ' Cr Oo) cr n» Ir »/i»r qui rrdictt, prndanl mm yst ll t éê li 
rt«o^llioll, Ici i\ou%tiées pnflti^neSf dr^mucs» «prèi éà^wnm 
iiitt.iiiinr|ihiiMr«, Journal éi^t Pétais. €Tèu\t un hommt loalnril, 

rl'tii: f Mt I ur;.irf*i I , tl a |i*fi. l'i ninir ctMnaiiicu df 
daiiLC atrc In riiuuiii» de la France , m l'ii^. 



nW pas le gentilhomme , lliemflke éé tMt^lti 
attaché à monseignear le cdtbCe tl'ftWoin, ék 
qnaDté de son secrétaire, c'est l^énMIèdë-^ 
ponillé de tous ces valons alentoaf^, Mi ëttH^Mfe 
tos genoux, et vous demande jtîsttee. nt ' ^ ' ! 

M. le comte d^Artois avait daiîë Bactttkfrd «A 
secrétaire de bien mauvais Ab\ , et si liiiyét ^Û 
Ponilhioux avaient pu le coirrigér^ ée sèfli vilflitt 
goût en lui donnant delà piihllciiéVlblii^qQ^t^ 
police eût dû les en punir, 9s nriéélétk Mérité 
une récompense. Mais, hélas! tés ^Éetlers lât 
corrigent personne, pas plus qàé/Pèfh|B[e cof^ 
rige les gazetiers. 

Louis XV n'avait pas éîfi aussi vindicatif iiO^Af^ 
naud , k Poccasion d'une myslîflcation d^titrf- 
gans, publiée dans les Suïïéiinê à Itf mtftn, ipA 
se rédigeaient chez madame D(fublet, sous le 
ministère de M. de Choiseul. On y avait inséré : 
« Que M. le marquis de Puîségur, lieutenant 
général et cordon bleu , cherchait à faire un bon 
mariage , frappant h toutes les portes dans ce 
but; qu'en conséquence, on lui avait proposé 
une bâtarde du roi , dont madame Adélaïde était 
la mère ; que cette bâtarde aurait 60,000 livres 
de rente , et qu'un présent de 50,000 mille fr. , 
s'il déboursait, mettrait la royale adultérine 
entre les bras de M. de Puiségur; ce qui deve- 
nait une affnirc dor. Celui-ci emprunta cette 



548 MKMOIIIIS lUSTOAlQtfcS 

somnie. On ajoiilait que ceux qui lui propoMÎant 
ce mariage le firent condaire a Versailles , ci laî 
recommandèrent de se tenir sur un escalier par 
où devait passer madame Adébîde. — • Remar- 
quez bien « lui dit-on , si madame se frotte le nés 
avec son éventail » c'est une preuve qu'elle voua 
agrée pour son gendre. » — La princesse , en 
effet, se frotta le nea , c'était aon tic ^ les entra» 
metteurs touchèrent l'argent , el M. de Pniségvr, 
au lieu d*un mariage , eut à s'occuper des fripooe 
qui l'avaient joué pour en obtenir en jnalice le 
remboursement de la somme escroquée. 

Cette baliverne , qui fit rire aux dépens 6m 
marquis , n'en excita pas moins b colère do la 
maison de Puiségur; rien n'était d'aillcnrs plan 
faux; la plainte en vint aux oreillea du rai; 
Louis XV paraissait disposé à se fâcher, maïs le 
duc de Choiseul eut le bon esprit de Im &m 
apercevoir que ce n'était qu'une plaisanierio, 
peu déplacée sans doute , mais qui n'avait 
de criminel dans l'intention ; l'auteur dn bnlls- 
tin en fut quitte pour £tre vertement adoMmaalé 
par M. de Sartiiics ; mais la mystification n'en 
eut que plus de vogue et de mérile. 

On peut juger maintenant quel casse-lêlc an 
donnait la police pour contenir les écarta 4a 
ces rorrcspondanccs 8ccr«'te5 ii Ididc desqucDca 
ou remplaraii la iilicrti* de I.i |irc&»r. Leur vo- 



TIRES DES ARCHlVtS. 549 

gue élail soutenue par la malignité et la curiosité 
publique ; les évêques mêmes voulaient recevoir 
les Bulletins àla muin. M. l*évêque de Lisieux écri- 
vait à M. Lcnoir : « M. Tévêque de Lisieux assure 
de son respect et de sa reconnaissance M. Lenoir ; 
voudrait-il bien lui faire dire si une gratification 
de quarante ou cinquante écus , tous les an», a 
l'auteur du Bulletin sera suffisante? Comme il 
ignore son nom et son adresse, il prendrait la 
liberté de les lui faire remettre. » 

Le lecteur est suffisamment instruit désormais 
de l'histoire de ces JNouvelles à la main ou cor- 
respondances secrètes qui, fréquemment, étaient 
par un double contraste, l'objet des rigueurs et 
de la bienveillance de la police , surtout lorsque 
la police en faisait usage pour divulguer des faits 
dont elle ne jugeait point polilique d'avouer elle- 
mcme la circulalion. La liberté de la presse a 
rendu ce manège imUlle et la lâche de la police 
moins compliquée. Mais, comme Tinconvénient 
persiste et se reproduit dans un pays dont Tad- 
ministralion est à refondre tout entière, on en 
a surchargé la magistrature, et la régie de ces 
paperasses est maintenant tombée sur les bras 
de nos tribunaux. 



CHAPITRB LU. 



IL <• MMllHlwi rt to 




M. de Chtpauel de Gaerriné , riche 
habitant de Saint-Domingue, aTait, danawi 
jour en France » en 1 775 » (ait U con 



MÉMOIRES HISTOniQUES TIRES 0KS ARCHIVES. Ht 

d'âne cfamoisello Ner^illé^ il en atiaifl été t|<M^ 
amoureux, et cette possession lui avait pafr^' fie^ 
comble du bonheur. Pendant un assez tonsg €|l{>ace 
de temps , la jeune personne, poussée par une 
ambitîoa <]ue Ton conçoit de reste et voulant 
donnera cette union libre un caractère de légî« 
tîmité qui trompât les scrupules de son eniou*' 
rage, prit , sans doute avec le consentemeirt'tii'^ 
eito de M. de Chapuixet ^ lé ndm même ^ Mm 
amant et sél armes. Des orages s'ôtant éievéa 
entre eum, M. de Chapuizet véulut rentrer; ca 
poÉseÉbioR des lettres que sa maîtresse , qui avait 
eéaaé de l'être > gardait entre ses mains. Il 4it^ 
%Mii aussi qu'elle discontinuât de se servir de aéa 
armes; eafin, il exigeait la restitution d'un test»» 
ment , et que l'autorité le mît à l'abri des ponr^ 
suites dont la demoiselle Nerville semblait le 
menacer. Dans de semblables affaires , il faut 
s'attendre à voir les gens qui se plaignent, exa- 
gérer grossièrement les charges qu'ils font peser 
sur leurs adversaires. Les arrangemens d'amour 
sont plus assujettis que tous les autres, quand ils 
se rompent, soit par lassitude, soit par incon- 
stance, k ces exagérations, dont il résulte des lut- 
tes de mots piquans ou de sales calomnies. Aussi 
doit-on se tenir en garde contre ces animosil'és. 
Il faut entendre parler M . de Chapuizet Itti-mcme j 



r>52 MÉMtHRCiî HUTOniQUU 

voici ce qu'il diaaii à M. Leaoir au mois d'aoàl 

1783: 

If MoDiieigncur • le sîciir Chapulset de Gner- 
riné« habitant de SainUDomiii{;ue • a Plionneur 
de vous «*xposer qu'il vint pour h première foM 
en France, en 177!>. Il y litail depuis six mois 
lorsqu'il reçut une lettre d'une femme nommée 
Monijette ; on lui indiquait une jeune pertonae 
qui avait envie de faire sa cpnnaissance. Celte 
lettre piqua sa curiosité ; il se rendit k l'a dwa s e 
qu'on lui avait donnée, rue Saînt-HoBoré, en 
face de celle de Champfleuri. 11 y trouva la de- 
moiselle Nerville , qui pouvait bien alors avoir 
vingt ans« etqui lui plut. Il vécut avec celte fille 
pendant dix-huit mois, et elle loi déptosa <pia- 
rante mille frams. 

« Kn 1777| il retourna à Saint-Domingue; et, 
dans les premiers temps, il écrivit à celte fille 
plusieui*» lettres tn*» |i.issionnées. Elle lai avait 
demandé, avant son départ, son cachet, sa livrée 
et la permission do purtcr M»n nom ; tout fut 
accordé. L'exposant a :ipj»ris (|ue sous ce nom 
cette femme a\aitfait ptmr quarante mille francs 
de dettes pendant miii al)!»enci'. 

« Le sieur Chapuizet se trouvant de relonr à 
Paris pour une att'aire majeure , cette fille voninl 



TIRÉS DES AKGHIVla*.. ^55 

renouer avec lui; elle a tout tenté {MNir celaj(i). 
Ne pouvant y réussir, elle veut le rançràner ;<dUlè 
le menace de fe déférer aux miiii|sli;Q8%:^i')tîri^ 
bunaux; et tous les jours , dans ton conciUalmle 
cpmposé d*une douzaine de garçons] perimipuÉr^ 
ou d'autres gens de cette espèce , elle maclûne* 
quelque chose contre Texposant (2). 

« Cest dans ces circonstances 5 nionji^îgneu]^^ 
que Vexposant a recours à la justice deivptjçe g;{fi|;ç- 
deur ; il vous supplie de faire qujttef«.8^i)|jn|9P4 
ses armes , sa livrée à la demoji^el^le ]^çi!:Yil|l^ ^^ 

(1) M. ^eChapaizct se tait, dans cette feqaéte^ iticde fnédtHi^ 
térieurqui lui avait fait répudier celte fille. Slle^f ut ipQonfc^tfl4f|] 
ment tort de prétendre aie rançonner; elle eut tort de faire, jons 
)e nom de ikiadame de Cbapuizet ^ potir env ifoti '$o/,oob mÂA é% 
dettes; mais pourquoi , lorsqu'ils TiTaieot enseoibleV'l^^iitlit 
m\sc sur uo pkd à dépenser en dix-huit mois une autre soninie 
de 40,000 francs? La police ne pouvait a\oir que fort peu d*égard 
à ers coijsUicraiions; elle ne \oyail ici qu*un homme dupe de sa 
faiblesse et de Taitilke d'une jeune femme sous main couseillée 
par de fins donneurs d'avis. Il importait seulement de mettre 
un extravagant à l'abri des suites fâcheuses de son imprudence. 

[•y.) C'est par la connaissance qu'elle a si souvent acquise que les 
intrigantes de cette espèce sont en secret dirigées par des aigrefins 
de troisième choix ou par des spéculateurs den bas, auxquels elles 
s'abandonnent en affichant tous 1rs dehors de la fidélité, que la 
police a traité durement ces sortes de femmes, cl a employé l'ac- 
tioii disci étionnairt" de son pouvoir à soustraire les hommes en- 
sorc lés aux résultats inévitables de ces liaisons. Un abus corri- 
gerait un autre abus. Selon qu'il fera plus ou moins rigoriste, le 
lecteur prendra parti. 

Ml. -ir, 



dt fiîre rendre b Ti-xpo^nnl Im Irltn*» qull a m U 
ftîbleucde lui rrriro, aitiHi qtrunteslamriil qu'il 
loi confia en 1777. O faisant, il ne ce^^vrz d\i- 
drester au ciel di*s vœtit pour h sinlc f t la pros- 
périlé de voli*c grandeur. • 

En pareil cas, les plaignans ne se bornaient 
pas a s*adresscr au lieutenant de police i iU 
voyaient les commis h quiTaflairc était renvoyée. 
LIriRpectcur Quidor , a Tépoque dont il s agit , 
avait la partie des filles publiques et des Tetaimes 
entretenues; c'est à lui que M. de Chàpuizet 
porta sa plainte et en détailla les motîft. L'obli- 
geant Qoidor ne demandait rien , mais reccTait 
ce qu'on lui offVait (1). 11 écouta donc arec com- 
plaisance tout ce que lui dit le plaignaat wur la 
tille ^'errille, et toîcî le rapport qa^l fit un 
magistrat. 



(i) Madame U ourquiic «le Ruffrjr , mère de la 
Sophie marquise de MooDier, al célèbre par tei avcal 
comte de Mirabeau (i77<») , donna ceut luuU j Quidor _ 
fait la capture de m fille m Amvtcrd^m , où elle «avait avec la 
comte, toui le nom de .*/. et ma iame de S^int-Mmikiem, V 
sur ta conduite de \m police dan» cctt« affaire , le prrmicr té 
drs Mémoires sur la v/r privée et publique du comte et Jtfra* 
hemut 4 vol. in-tt*; ihtz B4»^wiigr, ù l'an^. 1817. Ot ou«rafr, «■ 
des plu» propn-% ii faire comi.iitr^' ri'i'nq .« , Il« rtcr.rment et les 
persoiiuagi» «:oiiirm(«oraiiUcJr la %ir |.oiitii|»c du célèbre drpulé, 
e\\ d'un auteur qui !*■ connu et qui a lu d'rsorllcna ouiériaas 
|Miiir rêdiff-r i r« Mémoire, s. 



TIRES DES ARClllVES. ^55 



> • i 



Itàppori pàrUautier sur là ikinoUétle Nèhtirp. ' • 

* ■ t .■ : 1 . i 

« Monsieur, j ai difTérc jusqu'à ce jon)r ip^pn 
rapport sur le compte de la prétendu^ in%rq\|j^ 
de Chapuizet , voulant avoir des détails certains 
et circonstanciés de sa coriduite etTormnlettlre k 
mèine de prononci^v sans crainte d'eh^ilr iilili^ lii 
dethbhde At M. dteCfaà^ûis^èt de iïMttiiif:^* 

c Je ne crains donc point de vous àssiirèr qiije 
la lecture de mon rapport vous inspirera le^ius 
souverain mépris pour cette miséirable, eï que 
TWkwt «riMridreEpas vious-lméme d'dser dé Votre 
aMonté pour lin défendra 4e porter un tioii qui 
M lui appartient pas et qu'elle n'a déjli que trop 
indignement traîné dans la rue. 

ir Native de Châlons-sur-Saône, et se disant 
bâtarde de M. Voyot de Nerville, nom que per- 
sonne ne connaît et ne porte a Châlons, elle 
débuta sous ce nom, quoiqu'elle eût un frère 
garçon limonadier au café du Commerce à Bor- 
deaux, et qui s'appelle Dodile. 

€ M. le baron de Crcmeville eut ses premières 
faveurs dès l'âge de douze ans, et vécut avec elle as- 
sez long-temps; mais elle lui fut enlevée pour être 



rî36 M»MiilHI<» IIIMiihlvl r*" 

livrée il M. le marquis lie Moiirr|iuA, dv^ œiivrc% 
duquel elle devînt grosse , el lit une iauise cou- 
che. La nommée Durand, qui lui avait procuré cet 
entreteneur , fut , pour nrcompcnse « placée 
femme de chambre à sun servlre, où elle est en- 
core avec le» fondions de confidente , de pour- 
voyeuse et de marcheute dans l'occasion. 

CI Ce fut dans ces entrefaites que M. de Cha- 
puizet en fit connaissance , par l'entremise d'ane 
nommée Mongé, courtière d*âmour sous le intB- 
teau ; elle n*avait alors encore queseixe ans, nuit 
Texpérience la plus consommée des nibriques et 
des finesses du libertinage. 



« M. de Chapuizet, amoureux el igaorani 
aventures antérieures, lui monta ta 
Tentretint sur le ton le plus brîllanl« et 
m^me qu'elle prit son nom dans tous Ira endroits 
publics oit elle voulait se montrer. Forcé de re- 
tourner en Amérique pour améliorer ses habita* 
tiens et pour réparer ses aflaires que la prodiga- 
lité de cette femme avait dérangées, il lai laiwa 
deux cents louis en or, un mobilier de donae 
mille francs, et une garde-robe de la mime 
valeur à peu prè5, avfc promesse de lui conti- 
nuer ses bienfaits. 

« La prétendue marquise ne se vît pat plalôt 



TIKÉS DES AKCliffVES. 557 

libre que , donnant essor a son goût pour h li- 
berté , elle se donna pour grètucKon lé nommé 
Seigneur, son coiffeur, ()ui /dans ce nràdiélii 
même, use de ses droits toutes les fois (jdtf'Bo^' 
lui semble. 11 en fait sa curée ; eHé rëtilif^eAi ^' 
ensuite , renouant avec M. le marquis de Mèbré^' 
pos, elle voulut lui faire partarger ses ftvètft*' 
avec uti sieur Mainguet , qui était au monléilt dé 
traiter d'une charge de notaire; maii ccfs ^^t' 
rivaux, ayant pris de la jalousie ',i finirent ptitst 
battre , et le sieur Mainguet fut obligé dé passer 
en Amérique, où il est mort depuis. 1 . 

< Le choix inconsidéré qu'elle fit de seé caitift*'' 
rades de lit dissipa bientôt rargent , les meuUesy 
le linge. Alors il fallut avoir recours aàxlettlres^ 
pour attirer les chalans. Ce moyen eut d^abotd: 
quelque succès , car un financier , dont j'ignore 
le nom, vieux garçon, et dont les domestiques 
sont habillés en bleu, vint a l'adresse indiquée 
dans la lettre , présenta quelques ofi'randes, dont 
il reçut le prix , mais disparut au bout de quel- 
ques jours, dégoûté par les desordres dont il fut 
témoin et par l'ivrognerie de la princesse. 11 en 
fut de même de M. Faucheux , qui est à la tête 
des poudres et salpêtres; trois ou quatre visites le 
rassasièrent. M. leducdeGcvres, h qui les mêmes 
lettres avaient ctc adressées, fut effrayé de la di- 
l>rnbc 3 il ne voulul [»as niui'drc k la Jii'i»ppc. 



.156 MKMOIRES HISTORIQUU 

ir Acetlc époque, M. Savalelle de Lange (1) 
ira en fonctions pour ses dix louis par oioît, \}mm 
si petite somme ne pouvait suffire qu'à la loileUe 
de nuit ; auui eul-elle recours aux apparcilleBre. 
MM. le marquis de Tboin , le comte de VaMBié- 
nil, etc. , introduits par le nommé Ilébert , dont 
le métier vous est connu , entèrent leur nobleas 
sur la sienne. Un M. Lanet, financier, paml» 
pendant un mois, vouloir se fixer; maia les 
mêmes causes qui avaient fait fuir les premien 
firent aussi disparaître ceux-ci. 

« Enfin , chassée de son appartement par la 
vente des meubles , et , retirée dana an hôlel 
garni , me Baillif , elle n'eut pas honte daller 
tenter la fi>rtune , chaque soir , dans le jardhi ém 
Palaia-Royal » accompagnée de la flle Bënuwi ; 
et M. le vicomte de Poiignac^ legi an Tni» 
leries , attestera la prestidigitation anpérievre de 
la belle dans les fnrtives complaisances qne Ten- 
bre favorise et qn*nn gentilhomme paie si géné- 
reusement. 

Depuis six mois que la demoiselle NerriHe ert 
rentrée dans ses m«:tiblc8 9 rue de Richehen. gràea 
à M. Savalellc de Kanere, qui lui en a acheté ponr 
mille écus, elle ne sort plus pour chercher pm» 



Il -'t il' ^ t-ilr il I t. •' t !• «4* -;i -UM (Uiiii* . il r^Mplj* • 



TIRÉS DJfS iRCHlVW. 3tfi| 

tique, mais elle n'en est paanidiiia entourée. dhm 
CQDcillabale de favoris. Un liei^ deSainV3laiie^< 
espèce d'aventurier, venu a Paris pour «Sipcpcèe 
qu'il ne fl»it guère , paie les faveota dt tMfMit^ 
par les conseils qu'il lui donne , et ^e bttsonnde 
Gremeville, qui, depiûs six semaiaM^ a ralluifé «M) 
premiers feux, vient de lui payev sop teréie;r. iia-i 
if Une pareille créature peut-elle revendiqfaff 
le droit det porter pubUqme^ei^t 1^ pf^g /d'jin 
l|pq[une4eqw elle n'^ Ri ^Jfqm*^^Mmfm%^m 
efifans? A )i| v<rit^, U. d<i Chap^s^ti deAik^^Arr 

lir« de runM^pr, Ini i^yai^ pflri»M<r i)9»i%iR|0aMnfr * 

depçjB^nir de sop now ç| dn AU Jfxf^»^ l»4l» 
même il avait fait un testament olographe , m'ÎJIi 
a cass^ d^pu^s , et lui écrivait d'Amérique k l'a- 
dresse de madame de Chapuizet. Revenu de 
son erreur, et instruit des désordres auxquels 
elle s'est livrée pendant son absence » n'est-il pas 
{onde k réclamer l'autorité de la police , dont 
cette fille est naturellement la subordonnée , 
pour lui faire quitter son nom , sa livrée et ses 
armes? S'il souffrait au contraire plus long-*temps 
cette usurpation , ne deviendrait-il pas le com- 
plice des escroqueries qu'elle se permet journel- 
lement a l'abri du titre de marquise , et qui ne 
se sont déjà que trop multipliées, puisqu'elle doit 
près de 40,000 fr.? Il me semble que M. de Sava- 
lette se compromet en protégeant cette fille et 



Tlfio >irM<IIR»S Hl^lOKlol'IS 

nn lui coiiftfMlhnt d'attaquer M. de llli.ipui£et eu 
justice 1 1* parce qu'il eut impossible qu'elle con- 
serve sans sacrement nn nom qui ne lui appar» 
tient pas; 3" parce qu'ayint été un de ses amoo-* 
r<fliY« eine pouvant manquer d*étre mis en cauae 
par Ai* de Cbapuizet , il se fera rcfrarder ou 
comme le mignon, ou comme le prugeur de cette 
coi|iiine« 

« Vous pouvez , monsieur, prévenir l'éclat en 
vous serrant de votre autorité , arec d'autant 
pins de justice que cet eitrait de sa condnile 
vo«s apprend sufisamment dans quelle classe 
éé femmes galantes ladite personne doit être 
rangée. 

• 4jO rapport « comme ou en fera sans donle par 
imlliors dans les époqnes oii les unions libres ae 
nanllipUeroBt (et elles tendent à se multiplier 
plus que jamais), engagea le lieutenant de po- 
lice, non pas à des actes arbitraires via-â^vts 
de la demoiselle iNer%illc , mais à la —ander 
ponr l'entendre dans ses justifications. Qnidor 
se rendit chez elle pour lui faire savoir oclle 
détermination et l'accompagner chez le ma* 
gistrat. Elle refusa de s*v rendre , prétestant 
de sa santé délabrée ; alors l'inspectenr en- 
g:igeii avec clic une conservation dont il rendit 



TIRÉS DES ARCdlVeS* 56 1 

compte au lieutenant de police. On y lit qu'elle 
reconnaît ses torts ; qu'il n'y avait que Vinexpé-* 
rience et les mauvais conseils qni l'avaient en* 
gagée à mettre de l'opiniâtreté dans celte aflfaitre 
et à refuser de quitter lé hom qu'elle porte, 
•r Mon parti est pris, ajouta-t-ellé; je m'ojecfàpé 
avec Préville à nie mettre en état de débuter 
dans quelque temps aux Français. Je vais 'cesser, 
dès ce moment , de signer marquise de Chàfmtet; 
et , comme il serait impossible d'empêcher toua 
les voisins de m'appeler de ce nom , Iq iéi^ ffius 
lequel ils i^e connaissent, je délogerai au tejçip^ 
prochain. » 

« Comme il aurait été à craindre que la légè- 
reté ordinaire a ces sortes de femmes , ou des 
mauvais conseils , dit l'inspecteur Quidor, lui fis- 
sent changer de résolution , je lui ai fait pro- 
jucltre de vous écrire pour s'excuser de ne s'être 
|Kts reiîduc a voire hôtel , reconnaître le tort 
qu'elle a de vouloir, saijs aucun titre , continuer 
rie porter un nom respectable qu'elle reconnaît 
ne pas lui appartenir, et se soumettre a le quit- 
ter, ainsi que sa livrée et ses armes. » 

11 paraît que M. Savalette de Lange portait de 
l'intérêt \\ cette (illc, qu'il avait parlé pour elle 
il M. Lenoir, et avait défendu ses intérêts auprès 
de lui. Il chercha surtout à excuser la demoi- 
vSclle.Ncrville par la ( onsidératiou assez spécieuse 



r>Ûl MrMi»lRE« UISTOHIQLES 

que M. de Chapuiict la laissa livrée i elle* 
mcmc 9 k «a jeunesse et à |a séduction eu partial 
pour rAinérique; que le nom quil lui aTâit 
donné , et sous lequel il lui écrivail de Saiol* 
Domîngue , était un motif très excusable poof 
prendre , et qu après Tavoir pris du consente- 
ment de M. de Chapuizet, c*était faire un affrool 
public à cette femme que de Toblig^ à le quitter. 
M. de Savaicttc demanda qu*au moins M. de Cka- 
puixet aMuràt un sortk sa protégée. 

Le magistrat , qui aurait Tonln obliger le atl- 
licitenr, chargea Quidor de traiter «Tec M. 4m 
Chapuizet celte affaire , et voici le rétnltst et m 
démarche : 

a5 avril t7#a. 

« J*ai vu M. de Chapuizet » qui m*a &il pivt 
de ses objections à la proposition d'aMVWU 
sort a la demoiselle Ncrville , soit par une fMlc 
viagère , soit par une somme donnée eoaipteol. 
J*ai encore tenté de l'engager à quel^piM pcrî- 
ficcs; mais inutilement, car, outre lee glMat kl 
plupart fondes , qu'il a contre elle , je le rreit 
dans une grande détresse par rimpotfUHlité de 
jouir du produit de ses habitations , et il a c«b 
de commun avec tous les Américaine depuis le 
commencement de la guerre. Quoiqu'il ni*ait as- 
sure que \aiu hii avic^: promis la remise de son 



TIKÉS DES ARCHIVES. 56^ 

testament ainsi que les copies de ses lettres , je 
n*ai pas cru devoir m'^én dessaisir jusque hôt|v$ii 
ordre de votre part. 







Mal^é le premier refîi^ de fairi^ qàèlqtiëé sslV 
crifices en faveur de la demoiieltë ifiTérvIIlè, 
M. de Chaj^uizet fut oMtgé d'en vëhii^ X (fé dé^ 
neâment: ce fntk cette condition qu^il éHt ses' 
lettres et son testament. Dans le désir qti'atvait lé * 
magistrat de prévenir l-éclat et par chiMte de' 
voir cette femme triotripher dè^aal léÉT tîKbiîtiàhii, 
il fit ce qui dépendait de lui potlf cônciliéi^ cëitè af* 
faire é^neuse ; il craignait qné^, suivant iè €ëtisèSI 
de M. Savalette, la fille Net^ville n'assigt](4tM. de 
Ghapuizet au Châtelet v et qu^nn^e fois le j^rocèa 
^g^g^ 9 on ne Mtplus maître dé Tévëhement. 
Malgré le ton affirmatif de Vagent Quîdor, qui 
voulait subordonner la demoiselle Nerville a 
Tautorité de la police comme fille de joie, celte 
affaire était d'un tout autre ressort; et, devant 
la magistrature , un oubli de forme , un men- 
songe intrépide , une séduction mystérieuse , 
l'éloquence d'un beau parleur, ont fait rendre 
de si singuliers arrcls , qu'il n'est pas toujours 
prudent et économique d'en risquer ia cbance. 

Je passe à une affaire do mcme sorte pour le 



564 nm iftiA m.^: ttiv<i.* 

rétaltjit, el prevj^ie Je mêui*? c^pcce djn» mio 
origine. 

M. de Slonth loa éiait un inaii«lr«t ilunt on 
proclamait généralement I intégrité, bon. l'jrile, 
ami de* plaisir», comme le »ont assez ordinaire- 
ment les hommes li^rë^ à de» tra«au\ pénibles el 
qui cberchent des délassemens a les ialîgues do 
tête entre les bras des femmes dont leurs com- 
plaisances et les atf entions di-!icates sVmparenI 
facilement de leur espri*. Sans s'affranchir abso- 
lument des obligations dn mana^e , il lui iallaity 
au-delà de ce devoir froid et sévère, des lieno 
plus fertiles en distractions agréables. Sa femme 
ne l'enchaînait pas absolument. D'abord moos- 
quetaire , ptûs conseiller au parlement de Mêla 
et maître des requêtes , M. de Montholon éuii 
procureur général à la chambre des complca« 
lorsqu'on i77i il fit connaissance d'aae jennr 
fille du nom d'Elisabeth Remy, âgée de dii aepl 
à dia-huit ans, née au château de Prège, pièi 
Luaembourg. 

dette liaison avait duré six ans et n*aTail paa 
«':té sans agrément pour le génércui magistrat. 
11 couiblail sa jeune ronquêlc Je bienfaits; Texi- 
grnrc augmentait d'une* part et la facilité de 
r;iiitre , sans obsession rommc san« faiblesse* 
l«)u( naliirrlIirnuMil I nr < orn>|>fHiii.incr pleine 



TIKES DES ARCHIVIÎS. 365 

de tenclresse de la part de la maîl^esse et M 
l'amant , se soutint pendant tout le temps 4^ 
leur Irtitiuenliitioii. CcUu currespondaiice fut 
l'objet principal et le motif du rccoui'â k la po- 
lice. Grùcc II des conseils pcrtïdes ou intéress(;s, ' 
la jeune Hlle, qui priîtciidalL avoir étû mère de 
plusieurs cnOins, dont tiii seul vivait, devint 
exigennie et laissa percer l'inlenlion d'abuser 
de la faiblesse du magistral pour en obtenir un 
sarcrùit de générosité. La fortune de celui-ci 
ne lui pcrineltait plus de se rendre aux désirs 
de la demoiselle Kemy. Un peu de froideur de 
li,part de M. de Klontliolon aigrit la jeune 
Femmo ; elle lui fit entendre que s'il ne satisfai- 
mt pas à ses exigences, elle pouvait le perdre. 
Usuffisait, suivant elle, d'un éclat j de communi- 
quer, par exemple, les lettres qu'elle avait en sa 
possession a la femme légitime et à la famille 
de M. de .Monlbolon. Le public, alors, grùce aux 
indiscrétions des scènes de famille, saurait à 
quoi s'en tenir sur un magistrat qui déclamait 
parfois en public sur les déréglemens des mœurs 
et ne se grnail pas dans les siennes. Ceci deve- 
nait sérieux : l'amour ne s'étant pas développé 
dans la jouissance , mais y étant mort de mono- 
tonie et de saticté, el de |)lus, Aï. de Montholon 
ayant mis à jour des inlrij^ues de ta part de la 
demoiselle llcmy, appela à son secours M. l.c- 



noir, alors lieulenant de police. 11 lui admisa, le 
6 décembre 1 776 , une lettre dont nous ne ov 
tiquerons pas l'amertunie, mais qui prouve i 
que! point on a\ait confiance dans la prudence 
et dans rintelligcnec de la police pour arranger 
de semblables aflaires « qui , soit dit sans épi- 
gramme contre la magistrature, abondaient 
fréquemment devant le tribunal secret. 

« J'ai recours à votre amitié et 2i votre j 
tice, écrivait M. de Moiltbolon , pour bm 
dre un service dont dépend ma tnnquillilé et 
le bonheur de ma vie. Très attaché î mé ré- 
putation , je me vois à la veille de là IfMvtt 
compromise par l'atrocité d*une femiBe pMÉ 
laquelle f ai éptiisé tous les genres de bieabili : 
j'ai été dupe , on me veut victime ; et le Uh 
bleau que j*aî à vous faire contient , avec b pltt 
exacte vérité, tout ce que le libertiaag». li 
fausseté , Tinfiimie ont rassemblé dltoireaii. 

• En vous parlant de mes faibleaaes , je ma 
distingue pas Tami du magistrat ; en vbw pi^ 
gnant les pièges auxquels j*ai sncooBÉbi , lll 
dangers que je cours, je me mets entiènmtttt I 
votre justice. 

« Il y a environ six ans, qu'occupé dans OMh 
cabinet , je fus distrait le soir par Tarrivée d*aM 
jeune personne qui se dit de Mets , et appar- 
tenir aux plus honnêtes gens. Elle se réclamA 



tlftÉli DES A^fcttlVfei; ^67 

4e la ftfkme d'txtï béH^illét- àlH' PàVlëMént de 
fàtlz qihte f àvdiâ cltlliYé péiidMit hitth èéjdà^ 
dans cette province , et tne deiAèhda t)h)teoi{6tt 
ponlr la placer. Aprbs quelques répughani^es , je 
Tadresëal a une marchande de mod'di de Pèth 
que j'avais connue en entrant dans le monde; 
Pén de jôut^ après ^ ma protégée tint me i^hdi^ 
cotopté àes humiliations qu'on avait fait sonifi^it 
à sa vëMu. 

« Àa iagés^é prétetrduè th'intéiressâ ; je mé 
prêtai à lui fouthit !'és ùioyens de vivï*6 'de iô^ 
tftVkit ^ d«^uib , eHlè m'occupa dàv^ïftage , feii^ 
dïiti ftiblé^M y fé le^ ][>ayài ; j'enis dëJa ctiVifîiDii;^; 
elle se porta jusqu'à Tabus dans une conrl^i^fMi- 
dàiil^è dotat la publicité cèmptottiéttràit la 'dbu- 
cfeur Aek lietls les plus respectables. Vîek fiii- 
bleues tarent alimentées par les réponsies lèrs 
plus séduisantes a mes Icllres , et enfin pat lé 
cri delà nature que je crus entendre pour quatre 
enfans donfon me fit hommage. 

cf En un mot, monsieur, sans avoir débauché 
une jeune personne bien née , je crus avoir 
rendu sensible une honnête créature ; je m'ap- 
plaudissais de ma faiblesse et je multipliais des 
sacrifices énormes, lorsque la lumière que je 
vai^ vous dévoiler , en m'arrachant mon erreur, 
m'a montré le tissu d'horreurs que je défère à 
votre justice. 



3(i8 MI.«|t»|flF.I» lllMtiHIuLlS 

K Voîci quelle lui l*occa»iuii qui me donna lieu 
de percer ce uiy«tcre d'iiH(|uilé. J avais renda 
celle ieiiiuii*, que ji: cuiiiiai^sain miuiî un »iinplr 
nom ii'llenrieiie uu sousi i:clui de f'ainill«* quelle 
s'éUil donne , madame lleniy , tlcponitairc d'une 
.somme de S,(M)t) ii*. , lic l'intéri't de laquelle je 
pouvais me p:isiHcr , avec |>crmis»ion de s'en 
servir |M>ur faire les bonnes affaires bonncles 
dont un peu d*argent compt.iiit pouvait la rendre 
susceptible , mais sans compromettre les fonds 
dont je ne voulais, ui ne pouvais disposer. J*eiM 
besoin de cet argent ; je lui écrivis de me l'en- 
voyer ; elle le refusa d*aburd , et me le reairoja 
ensuite. 

• Dès cet instant, je soupronnai la réalité de 
son attachement \ les reproches , les excès, lc« 
menaces d*abuscr de mes lettres, de mes bien* 
faits, convertirent meii suuprons en certitude, 
et, de ce monienti jappi i> suL-Le!toivement ce que 
vous allez lire. 

« La créature à laquelle j*ai eu affaire est ori- 
ginaire de Met/, et ne nomme llenrietie Marié ^ 
ou, de son nom de guerre, l.i pfii'f Marie. Klle a 
servi a Metz , y a fait riiitVniH* métier de fille pa- 
bliquc, a eu un enfant de jt* m- ^ai^^ ({ui ; cet enfant 
ent une iille , que j*ai vue ni a rari!^ , chez elle, 
sans la connaître, souh le nom de peiiie Manon ^tl 
qui est artuellonient à (ihMons en (Champagne. 



■illll.S LES ARCHi^F^. S6î) 

■ Pour raison de débauche, elle a él& ren- 
lèrmée au Refuge b Metz. £[le s'est évadée par 
une fenêtre à l'aide de ses draps, et porte encore 
à un genou la blessure qu'elle s'est laite en se sau- 
vant de sa prison. 

<■ Elle a été amenée à Paris par un dragon, 
grenadier ou officier, qui l'a. f:oadmte avec nne 
compagne de ses débaudies et uR frë^e li elle. 
A leur arrivée à Paris, pouf iraiitoadlincoadaîtCf 
ces deux femmes ont été conduites prisonnièMlj 
par ordre de police. Interrogééjî'ïUe i^estréda- 
mée de sa mère, qui gardait à-Pftrii des malàdeif i 
et elle a été reconnue par eUe<i et lui a'Àé'V«^ 
mise avec les injonctîonsdedvoit.'. ^ . -'■•■'^ -' '' 
. « Cest à cette époque, atQntieur,-^ue' i'ent 
formé l'odieux complot de me reiidre du{F4'î 
qu'elle s'est présentée chez moi , etya joué lô 
rôle qui fiiit la preoiièrc partie de cette longue 
hîlirc, 

< L'inconduite de ses mœurs pendant qu'elle 
:i vécu avec moi, pourrait m'oiTenser; mais il 
i'aul rire juste, quand on a des faiblesses ,;0n 
s'interdit le droil d'en reprocher , je me tais sur 
rel objet. 

H Mais ce qui m'intéresse essentiellement, 
c'est l'irifamie , la fausseté et les suppositions 
prouvées , les abus de conBnnce déjà existans et 
ceux dont je suis menacé. 



TIKÉS DES ARCÏlIVEfS. Zjl 

drir, et que l'on a eu Timpudenoe et Tâllaâee, il 
y a peu de j^ur$^ de me djémanèei^ ùti soft! ll^t' 
vrai que Ton ne me croit pas instruit. 

<r Enfin, monsieur, une fausseté reste premvée! 
J'ai éié séduit par les lettres de cette Setù^è; 
ces IcUres sont toutes supposée^ : elte ne sait pas 
écrire. 

« Cette créature, pour se fuire des partisans èi 
me compromettre dans mon honneur ,* débite 
une histoire que voici. Elle dit qu'elle est de 
famille plus qu'honnête, et a été mariée ; que je 
Tai déhaujchée ; que j'ai fait passer son màti aux 
îles; que je lui ai mangé tout ce qu'elle avait; 
que je lui ai fait des enfàns, et que j'aban-* 
donne sans pitié k la misère la mère et les en?- 
fans. 

ff II me reste, monsieur, a vous entretenir des 
abus déjà existans , et de ceux dont je suis me- 
nacé. Les premiers sont les violences et les 
menaces réitérées et directes faites à moi , ou 
répétées, de me faire périr empoisonné, de me 
déshonorer, etc. Mais je pense que ce sont de 
vains mots , cris de sa fureur, que j'ose croire 
impuissans, mais assez dangereux pour mériter 
votre intention. J'ai beaucoup été rançonné; j'ai 
beaucoup sacrifié avant que le rideau fût tombé ; 
c'est le moment de la justice. 

« Les abus dont je suis menacé sont la publi- 



cité de mes leltret; on en a déjà monUrv, et 
Ton a fait avec de l'argent , fruit de mes bien- 
faits, la tentative d'en faire parvenir à ma femme 
et a ma belle-mère. Pins ma confiance a été 
grande, plus j'ai à craindre, et je ne dois pas 
vous dissimuler qu'elle a été sans bornes. 

• Quoique je me sois interdit de tous parler 
de rincondnite qu'a pu ou peut a^oir la per- 
sonne dont je vous parle, je ne puis tous laisser 
ignorer ici, monsieur, que je la crois sooflléev daaa 
la menace d'abuser de mes lettres, de mon por» 
trait et d'un étui d'or à mes armes que je ré- 
clame, par un sieur Francfort, commis dans les 
bureaux de M . Rouxiëre, commissaire deagoerreSt 
qui a avec elle des liaisons dictées par dee aesi- 
timens quelconques, sur lesquels il vous eppw* 
tient de prononcer. 

« D'après cet affreux tableau , monsieort éomi 
je vous ai donné de vive -voix tous les détails 
odieux, plaignes-moi, secoorex-moi ; je me lierre 
entièrement à votre amitié , et j'espère de iroln 
honnêteté, monsieur, que vous voudree bien» en 
me délivrant par votre justice des inqwétasdlea 
affreuses auxquelles me livre ma position, 
courir le plus promptenieiit possible a la 
vation de ma réputation par tous les ménagemens 
qui sont en vous. 

« Il est dans la nature d'avoir des laibli 



TlKts ULS AKCHIVKS. 5^5 

je tiens peiit-èire ii riiumaiiilé plus qu'iin autre; 
maïs vous possédez, morii'ieur, un mantenu pour 
l'honneur h Pabri duquel une âme sensible, mais 
droite, unmagisLiMl, se met avec conBance. Soyez 
mon égide, et je sentirai moins mes tourmens. 

■ J'ai l'honneur d'être , avec un allachcmenl 
bien réel et 1res respectueux, monsieur, votre 
très humble et Irsjs obéissant serviteur. 

<< F«^ DE MOKTBOLOK,^ 

11 fut aisé a M. Lenoir de se mettre face à face 
avec la \erite. M. de Monlholon ne voulait pas 
être compromis; il tenait au décorum plus qu'à 
tout le reste. Cette lettre, où l'on s'abandonnait 
an lieutenant de police, dut lui donner, par cela 
itlStne, le plus vif empressement de venir au se- 
cours d'un galant homme, en contradiction avec 
ses principes, craintif des suites comme de raison, 
inaj^istrat qui se sentait en vue, ranronné sans 
retenue, et finalement allié d'une famille qui ne 
se doutait pas et pouvait le blâmer hautement 
de son imprudence. A tons ces titres, il fallait 
étouffer un éclat , et venir en aide à fa corpora- 
tion dont il était membre. La colère d'une 
femme, cruellement conseillée, allait peut-être 
sans cela plonger toute une famille dans la plus 
vive afllicl ion. Il était plus simple de plonger cette 
lemmc dans un tal-ile-bassc-fus^c. La lille Hcmv 



J^^ MCMOIAKS liiNTOhlQL'b 

n'élait au fond qu'une fine intrigante, dirigée |iar 
des amant intéresses aux succès de ses friponneries 
amoureuses , et qui avait su en imposer à M. ^ 
Moniholon et abuser de sa confiante tendresse; 
l'intervention du sieur Francfort dans ks dé- 
marches de cette créature prouve que sa con- 
duite nY*tait ni pure , ni à Tabri des soupçons, 
mj^roe depuis qu elle avait les secours da ma- 
gistrat. 

Mais M. Lenoir, en se laissant aller compbi- 
samment à discerner tout le bon droil da côté 
qui lui convenait le plus, n*en aboai pas aoîiu 
du pouvoir que lui donnait sa place poar &îr 
arrêter la fille Remy et la mettre k Sainlo-Pé- 
hgie, au secret. La légalité n'y consenlail point, 
et ce fut un vrai coup d'état. A la Tenté, c'étaîl 
le seul moyen de prévenir le scandale anqnd il 
était urgent de remédier. Les magialnlty dans 
ce qui concerne leurs prévarications pwn* 
nelles, ne s'en remettent pas toujoars Tolonikn 
aux bons offices de la luute magistrature, autant 
dès qu'ils avisent un moyen tréchapper anxaTaiiîes 
d'une puMicité dont les simples citoyens portant 
si tristement le fardeau. Entre eux, ils préfèrent 
ai;ir (mi gens du monde plutôt qu'en hommes de 
loi; ri |)t*iit-rtre quVn y mettant de la bonne 
gràit', on lâUiiMMuit ici «|U€lquc excuse à l'arbi- 
tr.iirr ik* i L'itt' lai^f^ii i{'.i^ir. L ingratitude , T^bu» 



dfw bontés «t 4e b tep4re)iifr,ft4 M. de UoadMt 
loa caractérisaient la conduite de la fille ilolDjf J 
DfM i'esprit.^ftèquicopciiMi « vu'ds.psis Aes 
affures et ^.fmkivnM ^wM^ot^ nbatipciBcâ* 
|l|il«liieDt ]g9er..«tO pvop» c«mpte , nt! pandWi 
plu» JMste qoft d'^yorter u» £rwn à l'miàtm «b i 
Vp^c* des çoiur<iiueft-.4Jaf^«t^ ^n\, pfvaiaéit 
prwqiw tQwjovn paTidef f«roiw necni*, 

eux en révélations in«p4rtitie|ijt«$ «|t |^M,«»iivpiit 
«nmenMmgfMSi^ËiA deJl«ti«i«Mr« kqoDtoibaâon 
par les moyens de contrainte et par la frayeur. 
La leçon, à la vérité, ne pouvait être qu'indivi- 
duelle, et le aecret dont il fallait entourer ceci 
contrariait l'effet moral qu'on se proposait d'en 
tir«r. M. Lenoir voulitt avoif aoe cottBainaflc* 
approfondie de l'afiaire et entendre Ite raisam df 
la demoiselle Remy avant de prendre un parti 
qui fit cesser les craintes de M. de Montholon. 
La curiosité l'aurait conduit à se montrsr équi- 
table à défaut de l'esprit de justice: on n'est pas 
fâché de savoir pourquoi l'on se permet de l'ar' 
Ititraire au service de ses meilleurs amis. M. Le- 
noir donna des ordres au commissaire le Bel de 
se transporter h Saiiite-Pétsgie, et là, de procé- 
der à l'interrogatoire de la prisonnière. Le com- 
missaire s'y rendit le 10 déi'erabrc 1770, dix 



KMir» aiMTvL *ji AàXc 4e la \tl\rt de M de Mi 

Il nMiite ^l«« pivoiièrM qaeslioni du coi 
^iiv« que h je«ne kMnn>e se iNimmaît ElitabeA 
l\ow\ « hfv«Wir«e en or r( en argent ; ipi'ds 
avait irmtt-^ttairr an», el élail native du cUtca« 
%le IVif r. |H>^« l.uxemkonrç : que son père étaH, 
de ton \i%ani« n>archan J à Francfort et recev< 
dea divita de b seigneurie de la dame Conl 
à qui appartenait le chilean. 

Swr lea aulres questions, elle a répondu qvV 
ixinnaisMÎt M. de llontholon de ches 
UenouTi^, épouse d*nn conseiller au 
de Metz« el qu'elle avait eu des lettres de 
numdatîon de cette dame pour lui ; qu'arrivée 
a Paris, elle se présenta chez M. de Montholoa 
pour être placée ; qu elle se mil à travailler duM 
sa chambre, oii M. de Monlholon lui avait pra* 
mis de b secourir; que, peu de temps apri-s , lui 
ayant témoigne le désir d'apprendre les modo», 
il Tavait placée chea une marchande âe modes; 
que cette marchande de modes b 6l mettre est 
cheniiac, lezamina des pieds a la tête, aiio , et 
lui dit qu'elle ferait quelque choie d'elle tjuMid 
elle serait décraMéc, et que. comme elle téaoi- 
çnait sa surprise de rcttc conduite, puisqu'elle 
»*était présentée avec une lettre de M. de M< 



tlRES DES ARCBIYES. S77 

tholon^ celte femme se servit du prêta té ^e 
quelquefois il lui était venu des filles atteintas 
de la gale ou de tout autre inal; que, sur iè 
refus de se laisser examiner, cette femioie' vou- 
lait la renvoyer; qu'en conséquence, la demèt^ 
selle Rettiy se laissa découvrir le sein, mais qu'elle 
se plaignit que Ton èortât plus loin les regards, 

* 

qu'elle quitta cette marchande et vint rendre 
compte de Tévéncment a M. de Moththoldn ; 
que ce magbtrat lui témoigna être très inécon*^^ 
lent de cette marchande de modes, que d'ailleurs 
il ne ^ppnnissaitt pas. . V :- i 

' Le commissaire . l'ayant in terrogée .sur If upi d^ 
moyens, cie. séjduction employés par.:eUer.|H>¥ir 
surpr#Qdf?e les sens de M. deMontholoif^.eta'U 
n'était) pas vrai qu'un. certain jour, en m^i^ifes- 
tant.un excès de reconnaissance pour les bontés 
de ce magistrat , elle eût affecté de tomber en 
pâmoison dans le cabinet, ce qui détermina l'as- 
cendant qu'elle parvint a prendre sur l'esprit de 
M. de Montholon; elle a dit que depuis sept 
ans, cette crise lui était arrivée plusieurs fois; 
mais que ce n'avait pas été dans l'intention qu'on 
suppose, ajoutant qu'elle n'allait point chez ce 
magistrat, et qu'il venait la voir chez elle tous 
les quinze jours, tous les mois, et que ce fut la 
|)renîière t'ois seulement que se trouvant mal, 
y\. dc-MonlhoIon lut obligé de la délacer. 



ô'jB MLMOJhKS HlSTOKlSjL'CS 

L'interrogateur ayaut également demandé t*3 
n'était pas vrai (|u*elic eut entretenu la aéductioa 
de M. de Moutliolun par un commerce de lel- 
tres dont la pudeur et la réserve paraisaaieol 
former le fond , et , sur ce que le commiitaîrv 
lui reprochait avec raison d'avoir laissé croire 
au magistrat qu'elle était l'auteur de cet lettres, 
pendant qu'elles étaient écrites par an sicar k 
Rous, alors secrétaire de H. de Moatholoo; cUc 
a répondu que c'était elle qui dictait les lettres 
et qu'elle pensait comme elle les dictait (1). 

Lui ayant demandé s*il n'était pw 
M. de Montholon lui fournissait JOÊf/fk 
et ^ingt louis par mois, indépeadaa 
eadeaui en bijoux , argenterie « 
meubles, et aussi des sommes d'argeiil 
en diverses circonstances; elle a répenAsqall M 



^1} Ceci partit l»i«-n obtcur. Comneni M. de 
ctniiultull-il pat r^critorr âr too iccr^Ulrc ' 
HMimi Sttflrt iBlime , tn éuiHI à appctoieps 
Hrav nrMtml pitinlrtrirr-MI réMille cncurc de lÀ e^ i* 
ijtti- Ju nugiftir^i »«,' inivM:jii de lui ««tc m ii<aSlreMe. or ■•rsii fl 
r\-fit lit» Ultri*» *it\\\ (tMifiiIrntirMr» , \MUà Cire daa» les 
Cl .ii-r« c!f* Iji rn\A' iiv|ii|nr 'Au tT%\c , c*r%l Ir ««rt 
Trial ri du rauf t!c M Av M^aih^ilon d'cirr 
(tninir»iiwniiii* Ij Jcini'i^-lU* Rrmv , * «ic» ««Vit» dca 
«lr% a^rnUirii r^.rtinOinr * ii*^ « J^alvil I«. «{u'cMm cKM%irfll d*as- 
' iiii |-tu« qu'ilTi-^ V Jr li< i-fitoc ttl ainr r*i« de la cuatriffifr 





f effectivement doqné» rn^u daii^jes prepiîi^rs 
temps seulemeHl, un l(^\$ 0ndw%>d^àq^e\{w 
qu'il venait la voir; quelquelpis 4e ({»}Q|U^#'<eii 
quinzaine, d'autres fois de mois en mois, ÇM 
^i a duré pendant entîra^ deux ans v qfi^fn- 
suite il Ittf a donné quafre ipiiis par n$mw^9 
ce qui a duré jusqu'à Vhiyer de i77]E|, q^'il lui ^ 
donné cinq louis par semaine. Depuis l'hiver 4^ 
i77&j fl ne lui a plus donné qne deuJc If^uîf par 
lemaine ; qu'il est vrai aussi qu'il lui a d^npé uite 
robe de velours et quelqueis autres K^lfls ) six 
cpu ver ts d'affient, deux cuillers krag^9 4oux 
port^lmlUiers, aussi d'iirgenl} ui^e tijpçi|i|f4|e djSMT- 
geni f qfàSLire vases pour mettre des baiit|^}#4 d^ 
irin, un autre pour mettre des liqueiirSt^iU^liw 
argent, une montre enrichie de diamaais) que, 
peur le surplus de son argenterie et de sa garde- 
robe, elle se l'est procuré de ses épargnés, et 
qu'à l'égard des sommes qu'il lui a données, 
il a eu soin de se les faire remettre sous le titre 
d'emprunts, et qu'elle ne croit pas avoir manqué 
a M. de Monlholon. 

Du grand nombre de questions adressées a la 
demoiselle Remy dans cet interrogatoire, sur 
les enfans qu'elle prétendait avoir eus de lui , il 
résulte, à l'en croire, qu'ils étaient bien de lui, 
(|Uoic|u'ils n'aient pas été baptisés sous le nom 
du |»cro; et (jue ce qu'on dit do la supposition 



38o MKMnmcs Hisroni^tra» 

qu'elle Iqî a faite d'eiifans qui n*6laîent pat de lui 
est faux; ses réponiieii a cet éi;ard n'ont pat été 
péremploires , mais elle n'a point iniîsté sur ce 
point. 

Elle a confessé que M. de Montholon lui avak 
demandé plusieurs fois les lettres écrites par lui, 
et que ce n'était qu'au bout de cinq mots et ae 
voyant abandonnée , que la menace d*en tirer 
parti en les publiant avait élé faite. M. de M#o* 
tholon avait répondu , disait-elle , qu'elle était 
trop bête et trop trembleuse pour le Kiire, et 
qu'en effet ellr n'en avait rien bit. Elle a nié 
avoir jamais cherché à faire passer set lettrée à 
madame de Montholon, et elle a dit ne les avoir 
déposées chez le sieur Francfort que parce fpe 
iM. de Montbolon l'a menacée d'obtenir m er* 
dre du roi pour faire une perquisition chea elle. 

Elle a persisté a dire qu'elle n'avait point à ae 
repentir de sa conduite vis-a-vis de M. de Moa* 
tholon ; qu'elle est reconnaissante de aea bit 
faits; qu'au surplus, elle consente la reniée 
lettres ; qu'elle proteste ne lui avoir jamais 
que en les communiquant h qui que ce ooit; 
qu'elle promet mrme de ne jamais prononcer le 
nom de ce ningititrat , bien loin de se répandre 
en rcprochcH contre lui , s*il veut bien M>lltcîlcr 
»à liberté et lui l.iissrr «on mobilier dont elle 
otimait U \.ili'iii* ii rtMJrnn •"MiJH.HIfmiu^ , enfin 



TUVBS DSS AltCBlYKS. 38 1 

« * 

elle a répété qu'il n'y avait point eu de supposi- 
tion de sa part et que ce ne pouyaient être que 
de faux témoins qui eussent assuré le coniraifre* 
Ainsi se termina ^ cette affaire épineuse,. pii 
J'intrigue des deux parts, la faiblesse égale de 
part e^d'autre, la colère et l'animosité mutuelles, 
exposèrent un magistrat, homme du monde , a 
^oir sa réputation attaquée, moins par le fait en 
li^JUpiême, que par les accessoires jel les enjoli- 
vemens. inévitables. . 

JLe public eût été probablement fort aise dç 

voii^ f^n homme qui, dans, la sévérité de ses 

SbiDCliovis , disposait quelquefois de la r^puta- 

ùo^ des autres , mis à son tour à la disposition 

des rieurs et des rigoristes: et c'eût été l'occa- 

àon d'une revanche éclatante de la part des 

moeurs contre la morale et les lois. 

Le lecteur sera bien aise , peut-être , de savoir 
comment M. Lenoir rendit compte k M. Amelot, 
ministre de la maison du roi , de ce qui s'était 
passé dans tout ceci. Voici les propres termes 
de son rapport : 

« Sur les plaintes portées au mois de décem- 
ire 1776 par M. de Monlholon, procureur gé- 
néral a la chambre des comptes, contre la fille 
Remy et sa mère, et dont il a été rendu compte 
au ministre, il a été expédié des ordres du roi en 
exécution desquels la fille Remy a été conduite à 



Sainte-Pf lagie , le dodil mois, et la v< 
Remy, la mère , dans les prisons du Petil-CU- 
tclct. 

« liors (le la perquisition faite chez elle « les 
officiers de police ont retrouTé les effets récit' 
in^s par M. de Montholou , savoir : an étai d'or, 
^ravc h ses armes , et des bracelets sar Ti 
quels est son portrait ; on en a fait un 
sur lequel le commissaire a mis ses sceHési tn a 
chargé le sieur Vaugien , inspecteur de piBce, 
qui l'accompagnait, et en a dressé piottt-fcrWI. 

« Sur la demande faite a la fille lltaf Aeabl- 
très et papiers qu'elle devait avoir , cHe a 4ft* 
claré qu'an sieur Francfort, employé M 
général des invalides , et demennml 
Louis au Marais , en était dépositON. 

m Les officiers de police ont été le 
faire perquisition chez le sieur PrancfiNt^h^vel 
leur a représenté un petit coffre , conte «MH 
lettres et papiers qu'il a dit appartenir II 1i 
Remy, et leur a apporté le lendemain 
de lettres qu'il leur a déclaré lui avoir été! 
elle, indépendamment du petit coffre. Le 
saire a mis ses scellés sur le tout , en a ckargile 
sieur Vaugien, et a ausKÎ dressé procè a ve rfc nl . 

« La veuve Remy a subi un interrogatoire «li 
10 décembre , devant le commissaire L^e!* it 
sa fille en a subi un autre, le 16 du même 



TIRÉS DES ARCHIVES, S85 

n De ces interrogatoires il réàilHfe t^dè Iles 
plaintes de M. de Monlliolon étiiehl ï>ieii fon- 
dées ; mais, comme il a, par l'effet des perquisi- 
tions, retrouvé les lettres et efTcls qu'il avait inté- 
rêt de se faire rendre, il consent que les femmes 
Remysoient mises en liberK-, si le ministre juge 
à propos de le leur accorder. 

■ Je n'y vois point de diflîciillés à l'égard de 
la fille Kemy ; mais si le ministre consent a l'ac- 
corder a la mère , je crois qu'il estîl propos de la 
séparer de sa fille et de l'éloigner de Paris. 

« En conséquence , je supplie le ministre de 

fiire expédier un ordre de liberté pur et simple 

pour la fille Remy, et pour la veuve Remy un 

ordre d'exil au village de îVoménil, près Nancy. » 

Les choses se passèrent ainsi , les ordres furept 

délivrés dans cette forme, l.a demoiselle Remy 

resta à Paris et eut de nouvelles liaisons avec des 

personnes de distinction. Sa mère étant revenue 

malgré l'ordre qui lui avait été donné de rester 

i Noménil , fut arrêtée et détenue quelque 

temps ; mais, sur la réclamation des amis de sa 

fille, elle fut mise en liberté. 

J'ai bien eu raison dv. dire , comme on le voit 
par ces deux niiaircs de ÎMIM. de Chapuizel et de 
Montbolon , que la police savait fort 'a propos 
venir au secours des personnes que la justice or- 
dinaire aurait précipités dans une mine inévita- 



!lik| MKMOIMft NLSroKlvt'I'i MKKS i»%> ARCHIVEE. 

ble, à défaut de moyens suffisans pour coanallre 
la Térilé et cmpccher le scandale et réclat , ai 
funestes an bonheur des familles el de la société; 
après tout, l;i loi «Irvaiil se pritposrr l'avantage 
de chacun dans rinh'Trt dr tous, son premier» 
MÈn seul nit*rito v^i nul , si , dr^ qu*on %fi pro- 
pose d*en sui\rc liUL'rdt'nirnl les prescriptions, 
on s'expose Ii la douleur, au scandale et a l'ava- 
uie. Dans cette histoire, du reste, toutes les con- 
clusions se choquent. La contradiction des faits 
jette la contradiction dans les idées. Malgré les 
maximes ofliciellcs d'équité qui dupent les pe- 
tits et font sourire les esprits clainroyans, voilà, 
tout compte fait, comme on se pique d*indulgence 
envers les maj^istrats qui sont la plupart du temps 
si sévères. Ne vaudrait-il pas mieux que la loi 
fut douce pour les uiiNcoinnie pour les autres? Et 
doit-on prélever de richi's appui ntcuicns pour les 
juges sur les amendes auxquelles on condamuc 
les coupables, atin de nii'Urc ces graves prédica* 
teurs a mcme des joifs qirîN fr.ippent de la prison 
et de Tamende vu tonn.iMt 'otitr«: l'adultère? La 
sévérité des lois nr smilili* rtn* c|u*un prétexte 
pour fournir à de iv\> |iriMli'::ir<i les mo\etis de 
faire cent l'ois pi^. 



UN m iriiihu.iii. \4iiiMi'. 



9% livraîHCi 4t 4ni\ fruîDM 4'imfntmùn , 



I 



DICTlOÎV^AniE DES D.V 



f^e» Tablem tie l'iftmliti$^ 

tlimm. m-" ■ - r.nnivnii^ 



II) iH-nii l'A pi-lil .'•-•. <> .' >>u>^. d'au B— M ij 

Mil) (IviatMM *t U<à% (iwlIW* IM* ti* I 



■Aat€»amais 




PÂUIS, 



A. LEVAVASSEIB ET V; 
PIma de 1b BoUtip. S. 






\ 



aiiSm(DiiiBiB8 
JJRCHIVIIIS DE LA POLICE 

DE PARIS. 



é 



|^> MÉMOIRES 

II 



fc DE PARIS. 



i Huiui.E fct i>E u pucne , 



DWU» i.ovts siv ^SSQU'A von iMCma. 



Par J. Peuchet, 



PARIS, 



A. I.RVAVASSEt'H ET O" 

l'Iaci' ifn la Roiir*!', .S. 



^_ - MÉMOIRES 



ï, DE PARIS, 



HPITIS VUetS XIVJ|ft|QU'A HOS JOCMS. 

Par J. Peuctaet, 



PARIS, 



A. LF.VAVASSEUR KT C", 

l'Iocp il(! la Roiir-c M. 



l 






CHAPITRE UI. 



» » • • 4 

î 



I>os leltrcs de cachet et des ordres da roi dans Tadminlstratioii de 

1.1 police. 



liCs lettres tic cachet , ce moyen d'action arbi- 
traire auquel nous devons la colère et la gloire 
d<» INlirabcau , ('(aient les pivols de Tautoritr du 

IV I 



TIRÉS DF.S ARCHIVES. 5 

Enfin, comme le roi signait aussi quelquefois ces 
lettres de son signet, comme il en est fait mention 
dans quelques ordonnances, on en contracta 
l'habitude a la cour, pour cacheter les missives 
secrètes, en remplacement du scel secret ou petit 
scel dont Tusage tomba en désuétude , de ne se 
servir que de ce signet ou cachet qui représentait 
les armes de France. Le nom de lettre de cachet 
resta donc aux ordres en forme de lettres qui n é- 
f aient scellés que du signet ou cachet du roi. 

Le savant auteur des Maximes du droit puhlic 
français (i ) a développé dans cet ouvrage , aussi 
bien écrit que fortement pensé , tout ce que la 
raison ^ la justice , la liberté civile , les droits et 
les privilèges de la nation offrent d'argumens 
et de titres contre l'emploi qu'on a fait des let- 
tres de cachet; j'y renvoie le lecteur, il y trou- 
vera une source d'instruction supérieure, même 
après ce que le comte de îMirabeau a pu réunir 
dans son traité des Lettres Je cachet et des prisons 
iVètal (2). M. de Monlblin, moins véhément que 
Mirabeau , mais plus méthodique , plus savant , 



(i) L'.ivocat Montbliii; un volume in-^", Amsterdam , 1775. 

(1) Composé eu 1778, dans le doujon de Vincennes, comme 
Mirabeau le dit lui-même, et imprimé eu 1782 ; ouvrage mal ré- 
digé et fort au-dessous de sa réputation , qu'on vante cependant , 
mais boufti, déclamatoire, et dont ou ne saurait supporter la 
Icclin c. 



f ç% 






-Oo* i. .:;-": ... /-Mi iiiMUi l'I les a«.lc« pu- 
jkL^s .iii Àu: .-.r* --Ï -mrf» irbttriires, que s'il 

.-r^ . '.Atinen di"* |»rinc»- 

•in* .." • 1 *î- ;>*tun * *^t«î 4 l'cxcir* et «acu 

1.^ t.:r-*? ir .• ar'.. :-rrLi9parui ordre du 
vnr-r?» u: ji. .'.^ieat uujuim cootresà^ces 
z:i zi«:xi:4r^ v. aiTHrttfg» iu cachet du roi. 
rroixun r'.uii uuiuim a celai <m a cen 






i-n** : ^leni joi-i--^ i «"ir unti't^tÂon par nn 
•ifii-if." iif :in:» •. :'., :>^-£ .'jrT::!: ir.t'aeal. parun 
iifii::i':- ir ir .r: n.Ui ..r -. «ui-viai l ifliportanct* 
ie ^ 3tfr^iii:ii« [*i»f :-?'.i^ -niMti'ra coaceruiC. 

li r-TT-^ii. n^^ iuisL ;'ii!:j.» ^ae Teficâer qui 
-à pi:r*.i. :/•>-.;.- ut*: !>ç* •,*• i< procrs-Ycrbal 
df* l'-i^ : :-i .. . : : ! ?a :^ieuju».':a, en tête daqacl 
la Ifftir** -î'.a : ma-s.ri-f. -f c . la bas. il faisait 
dor.r.ffr ?i* .ili. : i^ . i^ii: rfvTK une recMinaift» 
«r- ^ ri -îu-t Iii 1- i.c -L-i r*nij*e • ou m la p^r- 

I. o.Srt i-"* l>f.- - !^; 1 h-; > uit le plasorda- 
fj;*ir*'r/i*-r • '1 ^n^ ■. r e. » \.I le^ sr -* à qnî elle« 
%'* lr*-*;ii' r*" . tj.* . • •: o ii ifc j i^ai- .^ue l'orii» po- 
liM«jtir *lfr % i^^trij.'. r, lfUij-:e le^ i Cai« tie r»rrla- 
vu^. (•;ir •\*-frjp!#': rni.rn.oro. lie leur enjoimirr 



TIRES DES ARCHIVES. 



fie délibérer sur une matière indiquée, néces^té 
tant de fois sentie vis-à-vis de ces autorités tfsiir- ' 
patrices, qui, dans leur incapacité sêrknoiin'etUMS, < 
agitaient l'état par de vaines disputes d'apparat ^^ 
trop souvent par manque de lumières spéciales * 
sur les intérêts positifs abandonnés à leurs dëli'-\ 
hérations. 

Lorsqu'il était question de faire enlever 'c(ttw«.'- 
qu'un , de Tarrcter ou de le conduire en prisoh , 
c'était un ordre du roi qu'on délivrait a un agent 
de l'autorité , et cet agent rendait compte de son 
e>^écution au lieutenant de police. 

Les lettres de cachet, ou les ordres du roi, 
ne suspendaient pas la jouissance des droits ci- 
vils ; ceci ayant été décidé au Parlement de 

I 

Paris par arrêt du 9 juin 1769 (1) , sur les con- 
clusions de ravocat-général Séguier, dans l'al- 
lairc d'une dame LoucharJ, enfermée par lettre 
de cachet. 

Lorsqu'un homme était détenu par lettre de 
cachet , on ne recevait point au tribunal de com- ^ 
incr( e les recammcvulatioiis que ses créanciers 
auraiciiL \uuhi faire, il n'aurait pu être retenu 
en prison pour de semblahles recommandations, 
après que hi lettre de cachet aurait été levée. 



i" \ry^z le a jiKi lotie 'l.c jiif i^fii H'Jctia' ^ -tu mol lettre de 



6 MÉMOIIIES HISTORIQUES 

Il est même arrivé quelquefois* comm« dans 
raffaire de la dame Louchard , que des détenu 
par lettres de cachet ou ordres du roi, ayant 
prouvé linjustîce et la fausseté des motib qu*on 
avait allègues pour les faire arrêter et détenir, 
ont obtenu, en justice ordinaire, des dommages- 
intérêts contre les auteurs de leur détention. 

L'abus des lettres de cachet et des ordres du 
roi avait été senti à la cour même. Lorsque 
M. de Mallesherbes fut nommé ministre de la 
maison du roi, en 1774, il voulut tenter une ré- 
forme a cet égard. Il fit goûter même , dit-on , 
son projet à Louis XVI; il ne voulait cependant 
pas ôtcr au roi ce grand moyen de pouvoir, 
mais Tassujettir ii des formes régulières qui pus- 
sent en prévenir les mauvais emplois. Tonte de- 
mande tic lettres de cachet ou ordres du roi 
aurait clé soumise a un conseil convoqué dd Aar, 
et composé de maîtres des requêtes, des conseil-' 
1ers d*état cl du ministre dans les attributiona 
duquel se trouvait la demande; on y aurait ei- 
posé les motifs du pétitionnaire , on les aurait 
discutés , et , avant de prononcer, on aurait pris 
des renseigncmens contradictoires sur les pointa 
qui auraient paru douteux. Cette forme n*a-t-dle 
pas i|iii-l<|iu! rapport avec ce que M. Dcraxcs , 
.tlnis iiiinisin* lit* l.i polit t* , obtint de la rhanibie 
«1rs fli-|iil<'> . il |;i M ssion (le 1820, pour auto- 



T1RE$ DM» AIlQlil¥|l$w J 

viser les ministres à faire iisago d'Mdras arbi- 
traires? 

Le projet de M. de Mallesbeilies Mn»uva JAsint 
cères et adroits contradicteurs^ lie paUîaiif pvo^ 
posé fut montré comme une négation abspliiA 
du droit royal ; le roi ne pouvait p}u^ avoir rais4in 
quand même, et la publicité des délibérations. t 
quoique indirecte, devait mettre en Imniève dta 
scandales que Finvention des lettres de cachet 
avait eu surtout pour intention princîfiale ^é- 
touffer sans bruit. Le ministre sertit de |>Ià€e 
avant d'avoir pu répandre k ses conlradÎGtetfS , 
et donner suite à ses idées de justice et de llbetté. 

On sentait cependant le besoin d'apporter 
quelque changement dans cette partie du gou- 
vernement ; ridée ne fut pas entièrement aban- 
donnée. Les ouvrages qui avaient paru sur cette 
matière , les réclamations des Parlemens et des 
cours souveraines , avaient produit une impres- 
sion profonde. 

Le ministre de la maison du roi , le baron de 
Breteuil , sans revenir aux idées libérales de 
IVL deMalIesherbes, s'en occupa; plusieurs plans 
lui furent présentés , mais il ne s'arrêta ù aucun 
de ceux qui touchaient au fond de la question; 
il ne voulut régler que l'usage des lettres de ca- 
<:het, et non mellrc des cnlravcs ou des condi- 
lioris h ce (jui sciait fût jusqu'alors. 



^ MÉMOIRES IIISTORIQtlft 

Les instniclîons qu*il adressa an mtenilans 
sur Tusage qu'ib faisaient des ordres da rai eC 
des lettres de cachet diminuèrent le mal qMi en 
résultait. Sa circulaire du 15 octobre 1785 est 
une pièce remarquable dans l*histoire de b po- 
lice ; et, ce qui ne Test pas moins, c*esl que les 
intendans se conformèrent assea généralement 
ans prescriptions qu'elle contient (I). 

C$piê de U lêUfê dttMiàiirê édruê4$ pmr M . k froron 
d§ Br$i$M^ mimiUrê d'iUU , à MM. Im latmdam 
dê$ p ro pta gii de iom ddJpontaiMl, mm siysl dm 
hUrêê d$ eachêi $1 ordru de difsMlîsM. 

« VenAllIc», l« i5 octobre i;SS. 

m Vous trouTeres ci-joint, monsieur, un étal dm 
différentes personnes de Totre départomeM , ae» 
tMollement renfermées en vertu d'ordres dn roi , 
expédiés d*après tos informations et volru avis, 
ou sur les) informations et a\is de messieurs vos 
prédécesseurs. Vous Terres que cptelques mmoi 
de ces détentions sont déjà fort andennea : je mm 
doute point qu'il n'y en ait plusieurs qu'il asi 
à propos de faire cesser , et je vous prie de ne pus 
perdre un moment pour le vérifier, et pour me 



'•) I.« Uijik* %tit«atilc r%l Liîlr siir liitLiml , (|«ii a Cfc II 
I -icli|uic drfii» «|uct<|iicft tfUTr^ierï «Jt* fMtii. 



TIRES DES ARCHIVES. 9 

marquer quelles sont celles dont la révocation 
vous paraîtra devoir être prononcée dès à pré- 
sent, et quels motifs vous détermineront a penser 
que les autres doivent subsister. 

« Je conçois que la diversité des causes de 
détention , et les différences que le sexe , l'âge, 
la naissance et l'éducation mettent nécessaire- 
ment entre les personnes détenues , s'opposent 
à ce qu'on établisse sur cette matière des princi- 
pes fixes , et qui embrassent généralement toutes 
les circonstances; mais il me semble qu'on peut 
cependant se faire quelques règles , auxquelles 
on devra ramener le plus grand nombre de cas, 
s'il n'est pas possible de les y ramener tous. 

ff La suite des affaires de cette espèce , qui 
passent journellement sous mes yeux, m'a fait 
rcconnaîlre que ceux que Ton renferme le plus 
ordinairement se divisent en trois classes. 

« La première comprend les prisonniers dont 
l'esprit est aliéné , et que leur imbécilité rend 
incapables de se conduire dans le monde, ou 
que leur fureur rendrait dangereux. 11 ne s'agit 
à leur égard que de s'assurer si leur état est tou- 
jours le même; et, malheureusement, il devient 
iridispensal)le de continuer leur délention tant 
cju'il est reconnu que leur liberté serait ou nui- 
sible a la société , ou un bienfait inutile pour 
eu\~mO!îics. 



lO MI.M«jinSS HlSTOlUQtES 

« Je melfl dans la leconde cUaae eevz qm • 
tana aToir iroublc Tordre public par des délili« 
•ans avoir rien lail qui ail pu les eipoaor à la té- 
Tenté des peines prononcées par la loi , se sont 
livrés à l'eicès du libertinage ^ de la débauche et 
de la dissipation. Je pense que, quand îl n'y a 
que de l'incondiiite, et qu'elle n'est accompagnée 
ni de délits , ni de ces bassesses caractérisées qnî 
mènent presque toujours aux délita» la détenlîoa 
ne doit pas durer plus d'un an ou deux. Cesl 
une correction très forte qu'un ou deux ans de 
privation! de liberté : elle doU suflire ponr in- 
spirer de sages réflexions et pour opérer le wteur 
au bien dans une ame qui n'est pas Innlpà-iail 
corrompue. Ces familles, et même Ica pèns et 
mères , quoiqu'en général plus disposés fc l'in- 
dulgence que les aulres parens , exagèrent quel- 
quefois le tort des sujets dont ils ont sollicilé la 
détention ; et si l'on se prî^tait trop facileoMnl b 
la rigueur dont ils voudraient user » il arri 
souvent que ce ne serait plus une 
mais une vérilable peine qu'on infligerait. C* 
ce qu'il est essentiel de distinguer, et ce qaej^ 
vous prie , monsieur, de ne pas perdre de vne. 

« Lorsque, indépendamment du libertinage, 
les sujets détenus se sont rendus coupables de 
vol d*iirgent, ou de soustractions d'effets dans la 
nuison palernrilc seulement « ou lorsqu'ils ont 



TIRES DES ARCHIVES. 11 

commis quelques infidélités , ou qu'ils se soqt 
permis des abus de confiance , où en^n que , 
pour se procurer de l'argent et satisfaire leurs 
passions, ils se sont servis de ces moyens peu 
délicats que la probité désavoye , mais que les 
lois ne punissenf: pas, la détention doit alors 
être plus longue. Je pense cependant qu'elle ne 
doit jamais être prolongée au-delà de deux ou 
trois ans ; et même que c'est assez d'une année , 
lorsqu'il sera question de jeunes gens au-dessous 
de vingt ans, qui ont été entraînés par la fougue 
de l'âge , ou séduits par de mauvais conseils , et 
qui , par inexpérience , ont pu ne pas sentir la 
conséquence et toute l'étendue de leur faute. 

« Je comprends aussi dans cette même seconde 
classe les femmes et les filles qui se conduisent 
mal, et les mêmes observations doivent leur être 
appliquées, c'est-à-dire que quand elles ne sont 
coupables que de simples faiblesses , une ou 
deux années de correction sont suffisantes, et 
que la détention ne doit être prolongée jusqu'à 
deux ou trois ans que quand il s'agit d'un liber- 
tinage poussé jusqu'au degré du scandale et de 
Téclat. 

(( La troisième classe est la classe de ceux qui 
Ont commis des actes de violence, des excès, des 
ticlils ou des crimes qui inléresscnl l'ordre et la 



13 MF^^inC» HI»Tf»r.lot'ft> 

siirelt* publique, et que la-justîre . si elle en eût prà 
connaissance, eut puniii parcles ptrine^afllirtivriiel 
déshonorantes pour les famille!^. Je conrui« qu*îl 
n'est »iière possible de rien pn*jup:ersnr la dorée 
de la détention de cette espèce de prisonniers ; 
cela doit dépendre des circonMances plut ou 
moins graves du délit, du caractère plus on moins 
violent du coupable , du repentir qn*il peut 
avoir témoigné , des dispositions qa*il annoncr, 
et de ce qu'on doit raisonnablement présumer 
de l'usage qu'il ferait de sa liberté , ai elle lui 
était rendue. H faut seulement considérer que 
s'il est vrai que les prisonniers détenus pour cri- 
mes doivent en général s'estimer trop hcuren 
d'avoir échappé aux peines qu'ils ont néritécs, il 
est constant aussi qu'une détention perpéinellc , 
et même une longue détention, est la pfan rigou- 
reuse de toutes les peines pour ceux d'entre en 
dont les sentimens nesont pas totalement anéanUs 
ou do;;radés. 

« Uu reste , ce n'est pas seulement par rapport 
nux prisonniers renfermes pour crimes ou délits, 
« I* nV^t pa<poiir tous les prisonniers, quels que 
srâent les motifs de h^ur détention, qu'il convient 
il'avuir c'g ird li la ronduite c|u'ils tiennent de- 
puisqu'ils sont dtrlcnus; rt,ind«'pendaminrnl des 
autres considi'ratioii** «|iii prirent tunco'inr a 



TIRES DES ARCIIIVR9. l5 

retarder ou accélérer leur liberté , il est juste de 
la faire dépendre surtout de la manière dont ils 
se comportent ; du plus ou du moins de chan- 
gement qui se fait en eux, et de ce qu'on aura k 
craindre ou h espérer d'eux lorsqu'ils rcdevienï- 
dront libres. . 

« II est même k souhaiter que , sur cet article, 
vous ne vous en rapportiez pas entièrement au 
témoignage des personnes chargées de la garde 
des prisonniers: je désirerais que, pour tous 
en assurer vous-même, vous voulussiez bien, 
dans le cours de vos tournées, visiter , avec un 
soin particulier, les lieux de détention de votre 
département, soit maisons de force, maisons re- 
ligieuses , forts ou châteaux ; interroger vous- 
même les prisonniers , et vous faire rendre 
compte en leur présence de tout ce qui les con- 
cerne : je suis persuadé que de pareilles visites , 
faites une lois par an dans chaque lieu de dé- 
tenlion , produirait un très bon effet; elles au- 
raient ravanlage de vous faire connaître, non 
seulement la conduite des prisonniers , mais 
«ncore la manière dont ils sont traités ; vous 
écouteriez leurs représentations , vous sauriez si 
leur noiirriUire et leur entretien sont propor- 
tionnes il la pension qu*on paie pour eux; quel 
est Tordre et le régime de chaque maison, 
cjuellesprécaulions on y observe pour maintenir 



1 I MKMomps nisioftiQt c«^ 

1.1 tranquillité entre \c% cl^tcnnn, quelles me- 
sures on prend pour prévenir les évasions ; enin 
qncis nbiis il pourrait cire essentiel de réprimer. 
TouH ves détails sont dignes de l'attention de 
ladininistrateur ; si vous ne pouvez pas vons en 
occuper vous-même pour toutes les matsoiis. 
forts ou chàteaui de votre département, votu 
pourriez du moins visiter ceux oii il y a plat de 
prisonniers, et faire visiter les antres par ym 
subdélégués, on d'autres personnes de confiance, 
sur reiactitudc desquels vons croiriet pn n vnir 
compter. Je vous prie de ne pas onblier de nan 
faire part, tous les ans, du résultat de ces risiles; 
vous ne devez point douter que je n'en tende en 
roi un compte très exact, et que je ne lui prepoae 
d'adopter vos vues sur les changemens et les ré- 
formes qui vous paraîtront utiles ou n 

« Il ne vous écbappera sans doute pas que, I 
que je vous invite 3i prendre par vous-même 
vos subdélégués, des éclaircissemens snr la 
duite des prisonniers , je n'entends parier qne 
de ceux qui sont renfermés dans des maisotiÉ, 
forts ou chtUeaux de votre département. A 1^ 
^ard de ceux qui , d*après votre avis on 
de MM. vos prédécesseurs, sont détenus b 
(le votre intendance, je suis persuadé qn* 
vous adressant a MM. les intendans dans le dé« 
partement desquels ils se trouveront » vons 



TIRÉS DES ARCHIVES. |5 

recevrez toutes les informations dont vous aurési 
besoin. 

« Je n'ai jusqu'à présent fait mentioti (Jue des 
prisonniers actuellement détenus, compris dand 
l'état ci-joint , et sur le sort desquels il s*àgit 
en ce moment-ci de statuer. Mais tout ce que 
j'ai observé à leur égard, les mêmes principes, 
et les mêmes règles qui m'ont paru detoit* en 
général servir h décider si les ordres expédiée 
contre eux seront ou non révoqués , me parais^ 
sent devoir s'appliquer aux personnes qUe , pâlf 
la suite , il pourra être question de renfefiiieh 

V Ainsi, monsieur, lorsque vous me prôjMtiMfc 
l'expédition d'ordres démandés parles fdihîHéë, 
je vous prie de me marquer en même temp^ de 
qu'elle durée vous penserez que doit être là 
détention , et je crois qu'en général , et sauf les 
circonstances parliculières qui peuvent se pré- 
senter, elle ne doit pas s'étendre au-delà de 
deux ou trois ans pour les hommes, lorsqu'il y a 
libertinages et bassesses, ou pour les femmes, 
quand il y a libertinage et scandale; et au-delà 
d'un ou deux ans lorsque les femmes ne sont 
coupables que de faiblesse , et les hommes que 
d'inconduile et de dissipation. 

* Je vous prie de me proposer un terme pour 
la détention même de ceux qui seront prévenus 
d'excès, de délits ou crimes. Cela doit, comme 



i(i Mi'Momu msTomocis 

je lai dit, dépendre des circoniUncct , et ce 
sera à TOUS , monsieur , de les apprécier. 

« A l'ëj^ard des personnes dont on denaulera 
la détention pour cause d aliénationM*cspril« h 
justice et la prudence exigent que voiis ne pro* 
posiez les ordres que quand il y aura nne in- 
tcrdiclion prononcée par jujçementt anmosqM 
la famille ne soit hors d*étai de faire les frais de 
la procédure qui doit précéder FnterdicliMi. 
Mais , en ce cas , il faudra que la déoMnoa toit 
notoire et constatée par des éclai 
bien eiacts. Quand il s'agit de faire 
mineur , ne fut-ce que pour forme de 
tion p le concours du père el de la mère a § 
qu*a présent paru suffire. Mais les permet 
sont quelquefois injustes , ou trop 
trop faciles a s*alarmer , et je pense qaH 
toujours exiger qu au moins deux oo 
principaux parens signent arec les pèrm d 
mères les mémoires qui contiendront la d 
des ordres. 

• Le concours de la famille maternelle 
indispensable lorsque la mrre est morleteC 
des deux familles lorsque ii* père n*e»iita,ylm i 
à plus forle rai?(on» quand il n'y a plot ni pcra 
ni mère. 

' Kniin » il ne faut accueillir qu'aTcc la pina 
grande circonspection 1rs plaintes des mari 



TIRÉS DES ARCHIVES. I^ 

contre leurs femmes , celles des femmes ciiriilK 
leus maris ^ et, c'est surtout alors que les ;deux 
familles doivent se réunir, et autoriseèfMÉru» 
consentement formel le recours. à rattlorilé.:> o 

« Ces principes sont connus , et je sais qii'^ir 
général on les a toujours; suivis. Mais ^je croîs 
avoir remarqué que Ton a quelqUelois demandé 
des ordres, et que MM. W inteddana en ont 
quelquefois proposé , dans d^a circoiislanoesi oii 
je vous avoue qu'il ne me paraît pas conveqabte 
d'en accorder. Par exempJbe , une personneL^mar^ 
jeure, maîtresse de se$ djroic^rJi'éUiilpbÉiSiHNi 
l'autorité paternelle, ne doit point être riafi^^ 
mée, même sur la demande des deux^&nsilles 
réunies, toutes les fois qu'il n'y. a point d^^déUftl 
qui puissent exciter la vig'dance du inimslère 
public , et donner matière à des peines dont 
un préjugé très déraisonnable , mais qui existé, 
f^ût retomber la honte sur toute une famille. 
Il est vraiment essentiel, par rapport aux faits 
dont on accuse les personnes qui ne dépendent 
que d'elles-mêmes , de bien distinguer ceux qui 
ne produisent pour leurs familles que des désa- 
grémens, et ceux qui les exposent a un véritable 
déshonneur. C'est sans doute un désagrément 
pour des gens d'un certain état , et ils sont avec 
jraison humiliés d'avoir sous leurs yeux une sœur 
ou une pareille dont les mœurs sont indécentes, 

IV. j 



l 



et dont les gabnlerif h et les faiblesses ne sont 
pu tecrëtes. C'est encore nn désagrément pour 
nne dmille honnête » et il est naturel qu'elle no 
voie pas avec indifférence qae, dans la némc 
vUIO|dans le même canton qu'elle habite, nn 
do aea mombrea a'avilisae par on mariage hon« 
tau , ou so ruine par des dépenses inconatdé- 
séos f ou ao livre aux excès do la dAoncho oC 
vivo daaa la crapule. Mais rien do tout ooh no 
mo parait présenter des motift asaoi ffsrla poot 
priver do leur liberté ceux qui sont, comoM 
disant ks lois , mi juri$. Ils ne font do toK quA 
ooz i la goaro do déshonneur dont ib ao convreal 
no tombe que aur eux , et leurs parona ao lo 
partagent point , et no me paraiasont avoir an* 
cm droit à l'intervention do Tautorité. 

V Telles sont^ monsieur, les réflexiona qno na^ 
yuggéréoa l'attontion particulière que jo 
à tout co qui concenao lea ordres do 
depuis que lo roi a bien voulu mo noosmor 
orélaire d'état. J'en ai rendu compte a So 
joaté • qui lea a trouvées conformes aux vnoa êê 
justice et do bienfaisance dont elle est 
Elle désire qu'on no s'en écarte que k 
qu'il sera possible ; et , comme elle mit qno c*i 
surtout d*après l'usage que l'on fait de son 
torité contre les particuliers , que se forma ot 
s'établit l'opinion publique sur le gouvememeat. 



TII^ÉS DES ARCHIVES. |jf 

e a jugé à propos que ses ÎD^i^iifVDf à çi^ 
ard fussent connues 4e toutes 1(^ p§]^i^^ 
li concourent plus ou mpins direçtei^ai^^^ 
ixpédition des ordres. Elle m'^, en coaséqH^fVPÇj^ 
itorisé à faire imprimer ceinte lettres fi;a 9V^h^ 
I envoyer un certain nombre d'exeKi^pliiibref 
48 vous voudrez bien adresser à vos ajubd^H"^ 
lés» ati^ quîis puissent en ^a^iir V«9p]^îtt ^^ 
^ conformer , autan| que le^ circo^aMM^^es lf^ 
armettront, d^n$ Içs inl^rviAlio^s ^^!^f l(^9fff^ 
prendre et à vous tr4n9n|^^tir^ /lurlçft; 4frn 
lapdos f^nfi^e^ par les fs^miUes. 

tf J'ai llionneur d'être très parÇEiiteoMmfc ^ 
tqnsieur , votre très humble «fc Irèa obénfanf 

urviteur. 

c Signé le baron de BRÎTEniL. » 

Cette circulaire en dit plus que tout ce que je 
ourrais ajouter sur le même sujet. Si l'on mit 
lus de réserve dans la distribution des lettres 
e cachet , on ne fut guère moins prodigue des 
rdres du roi. Dans Tadministration de la pp- 
ce y M. Lenoir en fit un grand usage » et le 
lombre de ceux qui en étaient victimes fut un 
les premiers objets qui attirèrent l'attention de 
assemblée constituante. Elle nomma un comité 
larticulier pour s'en occuper, et M. le comte de 
!Iastellane fit , au nom de ce comité , le 30 fé- 



an MKMOiitrs iiiSTonii.irrs 

frîcr1790, un rapport sur le» mcturc» a prendre 
pour prononcer sans danger la liberté de ceux 
qni gi^missaient dans les pri<on< par reflfeC des 
ordres arbitraires de Tannen îrourernement. 
L*art. 10 du décret qu'elle rendit « le 1!ï mars 
17!Ï0, porle : « Les ordres arbitraires compor- 
tant exil » ou tous les autres de même nature , 
ainsi que toutes les lettres de cachet sont abolis; 
il n'en sera plus donné a TaTenir. Ceox qni en 
ont été frappés sont libres de se transporter par- 
tout où ils jugeront k propos. » 

Une multitude d'individus recoQTrkrent la K* 
berté ; en peu de temps « les maisons de force et 
les prisons d'état furent vidées , il n'y resta qae 
ceux qui devaient aux lettres de cachet ma avx 
ordres du roi d'avoir échappé A la juste pvnition 
de crimes ou d'attentats constatés et restés impu- 
nis ; ce ne fut que plus tard qu'une longne et 
cruelle détention ayant paru une peine anC- 
santé , Fautorité les rendit n la liberté. Rendom 
justice a l'arbitraire lui^mf'me; les lettres de 
cachet sauv^rent l'existence a des individos 
qu'une légalité plus strictement suivie aurait esi- 
voyés h la mort. 

Les lettres de csrhet et les ordres du roi nV 
vaient pas peu contribué a déshonorer Tan* 
ciennc police, p.ir la facilité qu'ils donnaient 
d'exercer des vengeances et de servir de viles 



TIRES DES ARCHIVES. 21 

passions ; on ne voyait pas le bien dont quel* 
quefois ils avaient été la source , on ne s'aita- 
chait qu*aux abus, dont la police offrait d'ail- 
leurs bien d'autres exemples encore. 

De ce nombre était la violation du secret des 
lettres, dont j'ai entretenu le lecteur. 



i: ..•: 



CHAPITRE LIV 



Gomtlé dat recherchefl d« la oomMOBe de fwii ^ %t «■okra !?( 

— AissMioat du boabmfer Français. — Hollii 4a Malikar- 
mcat du oomiië d<t rcchcrdirt. ■» Comtààintïomê wm — tèiliA 
ei m aitriliuiioDs. — Se» pourMitct ooalre las Hriairtrak — Le 
prince de LambcM: , M. de Barentio , de BragHc « ér ■mwal- 

— Arrêté concernaot les «f éneaens du 6 odubrew «• â&lw da 
F4vrM. — Mooftkur, frère du roi , ■ Tasscabléa de b caM- 
mune. — Rapport dr M. Agicr »ur \r% peévenus de 

— Supprcuit>ii du coiullc de» recherche». 



Le roi Louis \VI avait enfin fixé ta demeore 
à Paris , .ipris Il*s i':\rnrmenH ilii (i oclobrc 17X9. 
lorsqiii! la I luTtr \\k-^ MibMstani'o fctirnil le prr- 



MEMOIRES HISTOIUQUBS TIHES DBS ARCHIVES. ' !l5 

telle '^t l'occasion de nouveau! désordres, ^i 
paraissaient tenir a des desséiiH <3ftthër^ d'oc* 
cuper la révolution et d'obligei* le rbi k iUir dé lu 
capitale. 

Il est à remarquer, sur ce point, que ce pré- 
texte, si fi*équent parmi nous, précède habituel- 
lement les grandes catastrophes. Peut-être, au 
neu de l'arbitraire et du vagué (}ui régnent datis 
ées matières , faudk'ait-il crééi* nû dé^rtéMètit 
spécial des subsistances pôui^ là stifVèilfeiÙtée êk 
la production et la répartition déS déïri^élss. Il éit 
ésfirentiel de vbir clfiit, et èùrtëttt de)^Vctt, Aans 
un besoin de tous lés jéurs. La Hbéi^té daM iéti- 
gue n'aboutit <|U'âu détèrdté. 

Un botdarigér > tibmmé î^éançttU , élîiit Wlàp- 
çonné de fraude et d'àctapàreiiiétit dàM stttk tùth- 
merce ; on l'arrête dans sa boutique , on l'em- 
mène au comité de police , a l'Hôlel-de-Ville; il 
en est arraché par la multitude avec violence , 
traîné sur la place de Grève , jusqu'au-dessous du 
fatal réverbère ; il y est pendu ; sa tête ensuite est 
coupée et portée dans Paris, au bout d'une pi- 
que (1), le 21 octobre 1789. 

Un pareil crime était fait pour alarmer les gens 
de bien qui savaient que le crime appelle le crime 



{\) V\ocvs-\uhn] (Jcs lei'M'sciiîaiîi. de la coiniiiuuc , du ai oc- 



^4 MÉMOIimi HtVlUAKiL'Câ 

et que lodeiirciu saog en allume la toîT. L« roîcft 
la famille royale étaienlaux Tuileries; on craî* 
goait quelques excès contre eux qui les forçai à 
fuir une ville oii de pareils allentals resicnicnl 
impunis. 

Le garde des sceaux écrivit a la mnnkipalilé 
provisoire d'en faire rechercher les antcurs d 
provocateurs. Elle en prit la délcmînalion d 
promit 20,000 francs à quiconque dénooceraîl 
les agens ou instigateurs de l'assassinat du bon - 
langer François. 

Mais comment les découvrir ? comment p oa se 
prêtant à la demande du roi , connailre cl aar- 
veiller les agitateurs secrets, s'il y en avait, el les 
livrer a la justice ? L'idée d'un aumilé iê wànU Sal 
mise en avant , c'était la plus naturelle qn'on fil 
proposer ; le conseil général de la commane 1'*-* 
dopta ; et , le 21 octobre 1780, il prit un arrclé •« 
il déclara « que, vivement affligé de voir que, mal- 
gré ses invitations aux habilaus de la capitule 
pour les engager à ne plus troubler la Iranqoil» 
lilé publique par des insurrections aussi pnéjad^ 
riabirs aux |iarliriilior» qu*ii la ville entière, de 
nouveaux airles dr. violence c*l de meurtre uièuke 
se commettaient eiuorc peudant le séjour da rei 
dans sa bonne ville de Paris et pendant les séances 
de ra»»emblrc nationale ; coiisidtTant qu'il cs| 
lie bun (lt*%tiir Je < lien in i* a cii.i ouvrir le* ma- 



TIRÉS PSS ARCHIVES. â5 

nœuvres odieuses que des gens mal intentionnés 
emploient pour dénaturer le caractère doux et 
humain du peuple français et pour Texciter \ des 
troubles qui ne tendent qu'à tourner contre ses 
propres intérêts, a unanimement arrêté qu'ilserait 
établi un comité des recherches , composé de mem-* 
bres pris dans son sein, qui se bornerait, et, 
sans avoir aucun pouvoir administratif , a rece- 
voir les dénonciations et les dépositions sur les 
trames , complots et conspirations qui pourraient 
être découverts; s'assureraient, au besoin, des 
personnes dénoncées , les interrogeraient et ras- 
sembleraient les pièces et preuves qu'ils pour- 
raient recueillir pour en former un corps d'in- 
struction. En conséquence, elle nomma, parla 
voie du sort , les commissaires pour faire les fonc- 
tions ci-dessus énoncées. » 

Cet aiTcîlé, signe Bailly, niairc , Blondel , de 
la Vigne, Marchais, président de rassemblée des 
représenlans de la commune, et de Bertolio et 
Vigée, secrétaires, fut afliché et proclamé dans 
Paris. Au lieu d'éloges , au moins inutiles k des 
aflfamés, que la terreur de voir leurs familles périr 
des suites de la disette, rendait indomptables et 
féroces, au lieu d\\n comité de menaces, qui 
devait employer un certain personnel , il eût été 
plus simple, plus convenable, de prendre des 
mesures f^éncralcs d'approvisiounemenl ; on ou- 



:i6 MiûMoiius auTOAivuts 

vrail des Toîes k la dénoncîaiion ei à U 
sion ; mais l'échafaud eirespîonuage ne 
pas à tous les besoins. 

Les commissaires nommés par le sort ponr 
composer ce comité , furent MM. Agier, Oudart, 
Perron, Lacref elle (l'aîné), Garran de Couloa tt 
Rrissot de War ville. 

MM. Garran de Coulon , Agier et Brissot de 
>Vanrille se montrèrent les plus lélés et les pins 
actifs de cette autorité nouToUe. Leurs noms 
sont si connus , que je ne m'arrêterai pas k rap- 
peler les circonstances particulières ijni les coih 
cernent. 

Leurs fondions étaient , comme on le voit t 
tout 11 la fois de police secrète ou admiiiistralhre, 
ci de police judiciaire; ils pouvaient ncevoîr 
des dénoncialions , arrêter les prévenoSt ki in- 
lurroger, dresser procès-verbal de la prcosièN 
iiislruction » et renvoyer les accusés devant les 
tribunaux. C^était le Châtelet devant le^nel se 
portaient les accusations de conspiration et As 
i rime de lî-sr- nation. 



\ mesure que les travaut du comité 
de rimportance , il devint l'objet des pins v 
ré4 lamations de la part des adversaires de la 
Vdliition; pluMiMirs actes arbitraires, et la 
t|iic l'on portr sicnéraleaienl û l'expionnaf^e 




TUt£S DES AHCHIVBS;. S? 

tique , fournirent des argamens coAtre lut. La 
«lémarche imprudente qu'il fit , entre autres , 
d'arrêter madame de Jumisfaac , r^tirét dan* une 
de ses terres , et dç la faire oampandtra devant 
lui pour répondre k de frÏTolès déooiloiaticns , 
donna prise aux mécontenside jrter liu ndûmlË 
et de l'odieux sur le comité. M. de Clttmont' 
Tonnerre fut uH de ceux qui crièrent le plus 
haut; il en attaqua les membres et leur prodi- 
gua les noms les plus odieux ; le comité lui-même 
n'était , suivant le violent député , qu'une tyran- 
ni* organisée ; mais c'était moins du comité et de 
8on pouvoir arbitraire que de l'objet de son in- 
stitution , que M. de Clermont-Tonnerre était 
blessé. Tdutc«qm avait pour- but de défendre 
la révolution datait préduïn iflteâÎBt parmi les 
ministres de la noblesse , dont U était un des 
plus illustres ; aussi , ses plaintes et ses démons- 
tralions se perdirent-elles dans la foule des avis 
qu'excitait le nouvel ordre de choses. Cepen- 
dant, Brissot de Warville voulut défendre le 
comité ; il répondit à M. de Clermont-Tonnerre 
et réliila sa brochure. Il s'attacha à montrer 
(juc , sans les pouvoirs dont était revêtu ce co- 
niilc, et sans les actes arbitraires qu'il se pcr- 
meltaîl et auxquels il était en quelque sorte né- 
<:i'!>ïtil(3 pour remplir s:i mission, il aurait été 
îiiip()5-iblc (l'en oblLuir quelque résultat ulJU^ 



a6 MCMoiiies histori^ucs 

pour la recherche des agîuieun et la répreiaioa 
dea déaordrea dont M. de Clermonl-TonnerTC 
ae plaignait plus que personne. Ces raiaons ne 
parurent pas également plausibles à Ions les 
yeux , et le nom du comité des recherches resta 
toujours entaché d*un ternis inquisî tonal qoî ne 
s'est pas efiacé. 

Parmi les procédés auxquels il se Ipra pour 
répondre au but de son institution , je dois riler 
Tenquéte qu'il ordonna et fit faire sur les 
auteurs de ce qu'il appelle la consjMralion Ircairt 
par la ecur contre la tUU dt Parti , enjwm tl jmS^ 
letiTW. 

Les pièces qu*a cette occasion il produisit 
contre MM. de Barentin , garde des sceau. Be- 
xeiivalt Broglie et autres personnes signalées 
comme complices de cette conspiration « pradvi' 
dirent un grand effet dans le public , et contri- 
buèrent a éclairer l'opinion sur les maiMNWCs 
auxquelles on entraînait le roi et le goaTcmc- 
ment à cette époque (1). 

MaU une de %v% plti^ imporlantirn opérations 9e 



,1} On rii|agc In |N'm»Dnrft qui «nudr^icut prmdrr 
«>«iH.e Jr cjr« pttxn rC aiilro4cln aiilliculiqui^ du ruiiifr érs 9^^ 



TIRÉS DTS ARCHIVES. 5)9 

rapporte à la recherche des auteurs et des cir- 
conslances des événemens du 6 octobre précé- 
dent, le 5, n'ayant été considéré que comme 
un tumulte populaire, qui ne lui parut pas 
criminel. L'arrêté qu'il prit à ce sujet caractérise 
sa mission et son opinion sur les scènes de Ver- 
sailles j c'est une pièce historique que je dois 
consignerJci. 

. . (c Le comité des recherches , y estril ^l , se 
propose de dénoncer le forfait ej^écrable qui a 
souillé le château de Versailles JJAns la matinée 
du mardi 6 octobre, forfait qui n'a eu pour in- 
strument que des bandits poussés par dçs ma- 
nœuvres clandestines , et qui se sont mêlés avec 
les citoyens. Le comité ne rappellera pas les ex- 
cès auxquels ces brigands se sont livrés , et qu'ils 
auraient multipliés sans doute s'ils n'avaient été 
arrêtés par des troupes nationales destinées a 
repousser les désordres et à assurer la tran- 
quillité du roi et de rassemblée nationale. Le 
calme et 1 harmonie régnaient partout; on ne 
parlait que de reconnaissance, d'amour et de 
fraternité, lorsque, entre cinq et six heures du 
matin du mardi, une troupe de bandits armés, 
accompagnés de quelques femmes, fit, par des 
passages intérieurs du jardin , une irruption sou- 
daine dans le château, força les gardes-du-corps 



3o nirMOiRFS nisToniQcr* 

on sentinelle dant rtnlériciir(l) , onFonr^ ks 
portes , se précipita Tcrs les appartemcns de h 
reine, massacra quelques-uns des gardes qm 
vcilinicnt a sa surrté; il pénétra dan< cet appar- 
tement que Sa Majesté eut à peine le temps de 
quitter pour se réfugier chez le roi. La furnir de 
ces assasins ne fut réprimée que par 1rs garda 
nationales qui , averties de ce cama|B « acrov- 
nirent de leurs postes eitérteors povr les re- 
pousser et arracher de leurs maûns d'aolree 
gardes-du-corps qu'ils allaient immoler. 

« Le comité, considérant que des atleoMi 
aussi atroces» s'ils restaient sans pounnitcs, Ml- 
primeraient à Thonneur de la capitale il 9m 
nom français une tache ineffaçahle , eeâme omm 
M. le procureur-syndic doit , en ▼erto de I|HM^ 
sion qui lui a été donnée par les reprfisnlai dm 



(0 2î'il bat t'ca rapporUr kU.lt mn|nb de Pcrrtèr» 
de la noMeiie da btillUge d*Angcn , M. de LAfi/cliv. % 
roaudalt la garde nsUonalc TenHe de Parit, oflHC 
IqI demanda avec lB%lanac , de faire svidtr lai 
du château par dci grenadiers de la prde naUosalc. 1^ roi IIÉ^ 
et Toulul que ce funeol le« gtrde«-du-corpi. .WwJt^êS db Jl^ 
r/fTi».f sur ta Hévolutlon , lomr i*". 

Prrniit Je douter akira que tl le roi cAl ac^wvsé h 
maiiilir , les grenadier» de U prJe nationale aunicat 
briiSiiiiiK ; leur truir pn-^lirr rût Mlffi pour r^pHoMT W 
Il nVtiit pfuf temps lonquMl fut a ton oomlrfe. 




TIRKS DES ARCHIVES. 3l 

la commune, et en conlinuani les dénopciaiions 
fartes précédemment d'après les mêmes péuvoirs^ 
dénoncer les attentats ci-dessus mentionnés aiosî 
que leurs auteurs , fauteurs et complices, et touf 
ceux qui, par des promesses d'argent o^ par 
d'autres manœuvres, les ont excités e^ provp-^ 
qués. 

« Fait audit comité, le 25 novembre 1789. 

":s. 

« Siqni , Agier , Perron," Oudart, Garrat* 
DE CouLON et Brissot de Warville. * 

Je n'^i point dissimula les plaintes qn'ojicita 
ce comité , pas plus que les actes arl^Hrffurf ;^ 4ç 
M police y mais , encore une foiai>, ppuvait-il 
remplir sa mission? pouirait-il ^éi^ppciur et ^\- 
^aler aux tribunaux les auteurs et coaipUces 
des excès commis à Versailles le 6 octobre, sans 
procéder par voie d'investigations , de recher- 
ches , d'une sorte d'espionnage ? Si, devant cer- 
tains accusateurs, dont les chicanes portent plus 
sur la forme que sur le fond, et qui veulent que 
Ton apporte quelque modération dans l'usage 
de la force, cette nullité n'excuse et ne légitime 
pas tout ce qu'il y eut d'irrégulier dans la con- 
duite du comité des recherches , c'est une con- 
sidération importante qui doit atténuer les ac- 
cusations étranges que l'on a portées contre lui. 
Sa création emportait son action, et son action 



des abus; mais on est toujours scandalisé, parmi 
nous , de voir un principe engendrer set cooeé- 
qucnccs : on ne Mit que déclamer» on ne sait 
pas prcvoir. 

Du moment que les circonstances et l'état de 
Topinion ne rendirent plun ses fonctions né* 
cesfiaires, le pr^sidunl du comité vint annon- 
cer an conseil général de la commune (le 5 octo- 
bre 1 79i ) que ses travaux étaient à leur tenoe ; en 
conséquence , le conseil général arrêta «il* que 
le comité cesserait ses fonctions; 2" que le« pa* 
picrs inventoriés Kcrai<*nt déposés an départe- 
ment de la police ; 3^ que des remercînem se* 
raient votés au comité pour le cèle et la prfdence 
avec lesquels il avait rempli les devoirs ki phis 
pénibles. 

« Signé Bailly, maire; Rovra, sicrteârr- 
grêffer-adjoiiii (i). • 

Comme autorité de Paris, le comité des 
cberchea de b commune de Paris a exercé 



(i) Ce drrnirr rtt riinnu raine M. Roy-T-Oifanl « 
mo^ihlc de U rhamlire dr« dê;titt''«. qui, din^ fm« 
crrtitutle , ■ loujuur^ rir, pirur I» 11111111111*1 liétàlcotlc» 
V(iir%, et J4I011V dr le» a^MKirr atu |»rt»i;r>-« du |«A]r«. !r 
Uni d*k Plierai J** 1j liaiiti* li'inurr.iti''. **« «-i i-f.'j rmrrl .-uk»ï«, «M 
ippariiiiiiH prnf»|iriiqtie« lui duniK^il uiir imp*rta*irra *a^«cSr 
Km caractère 4 o^riaincmnii dntii . Vxv q«te «a prn^rv «r «r mH 



TIRES DES ARCHIVES. 33 

pouvoir en livrant aux tribunaux plusieurs de 
ceux qui étaient accusés de conspirations ou de « 
complots contre l'Ëlat. 

M. Agier, aujourd'hui membre de la cour 
royale et de la chambre des députés, éii àthit 
rendu compte à l'assemblée générale' deï réj^i^é- 
sentans de la commune dès le 30 nWeiil*^ 
bre 1789; son rapport fut imprimé pai^ ordre 
de cette assemblée. ' • * ' ^^^ 

On y voit que le comité des recherches de là 
commune avait dénoncé au tribuVial^ dù-ChlVélëti 
chargé de poursuivre les auteiirs des' com^lMè 
contre la révolution, d*abord M. de Làihl^és^: 
Quinze témoins avaient été ententlus; tbiis aé^ 
posaient de l'assassinat commis diins lés'Ttiilé-* 
ries par ce prince ; mais ces dépositions hë liii 
ayant pas paru suffisantes , il multiplia ses re- 
c herches : vingt-cinq nouveaux témoins firent 
la même déclaration que les premiers. Le co- 
mité apprit, de plus, que M. de Lambesc , qu'on 
ne croyait coupable que des violences exercées 



jan>'»is Im»mi ii'ttttr.cnt \ulgniis'!'c. jN'ou*; croyons qu'il peut beau- 
coup [)îns , cl noiif regrettons de voir son influence pâlir après 

uv()ii- jitc <Je :>'i vifs éc ..lis, ce serait u:)C' accusation douloureuse 
C(v;îi(' ]r sy:^!-'i;i(' c()!!sii: uii* u;kI, où les plus belles forces tombent 
et s'effarent , après s'êUe un nioineiir pi i» .'es en évi.îciicc , rem- 
placées pnr d'autres cpii or.t le nîème écîftt , la même inutilité, le 
riK^ni'' sort. 'SnfrdeJ. Pruch^^. 



iSIXft t-A 

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i.i4^!? 



IK «t .ter^ Tvi^._..,-^ •. .AA^'.i.^: . .Mk.': . i. -^2 IH"? 



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dta^^t iei traspe» ^ ccrxMctu Patm^ nrk 
A4X-f.^ dA3ti-:kAmp. nu/M'-çeocrftl daat celle 
arm^c; ^o&a, «or \l A:iieari. qai Avail prc* 
ptfé nn pro)Cl «I rcrdisc riùoênire de h fûlc 
du roi <:t d^ M relr&iie a ^[^ll . aa 14 jailict. 

M Ag.»-r :»:;.lr • r**-i.tr- !i -j'ie^li »n Je U rr*- 
|iori«at»!!itf' d-* nnn •'rc* d-rion.-- *, rt »'altaciie 
4 rt'ïn\»r I n^iii.i ji li*- • ai ijTii ^oulenaicnl 
i|'i iv.'ini fT* ' Ml»- t]..^ «If ir** -i iii* là *p}i^ rc de 
|i-iir«i 'I' w, f. . jU f '.MPrit iiMll.i Ml iM''* , t't que 
Ir dr< rf-t f|iji \vs rcnd.iil re^p>'i)«ables, n'ivanl 
1 f' |i»irl«' #|iir II' 1" j'iilli r 17S'>. . 'f*l-'i din- 



TIRES DKS AnCHlVES. 35 

postérieurement aux (^vënemens, les chefs d'àë- 
cusalion contre eux étaient inadmissibles. 

« Nous croyons, cependant, dit M. Agîer, 
que , malgré la date du décret et le manque so- 
lennel de sa publication , ces agens du pouVoîr 
n'en sont pas moins coupables d'avoir exefctité 
les ordres rigoureux qu'ils avaient reçus; cfuêla 
responsabilité n'a été que déclarée et non éta- 
blie par le décret du 13 juillet; qu'elle a soti 
fondement dans les lois anléHèures eV détn^ie 
de la nature même du contrat social. Les agërfs 
civils et militaires se mettaient donc au-dessus 
des lois, en alléguant les ordres qu'ils orit 
reçus. » Invoquer la nature même du c'ôtilrat 
social, c'était subordonner la responsabilité dés 
agens du pouvoir a de bien autres disputés 
encore. 

Le rapporteur se plaint ensuite du manque de 
moyens qne le comité éprouvait pour remplir sa 
mission. « Nous avons été privés , dit-il , d'un 
nombre suffisant d'observateurs , espèce d'armée 
qui était aux ordres de Tancienne police et dont 
elle faisait un si grand usage. Si tous les dis- 
tricts étaient bien organisés, si leurs comités 
étaient bien choisis et peu nombreux, nous n'au- 
rions vraisemblablement aucun sujet de regretter 
la privation d'une ressource odieuse que nos 



oppre^icun ont >i lon;;-temp^ employée rontrr 
nous. • 

Transtormcr 1 e^piunn^^^. i-l û fiicui \v ren- 
dre tout i t ou^i iiJtion.iL ic n'e^t T\tn ir\\i\z\s 
qu'abolir la vie pr;\c'cr et »c» U;ubrc!t pour lo« 
lumières de la Me pub'.i'juc. 11 faudrait trouver 
pour cela le mo>ca de donner de toute* part^ 
le pas il Tesprît corporatif sur l'esprit de famille; 
problème digne d'exercer les sptculations de 
ceuK qui mentent vraiment le nom de légisb- 
leurs!... 

M. Ag;ier combat ici ce qu il appelle une fmmèÊ 
délicatesse, w Re*>tc, dit- il, de nos ancirniieft 
mœurs, qui lait qu*oii rougit de déclarer ce qae 
Ton sait, uième lorsqu'il est question du salut lie 
la patrie. Qu'il me soit permis de le dire, sgoalc- 
t-ily il est temps de déposer ces prt-jugés. Antre* 
fois» on abhorrait le nom dcdclaîemr^ ci Ton a^ait 
raison ; car à quoi aboutissaient les délaliona? A 
faire connaître souvent des actions très înna* 
centes, quelquefoi» luème viTlucuses, et à livrer 
le prétendu coujiable au pouvoir arbitraire eiâ 
une justice preycjue ausM redoutable au&geas de 
bien; partiale dans son iii^lriictioii, cruelle dans 
ses nio}en*i,M*rr<'te et iii«péiiélrable dans »a nur^ 
ilie. Aujourd'hui « tout r^t di^mué^ te ne toni 
plu» de< at tes du vertu ou dt» démarches in- 



TIRÉS DES ARCHIVES. 3Î*f ' 

différentes qu'il s'agit de dénohcer^ mais dèi" 
complots funestes h la patrie. Le but des dé^* 
nonciations, quel est-il? Ce n'est pas de pérdî^e- 
obscurcment la personne dénoncée ou de com'-^ 
promeltre son existence; mais de l'amener de- 
vant ses pairs pour y être examinée sur-le-champ^ 
renvoyée, si elle se trouve innocente, et dans le cas 
contraire, livrée à une justice humaine, publiques- 
impartiale, qui ne peut être terrible qu'aux mal- 
faiteurs. Le silence, en matière de délationV e^ 
vertu sous le despotisme; c'est un criîne souf 
l'empire de la liberté. » - ' ^ 

Cette doctrine, trop périlleuse, trop favoraUé 
à la tyrannie pour être adoptée, fut, malgré 
tout ce que M. Âgier put dire , généralement 
repoussée du public et de ses collègues. C'est 
surtout dans les troubles politiques, disait-on, 
qu'elle est funeste, et trop d'exemples le prou- 
vent. Ce qu'un parti appelle vertu, courage, 
Taulrc le nomme trahison; tel est coupable le 
lendemain pour avoir fait ou dit une chose qui 
la veille hû avait valu une couronne. La dènon- 
riolioii des crimes dans la société est a peine 
lulérable, malgré les garanties qu'oflVent a l'ac- 
cusé l'institution des jurés , la publicité de la 
procédure et l'intervention d'un défenseur. Mais 
c[ue dire de la délation qui porte sur des délits 
)W)!iii(U!es , csscnliciicinenl variables, incertains, 



58 >Ii1moIH£!» III^TUIIIQUES 

ii sujets aux caprices du pouvoir? N*esl-ellc |ms 
elle-même un crime, un danger, qu'il (aul repovs- 
ser, et que Tacite a eu raisMin de cljsser parmi 
les plus honteux titres des courtisans de Tibère? 

D'ailleurs, on ne rëgiiiurise pas Teipionnaîre 
aTec des phrases phis ou moins bien toamécs 
contre les abus de la déhcatesse. Cette délîca- 
tesse est et sera ; elle a ses abus comme tout le 
reste. Tous les partis, dans leur propre isol e - 
ment, se posent comme les repcésentans aoi- 
qnes de la patrie ; tous se disent Tertueax, JMlcs 
et bons; rien ne sera plus saspeci tttil qna 
leurs adtersaires n'en seront pas iTaccord. En 
présence de leurs nombreux eicès et de Icnrs 
dÎTorses représailles, l'impartialité serait de 
absoudre ou de les condamner tous. L 
et la Tertu sont en effet des mots ^ne Innr k 
tour ils ont cruellement prostitués k ém hmmm 
et à des vengeances. Nous aurions vonk lonr 
voir un peu moins de cet honneur impitoyuhU 
et de cette vertu sanguinaire en leur 
aant plus d'humanité ; c'est ce qui reste b 
demandt-r lorsque Ion parcourt leurs annales. 

Au nombre des faits qui se rattachent m la 
mission du comité des recherches de la ceei 
niunr , il ne faut p^is omettre la dcW-oiivrrte cl 
la drnoiif iati(»n t\v la run!«|iiration du marquis 
(If l'\iM'.i!i. un |iiiitnt du nrojc't que rel rnfjnt 



TiR£S DES ARCHIVES. 3^ 

perdu de Tenthousiasme rayalUte avait formé 
dans rintérêt de la famille royale , et auqufl 
prirent part, mais avec une pasillanimité ^ 
connue, des personnages qu'une haute oonsidéf 
ration empêcha de signaler alors. Favras fjat 
victime de son zèle et de son imprudences ^^aip 
le comité accomplit strictement son devoir «n 
le faisant arrêter; car la tentative que n^H^it 
le marquis de Favras, et pour laquelle i]L fspmprr 
tait sur une puissante intervention , pouffait 
avoir sur le moment des suites déplorables, qui 
fiirent ajournées par son arreltation. J'en ferai 
donc connaître le commencement et riasue: jj 
ajouterai quelques circonstances dont, comine ui^ 
des témoins de ce qui se plissa dans je temps^îf 
pourrai garantir l'exactitude. 

On savait d'une manière confiise dans je pu- 
blic que l'auteur d'un complot, dont l'objet 
aurait été de s'emparer ou de se défaire du 
maire de Paris, du commandant général et de 
faciliter au roi une évasion , avait été arrêté. Un 
bruit vague désignait Monsieur y frère du roi, 
comme le chef de celte espèce de conspiration. 
Les personnes au courant de ce qui se tramait , 
des inlriiijUes et des tentatives secrètes des roya- 
listes niéconlens, avaient sur le fond de ce projet 
des données (jui ne leur pernictlaient pas de 
Joulcr (jiic le prince ne se fut en cflct engagé 



40 MF.MOIhrs IIISIORIQUCS 

aTec prudence k en faciliter l'eiécntton. Comme 
il était nécessaire d'avoir des fonds en aaaex 
grande quantité pour fournir aux dépenses de 
levée d'hommes ou de moyens de rorruplion 
pris de certains chefs, il fut convenu que, soq« 
prétexte de liquider l'arriéré de sa maison. 
Monsieur ferait un empnint de quelque* mîU 
lions que le marquis de Favras se chargerait de 
négocier chex les notaires les plus solvables. 

Mais quoique ces bruits acquissent une cer- 
taine consistanccpar les autres conjonctures et ce 
qu*on savait des vues du parti de la eonr , on 
ignorait encore ce qu'il en était au fond ; sur* 
tout on révoquait en doute la participation de 
Monsieur au complot , lorsqu'à la séance du 
décembre 88 , on reçut une lettre de Moi 
aihsi conçue. Elle était adressée au préâdenl de 
rassemblée : 

• Je vous prie , monsieur , de demHder b 
« MM. lés représentons de la commune 
« semblée extraordinaire pour ce soir» 
« communiquer avec eux pour une 
w m*inléresse. Soyex bien persuadé, m 
m ai tous mes^cntimcns pour vous. 

« Siynr Sjamnms Xaviui. » 

M. de Maîs«emy, qui pr/*«idait TaMemblée, 
fit en son nom la réponse suiv.inte : 



TIAES OIS ARCHIVES. 4^ 

« Monseigneur y 

« J'ai fait lecture a l'assemblée générale des 
« représentans de la commune de la lettré 
« dont Monsieur m'a honoré; elle m'a chargé 
« d'avoir l'honneur d'assurer MonsietÂr de son 
* empressement a s'occuper de ce qui peut Kn- 
«r téresser ; elle se réunira ce soir a six heures, 
« et attendra que Monsieur daigne lui faire con- 
r naître ses intentions. 

t( Je suis, avec un profond respect , monsei-^ 
•f gneur, votre très humble et très obéissant 

« serviteur. 

« Signé De Maissemy , 

a Président de rassemblée générale des représentans de 
la coii.iiinnc. » 

J'ctals présent a la lecture de cette réponse, et 
il nie lut facile de remarquer que quoique les 
membres de i^assemblée sentissent leur amour- 
propre chatouillé par cette espèce d'appel que lui 
faisait le prince dans une affaire qui Vintéressait. 
II y eut néanmoins quelques murmures h propos 
(les exj)ressions Irop obséquieuses de la réponse. 
Mais M. c!e ^.lai; scmy avait été directeur de la 
lilirairie ; il étas! homme de cour et ne croyait 
pas pouvoir cn^.jdoyer d'o:\ipi'cssions trop res- 



4a MÉMOIRES HlfTORIQCCS 

peclucuscs en écrivant au frrre du roi. Le ton 

prévalut. ' 

Tout Paris fut instruit que Monsieur Tiendrait 
le soir à la commune pour se justifier sur la frc- 
hiion de Favras : c'était Texpression qull em- 
ployait. On va voir, par le discours que le prince 
prononra , jusqu'à quel point le public pouvait 
concevoir des inquiétudes et désirer savoir le 
résultat de la séance du soir. 

Elle s'ouvrit à six heures, et la salla était ^jà 
remplie ; M. le maire la présidait. A roavcrtmnt 
il proposa de nommer une dépntation poor aller 
recevoir Jf oniifur, lorsqu'il entrerait à Ili5lcl^ 
la commune ; elle fut composée, par le chaii 4m 
l'assemblée, de douze de ses memlmat nr la 
proposition de M. le maire; ce fitrent 
llaissemy, président, Lourdet, Calliar, 
riquet, de Semon ville, de Condorcel, 
sarts, Daval, de Santeuil, DertoUo» ém Fi 
et Callot. 




Au moment ou on est venu prévenir Ti 
blée de Karrivée de Monsieur^ les dépaléa 
allés au-devant de lui ; introduit, il a été placé 
sur un riuleiiil qui lui était prép.iré a la ganckt 
(!r M. le maire. Ke | rinre n'a%.iil aucun de osa 
^.'irdrs, «*t l«*s |i(»sirN iïiit'riiMirs il** la salle étaient 
lonliés :iu\ i::irdc» de l.i ville qui n'avaient point 



TIRES DES ARCHIVES. 4^ 

encore été supprimés , comme ils le furent plus 
tard. De nombreux applaudissemens se sont Êiit 
entendre, non seulement de la part de Tassem- 
blée\ mais encore des galeries. Ce bruit flatteur 
a paru donner un aplomb à Monsieur, que peut* 
être il n'avait pas en arrivant. Assis et découvert, 
il a prononcé le discours suivant : 

« Messieurs, 

(( Le désir de repousser une calomnie atroce 
m'amène au milieu de vous. M. de Favras a 
été arrêté avant-hier par ordre de votre comité 
des recherches , et Ton répand aujourd'hui avec 
affectation que j ai de grandes liaisons avec lui. 
En ma qualité de citoyen de la ville de Paria, 
j'ai cru devoir vous instruire moi-même des 
seuls rapports sous lesquels je connais M. de 
Favras. 

« En 1772, il est entré dans mes gardes-suis- 
ses; il en est sorti en 1775, et je ne lui ai pas 
parlé depuis. Privé depuis plusieurs mois de la 
jouissance de mes revenus ; inquiet sur les paie- 
mens considérables que j'ai k faire en janvier, 
j'ai désiré pouvoir salisldire à mes engagenieiis 
sîiis rire a charge au Ircsor public. Pour y par- 
venir , j'avais formé le projcl d'aliéner des coii- 
Irits pour la somme ([ui m'était nécessaire 3 ou 



44 MLMOiRES HISTORIQtES 

m'a représenté <|u*il serait moins onéreai à mca 
finances de fain* un emprunt. M. de Fams m'a 
été indiqué « il y a environ quinze jours « par 
M. de La Châtre , comme pouvant rcffectner 
par deuK b.inquîprs, MM. Schjiumel el Sartorîos 
En conséquence » j*ai souscrit une obligation de 
2,000,01X1, somme nécessaire poar acquitter 
mes engagement du commencement de rannée* 
et pour payer ma maison ; cl cette affaicc étant 
purement de finances , j*ai chargé mon Imorîer 
de la suivre. Je n*ai point vu M. de Favna. je 
ne lui ai point écrit , je n'ai eu aucune cmmmmaih 
cation quelconque avec lui. Ce qu'il a Cût, éFâê^ 
leurs, m'est parfaitement inconnu. 

« Ci^pendant, messieurs» j'ai appris hier qn'«n 
distribuait avec profanon dans b capilah «• 
papier conçu en ces termes : 

« Le marquis de Favras(PliM-Rojafe)aélé 
« arrêté avec madame son épouse, la Bait Ai M 
« au 23, pour un plan qu'il avait de 

• lever trente mille hommes pour faîra 
V M. de Lafavette et le maire de h ville. 

• ensuite de nous couper les vivrez. Jfi 
« iVcTc lin roi, êtail u i:i tcrte. 

« Signé Bih. 



• \ uns n'attendez pas de moi, sans doute, 
]v nrabaisbc* jiiM]ira nji* jiutîlior d'un Lritsea 



j 



TIRÉS DKS ARCHIVES. 4^ 

bas; mais, dans un* temps ou les calomnies les 

plus nbsnrdes peuvent faire aisément confondre 
les plus honnêtes citoyens avec les ennemis de 
la révolution , j'ai cru, messieurs, devoir au roi, 
a vous , et a moi-même , d'entrer dans tous les 
détails que vous venez d'entendre, afin que l'o- 
pinion publique ne puisse rester un instant 
incertaine. Quant a mes opinions personnelles, 
j'en parlerai avec confiance à mes concitoyens. 
Depuis le jour où dans la seconde! assemblée 
des notables j^ me déclarai suîr la question fon- 
damentale qui divisait encore leë esprits , je n'ai 
point cessé de croire qu'une grande révolution 
était prête ; que le roi, pat ses intentions, ses 
vertus et son rang suprêiblé^, devait en être le 
chef, puisqu'elle ne pouvait pas être avantageuse 
à la nation , sans l'être en même temps au mo- 
narque; enfin, que Tautorité royale devait être 
le rempart de la liberté nationale , et la liberté 
nationale la base de raulorlté royale. 

V Qu'on cite une seule de mes actions, un seul 
de mes discours qui ait démenti ces principes, 
qui ait montré que dans quelques circonstances 
où j'aie été placé , le bonheur du roi , celui du 
peuple , ait cessé d'être l'unique objet de mes 
pensées et de mes vœux. Jusque-là j'ai le droil 
d'être cru sur parole ; je n'ai jamais changé de 



\6 MBHomES ni&TORiQiirs 

«entiment ni de principe», ei je n'en clangcraî 
{amais. » 

De nombreux appUudiMcmens te sonl reno«* 
Tcioft rliaque fois que Monsieur, renonrani à Mi 
ùivc* puur ne prendre que celui de citoyen de 
la \ille de Parii» , aemblail annoncer par là k 
prix qifil meUait a Topinion de la comoMUM. 
C'était un trait 4*eapril de ta pari , «1 ^tû im 
rcusMl parCiitenienl. U prouva depiiia ^'d a*en 
manquait paa à Toccfiion* U parla d'aillewa a 
beaucoup d'awirupce , dn ton d*Qn Iimhm 
de »un innocence et qui ne craûit pnial 
învetligationa. L*aiieaiblée lont enlièra ajai 
aes applaudiasemeM a cens du poUk 
étrangers qui étaient présent. 

Montienr ayant dépoté ton dieeôoi 
le bureau de M» le naaire , cdni-d 
le suivant : 

« Montieuri 

« C'est une grande talitfiKtÎMi ponr Im ■t peè» 
sentant de la commune de Parît de vnir 
eux le frère d*an roi chéri » d'mi roi In 
leur de l.i liberté française. Aognatet firèNig ti 
rt<'!« uiiÎH par let m2me« sentimens. Jfi 
montré le premier citoyen dn royanme 
tant pour le tiert-élat dans la seconde 




1ÏRF.S DES ARCHIVES. 4? 

des notables ; il a ctc presque le seul de ce* avis^ 
du moins avec un tràs petit nombire d^amiç du 
peuple, et il a ajouté la dignité de la raison à 
tous SCS autres titres , au respect de la nation. 
Monsieur est donc le premier auteur de Fégalité 
civile; il en donne un nouvel exemple aujoup* 
d'hui en venant se mêler parmi les représenlan» 
de la commune , oà il semble ne vouloir être 
apprécié que par ses sentimens palriotiqtnes ; ccifa 
senlimens sont consignés dans Jes explication/i 
que Monsieur veut bien donner a K^ssennlilëe. 
Le prince va au-devant de l'opinion publique, 
le citoyen met le prix à l'opinion de ses^ conéi* 
toyensy et j'offre a Monsieur , au ném de Ta^^iiH 
blée , le tribut de respect et de reconnàîssàiiéé 
qu'elle doit a ses sentimens, k l^hortneur éé 9S( 
présence , et surtout au prix qu'il attache h Ves* 
time des hommes libres. >» 

On remarqua que ce discours, assez vide de 
pensées d'ailleurs, ne disait rien dont on pût 
conclure que rassemblée était convaincue de 
rinnocence de Monsieur dans l'affaire dont il 
était question, point délicat sans doute, mais 
que M. Bailly aurait pu touchrr sans compro- 
meUrc son jugement s'il rcùl fait avec adresse. 
Il s'en abslint, soit qu'il le crût inutile, ou qu'il 
y vît quelque chose de dangereux. 

Après avoir parlé , et en présence de Monsieur 



/|S MKMOIRKS HlftTUlUQUn 

le maire lut une proclamalion du départ— eat 
de police , pour annoncer qu*on élaii à Im 
cherche de lautcur de Vine^dpaiiom atroce 
Barauz^ aliii de le livrer Ii la justice des liiks* 
naux. 11 ajoula que le coininandani géoënl» 
M. de Larayctle, avait fail arrêter <|ueli|Q 
•oiinea nuaperléci» d*avoir colporté récrit 
nieux dont Monsieur avait a se pUîndM. Sm 
quoi, M. de Lafayette prenant la pnrak, A 
qu'en effet, averti la veille vert les qnalra 
du soir, que cet écrit avait été porté 
des clubft du Palais-Royal; qu'on en «mil liri 
des copies, il avait donné des ordres à «o ts^i 
ei que celui qui avait copié le InUat , colri ^fà 
l'avait dicté, celui qui l'avait écrit, 
les mains du comité des reelMrclies. 

Alors Monsieur reprenant la paroio nvoel* 
pression d'un homme pénétré do 
•i aflfecté de ce qu'il venait d'enleadM • 
cesjparoles à l'assemblée. « Le devoir qin fo 
de remplir a été pénible pour mon e«nr , 
je suis dédommagé par les seniimens qae T 
semblée vient de me témoigner ; el 
ne doit plus s*ouvrtr que pour 
grâce de ceux qui m'ont offensé. • 

Après cfîs mots, le prinrc descendit de 
place* qu*il ocrupiiit « et traversa la salle 
milieu dos appUudissemens et di^s ex 



TIRÉS DES ARCniVlS. 49 

d'une satisfaction , tels que ne pouvait manqiier 
de produire sa démarche. 

r 

Aussitôt que le silence fut rétabli dans là ialle^ 
on délibéra sur ce qu'on avaiit a fhire r^âlitle^ 
ment à la plainte de Monsieur. Après aTOii^'éhi 
tendu quelques membres qui déraisonnèi^t'àii 
dirent des choses qui sentaient plus la JÉàûëééé 
que le sentiment de la justice , on reèueilUt lek 
voix , et il fut arrêté qu'fl serait enjoint an pro- 
cureur de la commune de dénoncer, au nomade 
la commune, l'écrit signé Sàraétet}lé%'àkifi%if^ 
par-devant les tribunaux. '■•■'[n'-m 

Mais ce qui parut remarquable ici , ce fut la 
proposition que fit un des membres, M. de 
Saisseval, d'arrêter que le comité des recher- 
ches ne pût faire aucune dénonciation au nom 
des représentans de la commune , sans en avoir 
pré«ilablement communiqué a l'assemblée. Etait- 
ce pour être a même d'étouffer des dénoncia- 
tions défavorables k Monsieur , ou au contraire 
T)onr soutenir le comité des recherches dans ses 
pénibles investigations et la poursuite des cou- 
j)ables ? C'est ce que le discours de M. de Sais- 
seval ne fit pas explicitement connaître. Il pa- 
:M'aissait n'avoir pour objet, dans une cause aussi 
importante , comme dans tontes celles dont le 
comité était chargé, que de l'assujettir h ne faire 

IV. 4 



nn nom de la commune, aiii;ttn« dénoncialMn 
qu'elle ne Tetil approuvée. 

Une pareille discussion ne pouTait être ^oe 
longue cl vÎYc ; mais, après atoir tout bien pcié, 
l'Mseinblée décida qu*il n*y avait pas lieu â dé« 
hifépesif et que la conduite du comité des iv* 
cherches cpntînuerait d*ctre réglée par l'arvil^ 
q«i l'atait institué. 

Les dernières traces du déToaemeiit d% Faifip 
disparurent dans son supplice. D« t aimai dé- 
nonciations auraient avili son caractère j 1 
mourir ! 



i 



;7 



CHAPITRE LV. 



- '> j 



1799. — COKTRE-POUÇE ROYALE. 



■ ' * » • ■ ' I 



Agcns supérieurs et ordjnaires delà contre-police : Mil. Hyiïe-ijc- 

•■■":, '"■//•• ' ." ■■ "^ ' î '* i* 

NeuTÎlle, le chevalier de Coignj, de Larue , Bapeyron , râDDé 

Bodart. — Le dnipean noir au oloçher de la Mai^leliie. -^ 

JMorgaiiisati^ de U co;ilre-pgU^« -^ Sea déyebiei» — 9fl^ 

TeiUfimçe fie VfbW W^es. — aperça dcis q^érttiqm Ae k 4Mm* 

police. — Pillage de diligence^. -*- Pifojel d'uq^ chouan^fie 4^fia 

Paris. — Notice sur les personnes propres à gérer la contre-po- 
lice. — MM. de Barenlin, Jourdan (des Bouches-du- Rhône) , 
Qualremère (de Quincy), Royer-CoUard, Fiëvëe. — Dispersion 
des agens de la contre-police. — Saisie de la correspondance k 
Calais , au mois de florëal an 8. 



D'après l'ordre des temps, ce chapitre n'a pas 
ici sa vraie place j mais je n'écris pas Tliistoire^ 
je raconte les faits, j'ai les matériaux sous la 



main. Les év(*iu*mens de la police K*Toluti#n* 
naire Tiendront plus tard. 

Tandis que le bureau central rxerrait sa sur- 
veillance dans la capitale et que le ministre de la 
police générale s*ocriipait drs mrmes soins poli- 
tiques sur une plus vaste échelle , pour toute U 
France, les agens secrets des princes avaient 
organisé parallèlement une contre- police, dont 
le but était nécessairement de fomenter des 
blés dans le royaume , d'entretenir Tespril 
tilité contre le gouvernement établi el de 
to\it ce qui pouvait le contrarier et lui nuire. 

Les plus distingiii^ft d'entre les cheb ë U îwl 
MM. le chevalier de Coigny, Hydenle NuniMft 
de Lame, l'abbé Godard, Dupetron, 
sons le nom de Marehand. 



M. le chevalier de Coiîsny, qui avait 
long-temps en Angleterre auprès dea 
français , fut un des premiers agent de Tenlre* 
prise. M. Ilyde-de-Neuvillet lié avec lea dw6 
vendéens, s*y associa plus tard. C'est lui qni« 
dans la nuit tiu ^1 au 21 janvier 1799, avait fait 
mettre le draprau noir au clocher de la Made* 
leine, dans U^ rimelirrr fie laquelle Louis \VI 
avait été entern^ ; tlémonstnition qui devait prin- 
cipalemi^nt a^r sur l.*s rsprits et mettre lea Im* 
biles \ mi^'me de scruter rt de recruter dea pim- 



TIRÉS DES ARCHIVES. 53 

sélytes pendant l'effervescence causée pur- 'ce 
hardi coup de théâtre. M. Hyde^e-Neu ville doûH 
uait les ordres et procurait les fonds nécessaires 
aux opérations de rétabhssement. < 

M. Dupeyron, qui avait été employé dails détf 
missions diplomatiques^ du temps de la Cotiven*' 
tion sous le ministre des relations extérieures 
Lebrun, avait la direction des mouvemens et 
Texécution des mesures ordonnées par le chef. ^ 

Quelque active que fut la contre-police royale, 
le secret était si bien gardé que le gouvernement 
fut long-temps sans en découvrir la trame et sans 
pouvoir en saisir les membres ; il en ignorait les 
moyens sinon les vues', aases présumables du 
reste y lorsque la fuite de quelques-uns' d'eux en 
Angleterre, et particulièrement de M. Hyde--de- 
Neuville, qui fut sur le point d'être arrêté, fit 
tomber entre les mains du gouvernement toutes 
les pièces de Tagence j elles furent saisies a Ca- 
lais au mois de floréal an 8 (avril et mai 1800) et 
envoyées aux consuls. Le plus periidc de tous les 
conseillers après la faim, e'e.sl la peur. Des 
conspirateurij qui ne savent pas donner leur eoii 
devraient ne jamais se mêler de conspiration. 

Deux mémoires principaux trouvés parmi ces 
pièces, et écrits de la main de Dupeyron, jettent 
un grand jour sur ce qui s'éluit lait et sur ce 
(ju'un voulait faiio 



54 MEMOmiS HISTORIQQB 

Dans l'un , intitulé : EiûUiêêêw^tni éê fa 
ppliet > on y proposait de conserver ce qai sTaît été 
établi , mais d'y introduire des changemena pr^ 
près à rendre la marche des agens plus aôre cl 
plus régulière. « U faut, disait Dupeyron , oon- 
serrer et perfectionner ce qui eûste déjà t mie 
aussi faire cesser ce qui atait été bissé h rarbi» 
traire des agens. U faut une organisation pins 
gulière à l'aide de laquelle les diefii conaoi 
secrets de la contro*police trouirenl le«r 
confondue avec ceUe de la généralité. 
( Dupeyron ) est en état de reasplir ce aorvice. ■ 
a déjà eu la direction secrète de la poBeo àê 
Paris dans le temps que la Gironde luttait 
Pache et la Commune. » 

Dupeyron demandait deux cents Uub 
pour les dépenses de son établissement. Gui 
penses parurent trop fortes aua chefs, cl 
ne fut pas accepté. 

L'Mploîtatîoii des royalistes se fabail 
une grande échelle , et les dépenses dn 
anglais, Térilablcracnt énormes » ont dft 
naître dans l'esprit des idiots ce préjugé 
que nos moindres troubles se faisaient alon onr 
ipiittarirc avrc les guinées anglaises. Ces gnîaén 
ne circiilcmit pas de re rôté-là. Des escrocs im 
loii<ii*N «Ir^ii'A riv.ili«i.iifiii autour des principan 
ilii p irii. I oii^>.(ii'iit .iiix (.'iiiimuiiIn, promettaient 





BÉonls et merve^leB, se gorgefieat d'^cuS| s^^if* 
tribuaient avec fatuité les effervescences, popu^ 
lâires du moment, et menaieqt Joyeqsç vie sans 
prétexte d'ensorceler les pa^iiotes. On en guîUa- 
ûuB, quelques-uns stir leur parole, et qui n'étaient 
iki profondément niais, ni prf^And^ment pq^ 
rats. Plus d'un innocent se 4t l^asser pçiiu: fauteur 

4 

de troubles parmi les gens cré4m]lpt lif» 4i^fny 
èoteries royalistes que les 69|^9tisj4i çwtÀUjteUf 
irai envoyèrent à l'éebifAuds Ti«|i||tfttH^ épAf M» 
analysée sétèremettt ^ est i ,Mg^^h^ 4# ÏWXfl«- 
eer les états ^ Unt h évi^M^ 4m.mfm^4§*f0m 
s'y montre ingénieuse à se <r4ffr 4w f ^tMf|]rÇ^- 
Maii de temfifs en i^bfSit^u se bssiiit ^'ei»/<!»||Mt!r 
nir; et ces latitudes ^ eomnie Jim a^fyyhif m^ns 
ebnti>aitlBs, venâiei&t sbitvisothfOT de pyppqpi •»> 

Cependant on ne voulait point suspendis Un 
service que Ton croyait utile à la cause royale ; 
il se passa quelque temps au bout duquel Dupey- 
ron modifia son projet et en présenta les détails 
dans un nouveau mémoire sur le Service 4e la 
nontre-rémlution ^ en date du 18 nivôse an 8. 

Il y déclare que, d'après le système d'économie 
que roii veut adopter provisoirement , il ne 
pourra ni tenir de vedette à Tétat-major de Pa- 
ris, ni organiser une pclile poste 3 cependant, en 
attendant qu'il puisse (aire mieux, il garantit: 

l"* D'ohlenir lous les jours du bureau central 



W MCMCIinCâ Hl5l'UlilQLE5 

les rapport» de police; ^ de connaiire Ict dé- 
nonciations qui s'y feraient contre les roymiMtcay 
3* de savoir quels seraient les indîvidns qac la 
police mettrait en surveillance ; 4* d'dtre înalrul 
a temps de tous les mandats d'arril qui «levraioM 
Stre lancés contre des personnages atlacliéa à b 
cause , et 5* de suivre les individus dont oa lu 
remettrait la liile. 

Ce plan fui définitivement adopté, himm le 
btureau central (ut le point où venaient aboutir b 
surveillance et la contre^police de Dnpsjtusi, Il 
voulut, comme on voit, que les persoiinoa ^^ ae 
seraient point employées, et qui, cependaal, a^ 
nient observées par b police de la 
■ ftiiaent protégées par celle qu'il dirigeait. • 
ce rapport, il est essentiel , dit-il, que M. By de 
•de-Neuville s'entende avec moi , afin que ém ces- 
oéM *nous avisions aux moyens qui noua peni- 
Wuieoi les plue appropriés aux intérêts de h 
cause, j» 

Aiuai la centre-police couvrait de 
tous les ennemis du gouvernement ) 
cée; et c:e ne pouvait ctre, disail-oa à 
mécompte , que par quelque évcnemeni k 
par la diviMon mise entre »c^ agens, qu'eu 
espérer de l'^iltcindrc et de prévenir b féaoliat 
de ses manœuvres. Le comité royaliste oubliait 
de tenir Luiiipic îles p«inii|uc»; et le» conspira- 







TIRÉS DES ARGHITES. 5^ 

leurs sont d'habitude sur le qui-vive. C'est pres«- 
que toujours Tessenliel que l'on oublie. 

Suivant les détails donnés dans les pièces sai- 
sies , on comptait plus de deux cent trente indi- 
vidus qui y dans Tintervalle du 12 lûvose au 18 
ventôse an 8, avaient été l'objet des révélations 
officieuses de la contre-police , et qu'elle avait 
soustraits à la surveillance et aux poursuites du 
gouvernement. 

Une question £siite par M. Hyde-de-Neuville, et 
à laquelle le directeur Dupeyron eut k répondre, 
explique la marche et les ressources de la contre- 
police. On avait transmis au premier un rapport 
dans lequel on posait en fait que le drap mor- 
tuaire attaché le 21 janvier au clocher de la Ma- 
deleine était l'ouvrage des agens du roi, et on 
noinmait comme y ayant coopéré MM. Devil- 
liers, Castillon, Fabry, Luly, Durocher, Malles, 
Marchand et d'llaiin\ille; on ajoutait qu'ils 
avaient été mis en surveillance. 

<' J'ai fait, répondit Dupeyron, toutes les re- 
cherches nécessairies, et pris les informations sur 
les faits ci-dessus , je me suis assuré qu'ils sont 
entièrement conlrouvés; non seulement les in- 
dividus nonmiés n'ont point été mis en surveil- 
lance, mais l'aflaire elle-même, tout en faisant 
une grande sensation sur respril public , tout en 



55 M£>IOlAES HISIOHIQLCÂ 

étonnant la police, n*a point eu deMÎte« par la 
raison que la police s'était laiasée pennailir ^c 
le drapeau noir avait été mis par les jacobâna. • 

Cependant le minisire de la police génc 
Fouché, tri» au fait de ces tactiques 
blés dont on se sert pour dérouter les cré- 
dulités des partis , ne se laissa pas tromper 
les bruits , a dessein répandus , que cetta 
d'un drapeau noir était le lait des jacoUna } S 
ne doutait nullement que ce ne f&t TouirnfB Jv 
royalistes : ces démonstrationsleor rf fwihiènt 
M. le chevalier de Cdigny d'aiOeiirs étiil iftlM 
depuis peu sur le sol de la France ; DapeyiMl «I 
que le chevalier était mis en snrreiUaacé, et |n 
M. Hyde-de-Neuville était menacé ; Ti 
dait, suivant un rapport de la contro-paBet , 
7 janvier 1801). Le ministre Fouché 
au bureau central Vexiêtenee if «m e 
dan( au réiabUs$emeni de Faneien r^imê. Le 
central avait été invité a redoubler de vi^BiACC 
Fouché avait annoncé que des mandais dTafffil 
allaient frapper quelques conspirateurs. 

Si Fouché parlait de la sorte , c*csl qM^ kt 
voulait pas encore s'emparer des fçens, 
leinent les mettre en rirculation par la fray 
IcH surveiller , après \e> avoir forcés de 
(luire en évi ieiice , et par ce moyen • les suivra 
partout , putir Irajipci* a propos sur eiii et 





TIRÉS DES AAGBITE5. 5^ 

leurs Gomj^lices un coup ferme el décisif» A la 
police , les hommes d'état ne se décident pas 
pour peu; ils àttehdént que le trésor de la cen- 
spiration se grossisse pour faire uti plus riche 
présent a Téchafaud. L'iiidiscrétiôn d'un ministre 
est un moyen de première Ibrce dans ce calcul, 
surtout avec des gens qui sont ôbètinés. 

A l'approche de ce danger , 0ùpeyron ce- 
pendant cherchait a rassurer ses co-associés. tl 
écrivait a M. de Neuville que , d*aprés des ren- 
sèigiiemens particuliers, it savait que le ministre 
de la policé n'était dépdsitâire d*aucùn isecret 
important, «r Je crois bien, ajoùtait-il, que aes in- 
discrétions, plus encore que dlës délations, au- 
ront procùifè àù ministre qûël)|ilèi données, qui, 
pour être tàguës, ht lui èri |ià^ài!»ienl pas moins 
importantes. 

« Evitons les démarches qui pourraient porter 
l'empreinte de Tirréflexion , et j'oserai garantir 
J'avance que la police, malgré ses espions, les 
moyens du gouvernement et son or corrupteur, 
lie pourra jamais pénétrer dans Tenceinle du 
<-'*Unj> royal. >» 

Tout ceci n'était pas rassurant ; mais les partis 
^>t^niM'nl tctc jusqu'au dernier soupir : on ne tue 
pas 1( s partis, et, dans leur atmosphère crnbra- 
^^•o . !(s (()ni[»li(:cs s'cxallcnt juscju'a se croire 



TIRÉS DIS ARCHIVES. 6l 

de l'argent du ministre de la police fiour Tinf- 
f ormer de ce qui se disait et faisait dans la grande 

société ; les rivalités individuelles grossirent quel- 
quefois cette liste. 

Une autre liste contenait les noms et la de- 
meure d'un très grand nombre d'explorateurs 
ou agens de la police générale , depuis ceux qui 
exercent dans les rues et lieux publics, jusqu'à 
ceux qui sont reçus dans les^salons. 

Cette dernière liste était destinée à Timprea^ 
sion; elle devait être affichée » répandue avei^ 
profusion au moment où Ton aurait eu besoin de 
paralyser tout à la fois l'action de la police et de 
porter un grand coup, Çe»mom^t d^w^it être 
celui du débarquement fies princes sur les côtes; 
on leur aurait en même tenaps livré }e port de 
Brest , fait arrêter Bonaparte à Paris , et parlir 
des courriers qui, annonçant par toute la France 
ce vjui se passait , auraient excité un soulève- 
ment général, et fait proclamer Louis XVIII. 
Tel était le but avoué et annoncé de la contre- 
police et de son agence ; le plan était séduisant 
pour la foule , du moins par une apparence 
d'ensemble , et ne paraissait pas inexécutable k 
quiconque voulait voir les choses par le prisme 
de son idée fixe. C'était le plan auquel les roya- 
listes paraissaient sNHre ralliés ; le principal 




69 iiiMOiiivs niiToiiiQrvs 

«lait surtout de se rendre maître du prem 
ceRMiL 

Quelque habiles que fussent Duperron et ace 
agcns ou ses collègues, ils ne furent pas k TaM 
de la rcprimande de leurs supérieurs. On lési- 
nait ; mais on aurait voulu des menreillcs. L*ar* 
gent est le nerf de l'intrigue , et, par mallmr • 
on mettait le senrice au rabais, comme sTil jr eAl 
eu de la concurrence. M. Hyde-de-NoanlU 
prêchait à Uopeyron que Ton eul arrêté 
listes sans qu'il en eût été informé. • La 
leure réponse k fbire à cette queslmi » M 
dail Dupeyron, serait de vous en faire uat 
Comment se fait-il qne la poHee «é 
ayant trois cents mouchards il ses 
près de sn millions il sa dbpoaitioii daoa It 
rant d'une année , ne pnîsse pat téwar h 
couTrir les prineipam anneaux de la 
royaliste ? Gomment se ftit-il qu'elle ne 
malgré ses efforts, ses sacriBcea et aes 
pondances dans fes département , n'i 
des individus subalternes, quoique 
hommes de notre parti s'abandonnenA h ai 
quentes indiscrétions? Vous me 
1(IO,00() francs par mois qu'il me serait i 
sible de prévenir toutes les arrestations. Croyci» 
vous que ce soit avec quatre-vingts louit d'or 





mois , que je «QJ? i n^^e 4e pén^^t^sf ^IPff^'?'^- 
lr4$ 4p Polyph^me ? CpHt ^t^ unç iffl^e « opiq) 4p 
vous le promettre , c'eût été une diipeiie ^ yp^s 
de le croire. » 

C'était répondre ad rem ; et , du resjte , )e9 pe- 
tits du grand parti s'étonnaient qu'on n'arrêtât 
pas de temps en temps parmi les hauts meneurs^; 
d'où j et par suite de méfiance , des décou- 
ragemensy des soupçans et des doutes. 11 p'e^ 
coûtait pas beaucoup aux trem^lei^rs d§ djj^e 
que ceux qu'on laissait libres «efyaieot dV 
morce ^ menu fr^ Un. U n§ faut pas crcûrci ^ 1^ 
fraternité complète et à la co^fi^acfi X9^i|||^ 
des complices. 

Mais ce n'était pas seulement k 1^ i4gîl|fHff 
des agens de Dupeyron et a sea I^oyen| fi^cm^ 
qu'était dû le petit nombre d'arrestations ^t 
qu'elles se bornaient a des individus subalternesf ; 
ce résultat tenait k Torgauisation même de l'a- 
gence et de la contre-police royale. Ceux qu'elle 
employait étaient divisés en différentes sections. 
Chaque section de deux ou trois agens cpixçsr 
pondait avec un chef; les chefs correspondaient 
avec un supérieur , et la réunion de ceux-ci avec 
les princes ou agens du roi au-dehors. Il en ré- 
sultait que sitôt qu'un individu d'une section 
était surveillé ou arrêté par la police républi- 
caine , en faisant disparaître, en éloignant le chef 





G4 MF.MOIIIKS aiSTOillQUtS 

qai la dirigeait , la chaîne était r o m p t t «t b 
police ne poaTait remonter phis IuhH, nrtovl 
quand elle tenait a voir reparaître ce chof ^, 
de retour après »on alerte, renouait de iiMnoM 
tes filets et sa trame, sauf a laÎMer cncoro aa 
p6che de royalistes entre les maint dn 

Cette organisation qu'on pouTait 
très habile ne réussissait pas tonjonra , 
qu'enfin la trame fut décooTerte et les 
de Tagence dénoncés , pourraim et ohigia et 
se réfugier en Angleterre, et leur ci 
saisie k Calais en floréal an 8 « 
dit nn peu pins haut. 

L'on Toit dans ces pièces encore qne loi 
police exerçait une surveillance particvfilM 
certains personnages , autant poot-ftro 
riosité ou pour voir si Ton pourrait 
parti que par des motifs de crainte on 

Ainsi k contre-police faisait sorveillsr 
Dupeyron en avait reçu l'ordre ; c'était 
dant, suivant lui, une chose fort diK cHo, Oli* 
dirait que ce prêtre était destiné k eierecr la 
tience et lasser tous ceux qui ont voahi !• 
naître. « La mission qu*on nous domio« 
Dupeyron, est d'autant moins aisée cpso 
nous trouvons en concurrence avec le mil 
delà police (Fouché), qui lait suivre Sioyaa 4m 
son côté , et que nous aurons à lutter contre les 





mis nrs AUcnrrM.' 69 

moyens de défense qaè l'abbé^ empKrfëlU'ide'Mftt 
côté. Cependant nous atteinclM&S ti' ÏMt'i'^i 
j'aime à vaincre les grandes diffiAiltérii'MiM^jt 
vous préviens que nous serons' ibrCéS^ bikUttof 
penses extraordinaires; an inspectDUir gédéAI 
s'est chargé lui-même de vempHr ««tMjWiiU 
sion. Il est indispensable qttll ÂCiXirfiftltftnlq 
afin de pouvoir suivre Swjmiil ■'Ja" ( i>iW t "t(H 
n'attend que l'adresse de la ^UWpl^M »h)tlt4M 
retiré cet abbé. Donne2^moN4«Û«<)U"î»4^ -ttf 
nom de cette campagne , ee dU|ft8-ftfoi>^>qu^ 
côté elle est.' M ' ' '^'-i •■'^- l'-'-nh i ■tJntTfi 

II serait difficile de dire ce que voulait luire 
M. de Neuville de cet espionnage sur l'auLé 
Sieyes; quelle utilité en pouvait-il résuller pour 
la cause du roi? Mais ce n'est pas le seul e^em-, 
pie d'aussi fi-îvoles démarches et des dépenses 
qu'elles occasionaicnt ; et puis, M. Dupeyron 
était trop habile agent de police pour ne pas pro- 
fiter de si bonnes occasions de se donner de 
l'importance et de motiver des emplois de fonds 
qui lui devenaient ainsi indispensables. 

Un défaut bien plus grand sans doute , et qui 
a toujours caractérisé ces agences et entreprises, 
sont les exagérations et les fausses idées qu'elles 
présentent dans leurs correspondances. Econ- 




Hê MKHOIUKS HISTOMOVIS 

tiwt celle-ci sur l'état des choMi en FnuM 

répocpM de 41I0Q. « On le plaint plna f ne 

M^» difc-elle , de la rareté du numéiaîra i 

prttend que Ica mena ent doublé depnia 

tS Jwuineirc; let treupea nuroMienl 

Bonepene; e'eei en étranger» un aakilienn» fl 

paieilTeil que lee Vendéena enC d^ MPd 

nnefMiîe 4e l'étal iiijnr de Parie} ( 

greupee ee fmnent (31 nivete en 1 

lei pleeea pnUifnee; Topinien dei 

la police eei que li le roi on ni 

monté à cheral le matin a huit henree» lei 

•iena le seraient jointe a loi avec en 

on cherche k jeter mr le consul Bonepnrie de || 

défaveur , en répendent qull n*e quille rB||pte 

qù^a^rèe la destruction de son emée ; 

le gouYcmement d'accaparer les frvns et 

farines; des cris dlndignation ont accneiiil 

prodamstions de Bonaparte contn 

de la Vendée ; il se prépare un coup d*élel qM 

ne tardera pas k éclater ; Bonaparte viee à le tf» 

rannie la plus entière ; sa chute parait non 

leroent certaine , itiais encore prochaine , i 

hommes qui sent dana b police. Le penpie 

Paris croit assez généralement que la p 

pas lieu tant que durera la forme de 

ment révolutionnaire; b masse infétieniv 




TIRÉS DES ARCHIVES. 6^ 

peuple crie misère, se plaint de rester sans tra- 
vail et invoque l'ancien ordre de choses. Bona* 
parte perd de plus en plus dans Topinion publi- 
que; les honnêtes gens sont indignés des mesuras 
révolutionnaires qu'il a prises contre les dépav* 
teniens insurgés; on rappelle aussi sa conduite à 
Tépoque du trop fameux 13 vendémiaire; les 
conscrits et les réquisitionnaires désertent en 
grand nombre, et on assure qu un régiment de 
dragons est passé a. l'ennemi avec armes et ha« 
gages, etc, etc. • 

Ce n'était pas a écrire de pareilles absurdités 
et mensonges que se bornait la contre-police ; on 
voit, par quelques-unes des pièces sabies, qu'un 
de ses objets était encore de dévaliser les voitu- 
res publiques et de piller les voyageurs. « Dans 
ir la position où nous nous trouvons , dit Dupey- 
« ron , nous ne pouvons faire autre chose que de 

V transmettre des données sur Télat des choses; 
« que pourvoir a notre défense par une surveil- 
r lance active exercée dans l'intérieur du camp 
ce de la police 3 nous ne pouvons que tenter Ten- 
« Icvement des caisses publiques ou des message- 

V ries, fourgons ou courriers de malles qui se- 
« raient porteurs de fonds appartenant à la 
« république ; tout ce qui serait au-delà devien- 
« drait inutile et nuisible aux intérêts de la cause.» 



(i> MFMoir.r^ iif'iTiiRiovr'i 

Ces petite coiip<% de main aaraicnt du rrndre 
Dtipeyron moins f^rognon sur les létineries de 
SCS capitaines; peiit-rtre aii«si que ces messîean 
s'adjugeaient le t«)nt, ce. qui n*étatl pas loTal. 
RrcF, la contre-police était un mnyi'n de fiîre 
fortune comme nii autre. 

On voit aussi que ces messieurs trouvaient bon 
de se faire complices de vols avec violence et 
cflfraclion. «^ J'ai l'honneur de vous annoncer « 
« écrit Uupeyron à ses chefs , que, dans U noiC 
« du samedi au dimanche, il y aura une allaqne 
« contre la maison d*un acquéreur des domaine» 
« nationaux , a trois lieues de P.iris; on ni*a fait 
« espérer que nous y trouverions quelque argent. 
« Je m*empresserai de vous rendre compte dn 
« résultat de la démarche (1). • 

Mais de tous les projets hostiles, on poamic 
dire criminels , s*îls n'étaient point insensés» de 



Ci)Fvlr;tît rlii prorr^-ifcrbal rrlafif U la rrmiw , avi 
(Ili:i|il:i1 . Kmin<rr> • ( Jiamp.if iiy rt Rrune , tir» p i |i éii» I 
cli< /. I«i «Itiitir Anii> -l.4iiii\ Ji-^iiniii , Tnivr M> ri ier. lort àt toa ar* 
rr^tulioii |.;ir Ir tuin'iii^H lirr il'- j ol'f SVrt , 1r : 3 florr»! An S. 

I.rs'Iii* i iii\« f^ ' li.ij î I* . K.inmi-r\ , Rri:nr rt Cluiai 
ni»fnfiir« |>.'ir «rri'it* «If % n n^'.tU |Miiir f-v^mlffifr \r% pi^vr* iAM 
pari*|*lit'r t r!'i-\ f|>ii |Mr.ii?r«i:it ]■% |.1..% iii.p 'rUiiIrt rt r« lairr 
pri'i is l.:-tfri {III )•;!•« .1 .it) .s . inij : iri<- «d'^ Ir litrr «le C^mi- 

f t,jt'09* rt- •'; .f', . ''i-Hir.-ii,- ,■ ],• ',1 ftj'.t Ji' |||^ , an t|. 



TIRES DES AKCaiYES. ^ 

celte contre-police, celui d'organiser une chpiia- 
nerie au sein de la capitale paraîtra sans doute le, 
plus ridicule et les plus impraticable. Comment 
pouvait-on bercer les princes et les amis de la 
monarchie de semblables balivernes? 11 fallait 
supposer qu'ils avaient encore cette naïveté des 
premiers temps de la crise révolutionnaire, alors 
qu'on se flattait de désorganiser l'esprit des ré- 
gimens avec des cris de vive le roi! cris aux- 
quels les va-nu-pieds de la république ripostaient 
si vertement à la baïonnette. Les marquis battus 
n'en avaient pas moins conservé leur outrectii- 
dance de marquis. Ils voyaient toujours de la 
valetaille dans cette nation irritée qui leur avait' 
tant de fois fait sentir ses griffes de lion. 

i< Cette chouanerie serait composée de vingt 
« hommes par section , commandés par un ser- 
« gent, un lieutenant et un capitaine. Les capi- 
« taines correspondraient avec douze colonels 
« établis dans les douze municipalités de Paris. 
« Les colonels rendraient compte a quatre géné- 
^ raux qui se partageraient Paris et ses environs; 
« et les quatre généraux recevraient les ordres 
« d'un commandant en chef , lequel ne pourrait 
« agir que d'après les instructions qu'il tiendrait 
w directement et indirectement du principal 
« agent ou des principaux :i;:;ens du roi Ii Paris. 



JO MCMOIMS HltTORlQlTCS 

«V Le total de la garde s'élèrenît k onze 
« vingi-un hommes. 

« Le but particulier de cette organUalioa 
serait d'établir une excellente contre-police» 
et la destruction des chefs des réTolution* 
naires -, Tembauchagc et la protection des coq* 
scrîts ; Tarrestation des courriers militaires; 
renlèverocnt de quelques émigrés des maiM 
de la commission militaire , a l'effet de pronvcr 
a la faction que , mî^me dans son cpiarticr- 
général, elle n'est point a l'abri des défciict. 
Le but serait enfin de contrecarrer» anUal 
que faire se pourrait, les Tues de la polÎM. 

« Ainsi, le point principal de celle inlîMiM 
serait de faire la petite gaerre en allendal 4e 
frapper un grand coup; ci le gnuid 
devrait su donner que lorsque les dans 
eûstans au sein du Directoire et dee dan 
seils se seraient déclaré la guerre (1). m 

De pareils projeta n'ont fÊM in 
mentaires; il faut connaître à quel point 
de parti est susceptible d'aTeagleoieBt 
peut rêver l'idée d'une organisation 
craindre qu'une indiscrétion se jalio à la 





I.. ihi .|. M» ' \ fon , Il ffmtMt«n' •n T ; ? WfiH siN t t* 



. • 



TIAÉS DES. IMmmKk 'fX 

et faste tomber dbns un giiet«>àpeiistiKis MkiHi 
kéoUes recrutés 8o«b de tels dféj^ealHr; ••[ ^/^ ^^^^ 
Dans une autre lettre du oMUf uièi i^ if' foeylcwa^ 
pUmen taire de Tan 7, Dupejjhron ^a^l el^pdsé 
les opinions des royalistes euv -lespets^ilnetiiii^ 
désireraient avoir à Patis. pour y 'diei{fÉt'4oi 
affaires du roi. u Pour pwulre loé qitaliléo 4^e- 
quises en un seul mot^ envo;fta;«lioits lAi^<4é 
Barentin, qui allie à un nom dislîttgiiiél'éèiM diil 
irértus ! . . . C'est de l'hitérieilr, ajoote^l^ilv^*^^ 
pend le retour k l'ordre monâreliîque j mUtàfûime 
l'intérieur qu'il faut consulter daM tes à êttAmi 
taons è fiiire; et eotnutnt presémlivrilMèii^es 
disposilioM) si ee n'est en AomiftMft fmâ' Êgm» 
subordonné à un chef coHHpe M. de lensbtki^ 
dès individus honorés de la conAafiOe p^K^e, 
tels que les Qoatremère (de Qui^cy), leslo^ul*^ 
dan (des Bouches-du-Rhône), les Royer- Col- 
lard, 6tc. Je dois vous dire que M. Royer-Col- 
lard m'a fait chercher pour me communiquer un 
manuscrit de Fiévée, servant de réponse k la 
proclamation du Directoire, suries dan^rs de la 
patrie. Nous allons le faire imprimer. J'en ai 
parlé k M. le chevalier de Coigny. Dire que cet 
écrit sort de la plume de Fiévée, c'est en faire 
reloge, et sous le rapport des principes et sous 
celtii de la diction. Fiévée a déjà fait une jolie 



^2 MKXOIIIIS 

brochure sur lus évéaenieiu du 18 fnactiiUr et 
du 30 prairial. C'est un homme întérrtsenl •••• 
tons les rapports, courageux « d'un dévoucamit 
à toute épreuve. 11 pourra rendre à la causo ém 
services d'autant plus essentiels qu'il dispose de 
sa section comme moi de la mienne. • 

En eflet , ils en disposaient autant Tuii que 
l'autre; c'est-à-dire qu'ils n'en disposaicol 
du tout. En somme, le conseil de Dupey 
aboutissait a ceci : — Nommea-nous tout de 
vos ministres; c'est évidemment ce quo vow 
pottvea la ire de mieux. 

£a attendant , ils étaient sous le coup de b 
surveilUnce de Fouché , qui s'en jouait ei allen 
deît l'instant de frapper. 

On était encore, sons le gouvernement ém Di- 
ritctoire, partagé, affaibli par la conduite iwpni" 
doute de set membres , quand Dupeyron înMnusit 
ainsi les chefs du parti royaliste ; Tarrivée dt 
Uonaperte on France , après son retour d'E^yplc* 
qu'on apprit à Paris le 14 oct. 1799 i^SK v 
an 8), donna une nouvelle direction mus î 
et une organis:ition i\ la rontre-pohce, telle qv'on 
l'a expukéc au rommcnrcniciit de ce chapiln. 
Lllti entra en uitivilé au mois de nivôse de h 
même annce et dura jusqu'au mois de floréal 
vanl y Min existence iiepuisï ne peut plus se 



TIRÉS DES ARCHIVES. 'jZ 

parer k ce qu'elle ^^était avant; mais', à Tune 
comme à l'autre époque , on citerait difficile- 
ment les services réels qu'elle rendit à la cause 
royale. 

Ce ne fut qu'un rêve qui coûta beaucoup a ceux 
qui prirent de cet opium politique. Il est dou- 
teux qu'en payant plus on en eût obtenu davan- 
tage. Les meilleures stupidités sont encore celles 
qui coûtent le moins. 



CHAPITRE LVI. 



Anecdote mit leCoflOlé rojraHilc. 



A l'époque où cet intrigues se croitftienl 
vrrscmcnt, Merlin de Donay, Iris conir 
pour sa part du rôle sournois que Tabbc de 



MEMOIRES HlStORIQUteS tlR^S BfiS iRGHlVES* ^S 

tesipiiou jottait en France, ilikis tout-k-^fiiit 
sans inquiétude sur la portée ^Ittiagmalion et 
de jugement de ce conspirateur) fit la goçeure 
avec Barras d'ébtenir à jour fite ^ et de Tabbé 
lui-même, tous les secrets dil parti royaliste. 
Le moyen direct, quoique effronté, lui paraîs*- 
sait le plus facile de tous. U paria d'emporter la 
place de front. Barras en doutait; U trouva que 
c'était s'aventurer beaucoup ^ Merlin insista. La 
gageure fut acceptée. On conTÎnt d:'un déjeuner 
splendide, dont tous les frais deraitot être à la 
charge du perdant. On ne trakàît pas autrement 
alors les affaires sérieuses. Xes eeigneurs nieses 
jouent , dit-en , des esclaves en guise de roubles ; 
ici, l'on jouait des têtes et l'on mangeait des 
huîtres. Les grands esécuteurs politiques ont 
d'ailleurs des valets pour ta besogné subalterne ; 
ils ont des incarcérateurs et des bourreaux; et, 
comme ils se dispensent de salir leurs mains , 
ils font le meilleur marché possible de leur 
conscience. 

Pour intermédiaire de l'intrigue a monter, 
Merlin de Douay prit une certaine Amélie de 

B , d'une assez bonne famille de Provence, 

jolie et très dépensière, qui, sous une appa- 
rence de royalisme , servait d'espion depuis 
qucU[ue temps au Directoire. Ces sortes de 
femmes foiumillcnt dans tous les temps. Pour 




7G MKaiUlIlKS NISTOmQUE» 

s'assurer de la fidélité de celle-ci , oa proinîc de 
lui compter autant d'argent qu'elle en soatîrc- 
raît aux dupes de la faction. Elle avait de reaphi» 
elle ne se montra que plus âpre a U curée. 
On lui laissa cartes blanches sur cette coavca- 
tion. 

Le lendemain même, Amélie de B.... ae pié- 
sentc chez l'abbé de Montesquiou et soUîcîle «m 
audience particulière. Une fois en t£le-é-4êiB« 
et personne ne devant intervenir , car elle pria 
l'abbé d'en donner l'ordre, après un pot d'hé- 
sitation , elle tombe ans pieds de l'ec 
philosophe et lui demande au préalable 
dulgencc et son pardon pour ce qu'elle va Inî m- 
vcler. L'abbc, naturellement galantîn, a* 
de voir une jolie femme à ses pieds; il s* 
de ses sanglots et cherche à lui rendre dm 
rage. U craint peutnitre qu'elle ne prenne an 
rieux son caractère de prêtre» et ne 
que pour lui demander l'absolution. 

— 11 n'y a pas assez de mépris pour 
monsieur I lui dit cette pénitente avec 
duiiblemcnl de larmes} Tindulgence dont j*j 
il \ou.s pn'suiucr capable ne saurait, si gran^ 
qu'elle suit, me rôle v or a mes propres yeux, à 
moins f|uc nu dégradation même ne m*aîde il 
fa\(>n!»cr le triomphe de la bonne cause. Le n 
que je porte , et qu'ont tant honore me» p 



TIRÉS DtS ARCttrV^KS. 77 

est aujourd'hui mon seul moyen de retour à la 

vertu , pour peu que vous consentiez a me ten- 
dre la main en m'honorant a votre tour de quel- 
que pitié. 

Ce début déconcerta quelque peu Tabbé, qui, 
d'après le luxe de la dame, croyait voir une con- 
tradiction entre sa toilette et ses paroles. Un 
moment il pensa qu'elle se bornerait h lui de- 
mander un secours pécuniaire. Il l'engagea d'un 
geste à continuer , mais en ayant l'air de ne rien 
comprendre k cet éclat de royalfeme. 11 se garda 
bien d'en faire parade pour son propre compte. 

— En quittant la France , reprit-elle , ma fa- 
mille dénoncée, poursuivie, suspectée, m'a laissée 
aux soins d'une ancienne femme de confiance, 
l'honneur et le courage même , dont les tendres 
empressemens et le dévouement sans borne de- 
vaient me préserver des soucis et des douleurs 
de ces temps de trouble. Par malheur, cette gé- 
néreuse et loyale amie n'a pu survivre aux hor- 
reurs qui nous entouraient. Ces indignités Font 
fait mourir à petit feu ; je l'ai vue s'éteindre 
entre mes bras, sans être en mesure de correspon- 
dre avec les débris d'une triste famille décimée 
par Tcchafaud et ruinée par les confiscations ; 
des secours m'ont été promis, qui ne sont pas 
venus. Que pouvait flevenir une orpheline sans 



J& Bfiiiouiss niSTOHi^ns 

expérience? Oh! monsieur, tous no 
pour sûr quand tous saorex tout!... 

Eflcctivement , le front de l'abbé se pUssaîl de 
plus en plus, car de tels aTeus, quoique entt* 
loppés de réticence , étaient assez significatif. 

— Croyez, monsieur, continua la belle éplorto, 
que je me juge plus sévèrement pent-ilre qps 
personne. Mais il ne s*agit pas de moi ; et qalm* 
porte après tout qu'une misérable créalaR de 
plus grossisse les rangs de ces lemaMa fui iwi- 
gisseiit encore après ea avoir perda le dnii»- 
Des suggestions infâmes ont obsédé ma WÊUkf^ 
J ai ployé sans m'aboser sur ma fiuate, olltftr* 
deau de mon ignominie est Toon me c 
plus en plus sous un hixe que je déteile p 
je le dois aux plus ardens persécuteurs de 
ce qui luisait le culte de mes nobles et 
rcux parcus. Si bas que je sois tombée « je ■• 
rends encore nue justice. Je n*ai su U pro fa ii 
dcur de Tabime où je tombais qu'après 
Une femme indigne m'a Tendue, par 
sans doute , sans me dire le nom de 1 
entre les bras duquel je fcrmaU les yemu 
tout ; maudisM^x-mui, jetez-moi la pierre. Je MS 
la maîtresse , monsieur , du directeur de h 
police. 

1/abbé do Montesquieu prit un Tisage freîd. 



— Et quel service attendez -tous de moi? 

•rr-- Je n'en prétende aucun , monsieur j je n'en 
mérite pas. Je viens au contraire m'huipilîer et 
me sacrifier devant tous^ Je ne tous demande 
que de m'entendre et de ne pas m'abandonner 
au désespoir. Eh bien! vice ou malheuTt entraî- 
nement ou inexpérience , de qiif Ique n$m q^% 
vous plaise de nommer pion sort , sa^ insi^ t^r 
sur ce qui est a^cconipli, ^r upe (açbe %^ je HK 
puis effacer de mQn ftwat , mêoie au piria^n}^ mon 
sang, puisqifç l'homme auqu^ on i9'filrvi#§ w'^P^t 
€Oi^nu , et cherche ^ 91e retenir d^p^s jppn i^vi» 
lissement en m'environnant à de^^ei^ àp ^Ml** 
ques égards ; disposez de moi pour Q0^9 f aint^ 
cause , pour les services que je pourrai vous ren- 
dre , pour tout ce que vous voudrez. Si je suis iii-^ 
capable de vous dire a quoi je puis vous être ulile^ 
c'est a vous de me le dire. Il m'a semblé que c'était 
une expiation qui serait reçue. Cela seul, vousde* 
vez le comprendre, me fera rentrer en grâce auprès 
de ma famille , et j'ai besoin de me soustraire à 
la malédiction si méritée des miens en faisant 
tourner au profit de vos efforts pour le rétablis- 
sement de nos rois sur le trône l'abjection deplo- 
rable où je me trouve. 




Se M^Momtt iiiflTORrQUffs 

L'abbé restait toujours impénélnUe et 
cicui. Il attendait pour satoir ce qu'il 
Liire. 

— Ali ! j'oubliais ! dit tout à coup Fétnagc 
solliciteuse. 

Kt , sons la doublure de soie de saléTite, AméKt 
de 11... tira de son sein un petit papier 
de cbiflres qu'elle traduisit. C'était «ne 
mandation que l'oncle de la triste orpbelnw , 
ce moment avec les princes , avait cro 
de lui faire parvenir, après la mort de h 
de confiance, pour qu'elle obtînt dei 
auprès de leurs communs amis. Le noai de M. de 
Montesquiou s'y trouvait mêlé dans 
parmi beaucoup d'autres , avec des desni*! 
très significatifs. 

— Ceci m'est arrivé trop tard , reprit-cVe , et 
dans le moment oii je ne me sentau plw dHv la 
position de m'en faire un titre ii voe 
Peut-être, en regrettant mon malheur , n'i 
je jamais eu le courage de me présenter ici ; 
j'aurais certainement évité votre mépris par 
silence. Mais des rapports secrets, qQeSottia(li 
directeur de la police) a laissés, ce matin 
traîner chez moi , m'ayant appris que l'on 
lait très activement plusieurs de ceux dont 
oncle ni*avnit envoyé li*s noms, j'ai coroprii« 




TIRÉS DES ARCHIVES. 8l 

> * 

monsieur, qu'au risque de m'incliner devant des 
humiliations sans nombre , il fallait vous en aver- 
tir à tout prix. Ce sont vos amis , ce sont les amis 
de ma famille. On peut les surprendre : on l'es- 
père. Je n'ai consulté que mes frayeurs. Rien 
n'est plus facile que de s'assurer de cette surveil- 
lance; car, vu le peu de temps écoulé ei^tre la 
dénonciation que les agens de mon protecteur 
ont faite , et celle que je viens voi|s faire, les 
hommes chargés de ce soin, ne sont pas en me- 
sure de se douter que vous puissiez mainte- 
nant les surveiller eux-mêmes. On peut les dé- 
router; vous le devez ! je n'ai vu que çeja. Véjri- 
fiez ce fait, et vous serez en mesura 46 me croire. 
Votre rigueur pour moi cessera sans doute. a|9rs 
d'avoir tant d'amertume dans ses formes. Je ne 
vous demande pas votre estime; la sincérité de 
mon aveu doit m'ôter a cet égard le moindre es- 
poir. 

L'abbé, persuadé dès lors de celte fable , a la- 
quelle rien ne manquait, depuis le désespoir jus- 
qu'aux preuves écrites, vit tout d'un coup l'im- 
mense, parti que l'on pouvait tirer de ces re- 
jnnords, et les facilités nombreuses d'actions que 
lui présentait, pour nouer des intrigues nouvelles, 
vin auxiliaire engagé dans le camp ennemi. Toute- 
fois le revirement se fit dans ses manières par des 

IV. c 




Ma nsfoiRis iirroRKiijEs 

niumces d*une délicaletse inBiiie. Afantde 
cher résolument du politique « il cml 
trancher du capucin ; et , tans s'élerer conin ki 
larmes de la paurre enfant « car il devenait cos- 
Tenable de tenir un si iriolent repentir ca ha- 
leine, il se mit k réfléchir que cette n aodeg — 
prostituée de Jéricho pourrait effectiTCOMBl Hm 
fort utile au peuple de IKeu. L'émditioo hihBfw 
oflre des exemples et des moyens de totéraafc I 
en Tint tout doucement k réqmraleal 
cpnclosion par un discours des plus 
sur les corruptions de la chair et s 
denr qu'il peut y sToir dans une 
courageuse aux tortures de Popprobre, 
s*agit des intérêts sacrés dn trène et de Ti 
Sim intention n*étant pas qu'Amélie do %.... , 
qui sentait trop tî? ement la bassesse 
retint brusquement k résipiscence. 
Bref, son front s'éclaircit; lIioauD 
succéda au cagot ; le ton de la galaatcrio ] 
place de l'ascétisme ; une rirt cordiaKli 
Mit. S'il ne donna pas des renseigni 
rects , ceux dont il mit la maîtresse de Solâa h 
même de s'enquérir pour le compte dnyarti» 
pouvaient guider les habiles de la police enr k 
Toie et montrer le sillon que la contre pefco 
royale traçait. Au bout d*une conférence de 






TIRES DES ARCHIVES. 85 

quatre heures, Amélie de B.... rentrait chez son 
amant , munie de toutes les instructions néces- 
saires pour surprendre les sécrété dé la réptr- 
blique; et, comme on ne s'arrête pas à itimtifi 
chemin, la chronique prétend que le diplo- 
mate acheva Téducatién de sa dévouée Com- 
plice par des conseils mystérieux sur Tart dé 
bien choisir le bon moment lorsqu'il s'agit de 
rendre indiscrets les hommes d'état dans les 
doux abandons du tete-'à^tête. En fidèle servi- 
teur de la monarchie, i'abbé dé Montesiquibti 
devait aller jusque-là. Sanchez permet démon- 
trer le nu sous la gaze quand il s'agit dé sdlfi- 
citer pour un proêès : proportion gardée , son 
disciple devait permettre bien davantage. 

Cette intrigue de Merlin de Douay ne fut con- 
nue que par l'événement et fort tard; elle dura 
dix-huit mois. Amélie de B — ,qui, suivant une 
convenlion faite avec Tabbé, n'eut de rapports 
qu'avec lui seul , tint les fils de beaucoup d'in- 
trigues, plus prudente d'ailleurs qu'on ne l'ima- 
gine, et que ne le diront, s'ils écrivent l'histoire , 
les gens qui s'en mêlèrent. L'esprit d'intrigue 
est moins a redouter que les passions rudes et 
aveugles de la multitude. La Vendée, avec ses 
recrues de paysans , ses crucifix , ses prêtres- 
soldats, son manque d'armes qui faisait que tout 



devenait une arme; la Vendée inspirait pku de 
craintes au Directoire que ces petits tripotages 
parisiens que l'on 'croisait et qu'on déconccr* 
tait , comme en se jouant » par des manœuvres 
du même genre. Quelques légers services abu- 
sèrent ces fous diplomates sur riiabiletc dcsqack 
la royauté se reposait. Au 18 brumaire , Tabbé 
de Montesquiou, put voir a vif sa duperie et 
compter avec d^pit les fonds que sa belle péni- 
tente avait prélevés sur la masse royaliste. Bams 
paya gaiement son pari. Le trait le plus iosperlft- 
nent de cette mystification fut dans la préeeaei 
à ce déjeuner du marquis Qermont de Gale- 
raude, complice de Tabbé de MontesqoiiNiv 
qui , pour sa part « se flattait de cacher 
blement son jeu en irayant avec les hahitaas da 
Luxembourg. Merlin de Uouay n'en eut dooc 
le démenti. * 

La crédulité des partis est toujours et 
la même. Un ne peut la comparer qsli 
des pauvres diables qui se ruinent b la 
et qui depuis le jour de la mise jusqali ccbn 4m 
tirage, rrvcnt des millions, des joies et ilea 
cités incomparables , au risque de se prt 
nécessaire à rclTet de poursuivre la 
de Teurs châteaux en Espagne sur de nottv< 
frais lécs t:ouvrrn«*mens. on ne saurait trop 



TIRÉS DES ARCHIVES. 85 ^ 

dire, ne périssent pas de leurs ennemis /ils 
périssent de leurs fautes. A lai vérité , les spécif- 
lateurs sont intéressés a soutenir et à répatidtie 
le contraire. On fait commerce de conspiflitîafas 
comme de toute autre chose. t ^ '*« j 

A la même époque , une manière de chéiiipati 
de la garde du Directoire, nommé Dutour, man- 
geur déterminé, toujours aux expédiens, homme 
sans scrupule, quoique vrai patriote, sorte de 
Figaro républicain , alla trouver Tun de ses che& 
pour lui demander résolument une haute-paita, 
prétention qui sembla fort exorbitante defaa 
part, et dont le chef se moqua ^''la demande était 
insolite et inadmissible , de sa part surtout. 
A Très bien I lui dit alors Du tour ; mais puisqu'il 
n'y a rien a frire avec la république et que je 
ne veux pas me laisser mourir de faim , on ne ' 
s'étonnera pas si je fais un quart de conversion 
pour m'arranger avec les royalistes. » Ce propos 
offrait quelque chose de leste et de Suspect 
• qu'on le pressa d'expliquer, c'est ce qu'il vou- 
lait; il le dit avec son eifronlcrie naturelle. 11 
s'agissait, pour Dulour, de se mettre en rapport, 
par le moyen d'un tiers, avec%n certain che- 
valier d'Antibes, résidant alors a Paris sous le 
nom romanesque de Blondel, vrai cerveau fêlé, 
dont il suffisait de flatter les espérances royalislCvS 



TIRÉS DES ARCHIVES. 8^ 

, t ■ p ,■ . » » ' ■ . 

sécf dans toutes ces sornettes et se crut a la tête 
d'ui^e contre -révolution. Il n'éûit pa9 ri^e 
per^Qpnellement ; mais sa qi^idité de principal 
^gent de Tabbé de Montesquiçif lui donnait .1^ 
clef de toutes les bourses du parti. La perspec- 
tive d'expédier d'un seul coup les cinq direc- 
teurs k Sa Majesté Louis XVIII au-delà du dé- 
troit , en preuve de la facilité que présentait le 
rétablissement de la monarchie ; cette perspec- 
tiye échauffa les imaginations des complices ; on 
se promit de favoriser les projets du rayalisie 
Dutour. En un cUn-d'œil les cotisations furent 
versées j Dutour en eipploya la majeure portion, 
et mena dès ce moment un beau train de vie* 
Près de 40,000 fr. étaient disparus de cette façon 
dans le gouffre de ses fredaines et de ses bom- 
bances , et la crédulité des bailleurs de fonds ne 
semblait pas a bout de ses sacrifices, lorsqu'une 
fausse démarche du Directoire fit naître enfin 
la défiance parmi les conjurés et livra le secret 
de la jonglerie. Blondel , au désespoir, finit par 
où il aurait dû commencer, par s'informer de 
ce que c'était que ce Dutour. On acquit la cer- 
titude que ce n'était qu'un hardi charlatan, 
percé de tous les côtés , d'un front d'airain, 
d'un estomac insatiable, et plus soucieux de 
vexer les royalistes (jue de leur faire la courle- 



88 MEMOIRES HISTORIQUES TIRES OEt AftCMITtib 

échelle. Ce nouveau mécompte les affligea sans 
les désoler. Quant â ce Dutour , il fat très clu- 
grin d*aYoir perdu ses entreteneurt ; mais la 
connaissance qu'il avait faite de la phpart des 
mat-intentionnés , lui facilita des prMBolioBs 
rapides dans les rangs de la police poKtiqne. 



CHAPITRE LVII. 



Dciails historiques sur rilôtel-dc-Vi1lci son antiquité* -— Orgaui- 
salion , poufoirs, juridiction et police du bureau de irille et du 
prévôt des marchands. — Forme d'élection des échevins de 
>il!r. — Ccrcmonie du serment prêté au roi par les cchcTins 

nouvellement élus. — Keveaus cL officiers du corps de ville. 
— iSoinbrc des prévôts di s marchands, flepuis leur orighic jus- 
qu'à M. de Flessellcs. — Récit de la mort tragique de ce dernier, 
au i4 juillet 1789. 



A l'époque où l'aigle des Romains déploya ses 
ailes conquérantes dans les Gaules, il existait 
une administration municipale sur Tembryon de 




go MicMoiiiES ai&ToaiQtts 

territoirequi devinti anse développant, kCvjw de 
la cÎTtlitation française. Des recherches savantes 
ont mis en évidence qu'après l'envahisumsiit dm 
pays par les Francs , il se fit peu de osodifica- 
lions notables dans le régime poUtiqna ém 
grandes villes. Les nouveaux nuitrea du tcni- 
toire laissèrent subsister la plus essentieUe partie 
* de cette organisation. 

Sous les Romains , diaque ^e un 
dérable avait un sénat, des ■■f^mhiéas om 
seils de ville, et des magistrats qu'on appelaîl loi 
défen$eur$ de la eiié', ils étaient chargea de 
tenir les droits des habitans contrc lea 
des gouverneurs des provinces; ib 
les commerrans, ordonnaient et 
dépenses communes. Ces défimseara 
dinairement tirés a Paris des corps dea 
association de marchands qui laisaioBlf 
tcinps-la, le commerce par la Seine et les 
aflluentes. 

Les inscriptions trouvées pendant le 

iniirs 1711 , en creusant la terre sons lo 

de Notrc-Uame , pour rétabltucment dn ca 

<ic iicpulture des arches t'ques, nous apprvn 

(jiie sous Tibcrc la compagnie des naiilci 

$iaci^ comme porte une de ces inscrip 

rl4*\a un autel .-i Iv(us, à Jupiter , a Vulcain t h 
li.ihlor et Pulhu. Il e»l !i présumer que les aMr* 





TIRÉS DES AAGHIYBS. Ol 

il.', ^^ I 

catêTês uqumpariiiaei dont il est piyrlé dan» quel- 
ques actes du règoe de Louis-le-Grbs «t deL0aifr- 
le*JeuAe aTaient succédé i sous un autre nom, à 
ces anciens commerçans» et (^'fl' ne Êiut pas 
ehércher ailleurs Tori^ne du corps municipal, 
dont le chef portait le nom^ d9 priêôt des mar-- 
dumds; ils avaient, en effefei la pEOlîce de la navi- 
gation des iparchandises qui viennent pjar eau^ 
il était naturel que leur chef 'reçut le titre de 
l^révot des marchands. 

' On ignore où ce corps db viUe ; s'asiiemblait 
60US la première et la secondé iteces des ifois de 
France; on le voit, au cpmmencemeiit de la 
troisième race,, établi dans une maison de la Val* 
U^ d0 Ijtisèrt ^ c^ui^ esl^ deveniM depuis le marché 
^ la volaille, et que l'on appelait la Vallée^ rempla* 
cée aujourd'hui par un marché couvert. Ce lieu 
d'assemblée s'appelait Maison df la marchandise; 
il fut ensuite transféré au parloir aux bourgeois^ 
près du grand Châtelet, maintenant abattu, et 
plus tard dans un autre parloir aux bourgeois^ 
placé dans une tour de renceiiile de Paris, près 
des Jacobins de la rue Saint- Jacques (1). Les 
officiers tirés du corps des mercatores aquœ pari- 
siaci furent , sous le règne de Philippe-le-Hardi , 

(O^c mol parloir signifie tout l)Oiiiirrncnt un lieu où Ton parir, 
"M i'ou tient bourse ; le nom s'en est conservé dans les convcns , 

'-> piiHiUb, l'.-s hôpitaux. 






^1 MEMOmU HISTORIQCIS 

en 1274, qualifiés de prévài des mmttl 
iehêviu de U «îUe éê Paru. Dès Ion le corp ■»• 
nicipal prit de la contistanee et une orgiaiii 
lion. En 1337, il acfaeU U Mai$m éê Gf*tf, mk 
trement la Maitùh oiur pUiên^ déâgnés mm ce 
nom parce qu*une mite de piliers la 
comme la Mawm dêi m/Jmi 61mi , aloM 
et contigQë k rHôtel-de-ViUe. Sur Vi 
ment de cette maÎMn de Grève el^de 
antres, on commença de bâtir rHôtrf d> VÊk 
en 1553 ; cet hôtel fut acheré ea IfBK, m«s le 
règne de Henri IV , dont la statno éqvartn ss 
voit en bas-relief au-dessus de la p«tto dTe» 
trée(1). 

En 1789, à Tépoque de sa soppnsBM, b 
corps de TÎUe de Paris était compoif #1 
dignitaires, d*officiers civils » dToflcM 
daires et d officiers militairM; il a^ûl 
diction, des revenus, des chargM b 
des formes d'élection et un cérémonid 
liers. 

Je rrois devoir eiitreiT dans quelqvM 




(0 l^ethomniMdeçS, prmUntlcurrèfDcavaltalMilV* 
iM^-itflicf , ils imagliMienl effacer U royauU de IftitinÉff m# 
Iriiis^iil Ifi ftUiucft iU'^ rois; viliiic tl«»iil il» otil Jutiné Tf**?*' 
j ! «Il ^ MjGcr«%riiii . «t }iir Vf honiMiv^ •!•■ |«an wat ï^i iAi »*• 
•■•iiv li» If «{iinrt. 



TIRÉS DES ARCHirSS. 9$ 

en prenant pour guide un pr^cif autjientique, 
dressé par le bureau de ville en IT^S. 

«r Les officiers dignitaires étaient le gouverneur 
de la ville de Paris , nommé par le roi, le lieute- 
nant au gouvernement , office dont la finance 
avait été réglée par l'édit de création; ces creux 
dignitaires faisaient partie du corps de ville. 

•r Les officiers civils se composaient d'un pré- 
vôt des marchands , nommé par le roi ; chaque 
prévôté était de deux ans, et assez ordinaire- 
ment ce titulaire prolongeait la durée de ses 
fonctions pendant trois prévôtés. Il donnait des 
audiences publiques chez lui; il était considéré 
comme un magistrat du premier ordre , avec le 
titre de chevalier; il portait dans les cérémonies 
publiques la robe de satin cramoisi (1). 

(( Quatre échevins choisis, savoir : un, parmi 
les quarteniers, et deux, parmi les notables bour- 
geois. Chaque échcvin restait deux ans en place. 
Pour être échevin,il fallait être de Paris; Téche- 
vinage donnait la noblesse. 

« Un procureur et avocat du roi et de la ville ; 
il avait un substitut, un parquet, dans l'Hôtel- 



(i) Dans les Icltres écrite.^ par M. de Sartines à M. Blgnon, pré- 
vôt des marcliinds , à roccasion de rcT^ûnemenl du 3o mai, od 
peut voir avec quelle respectueuse déférence te premier parle à 

celui ri. 



«m MEMomrs nisTôRiQir^ 

fie-Ville, et un secrétaire dont le tra temrnt était 
pavt^ sur la caisse de la ville. 

' Un prrefller en chef; il avait son logement 
dans riirilel-dr-Villc. 

V l'n In-sorier, rcccvnir cénéral des dont et 
octjbis <lc la ville ; cet oflice exigeait un caution- 
nement d'un million. 

« ilc% huit personnes composaient ce qu'on 
appelait le bureau de ville. On y traitait les af- 
r-iirr» courantes, parliculi^ros et secrètes; on y 
jii^c.tit, Mir rapport, des affaires mises en déli- 
béré; on y répondait aux plicets, demandes et 
rcqiirlcs. Le greffier et le receveur, qui n\ 
avaient eu d'abord que voix consultative, ûm- 
rt'iit par y avoir voix délibérative. 

■ Le corps de ville était en outre compilé : 

« De vingt-six consrillers de ville dont sene 
étaient de notables bourgeois qui parvenaient k 
récnevînage , et les dix autres étaient roembra 
des cours souveraines et n'y parvenaient jamak; 

Ht* seize quarteniers : ce nombre était aÏMÎ 
lixé parce que Paris n'ayant ^ié long-temp* dî« 
visé qu'rn sei/.e quartiers, on avait %oalu qv^i 
s't*ii (roiivfit un dans rhj(]ue quartier. Ces oC* 
( t's t'taii'nt achetés par dt* notables bourgeois et 
jouissaient de difTérens privilr};es. 

* licsi seize conseiller:» bourgeois et les leB 



TIRES DES ARCHIVES. 95 

q^arUni^r9 pajPf«naient alternadycs^pnl à |'éçl^e- 
vinage ; on y faisait aussi arriver aai||is^ ^^|f«r~ 
geois qui n'épient point pourvus a office , fnais 
qui étaient compris dans une liste de notables 
que les conseillers et quarteniers dressaient, après 
avoir pris sur leur compte les plus scrupu- 
leuses informations. 

« Ces conseillers et quarteniers réunp^^x huit 

meipabres du bura^u 4? ^}H^, ^9^P^lff9'%^^ ^^' 
ml général de la vUk. ^ ^ .. 

a On comptait ^«cofe dea officierp secon- 
à^fis qui j^'en fyimt^^ pmnt paciûi» savoir: 
i|oûante.<mati9 m9»a»'imm k raison 4e quatre 
dans chacun 4^ smo ^ uairticn. 

_ ^ ré 

1 11 y avait en outre un colonel dés j^des d,e 
la ville , un lieutenant^colonel , un major , un 
aide-major, quatre compagnies de soixante- 
douze hommes chacune y une musique composée 
de plusieurs tambours, haut-bois, trompettes et 
un timballier. 

tf Le traitement du gouverneur était de 
55,000 francs. Le prévôt des march^ifids , les 
quatre échevins , le procureur-avocat du roi de 
la \ille , le greffier et le receveur se distribuaient 
à litre de droits honoraires une somme qui fut 
d'abord de 180,000 francs qu'ils étaient autori- 
sés a prélever sur la caisse de la ville , mais qui 



96 MCMOIREI HtSTORlQVtt 

par une déclaration du 25 avril 1 783, fui réduite 
à 136,380 francs. 

« Pour procéder aux élections des membres 
sortans » le conseil général de la ville s'assembUc 
tous les ans dans la grande salle de lliôtel, b 
16 août; on y procédait h rélection de deux 
nouveaux échevins» en remplacement de 
qui avaient fait leur temps. 

• L'assemblée , après avoir entendu h 
du Saint-Esprit dans la chapelle , commwirait 
par élire quatre scrutateurs, un pour le roi tcTélMl 
ordinairement un officier marquant 1 
cature; un pour les conseillers de ^e, 
parmi les conseillers ; un pour les 
choisi parmi eux ; enfin, un pour les 
choisi parmi les notables bouif eois , 
étaient mandés de chaque quartier , 
ter et procéder a l'élection. 

• Les scrutateurs, après avoir prêté 
procédaient au dépouillement du scmlis (1) • el 
les deux candidats qui avaient obtenu la 
rite des suffrages étaient nommés et 
pubhquement échevins. Le procès-verbal i 
lection était présenté au roi. 

■ Le prévôt des marchands écrivait au 






(0 Chaque bitlMindr^Bil |>orirr drui iit»m« , un 
^rbcvln à rlirr. 



j 



TIRES DES AHCHIYES.c^ g^ 

verneur de Paris et au ministre fow leur amloilri 
cer celte nomination, et prier en giAaie Umy le^ 
ministre de demander au roi lé jènr qu'il plai* i 
raità Sa Majesté de choisir poui^ reee%6ir !• MfWi 
ment des deux nouveaux échevins* 

« Le jour ayant été indiqiiéy lé-eomps df lîUé^ 
se rendait k Versailles dans cinq voîtiirea, doMt 
deux à six chevaux et trois k quatre. Le i{orps4e'i 
ville était introduit dans la salle du ci#i»seU»p#iin} 
y attendre les ovdres du roi. Lf) auiib^«dM;cé«é^;i 
monies venait ep^uit^ le chtpobéSfr. h^ poiïl§ >ii<\^. 
la chambre du roi étant ouyerti»» 4ii^ wmciliçrà^) 
la ville de Paris, et le goùveriieiii:!. qui y.yéiili%f 
déjà, venait aurdevant du ç^M^p^ de viU|9tQ|;4#) 
présentait. - tr»,. 

« Le roi était assis dans un faUtelul; la tlt0^ 
couverte , environné des princes et seigneurs de 
la cour. 

•f Après les trois révérences d'usage , le corps 
de \illc s'approchait et mettait un genou en 
terre. Le scrutateur royal, placé devant le roi, lui 
adressait un discours analogue a la circon- 
stance (1), et lui présentait le scrutin. Le roi 



(i) G'éuit , comme on le pense bien , un discours \raiment offi- 
ciel , bouisouflé de vcnl, plein de rien, \érilable remplissage 
crrtiqneUf. Toute innovniion sur ce point nurait paru scandii- 
louse. Dans Its discour» f.nts au scrnlin , rr«prit de la majorité se 
met toujours en reli«.*f. 




^ MF.MOniU HItTOKIQUI» 

faisait niM très courte réponte , prenait le 
tin et le remettait an ministre chargé an 
tement de Paris , qui se tronvail k sa droile. Le 
ministre déoacketait le paquet et en fiûaait 
iure a haute vois. Dans ce moment, le 
de h ^lle plaçait sur le genen 4lu fi le cracifi 
snr lequel les ilci)i éche^ns élna devnient 
leurs inaina pour prêter le serment ; nlnn le 
mier oemmis^grefier présentait an mi 
li^re des ordonnances , contenant In 
serment et en faisait lecture, aprèeqnel, 
cun des élus disait y# If jurs. Enanitn In nnsfo 4e 
Tille se retirait avec la même rlpjmnnân, Lm 
deux nouTcanx échevins étaient éga 
sentes à la reine , à la famille royale i 
nistère de Faris, qui sentent invitait le 
ville 11 dîner. 

c Les revenus de la ville étaient pen 
rablcs en comparaison de son împnrtBnee; 3i 
consistaient en droits qu'elle préleveh, 
légers et redevances. 

• Elle était chargée de rillumination, 
tien du pavé et arrosement des koulevnrtay ^b 
réparation des maisons de son domaine«d 
fontaines, égouts, port«, qusi^ ef pompes 
bateaux pour les iiirendics; en outre, chargfs 
du paiement des rentes constituées sur son 
maine «*t sur Télat ; des pensions par elle 



TIRES DES AKGH1YES. 99 

dées dont les fonds étaient fixés et autoriség par 
le gouvernement; enfin des frais de son adm^ 
nistratîon et de ceut de l'Opéra. » 

L'Hôtel -de- Ville offrait donc, même alors, 
quelques vestiges d*un corps politique, jadis puis^ 
sant; il avait conservé des formes» des pr<ï*o- 
gatives, des usages popp)air^3 qui v^pdaient 
les anciennes comoiun^s, 

Les Mémoirçs ^a c^rdjp^l dç ÏVeU e\ J'Hj^liÇfre 
de la Fronde font assez connaître à quel point 
l'organisation politique du corps de ville de Paria 
pouvait favoriser les faction^ contre la cpiir f^t l^ 
ministres qui , n'osant s'attaquer aux privilèges 
de ce corps , se voyaient obligés de les respectera. 
Dans les temps ordinaires , les assen^blées 4tB 1^ 
ville et les pouvoirs des membres qui les com^^ 
posaient n'avaient rien de remarquable ou d'in- 
quiétant pour l'autorité royale; mais, aux épo- 
ques d'ébuUition , quand les partis se faisaient 
des menaces, ces pouvoirs devenaient un appui. 
Celte assemblée se métamorphosait en centre 
d'action pour les factieux déjà puissans, qui sa- 
vaient mettre l'Hôtel-deVille dans leurs intérêts. 
Le peuple y voyait une protection à laquelle se 
joignit plus d'une fois celle du Parlement. 

La municipalité de Paris n'offre plus aujour- 
d'hui (|u\m corps administratif soumis h l'auto- 
rité du minislcrc. 



Dans les crrémonios où le corps de ville 
chail avec les cours souTcraines, il prenait b 
patiche clii Parlement ; il r*l«iît rs^alenient à iranckc 
(lu lieulenaiit de police lorscprils marcliaient es- 
semble. 

Tous les an« , le corpsi de \ille, ^ur llnvitatioii 
des ehmoaliêrg de Varquebu$e , assistait an tir de Taî- 
$fau, et donnait le prix au vainqueur (1). 

Lors dr l'inauguration d'un monument on cTane 




(i) l.eft chetalicrs Jo Tarqurbuir avilofil été étal4« 
ordoniiincP% des ruii. H joui^viknt Je pluiieuri pHviUfci. 
rèfoc de I^uls-le-iirot. >alnt-I.AiiUSxa h- ncNnbrt 
k cent quatre- vioKt» ; Lharlr» , dauphiu , le» p«rta è 
en I'«|ikeiici* du roi Jean , son \tvre ; (Uiar'et VI 
pri«ll^«^ et fn ajouta d*autrci^ ; il» furent , dant U 
veau CDnSrtnés par l^wli XI et Chirtri Vm. lU 
vcrars époque* , df\ ni.'«rqui « de I» proicctioa de 
Liiuift XIII, dr LouU M\ , ilr Limiu X\ et de Louât XTU 

IjTiir^ lircvrl» flairni tliini^ par Te irou^rriievr é 
qui était colunrl de tvttr con'paKnie rorale , dont la 
ordinaire riait le licgc dr U cunnctab^le H 
France. 

Leur uiilformr était rcarlutr . ipiToiiné d'or, a 
re«rrfl dr ^rlciur« bleu , le luutoii dorr, avec a 
lélc m Mutoir, couronné^- 

l\\ éiairnl If nu% dr «^c |H*rfr<tiiiinirr dan« let 
faire* , parer que , *ïnus li>^ ra« urceo« , un lea nundall 
dre lr« urinrft « I f4irr I*' «rr« •!• rn qualité detrtMpe rfifWvw 

t.i>rs4|*i'i* ariMiiif i|i>- i ]■. •'•«l'iifiiirul hrtifrut , Ha a« 

drf*it d'fTMiiyrr d !• j> .ti*. pour o iii)'l tnrnirr le n*! ci !■! 

mander un |»rii m rf-:iiii;«%»t.f •- f|f IV^'^nrfnf iiff. 

1^* dmisiii lir It yUi^ pr.-. fii* 1 1 Sainl-l..-ii4rnil , le caeM éê « 



J 



TIRES DES ARCHIVES. lOI 

publication de la paix , le corps de ville montait 
à cheval, vêtu de son grand uniforme; le gou.- 
verneur de la ville, qui en faisait partie , avait, 
dans celle occasion, le droit de jeter de Pargent 
au peuple. 

C'était le bureau de la ville qui arrêtait le rôle 
de la capitation des habitans de Paris. Le prévôt 
des marchands, commissaire en cette partie, 
rendait les ordonnances de décharges et de mo- 
dérations. 

Depuis Jean Augcr , nommé prévôt des mar- 
chands par le roi Saint -Louis en 1258, jusqu'à 
M. de Flesselles, qui entra en charge en 1789 
et mourut la même année , il y eut cent diz-sept 
prévôts des marchands. 

La fin tragique du dernier doit faire époque 
dans rhisloire de la municipalité de Paris; c'est 
pourquoi je m'y arrclerai , puisqu'en lui ces^a 
loule rancienne administration de Fllôlel-de- 
Villc. 



.'ipport.iit à ct!t<' r{.in['.'ï'4iilt; trois piix »^i,i ètaicnl lires en sa prc- 
svnco ; ils con.s'.st .icr.t cn.icuu ii» une luéfîaillc d'ar^îeiit aux arnie^ 
do la ville de Paris d'uu cùlé , et de l'antie , poilunt la devise sui- 
Tante : 

Equitum scloj)i'.tiv io viclon pn/num /n (Uf/iiur/i uih^ pni'bct. 
I ) jiiillul 1789 [Ji'ui' 'e i!!jiiiUcu de l'oiJi'. il^j ircA'L-leiiî i»lii>. 



109 MEMOIRES RISTORIQrLS 

Lonqu'en 1789, les électeurs, qui, d'apris 
une invocation du roi , Tenaient de noBMBer les 
députés des trois ordres aus états - généraom , se 
fiirent rassemblés a Tliôtel-de-Ville pour le rrai- 
placcmcnl des aiitorîlés de police et d*adfliîiiis- 
Iration , renversées par le fait de rinmrrectîoB, 
une députalion se rendit de leur part près 11. de 
Flesselles , prévôt des marchands , poor 
ger a joindre son zèle et ses efforts aux leon , 
le soin de la chose publique. Ce magistrat i^ 
dit et fut accueilli avec de grandes dénoiMlnti 
de satisfaction par la foule immense qv 
la place de Grève et Tintérieur de raôld 
présidence de rassemblée lui fiit offerte 
chef de la municipalité » mais il la 
désir n*ctant d'exercer d*autre autorité 
qui lui serait déférée par les habitant 4e h 
taie : c'était , par une manifestation 
mettre a la disposition du peuple pou 
rir la confiance. Il li ronquit d'emblée. U 
électeurs dit h la multitude présente qoo 11. It 
prcvot (les marchands ne désirait consenreret 
tinuer les fonctions qui lui avaient été 
par le roi que dans le cas oli ses concilotena b 
trouveraient agréable et le confirmeraient éâm 
re« meniez fonctions. Cette confirmation fut dè- 
tiri iiirr «1 nianifc»tri* pjr une acilamation gr« 



iH-r:il 



V 



^TlAfig DES AAGfiAVli^* 1q3 

On forma dès ce moment, ii jtûUiat nu matin;, 
sur la proposition do Mi Ethîs de Gnray, ftta^ 
cureur du roi de la ville ^ CA^^mképèrnUimènt^ 
si célèbre dans l'histoire tuiaidtiieusè de. cette 
époque; il fut cpmposé de treize .éleoteum et 
du bureau de là yille« M. de ïl^^elles en fut 
le président; ii continua de prstfidre le titre de 
pi^évôt des marcbâdds dans les HAbiêihé témM 
permanent fut chargé dâ l'admMiialtaliiMk poronf- 
Bôire et de là direction desr liiouTemeés^ dé^ia 
réTolutioQ qui se buUciféiaioBt alorofviet se ddfl^ 
lopt>aient atec la plus ard^te aMîyité; On, y 
aj^prenait, à ohaifuë instant , lës/sdmea ipÉlidi 
passaient dans la ville; de nomb^reèsea dç Blaod^ 
d'armes et de munitions étâieatiéiitinnelloflàènt 
adressées au eamiii perikanehi, €e f«l €é joué^ik^ 
i 3 juillet , qu'environ sur les une heure après- 
midi M. de FlesseUes déclara spontanément 
au comité et au public présent que M. de Près- 
soles, intéressé dans la manufacture d'armes de 
Charleville , lui avait promis douze mille fusils ; 
on les attendait, ajouta -t -il, d'un moment à 
l'autre. Le même M. de Pressoles avait fait es- 
pérer d'en envoyer encore trente mille sous 
trois ou quatre jours. On ne manqua pas de 
faire part aussitôt de cette nouvelle aux députés 
des soixante districts accourus pour demander 
(les armes : on leur dit, en conséquence, de 



TIAÉS DBS ARGHIYIt. I05 

manent. Les armes promises n'arrivaient point; 
les députations des districts qui les attendaient 
dans un très petit bouge de THôtel-de-Ville , té- 
moignaient avec chaleur de leur méfiance et de 
leurs soupçons contre le prévôt des marchands, 
dont ils disaient que le comité même était com- 
plice. M. de Flesselles répondait à toutes les 
demandes, a toutes les objurgations qu'on lui 
adressait, avec la plus grande appareifce de 
calme. 11 semblait sûr de son dire, et, d'après 
cette assurance, on temporisait encore. Les mi- 
nutes semblaient alors des siècles, et le moindre 
retard ajoutait k l'impatience des esprits. 

Entre cinq et six heures du soir, on annonce 
enfin que plusieurs caisses étiquetées artiUerie 
étaient arrivées dans THôtel-de-Ville. C'étaient, 
disait -on, les armes promises a M. le prévôt 
des marchands par M. de Pressoles. 

Quelles furent la surprise et Tindignalion du 
public et des électeurs, lorsqu'en présence de 
M. Hay, colonel des gardes de la ville, de M. le 
marquis de la Salle, des députés de plusieurs 
districts et d^m nombre considérable de per- 
sonnes impatientes de procéder a la distribution 
de ces armes, les caisses furent ouvertes! Au 
liuu d'y trouver ries moyens de combattre, on 




106 MfcMOIAEÂ HMTOAi^E& 

n'y Irouva que de \îettz linges, des hùÊÊB et 
chandelles, dos chiflbns (1). 

Un cri général de Irahison •'éle%a "^ — ilil 
contre le prévôt des marchanda, cottire I» 
membrea du comité pernummu i et tout ce que Taft 
tenu pour calmer cette fermentalioa lerrihb, 
ne senrit qu'à la rendre plua k craîndr« 
Dès cet instant, la mort du prévAt dea 
chands fut résolue dans le public » et le Fj 
Royal retentit des plus violentée m 
contre lui ; sa perte y fut décidée géi 

Le bruit se répandait en même leaipe ^V | 
avait des fusils dans le couvent des 
dans celui des Célestins. Aussitôt le 
manMl donne un ordre, signé deM.de 
de se transporter dans ces maiaopa 
les annea qu'on y trouverait. On s'y 
l'on n'y trouva rien. La colère du 
porta de nouveau contre le prévôt 





«»■ 



( I ) On lu CHIC iMie mu In» eu proei*- varksl àtâ 
f^it «u ena^lgné. « l/rnifmc de c«t ailticf n'a Jawaii M 
Coinmenl oni-rPr» été rnvoj^ k ritAlrl-de*T|lk?â 
D*uù «enill la noutrlle qu>rc« éuicnt rt«i|illsi 
cp qu'oa n'a pudccoavrir. • 

On acrait fondé à croirv qoe M. de FInidWt a'toil 
|i1ue de cette Indigne myUiftcatiun , al let calMca q«'it ««ail p»- 
ini%i-« de M. de rrcftM>1e% fuMciii am«^« . maka ctlea u*mf^ 

ti'nl pa< 



TIRlfS DSS AMKlTli* (CI7 

chands qu'on accusa d'avoir fait réj^atidf^e éeê 
bruits et signé des ordres potir aniuier le peuple 
el donner le temps aux troupes d's^ii^ contre la 
capitale sans armes. 

Le lendemain, dans la inaiihée, le prieur et 
ie procureur général des dbartrejiz se présen- 
tèrent au comité permanent j conduits par M. Pons 
de Verdu#et Joly. Ce dernier tenait k la main 
Tordre que M. de Flesselles avait donné la veiUe 
au district de Saint-André-déi-Ai^cs ^oûi* aller 
prendre dti ^tthes âUx Ghft^trëut. 11 adressa 
la parole à té tnâgisbat : 

9 
/ 

« Voilà, monsieur, lui dit -il, l'ordre que 
vous avez donné hier au district de Saint«André- 
des-Arcs pour l'autoriser à aller prendre des 
fusils aux Chartreux. Envoyés par ce district, 
M. Pons de Verdun et moi, nous nous sommes 
transportés ce matin au couvent des Chartreux 
avec cinquante hommes. Nous avons sommé 
M. le prieur et M. le procureur général de nous 
délivrer à Tinstant les armes demandées, en leur 
faisant observer que votre ordre ne permettait 
pas de douter de Texistence de ces armes. Ils 
nous ont répondu qu'ils étaient fort étonnés de 
ces ordres; qu'ils n'avaient jatnais eu aucune 
arme dans leur maison; que ces ordres cependant 
les exposaient aux plus grands dangers, en accré- 




io8 

diUiit ce brait qnc 

«n nugiiin ; qae, depuw pli» dr. donic lid^ 

le couTent était iwmpli d'une foule prodii|[ 

de penonnn qai M raccédgicnl, et ijui, dbi 

ellei , ventient chardur le» ^nne* cachéM 

des recherchiM milla fois r^p^t^cs, •( ^ 

vingt patrouiUea dîffilr«htc« dcvuenl «M 

Imo cartiinement, qnll n'y avait u» ■ 

IômI dam lenr coaTent. 

« Sor celte décbntàoot nous 1» avonei^ i 
à nom laivre à IVôtel-de-VUle. et 
Voulex-Toiu bien , moniicitr * notu 
mystère 7 « 

M. le prévôi dei ourclund*, aprti nHl 
plonean m^tt d'embuns cl dl» "^ 
pondit : ■ Je me *ui (msip^ ; jù 

HH. Poni de Verdnn et Joly 
qudqun obeenilione mmc vive* ■ ] 
■ellei MUT nna «unbUbla m^priM , oi lu i 
dèrent 'tt rtponie par écrit , nha, direai 
rendre compte à leur «fistrici de leur ■ 
et comme nécewaire ant^î .iii\ rliartfwa 
Id gariinlir de lâ fureur du pcuiile. ' 

Le privât des iqarchandt leur doaui^ 
ligné de lut , ain^ conçu : ■ I.e* vhartnioi' 
déclaré qu'ils n'avaient Aucune «rme.fel^ ! 
révoque l'ordiii qu'il a douuc Uîcr. « ^ j 



110 MKHOmit HISTORiQCIi 

contre rînquiëlude que cet alUupet ëuîcnl 
certainement bien capables dlnapîrer, rrfnmAii 
avec fermeté et tranquillité que aa conicieooe 
était pure ; qu*il avait rempli set devoirs ^ qnV 
ne demandait pas micuK que deiposersa 
diiite aux yeux de ces concitoyens ; que l'ac 
tion relative à son intimité prétendue avec Is 
prince de Conti était une insigne fausaclé $ qaV 
n*avait vu oe prince que deux fois ean vie , et 
encore dans des oîroonslances fortoîtcs ; q«ï mm 
lui a jamais écrit , et qu*il n'a janui» vm 
seule lettre de lui. 

Un membre du comité pomanent prit 
la parole et s'exprima avec beancoop^ 
sur le crime et les dangers d'une a 
capitale qui n'aurait pour tout fond 
des suppositions , des inductions , des 
quences fausses, d'un fait dont tous les i 
ne pouvaicnl être parfaitement conniia 
multitude. Il ajouta que depuis le nomosi 
M. de Fleaselles était monté la veille à 
de-Ville , oii il avait été confirmé dans la 
de premier administrateur municipal par 
peuple lui - même , il n'avait donné qoc 
preuves de fidélité , ile zèle et de patrioliaaW| 
qu'il nVïtait pas sorti un seul instant de l'Hôlel* 
iIr-\ lUt' ; qu'excepte truis ou quatre heures ém 
la nuit j il n'avait point ccsȎ de travailler avec 





TIRES DES ARCHIVES. 111 

les membres du comité» dé doiinei^, coneui^em^! 
ment avec ehaouli d'eux, tous lés oirdfes néces- 
saires k la défense de la yill^, conti^e les ti^oupes 
dont elle était environnée; qu'en cet état, il 
était bien difficile de concevoir comment M. de 
Flesselles aurait entretenu , sans que peirsonne 
s'en aperçût, des intelligences contraires au 
salut public. 

Ces raisons ne faisaient qu'une faible impres- 
sion sur ceux qui étaient a portée dé iè^ èh'^* 
tendre ; Teur inutilité était encore aecrâe par 
ragitation, le bruit, la fureur, qui irégtïàfièM' 
dans une foule immense répandue^ deés fed 
escaliers, les corridors, les salles de rHéV^-dé^' 
Ville. C'était le moment où on aSsiISgeatt la. 
Bastille et oh continuellement on apportait jus- 
que dans la salle des électeurs ceux qui avaient 
été blessés par le canon de ce château. L'instant 
n'était donc nullement favorable a M. de Fles- 
selles. On venait demander a tout moment des 
munitions , de la poudre dont on savait qu'il y 
avait une assez grande quantité à THôtel-de- 
Ville. Ce fut alors que M. Francolay , un des 
électeurs, s'adressant à IVI. de Flesselles, lui re- 
procha de refuser de la poudre aux soldats- ci- 
toyens qui en avaient si grand besoin ; a quoi 
M. de Flesselles lui répondit de se taire, «Je ne . 
me tairai point , reprit Télecteur ; le temps 




112 MF.Moinrs niSTomQUfs 

presse , et l'on massacre nos frères a k 

J'ai rencontré dans l'escalier un jeune 

qui a eu le bras cassé à celle forteresse et ^ 

pleurait la mort de son camarade tué à wm 

côtés. » 

Le comité permanent était assailli et 
de toutes manières; plusieurs de i 
jugrrent à propos de se rendre dans Ift 
salle des électeurs ; elle était pleine tl*i 
titude agitée de sentimens violens: M. ém 
selles était le principal objet de leurs 
nations. Arrivé lui-même dans cette salle « iL 
persista, malgré les obserfations ém 
du comité qui voulaient l'en empAdiOT 
placer sur l'estrade , tout près de M. 
de Saintp-Méry , qui présidait l'assusUét. 
moment après, on apprend la prise dé la 
tille i les ciels de cette prison d'état sont 
sur le bureau } mais la victoire mêoM, 
'vnint un champ plus large a l'imagîni 
patriotes, exaspérait leurs t£tes, et Teflli 
ne diminuait pas. La nécessité da 
triomphe ajoutait a celle de puriBer In 
permanent pour qu'il lut investi dm ImmÊm h 
confiance et procédât résolument. On 
de trahison, de perfidie, de mancnvrea; 
continuait d accuser et d'interpeller lianli 
M. de Flesselles. Les premiers mots qu'il loi fat 




TIRÉS DES ARCHIVES. II 5*^ 

possible de prononcer au milieu de cet orage 
furent ceux-ci : « Puisque je suis suspect \k mes 
concitoyens, il est indispensable que je me re- 
tire, il II voulut alors descendre de Tesirade ; 
mais plusieurs personnes s'opposèrent a ce mou- 
vement qui l'exposait à devenir l'objet de la 
fureur populaire ; et , pour le moment, il ne 
s'éloigna pas. 

M. deLeuze, un çlcs électeurs, voyant que la 
résolution de M. de Flesselles était de résigner 
ses fonctions, éleva la voix^ et, lui adressant la 
parole, dit : « Vous serez responsable, mon- 
sieur, des malheurs qui vont arriver; vous n'a- 
vez pas encore donné les clefs du magasin de la 
ville où sont ses armes et surtout ses canons. » 

M. de Flesselles, sans répondre, tire les clefs 

de sa poche et les présente à un électeur qui lui- 
même les remet a un autre placé près de lui. 
Dans ce moment, plusieurs personnes se pressent 
autour du bureau et interpellent plus directe- 
ment M. de Flesselles, en lui disant, les uns qu'il 
fallait se saisir de lui et le garder comme otage , 
les autres qu'il allait être conduit en prison au 
Chàtelet. Un certain nombre exigeait qu'il se 
rendît au Palais-Royal pour y être jugé ; toute la 
salle élcctrisée retentit alors de ce seul cri : « Au 
Palais Royal! au Palais-Royal! » iNI, de Flesselles 

IV. 8 



Il4 MKMOIKSI nWTOIll^CtS 

répondît : ff Eh bien ! mesiîcun, aUons aa Pakît- 
Royal. • 

0» crut remarquer en ce moment dans 
iXutê un peu plut de tranquillité ; peut-être 
pénit-îl que cette démarche lai fonmirail une 
occasion do se soustraire à la foudre qui groodait 
suc sa tête. Quelques électeurs, effrayés de u 
témérité» Toulurent l'en détourner par lemn 
instances. L'abbé Fauchet, apr^s lui mtmr dît 
quelques mots en particulier, tenait do parlîr 
pour se rendre au comité du district de 
Roch; il y portait des paroles en Cireur 
M. de Flesselles. Sans attendre le retour de T; 
Fauchct, M. de Flesselles descendit de V 
et traTcrsa la salle; la multitude qui le 
de toutes parts ne lui fit pits la moindre ti 
J'aflurme cette disposition de la foule pour T; 
Tuo. On spéculait encore sur la possibiKlé 
justification ; on le croyait dupe d'un Ims 
p<Hrt dont il aVail éà se réserver le secret, 
on apprit qu'il avait traversé la place do 
suivi de beaucoup de personnes et sans épi 
aucun mauvais traitement; mais un coop éê 
pistolet , que nous entendîmes du miliea 4t la 
salle, parti d'une main inconnue, le renversa 
presque aussitôt par terre au coin du quai Pel- 
letier. 

Les conjectures ne sont pas des preuves qu'es 



.i 



TIRÉS DES ARCHIVES. Il5 

puisse à la légère admettre dans l'histoire; mais 
ne paraît-il pas évident , d'après tout ceci, que 
M. de Flesselles fut tué par un de ses complices? 
liC torrent de Tinsurreclion noya toutes les traces 
de ce mystère dans son passage. 

Le peuple , simple accusateur d'abord , se jeta 
tout aussitôt sur le corps du prévôt des mar- 
chands; la tête de M. de Flesselles, coupée, fut 
placée au bout d'une pique et promenée dans 
Paris avec celle du marquis de Launai , gouver- 
neur de la Bastille, qiji périt le même jour et 
par les mêmes motffs. 

Telle fut la fin du dernier magistrat de Tan- 
cienne municipahté. Tout fut changé; une orga- 
nisation, d'abord provisoire, ensuite définitive, 
fut substituée au corps de ville pour faire place 
un peu plus tard a Tadminislration actuelle de la 
villes de Paris. 

Tout prouve que M. de Flesselles agissait a 
contre-cœur, et par suite de quelques ordres, 
en prenant part h Pinsurrection ; qu'il s était 
mal a propos flatté de saisir quelque circonstance 
opportune pour favoriser les vues de la cour, ou 
du moins pour arrêter la marche des choses , et 
qu'il pensait, pour ce dessein, devoir persévérer 
dans ses fonctions publiques; il n'y trouva que 
la mort avec la réputation d'un traître. 



CHAPITRE LVIII. 



Iiu !^ulciil< cl il' Mr« causr^. 



Le chîiTrt* nnniirl «Iimi siiiriilcs, en quelque 
faron nuriii.'il i*l porî(Kli(|iit* |'arini nous, iir pe«t 
rire consiclrri^ <|iie «'oinme le «vinptùiiie d'an 



MEMOIRES HISTORIQUES TIRES DES ARCHIVES. JII7 

vice constitutif de b société moderne, car àrépo- 
que des disettes et dans les hivers rigoureux, ce 
symptôme est toujours plus manifeste, de même 
qu'il prend un caractère épidémiquèlorsdes haltes 
de l'industrie et quand les banqueroutes te suc- 
cèdent en ricochet. La prostitution et le vol 
grandissent alors dans la même proportion, .^n 
principe, bien que la plus large source du suicide 
découle principalement de la misère » nou^ le 
retrouvons dans toutes les classes, chez les riches 
désœuvrés, comme chez lesartisteset les hommes 
politiques. La diversité des causes qui le motivent 
nous paraît échapper au blâme uniforme let S2|ns 
charité des moralistes. 

Des maladies de consomption, contre les- 
quelles la science actuelle est inerte et insufiisante^ 
des amitiés méconnues, des amours trompés, 
des ambitions qui se découra2;ent, des douleurs 
de famille, une émulation étouffée, le dégoût 
d'une vie monotone, un enthousiasme refoulé 
sur lui-même, sont très certainement des occa- 
sions de suicide pour les natures d'une certaine 
richesse, et l'amour même de la vie, ressort 
énergique de la personnalité, conduit fort sou- 
vent a se débarrasser d'une existence détestable. 

Madame de Staël, qui ressassa beaucoup de 
lieux communs et les réhabilita quelque temps 
dans le plus beau style du monde, s'est atta- 



•• 




ll8 MÈMOinCS aiSTOlUQOES 

chëe à démontrer que le suicide esl one adioa 
contre nature , et que l'on ne sanrait !• regv- 
der comme un acte de courage; elle a swtont 
établi qu'il était plnt digne do lutter coniK le 
désespoir que d'y succomber. De 
raisons aflfectent peu les âmes que le 
accable. Sont -elles religieuses, elle 
sur un meilleur monde ; ne croient-eU< 
au contraire, elles cherchent le repos da néast. 
Les tirades philosophiques n'ont ancua valenr 
k leurs yeui, et sont d'un faible ncovrs daas le 
chagrin. Il est surtout absurde de prétendra 
qu'un acte qui se consomme ai firéqueouBent soit 
un acte contre nature ; le suicide n'est d*i 
manière contre nature, puisque noua en 
journellement les témoins. Ce qui est 
nature n arrive pas. Il est au contraiee de la 
nature de notre société d enfanter beaoeaup de 
suicides ; tandis que les Uerbbres et les Ti 
ne se suicident pas. 'routes les aociétéa 
donc pas les m«^mrs produits ; voilà ce qvH bal 
se dire pour travailler à la réforme de la aôtn, 
et la faire gravir un des échelons supérîaara de 
la destinée du {"enre humain. Quant aa c— raga, 
si Ton pas^e pour en avoir drs que Von brave la 
mort en plein jour et stu* le champ de bataille, 
sous Tempire ilc loulei» le» excitations K*unies, 
rirn ne prouva que Ton vu ma:iqTie néro»sairr- 



TlfŒS DES ARCHIVES. II9 

nçnt quand on se donne la mort soi-même ^t 
lans les ténèbres. On ne tranche pes une pareille 
controverse par des insultes contre les mjairts, Qae 
e motif qui détermine l'individu k se tuer soit 
éger ou ne le soit pas , la sensibilité ne saurait 
)e mesurer chez les hommes sur la mêpo^e échelle ; 
on ne peut pas plus conclure à l'égalité de^ sen- 
sations qu'à celle des caractères et des t^mpé- 
Irakhens ^ et tel événement n'excidé qu'uii sen- 
tiknent imperceptible chez l6s uns, qui ïait iiàître 
Qhë douleur violente chez les autres. Le Ibi^'Àhiéur 
ou le malheur ont autant de manières d'êtire, et 
dlè se manifester qu'il y a de dinéi^nces entre 
les individus et les esprits. Un poète *à dit : 

Ce qui fait ton bonheur deviendrait mon tourment; 
Le prix de ta \ertu serait mon châtiment. 

Tout ce que Ton a dit contre le suicide tourne 

dans le même cercle d'idées. On oppose au sui- 

Me les décrets de la Providence , sans nous 

tire lire ces décrets crune façon bien claire 9 

puisque, après tout, ceux qui se frappent en 

^âilutenl. Ce peut être par la faute de ceux qui 

i n'auront pas rendu les termes de ces décrets-la 

iilellitjibles et satisfaisans. Le ^i^miant de l'Evan- 

{ile est lui-même resté dans son argile. On nous 

parle (Lî nos devoirs envers la société, sans que 



•• 




ll8 MÊMOinCS BISTOMQOES 

chëe à démontrer que le suicide est mie aciion 
contre nature , et que Ton ne saurail b rtpr- 
der comme un acte de courage; eU« a swtoat 
établi qu'il était plut digne do lutter conlK le 
désespoir que d*y succomber. De 
raisons aflfectent peu les âmes que le 
accable. Sont -elles religieuses, elle 
sur un meilleur monde ; ne croient-elles eo tien 
au contraire , elles cberchent le repos de néant. 
Les tirades philosophiques n'ont ancvne valenr 
k leurs ycui, et sont d'un faible recevra daas le 
chagrin. Il est surtout absurde de paétcnéia 
qu'un acte qui se consomme si fréqaeouBent soit 
un acte contre nature ; le suicide n*e8l d*i 
manière contre nature, puisque nooaen 
journellement les témoins. Ce qoî ert 
nature n'arrive pas. 11 est au contraiae da b 
nature de notre société d enfanter beaoeaep de 
suicides ; t.mdi^ que les Berbtres et les Tartves 
ne âc suicident pas. Tontes les aoctétés B*eal 
donc pas les mrmt*s produits; voilà ce ^prtlbel 
se dire pour trivailicr ï la réforme de leMlrt, 
et la faire gravir un des échelon!» supéiiewt da 
la destinée du }:pnre humain. Quant ea cesragt, 
si Ton pasKfi pour en avoir dt*s que Von brave b 
mort en plein jour et siu* le champ de batailkt 
souH IVmpiru fie inule» les excitations réunirt . 
ri«'n lie proM\r t|itr Inn eu ma;u|uc nt:ri*s»ain:- 




TljflÉS DES ARCHIVES. HQ 

mçnt. quand on 3e donne la mort soi-même ^t 
dans les ténèl^res.On ne tranche pes une pareille 
controverse par des insultes contre les mioirts, Qoe 
le motif qui détermine l'individu à se tuer soit 
léger ou ne le aoit pas , la sensibilité ne saurait 
se mesurer chez les hommes sur la même échelle ; 
on ne peut pas plus conclure à l'égalité des sen- 
sations qu'à celle des caractères et des tçippé- 
rathens ^ et tel événeinent n'excité qu'iiii sen- 
timent imperceptible chez Ws uns, qui fait naître 
une douleur violenté chez les autres. Le li<iiih<éur 
ou le malheur ont autant die manîéfes d'êtire' et 
de se manifester qu'il y a de ditféî^nces entire 
les individus et les esprits. Un poète a dit : 

Ce qui fait ton bonheur deviendrait mqn tpumifipi^i t 
Le prix de ta \ertu serait mon châtiment. ^ 

Tout ce que Ton a dit contre le suicide tounpie 
dans le même cercle d'idées. On oppose au sui- 
cide les décrets de la Providence, sans nous 
faire lire ces décrets d'une façon bien claire « 
pins(|ue , après tout, ceux qui se frappent en 
doutcnl. Ce peut être par la faute de ceux qui 
irauront pas rendu les termes de ces décrets-la 
inteUii^ibles et salisfaisans. Le^i^iniant de l'Evan- 
tilhi est lui-inême rcslé dans son ar^rile. On nous 
'^>arle <!(' nos devoirs envers la société, sans que 



ISO MRvomrs insToniQtu 

nos droits sur la société soient à leur tour net- 
tement définis et établis; et Ton exalte enfin 
le mérite plus grand mille fois, dit-on, de snr- 
monter la douleur que d*y succomber, ce ^ 
est un aussi triste mérite qu'une trbte pcr* 
spective. Bref, on en fait un acte de lâcheté, ma 
crime contre les lois et Tbonneur. 



D'où Tient que, malgré tant d*anntb 
lliomme se tue ? C'est que le sang ne cenk 
de la même façon dans les reines des gens dé- 
sespérés que le sang des êtres firoîds ^ at 
donnent le loisir de débiter toua ces 



raisonnemens. 

Peut-être n'a-t-on pas encore étadié teet 
les causes qui président au suicide ; on b' 
mine pa« assez les subversions de Tame i 
terribles momens, et quels germes vénéseet de 
très longues douleurs ont pu développer i 
siblement dans le caractère. L*homme 
un mystère pour Tliomme ; on ne sait qne 
et Ton ignore. 

A voir combien les institutions sona TesKpiR 
drsqiiellcs vit l'Europe di^ptisrnt légèrement de 
sang et de la vie iIch peuples, et, ansai, cooiew 
la justice* civilini^e s'environne d'un riche maté- 
riel de prisons, de rluitimcns, *d*instnimen« de 
supplice pour l.i s.-imtiun de ses arrêts incrr- 



TIRES DES ARCRITES. 121^ 

tains ; et le nombre inoui de classes laissées de 
toutes parts dans la misère ; et les parias sociaux 
qu'on frappe d'un mépris brutal et préventif 
pour se dispenser peut-être de les arracher à 
leur fange^ à voir tout cela, on ne conçoit guère 
en vertu de quel titre on pourrait ordonner à 
l'individu de respecter sur lui-même une exis- 
tence dont nos coutumes, nos préjugés, nos lois 
et nos mœurs font si généralement bon marché» 

Quel que soit le motif principal et déterminant 
du suicide, il est certain que son action agit avec 
une puissance absolue sur sa volonté. Pourquoi 
donc s'étonner si , jusqu'à présent , tout ce qu'on 
a dit ou fait pour vaincre cet entraînement 
aveugle, est resté sans effet, et si les législa- 
teurs et les moralistes ont également échoué 
dans leurs lerilalives? Pour en arriver a com- 
prendre le cœnr humain, il Huit d'abord avoir 
la miséricorde el la pitié du Christ. 

On a cru pouvoir arrêter les suicides par des 

peines flétrissantes et par une sorte d'infamie 

jetée sur la mémoire du coupable. Que dire de 
l'indignité d'une flétrissure lancée sur des gens 

qui ne sont plus îà pour plaider leur cause? Les 

malheureux s'en soucient peu du reste; et si le 

suicide accuse quelqu'un vis-a-vis de Dieu, l'ac- 

tusalion plane surtout sur les f;ens qui rcs- 




12.i MLMOIKES HISTOaJQLXt 

tcni, [.m^quo, dans celle foule, pas un n*a 
que l'en Mii ùi pour lui. Les moyens psérUs cl 
atriM-c^ i^.rtui a imaginés oni-ik Intlé tidoiic» 
seiiicri'. contre les suggestions dn déMspMr? 
Qu*iin[iurtc!ii a rûirc qui Teai fuir le monde ks 
înjun's que le monde promet il son cndnvreïB 
ne v«iit (lans rignominîe de U claie qnc Tops* 
nion \\\\ pri'pare qu*une lâcheté do pins di h 
part dfs vivans. Qu'est-ce, en eflet, ^V 
ciétr oii I*uii trouve la solitude la pina 
au sein de plusieurs miUiona d*imn; nà Ti 
peut rire pris d'un désir împlacabb éê ■ 
sanft (j'ie qui que ce soit nona donnn? 
sociélti-là n*est pas unesodélé; ^Wlf 
le dit Jean- Jacques, un désort penpié da Mlts 
l!^roci*s. 

Dans les places que j*ai rempKoa à 
tration de la police, les suites dm 
en pii'iir dans mes attributions i j'ai 
nalirr si dans leurs causes déli 
ne !('cn trouverait pas dont on pût 
prr\c'nlr IViïnt. J'avais entrepris 
ini|>(iri.int un travail considérable. 
nantir sur des théories , j'esmierai do 

di's l.iit.s 

ranni les causes de désmpoir qui iMrt f^ 

i!:<r. l.rr la mort aux personom douéca fmê 
i:iMi.«lr sii«i rpiibilité nerveuse, aua vira 





ftXÉS 0£8 ARCHiyE$. 133 

sionnés et mélancoliques^ j'ai^refl[iarqué,çomnie 
fait prédominant^ le3 mauvais trajAemens^^e/s in- 
justices, les peines secrètes, que jijles, pareps dqrs 
et prévenus, des supérieurs ir^it^ çt menaçons, 
font éprouver aux personnes qui, sont dansle\ir 
dépendance. La révolution n'a j/m fait tomber 
toutes les tyrannies -, les inconyéniens reprochas 
aux pouvoirs arbitraires subs^tent da^is les fa- 
milles ; ils y causent des crises analogues à celles 
des révolutions. Est-il sûr, comme on le suppose, 
que la crainte de voir leurs àmi#, leurs parens ou 
leurs domestiques, livrés à l'mfamTe, eX les corps 
traînés dans la boue, ramènerait ceis hommes 
impitoyables à la prudence, 2i la modération , a 
la justice envers leurs inférieurs, et les porterait 
à prévenir ainsi des meurtres volontaires, com- 
mis dans la pensée de se soustraire a leur domi- 
nation? Je ne le pense pas; ce serait, par un 
double sacrilège, souiller deux cultes a la fois, le 
culte des vivans et le culte des morts. On ne voit 
pas jusqu'ici que ce moyen ait atteint le but; on 
y a sagement renoncé. 

Pour obtenir un bon résultat sur l'esprit des 
supérieurs envers leurs subordonnés, et princi- 
palement sur les parens entre eux, on a pense 
que la crainte de se voir atteint par la diffama- 
tion et le scandale public serait encore une me- 
sure efficace. Celle mesure ne suffirait pas, et le 



1X4 MfMOiniS mSTORIQUES 

blâme plein d'amertume qu'on Vene k 

le malheureux qui s*efll arraché la vie, 

chez les provocateurs, si même il n*c» éteint le 

sentiment en eus, la honte de tous ces 

et la conscience d'en avoir été les vrais 

teurs.Le clergé mesemhle plus irreligicos q«c h 

société même lorsqu'il donne la naio à do si 

lâches préjugés par le refus de toute wtfmÊtmt 

religieuse. 

En somme, les rapports entre les inlérilsel les 
esprits, les véritables relations entre il 
dus. sont à créer de fond en comble 
et le suicide n'est qu'un des mille et 
tûmes de celte lutte sociale, toujours 
dont tant de combattans se retirent 
sont las de compter parmi les victîincect pam 
qu'ils se révoltent contre la pensée de pseadit 
un grade au milieu des bourreaux. En stni oe 
<|nelques exemples; je vais les extraire 
crH-verbaux authentiques. 





Dans le mois de juillet 1816, In fille 
tnilicur, domicilié sous les piliers des fcsBn. 
était promise en mariage 3i un étalier bencktf , 
joimr lidiiimc de bonnes mœurs , é<wnonM cC 
l.ihoririix , trî*s épris de sa jolie fiancée, qeîlr 
lui rrn<l;iit btrn. L.i jeune tille était conturièffv^ 
rlli* avait r<'<«tim" 'IflrMtsrfux qui la ronna nu icet: 



TIRÉS DES A11GHIVE8. 125 

et les parens de son futur Taiinaient tendrement. 
Ces braves gens ne laissaient échapper aucune 
occasion d'anticiper sur la possession de leur bru; 
on imaginait des parties de plaisir dont elle était 
la reine et Tidole. L'estime générale ajoutait à 
l'estime que les fiancés avaient l'un pour l'autre. 

L'époque du mariage arrive; tous les arran- 
gemens sont faits entre les deux familles, et les 

• 

conventions arrêtées. La veille du jour fixétpour 
se rendre à la municipalité, la jeune fiUe et ses 
parens devaient souper dans la famille du jeune 
homme ; un léger incident iutvint. De Touvrage 
à rendre pour une riche maison de leur clientelle 
retint au logis le tailleur et sa femme ; ils s'excu- 
sèrent ; mais la mère de l'étaUer s'obstinant, vint 
chercher sa petite bru qui reçut l'autorisation de 
la suivre. 

Malgré l'absence de deux des principaux 
con\ives, le repas fut des plus joyeux. Il se dé- 
bita beaucoup de ces gaudrioles de famille que 
la perspective d'une noce autorise. La belle-mère 
se voyait déjà marraine d'un gros poupon. On 
but, jon chanta. L'avenir fut mis sur le tapis. Fort 
avant dans la nuit, on se trouvait encore a table. 
Par une tolérance qui s'explique, les parens du 
jeune homme, enthousiasmés de leurs enfans et 
jouissant de leur double tendresse, ferme renl le 











IS6 MBMOnOS nSTOUQIIB 

yeux sur le tacite accord dn 

mains se cherchaient; le fcu a 

dres. l/amour el la familiarité I 

tête. Apres toQt, Ton regardait h 

fait ; et ces pauTrea jeooea gêna 

depuis long-lerops aana que Fon eAl In 

rcprodie à leur adresser ! Jamais laa 

bon mariage n*atiaient été ana^yaia 

ment^ L'attendrissement dn pève et 

du fiancé, à qui ce conpk d*i 

des souvenirs de jeuneeM» lltensn 

désirs mutuels et dépriaonnén pair b 

leurs mentors, la gaieté sam gêne qn 

jours dans de semblables repas* tMU 

et l'occasion qui s'offirait en aonriaati 

qui pétillait dana les cerream;, tant 

un dénoument qui se doTine. Lea 

retrouTèrent dans Tombre, lonqvo Tes 

éteint les lumières. On fit semblant do lÊf 

comprendre « de ne paa s*en donler. 

heur n*avait là qne des amia et pm d*< 

fond prit un instant le pas snr la 

plaisir a demi dérobé ne dot en tara fBÔ |kl 

douK. 

La jeune fille ne retourna cbea 
le lendemain matin. Ce qni proOTO 
elle se croyait peu coupable , c'est qnVBe y 
Tint seule. Son tort était grand aana 





'i 



TinéS DES AKCHIVËS. 1 27 

n'eût-elle coi;isîdéi:é que rinqtuétude' des siens 
grâce au prolongement d'absence ; mais si ja- 
mais la bonté , l'indulgence , la prudence , la re- 
tenue, furent imposées à des parens envers un 
enfant, ce devait être dans une circonslance pa- 
reille, puisque tout s'apprêtait pour légitimer 
l'escapade amoureuse. De plus coupables ont 
été plus beureux. 

La petite se glissa dans sa cbambre et dépScba 
sa toilette; mais ses parens l'eurent a peine 
aperçue, que, dans un accès de colère dont on 
ne put les détourner, ils prodiguèrent à leur 
fille, avec acharnement, tous les noms, toutes 
les épithètes dont on peut se servir pour vouer 
l'imprudence au déshonneur. Le voisinage en 
fut témoin, le scandale n'eut pas de bornes. 
Jugez de là secousse dans une âme qui se sen- 
tait vierge par sa pudeur et par le niyslorc (jue 
Ton outrageait. Vainement Tenfant épertiuc re- 
présentait a ses parens qu'ils la livraient eux- 
mêmes a la diffamation; qu'elle avouait son îort, 
sa folie, sa désobéissance; mais que tout allai! cire 
réparé. Ses raisons et sa douleur ne désarmèrent 
pas leur furie. Compères et commères accou- 
rurent à Téclat, et firent chorus. Le sei liineat 
de la honte qui résultait de cette scène ail cuse 
fit prendre a l'enfant la résolulion de s'oier la 
vie; elle descendit, d'un pasi^apide, h Iravers 




128 MlLuOIRKS UISTORIvt'ffS 

les malédîciioiu, et courut, ri-garemcnt 
les yeux , se précipitar LU rinère ; las 
ne la retirèrent de Tcau que morte » et parée ^ 
ses oriiomens de noces. Comme de raison » 
qui 8*élaicnt d'abord mis contre la fiUe« s 
nèreni aussitôt contre les parcns : ceita 
troplic (^épouvantait leurs âmes. 

Peu de jours après, les pare ns vinreni 
a la police une chaîne d'or, que Tenfant 
à son cou, et que le père de son fatnr 
donnée « une montre d'argent duré, 
clés d'oreilles et une bague garnie il*i 
émeraude , tous objets qui avaient été 
dans les bureaux , comme on le pensa 

Je ne manquai pas de reprochar avae 
à ces gens leur imprudence et leor 
Dire k ces forcenés qu'ils en rendraiaol 
devant Dieu , tu leurs préjugés étrails, d k 
manque de religion qui règne dana las haas 
classes mercantiles , c'aurait été leur tm% liap 
peu d'impression ; la cupidité les attirail, 
le désir de posséder deux ou trois reliqaes;jai 
pouvoir les punir par là. Ils réclamaiaat las K- 
joux de la jeune fille ; je les leur refusai; ja 
dai les certificats dont ils avaient baaoîa 
retirer ces eflots de la caisse oii, suivant V\ 
on les avilit disposes. Tant que jr fiis a ce 
ils eurent tort dans leurs r^claniation*, H f 




TIRES DFS ARCHIVKS. 1 29 

» 

pris plaisir à braver leurs injures. Ce n'csl que 
depuis ma sortie qu^ls en ont obtenu la remise. 
La même année, up jeune créole, d'une figure 
charmante, appartenant à Tune des plus ricliei 
familles de la Martinique, se présenta dans mon 
bureau, et, dès que nous iumes seuls, me fit 
la révélation d'une de ces plaies qui laissent 
d'incurables ulcères an foyer de la irie privée. Il 
venait s'opposer formellement a la remise du 
cadavre d'une jeune femme , sa belle*sœur , qu0 
le mari, propre frère du. créole, réclanifiit 4^^ 
puis la veille. Cette femme s'était noyéç. Ce 
genre de mort volontaire est le plus firéque^^ 
Les préposés a la fouille de la rivière ayaienl 
retrouvé le corps non loin de la grève d'Ârgç^nr 
teuil. Par un de ces instincts réfléchis de pu-^ 
dcur qui domine les femmes, jusque dans l'aveu* 
glemcnt du désespoir, la triste victime avait 
noué soigneusement la frange de sa robe autour 
de ses pieds. Cette précaution pudique prouvait 
le suicide jusqu'à Tévidence. A peine était-elle 
défigurée lorsque les mariniers la transportèrent 
a la Morgue. Sa beauté, sa jeunesse, la richesse 
de ses vetemens, prêtaient h mille conjectures 
sur la cause première de cette catastrophe. L'af- 
fliction du mari , qui la reconnut le premier, 
passait d'ailleurs les bornes; il ne comprenait pas 

le premier mot de re malheur, du moins me Ta- 
IV. '^ 






i >o Mfvonin HiSToftigtrs 

vait-on dit ; je n'aviîs pas encore m cet bi 

Je représentai au crrole yne nul 

prévaloir c ontre les droits et la 

mari f|Qi faisait en ee moment élcrer an 

fique tombeau de marbre ponr enscveUr ki 

reste* inanimés de sa femme. « Apres fawoir 

tuée, le monstre ! s criait le créole en 

nant avec agitation. 

A la chalenr du désespoir de ce J< 
k ses supplications pour que y 
ses Toent , à ses larmes , je crus 
symptômes d'amour , et je le hii db. ■ 
Toua ; mais en me jurant , avec Ici 
les plus ^Itcs , que sa belle-simir nVfe m^M jfe^ 
mais rien su. Seulement , ponr rtacttta I HM 
la réputation de sa belle-sceur q«è n 
Tttlontatre pouvait faire accuser tPwÉb 
par l'opinion publique u ujous proMple I 
cirle chagrin» il prétendait produire i li 
les barbaries de son firère, falMt-fl 
pour cela Ini-môme sur la sellette dVni 
Il me suppliait de le guider dans cell« 
A travers le décousu de sa révélation 
Toici ce que je recueillis. M. de Rf...., 
créole, homme h bonnes fortunes» arec 
gofits d'artiste aimant le luic et la vie de l^ 
présentation , s*était uni depuis moins d*mi fli v 
h cette jeune femme , sous les auspices 





TIRÉS DFS AHCniVES. l3l 

inclination réciproque ; ils fonhatent le p\tk 
beau couple que Vàh put voir. Aptèk le thaHagë, 
un vice cie ^ang, venii de famille jpëut-éll^e, 
s'était déclaré tout à coup et Tioléititneht dans 
la cotlslitution du nouvel époiix. CëiUbihUlë, 
si fier d'un beau physique, d\ine tournure élff- 
gante , et d'une perfection de formes qui Sem- 
blaient ne pas lui permettre de craindre des H- 
vaut autour de liii, travaillé ibût à couji par lik 
mal inconnu ton(k*e lèsl taVdgesi9tiquél la éëletiiib 
avait échoua, i'ét^t mi^érdblèiiiettt trkUibriiië 
des pîed^à la tête. 11 atlait {ierda së§ tlievéaî; èk 
colonne vertébrale s'était déViéd; dé jour èk 
jour, la maigreur et lôs ridés lé métamof^hb- 
saient à vUc d'œil ; pOui^ les aùtteë , du mbiiiè ! 
car son aitloUi'-propk'e essayait de se éoustràiré 
h l'évidente. Mùis ceci ne l'alilàit pas; une vi- 
gueur de fer semblait triompher des atteintes de 
ce mal ; il se survivait vigoureusement dans ses 
propres débris. Le corps tombait en ruines et 
Famé restait debout. Il continuait de donner 
des fêles , de présider à des parlies de chasse , et 
de mener le riche et fastueux train de vie qui 
paraissait la loi de son caractère et de sa na- 
ture. Cependant , les avanies , les quolibets , les 
mots plaisans des écoliers et des gamins lors- 
qu'il se promenait a cheval dans les prome- 
nades , des sourires désobligeans et moqueurs , 





dofficîcux avcrli!ftS€ineDs «l'aoïb snr la 
breuz ridicules qu'il se donnait par 
lioQ de ses manières galantes auprès des 
dont il i!c\enait le plastron, dîsûpcreal caia 
son illusion el le mirent sur ses gardes m4-vis 
de lui-même. Dès qu'il s*aToua sa laidcv et m 
difformitc , dès qu'il en eut la coni 
caractère s*aigrit, des pusillanimités loi 
il parut moins empressé de condaîra as 
aux soirées , aux bab , aux concerts ; il 
gia dans sa demeure, à la campagne ; 
les invitations , élimina des gens swm 
textes; et les politesses de ses amis cavt 
femme , tolérées par lui tant q«a ToffM! 
donnait la certitude de sa supériorité « k 
dirent jaloux , soupçonneux , tîoIchI. B 
dans tous ceux qui persévéraient k le 
ter le parti pris de faire capittdcr le 
celle qui lui restait comme son dernier 
et sa dernière consolation. Vers ce Icnys « b 
créole arriva de l.i Martinique ponr ém tt 
faircs dunt la réinst.iliation des Boni 
le tronc d(* France semblait devoir fiii 
réussite. Sa belle-sœur lui fit un 
rueil; rt « dans le naufrage des rehtîons Siii 
nonibrr qnVllc; avait cuntractées, mais qn"!! W* 
lut voir Kcniflontir, li! nouveau vena con sens In 
avantages i|i]r son litre de frire lui donnait 






j 



TIRÉS DES ARCHIVES. 1 53 

naturellement auprès de M. de M.... Notre 
créole prévit la solitude qui se foimerait autotir 
de ce ménage, tant par les querelles directes 
que son frère eut avec plusieurs amis , que par 
mille procédés indirects pour en venir a chasser 
et a décourager les visiteurs. Sans trop se rendre 
compte de l'impulsion amoureuse qui le rendait 
exclusif lui-même , le créole approuva ces idées 
de retraite, et les favorisa même de ses conseils. 
M. de M.... taillant dans le vif, finit par se re- 
tirer tout'à-fait dans une jolie maison de Passy, 
qui devint en peu de temps un désert. 

La jalousie s'alimente des moindres choses. 
Quand elle ne sait a quoi se prendre, elle se con- 
sume et s'ingénie ; tout lui sert d'aliment. Peut- 
être la jeune femme regrettait-elle les plaisirs de 
son âge. Des murs interceptèrent la vue des ha- 
bitations voisines; les pcrsicnnes furent fermées 
du matin au soir. IM. de M.... rôdait avec des 
armes pendant la nuit, et faisait sa ronde avec 
des chiens. 11 s'imaginait apercevoir des traces 
sur le sable, et créait des sni)positions étranges 
U propos d'une échelle changée de place par le 
jardinier. Le jardinier lui-même , ivrogne pres- 
que sexagénaire, fut mis h la porle. L'esprit 
d'exclusion n'a pas de frein dans ses outrages, 
il va jus(ju'a l'imbécililé. \a) (rcre , innocent 
complice de tout cela , comprit enlin qu'il tra- 





l34 MÉMOIRES BISTOIUQUIS 

Taillait au malheur de la jeune femme» f«i« 

de jour en jour surveillée , inmllée , privée 

de lottt ce qui pouvait diiiraire une imegîne- 

lion riche et heureuse , devint chagrin 

lancolîquo autant qu'elle avait été francbt 

rieuse. £lle pleurait et cachait ses brmw , 

la trace en était assea visible. Un remenés 

au créole. Résolu de s'expliquer nai 

sa belle-sœur, et de réparer une faute à 

un sentiment furtif d*amonr donnait 

naissance , il se glissa de bon malin 

quel oii de temps en temps la captive 

dre Fair et cultiver des fleurs. En nmnt et ctlle 

liberté si restreinte, elle se savait, il but le 

sous Toeil de son jaloux ; car, a respect 

beau- frère, qui se trouvait pour la 

et aTimproviste en téte-à-téte avec ellr«laî 

femme montrn la plus grande alarme. 

gnit les mains : — Eloignez-vous , aa 

ciel ! lui dit-elle avec terreur; éloignée vensi 

Et , de fait , le beau-frère eut k peine le 
de se cacher dans une serre, que M. ém 
survint. Le créole entendit dtB échts , il 
écouler ; le baticmcnt de son cienr Pampi 
c'ha cil! ««lihir le plii« létrer mot d'une eipkce- 
tiun (|iio rritc iiiitr . si le mari la décoevrail, 
poii\.iil rrmlrt' plus tl r*| il or.ihie encore. Crt inci* 
dciil aifinilluriii.i le bcati-lrtrc* ; il v vit la 




TJlUCS DES AflGiUynÇ. |35 

site d'être dès ce jour le pi:fi{fficieur ^'^^P 
y^ctime. Il $' efforça de sacrifier, tpu^^ f^^rièli^^- 
pen^éq 4'aii^o^i'9 dans la résplutioo de §ç d^ 
Touer pour sa belle-sœur. L'amour peut aller ju^ 
qu'au renoncement le plus a^solq, sans ali4i4uer 
néanmoins son droit de protectorf^f | car ç^ der- 
nier renoncement serait d'i^n lâche. Il con^if^u^ de 
\oir son frère , prêt à lui parler frano^epieifi^ , }l 
s'avouer, à lui dire tout. IVf- 4^ M,... n'fiT^|; gfv» 
encore de soupçons dp ce côté ; ip^s Ç^ttfl Pfl?^ 
s^stance de son frère en $t n^^^tre. S^na Uf^ tf^pp 
clairement dans le3 causes d^ c^t f^térêt, Qf . |^ 
M. . . . s'en mé^a, prévoyant c^ quç V^^^érilt pour- 
rait devenir* Le créole cpmpri^ )>ien(f^t ^W 4W 
frèrç n'était pas tpujoiu*^ abj^ent» çojffj^e^ i\ le pré- 
tendait après coup, toutes )es fois que l'on irepait 
inutilement sonner a la porte de la m^spn de 
Passy. Un ouvrier serrurier fit les clefs que Ton 
voulut sur le modèle de celles que son bour- 
geois avait déjà forgées pour M. de M Le 

créole ne s'effrayait pas des chiens de garde : 
les chiens le connaissaient. Après un éloignement 
de dix jours , rouerie assez hqbile de l'époux , 
le créole , exaspéré par la crainte, et se met- 
tant lui-nienic des chimères dans Tesprit, pé- 
nétra de nuit dans rendes , franchit une grille 
placée devant la cour principale, atteignit les 
toils au moyen d'une échelle , et se glissa le 




l3(l «ÉMOIHES lllSTOItlQCES 

long des plombs jusque sous la ien^lre d*BB {m* 
nier qui lui permit d*arriTer près de la c 
a coucher de son beau-frère. Des exe 
violentes lui donnèrent la facilité d'armer 
contre une porte vitrée. Ce qu'il vit le navrL 
La clarté d'une lampe écbirait Talcove. Sovski 
rideauK, les cheveux en désordre et b figwt 
pourpre de rage, M. de M.... adciniHin, 
nouille près de sa femme et sur le lit mine 
elle n'osait sortir, quoiqii'en sedérobaiitii 
l'accablait des reproches les plus sao^bas 
^mblait un tigre prêt a la mettre en pièces. 
— Oui ! lui disait-il , je suis hidevs « je 
un monstre , et je ne le sais que trop ; je le 
peur. Tu voudrais qu'on te débarraaaftt de 
qu'on le déliTrât de ma vue. Tu désirai 
qui te rendra libre. Et ne me dis pas le 
je dcYine ta pensée dans ton effroi, daMte 
pugnance , dans tes larmes. Tu rougis 4ea 
dignes sourires que jVxcile , et |i* le révehe! 
comptes sans doute une par une les min 
doivent sVronler jusqu'à ce que je ne t'< 
plus fir mes inlirmilcrs rt de* m.i présence. 
il nu? prirnd Aqs tU'sit* :iH'riMit , des rages éê 
dclii^urcr, de te rrndre semblable a me 
que tu ne |Miiss«>s runservrr l'espoir de te 
l«*r awx t(*s nin:ins ilu malliiMir dr m'avoir 
Je bri^enii toutes le» (•l.u-cs do cette 





TIRÉS DES ARCHIVES. l^'J 

pour qu'elles ne me reprochent pas un contraste, 
pour qu'elles cessent d'alimenter ton orgueil. 
Ne faudrait-il pas te mener ou le laisser aller 
dans le monde , pour voir chacun t'encourager 
a me haïr? Non , non! tu ne sortiras d'ici qu'a- 
près m'a voir tué. Tue-moi ! Préyiens ce que JQ 
suis tenté de faire tous les jours. Tue-moi ! 

Et le forcené se roulait sur le lit avec des cris, 
avec des grincemens, de l'écume aux lèvres et 
mille symptômes de frénésie, avec des coups qu'il 
se portait lui-même dans sa fureur, près de cette 
femme éperdue qui lui prodiguait les caresses tes 
pins tendres et les supplications les pins pathé- 
tiques. EnSn elle le dompta. La miséricorde 
avait sans doute remplacé l'amour; mab ce 
n'élait pas assez pour cet homme devenu si re- 
poussant, et dont les passions avaient encore 
tant créncrgle. Un long aballcment fut la suite 
de celle scène (jui pcHrifia le créole. Il frémit, 
et ne sut a qui s'adresser pour soustraire la mal- 
heureuse a ce supplice. Cette scène, évidemment, 
devait se renouveler tous les jours; car, dans les 
spasmes qui la suivirent, madame de M.... recou- 
rut il des fioles prrparros par elle, à dessein de 
rendre un peu d(* calme :i son bourreau. Le 
créole , à Paris, représentait a lui seul, pour le 
momenl, la ramille de M. de M....; peut-être 
deviendrait-il dangereux de risquer une démar- 




|S6 MKMOIIOS HISTORIQUES 

çhf . C'est dans ce cas surtout que Ton pourrait 
paudire la lenteur des formes jurîdîc|ues el Tm- 
Hovci^nce des lois que rien ne ferait eorlir êê 
Ifurs allures compassées , parce qu'après lovi, il 
pe f'agissaît que d une femme • Tctre que le lé|îa> 
jbtfiur entoure le moins de garantiea. Loc Ictlfi 
de cachet , une mesure arbitraire auraient 
pV^Tona des malheurs que le témoin àt 
pr^YOyiût trop. 11 se résolut pourtant a 
font pour le tout , sauf à prendre lea suitca k 
coQipte , sa fortune le mettant à même dt 
4'énormes sacritices, et de ne pas craiodnh 
reaponsabililé de toutes les audaces. Dé^ 
ati^klecins de ses amis^ déterminés 
même» préparaient une irruption dans la 
4e M. deM..«. pour constater ces mosMW ^ 
4AUn et séparer de vive force les 
Iqinqoe l'événement du suicide, en 
i^MÎ^ 4^s prévisions tardives et trancha la di^ 

Certes, pour quiconque ne borne pas 
r^rit d^ mots à leur lettre, ce suicide é|ail 
assassinat ; mais il était aussi le résultat 4*nn 
lige ealraordinairc de jalousie ; et le 
mari, qui survécut fort peu de temps à sa 
échappait à Tncruftalion île son Irère autant à Is 
faveur des tmni's r\|in*s de notre K'gislatîoQ qac 
par re&agéralioii inOnie du penchant qui le 




TIRÉS DES ARGHIVKS. tS^ 

dait coupable. On juge bien que cette nffiiii^e 
n'eut pas d'autres suites, et que je parvins/ siiton 
à rendre la paix au créole , du moini k Fettiji^ê- 
cher de faire un éclat inutile et dangereux. J>an« 
gereux surtout pour la mémoire^de celle qu'il 
aimait, car les désœuvrés auraient aocitisé la 
victime d'une liaison adultère avec le frèire d^ 
son mari. Le cadavre fut remis k M. de M....» 
dont la douleur occupa la capitale par une scène 
déchirante au cimetière Montmartre , lorsque le 
prêtre jeta la dernière pellerée de cendre sur le 
cercueil. J'en fus témoin , et le reproche expira 
sur mes lèvres. Personne ne sut, sinon le frère et 
moi, la vérité de cette triste affaire, et le cou* 
pable nrême, trop amoureux de sa victime pour 
lire dans son propre cœur, semblait l'ignorer 
comme tout le monde. J'entendis murmurer au- 
tour de moi des ignominies sur ce suicide, et je 
les méprisai. On rougit de l'opinion publique 
lorsqu'on la voit de près, avec ses Ifiches achar- 
nemens et ses sales conjectures. 

Peu de semaines au reste s'écoulaient sans 
m'apporter des révélations de ce genre. 

Dans la même année , j'enregistrai des conven- 
tions amoureuses, causées par les refus de parens, 
terminées par un double coup de pistolet. 

Je nolai pareillcnienl des suiriJes d'hommes du 
nioncîc, réduilsh l'impuissance h la fleur de l'âge, 




l4o MÉIIOIUS RISTOMQUES 

el que l'abus des plaisirs avaii plongés dans «m 
insurmonlable mélancolie. 

Beaucoup de gens melleni fin ii lenrs j 
Tempire de celle obsession que la 
après les avoir inulilemenl lourmenlcs 
prescriplions ruineuses, esl impuissante k ks dé- 
livrer de leurs maux. 

On feniil on curieux recueil , aossi • 
lions d'auteurs célèbres el des pîècoa dt « 
écrilcs par les désespérés qui se piqoeol d'an 
lain fasle dans les préparalifs de leur 
dani le momeni d'élrange sang-firoid 
à la résoluUon de mourir, une sorte d*i 
lion contagieuse s'exbale de ces a 
sur Je papier, même au sein des c 
dépourvues d*éducalion. En sa 
vani le sacrifice doni elk i sondoni In 
toute leur puissance se irésume poar o*( 
dans une expression chaude el 

Quelques-unes des pièces de vers qw 
fouies dans les archives soni des 
Un lourd bourgeois qui mcl son i 
iratic et son Dieu dans le commerce , 
ver tout cela 1res romanesque , el réfnicr 
ricanemeiis dt% douleurs donI il n'a pas 
ligencc : sou dédain ne nous élonne 
que dire dv» bonni*» gcMis qui foni les 
cl qui rt'*|ictcnt ic^ gro»»icrctc«.'... San» 







TIRÉS ni» AHCHIYFJ. 1^1 

il est d'une haute importance que les pauvres dia* 
blés supportent la vie , ne iut-ce qoë dans l'in- 
térêt (les classes privilégiées de ce monde que le 
suicide universel de la canaille ruinerait; mais 
n'y aurait-il pas d'autre moyen de faire supporter 
l'existence h cette canaille que les avanies, les 
ricanemens et les belles paroles? D'ailleurs il doit 
exister quelque noblesse d*âme dans ces sortes de 
gueux qui , décidés qu'ils sont k la mort , se frap- 
pent sans chercher d'autres ressources, et ne 
prennent pas le chemin du suicide par le détotir 
de l'échafaud II est vrai que, dans les époques 
d'incrédulité^ ces suicides généreux de la misère 
tendent à devenir de plus en plus rares ; Fhostilité 
se dessine, et le misérable court franchement les 
chances du vol et de l'assassinat. On obtient pins 
facilement la peine capitale que de l'ouvrage. 

Je n'ai remarqué dans la fouille des archives 
de la police qu'un seul symptôme de lâcheté bien 
manifeste sur la liste des suicides. Il s'agissait 
d'un jeune Américain , Wilfrid Ramsay, qui se 
donna la mort pour ne pas se battre en duel. Il 
avait été souffleté par un garde-du-corps dans 
un bal public. Sa justification fut donnée par 
un quaker dans une feuille du temps que j'avais 
gardée et que je ne retrouve pas. Son défenseur 
Taccusait encore , et lui reprochait de ne pas 
avoir su porter noblement le poids de cet affront. 




j/|U MÉMOmES UUTORlQL'rs 

iiU clatttificalioii àe% divcnc* cauMs dt 

des seriiit la clauificalion même dn vicn 4m h 

«odclé. Mon dessein n*esl pas de me livrer à oUc 

aiialy&c difficile , que le légi Jaleur doil âbepdv 

|»oui'laiU &*il veut extirper souveraiiieoMal 4m 

noire »ol les germes de dissolution 

gêuèration croil el dépéril comme au ecMid 

i%raic qui la ronge. On i*esl tué ponr * 

Uaiiou dune découTcrle par des in 

l«Kxasiou de laquelle Tinvenleur, 

U |dtts afircuse déirene par tuile dea 

ihcs M\iulcs auxquelles il avail dA 

pouvait même t un lireTal. 0^ ^< 

pour éviter les fn i r nés al 1* 

poursuites dans >arraa 

fréquent, du reae, que les hnmmm 

la régie dee inlérêts généraux n« a* 

pat le maint dn monde. On a* 

de pouvoir se procurer du travail» 

long-tempa gémi sous les avaniei a& !'« 

ceux qui en sonl« an milieu de 

buteurs arbitraires. La législalio 

sociale et secondaire » doit un coapia 4a 

Dieu» ton premier législateur 

tout ce qui avorte dans les miserai dn 

ilaii» les souffrances de Tàme , dana lea 

l'c»|irit. Un ne peut pas se trouver ^Ua 

les \naus par des insultes sur iet 





TIRES DES ARCHIVES. 14^ 

Je rentrb dans les hiisèl'és dé là vie Jk)^^; 
ma thèse favorite. 

Une (lame Tèrson , qui tenait soiYs r^Éj^féë 
un pensionnat de jeunes demoièelieii dans lè fttt« 
bourg du Temple, ruinée pai* Tèffet dU héidl^ 
partisrtie extravagant qu'elle se fit uti dé^81t^ 
d'afficher après le désastre de Waterlod , ce '^iA 
donna des scrupules a tous les pareils, jpafte ^ttd 
Ton rassemblait chez elle des conciliabules, vivait 
depuis 1816 hors barrières, avec sa flUë yoiEiHI 
tin état voisin de la itiisère , quand un cà^i^tflfl 
retraité , sachant leurs malhëuH , et d'ÀH tel 
ihalheut*s provenaient , lia coiinai^iance^vlèiïléi 
deux éolitilire^. 11 s'éprit même de là jétihiiiilllg $ 
et, malgré la dispi*op6rtion dès âge^ , inttitil |âlf 
sjrmpathie d'opinions , moitié poùi* ùtècit àÙ j^ëttl 
ménage des secours que ces deux fehiiiidi litii^- 
sent accepter sans rougir , il parla de se mariet J 
la more le prit au mot. 

Quant a la fille , comme toutes les fiUeé te- 
nues sons la discipline de la famille, elle ne isèiii- 
blait avoir d'autres volontés que celles de sa mère. 
La dcclaralion du capitaine fut reçue avéd fè- 
connaissancc. Deux mois après, mademoiselle 
Terson devenait madame Dufresne. A la ëuîte 
de ce mariage, madame Terson, femme d*uA 
caractère absolu , faite pour se déployer danà 
un vaslc cercle d'occupations et non pour se ré- 



l44 MICNOIIIK.^ HfSTOmQUrS 

signer à la monotonie mesquine à^fum ^ 
Urée, s'aperçut que Tautorîté qu'elle 
autrefois sur sa 611e déclinait i 
elle no s'y résigna pas et se mit en iêle de 
quérir son pouvoir. Ces trempes de caraclèn^ 
montrent tant de rcuorts dans un large 
dépensent sur un seul personnage, an 
l'excéder et lorsqu'ils sont raballus enlM 
tre murailles de la vie domestique, h 
qu'ils emploieraient si magnifiqoemcai 
fice d'un ménage de cinq cents 
se font insupportables î elles tous 
matin au soir pour se tenir en haleine. La 
de leur nature devient un fléau. Dea 
mère en vint aux reproches, des 
allusions piquantes , que sa fille la 
quer, n*y concevant rien, disait-eUe, 
un certain tremblement. Le mari 
disait rien. 11 entrevoyait le moment 
il lui fiittdrait intervenir et se déddar 
rupture , tant le calme semblait inpoeaMa 
mener entre ces natures dont il 
tard l'antipathie. Une très jeune fi 
mais tort devant une vieille belle- 
devine que le capitaine penchait vers 
il ne s'en cachait pas. De jour en joar, 
en plus » les deui femmes semblaient ai 
et préluder par «les escarmouches 3i de pi 






TIRÉS DFfï AnCniVM. t4^ 

batailles. M. Duirusne prûvuyiiil. un cnfur. Tont 
à coup, comme par enchantement, la paix re- 
vint , et , avec la paix , des témoignages de cor- 
dialité plus que suspects. La régie du ménage 
revint par la même occasion tout entière à ma- 
dame Tcrson , qui trancha, décida, régna. 
M. DuTresne en fut intrigué malgré lui. Les 
jeunes femmes ne sont Jamais si résignées à re- 
tomber sous la grifl'e maternelle, à moins qu'elles 
n'aient de certaines raisons. Quelles pouvaient 
être ces raisons? Il pressa sa femme de lui don- 
ner le mot de cette énigme , ce qu'elle écarta 
d'abord en riant, puis, et parce t|u'il y revint, par 
des excuses en l'air dont il ne crut pas un mot, 
tout en y donnant les mains 4e peur d'irj^il^ sft 
petite amie. ' i 

Ce fut du côté de la mfsre qu'il dirigea ses 
questions , en lui rappelant des paroles singuliè- 
rement équivoques dont il avait commenté le 
sens de mille manières. Comme on éludait. aussi 
de ce côté-là , il se tut ; mais il observa les moin- 
dres symptômes et ne tarda pas ^ savoir au plus 
juste que la mère imposait une étrange réserve 
aux scrupules de sa fille dès que celle-ci se met- 
tait en révolte, rien que par une indication 
mystérieuse vers une certaine armoire de l'ap- 
partement. Prendre prétexte d'une acquisition 
intéressante à faire, écarter ces deux ennemies 



|'|G MI%l«"»IRr5 llliTi»»'l'»l Tn 

m 1rs rxp/-fJi:ini MHi«i re pn'h'xl»'. f.iir^ Tenir 

un »orrui'ier ri procrilrr ii l'in%'f<tî'jation tics ça- 

|>ieri de la caclif*H«* , i-«* lui l.i nihriquo nnturrllr 

(lu mari: s.i < iiriositr fui nnlliriirpiivmrnt «rme 

par un«! di'Co:iv<>rlo rnirlli*. Madinir^ !>ufre«iif, 

filon qu'elle n'<*t.iil pnrorr <|iic maJrmotirUe 

Ter^uii , avait imi , dans h* nirinf» temps . tros 

l'antaisies de cceur avec dv^ jeunes oSctcrs boe»- 

pariistcft qui vouaient tlatlcrr les opinions de h 

iiuTtf pour profiter «les bonnes Tolontés de la 

tille. Malgré la s^ravitc du chiflrc , Vhze Ycxnatn 

pent-Atre auprès de ceui qui se disent combit* 

la réserve idiote des nirres drvient fun 

filles II l'époque oîi leur constitution 

sVnrirhit tout h eoup d'un élément îndooipCjbk 

(|ui les rend inquiètes et curicuNes. Les klliu 

étaient , du reste , rangées aver les rëpoMCs par 

ordre de date , en liasses parfaitement spéctaks 

et distinctes. Hien de plus audacienv, de pkft 

mêlé , de plus hardi que cette triple intripie, ek 

rliacun des amans avait rei-u, dans unebriHaalf 

variété de style , les assurant es d*aii « un i r 

unique vt d'une éternelle fidélité. Les dites, tf 

peu trop rapprocbéos, fiisaicnt foi d*«n trifif 

nieiiftoni-e ii tv\ é;;aril . *t , }rr.'«te il Tin^énaii' 

«le 4i'< i:i'i)tillesscs épi<4tnlaire*( . on ne pootiit 

iormer le plus lésxfnloute. Mais romment lesbi* 

1res de nLidemuisi^He Terson ^v trouvaienC-ffc* 




TIHES DKS ARGII{YBS« l^^ 

atec les lettres c}e ses bons amis? If • "Du^ 

fresne eut i'explicàtion de oeiie réunion immé 
par la mention ëam ces knt^ 4u nota d'iilfei^ 
ouvrière que maileiDoiselle l^etsim chargeaâlt fte 
porter les missives a la poste. Il se soiiv4li|i4é 
raversion décidée que sa femme avait poér c^ttè 
ouvrière, ainsi que des regards triomplunas «t 
des chucfaolerles insolentes de madame TetéoUk 
lorsque cette ouvrière venait la voir.il^^n cob* 
dut, saris recourir k de plus amples informa^* 
lions, que la confidente avoil trahi 89 jeione ataié 
par la suggestion de la mère, et , sipr eette dkMV 
née y se convainquit, en euininant 'bi|pa:<^ «pit 
la confidente avait encore -«iiggéré la corrts^ 
pondanoe pour «^ aiM»ea| duios d'infiimies dont 
les intrignes de mademoisdïe Terson étaient en- 
core les plus vénielles. 

L'ascendant tout nouveau de madameTerson se 
trouvait dès lors molivé par quelque explication 
récente k cet égard. La mère s'était indignement 
forgé des armes contre sa fille pour la dominer 
en quelque temps que ce fût. Dieu sait dans 
quels desseins!... M. Dufresne était un galant 
homme; quoique de son siècle en beaucoup de 
points , il n'établissait pas complaisamment deux 
morales contradictoires, l'une au profit des hom- 
mes, sans frein et sans mesure , Fautre au désa- 
vantage des femmes, puritaine , retrécie ; et, par 




se% tred.iincà pasi^-en, il a^alt apprU à M moalRT 
tolérant. La fourberie produîftaii sur lai Tcfct 
qu'elle prorliiit sur lc« mcilIcQreft âmes, 0fû h 
conçoivent quand ils comprennent 
Texcnsent et la juMilieiU au besoin , parct 
la fourberie e!»l le droit de rescla%'e , et ^m la 
feiniues sont esclaves. Mais on a bean la 
voir, on en souffre. En vain il ettayade 
son train de vie et son air de confiance • k 
saignait. Il ne put cacher asseï habilancalM 
tristesse « que madame Dufresne ne icn îe* 
quiét;U. De plus, à toutes les maximes de ri* 
guetir qu'elle se permettait dans IV 
les menées secrètes du tiers et du cpiart* 
tnatic courante des fiemmes qui 
vailler m leur propre apologie eia 
d'une inflexible sévérité de princtp«,k 
laine répondait quelquefois avec 
d'amertume. 

Madame Dufresne, éclairée par cesi 
se sentit perdue dans l'esprit de son mmi Si 
lierié s'en effraya. Lorsque nous ne pnitent f^ 
noire force dans nous-mêmes, notre vie 
entière dans le rœur des autres ; s*ik 
verts et bons , nous reprenons notre eflîflt ' 
notre roiira};(: dans leur intelligence. De faît,ik 
se sentait irn'prorliable ibns le présent, et ■<' 
devait il son niariqu'ii partir du jour de sa libfcf^ 





TIRES DES ARCHIVES. *l4ô 

messe. La fidélité du passé n^st pas oblir^lMm\ 
Elle voulut parler, tomber à ses pieds, obleiAr 
un pardon, dire à cet homme les tourmem d'irne 
adolescence de flamme au milieu des preinièrc$ 
fièvres d'un tempérament plein d'énergie. Puis 
elle se révolta contre l'idée de s'humilier «ii« den 
vanl l'un de ceux que son sexe se reconnaît le^drok 
de tenir a ses genoux. L'amour , c'est Id royamté 
des femmes , leur élément , leur vie. Touids 
répugnent dans le fond du coeur a se créire sou- 
mises au jugement de qui qud ce soit sM rée 
point. Quand vous devinez leurs anl^éoédeaiSy 
vous ne faites que voir clair dans leur nadiÎDe^ 
mais vous n'avez pas le droit de blâmttppmie 
que, à moins que Ton ne soit un sot, on nel)làiiie 
pas un élément qui ne saurait s'empêcher>d'êtrq. 
Dès ce jour , ellesouffirit mort et martyre , s^irri- 
tant et pleurant tour a tour , devenant sombre 
et emportée. Les querelles entre elle et sa mère 
reprirent avec de nouvelles alternatives de ré- 
conciliations et de récriminations; si bien, qu'un 
jour, sous un prétexte en l'air et par un raffine- 
ment Je cruauté dont une l'eniine seule est«ca- 
pable dans ses vengeances, les trois officiers 
bonapartistes se trouvèrent invités à une soirée 
de M. Dufresne. La mère , à lu vérité , ne 
croyait pas ce dernier instruit , et ne voulait que 
faire ployer sa lille par l'audace et l'éclat de ce 




l50 MÉMOIRES lUSTOlUQl'b 

coup de théâtre. Elle supposait la délîcateMO ég 
chacun de ces jeunes gens , et qu'ancnn d'eas 
ne pensait dans le fond de l'âme avoir été k 
jouet de sa fille. Le capitaine ne put nipportar 
cetle avanie ; il se retira, et sa femme l'c 
murmurer tout bas : « C'est trop fort!... • 
dame Dufresne s'échappa de son coté, fil 
par un domestique un mot a sa mère, et 
On s'étonnait cependant de ne pas vmt les 
Ires de la maison ; leur absence devenais va 
d'étonnement et de mortificatîoa. Ce 
devant tout le monde et de la patft de b 
qui devait faire les honneurs du e 
des cris k la mère. Elle comprit, 
que son slupide acharnement v 
perdre. On courut vainement sur les 
rhifortunée ; nul ne pnt donner de 
M. Dufresne manislesia , mais in 
indulgence : le coup venait d*étre 
trouva le lendemain malin le corpe de 
Dufresne horriblement mutilé sur un 
de charbon qui stationnent contre les 
pont Marie. 

C'est presque toujours avec an to 
d'incrédulité que l'on repousse les 
iiifliscrets sortis lic la bouche du 
Ith ÏAXi: «l'.ibonl ili* banalités \amcs; 
* icit* dcv.ini fl*tri* , Miiv.ml l'opinion asarc 







TIRÉS DES iKRGHlTfiS. I&l 

de ceux qui ne veulent pas qn'im Im en M- 
cupe, du nombre de tei choses que T^ii ftH 
et dont on ne se vante point. Bn génélf^al^ Te^- 
pression du malheur des autres ngns importuné. 
A celui qui se plaint de ses dbtdeurs^ on r^p#nd : 
-^ Croyez -TOQS donc ^ue nous n'àtons ^s lob 
nôtres ?... Et Ton s'imagine avoir mis un bannie 
suffisant sur sa plaie. On se dispense du ireale. 

S'il est juste de dire qne tons les gêné ifin 
ont parlé de se mettre à mert se ècmt fmm 4k 
]^lupart résignés à vivi^, tèiqônrs est^tfàc^^c^ 
symptôme n'a jamais £lh défimt ku^id^glâé dfe 
ceux qui prirent urie dét ëiJ w b sÉioïl» pi«g:uni 
rapport avec leurs fnolef^. Amn^ 9^tmàÊlÊt 
dans l'âme un chagrin secret ,- i^n se védi^dcfM- 
nera pas; mais que le seeret/ tous «iil4iA(a|^e, 
on sourira de ce que vous aurez dit. Voil^ tbtrè 
alternative. Cherchez ou ne cherchez pas de 
recours , c'est tout comme. 

Le désespoir se trouve donc parmi rtoiis tt-^ 
poussé de la cécité a l'incrédulité, double fé^iiltat 
de l'isolement des familles et de Tinsouciafiftcè 
inévitable des mœnrs; et c'est entre ces déul 
écneils ^jue Ton se tue. Il va bien à la sOrriété 
de déblatérer après cela sur ses victimes î... 

Marianne Flidorf , jeune brodeuse , qui pa^ 
raissait avoir des disposîlions pour les lettrés, 
avait épousé en 1814 un nomme Charles Guin- 



l5a MÉMOIRES HUTOIllQnS 

chy, modesle employé d'ooe adminHimMi 
publique, que se» cheft aimaieni et 
lancer. Ce mariage était le résultai d'an 
de tête , après le conseil d'une amie , 
mouche qui , politiquement , avait fiiit 
prendre k Marianne qu'elle ne pourrait s 
duire a sa guise dans le monde que mmm h 
chaperon d'un mari. Ce conseil « colpotlc de 
droite à gauche , transpira quelque tempa 
la noce , et Charles s'en alarma de peor da 
La brodeuse, résolue d'en venir h aesinst b 
guérit pour le moment de ses scrupulea par «■ 
argument qui lui ficrma la bouche , et qw las 
jeuoea femmes ont toujours a leur 
Jes cas désespérés. 

L'employé , convaincu des lors qne 
lui ferait tous les sacriBces, et que IV 
de eensidération le cédait m l'amour q«'i 
pour lui , passa par-dessus ses pi 
reura. Le mariage légitima cette dënaaRha da 
confiance. Lorsque les premièrea ivrcaaM et 
lien matrimonial se furent dissipées 
bruit des violons, lu mari crut toutefois s*i 
cevoir que safcmiiK*, impatiente deaV 
le reléguerait volontiers au second 
une ombre. Tout son génie s'empinyndèa 
pour eoutrrcarrcr ce dessein ; ce fiit 
des moiudrcb in^liinb • ^a fièvre , son ol 





TIRES DES ARCHIVES. l55 

sa manie. Il TenTeloppa de petits sôimôksé^ 
quieuxy Tassiégea de craintes qu'elle réféiàiî^ 
mais en vain : il promettait d'être tranquille; et 
tremblait de plus belle. Entre eux s'ouvrit HaS^ 
lutte où de part et d'autre ik firent astaiit éè 
ruse , elle par crainte ^ lui par jalouisie ; éC In 
témoignages d'amour qu'ils se prodiguèrent àl^ 
lèrent jusqu'à TeEtravagance ; tant et si bpn*^ 
qu'ils signèrent un acte , entee-vift , pur leqvwt} 
surenchérissant sur lés sermens de fidélité ^fifti 
à l'église, ils promettaient que celui deè deM^ 
survivrait à l'autre se donnerait la ' ttniifiî'd 
coup d'épingle fournit l'encre de oé 4iliiMrtt:$ 
ils signèrent de letfl^'sang. Dé pareib^tèf litfift 
aussi nub devant les tribunaux que dei4rfrtl 
cœur humain ; on ne cautiotine pas^ te^'ftdlSlifé 
par des sottises. . ' ..' » 

Pour ne plus donner l'éveil k Charles, puis- 
qu'il se montrait si chatouilleux sur les moindres 
manifestations , Marianne essaya de s'acclimater 
dans ses devoirs 3 il fut évident pour ceux qui 
connurent les habitudes de leur intérieur, que 
cet effort contre nature la conduisait en peu de 
temps au sublime de la fausseté sans l'acheminer 
pour cela vers son but. Le détour était trop long 
pour une nature un peu romanesque; elle de- 
vint la dupe et resclave de son hypocrisie. Sous 
une livrée systématique, on b avilit. Le marasme 





tS4 MtMOiaES UlSTOIllQCES 

la gagiNi i elle se montra négligente au-delà àt 

lente expression , perdit cette fleur de co^nelle- 

fie, innocent apanage dca femmes, aases étran- 

§ev dn reste à celles dont la l2te rè^a non 

an lieu d'un amant, se rompit tont-a-laU 

Mensonge, perdit enfin la venre d'esprit 

«Ile a^ait donné des preuTca; et, 

toqours indiscrète dans ses propoat a 

siMa ménage au ridicule par ses plainitas 

et ians prudence à de bonnes amiea env la ja- 

iensie de cet homme qui lagar 

VlÊnaà les bonnes amies , suiir 

caractères , les unes jasèrent,m 

fiit le plus grand nombre i les antna « qni 

not très habiles , moralisèrent le mar^ 

tettir compte des maûmes de liberté 

cherchait a lui donner le go 

plaa rudement la courroîa du 

de propriété nous rend tigres. U fiit j 

idées qu'elle jetait sur le papier ; Vi 

éà Hentaigne, est la IbUe du logia 

ne vit que de hardiesses i Marianoa a' 

idias. 

Un mal enfante inévitablement 
Charles se mit au service des faulô 






dans l'esprit et perdit sa place pow s'él 
sentinelle autour de sa lemme. Les pral< 
rciirayaient ; ton» li> prolecteurs en vonlahil' 



TIE£$ DES AKOUVIS*. iS^ 

son bien , auivant lui. La xniBèrQ t^ot^ jet^ ^yci^ 
la misère, les mde^es qu'elle d^vi^qj^p^^ )^J^r 
fant leur amena des embarras, sans cinfieQler 
ces âmes qui se blessaie^ da pUif e^^ .p^§j.e^ 
cberchaient a s'effacer l'ion^ devanti V#UU;^ 
Charles eut moins de ménageçdieps. d^nsi ie&^ fo|^- 
mesy quand les soucis raasiégèiçeffUBf^f^îLi^lfP^ 
prit au hasard de les iÇaire Tiyre f p^a s|b ^^qi^tf 
de rien, pourvu qu'il nf quittât paa s^a fem^ne 
d'une minute^ Une homme q«i a Y^civsaif f if'ifn^ 
infidélité se commet très lesteiideiiti^t Ç^ia^^^s 
avait vécu* Qu'une feoime aitt 4^ L'ufiio^rt^qmr 
un jaloux, cela même le £ût tram|>)f^r^>,^,;ip 
dit qu elle peut en avoir anUuiit f^f^ i^.^* 
très. Lea ménages dont il était e^tiyqr^/^a le 
|]^ssuraient d'ailleurs pas; son amlnt4QU é^t 
d'éviter le sort commun. Marianne, s'incaroérant 
elle-même, ajoutait à sa propre servilité par des 
maximes de complaisance que le mari prenait 
au mot } elle ajoutait des anneaux à sa chaîne. 
Un jour, il lui proposa de l'enfermer chez elle - 
à double tour quand il irait dehors j; bien entendu, 
disait-il, pour qu'on ne Timportunàt pas, puis- 
qu'elle se plaignait des visites; elle esquiva la 
proposition , mais non sans peine. Tous deux 
s'acoquinèrent ainsi dans la fatigue du têle-a- 
lelc , avec leur idée secrète , leur affection men- 
songère, leur double supplice. Plus de toilette, 





l56 MÉMOIRES HISTOaiQUES 

pliu de travail littéraire » pins d'aTenir: U 

morphose était complète , au point de 

jalousie mfime inconceTable. Tout cela ne 

Tait darer : les efforts trop tendus dotTenl 

pre les forces. Charles étouffait , et avmt 

d'air ; il fiillut ouvrir un peu la prison » 

monde , chercher des liens nouveaux . 

sions de respirer , des amb , des moy ena 4a 

vie. Lés parens de Marianne , aiicin 

enrichis , vinrent les voir du fond de 

vince ; cela servit de prétexte. On 

monter une certain matériel, d'étabBr 

commerce. Les parens étaient des 

sonnels pour voir clair dans le 

enfans. Marianne et Charles anrrienl 

ques scrupules k s'expliquer devant 

vécut plus au large pendant qudqne iHip^ Ob 

revit les anciens amis ; on renona ém 

rompues. Mais^ pour aller doneemesrt 

nouvelle phase d'existence où tons les 

traient pas sans abrme » Marianne » ^Êà 

blait de perdre pied sur le sol en s^ 

trop h Taise, fit promettre k Chariea qnll ntli 

quitterait pas ; et , de la sorte, qneiqn'en 

gissant, leur prison ne fut rependant 

prison. A dîner, ils se mettaient diaiae 

chaise, pieds sur pieds ; où Ton voyait 

découvrait ranlrc. CliaHcs n-pond.iil 






TIlUCS DES ARCRIVSS. 167 

femme ; il s'emparait de son bras pour sortir ; il 
résistaitaux agaceries 4es femmes qai lui tendaieat 
la joue de peur que Ton ne prît la Jiberté d'em- 
brasser Marianne. Elle se formalisait de la moin- 
dre vétille afin de le rassurer , et ne disait pas 
un mot de peur de s'attirer un compliment. Sa 
servitude affligeait; cette servitude était trsp 
marquée pour ne pas être un calcul. Les im- 
béciles disaient: — Quel ravissant ménage l... 
Sur cinquante ménages, il y en a ub comme cela ; 
le sacrement n'est qu'une loterie. Avec rni pfTeil 
jaloux, on doit redouter les antécédens» et quelle 
femme n'a pas des antécéd^ns! Marianne, avant 
de connaître Charles, entraînée par le démopi 
épistolaire, avait noué une relatioi^ de |êle avec 
un jeune poète ; et tous deux , platoi^içicns mé- 
lancoliques , séparés par les circonstances , s'é- 
taient écrit tour k tour des billets-doux a la 
façon de lettres de Démoustiers , absolument 
innocentes, assaisonnées de madrigaux. Ce com- 
merce de céladonisme avait duré jusqu'aux envi- 
rons de la noce ; une infidélité du correspondant, 
ébruitée mal k propos, avait tout rompu ; rien de 
plus exigeant que le céladonisme. Parce qu'il est 
timide, il se nourrit de susceptibilités inouies. 
Le dépit, aussi bien que le conseil de la bonne 
amie, joint au caractère de Marianne , fut cer- 
ainement pour beaucoup dans le coup de tête 



i58 M^MomFS msToiiiQims 

do mariage. Une amante colère w jette 
an premier Tcnn^etles hommes te confieat tNf 
SI lenr mérite pour ne pas s*y tromper. Lm lollfv 
existaient encore. L'occasion se présenta ée Isi 
reprendre et de les anéantir; ce fbt a« 
d'une dame qui se chargea de mener la 
tion k bonne fin. Marianne remt M 
les siennes , et se proposa de les bvMcr; 
Pamonr-propre recole toujours deranl It 
fice de lui-mtme. Marianne se plot k 
c'était le parium de sa destinée perdne frf) 
prenait à respirer. Elle ne quittât pat 
pensant qu'une femme est encore -tl 
et sa plus sfire cachette ; en qaol , 
enfiint raisonnait juste , mais 

Un jour, son mari, prêt k sortir et 
ne sais quelle petite clef qu'il ne 
pria, par impatience, de chercher tnr 
ce que naïvement elle fit, en tirant 
papiers mysiérieui dont il prit inqwtMiiib' 
lant Toir autsitfit ce que ce poufafc 
résista; il persista. L'adultère fut la 
pensée de Charies ; ce fut comme une 
dans son cerreau. Puis , sur un é<irt 
dont les amis n'ont jamais bien su tonte la 
elle se réfugia derrière des meubles , ok I y 
un corps a corps. La femme ne put 
le mari s*empara du tout. Quand 









TIRl^S DES AROniyflS. ift^ 

vit en (kce lies conêéqiiencos d^ntt m^sUttëi^ 
Charles , avec sa postHatiimiié eoèjtigale^^ -fteli^ 
gérait les yeux pour la première fois, SHatii'ëéfMl- 
dérer qu'elle allait a^gi^aver les dbtfH^s^e Glmrlês, 
elle se releva^ courut Vé^ la pôrlif,' dt 1^ inMIld^ 
de ne ptus remettre les pieds àiû «a^a, M 
s'enfuir, de se tioyer, s'il né restîttiiaitte^féicl^ 
l'instant. Les lèvres pâles de Mariaritlé, M'IfIM 
brève et délibérée, ra^cetidaHI qi/ieil)e fiMbilé 
enfin quoique infinitneiit trop ffaird, loift'*tV^ 
trifia le malheureux, qéi\ feâ&cAft cfett àpptmM 
plus qu'il ne pourrait en sn^péi^ter; éV^ât^lÊiéÊt 
d'ailleurs qu'il briserait penf-etiré hi ^éHtmêlê 
son escla'^e. An jalomt , H faut vth ' é9Ûk/¥é^ %k 
jaloux peut être amant, nbfaî» raiiicHit> ti'^lf^tfli 
sentiment de hixe péùr la jàloiisSe;Ki jUfelrfftM 
avant tout propriétaire. 11 rendit les IctttW' *l 
conjura Marianne de se calmer. Ses yeux troH»^ 
blés n'avaient rien vu de l'écriture, ou phitdf II 
y avait vu toutes les écritures des gens suspeéii 
de faire la cour à sa femme. Restitution faite-, H 
leur fut impossible de se dire un mot de pki5, été 
se regarder, de chercher à se rapatrier. Chafi^léi 
sortit un instant pour se remettre, pour se tùvb^ 
sulter, pour savoir comment il reviendrait à* ht 
charge sur l'explication interrompue. Tout var 
cillait devant ses yeux; il se croyait devant un 
autre avenir j et, comme lorsque la générosité 




l6o HRMOinif mSTOlUQllK 

devient une nécessité on 8*en iâit nn 

il te promettait d*âtre généreaz. 11 no devait paa 

en avoir Toccaiion. 

Quand il revint, sa femme était diqiaroe« ai des 
débris de papier consumé voltigeaienl 
Titre. 11 essaya de lire ces fragmena 
de surprendre a leurs cendres des 
nouis au vol de la flamme ; et, s*inl 
les amans qu avait pu se donner fuifidèkt il 
résolut de courir ches ceux qui Ini 
devoir mériter la préférence; tout cnla 
jet bien arrêté, quoique le doute et 
dussent lui faire enfanter des projeta ridioska. Du 
deceuxqu*il fui pliitd*accuser i 
ce prétexte qu'en revoyant le monde» 
avait effectivement repris un peu de 
sa toilette , et que cette circonstance 
des visites ches le prétendu sédncteari 
diaonsHious, dégoûta Charles d'aller plaalBm«ei 
do colporter ses soupçons, en conpoMl conA à 
toute explication sur ce point délicat. Il aa di^ 
cendit paa a se défendre : la négalâoa B'eil 
rien prouvé ; l'affirmation n'aurait élé ^^^ 
ignominie. Même en supposant que le fait fiftwib 
il y a de ces choses qu*ua lâche seul avoM 
qu'un mari a des certitudes, c'est4 loi do 
der; seulement, l'homme qui refusait de a'i 
sur laselette, blâma cette révélation imi 





TIRÉS DES ARCRIVRS. ^ l6l 

ce colportage indécent des plus petUcs oistillffs 
du ménage, comme très capable, tafnt de la pa^t 
de Charles que de la part de Marianne v^e4és 
aliéner souverainement l'un a l'autre; c^étâît se 
rendre la fable des sots. Au suicide que Gkàrlés 
pressentait avec trop de raison , îL oppom- con- 
stamment son incrédulité; car ces sortes dé dé- 
bals, suivant lui, n'en valaient pBÈ la peiii^. ^11 
faut d'autres sévices et déplus- violents, ^cHuéi^il. 

Le ton de cette entrevue, ûtr et àétibété j 
mit noire Charles, phté «tord, éh vei*^'^e^'teh- 
tenir que l'homme qui s'élatt pêrMis'dè'lQr^'één- 
seillerle silence detait étrerauteurde Mn^i^fBi^' 
tune. On verra pourquoi. Cette infoiitiinélik*4$l«(it 
pourtant que la suite tl*op naturelle d'iifyiWéiriagc 
posé à faux depuis son oii^ne.? ^ -' au^ut 

Marianne alors courait de son côté. Une seule 
amie lui restait de toutes celles que sa réclu- 
sion dans le ménage lui avait fait perdre suc- 
cessivement. Elle s'y rendit, et tout porte à 
croire que ce fut a dessein de la prendre pour 
conseil ou pour intermédiaire dans cette crise. 
L'aniitio la plus franclic a ses momens d'éclipsé. 
Occupée pour ce moment d'unt) étrangère ar- 
rivée depuis la veille, l'amie ne lut pas et ne 
put pas lire le mot de l'énigine ({u'clie avait 
sous les yeux dans le désordre de sa folle amie; 
l'évidence lui échappa , elle eut échappé h d'au- 

[V. 11 



iGa MKMOiurs historiques 

trrs. Le spcclac lo du la joie glaco les tmmn 
affligés; iU voudraient Irouverdea âniM ftitm h 
les cnlendrc; el leur préoccupalion les rc«d 
injustes contre les autres préoccupalîona. Ma- 
rianne se retira sans dire le premier mol de smi 
intention, et l'amie, très empressée d*aiil|te paU, 
cournt k «es visites. La vie de L| melheanH^ 
tenait peuMtre a ce fil I... Si Mariamae «railip 
quelque amant, la terreur Tattrait décjitét à Ip 
demander un refuge. L'eflroi mène ans 
tiens fortes; la peur enfante ploa d'aclea 
ques que le vrai courage. Elle aurait qpill^ MP 
mari; elle ne se serait pas noyéet caf 
alors jusqu'au dernier refuge. 

Elle erra jusqu'au soir dans les ruas; 
inant de résolution, elle alla consulter 
d'esprit et d'une trempe courageosot nr oo ^"3 
iallait hasarder en cette circonstaaoo. 
Marianne spéculait-elle sur une boepilailé 
toutefois elle ne demanda pas. Or, loa 
s'étaient croisées dans le jour, et celte 
savait tout. Paris fourmille de iion?i 
prompts a faire circuler les événeraens. Aansli 
parcours des conjectures, on avait deviné jwqu'SB 
secret des lettres. « Vn mari n'est dsn|^tsf 
que de loin, lui dit la commôre ; le vôtre est dé^ 
désarmé, prétù toutes les capitulations; depl0 
liera se sont soumis ;i pis que ce qui voua 




TUUSS DES ÂBCniVES; |Q5 

Osez donc ! frappe:&ui| dernier cpup» re89ai3i88ez 
vptrç pouvoir sur Tpiis-mêm^! jd^ez lui» ^pj^s 
êtes che^ vous; D'a|>an4onne:( pas vo^x*^ maispii , 
on vous blâmerait de prolonger cette nbs^nce 
qui prêterait a des interpréta^ons stupid^s. (ips 
vétilles d'avant le mariage ne comptent pas, qt 
vous êtes forte de votre innocence. Après jun tfl 
éclat, vous devenez libre de vou? |*econquj$rir« U 
vous a donné sur lui quitte e^t quatoirzjs ; pr^PAZ 
le point. L'exaspération çk^^ le^ hQm^lj^^ ti^ 
de près a l^ur spwaissiqp ^Qlup. Lorsque pops 
sommes deippi^eUe?» Us, w mftptrent 4ptti^ «t 
patelins , \ prompjbs k s'^Ji^japifr 4't9^ jp^price, h 
ramper devant nos moindres rigueurs. Ou ne 
doit pas cesser de s'appart^ir en letSir jurant 
fidélité. Notre caprice est un frein qu'ils savent 
subir, d'autant que de leur part nous en subis- 
sons bien d'autres. Prenons quelquefois conseil 
de ce souvenir pour nous croer dans le ménage 
une sorte d'indépendance. » 

Avec ces conseils et d'autres , la damo ramena 
Marianne sur le chemin de son logis ; la croyant 
persuadée , lui disant de revenir pour aviser sur 
le reste , lui promettant de tenir cette entrevue 
secrète, car il le fallait; et toutes deux se quit- 
tèrent. 

Marianne, copcndanl , ne rentra pas de la 
nuit ! 




1<I| MlMOinrS niSTORIQt'FS 

Le lendemain , redoiihlement de Iranws, 
meur nouvelle , déchaînement de lo 
conjectures sans nombre; puis les 
obligés ! et If s gens qui saTcnt bien des 
mais qui ne les diront pas; et ceus qui me 
rien du tout , mnis qui ne sont pas en peine dV 
maginer cent vanteries, cent contes phit wli les 
uns rpie les autres. En s*y prenant k pMpv et 
de la veille , avec le génie que Ton 
le compte du prochain quand il n'est pl«B 
on préviendrait toutes les catastro|dies. 
reusement , la présence d'esprit 
les jaseurs. Une version curieuse griiuy It jèm 
grand nombre des crédulités contre 
servait de but principal aux soupe 
et vers lequel notre jaloux dirige 
ment rartilleric de ses reproches, 
pas s'en adres.«cr h Ini-m^me. Soi 
sion « les lettres brûlées étaient de I 
qui n'avait pas voulu se justifier la 
avait tranché du Kobespierre vis-è-^de 
en le malmenant sur un ton de 
ne prouvait le contraire, et ^oilh 
faiseurs d*historiettes procèdent 
d'instructions. Mais narrons lliistorielta. Il 
srduil .Mariaiiiio, disailon, pour exciter Iss d^ 
pits rt rrvrillrr le caprice d'une infidèle; pM. 
au prix du sarrilirc* de Marianne, TÎclÎMde 





TIRES D£^ ARCHIVES. lêS, 

ce manège, il s'élait réintégré dans ses pro* 
micres amours; d'où le désespoir de Marianne, 
inexplicable sans cela, disait-^on. Ceux qui .en* 
durent les avanies n'imaginent pas qu'on se tue 
pour un soufflet donné par un mari. Deux jours 
pleins furent consommés par les faiseurs d'his- 
toires h deviner et à mettre en ordre les diverses 
tactiques de cette scélératesse; et, l'imagination, 
de ceux-ci venant en aide a l'imagination de. 
ceux-là , l'on en fit décidément de l'authentique. 
Le suicide pur et simple , par fierté , par réso- 
lution prise de ne pas rentrer dans un cercle de 
tortures morales, et de ne plus se confier a sa 
propre faiblesse du soin de dompter un jaloux 
dont la pauvre enfant s'exagérait les violences ; 
tout cela n'aurait pas rempli les conditions dra- 
matiques dont on a besoin dans le vulgaire. Enfin, 
malgré Tincrédulité de celui que Ton accusait 
alin d'avoir le plaisir d'accuser quelqu'un , le 
corps de Marianne fut retrouve sur les grèves de 
rile des Cygnes. D'après l'état du cadavre , elle 
avait dii se tuer le soir mùme de sa disparition 
du iogis conjugal. Par combien de rêves cette 
pauvre enfant avait dû passer ! Quelle fierté s'é- 
tait donc ranimée tout à coup chez elle après 
avoir ployé si loi)g-leinj)s ^ Un amour sans épan- 
chenicnl avait-il coulrihué a ( cl acte de délire ! 
(}y{\ sait! Les gens (|ui chérissent les malheuieux 




l66 MÉMOIRES wtroBiQm 

après leur mort , parce que c^est une 
pathétique de faire preuve de sensibililé» 
des déclamations sur tout cela. Dans Tr 
des clameurs, Charles, intéressé, c< 
pense, à se défendre contre ses propres 
accepta ou parut accepter le change. Il se rfe- 
pandit en menacer contre ce roué , ce séAi^ 
leur, ce Robespierre moral, doué de lapaissasce 
de conduire les femmes à se tuer lorsqne km 
maris les brutalisaient. Les curieux se firoltaieat 
les mains, et attendaient un nouveaa drame. H 
faut des combats de taureaux a la canaille. Ce 
fut sur ces entrefaites que la dame a laquelle Ma- 
rianne s'était confiée en se trouvant 
et sans recours sur le pavé , vint me 
la circonstance de cette entrevue ignoi 
et une antre circonstance , plus décnhc « qui 
disculpait de toute participation dii 
directe, de tonte influence dans ce 
rhommc dont il semblait que dès ce 
jours fussent menacés. La rouerie 
de la régence était nne fable, une ineptie, 
rcve, et cela, par pliiMcnrs misons dont je 
tai le seul d(:posltaire, et qn*il ne m'appai licsH 
p;is i\v dire; j*<'ii eus les prriivr^, rela mr sufll. 
<^*ti:iri«l j* ( iMis ficxoir a\crtir crt homme de se 
triiir sur m:s ^anlcN, pour qu'il nu devînt pv 
\ictimc d'un<j inculte ou d'un guet apcns, il m*sH 



8Ura qu'il ne craignait ni Tun hiTtatrë, et ^*Û Ée 
reposait sur la conscience des fautetim téi4*^ 
tablëà de cette sinistre àvenittM t>dur déIrMir 
en paix sur ses deux oreilles. Si l'on ftvèHétt 
des crédulités qvà nous disculpent, il li'eét ^kê 
donné d'aller plus loin. Les reyéëhtittienS fildicës 
sont sans conséquence. En efféft, là fab'^e ê^ 
propagea , mais les menaces tèibbèrerit ^ et c'^t 
un exemple entre mille dé rinsoiiciance ^itti' 
homme de séné doit èjppo^er à dëë àbsMAlitéS? 
Tôt ou tard, elleèse réfutent tbuték âeulès. AHëlr 
au-devant des criailleries, c'est teceTdir la 161 déâr 
esprits subalternes. Mais, d'après cette fidèle iftfà^ 
lyse des tortures d'Un malheareal couple ^Véciit 
de divorce et divorça par un suicidé, qdé^bàiét 
dès jugeurs qui s'agenouillent surune tombé peut 
graver sur l'épitaphe , avec de fausses larmes , 
une injure contre la morte, une calomnie contre 
les vivans!... L'opinion est trop fractionnée par 
risolement des mœurs, trop ignorante, pour avoir 
dans nos consciences l'autorité d'un tribunal 
équitable. Entre la version qui purifie et la ver- 
sion qui injurie, Topinion prendra plus commu- 
nément la plus accusatrice, a la manière des pro- 
cureurs du roi et des magistrats. On ne doit, 
d'aprcs elle, traîner qui que ce soit sur la claie. 
Ajoutez a cela que tous les suicides ne sont 



i68 >iKiiumik5 iiuiOKi^îUks 

pas pour cire cuiiiiusi et que la préMoiplîiMi le 
dâmonire. 

U suffit, en eilety de citer cet arquebmicr ém 
quartier du Uoulc qa'un dcrangeiDeol cians ict 
affaires conduisit à se brûler la cenreUe. U élait 
nuit; la détonation de TarmCi assourdie par d'^ 
paisses muraillcsi ne fut entendue de personne; 
nuis la bourre du pistolet, aprcsavoir tnTCisch 
cervelle , alla s'égarer dans les tentures de Fal- 
cove qui prirent feu. Le quartier doraiîL Far 
hasard un voiturier, qui conduisait nn tes- 
bercau , donna l'alerte ; un cri mil teel k 
monde sur pied. Sans la rapidité des 
qui furent d*autajit plus actifs que le 
savait que cet arquebusier possédait chcs lai 
des tonneaux de poudre , on aurait pu le cnîfe 
\ictime involontaire de Texplosion .cfirejable 
qui serait venue couronner ce drame i 
il avait mis des faux en circulation, par le 
d*un tiers, comptant y parer avec des 
qui lireut défaut , et se trouvait à la ¥cille 
réchéance. Le salut du quartier ruinai 
on s*aballit surriiéritagc. 

M*a-t-on pas retrouve dans les liaigBeî 
Vigier d(;s personnes au fond de l'eau? 
les lettres reliisces et restées dans les burms 
de l.i [luslc, une délits, deux ans apri*s, es* 



TIRÉS DES ARCHIVES. 1^ 

pliqua le secret d'une mort de ce genre, aitrUbuée 
par les amis et la famille du défuatau sommeil ou 
a la défaillance, car on ne lui connaissait aucune 
raison pour se tuer; ce que sa lettre ne démeip^t 
que trop amèrement. La famille fîit déslumqrée 
par la publicité qui mit la raison de cçtte iiçi^i^t 
en évidence. Rien n'est donc plus hasardeux que 
de conclure; et, s'il faut aller jusqu'au bout, 
plus d'un assassinat fut si bien déguisé par les 
assassins que l'on aurait tort de décider contre 
le nombre de cas oîi ce déguisement aursiit eu 
lieu avec plus d'habileté. La mort ne dit pas touf 
ses secre 

Un médecin vint me consulter un jour sur 
une mort, dont je lui conseillai (ce qu'il fit) de 
laisser les causes dans l'ombre , quoiqu'il jugeât 

nécessaire de soumellre la question qu'une mort 
pareille soulevé trop souvent a l'examen des 
hommes de cœur et de tête. Il s'en accusait, et 
je laisse aux consciences délicates à déterminer 
si cet homme était réellement coupable. Ses scru- 
pules m'occupèrent et m'en donnèrent. 

Un soir, à Belleville , où il demeurait, en 
rentrant par une petil(î ruelle au fond de la- 
quelle élall sa porUî , il l'ut arrêté dans l'ombre 
par une lenime enveloppée dont il ne vit pas la 
ligure, et (jui le supplia d'une voix tremblante de 




*"îMiT JifûnuiL ài mxniAK. les geoi 
as sia b Ti^imiAtisnac po». La 
f*!! tnmoé b :-jfLfai&:re «c Tcidnie 

Ma BurL 7* ^f T^&f ?•» na cute. JeiB 




împkie, el celi c::ac m'A 

me icriez pu I« coaplke tma 

■■ cniiBt. qvaiqne a 

cmn aa monde. Vo«s rojtz ^*1 <^>V^ '^ 

aTortcflHoL Je ne m'ibâiiierii pai j>*fi'^ ^ 

pricre, jnsqua déguûer ce qui im HaUili 

pins abominable des crimes. J*aî cééé 

à des supplications ea i:i(*présealanti 

je saurai mourir. J'appelle Li mort, et ponr odh 

je n'ai besoin de personne. On fait «^mMf i df 

se plaire à arroser un jar Jîii ; on met ponr cth 

des salioU ; on choi>it un enJroit srlissant oûFtf 

V.1 puiser tou>i I> juin ^. on s*arr:Mi;:e ponr clîsparv- 

Ire dan:> le Ija>. \\i de la <uurL-e : cl les ccnsdiMt 




que c'est un malheur. J'ai toni pr|vil| môftsieiir;i 
Je voudrais que ce fut demain, j'irais de tout iabn< 
cœur. Tout est prépare pour qu'il en soit ainsi. 
On m'a dit -de vous le dire, je vous le dis. C'est 
à vous de décider s'il y aura deux meurtreB ou 
s'il n'y en aura qu'uri. Puisque l'dn a obtenu de 
ma lâcheté le sei'ment que }é niëSdtdllettrA sSiiS' 
réserve a ce que vous décideriez, pronotibto! 

<c Cette alternative, Continua le docteur,, 
m'effraya. La voix de cette femme avait un tim- 
brc pur et harmonieux ; sa main, que je tenait 
dans la mienne , était fine et délicate. Son 
désespoir franc et résolu dénotait |une âme 
distinguée. Mais il s'agissait d'un point sur le- 
quel en effet je me sentais frémir^ quoique 
dans mille cas, dans les accouchemens diffi- 
ciles, par exemple, quand la question chirurgi- 
cale se complique entre le salut de la mère et 
celui de renfant, la politique ou rhumauilc 
tranchent sans scrupule à leur gré sur ces graves 
questions. 

« — Fuyez a l'étranger, lui dis-je. 

<^ — Impossible , me dit-elle d'un ton bref; il 

n'y {.ait pas soiigcr. 

« — Prenez des précautions habiles. 

t< — Je n'en puis prendre j je dors dans la 



173 MÉMOIHBS BlâTOHHfUtf 

même aicove que la femme dont j*aî Inkî Ta- 
mitié. 

« — Vous êtes sa pareate ? 

ff — Je ne dois plus tous répondre. 

<r J'aurais donné le plus pur de mon 
pour éviter a cette femme le suidde ou le 
ou pour qu'elle pûl sortir de ce conflit aao 
besoin de moi. Je m'accusais de barbarie en re- 
culant devant la complicité d*un menrtie. La 
lutte fut affreuse. Puis un démon ma mÊggin 
qu'on ne se tuait pas pour vouloir mourir} qp'ca 
ôtant aux gens compromis la puiaaanca de hitt 
le mal , on les forrait à se résigner a itmn fmla^ 
Je devinais du luxe dans les brodcrias fai se 
jouaient sous ses doigts, et les ressourças ^'1 
la lortune dans la diction éléganta de 
cours. On croît devoir moins de pitié aai 
ma conscience se révoltait contre rUèt 
séduction récompensée au poids de Tari 
qu'on n'eût pas touché ce chapitra , ca 
une délicateue de plus et la preava quV 
mait mon vrai caractère. Je refusai ; maii k la* 
fus une fuis parti , j'aurais voulu poaaair b t^ 
prendre. La femme s'éloigna rapidemasL LW 
rertitude s'emp.ira de moi et me ratini m 
balance. Le bruit d*uii cabriolet m'apprit f» 
je ne pouvais réparer ce que je venais de Cv^- 

^ Quinze jours» aphr>. Ic^ papier^ pubLos^iP' 



J 



TfR^ DES ARCniYCS. I73 

portaient la solution de cet effroyaUe doute. La 
jeune nièce d'un banquier de Paris, âgée tout 
au plus de dix-huit ans , pupilk chérie de sa 
tante, qui ne la perdait pas de vue depuis la mort 
de sa mère , s'était laissée glisser dans une source 
de la propriété de ses tuteurs , k Viliémomble. 
Ses tuteurs furent inconsolables^ la qualité 
d'oncle excusa sans doute les larmes amères de 
son séducteur. Mais , moi ^ j'avais tué la mère 
en voulant éparger l'enfant. » 

Faute de mieux , on le irofit , le suicide est le 
recours suprême contre les maux de la vie 
privée. 

Citerai-je maintenant le trait de cet^nfiint , 
enfermé , par la colère de son père , dans un 
grenier , et qui se laissa bhoir d'un cincfuième 
au milieu de ses proches , dans un accès de co- 
lère frénétique ? Citerai-je encore ces malheu- 
reux qui, chaque année, s'asphyxient avec leurs 
enfans pour échapper aux avanies de la misère ? 
Je quille ce chapitre attristant où le mal qui 
ronge toutes les classes de la société se met Irop 
énergiquement en relief. Il faut avoir raison avec 
sobriété. 

Parmi les causes des suicides , j'ai compté 
fort souvent les deslitutions de places, les refus 
de Iraviiux , Vabnissement subit des salaires, par 
suilc de (|uai des famillçs se trouvaicjqt an-dessous 




i7't MKifûnun nfroaiQUES 

tics nécessités de leur enlretiev^ d\ 
plupart vivent au jow le îoor , et qti*eB 
peu de gens sont au niveau de leur vev< 

A l'époque oii , dans la maison do im , Tesi 
réforma les gardes de la prévôté de rUôlel, tm 
brave homme fut supprimé, comme toalk: 
et sans plus de cérémonies. Les gon^i 
représentatifs n*y regardent pas de m piia; 
taille en grand daifs les économies , tank 
les événemens de détail. Son ig» al 
protection ne lui permirent pas de 
dans le militaire ; Tinduslrie élail 
ignorance. 11 essaya d'entrer dana Pat 
tion civile ; les prétendans, nomheen tk 
ailleurs , lui fermèrent cette voie. U pràti 
grin noir et se suicida. On tronva 
lettre et des renseignemens. Sa 
pauvre couturière ; ses deux filles, & 
à dia-huitans, travaiUaicntavecelle.Ti 
« que , ne pouvant plus être utile à 
et qu'obligé de vivre à la charge de i 
de ses enfans, vivant à peine du Irisai! de 
mains, il avait cru devoir s'oter la 
suulai^er de ce surcroît de fardeau ; qull 
mandait ses enfans û madame la duchesK d'As* 
goiilrme ; qu'il espérait do la bonté de esM 
princesse qu'on aurait pitié de tant de miaèia • 
Jt: lis un rapport à M. le préfet de police Angk 





TIRÉS DES AACmTBS. 1^5 

On remit une note au vicomte de Montmorency, 
chevalier crhonneur de Son Altesse Royale; 
Madame donna des ordres pouffqtduiye sottime 
de 600 francs fut remise à la famille 4umalfa6a- 
reux Tarnau. M. Basticn Beaupré, commisiarâre 
de police du quartier, fut chargé de la remise de 
ce bienfait. 

Triste ressource sans doute , afprèf iiae aem- 
blable perte ; maisxomment exiger que la fiuniUe 
royale se charge de tous les malheureux^ lifirsqae 
tout compte fait, la France, telle quMlèesf , De 
pourrait les nourrir. La charité des^ riches B^y 
fiuffirak pas, quand même toute notre ^tîon se- 
r ait religieuse , ce qui est loin d'êtce, Le suicide 
lève le plus fort delà difficulté; réehafaufl,]e testé. 
C'est à la refonte de notre système géo^i'al d'a- 
griculture et d'industrie qu'il faut demander des 
revenus et des richesses. On peut facilement 
proclamer, sur le parchemin, des constitution^ , 
le droit de chaque citoyen h l'éducation, au tra- 
vail , et surtout au minimum de subsistances. 
I\Iais ce n'est pas tout que d'écrire ces souha^s 
gi'nt'reux sur le papier, il reste à féconder ces 
vues libérales sur notre sol par des institutions 
matérielles et intolligcntos. La discipline païenne 
a jclé Jes créations maii^niliqucs sur la terre; la 
liberté moderne, cette Hl!e du Christ, sera-t-elle 
au-dessous de sa rivale? (^ui donc viendra souder 



17^ MRMOIRKS niSTOItlV»U» S 

ensemble ces deux magnifiques élémens de 
sance?... 

Pour parvenir à des données certaines su k 
suicide , j*a\ais formé le cadre d'un grand tra- 
vail. 

Je faisais d'abord un extrait analytique ft 
raisonné des proccs-vcrbaux des suicides; en- 
suite ou plaçait sur des tableaux divisés ca ph- 
sieurs colonnes toutes les particularités 
ristiques : 1 * la date de l'événemeni ; 9K le 
de rindividu ; S*» son sexe ; 4" son étal aa 
fession ; 5° s'il était marié , avec oo 
Gp son genre de mort, on les moyens daot il s*^ 
tait servi pour se suicider ; dans la 
lonne, je consignais les diversea 
qu'on pouvait tirer du détail des aoi 

Je me borne aux trois années IttB^llil cl 
182& , et à la circonscription de Paris. J*i 
que ces années suffisaient pour offiîr 
de comparaison sur le nombre et les 
nos des suicides ; j'y joindrai le résaoïé da 
qui ont eu lieu depuis 1817 jusqu'à 18M. 



T1RFS DKS ARCHIVIR. , tjj 



ntulaiion du nomltre dei perte 
dam Parii tt la hanUene^ pe 



Dorobro des personnes suicidées ( i** semestre.^ '^îâ.e t 
pendant cette année. .... . i t «* *i^fe«^c.- itg) ^^' 

(\iTans 8i 1 
morts. ..;;•...;.;.:;;. • ."^'^^ j tvin 

Î masculin . '. aii 1 
féminin ............... V^j'r'TilL,, ,„ 

r célibataires. .,,,'. '^7) 

( mariés ...:...... 1 '.'..'.' . .'*. ">wp) ,h^.,. 

^'^.' !».in i 

/chutes graves volouiaircs. ..,...,• ^Sq 
. i Strangulation • • •if,*., j 3i 



T. 



^Jlnstramens yancham. Biqua^!^;?^^ 



/Armes & feu . % « • . .io*)^^' *^ 

Empoisonnemcns .riXl .t«ou 

. t. .^ fpar lecnarbçn.,* ...... 

Passions amoureuses ^^'^St* ^-^ • >^^o\ 

Maladies, dégoût de la fie, faiblesse et \ 
alicoalion d'esprit, querelles et cha- ^ 107 
grius domestiques j 

Mauvaise conduite, jeu, loterie, débau- 
che, ivrognerie 

Mi^( re, indigence, perles de places, d'em- 



y. «au va ise conduite, jeu, loterie, débau-1 \ x. 

cne , ivrognerie ) ^ 1 

HT t'y indigence, perles de places, d'em- ) * 

plois, dérangement d'affaires ) 

Craintes de reproches , de punition. . . i5 

Motifs iuconnus ^ g5 

1 (le moins qae pendant l'annôç pr«^cétlcnte (1819). 



IV 



1-J 



nuis DES ARGfilVES. I79 

TMf<ht cùmparatifdu nombre déi persànkes qui te sont tuici- 

dée$ pendani Ut anmiti 

1820 et 1821 



1*^ semestre. ... 166 
2* semestre. . . . iSg 



» < ? 

T^l. ... 325; \iMk . . . 34e 

DiffcrencQ eq (^lusdç ifinçt-lr$is ^ fendait )7Année i.S^f. . 



M^iemi^stra. . . . 18B 
2* sempslre. . . • 160 



•5. 



Eiat du nombre de^ tndividuf qui se fofU suiei^s à Parié 
#1 dans la banlieue pendant Vannée 182^. 

L« nombre en • été {f^ÏÏÏÏIÎ* ÎS}^*'*'? ..Mft-l24U) 

^■-{^'::::::::::::.: '^1 •••••»'* 

»••«« {«rS!ï.:::::::::: m] •••• "* 

^ , f céUbatâires. 207) -7. 

ï^^"^- ■•{ marié. IG^i ! ^^* 

^ Chutes graves volonUires 47 

Strangolation 38 



1 1nslrumens tranchans , piquans , etc AO f 

:'!ri!. <Aca.e.àfea Û2 > 971 

EmpoUonneniens 28 

Asphyxié. I P*' If charbon.. 6i 

n^pujAiw ^ p^^ j.^^^^ ^j^ ^,y jetant 115 

/ Pikttions araoaretue», qoerclles et chagrins domestiques. 71 ' 
- Maladies, dégoût de la vie, faiblesse oa «diénalion 

d'esprit 428 

.. .. I Mauvaise condaite , ieu , loterie, crainte de reproches l »«. 

^^»'f*---< oa de poniUon. . : 53 > ^^ 

Miiere , indigence; perte de places, d'emplois; déran- 
gement d'affaires TiO 

\^ Motif» inconnus CO ■ 

(1) DtxHfuf dt moins qae pendant Tannée 1823. 



ii>o 



MKMOIRFS niSTOItl^LTS 



Relevé du ntHnbre dei suicidei qui oui m iitm 

jusqueê eî romprii 18Sb. 



Annén. 



1SI7. . . . 
1S18.... 
ISIf . . . . 

1831.... 

183S. . . . 
ISM. . . . 



L 



Vil ait. 


MorU 


Vie 


1 

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Totu. 


6« 


285 


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^1) Le nonlire ikt Micîdt* a <l' de &I1 ta 






deU 




Ce tableau offre, corome oa voit, 
2,80K personnes qui , dans le dé| 
Seine, ont attente a leurs jours, ou •€ 
la mort par dUTcreiis luotifs. On y 
que le nombre des femmes est JieaacMpîi 
a celui des hommes , soit qu'elles 8MbiI plas et 
courage pour soutenir les peines do la w» pki 
de rcsignation , des sentiment pins wJBgitn 
qui les soutiennent dans ces ummens Icfli* 
hlfs ('2) ; soit entiii , ce (|ui parait ploa prokabk» 






ë^Jtf^TwfV iPWi i^ 



TIRES DES AKCHIVfeS. 



:t''h \r 



que le chagrin leur ôlc lui-même , en les tuant, 
la faculté d'en prendre la résolitlion. ' '" '^ 



MORGBE. 



1 



J'ai pensé qu'on voudrait savoir a cdmbieri 
s'élève annuellement Texposîtlon des corps a là 
Morgue y j'y joindrai lé résultât du repêcliagej 
parce que ceux qu'on retire dejreau ne sont pas 
• tous morts, et <jue, par cpnséqîieat, on ne doit 
compter dans ceux qu'on expose qàe les cadan 
vr es des premiers. ' 



) l'k 



.\t>'t 



f 



Résultai du repêchage des noyés pendant plusieurs années» 



Années. 



1M1. 

1812. 
1813. 

I8r(. 
isi:». 

IslO. 

1817. 



DU 


SBXE 


masculin. 


féminin. 


239 


00 


280 


01 


160 


5Û 


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78 


2jv 


55 


2jj 


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Sj 



hKrhcu^s 



vivan*^. 



morts. 




... ;: 



30. S 

m 

220 
2'jj 
2'JJ 
o20 
.117 

2,1U0 



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|8a MÉMOIRES HISTORIQUIS TIRES DES AltCHim. 



du noinbre de$ tméûffrm dé^oiéê à Im M 

p/mmn amméeê. 



1 



imi 

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aPIS* • • • • 

1816 

1B17 



m. 



196 

913 



61 

61 
56. 

76 



TlOWftl 



rifièt*. 



141 
16S 

Ifs 



I 



CHAPITRE LUL. 






PEPUIS Ui GOMTirUAUfTE ^SQII'aU 10 A|^,r({ 






Rét étalions sur ta policé révolution naîrc. — Lcgîslalion reTotu- 
tionnairc. — Etablissement des passeports et papiers dits de 
sfiretë. — Commune du lo août. — Sa fyrâimic. — iôurnéc« 
ck septembre. *« Organisatîoti de la poflcc rét6lutiodilafc'(;. — 
Commission administrative de ^icc. 



La police ne fat pas absolument litrée , AèM 
Paris ) an désordre et a Tanarchie, tùttkwté ott 
Ta tant répété. Mais moins de deut an^ s'élaient 



184 >1KMOIRES lllSTUHKaiLS 

u peine écoules , que l'influence des événemeni 
y opéra de tristes et déplorables akéraUoos. La 
police devint plus soupçonneuse, plus alrabî- 
lairc, plus inquisiloriate ; la surveillance poli- 
tique l'ut persécutante. Le 10 août aTait jdé 
l'épouvante dans une partie de la nation , d pi^ 
cluit une irritation révolutionnaire dans fanlic. 
Toutes les branches de l'administralion s*cn tm- 
sentirent ; la volonté dos dominatenrs dn jott 
prit, comme dans toutes les réactions, laphcs 
des lois et de l'intérêt général. La légitUtisn et 
cette époque eut une grande influence anr h f^ 
lice t et la modifia. 

Dès le commencement de 1799, VA 
législative voulant s'opposer aux 
devenaient fréquentes et inspiraient desi 
adopta des mesures préventives de rit 
l'exécution fut confiée et recommandée 
tontes de police. 

La loi des passeports surtout occupa 
rites ; cette loi était devenue le melif d' 
sition qui n'est pas encore disparue. Elle 
de nombreux rhangenions dans le 
ripai î elle ticvint ociicuse par TusageonV 
les hommes puissatis pour retenir 
coups ceux qui sans cette entrave aiinîent 
un abri conin* le danger. Jamais la pelîi 
tique ne fut |>hi*i prrMcutriir, si pourtant 




TIRÉS DES ARCBIVCS. l85 

excepte quelques années du gouvernement de 
Bonaparte. A chaque changement de domina- 
tion , je ne dirai pas de gouvernement , cette fa- 
tale loi des passeports , avec les accessoirai qui 
s'y rattachent, devenait une arme meurtrière 
contre ceux qui avaient succombé dans la lutte (4 ) . 
Les partisans des actes révolutionnaires troti- 
vaient ces mesures indispensables à la pàk du 
royaume. Les nobles, les ecclésiastiques, di- 
saient-ils, ne se bornaient pas a l'émigration 
pure et simple , ce qui n'eût été que Peiercîce 
d'un droit naturel où l'autorité n'aurait eu ii'ën à 
voir; mais ils menaçaient sans cesse d'attirëir sur 
la France la vengeance étrangère; ils se formaient 
en compagnies hostiles et^ entretenaient dans 
l'intérieur des correspondances pleines de mal- 
veillance et d'inimitiés. On dénonça donc cette 
conduite a l'Assemblée Icjjislative qui , des le 1"^ 
février 1792, rendit un décret, sanctionné le 
28 mars de la même année , sur les passeports. 
On y lit : « Que l'Assemblée prenant en considé- 
ration que, dans les circonstances actuelles, la sû- 
reté de l'empire exige la surveillance la plus ac- 
tive, et ^u'il est nécessaire de prendre les 



(i)Eu i8i/|, Monsieur y comte d'Artois, alors lieutenant gc- 

m» al tlu ii').iiM!ii", M'.ii'itint, jku mu t riiiun.iDce du au août i8i4. 
). ;, I ;r s<'|M>t t- 'I 1( ' I 'î:*'.!!)' n- <|ni 1*. <. 'Iilii lient. 





l86 MLMOU&Ci HaTOHIS^tCS 

mesures qui peuvent concourir à U suralé 4i 
l'eut, décrète que toute personne qui 
voyager dans rintérieur du royaume 
jusqu'à ce qu'il en ait été autrement 
de se munir d'un passeport. » 

On était si convaincu cependant qn*i 
blable police portait atteinte à la libarlé chric, 
que, par un article spécial, on ajoaU : « 
de multiplier temporairement !< 
sûreté publique, TAssemblée dédaro 
s'empressera d'abroger ce décret 
circonstances qui Tont provoqaé 
et que la sûreté publique sera 
assurée. » 

Ce qui démontre qu'on ne doit iMchar à la 
liberté civile que lorsqu'on en sent leftmM. Em 
définitive, la nécessité domine la loi; 
leur n'oserait donner cette ezcnae 
lemment devant les tribunaux. 

De nombreuses réclamations %\ 
tôt de la part même des patriotea aHiei Si m 
souvenaient que le général Lafayella n«it« éÊm 
une des séances du mois de septoflsbn I7M «di 
TAssembléc constituante, proposé HbUéétHÊÊt 
que tout Franrais pourrait voyager libreoMSI cl 
sans passeport. Les municipalités se pUgniraei, 
(le \o\%r rôlr, «iVire a^siijetliesà un 
lilt! cl inubilt*, il inlcrro;^(.*r le» voyage 



TIRK8 DBS ARQHIVIS; tij 

et que la circubtion en était ralentie, taat pout 
le commerce que pour les affaires parliculîèrea. 

Il fallut donc changer ou plutôt àliolit^ la loi 
du 28 mars. Le 8 septembre, en consèqueiicé , 
parut un décret qui prohonda cette 'suppression ; 
c*était , comme on toit » après le terrible lOâoAt. 
Le Conseil eiséeutif^ qu'on venait de former, fut 
chargé de mettre ce décret à exécution. U était 
composé de la réunion des six Boittistères s 
Roland, à Textérieur; Sèrvaa, à la guerre; 
Monge, a la marine; Glavière, aux finances } 
Danton, k la justice; Le Brun, publidate estioié^ 
aux affaires étrangères (i). Je n'en paiie ictcpie 
pour dire qu'ils étaient tous républicains zélés , 
et qu'on ne pouvait les soupçonner d^Stre enne- 
mis communs des mesures de salut public. Ils ne 
se déclarèrent pas moins contre la mesure des 
passeports , et ce fut sur la provocation de Ro- 
land et de Tavis du Conseil , que le décret fut 
rendu . On y dit « que, comme le meilleur moyen 
d'assurer la tranquillité de Paris est d'y mainte- 
nir l'abondance des subsistances , et que le 
nioii)(Irc obstacle opposé a la circulation des 



(i) i'x Le Bnin, qui eut une fin malheureuse, n*a aucun r.ij»|>«Mt 
tic |>,i»<'nt»' nvrt l'hr'nronx cl Toi^if M. I-? B'*fin , Hcvi-tiu n»i'ç'c 
lui , <hn (le P.iriiH» , cl mc»rt il v ;i iiii an , «♦ «f uro Ho richcsî.cb t\ rî*' 




■88 



TtHODDcaMiM <le fW» «1 ém mate «■• faa- 
temr fiuiate , VAmt^ÊÊm ijifin fM b ttfc 
circnUli»nerti^lilh,f lahi^aM— i — 
•en exécnKc qali fis KiSM da f 
dfli liens occupés pir !■ l 

La liberté dnp 
ceiiMft qu'on lortiîtJw 
et de leptembre , q«e 1m fnMW f 
étaient portées m jimkÊmtéa^ 4 
tion. et qu'il étaitde tMls j«riBB4*liiMA<i« 
qui pouTsient en ctn nelHMn ■■ ■■}■■ 4i^ 
soustraire. . ■ , li-i ■•• 

La commune confttiuitioni»eBe avait éH dis- 
soute dans la ouït du 9 au 10 aoàtSl; dk lut 
remplacée parunc assemblée de d ép uib an«ay<s 
par les quarante-huit sections , q« piil k umb 
de CoMMM* dm dis aovt . et , peu aprts« a 
de Comiuui rigétérét. On connaît Icu «sobal 
actes tyranniques , le» usurpations e< k i 
membres de cetic comfnnDe(1). 
avait été marqua p-ir des scènes i 



tûturicui <k la rctiituituii n'uat (imquc ti 
• xixtAltfU. 



TIRÉS DE$ ARCnim. 1 89 

au nombre desquelles il fauft placée* celle des pre- 
miers jours de septembre 1 79i. 

Les membres de la municipalité qifi étaient 
en fonctions au mois de septembre 1793 , ne se 
trouvèrent pas tous parmi ceux qui périrent au 
11 thermidor; un petit nombre seulement s'y 
étaient maintenus. 

Ce n'est pas ici le lieu de parler de ces scisnes 
épouvantables , je dirai seulement qu'on a fort 
exagéré le nombre des victimes, déjli trop con- 
sidérable sans douté. 

Il y avait , au 5S «epteikbre (9SQ, S^l^ per- 
sonnes détenues dans les ^tiims àé V^Ahbaye j 
de Bicêtre, du CkûièùiiAe la C(mcl0yi[^^>^' ilé la 
Force j deà (raiéWei»^ de la 5afo#irHérè^ dà 5Ah^ 
naire-Snini^Fxrmin et dés (7àfffi«s de lii irhé de' 
Vaugirard. 

1,100 personnes y perdirent la vie dans les 
journées des 2, 3 et 4 septembre; 276 furent 
transférées ; 742 mises en liberté ; 276 évadées 
ou dont on ignora le sort ; il en resta 243 dans 
les prisons. 

On trouve dans les notes de la brochure de 
M. de Saint-Méard , intitulée mon Agonie de qua- 
rante-huit heures^ que le nombre des tués alla 
a 3,000; c'est une erreur; le nombre ci-dessus 
est exact, il est tiré d'une pièce authentique ve- 
nant du Comité de salut public de la commune. 



cvcuparurcnt JcvjqI le trihao*! i|iû ft'Al 
&lalU danf I4 pcJM>o pour le» juger. 

(^c registre al (oui maculé (lu >M( < 
£tûetiL HuiU<lcs lu naios de ccus i|in k | 

i^ clungU^' U plupartdeaancieasa 
Ix municipaliti' du 1U août catucm t*o 
liuii iRlifMur» et U divîûou «n cia^ < 
mcn>. Mais une grande fiAtUo de b polie*,, 
ça ({ui concerne U survctUiDcc polit 
d^vo^paux coinil^ rcvululioaiuire* ^m i 
oréét en ITUj. au apoibre de duu^A, y^l 
du 7 fructidor au 2. 

Fertunoe ii'«ûl oii ùieveg U voit | 
mer la vexatioo» d«> agcoa de crUe < 
cUo avait penuadi^ qn'eUiï u'eurçiit au |i 
auiàM rigeurnwt i|im pour comprinMr 1«* B^ 
Ira*; le* ciaij^raliufu tyran iiitjues ii'canBtahB 
du koniu, «Um «UorauL au poioA ^«* pe« it 
lemp* avAot fe 9 tfaeriuidor de l'in 3» •• 4 TA* 
poqu« où l'iN» f«niM na «iay ^ AkM ttMmtf 
k b plaine 4m JMbUw» ■» nMibvMfMMK» 
dam le cowaU géa4nl 4>.eitli«iMll«Mv9A 
éuil ji cniadrc ^m lea fil 



patrie, il fut décidé et ordonné ^^*qff^^ffé^ q^^ 
la vertu était à Vordre dujour^ de^ yîfil^ 4<inM<^i*' 
Uaireg Siéraient f^i^Lçs 4^ 9^t^ f^W ^fèifflt» 
feiQmes de jp(iauvaÎ9e yie , qu q^î ne yiHW^ 
p^ dire de cjupi ell^ ^yiv^ient, ]^^ Ç9m\M i4^ 
sections furent chargés de Tex^utiai^j^ fÇ^be 
mçsyre , à ^cjuçjle il? »|ip«rt^(fn^ W *W«^ IIMW» 
ridic^}eque bairbairef . . . ' i;^ 

TQ^t devM^ femme de i^n^^is^ v^; Ifflffm-^ 
soTO garw^ ff»?^^* ^ft^esties 4e coinayifHwr^ë 
et l'qf^ vit, d^i^ tPfi^ 1^9 4uai:^i«i^44»n4lW*<^^^^ 
nombreux <^pupçf d^4emines 9^ ^Qi^m 4*M 4w 
cwps-dergîirde et qpi av^t 4^«q)^éjpf 4%wk 
ces hideuses recherches. Dl^ m^r^ 4ff fivniUfsi^ 
des femmes mariées, de jeunes ouvrier^ qvÀ 9f^ 
pouvaient pas rendre raison de leurs moye^^ 
d'existence au gré des agens de cette Q4iem^ 
police, furent impitoyablement arracbé(^j tfftî^ 
nées aux Madelonettes et k la Pelile-Forc^, JMsqu'à 
ce que des réclamations jugées vaUbb^ l^kis- 
sent les en tirer. 

La révolution, alors dans son apogée, conti- 
nua de jeter le trouble et la perturbation dans 
la police; c'était la Commune régénérée ^ surtout, 
qui entretenait et fomentait l'anarchie. Aussi la 
Convention se vit-elle forcée de s'en occuper. 



19^ MÉMomn HitrofeKtns 

Par un décret du 1 4 firnctidor aa 3 • 
mina emnmmi ei par qui la C 
rail administrée. 

Les ministères avaient €lé supprimés d 
placés par des rommîsiÛHu naiioma/ea, 
14iruclidor, ordonna, l^que la 
lionale du commerce et des app 
serait chargée de pounroir im 
subsistances et k Tappro^visionn 
3" que celle des secours pnbfics li 
Teillance et de radministration i 
hôpitaux; 3" que la commiasion 
pubfique serait chargée de Fa 
écoles primaires, de tous les i 
nanz et des établissemens d*i 
que; 4^ que la commission des t 
serait chargée des dépenses et de la 
de ce qui les concerne ; 5" que ceHs 
ture «t des arts aurait riilininiilraliM 
diate des ateliers , filatures , et de Ivaa 
dont h d&rection n*était point altriksie h h 
commission des armes ; 6p et que la 
des armes serait chargée de la directias 
les arts rebtifii a la guerre , aux m— ils— a el a 
rartillerie; 7* que la commission 
ti\e des administrations ciViles, de 
dti tribunaux , aurait la sunreiUance, I*; 
iration et la police des maisons d'arrêt « de 





TIRÉS DES ARCHIVES. IQS 

ticc et (le détention ; 8^ enfin , que la commis* 
sion des revenus nationaux serait chargée de 
faire la perception de tous les revenus et des 
domaines de la ville de Paris ; les commissaires 
de la trésorerie restant chargés de^ autres re- 
venus , de toutes les contributions publiques et 
d'acquitter les dépenses. 

L'administration municipale et la police de 
Paris se trouvèrent ainsi confondues et mêlées à ^ 
l'administration générale de la république, ce 
qui devait nécessairement apporter de la confu- 
sion , de la lenteur et du gaspillage dans tous 
les services de la capitale. La Convention l'avait 
sans doute prévu; elle voulut l'arrêter, et or- 
donna , par la même loi , que provisoirement il 
y aurait sous la surveillance du département 
de Paris une commission chargée de la partie 
administrative de la police municipale. 

Cette commission administrative de police pour 
Paris fut définitivement organisée par le décret 
du 20 vendémiaire an 5, et composée de vingt- 
qualre membres, au traitement de4,000 fr. , nom- 
més par la Convention nationale sur la présen- 
tation des comités de salut public et de sûreté 
générale. 

On y allaclia un agent iialional, et la parlie 
ronlciilicuse de la police municipale fut exercée 
par le tribunal d(» police correct ionnelle. Les 



ïcj\ nEMomis nKTwP.h^crs 

cnmiUi n'nli Tl ' des sections forçai coi 
un de leurs membres fui char^ de \hm ncJ .- 
le comilé l'ctait de dresser U liste dcsêmigm 
qu*n adressait au département de Parts. La 
comités civib délÎTraient le^ certificats ^ ci* 
visme et de résidence qae les comiici nffola 
tionnaires rtiatVril. Les comités , tant cmb fse 
révolutionnaires, correspondaient avec ccaade 
la ConTention et les commissions nationales £- 
rectement. 

Les membres de la conmiission a< 
de police nommés par le décret da 
démiaîre an 3 , en exécution de b loi dn M 
fructidor, furent : 

Les citoyens Leroux, secrétaire dn 
discipline militaire de la section de la 
Duret, membre du comité de b 
la section du fauboui^ Montmvtn } 
secrétaire-greffier du juge de paia do la 
du Mont-Blanc (2) ; Jacqaot, ébéoisto; Vii 
Gauthier; Desestangs; Poterel } Roo^as 
marchand mercier; Beurrier, capitaioo do 
taillon des Gratilliers \ Champenois , 





' I O nom fir civû leur fut donné ponr 1rs 
vcMhs réi*oiuttonnaires qui riUlaIrnI meore 

(-i) Dcpuift commiftHiire d** police dans la 
trur ilu Pii't'.onnahx *it' /Wù*c mitJemr^ imprimé m i9i>^ 



i 



\ 



TIRÉS DES ARCHIVES. 105 

gociantj Boquet - Destournelles ; ThéroUaniie , 
marchand de draps ; Pâté , homme dé loi ; Bar* 
barin, architecte; Deschamps , ancien commis- 
saire de la section du Gros-Caillou; Poteron, 
orfèvre ; Ilenin ; Gosset; Babille^ l'agent natio- 
nal fut le citoyen Léger , depuis chef du bureau 
des passeports, sous M. Angles. 

Telle fut l'organisation de radministrâtioA 
municipale et de la police de Paris jaiqfa'm 
38 thermidor de Taii S, que le nombre 4es 
membres fui réduit âû vitigi-qvattfe a trots jeHc 
subsista sous cette fiurme jusqu'à la nsise M wc^ 
tivité du bureau central qui lui succéda , et qui 
dura jusqu'à l'époque de la création du préfet 
de police, en 1800. 

De nombreuses lois révolutionnaires avaient 
été publiées dans cet intervalle; toutes portaient 
plus ou moins atteinte a la liberté civile et per- 
sonnelle ; les lois sur les passeports surtout 
furent très multipliées , même pour les Français 
citoyens qui voulaient établir leur demeure à 
Paris ; on soumit ceux qui venaient y séjourner 
vingt-quatre heures à des déclarations et des 
formalités minutieuses. On exigea des arrivans 
qu'ils obtinssent l'autorisation des autorités de 
police, ce qui donna naissance aux permis de 




Kjd .Ml'.MillRKS IIISTORlQtCS 

séjour, surcroît Je précaulion 4u*on ne dcplop 
pas dans les régimes appelés absolus (i ) . 

Le pouvoir discrélionnaire , conservé a la p** 
Hcc , lie refuser le séjour à Paris à reu^ qm Ui 
en font la demande, cl Tobligalion de laire ctClc 
demande, furent contirmés parla loidaiTTca- 
tosc an 1. Cette loi porte que toute pcneaf 
arrivée a Paris , sans y avoir anlérieuremcat ses 
domicile , est tenue de se faire connailre il Tmkr 
ministration municipale de son mnliNi (k 
reau central alors, le préfet de police n 
en vertu de l'arrêté du 12 netaidor as S)« 
d'exhiber son passeport; que toat ci 
aura chea lui un étranger, tout 
portier de maison non habitée sont leavide 
leur déclaration dans les vingt-qaaln 
sous peine de trois mois d'cmpri 
tout individu qui , dans le délai de 
n*anra pas fait connaître, par certificats 
tiques , le lieu de son dernier domicile ai 
central, sera réputé vagabond et sani avcatCl 
comme tel traduit devant les tribunaux oaaf^ 
t«Mis. De nos jours, au moins, on ne qualifie di 
ce nom que les malheureux qui n'ont pat d^aak 



(i) l^ii« (lu tmUirtnt* saii«.-cu1nliik*« .in i; ds ( 
an 3 ; du i tl»rr.il nu ^. 



TIHÉS DES ARCHIVES. I97 

et de pain. Les classes aisées ne subissent ces 
avanies que dans les jours de revanches popu« 
laires. 

Je n'ai parlé ici de cette loi despotique du 
27 ventôse que par anticipation , puisqu'elle fut 
rendue par les deux conseils , a la demande du 
Directoire y et que parce que les élément s'en 
trouvent dans les lois existantes de la période 
que j'ai parcourue. Gomme toutes celles de la 
même espèce , elle fut motivée sur la nécessité 
de déjouer les projets et les intrigues des roya- 
listes et des contre-révolutionnaires^ mais depuis 
qu*il n'y a plus ni royalistes ni contre-révolu- 
tionnaires a craindre , on n'en a pas moins con- 
servé la mise a exécution ; car les lois arbitraires 
ont surtout la propriété de survivre aux circon- 
stances et de s'amalgamer dans l'arsenal des lois, 
pour servir a d'autres passions et à d'autres 
hommes, alors mcme que ceux qui s'en servent 
ont gémi des rigueurs de ces instruraens d'op- 
pression dont ils ne sont pas fâchés d'user a leur 
tour. Voltaire disait qu'il n'y avait contre les 
vieilles villes qu'un remède : le feu. Contre les 
vieilles lois , il n'y aurait pas de mal de se servir 
aussi de la flamme. La mansuc'îtude et la servilité 
parisiennes ne font éprouver aucune oj)position a 
ces sorlcs d'allrihutioiis que les pouvoirs se con- 
servent. Bien plus, il n'est pas un habitant de 



icfi MCtfOIRES HISTORIQUCS TIRU OIS AECBTl 

la capitale qui ne regarde cette serritade 
une des bases du gauvtmemêfU refré$emimtif. 

D'après ce que je viens de dire , il est aisé da 
voir que la commission administrative de paKcc 
différait peu , dans son organisation » da bmii 
central , qui fut la quatrième métamorphsM ds 
Tadministration de la police à Paris ; soo nifir 
tance , les services qa*il a rendus , mérileal tbn 
mieux apj^ciés par les écrivains et le 




^ 



^ 



CHAPITRE LX. 



Miubtère de la police générale; sa création. 



Le minislcre de la police est de création récente . 
Le Directoire obtint du corps législatif l'auto- 
risation de répartir les emplois après en avoir 



200 MiblOlAU HISTORIQl'ES 

fait comprendre l'urgence ; on en fauaît rartovt 
la demande par des vues politiques et pour l'af- 
fermissement des nouvelles lois. 

L'exigence de l'ordre se faisait aentir avec 
énergie , jusqu'à l'usurpation même , après les 
désastreux élans de la liberté ; ainsi donc c'cU 
en vertu de la nécessité de leur fraternité b«- 
tuelle que Tordre et la liberté se sont soppciaés 
tour a tour, probablement faute de laaiire sa- 
périeure. Le problème était et est cdoor de 
concilier ces forces qui semblent irrécof ih 
blcs a rignorancc. 

A la surveillance politique pour dëjoacrici 
complots et contenir les séditieux , le Directi 
ajoutait, pour motiver la création d*un 
ministère, les attributions de la police nmnkipak 
pour toute Tétendue de la république; le su- 
nislro do Tintérieur en l'ut déshérite. 

Cette question devint le sujet d'un 
conseil des Cinq-Cents, de la part d'une 
5ion à laquelle on en avait renvoyé f^nnaf Le 
rapport donna lieu à plus d'un débal dans Fis* 
semblée. La pro|)OMlion passa, comme de r»- 
son , mais bien et tiriinenl déshonorée par Is 
discussion mrnie , de nirnie toutes les propss- 
lions arbitraires et vagues qu'une maJMité fim 
4111 moins rcprciientative fait tnunipber de vitv 
ion c au >cniiiii contre une niinohtc plu» es 




TlllES DES ARCHIVES. SOI 

moins réelle. Chaque parti désirait en apparence 
le maintien de l'ordre et la répression des 
troubles dans la république ; mais si les roya- 
listes et les ardens républicains manifestaient 
ouvertement leur crainte qu'à la faveur d'un 
semblable pouvoir le Directoire n'appesantît un 
joug insupportable sur la France , protestation 
éternelle qui cache d'autres pensées qu'on n'a- 
voue qu'entre ligueurs et confédérés en secret, 
les partis extrêmes avaient peur que cette création 
ne nuisît a leurs intrigues mystérieuses et n'en 
coupât la trame. Les constitutionnels de bonne 
foi espéraient de cette création une arme offen- 
sive et défensive contre les ennemis du .nouveau 
gouvernement, c'est-à-dire pour eux et pour leurs 
amis. Ni les uns ni les autres ne voulaient voir 
que dans un pays ou la liberté se pavane comme 
un drapeau de parade dans les institutions écri- 
Ics et fait défaut dans rorganisation matérielle 
de la commune, un ministre de la police peut 
également contribuer a la destruction comme 
au maintien de Tautorilé centrale; à l'oppression 
des citoyens comme au bouleversement du pays; 
à la provocation des troubles comme à leur ré- 
pression ; cl (jiren définilive, les dangers d'une 
police géiiér«ile en balancent assez les avantages 
l)0ur (|ue l'un dul renoncer aux bienfaits de son 
îmmciKse pouvoir, a moins (lu'un homme de 



202 MUlOiaCS HlSTOhlQUES 

génie cl (ic bonne volonté, profilant 4e ce 
puissant, ne réalisât en le maniant a 
dans le foyer de la commune, la Térilahlft 
politique , encore ignorée parmi nous ; 
que la vanité do chacun n'attend , il 
personne. 



MinUiir tif hi ptthrr grnérmir, — 

prrmirr miniilrr de la police tam le 

1 janvier i^f/î ^ 4 ^'u ^* 






Le premier choix du gonv crnc meal 
tionncl de Tan 3 tomba sur le àéfÊi 
n-conventionnel , homme dur , 
teux , ayant la prétention de p 
nîste ; malgré le progrès de rirréligm» 
de sa secte , et manifesta la dévotion b 
tréc. Un magnifique crucifix ornait al 
il y fiiisait ses priorcs matin cl soir. (Télul Jv 
leurs un homme absolu rt farouche. Il i 
que deut jours au miiiislère , ou plal6t il 
de racccptcr. 

\f': il VaïU r:\ IT it), vi destiné au barrcMfir 
!iOS parons , il >'t:t;«il ;i|ipli«|uû à l'cludc du Airt 



ancien et moderne ; isâ science du drcttt canon^ 
que lui valut la place d'avoué du ckrgé da 
France , et de conseiller de l'élecleuf de Trêves^ 
rCommé député aux Etats-Généraux de 4789^ î^ 
se fit remarquer dans rasacnddée constitilanAc 
par la fougue et la véhémence da ses opinions; 
il jouissait d'une grande popularité; la eonstifto^ 
tion civile du clergé fut en grande partie son 
ouvrage. Il eut la place de garde des archives 
nationales après la session de l'Assemblée con- 
stituante. Nommé à la Convention , il figura 
parmi les votans pour la mort de Louis XVI. 
Trois fois de suite député vers la Belgique avec ses 
collègues, DumourieZy qu'il avait ordre d'arrêter, 
le prévint et l'envoya prisonnier chez les Autri- 
chiens. On sait qu'il fut en 1795 écKangé à 
Baie contre la fille de Louis XYI. 

Il siégea depuis au conseil d^s Cinq- Cents; le 
Directoire ayant demandé la création d'un sep- 
tième ministère, le choix portasur Camus. Comme 
on ne pouvait pas être député et ministre tout à 
la fois, préférant, par calcul peut-être, les fonc- 
tions gratuites aux fonctions salariées, il refusa 
le ministère, le 4 jan\ier 1796. Plus lard, on of- 
frit k Camus le ministère des finances; il vou- 
lait conserver en même temps les archives na- 
tionales; la chose ne put se faire, il se livra dès 
lors en entier à la littérature. Sa place à lin- 



3o4 

•ttCal, dont il étiil 
occaâons et les fàdStéi 
sodélé à M. PMtonC, m 
pour U rédaction im w^cmék 
ni df Pramee. Sa haine 
notoire; il «oyait dans cet h 
sassin de la liberté. Canms 
bre 1804,d*ane atta^ne d a 




MfrUn 4e ËkmêM , rx-r«m«filiMnf , m^mmi ■riaitfv A Ai 

litemémtt 



4 janiier 1796 « 3 avril 





Philippe-Antoine Merlin (de DiniQnf 
rôle distingué pendant la révnhliBA. On 
Taima pas ; maïs on ne lai reihan 
d'an grand] nrisconsnlte; son 
prudence est un monument. 

Né en 1754, a Arleuz, petite tîUo 
sis, il embrassa la carrière da 
ment de Douai, il plnîda sa premièn 
éclat. Une demoiselle Dumonceau Ini nppostads 
la t'oriune ; il vint â Paris, n*y resta i|n*nn an il 
retourna se lixer ii Uouui. Lnc chaifn de 




TIRÉS DES ARCHIVKS.^ 5àoS 

taire du roi qu'il avait achetée, conférant la no- 
blesse, lui valut quelques plaisanteries de ceux 
que choquait son républicanisme. Il le professa 
haulement dans les assemblées nationales dont il 
fut membre. Le Directoire l'appela au ministère 
de la justice ; le ministère de la police ayant été 
créé, il y fut nommé, il n'y resta que trois mois; 
il reprit son premier portefeuille. 

Malgré le zèle et la fermeté de Merlin, la po-* 
lice alla de plus en plus mal sous son ministère; 
sans le bureau central qui était assez bien com- 
posé et mettait beaucoup de zèle dans l'exercice 
de ses fonctions , la propreté , la sûreté de Paris 
eussent été fort compromises. 

Deux conspirations remarquables éclatèrent 
pendant que Merlin était à la justice; ceUe de Ba- 
beuf et celle de Brottier et la VUle^Heumois. Le 
minisire de la police déjoua la première. Celle 
deBrollier fut pour Merlin un grave sujet de dis- 
cussion. Ceux qui l'avaient tramée étaient tous 
plus ou moins attachés au projet de rappeler les 
princes de la maison de Bourbon. Merlin pré- 
tendit que les auteurs de ce complot devaient 
être jugés par des conseils de guerre; le 10 fé- 
vrier 171)7, le Directoire adopta ses vues. Cepen- 
dant le tribunal de cassalion jugea qu'un conseil 
militaire élait incompétent. Le conseil des Cinq- 
Cenls, malgrr les rc'rlamalions de M. Pastoret , 



inê uttmnm ■mi i HK i i 

pÊtm k Vûtén da jov, fltkfcaOidlMHrihttÉÉ 
vuMi> C6 cqqmH pMnMiçK h yiSBC Vv ■Hf| 
BUk pour 11 fiinile , et la conuMa •■ «priim 
années de priion . Neilhi, qû tcftdt tiMfean, fff^ 
flta de h riTolutioa da^Sfradldor HiB f«« 
drtenir h dépottation dee p r l n dp Mi » eifiÊÊàÈÊÊà 
a RnnaBiaii j lu pentsnt daiii es nMÉÉi wtL 
Nommé direclctir apHs le 18 rrucHiIor,! 
Ibi ne fbt dépbtc quo le 18 juin; il «e ■ 
Douai; 'des diafrîbci le pounniTÎnnt. As I 
tenr d'Egypte, Honaparte le nomma i 
dn procOMtar général à la coor de cusaiioB; i 
fempin V toA i]e\6 à h dignité de ; 
général k U même cour ; il monta de ) 
gradeljnaqi^coctieil-d'éUit, *ecUoD deb j 
âce; lM4 cfamgea u dcsiinée. NipaléM, i 
relonr de fHe dTlbe , le rappela . «t la d 
meni dn Nord k nomma député à U c 
dei rép rfi e u tan*. Le* changemcns ■ 
H g ntrent Merttn dan» h \ie prÏTée; il rouNn 



« 



TIRES DES ARCQIYES. 20j 

Charles Cochon de Lapparcni , ex-convenlionnel , irokièmt 

ministre de la police. 

3 avril 1795 — 6 juillet 1797. 

Né en 1 750 , dans le département de la Y en« 
dée, et conseiller au présidial de Fonienai^ 
M. Cochon de Lapparent fut nommé aux £tats« 
Généraux. Il se fit jour dans le monde politique 
par son attachement a la cause de la liberté : ce 
fut la marque de son caractère. A la Conventiont 
il joignit sa voix aux accusateurs de Lpuis XYI, 
et remplit plusieurs missions aux armées. Mem-* 
bre du Conseil des Anciens, Cochon se leva 
contre les déclamations démagogiques. Il fut se- 
condé, dans ses fonctions secrètes et dans la sur- 
veillance politique dont il jeta les fondcmcns, 
par un oflicier de paix, nommé Dossonvillc, 
homme de mérite, zélé cl honnête. 

Il dénonra la conspiration de Babeuf au Direc- 
toire et aux deux conseils. Tallien Tayant accusé 
d'employer le baron de Balz et Dossonville dans 
une police royale secrète pour persécuter les répu- 
blicains , il démentit cette accusation , et prouva 
qu'il avait donné Tordre de rechercher le baron 
de Batz. Quant à Dossonvillc, il fit l'éloge de sa 
conduite, de la droiture de ses opinions et de 



ao8 

•on ràle à nÙTre i 

coMpiralion des i 

■ouiledn 

taqner g rei 

Ce n' pu ici qu'il 
analyse de la cons 
de gens 

fortn lia croyant 1 
gn I n le 

d«l' 

dèl i.éti 
lient M place t re le 
dn mI de i I 
par Saint n la 
tique dn territoire iti 



partialité kalb^ la 



rpoor dMBfV •■ ift- 

l cberdier «M ilMMt 
ideBabeof.^HtMl 
maître, f^t qn^U jnseat 
iitiiprl sable que 4c nai- 
,ea\. Comme tr ans i6— 
îd£c à l'aalre, ce coap 
mît de r^chabvd . rt- 
ogmc de rmdîriAâliK 
et le dogme proGearf 
< oncentratioD «yitteu- 
Ics mains de raotsrttf. 
J*û connn Babeaf; en le L-omhattaDt, je Tati- 
mais. La communauté e« biens, ea taai qae 
principe social, abstraction fiite des MTfidés 
dn dottre , de fortes c lancci de réaurrertie» 
dans I ^lairea et daiis le bcwia 

devivre clcepcndant Babeaf et 

fortar ris.li-Ti«den<in<i. On s'pxpo«eja r€^ 
de ces doctrines sans règle en érîtanl,d« pn» 
dre aîtlenrs les élémcns d'une plus nobl« mût- 
tive, et ces élément exi^lc'tlt. Ceav qui ■•■ 
disent qu'âne grande réMititiion rst d^ 
impossible'sont de bonnes ^cns . mat» fort i| 
nos. C'est snr l'iialorité Ir^s^itsquclesp 




TIRES DES ARCHIVES. SO9 

s'endorment , c'est sous la main dfas^forieiiS'^tb 
se réveillent. r/u 

r 

'...,., ^ ^ : ,. „• MukJ I:,. 

Jean 'Jacquet Lenoir^la-Roche ^ 9fiali*i^^ «iWlfit ^fi:!^ 



6 juillet 1797 •» 36 du même mois. 



L /o*i 



Lenoir-la-Roche était peu fait pour le mi* 
nistère de la police -, mais sa réputation d'écri- 
vain politique avait un grand prix alors. Le 
Directoire crut que de «errait! «njkùfl ckëix eiril 
vue de l'exécution du coup que l'on préparait* 
Il n'y a pas de stage et d'échelons iw^Cjcessifs pour 
former les hommes d'état, d'où leur disette dans 
tous les temps et Tembarras de savoir où les 
prendre. Lenoir-la-Roche témoigna dès le pre- 
mier jour le plus grand dégoût pour ses fonctions^ 
il n'y entendait rien 3 il entrait la dans un pays 
inconnu. 

Né a Grenelle, en avril 1749, d'un père juris- 
consulte , il fut destiné au barreau; sa vocation 
ctail littéraire. Non qu'il fut sans ambition, puis-- 
que nous Tavons vu de républicain constitua 
lionncl devenir comte de la création de Bona- 
parte , et sous liouis XVIU , entrer à la chambre 

IV 1'. 



2 m MKMOmFB niSTOmQUFS 

des pain , oit il resta jusqti*k sâ mtrt, wrivée ai 
février 1 825. 

On sait a peine qu'il a été professeur de légis- 
lation a Fécolc centrale du Panthéon ; ce n*éUîC 
niunMontesquieu9niunDoniat;LcnoîrJa*RoclM 
était d'on caractère doax , paresseax , babitoé k 
parler politique , sans voir plus loin que le beel 
de son nez , criant contre les anarchisles et ks 
royalistes, et tour a tour Tun ou Tautre 



féerrt Mm di le CuMUèrt , dUfaiAnf Mteii*t * k 



aO Juniet 1797 — Il février i^gl. 





Le Direetoin n'était point h 
cImmul; Soliiiy jcane Nantais, n'efift 
d'instmctkm politique que son 
mais il paraissait mieux convenir ans 
du gouvernement. 

Né à Nantes , en 1764, le jenne Sotiii fiH 
tiné à la profession d'avocat , ressoom de 
d'esprits subalternes et stérilement chi 
catégorie parasite qui vit de nos dooleon cl Jt 
nos plaicsi de nos haines et de l'échafind. VéM 



TlftCS DUS AltCBiVKS. ail 

des avocats, dans un pays, est toujours en pro- 
portion de SCS misères. Il se distingna peu danA 
le barreau de Rennes. La révolution lui ouvrit la 
porte des emplois. Dès 1790, il fut nommé 
membre dit Utrcctoire du d<^p3rtement de la 
Loire- Inférieure; ïl en exerçait tes fonctions, 
lorsqu'au mois de novembre 1793, il se vit en- 
velopper dans la proscription de cent trente-deux 
Nantais, à propos deTaSaire à la suite de laquelle 
on accusa Carrier, d'après une fable frappée dé- 
sormais de mépris par les gens qui réÛécbissent 
un peu , celle d'avoir voulu faire noyer ses enne- 
mis au pont de Ce ; conduits à Paris, les proscrits 
y arrivèrent au nombre de quatre-vingt-quatorze^ 
décimés à plusieurs reprises par les dangers et 
les fatigues de la route. Après la mort de Robes- 
pierre on les mit en liberté. Sotin s'attacha au 
parti directorial, qui le crut propre à ses vues, 
et le nomma ministre de la police le 26 juil- 
let 1797. 

Il facilita l'événement du 18 fructidor. Des 
vaincus l'ont accusé, mais sans preuve, de bar- 
barie i il est vrai qu'il fit exécuter la déportatîoa 
avec promptitude. Jamais les émigrés turbulens 
et les prêtres réfractaires n'eurent plus à souffrir 
de la police qu'avec Sotin. 

Sorti du ministère, par une faute qu'on ne lui 
pardonna pas, celle d'avoir fait saisir des casij 



mirs Je contre haiide (lL*!»tinr?> a îles inaiilraui 
pour les députés, il passii en qualitr de rharjc 
d'afTaircs ou de mlnislre du l)ir#'f:toirr j 9\*'ne% 
Une gaucherie plus sérieuse lui fit perJre cciCc 
place. On voidait sVnipan'r dr> Klats d : roi d^ 
Sardaiîine ; Sotin riait tians ic secret tri d<r«iii in 
favoriser rexécutioii ; au lieu d'auir aTt-i 1j Ji^ 
créûon d'un conspirateur, Sotin , ébruiUni U 
projet, écrivit ostensiblement au Directoire Je U 
Ligurie pour l'inviter a secourir au besoin les 
insurgés du Piémont. C^était imiter les efic:«n 
français à la bataille de Tontenov, et dire i ^o 
adversaire de tirer le prcniirr. Le Dirr.tvirr 
trouva cette .solti>e tr(i|) ilii'\aleresquc. Solic lu: 
rappelé ; il le nicritait bien. Après «p^I^cci 
autres fonctions |Mil)lif|ues nous le Dirfcloinr et 
r»(maparte , il mourut en 1SI0. ^ans fortune , 
dans rol)S(-nrité. 

Sotin n'était pas sans (pielcpie mérite , il i^ui 
de rinstrui'tion , mais de la présomption; auM 
les présomptueux ne pouvaient le souffrir. Onl&i 
n)it sur le dos tout(*s les àiieries ipie la toumore 
urtttescpie du son nom pouvait fiire passer Ir^ 
facilement ilan^ IVsprit île la canaille, qui jusr 
vuK'nliers les boinines en place d'après de ^s- 
pides (]iinlibels. Kn soiniiic. il éta.l br.i\e. mt- 
viablc, iMinnrte , nuis ouUei uid.int comme aa 
avocat, I t lon(iiurs la pliraM* ii li m:iîn. Il <jii«C 



TIRÉS DES ARCHIVES. atlS 

surtout prendre un parti, quoiqu'il manquât de 
grandeur et ne sut pas se faire estimer; mais il 
savait anstii qu'il ne faut pas toujours mûriter l'es- 
time de tout le monde. Il faisait son choix. 



DondtaUf tixiéwu miniilre A* la f oUm jrMroJe. 
la K»ricr «798^- 15 nui «aiaai. 



Encore un mauvais choix du Directoire j Don- 
deau était un grossier pe^bnnage, faisant mal à 
propos étalage de son jacobinisme; à la korlic! aè 
Sotin on ne savait qui nommer j'IVlerlin fit tomber 
le choix, par forme d'intérim, sur son compa- 
triote. Un intérim est le nec plus ullra des vœux 
de beaucoup d'incapables; il en résulte poiii" leur 
vanité le relief d'un litre à meltre fièrement à la 
suite de leur signature. Dondeau traversa le mi- 
nistère de la police sans y laisser de trace. II y 
était chef de la division de la sÙTtié avant sa 
nomination ; malgré la mise en circulation du 
dogme de l'égalité qui semblait autoriser tous les 
choix possibles, les employés ne purent s'ac- 
cotitiiincr ;i le re;>ard(;r sériciisirmcnl comme 
Icnr chef. 11 fut par la suite nommé maire de 



T1R£S DES AEGi^V£S• Ul^ 

ment de l'Aîrae le nomma me^^fe cU CwimîI 
des Anciens. Il mourut peu apr^. 

On a remarqué que Le Carli^ 9;¥ak npi*^ 
dans le temps le projet proposé pfir If • Gui}}dtHi4 
son collègue, pour la . substitution 4e rÂM4mr 
ment de supplice ei^ vigueuir igqjom'd-l^Aii }k MM 
les autres instruniens de sufip^ç^ | l'Aii^li!^ 
législative adopta cette propoiîti^Pi HW9&Mim 
17192, elle décréta la foripe ii9 <iel ffi^bmiMiyii 

que d'honnêtes royalistes ont pris en exécretlMè 
sans que leur giénie pour e^tirpw hm gttrmM^ de 
l'assassinat et de la nis^e a'fi^eTA^^pliMh blBlI; 
qu'au désir de réféaérer h pot^fM- 






>: ': 



JeoH'' Pierre Duval^ huitième mmùtre de la poheê générale* 

^9 octobre 1798 — 3a juin 1799. 

M. Duval , porté au ministère par le parti di-^ 

rectorial, a conservé, depuis sa retraite comme 
pendant les fonctions qu'il a remplies, l'estime 
publique et laltachement de ceux qui l'ont 
connu. Apres avoir clé membre de la Conven- 
tion , il fut appelé au Conseil des Cinq-Cents , 
puis, au 29 octobre 1798 , ftiit ministre de la po- 
lice. 11 servit le Directoire avec zèle, sans qu'on 



!ii6 :mkmoiiiis mroiiiQDES 

puisse lui reprocher des actes f oppresfiop , m 
communs a celte époqae. D vtaH été qaeitiw 
de le faire passer aaDirecloira ; nuns Sicjcs , qaî 
voulait profiter de la aortie de Rewbell poi«r y 
entrer, déjoua le pafd de Duiral par aes wgtÊmh 
Paris , et ce dernier resta an miniilèw de h pa- 
lice. Cet échec accrut la mâancdfie de BÉval* 
naturellement triste et pM fidt po«r ka §nààm 
intrigues , quoiqu'il eât la faîMaaia de ^màm iPf 
mêler. 

Rien de remarquable ne 8*est passé h h 
générale sous ce minisfre; Dsvdi 
l'obscurité jusqu'en 1800; il fit 
législatif, sous Bonaparte, qû» Ti 
vante, le nomma commissaire généni ds b 
lice a Nancy, ensuite préfet da dé| 
Rasses-Âlpes. U conserva œlte 
aprcs Tcpoquc de 1814; mais, ayaBlaceifl 
préfecture du département de la Cbreate 
dant les Ccnt-Jours, il perdit son 
second retour du roi. 







TiRBS D£s ARcarvES. 317 

BtmrgiligHm-DwHolarà, ntuèiime mjuttlre de la poliM gi- 

sajulB 1799— aaJa(Uttd«tatHrfnfraa«ée. 

■ ■■' -■■ '/' 

C'est à M. Gohier, qui a laissé un Mémoire si 
singulier et u tenu une conduite si républicaine 
au 18 lirumaire , ({u'on dut la nomination de 
IVl. Itourgiiignon-Dumolard, 

Ce savant jurisconsulte naquit Ie34-nifqi:i760, 
à Vif, arrondissement de Grenoble; U ytaxMK" 
çait des. fonctions judiciaires içraque la n&f olu* 
tion éclata. 

En butte aux avanies , comme tous ceux qui 
avaient alors un nom , des talens et de l'hon- 
neur, ce que les mauvais apprentis de l'oeuvre 
révoltilionnuire rei;:irdRif!nL comme une ten* 
dance à l'arislocralie , M. Dumolard fut, pen- 
dant quelque temps, le jouet de beaucoup tl'évé- 
nemens et courut des dangers dont il sut tirer 
quelque gloire. Nommé secrétaire du comité de 
sûreté générale, il y rendit de grands services 
aux siispecls; de là, il passa chef de division au 
iiiini^tcre de l'intérieur, puis secrétaire du mi- 
nistère de la justice, et eiitin commissaire du 
Uircijloire prc^ le Iriliuiial de i a^satiun. On cite 




ai 8 MÛOIABS IIISTOMQmS 

ces diffcrcns emplois, pour montrer que 
guignon n'était étranger a aucune des 
sances qu'exigent les fonctions de minisiR de h 
police. Le président du Directoire en parle ai 
Sa correspondance t en entrant am 
caractérisait un administrateur 
ferme. Ce n'était pas assez poor SMjet (ff); 
Bourguignon n'était pas jacobin, il 2 at 
▼oyait que par ses yeux , quand Siejw 
que le ministre de la police ne tSk ^m 
siens. 

« Bourguignon , qui n'avait que Fi 

servir légalement son pays, né 

mander deux fois sa démission. L Snl iye éi 

Sieyes , qui avait un homme a loi , 

qu'à moitié ; Bourguignon quitta ; 

qui s'était réuni au président pour II 

de Bourguignon, qu'il ne c 

proposa Fouché qu'il crojrait miens 

et , le 9 thermidor, la majorité dm 

nomma Fouché , persuadé qnll ne 

plus Thommc de Sieyrs cpie Bourgui 

Cen intrigues sont i^^ins intérêt 

mais cllc!i rarartcrisent IVsprit de Tépnque H 

les acteurs qui jouaient les grands rôlem. Fav* 

elle, qui rcmplara Rour«:uignon , eut llnjnrtke 




TOUS PH ABOnVBf. 910 

et la sottise de dire , dans nn écrit de ^a main , 
• que l'honnête Boui^ignon éttit tQD^4^-fitit 
au-Jessous de sa place. * Si Fonché a Tonln Un 
par-lk qu'il n'avait ni la rouerie, ni la fsauKH, 
ni l'esprit de nmw>ngQ 4ont FqhcW a donné 
tant de preuves , Fouché a raison. On ne dis- 
pute pas à Fouché son savoir^fiùre; mais on ne 
peut supporter qn^H titiklé it|M 11 {IM|»â' uiy 
homme qui valait ttiiei» ^e Mi tè'i^ nW'f à^ 
beaucoup dire. ,-i ■^.. 

Bourguignon . sous le Consulat , se trouva 
membre du tribunal criminel du département 
de la Seine lorsque Moreau, Georges et leurs 
coaccusés furent mis en jugement; il se borna 
à demander une détention de deux ans. 

Depuis la seconde rentrée de Louis XVIII , 
M. Bourguignon s'est occupé d'ouvrages de ju- 
risprudence criminelle. U mourut sans fortune 
au mois de mars 1829 




thaà- 



Joi«ph FMché dc««ftHm« b | 
pêrc. Si tMMOé fM ■■ itMaiit ; n I 
entrer asx orsiarieas î At i 
lc« icicnca pbnaqvcs et b 
reot bieniôc ca élit de prw tjm ^«| 
maîioni de Tordre. ^^^ 

Le pèra Fovché ne troar* p*t ^ rél^^| 
AMtiqne convînt à wa fib. FoocÙ f^ W ftnc 
et K maria. H se fiu à Nantes eC csntinna ttm- 
■eigner les oulliéoiatiqnes. 1^ réTot»ôin*d*n 
dit l'abord , Foncfaé j prit une grande fart «■ 
•c faiiant recevoir dans an ctnb do jnealMn Jili 
ville ; bientôt il parut aux jacolnoa de An; iV 
(lélMit lixa les yeux sur lui. il le ripiah fKWÊK^ 
ment par une éner{;ic tonte rooMiaa ^Hl h 
%ille de Lyon et le département d« la IViènaH 
pcnlront jamait l.i mémoire. Ce n'cal paakili 
lien (le iraciT rvsriuliuc d'un tableau qai lÎMl 
une pl-ui: t>jn;^l,iiitc ((.m:» lu muMJc dca faal«R- 



TIRÉS DES ARCHIVES» 221 

Yolutionnaires.. Je m'occupe dur^^nw^slrft 4#Jbi 
police et non du député à la Ço^f^ti^^ Oa'a 
beaucoup vanté sasagacilé, son )^^p4|§f 4 » fi^^fp^aa^ 
cela est d'usage à propos de U^l^gemqui 
tiennent long-temps en^ halei^e^Vp^f ^<¥i: F^-r 
blique ; on en a même iSiit ui&J^^ipauDae d'un g^ie 
supérieur , et ce sont la de çef p^irtU^pri^ dont 
on ne revient guère. Peut-être ne ^-il cpiefia 
et cauteleux ; mais enfin sa camèrodaji^li^qlLçe 
lui a cr^é une g^i|t»tiftn.^if^^ fm^a^wui^ et 
l'on ne peut s'empêc^j^ji^êlf^^yye^: 
le véritable poids de la crédjol^é g/èf^^n^^ 
placer au premier rang des llo]9^5f.^(|uijf<^^^ 
rent ce ministère d^ la^^police f^^^^ckt.|e)L 
bonheur. , » a i ir ^ t 

On ne citerait pas fecilemeak .d'itilj^urs.iia 
personnage sur lequel on ait répandu autant 
de bruils de nature aussi contradictoire , de 
Irails si peu vraisemblables, qi/on eu ferait un 
volume, à part même ce qu'on sait de sa con- 
duite révolutionnaire qui formerait seule un 
tableau comme les archives des cours d'assises 
n'en ont pas offert de plus dramatique. 

De tons les écrivains qui se sont occupés de 
recueillir ces laits sur Fouché et son ministère, 
aucun, avant ce qu'en a écrit M. le duc de Rovigo 
dans ses iMémoires , ne s'en était plus spéciale- 
ment occupé que Tauteur des Mattlriaux pour 






ftSt M^MOffMS HVfOMQini 

é»è d'Offïmto(l) , non qu'il n 

faits incertains, de récits oiseux, d'ani 

trouvées dans ce recueil ; c'esllliabitudè despcllb 

esprits de tailler des contes d'après le«r 

patron sur les hommes dont ib s' érig c s É l 

toriens; mais on y trouve réunies gnad 

de pièces qui viennent de ce petwnnuit \%ÊÊi 

ou è iti soik eélibM , ce qui l'a Ut 

Je prends Pouchë lorsqu'on iTtt 
k cotte place par le IKrectoiro; le 
qui changea le gontemement 
la mime poMtion. Il se tourna du «Sto 
parte , le flatta , lui montra josquH igmd 
un ministre de b police dévoué 
il ses grandi desseins ; Fouché eat iM 
confiance de Bonaparte et la a 
inteimption jusqu'au 15 se| 
le mimstère de la police fut réuni h cJkà iak 
justice. 

Un des premiers actes de Fouché te Ji ftftl 
arrêter les députés restés fidèles li la 
il mit dans T exécution de cette 
modération et des égards qui lui firent 
dans les deux partis. 



L-n ^ol. lo-ir ; Paris , Domerc , libraire, iSii- Oa T 
Rtfgiuiilu^arlo , rauieor du QmcUère éiImMi 






j 



TIRÉS DIS ARCHIVES* ^±i 

Foiicbé^ malgré lesCincinnatusde smi ^poquâ^ 
contempteurs affectés dts richesses 6i pronewt 
déierininés des joies ineffables que ^procure la 
vertu I secte vénale et mendiante v fqtioique fière 
de son maintien d'anachorète^ Fonché, disons^ 
nous^ connaissait le pouvoir de Tiurgentf eida 
bonne heure , à travers ces désintéresseBOiena 
qui se mettaient a Tenchère , il se fit des cUena 
au milieu de cette écume qui surnage a traner» 
les partis tombés et les héroisiiieB^laf^ Mab U 
est absurde 9 il est contre la vérité d-afirmev, 
comme l'a fait M. Beauchamp dans ses Mém/mm 
sUr Joséphine 9 qu'au moyen d'un storifice'lle 
mille francs par jour» Foudié sût , par Ik cMa»^< 
plicité de Joséphine, le détail de tout -ce qifi «e- 
passait au château. Que Fouebé m aoil habîléi>i 
ment acquis la bienveillance de cette princesse, 
par la mise à sa disposition de quelques sommes 
considérables, la chose ne serait pas absolument 
impossible ; on connaît la prodigalité de cette 
créole généreuse et dissipée , toujours harcelée 
de créanciers, malgré les réprimandes de Bona- 
parte. Mais la travestir grossièrement en mou- 
chard domestique , c'est à quoi jamais elle n'eût 
consenti. Joséphine avait trop de grandeur pour 
s'abaisser complaisamment à des servitudes de 
ce genre. Ou conçoit qu'elle le récompensa 





sa4 MÉNomis insTORiQmi 

de sa protection; elle n'accepta 
pat une vaitalité dégradante. 

Le minblre de la police diapoiait de k 
des jeux ; il lui devenait facile de 
pendons et de remettre secrètement 
utiles aui personnes dont le crédit lai 
nécessaire; c'est ce que Fouché 
jours STCc adresse. Les choses les 
se traitent encore ches les gêna de 
avec nne grandeur qni les dépomBe 
nis repoussant; mais les faiseurs 
manquent de ton. • . 

En même temps Fouché tenait la 
Teiécution des mesores relativea 
aux prêtres , aux Vendéens , au j 
faisait sunreiller les domestiqnea 
en place et même ceux du premier 

La puissance des ressorts révolnli 
il s'était résenré le secret, en^ 
premier comnl d'accorder une entièm 
à rhomme qui pouvait employer 
contre lui. Fouché représentait n 
occulte a laquelle il fallait faire aen let« 
en se tenant prêt à rctoofier dès qae celle 
sancc voudrait nuire. Il était l'éniMCleire 
plaie sourde qu*un parvenu comprend 
qu'il ne saurait former sans péril et mm es 






j 



TinÉS DES ARCHIVES. !>St5 

cesse pas d'clre un péril, quoiqu'elle soit ou- 
verte. Pour se garder du côté de la carte sus- 
pecte, Bonaparte imagina d'établir des contre- 
polices destinées k surveiller la police et Fouché. 
Le chef du cabinet, M. de Bourienne, était au 
courant, par là, de tout ce qui pourrait donner 
de l'inquiétude au chef de l'Etat. Ces contre- 
polices datent de quelques mois avant le 3 ùivose 
an 9 (24 décembre 1800). 

Malgré son activité , ses agens , l'or qu'il ver-^ 
sait k pleines mains , Fouché ne fut pas toujours 
servi avec promptitude ou fidélité. Des per- 
sonnes très au courant des intrigues qui s'agi-^ 
taient chez les conspirateurs , ou royalistes , ou 
démagogiques, à cette époque, lui i'efosent le 
mérite d'avoir découvert la conspiration du 15 
vendémiaire (17 octobre 1800), connue sous le 
nom d'Aréna, qui avait pour complices Céracchi 
et Demerville : celle découverte, assure-t-on, ne 
doit cire attribuée qu'aux imprudentes confi- 
dences de Demerville à Barrère, et aux révéla- 
tions de ce dernier au général Lannes, comman- 
dant de la garde consulaire, qui n'en porta la 
nouvelle a Fouché qu'après s'en cire fait honneur 
auprès du premier consul. 

L'cvèncmcnl du 5 nivôse, que Fouché ne prévit 
pas davantage, fui cependant une occasion pour 
lui, cjuoiqu'après coup, démettre en jeu les res- 

IV, 1% 



TIRÉS DES ARCIEIIVES. 22^ 

cette cabale abominable. jPouché tin^ P^fol^ 9 .^ 
les recherches ainsi ^ue )a prop^dure, cpi^^r- 
mèrent les précomptions qu'il avait formées. 

Cependant Bonaparte avait réuni les attribu- 
tions de la police a celles de la justice, au mois 
de septembre 1802. .Fouchc, nommé sénateur 
et pourvu de la sénatorerie d'i^ix ^ resjta v^igt 
mois éloigné des affaires , non sans en repËpfp 
tous les fils, tant à sa campagne qu'à J^ariji, 
en conservant des relations avec les homqa^ 
marquans des ^ivers partis. J\ sç maintmt jifibi- 
lement dans leurs bonnes gr.âces, pour êtrje^ 
même de les vençlre au besoin. C'était ref te^ efi 
position d'être utile. Un homme fin, <Uios c^ 
sortes de fonctions, peut les quitter un instai^t 
et ne pas désespérer^ cela dépend des bévueus 
de son successeur. Il doit faire comprendre au 
pouvoir qu'il est en mesure de le servir encore. 
Touché n'ignorait pas qu'on le tenait sous la sur- 
veillance j il agissait en conséquence, et pour qu'on 
sût a quoi s'en tenir sur son propre compte. 
Aussi Bonaparte ne tarda pas a sentir le vide que 
lui causait la rupture de ses rapports directs 
avec Fouché. Le murmure élevé tout autour 
de lui par le jugement du duc d'Enghien , l'éclat 
de la conspiration de Georges et de Pichegru , 
le procès inquiétant de Moreau, et la transition, 
quelque peu chatouilleuse, du Consulat h l'Em- 



TIRES DES ARCHIVES. U2Q 

est permis de se servir de ce mot a son égard , 
pouvait se reconnaître. Le nouvel ordre de 
choses lui donnait de la sécurité. Le moment 
le portait h des vues de consolidation. II n'avait 
plus besoin d'entretenir de la fermentation et du 
doute dans les esprits; mais il n'était cependant 
pas homme a reculer devant la nécessité de re- 
prendre et de répéter ses premiers rôles. Il y 
avait trois hommes dans Fouché : le grand scé- 
lérat , rhomme d'esprit , et le misérable ; ou 
plutôt son esprit avait deux manières de se ma- 
nifester, suivant les temps ; et tous les hommes 
sont ainsi faits. Si jamais , a partir de ce mef- 
ment, police ne fut ni plus absolue ni plus arbi- 
traire que la sienne , on avouera cependant qu'il 
n'en exista pas de plus active et de plus protec- 
trice , de plus ennemie de la violence dans 
Vexécution des ordres , qui pénétrât par des 
moyens moins choquans dans le secret des fa- 
milles , et dont Faction, moins sentie , se laissât 
moins apercevoir; c'est au moins 1 opinion des 
gens qui jugrrent Fouché par sou second minis- 
l( re , nouvelle phase de son aslre (jui grandis- 
sait au-dessus de Thorlzon. 

Nous ne devons pas oublier non plus que ce 
fut pendant que Napoléon, contraint d'enchaîner 
le ( onllnent pour nons donner enfin le dernier 
mol (le sa pen^jée, portail la guerre aux extrémités 



TIRÉS DES ARCHIVES. iSl 

chef de l'Etat. Il ne s'agissaii pas îtioin^ que 
d'enchaîner la puissance de l'empereur et' de 
mettre Bernadote a la tête de ce grand mouve- 
ment, pour lequel il y avait déjà une nombretiéë 
levée de gardes nationales que Napoléon licen- 
cia a son retour. L'esprit adroit, les ^andés 
relations de Fouché avec les principaux pér^bif- 
nages de l'Etat , rendaient fort dangereuse , à la 
suite d'une destitution , la présence dé l'atKiièfn 
ministre de la police en France; TeûipéJ^ifàlr 
le nomma gouverneur de Rome. Disgrâce éô'àr- 
noise dont Fouché comiprit le fin mot. Rëme 
était pour lui le village de César; maîs^ apirèà 
avoir été le premier à Paria , Fouché devait se 
sentir dans la disgrâce à Rome. 

Avant le départ de Fouché pour sa destina- 
tion , deux conseillers d'Etat , Real , Dubois , 
préfet de police , se rendirent dans la rue des 
Saints-Pères pour enlever certains papiers qui 
provenaient du cabinet de Fempereur. Sous cette 
rubrique , ils se seraient emparés du reste. Le 
disgracié senlil rinlenlion et joua serré. Il ren- 
dit quelques papiers et en retint quelques au- 
tres. Ce refus excita la colùrc de Napoléon. 11 
y avait un ordre (rarreslation au bout de cette 
cormulic. l^^ouclu; ne perdit pas de temps; il 
s'cloiijçna de la France ; mais il y revint presque 
aussitôt, olîVant a Tompercur, iacilc a désarmer 



a3a Hiaonn uitobiqi» 

dte que l'on capitolùt ht ses maiiittliiiw, .fjt far 
xançon de U liberté qall ridanôt, (la l^,l^ 
vettre le reste des pepura. FoulIiô t irut 
quille diDS U TÎUe d'Aïs , ju>qu'uui ^r^mi 
nemeni qui précédinat ci suivîrcni le np) 
des Boacbons en France. Le *2U tnen Int 6i t 
vrir de aonveau les paiU-« lics Tuilenc*^ il 4 
réinstalla dans le «ûrâtùn: de la police j 
la bataille de Wateriooi (|ui inncba de h 4 
tinée da Bonaparte ao f refit de U iÀmilli t 



Une commission fat cr<êe pour inûters^tcl 
alliés; il en fat le pcéaîdEiii: il prit de* s 
pour prédpiter le départ de ion anôea 1 
qui» ditHm, sons lo coap d'une iiupifaùM < 
soldat, réclamait atec insuacc qu'on U t 
se meure un jimr encore ii U lêic Je tu 
fiançaise en qualité de (cnéral eu clkcC, ' 
qu'il était de courpaner u gloire militaire p«t| 
dispersion des armées cnucmic». FaecW j 
laissa point Napt^éon en repot qu il ne tj^ 
contraint h t'eipalrîer au plus lile. Les 1 
de Napoléon n'aboutirent qu'Ii le faire l 
entre les mains des Angbi^. 

On peut reconnaître le 1 .11.11 tire de Foocké l 
la conduite qu'il tint dans rci tircoDstanco- 
paraissait approuver, en conseil cl en public. 1» 
principes et les résolution» de ses collcsoo^ Lfi 



_^^^^ 



TIRES DES ARCHIVES. â33 

démocrate fougueux semblait rajeunir; il prenait 
part à des déclarations de principes, comme s'il 
se trouvait encore sur les bancs de la Montagne; 
son zèle patriotique enflammait 1^ assemblées ; 
mais en particulier, c'était autre chose ; dévoué 
en apparence à tous les partis, en réalité dévoué 
à lui seul , il flattait royalistes et démagogues, et 
les abusait tour a tour par de faux épanchemens, 
de chimériques espérances. Il parlait de Uberté 
aux républicains; de gloire et de Napoléon II aux 
bonapartistes ; de légitimité aux amis d^u rpi; de 
garantie et de paix générale à ceux qui crM- 
gnaient les troubles et les agitations, e^^ parver 
naît ainsi à se ménager de tous côtés, en cas de 
besoin, des appuis et des chances favorables. Il 
ne poursuivait qu'une pensée, et cette pensée le 
concernait. 

Le roi à son second retour conserva Fouché 
dans le ministère; tant d'intrigues étaient cou- 
ronnées ; mais la place n'était pas tenable , et 
celte association hurlait. Il y avait une ineffaçable 
date de sang h son front, que les Bourbons ne 
pouvaient saluer sans ignominie. C'était salarier 
trop cher riiabileté que de la tolérer au prix de 
celte lionlc. Robespierre* eut été plus concevable 
aux Tuileries que Fouché; car le grand monta- 
gnard avait du moins porté répilhète d'incor- 
ruptible. Enlin, vers la tin du mois de seplem- 




des ecrrnias q« De le 
nia» s^amosciit à coaposer des 
satisfaction des enCtns et des 
hommes en batte à TanimadTenioa 
prêtent â des croyances de serrantca. 
bouille phlrinf-nt toute leurrie, 
fait de I» vif tlrn rois, des reines et 
leur pnUaiit «1rs crimes imaginaires, 
^C)Kiy»anl ^rossii.Tcmcnl les moindres 








êOmk 



TIRES DES ARCHIVES. 2ùS 

leur existence. L'histoire, chez nous, est gêné* 
ralement écrite par des ignorans, d'après des 
récits d'aveugles. On ne sait pas éclairer ces 
ténèbres en prenant le cœur humain pour crite* 
rium et pour fanal. 

Il ne suffit pas pour le but qu'on se propose dans 
ces Mémoires d'avoir peint le duc d'Otrante sous 
des rapports généraux d'administration et de po- 
liticpie; on doit donner aussi une idée de ses 
principes en matière de police, et de la marche 
qu'il dictait k ceux qui se trouvaient sous ses 
ordres pour leur conduite personnelle ; c'est ce 
qu'on trouve exposé avec clarté et justesse dans 
la circulaire aux préfets peu après sa nomination 
au ministère; elle est datée de Paris, 30 brumaire 
an 8. 

« Citoyen préfet , 

« Vos rapports avec la justice sont intimes et 
nombreux; les relations qu'ont entre elles Tac- 
lion de la police et l'action de la jiisficc se tou- 
chent rcellement; elles semblent se confondre, 
Sans cesse elles concourent aux mêmes actes. 
(Combien cependant ce concours est loin d'être 
un accord ! Eiilourée de formesqu'eile ne trouve 
jamais assez multipliées, la justice n'a jamais pu 
donner a la police sa rapidité. La police, affran- 
chie iW presque toutes les entraves, n'a jamais 



356 HKMOIUS BUTOUODII 

eiciué,daiuUjuitice,M«lAntMnïli _ _, 

(|u*ellct M font ttDtnellenMiit. la wcîmW^ 
MOTent k l'on et k l'aalre. On wy Jfc % h 
police dlnqniéter 11iiiioceac«, k h|hrfiiiîiiM 
UToir ni prévenir, ni MÎdr le criaiLlMM 
qu'elle a été (Uni la msin Hes roU, la polw* i 
paHéploa Jiénéraleniebi pour un instrameal^a 
detpotîsnie; la jmtiee, parce qu'elle est ra^M 
par la oi^nea dei Idf , a paru sonvcai ^^tKtt 
dam lea» obscurités et Ican contradklîaM. 
Chei certains peuples ombragruxà l'eseta, j»- 
loDZ k l'eufes de leur liberté , on a sacrifié h 
police à la jostice; chez d'aulru peapici. jUm 
impatiens d'âtre tratni-s avec lenteur daw ta 
formes et dans le labyrinthe de tant dabit.M a 
fiiit de la jnstice die-mèmc une police. 

N Qu'on porte un ail allealir sur las Isea t* 
sur les momens de leur action , on |iëib— i^ qeo 
la jnstice et la police ne pcuTcnt exister, pov W 
Téritd>le ordre soôal , ni l'une sans Tanlf*. d 
entièrement confbndnes l'une avec l'antre^- 
Les momens qui précèdent les arrêts de la p» 
tire, et les momens C{ui la latvent, aool ém 
momens oùla joslice ellc-nii^me ne dmt pas S|ir, 
et ces deux momens appartiennent à l'actiaei* 
b police. C'est la police qui , ayant parloal i» 
regards et des bras, peut riire arrêter les f«a- 
pablea partout où les crimes pcnvn» ètn CÊm* 



TIRÉS DES ARCHIVES. 23? 



/ 



mis; c'est elle qui, disposant, pour maintenir 
l'ordre public , d'une force armée supérieure à 
toutes les forces qui peuvent le troubler, a tous 
les moyens , et de mettre les prévenus sous la 
main de la justice, et d'écarter ou de vaincre 
tout ce qui s'opposerait a l'exécution de ses ar- 
rêts Ce que les ordres positifs des lois vous 

commandent le plus impérieusement , c'est de 
ne tenir aucun citoyen sous la main de la police 
que le temps strictement nécessaire pour le 
mettre sous la main de la justice. Les lois font 
elles-mêmes quelques exceptions à cette loi^ 
unique garantie de toutes les autres* Ces excep- 
tions rares et bien déterminées , les lois les font 
comme a regret et presque avec effroi; si nous en 
ajoutions une seule , nous ne serions plus les 
magistrats de la police, mais les agens delà ty- 
rannie Pour toutes les arrestations et a tous 

les instans , des ngens de la police doivent donc 

elrc en état de produire les preuves écrites qui 
constatent le moment précis oii un citoyen a été 
arrêté , et le moment précis où il a été déposé 
sous la garde des lois. La société tout entière a le 
droit, a cet égard, d'interroger, et le ministère 
de la police , et les préfets, et tous leurs agens. 
IN 'oubliez jamais combien il est dangereux de 
faire des arrestations sur de simples soupçons ; 
songe/, que vos actes, alors même qu'ils seroiit 






Hé w wy fa par la j uS m i 
pMccqa*ibbvMart4li i 

« Cm vaut <ic lliainantlc , préaeotéa p» h 
fliiltlIfMi 4e k France an pnJMwKW cl m 
JÊf/m é» fBMWpe , ne st«t pam d« itat pv«4 
duMle Afùmtàf6e ùm Wt; ib le «oal «bat li 
c««r é» fbàa cen ipri •erretit h répwWiyr. G 
n'cit pM lenlement ât la mcnotlre rigqev lia^^â 
am rigaetm indUpAnutblr!» pour l'exécwUoa 4b 
Imb «t dei xrritM de û jiuUce que ooaa aeriMi 
coMpaMtij DOttt k aerioM encore ■ mw^ 
tenférwna pu cet rigonas par tan ka afl» 
ciaaenaas qu'elles penrent receroir. • 

D était difficile, en présence de la iealAc 
ficelé é. bien mise en Imnièra dam W 
nien pangnplies de cette circulAire 
rielle , #éublir des princîpei de cimdwtc 
propfe a & guider les autorités de U police 
rexercice de leurs fonctiotis pr^veatnes. L1 
sUcle pernstait ; mais H était avoué 
rare, et qui doit, si le progr^ n'est pas u 
songe, conduire les riprili i rhtirrWr la 
pM^le t par des méditatioBs n«WNlM{ 




TIRÉS DES AHCinVES. ^Sq 

lion infatigable des autorités, qui nous doivent de 
se retirer, ou qui doivent s'écrouler lorsqu'elles 
ne veulent pas y souscrire. Si Fouché eût porté 
cette dialectique lumineuse sur toutes les parties 
de Tadministration , et, par conséquent , appelé 
les consciences de ses contemporains à de fortes 
études, si nécessaires dans les temps de gouver- 
nemens représentatifs où toutes les traditions 
vraiment ascendantes sont noyées dans le cou- 
rant des médiocrités mercantiles, nous oublie- 
rions volontiers la part toririble qu'il a prise 
dans Ihistoire de nos troubles, pour ne décer- 
ner que des éloges à sa mémoire. 






I 



cH m Jua-v 



10 Ifliun MM. — U finxrr •«!•. 



M. DuMf , pmnicr prikl éi Mot. — Sa ■ 

fecum. — Soiùt qn*» A h Mie atfi 

■rréléi MT l« MTttee . — OrAoam 

nld|Mih. — en ■ prMat éan W ptKn p 

p I. — I n -- *•-'- . "■naa - 

— cU lo. — I M^imiMi àm G>f fc -U 

■nll de >M prgnkr fn— I- — m^m^^ 

la p ï da pi -. — i »c-lof«I. — AOUr * NAa. - 

RMraHe de M. Oabob. - ■ ni., wcr^iabc «Imt*!. . 



■te - 

1 



M. Diibou fui nommû îi h préfecisTe 4fg 
lice le 21 meuidor an i'I, 1c mètne jour ^ 
Foacbé à la police g(^a<^ralc. Avocat et |ir«c«- 



TIRFS DFS ARCHIVES. 24 1 

reur au Châtelet avant la révolution, on le choisit 
a Tépoque de l'organisation des tribunaux en 
1791, pour présider le tribunal criminel du dé' 
parlement de la Seine; depuis, il a rempli quel- 
ques autres fonctions. 

11 apporta du zèle a l'organisation de la pré- 
fecture; les connaissances qu'il avait acquises au 
bureau central l'aidèrent en ceci. L'importance 
et l'utilité de cette nouvelle magistrature déter- 
minèrent le premier consul k en étendre le res- 
sort aux communes de Saint-Cloud, Sèvres et 
Meudon. (Arrêté du 3 brumaire an 9.) 

M. Dubois régla par des arrêtés particuliers 
les divers services et les bases de la comptabilisé 
très compliqué^ de son administration. 

Par l'arrêté du 30 germinal ah i% il fixa les 
frais d'expéditions des extraits d'actes «ur papier, 
au timbre de soixante-quinze centimes; les bonis, 
après le prélèvement des frais de timbre et de 
papier , devaient servir aux pensions des em- 
ployés vieillards et indigcns placés k Chaillot 
dans rinstitution de Sainie-Périne, ainsi qu'aux 
frais et dépenses d'un conseil particulier qu'il 
établit k la préfecture, et aux gratifications des 
employés en activité. Le service de la Morgue, 
assez négligé, fut réglé par un arrêté du 12 mes- 
sidor de Tan 13. 

Il fut ordonné que ce service serait fait par un 

IV. a. 



ronciorgi» , un aiili* «l un liommc tlp peine ; 
leurs trailenn'iis l'iinMil li\»''i. 

Lt! ron«:ier:io ilut li*nîr «U'iix ri'iziilrr* ou *p- 
raient inscrits, jour ^mt juiir, les tiidiTres jp- 
portés à la Mnrj^ur, It-ur il('*^iunati«»!i air^n qu« 
celle tlii lieu oit iU auiaienl vlù trouves, lei 
causes de mort présumées , rautoritc qui en ann 
ordonné l'envoi a la .Mordue et la date dcLaMT- 
tie du cadavre; mention devait cire faite àt U 
reconnaissance ou non des cadavre*. Les tctc- 
mens des cadavres , reconnus ou non , ëUicot 
conservés par le concierge ; il n'en dtfpoml 
d'après l'ordre du préfet. Ln double dn 
de la Morgue est remis à Lt préfecinre de poliot 

Le traitement du concierge fut originaîrcaeflt 
fixe à !2,0U0 fr. ; celui de Taide à 1 ,9U0, Hctim 
de rhomme de peine à 5(J0 ; ils n*oiiC peùK en 
d'augmentation depuis. 

Ln arrête important de M. Dnbaîs fom rf- 
glcr la comptabilité des dépenses de U 
ture est celui du 3 vendémiaire an 1-1. Il 
(r que, chaque année, Texercicc de la co« 
lité sera liernic dans les trois mois qui »niTeMI. 
en consé(|ucnce , rarcliilecte de la prciiedMt 
et les rliefN do ser\iie« tant a l'intérieur fa'^ 
I'extérit!ur , sunl tenus de reniettn^ au s^citU- 
ri;it de* la prclLM liire , pendant le courant éi 
prrniirr triiiu>tri* de l'anm-i' , tous le» méawtrfi 





TIRÉS DES ARCHIVES. ^'^ 

rectifiés et réglés cmî i^estent à produîrb pout les 
4épe;nses de.l'amié^ précédente. > : . / li . 'it 

fr Tout mémaire q^i oe ^i^ît pfii' pnéimté 
dans ce délai est rejeté et lais$é ftU ;C#llipl0 de 
celui qui aMrait négligé de se préséntet...»! <1 

Par im arrêté du i9 septembre 4806^ M. Af* 
1)918 avait réglé, que les /effets trouvés sulr It^^e 
publique, abftndoniiés, ou déposés cbc^ilésûotn*^ 
x^is^aires de police et à U préteotuye » MWt i ii t 
annoncés dans les feuilles ,publiqiiesQl*livré»îMX 
réçlajpatans >qMi JnfltilP^r^)^^ A^ kttf^)^^ 
m^,q^eJsi, au,bQ^^i4^;^fl» <^ f^tojV4l^^ 
pas réclamés , :i|s %^miÈii ^^^k{9^^t. pMMMkps 
qui en i^Mrfd«ni^ le 4ép4tf . . 'j^:Mru»» 

jlj'^sage de jrjipn0t«reil#s;4sl^ iré6ililil4^>à 

pew.qui Jks pnt dépol^s^^i^ttft le$ mîisQiaiidMt , 

:^ést so^tettu ; msds Vannonce da«s les î^Ut^aipc 

esttoinbée en désuétude; on a cru cet assujettis* 

sèment inutile et sujet a quelques inconvéniens. 

L'inconvénient contraire qui résulte du silence 

de Tautorité nous parait beaucoup plus grave. 

En général , la police est organisée sur une baie 

étroite et parcimonieuse qui Fempêche de rendre 

lUie foule de services et ne lui permet que de 

faire sentir ses vexations ; d'où TelIVoi vulgaire 

que son nom nous inspire. Le mot de police, là 

lui seul , circule toujours avec une acception 

désobligeante. 






a44 
iki poUca de la Cwwriè w ,«tt 

1m dwvaax «t aaMiMK truw<i ^m< 
tion oa aiT<!l^B pir mesure de nhreté , fal f 
d'nn arrêté du lit mnni 1K10. 

Dans rordoiinafice du 9 floréal m S. le p 
lircscrit les rifgics et les formalités paar h! 
dei cadaTres, k l'usitpe dei instriiclioRi ji 
Il îridH[Ue les priïcautions pour doantf 4ei W- 
coare au\ gens rcliréa de la riviti^re et ^m 4an*- 
raieot signe de vie. Les frais exig^ a b t 
empêchaient souTcnt de réclamer le* c 
' par un article de son ordonnance, M. I 
'<Mi frais h la chargn de la préfectvre. ACa #<•- 
counger les hommes de hvitrt! k vflnraa *- 
'-«ours des personnes lubmer^ée* , U réfilt ^'3 
• serait donné *23 francs de rtfcompcaa* fe« k 
Tep^cliai;e d'un individu vivant ,l5pair a^i 
ll'un cadavre , et 5 pour la visite do lUiaifiBi ^ 
■ ■officier de santé (|ui constaterait TéUl •■ a^- 
■ninistreratl des secours; ces frai» f TMt —iyfc 
-Bur U caisse de ta préfecture' et ■oUMa4'ifll* 
le procJ»-verbal du cominiMaîre de palicc i* 
pareils ré{:lemens, dont l'ulihté m i 
■ans c]ue j'insiste , devraient tlr« pl«» i 
(ju'ils ne le sont , afin de prévenir an pl«a ffmi 
nombre de rapacités subalterne*. Ce ^mt n* 
îçnorc le plus parmi aoos, c'e«t ce qui r^b !• 
raille et un faits de la vie courante. A cfca^ 



_3 



TIRÉS DES ARCHIVES. ^4^ 

instant et pour la moindre chose , on se croi^ 
perdu dans une sorte de dédale; et les spécii)ia* 
teurs tablent sur la peur générale d'avoir afi^e, 
avec les grandes autorités pour tondre le piol^Cç 
jusqu'à Técorcher.. 

Le préfet s'occupa de perfectionner les éta- 
blissemens de secours pour les personnes su^r 
mergées , établissemens qui dataient déjà de 
i 772 y mais qui reçurent depuis de nombreux; 
accroissemensy trop contrariés par l'ignorance 
publique et les bouleversemens admipistratUs. 
L'autorité ne fait le bien qu'au moyen de ladur^e. 

L'ordre dans les halles et marchés de Paris 
avait été négligé sous le bureau central j M. Qu- 
bois y préluda par des ordonnances de p(4^cç /lu 
23 prairial, 1^^ messidor, l^'' fructidor, 26 fructi- 
dor an 8; 6 vendémiaire, 13 brumaire, et 8 fruc- 
tidor an 9. Les améliorations successives intro- 
duiles dans celte branche de l'ordre public 
présenteront long-temps des lacunes dans Tab- 
sence d'un système régulier qui saurait se suffire k 
lui-même. Mais le reproche que je consigne ici 
doit se reproduire dans toutes les branches de 
l'administration ; l'administration est une science 
dont on ne semble pas encore avoir bégayé l'al- 
phabet. 

La police de la rivière, tant sous le rapj)ort 
de la navigation que pour la sûreté des marchan- 



r tet ports rt la tettuR des I 
i'Aes réglemei»; ce fal l'objet ( 
I da pr^el en dale du 2R genanal , m 
jirf^'teâipl^ninitaire an 8 , 19 hmaum, 4 fri- 
BÛn* ^ TcntOBC , 5 Oort^at an 9. 

l/«Molinancc qu'il rendit »nr le* carntnaaa 
S'VMttl9can9, en rappelant les anoïKi ii^t~ 
ÈÊàaâ Mr la manière de lo exploiter «an «^ 
^fiblÉMttre la sàrett' ptiblirpe . réprum p«« ■ 
tttf^ les abui. Mai) c'est d'oae cooeCflM i 
|iAM inr l'ensemble que peut Mmlamcnl rtarftal 
llfâiAeroent régulier de» objeU de dAaaltiit 
èUfté conception n'est pai soMîe jtmpi^ prtfisc 
Jw OBTreaax adminisiralils; ils vmBta>J<Mrli 
jfttf «t sur des roatînes. 

' 'tt^lVuboift, par un écart de tble Mtt<CFa«|e, 
jABnitla pliu sinjïnUèrc ordbnnanc* . Vc ^ft bn- 
I an !f, cl dont les modfii parah i aët Un 
[ Considérant , y ctt-il dit , ^Él ki 
t travesties sont ttposétt b «fte HSlii 
dtf Éttagrémona el mbne aux mjpriMa As ifl» 
de h police , >i elles ne «int naniea ^mmt ^^ 
riattibn Hpécialt- ; celle qui détirera dt lluè^^ 
aSfin devra s'adrc^wr à ta préfeclata ée fdN 
pouran obtenir l'autonsation ; tonte 1 
guisée t'ii liuiumc qui ivra Irouvtfttfl 
permission sera arK-lée et coBJiJle ft | 
tore de police. » 



TIRÉS DES ARCHIVES. 347 

La grossièreté d'une pareille ordonnance , et 
ringéouité de ses motil's sont assez palpables. En 
France, pays de liberté et de galanterie, du 
moins à ce que nous avons la bonhomie de dire 
nous-mêmes à tout propos, interdire notre cos- 
tume aux femmes et commettre des agens de 
police à veiller sur l'exécution rigoureuse des 
cas de tolérance, c'était plus qu'impérial; sur- 
tout lorsqu'on sait qu'une fois la nuit venue , et 
pour circuler à son aise en échappant à la licence 
des manans , le costume de Thomme peut être 
un porte-respect pour les femmes isolées. Cette 
grossièreté a survécu dans nos mœurs. L'ordon- 
nance subsiste encore. 

La répression du vagabondage et de Ja m^n- 
dicité , que l'on confond si mal à propos l'un 
avec l'autre , éternel écueil de la justice , occupa 
M. Dubois. Le vagabondage fut moins libre, la 
mendicité resta la même. Ledépôtde mendicité 
se trouvait insuflisant. 

L'événement du 3 nivôse éveilla l'attention du 
préfet sur les étrangers qui pouvaient trouver re- 
fuge à Paris. On eut recours aux anciennes lois ré- 
volutionnaires. Peu de jours après la catastrophe, 
on remit en aclivîlé laloi du 27vontosc .in-i qui 
oblige les propriclaires ou principaux locataires 
de faire leurs dO cl ara lions li la police. 

Quelque habile <{uy fût Napoléon pour tendre 




*4> MNOaCS BISTOMQIIB 

des pièges k ses ennemis, on ne pc«t fW 

ncr b part qnll eut dans tontai les 

(firifées contre Ini. Cétail encore dt h 

mais sor on antre terrain. Les VÈMommé^Yi 

ban ne 8*atifisent pas qne sor le chsflip et 

Le S niToselet trop dangereux ponr fcenr fA 

en ait été Hnstigateur, malgré le 

tira. D n'en a pas été de même de 

périr Aréna. Le piège est évidsBt 

homme impartial. Le premîar 

Aréna mortellement, et n*en 

détesté. Il connaissait, en outre, ks 

podtifr q.e romentaieni les teipis «t ki 

glais. Une petite terreur pouTmt, 

constances, avoir son mérite pom 

grader des tactiques inconnues. 1h mml te 

dépêché près des principaux jscslim 

sonder. On a sous h main tout e^ fffm 

dans tous les temps, quand on saita^ 

et faire un chois ; d'autant que In 

un registre de coupe -jarrets a 

qui, pour un peu d'or, tueraient 

l'aYoir dévalisé. On jeta donc les 

officier, capitaine ii la suite de la 45^ 

gade , qui n*était point en activité , et 

cette raison , semblait mécontent de 

ment. 

Instruit de son rôle; , les uns disent par F< 







TIRES DES ARCHIVES. ^9 

ché , les autres disent par Barrère i (et c'est la 
version la plus accréditée : on verra pourquoi!) 
Harel alla trouver le préfet de police, qui lui 
donna des indications et mit k sa disposition 
tous les hommes dont il pouvait avoir besoin. 

Harel avait connu un nommé Demerville au 
Comité de sûreté générale de la Convention. Il 
lui rendit visite. Â la suite de quelques plaintes 
contre le nouveau gouvernement, Demerville lui 
fit entendre qu'il surviendrait tôt ou tard quel- 
que changement favorable aux patriotes. C'est 
l'éternel lieu commun des partis ; mais il prête 
à la provocation par les excellentes dispositions 
qu'il prouve. Que l'on me donne un enthousiaste, 
et je me charge d'en faire un assassin. 

Harel revint voir Demerville , ne manquant 

pas d'insister chaque fois sur ses opinioDS cl de 
faire tomber la conversation sur un changement 
futur du gouvernement. 

Les choses en vinrent, suivant Harel , au point 
qu'il fut question de tuer Bonaparte lorsqu'il irait 
au spectacle ; déjh même un grand nombre de 
gens prenaient part à ce complot : la fournée pro- 
mettait. Suivant la police, Harel aurait seule- 
ment fait part du complot h un agent de police, 
Lcfèvre, son ancien ami ; et ces deux hommes se 
( onccrtcrent pour faciliter iiux conjurés les 



JÊto MiabUmiatiàÊtitm 

xbàféàt ifttéaiiéé Mut'HuMUf m i 
iM ànukcfidHiier «ir les soiles. 

ÔÀ temptiènd ée qoe ccb 'veat dire ! B csti 
éktà lé nni^d^ent de police d'iHre s 
k lAAEndpe cfaMé p<!nttre dans la 
ôrile. I/homÉtt d'un ageni de poUc* aaéfA 
dé «hM» ^1^ ft'yl r^irda pu ds ù pcte fpw4 

■iM nmitaftpluucura fois cbes I 
QfMnilàoilni-ci de lui procurer i]aitn 
• àfeaokvnirvprciidrc. UenaH 
• aMt; U. Uuhou In kù «ÛA ft 
SmwvîUa naïk^clquc argcni k fiUrd | 



# •! a^ttjrer toute* U» | 
Dentmllu ne voulût i 
t qoe pir . la boune; mais 
p«ur 1^ BMltre par U tt)t«. Harel c 

Fllfl Ur4 Aud «e trouvant chcx 1 
pour lia deniuMcr encore de l'u-gent ■ 
cbatar àm anoat (i-t ce fiit le méinoii* It | 
lônri^ c6llùiw Ibiën on penic), y rencoalrtl 
racchi, •calpten^ dUtin^^i j que l'on roa 
Caaova ^W te talent, .lyant CtgurJ i 
en ITÔOparmi les partiians rir U rfjiiMifai 
rnaûi*/ depuis quM ri^aidail ru Fnnce, B 
parte Pavait choisi |)oiir luoJ'Icr koo iMUe. 

On avait annonci à UciiurviH*: qiie N» #/«r 
devaient «ïtre joue» iil'QpiintJl 




et qvie Bonaparte s'y réndhut. Il en UtéirbMi' 
promptement Harel, en M dièant de* préi>afrér 
totif don monde et àtk airûéi poufr dé |à^r-lk« 

On rapporte que Bërti^ànd Èàtitèiêe ,' ijyton 
retrouve partout loVscjitt'ilf "s'âj^t cfé battre dtôh- 
lïaie sur les têtes, titit tbei DëitiéWfller, stveé' 
lequel il avait eu des liaisbi^r. BaïU^è se' pt^-' 
tait à Pespionnage d!e FôttcM. |Nl^t!M eëpioh 
ne doit pas plus étonner qué^ Fmfcfaé itfiiibtrtf 
de la police. Il était très piùpte » tlétMûét ié 
càk'attèré ââibigu dû mlnirfÛ^^ daM^M iilàitéà 
de éoiispiràtions. Vknàtikéti âé h ^îlfo- 
tiàef était là daâs rfa s|rétialité. É^e^eWilIe, 
plus sensible qn^un corhspi^téàr hB* ddSf Y^é , 
lui ccrtideflfe dtf nèf p»é aBëf « POl^érâ , cjftfîl y 
aurait du trôûblë , que l'e sj^ectàéle pbuiirait être 
cerné. L'état d'agîtaiion de Cemerville éveilla 
les soupçons de Barrère qui se connaissait en 
complots, pour en avoiiî' fait sans s'y mettre. Il 
fit part de ses inquiétudes au général Lannes , 
dit-on, et vraisemblablement hFouché. Le lec- 
teur décidera, d'après lui-même, sur ces on dit. 
Le faux doit se rapporter de \ingt fanons con- 
tradictoires, et l'histoire, jusqu'à présent, n'est 
que le registre des mensonges. 

Les quatre hommos fournis par Ilarel se trou- 
vèrent le 18, à deux heures, au jardin des Tui- 
leries j Harel les attendait. On commanda le 



TIRÉS DES AR<2tllVi;S. a53 

posés au greffe du tribunal ; il fut aisé de meU 
tre sur ces listes les noms de ceni ijne Vwk roulai 
y Tneltre. 

On comprend surtout que l'utilité spéciale de 
ces jongleries politiques est de se défaire des 
innocens qui pourraient être dangereux. 

Napoléon voulait d'une pierre frapper deux 
coups. En taillant le complot lui-même , il met- 
tait le génie de Fouché en alerte; c'était une le- 
çon que le maître donnait au valM, en même 
temps qu'un reproche pour tenir m ferre en 
haleine. La haine se lève et frappe les gnM^es ca- 
pacités qui se permettent ces jeux infimea ; le 
mépris tombe sur les hommes de ^rieÀ' ^ui ies 
secondent. i <- >• 

Le procès de ces malheureux^ n^était pas ter- 
miné que l'affaire xlu 5 nivôse offint la preuve 
d'un complot réel contre le chef du gouver- 
nement y c'était a se perdre entre le réel et le 
faux. On accusa la police d'incurie dans l'exercice 
de sa surveillance. L'affaire de l'Opéra^', donnée 
pour l'œuvre des jacobins , dirigeait principale- 
ment les recherches contre ceux-ci et donnait 
beau jeu aux royalistes. 

L'agence royale avait à Paris ime chouanerie 
qui dévalisait les voitures publiques (i) et dont 

(i) Voyez le chapitre de la coiilre-police. 




a54 Mhm 

Je pMM lies déiMb da cette aAi^if 
CMM ifm l'iwlire .^faiMMNN^-AflÎMu 
nue foule dvcnU coDlomporains. 

noiLiporte, qui mirait ilû iueDi£e«lcr ^ «f 

. snécoQlcnlenuDt contre M. Dubou et le éa^ 
toer, lo cooftcrra. U craignait vraîsemUaU^Mt 
lie iÀira nn pU» mauvau choix , oa à» aMTe 
M. Ditboi» k mùaiË de livrer qucl(|uee-«M it ^ 
mauviifl wcrcU <loul un pr«Uct de pe&9 p^ 
cD»qu« c»t touJQura le dcpiuilaire. L« pMHV * 

-. souvent tlci affairett v^reue». Le prcmï^ cav^ 
ponMiL, en mettool on aalre homnM ê «fiiff. 
que Ici fiU de 1.1 police auraient clé j 
Itis rentejgncmeiu. perdus. Le 
louraer k l'AccretHement da mal. 
remplaçant à M. Doboia dani les léÊUKU^H- 
lait le prendre à la courtc-pùllo. 

La conspiration de Georges CaUowU, Ql)|^ 
gm, Morcm ot divers autres, décamn^^^ 
mois de pluviôse an 13, fut un autre d Md^ 
tant sojet d'occupation. De nombreoH» nt^fh 
i;hcs ru furent la suite ; elles se m u 1 1 ipHrrnf ^ 
n'eicilérentcepeDdanl pas les plaintes et 
d'autres époques, dans de semblibleié 
soit que Bonaparte y mit de la niiKlérati« 
que la nicceuioa des tfvtoemcos 1 




TIRES DES ARCHIVES. ^55 

Parisien aux visites domiciliaires. La servilité des 
peuples est la raison de l'insolence des pouvoirs. 
Chacun son tour. 

Fouché n'était plus ministre de la police i les 
fonjctions en avaiient été réunies à celles du grand- 
juge, ministre de la justice, Régnier. 

On a lieu de croire que le parti qui avait 
échoué au 3 nivôse fut TauteUr, le soutien et le 
provocateur du complot qui échoua de même 
trois ans plus tard. L'abhé de Monq;aiUard a 
prétendu que le plan avait été conçii pw t'évéqne 
d^Arras , <jhef du conseil du cotnte fl^rlois,'qui 
déshonorait un aussi noble emploi par déi pro- 
jets fui^holnds et îASemés. M. de taûtié M fiil 
que Torgane des émigrés et dti ft u ^r n eirtettt 
angiats, tiéeidés; à qtiélqûe prix i^è 'M fût /à 
se défaire de Bonaparte. 

Une pièce importante et digne de l'histoire 
est la lettre qu'écrivit Moreau h Bonaparte pour 
sa justification, parce quelle constate certains 
faits et révèle des circonstances dignes de re- 
marque. Je vais la rapporter, sauf à m'écarter 
un instant de la biographie de M. Dubois. Les 
choses importantes, arrivées dans le voisinage 
d'un homme vulgaire, font tout le mérite de sbn 
histoire. 



.a56 MàKMus ■iswi ai g na i 

La tMnl «MMU M fMnl ImipiWi. ftMl»«H^*b 




« Voilà ImiitAl an mo» que je st 

• cauufte com^în de Grorgn et lic 

■ ai ja MMa pea^tn décliné à Tenir I 

■ per dawit les tribntittit «lu cnna d*) 

• Il la tinU da l'EUl et du chef da 
« OMOt. 

« J'étM loia da m'ailendre . apria 
« Invani h HvoiatîoQ et b goena , «taf 
« <hi noÎDdra cipcocbe d'inâviioM H ^aafti- 

■ lien f «t MTtoat quand , à la l<ta 4a 

• aniflaB wto ri a aa ai , où j'annù aa lu 
« da lia aatîifinn , que ce ferait bu 

aa wnpla particulier, occupé de 
I, atTOjantan très petit nombre d*i 

■ qu'on vlBi m'aecner d'une pareille folie. 
« donto qaa saa ancienne* liaisons jvec U 

■ néral KAt$ni ne Miîent les moUb d« 



ttaâ, 

1 



■ Avant de parler de ma jutliScatioa , | 
« mettes, général, que je remonte i U >■■ 
tr de cette liaiaon, et je ne doute pas de i 



Tllir.S DES Ai;CHIVr-S. 25^ 

« con vaincra tjiu; les rapports qu'on peut conservef; 
« avec un ancien chef et un ancien ami, quoiq^uç 
t( divisés d'opinion , et ayant servi de^ partie dif^ 
cr /(frens . sont loin d'être cridiinels. .. 

(< Le général Pic^^ru jvut pre|idre|e cpm- 
<c mandement de l*armée du; No{d vx com-r 
<r mencement de l'an 2; il y avaS^nviroi^ six 
« mois que j'étais général de brigfide} jejrem- 
tf plissais par intérim les foactioi:^9^ de diTÛôi^iH 
« naire. Content de quelques svtccès ^^1^4? meii 
« dispositions à la pr^mi^e<|l<^u^^ 4^r«na^e» 
<r il m^ob tint très prQmpteinçn t ^ giçf^e qite iJQ 
« remplissais momentanément., , :,^ . , ^ 

<c En entrant ^n, campagne ,, il n^e do^cma le^ 
« commandement de U .m^ifiév^e; l^rfçi[^(^2 je^ 
« me chargea des qpératiqnf^^l^ p)ua ijEoppf-: 

« tantes. 

. ' . . . • 

^ Deux mois avant la fin de la campagne , sa 
<r santé le força de s'absenter : le gouvernement 
« me chargea , sur sa demande , d'achever la 
^ conquête d'une partie du Brabant HoUandaia 
« et de la Gueidre. Après la campagne d'hiver^ 
(( qui nous rendit maîtres du reste de la Hol- 
« lande , il passa a l'armée du Haut-Rhin , ma 

V cic'signa pour son successeur, et la Convention 
i< iialionalc me chargea du commandement qu'il 
i< (juiltail. Un an après, je le remplaçai à l'armée 

V (In lUiin. II lut appelé au Corps Législalil , <ît 

IV. 17 



• I 

t 



258 ntuonits 

alors je cessai d*aToîr des rapports hi^ 
aTec lui. 

• Dans la courte ca^payn^ de Taa 5, i 
prîmes les bureaux de TéUl-inajar de Fm 





1 

■il 

iih 



ennemie ; on m'apporta nnc grande 
de papiers que le général Desaix , 
s'amnsa a parcourir. H nous parvt , 
correspondance , que le giméral 
eu des relatiem arec les pniices 
découterte nous fil beaacoap dt 
à moi parfîdiK^esieiil. IVons coQ^tmMS dt 
laisser en oubli. Fkkefru, aa Carps 
pouvait d autant moins naire k la 
bliqne , que b pus était assurée . Je 
moins des prédations pour la 
mée rehtivement k an espionnage 
lui nuire. Ces recbercbes et le 
aTaient mis toutes les pièces av 
<f plusieurs personnes. 

« Les événemens da 18 fradidor 
« çaient , l'inquiétude étut aascs 
m conséquence deox officion , qai 
« naissance de eede eorreiposdanM , 
« (t m donner connaissance M go 
« firent entendre qu'elle commençait k deva 
« assez publique , et qu'à Strasbooi|[ on s'app 
V tail à on inslmire le Directoire. 

f JVlais ronrlionnnire public, et je ne posvi 



à 




TIRÉS DES ARCHIVKS, 2^9 

« garder un plus long silence. Mais , safAs m*a- 
« dresser directement au gouvernemetft'^ j'en 
« préTÎns eonfidenHelkmefU le âir^clèût Bérthe- 
a lemy j l'un de ses membres, en lé priant dé 
« me faire part de ses conscib , et le ptèf^hànt 
« que ces pièces, quoique àsseî {hrobafiies, né 
« pouvaient cependant faire des preuve^ judiùtiirtsif' 
•r puisque neh tt'étalit signé , et que pféiB^è tofut 
* était en chiffres. ' 



jA i; h 



« Ma lettre arriva ^ jifajr^ f^d'ipst^^^^l^è^ 
«c que le citoyçn iar(/i^I^«^^^^ 
« le Directoire , à qui e^eJ;^j^t jcfimif^j, W^.de^ 
« manda les papiers dont elle Jpij^t i«^ti€n^. 

tf Pichégril fiit à Càjrehh^ / el , fle'^ift^oiir^ 
« sticcëésïvëmèni eiï A!tLetiïaj^% et erf ^^gIe-> 
•r terre ; je n'eus aucune relation avec liii. j^eti 

cf de temps après la paix d'Angleterre ^ M. David, 
K oncle du général Souham , qui avait passé un 
9 an avec lui à Tarmée du Nord, m'écrivit que 
•f le général Pichegru était le seul des fructidorisés 
« non rentrés; et il me mandait qu'il était étonné 
« d'apprendre que c'était sur ma seule opposition 
•r que vous vous refusiez à permettre son retour 
« en France. Je répondis à M. David que, loin 
« d'être opposant a sa rentrée , je me ferais au 
« contraire un devoir de la demander. Il comm- 
it muniqua ma lettre à quelques personnes , et 



TIRÉS DES ARCHIVES. 26 1 

tt il m'a été quelquefois fait des ouvertures assez 
tt éloignées pour savoir s'il serait possible de 
« me faire entrer en relation avec les princes' 
« français. Je trouvais tout cela si ridicule, que' 
«r je n'y fis pas mêitie de répotise. Quant k la' 
« conspiration actuelle, je puis vous affirmer 
« également que je suis loin d'y avoir eu la' 
« moindre parti Je vous avoue même que je suis 
<r a concevoir comment une poignée d'homrnës ' 
« épars peut espérer de changer la face de* 
i< l'état, et dé rémettre sur le trône une famille 
« que les efforts de toute l'Europe et la guen^e' 
•f civile réunis n'ont pu parvenir à y placer;' 
« et que, surtout, je fusse assez déraisonnable/ 
«^ en y concourant, peur y perdre le fruit de 
« tous mes travaux , qui devraient m'attirer de 
cr sa part des reproches continuels. 

« Je vous le répète , général , quelcjue propo- 
« sition qui m'ait été faite, je l'ai repoussée par 
« opinion , et regardée comme la plus insigne 
(( de toutes les folies; et quand on m'a présenté 
i( les chances de la descente ou An2:loterre 
rr comme favorable a un changement de gouver- 
{( nement, j'ai répondu que le sénat était l'auto- 
•f rite a laquelle tous les Français ne manque- 
i< raient pas de se réunir en cas de troubles , et 
« que j(î serais le premier à me soumellre à ses 
V ordres. 



a6» 
« ]k ptnUlM mnvteo» , fiôtM )k i«f*à» jpi#- 

cnliff itoU • a'tfut tmOk cMM^imp «|||| PTt 
litiaift* ni dans VjtfméÊ* dttat\mmm4^fifiitfik 
ffflt Mrri aoii» mes ordrei , ni «Tec aacww ••- 
^orité M^ulUuéc , ne pouvaient exiger Je ■■ 
pfot qa'nn refu». Une délation répnpuilirip 
à q^>a caviKlitre ; presque toujonn jogèc me 
sévérité I «Uft deTieDt odieuse et iiupn»t lA 
sceau de r^robatioo sur <:elui qû s'en «< 
rendn conpabic vif-à-Tis des penoao» » fw 
OD deit de U reconnaisuncc , et aiec qvee i 
ea d'anciaii&ct liniaons d'amitié i le devair 
ip&iDa peut quelquefois céder au ctî <U l'wft- 
]iionpabU(|se. 

:« Vo^ , général , ce que j'aTaâa à ma en 
PPT V* nlatioiu avec PUkfgrmj illiiiai on- 
Yaincront sûrement qu'on a tînS doô 
bien f i as ses et bien hasardées de i 
«t d'açUoiif, qui, peut-ftrc 
étaiaatlaîiad'vtre criminetles, et je m da«i 
pas qaa ai toiu m'aviez fait dctoander, no* k 
plnpart de cet faiu, deftcxplicaiioasqaejest 
aerau enipreaHv de vous donner, elles TeMaa- 
raient évité les regrets d'ordonner mie dé^ 
tioo, et k moi rbumilùtion d'étM daaa 1» 
fers» et peut>t:ire d'être obli^ d'alkr i 
les tribunaux dtrt-- que je ncuiispas i 
spiralcur, cl appeler, à l'appui de ma j« 



TIRES DES AHGUiYES. 26'i 

« lion , une probité de vingt-ciiiq anp qui i^e^'^sl; 
« jamais démentie , et les service^ ytg^ jfsû -l^fi-' 
« dus à mon pays. Je ne vous parlerai p<^ de 
•f ceux-ci , général , j'ose croire qu'ils ne sont 
(T pas encore efl&cés de votre mémoire ; mais je 
•f vous rappellerai que si l'envie de prendre part 
(( au gouvernement de la France a^it étékia 
« seul instant le but de mes servîceiP et 4e ^ànà 
« ambition , la carrière m'en a été ouverte 4'iitf€^ 
« manière bien avantageuse quelques instaftb 
« avant votre retour d'Egypte ; et, sûremoRt, 
« vous n'avez pas odblié le désintéressement qtiè 
« je mis à vous seconder au dix-huit brumaire ; 
« des ennemis nous ont éloignés deptris ce 
« temps. C'est avec bien des regrets que je m6 
<c vois forcé de parler de moi et de ce que j'ai 
(f fait; mais dans un moment oîi je suis accusé 
« d'ctre le complice de ceux que Ton regarde 
« comme agissant d'après l'impulsion de TAngle- 
t< terre, j*aurai peut-être k me défendre moi- 
i( même des pièges qu'elle me tend. J'ai l'amour- 
« propre de croire qu'elle doit juger du mal que 
i( je puis encore lui faire, par celui que je lui ai 
« fait. 

t< Si j'obtiens, général , toute votre attention , 
i< alors je ne doute plus de votre justice. 

K J'attendrai votre décision sur mon sort avec 
V le calme de Tinnoccncc, mais non sans Tin- 



ad'i .^fi.HOIRES HiSTOniQL'ES 

tr quiétude de voir triompher les ennemi» qu'jl- 
« tire toujours la célébrité. 

V Je suis avec respect , 



b' 



Bonaparte fit répondre avec insolence a cette 
kUre qu'avec plus de caractère , Morean nu- 
rait pas dû écrire a un rival jalons, liùncn(« ci 
dont la vie , d'ailleurs, avait été menacée. 

Le grand juge fit donc , par Tordre de pte- 
mier consul , cette réponse ae prîaoïuiîer : 
« J'ai mis, citoyen général More 
d*kui à onze heures votre lettre de ce 
sous les yeux du premier coneol. 
« Son cœur a été vivement affeclé 
de rigueur que la sûreté de TéUt lei a 
mandées. 

« A votre premier interrogatoire , el 
la conspiration et voire complicilé n\ 
point encore été dénoncées aux preeùèi 
tontes et a in France enlîère, îl i 
chargé , si vous in*en iivic7. témoigné le 
de votiH mrn«T a Phnirr iiirme deYanI tai^ 
vous eussiez, pu contriliuer à tirer l'état im 
danger oii il se trouvait eni ore (1). 



^1; l*our riitcii«lii (Il I* il (giiii - ■ ■.•|i|Hlti <|>»i- V«*fTMi !■! «•• " 



TIRÉS DES ARCHIVES. ^65 

u Avant de saisir la justice , j'ai voulu , par un 
c^ second irtterrogatoire , m'afeurcr s'il n'y avait 
« pas de possibilité de séparei^ Yotre nom de 
tf cette odieuse affaire ; vous ne m'en avez donné 
v aucun moyen. 

ir Maintenant que les poursuites juridiques 

(T sont commencées , les lois veulent qu'aucune 

v pièce a charge ou a décharge ne puisse êt)rc 

•f soustraite aux regards des juges , et le gouveir- 

« nement m'a ordonné de faire joindre votre 

•r lettre à la procédure. 

i « Signé Régnier. » 

La découverte de la conspiration de Georges et 
la punition des coupables relevèrent le pouvoir 
de Bonaparte et donnèrent k sa police un carac- 
tère d'audace qu'on ne lui avait pas trouvé aupa- 
ravant. Un spada^^sin heureux devient insolent de 
son bonheur, (jui hû sert alors d'étoile. 1\I. Dubois 
partagea et mérita l'aversion que le public en res- 
sentait. Les royalistes et les contre-révolution- 
naires n'épargnèrent pas les objurgations, mais 
personne ne lui en prodigua plus dans la suite 
([uc le fameux FaMclio-Pjorel, si connu par ses in- 
trigues politiqties, et mort au mois de septembre 



I«' • nl'IN ioM- , »| n'Ii- î' II* ;•' " 11 '' ''il !il ! "' > V d'.ij c , < l 

1 ' I ^ J 




de cette année iS29 (1) a Neafchâ 

Si les platiludes de la haine faisaieat Cw . 
en aurions de curieuses a citer contre M. 
Il est certain pourtant que Tafiaire de Ti 
let, espèce de Doublemain politique. ^«î 
cent louis à la police le neveadcFaurhci BMj,€t 
tira concurremment de Tonde six ceols 
sous prétexte de travailler actÎTement à la 
vrance de ce malheureux jeune homiiM à 
même oii on le fusillait , excuserait des 
plus amères et les avanies dont 
câbla M. Dubois , qu'il regardait comme la 
plicc d'un assassin. 

Au reste, la réllexion montre F 
que aussi coupable envers son 
let. Comment , lui , qui connai«ait Im 
les astuces , Tart infernal de ce qu'on 
police politique , et qui en faisait 
si long-temps ; comment pouvait-S 
celle de Bonaparte , de Fouché , de 
A eyrat, n'était pas en mesure de coimdkmt dl 
déjouer et de punir les projets semblaUea à 
que le nialhcurcux \ itel, son neveu, 
d'exécuter '} 

Les voleurs de diligence ont mauvaise grâce  








TIRES DES ARCHIVES. 2^ 

crier contre des gredins. Tous ce monde-pt se 
valait ; mais le malheur de ce méjtiçr , comme 
dans le commerce, c'est que les conc^rrj&QS s^y 
décrieiit. U faut s'en félicitefr. Que deviendrait le 
monde entre leurs mains s'ils ne lavaient leur . 
linçe sale qu'en fiimille ? 

Ces fâcheuses impressions n'empêchèrent pas 
qu'en i815 , M. Dubois ne fut élu meml^re de la 
Chambre des réprésentans par le département 
de la Seine. U fivait été nommé comte par Na- 
poléon, qui, cependant, lui avait 6té sa placé de 
préfet au 14 octobre 1810, et l'avait donnée k 
M. Pasquier , dont je parlerai tout à l'heure. On 
a voulu trouver la cause dé ce renvoi dans son 
absence de Paris au moment de Fincendte de 
l'hôtel de Schwarzemberg. L'empereur, qui l'a- 
vait envoyé chercher , en conçut de l'humeur et 
le destitua. 

On lui doit rétablissement du conseil de salu- 
britéy dont les fonctions se sont étendues depuis, 
et qui a rendu de si grands services a la ville de 
Paris; il jeta aussi les fondemens du cUspcnsaire 
de salubrité, destiné à surveiller la santé des (illcs 
publiques, et a prévenir la propagation de la 
contagion siphylitique. 

C'est encore à M. Dubois qu'est due l'organisa- 
tion bur le commerce de la boulangerie à Paris j 



a68 MÉMOIRES RISTOHIQCEI 

organisation assez bien entendue dansTélat gtef- 
ralement imparfait des diyerset admiiiHlntiaM 
en Europe. 

Il était membre du conseil d*état , 0k 1 avaic 
été appelé par l'empereur; il y siègent en 1M 4, 
au premier retour du roi, qui le conlima 
celle place. U n'arait pas été étrmngi 
aux dernières combinaisons en laveur ém la 
mille royale. Il avait signé les actes àm 
meni prùtiêoùref et donné son adhéâosi mm, réu- 
blissement de Louis XVUI. 

Le second retour du roi le rendil à h 
privée; il s'est livré dès lors à des 
commerciales et industrielles; sa 
être colossale, est considérable. U 
taire de l'ancien château de Vitry el d^i 
grande partie des forêts de la 
produits des jeux, de la loterie, son 
les gratifications de Bonaparte l'avaieBl 
ment enrichi , et en dix ans de tempe R 
mis à même d'avoir plusieurs miDioiia h 
sition. 

Son sccrctaire général ne fit p 
grande fortune, ou plutôt ne recueillit de se phcc 
que de la gêne et du désagrément; c'est Piis, 
dont, par disette sans doutc« on faisait an poète. 
et qui fut à peine un chansonnier de t 
ordre, célèbre n\iini Li n-Toluiion d'aiHcms 






^ TIRÉS DES ARCHIVES. iîÔQ 

son poëme de V Harmonie imùalwe^ dont nul ne 
se souvient ; faible recommandation auprès des 
gens de police. C'est le seul secrétaire général de 
la préfecture dont le nom ne soit pas resté ignoré 
du public. 

Je ne puis rien de plus pour son éloge et pour 
sa mémoire. 



n 






CHAPITRE LXII 



14 ocTOBHB 1810 — 8 A van. IMC 



Etif ane^DcDU Paiqnier, dcniitee préfet de 
— Ln places qu'il remplit. — Difena 
monicipale. ^ Celle sur les prlsoni cl éi 
gadc de Vidocq. — Affaire de Malet. — 
à rilûtcl de la Force. — Sa condulle à la 





l'^ils d'un conseiller au Parlement* 
ne en 17G7, avait embrassé la carrière de b fl^ 
i;islralurc avant la révolution. On ne mdkmf^ 



MÉMOIRES HISTORIQUES TIRES DES ARCHIVES. 27 1 

qu'il ait rempli de fonctions publiques pendant 
les orages liu milieu desquels son père tomba 
sur l'échafaud. Sa marche vers les honneurs et 
les grands emplois fut rapide à partir de l'éléVa- 
tion de Bonaparte. Sur le trône , Tempereur, qui 
voulait s'attacher les noms de quelque notoriété 
en raison de la clientelle que ces noms entraî- 
nent habituellement avec eux , comme une seule 
et même famille, distingua M. Pasquier; il 10 
nomma successivement maître des requêtes, offi- 
cier de la Légion-d'Honneur, procureur général 
au sceau des titres , et , enfin , préfet de police , 
au mois d'octobre 1 810. M. Pasquiei' remplit cette 
place jusqu^âux événettiens de 1814. Louis XVIIl 
le trouvant des premiers auprès de son trône, 
le fit alors, par une raison contraire à celle de 
Bonaparte, d'abord conseiller d'état, puis di- 
recteur général des ponls-et-chaussées. Le re- 
tour de Bonaparte, les Cent- Jours, éloignèrent 
M. Pasquier des places et des affaires publiquesj 
mais à la seconde rentrce de la famille royale , 
Louis XVIII le nomma ministre de la justice, 
garde des sceaux et membre du conseil privé. 
M. Pasquier est avec M. Pasloret un des hommes 
sur lesquels se sont successivement amoncelés 
pyramidalement les dignités et les emplois sans 
raison évidente, sans prétexte individuel, sans 
qu'on en puisse dire nu juslc la cause officielle 



3^2 Mïmoima 

etmajcarc. II y a de Hiéràlilc cl de iltiMoa^^Ê 
biUté dans K-nrs fuinitles. Les Puqtàcr et ^| 
Pattoret ont l'Iiabitade d'être clan« let a&îres et 
on a t'habitodc di: l«> y voir. lU m»oI loujvun 
coDiprU daasl'iti%'i:nUÛro du inobirier p»lilâi|oc 
Cm exemples, pour ne pai êLru rare», n'en sont 
paa au reste moins rcinaniuibiu». 

M. PasquiL-r, tUus ta place de préfitt, «anit 
à la leUreles erreutcns de «on pnïdécencxr ; k 
mime «prit dirige» un opéralioiu. EUes i 
été de deui Hortc« ; k-s uu«« •« rapport 
la police mttnii-ipalc, le» attires à la ynlîcc ■ 
liiique ouwcrtric. 

Depuia M. pA«qaier, la tpédalh^ | 
acquit une si fameuse C4>lébrilé qu'il hm 
féservor d'en parl<;r pluN aaiplemem »pri» ««a 
épuiaé la aérie des préfeU. 

Quant k la police municipale, i 
moina qae de l'autre et ijui mérite 4 
plua de conaîdération , je ferai ronnaitre en ^nà 
H. Pasqniw a contribua k la maintenir par Vm- 
trodaction do quelques réformes ulilo». 

Un de aea premiers aclca, que beaacvop da 
penonne* regarderont comme trca inijiMlml, 
maia dont lu plus gi-nnd nombre posrrs him 
révoquer en doulc l'utilité par suite Je Pasa^^ 
tîsaement qu'il entraîne, «st l'ordontiAorc sv 
les domestiqi)<-t. C'p^I ';i M. de Ho^ifo qa'en al 





TIRÉS DES ARCHIVES. a^5 

due l'idée ; ce fut celui-ci qui fit tendre le dé- 
cret impérial du 3 octobre iSiO , eoncemani le$ 
ifulividus de Vun et de Vautre sexes qui servent en 
qualité de domestiques; mais M. Pasquier ne fut 
pas moins l'exécuteur des mesures singulières 
qu'il établit. On y assujettit les domestiques à deà 
obligations minutieuses, et les maîtres eux-mêmes 
sont tenus de s'y conformer. Dans le fisiit, on s'y 
conforme peu ; on prend ou Ton renvoie ses 
domestiques sans recourir au lioret et à l'intef^ 
venlion du commissaire de police, qui n'a vrai^ 
ment rien a faire dans les arrangemens de cette 
espèce , tous de confiance ou de caprice. Mbrb 
une arrière- pensée se cachait sous ces.méswrës 
de régularité : on voulait savoir par qui chécùo 
était servi chez soi, et connaître jusqu'à q«el 
point on pouvait employer tels ou tels domes- 
tiques a Tespionnage; la sûreté des maîtres, 
la fidélité des domestiques n'étaient que des 
prétextes. Pas plus que les maîtres, d'ailleurs, 
la police ne peut se porter caution k cet égard, 
et ce serait la plus triste caution du monde en 
raison des méiiances légitimes que la police nous 
inspire la plupart du temps. 

Je ne ferai pas le même reproche aux régle- 
mens sur la vente en gros des poissons d'eau 
douce dans Paris pour l'exécution du décret 
impérial du 24 janvier 1811 qui établit un droit 

IV. 18 



am Mlla laoâe et dm /■iiiiiiri ctam k h mmÊÊ 
pMV m fiuM tes criiM. FLHd^OTAnrfiv»lM» 

4wi à 4a hdUe dau oa eannMna iMib tm Éfr 



OAdaiKfdMuntkH. EaeqMMMiiH 
HMice 4« M Mi fM4, a gf iMi l i « ~ 
nialiw 4a VintAnaar, nr I» < 
yaiHarit k Wmki e 

ê^nam»étfad\\vrtr, :,ti>vi qn« Im ed 
, ém oatta aankanilise, à »e lure ioacni* k h 
[■éftiulMt 4a polica. En mulliplianl kaaaMM 
4a wriMliincB contre U Toota de* k^aa 4i 
■amii aipt «l rontrB l'acbat ilta •^■kl «alVk 
4aaUa dttt 4a ce conmarce. a« «^ ps i»- 
pkM laa JhiJw , on ■ rendu ka iaaAaife 
php àUflaib <r«tl dans le |iiiifiiiliii»»^^* 
fjÉiMliMtliMiqne ^ propo* de* alliais 4r baa 
fÉllArai ihmher le coairepoidi de la p 
lai Vail h l'awociation des iatéfto < 
t ^(lin'ftli^'4einaDder le contrcpoidt < 



Dm ■rJwiimce dn 18 drner IS41 X«*>^ 
dilii l tp— r fcin tuitr an décret da i% j 
précédent, h nan^Uon de le Saîaa «1 I» | 
n^ êÊm laa pontii , objet impartant fa* b 
tavimeMa par eau dans Parii ; il r«ppch ptf «a 
•Mr» afdaoaw t c l'esécation de U lai dn M|W 
■émI m 41 «I de l'anétâ du i 



TIRES DES ARGHITSS. 1^ 

9 irunaire an 1 2 sur les Uvrels dont les <mmM8 
doivent être pourvus. 

L'époque de la magistrature de M. Pasquier 
fut signalée par des fêtes publique très nom- 
breuses en i'bonneur du chef du gonvernetnent 
a propos de sa fête , de son mariage , et d'autres 
circonstauces analogues. M. Pasqnier eut à «xér* 
cer sa surveillance pour prévenir les accidenset 
maintenir l'ordre public dans ces cérémonies ;^ 
elles furent Fobjet de quantité "d'ordorniattcé&qn^ 
je me crois disposé 4e citer. 

Un chapitre spécial ponmait seul agiter cîEMe 
matière pins importante en bonne administraâon 
que l'on ne le <:roinût au premier abord ,- ptiis^ 
qu'indépendamment du gaspillage systématique 
du tris^te -moBilier de ces fêtes , on en dterait 
peu que la foule n'ait plus chèrement payées 
encore par de déplorables événemens. 

Les commissionnaires qui stationnent sur la 
voie publique peuvent abuser de la confiance 
des gens. 11 fallait une garantie ostensible de 
leur fidélité : une ordonnance du 29 juillet ISIi 
assujettit tout commissionnaire à se pourvoir 
d'une permission et d'une médaille pour se 
mettre au service du public. On conçoit que 
cette médaille dont la police dispose la mettait 
a même d'obtenir de ces commissionnaires des 
renseignemens spontanés sur une foule d'objets. 




9^6 mûmui iii»ou«i 

Tonte la domoticiU 
prifée, denit m tnMnr miu !• 
filet 

Denx ordoimaiicei de H. PaifaàHWj 
doit un changement remarquable deu b 
de la voie publique -y ce «unt Ica ordoi 
90noTepibre1810etau-20aoùt 1811 
nant les patM^M ouverts uu publi 
priélét partiaditees , ot deTeona 
par pnKriptien,desHsiTitudes.Ou j 
les prepriétaîrea de cm punagcs 
laiater lîiwei et ne point encombrer la 
tion par dee d^âti de m&rcliandiaei an 
It'firdonnaiwe eaûnûle les coiiiravi 
poomit oomneurrâ'cct «gud ^sfO"* ' 
Ift oode piinal, toat pauiblei d'afieda 
meinaloitei. 

Son ordonnance sur le boUya^e , Aa^oo- 
venlm 1811 , ïntroduUit un peu de | 
dan» fane 1^^ h «trvcillance dcrwiot I 
qnelqM leaip^fia» régulière. Ctsc ewti 
cetteipécialUédelii régie municipale, âû 
aente pour la sant^ publique, que m fcâc «re- 
prendre Ilaaafiianco des réglemeae toefi^ 
partieb et tronqués de nuire adeainttlfeliiB* 
puiaqoe chaque pregrct însUlU duu o«« hai^ 
tndaa, twmme, par exemple , la créabea ^fl 
ttoUwi, àAégmUiM, dai bones-le&uip«i«|fl 



i 



TIRÉS DES ARCHIVES. 277 

bien encore la mise en circulalitfn des grandies 
lignes d'omnibus , la direction du courant des 
ruisseaux, les plants d'arbres semés sur les quais 
ou dans les places, la substitution des caildda- 
bres fixes de gaz aux potences mobiles des réverr 
bères ; puisque tout cela , disons-nous , doit 
amener un progrès parallèle dans le transport 
et le prompt débarras des immondices quotidiens, 
afin de permettre une libre et complète circulât 
tion de jour et de nuit. Si Tadministration se 
trouve toujours en arrière k cet égard , c'eift 
que le ressort n'est pas monté de façon à o6m>- 
bler de lui-même les lacunes au ftir et à mesure 
qu'il s'établit un vide entre le confortable de la 
circulation fiJl^es routines du service. D'où les 
plaintes éternelles de chacun sur l'indigne puan^ 
teur et l'horrible malpropreté de la plupart des 
quartiers de Paris. Un particulier qui n'aurait 
pajs pUis soin de lui-même qu'une grande ville 
comme la nôtre n'a soin de sa voie publique, 
serait en peu de temps pestiféré. Nous avons 
hérité sur ce point des plaies et des routines 
sauvages de nos ancêtres. On ne peut pas nous ac- 
cuser de luxe dans la propreté lorsque Ton 
parcourt nos rues. 

Par son arrêté du 27 décembre 1811 , M. Pas- 
quier assaya de régler la poUce intérieure et 
^ixtérieurc des spectacles. L'arrêté du 15 jai^-r 




wr4M9r<gkk_ 

^w^ de k flmmméÊ #UtMk; 
ViAfe ; le transport des 
e— lttu ctiotn de Paris; le range «tU téfir. 
fian des pniis ; h circulation des grûn et £u 
SMI rapproTtsioiinrtnetit et U poBee dai mx 
Aé» j U Bution dn prix dei hléa ; k )iAai 
<k> kateinx sous let pontide ParM;k piifice 
k mîère et det ports pendant l'hiver , dni I 
tampe de glaces, de ^nme» ean el de flAldl 
nnincc renouvelée tous les am et «Ml I 
mIb Io nombre des «ccidens nir U fieiSf* 
■ pcirts serait pins consîdi^rnblei umâ eas H 
lOMïns antérieurs et ineomplele kraeC MMca 
Kent renotivelÀ on rajeunie. OMeaseAt 
^iril a dA se plisser d'arbilnire el 
dam ces mesures d'ordre pnblic, 
MMi, l'inlir^t particulier li in^éai«n % dte 
cher le Tîce des arr^rés et des rÉ^m^, 
ttntte éternellement en lotte avec f kmi | 
néni . et lorsque cet intér^t général ert f^ 
•enté par des hommes peu vers^ dtMktlf 
cklîlé^ sirr lesrfnalles )l« prononcent ; ce 4 
dénadin; la police muniripafe et en bil a 
Soorce de bnitalilifi fubatlenies, tfe 
ces, d<- <rri ni I bries Mns iin, de déRUH 

et d'amcnduï rtellvi. A h v^ntf, dl» 



m 



TIRES DES ARCHIVES. J^ 

parasites vivent sur ces misères et sont intérw* 
ses à ce qu'elles se perpétuent. 

M. Pasquier soumit les billards publics il d^ 
réglemens par son ordonnance du 6 noveoÉbftt 
1812. Les gênes apportées à ces établisselbetti 
sont généralement enfreintes , et le seront tou- 
jours ; par le nombre des récalcitrans , la dâM« 
béissance conquiert l'impunité. Il refiotiVèlÉ 
semblablement, par son ordonnance du 23 Mn 
vembre 1 81 3 , les anciennes mesures ^i eèÉ^ 
cernent les brocanteurs, très sujets h ti'ati j^ 
mais tenir compte. 

De tous les réglemens de M. Pasquier t^ehii 
qui a pour objet le régime des prisons dfttts 
le ressort de la préfecture de police, est Un 
des plus remarquables par son importance et 
son étendue (10 septembre 1811). 

Le désordre qui règne sur ce point ne sera 
pas vaincu facilement , tant que Ton ne divisera 
pas les prévenus en catégories spéciales; tant 
que ces mêmes prévenus seront soumis dès le 
jour de la prévention au régime de vie des gens 
déclarés coupables ; tant qu'ils resteront enfin 
sous la main de Tautorilé qui s'est chargée de 
leur arrestation et qui les traite en ennemis. 
Des vices obscc'ncs, domiciliés clans ces salles et 
dans les préaux, un pr-Ie-nfitlc ignoble, l'infecte 
malpropreté des édilices , des spéculations su- 



ff 

j 

t 

f 

I 



il 



t 




â8e M 

baUerncs sur la TÎe et II amvritsre éem pM 
nien , couchés et BMerii iJcigat k ret et 
appellent TattentiMi àm M pr ito Ihmûbs «t 
ligieux que rathéttme inpit0yaUft 4t mm 1 
révolte, et qui, du méprii do nnêhrièi. «t lin 
pas le dogme rectear êm la tacîélé 4ni îb fi 
partie. Une remarque feadasBealalt eA a fai 
sur le régime des prisM», d^ffM waMm/L^ 
parle de les transformer en eleliega €wmm ta 
plus régulière ; si Ton o _ 

- j la commune au bénéfice àm 
r I on s*y prépare pour la geôle 

i damné , les deux tiers des in 

\ raient pas lieu. On semble 

heureux devienne un scélérat 
les moyens de redevenir hoandte 
^J bien tird s*y prendre ; et nos I 

T prévision qu'après coup. Mais 

4 Une énigme resle dans la concfaBla4iM.1 

quier comme préfet de police; 
^ parler de son manque de sunrei 

- faire de Malet qui lui causa de si 

mens , o.i mit le gouvorncmonl 
danj^er. Il était rvidcnt qu en magistral ét^ 
à son maitro , il ne devait jamais p cr Jm et 
dos liommes trU que Malrt , Goidal , Lak 
oiTiricrs siipcricurs déjà repris pour de» o 
ptols pulitiqtirs . v.l trop mal gardé 





TIRÉS DES ARCHIVES. ^Sl 

pas en ourdir de nouveaux. Je dirai un mot ici 
de cet événement ; on trouvera plus de détails au 
chapitre de M. de Rovigo sur le caractère de 
ces individus. 

Malet était lié avec MM. de PoHgnac et le 
marquis dePuivert, renfermés comme lui dans 
la maison de santé du sieur Dubuisson , grande 
rue du faubourg Saint-Antoine ; Guidai et L^- 
hory étaient à la force , mais peut-être ignorant 
le complot. Les conjurés entretenaient des 
correspondances actives et suivies avec les diffé- 
rentes prisons où se trouvaient des hommes 
dévoués à la même cause; ils étaient même arri* 
vés jusqu'aux cardinaux détenus a Vincennes. 
Ils avaient aussi ménagé des intelligences avec 
quelques officiers des armées , surtout avec ceux 
qui commandaient a Paris. L'isolement merveil- 
leux du principal conjuré , affirmé tant de fois 
alors , fut une des ruses de la politique impériale 
qui craignit de faire sonder la profondeur de la 
plaie et de mettre les servilités en verve de déser- 
tion. Le cancer était plus large; on trouva des 
(5chanhllonsdetouteslesinimitiés dans ce complot 
cop.lrc Napoléon. Les casernes de Belleville j de 
PicpuSy des Minimes^ avaient été gagnées; et tout 
cela s'était fait sans que la police de M. Pasquier 
cil eut la moindre connaissance. 

Le 25 octobre 1812 , les conjurés tinrent cqn- 



I fielhomme f 
irla Unuiive. Us la ngartlaient twmaf 
MiiM |lar les menm qu'ib iTatont fnim , 
le Mcnt qui avait éU bien garnie «1 li fa 
tlwrilé de MM. PaMjoMr «t Ravies , 
aliÉi fàt \e BoÏD da lean miértte | 
^ IjM casernes fureol viàlAcs !• 1& J 
|M*ate t OD Tint * la nuison de Bdhm 
parti* le mot d'ordre le mît j to«l teal 
Ai oM de U troupe, m se» 
riil|il- pendant la nuit par les c« 
Cent pi^cc « invesiiBUH 1« ) 
■ tau les pouvoirs pour cmamÊmêar h tm 
B; la mort de Bonaparte y était HSiai 
I ayant eu U«a le 7 du ■■■■. W |H 
bent impérial <(ait d^trKÎi.hnHi^ 
I akotie; on gourememcnl pr*iiMMA 

I bfi, ddnt la première réonion AcrûtmtÊ^ 
n TBêkà-de-\\\\e:\afomemiioa rfeshMift 
» et Aitiplots mainlenaf k cetix qui en joaMH 
t tffMit que r.iïténabi1it« dM évnuOoe» atf 
t Batil. » It n'y ■'(•lit point ipieallan dl lA 
bUttement de> Bourhoni , soit qne c« «• tttf 

II pemée de Malel , toit qu'on ne crds pM 
propos dVii parier dans ce 
amaît drfcidi' ! Oniconijne pcnl 
s'établir. I,r rùlr dr Monk m tme < 

Lesconittri^s soriircntb naît i 



tme cxes^^l 



TIRÉS DÉS Aààst^. aflS 

iâmté od ib s'étaient réunis , et ke teioÉdirèirt k ta 
caserne des Mhrimes où fui lù té Ééaahis-'con^ 
stfhe. 

Des ordres farent ensuite cioniiéé par le géné- 
rât à divers commàndans clés cohortes de tairO 
fire également dans leurs casernes le mêilne acte, 
de leur faire prendre les armes, et de se rëncjlltfi 
avec leurs officiers à la place At (jrève, pour 
attendre de nouveaux ordres. 

On se rend aussi à "Bi prieon de la Force; on 
y fait lecture au concierge du sénatus-consulte, 
et les généraux Guidai et Lahory sont mis en 
liberté. 

Sortis de la Foreo ^ Gilid^i Lalbory $ un autre 
prisonnier délivré , aaaaané Boebeiampe i et le 
général Malet, prirent chacun le commandement 
d'un peloton de troupes rassemblées sur la place 
de Grève. Les deux premiers se rendirent au 
xHinistère de la poKce générale , un troisième k 
la préfecture, et Malet a l'état-^major de la place. 
C'est la qu'il échoua. 

Cependant Guidai et Lahory, rendus au mi- 
nistère de la police, avaient donné lecture au 
général Savary du fameux sénatus-consulle ; ils 
le sommèrent de se rendre à la prison de Thôtel 
de la Force, ce qu'il fit après quelques difficul- 
tés j Guidai le fit monter dans un cabriolet, avec 



ll-'D)W)arelK> chef df Ja tUriiioa ptthOtfn 
inimstèrc, et le» coodsiiit a U force 

Un mtre conjuré, nommé BouU wi . <IA 
«l'une icharpe , se présente i U fftffatfafiB 
police k huit hcnrcs et demi da ■ttia.OI 
If. Pâsqtiier le Kénalu»-conuilte, inéfiÊÊ 
inuidit cl l'ordre en Tcrtn dwjad il Ual^ 
M rendit en prison et fSt m» ea w l t -, 
M ftit uns réplique ni obserratioa. Wrt 
«■tnonuné préfet proTtsoire. Toot Icéi^h 
polièeiont consi^éa; on laÎMC enirtr<Bi 
'^ennent; main per»onne ne r ew att : AI 
ordres «ont donnés parle nonvem jn^lÊ^é 
sarreilhnce commence k s'orj^ 

La démarche (jue laîsaît le |^ 
Pétafc-inajor, place Vendôme, oàft/ttikpl 
«rec un peloton Je troupe . p«ndagl ^W 
pMMÏt, rendit inutiles cea premien tmeim. ' 

Je n'entrerai pajidana le» dëtaib deevA 
ment» il est étranger au prélet da p^k*;' 
leon iï en sera Hait mention en pniaat ^ 
de Rovigo dans le chupilre des ■tiaâatavt 
police. 

Le conseiller d'état Real avait 4lé ia 
promptrnient de ce ipii «e paaatt; il ■• r 
chei CambacércB. cl deui heiu'e* après U i 
de la place Vcndûmc, les conjuré* 4 
|ii, le préfet vt le minisire en liberté. 



M 



TIRÉS DES ARGRlVfiS^. a85 

Livrés à une commission militaire, Malet, La*- 
hory et Guidai furent fusillés à la plaine de Cré- 
nelle quelques jours après. Malet mourut avec 
courage et résignation. 

« Helas ! me dit un jour sa veuve , mon mari 
était comme bien d'autres, il travaillait pour 
lui. M Supposition plus que vraisemblable, mais 
qui ne dut pas Tempêcher d'abonder préa- 
lablement dans les idées de tous les hommes 
dont il se fit des instrumens. Que sa veuve ait 
officiellement dit le contraire après cela, dans 
une pétition au roi , cela ne m'étonne pas da* 
vantage. 

Un événement pareil devait inspirer à Tempe* 
reur Napoléon un vif mécontentement contre 
M. Pasquier; Napoléon n'eut pas Tair de s'en 
affecter : M. Pasquier continua de jouir de la con^ 
fiance de son maître. Ses fonctions de préfet 
furent continuées jusqu'aux événemens du mois 
de mars 1814. 

M. Pasquier rendit dans cet intervalle plu- 
sieurs ordonnances utiles sur des objets de police 
municipale; telle est celle du 9 février 1813, 
pour le transport de la foire aux jambons, qui se 
tenait avant celte époque au parvis de Notre- 
Dame, devenu trop insuffisant pour contenir le 
nombre des marchands forains qui y affluent 
chaque année. On fut obligé de cherc)ier un local 



plus conveiuibLo, et k qui de la V^lUt k 

Le s«rvîc«<lcftiipeinvpompier*,*M ulik|M 

la siireté de Paris, fal le sD)»l li'nnc aulrc «fa 
fiance du %'i M»r* Iftlo. Od mO. gré ivé J 
M. Pa»quicr d'avoir publié un rf^liiii— wfc 
police (les fiacre* cl cabrioleU dmam Parâ{4s 
1815), <juoi<]u'il n'oil été gairc pl»iti 
sei prâfléccfiseur» «Un» lei prà 
contre les accidem on loi < 
ptr ces voitures. 

Va curùux docvouni veaiifVBit kcaé»0k^ 
suUcr sur ce point ; ce serait d'étaUir chaakS 
Ma lélat régulier lUi ijéMutmtmt, M cÂi et 
ruM où c«t év^ocMMo» le puacat, «ia^iHâ 
attjust« ce^ek paa de Ufg«g *•<—<& 
gnorvice dei coclien OECMioi^ ^aAnHitte 
ca conduniîi sao» Atmlo k ia i 
'école pour les cocben , «t «{"m» i 
qu'à la clôture ou à tVlargisaeoiCBt 4 
voies 4rap étnites ou irop pafalowK. 

Mus où M. Pwquier se rgiiUa k «alfes 4fê 
que . cefut dans les ordres qu'il doBDa ^«^ iM 
lirer «vec écUt l'&Bxiiverwùre dt la mmmmÊi^ 
l'ompereur, eu 1813. Les plus BÛialicaM»|ri 
cautions furent prescrites pour piéveair e*^ 
aurait pu troubler la ftte. £Ue cal ■■ tmâm^ 
trompai' empereur loi-oiêaasuris 






TIRES DIS ARGHIYD. dd^ 

pays. La cariosilé proTocpia lafoid#, el las |;r4MM!i 
rassemblemens ont toujours un certain aîr d'eiH 
thouâiasme. £n cette occasion ^ 9C9%c la dé]>enM, 
qui , sur toutes les localités de noU'e sol^ ê'éva|^era 
dans les airs en cris d'ivrognes et en fiunéé 
d'artifice, chaque comnaune aurait pu s'enve-^ 
lopper de fortifications redoutables pour fermer 
le sol de la France à l'invasion des coalisés. Maâ$ 
le pouvoir se garde bien d avoir de semblabki 
idées qui ne concernent tout sW plw ^e h$ 
peuple i qu'on ravage la France , ^pt^^n^n p%Nll 
vinp[t fois le sol au labour de la bfïomiAfttf 9 91M 
luiimppr^^ ! U a toujouirf Ufésoryie d0 cafM^vlWf 
à nos dépens en se r^b^tl^nt $w im Tiiîl#rie9t 

Passons sur quelques téf^mfm^fe^p «atir« iiutrttb 
celui très important dul*'^ octobre 1813, relatif 
aux fonctions de l'architecte-commissàire de U 
petite voirie, pour en venir aux ordonnances que 
rendit M. Pasquier, en expiation sans doute de 
celle du fameux et dernier anniversaire de Napo-? 
léon; 1<* pour faire effacer les emblèmes et |ar- 
moiries qui caractérisaient le gouvernement de 
Bonaparte, conformément à un arrêté du gou*- 
vernement provisoire , du 5 avril 1815j S** pour 
prescrire les mesures d'ordre à observer a la re- 
vue des troupes russes et prussiennes dans la 
place Louis XV , le 10 avril de la même année ; 
5*^ pour les mesures d'ordre k observer à Vocca- 




Aûl £>( pMT rolcr es pè»c«. 

haut, oonuD^ cotucitler ^Cfeal, ^M fai^i 

qoe b pr«lccture de police , myimtt M ■!■■ 
U direction génénlc de U po&«c 4i njaiaM 
■diaioiitrée par trois maître» de* refsiks^t}. 
retour de Napoléon , au 30 nun f 9f 5 , Jf ■ I 
qnier fol obligé du m: retirer ; auàê U mc* 
re»tauntioQ le nppcU dans les aftinsfd 
que* et au miniilèrv de U justice; damit 



10 V«J. kl 




TIRES DES ARCRinS. aOQ 

parmi lc9 TaToris de la fortune et du ^incê, éti 
membre de la Chambre des Députes, par le dé- 
partement de la Seine (septembre 481 5), il n'y 
montra , comme on doit le croire:* partïsui da 
gouvernement , quoiqu'il eût été rempkcé à la 
justice par M. deBarbé-Marbois; mais, cnlSI?, 
il y revint et fut nommé une seconde fois garde 
des sceaux, place qu'il remplit jusqu'au mois de 
décembre 1818. Il est aujourd'hui pair de 
France. Les écrivains railleurs l'ont surnommé 
YJnévitabU , parce que , {temlaiit long-temps , dès 
qu'il vaquait une place importante dans le gou- 
vernement , on était sûr que M. Pasquier y se- 
. rait inévùablemetu nommé. Il est assez bon par- 
leur, bon triTailleur, quoique hoanme'de -plai- 
sirs, qu'il ne soit plus de l*âge de la'TerdetuNj 
cette vieille habitude n'a pas empêché qu'il n'ait 
été un préfet de police passable. Il y en a eu de 
plus mauvais. 

Parmi les établissemens qu'on lui doit en 
celte dernière qualité, il faut placer ce qu'on 
peut appeler la police de sûreté , consacrée aux 
recherches et aux investigations , pour découvrir 
les voleurs , les assassins , les fripons dénoncés à 
la police. Cet emploi fut confie par M. Pasquier 
au fameux Vidocq , on plutôt c'est à celui-ci qu'est 
due l'organisation telle qu'elle existe encore. Lui- 
même rend compte, dans ses Mémoires, de 



TïKis DES ARCRttllS. Û^l 

et trente-Muf perquisitions oti saiéteé^A^liJëik 
Yolés. En Toici îétat noiÀërâtif : Aâ^à)»èiiii iiii 
meurtriers, quinze; Toleîlr^avéc^detiénoifpki^ 
violence , cinq ; voienrs atéc elfraeti(jiii . i^scà- 
lade ou fkussès cfeft , cérii Ihiif $ tbteli muii lés 
maisons garnies , douze ; voleurs et filous di^CTS, 
deux\:ent seize ; receleurs nantis d'objets, trente- 
huit; évadés des feMou de9 j^ïnét^y^ftBâofze; 
forçaU libérés ayant rompu l««r Wi ^ tf&tSttàSOi^ 
trois; f^ua^aires, Qscrog|, priivennif d'ahàs^de 
confiance, quaraa^(^#ii( ; yngubwdt, V€^dÉi«iA^ 
voyés de Pfiiri«|, 4ott^ €|»n( vin^iMifC^ ita| vwta 
de mandats spéciiiv^ 4m préf«t,« quÉnhtaiikq 
perquisitions ou saisis d'objets tolés f iree t è wc idl 
Total, huit cent onze* . j !. 

« Ce fut I continua Vidocq, dans le eonak im 
années 1 825 et 1 824 que la brigade de s6ret< 
prit son plus grand accroissement. X^e nombre 
des agens dont elle se composait fut alors porté k 
vingt et même à vingt-huit, en y comprenant 
huit individus payés sur le produit des jeux que 
le préfet, M. Delavau, autorisait a tenir sur la 
voie publique. La police de sûreté qui s'exerçait 
presque en totalité par la brigade de Vidocq, n'a 
jamais coûté, suivant cet agent plus de 50,000 fr. 
par an, et les détails en étaient immenses. » 

C'est un fait dont on a lieu de s'étonner et 
qu'on révoquerait en doute si Vidocq n'en don- 



^y^{ Mi.MOii'.r.b iiisroniijir^ 

* naît point une prouve iirccusablc, que li soltl-*, 

ou au moins une parlie de la solde det aceni dt 
!.. sa brigade, était fournie par le produil des jeai 

Il tenus sur la voie publique. Il n'est pas uni in- 

térêt de rapporter Tarretc du préfet qa& le con- 
state . 

Pan* , I 3 îanvKT i*^ 

« Nous, conseiller d'état préfet de pobce, tu . 
arrêtons ce qui suit : 

« A compter de ce jour, les sieun Druim e 
i Ripaudy précédemment autorisés a tenir ssr L 

voie publique un jeu de irou^ madame, (trwk 
partie de la brij^ade particulière de sûreté sos 
les ordres du sieur Vidorq, chef de cette bnpi^ 
Ils continueront Ii tenir ce jeu^ mais il kvr ««m 
adjoint six autres personnes qui ferooC tfilt' 
ment le service d'agens secrets. 

* Le conseiller dVtat, etc., 

« ^i^rif DriavAU. 

« Pour copie conforme, le secrétaire génénl . 

* L. HE roL'oijits. » 






Vidocq y fait connaître que le montant de c< 
jeux en plein air s*éleva, du 2U juillet au 4 aoû 
182,1, à i,rJG-'i fr.; c'était donc l'argent de» ou- 
vriers, des apprentis, chez, lesquels on décbi' 
nait ainsi le goût d'un func^ito pcncliaut; et 1 im 



TIRÉS DES ARGHITES. 2^5 

tolérait une friponnerie publique pour avoir 
lieu d'en pouvoir surveiller une autre. Etrange 
remède qui consistait a doubler le mal!... 

La brigade de sûreté changea de directeur 
ou de chef sans changer d'objet; elle passa, sous 
M. de Belleyme, dans les mains d'un agent se- 
cret, nommé Barthélémy Lacour, ancien habi- 
tué des prisons, comme Vidocq, et devenu son 
ennemi déclaré. M. Veyrat avait surtout la 
police politique; il ne cessa de s'en occuper que 
lorsque M. Angles l'eut remercié pour le rem- 
placer par M. Fondras, dont il sera question plus 
tard. 

Le lecteur a pu voir par ce qui précède que 
la préfecture de police fut désorganisée par 
M. Beugnot en 1814^ à la place d'un préfet, il 
substitua trois maîtres des requêtes qui formèrent 
ainsi une sorte de bureau central. Celte admi- 
nistration complexe ou collective dura jusqu'au 
20 mars, que Bonaparte rétablit Tancienne forme 
et nomma préfet de police M. Real, conseiller 
d'clat, qui fut le tro\;sicmc préfet de police. 



CHAPITRE LXII. 



la HAM 181B — 90 HAM 18UL 



Loub FauvelM da Bourricnne , Uoiiièiae pcMel et 
l 



L'administnition de M. de Bourrienne émn 
trop pcMi pour rien laisser de marquanl à II 
]»rêrocliirc de police oii Louis XVUI le 



MÉMOIRES HISTORIQUES TIRES DES ARCHIVES. JlgB 

au 12 mars 1815 , sans doute à cau«e dea aoyofin^ 

sites qui régnaient entre Napoléon et son ahcién 
secrétaire. Les événemens se succédaient rapi- 
dement ; le gouvernement royal, entrauié pair 
sa propre incurie dans un abîme que les fatuités 
de cour n'avaient pas d'abord permis de sondeir, 
chancelait sur sa base fragile, et Bonaparte, émit 
l'extravagance faisait sourirp les émigréa, lAn- 
stallait à Lyon. ' » .i/r» 

Sous Napoléon, le rôle que M. 4^ Boninricmip 
avait joué, son changement de paitiv Basée 
d'hostilité qu'il faisait contre soaanoieii.mâkte 
en acceptant un emploi pareil dans jeU* sem- 
blables circonstances, sont les divwsei «pkiMs 
d'une métamorphose qui pique le plue la otiiM^ 
site publique. Je ne puis m^mpêcfaer d'en. diHe 
quelques mots. 

M. de Bourrienne, n^à Sens en 1769, fit ses 
études à l'école de Brienne; iiy connut Bonaparte, 
et fut son camarade de classe. Il a démontré quel- 
que part qu'il avait eu sur le grand homme une 
supériorité marquée dans le courant de ses études. 
C'est un argument contre les enfans précoces. 
Bonaparte, au moment de sa puissance, ne re- 
douta pas la supériorité de son ancien condis- 
ciple ; il le (i\a auprès de lui sous le titre de 
secrçtaire. On lira pout-clre avec intérêt dans 
les Mémoires publiés par M. de Bourrienne, ses 



9g6 MUIOIEES lllSTOftlQLES 

relations avec 1 Vmperenr ; j'y renvoie pour pki 
de détails. 

Attaché au général Bonaparte , il le wvil m 
Egypte; revenu avec lui auxTailefies, il y fmmÊL 
d'un grand crédit pendant dix ans q«lL firt le 
chef de son cabinet et le confident de tes dc»- 
•eins ; il avait été fait conseiller d'Elai en IflM. 

M. de Rovigo a peint avec des o 
cales , mais avec vérité , au moins salant ^i 
peot s'en rapporter à son témoignsge , la 
duite et la nature des occupations dn 
de Tempereur. 

« Depuis que le premier consni f¥f irait Xi 
rite» suprême , dit ce ministre de U psBee 
ses Mémoires , sa vie était un o 
il avait pour secr4laire particulier JL de 
riennCy qui avait élé Tami de son anfanaStei Jnî 
faisait partager ses iàUgues. U le aanAMl fln- 
sieurs fois dans lu nuit, et exigeait 
qu'il Kit chez lui dès sept heures dn 
rienne s'y rendait assidûment avec les ji 
qu'il avait déjà parcourus. 

« Bourrienne avait une mémoire 
il parlait , écrivait plusieurs 1; 
courir sa plume aussi vile que la parole« U 
naisttuit radniinistration, le druit public* et 
uni: acli\iU:cl un ilt'rvouciiirnt qui enlaisaîenlas 
hniimir indi.spcns.iblc au premier conanl. Tù 




TIRES DES ARGBITES. 1^97 

connu les divers moyens qui lui auraient valu 
la confiance illimitée de son chef ; mais je ne 
saurais parler avec la même assurance des, torts 
qui la lui ont fait perdre. » 

Pour ma part, imitant 1^ silence de M. dé Ro- 
vigo , je ne répéterai pas ici ce qui se trouve 
écrit d'ailleurs dans vingt endroits, des ipotifs 
de mécontentement que Bonaparte eut contre 
M. de Bourrienne ; ces révélations, présentées 
comme des traits dignes d'occuper la postérité, 
sont en grande partie des malignités exagérées 
par le désir de surenchérir k force de Àèandale 
sur des biographies écrites sous la "dictée diés 
rancunes particulières. 

Dans les temps, différens bruits coururent sur 

rimprudence intéressée qui porta M. de Bour- 

rieni\e à s'associer a uïie maison de commerce 
tombée en déconfiture, et accusée, disait-on, de 
se livrer a des affaires frauduleuses; le premier 
consul, instruit de ce fait, destitua son secrétaire. 
Que ce soit là le sujet de sa disgrâce, ou qu'une 
tracasserie domestique ait brouillé les deux amis, 
c'est ce qu'il est peu important de tirer a clair. 
Une troisième version 8st celle qui réunit ces 
deux versions; mais je n'écris pas pour éclaircir 
ces sortes de faits. Les attributions de M. de 
Bourrienne passèrent en parlie à M. Marct, de- 




ag8 MEJIOIBB lUfTOftl^m 

pus dae de Rassan», et M. de Ifcaseval 
à la Icte du cabinet. 

Bonaparte tenait tr»p par llubiUidn à 
ciennes liaisons avec M. de Boorrienne* 
refiiser aux insinuations o 
sollicitèrent en sa CiTeur. Il nomma M. im 
rienne son chargé d'affaires a IIaniboaK]|. 
mission ne fut pas sans orages ek 
sujet de plaintes contre M. de Bo 
les grands et malheureux éTénencoa 4n In 
pagne de 1813 firent perdre de 
incidens, et M. de Bourrienne revûat 
que tous les agens de la France ipii a 
en Allemagne. 

La contrebande sons l'empim , 
tématique dans lequel, el 
TAngleterre tint la grandioae et i 
rie du blocus continental , était na 
cile de frire fortune , que cens qv H 
richis alors en furent tous accnaés. Ci 
tout , le moindre des griels que Pmi 
contre Tadministralion impériale, 
pourra paraître étrange , les con 
nos frontières ont été désolt*s des m 
se sont introduites dans la lé{*islation 
pitre , oii iNapoléon ne badinait que tout j 
Avec rnbolilion lU: l.i priiic rnpitnle â cet 
les aventuriers dv:» contrées maritimes et 







TIBES DES ARGBIVK$. aQQ 

phes ont pwdu cent pour cent. Jfu W fait, lés 
lois prohibitives 9e protègent nfiUtineni l'in^ 
dustrie nationale : ell^s dppnent «eidemeni une 
prime aux douaniers int^lUgep^ qui ^avenl ac« 
commoder leur intérêt avec l'ai^pwmce de lemr 
devoir. 

Napoléon, du reste, n'a pas plus échifppé k 
l'accusation que ses serviteurs; maïs ie makna 
pouvait se permettre impunénent rexoeplien «t 
voulait maintenir sévèrement la rè^lè. 

On raconte donc ^ et je lis tnpperte sans y 
croire absolument, qu'an négociant de Haaib^urg 
alla trouver en secret le chargé d'affidrea, àToè^ 
casion du magnifique chargement de ooclianilb 
et autres denjréea » attendu d'tin jour k l'autre* 
L'argument irrésistible fit son office. Le chairgé 
d'affaires, après avoir, dit-en, laissé l'honnête 
négociant doubler et quadrupler Tenchère sur 
l'acte de condescendance qu'il venait lui den^n- 
der, en détaillant k son séducleur et les obs- 
tacles, et sa propre conscience, et la sévérité de 
l'empereur et la possibilité d'être découverls , 
détermina finalement que les bâtimens attendus 
frapperaient à telle porte plutôt qu'à telle autre. 
Un supérieur connaît ses agens. Les bâtimens ar- 
rivèrent, et contre tout espoir ils furent saisis. Dé- 
sappointement du négociant qui parlait de se brû- 
ler la cervelle , ayant spéculé sur la connivence 




4MBM ém 

M. de 
nKan% de T 

fiMliâte dt 



TIRES DES ARGI1IVE5. 3al 

En épousant le parti contraire qui ne lai de« 
mandait rien , M. de Bourrienne lui porta son 
talent et son activité. Il connaissait les replis du 
cœur de Marmont^ il avait été intimement lié 
avec lui pendant la guerre d'Italie et en Egypte} 
il était trop habile pour ne pas avoir aperçu le 
côté par où l'on devait l'attaquer. Il avait d'ail- 
leurs un auxiliaire capable de corrompre le 
cœur que Talleyrand avait intérêt à gâter; c'était 
Montessin, ancien aide- de -camp du maréchal 
Marmont , à qui aucun mouvement de l'âme de 
son chef n'avait échappé. 

M. de Bourrienne se trouva ainsi placé au 
milieu de ceux qui signèrent cette capituUition 
de Paris contre laquelle se sont élevées tant et 
de si fortes plaintes. M. de Talleyrand était alors 
président du gouvernement provisoire. 11 fit nommer 
M. de Bourrienne a la place de M. de Lavaletle 
à radministralion des postes, dont Tex-chargé 
d'afiaires prit possession le 3 avril 1814. 11 ne 
conserva cet emploi important que jusqu'à Tar- 
rivée du roi en juillet suivant ; on lui donna pour 
successeur M. le comte Ferrand, mort depuis 
pair de France. 

Pendant la courte durée de son administration 
aux postes, il survint une affaire assez obscure 
et équivoque, k laquelle il prit une part au moins 
indirecte; c'est celle de Maubreuil, dont il a 



TIRES DES AROHIVSt. 5o3 

Tout prauTe qu'il s'agissait uniqMincnt^ d'«iip- 
lever les diamans de la reine de Wetiphalie , 
en route pour se rendre en AUema^e. 

L'année 1814 et partie de celle de 1615 s'é- 
taieni passées dans les intrigues et Icb agitations 
sous la direction générale de la police de MM« Beu* 
gnot et d'André, lorsqu'on apprit que Bonaparte 
était débarqué à Cannes. Ce ne fut qu'on postât 
à rhorizon et que l'on méprisa ; ce nuage por^- 
tait la fendre. Le 20 mars 181 S, Kapdlétm éCsH 
k Paris. 

J'ai parlé de la désorganisation qui! lé "pMCHitir 
de ces directeurs générant, le t0mîé^9ettpié%^ 
introduisit dans la préfeieture dépdli<Kir,'éfiêh par- 
tageant l'administiratidA entre trois tmâtreë dm 
requêtes. Cette désorganisàftion nuiiait k la mai^- 
che de la police , et les circonstances eiigeaient 
une rapide exécution. M. deBourrienneftit donc 
nommé , mais Napoléon était déjà k Lyon j le 
50 mars, le nouveau préfet dut se retirer; il sui- 
vit la cour k Gand. 

M. de Bourrienne rend compte lui-même dans 
ses Mémoires de la manière dont il se conduisit 
pendant ce peu de temps. * 

«f L'on pensera bien, dit-il , que pendant les 
huit jours que j'y ai passés, je n'ai fait aucun 
usage de ces indignes moyens employés par ce 
qu'on appelle la police politique ^ c'cst-k-dire l'es- 




3o.'i M&aoms HitrouQUEs 

pîoDiuige 9 la délation et les proT 

diflcrëdon dont je oie fais un deroi 

d'en donner des preirres. J'ai oblom co ^ 

fallait obtenir, sans mesare Tioleala, 

coosse, sans Texations; j'ose aflir 

sonne n'a en i se plaindre de moi 

la. Si je faisais imprimer la liste 

qoe j'aiea ordre défaire arrêtar,odl0adr< 

que n*a pas moi«onnées la mort » 

nées de n'avoir su que par le M 

préfet de police. J'ai obtenu par la 

la persuasion et la douceur ce 

pas eu par la violence. > 

Il fait bon de se vanter 
cas-lii, nul ne saurait trop se 
cependant que M. de Bo 
16 mars, comme on l'a écrit, I' 
duc d'Otrante, qui, pourtant, 
appelé par Louis XVIII au 
Cette action , si le bruit public 
M. de Bourrienne n'eut pas le 
la main forcée par des ordres ac| 
trasterait sûrement avec ce qu'il 
cenr et de ses moyens de concilî 

Nous nous souvenons aussi d*i 
de la tête de Napoléon, et dont les 
vèrent officiellement placardées 
colonnade du Louvre avec une 







TIKÉS DES ARCHIVES. 5o5 

pérée qui souleva le mépris. On promettait avec 
impudeur un million à l'assassin. Machiavel eût 
conseillé d'en donner cinq, et jde ne pas s'y pren- 
dre par le moyen des petites affiches. La police de 
M. de Bourrienne ignorait-elle ce fait si connu?. . . 

Le seul acte vraiment notoire qui subsiste de 
la présence deM.deBourrienneàla préfecture est 
une ordonnance du 15 mars 1815, concernant 
les mesures de police relatives à la séance de la 
Chambre des Députés, du 16, où le roi devait se 
rendre et se rendit; où le comte d'Artois se con- 
vertit a la Charte constitutionnelle. Cette ordbn- 
nance est contre-signée par le secrétaire général, 
chevalier de Piis. 

Le mot d'un vieux soldat de la caserne Popin- 
court, au duc de Berri, ce jour-là, dontià l'a 
moralité de ces soumissions tardives aux néces- 
sités politiques. Le duc de Berri se rendit à la 
caserne pour fraterniser en mangeant à la ga- 
melle. On Tattendit quelque peu; l'enthousiasme 
en tomba d'autant. 11 comprit sa faute. Quand le 
prince prit la cuiller des mains d'un vétéran : 

— F ! monseigneur, il est trop tnrd, lui 

dit celui-ci d'un Ion leste; la soupe est froide!... 

M. de Bourrienne imitant en cela les moralistes 
qui devinent après coup , a dévoilé autant qu'il 
a été en lui le vice de la police publique de Bo- 
naparte et signalé les honteuses manœuvre 



s 



IV. jo 



LXUl. 



-; .'j 



91 MAES 1815 — 8 /uiiur WVi, 



Le comte Real , cpDseiUer d'£tat , quatrième préfet de police. 



La notice historique de M. Real serait un 
abrégé complet de la révolution. Il naquit, au 
mois de mars 1757^ a Chatou , département de 



I! 



I 





3o8 II^MOIRKS IliSTOnigtTS 

Scinc-eUOiso ; il se destina aux affaim du p 
Pourvu f a Tage de vingt-cinq ans , d'une d 
de procureur au Parlement , il la Tcndil m 
ment de la révolution ; c'était le bon moi 
Il prit goût aux changemcns et aax événa 
du jour. Son entrée à la société des Jacsbî 
lia d'abord aux nouveaux principes : bicnl 
se tourna vers le système mixte , ccloi des G 
dins. Le règne de la terreur réioigna des tM 
Le 9 thermidor le rappela sur la scène psiti 
il se fit défenseur officieux auprès d 
et rédigea avec Méhée une feuille 
le titre de Journal de% PaîrioUs de 
étaient modérés , quoique toaj 
de la révolution. 

C'était une dangereuse ca riièW t 
temps de troubles , que celle de 
cieux. M. Real se distingua 
dans l'affaire de Babeuf, et n'em 
tefois les deux chels du parti d'ètne 
mort. On sait que Babeuf et d'ArlIié 
dèrent lorsque M. Real leur appril 
nation , et n'en furent pas moins 
l'échafaud pour y subir rexécution (5 pn 

\ an 5, 25 mai 1797). 

Commissaire du gouvernement , en 4791 

1 près du département de Paris , M. Réal en i 

plissait les fonctions lorsque le 48 

i 




TIRES DES AHCHIVKS. 3o9 

éclala. Il y prit une part active ^ et fut immédia- 
tement nommé conseiller d'Etat. Depuis ce mo- 
ment, il resta constamment fidèle et attaché au 
premier consul. Dans l'affaire delà conspiration) 
de Georges etPichegru, l'ex-défenseur officieux 
ne fut pas très conforme à lui-même et a ses mi- 
séricordieux antécédens. Utt(i;i,ommé Querelle, 
condamné a mort, avait demandé par écrit Ik 
faire des révélations; c'était en mafs 1804. Le» 
premier consul chargea M. Real 4^ ^e^tendv^ejf 
il en résulta la connaissance du projet ;46 
Georges ; on se trouva sur la voie d'en suryeiU^r; 
les démarches, et d'en prévenir les effets. M/9.éal 
fut chargé des interrogatoires de Morj^u , Piche^ 
gru et Georges Cadoudal , arrêtés et reqfi^rjQaéf 
au Temple ; il s'en acquitta avec un zèle et une 
intelligence qui donnèrent au chef du gouver-r 
nemenl une favorable idée du zèle de son par- 
tisan dans les aÛaires de haute police. Aussi le 
nomma-t-il commandant de la Légion-d'Hon- 
iiciir en le chargeant des rapports de police, dans 
retendue du premier des arrondissenicns, par 
décrel du 21 messidor an 12 (10 juillet 1804). 
Des nuages se sont élevés sur la loiiduite de 
M. Real h propos de la catastrophe du duc d'En- 
gliien , au 21 mars 1801. On a dit qu'il avait re- 
lusé d'iulerroger le prince , et qu'il fui cause du 



3io MBMoms ntMsiQW 

jagement précipité fd ûl périr Tm\ 
victime. D'antres préleadsiit ipAl s'y Mil 
de la faute de M. Real; ipte, dam b 
du 91 man, le preaûer cenaal hvail 
d'interroger le duc d^ngUetty 
à Paris ; que ce ne Ait que le aeir àm 
fort tard , qu'il sut que le duc était 
Vinoennes} et que le lettdemaittM , 
disposait k s'y rendre il cinq 
tt apprit que le prince avait été 
la nuit. Nous ne compMneitta pa 
argumentations improvisées de M. 
pu changer k la résolution Uea 
naparte. On ne procédait 
irapt du duc dTngUen k sa miie 
s'agissait pas ici d'une aflUre jitdiciâiiibi 
acte politique ; il suffitait d'èbré ntt 
fitre coupable. Let formalité* et fai 
p\oji devant la rolonté de ftf i^ 
le prisonnier de Mncennes. U y 
hypocrisie et une formalité de moiaa 
acte de violence, et la violence nue ii 
k la conscience que la violence fardée. 

C'est k la présence d*esprit de M. liéal Mt àtk 
se rapporter le manque de succès de la 
Hère ronspiriiion de Malet. De sa di 
coin de la rue de Kourbon et des Sainla-Pircii I 





i' 



TIRÉS DES ARCHIVES. Sll 

entendait le bruit de la troupe, au moment où 
les conjurés s'emparaient du duc de Rovîgo(1)i 
M. Real ne perdit pas de temps, et courut chez 
Cambacérès; la conspiration manqua. M. Real 
se rendit au ministère, et fit arrêter Labory, 
qui s'était déjà établi ministre de la policé et en 
faisait les actes. 

Que M. Real ait ou n'ait pas été du nopibre 
des aspirans , lors du retour de Bonaparte 4o 
111e d'Elbe , c'est ce qu'il importe peu de sayoïr^ 
Tout ce qu'on a dit d'une prétendue consjpira- 
tion à ce sujet , est dénué 4e fondement ; on 
n'en donne aucune preuve. L'outrecuidance 
des émigrés en face des poltronneries intéres^ 
sées de leurs spoliateurs , la sottise fracas- 
sière du clergé aux prises avec la sotte in- 
crédulité de la bourgeoisie , l'enthousiasme de 
l'armée, qui regrettait ses aigles et sa gloire, 
l'étranger haï pour ses représailles sur notre 
territoire, le grandiose de l'audace deNapoIéon^ 
le mépris niais de la gentilhommerie d'alors , 
qui se flattait qu'on ferait justice de l'usurpateur 
avec quatre hommes et un caporal, expliquent: 



(0 I/nncirii hôtel de Ponté t'.ilaîit , ruv des SaiDts-PtTcs , \is-à- 

vib la rue (ie Jloinijon , fai^.'iil alors ir;c ilcpcw'Jaiice des bureaux 
du miiiisîte de l.i (>o'iie, el i! coMiîP.Mni ]ii:t:l par des j.udiiis avec 
sou h 'tleî , i\i\:\\ Vi'llM're. 





atsex celle résurrection momenlaBé* 4m t] 
pîre« sans recourir aux petites intrigvca 
n'auraient jamais produit une si grande ck 
Tous les militaires désiraient ce retoer c 
cro\ aient. On se racontait, dans les 
iDY^érieuse tradition de la Tiolelle ém 
de Flore qui donnait ses parfums toos ks m 
au âD mars , jour anniversaire de la 
r«i de Rome, et dont IXmperenr, 
tnMrrer cette ienrette dans les interstices de 
balcoa . artait accueilli le pronostic cmmmi i 
pruasesse de Dieu, pendant les doalensdsMi 
Loaise, en s'fcrisnt : « Si c'est ane fille, jli 
LitMKqne. «Celait une superstition 
ce ^ee prédisent les masses arrive to^îsers» fni 
Iss aaskîtienx en sont avertis. Le S ws ns 
a^oie pjs un acte de courage de Napdfan, ce 
fut qn en trait de bon sens. L'examen dm |iki 
J«« cevrespondances • les révéhiiMis 
rveUes montrent Terreur, rillusion, 
les meiisoog:es et 1j petite crédulité des 
t]ui ont Toulu flatter les Bourbons « en atlvibi 
j des uiovens secret* re qui ne fat 
i^ue le rvsultat de l'incurie des man^ 
ncmeus. de» ministres et des impmdt 
nai ( s des courtisans. M. Real n'a donc pu 
rtrc complice d'une conspiration qoi n*a p 
c\i»t4'. Ia's clêmcn» con>piraient alocs et i 





tihes des archivas. 5i} 

seuls coniro las Bourbons , comme un peu pli^Av.. 
tard ils conspirèrent an leur faveur. Les événe-* 
mens tournent dans un cercle vicieux. 

Il n'en est pas moins vrai que le jour même 
de son arrivée au château, Napoléon fit appeler 
M. Real. 

Un des premiers actes de son administration 
fut l'ordonnance sur les mesures d'ordre à ^ 
observer lors de la présentation aux Tuileries 
des confédérés du faubourg Saint-Antoine et 
Saint-Marceau. Elle est à la date du 12 mai 
1815. 

Le peuple de ces deux quartiers de Paris, 
provoqué par les partisans de Bonaparte , avait 
conçu un projet de confédération ; d'oii le nom 
de fédérés qui resta. Cette levée de boucliers 
fut formidable ; il semblait une révolution dis- 
ciplinée. C'étaient en général des ouvriers , 
des gens du peuple, et ce qu'on appela par 
dérision des Sans-Culottes dans les temps de 
la révolution. Matière première de toutes les 
armées pour tous les gouvernemens; force im- 
mense, mais désorganisée, mobile, inquiète, 
dédaignée par tous les régimes qui lui donnent 
des fêtes insultantes , qui lui prennent le plus 
pur de ses économies et de son sang , et qui 
révolutionnera toujours le monde tant que la 





5l4 MÉMOIRES lllSTORIQmS 

misère et le mépris étouffermift 
très petit nombre fut nrmô de piqscB 
lume se composait d'une Teste 
espèce de casquette et d*un sabre. Le 
nombre resta sans itre formé ea 
Napoléon s'abstint de leur donner 
U se conduisit en cette circonstance 
allié des rois du continent. 

Une députalion de ces fédérés, 
mal k propos et si injustement 
(après leur désarmement , bien e 
d'être passée en rcTue par l'em 
vain , et qui constata que Tem 
homme de trop bon ton pomr 
le dévouement des prolétsires. U ne 
de terreur que sur le champ de 
les routines de la guerre. Ces 
parurent Tarrière-garde des ssoi 
résurrection de 9S. 

Le préfet de police, inibneé 
inonie devait avoir lieu le diMsache 14 
nux Tuileries , prescrivit les mesures é^ 
observer ce jour-ia dans Paris 
embarras et les accidens. Bonaparte 
î^na presque aucune satisfaction k 
f]iii, l>ii*n que mal v^tus, et parmi lesqneb 
i»li*.Nrs ilis v^mabontU cl (ir% srens c 
aiiiirn ■ Icrrorislos, nm étaient pas 






TIRÉS DES ARCHmS. 3l5 

la presque toUlité, animés ^'enthousiasme et 
prêts à d^endre le sol de là patrie contre l'tn- 
vasion des étrangers. 

La personnalité île reinpefeur étouffa cette 
démonstration populaire. Ce né lut pas le sol' 
dont îl s^nquiéta, il ciralgnil d'àVilîr sa tHé- 
moire en se ravalant aux moyens anàrchiques. 
Nos communes qni pouvaient répondre à cet 
appel, restèrent sans autre protection que son 
gtinie, et ce génie avait faibli, ne fût-ce que dans 
la confiance des ioldats qui ne le croyaient plus 
invincible. Un seul cri de sauve qui peut devait 
amener de nouveau le ravage et la désolation 
de notre territoire. On conçoit qu'un Bourbon 
pût reculer devant de pareib auxiliaires ; mais 
d'où sortait donc Napoléon pour en faire Ë7.... 

Le mépris que les gouvernans font du peuple 
retombe sur eux. Nos guenilles et notre barba- 
rie témoignent des imbécilités de leur admi- 
nistration, et disent avec assez d'éloquence qu'ils 
ne savent pas extirper, mais exploiter notre 
misère. 

D'iiiiportaiis (^vénonioiis se sont passés d;ins 
le peu de temps que JI. Kéal fut à la préfecture 
de police. De ce nombre est la grande réunion 
des députés au Ckamp-de-Mat, convoqués pour 
l'acceptation <!u nouvel acte conslùutionnel ou 
additionnel, ainsi qu'on l'appela, et qui reçut, 







5l6 MÉMOIKIS HISTOMQC»CS 

comme on pouvait y compter » TapprobalM i 
toute rassemblée. Ce fiit le tojet d* 
cérémonie et de réjo«nsaocea pour 
le préfet de police rendit deax 
Tune du 30 mai 1814 eonctfmMil tu 
poUee relaticeê aux tirt mam m fus 
toccoêiam de VaeeipioiUm iê tm 
Champ-dê'Mai. 

Il est remarquable que M. Real sa p«k pi 
de la fréêefUatùm de la Conatiintion, auiiéirfl 
cepioiûm^ tant on doutût pea qve la vakitf é 
Bonaparte pût être un seul instaot 
tique dans son objet. 

De laie, une Charte constitati 

par le génie d'un grand homme , 

rait infiniment préférable b celle fi 

fantée dans les avanies do 

discussions errantes des rep: 

diocrilé publique ; de même qoe 

nons que l'Académie pouvait ae 

critiques de détail contre le Cio, 

indigne en masse de se montrer 

Corneille. (!Vst du grenier d'un 

nie que sortira définitivement la 

sociale du monde. Et certes, en dépit ém 1% 

mortalité que s'attribuent insolemment naa vsi 

actions d'un jour » le suflfra^c nniverscl se d 

liant il rOvi Icnet*. on saluera la preoialgiii 




TIRÉS DES AHCHIYKS. Sl^ 

comme on accepte avec un empressement respec- 
tueux les découvertes mathématiques de Kepler 
et de Newton. 

Il y eut aussi des réjouissances à la suite de 
cette parade; M. Real rendit en conséquence 
une ordonnance, en date du 3 juin, concernant 
lea mesures de police relatives aux jeuœ qui devaient 
avoir lieu d^ns les Champs-Elysées, le dimanche 
prochain , 4 juin. La dernière ordonnance qui 
émana de son autorité fut celle du 6 juin qui 
prescrivait des mesures de police relatives a l'ou- 
verture de la session des deux Chambres qui eut 
lieu le 7. 

Le retour du roi, au 8 juillet, suiteinévitable 
de la bataille de Waterloo , ôta la préfecture à 
M. Real. M. Rivière, maître des requêtes, qui 
avait été de l'organisation ou désorganisation 
de la préfecture opérée par M, Beugnot, remplit 
les fonctions de préfet depuis le 2 juillet. Ce 
fut M. Rivière qui signa le 8 juillet pour le préfet 
de police Tordonnance concernant les mesures 
d'ordre à observer à l'occasion de la rentrée du 
roi dans sa capitale; elle est contresignée Piis, 
M. Roland, secrétaire général sous M. Real, 
s'étant retiré avec lui. 



t 



I 



i 



CHAPmE LXI\' 



M. Rivière , miitre des reqattes » c«t la âg 
ture pour le préfet de poUce depuis le 3 jalslj 
qu'au 8 inclusivement , jour oit le roi il i 



MEMOIRES iaiSTÛRIQUES T1R£$ DES ARCHIVES. 3 19 

entrée a Paris; le lendemain, M. Coupliq fi^t 
installé dans cette administration. 

Avocat au Parlement de Rouen, puis li celoi 
de Paris, M. Courtin avait exercé plusieurs fonc- 
tions publiques; entre autres, en janvier 1811 , 
celle d'avocat général à la cour impériale, puis de 
procureur impérial près le tribunal du départe- 
ment de la Seine, jusqu'au 2 juillet 1815. La 
commisiion du gouvernement le nomma à la préfec- 
ture de police vacante par la retraite de M/ Real. 
La famille des Bourbons allait entrer dans Tetris. 
On le soupçonna fortement d'avoir mis des en- 
traves à la libre communication des royautftes 
de Paris avec la suite du rpi qui était a Saint- 
Denis, en faisant fermer les barrières et eh 
soutenant le zèle et le courage des fédérés coiRre 
les troupes prussiennes. Que ces accusations fus- 
sent ou non véritables, M. Courtin n'en avait 
pas moins été, après la rentrée du roi, replacé 
près du tribunal civil , lorsqu'il fut compris dans 
l'ordonnance du 24 juillet 1 81 5, et obligé de quit- 
ter la France, comme ayant exercé des fonctions 
publiques pendant les Cent- Jours; il se retira, dit- 
on, a Bruxelles oîi se trouvaient grand nombre de 
fonctionnaires attachés au gouvernement im- 
périal. 

Le peu de temps que M. Courtin a été à la 



I20 

préfectore de pt fcoc 
tion» et mesoRs #«rére reLative» aaz évé 
qui te pasftAÎenL Les rt mg^rîi In ont 
guerre pour a^oir, dtfeat-ilft 
priiuer l'tUn tir> ro\iiifri«£> et Ca^ 
dérc» dévoués a U rrpabliqw avec 
dont bon nombre de perM^anes 
riaient guère. 

M. Cour tin, rentré en France 
adonné k la liltératnre. Il est l'an 
treprite importante, mais fort an 
fait, de ce qu'elle aurait pn devenir; c« 
eyclopédie moderne en 35 toI. în-S*; 
manque à la fois de méthode ei «le 
Bon nombre d'articles» gonflés de celle pi 
logio creuse et sonore que le c 
a mise dans la bouche du premii 
d*idées , ont un faus air de 
, I les mauvais discours d'apparat qne F 

avec tant d'aplomb a la Chambre de 

( tout m£lé de U science la plus 

vue bourgeois. Mais les coUaborateniedeH 
tin tenaient le haut du pavé dans I 

i et n'ont pas manqué de se mettre 

qui a constitué U vogue de rentreptisc. l 
Saint-Simonienne, quoique dépoarvee d 
point de départ scientifique et 

r f<era mieux dès qu'elle le voudra. C*( 





• I î 



' . I 



CHAPITRE LXV. 



10 JUILLET IBiâ — 90 SEPTEMPBE t&lt(» 



. . . • : : : : f : ■• i ■ • :^ ii ■)' 

. . . , ; ■ : > . ' *J : ^ . • 

' 4 

M. le comte dac Decazes, suièmp préfet .de poQof ; ^ < f n > 1 , 

... >.■..-• ^n iflii ' 

- . . . '). 

M. Decazes est plus conna par son ministère 

à la police générale et à Tintérieur que par ses 
i'onctions a la préfecture, où il ne resta qu'un 
peu plus de deux mois. Ces deux mois, il est vrai, 
furent très orageux, car Texercice de ces fonc- 
tions a Paris offrait des difficultés d'autant plus 
grandes que M. Decazes n'avait rempli jusqu'a- 
lors aucun emploi qui pût le mettre à même 
<le suivre les ramifications diverses de cette 
branche administrative. C'est ainsi qu'en France 
tout se pratique ; l'école normale , le stage 
de début et d'initiation des administrateurs 

IV. ^\ 



* l> * 



■• '«•.nit* ii^'z^:* c 




:^iai:::.ii':> ': :.i f^it^Les^nt ou ace Mg e-î 

Ml*::»*- :• :-» ^iT 3i«nte oa «ie 
pi7.-» M-! 1 .rr«!f^ea&c!îtê royale les 
• * ^'.iiif*. ■'i ccu >» i'iece oa n^os les 
LiuH Li plopart da te^ps il» 
i*:» pè0 friUef girifl t îgs . 
ôeoi ffêciasx a noos ofirir . 
que d« bnnir en atiendant 
damestîcNé iTapparst des 
MMBinet de Tétat et sur les àatérlto 
fliîUioos d'indiridas, qu'ils cWr&hC (f 
ils le cherchent) à se mettre aa mhb et 1 
CB taîBMil ëaiis Ib Hf^ èlMilk 
f eeMMie des éceii ers bo« 
Leur célébrité, lerMp'ils ont le 
qoérir k forée et Craies, i 
r qnent des nilKons et d*îacalc«lahlB 

ils portent le désordre de le«r éd«eallHi é 
désordre de notre organisation ; Us mmÊ h 
fans et les propagateurs de Ta 
jienle routine, notre véritable 
«iii jour. 

Les esprits étaient alors dam 
crise ; la présence et rinsolence de 




TIRÉS DES ARCWyiS. ^S^ 

talent à tous les sujets de mécçi^ieipilenQient. Çwff 
qui regrettaient le règne éclataift 4f) JRpns^lHffM * 
se répandateni en dUcqur5,/ac|ielM^d^^ iNPf^fl 
de conspirations réelles ou suppcfs^ t^nfûp^t Ifi 
police en éveil. M. Dccazes avaH bCoiiiV^Ja.^ifK^'^ 
lice organisée fortement parles sojas ctô.AJK ti4ê\k 
formé a Técole de Fouché. l^es TjCssoj^^ éjL^j^nt 
tendus pour faire le jnal à yqlopté.jl^ mU4.j§n 
état d'arrestation des homm^a qpe 1^ ^(yi4l^^ 
du parti royaliste et l'esprit de réaction l'Dl^^j 
laient copfimir qoçeinis di| iio^4:irel^j9j|(^i^A >de 
choses et coxani;e.des^^ traître^ ,^u!jL fa)l^(j|ii^l 
employa tous s«s instans. Il efi|;Ja ,trî^ inspira 
d'y réussir, et Ton fut à peu près up^^fiipiM ppfC 
lui reprocher Farrestatioa du.gf§^gi4>^ ?i^iBgf4* 
de Lahédoyère., dont la oiise en î^g€I^|Ç)i^ffi|| 
mort ne serrirent qu'à irritenrles cœui» ejt>6iOT 
haïr l'autorité. On aurait mieuiL comprk ce soin 
et ce zèle de la part des autorités étrangères , et 
la France, dans la personne de ceux qui rece*- 
vaient le pouvoir des mains de la coalition, n'a- 
vait pas à se faire, de gaieté de cœur, par reçoit- 
naissance , l'exécuteur des hautes œuvres de 
l'animosité prussienne ou cosaque. D'ailleurs, 
l'avanie que l'on faisait au sang de Ney rejail- 
hssait sur d'ineffaçables souvenirs de gloire ; et 
c'est de ce point de vue surtout qu'on peut laisser 
tomber son mépris sur le stupide et impolitique 



TIRÉS DES ARCHlVE^v SaS 

époque, et s'est lai^é de toate . piArticipatioii ^ 
nous ne voudrions pas lui avoir tenu liett d^ 
serviette. j ^ 

Les étrangers étaient maîtres, de Paris, eH^ 
c'était à M. Decazes qu'ils s'adressaient. IJb M 
plaignaient fréquemment des attaques 'di^ ÎQuif- 
nalistes. Cette classe d'écrivains, qui fait icom- 
merce de plaintes, mais quia le cQUifage d^ sa r^sr. 
source, se montra 4a seule qui'nç craignit {(^sd^éfr 
lever la voix contre lesabti^yfes actes d'intfolj^nc^ 
ou de rapacité des troupes alUées dis^lDiiilée^ 4^01 
la capitale et logeant chez les ha]>itiû3S. ABeji^liii, 
à Vienne , k Moskou , nos troupes n'Hi'i^iieat :pail 
eu ce contre-poids, et ne l'auraient paa toléré. 
Ce courage, qu'on traita nécessairement de li* 
cence, déplut aux étrangers. A la longue, il 
pouvait devenir dangereux en fournissant un 
prétexte aux hostilités des troupes étrangères. 

Le baron Mufïling, général prussien et gou- 
verneur de Paris pour les alliés « se plaignit avec 
amertume des journalistos à M. Decazes; il de- 
mandait qu'on s'interdît formellement luute dis- 
cussion ou observation sur les armées alliées. Le 
préfet de police , secondé dans son espionnage 
furtif par les dénonciations publiques de nos 
écrivains , aurait bien voulu ne pas fermer la bou- 
che a ces ressenlimeiis incjuisileurvS, qui, maintes 
lois, révélaienl des laits graves et provoquaient 



.. I 



..' 



;/ 



336 MÉMOIRIS HISrORIQCSS 

l'attention de rauterité ; mab an comprit 



I tite la nécessité de céder au gooTenK 

< On ne joue pas avec la lumière sur des ■« 

de |>oudre. M. Decazes adressa <lonc , k fif 
let1815, la circulaire suivante ans 
en chef des joumanx : 

ic Son excellence le gouTemeor im 
« plaint que les journaux s'occupent 
, « années alliées. Il demande* qull 

I m aux journalistes de n'en parler ni 

\ « en mal. Il demande en outre ^ 

» t m tion soit faite aujourd'hui même. J« niV 

« en conséquence de vous faire a 
« tentions de son excellence, et je 
m mande expressément de voas y 
r réserve. » 

Tous les momens de M. De< 
ployés a répondre aux ordres de la 
4 ministre delà police, Pouché, qni» malgré 

! trée du roi , conserva sa place ji 

tembre. C'étaient de continueilea 
il fallait en constater la fausseté, 
ceux qui en étaient Tobjct. 

Len animo>iiés particulières prenaient p 
texte tle«s întérrt'i de TKtat pour s*aaaMvir 
Iroiivt* fl;ins les p.ipiers li'.ilors uni* dcnonciali 
infiimc triui Miisin. ijin no vouliiil que fairr i 
^ue^|lir^ol1 \oi^i^ pour.isr«iiiiNr son proprt ïm 



TIRÉS DES ARCHIVES. Ss^ 

etsonensei^e. Les familles imitaient èfitré elles 
ces indignités. Il y a de la bôné ^ reàïHef dans 
les souvenirs de ces temps déplorables. 

Le soin de la ville exigeait aussi quelque atten- 
tion : on n'avait point le temps de recourir à des 
ordonnances , il fallait agir suf-le-champ €!t pour- 
voir à la tranquillité des marc^hés et dé là ^ojiu^ 
iation très agitée, mais aisée à contenir àvéc 
un peu de force et quelques menâtes. 

On sait qu'un spéculateur célèbre , qftâ W tdta- 
jours trouvé moyen de receftôif et ^é ilé tf en 
payer , fut le fournisseur des alliés , ëfei leur de- 
mandant des troupes qu'il dirigeait dam nos vil- 
lages pour en enlever les béstiaui. Tottt est de 
la même force dans le sfieetade d@ ' la pàVice k 
cette époqueu 

Un autre objet occupa le préfet de police , ce 
fut le soin de faire enterrer les cadavres et les 
chevaux tués dans les combats qui eurent lieu 
avant la capitulation ; après la guerre , on crai- 
gnait In famine et la peste. Les dépouilles des 
Français morls furent, dit-on, nettoyées, lavées 
et vendues au prolit des hôpitaux. Le gaspillage 
dut venir après le massacre, comme les corbeaitx 
suivent les armées. 

Les cérémonies pu!)lif[ues occupèrent aussi 
i\I. Decazes. Par une urdonuancc du 2!) août , il 
prescrivit des mesurée? d'ordre ii l'occasion de la 




aU* ca âgii<e JlMiMi «1 c 
crétaira géoénd éê JNmm*. 
Fembot cm jo«n da «m. !•■>•• Infrta 

P«tioiiid«pitiat<lc police ^lant remplic»pt 
■ .eirorgencc de oMMnii 
I par le* àrcoulancca. i ■ 
t ^ae la police ne »e «oit «en 
d'aipafp 4MUMHtneat d'ntilîU publique ; tfm 
({« M. Dacant, qui ne pr^teodût pM m 
préfist, cooasauit unr. bonne partie de na IM 
kfiwpaUj^Mtf «1 roi ((ai roiniait, et à emtâ 
^nÎMRleifiBirtoBtflucbë dontîl voalMlb^ 
Il y paiH as V aeptembre , et c'eet U fifl m 
cpB^^Xn, radarcbcr, oarcMcr, haîr. cdb 
1^9 1*^ •> fcbimer tour n tour piatoal < 
lyi^ngMiJinpIjii . doui j« parlerai c««cba 
co^^ diiffU dans le chapitre qai le évasa 
M. :I^ir|Biy » ni- en «eptembre 17B0, « 
Inote-Qnq au Ursqu'il Fut noauné ptébl 
police; il arail été atuch^ au senrîca de la 
mîUa de Bcuapairtc ; •ecrétaire de* i nww 
mena de JTadaaM m^rr , il eut pour aecrélaiRi 
préfecture, M. le comlc lieDicnoe, et paavi 
cesMur la conta ADglà, Mptij-toe préfet de 
lice. 




CHAPITRE LXVI. 



2J SEPTEMBRE 18ltt — 90 DKCEMBM 1891. 



Lf cuinlc Anglcî» , ininistic d'clat , ;>eplicrîie préfet de police. 



Sans revenir sur ce que j'ai dit de M. Angles 
lors de sa nomination au ministère provisoire 
de la police, je dois le faire maintenant con- 
naître plus en détail. 



I 






330 MKMOIRES IIISTORIQCCS 

t II est ne à Grenoble en 1780. Son père , ^ 

nous avons vu depuis président d'âge de 
Chambre des Députés, avait été conseiller < 
Parlement du Dauphiné. Le fils fut destîatf i 
bonne heure à Tétat militaire ; il était éfere d 
l'école polytechnique. S*étant renda a 
se faire recevoir dans lartillerie de la 
il y fit connaissance de M. le TÎci 
de Galles , dont la fille frétant éprise 
passion, devint son épouse, et une g r a nd » 
lui servit d'échelon pour parvenir k 

Sa destinée l'appelait ailleurs «pi'i 
Recommandé a Bonaparte , il fat frit 
au conseil d'Etat en janvier 4806 j 
des conquêtes de l'empereor. La 
l'Allemagne procura à M. Angles 
cément. Intendant en Silésie » il y 
mois de décembre 1808. Il passa 
très fonctions qui prouvèrent sn< 
1.1 faveur dont il jouissait près da 
intelligence. Il fut appelé à Tintendanca dcSd 
bourg , puis à celle de Vienne , et fat cal 
nommé commissaire du gouvernement fraara 
près des Ktats de la régence d'.Autrichc. 

Ces laveurs de la fortune le fo r inè i an t a Ih 
ministration pour la<|nello il avait da gaAi. In 
tré en FiMiirc, l'^wiipcrcur lo charsea. ra à 
foinhrr ISMl), (!u U\>is iiar arrondisseascnt dil 





Tins DBS ARCHIVES. 5Sl 

police de l'empire, après l'avoir créé maître des 
requêtes w coqseil 4'état. jLa dÂTÎaion de police 
doni il avait la direciioA et la corcespondance 
comprenait les 4éparfaQmiai9 iUTdfl& 4e9 Alpes.^ 
ce qui dans la suite i'm^twna i l'eicécmitipa de 
ipesures rigoureuse^ ^pptrç \fê pv^tres îlsdiens, 
dont je dirai quelque chose av9f4 <k poster plus 
loiq. 

£n juin ^m,U pJHie f'm YH avait 4té dé4 
ppuUlé de ses f^s et traité Wk pi^^^^^^^^^ P^ 
ordre de r^oipereur. h^L baut^ polioe en oetia 
occasion était du ressert de H« Angles. Il crut 
servir son makre en sévissant avec tmpassUfililé 
contre ks prêtres qui déblatéri^enty non sank 
juste in<^ti|', centre l'Qiliwi^ tie^w^^t q4^ l'on 
faisait fubir am duf de k lûérsrçhîe qath^ique. 
M. Angles ordonna donc l'arrestation d'un assez 
grand nombre d'entre eux; il recommanda a 
ses agens et aux commissaires de police a Turin, 
à Gènes, a Kome, à Civilla-Vecchia , de tenir 
la main a la répression des ecclésiastiques mal- 
veillansj et leur transmit une sorte d'inslniclion, 
qu'on lui a reprochée dans certains écrits publics, 
comme un acte de tyrannie; cette instruction 
est adressée au directeur général de la police k 
Florence, M. de Lagarde. 



tarir, rilMntV^I 


• La «vtttMm et TtaftH |rtKi *v 4 


fijft et M milieu éa linwiirtwi*» ir^iftii ■ 




1«M difficile deo coaifffwer Ica écavti. 


» a faut cepeDdanl f'ipp&qaer à haliwf^f 


«M infloesce bronble le» dbcou» <lc» «mI>A 






S. M. I'cmp€rcw ior le» ^mém aKte. ft 1 






•■ pleine retnite . et \t» tférmntmimmm 




jmÊT plai de coniisUnce. C'est mr ct^érémÊmm^ 


ip^ bal allirer l'atUntion des tHmm^)^^ 




CM ijeofl qu'il apputient d'éclairer owx 4ttaM 


COMpatriolcB dont le nuanis e^Mrit chavÉari 




minion nux lais. Si leur influrarc «i wb U 


nuatiou» ne suOiMnl pw. il «vrait biM Jrttb 




dîfigor Mir Nice , d'où iti rccemûeni «ne éuë 


naUon ulti-riruro. 




€uUe loin- oirm un siagulivr méhai^ ^jU 



.^ 



tlKÉS DES ARCHIVES. 335 

t 

prit de servilité commun à la presque univer-^ 
salité des agens de Bonaparte, grands on petits, 
et de l'espèce de pudeur que Thomme d'un cer* 
tain sens apporte toujours dans les mesures dont 
il comprend la dureté choquante. Qu'avait de 
commun la splendeur prétendue des victoires du 
conquérant avec la modération dont on égayait 
de faire sentir l'importance aux vaincus? On eût 
parlé d'un autre style si le fait avait été vrai. 
Cela semblait dire : Attendez an moins que nouk 
soyons tout-k-feit vaincus! Et il n'y avait paè 
long-temps à attendre. 

M. Angles a également encouru , datis ' Hik 
laps de temps qui faisait ressortir le contMite, lé 
blâme d'avoir mis à poursuivre comihe boita|]iar- 
tistes ceux qui n'étaient pas pour les Bourbons^; 
la même ardeur qu'il avait déployée précédebi- 
ment contre les royalistes; ce blâme, dont nous 
ne le disculperons pas, appartient à tous ceux 
qui ont eu le courage ou la lâcheté de servir sous 
deux règnes successifs et opposés, après avoir 
prclé serment à l'un et a l'autre ; adultères assez 
communs dans les mariages politiques. Zélés 
pour eux-mêmes, et cliens de leur propre per- 
sonnalité, ces hommes, restés fidèles a leur 
seul intérêt, ont été traités par tous les par- 
tis de Iranshiges. On se trompe; l'égoïsme ne 
change pas de bannière en passant tour à 



tour il lunhs. .Nous ne* Liisons pas llionan 
M. AngU'S rt à d'autres comme lui, de m 
(|n'ils se NoiiMit jamai!^ dr\ouL's \ï l.i forlune 
]>unii|MrU-. I.ours hciilit tn li's l'ii i?\cti^nt 

Am'i r.ilxl'u ation de Hun.iparlt^ , un , ^i 
ncineiil |>ro\isoir«! s'ctant ctahli i-n a^nliS^I 
M. Ani;U's fut noiiiiiié roiniiii«sair€ au dt^arl 
nient di* la pulicc ^ciiéraU*; le roi le nommiez 
st'illcr d'Ktat au nuùs dt* juilli.-l »ui> Jitl. I! a^ 
ctc remplacé à la police générale par M. Bcnpi 
et restait sans fonction active, lorsque le Hw 
arriva. Olil'mé, par les avis de sa coqscîcacc 
non pas autrement, de quitter la France, i 
fut facile de se rendre a Uand » grâce » i 
d*Otrante , redevenu ministre de lapolinr,^ 
se ménageait des bâtons de vieillesc tiasi tm 
les partis. M. Angles fut en quclfse lefftc I 
ministre de la police a la cour die Gani. Ce ■ 
fut pas sans doute à TelTet de surveiller la 
monnaie que Ton crut devoir ballrt 
tenir lieu de liste civile , en aUendaal itmi 
clamer les arrérages. 

Le rétablisiicment du gouverneoient nj 
après \N alerloo rappela M. Angles à Paris; 1 
resta peu de temps sans plact\ Au mois àttf^ 
t«'nil>re 18L>, il fut iait ministre d'Etat, etptf 
iuiinèdiatement a la préfecture de poUceoiC 
par M. Uecazes. 



I 



TîRés mA AAcifrvirs. 355 

Lefi circondùnces inondaient ces ibficl&miBUifH 
ficiles; les subnstances seules Fmxmpaîiéist èssénn 
liellement. Grâce sf L'occvpation dé Fari^ paiile» 
troupes alliées, le peuple était aigri ; ces hoAes 
de diverses nations prenaient des revandbes d'iii<- 
solence. La classe militaire et populaire était, 
provoquée par les diJQfércns partis a i^nttur^r^ 
surtout par les bonapariisles les plus irrités, et 
aussi par des agens de Fennemi qui auraieilt tattlft^ 
faire naître un prétexte de jnettt eiteTilie su fîbi 
lage. De part et d^aiilm^oft^teiiaît te préfet éndsf 
une transe cèntinuçlle. 

Les exigences de» royalistes diMbm6«lib blM* 
d'amrës sujets de soiKeituâe. £ieu#<|^i$|MI^ dë> 
l-éblotdssfeD^ient des eMft < ^ûm;;' Hi' 'SN#(fM' iiqp 
peu perdA leur esprit ^ë tiiùfattmniàé^thii^ 
resque, et voyaient des conspifatieqtt^^aiHfoMî^ 
ils en faisaient naître par leur esprit de ten- 
geance. Des chants haineux , des provocaftions 
fiévreuses tenaient les vaincus en haleine. Tous 
les jours, au Palais-Royal , on échangeait des 
coups et des cartels. Les maîtres d'armes dont 
Paris fourmille avaient beau jeu pour se poser 
en héros. La police était sans cesse occupée à 
mettre la main an collet des conspirateurs, à 
réprimer les libelles et les écrits contraires au 
nouveau gouvernement et aux opérations des 
alliés. M. Decazes, devenu minisire de la police, 



336 



mm 






ne laissait poînl en repM le préfet; 
luûl dea instnictiona k suivre | 
les bonapartistes <tt les révolutiiMio 

Au milieu de cet tirailletnem, le prélat •■ 
plu» 4'uRe fois 11» règles de lu justice et 4il1 
partialité, à auppoMr t|u'il les eût jaMM. 
prises ? Ma» où les aurait • il apprises ? !!•■ 
verrons mj^me , suivant les os et coatama^ 
la Iradilioi) Tut écrite par Machiavel , ec, À^ 
lors, r(:(;ulîèrenient mise eu action | 
ployer des agens provocateurs poor a 
déf^oiivrir de* complots; ce qui en lait aMM 
terre des factices en iu&dc temps qa* 4b ri 
et complique ainsi la besogne MlBàaâMM 
qu'on espérait cependant abréger par bfWM 
tion. II serait p«at-£lre fausDéaninaMedb^ 
que M. Angli» ne fit pas quelque» A>% fa 
amortir l'effet des réactions et pour MOÉnvI 
mt-me contre une impulsion à laquelle SlâH 
ai difficile de résister. L'ambition et le éàm 
conserver sa place , très oflnandéc à ccll»4 
<fue , le guidaient plus encore que la oomïtf 
des besoins du moment, dans le* aaeaama 
Cftisait exécuter. Il se serait volontien, aaa 
croyons, chargé (oui seul des surei.citatâMei 
ticci , pour être i uiLiue de toanifester aom alà 
coup sûr. Mais l'on ne pourrait avoir la adoi 
complète du détordre sans posséder ea mA 




TIRÉS DES ARCHIVES. 33) 

temps la science de l'ordre, et dans ce cas, il se** 
rait plus agréable de briller et de s'enricbir par le 
bien. C'est pourquoi l'on fait le gâchis lui-même 
en casse cou , au jour le jour. Aussi les dénon- 
ciations pleuvaient de tous cotés; M. Angles 
était également en butte aux. reproches des 
royalistes mécontens de sa modération, qu'ik 
appelaient simplicité, et aux criailleries desbop- 
napartistes et patriotes qui l'accusaient de saiHfi- 
fier la liberté et la justice aux vuea deja ejoior 
et à la haine des courtisans. ; i i ^^ 

La police politique fut donc pour lui^âlteratr 
tivement, un sujet d'inquiétudes et de soins i elle 
apportait des entraves aux autres occiipalions 
de sa place. Si l'affaire de Maubreuil lui valut 
des tracasseries sans nombre , sa conspiraliofi dis 
patriotes de 1816 le compromit d'une manière 
bien plus sérieuse. On l'accuse, non sans raisons, 
d'avoir secondé les menées du duc Decazes par 
des mesures odieuses, dans la création de ce 
complot. 

Un assez grand nombre de mécontens existait 
dans les basses classes. Un nommé Scheltein, 
espion , eut ordre de parcourir les cabarets où 
les ignorans se rassemblent; Ta, cet homme 
cchauffait par ses discours des gens qui n'avaient 
réellement pas les moyens de monter une con- 
spiration. 11 faut une mise de fonds pour le 

IV. «2 






1 

t 



cc de 



\ 




»il4 




n^ 'f 441 <|tii ha CbuiC 
rir^^fm^ , il M oMtctn n 




TIRES DES ARCUIYES. ^^Q 

meilleures intentions du mon4e, a&ndfixi^ffippf^ 
la vertu sur la terre , en attcji^flanf V^*9^ }fPf 
dise bien nelUment ce que c'est. Sc))içlt^ 
ajouta qu'un grand nombre «^'jqdiyidus fuafr 
chaient sous la bannièrq de )a J^i^crtjé , xiïà\B^'jifi 
fallait recruter encore, et prpn.dre )up siignje i|f 
ralliement. Pleigniçj: prpmif; 4^ i^'jea ,oc(c;i^e^ 
11 en fit part au graveur ToU^jro^, ))|^j9yr))9i^((lf}^ 
écrivain pub^c, ^ Çbarl^, jipiprjli^iy^ f^9fÇ|P¥^8 
de Bonaparte, fis p>pprf?ivèrent pM^oç* ^q^ 
leur dit Picigaipi: et yQ?f^}ire^* vojf^ c^ ^i 
risquait de semblables propositions. ^^.fg'l^yPf^ 
rendez-vou^^ S^tc^tjBin liî^r^t ifûjej^fj^j^^ 
superbe j le prtyl.e eit les pi^çu^^es 1^ /él>]l^ 

On ne trouva pas ,to^ 4f? jpui^ r^cp^^9>^ 4'4^ 
complirunerévolutijGm^^i^oa i|iarch^.Jl^e pBoîft 
leur allait à mefveille. U fallait un g^ayeur pour 
fabriquer des cartes; ToUeron s'en chargea; 
Carbonneau dut copier la proclamation ; Charles 
se fit fort de l'imprimer pour qu'on pût la met- 
tre en circulation dans les départemens. Ces 
malheureux firent successivement tout ce qu on 
leur demanda. 

Mais y une fois lancés dans l'entreprise , -Us 
commencèrent à en craindre les suites. Pleignîer 
croyant prendre le plus court pour sortir de sa 
misère, et sacrifiant sa révolution comme £saii 
son droit d aînesse pour un plat de lentilles ^ M 



f 



tu connaître au minblro D«Gazcs; celai-ci Te 
gagea fort à suivre cette affaire et à lui cnn 
dre compte. Les agens du préfet de poBoe i 
tervinrent dans les réunions oii les coupiralefl 



\ 1 furent arrêtés. On connaît le résultat. Cette 

il 






I I nœuvre , aux yeux du public , resta com 

preuve du coupable système des proT 
^ ; elle n'a pas été la seule. 

Pleignier avait remis des révélati 
disait importantes a MM. Lambert et 
officiers de gendarmerie, avant de 
Téchafand. 

M. Angles, en qualité de chef 
gendarmerie, se plaignit que ces 
remis Técrit au président de la cour 4*1 
le fit passer a M. le chancelier. 

Il appela donc M. Dîneur pour hà 
son mécontentement , constata par écrit es ^ 
I ce dernier dit pour sa défense, et 

M. Tessier, commandant de la gen 
le conduire ii la salle des genda rmes 
fecture, sans le laisser parler à 
J en effet, une étrange gaucherie de le 

subordonné d'agir plutôt suivant 
que suivant sa consigne. L'obéissance h la 
gne le mettait a couvert de toute 
matérielle > mais il y a des gendarmes qpn « 
que gendarmes, croient encore à la 







TIRES D£S ARCHIVES* S4i 

morale. Quand elle en trouve devant son che- 
min, la police y met bon ordre. Soit donc que 
M. Angles fut très ulcéré, soit que l'officier de 
gendarmerie Feût offensé pour quelque autre 
chose, on l'envoya définitivement a Bicâtre; 
mais le concierge, qui ne recevait pas tous les 
jours de pareil gibier, refusa d'emprisonner Foffi- 
cier sans un ordre spécial du préfet de police. 
Le concierge craignait les méprises et les ressen* 
timens. 

Ce refus irrita de plus en plus M. Angles ^ il 
obtint du juge d'instruction a la c#ur royale lin 
mandat pour que M. Dineur fut amené devant 
le juge y puis réformant Tordre , il en donna im 
autre portant que c'était à Bicétre que l'officier 
de gendarmerie devait attendre M. le procureur 
du roi et le juge d'instruction ; on reconduisit 
donc M. Dineur a Bicêtre , et le concierge re- 
fusant encore de le recevoir, car on ne met 
pas comme cela et de but en blanc un officier de 
gendarmerie en prison, notre prisonnier resta 
dans la cour jusqu'à ce que M. Laine, lieutenant- 
colonel, vint le réclamer c#mme justiciable d'un 
conseil de guerre, en cas de culpabilité. 

M. Dineur fut mis en liberté quinze jours 
plus lard. Cette persécution gauche , et dont on 
ne voyait pas le motif, devint un sujet de re- 
proche conlrc le préfet. 11 fallait que les rêvé- 



latîons (le ri('i|:^nier Inspirassent nn»r zrii 
inquiétude pour nj:ir de rellr mnnirr' 
homme puliliqne devrait avoir li nfï.^rîj! 
d'avaler quel<[ues louleiivre.^ et de f'^i'-r j 
pieds loul amoiir-proprc. Mais tout k :r:n 
n'a pas le courage d'un Talleyrand. 

Cel i'\éncnicnl n'eut aueune autre §u:s. ? 
plus que 1 évasion de M. de Lavaictte. 

Le 21 novembre ISIiî, l\ minait. M de I 
valelte, direcleur i:«:néral des postes »o!z§ !>: 
pcreur, avait élt: condamne a mort psrb:^ 
d'assises du département de la Seine, coa 
un des fauteurs de l'usurpation de Botupirtf 
20 mars, en prenant de haute lutte, liisf îhSt 
des postes, le titre et les fonctions de dsrrctez 
général pour expédier aux départemais la ^^^ 
ordres ofluiels émanés de Téchipp^ &e Vi 
d'Klbe. L'é\asion du condamné ne pemùtp 
Texécution de la sentence. On dut se boR«? 
l'exécuter en efli-ie . le 1) janvier 1816. §sr 
place de llrèvo, et .son si^Mialenicnt fut attacbc 
un iiihet; firoîcNC|'ie rt i^uohlc t:omédie qui fi 
desicndrc li hn |Uni|ii\i l.i r«dtiv , en afflcki 
au\ veux de Iciî-- ^i)i\ iiii|im^N. nu r. 

AjM'rs If |)niiiiiii( «'■ du piucnicnt à mort, V 

L.l\a!rllr, iji.i ^ I l.iil pnîlTMi «M t a*^..!*'.!. ! 
rcnl(-l'in< i l.i (.ii:i. :r. . i rtr. !..• j^nfrl .îr r. I 



}. -'> 



TIRÉS DES AllCfirWS. S^fS 

surveillance fût rigoureuse et qu'un ne perÉiit 
au prisonnier de Toir qui que ce fût , (pia^fl 
même on se présenterait avec une permisûoii 
signée de lui. Le procureur général, sur la dfs^ 
mande qu'on en fit , permit pourtut au prîmi- 
nier de voir sa femme et quelques amis î^dkpNs 
par M. de Lavatette. 

Le 90 déeenAre, veillé dte i'tkécutioai , 
trois heurel aplrès midi, réj^oim «t b fittb^dl^ 
condamné , et une femme âgée >de î^iadÉiitOMdiK 
ans, nommée Ihiloil, fturid^iMiodoitMmlatfme 
temps par le concierge Rèqmtte, 4ém in i#wii- 
bire de fkf . de Larralettt. .x- ^oi 

Madiitee de i^avalelte e'éliit fait ^trantfftlfar 
à h Conderg^e danÉ una^ clufile à |^oHMir> 
servie par un nommé étoMny àk Jlf«fiffj|#, gdn 
porteur ordinaire , et un nk>mmt Brigani*, 
commissionnaire choisi ce jour-là par Guérin 
pour remplacer un autre porteur or^naire alors 
malade. Les porteurs étaient dans Tusage de 
conduire madame de Lavalette jusque dans la 
c'ouir de la Conciergerie ; elle sortit «cette fois-1^ 
de sa chaise dans la cour du t^alais , et s'ache- 
mina pédeslrement vers la grille de là Con- 
ciergerie. 

Madame de Lavalclte était malade bb censée 
malade; son valet de chambre dit aux porteurs : 
« Arrctez-vous ici ; madame est assez forte pour 



544 HEMOIKES HlâTOHlQCU 






achever à pied le trajet qui lui reste â faire. 
Lt chaise fut rangée par les porieara vcff% 
mur du palais de justice en dehors de U {^nll 
On en tira uu coussin en Ufletas vert et ■ 
paquet volumineui. Madame portait an sac 
ouvrage. Rien de tout cela ne aabît Tcubc 
ordinaire. On envoie rarement les gens «la ke 
ton a la mort dans les temps moaardiîq«ei« cl h 
geôliers savent leur monde. Ud goojat «ni 
moins de chance. 

Madame de Lavalette , en arrivaaat k h Cs» 
ciergerie, était vêtue d*une redingota de mimi 
rouge 'garnie de fourrure, et avait aor lalllaa 
chapeau noir à plumes mélangéca. 
avec sa fille et la dame Dutoit dana la 
de son mari -, le valet de chamhre ftppali 
demeura dans la première pièce 
$r€ffe. Les porteurs avaient été 
corps-de-garde de la gendarmerie. 

EberlOt Tun des guichetiers de la 
lo diner et le café qu'il avait été 
la cour du Palais. 11 quitta Tappa 
n'y rentrer que lorsqu'on le sonneraift. Ce 
chetier avait été spécialement attaché 
de M. de Lavalette par le concierge. 
i Lo valet de chambre Uenoist, qui était daasl 

secret , voyant approcher le dénoûmeat, qmitli 
ravant-grclfc pour aller s assurer des 




TIRÉS DES ARCHIVES. 345 

BenoisI trouva les porteurs an corps-de*>garde 
des gendarmes y et les invita à venir boire avofC 
lui. Guérin , un des porteurs , ne se fit pas priée, 
mais un autre, nommé Brigant, ne bougeait pas. 

— Allons donc I camarade , Ini dit Benoist « 
vous ne serez pas de trop. 

Brigant se laisse persuader, et sort avec son 
camarade. Chemin -faisant , Benoist , d'un ton 
déterminé , leur dit : 

— Camai'ades, il y a vingt-cinq louis k ga- 
gner. Vous serez un peu plus chargés, et il faudra 
aller plus vite j mais vous n'aurez que dix nf» 
à faire. ^ 

— C'est donc M. de LavaUette que nous allons 
emporter ? 

— Cela ne vous regarde pas , allez 
Brigant rejette la proposition ; Benoist insiste, 

et lui dit : 

— Tu n'es pas un homme ! 

Guérin, Fâutre porteur, sejjoignit a Benoist, et 
dit k Brigant : 

— Qu'est-ce que cela te fait , dès que mon- 
sieur nous jure qu'il n'y a rien a craindre? 
Sommes-nous payés par la police pour examiner 
les tigures sous le masque ? Viens donc ! 

Brigant voulait absolument savoir qui l'on de- 
vait porter; enfin il quitte la bricole, et, sans entrer 
chez le marchand de vin , s en retourne chez lui. 








S46 mcMomES aBTO M Q Ut s 

Qu'on juge (le Tinquiétude de 
blsait tout manquer. Heureiuement 
iflf jtux sur un charbonnier en ttmm de biîe 
tt lui propose la bricdle ; ils 
pour aller prendre la chaise ; sept 
sonnaient ; il était par conséqneni 
fet. de Lavalëtte , installé daae 
lait depuis quelques taioidfeiie. 
nainutes d'attente durent lui 
éMrmès. On partît enfin. 

Parions de ce qui ^êuit pnmé 
de la prison. 

Après le café , un coup de 
concierge. Eberle coUmt h la 
concierge Roquette s'aTançeik de 
savoir te qu'on Voulait, trùi 
é'Ëberle, arrivaient en ce 
f avant-greffe. 

Un mouchoir bliîi'd coutMit 
dame Lavalëtte; elle tanglotaft 
selle de Lavalëtte marchait à 
sant des cris de douleurs ; tout 
^'une famille livrée aux déchirdlftfeiriÉ 
nier adieu ; le concierge , âCteiiArt 
vraisemblablement par ce dëgûiicoMÉI 
lueur incertaine de deux lampes <fû Vi 
nVnit |>a^ I.i |)rr.senrc dVsppit on lecfMHf' 
80ulc\rr Ir niuuchuir qui couvrait la toodi 






Tiaiss n» ARCHivnu* d^^ 

cette femme , veuTis déjà de son mttri tirant, lib 
déguisènlent réu^ftit} Vt concierge prééentti IttUâfiHHi 
h la prétendue madame li^valëtte et Itt condttiitif , 
aind que ses deui êOdipligMê ,^ jttèqiÉ'âti d«Mi(fr 
l^ichet. L'épousé du oèriHe atlk M 4'aiidMi^tle 
réMer dkné sd ehanibM. SànH êxagA-ev le mééHe 
de ce déYduenleMj etf il ii'éMMlinâ( ]^«é la mtkj 
c'était un jeu bien bàlîAi - *' * ^ * ' ^ î 

Sok'tis cte la piriirà , Bbëi^v le^lbeik^^'ap- 
péla les piirteuM. Lus p<irtettM têHmditertlhiMe 
^uai des Oihftir«a, jus^uis pfk» é\ là ke SAttiK- 
Ànne. M. dé Lâiralèitè Itlt temjplâiQè d|i]À la 
chaise pUrià fille que liitft cAidiikit ad cëÀtMt 
de l'Abbâ^e4uc^éts. -^ . .r> i . 

Tandis ^tVvHsiën s'^kMtiiflil j le ebAeteir^ 
ehire dMA ïk-iéi^é âHê M; Lat^y^tl^, tt'y 
aperçoit personne > ttàis ëniefld qiMdf(^'iltl ^i 
remuait derrièlrfe un paravent ; îl regarda , et 
reconnats^âht lÉadame de LaValette , il s'éct*ie : 
t< Ah ! màdàMe , vou^ Im'avëz trompe. » Il veut 
sortir pour donner Talarihe; la femibe résolue , 
qui craignait que son mari ne fût pas encore en 
sûreté , le retint de toutes ses forces. 

— Attendez, monsieur Roquette, attendez, 
s'écric-t-elle. 

On se débat, Thabit se déchire. Le prisonnier 
était en sûreté !... 
Celte évasion connue a la préfecluve de po- 



MBIIOIUS HI8TOAKIDCS 

lice I au ministère « de nombreiu 
mb aosaitôt en actitité } le âgnalomcat é^ i 
tif mis dans tous les joàrnaniL, ndrené k tm 
les autorité ; on Tisîta les hôtels gnrms. La pd 
ferma les barrières ; on ne sortit dm Parisfi** 
un passeport. Tout fut inutile , nwà iadktp 
diriger les poursuites; personne ne fit 4s iM 
tion sur la retraite du fugitif. 

Trois officiers anglais, dirigés par k|iBl 
Wilson, rataient mb à Tabri d 
▼ètu de Tuniforme anglais , 
ché quelque temps ches un ami » le 
rendu, le 7 janvier 1816, rue dn 
un camarade du général Wilsen* Le 
à sept heures du matin , il 
en cabriolet, firanchit les 
Mons, d*oii il passa à Munich 

Le concieq;e et les guicheti 
tués; mais on ne poussa pas le 
prononcer des peines contre 
Valette et la veuve Dutoit ; 
tribunaux, elles furent acquittées 
Trtre. On ne trouva pas de juges 
pour flétrir cet oulrage à la loL 
raux anglais complices de Vér 
une longue procédure, qui jeta 
sur leur carat tt*rc el dOconsidéra leur 
furenl ^culcrnciil condamnés à trob 






TIBÉS ras ABCniTES. $49 

prisonncment. Us tronvèrent des complices dam 
toutes les âmes. Les lois ne préTalent pas coMre 
ce qui est beau ; c'est quand elles s'en foriiiaUsent 
qu'elles périssent. 

On mit la responsabilité de cette évasion au 
compte de M. Angles , en le taxant de conni- 
vence. Il prouva^ car il y fut réduit , que la 
chose était impossible de sa part, Taccès auprès 
de M. de Lavalette ayant été permis à la fiimille 
par le procureur généraL Croire qu'il applaudît 
en secret à Theureuse ruse de madame de La- 
valette , c'est lui reconnaître un sentunent hon- 
nête. La magistrature aime à se rqeter sur les 
événemens de tout ce que les principes écrits 
retranchent k sa miséricorde. La loi porte bien 
des crimes. 

En revanche , on fit main basse sur les gra- 
vures et brochures où l'évasion de M. de la 
Valette était présentée de façon à vexer le gou- 
vernement. Qui sait combien d'évasions furent 
rendues impossibles par celle-là , et les rigueurs 
sans nombre que les sarcasmes du public libre 
occasionèrent contre les enfans perdus de la 
politique alors tenus sous les verroux ! L'argus 
des prisons ouvrit ses yeux de lynx, et se re- 
pentit d'avoir eu par hasard des formes obsé- 
quieuses. Ces sortes d'échecs rendent les geôliers 
cent foh plus durs ; mais cette considération 



^ 



I 





350 MKHOmiS HISTOUQCU 

philanlropiquc n'espécken pcrima e éi 
dérober son cou. 

Toutes ces coBiruîélét n'enapr rhèrt ni pi 
pliisM. Angles de donner quelques ftomiâf 
nisiralion ; plusieurs élaUissemeos 
lui doivent des améliorations. De ce 
le conseil de $alubrité qui rendîi 4«* 
certaines branches de l*h]rgiène 
mesures que Ton prit contre les 
gieuaes. 

L augmenUlÎQû de la 
et le noonbre de labê^MO « ^* 
factures qui s'y sont fiaonés 
rendaieni cet étsblîsspmepl 

Soos la lieuteiiaiice de AI. L 
imaginé des boites de secoiin 

en surveîUaifc 4'epplÎGslion m 

tropique. 11. Csdat de Y 

mais atec le tilre d'isya rti iir fdpinil 

britéj a*ocGupaîl de ièiygîènc 

dut la aiqp|ireaaîen du p 

l'Evéque , delà prison de SaiafFMnMiBt^ 

de Saint-filoi ,• et la réunion des psiMli 

rhôtel de la Force. 

Le bureau central supprime le plneSt 

borna à consulter le savant qni «mil i 

mérité de la ville de Paris dans reaoRâeed 

fonction. On en obtint le mêsie aèls • en I 






TIRÉS DES ARCHIVES. 3i^ 

tirsiQt toute espèce d'honoraires. 11 faU^it ^i^ 
de ne pas être un pauxre diable ; ^on 4^Tpi|^^ 
ment n'y aurait pas suffi. 

Chaque fois que le préfet de police avu^ j^ 
prendre une décision , il prenait Favis d'un fg^éf 
decin, d'un chimiste, d'un agronome etfl*iw 
chirurgien vétérin^re, suivaqt rphjet. Çf^fi 
manière de procéder avait des ijiçoBvéniemi; 
M. Cadet de Gassicourt proposa la formi|iiw 
d'un conseil de ^uhr^t^^ 911 Von djscu^nit 
tous les objeiB qifi lui ;^«raie^t iM^ifypy^^r J)iP 
arrêté du 6 juillet 1802 ^j^ prdpnnf U çf^^^f^} 
d'abord Gompo^ 4« <iv^^1^ in^P^^cs^jlçpo/gjflJ^ 
m. U Tarifé deji affaires p^ig^nt ^e ||9i:^iofp|^ 
filus d'estfei^ion. L^ ^ «^o})re i^7^ ^ tçg^ 
WE10 organisation nouv^Uf^ 

M. Ai^ès donna un soin particuli^ à ce^ ^- 
blissement , qu'il présidait souvent ; il y appfAa 
des hommes de mérite , et le composa de neilf 
membres avec un traitement de 1 ,200 fr. poi^r 
chacun , état de choses qui n'a point changé 4^ 
puis. 

U créa pareillement le dispensaire; soi^s ce 
nom Ton désigne le régime sanitaire des fillps 
publiques. M. Angles tint sévtrement la main 
à la régularité des visites. Le local consacré à 
ces visites l'ut agrandi , des médecins y furept 
attachés , et chaque hlle pubhque obligée 4^ ^'y 



/ 



TIRÉS DI^S ARCHIVES. S53 

sans lumière. On consulte ces législateurs d'oc- 
casion sur la plupart des nécessités administra- 
tives; ils répondent par des lieux communs suc 
la vertu, et les questions imminentes sont écar*- 
tées par cette battologie.Le dernier des homm^ 
spéciaux est plus en droit de prononcer sur sa 
spécialité que ces tristes élus qu'on arme du 
droit de divaguer sur ce qu'ils ignorent. 

La gendarmerie occupa , dans la même année 
(181 6) , les soins de M, Angles. Ce corps y dbnt 
la bravoure se déploie en pleine. paix pour l'ar- 
restation des criminels , ne fut que trop souvent 
employé par des mesures de rigueur qui siole* 
vèrènt tour ^ tour les fractions diverses de topi* 
uion publique. Le préfet dressa une instruction 
détaillée sous la date du 37 mai 1816, dév^ 
loppement de l'ordonnance du roi, dulOjan- 
vier précédent. Les fonctions , les devoirs et les 
obligations des gendarmes y sont tracés sans 
trop de verbiage. Une inslruclion postérieure, 
du 18 avril 1820, y a donné plus de précision 
encore. 

Les abattoirs, idée neuve , qui conciliait à la 
fois les intérêts du commerce et la convenance 
publique , soumise en 1809 k Napoléon sur les 
plans et Tiniliative de M. Bruneau, furent enfin 
mis en activité sous M. Angles et ouverts aux 
bouchers le 15 septembre 1818. 

IV. 1' 



^3.4 



\ 



if 



^B* CCI 

aicnir de 
ksatciicrft 
k coiicoan te 
ks Wsliiués de b 



ment 






Oq nh que les ih al t oi g» 
tiens également sebde et 
notre les Incens destinés n V 
des booTeriss îmoienses, an 
ries , sonnontées de 
fnges. Des inntsînes y répnii4eBt 
d'eau softsante poor b bniaH»M 
l'entretien de la propreté. 

Cette idée honore Trament 1 
eooçne et le siècle qui l'a réalinée. 
mière fois peut-être nn inrenleor n 
spectacle de la mise en eiercinn 
verte. Faisons des vœux poar que 
que l'on peut étendre a tant d*nn 
sur une foule de professions , ne 
long-temps sans application analognn. 
parmi nous un des plus beaux germes 4'i 

Le produit de la location des abnltoin 
hourhcrs monte il «S20,000 fr. tons les 





TIRÉS DES ARCHIVES. K6 

profit de la ville de Paris. Le préfet de poUc« 
en a la police intérieure et nomme le* diff6reilk 
employés 

Les premiers réglemens sur U tenue et l'or<tr« 
à suivre dans ces beaux établissemens s6nt de 
M. Angles, du 11 septembre 1818. Tous les cai 
y sont prévus, et jce travail est un des mieux 
faits (jiil soient sortis de la préfecture. 

Au rang des ordonnances utiles, maïs impar- 
faites au possible, mettons celle de septembre 
1816, à Toccasion des dlligonces , messageries et 
voilures publiques. Peut-i^tre, pour la compléter, 
ce qui est urgent, aurait-il fallu décider que les 
foyers de messageries semés çà et là dans l'en- 
ceinte de la capitale placeront à l'avenir leurs 
bureaux de départ et d'arrivée à la circonfé- 
rence de la ville , c'est-a-dire a l'entrée des fau- 
bourgs, fallût-il pour cela les indemniser. Les 
lîtablisseniens des messageries se trouvent assez 
maladroitement placés au centre même de la 
ville; leurs abords sont habituellement des rues 
étroites, pressées, fangeuses, et, par cela seul, 
d'un parcours difficile. Il en est résulté que des 
voilures, la plupart d'une structure gigantesque, 
réunies aux centaines d'omnibus, de tiacres, de 
cabriolets, d'équipages de tout genre, depuis la 
calèche aristocratique jusqu'au char-k-bancs des 
tapissiers et aux tonneaux des porteurs d'eau , 






li.iqucU. ijrmt.iriN. cl.il.i::t'« imbulan^ • qui 
mêlent et circulent contusément dani^ P^r 
^'encombrent ot >*enchc\«!trent .1 un point <j 
e^t de^ qa^rlier^ oii l'on iic pr-ii ^a-.^-nl.: 
qu'au risque de Ij vii;, en $0 livrant a unt j^: 
nastiquo iniroxablo pour •'\iur ii*''tr*î c . 
pris entre le* roue'*, errasr. A cela prç^ 1 
passades dont il tant ^ouhalter ^i\ecll^nt •? 
Tusage se répande de plus en plus , il ^ssi 
qu'il n'y ait de place dans les lieux courao^ 
la circulation publique que pour ceux qui to 
en voiture; l'usurpation des chevaux sor i 
hommes dépasse toute mesure, et la munKipaii 
qui n'y songe guère manque de préTojanc^ iIa 
la distribution des plus simples» spécialités. ». t 
une débâcle universelle contre la liherte J 
chacun et contre la llborté de lois. On peu 
f invoquer en faveur du droit que la munki^.l 

conserve de reléguer ces établissement a« ai 

K. 

hors de nos barrières, le même droit quel 

s\irro£;e avec tant de raison contre les ateb« 

insalubres et le» fabrications dangereuses. Il fa 

I sortir île cette ananhie. A heure dite, ao rri: 

j i:alup, au bruit delà tronipelto, Paris offre 

spet tade d'une chasse au ]Méton qui s'eircv 
dans tous It's son» ; des processions de ^oitar 
coupent brusqncnienl toute circulation a lra«€ 
d'autres liants de voitures qui coupent 1rs pr 



TIRÉS DES ARCHIVES. 557 

mières à leur tour ^ et cela, qu*il fasse du brouil- 
lard ou non, que les lanternes soient allumées ou 
ne le soient pas. Nous sommes dans l'organisa- 
tion du désordre. 11 semble qu'il soit dans nos 
mœurs d'être écrasés, ahuris, bousculés, et de 
s'épanouir avec délices dans la métropole de la 
civilisation sous les coups de fouet des cochers , 
les roues des voitures et les pieds des chevaux. 
Ce désordre, car c'en est un grand, et il est 
l'antipode de toute liberté et de toute société, 
n'existerait pas si, comme on vient de le dire, 
tous les établissemens qui se rapportent au ser- 
vice de l'extérieur, eussent été placés hors du 
centre. C'est, par malheur^ une considération si 
simple , et nous sommes , comme le disent tou- 
jours les badauds , un peuple si léger, que l'ad- 
ministration prétendue municipale ne s'en avi- 
sera pas avant un siècle. 

Le conseil de salubrité, qui prit une certaine 
activité sous M. Angles, lui fournit l'occasion 
cl(î rendre plusieurs ordonnances sur les ateliers 
ou manufactures qui répandent des vapeurs in- 
salubres et vicient Tair. Paris, encombré d'é- 
tçouls, qui ne sont pas faits d'après un plan gé- 
néral et bien entendu, de tuyaux de gaz mal 
établis et presque a fleur du pavé, de parfumeries 
nauséabondes et de latrines qui pourrissent la 
raciiu; des maisons, renferme en lui de nom- 




558 M£M0UIES BI:»T0IUQC1S 

breux foyers de peste. L'atmosphère y 
fièyres» et les médecins y récoltent. Qoe 
s'il était abandonné a Tégoïsme ind u at ri d el 
mercantile qui ne craindrait paa d*y rriwir II 
vapeur du soufre et celle de Teau fiatte, las 
boyauderies, les fabrications de coUe fbrte 
Ce serait alors un immense et abominable 
oii les vapeurs emprisonnées de looi geeM« la 
bruit , la fumée, les travaux délétèrea 
mondes répandraient de plus en plaa le 
lité parmi ses paies babitans, déje firepfia 
mille fléaux, et qui ne se doutent 
leur crasse ignorance, des plus petîlee 
dliygiène. Combien de germes 
sent et donnent des fruits en se divi 
milieu du fumier des villes! Queiqne 
qu'on aperçoive dans certains querliees 
villages et villes présentent encore chei 
vestiges de la plus ignoble barbeiie. 
sens n'a pas encore dit son primii 
tière administrative. 

On a reproché a M. Angles plus 
arbitraire dans Texercico de la police de 
je citerai le suivant pour eu avoir eu 
^uiicc. 

Ëii 181 G, la seconde division de le 
dont le ihcf était M. Henri, fameux par le 
«le mctlrc la nuiii au collet des petit» frii 






TIRÉS DES ARCHIVES. 5Ô§ 

mit M. Angles a même d'une opéfaiiott «bni il 
lui détailla tous les expédiens pour saisir et Ceum 
mettre à Bicêtre un certain nombre de flùiê»ut$f 
sorte d'escrocs en matière de jeoX) dont Tin*' 
dustrie spéciale est de s'introdotre dans les Iril^ 
lards publics, en y faisant venir des étrangers 
afin de les dévaliser au moyen dt patis oà lot 
compères des floueiirs sont sftrs de léttr dMjpî 

On pouvait les prendre sur lé fait^ et Uiê éfr^ 
voyér en bloc, par mesure adtÀinhCirativfe , à Wf 
cêtre. On avait la liste dies fléMurs d^ MH^ 
damnés pour cette eaose^ et rtndus à la lilierlé 
après Texpiràtidn de leur peiive. Il était aisé et 
les arrêter en flagrant déUt^ letir^ une foi» ce gettM 
de vie adopté, tes floiiifiurs ii'efl Mi gttèi>d d'a»^ 
tre ; ils passent leur irie dans un cericl'e ddlit Ytê- 
taminet et Bicêtre occupent les deux points 
opposés 3 le cercle une fois parcouru, chacun 
d'eux le recommence ; il n'y a plus de raison 
pour que cela finisse. M. Angles signa l'ordre 
proposé par la seconde division ^ portant à six 
mois, trois mois, deux mois, les divers empri- 
sonnemens pour les arrestations a faire. 

La mesure fut si leste , si contraire à toute 
justice, que des pères de famille, qui depuis 
huit et dix ans \ivaient tranquilles et h l'abri de 
tout soupçon , lurent arrCttjs et conduits à lîi- 
cclrc. Ou fit la raîle un peu trop k la diable ; 



p 



• I 



1' 



5Go MKMOIIlEtt HI.SIlilllQi;E» 

en général , tes mouchards ont la main Iw 

ils procèdent en matière de justice coma 

soldais éner^^uuiènes qui nurcluiîenl â La 

de Kuint Domini(|ue proccdaîeni cuTeri les 

pies des Cévennes que Ton accosail dl» 

en tombant a bras raccourcis sur la fbnk, 

k Dieu de s'y démêler et de reconaaîlf 

innocens. Toiu les incarcérés » mis a» 

flouenrs , réclamèrent; il fallut en 

grand nombre. Une trentaine de 

restèrent cependant détenus sans aecesM l 

de procès, uniquement parce qe^sla 

gardés par la police comme des 

gereux. 11 est à penser qu*cn ai 

contre tes officiers subalternes de la 

tiers du privilège de ne permettre 

lence à ceux qu'ik outragent, 

méritèrent d*être gardés soi 

de triples Yerrouz pour n*avoir peu ea fi^ 

Vauiariii dam$ l'eoierckê de iêê /baeiÎMS^ ci 

on le dit encore ches un peuple ipii et fV 

libre et qui a guillotiné des rois. 

I.c gros du public bourgeois fort igpan 
fort crédule en matière de police « ai^eaft q 
vague connaissance de ce fait et le lelérj 
sortes de pre%ye$ a la façon des enlèwBMiia 
la inurine qui si* (ont dans les porta ai 
b'cxccutciit s^inai Ia<;on sur nos pauTresdi 





D ES ARCHIVES. 36 1 

Personne ne réclame ; la police affirme que leK 
incarcérés sont des coquins , et les journaux 
continuent à rendre scrupuleusement compte 
des vaudevilles. Le mépris de l'individu est , en 
bonne civilisation , dans la moelle et dans Tâme 
du moindre individu. 

L'événement de l'assassinat du duc de Berri 
est un événement notoire de la biographie ad^ 
ministrative de M. Angles. 

Le dimanche 13 février ISSSO, le duc et 'la 
duchesse de Berri, alors enceinte, dit-on , ce 
qui esl possible , s'étaient rendus à l'Opéra. Le 
deuxième acte du Carnaval de Venue venait de 
finir. Il était onze heures, la duchesse témoigna le 
désir de se retirer, le prince la reconduisit jusqu'à 
sa voiture ; madame la duchesse de Berri, cédant 
à un petit mouvement de jalousie bien naturel, 
avait, a ce qu'il paraît, demandé à quitter le 
spectacle en apercevant dans la salle une cer- 
taine actrice, Virginie, maîtresse du duc. Le 
duc , suivant cette version , refusa , sous un pré- 
texte , de retourner k TElysée ; il voulut retour- 
ner sur ses pas. On suppose qu'il avait à parler 
à sa maîtresse. Comme il donnait la main à sa 
femme pour Taider a franchir le marche-pied, 
en lui promettant de la rejoindre , et qu'il se 
relciirnait vivement pour rentrer au plus tôt dans 
le vcstil>ulc de TOpéra , un homme se frayant 




■■tôt «D 1« vit C 

dbl,flfeflltka de ta phic <« lef^lft 
tmtmÊÊmMUénan, tm ttimAmm» <^»— t»m 

A et fKtÊmr rri , la dachcMe l^llàl !!■ fî 
4e b «*il««| on t'eflurçait en vabi^littfMBr: 
4b M jlli knr le prince , et fet « — K» tfi 
■ÉBg Iffei njAliuut. Elle ne v«alrt ^ ^«kv 
le éêt t^lftm Irantporla dant l« peiîl •■îaafr 
le togt MJnlt» oii le» premier* t-titrar^tenaf^n 
e«l eouift tabin Ini prodijntrreRi 4t» wea^t. 
Le hêWtt ebMinuait , on n'âvait pei tacmi* &* 
U Mlle la moindre idée de ceilt cataatrsplM 

Dana l'élan ilii pn^nier cflhii , deos 
du prince. MM. àe CboiMal ti il« i 
dai adjtidaiu du pulka et plu 




TIEfiS DES AEGiUYI^« 3d& 

la garde, s'étai^tit précipité» sur leb traces dé 
Tassassin qui s'était enfui du côté de Târcade 
Colbert ; un fiacre barra d'abord sa course ; il 
fut ensuite croisé par le nommé Patllniier , gar*** 
çon limonadier. Tous deux i^UPouettèrènt Un 
instant. Bref, il fut saisi par Desbiès, soldat de 
la garde royale , de faction à la sortie , et par 
les militaires accourus à la hâte. L'asaassin fit 
peu d'efibrts pour échapper i il se résigna sur<^ 
le -champ. Amené au bureau de police dtt 
théâtre , interrogé successivement par le c«m*^ 
missaire , par le préfet de police et le proou* 
reur du roi , en présence du ministre de Tinté-* 
rieur, M. Decazes , il répondit san^ héMter qu'il 
s'appelait Louis-Pierre Louvelî qu'il était né à 
Versailles , âgé de trenlé-»x ans et demi , ett-* 
ployé comme garçon sellier pour le compte du 
sieur Labouzelle, sellier du roi, et domicilié 
aux Petites-Ecuries , place du Carrousel. 

Aux questions qu'on lui fit sur les motifs de 
ce crime et sur les complices qull pouvait avoir, 
il déclara du même ton de résolution et de sim- 
plicité qu'il méditait cela tout seul et depuis six 
ans ; qu'il avait voulu délivrer son pays des Bour- 
bons , car les Bourbons étaient dans son opinion 
les plus cruels ennemis de la France; qu'alors 
il avait dû commencer par le plus jeune , par ce- 
lui qui promettait de perpétuer leur race. Son 




5«4 

d«MiMn naît 6t6 , ^ovu-t-il . «"il «e !»( «ok 

ceUe'feù, d'assassiner socceanvcment !«■ ■ 

princM et lo roi lui-même , n'a't} «rsit i 

tner«i1ft14. 

Tandis que l'asusaîa bânit de mu^ frai 
tofribla aveux . les gens de fart , di^ r 
awtoar da prince , ayant recoano qii*ott ac 
vt&t ( tans empirer l'état da bleas^ , le ttz mmi 
dani Mm palaii , on le porta dans la mB* d> 
nûnntntion. Un lit foliireaé à la kftic- CM 
les mimes inatelu sur lesquels, par «aaH 
•ingolièn , le princu avait pris d« rrfm Ai 
première nuit de son déb> iq a <f l h C 
Imm^. U. Grandsire , aecrétacrB dr ftl) 
ponr le monienl , «e troQTail â ( 
1814, «1 avait héb(!rgé Son AhsM 

On avait porté ta noavelle danme wil 



pourtant p»" 



, Le Koi ne savait 
gravité d« In blessnre. Monai 
▼onfait en vain loi dérober ce apto a àa. Htà 
et moEHear le duc d'Angooléme, leiMBri 
les grandit ofTiciers de la coDronne, wmtim 
personnage!) distinfrués de la ronral 4tk< 
une partie dans les habits de bal «A FUl 
nouvelle le* avait surprit, accoarareat «kei 
rirent le phncc. 

M. Dupuytrrn flemeurait trop locale M 
peur arriver k l'inalaoi inâmi-. Omt0ÊÊ 



d 



TIRÉS DES ARCHIVES. 365 

comme une providence. Ce fut lui qui reconnut 
tout le danger. Après une courte consultation 
avec ses confrères , il traça des scarifications pro- 
fondes; le sang jaillit abondamjncnt de la plaie 
mise à jour; la poitrine parut se dégager; on eut 
un moment d'espérance. Le duc de Berri sup- 
porta cette opération avec le courage qu'on avait 
lieu d'attendre de son caractère. U ne s'abusa 
pas sur l'inutilité des efforts de l'art , et disait k 
M. Dupuytren : « Je suis bien touché de vos 
soins, mais ils ne sauraient prolonger mon exis- 
tence; ma blessure est mortelle. » On remarqua 
qu'il en avait eu le pressentiment a ses pre- 
mières douleurs ; mais cette remarque n'eut rien 
de décisif que par l'événement même. Un blessé 
peut survivre a ses propres pronostics , et notice 
personnalité conçoit des craintes en pareil cas , 
quelle que soit d'ailleurs notre bravoure. Il avait 
demandé sa fille , Mademoiselle. La petite prin- 
cesse lui fit de vives caresses , sans comprendre 
qu'elle allait le perdre. L'évêque de Chartres 
arriva pendant cette scène douloureuse. Le 
prince témoigna le désir de presser entre ses 
bras, avant de mourir, deux filles naturelles 
qu'il avait eues en Angleterre. 11 les recommanda 
tendrement aux bontés de la duchesse , qui les 
connaissait et qui les adopta. Le 15 a six heures 
du matin , il expira. Charles-Ferdinand d'Artois, 



I 



S66 méMMftis wntiM m gLm^ 

âne de Berri , né k Versailles « wnSt di 
nats-deas ans. Il a^t le teint csleré, 1 
Uesa et doox , la lèvre forte , une tdBe ■ 
et robuste. Il était dans l'énergie de Ti§ 
mait les arts, la chaaae, les pleisks. II i 
distingué dans la guerre. Son édeceÉh 
plus distiogoée que l'on ne Ta «lit ; 3 paA 
sieurs langues , et les parlût fort ftiae. ( 
il ayait le caractère brus^e, Impstfai 
Bonaparte , il se montrait bon et Ijl^ 
qui lui donnait un double rapHeW fli i 
blance a^ec Henri IV, qui périt èèflMil 
main d'un asaasrin. 

Cet éTénement, que je n 
prévu , car il est de ceux qui 
riodiquement sous tous les régfaasi él^ 
▼ient absurde de ne pas préToir; 
produisit une sensation étrange 
proche en proche dans le royaiuBe. Lp ft 
i diverses s'en emparèrent pour ecciekiti 

quiétudes et les alarmes de la fiuipBl i 
Le spectre de la Convention repareiasail Ai 
seul homme. On pouvait deviner le esi 
communiait encore avec leboufreaa de Leei 
Qu'importait Tisolement matériel de fan 
si la religion du régicide s'éparpillait da 
masse» ! La grande pensée qui devait ni 
de ce crime , la haute moralité de ce cei 





TliifiS DSS MGHITES. 36^ 

poignard ne vint a Tespril de personne. M. de 
Châleaubrianl Iqi-même n'y vit qu'un pâle pré- 
texte de poésie. On se perdit dans le détail, ^u lieu 
de voirie dogme apocalyptique de la solidarité des 
petits et des grands se reproduire invariaUemerit 
dans Ravaillac, dans Charlotte Corday, dans le 
tonneau de poudredu 5 nivôse, dans ce morceau 
de 1er aiguisé paf un homme du pe^iplo. On ne 
croit chez nous 2i la guerre qu'au brait du cano»; 
elle existe même au sein de la paix...« 

L|i grande politique ne fut donc nullement îUu- 
mipée par ce sombre éclairqui, dans If a téti^lnrds 
de nps soi-disant époques de himièrea, sort pétH^ 
diquemeni du sein des masses pour aiFé#tn^ lkP9c 
force les insoucians des hautes régions ëocf aies 
qu'il existe un foyer petnftanefit de tiaiqfO dans la 
misère et dans l'ignorance. La police de M. An- 
gles fut seulement accusée d'incurie. C'était 
prendre la question p[\r en bas. Les zélés de la 
restauration n'en ont jamc^is fait d-autre. 

(c M. Angles a la police de Paris, disait-on ; le 
palais et la personne du prince sont spus s^ sur- 
veillance , sous sa responsabilité immédiate. 

H M. Angles dormait-il dans cefte aflreuse 
nuit ou rimpitoyable poignard a frappé le cœur 
d*un de nos plus vaillans princes? 11 était à un 
bal dans le faubourg Saint-Germain ; ignorait-il 
que les jours du prince étaient menacés? Non. 



368 

Ijn chef des bureaux de la préfeclare «le fa 
«n arrivant , avait cainmaniqaé ma ftéh 
avi* qui lui étaient parvenus sur la frémit 
lion tl'un crinic aussi horrible- Ignor^ît'il 
le pclit-Ols de Henri IV i.H.iit à neuf kcwa 
Roir a l'Opéra avec son épouse? Non. t*^ 
ne s'estôl pas rendu dan» celle Mlle pair* 
iwT si les agen» élaîent à leur poste? il Mni 
c|u'ils étaient daiu les cafés , dana Isa u 
gie.(1). . 

Cet bruits, ces accusations fnreal Hf 
long-tetnps encore après ra&euae cataAa| 
par les ailTcrsaîres du préfet da pofcca, ^ 
semblable événemcot devait es afcl ànl 
mai» nioins que ces accutaliona ; 
Avait répondu cepeadant, non par < 
publics, mais par sa destitution à 
Pairs, lorsque Louvcl y fut tradoti. 

■ Je dois, dit M. Angl^ k la * 
Pairs, entrer dans quelques déCaili, afirt 
làtre ma déclaration. 

« On a dit que le service de la poGoa amM 
négligé a l'Opéra, dans la nuit dn 43^ 4^" 
agent de mon adminislralioa M«Vy«ftaia 



(<} U poUct «MJ M.V. h iuc DvcMM . I I in t J 




rr,"^ 



TIRES DKS ARCHIVES. ^ïOQ 

et que le commissaire de police, à qu^ la surveil* 
lance de l'Opéra est plus particulièrement attri* 
buée, n'y était arrivé.que plus de deux heures après 

• 

l'assassinat. 11 est aisé de démontrer l'inexacti-- 
tude et la fausseté de ces assertions. MM. les 
Pairs instructeurs savent sans doute que le ser- 
vice aux grands théâtres de la capitale a éprouvé 
quelques modifications depuis le 30 décembre 
1815, date d'une ordonnance royale qui Ta 
confié h la garde royale , a l'exclusion de toute 
autre troupe de ligne. Le commissaire de polico 
et les officiers de paix pouvaient néanmoins ^voii; 
à leur disposition un piquet de gendarmçr^ 
royale de Paris , établi a l'extérieur. 11 ne reste 
donc plus qu'à donner une idée exacte de ToiCr. 
ganisation et de la composition du service .d^ 
la police établi à TOpéra , dans la soirée du 15 
février. 

« Quoique le poste de gendarmerie pour le ser- 
vice de l'Opéra eût été fixé à vingt et un liommes, 
et que le 13 février fut un jour où il fallait 
veiller au bon ordre et au maintien de la tran- 
quillité dans plus de quarante autres théâtres, 
])als ou lieux de réunions publiques, on avait 
pensé que la circonstance du dimanche-gras 
pourrait attirer un grand concours de monde a 
rO[)éru , et le poste de la gendarmerie fut porté 

;i trente-deux liommes, savoir : un ofllcicr, (!(mi\ 
IN. 'j ; 



. 1 



I 



.)70 M>-.MOIRF!l IIIJITOItlQCrS 

Ailjudansde \ille, trois sous* officiers « ùx 
darmes à cheval et vingt a pied. Il y arai 
outre huit agens civils, savoir : M. Ferté , < 
missairc de police ; M. Joly, officier de | 
attache au ministère de rinlérieiir ; M. Davî 
autre officier de paix , attaché a la préfectu 
police. 

« Le commissaire Fertc n*a point négfi| 
service qui hii était confié ce jour-là. Il ri 
son poste ; il faisait une tournée dans les i 
a peu près à la moitié du second acte dm ki 
Il se trouvait presque au bas de rescalàcr da 
terre qui conduit :iu vestibule lorsqu'il ape 
du mouvement, et qu*on faisait entrer q«ely 
au bureau des ofliclers de cendarmerie eC Mi 
dans de ville; il s*y rendit sur-lc-chaapi et jp| 
le fatal événement. 

î< L'un des ofliciers de paix , le âcar h 
descendit peu avant la sortie du prince* i 
rendit, avec un inspecteur, rue Rameao. A{ 
avoir pris un verre de liqueur dans le cale 
fait l'angle de la rue de Richelieu , il s'ar 
un instant dans la rue llanicnu qu'il In 
prrs(|ue «li'serlr et foiil-a-l.»it fiéhlayée; ce 
SCS f\prrssion<. H Vt'iiionl:! ;i «^oii bureais 
iiiiMiuMit 0111*01) all.Mi pIaL<M*lts \rdi*Ues j ih 
de {îciularmcric. A peine élait-il monté, qi 
in*(|)rrtiMir. (|iii riait en face de la loge du pr 



TiaRS Diis Aacgiyçs* 371 

el qui s^perçut, h iravep$ le v^gi^s 4'aw loge 
des troisièmes , qpe Vftif, y £^a^ qu^iiue mm^ 
veinent qui anpppçait la 9ortîe , li)j <l>t ^ * V^^iiik 
le prince qui va fapis d<jiute ^ç rÇ^MT^^ » li«d||; 
inspecteur descendit p|i^Q<f)ptpf9Çffjt î X^a}^ èfl^ll^ 
était-il descendu 4^j^f \p .j^ti^f^l^Q 4h i^lw^tre , 
que l'assassinat ay^jij; été .cpqijQ^i^i et ji'9s$MWII 
arrclc. 

« L'autrç pHiciçr f\^ p^i^, Jç f^ejaf Q^yi^^i^ 
descendit dans |a rue R2|m|e;^)| yçi?^ )ie# jIîil l^eu^O 
et demie. \\ assure que tpu^e^ ]^e; fcpqfign^Q nlimt 
jamais été plus soi^Qçqsçipçi^ p^s^e^^yées ; qwM 
pe vit que quelquç^ yçiturejs danç la rpe^n^aji^ 
oïl il ne devait point cependant fm stAljopQm; 
que ces voitures appartenaiçat à 4>9^ p^rsMOlkltf 
4e la inaison du roi; qye, comme le^ agept 
de police avaient constamment fait des effurU 
inutiles pour les éloigner, et qu'il n'en restait 
(|u'nn polit nombre, plus ua cabriolet au-dessus 
de la voiture du prince, ilpensa que ses ordres 
n'auraienl pas un autre résultat que celui ob- 
leiui jusfju^ii ce moment. Les agens de ia pré- 
lecture fie police se sont fréquemment plaints 
des prétentions cl des résistances qu'ils ont 
éprouvées a cet égard. 11 paraît que ce cabrio- 
let a facilité les approclics de l'assassin qui , 
pendant quelques minutcb^, s'est appuyé contre 
une de ses roues , afin qu'on le prît pour le 



: é 



5'-2^ MKMOIUES lllSTOmnLF'^ 

domestique qui le gardait , le jokei qui m i\i 
chargé s'étant endormi en trayera do contaiii • 
lequel il était assis. D'après le premier intern 
gatoire, Louvel ne s'était paa encore rends âd 
heures et demie rue Rameau. 

« L'inspecteur Rousseau se renilit nn fc 
ayant onze heures dans la rue Ramean, poer a 
sister au départ du prince ; mais, comme k pi 
queur ne faisait que de monter a cheval, et fi' 
n'v avait aucun mouvement autour de la vaîM 
du prince, il crut pouvoir prendre le lemps Al 
1er h l'autre extrémité de l'Opéra, où ae U aa ia 
la voiture de madame la duchesse d'Oiléaas ; i 
revint presque immédiatement sur ses pas; d 
comme il était arrivé au milieu de la bradr di 
l'Opéra , il enUMidit crier : A la garâefmr/Êrz! 
il aper«;ut un homme courant ii t ouïes jsafcci ; 
il se mit à sa poursuite et fut un des ptcmcn a 
lui mettre la main au collet. 

« L'adjudant de ville Meunier commcaoil 
sa ronde pour le placement des gendaïïWÊné 
(les vedettes nécessaires au maintien dm ksi 
ordre, opération qui a eu IIimi quinte â tm^ 
minutes avant la tin du spectacle. II sortjsl A 
périslvlc pour entrer clans la rue Ramcja ai 
moment oii il vit un homme passer devant lai 
et il entendit immrdialenirnl crier : Arréitz' I 
se nul A sa |M)ursnil'* et rM(U*i;^uit en ficc di 



TIRÉS DES ARCHIVES. 3^5 

Tarcade Colbert, au moment oîi une personne 
venant du boulevart lui barra le chemin et allait 
le saisir. 

« Le maréchal-des -logis David s'empara de 
cette personne qui était le limonadier Paulmier, 
et le sieur Meunier remit Louvel entre le& mains 
de quelques gendarmes et du garde royal Des-> 
biez, qui étaient à sa poursuite. On le conduisit 
au bureau des adjudans de ville , sous le vesti- 
bule. Cet adjudant termine son rapport en dir 
sant qu'ah moment de Fassassinat , il n'y avai^ 
aucun groupe dans la rue Rameau. » 

Après avoir exposé complètement les détail» 
du service de police qui eut lieu ce jour-là à 
l'Opéra, M. Angles reprend ainsi sa déposition: 

« Quand il y aurait eu un plus grand nombre 
d'agens de Tautorilé civile et de la force pu- 
blique employés h l'Opéra (1), aurait -il mis 
obstacle a rexcculion du crime de Louvel? Il 
est (lilTicile de le penser, lorsque Ton considère 
que Texécrable assassin a choisi pour frapper sa 
victime le moment oii elle était entourée de 
onze personnes, savoir : de cinq gardes royaux , 
de trois valets de pied, d'un gentilhomme d'hon- 



(i) Il y avait, d'après la déposition de M. Angles, vingt hommes 
de la garde royale et quarante et un gendarmes ou employés de 
la |3réfcclurc de police. 



I 

• i 



574 Mi:MOIRES BISTOHIQCCS 

neur et do deux aides -de -camps. Lortqi 
homme a fait le sacrifice de sa vie pour ai 
celle d'un anlrc homme , il est bien rare 
moins de quelque circonstance due an hasai 
qu'il n*accomplisse tut ou lard son honS 
dessein. » 

Ces raisons spéciales et détaillées salisGrefil 
Chambre des Pairs et avec elle les personacs i 
partiales. La question une fois desceodac 
agenouillée sur ce terrain stérite , M. Angles 
pouvait mieux se dércndre, car, certes, il m 
savait pas davantage. Une tête forte , a sa pi» 
aurait assis les législateurs mi^mes s«r b sdkt 
auprès de Louvel. Il est de fait qn'ane fsfc 
vénale, obscure, mal salariée, semaolb 
par ia grossièreté de ses formes et h ^ 
de ses actes , prise dans les gens d'en Ws, tt 
se refusant pas plus ses aises c|a*aa 
un prince I ce qui est assez naturel , a 
une propension invincible a se reiiciMr ^ ^ 
consignes; on ne peut pas être gendarme pi 
dant vingt-quatre heures de suite; et, cTaiBci 
toutrs les consignes du morde n'eropêchen 
pas la plupart des crimes civils et poliri<|«ès A 
uiu: soriété filte au rebours du bon sens d 
êli 1* le t'ovLM* perpétuel. Otiand vous anm p 
po^ô r|fMi\ r>pioii>ii l.i :'.arde de chaque iriJi^k 
i|Mi \ou> piiaiitii'a «in'il ne Idille paa »ur%cti 




T1K£S DES ARCHIVES. 07 5 

a leur tour ces espions eux-mêmes, et ainsi de 
suite ? L'ordre est donc a refaire de fond en 
comble; et jusqu'à sa refonte» l'assassinat est 
dans la destinée des particuliers et des rois. 

Certains royalistes ne furent pas satisfaits des 
argumens du préfet de police , et lui firent un 
crime de ne pas avoir attaché pour le moins un 
agent spécial a la personne du duc de Berrij 
obsession a laquelle le prince ne se serait certes 
pas soumis , ni dans celte occasion ni dans une 
foule d'autres; car il était à cet égard comme 
tout le monde : il auraft pris plaisir à dépister 
les officieux qui se seraient perchés sur ses 
épaules. Condition étrange, après tout, que celle 
d'un prince qui ne pourrait avoir a sa guise, ni 
les vices, ni les plaisirs, ni la libre allure d'un 
simple particulier. C'eût été la menue monnaie 
du poignard de Louvel (jue cet étouirement 
systématique. 

De tels reproches faits après coup ne changè- 
rent rien ii l'opinion, et la procédure suivie a la 
Cour des Pairs ^ ne présenta rien de plus qu'un 
fanatique résigné au sacrilice de sa vie pour 
exéculei' son dessein. On en triompha dans le 
parti libéral ; mais en dépit de l'hypocrisie , 
ce fanatique eut ses admirateurs, comme cela ne 
peut manquer a l'occasion de tout ce qui est 
marqué au coin de la passion cl du courage. 



TJRÉS DES AHCUIVES. 577 

server au. chef d'escadron Leroy,, continua 
M. de Nantouillet^que le prince n'aimait pas ces 
dispositions extraordinaires; le chef^^d'escadron 
nie répondit que cette surveillance serait exercée 
et que les patrouilljes seraient^faites parles bri- 
gades de Passy et d'Âuteuil, ou par quelques 
hommes de la gendarmerie des chasses, ce qui ne 
présenterait rien d'extraordinaire. Il me demanda 
même quelles étaient les heures les plus conve- 
nables, et je lui fis connaître celles où le prince 
allait le plus ordinairement à Bagatelle. Posté- 
rieurement h cette époque, le chef d'escadron 
vint chez moi (c'est toujours M. de Nantouillet 
qui parle) pour me faire part des nouvelles 
inquiétudes qu'il avait conçues. Il me dit qu'une 
de ses connaissances lui avait fait craindre que 
des ennemis du gouvernement ne se prêtassent 
k quelque tentative d'assassinat contre monsei- 
gneur le duc de Berri ; il m'invita a en parler au 
prince, afin qu'il prît plus de précautions pour 
sa sûreté. Je lui répondis, vous savez que le 
prince n'aime pas qu'on l'entretienne de pa- 
reilles inquiétudes. Cependant je lui en parlai ; 
et lui fis part de ce que m'avait dit le chef d'es- 
cadron Leroy, qui devait prendre de nouvelles 
informations auprès de la personne qui lui avait 
donné le premier avis. 

i< Eh bien! mon cher Nantouillet, que voulez;- 



TIRÉS DES ARCHIVES. 37^ 

l'aSectîon de ce magistrat au gouTernement du 

roi(1)! 

Lors de la prétendue conspii-alion de Gravier, 
W. Angles se prêta aux volonU's du minislrc 
pour mettre la main sur le f'abricjtuur des 
pétards trouvés sous les fenêtres du Louvre , 
tout près des appartemeiis de la duclicssc de 
Serri, aldi-8 enceinte dd duc dé fifatdeàQi j t'é- 
tait dans les derniers joUrs dd iWWs d'iWfH 1820; 
T/èspoir des cdupdbics éUît iii^psiëiitiiiënt qù'è' 
la frayeur ocfcaïiohée par rèi|>fos'i(Jn aàfjït f(ii 
faire avorter la f^Hiiceske. Là piAlkë proHlIt 
3,000 fr. H celtfi qili dâcbuiinr^if l'iatctir de 
l'attentat. L'appât crciti lU captdltë; dli ne 
connaissait pas le conpabte; h tout èvénctneiit , 
on en voulut un. 

Rivoirc , oilicior de paix, reçut ii cet ellot 
l'ordre de M. de Foudras, inspecteur g<înéral 
de ia police, li découvrit r^iielques honimcs (|tii 
tenaient des propos et s'asseitiblaient dans un 
cabaret rue Montmartre, Sous le norn de aociilé 
des chevaliers du poignard; ces buveurs avaient 
pour président un liominc exalté et cjii'il de\ait 
('tre lacilo d'entraîner :i laire éclater un pétard 



580 MÉMOIRES HISTUHIQL'CS 

près du logement de la princesse. A Taide à' 
nommé Leydel , âme damnée de la police, 1 
voire pnrvint à séduire GraTier. Le jour fal pr 
au moment où GraTier déposai soo péUrd m 
le guichet du Louvre , des egene de peEct 
saisirent et le remirent entre les mains ém pH 
qui s'était transporté sur les lieaz. 

Gravier , traduit en justice , se 
une prudence que Ton n'aurait pas 
son exaltation. 11 fit sentir tout ce que 
d'odieux la séduction employée contre 
avoir a le désigner à la faveur d*oi 
récidive , comme le coupable da 
qui, du reste 9 ne fut jamais connu. 

C'est ainsi que lorsque le ministre 
de trouver, a prix d*or, Tautear 
d'un crime politique, les espions , ontniaiB| 
l'appât du profit, poussaient quelqm 
l'imitation de ce crime, pour le 
vaut les tribunaux, le charger d*i 
cusation, et mériter ainsi la primo 
quiconque paraissait avoir résola le 

Gravier fut condamné a mort ; la 
dation de la princesse de Berri fit 
peine en celle des travaux forcés à 
Lcydct , cet infâme agent de Rivoire t se réli 





TIRF.S DES Aactijvr.s. 3Si 

dans la Belgique. Il habite maititepani Paria 
sous un nom supposé (1). 

Indépendamment des accusations graves dont 
je viens de suivre la filière, M. Angles fut en 
butte a de rudes tracasseries de la part de l'a- 
vocat Robert. Cet avocat l'attaqua tlans une 
adresse aux Chambres , sous prétexte que le 
préfet s'était démesurément enrichi dans* «a 
place; grief qui ne manque jamais d'être fa^» 
vorablement accueilli par le public lorsqu'il 
s'agit d'un fonctionnaire de la police. 

« M. Angles, disait son censeur, s'est etiridii 
dans ses fonctions au point d^avoir acheté dans 
le département de la Loire la terre des anciens 
comtes de Forez, appelée le domaine de Comillon^ 
et de l'avoir payée 500,000 fr. ; le château était 
gothique, le préfet a fait tracer un autre plan, 
et sur de telles proportions, qu'un prince ne 
pourrait mieux désirer. Vers le mois de jan- 
vier 1820, M. Ani^lès avait même déjà fait 
compter à son inleiulant deux cent mille francs 
cl plus, pour acquitter une partie des dénenses. >i 

Cette accusation et plusieurs autres chicanes 
non moins désagréables contenues dans le pam- 
phlet de Uobert, obligèrent M. Angles pcre. 



[i] l'r.oMr.NT , Police >l''.\-c:l'r , t. T, p. 7 



<>, 



7}i>2 MF%IOIIir5 RKTOMQCtt 

préftidenl d âge de la Chambre dea pêmâ 
prendre la plame ; il atténoa par dea aapKci 
sur lesquelles on n'eut d'antrea pimwa ^ 
assertion même , les fiiîta allégséa 
(T Mon fils davani se rapproclier da 
Vougy, son beau-frère, dît M. A«|^ mi 
acquis en 1890| dans la commime êm lUI 
n'ca séparée de celle de Vongy que parlai 
le pl)ateau de ComiUon , avec Wa nvBHB ^ 
dépendent an prix de 00^000 |r. B • | 
rieurement acheté des 
d'Harcourt, ancienne 
480,000 fr., des bois qui en 
lui avaient été restitués par le 

ff 11 a payé ces acqnisilioiia, 
seur paternel, par le rempliai du 
Tente d'unjs nuison de caniipagiQ^ 
Teciennes, vendue SMjOQO fr. m 
gbise. Mon fils, outr^ cella dari 
eu à sa disposition 310,000 fir. d« In 
meubles situés dans le déptrlflOMOft ^Hd 
de quelques économies et conicsala 
la succeMiori de sa mère, elc. m 

Ces raisons ne parurent pas si 
rcinploircs ii tout le monde; on y 
l.irunc considérable dans réTaloalisa da < 
total (!o la fortune du comte Anglis; Ott j 
trc bicncomment il a pu se rendre acoaén 






TIRF.S PFS ARcmycs. 3S3 

domaine de Cornillon, et des biçns riip^^^ fit 5)168 
bois de madame d'^arcourt; çiais to<^ ^elf fiy^ 
formait pas un revenu en rapporjt ay.çp )^ J|f|e 
de représentation et les déjpe^sçf P^îç)}^ df^ 
M. Angles; dans riiypollièse la pluf fyygfffî^^ 
un domaine de 50Q,0Q0 fr. ;ne pçii( |9|it 99 plus 
rapporter que ^»P0P fr. 4? MP^I!f> flP W 
n'auraitpas suffi à la teni^e de l'étal 4(^ M* 4^^* 

Je n'entre qu'a regret da^? ce» ^é^j^; f!^^m 
ils font connaîtrie la fausse modes^ijs df^ ce$^^lf 
fonctionnaires publics qui^ dans }<^^r^ ,pljijçe||» 
trouvent a se créer une fpr^ne S^g^nl^sgJV/^ iW 
peu de temps. Croit-on , après tout, que , devant 
lin tribunal sévère , beaucoup de patrimoines 
supporteraient un examen rigoureux si l'on vou* 
lait remonter scrupuleusement a l'origine des 
moyens mis en œuvre pour leur acquisition? 
Comment les fonctionnaires publics, en général, 
sejmonlreraient-ils patiens \\ procéder pour leur 
fortune clans un pays mobile et ruineux comme 
le nuire? Les commerrans, les avocats, les in- 
diislrieîs fonl-ils autrement parmi nous que les 
fonctionnaires? Le mot de Diogène sur les petits 
voleurs et sur les i^rinds magistrats de son temps 
n'a pas encore cessé d'être juste. 

i\l. Angles eut une lutte plus sérieuse avec 
M. Duplessis de Grénédan, membre de la Cham* 
brc des Députés. Voici le fait ; 



Ce clépiilé avait clit, clans la séance du 2j 
i821, qu'il n'y a\ail pas de justice a do 
1 ,000 fr. de dotation a M. le comte Ansslrs , 
la brillante fortune et le niagiiîlîque chitei 
sont élevés en si peu de temps. 

M. Angles écrivit à M. de Gréaédan pM 

J plaindre et demander réparation d'une 9 

biable personnalité. La querelle s*cngafei ^ 
ment dans une correspondance rendoe 

1 1 blique , et fit craindre une allaire dliona 

M. de Grénédan se trouvant traité de rabi 
leur par son adversaire. 

A M. Du pif ai à de Grmedmm^ 

Pari», iC JHB ifo^ 



, 



V Vous avez laissé sans réponse, 
les lettres que je vous ai écrites le S da i 
dernier. Je vous y rappelais qu*nn ksi 
homme , lorsqu'il a été induit en errear, i 
presse de réparer le tort qu'il a fait înTsIs 
romeiit à autrui. Jr vou-s ai oifert les navci 
vous éclairer I sur la fausseté des faits 
vous avez avancés a niun é^.ird. Votiv til 



■ ' M. An'^'v, a%.i:i iii.iiijui: ^ M. lii- (jr^-n 'iL>r 1%% M^««r 
li*gitlnitt^ J'' M f'ir!!!".." « . j.. :•• i.i^ le III- 11-. à i. «. 



il 



TIRÉS DFS AHCtflVFS. 58f> 

me prouve que vous ne l'avez pas voàln. J^àvais 
cependant lieu de penser qu'après vos propres 
expressions , vous auriez confessé votre erreur 
aussip u bliquement que vous l'avez commise: 

<r Le public jugera votre conduite. Votre refus 
de vous assurer de la vérité \ en dévoilant votre 
première intention , ne permet plus de voir en 
vous qu'un calomniateur méprisable. 

« Le ministre d*élat préfet de police , 

« Comte ANGtFS. » 

'. > » 

L'obscurité, toujours invoquée comme un 
dogme dans certaines fonctions , légitimera con<* 
stamment sur elles les accusations les plus ha- 
sardées. L'épée ne peut rien contre les soupçons 
de la foule. Je ne rapporterais donc pas un autre 
désagrément que suscita au comte Angles un de 
ses employés, s'il ne tenait a un lait de police. 

A Tinstar des chefs d'administration qui , sur 
desimpies fantaisies, privent assez légèrement 
des hommes estimables de leur emploi , M. iVn- 
glos avait renvoyé de ses bureaux un employé 
supérieur, M. Trouvet, homme instruit, roya- 
liste ardent , père de famille, qui s'était à la vé- 
rilé pcîrmis (juelques discours dont le préfet avait 
été r hi)qué. On avoue qu'un supérieur ne sau- 
rait tolérer do certains écarts; on estime cepen- 

iV. 



iUdI fR'ii IwU n^tVttr I ina<-p«nda»c«^| 
n^e^ donc coBcilwr «^ uilum; ump* UbM 
d« Ja Uénrdiis •«•« !■• drokU de U firmachâ 
La question cit délinla . et vaudrait ^«W 
résolût; U «al plu «aple de l'esquiTer» emm» 
on fait for bon nonk-e d'i aires ^oomm 
M. Tronvet ne aianqsa pa* d'inttrmra k|iièl 
de M disgrico et de U rigueur do trvèemm 
qa'on loi fcîsait ëproaTor. M. Angles fit U p 
cherté de Int répondre pi r an article iaaérédi 
le ioHTMl di PoTM (18 Bbvtrmbre ISaO) . •■ n 
dÏHÎt : — « A c6té de quelques pcr*onDalîlé» 
impacations cslonmieiii»* contre M. le pr4fc 
on lit don» le pampbkt de M. TrawM di p 
tondwi anecdotes q«i ont U préieatioa dM 
seandahoMS, et de véritnblcs fiidaiocaiMaaHi 
dSia to« emp h etiy w , ^i n'en fait ^■hi 
i«M«rtir la paéiWté. 

■ C^ dans cette derniL-re ratégvri* (ha I 
dAise«)qult coimaatde ranger an prapoafil 
à M. k pféfet de peliee» au nijet d'«no lafcifii 
qui aanit été perdne pur M. raetbanoAitt' < 
PrasM. Cf ne sevait qu'eue [daiunAanoftnî 
différcDle «• soi , qni , dant aocan cas ••ta 
rait ilre oiînuantc ponrlc pcrronna^ dfatia^ 
aaquel en en dût l'applicatîon Ce n'col pas 
que voudrait fiUre accroire l'auiear da pai 
plilct , il ne tiendrait à ftcn qtie , diM «m a 




TIRÉS DFS ARCHIVES. S87 

étrange , il n'y vît une insuHe contre des iStes 
couronnées , ou du moins contre les miniâtres 
qui les représentent. Une telle imputation est 
trop pitoyable pour être relevée. » 

Ce Ion de mépris convenait mal. lleprocher a 
quelqu'un son emphase , ce n'est pas le rétuter. 

9 II ne s'agit point ici , répondit M. Trouvel, 
d'un propos qui vous aurait élé prêté , mpnsieiM^ le 
comte, mais d'une apostille de votre main^ en 
marge d'une déclaration faite par INI. le comte 
de Goltz (1) , qui n'avait pas j^^rdfu , il faut dire 
la vérité , mais a qui on avait volé pour la ee* 
conde fois sa tabatière en sortant du spect^pjje. 
Vous avez écrit avec ou sans réflexion ces mets : 
Il faudrait donner un tuteur à M. le conUt de Golfti» 
Il est évident que cette apostille est devenu^ 
insultante pour ce personnage distingué, par 
Tapplication qui en a eUc faile, et parce qu'elle a 



()) I/* comte Ilnii Je G(»]l7.. doiit iî fsl ici question, t-tait né 
Prus.si<'i!; .lidc (l.:-cfîinj> (Jug^'nér.i! Ka1lw<,'iilh i\ Danîzickcn 1807, 
cl f*n-n;!e di: <:;>''tur:iî }»'iic]ipi-, il fut iioniiiic en iSi4 iwinîstre 
p!énijn)J«'Pii.iii L- ;iui)ii'^ <îc.S« M;»j'!stj Loiii> \ VIII. Il se reridit 
à Vit 11 :)c il 1.1 Mille il'-s ''v.'iicmL'ns de iSij < t retourna auprès du 
roi ù (juiil. .^î. de (ioll7. /lait un Iioniine (ie plaisir, aniateiir du 
l'Cau .<L\e, i;n j^eu trop saus ex option , et connu par ses suc* 
ces, quelquefois liés ficiles. En r;<ppe]ant le propos du préfet^ 
M. Tronvet avait torl de rjvcler la peilo d'une tabatière de prix, 
L'inJiicrèlion n'était p;:5 cumloisc. 



pa»ii- sous les yeux d'un i^ranJ nomlire d'9% 
ployés de votre administralion. • 

M. Trouve! n'en resta pas la dans tes fiamâ 
contre M. Angles; mais TaffAÎK da csoilc 
Goltz amusa le public , et ne jusUfia paa cd 
qui en faisait la révélation. 

La disette des subsistances, en 1816 et IM' 
fut un autre texte pour attaquer l'adoiiiii 

Si Paris se trouvait dans le cas de 
grains, dUait-on« par la raison que 1 
ne fournissaient pas ù l'approvision 
tral dans la proportion des besoins « le ftë 
n'avait-il pas été dans l'obligation , alors qac 
prix du sac de farine ne dépassait pas eaca 
&t francs, d'appeler le gouvernement an scrsa 
de la capitale? Il n'-iiilti de cette négligowcqi 
le gouvcrnemt*nt mil en avant prc» de 
lions pour acheter des grains chez I' 
tous les prix que rélraiigrr voulut. 
n*arrivc*rcut en France qu'après Taffloencc s 
halle d'une quantité considérable de farincsji 
qu'il ce moment cachées et tenues en ffénr 
par (ii*s accapareur^ qui nn 1rs mirent snr 
place (|iic lorsque la c oiicurreiice prrle à %ik 
hlir nnMiara de leur porter un notable pH] 
dicr. Dans rit)(ri-val!i' ciilre la cli^ctle et labo 
danre , los haliilans de Paris s'étaient montff 
iiuinirts ^iir |r f !ia|)i!rp (li*s «iuliHisianrr*. Pei 



TIHÊS DES ARCHIVES. 589 

apaiser les cris, M. Angles prit toutes les me- 
sures réclamées par les circonstance ; mais en 
même temps la dépense fut énorme. En juin 
1816, il promit aux boulangers de Paris une 
prime de 15 francs (1) par sac de farine qu'ils 
achèteraient sur le carreau de la halle ; et 
comme quinze cents sacs de farine suflisent à 
peine tous les jours pour la consommation pa- 
risienne, il fallut, pendant les qMatre mois et 
demi que cette indemnité fut accordée, faire la 
dépense d'une somme de 3,057,500 fr. (2). 

Cependant le préfet de poUce s'apercevant 
que cette prime trop forte de 15 fr. par sac 
ouvrait une voie à des abus, et prétait à de cer- 
taines spéculations, la réduisit à 10 fr. Tous les 
boulangers se plaignirent; ils prétendirent que, 
d'après le coût des farines , il était impossible de 
donner le pain au prix de la taxe; ils menaçaient 



(i) Kn i8i<), If prix du [)ain s'êtanl êltvc à dix-neuf et vingt 
sous les quatre livres; ce prix était disproportionné aux facultés 
du peuple et des ouvriers: on fit distribuer, par les bureaux de 
charité , des cartes au moyen desquelles les boulangers donnaient 
le pain de quatre livres à soize sous. Chaque boulanger recevait 
à la caisse syndicale le montant de la différence. Cette mesure eut 
le plus grand succès; la dépense fut cependant considérable; le 
nombre des cartes distribuées s'est élevé jusqu'à cent mille. 

{i) M. Roy , ministre des finances , dans un rapport aux dé- 
putés a dit que les ])erles sur les subsistances de la ville de Paris 
rn iSiT) cl ]8i; s'etaicnl élcvceb à 2\ niiliious. 



1 

I 



u 




390 MhMOIRES HlSTOKlQrKS 

de ne pas continncr lenr commerce. Pourap» 
ser ces clameurs, M. Angles prit on arrêté n 
mois d'octobre i816, portant que 1rs boahogcrs 
seraient indcmnîsc^s intégralement de leon per^ 
tes sur lus cuissons réelles. En conséq^escc. ib 
continuèrent leurs achats, et reçurent éesk* 
comptes sur les indemnités promises. Cet état 
de choses dura, tant bien que mal , jvsqv'cn éé» 
cembre1816, et l'embarras se fit de s 
sentir. Il y eut foule h la porte de qnelqoi 
langers. Il fallut prendre de nonTellet 
et prévenir une crise. Le pain est ThaUti 
vétérée, la routine, la manie da ParÎBBBa;ls 
Viande de boucherie serait m deux sooa li fine. 
le riz et les légumes se donneraient aa plas li 
prix sur le carreau des halles , qu'en V\ 
du blé , le Parisien crierait fansine. il 
t|ue , pour lui , la farine contienne en rdaliii h 
seule véritable substance alimentaire , ce qaî 
n'est pas. La négation de ce préjogé gtetal 
peut se démontrer par la similitade plijrisala* 
giqne des Keaucerons rt des fanboarieot dt 
P«iris , également grêles et rachitiquet tovi Isa 
deux, biiMi que le premier se nourriaae 
imI dos drchcls de la muisson et Taotre de 
I ÏÏN*. tVot Li vartéti' des alimens qui 
x(Mi)r ri*i]*iddiri* i\v\ i*an«lilutions et fa%< 
I M|- 'Il '^t î pp'MVfM'f. 1 -H . oi:imi>v.iircs de polkc 



TIR£$ DES AR€HIV£S. Zqï 

furent y chacun dans son quartier, chargés de 
yérifier les cuissons, et d'encourager les boulan- 
gers h continuer le nombre de leurs fournées , 
toujours sous la promesse formelle de K^cevoîr 
les indemnités convenues. Ce moyen réussit 
quelque temps ; la foule cessa d'obstruer la porte 
des boulangeries. La distribution du pain se fit 
eomme k l'ordinaire, jusqu'aux jours du mèis de 
mai 1817 : alors la gêne et l'embarrïis du p^ 
recommencèrent. On recourut, yers la fin dé ce 
mois, a un moyen qui excita des clameutli contre 
le préfet de police. 

A la commission des subsistances ^ que M. Angles 
présidai! , on délibéra Vil ne cenviendrah p^s 
de se saisir, en les indemnisant , des Ihrines en 
magasin chez les boulangers. Plusieurs, h l'aide 
de la prime, en avaient fait des réserves assez 
fortes. La mestire fut iulopléej on décida qu'on 
s'emparerait des farines au prix courant; les 
boulangers ne seraient pins alors que des fabri- 
cans auxquels on accorderait 10 fr. par sac de 
farine pour la cuisson. Les sacs furent comptés, 
et les scellés apposés sur leurs magasins; des 
préposés venaient vcriticr chaque jour la ([uan- 
tité de sacs que les commissaires de police déli- 
vraient pour la cuisson. 

Cette laborieuse opération, qui parut des plus 
étranges, dura près d'un mois; les farines des 




3ç)^ MCMoini;» ujmviiiqi;l» 

bouiiingeni se iruuvaioni prcM|ue 
«'•puisées a celle époque; on fat coiilnial ^ 
renoncer, lit*» boulaii^ser» lurent alorm daa» h 
bligalion de recevoir les farines que le g—f 

\ nement leur distribua pour le soalMB dt ki 

commerce et les besoins de la 
journalière. 

Or, on avait mis précédemmcnl 
gasins de la réf^rre des farines de pîèlK 
à raison de 92 fr. le sac ; mais, ea juillet iSII 
elles augmentèrent considérableoieai s apièi I 
récolte» on contraignit les boubiDgenà 
dix a douze mille sacs de ces fariwici. 
c|u'elles avaient coûté. On en défak|aa It ftà 
sur le montant de l'indemnité piWMifc La 
conimercans réclamèrent et firenlde 
mémoires. M. Angles y élait accuaé da 

I \aise administration , et ses agena de 

de foi. 

Le pain éluit d'une qualité déIcsiaUat 
tat inévitable de ia position des lHmLMgan>Li 
désir de consener leur riientelle les fiMfakdl 
vendre k moitié perte les larines îmj 
gouvernement, tandis que ces 
achetées en grande partie pnr les agena de Tad 
niinistrution, se revendaient de ploa bella afl 
boulangers réduits Ii mettre dans le cmbhmm 
un pain inédiuirc. On tournait dans ua ceidi 





TIRES DES ARCHIVJCS. SgS 

vicieux, et les agens faisaient leurs orges dans 
1 e gâchis. . - 

Cet aperçu doit expliquer les reproches faits 
à M. Angles. Toutefois^ les menées politiques 
des partis qui divisaient la France absorbaient 
tellement la curiosité , que cette aflfaire des sub- 
sistances se passa pour ainsi dire en famille et 
dans l'intérieur du gouvernement, entre gens 
intéressés à ne point donner Téveil à Tatlention 
publique; M. Angles en fut quitte pour de mdes 
apostrophes qui lui donnèrent un peu plus de 
réserve ; il encourut également de très inutiles 
observations de la part de quelques hommes 
étrangers aux moindres notions sur cette ipa- 
tière ; et c'est encore la plus légère de toutes ces 
tortures administratives. On doit s'attendre aux 
conseils des aveugles, quand on est dans le chaos. 
Ces malices réciproques , tant des accapareurs 
mercantiles sur le peuple affamé, que des préfets 
dans rembarras vis-à-vis des industriels sans lu- 
mières , ne pourraient certainement avoir lieu , 
si le pays, comme Tefironterie de certains pu* 
blicistes ose le prétendre, formait décidément 
un tout compact d'intérêts homogènes, et s'ad- 
ministrait Ini-meme en réalité. Dans un pays 
où les intérêts s'entre-choquent avec acharne- 
ment pour prévaloir les uns sur les autres , où 
le revenu de ceux-ci se compSse de tout ce qu'ils 



1 





S94 MÛNNtU BISTORIQintS 

peuTênt dérober ans reTenut de oe«s-Ki • il bN 
ni nationalité » ni moralité, ni liberté, ni 
on ne peut y Toir qu'une banqueroale 
dea forces indiTiduelles et sociales, deal îl c 
même impossible de dresser le bilan. 

Je n'ai pu suivre un ordre rigosrcaHSMi 
chronologique en parlant de radaHDMtnlioa i 
M. Angles , les opératioM do giuido peSee< 
de poKce municipale s'étant cr oi iéM 
espace; j'en ai dit aues loalcfiMS 
connaîlre Thomme , et montrer T 
ment. Les partis royalistes et libérMR 
chaque jour de la consistance ; «n 
s'annonçait dans le ministère, c'Moit 
coureur de la retraite de M. Anglèo. 
eut lieu au mois de décembre 

Il (ut peu regretté. Le parti q«i 
le peignait comme un enricU el 
agent passionné du pouvoir d eap e ti qw , 
sation pour le moins fiÎTole , phie 
profondie , et dont on abuse eoi 
lieux communs. Pour enrichi , e^esl mstra 
personne ne crut au désintéreaaement éeW.àÊ 
glès , non plus qn'ît celui de ses 
dans la même place. 

Il n'était pas homme de plaisirs; 
Angles n'en était point ennemie. Q u oi^w e té 
avec des damc« du prend monde , ^ 






TIRÉS DTS ARCHIVES. 5g5 

peut-être , son mari ne se laissait , en aucune 
manière , influencer par ses recommandations 
ou celles de ses amies. La seule faiblesse qu'on 
peut lui reprocher, c'est d'avoir permis des bals 
dans l'hôtel de la préfecture. Donner des bals 
sous les yeux des détenus renfermés dans la 
même enceinte est, dit-on, une grave inconve- 
nance , un scandale. Pourquoi cela ? L'honnête 
vicomte M. de Montmorency, un peu jésuite , 
et par conséquent bon homme , ne le pensait 
pas quand il introduisit àes écoles de chant dans 
les prisons. La musique et le plaisir ne sont pas 
des outrages ; et nous pensons que les prison- 
niers préfèrent en général le bruit 3es violons, 
dût-il les tirer de leur sommeil , aux cris des 
verroux et des grilles. Il ne faut pas chercher des 
motifs de reproches parlent. 

On a inséré, dans \e Moniteur du 17 mars 1828, 
une notice biographique sur le comte Angles. 
Elle est d'une main amie. Si, comme dans toutes 
les oraisons funèbres , on en fait un homme 
accompli, bannalitc de panégyriste, au moins 
doit-on convenir qu'il s'y trouve des traits de 
ressemblance. Il est mort ii sa terre deCornillon, 
le 1 janvier 1 828 , âgé de cinquante-neuf ans. 



I 



i 



I 



1 






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nu 

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